La Nature
-
-
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- p.n.n. - vue 1/432
-
-
-
- LA NATURE
- ET DE LEUDS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- ARONNEMENTS
- Paris. Un an............................ 20 fr. »
- — Six mois............................ 10 fr. »
- Union postale. Un an. . — Six mois.
- Départements. Un an................... 25 fr
- — Six mois...................... 12 fr
- 26 fr. # 13 fr. s
- Prix du numéro : 50 centimes
- LES TRENTE-TROIS VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
- AVEC LE VOLUME DES TABLES DES DIX PBEMIÈBES ANNÉES
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
- p.n.n. - vue 2/432
-
-
-
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ FAR H. LE MINISTRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE D’UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- REDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- DIX-HUITIÈME ANNÉE
- 1890
- PREMIER SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 130, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 130
- Page de titre n.n. - vue 3/432
-
-
-
- p.n.n. - vue 4/432
-
-
-
- 18e ANNEE,
- N° 862,
- 7 DÉCEMBBE 1889.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LE LAC DE MÀRJELEN1
- Tout le monde connaît le magnifique panorama qu’on découvre du haut de l’Eggishorn, cette cime la plus élevée de l’arête rocheuse qui sépare le grand
- glacier d’Aletsch de la vallée du Rhône. Ce sommet, (2954 mètres) grâce à sa situation, offre une vue splendide, au nord sur les Alpes bernoises, au sud sur celles du Valais. Mais ce qui attire tout d’abord l’attention de l'alpiniste, c’est l’immense glacier de
- Le lac de Marjeleu, le 19 septembre 1889, à 7 heures du matin. (D’après une photographie de l’auteur.)
- l’Aletsch ainsi que le petit lac de Mârjelen. Ce lac est situé sur le côté gauche du glacier, à l’altitude de 2567 mètres, aux plus hautes eaux. Il occupe le col qui s’ouvre entre l’Eggishorn au sud et les Strahlhôrner au nord. La couleur de ses eaux est vert foncé; ony voit souvent flotter de gros blocs déglacé.
- 1 D’après les notes de voyage de l’auteur et le Jahrbuch du Club alpin suisse.
- 18“ aiinée. — 1" semestre.
- Les Alpes, qui contiennent tant de lacs élevés et pittoresques, n’en présentent guère qui soient aussi curieux que celui-ci ; on peut même dire qu’il est unique dans le monde alpestre. Nous avons eu l’occasion de le visiter en septembre dernier et d’y faire les quelques observations qu’on va lire plus loin.
- De trois côtés le lac est borné par des pentes rocheuses, mais le quatrième est formé par le flanc
- 1
- p.1 - vue 5/432
-
-
-
- 2
- LÀ NATURE.
- gauche du glacier de l’Aletsch qui grâce à cette disposition ressemble h un glacier polaire.
- L’écqulement du lac a lieu alternativement par deux vallées, la vallée de Fiescli à l’est et la vallée de la Massa à l’ouest. Ce lac offre une particularité assez singulière sur laquelle nous voulons attirer l’attention, c’est que de temps en temps il se vide subitement presque en entier. Son écoulement le plus habituel a lieu du côté du glacier de l’Aletsch et à travers les crevasses qui ici sont presque perpendiculaires à la paroi de glace qui limite le lac à l’ouest. Ce sont ces larges crevasses verticales et béantes qui donnent passage à l’eau du lac. Quant aux chemins qu’elle suit sous la glace jusqu’à la Massa, on ne les connaît pas. Mais, par suite du mouvement du glacier, les tunnels que s’étaient percés les eaux finissent par changer de forme et même par disparaître tout à fait. A partir de ce moment les eaux du lac n’ayant plus aucun écoulement montent jusqu’à ce qu’elles aient réussi à se frayer un nouveau chemin à travers le glacier.
- Lorsque le niveau du lac a atteint l’Àlpe de Mâr-jelen les eaux s’écoulent dans la vallée de Fiesch.
- Les questions qu’on s’est posées souvent sont celles-ci : combien de temps le lac reste-t-il rempli, et se vide-t-il à des époques régulières? Il y a vingt ans, on croyait dans le Valais que le lac se vidait tous les sept ans ; actuellement on croit que c’est tous les trois ans seulement. Nous allons tâcher de voir ce qu’il peut y avoir de vrai dans ces deux opinions.
- Lorsque le lac se vide, c’est une vraie calamité pour la vallée du Rhône. Pendant que l’eau se fraye un chemin sous le glacier, on entend toujours un bruit de tonnerre et de fortes colonnes d’eau jaillissent des crevasses. En peu de temps les terrains situés en aval du confluent de la Massa et du Rhône sont couverts d’eau. Beaucoup de cultures sont ainsi détruites. Par suite, le lac de Mârjelen jouit d’une mauvaise réputation auprès des habitants du haut Valais, qui ne sont pas riches.
- Le bassin du lac est constitué par l’ancienne moraine de fond d’une branche du glacier de l’Aletsch qui autrefois passait par le petit col qui sépare les Strahlhôrner de l’Eggishorn, et où se trouvent actuellement les cabanes de l’Alpe de Mârjelen. A environ 120 mètres au-dessus du niveau des plus hautes eaux, sur le versant sud des Strahlhôrner, on distingue parfaitement les traces de l’ancienne moraine latérale. Le lac a, au moment de son plus grand développement, 1500 mètres de long, 500 mètres de large et 50 mètres de profondeur. Le fond est incliné fortement de l’ouest à l’est. Sur le fond lui-même se trouve une petite élévation de 2 mètres ; c’est elle qui empêche le bassin oriental de se vider jamais complètement.
- M. Gosset, de Berne, a essayé de dresser un tableau des époques auxquelles le lac s’est vidé ; quand on l’étudie on voit que le lac de Mârjelen ne se vide jamais à des époques régulières. En 1878, il lui a fallu 50 heures et demie ; le volume de l’eau écoulée
- étant de 9 500000 mètres cubes d’eau, il résulte que par minute il s’écoulait 84,7 nr d’eau en moyenne. A Brigue, à 5 kilomètres du confluent de la Massa et du Rhône, ce dernier monta de 1,50 ni. A Sion, à 65 kilomètres, la crue du Rhône était encore de 0,90 m. Il n’y eut pas de trop grands désastres parce que les eaux du Rhône étaient basses.
- En juillet 1887, le lac était plein. Le 6 août, le niveau de l’eau atteignait la limite de la végétation. De nombreux blocs de glace de 2 à 8 mètres flottaient sur le lac. La température de l’eau était de 2 degrés à 15 centimètres de profondeur et de 0 degré à 1 mètre. Celle de l’air était de 10 degrés. L’eau était transparente jusqu’à 1,20 m. Dans la nuit du 6 au 7 août le niveau du lac monta de 0,50 m. Jusqu’à la fin du même mois, le lac monta d’un centimètre par jour.
- Le 4 septembre, à minuit dix minutes, un voyageur venant de la Jungfrau constatait que le lac avait baissé de 5 mètres au-dessous de la limite de la végétation. Dans la matinée, on apprenait à l’Eggishorn que le lac s’était vidé pendant la nuit.
- Le lac ne se vide jamais entièrement. En 1878, il ne resta rien au pied de la muraille de glace, tandis qu’en 1887 il resta deux mares. Lorsque les eaux sont hautes, la surface légèrement inclinée du glacier de l’Aletsch semble se prolonger sous l’eau. Mais quand le niveau du lac s’est abaissé on découvre une paroi verticale. On attribue cette formation à ce que la glace immergée fond beaucoup plus vite que la glace exposée à l’air.
- La région médiane de cette muraille est le point le plus élevé; là, sur une longueur de 100 mètres on ne voit aucune crevasse ; mais à droite et à gauche, sur un espace de 70 mètres on aperçoit de nombreuses crevasses verticales ; ce sont celles-ci qui agrandies par l’action des eaux leur ont donné passage. Au bout de quelques jours les galeries qui avaient servi à l’écoulement des eaux du lac s’écroulèrent parce que la glace en cet endroit étant très poreuse, offre une résistance moindre. Entre ces deux régions et les rives on pouvait voir des galeries en voie de formation ; ici elles n’avaient que 8 mètres, tandis que celles qui avaient été traversées par les eaux en avaient souvent plus de 50.
- En septembre 1885, le canton du Valais fît étudier un projet ayant pour but d’abaisser le niveau du lac. D’après ce projet on devait creuser un canal de 540 mètres de long, allant du lac jusqu’à la vallée de Fiesch. L’écoulement qui se ferait par ce canal abaisserait le niveau du lac de 12,50 met lui enlèverait 4900 000 mètres cubes d’eau, en lui en laissant 5 400000. Actuellement, il faut que le lac soit plein avant de pouvoir s’écouler dans la vallée de Fiesch, tandis que lorsque le canal sera achevé il suffira qu’il le soit à moitié.
- L’écoulement aura toujours lieu par le glacier de l’Aletsch, mais ce canal diminuera de beaucoup les chances d’inondations dans le haut Valais, sans les supprimer tout à fait cependant.
- p.2 - vue 6/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 5
- On évaluait les frais de ce travail à 149 500 francs. La moitié de cette somme sera fournie par le Gouvernement fédéral.
- Lorsque le 19 septembre 1889, nous traversâmes le lac pour aller passer une journée à la cabane de la Concordia-Platz, les eaux du lac étaient très basses et de nombreux blocs de glace étaient échoués sur ses rives. Plusieurs ouvriers travaillaient au canal. Le lendemain la neige qui commençait à tomber mit lin à notre campagne alpestre qui durait depuis quinze jours déjà, et nous dîmes au revoir aux Alpes qui se couvraient de leurs blancs manteaux.
- Prince Roland Bonadarte.
- • LES HIRONDELLES MESSAGÈRES
- Le Ministre de la guerre vient d’être saisi d’une proposition tendant à faire tenir par des hirondelles le rôle actuellement attribué aux pigeons voyageurs.
- L’idée nous paraît bonne, mais elle n’est pas, tant s’en faut, nouvelle. Pline nous apprend, en effet, qu’un certain chevalier romain, du nom de Cécina, — lequel chevalier avait une écurie de course, — emportait de Volterre, ville de Toscane, à Rome, des hirondelles qu’il lâchait ensuite au moment voulu, pour télégraphier à ses amis la décision des arbitres touchant le résultat du concours et la distribution des prix courus. Les oiseaux revenaient à leur nid les plumes teintes de la couleur du parti victorieux1.
- Ce passage du naturaliste est intéressant en ce qu’il nous apprend que les Romains avaient des courses de quadriges (chars attelés à quatre) comme nous avons aujourd’hui chez nous des courses de chevaux et que leurs cochers portaient, comme nos jockeys, des couleurs distinctives. Du fait de cet emploi d’hirondelles messagères il est permis de conjecturer qu’il s’engageait, à propos des concours de chars, des paris -importants. Peut-être même y avait-il à Rome des agents faisant le métier de nos bookmakers modernes.
- Ce qui prouve, une fois de plus, que les inventions vraiment originales sont d’une rareté extrême.
- En temps de guerre, les anciens employaient déjà l’hirondelle comme on propose de l’employer aujourd’hui — en qualité de messagère. « Fabius Pictor, dit encore Pline, rapporte en ses Annales qu’un poste romain, bloqué par des Ligures, lui expédia une hirondelle enlevée à ses petits afin que, lui nouant un fil à la patte, il indiquât par un nombre de nœuds le jour de l’arrivée de son armée de secours, date à laquelle les défenseurs devaient exécuter, en conséquence, une sortie combinée2. »
- 1 « Cæcina Yolatcrranus..., quadrigarum dominus, compre-liensas (hirundines) in Urbem secum auferens, victoriæ nuncias amicis mille bat, in eumdem nidum rcmcantes, illilo victoriæ colore. » (Pline, Ilist. nal. X, xxxiv.)
- 2 « Tradit et Fabius Pictor in Annalibus suis, quum obsidc-rctur præsidium romanum à Ligustinis, hirundinem à put lis ad se allatam, ut lino ad pedem cjus alligato nodis signifi-carct quoto die, adveniente auxilio, cruptio fieri deberet.» (Pline, loc. cil.)
- Les promoteurs actuels d’un usage courant des hirondelles à la guerre, prétendent que le dressage de ces oiseaux demande de deux à cinq semaines. Ici, ils ne sont plus d’accord avec les anciens qui trouvaient dame Progné parfaitement indocilei.
- Cette question d’éducation nous paraît devoir être étudiée de très près.
- Lieutenant-colonel Hexnebert.
- YOUTES CÉLESTES CONCAYES
- Dans son enseignement à l’Observatoire populaire qu’il a fondé en 1880 au Trocadéro, M. Léon Jau-bert a remplacé les globes célestes convexes, qui donnent le ciel à l’envers et dont on a fait usage jusqu’ici, par des voûtes célestes concaves reproduisant, aussi fidèlement que possible, l’aspect du ciel étoilé et son mouvement diurne apparent.
- Ces voûtes célestes, qu’il nous paraît intéressant de signaler, sont construites à diverses échelles, les unes à 3, d’autres à 4, à 6 millimètres par degré (elles sont représentées sur la figure) et plusieurs à 12 millimètres par degré. M. Léon Jaubert a même exposé pendant quelques jours en 1887, au Palais de l’Industrie, une partie importante d’une sphère concave à l’échelle de 6 centimètres par degré, c’est-à-dire de 21,60 m de circonférence.
- M. Jaubert a divisé la sphère géométrique des astronomes de la manière suivante :
- 1° En deux calottes polaires de 20 degrés chacune.
- 2° En huit zones de 20 degrés de large chacune.
- 5° Chaque zone est subdivisée en douze parties par des méridiens distants de 50 en 50 degrés et allant du cercle du 80e degré boréal au cercle du 80e degré austral formant pour les huit zones quatre-vingt-seize régions.
- 4° Chaque calotte polaire se trouve subdivisée également en deux régions par le méridien des équinoxes donnant ainsi quatre régions, cent régions pour toute la sphère, cinquante pour l'hémisphère boréal, cinquante pour l’hémisphère austral.
- Chaque région est désignée par un numéro d’ordre. Les numéros commencent au pôle nord et vont en suivant de zone en zone jusqu’au pôle austral.
- La notation très imparfaite de Bayer est remplacée par une notation beaucoup plus simple et bien plus précise qui a permis de dénommer individuellement non seulement toutes les étoiles visibles à l’œil nu, mais toutes les étoiles d’après leur position, leur éclat, et la nature de leur spectre. Cette même notation a permis en outre d’indiquer l’éclat général des diverses régions de la voie lactée, l’éclat de chaque amas, celui de chaque nébuleuse. Il a été facile de dénommer le groupe des Pléiades photographié par MM. Henri à l’Observatoire de Paris. Au lieu de l’alphabet grec, aujourd’hui fort peu répandu, M. Jaubert a fait usage de l'alphabet, actuellement
- 1 e Aon omitlcndum est, quum de ingeniis disserimus è volu-cribus, hirundines esse indociles. » (Pline, Ilist. nat. X,
- LXU.)
- p.3 - vue 7/432
-
-
-
- LA NATURE.
- le plus usuel en Europe, qui a vingt-six lettres et dont chaque lettre a deux formes, la forme majuscule et la forme minuscule. Il a, de plus, ajouté à cet alphabet quatre autres signes, en tout trente signes. Un signe se trouve consacré pour chaque grandeur d'étoiles, ce qui a permis d'indiquer non seulement les étoiles visibles à l’œil nu, mais même les étoiles les plus faibles. Outre cette classification par grandeurs, les étoiles sont aussi classées par rang d’éclat. Ainsi, toute étoile de la première grandeur est accompagnée de la lettre A. Cette lettre est majuscule pour les plus éclatantes et minuscule pour celles qui se rapprochent de la grandeur suivante. Toutes les étoiles de seconde grandeur sont accompagnées de la lettre B. La lettre est majuscule pour les plus éclatantes et minuscule pour les autres, et ainsi de suite pour les autres grandeurs.
- Lorsqu’il y a dans une région plusieurs étoiles de même grandeur, chaque étoile est également classée d’après son éclat.
- L’étoile la plus éclatante n’est accompagnée que de la lettre correspondant à sa grandeur. Celles qui viennent im-médiatement après par l’éclat, reçoivent en plus de la lettre un chiffre numérique 1, 2, 3, 4, etc. Lorsqu'il se trouve dans une même région plus de vingt étoiles de même grandeur, cette région a été subdivisée en sous-régions, les étoiles de cette grandeur et celles des grandeurs plus petites, comprises dans chaque sous-région sont dénommées comme celles des grandes régions.
- M. Jaubert a classé aussi les amas et les nébuleuses d’après leur éclat général. 11 en a indiqué l’éclat à l’aide de la lettre majuscule ou minuscule penchée correspondant à cet éclat. La lettre est seule s’il y a un seul amas ou une seule nébuleuse dans la région. Elle est suivie d’un chilfre numérique s’il y a plusieurs amas ou plusieurs nébuleuses dans la même région. Les amas et les nébuleuses résolubles sont divisés en sous-régions de manière à ce que les diverses étoiles qui les composent puissent être indi-
- viduellement dénommées, d’après leur éclat, à l’aide de la notation que nous venons d’indiquer. Le type spectral, ou type chimique de chaque étoile, est indiqué. Les étoiles blanches, ou blanches légèrement bleuâtres, forment environ un peu plus de la moitié des étoiles ; elles constituent les étoiles du premier type chimique. Les étoiles jaunes forment le second type, les étoiles orangées ou rougeâtres le troisième, et les étoiles rouges le quatrième. Les étoiles du premier type sont désignées par la lettre majuscule ou minuscule sans surcharge d’aucun signe. Les étoiles du deuxième type sont désignées par un trait horizontal placé au sommet de la lettre. Celles du troisième type par un trait horizontal placé au milieu de la lettre et e quatrième type par un trait horizontal placé au bas de la lettre.
- La variabilité d’éclat des étoiles variables est représentée par deux lettres jointes correspondant l’une à l’éclat maximum et l’autre à l’éclat minimum.Lalongueur des périodes de la variation des étoiles variables est indiquée en outre par des signes spéciaux. Les étoiles doubles, triples ou multiples, sont indiquées par les lettres correspondant à l’éclat des diverses composantes. Celles dont les composantes sont animées de mouvements propres, parallèles ou orbitaux, sont indiquées par des flèches droites ou courbes qui indiquent la direction du mouvement et sa rapidité.
- Les étoiles dont la distance et le mouvement propre sont connus sont accompagnées d’un signe qui en indique la distance, la vitesse et la direction de leur mouvement propre. Les étoiles fondamentales, indiquées dans la Connaissance des temps et le Nau-tical Almanac dont les astronomes et les gens de mer font plus spécialement usage, sont marquées pour la première fois aussi d’un signe particulier. Ainsi qu’on le voit par cette rapide description, les voûtes et les cartes célestes de M. Jaubert renferment une foule d’indications très précieuses, résultant de l’état actuel de lascience. Ces indications peuvent être comprises de tout le monde sans étude préalable.
- Voûtes célestes concaves de M. Léou Jauhcrt.
- p.4 - vue 8/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 5
- Fig. 1. — Spécimen des photographies instantanées exhibées dans le tachyseope électrique de M. Anschuetz.
- On sait que les objets en mouvement, s’ils viennent à être éclairés par un rayon de lumière instantané, apparaissent immobiles. Les exemples sont nombreux, lorsque survient un orage accompagné de tonnerres pendant la nuit. Il est impossible de remarquer si les objets éclairés sont en mouvement ou au repos. Ce principe est bien connu; il a donné naissance à de nombreuses applications, parmi lesquelles nous citerons l’application au stroboscope ou zootrope.
- M. Anschuetz a indiqué un nouveau dispositif de
- zootrope, qu’il désigne sous le nom de tachy-scope électrique. Cet appareil nouveau mérite d’être signalé : nous en emprunterons la description et les dessins à notre confrère de New-York identifie American.
- Cet appareil consiste en une roue en fer d’un certain diamètre (fig. 2); cette roue est mobile autour d’un axe reposant sur un pied en fer porté lui-même sur un chariot à roulettes. La roue peut être mise en mouvement par une manivelle. A la périphérie, on adapte une série de disques sur lesquels sont montés les sujets à
- Fig. 2. — Tachyseope électrique de M. Anschuetz.
- p.5 - vue 9/432
-
-
-
- G
- LA NATURE.
- représenter dans leurs diverses positions. La roue porte encore une série de taquets placés un peu au-dessous et au milieu môme de chaque figure. Lorsque la roue est mise en mouvement, un contact vient glisser sur ces taquets et fermer le circuit d’une batterie de piles ou d’accumulateurs sur le circuit inducteur d’une bobine de Ruhmkorff. Cette dernière n’a pas l’interrupteur ordinaire spécial ; les interruptions sont produites par la succession de contacts et de ruptures de la rooe en mouvement. Le circuit induit est fermé sur un tube de Geissler en spirale, placé derrière l’image de façon à lcclairer entièrement. A chaque fermeture du circuit inducteur suivie presque aussitôt d’une rupture, il se produit dans le circuit induit deux courants successifs, le premier inverse, dû à la création du llux de force magnétique dans le noyau de fer de la bobine, le second direct. Mais de ces deux courants induits, inégaux en durée, et, par suite en tension, c’est le second seul qui franchit la résistance offerte par le tube de Geissler et l’illumine d’un vif éclat, le courant induit inverse ne produisant qu’un effet presque nul. On n’a donc qu’un seul éclairement de l’image, éclairement produit à la rupture du circuit primaire de la bobine, au moment du passage de chaque taquet. Cette disposition a l’avantage d’éclairer l’objet seulement au moment où il passe devant les yeux des spectateurs ; la succession rapide de rayons lumineux interrompus laisse sur la rétine une impression plus vive qu’une lumière continue, et cette impression dure jusqu’au moment d’une nouvelle impression. Les effets obtenus de celte manière sont, paraît-il, surprenants. On représente ainsi des oiseaux pendant le vol, des chevaux au galop, des jeunes gens à la course. Notre figure 1 donne un spécimen des vues successives exhibées au tachyscope; elle reproduit d’après des photographies instantanées les divers mouvements exécutés et les diverses positions occupées par un jeune athlète lançant un javelot.
- Avec cet appareil, pour obtenir des effets plus saisissants encore, il suffit de laisser une seule ouver-. ture devant la boite qui renferme le tube de Geissler ; le reste de l’appareil peut être dissimulé. C’est ce qui est indiqué par notre figure 2 qui donne le dispositif de l’expérience. Un châssis solide, formant une sorte de mur, dissimule le tachyscope aux yeux du spectateur. Le dessinateur a montré le public au moyen d’une déchirure.
- Le tachyscope obtient grand succès de l’autre côté de l’Atlantique; ce système est, en somme, facile à réaliser ; les effets lumineux sont obtenus avec une source d’énergie lumineuse relativement faible; quelques piles au bichromate, une bobine de Ruhmkorff et un tube de Geissler, suffisent. La supériorité de l’appareil réside dans la succession des contrastes lumineux et obscurs produits h chaque instant. Un de nos physiciens obtiendrait peut-être grand succès en construisant un appareil de ce genre II y a là une expérience à tenter. J. L.
- LE LAIT CONDENSÉ1
- Parmi les aliments qui servent à la nourriture de l’homme, le lait occupe, sans contredit, un des premiers rangs. D’un aspect agréable et d’une saveur appétissante, il doit à sa composition intime la propriété d'être la nourriture exclusive des nourrissons, de maintenir et quelquefois de rendre à nos malades des forces que leurs fonctions digestives refusent de prendre à d’autres substances, tout en permettant de composer, pour nos repas, certains de ces mets délicats dont nos Yatels modernes ont doté la cuisine française. Fiépandu presque à profusion dans les campagnes, la modicité de son prix le rend à peu près partout accessible à la table du pauvre, et il donne lieu, aux environs des grands centres habités, à des industries d’une réelle importance.
- Malheureusement, à côté de ces qualités qui lui font accepter une place si élevée dans l’alimentation humaine, le lait possède un défaut également capital, celui de ne pouvoir se conserver longtemps sans s’altérer. Quelque temps après la traite, en effet, il s’opère, dans l’intérieur du liquide, un mouvement ascensionnel de la crème qui entraîne avec elle la matière grasse ou beurre à la partie supérieure, et la caséine ne tarde pas à se précipiter; de plus, comme sa cotnposilion chimique le rend éminemment propre à la nutrition des microbes, les ferments lactiques et butyriques s’en emparent bientôt pour nous le transformer en un magma d’une odeur infecte, dont les propriétés le rendent impropre à la consommation.
- De l’observation précédente, il résulte que si le lait pris sur place jouit d’une considération méritée, il n’en est plus de meme lorsqu’il a subi un transport un peu long, et que s’il est des heureux qui le boivent lorsqu’il possède.toutes ses qualités, il est des infortunés auxquels ce plaisir a été jusqu’ici à peu près refusé. En effet, sans vouloir parler de tous les procédés qui ne sont que des falsifications, le problème de la conservation du lait est encore à résoudre, et les compagnies maritimes, si intéressées à la réussite des recherches entreprises dans cette voie, ne pourront peut-être, de longtemps encore, faire entrer couramment dans leurs menus cet aliment savoureux de la terre ferme.
- Cependant, M. Martin de Lignac a indiqué un procédé de traitement du lait qui en permet le transport, et quoique ce procédé soit de date assez ancienne, on verra par la suite qu’il n’est pas sans intérêt d’en dire actuellement quelques mots.
- Le moyen indiqué par M. de Lignac comprend plusieurs opérations. La première est le sucrage du liquide, qui se fait, afin d’éviter l’impôt, à l’aide de solutions de saccharose. Le lait ayant subi cette addition est porté dans des appareils à cuire dans le vide où on l’évapore, à basse température, au cinquième de son volume. Il est ensuite soutiré dans des boites en fer-blanc, porté à l’ébullition et les couvercles des boîtes sont enfin soudés ainsi qu on le fait pour la conservation des autres substances alimentaires.
- En ajoutant au produit résultant de ces opérations successives la quantité d’eau enlevée par l’évaporation, on reforme un liquide qui possède l’odeur et le goût caractéristiques du lait cuit et qu’on consomme généralement après l’avoir mélangé au thé ou au café.
- En France, le procédé de M. de Lignac n est pas exploité, mais par contre, la Suisse, l’Angleter^ et l’Allemagne livrent sur le marché français, sous le nom de
- 1 Voy. n° 751, du 22 octobre 1887, p. 53t.
- p.6 - vue 10/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 7
- condensed milk, un produit résultant soi-disant de la suite des opérations précédentes et sur lequel l’attention de diverses personnes a été attirée pendant la dernière Exposition. Nous avons pu nous procurer sept échantillons différents de ces laits condensés, nous les avons soumis à l’analyse et les résultats obtenus sont consignés dans le tableau que nous publions ci-contre. Les chiffres sont rapportés à 100.
- Nous devons d’abord dire qu’à la dégustation, ces différents échantillons nous ont paru d’une platitude remarquable; mais, en examinant comparativement ce tableau avec celui des analyses des laits naturels des différentes provenances, on en tire un enseignement qu’il est bon de méditer.
- D’abord, tous ces produits proviennent de laits qu’on a privés, au préalable, de la totalité de leur crème et par -conséquent de leur beurre ; de plus, si la caséine y existe à peu près en proportions normales, nous nous demandons comment il se fait qu’il n’en soit plus ainsi de la lactose et des matières fixes pour lesquelles les chiffres trouvés sont inférieurs à ceux connus jusqu’ici. Il y a là une rupture d’équilibre entre les nombres indiquant les quantités des matières constituantes qu’il est difficile de s’expliquer,
- MATIÈRES DOSÉES N* 1 N» 2 5» 3 5» 4 K* 5 N* 6 N* 7
- Caséine 21,48 14,04 17,26 19,62 17,70 13,94 10,50
- Matière grasse 0,76 0,08 0,50 0,16 0,76 0,12 0,04
- Saccharose 32,27 23,93 34,58 32,87 27,58 36,95 33,79
- Lactose 11,70 14,87 10,23 9,24 10,83 12,57 12,57
- Eau.matières diverses. 32,20 45,37 36,29 36,13 41,07 34,14 41,76
- Cendres 1,59 1,71 1,14 1,98 2,06 2,28 1,34
- Tableau des analyses de sept échantillons de lait condensé.
- à moins d’admettre une synthèse complète du produit livré à la consommation.
- L’écrémage de la matière première ne fera plus aucun doute quand on saura que les maisons qui fabriquent des laits condensés font en même temps un grand commerce de beurre, et la qualité de la substance vendue pourra paraître suspecte à chacun comme à nous, quand nous aurons ajouté que le peu de matière grasse qu’on a pu extraire des échantillons soumis à l’analyse possédait une forte odeur de rance, caractéristique d’une fermentation butyrique prononcée.
- 11 est permis, en outre, d’avoir des doutes sur l’efficacité du procédé ainsi exploité, sur la durée de conservation du produit vendu, car l’échantillon n° 2 était en voie de décomposition et le n° 7 additionné d’acide salicylique.
- On voit donc, par les considérations précédentes, qu’il n’est pas sans intérêt d’examiner ce qu’est devenu, entre les mains des étrangers, un procédé qui, s’il ne résout pas la question d’une façon absolument désirable, donne cependant de bons résultats; et, puisqu’on nous dit qu’en France on songe à monter une concurrence à cette industrie étrangère, nous espérons que nos compatriotes mettront tous leurs soins à nous préparer un produit convenable qui pourra réellement jouer, dans l’alimentation, le rôle qui lui est assigné. E. Fleurent.
- L’OSTRÉICULTURE
- Il y a quelques semaines, le visiteur de l’Exposition universelle pouvait voir, le long du quai d’Orsay,
- dans un pavillon spécialement aménagé, l’intéressante section de l’ostréiculture.
- Cette construction renfermait six bacs, dont quatre de dix mètres de long sur un mètre cinquante de large, et deux autres de cinq mètres de long pour la même largeur.
- Dans chacun de ces bacs étaient placées les huîtres de même provenance, séparées entre elles, au moyen de glaces mobiles, par espèces et par âges.
- A l’Exposition universelle de 1878, les huîtres étaient exposées dans des aquariums bien entretenus, remplis d’eau de mer amenée à grands frais, soigneusement aérée, et cependant, malgré ces conditions très favorables, on ne pouvait parvenir à les conserver vivantes que pendant quelques jours. M. Georges Berger ne voulut absolument pas recommencer cette école et dépenser inutilement cinquante mille francs pour amener l’eau de l’Océan. Mais comme nos ostréiculteurs et le Ministre de la marine tenaient beaucoup à ce que les produits vivants fussent exposés, M. Edmond Perrier, professeur au Muséum, offrit au Comité d’admission dont il faisait partie, de tenter l’emploi, pour faire vivre les huîtres, de l’eau de mer artificielle. Sa proposition ayant été aôeeptée, M. Perrier chargea un de ses préparateurs, M. Manuel Causard, de faire les essais préliminaires à l’École normale.supérieure.
- Bien que modestes, ces essais réussirent pleinement; ils démontrèrent qu'en hiver on pouvait garder vivantes, jusqu’à trois mois, dans la même eau de mer artificielle, aérée tous les quinze jours, les huîtres achetées au marché. Ces animaux s’accommodaient même d’eau de mer artificielle qui pour la même quantité de sel contenait tantôt trois, tantôt quatre litres d’eau pure. Cette tolérance était une garantie de la résistance de l’animal.
- De son côté, M. Perrier parvint à conserver dans les aquariums de Saint-Cloud, des littorines et des actinies, vivant dans l’eau de mer artificielle, depuis le mois d’octobre 1888 jusqu’en juillet 1889. La commission se décida donc à l’adoption de ce système.
- L’eau est fabriquée par cuves d’environ huit mètres cubes. La formule employée est celle de la composition de l’eau de mer donnée par Régnault et par les analyses de Chatlinger. On emploie, pour trois mètres cubes d’eau, cent kilogrammes d’un mélange ainsi composé :
- Sel marin brut.................... 780 grammes
- Chlorure de magnésium............... 109 —
- Chlorure de potassium................ 25 —
- Sulfate de magnésie.................. 50 —
- Sulfate de chaux..................... 56 —
- Total. . . . 1000 grammes
- Les iodures et bromures qui existent en petite quantité dans l’eau de mer ont été supprimés, mais il en existe toujours des traces dans le sel marin brut; on sait d’ailleurs que ce dernier est ici la substance essentielle à la conservation des animaux marins.
- L’eau de mer fabriquée à l’Exposition marquait à
- p.7 - vue 11/432
-
-
-
- 8
- LA NATURE.
- l’aréomètre de Baume 3°,5, comme celle de la Manche dans la même saison. Elle put servir fort longtemps. Tous les dix jours elle était pompée dans les bassins et passait dans deux batteries de fdtres Maignen au noir animal et à l’amiante qui ont un débit de huit cents litres a l’heure.
- L’aération se faisait d’une manière continue au moyen de jets d’air disposés de mètre en mètre et produits par un ventilateur d’Anthony.
- Grâce à l’application de ce procédé, on a pu conserver vivants de nombreux échantillons de ces mollusques, même pendant les grosses chaleurs de l’été, ce qui a permis au public de se rendre compte des progrès réalisés par l'ostréiculture et des résul-
- tats si remarquables que donne l’élevage artificiel des huîtres. Depuis l’époque où M. Coste fit ses premiers essais, assisté par M. Bouchon Brandly, l’éminent inspecteur actuel des pêcheries, l’industrie ostréicole a fait des progrès considérables; et ce qui n’était guère alors qu’une expérience scientifique est devenu aujourd’hui une industrie des plus prospères, source de richesse pour nos côtes, en même temps que de jouissance pour les gourmets.
- Epuisés par une exploitation abusive, nos bancs d’huîtres ne produisent plus, en effet, que des quantités insignifiantes de mollusques, et l'huître serait devenue aujourd’hui un animal aussi rare et aussi cher que le coq de bruyère, si la production obtenue
- L’exposition d’ostréiculture, sur le quai fl’Ôrsay, à Paris.
- artificiellement par les ostréiculteurs de Bretagne, de Gascogne, etc., n’était venue suppléer a la production naturelle, et permettre d’alimenter les halles et marchés de produits excellents avec une telle abondance que, malgré l’accroissement de la consommation, le taux du prix des huîtres va chaque année en diminuant, et que l’on peut entrevoir le jour où elles deviendront enfin un aliment véritablement populaire.
- Quelques chiffres montreront les résultats saisissants obtenus par cette industrie : en 1887, les gisements naturels français ont fourni à la consommation 570030 huîtres, et la même année les parcs artificiels en livraient 11087 873 d’espèces françaises, 1 951 306 d’espèces portugaises.
- Le plus important centre de production est Arca-
- chon qui produit 3214400 huîtres par an; puis vient Marennes, avec 2 595 200 françaises et 407 000 portugaises; Oléron, 1175 000 françaises et 950000 portugaises; Auray, 636 000; Lorient, 518 000; Cancale, 408 000; Courseulles, 350000.
- Les bancs naturels de Cancale fournissent annuellement 341 000 mollusques et ceux d’Arcachon de 50 à 60 000.
- Dans la Méditerranée, Cette ne donne que 227 000 huîtres et les parcs de la Seyne 44000.
- Comme on le voit, ces chiffres sont importants et démontrent péremptoirement que l’ostréiculture est sortie des essais théoriques pour entrer définitivement dans la pratique commerciale.
- Fernand Landrin.
- p.8 - vue 12/432
-
-
-
- LA NATURE
- 9
- LA TUNISIE A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889
- Fig. 1. — Intérieur d’un souk tunisien à l'Exposition universelle de 1880. (D’après une photographie.)
- Lo gée à son aise et avec élégance dans le palais gracieux que lui a construit M. H. Sala-din, la Tunisie, qui, pour la première fois, participait à une exposition, a tenu à se faire voir sous d'avantageuses couleurs, et a su réaliser son désir. L’architecture de ce palais est fort agréable ; M. Saladin s’est inspiré d’édifices divers, parmi lesquels principalement le palais du Bardo, le Souk-el-bey, le Daï-el-bey, la mosquée de Sidi Ben-Arouz, et celle de Kai-rouan, et, en raison des nombreuses missions archéologiques qu’il a accomplies dans les diverses parties de la Tunisie, on peut être assuré de l’authenticité du style
- jusque dans les moindres détails. C’est ainsi que les carreaux de faïence — d’un si joli effet — qui tapis-
- Fig. 2. — L’exposition tunisienne à l’Esplanade des Invalides en 1889.
- saient les murs de la cour intérieure, avaient été empruntés au palais du Bardo : ces carreaux ont déjà quelque antiquité, car ils remontent aux seizième et dix-septième siècles. Dans ce palais, d’une façon générale, le noir et le blanc dominent : la polychromie, qui choque souvent nos yeux de septentrionaux dans les architectures méridionales, est très faible ici, et les puances sont atténuées.
- Nous ne rappellerons à nos lecteurs — car le temps est passé où ils pouvaient encore voir ce dont nous voulons les entretenir — nous ne rappellerons que les traits principaux de l’exposition tunisienne. Quelques cartes, des plans, des projets, nous ont montré que les travaux publics sont fort activement
- p.9 - vue 13/432
-
-
-
- 10
- LA NATURE.
- menés dans la Régence : on travaille vigoureusement à la réfection des routes, — autrefois très médiocres, — des ports et des ouvrages hydrauliques dont les Romains avaient couvert la Tunisie. Tunis est doté maintenant d’un port fort grand et l’on n’a plus à débarquer à la Goulette ou ailleurs. C’est là un point important , car Tunis doit devenir un débouché commercial important pour le Soudan, c’est par là que devront passer tous les produits venant de l’intérieur, et l’utilité du canal qui relie le lac Baïra à la mer ne peut être discutée. En même temps que l’on a agrandi et perfectionné le port, qui a été muni des quais, des entrepôts nécessaires, l’on a songé à assurer la navigation : de nombreux phares et fanaux ont été ajoutés à ceux qui existaient déjà en petit nombre ; leur utilité est grande, en raison de l’existence de bancs de sable mobiles sur lesquels divers navires se sont échoués. A l’intérieur, même activité. Les anciennes routes, ou plutôt les pistes arabes, ont été élargies et converties en voies véritables : il y en a déjà 450 kilomètres qui ont été mises en état. D’autre part, la route moderne, le chemin de fer, n’a point été négligée, et de nombreuses lignes ont été créées. D’ailleurs nous n’en sommes pas encore à la fin, car de grands projets sont à l’étude pour créer des lignes importantes qui amèneront à la mer les produits de l’intérieur.
- 11 est un point sur lequel les travaux publics pourront continuer quelque temps encore à s’achever; je veux parler des ouvrages hydrauliques. Les Romains avaient sillonné de leurs canaux et aqueducs le sol de la Régence; alors comme aujourd’hui, celle-ci possédait un sol excellent, un climat admirable, mais offrait le grave inconvénient detrc pauvre en sources et en eaux. Pour un pays qui doit être agricole, comme la Tunisie, l’eau est une nécessité absolue, une condition sine qua non : la chose est évidente et n’a pas besoin d'être signalée. Les travaux publics ont déjà fait d’excellente besogne : Tunis est pourvu d'une bonne canalisation et reçoit de l’eau irréprochable, grâce à l’utilisation et à la réfection partielle d’un ancien aqueduc romain. Mais Sfax, ville riche et qui a de l’avenir, comptant déjà 40 000 habitants, Sfax n’a que des citernes où l’on recueille l’eau de pluie. Cet état de choses doit changer ; d’ailleurs on s’occupe d’un projet qui consiste à amener à la ville les eaux de sources situées à 10 lieueade distance, et nous souhaitons de le voir promptement réalisé. La canalisation et l’irrigation doivent être poussées activement partout : la Tunisie a nourri de 12 a 15 millions d’habitants : actuellement elle n’en compte guère que un million et demi. 11 y a donc matière à des développements considérables, et pour obtenir le repeuplement, il faut rendre l’agriculture facile.
- Au point de vue des ressources du sol, la Tunisie ne présente pas les mêmes richesses que l’Algérie : les gisements métalliques sont rares et pauvres ; on trouve cependant un peu de galène, de calamine, de cuivre et de fer; par endroits, un peu d’or. Par
- contre les carrières sont abondantes et riches : les calcaires de toute sorte, le gypse, la chaux, le marbre, ne font pas défaut ; on a donc suffisamment de matériaux de construction. Le public a pu voir, entre autres objets, des cheminées et des colonnes, vases, etc., en marbre galène d’un excellent effet. Ajoutons que la carte géologique est en voie d’exécution et renseignera d’une façon très précise les personnes en quête de renseignements à cet égard.
- Bien que la chose ne paraisse point avoir une grande importance, sauf au point de vue administratif, il est une œuvre qui marche avec plein succès et qui rendra de grands services en ce qui concerne la colonisation : je veux parler de l’œuvre du service topographique. En dressant le cadastre, ce service rendra possible l’immatriculation et le transfert de la propriété, chose qui, jusqu’ici, a toujours présenté des difficultés en raison du régime de la propriété foncière.
- En jetant un coup d’œil dans le curieux petit pavillon consacré aux forêts tunisiennes, le public a pu se rendre compte des richesses du sol. A côté de beaucoup d’arbres plus rares, il a vu quelles son les essences principales de la Tunisie : le Chêne-liège, le Pin d’Alep, le Thuya, le Pistachier, le Gommier. L’Eucalyptus, l’Olivier, l’Amandier poussent fort bien également, et l’on peut prévoir que la culture de l’Olivier, quand elle se fera sur une plus grande échelle, fournira à la Tunisie une ressource précieuse, car l’huile est de très belle qualité et très abondante. De même la Vigne est prospère, et la culture en est fort rémunératrice. Je n’ai point parlé du Dattier : on ne peut l’oublier, car c’est un arbre très abondant et qui représente encore la grande ressource de la Régence, surtout dans le Sud : le public a d’ailleurs pu juger de visu de la beauté des dattes. Je laisse de côté les autres produits alimentaires, les liqueurs, les pâtes, les bonbons, dont de nombreux échantillons étaient accumulés dans des vitrines, et sur une longue étagère, où ils étaient çà et là agrémentés de divers palmipèdes et autres oiseaux détachés de la collection zoologique, et qu’on eût mieux fait de laisser à leur place.
- Dans l’avenir donc — et cet avenir n’est point éloigné,— la Tunisie jouera un rôle important dans diverses industries agricoles et extractives. Pour le moment, les industries locales sont peu- de chose, bien que nous ayons vu de nombreux échantillons de leurs produits dans le palais tunisien. Ces industries sont celles du tissage et du filage de la laine, de la broderie, et enfin de la poterie. Cette dernière industrie est plus développée à Nabeul, à Sfax, à Tunis et dans l’île de Djeiba qu’ailleurs. Les produits des potiers tunisiens sont intéressants à examiner, car, tant dans la forme des objets que dans la nature des dessins qui les recouvrent, l’on retrouve des traces d’arts passés qui se marient étrangement : le punique, le romain, l’arabe et le chrétien, s’unissent ou se juxtaposent d’une façon
- p.10 - vue 14/432
-
-
-
- LA NAT URL.
- Il
- qui n’a d’ailleurs rien de déplaisant. La poterie vernissée, dont on a pu voir de beaux échantillons, se fait surtout à Nabeul et à Tunis; l’émail en est vert ou jaune le plus souvent. Dans les poteries non vernissées, la forme et les dessins brunâtres des vases rappellent beaucoup les dessins archaïques grecs. Ces dessins s’obtiennent de deux façons : la plupart des potiers peignent leurs vases avec une décoction du fruit du caroubier; il en est un, qui passe presque pour un sorcier, qui procède d’une façon très différente, comme l’a découvert M. H. Saladin : il fait son dessin avec du chlorure d’argent et de l’ammoniaque et le fait ressortir au moyen d’une solution de sulfate de fer. N’est-ce pas de la sorcellerie que d’obtenir un dessin coloré par l’emploi successif de solutions incolores?
- Le palais tunisien était fort riche en documents archéologiques. Voici d’abord quelques souvenirs de Carthage, mais c’est peu de chose : ruinée de fond en comble par les Romains, pillée sans cesse par les Arabes qui l’ont exploitée comme carrière de pierre à bâtir, — Tunis, la Goulette, et maintes autres localités sont bâties des ruines de Carthage,—jamais ville n’a été rasée comme le fut celle-ci, jamais destruction ne fut plus complète. Les documents archéologiques viennent surtout des recherches exécutées par M. Saladin, au cours de ses missions en Tunisie : c’est lui qui a rapporté ce plan du temple de Sheitla, des ruines de Chemtou, du temple de Dougga. Modèles de plans, de ruines, faïences anciennes, tout cela est du plus haut intérêt pour l’archéologie. Ce qui ne l’est pas moins, c’est l’étude d’ensemble faite par M. Saladin encore, sur les modes de conservation de l’eau à l’époque romaine. D’un caractère plus positif et plus utilitaire que les plans des monuments, de temples et d’arcs de triomphe, elle a autant d’intérêt archéologique.
- Il est un document des plus curieux qui intéresse encore la Tunisie, et qui s’est trouvé exposé dans la salle des Missions : il s’agit du modèle d’une habitation des troglodytes actuels de la Tunisie, exposé par M. Errington de la Croix (et un autre explorateur dont j’ai, à mon regret, oublié le nom). Ces habitations sont creusées dans le sol ; par un petit tunnel on accède à une assez grande fosse ouverte carrée, creusée en terre, et dans cette fosse débouchent les chambres, écuries, etc., également creusées dans le sol. Il y a des agglomérations considérables de ce genre d’habitations dont il faut être très rapproché pour en soupçonner l’existence.
- Henry de Varjgny.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
- S’il est dans La Nature un article qui intéresse vivement tous ses lecteurs, grands et petits, c’est certainement celui qui porte la rubrique : Récréations scientifiques. On y trouve, sous une forme
- souvent pittoresque, la démonstration d’une vérité mathématique ou d’un principe de physique, de chimie ou de mécanique.
- Des mathématiciens célèbres n’ont pas dédaigné de publier des volumes entiers de récréations semblables et les ouvrages de Rachet de Méziriac et d’O-zanam sont classiques, pour ainsi dire.
- Il est un autre ouvrage moins connu, mais qui nous a paru très curieux et dont nous voudrions dire quelques mots. Il est intitulé : Récréations mathématiques, composées de plusieurs problèmes plaisans et facétieux d’arithmétique, géométrie, astrologie, optique, perspective, méchanique, cliymie et autres rares et curieux secrets : plusieurs desquels n’ont jamais esté imprimez... Ce livre a été publié sans nom d’auteur, mais on sait qu’il a été écrit par le P. Jean Leurechon, de la Compagnie de Jésus.
- Le P. J. Leurechon naquit en 1591 dans le duché de Rar. Il enseigna les mathématiques au collège de Rar dont il devint recteur et ensuite confesseur du duc de Lorraine Charles IV. Il mourut en 1670 â Pont-à-Mousson. On a de lui : Pratique de quelques horloges; Discours sur les observations de la comète de 1618 (cité par Lalande) et enfin les Récréations mathématiques.
- Ce dernier ouvrage, imprimé à Rouen en 1626 et orné de gravures très naïves, contient un grand nombre de récréations dont plusieurs sont bien connues et figurent dans l’ouvrage les Récréations scientifiques de M. Caston Tissandier ou ont déjà été données dans La Nature :
- « Rompre un baston posé sur deux verres;
- « Faire que trois bastons, trois couteaux ou semblables corps s’entre supportent en l’air sans être liez ou appuyez d’autre chose que d’eux-mêmes;
- « Partager huit pintes avec des vases de huit, cinq et trois pintes ;
- « Lever une bouteille avec une paille ;
- « Le moyen de partager une pomme en deux, quatre, huit et semblables parties sans rompre l’écorce ;
- « Faire qu’un seau tout plein d’eau se soutienne pour ainsi dire soy mesme au bout de quelque bas-ton. »
- L’auteur dispose l’expérience comme le montre la figure 1. Dans ces conditions, l’équilibre ne peut exister, car il est visible que le centre de gravité du système ne se trouve pas au-dessous du point de suspension. Il trouve que « le seau ne pouvant tomber qu’à plomb en est empesché par le baston qui est parallèle à l’horizon et posé sur la table, et cela est admirable. »
- « Faire passer un mesme corps par trois trous bien divers avec la condition qu’il les remplisse tout entier en passant. »
- « N’est-ce pas là un joli tour de passe-passe fondé sur la plus fine géométrie? c’est, à mon avis, un des plus subtils tours que je sache. »
- C’est très difficile, en effet, car il s’agit de faire
- p.11 - vue 15/432
-
-
-
- 12
- LA NATURE.
- passer un môme corps par trois trous : un rond, un rectangulaire et un ovalaire. Il suffit de prendre un cylindre qui a pour base un cercle égal à l’ouverture circulaire et une hauteur égale à la plus grande dimension du rectangle. En le faisant passer obliquement, il remplira en entier l’ouverture ovalaire (plus exactement elliptique).
- Qui sait si Newton, presque contemporain du P. Leurechon, n’aurait pas pu tirer parti de cet innocent problème? N’est-ce pas lui, en effet, qui, pour donner une issue à ses chats gros et petits qui jouaient dans son cabinet de travail, a fait percer dans la porte deux ouvertures : une grande et une petite, sans rétïéchir que la grande seule pouvait suffire. Les grands hommesont de ces distractions, et peut-être aussi que cette histoire n’est qu’une légende.
- Le savant jésuite s'amuse à traiter sérieusement des questions du genre de celles-ci :
- « C’est icy une question curieuse : est-il plus difficile de faire un rond parfaict sans compas que de trouver le centre et le milieu du cercle? » Ou bien :
- « Quand une boule ne peut passer par un trou, est-ce la faute du trou qui est trop petit ou de la boule (pii est trop grosse? »
- Il discute pendant plusieurs pages sur ces deux questions et finit par cette sage réflexion : « Voyez comme on pointillé sur un maigre sujet, sur un tour de passe-passe. »
- Il s’étend assez longuement sur les propriétés de « la pierre d’aimant et des aiguilles qui en sont frottées ».
- Il termine par ces quelques lignes que l’on est étonné de rencontrer dans un livre daté de 1620 :
- « Quelques-uns ont voulu dire que, par le moyen d’un aimant ou autre pierre semblable, les personnes absentes se pourraient entre parler. Par exemple, Claude estant à Paris et Jean à Rome, si l’un et l’autre avait une aiguille frottée à quelque pierre dont la vertu fust telle qu’à mesure qu’une aiguille se mouvrait à Paris l’autre se remuast tout de mesme à Rome, il se pourroit faire que Claude et Jean eussent chacun un même alphabet (fig. 2),
- F
- Fig. 1, 2 et 3. — Expériences de récréations scientifiques au dix-septième siècle. (D’après un ouvrage de 1626.)
- Fig. 1. Curieux équilibre d’un seau au bout d’un bâton. — Fig. 2. Télégraphe magnétique à cadran. — Fig. Yis d’Archimède, etc.
- et qu’ils eussent convenu de se parler de loing tous les jours à 6 heures du soir, l’aiguille ayant fait trois tours et demy pour signifier ce c’est Claude et non un autre qui veut parler à Jean. Alors Claude lui voulant dire que le Roy est à Paris, il ferait mouvoir et arrester son aiguille sur L, puis sur E, puis sur R,O,Y, et ainsi des autres. Or, en même temps, l’aiguille de Jean s’accordant sur les mesmes lettres et, partant, il pourrait facilement escrire ou entendre ce que l’autre veut lui signifier.
- .« L’invention est belle, mais je n’estime pas qu’il se trouve au monde un aymant qui ait telle vertu ; aussi n’est-il pas expédient, autrement les trahisons seraient trop fréquentes et trop ouvertes » {sic).
- Le P. Leurechon consacre plusieurs chapitres à la description des miroirs plans, concaves, convexes, parallèles « aux gaillardises d’optique et multiplications admirables qui se font en une grande multitude d’iceux. Il faudrait être dans ces beaux cabinets des princes qu’on dit être enrichis d’un très grand nombre de très beaux miroirs pour contenter sa veüe en ceste matière ».
- Nous ne savons plus quel est l’astronome qui, le premier, a eu l’idée d’entrer en relation avec nos
- voisins, les Sélénites, s’ils existent. Il aurait suffi pour cela de dessiner sur la terre, avec des lumières électriques, d’immenses figures de géométrie que les Sélénites pourraient apercevoir et auxquels ils ne manqueraient pas de répondre par de semblables figures. Eh bien ! cette idée d’entrer en correspondance avec la lune n’est pas neuve, elle est de.... Pythagore. Je cite notre auteur :
- « Je veux finir par deux rares expériences. La première est pour représenter, moyennant le soleil, telles lettres qu’on voudra sur le devant d’une maison et d’assez loing si bien que quelqu’un de vos amis le pourroit lire. Ce qui se fait, dit Maginus1 en escrivant sur la surface du miroir avec quelque couleur que ce soit, les lettres pourtant assez grandes et à la renverse.... car opposant le miroir au Soleil, les lettres escrites en iceluy seront réverbérées et descrites au lieu destiné. Et peut-estre que Pythagore promettait, avec cette invention, de pouvoir escrire sur la Lune. »
- Examinons maintenant quelques expériences qui se font « avec de l’eau ou semblable liqueur ».
- 1 Magini Giovanni Antonio, mathématicien italien, s’occupa d’astronomie, d’optique et même d’astrologie (1555-1617).
- p.12 - vue 16/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 13
- « Le moyen de faire monter une fontaine du pied d’une montagne, par le sommet d’icelle pour la faire descendre à l’autre costé. »
- « 11 faut faire sur la fontaine un tuyau de plomb ou en autre matière qui monte sur la montagne et
- — Artificier fabriquant des fusées.
- continué en descendant de l’autre costé un peu plus bas que n’est la fontaine à fin que ce soit comme un siphon.... Puis après on fait un trou dans ce tuyau tout au haut de la montagne et ayant bouché l’orifice en l’un et l’autre bout on le remplit d’eau
- Fig'. 5. — Artificier lançant des baguettes.
- pour la première fois, fermant soigneusement ce j l’eau de cette fontaine montera perpétuellement par trou qu’on a ouvert au haut de la montagne. Pour ce tuyau et descendra à l'autre costé. Qui est une lors si l’on débouche l’un et l’autre bout du tuyau, I assez facile et jolie invention pour fournir des vil-
- lages et des villes quand elles ont disette d’eau. » Comme on le voit, c’est d’une exécution très facile et à la portée de tous ! Peut-être préférera-t-on la vis d’Archimède (fig. 3), « qui n’est autre chose qu’un cylindre autour duquel on voit un tuyau recourbé en forme de vis et qui faict monter l’eau en descendant ».
- Souvent le Père Leurechon prend une proposition mathématique vraie en théorie et la transporte dans la pratique où elle n’a plus d’application.
- Il est certain que, considérée sur une grande étendue, la surface des eaux forme la périphérie d’une sphère dont la courbure sera d’autant moins prononcée que le rayon sera plus grand.
- p.13 - vue 17/432
-
-
-
- 14
- LA NATURE.
- Notre mathématicien part de ce principe pour poser et résoudre cette question :
- « Est-il vray ce qu’on dit qu’un mesme vase peut tenir plus d’eau, de vin... dans la cave qu’au grenier et plus au pied d’une montagne qu’au sommet ? »
- « C’est chose très véritable, parce que l’eau se dispose toujours en rondeur à l’entour du centre de la terre. Et d’autant que le vase est plus près du centre, la surface de l’eau faict une plus petite sphère et partant plus bossue et plus éminent, par-dessus le vase... D’où vient que par dessus ses bords il peut plus tenir d’eau quand il est en cave qu’au grenier. .. »
- La navigation intéresse aussi l’auteur des Récréations, qui explique très bien par la différence des densités, cet accident — assez rare il nous semble — « de vaisseaux qui, ayantheureusement cinglé enhaute mer, coulent à fonds en arrivant à l’emboucheure de quelque rivière d’eau douce quoiqu’il n’y ait aucune apparence de tempête ».
- Puisque nous parlons de navigation, chacun se rappelle que dans le Voyage autour du monde en 80 jours de Jules Verne, le flegmatique Philéas Fogg n’a gagné son pari que parce qu’il avait eu l’idée de faire son voyage de l’est à l’ouest. En allant ainsi au devant du soleil il l’avait vu passer quatre-vingts fois au méridien, alors que ses collègues du Reform-Club ne le voyaient passer que soixante-dix-neuf fois.
- Voici sous quelle forme assez étrange ce problème géographique est présenté dans les Récréations.
- « Comment se peut-il faire que deux Gémeaux qui naissent en même temps et meurent puis après ensemble, l'un ait vescu plus de jours que l’autre ? »
- « Cela est aisé à concevoir, posé le cas que l’un d’eux s’en aille voyager vers l’occident et l’autre vers l’orient : car celui qui va vers l’occident, suivant le cours du soleil aura les jours plus longs; l’autre les aura plus courts et au bout de quelque temps en comptera plus que l’autre. Cela est arrivé en ettcct pour le regard des navires qui démarrent de Lisbonne et vont aux Indes occidentales ou orientales ».
- Les problèmes d’arithmétique, de géométrie et d’astronomie tiennent une place importante dans l’ouvrage du P. Lcurecbon.
- 11 est étonnant de n’y pas rencontrer quelqu’une de ces lumineuses démonstrations du fameux problème de la quadrature du cercle qu’on trouve dans les écrits de quelques mathématiciens du seizième siècle et qui n’ont qu’un défaut : celui de n’être pas exactes.
- La troisième et dernière partie a trait à la pyrotechnie : c’est un Recueil de plusieurs plaisantes et récréatives inventions de feux d'artifice, plus la manière de faire toutes sortes de fusées tant simples que doubles avec leur composition. Le tout représenté par des figures.
- L’auteur espère du lecteur, pour cette troisième partie « une lecture pleine d’attention, jugeant bien que ton esprit qui suit le mouvement du feu, quittera
- celui de tous les autres Elemens pour s’essorer dans une plus haute contemplation comme est celle du Ciel, qui doit faire lever les yeux aux hommes pour les tirer de la comparaison des bestes, qui n’ont pour object que la surface de la terre ».
- Nous ne dirons rien autre chose de cette dernière partie : nous nous contenterons de donner la reproduction de quelques gravures assez curieuses ; l’une d’elles représente un artificier occupé à fabriquer des fusées (fig. 4) ; l’autre indique le procédé de lancer les baguettes d’artifice (fig. 5). Nous reproduisons en outre une gravure relative à « diverses façons de fuzées qu’on fait voler sur des corde* » (fig. 7). On donne à ces fusées l’aspect de dragons ou de serpents. Nous publions enfin l’aspect des « feux récréatifs sur les lieux situez près des rivières ou de quelque grand étang » (fig. 6).
- Nous terminons ici ce trop long examen du livre des Récréations mathématiques. Puissions-nous, dans la mesure de nos faibles moyens, avoir développé chez quelques-uns de nos lecteurs le goût de ces recherches qui sont à la portée de tous et qui, comme le dit très bien le P. Leurechon « peuvent occuper les médiocres et bons esprits du temps, plus utilement qu’un tas de romans infructueux que les autheurs modernes nous distribuent a plus grand prix qu’une Somme de saint Thomas ou une Philosophie d’Aristote ou que les escrits d’Archimède ».
- V. Brandicourt.
- Amiens, 9 novembre 1889.
- CHRONIQUE
- La fabrication des fourrures. — Nous avons récemment publié sous ce titre 1 une notice dans laquelle nous avons signalé les procédés de confection de fourrures artificielles à bon marché, fabriquées avec des peaux de chat et des peaux de lapin. Nous n’avons jamais eu la pensée de mettre en suspicion les produits livrés au commerce par nos grandes maisons de fourrures qui font bel et bien du loutre avec des peaux de loutre, et du renard bleu avec des peaux de renard bleu. A ce dernier sujet, les chiffres que nous avons donnés et que nous n’avons pas suffisamment indiqués comme se rapportant au commerce de fausses fourrures, doivent être complétés et rectifiés par des renseignements que nous devons à l’obligeance de MM.Revillon frères, dont on connaît les magnifiques produits. Le commerce des fourrures de luxe, des vraies fourrures, atteint des chiffres considérables. Le Catalogue officiel pour 1888 indique 2503 peaux de renards bleus sur le marché de Londres et 054 sur le marché de Copenhague. La Martre, l’Astrakan, le Castor, le Sprungs, la Loutre, sont aussi employés en grande quantité pour manchons, boas et garnitures de vêtements. Mais, à côté de cette importante et belle fabrication, il ne manque malheureusement pas de falsificateurs, comme dans toute industrie ; et c’est essentiellement cette falsification que nous avons signalée.
- L’électricité au Mexique. — Un certain nombre de nos petites villes de province dont les rues n’étaient
- 1 Yoy. n° 800, du 25 novembre 1889, p. 405.
- p.14 - vue 18/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 15
- point jusqu’à ce jour éclairées du tout, se mettent à doter leurs voies d’un éclairage électrique, sans passer par l’éclairage à l’huile, puis au pétrole et enfin au gaz, comme l’ont fait les grandes villes. De même des pays neufs, comme par exemple ceux de l’Amérique centrale, profitent de l’expérience acquise peu à peu par les nations européennes et introduisent chez eux les résultats obtenus. Nous trouvons un exemple frappant de ce que nous venons de dire, en matière d’électricité sous toutes formes, dans la République du Mexique. Dans cette contrée où les chemins de fer, malgré les efforts des Etats-Unis, n’ont pris encore qu'un développement restreint, et où le commerce est loin d’avoir toute l’activité qu’on pourrait espérer, on compte un réseau télégraphique de 44 500 kilomètres. Quant au réseau téléphonique il atteint déjà une longueur de 8000 kilomètres dont 470 établis d’après le système Yan Rysselberghe. On compte actuellement au Mexique douze villes éclairées à la lumière électrique et quarante installations particulières tant pour l’éclairage que pour le transport de la force. Ces diverses installations représentent 1568 chevaux dont 162 seulement sont empruntés à des chutes d’eau. On compte 96 dynamos réparties dans 66 stations, et, comme appareils d’éclairage, 1055 régulateurs à arcs et 4796 lampes représentant, en réalité, un total de 2 172 816 bougies dont 2 112 000 pour les seuls régulateurs. Une des principales stations d’éclairage est celle de Puébla; tout ré--cemment construite, elle est installée à 14 kilomètres de la ville, près d’une chute d'eau créée pouvant fournir 2500 chevaux pendant la saison pluvieuse et seulement 600 durant la saison sèche; pour l’instant, on n’emprunte que 110 chevaux à cette chute; par l’intermédiaire d’une turbine de 3 dynamos Uuston, alimentent chacune 50 régulateurs à arcs de 1200 bougies, distribués sur trois circuits distincts représentant dans leur ensemble un développement de 28 kilomètres d’un cable en cuivre de 5,5 millimètres de diamètre. Ce transport s'effectue avec une perte de 16 pour 100 sur le parcours des 14 kilomètres. D’ailleurs chacune des dynamos pourrait alimenter le double de lampes. Bientôt la ville de Mexico, elle aussi, aura sa station électrique; on en termine en ce moment l’installation. Elle sera de 1000 chevaux, et contiendra 12 dynamos Brush qui fourniront lumière et force à domicile. On voit que le mouvement se généralise, et les progrès si rapidement accomplis en font espérer d’autres. D. B.
- Inauguration de l’usine munieipalc d'électricité. — L’usine municipale d’électricité, établie aux Halles centrales à Paris, et dont nous avons donné la description, a été inaugurée officiellement par M. Yves Guyot, Ministre des travaux publics, le dimanche 1er décembre 1889, à 4 heures du soir. Après de courtes allocutions dans le pavillon 4, qui vient d’ètre reconstruit à la suite de l’incendie de 1888, le cortège officiel est descendu dans les sous-sols occupés par l’usine. Toutes les machines étaient alors en fonction. La canalisation extérieure n’étant pas encore terminée pour les machines à courants alternatifs, on a organisé spécialement une installation provisoire de 700 lampes à incandescence de 10 et de 16 bougies disposées suivant les arêtes des voûtes. Ces lampes étaient prises sur six transformateurs disposés près des machines, et d’une puissance de 55 kilowatts environ. Pendant la visite officielle, tous les rez-de-chaussée des pavillons ont été entièrement éclairés. Depuis cette cérémonie, l’usine municipale est entrée en fonction, et à part quelques endroits où le gaz est encore conservé
- pour permettre aux ingénieurs de poursuivre leurs études, les Halles de Paris, seront entièrement éclairées à la lumière électrique.
- _-------
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 décembre 1889. — Présidence de M. IIeumitte
- Fermentation du fumier. — Ayant bourré de fumier de ferme un ballon de 200 centimètres cubes dont le col recourbé débouchait sous une éprouvette pleine de mercure, M. Sehlœsing l’a soumis pendant deux mois à la température de 52°. 8794 centimètres cubes de gaz se produisirent ainsi et quand on arrêta l’expérience, le dégagement ne paraissait pas devoir cesser encore. L’analyse y a révélé un mélange de 4217 centimètres cubes d’atide carbonique avec 4577 centimètres cubes d’hydrogène protocarboné sans aucune trace d’azote. Le fumier frais, c’est-à-dire avant la fermentation, contenait 12,67 de carbone, 1,655 d’hydrogène et 10,780 d’oxygène; après l’expérience on y a trouvé : 7,92 de carbone, 1,125 d’hydrogène et 7,08 d’oxvgène. Les pertes du fumier ont donc été de 4,75 de carbone, de 0,528 d’hydrogène et de 3,70 d’oxygène. Pour le carbone, cette perte correspond très sensiblement à la quantité représentée par le formène et par l’acide carbonique produits, mais pour l’hvdrogène on devrait avoir plus de 0,800 et pour l’oxygène plus de 6. Pour l’auteur cette différence s’explique par la production de l’eau, et suivant sa manière de voir c’est l'eau qui, en se décomposant, fournit l’oxygène à l’acide carbonique et l’hydrogène au formène. C’est, d’ailleurs, une conclusion à laquelle s’empresse de souscrire M. Ber-thelot, et le savant secrétaire perpétuel fait même remarquer que la réaction est exactement comparable à celle qui caractérise la fermentation alcoolique. Ici encore de l’eau est d’abord fixée par le sucre de canne qui devient glucose et c’est celui-ci qui fournit l’acide carbonique et l’alcool.
- La densité du fluor. — Un très élégant petit appareil tout en platine est présenté à l’Académie par M. Troost au nom de M. Moissan. Il a servi à l’auteur à déterminer d’une manière très précise la densité du fluor. Celui-ci, parfaitement purifié, est pesé dans un petit flacon de platine très ingénieusement disposé. Deux expériences ont donné 1,262 et 1,270; soit, en moyenne, 1,265. C’est un chiffre un peu plus faible que la densité théorique généralement admise (1,31); mais M. Moissan ayant déjà, à propos du trifluorure de phosphore, constaté une différence dans le même sens, il se demande si l’équivalent du fluor est bien exactement égal à 19, comme on le professe, et il se propose de réaliser de nouvelles mesures.
- La météorite de Phu-Hong. — C’est de la manière la plus bienveillante que M. le secrétaire perpétuel Berthelot mentionne l’analyse que je viens de terminer de la météorite tombée à Phu-Hong (Cochinchine), le 22 septembre 1877, et dont M. le commandant Delauney a enrichi la collection du Muséum. La conclusion de cette étude est que cette pierre intéressante appartient exactement au type lithologique que dès 1870 j’ai qualifié de Lirnerickitc. J’ai saisi l’occasion pour reviser les météorites analogues, et pour discuter des déterminations, suivant moi inexactes, dont elles ont été l’objet dans la collection du musée de Yienne, en Autriche.
- Les bois fossiles d'Algérie. — Au cours de ses fructueuses explorations, M. Le Mesle a recueilli en Algérie des bois silicifiés qu’il a transmis à M. Flysche, de Nancy.
- p.15 - vue 19/432
-
-
-
- 16
- LA NATURE.
- Ce paléontologiste adresse à ce sujet une note qui est déposée en son nom par M. Gaudry. On a maintenant la preuve que depuis le sud de la province d’Alger jusqu’en Abyssinie en passant par la province d’Oran, la Tunisie et les environs du Caire, le nord de l’Afrique a été couvert d’immenses forets. Leur retour ramènerait la fertilité dans cette région, mais il se pourrait, comme on le dit, qu’une nouvelle extension des glaciers alpins en fût la conséquence naturelle.
- Microbiologie. — Des faits nouveaux sont ajoutés par M. Arloing, à l’histoire du Bacillus heminecrobiophilus. Ayant fdtré, à l’aide de l’appareil Pasteur-Chamberlund, des cultures de ce microbe, il en a injecté une dose convenable dans l’intérieur d’une glande préalablement frappée de nécrobiose. 11 a vu se développer une fermentation gazeuse avec production d’énormes quantités d’azote et d’acide carbonique. Le même liquide renfermant, paraît-il, plusieurs diatases distinctes, est capable de digérer la fibrine, d’intervertir le sucre candi, d’émulsionner les graisses et de liquéfier l’amidon.
- M. Gautier fait remarquer qu’avant de tirer de ces faits les conclusions formulées par M. Arloing, il faudrait être bien sûr qu’aucun microbe n’est intervenu ; or le savant chimiste a reconnu depuis plus de dix ans, ainsi que M. Pasteur en a été directement informé, que les filtres en porcelaine laissent passer quelques microbes. A cette objection,}!. Chauveau s’empresse de répondre qu’il sait trèsbiendeson côté que les filtres dont il s’agit ne sont pas imperméables à tous les microbes, mais que M. Arloing s’est assuré par la stérilité constante des cultures tentées que dans le liquide qu’il vient d’étudier, aucun ferment figuré n’était contenu.
- Varia. — La nouvelle comète Swift vient d’être suivie à Paris par M. Bailhaut, à Bordeaux par MM. Bayet et Picard, à Alger par M. Trepied : ces Messieurs adressent leurs observations. — Le coefficient d’inversion du sucre de canne est déterminé par }I. Jungfleisch. — Mme veuve de Senarmont fait don à l’Académie d’une série de volumes anciens et précieux ayant appartenu à son illustre mari. — M. Chaperon utilise l’appareil employé d’ordinaire pour montrer la force centrifuge dans les cours à matérialiser en quelque sorte les notions relatives aux phénomènes thermodynamiques. — En appliquant la méthode de Foucault pour l’étude des objectifs, M. Leroy observe les aberrations des microscopes. — La conductibilité électrique de la Tour de 300 mètres est déterminée par M. Terquem. Stanisus Meunier.
- LA PHOTOGRAPHIE DES NUAGES
- L’étude des nuages offre une grande importance au point de vue météorologique, et de nombreuses tentatives ont été faites pour obtenir au moyen de la photographie l’aspect si variable des masses de vapeur atmosphérique. Nous avons déjà signalé à nos lecteurs les beaux travaux exécutés à ce sujet par un savant météorologiste et voyageur anglais, M.Alber-eomby *; nous avons reçu récemment une intéressante photographie que nous publions ci-dessous et qui représente un ciel orageux au moment du départ d’un ballon. Cette photographie a été faite à Limoges, en juillet 1889, par M. Jules Tardieu, quinze minutes environ après le départ de l’aérostat. Les nuages, venus avec une grande netteté, donnent
- un spécimen très caractéristique des nimbus.
- Nous terminerons cette notice en reproduisant un procédé particulier pour réussir la photographie des nuages. Nous ferons connaître cette méthode telle qu’elle a été publiée dans les Annales des sciences physiques et naturelles, de Genève :
- La lumière bleue du ciel exerçant une action photographique presque égale à celle de la lumière blanche envoyée par les nuages (cirri), il est fort difficile d’obtenir une image nette de ces derniers. On peut cependant y parvenir en interposant un prisme de iNicol sur le trajet des rayons, ou, ce qui est plus facile, en les recevant dans la chambre obscure après une réflexion sur un miroir de verre noir convenablement orienté; on peut ainsi éteindre presque complètement la lumière polarisée du ciel bleu, tandis que la lumière naturelle du nuage reste beaucoup plus intense. On arrive au même résultat en photographiant l’image des nuages réfléchis dans une nappe d’eau, ainsi que l’a observé M. le Dr Burckhardt.
- Nous nous promettons d’essayer cette méthode aux premiers beaux jours et, s’il y a lieu, nous tiendrons nos lecteurs au courant des résultats que nous aurons obtenus.
- 1 Voy. Tables des matières des précédentes années..
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieu.
- Fac-similé d'une photographie instantanée d’un ciel orageux au moment de l’ascension d’un ballon à Grenoble (juillet 1889).
- ---x>-
- Pai is. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- p.16 - vue 20/432
-
-
-
- N* 865. - 14 DÉCEMBRE 1889.
- LA NATURE.
- il
- LE DATTIER
- ET SES UTILISATIONS
- Sitôt que l’on a franchi la chaîne des monts Aurès, en Algérie, sitôt que quittant la fertile région du littoral de notre colonie africaine on pénètre par cette sorte de porte ouverte entre deux montagnes rocheuses, à pics abrupts, qui se trouve entre Batna et El Kan-tara, sur le territoire où va commencer le Sahara, on est frappé de voir combien l’aspect se modifie tout à coup, la végétation change et le paysage devient nouveau. Et quand, descendant à la dernière
- station du chemin de fer de l'Est algérien, on pénètre dans Biskra, on est émerveillé du tableau qui s'offre aux yeux ravis.
- Devant nous, s’étendant à l’infini, des milliers de dattiers couvrent le sol d’une ombre épaisse trouée çà et là de quelques rayons de ce puissant soleil qui se reflète en mille feux dans les clairs ruisseaux sillonnant l’oasis en tous sens. Au loin, et formant comme un vaite cirque, les derniers contreforts de l’Aurès détachent leurs dentelures d’un rouge violacé sur le bleu immaculé du ciel. Et là, tout autour de nous des buissons d’acacias odorants remplissent l’air de leur senteur pénétrante. Les orges jaunies déjà se
- Les dattiers en Algérie. — Vue d’une oasis à El Anicri, près de Biskra. (D’après une photographie.)
- courbent sous le poids lourd des épis, et cette population d’Arabes grands et maigres, majestueux dans le drapé de leurs burnous, profilent sur la route blanche leurs silhouettes bibliques.
- Pour peu que l’on n’ait pas perdu le sentiment des impressions vives, on se sent pris d’enthousiasme et comme enivré par ces parfums qui vous pénètrent et par cette vue nouvelle et superbe qui ouvre l’horizon d’un pays inconnu. Ün peut dire que là commence l’Afrique avec son aspect véritable; mais si l’on se figure que les région? traversées donnent une idée exacte du désert et que Biskra montre bien ce que sont les oasis du Sud, on est dans l’erreur. Il faut franchir encore pour le moins cent cinquante kilomètres vers le sud pour se faire une idée de ce qu’est le désert, de ce que sont les palmiers dans 18° année. — 1er semestre.
- toute leur majesté imposante et voir ces immensités de sable que l’œil inquiet interroge en vain sans que rien ne vienne en borner la vue.
- C’est là, au milieu de plaines sans bornes, que l’oasis prend son aspect propre. La seule végétation du sol est limitée aux dattiers sous l’ombre desquels on ne cultive rien si ce n’est quelques piments dont le fruit à la saveur brûlante assaisonne à l’excès tout aliment cuit.
- Réduit à ses simples ressources, l’Arabe vit cependant, et le dattier, l’arbre précieux, pourvoit à tous ses besoins. Quand il part pour ses lointaines pérégrinations, il se contente d’emporter un peu de dattes et du couscous. Vingt-cinq kilogrammes de chacun de ces aliments suffisent pour le nourrir pendant trois mois.
- 2
- p.17 - vue 21/432
-
-
-
- 18
- LA NATURE.
- En France, nous connaissons les dattes sous un aspect particulier. Ce sont des fruits choisis parmi les plus beaux de la meilleure variété. Et l’on se ligure assez volontiers que toutes les dattes sont ainsi; c’est une erreur. Les dattes se présentent au contraire avec une extrême diversité d’aspects. Elles sont transparentes et sucrées comme celles que nous connaissons, ou bien complètement molles et si pleines de sirop qu’elles entreraient de suite en fermentation si on ne les soumettait à une compression destinée à les soustraire à l’action de l’air. On les met sur des claies qui laissent écouler une sorte de miel abondant. Les Arabes le consomment tel, et en sont très friands. On le peut faire fermenter et obtenir une eau-de-vie de bonne qualité. Les dattes de variété spéciale à laquelle les Arabes donnent le nom de ftAars, comprimées dans des peaux de boucs, sont celles qui sont le plus employées.
- Il est une autre série de variétés de dattes, blanches, dures, sèches, que l’on consomme plus particulièrement dans le Tell et qui, pour la plupart, sont h peine sucrées. Au demeurant les dattes peuvent être très variables dans leur aspect et leur saveur, mais elles constituent toujours le fond de l’alimentation arabe.
- La datte n’offre pas seulement aux populations du désert un très grand intérêt par la nourriture qu’elle leur fournit, mais aussi par l’important commerce auquel elle donne lieu. L’exportation pour l’Europe absorbe tout ce qui est produit dans un rayon de quelques centaines de kilomètres des dernières stations de chemin de fer des lignes de pénétration. Déjà les dattes de Ouargla, oasis qui comprend près de deux millions de dattiers, ne peuvent parvenir jusqu’à nous, à cause des frais trop considérables de transport par caravane. Aussi chaque année le prix des dattes d’exportation augmente-t-il d’une façon sensible. Cette année le quintal vaut dix francs de plus que l’année dernière.
- Le fruit seul de cet arbre précieux suffirait pour justifier l’estime, l’espèce de culte, pourrait-on dire, dont l’entourent les indigènes; mais à cela ne se bornent pas les produits qu’il fournit à l’Arabe. 11 donne l’aliment, il peut fournir aussi la boisson. Lorsque les dattiers vieillis par les ans, fatigués par une production trop abondante, commencent à dépérir, les Arabes en tirent parti en en extrayant la sève. Ce produit auquel on donne très improprement e nom de vin de palmier, et qui est connu en pays arabe sous le nom de lagmi, est un liquide blanchâtre, visqueux et qui prenant rapidement une fermentation butyrique acquiert une odeur repoussante pour nous autres Européens. Tel qu’il se pré-’sente, il est extrêmement prisé des indigènes. Aussi souvent sacrifient-ils des palmiers même bien venants et cela notamment quand il leur est possible de le faire, en façon de braconnage, sur des palmiers ne leur appartenant pas. L’opération destinée à la fabrication du lagmi consiste à enlever à l’arbre toutes ses feuilles, puis à creuser autour du bourgeon cen-
- tral une sorte de petite rigole circulaire qui vient communiquer par un canal latéral avec un pot de terre suspendu sur le côté. Un palmier, suivant l’énergie vitale plus on moins grande dont il est encore doué, peut donner de trois à cinq litres de liquide par jour et la récolte peut se prolonger pendant un mois et demi.
- Voué par nécessité à une sobriété extrême l’Arabe se livre par contre à des excès alimentaires sitôt que l’occasion lui en est fournie et qu’il ne doit rien lui en coûter. 11 n’hésitera jamais à pratiquer le vol quand il sera assuré de l’impunité. Quand les ateliers militaires chargés du forage des puits artésiens se rendent avec leur équipe de travailleurs indigènes dans les oasis du Sud, le plus souvent l’officier chargé de la direction de l’entreprise parcourt les plantations et a le soin de casser à coups de fusil les pots suspendus pour recueillir le lagmi. C’est le seul moyen d’empêcher les Arabes de se livrer aux excès de boisson. Ce lagmi fermenté fournit une sorte d'eau-de-vie dont on fait grand usage dans le Mzab et qui produit une ivresse dangereuse.
- Le bois du dattier, comme celui de tous les palmiers, présente l’inconvénient den’être point homogène; dur à l’extérieur, il est au contraire mou et friable dans toute sa partie centrale. Employé en entier, il résiste longtemps; au contraire, le débit en planches est rendu impossible. Les stipes employés entiers servent à boiser les puits forés par les indigènes; on en construit des ponts; on en fait des piliers pour soutenir les toitures.
- Les maisons construites en toube, sorte de briques faites d’argile séchée au soleil, sont toutes surmontées d’une terrasse sur laquelle on vient la nuit chercher un peu d’air et de fraîcheur. Un tronc de palmier scié en deux, creusé en gouttière, est chargé de rejeter au loin l’eau que peut recevoir la terrasse. De fait, cette gouttière sert rarement, car il se passe quelquefois des périodes de quelques années sans qu’il pleuve une fois. D’ailleurs, si l’eau vient à tomber abondamment, les maisons, construites en boue, fondent comme un morceau de sucre dans l’eau, et les gouttières deviennent bien inutiles.
- Le plus souvent les oasis entourées d’un petit mur sont closes, la nuit, par une porte massive. Cette porte est faite de troncs de palmiers débités en grosses poutres qui, percées de part en part sont reliées les unes aux autres par des rachis de feuilles enfoncés violemment les uns à côté des autres et formant ainsi un assemblage solide.
- Les feuilles se prêtent à des usages multiples. Fendues, puis tressées, elles constituent des nattes qui recouvrent' Faire de l’habitation ; c’est avec elles que l’on confectionne les coufins, sorte de paniers servant au transport de tous les matériaux. Prises sur les jeunes feuilles, elles entrent dans la confection des objets plus délicats, tels que les éventails. Les Arabes savent les tresser d’une façon tellement serrée qu’ils en font des vases dans lesquels ils servent le couscous et qui peuvent même contenir des liquides.
- p.18 - vue 22/432
-
-
-
- LA NATURE.
- Il)
- La variété de dattier qui donne les plus fines et les plus belles feuilles est précisément celle qui donne les meilleures dattes. On a garde de lui couper ses jeunes feuilles, ce qui endommage la plante, aussi l’Arabe ne se les procure-t-il que par le moyen du braconnage.
- Les rachis ou nervures principales des feuilles servent à faire des claies sur lesquelles les dattes sont déposées lors de la récolte. On les emploie comme lattes pour la formation des plafonds.
- Les folioles de la base des feuilles sont dures et piquantes, elles servent d’aiguilles à l’aide desquelles les Arabes rattachent les lambeaux de leurs burnous en haillons.
- On voit par ces quelques exemples, cités au hasard des souvenirs, combien le dattier est l’arbre précieux et béni pour l’Arabe du Sud. Réduites à leurs propres forces, les populations nombreuses du Sahara utilisent du mieux qu’elles peuvent, dans leur vie misérable, les produits naturels du sol. Du jour où notre civilisation pénétrera jusqu’à eux, elle leur créera des besoins qui ouvriront des débouchés à nos produits et donneront une extension nouvelle à notre industrie et à notre commerce. Hâtons-nous de profiter de la situation privilégiée que nous donne la possession de l’Algérie d’une part, du Sénégal de l’autre, et craignons de nous laisser devancer par tant de compétitions ardentes à profiter de nos lenteurs et de notre indifférence.
- J. Rybowski.
- —><>«—
- TRAVAUX DU BUREAU INTERNATIONAL
- DES POIDS ET MESURES
- Les multiples préoccupations de l’annce 1889 ont laissé passer presque inaperçu un événement fort paisible, mais dont la haute portée générale et le grand intérêt scientifique ne sauraient être contestés; nous voulons 'parler de la première Conférence générale du Mètre, réunie au pavillon de Breteuil (parc de Saint-Cloud), du 24 au 28 septembre 1889. Cette conférence avait pour mission de sanctionner les travaux du Bureau international des poids et mesures, et de recevoir les prototypes métriques destinés aux États signataires de la Convention du Mètre1. Elle se composait du Comité international des poids et mesures, de la Section française de la Commission du mètre, et des délégués diplomatiques ou scientifiques des États représentés aux réunions de 1872. Le président de l’Académie des sciences en était le président de droit;
- 1 La Convention du Mètre est l’acte de fondation du Bureau international des Poids et Mesures; elle fut signée le 20 mai 1875, par les délégués des états suivants : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Espagne, Etats-Unis d’Amérique, France, Italie, Pérou, Portugal, République argentine, Russie, Suède et Norvège, Suisse, Turquie, Yénézuela. Depuis lors, quatre nouveaux Etats ont encore adhéré à la Convention ; ce sont •. la Serbie (1879), la Roumanie (1882), la Grande-Bretagne et Irlande (1884), le Japon (1885).
- M. le Ministre des affaires étrangères voulut témoigner de la grande importance que le Gouvernement français attribuait à cette conférence, en ouvrant lui-même la première séance.
- Nous dirons peu de chose de la Conférence elle-même, dont nous ne pourrions donner une idée à peu près complète qu’en reproduisant ici les discours qui y furent prononcés. C’est dans la deuxième séance que les prototypes reçurent leur sanction officielle et furent distribués, par tirage au sort, entre tous les États ; le Mètre et le Kilogramme internationaux, copiés si exactement sur ceux des Archives qu’il est impossible de préciser le sens de leurs erreurs, furent placés dans un coffre-fort situé dans un caveau profond fermé par trois serrures dont les clefs sont respectivement aux mains du directeur du Bureau, du président du Comité et du garde général des Archives. L’extraction de ces étalons par un fonctionnaire du Bureau international est donc subordonnée à l’autorisation du Comité international et du Gouvernement français; elle ne peut avoir lieu qu’en présence des dépositaires des diverses clefs. Ces précautions, qui paraissent un peu excessives au premier abord, étaient nécessaires pour donner à tous les Etats la garantie absolue que les étalons fondamentaux du Système métrique ne courent aucun danger d’être détériorés par des personnes malveillantes ou simplement maladroites.
- La Conférence avait pour mission, avons-nous dit, de sanctionner les travaux relatifs aux nouveaux prototypes du système métrique. Nous nous proposons de passer rapidement en revue ces divers travaux. Une excellente étude publiée autrefois dans ce journal nous dispensera de décrire les instruments fondamentaux du Bureau international des poids et mesures1.
- On se souvient que la Commission du mètre, renonçant à la définition primitive et théorique des étalons, se décida à copier simplement le mètre et le kilogramme des Archives dans leur état actuel. Le problème se réduisait'donc à faire ces copies, puis à créer pour les États des étalons immuables, et à déterminer leur valeur exacte.
- Le choix du métal fut l’objet de discussions approfondies ; la matière des mètres et des kilogrammes devait être très dure, invariable avec le temps2, inattaquable par les agents atmosphériques et par les agents chimiques ordinaires, et très réfractaire, afin de résister même aux températures qui peuvent se produire accidentellement dans l’incendie d’un laboratoire.
- Les importants travaux de H. Sainte-Claire De-
- 1 VObservatoire du Bureau international des Poids et Mesures, par G. Tissandier; La Nature, nM 531, 552, 533, des 4, il et 18 août 1883, p. 145, 167 et 177.
- 3 II n’est peut-être pas inutile de dire qu’un grand nombre de métaux éprouvent, avec le temps, des modifications parfoi s assez considérables ; ce sont, en particulier, l’acier trempé, le zinc et ses alliages, et d’une manière générale, tous les mé-iaux étirés, laminés, tréfilés, martelés et insuffisamment recuits. Les variations du verre sont bien connues.
- p.19 - vue 23/432
-
-
-
- 20
- LA NATURE.
- ville conduisirent à l’adoption du platine iridié à 10 pour 100 d’iridium, qui, d'après l’opinion de plusieurs chimistes éminents, n’est pas un simple mélange, mais une combinaison. Ce métal est extrêmement dur; sa résistance est voisine de celle de l’acier, et sa température de fusion est celle du blanc éblouissant (d’après M. Violle, 1775° pour le platine, 1950° pour l’iridium).
- Le métal nécessaire à la construction des étalons métriques fut commandé à la maison Johnson Mat-they etCie de Londres, qui, après de longues recherches, parvint à le purifier. « Les difficultés de séparer de l’iridium les dernières traces de rhodium et de fer étaient, dit M. Matthey, presque insurmontables. Il n’a pas fallu moins de onze analyses consécutives, dont le résultat n’a été déclaré entièrement satisfaisant que le 18 octobre 1885. »
- La dureté du métal, qui est une qualité importante pour la construction des étalons, en rendait la fabrication particulièrement difficile ; il fallut modifier, par les leçons de l’expérience, les outils employés pour le rabotage des métaux ; enfin, après de nombreux essais, une première règle fut livrée en avril 1886.
- Les règles ont la forme indiquée dans la ligure 1. Cette forme, bizarre à première vue, a été calculée par II. Tresca, de manière à ce que la distance des traits limitant le mètre, et tracés sur la surface A, soit indépendante du mode de support de la règle. La figure 2, dans laquelle on a exagéré à dessein les flexions, montre que la surface supérieure d’une règle s’allonge ou se raccourcit suivant qu’elle est supportée par le milieu ou par les bouts. La ligne médiane que l’on nomme surface des fibres neutres reste sensiblement invariable. La forme en X a été calculée, de plus, de telle sorte que la matière, très coûteuse, soit épargnée autant que possible.
- La plupart des anciens étalons de précision sont très délicats, et ne peuvent être maniés qu’avec les plus grandes précautions, si l’on veut éviter les déformations permanentes; ceux-ci, au contraire, sont extrêmement robustes, et peuvent, sans danger, supporter les secousses d’un voyage. Des expériences précises ont montré qu’on peut suspendre un poids de 40 kilogrammes au milieu d’un mètre en X supporté par les bouts, sans le modifier d’une manière permanente.
- Les règles, livrées brutes par MM. Johnson Matthey, étaient finies, c’est-à-dire exactement dressées, et coupées à la longueur de 102 centimètres chez MM. Brunner frères, à Paris; puis elles étaient polies et tracées au Conservatoire des arts et métiers. On commençait par polir, dans le voisinage des extrémités, deux petites mouches oblongues; puis la règle était placée dans un comparateur longitudinal, où elle recevait les deux traits définissant le mètre, et accompagnés chacun de deux autres traits, à un demi-millimètre du trait central. On avait ainsi, en même temps que l’étalon métrique, l’étalon micrométrique, sous la forme de deux millimètres. La description sommaire de ce mode de tracé intéressera peut-être quelques-uns de nos lecteurs. Sur un banc B représenté schématiquement dans la figure 5, on place une règle modèle I, et la règle à tracer II; tout l’appareil étant ajusté, on amène le premier trait de la règle I sous le mie roscope M ; puis, par une manœuvre convenable du tracelet T en diamant, on marque un trait sur la règle II ; on déplace alors tout le banc parallèlement à l’axe des règles, jusqu’à ce que le second trait de la règle I vienne occuper exactement, dans le microscope, la position dans laquelle se trouvait le premier ; on [trace un nouveau trait sur la règle II, et ainsi de suite. Le.tracé entier se trouve ainsi exécuté sans que l’opérateur ait vu son ouvrage ; c est seulement après l’avoir terminé qu’il peut l’examiner. Dans le cas actuel, il s’agissait seulement de marquer six traits, mais le même procédé peut être appliqué au tracé d’une règle entière. Le moindre défaut oblige à recommencer tout le travail, c’est-à-dire à repolir les mouches, et à refaire tous les traits, car, eu égard à la précision qu’il est nécessaire d atteindre, il est impossible de raccorder une division interrompue; ce travail difficile, exécuté par M. Gustave Tresca, réussit d’une manière inespérée ; l’un des premiers mètres tracés, comparé au Bureau international avec les étalons, servit de type pour le reste des opérations. Or, parmi les trente mètres ainsi tracés, il n’en est aucun dont 1 équation atteigne 5p. (3 millièmes de millimètre), et la moyenne de tous est exactement égale au Mètre international, d’où l’on conclut qu’il n’y avait aucune erreur systématique dans les instruments.
- Fig. 1, 2 et 3.
- Fig. 1. Forme du mètre étalon. — Fig. 2 montrant la flexion des règles. — Fig. 3. Banc de graduation du mètre.
- p.20 - vue 24/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 21
- Nous ne nous étendrons pas sur la confection et l’ajustage des kilogrammes, qui présentaient des difficultés d’une autre nature, et somme toute, un peu moindres; les cylindres de platine iridié quiservirent pour cela furent très fortement comprimés à l’aide d’un puissant balancier, afin que toutes les petites cavités intérieures fussent écrasées ; la mesure de la densité témoigne de la continuité, et, dans certaines limites, de la pureté du métal.
- En attendant la livraison des étalons, le Bureau international s’occupait de l’élaboration et du perfectionnement des méthodes de comparaison. Les premiers appareils, assez imparfaits, furent en partie
- remplacés par ceux qui ont déjà été décrits; d’autres, complétèrent la collection.
- Un long travail de comparaison avait mis lé Bureau en possession d’étalons provisoires du mètre et du kilogramme dont les équations, par rapport aux étalons des Archives, étaient exactement connues. Mais il fallait déterminer encore un certain nombre de copies pour les travaux du Bureau, mesurer leur dilatation et créer des étalons des subdivisions du Mètre et du Kilogramme. À ce sujet, quelques mots d’explication ne seront pas inutiles. Pour ne parler que des mesures de longueur (les mêmes raisonnements, et des
- Fig. 4. — Comparateur universel du Bureau international des Poids et Mesures.
- procédés peu différents s’appliquent aux masses), nous dirons que, s’il existe au monde un mètre exact par définition, on ne pourrait prétendre que l’on possède un seul décimètre, centimètre ou millimètre parfaitement juste. En restant dans les limites de la pratique, on peut affirmer que,.dans un mètre très bien divisé, il n’y a que fort peu de millimètres dont l’erreur soit inférieure à la limite des erreurs d’observation.
- Si l’on veut arriver à connaître l’erreur d’un millimètre, on commence par comparer le mètre divisé au mètre exact par définition, ou à une de ses copies. Comparant ensuite les décimètres entre eux, on connaîtra l’excès de chacun d’eux sur leur moyenne, et, par conséquent, l’erreur de chaque décimètre séparé. On passe ensuite, par un procédé
- analogue, des décimètres aux centimètres, et des centimètres aux millimètres. Cette opération, que nous décrivons en quelques mots, exige bien près d’une année d’un travail assidu. Elle peut être faite à l’aide d’un instrument que l’on nomme comparateur universel; universel, parce qu’il permet de mesurer toutes les longueurs entre certaines limites, tandis que la plupart des comparateurs sont destinés à mesurer uniquement des longueurs déterminées, généralement un ou plusieurs mètres entiers.
- Le comparateur universel (fig. 4) se compose essentiellement de deux microscopes M, mobiles sur un pont très massif en fonte A, porté par des piliers de pierre P. Les règles sont placées sur deux supports B, susceptibles d’être mus dans tous les sens.
- p.21 - vue 25/432
-
-
-
- 29
- LA NATURE.
- Un étalonnage peut être fait par divers procédés; le plus simple consisté à fixer les deux microscopes sur Je,pont à une distance invariable, 0,1 ni, par exemple, et à faire passer successivement dans leur champ tous les décimètres de la règle. Les microscopes forment ainsi à eux deux un compas optique, au moyen duquel on mesure chaque décimètre séparément; , j
- Nous parlerons plus loin (de divers autres travaux entrepris au Bureau international; pour le moment, nous voulons terminer ce;qui concerne l’étude des étalons prototypes destinés aux États. Ici encore, nous ne parlerons que des piètres, dont une trentaine viennent d etre livrés ; pour les kilogrammes, au nombre d’une quarantaine, le principe des méthodes de comparaison était exactement le même.
- Les étalons étaient désignés par des numéros que l’on disposait sur des lignes horizontales et verticales, comme dans les carrés d’un échiquier; chaque étalon était alors comparé à tous ceux d’une même ligne horizontale et d’une même colonne verticale. En outre, chaque comparaison de deux mètres était faite quatre fois, en plaçant alternativement un bout de chacune des règles à droite et à gauche de l’observateur. Les séries de comparaisons des mètres étaient au nombre de 784, auxquelles il faut ajouter près de 400 séries pour la mesure des dilatations; chaque série comprenant 6 mesures d’une règle et 5 de l’autre, on arrive au nombre très respectable de 13 000 mesures environ. Ce travail, jugé indispensable pour-assurer-une élimination complète des erreurs, a nécessité un labeur exclusif et ininterrompu de deux années.
- Les mesures ont été faites dans des circonstances très indépendantes, par plusieurs observateurs, et à l’aide de divers appareils; leurs écarts donnent donc un bon critérium pour l’exactitude des mesures; ils indiquent aussi la limite qu’il est actuellement possible d’atteindre. Une discussion approfondie conduit à admettre que les erreurs des équations ne dépassent guère 0,2 n (deux dix-millièmes de millimètre) pour les règles, et sont certainement inférieures à 0,01 mg pour les kilogrammes. L’exactitude des pesées, supérieure à un cent-millionième, ou à une grandeur qui correspondrait à 10 centimètres sur le quadrant terrestre, est la plus grande de toutes celles que l’on peut atteindre dans les mesures physiques. Ch.-Ed. Guillaume.
- — A suivre. — ^ ^
- LES ARMEMENTS EN EUROPE
- L’effectif des armées que les puissances européennes entretiennent sur le pied de paix s’élève en tout à 3 263 474 hommes, dont 876 938 en Russie, 512 472 en France, 491 840 en Allemagne, 290 106 en Autriche-Hongrie, 240 215 en Italie, 221 358 en Angleterre (cadres), 182000 en Turquie, 131 400 en Espagne,65733 en Hollande, 45 405 en Belgique, 42 909 en Danemark, 35 413 en Roumanie, 55 020 en Suède et Norvège, 32 546 en Bulgarie, 26 546 en Grèce, 24 561 en Portugal,
- et 13 242 en Serbie. La Suisse n’a que des cadres.
- Dans ces chiffres n’est pas compris l’effectif de la marine, qui s’élève à plus de 191 000 hommes et qui est de 61 400 hommes pour l’Angleterre, de 29 379 pour la Russie, de 24 728 pour la France, de 16403 pour l’Allemagne et de 14 372 pour l’Italie.
- L’effectif de guerre prévu dans les rôles atteint des proportions plus formidables. Pour les cinq grandes puissances continentales, il s’élève à près de 21 millions, dont plus de 5 millions inscrits dans l’armée de première ligne. Voici comment se répartit l’effectif total de guerre :
- Allemagne, 4 200 000 hommes;
- France, 4 108 655 hommes ;
- Italie, 2 626 000 hommes ;
- Russie d’Europe, 2 600 000 hommes ;
- Autriche-Hongrie, 1 181 600 hommes.
- Pour l’armée de première ligne, qui comprend on réalité les forces destinées à entrer en action, la Russie occupe la première place avec 1 639 000 hommes ; viennent ensuite l’Allemagne avec 1 000 000 d’hommes, la France avec 960 000 hommes, l’Autriche-Ilongrie avec 940 000 hommes et l’Italie avec 610 000 hommes.
- Les préparatifs militaires coûtent maintenant chaque année, aux cinq grandes puissances que nous venons de nommer, 4055440 616 francs, dont 3 189 000 000 francs pour les armées de terre, et 866 000 000 pour la marine.
- Dans ces chiffres ne sont compris ni les 545 000 000 que vient de demander le gouvernement anglais au Parlement anglais pour les constructions navales, ni les 770 000 000 de crédits extraordinaires accordés, il y a trois mois, par le Parlement français, aux deux administrations de la guerre, ni les 213 000 000 votés par les Chambres italiennes, pour le même objet, avant la dernière crise.
- La Russie figure, dans la carte à payer, pour 991 000 000, la France pour 942000000, l’Angleterrepour762000000, l’Allemagne pour 537 000000, l’Italie pour 415 000 000, et l’Autriche-Ilongrie pour 407 000 000.
- Or, comme ces six nations ne représentent en totalité que les quatre cinquièmes de l’Europe sur le terrain militaire, on peut conclure que l’ensemble des armements auxquels se livre notre vieux monde coûte en moyenne cinq milliards par an en chiffres ronds et à quelques livres près.
- Que de ponts sur la Manche, que de travaux utiles, que d’œuvres de bienfaisance, ne ferait-on pas avec de telles sommes?
- LE TRAVAIL MUSCULAIRE
- DES ASCENSIONNISTES
- L’énergie musculaire développée par l’homme dans certaines conditions est souvent étonnante, mais personne ne l’avait encore, à notre connaissance du moins, exprimée en chiffres précis qui rendent les comparaisons faciles. Cette question vient d’être traitée dans un cas particulier par le docteur Buchheister, qui a calculé le travail effectué par des montagnards faisant l’ascension d’une haute montagne. Supposons un homme pesant 14 stones (75 kilogrammes) s’élevant à 7000 pieds (2135 mètres), il produira un travail effectif de 160 000 kilogrammètres, travail effectué principalement par les muscles des jambes ; mais il faut également faire intervenir le travail des muscles du cœur, dont la fonction est de produire la circulation du sanrr dans les artères et les veines. La vitesse initiale
- C
- p.22 - vue 26/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 25
- communiquée au sang est d’environ 45 centimètres par seconde, et représente, en tenant compte du volume du sang mis en mouvement à chaque battement, un travail de 4 pieds-livres (0,55 kgm.). La moyenne des pulsations d’un adulte est de 62 par minute environ, mais pendant l’ascension, ce nombre de pulsations se trouve considérablement accru. En supposant 100 pulsations par minute pour simplifier les calculs, le travail de la circulation pendant la durée probable moyenne de l’ascension, durée estimée à 5 heures, est de 16 500 kilogrammètres. Il faut ajouter à ces chiffres, le travail effectué par les muscles respiratoires que l’on peut aussi estimer à 0,55 kilogrammètres par aspiration. En comptant 25 aspirations d’air par minute, cela représente 4125 kilogrammètres. Le travail effectué pendant les 5 heures de l’ascension est donc d'au moins 180 000 kilogrammètres pour les 5 heures. Il faudrait encore ajouter à ce chiffre le travail dépensé pour vaincre le frottement du sol, les efforts exercés pour maintenir l’équilibre à ces hauteurs vertigineuses, le travail dépensé pour élever de lourdes bottes et un bâton ferré, pour faire des marchepieds dans la glace, pour fendre la neige, etc. En tenant compte de tous ces travaux dont l’estimation exacte est difficile, le docteur Buchheister arrive à cette conclusion, qu’une ascension de 5 heures à une hauteur de 2155 mètres, représente 190 000 kilogrammètres développés avec une puissance moyenne de 10,5 kilogrammètres par seconde.
- LE PHARE DE P0RT-YENDRES
- Dans le pavillon si intéressant du Ministère des travaux publics à l’Exposition universelle, il y avait, entre autres choses curieuses, plusieurs modèles de phares établis par nos ingénieurs dans des conditions particulièrement difficiles. L’un des plus curieux était le modèle du phare métallique de Port-Vendres au sujet duquel nous allons donner quelques détails.
- Ce phare est établi à l’extrémité du môle qui abrite l’entrée de Port-Vendres contre les tempêtes du large : il est planté sur la partie du môle que l’on appelle le musoir.
- La situation est critique, car la mer est souvent furieuse dans ces parages; cependant un service régulier et indispensable de paquebots existe entre ce port et l’Algérie : un phare est donc nécessaire.
- D’autre part, le môle a été construit en blocs artificiels suivant le mode de construction le plus souvent adopté dans la Méditerranée et son parapet ne dépasse que de 4 mètres le niveau des basses mers. Il en résultait : en premier lieu, l’impossibilité pratique de charger par une construction en pierre l’extrémité du môle sujette aux tassements; en second lieu, l’obligation de fournir au gardien du phare une logette qui lui permît de rester isolé du reste du monde, comme en pleine mer, alors que les vagues furieuses, balayant le môle entre la terre et lui, rendent toute communication impossible.
- On a donc renoncé à construire un phare en maçonnerie, et l’on a hardiment adopté une charpente métallique formée, comme le montre notre
- dessin (fig. 1), de montants métalliques non solidaires entre eux, laissant librement passer les lames et les embruns dont l'effort est ainsi réduit à son minimum, et reliés seulement à la hauteur de 16 mètres par une superstructure métallique contenant le feu du phare et le logement du gardien.
- La construction métallique de ce genre n’est, pas, à proprement parler, une innovation. On en trouve des exemples à l’étranger et en France même, notamment au phare en pleine mer de Walde, près de Calais. Mais dans ces installations la charpente métallique est constituée par des montants inclinés, en fers ronds et pleins, reliés entre eux par des tirants munis de ridoirs. Or, sous l’influence des coups de vent, du choc des vagues et des vibrations que ces forces extérieures déterminent, les tirants se détendent et la construction prend du jeu ; il est presque impossible de resserrer a la main les vis et les écrous de façon à rendre aux pièces la tension primitive indiquée par les calculs de stabilité. Enfin les herbes marines et leurs parasites s’accrochent dans les entretoisements, les remplissent et transforment les vides en des sortes de panneaux sur lesquels s’exerce victorieusement l’effort de la tempête.
- Ces considérations ont déterminé les ingénieurs à ne pas solidariser entre eux les montants qui supportent le phare de Port-Vendres. Ils sont constitués par de gros tuyaux en fer laminés et soudés à chaud sur mandrin suivant une génératrice, puis assemblés les uns au bout des autres au moyen de manchons à pas de vis. Ce sont, en un mot, des colonnes en fer d’une grande résistance jointe à une remarquable élasticité.
- Ces colonnes en fer sont au nombre de six, de 14,50 m de hauteur chacune et divisées en trois sections reliées les unes aux autres par des manchons. La section inférieure qui a 50 centimètres de diamètre extérieur et 5 centimètres d’épaisseur est enfoncée de 2 mètres dans la maçonnerie qui sert d’assise au phare ; la section supérieure supporte le plancher de la logette et de la chambre de service en tôle revêtue de bois qui domine l’édifice (fig. 2). L’emplantement du phare est un hexagone régulier de 2,25 m de côté à chaque sommet duquel se trouve une colonne.
- On accède à la partie supérieure de cette construction, perchée sur ses colonnes comme la hune d’un navire sur son mât, par un escalier en vis à noyau en fer tubulaire. Il était à craindre que les vagues venant à heurter cet obstacle ne le démolissent en tout ou partie, laissant le gardien dans une situation critique à 16 mètres du sol. Aussi, a-t-on fait les contre-marches de l’escalier en fonte évidée, et mobiles autour du noyau. Le temps devient-il menaçant, le gardien fait tourner les marches de son escalier et les oriente dans la direction d’où viennent les lames de façon a supprimer presque entièrement la prise que la mer peut avoir sur elles. L’escalier démonté reste comme une sorte d’échelle par laquelle on peut descendre ou monter, avec un
- p.23 - vue 27/432
-
-
-
- 24
- LA NATURF.
- peu de peine à la vérité. Détail original, cet escalier est devenu en quelque sorte le baromètre usuel des habitants et des marins de Port-Vendres : lorsqu’il apparaît démonté, au bout du nmsoir, c’est que la tempête n’est pas loin.
- Depuis quatre années cette construction singulière faite avec quelques tuyaux et quelques morceaux de tôle, a victorieusement résisté aux attaques de l’ouragan.
- Plusieurs fois, notamment pendant l'hiver de 4887 à 1888, les vagues lui ont donné des assauts terribles : une partie du môle fut démolie et les moellons arrachés vinrent tomber jusque sur la plateforme supérieure du phare à 18 mètres de hauteur, brisant les glaces, bossuant les tôles.
- De gros embruns enveloppèrent toute la construction que l’on n’apercevait plus de la terre, noyant la lanterne du phare et éteignant le feu du gardien.
- Le brave homme, ancien marin, tint bon dans celte lutte inégale entre son modeste logis et les forces de la nature déchaînées : il ralluma héroïquement le feu de son phare avant de songer à celui de sa cheminée. Mais il avoue avoir passé par de si terribles secousses, loin de tout, aveuglé d’eau, comme perdu en mer, que toute sa philosophie et toute son énergie ne furent pas de trop pour continuer le combat. Aujourd’hui, fortifié par l’expérience et confiant dans la solide élasticité de son refuge, c’est sans appréhension qu’il retourne son escalier et dit, pendant quelques jours, adieu à ses amis de la terre ferme.
- En résumé, les résultats de cette tentative audacieuse sont satisfaisants. Elle n’a coûté que 60000 francs et fait honneur à MM. Parlier et Cutzach, ingénieurs, qui ont dirigé les travaux, ainsi qu’à MM. Barbier, de Paris, qui ont construit la superstructure métallique et établi le feu. Max de NansoutYc
- Fig. 1. —Le phare de Port-Vendres.
- LE THYLACINE CYNOCÉPHALE
- L’Australie, la Terre de Van Diémen ou Tasmanie et, l’on peut dire aussi, la Nouvelle-Guinée, possèdent une population de Mammifères dont les caractères sont tellement tranchés qu’on peut affirmer que toutes ces terres formaient jadis un vaste continent qui se trouvait depuis longtemps séparé des autres régions du globe. Les Mammifères de ce continent austral, aujourd’hui disloqué, appartiennent en effet à d’autres catégories que les Mammifères actuels de l’Europe : ils se rapportent soit à l’ordre ou mieux à la soüs-classe des Monotrèmes comprenant les Échid-nés et les Ornithorhyn-ques dont on chercherait vainement les ana-logues dans d’autres contrées, soit à l’ordre des Marsupiaux qui compte encore, il est vrai, quelques représentants dans le Nouveau Monde, mais qui, depuis la fin de la période tertiaire, est devenu complètement étranger à nos pays.
- Sans être aussi bizarres que les Monotrèmes qui ont retenu dans leur structure et dans leur mode de dével#{ïpement certaîtfs traits des Reptiles et des Oiseaux, les Marsupiaux présentent cependant un caractère étrange qui imprime à leur organisation un cachet indiscutable d’infériorité. Leurs petits naissent dans un état de faiblesse telle qu’ils seraient infailliblement condamnés a périr si la nature n’avait pris soin de les protéger pendant les premiers temps de leur existence en leur offrant un abri dans une poche ou tout au moins dans un repli cutané situé sous le ventre de la mère, dans le voisinage immédiat des pattes postérieures. Cette poche ou marsupium, à laquelle les Marsupiaux doivent le nom qu’ils portent, est soutenue par deux tiges osseuses plus ou moins développées qui, selon plu-
- 2. — Coupe et plan du phare.
- p.24 - vue 28/432
-
-
-
- Thylacines cynocéphales dessinés d’après les individus actuellement vivants dans la Ménagerie du Jardin des Plantes, à Paris.
- p.25 - vue 29/432
-
-
-
- 20
- LA NATURE.
- sieurs auteurs, résulteraient delà transformation en pièces solides des tendons des muscles grands obliques s’insérant sur le bassin. Pendant toute la période de l’allaitement elle maintient les jeunes en contact immédiat et continuel avec leur mère et plus tard elle leur sert de refuge quand un danger les menace. Ce n’est pas d’ailleurs la seule particularité d’organisation que présentent les Marsupiaux et l’on pourrait encore trouver facilement des signes distinctifs dans la confirmation des pieds, dans le développement de la clavicule et dans la disposition de la mâchoire inférieure. En revanche le cerveau, la dentition et l’appareil digestif ne fournissent point de bons caractères, car ils ne sont pas construits sur un type uniforme. Ils présentent au contraire chez les Marsupiaux des variations analogues à celles que l’on observe chez les Mammifères ordinaires et qui sont en rapport direct avec le degré d’intelligence, le régime et les mœurs. Ainsi tandis que chez le Kangourou géant les hémisphères cérébraux sont volumineux et fortement plissés, chez le Sarcophile oursin, qui appartient cependant au même ordre, l’encéphale est considérablement réduit et le cerveau complètement lisse ; tandis que le même Kangourou ressemble aux Tapirs par la forme de ses dents molaires, le Phascolome vvombat rappelle tout à fait les Rongeurs par ses mâchoires dépourvues de canines mais ornées de fortes incisives. Les différences ne sont pas moins considérables dans les formes extérieures et dans les proportions des diverses parties du corps, et il faut assurément y regarder de bien près pour découvrir des liens de parenté entre les petits Pétauristes et les Bélidés, qui ont la queue touffue d’un Écureuil et les membranes alaires d’un Polalouche, et les grands Kangourous dont le corps pyramidal repose sur une sorte de trépied formé par une queue massive et des pattes postérieures deux ou trois fois aussi grosses que les pattes antérieures.
- Si grande est la diversité que l’on constate parmi les Marsupiaux, que l’on pourrait même être tenté d’établir pour ces animaux et pour les Mammifères ordinaires un système de classifications parallèles. Mais on se trouverait bien vite arrêté par un certain nombre de lacunes importantes, car il n’existe point, parmi les Marsupiaux actuels, de types comparables aux Chauves-Souris, aux Phoques, aux Éléphants, aux Chevaux, etc. Par contre, il est certain que les Kangourous, aujourd’hui si répandus dans les jardins zoologiques, ont tout à fait le régime de nos Herbivores, que les Phascolomes dont nous parlions tout à l’heure peuvent être comparés à nos Marmottes, dont ils ont les formes lourdes, la tête massive et les habitudes fouisseuses, tandis que les Dasyures, les Sarcophiles et les Thylacines, qui jouent en Australie et en Tasmanie le rôle de nos Carnivores, semblent avoir emprunté les allures et même les teintes du pelage de quelques-uns de ces animaux. Les Dasyures, par exemple, ont la taille, le museau effilé et la fourrure tachetée des Genettes et se
- nourrissent comme elles de petits Mammifères, d’Oiseaux et d’insectes auxquels ils font la chasse après le coucher du soleil. Mêmes ressemblances au point de vue des formes extérieures et du régime entre les Loups de nos pays et les Thylacines de Tasmanie sur lesquels nous nous proposons d’appeler plus spécialement l’attention de nos lecteurs.
- Ces Thylacines, dont on ne connaît qu’une seule espèce, appelée Thylacine cynocéphale (Thylacinus cynocephalus, Harris), se trouvent, à l’époque actuelle, probablement confinés dans la Terre de Van Diémen où ils finiront par être exterminés dans un avenir plus ou moins prochain, comme les Loups l’ont été en Angleterre. Après avoir été répandus sur tout le pays ils ont été peu à peu rejetés dans l’intérieur par les colons dont ils décimaient les troupeaux et ils ont dû chercher un refuge sur les montagnes à 1000 ou 1500 mètres d’altitude, dans des régions où la neige tombe pendant une partie de l’année. C’est la qu’il a fallu chercher les Thylacines qui ont été amenés à Londres, vers 1850, et ceux qui vivent depuis trois ans au Jardin des Plantes et d’après lesquels ont été exécutées les figures que nous publions aujourd’hui. Comme on peut en juger par ces portraits fidèles, les Thylacines ont tout à fait la physionomie du Loup avec leur tête conique, leurs oreilles dressées, leur museau allongé et tronqué à l’extrémité ; ils en ont aussi la dentition redoutable, les incisives nombreuses, les canines aiguës et les molaires tranchantes ; mais ces dernières dents n’offrent pas les mêmes proportions ; le corps est plus élancé, plus bas sur pattes, la queue beaucoup plus effilée et le pelage plus court, plus laineux et coloré d’une tout autre façon. La robe des Thylacines est en effet d’un gris brunâtre nuancé de jaune qui va en s’éclaircissant vers les parties inférieures du corps et qui est recoupé, sur les reins, par quatorze bandes transversales foncées. Cesbandes, très nettement dessinées, qui rappellent celles des Ichneumons, vont en augmentant de longueur jusque sur les hanches où elles deviennent fourchues et se continuent sur la base de la queue par trois ou quatre bandes semblables, mais beaucoup plus courtes. La queue, garnie de poils rudes, est d’un brun foncé en dessus, d’un ton plus clair en dessous et d’une teinte noirâtre à l’extrémité. Sur la tête règne une teinte pâle, mais un trait foncé s’étend de chaque côté à travers l’œil, à l’angle duquel se trouve une tache fauve et le museau est de couleur foncée, avec un peu de blanc sur le bord de la lèvre supérieure. Celle-ci est ornée de longues moustaches et quelques poils sont implantés, comme chez les Chiens, sur les joues et au-dessous des yeux qui sont grands, fendus en amande et dont la prunelle est d’un brun châtain foncé.
- Pour compléter ce signalement, nous dirons encore que chez les Thylacines le caractère marsupial est à peine indiqué, les os destinés à supporter la poche ventrale étant rudimentaires. Il n’est donc pas étonnant que les premiers colons aient pris ces animaux
- p.26 - vue 30/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 27
- pour de véritables Loups, d’autant plus que, si les proportions diffèrent, la taille est à peu près la même dans les deux espèces. Ceci nous explique que le nom de Loup zébré (Zébra Wolf) ait été donné vulgairement au Thylacine cynocéphale, concurremment avec les noms de Tigre, d'IIyène, d’Opossum zébré (Zébra Opossum) et d'Opossum à tête de chien (Bog headed Opossum).
- Les Thylacines font la chasse aux Kangourous et aux Péramèles ou Bandicots. Ils s’attaquent également aux Échidnés qu’ils réussissent à étrangler et à dévorer en dépit des piquants qui constituent à ces singuliers Mammifères une armure défensive. On prétend même que jadis, lorsqu’ils erraient encore sur les bords de la mer, ils se repaissaient avidement des cadavres des Phoques, des Poissons pourris et des Mollusques rejetés par le flot; mais l’établissement en Tasmanie de colons européens est venu fournir aux carnassiers indigènes une nourriture plus succulente! Les colons en effet ont introduit dans l’ile des animaux domestiques et se sont livrés à l’élève du bétail et de la volaille sur une grande échelle, de sorte que les Thylacines ont trouvé facilement à satisfaire leurs appétits sanguinaires, d’autant plus facilement qu’en leur qualité d’animaux noctambules, ils pouvaient profiter des ténèbres pour égorger les mou tons dans les parcs et les poules dans les basses-cours. Pour défendre leur bien contre d’aussi terribles ennemis, les fermiers ont dû déployer toute leur vigilance, toute leur énergie, et ce n’est pas sans peine qu’ils sont parvenus à les rejeter dans les montagnes. C’est surtout en leur tendant des pièges qu’on a réussi à arrêter leur multiplication, car si les Thylacines n’osent se jeter sur l’homme, ils font bravement tête aux chiens qui hésitent à les attaquer ou qui sortent de la lutte battus et estropiés.
- Jusqu’à présent les Thylacines ne se sont pas encore reproduits en captivité, ni en France ni en Angleterre. Ceux qui vivent au Jardin des Plantes paraissent s’être accoutumés à la perte de leur liberté et ne se montrent pas plus farouches que beaucoup d’autres carnassiers, mais comme dans leur pays natal ils restent volontiers cachés pendant une partie du jour.
- Quelques mots encore pour terminer cette notice. Nous avons dit plus haut que le Thylacine cynocéphale était probablement confiné dans la Tasmanie. Si nous n’avons pas été plus affirmatif, c’est que nous nous sommes rappelé qu’à deux reprises, la Société zoologique de Londres a reçu communication de renseignements tendant à faire croire à l’existence en Australie d’un carnassier marsupial plus ou moins analogue, sinon identique, au Thylacine. Dans une lettre adressée àM. Sclater, M. Brinsley G. Sheridan, de Cadwell, Rockingham Bay (Queensland), raconte en effet que son fils, jeune garçon de treize ans, habitué à courir les bois comme un vieux boucanier, se promenait un jour accompagné d’un petit chien terrier, quand il vit celui-ci se lancer tout à coup
- sur une piste et la suivre avec acharnement. Curieux de savoir à quel gibier il avait affaire,le jeune homme courut à la suite de son chien et se trouva en face d’un animal de la taille d’un chien Dingo, à la tête ronde comme celle d’un Chat, à la queue allongée et au corps rayé littéralement de jaune et de noir, qui était tapi dans les hautes herbes, à un mille environ de la côte. Le chien et la bête sauvage ne tardèrent pas à en venir aux prises et pour secourir son compagnon le jeune Sheridan chercha à tuer l’ennemi d’un coup de pistolet ; mais n’ayant réussi qu’à le blesser et à le rendre plus furieux, il jugea prudent de battre en retraite. Un animal de même espèce fut encore aperçu par un officier de police du même district et ses traces furent constatées à diverses reprises. Ainsi, en 1872, M. Hull ayant été appelé par son service d’inspection sur les bords des rivières Murray et Mackay, au nord de Cadwell, prenait un peu de repos sous sa tente, quand il entendit retentir dans le silence de la nuit l’aboiement d’un animal inconnu. Il sortit aussitôt avec ses compagnons, armés de fusils, mais il ne put voir la bête. En revanche, il découvrit sur le sol l’empreinte de ses pas, et il en prit un décalque fidèle qu’il envoya en Angleterre par l’entremise de M. Scott. Or cette empreinte paraît bien se rapporter à un carnassier de la taille d’un Thylacine. E. Oustalet.
- LÀ PHOTOGRAPHIE
- AVEC UN TROU DAIGUILLE
- Les lecteurs de La Nature ont été, il y a quelque temps déjà, vivement intéressés par un remarquable article de M. Mareschal intitulé La photographie sans objectif1. Le savant auteur de cette note y résume, mieux que nous ne saurions le faire, l’étude approfondie de cette question publiée par M. le capitaine du génie Colson. Bien que le sujet ne fût pas nouveau, la publicité qui lui a été ainsi donnée a attiré sur lui l’attention d’un certain nombre de chercheurs. Grâce à la facilité donnée à des essais de ce genre par l’exécution très soignée du matériel qui lui est propre, — soit de plaques convenablement percées de trous d’un diamètre Rigoureusement contrôlé, — par une importante maison industrielle de Paris, la photographie sans objectif a pu devenir une des branches, et non des moins intéressantes, des applications si nombreuses déjà de l’art photographique.
- IL s’en faut de beaucoup, pourtant, qu’elle soit connue et pratiquée autant qu’on pourrait le désirer en présence d’un moyen si simple, si peu coûteux, et susceptible de rendre de si grands services aux artistes, aux architectes et, d’une façon plus géné^ raie, à quiconque cultive la photographie. Non pas que le simple trou pratiqué dans une feuille mince de métal ou même de papier puisse rivaliser tou-
- 1 Yoy. n° 708, du 25 décembre. 1886.
- p.27 - vue 31/432
-
-
-
- 28
- LA NATURE.
- jours avec l’objectif et en tenir lieu en toute circonstance. Evidemment, un objectif donnera toujours plus de rapidité d’une part et plus de netteté de l’autre. Seulement, il est certains avantages que l’on ne saurait avoir avec l’objectif et que l’on trouve dans l’emploi d’un trou d’aiguille; c’est pourquoi nous croyons utile, nécessaire, d’en parler encore, tout en faisant remarquer qu’il ne s’agit pas ici de remplacer l’objectif, mais de compléter simplement le matériel photographique normal par une simple planchette ou plaque munie d’un trou (ou de deux pour les vues stéréoscopiques) d’un très faible diamètre.
- En cherchant quels motifs peuvent avoir fait obstacle à une plus rapide expansion de cette méthode si facile et capable, dans bien des cas, de donner des résultats que l’on ne pourrait obtenir avec un seul et même objectif, nous avons cru comprendre que la durée de la pose et surtout la difficulté d’apprécier cette durée y étaient pour une grande part.
- En effet, quand on ne laisse pénétrer la lumière que par une ouverture dont le diamètre varie entre 5/10 et 7/10 de millimètre, l’image, à moins que la distance focale ne soit très courte, est a peu près ou absolument invisible sur la glace dépolie. 11 faut donc, pour connaître la durée nécessaire de la pose, savoir mesurer l’intensité de la lumière au moment de l’opération et puis tenir compte de la distance qui sépare la plaque sensible de l’ouverture, du diamètre exact de cette ouverture, enfin de la sensibilité de la plaque employée. L’artiste, l’amateur de photographie ne savent pas, la plupart du temps, faire le calcul de ces données diverses et ils travaillent au juger.
- Dans le cas actuel, les variations de durée sont difficiles à déterminer par à peu près, car il s’agit souvent de savoir si l’on posera quelques minutes ou quelques heures. 11 importe, avant tout, d’être fixé sur la possibilité de l’opération; aura-t-on le temps de la tenter, ou bien quelles conditions devra-t-on réaliser vu le temps dont on dispose?
- Nous avons été conduit ainsi à calculer les éléments des diverses durées d'exposition pour des intensités lumineuses, des longueurs focales, des ouvertures et une sensibilité déterminées. Ce travail nous a prouvé que, pour des longueurs focales ré-
- duites à 5, 6, 7, 8, 9 et 10 centimètres avec une ouverture de 5/10 de millimètre, il suffisait de poser 5, 7, 10, 15, 16 et 20 secondes avec des plaques Lumière (marque bleue) en plein soleil. Les images obtenues varient depuis 8x8, qui est la dimension correspondant à 5 centimètres, jusqu’à 15 X 15, qui est le format correspondant à 10 centimètres de distance entre la plaque sensible et l’ouverture.
- Pour une lumière moyenne, soit moitié de la pleine lumière, les durées afférentes aux distances ci-dessus indiqués seraient 10, 14, 20, 28, 52 secondes et, pour une lumière faible, soit dix fois moindre que la pleine lumière, 40 secondes, 1 m. 10 s., 1 m. 40 s., 1 m. 50 s., 2 m. 40 s. Nos calculs vont plus loin ; nous les avons poussés jusqu’à une distance de 80 centimètres; en tenant compte
- des variations d’ouverture afférentes à diverses longueurs focales, elles ont successivement un diamètre de 5/10, 4/10, 5/10, 6/10 et 7/10 de millimètre.
- A l’aide de pareilles indications, la photographie sans objectifs devient la chose la plus facile à pratiquer et il est à désirer que ce complément, si précieux pour les artistes, s’ajoute à leurs appareils quels qu’ils soient.
- Rappelons, entre autres avantages, résultant de l’emploi d’un trou d’aiguille en guise d’objectif, que l’on peut, en demeurant à la même place, et par un seul fait d’un tirage plus ou moins allongé, obtenir des vues ou parties de vues de diverses dimensions. Exemple ; avec un tirage (ou distance focale) de 5 centimètres, on a une vue d’ensemble dans laquelle une fenêtre a 4 millimètres de hauteur; à 14 centimètres de distance focale, la même fenêtre ail millimètres; à 40 centimètres de foyer, elle a 28 millimètres et à 47 centimètres elle a 52 millimètres : ce qui revient à dire que la quatrième vue est agrandie soixante-quatre fois en surface par rapport à la première.
- Ce qu’il y a de particulièrement avantageux dans l’usage du trou d’aiguille, c’est à la fois et le grand angle de vision, 120 degrés, et l’absence de mise au point. De plus, on peut opérer en ayant le soleil en face sans crainte de voile, ainsi qu’il arrive avec les objectifs en pareil cas.
- Pourvu que la chambre noire soit posée bien horizontalement, aucune distorsion n’est à craindre,
- p.28 - vue 32/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 29
- et l’ensemble d’une vue, en dépit d’un léger Hou, présente un aspect des plus artistiques, et le résultat est, en somme, bien suffisant pour la photographie documentaire (fig. 1).
- Nous avons entendu un sculpteur s’extasier sur l’épreuve, obtenue par lui, d’une statue dont les bras, très écartés l’un de l’autre, constituaient une telle distance entre les plans extrêmes qu’il n’avait jamais pu avoir, avec un objectif, une mise au point parfaite. L’absence de foyer, grâce à l’emploi d’un simple trou, lui a permis d’arriver au résultat désiré.
- Il est une bien curieuse application à faire de ce système : il permet de convertir en une épreuve à
- demi-teintes continues la reproduction d’une gravure modelée avec des traits ou tailles ainsi que le font les graveurs sur bois, sur cuivre et sur acier.
- Grâce à la diffusion du foyer, cause du flou qui caractérise les images obtenues avec un trou d’aiguille, les traits se rapprochent, se confondent, et l’on a, au lieu de l’épreuve à traits nettement indiqués de la figure 2, une image telle que l’est celle de la figure o, non moins harmonieuse à l’œil, non moins exacte quant à l’ensemble et à l’expression, mais dépourvue de traits; à vrai dire elle y gagne en douceur et, de la sorte, se trouve corrigée la sécheresse des tailles. Il est telles applications, par exemple, pour des mises en couleur, où cette sub-
- Fig 2. — Fac-similé d’une reproduction de gravure par la Fig. 5. — La même gravure reproduite par la photographie,
- photographie avec un objectif. Dans cette épreuve les traits avec un trou d’aiguille. Dans cette épreuve les traits de la
- de la gravure sont fort apparents. gravure ont disparu et sont estompés*.
- stitution d’une image à modelés continus à une image au trait peut être fort utile.
- Il faut, pour atteindre ce résultat, pousser la réduction jusqu’à une limite telle que les tailles disparaissent. Si on veut, au contraire, retrouver les traits, il convient de réduire moins. Ces rapports ne peuvent être indiqués à l’avance, car ils dépendent de la gravure à reproduire : plus les tailles sont serrées, moins il faut réduire pour n’avoir que le modelé sans les traits distincts.
- Dès que l’on peut, sans objectif, obtenir de si intéressants résultats, il paraît évident que ce moyen finira par être employé par tout le monde, d’autant mieux que chacun peut être le constructeur de son instrument : une simple boite à gorge au fond de laquelle on a piqué une feuille de papier sensible
- au gélatino-bromure d’argent et un trou fait avec une aiguille portée au rouge sur un morceau de papier noir, en voilà assez pour opérer ; mais mieux vaut encore un véritable appareil photographique, sauf à y adapter le trou d’aiguille si l’on ne s’est procuré une plaque percée spécialement pour cet objet. Il importe que le trou ne fasse pas tube ; il faut donc le percer à travers une feuille très mince, qu’elle soit de papier ou de métal, et éviter les bavures provenant du métal ou des fibres du papier refoulés.
- Pour des distances focales courtes, soit n'excédant pas 20'centimètres, il est essentiel d’user d’un trou dont le diamètre ait au plus 5/10 de millimètre.
- 1 Les fac-similés que nous publions étant reproduits par la gravure sur bois, c’est par un artifice que le graveur a rendu, dans la mesure du possible, l’effet des photographies.
- p.29 - vue 33/432
-
-
-
- 50
- LA NATURE.
- Les données fournies par nos calculs donnent la preuve que l’on peut opérer dans des conditions de rapidité suffisantes impropres à l’instantanéité, bien entendu, mais très favorables à des reproductions d’objets immobiles; en quelques secondes on a pris son croquis photographique, c’est déjà bien plus vite fait qu’il y a quelque trente ans, même en opérant avec un objectif, par les procédés d’alors.
- Les plaques sont de plus en plus sensibles, de nouveaux révélateurs toujours plus énergiques sont incessamment découverts, et l’on peut bien affirmer que le jour où la durée de la pose pourra être notablement diminuée encore, par rapport au temps actuel, on fera de la photographie sans objectif à l’aide d’appareils tenus à la main.
- On peut donc dire, dès maintenant, que pour les
- OUVERTURES EN FRACTIONS DE MILLIMÈTRES DISTANCES FOCALES EX CENTIMÈTRES TEMPS DE POSE POUR LES DIVERS DEGRÉS DE LUMIÈRE DONNÉS PAR LE PHOTOMÈTRE LÉON VIDAL
- 10’ 9 8 7 6 5 4 O 2 1*
- 5 cent. » 5 » 51/2 » 6 .. 7 » 8 » 10 » 12 » 16 » 25 » 40
- 6 — » 7 » 8 » 9 » Il » 12 » 14 » 16 » 20 » 55 1.10
- 7 — .. 10 » 12 » 15 » 16 » 18 » 20 » 23 » 30 » 50 1.40
- 8 — » 13 » 15 » 18 » 22 » 24 » 28 » 00 » 45 » 60 1.50
- t 9 — » 16 >» 18 » 20 » 26 » 28 » 32 » 47 1 » 1.20 2.40
- 1 10 — » 20 » 22 » 25 » 29 » 33 » 40 » 50 1. 6 1.40 3.20
- 5/10 ( 11 — ,» 24 » 26 » 50 » 34 » 59 » 48 1 » 1.19 2 » 4 »
- ) 12 — »» 29 » 32 » 56 » 41 » 48 » 58 1.12 1.56 2.25 4.50
- 13 — » 54 » 57 » 42 » 48 » 56 1. 8 1.25 1.53 2.50 5.40
- 14 — » 39 » 45 » 48 . » 55 1. 4 1.18 1.37 2. 9 3.15 6.30
- 15 — » 45 >» 49 » 56 1.03 1.14 1.30 1.52 2.29 5.45 7.30
- 16 — » 52 » 57 1. 5 1.13 1.26 1.42 2.10 2.53 4.20 8.40
- 18 — 1. 5 1.11 1.21 1.52 1.47 2.10 2.42 3.36 5.25 10.50
- / 20 — 1. 2 1. 8 1.17 1.28 1.52 2. 4 2.35 3.26 5.10 10.20
- 1 22 — 1.15 1.22 1.53 1.46 2. 4 2.30 3. 7 4. 9 6.15 12.50
- 4/10 24 — 1.30 1.40 1.52 2 7 2.29 O » 3.45 5 » 7.30 15 »
- 26 — 1.45 1.55 2.11 2.29 2.54 3.30 4.22 5.49 ' 8.45 17.30
- 1 28 — 2 2 2.14 2.52 2.55 5.24 4. 4 5. 5 6.46 10.10 20.20
- 50 — 1.52 2. 3 2.20 2.59 3. 5 3.44 4.40 6.12 9.20 18.40
- 32 — 2. 8 2.20 2.40 O » 3 32 4.16 5.20 7. 6 10.40 21.20
- 1 34 — 2.24 2.58 3 » 3.24 4 » 4.48 6 » 8 » 12 » 24 »
- 5/10 ) 56 2.42 5 » 3.22 3.50 4.28 5.24 6.45 9 »> 13.30 27 »
- \ 58 — 5 » 5.18 3.42 4.15 4.58 6 » 7.30 10 » 15 » 30 >»
- 1 40 — ~ 5.20 3.40 4.10 4.44 5.32 6.40 8.20 11. 6 16.50 35 »
- 42 5.40 4.20 4.35 5.12 6. 6 7.20 9.10 12.12 18 » 36 »
- 44 -3.20 5.40 ' 4.10 4.44 5.52 6.40 8.20 11. 6 16.50 33 »
- 46 5.38 4 » 4 32 5. 9 6 » 7.16 9. 5 12. 5 18.10 36.20
- 48 — 4 » 4.24 5 » 5.40 6.58 8 >» 10 » 13.19 20 » 40 »
- 1 50 — 4.24 4.50 5.50 6.14 7.18 8.48 11 » 14.39 22 » 44 »
- 6/10 52 4.57 5 » 5.46 6.33 7.39 9.14 11.52 15.22 23. 5 46.10
- 1 54 5 » 5.30 6.15 7. 6 8.18 10 » 12.30 16.59 25 » 50 »
- 56 — 5.17 5.48 6.36 7.30 8.46 10.54 13.12 17.35 26.30 53 »
- 58 5.50 6.25 7.17 8.. 17 9.41 11.40 14.35 19.25 29.10 58.20
- 60 5.20 5.52 6.40 7.50 8.51 10.40 13.20 17.45 26.20 53.20
- 62 5.42 6.16 7. 7 8. 5 9.27 11.24 14.15 19 » 28.30 57 »
- i 65 6.16 6.55 7.50 8.55 10.24 12.52 15.40 20.52 ' 31 » lh 2“
- 68 7 » 7.42 8.45 9.56 11.57 14 » 17.30 23.18 35 . » mo»
- 7/10 71 7.25 8. 9 9.16 10.51 12.29 14.50 18 22 24.41 57 » I** 14™
- ! 74 8 » 8.48 10 » 11.21 J3.16 16 » 20 » 26.38 40 » lh 20“
- 77 8.44 9.36 11 » 12.24 14.29 17.28 21.30 28.44 45 » 1* 27"
- 80 — 9.50 10.27 11.52 13.29 15.46 19 » 24 » 31.38 48 » lh35"
- * 10 représente le plein soleil. — - 1 représente une lumière 10 fois moindre. — Les données des cinq premières colonnes ver-
- tieales 10, 9, 8 7, 6, peuvent être réduites de moitié pour des plaques très sensibles.
- Mesure du temps de pose pour la photographie sans objectif. — Sensibilité prise pour base : celle des plaques Lumière marque bleue. Evidemment les rapports varient suivant la sensibilité des plaques; avec des plaques moitié moins rapides on doit doubler les résultats. Pour des objets sombres, bronzes, etc., quadrupler la pose.
- effets d'ensemble, les croquis, et une foule d’impressions documentaires, la photographie avec un trou d’aiguille sera la photographie de l’avenir.
- Léon Vidal.
- -------
- CHRONIQUE
- lies dangers de Téleetricité. — M. Edison a récemment publié dans une revue américaine un article fort curieux sur ce sujet. M. Vernier dans sa Causerie scientifique du,Temps a résumé- l’opinion de l’illustre inventeur. Edison est convaincu que les fds
- électriques servant à transmettre des courants alternatifs souterrainement, seront non pas aussi dangereux, mais plus dangereux que les fds aériens ; il serait, selon lui, aussi raisonnable d’enterrer des masses de nitroglycérine au cœur d’une ville que d’y enterrer des fils chargés très fortement d’électricité. Citons ses propres paroles : « Il n’y a pas de procédé d’isolement connu qui puisse emprisonner, confiner ces courants à haute tension pour plus d’un temps limité ; et quand les fils sont placés sous terre, avec le système actuel de conduits, le résultat est forcément une série de contacts terrestres, la fusion des fils, la formation d’arcs électriques puissants qui s’étendront à d’autres conducteurs métalliques dans le même
- p.30 - vue 34/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 51
- conduit; toute une masse de fils recevra ces dangereux courants et les conduira dans les maisons, les boutiques, etc. 11 est ainsi évident que le danger de tels circuits n’est point borné aux fils qui condensent les courants à haute tension, mais que d’autres fils conduisant des courants inoffensifs sont en danger de devenir aussi mortels dans leurs effets que les premiers. Il èst évident aussi qu’un simple fil conduisant un courant à haute pression sera une menace constante pour tous les autres fils du même conduit. Et quand bien même ces fils dangereux seraient placés dans des tubes séparés dans le même conduit que d’autres tubes, le risque n’en sera pas diminué. » Quelle est la raison qui fait diminuer et disparaître l’isolement? Edison dit que les vibrations du courant causent un mouvement vibratoire et moléculaire dans la matière isolante et détruisent graduellement son élasticité. Quand la matière isolante est ainsi transformée, l’humidité y pénètre et l’eau devient le conducteur électrique qui met le fil en communication avec ce qui l’avoisine. Tant que la matière isolante est neuve et de bonne qualité, on peut opérer sans crainte avec les courants alternatifs; mais cette sécurité, il faut bien se le persuader, ne sera jamais que temporaire. »
- Nous venons de rapporter l’opinion de M. Edison; mais nous nous permettrons de ne pas la partager complètement. Sans doute il peut y avoir du danger dans l’emploi des courants alternatifs à haute tension; mais il ne faut pas l’exagérer. D’abord il n’est pas exact de dire qu’il n’y a pas de procédé d’isolement connu pour les câbles à courants alternatifs. Si l’on fait traverser un câble par des courants continus, l’isolant se charge peu à peu et les pertes arrivent bientôt par les contacts à la terre. Dans les câbles traversés par les courants alternatifs au contraire, l’isolant n’a pas le temps de se charger à cause des variations périodiques du sens du courant. On a donc moins à craindre les pertes par la charge de l’isolant. H faut seulement éviter les contacts directs du cuivre à la terre; c’est là une précaution des plus élémentaires. Quant à l’isoleineilt d’un câble en lui-même, on peut obtenir les valeurs que l’on désire : c’est une question de dépenses. Quant à la formation d’arcs électriques puissants qui s’étendront à d’autres conducteurs métalliques dans le même conduit, il est plus facile de le dire que de le constater. Du reste, des coupe-circuits fusibles placés à l’usine, fondraient au moment même où un contact dangereux à la terre ou à une masse métallique, viendrait à se produire. Il en serait de même sur le circuit secondaire des transformateurs. Les courants alternatifs à haute tension sont d’un emploi dangereux évidemment; mais les conduites de gaz placées sous nos rues et nos chaussées, ne constituent-elles pas un danger? Bien que la distribution par courants alternatifs ne soit, à notre avis du moins, qu’un système momentané de distribution, en attendant la seule solution pratique, qui nous parait être la distribution par accumulateurs, il ne faut pas l’incriminer à tort. Le célèbre électricien d’Amérique se place peut-être à un point de vue trop exclusif, car il est, comme on le sait, l’inventeur d’un système particulier de distribution par courants continus.
- J. L.
- Bolide observé en plein jour. — Le journal Ciel et Terre signale le phénomène fort rare d’un bolide en plein jour; ce bolide a été observé le 13 novembre en deux points situés aux extrémités de la Belgique, Uechtel (près de Bourg-Léopold) et Langemarck (entre Ypres et Thourout). A Uechtel, M. Sak a vu le bolide à 7 h. 53 m.
- du matin. Le météore avait une couleur jaunâtre très vive ; sa trajectoire était dirigée de la Petite Ourse vers le Bouvier ; sa marche était lente et il a laissé une traînée persistante. A 8 h., M. Yan ltolleghem l’observait à son tour à Langemarck. Le bolide avait alors la forme d’un jet de feu allant de l’ouest à l’est ; il projetait une vive lumière et s'avançait par ricochets ; il disparut sous l’aspect d’une masse ovale. — Nous nous rappelons avoir vu au-dessus de Paris, un bolide traverser aussi le ciel en plein jour. Il avait une couleur verte : c’était en 1883, au mois de septembre ; nous ne saurions préciser le jour.
- Le feu Saint-Elme dans les temps anciens et dans les temps modernes. — Les superstitions antiques ne disparaissent pas de la planète que nous habitons. Elles ne font que de se réfugier dans des régions sauvages, comme nous le montre une aventure de Stanley dans l'Afrique centrale. — César rapporte que dans la guerre contre Pompée les lances de ses soldats devinrent lumineuses, pendant la nuit. L’habile général en profita pour exciter l’enthousiasme de ses partisans, en leur faisant croire que Castor et Pollux s’apprêtaient à combattre dans leurs rangs. — Dans des lettres que l’on vient de publier, Stanley rapporte qu’un fait analogue est survenu aux nègres fanatisés qui forment l’armée du Mahdi. Le chef de ces hordes, eut la même inspiration que César, et voyant briller le feu au bout des lances, il promit la victoire à ses soldats au nom d’Allah. Mais, cette fois, la froide valeur des soldats delà civilisation, donna un démenti à ces promesses du Prophète.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 décembre 1889. — Présidence de M. Hermite
- Sur la nitrification. —Reprenant le problème tant de fois traité de la nitrification de l’ammoniaque dans le sol, M. Schlœsing signale aujourd’hui les résultats auxquels il est-parvenu en mêlant à la terre une quantité d'ammoniaque cent fois égale à celle qu’on peut y rencontrer naturellement. La nitrification n’est pas complète et l’on constate encore le dégagement d’azote à l’état gazeux. Le fait est pour l’auteur, hors de doute, et, sans qu’il prétende l’expliquer, il fait remarquer la production de nitrites parallèle à celle de l’azote. Il résulte en effet de ces expériences qu’en mêlant à la terre arable du nitrite de chaux et du sulfate d’ammoniaque, il se produit un très considérable dégagement d’azote : sans doute des oxydations qui accompagnent la nitrification brûlent l’hydrogène de l’ammoniaque et libèrent l’azote.— A cette occasion M. Berlhelot fait remarquer qu’on peut expliquer le fait par des considérations qui sont du domaine de la thermochimie : c’est en effet une propriété fondamentale du nitrite d’ammoniaque de se décomposer spontanément à la température ordinaire en produisant de l’azote. Il faut éliminer du phénomène toute intervention de microbe et il n’y a de difficulté, comme y insiste M. Schlœsing, qu’à l’égard de l’allure très lente et non subite de la décomposition.
- Micrographie forestière. — Par l’intermédiaire de M. Duchâtre, MM. Thil et Thouronde font hommage à l’Académie d’une collection de trois cent cinquante épreuves photographiques donnant, avec des grossissements de 30 et de GO diamètres, la structure des principaux troncs d’arbres indigènes. Le travail, qui s’étend à vingt et une espèces gymnospermes et à deux cent quatre-vingt-dix espèces d’angiospermes, figurait à l’Exposition universelle
- p.31 - vue 35/432
-
-
-
- 52
- LA NATURE.
- dans le pavillon des Forêts où tout le monde a pu l’ad-inirer. Il donne la possibilité de reconnaître l’espèce de tout échantillon de bois même privé de son écorce et de sa moelle ; et par conséquent il joint à son intérêt scientifique une utilité pratique, puisqu’il peut avoir des applications en sylviculture, dans le commerce et dans l’industrie, pour la reconnaissance de bois déjà abattus et mis en œuvre.
- La température de Paris. — Grâce à la perfection des thermomètres dont il dispose, grâce aussi à l’incomparable assiduité de ses observations, l’un de nos plus célèbres météorologistes, M. Renou, vient affirmer que, depuis dix ans, la température moyenne de Paris s’est abaissée d’un tiers de degré environ. Dans le travail que M. Mascart dépose en son nom, l’auteur montre les conséquences de cet état de choses pour les animaux et pour les plantes et y rattache, en particulier, les dernières épidémies dont ont souffert si fort la vigne et la pomme de terre. Les hivers rigoureux se reproduiraient tous les quarante ans par série de huit ou dix et nous toucherions au moment où la température va remonter. -- D’après M. Angot, la température à Paris n’est d’ailleurs pas la même au niveau du sol et au sommet delà Tour Eiffel: la différence même a pu aller quelquefois jusqu’à 10 degrés et c’est en haut qu’il fait le plus chaud. D’après l’auteur, la marche très lente des modifications de température dans le sens vertical peut fournir un aide à Part jusqu’ici si ingrat de la prédiction du temps.
- La prochaine éclipse de soleil. — Le 22 décembre, une éclipse totale de soleil sera partiellement visible aux Antilles et sur une bande qui se termine à la côte d’Afrique. M. Janssen annonce qu’il a chargé M. de la Baume du soin des observations : la mission sera pourvue d’un appareil parallaclique avec cinq chambres destinées à( photographier la couronne solaire dans diverses condi-, tions ; —un appareil de photométrie photographique propre à comparer l’intensité de la couronne à celle du soleil lui-même ; —: enfin un excellent télescope, celui-là même dont M. Janssen s’est servi naguère dans l’Inde. Il n’y a plus qu’à espérer un temps favorable aux opérations.
- Varia. — M. Gayot rectifie une erreur de signe commise par Le Verrier dans la détermination du mouvement de la planète Jupiter. — La théorie des moyennes inspire à M. Estienne de judicieuses observations. — Un crustacé fournit à M. Giard un cas de parasitisme au deuxième degré. — M. Hermant annonce que, dès 1869, il a vu en Tunisie les forêts silicifiées décrites par M. Thomas et sur lesquelles on est revenu lundi dernier à propos d’un mémoire de M. Fliche. — Grâce à un appareil dont il donne
- la description, M. Delbrieux arrive à calculer le volume des corps. — M. Macé de Lépinay étudie la localisation des bandes d’interférence des lames minces isotropes. — La quebraquine est un sucre où M. Tauret voit un troisième isomère de l’inosine. — M. Joannis a réalisé la combinaison du potassium et du sodium avec l’ammoniaque. Stanislas Meunier.
- JOUETS SCIENTIFIQUES
- AUTOMATES A HÉLICE
- Tout le monde connaît le petit objet de physique amusante qui consiste en une hélice — formée de plusieurs ailettes légères, découpées dans un cercle de papier, — et posée sur la pointe d’aiguille verticale plantée dans un bouchon et servant de pivot. Si l’on place ce système au-dessus d’un poêle allumé, la colonne d’air chaud qui s’élève vient frapper les palettes de l’hélice qui se met à tourner sur son axe.
- Un de nos lecteurs de Strasbourg nous envoie le petit jouet ci-contre qui obtient actuellement grand succès dans la capitale alsacienne. C’est un perfectionnement de l’objet dont nous venons de parler; lp mouvement de l’hélice est ingénieusement utilisé pour mettre en action le bras d’un personnage et donner à celui-ci l’aspect d’une personne occupée à couper du bois. Notre figure explique suffisamment le mécanisme adopté par l’ingénieux constructeur. L’hélice est montée sur un axe A de fil de fer, convenablement coudé et formant bielle. L’axe, en tournant, actionne, par l’intermédiaire d’une tige horizontale, le bras de carton de l’ouvrière et lui imprime un mouvement de va-et-vient. Notre dessin de droite montre le jouet vu de face; celui de gauche indique le détail du mécanisme, i Nous venons de décrire l’un des modèles des nouveaux jouets alsaciens; mais il en est d’autres. Nous citerons notamment, parmi les plus curieux, le forgeron que l’on voit manier son marteau sur l’enclume et qui est actionné par un mécanisme analogue à celui que nous venons de faire connaître.
- Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Paru. — Imprimerie Lahure, rue de fleurus, 9.
- Jouet automatique actionné par une hélice.
- p.32 - vue 36/432
-
-
-
- N* 864. — 21 DÉCEMBRE 1889.
- LA NATURE.
- SI à
- \a^>v jt) 33
- LE CHEMIN DE FER INCLINÉ DU MONT PILATE
- Aujourd’hui que l’art de l’ingénieur a fait de si rapides progrès, progrès parallèles d’ailleurs à ceux de la métallurgie, on ne craint plus de s’attaquer a des difficultés variées qui auraient été considérées j adis comme absol liment insurmontables.
- Aussi on peut dire maintenant qu’en matière de chemins de fer inclinés notamment, on ne connaît plus d’obstacles et qu’un jour prochain viendra où il ne sera plus une seule montagne, un seul pic si élevé qu’il soit, et pourvu du reste qu’il présente de Fintérêt pour le touriste, dont le sommet ne soit escaladé par une de ces petites voies ferrées. Parmi les exemples les plus connus, on peut rappeler le chemin du Vésuve et celui du Righi ; on a commencé par construire des tramways funiculaires montant des côtes assez raides, et on a continué par les chemins de fer de 18e année. — 1er semeslre.
- montagnes escaladant des pentes abruptes. La Nature a d’ailleurs étudié bien des types de ces tramways ou chemins de fer des divers systèmes, notamment les chemins de fer à crémaillère *• Celui dont nous voulons parler aujourd’hui, le chemin de fer du Pilate, est aussi à crémaillère; mais il présente des particularités qui légitiment l’étude spéciale que nous allons lui consacrer.
- Le mont Pilate, ou, pour lui donner sa désignation habituelle, le Pilate, est précisément un voisin du Righi ; ces deux sentinelles avancées des Alpes se tiennent de chaque côté du lac de Lucerne, dominant la petite ville de ce nom. On sait que voilà déjà plusieurs années qu’est installé le chemin de
- * Voy. n° 767, du 11 février 1888, p. 163.
- Fig. 3. — Locomotive et wagon du chemin de fer du Pilule. (D’après une photographie.)
- p.33 - vue 37/432
-
-
-
- 54
- LA NATURE.
- fer du Righi; grâce à cette voie ferrée, l’escalade de la montagne est devenue chose si facile, qu'on compte une douzaine d’hôtels au sommet. 11 est bien évident qu’il ne manque point de touristes qui préfèrent le moyen si aisé que leur offre la civilisation à une ascension pénible à pied ; et l’on peut dire que l’entreprise de la voie ferrée du Righi a été un vrai succès financier. Aussi ce succès n’a-t-il point été long à tenter les ingénieurs et les financiers de la Suisse, qui ont cherché immédiatement un nouveau champ d’application du système, une nouvelle montagne à escalader, un nouveau chemin de fer à établir. Ils ont trouvé même mieux que le Righi, puisqu’ils ont trouvé le Pilate. C’est qu’en effet, à tous les points de vue, le Pilate a beaucoup plus d’intérêt que le Righi. Complètement isolé, il domine son voisin de plus de 500 mètres ; c’est le point de réunion de tous les orages qui accourent du nord et de l’ouest et viennent étendre un manteau de neige sur tous les pics des environs. Du haut de son sommet, on découvre un magnifique horizon de tous côtés, sauf vers l’est, où le Righi masque la vue; au nord on aperçoit le pays fertile et bien cultivé entre Râle et Zurich; à l’ouest et au sud c’est une vraie mer de pics et de montagnes, où l’on aperçoit la Jungfrau et le Rreithorn. Il n’y a pas un point de la contrée où le panorama soit aussi beau. Mais, pour atteindre ce magnifique point de vue, il faut monter à plus de 2000 mètres; jusqu’à présent on ne pouvait faire cette ascension qu’à pied, et l’on peut s’imaginer aisément quelle concurrence le chemin de fer du Righi faisait au Pilate. Aujourd’hui le Pilate a, lui aussi, sa voie ferrée.
- Il y a trois ou quatre ans que la construction de cette voie avait été résolue, des projets divers avaient été nrésentés, toutes les études furent bientôt faites. Mais il fallut aussi décider quel système mécanique on allait employer pour la traction, et on s’aperçut qu’aucun des systèmes actuellement en service en Suisse sur les chemins inclinés ne répondait aux nécessités d’exploitation de la ligne du Pilate. La crémaillère du Righi ne présentait pas une sécurité suffisante', surtout étant données les tempêtes qui s’abattent parfois sur le Pilate ; le pente devait en effet être ici en moyenne de 56 pour 100 et comme maximum atteindre 48 pour 100; on ne voulut rien laisser aü hasard, et on construisit un modèle réduit de chemin incliné présentant ces mêmes rampes, et sur lequel on expérimenta diverses crémaillères à dents verticales. On put constater que cemaode d’exploitation était dangereux et loin de présenter toute sécurité. C’est alors que le colonel Edouard Locher proposa un système analogue à celui de l’ancien chemin de fer Fell du MontCenis; mais, tandis que dans celni-ci la force de traction était obtenue parole simple frottement de deux roues horizontales sur un rail central, au Pilate on a donné des dents à ces roues qui engrènent sur une double crémaillère présentant des dents sur chacun de ses côtés. A la vérité cette crémaillère se compose de deux cré-
- maillères verticales posées sur le côté et disposées dos à dos, fixées quelles sont sur un rail central formé d’un fer Zorès. Voilà le principe adopté; voyons maintenant les détails.
- La voie commence au village d’Alpnach, tout près du lac de Lucerne; la distance verticale qui sépare ce point de l’extrémité de la ligne à l’Hôtel Bellevue au sommet du Pilate, est de 1654 mètres (ce sommet étant à 2076 mètres au-dessus du niveau de la mer), et cette distance verticale se répartit sur 4295 mètres de voie. De là l’indication de la pente que nous avons signalée, tandis que les rampes du Righi n’atteignent que 25 pour 100. —La longueur totale de la ligne comprend 2215 mètres en parties droites et 2080 mètres en courbes d’un rayon variant entre 80 et 100 mètres (courbes qui ont nécessité une disposition particulière que nous noterons tout à l’heure). La largeur de la voie est de 80 centimètres. — Le tracé suit autant que possible les accidents du terrain, et on a pu se contenter, comme travaux d’art, d’un seul viaduc et de quelques tunnels. Au milieu du parcours est une gare d’évitement; d’ailleurs il n’est pas besoin de dire qu’on n’a pu se borner, sur une pareille inclinaison, à établir une plate-forme sur simple ballast; toute la substructure de la ligne est en maçonnerie recouverte de dalles de granit, dans lesquelles sont encastrées les traverses en fer à T que de forts boulons retiennent aux extrémités et sur' lesquelles sont ancrés les rails.
- La crémaillère dont nous avons parlé est en acier Martin, formée de pièces de 5 mètres de long; les fers Zorès sur lesquels elle est ancrée sont eux-mêmes fixés sur d’autres traverses à T encastrées dans la maçonnerie de la plate-forme. On se trouvait évidemment dans des conditions particulières nécessitant une rigidité absolue de la ligne, qui devait former un tout complètement homogène; le thermomètre varie en effet sur le Pilate de — 20°eni hiver à -h 40° C en été ; on a donc pourvu aux effets de la dilatation dans la pose des rails et de la crémaillère. Ces effets paraissent assez faibles jus-qu’à présent, et semblent ne point troubler le jeu des engrenages; mais il faut songer que la ligne n’est livrée que depuis le 4 juin 1889. Cependant, même durant la construction, on a pu éprouver les effets de l’hiver.
- Nous avons dit plus haut que la force de traction est obtenue par l’engrènement de roues dentées avec la double crémaillère. Il y a deux paires de ces roues dentées horizontales et dont par conséquent l’axe est vertical; une des paires est disposée à l’extrémité que nous appellerons l’avant et qui est en réalité la partie basse, celle où est installée la machine; l’autre paire se trouve placée sous l’arrière, sous l’extrémité haute. Les deux roues dentées inférieures ont seules mission de remplir les fonctions, de roues motrices; quant aux roues supérieures, elles servent seulement de directrices et au besoin de frein. Une précaution particulière a été prise afin d’assurer l’engrènement des roues motrices; deux
- p.34 - vue 38/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 35
- roues horizontales sont calces sur le même axe et embrassent la longrineen fer Zorès qui porte la crémaillère, restant en contact des deux côtés avec les parois verticales de cette longrine; aussi, grâce à cette disposition, on a pu employer des roues porteuses sans boudin, ce qui diminue beaucoup les causes de frottement et de résistance surtout dans les courbes.
- Comme l’adhérence ne compte plus pour rien dans le remorquage du train, le poids du moteur n était plus un facteur de la force de traction, il était important de réduire autant que possible la charge à traîner, et dans ce but on a disposé la locomotive et la voiture à voyageurs sur un même châssis. Le moteur est au point le plus bas, dominé par la voiture; quant k la chaudière, pour qu’elle fût horizontale et afin d’éviter une différence de niveau de l’eau, différence dangereuse, on l’a disposée perpendiculairement k l’axe de la voie. Ces voitures ont été construites par la Société suisse pour la construction de locomotives et machines, à Winterthur ; un type en était exposé à l’Exposition universelle. L’ensemble du véhicule est porté sur deux essieux, il n’est fixé qu’au milieu de celui de l’avant. Nous compléterons ces indications sur la voiture en disant qu’elle est divisée en quatre compartiments, pouvant contenir chacun huit voyageurs ; il n’est pas besoin d’ajouter que planchers et sièges sont disposés de façon k laisser les voyageurs dans une position toujours horizontale. — La longueur de la chaudière est de 2,02 m, la surface de chauffe de 20 mètres carrés et la pression de 20 atmosphères ; le diamètre des cylindres est de 228 millimètres, et la course des pistons est de 30 centimètres. La voiture k vide pèse 5700 kilogrammes; portant sa charge complète, c’est-à-dire ses trente-deux voyageurs d’abord, son contrôleur et les deux hommes delà machine, elle pèse 101/2 tonnes. La longueur totale en est de 10,40 m, et sa largeur maxima, de 2,20 m; quant à la distance entre les axes, elle est de 5,20 m. La vitesse moyenne obtenue par heure est de 3, 6 kilomètres.
- Les deux pistons de la machine actionnent directement un arbre k manivelles donnant 180 tours par minute ; cet arbre, au moyen d’un engrenage, fait tourner la roue centrale d’un hérisson monté sur un arbre auxiliaire. De chaque côté de la roue centrale, le hérisson se complète par une roue d’angle engrenant avec une roue conique calée sur l’axe vertical de la roue motrice correspondante, qui engrène elle-même avec la crémaillère. Ces roues d’angle du hérisson ne forment pas corps avec la roue centrale; elles tournent librement sur l’arbre, mais sont obligées de suivre la rotation de la roue centrale par quatre clavettes mobiles; dans les courbes, en effet, il se présente des différences de parcours entre la partie de crémaillère intérieure k la courbe et la crémaillère extérieure ; et grâce au système que nous venons de signaler ces différences sont compensées et les deux roues motrices tra-
- vaillent également. — Enfin ajoutons encore, pour tranquilliser les futurs ascensionnistes, que les freins ont été multipliés : un d’abord k air comprimé pour le parcours en vallée; deux autres à main, dont l'un agit sur l’arbre moteur et l’autre sur les roues dentées montées sur l’axe supérieur, tous deux du reste pouvant être mis en action par le mécanicien aussi bien que par le contrôleur; enfin un dernier système automatique agit par friction sur la paire supérieure des roues dentées dès qu'k la descente la vitesse dépasse 1,30 m par seconde. —Enfin en cas de tempête violente, des griffes sont disposées qui peuvent saisir le champignon des rails et empêcher la voiture d’être soulevée.
- La voie a été adjugée au prix de 2050000 fr., tout matériel compris ; elle s’est exécutée par sections montantes qu’on achevait complètement avant d’en entamer une autre, la partie achevée servant au transport des matériaux ; et le chemin de fer a été livré quelques jours avant la date fixée.
- On a pu voir, d’après tous les détails que nous avons donnés, que le chemin de fer du Pilate présente des particularités curieuses et qu’à ce titre il méritait une description spéciale. Dakiel Betxet.
- IA SCANDINAVIE PRÉHISTORIQUE
- Tous ceux qui s’occupent d’études préhistoriques savent l’importance anthropologique et archéologique de la Scandinavie.
- Cette importance s’accroît singulièrement, si l’on accepte les théories nouvelles qui font partir des régions du Nord les immigrations aryaques ou celles plus hardies encore qui placent au pôle le centre de la création. Ce serait du pôle, alors couvert d’une végétation vigoureuse, que les premiers hommes auraient irradié, se répandant par étapes successives sur le globe entier. Quoi qu’il en soit de ces théories, qui auraient grand besoin de preuves sérieuses, l’âpreté du climat n’avait pas arrêté les hommes si admirablement doués pour résister aux froids les plus rigoureux, comme aux chaleurs les plus extrêmes et dès les premiers temps dont nous parvenons k saisir les traces, la Laplande, la Nordlande, les provinces les plus septentrionales de la Suède et de la Norvège, l’Islande elle-même, étaient habitées par une population nombreuse et énergique. Chacun a pu voir, à notre Exposition de 1878, des armes et des outils de pierre recueillis jusque sur les rives couvertes de glace de la mer Blanche.
- A partir de ce moment, la Suède et le Danemark n’ont cessé de jouer un rôle considérable, soit au point de vue militaire et maritime, soit au point de vue du développement de la civilisation. Nulle part, l’instruction k tous ses degrés n’est plus florissante qu’au Danemark, nulle part, même en Angleterre, l’agriculture n’est plus avancée, nulle part la science n’est plus vivante ni plus honorée. Si le climat est plus rude, la Suède ne le cède guère k
- p.35 - vue 39/432
-
-
-
- 36
- LA NATURE.
- sa voisine, et, pour ne citer que ce seul exemple qui touche à nos études, elle compte trois grandes publications archéologiques et onze journaux d’archéologie qui se maintiennent tous par leurs seules ressources et qui sont fort bien accueillis du public.
- S’il est vrai que le passé prépare l’avenir, il est intéressant de rechercher dans ce passé les leçons qu’il peut donner. C’est ce qui a porté M. Victor Rydberg à étudier les rochers gravés et incisés qui se rencontrent en grand nombre dans les diverses
- Fig. 1. — Rochers couverts de glyphes dans le Bohuslün, en Suède.
- provinces de la Suède et particulièrement dans le Bohuslan (fig. 1) A Depuis fort longtemps, les archéologues étudiaient les glyphes taillés dans le plus dur granit2; ils cherchaient si ces dessins pouvaient fournir quelques renseignements sur l’histoire, les mœurs, la civilisation des temps écoulés, s’ils étaient en un mot la représentation d’évén e ments réels ou. s’il fallait seulement y voir la fantaisie d'artistes qui employaient de longs loisirs à reproduire l’animal qu’ils avaient dompté, la barque qu’ils avaient gouvernée, peut-être aussi la chasse ou le combat auxquels ils avaient pris part. Si M. Rydberg n’a pas
- 1 Sur 164 glyphes reproduits par Holmberg, 142 proviennent du Bohusliin.
- '* Ces glyplies avaient été dessinés dès 1627 par Peter Alfson; mais ces dessins ne furent publiés qu’en 1784 dans tes Documents pour l'histoire du Danemark.
- résolu le problème, il a du moins préparé les éléments d’une solution qui vraisemblablement conciliera les deux manières de voir1. — Une première
- question s’impose : À quelle époque remontent ces glyphes ? Les avis diffèrent notablement. Brunius les rapporte à l’âge de pierre, Holmberg aux Vikings qu’il date de la fin de l’âge de fer ; Hil-debrand et Ber-zelius cherchent à prouver que ceux tout au moins de l’Os-tergothland sont du temps où le bronze était le seul métal connu. Montelius et Holmboë, sans se prononcer sur le fond même de la question, se contentent de rejeter la grande antiquité que l’on prétend leur assigner en les datant de l’époque néolithique. Ajoutons que l’état fruste
- 1 Parmi ces glyphes, il en est qui sont très nettement incisés à pins de 2 pouces de profondeur ; d’autres au contraire sont très légèrement gravés.
- Fig. 2. — Détails de glyphes sculptés pur un rocher du domaine de Backa, paroisse de Bipstad (Suède).
- p.36 - vue 40/432
-
-
-
- LA N A TU HE.
- 57
- de ces sculptures qui se dégradent chaque jour sous l’influence des gelées et des intempéries des saisons, autant que par l’action de l’homme, rend leur étude de plus en plus difficile : les seuls à peu près intacts sont ceux que recouvre une couche épaisse de terre et de gazon. S’il m’était permis, à moi qui ne connais ces glyphes que par des photographies et des gravures, de hasarder une conclusion, je n’hésiterais pas à rapporter le plus grand nombre d’entre eux à l’àge de bronze. Sur beaucoup en effet on distingue
- Fig. 3. — Objets de l’âge de pierre en Danemark.
- forment une écriture symbolique qui s’élève bien au-dessus des grossiers essais d’écriture de même sorte que l’on trouve chez les sauvages. » Nous ne pouvons partager l’opinion du savant archéologue suédois ; pour quelle fût admissible, il faudrait que ces glyphes ne reproduisissent pas toujours les mêmes objets, les mêmes scènes, si l’on veut. Ce sont d’innombrables bateaux, a la proue et à la poupe ornées de figures imitant sans doute celles que l’artiste avait sous les yeux, des traîneaux attelés de rennes, des animaux que l’on nous dit des taureaux, des chiens, des renards, des oiseaux plus difficiles encore à déter-
- la roue solaire, caractéristique de cette époque, tandis que le svastika, le signe sacré des Àryas qui ne paraît en Scandinavie qu’à l’àge de fer, est constamment absent1. Nous ajouterons que les dessins exécutés sur les rochers du Bohuslàn n’ont pu l’être qu’avec des outils en métal, tant l’incision est nette et profonde.
- - J’ai dit que l’interprétation des glyphes était aussi obscure que leur origine. « L’observation la plus superficielle, dit Holmberg, nous convainc qu’ils
- Fig. i. — Objets de l'âge du bronze èn Danemark.
- miner (fig. 2)2. Les figures humaines, souvent de grandeur naturelle, ne sont pas moins nombreuses. Ce sont en général des hommes nus% à la figure
- 1 M. llaltzes vient de découvrir un svastika gravé sur un rocher, et M. Rydberg en reproduit un parmi les glyphes de la paroisse de Tosa; mais outre que ce dernier ne reproduit pas la forme si connue du svastika, nous ne pouvons rien conclure de deux faits isolés.
- - On a même cru reconnaître parmi les glyphes une charrue. Si le fait est exact, ces hommes pratiquaient déjà unfe culture avancée.
- 3 On voit, mais bien rarement, des hommes vêtus d’une grande blouse qui descend jusqu’à leurs pieds.
- p.37 - vue 41/432
-
-
-
- 58
- LA NATURE.
- simienne. On remarque chez quelques-uns, chez I ceux de la paroisse de Tanum, par exemple, un appendice caudal qui ressemble singulièrement à une queue; mais, comme rien ne justifie celte addition dans les squelettes qui ont été découverts, il est permis de croire que c’est plutôt l’extrémité d’une arme que l’artiste a voulu imiter. Toutes ces figures sont d’une exécution fort grossière, infiniment plus grossière que les pictographies américaines, par exemple.
- A Tanum, on remarque un certain nombre d’hommes en file indienne ; tous sont privés de leurs bras. Devons-nous supposer que ce sont des captils soumis à une cruelle mutilation. Les nombreux combats qui figurent sur les glyphes peuvent le faire supposer : les barques sont chavirées par l’ennemi ou par la tempête ; les hommes s’élancent les uns sur les autres armés de lances, de glaives ou de haches1. D’autres fois, on distingue des pieds humains qui rappellent ceux gravés sur les rochers de l’Amérique du Nord. On a voulu voir dans ces derniers le souvenir de lointaines immigrations. Faut-il attribuer la même signification aux glyphes Scandinaves?
- Souvent les figures sont accompagnées de roues, de croix, de cupules qui se rapportent très probablement a des rites religieux. Aujourd’hui encore, dans certaines parties de la Suède, par une pensée touchante, les paysans déposent dans ces cupules des offrandes pour les petits. Les petits sont les âmes des morts qui errent dans l’infini, attendant le moment où elles doivent être unies de nouveau à un corps mortel.
- Peu importait au sculpteur le rocher qui s’offrait à lui ; tantôt la pierre est presque horizontale, d’autres fois, au contraire, son inclinaison varie de 15° à 40°. Souvent ces glyphes couvrent une superficie considérable; à Anghagen, par exemple, la superficie chargée de sculptures n’est pas moindre de 25 mètres.
- Les gravures, les peintures sur des roches placées souvent à des hauteurs presque inaccessibles se montrent partout. Le désir de reproduire, soit sa propre image, soit les objets qui frappent ses yeux, est un des traits caractéristiques de l’homme. Nous le voyons dans tous les temps et dans tous les pays. Les anciennes populations des deux Amériques couvraient les rochers, les blocs erratiques de figures où l’on a cru reco'nnaître des hiéroglyphes. Les Boschimen, une des races les plus dégradées que l’on connaisse, esquissent des scènes sur les pierres de l’extrémité méridionale de l’Afrique, et le capitaine Koch signale sur les rochers du Sud oranais des figures grossières représentant des animaux disparus de la faune saharienne, des guerriers portant des plumes sur leur tête et armés d’arcs et de flèches; sur quelques points, ces figures sont recouvertes d’inscriptions numidiques : c’est la preuve évidente de leur antiquité. On est surpris de la somme de travail exigé
- 1 Nous ne pouvons dire si ces armes sont en pierre ou en métal.
- par quelques-uns de ces glyphes. On l’est plus encore, en songeant aux misérables outils, les seuls que l’artiste eût à sa disposition.
- Nous avons dit, en commençant, combien il était difficile de déterminer l’époque où les glyphes avaient été gravés sur les rochers de la Scandinavie. L’étude à l’Exposition de la magnifique collection danoise a permis de faire un pas de plus. Nous reproduisons ci-devant deux des plus importants panneaux de cette belle Exposition (fig. 5 et 4). Ce sont les savants danois qui, les premiers, ont établi la division des temps préhistoriques en âge de pierre, âge de bronze et âge de fer1. A l’âge de pierre appartiennent des haches d’un merveilleux travail, des poignards d’une taille exceptionnelle, des ciseaux, des gouges, des scies, des pointes de flèche, remarquables par la variété de leurs formes, des ornements en ambre jaune, des vases d’une facture grossière. Nous ne pouvons dire quand l’âge de pierre, qui remonte aux premières populations Scandinaves, a commencé; mais, d’après les Danois, il n’a pris fin que quinze cents ans environ avant notre ère, époque où le bronze a été importé par des immigrants étrangers. Il est remarquable que, malgré cette origine, nulle part on ne rencontre des objets en bronze comparables à ceux du Danemark. Les pièces inachevées, les moules, les scories retrouvés montrent bien qu’ils avaient été fondus sur place. Tous ceux qui ont visité notre Exposition ont été frappés de la beauté des épées, de la trompe2, des ceintures de femme, de tant d’autres objets que les vitrines renfermaient. La civilisation, dans ces temps antérieurs peut-être à la guerre de Troie, était déjà avancée, les costumes exactement reproduits sur les originaux conservés au Musée royal des antiquaires du Nord en seraient au besoin une preuve nouvelle. Le guerrier porte un bonnet de forme ronde, fait d’un double morceau d’étoffe de laine ; il est vêtu d’une sorte de blouse d'étoffe semblable serrée par une ceinture avec un bouton en bronze incrusté d’ambre. Sur les épaules est jeté un large manteau retenu au cou par une fibule en bronze ; a ses pieds sont des sandales attachés par des cordelettes ; à ses côtés pend une gaine retenue par un crochet en bronze. Il porte enfin autour du bras un bracelet en or et il tient à la main un glaive nu tout prêt pour le com* bat.
- La femme a sur sa tête un filet fabriqué à l’aide d’un simple entrelacement de fils ; la jaquette est faite d’un seul morceau d’étoffe, la jupe cousue dans le sens de sa longueur; la ceinture, de différentes
- 1 Pour comprendre l'importance de cette division, il faut visiter le magnifique musée de Copenhague fondé dès 1807 et où, grâce aux travaux de Thomson et de Worsaae, les objets appartenant aux trois époques sont méthodiquement classés. 11 faut placer à côté de ces noms ceux d’éminents savants suédois, llildcbrand, Sweu, Nilsson, Montelius, Sophus Muller qui, eux aussi, ont grandement contribué au progrès de la science préhistorique.
- s On a recueilli dix-huit trompes semblables, toutes remarquables par leur taille et par le fini du travail.
- p.38 - vue 42/432
-
-
-
- couleurs, se termine par une houppe fort curieuse. Tous les bijoux qu’elle porte, le collier, la plaque de ceinture, les bracelets en bronze, les anneaux en or, ont été fidèlement copiés sur les bijoux que les fouilles ont donnés.
- Nous nous sommes étendu sur ces détails; ils montrent, en effet, que les bateaux que les glyplies reproduisent ne sont pas en désaccord avec l’état général de la civilisation du Nord à l’âge de bronze. La Suède ne pouvait être étrangère aux progrès rapides que nous constatons chez ses voisins. Les savants archéologues Scandinaves pensent, avons-nous dit, que les premiers objets en bronze ont été importés de l’étranger. Ce ne serait donc pas de la Scandinavie que la connaissance de ce métal s’est répandue dans les autres parties de l’Europe. C’est là une excellente réponse à ceux qui veulent placer à l’extrême Nord les pays d’origine des races, le point de départ des hommes qui ont peuplé le globe. C’est là la double conclusion que nous voulions prouver en poursuivant cette étude.
- Marquis de Nadaillac.
- VARIATION DE LA TEMPÉRATURE
- MOYENNE DE l’aIU A PARIS
- J’ai essayé de faire voir, il y a vingt ans, que les hivers rigoureux reviennent par groupes de cinq ou six tous les quarante et un ans. Cette période, un peu élastique, se reproduit peut-être mieux sur des groupes d’années que sur des années isolées.
- L’avant-dernière période s’est terminée par les hivers de 1838 et 1841. Vers la fin de cette période, se présente une série de dix années plus froides en moyenne que la normale. Le dernier groupe d’hivers rigoureux a pris fin avec les trois hivers de 1879, 1880 et 1881, dont l’intermédiaire a eu une rigueur exceptionnelle. Mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que les dix années 1879 à 1888 présentent, dans leur température moyenne, le même déficit que le groupe d’années qui les précède de quarante et un ans. Voici ces deux années :
- Observatoire de Paris. Parc de Saint-Maur.
- Années. Moyennes. Années. Moyennes.
- 1838. . . 9°,72 1879. . . 9o,89
- 1839. . . 10°,54 1880. . . 9o,30
- 1840; . . 10o,97 1881. . . 10°,25
- 1841. . . 10», 08 1882. . . 9°,95
- 1842. . . 10o,68 1885. . . 10,001
- 1843. . . 10o,79 1884. . . 10°,54
- 1844. . . 10°, 13 1885. . . 9o,95
- 1845. . . 8°,80 1886. . . 10°,25
- 1846. . . llo,78 1887. . . 8°,86
- 1847. . . 9o,98 1888. . . 8°,88
- Moyenne. 10o,35 9°,62
- J’ai fait voir depuis longtemps que l’Observatoire de Paris donne une température moyenne supérieure de 0°,7 à celle de la campagne; celle de l’Observatoire est de 10°,7, celle du parc de Saint-Maur, 10°,0.
- Le déficit de la température, dans les deux séries, est exactement le meme et égal à 0°,5, ce qui est considérable pour un groupe de dix années.
- Les chiffres de l’Observatoire de Paris ont été corrigés des erreurs constatées par Le Verrier à son entrée à l’Observatoire, corrections dont on n’avait pas tenu compte.
- Ceux du parc de Saint-Maur sont déterminés par les moyennes vraies des vingt-quatre heures, observées directement avec des thermomètres sûrement corrigés et sous un abri qui donne des nombres absolument concordants avec le thermomètre-fronde.
- Les intempéries de la période de 1838-1847 ont amené la maladie de la pomme de terre et celle de la vigne. Celles de la période de 1879 à 1888 ont amené des résultats pareils, surtout pour la vigne, aujourd’hui épuisée par trois ou quatre maladies différentes. Toutes ces maladies sont dues à l’abus de la culture ; mais les résultats désastreux ont été déterminés par l’abaissement de la température moyenne, abaissement qui sera prochainement compensé par des séries d’années chaudes.
- E. Renou.
- LA. MONNAIE DE NICKEL
- Il y a longtemps déjà, surtout depuis l’exploitation des gisements de nickel dans la Nouvelle-Calédonie, que l’on parle de remplacer les sous de cuivre par des pièces de nickel de meilleur aspect, de format plus réduit, et qui seront, par conséquent, plus portatives. Quelques nations étrangères nous ont précédés dans cette voie; dès 1860, les Etats-Unis ont adopté la monnaie de biilon en alliage de cuivre et de nickel. L’exemple des Américains du Nord ne tarda pas à être suivi par les Belges, les Allemands, les Suisses et les Serbes.
- Depuis l’exposé qui a été présenté à la Chambre des députés le 21 juillet 1887, on n’entend plus parler des monnaies de nickel. Y a-t-il des motifs ignorés pour en empêcher la fabrication ? Nous ne saurions le dire ; mais il nous a paru intéressant de présenter à nos lecteurs l’état de la question telle qu’elle est soumise aux pouvoirs publics par un promoteur ardent et persévérant, M. T. Michelin, qui nous parait avoir fort bien étudié le problème.
- On a objecté à l’emploi des monnaies de nickel que les pièces qui sont blanches pourraient être confondues avec les pièces en argent. M. Michelin propose une solution qui remédie d’une façon absolue à cet inconvénient des pièces en nickel. Au lieu de faire des pièces pleines, il suffit de fabriquer des pièces trouées. Plus de confusion possible alors avec les pièces en argent; le simple toucher suffit pour montrer la différence. Au reste, si cela ne suffit pas, on peut prendre double garantie en y joignant des pans. Notre figure 1 ci-après donne l’aspect des pièces de nickel proposées: elles sont percées au centre d’un trou de 5 millimètres.
- Les pièces trouées ont déjà cours dans un grand nombre de pays et l’on peut montrer toute une série de pièces trouées, en cuivre, qui sont actuellement en circulation, frappées et non pas fondues comme les zapecs de la Chine (moitié zinc, plus altérables que nos sous). Dans le nombre il y en a une très jolie frappée par la Monnaie française pour la Cochinchinc
- p.39 - vue 43/432
-
-
-
- 40
- LA NATURE.
- et le Tonkin (fig. 2) et.qui a été soumise, en nickel à pans, à la Commission.
- D’autres pièces trouées circulent en Belgique, au Congo, etc. (fig. 2).
- Les pièces trouées en nickel, que propose M. Michelin, auraient le même module que les pièces suisses, même grandeur et même épaisseur. La pièce de 20 centimes serait en nickel pur, comme en Suisse, idée ingénieuse pour diminuer le poids de cette pièce.
- Les pièces de 10 centimes et de 5 centimes seraient formées d’un alliage de trois quarts de cuivre et de un quart de nickel ; métal des pièces à pans de la monnaie de Paris. Ces trois pièces réunies, valant 55 centimes , pèseraient 8 grammes, ce qui fait,pour trois cents pièces valant 55 francs, un poids de 800 grammes, soit 2,700 kg de moins q u e 55 francs de sous de cuivre qui pèsent 5,500 kg, et 200 grammes de moins également que 55 francs des sous à pans proposés par l'administration monétaire, qui pèsent 1050 grammes.
- En résumé, il .semble qu’il y a de nombreux avantages avec les pièces trouées: on économisera plus d’un million de francs de métal selon la grandeur du trou ; diminution du,volume, du poids; pas de confusion possible avec les pièces en argent.
- Enfin M. Michelin propose des appareils fort simples, des broches, des ficelles, des tiges métalliques sur lesquelles on pourra enfiler les piles de sous. On arriverait, avec une manutention facile, à faire une comptabilité des plus expéditives.
- Nous représentons, dans la figure 5, cinquante pièces de nickel enfilées, et, d’autre part (fig. 4), des piles faites sur des tiges verticales, pour la comptabilité dans les administrations.
- ll nous semble qu’il y aurait, dans l’emploi de cçs monnaies de nickel, de nombreux avantages qui sont dignes d'être pris en considération.
- ;..... : Gaston Tissandier.
- LES TRANSPORTS A MINAS GERAES ‘
- . ; ,J
- AU BRÉSIL
- . .**.)
- Il existe déjà au Brésil un grand nombre de che^ mins de fer, mais, comme ils sont surtout établis dans le voisinage des côtes, les communications avec l’intérieur se font encore aujourd’hui au moyen de routes ouvertes à travers monts et forêts. C’est ainsi qu’à Minas Geraes le pays est sillonné de nombreux chemins qui tantôt franchissent les cimes avec des pentes invraisemblables, et tantôt déversés de côté se déroulent à flanc de coteau. L’entretien de ces routes est excessivement difficile, par suite de
- leur étendue considérable au milieu de contrées peu habitées f et surtout à cause des pluies 'torrentielles qui tombent chaque année, défonçant complètement les chemins et transformant certains passages en de véritables lacs de boue. ;r
- En pareilles conditions* les moyens de transport doivent être simples : ils sont fournis par les mulets de charge et les chars à bœufs, voyageant à petites journées. Lorsque les mulets sont affectés au transport des charges, on leur met sur le dos une sorte de bat, la cangalha, formée de dêux. fourches en bois, reliées entre elles par des traverses, et fourrée intérieurement de coussinets de paille; elle est recouverte d’un cuir de bœuf à travers lequel passent deux pointes en bois pour y accrocher les,colis avec des lanières de cuir ou des cordés. Le poids doit être également réparti de chaque côté .pour empêcher la charge de pencher et de fatiguer inutilement l’animal; on a vu charger quelquefois une grosse pierre, prise sur la route, pour faire équilibre à une charge impossible à répartir. Une fois, les colis accrochés, on les ^recouvre d’un cuir de bœuf doublé, les poils eri dedans, pour les protéger^contre la pluie, et l’on serre fortement le tout autour d’un mulet avec une grosse lanière, terminée à un bout par un crochet de fer; l’autre bout introduit dans le
- France Tonkin Belgique Congo
- EféoTlSE.V
- Fig. 1, 2 et 5.— Pièces percées. — Fig. 1. Pièces de nickel proposées. —• Fig. 2. Exemples de pièces percées, frappées et en circulation. — Fig. 3. Cinquante pièces de nickel enfilées formant un rouleau de 0,06 m de longueur. —> Fig. 4. Comptabilité expéditive pour chemins de fer, administration, etc.
- p.40 - vue 44/432
-
-
-
- Le transport à dos de mulet au Brésil. (D'après une photographie de l’auteur.)
- p.41 - vue 45/432
-
-
-
- 42
- LA NAT URL.
- crochet est ramené sur le côté et fixé au lien par un bâton passé en travers. Avec un licol et un petit panier au museau pour empêcher de brouter les herbes de rencontre, le harnachement est complet.
- Les mulets peuvent transporter ainsi toutes sortes de charges : outre les caisses et ballots de marchandises, ils portent aussi des sacs de maïs, des barils, des pièces de machines, des bois, voire même des planches de plusieurs mètres de longueur, à condition que la charge totale d’un animal n’excède pas 10 art'obas (150 kilogrammes) ; ce qui fait, avec les 2 arrobas (50 kilogrammes) que pèse la cangalha, un poids limite de 180 kilogrammes1.
- Ces transports se font par tropa, troupe de mulets, comprenant plusieurs lûtes, lots de 9 mulets, placés chacun sous la conduite d’un tropeiro, muletier, à pied, appelé tocador; le nombre des lots varie suivant l’importance de la tropa, que dirige un tropeiro à cheval, Yarrieiro, ainsi nommé à cause de sa fonction de veiller aux harnachements (arreios) : c’est lui qui est responsable de la tropa, quand il n’en est pas le propriétaire.
- A tout moment, lorsqu’on voyage dans la campagne, on rencontre une troupe de mulets qui se suivent à la file indienne. En tête s’avance la ma-drinha, mulet déjà rompu aux difficultés de la route : il porte comme signe distinctif une têtière de cuir couverte de nombreuses plaques d’argent qui reluisent au soleil et de plusieurs clochettes dont le tintement annonce au loin l’approche d’une tropa; au sommet est adaptée une clochette plus grosse, ou, le plus souvent, une poupée couvertes d’oripeaux rouges. Cette têtière est l’emblème de la tropa; aussi les tropeiros en prennent-ils grand soin. J’en ai connu un qui faisait porter à la poupée le deuil de son propriétaire ; il l’avait recouverte d’un crêpe.
- Une tropa fait 2,5 lieues par jour; la lieue brésilienne étant de 6,6 km, cela représente 16,5 km.
- A la tombée du jour, on s’arrête à un rancho pour y passer la nuit : simple hangar couvert, servant d’abri contre la pluie, autour duquel sont plantés des pieux grêles pour attacher les mulets par groupes |de 5 ou 4. Le rancheiro, propriétaire du rancho, Uiabite à côté une pauvre maison, dans laquelle il tient une venda, sorte de débit, où les tropeiros trouvent tout ce dont ils ont besoin : le maïs pour Ileurs mulets, la carne secca, viande séchée, les .feijoès, haricots noirs, le riz, le fuba, farine de maïs, pour leur nourriture, les divers articles de {sellerie en usage dans le pays, les fers à mulets, jusqu’aux éperons aux énormes molettes que les cavaliers attachent à leurs pieds nus, sans oublier la cachaça, eau-de-vie de canne, leur boisson favorite. .Dans le voisinage se trouve un pasto, vaste enclos, formé de palissades de pieux espacés et reliés entre eux par des perches horizontales attachées avec des lianes, dans lequel les animaux restent enfermés .pendant la nuit et où ils ne trouvent le plus
- 1 Une arroba équivaut à 15 kilogrammes.
- souvent à brouter que de maigres herbages.
- A l’arrivée, les tropeiros commencent par détacher les cuirs, qu’ils étalent dans le rancho et sur lesquels ils viennent déposer les charges en ordre les unes à côté des autres, puis les cangalhas couchées sur une même ligne; ils lâchent ensuite les mulets, qui, sous la conduite d’un enfant monté sur la ma-drinha, se rendent à l’abreuvoir ou au ruisseau voisin. Pendant ce temps, les tropeiros font remplir le sac de chaque animal d’une mesure de maïs que leur fournit le rancheiro, ainsi que les quelques aliments nécessaires à leur dîner.
- L’un d’eux, tandis que ses compagnons donnent le maïs aux mulets, s’occupe d’allumer le feu sous le hangar et de confectionner avec trois morceaux de bois et une ficelle un trépied auquel il suspend la marmite, pour y réchauffer avec un morceau de viande séchée les haricots déjà cuits. Les animaux sont ensuite conduits au pasto et les hommes, ayant terminé leur service de la journée, se réunissent autour du feu pour goûter leur frugal repas, qu’ils arrosent à la fin, d’un verre d’eau et d’une tasse de café, parfois d’un petit verre de cachaça qu’ils vont prendre à la venda. Après avoir fumé quelques cigarettes en causant autour du feu, on met à cuire dans la marmite les haricots du lendemain, puis chacun s’enroule dans une couverture et s’étend sur un cuir pour dormir.
- A l’aurore, tout le monde est sur pied, et la tropa ajoute une nouvelle journée de marche aux nombreuses journées qui l’ont précédée. Lorsque les mulets voyagent sans être chargés, ils vont plus rapidement et font 5 lieues par jour (35 kilomètres).
- Les dépenses pour la nourriture des hommes varient de 240 à 400 réis (68 centimes à 1 fr. 15) par jour et par personne1. Un mulet consomme par jour 4 litres de maïs, 2 litres le matin et 2 litres le soir. Le rancheiro fait payer invariablement 4#000 réis (11 fr. 33) les 50 litres de maïs; dans ce prix, se trouvent comprises les dépenses de rancho et de pasto. Les tropas qui transportent elles-mêmes des vivres et du maïs paient en tout au rancheiro 40 réis par animal.
- Le salaire d’un tropeiro à pied est de 20 # 000 réis (56 fr. 65) par mois; celui d’un tropeiro à cheval varie de 30 #000 à 40 #000 réis (85 francs à 113 fr. 30). Le prix de transport par lieue et par arroba est de 100 réis: ce qui porte la tonne-kilomètre à 18 #000 réis (2 fr. 83).
- — a suivre. — Paul Ferrand.
- LES ÉCLIPSES
- COMME MOYEN CHRONOLOGIQUE
- La merveilleuse horloge que possèdent les astronomes, horloge qui, malgré son extrême complication, ne s’est jamais dérangée, nous voulons parler du système solaire, conserve la trace de tous les événements qui s’y sont
- * Au pair, le change est de 555 réis pour 1 liane.
- p.42 - vue 46/432
-
-
-
- LA N AT U HE.
- -43
- produits. En étudiant aujourd’hui tous les mouvements des astres qui le composent, on peut connaître tous leurs mouvements passés et futurs ; on peut calculer les éclipses du soleil et de la lune pour bien des siècles en avant^et en arrière, préciser les temps et les lieux où elles ont été visibles; si, d’autre part, on en trouve la mention dans les chroniques, on peut indiquer la date exacte des faits contemporains. Cette méthode n’est point nouvelle, et, si nous en disons quelques mots, c’est parce qu’elle vient d’être appliquée avec beaucoup de fruit dans une recherche très délicate. Le I)r Mailler a présenté, en effet, à l’Académie des sciences de Vienne (Autriche), une série de Mémoires du plus haut intérêt, dans lesquels il cherche à fixer, à l’aide des éclipses de soleil, diverses dates très contestées de l’histoire des Hébreux. Ce travail n’était point facile; il exigeait une connaissance approfondie des calculs astronomiques, ainsi que de la langue hébraïque,
- afin de rétablir la vraie signification de certains textes imparfaitement compris par les traducteurs. Nous voudrions donner à nos lecteurs une idée de ce travail; nous développerons d’abord un exemple important, afin de montrer le principe de la méthode, puis nous indiquerons quelques-unes des dates fixées. Inutile de dire que nous nous plaçons entière-Marche de l’éclipse annulaire du 13mars 1354. ment en dehors
- •' de la question,
- et que nous laissons à l’auteur toute la responsabilité de ses assertions; nous nous sommes contenté de vérifier les textes, et nous laissons à nos lecteurs que cette question intéresserait, le soin d’avoir recours aux Mémoires originaux, afin déjuger de la vraisemblance des conclusions.
- La première recherche se rapporte à la sortie des Juifs du pays d’Égypte, que les commentateurs s’accordaient à fixer à l’année 1312 avant notre ère, tout en laissant planer quelque incertitude sur ce chiffre. Mais les historiens peuvent se féliciter de ce que l’Exode fut précédée des plaies que l’on sait. Les ténèbres furent la neuvième; la tradition juive dit qu’elles se produisirent le jeudi 1er nisan. Si l’on veut admettre qu’il s’agissait d’un phénomène naturel, l’idée d’une éclipse est presque inévitable. L’année, comme toujours, est laissée très incertaine ; mais la saison, le mois, le quantième et le jour de la semaine présentent plus de garanties. On sait, en particulier, que les semaines se sont succédé sans interruption depuis des temps très reculés; il faudrait donc y regarder avant de bouleverser la succession des semaines, comme quelques réformateurs voudraient le faire.
- Les textes précis relatifs à l’époque de l’Exode sont les suivants :
- « Vous sortez aujourd’hui au mois où les épis mûrissent » (Exode, xm, 4) ; et « Ce mois vous sera le com-
- mencement des mois; il vous sera le premier des mois de l’année (Exode, xn, 2).
- La loi rituelle des Juifs porte que le 15 nisan de l’année de l’Exode était un jeudi. Voici donc tout ce qu’enseigne la tradition : il y eut une éclipse de soleil en Egypte l’année de l’Exode, le 1er nisan, un jeudi ; la sortie eut lieu le 15 nisan, aussi un jeudi.
- Le reste est la tâche de l’astronomie. S’il s’agit d’une éclipse, il est évident qu'elle fut centrale, c’est-à-dire totale, ou tout au moins annulaire; il fallait donc calculer toutes les éclipses centrales dont la date n’était pas trop éloignée de la date probable — 1512; on pouvait ensuite limiter le choix aux éclipses comprises entre la fin de février et le commencement de mai, saison où les épis mûrissent en Egypte, qui est aussi l’époque quelque peu variable du nisan. L’auteur trouva, de — 1399 à — 1205, 48 éclipses centrales, dont il donne tous les éléments; une seule d’entre elles, la seizième, fut importante en Égypte; elle eut lieu le 13 m — 1334, jour 1253 886 du calendrier Julien. La zone centrale passe dans le Delta du Nil. La comparaison de la date du calendrier Julien avec les tables chronologiques du I)' Schram donne nisan 1. Le nombre du jour divisé par 7 donne le reste 3, correspondant au jeudi. L’éclipse possède donc tous les caractères transmis par la Bible ou par la tradition; coïncidence donc tout à fait remarquable.
- Cette éclipse ne fut pas totale; ce fut, une éclipse annulaire de 11 pouces et demi‘.La petite carte ci-jointe montre sa marche. La zone de centralité est marquée par des hachures; les lignes parallèles à cette zone indiquent les régions correspondant à 11, 10,5 et 10 pouces. La ligne pointillée désignée par midi marque tous les lieux où la plus grande obscurité eut lieu à midi. On voit que le Delta du Nil fut plongé, à midi, dans une obscurité presque complète.
- Nous indiquerons encore quelques éclipses que M. Mahler a cru pouvoir faire coïncider avec des textes.
- Éclipse annoncée par Ésaïe (xxxvm, 8) au roi Ézéchias - : 17 juin — 678; 9 pouces.
- Cette éclipse eut lieu la quatorzième année du règne d’Ézéchias; les autres dates données dans là Bible permettent, d’après cela, de fixer ainsi qu’il suit les annéeà du règne de plusieurs rois juifs :
- Ézéchias Achaz Joathan Ilozias
- Roi d’israèl 1 Jéroboam 11
- — 692 à — 665
- — 708 — 692
- — 724 — 708
- — 776 — 724
- — 791 — 750
- Rois de Juda
- Éclipse annoncée par Ésaïe (vm, 22) au moment du siège de Jérusalem par Pékach, roi d’Israël, et Retsin, roi de Syrie : 5 mars — 701 ; 9 poucesj
- Enfin, l’époque du dernier siège de Ninive est fixée à l’année — 580; la première prise de cette ville eut lieu le 50 juillet — 606, jour d’une éclipse, et sa destruction est mise en relation avec l’éclipse du 6 mars— 580.
- L’auteur remonte ensuite jusqu’aux éclipses observées par Abraham ; mais là les textes sont très obscurs, et les conclusions peuvent paraître un peu hasardées.
- C. E. G.
- 1 Nous rappellerons que l’on divise la surface du soleil eu 12 pouces, et que les pouces d’une éclipse donnent la portion couverte.
- 2 Le texte n’est pas très précis à ce sujet; il s’agit d’un recul de l’aiguille d.’Achaz; certains auteurs interprètent ce texte par une’ direction particulière donnée au gnomon.
- p.43 - vue 47/432
-
-
-
- LA NATURE.
- LA. CULTURE DE L’OSIER
- EN ALLEMAGNE1
- La culture de l’osier a pris une grande extension dans certaines parties de l’Allemagne, dans la Haute-Silésie, la Prusse rhénane, la Franconie, le Palatinat, le grand-duché de Bade, en Alsace, et a permis d’obtenir des revenus assez importants avec des terrains dépourvus, autrefois, de toute valeur. Quand l’osier peut être immédiatement utilisé, l’importance de la récolte annuelle sur un hectare varie entre 500 et 1250 francs. La question de mise en œuvre sur les lieux mêmes de production joue donc un rôle prépondérant dans cette circonstance, le transport de la matière première diminuant considérablement les bénéfices, aussi s’occupe-t-on beaucoup en Allemagne de multiplier les débouchés de cette culture en introduisant l’industrie de la vannerie dans toutes les localités où l’osier peut croître. Certaines de ces localités produisent, chaque année, pour 150 000 francs d’articles de vannerie.
- L’exportation de ces articles s’accroît de jour en jour; elle atteint, aujourd’hui, 5 000 000 de kilogrammes. Les oseraie s allemandes ne peuvent, du reste, alimenter la vannerie nationale, et si dans les sept dernières années on a exporté 30 000000 de kilogrammes d’osiers non décortiqués et 13700000 kilogrammes d’osiers décortiqués, on a importé 54 000 000 de kilogram-mes des premiers et 9200 000 kilogrammes des seconds, ce qui laisse une différence de 19 900 000 kilogrammes en faveur des importations.
- Les osiers employés en Allemagne sont : le Salix amyg-dalina, qui s’écorce facilement et donne un bois d’un beau blanc, dur, flexible, se fendant bien. Le Salix vimi-nalis, variétés françaises, belges, anglaises et allemandes, qui a des rameaux longs et forts, dépourvus de nœuds, mais à texture lâche et peu élastique; le Salix purpurea, l’hybride purpurea + viminalis, qui pousse dans les mêmes conditions que le purpurea, et s’emploie de la même façon, ou après avoir été écorcé.
- Le Salix pruinosa acutifolia, originaire des steppes voisines de la Caspienne, qui convient surtout pour les montants constituant la carcasse des mannes et paniers.
- L’hybride Salix cuprea + viminalis, qui convient surtout pour le rubanage, la confection des manches et la carcasse des fortes pièces. J. 1*.
- * Revue des sciences naturelles appliquées.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- APPAREIL POUR ÉCRIRE DANS LES VÉHICULES EN MOUVEMENT
- Sous le nom bizarre Wryteezy — et qui en anglais, signifie j'écris aisément, — notre confrère de Londres Industries nous fait connaître • dans un de ses derniers numéros un appareil aussi simple qu’ingénieux pour écrire facilement et confortablement, en bateau, en voiture et en chemin de fer, quels que soient les mouvements désordonnés de ces divers moyens de locomotion.
- L’appareil se compose d’une sorte de pupitre ou d’appui-main en bois, d’une forme rappelant la
- carte des restaurants, de dimensions assez petites pour se loger aisément dans la poche d’un pardessus, se fixer avec la courroie de la couverture de voyage, et même se dissimuler dans un carton à chapeau.
- Le manche de ce pupitre d’un nouveau genre, peut se fixer au bras de l’écrivain, ou, plus simplement encore,se placer dans la manche du paletot : l’extrémité supérieure est supportée par une ficelle munie d’un crochet qui s’attache au filet du wagon, ou en tout autre point convenable du véhicule.' Dans ces conditions, le bras, le pupitre, la main et le papier se déplacent synchroniquement,1 d’un mouvement commun, et l’écriture devient aussi facile que sur un bureau bien aménagé. L’appareil se recommande tout particulièrement aux voyageurs de commerce, aux commerçants, aux industriels, aux journalistes, en un mot à toutes les personnes qui peuvent utiliser fructueusement le temps du voyage, et en abréger la longueur apparente en faisant leur correspondance et leurs affaires. En employant des papiers spéciaux et des papiers à reporter, on peut écrire plusieurs copies k la fois, ou écrire au crayoïi copiant, et reproduire la copie k l’aide d’une presse spéciale. Cet appareil répond donc à un nouveau besoin, que les petites machines k écrire ne pârve-; naient que bien incomplètement k satisfaire, et sa construction est assez simple pour que ceux qui voudraient le construire eux-mêmes puissent se dispenser d’en faire l’acquisition.
- Appareil pour écrire en chemin de fer.
- p.44 - vue 48/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 45
- TORPILLEUR DE HAUTE MER
- « i/agile ))
- La flotte française vient de s’augmenter d’un nouveau torpilleur du type dit de haute mer qui a été livré récemment, au port de Toulon, par les chantiers de constructions navales de la Seyne (Yar).
- Le torpilleur Agile, dont le déplacement est un peu supérieur à cent tonneaux, a une longueur de 42,50 m. Il est pourvu d'une machine à triple expansion d’une puissance de onze cents chevaux qui lui a permis d’atteindre, pendant les essais
- officiels de réception, une vitesse de 20 nœuds 44 dixièmes à l’heure.—Ces expériences ont été faites avec tout l’approvisionnement en charbon nécessaire pour un parcours de 1500 milles à 10 nœuds, ainsi qu’avec tout l’armement, les torpilles et les munitions. — La consommation en charbon aux essais officiels a été des plus réduites. — A la vitesse de 10 nœuds, la consommation par heure n’a pas atteint 70 kilogrammes. Ce résultat n’avait pas été obtenu jusqu’à ce jour. La conséquence heureuse qui en découle est l’augmentation considérable du rayon d’action de ce torpilleur dont l’approvisionnement du charbon en soute peut atteindre près de
- L’Agile, nouveau torpilleur de haute mer de la marine française. (D’après une photographie.)
- 18000 kilogrammes. Les deux chaudières sont du type locomotive amélioré et ont donné toute satisfaction pendant les essais.
- L’armement militaire de Y Agile comprend trois tubes lance-torpilles à pivot central, placés sur le pont supérieur pour torpilles de 5,75 m et deux canons à tir rapide de 37 millimètres disposés de chaque côté du kiosque du commandant. — Les emménagements sont très confortablement installés. À l’arrière le logement des officiers comprend un avant carré et deux chambres très spacieuses. — L’équipage, composé de vingt hommes, est logé à l’avant dans un vaste poste.
- Ces quelques détails montrent que le torpilleur Agile, tant par ses installations militaires que par les perfectionnements introduits dans son appa-
- reil moteur, est un type qui paraît devoir donner toute satisfaction aux nombreux desiderata exprimés jusqu’à ce jour par nos officiers de marine. Nous joignons à cette notice la reproduction d’une photo-, graphie qui représente le nouveau torpilleur après l’opération de son lancement.
- L’ÉPIDÉMIE DE GRIPPE
- Les journaux ont signalé il y a quelques semaines l’apparition d’une épidémie de grippe dans une grande partie de la Russie. Au dire des uns, le chiffre des malades s’élèverait à quarante ou soixante mille ; d’après d’autres correspondants, on compterait à l’heure qu’il est plus de cent mille personnes atteintes. En faisant la part de l’exagération et des difficultés, bien naturelles dans un si
- p.45 - vue 49/432
-
-
-
- 40
- LA NATURE.
- vaste empire, d’établir une statistique quelque peu rigoureuse, le chiffre doit être considérable, si l’on songe que l’épidémie s'étend presque des bords de la mer Noire aux rives de la Baltique. Fort heureusement, d’après les renseignements médicaux, elle serait d’une gravité infiniment moindre que beaucoup des épidémies antérieures qui ont sévi dans ce pays.
- ' Depuis ces premières nouvelles, l’épidémie s’est étendue; signalée à Vienne, à Berlin, en Suède, nous l’avons maintenant à Paris. Quelques cas isolés ont été observés dans leur clientèle par les médecins, puis deux grandes administrations ont vu leur personnel réduit par les absences forcées d’assez nombreux malades; la grippe sévit aujourd’hui un peu partout, elle fera son tour de France, c’est probable. Mais, fréquence à part, la maladie n’a jusqu’ici rien de grave, et il est bon de réagir contre la panique que cette nouvelle a semblé éveiller dans le public. Tous les cas, ou peu s’en faut, sont bénins, la durée est courte et on n’a pas signalé quelques-unes des complications observées dans d’autres épidémies.
- Il y a cependant dans cette épidémie de 1889 une particularité sur laquelle je reviendrai dans un instant.
- La grippe, sous cette forme épidémique, est une maladie qui n’a rien de commun avec ces rhumes un peu prononcés, ces catarrhes des voies aériennes qui se développent en tous pays sous l’influence du froid et qu’on décore vulgairement du nom de grippe. Un fort coryza •est-il accompagné d’un peu de fièvre, de quelques frissons, aussitôt de dire qu’on a la grippe. Cela n’en a que le nom, et la grippe, la vraie, celle qu’on observe en ce moment sur tout le nord de l’Europe, diffère de ces refroidissements, de ces catarrhes bronchiques, que ramène chaque hiver, par sa marche, ses symptômes, son développement épidémique, et l’on peut ajouter aussi quelquefois par sa gravité.
- C’est en raison de ces particularités et des divergences médicales à l’origine que la synonymie de cette maladie est aussi variée : catarrhe fébrile, catarrhe épidémique, bronchite épidémique, fièvre catarrhale, grippette, follette, grenade, que sais-je? maladie russe, catarrhe russe, par suite de la fréquence des épidémies dans ce pays. La dénomination A'influenza est déjà bien ancienne et lui a été appliquée par Huxham.
- La grippe ressemble à une bronchite, dans laquelle prédomineraient les phénomènes de fièvre et surtout d’abattement, de prostration; le malade ressent, dès les premiers jours, un affaiblissement musculaire, une lassitude extrême, une tendance au sommeil; cet état de dépression, d’adynamie, s’accompagne de frissons, de céphalalgie assez intense, de crampes dans les membres. Puis'surviennent les phénomènes d’irritation des voies respiratoires, catarrhe oculo-nasal, coryza, légère angine; la voix est enrouée et la toux apparaît, avec des quintes fort pénibles. Au bout de quelques jours cet état s’amende et en huit, dix ou quinze jours tout disparaît pour ne laisser qu’un peu de fatigue.
- Telle est, dans un rapide aperçu, la forme légère de la grippe, la forme, disons-le, heureusement la plus commune. Mais la grippe s’accompagne parfois de phénomènes qui la rendent fort grave. Il ne faut pas oublier que la mortalité a été fort élevée dans certaines épidémies, comme celle de Dublin en 1837, celle de Paris la même année, celle de Berlin en 1830. Suivant qu’elle frappe des sujets très jeunes ou très âgés, des personnes déjà affaiblies par un mauvais état de santé
- habituel, par des maladies antérieures, elle sévit avec plus de rigueur. Ces complications portent tantôt sur le système nerveux, tantôt sur le système respiratoire ou enfin sur l’appareil gastro-intestinal. Dans telle épidémie, on note la prédominance des phénomènes nerveux, excitation, délire intense, qui peut faire croire à une véritable affection cérébrale; dans telle autre, comme celle de Vienne en 1775, celle de Paris en 1830, les accidents intestinaux étaient des plus marqués. Les vomissements, les crampes et la diarrhée étaient si intenses qu’on aurait pu croire à une attaque de.choléra.
- Les variations dans les divers symptômes et complications, car je n’en ai signalé qu’un ou deux, et il y en a bien d’autres (pneumonies, hémorragies, éruptions, etc.) , ont fait établir, suivant les formes dont on était spectateur ou victime, autant de variétés de la forme grave de la grippe. Aussi dois-je me borner à ces descriptions sommaires de pathologie.
- Je disais plus haut que les premiers cas signalés à Paris étaient manifestement la grippe et sous sa forme la plus bénigne. On ne saurait mieux faire, pour établir ce diagnostic, que de se reporter au rapport adressé, dès la première heure, au préfet de police, par MM. les Dr’ Brouardel et Proust.
- Mais il y a eu en ville et dans quelques agglomérations, des collèges en particulier, une forme particulière; elle se rapproche beaucoup de la maladie épidémique qui s’observe dans les pays chauds et qui s’est étendue l’année dernière dans toute la ville de Smyrne. C’est la fièvre dengue.
- La dengue se caractérise en effet, comme la grippe, par une invasion brusque, soudaine : même sentiment de lassitude, de dépression, même état fébrile, moins de phénomènes de catarrhe des muqueuses; mais du deuxième au troisième jour, apparaît sur le corps un exanthème d’apparence scarlatiniforme on rubéoliforme qui dure peu. La maladie elle-même est de courte durée, quatre, cinq à huit jours, quand il ne survient aucune complication. La dengue n’est-elle qu’une manifestation particulière de la grippe? sont-ce deux affections complètement différentes et dont la présence simultanée est tout à fait accidentelle? c’est une question que je m’abstiens de discuter.
- Un point plus intéressant, est de savoir si la grippe est vraiment contagieuse, mais il faut prendre ce terme de contagion dans un sens fort large en ce sens que la grippe ne parait pas transmissible d’homme à homme, par contact. C’est l’air qui semble être le véhicule des germes et l’agent de la diffusion. Dans ces conditions, il sera assez difficile de déterminer la nature microbienne de l’aflèction. On est resté longtemps absolument incrédule à l’égard de cette doctrine de la contagion ; - eh dépit de faits qui semblaient assez démonstratifs, l’allure bizarre de certaines épidémies semblait aller à l’encontre de cette idée, et aujourd’hui encore il faut s’en tenir à la question de l’épidémicité. Le génie épidémique, comme on disait autrefois, n’a plus cependant son crédit passé et bien des médecins ne peuvent pour une maladie qui sévit sur des populations entières, se refuser à croire à la contagion. Voici une ville d’Irlande (le fait est consigné dans les observations médicales) épargnée par le fléau et qui voit éclater l’épidémie, le lendemain même du jour où le percepteur des impôts, qui en était atteint, était venu faire ses recouvrements. Sans discuter plus longtemps cette question, on peut dire que l’apparition et l’extension de la grippe coïncident presque tou*
- p.46 - vue 50/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 47
- jours avec des variations brusques de température, avec des temps froids et humides, accompagnés de brouillards; je dis presque toujours, car on a signalé quelques épidémies, au cours de l’été et en dehors de toute perturbation atmosphérique. Les temps très froids, les gelées fortes, et c’est là encore une présomption en faveur des défenseurs de la nature contagieuse, arrêtent souvent ou enrayent l’extension des épidémies. Mais il faut le dire, et c’est du reste pour toute maladie épidémique la même chose, il n’y a pas de loi fixe et invariable. Il y a déjà longtemps, un médecin éminent, Graves, montrait que Vinfluenza ne dépend pas uniquement des changements de température, de la prédominance de certains vents.
- D’où vient la grippe? Quel a été le berc.eau primitif de cette maladie? 11 serait difficile de répondre par une affirmation précise. Les maladies catarrhales, décrites dans les plus anciens auteurs médicaux, visaient peut-être une affection de ce genre. Au dire de de Thou et de Zaculus Lusitanus, les premières épidémies connues de grippe, ou tout au moins d’une maladie dont les symptômes s’en rapprochaient, ont apparu en Orient; c’est de là qu’elles auraient gagné l’Europe et, au siècle dernier, l’Amérique. Saillant a publié en 1780 un « Tableau historique et raisonné des épidémies catarrhales, vulgairement grippe, depuis 1510 jusqu’à 1780 ». La liste en est nombreuse; elle ne l’est guère moins depuis cette époque jusqu’à ce jour. Les grandes épidémies de 1750 et 1735 qui envahirent toute l’Europe, depuis la Russie jusqu’à l’Espagne, ont été suivies, à des époques variables, d’autres épidémies non moins étendues et non moins graves. Presque toutes ont suivi une même marche extensive, du Nord vers le Midi et de l’Est vers l’Ouest. Mais cette uniformité de direction géographique de la marche graduelle et extensive, n’a rien d’absolu; aussi la version, d’après laquelle la grippe aurait eu l’Orient pour berceau, n’a-t-elle que la valeur d’une hypothèse. Il semblerait plutôt que les régions du Nord fussent plus souvent frappées et avant tout autre ; aussi Fuster a-t-il pu dire que le berceau de la grippe paraît renfermé, sous notre hémisphère, entre le cercle polaire et le 48° degré de latitude.
- Dans ce siècle, les épidémies ont été encore très fréquentes; une des plus importantes a été celle de 1857 qui s’étendit par toute l’Europe. En France, il n’y eut guère de départements épargnés. Depuis, nous avons eu à Paris les épidémies de 1842, de 1847, de 1858, de 1860, de 18G2 et de 1863, etc. De même la Russie a eu de nombreuses atteintes, une très forte épidémie en 1837, celle qui gagna toute l’Europe, puis en 1840 et une dernière, si je ne fais pas erreur, en 1875.
- On le voit, l’épidémie actuelle n’a rien de particulier au point de vue du nombre des malades; sa marche, sa grande extension n’ont rien qui la distinguent des précédentes. Fort heureusement la maladie se présente cette fois avec des allures bénignes et les grands froids amèneront vraisemblablement rapidement son extinction. Aussi n’y a-t-il à conseiller et à employer aucune mesure prophylactique. La maladie s’en ira comme elle est venue, et sans faire, je l’espère, plus de victimes qu’elle n'en a fait jusqu’à présent, ce qui se réduira à bien peu.
- Dr A. Cartaz.
- —o~Ç><—
- chronique’
- Le Mûrier du Tonkin et les Vers ù soie annamites. — M. Arnal, sériciculteur au Tonkin, a exposé, au pavillon du Tonkin, à l’Esplanade des Inva-
- lides, quelques milliers de plants d’un Mûrier spécial qui, par son mode de végétation et la race particulière de Vers à soie qu’il nourrit, est appelé à rendre les plus grands services. Ce Mûrier perd ses tiges comme les Asters de nos jardins. Au printemps, il pousse des jets à peine ligneux que les Annamites coupent pour nourrir leurs Vers à soie. Des pieds importés par M. Arnal dans la Drôme, depuis quelques années, ont parfaitement résisté aux froids de nos hivers et ont repoussé vigoureusement au printemps. La race de Vers à soie que M. Arnal a importée, en même temps que les feuilles, fait son évolution en dix-huit jours, puis le Papillon sort et les œufs éclosent dix jours après. On peut donc obte-tenir des cocons en moins d’un mois. Cette race, appelée polyvoltine, est connue, et on a tenté de l’introduire en envoyant des œufs qui ont toujours éclos en route, M. Arnal a réussi parce qu’il a accompagné les 60 000 boutures de Mûrier qu’il a apportées, et il a pu faire deux récoltes de cocons pendant la traversée. On comprendra qu’il sera indispensable de cultiver quelques Mûriers en serre et d’élever des Vers à soie pendant l’hiver de nos contrées, si on veut conserver cette race, qui éclorait fatalement au bout de sa période habituelle, puis les jeunes vers périraient si on ne pouvait les nourrir. Ceci est l’affaire de l’importateur qui connaît admirablement la question, mais les sériciculteurs trouveront un avan-tage immense dans l’élevage d’une race qui leur permettra de faire cinq ou six récoltes pendant la période de nos étés. Il nous a paru intéressant de signaler ces nouveaux faits qui intéressent tous les sériciculteurs.
- Le travail fourni par les chemins de fer. —
- On ne se figure plus aujourd’hui la vie possible sans les chemins de fer, et c’est là cependant une invention toute moderne; nous trouvons les trains omnibus beaucoup trop lents; que dirions-nous donc s’il nous fallait revenir au service des postes du commencement du siècle?
- Il est curieux de se demander quelle somme de travail représente le service des chemins de fer et de chercher ce qu’il aurait fallu jadis de matériel et de personnel pour fournir ce même travail. Nous trouvons une indication dans ce sens, et en ce qui concerne seulement les chemins de fer des États-Unis de l’Amérique du Nord, dans le Journal des Chambres de commerce des États-Unis. Les transports effectués aujourd’hui par voies ferrées dans l’Amérique du Nord emploient 250000 hommes; si jadis on avait voulu satisfaire au même trafic à l’aide du roulage, il aurait fallu avoir recours à 13 millions d’hommes et à 53 millions de chevaux ; il eût au moins été difficile de réunir pareille cavalerie. Du reste ces nouveaux moyens de transport ne se contentent point de suffire à un travail qu’on n’aurait pas pu fournir jadis; ils ont encore le grand mérite d’entraîner des dépenses bien faibles à côté des sommes formidables qu’il faudrait consacrer au trafic commercial actuel si l’on devait y satisfaire à l’aide des moyens qu’on employait avant l’invention des voies ferrées. En effet les dépenses d’exploitation des chemins de fer des États-Unis n’ontmonté, en 1885, qu’à 2 612500 000 fr., à peu près 2 milliards et demi ; pour accomplir ce même travail avec le nombre d’hommes et de chevaux que nous avons cité tout à l’heure, il aurait fallu dépenser 55 milliards, ou 20 fois plus. On voit quelle révolution s’est produite dans le dix-neuvième siècle : il y a de quoi nous faire apprécier les bienfaits du progrès. D. B.
- Le papier de mousse. —* On vient d’inventer en Suède le papier de mousse. Au moyen de la mousse
- p.47 - vue 51/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 48
- blanche, on fabrique non seulement du papier â écrire, mais encore des planches d’une épaisseur de 12 centimètres. Ces dernières ont la résistance du bois et supportent les vernis de toute espèce, ce qui les rend très propres à la confection d’ornements architecturaux, de meubles, de portes, de châssis, de fenêtres, de persiennes, de pots à fleurs, de roues de chemin de fer; on est même arrivé à construire, avec ce matériel d’un autre genre, des métairies entières. A Breslau on vient de confectionner, avec ce papier, des fourneaux, des baignoires et des ustensiles de cuisine, désormais à l’abri des maladresses des cordons bleus. (Berliner Tageblatt.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 décembre 1889. — Présidence de M. IIehmite
- M. Phillips. — Il n’y a pas eu de séance et l’on s’est réuni pour entendre le président annoncer la mort subite de M. Phillips, membre de la section de mécanique, et lever immédiatement la séance en signe de deuil.
- La correspondance, très peu volumineuse, renfermait une note de M. Georges Pouchet sur l’œuf et le premier dével oppc-ment de l’alose. On voyait sur la table un tube avec lequel M. Moissan faisait voir la couleur jaune que possède le fluor pur. Enfin on devait nommer
- I
- dans la section de minéralogie un correspondant choisi dans la liste suivante : en première ligne, M.
- Suess, à Vienne; en deuxième ligne, ex icquo et par ordre alphabétique : MM. Renard, à Bruxelles ; Rutimeyer, à Bâle; etTschermak, à Vienne. L’élection aura lieu dans la prochaine séance. Stanislas Meunier.
- ' RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- • j • « LE COMBINARD ))
- Son nom l’indique, c’est un jeu de combinaisons que nous allons décrire. Vingt-cinq cubes sont contenus dans un petit plateau de bois; chaque face des cubes porte une lettre ou un numéro, de 1 h 25. Toutes les lettres de l’alphabet y sont représentées en nombre suffisant et disposées de façon à permettre la formation de tous les mots en carré de trois, quatre ou cinq lettres.
- En ouvrant le jeu, on trouve les mots en carré : Didon, ipéca, début, oculi, natif. C’est de là qu’il faut partir pour trouver les trente-trois autres mots
- qui sont inscrits dans ce jeu. La marche à suivre est indiquée dans la boîte.
- Lorsque les trente-trois mots sont trouvés, on peut chercher l’anagramme de chacun d’eux, ainsi que d’autres que l’on pourra former soi-même avec les cubes. Du mot Paris, par exemple, on lire Apis, ira, pair, pari, pas, pris, rais, ris, sir, etc.
- On peut former un mot quelconque avec autant de cubes qu’il en faut, et jouer à qui en tirera le plus d’autres mots dans le moins de temps possible. Du mot Charlemagne, l’auteur a extrait quatre-vingt-onze autres mots, et il doit en rester.
- Avec les vingt-cinq cubes, on peut écrire les mots : cirque, ivoire, mat, nuit, luxure; et avec les lettres de ces cinq mots former un proverbe français très usité.
- Aux chercheurs de métagrammes, il suffira, ayant sous les yeux un mot donné, de remplacer l’une
- des lettres de. ce mot, soit effectivement, soit en faisant passer, par la pensée, toutes les lettres de l’alphabet à la place de celle qu’ils supprimeront, pour trouver tous les mots possibles.
- Remplacez la première lettredu mot bain, vous trouvez Caïn, gain, main, nain, pain, sain,, tain,vain. Changez la troisième lettre du mot race, vous faites rade, rage, ramé, râpe, rare, rase, rate, rave.'
- On peut aussi faire des mots en triangle, en losange, etc., etc.
- Avec les vingt-cinq numéros, on peut faire des milliers de combinaisons. On les groupe par neuf, seize ou vingt-cinq et on cherche à présenter le même nombre en additionnant dans les deux sens, vertical et horizontal.
- 4. 9. 11. 16. 25
- 6. 24. 12. 3. 20
- 18. 25. 13. 10. 1
- 22. 2. 8. 19. 14 ;
- 15. 7. 21. 17. 5 = 65 dans les deux sens.
- Les numéros servent aussi à reconstituer le jeu' lorsqu’il est brouillé. On les place dans leur ordre, de 1 à 25, en carré, et on met la boîte sens dessus dessous.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Le jeu du Combinard.
- Paris. — Imprimerie Lalmre, rue de Fleurus, 9.
- p.48 - vue 52/432
-
-
-
- N* 865.
- 28 DÉCEMBRE 1889.
- LA NATURE.
- 49
- GRÊLONS CRISTALLISÉS
- L’étude de la grêle est assurément l’une des plus intéressantes qui se présente à l’attention du météorologiste; la formation des grêlons, leur structure, la forme et le volume qu’ils alï'eclent sont autant de sujets d’observations curieuses, et aussi de conjectures, qui, pour nombreuses qu’elles soient, ne nous révèlent pas encore le secret du phénomène. Nous n’avons jamais manqué, depuis l’origine de La Nature, d’enregistrer les faits qui nous ont été signalés sur des grêlons remarquables. Notre dernière notice à ce sujet date de 1887, elle se rapporte à des grêlons en forme de sphères aplaties qui sont tombés à Varsovie le 4 mai 1887 *. L’année précédente, nous
- avions donné l’aspect de grêlons très volumineux et hérissés de pointes qui étaient tombés à Bordeaux le 26 mai 1886 i. Nous avons aujourd’hui l’occasion de signaler à nos lecteurs des grêlons cristallisés qui nous semblent les plus curieux peut-être que l’on ait eu l’occasion d’observer.
- L’eau solide dont les grêlons sont formés, est une substance qui, au point de vue minéralogique, appartient au système cristallin rhomboïdal, dans lequel sont comprises les formes hexagonales. Les cristaux de neige, que l’on peut facilement observer pendant l’hiver, affectent toujours la forme d’étoiles a six branches hexagonales; la glace ne se présente pas souvent en cristaux réguliers, mais on en cite cependant quelques exemples : dans ce cas, elle prend la forme d’un prisme droit a base hexagonale. 11 était
- Grêlons cristallisés tombés à Bjeloi-Kliutsch, près Tiflis le 9 juin 1867. (Grandeur naturelle.)
- vraisemblable que la grêle affecterait une forme semblable si elle se présentait à l’état cristallin : c’est ce que confirment les remarquables échantillons de grêlons que nous représentons ci-dessus, de grandeur naturelle, et dont la description publiée, il y a déjà de longues années, avait passé inaperçue.
- Tout récemment, M. le professeur Houston publiait en Angleterre, dans le Journal Of the Franklin Imtitute, une intéressante étude sur la grêle, où il insistait sur la nature cristalline de certains grêlons. M. G. J. Symons a communiqué à ce sujet à notre confrère Nature les dessins des grêlons cristallisés que nous reproduisons à notre tour, et qui ont été publiés dans une note de M. le professeur Abich, Ueber krystallinischenHagel im Thria-lethischen Gebirge. Cette note a été éditée à Tiflis en 1871. Les grêlons représentés sont tombés le
- 1 Yoy. n° 729, du 21 mai 1887, p. 594.
- 18e année. — l5r semestre.
- 9 juin 1867, à Bjeloi-Kliutsch, village situé environ à 32 kilomètres au sud-ouest de Tiflis : ils sont formés d’un noyau central, et sont hérissés de magnifiques cristaux prismatiques dont un certain nombre ont une forme incomplète mais dont quelques-uns ont une base nettement hexagonale ; leur sommet est surmonté de pyramides, à la façon du cristal de roche.
- Des grêlons de cette nature sont bien faits pour dérouter toutes les hypothèses : la grêle doit assurément prendre naissance subitement au sein de l’atmosphère, au centre même des nuages orageux. Or, généralement, la structure cristalline des corps ne se forme que lentement et d’autant mieux que ces corps sont soumis à un repos plus complet. La chute de la grêle, c’est-à-dire de masses de glace, qui tombent souvent par des temps chauds, qui se
- * Yoy. n° 679, du 5 juin 1886, p. 13. Voy. aussi Tables des matières des dix premières années.
- 4
- p.49 - vue 53/432
-
-
-
- 50
- LA NATURE.
- produisent au milieu de nuages placés parfois bien au-dessous delà limite des neiges, est incontestablement l’un des phénomènes les plus inexplicables, et nous partageons l’avis du grand physicien Pouillet quand ii disait : « On ne sait rien jusqu’à présent sur les causes qui déterminent ce phénomène ». Les grêlons cristallisés de Titïis viennent encore nécessiter davantage l’aveu d’ignorance des observateurs de la nature. M. Symons, qui aura eu le mérite de les faire connaître après M. Abicb, rappelle à ce propos que les théories de la grêle sont presque innombrables. Ce phénomène, que l’on peut qualifier de mystérieux, a inspiré l’imagination de bien des savants et a donné lieu aux hypothèses les plus singulières. Nous ne saurions passer sous silence, parmi ces dernières, celle de M. Schwedoff, qui assigne à la grêle une origine interplanétaire. M. Symons fait observer que la reproduction des figures de la grêle cristallisée nous menace peut-être de nouveaux mémoires. G. T.
- LE GAZ NATUREL A PITTSBURG
- SON DÉCLIN
- Nous avons à diverses reprises parlé des éruptions de gaz naturel qui se produisaient à Pittsburg en Pensylvanie dans les puits de recherches du pétrole, et qui, emma-ganisées et canalisées, avaient complètement transformé la pratique industrielle de cette ville et de ses alentours par la substitution universelle de ce gaz à la houille elle-même pour le chauffage des chaudières, les opérations métallurgiques, les usages domestiques, etc., etc. Pittsburg, auparavant noir comme Leeds ou Sheffield, était devenu propre et blanc comme une cité bourgeoise. Il paraît que ces avantages sont en train de disparaître par suite du déclin universellement constaté dans le débit des puits. D’après les renseignements qui nous parviennent d’Amérique, une réduction sensible s’était manifestée vers la fin de l’hiver de 1888; puis l’été avait ramené l’abondance. Mais les mêmes symptômes d’épuisement se sont renouvelés au commencement de la saison froide et persistent d’une manière inquiétante. On a commencé, pour parer à la réduction de pression à l’orifice des puits, par augmenter les diamètres des conduites de captation, ou par en accroître le nombre. Mais ces mesures n’ont donné aucun résultat sérieux, et les compagnies exploitantes en sont arrivées à restreindre et même dans certains cas à refuser la consommation industrielle pour ne desservir que les abonnements domestiques. Aussi les manufactures commencent-elles à revenir à l’emploi de la houille : les installations de lumière électrique dont les chaudières étaient chauffées au gaz naturel, ont été notamment obligées de s’arrêter pendant quelques jours. Il paraît, du reste, que le mal est général et ne se confine pas à Pittsburg. Les districts environnants sont atteints, ainsi que les régions pétrolifères de l’Ohio et de l’In-diana. Cette cessation imprévue ne sera pas l’un des caractères les moins particuliers de cette production extraordinaire, et qu’on n’a malheureusement pas pu régler — surtout à l’origine — d’une manière suffisante pour en assurer plus longtemps l’emploi. G. R.
- TRAVAUX DU BUREAU INTERNATIONAL
- DES POIDS ET MESURES (Suite et fin. — Voy. p. 19.)
- Depuis de longues années, on mesure, dans la plupart des pays civilisés, de grands réseaux de triangles qui permettent de fixer très exactement la position relative d’un certain nombre de points de la surface de la terre. On part, pour cela, d’une base de quelques kilomètres, mesurée avec beaucoup de soin, et on revient, après avoir parcouru une grande partie du pays, à une nouvelle base qui sert à contrôler l’exactitude des mesures. D’autres fois, les géodésiens de deux pays voisins s’entendent pour déterminer indépendamment le côté d’un triangle situé à proximité de la frontière commune. Or, on observa que les écarts entre les valeurs trouvées pour une même ligne en partant de deux triangulations différentes étaient souvent beaucoup plus considérables qu’on n’aurait pu s’y attendre, étant donnée la concordance obtenue avec les bases de contrôle. Il était dès lors naturel d’admettre que la faute en était aux bases de départ, et que les règles employées à les mesurer présentaient entre elles des différences notables.
- Cette constatation fut pour beaucoup dans la fondation du Bureau international des poids et mesures, dont l’une des attributions est de déterminer la valeur exacte des règles employées dans la Géodésie. C’est dans ce but que fut construit le Comparateur géodésique, qui a déjà servi à mesurer plusieurs règles importantes. Dans les mesures sur le terrain, il faut diminuer autant que possible le nombre des portées, et par conséquent se servir déréglés aussi longues que les questions de poids et de solidité permettent de les employer. Aujourd’hui on s’est arrêté aux règles de 4 mètres. Le Comparateur géodésique est construit en vue de ces dernières.
- Cet instrument dont nous donnons le plan (fîg. 1 et 2) et la vue d’ensemble (fîg. 4) doit permettre d’étalonner les règles, c’est-à-dire de déterminer leur longueur en partant du mètre; il doit servir aussi à mesurer leur dilatation. Voici en quoi il consiste :
- Un grand socle en béton, de 6 mètres de longueur, 4 mètres de largeur et 3 mètres de hauteur environ supporte sept monolithes auxquels sont fixés autant de microscopes munis de micromètres. Cinq de ces microscopes sont alignés sur une droite, à la distance de 1 mètre de l’un à l’autre; les deux autres se trouvent a 4. mètres de distance, sur une droite parallèle à la première. Deux auges à doubles parois, supportées par un robuste chariot de fonte servent à recevoir les règles, que l’on place sur des bancs munis des mouvements de réglage nécessaires.
- Le chariot roule sur des rails ; il est mû par une forte vis placée en dessous. Jusqu’ici, l’appareil ne diffère guère que par la grandeur des autres comparateurs précédemment décrits ; mais ce qui lui donne un caractère tout particulier parmi les instruments
- p.50 - vue 54/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 51
- de précision, c’est l’emploi très important que l’on y fait de l’électricité. Les microscopes reçoivent leur éclairage de petites lampes électriques munies de collimateurs; les agitateurs, qui servent à mélanger vigoureusement les couches d’eau, afin d’assurer l’uniformité de la température, sont mus par de petites machines dynamos; c’est encore un moteur électrique qui déplace, par l’intermédiaire de la vis, le chariot et les auges, pesant ensemble plus de 4 tonnes. Enfin, une dynamo placée en dehors de la salle actionne deux turbines qui pompent constamment l’eau contenue dans la double enveloppe des auges ; cette eau, chauffée ou refroidie, suivant les besoins des expériences, retourne par son propre poids dans
- Fig. 1 et 2. — Comparateur géodésique plan et coupe suivant AB. Fig. 3. — Manomètre du thermomètre à gaz.
- son enveloppe, et maintient à une température constante l’eau de l’auge intérieure.
- On conçoit aisément comment l’appareil ainsi construit sert à résoudre les multiples problèmes dont nous avons parlé. Si l’on veut étalonner une règle de 2, 5 ou 4 mètres, on la place sur l’un des bancs de l’auge n° 1 ; sur l’autre banc, en regard du premier mètre, on dispose un mètre étalon. On mesure alors, à l’aide de microscopes la valeur du premier mètre, et on la compare au mètre étalon : on déplace celui-ci de 1 mètre vers la droite, et ainsi de suite. La dilatation se mesure en comparant, au moyen de microscopes spéciaux, la règle à étudier, placée dans la première auge et amenée successivement à diverses températures, avec une règle de comparaison placée dans la deuxième auge, et maintenue à une température constante. Il faut généralement de 6 à 10 heures pour fixer suffisamment la température des deux auges ; les mesures faites par deux observateurs prennent de 2 à 3 heures ; on peut donc faire une comparaison dans une journée
- de 8 à 12 heures de travail. La mesure d’une dilatation comprend une vingtaine de comparaisons. En comptant la mise en train et quelques retards, on peut donc dire que la mesure de la dilatation d’une règle géodésique exige la coopération de deux observateurs pendant un mois.
- Recherches de thermométrie. — Il n’est presque pas une*mesure, dans n’importe quelle science, qui n’entraîne la détermination d’une température, soit comme simple renseignement accessoire, soit comme partie importante d’une recherche. Dans la Métrologie, la mesure exacte d’une température est une absolue nécessité ; il est tout à fait inutile de connaître la longueur d’une règle à un dix-millième de millimètre près; si l’on ne peut dire, à moins d’un centième de degré près, à quelle température cette longueur correspond. En même temps donc que l’on élaborait les méthodes très précises pour la mesure des longueurs, il fallait examiner avec soin les procédés thermométriques. Peu à peu, l’importance de la question grandissant au fur et à mesure des recherches, on reconnut la nécessité de créer, au Bureau international, un véritable service thermométrique, parallèle à celui des mesures de longueurs, ou des pesées. Ce service même fut scindé en deux; on étudia, d’une part les thermomètres à mercure, d’autre part le thermomètre à gaz.
- Jusqu’à ces dernières années, le thermomètre à mercure était très décrié; on lui attribuait toutes sortes de causes de variabilité, qui rendaient ses indications absolument infidèles. Dans cette opinion, il y avait du vrai et du faux ; on peut se garantir des variations les plus dangereuses par un choix judicieux du verre dont est construit le thermomètre, et on peut éliminer les autres par un mode opératoire rationnel.
- Lorsqu’on chauffe un thermomètre pendant quelque temps, l’indication correspondant à la température de fusion de la glace s’abaisse; mais, si l’on continue à chauffer, le zéro recommence à s’éle-v ver par suite d’une sorte de recuit du verre. M. Crafts a produit des élévations du zéro atteignant 26 degrés dans des thermomètres en cristal chauffés pendant des heures à 355 degrés. On reconnut que, par l’emploi du verre dur français, des variations analogues étaient réduites à une quantité près de dix fois moindre. Les effets de recuit dans des thermomètres de précision chauffés à 100 degrés sont à peine appréciables, et l’expérience a démontré que, dans ces thermomètres, toutes les constantes, c’est-à-dire le volume compris entre les points zéro et cent, les volumes relatifs de diverses parties du tube, etc., sont absolument invariables avec le temps. Mais il reste, dans tous les thermomètres construits jusqu’ici, une variation du point zéro avec la température. Or, on peut éliminer complètement l’effet de cette variation, en considérant l’indication du thermomètre comme constituée par la différence entre la lecture, et la position du zéro déterminé immédiatement après. '
- p.51 - vue 55/432
-
-
-
- 52
- LA NATURE.
- Dans letude d’un thermomètre, on mesure toutes les différences de diamètre du tube, en observant la longueur de plusieurs colonnes de mercure en divers points ; on détermine ensuite la valeur du degré et l’élasticité du réservoir, afin de pouvoir tenir compte des pressions variables qu’il subit de l’intérieur ou de l’extérieur. En appliquant alors aux mesures des corrections ainsi déterminées, on ramène les indications du thermomètre à celles d’un instrument de même matière sans défauts. Or il a été démontré, par de nombreuses expériences, que tous les thermomètres du même verre, étudiés et corrigés individuellement, fournissent des indications identiques à quelques millièmes de degré près.
- La véritable mesure des températures étant donnée par le thermomètre à gaz, il fallait déterminer, pour un groupe de thermomètres, la différence entre leurs indications et celles d’un thermomètre à gaz. Les indications de tous les thermomètres à mercure du même verre pouvaient dès lors être rapportées à l’échelle du thermomètre à gaz après que ces thermomètres avaient subi une étude individuelle.
- Le nouveau thermomètre à gaz du Bureau international est représenté dans la figure 5. II se compose d’un réservoir II de platine iridié de 1 litre environ de capacité et d’un manomètre. Ce réservoir, qui a servi autrefois à d’importantes expériences de II. Sainte-Claire Deville et de M. Mascart, appartient
- Fig. 4. — Comparateur géodésique du Bureau iuteriiational des poids et mesures.
- à l’Institut de France. C’est une pièce unique au monde. Le manomètre M est d’une construction particulière. La branche ouverte sert de cuvette à un baromètre, et, comme la pression qui agit sur le gaz se compose de la pression manométrique augmentée de la pression barométrique actuelle, on est ainsi dispensé de déterminer la position des ménisques de mercure dans les branches ouvertes du baromètre et du manomètre, puisque ces ménisques coïncident ; dans la figure 3 simplifiée, la pression du manomètre est A B, la pression atmosphérique est équilibrée par la hauteur de mercure BC; comme les deux ménisques se confondent en B, la pression totale est AC. Pour lire la position des ménisques, on vise avec les deux lunettes LL (fig. 5) l’intervalle compris entre une pointe de verre et son
- image dans le mercure, et, par une rotation du cathétomètre D, on reporte cette longueur sur une règle. La température étant, par définition, proportionnelle à la tension du gaz, les pressions ainsi mesurées permettent de mesurer les températures indiquées par le gaz. Si l’on a placé des thermomètres à mercure dans l’auge pleine d’eau du réservoir R, ou, comme l’indique la figure, dans des tubes à circulation de vapeur, on pourra, en relevant leurs indications en même temps qu’on détermine la pression, connaître leur correction par rapport au thermomètre à gaz.
- Jusqu’à ce jour, les thermomètres à mercure en verre dur ont été comparés, entre — 25° et —1— 100°, avec les thermomètres a acide carbonique, à azote et à hydrogène. D’autres thermomètres, compares
- p.52 - vue 56/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 53
- aux thermomètres en verre dur ont permis de rapporter aux divers thermomètres à gaz, les indications des thermomètres à mercure faits avec différentes sortes de verre. L’exactitude de toutes ces comparaisons est de l’ordre de 5 à 4 millièmes de degré.
- C’est à la suite de cette longue série de recherches que le Comité international décida, en 1887, d’adopter comme échelle thermométrique normale, pour le Service international des poids et mesures, l'échelle centigrade du thermomètre à hydrogène.
- Fig. S. — Thermomètre à gaz installé au Bureau international des poids et mesures.
- Le diagramme (fig. 6) montre les écarts de divers thermomètres à mercure ou à gaz par rapport à l’échelle normale. Les abscisses représentent les températures de — 25° à + 100°; les indications du thermomètre à hydrogène se confondent avec l’axe. Les écarts des autres thermomètres sont figurés en ordonnées, à une échelle deux cents fois plus forte.
- Disons encore, en terminant, que chacun des mètres distribués aux États dans la dernière Conférence, était accompagné de deux thermomètres à mercure parfaitement étudiés, et accompagnés de leurs tables de correction. Ils contribueront à une unification presque aussi importante que celle des longueurs et des mesures, l’unification de la thermométrie.
- Beaucoup de nos lecteurs, nous en sommes certain, se posent maintenant cette question: a quoi sert de mesurer des longueurs, des masses, des températures, avec la précision que l’on recherche aujour-
- d’hui? Cette question est très légitime, et nous allons essayer d’y répondre. Laissons entièrement de côté le point de vue commercial ou industriel, où nous ne trouverions que condamnation, et restons dans le domaine de la science. L’étude de la forme et de la constitution de la terre est un des plus vieux problèmes que l’humanité se soit posés ; on pensait autrefois que la terre était plate, puis on admit qu'elle était sphérique, et on reconnut vers la fin du dix-septième siècle qu’elle est aplatie dans le sens de son axe. Aujourd’hui, une autre question se pose : La terre est-elle symétrique autour de son axe? n’est-ce pas plutôt un ellipsoïde à trois axes? une réponse affirmative 'a cette question résoudrait évidemment celle du premier méridien, celui-ci devant logiquement être pris par l’un des axes principaux de l’ellipsoïde. Mais cette étude n’est encore qu’ébauchée, faute d’unification et d’une précision suffisante dans les mesures géodésiques; un micron par mètre
- carbonique
- Azote
- 'w 50 60 70 8Ô 30 100 Th
- 0 10 20 30
- Fig. 6. — Courbes représentant les excès des indications de divers thermomètres sur celles du thermomètre à hydrogène.
- p.53 - vue 57/432
-
-
-
- 54
- LÀ NATURE.
- correspond à 10 mètres sur le quadrant terrestre ; une pareille exactitude est aujourd’hui nécessaire, et on exigera bientôt davantage.
- Des pesées très précises permettront de résoudre des problèmes délicats de physique moléculaire ou de chimie. L’étude des gaz, par exemple, pourra tirer de précieux documents de pesées faites dans une atmosphère artificielle, enfermée hermétiquement dans la cage d’une balance. Quant aux mesures de température, si universellement employées, nous osons dire que la défaveur dans laquelle elles étaient tombées ont entravé bon nombre de travaux. La mécanique chimique, et, d’une manière générale, la thermodynamique tire grand profit de la calorimé-trie. Dans cette dernière science, beaucoup de questions importantes ont pu être tranchées le jour où la précision a passé de 1 pour 100 à une valeur trois lois moindre ; or, comme il s’agit là de la mesure d’intervalles de o à 4 degrés, on voit que la mesure, à un centième de degré près, est absolument nécessaire. Le jour n’est pas éloigné où, après que les méthodes générales auront été encore un peu perfectionnées, on cherchera une précision de 1 pour 1000, et alors, la mesure des températures à deux ou trois millièmes de degré près devra être exigée. Cela, pour le temps présent ; mais regardons en arrière, voyons quelle était la précision atteinte il y a cent ans, et supposons que les progrès delà science suivent, pendant un siècle encore, la marche effrayante des cent dernières années ; nous voyons alors que les étalons fournis aux États par le Bureau international des Poids et mesures suffiront bien juste à une foule de besoins.
- Suffiront-ils absolument? Il serait imprudent de répondre oui ou non. Et ceci nous conduit à aborder une question importante, celle de la précision en général.
- Les personnes qui ont le plus pratiqué les mesures de précision estiment que, à partir d’un certain degré, les difficultés augmentent dans une proportion énorme : celle du carré de la précision cherchée, disent les géomètres ; une proportion beaucoup plus forte, disent les physiciens. En réalité, la véritable limite est donnée par des qualités inhérentes à la matière et aux observateurs. Quels que soient les appareils employés par les astronomes, l’exactitude de leurs mesures sera toujours limitée par les irrégularités de la réfraction atmosphérique; de même, un physicien ne pourra jamais obtenir, dans un bain, une température rigoureusement uniforme. Pour l’un comme pour l’autre, la faculté d’estimer une distance à l’œil limite l’exactitude d’un pointé, et dans un siècle cette faculté sera la même qu’aujour-d’hui.
- Nous aurions voulu dire quelques mots encore des travaux futurs du Bureau international; mais nous ne voudrions pas lasser la patience de nos lecteurs ; qu’ils nous pardonnent tant de détails arides. Ils nous sauront gré peut-être d’avoir cherché à montrer par quels longs travaux l’unification des poids et
- mesures inaugurée par la France et acceptée par la plus grande partie du monde civilisé a été préparée, et combien le succès a répondu aux efforts tentés, et à l’attente la plus optimiste.
- Ch.-En. Guillaume.
- LA PREMIÈRE LIGNE TÉLÉPHONIQUE
- SOUS-MARIXE
- La téléphonie aérienne se joue de la distance, et pourvu que l’on veuille consentir à établir entre deux points une double ligne en cuivre ou tout autre métal non magnétique suffisamment grosse pour que sa résistance ne soit pas trop élevée, la correspondance téléphonique devient possible, facile même, plus facile que sur certaines lignes souterraines présentant beaucoup moins de développement. C’est ainsi que l’on téléphone chaque jour avec la plus grande facilité entre Paris et Marseille, sur une distance d’environ 870 kilomètres, et une ligne double d’environ 1740 kilomètres de longueur. La question se complique et devient même, dans l’état actuel de nos connaissances, d’une solution impossible si la ligne aérienne de quelque longueur est en fil de fer, ou si une partie de cette ligne est formée d’un câble présentant une certaine capacité électrostatique.
- Des expériences nombreuses faites par M. Preeee, l’éminent ingénieur en chef du Post-Office de Londres, ont établi la limite pratique de ces transmissions téléphoniques. La relation est des plus simples : si on appelle C la capacité totale de la ligne en microfarads et R sa résistance totale en ohms, il faut que le produit RC de la résistance de la ligne par sa capacité soit inférieur à 15 000 pour que la transmission devienne possible. Elle ne devient bonne que lorsque ce produit ne dépasse pas 10 000, excellente lorsqu’il a pour valeur 5000 et parfaite lorsqu’il est de 2500 et au-dessous. Pour une ligne en fils de fer, la transmission ne peut pas se faire au delà de 160 kilomètres. C’est pour cela qu’aucun message téléphonique n’a encore pu être transmis de Londres à Paris ou de Paris à Londres, les lignes aériennes reliant Londres et Douvres d’une part, Calais et Paris d’autre part, étant toutes en fils de fer, et les câbles de la Manche présentant une capacité qui est loin d’être négligeable. Mais cette capacité n’est pas assez élevée pour que l’on ne puisse pas établir des lignes aériennes en cuivre ou en bronze siliceux satisfaisant aux conditions indiquées ci-dessus, et le problème technique se réduit finalement à la question de pose de ces lignes aériennes.
- Les idées de M. Preeee trouvent une confirmation des plus intéressantes et des plus précieuses dans la ligne téléphonique établie entre Montévideo et Buenos-Ayres par la Compagnie de télégraphie et de téléphonie internationales, et dont Y Électricien nous fait connaître les conditions de fonctionnement. Cette ligne comprend une partie aérienne de 187 kilomètres, formée d’un double fil de 6 millimètres de diamètre ; un câble sous-marin, ou plus exactement, un câble sous-fluvial traversant le Rio de laPlata, dont la largeur, à cet endroit, est de 45 kilomètres, et une seconde ligne aérienne de 70 kilomètres de longueur. La ligne a donc 502 kilomètres de longueur, soit 604 kilomètres de conducteurs sur lesquels 90 kilomètres sont des câbles sous-marins. La résistance totale de la ligne est de 582 ohms, sa capacité de 18 microfarads, le produit çst 10 400, nombre très voisin de celui indiqué par M. Preeee
- p.54 - vue 58/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 55
- comme condition nécessaire et suffisante d’une bonne communication téléphonique.
- Entre les points terminus se trouvent quatre bureaux intermédiaires qui peuvent communiquer entre eux ou avec les stations extrêmes ; les lignes sont munies du système anti-inducteur de M. Van Rysselberghe, ce qui permet d’obtenir des transmissions télégraphiques et téléphoniques simultanées sur les mêmes fils. La transmission télégraphique se fait au Morse, la transmission téléphonique avec les microphones et les récepteurs téléphoniques de M. Dejongh.
- Cette installation téléphonique, qui fonctionne avec un plein succès depuis le 26 octobre dernier, peut [être considérée avec juste raison comme la première ligne téléphonique sous-marine, et contribuera certainement à hâter l’établissement de la ligne téléphonique qui, si nous sommes bien informé, doit relier Londres et Paris dans e courant de l’année 1890. E. H.
- --------
- LE CANAL DE LA MER BLANCHE
- Aü LAC ONEGA
- D’après notre confrère la Gazette de Moscou, le canal de la mer Blanche au lac Onéga serait sur le point d’entrer en exécution. Voici longtemps que l’on songe à rapprocher la mer Blanche de Saint-Pétersbourg ainsi que du centre et du sud de l’Empire. Actuellement, pouraller de Pétersbourg à Arkangel il faut faire un détour considérable et s’exposer à une navigation longue et dangereuse, aussi bien pour la marine de guerre que pour la marine marchande. — Aujourd’hui les études préalables et les projets nécessaires pour l’établissement de la voie dont il s’agit sont, paraît-il, terminés, et le Ministère des voies de communication, qui correspond à notre Ministère des travaux publics, en est saisi.
- Il est démontré que le niveau de la mer Blanche est de 5 mètres environ supérieur à celui du lac Onéga : aussi faudra-t-il recourir à un canal à écluses. On compte qu’il aura une longueur totale de 230 kilomètresà peu près, et sur ce trajet il empruntera 140 kilomètres de voies naturelles ; large de 30 mètres en voie ordinaire, il n’aura plus que 19 mètres dans les écluses; sa profondeur permettra une circulation aisée de navires tirant 3 mètres. On calcule que les frais des travaux s’élèveront environ à 10 millions, y compris l’installation d’un porta l’entrée du canal dans la mer Blanche.
- La Gazette de Moscou compte qu’un grand transit ne tardera pas à s’établir sur cette voie ; grâce à ce nouveau canal, le Nord enverra sur Pétersbourg du poisson à profusion, tandis que les gouvernements du Centre fourniront aux contrées du Nord les marchandises manufacturées qui leur font défaut; le blé pourra aussi facilement remonter par ce canal. Ce sera encore un débouché créé pour les richesses minières de ces contrées qui atteindront aisément les usines de Pétersbourg. Enfin Cron-stadt, le grand arsenal russe, sera relié à la mer Blanche. Si nous voulons nous rendre compte de l’importance commerciale de cette nouvelle voie, établissons une comparaison numérique : actuellement le fret d’un poud (c’est-à-dire 16 kilogrammes) de Pétersbourg à Arkangel, est de 3 fr. 95 ; on estime que, grâce au canal projeté, il s’abaissera jusqu’à 1 fr. 60. D. B,
- LA. MUSIQUE MILITAIRE
- A notre époque où les choses de l’armée sont l’objet des préoccupations générales et où les modifications y sont parfois multiples et fréquentes, les musiques militaires ont parfois été attaquées par des esprits trop absolus qui, ne comptant pour rien le moral et l’enthousiasme du soldat, s’imaginent que la guerre est uniquement une grande expérience de mécanique et de physique. Un rédacteur anonyme de la Revue du Cercle militaire que dirige avec tant de mérite notre savant collaborateur, M. le commandant de Rochas, s’est élevé récemment contre cette manière de voir, et nous lui emprunterons les excellents documents qu’il publie à ce sujet.
- « Rien n’est plus propre, dit Plutarque, que la musique à porter les hommes aux grandes actions et particulièrement à exciter en eux le degré de courage nécessaire pour braver les dangers de la guerre. »
- Lors du passage du mont Saint-Bernard, les paysans, engagés pour le transport de l’artillerie, à bout de forces, refusaient de continuer leur travail. Les soldats eux-mêmes harassés et découragés étaient sur le point de renoncer à d’inutiles tentatives. Tout à coup la musique retentit et fait entendre les airs les plus vifs et les plus joyeux ; la vigueur et la confiance reviennent dans les corps et les esprits, et bientôt les pièces allègrement poussées arrivent jusqu’au sommet de la montagne.
- Le maréchal de Saxe, dans ses Rêveries, n’est pas moins affirmatif sur cette question :
- « Personne ne sait ce que c’est que la tactique des anciens ; cependant beaucoup de militaires ont souvent ce mot à la bouche et croient que c’est l’exercice ou l’ordonnance des troupes pour les mettre en bataille. Tout le monde fait battre la charge sans en savoir l'usage, et tout le monde croit que ce bruit est un ornement militaire. Il faut avoir meilleure opinion des anciens et des Romains, qui sont nos maîtres ou qui devraient l’être. Il est absurde de croire que les bruits de guerre ne servent uniquement que pour s’étourdir les uns les autres. » Après avoir montré la difficulté de faire marcher les troupes un peu nombreuses avec ordre et précision, le maréchal de Saxe ajoute : « Le moyen de remédier à tous ces inconvénients, et à d’autres qui en résultent, qui sont d’une bien plus grande conséquence, est cependant bien simple puisque la nature le dicte. Le dirai-je, ce grand mot, en quoi consiste tout le secret de l’art, et qui va sans doute paraître ridicule : Faites-les marcher en cadence. Voilà tout le secret, et c’est le pas militaire des Romains. C'est pourquoi les marches sont instituées et pourquoi l’on bat la caisse. »
- Les musiques militaires débutent dans l’histoire par un coup d’éclat ; la chute des remparts de Jéricho.
- Sans nous attarder à l’antiquité, nous rappellerons
- p.55 - vue 59/432
-
-
-
- 56
- LA NATURE.
- que les Égyptiens se servaient de longues trompettes droites, comme on peut en voir à l’Opéra dans Aida.
- Chez les Grecs, les instruments de prédilection pour le combat étaient surtout la flûte et la lyre.
- Fig. 1. —Trompettes de guerre des Romains.
- jour; à l’heure du repas, elles sonnent également près de la tente du général, parce que c’est l’instant où toutes les gardes se distribuent. »
- Les Romains avaient des buccines, c’est-'a-dire des trompettes courbes analogues aux conques marines qui en furent l’origine. « En temps de guerre, dit Polybe, leur son éveille les troupes au point du
- Fig. 2. — tin Gaulois sonnant le Carnix.
- Au moyen âge les chevaliers se servaient de l’oliphant « pour hucher leurs clients et les appeler à la rescousse ». Tout le monde sait que Roland en
- joua si fort à Roncevaux qu’il se rompit les veines du cou et en mourut.
- Le clairon paraît, ainsi que le tambour, nous être venu des Maures au quatorzième siècle; nous avons, à l’époque de François Ier, un document précis qui nous les montre, avec les fifres d’origine allemande, à la tête d’une troupe d’Andouilles se préparantàlabataille.
- « Puis soudain, dit Rabelais, Pantagruel retourne et nous assure avoir à gauche découvert une embuscade d’Andouilles le long d’une petite colline, furieusement en bataille, marchantes vers nous au son des vèzes et piboles, des gogues et des vessies, des joyeux fibres et tambours, des trompettes et clairons. »
- p.56 - vue 60/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 57
- Un peu plus tard, on voit s’introduire l’usage des violons à la guerre. Brantôme raconte que Bonnivet, assiégé dans Saint-Ya par le duc d’Albe en 1550, « fist venir derrière le rempart sa bande de violons
- Fig. 5. — Timbalier des gardes du corps de Louis XIV.
- monde se trésaillait de joie. » Les troupes espagnoles avaient l’habitude, à cette époque, d’ouvrir la tranchée devant une place au son des violons.
- qui montaient toujours à une demi-douzaine (car il n’en estoit jamais despourveu) et les fist toujours sonner et jouer, tant que l’alarme dura; sous quel son, et des tambours et des trompettes, tout le
- Fig. 6. — Cymbalier et hautbois sous Louis XV.
- Mais les musiques militaires ne furent réellement constituées comme troupe permanente que sous Louis XIII qui était lui-même très musicien
- Fig. 7. — Serpent eUgrosse caisse de la garde impériale du Premier Empire.
- Louis X1Y le suivit dans cette voie et commanda des marches, des batteries et des sonneries à ses musiciens favoris Lully et Philidor qui introduisirent deux nouveaux instruments : le hautbois et le basson. Chaque corps eut sa marche ; celle des grenadiers à cheval fut composé pendant le siège de Namur.
- L’amour de la musique s’était même tellement
- Fig. 8. — Clarinette et saxhorn de la garde républicaine en 1889.
- répandu dans notre armée qu’au siège de Mons, les officiers français demandèrent un jour à l’artillerie de suspendre son feu pour donner, sur un ouvrage dont nous venions de nous emparer, un concert aux dames de la ville qui accoururent sur le rempart pour l’écouter et ne se retirèrent que lorsqu’il eut pris fin.
- p.57 - vue 61/432
-
-
-
- 58
- LA NATURE.
- La musique turque étant devenue à la mode, la timbale et la cymbale s’ajoutèrent aux instruments déjà employés. Dans les troupes à cheval, le timbalier marchait trois ou quatre pas avant le commandant, revêtu, comme plus tard le tambour-major, du costume le plus brillant qu’on pouvait imaginer *. Après un combat, le vainqueur se faisait apporter comme trophées les drapeaux et les timbales enlevés à l’ennemi. Aussi, dit Mannesson Mallet2, « le timbalier doit être un homme de cœur et chercher plutôt à périr dans le combat que de se laisser enlever avec ses timbales. Il doit avoir un beau mouvement de bras et l’oreille juste, et se faire un plaisir de divertir son maître par des airs agréables dans les actions de réjouissance. »
- La grosse caisse et le cor, le serpent et la clarinette dans l’armée datent de Louis XV.
- Pendant les guerres de la République et de l’Empire, les musiques militaires furent tour à tour supprimées et rétablies suivant qu’on avait plus ou moins besoin de combattants. Elles prirent à peu près leur constitution vers 1845, sous l’énergique impulsion de M. Sax, qui a introduit des perfectionnements très considérables dans la fabrication des instruments de cuivre.
- Nous joignons à ces curieux souvenirs historiques la reproduction de quelques musiques militaires depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Les documents que nous allons publier ont été recueillis à la Bibliothèque nationale, d’après les ouvrages les plus authentiques.
- La figure 1 montre les trompettes de guerre des Romains, buccine, tuba, d’après les bas-reliefs de la colonne Trajane.
- La figure 2 représente un Gaulois sonnant le carnix, d’après une ancienne médaille; la figure 3 reproduit l’aspect d’un chevalier du onzième siècle sonnant l’oliphant (d’après les Costumes de Demay); la figure 4 nous montre un fibre et un tambour de la musique des Suisses sous François Ier (d’après une estampe de 1542) ; la figure 5 est consacrée à un timbalier des gardes du corps de Louis XIY (d’après le Maniement d'armes, ouvrage commandé par Louvois) ; la figure 6 nous donne la physionomie d’un élégant cymbalier et d’un hautboïste des gardes françaises sous Louis XV (d’après les Costumes militaires de Marbot) ; la figure 7 nous transporte sous le premier Empire; elle nous représente à gauche une grosse caisse et à droite un serpent qui a été utilisé pendant assez longtemps dans nos musiques ; le dernier dessin (fig. 8) est relatif aux temps modernes, on y voit une clarinette et un saxhorn de notre admirable musique de la garde républicaine.
- 1 Les timbales se plaçaient en avant de la selle du cheval monté par le timbalier. Elles étaient généralement recouvertes d’un riche tapis à franges d’or brodé aux armes du chef de corps. Le costume du timbalier a varié beaucoup suivant le temps : sous Louis XV, ils ressemblaient à des Orientaux ; sous Louis XVI, à des pandours, et sous Napoléon Ier à des Polonais, avec des jupes et des plumes.
- 4 Les travaux de Mars, Paris, 1683.
- Honneur à ces vaillantes musiques militaires, qui animent les jeunes soldats, qui leur rappellent la patrie au son des hymnes nationaux, et qui les enflamment dans la mêlée des combats !
- UN PIANO ÉLECTRIQUE
- Nous allons signaler aujourd’hui une curieuse invention récemment faite par le Dr Richard Eisenmann, de Berlin, disciple d'Helmholtz. Cette invention consiste dans l’application de l’électricité au piano.
- On sait qu’Helmholtz, recherchant le moyen de faire vibrer un diapason par l’électricité, a fait des expériences nombreuses, dont il a exposé le résultat dans son traité sur l’acoustique. C’est sur ces expériences que s’appuie la nouvelle invention, appelée peut-être à transformer la construction do nos pianos et à rendre inutile la percussion des cordes au moyen des marteaux. On fera des instruments dans lesquels l’emploi des marteaux sera supprimé; le son sera obtenu par un courant électrique faisant vibrer les cordes
- Voici une description succincte de l’aménagement de ce piano électrique. Transversalement par rapport aux cordes, à environ 8 centimètres au-dessus de celles-ci, est placée une tige de fer. Cette tige est munie dfime série d’électro-aimants disposés verticalement, et dont chacun correspond à l’une des cordes de l’instrument1. Ces électro-aimants, destinés à attirer la corde, peuvent être montés ou baissés, au moyen d’un écrou. Une série de fds mettent les électro-aimants en communication, d’une part avec la source électrique produite par quelques éléments de pile sèche, renfermés dans un petit caisson sous le piano, d’autre part avec les touches du clavier. Si l’on appuie sur la touche et sur la pédale, le courant est dirigé, par un ingénieux mécanisme, dans l’aimant placé au-dessus de la corde, et celle-ci est attirée. Par suite de cette attraction, la corde resterait fixée aux pôles de l’électro-aimant; mais, grâce à un autre mécanisme d’une extrême simplicité et fixé à la table d’harmonie, la corde est relâchée, puis attirée, puis relâchée encore, bref, elle produit ainsi une infinité de vibrations qui engendrent le son. Remarquons encore une fois que le mécanisme qui produit les vibrations des cordes est d’une simplicité étonnante; mais, comme l’inventeur a demandé pour ce système un supplément de brevet, il nous faut encore garder le silence à ce sujet. Bornons-nous à dire que le son du nouveau piano est très beau, comparable, dans les notes élevées, à celui que produit le vent dans la harpe éolienne ; le médium rappelle le son du violoncelle, et les notes basses la pleine et puissante sonorité de l'orgue.
- Mais le point principal est que l’on peut maintenir à volonté le son à un degré d’intensité quelconque. Après la percussion de la corde par le marteau, le son s’éteint progressivement; il meurt. Dans le piano électrique, au contraire, on laisse agir le courant aussi longtemps que l’on veut, et pendant tout ce temps la corde vibre et résonne. On peut prévoir l’influence qu’aura sur la composition moderne la possibilité de soutenir une note pendant un temps voulu et avec une intensité déterminée. Rappelons à ce propos que Chladny, le fondateur de l’acous-
- 1 II est bon de faire remarquer qu’il s’agit d’un piano à queue, dans lequel par conséquent les cordes sont disposées horizontalement.
- p.58 - vue 62/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 59
- tique moderne, et comblé par Napoléon Ior de faveurs et de distinctions, a, lui aussi, cherché le problème de la prolongation des sons.
- En ce moment l’inventeur s’occupe d’adapter son système à un piano à queue. Cette transformation elle-même exige la plus grande précision dans le travail. Il faut, en outre, remarquer que tout piano, sans préjudice du fonctionnement du clavier à marteaux, peut être muni du nouvel appareil, de façon que l’on peut jouer avec ou sans électricité. Il est à prévoir que, sous peu, le public sera admis à l’audition du piano électrique.
- « L’audition à laquelle j’ai été invité, écrit, dans un journal de Berlin, un musicien de cette ville, m’a ravi d’étonnement, encore que l’instrument sur lequel on jouait ne fût qu’un méchant piano à queue, sur lequel l’inventeur avait pratiqué ses expériences. 11 y avait, dans cet orchestre d’un nouveau genre, des voix d’une sonorité pénétrante, je dirai volontiers séraphique, que la percussion du marteau ne saurait produire. » D’ailleurs, la pression exercée sur les touches et sur la pédale fait agir le courant instantanément. Quant à l’appareil lui-même, il est aussi simple que possible, et ne nuit en rien à la beauté extérieure du piano *.
- --0-^-0—
- LES FABRIQUES DE VIANDES EN AMÉRIQUE
- (( SALADÉROS »
- Dans l’Amérique du Sud, on nomme Saladéros les usines où l’on tue des animaux et où l’on prépare leurs chairs et leurs produits. En 1888, les neuf saladéros de Montévidéo ont tué 218 000 animaux, bœufs ou vaches, qui ont produit plus de 240 000 quintaux de viandes, et les six saladéros, situés dans le pays au bord du Rio-Urugay, ont tué 520 000 bœufs, qui ont donné plus de 450 000 quintaux de viande. Cette viande salée est exportée au Brésil et à Cuba pour la nourriture des esclaves. Parmi ces saladéros figure celui de Fray-Bentos, où l’on prépare l’extrait de Liebig. En 1882, on a tué, dans cet établissement, 170 000 bœufs ou vaches, qui ont produit à la Compagnie le bénéfice de 2 millions de francs. Le saladéro le plus important est celui de Cibils. Les animaux à cornes, achetés au marché voisin, sont payés de 80 à 120 francs la pièce.
- Pour les introduire dans le saladéro, on les pousse entre les barrières qui se rétrécissent de telle manière qu’on amène les bœufs à un emplacement étroit où le laço — nœud coulant — les prend un à un par les cornes. La corde du laço est passée à une poulie et le tout attaché, à l’extérieur, à un cheval qui, en marchant, force le bœuf à venir amarrer ses cornes contre une barre de bois où il reçoit de l’exécuteur le coup de grâce, au moyen d’un stylet qu’il lui plante entre les deux cornes. Il tombe foudroyé, est retiré, écorché et taillé, et l’opération recommence pour un autre. Le tout marche avec une grande rapidité : 00 bœufs à l’heure — un par minute — subissent ainsi leur sort ; et on en tue quelquefois au saladéro 1000 dans une seule journée. Soixante hommes suffisent à cette besogne ; ils sont ordinairement payés à la pièce, et le salaire moyen est de 5 francs par jour. U en faut trente pour saler, sécher les viandes, préparer les autres produits.
- 1 D’après la Maqdeburgische Zeitung.
- La chair est aplatie par couches de 5 centimètres, salée d’un côté et empilée; quelques planches et quelques pierres sur les piles servent de presse. Après vingt-quatre heures, on retourne les couches pour les saler du côté opposé, et on remet sous presse. Vingt-quatre heures après, on étend ces couches au soleil durant trois ou quatre jours, en été, puis on les retire pour un peu de temps et on les remet ainsi à sécher durant trois ou quatre fois l’intervalle de trois ou quatre jours et l’opération est finie. La chair plus grasse est expédiée par steamers au Brésil; la maigre, on l’envoie par bateaux à voiles à Cuba; dans ces deux pays, elle forme, avec le haricot noir, la nourriture des esclaves. On la paye, dans le pays, de 20 à 50 francs le quintal.
- Les cuirs sont salés ou séchés; ils valent de 20 à 30 francs les 75 livres; les os, la graisse et autres résidus sont jetés dans d’énormes chaudières de fer chauffées par la vapeur. La graisse est fondue, elle surnage et va, par des tuyaux, dans d’énormes caisses de fer où on la travaille; puis elle coule dans des pipes ou tonneaux de 900 litres et est ainsi exportée en Europe pour les fabriques de bougies et autres usages. Les os, retirés des cuves, servent de combustible pour chauffer les chaudières à vapeur, et, retirés de là, carbonisés et inodores, sont expédiés en Europe pour le noir animal employé surtout par les raffineries de sucre.
- Les cornes se vendent 500 francs le mille pour le premier choix et sont exportées pour les boutons, peignes et autres travaux; la corne des pieds est exportée ainsi pour divers usages.
- Les chevaux passent aussi au saladéro, on ne les paye que de 10 à 20 francs l’un; leur cuir vaut 6 francs. La viande maigre sert à engraisser les porcs, l’autre passe aux chaudières où elle donne une huile qui sert à graisser les machines; le saladéro Cibils en prépare 10 000 par an.
- Chaque animal coûte à peu près 5 francs de main-d’œuvre pour les diverses opérations et laisse un bénéfice net de 300 francs aux saladéristes. Ce bénéfice est considérable, lorsqu’on opère sur 50 à 60 000 animaux par an.
- Les saladéros ne travaillent que pendant l’été et l’automne, lorsque les animaux sont gras et que la chaleur du soleil sèche rapidement les chairs. A l’approche de l’hiver, on empile la chair fraîchement salée en énormes cylindres de 7 à 8 mètres de diamètre contenant de 10 à 20 000 quintaux de viande qui se conserve ainsi jusqu’à l'été pour être séchée.
- On sèche ainsi au soleil de la viande non salée; mais elle ne se conserve que deux mois et on l’expédie au Chili.
- LE MARTEAU D’EAU CHANTANT
- Le classique appareil destiné à la démonstration des lois de la chute des liquides dans le vide et connu sous le nom de marteau d'eau, a reçu de la part d’un de nos habiles souffleurs de verre, M. Seguy, une modification qu’il nous a paru intéressant de signaler aux lecteurs de La Nature. Comme on le verra au cours de cette notice, le nouvel instrument émet, dans certaines conditions, une série de notes musicales qui lui a fait donner le nom de marteau d'eau chantant.
- p.59 - vue 63/432
-
-
-
- 60
- LA NATURE.
- On sait que le marteau d’eau se compose d’un cylindre de verre ou de cristal fermé à une de ses extrémités par une calotte sphérique et à l’autre par une sorte de renflement en boule; on introduit dans l’appareil une certaine quantité d’eau, qu’on porte à l’ébullition ; la vapeur chasse ainsi tout l’air contenu dans le tube qu’on scelle ensuite à la lampe. Après relroidissement, la vapeur s’étant condensée, le tube est parfaitement vide. Si, par retournement, on réunit tout le liquide dans la sphère et que d’un mouvement brusque on redresse le tube, l’eau tombe en une seule niasse, au lieu de se diviser, comme elle le fait dans l’atmosphère par suite de la résistance opposée par l’air. Le choc de l’eau produit un bruitsec sur le fond du cylindre, comme si celui-ci était frappé par un corps solide et dur; telle est la vieille expérience faite dans les cours. Dans le marteau d’eau chantant, à la jonction de la sphère et du cylindre, on a ménagé un étranglement ne laissant qu’un étroit passage entre les deux cavités.
- Le liquide étant réuni en entier dans la partie cylindrique, on peut exécuter l’expérience du marteau d’eau à la façon ordinaire. Pour faire chanter l’instrument, on le retourne la sphère en bas, celle-ci peu à peu se remplit et une petite quantité d’eau en excès reste dans le cylindre. En redressant l’appareil, la boule demeure pleine d’eau, tant par suite de l’attraction moléculaire que par la résistance du mince orifice, actions de capillarité étudiées déjà maintes fois dans La Nature. Dans cette position, on chauffe la petite quantité d’eau réunie au bas du cylindre, soit en frottant le tube avec la main, soit, dans les grands modèles, en l’approchant d’une source de chaleur; saisissant alors le marteau de la main gauche au-dessous de l’étranglement, on frappe quelques coups secs avec la paume de la main droite sur la base du cylindre et dans l’axe du tube, aussitôt l’appareil fait entendre une sorte de note trillée, composée d’une multitude de petits battements. En examinant la boule de près, on s’aperçoit qu’à la naissance de l’étranglement, il s’est formé une bulle gazeuse agitée d’une vive trépidation; si on continue à frapper par petits coups sur le bas du tube, peu à peu la bulle augmente de volume, l’intensité et la hauteur du son croissent de plus en plus, jusqu’à ce
- que la bulle quittant l’orifice étranglé se porte à la partie supérieure de la boule : le tube devient alors muet, l’équilibre est rompu, et peu à peu le liquide s’écoule dans le cylindre.
- L'explication du phénomène est assez complexe, mais peut toutefois se résumer ainsi : En chauffant le bas du cylindre, on provoque une rapide émission de vapeurs dont la pression détermine un ménisque concave à l’entrée de la sphère. Les coups secs donnés au bas du tube font écouler une petite partie du liquile et pénétrer une bulle de vapeur qui, arrivant dans un milieu plus froid, se condense aussitôt; il s’ensuit un petit choc de marteau d’eau qui. fait vibrer le tube de cristal, une nouvelle bulle pénètre à son tour, le cycle se reproduit et la continuité de l’action donne lieu à la note trillée qui constitue le chant du marteau d’eau.
- Le chant persiste tant qu’il y a différence de température entre les deux portions du liquide ; un expérimentateur a pu prolonger très longtemps ce mouvement vibratoire en entourant la base du tube d’une spire de platine maintenue au rouge par le passage d’un courant électrique. 11 est absolument indispensable pour la pureté du son que l’instrument soit en cristal : en Allemagne, où on souffle le verre seulement, on n’a pu contrefaire le marteau d’eau chantant, on a obtenu un instrument produisant une sorte de bruissement sec et non un son musical. Il convient enfin de signaler que quelques marteaux d’eau chantants offrent une particularité tout à fait remarquable : si pour remplir la sphère on retourne l’appareil, pendant l’opération du remplissage, on entend une note continue parfaitement caractérisée rappelant un son de flûte adouci. Le constructeur nous a avoué qu’il ne pouvait arriver d’une façon sûre à produire des tubes capables d’émettre cet étrange sifflement : il y a là, comme il arrive souvent dans le domaine des sciences expérimentales, un fait constaté dont les causes échappent.
- Inventé depuis quelques années déjà, le marteau d’eau chantant est peu connu ; il se prête à un certain nombre d’expériences curieuses et à ce titre méritait d’être mentionné par La Nature.
- H. FomtTiER.
- Le marteau d’eau chantant.
- p.60 - vue 64/432
-
-
-
- LA NATURE
- 61
- L’ENSEIGNEMENT MANUEL DU MÉCANICIEN
- On a souvent dit qu’il n’y avait pas de bon géné- 1 vrai dans les combats de l'industrie, où l’ingénieur ral sans bons soldats. Combien cet aphorisme est | ne saurait mener à bien ses grandes entreprises sans
- Fig. 1. Fig. 2. Fig. 3.
- Étau trop bas. Étau trop haut. Manière de prendre la hauteur de son étau.
- un personnnel d’élite, sans le concours d’ouvriers habiles et rompus à la pratique des arts manuels. Une bonne méthode pour l’apprentissage de la mécanique est par conséquent une œuvre des plus importantes, tant au point de vue scientifique qu’au point de vue social. Cette méthode pratique et savante, qui manquait jusqu’ici, vient d’être réalisée d’une façon que nous serions tenté de qualifier de parfaite, tant elle a été longuement étudiée et habilement ordonnée; l’auteur de cette œuvre intéressante est M. Denis Poulot,. pour lequel, après une pratique de quarante années, l’atelier du mécanicien n’a plus de secrets. La méthode d’enseignement manuel de M. Poulot1, que nous venons
- 1 Méthode d’enseignement manuel pour former un mécanicien, par Denis Poulot, 1 vol. grand in-4°, avec 3000 gravures dans le texte. — Paris, Monrocq frères, 1889.
- de prendre un réel plaisir à étudier dans tous ses détails, rendra les plus grands services à tous les
- ateliers, à toutes les écoles professionnelles, et aussi à tous les amateurs, si nombreux aujourd’hui, de physique et de mécanique. Tous ceux qui manient le marteau, qui savent frapper sur l’enclume, ou travailler dans le laboratoire, reconnaissent combien il est précieux pour l’homme de recherche, de savoir faire par soi-même, immédiatement, sans le concours d’aucune main étrangère, l’appareil qui vient d’être imaginé, et que l’on a l’impatience d’expérimenter. A tous ceux que ces travaux intéressent comme professeurs ou comme ouvriers, nous signalerons la méthode de M. Poulot. L’auteur commence par l’hygiène et le costume, il donne les préceptes des premiers pansements en cas de blessures, de coups de marteau, d’érallure des doigts par le
- Graphique de la position normale.
- Graphique du frappt
- Fig. 4. — Graphique du maniement de la lime et du marteau du frappeur.
- p.61 - vue 65/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 62
- glissement d’un burin ; puis il consacre la description des premiers mois de travail, à limer, à buriner, beraner et percer. Pour donner une idée de la façon ingénieuse dont M. Denis Poulot instruit ses élèves, nous-reproduisons d’après sa méthode quelques figures relatives au travail à l’étau. La figure 1 nous donne l’indication d’un étau placé trop bas, la figure 2 représente au contraire l’étau placé trop haut, et la figure 3 nous montre comment un élève peut déterminer la bonne place de l’étau, en mettant l’appareil à la hauteur de la pointe du coude, quand le bras est plié la main tendue sous le menton.
- M. Poulot a réalisé d’excellents diagrammes pour donner l’attitude des bras et du corps dans les differentes opérations de l’ouvrier mécanicien. Nous reproduisons les graphiques relatifs au limeur et au frappeur (fig. 4).
- La méthode de M. Denis Poulot est divisée en trois années d’enseignement : la# première année comprend les notions élémentaires relatives au matériel du mécanicien, les éléments du travail de la forge, du feu, du cômbustible, etc. La deuxième année aborde les travaux plus délicats, elle traite du maniement des instruments de mesure, des jauges et du tréfilage, du tour, des outils pour fileter, de la chaudronnerie, des transmissions, du graissage, des purgeurs, etc. La troisième année comprend l’exécution et le montage des machines.
- Le travail de M. Denis Poulot mérite les plus grands éloges, et rendra les plus grands services.
- Gaston Tissandier.
- NÉCROLOGIE
- Édouard Philipps.— Nos lecteurs ont déjà appris la mort de M. Edouard Philipps, inspecteur général des mines en retraite, membre de l’Institut, officier de la Légion d’honneur. Né à Paris le 25 mai 1821, Philipps entra à l'Ecole polytechnique en 1840 et il passa ensuite à l’École des mines. Professeur à l’École des mineurs de Saint-Étienne, il fut reçu docteur ès sciences, à Paris, en 1849, et il résida désormais dans la capitale, comme professeur de mécanique à l’École centrale des arts et manufactures. Il obtint plus tard la même chaire à l’École polytechnique. Édouard Philipps était un maître éminent, un mathématicien de grande valeur, et un ingénieur fort expérimenté ; il a fait partie pendant très longtemps de la Commission centrale des machines au Ministère des travaux publics. C’est le 22 juin 1868 qu’il fut élu membre de l’Académie des sciences, dans la section de mécanique, en remplacement de Léon Foucault. Édouard Philipps était récemment le président de la classe 52 du Jury des récompenses de l’Exposition universelle de 1889 ; outre ses mérites, son caractère plein d’aménité lui valait la sympathie et l’estime de tous. Édouard Philipps laisse des travaux importants sur la mécanique et la métallurgie; son cours d’hydraulique et d’hydrostatique, publié en 1875, a été très apprécié des ingénieurs compétents. Édouard Philipps est mort le 14 décembre 1889, rapidement enlevé par une maladie subite, au château de Narmont, dans l’Indre. Ses obsèques ont eu lieu à Paris, au milieu du nombre considérable de ses élèves, de ses collègues et de ses amis.
- Le Dr Dtynaseltino. — M. François Damaschino, professeur à la Faculté de médecine, vient d’être enlevé à la science et à ses amis, par une congestion pulmonaire qui n’a duré que quatre jours. M. Damaschino était, par sa famille, d’origine hellénique ; mais il était né à Paris en 1840, et son éducation avait été toute française. Après de brillantes études au lycée Henri IV, il avait été nommé interne des hôpitaux en 1861, chevalier de la Légion d’honneur en 1871, médecin des hôpitaux et agrégé en 1872, professeur à la Faculté en 1883, membre de l’Académie en 1888. Il était depuis peu, médecin à l’hôpital Laennec, où il avait installé un laboratoire modèle. Le Dr Damaschino, un des brillants élèves de M. Henri Roger, avait au début de sa carrière établi sa réputation par de remarquables travaux sur le système nerveux et les voies digestives; c’était un savant delà plus haute distinction, un professeur éminent, un praticien de premier ordre. Il laissera, à ces divers titres, de très vifs regrets ; tous ceux qui l’ont connu et qui dès lors l’ont aimé, garderont de lui le souvenir d’un homme qui était arrivé à la pleine expansion de ses facultés morales. Elles étaient de l’ordre le plus rare. Dans une profession qui met le praticien en rapport avec tant de douleurs, M. Damaschino apportait les plus belles qualités du cœur. Il était dévoué et sympathique à tous; ses élèves avaient pour lui la plus touchante affection, et nous en connaissons qui pleurent sa mort comme celle d’un père.
- Julien Sacaze. — La province vient de perdre un de ses plus remarquables pionniers : l’épigraphiste Julien Sacaze. Né à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le savant paléographe savait conduire de front la science et son métier d’avocat. Bien que ravi à ses études encore jeune, il avait déjà publié de remarquables travaux. C’est à lui qu’est due la découverte des cercles de pierre de la montagne d’Espiaux, dont La Nature a publié les détails. Il a fouillé les tumuli d’Avezac sur le plateau de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), les sépultures à incinération de la plaine de Rivière, les cimetières de Garin (Haute-Garonne). Les collections qu’il retira de ses fouilles sont superbes, et orneront sans doute quelque jour un musée spécial. C’est à lui qu’on doit la création de la Société des études des Comminges, l’une des plus productives et des plus sérieuses en province. Avec le concours de son ami le docteur F. Garrigou, il créa Y Association pyrénéenne destinée à réunir les forces intellectuelles actives des départements constituant les trois académies de Rordeaux, Toulouse et Montpellier, ainsi que du nord de l’Espagne. Les deux amis donnèrent pour organe à cette association la Revue des Pyrénées et de la France méridionale. M. le professeur Allmer, correspondant de l’Institut, a déjà en main le manuscrit de l’œuvre principale de Julien Sacaze ; l’zpigraphie des Pyrénées, que la famille de son élève et ami l’a chargé de publier.
- Govl. — Nous avons à joindre à la liste des hommes instruits récemment enlevés à la science, le nom sympathique d’un physicien italien de grand talent, Govi, qui a laissé partout des regrets autour de lui. Il avait une compétence particulière dans les questions qui touchent à l’histoire de la science, et il s’est attaché à mettre en évidence, avec un rare sentiment d’équité, le véritable rôle des savants de sa patrie. La collection des instruments historiques ayant servi aux recherches de Galvani, de Volta, de Nobili, etc., qu’il rassembla pour l’Exposition internationale d’électricité en 1881, présentait le plus vif intérêt, en même temps qu’elle témoignait de son culte pour les grandes illustrations d’Italie.
- p.62 - vue 66/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 63
- Bourbouze. — Nous devons signaler aussi le nom d’un savant modeste, Bourbouze, dont la carrière n’a pas été dépourvue de déceptions et d’amertumes. Comme préparateur du cours de physique à la Faculté des sciences, M. Bourbouze a contribué pour une grande part à l’éclat des expériences qui s’exécutaient il y a une trentaine d’années. Il était alors l’aide nécessaire des soirées scientifiques de la Sorbonne, où il se contentait, en se cachant derrière ses appareils, du remerciement obligé et traditionnel que ne manquait pas de lui adresser le conférencier. Pendant le siège de Paris, il imagina une méthode très ingénieuse pour établir une communication électrique par le cours de la Seine avec des points situés en dehors de la ligne d’investissement. M. Bourbouze était ensuite devenu constructeur d’instruments de physique ; mais il avait trop le goût des expériences et le désir d’être utile aux autres pour en tirer un profit sérieux. Une santé prématurément ébranlée a d’ailleurs singulièrement troublé son existence.
- * CHRONIQUE
- Téléphonie et télégraphie simultanées. —
- Voici un relevé exact des lignes télégraphiques auxquelles ont été appliqués les dispositifs qui permettent de téléphoner et de télégraphier simultanément par les mêmes fils conducteurs avec le système Van Rysselberghe. Le premier essai date du mois de mai 1881 et eut lieu entre Paris et Bruxelles (distance 320 kilomètres), et la première installation définitive fut inaugurée le 23 octobre 1883, entre Amsterdam et Haarlem (20,4 kilomètres). En France, la première ligne fut inaugurée le 2 janvier 1885, entre Rouen et le Havre, et nous comptons aujourd’hui 404 490 kilomètres de fils télégraphiques utilisés à la téléphonie sur les lignes suivantes : Rouen-le Havre, à une distance kilométrique de 92 kilomètres; Paris-Reims, 160 kilomètres; Rouen-Louviers, 42,82 km; Paris-Rouen, 140,56 km; Paris-le Havre, 235,66 km; Paris-Lille, 240 kilomètres; Paris-Marseille, 870; Paris-Bourse-frontière belge, 250 kilomètres. Pour avoir la longueur kilométrique des fils, il suffit de doubler les chiffres précédents. En Belgique, le développement du système Van Rysselberghe est beaucoup plus considérable et représente 7206 kilomètres de fils. l)e Bruxelles rayonnent 11 lignes se dirigeant vers la Hollande, la France et le Luxembourg, et représentant 929 kilomètres de distance et 4022 kilomètres de fils. L’Allemagne compte cinq lignes dont quatre partent de Berlin et une de Bres-lau, soit 1032 kilomètres de fils. Le développement des fils télégraphiques utilisés à la téléphonie pour les autres pays est de : en Bavière, 600 kilomètres ; en Wurtemberg, 880; en Autriche (ligne Vienne-Br unn), 288; en Suisse, 536; en HoUande, 340; à Pile de Java, 56; en Espagne, 320 ; en Portugal, 312 ; en Danemark, 5. La Belgique et la France sont les deux contrées comptant le plus de réseaux utilisant le système de téléphonie et de télégraphie simultanée de Van Rysselberghe.
- Le roseau des sables. — La publication anglaise The Garden recommande pour fixer les dunes et les plages de sables mouvants, l’emploi d’une graminée qui pousse abondamment au bord de la mer dans toute l’Europe occidentale : le Roseau des sables, Psamma are-naria. Cette plante peu exigeante prospère dans les sables les plus arides où elle émet parfois un rhizome traçant long de 10 à 12 mètres. Ses tiges ligneuses atteignant
- une hauteur de 65 à 80 centimètres portent des feuilles glauques longues de 40 à 70 centimètres, terminées en pointe acérée, que le bétail refuse absolument de manger. Après avoir longtemps servi à fixer les dunes en Hollande et en Angleterre, le Psamma tomba pour ainsi dire dans l’oubli. Un acte du Parlement anglais, édicté sous la reine Elisabeth, et qui ne fut du reste jamais rapporté, interdisait de le détruire là où il croissait. On s’en occupe de nouveau depuis quelques années, et il a donné d’excellents résultats dans le nord du pays de Galles, auprès de Rhyl. Le meilleur mode d’emploi du Psamma consiste à planter ses rhizomes dans le sable, en lignes parallèles écartées de 45 centimètres environ, avec 35 centimètres d’intervalle entre les pieds d’une même ligne.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 décembre 1889.— Présidence de M. Hehmite
- Singe fossile français. — Les localités où l’on trouve des singes fossiles sont très peu nombreuses et jusqu’ici Pikermi, en Grèce, avait seul fourni des crânes de ces animaux. Aussi est-ce avec le plus vif intérêt qu’on entend M. Albert Gaudry présenter avec son grand talent habituel un précieux échantillon étudié par MM. Donnezan et Deperret et provenant de Perpignan, comme la précieuse Testudo perpiniana dont nos lecteurs ont eu naguère la description et le portrait. C’est encore en creusant les fondations du grand fort de la serra del Vache que a trouvaille a été faite ; eUe consiste en un crâne complet un peu aplati d’un vieux mâle, un maxillaire inférieur de femelle et des os des membres. Avec ces matériaux, on reconnaît que l’animal est fort voisin du Mesopithecus, c’est-à-dire qu’il a un crâne de semnopithèque et des membres de macaque ; il diffère cependant du genre décrit par M. Gaudry, et l’allongement antéro-postérieur de sa tête, justifie le nom de Dolychopithecus sous lequel les auteurs le désignent. M. Gaudry a saisi l’occasion pour annoncer que sur la demande de M. le directeur du Muséum, le Ministre de la guerre a appelé la sollicitude , des officiers du génie sur les fossiles que pourraient mettre à jour les travaux de Perpignan afin qu’ils soient conservés à la science.
- Gisement comparé du diamant, dans les pans de l'Afrique Australe et dans quelques météorites. —Après avoir rappelé la manière d’être du diamant dans les allu-vions verticales du cap de Bonne-Espérance ainsi que l’annonce faite à diverses reprises de la découverte dans plusieurs météorites soit de diamant en poudre très fine (Novo-Uréi), soit de graphite épigénique du diamant (Arva, Youndegin, Cosby’s Creek), M. Daubrée développe des considérations d’après lesqueUes les profondeurs terrestres doivent contenir la précieuse gemme en abondance. A cet égard M. Berthelot présente des réserves expresses. Suivant l’illustre secrétaire perpétuel, et sans nier que certains cristaux de graphite puissent être des épigénies, il faut se rappeler que la transformation du diamant en carbone noir donne toujours un produit absolument amorphe. En second lieu la découverte dans une pierre comme celle de Novo-Uréi de très petits grains rayant le rubis et donnant de l’acide carbonique par combustion dans l’oxygène, n’indique pas nécessairement le diamant, car on peut facilement avoir affaire à un simple mélange de charbon et de silicates ou d’alumina tes extrêmement durs. C’est en particulier ce qui est arrivé à Despretz dans l’expérience où il se vantait d’avoir reproduit artificieUe-
- p.63 - vue 67/432
-
-
-
- 64
- LA NATURE.
- ment le diamant à l’aide des charbonsde l’œuf électrique.
- Singulier sel contenu dans la météorite de Mighei. —
- 11 est tombé, le 9 juin dernier, à Mighei, dans la Russie du Sud, une curieuse météorite charbonneuse dont je viens de terminer l’analyse. Parmi les résultats que j’ai obtenus, je mentionnerai seulement ici la présence d’un sel soluble dans l’eau froide et qui ne paraît pas avoir encore été signalé. Il donne par le nitrate d’argent un précipité volumineux rouge amarante noircissant rapidement à la lumière, et qui rappelle un peu les tellurates et les arséniates d’argent sans s’identifier cependant avec eux. L’extrême rareté de la matière première rend l’examen de ce composé extrêmement difficile. Je me propose, après avoir pris date par ma publication actuelle, d’en aborder l’étude au moyen du spectroscope.
- L'Encyclopédie chimique. — Quatre nouveaux volumes de cette incomparable publication paraissent aujourd’hui. Le premier, relatif à la métallurgie de l’or, est dù à MM. Cumenge et feu Ed. Fuchs avec la collaboration de MM. Robellaz, Laforgue et Saladin.
- On y trouve un tableau complet de l’état actuel de la question et le texte est enrichi de très nombreuses photogravures remarquables par leur perfection. Le second volume concerne la photographie; c’est M. Pahst, chimiste principal au laboratoire municipal, qui l'a écrit. M. Paul Charpentier a rédigé une importante monographie re -lative au sucre.
- Enfin, dans un volume de près de 900 pages, M. Bour-goin fait l’histoire des acides organiques à fonction simple. De plus en plus Y Encyclopédie devient la base fondamentale de toute bibliothèque chimique.
- Antagonisme microbien. — Non seulement certains microbes sont défavorables à d’autres, comme celui du vaccin à celui de la variole, comme celui du sang de rate à celui du charbon, mais encore les produits de culture de quelques-uns d’entre eux se comportent comme des poisons vis-à-vis de quelques autres. Ainsi, un savant d’Edimbourg, M. Wood, constate aujourd’hui, dans une note déposée par M. Chauveau, que des lapins inoculés avec le liquide de culture, d’ailleurs filtré et stérilisé de la maladie pyocyanique, sont parfaitement réfractaires à la contagion charbonneuse. C’est un fait dont les applications pourront être fort importantes.
- Elections de correspondants. — M. Suess, de Vienne, est nommé correspondant à la place vacante dans la section de minéralogie par le décès de M. de Dechen; dans la même section, M. Pomel (d’Alger) est appelé à remplacer M. Lory (de Grenoble) récemment décédé.
- Varia. — Un quatrième isomère de l’inosite est décrit par M. Maquenne. — M. Vaga décrit un récent tremblement de terre éprouvé au Japon et évalue à 700 mètres par seconde la rapidité de propagation de l’onde sismique. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LA TIRELIRE MAGIQUE
- Parmi les expériences de physique amusante, il en est peu qui aient obtenu jadis autant de succès que celle du décapité parlant. Nous en avons donné la description dans La Naturei. Nos lecteurs savent que dans cette expérience il s’agissait d’une tête humaine, que l’on voyait posée sur une table à trois pieds, au-dessous de laquelle il semblait qu’il n’y avait rien. Le corps du décapité se trouvait, en
- réalité, dans la table, sa tète passant à travers un trou ; ce corps était dissimulé par deux miroirs inclinés à 45° par rapport aux murs de droite et de gauche de la petite salle où avait lieu l’expérience; l’image des murs latéraux allait se confondre avec ce que l’on voyait du mur du fond. Un ingénieux constructeur vient d’utiliser le principe de cette expérience qui ne pouvait être faite qu’avec tout un matériel de prestidigitateur, pour réaliser un minuscule jouet des plus amusants. C’est une tirelire magique formée d’une boîte rectangulaire garnie d’un carreau sur sa face de devant (fig. A). Vous en voyez, par conséquent, tout l’intérieur, qui est garni de ouate blanche. Vous jetez une pièce de monnaie dans la tirelire : la pièce tombe et disparaît aussitôt. Où est passée la monnaie? C’est la question que pose une étiquette intérieure et que l’on ne saurait toujours pas résoudre.—La boîte, en réalité, est formée de deux parties, comme on le voit à la droite de notre figure, en B. Le compartiment où tombe la monnaie est dissimulé par deux petits miroirs à 45°, exactement comme cela se produit dans l’expérience du décapité parlant. Dr Z...
- 1 Voy. n° 377, du 21 août 1880, p. 185.
- Le Propi 'étaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- La tirelire magique. — Vue de face (A) el vue par derrière (B).
- p.64 - vue 68/432
-
-
-
- N# 866. — 4 JANVIER 1890.
- LA NATURE.
- 65
- ORAGES ET INONDATIONS EN SICILE
- La Sicile, dans ces derniers temps, n’a pas été épargnée par les ouragans et les inondations. Des désastres y ont été signalés comme dans l’Italie continentale et en Sardaigne. Le 31 octobre 1889, a la suite d’un violent orage, la petite ville de Bi-sacquino, dans la province de Palerme, a été inondée ; quelques maisons se sont écroulées. Une femme a péri sous les décombres, et une autre victime a été entraînée par les torrents jusqu’à 2 kilomètres. Quelques heures plus tard, pendant la nuit du 31 octobre au 1er novembre, un orage semblable a causé des ravages considérables dans les campagnes avoisinant Messine.
- Mais les ouragans qui ont plus récemment sévi dans la région méridionale et septentrionale de l’Etna pendant les journées des 7 et 8 novembre, ont produit des dégâts plus considérables. Les villes de Casti-glione, Lingua-glossa, Taormi-na, Giardini,
- Calatabiano, Pie-dimonte, Giarre et quelques bourgsprcsd’Aci-réale, ont été plus ou moins endommagées par la violence de l’eau des torrents. A Castiglione et à Linguaglossa, plusieurs habitations ont été inondées et quelques maisons se sont écroulées. Deux personnes ont péri; on compte aussi une autre victime entraînée par un torrent près d’Aciréale.
- Le torrent Dagala, en débordant, inonda le bourg du même nom et entraîna avec violence une grande quantité de pierres, dont quelques-unes assez grosses, jusque dans les rues de Giarre, où plusieurs maisons ont été inondées. J’ai visité cette localité :
- 18' année. — 1er semestre,
- dans quelques endroits de l’une de ces rues, les pierres entassées formaient une couche de presque 2 mètres de hauteur.
- Une voiture qui descendait du village Macchia, en se dirigeant à Giarre, a été entourée tout à coup et submergée par le courant furieux ; des quatre personnes qui s’y trouvaient, trois ont péri ; la quatrième s’est sauvée au prix des plus grands efforts et a été blessée. Un des cadavres a été retrouvé, près de la mer,
- à Riposto. Plusieurs campagnes dans cette région si fertile, ont été sérieusement ravagées : dans quelques localités, les vignobles établis sur la lave à la surface de laquelle on avait peu à peu transporté une couche de terre végétale, ont été dénudés par la violence des eaux, qui y laissaient la lave nue; d’autres vignobles et jardins ont été enterrés. Des arbres ont été déracinés et entraînés jusqu’à la mer. Les campagnes qui ont été les plus ravagées sont situées sur les bords du fleuve Alcan tara, qui forme une limite au nord, entre la province de Ca-tane et celle de Messine. Plusieurs ponts, dont un de 14 mètres de hauteur, ont été couverts par les torrents et renversés. Entre Giardini et Calatabiano, la voie ferrée a été inondée et endommagée sur une longueur de 8 kilomètres.
- Les communications entre Catane et Messine ont été interrompues, la ligne télégraphique ayant été aussi mise hors de service. J’ai visité plusieurs localités dévastées. A Giardini, on voit les maisons et les arbres ravagés sur une zone d’environ 120 mètres de largeur. On doit attribuer ces dégâts à un tourbillon provenant de la mer. Il se produisit, selon la relation des habitants, quelques minutes avant minuit,
- p.65 - vue 69/432
-
-
-
- GO
- LA NATURE.
- le 31 octobre-ler novembre. Les toitures et quelques fenêtres arrachées aux maisons ont été transportées au loin. Le petit marché a été complètement détruit; sa toiture (de métal) a été transportée par la violence du vent sur les hautes collines qui dominent la ville. Les colonnes de fer ont. été renversées et la grille tordue. Plusieurs arbres sur cette zone ont été déracinés et renversés et leurs branches tordues.
- A Riposto, la pluie n’a pas été aussi abondante qu’ail-leurs; néanmoins la pluie mesurée au pluviomètre de l’Observatoire de cette ville, pendant vingt-quatre heures, le 7 novembre, de 9 heures du soir au lendemain 8, à la même heure, a été de 2H millimètres, quantité qui n’a été jamais observée depuis l’année 1864, date de la fondation de cet Observatoire l.
- Tout le monde a rappelé, à l’occasion de cet ouragan, les désastres causés par le typhon de Gatane, le 7 octobre 18842.
- Un phénomène extraordinaire a été causé par cet orage et nous croyons devoir y insister d’une façon toute particulière.
- Près du bourg Macchia, au-dessus de Giarre (à l’est de l’Etna), une crevasse s’est manifestée dans le terrain; elle est longue de plus de 2 kilomètres, avec une largeur de 2 à 3 mètres et 20 à 30 mètres de profondeur. Cette fissure dont nous représentons ci-contre un des aspects, commence à l’ouest de Macchia et, en traversant des vignobles et des jardins, se prolonge du nord-nord-ouest au est-sud-est, jusqu’au delà de San-Leonardello ; mais elle n’est pas continue, parce que, dans quelques endroits, elle est manifestée par une légère dépression de terrain limitée aux bords par deux petites fissures qui montrent sa largeur; dans d’autres points, elle est complètement interrompue sans laisser aucune trace, et recommence plus loin. J’ai vu un large trou avec des prolongements souterrains, comme des tunnels qui sont la continuation de cette fissure. Un homme qui passait dans une roselière traversée par cette fissure, dans un point où elle n’était pas complètement ouverte, y est tombé ; blessé gravement, il mourut lejour suivant. Cette crevasse a été causée sans doute par un tremblement de terre antérieur, probablement par une secousse très violente, qui, après l’éruption de l’Etna de 1865, détruisit dans la nuit du 18-19 juillet le petit bourg de Macchia; cette secousse fut si violente quelle renversa deux cents maisons et laissa sur le sol plus de cent morts et blessés. La fissure était couverte par une forte couche de terre qui a été enlevée par la pluie. Une grande quantité d’eau a été enfouie dans cette fissure et on dit que sans cette circonstance la ville de Giarre eût été plus sérieusement endommagée. Voilà donc un tremblement de terre qui pour la première fois a évité des désastres. Jean Platania.
- Aciréale (Sicile), le 2 décembre 1889.
- 1 Je dois ce renseignement à l’obligeance de M. F. Cafieri, directeur de cet Observatoire météorologique.
- 2 Yoy. n°G07, du 17 janvier 1885, p. 97.
- COMPTEURS POUR VOITURES DE PUCE
- Au moment où la ville de Paris jette les bases d’un concours relatif à un compteur pratique applicable aux voitures de place, il n’est pas sans intérêt de passer en revue les conditions multiples auxquelles ce compteur devra satisfaire, pour donner satisfaction et recevoir un accueil également sympathique de la part de tous les intéressés. Ce rapide examen dont nous empruntons les éléments à une Note qui nous a été envoyée par M. Desq, complétera ce que l’un de nos collaborateurs avait déjà dit sur la question dans un article précédent1.
- Les conditions d’un pareil compteur sont, les unes générales et d’un intérêt commun, les autres particulières et doivent sauvegarder également l’intérêt du loueur, celui du cocher et celui des voyageurs.
- L’intérêt général exige que tous les compteurs soient d’un modèle unique, facile à adapter à tous les genres de véhicules, et fournissant des indications aisément compréhensibles, indiscutables, et d’un contrôle qui puisse se faire à tout instant.
- Il faut rejeter tous les systèmes traduisant le fonctionnement sous forme de courbes, cette solution élégante n’étant pas à la portée de tous les clients et de tous les cochers. Il faut donc que l’indication se fasse en chiffres connus, francs, décimes et centimes, ce qui facilitera également le règlement et le pointage lors de la rentrée de la voiture au dépôt.
- Le compteur kilométrique doit-il totaliser le chemin total parcouru par le véhicule depuis son départ du dépôt jusqu’à sa rentrée, ou doit-il seulement enregistrer lorsqu’il effectue une course utile, et, par suite, payée?.
- La seconde solution serait plus logique et plus équitable, mais il faut la compléter par l’addition d’une mise au repère facultative au début de chaque course avec un nouveau voyageur. Le voyageur n’aura ainsi qu’à lire sur un cadran les indications de la somme qu’il doit payer. Les indications se totaliseraient sur un second cadran qui servirait de contrôle au cocher envers son client, et à la Compagnie envers son cocher.
- Le point le plus délicat est de réaliser une combinaison telle que le véhicule n’aille ni trop vite, ce qui léserait les intérêts de la Compagnie, par une usure excessive de son matériel, et surtout de sa cavalerie; ni trop lentement, ce qui causerait au voyageur un préjudice doublé d’un mortel ennui. 11 faut, pour éviter ces deux excès, une sanction qui, dans les deux cas, inflige une perte au cocher et au cocher seul. Cette sanction indispensable élimine un certain nombre de solutions qui ne peuvent la donner, et que nous allons rapidement énumérer.
- 1° Le compteur n enregistre que la simple distance. Le voyageur ne pourra pas obtenir une vitesse supérieure à une très faible moyenne. Si le voyageur offre un pourboire au cocher pour accélérer l’allure, ce pourboire représentant l’excès de vitesse obtenue restera entièrement entre les mains du cocher, sans profit pour la Compagnie, malgré ses droits incontestables à cette rémunération. — 2° Le compteur totalise le temps et la distance. La Compagnie et le cocher ont un intérêt commun à aller le plus lentement possible : le voyageur est complètement sacrifié. — 3° Le compteur totalise la distance en fonction de la vitesse. Dans ces conditions, pour une distance donnée, le maximum à percevoir correspondra au maximum
- 1 Yoy. nQ 844, du 5 août 1889, p. 147.
- p.66 - vue 70/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 67
- de la vitesse. On prévoit ainsi des courses folles, des écrasements, et, en fin de compte, une hésitation bien naturelle de la part du voyageur à monter en fiacre. — 4° Le compteur enregistre le chemin parcouru en fonction de la vitesse et du temps. C’est un moyen compliqué qui revient au premier cas examiné, sans avantage spécial.
- Aucun appareil à indications fixes ne donne donc une solution exacte du problème considéré dans toute sa généralité : il faut alors avoir recours à un appareil à indications variables avec les diverses circonstances de son application. Un semblable appareil paraîtrait absolument irréalisable si on devait obtenir ces indications variables sur une échelle indéfinie, mais le problème se simplifie en remarquant qu’il suffit que ces indications variables se produisent entre deux limites extrêmes connues à l’avance. On est ainsi fatalement conduit comme nous l’avions fait remarquer précédemment, à la recherche d’un compteur à maximum, pour lequel les indications passent par ce maximum pour des vitesses comprises, par exemple, pour fixer les idées, entre 9 et 12 kilomètres par heure.
- Dans ces conditions, le cocher prend l’allure correspondant à la plus grande somme à percevoir, et le voyageur se trouve ainsi assuré d’être conduit à une allure normale, tandis que la Compagnie est à peu près certaine que le cocher ne dépassera pas cette allure correspondant au maximum de travail raisonnablement et physiologiquement exigible. Dans le cas où le voyageur et le cocher parviendraient à s’entendre de façon à dépasser cette allure normale, il est possible de combiner le compteur à maximum pour que le cocher, seul coupable et responsable devant la Compagnie, se trouve dans l’obligation de reverser à cette Compagnie ce qu’elle a perdu par suite de la mauvaise gestion de leurs intérêts communs, et perdre ainsi lui-même plus que le bénéfice de la combinaison faite avec son voyageur indélicat.
- On peut même régler ce maximum pour qu’il fasse entrer en ligne de compte le poids et la destination du véhicule, ainsi que la vigueur et la jeunesse des chevaux confiés au cocher.
- En résumé, dit M. Desq dans la Note dont nous venons de résumer les points principaux, sans vouloir faire l’exposé d’un système complet remplissant toutes les conditions exposées ci-dessus, les qualités et propriétés d’un semblable appareil peuvent se résumer ainsi :
- 1° Le compteur doit être d’un modèle unique, facile à entretenir et à surveiller, adaptable sans grands frais à tout genre de véhicule; 2° il doit donner des indications sûres, exactes, inattaquables, compréhensibles à tous et pouvant se juger d’un seul coup d’œil; 3° il doit indiquer la présence des voyageurs dans la voiture et s’arrêter aussitôt que la voiture est vide ; 4° il doit être un simple enregistreur exact de distances pour les petites vitesses ; 5° Indiquer les distances majorées en raison des vitesses tant que ces vitesses sont comprises entre 9 et 12 kilomètres à l’heure ; 6° redevenir un simple enregistreur exact de distances pour les vitesses excessives : la vitesse, dans ce cas, s’inscrivant à la charge du cocher qui en reverse le montant à la Compagnie, alors que personne ne la lui a payée à lui-même; 7° être un indicateur horaire automatique pour les arrêts payés des courses à l’heure et pour ces arrêts seulement; 8° ses indications doivent être à l’abri des tentatives de malveillance ou d'indélicatesse d’où qu’elles viennent.
- Un compteur remplissant toutes les conditions ci-des-
- sus est, nous en sommes convaincu, parfaitement réalisable .
- Reste à savoir si le prix de revient n’en serait pas trop élevé. Encore pensons-nous que, dans une construction industrielle et à grands débouchés, il ne dépasserait pas une soixantaine de francs.
- PONTS MILITAIRES
- PONTS RAPIDES POUR VOIES FERRÉES, SYSTÈME MARCILLE
- Nous avons eu déjà l’occasion d’entretenir nos lecteurs du mode d’organisation des ponts pour voies ferrées, établis suivant le système du colonel Marcille1, commandant le 5e régiment du Génie (sapeurs de chemins de fer) ; les succès et l’excellence reconnue de cet ingénieux matériel nous imposent aujourd’hui le devoir de traiter la question avec plus de détails. —Essentiellement démontable, et se fractionnant méthodiquement en éléments de dimensions rationnelles, le matériel de ponts Marcille comprend deux groupes distincts : ceux des grands et des petits ponts. Le groupe des « petits ponts » se partage en deux catégories formées : l’une, des ponts de 40 mètres de portée et au-dessous; l’autre, des ponts de 10 à 20 mètres. Les deux classes sont, l’une et l’autre, destinées à porter des voies passant à la partie supérieure de leurs poutres. Le groupe des « grands ponts » se compose également de deux classes distinctes comprenant : la première, des ponts mesurant de 20 à 30 mètres ; la seconde, des ponts de 30 à 45 mètres de portée. Ces grands ponts sont faits pour desservir une voie passant soit à la partie supérieure, soit à la partie inférieure de leurs poutres. Us sont organisés de façon à recevoir, en cas de besoin, un tablier de bois pouvant livrer passage à des troupes de toutes armes. Les éléments constitutifs des petits ponts consistent en tronçons de 10 mètres, 5 mètres, 2m,50 et lra,25 de longueur. En combinant méthodiquement ces tronçons, on obtient des longueurs de ponts qui s’échelonnent suivant une progression arithmétique dont la raison est 1,25. On comprend dès lors qu’il est possible de racheter telle solution de continuité qu’on voudra dans les limites que comporte la classe considérée. 11 peut, d’ailleurs, se construire de petits ponts biais dans lesquels les abouts des poutres affectent similairement lm,25 d’écart. Les éléments des grands ponts se distinguent en tronçons de 10 mètres et 7ra,50 et en bouts de 2m,50 et lm,666 de longueur. Chacun de ces « tronçons » ou « bouts » représente un élément complet de l’ouvrage. En combinant méthodiquement tronçons et bouts, on obtient des portées qui s’échelonnent suivant une progression arithmétique dont la raison est 0m,83. En cas de direction biaise, les abouts des poutres peuvent affecter 0m,83 d’écart. —Les ponts Marcille sont, bien entendu, métalliques. A l’excep-
- 1 Voy. n° 568, du 19 avril 1884, p. 526.
- p.67 - vue 71/432
-
-
-
- (58
- LA NATURE.
- tion d’un petit nombre de pièces, tout est en acier doux du Creusot, acier dont la résistance a la rupture est, en moyenne, de 45 kilogrammes par millimètre carré de section. Capable d’un allongement de 20 pour 100, ce métal ne commence à subir de déformations permanentes que sous l’action d’une charge de 22 kilogrammes. Cela étant, M. Henri Schneider, l'éminent constructeur de ce matériel de pontage, a calculé les dimensions des pièces principales de manière à les faire travailler à raison de 10 et même, en certains cas, de 12 kilogrammes par millimètre carré de section. Malgré la force dont elles sont dotées, ces pièces sont essentielle-
- ment légères. Mis en place, les ponts de 10, 20, 30 et 45 mètres ne pèsent respectivement que 550, 785, 1500 et 2200 kilogrammes au mètre courant.
- Les différentes parties du matériel dont il s’agit sont, en temps ordinaire, emmagasinées à Versailles, au dock du Polygone dit « des Matelots » et elles y sont emmagasinées de manière à constituer des tronçons complets pour voie supérieure. Chacune de ces parties peut se charger sur wagon; notre figure 1 représente, a titre d’exemple, le mode de chargement des éléments d’un pont de grande portée. Quant à l’expédition sur un chantier
- Fig. 1. — Mode de chargement des éléments d’un pont système Marcille.
- de pose indiqué, elle n’implique' aucune difficulté sérieuse. Les plus grands éléments du pontage sont de dimensions telles que, arrimés sur les plus hautes voitures des Compagnies françaises, ils passent par tous les gabarits de chemins de fer. — Le transport et la mise en place des petits ponts Marcille ne comportent non plus aucune espèce de difficulté. Pour ce qui est des grands ponts de 30 à 45 mètres, les pièces en sont chargées sur des wagons qui doivent être mis en route et, par conséquent, arriver a destination dans l’ordre voulu par les conditions du montage à effectuer. Ce sont d’abord les engins de déchargement et de manœuvre tels que bigues, treuils, palans, etc. C’est ensuite Xavant-bec dont on verra tout à l’heure la fonction. Puis viennent les bouts et tronçons de pont; enfin, les tronçons
- spécialement destinés à former le contrepoids dont il sera aussi parlé ci-après. —Le déchargement terminé, il convient de procéder au montage. A cet effet, les bigues étant levées à cheval sur la voie, on amène l’avant-bec qu’on soulève et sous lequel on fait passer des galets de roulement. Tous les tronçons sont également pourvus de galets. Quand les-dits tronçons se trouvent bout a bout en place, on en opère Y assemblage, lequel s’obtient par voie de juxtaposition sans agrafement aucun. Il est seulement fait usage de couvre-joints qui se fixent à l’aide d’un nombre de boulons relativement restreint.
- L’assemblage une fois fini, on dégage les galets de roulement qui ont conduit en place les divers éléments et l’on fait poser le pont « monté » sur des rouleaux de lancement. Ce lancement s’effectue en
- p.68 - vue 72/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 60
- porte-à-faux moyennant l’emploi concurrent de l’avant-bec et du contrepoids dont il a été fait ci-dessus mention. Le mouvement de translation est donné par des leviers qui se manœuvrent à bras dans des rochets calés sur les axes des rouleaux Notre ligure 2 représente un pont de 45 mètres dont Je lancement est presque achevé. On y voit l’opération méthodiquement conduite avec 42 mètres de porte-à-faux. —Dès que le pont ainsi projeté sur la brèche est parvenu à l’aplomb de l’emplacement qu’il doit définitivement occuper, avant-bec et contrepoids disparaissent. Cela fait, il ne reste plus qu’à descendre le pont à tel niveau
- qu’il convient, et ici il faut opérer de deux façons distinctes selon que les rails dudit pont doivent s’établir à la partie inférieure ou supérieure des poutres. Au premier cas, — moyennant l’emploi de quatre vérins hydrauliques installés aux abouts des poutres —on descend, l’une après l’autre, chacune des extrémités du pont d’une hauteur égale à l’épaisseur des bois de support provisoire, qu’on enlève successivement. Ces madriers une fois partis, le pont repose sur ses plaques d’appui en fonte ; ses rails prolongent les rails de la voie coupée et, si l’on n’a pas à le munir d’un tablier en bois, il est prêt à entrer en service. L’opération se complique
- Fig. 2. — Lancement d'un pont système Marcille.
- au cas où la voie doit passer à la partie inférieure des poutres. On commence alors par descendre le pont, mais d’une hauteur moindre que celle qu’on a observée au cas précédent; puis, à l’aide d’un petit chariot portant une grue pivotante et roulant sur les rails supérieurs des poutres, on enlève toutes les entretoises. Ainsi isolées, les poutres se prêtent à tel écartement qu’on voudra. On les éloigne l’une de l’autre à 4m20 d’intervalle mesurés d’axe en axe ; puis on place sur les rails supérieurs des poutres un chariot portant la grue pivotante, laquelle peut amener, aux endroits voulus toutes les poutrelles et longrines. Quand toutes ces pièces sont assemblées, on opère une dernière descente du pont afin de le faire reposer sur ses appuis définitifs.
- Après avoir fait leurs premiers essais aux usines
- du Creusot, après avoir été longuement expérimentés sur le polygone « des Matelots » (Versailles), les ponts Marcille ont été mis en service sur des chemins de fer en pleine exploitation, notamment sur des lignes où la circulation des trains de vitesse et des trains de marchandises est singulièrement active. Or, à l’issue de ces épreuves d’ordres divers, il n’a jamais été soulevé d’objections touchant le mode d’exécution et la force de résistance de ce matériel de pontage. On a pu, d’autre part, constater la facilité avec laquelle les grosses pièces en peuvent être manœuvrées, ainsi que le bon état dans lequel se trouvent tous les éléments après le relèvement des ponts. Les expériences pratiques dont nous entendons parler ici sont celles auxquelles il a été procédé : sur le réseau de l’Ouest, à Roc-Saint-
- p.69 - vue 73/432
-
-
-
- 70
- LA NATURE.
- André (Morbihan); — sur le réseau de l’Est, à Noisy-le-Sec, près Paris; — sur le réseauP.-L.-M. à Artemare, près Culoz ; — et, tout récemment, encore sur le réseau de l’Ouest, à Argenteuil, près Paris.—Relatons brièvement les principales circonstances de cette dernière opération.
- Le pont à jeter comportait trois travées mesurant: chacune des deux extrêmes, 20 mètres; la médiane, 27 mètres de portée. Le rachat de ces intervalles réclamait — y compris les bouts reposant sur les supports — soixante-dix mètres de pont, du type de 30 mètres. Expédié de Versailles par train spécial, “ce matériel arrivait à Argenteuil le dimanche soir, 18 août 1889, et, dès le lendemain, 19, on voyait se mettre à l’ouvrage un détachement du 5e régiment du Génie [sapeurs de chemins de fer) composé’de : un capitaine, un lieutenant et cinquante-deux sous-officiers, caporaux et soldats. Vingt-quatre heures plus tard, les tronçons destinés à former le tablier du pont se trouvaient assemblés et le système en était établi sur galets de roulement. Le lancement qui suivit le montage ne demanda que trois heures. Enfin, dix-huit heures suffirent à l’effet d’opérer la descente du pont sur ses supports. Somme toute, en moins de soixante heures, on avait racheté une solution de continuité de soixante-dix mètres d’étendue... et sur ce pont, si lestement construit, les trains passaient.
- La rapidité d’exécution, telle est la dominante des propriétés remarquables dont jouit le matériel Marcille, et il n’est pas inutile de donner à ce propos quelques chiffres. Compté depuis le moment de l’arrivée des tronçons h pied-d’œuvre jusqu’à celui du passage des premiers trains, le temps que demandent les opérations de montage et de lancement d’un pont de 30 mètres (à voie supérieure) est de quarante-six heures; d’un pont de 45 mètres, de quatre-vingts heures. Or, au cours de la campagne de 1870-71, les intervalles de temps consacrés au rétablissement des ponts de mêmes portées étaient respectivement de vingt-quatre et trente jours !
- En somme, nous possédons aujourd’hui un excellent matériel de réparation des ponts de voies ferrées endommagés ou détruits par l’ennemi. Le problème posé à ce sujet par la Commission supérieure des chemins de fer était, de sa nature, ardu et complexe. En chaque cas, en effet, on se trouve, au cours d’une guerre, en présence de conditions qui s’imposent, conditions que l’ingénieur ne saurait ni décliner, ni modifier et auxquelles il est, bon gré malgré, forcé de satisfaire telles que : largeur de la brèche à racheter; — direction droite ou biaise du pont rompu; —niveau de la voie à la partie inférieure ou supérieure du pont à restituer, etc. Ce problème a néanmoins été heureusement résolu. La solution que nous venons d’exposer trop succinctement fait le plus grand honneur au colonel Marcille, qui l’a conçue, et aux ingénieurs du Creusot, qui l’ont réalisée.
- Lieutenant-colonel Hennebert.
- VOYAGE D’EXPLORATION
- DU NIGER ÀU GOLFE DE GUINÉE
- PAR LE CAPITAINE L.-G. BINGER
- Un de nos explorateurs les plus distingués et les plus énergiques, M. le capitaine Ringer, ancien of-ficer d’ordonnance du général Faidherbe, vient d’accomplir un voyage de dix-huit mois à travers des régions inconnues de l’Afrique occidentale, du Niger au golfe de Guinée par Kong (fig. 1). La Société de géographie a récemment accordé sa plus haute récompense à ce vaillant officier. Nous croyons devoir publier, d’après le rapport de M. le capitaine Ringer, le résumé d’une expédition qui sera aussi féconde pour les intérêts de notre pays que pour les progrès de la géographie.
- Ayant reçu, sur sa demande, du Ministre des affaires étrangères et du sous-secrétaire d’État aux colonies, la mission de visiter la bouche du Niger, le capitaine Ringer partait le 20 février 1887. Trois voyages au Sénégal et au Soudan français, des travaux de linguistique, l’avaient préparé à la tâche périlleuse qu’il entreprenait. 11 débarque a Dakar, et, secondé par le gouverneur du Sénégal, remonte le cours du fleuve pendant 400 milles sur un chaland et arrive à Rakel. Là, il organise son convoi (personnel et bêtes de somme), gagne sans incident Rammako et choisit le chemin qui traverse le territoire de Samory, évitant le passage chez Ahmadou, lequel était resté suspect d’hostilité à notre égard. Malheureusement, à cette époque (avril), Samory était en guerre contre Tiéba, dont il assiégeait la capitale, Sikaso.
- Notre explorateur se vit arrêté dans sa marche à 80 kilomètres de Rammako, obligé d’attendre les courriers envoyés à Samory, et qui ne revenaient point; l’indifférence des chefs de la région se changea bientôt en hostilité. La petite expédition dut rebrousser chemin; mais bientôt un message de Samory lui ouvrit la route vers le Raoulé, premier affluent de droite du Niger dans cette direction. Samory, dont le succès était plus que douteux, demandait au capitaine un canon et un renfort de trente hommes, alors que notre compatriote n’en avait que dix. Néanmoins, il pousse vers Sikaso, à travers un pays changé par la guerre et la misère en un charnier humain ; partout des villages dépeuplés ou même déserts et des cadavres en putréfaction !
- Après quinze jours de marche très pénible, M. Ringer atteint Sikaso, bourgade de 4000 à 5000 habitants, ayant une enceinte en terre glaise et de grossières tours servant de bastions. Autour de cette place manœuvraient assiégeants et assiégés (ensemble 10 000 à 12 000 combattants): Samory sesayant vainement de forcer par la famine une ville qu’il n’avait pu complètement investir, et Tiéba, par des attaques sur les derrières de l’ennemi, décimant avec méthode l’armée de Samory. Celui-ci,
- p.70 - vue 74/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 71
- par sotte vanité, repoussait la médiation du capitaine; il lui fallait la tête de Tiéba. Il avait juré de ne rentrer dans sa capitale qu’avec ce sanglant trophée. Estimant qu’il perdait son temps à Sikaso, M. Binger voulait partir, mais Samory s’y opposait. C’est grâce à son énergique insistance que le capitaine Binger échappa à cette sorte de demi-captivité et put rejoindre son convoi, qu’il ravitailla à grande peine, à Bénokhobougou. Il quitta au plus tôt les États de Samory, se dirigeant vers Tengréla et coupant trois fois l’itinéraire de René Caillé. On lui interdit l’entrée de Tengréla et il lui fallut, après une étape très pénible, se remettre en route, de nuit, par une pluie battante, à travers les hautes herbes, où il erra au hasard jusqu’au lendemain et jusqu’au moment où il trouva une clairière où il établit'son campement.
- Ayant échappé à la poursuite des nègres, ceux-ci firent courir à ce moment le bruit de sa mort. Cependant, il ralliait Tiong-i. Il était au milieu de la race des Sénoufou, qui peuplent les États voisins ; elle a sa langue spéciale, qui est encore à peu près monosyllabique; elle pratique l’élevage du bétail et la métallurgie; l’ornementation de sa poterie est remarquable; ses jeux sont empreints d’originalité. Les cérémonies funèbres sont fort curieuses chez les Sénoufou. Les morts sont portés en terre sur la tète de deux hommes (fig. A).
- M. Binger, par une marche rapide de six jours dans une riche contrée, gagne Niélé, la capitale du Follona. L’influence des sorciers lui barre la route. L’expédition arrive à Kannièra, dans le pays de Kong, ayant traversé la branche occidentale du Co-moë, rivière qui débouche dans le golfe de Guinée à Grand-Bassam ; ses sources se trouvent, à vol d’oiseau, à 500 kilomètres dans l’est de Bammako et presque sur le même parallèle. Le Comoë sépare les Sénoufou d’une agglomération de peuples de huit races différentes, peu ou point vêtus, parlant des langues sans aucune analogie entre elles. Ils se sont réfugiés dans cette région granitique et brûlée, traqués par les races noires plus civilisées. Le plus curieux de ces peuples, celui des Mboin, a pour tout costume un chapeau conique en paille, à petits bords, comme celui des clowns. Les femmes portent un chapeau de gendarme en paille (fig. 5) les plus vêtues d’entre elles ne le sont que d’une touffe de feuilles.
- Le voyageur, avançant dans la direction du sud-est, franchit le cours principal du Comoë et, après sept jours de marche, arrive à Kong. M. le capitaine Binger fit son entrée dans la ville, monté sur un modeste bœuf porteur (fig. 2). Il fut reçu en grande pompe par le roi Karamokho Oulé et les notables, qui l’invitèrent à s’expliquer publiquement sur les motifs qui l’amenaient. « Depuis longtemps, répondit-il, les Français désirent nouer avec vous des relations commerciales plus étendues. Je viens m’enquérir des objets qui conviendraient le mieux à vos besoins et des échanges que vous pouvez faire avec
- nous. — Chrétien, ton parler est droit, dit le roi; j’étais convaincu qu’un blanc ne faisait qu’un métier honnête. Si Dieu t’a laissé traverser tant de pays, c’est que telle est sa volonté. Nous n’irons pas contre la volonté du Tout-Puissant. Amen. »
- Kong est une grande ville ouverte, à constructions en pisé, à toits plats. Elle compte 12000 à 15000 âmes. Tous les habitants sont musulmans; parmi eux il y a peu d’illettrés. Leur tolérance est parfaite à l’égard des autres religions, qu’ils respectent toutes parce que, disent-ils, « les chemins de Moïse, de Jésus et de Mahomet mènent tous à un même Dieu ».
- Le commerce des gens de Kong est très florissant; on y trouve ce qui est nécessaire à la vie, des articles
- Fig. 1. — Carie du voyage de M. le capitaine Binger dans l’Afrique occidentale (du Niger au golfe de Guinée) 1887-1889.
- d’Europe apportés de la côte; les produits indigènes sont le kola, le piment, etc... Le commerce consiste en coquillages, dits cauries , en poudre d’or. On y fabrique des cotonnades réputées dans la région. La teinture à l’indigo est représentée par environ 150 puits à teinture en permanente activité. Les calicots français y ont eu un véritable succès.
- Le capitaine Binger, pendant son séjour à Kong, se procura adroitement des itinéraires conduisant au Mossi et', muni d’un sauf-conduit sur Bobo-Dioula-sou, situé à vingt jours au nord, il part, le 12 mars, relève en route une partie du cours du Comoë et de quelques affluents de la Volta. 11 s’arrête chez les Bobo, dont la ville principale, Bobo-Dioulasou ou Sia, compte environ 4000 habitants; c’est un point de transit important, situé à égale distance de Kong et de Djenné. De là, l’explorateur s’engage
- p.71 - vue 75/432
-
-
-
- 72
- LA NATURE.
- dans le pays des Niénégué et des Sommo, avant d’atteindre Ouahabou, résidence du chef musulman le plus influent du Dafina. Cette région est difficile à parcourir, car les habitants sont très superstitieux : un chiffon de papier jeté par terre, la vue de la table ou du pliant deM. Bin-ger, semait l’épouvante chez ces peuples primitifs.
- M. Binger parvint enfin à traverser le Gou-rounsi. Ce pays ravagé par des bandes de Haous-sa et Songhav, était dans une complète anarchie. Impossible d’y trouver la protection d’un chef; la traversée de ce territoire, où l’on ne marche que l’arc bandé et la flèche empoisonnée a la main, fut très pénible. Le capitaine Binger atteignit enfin le pays des Mossi, où il fut bien accueilli, puis il dut traverser des pays hostiles, où il fut partout menacé.
- Les villages étaient formés par des habitations creusées dans la terre (fig. 3) : c’était un pays de troglodytes. Il fait nuit noire dans ces réduits, et les habitations y sont infectes.
- Heureusement a Bouganièna, où il a déjà fait escale, M. Binger reçoit pour la seconde fois l’hospitalité la plus généreuse et la plus cordiale. De là il fait route au sud, sur Salaga, marché important où il compte donner de ses nouvelles. Salaga qui compte 6000 habitants est la ville la plus infecte qu’ait vue M. Binger dans son exploration. C’est un vrai charnier, sans eau, et où noirs et blancs sont la proie de maladies épidémiques.
- L’explorateur a hâte de quitter cette horrible cité; il fait alors route à l’ouest, traverse un pays admirable, si beau que les noirs eux-mêmes sont émerveillés. Mais la région est dépeuplée; pas de villages, partant pas de vivres. Il arrive enfin à Bondoukou,
- apprend en ce lieu que M. Treich-Laplène, parti de Grand-Bassam avec un convoi de ravitaillement, a poussé sur Kong pour avoir de ses nouvelles ; le chef de l’État de Bondoukou lui confirme sa fidélité au traité de protectorat conclu avec M. Treich-Laplène.
- M. Binger se jette alors sur la route de notre compatriote,qu’il rencontre dans la capitale du petit État musulman, où il a été si bien reçu l’année précédente. Après un séjour à Kong,
- qu’il met à profit pour faire accepter par les chefs de la principauté un traité de protectorat et de commerce qui les lie à la France, le capitaine Binger et M. Treich-La-plène font route vers la côte non sans difficultés ; et c'est épuisés qu’ils embarquent sur la canonnière française Diamant, qui les amène à la lagune de Grand-Bassam; ils arrivent enfin
- à la résidence française où ils revoient le drapeau national et la mer, qui les ramènera vers la patrie.
- On se rendra compte des difficultés d’un tel voyage enlisant le récit queM. le capitaine Binger a publié sous les auspices de la Société de géographie. L’explorateur était à bout de forces, à la fin de son
- Fig. 2. — Entrée de M. le capitaine Binger à Kong, le 20 février 1888.
- Fig. 3. — Un village de troglodytes dans l’Afrique occidentale.
- p.72 - vue 76/432
-
-
-
- LA NATURE
- 75
- Fig. 4. — Cérémonie funèbre des Sénoufou de l'Afrique occidentale. Manière d’enterrer un mort dont le corps est posé sur la tête
- de deux porteurs.
- Fig. 5. — Types de la population Mboin, avec leurs chapeaux coniques en paille (Afrique occidentale). (D’après les croquis et les documents communiqués à La Nature par M. le capitaine Binger.)
- p.73 - vue 77/432
-
-
-
- 74
- LA NATURE.
- voyage. Qu’on en juge par ces quelques citations que nous emprunterons à la fin de son journal :
- « Un mal, contracté à la suite de deux années de privations et d’excessives fatigues, m’avait mis dans l’impossibilité de marcher. Je dus me faire porter dans un hamac jusque sur les bords du Comoë ; mon compagnon n’étant guère plus valide que moi, il nous fallut, bien à regret, abandonner notre projet d’aller dans l’ouest., et nous rabattre sur les pirogues d’Attacrou, afin de nous permettre au moins d’explorer cet important cours d’eau et d’en rapporter un tracé exact. Raconter fidèlement les péripéties de cette descente du Comoë est impossible. Des barrages et des rapides nous forçaient de rester en pirogue et au soleil pendant toute la journée; nous n’avons jamais pu parcourir toute une étape avec les mêmes embarcations, car les villages étant pour la plupart hostiles les uns aux autres, les piroguiers n’osaient pas s’aventurer dans le village suivant ; ainsi trois ou quatre lois par jour nous devions changer et de pirogues et de piroguiers. Il existe dans toute cette région une sotte coutume qui consiste à rendre responsables et solidaires les uns des autres, les gens d’un même endroit. Il suffit donc qu’un homme d’un village en amont ait une dette en aval, pour que tout individu de ce village qui se hasarde à passer par là soit sûr d’être conservé en otage ou voie ses marchandises confisquées jusqu’à ce que la dette soit éteinte.
- « Après avoir longé l’b?dénié et l’Alangoua sur la rive gauche, le Baoulé, le Morénou et l’Attié sur la rive droite, nous atteignîmes cependant, au bout d’une vingtaine de jours, le village de Bettié situé à environ soixante milles au nord de Grand-Bassam. Benié-Comié, l’intelligent chef de ce pays, nous mit en possession de quelques bouteilles de vin et d’une caisse de biscuits qui ne contribuèrent pas peu à nous relever le moral, à mon compagnon et à moi. Ce chef qui, grâce à M. Treich-Laplène, est depuis 1887 un de nos fidèles alliés, nous reçut avec beaucoup d’affabilité et mit à notre disposition sa propre habitation, sorte de chalet à un étage, de construction européenne, avec véranda et balcon. Deux lits assez confortables nous permirent de prendre quelque repos jusqu’à la fin des préparatifs de descente en pirogue sur Alépé.
- « Le trajet de Bettié à Malamalasso se fit en partie à pied, car le lit du Comoë était obstrué pendant plusieurs milles par des blocs de roches qui rendent le passage impraticable, même en pirogue, pendant la saison des hautes eaux. De Malamalasso à Alépé nous avons navigué de quatre heures du matin à minuit et demi, heure à laquelle nous aperçûmes la silhouette blanche du Diamant. Ce n’est pas sans de bien douces impressions que je posai le pied sur le petit bâtiment français dont le premier maître, chargé du commandement, s’empressa de mettre la cambuse sens dessus dessous pour nous recevoir le mieux possible. »
- LA NAVIGATION SOUS-MARINE
- EN 1890
- En décrivant le Gymnote, La Nature1 disait combien était près d’être résolu le problème de la navigation sous-marine. De récentes expériences faites par ce bateau, dans la rade de Toulon, sont venues augmenter les espérances qu'il avait permis de concevoir. En novembre et décembre derniers le Gymnote a fait des plongées avec une précision absolue, tant en profondeur qu’en direction, franchissant sous l’eau un parcours estimé à 1200 mètres, évitant les chaînes des coffres d’amarrage, et passant sous les cuirassés avec la plus grande facilité. Cette expérience démontre qu’il voit fort bien, contrairement à l’opinion des théoriciens qui lui opposaient l’opacité de l’eau après lui en avoir présenté la densité comme un obstacle infranchissable. Lors des premiers essais, on avait constaté, non pas dans la construction du bateau, mais dans son outil*ige, certaines imperfections. Ainsi on avait reconnu que les boîtes métalliques contenant les accumulateurs électriques ne pouvaient être isolées, soit de la coque en acier, soit les unes des autres; de là des dérivations de courants très nuisibles. Les récipients sont remplacés par une composition à base de caoutchouc, le verre et la poterie étant trop fragiles.
- Les appareils de la manœuvre ont également reçu quelques perfectionnements. On a doté le bateau d’un casque qui rentre à volonté à l’intérieur, et permet de mieux voir quand le pont émerge. A la lunette de vision coudée qui servait lorsqu’on était à une petite profondeur, on a substitué un périscope qui embrasse tout l’horizon. Pour remplacer le compas compensé qui, dans la coque de fer du bateau, au milieu de courants électriques intenses, était voué à de continuelles perturbations, on a installé un giroscope électrique qui donne maintenant la direction d’une façon régulière. On a, en outre, donné au bateau un ventilateur électrique qui renouvelle l’air en quelques minutes ; un servo-moteur électrique qui permet de gouverner de partout, un plomb de sonde spécial pour mesurer les profondeurs, et qui, au besoin, servira d’ancre. Ces deux derniers appareils sont de l’invention du commandant du Gymnote, M. le lieutenant de vaisseau Baudry Lacantinerie.
- Pendant que le bateau évoluait si brillamment à Toulon, M. Goubet essayait le noüveau sous-marin qu’il a fait construire à Cherbourg. Nos lecteurs connaissent le système de cet ingénieur dont La Nature les a longuement entretenus 2. Mais il semble que les premiers bateaux de M. Goubet laissaient à désirer sous certains rapports puisque nous le voyons reprendre son œuvre. Celte fois, assurent des juges compétents, il aurait réussi ; d’autres prétendent le contraire. L’expérience faite par M. Goubet dans le port de Cherbourg au mois de septembre dernier, disent les uns, est concluante. « Elle a démontré que l’étanchéité du bateau était complète et l’habitabilité suffisante, l’immersion facile, la stabilité parfaite; que la marche en avant ou en arrière s’effectuait avec une régularité absolue. » D’un autre côté, on affirme que le bateau n’obéit pas aussi docilement qu’on le dit, ce qui constituerait un défaut capital. En tous cas, les résultats obtenus sont assez beaux, et M. Goubet a trop bien montré ce dont il était capable pour qu’on puisse désespérer de l’avenir.
- 1 Voy. n° 812, du 22 décembre 1888, p. 49.
- * Voy. n° 075, du 8 mai 1886, p. 353.
- p.74 - vue 78/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 75
- Avant de quitter la France, signalons encore un sous-marin dont on n’a pas entendu reparler depuis 1888, bien que ses essais en Seine aient été tout à fait encourageants. Il était en tôle et avait la forme d’un cigare. Des lentilles permettaient de voir au dehors. Son moteur consistait en une machine dynamo Edison, très légère, actionnant une hélice à l’aide d’une paire de roues dentées. Cette hélice s’inclinait dans tous les sens de façon à faire plonger et marcher. D’énormes cisailles destinées à couper les fils des torpilles étaient placées à l'avant, et comme dans le bateau Goubet, se manœuvraient de l’intérieur. La nuit, des lampes à incandescence devaient éclairer le bateau dont l’équipage, composé de deux hommes, avait pour respirer une provision d’oxygène comprimé enfermée dans un tube spécial.
- Si maintenant nous regardons par-dessus nos frontières, nous voyons qu’en Espagne un grand pas a été fait. En 1888, l’arsenal de la Carraca, près de Cadix, a lancé un bateau sous-marin cuirassé auquel on a donné le nom de son inventeur, M. le lieutenant de vaisseau Peral. Il jauge 87 tonneaux et mesure 22 mètres de long sur 2m,87 de large. Tout ce qu’on sait de plus sur ce bateau dont les caractéristiques sont tenues secrètes, c’est qu’il a l’électricité pour moteur. Lors de ses premières expériences, un rouage s’est brisé et le bateau s’est échoué ; ou a dù les suspendre, mais pour les reprendre au mois de décembre dernier. Le Peral aurait navigué à une profondeur de 9 mètres.
- En Angleterre, ce sont les bateaux de MM. Nordenfelt et Wadington que La Nature a décrits dans leurs moindres détails*; mais ni l’un ni l’autre de ces inventeurs n’ont publié le résultat des expériences qu’ils ont pu faire dans le courant de l’année qui vient de s’écouler.
- On n’a pas plus de nouvelles du bateau que MM. Chapman et Brin ont mis en chantiers en 1888 et dont les feuilles anglaises ont fait grand bruit sur le moment. Il emploierait, celui-ci, comme force motrice, un mélange d’essence de pétrole et d’oxygène comprimé à 80 atmosphères, soit dans le foyer d’une chaudière ordinaire à vapeur, soit dans une machine spéciale à gaz. L’immersion doit être obtenue au moyen d’une pompe centrifuge qui introduira l’eau dans la cale et la rejettera verticalement par deux tubes de réaction. La profondeur de l’immersion est automatiquement contrôlée par un appareil électrique.
- En Allemagne, on a essayé en 1888, à Wilhelmshaven, puis à Dantzig, un torpilleur sous-marin d’une capacité considérable, si nous en jugeons par sa longueur : 35 mètres. Il fderait, dit-on, 12 nœuds à l’heure, et pourrait parcourir une étendue de 900 milles sans renouveler son charbon. Il lui serait possible de descendre à une profondeur de 13 mètres. L’appareil d’immersion consiste en deux propulseurs verticaux mis en mouvement par une machine à vapeur de 6 chevaux, à double cylindre ; le degré d’immersion est réglé par un réservoir d’une capacité de 5 tonnes d’eau. Son armement consiste en un canon à tir rapide, 3 torpilles Mac-Evoy placées sur le pont, et, sous le pont, deux autres torpilles mobiles lancées par les moyens en usage. Tous ces chiffres paraissent bien extraordinaires.
- Aux États-Unis, il n’est plus question du Pacificaleur, ce qui semble indiquer que ce sous -marin n’a pas réussi4. En revanche les feuilles techniques nous entretiennent de trois nouveaux sous-marins qui doivent être sur chantiers depuis quelques semaines. Les plans du premier
- 1 Yoy. n° 776, du 14 avril 1888, p. 312.
- 2 Yoy. n° 710, du 8 janvier 1887, p. 81.
- sont dus à un ingénieur nommé Thomas, que patronne très activement l’éminent amiral Porter. Toutes les parties hors de l’eau de ce bateau seront cuirassées; il aura un éperon et portera en outre, au-dessous de la flottaison, un canon sous-marin système Ericsson. Il sera, comme le Nordenfelt, pourvu d’une tourelle abritant un canon Zalinski.
- Un autre inventeur américain, M. Cawett, conducteur des travaux de la Porter Machine Company, de Pittsburg, a dressé les plans d’un bélier sous-marin qu’on pourra embarquer sur un bâtiment de guerre; il aura un équipage de 6 hommes. Le pont, en forme de dos de tortue, sera cuirassé. A la partie avant il y aura un cylindre horizontal de 4m,50 de longueur contenant un piston de 30 centimètres de diamètre. Ce piston traverse l’étrave du bateau. Mis en action par la vapeur, il aurait une poussée de 60 tonnes. Quant à la force motrice, elle serait assez puissante pour donner au bateau une vitesse de 20 à 22 nœuds.
- Le troisième sous-marin américain a pour auteur M. le lieutenant-commandeur Barber, de la marine nationale; il est construit par la Columbian Iron Works Company, de Baltimore. Il est destiné a agir dans trois positions différentes. Dans la première, le bateau a la moitié delà coque hors de l’eau et se sert de toutes ses armes. Dans la seconde, il est à fleur d’eau et n’expose que sa tourelle tournante et quelques centimètres de sa surface arrière. 11 peut alors faire usage d’un tube placé dans l’axe du bateau, et disposé pour lancer à environ 1000 mètres des obus chargés de dynamite. Enfin dans la dernière position, le bateau est complètement submergé. Son arme est encore un tube horizontal placé dans l’axe du bateau et qui lance, soit à l’aide de l’air comprimé, soit avec de la poudre, des projectiles de 20 centimètres à plusieurs centaines de mètres, et même des torpilles de tous les systèmes. Le bateau a la forme d’un cigare; il a deux coques, et entre l’une et l’autre des compartiments sont ménagés pour recevoir de l’eau.
- Tels sont les efforts tentés depuis deux ans pour faire de la théorie de la navigation sous-marine une réalité, efforts dont le premier résultat a été d’écarter des difficultés qui paraissaient, hier encore, insurmontables. Le succès n’est plus qu’une question de temps, d’heures peut-être, car rien n’est impossible à l’admirable opiniâtreté de la science. L'. Renard.
- ---o-<^<»-
- RÉGULATEUR ÉLECTRO-AUTOMATIQUE
- DE PRESSION POUR LE GAZ d’ÉCLAIRAGE
- Cet appareil a pour but, comme l’indique son nom, de régler automatiquement la pression du gaz quelles que soient les causes qui agissent pour la faire varier. On comprend en effet que la pression à l’usine ne peut être constante : elle doit varier à chaque instant suivant les besoins de la consommation. Ces besoins sont prévus et calculés d’avance; cependant il arrive que des causes inattendues viennent déjouer les calculs et que la pression augmente ou diminue tout à coup. C’est pour remédier à cet inconvénient que M. Laurent Petit a combiné l’appareil que nous allons décrire.
- Un manomètre d’un système quelconque, dont le cadran est représenté à la partie supérieure de notre
- p.75 - vue 79/432
-
-
-
- 76
- LA NATURE.
- gravure, est placé sur la canalisation du bâtiment, dont on veut régler exactement le débit. Le cadran de ce manomètre porte une disposition particulière qui permet de déterminer, au moment où l’aiguille arrive à un degré choisi de l’échelle, un contact électrique qui sera utilisé comme nous le verrons tout à l’heure. — La canalisation est commandée par un robinet R et c’est en faisant varier automatiquement l’ouverture de ce robinet que l’inventeur arrive à obtenir un réglage parfait malgré la variation de pression venant de l’usine.
- Le robinet est relié par une série dont une partie est visible en E, à deux petits moteurs électriqnes identiques, mais pouvant agir en sens inverse : l’un ouvrira le robinet dans le sens de la plus grande ouverture, l’autre dans le sens de la plus petite.
- Les pièces principales de ces petits moteurs sont visibles sur notre dessin. Examinons l’un des deux, celui de gauche, par exemple.
- L’électro aimant G a pour armature une pièce N, parallèle à son noyau, et pivotant à la partie inférieure ; elle porte vers son milieu une pièce à angle droit B qui agit sous la roue dentée A, et à son extrémité supérieure un petit crochet qui agit sur la roue H. Dès que le courant passe dans l’élec-tro C, l’armature N est attirée et le crochet B pousse la roue A d’un cran, mais aussitôt le courant est interrompu, par suite du déplacement de l’armature ; celle-ci sollicitée par un ressort antagoniste revient alors à son point de départ et en même temps le crochet placé à sa partie supérieure entraîne la roue H qui a pour but d’établir un nouveau contact beaucoup plus sûr et plus précis que celui qui résulte de la disposition adoptée pour les sonneries. Le courant passant de nouveau dans l’électro, les choses recommencent comme précédemment et ainsi de suite. La roue A est donc poussée toujours dans le même sens par une série de coups très rapprochés de la pièce B, elle est montée sur un arbre qui par une série d’engrenages agit sur E et par suite sur le robinet R.
- On comprend dès lors facilement le fonctionne-
- ment de l’appareil. On voit que le cadran du manomètre porte deux contacts 0 et P montés sur un disque mobile concentrique au cadran. On peut par conséquent amener ces contacts au point correspondant à une position déterminée de l’aiguille ; celle-ci est reliée à l’un des pôles de la pile, par le massif de l’appareil, tandis que les contacts 0 et P sont isolés et correspondent l’un à l’électro C, l’autre à l’électro D ; le circuit sera par conséquent fermé sur l’un ou l’autre de ces deux électros suivant que l’aiguille montera ou descendra avec les variations delà pression. Supposons qu’elle tende à monter,
- aussitôt sa partie inférieure vient t toucher le contact 0 et lance le courant dans l’électro C qui agissant sur A entraîne le robinet dans le sens de la plus petite ouverture; la pression diminue aussitôt, l’aiguille du manomètre quitte le contact O et tout s’arrête. Si la pression diminue trop, l’aiguille continuant à marcher vient produire un contact en P. C’est alors dans l’électro D que le courant se trouve lancé, celui-ci agit sur une roue dentée pareille à A, et qu’on aperçoit derrière elle sur notre gravure; elle actionne en sens inverse de la première, les engrenages E, le robinet R tourne alors dans le sens de la plus grande ouverture et l’équilibre est rétabli.
- Nous avons vu fonctionner ce système à l’Exposition universelle de 1889 au pavillon du gaz et à divers autres endroits et nous avons constaté qu’il agissait avec une grande rapidité et une grande précision ; son emploi sera certainement très utile dans les usines, les lycées, tous les bâtiments où l’on consomme une grande quantité de gaz et surtout dans ceux où la consommation varie d’un moment à l’autre suivant les besoins soit de l’éclairage, soit du chauffage, ear le système peut être appliqué également à un thermomètre au lieu d’un manomètre. Nous ferons même remarquer en terminant qu’on pourrait facilement l’utiliser pour intercaler automatiquement des résistances dans un circuit de distribution électrique. G. Mareschal.
- d’engrenages,
- Nouveau régulateur électromagnétique de pression pour le gaz d’éclairage.
- p.76 - vue 80/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 77
- LE MOULIN EN ALGERIE
- On a pu voir a l’Exposition, en 1889, un spécimen de l’industrie arabe :. le métier à tisser. C’est l’appareil réduit à sa plus simple expression, la navette même y fait défaut.
- Une autre industrie emploie aussi un appareil réduit à ses éléments : c’est la meunerie.
- Le moulin e s t resté, en Algérie du moins, ce qu’il devait être à l’époque de la conquête. Il se compose de deux parties seulement, le moteur et les meules. Le blutage est, soit complètement supprimé, soit exécuté à la main, d’une façon élémentaire, dans un tamis grossier en crin qui sépare le son et les parties insuffisamment broyées.
- Le moteur est une roue a aubes horizontale ; l’eau arrive par un conduit très long, rectiligne et presque horizontal ; elle a une vitesse assez grande et frappe les aubes de la roue qui se met en mouvement. Calée sur le même arbre vertical que la meule supérieure, la roue motrice entraîne celle-ci dans son mouvement.
- La construction du plateau moteur est simple, comme tout l’appareil. Deux outres assemblées en croix a mi-bois, A et B (fig. 1, n° 2), forment le bâti ; elles sont amincies aux deux extrémités de façon que les planchettes C
- qui les recouvrent puissent former une aire a peu près régulière, se rapprochant d’un cônetrès ouvert. Sur cette aire sont les rayons de la roue, les aubes, formées chacune d’une baguette en forme de trapèze D. Leur hauteur diminue de la circonférence au centre; la face verticale est disposée de façon à recevoir le courant d’eau amené par le conduit F ; les clous qui les fixent sur l’aire C sont plantés sur cette même face dans une direction un peu inclinée (coupe D').
- L’ensemble, descendu à frottement dur sur l’arbre est enfin rendu solidaire de celui-ci par une cheville E qui traverse l’arbre et se cloue sur le bâti. La partie inférieure de l’arbre est amincie; elle repose sur une crapaud ine en bois dur, comme l’arbre lui-même, maintenue solidement par une’fondation formée de pierres et d’argile battue. De temps en temps, on met un peu de suif dans le godet G pour éviter les grippements.
- Si on passe aux meules, la disposition n’est pas moins simple : la meule dormante a (fig. 1, n° 3) repose sur un bâti en bois plus ou moins grossier, elle porte un évidement suivant son axe, c’est là que passe l’arbre,
- Eig. 1 à 3. — Mécanisme du moulin algérien.
- Fig. 4. — Vue d’ensemble d’une installation de moulin en Algérie.
- p.77 - vue 81/432
-
-
-
- 78
- LA NATURE.
- protégé par un collier de cuir gras b contre les frottements qui le détérioreraient rapidement. Un collier c sert encore à retenir la meule mobile d et surtout à empêcher le grain de s’échapper entre l’arbre et la meule dormante.
- La meule d est calée à frottement sur l’arbre, et ne touche la meule a qu’à la périphérie. Le grain amené par le conduit e rencontre le biseau qui termine la tête de l’arbre ; glisse dans le conduit f, percé dans la pierre, et arrive, entre les meules. C’est le forage du conduit f qui forme la partie la plus délicate du travail de la taille de la meule, il demande un temps assez long.
- La farine sortant des meules s’amasse sur une aire en argile battue qui entoure la meule dormante; on la recueille et on la met en sacs, quitte à la passer ensuite au tamis si l’acheteur le désire.
- Le moulin n’est protégé des intempéries que par une hutte légère en pieux, herbe sèche et briques crues. De temps en temps, lorsque les meules refusent tout service, on recommence à les tailler ; on allonge un peu le biseau de l’arbre pour laisser toujours à découvert le conduit f; et le moulin se remet en marche, gardantson type immuable.
- Notre figure 4 montre un Arabe tamisant sa farine, devant son moulin. Il s’agit comme on le voit, d’une installation primitive.
- L’Arabe, par paresse, fuit le progrès. « Le père de mon père faisait ainsi ; mon père faisait de même; pourquoi faire mieux ? »
- NÉCROLOGIE
- Le vice-amiral Cloué. — Le vice-amiral Cloué, que la mort vient de surprendre si brusquement, appartenait à la marine par état et à la science par vocation. C’était un hydrographe. Il était entré dans la marine à une époque où les navigateurs n’avaient encore qu’un très petit nombre d'instructions nautiques, et où les cartes dont on se ser vait, presque toutes anglaises et hollandaises, étaient fort rares. Cloué sentit qu’il y avait là une importante lacune à combler ; aussi partout où il lui fut permis de séjourner, il a dressé les cartes des eaux dans lesquelles il se trouvait, et qu’il accompagnait souvent d’instructions. Mais son ouvrage capital est le Pilote de Terre-Neuve, aujourd’hui entre les mains de tous les marins qui fréquentent l’océan Arctique. C’est une œuvre considérable et remarquablement complète. La Nature a fait connaître à ses lecteurs1 sa campagne en faveur du filage de Vhuile, dont l’emploi est aujourd’hui réglementaire dans toutes les marines. — L’amiral Cloué, né en 1817, à Paris, était sorti de l’École navale en 1853. Depuis lors on le trouve partout où il y a un effort à faire, gagnant ses grades à force de travail et de dévouement : à l’attaque de San-Juan d’Ulloa, au bombardement de Tamatave, à la prise de Bomarsund, à celle de Campêche (1864), au Mexique, etc. En 1872,M. Thiers le nomma gouverneur de la Martinique ; nous le voyons ensuite préfet maritime à Cherbourg, puis directeur du dépôt des cartes et plans de la marine, poste auquel le
- 1 Voy. n° 782, du 26 mai 1888, p. 413.
- désignait sa compétence dans toutes les questions de navigation. Appelé en 1878 au commandement de l’escadre d’évolutions, il passa au conseil d’amirauté qu’il présidait lorsque le Président de la République lui confia le portefeuille de la marine et des colonies qu’il garda jusqu’à l’arrivée au pouvoir du cabinet Gambetta.
- L’amiral Cloué était un officier aussi brave et ferme que bienveillant et modeste. Entré dans la marine sans protecteurs, il n’oublia jamais combien il est difficile de faire son chemin sans appui ; aussi le mérite obscur a-t-il toujours trouvé en lui un avocat zélé. C’est à lui que le capitaine de vaisseau Courbet doit son grade de contre-amiral. L’amiral Cloué était conseiller d’État depuis peu de temps et membre du Bureau des longitudes depuis quelques années. 11 était membre de l’Observatoire et du Conseil météorologique. Sa place était marquée à l’Institut à côté du vénérable amiral Paris, et il y serait entré si, le 25 décembre, la mort n’était venue l’enlever aux nombreux amis qu’il devait à la parfaite aménité de son caractère. L’amiral Cloué laisse deux filles : l’une est veuve d’un lieutenant de vaisseau; la seconde a.épousé l’un des officiers les plus distingués de notre marine, M. le capitaine de vaisseau Le Clerc. L. R.
- CHRONIQUE
- Les tramways électriques de Clermont-Ferrand. — Un tramway électrique vient d’être établi dans des conditions industrielles entre Clermont-Ferrand et Royat. 11 doit desservir environ treize stations dont les extrêmes sont distantes de 7 kilomètres. Ce tramway offre cette particularité qui marque un pas nouveau dans l’utilisation des tramways électriques : un service particulier est établi entre différentes parties de la ville et la gare; moyennant un léger supplément de 25 centimes, on accepte 50 kilogrammes de bagages par voyageur. L’installation comprend une machine à vapeur Farcot de 150 chevaux tournant à la vitesse angulaire de 50 tours par minute. Cette machine actionne une dynamo Thury à 6 pôles donnant 300 volts et 350 ampères à 575 tours par minute; elle est excitée par une machine séparée, d’une puissance de 24 chevaux et donnant 75 volts à la vitesse angulaire de 1200 tours parminute. Une petite machine à vapeur Farcot commande spécialement cette> deuxième dynamo qui sert également pour l’éclairage; de la station des machines. Le courant ainsi produit arrive à la voiture par un câble aérien posé sur des poteaux; le fil de retour est constitué par les rails. Les machines placées sous les voitures, sont également des dynamos Thury de 40 chevaux. Un commutateur permet de changer le sens de la marche. La vitesse normale du tramway électrique est de 12 kilomètres par heure.
- Une plante à miel. — D’après le journal allemand Bienen Freund, l’Ami des abeilles, la Californie devrait sa richesse en abeilles, et par conséquent en miel, à une plante de la famille des hydrophyllées, proche voisine de celle des boraginées, la Phacelia tanacetifolia, qui y croît en abondance et dont les fleurs offrent une facile moisson aux ouvrières. On vient de faire en Allemagne une série d’expériences sur la valeur nutritive de cette plante pour l’alimentation du bétail, vu l’impossibilité d’établir des cultures à l’usage exclusif des abeilles. La phacélie peut se semer au printemps, à raison de 250 grammes par are en terrain ordinaire, 160 grammes en sol de
- p.78 - vue 82/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 79
- bonne composition. Elle lève au bout de huit à,-quatorze jours et fleurit six semaines plus tard, époque où elle atteint une hauteur de 60 centimètres ; elle porte pendant cinq semaines environ des cimes scorpioïdes de fleurs bleues à corolle campanulée. On peut encore attendre le milieu de juin pour procéder à la semaille, la phacélie fleurit alors en août et mûrit ses graines en septembre; ou même la semer au milieu du mois d’août et la donner en herbe au bétail pendant le mois d’octobre et le commencement de novembre, car elle résiste bien aux premières gelées- Les bestiaux n’apprécient pas beaucoup, en effet, la plante en pleine floraison, tandis qu’ils la mangent avec plaisir, soit fraîche avant l’apparition des fleurs, soit sèche et défleurie; ils consomment également ses racines. En supposant qu’on emploie exclusivement la phacélie comme fourrage vert, la réserve de plantes qu’on doit laisser mûrir pour se procurer de la graine suffirait encore à assurer la moisson des abeilles.
- Tabac et microbes. — Voici des expériences curieuses qui tendraient à réhabiliter le tabac aux yeux des personnes craignant les fumeurs. — M. Tassinari a fait passer, en l’aspirant, la fumée d’un cigare ou d’une cigarette dans une chambre formée par deux entonnoirs abouchés et dans laquelle se trouvait suspendue, au moyen d’un fil de platine, une bande de tissu de lin effilochée et imbibée d’une culture d’un microbe à étudier. L’expérience durait de 30 à 35 minutes, avec consommation de 5 grammes de tabac. On laissait alors tomber le tissu dans un tube à culture contenant de la gélatine nutritive stérilisée. L’auteur constata ainsi que la fumée de trois espèces de cigares ralentit le développement des microbes et même arrête tout à fait celui des bacilles du choléra asiatique, de Finkler et Prior, et de la fièvre typhoïde. La fumée de la cigarette ne donne qu’un léger retard, qui est même en moyenne moins prononcé pour les bacilles que tuait la fumée des cigares. Cette contradiction est d’ailleurs aussi singulière. Quoi qu’il en soit, ces expériences sont à rapprocher du fait signalé dernièrement par quelques médecins américains qui auraient observé que les personnes qui fumaient étaient préservées de la fièvre jaune.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance publique annuelle du 30 décembre1889.
- Présidence de M. Hekmite.
- Cette séance annuelle, consacrée à la distribution des récompenses, sera résumée dans notre prochaine livraison. Les congés du jour de l’an nous ont contraint d’avancer la date du tirage de La Nature.
- Nous nous bornerons aujourd’hui à donner l’ordre du jour de cette solennité : Discours de M. Hermite qui célèbre les trois membres de l’Académie des sciences, morts en 1889 : Chevreul, Halphen, Phillips; distribution des prix; lecture de Y Éloge de Lavoisier par M. Berthelot, secrétaire perpétuel.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES ROSACES EN PEAUX D’ORANGE
- La Nature a publié, il y a environ un an, un curieux procédé qui permettait de découper une orange en deux parties agrafées *. Nous allons faine con-
- 1 Voy. n° 822, du 2 mars 1889, p. 224.
- naître aujourd’hui la manière de découper une peau d’orange, de telle façon que l’on puisse développer cette peau suivant toutes sortes de formes de rosaces. Le curieux procédé dont nous allons parler a été fort adroitement imaginé et mis à exécution par un de nos habiles lecteurs, M. B. Dentan.
- Nous publions ci-après quelques dessins (fig. 2) représentant les plus curieuses de ces rosaces obtenues par une peau d’orange découpée suivant un tracé particulier (fig. 1), puis développée, sans coupure, ni colle, ni solution de continuité; la peau de l'orange y est tout entière contenue, ce qui tout d’abord, surtout pour certains dessins, semble assez difficile ; cependant l’amateur patient arrivera assez facilement à un tel résultat.
- Voici comment on procède : on choisit une orange
- A B et B'
- D E
- Fig. 1. — Quelques tracés de peau d’orange permettant d’obtenir diverses rosaces.
- dont la peau ait le moins de défauts possible.
- Il ne faut pas diviser l’équateur en un trop grand nombre de parties, la division en huit est très convenable et d’une exécution facile. On peut, sur la peau de l’orange, marquer le tracé choisi avec une plume et de l’encre, comme l’indique la figure 3 ; le travail du découpage est plus facile : cela fait, on prend un canif bien coupant et on incise la peau suivant les lignes marquées ; au fur et à mesure du découpage, on soulève la peau délicatement, puis on la détache complètement, et on l’étale sur une planchette de bois, où on l’épingle pour la faire sécher, absolument comme on fait pour les insectes que l’on prépare pour les collections (fig. 4). Il est bon de tracer sur la planchette quelques cercles concentriques et la division en huit ou seize rayons, afin de pouvoir étaler la peau de l’orange suivant une rosace bien régulière, ce qui permet de mieux réussir le travail.
- p.79 - vue 83/432
-
-
-
- 80
- LA NATURE.
- La figure 1 ci-avant, donne les tracés qui ont servi à produire les rosaces de la figure 2 :
- les lettres correspondent pour les deux figures. Notre figure 2 montre les résultats que l’on peut
- Fig. 2. — Spécimens de peaux d’oranges découpées eu rosaces ; la peau tout entière de l’orange est contenue dans ces rosaces, sans collure, ni coupure. — C est une orange dessinée à la même échelle que les rosaces.
- Fig. 3. — Tracé sur l’orange avant le découpage de la peau.
- obtenir. À et B sont des rosaces assez simples, B' forme une étonnante ceinture; on a représenté au centre en C la proportion de l’orange au moyen de laquelle elle a été laite. Les trois rosaces du bas de la figure D, E et E' sont d’une remarquable délica-
- Fig. 4. — La peau d’orange découpée est étalée sur une planchette.
- tesse. — H y a là le sujet d’une charmante récréation géométrique. DrZ...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
- p.80 - vue 84/432
-
-
-
- N" 867.
- 11 JANVIER 1890.
- LA NATURE.
- 81
- LE NOUVEAU MONOPOLE DES ALLUMETTES
- Le monopole de la Compagnie des allumettes a cessé le lor janvier 1890, son historique peut se résumer en quelques lignes. Après nos revers de 1870, l’état de nos finances était tel qu’il fallut faire flèche de tout bois. Par une loi en date du 4 septembre 1871, l’Assemblée nationale établit un impôt de consommation sur les allumettes chimiques. Mais en présence de la difficulté de perception de cet impôt et de son faible rendement, dont la fraude était la principale cause, le Ministre des finances proposa la création d’un monopole au profit de l’État qui fit l’objet de la loi du 2 août 1872.
- A partir du 1er janvier 1873, la fabrication et la vente des allumettes cessèrent d’être des commerces libres. Le monopole était placé sous la dépendance de la direction générale des contributions indirectes; mais, pour l'affranchir d’une exploitation aussi considérable et d’une surveillance excessive, le Ministre des finances, autorisé par l’Assemblée nationale, accorda, en vertu d’une adjudication publique, la gérance de ce monopole à une compagnie concessionnaire. La nouvelle Chambre des députés de 1 889 fut appelée, dès l’ouverture de sa session, à discuter le renouvellement de la concession à accorder à la Compagnie générale des allumettes. La majorité de la Chapibre était favorable à la liberté de fabrication, c’est-à-dire à la dénonciation du traité, mais le Ministre des finances, pour lequel la péréquation de l’impôt et l’équilibre budgétaire doivent être la continuelle préoccupation, était opposé à l’opinion qui semblait prévaloir. Disons tout de suite que la fabrication et la vente des allumettes donnent un rendement annuel de 21 millions dont 17 millions reviennent à l’Etat et rentrent en ligne de compte dans les évaluations budgétaires : 4 millions sont encaissés par la Compagnie.
- Quoi qu’il en soit, la majorité se maintenait en faveur de la liberté de fabrication, lorsque, par un revirement subit, le monopole fut voté en faveur de l’Etat. Que s’était-il passé ? Une simple observation 48e année. — 1er semestre.
- émise par un député, faisant ressortir le danger de la manipulation du phosphore blanc surtout dans une fabrication libre et demandant son remplacement par le phosphore rouge. Comme on l’a vu, l’observation fit son effet, mais la prohibition du phosphore blanc fut repoussée. Il est regrettable, à notre avis, que cette proposition n’ait pasétéprise en ' considération.
- Pour se faire une idée exacte de la question, il n’est pas inutile de connaître les deux catégories de phosphore qui, bien que de même composition chimique, présentent des propriétés tout à fait dissemblables. Ce sont les différences qu’affectent les deux états allotropiques de ce corps que nous indiquons ci-après:
- PHOSPHORE ORDINAIRE
- Incolore; très vénéneux: cristallise en dodécaèdres du système régulier; soluble dans le sulfure de carbone, l’éthcr, les essences; mou et flexible s’il est pur ; odorant et phosphorescent; translucide; densité, 4,85; fond à 44°,2; bout à 290°.
- Il s’oxyde avec rapidité dans l’air humide et prend feu a 60°; il se combine avec explosion au soufre, vers son point de fusion; il est vivement attaqué par l’acide azotique, et par les solutions alcalines faibles.
- PHOSPHORE MODIFIÉ1
- Rouge ; tout à fait sans danger ; amorphe ; insoluble dans ces liquides; dur, cassant, pulvérisable ; sans odeur, non phosphorescent; opaque; densité, 4,96; infusible; ne bout pas, se transforme vers 400° en phosphore ordinaire-. Il se mouille à la longue dans l’air humide, il n’est pas inflammable au-dessous de 260°; il n’est pas attaqué par le soufre que vers 230°, et il l’est à peine par l’acide azotique et par les solutions alcalines faibles.
- Le phosphore ordinaire est donc éminemment vénéneux et offre de graves dangers. Outre les cas d’incendie ou d’empoisonnement qu’il présente incessamment, son emploi dans la fabrication des allumettes produit des effets terribles sur les ouvriers assujettis à sa manipulation. En effet, les vapeurs du phosphore ordinaire, excessivement délétères, non seulement agissent avec une extrême violence sur le système nerveux, mais attaquent spécialement
- 1 Le phosphore rouge s’obtient en chauffant le phosphore blanc vers 240°, et on maintient cette température pendant 8 à 40 jours: après quoi on laisse refroidir la masse, on la concasse, on la pulvérise et on la lave avec une solution de soude faible, puis avec du sulfure de carbone pour enlever le phosphore blanc non transformé.
- Les dillérenles espèces d’allumctles chimiques. — 1. Ancienne allumette soufrée (réduite). — 2. Allumette au soufre et au phosphore blanc. — 3. Allumette suédoise au phosphore amorphe. — 4. Allumette viennoise. — 5. Allumette bougie. — 6. Allumette tison.
- 6
- p.81 - vue 85/432
-
-
-
- 82
- LA NATURE.
- les os de la mâchoire amenant la carie des os du nez et la chute rapide des dents.
- Il faut reconnaître qu’on s’efforce de remédier à cet état de choses soit par le renouvellement fréquent de l’air des ateliers, soit par la diffusion des vapeurs d’essence de térébenthine; mais le moyen le plus efficace consiste dans l’emploi d’appareils mécaniques qui évitent à l’ouvrier les manipulations les plus dangereuses. Quels sont donc alors les motifs qui s’opposent à la substitution du phosphore rouge au phosphore blanc ? Nous n’en supposons que deux : le premier, qui n’a aucune valeur à nos yeux, résiderait dans la différence de prix existant entre les deux phosphores. Or, sur les 00000 kilogrammes produits en France, la fabrication des allumettes consomme environ 50000 kilogrammes de phosphore ordinaire et 2000 kilogrammes de phosphore amorphe ; si l’on estime au pis aller une différence de prix de 5 francs par kilogramme, on arriverait à une plus-value dans la dépense annuelle de 150000 francs ; il n’est pas admissible que pour une somme aussi minime l’État recule devant l’adoption complète du phosphore rouge. 11 faut chercher ailleurs la cause de cette hésitation, et le second motif semblerait plutôt nous l’indiquer.
- Nous supposons noslecteurs au courant delafabri-cation des allumettes dans laquelle les allumettes-bougies entrent pour 1/10 et celles en bois pour 9/10. Ces dernières sont partagées en allumettes chimiques formant l’entière consommation du phosphore blanc avec les allumettes-bougies et dont l’inflammation se fait par friction sur toutes surfaces un peu rugueuses; puis les allumettes dites amorphes, suédoises, etc., inflammables seulement sur un grattin enduit d’une légère couche de phosphore amorphe.
- Ces dernières présentent réellement les qualités requises de sécurité et d’hygiène, parce quelles n’exigent que l’emploi du phosphore rouge qui n’est ni vénéneux, ni inflammable et n’émet pas de vapeurs aux basses températures ; il en résulte de sérieux avantages pour le consommateur et pour l’ouvrier qui les fabrique ; de plus, le soufre n’entrant pas dans leur composition, le dégagement d’acide sulfureux n’est plus à craindre. Mais, dira-t-on, cet ensemble de faits paraît constituer le critérium de la question! donc, fabrication exclusive de l'allumette amorphe. C’est ici alors qu’apparaît le second motif signalé : par le fait même que cette allumette, en ne s’enflammant pas sur toutes les surfaces, constitue un grand avantage, elle présente aussi un véritable inconvénient qui indique suffisamment pour quelle raison son usage ne se généralise pas et ne s’étend qu’a certaines catégories de consommateurs : le manœuvre, l’artisan, le cultivateur considèrent cette allumette comme un objet de luxe, non seulement parce qu’elle est chère, mais aussi parce qu’elle ne se compromet pas avec toutes les surfaces.
- Cela étant, le but de l’État est très perceptible : bon marché et bonne qualité. Nous ne pensons pas
- voir s’accomplir de sitôt la première de ces conditions ; quant à la seconde, il ne lui sera pas difficile de faire mieux que l’ancienne Compagnie qui a vu s’élever contre ses produits un toile bien justifié. Au temps de la liberté de fabrication, la concurrence était une garantie contre la mauvaise qualité des allumettes ; les plaintes ont commencé à surgir en France du jour où cette fabrication a été le monopole de la Compagnie. On se souvient du succès mérité des allumettes importées de Suède, lesquelles sont devenues l’objet des doléances du public dès que la Compagnie s’est mise à les fabriquer.
- Les essais faits, en 1880, au Laboratoire municipal viennent à l’appui de ce que nous avançons. Sur 1000 allumettes, 27 étaient dépourvues de phosphore et 58 étaient soudées par groupes de 2, ce qui constituait une perte de 56 pour 1000. D’autre part, ces allumettes étant taillées dans du tremble de mauvaise qualité, 95 sur 1000 de ces allumettes étaient en bois pourri. Le taillage fait obliquement aux fibres dans 321 autres les firent casser dès qu’on essayait de les frotter un peu vivement. De plus, on constata que la pâte phosphorée était tout simplement un mélange de phosphore et de sable agglutiné par de la dextrine qu’une légère addition de fuchsine colorait en rouge.
- Maintenant, si l’on examine l’avantage industriel retiré de la régie par une compagnie, quelques chiffres nous fourniront la réponse.
- Lors du renouvellement de la concession signé le 28 janvier 1884 et qui existait encore il y a quelques jours, l’État, dans le but de donner plus d’extension au développement du travail national, imposa à la Compagnie le renoncement aux importations des pays étrangers. Le résultat a-t-il justifié l’intention? La consommation annuelle, qui était de 15 milliards d’allumettes en 1870, n’est plus actuellement que de 11 milliards!!! Toutefois, nous ne voudrions pas qu’on nous attribuât la noirceur d’âme de Vitellius qui prétendait que le corps d'un ennemi mort sent toujours bon, et nous dirons que le mal dont était minée la Compagnie défunte et qui a été en grande partie la cause de l’abaissement du chiffre officiel de la consommation, c’était la fraude; et, avouons-le, la Compagnie disparaît, mais la fraude subsiste. Malgré cette diminution dans la production, la Compagnie occupait un millier d’hommes et près de 6000 femmes répartis dans ses diverses usines qui étaient celles de Marseille, au Prado et à la Belle-de-Mai ; de Nantes, d’Angers, de Chalon-sur-Saône, de Blenod-lès-Pont-à-Mousson, de Bordeaux, de Saintines et enfin de Paris, à La. Vil-lette, Pantin et Aubervilliers. Ajoutons encore à l’actif de la Compagnie qu’elle a su conserver aux allumettes-bougies une fabrication soignée qui lui assurait une exportation de 800 000 kilogrammes par an.
- Voici, en terminant, les principales caractéristiques du projet de M. Bouvier, Ministre des finances, concernant la reprise, à partir du 1er janvier 1890,
- p.82 - vue 86/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 83
- de l'exploitation directe par l’État, de la fabrication et de la vente des allumettes.
- Évaluation des dépenses annuelles, 3 890171 fr.
- En dehors de ces frais, on prévoit une dépense de 5 542 000 francs représentant les frais de liquidation avec la Compagnie fermière se répartissant ainsi : acquisition de trois brevets : 50 000 francs ; rachat éventuel de deux immeubles : 400 000 francs ; reprise des approvisionnements de matières destinées à la fabrication : 892 000 francs ; reprise des stocks d’allumettes fabriquées : 4 millions.
- Le Ministre des finances évalue à 25 500 000 fr. le produit annuel que l’Etat retirera de la vente des allumettes. En défalquant de ce chiffre la dépense annuelle d’exploitation, soit 5 890 171 francs, on voit que la recette nette serait de 21 119 829 francs et dépasserait ainsi de 4 millions et demi environ le chiffre de la redevance que la Compagnie fermière payait à l’État. Enfin, disons que la vente des allumettes sera faite commercialement et avec plus de liberté, car les fabriques de la Compagnie n’expédiaient qu’a un petit nombre de concessionnaires régionaux, tandis que les manufactures de l’État feront des envois à tout le commerce en gros1.
- Paul Gahéry.
- LES TRAVERSÉES DE L’AFRIQUE
- Le grand voyage que Stanley vient d’accomplir à travers l’Afrique centrale, avec une vaillance qui semble surhumaine, nous suggère l’idée de mettre sous les yeux de nos lecteurs la liste des expéditions qui, comme celle-ci, ont parcouru d’un océan à l’autre les immenses régions tropicales du continent mystérieux, affrontant mille périls dans ces pays inconnus, où la population et la nature entière paraissent liguées contre les pionniers de la civilisation européenne. Un seul des voyages que nous allons signaler, celui de Matteucci, a été complètement effectué au nord de l’équateur. Tous les autres ont eu leurs points de départ et d’arrivée dans l’hémisphère austral, mais l’itinéraire de plusieurs se trouve en partie au nord de la ligne équatoriale.
- C’est l’illustre Livingstone, missionnaire écossais, qui le premier traversa l’Afrique, de 1854 à 1856, de Saint-Paul de Loanda, sur l’océan Atlantique, à Quilimané, sur la mer des Indes. Vers la même époque, en 1854-1857, le portugais Silva Porto fut le second à exécuter un voyage analogue, de Benguéla, sur la côte occidentale, au cap Delgado, sur le littoral est. Après Livingstone et Silva Porto, plus de quinze années s’écoulèrent avant qu’un nouvel explorateur eût le courage d’entreprendre la traversée de l’Afrique. En 1873, un officier de marine anglais, Cameron, partit de Bagamoyo, sur la côte orientale; il arriva en 1875 à Catombela, sur le littoral opposé.
- Les expéditions se sont succédé depuis lors en assez grand nombre, malgré les terribles dangers que présentent de tels voyages. En 1874, Stanley, journaliste américain, déjà célèbre pour avoir retrouvé Livingstone, quittait Bagamoyo, à la suite de Cameron, pour traverser à son tour l’Afrique. Près de trois ans plus tard, il attei-
- 1 Nous figurons (p. 81) les principaux types d’allumettes usuelles; nous publierons prochainement quelques détails au sujet de leur composition.
- gnait Borna, à l’embouchure du Congo, ayant franchi Il 500 kilomètres, soit le plus long des itinéraires de ce genre. C’est le major portugais Serpa Pinto qui parcourut ensuite le continent noir, de Benguéla à Durban, en 1877-1879. Puis un médecin italien, Matteucci, traversa l’Afrique en 1880-1881 de Souakim, sur la mer Rouge, à Acassa, à l’embouchure du Niger. En 1881-1882, AViss-mann, lieutenant dans l’armée allemande, se rendit de Saint-Paul de Loanda à Sadani. Ce fut ensuite le missionnaire écossais Arnot qui explora l’Afrique de part en part : il mit plus de trois années, en 1881-1884, pour aller de Durban à Benguéla, voyage inverse de celui de Serpa Pinto.
- En 1884, les lieutenants Capello et Ivens, de la marine portugaise, partaient de Mossamédès et arrivaient à Quilimané l’année suivante. Le docteur autrichien Lenz visita également l’Afrique centrale en 1884-1885, de Borna à Bagamoyo. Entre ces mêmes villes, un officier suédois, Gleerup, parcourut le continent africain en 1885-1886. AVissmann est le premier Européen qui a eu la gloire de réussir deux fois à traverser l’Afrique, car en 1886-1887, il l’a de nouveau explorée, du Congo à Quilimané.
- Stanley est parvenu comme NVissmann à se rendre à deux reprises d’une côte à l’autre, mais son second voyage, qu’il vient de terminer, est l’inverse du premier. Parti en mars 1887 pour remonter le Congo, à la recherche d’Emin-Pacha, Stanley est arrivé à Bagamoyo en décembre 1889, ramenant le célèbre gouverneur des provinces égyptiennes du Soudan équatorial.
- Enfin, un Français, le capitaine au long-cours Trivier, qui commença son voyage au mois de décembre 1888, est allé en un an, de Loango à Mozambique, accomplissant ainsi la dernière et la plus rapide des traversées du continent africain.
- Voici donc un total de quatorze expéditions, dont dix ont eu lieu de l’ouest à l’est et quatre en sens contraire.
- Honneur à ces vaillants pionniers de la géographie, qui à travers les déserts et les forêts, malgré les rigueurs du climat, les indigènes hostiles et les animaux féroces, ont découvert et exploré les vastes lacs, les grands fleuves, les chaînes de montagnes de l’Afrique intertropicale.
- Jacques Léotard.
- LES ROCHES A FORMES ANIMÉES
- Nous avons publié il y a quelques semaines1 une intéressante notice de M. le Dr Sarazin qui signalait des roches bizarres sur lesquelles la main de l’homme n’avait point agi, et qui présentaient cependant l’aspect d’êtres animés qu’on eût dit façonnés par un’ sculpteur. Nos arrière-grands-pères avaient une prédilection pour cés curiosités; ils les appelaient des jeux de la nature’, le père Kircher, dans ses ouvrages, a écrit de longs chapitres sur les dessins singuliers que présentent les agates arborisées, ou sur les formes étranges que l’on rencontre chez quelques pierres, notamment parmi les silex et les pyrites. Dans tous les temps et dans tous les pays, les rochers dégradés par les actions de l’air ou de l’eau, ont souvent présenté des formes particulières qui leur ont valu l’attention des voyageurs. La no-:
- 1 Voy. n° 859, du 16 novembre 1889, p. 385.
- p.83 - vue 87/432
-
-
-
- 84
- LA NATURE.
- tice de M. Sarazin nous a valu un certain nombre de communications qui s’ajouteront aux faits mentionnés et en formeront le complément.
- I)e 1851 à 1842 un phénomène remarquable fut souvent observé dans les Alpes par des touristes : de Morlex sur le revers du mont Salèvc, au coucher du soleil, on apercevait un profil de montagne qui donnait le profil de Napoléon coiffé de son chapeau (fig. 1). L’immortel Topffer fit le croquis de ce gigantesque profil et il l’envoya à M. Edouard Char-ton qui le publia dans le Magasin pittoresque.
- Nous reproduisons ce curieux dessin. Le profil du chapeau était formé par le profil du sommet du Mont-Blanc. L’arête supérieure du Dôme du goûter suivait la courbure de l’aile du chapeau. Le nez de l’empereur était produit par un des renflements de la montagne dite YËpaule du Mont-Blanc et ainsi du reste. — 11 parait que la ressemblance était caractéristique et que lorsqu’on demandait à l’iinpro-viste k diverses personnes : « Que voyez-vous là? » elles répondaient aussitôt : « L’empereur. »
- Les années ont fait disparaître cette silhouette étrange.
- Nous publions d’autre part l’aspect de quelques roches k formes animées que l’on peut observer de nos jours, et que la solidité de leur substance ne menace point d’une prompte dégradation. A Montpellier-le-Vieux (Aveyron) dans le cirque desAmats, le touriste peut admirer un rocher élevé que l’on a nommé le Sphinx et qui affecte en effet l’aspect d’un sphinx égyptien (fig. 2)1.
- 1 Communiqué par M. J. Jackson, bibliothécaire archiviste de la Société de géographie.
- Une falaise escarpée célèbre du littoral méditerranéen est connue sous le nom de Bec de l'Aigle. Cetle falaise limite, du côté de l’ouest, la baie de la Ciotat, l’une des mieux abritées du littoral méditerranéen contre les vents du mistral, par un amphithéâtre de collines couvertes de pins. Cette roche forme le dernier prolongement des promontoires de Croizette, Sormiou et Morgiou qui se succèdent sur la côte, lorsque quittant Marseille, on se dirige vers les îles d’Hyères; elle se présente très visiblement à l’œil du voyageur qui vient de Toulon, par terre ou par mer, sous l’aspect d’un aigle, de taille gigantesque, accroupi sur la côte rocheuse et tournant
- vers la haute mer son bec crochu. La photographie que nous reproduisons (fig. 3) et qui a été prise de 1 "de Verte k l’entrée du golfe de la Ciotat, ne rend peut-être pas assez nettement la forme très originale de cette roche calcaire, dans laquelle un observateur attentif placé k une distance assez grande reconnaît très bien la silhouette des ailes, des pattes et du bec de l’aigle. Nous ajouterons que cette falaise appartient à la formation géologique de l’époque secondaire et de même que, pour les roches signalées par M. le Dr Sarazin, la mer, pendant les gros temps du large exerce sur elle sa force érosive et en modifie lentement l’aspect, par les éboulements qu’elle détermine1.
- Des bords de la Méditerranée, nous passerons dans la vallée du Doubs. A Goumois, charmant petit coin perdu dans les pittoresques gorges au fond desquelles coule cette rivière, on voit se dresser sur la rive
- 1 Communiqué par M. X..., à la Seyne.
- Fig. 1. — Le Napoléon du Mont Blanc en 1841.
- Fig. 2. — Le rocher le Sphinx à Montpcllier-le-Vieux (Aveyron). (D’après une photographie.)
- p.84 - vue 88/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 85
- suisse un rocher qui est souvent désigné sous le comme on peut en juger par la photographie que nom de Singe de Goumois. 11 rappelle en effet, nous reproduisons (fig. 4), le profil d’une tête de
- Fig. 3. — Le promontoire du Bec de l’Aigle. (D’après une photographie de M. Terris, de Marseille.)
- singe. Mais c’est surtout lorsqu’il est obliquement lires, et que les traits s’accentuent d’une façon éclairé, que l'orbite se creuse par l’effet des om- qui rend la ressemblance des plus saisissantes1.
- Fig. 4. — Le singe de Goumois (Doubs). Fig. 5. — The old inan près du mont Washington aux États-Unis.
- (D’après une photographie.) (D’après nature par M. Albert Tissandier.)
- Si nous quittons la France, pour traverser l’Atlantique, nous trouverons, aux environs du mont Washington, une célèbre roche de granit qui offre d’une façon remarquable l’aspect d’un profil hu-
- main. On le désigne sous le nom du Vieux de la montagne « the old man » ; nous reproduisons ce
- 1 Communiqué par M. J. Têteaux, professeur de chimie à l’École vétérinaire de Lyon.
- p.85 - vue 89/432
-
-
-
- 86
- LA NATURE.
- curieux rocher d’après le croquis que mon frère Albert Tissandier a dessiné sur les lieux mêmes, lors de son voyage aux Etats-Unis. Trois assises de granit de 12 mètres environ de hauteur composent ce curieux rocher. Le profil est orienté vers le sud-est de la montagne. Une assise forme le front, une autre s’arrête au-dessous de la lèvre supérieure, la dernière enfin forme la lèvre inférieure et le menton. Gaston Tissandier.
- FABRICATION DE GRANIT
- ET MARBRES ARTIFICIELS
- On sait que l’argile constitue les couches géologiques les plus puissantes, qu’elle se trouve partout sous divers états et qu’on l’a employée de tout temps aux constructions. Au début, les matériaux qu’on en tirait ne présentaient pas de résistance appréciable ; nos briques actuelles résistent mieux, sans toutefois pouvoir remplacer la pierre dure dans tous ses emplois. M. Kristoffowitch est arrivé à donner à l’argile la dureté du granit et de permettre ainsi d’utiliser, sous tous les climats, une substance plus facile à extraire, à manier et à façonner que la pierre proprement dite.
- L’invention consiste essentiellement dans un mélange raisonné et variable, selon les destinations, de l’argile rouge ordinaire et de l’argile réfractaire qui, dans des moules spéciaux, est portée à l’état de fusion et sort des fours en un corps compact, homogène, sans soufflures, ni fissures, ni vitrifications, et auquel on peut donner toutes les formes. La résistance est en raison directe de la pression que la matière a reçue au moment du moulage. Si la compression a été faite avec une presse à main ordinaire, la résistance est de 1500 kilogrammes par centimètre carré; elle s’élève à un chiffre de beaucoup supérieur si on a employé une presse hydraulique. Quant au retrait, qui est de 1 millimètre de l’état pâteux à l’état de siccité, il n’est que de un demi-millimètre par centimètre après cuisson; on peut donc calculer avec précision les dimensions définitives des pièces à cuire.
- Le grain de la matière dépend des tamis employés après la pulvérisation. Pour les pavés de chaussées et autres matériaux destinés à de gros travaux, les tamis sont à mailles plus larges que celles qui servent à préparer les poudres employées pour la confection des marbres et objets plastiques. Les poudres pour sculptures et gravures non cuites doivent être d’une finesse exceptionnelle, obtenue par la précipitation des matières dans des bains spéciaux.
- En résumé, le mode de production courante se rap proche beaucoup de la fabrication des briques réfractaires; seules la composition et la préparation en diffèrent, comme mélange et tamisage des argiles.
- La gamme des couleurs est assez variée; elle va du noir au brun clair. On les réalise par la diversité des mélanges et des degrés de cuisson. Le produit ainsi obtenu est désigné par M. Kristoffowitch sous le nom de pyrogranit, en raison de sa dureté qui se rapproche de celle du granit et de son aspect, car les mélanges peuvent recevoir, avant cuisson, des grains de briques déjà cuites, de plusieurs couleurs, qu’on incorpore dans la pâte et qui produisent, au polissage, le granité proprement dit, clair ou foncé, à volonté. C’est par ce moyen qu’on obtient également des imitations de marbre et de porphyre avec
- grains, veines et marbrures. Comme dureté, il suffira de dire que le pyrogranit coupe le verre et qu’il faut une pression de 200 tonnes pour en écraser un simple pavé; ne se désagrégeant pas à l’air, il s’use difficilement. Sa densité est très grande, un centimètre cube pèse en moyenne 2^6 grammes. En ce qui concerne le pavage, il convient de remarquer que les briques-pavés se posent sans jointoyage, sur une simple couche de sable de 50 à 75 millimètres, et qu’avant d’être mis au rebut, le pavé peut être retourné sur les quatre faces; les gelées et la chaleur n’ont aucune influence sur ce genre de pavé et il ne produit pas de poussière.
- Les produits de M. Kristoffowitch, tous fabriqués en Russie, avec de simples presses à main, ont figuré à l’Exposition et y ont été fort remarqués. Une usine occupant plus de 250 ouvriers a été établie cette année à Borono-witch (gouvernement de Novgorod) pour la fabrication exclusive du pyrogranit. L. K.
- DÉPLACEMENTS VIBRATOIRES DES RAILS1
- PENDANT LE PASSAGE DES TRAINS EN MARCHE
- Nous avons signalé les appareils si ingénieux imaginés par M. Couard pour relever les déplacement vibratoires des rails pendant le passage des trains en marche.
- Nous complétons le compte rendu de ces curieuses recherches en parlant des flexions transversales et des mouvements latéraux des rails d’après les dernières expériences pratiquées par M. Couard et publiées par lui dans la Revue générale des chemins de fer. Avec les appareils si délicats et précis dont il disposait, cet ingénieur distingué est arrivé à mettre en évidence le mouvement de renversement des rails qui avait toujours été contesté jusqu’à présent. Il a reconnu, en effet, que le rail Yignole tend à se renverser en pivotant autour d’une des arêtes du patin. 11 est très remarquable que ce déversement varie de sens suivant la nature du tracé : dans les alignements droits, il a lieu vers l’intérieur de la voie; et dans les parties courbes, au contraire, le champignon du rail est rejeté vers l’exférieur, de sorte que l’écartement de la voie diminue dans le premier cas et augmente dans le second.
- Le déversement est toujours plus prononcé sur le rail d’amont que sur le rail d’aval, et la différence peut atteindre lmm 5; le premier prend, par rapport à l’autre au moment du passage d’un train, la position indiquée par le tracé en lignes pointillées figuré sur le croquis (fig. 2) : il en résulte que le champignon se trouve sensiblement relevé au-dessus de celui d’aval, et c’est là encore une cause de plus qui vient s’ajouter aux flexions inégales des traverses signalées antérieurement pour expliquer les secousses qu’éprouvent toujours les roues des wagons en passant sur les joints des rails. Ces petites secousses produisent ces bruits persistants qui sont en quelque sorte la caractéristique des trains en marche, leur fréquence leur donne en quelque sorte l’apparence
- 1 Yoy. n° 783, du 2 juin 1888, et n° 790, du 21 juillet 1888.
- p.86 - vue 90/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 87
- de la continuité; mais, si on s’attache à les analyser, on arrive facilement à mesurer l’intervalle de temps régulier qui les sépare, celui-ci étant déterminé évidemment' par la vitesse du train et l’écartement des joints. Ces chocs sont toujours plus sensibles sur des voies anciennes ou moins bien entretenues, car le jeu va toujours en s’agrandissant dans les joints, les attaches se desserrent, et les pièces métalliques en contact éprouvent un mattage inévitable. 11 en est de même lorsque les joints sont appuyés sur les traverses, car il ne peut se produire dans ce cas aucune flexion permettan t de racheter la déni- . vellation résultant du déversement du rail d’amont. Aussi a-t-on renoncé partout au joint appuyé qui donne un roulement moins doux que le joint en porte-a-laux. Nous avons signalé précédemment cette conséquence curieuse des dénivellations qui se produisent dans les joints : la roue du wagon fait toujours une chute en passant* de l’extrémité du rail d amont sur celui d’aval, et par suite même de la marche du train, elle n’arrive au contact sur celui-ci qu a une certaine distance de l’extrémité : il en résulte que le roulement ne se fait pas sur le bout amont au contact du joint, et cette extrémité reste intacte sur une longueur qui peut atteindre et dépasser quelquefois un centimètre.
- Comme le renversement du rail est maximum dans les joints, c’est là qu’on rencontre évidemment les écarts maxima dans la largeur de la voie, soit comme surécartement dans les courbes, soit comme rapprochement dans les parties en alignement.
- M. Couard est arrivé à mettre ce résultat en évidence en faisant des relevés dont nous reproduisons un spécimen dans la figure 1. Ces relevés sont obtenus avec le chariot Dorpmuller représenté figure 5 et qui permet de relever graphiquement l’écartement et le dévers de la voie au moyen de quatre crayons dont deux fixes et deux mobiles. Les premiers donnent les lignes de comparaison, écartement normal et niveau ; l’un des crayons mobiles est actionné par des leviers articulés commandés par les roues pressées par des ressorts contre les rails, et
- il donne ainsi l'écartement variable; l’autre est commandé par la pendule B, et il peut prendre à droite ou à gauche de la ligne de niveau un déplacement indiquant la grandeur et le sens de la surélévation d’un des rails par rapport à l’autre. Le cylindre inscripteur reçoit la bande de papier sortant du rouleau, et le mouvement nécessaire est emprunté à la roue C.
- Nous ne pouvons exposer ici en détail les belles
- recherches pour-suivies par M. Couard sur le mouvement de renversement des rails ; nous signalerons seulement ses conclusions qui présentent un intérêt particulier.
- Le premier essieu des trains est celui qui produit la déformation de la voie la plus forte au moment de l’entrée en courbe, et* il convient par suite de munir les machines de boggies à l’avant pour atténuer la fatigue de la voie. On se trouve amené d’ailleurs à la même conclusion en étudiant sur la machine elle-même les dispositions à adopter pour réduire les mouvements perturbateurs en marche.
- Dans les parties de voie en alignement droit, c’est généralement la file de l’accotement qui se déverse le plus à l’intérieur de la voie; et dans les courbes, le déversement se reporte sur la file intérieure surtout lorsque le rayon dépasse 1000 mètres.
- Pour atténuer ces déversements, il convient de soutenir le rail au moyen de selles interposées sur les traverses et surtout de renforcer les joints, qui forment à tous égards la partie faible de la voie. On adopte à cet effet des éclisses plus résistantes auxquelles on donne la forme d’une cornière pour leur permettre de prendre appui sur les deux selles de contre-joint ; mais il n’y a toujours là qu’un palliatif.
- M. Couard s’est attaché enfin à apprécier les efforts maxima imposés aux rails en service, et il est arrivé à montrer que, sur des voies mal entretenues, lorsque le bourrage était insuffisant, ces efforts pouvaient atteindre et même dépasser dans certains cas exceptionnels la limite d’élasticité du métal, ce qui pouvait expliquer les ruptures et les déformations per-
- Nlaximum d'écartement aux joints.
- Minimum d'écartement aux joints.
- .-?M.r_ÇÇêrtejri_e_nt_atu_miJieu des_rails _
- Rétrécissejnent jd_e Ja_jioje auxjoirite ___[
- 1
- >
- i -i -
- "Palier
- ___ Alignement droit _______
- ? pente de 67603~?5g"~
- ~lTàmpe~~5ë
- 0.00&ZW
- Fig. 1. — Courbes figurant les devers et écartements des rails relevés sur la ligne de Saint-Germain-des-Fossés à Nîmes.
- ----Rail d'amont.
- .Rail d'aval.
- Fig. 2, montrant le déversement des rails à l’endroit des joints sous l’action du passage d’un train.
- p.87 - vue 91/432
-
-
-
- 88
- LÀ NATURE.
- manentes observées quelquefois en service. Un fait intéressant à signaler, c’est que ces efforts anormaux résultent surtout du passage des roues présentant des méplats, comme c’est le cas souvent pour les roues de tenders dans les trains non munis de freins continus.
- Cette considération a amené les diverses compagnies à renforcer les rails pour leur donner un surcroît de résistance assuré relativement aux efforts anormaux qu’ils peuvent subir ; on a donc augmenté d’abord la longueur des barres qui était primitivement de 5m,50 et de 6 mètres et qui atteint actuellement 11 et 12 mètres. On a renforcé enfin la section des barres de manière à porter leur poids sur les lignes les plus chargées à 42 et même 47 kilogrammes sur la Compagnie de Lyon, lorsque auparavant on se contentait de 30, 56 et 38 kilogrammes le mètre. Cette augmentation de longueur des barres a diminué du même coup le nombre des joints, et c’est sur les joints surtout que devra se porter l’effort des ingénieurs, car 1 e s expériences de M. Couard montrent que la question de la statilité de la voie réside presque entièrement dans l’amélioration des joints.
- On a bien renforcé leséclisses, et on les a reliées aux traverses mêmes; mais la nécessité de ménager du jeu pour les dilatations ne permet pas d’obtenir un joint parfait qui assure la continuité de la résistance, il faut laisser un certain jeu qui augmente toujours sous l’influence du mat-tage des pièces. On soulage enfin le joint en rapprochant les traverses extrêmes; mais on ne peut pas toutefois descendre au-dessous de 60 à 50 centimètres, et il conviendra surtout d’augmenter la largeur de la traverse de contre-joint en aval du joint.
- Rappelons enfin que les fortes flexions constatées parfois sur les joints proviennent surtout de l’insuffisance du bourrage, et qu’il y a pour l’entretien des voies une question essentielle qui s’impose plus fortement d’ailleurs pour les rails d’acier que pour les anciens rails en fer, en raison de la durée pour ainsi dire illimitée de ceux-là, tandis que les remplacements fréquents des rails en fer obligeaient à remettre à chaque fois la voie en bon état d’entretien.
- EMBARQUEMENT D'ÉLÉPHANTS DE GUERRE
- DE L’ARMÉE ANGLAISE DES INDES
- Le chargement du bétail à bord des navires s’effectue généralement par des procédés très simples qui consistent à passer sous le corps de l’animal, pendant qu’il est encore sur le quai d’embarquement, une série de sangles aboutissant à une boucle à laquelle vient s’adapter le crochet d’une chaîne de grue. L’appareil de levage est établi, soit à bord des navires qui font ce genre de commerce, soit sur le quai lui-même. Ces installations suffisent pour embarquer les bœufs et les chevaux dont les poids sont relativement assez faibles. Mais quand il s’agit d’animaux comme les éléphants qui, en pleine force, arrivent à peser 3000 kilogrammes et plus, il est
- nécessaire d’employer une installation spéciale, telle que celle qui est représentée dans notre gravure, et qui est appliquée aux Indes anglaises pour l’embarquement des éléphants de guerre de l’armée coloniale. On sait qu’outre les nombreux emplois domestiques auxquels les éléphants peuvent se dresser tels que le trait, le transport des fardeaux ordinaires, le labourage, etc., ils rendent les plus grands services dans les expéditions militaires faites aux Indes, pour le transport de l’artillerie et des munitions, lorsque les colonnes ont à parcourir des contrées manquant de routes convenablement percées et entretenues1. Us remplacent également les bêtes de- somme et les voitures de tout genre pour le transport des approvisionnements. Aussi leur chargement à bord des paquebots qui remontent les fleuves jusqu’au point de départ assigné aux colonnes expéditionnaires, constitue-t-il une opération fréquente et pour laquelle toutes les dispositions sont prises dans les ports principaux. Elle consiste à éta-
- 1 Yoy. aussi l’usage des éléphants au Cambodge, n° 834, du 25 mai 1889, p. 405. Consulter également nos Tables des dix premières années. Dans le n° 66, du5 septembre 1874, p. 209, nous avons donné la manœuvre du transport des canons par les éléphants de l’armée anglaise; dans le n° 118, du 4 septembre 1875, p. 215, nous avons aussi donné de nombreux renseignements sur les usages des éléphants dans les Indes.
- Fig. 3. — Appareil servant à relever graphiquement les devers et écartements des rails.
- p.88 - vue 92/432
-
-
-
- Mode d’embarquement des éléphants de guerre de l’armée anglaise dans les Indes.
- p.89 - vue 93/432
-
-
-
- 90
- LA NATURE.
- blir, sur l’une des rives, des appontements reposant sur des piles métalliques, sur lesquels on range les animaux pour leur passer les sangles. Entre les appontements et le steamer vient se placer un ponton flottant a hélice, sur le pont duquel est établie la charpente d’une puissante grue tournant sur son pivot. L’animal, soulevé par un palan moudé, est amené ainsi de l’appontement à bord du paquebot par la rotation de l’appareil.
- Le Scientific American, auquel nous empruntons ces renseignements, donne d’intéressants détails sur l’embarquement des quatorze éléphants de la ménagerie Barnum qui vient, comme l’on sait, d’être transportée en Angleterre, et a figuré dans la récente promenade du Lord-maire de Londres. Les uns ont pu être enlevés par la méthode ordinaire, et n’ont fait aucune résistance; pour d’autres, on a été obligé de les mettre dans des cages qui ont ensuite été arrimées sur le pont de la Furnessia, navire de Y An-chor Line frété à cet effet. Les cages étaient faites en bois de chêne, et avaient 5m,60 de longueur, 2m,40 de hauteur et 2 mètres de largeur. Enfin, pour deux d’entre eux, Bébé et Colombia, la mère et la fille, qui ont acquis une célébrité toute particulière dans la ménagerie Barnum, à cause de l’affection remarquable que témoigne la première à la seconde, et de la colère qu’elle manifeste lorsqu’on veut l’en séparer, on a dû renoncer à les transporter successivement, et établir un passavant spécial sur lequel on a réussi à engager Colombia : Bébé l’a alors suivie sans difficulté. Ces quatorze éléphants ont de douze à vingt-huit ans, sauf Colombia qui est née à Philadelphie en 1880. Le plus lourd d’entre eux, Mandarin, pèse 4000 kilogrammes. G. R.
- ——
- LE TANNAGE DES TOILES
- Chacun sait que les tissus formés de fibres végétales, telles que le coton, le chanvre, le lin, sont très difficiles à préserver des causes de destruction auxquelles ils sont soumis. En vertu de leur constitution même, les fibres végétales absorbent l’humidité et la perdent ensuite difficilement par la sécheresse. Il est même prouvé que dans certains tissus, l’eau forme avec la cellulose, dont le coton et le chanvre ne sont que des variétés, une combinaison spéciale, fhydrocellulose, éminemment favorable aux premières atteintes de la décomposition.
- D'autre part, le gonflement de la toile par l’humidité est une source d’embarras de tous genres pour les toiles de navires, les bâches, etc., dont il quadruple le poids. Aussi a-t-on cherché à les rendre d’abord imperméables ; on se servit, à cet effet, d’applications ou d’imbibitions de goudron, d’huiles, de savons résineux, de caoutchouc, de gutta-percha, de gélatines bichromatées.
- Tous ces procédés n’ont donné que des résultats relatifs. Leurs inconvénients sont d’apporter trop de poids, de rendre la toile peu résistante aux alternatives fréquentés de la pluie et du soleil et de les faire s’émietter facilement aux angles des pliures. La pourriture, humide ou sèche, a bientôt raison du tissu, qui n’est plus protégé. On a essayé également d’incorporer des toxiques aux mixtures, mais sans grand succès.
- Un de nos compatriotes, M. II. Piron, s’est également occupé de chercher une substance préservatrice des tissus cellulosés, mais qui leur conservât en même temps leur souplesse, n’augmentât pas leur poids outre mesure et les rendît imperméables. Il examina divers échantillons de tissus ayant reçu des préparations préservatrices diverses, mais ayant fait leurs preuves par une longue exposition aux injures du temps. Parmi ceux-ci on doit mentionner particulièrement les fines bandelettes qui entourent la tête des momies égyptiennes embaumées et qui se conservent encore après que les cadavres, mis à l’air, sont tombés en poussière. Ces bandelettes sont imprégnées d’une espèce de résine que les anciens Égyptiens nommaient commi. M. Piron en a conclu que, pour bien préserver les tissus du règne végétal, il fallait s’adresser au règne végétal lui-même, et, de tous les produits empyreu-matiques qu’il a essayés, celui auquel il a donné la préférence est celui qu’on retire de l’écorce du bouleau et qui sert à parfumer les cuirs de Russie.
- Quand on ne distille que la fine écorce blanche de cet arbre, on obtient une huile légère, dont le quart est à peu près formé par un phénol particulier qui communique cette excellente odeur que tout le monde connaît. 11 résulte de travaux récents que le goudron vert du bouleau ne renferme aucun acide ni aucun alcaloïde. Tel est celui qui vient du gouvernement de Kostroma; ce goudron forme, avec l’alcool, une première solution d’une grande fluidité ; mais, une fois séché, résinifié, if devient aussi réfractaire aux attaques de l’alcool que la gomme copal. 11 s’unit aussi aux couleurs les plus brillantes.
- On conçoit que ces qualités lui permettent de pénétrer intimement les tissus. Non seulement il remplit les vaisseaux capillaires, mais il les recouvre extérieurement d’un vernis doué d’une grande élasticité, inaltérable aux acides, insensible aux actions corrosives des eaux marines et supportant des changements de température dans de très larges limites. Sa densité est très minime ; il n’ajoute pas, pour ainsi dire, de poids aux tissus, qu’il préserve et rend imperméables, quelle que soit leur grossièreté ou leur ténuité. On peut plier et replier une étoffe ainsi préparée sans que les angles des plis s’écaillent.
- Ainsi ce vernis, tout en étant économique, réunit toutes les conditions requises et, de plus, il communique à l’air ambiant une odeur aromatique agréable, constituant, pour les insectes, une atmosphère délétère qui les tient à distance.
- Quant aux végétations microscopiques, il est de toute impossibilité qu’elles puissent se produire : ni l’eau ni l’air ne peuvent plus pénétrer dans l’intérieur des fibres ni même séjourner entre celles-ci, lorsqu’elles sont imprégnées de ce goudron.
- Le procédé que nous venons de décrire s’applique à toutes espèces de tissus, les toiles pour voiles de navires, les cordes et cordages de toutes dimensions, même celles de houillères, les bâches et caparaçons de toutes sortes, les stores pour écoles, les auvents, les sacs, emballages, etc. Ajoutons que le procédé a fait maintenant ses preuves dans la pratique. De grandes quantités de toiles préparées de cette façon sont exportées dans l’Amérique du Sud, notamment au Brésil. Ce sont également les seules, paraît-il, qui aient donné de bons résultats pour la confection des bâches des chemins de fer coloniaux aux Indes néerlandaises1.
- 1 D’après YIngénieur conseil.
- p.90 - vue 94/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 91
- IA NAVIGATION DE LA FRANCE
- ET LA STATISTIQUE GRAPHIQUE
- On peut dire que la richesse commerciale d'un pays dépend pour beaucoup des voies de communication qu’il possède; et, encore à notre époque où les chemins de fer ont pris un développement si considérable et une importance pour ainsi dire prédominante, le réseau navigable des fleuves, des rivières et des canaux, le réseau navigable intérieur joue néanmoins un grand rôle. C’est par suite de cette vérité, qu’il serait trop long ici de démontrer, que, depuis de longues années déjà, la France a cherché à développer ses voies de navigation, et c’est pour cela aussi qu’il est intéressant de voir à quel résultat on est arrivé.
- Il vient précisément de paraître un Album de statistique graphique pour l'année 1888, où nous allons trouver tous les renseignements à ce sujet. Cet album, publié par le Ministère des travaux publics, est dressé sous la direction d’un statisticien émérite, M. Cheysson, ancien président de la Société de statistique de Paris, ancien directeur des cartes et plans au département des travaux publics, où il a fondé, il y a dix années, l’intéressante publication dont il s’agit. La statistique graphique, qui n’est entrée que récemment dans la pratique de l’étude des phénomènes économiques, y a vite conquis ses lettres de grande naturalisation, et elle y rend journellement les plus grands services1.
- Nous rencontrons dans le nouvel Album de statistique graphique une série de cartes relatives aux voies navigables de la France, qu'elles étudient au point de vue Mu développement du réseau en lui-même, de ce que l’on nomme les conditions de navigabilité, de l’état et de l’effectif du matériel flottant, des dépenses de premier établissement ou, autrement dit, de ce qu’a coûté la construction du réseau navigable, et enfin des progrès du tonnage, c’est-à-dire de la progression du tonnage des marchandises transportées sur les différentes voies navigables.
- Nous ne pouvons avoir l’ambition, dans une courte analyse, de donner un historique complet de la création et du développement du réseau navigable de la France. Mais nous pouvons du moins brièvement rappeler le progrès accompli de 1822 à 1887. Nous prenons cette époque de 1822, parce que c’est « la veille du grand mouvement que les lois de 1821 et de 1822 ont imprimé à l’amélioration de la navigation intérieure ». Nous pourrions constater les progrès accomplis surtout dans le Nord et l’Est, sur deux cartes comparatives que contient cet Album de statistique: dans cette période de soixante-cinq ans, la longueur de nos seuls canaux a passé de 1276 à 5146 kilomètres, malgré les pertes subies en 1871. Nous reproduisons l’une de ces intéressantes cartes.
- 1 Voy. n° 712, du 22 janvier 1887, p. 115.
- Nous pourrions citer, parmi les principales de ces nouvelles voies, le canal de la Sambre à l’Oise, le canal latéral à la Marne, le canal des Ardennes, le canal de l’Est, une des plus précieuses entre toutes* ainsi que celui du Rhône au Rhin, dont nous avons perdu une grande partie, le canal de Rourgogne, le canal du Nivernais et bien d’autres. Sans remonter à cette époque de 1822, un graphique, un de ces graphiques simples dont nous parlions tout à l’heure, nous fournit le développement annuel de tout le réseau navigable pour la France entière, de 1847 à 1887. Nous y trouvons trois courbes: l’une, inférieure, s’applique aux canaux, l’autre, aux rivières, et la courbe supérieure à l’ensemble, rivières et canaux réunis ; la ligne relative aux rivières est horizontale ; le réseau ne fait pas de progrès jusqu’en 1870; à ce moment, elle suit une direction descendante par suite de la perte de l’Alsace-Lorraine, et se maintient telle quelle à 660 myriamètres environ jusqu’en 1880; à ce moment, et par suite de l’application de ce qu’on a nommé le « grand programme des travaux publics », la courbe monte rapidement jusqu’en 1885, et reste ensuite à peu près sensiblement la même aux environs de 770 myriamètres: cela indique que, depuis 1880, on a canalisé un grand nombre de rivières. La courbe des canaux qui, en 1847, est à 575 myriamètres, de 1852 à 1855 monte jusqu’à 450 myriamètres, puis continue en pente douce jusqu’en 1870; tout naturellement, à cette malheureuse époque, elle descend brusquement vers 420 myriamètres ; enfin, après être re montée peu à peu jusqu’en 1880, sous l’impulsion du grand programme, elle indique une ascension assez considérable jusqu’en 1885, et aujourd’hui est à environ 475 myriamètres. Nous n’avons point à insister sur la courbe supérieure, puisqu’elle ne fait que représenter la résultante et l’ensemble des deux courbes inférieures, rivières et canaux réunis. Pour donner des chiffres exacts, nous dirons que les longueurs fréquentées habituellement sur le réseau navigable français, sont de 7959 kilomètres1 pour les rivières, et de 4761 pour les canaux, ce qui donne en tout 12 720 kilomètres, chiffre qui, d’ailleurs, varie quelque peu d’une année à l’autre, ce qu’indiquent certaines dépressions de la courbe de développement des voies navigables.
- Mais les planches les plus intéressantes que consacre cet Album à la navigation intérieure sont certainement celles qui se rapportent à ce que l’on nomme les conditions de navigabilité du réseau : ces conditions sont, pour chaque voie navigable, son tirant d’eau, ce qui est assurément le plus important à connaître, puis son « tirant d’air », qui n’est autre que la hauteur libre sous les ouvrages d’art, c’est-à-dire sous les ponts ; c’est là ce qui détermine, comme en matière de chemins de fer, le gabarit extérieur du chargement des bateaux. Enfin, ajoutons aux conditions de navigabilité indiquées par les
- 1 Dont 337 kilomètres où la navigation est exclusivement maritime
- p.91 - vue 95/432
-
-
-
- 92
- LA NATURE.
- cartes dont nous parlons, le nombre des ponts et souterrains que l’on rencontre sur chacune des voies, le profil en long, le nombre et les dimensions des écluses, le mode d’administration, soit exploitation par l’Etat, soit exploitation d’une compagnie concessionnaire, et la catégorie de la voie, ou son classement parmi les voies principales ou secondaires.
- On comprend quelle importance peut avoir la connaissance de toutes ces conditions: il est absolument nécessaire qu’un patron de bateau, avant de se lancer sur une voie navigable, sache si son bateau
- pourra passer partout, s’il ne touchera point, si son chargement ne se heurtera pas aux ponts, si sa longueur lui permettra de se faire écluser. Au reste, on a compris qu’il est de toute nécessité, pour qu’un réseau navigable soit utilisable, qu’il soit homogène, c’est-à-dire qu’il présente des dimensions identiques sur tout son parcours, comme on le veut pour l’écartement des rails d’un réseau de voies ferrées; et tel a été le but du programme de 1879 : créer des voies de première catégorie (en attendant une homogénéité complète pour toutes les voies) réunissant la double condition d’avoir un mouillage de
- Fleuves et Canaux de la France. Régions du Nord et du Nord-Est.
- 2 mètres, et des écluses de 38m,50 de long sur 5m,20 de large. Déjà les efforts, dans cet ordre d’idées, ont été couronnés de succès, et nous possédons 3566 kilomètres de voies répondant au nouveau programme, au lieu de 1439 en 1878. Par des dispositions graphiques très claires, tous ces renseignements sont fournis immédiatement : le mouillage, par exemple, est figuré par la largeur de la bande tracée le long de chaque voie, avec une distinction (couleur foncée) pour le mouillage minimum des'rivières; tout à côté se trouve un dessin de pont, avec indication de la hauteur libre sous l’ouvrage et du nombre des ponts et souterrains; les voies concédées sont indiquées par des hachures; les écluses sont figurées par un rectangle se déta-
- chant en blanc avec des cotes ; de même un profil fournit la longueur de la voie, le nombre et la hauteur de chute des écluses. Enfin les voies principales sont en teinte foncée.
- Nombre de cartes de cet Album fournissent d’autres renseignements sur la navigation intérieure : effectif de notre batellerie, capacité des bateaux, dépenses kilométriques de premier établissement, enfin tonnage ou utilisation effective des voies navigables. Toutes ces questions se trouvent traitées au moyen de notions précises, qui contrastent singulièrement avec l’impression confuse que produisent les statistiques purement numériques.
- Daniel Bellet.
- p.92 - vue 96/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 93
- LA PHOTOGRAPHIE LA NUIT
- REVOLVER PHOTOGÉNIQUE
- Les lecteurs de La Nature connaissent déjà le petit appareil présenté à l’Académie des sciences et que nous avons nommé, M. le Dr Guébliard et moi, Photospire1. Ce petit appareil, croyons-nous, donne le moyen le plus simple pour produire l’éclair magnésique sans le moindre danger. Nous présentons aujourd’hui à nos lecteurs une modification de cet appareil sous le nom de revolver photogénique. Ce nouveau modèle renferme, condensé sous un petit volume, tout ce qui est nécessaire à la production de l’éclair, c’est-à-dire : 1° une lampe à essence ou à alcool, ou une bougie ; 2° un réservoir de poudre fine de magnésium ; 5° un chargeur automatique ; 4° les allumettes ; 5° le tube photospire.
- Les avantages de ce nouveau modèle sont les suivants : Tous les organes ci-dessus désignés sont renfermés dans une petite boîte en bois et à l’abri de tout choc.
- Cette petite boîte, en forme de livre, peut très facilement, par ses dimensions se mettre dans la poche (longueur,
- 95 millimètres ; largeur 60 millimètres; épaisseur 15 millimètres, poids, 80 grammes). Aucune des pièces mobiles de l’appareil ne peut en être séparée, il est donc impossible d’en perdre une seule. Le réservoir contient une quantité de poudre de magnésium suffisante pour vingt poses.
- Le chargeur automatique permet, dans l’obscurité absolue, de mettre rapidement dans le photospire, sans en perdre la moindre parcelle, la quantité de poudre de magnésium à employer pour produire l’éclair.
- La' provision de magnésium contenue dans le réservoir est toujours complètement séparée du photospire, sauf pendant la charge, d’où impossibilité absolue de perdre de la poudre, soit pendant le
- 1 Voy. n“ 828, du 15 avril 1889, p. 500.
- transport de l’appareil, soit lors de son utilisation.
- Passons maintenant au fonctionnement de l’appareil représenté ci-dessous.
- Le capuchon D, relevé en arrière comme l’indique la figure, démasque la mèche de la bougie et l’orifice A du photospire. La bougie B allumée, on tourne en haut le bouton F, ce qui a pour but de faire communiquer le réservoir de poudre de magnésium C avec le tube E ; voici comment : Le tube E, terminé à une extrémité par l’orifice évasé A et à l’autre par l’orifice G, destiné à recevoir le tube et la poire en caoutchouc, est fixe. II présente à sa partie supérieure une fente longitudinale comprise entre les points O et P. Le tube K, concentrique au tube E, le recouvre à frottement et est mobile
- autour de son axe au moyen de la manette F.
- Ce tube K présente une fente longitudina 1 e comprise entre les points R et S. Lorsque la manette F est en haut, les deux fentes coïncident et permettent l’accès dans le tube E de la poudre contenue dans le réservoir C.
- La longueur et la largeur de ces fentes dosent la quantité de, poudre nécessaire pour produire la lumière, et quelques pe-titscoups frappés sur les parois de la boite font descendre cette quantité dans le tube E.
- On replace en bas le bouton F pour que les fentes des deux tubes ne coïncident plus. Toute communication avec le réservoir C est alors interrompue et il suffit de presser d’une manière un peu brusque sur la poire en caoutchouc pour produire l’éclair. M et N sont deux petites coulisses de métal fermant en temps ordinaire les compartiments C et H. Elles permettent de remplacer le magnésium et les allumettes lorsque les provisions en sont épuisées.
- Pour photographier dans une salle dont les plans les plus éloignés sont à 5 ou 6 mètres de l’appareil, un seul éclair suffit amplement, si le foyer de l’objectif n’est pas par trop long et le diaphragme par trop petit. On obtient facilement dans ce cas des clichés 13/18 et 18/24.
- Les demi-teintes viennent très bien et les con-
- Appareil pour la photographie à la poutlre-éclair. Revolver photogénique.
- p.93 - vue 97/432
-
-
-
- 94
- LA NATURE.
- trustes entre les parties claires et les parties foncées 11e sont pas heurtés, comme on pourrait le croire, si l’on a soin de placer un peu haut et un peu de côté du sujet le revolver photogénique. La réflexion de la lumière sur le plafond et les murs donne les demi-teintes et atténue les contrastes.
- Dans le cas où l’on désire photographier des grottes ou des endroits plus grands qu’une salle ordinaire, il suffît de produire en différents points plusieurs éclairs successifs, si l’on a affaire à des objets immobiles, ou simultanés si l’on veut obtenir l’instantanéité.
- C’est au moyen de ce procédé et du revolver photogénique, ci-dessus décrit, qu’ont été prises les photographies de l’installation municipale delectri-cité, dans les sous-sols des Halles centrales1.
- Dr IUkqüe.
- --------
- NÉCROLOGIE
- Cosson. — Un botaniste des plus éminents, et l’un des membres les plus distingués de l’Académie des sciences, Ch. Cosson, élève de Jussieu et de Brongniart, est mort le dernier jour de l’année 1889, à l’âge de soixante-dix ans. Ch. Cosson, né à Paris le 22 juillet 1819, s’était fait recevoir docteur en médecine en 1847, mais il se consacra presque exclusivement à l’étude de la botanique. Adjoint, en 1851, à la Commission scientifique de l’Algérie, il explora, de 1852 à 1858, les parties inconnues de nos possessions d’Afrique. Il devint ensuite vice-président de la Société botanique de France, puis archiviste de la Société d’acclimatation. Il a remplacé le maréchal Taillant à l’Académie des sciences, en 1873, comme Académicien libre. On a du Dr Cosson quelques mémoires très intéressants, notamment sur son Voyage botanique en Algérie, un ouvrage sur la Flore algérienne, des notes sur la Flore des environs de Paris, etc. Le nom de Cosson restera inscrit aux premiers rangs sur la liste des botanistes français.
- —><><.—
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séancepubliqueannuelledu 30décembre 1889
- Présidence de M. 11 ermite
- Discours de M. le Président. — En l’absence de M. Des Cloizeaux, M. Uermite, vice-président, a ouvert la séance par un discours consacré surtout à la mémoire des membres de l’Académie morts dans l’année : ce sont MM. Chevreul, Halphen et Phillips. Déjà La Nature a consacré des Notices à ces trois savants et nous n’avons pas à y revenir.
- Proclamaiioti des prix décernés en 1889. — Le secrétaire perpétuel a proclamé les lauréats des divers
- 1 Voy. n° 858, du 9 novembre 1889, p. 369. — Nous recommandons aux amateurs photographes les essais de photographie nocturne à la poudre-éclair ; ces essais permettent de réussir des vues de réunions intimes et d’intérieurs qui ne sauraient être obtenus par les procédés ordinaires. Nous en avons sous les yeux de charmants spécimens. Nous avons le projet de revenir d’ailleurs sur cet intéressant sujet. G. T.
- concours. L’un des plus remarqués est M. Paul Vieille, ingénieur des poudres et salpêtres, à qui est attribué le prix Leconte de 50000 francs que l’Académie décerne cette année pour la première fois.
- Le nombre des prix est si considérable qu’il faut nous borner à une simple énumération. Le prix Francœur est attribué à M. Maximilien Marie; le prix Poncelet, à M. Ed. Goursat; le prix extraordinaire de six mille francs est partagé entre MM. Caspari, Clauzel et Degouy; le prix de mécanique est donné à M. G. Eiffel; le prix Plumey, à M. Widmann; le prix Lalande, à M. Gonnessiat; le prix Valz, à M. Gharlois; le prix Jans-sen, à M. Norman Lockyer; le prix La Caze pour la physique,h M. Hertz; le prix Montyon de statistique, à feu Petitdidier et à M. Lallemand; le prix Jecker a été partagé entre MM. Combes, Engel et' Yerneuil; le prix La Caze pour la chimie est accordé à M. Raoult; le prix Delesse, à M. M. Lévy ; le prix Desmazières, à M. Bréal ; le prix Montagne, à MM. Bichon et Rose ; le prix Thore, à MM. de Bosredon et de Ferry de laBellone; le prix Vaillant, à M. Prillieux; le grand prix des sciences physiques, à MM.Henneguy et Roule; le prix Montyon de médecine, à MM. Kelsch, Kiener, Charrin et Danilexvsky; le prix Bréant, à M. Laveran ; le prix Barbier, à MM. Du-val, Heckelet Schlagdenhauffen ; le prix Godard, à M. Le Dentu; le prix Lallemand, à M. Loye; le prix Bellion, à MM. Lagrange, Laborde et Magnan; le prix Mège, à M. Auvard ; le prix Montyon de physiologie, à M. d’Arson-val; le prix La Caze de physiologie, à M. F. Franck; le prix Pourat, à MM. Gad et Heymans ; le prix Martin Damourette, à M. Laborde; le prix Gay, à M, Drake del Castillo; le prix Montyon des arts insalubres, à M. le Dr Randon ; le prix T rémont, à M. J. Morin ; le prix Gegncr, à M. Toussaint; le prix Petit d’Ormoy (mathématiques), à M. Appell; le prix Petit d’Ormoy (sciences naturelles), à M. Fabre ; enfin le prix fondé par Mme la marquise de Laplace a été exceptionnellement dédoublé cette année en faveur de MM. Herscher et Yerlant, sortis premiers ex æejuo de l’École polytechnique.
- Notice historique sur Lavoisier. — La séance a été terminée par M. Berthelot qui a lu une notice historique sur Lavoisier. « L’éloge de Lavoisier, a dit M. Berthelot, n’a pas encore été fait dans cette enceinte, pas plus que sa statue ne s’est élevée sur les places publiques de Paris, la ville de sa naissance et de sa mort. Ce n’est pas que l’Académie ait jamais oublié son nom; mais le terme sanglant de son existence avait été précédé par la suppression violente de l’ancienne et glorieuse Académie des sciences, détruite en 1793. L’Institut, créé deux ans après en reprenant la tradition scientifique un moment interrompue, n’est pas revenu sur les malheurs du passé. Peut-être aussi les haines qui avaient concouru à la mort de Lavoisier étaient-elles encore trop vivaces et la lâcheté des hommes qui l’avaient abandonné ou trahi au jour du péril trop soupçonneuse pour qu’on osât parler alors avec liberté de la grande victime. »
- C’est d’une plume rapide que M. Berthelot retrace la vie paisible de Lavoisier : riche dès sa jeunesse et constamment préoccupé de s’enrichir davantage, « cette fortune ne fut pas étrangère aux succès académiques de ses débuts. Tandis que quelques-uns des collègues de Lavoisier à l’Académie manifestaient la crainte, peu justifiée d’ailleurs, que la finance ne l’enlevât à la science, d’autres répondaient : « Tant mieux! les dîners qu’il « nous donnera seront meilleurs. » Ces dîners en effet étaient célèbres. Marat en parle dans ses pamphlets, avec
- p.94 - vue 98/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 95
- cette envie méchante qui le caractérise : il n’y était sans doute pas invité. »
- « La vie de Lavoisier, dit plus loin M. Berthelot, gravite autour de ces deux données fondamentales : la finance, dont il vivait, et la science, qu’il cultivait avec passion. En dehors de ces deux dominantes, il fut mêlé à beaucoup de choses de son temps, mais à un degré moins éminent; il ne faudrait pas, par un esprit de pané-gyrisme universel et aveugle, transformer ses écrits sur tant d’objets divers en œuvres de génie et les mettre sur le même pied que ses grandes découvertes. »
- C’est à vingt-neuf ans que Lavoisier commença la série de ses travaux scientifiques et avec une méthode qui montre qu’il projetait déjà l’immense entreprise d’une « révolution en physique et en chimie. » « Ce langage, dit très justement M. Berthelot, rappelle à certains égards celui de Descartes enlreprenant dans son Discours sur la mélhodc la réforme de la Philosophie. »
- On ne peut lire sans émotion l'exposé si précis des découvertes successives par lesquelles Lavoisier édifie progressivement l’immense système entrevu par lui dès le début. La nature véritable de l’air et celle de l’eau, ces deux faits primordiaux de la science, résultent d’expériences si logiquement enchaînées les unes aux autres qu’il semble que le sujet se développe de lui-même entre les mains de l’auteur. Et la part elle-même des contemporains à cette moisson de faits nouveaux fait ressortir encore la force originale de Lavoisier. « Si, dit M. Berthelot racontant la découverte de la composition de l’eau, si Lavoisier n’a pas eu la pleine initiative des faits, si Cavendish l‘a précédé à cet égard, si Monge et Priestley ont participé à leur étude progressive, ce qu’on ne saurait contester à Lavoisier, c’est qu’il ait eu d’abord la vue claire de la théorie, théorie que ses travaux antérieurs sur le rôle de l’oxygène dans la formation des oxydes et des acides devaient faire pressentir à tous les chimistes éclairés de l’époque : il osa le premier proclamer clairement et publiquement la composition de l’eau, vérité qui est devenue l’une des pierres angulaires de la science chimique. »
- La fin de l'éloquente Notice de M. Berthelot frappera surtout le lecteur comme elle a frappé l’auditeur. C’est avec une énergie que l’impartialité la plus complète n’affaiblit pas, que l’historien juge les conditions dans lesquelles Lavoisier se trouva en 1794 et les hommes qui disposèrent de son destin. C’est avec une sévérité trop méritée qu’il flétrit la conduite de Monge, d’Ilassenfratz, de Guyton de Morveau et surtout de Fourcrov, qui, puissants alors, auraient pu défendre leur illustre confrère, le sauver peut-être, et l’abandonnèrent. « Quelque douloureuse, dit M. Berthelot en terminant, qu’ait été une telle perte pour la Science et pour la Patrie, la gloire personnelle de Lavoisier n’en a pas souffert. Peut-être au contraire a-t-elle profité de ce qu’y ont ajouté le prestige d’une fin tragique et le sentiment de la pitié, si puissant parmi les hommes. »
- Séance du 6 janvier 1890. — Présidence de M. IIehmite.
- Emest Cosson. — C’est par la nouvelle d’un nouveau deuil que s’ouvre l’année. M. Cosson, académicien libre, est mort en très peu d’heures, d’une fluxion de poitrine, le 31 décembre dernier, et il a été inhumé samedi. Aucun discours n’a été prononcé à ses funérailles et M. le secrétaire perpétuel nous apprend que la raison en est, non seulement dans l’extrême modestie du défunt, mais
- aussi dans la sollicitude de la famille qui a voulu éviter toute chance de refroidissement aux collègues et aux amis assistant à la cérémonie : par ce temps d’épidémie elle a jugé de son devoir de faire les choses aussi simplement et aussi rapidement que possible. MaisM. Bertrand, qui professait une grande amitié pourM. Cosson, a rédigé une Notice qui sera publiée et distribuée aux académiciens.
- Election d'un vice-président. — Retenu à Nice par une indisposition persistante, M. Des Cloizeaux adresse par écrit, à l’Académie, l’expression de sa reconnaissance pour l’honneur que la Compagnie lui a fait en l’appelant au fauteuil. M. llermite rend compte de l’état des publications et du personnel de l’Académie et on procède à l’élection du vice-président. Les votants étant au nombre de 49, M. Duchartre est élu par 44 suffrages contre 3 donnés à M. de Lacaze-Duthiers et 2 à M. Trécul. Les pouvoirs de la Commission administrative, composée de. MM. Ed. Becquerel et Fremy sont renouvelés pour l’année actuelle.
- Le spectre de la samarine. — Un très intéressant mémoire est déposé par M. Lecoq de Boisbaudrant sur la fluorescence de la samarine associée à un dissolvant solide, silice ou glucine. Le fait le plus saillant est relatif à la variabilité du spectre observé suivant la température plus ou moins élevée à laquelle les substances ont été préalablement calcinées. Pour la silice samarifère, si cette température n’a pas dépassé le point thermométrique où fond l’argent, on n’observe qu’une seule bande peu brillante; après la calcination du blanc éblouissant, le spectre comprend trois bandes nébuleuses, chacune dominée par une raie très éclatante, et qui sont l’une jaune, la seconde orangée et la dernière verte. Au point de vue théorique, il est intéressant de noter la ressemblance de ce spectre avec celui que donne l’alumine samarifère après une calcination modérée ; cette dernière, fortement chauffée, donne un triple système de raies fines sans rapport avec les précédentes. La zircone chargée de samarine ne donne aucune trace de ces apparences, mais des bandes rouges et orangées assez nettes pendant une fraction de seconde, mais qui s’effacent ensuite.
- Statue à Borda. — La municipalité de Dax annonce l’ouverture d’une souscription publique dont le produit sera consacré à élever une statue à Borda, l’un des membres les plus illustres de l’ancienne Académie. M. Bertrand insiste sur l’intérêt de cette souscription à laquelle se rallieront tous les amis des sciences et de nos gloires nationales; M. l’amiral Paris émet le vœu que le sculpteur saura s’inspirer de documents bien authentiques, d’ailleurs, parait-il, assez difficiles à trouver.
- Varia. — M. le Ministre du commerce et de l’industrie invite l’Académie à dresser une liste de deux candidats à la place du professeur de chimie, vacante au Conservatoire des arts et métiers, par suite de la retraite prise par M. Péligot. — M. Thoulet (de Nancy) fait la géologie du fond du lac de Longemer dans les Vosges et mesure la température de ses eaux à diverses profondeurs. — Un anatomiste adresse par l’intermédiaire de M. de Lacaze-Duthiers une Note sur la Beaudroie. — Un auteur dont on ne nous dit pas le nom, voudrait employer les pigeons voyageurs à la direction des ballons : il est certain que les aéronautes seraient ainsi du moins mis à l’abri de la famine. Stanislas Meunier.
- —><)-«—
- p.95 - vue 99/432
-
-
-
- 96
- LA NATURE.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- jeux d’équilibre
- Il y a dans la construction des jouets, comme dans celle de nombre d’autres objets, des modes, qui pendant un temps plus ou moins prolongé font sentir l’influence de leurs lois. Au commencement de l’année 1889, on vit paraître un jeu américain qui consistait à faire rouler des billes posées sur un plateau, dans une boîte centrale1.
- La question du Matin que nous avons décrite postérieurement consistait aussi à ranger sept billes sur les compartiments coloriés d’une boîte2. De nombreuses variantes de ces jeux d’équilibre ont fait leur apparition sur les boulevards de Paris, au moment du premier jour de l’an 1890. Deux de ces jeux nous ont paru ingénieux et dignes d’être placés à côté dé leurs devanciers. La Patience astronomique (fîg. 1) est une petite boîte de carton de 14 centimètres de côté ; elle est fermée par un couvercle de verre. Le système solaire est figuré dans la boîte, le soleil au centre et les planètes tout autour. Une petite cavité est ménagée dans le cartonnage à l’endroit où chaque planète est figurée. Des billes de dimensions et de couleurs différentes roulent dans cette boîte : il s’agit de placer chaque bille sur la petite cavité de la planète correspondante et il va
- 1 Voy. n° 836, du 8 juin 1889, p. 32.
- 2 Yoy. n° 856, du 26 octobre 1889, p. 552.
- sans dire qu’on ne doit arriver à ce résultat qu’en inclinant la boite dans un sens ou dans uu autre. Ce jeu nécessite une grande légèreté de main. II touche en outre à des notions astronomiques auxquelles il est toujours bon de familiariser les enfants. Le jeu suivant, l'Ascension de la Tour Eiffel, n’est
- pas moins difficile à réussir (fig. 2). 11 consiste en un chemin de carton hélicoïdal, à la surface duquel il faut faire monter gra d u e 11 e m e nt une bille. Le jeu tout entier est contenu dans une boîte de carton de 0m,20 de diamètre ; on en sort d’abord un petit support de carton qui sert à soutenir la spirale formant le chemin circulaire en plan incliné. Un petit drapeau tricolore monté sur un fil de laiton formant la hampe, sert à consolider l’édifice. Quand on a fait
- rouler la- bille jusqu’au sommet, il faut la faire descendre par le même chemin.
- Les jouets de ce genre, où il s’agit de conduire des billes roulantes dans une direction déterminée, ont été fort nombreux cette année.Nous avons pensé qu’il suffisait d’en avoir choisi deux exemples, et de signaler ainsi de petits jouets qu’un amateur peut confectionner lui-même. Si l’on préfère acheter ces jouets tout faits, nous ferons observer qu’ils coûtent fort bon marché ; en outre, ils exercent la patience et l’adresse, deux qualités précieuses à cultiver chez les petits comme chez les grands. Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lalmre, rue tle Flcurus, 9.
- Fig. 1. — Jeu de la Patience astronomique.
- Fig. 2. — L’Ascension de la Tour Eiffel.
- p.96 - vue 100/432
-
-
-
- N° 868. — 18 JANVIER 1890.
- LA NATURE.
- 97
- IA CHR0N0PH0T0GMPME
- Parmi les dénominations nouvelles qui ont été adoptées par le premier Congrès international de photographie de 1889, celle de chronophotographie proposée par M. Marey a été accueillie avec la plus grande faveur pour désigner les procédés, les méthodes permettant d’obtenir une série d’épreuves photographiques à des intervalles de temps régulièrement déterminés.
- L’importance de la chronophotographie n’est plus à démontrer : qu’il nous suffise de rappeler que c’est elle qui nous permet de faire l’analyse des phé-
- nomènes trop rapides pour que notre œil puisse en percevoir les différentes phases.
- Bien que dès les premiers temps de la photographie on ait songé à construire des appareils susceptibles de donner un certain nombre d’images successives, l’essor de cette nouvelle branche de la photographie ne s’est produit qu’après l’apparition des préparations au gélatino-bromure d’argent.
- Le problème qui consiste a obtenir un plus ou moins grand nombre d’images photographiques en un temps très court et à des intervalles déterminés n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire à priori, et diverses solutions quelquefois même fort différentes ont été indiquées. Il nous a paru inté-
- Dissociation des mouvements du cheval.
- Épreuve obtenue avec l’appareil à translation de la surface sensible de M. Marey.
- ressant de faire avec le lecteur une revue rapide des procédés qui ont été proposés.
- Le premier instrument qui ait donné des résultats précis est le revolver astronomique de M. Janssen1. C’est avec cet appareil que notre savant astronome put obtenir une série d’épreuves représentant les différentes phases du passage de Vénus sur le soleil le 6 décembre 1874. M. Janssen opérait sur une plaque circulaire qui se déplaçait à intervalles réguliers et venait présenter au foyer de l’objectif les différentes portions de sa surface.
- Ensuite il convient de citer les remarquables travaux de M. Muybridge qui le premier appliqua la photographie d’une manière suivie à l’étude du mouve-
- 1 Voy. n° tOl, du 8 mai 1875, p. 356.
- 18“ année. — 1er semestre.
- ment chez l’homme et chez les animaux*. La méthode de M. Muybridge consistait à photographier le sujet en expérience au moyen d’un certain nombre d’appareils rangés en série ; mais cette manière d’opérer ne constituait pas à vraiment parler de la chronophotographie, car les déclenchements des obturateurs n’étaient pas faits à des instants déterminés, mais bien produits par le passage du sujet qui rompait une série de fds électriques placés sur sa route. Nous croyons savoir que depuis, M. Muybridge a modifié son dispositif et qu’il peut actionner ses appareils d’une manière absolument régulière et déterminée à l’avance.
- En FranceM. Marey frappé des résultats obtenus par 1 Voy. n° 289, du 14 décembre 1878, p. 23.
- 7
- p.97 - vue 101/432
-
-
-
- 98
- LA NATURE.
- M.Muybridge reprend la question et donne une série de méthodes qui sont désormais classiques et qui lui ont été d’un puissant secours pour ses études de mécanique animale. Parmi les nouveaux appareils imaginés par M. Marey il convient de citer tout d’abord le fusil photographique1. Cet appareil donnait sur une plaque circulaire une douzaine d’images par seconde, et il permit au savant professeur de faire ses premières études sur le vol des oiseaux. Mais en dehors du format des épreuves qui était trop réduit M. Marey reconnut bien vite que le nombre d’épreuves prises à la seconde était insuffisant dans beaucoup de cas, aussi s’engagea-t-il résolument dans une voie toute différente. 11 était en effet impossible de chercher à augmenter le diamètre de la plaque sensible, à cause de la difficulté de mettre rapidement cette masse en mouvement; déplus, l’image ne pouvant se faire sur la plaque en mouvement, il était nécessaire, pour avoir la netteté voulue, de l’arrêter au moment précis de chaque exposition. Cette série d’arrêts et de départs brusques ne permettait pas de prendre un plus grand nombre d’épreuves à la seconde. Pour mémoire nous rappellerons que dans le fusil photographique le temps de pose de chaque épreuve n’était que de 1/750 de seconde, ce qui faisait 42/750 pour les douze. Le reste de la seconde soit 738/750 était employé pour les déplacements 'successifs de la plaque sensible.
- Abandonnant pour quelque temps ce principe, M. Marey indique une autre méthode absolument différente. Ici la plaque sensible est immobile et un disque fenêtré tournant rapidement devant elle produit des éclairements très rapides2. L’expérience est faite devant un fond, rigoureusement noir qui ne réfléchit aucun rayon susceptible d’agir sur la préparation. Par suite, bien que démasquée à chaque passage de l’obturateur, la plaque ne sera pas impressionnée; seul le modèle qui se détache en blanc et qui est d’ailleurs vivement éclairé donnera une série d’images qui seront d’autant plus nombreuses que la révolution du disque fenêtré sera plus rapide, ou qu’il comportera un plus grand nombre d’ouvertures.
- Cette méthode, comme on le voit de suite, exige obligatoirement le déplacement du modèle dans un plan parallèle à la surface sensible. Si la marche était perpendiculaire, ou si le mouvement s’effectuait sur place, les images se superposeraient les unes aux autres en un même endroit de la plaque sensible. Si même le mouvement parallèle est trop lent, cet inconvénient se produit également, mais les images au lieu de se superposer complètement comme dans le cas précédent empiètent plus ou moins les unes sur les autres. C’est ce qui arrive dans la marche lente, dans le saut au moment de l’arrivée à terre. M. Marey a obvié à cet inconvénient d’une manière très ingénieuse en réduisant son modèle à l’état de ligne. Pour atteindre ce but, il le
- 1 Yoy. n” 464, du 22 avril 1882, p. 326.
- 2 Yoy.n» 536, du 8 septembre 1883, p. 226, et n° 551), p. 275.
- revêt d’un maillot noir sur lequel se détachent des bandes brillantes marquant l’ossature ; des points également brillants indiquent les articulations. Les résultats obtenus ainsi ne présentent plus aucune confusion et c’est grâce à eux que le mécanisme de la marche, de la course et du saut a pu être étudié avec la plus extrême précision.
- Néanmoins si l’on veut pousser l’analyse plus loin, examiner les modifications de la forme dans un mouvement quelconque, le jeu des différents muscles, les figures obtenues par la méthode précédente ne peuvent donner aucune indication.
- M. Marey indique alors un autre dispositif qui lui permet d’obtenir des images complètes, nettement dissociées les unes des autres, quand bien même le sujet ne se déplacerait pas latéralement et effectuerait même des mouvements sur place. Ce résultat est obtenu au moyen d’un miroir plan qui tourne devant l’objectif et étale les images sur toute l’étendue de la plaque1. L’écart entre les images successives dépend de la vitesse de rotation du miroir. Cette méthode a donc sur la précédente l’avantage de donner des images absolument dissociées ; de plus chacune de ces images peut avoir tous les détails et tout le modelé désirables. Outre les applications générales à la dissociation d’un mouvement quelconque, cet appareil a permis de faire des études originales sur la natation de différents poissons ou la marche de certains batraciens.
- Les différentes méthodes que nous venons d’indiquer ne sont pas utilisables lorsqu’il s’agit de reproduire un modèle plus volumineux, tel que le cheval, par exemple. Les images forcément empiètent les unes sur les autres, et même en employant le dispositif réduisant le sujet à l’état de lignes brillantes, le procédé n’est applicable qu’à l’étude des mouvements d’un membre isolé.
- Aussi M. Marey surmontant une à une les nombreuses difficultés par lui rencontrées présente en dernier lieu un appareil destiné à donner des images successives d’un cheval en son entier. Il reprend l’idée du fusil photographique, mais au lieu de se servir d’une préparation sensible sur verre, il emploie une pellicule mince de faible poids et de grande longueur. La préparation enroulée sur un premier cylindre passe au foyer de l’objectif ; à cemomentun dispositif particulier l’immobilise pendant que l’obturateur fonctionne, puis elle s’enroule sur un deuxième cylindre.
- Cet appareil a présenté de réelles difficultés d’exécution, à cause de la nécessité d’arrêter la préparation sensible au moment de chaque exposition. Mais les résultats atteints sont des plus concluants et des plus complets, car il est possible d’obtenir cinquante images par seconde. M. Marey a bien voulu nous montrer des séries de chevaux ainsi faites, elles sont des plus remarquables (voy. la gravure, p. 97).
- Parmi les autres appareils chronophotographiques,
- 1 Marey. Le vol des oiseaux. — Paris, G. Masson, 1886.
- p.98 - vue 102/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 99
- il convient encore de citer l’appareil photo-électrique que nous avons fait construire pour les études médicales, puis celui deM. Ansschütz qui obtient de magnifiques résultats en employant comme M. Muybridgeune batterie d’appareils photographiques commandés par l'électricité. Enfin M. Wallace Goold Levison présentait en 1888 à l’Académie photographique de Brooklyn un nouvel appareil portant les plaques sensibles sur un tambour susceptible de les amener rapidement les unes après les autres au foyer de l’objectif.
- *De cette étude nous pouvons parfaitement résumer les divers procédés qui ont été indiqués pour obtenir des épreuves chronophotographiques. Les uns n’emploient qu’un appareil photographique et grâce à l’usage d’un fond rigoureusement noir, obtiennent une série d’épreuves juxtaposées sur la même plaque ; les autres font passer au foyer de l’objectif la surface sensible qui avance brusquement et par saccades : les derniers se servent d’appareils indépendants et aussi nombreux que l’on désire d’épreuves. Il ne nous appartient pas de déterminer quel est le dispositif préférable ; nous croyons en effet que suivant le genre d’études que l’on entreprend les uns ou les autres doivent être adoptés. Cependant ce qu’il ne faut pas ignorer, c’est qu’avec les appareils nécessitant le fond noir on n’obtient que l’image du sujet en expérience, tandis que dans les autres on obtient des épreuves complètes avec les divers plans. Dans plusieurs hypothèses ce peut être un avantage sérieux.
- D’ailleurs tout n’est pas encore probablement dit dans cette question si intéressante, et depuis que M. Marey a indiqué ses dernières méthodes nous avons déjà pu voir d’autres dispositifs. C’est ainsi qu’on remarquait à l’Exposition universelle dans le palais du Ministère de la guerre un nouvel appareil dont nous donnerons la description dans une prochaine notice.
- — A suivre. — ALBERT LoNDE.
- IA FABRICATION ACTUELLE DU PAPIER
- Lorsqu’on se reporte aux collections de journaux d’il y a quarante ou cinquante ans seulement, on est tout étonné de se trouver en présence de feuilles dont le format dépasse rarement celui de nos journaux actuels à un sou. De plus le tirage journalier s’élevait à quelques milliers d’exemplaires seulement. La grande idée de la presse à bon marché venait à peine, il est vrai, d’être mise en pratique par Émile de Girardin, et si la machine à papier, inventée par Louis Robert en 1799, permettait déjà depuis longtemps de se passer du papier fabriqué à la main, elle était loin d’être arrivée à la production dont elle est aujourd’hui susceptible. Il y avait également toute une révolution à opérer dans le choix des matières premières. Le chiffon jusqu’alors presque exclusivement employé pour la fabrication des papiers devenait à la fois trop rare et trop cher
- pour pouvoir continuer à alimenter seul une consommation croissant au delà de toutes les limites prévues. 11 en fallait restreindre l’emploi aux papiers les plus beaux et les plus chers, et trouver pour les autres des matières premières, qui, tout en leur donnant la solidité et le grain convenables, permissent d’en abaisser le prix aux conditions exceptionnelles où nous les voyons aujourd’hui. C’est ce qui constitue l’industrie des succédanés du chiffon, et qui utilise, avec des traitements convenables, l’alfa, la paille et le bois réduit en pâte. Toutes les matières fibreuses pourraient être transformées en papier, mais leur rendement est en général trop faible pour qu’elles puissent faire l’objet d’une industrie, et l’on a dù s’arrêter en pratique aux substances qui viennent d’être citées.
- Toutes ces matières subissent des préparations successives que nous allons sommairement indiquer en prenant comme exemple les opérations exécutées dans l’importantè papeterie de MM. Darblay à Essonne. Elles passent ensuite dans la machine à papier qui est l’agent principal de fabrication et enfin dans les machines accessoires telles que les calandres, coupeuses et bobineuses, régleuses, etc.
- Les chiffons sont tout d’abord confiés à des femmes qui les coupent sur une lame de faux placée devant elles sur un établi, et en séparent les œillets, les boutons, les parcelles de laine, de soie et de cuir, puis classent le produit de leur travail ou délissage dans une vingtaine de paniers, qui vont ensuite au magasin.
- Cette première opération est suivie du déchiquetage qui coupe les chiffons en plus petits morceaux, puis du lessivage, qui consiste à les placer dans une marmite en tôle cylindrique animée d’un mouvement de rotation, et recevant 1000 kilogrammes de matière plongée dans un bain d’eau de chaux. Le chauffage se fait par introduction de vapeur à la pression de deux à quatre atmosphères. La chaux enlève les matières graisseuses, et la cuisson à la vapeur prépare le chiffon pour la mise ultérieure en pâte; au bout d’une journée, il est prêt à passer à la pile. Le lessivage actuel remplace le pourrissage qui se faisait autrefois dans des cuves, durait de six à vingt jours suivant la nature des chiffons, et était suivi d’un lavage à grande eau, puis d’un triturage dans des auges par des pilons garnis de fer et manœuvres par un arbre à cames.
- Les piles, dont le nom ne rappelle plus que l’action de ces pilons sont des bacs de forme oblongue où tourne un cylindre armé de lames et dit cylindre effilocheur ou raffineur, en face d’une pièce fixe également munie de lames. Le passage du chiffon entre les deux appareils le réduit en pâte. Le bac est séparé suivant son grand axe par une cloison qui permet la circulation de la pâte. En face du cylindre, mais avec une vitesse beaucoup moindre, tourne un tambour garni d’une toile métallique à travers laquelle s’échappe l’eau sale, tandis que les mailles retiennent les fibres de la pâte. En outre, des lames
- p.99 - vue 103/432
-
-
-
- 100
- LA NATURE.
- de persienne qui garnissent le fond du bac arrêtent toutes les parties lourdes telles que les boutons, le sable, etc., qui n’ont pas été attaquées par la lessive de chaux.
- Les piles défileuses sont situées au deuxième étage du batiment pour que leur produit puisse se rendre par gravité au premier, dans des bacs de meme forme, dits blanchisseurs où arrive une dissolution de chlorure de chaux. L’agitation de la masse s’opère sous l’action d’une roue a palettes. Ces bacs se font en ciment tandis que les premiers se font fréquemment en métal.
- L'alfa ou sparte, qui est surtout employé en Angleterre à cause des frais de transport très élevés
- qu’il nécessite, fait l’objet d’un triage minutieux, et subit un lessivage sous l’action de la soude au lieu de la chaux à une pression de quatre atmosphères. Les opérations du défilage et du blanchiment sont les mêmes que pour les chilfons.
- La fabrication de la pâte de paille est beaucoup plus répandue en France que celle de l’alfa : toutes les pailles sont employées, et, comme elles donnent d’aussi bons résultats les uns que les autres, on les travaille indistinctement. Après les avoir coupées par des hache-paille, puis débarrassées par un è/w-tage au tarare, de leurs épis, nœuds, poussières, etc., on les introduit dans des lessiveurs cylindriques, fixes ou rotatifs en tôle analogues aux précédents,
- Fig. 1. — Goupeuse de bois pour la fabrication de la cellulose au bisulfite de chaux. (Dessiné d’après nature à la papeterie d’Essonne.)
- sous une pression de vapeur de quatre à six atmosphères; le réactif mis en œuvre est la soude caustique. Une cuisson de six heures opérée à la vapeur suffit pour une charge de 1000 kilogrammes. Au bout de ce temps, la pâle est déversée dans des cuves à double fond où elle s’égoutte et d’où on extraitla lessive pour la transformer à nouveau en soude caustique.
- Comme la pâte obtenue est très bonne, on la lave d’abord à grande eau dans les mêmes cuves, puis on la blanchit dans de grands bassins sous l’action du chlorure de chaux. Il n’y a plus qu’à l’égoutter pour pouvoir la mettre en œuvre. Le rendement en pâte blanchie est d’environ 40 pour 100.
- Cette fabrication ne peut être rémunératrice que si l’on revivifie les lessives de soude épuisées, en leur rendant leur» causticité. A cet effet, on com-
- mence par les évaporer ainsi que les premières eaux de lavage dans des fours spéciaux qui arrêtent les mauvaises odeurs (fours Porion) ; les salins obtenus sont dissous et caustifiés par de la chaux. Celle-ci donne à son tour, comme résidu de l’opération, des marcs qui constituent un excellent engrais. La revivification permet de récupérer 80 pour 100. de la soude employée.
- Les bois qui servent à la fabrication du papier se traitent de deux manières différentes, l’une mécanique, l’autre chimique : le premier utilise spécialement les bois tendres, tels que le tremble, le peuplier, etc. ; le second, le sapin et particulièrement l’épicéa, qui fournit une cellulose très pure.
- La pâte mécanique s’obtient en usant à l’aide d’une meule de grès horizontale, des bûches de bois
- p.100 - vue 104/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 104
- de 0m,50 de longueur disposées dans des cellules et serrées par des freins contre le périmètre de la meule. Un courant d’eau continu entraîne la pâte formée, qu’on raffine encore sous une autre meule avant de la livrer aux lessiveurs. La Norvège qui, comme l’on sait, est un pays largement pourvu de forêts, fournit à l’Europe une très grande quantité de pâte de bois mécanique dont le public a pu apprécier les bonnes qualités à l’Exposition de 1889.
- La pâte chimique qui provenait autrefois du traitement des bois par la soude caustique comme pour la paille et l’alfa, est aujourd’hui presque universellement obtenue par l’action des bisulfites, et particulièrement du bisulfite de chaux.
- Ce procédé, qui paraît avoir été pour la première fois adapté à la pratique industrielle par le Dr Mits-chelich, a reçu divers perfectionnements en Suède* en Autriche et en France. 11 donne des résultats plus économiques que la soude, à cause du prix bien inférieur du bisulfite de chaux.
- Les bois qui proviennent en général de la variété de sapin dite épicéa, sont lavés et écorcés, puis coupés à la scie circulaire en morceaux de 1 mètre de longueur et enfin fendus à l’aide d’un fendoir mécanique. En cet état, ils sont présentés à l’aide d’une boîte inclinée à une coupeuse mécanique (fig. 1) composée d’un disque d’acier fondu portant deux lames radiales en acier et tournant avec une
- Fig. 2. — Lessiveuse fixe pour la fabrication de la cellulose au bisulfite de chaux. (Dessiné d’après nature à la papeterie d'Essonne.
- grande rapidité. Cette machine débite en copeaux un stère de bois dans l’espace de dix minutes, et ces copeaux sont projetés dans des paniers d’où on les extrait ensuite pour les répandre sur de larges tables avec un grillage à travers lequel passent les poussières. Des femmes trient avec soin les débris de nœuds ou d’écorce qui se prêteraient mal au lessivage. Les copeaux sont ensuite amenés au premier étage dansdes paniers qu’on déverse dans les lessiveurs.
- Ceux-ci présentant quelques particularités à cause de l’action extrêmement corrosive du bisulfite de chaux, nous allons tout d’abord parler de la fabrication de ce dernier. Il s’obtient par la réaction de l’acide sulfureux produit, soit par le grillage des pyrites, soit par le brûlage du soufre, sur une colonne de pierres à chaux. Le gaz traverse cette
- colonne de bas en haut et la réaction est facilitée par un arrosage à l’eau opéré en sens contraire et réglé de manière a donner une lessive d’une densité convenable. Le bisulfite formé se recueille au bas de la colonne. C’est un liquide incolore, d’une odeur aussi suffocante que celle de l’acide sulfureux, et qui attaque vivement tous les métaux usuels autres que le plomb. Aussi les lessiveurs en tôle doivent-ils être munis d’un revêtement intérieur en ciment sur lequel on pose plusieurs feuilles de plomb (fig. 2). Ils sont en outre renfermés dans des enveloppes ert maçonnerie en briques réfractaires qui sont elles-mêmes recouvertes de plomb ; et toutes les ouvertures d’introduction ou de sortie des matières reçoivent des garnitures du même métal. Ces lessiveurs qui ont de très grandes dimensions (40 à 50 mètres
- p.101 - vue 105/432
-
-
-
- 102
- LA NATURE.
- cubes) sont fixes ou rotatifs. Un serpentin en plomb durci par un alliage d’antimoine permet l’introduction de la vapeur dans les lessiveurs pour amener le bisulfite de chaux à 130°. Mais comme la vapeur pourrait noircir certaines parties de la pâte, on la fait arriver soit par un double fond, soit par des serpentins en plomb dont on garnit les parois du lessiveur. Le réactif enlève les matières gommeuses et résineuses qui sont retenues dans un marc de sulfate de chaux, et la cellulose reste à l’état pratiquement pur.
- Pour la débarrasser des dernières traces d’acide et de matières résineuses, on la lave à grande eau, sans se préoccuper de recueillir les résidus qui, à l’inverse des lessives de soude, n’ont pas de valeur; on s’est contenté de renvoyer à la colonne l'acide sulfureux non employé avant d’opérer le lavage. Mais la pâte de cellulose qui a conservé l’aspect du bois doit être réduite en bouillie pour pouvoir être remontée par des pompes aux appareils d’épuration. Aussi, au sortir du lessiveur passe-t-elle dans de grands bacs où elle est soumise à l’action de grands croisillons constamment en mouvement. De là elle est refoulée jusqu’aux épurateurs qui comprennent les sabliers, longs conduits de bois où se déposent les matières lourdes, et les sasseurs, caisses à fond mobile percé de petits trous qui laissent passer la bonne pâte et retiennent les incuits.
- La pâte est enfin égouttée dans des tamis coniques rotatifs et se trouve à l’état de chiffon défilé : telle quelle, elle peut être directement employée dans bien des papiers, comme ceux de journal, les bulles, les papiers colorés.
- Toutefois elle a besoin detre blanchie par les mélanges destinées aux papiers plus fins. On emploie actuellement à cet effet un procédé très ingénieux et tout récent de blanchiment électro-chimique dû à M. E. Hermite. Il consiste dans la décomposition du chlorure de calcium ou de magnésium par le passage d’un courant électrique ; il se forme alors un liquide doué d’un pouvoir décolorant des plus intenses. En présence de la fibre végétale, le sel primitif est régénéré au fur et à mesure de la décoloration, de sorte qu’à la fin de l’opération, le même bain peut servir pour un nouveau blanchiment ; la seule perte de chlorure est celle de ce produit que la fibre enlève du bain. Toute la dépense se réduit donc à celle occasionnée par la production de la force motrice nécessaire au mouvement des machines dynamo-électriques, et leur entretien.
- On peut enfin considérer comme succédané des chiffons, les déchets de fabrication ou ceux des industries qui emploient le papier. Les vieux papiers sont toujours triés avant l’emploi ; ceux qui sont chargés d’encre sont préalablement lessivés à la soude avant d’être raffinés, puis blanchis au chlore. On les transporte alors sous des meules de granit conjuguées deux par deux, et roulant verticalement sur une troisième meule horizontale contenue dans une cuve en fonte où on jette de l’eau, en même
- temps que les déchets à transformer. La même opération s’applique aux pâtes mécaniques de Norvège afin de les rendre plus fines et plus homogènes.
- Les diverses pâtes que nous venons d’examiner étant obtenues soit dans la même usine comme à Essonne, soit achetées au dehors, doivent ensuite être mélangées suivant les qualités qu’on veut obtenir. Les fibres tendres comme celles des chiffons de coton donnent une pâte maigre et un papier souple et mou. Les fibres solides et résistantes ’ comme celles du chanvre et du lin fournissent une pâte grasse, un papier transparent, sonnant et lisse. La pâte de bois mécanique dont les fibres sont très courtes ajoute de l’opacité et de la main au papier, mais elle jaunit rapidement. La cellulose qui forme la pâte de bois chimique fournit un papier excellent, soyeux et fin au toucher et très propre à l’impression. La pâte de paille a des fibres plus courtes que la précédente, mais donne de la transparence et de l’uniformité. Enfin l’alfa se rapproche je plus du chiffon et constitue le succédané par excellence.
- Le mélange se fait dans les piles raffineuses, qui présentent des dispositions analogues à celles des défîleuses, sauf qu’elles contiennent deux cylindres. Elles sont établies par séries de trois, quatre ou six bacs qui se déversent les uns dans les autres.
- C’est dans ces appareils que se font le collage afin de rendre le papier imperméable à l’encre, la charge et la coloration.
- Le collage s’opère à l’aide d’un savon résineux préparé par la fusion de la résine avec du carbonate de soude ; l’addition dans la pile d’un peu d’alun précipite un composé résineux d’alumine qui empâte les fibres de manière à obtenir le but proposé.
- La charge, composée de kaolin, plâtre, sulfate de baryte, etc., est surtout employée pour les papiers communs dont elle corrige la transparence, et auxquels elle donne de la blancheur. On y ajoute généralement de 5 à 20 pour 100 de fécule pour là fixer plus convenablement sur les fibres.
- Enfin la coloration, lorsqu’on n’emploie pas des pâtes formées de chiffons de couleur, ce qui est le plus général, s’exécute en versant les couleurs dans la pile en ayant soin de faire passer la dissolution à travers un tamis très fin ou de la flanelle. L’invention des couleurs d’aniline qui sont toutes solubles dans l’eau a apporté de grandes facilités dans cette partie de la fabrication : malheureusement elles sont sensibles à l’action de la lumière.
- Les piles raffineuses sont en communication immédiate avec de grandes cuves qui forment la tête de la machine à papier.
- Nous voici arrivés à la fin des préparations, et dans un prochain article nous aborderons la fabrication proprement dite, soit à la main, soit à la machine.
- Il convient toutefois, avant d’aller plus loin, de signaler un ingénieux procédé d’épuration des eaux sales appliqué par MM. JDarblay à Essonne pour ne rejeter à la rivière que des eaux réellement clarifiées. Les eaux de lavage des chiffons après
- p.102 - vue 106/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 105
- le traitement au lait de chaux emportent les substances colorantes, les malpropretés, les boues, et les tissus laineux dissous: les eaux résiduaires comprennent encore celles qui proviennent des derniers lavages de la pâte de paille et du traitement du bois par le bisulfite de chaux, et donnent chaque jour un volume total de 30000 mètres cubes. Le système de clarification repose sur un traitement au lait de chaux suivi d’une décantation dans une série de bassins étanches. La vitesse du liquide ne dépasse pas 1 millimètre par seconde ; aussi le dépôt est-il très rapide, et l’évacuation de l’eau clarifiée peut-elle aisément s’opérer par trop-plein. Les boues déposées sont ensuite amenées dans des bassins à fond perméable où elles se dessèchent et forment un excellent engrais qui est vendu aux cultivateurs. G. A. Renel,
- — A suivre. — Ingénieur civil.
- TRAIN SANITAIRE PERMANENT
- DU CHEMIN DE FER DE l’oüEST
- Les wagons à marchandises réunis en trains improvisés offrent certainement une très grande ressource pour dégager rapidement les hôpitaux d’évacuation, mais leur construction ne présente pas toutes les conditions voulues pour assurer les transports des hommes grièvement blessés à des distances considérables.
- Ces transports exigent des soins médicaux et des conditions particulières pour l’hygiène, l’alimentation des hommes, etc.; aussi le service de santé militaire s’est-il préoccupé de préparer, en temps de paix, des trains qui, aménagés en temps de guerre, peuvent être considérés comme de véritables hôpitaux roulants, fonctionnant avec leurs propres moyens, et pouvant faire, pendant tout le cours de la campagne, un service régulier entre les hôpitaux d’évacuation et les hôpitaux de l’intérieur : ce sont les trains sanitaires permanents.
- Plusieurs pays possèdent des trains analogues, et la Société française de secours aux blessés en a présenté un spécimen aux précédentes Expositions ; mais la plupart de ces trains ont été construits à grands frais, exclusivement en vue du transport des blessés ; ils ne peuvent être utilisés en temps normal pour un autre service, de telle sorte qu’ils coûtent très cher d’établissement, d’emmagasinage, et s’usent sans servir ; enfin, au moment de leur mise en marche, on n’est pas assuré de leur complet fonctionnement.
- La Commission des trains sanitaires, frappée de ces inconvénients, a adopté un autre mode d’organisation présenté par le service du matériel et de la traction des chemins de fer de l’Ouest, comme plus pratique et plus économique. Cette organisation comporte l’aménagement, en temps de guerre, de véhicules utilisés en temps normal par la Compagnie pour son trafic (fourgons pour le transport des denrées en grande vitesse).
- L’Administration de la guerre n’a plus, dès lors* à payer l’établissement complet du train, mais seulement l’établissement des dispositions spéciales en service sanitaire, telles que les aménagements pouf la communication des véhicules, l’éclairage, l’aérage, le chauffage, etc., et le mobilier du service de santé. Le programme de cette organisation a été lé suivant :
- 1° Etablissement aux frais de l’Administration de la guerre de toutes les dispositions spéciales au service de santé, et fourniture par cette Administration du matériel nécessaire à son service. \
- 2° Garde et entretien par la Compagnie des améi nagements spéciaux au service sanitaire. ;
- 3° Garde et entretien par l’Administration de la guerre du matériel du service de santé. j
- 4° Installations des véhicules en trains sanitaires; sur réquisitions, dans un délai de quinze jours.
- 5° Réinstallation des fourgons pour le transport des marchandises après la période d’utilisation comme fourgons sanitaires. j
- 6° Payement aux Compagnies d’une somme fixe poui) indemnité des frais d’installations en trains sanitaires et de réinstallation pour le service des marchandises.
- 7° Location du train par l’Administration de lq guerre sur réquisition.
- 8° Traité de traction et d’exploitation pour la circulation du train.
- Ce programme, proposé par la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, a été accepté par le Ministère de la guerre, pour l’organisation d’un train spécimen.
- Les études spéciales de chaque véhicule du train ont été faites par le service du matériel et de la traction delà Compagnie de l’Ouest, de concert avec le service de santé, et ont reçu, avant exécution, l’approbation de la Commission militaire supérieure des chemins de fer.
- La composition du train sanitaire permanent complet a été fixée à vingt-trois véhicules, savoir : 16 fourgons pour les blessés, 1 fourgon pour les médecins, 1 fourgon pour les infirmiers, 1 fourgon pour la chirurgie, la pharmacie et la lingerie, 1 fourgon pour la cuisine, 1 fourgon pour l’allège de la cuisine, 1 fourgon pour les provisions, 1 fourgon pour le linge sale et le combustible.
- Nous résumons ci-après brièvement les dispositions particulières de chaque type.
- Fourgons des blessés (fig. 1). — Chaque fourgon comporte huit lits, deux par deux, à chaque angle du véhicule.
- Suspensions. — L’étude de la suspension des véhicules et des brancards a été l’objet de soins particuliers ; après de nombreuses expériences comparatives faites sur un grand nombre de systèmes, il a été reconnu que l’on devait rechercher dans la douceur de la suspension du véhicule même, la douceur qui est nécessaire au transport des blessés, et on a été conduit à monter les fourgons, lors de la réquisition, avec des ressorts ayant la flexibilité fies
- p.103 - vue 107/432
-
-
-
- 104
- LA NATURE.
- ressorts des voitures de première classe, et à faire reposer les brancards sur le plancher avec interposition de moquette; nous devons ajouter que de plus, les brancards ont reçu un matelas.
- Eclairage. Ventilation. —Chaque fourgon a etc construit avec un lanterneau central. Cet appareil ne concourt pas seulement à l’éclairage ; il contribue à la ventilation avec des vasistas pratiqués
- Fig. 1. — Nouveaux trains sanitaires. — Fourgon des blessés.
- dans chacune des portes mobiles de bout et des J Chauffage. — Chaque fourgon porte un poêle châssis vitrés fixés aux portes roulantes du véhicule, j construit avec toutes les conditions d’hygiène dési-
- Fig. 2. — Fourgon des médecins.
- rable et pouvant réchauffer à sa partie supérieure les pots à tisane.
- Propreté— Le plancher est entièrement recouvert de linoléum et une trappe permet d’évacuer, en route, les balayures et les déjections.
- Fourgon des médecins. — Ce fourgon comprend
- trois lits en fer avec matelas et rideaux, une toilette avec porte-manteau,un bureau,un vvater-closet(fig.2).
- Fourgon des infirmiers. — Installation de lits semblable à celle des fourgons de blessés, un bureau, un porte-manteau.
- Fourgon pour chirurgie, pharmacie, lingerie.
- p.104 - vue 108/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 105
- — Les boîtes à chirurgie, les flacons et les pots sont installés dans des tiroirs appropriés aux objets qu’ils doivent recevoir, cette disposition a été prise au double point de vue de la conservation des
- flacons, de leur classement sur un petit espace et de leur préservation de la poussière.
- Cuisine (fig. 3 et 4). — Un grand fourneau avec four, bain-marie, etc., et tous les ustensiles nécessaires
- Fig. 3. — Nouveaux trains sanitaires. — Fourgon cuisine ; côté droit.
- à la préparation des aliments, des tisanes, etc. De I Allège de la cuisine. — Tables et meubles pour grands réservoirs pour l’eau aux quatre angles. | la préparation des portions, la conservation des
- Fig. i. — Fourgon cuisine ; côté gauche.
- provisions du jour, etc., filtre à charbon, vin en fût et en bouteilles.
- Toutes ces voitures ont la même disposition que les fourgons des blessés, pour la suspension, l’éclairage et la ventilation.
- Fourgon à provisions. — Armoires spéciales
- pour la fruiterie, l’épicerie, la boucherie, la réserve de pain, etc.
- Fourgon à combustible et à linge sale. — Le combustible en sac est placé dans les niches à chiens, et le linge sale dans des paniers dont l’intérieur est complètement garni de zinc.
- p.105 - vue 109/432
-
-
-
- 106
- LA NATURE.
- Le fourgon à provisions est placé en tête du train et le fourgon à linge sale en queue. Les vingt et un véhicules intermédiaires sont munis de portes par bout avec passerelles et garde-corps permettant aux médecins et aux infirmiers de passer sans danger d’un véhicule à l’autre. Le fourgon à provisions et le fourgon à linge sale ont été à dessein tenus en dehors de cette communication.
- Les cinq véhicules spéciaux aux médecins, aux infirmiers, à la pharmacie, à la cuisine et à l’allège de la cuisine, sont munis par bout d’une plateforme avec escalier permettant directement l’accès du dehors, sans passer par les fourgons des blessés.
- L. Knxb.
- —
- LA LONGÉVITÉ DES ARBRES
- Il est généralement admis que les arbres européens ont rarement dépassé l’àge, très respectable du reste, de 800 ans. C’est ainsi que des informations récentes, rassemblées par le service allemand des forêts, assignent au Pin 500 et 700 ans comme maximum, 425 ans au Sapin argenté, 275 ans au Mélèze, 245 ans au Hêtre rouge, 210 ans au Tremble, 200 ans au Bouleau, 170 ans au Frêne, 145 ans à l’Aune, et 130 ans à l’Orme. Le cœur des Chênes commence à se corrompre vers 300 ans, seul le Chêne yeuse échappe à cette loi, et il en existe un âgé de 410 ans près d’Afschafenbourg, en Allemagne.
- On pouvait voir, il y a quatre ans, à l’Exposition forestière d’Édimbourg, deux tranches transversales enlevées aux troncs de deux Sapins écossais. L’une qui mesurait 2m,23 de diamètre avait 217 ans, l’autre de lm,75 seulement était plus âgée et présentait 270 couches annuelles. Un Washingtonia giganteà abattu à Calaveras (Amérique), mesurait 118 mètres de haut, 10 mètres de diamètre au pied, 4m,75 à 38 mètres au-dessus du sol, et avait vécu 5000 ans. On voit à Caphyoe (Arcadie), un Platane qui passa, pendant longtemps, pour être celui dont l’historien Pausanias parlait au deuxième siècle.
- Un Cyprès des environs de Pavie passe pour être contemporain de Jules César, et, suivant une autre légende plus vraisemblable, c’est contre le tronc de cet arbre que François Ier voyant « tout perdu fors l’honneur » aurait essayé de briser son épée. Le Chêne de Swilcar lawn, dans la forêt de Needwood, était encore robuste en 1822, à l’àge de 600 ans, et, à la même époque, on voyait à Cheepstead place, comté de Kent, un gros Orme, autour duquel une foire se tenait chaque année sous le règne d’Henry V, au quinzième siècle.
- De Candolle évaluait à 5000 ans l’àge de l’If de Bra-burn, dans ce même comté de Kent, et n’attribuait pas beaucoup moins à un autre If, celui de Fortingal, en Écosse. L’historien anglais Evelyne citait, au dix-septième siècle, un Tilleul des environs de Neustadt (Wurtemberg), alors âgé de plus de 1000 ans.
- Hildesheim, en Hanovre, possède son célèbre Églantier, le plus vieux qui soit au monde. Charlemagne lui-même l’aurait planté il y a plus de mille ans, en commémoration de l’ambassade reçue du calife des Mille et une Nuits, Haroun al Baschid. En 818, Louis le Débonnaire, fils de Charlemagne, fit construire une chapelle ayant son autel placé au-dessus des racines de l’Églantier. La tige de ce doyen des rosiers a 6 centimètres environ de diamètre et 8m,50 de haut. Les branches, palissées contre le chevet de la chapelle, couvrent une surface de 11 mè-
- tres carrés. Il porte encore chaque année une grande quantité de fleurs.
- Outre le célèbre Tilleul de Morat, en Suisse, plusieurs de ces arbres sont cités comme ayant atteint un âge fort avancé. On en voit un dont le tronc mesure 6 mètres de circonférence, non loin de l’église de Cadier en Keer, dans le Limbourg hollandais. Il aurait été planté par des soldats romains qui assiégeaient une ville voisine, Attua-tica, aujourd’hui Horstens. Un violent orage brisa une partie de ses branches en 1868, et on put charger six voitures avec ses débris; quelques années plus tard, sa cime eut beaucoup à souffrir d’un incendie qui dévora les maisons voisines, mais malgré ce double accident, l’arbre est encore fort vigoureux et son ombre s’étend sur une vaste surface.
- On voit aussi à Schwarzenberg, en Saxe, un Tilleul dont le tronc a 7m,50 de tour, et deux autres près de Schneeberg, ajant, le premier, 5 mètres, le second, 4m,30 de circonférence. Le plus vieux conifère de l’Allemagne, un Sapin, a récemment été abattu à Grunnthal, en Saxe également ; il mesurait 2m,10 de diamètre à lœ,50 au-dessus du sol. Les anciens actes et les chartes mentionnent souvent des arbres pris comme limites de propriétés. C’est ainsi qu’un Châtaignier de Tortworth, Angleterre, dont le tronc est formé de deux arbres soudés ensemble, figure sur une charte datée de 1135. Un Chêne vivant encore à Tilford, près de Farnham, serait désigné dans une charte d’Henry de Blois, à la date de 1250. Una Aubépine des environs de Norfolk, connue pendant longtemps sous le nom d’Hethel thorn, aurait été la vieille Épine dont parlait un acte de l’an 1200.
- Un journal américain, la Weehly Press de Philadelphie, a récemment entrepris le- recensement des plus gros arbres des États-Unis. Éliminant les Washingtonia californiens, il cite : un Chêne du comté de Marion (Floride), dont le tronc mesure 9ra,40 de tour, et. la ramure 42 mètres de diamètre; un Érable à sucre du comté de Brad-ford (Pensylvanie), ayant 4m,85 de tour et une ramure de 25 mètres de diamètre; un Orme haut de 33 mètres dans le comté de Lhinnston (Virginie), au tronc de 8m,30 de tour, à la ramure de 37 mètres de diamètre; un Châtaignier du comté de Lancastre (Pensylvanie), de 7m,75 de tour de tronc et 27 mètres de diamètre de ramure; un Sassafras de 14 mètres de haut, 4 mètres de tour de tronc, et 11 mètres de diamètre de ramure à Johnsville (Pensylvanie) ; un Sycomore de 8m,50 de tour de tronc dans le comté de Wabash (Illinois) ; un Pommier enfin, âgé de 112 ans, porte encore de nombreux fruits à Booth-bay, dans le Maine. Le doyen des arbres de la partie orientale des États-Unis, le Chêne de Woodbridge, a été abattu il y a quelques semaines aux environs de Boston.
- Le professeur Abbott, de New-York, lui attribuait vingt siècles, et le professeur Eaton de 1500 à 2000 ans. Pendant la guerre de l’indépendance américaine, l’armée de Lafayette, marchant sur Woodbridge, se reposa sous l’ombre de cet arbre vénérable, dont les membres du Quin-nipiniac Club de New-Haven ont acquis les débris pour s’en faire confectionner des sièges 1.
- L’ART DE FRELATER LES VINS
- M. E. de Neyremand, conseiller à la Cour d’appel de Nîmes, vient de publier, sous, ce titre, un intéressant travail où il résume l’histoire et les pénalités des falsifica-1 Revue des sciences naturelles appliquées..
- p.106 - vue 110/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 107
- tions du vin. Nous emprunterons à la partie historique de ce mémoire quelques documents curieux qui nous montrent combien est ancien l’art de la fraude.
- Le frelatage des vins avait nécessité, à Athènes, la création d’un contrôleur général des vins, et, malgré la vigilance de ce haut fonctionnaire, les consommateurs observaient de plus en plus, bien malgré eux, la loi de Solon. Athénée nous apprend (livre I, chap. xx et xxiv) qu’on mêlait de l’eau de mer dans la proportion de une mesure à cinquante mesures de vin.
- Il nous fait aussi connaître que certains crus, tels que le Zacynthe et le Leucade, avaient une fâcheuse réputation à cause du plâtre qu’on y ajoutait sans aucune discrétion et qui les rendait malsains. Suivant Palladius, (De l'Agriculture, livre XI, chap. xiv), les Grecs mêlaient avec le moût une quatre-vingtième partie d’eau de mer et une cinquantième partie de gypse, et affirmaient que cette opération donnait au vin le plus médiocre, non seulement de l’âge, mais encore une couleur brillante.
- L’histoire grecque nous a transmis le nom d’un caba-retier, le célèbre Canthare, qui excellait dans la pratique des mixtions les plus ingénieuses; on disait: « Artificieux comme Canthare ». Sous la main de cet habile artiste, l’eau acquérait des qualités vineuses auxquelles les amateurs les plus distingués de l’époque se plaisaient à rendre hommage. A Rome, les taverniers, qui alors déjà étaient innombrables, se signalaient par des pratiques non moins adultères. Platon ne voulait pas que les citoyens de sa République modèle fussent taverniers ou hôteliers, et laissait ce métier aux plus abjects du peuple. Aussi a-t-on dérivé hostelier de hostis, ennemi, « n’ayant le François plus grand ennemy, dit Bouchet, que celuy qui gaste et corrompt une si bonne chose qu’est le vin. » Les Grecs, particularité piquante, n’avaient qu’un seul mot, y.a^y]Xo;, pour exprimer marchand en détail, caba-retier, trompeur et falsificateur. Pétrone (Satyricon, XXXIX) fait naître les cabaretiers sous le signe du Verseau, et Ammien Marcellin relate que, dans les tabernæ vinariæ, les débitants ne manquaient pas de recourir à l’addition d’eau pour augmenter leur bénéfice, ce que le petit peuple si passionné pour le vin, dit-il, regardait comme un véritable empoisonnement.
- Les riches eux-mêmes, rapporte Pline dans son Histoire naturelle (livre XIV, chap. vm), ne buvaient pas naturels les vins de Cæcube, de Falerne et autres, qui étaient frelatés dès la cuve ; l’immoralité était arrivée au point qu’on ne vendait plus que les noms des crus. Pline ajoute, et ce renseignement est fort curieux, qu’on se défiait surtout de certains vins de la Gaule narbonnaise où les vignerons avaient établi des fabriques de vins. « Ils fument leurs vins, et plût au ciel qu’ils n’y introduisissent pas des herbes et des ingrédients malfaisants ! N’achètent-ils pas de l’aloès, -avec lequel ils en altèrent le goût et la couleur. Ailleurs, Pline constate l’emploi de substances destinées à donner de la couleur au vin, à le farder ; aussi rien d’étonnant à ce qu’un breuvage de cette espèce devienne nuisible (livre XIV, chap. xxv). Dans ses Faits mémorables, Valère Maxime raconte que les Marseillais, en gens avisés, se gardaient bien de consommer de pareilles mixtions; ils les exportaient en Italie.
- Le vin le plus salubre est celui auquel on n’a rien ajouté dans le moût, dit encore Pline; saluberrimum cui nihil in musto additum est (livre XXIII, chap. xxiv), Si par hasard, un animal, tel qu’un serpent, un rat ou une souris, venait à tomber et à se noyer dans ce moût si
- pur, n’hésitez pas à recourir au procédé recommandé par Columelle dans son traité de Y Agriculture, livre XII, chap. xxxi : retirez avec soin l’animal immergé; brûlez son corps et jetez-en les cendres dans le moût qui sera ainsi purifié de toute souillure : ea res erit remedio. Cela rappelle la lance d’Achille qui guérissait les blessures qu’c-lle faisait.
- Au moyen âge, les sophistæ ou sophistiqueurs ne restent pas inactifs; ils ne font pas moins parler d’eux que leurs estimables ancêtres. Un Concile, tenu au neuvième siècle, compare les industriels qui frelatent le jus de raisin aux hérétiques qui frelatent la religion. Un évêque italien fulmine l’excommunication contre un falsificateur de vin. Saint Thomas, le docteur angélique, ne ménage pas les frelateurs : le marchand qui met de l’eau dans son vin, dit-il, commet un péché et une fraude qui l’obligent à restitution ; vainement il invoquerait l’innocuité du mélange et un usage constant dans ce genre de commerce. Dans les sermons, les « hosteliers » étaient traités de la bonne façon.
- Dans les temps modernes, la « beuverie adultère, » suivant l’expression de Rabelais, se développe avec 1er progrès delà civilisation, et l'on voit de plus en plus der consommateurs altérés boire des breuvages non moins altérés. « Nous autres Allemands, dit Martin Luther, dans ses Propos de table, nous sommes bien malheureux, car nous ne pouvons avoir aucune boisson bonne et franche ; les vins qui nous viennent du Rhin ou d’ailleurs sont fraudés... »
- Le mal existait avant Luther; au quinzième siècle, en Alsace et dans les pays circonvoisins, le fléau de la falsification du vin sévissait avec une telle intensité que la ville de Bâle prit le parti de se mettre à la tête d’une ligne formée contre les frelateurs. Par une lettre du 22 avril 1472, dit YExpress de Mulhouse (n° du 3 juillet 188G), elle invita les cités de Strasbourg, Schlestadt, Kaysersberg, Andlau, Offenbourg, Lahr, Fribourg, Ila-guenau, Riquewihr, Ribeauvillé, Obernai, Cernai, Bri-sach et autres lieux à désigner des délégués qui se réuniraient à Colmar pour prendre toutes les mesures nécessaires contre l’ennemi commun. Quelles furent les décisions de cette fameuse diète? Nous l’ignorons.
- Dans des temps plus récents J.-J. Rousseau s’occupe aussi des frelateurs : « On falsifie plusieurs denrées, dit-il dans son Traité de l'éducation, pour les faire paraître meilleures qu’elles ne sont. Ces falsifications trompent l’œil et le goût; mais elles sont nuisibles et rendent la chose falsifiée pire, avec sa belle apparence, qu’elle n’était auparavant. On falsifie les boissons, surtout les vins, parce que la tromperie est plus difficile à connaître et donne plus de profit au trompeur. »
- Les falsificateurs figurent également dans le Tableau de Paris de Mercier, qui leur consacre les lignes suivantes : « Les vins, la bière et les liqueurs sont toujours frelatés par ceux qui tiennent ces cabarets et tabagies où s’abreuve la multitude, et je ne sais pourquoi la loi répugne à les traiter comme des empoisonneurs. Un conseiller au Parlement opina à la mort contre un cabaretier falsificateur, soutenant que cet artifice meurtrier exterminait peut-être plus de citoyens que tous les autres fléaux réunis ensemble. Ces perfides distributeurs, qui altèrent un breuvage fait pour restaurer le peuple condamné aux rudes travaux, ignorent eux-mêmes sans doute les funestes accidents qui doivent résulter de leurs mélanges. >> <
- p.107 - vue 111/432
-
-
-
- 108
- LA NATURE.
- LE TRICENTENAIRE DE GILBERT
- A la fin du siècle actuel, il y aura juste trois cents ans que le physicien anglais Gilbert a fait paraître son célèbre traité de Magnete *, que l’on peut considérer comme le premier ouvrage traitant de la science du magnétisme.
- Pour fêter dignement cet anniversaire qui intéresse si vivement la science en général, et la science anglaise en particulier, il vient de se fonder à Londres, sous la présidence de Sir William Thomson, un club appelé le Gilbert-Club et qui a pour but : 1° d’éditer une traduction anglaise de l’ouvrage de Gilbert de Magnete, présentant l’aspect et ayant le format de l’édition de 1600; 2° d’organiser le tricentenaire de la publication de l’œuvre de Gilbert ; 5° de provoquer des recherches sur la vie, les travaux et les écrits de Gilbert; 4° d’entreprendre, après la publication de l’ouvrage de Gilbert, la reproduction d’autres œuvres anciennes relatives il l’électricité et au magnétisme, à des dates qui seront ultérieurement fixées.
- La première partie de ce programme intéressant est en pleine exécution, et les premiers essais dont l'Engineering publie un fac-similé montrent que la reproduction sera en tous points conforme, sauf la langue, à l’original. Nous reproduisons également, d’après notre excellent confrère, la réduction d’une des gravures qui doivent accompagner la splendide résurrection historique entreprise par le Gilbert-Club.
- Quelques notes historiques sur le savant dont l’Angleterre s’enorgueillit à juste titre ne seront pas ici hors de propos. William Gilbert naquit à Colchester en 1540; il était l’aîné des cinq fils de Jérôme Gilbert, officier municipal de Colchester. Oxford et Cambridge réclament l’honneur de son éducation, mais on n’a la preuve officielle de son immatriculation que pour cette dernière Université, où il se fit inscrire en mai 1558, à Saint John’s College et où il devint examinateur de mathématiques en 1565 et en 1566. En quittant l’Université, il voyagea pendant trois ans sur le continent. Revenu à Londres en 1573, où il pratiqua la médecine pendant plus
- 1 Le titre exact de l’ouvrage de Gilbert est le suivant : De magnete magnelicisque corporibus,et de magno magnete tellure ; physiologia nova plurimis et experimentis demonstrala. Guelielmi Gilberti ; colcestrencis ’medici londiniensis. Londinio, anno 1600.
- de trente années avec honneur et succès, il devint médecin ordinaire de la reine Élisabeth, qui lui accorda une pension afin de lui permettre de poursuivre ses recherches scientifiques, et en 1600, il fut nommé médecin en chef de la Cour. A la mort de la reine, en mars 1603, il conserva les mêmes fonctions auprès de James Ier et mourut le 30 novembre de la même année, à l’àge de soixante-trois ans.
- Pendant son séjour à Londres, Gilbert avait réuni une collection importante d’aimants, de globes, de minéraux et d’instruments de physique qu’il légua au College of physicians, mais cette collection fut détruite dans un grand incendie qui éclata à Londres en 1666. C’est Gilbert qui, le premier, appliqua la méthode expérimentale aux recherches scientifiques et inaugura une ère nouvelle dans les sciences physiques en général, et plus spécialement dans le Magnétisme et l’Électricité. Dans son livre, Gilbert annonce découvertes sur découvertes faites à la suite d’expériences conduites avec la plus grande méthode philosophique, mettant ainsi à néant les théories absurdes par lesquelles ses prédécesseurs avaient essayé d’expliquer l’action de la pierre d’aimant et l’attraction de l’ambre et de la tourmaline. C’est Gilbert qui a, le premier, établi la distinction entre les phénomènes électriques et les phénomènes magnétiques. Les électriciens devront se souvenir que Gilbert peut être considéré comme le premier électricien et le père de la profession, car non seulement il a été le premier à faire des recherches sur les phénomènes électriques, mais c’est aussi lui qui a créé le mot Électricité' et le mot Électrique.
- Une analyse de l’œuvre de Gilbert viendra mieux à son heure lorsque la traduction anglaise du livre original aura paru. Cet ouvrage fameux est d’ailleurs peu connu, et cela tient à deux causes : la première, c’est que l’ouvrage paru en latin en 1600 n’a jamais été réimprimé depuis 1636; la seconde, c’est qu’il n’a jamais été traduit, ni en anglais ni en aucune autre langue moderne.
- Ce fait a été reproché quelquefois aux Anglais comme un manque de patriotisme; mais, grâce à l’initiative du Gilbert-Club, ce reproche fait pour la première fois en 1618 par William Barlowe, deviendra bientôt sans objet, au grand profit de l’histoire des sciences physiques dont Gilbert est une des plus glorieuses figures. E. H.
- Fac-similé d’une gravure de l’ouvragé de Magnete de Gilbert. (Édition de 1600.)
- p.108 - vue 112/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 109
- L’OBSIDIENNE DE LÀ YELLOWSTONE
- AUX ÉTATS-UNIS
- A son retour des États-Unis, où il a fait ce voyage si intéressant dont La Nature a publié le récit1, M. Albert Tissandier a bien voulu m’apporter, au laboratoire de géologie du Muséum, quelques roches remarquables. C’est ainsi qu’il a recueilli, pendant son séjour dans le Parc national, une série d’échantillons d’obsidienne ou verre de volcan provenant des deux endroits les plus célèbres. La localité dont nous reproduisons la vue est surnommée par les touristes la Colline de Verre. L’obsidienne y est très
- pure et sa forme basaltique très curieuse. Une autre localité située près du lac Yellovvstone, se nomme le Pont naturel, mais l’obsidienne y est mélangée de matières diverses. Le pont naturel qui constitue une des singularités les plus remarquables de cette étrange région, est dù à la collaboration successive du feu et de l’eau : du feu volcanique et de l’eau du torrent et des pluies. Une coulée de verre fondu sortie d’abord des entrailles du sol -s’est étendue le long des pentes et, plus tard, postérieurement à sa solidification, les intempéries l’ont peu à peu démantelée.' Tel point cédant plus vite ou plus complètement que tel autre, il est resté un lambeau irrégulier dont le support ayant été arraché par place,
- Colliue île verre obsidienne dans le Yellowstoue-Park aux États-Unis. (D’api’ès nature par M. Albert Tissandier.)
- les portions persistantes ont constitué une véritable arche. Sa hauteur est de 20 mètres au-dessus du fond de la gorge et sa longueur de 10 mètres ; à sa surface pousse une exubérante végétation de mousses, de lichens, de fougères et de sapins. Quant à sa substance, c’est toute une série de belles variétés de l’obsidienne ou verre de volcans, soit noire et compacte, soit formée de zones alternatives noires et grises indéfiniment répétées, soit brèchoïde et résultant de l’agglutination réciproque d’innombrables fragments anguleux.
- J’ai soumis à des essais chimiques et à des observations microscopiques l’obsidienne de la Yellowstone et, sans entrer dans des détails trop techniques, je
- 1 Voy. Tables des matières de La Nature en 1886.
- puis dire ici que les motifs d’intérêts abondent dans cette étude. Pour la composition, la roche est un silicate double d’alumine et de potasse qui ne diffère guère des minéraux feldspathiques que par la grande quantité de matières volatiles qui y sont incorporées et que la chaleur en dégage. C’est, avant tout, de la vapeur d’eau et de l’acide chlorhydrique, deux éléments essentiels des éruptions volcaniques et qui se trouvent incorporés dans la pierre d’une manière intime. Pour les dégager, il suffit de chauffer l’obsidienne au rouge : on la voit se gonfler, bouillir et, après refroidissement, elle est toute bulleuse, comme de la mie de pain ; si on a fait l’expérience dans un tube en rapport avec une pompe de Sprengel, on peut analyser les gaz dégagés et reconnaître leur nature. En maintes localités des ré-
- p.109 - vue 113/432
-
-
-
- 110
- LA NATURE.
- gions volcaniques se rencontrent des obsidiennes bulleuses, ayant subi, sous l’action des feux naturels, l’action décomposante dont il s’agit et que les gaz libérés ont parfois rendues légères au point de flotter sur l’eau. La pierre ponce n’est, en définitive, que de l’obsidienne arrivée au paroxysme de cet état spécial et il faut noter, en passant, que la ponce et l’obsidienne représentent les deux types les plus nets qui se puissent citer en roches vitreuses, c’est-à-dire non cristallines.
- L’état bulleux que présentent tant de variétés des obsidiennes des États-Unis et, en particulier, de la région du Parc National, a été favorable à la production dans la masse de minéraux secondaires et parfois très curieux ; c’est, sur une autre échelle, l’ensemble des réactions qui se sont produites, avec le concours des eaux souterraines, dans la pâte des porphyres vacuolaires du Palatinat ou de l’Uruguay, et dont l’un des résultats les plus remarquables et les plus fréquents est l’agate onyx. Toutefois, les éléments étant différents, les effets ont été tout autres et, dans les obsidiennes, ce sont surtout des minéraux microscopiques que l’on rencontre.
- Dans certains gisements on s’assure aussi que la matière vitreuse soumise longtemps à une température inférieure, mais voisine de sa fusion, a subi une vraie dévitrification semblable à celle qui, dans l’industrie, développe des cristaux dans le verre à vitre, et c’est bien légitimement qu’on peut se demander si un grand nombre de roches cristallines ne dérivent pas des verres par un procédé analogue.
- A cet égard, des expériences nombreuses ont été exécutées et pour ma part j’en ai réalisé des séries soit au laboratoire de géologie du Muséum, soit dans une des plus grandes de nos usines à gaz, soit à la faïencerie de Choisy-le-Roi, où M. Hippolyte Boulenger avait bien voulu me faire le meilleur accueil, soit enfin dans les fours de la Manufacture de Saint-Gobain, dont M. Fremy, l’illustre directeur du Muséum, m’avait ouvert l’accès.
- Des dévitrifications plus ou moins accentuées ont été obtenues en soumettant des obsidiennes, des gallinacés ou des rétinites à des températures plus ou moins voisines du point de fusion et continuées plus ou moins longtemps. Dans plusieurs cas, l’examen microscopique a montré dans le produit de l’expérience des noyaux cristallins, actifs sur la lumière polarisée et ayant des caractères analogues à ceux des matières feldspathiques.
- Du reste l’argument le plus fort en faveur de la dévitrification considérée comme procédé de formation des roches cristallines est fourni par l'étude d’échantillons provenant des houillères embrasées et qui à l’œil nu ont tout à fait l’apparence des obsidiennes : ils dérivent des schistes houillers préalablement soumis à la fusion puis abandonnés très longtemps à une haute température. Dès qu’on en place sous le microscope une lame convenablement amincie, on reconnaît que leur substance est loin d’être entièrement amorphe. Dans un verre brunâtre à peu près inactif
- sur la lumière polarisée et tout traversé de figures en sens divers se présentent des microlithes assez variés. Je mentionnerai, outre des amas dendritiques plus ou moins globulaires, des microlithes pourvus de formes cristallines et appartenant nettement à des espèces minérales abondantes dans les roches naturelles. Ce sont surtout des grains de pyroxène et des grains de feldspath anorthite; plusieurs de leurs groupements ont été décrits et figurés. Tout récemment MM. Henrivaux et Appert en ont signalé d’analogues dans le résultat de la cristallisation des verres industriels.
- A côté de ces questions générales qui intéressent toutes les régions à obsidiennes, il en est quelques-unes qui visent tout spécialement les roches américaines qui nous occupent ici. C’est l’emploi préhistorique qui fut fait de leurs éclats comme instruments tranchants jouissant d’un fil incomparable. A cet égard les puissants dépôts du Far West ont dù être mis à contribution d’une manière extraordinairement active et l’on sait que l’usage n’est pas encore tout à fait perdu au Mexique de se faire la barbe avec des rasoirs d’obsidienne. Les anciens Incas polissaient des miroirs dans la même substance et la collection du Muséum en possède un de grande taille. Enfin il y aurait à nous arrêter sur les phénomènes nombreux et superposés d’où résulte la structure fragmentaire ou brèchoïde de l’obsidienne recueillie par M. Albert Tissandier au Pont Naturel ; mais à les énumérer et à en rendre compte, il faudrait consacrer de longues colonnes de La Nature; les forces en apparence les plus opposées y ont collaboré, depuis la chaleur volcanique qui a fondu la masse feldspathique jusqu’à l’eau courante et peut-être aux glaciers qui l’ont réduite’en fragments pour les charrier plus ou moins loin et les infiltrations de substances agglutinantes qui les ont recollés en masses cohérentes. Il suffira, pour aujourd’hui, d’appeler l’attention du lecteur sur l’un des plus remarquables accidents géologiques de cette terre incomparable à tous les points de vue.
- Stanislas Meunier.
- NÉCROLOGIE
- Etienne-Joseph Perry. — Au commencement de la semaine dernière, l’Observatoire de Paris a reçu la nouvelle de la mort du Père Perry, célèbre astronome et physicien anglais, directeur de l’Observatoire météorologique de Stoneyhurst, une des stations principales du service anglais. Le Père Perry est né à Londres en 1833, et a été élevé en France au collège anglais de Douai. Il a également fait à Paris une partie de ses hautes études scientifiques. A l’âge de vingt ans, il a été affilié à la Société de Jésus. En 1860, il a été nommé directeur de l’Observatoire que la Compagnie possède dans le Lan-cashire, et qui est son plus ancien établissement en Angleterre. Le Ministère anglais a donné, à plusieurs reprises, la mesure de son esprit libéral, en appelant le Père Perry au commandement d’expéditions scientifiques importantes. 11 était à la tête des observations du passage
- p.110 - vue 114/432
-
-
-
- LA NATURE.
- H1
- de Vénus en 1874 aux îles Kerguelen, et, en 1882, à Madagascar. L’année dernière, on le mit à la tète de l’expédition scientifique envoyée aux îles du Salut pour l’éclipse du 22 décembre. Le groupe des îles du Salut se compose de quelques terres boisées, d’un aspect ravissant, mais d’une insalubrité proverbiale. C’est là que périrent la plupart des 12 000 Alsaciens-Lorrains envoyés en Guyane après la signature du traité de 1705, par le roi Louis XV. Actuellement, cet archipel sert de dépôt pour les forçats, en attendant qu’ils soient dirigés vers les lieux où ils doivent subir leur peine. 11 n’est donc pas étonnant que le Père Perry ait payé son tribut à ce climat déplorable. Ses restes seront ramenés en Angleterre par le vaisseau Cornus. On a remarqué que le capitaine du vaisseau l’Election, chargé de prendre à Fer-nando-Po les observations de longitude, nécessaires pour déterminer avec précision les circonstances de l’éclipse, a également succombé à l’occasion de ce phénomène. Le Père Perry s’était beaucoup occupé de magnétisme terrestre. Le premier de ses travaux scientifiques a été une détermination de la situation des courbes magnétiques dans l’ouest de la France. Plus tard il a étendu ses déterminations à la Belgique. W. de F.
- CHRONIQUE
- Minimum undécennal de la variation diurne de la déclinaison. — On sait que l’amplitude de la variation diurne de la déclinaison est soumise, comme les taches solaires, à une période de onze ans. A l’Observatoire du parc Saint-Maur, l’écart moyen diurne de cet élément était de 10',9 en 1884; il a diminué peu à peu depuis, et n’est plus que de 7',2 en 1889. Toutefois, l’amplitude est un peu plus grande en novembre et décembre derniers que dans les mêmes mois de 1888; il semble donc que le minimum de la période undécennale soit atteint, et puisse être fixé à octobre-novembre 1889, •époque qui correspond précisément à un minimum très marqué d'activité solaire. La déclinaison magnétique diminue de 5 à 6' par an; elle est actuellement de 15°,45' à Paris.
- Navigation par tortues. — Le journal le Yacht a récemment reçu d’un de ses correspondants le curieux récit suivant : « M. N.... vient d’essayer un système de traction en mer, tout au moins original. C’est à Hatien, petit port de mer situé sur le golfe de Siam, qu’il a fait cette expérience. Ayant pris une yole très légère de 5œ,50 de longueur, il attela à l’avant deux grandes et belles tortues, avec harnais, brancards, rênes. Dès que les tortues furent mises à l’eau, mon ami saisit les rênes et dirigea ses tortues vers la haute mer. La yole filait assez bien, à peu près la vitesse d’un homme au pas : c’était charmant. Mais il fallait revenir : le soleil allait disparaître à l’horizon et on ne pouvait songer à passer la nuit dehors avec cet équipage d’un nouveau genre. Ici je m’aperçois que je me suis un peu trop avancé en disant que mon ami avait « dirigé » ses tortues vers la haute mer. La vérité est qu’elles avaient mis instinctivement le cap sur le large et elles tenaient évidemment à conserver cette direction, car le timonier, ou le cocher, comme on voudra, eut beau tirer à droite, puis à gauche, les tortues marchaient toujours tout droit vers la haute mer. Après de vains efforts, la nuit étant survenue, M. N..., ne pouvant seul tirer ses tortues hors de l’eau, fut obligé de larguer brancard, harnais, rênes, tout l’attelage enfin. Il
- dut rentrer à Hatien à l’aide des avirons, regrettant ses tortues et les vingt dollars qu’elles avaient coulé et jurant de ne plus tenter d’expériences sur ce nouveau système de traction à la mer. »
- --------
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 janvier 1890. — Présidence de M. Hermite.
- Les inosites. — On se rappelle que très récemment MM. Maquenne et Tanret ont découvert, chacun de son côté, le premier, une substance identique à l’inosite, mais faisant tourner à droite le plan de polarisation de la lumière polarisée, et le second, une autre substance également identique aux précédentes, mais active à gauche. Les pouvoirs rotatoires de ces deux isomères de l’inosite qui résultent de l’aclion de l’acide iodhydrique sur la pinite et la québrachite, sont égaux entre eux, quoique de sens contraire. En présence de ces faits dont aucun analogue n’a été signalé jusqu’ici dans l’histoire des substances sucrées, mais qui rappellent si intimement les propriétés signalées naguère par M. Pasteur dans un Mémoire impérissable à l’égard des acides tartriques actifs, les deux auteurs sont entrés en collaboration, et c’est en leur double nom que M. Berthelot annonce aujourd’hui que le mélange des deux inosites donne naissance à une véritable racémo-inosite, c’est-à-dire à un nouvel isomère inactif. C’est le pendant exact, comme on voit, de l’acidè racémique produit de l’union des acides tartriques droit et gauche, et la belle découverte de MM. Maquenne et Tanret, en portant à quatre le nombre des inosites connues, ne laisse plus douteuse que la constitution la plus anciennement connue d’entre elles, de celle qu’on a retirée des muscles. Celle-ci est-elle inactive à cause de sa constitution même, comme l’acide tartrique inactif, ou par neutralisation réciproque des deux inosites actives qui la constitueraient par leur réunion? C’est ce qui n’est pas encore «ertain, bien que la première supposition paraisse aux auteurs la plus probable de beaucoup.
- Vitesse de propagation de l’induction électrique. — La Nature a exposé à ses lecteurs l’ensemble des résultats si singuliers auxquels M. Uertz est arrivé récemment dans ses études sur l’électricité. On sait, en particulier, que par l’emploi d’un appareil spécial dont il désigne l’organe essentiel sous le nom de résonnateur pour accentuer l’analogie qu’il suppose entre l’agent électrique et la vibration sonore, l’auteur a montré que les conducteurs induits présentent comme des ventres et des nœuds électriques alternants et équidistants. Le calcul, appliqué à cette expérience qui a excité si vivement l’intérêt des physiciens, a conduit à assigner à l’induction une vitesse de transmission de l’ordre de celle qui concerne la lumière et qui même, dans certaines conditions, s’est trouvée identique avec elle. Partisans déterminés des vues de M. Hertz, MM. Lucien Delarive et Sarrazin adressent aujourd’hui, par l’intermédiaire de M. Cornu, un complément d’observations qui, au lieu d’éclaircir définitivement cette question si importante, semble, au contraire, de nature à reculer l’acquisition d’une donnée qu’on croyait posséder. Tandis que M. Hertz insiste sur la nécessité de donner au fil courbé en cerclé, qui constitue le résonnateur, une dimension strictement déterminée sous peine de manquer l’expérience, les auteurs constatent qu’on peut réussir avec des rqsonnateurs de toutes sortes de tailles; seulement à chaque dimension correspond un écartement particulier des ventres et des nœuds,
- p.111 - vue 115/432
-
-
-
- 112
- LA NATURE.
- et comme cette distance intervient dans les formules comme élément essentiel de la vitesse cherchée, il en résulte qu’à chaque résonnateur correspond une vitesse différente. C’est en vain, d’après M. Cornu, que MM. De-larive et Sarrazin essayent d’expliquer la multiplicité des résultats, en comparant le faisceau électrique à une onde sonore complexe d’où les petits chaudrons de Helm-lioltz extraient chacun, suivant ses dimensions propres, la vibration à l’unisson de laquelle chacun d’eux peut vibrer : l’éminent physicien juge que le problème cesse d'être déterminé et il estime que la questipn est de -plus en plus loin de la solution désirée.
- Varia. — Parmi les pièces de la correspondance ligure un élégant calendrier de santé pour 1890 publié par le Journal d’hygiène sous la direction de M. le Dr de Pietra-Santa et qui constitue un vade-mecum précieux pour les mèrres de famille, les institptrices et les instituteurs appelés, en cas d’accident ou de maladie, à donner les premiers soins avant l’arrivée du médecin. — M. le Dr George annonce qu’il fera dimanche 19 janvier, à deux heures et demie, au Conservatoire des arts et métiers, une conférence sur l’hygiène dé l’adolescence avec projections lumineuses. — D’après M. Netter (de Nancy),l’antique pratique
- de compression crânienne en usage chez tant de peuplades sauvages a en réalité pour but de réagir contre des déformations spontanées de la tête. — La diminution progressive de la caféÿie dans la graine de café en voie de germination, occupe M. Eckel. — M. Lecoq de Bois-baudrant continue ses belles études sur la iluorescence.
- Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- BROSSE MÉCANIQUE POUR TAPIS
- Tous ceux qui ont des tapis dans leur appartement en connaissent les inconvénients qui consistent surtout dans la difficulté de leur nettoyage avec le balai ordinaire. Ce balai, chaque lois que l’on s’en sert,
- soulève des nuages dépoussiérés; en outre, il chasse fort mal les menus . objets qui peuvent se trouver à la surface du tapis et qu’il faut parfois enlever à la main. Notre gravure représente une brosse mécanique américaine qui est d’un usage si pratique et si commode que nous avons cru devoir la signaler à nos lecteurs. Cet appareil consiste en une brosse hélicoïdale A (fig. 1) que l’on promène sur le tapis au moyen d’un manche de bois, cette brosse faite en crins, enlève toutes les poussières, tous les menus objets adhérant au tapis, et elle les rejette dans deux boites latérales BB, où ils se trouvent emprisonnés. Cela ressemble à la tondeuse arebimédienne pour les gazons. ‘
- L’appareil est protégé par un couvercle H. Quand le balayage est fini, en appuyant sur la tige métallique D, on ouvre les deux boîtes BB (fig. 2) et les poussières tombent, soit dans un seau à ordure, soit à la surface d’une feuille de papier. La figure 5 donne la coupe du système, et la figure 4 la vue en dessous. Le glissement de l’appareil est facilité par des roues latérales représentées en EE. Un cadre extérieur G donne la solidité au mécanisme. Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiek.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- Une pêche à la Réunion. — C’est d’une manière très intéressante que M. Blanchard analyse un Mémoire de M. Taillant sur un poisson de la Réunion qui se livre périodiquement à des moîilécs analogues à celles que l’anguille alimente dans nos pays et qui a été l’objet de nombreuses publications en ces dernières années. Les conditions du phénomène sont là-bas les mêmes qu’ici : les cours d’eau comme la rivière du Mat et la rivière des Marsouins se couvrent tout à coup, depuis leur embouchure jusqu’à une distance plus ou moins grande delà côte, d’une nappe d’innombrables alevins. Ceux-ci dont la vésicule ombilicale est déjà rentrée, mais n’est pas encore résorbée c omplètement, sont pêchés, par milliers au grand bénéfice des habitants qui y trouvent une agréable
- nourriture dont l’abondance ne paraît pas avoir sensiblement diminué depuis le commencement de ce siècle. Seulement il ne s’agit aucunement d’anguilles ni d’aucun poisson analogue : d’anciens spécimens conservés au Muséum et des individus qu’il a reçus récemment permettent à M. Taillant d’y reconnaître un acanthoptérygien du type Gobius et du genre Cecidium.
- Nouvelle brosse mécanique pour tapis.
- p.112 - vue 116/432
-
-
-
- N* 869. — 25 JANVIER 1890.
- . LA NATURE.
- LES NOUVEAUX LYCÉES DE PARIS
- LE LYCÉE BEF F ON
- On n’attend pas de nous que'nous discutions ici I qu’elles offrent, ce n’est pas le lieu. Nous voulons des questions pédagogiques; malgré tout l’intérêt | seulement faire connaître la part de la science dans
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du nouveau Lycée Buffon, rue de Vaugirard, à Paris.
- les améliorations réalisées dans nos établissements d’enseignement, tant au point de vue de la construction que pour ce qui touche aux méthodes, aux procédés d’enseignement, au mobilier et à l’outillage.
- Le nouveau Lycée est situé à l’angle du boulevard et de la rue de Vaugirard. 11 occupe un espace de 15000 mètres carrés environ, dont la moitié en construction.
- Il revient à six millions et demi dont un million et demi d’achat de terrain.
- Huit cents élèves peuvent y trouverplace,dont trois cent cinquante demi-pensionnaires. La rentrée s’est faite avec deux cents élèves, ce qui est d’un bon augure, si l’on considère que l’établissement était à peine achevé.
- L’espace, l’air et la lumière, ces trois éléments essentiels de tout établissement scolaire, et, on pourrait ajouter, de toute habitation humaine, y sont libéralement répartis.
- 48° année. — 4er semes!re
- Les salles de classe sont éclairées d’un seul côté, ainsi que le veut M. Trélat, et, de tous les points où se trouvent les tables, on voit une portion du ciel, ce qui constitue la garantie d’un bon éclairement. Les écoliers ne seront donc plus condamnés à une myopie prématurée. Les tables et les bancs sont faits de telle sorte que l’enfant est obligé de s’asseoir convenablement et se trouve en quelque sorte contraint de ne pas prendre d’attitude défectueuse. Elles sont disposées de manière que l’écolier, assis, reçoit le jour par la gauche, de sorte que l’ombre de sa main ne porte pas sur ce qu’il écrit au fur et à mesure.
- Point de poêles encombrants, malpropres et malsains, donnant une chaleur inégale, dont le voisinage et l’éloignement sont également pernicieux, mais un chauffage uniforme et doux obtenu 'a l’aide de la
- 8
- Fig. 2. — Eue des galeries latérales des cours de récréation.
- p.113 - vue 117/432
-
-
-
- 114
- LA NATURE.
- vapeur fournie par de puissants calorifères. Plus de tableaux noirs montés sur chevalets tremblants et bruyants, présentant leur surface inclinée, incommode et miroitante, mais des tableaux fixes, verticaux, ardoisés et d’une grande surface.
- Les amphithéâtres de physique et de chimie sont vastes et les gradins fortement inclinés; le jour vient par un ciel ouvert qui peut être masqué par des stores horizontaux, lorsque les expériences l'exigent; les tables revêtues de tôle émaillée détient l’action corrodante de certains corps; des tableaux doubles, reliés entre eux, cèdent à un léger effort de la main quand on veut les élever ou les abaisser.
- Une ouverture ménagée dans la cloison, au-dessus du, fourneau, met en communication l’amphithéâtre et le laboratoire.
- Quant aux salles de manipulations, elles dépassent ce qu’on était en droit d’espérer par l’importance qui leur a été donnée. L’eau, le gaz y sont abondamment distribués ; des tables à expériences, des éviers, tout le matériel d’un laboratoire complet s’y trouvent. Une de ces salles est à l’air libre, abritée par une marquise et une cloison, vitrée jusqu’à une certaine hauteur. Les salles de collection ne sont pas moins bien traitées, ni celles de dessin, ordinairement sacrifiées et construites sans une préoccupation judicieuse de leur destination spéciale. Les gymnases sont installés dans de vastes emplacements qu’on a pu trouver au sous-sol par suite de la déclivité du terrain.
- L’aération a été l’objet de soins particuliers. Bien que les classes soient éclairées d’un côté seulement, il existe dans le mur opposé des ouvertures fermées par des volets. Lorsque les élèves sortent de la classe, on ouvre des deux côtés pour balayer violemment l’air confiné. C’est le moyen primitif mais efficace. Pendant la durée de la classe, une ventilation plus modérée peut être établie à l’aide de grands vasistas. Enfin, d’une manière continue et douce, l’air se renouvelle par les vitres perforées, dont le prix élevé ne permet pas encore un usage très répandu. Elles sont en verre épais criblé de trous qui ont la forme d’entonnoirs, c’est-à-dire dont le diamètre est plus grand sur une face que sur l’autre. Cette disposition suffit pour déterminer une ventilation continue.
- Le lycée, admettant des demi-pensionnaires, possède deux réfectoires spacieux, éclairés des deux côtés, avec tables de marbre pour huit élèves. Des revêtements en faïence, des peintures claires et vives, tout a été concerté pour donner à la salle où l’on mange un air riant comme il convient. Les cuisines sont au-dessous et le service se fait par des monte-plats.
- Les cabinets, dont la tenue est une caractéristique de l’éducation, ont des sièges sur lesquels il faut s’asseoir et dont des torrents d’eau vident et nettoient instantanément les cuvettes. Les inconvénients ordinaires de ces sortes de lieux ont été soigneusement évités. Tout se rend à l’égout avec les eaux ménagères et les eaux pluviales.
- Des galeries à colonne, imitation des anciens cloîtres, entourent les vastes cours de récréation
- plantées d’arbres et communiquent avec des cours couvertes. Les enfants pourront ainsi jouer par tous les temps. Rien n’a été oublié de ce qui doit servir au développement du corps et au repos de l’esprit.
- Notre époque sera caractérisée par sa confiance dans la science comme souveraine émancipatrice. Les monuments que nous laisserons seront des écoles, des musées scientifiques, des établissements d’enseignement de tout ordre, qui attesteront que nous avons mis dans la science toutes nos espérances, que nous l’avons regardée comme le moyen le plus efficace de notre perfectionnement moral1.
- Feux Hément.
- —><><—
- APPLICATION DE LA PHOTOGRAPHIE
- A LA MÉTÉOROLOGIE
- Dans une des dernières séances de la Photographie Society, de Londres, M. Whipple, directeur de l'Observaloire deKew, a présenté une notice historique sur l’application des procédés photographiques à l'enregistrement continu des phénomènes météorologiques et magnétiques. Après avoir insisté sur la nécessité de suivre les divers éléments dans leurs variations incessantes, l’auteur rappelle que dès 1858, Jordan, constructeur d’instruments à Fal-mouth, publia la description d’une méthode d’enregistrement, par la photographie, des variations de la colonne barométrique, de la déclinaison de l’aiguille aimantée, et des radiations solaires ; mais le papier Talbot, dont il faisait usage, était trop peu sensible pour conserver la trace des mouvements un peu rapides. Peu après, en 1840, Ronalds enregistrait les phénomènes relatifs à l’électricité atmosphérique; en 1847, Brooke et Ronalds imaginaient des météorographes et des magnétographes que les progrès de la science ont modifiés dans les détails, mais dont le principe est encore appliqué aujourd’hui. Le papier simplement salé, employé pendant longtemps; fut remplacé par du papier ciré, dont l’usage s’est conservé jusqu’à ces derniers temps; c’est seulement en 1882 que le papier au gélatino-bromure d’argent a été définitivement adopté pour les enregistreurs photographiques.
- L’héliographe de Campbell utilise directement les rayons solaires à la combustion d’un papier spécial, mais les indications fournies par cet appareil sont souvent incomplètes, notamment lorsque le soleil est près de l’horizon; on évite cet inconvénient avec l’héliographe de Jordan, pour lequel oh utilise le papier au ferro-prussiate. La photographie est encore employée à la mesure de la hauteur des nuages, au moyen de deux épreuves simultanées obtenues en deux points de distance connue.
- M. AVhipple a illustré son sujet en projetant au tableau la série complète des nombreux appareils météorologiques et magnétiques qui empruntent à la photographie le moyen de fixer d’une manière continue les moindres variations des différents éléments. M. Glaisher, qui pré-
- 1 L’architecte est M. Yaudrcmer, de l’Institut, qui a sous ses ordres M. Bischof. On ne saurait trop les louer l’un et l’autre du soin, qu’on peut qualifier de paternel, qu’ils ont mis à réaliser la maison d’éducation moderne tout à la fois riante et austère, asile de travail libre et de paix. Le proviseur, M. Fourteau, est un de ces hommes rares, qui malgré leur modestie, ne parviennent pas à dissimuler leur mérite.
- p.114 - vue 118/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 115
- sidait la réunion et à qui la météorologie est redevable de tant de travaux originaux, a vivement remercié M. Whipple de son importante communication qui est insérée in extenso dans le journal de la Photographie Society.
- LA MESURE DES TEMPÉRATURES ÉLEYÉES
- M. Le Chatelier vient de présenter à la Société française de physique un appareil des plus curieux et fondé sur un principe absolument nouveau pour la détermination des températures élevées. Ce principe, dù à un savant américain, M. Barus, est l’accroissement considérable de résistance que les tubes capillaires offrent au passage des gaz quand on les échauffe. Dans l’appareil présenté à la Société de physique, un tube capillaire en argent de 20 centimètres de longueur et de 0mm,43 de diamètre laissé passer un certain volume de gaz en 80 secondes lorsque la pression est constante, et voisine de celle correspondant à une colonne d’eau de 15 centimètres de hauteur à la température de 15 degrés centigrades; à 100 degrés, il faut 115 secondes pour laisser écouler le même volume de gaz dans les mêmes conditions; à 500 degrés, l’écoulement met 310 secondes; à 700 degrés, il ne faut pas moins de 427 secondes pour le même écoulement. Les expériences indiquent que les durées d’écoulement varient sensiblement comme la puissance 1,37 des températures absolues. Pour transformer les lectures de temps en une simple lecture de hauteur, il suffit de faire tomber l’eau du vase de Mariotte qui produit l’aspiration du gaz dans un tube vertical en verre terminé à la partie inférieure par un tube capillaire. La hauteur à laquelle se maintient.l’eau est proportionnelle au débit et peianet, par suite, de déterminer les températures par une lecture directe.
- LES TRAYAUX DE CANALISATION
- DE LA SEINE ENTRE PARIS ET LA MER
- La loi du 6 avril 1878 qui a prescrit le remaniement des ouvrages de la Seine pour maintenir en tout temps le mouillage minimum de 3m,20 entre Rouen et Paris, a été le point de départ de travaux considérables presque terminés actuellement, sur lesquels nous croyons devoir donner quelques détails. Nous les empruntons à l’intéressante Notice publiée par le Ministère des travaux publics à l’occasion de l’Exposition de 1889. Le mouillage minimum imposé est réalisé actuellement aussi dans toute la traversée de Paris, conformément aux prescriptions de la loi du 21 juillet 1880 qui a complété sur ce point celle du 6 avril 1878.
- On appréciera l’importance des progrès réalisés depuis soixante ans en songeant à toutes les difficultés que présentait encore la navigation de la Seine, au commencement de notre siècle. Bien que la pente moyenne du fleuve soit assez modérée, le lit relativement stable, et le débit assez constant, le chenal qui n’était l’objet d’aucun entretien était encore à cette époque tout à fait sinueux et irrégulier, tantôt étroit et sans profondeur, affouillé ailleurs par un
- courant violent dans des passes dont la traversée était fort dangereuse. Le chemin de halage existait à peine, le passage était entravé en outre par des ponts à arches étroites, des moulins et des pêcheries. Enfin la navigation était interrompue régulièrement pendant six mois de l’année sous l’influence des crues, des glaces et surtout des basses eaux. ‘
- La Notice des travaux publics rappelle a cette occasion la communication faite par Navier à l’Académie des sciences le 1er mai 1826, dans laquelle il exposait que la durée du trajet d'un bateau, du Havre à Paris, était alors de trente à trente-cinq jours ; le prix des transports, très variable suivant l’état des eaux, ne s’élevait pas à moins de 50 francs par tonne par les bateaux ordinaires, et de 45 francs à 50 francs par les bateaux accélérés. Le même transport coûtait alors 90 francs par le roulage ordinaire et 120 francs par le roulage accéléré ; le trafic total des marchandises entre le Havre et Paris était de 200000 tonnes par an, dont 1/5 par le roulage, et 4/5 par la Seine.
- En 1830, la situation était encore presque aussi difficile, la traction d’un bateau exigeait six à huit chevaux qui devaient traverser le fleuve douze fois en bonnes eaux, et jusqu’à cinquante-deux fois en basses eaux ; le chargement d’un chaland qui atteignait 200 tonnes en hautes eaux devait être ramené à 90 tonnes en basses eaux.
- A la traversée de la plupart des ponts établis dans les villes et dans les passages difficiles, comme le pertuis de la Morue, établi a Bezons en 1685 sur le bras droit de la Seine, en même temps que la machine de Marly sur le bras gauche, il ne fallait pas moins de 30 à 40 chevaux pour haler le bateau.
- Le vieux pont de la ville de Pont-de-l’Arche entraînait par ses arches étroites une chute du niveau telle, qu’on dut établir en 1804 une écluse spéciale pour la franchir. Cette écluse put être abandonnée seulement en 1856 lorsqu’on eut construit'un nouveau pont laissant toute liberté de passage. ; -
- Les premières études de canalisation de la Seine remontent à 1824, mais elles ne purent aboutir immédiatement, car le relèvement du niveau de l’eau pour la traversée des hauts fonds impliquait la nécessité de barrages mobiles alors peu connus.
- M. l’ingénieur Poirée inventa en 1854 le barrage mobile à fermettes et à aiguilles dont la première application fut faite à Bezons pour remplacer le pertuis de la Morue. Le succès qu’il obtint amena peu à peu la construction d’autres barrages dans les passes les plus difficiles; mais c’est en 1859 seulement qu’on commença les travaux d’ensemble étudiés de manière à assurer un tirant d’eau constant de 2 mètres. Grâce à ces travaux dont la dépense atteignit environ 14 millions, on était arrivé en 1878 à assurer le mouillage dé 2 mètres depuis Paris jusqu’au confluent de l’Oise, mais en aval, tous les barrages nécessaires pour racheter la pente du fleuve entre Meulan et Yernon et entre la Garenne et Poses n’étaient pas encore construits, et le mouillage pou-
- p.115 - vue 119/432
-
-
-
- 116
- LA NATURE.
- vait encore s’abaisser jusqu’à lm, 50 et même 1 mètre.
- L’accroissement continu du trafic ne permettait pas de se contenter de ce chiffre, et c’est dans ces conditions que la loi du 6 avril 1878 complétée par celle du 21 juillet 1880 prescrivit, comme nous l’avons dit, de porter lemouillage constant à 3m,20. Les travaux prescrits par ces deux lois sont presque entièrement achevés aujourd’hui, sauf la deuxième écluse en construction à Villez. La dépense qu’ils ont exigée s’est élevée à 61 millions sur lesquels les départements de la Seine, de Seine-et-Oise, de la Seine-Inférieure et la xille de Rouen ont concouru pour 9 200000 francs.
- La pente naturelle de 25ra,50 que présente la Seine, depuis l’amont de Paris jusqu’à l’écluse de Port-à-FAnglais sur une longueur de 225 kilomè-
- tres, est rachetée par neuf barrages à écluses. Ceux-ci sont installés àSuresnes, lîougival, Andrésy, Meulan, Méricourt, Villez, la Garenne, Poses et Marlot. Le diagramme de la figure ci-dessous indique la longueur des biefs correspondants et la hauteur de retenue de chacun d’eux.
- Chacune des retenues est constituée par un ou plusieurs barrages comprenant uneou plusieurs passes navigables. Les passes sont dites non navigables quand elles sont obstruées par un pont supérieur qui ne permet pas le passage des bateaux ; les passes dites surélevées ont leur seuil relevé au-dessus de celui de passes navigables, et elles sont considérées comme de simples déversoirs, lorsque ce seuil est très haut.
- Les barrages mobiles employés sont de deux types, soit du système à fermettes pivotantes, s’effaçant
- uAiw "Tsr—w
- ;~li ‘§5 iaf"
- Diagramme des retenues anciennes et nouvelles de la Seine entre Paris et Rouen.
- dans le lit du fleuve comme les lames d’un éventail, suivant la disposition inventée par Poirier, soit à pont supérieur supportant un cadre oscillant qui se relève horizontalement et hors de l’eau. Nous donnerons dans une Notice postérieure la description d’un barrage de chacun de ces deux types, celui de Suresnes, et celui de Poses. A côté des barrages proprement dits, deux écluses au moins sont installées pour permettre de franchir la chute ainsi déterminée : une grande écluse, destinée aux convois peut contenir en même temps 6 bateaux de 45 mètres de longueur et 8 mètres de largeur, et une petite écluse est destinée au passage des bateaux isolés. Les grandes écluses ont généralement 180 mètres de longueur, sauf celle deBougival qui peut recevoir jusqua 15 péniches de 38m,50, et dont la longueur atteint220mètres.
- Les travaux ainsi exécutés, et dont nous venms de donner une idée sommaire, ont complètement transformé la navigation sur la Seine ; le mouillage
- n’est jamais moindre de 3m,20, aucun chômage n’est à craindre par les basses eaux; la durée du trajet de Rouen à Paris est ramenée à trois jours au plus pour les convois toués ou remorqués, et elle ne dépasse pas 28 à 30 heures pour les porteurs à vapeur isolés. Les chemins de halage sont partout en bon état; mais on n’emploie plus guère d’ailleurs pour la traversée que des toueurs ou de puissants remorqueurs à vapeur. Le prix du fret qui était de 12 à 15 francs en 1840, est ramené actuellement à 4 et 5 francs à la remontée, et à 2 fr. 75 et 3 fr. 50 à la descente; et il s’est produit enfin une augmentation de plus de moitié dans le tonnage remorqué; celui-ci a atteint en effet en 1888 un chiffre de 389 millions de tonnes kilométriques tandis qu!en 1881, avant l’exécution de ces derniers travaux, il ne dépassait pas 227 millions.
- — A suivre. — L. B.
- p.116 - vue 120/432
-
-
-
- LA NATURE
- H7
- LES OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES
- DE LA TOUR EIFFEL
- Dès les premiers projets de construction de la Tour Eiffel, on avait compté, parmi les principales applications auxquelles elle pourrait se prêter, la création d’un observatoire météorologique. Cet observatoire a été installé, par les soins du Bureau central météorologique, tout au sommet de la Tour1, sur une petite plate-forme de 1m ,60 de diamètre qui la termine, à 500 mètres du sol et à 336 mètres au-dessus du niveau de la mer (fig. 1). On arrive à cette plateforme par une sorte de tuyau de cheminée aboutissant par le bas dans la salle du phare et fermé en haut par le couvercle 0.
- Sur cet étroit espace, on a pu disposer les instruments suivants : instruments à lecture directe : thermomètres à maxima et à minima, psychromè-tre placés sous l’abri D; instruments enregistreurs : thermomètre , hygromètre (enD) pluviomètre P ; instruments transmettant et enregistrant à distance leurs indications d'une manière continue: thermomètre (en D) ; girouette C ; anémomètres pourla vitesse horizontale du vent AetC; anémomètre pour la vitesse verticale B. De plus, on a placé un baromètre à mercure- et un baromètre enregistreur dans un des laboratoires qui se trouvent au-dessus de la troisième plate-forme. Un téléphone est dans la boîte T.
- Tous les instruments enregistreurs ont été imaginés et construits par MM. Richard frères. Grâce à ces instruments, les observations se font seules, par
- 1 Yoy. n° 839, du 29 juin 1889, p. 71
- tous les temps, le jour comme la nuit et d’une manière continue. Il suffit d’aller une fois par semaine, ou plus souvent quand cela est possible, remonter les mouvements d’horlogerie et faire les observations directes qui servent de contrôle.
- Les observations du vent ont commencé dès le milieu de juin; celles de la température et de la pression, le l,r juillet; enfin celles de l’humidité et
- de la pluie, dans le courant du même mois. Nous nous occuperons seulement pour le moment de la vitesse du vent et de la température, dont l’étude a donné jusqu’ici les résultats les plus intéressants.
- Ce qui frappe tout d’abord dans l’observation du vent, c’est la force tout à fait imprévue qu’il possède déjà à 500 mètres de hauteur. Les cent une premières journées d’observation qu’on a recueillies entre le milieu de juin et le 1er octobre, dans la belle saison, ont donné une vitesse moyenne de 7m,Ô5 par seconde, ou plus de 25 kilomètres à l’heure. Pendant la même période, un instrument ident ique à celui de la Tour Eiffel, placé sur la tourelle du Bureau central météorologique 1 à 21 mètres au-dessus du sol, et à une distance horizontale d’environ 500 mètres de la Tour, indiquait seulement une vitesse moyenne de2m,24, c’est-à-dire un peu moins du tiers de ce qu’on observait au sommet de la Tour. On savait bien que la vitesse du vent augmente avec la hauteur, car, près du sol, les mouvements de l’air sont gênés et retardés par le frottement contre toutes les aspérités, collines, maisons, arbres, etc.; mais on n’admettait pas jusqu’ici une loi de variation aussi rapide. Ce fait a une très
- 1 Yoy. n° 846, du 17 août 1889, p. 182.
- p.117 - vue 121/432
-
-
-
- 118
- LA NATURE.
- grande importance pour les études relatives à la navigation aérienne ; il importe, en effet, de savoir pendant combien de temps en moyenne la vitesse du vent reste au-dessous de telle ou telle valeur, contre laquelle peut lutter avantageusement la machine du ballon dirigeable. Or, pendant la période que nous avons étudiée, la vitesse du vent à 500 mètres a été pendant 59 pour 100 du temps supérieure à 8 mètres par seconde, et pendant 21 pour 100 supérieure à 10 mètres.
- Matin
- Minuit 2
- 10 Midi 2
- météo r
- ~8 10 Midi 2
- Minuit
- 10 Minuit-
- Matin
- Fig1. 2. — Variation diurne de la vitesse du vent sur la Tour Eiffel et au Bureau météorologique.
- Les observations anémométriques de la Tour Eiffel ont mis en évidence un autre fait encore plus imprévu que la grandeur môme de la vitesse du vent': c’est la manière dont cette vitesse varie régulièrement dans le cours de la journée.
- Les deux courbes en traits pleins de la figure 2 donnent respectivement pour la Tour Eiffel et le Bureau météorologique la loi de variation diurne de la vitesse du vent. Au Bureau météorologique, comme du reste dans toutes les stations basses, la
- Fig. 3. — Différences de température entre la Tour Eiffel et Paris.
- vitesse est la plus faible vers le lever du soleil (lm,6 à 5 heures du matin) et la plus forte au milieu du jour (5,n,l à 1 heure du soir). A la Tour Eiffel, au contraire, la plus petite vitesse (5m,4) s’observe entre 9 et 10 heures du matin, et la plus grande
- se produit au milieu de la nuit (8m,8 à 11 heures du soir). C’est presque exactement ce qui se passe au sommet des montagnes, comme au Puy-de-Dôme et au Pic du Midi, où la vitesse du vent est maximum pendant la nuit et minimum au milieu
- Vendredi 22 Novembre ___6V Midi______6bs.
- Jeudi 21 Novembre 6*)m. Midi 6frs.
- Samedi 23 Novembre Sl'm. Midi 6bs.
- Mercredi 20 Novembre Çt'm. Midi St's.
- Dimanche 24 Novembre tf Ghm. Midi ' 6*ls.
- Fig. i. — Marche de la température au sommet et à la base de la Tour Eiffel du 20 au 24 novembre 1889.
- du jour, suivant ainsi une marche inverse de celle des* régions basses. Cette inversion est encore mise plus nettement en évidence par la courbe pointillée de la figure 2, qui donne pour chaque instant le rapport des vitesses du vent à la Tour Eiffel et au Bureau météorologique. Ce rapport est le plus grand et égal à 5 entre 2 et 4 heures du matin, le plus petit et égal à 2 entre 10 heures du matin et 5 heures du soir ; sa variation diurne présente exactement la forme caractéristique de celle de la vitesse du vent sur les montagnes. C’est certainement la première fois que l’on signale une variation sem-
- blable à une hauteur aussi faible dans l’atmosphère.
- Au point de vue de la vitesse du vent, considérée soit dans sa grandeur absolue, soit dans sa variation diurne, la Tour Eiffel se rapproche donc beaucoup plus des stations de montagnes que des stations ordinaires. Il en est de même pour la température. En admettant, comme d’ordinaire, une décroissance de 1° pour 180 mètres d’altitude, le thermomètre devrait être constamment plus bas au sommet de la Tour de 1°,6 qu’au niveau du sol, dans la campagne des environs de Paris, à l’Observatoire du Parc de Saint-Maur, par exemple. Nous avons pris cette sta-
- p.118 - vue 122/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 119
- tion comme terme de comparaison au lieu d’un point situé dans Paris môme, plus près de la Tour, parce que la température de Paris n’existe pas, à proprement parler; elle est absolument artificielle et peut varier de plusieurs degrés suivant l’emplacement des instruments, l’état du ciel, la direction du vent, etc.
- La figure 3 donne, pour chaque mois, la différence moyenne entre la Tour Eiffel et le Parc de Saint-Maur, non seulement pour la température moyenne (ligne du milieu), mais pour la température minima de chaque jour (ligne supérieure) et pour la température maxima (ligne inférieure).
- Dans tous les mois sans exception, au moment du maximum diurne, la température, au sommet de la Tour, est plus basse qu’au pied; la différence est même beaucoup plus grande que la valeur théorique 1°,6 que nous avons indiquée et qui est représentée sur le diagramme par une ligne ponctuée; les journées sont donc relativement froides au sommet. Par contre, les nuits (minima, ligne supérieure) sont très chaudes : non seulement la différence entre le sommet et la base n’atteint pas 19,6, mais c’est le sommet qui est le plus chaud en valeur absolue. Au sommet de la Tour, les journées sont donc relativement fraîches et les nuits chaudes; l’amplitude de la variation diurne de la température est beaucoup moindre que près du sol.
- La cause principale de ces différences est la faiblesse des pouvoirs absorbant et émissif de l’air, qui s’échauffe très peu directement pendant le jour et se refroidit aussi très-peu pendant la nuit; la variation diurne de la température, à une certaine hauteur dans l’air libre, doit donc être petite; elle devient plus grande dans les couches inférieures de l’atmosphère, auxquelles se communiquent par contact les variations de température considérables que subit le sol. Dans les 200 ou 300 premiers mètres d’air à partir du sol, la décroissance de la température est ainsi très rapide le jour et très lente la nuit, où même il fait normalement plus chaud à une certaine hauteur que près du sol, quand le temps est calme et beau. Ces considérations sont vérifiées de la manière la plus complète par les observations de la Tour; dans les nuits calmes et claires, en particulier, la température y est fréquemment de 5° à 6° plus haute au sommet qu’à la base.
- Des différences analogues ont été observées fréquemment dans les observatoires de montagnes; mais elles y sont beaucoup moins marquées. C’est que, dans ces stations, la masse de la montagne exerce encore une influence considérable, tandis qu’à la Tour Eiffel on est réellement dans l’air libre. C’est ainsi que l’amplitude de la variation diurne de la température à la Tour Eiffel, à 336 mètres au-dessus du niveau de la mer, est presque égale et même plutôt inférieure à celle que l’on observe au sommet du Puy-de-Dôme, à 1470 mètres.
- La marche annuelle de la température au sommet de la Tour (ligne du milieu, fig. 3) paraît, autant
- qu’on en peut juger, d’après cinq mois seulement d’observation, suivre les mêmes lois que la variation diurne; la températuremoyennesembleplusbasseque la normale pendant la saison chaude, et plus élevée, au contraire, pendant la saison froide. En dehors de ces causes régulières, des causes accidentelles peuvent produire des différences de température encore plus remarquables entre le haut et le bas de la Tour Eiffel. Au moment des changements de temps, la modification se manifeste parfois complètement à 500 mètres de hauteur plusieurs heures et même plusieurs jours avant de se produire près du sol. Le mois de novembre dernier en a fourni un exemple frappant.
- Du 10 au 24 novembre a régné, sur nos régions, une période de hautes pressions, avec calme ou vents très faibles venant généralement de l’est, et température basse, surtout dans les derniers jours ; c’est seulement dans la journée du 24 que le vent passe au sud-sud-ouest et devient fort; la température remonte, le ciel se couvre et le mauvais temps commence. Or, à la Tour, la température était encore basse le 21 avec vent faible du sud-est, lorsque, vers 6 heures du soir, le vent prend brusquement de la force et tourne au sud, puis se fixe au sud-sud-ouest; en même temps la température, au lieu de baisser, comme elle aurait dû le faire normalement, remonte de plus de 8° jusque vers 2 heures du matin le 22, comme on le voit sur la figure 4 qui reproduit les courbes des thermomètres enregistreurs installés au sommet de la Tour et à la base (pilier est). Depuis ce moment, la température est restée haute au sommet, de sorte que, dans tout l’intervalle compris entre le soir du 21 et le matin du 24, il a fait constamment beaucoup plus chaud en haut de la Tour qu’au niveau du sol. Le changement de régime s’est donc manifesté à 300 mètres de hauteur plus de deux jours avant de se faire sentir dans les régions inférieures. Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que rien absolument en bas ne pouvait indiquer ce changement ; depuis le soir du 21 jusqu’au matin du 24, le ciel a été constamment d’une pureté parfaite, sans aucun nuage, et un calme complet régnait en bas alors qu’en haut de la Tour soufflait un vent chaud du sud-sud-ouest, animé d’une vitesse de 6 à 8 mètres par seconde.
- Les observations de température aussi bien que celles de la vitesse du vent montrent ainsi, d’une manière tout à fait imprévue, à quel point les conditions météorologiques à 300 mètres seulement de hauteur peuvent différer de celles que l’on observe près du sol. Malgré son altitude relativement faible, la station météorologique de la Tour Eiffel est donc des plus intéressantes; c’est la première qui nous donne réellement des observations faites dans l’air libre, en dehors de l’influence du sol, et il est probable qu’elle réserve encore aux météorologistes plus d’une surprise et plus d’un enseignement.
- Alfred Angot.
- p.119 - vue 123/432
-
-
-
- 120
- LA NATURE.
- LE PALAIS DE GLACE
- LE PATINA OE PAR TOUS LES TEMPS
- Fig. 1.
- Le patinage est un exercice des plus amusants en même temps que des plus hygiéniques; mais qu’elles sont nombreuses les années où nous sommes obligés d’y renoncer h Paris. Depuis près de dix ans, il n’y a pas eu une série de geléesassez longue pour que les lacs du Bois deBoulognepuis-sent être mis à la disposition du public; le Parisien a dù renoncer à l’un de ses plaisirs favoris. Lorsque, par hasard, la température s’abaissait pendant quelques jours, vite on organisait une fête de patinage...; mais aussitôt le thermomètre remontait et le jour de la fête, on était dans l’eau ; les patins pouvaient être remplacés par des barques.
- Nous ne parlons pas du ska-ting à roulettes qui ne remplacera jamais le vrai patinage sur la glace; tous ceux qui ont pra-tiqué les deux genres d’exercice seront de notre avis, et du reste on a vu disparaître les uns après les autres les établissements qui s’étaient créés spécialement pour le patin à roulettes'. Avoir un emplacement assez grand couvert de glace naturelle en toute saison ; pouvoir patiner par tous les temps ! C’est là un rêve qui a été bien souvent caressé par les amateurs, mais réalisé à notre connaissance, une seule fois, en Angleterre. Il existe en effet à
- Machine à froid.
- '?///! II! I » 1
- Fig. 2.
- Southport près Liverpool une piste de 600 mètres carrés environ, où de la glace naturelle est toujours entretenue. Mais qu’est-ce que 600 mètres pour des patineurs! c’est bien peu. A Paris, il fallait faire grand, et c’est ce qu’on vient de faire. Tout le monde connaît les magnifiques arènes de la rue Pergo-lèze : la gran plaza de toros. C’est dans ce cir-que immense qu’est installé le Palais de glace.
- La piste qui a 52 mètres de diamètre a été couverte par un
- dôme d’une hardiesse extrême. Des fermes élégantes en bois traversent l’arène d’un seul jet, sans
- aucun support au milieu où elles viennent toutes se réunir. Cette construction, entièrement en bois, est tout à fait remarquable et fait le plus grand honneur à l’entrepreneur qui est arrivé en outre à la terminer avec une rapidité extraordinaire. Lafigure 5 montre la transformation subie par le cirque.
- Quoique l'établissement ne soit pas encore ouvert au public, le dessinateur a représenté une scène de patinage donnant une idée de ce que sera la réalité. Nous avons vu du reste quelques patineurs essayer la glace artificielle dans des expériences préliminaires.
- Autour de la piste proprement dite destinée aux patineurs et qui a 2200 mètres carrés, on a réservé un
- Disposition des tuyaux de distribution de l’air froid pour la congélation de l’eau.
- p.120 - vue 124/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 121
- vaste promenoir de 7 mètres de large. Le fond de la piste a été bétonné et parfaitement nivelé, puis sur ce fond on a posé un immense serpentin en fer dont le développement est de 16000 mètres (nous disons bien seize kilomètres).
- Pour parler plus exactement il y a 14 serpentins, ayant chacun environ 1100 mètres de développement, formant quatorze circuits complets qui, partant tous d’un point unique sur le bord de la piste, y reviennent après avoir parcouru une partie de sa surface ; c’est à ce point collecteur de tous les circuits qu’est placée la robineterie qui permet de les rendre à l’occasion indépendants les uns des
- autres. Les tubes de fer employés ont 3 centimètres et demi de diamètre intérieur. Chaque spire se trouve à 12 centimètres de sa voisine. On comprend que, la piste une fois remplie d’eau de manière à recouvrir complètement les tubes, si par un moyen quelconque on peut porter ceux-ci à une très basse température, on obtiendra la congélation de la masse d’eau. Dans l’établissement analogue qui existe en Angleterre, on a employé l’acide sulfureux pour obtenir le refroidissement ; ici on a préféré l’ammoniaque.
- Passons dans la salle des machines située à côté du cirque et nous verrons fonctionner les appareils
- Fijç. 3. — Vue d’ensemble du Palais de glace à Paris.
- Fixari, destinés à la production du froid (fig. 1). Le principe du système est bien connu; il est basé sur la liquéfaction et la détente du gaz ammoniac. Amené à l’usine dans des bonbonnes où il se trouve à l’état de dissolution dans l’eau, le gaz est extrait simplement en chauffant cette eau dans un vase clos. Un tube partant de ce vase permet à une pompe d’aspirer puis de refouler le gaz dans un serpentin entouré d’eau froide constamment renouvelée, par lequel il va finalement se condenser dans un réservoir placé à la partie inférieure de l’appareil.
- Cette opération terminée, les appareils sont considérés comme chargés, et on coupe la communication avec le vase ayant contenu la dissolution ammoniacale.
- Dans le cas particulier qui nous occupe aujourd’hui, et qui n’est en somme que la reproduction en grand de ce qui se fait tous les jours dans les fabriques de glace, voici ce qui se passe : le réservoir contenant l’ammoniaque liquéfiée est mis en communication avec le collecteur où prennent naissance les 14 circuits de 1100 mètres chacun, dont nous avons parlé tout à l’heure, tandis que la pompe produit une aspiration dans un second collecteur où aboutissent les extrémités de ces circuits (fig. 2). Sur ce long parcours, l’ammoniaque reprend sa forme gazeuse, et cette transformation produit un froid de plus de 30 degrés au-dessous de zéro. La masse d’eau qui entoure les tubes se congèle donc rapidement. Il est clair que la pompe qui produit l’aspiration dans les tubes de la piste, produit
- p.121 - vue 125/432
-
-
-
- 122
- LA NATURE.
- immédiatement, comme pour l’opération du chargement primitif, le refoulement dans l’appareil de liquéfaction. C’est donc toujours, une fois l’appareil chargé, la même provision d’ammoniaque qui sert indéfiniment.
- Les appareils Fixari employés à la rue Pergolèze sont au nombre de trois, pouvant produire respectivement 500, 500, et 1000 kilogrammes de glace à l’heure. Trois locomobiles représentant une puissance de 120 chevaux servent à actionner les pompes.
- La première congélation de la piste exige l’emploi de tout le matériel, mais il n’y a plus ensuite qu’à l’entretenir et une partie seulement du matériel suffit. Le reste de la force motrice est utilisé à -l’éclairage électrique de l’établissement. On a employé à cet effet 18 lampes Soleil alimentées par une machine à courants alternatifs système Clerc, et environ 150 lampes à incandescence alimentées par une machine Gramme. L’expérience qui vient d’être faite aux arènes de la rue Pergolèze marquera dans les Annales des applications, de la physique. Elle présentait en effet de grandes difficultés et on s’en rendra compte facilement si on réfléchit à la quantité considérable de raccords exigés par un serpentin en fer de 16 kilomètres! et si l’on se souvient surtout de l'énorme affinité qu’ont l’un pour l’autre les deux éléments qu’il s’agit d'isoler : l’eau et le gaz ammoniac !
- Si les promoteurs de cette grande entreprise reçoivent les félicitations des amateurs de patinage, nous ne devons pas oublier de leur adresser aussi celles des amis de la scienqe1. G. Mareschai..
- FABRICATION DE L’ALUMINIUM
- Nous avons précédemment parlé de la fabrication du bronze d’aluminium par le procédé Héroult2. Nous disions qu’il restait à trouver un moyen également économique soit de produire directement l’aluminium pur, soit de le séparer des métaux auxquels il se trouve allié.
- Ce moyen, M. Héroult l’avait trouvé antérieurement par l’électrolyse de l’alumine dissoute dans la cryolilhe en fusion; mais il n’a été mis en pratique que depuis peu de temps, et nous allons parler aujourd’hui de cette méthode intéressante.
- Depuis trois mois, l’usine de Neuhausen, établie sur la chute du Rhin, et acquéreur des procédés Héroult pour l’Allemagne et une partie de l’Europe, l’usine de Froges (Isère), établie à 20 kilomètres de Grenoble, sur le ruisseau des Adrets, parla Société électro-métallurgique française, propriétaire des mêmes procédés pour la France, ont installé ce procédé et produisent journellement de grandes quantités d’aluminium pur à raison de 16 gram-’ mes par cheval-heure. Or, l’usine de Neuhausen dispose de 2000 chevaux et celle plus modeste de Froges en a cependant encore 800 à sa disposition. Il est inutile de
- 1 Au moment où nous écrivons ces lignes, les pompes fonctionnent et la glace commence à se former. Tout fait espérer la réussite de cette entreprise hardie qui, quoi qu’il arrive, mérite d’être signalée. G. M.
- * Yoy. n° 813, du 29 décembre 1888, p. 76.
- revenir sur ce qui a été dit il y a un an. Nous nous résumerons en deux mots: ce qui est utilisé dans la fabrication du bronze l’est également dans celle de l’aluminium pur. L’usine de Froges possède deux turbines de 500 chevaux chacune, plus une petite turbine de 100 chevaux. Les grandes turbines peuvent actionner quatre dynamos produisant chacune 6000 ampères et 16 volts. Ce sont des machines à faible tension et à courant continu.
- La petite turbine de 100 chevaux actionne une excitatrice de 500 ampères et 65 volts qui concourt également à l’éclairage de l’usine. Cette même turbine met en même temps en mouvement toutes les machines-outils de l’usine (forge, tours, cisailles, raboteuses et notamment le ventilateur de la fonderie qui possède un cubilot et huit fours à creusets).
- L’appareil, qui est utilisé pour la fabrication de l’aluminium pur, est représenté ci-dessous.
- Un creuset en tôle garni intérieurement de charbon est isolé sur des supports. Ce creuset est percé dans le fond pour laisser passer une des électrodes qui est isolée
- Coupe du four pour ta labrication industrielle de l’aluminium.
- électriquement du reste de la marmite. L’autre électrode est suspendue au-dessus du creuset par une potence munie d’une vis qui permet de la relever ou de l’abaisser à volonté. Cette électrode supérieure, qui est la positive, est constituée en charbon. L’électrode inférieure, ou négative, est constituée en un métal quelconque. On amorce le creuset en y versant une première quantité de cryo-lit’ne. Le courant passe aussitôt et l’opération se continue sans interruption pourvu qu’on ait le soin d’entretenir constamment le bain en y jetant de l’alumine que le courant éléctrique décompose.
- Le métal se dépose au fond du creuset d’où on l’extrait toutes les vingt-quatre heures par un trou de coulée. Le métal ainsi obtenu devrait être chimiquement pur. Malheureusement les substances employées ne sont pas elles-mêmes d’une pureté absolue, aussi n’obtient-on que rarement de l’aluminium à plus de 99 pour 100. Quand le bain se charge d’impuretés, le degré de pureté du métal s’abaisse graduellement. Il n’y a plus alors qu’à renouveler le bain en entier. C’est ce qu’on fait à Froges où l’on ne soutire jamais d’aluminium à moins de 97,5 pour 100. Un laboratoire très complet, installé à l’usine, permet d’analyser immédiatement chaque coulée et de contrôler la pureté du métal d’une façon constante.
- L’usine de Froges, sœur cadette de celle de Neuhausen, peut donc fabriquer à volonté soit du ferro-aluminium, soit des bronzes d’aluminium, soit de l’aluminium pur.
- p.122 - vue 126/432
-
-
-
- LA NATURE.
- Pour ne parler que de ces trois produits, ils sont de nature à révolutionner complètement l’industrie métallurgique et l’industrie d’art.
- Des expériences nombreuses ont confirmé ce résultat déjà signalé, que l’emploi de l’aluminium rendait les plus grands services dans la métallurgie du fer et de ses dérivés ; 1/1000 d’aluminium mis dans une coulée d’acier purge le métal, le rend fluide et permet de le couler sans soufflures ni gerçures, 1/10000 dans la fonte permet de la couler sans gerçures ni piqûres, évite que les parties minces ne deviennent cassantes et donne au métal une imperméabilité remarquable, point très important pour les appareils à pression.
- Le bronze et le laiton d’aluminium ont des qualités 1out aussi remarquables. Des éprouvettes de laiton coulé en coquille ne rompent que sous une charge de 40 à 50 kilogrammes par millimètre carré, avec un allongement de 50 à 40 pour 100.
- Le fil du même laiton a donné une résistance de rupture égale à 105 kilogrammes par millimètre carré de section et un allongement de 2 pour 100; il supporte de 50 à 60 pliages sur un rayon de 3 millimètres et sa conductibilité est de 30 pour 100 de celle du cuivre pur Mathiessen. Le bronze a une résistance beaucoup plus grande mais moins d’allongement. Il est d’un beau jaune d’or, sa dureté est telle qu’il faut le présenter d’une façon toute spéciale au laminoir.
- Enfin l’aluminium pur a mille emplois dans la vie domestique. Sa légèreté (D = 2,66) son inattaquabilité par l'air, l’acide sulfhydrique, etc., le rendent d’un emploi très commode dans les services de table. 11 n’était guère employé jusqu’à ce jour que dans la lunetterie, mais du moment où on l’offre sur le marché à des prix cinq fois moins élevés que ceux connus ces dernières années, il est à penser que sa consommation prendra un rapide essor. Nous signalons aussi son utilisation pour remplacer le cuivre dans la monnaie de billon.
- X..., ingénieur.
- La Nature a consacré, à diverses reprises, de courtes Notices à divers thermomètres médicaux. Le problème tout spécial qu’il s’agit de résoudre ne touche que fort peu à la thermométrie de précision dont nous avons parlé dernièrement. Un thermomètre médical doit donner très rapidement, sans aucune correction, la température à 1/10 ou 1/20 de degré près. M. Tonnelot, à Paris, vient de construire, sur nos indications, quelques thermomètres qui nous paraissent remplir assez bien ces conditions. Nous avons renoncé tout d’abord aux thermomètres dits à chemise, qui sont très lents, et extrêmement fragiles, étant composés de plusieurs pièces qui ont parfois un peu de jeu. Nous avons cherché la rapidité dans la forme du réservoir, qui est étroit et allongé, et isolé de la tige par un étranglement.
- Ces thermomètres sont en verre dur, et, d’après les expériences faites sur cette matière, leur zéro ne doit plus se déplacer que de 2 ou 5 centièmes de degré après la seconde année qui suit leur fabrication; c’est à ce moment qu’ils doivent être gradués ; le déplacement du zéro peut, du reste, être sensiblement arrêté par un recuit du thermomètre. Grâce à l’emploi du verre dur, on peut donc se dispenser de placer un zéro de contrôle sur les thermomètres médicaux, ce qui simplifie l’instrument.
- De plus, l’excès des indications de ces thermomètres
- 125
- sur l’échelle normale étant à peu près constante et égale à un dixième de degré pour tout l'intervalle compris entre 34° et 42°, limites des thermomètres médicaux, toute la division du thermomètre a été remontée de cette quantité, afin que les thermomètres indiquent, sans aucune correction, les températures dans l’échelle normale. C’est à cette échelle que doivent être rapportées toutes les mesures de température, et nous avons pensé qu’il était bon de suivre le mouvement pour les thermomètres médicaux; on obtiendra des indications un peu plus basses qu’autrefois, et il faudra s’y faire. Mieux vaut plus tôt que plus tard, et les constructeurs contribueraient à l’unification s’ils graduaient désormais les thermomètres médicaux d’après les mêmes principes. Cii.-Ed. Guillaume.
- ———
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE EN AMÉRIQUE
- LE SYSTÈME MUNICIPAL EDISON
- Le caractère tout spécial de l’emploi de l’énergie électrique a l’éclairage est la variété des moyens dont on dispose pour en effectuer la répartition et en faciliter l’emploi dans chaque cas particulier.
- Nous en avons aujourd’hui un exemple frappant dans le système d’éclairage connu en Amérique sous Je nom de Système municipal Edison, adopté par plus de cinquante villes.
- L’éclairage public d’une ville est caractérisé par ce fait que les lampes sont solidaires dans leur fonctionnement et doivent toutes éclairer ou ne pas éclairer à la fois. Il en est de même pour certains établissements publics, tels que grands magasins, stations de chemins de fer, ateliers, etc. Chacun de ces établissements peut constituer un groupe distinct, de consommation invariable, et qui prendra de lui-même l’intensité de courant qu’il lui faut, pourvu que l’on maintienne entre les extrémités du circuit ou de la boucle sur laquelle chacun de ces groupes de consommation est branché, une différence de potentiel constante.
- C’est, en un mot, le tout ou rien appliqué à chacun des circuits à desservir. Dans ces conditions spéciales, le problème de la distribution se trouve considérablement simplifié. Il suffit de maintenir h « l’usine une différence de potentiel constante et assez élevée, fixée h 1200 volts dans le cas que nous allons examiner, et de brancher sur cette différence de potentiel autant de boucles que nous avons de séries de lampes solidaires à desservir. Si, par exemple et pour fixer les idées, nous établissons des circuits de 3 ampères, chacun de ces circuits représentera une puissance disponible de 3600 watts, et l’on pourra, à raison de 3 watts par bougie, obtenir sur le circuit un éclairage représentant au total 1200 bougies, obtenu soit avec soixante lampes de 20 bougies, soit avec trente lampes de 40 bougies, soit par une combinaison variable de lampes de 20 et de 40 bougies consommant 5 ampères et distribuées à volonté dans le circuit, jusqu’à concurrence des 1200 volts disponibles.
- L’unité de distribution représentée par chaque
- p.123 - vue 127/432
-
-
-
- m
- LA NATURE.
- boucle peut d’ailleurs être variée dans d’assez grandes limites en changeant l’intensité dans la boucle de distribution et, par suite, en changeant aussi le type de lampe sur chaque boucle. C’est donc un système à potentiel constant pour l’ensemble des boucles et à intensité constante pour chacune d’elles. L’ensemble de la distribution comprend une dynamo de construction spéciale à 1200 volts, un tableau de distribution et de réglage, et une disposition de lampe avec support, telle que larup-ture accidentelle du filament d’une lampe n’interrompe. pas le circuit auquel la lampe mise hors de service appartient.
- La machine municipale Edison, représentée figure 1, est établie pour l’alimentation d’un grand nombre de lampes à incandescence montées en tension et fournissant un courant de 9 ampères sous une différence de potentiel de 1200 volts à la vitesse angulaire de 1600 tours par minute. La machine est excitée en dérivation et l’enroulement est constitué par huit bobines isolées, montées par quatre en tension sur chacune des jambes des inducteurs. C’est en variant une résistance intercalée dans le circuit d’excitation que l’on maintient la différence de potentiel de 1200 volts constante aux bornes de la dynamo, et, par suite, également constante l’intensité du courant traversant chacune des dérivations établies sur la machine.
- Les données ci-dessus se rapportent à une machine
- du plus petit type : il en est d’autres plus puissantes qui produisent respectivement 16, 32 et 48 ampères, toujours sous une différence de potentiel de 1200 volts. Une dynamo alimente un nombre de circuits variable avec sa puissance maxima et le type de lampe à incandescence adopté pour chacun de ces circuits. Ces types de lampes varient, suivant la grosseur du filament, entre 2,6 et 3,6 ampères.
- Le tableau représenté figure 2, et qui se rapporte à l’installation type qui figurait dans la section américaine à l’Exposition, est établi pour trois circuits distincts de 5 ampères chacun, alimenté par le plus petit type de dynamo (9 ampères.) Dans chacun des circuits se trouvent intercalées un certain nombre de lampes du même type que celles du circuit, qui servent à la fois de lampes témoins et de lampes régulatrices, comme nous allons l’indiquer dans un instant. Les lampes à incandescence ne présentent pas de caractère particulier autre que celui d’être traversées par le même courant.
- La différence d’intensité lumineuse des différents types est obtenue en employant des filaments plus ou moins longs, prenant, par suite, un nombre de volts et un nombre de watts plus ou moins grand. Ces lampes à gros filament ont sur les lampes à filament fin l’avantage de'pouvoir être poussées davantage, et, par suite, de fournir un rendement lumineux plus élevé. Comme toutes les lampes sont montées en tension, des précautions nombreuses sont prises pour que, en cas de rup-
- Fig. i. — Machine municipale Edison.
- Fig. 2. — Tableau de distribution.
- p.124 - vue 128/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 125
- ture accidentelle d’un filament, toute la boucle dans laquelle se trouve intercalée la lampe dont le filament a sauté ne se trouve pas éteinte par suite de l’interruption du circuit. Ce résultat est obtenu à l’aide d’un ferme-circuit automatique disposé en partie dans la lampe, et en partie sur le support. A l’intérieur de la lampe (fig. 5) se trouve une lame de platine scellée dans le verre et qui ne joue aucun rôle tant que le filament est en bon état de continuité. A l’extrémité de celte lame esttixé un fil de platine très fin, qui maintient, par sa tension, le contact rompu entre deux autres lames élastiques qui tendent à se rapprocher pour former court-circuit. Lorsque le filament se rompt, le courant tend à passer à travers le vide de la lampe dans le fil fin de platine qu’il fait fondre; ce fil, en fondant, abandonne le ressort qu’il maintenait tendu et écarté du contact; les deux pièces venant se rejoindre établissent un court-circuit direct entre le fil d’arrivée et le fil de départ du courant.
- 11 faut également éviter que si, pendant la marche, on vient dévisser une lampe pour la remplacer, ou pour toute autre cause, le circuit se trouve interrompu. A cet effet, le bouchon F (fig. 3, A) vient, lorsque la lampe est vissée à fond, appuyer sur une pièce isolante D, qui éloigne la lame G, et rompt le court-circuit; mais, si l’on vient à dévisser la lampe, le court-circuit se trouve rétabli de nouveau et se maintient tant que l’on n’a pas remis la lampe en place.
- Enfin, le socle de la lampe renferme en E une clef de sûreté dont nous -allons indiquer le fonctionnement.
- Cette clef de sûreté, représentée en détail figure 4, se compose d’une sorte de tube conique D, en ma-
- tière isolante dans lequel viennent se visser deux cylindres métalliques A et B entre lesquels on intercale une rondelle de papier très mince G. Ce système est intercalé en dérivation entre le fil d’arrivée et le fil de départ du courant ; dans le cas extrême où le ferme-circuit automatique constitué par la troisième lame viendrait à ne pas fonctionner, il
- s’établirait une grande différence de potentiel entre A et B, le papier brûlerait à l’intérieur de la garniture réfractaire et isolante, et mettrait les deux extrémités du conducteur en court-circuit. Grâce à toutes ces précautions, une interruption accidentelle d’un circuit est rendue à peu près impossible, sauf dans ce cas : la rupture d’un fil conducteur. On voit en B (fig. 5) la forme de l’abat-jour conique renversé adopté pour les lampes des rues : cette forme a l’avantage de diffuser horizontalement la lumière, au lieu de la jeter au pied du candélabre, comme la plupart des dispositions
- de réflecteurs adoptées pour l’éclairage public.
- Si, dans une soirée, un certain nombre de lampes hors de service se trouvaient mises accidentellement en court-circuit, il en résulterait forcément pour ce circuit une diminution de résistance qui entraînerait une augmentation correspondante de l’intensité de courant, au grand préjudice de la conservation des lampes restantes.
- Pour éviter cet inconvénient, un ampèremètre, très sensible aux environs du courant normal qu’il doit indiquer, est introduit dans chaque circuit, en même temps qu’un certain nombre de lampes que l’on peut y intercaler pour former résistance si l’intensité vient augmenter dangereusement dans l’un quelconque de ces circuits. Le tableau de distribution (fig. 2) montre l’ensemble des lampes témoins, des lampes formant résistances, des appareils de mesure et des
- Fig. 3. — Lampe municipale Edison. — A. Détail du mécanisme de la lampe. B. Ensemble de la lampe montée sur un abat-jour divergent.
- Fig. 4. — Détails du ferme-circuit automatique.
- p.125 - vue 129/432
-
-
-
- 126
- LA NATURE.
- lils souples à contacts mobiles qui permettent d’intercaler un nombre variable de lampes compensatrices dans chacun des circuits.
- Le système municipal Edison forme un ensemble parfaitement étudié qui rend les plus grands services dans les villes où il est établi. Il reste à savoir si, dans l’aversion que M. Edison vient de témoigner récemment pour les courants de haute tension, le célèbre inventeur interdira l’emploi d’un système ingénieux, mais contraire à ses principes. La question est piquante, et nous ne manquerons, pas d’en suivre les péripéties. E. Hospitalier.
- AGRANDISSEMENT DES
- CLICHÉS PHOTOGRAPHIQUES
- PAR l’exTENSIOX DE LA PELLICULE
- Nous croyons être utile à ceux des lecteurs de La Nature qui s’occupent de photographie en leur donnant les résultats de nos essais sur une méthode d’agrandissement indiquée, il y a quelques mois, par M. Henri Duchesne. Celte méthode n’est pas nouvelle, mais est assez peu connue pour trouver sa place ici.
- Le procédé consiste à tremper le cliché dans de l’eau additionnée d’acide chlorhydrique à 5 pour 100. Après l’y avoir laissé cinq à dix minutes, la gélatine se laisse facilement décoller et rouler sous le doigt. Une fois la pellicule entièrement détachée du cliché, on l’étale et on la laisse dans l’eau acidulée pendant quelques minutes ; elle augmente d’environ un centimètre dans les deux sens. Si à ce moment, on la transporte dans une cuvette contenant de l’eau pure, elle continue à augmenter régulièrement en longueur et en largeur, de telle façon qu’un cliché 9/12 prend les proportions d’un 13/18.
- Au fond de la cuvette contenant l’eau dans laquelle on transporte la pellicule, on place préalablement une plaque de verre au-dessus de laquelle on étale bien la gélatine, qui vient adhérer à la plaque lorsqu’on la sort de l’eau progressivement et avec précaution ; ce tour de main s’acquiert d’ailleurs rapidement.
- La glace, entièrement sortie de l’eau, doit être d’abord tenue horizontalement afin d’empêcher qu’elle ne glisse ; avec le doigt ou avec un blaireau on efface les plis que peut former la gélatine et on enlève avec soin les bulles d’air, puis on la fait égoutter en la tenant verticalement, mais en ayant soin de maintenir légèrement la pellicule par le haut; on fait ensuite sécher le cliché en le plaçant horizontalement ; les plis qui ont pu persister disparaissent au séchage.
- En s’amincissant pour s’agrandir le cliché s’est évidemment affaibli et a besoin d’être renforcé, à moins qu’il n’ait été primitivement trop poussé. Il ne faut pas le renforcer avant qu’il ne soit complètement sec, sans quoi la pellicule se rétracterait et se fendrait en divers sens. Il est préférable du reste, si on a l’intention d’agrandir le cliché, de le pousser très fort au développement.
- Nous n’avons réussi qu’avec des clichés développés à l’hydroquinone et n’ayant pas été passés dans un bain d’alun.
- On peut faire sécher la pellicule sur une surface de bois bien poli ou de caoutchouc durci; après le séchage elle se décolle très facilement tout en restant intacte. Elle peut ainsi être envoyée par la poste à un correspondant
- qui n’a plus qu’à la mouiller s’il veut la coller sur verre, ou qui peut l’utiliser telle qu’elle est, pour le tirage des positifs.
- Enfin on comprend qu’on puisse obtenir un deuxième agrandissement en faisant avec le nouveau cliché d’abord un positif, puis un négatif à qui on fait prendre ensuite de plus grandes proportions par l’opération à l’acide chlorhydrique.
- Il est évident que ce procédé ne peut remplacer les méthodes d’agrandissements ordinaires, mois tout le monde ne dispose pas d’un outillage spécial. En outre ce procédé à l’avantage de permettre d’obtenir un cliché pouvant être utilisé ensuite à un tirage de positifs illimités, et cela, sans appareils ni produits autres que quelques glaces et un peu d’acide chlorhydrique.
- Nous avons surtout utilisé ce genre d'agrandissement pour obtenir des 9 X 12 avec les 8x9 de notre appareil de poche. Dr Maresciul.
- CHRONIQUE
- Influence du froid sur les rails. — A la suite d’expériences faites il y a environ vingt ans par un ingénieur suédois, M. Sandberg, on a pu constater qu’en hiver les rails de fer perdent en Suède la plus grande partie de leur résistance. L’acier remplaçant aujourd’hui d’une façon générale le fer dans la fabrication des rails, on a dù faire des expériences analogues sur des rails en acier; c'est ce qu’a fait M. Sandberg pendant l’hiver 1887-1888 sur une série de rails provenant de fonte au bois dans les ateliers de Domnarfvet, en Suède. On avait d’ailleurs auparavant constaté que des rails d’acier de provenance anglaise et ne contenant que 0,3 pour 100 de carbone avaient bien résisté, à peu d’exceptions près pendant vingt années. Aujourd’hui on tend en général et en particulier en Suède à employer pour les rails de l’acier plus dur contenant 0,4 pour 100 de carbone; et c’est sur de l’acier contenant cette quantité de carbone qu’ont porté les expériences de M. Sandberg. On a constaté que si l’acier était plus dur, il était plus cassant au froid; pendant les essais d’hiver la moitié des rails se sont brisés ; ils ont d’ailleurs parfaitement résisté pendant l’été. 11 paraît que comme conséquence on en est revenu à l’emploi d’acier à 0,3 pour 100 de carbone sous un climat froid comme celui de la Suède. D. B.
- Le monde connu et le monde inconnu dans les terres polaires. — Notre confrère VAstronomie donne la surface que l’on suppose exister dans les terres polaires. Dans la région arctique, nous avons : Archipel arctique au nord de l’Amérique, 1 301 080 kilomètres carrés; Groenland (environ 10000 habitants), 2169 750; Islande et Jan-Maven (72 000 habitants), 105 198; Spitz— berg et terre François-Joseph, 99 918; Nouvelle-Zemble, 91813; Nouvelle-Sibérie et terre de Wrangel, 91 685; soit au total pour la région polaire arctique, 5 859 444. Dans la région antarctique, il y a, au sud de l’Amérique (terres de Graham, d’Alexandre, etc.), 138 000 kilomètres carrés; au sud de l’Australie (terres Victoria, Adélie, Clarie, Sabrina, Endcrby, etc.), 523 000; soit pour la région polaire antarctique, 661 000; La région inconnue du pôle boréal occupe une superficie qu’on a évaluée à l’aire de l’Australie (environ 7 600 000 kilomètres carrés, plus de quatorze fois la superficie de la France). La région inconnue du pôle austral est près de trois fois plus étendue que la région boréale. Elle occupe une superficie
- p.126 - vue 130/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 127
- qu’on estime à 21 780 000 kilomètres carrés; c’est environ quarante-deux fois la superficie de la France, ou plus de deux fois la superficie de l’Europe, ou encore une aire supérieure à toute l’Amérique septentrionale avec l’Amérique centrale et les Antilles. Ensemble, les vastes étendues inexplorées des deux régions polaires représentent environ 1/16 de la surface du globe.
- Le Imnquet des hommes gras aux États-Unis. — Il y a en Amérique une Société des hommes gras et ces hommes gras se réunissent en un banquet annuel. Voici ce que nous avons lu à ce sujet dans le Courrier (les Etats-Unis : Le banquet annuel de la Société des hommes gras a eu lieu à Bridgeport, et a été l’une des réunions les plus agréables qui aient été tenues depuis plusieurs années. Les convives étaient au nombre de quarante-trois seulement, mais ils représentaient en poids le chiffre respectable de plus de onze mille livres. Les hommes de trois cents livres et au-dessus étaient en majorité, ce qui n’a pas peu contribué au succès de la fête. Avant de se mettre à table, on a procédé à l’élection d’un président : c’est le juge Lockvvood, de Bridgeport, un grave magistrat ne pesant pas moins de trois cent vingt-cinq livres, qui a réuni tous les suffrages. Après son élection, on lui a remis une canne gigantesque, emblème de la présidence, et .sur laquelle sont inscrits les noms de tous les prédécesseurs de M. Lockvvood. Celui-ci a trouvé quelques mots émus pour remercier ses collègues, et leur a promis de faire tous ses efforts pour se montrer toujours digne de l’honneur qu’on lui faisait. Le meilleur moyen pour le juge de tenir cet engagement est d’engraisser encore, car s’il venait à maigrir, ce serait d’un effet désastreux pour la Société. Une fois à table, les hommes gras ont fait disparaître en moins de deux heures des montagnes de victuailles : pommes de terre et mais vert, clams et homards, poissons et poulets, tout cela a passé comme lettres à la poste, et après le dîner les hommes gras, pour faire la digestion, se sont livrés à divers exercices violents, tels que courses, sauts à pieds joints, etc.
- Éclairage électrique de l*ont-de-\an.v. — La
- petite ville de Pont-de-Vaux en F rance (Ain ) vient d’être éclairée à la lumière électrique. Deux machines à vapeur de 41) chevaux chacune actionnent par courroies une dynamo Bory de 26 kilowatts (130 volts, 200 ampères.) Le système de distribution est le système Edison à 3 fils avec feeders, mais avec une seule machine. Un compensateur spécial, du type de celui de M. Elihu Thomson, maintient constante la différence de potentiel aux bornes, quelle que soit la charge sur chacun des circuits. Deux canalisations distinctes partent de l’usine. L’une est destinée à alimenter 50 lampes à incandescence de 16 bougies pour l’éclairage public, et l’autre dessert les installations particulières. Les lampes employées sont des lampes de Kho-tinsky de 65 volts. La vente de l’énergie est faite à forfait, à raison de 50 francs par an par lampe de 16 bougies.
- Essais de canons à tir rapide de gros calibre. — La maison Krupp a fait récemment l’essai de canons à tir rapide de 13 centimètres. Les principales données relatives à ces pièces sont les suivantes : poids, 2500 kilogrammes; longueur, 35 calibres; poids du projectile, 30 kilogrammes; poids de la charge, 8 kilogrammes de poudre ordinaire; vitesse initiale, 500 mètres; pression maxima, 2200 atmosphères; vitesse du tir, 12 coups par minute. On a répété les mêmes essais en
- employant une poudre C. 86 fournie par les Poudreries réunies du Rhin et de Wcstphalie à Cologne. Le salpêtre y est remplacé par du nitrate d’ammoniaque ; le soufre y entre en quantité très faible ou même nulle; le charbon conserve ses proportions actuelles. Les résidus de combustion et la fumée sont produits en quantité beaucoup moindre; le volume des gaz dégagés est très notablement supérieur, ce qui donne au projectile de 58lg, 140 une vitesse initiale de 565 mètres, avec une charge pesant 6ks,500 seulement. L’inconvénient de la poudre C. 86 est qu’elle absorbe très facilement l’humidité ; on doit la conserver en récipients hermétiquement clos.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 janvier 1890. — Présidence de M. IIermite.
- Les carbones graphitiques. — Dans un travail antérieur et qui est devenu classique, M. Berthelot a montré que le graphite est susceptible de revêtir plusieurs états isomériques qui répondent à des polymérisations plus ou moins avancées. Celles-ci sont caractérisées avant tout par la nature des produits d’oxydation obtenus à basse température et qui possèdent des états de condensation moléculaire correspondant à ceux des carbones producteurs. Aujourd’hui l’illustre auteur revient sur la même question et rappelle qu’on doit distinguer trois variétés principales de graphite : 1° celle qui cristallise par le refroidissement de la fonte surcarburée; 2°la plombagine; 3° le graphite produit par le concours de l’électricité. En analysant les produits fournis par l’oxydation de ces trois substances et en déterminant la chaleur de formation de chacun d’eux, M. Berthelot trouve des résultats qui sont entre eux comme les nombres 4, 5 et 7, et qui, pai conséquent, varient presque du simple au double par les types extrêmes. Au point de vue de la constitution intime des corps simples, des recherches de ce genre sont d’un intérêt extraordinaire.
- Le champignon du pourridié. — C’est d’une manière très intéressante que M. Duchartre expose les résultats obtenus par M. Yialla dans une étude de l’un des champignons qui déterminent la maladie de la vigne connue sous le nom de pourridié. Ce champignon, connu sous le nom de Demagopora, commence par être un simple parasite de la plante parfaitement vivante : il produit des filaments rhizomorphes qui pénètrent sous l’écorce, s’en-tre-croisent et donnent naissance à des chlamydospores dont le développement correspond à peu près au moment où la vigne est tuée. A partir de ce moment le cryptogame devient simplement saprophyte, et il commence à développer des gonidies, mais bientôt apparaît une nouvelle sorte de corps reproducteurs que nul botaniste, paraît-il, n’avait encore observé et qui ont avec la truffe une analogie aussi intime qu’imprévue, bien que leur dimension soit très minime. Les corps dont il s’agit, de 2 millimètres environ de diamètre, mettent environ six mois à se produire : extérieurement ils sont extrêmement durs et analogues aux périthèques les mieux connus; leur intérieur est constitué par un inextricable enchevêtrement de filaments entre lesquels de véritables spores prennent peu à peu naissance. Cette analogie est si frappante avec le texture de la truffe ordinaire que l’auteur du nouveau travail n’hésite pas à classer le champignon qu’il étudie dans la famille des tubéracées.
- p.127 - vue 131/432
-
-
-
- 128
- LA NATURE.
- Pomme de terre industrielle. — Nous avons déjà, à plusieurs reprises, entretenu nos lecteurs des très intéressantes recherches consacrées par M. Aimé Girard à la culture de la pomme de terre. Le résultat d’innombrable^ essais comparatifs a été le choix définitif d’une variété dite Richter imperator qui dépasse de beaucoup, par son rendement en fécule, toutes les races précédemment étudiées. Des expériences faites en grand, sur des hectares entiers, répétées en des régions très diverses du Nord, de l’Est et du centre de la France, contrôlées enfin par des dosages exécutés par M. Dehérain et dont il donne communication lui-même ; tous ces documents montrent l’extraordinaire supériorité du tubercule dont il s’agit. Au lieu de 26 000 ou 27 000 kilogrammes de pommes de terre à l’hectare, on en a recueilli 30 000, 52 000 et jusqu’à 44 000 kilogrammes; et, ce qui est plus important encore, les tubercules au lieu de contenir 17 à 18 pour 100 de fécule comme c’est ordinaire, en ont fourni 24 pour 100. L’auteur pense que l’introduction dans la culture, delà plante qu’il préconise, peut mettre notre industrie en mesure de lutter avec l’Allemagne pour la production de la matière amylacée et faire remplacer les eaux-de-vie de grains, qui sont bien plus chères, par les eaux-de-vie de fécule.
- Election de correspondant. —
- La mort de M. Clau-sius ayant laissé vacante une place de correspondant dans la section de mécanique, M. Beltrami (de Pavie) est nommé par 41 voix contre 5 données à M. Gilbert (de Louvain).
- M. Hirn. — On annonce en même temps la mort de M. Gustave Hirn, décédé le 14 janvier à l’àge de soixante-quatorze ans et cinq mois. Nos lecteurs savent l’immense retentissement des travaux de physique mathématique et d’astronomie de l’illustre savant qui vient de mourir. La publication de son dernier volume sur la Constitution de l'espace céleste a été un véritable événement scientifique. 11 ne faut pas oublier non plus que M. Hirn, qui n’a jamais cessé de résider à Colmar malgré les désastres de 1870, est toujours resté profondément Français et n’a jamais manqué une occasion d’affirmer ses sentiments filiaux pour la France.
- M. Dausse, correspondant, est mort le 16 janvier, à Grenoble, à l’àge de quatre-vingt-neuf ans.
- Varia. — De Biskra, M. Janssen annonce qu’une dépêche, de M. de la Baume-Pluvinel, constate le succès des mesures photométriques de la couronne solaire au cours de l’éclipse du 22 décembre. — M. Antoine continue ses recherches mathématiques sur la tension des vapeurs. —
- C’est avec de très vifs éloges que M. Bertrand signale le vingt-cinquième volume du Journal du Ciel de M. Joseph Yinot. — M. Wolff (de Zurich) continue son étude des taches solaires comparées quant à leur nombre et aux variations du magnétisme terrestre. — D’après MM. Chabrié et Lapeyre, les propriétés toxiques de l’acide sélénieux diffèrent radicalement de celles de l’acide sulfureux, malgré les analogies chimiques de ces deux corps. — L’absorption des rayons ultra-violets par quelques substances organiques de la série grasse occupe M. Sorret.
- Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- UN PROCÉDÉ D’AIMANTATION
- Prenez un couteau de poche ou un couteau de table, posez sa lame à plat sur le dos d’une pelle à
- feu, comme le représente la figure ci-contre. Avec la pin-cette tenue fermée, frottez énergiquement la lame du couteau, toujours dans le même sens, de haut en bas, en frottant surtout vers l’extrémité de la lame; retournez de temps en temps la lame pour que la friction ait lieu des deux côtés ; après avoir ainsi frotté pendant quarante à cinquante secondes, la lame est aimantée. Elle soulève une aiguille d’acier, avec laquelle on la met en contact, pointe à pointe ; elle adhère à une plume métallique *.
- Le phénomène d’aimantation est durable et se conserve longtemps. Cette expérience d’aimantation qui n’est point indiquée dans les traités de physique est fort intéressante et mériterait d’être étudiée. Nous avons constaté que la pointe du couteau que nous avons aimanté par la méthode que nous venons de donner constituait le pôle nord.
- Il y aurait là selon nous quelques expériences à faire pour mieux étudier les conditions du phénomène que nous venons de faire connaître ; nous faisons appel à cet égard aux physiciens qui veulent bien nous lire, et nous serions heureux de les avoir mis sur la voie de quelque travail intéressant. Dr Z...
- 1 Communiqué par M. A. Thiolet, à Buchy.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- p.128 - vue 132/432
-
-
-
- N° 870. — 1" FÉVRIER 1890.
- LA NATURE.
- 129
- G.-À. HIRN
- L’œuvre de Hirn est considérable ; il a touché aux sujets les plus divers : ingénieur, physicien, philosophe, ces trois titres peuvent résumer le caractère de ses recherches.
- Ingénieur, nous le trouvons occupé des travaux de cette profession dans l’établissement de MM. llauss-mann, Jordan Hirn et Cio, au Logelbach, qu’il habitait. Cet établissement, qui était entre les mains de personnes de sa famille, est un des plus anciens de la contrée et avait pour objet la filature et le tissage du coton, avec blanchiment, teinture et impression des tissus. Hirn y débuta comme chimiste, et en cette qualité réussit à faire certaines applications très intéressantes qui furent remarquées.
- Sa santé délicate ne lui permettait pas de prendre une part très active dans les travaux de l’industrie, et quand la maison cessa de s’occuper d’impression, il se voua plus spécialement à ce qui concernait la partie mécanique, moteurs, générateurs, transmissions. C’est à ce titre que nous trouvons ses travaux concernant les ventilateurs (1845), le jaugeage des cours d’eau (1846), des applications de réchaufleurs à des générateurs de vapeur (1845). Né le 21 août 1815, Hirn avait alors trente ans. Après avoir débuté comme chimiste, pour devenir ensuite ingénieur, Hirn prouvait, par ces travaux, qu’il avait saisi nettement la portée des fonctions qu’il avait à remplir, et qui consistaient non pas seulement à entretenir en bon état les moteurs, mais à chercher les économies réalisables dans leur fonctionnement. En 1846, il étudiait les huiles et les graisses employées à la lubrification des organes de machines et des transmissions, et leur influence sur le frottement, c’est-à-dire sur le travail perdu par le frottement. Cette question se posait alors dans l’industrie par l’introduction de nouvelles matières lubrifiantes d’un prix moins élevé que celles employées jusqu’alors. L’ingénieur avait donc à se poser simplement cette question : « Quelle est la matière qui coûte le meilleur marché, tout en absorbant moins de travail par le frottement? » C’est ainsi que cette question fut envisagée par d’autres ingénieurs qui l’ont étudiée à la même époque, et c’est ici que llirn se montre physicien. Tout en étudiant les matières lubrifiantes, au 48° année. — lor semestre.
- point de vue industriel, il étudie le frottement, et à sa grande surprise, trouve des lois qui sont en opposition avec celles adoptées et enseignées jusqu’alors. Eourneyron, son ami, l’engage à remettre à l’Académie des sciences le Mémoire qu’il rédige, résumant le résultat de ses expériences.
- Déposé le 26 février 1848 par Eourneyron, ce Mémoire était resté sans réponse, quand le 2 février 1849 une Commission de trois membres fut nommée pour l’examiner. Le résultat fut que l’un des commissaires consulté ptfkr Eourneyron conseilla à celui-ci d’engager Hirn à retirer son Mémoire, dont les conclusions étaient en opposition avec des opinions bien assises : ce jeune homme croyait pouvoir d’un trait de plume démolir les travaux solides de maîtres autorisés.
- Hirn retira son Mémoire, répondant par le silence aux excitations d’amis qui le poussaient à faire du bruit, autour de ce qu’ils considéraient comme un déni de justice. Un savant Anglais l’engagea à s’adresser à l’Académie royale de Londres, qui répondit par un refus déguisé : l’étude de travaux de cette nature n’était pas dans ses attributions.
- Sur les conseils de quelques amis, Hirn présente à la Société industrielle de Mulhouse ce Mémoire peu favorisé du sort. Quelques enthousiastes lui font un accueil chaleureux. Mais le lendemain les gens prudents, influencés par les mésaventures précédentes que Hirn avait dites très franchement, éteignaient ce feu de paille ; pour la troisième fois Hirn reprenait son travail, et justement froissé par ce revirement subit de l’opinion, donnait en même temps sa démission de membre de la Société industrielle.
- Ce Mémoire malheureux enseignait que « le frottement n’est pas indépendant de la vitesse relative des surfaces en regard; qu’il est très sensiblement proportionnel à la racine carrée des surfaces et à la racine carrée des pressions, selon qu’on fait varier l’un ou l’autre de ces éléments ou tous les deux. » Or, aujourd’hui encore, on enseigne en bien des lieux que « le frottement est indépendant des surfaces et simplement proportionnel aux vitesses. »
- Sans plus s’occuper de la publication de ce travail aux conclusions révolutionnaires, Hirn était livré tout entier aux devoirs de ses fonctions d’ingénieur, quand un jour lui arriva une lettre du président de la Société industrielle de Mulhouse, lui
- 9
- G.-A. Hirn, né au Logelbach le 21 août 1815, mort à Colmar le 14 janvier 1800. (D’après la médaille de M. Roty.)
- p.129 - vue 133/432
-
-
-
- 130
- LA NATURE.
- réclamant ce travail, qu’il le priait de vouloir bien remettre à la Société pour le publier.
- C’est ainsi que lut présenté à la Société industrielle le 28 juin 1854 le Mémoire intitulé : Etude sur les principaux phénomènes que présentent les frottements médiats, et sur les diverses manières de déterminer la valeur mécanique des matières employées au graissage des machines.
- Si j’entre dans tous ces détails au sujet de ce Mémoire, c’est parce qu’il fut le point de départ d'études qui décidèrent de la vocation de Ilirn en le poussant dans une voie qu’il n’a jamais abandonnée au cours de son existence. Ayant dépassé de beaucoup les limites dans lesquelles tout autre ingénieur se serait tenu dans ces recherches, il ne devait pas s’arrêter là. Il avait tenu à ne négliger aucun des phénomènes qu’il observait pendant ses expériences, et il avait mesuré la quantité du calorique développé par le frottement dans les différents cas; et c’est ici qu’apparaît dans toute son ampleur l’étendue de son esprit d’observation et de généralisation. Ayant remarqué une certaine proportionnalité entre la quantité du travail absorbé par le frottement, et la quantité du calorique développé par celui-ci, il en avait conclu une équivalence entre ces deux phénomènes : un jour il apprit que la même conclusion avait été formulée avant lui par Joule et par Mayer.
- Hirn n’était pas de ceux, toujours trop nombreux, aux yeux desquels arriver bon premier constitue le principal mérite; ici se montre le trait principal de son caractère : bon, généreux, il ne donna pas cours a cette acrimonie trop fréquente des gens qui, accusant le sort, cherchent en même temps à amoindrir les travaux de leurs concurrents, dans l’espoir d’augmenter l’importance de leur propre travail. Unissant ses efforts à ceux de ses prédécesseurs, il n’eut qu’un but : élargir la portée de ce nouveau principe de physique.
- Hirn osa aborder, dans une machine à vapeur de cent chevaux, la constatation de la transformation du calorique en mouvement. Au cours de ces études de physique quasi abstraite, se manifeste cette même tendance qui lui avait fait ne rien négliger des phénomènes accessoires, quand il étudiait la valeur industrielle des corps lubrifiants : il étudie l’influence et l’utilité de l’enveloppe de vapeur autour des cylindres des moteurs à vapeur; il étudie l’emploi de la surchauffe de la vapeur : il modifie la distribution et il applique la disposition à quatre tiroirs indépendants.
- Par ces études et par leurs conséquences dont son bon sens lui fait voir les applications pratiques, il réussit à établir des machines qui consommaient environ 9 kilogrammes de vapeur par cheval et par heure, à une époque où dans la région environnante et dans des régions même très éloignées, on considérait comme excellente une machine consommant 12 à 15 kilogrammes.
- Contredit énergiquement par des constructeurs,
- qui, sans doute, se plaçaient exclusivement au point de vue commercial, ce résultat avait ému l’industrie qui en réclama une constatation officielle. Le Comité de mécanique de la Société industrielle de Mulhouse intervint et une Commission fut désignée à l’effet de procéder à des expériences officielles qui eurent lieu au mois d’aoùt 1865. Le résultat fut, après une semaine entière d’essai, 9ks,298 de vapeur consommée par cheval et par heure.
- La méthode d’essai employée fut exactement celle qu’avait employée Hirn dans ses travaux antérieurs, et qui a servi de type pour tous les essais de machines faits dans la suite.
- Le mérite particulier et considérable de Hirn dans cette question spéciale des moteurs à vapeur a été d’établir que l’étude de ces moteurs n’était pas simplement une question de mécanique, mais bien aussi et surtout une question de physique.
- Si l’estime et l’admiration s’imposent à l’esprit en constatant la haute valeur de ces travaux, combien ces sentiments n’augmentent-ils pas, quand on sait que Hirn s’est fait lui-même ; qu’il n’a jamais suivi ni fréquenté les cours d’aucune école, d’aucune Université; que tout ce qu’il a fait, il l’a fait avec ses propres ressources, de ses propres deniers, et, dans un milieu où les encouragements lui arrivaient rares.
- Si, après avoir envisagé les difficultés sans nombre, les fatigues extrêmes, qui accompagnent des expériences comme celles qu’il a entreprises et menées à bien, en particulier sur les grands moteurs à vapeur, on se reporte à la santé si frêle qui a été le lot de son corps, pendant tout le cours de son existence, l’étonnement succède à l’admiration, et on ressent une légitime satisfaction en apprenant que, dans le cours de la dernière année de son existence, Hirn a été l’objet de manifestations de haute estime de la part de ceux qui l’entouraient. Philosophe et savant, il a abordé des questions de la plus haute importance ; voici les titres des principaux ouvrages qu’il a publiés dans cet ordre d’idées :
- Série d'études sur les lois et les principes constituants de l’univers, 1850-1851-1852. — Analyse élémentaire de l'univers, 1869. — Le monde de Saturne, 1872. — La vie future et la science moderne, 1882. — La conservation de l'énergie solaire, 1885.
- En 1889, Hirn fit paraître son ouvrage sur La constitution de l'espace céleste. Il y travaillait depuis dix ans. Voici ce que l’auteur dit dans la dédicace qu’il en a faite à l’Empereur du Brésil :
- « J’ai osé aborder dans cette œuvre quelques-uns des problèmes les plus élevés et les plus importants qui, en ce moment, font l’objet des méditations de tous les savants s’occupant de science cosmogonique. Je suis de plus parvenu à traiter sous une forme presque élémentaire quelques questions de mécanique céleste réputées, avec raison jusqu’ici, les plus difficiles qu’ait eu à traiter l’analyse mathématique. »
- p.130 - vue 134/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 131
- Dans la suite de sa préface il ajoute :
- « 11 m’a fallu, on me l’accordera volontiers, une foi robuste et courageuse en mon œuvre; que dis-je! il m’a fallu la conscience d’un devoir à remplir pour oser éditer moi-même un travail d’aussi longue haleine... Un roman fortement naturaliste aurait certes, par le temps qui court, plus de chance de trouver des lecteurs qu’un exposé de philosophie scientifique et de mécanique céleste... »
- L’homme est tout entier dans ces quelques lignes ; le sentiment d’un devoir à accomplir lui a donne le courage de braver les critiques, et celles-ci ne manquent jamais aux travaux philosophiques qui empruntent toujours à l’hypothèse une bonne part de leur valeur. Mais l’hypothèse est le tâtonnement de la science. Honorons les hommes sincères, honnêtes, qui ne reculent pas devant la critique pour apporter leur pierre à l’édifice.
- Hirn était sincère, honnête, bon à l’excès : il a gagné non pas l’amitié, mais l’affection et le dévouement de tous ceux qui l’ont approché.
- Je joins à ces lignes la reproduction photographique de l’effigie d’une médaille gravée par M. Roty, et qui a été remise le 21 novembre dernier à Hirn au nom de ses compatriotes, de ses amis, de ses admirateurs. Cette médaille avait un revers provisoire, et avait été faite pour éviter d’attendre l’achèvement complet du revers définitif qui comportait un délai assez long. Cette précaution fut heureuse, car la médaille définitive fût arrivée trop tard !
- Hirn, par son caractère et ses travaux, a fait honneur à la science et à son pays. Je suis heureux de pouvoir exprimer ici mes sentiments de haute estime et d’admiration pour un homme qui, entre tous, les a particulièrement mérités.
- William Grosseteste,
- » Ingénieur, E. C. P.
- SUR UN PROCÉDÉ D’AIMANTATION
- Dans notre dernière livraison nous avons donné la description (p. 128) d’un procédé d’aimantation qui consiste à frotter une lame d’acier avec un morceau de fer, en plaçant cette lame sur du fer. Un de nos lecteurs, M. Georges Pellissier, nous adresse à ce sujet la communication suivante :
- Sans être très répandue, la connaissance de ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui : elle est due à Gilbert. On trouve la description de cette expérience dans son de Magnete publié en 1600, et la gravure reproduite dans la livraison du 18 janvier 1890 (p. 108) y a justement trait.
- On sait que la terre peut être considérée comme jouant le rôle d’un vaste et puissant aimant : tous les objets placés dans son voisinage doivent donc éprouver des modifications plus ou moins importantes dans leur équilibre magnétique, suivant leur nature et leur position. Le maximum d'effet a lieu en employant une barre de fer
- doux longue de 1 à 2 mètres, et en la plaçant dans une direction parallèle à celle de l’aiguille d’inclinaison. On peut s’assurer de la façon suivante que la barre de fer est aimantée et que ce phénomène est dù à l’action terrestre. On prend une aiguille de boussole ordinaire, mobile sur son pivot et l’on approche l’extrémité inférieure de la tige du pôle nord; celui-ci est repoussé; si l’on renverse la tige, de façon à lui conserver la même direction, mais que l’extrémité inférieure soit maintenant l’extrémité supérieure, et vice versa, au contraire, le pôle nord sera attiré. Comme nous l’avons dit, la position la plus favorable est celle où la tige est parallèle à l’aiguille d’inclinaison, mais la position verticale est bien suffisante : il n’est pas rare de rencontrer des barreaux de fenêtre, des tiges de balcon, aimantés d’une façon permanente. De Ilaldat a aimanté des tiges de fer dur longues de I à 2 mètres, en les laissant simplement tomber verticalement à la surface de la terre par une de leurs extrémités. De son côté, Douillet a fait un faisceau capable d’aimanter des tiges d’acier avec des fils de fer en les tordant et en les détordant près de la surface de la terre. Dans tous les cas, une action mécanique quelconque exercée sur la tige exposée au magnétisme terrestre, choc, torsion, etc., non seulement facilite grandement le phénomène, mais rend l’aimantation permanente : c’est l’expérience représentée par la gravure du de Magnete. Dès lors, l’expérience du couteau aimanté est facile à expliquer : la pincette forme un aimant temporaire qui communique ses propriétés au couteau; celui-ci les conserve en raison de la force coercitive de l’acier. Quant à la pelle, elle ne joue que le rôle d’une armature et sert à renforcer le phénomène. Mais il n’y a là qu’un cas particulier d’un phénomène général, et l’aimantation n’est aucunement due à l’action mécanique exercée.
- Nous connaissions, en effet, le mode d’aimantation qui consiste à frotter avec du fer un barreau d’acier placé horizontalement dans le méridien magnétique. Mais l’expérience telle que nous l’avons décrite d’après M. Thiollet, et qui réussit, quelle que soit la direction- de la lame d’acier, nous paraît mériter l’attention. Nous ne l’avons pas trouvé décrite dans les Traités de physique.
- --O-^O—
- LES TOUAREG ‘
- On partage d’ordinaire les Touareg qui occupent le Sahara en quatre grandes confédérations ; les Azjer, les Kel-Aèr, les Aoulimmiden et les Hoggar. Les trois premiers groupes sont bien connus depuis les voyages de Richardson de Bartz et de Duveyrier. Le quatrième s’est rendu assez célèbre par le massacre de la mission Flatters. II en faudra désormais compter un cinquième, celui des Taïtoq que l’on confondait avec les Hoggar. Les deux personnages voilés dont nous donnons ici le portrait (fig. 2) sont un noble et un serf des Taïtoq. Le noble est celui qui tient entre ses mains la jeune enfant de notre ami M. Rambaud. Les circonstances qui les ont conduits de leur pays à Paris, rue d’Assas, sont assez intéressantes.
- Il y a trois ans maintenant, ils vivaient bien tranquilles dans leur montagne, située sous le tropique,
- p.131 - vue 135/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 152
- à mi-distance entre lnsalaL et le pays des Noirs (fig. 1), quand un de leurs amis eut l’idée de former une petite expédition pour tenter fortune da coté du Nord. Quarante jeunes gens se trouvèrent bientôt réunis, à l’insu de leurs anciens, avec de bonnes montures et de bonnes armes et se mirent en route malgré la chaleur du mois de juillet, pour enlever à 800 kilomètres de là un troupeau de chameaux appartenant aux Cba’anbad’El-Goléa. Leur guide était un jeune homme de dix-huit ans, Cha’anbi dissident qui connaissait son terrain comme un géographe. Ils enlevèrent les chameaux sans combattre ; et, pleins de confiance, se partagèrent en deux bandes pour revenir, la première forte de vingt-cinq hommes, la seconde de quinze ; mais un incident fortuit avait averti le Qaid d’El-Goléa, et trois cents hommes environ les attendaient près d’un puits où il leur fallait boire. Les premiers lâchèrent les chameaux et s’échappèrent tant bien que mal ; les derniers durent se rendre et livrer leurs montures et leurs armes.
- Les Cha’anba leur prirent leurs chameaux gris, aux poils lisses et aux lianes minces, qui sont les meilleurs coureurs du désert, leurs boucliers blancs achetés très cher dans le Soudan, leurs lances de fer, barbelées et pointues comme des épines, qui leur venaient de Ghadamès ou d’Agadès, leurs sabres droits, dont les plus beaux provenaient de l’Inde, leurs poignards de l’Aèr, attachés à leurs avant-hras gauches, leurs bracelets de pierre taillés par leurs femmes et passés au-dessous du biceps de manière à bien assurer les coups, leurs fusils achetés àlnsalah, leurs robes bariolées, et jusqu’à leurs ceintures. Ils ne leur laissèrent que leurs chemises, leurs pantalons et leurs voiles noirs qu’ils ne quittent jamais, puis ils leur déclarèrent qu’ils allaient les livrer aux Français du Mzab. Chemin faisant, ils se mirent à les fusiller, pour leur plaisir. Il en tomba huit sous les balles. Le reste, plus ou moins blessé, fut sauvé par l’intervention d’un homme de Ouargla, et finalement poussé dans la cour du bureau arabe de Ghardaïa connue une troupe de tigres qu’il fallait achever.
- Là commença leur étonnement. Les Français ne les tuèrent point, mais les interrogèrent avec douceur. Ils répondirent ce qui était vrai, qu’ils ne nous
- avaient jamais attaqués, et qu’ils ne savaient même pas que les Cha’anba fussent sous notre autorité. Quand on les questionna sur leur pays et sur leurs familles, ils répondirent encore simplement qu’ils habitaient l’Adrar-Ahénet, que leurs relations s’étendaient de Tombouctou à Agadès, d’Agadès à Irisai ah, qu’ils n’avaient rien' de commun avec les lloggar, assassins de Flatters, et qu’ils étaient là quatre nobles, trois serfs et le Cha’anbi. Ce Cha’anbi était justement le jeune guide qui avait échappé à la mort dans cette aventure, d’une façon miraculeuse.
- Quand leurs blessures furent guéries, on les envoya à Alger, en les traitant encore assez durement comme des prisonniers de guerre, et on les enferma dans le fort de Bab-Azzoun, avec faculté de se promener sur une terrasse d’où l’on découvre la mer, presque toute la ville et les riches coteaux de Mustapha. Ils se trouvèrent ainsi jetés en peu de temps au milieu d’un monde absolument nouveau pour eux. Ils ne savaient pas qu’un bateau put flotter sur l’eau ; ils n’avaient jamais vu une voiture, ni un animal attelé, encore moins un chemin de fer; ils ignoraient qu'on pût se procurer de la lumière en brûlant de l’huile, et n’avaient jamais soupçonné, les féeries du gaz et de l’électricité. On leur avait dit, dans leur Sahara où les Européens n’ont jamais pénétré, que nous sommes des ogres épouvantables, avec des oreilles d’ânes, et que nous mangeons la chair des musulmans. Quelle merveille ce fut pour eux que cette ville d’où part tous les jours une ville de fer, et vers laquelle d’autres villes de fer ou de bois glissent sur une plaine d’eau bleue comme le désert, ville fantastique" qu’on dirait illuminée la nuit par des génies, et, qui cependant n’est habitée que par des hommes ordinaires un peu meilleurs et plus intelligents que les autres !
- Bien qu’un d’entre eux seulement, le serf Cliek-kadh, sût assez bien la langue arabe, les autres ne parlant que leur dialecte berbère, une sorte de confiance s’établit bientôt entre ces jeunes hommes primitifs, aventuriers à la façon de nos ancêtres et toutes les personnes qui les approchaient. Même les gardiens de la prison les traitèrent comme des internés plutôt que comme des captifs. Le service des
- Fig. 1. — Carte des régions habitées par les Touareg.
- p.132 - vue 136/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 133
- affaires indigènes leur donna la nourriture qu’ils désiraient, des dattes, du riz, du lait, du mouton égorgé suivant le rite musulman ; on évita de leur servir du poulet ou du poisson qu’ils abhorrent. On leur fit faire quelques promenades sous la conduite d’un spahi. Ils tombèrent malades : on les soigna. En échange de ces bons traitements, ils donnèrent des renseignements si clairs sur la partie du Sahara qu’ils connaissent qu'une carte approximative pût en être dressée, et même un d’eux, Chekkadh, dessina en relief sur du sable toute la contrée qu’ils habitent d’ordinaire, traçant les vallées et indiquant les puits avec la précision d’un topographe. Ils y ajoutèrent la nomenclature de leurs tribus, leur constitution politique, la faune et la flore du Ahé-net, la description des roules qui relient cette montagne au Soudan, à Tombouctou et à Insalah.
- Enfin, grâce à eux, M. le commandant Bissuel a publié sur le Sahara central encore inconnu un fascicule, accompagné d’une carte, qui pourrait être considéré comme le rapport d’un explorateur.
- C’est à ce moment-là que je fus autorisé à faire leur connaissance. J’allai le plus souvent possible au fort Bab-Azzoun, et je m’efforçai d’apprendre leur langue, après avoir à mon tour gagné leur amitié. Cette langue, voisine du kabyle et de tous les autres dialectes qualifiés de berbères, est un des rameaux les plus purs de l’ancien libyen. Elle ne présente pas de grandes difficultés, à moins qu’on n’entreprenne de l’écrire, parce que les caractères des Touareg, qui d’ailleurs ne ressemblent pas à ceux des Arabes, ne portent pas de voyelles et s’ajoutent les uns aux autres sans distinction de mots. Tous nos prisonniers écrivent cependant sans être allés à l’école, et même sont poètes à l’occasion. A force de vivre
- avec eux, je pensai qu’ils consentiraient à m'accompagner une fois à Paris. M. le général Poizat, commandant la division d’Alger, voulut bien m’accorder l’autorisation nécessaire, et je fis ma proposition à deux d’entre eux, à Chekkadh et au premier de leurs nobles, Kénan. Us s’étonnèrent d’abord, et se consultèrent pendant plusieurs jours ; car mon offre pouvait cacher un piège, et ils se défient de nous autant que nous nous défions d’eux. En outre, la mer, dont la seule odeur, disaient-ils, les avait rendus malades, leur inspirait une véritable horreur.
- A la fin, ils me firent prêter serment de les ramener dans une quinzaine de jours, récitèrent une prière • avec leurs camarades, et se déclarèrent prêts à partir.
- Ils sont revenus à l’heure dite dans leur prison, tout joyeux, et ne désirant plus qu’une chose, retourner en France après avoir revu leur pays. Ils ont découvert Paris comme Christophe Colomb a découvert l’Amérique, et leur idée est bien maintenant que nous ne sommes plus un peuple féroce et sauvage, mais les gens les meilleurs du monde, avec lesquels on ne peut avoir que d’excellentes relations. Sans doute, nous ne sommes pas encore parfaits à leurs yeux. J’ai eu beau leur montrer des églises et le Corps législatif, ils disent encore que nous vivons sans religion et sans lois. Ils ont remarqué avec surprise que nous ne nous arrêtons à aucune heure du jour ni de la nuit pour faire la prière, que nous mangeons ce qui nous plaît, toutes les bêtes et toutes les choses de la création, sans y rien distinguer d’immonde, que nous prenons nos repas sans pudeur, le visage découvert, les uns devant les autres, que nous nous mêlons dans les rues et dans les lieux publics, que nous nous croisons sans respect pour le rang ni pour Page, enfin que chacun
- p.133 - vue 137/432
-
-
-
- 134
- LA NATURE.
- de nous vit pour soi, à sa fantaisie, et abuse de la vie sans mesure. En même temps, ils sont demeurés stupéfaits devant la multitude des hommes et des chevaux qui remplissent les voies énormes de cette grande ville à laquelle leur imagination donnait six cents kilomètres de tour. La quantité innombrable des marchandises précieuses, empilées dans ses magasins, le luxe des vêtements des femmes, le nombre infini des pièces d’argent qui tombaient autour d’eux dans toutes les mains, la hauteur des maisons, et en particulier de Notre-Dame qu’ils appellent la « montagne taillée », la circulation pendant le jour et la nuit, sous la lumière électrique, des bateaux sur le fleuve, des équipages dans les rues, des trains de chemin de fer emportant des milliers de voyageurs ou les ramenant dans les gares, l’élévation des ballons dans les airs, la réunion des animaux les plus rares du monde dans des jardins immenses, enfin et surtout les splendeurs en quelque sorte surhumaines de l’Exposition dans laquelle nous offrions une hospitalité fastueuse à toutes les nations du monde, leur ont donné l’idée d’un peuple comblé des dons de Dieu sur la terre, d’une manière incompréhensible. Ils n’ont pas été loin, au premier moment, de nous regarder comme des maudits prédestinés au feu de l’enfer; mais le bon accueil qu’ils ont reçu dans quelques maisons amies, et justement dans celle du directeur de la Revue bleue, a bientôt modifié leurs sentiments. « Vous serez sauvés, m’ont-ils dit, par votre générosité qui est un signe de noblesse. Vous donnez sans rien demander en retour. C’est par là que vous retenez tous les hommes qui vous approchent, et que vous méritez votre fortune. Dieu vous rend le bien pour le bien, comme il donne chez nous la richesse à tous ceux qui sont généreux et braves. »
- Il est certain que le contraste est grand entre notre civilisation moderne, et leurs mœurs de là-bas qui ressemblent si fort à celles de la Grèce homérique ou de l’Europe barbare. Us vivent entre le Soudan et Insalah comme tous les autres Touareg décrits par Barth et Duveyrier, divisés en quatre classes d’hommes, nobles, serfs, tributaires et esclaves. On peut y joindre des colons attachés à la glèbe et qui proviennent d’Insalah. Leur terre est cultivée, quand elle l’est, par ces colons, et quelques esclaves. Les serfs font du commerce et élèvent des moutons ; les nobles dirigent, jugent et font la guerre à leurs voisins. Ces nobles qui sont presque tous de race blanche, entraînés par de rudes exercices, capables de supporter la faim et la soif plus qu’il n’est croyable, n’ont que deux mobiles dans toute leur vie, un sentiment exagéré de l’honneur, et un amour effréné du pillage. Ils bravent tous les périls dans les déserts qui les entourent, et regardent comme légitime tout ce qu’ils peuvent acquérir à coups de lance, hormis les biens des femmes et des marabouts. Ils sont d’ailleurs moins riches que quelques-uns de leurs serfs, et ne vivent pas mieux qu’eux. Une tente faite de peaux de chèvre cousues, un peu
- de farine, une poignée de dattes, et, les jours de fête, un morceau de viande bouillie ou rôtie dans le sable, suffisent amplement à leurs besoins. Leurs femmes sont à peu près libres comme les nôtres, et leurs jeunes filles tiennent des cours d’amour, entourées de leurs amis du voisinage, abritées contre le vent par des boucliers blancs. Ils sont monogames; mais ils entretiennent, dans tous les lieux éloignés qu’ils fréquentent, des négresses qui sont leurs concubines. Musulmans, ils prient et jeûnent; mais ils n’estiment guère les dévots et savent peu de chose de leur religion, à laquelle ils mêlent des pratiques et des superstitions païennes. En somme, ils se divertissent de leur mieux pendant leur jeunesse, se battent pendant leur âge mur, et, à peu près exempts de maladies, ne meurent que dans une extrême vieillesse, à moins qu’une balle ou un coup de sabre ne les ait arrêtés dans leur carrière.
- Tels étaient les Africains de Salluste; mais, quelque vif que soit le contraste entre ce monde primitif et le nôtre, il n’est pas moins certain que Chekkadh et Kénan rapporteront dans leurs campements du Ahénet, quand ils y reviendront, des observations nouvelles et quelques idées profitables. Reste à savoir combien de temps encore durera leur pénitence, déjà suffisante peut-être, si l’on considère qu’ils sont détenus depuis trois ans; mais cela regarde uniquement l’autorité responsable de notre sécurité dans le Sud, et le moment n’est pas encore venu de savoir dans quelle mesure l’équipée de ces jeunes gens pourra contribuer à nos relations dans le Sahara central ou à la construction du chemin de fer de Tombouctou. Emile Masqukray.
- Alger, janvier 1890. ^ ^ ^
- LA QUADRATURE DU CERCLE
- ET SES CHERCHEURS
- Il est dans les sciences certaines recherches que l’on peut, à juste titre, appeler les écueils de l’esprit humain et contre lesquels sont venus se briser les efforts sans cesse renouvelés de bien des générations. Pendant combien de siècles les alchimistes n’ont-ils pas cherché la pierre philosophale qui devait opérer la transmutation des métaux ! Combien d’inventeurs sont morts de misère pour avoir essayé, avec trop d’opiniâtreté, de réaliser cette chimère qu’on appelle le mouvement perpétuel! Combien d’horticulteurs se désolent de n’avoir pas encore obtenu la rose bleue ou la tulipe noire, qui doit faire l’ornement des parterres et immortaliser son inventeur! Et enfin, parmi ces recherches que mille efforts inutiles ont rendues célèbres, en est-il de plus fameuse que celle de la quadrature du cercle?
- Il est d’ailleurs bien digne de remarque que, souvent la résolution de ces divers problèmes est tentée avec des forces très inégales et hors de proportion avec les difficultés qu’ils présentent. Presque toujours ces chercheurs ont à peine une idée claire de
- p.134 - vue 138/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 155
- la question. Un inventeur passera ses nuits k chercher le mouvement perpétuel et ne connaîtra pas les théorèmes élémentaires de mécanique relatifs au travail utile et au travail moteur. Ce jardinier arrosera ses fleurs avec un liquide bleu, intimement convaincu que la teinture qu’il donne si libéralement k ses rosiers va se rendre sans transformation aucune dans les pétales de la rose et réaliser enfin son rêve si longtemps caressé.
- Oue dirons-nous enfin de ces géomètres d’aventure qui, séduits par ce fait que le cercle est, après les figures rectilignes, celle des figures dont l’étude apparaît comme étant la plus simple, se sont flattés de pouvoir aisément en trouver la surface, c’est-k-dire en effectuer la quadrature.
- Montuela, dans son Histoire des recherches sur la quadrature du cercle, a tracé un amusant portrait des différentes espèces de quadrateurs.
- Trois sortes de personnes, dit-il en substance, Se livrent k l’étude de la quadrature avec une pleine confiance dans le succès. Ce sont d’abord des gens qui n’ont pas la moindre connaissance de la géométrie ni de ses moyens d’investigation et qui s’engagent dans l’étude de la quadrature sans soupçonner les difficultés de la question. On les voit alors proposer, avec une assurance qui excite une pitié profonde, de grossiers mécanismes absolument incapables de conduire k des k peu près acceptables. Celui-ci entoure la circonférence avec un fil délié pour avoir son contour avec précision. 11 y en a qui, après cette belle opération, partagent le fil en quatre parties pour en faire un carré qu’ils prétendent égal au cercle. Ils ignorent que la géométrie, encore k son berceau, enseignait déjà que de toutes les figures qui ont même périmètre, le cercle est celle qui renferme le plus de-tendue.
- « J’ai vu souvent des gens dont toute la géométrie consiste k mener méchaniquement une perpendiculaire; puis faire, après bien des mystères, l’ouverture de quelqu’un de ces ridicules moyens de quar-rer le cercle et insulter ensuite avec un souris moqueur aux géomètres qui n’avaient pas sçu les imaginer1 ».
- Il y a maintenant d’autres quadrateurs, plus instruits, mais plus incommodes. Les premiers se contentent de posséder leur secret; les autres fatiguent les Académies de leurs importunités et les sollicitent d’examiner leurs travaux. Rebutés, ils vont frapper k d’autres portes, et cette manie, pire que celle du héros de la Manche, ne les quitte pas k leur dernier moment. Ils meurent dans l’impénitence finale, maudissant leurs ingrats contemporains et le siècle barbare qui n’ont pas voulu de leur découverte.
- La troisième espèce est plus singulière encore, mais moins incommode ; « ce sont des esprits d’une trempe inconnue, ce me semble, aux siècles pas-
- 1 Montuela, toc. cit.
- sés ». L’examen de leur découverte est bientôt terminée, car ils se jouent des principes élémentaires de la géométrie et heurtent de front les axiomes du sens commun.
- Ainsi M. Liger vous dit que le tout n’est pas plus grand que la partie ; que v/50 est exactement le même que et, qui plus est, il entreprendra de vous le démontrer « k l’aide d’un méchanisme à peine capable d’en imposer k l’artisan grossier qui le pratique ».
- Il est certain que vouloir désabuser des esprits de cette sorte, c’est perdre son temps. Il ne faudrait pas croire cependant que seuls des esprits comme ce M. Liger — parfaitement inconnu d’ailleurs — peuvent arriver à ce degré d’aberration dont nous venons de parler.
- Longomontanus, qui a rendu des services aux sciences comme auxiliaire de Tycho-Rrabé, n’a-t-il pas publié une étude sur la quadrature qui fut attaquée par Guldin et Rriggs? Il ne voulut pas comprendre leurs objections et en arriva, pour soutenir sa démonstration, k prétendre que la surface du cercle est plus petite que celle du polygone inscrit de 256 côtés !
- Ne semble-t-il'pas, d'après cette peinture, peu flattée, mais exacte, des différentes espèces de quadrateurs, qu’une sorte de maléfice est attaché a ce problème et qu’il obscurcit les facultés de ceux qui s’en occupent? Montuela fait spirituellement remarquer que les écrits sur la quadrature se présentent souvent au printemps, époque de l’année où les cas de folie sont les plus fréquents.
- Tous les efforts de ces chercheurs n’ont cependant pas été absolument stériles. De même que les anciens alchimistes occupés toute une vie k composer de mystérieux mélanges d’où devait sortir la pierre philosophale ont, chemin faisant, découvert des corps et des composés chimiques très intéressants, de même certains géomètres (lesquels, hâtons-nous de le dire, ont une grande valeur et ne doivent pas être confondus avec ceux dont nous faisions le portrait tout k l’heure) ont trouvé des théorèmes en apparence beaucoup plus difficiles que la quadrature du cercle, et d’autres sont arrivés k résoudre ce problème avec toute l’approximation dont il est susceptible.
- Nous examinerons dans une prochaine Notice, quelle est la véritable définition du problème et k quels résultats il a conduit les mathématiciens.
- — A suivre. — V. BraNDICOURT.
- AVERTISSEUR ÉLECTRIQUE
- POUR COFFRE-FORT
- DE LA COMPAGNIE DES CHEMINS DE FER DE L’EST
- Pour garantir les caisses contre les tentatives de vol, la Compagnie de l’Est emploie le système d’alarme de MM. Bablon et Gallet, dont le relais a
- p.135 - vue 139/432
-
-
-
- LA NATURE.
- ir>6
- été modifié par le service télégraphique de la Compagnie. Ce relais constitue l’organe essentiel du système, il ferme le circuit local d’une sonnerie, lorsque le courant qui le parcourt constamment augmente ou diminue d’intensité.
- Le circuit du relais est composé de la manière indiquée par le schéma (fig. 1).
- Le courant, partant de l’un des pôles de la pile, parcourt d’abord l’électro-aimant du relais, chemine ensuite par un fil de ligne jusqu’au colFre-fort, traverse dans ce coffre un commutateur-interrupteur, passe ensuite à travers une bobine de résistance enfermée dans ce môme coffre et revient enfin au deuxième pôle de la pile par un deuxième fil de ligne.
- Les fils de ligne n’ont pas besoin detre dissimulés, car si on les réunit ou ,si on les coupe, le relais fait immédiatement tinter la sonnerie.
- Le relais (fig. 2) est constitué par un électro-aimant vertical au-dessus duquel est suspendu, comme armature, un cylindre creux en fer doux suivant une de ses génératrices; afin d’éviter le magnétisme rémanent, ce cylindre est équilibré par un contrepoids qui tend à l’éloigner des noyaux de l’électro. Lorsque le courant normal circule dans cet électro, on règle d’abord le contrepoids de façon que le cylindre soit à moitié chemin de sa course, et ensuite la position d’une fourchette fixée sur l’arbre de ce cylindre, de manière que les deux branches de cette fourchette soient isolées d’une lame d’argent placée entre elles.
- Dans ces conditions, si on interrompt le circuit du relais, le cylindre-armature s’éloigne de l’électro, puisqu’il est entraîné par son contrepoids, et l’une des branches de la fourchette vient toucher la lame d’argent, ce qui a pour effet de fermer le circuit local sur la sonnerie. Si, au contraire, on réunit les
- deux conducteurs de ligne, on forme un court-circuit, la résistance du coffre-fort se trouve éliminée et le courant augmente d’intensité ; l’armature est alors plus vivement attirée, et la seconde branche de la fourchette venant au contact de la lame d’argent, le circuit local de la sonnerie est encore fermé.
- Le relais constitue donc un système équilibré et toute cause extérieure qui, en augmentant ou en diminuant l’intensité du courant, rompra cet équilibre, aura pour résultat immédiat de faire tinter la sonnerie d’alarme.
- Ce système offre sur tous ceux connus jusqu’ici l'avantage d’une sécurité incontestable et le principe peut en être divulgué sans aucune crainte, puisqu’il y a impossibilité, môme pour un électricien, de tenter l’ouverture du coffre sans faire retentir la sonnerie. Il n’y a qu’une chose à tenir secrète, c’est la valeur
- de la résistance intercalée dans le coffre et cette résistance peut varier dans de grandes limites.
- Le commutateur-interrupteur placé dans le coffre est constitué par deux lames de ressort habituellement en contact et reliées à la serrure de telle sorte que lorsque la combinaison est brouillée, l’introduction d’une clef (même la véritable), et toute tentative d’ouverture ont pour effet de séparer les deux ressorts, et par conséquent de rompre le circuit. Lorsque la combinaison est faite, le caissier muni de sa clef peut ouvrir le coffre sans faire tinter la sonnerie. En donnant une grande résistance à l’électro-aimant du relais, on a pu actionner le système au moyen des piles Leclanché; en effet, en raison du grand nombre de tours de fils que comportent les bobines, le relais est assez sensible pour fonctionner avec quelques milli-ampères. L. Knab.
- Fis. 1.
- Schéma île l’avertisseur électrique du coffre-fort.
- Fig. 2. — Relais de coffre-fort.
- p.136 - vue 140/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 157
- LES TRANSPORTS A MINAS GERAES (BRÉSIL)
- Nous avons vu, dans un précédent article, que les transports, à Minas Geraes, se faisaient par mulets ou par chariots traînés par des bœufs.
- Les mulets sont employés, quand les matières a transporter sont susceptibles d’être partagées en faibles charges ou que les chemins se trouvent ré-
- Fig. 2. — Transport d'un tronc d arbre par un char à bœufs. (D’après une photographie de l'auteur.)
- duits à de simples sentiers; dans le cas contraire, lorsqu’il s’agit de charges pesantes ou impossibles à répartir, on se sert de chars traînés par des bœufs.
- 1 (Suite et fin). Yov. n° 864, du 21 décembre 1889, p. 40
- Nous connaissons déjà comment se font les transports à mulets, nous nous occuperons donc exclusivement des chariots à bœufs.
- Un chariot est formé d’un plateau de bois rectangulaire dont un des petits côtés se termine en
- p.137 - vue 141/432
-
-
-
- 138
- LA NATURE.
- courbe, pour se raccorder au timon. Ce plateau repose au moyen de fourchettes sur un essieu fixe, auquel sont adaptées deux roues pleines en bois cerclées de fer avec de gros clous à tête bombée placés sur la jante.
- Les bœufs sont attelés par couples, en nombre variable, de 6, 8 à 12 suivant la charge (fig. 1) ; le joug, au lieu d’être fixé aux cornes, est adapté au collier : l’effort produit est moins grand, mais en compensation le bœuf a plus de liberté dans ses mouvements, ce qui lui permet d’éviter facilement les nombreux obstacles de la route.
- Comme pour les mulets, ces transports se font par tropa, composée de 3 à 6 chars au plus, sous la conduite d’un tropeiro à cheval, qui est souvent le propriétaire lui-même. A chaque attelage sont attachés deux hommes : le carreiro, charretier, responsable de ses animaux, et le candieiro, chandelier, qui se tient le plus souvent en avant du premier couple pour guider la marche. Chacun d’eux est armé d’un aiguillon, le ferrao, terminé par une pointe en fer ou par une grosse molette. Quand le nombre des couples d’un attelage est élevé, aux deux hommes, est adjoint un enfant, qui marche en tête, faisant ainsi l’office de guia, guide; le candieiro se tient alors sur les côtés, tandis que le carreiro occupe toujours la place près du char, pour mieux surveiller la marche.
- La charge, que peut transporter un char, est de 100 arrobas; à raison de 15 kilogrammes l’arroba, cela donne un poids total de 1500 kilogrammes. Le nombre de lieues brésiliennes, de 6600 mètres, parcourues par jour, varie de 2 à 2,5 (13 à 16,5 kilomètres), suivant l’état des chemins. A vide, les chars vont plus vite et font le double de chemin dans la journée.
- Lorsqu’on suit une des nombreuses routes de la province, on est bientôt averti de la présence d’une tropa de chars par le grincement aigu de leurs gros essieux de bois. (Test au bruit de cette musique criarde et monotone qu’on les voit défiler l’un à la suite de l’autre, le candieiro s’avançant majestueusement devant son attelage, sa gaule sur l’épaule, tandis que le carreiro perché sur l’avant du char excite ses animaux de la voix.
- A une montée, à un passage difficile, la scène change ; chacun des deux conducteurs se place d’un côté de l’attelage, et là, se démenant comme un beau diable, court d’un animal à l’autre en l’appelant par son nom et l’aiguillonnant pour l’obliger à donner à plein collier.
- Dans les descentes on ne laisse à l’avant que deux ou trois couples, tandis que le reste de l’attelage, conduit par le candieiro, est attaché à l’arrière du char au moyen d’une forte corde en lanières tordues; par leurs poids, les bœufs résistent à l’entraînement du char et empêchent la descente trop rapide en tirant sur la corde.
- A la fin de l’étape, on choisit un endroit pour passer la nuit. En général, les chars n’ont pas à faire
- les frais de rancho ni depasto : les charretiers s’arrêtent sur les bas côtés des routes et souvent au milieu, en disposant leurs chars les uns à côté des autres. Ils détèlent leurs animaux qui pourvoient eux-mêmes à leur nourriture. Pourtant, pendant la saison sèche, de juin à septembre, on donne par jour à chaque animal 4 épis de maïs, qui 'valent 40 réis (0 fr. 114), et les bœufs sont parqués dans des pastos fermés, parce que le tropeiro craint les herbes vénéneuses pour ses animaux ; il paye alors 40 réis de pasto par animal. En temps ordinaire, la tropa campe aux endroits fournissant de bons pâturages, dans le voisinage d’un ruisseau, et les bœufs circulent librement aux alentours. Les hommes s’occupent ensuite de préparer leur cuisine, à l’abri des chars ; ils ont pour cela apporté avec eux leur chaudron, des plats d’étain et toutes les provisions nécessaires, haricots noirs, riz, farine de manioc, viande sèche, café. Lorsque l’heure du repos est arrivée, ils étendent sous les chars des cuirs de bœuf et se couchent dessus roulés dans une couverture.
- Au matin, ils vaquent aux soins du déjeuner; puis, le repas terminé, ils remettent tout en ordre et font leurs préparatifs de départ : les uns disposent sur le sol devant chaque char les jougs des divers couples, tandis que les autres s’occupent de rassembler les animaux. Ceux-ci, placés immédiatement à leur rang, sont attelés, et une fois tout prêt, la tropa se met en marche.
- On utilise aussi le transport par chars pour les gros bois employés dans l’industrie des mines ; en ce cas le char se compose uniquement d’un avant-train, auquel on attache une des extrémités du tronc à transporter, la plus grosse, en laissant traîner l’autre sur le sol (fig. 2).
- La dépense des hommes pour leur nourriture s’élève comme pour les tropeiros, de 240 à 400 réis (0 fr. 68 à 1 fr. 15), par jour et par homme.
- Le prix de transport, par arroba (15 kilogrammes) et par lieue (6k,n,6),varie de 85 à 90 réis (0 fr.242 à 0 fr. 256), suivant l’état des chemins; ce qui porte de 860 à 910 réis (2 fr. 45 à 2 fr. 58) le prix de la tonne-kilomètre.
- Paul Ferrand,
- Professeur à l’Ecole des mines d’Ouro-Preto (Brésil).
- PHOTOGRAPHIE SANS OBJECTIF
- Cette question dont nous avons précédemment parlé 1 paraît avoir intéressé vivement nos lecteurs à en juger par le grand nombre de lettres que nous avons reçues à ce sujet. Nous y revenons donc encore aujourd’hui pour donner les indications que M. le capitaine R. Colson a exposées à la Société française de photographie 2 à propos des rapports qui existent entre la grandeur et la net-
- 1 Yoy, n° 708, du 25 décembre 1886, p. 50, et n° 863, du 14 décembre 1889, p. 27.
- 2 Voy. Bulletin de cette [Société, n° avril 1888.
- p.138 - vue 142/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 150
- teté de l'image et les dimensions du petit trou qui remplace l’objectif.
- On se souvient que l’avantage de L ""‘diode consiste principalement en ce que l'on peut photographier du même point le même objet à des échelles dillérentes; prendre d’abord l’ensemble d’un monument, par exemple, et ensuite des détails de certaines parties à une plus grande dimension, et cela sans bouger de place en tirant simplement l’arrière de la chambre, la glace dépolie ne servant pas à mettre au point, ce qui est inutile, mais seulement à voir quelle image on aura.
- M. R. Colson s’est aperçu que pour chaque position de la plaque il y a un maximum de netteté qui est déterminé par le diamètre de l’ouverture. Il a fait une série d’expériences en photographiant d’un point situé à 200 mètres le môme objet (le dôme des Invalides), en plaçant successivement la plaque sensible à des distances variant de 10 centimètres en 10 centimètres, depuis 0m,10 jusqu’à 1 mètre et en faisant varier en même temps l’ouverture de dixième en dixième de millimètre. Le tableau formé de ces épreuves et présenté à la Société française de photographie est concluant. H a ensuite déterminé par le calcul une formule qui permet dans tous les cas de se rendre compte des conditions à remplir pour obtenir le maximum de netteté.
- Si l’on calcule l’expression y dans laquelle F représente la distance focale (c’est-à-dire celle qui existe entre l’ouverture et la glace au moment du maximum de netteté) et d le diamètre de l’ouverture, on trouve, en tenant compte du tableau expérimental dont nous parlions tout à l’heure, une valeur sensiblement constante et qui est égale à 0,00081. On a donc l’expression rf2 == 0,00081 + F qui donnera toujours le diamètre de l’ouverture à employer.
- En plaçant, par exemple, la surface sensible à 2m,50 de l’ouverture, on aura di = 2m,50 x 0,00081 soit d = lmm,4. L’expérience a prouvé, en effet, que le maximum de netteté est obtenu avec une ouverture de lmm,4 quand la surface sensible est à 2ra,50 de cette ouverture.
- L’image, dans ce cas, est vingt-cinq fois plus grande que lorsque la plaque était à 0m,10 de l’ouverture.
- U est facile de faire à l’avance un tableau représentant la valeur de d par des distances déterminées de la plaque sensible et d’avoir sur un même disque une série de petits trous de diamètres connus pouvant se substituer facilement les uns aux autres (on en trouve du reste dans le commerce). Lorsque, sur la glace dépolie, on voit l’image à la grandeur voulue, il suffit de mesurer le tirage donné à la chambre pour savoir de quel trou on doit se servir.
- M. R. Colson, par un calcul qu’il serait trop long d’exposer ici, arrive ensuite à une formule générale d*
- F =---------------- dans laquelle D représente la distance
- 0,0008! -Ç
- à laquelle se trouve l’objet à photographier. Cette formule est absolument générale et permet de calculer l’une des trois quantités d, D ou f quand on connaît les deux autres. R est facile, avec elle, de dresser des courbes ou des tableaux qui donnent à l’avance la solution de tous les cas particuliers où l’on peut se trouver.
- En ce qui concerne le temps de pose,.M. R. Colson est d’avis qu’il est impossible de donner des chiffres exacts tant sont> variables les circonstances qui président aux opérations. Comme point de départ général et pour fixer
- les idées, il nous a donné les indications suivantes qui s’appliquent aux plaques Lumière marque bleue.
- Diamèlre de l’ouverture. Distance de la plaque à l'ouverture. Temps de pose.
- Horizons très éloignés. . Monuments au soleil de 5/10 ral" 0m, 10
- 10"* à plusieurs 100'".. Portrait à 2m, belle lu- 5/10 ***"• 0m,50 15"
- mière Gravure à 0"\40, temps 4/10 mm 0-.20 20"
- clair ordinaire 4/10 mm 0-M0 15"
- Nous espérons que nos lecteurs sont maintenant munis de tous les renseignements nécessaires pour faire aussi bien que possible la photographie sans objectif.
- NOS NOUVEAUX CROISEURS
- Cinquante et un croiseurs, dont onze à batterie, neuf de première classe, quinze de deuxième classe, quinze de troisième classe et un croiseur-torpilleur auxquels il faut ajouter : un croiseur-torpilleur en construction, le Vautour, un croiseur de troisième classe, le Troude, et un croiseur blindé, le Dupuy-de-Lôme, tous deux en achèvement, tel était le bilan de notre flotte de croisière à la fin de l’année 1886.
- Tous ces navires, sauf le Duquesne, le Tourville et le Duguay-Trouin, qui étaient en fer avec revêtement de bois, remontaient à la marine de bois. Les plus récents, au nombre de trois, portaient la date de 1882. Les autres avaient été lancés de 1861 à 1880.
- Sur ces cinquante et un bâtiments, un seul remplissait les conditions du genre : le Duguay-Trouin. Il avait obtenu 15 nœuds 90 à ses essais, vitesse toujours maintenue, et plusieurs fois dépassée. « Soignez-le bien, disait un jour un Ministre aux ingénieurs qui l’entouraient, en voyant l’agile croiseur immobilisé dans l’une des cales de Cherbourg où il subissait une réparation ; car nous n’avons que lui. » Les autres, en effet, sauf le Villars peut-être, mal armés, sans protection, se traînaient entre 10 et 14 nœuds, en dépit des promesses de leurs essais.
- Ce qui était grave, c’est qu’au même moment toutes les grandes puissances maritimes, comprenant l’importance de la vitesse depuis les résultats inespérés obtenus par M. Thornycroft avec ses torpilleurs, lançaient ou mettaient en chantiers force croiseurs en acier, aussi rapides que bien armés. L’amiral Aube, alors ministre de la marine, comprit qu’il n’y avait pas une minute à perdre, et il commanda aussitôt huit croiseurs, en attendant mieux. Deux de ces navires, le Forbin (fig. 1) et le Troude, ont vu le jour en 1888, les autres en 1889. Ces derniers sont le Jean-Bart et Y Alger (fig. 2), de première classe; le Davout, de deuxième classe (fig. 5) ; le Surcouf, le Lalande, le Cosmao et le Coëtlogon,• de troisième classe.
- Nous pensons que nos lecteurs ne nous sauront
- p.139 - vue 143/432
-
-
-
- 140
- LA NATURE.
- pas mauvais pré de leur en donner une esquisse rapide.
- L'Alger et le Jean-Bart sont de deux types légèrement différents ainsi que l’indiquent leurs carac-
- téristiques. ALGEn JEAN-IÏART
- Longueur . . 105m,60 107-,70
- Largeur Profondeur de carène . . 13ra,80 au 13»,28
- milieu . . 3> 5" ,00
- Creux sur quille. . . . . 9™,50 «
- Tirant d’eau moyen. . . . 5m,50 5", 71
- Tirant d’eau arrière. . . 6m,20 6",14
- Déplacement total.. . . . 4122 tx 721 4102 tx 721
- Machines . . 8000 cliev. 8000 chev.
- Vitesse prévue. . . . 19 nœuds 19 nœuds
- Comme puissance offensive, ces navires auront
- quatre canons de 16 centimètres, six de 14 centi-
- mètres, Y Alger sept tirs rapides de 57 millimètres, le Jean-Bart dix canons-revolvers et quatre tubes lance-torpilles. Tous deux auront comme puissance défensive de nombreux compartiments étanches, et un pont cuirassé situé au-dessous de la flottaison et s’étendant d’un bout à l’autre du navire; ce pont protégera les parties vitales : machines, chaudières, appareil à gouverner, etc., etc.
- L’Alger a pour auteur M. Marchai; le Jean-Bart, M. Thibaudier. Le premier a été construit à Cherbourg, le second à l’arsenal de Rochefort. Les machines de Y Alger viennent du Creusot, celles du Jean-Bart, d’Indrct. Leurs modèles ont figuré à l’Exposition, ainsique ceux des navires eux-mêmes, qu’on a pu voir a côté des réductions du Davout, du Sur-couf et du Lalande à l’échelle de 15 millimètres
- Fig. 1. — Croiseur français du type Forhin et Coëtlogon.
- par mètre. Le Jean-Bart a pour frère jumeau Yhly en construction à Brest.
- Le seul croiseur de deuxième classe mis en 1889 à la mer est le Davout. Il a pour auteur M. de Bussy, l’éminent inspecteur général du génie maritime que vient de s’attacher la Société des ateliers et chantiers de la Loire. Il a été construit à Toulon, en vingt-sept mois. En voici les dimensions.
- Longueur entre perpendiculaires, 90m,70; largeur extrême, 12m,10; profondeur de carène au milieu 5m,25 ; tirant d’eau sous fausse quille, moyen 5m,o5, arrière, 6m,15; surface immergée du maître-couple, 55mu,538 ; déplacement total, 3027 tonneaiix 040; force de la machine, 9000 chevaux; vitesse prévue, 20 nœuds. Son armement consistera en six canons de 16 centimètres à pivot central; quatre canons de 47 millimètres 'a tir rapide, dont deux sur la teugue et deux sur la dunette, deux autres tirs rapides de 37 millimètres et six canons-revolvers distribués sur
- la teugue, les coupées et les bastingages. Ses machines, qui sortent d’Indret, sont au nombre de deux et sont indépendantes ; elles devront lui assurer un rayon d’action de 4000 milles à 12 nœuds. Le Suchet, encore en chantiers à Toulon, est bâti sur les mêmes plans.
- Les croiseurs de troisième classe lancés en 1889 sont : le Surcouf et le Coëtlogon, construits sur les plans de M. de Bussy; le Lalande et le Cosmao, sur ceux de la Société de la Gironde ; le Coëtlogon a été donné aux chantiers de la Société transatlantique; le Cosmao et le Lalande sortent de ceux de la Gironde ; enfin c’est Cherbourg qui a bâti le Surcouf.
- Ces navires auxquels il faut ajouter, pour compléter la série, le Forbin et le Troude déjà en service, se ressemblent beaucoup ; trois d’entre eux, le Forbin, le Surcouf et le Coëtlogon sont tout à fait semblables. Voici les chiffres qui les concernent.
- p.140 - vue 144/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 141
- Longueur entre perpendiculaires, 95 mètres; largeur maxima hors bords,- 9m,50; creux sur fond de carène, au milieu, 6"‘,54; tirant d’eau sous fausse
- quille, moyen, 4m,24, arrière, 5m,24; différence do tirant d’eau 2 mètres; surface immergée du maître-couple 31m(1,71; déplacement total, 1847 tonneaux
- Fig. 2. — Croiseur français l'Alger.
- 750. Un pont cuirassé de 4 centimètres d’épaisseur pare-éclats dans la région des machines et des qui règne sur toute la longueur de la coque, et un chaudières protègent les parties vitales du navire.
- Fig. 3. — Croiseur français le Davout.
- Les machines du Surcouf et du Forbin sortent des ateliers de la Loire, celles du Coëtlogon des ateliers de la Société transatlantique. Cet appareil moteur se compose de machines eompound horizontales, à connexion directe, et de six chaudières
- cylindriques à deux foyers, réparties dans trois chambres de chauffe. Il devra développer 6000 chevaux au tirage forcé, et donner une vitesse de 19 nœuds 5, avec 140 tours d’hélice. Le Lalande, le Cosmao, ainsi que le Troude diffèrent très peu
- p.141 - vue 145/432
-
-
-
- 142
- LA N A T (J HE.
- du type précédent; leur largeur a 4 centimètres de plus ; le tirant d’eau arrière, 5m,17 ; le déplacement, 1877 tonneaux. Leurs machines sont fabriquées par le Creusot.
- Tous auront pour armement quatre canons de 14 centimètres, à pivot central, sur les gaillards, quatre tirs rapides de 47 millimètres dont deux sur la teugue et deux sur la dunette, quatre canons-revolvers de 57 millimètres sur les bastingages et quatre tubes lance-torpilles. Leur équipage se composera de cent cinquante et un hommes.
- Tels sont les nouveaux instruménts de combat que l’année 1889 a vus naître, et qui seront sans doute confiés à nos marins en 1890. Ce sont de belles et bonnes armes, qui font honneur aux ingénieurs qui en ont dressé les plans, aux chantiers, aux arsenaux qui les ont exécutés : notre patriotisme est heureux d’avoir à le constater.
- L. Renard.
- CHRONIQUE
- Le sentiment de l*»rt chez le chien. — Un
- chien est-il capable de reconnaître un portrait? Telle est la question qui vient d'être soulevée par le Speclator et qui a donné lieu à l’expérience suivante. Un terrier très intelligent, appartenant à un peintre, avait la mauvaise habitude de poursuivre les moutons. On avait réussi par de judicieuses corrections à lui faire passer ce goût malencontreux. Un jour, son maître peignit un troupeau de moutons gardé par deux chiens. Le peintre, ayant été appelé par quelqu’un, dut quitter un moment la chambre ; il appuya sa toile contre le mur; à son retour, il fut très flatté de trouver son terrier en arrêt devant le tableau, lès oreilles dressées, l’œil allumé et dans une vive agitation. Le peintre fut d’autant plus frappé de cet incident, que les moutons n’avaient que de 8 à 10 pouces de long. Le chien avait du comprendre que c’était une réduction et qu’il était censé les voir de loin. Quant à ses congénères qui se trouvaient sur le tableau, il ne les regarda même pas, mais chaque fois qu’on lui présenta la toile, il entra dans une grande excitation, et il lui arriva même de sauter sur la table, pour voir la peinture de plus près.
- La même Revue cite un autre fait non moins curieux. Une demoiselle avait deux chiens, elle fit faire le portrait de l’un d’eux par Chalon, et sur l’invitation du peintre, alla le voir, suivie de son autre chien. Chalon avait exposé sa toile au jardin pour la faire sécher : le chien reconnut aussitôt son camarade, se mit à aboyer au portrait et à gambader tout autour, comme s’il rencontrait son compagnon en personne. Voilà un arbitre tout trouvé pour les personnes qui ne savent pas si leur portrait est assez flatté ; elles n’ont qu’à mettre leur chien en présence de la toile; s’il ahoit. jappe, fait fête au tableau, l’œuvre est réussie ; s’il lui tourne résolument la queue, elle est jugée. Les chiens peuvent avoir parfois aussi le sentiment musical. Le petit chien dont nous parlions à propos des moutons avait des dispositions remarquables pour la musique. Il accompagnait le piano ou la voix en mesure avec une justesse étonnante. La Marche funèbre de Chopin l’affectait péniblement, il repliait sa queue et, après avoir accompagné sotto voce le récitatif, finissait par des cris convulsifs. La Mandolinata au contraire le
- mettait en extase ; la queue relevée, le museau en l’air, il filait des sons clairs et vibrants avec une satisfaction évidente.
- Ce qu’il entre de charbon à Londres. —
- On sait que l’Angleterre est un pays essentiellement producteur et aussi consommateur de houille, la houille étant nécessaire à ses nombreuses industries. Tout naturellement c’est à Londres, premier port du Royaume-Uni, et, on peut le dire aussi, premier port du monde, que se centralise tout le commerce du charbon. Aussi est-il curieux de relever les quantités de houille que peut recevoir ce port. [Nous prendrons des chiffres se rapportant à un seul mois; le lecteur se rendra plus aisément compte de l’énormité du mouvement commercial que cela représente. Pendant le mois de septembre 1889, il est arrivé à Londres, soit par les chemins de fer, soit par les canaux, 656 154 tonnes de houille, et par mer, 549 774 tonnes. C’est donc un total de 1005928 tonnes, ou plus d’un million de tonnes qu’a vu
- Volume de charbon enlré dans le port de Londres pendant le mois de septembre 1889.
- arriver ce port, ce qui fait par jour le chiffre fort respectable de 33550 tonnes. Londres garde bien une partie de ce combustible pour ses besoins industriels, mais la plus grande partie en est réexportée. D. B.
- Les Canards dn Maryland. — La chasse aux Canards sur la rivière Susquehanna est renommée dans tous les États-Unis. C’est probablement la plus belle du monde. Les Canards se trouvent aussi en abondance sur d’autres tributaires du Chesapeake, dans les détroits d’Albemarle et de Pamlico, dans la Caroline du Nord, dans la Floride, sur les tributaires du golfe du Mexique et autres cours d’eau ; mais ils n’ont pas la saveur des Têtes noires et Tètes bleues qui vivent autour de l’embouchure du Susquehanna. Cette saveur est due à leur alimentation qui consiste en Céleri sauvage. Le Céleri agreste est très recherché par le Canard sauvage. Ce palmipède délaissera tout autre terrain de nourriture pour affluer au Susquehanna. L’eau dans laquelle croît le Céleri est douce ou légèrement saumâtre. Au-dessous de l’île Spesulia, l’eau est un peu salée, et les Canards y viennent en moins grand nombre. Ce Céleri sauvage est une herbe à longs rubans qui pousse si dru, en été, qu’elle empêche souvent les bateaux d’avancer. Elle prend racine dans la vase et sa tète effleure l’eau pendant la marée. La tête se dessèche pendant l’hiver et est emportée en masses. La racine, agréable au goût, et longue de 4 ou 5 pouces, est ce que recherche le Canard. Il plonge pour s’en emparer et la mange avec délice. La plante dont il s’agit ressemble quelque peu au paturin comprimé. Le caractère de la racine, constamment imprégnée du suc d’un sol fertile que lui amène l’eau douce, active sa croissance et lui donne un goût particulier. Au-dessous de Spesutia, l’herbe est moins abondante; les Canards qui prennent leur nourriture dans l’eau salée, qui s’alimentent de poissons ou
- p.142 - vue 146/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 145
- d’autres substances, ne sont pas aussi bons que ceux qui font de l’eau douce leur garde-manger.
- (Forest and Stream.)
- Industrie du hois courhé. — C’est une idée très pratique qu’ont eue les Hongrois d’utiliser le bois en le courbant au lieu de le découper dans tous les sens; et ce système d’opérer, borné d’abord aux usages du mobilier, tend à se généraliser. C’est ainsi qu’on fait maintenant des roues de charrettes et de voitures en bois courbé, et elles reviennent beaucoup moins cher que celles faites par les procédés ordinaires. Tous les bois durs, comme le chêne, le hêtre, le charme, l’orme, etc., sont susceptibles d’être courbés, mais on emploie presque exclusivement le hêtre rouge, qui se trouve en masse dans les forêts de la Hongrie, et qui n’avait antérieurement de valeur que comme bois à brûler. Yoici d’ailleurs comment on procède : on scie le bois dans sa longueur en lattes carrées de 4 à 5 centimètres ou davantage, que l’on arrondit au tour, suivant les objets à confectionner. Un les soumet ensuite pendant 15 minutes à l’action de la vapeur surchauffée dans des récipients hermétiquement fermés. Sous l’in-lïuence de la chaleur humide, le hois devient maniable et il suffit de la force de l’homme ou de machines peu compliquées, marchant à la main, pour faire suivre au bois les contours d’un modèle en fer, quelque capricieuses qu’en soient les formes. Ainsi manipulé, le bois est mis au séchoir avec le modèle sur lequel il est assujetti au moyen de pinces, et le séchage dure deux, trois, jusqu’à huit jours, suivant les dimensions de l’objet et la forme du dessin. Le séchage étant parfait, on détache le modèle, et le bois conserve pour toujours la forme nouvelle qui lui a été donnée. 11 ne reste plus alors qu’à polir, assembler, colorer et vernir les différentes pièces pour avoir les meubles que tout le monde connaît. L’industrie du bois courbé ne sert pas seulement à la confection des meubles, elle apporte aussi son concours à la fabrication des cerceaux pour enfants. Ces cerceaux ne comportent aucun clou de métal et sont d’une grande solidité.
- Les chemins de fer allemands. — Le réseau des chemins de fer de l’Allemagne a une étendue de 59803 kilomètres, ce qui représente 7km,23 pour 100 kilomètres carrés de surface, tandis que cette proportion n’est en France que de 6km,50, et qu’elle atteint 9km,8 en Angleterre. A la fin de l’exercice 1887-1888, ce réseau allemand comprenait 6645 stations; le matériel roulant comprenait 12811 locomotives, 23703 voitures à voyageurs, 518 526 wagons à marchandises, et 1587 wagons-poste: on pourra comparer ces chiffres avec ceux que nous avons fournis pour le réseau français. Pendant le même exercice les voies allemandes ont eu un trafic de 315991 747 voyageurs, et de 178814667 tonnes de marchandises. D. B.
- Éclairage électrique du port de Bordeaux. —
- Le port de Bordeaux sera prochainement éclairé à la lumière électrique. Un vient en effet d’établir 4 pylônes d’une hauteur de 25 mètres. Chacun de ces pylônes porte une lampe à arc Gramme de 50 ampères, pouvant être placée en un point quelconque du pylône suivant les besoins du service. L’énergie électrique est fournie par deux dynamos Gramme type supérieur de 200 ampères, tournant à la vitesse angulaire de 1100 tours par minute;' Cette installation sera prochainement complétée par l’adjonction d’autres pylônes semblables. C’est encore une nouvelle application intéressante que nous avons à enre-
- gistrer à l’actif de la lumière électrique et qui rendra les plus grands services aux navires pendant la nuit.
- La photographie au Japon. — Le Ministre de l’instruction publique du Japon vient de décréter qu’à partir de la rentrée prochaine, la photographie serait enseignée dans la plupart des écoles supérieures, notamment à l’Institut archéologique (véritable école des chartes), à l’Institut forestier et dans les académies militaires. Quand s’occupera-t-on d’organiser en France un semblable enseignement dans nos grandes écoles spéciales et dans nos écoles de beaux-arts et de dessin?
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 janvier 1890. —Présidence de M. Hermite.
- Séance très courte terminée avant 4 heures par .cause de comité secret.
- Le sélénétropisme. — Déjà, en 1883, M. Musset, professeur à la Faculté des sciences de Grenoble, avait annoncé que de très jeunes plantes se tournent manifestement du côté de la Lune quand celle-ci, par une belle nuit, brille dans le ciel; mais il paraît que des botanistes ont fait des objections à l’admission d’une attraction lunaire analogue à celle que le soleil exerce si énergiquement et qui détermine chez les végétaux le phénomène de l’héliotropisme. C’est pour répondre à ces critiques que, dans un nouveau travail présenté anjourd’hui en son nom par M. Duchartre, l’auteur décrit des expériences ayant pour sujet des plantes adultes. Elles ont eu lieu en juillet et août derniers durant plusieurs nuits exceptionnellement belles, M. Musset a choisi pour laboratoire un point des Alpes dauphinoises situé à 1000 mètres d’altitude environ et où poussait alors une très riche végétation spontanée. La position d’un certain nombre de tiges fut, à la tombée du jour, très rigoureusement relevée à l’aide de petits jalons, puis observée durant la nuit à plusieurs reprises et chaque fois constatée par un nouveau repère. La conclusion fut que, par le clair de lune, les tiges se tournent vers notre satellite comme elles se dressent vers le soleil, quoique avec moins d’énergie. Désormais le phénomène paraît hors de doute et M. Musset propose de le désigner sous le nom de sélénétropisme.
- La malachite artificielle. — Un se rappelle les intéressantes expériences par lesquelles M. C. Becquerel réalisait la synthèse du carbonate de cuivre vert en immergeant des fragments de calcaire dans la solution de la couperose bleue. M. de Schulten, professeur à l’Université d’Helsingfors, vient de son côté d’obtenir de la malachite d’aspect pareil à celui des plus belles variétés naturelles en évaporant convenablement une solution de carbonate de cuivre dans le carbonate d’ammoniaque. M. Fouqué en présente à l’Académie un spécimen poli qui paraît tout à fait propre à l’ornementation.
- Constitution de l'iode. — Tout le monde a été frappé des différences profondes de coloration que possèdent les solutions d’iode dans les différents véhicules : dans l’alcool, le produit est brun; dans le sulfure de carbone, il est violet; et on peut, avec d’autres liquides, obtenir des nuances intermédiaires. Or, il résulte des études spéciales auxquelles M. Gautier et un collaborateur dont le nom nous échappe, ont soumis ces dissolutions, que les différences constatées tiennent aux divers degrés de conden-
- p.143 - vue 147/432
-
-
-
- 144
- LA NATURE.
- sation moléculaire sous lesquels l’iode se dissout : eu le représentant par I* dans les solutions brunes, il correspond à U dans les solutions violettes comme dans sa vapeur.
- Colonies calloviennes: — La doctrine des colonies pa-léontologiques, défendue avec tant d’éclat par Joachim Barrande relativement au terrain silurien, paraît devoir s’appliquer également à l’histoire des temps jurassiques. M. de Grossouvre signale, dans les couches calloviennes des rivages de la Vendée, la présence d’une faune où les espèces ordinaires des environs de Paris sont remplacées par des formes à faciès alpin rappelant spécialement des fossiles classiques dans le Tyrol.Les mêmes circonstances se reproduisent aussi dans les couches bien connues de La Voulte, dans l’Ardèche, de même qu’en Portugal, comme M. Choffat l’a très nettemement indiqué dès 1880.
- Varia. — La théorie des polyèdres est perfectionnée par M. l’amiral de Jonquières. — Une prétendue périodicité est signalée par M. Zengerpour les aurores boréales et les orages magnétiques qui ont eu lieu de 1842 à 1857. — Sous le nom de plasmacocytes, M. Ranvier décrit de certaines cellules parfois grosses de 1 millimètre, et qui, suivant sa propre expression, pourraient en certains cas être confondues avec des microbes. — M. Paye dépose le dernier volume de VAnnuaire du Bureau des longitudes. — Les variations de la célèbre étoile dite Mira Ceti ont, d’après M. Vinot, été fort considérables dans ces derniers temps. — La substitution des sels dans les dissolutions mixtes occupe M.
- Étard. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- MOTEUR HYDRAULIQUE EN COQUES DE NOIX
- Post pisces, nuces (après le poisson, les noix), disait un vieux précepte de l’école deSalerne; c’est cet ordre que nous suivrons si, considérant les coquillages comme du poisson, nous indiquons, après les moteurs hydrauliques construits en coquilles d’escargots et de moules1, ceux qu’on peut construire avec des coques de noix.
- Ces coques ont été, de tout temps, la matière première d’un grand nombre de jouets, depuis le classique petit bateau dont la voile, un carré de papier, est portée par une allumette figurant le mât. Une noix vide a servi à confectionner le ludion décrit
- dans les Récréations scientifiques1, et constitue ainsi un joli jouet en même temps qu’un appareil de physique intéressant.
- La roue hydraulique en coquilles d’escargots de notre article précédent était ce qu’on appelle une roue en dessous, recevant l’eau sur un point de sa circonférence situé plus bas que son axe; la roue m coquilles de moules, à axe vertical, représentait une turbine; il nous reste, comme troisième type de moteur, à trouver la roue en dessus, tournant à grande vitesse; ce sont les coques de noix qui nous la fourniront. Nous n’entrerons pas dans les détails de construction de ce troisième moteur hydraulique; le dessin les indique d’une manière assez exacte pour éviter une longue description.
- Six coques de noix ajustées au bout de six tiges de bois qu’on enfoncera autour d’une rondelle de bouchon, voilà pour la roue proprement dite. L’arbre et la poulie sont analogues à ceux précédemment décrits. La roue peut tourner sous le filet d’eau d’un robinet, mais nous préférons nous servir du genre de siphon déjà indiqué dans La Nature en substituant toutefois une noix vide au noyau d’abricot, et trois brins de roseau aux brins de paille ; deux de ces brins de roseau plongent dans une terrine d’eau, et l’on aspire par le troisième, afin d’effectuer l’amorçage ; le filet d’eau obtenu suffit pour donner le mouvement à la roue. Comme exemple des nombreuses applications de ces petits moteurs, nous indiquons la fabrication du beurre, au moyen de crème battue par un pilon en bois auquel une bielle, également en bois, transmet le mouvement de la roue principale. La crème est contenue dans un petit verre ou une tasse munis d’un couvercle qui est percé d’une ouverture oblon-gue pour le passage de la bielle. Toute projection de la crème à l’extérieur est ainsi évitée. Nous dédions ce mode de fabrication original, sinon pratique, aux ennemis de la margarine, aux amateurs de beurre frais et naturel. Arthur Good.
- 1 Los Récréations scientifiques, par Gaston Tissandier. — G. Masson, éditeur, Paris.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Petit moteur hydraulique que l’on peut confectionner soi-même.
- 1 Voy. n° 813, du 29 décembre 1888, p. 79.
- Paris. —^Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
- p.144 - vue 148/432
-
-
-
- N° 871. — 8 FÉVRIER 1890.
- LA NATURE.
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de l’Observatoire marégraphique de Marseille.
- I
- 4
- ?
- A
- Fig. 2. — Le marégraphe totalisateur fonctionnant à l’Observatoire nmrégrapbique de Marseillç.
- Fig. 5. — Vue de face montrant les deux roulettes totalisatrices avec leurs compteurs, et sur le côté le compteur du temps.
- Le niveau de la mer, on le sait, varie à chaque instant. Sous la double attraction de la Lune et du Soleil, combinée avec la rotation de la Terre sur
- elle-même, les eaux de la mer sont soumises à des oscillations périodiques complexes : marées journalière, mensuelle, annuelle, séculaire.
- 18e année. — t8r semestre.
- 10
- p.145 - vue 149/432
-
-
-
- 146
- LA NATURE.
- A ces oscillations viennent s’ajouter les mouvements plus ou moins irréguliers produits par le vent ou causés par les variations de la pression barométrique ; les courants provoqués par les différences de température et de salure de l’eau entre les diverses régions du globe, notamment entre le pôle et l’équateur; enfin, les perturbations apportées par la configuration môme des côtes à la propagation de ces diverses ondes. La connaissancé de ces mouve-
- ments — dont nous observons seulement la résultante — est d’une importance capitale pour la navigation et pour les travaux maritimes. La détermination du niveau moyen (moyenne des hauteurs successives de l’eau en un point donné) ne présente pas moins d’utilité.
- C’est au niveau moyen de la mer, en effet, que sont rapportés la plupart des nivellements. La variation lente, avec le temps de ce niveau moyen dans
- Situation topographique de l'observatoire marégraphique
- Coupe longitudinale suivant AB.
- E.fttaniEU Sc
- Fig. 4. — Plan et coupes de l’Observatoire marégraphique de Marseille. — H. Habitation du gardien. — 0. Bureau. — M. Chambre du marégraphe. — P. Puits communiquant avec la mer par une galerie G. — F. Chambre souterraine renfermant le repère fondamental r.
- un même lieu, mettra en évidence les déplacements relatifs du sol et des eaux dans la suite des années, et fournira de précieuses indications touchant
- l’avenir réservé aux continents actuels. D’autre
- part, en rattachant au réseau général des nivellements, les cotes obtenues, on en déduira les hauteurs relatives des différentes mers les unes par rapport aux autres, et, par suite, la direction et la vitesse des courants marins.
- En raison de l’intérêt qu’elles présentent, ces questions sont étudiées depuis longtemps dans un assez grand nombre de stations échelonnées sur toutes les mers. Les observations y sont faites, soit directement sur une échelle de port fixée à un mur de quai, soit au moyen d’appareils spéciaux, connus sous le nom de marégraphes, qui enregistrent, sur un cylindre mû par une horloge, les mouvements d’un flotteur placé dans un puits communiquant
- avec la mer. La détermination du niveau moyen s’effectue ensuite, soit à l’aide de formules, soit plus simplement en mesurant avec un planimètre l’aire des diagrammes fournis par l’appareil et en calculant la hauteur du rectangle équivalent, de même base. Mais, pour ce qui regarde spécialement le niveau moyen, il est peu de stations ne laissant à désirer sous quelque rapport. Ici, c’est un fleuve qui déverse, à la surface de la mer, des eaux douces plus légères, créant une surélévation anormale du niveau. Ailleurs, c’est le mode même d’observation qui n’offre pas toute l’exactitude désirable. Aussi, pour fournir une base aussi précise que possible aux nivellements de haute précision du nouveau réseau fondamental, en cours d’exécution depuis 1884, le comité du nivellement général de la France a-t-il proposé de créer à Marseille, sur un point dégagé de la côte et à l’abri des eaux douces,
- 0760 Mm uit Hli il ' ' 'Mir —rr-i 1 i ' i U,t OTSO
- 6 Août 1700 1886 6 Août 1886 1700
- 1T&0 1750
- .— J 1 —
- Fig. 5. — Spécimen des diagrammes fournis par le marégraphe totalisateur (réduit).
- p.146 - vue 150/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 147
- une nouvelle station marégraphique où l’on mettrait à profit les moyens les plus perfectionnés pour l’enregistrement des mouvements de la mer et pour la détermination du niveau moyen. L’administration des travaux publics ayant adhéré à ces vues, le projet a reçu son exécution, et la France possède aujourd’hui un établissement modèle, supérieur à toutes les installations du même genre existant à l’étranger.
- La figure 1 donne une vue d’ensemble, la figure 4 un plan et une coupe des bâtiments qui ont été construits en 1885 et 1884 par les ingénieurs du port de Marseille.
- L’installation des instruments a été faite sous la direction de M. Ch. Lallemand, ingénieur des mines, secrétaire du comité du nivellement. L’appareil principal, représenté figure 2, est un marégraphe totalisateur *, système Reitz, modifié sur les indications de M. Ch. Lallemand et construit par M. Den-nert d’Altona. Il présente cette particularité essen-tielle — d’où il tire d’ailleurs son nom — de faire lui-même, à l’aide d’un planimètre2, et dont la figure 3 montre la disposition, le calcul de Faire des diagrammes au fur et à mesure de leur production ; ce qui simplifie énormément le travail tout en augmentant beaucoup les garanties d’exactitude.
- Les courbes de marée sont tracées, en double exemplaire, sur une bande de papier couché, recouvert d’une très légère couche d’un vernis noir à l’encre de Chine. Des pointes de diamant, portées sur une crémaillère actionnée par le flotteur, écornent légèrement la pellicule de vernis et gravent ainsi sur le papier un sillon blanc d’une netteté et d’une finesse extrême. La figure 5 en donne un spécimen.
- Enfin l’installation est complétée par un baromètre et un thermomètre enregistreurs, et par un baromètre et un thermomètre étalons. Les indications relatives au vent et à la pluie tombée sont prises à l’observatoire de Marseille, mieux situé pour ce genre d’observations. A. Lallemand,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
- LE MATÉRIEL DES CHEMINS DE FER
- AUX ÉTATS-UNIS
- Parallèlement à son développement commercial, et comme une conséquence toute naturelle, l’Amérique du Nord voit le réseau de ses voies ferrées se développer dans des proportions considérables, et par suite le matériel roulant de ces chemins de fer augmenter d’une façon rapide et constante, pour donner aux voies construites leur maximum d’utilité. Nous en trouvons une preuve bien évidente, spécialement pour ce matériel roulant, dans
- 1 Deux autres appareils du même genre existent en Europe, l’un à Cadix (Espagne), l’autre dans l’île d’Helgoland (à l’embouchure de l’Elbe).
- 2 En réalité, ce planimètre est double ; les deux roulettes se contrôlent mutuellement.
- les chiffres que fournit le Manuel des chemins de fer de Poor pour chacune des douze dernières années.
- De 1877 à 1889, le nombre des locomotives a presque doublé, puisqu’il a passé de 15911 à 29398; les voitures à voyageurs ont augmenté à peu près dans les mêmes proportions, de 12053 à 21425; le chiffre des wagons-poste, des wagons à bagages et autres réunis était en 1877 de 3854, aujourd’hui il atteint G827. Enfin le chiffre des wagons à marchandises présente un accroissement énorme, répondant à l’augmentation du transit; de 392175 en 1877, il atteint aujourd’hui 1005116 (plus d’un million). Du reste, il faut remarquer que l’accroissement de la longueur du réseau lui-même a été à peu près proportionnelle, puisque les voies ferrées des Etats-Unis, longues en 1877 de 79088 milles, atteignaient, à la fin de 1888, 156082 milles, ce qui représentait une augmentation de 100 pour 100, proportion à peu près identique à celle de l’augmentation des locomotives et wagons à voyageurs. Mais il n’en est plus de même pour les wagons à marchandises; l’accroissement pour ces derniers a été beaucoup plus fort, atteignant au total le nombre de 625825 wagons, c’est-à-dire une proportion de 153 pour 100.
- Du reste, pour se rendre compte de l’accroissement vrai du trafic sur le réseau américain, il ne faut pas se contenter de la comparaison de ces nombres : car, en même temps que les wagons se sont multipliés, par suite des besoins et du progrès des constructions, on a augmenté constamment la capacité et la charge maxima des wagons à marchandises de 10 tonnes environ à 20, puis à 30 tonnes ; si bien qu’on peut comprendre que les chemins de fer des Etats-Unis sont maintenant en état de transporter un total de marchandises bien plus considérable que ne l’indiquerait la simple augmentation de la longueur de leurs lignes et même du nombre de leurs wagons.
- Enfin, un dernier renseignement est intéressant à relever : en 1887, le nombre de milles de voie en exploitation par locomotive était de 4,97 ; en 1889, il est de 5,31 : c’est donc que la puissance de travail de chaque locomotive s’est augmentée considérablement, puisque chacune d’elle suffit à l’exploitation d’une longueur de voie plus grande, malgré l’accroissement énorme du trafic. D. B.
- —><><—
- LA SCIENCE PRATIQUE
- MANIÈRE DE CONSTRUIRE DES ACCUMULATEURS ÉLECTRIQUES
- La Nature a donné, il y a quelques années, la manière de construire des accumulateurs Planté1. Depuis cette époque les applications électriques se sont développées de plus en plus, et aujourd’hui ils sont nombreux, les amateurs qui veulent construire eux-mêmes des accumulateurs et qui nous demandent souvent des renseignements à ce sujet. Tout en les renvoyant aux articles précédemment publiés, nous allons décrire une méthode de fabrication très simple due à M. Geo Hopkins et exposée dans notre confrère Scientific American.
- Chaque élément d’accumulateur se compose de
- 1 Voy. n° 56, du 27 juin 1874, p. 51, et n° 442, du 19 novembre 1881, p. 396.
- p.147 - vue 151/432
-
-
-
- 148
- LA NATURE.
- seize plaques de plomb de 15 centimètres de largeur sur 17 centimètres de longueur, et d’une épaisseur de 2 millimètres et demi, placées dans un vase en verre de 15 centimètres de largeur sur 25 centimètres de longueur, avec une hauteur de 20 centimètres. Chaque plaque est munie d’un prolongement étroit qui est destiné à faciliter les connexions électriques. Les plaques de plomb sont découpées dans une feuille, comme l’indique la ligure 1. C’est là une manière qui permet d’économiser la matière. Les plaques, une fois coupées et aplaties, sont rendues rugueuses. La figure 2 indique le moyen d’obtenir cette rugosité. On prend une lime moyenne,
- on l’applique sur le plomb, et on frappe avec un maillet. On fait la même opération sur les deux côtés de la plaque de plomb. Les prolongements de plomb, dont nous avons parlé plus haut, sont percés d’un trou. Les plaques sont juxtaposées en alternant, de façon que la moitié des bras se trouvent d’un côté, et la moitié de l’autre côté. Toutes ces plaques sont séparées les unes des autres à l’aide de morceaux de bois paraffinés maintenus par des rubans de caoutchouc (fig. 5). Les bras de plomb des plaques d’un même côté sont réunis entre eux à l’aide d’écrous, et forment les pôles de l’accumulateur (fig. 4). Passons maintenant à la formation.
- Fig. 1 à 4. — Manière (le construire un accumulateur électrique. — 1. Plaques d'uuc pile secondaire, A, vue de côté; B, vue en coupe; C, vue en plan pour montrer le mode de découpage. — Fig. 2. Laminage d'une plaque. — Fig. 3. Assemblage des plaques. — Fig. 4. Un élément complet.
- Les éléments sont placés dans les vases remplis d’acide nitrique dilué (acide nitrique et eau, parties égales). On les laisse tremper pendant vingt-quatre heures. Ce premier traitement modifie la surface du plomb, la rend plus poreuse, et joint à la rugosité donnée plus haut, réduit le temps de formation de quatre ou cinq semaines à une semaine seulement. Quand on s’aperçoit d’une altération profonde sur les plaques, on jette la solution nitrique, et on la remplace par une solution de 9 parties d’eau et 1 partie d’acide sulfurique en volume. Chaque élément d’accumulateur donne une f.e.m. de 2 volts en chiffres ronds. La f.e.m. d’une batterie de n éléments s’obtient en multipliant le nombre d’éléments n par 2. Pour l'intensité du courant, à la charge,
- on ne doit pas dépasser 2 à 5 ampères par kilogrammes de plaques; à la décharge, on peut adopter le même régime.
- On place alors la batterie composée d’un certain nombre d’accumulateurs dans le circuit extérieur d’une machine shunt. Au bout de trois à quatre heures, la charge est interrompue, et on fait décharger les accumulateurs soit sur des résistances inertes, soit sur des lampes. Ensuite les connexions sont de nouveau établies, mais en ayant soin de changer le sens du courant. Après cette opération, on décharge encore les appareils, et on recharge en sens inverse. Après trois ou quatre opérations de ce genre, la formation est cokiplète. J. L..
- ——
- p.148 - vue 152/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 149
- LA ROTATION DE MERCURE
- Près d’un siècle s’est écoulé depuis que Scliroter, l’infatigable astronome de Lilienthal, a déterminé la durée de la rotation de la planète Mercure. Cependant, jusqu’à ces derniers temps, personne n’a émis de doute sur l’exactitude de la valeur que cet homme illustre a assignée à la durée du jour de ce monde si voisin du soleil.
- L’annuaire du Bureau des longitudes pour 1890 publie encore le chiffre de 24 heures 0 minute 50\ Il serait donc voisin de notre jour puisqu’il n’en différerait que de la trois-centième partie de sa valeur.
- M. Schiaparelli a repris, depuis plusieurs années, les observations bien difficiles sur un astre qui, dans ses plus grandes élongations, ne s’éloigne pas à plus de 27° du Soleil.
- Très heureusement servi par un ciel beaucoup plus favorable que celui des environs deBfile, le directeur de Milan est parvenu à recueillir cent cinquante observations satisfaisantes. 11 est bon de noter qu’elles n’ont pas été faites avec une lunette d’un pouvoir supérieur à celle dont s’est servi Scliroter. Ce n’est pas que le directeur de l’Observatoire de Milan n'ait eu à sa disposition des instruments beaucoup plus puissants. Maison ne peut observer Mercure que lorsqu’il est voisin de l’horizon, et plongé dans le crépuscule ou l’aurore; c’est même cette circonstance, connue des anciens, qui l’a fait consacrer au dieu des voleurs. Il est donc impossible d’employer un fort pouvoir grossissant, sans sacrifier la netteté.
- Au commencement du siècle dernier, un astronome toulousain, nommé Vidal, avait acquis une certaine célébrité qu’il ne devait guère qu’à son habileté à suivre Mercure près du Soleil. Dans la journée du 11 août 1887, M. Schiaparelli a certainement dépassé Vidal, puisqu’il a suivi Mercure à 5ft du limbe, mais, si nous avons bonne mémoire, il n’a pas dépassé Schrôter qui, aussi bien que Vidal, a mérité les noms de Trismégiste et d’Hermo-phîle4. Ce qu’il y a certainement de très curieux dans
- 1 Ce sont les noms que Lalande a donnés à Vidal.
- la discussion qui commence, c’est que M. Schiaparelli peut avoir raison, sans porter préjudice à la gloire de Scliroter. En effet, les conséquences auxquelles il s’arrête pouvaient être tirées du résultat des observations de Scliroter.
- Le directeur de Milan tombe d’accord avec celui de Lilienthal pour reconnaître le fait capital. Tous deux admettent qu’il existe, à la surface de Mercure, des taches dues à des éminences qui ne changent pas d’un jour à l’autre, ni même d’une apparition à la suivante. On les reconnaît aussi bien qu’on peut le faire, à la surface d’un disque, dont le diamètre n’excède pas huit secondes.
- La forme de ces taches est évidemment très difficile à définir. Chaque observateur met un peu de son imagination dans les résultats qu’il annonce. Il
- n’est pas nécessaire de noter les différences qui existent entre les dessins donnés par des savants opérant dans des circonstances si différentes. Nous nous contentons donc de mettre sous les yeux du lecteur le fac-similé du des-sin dans lequel M. Schiaparelli a résumé le long travail auquel il s’est livré dans des circonstances si difficiles (Voy. la gravure ci-contre).
- Il croit avoir aperçu un système de rayons noirs restant constamment parallèles, puis un second système un peu moins distinct, offrant une orientation différente. Suivant lui, l’œil finirait, en examinant longuement ces lignes d’ombres, à y discerner des détails presque aussi nets, que ceux qu’on constate dans les observations de Mars. Il prétend également avoir reconnu la place de régions brillantes, c’est-à-dire plus éclatantes que les autres.
- Les changements qu’il a constatés pendant de longues périodes ne lui paraissent pas provenir de ceux qui résulteraient d’une véritable rotation de Mercure autour de son axe, et comparable à celle de Mars ou de Jupiter. Il les trouve analogues à ceux que l’on reconnaît sur le disque de la Lune, et il estime qu’elles tiennent principalement, comme ces dernières, aux différences de situation de la Terre, venant se joindre à une espèce de libration dont nous parlerons tout à l’heure.
- H en a tiré la conclusion que Mercure présente
- SUD
- NORD
- Aspect île Mercure. Fac-similé d’un dessin de M. Schiaparelli. Hémisphère visible de Mercure (renversé, tel qu’on le voit dans le télescope). Premier système de taches obscures parallèles : 1" f r s i, 2° e q, 3“ g p. — Deuxième système : 1“ c f, 2° g q r, 5° e p d s, i" a b i. — Taches blanches : 1° u v, 2° b /•, 3“ a d. Points noirs produits probablement par des éminences et q.
- p.149 - vue 153/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 150
- toujours le même hémisphère au Soleil, parce qu’à chaque angle décrit par la planète dans son mouvement de révolution autour du foyer de son orbite, correspond un angle précisément égal parcouru dans sa rotation autour de l’axe de sa rotation diurne.
- Mercure serait donc rigoureusement vis-à-vis du Soleil dans la même position que la Lune vis-à-vis de la Terre ; le temps de sa rotation autour de son axe serait identique à celui de sa révolution sidérale, laquelle est, suivant les nombres admis, de 88 jours moyens de la terre, moins une heure.
- Il y aurait entre les deux corps célestes une autre analogie qui tiendrait aux lois du mouvement elliptique, auxquels tous les deux sont assujettis. Quoique égale à leur mouvement sidéral, la rotation autour de leur axe serait uniforme, tandis que leur mouvement de circulation autour du point central de leur orbe est plus rapide lorsqu’elles sont près du foyer que lorsqu’elles en sont éloignées. Comme l’excentricité de Mercure est quatre fois plus grande que celle de la Lune, les avances ou les retards seraient beaucoup plus considérables. La zone qui tantôt verrait le Soleil, et tantôt en serait privée aurait des dimensions transversales relativement beaucoup plus grandes que sur la Lune.
- Mais il y aurait entre les deux hémisphères de Mercure une différence bien autrement importante. Un des hémisphères verrait constamment le Soleil, et une portion de l’autre serait plongée dans une nuit éternelle. Une moitié de ce globe serait exposée à une chaleur dix fois plus grande que celle de nos régions torrides, et cela sans repos ni trêve, sans crépuscule, sans nuit et sans aurore! L’autre moitié, au contraire, resterait constamment à la température du vide planétaire, dont nos régions polaires ne fournissent qu’une faible image.
- C’est la difficulté d’accepter des conditions semblables qui a conduit Schroter à rejeter cette hypothèse. Si on suppose, comme l’a fait Schroter, qui a eu l’appui de Bessell, que la rotation de Mercure autour de son axe diffère très peu de la rotation de la Terre, la permanence des taches, dans les mêmes points du disque, n’est plus surprenante.
- Avant de donner gain de cause à l’astronome italien, qui a vu les canaux de Mars, et tant d’autres choses, il faudra certainement attendre la confirmation de ses idées et de ses observations. Tout en le félicitant de son zèle, ne sera-t-il pas bon de rester dans une réserve prudente?
- \V. de Fonvielle.
- LES PROGRÈS DE L’OPHTALMOLOGIE
- LE TRAITEMENT DE LA CATARACTE
- Dans une intéressante leçon sur l'Histoire de l'ophtalmologie, M. le Dr E. Landolt a récemment résumé les progrès de la chirurgie oculaire.
- Nous empruntons au savant praticien les renseignements historiques qu’il a donnés sur la cataracte :
- Le traitement de la cataracte représente, sans contredit, la partie la plus perfectionnée et la plus glorieuse de notre chirurgie. Et, cependant, l’opération de la cataracte, dont l’ophtalmologie s’honore maintenant à si juste titre, est de date pour ainsi dire récente. Jusque bien avant dans le siècle dernier, les chirurgiens, forts de leur ignorance absolue sur la nature de la cataracte, taillaient, tiraient et pressaient avec des aiguilles plus ou moins larges, sur cette prétendue membrane qui occupait la pupille. Certes, ils arrivaient souvent à restituer ainsi la vue, mais le cristallin refoulé dans l’œil s’y comportait comme un corps étranger et se vengeait de sa chute en provoquant, tôt ou tard, des complications funestes et l’abolition complète de la vision.
- Ce n’est qu’en 1705 que Brisseau démontra de la façon la plus nette que la cataracte n’est autre chose que le cristallin opacifié. Chose étrange, l’Académie combattit pendant trois ans la vérité de ce fait si facile à établir. Néanmoins la découverte de Brisseau pénétra promptement dans l’ophtalmologie et y porta les fruits les plus précieux. On essaya d’abord de modifier les procédés grossiers de dépression et d’abaissement de la cataracte. On y ajouta la capsulotomie postérieure, on la remplaça par la discission, dans le cas de cataracte molle, etc., etc.
- Mais le vrai progrès ne fut réalisé que lorsque, en 1745, Daviel éleva au rang d’une méthode opératoire Y extraction de la cataracte, pratiquée accidentellement avant lui par Saint-Yves et par Petit, pour des cataractes luxées dans la chambre antérieure. L’invention de Daviel est tellement importante qu’elle marque une époque dans la chirurgie oculaire.
- Le principe de l’enlèvement du cristallin une fois établi, il n’était que juste qu’on recherchât à perfectionner le procédé, et naturel qu’on y réussit. Aussi, bien que les modes d’extraction de la cataracte, dont nous nous servons actuellement, diffèrent sensiblement de celui de Daviel, l’honneur de la plus belle découverte en chirurgie oculaire n’en revient-il pas moins tout entier à l’immortel opérateur français.
- On pourrait écrire, et on a écrit, des volumes sur l’opération de la cataracte. Mais, après les expériences et les recherches faites depuis plus d’un siècle dans le monde entier, et depuis l’introduction en chirurgie de l’antisepsie, cette bibliographie n’aurait qu’un intérêt rétrospectif médiocre. Les procédés opératoires actuels de la cataracte, qui resteront sans doute en usage bien longtemps, sinon toujours, peuvent se résumer en peu de mots : l’abaissement est entièrement abandonné ; seules les cataractes molles des jeunes sujets sont laissées dans l’œil, pour y être résorbées, après la discission ; les autres cataractes sont extraites de l'œil chaque fois que l’état de l’organe et leur maturité le permettent.
- M. le Dr Landolt termine sa leçon en parlant des ressources que l’opérateur trouve aujourd’hui dans l’emploi de la cocaïne qui insensibilise, d’une façon locale, les surfaces du globe et des paupières, et surtout de celles que fournissent l’antisepsie et l’asepsie. Il ne doute pas que l’avenir ne réserve en-* core de nouveaux et importants progrès à la chirurgie oculaire.
- p.150 - vue 154/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 151
- LA CHRONOPHOTOGRAPHIE
- (Suite. — Voy. p. 97.)
- Le nouvel appareil de chronophotographie1 que nous allons faire connaître aujourd’hui a été construit dans les ateliers du Laboratoire central de la marine, sur les indications de M. le colonel Sebert. Cet appareil, spécialement exécuté en vue d’expériences de balistique, appartient à la classe des appareils multiples, et chacune des chambres photographiques qu’il comporte est destinée à donner une des phases du phénomène observé.
- La grande difficulté que l’on rencontre dans ce genre d’instruments provient de ce qu’il faut pouvoir désarmer très rapidement les divers obturateurs pour obtenir les différentes épreuves à des instants suffisamment rapprochés. Au lieu de recourir à l’électricité, comme dans les appareils de M. Muybridge, de M. Àusschütz, ce qui est toujours une complication, on a préféré n’employer qu’un dispositif purement mécanique.
- L’appareil se compose en substance de six chambres photographiques munies d’objectifs aplanéti-ques, de six obturateurs indépendants des chambres et d’un mécanisme particulier de déclenchement destiné à actionner ceux-ci les uns après les autres.
- Les six chambres sont placées suivant les sommets d’un hexagone régulier, en arrière d’une platine verticale percée de fenêtres en regard des objectifs (fig. 1). En avant de cette platine est fixé un grand disque B, évidé dans son centre et percé également de six ouvertures correspondant aux précédentes. C’est sur ce disque, et en rapport de chacune de ces ouvertures que les obturateurs sont montés (fig. 2). Chaque obturateur comporte deux paires de volets, l’une pour démasquer l’ouverture, l’autre pour l’obturer. Chaque paire de volets est maintenue par une pièce spéciale, formant levier 0. Les leviers d’ouverture et ceux de fermeture sont placés symétriquement de chaque côté de la platine et sont par suite dans deux plans absolument différents. Lorsque l’on vient à soulever le levier d’ouverture d’un des obturateurs, les deux volets commandés par de forts ressorts I s’ouvrent brusquement; dès que l’on agit sur l’autre levier, l’autre paire de volets se ferme aussi rapidement.
- Au centre du disque porte-obturateurs tourne un plateau massif B, qui est entraîné d’un mouvement uniforme au moyen d’un moteur à contrepoids et à régulateur. C’est sur ce plateau que sont placés les organes spéciaux qui devront agir à un moment déterminé sur les leviers de chaque obturateur.
- L’ensemble du disque porte-obturateur et son mécanisme sont montés sur un pied indépendant de manière qu’aucune vibration ne soit transmise aux chambres photographiques. L’assemblage entre
- 1 Voy. n° 535, du 1er septembre 1883, p. 215.
- ces deux parties, c’est-à-dire entre les objectifs et les obturateurs, est fait au moyen de manchons en étoffe souple et imperméable à la lumière. Le mécanisme d’obturation est d’ailleurs protégé par une boîte qui n’est percée que des ouvertures nécessaires pour le passage des rayons lumineux (fig. 5). Cet appareil, destiné plus particulièrement aux études touchant l’art militaire, est employé pour enregistrer le lancement de certains projectiles à marche relativement lente tels que les torpilles automobiles, le recul des pièces de canon, les explosions de torpilles fixes, etc. Il comporte par suite un dispositif spécial qui permet de commander électriquement le phénomène qu’il s’agit de photographier.
- L’appareil doit donc, au moment voulu par l’opérateur, déterminer la mise à feu, puis après un temps calculé à l’avance, provoquer le départ successif des obturateurs à des intervalles également réglés, et en donnant à ceux-ci une durée d’action connue.
- Ces résultats multiples sont obtenus au moyen de différents organes placés sur la circonférence du plateau mobile (fig. 2). Ce plateau B est divisé en 100 parties égales et sur le zéro de la graduation se trouve une pièce fixe qui est destinée à provoquer l’ouverture des obturateurs 0. Les deux autres pièces, faisant office de curseurs, peuvent se déplacer sur la circonférence du plateau et être immobilisées en face d’une division quelconque. Le curseur de mise à feu C se déplace en sens inverse du mouvement du plateau en partant du zéro. Plus on l’éloignera, plus on augmentera le temps qui s’écoulera entre la mise à feu et l’ouverture du premier obturateur. L’autre curseur mobile E qui est destiné à fermer successivement les divers obturateurs, se déplace de l’autre côté du zéro et dans le sens du mouvement. L’intervalle que l’on mettra entre la pièce fixe et ce curseur réglera précisément la durée du temps de pose des divers obturateurs. D’autre part, la vitesse de rotation du plateau peut être modifiée au moyen d’un régulateur centrifuge, ce qui permet de réaliser toutes les combinaisons possibles. Pour les expériences dont nous donnerons le résultat plus loin, le plateau accomplissait deux tours à la seconde. Chaque division correspond donc à 1/200 de seconde. Si alors le curseur de la mise à feu a une avance de 50 divisions, il se passera 50 X 1/200, soit 1/4 de seconde, avant que la première photographie ne soit prise. Si, d’autre part, le curseur de fermeture est à une division du curseur fixe, le temps de pose sera de 1/200 de seconde.
- Les deux organes que nous venons de décrire agiront sur les leviers des obturateurs au moyen d’aiguilles, qui, à l’état de repos ne se trouvent pas dans les plans des leviers, et par conséquent ne peuvent les actionner. Nous verrons dans un instant comment ces pièces, ramenées au moment voulu dans le plan des leviers, les soulèvent les uns
- p.151 - vue 155/432
-
-
-
- LA NATURE.
- m
- après les autres. Examinons maintenant le fonctionnement de l’appareil. La position des curseurs étant réglée, les obturateurs armés, on met le plateau central en marche. Celui-ci, entraîné par le contrepoids, prend sa vitesse peu à peu, et ce n’est que lorsqu’elle est acquise que l’opérateur doit appuyer sur la poire pneumatique qui commande toute la série des opérations. Tant qu’il n’a pas agi, le plateau tourne pour ainsi dire à vide, les aiguilles des curseurs n’étant pas dans les plans des leviers; mais, dès qu’il a opéré la pression nécessaire, la mise à feu s’elîectue au moment du passage de la pièce qui commande cette fonction, puis les aiguilles des curseurs sont
- amenées automatiquement dans les plans des deux systèmes de leviers. Les obturateurs sont attaqués
- les uns après les autres, et les six photographies faites. Aussitôt que la dernière épreuve est terminée, une pièce fixe désarme les aiguilles, et l’appareil continue à tourner à vide comme auparavant. Cette partie du mécanisme qui est la plus curieuse serait un peu trop compliquée à expliquer sans figures ; qu’il nous suffise de dire qu’elle résout le problème d’une manière relativement simple et surtout absolument sûre. Une fois l’appareil réglé, les opérations se suivent dans l’ordre prescrit, sans qu’aucune erreur puisse se produire. Nous reproduisons une des épreuves obtenues avec cet
- Fig. 2. Fig. 3.
- Fig. 2. — Détail de l’appareil chronopholographique. — A. Disque porte-obturateur. — B. Plateau tournant. — C. Curseur de la mise à feu. — D. Aiguille fixe devant ouvrir les obturateurs. — E. Aiguille mobile devant fermer les obturateurs. — 1,2,3, 4,5,6. Les six obturateurs. — 1. Position des volets ouverts (mise au point). — 2,3, 4, 5. Volets d’ouverture ouverts pour montrer les volets de fermeture. — 6. Obturateur armé prêt à partir. — IIIIII. Ressorts des obturateurs. — OOOOOO. Leviers de déclenchement des volets d’ouverture. (Les leviers de fermeture se trouvent masqués dans la figure par ceux d’ouverture.) — Fig. 3. — Appareil vu d’avant. — A. Contrepoids. — B. Régulateur. — C. Engrenages. — DD. Platine recouvrant les obturateurs. — E. Déclenchement.
- torpille automobile. On sait que la torpille automobile, qui affecte la forme d’un poisson, contient
- appareil et qui figurait à l’Exposition (fig. 4). Elle représente une expérience de lancement de
- p.152 - vue 156/432
-
-
-
- LA NATURE.
- m
- en plus d’une charge de coton-poudre, un moteur à air comprimé qui fait marcher une hélice et donne ainsi au système un mouvement de propulsion (juand la torpille a pénétré dans l’eau.
- Le navire assaillant envoie ces torpilles dans la
- Fig. 4. — Fac-similés d’épreuves chronophotographiques
- qui a été mise en marche par le lancement même.
- Le prix de revient d’une torpille de ce genre étant considérable, on conçoit combien il est essentiel que les conditions qui influent sur la régularité de leur marche sous-marine soient connues avec précision; or, on a constaté que • cette marche ne devient rapidement régulière que si elles arrivent dans des conditions bien déterminées.
- direction du navire ennemi au moyen d’un tube de lancement qui les projette à une vingtaine de mètres du bord, 'de façon à les faire sortir des remous produits par le sillage; elles entrent alors dans l’eau et continuent leur route par l’action de l’hélice
- les diverses phases du lancement d’une torpille automobile.
- Si la torpille plonge en inclinant plus ou moins en avant, sa marche est absolument compromise ; si, au contraire, elle arrive en quelque sorte à plat et d’une seule pièce sur l’eau, au lieu d’y pénétrer par l’avant, les résultats seront bien différents.
- Bien que la vitesse de ces projectiles ne soit pas très considérable (20 mètres environ à la seconde),
- p.153 - vue 157/432
-
-
-
- 154
- LA NATURE.
- il est cependant très difficile à l’œil de se rendre compte de ce qui s’est passé exactement pendant le lancement. L’appareil chronophotographique que nous venons de décrire permet d’analyser le phénomène avec la plus grande facilité et qui plus est, d’en garder la trace durable.
- Dans la première série d’épreuves, on voit la torpille sortir du tube de lancement, traverser les divers panneaux placés dans le champ de tir, mais, en s’inclinant de plus en plus, pour arriver complètement la pointe en avant : c’est une torpille mal lancée; au contraire, dans la deuxième série, il n’en est plus ainsi, elle se maintient horizontalement et marche en quelque sorte toujours parallèlement à elle-même (fig. 5). Dans ces conditions, elle arrive à plat et part ensuite normalement et régulièrement vers le but à atteindre. On conçoit aisément l’intérêt qu’il y a à conserver la trace de ces expériences qui
- Fig. 5.
- Torpille mal lancée. Torpille bien lancée1.
- ne durent qu’un instant fort court, pour en faire ensuite l’étude à tête reposée et en tirer les résultats pratiques.
- C’est un nouveau titre à l’actif de la photographie qui prend d’ailleurs tous les jours une place de plus en plus grande dans les méthodes d’enregistrement.
- Nous achevons en ce moment la construction d’un appareil chronophotographique basé sur un principe un peu différent et destiné aux recherches médicales que nous faisons 'a la Salpêtrière. Nous comptons avant peu en donner la description aux ecteurs de La Nature qui veulent bien prendre la peine de s’intéresser aux articles qui paraissent sous notre signature. Albert Londe.
- 1 Ces dessins ont été exécutés d’après les épreuves chrono-photographiques, faites au moyen de l’appareil qui vient d’être décrit.
- LES IGNIFUGES
- Les conditions du problème ont été nettement formulées par Gay-Lussac, en 1821, dans un mémoire qui figure dans le tome XVIII des Annales de chimie et de physique : « On rend un tissu incombustible et l’on borne sa destruction par la chaleur à une simple calcination en garantissant sa surface du contact de l’air et en mélangeant, avec les gaz combustibles que la chaleur en dégage, d’autres gaz qui ne le soient pas, car on sait très bien qu’un pareil mélange, dans des proportions convenables, ne peut s’enflammer. »
- Gay-Lussac explique ensuite pourquoi, en ce qui concerne la première condition, les sels ou les matières terreuses ne donnent pas de bons résultats, à moins de les employer en couches épaisses, ce qui enlève la souplesse du tissu, et il ajoute qu’il faut préférer les enduits très fusibles qui se collent ensemble à la première atteinte de la chaleur'et empêchent l’accès de l’air; il cite comme exemple le bore qui brûle très difficilement dans l’oxygène, l’acide borique formé dès le début arrêtant la combustion. Il faut également exclure les composés hygrométriques comme le chlorure de calcium ou ceux qui attaquent les tissus végétaux : alcalis, sels acides, etc. Pour la seconde condition, les sels ammoniacaux, sulfate ou chlorhydrate, donnent de bons résultats en absorbant de la chaleur pour se gazéifier, et en produisant des gaz impropres à la combustion qui diluent les gaz combustibles et les empêchent de brûler. Les essais de Gay-Lussac l’ont amené à donner la préférence aux sels suivants : chlorhydrate, sulfate, phosphate, borate d’ammoniaque, borax et quelques mélanges de ces sels.
- En 1858, une ordonnance de police prescrivit l’emploi des ignifuges dans les théâtres ; mais les formules de l’époque étaient sans doute imparfaites, car des toiles préparées et ininflammables au moment de leur mise en service avaient perdu au bout de quelques mois leurs propriétés, et brûlaient aussi facilement que celles non préparées; aussi dut-on renoncer à l’observation de cette ordonnance. Cependant la Société d’encouragement avait mis la question au concours, et, en 1880, M. Troost déposa son rapport que nous avons sous les yeux. Un seul chimiste s’était présenté, M. J.-A. Martin, qui avait proposé les formules suivantes : 1° Pour tissus légers : sulfate d’ammoniaque pur, 8 kilogrammes; carbonate d’ammoniaque pur, 2kg,500 ; acide borique, 3 kilogrammes ; borax pur, 2 kilogrammes; amidon, 2 kilogrammes, ou dextrine, 0kg,400, ou gélatine, 0kg,400; eau, 100 kilogrammes. On chauffe à 30 degrés, on imprègne le tissu, on l’essore, et on le fait sécher assez pour pouvoir le repasser comme à l’ordinaire. Un litre revient à 16 centimes et suffit pour 15 mètres de tissu. 2° Pour décors montés, bois, meubles, berceaux d’enfants: chlorhydrate d’ammoniaque, 15 kilogrammes; acide borique, 5 kilogrammes ; colle ’ de peau, 50 kilogrammes ; gélatine, lkg,500; eau, 100 kilogrammes, et de la craie en quantité suffisante pour la consistance convenable. On chauffe à 50-60 degrés et l’on applique au pinceau une ou deux couches. Le kilogramme revient à 21 centimes et couvre 5 mètres carrés. 3° Pour bois, cordages, pailles, toiles grossières : chlorhydrate d’ammoniaque, 15 kilogrammes; acide borique, 6 kilogrammes; borax, 3 kilogrammes; eau, 100 kilogrammes. On plonge quinze à vingt minutes les objets dans le liquide à 100 degrés, on essore et l’on fait sécher. Le litre revient à 23 centimes. 4° Pour papiers imprimés ou non : sulfate d’ammoniaque, 8 kilo-
- p.154 - vue 158/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 455
- grammes ; acide borique, 5 kilogrammes ; borax, 2 kilogrammes; eau, 400 kilogrammes. On applique à la température de 50 degrés. Les résultats obtenus ont paru satisfaisants et ont été récompensés d’un encouragement de 1000 francs. — Aujourd’hui, il existe de nombreuses formules pour rendre les toiles et décors incombustibles, en dehors des toiles et papiers d’amiante que l’industrie est arrivée aujourd’hui à préparer dans d’excellentes conditions. Nous publions ci-dessous la composition de ces préparations, qui se trouvent dans le commerce, et que nous avons analysées. Parmi ces formules, les unes s’emploient en bains liquides pour imprégner les toiles à décors neuves, les autres en enduits appliqués au pinceau sur les décors déjà peints et sur le bois. Un certain nombre de ces formules s’écartent des prescriptions de Gay-Lussac et sont à base d’amiante ou de silicates, ce sont : 1° Eau, silicate de soude, amiante en bouillie. 2° Eau, silice, blanc de zinc, silicate de soude, en peinture. Pour les tissus, on emploie aussi un bain de silicate de soude chargé de silice à un état spécial. 5° Silicate de soude dissous et blanc de Meudon; s’emploie en peinture sur les bois ou les toiles i. 4° Eau, silicate de soude, amiante. 5° Eau, amiante, silicate de soude ou de potasse. Mais la plupart des formules comprennent, suivant les prescriptions de Gay-Lussac, un élément très fusible et un sel ammoniacal. 6° A, Bain pour toiles et mousselines : eau, phosphate d’ammoniaque, acide borique, amidon. B, Peintures pour bois et décors : eau, phosphate d’ammoniaque, acide borique, pierre ponce, colle de peau double. 7° A, Bain pour bois : eau, potasse caustique, silicate de potasse, déchets de laine ; on peut également en appliquer deux couches au pinceau. B, En deux couches au pinceau à l’envers des toiles : eau, potasse caustique, déchets de laine, colle de peau. 8° C’est l’une des plus employées dans les théâtres : A, Pour toiles neuves : eau, phosphate d’ammoniaque. B, Pour bois et décors : eau, phosphate d’ammoniaque, phosphate de chaux, colle forte et, au besoin, un peu d’ocre jaune. 9° Eau, borax, acide borique, sel ammoniac, colle de peau. 10° Acide borique, sel ammoniac. 11° Ces formules font suite à celles données dans le rapport de M. Troost : 4 B, pour appliquer au pinceau en deux couches sur les toiles neuves : eau, alun, sulfate d’ammoniaque, borax, crème de tartre, fécule, glycérine. 4 M, pour marouflage de décors peints : eau, sel ammoniac, sulfate d’ammoniaque, borax, acide borique, glycérine, colle forte, blanc de Meudon. 4 M bis, pour bois, composition du précédent, mais en forçant la dose de blanc de Meudon et de colle de peau. 42° Aussi très employée : A, Bain pour toiles neuves : eau, sulfate d’ammoniaque, acide borique, borax, gomme laque. B, En peinture pour bois et décors : eau, carbonate d’ammoniaque, amiante, silicate de magnésie et de potasse. C, En peinture pour toiles : eau, amiante, borax, gomme laque. 45° A, Bain pour toiles neuves : eau, sulfate d’ammoniaque, acide borique, gélatine. B, Bain pour étoffes souples : comme le précédent, mais avec des doses différentes. C, En peinture pour bois et décors : même bain avec addition d’ocre jaune. 44° A, Bain pour toiles neuves : eau, sel ammoniac, acide borique, gélatine, colle de peau. B, Enduit pour décors : comme le précédent, avec moins de colle de peau et en ajoutant au besoin du blanc de Meudon. G, Pour étoffes légères : eau, carbonate et sulfate d’am-
- 1 Le même inventeur emploie une bouillie de colle de peau, sulfate d’ammoniaque et blanc d’Espagne pour appliquer au pinceau sur les bois ou décors.
- moniaque, acide borique, borax et apprêt (gélatine, amidon ou dextrine). D, Pour bois et paille : eau, sel ammoniac, borax, gélatine ou colle de peau.
- M. Besnon, ancien pharmacien de la marine, a indiqué l’emploi d’un mélange de sulfate et phosphate d’ammoniaque impur dont la fabrication serait très économique et l’effet très satisfaisant. Les tungstates ont été proposés jadis, mais leur prix élevé était un obstacle à leur emploi. M. Schorm, à Vienne, a proposé le phosphotungstate d’ammoniaque. M. Suilliot a préparé des combinaisons particulières de glucose ou de sucre avec les phosphates, borates et tungstates alcalins.
- En résumé, on voit que les préparations ignifuges ne manquent pas, et que l’on peut, dès à présent, préparer à des prix de revient très faibles, qui oscillent entre 4 5 et 30 centimes par mètre carré, des tissus ininflammables gardant cette propriété pendant plusieurs mois (l’expérience a pu même être prolongée plus de trois ans avec certaines formules). Pour les bois, on a déjà obtenu d’excellents résultats qui s’amélioreront encore quand, au lieu d’enduire les surfaces, on fera pénétrer les sels préservateurs pai injection au centre des pièces. Dans beaucoup de cas, ces précautions ne seront pas inutiles; les frais qu’elles entraînent deviennent bien négligeables quand on met en ligne de compte la sécurité qu’offrent les locaux préservés, et l’économie qu’on réalise sur les frais d’assurances1.
- L’ART DE DESSINER SIMPLEMENT
- Il y a quelques semaines, nous recevions le prospectus d'une'nouvel le publication formée de petits cahiers intitulés Interprétations pour dessiner simplement, par M. Victor Jacquot, à Remiremont ^{Vosges). Quelques spécimens des dessins publiés sur ce prospectus attirèrent notre attention et nous parurent réunir à la fois beaucoup de simplicité dans le trait, et beaucoup d’art dans le résultat obtenu. Nous écrivîmes à M. Victor Jacquot pour lui demander de prendre connaissance de sa série de cahiers ; l’auteur nous les envoya. Nous les avons examinés et nous devons déclarer que ces petits cahiers nous ont paru constituer une œuvre absolument remarquable qui charme l’élève et lui facilite singulièrement sa tâche : c’est une méthode élégante, artistique, qui a plu à tous les artistes auxquels nous l’avons montrée et que nous nous empressons de faire connaître, avec la persuasion que nous serons utile à plus d’un de nos lecteurs, grands et petits,
- Voici, d’après l’exposé que l’auteur fait lui-même de sa méthode, en quoi consiste ses procédés d’enseignement.
- Les Interprétations de M. Victor Jacquot indiquent à l’enfant qui n’a jamais tracé un trait comment il doit s’y prendre pour arriver du premier coup à dessiner. L’auteur a pour cela imaginé une série graduée de simples traits, dont il fait sortir les formes les plus variées au moyen d’une simplification qui supprime la difficulté d’exécution sans nuire jamais à la vérité de reproduction.
- La méthode est distribuée en huit cahiers qui
- 1 D’après le Moniteur scientifique.
- p.155 - vue 159/432
-
-
-
- 156
- LA NATURE.
- étudient les objets les plus divers, pris isolément ou groupés en séries. Deux de ces cahiers sont consacrés à l’application des principes de perspective et les deux derniers interprètent le paysage. Chaque page de modèles fait face à une autre page teintée où se trouvent faiblement mais exactement repro-
- duits les tracés de chaque sujet. L’enfant les suit en les marquant d’un trait noir dans un ordre nettement déterminé et reproduit aisément des sujets qui l’intéressent, acquérant ainsi la souplesse des doigts et la mémoire des formes.
- Ce genre d’études comporte peu d’explications à
- CONSTRUIRE EN SUIVANT L’ORDRE DES CHIFFRES.
- VARIETES
- I
- Fig. 1. — Interprétations pour dessiner simplement, (Dessins de M. Victor Jacquot.)
- donner : la vue seule fait comprendre l’ordre naturel où chaque trait doit se placer. Aussi l’enfant encouragé par un succès inattendu, s’anime à ce genre de travail et y prend goût; il retient vite les principes des figures qu’il a tracées. Ces figures sont composées autant que possible de carrés, de cercles, de triangles, d’angles, de lignes obliques et verticales, etc. Ces hases sérieuses du dessin sont présen-
- tées sous leur côté intéressant ; l’enfant les retient avec plaisir et n’en est plus détourné comme il le serait par de sèches notions de nomenclature.
- Il arrive souvent que les maîtres et les parents, faute de posséder des modèles des premiers éléments du dessin à la portée du jeune âge, n’essayent même pas de commencer cette première éducation ; ils attendent un âge qui leur paraît plus opportun,
- p.156 - vue 160/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 157
- mais où ne s’acquiert plus la souplesse du doigté et où ne s’apprend plus bien l’A B G du dessin.
- La nouvelle méthode que M. Victor Jacquot présente avec confiance aux maîtres et aux parents, sera donc profitable aux plus jeunes enfants à qui elle permettra l’étude précoce du dessin. « Ils apprendront ainsi sans peine une langue que plus tard ils sauront parler sûrement, ils n’auront pas le regret de dire comme beaucoup : si seulement je savais dessiner 1 Cette langue du dessin correspond sous bien des rapports à la langue parlée. L’une se sert de lettres qu’elle assemble en mots, puis en phrases pour être l’expression de la pensée. L’autre assemble ses traits en carrés, cercles, triangles, angles, mêle ces carrés, ces cercles et ces autres figures suivant des propor-tions établies pour traduire un ensemble d’idées plus ou moins élevées. Et ces deux langues peuvent 's’accorder et rendre le sujet même avec autant d’art, pourvu que l’étude en ait été régulière et raisonnée et qu’un certain talent, don de la nature, soit éveillé par la. pratique et par l’instruction. »
- C’est dans ces vues que l’auteur a imaginé ses Interprétations, dont il a voulu faire un guide
- Fig. 2. — Tracés pour dessiner un perroquet.
- Fig. 3. — Attitudes de fillettes
- Fig. i. — Un paysage. (Dessins de M. Victor Jacquot
- sur en même temps qu’aimable pour diriger les premiers pas des jeunes dessinateurs. Il donne sa méthode comme le fruit d’un long enseignement et
- avec la certitude de rendre un service à la cause de l’art dont il reste un fervent disciple.
- Nous publions ci-contre quelques dessins de la méthode de M. Jacquot. La figure 1 donne les spécimens du premier cahier. Suivez les traits indiqués et vous serez tout étonné de la facilité avec laquelle vous dessinerez le charmant petit canard et la poule qui va picorer, et le cheval qui piaffe et le petit chien sicrànementassis sur son derrière. M. Jacquot obtient ainsi toutes les attitudes du mouvement des bêtes de la campagne, des vaches et des bœufs, des moutons, des chèvres, des lapins, des chats, puis d’autres ani-riiaux, lions, ours, etc. Il n’est pas une page de ' ses albums qui ne soit une délicieuse surprise pour les yeux.
- Voici plus loin, dans le troisième cahier, des papillons, des perroquets (fig. 2), des paons, des éléphants, des chameaux, des pélicans. Avec le quatrième cahier nous arrivons aux attitudes de l’homme; elles sont obtenues par des carrés et par des ovales. Tout est absolument simple et ingénieux. On en jugera par la figure 3 qui représente des petites filles dansant
- p.157 - vue 161/432
-
-
-
- 158
- LA NATURE.
- en rond, et d’autres qui font des révérences. M. Jacquot dessine plus loin des joueurs de boules, des saltimbanques qui sont des mieux réussis.
- Les cahiers se suivent méthodiquement et progressivement ; avec la cinquième, nous apprenons la perspective, puis avec les autres le paysage.
- L’auteur excelle dans ce dernier genre de dessin ; avec quelques traits, il sait rendre la nature dans toute sa vérité. La figure 4 donne un spécimen d’un des paysages les plus simples de l’album. On passe peu à peu à des sujets plus importants : il y a des vues d’ensemble d’un effet très complet, qui sont obtenus avec quelques coups de crayon; on admire des clairs de lune estompés qui rappellent les délicieux dessins des Japonais, si habiles à bien interpréter le monde extérieur.
- M. Victor Jacquot est un artiste de talent et de goût; il a créé une nouvelle méthode d’enseignement du dessin qui nous paraît appelée à rendre de grands services et qui nous semble mériter le plus grand succès. Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
- L’éclairage électrique des galeries du Bri-tlsh Muséum, à Londres, a été inauguré en présence d’invités dans la soirée du 28 janvier 1890. Comme la bibliothèque est déjà éclairée à l’électricité depuis quatre ans, tout l’établissement peut être ouvert pour les visiteurs après le coucher du soleil. C’est le seul Musée qui soit dans ce cas, du moins en Europe. Dans les galeries du rez-de-chaussée se trouvent 69 lampes à arc ; il en est de même dans les galeries du premier étage, mais dans ces dernières il y a en outre 627 lampes à incandescence. D’un commun accord l’effet de ces dernières est beaucoup plus satisfaisant. L’éclairage comprend en outre 5 puissantes lampes à arc dans la bibliothèque et dans la cour et plus de 200 lampes à incandescence dans les passages et les escaliers. L’intensité du courant électrique total est de 1200 ampères et la différence de potentiel de 115 volts aux lampes : la puissance mécanique est de 200 chevaux aux freins. Le courant est produit par 4 machines Gramme de 400 ampères et de 120 volts.
- Les abris de montagne. — Gavarnie est un lieu bien connu des touristes, c’est le centre le plus important de toutes les plus belles excursions des Hautes-Pyrénées. L’année dernière, grâce aux efforts du Club alpin français de la section du sud-ouest, des travaux importants ont été exécutés pour faciliter une des plus belles excursions, celle du mont Perdu. Un abri solidement construit en pierre a été élevé sur la brèche de Tuquerouye (2675 mètres d’altitude), limite des frontières françaises et espagnoles. Un chemin de mulets allant de Gavarnie par la brèche d’Allanz jusqu’au pied de Tuquerouye a été établi et ses corniches dangereuses sont aussi aménagées afin de les rendre plus praticables au plus grand nombre des touristes. Les travaux de ces sortes de refuge offrent toujours de grandes difficultés. Dans les montagnes il faut avoir des ouvriers spéciaux, habitués à la vie des hautes cimes et capables aussi de bâtir avec conscience; ils doivent se contenter d’une nourriture plus que médiocre. Presque au début de la construction, au mois
- d’août dernier, des tempêtes eurent lieu à 2000 mètres de hauteur, couvrant toute la montagne d’une couche de plus de 40 centimètres de neige ; elles découragèrent les hommes énergiques qui avaient déjà commencé le travail. Malgré le froid et la fatigue, ils surent reprendre courage et l’œuvre fut enfin achevée le 2 septembre 1889. La dépense s’est élevée à la somme de près de 5000 francs; elle a été couverte par des souscriptions diverses. Quant au chemin de mulets qui mène à l’abri, il a été fait par les habitants de Gavarnie qui y ont travaillé par eux-mêmes ou qui ont donné en argent l’équivalent de leurs journées de travail. Une grande partie de l’excursion du mont Perdu peut se faire maintenant à cheval grâce au nouveau chemin d'Allanz. Les touristes apprécieront l’utilité du refuge de Tuquerouye en contemplant sans fatigue ces régions admirables entre toutes : le mont Perdu avec son lac d’azur et ses glaciers, ainsi que l’immense muraille du Cylindre.
- La production des huîtres. — Une erreur de copie s’est glissée dans l’article sur l’exposition d’Ostréi-culture que nous avons publié le 7 décembre (p. 7). On a indiqué comme nombre des huîtres sortant de nos principaux parcs le chiffre qui représente en réalité la valeur en francs desdites huîtres livrées par an à la consommation. Le résultat est donc de beaucoup supérieur à celui auquel nous arrivions. Ainsi la production naturelle des huîtres s’étant abaissée à 570 000 francs environ par an (et non 570 000 huîtres), celle des parcs ostréicoles s’est élevée à 11 ou 12 millions de francs. Les évaluations sont celles des lieux de production où la valeur de l’huître est notablement inférieure à celle que paye le consommateur; on peut donc estimer que le nombre d’huîtres s’obtiendrait en multipliant les valeurs de la production par des chiffres allant de 50 à 40, suivant la qualité. Ce calcul nous apprend que la production artificielle annuelle s’élève actuellement à 400 ou 500 millions d’huîtres marchandes.
- Le sentiment de l’art chez le chien. — Un de
- nos lecteurs nous informe qu’il a constaté un fait analogue à ceux que publie le précédent numéro de La Nature dans un article sur le goût de l’art chez les chiens (p. 142). « Nous avions emmené dans un voyage, nous écrit notre correspondant, un caniche très intelligent et très observateur. Dans le salon de la villa que nous habitions, se trouvait un tableau représentant un cavalier et des chiens. Ceux-ci pouvaient avoir 8 à
- 10 centimètres de hauteur. Le caniche s’étant endormi la tête tournée du côté de cette peinture, à son réveil elle attira son regard. Il s’assit et se mit à regarder attentivement le tableau, puis il voulut se rapprocher, et pour cela, il grimpa sur une chaise, se dressa contre le mur et appliqua son nez sur les chiens peints, en secouant la queue doucement. A partir de ce jour, nous l’avons vu souvent regarder ce tableau qui semblait l’intéresser vivement, tandis qu’il ne faisait pas la moindre attention aux autres peintures représentant des hommes.
- 11 est évident qu’il voyait parfaitement les chiens qu’avait reproduits l’artiste. »
- Action de l’eau sur le verre. — Ayant étudié l’action de l’eau chaude et froide sur un grand nombre d’échantillons de verre, MM. F. Mylius et F. Forester ont constaté que l’eau ne dissout pas le verre, mais le décompose en acide silicique et alcali libre. L’acide silicique s’hydrate en partie et entre en solution. Le verre potassi-
- p.158 - vue 162/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 159
- que est moins attaquable par l’eau que le verre sodique, mais la différence décroît avec l’accroissement de la proportion de chaux en présence. La résistance du verre à l’action de l’eau dépend de la présence des silicates doubles de soude ou de potasse et de chaux. Cette résistance est autre à l’action de l’eau chaude qu’à celle de l’eau froide. De tous les verres, celui contenant du plomb est le moins attaquable par l’eau bouillante.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 février 1890. — Présidence de M. Hermite.
- Une quatrième variété naturelle de la silice anhydre. — Déjà les minéralogistes distinguent à côté du quartz, bien que présentant rigoureusement la même composition chimique et à cause de leur structure, les deux espèces désignées sous les noms de tridjmite et de calcédoine. On apprendra avec intérêt que M. Mallard vient d’en découvrir une autre, tout aussi nettement caractérisée et qui paraît être fort répandue dans la nature. C’est dans les nodules d’opale, que renferment si abondamment les roches bituminifères de Pont-du-Château (Puy-de-Dôme), que l’importante trouvaille a été faite : l'analyse y révélant à la fois la silice et l’eau, on les avait crues composées simplement d’opale, mais l’examen microscopique des lames minces y montre la présence d’une partie éminemment active sur la lumière polarisée. Si, une pareille lame mince étant préparée, on la chauffe à 600 degrés, elle perd 8 pour 100 d’eau et ce qui reste conserve son activité optique. M. Mallard a trouvé que la nouvelle silice a une densité de 2,40, tandis que le quartz pèse 2,59 et la tridymite 2,29. La calcédoine donne à peu près le même nombre, mais elle est inerte sur la lumière polarisée. La lussatite, comme l’auteur propose d’appeler l’espèce minérale qu’il décrit, se retrouve dans les îles Feroë et dans quelques autres localités.
- Carte hypsométrique de la Russie. — Un géographe russe bien connu, M. le général de Tille, expose dans la salle une magnifique carte hypsométrique de la Russie qui résulte d’un travail gigantesque. En effet, l’altitude de 51 385 points y a été mise à contribution et figurée d’abord sur la grande carte en 82 feuilles à l’échelle du 1/420 000°; le résultat une fois obtenu a été photographiquement réduit à l’échelle actuelle qui est du 1/2 500 000e. Le mode de représentation est particulièrement net : les régions dont l’altitude est moyenne, c’est-à-dire égale à 169 mètres, sont restées en blanc; tous les points plus élevés sont peints en bistre, dont la nuance est d’autant plus foncée que la hauteur est plus grande; une couleur verte également graduée figure les points d’altitude moindre; enfin une zone vert clair est réservée à la zone Caspienne, située au-dessous du niveau général des mers.
- Synthèse du platine ferrifère magnétipolaire. — Je suis particulièrement heureux de pouvoir remercier publiquement M. le secrétaire perpétuel Berthelot de la bienveillance avec laquelle il a bien voulu présenter le résultat de mes recherches sur la reproduction artificielle du singulier alliage de platine et de fer que Breithaupt proposait d’appeler Eisenplatin et qui est à la fois aussi inaltérable aux acides que le platine et magnétique à la façon de fer; présentant même parfois des pôles dont les uns sont attirés, les autres repoussés par la même extré-
- mité du barreau aimanté. La fusion des deux métaux constituants a déjà fourni à plusieurs expérimentateurs un résultat analogue au produit naturel, mais il est impossible que ce dernier résulte du même procédé : ses associations minérales le démontrent surabondamment et, d’un côté, une longue étude sur les météorites m’ont appris que les grenailles de platine sont disposées dans les roches qui les contiennent comme les grenailles de fer nickelé dans les pierres tombées du ciel, pierres qui, elles non plus, n’ont pas été produites par voie purement ignée. Aussi est-ce par un procédé analogue à celui qui naguère m’a procuré l’imitation des minéraux célestes que je suis arrivé à la synthèse de l’alliage terrestre. Ma méthode consiste à réduire, à la température rouge, c’est-à-dire à une température extrêmement inférieure à celle du point de fusion des métaux en question, un mélange de chlorure de platine et de chlorure de fer par un courant d’hydrogène. Le produit, comme le minéral lui-même, est en paillettes blanches et brillantes inaltérables, nettement magnétiques et très souvent magnétipolaires. J’ai pu, sans difficulté, en déterminer la concrétion entre des grains de péridot qu’il est venu cimenter ensemble avec l’allure qu’on a décrite dans les roches platinifères de l’Oural, de la Nouvelle-Zélande et de Bornéo.
- L’anthropologie du docteur Antonin Bossu. — Ce très bel ouvrage, consistant en trois volumes in-8 avec un atlas et vingt planches gravées, arrive aujourd’hui à sa douzième édition : c’est un succès dont la littérature scientifique offre peu d’exemples et qui dispense de faire l’éloge d’un livre dont le mérite est depuis longtemps consacré. Le savant auteur, qui s’est placé au point de vue de l’étudiant non préparé par une instruction spéciale antérieure, décrit d’abord l’anatomie et la physiologie du corps humain ; il passe ensuite à la pathologie et déroule le triste tableau des maladies, considérées d’abord en général, puis chacune en particulier, non seulement sous le rapport des symptômes et du pronostic, mais aussi du traitement : c’est un vade-mecum, sorte de médecin de la famille dont la place est indiquée au foyer domestique.
- Racine des gymnospermes. — M. Dangeat, chef des travaux d’histoire naturelle à la Faculté des sciences de Caen, adresse, par l’intermédiaire de M. Duchartre, le résumé de recherches anatomiques, d’où il résulte que chez les gymnospermes dont l’embryon possède deux ou trois cotylédons, les faisceaux delà racine sont en nombre égal à ces cotylédons eux-mêmes. Lorsqu’il y a plus de trois cotylédons, et on sait qu’il peut y en avoir onze et douze comme chez les pins, il n’y a plus qu’un faisceau pour deux cotylédons.
- Vitesse de la propagation du son. — Mettant à profit de très belles conduites d’eau qui viennent d’être installées par le service de la ville de Grenoble, M. Yiolle a soumis à de nouvelles mesures la vitesse de la propagation du son. Son résultat, présenté par M. Mascart, est que le son parcourt dans l’air et à la température de zéro, 331m,10par seconde.
- Élections. — M. Gilbert (de Louvain) est nommé correspondant de la section de mécanique par 24 voix contre 21 données à M.Amsler (de Schaffhouse). L’Académie, ayant à présenter au Ministre une liste de deux candidats à la chaire de chimie vacante au Conservatoire des arts et métiers par la mise à la retraite deM. Peligot, désigne en première ligne M. Jungfleisch, et en deuxième ligne M. Riban.
- p.159 - vue 163/432
-
-
-
- 160
- LA NATURE.
- Varia.— Un travail sur l’éclairage des côtes est adressé par M. de La Noë. — La structure de l’appareil excréteur des crustacés et spécialement de l’écrevisse, occupe M. Marchai. — D’après M. Crova, l’action du soleil sur la température de l’atmosphère terrestre, correspond à 5 calories. — Des combinaisons de l’ammoniaque avec les métaux alcalins sont décrites par M. Joannis. — M. Os-mond étudie le rôle de certains corps étrangers dans les fontes et dans les aciers. Stanislas Meunier.
- LE SOUFFLET MUSICAL
- L’instrument dont je vais parler n’est autre que le soufflet à main ordinaire qu’on rencontrait, il y a quelque cent ans et même moins, non seulement dans toutes les cuisines mais dans tous les salons de France et de Navarre.
- A l’heure actuelle, grâce d’abord à la découverte de la houille et aussi au perfectionnement des appareils de chauffage, il est tombé dans l’oubli et, avant peu, il y aura des générations auxquelles il sera totalement inconnu. Si nous voulons nous en servir comme instrument de musique, point n’est besoin d’en faire faire un expressément dans ce but; non, le soufllet, tel qu’il est, peut très bien être utilisé sans préparation préalable. Néanmoins, j’ajouterai que si le soufflet n’a ni trous, ni défauts, que, s’il est pourvu d’un tuyau bien ajusté et bien lisse à l’intérieur, il n’en sera que meilleur. Le soufflet, tel qu’on le trouve chez le quincaillier, est ordinairement muni d’une petite rondelle au bout du tuyau. Cette rondelle, qui est inutile et gênerait l’exécutant, il est préférable de l’enlever. On la saisit avec des tenailles, on tord un peu et elle se détache; un coup de lime pour enlever les bavures, et nous voilà prêt. Yoici maintenant la manière de jouer de cet original instrument.
- Tenez le soufflet droit devant la poitrine, le bout appuyé contre la lèvre inférieure; le manche fixe dans la main gauche et le manche mobile dans la droite. La lèvre supérieure doit être poussée un peu en avant de manière à faire obstacle au vent qui s’échappe du soufflet. Si qn le manœuvre dans cette position, on arrive, après quelques tâtonnements et
- avec un peu de patience, à produire un son; il ne sera peut-être pas très harmonieux pour commencer, mais enfin, ce sera un son; et, où il y a son, il y a musique.
- U est bien entendu que tout le vent doit être fourni par le soufflet et que l’exécutant n’a qu’à élargir ou rétrécir l’orifice labial et à agrandir ou rapetisser la cavité buccale. Ne vous désespérez pas, si vous ne réussissez pas de prime abord. Moi non plus, je n’ai pas réussi dès le début, et savez-vous combien de notes je fais? Presque trois octaves .et je joue tous les airs qu’il me plaît et cela sans aucune fatigue de la poitrine, puisque ce n’est pas moi qui souffle. Pour produire les notes graves, tâchez de former une grande cavité dans l’intérieur de la bouche et en même temps d’arrondir les lèvres. Pour donner plus d’intensité aux notes, soufflez plus fort. Vous pourrez faire avec cet instrument, quand vous serez suffisamment exercé, ce que seuls les instruments à cordes peuvent faire, c’est-à-dire les quarts de ton. Les notes aiguës, comme dans tous les instruments à vent, demandent plus de travail que les notes basses, qui en exigent aussi plus que les notes intermédiaires.
- 11 va sans dire que pour jouer de cet instrument il est indispensable d'avoir de l'oreille, car les notes ne sont pas faites mécaniquement, comme on lecomprend facilement. Il est aussi évident qu’on peut jouer du soufflet sans être musicien le moins du monde.
- J’ai joué des duos de soufflet et flûte, avec accompagnement de piano, et je puis assurer que l’effet en était très joli et très apprécié des auditeurs. Je me suis mis même quelquefois à jouer à moi seul des duos de soufflet et de piano.
- Voici comment je procédais ; je m’attachais à la poitrine le soufflet avec une courroie que je bouclais solidement derrière le dos, et tandis que la main droite faisait le chant, la gauche jouait sur le piano un accompagnement sommaire mais suffisant. L. Marjssiaux.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandif.u.
- Un nouvel instrument de musique.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- p.160 - vue 164/432
-
-
-
- 161
- N' 8 72. — 15 FÉVRIER 1890. LA NATURE.
- LA POUDRE SANS FUMEE
- On a souvent parlé dans ces derniers temps de la nouvelle poudre sans fumée qui est adoptée actuel-
- lement par .l’armée française, et que l’on cherche vainement, paraît-il, à copier à l’étranger1.
- Cependant peu de personnes ont eu occasion de voir des tirs exécutés avec ce nouveau produit, et
- l’on ne se rend pas toujours bien compte de certaines différences bien typiques qui existent entre
- Fig. 2,
- Feu de salve exécuté avec la poudre sans fumée. (Fac-similés de photographies instantanées de M. I’aul Gers.)
- l’ancienne et la nouvelle poudre. Sans insister sur les propriétés balistiques de cet explosif, nous ne parlerons dans cette note que de la suppression de la fumée et des conséquences de ce perfectionnement.
- 18* aînée. — 1" semestre.
- Grâce à l’obligeance d’un de nos collègues, M. Paul
- 1 On nous a affirme cependant d’autre part que des expériences d’une poudre sans fumée ont été récemment exécutées en Allemagne. G. T.
- 11
- I
- p.161 - vue 165/432
-
-
-
- 162
- LA NATURE.
- Gers, amateur distingué, nousavons la bonne fortune de pouvoir donner aux lecteurs de ce journal la reproduction de deux épreuves photographiques des plus intéressantes1.
- La première photographie (fig. 1) montre un feu de salve exécuté avec le fusil modèle 1874 et l’autre épreuve (fig. 2) donne le même feu obtenu avec le fusil à petit calibre modèle 1886. Dans le premier cas, la poudre ordinaire est employée ; dans le second, la poudre sans fumée. La différence est absolument frappante et pourrait presque se passer de commentaires.
- Il ne faut pas oublier cependant que dans le tir des armes h feu la forme du nuage de fumée se modifie très rapidement, de telle sorte qu’elle peut présenter des aspects très différents, k des instants cependant très rapprochés.
- C’est ainsi qu’à la seule inspection des épreuves, on peut reconnaître qu’elles ont été prises immédiatement après le commandement de « Feu! ». En effet, avec le fusil modèle 1874 et l’ancienne poudre, le nuage de fumée est violemment projeté en avant au premier instant, puis il revient ensuite sur les tireurs qu’il masque complètement. La photographie indique nettement la première période. Avec la nouvelle poudre, il se produit au premier moment un léger voile qui se dissipe immédiatement. Ce voile est d’ailleurs invisible à la distance de 100 mètres. Sur l’épreuve instantanée, il est beaucoup plus accentué qu’il n’existe réellement, et la plaque photographique, ici comme dans bien d’autres cas, a donné plus que l’œil ne peut percevoir. Cette suppression de la fumée aura certainement dans une prochaine guerre des conséquences qu’il est fort difficile de prévoir.
- Le tir des hommes, qui ont déjà entre les mains une arme excellente, sera encore notablement amélioré, parce que la fumée ne viendra pas les gêner pour viser.
- D’autre part la présence des tirailleurs ne sera pas signalée k l’ennemi comme elle l’est avec la poudre ordinaire.
- On sait en effet que, pour ce qui concerne spécialement le tireur isolé, l’oreille serait absolument incapable de signaler sa position avec quelque exactitude, si l’œil, guidé par la fumée, ne venait à son aide. Ajoutons en outre que les troupes de seconde ligne, soutiens et renforts, qui pouvaient dissimuler assez bien leurs mouvements, derrière le rideau de fumée produit par les tirailleurs, perdent le bénéfice de cet abri d’ailleurs fort discuté par les personnes compétentes. On voit par ces considérations que l’adoption de la poudre sans fumée amènera forcément des modifications dans la tactique militaire, et il sera intéressant de connaître les changements que son emploi amènera dans les règlements de combat. Albert Loxde.
- 1 Ces épreuves ont été faites sur plaques Guilleminot avec la grande vitesse de l’obturateur métallique de Ch. Dessou-deix. Le développement a été fait à l’hydroquinone.
- ——
- CE QUE C’EST QUE IA SÉRIE UES PRIX
- C’est là un terme, un mot, la série des prix, que l’on retrouve à chaque instant quand il s’agit de l’industrie du bâtiment ou de l’art de l’ingénieur, soit qu’il s’agisse de l’établissement ou de la vérification de mémoires ou de devis, soit qu’il faille évaluer les dépenses auxquelles donneront lieu tels ou tels travaux.
- D’une façon générale, et sous le bénéfice des explications complémentaires que nous allons donner, la série des prix constitue une sorte de cote officielle, de tarification plus ou moins arbitraire (ce n’est point là ce que nous avons à justifier) qui régit l’industrie du bâtiment principalement à Paris. Pour les autres industries, aujourd’hui comme jadis, on peut dire que c’est l’entrepreneur, le fournisseur, qui fixe lui-même ses prix en le composant de la valeur des marchandises employées, des salaires qu’il paye à ses ouvriers et enfin des bénéfices qu’il prétend se réserver. Il n’en est plus ainsi dans l’industrie du batiment.
- Les séries des prix sont nées dans les relations entre les administrations publiques et leurs fournisseurs, et nous en trouvons toute l’histoire résumée dans un fort intéressant article de M. Bertrand, dans les Annales économiques. Dès le commencement de ce siècle, un sieur Morizot, attaché aux bâtiments civils, publiait un recueil fournissant beaucoup de prix à appliquer aux règlements des mémoires de travaux et de fournitures. Mais le principe de la série des prix, telle qu’on l’emploie aujourd’hui, date de la série établie en 1839 par Morel, contrôleur des bâtiments civils; c’est une sorte de dictionnaire des prix, ce mot explique bien la nature de l’ouvrage, et qui dès lors sert non plus seulement aux adjudications publiques et au règlement des travaux faits pour le compte des administrations publiques, mais encore au règlement des mémoires des travaux particuliers. C’est, du reste, un moyen de faciliter grandement la besogne aux entrepreneurs : pour établir leurs devis dans les divers détails, ils n’ont plus qu’à prendre les prix de la série comme bases. C’étaient des éléments de travail tout faits pour l'architecte comme pour le vérificateur, et aussi comme une sorte de garantie pour celui qui voulait faire construire ou exécuter un travail quelconque et qui se voyait ainsi quelque peu garanti contre ceux qui auraient voulu abuser de son ignorance des choses du métier.
- La série des prix devint ainsi une base des conventions entre entrepreneurs et clients, l'entrepreneur, du reste, exigeant parfois une augmentation ou consentant un rabais sur les prix de la série, pour tenir compte d’une façon relative des variations de prix de la main-d’œuvre et des matières premières.
- L’emploi de la série est devenu une coutume généralisée dans les travaux de construction ; si bien même quef étant donné un entrepreneur n’ayant pas fait de conventions spéciales avec son client, si l’on suppose une contestation au sujet de l’ouvrage exécuté, on appliquera d’une façon générale les prix que fournit la série, sans chercher à savoir s’ils sont rémunérateurs et proportionnels au cours de la main-d’œuvre et des matières premières.
- En 1857, la série Morel n’était plus ce que l’on nomme a jour, et c’est alors que M. Haussmann, préfet de la Seine, fit dresser, par les vérificateurs de son administration, une nouvelle série qui prit le nom de série de la ville; bien entendu elle n’était faite que pour les travaux administratifs; mais elle fut adoptée pour les construc-
- p.162 - vue 166/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 103
- lions particulières, pour le règlement des mémoires comme pour l’établissement des devis. Cette série fut du reste suivie d’éditions annuelles revues et corrigées par le bureau chargé de la vérification dès mémoires de l’Hotel de Ville. Depuis 1872, les séries furent revisées par une sorte de conseil comprenant des entrepreneurs pris dans chaque métier du bâtiment et aussi des ouvriers. Aujourd’hui, d’ailleurs, là collaboration pour ce travail, des représentants des chambres syndicales, est supprimée.
- A côté de la série des prix de la Ville de Paris, nous citerons la publication relativement récente de la série de la Société centrale des architectes. Nous pourrons ajouter spécialement la série des bâtiments civils, applicable aux seuls travaux ressortissant au Ministère des beaux-arts; il est de nombreuses publications de ce genre, mais la plupart sont peu connues, et l’usage n’en est répandu qu’à Paris. Cependant Versailles, Lyon, Rouen, le Havre, Bordeaux, possèdent des séries de prix dressées par les chambres syndicales. Daniel Bellet.
- IA QUADRATURE DU CERCLE
- ET SES CHERCHEURS (Suite et fin. — Voy. p. 134.)
- Le problème de la quadrature du cercle ne consiste pas, comme le croient certains profanes, à faire un cercle qui serait carré, — c’est absurde puisqu'il y a contradiction dans les termes, — mais tout simplement à trouver un carré dont la surface soit équivalente à un cercle.
- L’antiquité a reconnu de bonne heure que la surface du cercle était exprimée par le carré du rayon multiplié par un nombre constant qui est le rapport de la circonférence au diamètre et qu’on représente maintenant par % (abréviation de itspnpépeia).
- Le problème revient donc à trouver la valeur exacte de n. On entend parler ici de l’exactitude absolue et mathématique, comme par exemple :
- 1
- un triangle est la ^ d’un parallélogramme de même
- base et de même hauteur. Les à peu près suffisants dans la pratique ne peuvent satisfaire un esprit vraiment mathématique.
- 11 n’est pas exact de dire que la quadrature est impossible parce qu’on a démontré que n est un nombre incommensurable et que, par conséquent, on ne pourra jamais trouver une ligne égale à 7tR. Un élève de l’école primaire qui trace la diagonale «l’un carré de côté R, a construit une ligne égale à Rv/üî qui est aussi un nombre incommensurable.
- Les insuccès nombreux d’illustres géomètres fournissaient une forte présomption morale de l’impossibilité de la solution. Ce n’est qu’en 1882 que M. Lindeman a démontré, à l’aide de considérations empruntées à la géométrie supérieure, que le problème était mathématiquement impossible. (Comptes rendus de lAcadémie des sciences, tome XV.)
- L’Académie des sciences n’avait d’ailleurs pas attendu la démonstration de M. Lindeman pour déclarer, dès 1775, à la suite d’un rapport de Condorcet, qu’elle n’examinerait plus jamais de solution de
- quadrature du cercle, de trisection de l’angle, de duplicature du cube ou du mouvement perpétuel.
- D’après ce qui précède, on voit que la question së réduit à trouver une valeur de % de plus en plus approchée. Après de longs et patients travaux, les géomètres sont arrivés à une approximation qui peut satisfaire les exigences des calculs astronomiques les plus délicats.
- Archimède, mort 212 ans avant Jésus-Christ, trouve comme valeur de ir l’expression remarqua*
- blement simple de
- 22
- 7
- qui
- ne diffère de la valeur
- réelle que de 0,001 à peu près.
- Le rapport
- qui donne une valeur de jz exacte
- jusqu’au huitième chiffre, est généralement attribué à Adrien Métius, mathématicien du dix-septième siècle. Celui-ci, dans son ouvrage, revendique pour son père, Pierre Métius, la gloire de cette découverte.
- Ludolph von Ceulen, mort en 1610, donne « = 3,14159 26535 87793 23846 26433 83279 ’ 50288.
- Pour y arriver, il supposa un cercle de rayon égal à 1 suivi de 75 zéros, en calcula les cordés des arcs depuis le quadrant, jusqu’à l’arc qui est la 3674889076379163232e partie de la circonférence. Il calcula ensuite le côté du polygone circonscrit et les longueurs des deux polygones coïncidaient dans leurs trente-six premiers chiffres. On fit graver, sur le tombeau de cet infatigable calculateur, les longueurs des polygones inscrits et circonscrits.
- Trente-six décimales ! L’erreur, par excès ou par défaut, ne doit pas être bien considérable, même pour une circonférence d’un immense rayon. Certains géomètres n’ont pas trouvé l’approximation suffisante et M. Sharp a donné la valeur de n avec 75 décimales ; M. Machin, de la Société royale de Londres, avec 100; et M. Lagny, avec 137 chiffres! *.
- En réfléchissant à la somme énorme de travail qu’ont dû coûter aux géomètres dont nous venons de parler, les recherches qu’ils ont entreprises et menées à bonne fin, on se sent pris de pitié pour ces quadrateurs qui se flattaient d’avoir résolu le problème en quelques heures alors qu’ils étaient partis d’un principe absolument faux. Nous croyons que notre étude serait incomplète si nous ne faisions pas connaître quelques-uns de ces savants qui se sont signalés par ce ridicule. « Il y a d’ailleurs, dit Montucla, une sorte de justice à traduire devant la postérité des gens qui semblent avoir de propos délibéré fermé les yeux à la plus grande évidence. Les nombreux imitateurs de ceux dont je parle de-
- 1 L’anecdotc suivante rapportée par Fontenellc peut donner une idée de la passion de Lagny pour les mathématiques. Peu d’heures avant sa mort il était presque privé de sentiment et ne reconnaissait plus ceux qui l’entouraient. Maupertuis qui se trouvait près de lui s’avisa de lui demander quel était le carre de 12. Lagny répondit immédiatement : 144. — Ce furent scs dernières paroles.
- p.163 - vue 167/432
-
-
-
- \ 04
- LA NATURE.
- viendront peut-être plus circonspects en voyant l’espèce de tache qui accompagne les noms de ceux dont ils suivent les traces. »
- Bryson, géomètre antérieur à Archimède, disait que le cercle est moyen proportionnel entre le carré inscrit et le carré circonscrit alors que c’est l’octogone.
- Le fameux cardinal de Cusa prétendit trouver la quadrature du cercle en faisant rouler un cercle sur un plan : la valeur trouvée pour r. s’écarte beaucoup de celle donnée par Archimède.
- Charles de Bovelles, dans sa curieuse Géométrie practique (peut-être le premier livre de géométrie qui ait été imprimé), publiée en 1550, se flatte d’avoir résolu le fameux problème.
- « Plusieurs, le temps passé, ont parlé de la quadrature du cercle et ont prins grand’peine pour la trouver. Ce qu’ilsn’ont faict. Àrchimèdes Syra-cusain et Euclides Mega-rensis y ont exposé du temps et n’y ont guères profité. Nicolaiis de Cusa, révérendissime cardinal, l’a bien trouvée.
- Aussi avons prins la peine de le trouver et n’avons pas été frustrez de notre labeur, car nous estans un jour sur le petit pont de Paris en regardant les roues d’un chariot tournans sur le pavé me survint facile et visible occasion de venir à bout de mon intention. Moi retourné au logis, à l’aide de la règle et du compas, je trouvay facilement ce que je cherchais. »
- Oui, très facilement, à la condition que n fût égal à y/H) : ce qui n’est pas exact. La folie de la quadrature, au début du seizième siècle, semble avoir gagné tout le monde. Le grand Charles-Quint promet 100 000 écus à-celui qui carrera le cercle, et les Etats hollandais offrent aussi une somme considérable pour le même objet.
- C’est probablement dans l’espoir de gagner la récompense promise qu’Oronce Finée publia son Rebus mathematicus dans lequel il prétend avoir découvert la quadrature, la trisection de l’angle et l’inscription de tous les polygones d’un nombre impair de côtés. Rien ne résiste à ses efforts. Cet ouvrage qu’il croyait destiné h lui procurer une gloire immortelle fut facilement réfuté par ses disciples et tomba bientôt dans l’oubli.
- Scaliger, fameux philologue de la fin du seizième siècle, publia une Nova cyclometria dans laquelle
- il donna une solution de la quadrature telle que le périmètre du dodécagone inscrit était plus grand que la circonférence qui le comprenait. Le Père Clavius qui a relevé les grossières bévues dont fourmille la Cyclometria, n’a pas manqué d’en faire ressortir le contraste, humiliant pour Scaliger avec sa confiance dans le succès et la manière insultante dont il avait traité Archimède et Euclide.
- En 1720, Jean Bachon donne la démonstration du divin théorème de la quadrature et des rapports de ce théorème avec la vision d’Ezéchicl et l’Apocalypse de Saint-Jean.
- lia même année, un sieur Mathulon qui avait aussi trouvé la quadrature, s’engage par-devant notaire à donner 1000 écus au géomètre qui découvrira la moindre erreur dans scs raisonnements. Il paya cher sa témérité, car Nicole, encore jeune, n’eut pas de peine à le convaincre d’ignorance. L’argent fut donné aux pauvres de Lyon. Tondu de Nangis est l’auteur d’une insigne méthode qui consiste non pas à mesurer les courbes en les rapportant aux droites, mais à mesurer les droites en les comparant aux courbes.
- Depuis l’enfance de la géométrie, le cercle est le polygone de surface maximum. Clerget a redressé les erreurs des géomètres à ce sujet et découvert que c’est un polygone d’un nombre déterminé de côtés. 11 a aussi trouvé la trisection de l’angle et surtout, ce qui est admirable, la grandeur du point de contact de deux sphères inégales !
- Nous ne croyons pouvoir mieux terminer cette courte étude qu’en reproduisant la conclusion de la très intéressante Histoire des recherches sur la qua-, drature, de Montucla.
- « Il m’aurait été facile de grossir cette liste si j’avais recherché ces écrits dignes de l’oubli où ils tombent après avoir amusé le public par leur singularité et la confiance de leurs auteurs; mais je croirais avoir à me rendre compte a moi-même d’un temps si mal employé et je craindrais d’encourir le blâme des géomètres si je leur présentais un plus grand nombre de ces objets qui ont à peine auprès d’eux le mérite du ridicule. » V. Brandicourt.
- Amiens, le 9 janvier 1889.
- Un chercheur de la quadrature du cercle au seizième siècle.
- p.164 - vue 168/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 165
- RÉPARATION DES DÉSASTRES CAUSÉS PAR
- LE TREMBLEMENT DE TERRE DU MIDI DE L’ESPAGNE EN 1884
- Nos lecteurs n’ont certainement pas oublié cet événement géologique mémorable qui bouleversa les provinces d’Andalousie, de Grenade et de Malagaau mois de décembre 1884, ce tremblement de terre, d’une intensité peu commune, qui causa la mort de plus de 2000 habitants et détruisit un nombre considérable de villages et de cités florissantes.
- Nous avons donné une description complète du cataclysme et de ses effets1; il nous reste aujourd’hui à achever l’histoire de ce grand drame tellurique en parlant de ce que les hommes ont pu faire pour panser les plaies que la nature a ouvertes.
- A la suite des désastres causés par les tremblements de terre de l’Andalousie (c’est le nom qui a été généralement donné en France à ce triste phénomène), les journaux ont fait appel à la charité publique. Cet appel fut entendu ; l’Espagne
- 1 Voy. Tables des matières de 1885, premier semestre.
- donna l’élan et tous les pays civilisés ont ajouté leur obole à celle de la nation victime du fléau. La
- souscription atteignit le chiffre considérable de 10 millions de francs.
- Que sont devenus ces millions? Comment les a-t-on employés pour cicatriser les plaies ouvertes de toutes parts? C’est ce que nous allons apprendre à nos lecteurs, grâce au magnifique et important ouvrage que nous venons de recevoir et qui est intitulé : Mémoire du Commissaire royal nommé par le décret du 15 avril 1885 pour la réédification des édifices détruits par les tremblements de terre dans les provinces de Grenade et de Malaga L Cet ouvrage est publié en langue espagnole et il est d’une étendue considérable ; un de nos lecteurs les plus distingués de Madrid, M. le marquis de Cama-rasa, a eu l’obligeance de nous en faire une analyse
- 1 1 vol. in-8° avec planches et photographies hors texte. Madrid. M. Minusa.de Los Rios, 1888.
- Fig. 2. — Type d’une maison reconstruite à la suite du tremblement de terre de l’Andalousie. (Coupe et plan).
- p.165 - vue 169/432
-
-
-
- 160
- LA NATURE.
- en français : notre tâche se trouve ainsi toute tracée.
- A la suite de désastres aussi terribles que ceux du tremblement de terre de décembre 1884, l’œuvre des secours à distribuer, des villes à reconstruire, et des millions à répartir avec équité, était une de celles qui nécessitaient un rare sentiment de justice et d’impartialité, en même temps qu’un esprit méthodique et laborieux. C’est M. le sénateur de Lasala, duc de Mandas, ancien député, ancien Ministre, membre de l’Académie des sciences morales et politiques de Madrid, qui reçut du roi Alphonse XII le titre de commissaire royal, avec plein pouvoir pour la distribution des secours. M. de Lasala a rempli sa mission de la façon la plus remarquable, et le livre ^pù l’honorable écrivain rend compte de ses itravaux et de la distribution des millions qui lui 'ont été confiés, est un monument élevé à la gloire de la charité internationale.
- s La région dévastée par le tremblement de terre formait une zone de 200 kilomètres de longueur
- sur 70 kilomètres de largeur, dans un pays montagneux, très accidenté, et presque dépourvu de routes. Cent six villes ou villages étaient plus ou moins endommagés ; dix-sept mille maisons sé trouvaient détruites.
- Le nombre des personnes ayant reçu des secours du commissaire royal pour des reconstructions ou des réparations d’édifices, s’élève au chiffre de 12345. La somme de 2414675 francs leur fut distribuée pour l’exécution de ces travaux entrepris dans une ^région très vaste, au milieu de montagnes, où les matériaux étaient peu abondants et d’un transport difficile. De plus, le choléra qui sévit avec rage dans les provinces de Malaga et de Grenade rendit encore plus pénible la tâche du commissaire royal et de ses agents, et plus coûteuse l’exécution des travaux. ., , •
- Malgré tous ces obstacles, les travaux de reconstruction et de réparation qui devaient être exécutés par les propriétaires mêmes, étaient totalement ter-
- PLACES
- NOMS DES VILLES NOMBRE LONGUEUR LARGEUR
- Alhama .... l 60 mètres. 60 mètres.
- Arenas del Rey.| 2 65 — 50 — 46 —
- Albunuelas. . . )) » )>
- Güevejar. . . . 1 60 — 60 —
- Periana.... 1 54 — 28 -
- Zafarraya . . . 1 35 — 35 —
- 6 » l ^
- RUES
- NOMBRE 15 mètres. 10 mètres. LARGEUR 8 mètres. 7 mètres. 6 mètres.
- 19 1 18 » )> ))
- 19 » 17 2 » »
- 12 » )> )> )) 12
- 11 » » )) 11 )>
- 11 » » 9 » 2
- 6 )> » 6 » - ))
- 78 1 35 17 11 14
- minés le 15 septembre 1887; ils avaient été commencés le 15 juillet 1885.
- Les autres travaux avaient pté inaugurés le 19 novembre 1885 et ils étaient terminés (à l’exception de ceux de deux édifices) le 15 juin 1887.
- La tâche du commissaire royal fut des plus délicates et des plus laborieuses ; en dehors de la juste répartition des secours, il fallait étudier la question technique des constructions.
- On s’occupa de choisir parmi de nombreux projets les types de maisons qu’on construirait. Il fut décidé que l’on n’aurait garde d’oublier dans les nouvelles villes que l’on avait à édifier, ni l’école, ni l’église, ni la mairie, etc. On détermina quelle serait la largeur des rues, etc., on décida qu’il ne serait rien reconstruit dans les endroits trop exposés aux futurs tremblements de terre, de l’avis de la commission géologique. Cette dernière décision obligea donc à choisir des emplacements nouveaux et à faire des achats de terrain. Des nombreux hectares achetés, 272436 mètres carrés furent pour Alhama, 102805 pour Arenas del Rey, 9671 pour Albu-nuelas, Güevejar en reçut 50148, Periana 14425 et Zafarraya 17387.
- La totalité des constructions est résumée dans le
- tableau ci-dessus qui fait ressortir l’importance de l’entreprise.
- Les mouvements de terre qu’ont exigés ces travaux ont été de 95527 mètres cubes dont 25 430 à Alhama, 43506 à Arenas del Rey et 18388 à à Güevejar.
- « Que doit-on admirer davantage, nous écrit M. de Camarasa : l’énergie déployée ou l’esprit de justice et de sagesse des règles établies pour la distribution équitable des secours? Les faits parlent d’eux-mêmes. Il a fallu recueillir 30000 dossiers de demandes de secours, les étudier et les classer ; il y a eu 12 343 maisons reconstruites ou réparées ; on a édifié 6 quartiers de 739 maisons nouvelles, des églises, des édifices publics ; tout cet immense travail a été accompli en vingt-six mois. Une telle œuvre parle avec éloquence et n’a besoin ni d’éloge ni de commentaires. »
- Nous joignons au résumé que nous venons de publier et qui fait honneur au gouvernement espagnol et à ses représentants, la vue d’une de ces nouvelles villes si rapidement reconstruite au milieu des ruines (fig. 1) et le plan type (fig. 2) adopté par le commissaire royal pour la constructions des maisons nouvelles. Gaston Tissandier.
- p.166 - vue 170/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 167
- FOUDRE GLOBULAIRE
- Il est toujours intéressant de recueillir les faits relatifs au curieux phénomène de la foudre globulaire. Nous avons déjà cité de nombreux exemples de ce météore1. Le Cosmos nous donne l’occasion de revenir sur cette curieuse question ; nous lui empruntons le récit suivant :
- Le 2 janvier, il s’est produit à Pontevedra, en Espagne, un remarquable phénomène météorologique que M. E. Ca-ballero, directeur de la station d’électricité pour l’éclairage dans cette ville, vient de signaler à l’Académie de Madrid. A 9 h. 15 du soir, dans un ciel clair et serein, on vit apparaître tout à coup un globe de feu de la dimension d’une orange, qui tomba sur un des conducteurs d’électricité sillonnant la ville ; il est toutefois impossible de dire comment il tomba, ni d’où il vint. Par ce chemin il se rendit avec une lenteur relative à l’usine d’électricité, détruisit l’appareil de distribution, et, relevant l’armature d’un interrupteur de courant, il frappa la dynamo en mouvement. Sous les yeux du mécanicien et des ouvriers terrifiés, il rebondit deux fois de la dynamo aux conducteurs et des conducteurs à la dynamo, puis tomba et éclata avec bruit en une multitude de fragments sans produire d’accident, et sans laisser la moindre trace de sa mystérieuse nature. Pendant ses évolutions, les lumières électriques oscillèrent dans la ville, qui aurait été plongée dans une complète obscurité, si le sang-froid des électriciens ne leur avait permis de remettre toutes choses en ordre en quelques secondes, après l’évanouissement du météore. Plusieurs personnes avaient vu la boule de feu dans la ville avant qu’elle ne pénétrât dans l’usine.
- On se rappelle que Gaston Planté, dans ses remarquables travaux sur les phénomènes électriques atmosphériques, avait réussi à donner naissance en petit, au phénomène de la foudre globulaire. Il était arrivé à produire un petit globule de feu électrique qui se promenait à la surface d’une lame de verre. Le savant électricien attachait beaucoup d’importance à cette expérience.
- LA FABRICATION ACTUELLE DU PAPIER
- (Suite et fin. —Voy. p. 99.)
- Dans un précédent article nous avons passé successivement en revue les préparations que doivent subir le chiffon et ses succédanés pour arriver à former la pâte qui sert à la fabrication proprement dite du papier. Celle-ci peut se faire soit à la main, soit à la machine. Toutefois, le premier procédé qui donne des produits supérieurs, mais dont le prix de revient est beaucoup plus élevé, n’est plus employé aujourd’hui que pour des fabrications exceptionnelles, soit que les éditeurs l’exigent, soit qu’il s’agisse d’obtenir le papier employé par la Direction du timbre ou le Ministère des postes et télégraphes pour les mandats rouges filigranés relatifs à des sommes au-dessus de 20 francs.
- 1 Voy. Tables des matières des précédents volumes et des dix premières années.
- Pour fabriquer à la main, l’ouvrier puiseur prend la pâte dans les cuves au moyen de la forme, qui se compose d’un cadre rectangulaire garni de toile métallique en laiton, recouvert d’un second cadre nu à bords plus élevés, appelé couverte. Le puiseur plonge la forme dans le liquide, l’enlève, chargée de pâte jusqu’aux bords, la secoue horizontalement dans tous les sens jusqu’à ce que l’eau se soit écoulée par les petites mailles de la toile, et que les fibres soient bien feutrées. Dès que la feuille est formée, il enlève le cadre supérieur qui a servi à déterminer l’épaisseur du papier, et passe la forme à l’ouvrier coucheur. Celui-ci la retourne pour la placer sur un premier feutre, et la recouvre d’un deuxième, à l’aide du leveur. L’équipe continue ainsi à puiser et à coucher, jusqu’à la formation d’une pile ou porse d’environ 200 feuilles avec feutres interposés, et le tout est passé à la presse hydraulique pour exprimer l’eau, et donner à la feuille la consistance nécessaire. Il n’y a plus qu’à procéder au séchage' qui se fait dans des châssis suspendus ou étendus, et placés côte à côte, mais de manière à ne pas entra-’ ver la circulation de l’air. Les opérations ultérieures telles que le satinage, la réglure et les filigranes, s’exécutent dans des conditions analogues à celles qui sont en usage dans la fabrication mécanique et seront indiquées plus loin.
- La fabrication mécanique s’opère à l’aide de la machine à papier inventée, comme nous l’avons déjà dit, par Robert, ouvrier de la papeterie d’Essonne,! en 1799. Elle a pour objet de retirer l’eau, véhicule de la pâte, et de transformer cette dernière en papier continu. La figure 1 représente l’une de celles qui fonctionnent à la papeterie de MM. Darblay, à Essonne, et la figure 2 donne un croquis schématique des divers traitements que subit la pâte dans, son trajet depuis les cuves jusqu’à l’envidoir.
- La machine à papier doit exécuter diverses opérations successives, à savoir : l’épuration, la fabrication proprement dite, le séchage et l’envidage; aussi comprend-elle en principe les pièces suivantes : cuves, régulateur de pâte, sabliers épurateurs, toile métallique, presses, sécherie, lisses et envidoir.
- Les cuves sont des réservoirs en tôle ou en briques et ciment, munis d’agitateurs pour que la pâte demeure homogène et ne se dépose pas. Le régulateur de pâte est un réservoir à niveau constant dans lequel un flotteur commande le robinet d’écoulement de la pâte vers la machine, afin d’obtenir l’alimentation constante d’où dépend l’épaisseur uniforme de la feuille. Ce robinet envoie la pâte dans des sabliers ou coulottes en bois avec fonds à persiennes mobiles qui retiennent les graviers, et les parcelles d’os ou de métal, débris de vieux boutons, en un mot les choses lourdes; mais ils sont insuffisants pour arrêter les poussières, les grains de charbon, les parties de chiffons mal raffinées, les incuits de la pâte de paille et de bois, etc., etc., et doivent être suivis d’un épurateur. Celui-ci, qui p’est pas représenté sur la figure 2 est plat ou ro-
- p.167 - vue 171/432
-
-
-
- 168
- LA N'ATURE.
- tatif. L’épurateur plat consiste en une série de plaques percées de fentes qui laissent passer la pâte, mais retiennent les impuretés. Ces fentes sont d’autant plus fines que la fabrication est plus soignée. L’épurateur plat conservant les impuretés à sa surface, on est obligé de temps en temps de les rassembler pour les enlever, et il arrive forcément que quelques-uns retombent dans la pâte. Cet inconvénient est évité dans l’épurateur rotatif, constitué par «n cylindre creux à fentes fines animé d’un mouvement de secousse vertical, et tournant dans une cuve en fonte. La pâte arrivant du sablier pénètre par l’une des extrémités du cylindre et traverse les fentes pour se rendre ensuite à la machine. Les boutons et autres impuretés sont retenus et entraînés par le cylindre, et retombent dans un chenal communiquant avec l’extérieur. Un tube avec effet d’eau est disposé parallèlement au cylindre et
- au-dessus de lui pour nettoyer constamment les fentes. r
- On emploie également un épurateur rotatif à soufflets, où la pâte est aspirée par des soufflets dans l’intérieur d’une caisse rotative à fentes très fines et la renvoient par l’un des tourillons dans une boîte qui se décharge sur la table de fabrication. Celle-ci, à partir de laquelle commence la figure 1, se compose d’une toile métallique sans fin T, qui remplace la forme employée dans la fabrication à la main. Elle est tendue entre deux cylindres généralement métalliques A,B et soutenue dans sa partie haute par de petits rouleaux en laiton a très rapprochés, et dans sa partie basse par d’autres rouleaux b,b. Avant d’arriver au second cylindre B, la toile passe au-dessus de caisses aspirantes D, où l’on fait le vide soit à l’aide d’une pompe, soit par un écoulement d’eau, et qui ont pour objet d’eri-
- DEPARi
- Papier..——...
- Feutre........
- Toile métallique
- ARRIVEE
- Fig. 1. — Coupe d’une machine à papier.
- lever une grande partie de l’eau contenue dans la pâte. La toile est animée d’un mouvement de translation pour conduire la pâte, et d’un autre, de va-et-vient dans le sens transversal, pour opérer le feutrage et produire une égale répartition. l)e plus, des courroies en caoutchouc E tendues par un chariot F et animées de la même vitesse que la table, se . meuvent sur ses bords pour régler la largeur de la feuille. A la suite des caisses aspirantes se trouve un rouleau G qui donne au papier les vergeures ou les filigranes demandés par les consommateurs. Ce rouleau est composé de fils formant des lignes droites (papier vergé) ou des dessins (papier filigrané), qui laissent dans la pâte une marque indélébile par les clairs qu’ils produisent. Pour les papiers vélins, le cylindre est garni d’une toile métallique très fine qui ne laisse aucune trace dans la pâte.
- La feuille formée sur la table doit maintenant être laminée pour lui donner l’égalité nécessaire : elle passe à cet effet sous la presse humide composée de deux cylindres B,B', dont le premier sert en
- meme temps a tendre la toile métallique 1. Ce premier laminage qui permet d’en détacher la feuille se continue sous les presses coucheuses II,H, constituées par des cylindres de fonte garnis de feutre, parfaitement dressés et pressés l’un contre l’autre au moyen de ressorts; mais comme le papier toujours appliqué par la même face contre le feutre aurait de l’envers, on retourne le mouvement dans une presse I dite presse montante, qui force la face non pressée jusque-là à s’appliquer contre le feutre. La figure 2 montre en même temps le mouvement de ce dernier grâce à sa tension sur des rouleaux.
- Ces diverses presses ont déjà agi sur la feuille par compression, et lui ont enlevé une nouvelle quantité d’eau; mais cela ne serait pas suffisant, et il est nécessaire de procéder au séchage, qui s’opère à l’aide d’une série de tambours garnis de feutre K dans lesquels on fait arriver de la vapeur en procédant par un chauffage méthodique, c’est-à-diré en chauffant le plus fortement le papier le plus sec. De plus, comme le feutre qui reçoit l’eau ne tarde-
- p.168 - vue 172/432
-
-
-
- »
- Fig. 2.
- — Machine à papier de la papeterie d’Essonne. (Dessiné d’après nature.)
- p.169 - vue 173/432
-
-
-
- 170
- LA NATURE.
- rait pas à devenir trop humide, on le sèche lui-même à l’aide de tambours plus petits L accolés à chaque tambour K. Enfin, comme le papier porté, au passage sur le dernier tambour, à une température supérieure à 100° deviendrait cassant, on lui rend sa souplesse en le faisant passer sur un dernier cylindre dit refroidisseur, muni d’un feutre qui se trempe d’une manière continue au contact d’un rouleau de cuivre plongé dans l’eau. Le papier est maintenant achevé et n’a plus qu’a s’enrouler sur un envidoir N.
- Parfois, on intercale dans la sécherie une lisse, appareil composé de deux ou trois rouleaux en fonte dure, qui sert à donner au papier un apprêt qu’il conserve après le séchage complet. On emploie également des couteaux circulaires, disques d’acier qui rognent le papier au format demandé, ou le refendent afin d’en faire plusieurs rouleaux d’un format moindre que la largeur de la machine.
- Après l’envidage, le papier est encore l’objet de diverses façons mécaniques. On le glace sous la calandre, à la suite d’une humectation qui a pour objet d’éviter la formation des plis. La calandre se compose d’une série de cylindres alternativement en fonte dure et en papier comprimé, pressés les uns contre les autres par des ressorts, et entre lesquels passe la feuille à glacer. Elle est également soumise, dans certains cas, à l’action de coupeüses qui travaillent à la fois dans le sens longitudinal par des couteaux circulaires analogues à ceux qui viennent d’être décrits, et dans le sens transversal, par une lame d’acier qui vient retomber sur le papier, le long d’une lourde pince en fer garnie de feutre. Cette pince est animée de deux mouvements, l’un de va-et-vient dans le sens longitudinal, l’autre de haut en bas, comme une mâchoire. Ces mouvements se règlent suivant la longueur du format du papier qu’on veut obtenir. Les machines coupent cinq ou six feuilles à la fois. '
- Les bobineuses enroulent des longueurs considérables de papier sans fin à l’usage des machines à imprimer rotatives : la plus grande longueur usitée est de 5000 mètres, et s’emploie pour les journaux. Le bobinage exige que le papier soit envidé très régulièrement et bien à plat, sans laisser faire de plis, et en obtenant un serrage aussi parfait que possible.
- Les régleuses sont également très employées pour , les papiers destinés à former les cahiers scolaires, les registres, etc. Elles fonctionnent avec une automaticité complète : leur travail consiste à prendre une à une les feuilles de papier sur un tas, à les faire avancer toujours chacune à son tour, puis passer sous de petits arbres armés de rondelles en laiton qui tournent avec eux, et sont alimentées d’encre par un rouleaii en gutta-percha placé dans le réservoir à encre. Elles passent ensuite sur des tambours revêtus d'un manchon en laine, où elles sont amenées par des fds sans fin qui passent autour des tambours et des rouleaux conducteurs : le
- papier suit les fds et arrive réglé et sec sur un pupitre contigu à la machine.
- Les façons sont terminées ; mais il reste encore â trier le papier pour enlever les feuilles qui offrent quelques défauts et à les compter. C’est un travail plus délicat qu’on ne le croit communément, et qui exige une très grande habileté pour être fait convenablement et avec rapidité. L’emmagasinage constitue la dernière opération et exige des superficies considérables dans les grandes papeteries : le magasin d’Essonne a 100 mètres de longueur sur 50 de largeur, et peut renfermer 5 millions de kilogrammes de papier des formats les plus divers, ce qui représente l’approvisionnement pour plusieurs mois d’un grand nombre d’éditeurs de Paris, et pour plusieurs semaines, de beaucoup de publications périodiques, de journaux, etc., de la capitale, de la province et de l’étranger.
- Avant la découverte de la machine à papier les dimensions des formats étaient déterminés, mais en petit nombre. Actuellement elles varient à l’infini au gré de l’acheteur, ainsi que les forces du papier pour un même format.
- Les formats les plus usités aujourd’hui sont le grand-aigle, de 75x106; l’atlas ou journal, de 65x94; le colombier, de 65x88; le jésus, de
- 55x72; le raisin, de 50x65; le cavalier, de
- 46x62; le carré, de 45x56; la coquille, de
- 44x56; la couronne, de 56x46; le pot, de
- 51 X40, etc., etc.
- L’invention de la papeterie mécanique a eu des conséquences immenses aussi bien au point de vue" social qu’au point de vue commercial par le bon marché extraordinaire auquel elle permet d’obtenir le papier. La fabrication à la main reviendrait aujourd’hui à plus de 200 francs les 100 kilogrammes, et entraînerait à une perte considérable de pâte parce qu’il serait impossible de réduire par ce procédé les épaisseurs, comme le fait la machine. Cela revient à dire que tous les livres usuels, les cahiers scolaires, etc., ne pourraient être fournis qu’à des prix bien supérieurs à ceux qu’ils atteignent actuellement et que, par suite, l’instruction qu’ils propagent ou enregistrent, serait infiniment plus coûteuse, pour ne pas dire impossible, à répandre sur le même nombre d’enfants. De même pour les journaux et les périodiques de toute espèce, dont le développement, inouï aux siècles précédents, n’est devenu possible qu’avec une production incessante et peu onéreuse. En même temps ce progrès continu a révolutionné l’industrie de l’imprimerie qu’il a conduite à construire des machines capables de suffire à l’immense débit quotidien qui nous paraît aujourd’hui indispensable à la vie intellectuelle, et l’abaissement du prix du papier, joint à la possibilité d’obtenir, au gré de l’éditeur ou suivant le goût du public, les formats les plus divers, a complètement changé la face du commerce de la librairie.
- G.-A. Renel, ingénieur civil.
- ---------
- p.170 - vue 174/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 171
- L’EXPLOITITION Ï)Ü PÉTROLE
- A PECHELBRONN EN ALSACE
- Pechelbronn, dont le nom allemand signifie la Fontaine de la poix, est une annexe de la commune de Merkweiler, dans notre ancien département du Bas-Rhin, au pied des basses Vosges. En regardant autour de vous, dans la localité, vous voyez du bitume noir, d’une consistance huileuse, surnager au-dessus de l’eau des rigoles, à travers les prairies. L’eau de la plupart de ces rigoles est plus ou moins saumâtre, d’où le nom de Seltzbach, anciennement Salza, donné au ruisseau qui reçoit encore les petits affluents du Kinderloch, du Fusselgraben et du Rothgraben. Une villa, habitée par la famille Lebel, propriétaire des exploitations de pétrole, s’élève au bord de la route de Lampersloch à Soulz-sous-Forêt, entourée de raffineries d’huile minérale, avec leurs grandes cheminées fumeuses. Dans la prairie, pointent de distance en distance des pyramides en planches, pareilles à des flèches de clochers sans tours, mais contre lesquelles s’adossent de petites maisonnettes en planches également. Ce sont les abris des sondages pour la recherche du pétrole jaillissant. Tout le terrain environnant forme des ondulations bien accentuées, avec des différences de niveau de 10 à 20 mètres, entre les bas-fonds et les lignes de faîte. Tandis que les fonds sont en prairie, les cultures arables occupent les terrains élevés. Les terrains de la surface se composent de lehm, de gravier et de terre végétale provenant d’alluvions anciennes ou modernes. Les terrains traversés par les puits et les sondages appartiennent aux formations tertiaires, avec prédominance de marnes grises ou verdâtres, sableuses par places, auxquelles sont subordonnés des lits de sable incohérent ou agglutiné par un ciment calcaire. Les montagnes qui dominent Pechelbronn et Lobsann sont formées de grès vosgien revêtu de belles forêts. Un des promontoires de ces montagnes est le Lieb-frauenberg, où Boussingault, l’éminent et regretté chimiste, a fait ses premiers essais de chimie appliquée à l’agriculture.
- Certaines sources des gisements de Pechelbronn, ouvertes par des sondages, jaillissent à de grandes hauteurs au-dessus du sol, à la manière des geysers d’Islande. Pour l’exploitation, il faut les capter, au moyen de tuyaux : quelques sondages fournissent par jour jusqu’à 10 000 litres et plus. Outillage et installation sont fort simples d’ailleurs. L’installation se compose d’un chevalet ou chevalement, en forme de pyramide, haut de 8 mètres. Quatre poutres réunies par en haut et écartées en bas constituent la charpente recouverte de planches sur les quatre faces, avec une entrée ouverte à hauteur d’homme. Sur l’une des faces, il y a une cahute ou une maisonnette également en planches, allant à mi-hauteur de la pyramide et en communication avec l’intérieur. Servant d’abri pour les ouvriers, la
- cahute reçoit aussi le levier qui fait marcher le trépan de sonde appuyé sur un tréteau. Au sommet, où elle est ouverte, la pyramide porte un chapeau destiné à arrêter le jet d’huile jaillissant, en dirigeant le liquide sur les faces extérieures, de manière à ne pas se répandre au loin sur les terres environnantes. Dans un des coins, se trouve une pompe aspirante et foulante, qui fournit de l’eau à l’intérieur de la tige de sondage. Cette tige est creuse; elle se compose d’une série de tuyaux en fer, longs de 2 à o mètres, vissés bout à bout après Je trépan. Un peu plus large que les tuyaux, qui mesurent de 4 à 5 centimètres de diamètre extérieur, le trépan porte sur les deux côtés des trous en communication avec l’intérieur de la tige et des tuyaux. Le levier ou balancier qui meut le trépan et le fait agir, consiste en une simple poutre manœuvrée par deux hommes. L’eau, refoulée à l’intérieur par la pompe, délaye les terres et les pierres pulvérisées par le trépan, afin de les .amener à la surface à l’état de boue.
- Ce procédé de sondage, appliqué à Pechelbronn depuis 1881 et imaginé par l’ingénieur Fauvel, convient parfaitement à la nature des terrains de la localité. Quand les couches pétrolifères sont atteintes, l’huile remonte par le tube et refoule l’eau amenée par la pompe. On l’a vue jaillir à des hauteurs de 15 'a 20 mètres au-dessus du sol, chassée par la pression des gaz qui se dégagent de l’intérieur de la nappe souterraine. Autour du tuyau, la terre se tasse et se soude peu à peu assez hermétiquement, au bout de quelques semaines, pour que l’huile s’écoule seulement par l’intérieur du tuyau, où l’on en règle l’écoulement par un robinet, à volonté. Peu à peu, la pression des gaz qui font jaillir le jet d’huile diminue de force. Alors, les ouvriers appliquent une pompe fonctionnant jusqu’à épuisement de la source au point de sondage. Quelques sondages de Pechelbronn atteignent jusqu’à 250 mètres de profondeur, beaucoup plus que les anciens puits. Pour arriver à une profondeur de 150 mètres, il faut en moyenne ici 25 jours de travail continu, nuit et jour.
- Les bons résultats donnés par les sondages du procédé Fauvel ont fait renoncer, à Pechelbronn, à l’exploitation par des puits suivant l’ancienne méthode. Les anciens puits ne descendaient pas à plus de 100 mètres ; mais la richesse des gisements augmente avec la profondeur. Actuellement, l’exploitation s’effectue dans trois zones, correspondant aux profondeurs moyennes de 70, 130 et de 200 mètres. On remarque que les sondages les plus productifs, ceux qui donnent le plus d’huile, correspondant aux thalwegs, aux lignes de plus grande pente de la surface. Pour les sondages correspondant aux lignes de faîte, le rendement est beaucoup plus faible. Dans ces sondages, l’eau nécessaire pour déblayer dans le tuyau les roches triturées par le trépan doit être amenée aux pompes par voitures. Quand la force de propulsion des gaz, à l’intérieur
- p.171 - vue 175/432
-
-
-
- 172
- LA NATURE.
- des sondages, ne suffit plus pour faire jaillir le pétrole et le conduire dans le réservoir de l’usine à raffiner, la pompe, nous l’avons dit, s’applique aussi à cette opération du transvasement. Tous les tuyaux d'exploitation aboutissent dans un réservoir collecteur, qui reçoit l’huile naturelle des différents sondages, et l’envoie aux alambics pour la distillation. Un tuyau spécial recueille le gaz inflammable qui se dégage spontanément du réservoir à huile et le conduit sous une cloche pour éclairer le laboratoire de l’usine.
- Les gravures jointes à notre article sont faites d’après des photographies de M. Hiiffel, qui a bien voulu nous accompagner dans notre visite. Non seulement les dégagements de gaz inflammables se produisent à la surface du réservoir à l’huile de la distillerie, mais ils se manifestent k l’intérieur des galeries. Sous ce rapport, la fontaine ardente de l’Isère est depuis longtemps célèbre, comme le sont devenues depuis les sources permanentes des États-Unis d’Amérique. A Pe-chelbronn, toutefois, les dégagements ne sont pas continus ; ils sont retenus, soit dans les fissures du sol, soit dans les veinules de sable qu’ils projettent parfois dans les galeries. Les gaz produits se trouvent aussi en solution dans l’eau et dans le pétrole vierge. Parfois, quand on pratique une galerie, le sol en produit de telles quantités, que les masses d’argile se détachent spontanément de la paroi attaquée par les mineurs.
- M. Lehel, qui nous a fait visiter les gisements, a vu le phénomène du dégagement se produire sous ses yeux. Un jour, les rouleurs, chargés d’enlever les déblais, venaient de débarrasser une galerie. En
- rentrant, ils trouvèrent celle-ci de nouveau remplie de débris, ne pouvant comprendre que leurs camarades avaient en aussi peu de temps abattu tant de matière. Leur surprisene s’était pas encore dissipée que le gaz recommença k se dégager plus fort, avec un bruissement inquiétant. Les lampes des mineurs com-mencèrentàfiler, si bien qu’il fallut sortir de la galerie pour n’y plus revenir, car les parois s’éboulèrent. Avec des lampes Davy, on eût risqué une
- explosion soudaine, que l’emploi de la lampe Museler permet d’éviter. Une source d’huile assez abondante résulta de l’ébou-lement produit k cette occasion. Les choses pourtant ne se passent pas toujours sans accident. Plus d’une fois, la produc tion abondante d’hydrogène protocarboné a mis le feu aux travaux. Une détonation de cette nature, la plus violente dont on se souvienne k Pechelbronn, a causé la mort de cinq mineurs dans la mine Madeleine, le 16 juin 1845.
- Sans avoir l’importance des gisements pétrolifères des bords de la mer Caspienne et du nord de l’Amérique, l’exploitation de Pechelbronn est pourtant la plus considérable de l’Allemagne. L’épuration de l’huile naturelle recueillie se fait ici, en ce moment,
- Fig. 1. — L’usine à pétrole de Pechelbronn en Alsace.
- Fig. — Puits de sondage, ouvriers. (D’après des photographies de M. Hüftcl.)
- p.172 - vue 176/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 175
- dans une douzaine d’alambics en tôle, entourés d'un manchon en briques, chauffés à la bouille ou au coke provenant des résidus. Les alambics sont de forme cylindrique et d'une capacité suffisante pour recevoir chacun 16000 kilogrammes de pétrole a la fois. Des chaudières établies à côté fournissent de la vapeur d’eau surchauffée pour la distillation de l’huile. A l’intérieur des alambics, celte buile atteint une température de 270 degrés centigrades. M. Lebel tire de l'huile naturelle de son exploitation les produits dont la densité relative varie comme suit :
- Gazoline 0,070,
- Benzine 0,090 à 0,700, INaphte 0,715,
- Ligroïnc 0,725, Pétrole 0.800 à 0,810, lluile à gaz 0,850,
- Iluilc n» 1, 0,870,
- Huile n° 2, 0,870,
- Résidus verts et noirs, coke gras.
- Les huiles lourdes de 850 à 890 grammes le litre servent pour le graissage. Un jour dans l’autre, la quantité d’huile traitée a été de 20 mètres cubes en moyenne, pendant l’année 1870. Actuellement, les sondages ouverts pendant les dernières années fournissent des quantités plus considérabl e s d’huile naturelle.
- Comme les alambics, les réservoirs pour emmagasiner les huiles distillées sont également de grands cylindres, en tôle, d’une contenance de 100 mètres cubes chacun reposant sur une base en briques. Dans l’origine, l’exploitation de Pechelbronn ne donnait guère que de la graisse de voiture, tirée du sable bitumineux, au lieu de la variété de produits divers obtenus maintenant par le traitement du pétrole naturel. M. Lebel, qui vient de vendre Pechelbronn à une Société par actions, s’occupe actuellement d’une monographie des bitumes et des pétroles naturels des différents pays du monde.
- Depuis l’ouverture des derniers sondages de Pechelbronn qui ont fait jaillir les sources si abon-
- drntes, une véritable fièvre de recherche d’huile minérale s’est manifestée dans le pays, moins dans la population indigène que parmi ses visiteurs. Des quantités de concessions de mines ont été demandées et obtenues, sur la trouvaille de quelques échantillons de minéralogie ramassés en passant par les touristes allemands venus pour voir le nouveau Reichsland. On connaissait depuis longtemps, outre Pechelbronn et Lobsann, les terrains pétrolifères de Schwabwiller. On en cherche d’autres à Oberstrit-ten, où le chemin de fer entre dans la forêt de Ha-guenau. On en a trouvé à Ohlun-gen et sur la Bie-berbach, entre Biblisheim et Walbourg. Conduites avec précipitation, ces recherches étaient plutôt faites pour créer des sociétés financières, au moyen des concessions obtenues, que pour amener une exploitation régulière. Pourtant la concession deBie-berbach donne aujourd’hui assez de pétrole pour alimenter une petite distillerie. Dans la haute Alsace, nous connaissons aussi le gisement de Ilirtz-bach,sur les rives du ruisseau de l'Oelbach, où surnage du pétrole noir que les gens des environs employaient pour guérir leurs plaies. Les paysans se servaient de ce remède sans avoir lu la Dissertation sur l'asphalte ou ciment naturel, écrite par Eirini d’Eyrinis et imprimée à Paris en 1721, sur les propriéiés thérapeutiques de la matière. Quoi qu’il en soit de ces propriétés, c’est l’exploitation de Pechelbronn qui a seule pris une grande importance en Alsace.
- Que si vous demandez maintenant quelle est l’origine du pétrole, aucune des théorie^ émises sur la question n’y répond encore d’une matière satisfaisante. M. Lebel, qui est un chimiste distingué, neveu de Boussingault, et dont l’Académie des
- Fig. 3. — La distillation de l'huile de pétrole à Pechelbronn. (D’après une photographie de M. Hüffel.)
- p.173 - vue 177/432
-
-
-
- 174
- LA N AT U HE.
- sciences a couronné les premiers travaux, pense que des expériences plus complètes sont indispensables pour trouver une explication satisfaisante, susceptible de résister à toutes les objections. Parmi les hypothèses présentées tour à tour, on a fait valoir : la fermentation des matières végétales ou animales enfouies dans le dépôt de roches pétrolifères; la décomposition de couches de houille situées à une plus grande profondeur, sous l’influence de la chaleur intérieure de la terre ; la réaction de l’eau ou de la vapeur arrivée au contact d’une masse de fonte supposée être au centre de la terre, réaction dans laquelle le fer absorberait l’oxygène de l’eau, tandis que l’hydrogène mis^en liberté se combinerait avec le carbone en donnant naissance au pétrole. A l’avenir de nous apprendre laquelle de ces hypothèses restera conforme aux faits observés dans la nature. Charles Grad.
- ->*—
- NÉCROLOGIE
- Buys-Ballot. — La météorologie vient d’éprouver une perte sensible dans la personne de M. Buys-Ballot, directeur du service néerlandais, qui fut organisé par ses soins immédiatement après la création du service français. En effet, M. Buys-Ballot est un des premiers savants étrangers qui aient répondu à l’appel de Le Verrier. Son zèle et son influence personnelle aidant, la ville d’Utrecht, où il vient de mourir à l’âge de soixante-treize ans, et qui est le chef-lieu de la météorologie hollandaise, fut choisie pour le siège de VAssociation météorologique internationale. C’est dans cette ville que furent adoptées les décisions qui permirent à la météorologie officielle de s’étendre sur toute l’étendue du continent européen, et de recueillir tous les renseignements nécessaires à la rédaction des avis en prévision du temps. En dehors de la loi du mouvement des cyclones et des télégrammes météorologiques, M. Buys-Ballot s’occupait aussi de l’observation directe des nuages, et il attachait une grande importance à l’étude des symptômes naturels du temps. Plusieurs lois relatives au mouvement de l’air portent le nom de Buys-Ballot, qui est l’auteur d’un grand nombre d’observations importantes et de mémoires intéressants. Au mois de janvier 1871, M. Buys-Ballot donna à la France une preuve de sympathie que M. Quételet, de Bruxelles, sollicité à la même époque, avait refusée soüs prétexte de ne pas violer la neutralité belge. 11 envoya des télégrammes météorologiques à Lille, afin de guider dans l’emploi des ballons que le gouvernement y avait fait rassembler dans le but d’essayer la rentrée aérienne à Paris. L’organisation des ballons militaires de l’armée de la Loire fit trouver un nouvel emploi aux aérostats disponibles.
- CHRONIQUE
- Quantité de chaleur reçue par la surface du sol. — Les observations actinométriques faites à Kiew en 1888-1889, par M. R. Savélief et communiquées à la dernière séance de l’Académie des sciences permettent, en partant d’un certain nombre de courbes construites au moyen de séries bien régulières d’observations, pour des journées différentes, de déduire de l’intensité calorifique observée pour d’autres journées à midi seulement
- la quantité totale de calories reçues pendant ces journées sur 1 centimètre carré de la surface horizontale du sol. Ce calcul a été fait pour le 1er et le 15 de chaque mois de 1’ année, en construisant ensuite la courbe de la marche annuelle de la quantité totale de chaleur reçue en un jour sur la surface du sol, et la comparant à celle qui correspondrait, pour la même journée, aux limites de l’atmosphère d’après M. Angot1, en faisant la constante solaire égale à 3 calories par minute et par centimètre carré. Cette comparaison '^conduit M, R. Savélief aux conclusions suivantes : pei i T. qu’aux limites de l’atmosphère, la quantité annuelle de chaleur reçue sur \ centimètre carré de surface horizontale est 557 900 calories (gramme-degré), la quantité de chaleur reçue dans les mêmes conditions sur’ la surface du sol n’est que dé 125 500 calories (gramme-degré), le ciel étant supposé constamment pur, et sans nébulosité apparente; c’est-à-dire que 63,5 pour 100 sont absorbés par notre atmosphère, et 56,5 pour 100 arrivent à la surface du sol. En particulier, au mois d’octobre, la surface du sol reçoit 41 pour 100 de la radiation solaire, tandis qu’aux mois de janvier et de février ce rapport s’abaisse à 28 pour 100. Le maximum de la quantité de chaleur reçue au commencement de juillet par une belle journée est 610 calories (gramme-degré), tandis qu’au mois de décembre elle n’est plus que 87 calories (gramme-degré) par jour. »
- Les faux autographes. — On sait à quelle habileté arrivent certains faussaires : on se rappelle les mésaventures célèbres des collectionneurs d’autographes. Les amateurs de lettres royales ne savent peut-être pas qu’il y avait à la Cour des secrétaires qui savaient imiter l’écriture du Roi : les lignes suivantes des Mémoires de Saint-Simon en font foi. Saint-Simon faisant la biographie de Rose (1615-1701), et nous décrivant ses fonctions, nous dit qu’il avait la plume. « Avoir la plume, dit-il, c’est être faussaire public, et faire par charge ce qui coûterait la vie à un autre. Cet exercice consiste à imiter si exactement l’écriture du roi qu’elle ne se puisse distinguer de celle que la plume contrefait et d’écrire en cette sorte les lettres que le roi doit ou veut écrire de sa main et toutefois n’en veut pas prendre la peine ; il y en a aux sujets, comme généraux d’armée ou autres gens principaux par secrets d’affaires ou par marque de bonté ou de distinction. Il n’est pas possible de faire parler un grand roi avec plus de dignité que faisait Rose, ni plus convenablement à chacun, ni sur chaque matière, que les lettres qu’il écrivait ainsi, et que le roi signait toutes de sa main; et pour le caractère, il était si semblable à celui du roi qu’il ne s’y trouvait pas la moindre différence. »
- Falsification de l’essence de térébenthine. —-
- M. Aignan a adressé à l’Académie des sciences une note relative à un moyen de déceler une fraude qui préoccupe actuellement le commerce de l’essence de térébenthine, et qui consiste dans l’addition, à cette essence, d’une petite quantité d'huile de résine, dont le prix est cinq fois moindre. Cette addition ne saurait dépasser 5 pour 100 du poids de l’essence, car l’huile de résine en proportion plus forte rend l’essence visqueuse et lui communique une odeur particulière. Une analyse chimique ne pourrait que difficilement déceler la fraude ; en effet, l’essence de térébenthine du commerce est un produit complexe, et l’huile de résine elle-même est loin d’être un corps bien défini. Une épreuve aréométrique ne peut d’ailleurs four-
- 1 Annales du Bureau central météorologique de France, année 1885.
- p.174 - vue 178/432
-
-
-
- LA NATURE
- 175
- nir aucun renseignement, car une addition notable d’huile de résine ne modifie pas la densité de l’essence de térébenthine. Mais la fraude peut être décelée par l’examen du pouvoir rotatoire du liquide. M. Aignan a constaté que l’addition, à l’essence de térébenthine, d’vme netitp,quantité d’huile de résine diminue le pouvoir rotatoire de l’essence, quoique celui de c,ette huile soit de même signe que celui de l'essence et lui q»it .supérieur de lü* environ. L’essence de térébenthine naturelle donne un pouvoir rotatoire à peu près constant, dans les usines du sud-ouest de la France. — M. Aignan a trouvé, avec 16 échantillons d’origines différentes et préparés par des procédés distincts, des nombres variant seulement de — 60°,26'à —65°,20'. Or, une telle essence,après avoir été additionnée d’huile de résine, de telle sorte que le mélange en contienne 5 pour 100, donne — 54°. M. Aignan a fait une série d’expériences pour déterminer le pouvoir rotatoire de l’essence de térébenthine falsifiée, suivant la nature et la proportion de l’huile de résine ou de l’essence de résine ajoutée.
- Les tremblements de terre au Japon. —
- M. Wada,- de l’observatoire de Tokio, a présenté lors de la séance du 7 janvier dernier de la Société météorologique de France, le Résumé des observations sismomélri-ques, faites au Japon pendant l’année 1887. Après être entré dans quelques explications intéressantes sur l’organisation du service des observations dans l’empire du Japon, M. Wada donne des détails sur la fréquence des tremblements de terre, dont lé nombre s’est élevé en 1887 à 485. Les répartitions horaire et mensuelle, établies sur les moyennes de douze années à l’observatoire de Tokio, montrent un léger excès en faveur de la nuit sur le jour, et un excès relativement plus grand de l’hiver et du printemps sur l’été et l’automne. Les superficies ébranlées offrent un total qui en fin d’année représente cinq fois la superficie de l’empire. On note également le caractère des secousses, leur direction, leur intensité, leur répartition par districts. Ce travail est accompagné de diagrammes représentant les répartitions horaire et mensuelle et d’une carte indiquant par des teintes la distribution des sismes suivant des zones d’intensité croissante.
- Les jeûneurs. — La manie de jeûner ne date pas d’hier. A la Bibliothèque de Genève, on vient de retrouver dans un volume publié à Bâle, en 1577, l’histoire d’un jeûneur nommé Henri de Hasselt, qui demeura quarante jours et quarante nuits sans manger ni boire, simplement pour le plaisir. « Le gouverneur du pays ayant entendu ceste merveille, fit venir Henri et s’en-quiert de la vérité du faict, et, ne pouvant adjouster foi à la confession de Henri, voulut en faire un nouvel essai. Partant, le fit enserrer, veiller et garder soigneusement en une chambre l’espace de quarante jours et quarante nuicts sans qu’on lui donnât nourriture quelconque, ce qu’il supporta sans bruit et avec moindre difficulté. »
- Sensibilité des plaques photographiques. —
- Un moyen simple et pratique de déterminer la sensibilité relative de deux ou plusieurs espèces de plaques photographiques est de prendre sur chacune d’elles, par une belle nuit bien claire, un cliché d’étoiles. Une pose de dix minutes suffit. Développer ces clichés à fond jusqu’au noir; rien n’est visible qu’après fixage. La plaque la plus sensible renfermera un nombre d’étoiles plus considérable que les autres, et cela proportionnellement à sa sensibilité.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 février 1890. —Présidence de M. Hermite.
- Les fluorures de carbone. — Poursuivant la série des belles découvertes que lui fournit l’étude du fluor; M. Henri Moissan décrit aujourd’hui le procédé par lequel il a obtenu deux combinaisons de ce métalloïde avec le carbone. Malgré ses analogies avec le chlore, le fluor s’en distingue tout de suite par sa violente affinité pour le carbone; le noir de fumée s’enflamme dans une atmosphère et les autres variétés de charbon y brûlent aussi, à la seule exception du diamant. Suivant les proportions des corps réagissants, et les conditions de l’expérience, cette synthèse directe donne l’un et l’autre des deux produits ayant avec l’oxyde de carbone et l’acide carbonique des rapports aussi intimes qu’imprévus, et qui modifieront peut-être les grandes lignes de la classification des corps simples. Le sagace auteur détermine la production des mêmes produits par double décomposition, c’est-à-dire en faisant réagir le fluorure d’argent sur les chlorures de carbone. M, Berthelot a terminé sa très intéressante présentation du travail de M. Moissan, en signalant la délicatesse avec laquelle M. Muntz, qui, de son côté et d’une façon tout à fait indépendante, était arrivé au résultat par la seconde des deux méthodes précédentes. Apprenant que son concurrent était beaucoup plus avancé que lui dans la voie qu’ils parcouraient tous les deux, il s’empressa de renoncer à poursuivre ses recherches. — M. Chabrier annonce d’autre part, par l’intermédiaire de M. Friedel, la préparation qu’il a faite de quantités relativement grandes des deux fluorures de carbone par voie de double décomposition. La densité du protofluorure correspondant à l’oxyde de carbone est égale à 2,90; celle du bifluorure, à 3,4.
- Propriétés physiques du fer et des aciers. — Nos lecteurs savent que M. Osmond a fait la très intéressante découverte des changements moléculaires que le fer éprouve quand on élève progressivement sa température : vers 700° d’abord, puis à 855°, le métal dégage tout à coup beaucoup de chaleur, et à ces deux phénomènes thermiques, correspondent tout un ensemble de propriétés spéciales. M. Le Chatelier reprend le sujet non seulement à l’égard du fer doux, mais aussi à l’égard des aciers, du ferro-manganèse, du nickel, etc., et il en tire des conséquences qui promettent d’avoir des applications industrielles. A cette occasion, M. Paye rappelle une curieuse expérience qu’il fit, il y a une trentaine d’années, dans les ateliers de Ruhmkorff : du fer pur était déposé électriquement sur une lame de cuivre, le tout fut chauffé dans le vide vers 1000°, c’est-à-dire au voisinage du point de fusion du cuivre, et on reconnut après refroidissement que le magnétisme primitif du fer avait parfaitement persisté. Jamin avait émis l’intention de poursuivre l’étude de ce curieux phénomène.
- Quartz contemporain. — D’après M. Mauger, ingénieur des mines à Pau, les eaux minérales de Gauterets déposent, à l’heure actuelle, des cristaux de quartz identiques à ceux qu’on connaît à toutes les périodes géologiques. Ce nouveau fait est à enregistrer à l’actif de la doctrine des causes actuelles ; sa constitution est aussi intéressante que prévue d’ailleurs.
- Histoire de la science. — Occupé depuis longtemps de l’étude des polyèdres, M. l’amiral de Jonquières vient constater aujourd’hui que Descartes a des droits incon-
- p.175 - vue 179/432
-
-
-
- i 76
- LA nature;
- testables de priorité sur Euler pour la découverte de certains points relatifs à la théorie de ces solides. Le fait est consigné dans un manuscrit intitulé De solidorum ele-mentis faisant partie de manuscrits découverts en 1860 à Hanovre par M. Foucher de Careil et dont la rédaction est antérieure de plus d’un siècle aux Elementa theoriæ solidorum de Euler. C’est, suivant l’expression de M. de Jonquières, un nouveau fleuron à ajouter à la couronne de notre immortel compatriote.
- Lithologie. — En étudiant des collections géologiques rapportées d’Asie Mineure et du Caucase par M. Henri Martin, M. Lacroix a reconnu que les environs de Trébi-zonde possèdent des laves amphigéniques tout à fait comparables à celles du Vésuve et que l’hypersthène abonde autour de Batoum.
- Caroline animale. — L’analyse de la matière colorante rouge qui donne un aspect si brillant à de petits crustacés des hautes régions des Alpes y a révélé, à M. Ba-phael Blanchard, la présence de la carotine si savamment étudiée par M.
- Arnaud dans le règne végétal. C’est sans doute la première fois qu’on reconnaît la production d’un hydrocarbure chez les animaux.
- Le cuivre de la houille.
- — Tout le monde sait qu’une pincée de sel marin jetée sur un feu de coke ou de houille développe de très belles flammes bleues, et on pense, en général, que cette coloration est due à de l'acide chlorhydrique. M. Sa-let reconnaît que c’est là une erreur: au spectroscope la flamme bleue donne les raies caractéristiques du cuivre et on doit admettre que ce métal existe dans le combustible. La recherche directe confirme cette conclusion : on traite la cendre de houille par un dissolvant convenable et dans la liqueur on plonge l’extrémité d’une aiguille d’acier. Celle-ci est alors placée dans la flamme d’un bec de Bunsen où l’on introduit en même temps un peu d’acide chlorhydrique : immédiatement apparaît la coloration bleue caractéristique du cuivre.
- Varia. — On annonce la mort de M. Buys-Ballot, célèbre physicien hollandais. — M. Cayeux a reconnu que certains grès du Nord, dont l’aspect est dolomitique, renferment, en réalité, non du carbonate de magnésie, mais du phosphate de chaux en petits grains irréguliers. —> Des recherches thermochimiques sur la soie sont adressées par M. Vignon. — Les substances intercellulaires des tissus végétaux sont, d’après M. Mangin; de l’ordre des composés pectiques naguère étudiés par M. Frémy. — La localisation des matières colorantes dans le tégument des grains occupe M. Claudel. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LA TÈTE DE L’INVENTEUR
- C’est sous ce titre que le New-York Mechanic nous présente le croquis ci-contre, croquis qui, dans l’esprit du dessinateur qui l’a composé et exécuté, figure l’idée populaire, mais absolument erronée, que l’on peut avoir sur le chaos de conceptions qui traversent la cervelle d’un inventeur bien doué, d’un inventeur de première classe, dit notre confrère. Mais le Scientific American, auquel nous empruntons ce croquis, proteste avec raison contre une semblable conception. Si la cervelle d’un inventeur était hantée à la fois par toutes les idées si disparates que ce croquis rappelle, il faudrait plutôt en avoir pitié que l’admirer, et jamais il ne serait capable d’arriver à quelque chose de défini et d’utile. La vérité, qui n’enlève rien d’ailleurs à l’intérêt de curiosité du croquis que nous reproduisons, est que l’esprit d’un inventeur est rarement arrêté sur plus d’une idée à la fois. II en fait son cauchemar, son dada, et ne l’abandonne qu’après en avoir adopté une autre à laquelle il se consacre désormais avec la même conviction et le même exclusivisme. C’est que le succès, en effet, exige une intelligence du sujet claire et complète, et impose l’obligation de concentrer toutes les forces et toute l’activité de son esprit dans une direction unique, opération cérébrale qui n’est pas à la portée de tous.
- A l’encontre de ce que l’on serait généralement tenté de croire, l’inventeur est un être mieux doué que ses contemporains et que le milieu qui l’entoure, capable de penser différemment et mieux que les autres aux questions qui laissent la masse du public indifférente, et qui, le plus souvent, s’absorbe dans ses pensées au point de passer pour un fou, ou, tout au moins, pour un être dénué de sens commun.
- Si, dans le cas particulier, la plume doit donner un démenti au crayon, c’est au point de vue exclusivement philosophique et sans cesser de rendre un juste hommage à la conception à l’exécution de cette fantaisie mécanico-artistique. Dr Z... f
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- p.176 - vue 180/432
-
-
-
- N* 875
- 22 FÉVRIER 1890
- LA NATURE
- 177
- LE FLUOR
- Fig. 1. — M. Moissau préparant du fluor dans son laboratoire de l’Éeole de pharmacie, à Paris. Fac-similé d'une photographie instantanée à la poudre-éclair.
- Fig. 2. — Appareilfpour la production du fluor. — A gauche tube à électrolyse; à droite flacon à densité.
- Nous avons déjà rendu compte, dans La Nature, des expériences de M. Moissan qui lui ont permis d’isoler le fluor, ce corps simple cherché depuis si 18e année. — 1er semestre.
- longtemps1. Dans ses premières expériences, M. Moissan avait réussi à dédoubler l’acide fluorhydrique 1 Yoy. n° 701, du 0 novembre 1880, p. 363.
- 12
- p.177 - vue 181/432
-
-
-
- 178
- LA nature:
- en hydrogène et en fluor. Ayant repris cette étude, il a pu déterminer les principales constantes physiques de ce nouveau corps simple gazeux.
- M. Moissan a étudié d’abord dans quelles conditions le platine était attaqué par le gaz fluor ; il a vu qu’à la température ordinaire on pouvait conserver indéfiniment le fluor dans des appareils en platine, sans craindre aucune attaque de ce métal. De plus, à la température de 500 à 600 degrés, il a démontré qu’il se forme un bifluorure de platine analogue au chlorure de platine déjà connu. Ce nouveau composé est important, car il possède la curieuse propriété de se dédoubler par la chaleur en platine et en fluor. Il est vraisemblable que, le jour où l’on saura préparer le fluorure de platine par une voie détourne'e, en partant de l’acide fluorhy-drique, par exemple, on aura un procédé chimique pour obtenir le gaz fluor en notable quantité.
- Après ces essais préliminaires, M. Moissan a pris la densité du fluor. Pour avoir ce gaz en abondance, il a modifié son premier appareil, en lui donnant une capacité beaucoup plus grande (fig. 2). A la suite du tube à électrolyse, il a disposé un petit serpentin en platine, destiné à condenser les vapeurs d’acide lluo-rhydrique entraînées, et enfin deux tubes de platine remplis de fluorure de sodium. Ce composé retient en effet les dernières traces d’acide fluôrhydrique. Le gaz pur, ainsi préparé, est conduit dans le flacon, dont on voit l’aspect sur notre gravure, au moyen de petits tubes flexibles de platine. Ce flacon à densité a été pesé rempli d’air, on le pèse rempli de fluor; connaissant son volume, il est facile d’en conclure la densité du fluor. M. Moissan est arrivé au chiffre 1,26, tandis que la densité théorique est de 1,51. La faible différence existant entre ces deux chiffres montre bien quelelluor pur a une densité normale. Il n’y a donc pas lieu de s’arrêter à l’idée qui pourrait faire regarder le gaz obtenu comme un corps condensé analogue à l’ozone.
- M. Moissan a déterminé ensuite la couleur du fluor. Pour cela, il s’est servi d’un tube de platine, fermé par des lames de fluorine tout à fait transparentes. Deux ajutages en platine permettaient l’arrivée et le départ du gaz. On s’assurait que le tube était bien rempli de fluor, lorsque le gaz, sortant par l’un des petits ajutages, enflammait le silicium cristallisé à la température ordinaire.
- Si l’on regarde alors le gaz à travers les lames de fluorine sur une épaisseur d’un mètre ou même de 50 centimètres, on reconnaît qu’il est coloré en jaune verdâtre, et que sa couleur est plus faible que celle du chlore vu sous la même épaisseur. La teinte d’ailleurs diffère de celle du chlore en ce qu’elle approche davantage du jaune.
- Le spectre du fluor a pu aussi être étudié avec détail. Il n’y avait de publié sur ce sujet qu’un important travail de M. Salet qui avait comparé les spectres du chlorure et du fluorure de silicium. M. Moissan a fait éclater une étincelle d’induction très forte entre des tiges d’or ou de platine dans un
- petit appareil rempli du fluor. Inutile d’ajouter que cet appareil était lui-même en platine et que l’on pouvait voir l’étincelle au moyen de fluorine transparente.
- En comparant les résultats obtenus par cette nouvelle méthode, avec ceux fournis par l’acide fluor-hydrique, par le fluorure de silicium, par le tri-fluorure de phosphore et par le fluorure de carbone, M. Moissan a pu démontrer l’existence de treize raies nouvelles, placées dans la partie rouge du spectre ; les raies se trouvent même en majeure partie dans la portion du rouge comprise entre la deuxième raie du potassium et la raie du lithium, c’est-à-dire dans une partie ou aucun corps simple n’avait donné de raies jusqu’ici. Enfin, M. Moissan ajoute qu’avec l’acide fluôrhydrique, il a obtenu plusieurs bandes dans le jaune et dans le violet; mais ces bandes peu nettes et très larges n’ont pas permis d’en déterminer exactement la position.
- Si l’on rapproche de ces recherches celles entreprises par M. Moissan et par M. Meslans sur les éthers fluorés de la série grasse, on voit que le fluor se place nettement en tête de la famille du chlore. Il est coloré comme tous les corps de cette famille, mais beaucoup moins que le chlore ; sa densité est normale et les éthers fluorés ont un point d’ébullition inférieur de 50 degrés environ aux éthers chlorés correspondants.
- Ce qui rend ces nouvelles recherches très curieuses, ce n’est pas seulement l’intérêt qui peut s’attacher à l’isolement de ce nouveau corps simple, obstinément cherché depuis un siècle ; mais ce gaz fluor, isolé par M. Moissan, est le corps le plus actif que les chimistes possèdent. En effet :
- 1° Il enflamme à froid le silicium cristallisé, que l’acide azotique bouillant n’attaque pas et que l’oxygène pur ne brûle qu’avec difficulté à haute température.
- 2° Tandis que le chlore ne peut pas se combiner directement au carbone, le fluor peut s’y unir en formant un corps gazeux, le fluorure de carbone que M. Moissan décrira bientôt.
- 3° Une autre expérience indiquée récemment vient encore démontrer l’activité chimique du fluor. Lorsque dans le tube rempli de fluor, qui a servi à déterminer la couleur de ce gaz, on vient à laisser tomber une goutte d’eau, il y a décomposition de cette eau, et il se forme de l’acide fluôrhydrique avec dégagement d’ozone; cet ozone se produit avec la teinte bleue caractéristique que MM. Hautefeuille et Chapuis ont démontré appartenir à l’oxygène, très riche en ozone. C’est la seule réaction chimique fournissant de l’ozone aussi concentré.
- 4° Enfin, nous ajouterons que le fluor et l'hydrogène se combinent à froid et à l’obscurité. C’est là le premier exemple de deux corps simples, gazeux, s’unissant directement sans exiger l’intervention d’une énergie étrangère. En effet, le chlore et l’hydrogène ont besoin de la lumière ; l’oxygène et l’hydrogène ont besoin de l’étincelle ou d’une flamme;
- p.178 - vue 182/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 179
- l’hydrogène et le fluor se combinent directement.
- D’ailleurs cette activité chimique a été très nettement mise en évidence par MM. Berthelot et Mois-san. Les savants expérimentateurs ont déterminé, en effet, la chaleur de combinaison de l’hydrogène et du fluor, et ils ont vu quelle était de 37 calories,6, c’est-à-dire bien supérieure à celle des autres hydra-cides formés par l’iode, le brome et le chlore.
- En résumé, le fluor est le corps le plus actit que l’on connaisse jusqu’ici, et, à cause même de cette propriété, il est certain qu’il est appelé à fournir aux chimistes les plus intéressantes réactions.
- Gaston Tissandier.
- LES MOTEURS A COURANTS ALTERNATIFS
- Jusqu’à ces dernières années, les électriciens ont, en général, préféré les distributions d’énergie électrique par courants continus aux distributions par courants alternatifs, pour deux excellents motifs qui paraissent cependant devoir perdre, avec le temps et les progrès de la science électrique, leur raison d’être. C’est qu’en effet les courants alternatifs ne se prêtaient pas, jusqu’ici, tout au moins d’une façon simple et économique, à la production du travail mécanique, et qu’il était, d’autre part, impossible d’emmagasiner l’énergie transportée par ces courants.il n’y avait, en fait, ni moteur à courants alternatifs, ni accumulateur propre à l’utilisation de ces courants. Des recherches persévérantes faites pendant ces dernières années semblent indiquer que le premier problème est aujourd’hui résolu, et des études qui méritent d’être prises en sérieuse considération laissent entrevoir le moment où il sera possible de transformer dans de bonnes conditions de rendement les courants alternatifs en courants continus, et de les rendre ainsi propres à la charge des accumulateurs, ce qui résoudra le second problème. Nous laisserons de côté, pour aujourd’hui tout au moins, les expériences faites pour résoudre ce second problème, expériences dont les résultats ne dépassent pas encore le domaine des promesses pleines d’avenir, pour insister davantage sur les moteurs à courants alternatifs qui, eux, ont déjà reçu un certain nombre d’applications en Autriche et en Amérique.
- Disons, tout d’abord, que rien n’est plus simple que d’obtenir un moteur à courants alternatifs d’un excellent rendement, en utilisant une machine dynamo ou magnéto à courants alternatifs tournant à une vitesse angulaire telle que le nombre de périodes du courant pendant l’unité de temps, ou la fréquence, pour employer l’expression adoptée par le Congrès international des électriciens de 1889, soit la même que celle que produirait la machine tournant à la même vitesse angulaire, comme générateur. C’est là une condition qui restreint considérablement le nombre des applications, car elle impose comme condition essentielle un synchronisme rigoureusement parfait entre la machine génératrice et la machine motrice. Tout au plus pourrait-on utiliser la combinaison pour une transmission de travail à distance. Encore faudrait-il, pour les arrêts, prévoir une disposition qui permît à la machine réceptrice ou motrice de reprendre la vitesse angulaire de régime. Un accroissement accidentel du couple résistant, suffirait également pour détruire le synchronisme initial et produire un nouvel arrêt.
- Il a donc fallu combiner des moteurs à courants alternatifs sur des principes absolument nouveaux pour lesquels le synchronisme ne constitue pas une condition essentielle de fonctionnement, et dont les inducteurs n’exigent pas.une excitation spéciale, ce qui, dans bien des cas, constituerait une sujétion absolument prohibitive de l’emploi des moteurs à courants alternatifs.
- Nous ne saurions décrire ici les dispositions ingénieuses qui ont été imaginées pour résoudre ce problème; nous devons renvoyer nos lecteurs qui seraient curieux d’en connaître le fonctionnement et le détail aux publications techniques spéciales. Nous nous contenterons de dire que l’on construit actuellement des moteurs à courants alternatifs de toutes puissances, depuis quelques kilogrammètres par seconde, jusqu’à 10 chevaux, et davantage. Ces moteurs trouvent un emploi direct dans les mines où, à cause de la longueur des galeries, on doit avoir recours à des tensions élevées, et aussi à cause de cette particularité spéciale à ces appareils, que tous les circuits étant continus et métalliquement fermés sur eux-mêmes, il ne peut se produire aucune étincelle, sauf le cas de rupture accidentelle d’un fil, ou au moment de la mise en marche et de l'arrêt, à l’interrupteur de courant ; mais il est facile de protéger ce point faible en disposant l’interrupteur dans une boîte, hermétiquement fermée, ce qui rend l’étincelle absolument inoffensive. On peut donc considérer les moteurs à courants alternatifs comme des appareils constituant aujourd’hui une branche importante et nouvelle des applications industrielles de l’énergie électrique.
- CABESTAN HYDRAULIQUE A BASCULEMENT
- DE FIVES-LILLE
- Nous avons précédemment décrit1 le' cabestan électrique étudié par la Compagnie du chemin de fer du Nord, en vue des manœuvres de locomotives et de wagons dans les gares. Son principe essentiel, qui est la transmission de l’énergie électrique à distance, mérite une grande attention et constitue un réel progrès. Il serait néanmoins exagéré de le considérer comme la solution finale de la question, pour le moment du moins, en raison même des frais spéciaux qu’entraîne, dans l’état actuel, la production de l’énergie électrique. Dans bien des cas, lorsque l’on dispose d’une puissance hydraulique naturelle, ou lorsque l’on a sous la main des mécanismes permettant d’accumuler et de réserver un excédent de puissance, on recourra encore, avec avantage, à l’emploi de la transmission d’énergie hydraulique dont les organes, bien étudiés, ont atteint, de leur côté, une réelle perfection.
- C’est ce qui explique pourquoi des décrets récents et dont la mise à exécution se poursuit, ont autorisé nos Chambres de commerce maritimes, notamment, à installer sur leurs quais un outillage hydraulique perfectionné.
- Armstrong fut le premier, dès 1853, à indiquer l’utilité que pouvait présenter pour les manutentions et les usages industriels l’emploi de l’eau sous
- 1 Yoy. n° 855, du 19 octobre 1889, p. 325.
- p.179 - vue 183/432
-
-
-
- 180
- LA NATURE.
- pression. 11 en fit une application qui est restée classique. Les perfectionnements apportés aux moteurs à trois cylindres du système Brotherood donnèrent à ce principe une grande extension ; mais on se heurta bientôt à l'inconvénient des pertes de charge et des fuites dans les conduites qui transportent le fluide, et c’est à cet inconvénient qu’il faut attribuer le retard relatif dont le développement d’un moyen d’action si pratique a été affecté.
- On y a remédié, hâtons-nous de le dire, dans ces dernières années, et en attendant que l’électricité ait dit son dernier mot, des modèles d’appareils hydrauliques d’une grande perfection ont été combinés. Nous en avons vu quelques spécimens intéressants à l’Exposition de 1889, et, pour compléter la série des organes de ce genre que nous avons décrits, nous donnerons quelques indications sur le cabestan hydraulique à basculement de Fives-Lille, qui résout d’une façon complète le problème hydraulique; notre dessin en assurera la compréhension.
- Ce cabestan, étudié en 1884 par la Compagnie de Fives-Lille, en vue de l’application des manœuvres hydrauliques à l’outillage des ports et des gares de chemins de fer, a reçu deux applications importantes au local des messageries de la gare Saint-Lazare, à Paris, et pour le service des quais du port de Marseille. Il est formé de deux parties distinctes, mais solidaires: l’une, au-dessus du sol, constituant la poupée autour de laquelle s’enroule la corde de manœuvre ; l’autre, dans une cuve, au-dessous du sol, renfermant tout le mécanisme et recouverte par une plaque de fonte établie à fleur de terre qui sert de bâti commun. La plaque peut tourner autour de deux tourillons par lesquels entre et sort l’eau motrice, de telle sorte que l’on peut la faire basculer sens dessus dessous en vue de visiter le mécanisme et même se servir du cabestan lorsqu’il est ainsi renversé. Dans les anciens systèmes, au contraire, la visite du mécanisme, placé dans une cuve en sous-sol et fixé d’une façon permanente, était des plus difficiles. Les cylindres moteurs, dans cet
- appareil, sont fixes et à simple effet; ils sont situés dans trois plans d’action différents et chacun d’eux est supporté par une sorte de console verticale venue de fonte avec le support central de l’arbre moteur.
- Cette disposition présente l’avantage de laisser, entre les cylindres, des espaces libres par lesquels on peut accéder très facilement au mécanisme ; de plus, les tiroirs de distribution de l’eau sous pression se meuvent à plat, et chacun d’eux est équilibré au moyen d’un petit piston compensatenr qui en réduit le frottement et en diminue l’usure.
- Pour mettre le cabestan en marche, il suffit, de même que dans le modèle électrique que nous avons décrit, depresser dupied sur une pédale, laquelle fait
- saillie sur la plaque de support à côté de la poupée ; cette pédale ouvre une soupape qui commande l’arrivée de l’eau sous pression et le cabestan se met en mouvement avec la précision d’une grosse pièce d’horlogerie dont il a en réalité tout le fini malgré son poids et sa puissance.
- Les cabestans hydrauliques resteront certainement toujours un des organes primordiaux des manutentions sur les quais de nos ports de mer. Mais, pour le service des gares de chemins de fer, il faut s’attendre à en voir disparaître, dans certains cas, la partie extérieure appelée poupée autour de laquelle vient s’enrouler la corde de manœuvre servant à donner le mouvement de rotation aux locomotives et aux wagons. On a reconnu, en effet, qu’il n’était pas plus difficile et qu’il était plus pratique de donner directement aux plaques tournantes leur mouvement de rotation, dès que le wagon ou la locomotive se trouvent placés dessus. Cette modification, ou plutôt cette simplification, est à l’étude dans plusieurs de nos grandes Compagnies. Quant à la manœuvre à la corde, elle sera réservée pour lancer les wagons isolés ou attelés sur des sections de voies dans le but de former les trains.
- Max de Nansouty.
- p.180 - vue 184/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 181
- L’EXPÉDITION DE STANLEY
- Dans un article que nous avons ici même consacré à la première partie de l’expédition de Stanley1, nous en avons exposé en détail les mobiles, les préparatifs, et nous avons suivi l’intrépide reporter américain jusqu’au camp de Yambouya. 11 se proposait, à partir de ce point, avec une caravane de trois ou quatre cents porteurs, de marcher vers le lac Albert, son objectif étant le village de Kawalli situé à la pointe méridionale de cette importante nappe d’eau. C’était une marche de plus de 500 kilomètres en pays inconnu ; Stanley comptait que
- deux mois lui suffiraient pour parcourir celte énorme distance. On va voir qu’il était loin de compte.
- Le 28 juin 1887, il avait quitté Yambouya avec le lieutenant Stairs, le capitaine Nelson, le Dr Parke et M. Mounteney Jephson qui s’étaient partagé le commandement des 568 hommes qui portaient, outre les bagages, les munitions, les provisions et la canonnière démontée. La dernière lettre reçue de Stanley était datée du 25 juin et adressée à M. Mac-kinnon. Quinze mois s’écoulèrent sans qu’on reçût de l’explorateur aucune nouvelle, ce qui permit aux bruits les plus absurdes, aux racontars les plus fantaisistes et souvent les plus sinistres, de se répandre dans la presse européenne sans qu’il fût
- Carte du voyage de Stanley à travers l’Afrique.
- possible de les démentir. Ce n’est qu’en décembre 1888 que des dépêches datées des Stanley faits annoncèrent que l’explorateur était arrivé le 17 août à Banalya, après avoir quitté Emin-Bey 82 jours auparavant, et qu’il comptait repartir 10 jours plus tard, pour rejoindre Emin avec les charges de marchandises et de munitions laissées sur l’Ar-rouhimi. On reçut bientôt après d’autres détails sur l’étonnant voyage qui venait d’être accompli, informations précises qui venaient, pour la première fois, nous faire connaître une immense région et combler un des derniers blancs de la carte d’Afrique.
- L’expédition commença par remonter la rive
- 1 Yoy. n° 758, du 10 décembre 1887, p. 25.
- gauche de l’Arrouhimi et se trouva presque aussitôt ralentie par une forêt épaisse et basse à travers laquelle il fallait se frayer une route le sabre d’abattis à la main. On traverse ensuite une région populeuse aux nombreux villages, mais les sentiers sont coupés de trous où sont plantés des pointes aiguës qui estropient une dizaine d’hommes. Dès qu’on peut rejoindre la rivière, la baleinière est remontée et sert à transporter les blessés, les malades et des marchandises, tandis que le gros de la troupe suit à peu de distance à travers une forêt continue, marécageuse, insalubre.
- « Généralement, dit M. A. Wauters1, les matins étaient âpres et sombres, le ciel couvert de nuages
- 1 Stanley au secours d'Emin Pacha. Quantin, itv l8.
- p.181 - vue 185/432
-
-
-
- 182
- LA NATURE.
- lourds et menaçants; ou bien un épais brouillard enveloppait tout, pour ne se lever qu’à 9 heures, parfois même à 11 heures seulement. Alors, rien ne bougeait, les insectes dormaient, un silence de mort régnait dans la forêt ; la rivière, assombrie par des murailles impénétrables de végétation, était muette comme le tombeau. Quand la pluie ne succédait pas à cette obscurité, et que le soleil perçait les masses de vapeurs, alors la vie s’éveillait partout; les papillons folâtraient dans les airs, un ibis solitaire donnait un signal d’alarme, la forêt se remplissait d’un murmure étrange, puis tout à coup .le tambour se faisait entendre, les indigènes à la vue perçante avaient aperçu l’expédition, ils vociféraient des provocations, les lances étincelaient, les passions hostiles s’enflammaient. » Partout en effet, les indigènes sont méfiants; ils demandent de leurs marchandises les prix les plus élevés ou bien ils sont franchement hostiles et accueillent l’expédition à coups de flèches empoisonnées.
- Le 17 août, le confluent de l’Arrouhimi et du Nepoko, rivière que le Dr Junker a vue à sa source, est atteint. Barré par des chutes et des rapides, rétréci entre des rives escarpées, l’Arrouhimi court avec une telle rapidité qu’il faut renoncer à le remonter plus loin. A la fin du mois, on arrive au camp d’une caravane arabe commandée par un nommé Ougourroua. Stanley est obligé de s’arrêter quinze jours auprès de ce traitant pour permettre à ses hommes de se reposer, et malgré cela, quand il part, il laisse encore cinquante-six malades à cette station. Le 15 octobre, est atteint un autre établissement arabe, celui de Kilenga, qui a si complètement dévasté les alentours que les hommes de Stanley n’ont pour se nourrir que des fruits sauvages et des champignons. L’épuisement de tous les porteurs est tel que le chef de l’expédition abandonne en ce lieu son bateau démonté ainsi qu’un grand nombre de charges qu’il laisse sous la surveillance du capitaine Nelson et du l)r Parke, incapables d’aller plus loin. Enfin on arrive dans une contrée plantureuse, à Ibouiri, où l’on se refait si bien que le moral des cent soixante-quatre compagnons de Stanley se relève et qu’ils envisagent avec moins d’effroi les 130 kilomètres qui leur restent à parcourir jusqu’à l’Albert. La forêt cesse enfin complètement; on pénètre alors dans une région ouverte, aux villages fréquents, à la population extrêmement dense, mais qui ne permet pas sans combat l’accès du pays. C’est d’ailleurs la dernière lutte, car on découvre, le 13 décembre 1887, les eaux de l’Albert, et l’on atteint Kawalli. Dans ce village, on n’a aucune nouvelle d’Émin et les steamers n’ont pas foulé cette partie du lac. Que lui est-il donc arrivé? Sans aucun moyen de transport sur le lac, avec une caravane aussi réduite et aussi épuisée, il ne fallait pas songer à rejoindre le pacha par la voie de terre.
- Stanley revient donc sur ses pas, rentre le 8 janvier 1888 à Ibouiri, et commence la construction du
- fort de Bodo, tandis que le lieutenant Stairs va chercher les hommes et les approvisionnements laissés à Kilenga. Puis, lorsque celui-ci a ramené les onze porteurs qui restent des trente-huit qui y ont été laissés sous les ordres des deux blancs, il repart chez Ougourroua pour chercher et rapporter les marchandises qui y ont été déposées. Mais le 2 avril, Stanley, remis d’une assez forte indisposition, considérant que le délai qu’il a accordé à son lieutenant est dépassé de huit jours, reprend la route de l’Albert après avoir laissé au fort Bodo le capitaine Nelson avec quarante-trois hommes. Non seulement Stanley n’est pas reçu d’une manière hostile, mais les indigènes s’empressent de lui apporter des vivres et il fait l’échange du sang avec le chef Mazamboni. A son arrivée à Kawalli, Stanley trouve une lettre d’Émin que celui-ci a apportée lui-même, et envoie aussitôt à sa recherche le lieutenant Stairs avec sa baleinière. Huit jours plus tard, la jonction était faite; Émin et Casati venaient trouver le chef de l’expédition de secours qui se mettait à leur disposition pour gagner la côte orientale. Stanley s’attendait à ce que sa proposition fut accueillie avec joie; il n’en fut rien. Emin hésitait et ne voulait, en tout cas, partir qu’avec son peuple. Or, ses soldats avec leur famille étaient répartis en treize stations étagées sur un espace de 550 kilomètres. Il fallait du temps pour les prévenir et les rassembler, et de plus, les Égyptiens ne connaissant d’autre route que celle du Nil, par où ils étaient venus, n’admettaient pas qu’il en pût exister d’autre ; enfin ils se plaisaient dans la province, et il n’était pas certain qu’ils voulussent l’abandonner. En réalité, c’était un délai que réclamait Emin. Stanley le comprit et reprit le chemin qu’il avait parcouru pour chercher l’arrière-garde confiée au major Barttelot et dont il ne comprenait pas le retard.
- Mais lorsque, au bout de quatre-vingt-deux jours, il rallia ses hommes, ils venaient seulement de se mettre en route après avoir attendu pendant un an les porteurs promis par Tippo-Tip. A leur tête se trouvait M. Bonny, car Barttelot avait été tué par un Manyema, et des deux cent cinquante-sept hommes laissés à Yambouya, soixante et onze survivaient seuls ; encore n’y en avait-il que cinquante-deux en état de partir. C’est dire combien avaient été plus fortes les pertes de cette partie de l’expédition à rester dans l’inaction, que celles de la caravane de Stanley qui avait bravé les fatigues, les privations et la mort !
- Après avoir envoyé de ses nouvelles en Europe, Stanley reprit la route de l’Albert. Si pénible qu’eût été le premier voyage, celui-ci le fut encore davantage, et la caravane d’abord décimée par la petite vérole faillit absolument mourir de faim au milieu de l’interminable forêt. Au fort Bodo, Stanley trouva la situation aussi bonne que possible, mais on n’avait aucune nouvelle d’Émin. Quels événements avaient donc empêché M. Jephson, laissé au pacha, de faire parvenir de ses nouvelles? Sans retard, Stanley se
- p.182 - vue 186/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 183
- remit en marche et le 16 janvier, arrivait au bord de l’Albert, où le chef de Kawalli lui remettait, un paquet de correspondances. Les troupes du pacha s’étaient révoltées, avaient emprisonné Emin et Jephson, et les madhistes, arrivés sur ces entrefaites, avaient battu les Égyptiens et s’étaient emparés de trois stations.
- Après avoir établi son camp sur le plateau qui domine le lac, Stanley prévint Jephson de son retour et l’invitait par lettre à peser sur le pacha pour avoir une réponse définitive, lui-même ne pouvant attendre longtemps une décision toujours reculée. Bientôt arrivèrent quelques détachements à rapatrier et tous les blancs de Stanley étant réunis à l’état-major d’Emin, un conseil fut tenu dans lequel fut décidé l’abandon de la province. Un mois fut fixé comme dernier délai pour attendre les retardataires. Mais, au dernier moment, Emin, qui se refusait à abandonner quelques-uns de ses soldats, demanda un nouveau retard de trois mois pour parfaire la concentration. Stanley sut vaincre ce dernier et honorable scrupule en faisant valoir que le sort de tout le monde pouvait être gravement compromis par un plus long arrêt.
- Le 10 avril 1889, fut enfin levé le camp de Kawalli; quinze cents personnes, dont six cents avaient suivi la fortune d’Emin, se dirigeaient vers la côte orientale. Pendant vingt-huit jours, Stanley, épuisé, fut entre la vie et la mort ; certains compagnons d’Emin en profitèrent pour se mutiner, mais l’instigateur de la révolte ayant été aussitôt saisi et mis à mort, cette sévérité coupa court à toute nouvelle rébellion. Le 8 mai, on se remit en marche le long de la zone forestière où la nécessité de ravitailler une aussi nombreuse caravane empêcha Stanley de s’engager. Près du village de Buhobo, chez Kaba-rega, la poudre dut parler, c’était l’entrée de la vallée du Semliki, rivière rapide dont les eaux se jettent dans l’Albert; région de plaines fertiles, peuplées et bien cultivées qui s’élèvent en terrasses pour former une arête de 4000 mètres d’altitude dont la cime la plus haute, le Ruwenzori au casque de neige, atteint 5500 mètres.
- C’étaient là ces fameuses montagnes de la Lune connues depuis Marin de Tyr etPtolémée, qui avaient figuré d’une façon légendaire sur toutes les cartes d’Afrique. Le lieutenant Stairs voulut faire l’ascension de ce géant africain, mais il ne put s’élever au-dessus de 5250 mètres, l’air était excessivement froid et les Zanzibarites qui l’accompagnaient, à peu près nus, souffraient trop violemment pour s’élever plus haut.
- Après.avoir longé cette chaîne pendant dix-neuf jours, l’expédition pénétra dans l’Ousongora et visita la ville de Kative, célèbre par ses salines. Non loin de là, Stanley reconnut que le fleuve dont il venait si longtemps de longer la rive droite, le Semliki, n’était autre qu’un émissaire du Mwouta Nzigé ou Albert-Edouard qui portait à l’Albert le trop-plein des eaux de ce premier lac. Le Mwouta était, en
- réalité, bien plus petit qu’on ne le représente sur les cartes, mais le Victoria, comme Stanley le reconnut un peu plus tard, est beaucoup plus large que lui-même ne l’avait cru lorsqu’il en avait accompli le périple. Une fois que la colonne eut atteint Msa-lala, la mission anglaise bien connue, on peut dire quelle était sauvée; en effet, le 11 novembre, on arrivait à Mpouapoua et bientôt à Bagamoyo où l’accueil le plus enthousiaste était fait à Stanley et au vaillant pacha. Les journaux nous ont dit et les télégrammes de félicitations et les décorations qui se sont abattues sur l’explorateur, ils nous ont raconté l’accident arrivé à Emin, accident qui met sa vie en danger, et le départ de Stanley pour l’Égypte où il va se préparer, dans ce climat plus tempéré, à affronter nos températures septentrionales.
- Quant aux résultats de cette longue expédition, ils sont de plus d’une sorte. Au point de vue politique, ils sont absolument déplorables. C’est l’arrivée de Stanley qui a décidément amené la chute des provinces équatoriales et ses procédés violents ne sont pas pour concilier à la civilisation les populations nègres qu’il a foulées et volées pour nourrir sa caravane. Au point de vue géographique, le tracé sur un long parcours de l’Arrouliimi, l’existence de cette immense zone forestière humide et malsaine, les observations recueillies sur les populations naines qui l’habitent, tant de détails sur les mœurs des nations dont il a traversé le pays, le nouveau facteur apporté à la solution de la question des sources du Nil par la découverte du Semliki, l’exploration du massif du Ruwenzori, la constatation de la plus grande étendue du Victoria, ce sont la des services extrêmement importants rendus à la science géographique, ce sont des découvertes de premier ordre qui consacrent définitivement la renommée de Stanley. Gabriel Marcel.
- LE « HOCHE »
- CUIRASSÉ D’ESCADRE FRANÇAIS
- Le 15 juillet 1889, le Hoche a pris armement à Lorient, où il vient de faire avec succès ses essais préliminaires. Les essais définitifs auront lieu à Brest, le port de Lorient se prêtant mal à des opérations de ce genre à cause des difficultés que présente son entrée.
- Le Hoche est un des plus beaux spécimens de l’architecture navale moderne, et l’on peut ajouter des plus intéressants en raison des différences qu’il offre avec nos anciens navires de guerre et même avec les plus récents. Est-ce dire qu’il soit le type définitif du cuirassé? Non; car dans cette transformation incessante dont la Gloire a été l’origine, en 1859, tout navire nouveau est une œuvre nouvelle, différente de celles qui l’ont précédée. L’exposition de la marine, bien que fort réduite, le démontrait avec éloquence. Dans le pavillon qui lui était consacré, on avait placé une série de modèles à l’échelle
- p.183 - vue 187/432
-
-
-
- 184
- LA NATURE.
- de 15 millimètres par mètre avec lesquels on suivait très facilement les progrès accomplis depuis une quinzaine d’années. Ainsi, à côté du Iloche, mis sur chantiers en 1880, on voyait, par exemple,
- le Formidable lancé en 1885 et le Trident lancé en 1876, et aussitôt les différences fixaient l’attention. Les plus saillantes sont les œuvres mortes; elles comportent, sur le Trident et sur les types de
- Fig. 1.— Le Hoche, cuirassé d’escadre pendant sa construction. (D'après une photographie.)
- son époque, un fort central cuirassé et de spacieuses batteries, assez élevées. Sur le Formidable elles s’abaissent sensiblement, et sur le Hoche se réduisent à deux étages de superstructures étroites et légères ne renfermant que des logements qui doi-
- vent disparaître au premier coup de canon. La cuirasse est, ici, plus épaisse et moins étendue ; elle se réduit à une ceinture très forte autour de la llottaison : 45 centimètres au milieu, 40 à l’avant et 55 à l’arrière (22 centimètres, 22 et 18 sur
- p.184 - vue 188/432
-
-
-
- Fig. 2
- Le Hoche, nouveau cuirassé d’escadre de la marine française
- p.185 - vue 189/432
-
-
-
- 186
- LA NATURE.
- le Trident) ; elle repose sur un pont cuirassé à 8 centimètres situé au-dessous de la flottaison et qui rend impénétrable la partie immergée du navire et abrite sûrement l’appareil moteur et les munitions. Au-dessus du pont, des tourelles contiennent les grosses pièces ; les plaques de ces tourelles ont 40 centimètres d’épaisseur. Les longueurs des deux batiments sont à peu près les mêmes, mais non pas les largeurs. Le Hoche mesure 102m,40 de longueur et 19in,76de largeur; le Trident 95m,71 et 17m,74. Le creux au pont principal, sur le Hoche, est de 15m,17; il n’est que de 10m,57 sur son aîné. Les tirants d’eau moyens et arrière diffèrent peu : 8 mètres et 8m,50 sur le Hoche et 8 mètres et 8m,58 sur le Trident. Le premier déplace 10 581 tonneaux, le second 8456. Enfin celui-ci est en bois; le Hoche est de fer et d’acier.
- Si maintenant nous descendons aux machines et comparons celles du navire de 1876 et celles du cuirassé de 1880, le progrès est encore plus sensible. Sur le Trident la machine, à trois cylindres horizontaux, est du système Wolff. Elle est placée dans l’axe du navire et actionne une hélice. Sa puissance est de 4882 chevaux qui impriment au bâtiment une vitesse de 14 nœuds 17 à l’heure. L’appareil éva-poratoire se compose de huit corps de chaudières rectangulaires du type haut, à quatre foyers chacun. Elles sont timbrées à 2ks,25 par cm2. L’appareil du Hoche est constitué par deux machines compound indépendantes du système dit à pilon, à deux cylindres, et actionnant chacune une hélice. La puissance totale obtenue doit être de 12 000 chevaux, qui donneront au navire une vitesse de 16 à 17 nœuds et demi. Huit corps de chaudières cylindriques, d’un type spécial, à trois foyers chacun, à flamme directe, timbrées à 6 kilogrammes et formant quatre groupes distincts, composent l’appareil évaporatoire. Machines du Hoche et machines du Trident ont été construites dans notre atelier d’Indret.
- Sans doute une vitesse de 16 nœuds, 17 et demi au maximum, ne paraîtra pas bien considérable si on la compare à celle des paquebots d’un égal déplacement, et dont quelques-uns, comme le City of Paris, filent jusqu’à 21 nœuds; mais il ne faut pas oublier le rôle des cuirassés, rôle qui leur impose l’obligation d’avoir une largeur qui permette l’installation des pièces en tourelle et de leurs dépendances, et aussi d’être moins longs (le City of Paris a 176m,80), afin de pouvoir, dans un combat, évoluer plus rapidement. En construction navale tout élargissement de la coque implique une diminution de vitesse ; tout allongement l’augmente. En résumé, le paquebot est un cheval de course; , le cuirassé, un cheval de trait.
- Mais où s’accusent surtout les dissemblances, c’est dans l’artillerie. Le Trident qui nous sert de point de comparaison porte six pièces de 27 centimètres dont quatre dans le fort central et deux sur Je pont en demi-tourelles barbettes ; deux pièces de 24 centimètres, une en chasse sur la teugue et une
- en retraite; en outre, six pièces de 14 centimètres en batterie. Le Hoche a quatre tourelles en échiquier; deux barbettes en abord, au milieu, armées de canons de 27 centimètres; une à l’avant et une à l’arrière, dans l’axe, armées de pièces de 54 centimètres. 11 a en plus dix-huit pièces de 14 centimètres dans la batterie, douze canons revolvers, huit canons de 47 millimètres à tir rapide et six tubes de lancement pour torpilles automobiles.
- On voit que les 54 centimètres n’existent pas sur le Trident. Sur les navires type Hoche, qui sont au nombre de trois : le Magenta, le Marceau et le Neptune, les pièces de 27 sont absolument supprimées et remplacées par des 54 centimètres, dont le champ de tir est beaucoup plus étendu ; elles portent à 8502 mètres des projectiles de 550 et 420 kilogrammes avec une charge de 158 et 155 kilogrammes et une vitesse de 555 et 550 mètres. Les canons de 27 ne portent qu’à 6548 mètres.
- Le Hoche ayant été mis sur chantiers avant ses trois jumeaux, ceux-ci n’ont pas échappé à cette loi du progrès dont nous parlions tout à l’heure; ils ont reçu des perfectionnements de détail assez importants, surtout dans leur armement. Le nom du Hoche a souvent retenti dans les discussions du Parlement, de la presse technique et des cercles maritimes dans ces derniers temps. Les adversaires du système des constructions par l’État se sont plu à le citer comme un exemple frappant de la lenteur des arsenaux. Il est certain que les ouvriers de nos cinq ports montrent moins d’activité que n’en déploient ceux des chantiers privés. Mais il ne faut rien exagérer, pas même l’indolence des ouvriers de nos arsenaux. S’il suffit à l’Angleterre de trois ou quatre ans pour construire un cuirassé, c’est que le Parlement ne refuse jamais les crédits que l’Amirauté lui demande.
- Aussi les cuirassés anglais coûtent-ils généralement plus cher que les nôtres. C’est ainsi que le Trafal-gar, navire pareil au Hoche, coûte 17 millions, tandis que ce dernier n’en dépasse pas 15. Et non seulement le Parlement anglais ne marchande pas les fonds à l’Amirauté ; il sait de plus les accorder à l’heure voulue. On ne voit donc jamais de l’autre côté du détroit le spectacle qui nous a été offert, une certaine année, justement à propos du Hoche, du Neptune et du Magenta : la Chambre allouant 2 267 000 francs à la main-d’œuvre et refusant les 4 554 000 francs nécessaires à l’achat des matériaux. M. Düport.
- CHUTE DE 100 MÈTRES
- PAR UN PUITS DE MINE
- Les accidents dans les mines ne sont pas toujours occasionnés par des éboulements ainsi qu’on le croit dans le public; quelquefois il arrive même que la proportion par éboulements dans une région et dans une année est
- p.186 - vue 190/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 487
- pour ainsi dire insignifiante, sinon nulle. Abstraction faite des victimes par le grisou qui frappe d’épouvante par ses coups imprévus et contre lequel on est tenté de se croire à tout jamais impuissant, il y a nombre d’ouvriers atteints plus ou moins grièvement par d’autres causes que je n’ai pas l’intention d’énumérer aujourd’hui, mais parmi lesquelles je remarquerai seulement la circulation par les puits.
- M. Reumeaux, ingénieur principal des mines de Lens, a fait à ce sujet, au Congrès des mines et de la métallurgie, au mois de septembre dernier, une communication bien intéressante consignée dans le Bulletin de l’industrie minérale. C’est ce travail qui me fournit les quelques chiffres suivants sur « les accidents survenus pendant la circulation des ouvriers et divers accidents dans les puits » (voy. le tableau ci-dessous).
- Dans ces chiffres sont compris les accidents, aussi bien ceux qui proviennent de la montée ou de la descente des ouvriers par les appareils destinés à cet effet que ceux qui ont pour cause l’imprudence, l’inattention de certains ouvriers donnant lieu à des cas isolés. On a des exemples de chutes de personnes, du sommet d’une maison, qui n’ont eu aucune suite grave pour celle qui l’avait accomplie, soit par accident, soit volontairement, avec des idées de suicide. Une maison de cinq étages a de 20 à 25 mètres de hauteur. Il n’est pas d’exemples qu’aucun de ceux qui ont cherché la mort en se précipitant du sommet des colonnes Vendôme ou de Juillet ait eu à recommencer. Cela provient peut-être de ce que le nombre de ceux qui en ont fait l’expérience est encore trop restreint.
- Dans les compagnies minières de la Loire, il s’est pro-
- ANGLETERRE PRUSSE BELGIQUE FRANCE PAS-DE-CALAIS NORD LOIRE
- De 1851 à 1888 de 1868 à 1888 de 1868 à 1888 de 1870 à 1886 de 1870 à 1886 de 1870 à 1886 de 1870 à 1886
- .Nombre d’ouvriers occupés. Moyenne d’ouvriers tués par 14 611 161 3 081 032 2 089 312 1 265 042 298 433 256 998 203 896
- mille 0,39 0,61 0,39 0,57 0,18 0,49 0,88
- duit un certain nombre de chutes par les puits de mine qui ont été sans conséquences pour leur victime, mais aucune jusqu’à ce jour n’avait eu comme hauteur parcourue 100 mètres exactement, ainsi que cela vient d’avoir lieu au puitsDyènedela Compagnie de Montrambert à Saint-Étienne.
- Si nous nous reportons au croquis ci-contre, nous voyons que la distance entre les deux accrochages est de 100 mètres. La galerie supérieure est reliée à la galerie inférieure par un passage incliné appelé fendue dans le bassin de la Loire. C’est en R que se fait le service, les 100 mètres de puits en dessous servent à l’épuisement après avoir été employés pour des travaux de recherches et de préparation.
- La cage venait de quitter l’accrochage R, le nommé Cluzel en C se mit à pousser sa berline sans songer qu’il se trompait de côté et bien que de fortes lampes éclairassent les abords du puits. La benne s’engagea dans le vide entraînant Cluzel qui poussa un léger cri. Son frère qui était en C' avec un surveillant J crut que cette plainte n’annonçait rien de grave; ce n’est qu’en entendant la berline battre dans le puits qu’il comprit le malheur qui | venait d’arriver. Aussitôt il descendit par AB en R' ne mettant guère que dix minutes à peine pour parcourir J 500 mètres.
- En arrivant au fond il trouva son frère en C" qui lui disait d’arriver rapidement pour l’éclairer. Tous les deux remontèrent en R et Cluzel n’avait pas la moindre contusion. Il y avait au fond du puits 80 centimètres d’eau et un peu de boue, mais, en revanche, il y avait la berline, des débris de bois et il a évité tous ces obstacles sans parler de ce que, dans sa chute, il a évité de toucher contre les parois sur toute la hauteur. Ses vêtements ont-ils fait parachute par l’air qui a pu s’engouffrer dans une veste de toile qu’il portait ? C’est possible ; en tous cas, la chute a été rapide puisqu’on a pu l’entendre appeler, aussitôt arrivé en R', de la recette R, et, en comparant avec la chute de la berline qui battait aux parois, il l’a suivie de près. Mais il est curieux de remarquer quejCluzel qui s’est aperçu qu’il culbutait dans le puits, qui est arrivé au fond et n’a nullement été étourdi,
- n’ait conservé aucun souvenir des impressions ressenties dans son parcours.
- Si maintenant nous regardons la vitesse qu’il devait avoir en arrivant au fond v = sjÿÿh — 42“,00 environ. Le temps strict nécessaire pour parcourir les 400 mè-
- /«l|
- très est de t= y/— = 4*e<,,42 environ.
- 11 est incontestable que cet ouvrier a mis un temps
- Puits
- Coupe du puits Dyèue ;
- Compagnie de Montrambert à Saint-Etienne.
- bien plus considérable puisqu’il est encore en vie, mais il a été néanmoins si court qu’il est étrange qu’une simple suffocation n’ait même pas eu lieu, lui faisant perdre connaissance un instant pendant lequel, malgré la petite quantité d’eau, il se serait noyé. E. D.
- p.187 - vue 191/432
-
-
-
- 188
- LA NATURE.
- ETUDE SUR LA. FORMATION DES IMAGES COMPOSITES
- M. Félix Hément a bien voulu ici même 1 exposer le résultat des expériences que j’ai publiées en 1887 *. Les visiteurs de l’Exposition universelle de 1889 ont pu voir, dans la belle exposition de M. Nadaret surtoutdans les remarquables collections anthropologiques de M. le Dr Topinard, rdes spécimens de photographie composite. J’ai pensé que les lecteurs de La Nature liraient peut-être avec un certain intérêt les observations que j’ai pu faire au cours de mes nombreuses expériences sur la formation de ces sortes d’images.
- Comme on le sait, la photographie composite consiste dans la fusion en un seul portrait d’un certain nombre de portraits individuels. Cette opération s’exécute en faisant successivement passer devant l’appareil photographique les portraits en expérience en ne donnant k chacun d’eux qu’une fraction de la pose normale égale k cette pose exprimée en secondes et divisée par le nombre de portraits dont on dispose. Théoriquement, voici ce qui se passe : les traits particuliers k chacun des portraits ayant donné une pose insuffisante (à moins que le nombre de ceux-ci ne soit par trop réduit) ne s'impriment pas, et les traits communs k tous les portraits, ayant donné un temps de pose convenable, laissent seuls une trace visible sur la glace sensible. Dès lors le résultat obtenu peut être considéré comme le type d’une race ou d’une famille si les individus qui ont servi k l’obtenir appartiennent à la même race ou à la même famille. On a fait k cette théorie une objection très grave qui ne tendrait k rien moins qu’a
- 1 Voy. n° 775, du 7 avril 1888, p. 289.
- i La photographie appliquée à la production du type d'une famille, d’une tribu ou d'une race. — Gaulhicr-Villars et fils, 1887.
- montrer l’inanité absolue de sa valeur scientifique. Cette objection, qui émane d’ailleurs d’hommes considérables au point de vue de la photographie et de la science, ne repose heureusement que sur un mode opératoire défectueux1. Voici en quoi elle consiste : d’après une hypothèse émise il y a quelques années, mais qui semble abandonnée aujourd’hui, la plaque sensible deviendrait d’autant plus impressionnable qu’elle aurait été plus souvent frappée par une lumière très faible, trop faible même pour laisser une trace visible. Il en résulterait que les portraits en expérience donneraient une impression d’autant plus intense que leur exposition aurait lieu plus avant dans la pose générale ; en d’autres termes, les derniers portraits exposés prendraient une influence prépondérante sur le résultat final, de telle sorte que celui-ci pourrait varier au gré de l’opérateur. Devant une objection aussi grave que mes expériences antérieures ne m’avaient jamais laissé soupçonner, j’en ai institué de nouvelles spécialement en vue d’en vérifier la justesse.
- J’ai dessiné (fig. 1) sur douze cartons de mêmes dimensions douze figures géométriques qui, groupées trois par trois, déterminent toutes un même triangle, chacune ne portant qu’une partie de ce triangle alliée à une autre figure. Si l’objection citée plus haut est juste, qu’obtiendrai-je en faisant la photographie composite de ces douze figures? Un triangle autour et a l’intérieur duquel les lignes individuelles de chaque carton présenteront une intensité croissante du n° 1 au n° 12 (fig. 1). L’expérience prouve qu’il n’en est rien. Le triangle, qui n’existe sur aucune des douze figures, est très
- 1 Voy. n° du 19 octobre 1889, l’Anthropologie à l’Exposition universelle.
- Fig. 2. — Fac-similé d’une photographie composite de ces figures.
- p.188 - vue 192/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 189
- accentué (fig. 2) (chacun de ses côtés ayant été impressionné quatre fois); les autres traits sont à peine indiqués et le sont tous également. J’ai voulu poursuivre mes expériences sur des portraits, puisque, en somme, le but final de la méthode dont je me suis occupé est d’opérer sur des portraits.
- Voici (fig. 3) douze portraits : six de femmes et six d’hommes, appartenant à la même population. J’ai tâché de choisir des adultes pour que la coïncidence des têtes fût aussi parfaite que possible. Gomme il est facile de le voir, il y en a de très jeunes, d’autres qui sont déjà âgés. J’ai fait succes-
- Fig. 5. — Photographies composites par M. Arthur Batut. (Nouvelles expériences.
- sivement poser du n° 1 au n° 12, c’est-à-dire en commençant par la femme la plus jeune et finissant par l’homme le plus âgé; puis du n° 12 au n° 1, c’est-à-dire dans l’ordre inverse. J’ai intercalé un homme et une femme; j’ai renouvelé l’expérience en conservant la même disposition, mais en changeant l’ordre des sujets. Le résultat est demeuré constamment le même, comme il est facile de s’en
- convaincre en jetant les yeux sur les quatre composites A,B,G et D de la figure 3. J’ai fait alors d’un côté le type des six hommes (composite E), de l’autre des six femmes (composite F). Ici le changement se produit extrêmement sensible. C’est bien toujours la même tête, mais tandis que nous avions un être à sexe indéterminé, nous trouvons ici, d’une manière bien nette, d’un côté un homme, de l’autre
- p.189 - vue 193/432
-
-
-
- 190
- LA NATURE.
- une femme. J’ai voulu voir si douze autres individus (six hommes et six femmes également), pris dans la même population, donneraient un type analogue au premier. Comme on peut le voir (composite G) il y a une légère différence mais le caractère de la tête est le même, la différence existe surtout dans la physionomie. Même remarque pour la composite H obtenue avec les six femmes du groupe précédent jointes aux six femmes figurant sous les nos 1, 2, 5, 4, 5, 6 qui ont déjà donné seules la composite E
- Cette observation prouve (ce qui était à prévoir) que plus on augmentera le nombre des sujets pour chaque expérience, plus grande sera la probabilité d’obtenir le vrai type de la population qu’on étudie. Par contre, lorsqu’on n’en prendra que trois (comme je l’ai vu faire), on courra grand risque de trop généraliser. Dans ce cas, d’ailleurs, chaque pose se trouve nécessairement *4rop longue, puisqu’elle se compose du tiers de la pose normale et ce n’est plus la résultante des trois têtes, mais leur superposition. Dès lors, la plus légère augmentation dans la longueur d’une des trois poses prend une importance considérable.
- J’insiste tout particulièrement sur ce dernier point : il est rigoureusement indispensable, dans ces expériences, de faire usage d’un obturateur donnant automatiquement le même temps de pose à tous les portraits et à prendre la pose totale aussi courte que possible. Les faits qui ont motivé l’objection citée plus haut n’avaient d’autre cause, toutes mes expériences le démontrent, que le trop petit nombre de sujets et des temps de pose inégaux.
- Je crois que la photographie composite peut extraire le type d’une race des individus qui la composent et rendre ainsi de nombreux services à l’anthropologie.
- M’appuyant aujourd’hui sur mes nouvelles expériences qui prouvent ce que j’avais déjà avancé en 1887, je suis heureux d’affirmer que c’est bien un procédé rigoureusement scientifique.
- Arthur Batut.
- CHRONIQUE
- Station préhistorique. — Une intéressante découverte archéologique vient d’être faite sur le territoire de la commune de Cormeilles-en-Parisis au lieu dit les Alluets, dans la colline où est situé l’emplacement destiné à la gare du chemin de fer en construction d’Argen-teuil à Mantes. C’est entre la route de Cormeilles à Sar-trouville et celle de Cormeilles à la Frette, au milieu d’une parcelle traversée par le chemin du Martroy et comprise entre le chemin rural n° 94 et le chemin rural n° 96 qu’un jeune homme, M. Emile Don Simoni, qui s’était joint au personnel des chantiers de M. Frot, entrepreneur de chemins de fer, a réalisé cette curieuse découverte. L’emplacement de cet ancien cimetière se trouve établi sur le sommet de la colline ; les sépultures, enfouies à 0m,90 environ au-dessous du sol actuellement cultivé, paraissent appartenir aux temps voisins de l’époque romaine. La Société d’anthropologie, prévenue de cette
- trouvaille, a nommé une commission composée de MM. Philippe Salmon, Adrien de Mortillet et Emile Colin. Cette commission, guidée par M. Bouchet, directeur de l’Ecole communale d’Argenteuil, et par M. Don Simoni, l’auteur de la découverte, s’est livrée à de nouvelles recherches. Procédant méthodiquement, ces messieurs ont soumis à un examen minutieux le terrain dans la tranchée ouverte par l’excavateur; ils ont été amenés à reconnaître deux poches néolithiques remplies de terre noirâtre, contenant des silex taillés intentionnellement, des morceaux de grès rougi par le feu, des fragments de poterie, des os de bœufs provenant de résidus d’alimentation et dont quelques-uns portaient les traces de brisures faites à dessein, des cendres, du charbon, de l’ocre pouvant avoir servi pour les tatouages. L’ensemble de ces vestiges ne laisse aucun doute sur leur origine. Ces preuves accumulées sont autant de témoins irrécusables du séjour de l'homme en cet endroit dans les temps préhistoriques.
- L’industrie du pétrole. — La production annuelle du pétrole est actuellement de 9 000 000 de mètres cubes, dont la moitié environ provient des États-Unis. La région de Bakou, du côté de la mer Caspienne, produit environ 1 900 000 mètres cubes et un certain nombre de puits ont dù être fermés, faute de débouchés aux produits; la Gallicie 160 000 mètres cubes, Burmah 32 000 mètres cubes, et le Canada environ 112 000 mètres cubes. Les ressources de Burmah et celles du Canada commencent seulement à être mises en valeur, et il est encore impossible de prévoir le développement auquel elles atteindront lorsque l’on aura aménagé de sérieux moyens de transport. Le bassin de la rivière Mackenzie est considéré comme la région pétrolifère la plus étendue du globe, mais elle se trouve encore à 400 milles (640 kilomètres) du Canadian pacifie railway. 11 n’est pas douteux que lorsque les difficultés relatives au transport auront été surmontées et que le pétrole pourra être livré à un prix moins élevé, il deviendra un formidable rival du charbon dans un grand nombre d’applications, en particulier pour le chauffage de chaudières, et un certain nombre d’opérations métallurgiques pour lesquelles la propriété du pétrole, d’être complètement exempt de soufre, en fait un combustible tout particulièrement approprié et apprécié.
- Le courage chez les petits animaux. — On
- cite de nombreux exemples du courage développé chez les petits animaux en état de défense. Un de nos amis nous racontait qu’un soir à Paris, voyant un rat d’égout passer devant lui, il essaya de le frapper d’un coup de canne; en moins d’une seconde, le rat lui sauta au visage et le mordit à la joue. Un journal de chasse, Diana, cite un acte du même genre accompli par une bécasse. Plusieurs chasseurs étaient à l’affût aux bécasses aux environs de Vouziers. Soudain l’un d’eux pousse un cri. Ses compagnons de chasse, craignant tout d’abord qu’il ne se -fût blessé avec son fusil, se portèrent vers lui ; mais heureusement il n’en était rien. Une bécasse venait tout simplement de fondre sur le chasseur et de son bec l’avait fortement atteint près de l’œil; peu s’en fallut même qu’il ne fût éborgné. Du reste, l’oiseau ne tarda pas à tomber mort aux pieds du chasseur.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du M février 1890. — Présidence de M. Hermite.
- Nouvelle fougère reviviscente. — Un exemple nouveau et particulièrement frappant de reviviscence chez une
- p.190 - vue 194/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 191
- fougère est signalé aujourd'hui par le savant professeur de botanique du Muséum, M. Edouard Bureau. 11 s'agit du Polypodhim incamim, originaire du Kansas, aux États-Unis, arrivé, récemment au Jardin des Plantes. Un échantillon pesant 8fr,528 fut abandonné pendant dix jours, du 5 au 15 février, dans une étuve sèche dont la température varia progressivement de 33 à 50 degrés, de façon à ne plus peser que 5gr,849; un autre fut placé pendant le^ même temps sous la cloche de la machine pneumatique en présence d’acide sulfurique concentré de façon à passer de 2Br,380 à 2gr,157 : tous les deux, immergés dans l’eau après ce traitement qui les avait rendus cassants comme verre et presque noirs, reprirent en trente-six heures l’apparence florissante des plantes les plus saines en pleine végétation. M. Bureau met sous les yeux de l’assistance des spécimens à l’appui de ses assertions. Le Polypodium incanum est, comme on voit, une plante reviviscente, comparable, parmi les animaux, aux Roti-fères et non point, parmi les végétaux, à la rose de Jéricho (Anastatica hierochuntina) que l’humidité .se borne à défriper, mais ne rappelle aucunement à la vie. La fougère américaine vient se placer à côté des selaginelles, des ceterach, des rues de muraille dont M. Bureau, en collaboration avec Paul Bert, avait signalé les propriétés dès 1868; à côté aussi des Polypodes et des Adiantum étudiés depuis par Duval Jouve ; à côté enfin des Isoétes qu’on peut faire revivre après plusieurs années de séjour dans l’herbier.
- Influence de l'altitude sur les plantes. — M. Gaston Bonnier a comparé le port de plantes provenant de l’éclatement d’un même pied et, par conséquent, identiques, mais cultivées les unes à une altitude très faible, quelquefois 50 mètres seulement, les autres à 2300 mètres dans les Alpes et à 2400 dans les Pyrénées. Non seulement il a reconnu que l’altitude détermine des modifications dans le port des végétaux, dans l’épaisseur relative de leur écorce protectrice et dans l’éclat des couleurs, de leurs fleurs et de leurs feuilles, mais il démontre encore que la structure anatomique de certains organes elle-même est profondément influencée. C’est tout spécialement le cas pour les feuilles, considérablement épaissies, et dont le tissu, sur la face supérieure, s’augmente souvent d’une nouvelle couche de cellules en palissade qui vient doubler la couche normale. Ces cellules sont notablement allongées et contiennent une quantité imprévue de chlorophylle, dont l’abondance a pour résultat immédiat de grossir les réserves alimentaires accumulées dans les parties souterraines : c’est dire qu’aux grandes hauteurs la décomposition de l’acide carbonique de l’air par les plantes est plus active que vers les bas niveaux.
- Perception cutanée des radiations lumineuses. — Après avoir montré que chez divers mollusques, et spécialement chez le Pholas dactylus, diverses régions de la peau sont impressionnées par la lumière, M. Raphaël Dubois (de Lyon) montre aujourd’hui que des faits analogues se reproduisent chez des vertébrés. Il a réalisé, à cet égard, sur les Protées aveugles des grottes de la Car-niole, des expériences dont M. Chauveau résume les résultats. Non seulement la peau de la tête, loin des yeux d’ailleurs rudimentaires et recouverts d’une épaisse couche de vernis au noir de fumée, mais la peau de la queue réagit nettement quand on y fait arriver un très fin pinceau émis par une lampe électrique, et l’auteur s’est si bien attaché à conjurer les causes d’erreurs, qu’il se croit tout à fait autorisé à proclamer, dans ce cas, la réalité
- d’une perception cutanée de la lumière. Une savante discussion d’assertions antérieurement formulées sur le sujet par divers auteurs ajoute beaucoup de valeur au travail du zoologiste lyonnais.
- Nutrition de l'oïdium albicans. — Prenant pour modèle le classique Mémoire de M. Raulin sur la physiologie de Y Aspergillus niger, M. Gabriel Roux étudie successivement le rôle des diverses substances alimentaires utilisées par le champignon du muguet. Parmi les matières purement minérales, l’oxygène libre est absolument indispensable ; le glucose est le plus utile de tous les composés hydrocarbonés ; enfin c’est la peplone qui fournit la matière azotée.
- Les microbes pathogènes des eaux de Lyon. — Lyon est pourvu d’eau par une galerie de filtration ménagée le long du Rhône et dont le produit passe pour être très pur: au lieu de cinquante mille microbes que donne chaque centimètre cube des eaux du fleuve, le liquide de la galerie n’en renferme que cinq ou six mille et parfois quelques centaines seulement. Néanmoins le limon, accumulé dans le canal, fourmille en proto-organismes et, depuis les expériences que M. Chauveau communique de la part de MM. Lortet et Dejpeigne, ceux-ci ont des propriétés pathogènes intenses: inoculés à des cobayes, ils les tuent souvent en vingt-quatre ou en quarante-huit heures après avoir déterminé chez eux l’ulcération de la grande plaque de Peyer de leur cæcum ainsi que d’autres accidents de nature typhique. L’attention des- hygiénistes devra de nouveau se porter sur ces graves constatations.
- Fabrication électrolytique de Valuminium.— Depuis 1887, M. Adolphe Minet poursuit, dans les usines de MM. Mvrthel et Ernest Bermond, à Creil, une série de très intéressantes expériences dont il adresse aujourd’hui à l’Académie le résultat, et la valeur en est désormais consacrée par la fabrication industrielle, dès maintenant réalisée, de plusieurs tonnes d’aluminium métallique par voie d’électrolyse par fusion ignée de l’alumine ou de fluorure d’aluminium. Le rendement est de 35 grammes par cheval-heure. La méthode employée est générale et l’auteur en établit la théorie tant au point de vue de la marche du phénomène qu’en ce qui concerne les dimensions à donner aux électrodes. M. Minet se réserve de décrire ultérieurement les appareils dont il s’est servi.
- Varia. — C’est sous la forme tout à fait exceptionnelle d’une petite brochure photographiée et dans un style contrastant avec les communications académiques ordinaires que MM. Émile et Gustave Menin décrivent un propulseur par réaction applicable, suivant eux, à la navigation aquatique ou aérienne. — Les ptomaïnes développées par le Bacillus allii sont analysées par un chimiste anglais dont le nom nous échappe. — M. Jungfleisch décrit les composés bibromés de la carbaniline. — Par une application ingénieuse des lois de Gauss et de Weber, M. Tisserant rend inutile l’hypothèse de la planète Yulcain proposée par Le Verrier pour expliquer les perturbations de Mercure. — La synthèse de plusieurs silico-glucinates de soude, de la néphéline et de la mellilite occupe M. Hau-tefeuille. — Un travail d’océanographie est déposé par M. Bouquet de la Grveaunomde M. Thoulet, l’infatigable professeur de la Faculté des sciences de Nancy. — D’après M. Carlet, les organes producteurs de la cire chez les abeilles sont de simples cellules étalées en surface sous certains anneaux ventraux de l’insecte.
- Stanislas Meunier.
- ---9-<X—
- p.191 - vue 195/432
-
-
-
- 192
- LA NATURE.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- CURIEUSE EXPÉRIENCE DOPTIQUE 1
- Tout le monde pourra répéter les expériences que nous allons décrire, car il suffît pour cela d’avoir sous la main une épingle et une carte de visite peu transparente. L’épingle servira d’abord à faire un petit trou bien net dans la carte.
- Première expérience. — En appuyant la carte contre son œil, on constatera aisément que le pouvoir d’accommodation est beaucoup augmenté. Une personne presbyte verra distinctement la tête de l’épingle à 2 centimètres de distance de l’œil, tandis qu’une personne très myope distinguera sans peine des caractères d’imprimerie à 40 ou 50 centimètres. Cette expérience est connue depuis longtemps et nous ne l’avons décrite que pour rappeler ses rapports avec la photographie sans objecti/, dont La Nature a entretenu ses lecteurs à diverses reprises. Notre œil, comme un objectif photographique, manque de profondeur; en d’autres termes, il n’est accommodé nettement que pour une distance déterminée. Regardons, par exemple, la muraille d’une chambre, et faisons passer a quelques décimètres de l’œil, une carte dans le champ visuel; cette carte nous paraîtra très indistincte, et, si nous dirigeons notre attention sur elle, c’est la muraille qui disparaîtra. Répétons l’expérience après avoir muni notre œil de sa petite ouverture ; nous verrons avec une netteté parfaite la carte et la muraille à la fois. Tous les objets paraîtront absolument plats. Les images rétiniennes auront la même netteté que dans la chambre noire munie d’un petit trou ou d’un objectif très diaphragmé.
- Seconde expérience. — Plaçons maintenant (fig. 1) la carte à 3 centimètres de notre œil; regardons par la petite ouverture une surface très éclairée, le globe d’une lampe, par exemple, et faisons passer l’épingle à mi-chemin environ entre l’œil et la carte. Si l’épingle se meut de droite à gauche, nous la voyons passer de gauche à droite.
- En la retirant doucement, nous verrons la tête se dessiner dans l’ouverture du côté opposé à celui où elle se trouve. En d’autres termes, nous apercevons l'image renversée de l’épingle. Cette expérience est peu connue, et nous allons essayer de l’expliquer.
- On sait que les images des objets extérieurs sont renversées sur la rétine (fig. 2, n° d) et que nous les redressons par l’éducation; une image directe doit donc nous paraître renversée. Or, dans l’expérience actuelle, la petite ouverture agit uniquement comme point lumineux A (fig. 2, n° 2) et projette l’ombre de l’épingle sur le fond de l’œil. La pupille joue ici le rôle d’une grande ouverture : c’est une simple fenêtre. On peut varier l’expérience de diverses manières. Si l’on cligne de l’œil devant le petit trou de la carte, on aperçoit distinctement ses cils qui
- apparaissent renversés. Enfin, en imprimant à la carte un léger mouvement de va-et-vient, ou mieux encore en faisant décrire à l’ouverture un petit cercle, le champ visuel paraît sillonné, au bout d'un instant, d’un réseau de branchages. Cette vision est due à l’ombre des vaisseaux capillaires sur la couche sensible de la rétine. Cette dernière expérience ne réussit pas toujours du premier coup, et lorsque, après une ou deux minutes, le phénomène ne s’est pas produit, il vaut mieux y renoncer que de trop fatiguer son œil. C. E. G.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 2. — Explication du phénomène.
- 1 Voy n° 433, du 17 septembre 1881, p. 250
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- p.192 - vue 196/432
-
-
-
- N° 874.
- 1" MARS 189U.
- LA NATURE.
- 193
- LES COSAQUES DE L’OURAL
- On se fait généralement en France une fausse idée de l’origine, des mœurs et de la constitution actuelle des Cosaques ; aussi nous a-t-il paru intéressant de résumer pour les lecteurs de La Nature un article récemment publié dans la Revue du Cercle militaire sous la signature du colonel Polivanow.
- Les Cosaques, dont le nom signifie homme libre, sont les descendants de hardis aventuriers qui, il y a quelques siècles, fondèrent, généralement avec
- Fig. 1. — Vieux soldat cosaque. (D’après une photographie.)
- des Cosaques du Don qui occupe 2920 lieues carrées, c’est-à-dire à peu près la moitié du royaume de Prusse, avec 1 600 000 âmes; le moins nombreux est celui de l’Amour qui ne compte que 23 000 habitants; et le plus petit, celui de Semiretschensk, dont la superficie n’excède pas 70 lieues carrées.
- Par suite de l’extension des limites de l’empire russe, les Cosaques ne se trouvent plus maintenant sur la frontière, mais le tsar a utilisé leur caractère indépendant et leurs qualités guerrières en en faisant un corps de troupe spécial qui a pour base de son organisation la commune militaire.
- Tous les jeunes gens reçoivent dans cette commune, de 18 à 20 ans, c'est-à-dire pendant trois ans, une instruction militaire complète pour la cava-
- i8e année. — 1er semestre.
- l’autorisation du gouvernement qui y voyait un moyen d’arrêter les incursions des nomades, des colonies militaires sur les frontières de l’empire; ils se portèrent de préférence à l’embouchure des grands fleuves tels que le Dniéper, le Don, le Volga, l’Oural et le Térek.
- Aujourd’hui ils sont au nombre de 5 568 000 répartis en dix Voïsko: ceux du Don, du Kouban, du Térek, de l’Oural, de la Sibérie, d’au delà du lac Baïkal, d’Astrakan, d’Orenbourg, de Semiretschensk, et de l’Amour.
- Fig. 2. — Jeune sous-officier cosaque. (D’après uue photographie.)
- lerie et ils arrivent armés, équipés et montés dans l’armée active où chacun d’eux est tenu de servir pendant vingt ans; ils passent ensuite dans la milice.
- Le Voïsko du Don fournit en temps de paix, à lui seul, dix-sept régiments de cavalerie et huit batteries d’artillerie; en cas de mobilisation ces chiffres sont triplés.
- Les Cosaques de l’Oural1 dont le territoire est peu fertile tiraient autrefois leurs principales ressources pendant l’hiver de la pêche dans les eaux de l’Oural ; mais, depuis le commencement de ce siècle, le niveau du fleuve ayant baissé, les poissons de
- 1 Leur Voïsko a élé fondé en 1591 ; il aura donc bientôt 300 ans d’existence.
- 13
- p.193 - vue 197/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- f*J4
- mer n’y pénètrent plus qu’avec difficulté, et il fallut songer à aller le chercher jusque dans la Caspienne où, pendant la mauvaise saison, les tourmentes furieuses et les glaçons flottants rendent la pêche extrêmement dangereuse. Aussi est-ce l'a une véritable expédition à laquelle on se prépare longtemps à l’avance. Le colonel Polivanow, qui, par sa position de chef d’état-major du général Dragomirov à Kiev, a été à même d’en être témoin, nous en trace un tableau très vivant.
- « Le jour du départ, dit-il, une activité fiévreuse règne dès le malin dans les rues du village.
- « Les traîneaux sont rangés de bonne heure devant les maisons des pêcheurs ; ceux-ci, aidés de leurs serviteurs kirghizes, procèdent à l’importante opération du chargement On emballe l’avoine pour les chevaux, les provisions de bouche, les engins de pêche. On n’oublie pas surtout le baril d’eau-de-vie que l’on retrouve avec plaisir quand on est en pleine mer, au milieu des glaces et des brouillards de la Caspienne.
- « Les femmes de leur côté ne restent pas inactives ; le four est allumé depuis longtemps. Elles préparent un copieux repas pour les pêcheurs ; elles fabriquent le pain et les pâtes qu’ils devront consommer en route. Enfin, vers le milieu de la journée, tout est prêt pour le départ. Chaque famille se réunit devant la sainte image du Sauveur, et son chef dit tout haut des prières qu’on répète à voix basse. Les serviteurs kirghises, fidèles mahométans, font leurs prières au dehors. Réunis en cercle, agenouillés sur la neige, ils écoutent, dans un profond recueillement, les invocations qu’un de leurs coreligionnaires adresse à Allah, appelant sur eux les bénédictions du ciel.
- « Les adieux terminés, le traîneau du chef se met en marche ; les autres suivent en file et tous se dirigent vers la mer en traversant l’Oural sur la glace. Lorsqu’on y arrive, la colonne se divise en plusieurs bandes qui se dispersent sur la nappe glacée, les unes à droite, les autres à gauche; d’autres enfin continuent devant elles et se dirigent droit au sud, à l’embouchure de l’Oural, vers la haute mer. Un Cosaque expérimenté marche toujours en tête de chaque colonne dont il est le guide; il vérifie de temps en temps la route suivie à l’aide d’une boussole.
- « La pêche se fait en pratiquant dans la glace des ouvertures circulaires distantes les unes des autres d’environ 20 mètres ; on étend ensuite sous la nappe glacée, au moyen de ces ouvertures, des filets qui pendent comme un mur mobile et dans les mailles desquels les poissons viennent s’engager. C’est ainsi que l’on arrive à prendre ceux de la plus grosse espèce dont on tire le caviar. A mesure que le butin s’amasse, on le transporte sur la plage où les commerçants venus du centre de la Russie attendent déjà les Cosaques.
- « Dans chaque détachement, les pêcheurs dressent leurs tentes de feutre sur la glace, improvisent une
- écurie pour leurs chevaux et passent ainsi tout l’hiver en pleine mer par un froid des plus rigoureux ; leur vigoureuse constitution et leur habitude de cette rude existence les rendent insensibles au froid. Les chevaux des Cosaques ne sont pas moins résistants et peuvent supporter les plus dures privations.
- « Lorsque la mer est calme et la glace immobile, le pêcheur vit tranquille ; mais fréquemment il arrive que le vent se lève tout à coup violent, impétueux ; la mer est agitée, et la glace, ne pouvant plus résister au choc des vagues, se fend et forme de véritables glaçons qui emportent loin du rivage les pêcheurs et tous leurs biens. Dès que le vent cesse, la partie de la mer débarrassée de glace, entre le campement des Cosaques et le rivage, gèle de nouveau ; les communications sont alors rétablies avec la terre ferme. Mais si la tourmente continue, les glaçons emportent les pêcheurs toujours plus loin du rivage ; de violentes collisions se produisent au milieu de ces blocs de glace poussés vers la haute mer; leurs bords s’érodent peu à peu dans la débâcle et bientôt il ne reste plus que des débris. La situation des pêcheurs devient alors très critique ; ils risquent de perdre leurs chevaux et leurs filets; souvent ils disparaissent eux-mêmes dans les flots. »
- Des hommes aguerris par de tels dangers doivent être, et sont en effet, d’admirables soldats.
- Pendant la campagne de 1864 au Turkestan une seule solnia (escadron) de Cosaques composée de 105 cavaliers, arrêta pendant trois jours, près du hameau d’Ikan, la marche d’une armée de 10 000 hommes commandés par Alimkoul, chef du khanal de Khokand ; elle eut 55 hommes tués et 58 blessés. Une colonne élevée à Ikan rappelle ce beau fait d’armes.
- La figure 4 représente un des rares survivants de ces braves Cosaques, d’après une photographie qui m’a été envoyée par le colonel Polivanow. La figure 2 est également le portrait d’un sous-officier du régiment n° 1 des Cosaques de l’Oural actuellement en garnison à Kiev. Certainement on sera frappé de cet air de ressemblance qui constitue le type de leur race. Ll-colonel de Rochas.
- PIERRË RA.YEN
- Dans la Notice historique sur Lavoisier, prononcée récemment à la séance publique annuelle de l’Académie des sciences, M. Berthelot a rappelé le nom d’un chimiste français, peu connu malgré la part de gloire qui lui revient dans la découverte de l’oxygène et l’évolution des faits qui ont servi de base à la chimie moderne. Nous voulons parler de Bayen, né à Châlons-sur-Marne en 1725. Avec Guillaume Rouelle, son maître, et tous les hommes de science de son époque, il fut d’abord un chaud partisan de la théorie du phlogistique, mais il fut amené à la combattre au cours de ses mémorables recherches sur les chaux mercurielles. Après avoir prouvé, par des expériences irréfutables, que le mercure doit son état calcaire (son oxydation) non à la perte du phlogistique, mais à sa
- p.194 - vue 198/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 195
- combinaison intime avec un fluide élastique (l’oxygène qu’il a isolé et pesé sans pousser plus loin sa découverte) dont le poids vient s’ajouter à celui du métal, il écrit en 1774 : « Jé ne tiendrai plus le langage des disciples de Stahl qui seront forcés de restreindre leur doctrine sur le phlogistique ou d’avouer que les précipités mercuriels ne sont pas des chaux (oxydes), ou entin qu’il y a des chaux qui peuvent se réduire sans le concours du phlogistique. »
- Il écrit encore au sujet du même fluide élastique, et ceci, avant les grands travaux de Lavoisier :
- « Le feu de nos fourneaux ne pouvant convertir les métaux en chaux sans le concours de l’air, et celui-ci, au contraire, pouvant le faire sans le concours de ce feu, il paraît qu’il n’y a plus à douter et que c’est dans l'atmosphère que nous devons chercher, avec Jean Rey, la cause de l’augmentation du poids qu’a éprouvé le mercure et qu’éprouvent les autres métaux en se calcinant. Le fluide dans lequel et par lequel les animaux vivent et végètent tout au moins autant que par la nourriture que les uns et les autres empruntent de la terre, ce fluide qui, introduit dans nos corps par la voie des aliments et par celle de la respiration, s’assimile à leurs parties et en fait un des principes constituants, ce fluide qui ne contribue pas moins à alimenter le feu de nos fourneaux que les charbons dont nous les garnissons, ce fluide enfin qui, de tous les corps, est peut-être le plus élastique, peut être considéré sous deux aspects... »
- 11 constate, en traitant le mercure par l’acide nitrique, « que le fluide élastique qui est absorbé par le mercure vient de l’acide, qu’il ne s’est pas entièrement exhalé pendant l’effervescence, mais que le mercure en a absorbé une quantité suffisante pour être réduit à l’état de chaux, état dans lequel il se trouve, même pendant son union avec l’acide, et, ajoute-t-il, peut-être qu’un jour on découvrira que les métaux ne sont en dissolution dans les acides qu’à l’aide du fluide élastique avec lequel ils se sont combinés pendant l’effervescence. »
- La plupart des travaux de Bayen ont été publiés dans le Recueil d’observations de médecine des hôpitaux militaires de Richard et dans le Journal de physique de l’abbé Rozier. Ils ont été rassemblés après sa mort, mais d’une façon incomplète, par Malatret. (Opuscules chimiques de Bayen. Paris, 1798. 2 vol. in-8°.)
- Nous leur empruntons les citations suivantes :
- « 11 ne suffit pas d’être juste et fidèle dans la description de ses procédés, il faut encore pousser l’attention jusqu’au scrupule pour se garantir soi-même de l’erreur. » [Analyse des eaux de Bagnères-de-Luchon.)
- « Des conjectures, des analogies, des raisonnements, dussent-ils quelquefois nous faire deviner la vérité, ne prouvent rien dans une science où tout doit être appuyé sur des expériences. » (Essai d’expériences sur quelques précipités de mercure.)
- « En fait d’expérience, il faut toujours se tenir sur ses gardes. Combien de procédés ont réussi une, deux et trois fois, qui n’ont eu aucun succès à la quatrième, que dis-je, à la dixième, et, par conséquent, qu’il a fallu regarder comme nuis ! » (Examen chimique de différentes pierres.)
- (( La chimie doit sans doute éclairer les arts, mais elle ne doit jamais conclure pour les dépenses du petit au grand. » (Procédé pour faire le sel d'oseille.)
- Bayen a appartenu à la pharmacie militaire pendant quarante-trois ans. Il a été successivement pharmacien en chef du corps expéditionnaire qui occupa l’île Minor-que en 1755, pharmacien en chef des armées françaises
- en Allemagne pendant la guerre de Sept ans (1756-1705),
- « pharmacien en chef des camps et armées du roi » en 1763, puis « pharmacien-inspecteur, membre du conseil de santé des armées de la République » en 1792. Il est mort à Paris en 1798; il était de l’Académie des sciences,
- L’hôtel de ville de Chàlons possède un portrait de Bayen qu’il y aurait intérêt à voir reproduit par la gravure. Paris a donné son nom à l’une de ses rues. Baliand.
- LA FLOTTE CUIRASSÉE DU CHILI
- ET L’iNDUSTRIE FRANÇAISE
- Les Forges et Chantiers de la Méditerranée ont, en ce moment, sur leurs chantiers de la Seyne, près Toulon, trois vaisseaux destinés à prendre rang dans la flotte du Chili : c’est un cuirassé, le Capitan-Prat, et deux croiseurs à grande vitesse, le Presidente-Pinto et le Presidente-Errazuriz; les coques sont construites à la Seyne et les machines également par la même compagnie à Meupeuti.
- 11 s’est agi récemment d’adjuger la fourniture de l’armement de ces navires : se trouvaient en présence les maisons Krupp et Armstrong, et enfin la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée, dont les propositions ont été acceptées. L’armement du Capitan-Prat se composera de quatre canons Canet de 24 centimètres, disposés dans des tourelles barbettes, pesant 23,3 tonnes et lançant un projectile de 170 kilogrammes à la vitesse initiale de 700 mètres; en outre, huit canons Canet de 12 centimètres à tir rapide, pesant 2,9 tonnes, avec projectile de 21 kilogrammes et vitesse initiale de 700 mètres, montés par paire en tourelles mobiles; puis quatre Hotchkiss à tir rapide de 57 millimètres, autant de 47 millimètres, six canons revolvers de 37 millimètres, cinq mitrailleuses Ga-tling de 11 millimètres; et enfin quatre tubes lance-torpilles Canet. Chacun des croiseurs sera ainsi armé : quatre canons Canet de 15 centimètres à tir rapide, pesant 5,6 tonnes, avec projectile de 40 kilogrammes et vitesse initiale de 700 mètres; deux canons Canet de
- 12 centimètres à tir rapide; quatre Uotchkiss de 57 mil-
- limètres ; quatre canons-revolvers de 37 millimètres ; deux Gatling et enfin trois tubes lance-torpilles. Tout cet armement sera construit au Havre, pièces et affûts, et la Société livrera les navires entièrement armés. C’est là certainement un grand succès pour l’industrie française. D. B.
- LE MIRAGE DE LA TOUR EIFFEL
- ET LES MIRAGES SUPÉRIEURS
- Nous avons déjà eu l’occasion de parler des ressources que la Tour Eiffel peut fournir à la météorologie et nous avons fait connaître tout à la fois l’observatoire installé au sommet du monument, et les résultats que cette station aérienne a déjà apportés à la science. Le journal l'Astronomie que dirige notre collaborateur et ami, M. Camille Flammarion, a signalé récemment un très curieux phénomène de mirage dont la Tour Eiffel a été l’objet. Nous ne voulons pas laisser passer cette curieuse observation sans l’enregistrer dans notre recueil.
- p.195 - vue 199/432
-
-
-
- 196
- LA NATURE.
- Voici la communication qui a été adressée à M. G. Flammarion par le Dr Charles-Henri Martin :
- « Le vendredi 6 décembre 1889, vers 9 heures du matin, MM. Lion, ingénieur de la ville, Didier et Lau-reau, se trouvaient sur la place du Trocadéro, au coin de l’avenue Kléber. De ce point, on aperçoit la moitié supérieure de la Tour Eiffel, par-dessus la partie gauche des bâtiments du palais du Trocadéro.
- « En ce moment le temps était clair et le soleil brillant. Tout à coup les observateurs s’aperçurent que la Tour se trouvait surmontée, pointe à pointe, par une seconde Tour renversée, dirigée dans le même axe que la véritable. Cette image renversée était très nette, au point que l’on apercevait distinctement la pointe, la boule terminale et toutes les travées de la dernière partie de la Tour; la seconde plate-forme se voyait assez bien ; puis la partie moyenne était moins visible, et la base s’évanouissait, perdue dans une brume supérieure (fig. 1).
- « Très près et derrière la vraie Tour Eiffel, au-dessus du Champ de Mars, on pouvait remarquer, surtout à droite, vers l’ouest, un nuage bas, stationnant à la hauteur de la partie moyenne de la Tour, très brillant, éclatant comme de l’argent, d’une apparence pailletée. L’apparition resta très nette pendant les quelques minutes que les observateurs demeurèrent sur la place. Elle était encore visible lorsqu’ils eurent traversé les bâtiments du Trocadéro jusqu’à la fontaine. Le soleil brillait à travers la brume, à gauche de la Tour, presque à la hauteur du deuxième étage. »
- C’est là, assurément, un fort intéressant phénomène météorologique, et nous sommes heureux de pouvoir le mettre sous les yeux de nos lecteurs. Les conditions de sa production étaient celles que l’on connaît. La couche d’air, immédiatement supérieure à la Tour, faisait l’office de miroir. A la surface du sol, la température était de 0°. A cette même heure, au sommet de la Tour, elle était de — 3°,5. Vent nord-est faible.
- Il nous paraît intéressant de résumer ici quelques-uns des faits du même genre qui ont été signalés dans des circonstances à peu près semblables.
- Il m’a été donné d’observer un phénomène de mirage supérieur tout à fait analogue il y a une
- vingtaine d’années, en 1868, lors d’un voyage aérien exécuté au-dessus de la mer du Nord avec l’aéro-naute Jules Duruof. Voici la description que j’en ai publiée dans l'Histoire de mes ascensions :
- A peine ai-je cessé de regarder les nuages qu’un phénomène de mirage bien inattendu vient ajouter à mes surprises. Nous cherchons les falaises de Douvres et nous nous étonnons de ne pas voir les côtes d’Angleterre qui ne sont pas bien distantes de notre aérostat; elles sont cachées par un immense rideau de vapeurs plombées qui s’étend vers ce côté de l’horizon. Je lève la tète pour chercher la limite de cette muraille de nuages, et quel n’est pas mon étonnement quand j’aperçois dans le ciel
- une nappe verdâtre qui ressemble à l’image de l’Océan ! Bientôt un petit point semble se mouvoir dans cette plage céleste : c’est un bateau, gros comme une coquille de noix, et en y fixant avec soin mes regards, je ne tarde pas à constater qu’il navigue à l’envers sur cet océan retourné; ses mâts sont en bas et sa quille en haut. Un moment après je vois l’image du bateau a vapeur qui vient de partir de Calais pour l’Angleterre, et, avec ma lunette, je distingue la fumée qui s’échappe de son tuyau. Voilà bientôt deux ou trois autres barques qui apparaissent au milieu de cette mer magique, tableau vraiment saisissant d’une éblouissante fantasmagorie du mirage.
- A mon retour, je fis un grossier croquis du phénomène que i’avais observé, et mon frère en composa le charmant dessin que nous plaçons sous les yeux de nos lecteurs (fig. 2). Ce dessin rend parfaitement compte du spectacle qui s’offrit à nos yeux, mais en réalité, le nuage qui réfléchissait la surface de la mer était d’une nuance grisâtre absolument plombée, et quand on le considérait attentivement, on eût dit un miroir métallique suspendu dans les régions supérieures de l’atmosphère.
- A une époque beaucoup plus rapprochée, un mirage de la même espèce a été observé sur les quais de Paris. A 5 heures du matin, le 14 décembre 1869, des passants attardés virent les quais du Louvre et les maisons avoisinantes être réfléchis dans le ciel, absolument comme dans un miroir (fig. 3).
- Fig. 1. — La Tour Eill'el réfléchie dans les nuages. — Mirage observé au Trocadéro le 6 décembre 1889. (D'après une gravure publiée par l’Astronomie de M. Camille Flammarion.)
- p.196 - vue 200/432
-
-
-
- LA NATURE
- 197
- Les mirages du genre de ceux que nous décrivons, sont désignés par les météorologistes sous le nom de
- mirages supérieurs. Il semble que dans ce cas, le fait de laréfiexion intervient presque exclusivement, tandis
- Fig. 2. — La mer du Nord réfléchie dans les images. — Mirage observé par M. Gaston Tissandier pendant un voyage aérien maritime
- exécuté le 16 août 1868.
- que dans le phénomène, peut-être plus fréquent, des mirages inférieurs, la réfraction joue un rôle prépondérant. Les mirages supérieurs sont tout à fait semblables aux mirages latéraux qui donnent une image située, non pas au-dessus, mais à côté de l’objet.
- Le mirage que nous avons observé en ballon en 1868 a été vu, de terre, dans des conditions un peu différentes, comme le montre le récit suivant que nous trouvons mentionné dans la Physique de Daguin :
- « M. Yince, de sa maison de Ramsgate, vit avec un télescope, en regardant du côté de Douvres, un navire
- qui se trouvait à l’horizon, reproduit en l’air et renversé, de manière que les extrémités des mâts de l’image
- étaient en contact avec les extrémités de ceux du navire. »
- Il semble que nous sommes ici en présence d’un phénomène absolument semblable à celui auquel la Tour Eiffel a récemment donné lieu.
- Des phénomènes analogues ont été observés dans les mers du Groenland : « Un jour, le fils de Scoresby ayant été séparé par une tempête du navire la Fama, baleinier monté par son père, aperçut dans les airs l’image renversée d’un navire, assez nette pour qu’il
- Fig. 3. — Le Louvre et les quais de Paris réfléchis dans les nuages. Mirage observé le 14 décembre 1869.
- p.197 - vue 201/432
-
-
-
- 198
- LA NATURE.
- put reconnaître la Fama, qui était très éloignée et entièrement cachée par la courbure de la mer. » Les mirages supérieurs sont parfois beaucoup plus compliqués, comme l'atteste l’observation faite par deux de nos plus célèbres physiciens, Biot et Arago. Tous deux se trouvaient en Espagne, dans le royaume de Valence, sur la montagne de Desierto de las Palmas, à 725 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ils observaient une lumière placée à une distance de 161 kilomètres et à 420 mètres de hauteur sur la montagne de Campwey, dans l’île d’Iviça. Ils virent à plusieurs reprises, outre la lumière elle-même , plusieurs images superposées de cette lumière, étagées sur la même ligne verticale. Ces images se succédaient au nombre de deux ou trois, parfois davantage, et par moments, elles disparaissaient dans un ordre quelconque pour se reformer un moment après. Le lendemain matin, la mer était couverte de brumes et de brouillards précipités pendant la nuit : cela prouvait que l'air était considérablement chargé d’humidité pendant l’apparition des images. Gaston Tissandier.
- IA CONSOMMATION DU FER ET DE L’ACIER
- Nous reproduisons un intéressant article statistique que vient de publier un savant suédois, M. Tom von Post.
- Le mouvement de la hausse du fer et de l’acier qui s’accentue de plus en plus dans le monde entier, et particulièrement en Suède, a déjà été prévu par les spécialistes qui s’occupent, comme l’auteur mentionné, de statistique et économie industrielles.
- Les chemins de fer, les télégraphes, les bateaux à vapeur sont naturellement ceux qui consomment le plus de fer et d’acier. Nous nous occuperons surtout des chemins de fer, comme étant les plus importants consommateurs.
- En s’appuyant sur les autorités en fait de statistique, M. Tom von Post a établi le tableau suivant pour constater l’augmentation des chemins de fer dans le monde entier depuis 1840.
- L’année 1840, il y avait dans le monde entier 8 641 kilomètres
- 1845 — — 16 690
- 1850 — — 39 443
- 1855 — — 66 277
- 1860 — — 106 886
- 1865 — — 144 899
- 1870 — — 221 980
- 1875 — — 294 409
- 1880 — — 567 835
- 1885 . — — 484 489
- « Prenons, d’après le tableau statistique précédent, une nouvelle période de cinq ans, de 1885 à 1890, pendant laquelle l’accroissèment des chemins de fer du monde entier a nécessité une plus grande quantité de rails. L’augmentation, de 1865 à 1870, ayant été de 78 000 kilomètres, en vingt-cinq ans elle a dû atteindre, en moyenne, celle de 60 pour 100. Remarquons aussi qu’on répare rarement les anciens rails et qu’on les remplace par des nouveaux.
- « Les périodes de hausse et de baisse que j’ai indiquées dans le tableau viennent naturellement de la nécessité de changer les rails tous les vingt ans.
- « L’histoire du marché de fer montre que les périodes
- d’accroissement et d’amoindrissement se sont succédé. Durant les dernières vingt années, deux de ces périodes ont eu lieu et comme nous sommes à la fin de la période de décroissement, nous sommes fondé à croire, appuyé sur l’expérience, que la consommation du fer augmentera considérablement, ce qui a déjà lieu en Suède et dans les autres pays producteurs, et que, par conséquent, nous allons au-devant d’un avenir brillant pour la grande industrie du fer, ainsi que pour toutes les industries qui en dépendent. »
- DEUXIÈME CAMPAGNE, 1889
- J’ai continué l’été dernier, avec le concours de mon cousin G. Gaupillat, nos recherches commencées en 1888 sous les Causses du Languedoc, pour étudier l’hydrologie interne de ces plateaux calcaires et le mode de transformation souterraine des pluies en sources. On a déjà vu dans ce recueil1 que notre première campagne (juin 1888) avait fourni quelques données sur l’allure des eaux dans les entrailles des plateaux calcaires.
- La deuxième campagne (juin-juillet 1889) a eu pour principal objectif l’étude des Avens ou abîmes. Les Causses, rappelons-le, sont percés à leur surface de puits naturels profonds appelés avens (abîmes), jusqu’ici non explorés; — ces plateaux ont de 200 à' 600 mètres d’épaisseur. On supposait qu’à travers cette épaisseur tous les avens communiquaient directement avec les sources qui surgissent au niveau des marnes du lias, au bord des rivières qui coulent au fond des canons séparatifs des Causses; on croyait aussi qu’ils avaient été formés par voie d’éboulements au-dessus de cavernes immenses; et enfin qu’ils jalonnaient comme des regards le cours de rivières souterraines. Contrôler ces opinions, tel a été le but de notre dernière expédition.
- Les avens s’ouvrent en pleins champs, trous béants, de toutes formes et de toutes dimensions, ronds ou allongés, étroits ou larges ; leurs gueules noires bâillent brusquement sans que rien en signale l’abord, soit horizontales, au beau milieu d’une lande inculte, soit à flanc de coteau sur une pente, soit verticales dans l’escarpement d’une falaise. Ils font peur aux paysans, effrayés surtout par maintes légendes populaires et terribles. Aussi personne ne s’était-il risqué dans ces affreuses bouches de l’enfer qui restaient une énigme géologique. Ici ne saurait trouver place assurément le journal de nos descensions que nous avons racontées ailleurs8. On aura une idée des précautions à prendre et des obstacles à surmonter quand on saura que partout se répétaient les mêmes opérations préliminaires : sondage du trou; disposition en travers de l’orifice d’une forte poutre pour amarrer
- 1 Yoy. n° 824, du 16 mars 1889, p. 244.
- - Voy. Les Cévennes, Delagrave, in-8°, 1890, et Revue de géographie, décembre 1889.
- p.198 - vue 202/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 199
- la poulie destinée à faciliter la traction de la corde ; établissement avec des pieux et une cordelette d’un périmètre comme sur les champs de courses, pour empêcher tout accident parmi la troupe de curieux; allongement des cordes sur le terrain, pour éviter qu’elles s’emmêlassent pendant la descente; dévidage du câble téléphonique, etc.1... Plusieurs heures se passaient ainsi. — Puis à cheval sur un fort
- bàlon nous nous faisions successivement descendre dans le gouffre ohscur et l’inconnu, avec mille péripéties : tournoiements vertigineux, chocs contre les murailles, cordes engagées dans les tourillons des poulies, extinction des lumières par les gouttes d’eau tombant des voûtes, chapeaux prenant feu par les bougies qu’on y fixait, paquets d’ustensiles mal arrimés et se détachant en route, glissades et
- PLAN ET COUPE DU GOUFFRE DU PUtTS DE PADIRAC ET SA RIVIERE SOUTERRAINE
- -9-10 Juillet 1889.
- GrézilsCAameau/
- Petite chèvre et poulie Grande chèvre et treuil Jonction des deux puits Puits à double bouche s'élevant verticalement amenant les eaux et rempli d'argile Disparition du lit dans l'argile fissurée Plate-forme large de 3 mètres (débarcadère)
- dèi
- Fig. 1. — Coupes de quelques galeries et puits naturels explorés par M. Martel.
- chutes dans les flaques d’eau et les rivières intérieures, enfin humide séjour prolongé parfois pendant douze heures à une température variant de 7° à 14° centigrades.
- Nous sommes descendus dans quatorze avens dont voici la liste (onze en 1889 et trois en 1888).
- I. Causse de Sauveterre : 1. Grotte de Baumes
- Le téléphone est indispensable dans ces puits, car à cause de leur forme conique, la voix se perd toute par résonnance dès 25 ou 50 mètres de profondeur.
- chaudes (1888), profondeur 90 mètres, près Saint-Georges-de-Levejac, gorges du Tarn (Lozère) ; 2. Aven de Bessoles, profondeur 55 mètres, près Aguessac et Millau (Aveyron). — II. CausseMéjean: 3. Hures, profondeur 116 mètres, entre Meyrueis et Sainte-Enimie (Lozère). —III. Causse Noir: 4. Aven de Dargilan, 30 mètres (1888) (Lozère) ; 5. Altayrac, 70 mètres; 6. Guisotte, 72 mètres; 7. Combelon-gue, 85 mètres; 8. L’Egue, 90 mètres; 9. La Bresse, 120 mètres; 10. Tabourel, 133 mètres
- p.199 - vue 203/432
-
-
-
- 200
- LA NATURE.
- (Aveyron) ; 11. Bramabiau, 90 mètres (1888) (Gard).
- — IV. Larzac : 12. Mas Raynal, 106 mètres (Aveyron); 13.Rabanel,212mètres,prèsGanges (Hérault).
- — V. Causse de Gramat : 1-4. Gouffre du puits de Padirac, 108 mètres (Lot). Plus quatre avens sondés seulement : Drigas, 32 mètres (C. Méjean) ; Valat Nègre, 55 mètres; Péveral, 72 mètres; Trouchiols, 130 mètres (C. Noir). Le plus profond et le plus grand est celui de Rabanel près Ganges (Hérault). U nous a pris six jours et coûté 600 francs ; trois journées entières ontété consacrées à la construction d’un échafaudage indispensable.
- Les proportions de l’ouverture sont gigantesques : 40 mètres de longueur sur 25 de largeur.
- Le premier à pic absolu est de 130 mètres; grâce à un rocher formant pont à 38 mètres de profondeur il n’y en a que 921 à descendre dans le vide complet en tournant quarante-cinq à cinquante- fois sur soi-même. Avec le treuil l’opération dure dix minutes (9 mètres par minute) qui semblent dix heures; c’est étourdissant, affolant.
- En revanche, le spectacle est féerique; les 130 mètres ne sont pas le fond du puits; il y a encore un talus de pierre haut de 35 mètres et incliné à 33°. Il aboutit à une grotte qui descend 47 mètres plus bas, soit à l’énorme distance verticale de 212 mètres, et dont la plus grande salle mesure 60 mètres de longueur, 25 de largeur et 45 de hauteur. Du milieu du talus l’œil contemple ce spectacle inouï d’une fracture du sol, véritable et étroite nef d’église, longue de près de 100 mètres, large de 10 à 12, élevée de 150 mètres, percée à cette prodigieuse hauteur d’une fenêtre ovale découpée sur l’azur du
- 1 302 pieds anglais.
- firmament; la lumière en tombe tamisée, étrange, irisant de reflets violacés les stalactites qui pendent en larmes de cristal aux parois du puits.
- Deux avens ouverts dans les calcaires moins élevés de l’étage bajocien, plus rapprochés par conséquent de la zone des marnes du lias, ont conduit, comme nous nous y attendions, à des rivières souterraines, c’est-à-dire à des rivières en amont de leurs sources ; celui du mas Raynal (profondeur 106 mètres) à une nappe d’eau ramifiée en tous sens sous des
- voûtes basses, et à un torrent qui voit le jour, 2 kilomètres et demi au nord-nord-ouest, parla belle mais impénétrable source de la Sorgues (Aveyron) ; celui du gouffre du puits de Padirac (Lot, profondeur 108 mètres, immense ouverture ronde de 35 mètres de diamètre), à une petite source intérieure et à une autre rivière souterraine que nous avons suivie pendant 2 kilomètres en bateau de toile *, sans en voir la fin, dans des grottes splendides, sous des voûtes élevées souvent de 4Q mètres, à travers huit lacs de 30 à 100 mètres de diamètre, par-dessus trente-deux barrages ou cascades hautes de 011,50 à 4 mètres; le cours d’eau aboutit sans doute, et peut-être 10 kilomètres plus loin, à l’une des grosses sources de la rive gauche de la Dordogne. Cette découverte a porté à 10 kilomètres la longueur totale des diverses grottes que nous avons explorées et dont nous avons levé les plans en 1888 et 1889. Padirac est la merveille de notre dernière expédition (9 et 10 juillet 1889).
- La fatigue et le manque de bougies nous ont seuls contraints au retour. L’été prochain nous repren-
- 1 Voy. n° 813, du 29 décembre 1888, p. 69.
- Fig. 2. - Descente d’un aven. (D’après une photographie de M. G. Gaupillat.)
- p.200 - vue 204/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 201
- drons et achèverons cette découverte si heureuse- car la voûte s’abaisse parfois à 0m,40 ou 0m,50 au-ment commencée. Pénible exploration, cependant, dessus du niveau de l’eau; on doit se coucher dans
- Fig. 3. — Ouverture du puits de Padirac. (D’après une photographie de M. Rupin.)
- la barque et avancer avec le dos; ou encore la ga- monter le canot en se mettant dans l’eau jusqu’à la lerie se rétrécit à 0m,70 de largeur et il faut dé- ceinture; enfin chaque rapide ou caseatelle oblige à
- Fig. 4. — Fond du puits de Padirac paroi sud. Fig. 5. — Intérieur du puits de Padirac à 76 mètres paroi nord.
- (D’après une photographie au magnésium de M. G. Gaupillat.) (D’après une photographie au magnésium de M. G. Gaupillat.)
- opérer sur les épaules le portage de l’embarcation : I aux dents, loin de tout secours et sans eommunica-et tout cela dans la nuit noire et l’inconnu, la bougie j tion possible avec aucun être humain ; et je ne dis
- p.201 - vue 205/432
-
-
-
- 202
- LA NATURE.
- rien de l’éventualité toujours menaçante d’une crue subite qui couperait la retraite.... et le vivre.
- Au point de vue scientifique, voici les résultats de nos recherches; ils portent sur deux points principaux : 1° la formation des avens; 2° leur correspondance avec les rivières souterraines (question du jalonnement). Quant aux avens, la plupart des géologues les croyaient dus à des effondrements résultant de l’action des eaux courantes intérieures. D’autres y voyaient le produit de dissolutions chimiques (phénomène sidérolithique). On ne faisait pas assez large la part des fractures du sol ou lignes de moindre résistance, ni celle des eaux sauvages superficielles.
- Des données précises sont fournies par nos quatorze descentes. Un seul aven (Padirac) est certainement du à l’effondrement, comme le prouvent : sa largeur, 35 mètres à l’orifice, 65 mètres en bas; sa forme circulaire ; la rivière à laquelle il conduit ; le cône de pierres du fond ; la disposition en encorbellement des assises de ses parois. L’effet des eaux intérieures, sans effondrement, se constate au mas Raynal (106 mètres). L'a une fissure du sol, large à la surface de 10 à 20 mètres, rétrécie à 1 mètre vers les deux tiers de sa profondeur, s’élargit de nouveau (en ogive) en aboutissant au cours souterrain jusqu’ici inconnu de la Sorgues. De même, à Rabanel, dans la vaste grotte greffée à angle aigu sous l’aven proprement dit, un puissant flot, aujourd’hui tari (ou ne coulant du moins qu’après les très violents orages), a dû jadis user d’épaisses masses rocheuses et provoquer accidentellement la jonction de deux fractures entre-croisées, l’une supérieure, l’aven, l’autre inférieure, la grotte.
- La forme en fente allongée, la constante direction nord-sud de tous les avens, la longueur modérée et presque uniforme (40 à 80 mètres) de ces fentes (comme pour les poches à phosphorites du Quercy) et la présence, au fond de chacune, d’une argile rouge particulière, rendent vraisemblable l’intervention des phénomènes de dissolution chimique; cela devra faire l’objet d’une étude spéciale que nous n’avons pas abordée.
- Que les avens ne soient que des fractures agrandies du sol, cela Tésulte clairement de cette étroitesse et de cet allongement. Enfin, le principal facteur est certainement l’érosion externe, le flux des eaux sauvages aériennes. En voici les preuves : 1° les plus profonds avens s’ouvrent dans des dépressions favorables à l’absorption des eaux et des cailloux ; les moins creux, au contraire, se rencontrent en pleins champs ou sur des mamelons ; 2Ü les puits constitutifs des avens sont des sortes de bouteilles ovales exactement semblables aux marmites de géants des torrents alpestres, mais beaucoup plus grandes ; 3° les puits et galeries sont de dimensions, d’autant plus petites que la profondeur est plus grande; tous les avens se terminent en minces ramifications, bouchées par l’argile ou les cailloux, sans doute parce que, la précipitation atmosphé-
- rique diminuant constamment, les trombes d’eau engouffrées perdaient, avec le temps, de leur volume et de leur force ; 4° sous l’argile et les cailloux modernes, on rencontre les galets roulés, témoins irrécusables de l’érosion, etc.
- En résumé, quatre facteurs ont participé à la formation des avens : 1° dislocations préexistantes du sol; 2° eaux superficielles (érosions); 3° eaux intérieures (érosion, pression hydrostatique, effondrements) ; 4° phénomènes chimiques. Souvent trois ou deux seulement de ces facteurs ont agi.
- Examinons maintenant la théorie du jalonnement, basée sur les faits observés dans le Karst autrichien (rivières souterraines de la Poik et de la Recca). Sur quatorze avens, trois seulement ont conduit à des rivières souterraines (Bramabiau, mas Raynal, Padirac). Cela s’explique sans peine; pour les autres, l’épaisseur de causse à traverser, afin d’atteindre le niveau des sources, eût été de 400 à 500 mètres. Or, le plus creux aven n’a que 212 mètres; la moyenne paraît être de 100 à 120 mètres, soit parce que le travail de creusement s’est arrêté avant d’avoir perforé toute la masse, soit parce que la nature du terrain (marnes ou argiles délayables) lui a fait obstacle.
- Donc la correspondance entre l’aven et le courant ne pouvait se rencontrer (comme à Bramabiau en 1888) qu’aux points de moindre épaisseur du plateau; condition réalisée au mas Raynal et à Padirac, où il manque plusieurs étages de la formation jurassique moyenne et où la surface du plateau est bien plus rapprochée des marnes imperméables du lias formant niveau d’eau. Ainsi ce n’est qu’aeciden-tellement et quand le sol s’y prête que les avens communiquent avec les rivières souterraines. En outre, il se peut très bien qu’un cours d’eau intérieur ne possède aucun regard, s’il rt’a pas eu la puissance de faire effondrer sa voûte et si, d’autre part, la fissure où il coule n’a pas été, d’en haut, élargie par les érosions de la surface ou ne croise pas fortuitement un aven déjà formé, comme au mas Raynal et à Rabanel (voyez supra). Si bien que, contrairement à la théorie du jalonnement, gouffres naturels et rivières souterraines peuvent être indépendants les uns des autres, et que leur relation mutuelle n’est nullement une loi géologique. Accessoirement, nous avons reconnu aussi qu’aucun aven ne) conduit à une de ces immenses grottes dont on imaginait l’existence au sein de la masse des causses, que celle-ci n’est donc pas naturellement creuse, mais seulement sillonnée de puits et de galeries résultant de l’agrandissement des fractures du sol par les eaux, et que l’intérieur des plateaux est bien moins caverneux que l’on ne croyait.
- Pour l’hydrologie intérieure les conclusions sont les mêmes que celles déduites en 1888 de nos explorations de Bramabiau, Dargilan et Baumes Chaudes. La zone inférieure (dolomies et calcaires compacts) des Causses reste encore à étudier presque complètement puisque trois ruisseaux souterrains
- p.202 - vue 206/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 203
- seulement (Bramabiau, Sorgues, Padirac) ont été reconnus jusqu’ici. Mais ils suffisent d’ores et déjà à démontrer qu’en résumé les eaux souterraines qui donnent naissance aux belles et nombreuses sources vauclusiennes des Causses ne s’étendent pas en grandes nappes, ne s’accumulent pas tout d’abord en vastes réservoirs, mais qu’elles descendent à travers les fissures, puis se réunissent en minces ruisselets, lesquels se gonflent lentement par l’apport d’en haut, effectué goutte à goutte, et circulent enfin, réelles rivières, dans de longues galeries, hautes ou basses, étroites ou larges, selon la nature du terrain traversé. A Padirac même, nous avons surpris sur le vif le mode de formation de la source souterraine, assisté en quelque sorte à sa naissance, et suivi pas à pas son grossissement progressif, le tout par le seul suintement des voûtes.
- Notre figure 1 donne, dans sa partie supérieure, le plan horizontal de la coupe verticale à l’échelle du 12 500e du puits et de la rivière souterraine de Padirac. A cause des coudes (dont les deux princi-paux~sont d’ailleurs indiqués en pointillés), la coupe paraît n’avoir que 1700 mètres de longueur tandis que le développement total de la partie explorée de la galerie est réellement de 2200 mètres environ; on peut s’en assurer en suivant au curvimètre et sur le plan les sinuosités du cours d’eau depuis la source jusqu’au trente-troisième jour. Entre ces deux extrémités la différence de niveau est, d’après un calcul approximatif, de 37 mètres, ce qui met le point où nous avons battu en retraite, à 135 mètres au des-. sous du niveau de l’orifice du puits. L’échelle des hauteurs est, pour la coupe, exactement la même que celle des longueurs, ce qui donne la proportion exacte de l’épaisseur du terrain au-dessus des voûtes. Les numéros désignent les gours ou cascatelles. 11 y a correspondance absolue entre le profil en long et le tracé horizontal; et les dénominations mises en légende servent de lignes de rappel aux deux dessins, comme dans une épure de géométrie descriptive.
- Le bas de la figure 1 donne, à l’échelle du 3000e, les coupes verticales des quatre avens les plus caractéristiques des grands Causses : les chiffres et les légendes qui les accompagnent expliquent suffisamment leurs formes et leurs dimensions.
- A la figure 2 on voit manœuvrer les hommes qui tiennent les cordes tandis que s’opère la descente de l’aven (ou avenc) de l’Egue (de aqua eau, ou equus cheval ; causse Noir, voyez la coupe).
- Enfin les figures 3 à 5 sont consacrées au puits de Padirac : l’entrée d’abord, colossal trou circulaire ouvert béant dans un champ plat et où les bestiaux tombent souvent, car aucune ceinture de buisson ou de pierre n’en défend l’approche ; ensuite deux vues de l’intérieur du puits, l’une (paroi sud), prise à 90 mètres de profondeur sous la grande arcade carrée qui mène à la source (fig. 4) ; l’autre, à 76 mètres seulement (paroi nord), montrant la disposition en falaises des murailles du gouffre (fig. 5).
- De longues années d’études sont encore nécessaires pour résoudre les questions qui se rattachent à la transformation des pluies en sources dans les terrains calcaires, car, après les Causses, il y aura les Charentes, le Jura, les Alpes et les Pyrénées de France ! E.-A. Martel.
- CHINOISERIE ARITHMÉTIQUE
- UN CARRÉ MAGIQUE DE S4 SIÈCLES
- Il est démontré aujourd’hui, d’une façon certaine, que la Chine est le berceau de l’arithmétique et, par conséquent, des sciences mathématiques. Le plus ancien ouvrage connu sur l’arithmétique, déchiffré par Leibniz, se composait de lignes que les chinois appellent Koua et qui représentent d’après Leibniz les soixante-quatre premiers nombres écrits dans le système de la numération binaire. Nous avons donné une interprétation différente de celle de Leibniz, et nous pensons que les caractères du Je-Kim, l’ouvrage de Fo-chi (35 siècles av. J.-C.), représentaient les configurations d’un boulier dans le genre des bouliers actuels, mais correspondant au système binaire. Le lecteur trouvera, dans les galeries du Conservatoire national des arts et métiers, à Paris, une restitution de ce boulier chinois, dans la collection des appareils de calcul.
- Dernièrement, en passant tout le long des quais, nous avons rencontré l’un de nos plus fameux joueurs d’échecs, M. de Rivière, qui venait d’acquérir, pour quelques sous, un ouvrage intitulé : Numération par huit, anciennement en usage dans toute la Terre, prouvée par les Koua des Chinois, par la Bible, par les livres d'Hésiode, d’Homère, d’Hérodote, etc.... par Mariage (Aimé). Paris, 1857. — Le titre de cet ouvrage que nous ne connaissions pas, nous avait rendu rêveur. Avec son obligeance habituelle, le fameux courriériste de tous les jeux d’esprit, voulut bien nous prêter pour quelques jours ce livre si bizarre, par le titre, par ce qu’il renferme, par le nom de l’auteur. Ajoutons encore qu’il contient une dédicace manuscrite à Monsieur Ponsard, et signée du nom de l’auteur, sans oublier le prénom. Car ces noms réunis vont admirablement.
- En feuilletant cet ouvrage, nous y avons trouvé deux figures très curieuses tirées d’un traité d’As-tronomie chinoise, du P. Gaubil; ces figures portent les noms de Ho-tou et de Lo-chou. Dans Y Astronomie ancienne de Bailly, qui fut le premier maire de Paris, on lit ce passage :
- « Les Chinois ont conservé un ouvrage du règne de l’empereur Fo-chi; c’est le Je-Kim ou caractères de Fo-chi; ce sont des lignes entières ou rompues qui forment soixante-quatre combinaisons. Les Chinois sont persuadés que les principes de la morale, des sciences et de l’astrologie y sont cachés; ils se fatiguent pour les y retrouver. Dans tous les temps, le premier soin de tout Chinois qui
- p.203 - vue 207/432
-
-
-
- 204
- LA NATURE.
- a inventé une théorie astronomique a été de prouver qu’elle était dans les Koua de Fo-chi. Confucius n’y a pas manqué pour sa morale, qu’il a étayée du respect que la nation porte à cet empereur; mais il n’est point sur que ces caractères aient jamais signifié quelque chose, et il est très possible que ce ne soit qu’un essai fait au hasard, pour ranger ces deux sortes de lignes selon toutes les combinaisons qu’elles peuvent admettre. »
- Depuis Bailly, la science a fait quelques progrès, et il paraît difficile de mettre sur le compte du hasard un tableau qui représentait, d’après Leibniz, les soixante-quatre premiers nombres écrits dans le système de la numération binaire et, d’après Pascal, les soixante-quatre combinaisons de six objets pris un à un, deux à deux, trois k trois..., six à six. Nous ajouterons encore une reproduction d’un passage du deuxième volume de Dubalde intitulé : Description de la Chine (p. 295).
- « Comme avant Fo-chi on n’avait pas connu l’usage des caractères, on ne se servait dans le commerce et dans les affaires que de petites cordes à nœuds coulants, dont chacune avait son idée et sa signification particulière. Elles sont représentées dans deux tables que les Chinois appellent Ho-tou et Lo-chou.
- « Les premières colonies qui vinrent habiter le Setchuen n’avaient pour toute littérature que quelques abaques arithmétiques, faits avec de petites cordes nouées, k l’imitation des chapelets, k globules enfilés, avec quoi ils calculaient et faisaient leurs comptes dans le commerce. Ils les portaient sur eux, et s’en servaient quelquefois pour agrafer leurs robes ; du reste, n’ayant pas de caractères, ils ne savaient ni lire ni écrire..
- « Leroi Fo-chi fut donc le premier qui par le moyen de ses lignes (les Koua), donna l’invention et l’idée de cette espèce de caractères hiéroglyphiques particuliers aux Chinois.
- « Les deux anciennes tables de Ho-tou et de Lo-chou lui apprirent l’art des combinaisons, dont le premier essai fut de dresser ses tables linéaires ; il ne s’était astreint qu’aux règles que prescrit Y art des combinaisons arithmétiques.
- « C’est une tradition ancienne, constante et universellement reçue, que Fo-chi, par son ouvrage, a été le premier père des sciences et du bon gouvernement, et que c’est sur l’idée du Ho-tou et du Lo-
- chou qu’il a dressé sa table linéaire. La tradition porte que ces deux antiques figures d’où le Je-Kim est sorti, sont les Paroles de l'Esprit du Ciel, adressées aux Rois. »
- Nous avons fait ces citations, et nous pourrions en faire beaucoup d’autres encore; mais nous pensons que les interprétations du Lo-chou données jusqu’à présent ne sont pas exactes.
- En observant la figure 1 et en remplaçant les ronds par des nombres, on forme avec nos chiffres actuels la figure 2 que l’on appelle carré magique ; la somme des nombres de chaque ligne, de chaque colonne, de chaque diagonale, est égale à 15, et peut-être que ce refrain de nos jeunes années qui nous revient à la mémoire :
- « Quinze, quinze, quinze. Revenant à quinze,
- Veux-tu parier quinze,
- Que quinze sont là ! »
- n’est qu’une tradition du Lo-chou des Chinois, qui remonte k plus de cinquante-quatre siècles. Dans la préface de nos Récréations mathématiques, nous avions émis cette opinion que les carrés magiques pouvaient provenir de la notation de la structure et de l’entre-croisement des fils dans les Cachemires de l'Inde ; il se peut encore qu’il en soit ainsi du diagramme du Lo-chou; mais nous n’avons pas suffisamment de documents pour élucider cette question. Quoi qu’il en soit, cette figure est curieuse au point de vue de l’histoire des sciences mathématiques et, en particulier, de l’arithmétique. Elle montre que certaines propriétés des nombres ont été reconnues, bien avant l’invention des systèmes de numération ; et d’ailleurs, les propriétés des nombres sont indépendantes de la manière de les représenter.
- Peut-être encore le Lo-chou n’est-il que la représentation d’une boîte de poids disposés régulièrement pour l’équilibre.
- Cependant, en relisant le passage que nous venons de reproduire, sur la Description de la Chine, nous demeurons perplexe et nous nous demandons si les organes des appareils k calculs que nous avons réunis dans la galerie du Conservatoire des arts et métiers ne serviront pas, dans un avenir plus ou moins prochain, pour agrafer les robes et pour relever les jupes.
- 5 février 1890. EDOUARD L\JCAS.
- Fig 1. — Lo-chou. (Plus de 55 siècles avant J.-C.)
- 4 9 2
- 5 7
- 8 1 6
- Fig. 2.
- Carré magique traduisant la ligure ci-dessus.
- p.204 - vue 208/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 205
- *
- VENTILATEUR PIGN.ATELLI
- POUR VOITURES DE CHEMIN DE FER
- Les voyages en chemin de fer pendant l’été sont souvent rendus bien désagréables par suite d’un manque de ventilation du compartiment. Si l’on ouvre les fenêtres, on est couvert d’une poussière fine et noire qui est insupportable; si on les ferme, on manque d’air, et la poussière entre quand même par les jointures mal faites des châssis.
- Nous avons remarqué, à l’Exposition universelle de 1889, un appareil placé sur une voiture de première classe de la Compagnie d’Orléans, qui nous paraît devoir résoudre très bien le problème de la ventilation et de l’arrêt des poussières. Il a été imaginé par le prince Pignatelli, et il est aujourd’hui la propriété de M. Laurent Petit.
- Cet appareil, que représente notre gravure, est placé sur le toit du wagon.
- 11 se compose d’une manche à vent A qui re-l’eule l’air à l’intérieur du compartiment sous l’action de la vitesse du train et d’un récipient contenant une certaine quantité d’eau placé sur le parcours de ce courant d'air, servant a le rafraîchir et à le débarrasser des poussières qu’il peut contenir. Le contact entre l’air et l’eau est rendu plus intime au moyen de cloisons B en fils métalliques très fins; c’est une sorte de filtre qui arrête toutes les impuretés et les poussières entraînées par le courant d’air. Au sortir de cette boîte-filtre, l’air est amené par un conduit au plafond de la voiture où un registre D que le voyageur peut facilement manœuvrer, permet son introduction plus ou moins vive. Ce registre est disposé de façon à ce que l’entrée de Pair se fasse parallèlement au plafond et par conséquent dans les meilleures conditions pour n’incommoder personne.
- Afin qu’on ne s’occupe pas du sens de la marche du train pour orienter la manche à vent, et qu’un oubli dans cette manœuvre ne vienne rendre l’appareil inutile, on a placé une seconde manche a vent A' symétriquement à la première, ainsi qu’une seconde boîte-filtre. Un volet C qui manœuvre automatiquement sous l’action du courant d’air (et que
- notre gravure laisse voir seulement pour la seconde des deux boîtes) isole du conduit aboutissant en D celui des deux appareils qui ne doit pas fonctionner.
- Le refoulement de l’air produit par cet appareil dans l’intérieur du compartiment est assez considérable pour y déterminer une pression supérieure à celle de l’extérieur. Il en résulte que les poussières de la voie soulevées par le passage du train, ainsi que celles provenant de la fumée de la machine, ne peuvent plus pénétrer dans le compartiment par les interstices des châssis de fenêtres. C’est là un des résultats les plus appréciables du ventilateur qui, non seulement vous rafraîchit, mais aussi vous préserve de cette insupportable poussière noire qui pénètre jusque dans les pores de la peau et fait le désespoir du voyageur.
- Il résulte de ce que nous venons de dire qu’avec
- le ventilateur Pignatelli, il faut toujours tenir les fenêtres fermées pour avoir moins chaud, ce qui paraîtra paradoxal à bien des gens, et ce qui empêchera, avant que l’appareil soit bien connu du public, de l’appliquer d’une façon un peu générale; car il se trouvera toujours bien dans le com-- partiment un ou deux voyageurs qui refuseront de se rendre à ce raisonnent ent. Aussi c’est seulement dans les voitures de première classe, où l’on s’adresse à un public plus restreint et plus éclairé, qu’on commencera à l’appliquer.
- jusqu’à présent il y a très peu de voitures de chemin de fer munies de cet appareil; nous ne connaissons que la Compagnie d’Orléans qui l’ait appliqué sur quelques voitures de première classe de ses trains express ; il serait à désirer que les autres compagnies imitassent son exemple et que l’application devîntplus générale. 11 y aurait surtout lieu de l’appliquer aux trains sanitaires qui sont destinés en temps de guerre au transport des blessés, et auxquels on cherche à donner tout le confortable possible. Son emploi dans ce cas nous paraît tout indiqué, non seulement par les voitures qui sont construites spécialement pour cet usage, mais aussi pour celles qui ne doivent être aménagées qu’en temps de guerre; car l’appareil une fois construit peut être mis en place n’importe où, en peu de temps et à peu de frais. Nous pensons que le petit nombre des-
- p.205 - vue 209/432
-
-
-
- 206
- LA NATURE.
- applications tient surtout à ce que l’appareil est peu connu, et c’est pourquoi nous tenions à le signaler. G. Makeschal.
- L’INFLUENZÀ
- ET L’ACCROISSEMENT NORMAL DU POIDS DES ENFANTS
- M. R. Mailing Hansen, directeur de l’Institut royal pour l’enseignement des sourds-muets à Copenhague, vient de publier le résultat de curieuses observations relatives à VInfluenza. La note de M. Mailing Hansen, écrite en langue danoise, a paru dans le n° du 4 janvier 4890 du journal Nationaltidende, de Copenhague; elle a été traduite en volapük par J. Bayer, et du volapük en français par M. Paul Champ-Rigot :
- « A l’Institut royal de Copenhague, pour l’enseignement des sourds-muets, les élèves sont, depuis sept ans, pesés régulièrement chaque jour, au moyen d’une balance à bascule centésimale, pouvant peser jusqu’à quinze enfants à la fois, car les enfants, actuellement quarante garçons et trente et une filles, ne sont pas pesés individuellement, mais en six groupes; l’opération, qui d’ailleurs ne dure que quelques minutes, donne donc le poids de chaque groupe et le total des poids de tous les enfants, mais non celui de chacun d’eux. Ce pesage quotidien d’un grand nombre d’enfants est une expérience entièrement nouvelle, qui a permis de faire de curieuses observations de différentes natures : il a été remarqué, par exemple, que l’accroissement du poids des enfants a lieu surtout en automne et pendant la première partie du premier mois de l’hiver ; mais qu’il est peu sensible pendant les deux derniers mois de l’hiver, ainsi qu’en mars et en avril ; il est suivi d’une diminution qui dure jusqu’à la fin de l’été. Ces variations se sont répétées aux mêmes époques et avec la plus grande régularité pendant sept années consécutives. Aujourd’hui, pour la première fois de [toute cette longue période, une exception importante a été constatée, et le commencement de cette exception date à peu près de l’époque où l’inlluenza s’est déclarée à Copenhague.
- En 4889, les courbes indiquant graphiquement le poids des enfants avaient absolument ressemblé à celles des années précédentes, jusqu’à la date du 22 novembre, mais l’accroissement accoutumé s’arrêta le 25, et cet arrêt subsista sans modification depuis ce jour jusqu’au 21 décembre. Selon les observations des sept années précédentes, le poids de chaque enfant devait croître en moyenne pendant ces quatre semaines, de plus de 500 grammes ; mais cet accroissement n’a pas eu lieu du tout pour les filles, et en ce qui concerne les garçons, il n’a été que de 200 grammes par enfant, c’est-à-dire de moins des 2/5 de l’accroissement normal. L’arrêt constaté pendant ces quatre semaines est encore plus remarquable, lorsqu’on le compare aux résultats des semaines correspondantes de 4888, car le poids de chaque enfant, de l’un ou de l’autre sexe, s’est accru en 1888, du 24 novembre au 21 décembre, d’environ 700 grammes de plus que pendant la même période de 4889. Aucune modification n’a été apportée, pendant les quatre semaines en question, ni à la nourriture ni aux autres conditions matérielles de l’existence des enfants; il est présumable que cette perturbation, dans l’accroissement normal du poids, a été causée par la maladie susnommée. A la vérité, nous ne pourrions prouver
- irréfutablement que l’inlluenza nous avait atteints dès le 23 novembre, mais comme les cinquante-neuf premiers cas constatés officiellement à Copenhague ont été enregistrés dans l’espace d’une semaine, du l‘r au 7 décembre, on est en droit de supposer que la maladie existait dès lors, à l’état latent, depuis une huitaine de jours.
- L’état sanitaire des enfants a été particulièrement régulier; pendant que six des professeurs de l’Institut étaient fortement éprouvés par la maladie, aucun des élèves, pendant ces quatre semaines, n’a été influenzé. Sans doute, quelques cas de rhume ont été constatés, mais sans caractère extraordinaire et pas plus nombreux que les autres années en automne et au commencement de l’hiver. Donc, pendant que les statistiques officielles ne mentionnent aucun cas d’i'nfluenza parmi nos élèves, les diagrammes indiquant le poids des enfants nous font connaître que, pendant les quelques jours qui ont immédiatement précédé le 25 novembre, d’invisibles germes morbides ont pénétré dans notre Institut et que les effets de la lutte entre ces germes et les enfants ont commencé à se manifester dès le vingt-troisième jour de novembre. Cette lutte a absorbé à un tel point les forces vitales que les organes de nutrition n’ont fourni presque aucun apport à l’accroissement normal du poids; pendant le cours des quatre semaines en question, cet accroissement a même subi une diminution d’environ 500 grammes par personne, comparativement aux observations antérieures ; cette diminution, constatée pour chacun des six groupes pesés séparément, a été plus importante pour le groupe des plus âgées des filles (de 45 à 17 ans) que pour celui des plus âgés des garçons ; ce qui prouverait que eeux-qj auraient plus de force de résistance que celles-là. Officiellement donc, nous n’avons pas eu de cas d’influenza, mais en réalité chacun des élèves de notre Institut a été certainement, pendant quatre semaines, du 23 novembre au 21 décembre, sous l’influence de la maladie. D’où je conclus que tous nous avons été influenzés. »
- CHRONIQUE
- I.es moteurs électriques en Amérique. — 11
- résulte d’une statistique faite avec beaucoup de soin par M. Fitzgérald, de Détroit, qu’il existe en ce moment en Amérique un certain nombre de moteurs fixes représentant une puissance totale de 10 000 chevaux actionnant des dynamos dont le courant est distribué à environ 8000 moteurs électriques dont la puissance varie entre un dixième de cheval et dix chevaux (les moteurs actionnant les tramways ne sont pas compris dans cette statistique). La confiance du public dans les moteurs électriques est telle qu’il n’est pas de jour où les sociétés distribuant l’énergie électrique ne reçoivent des demandes pour remplacer des moteurs à vapeur de 20 à 100 chevaux, quelquefois même de plus puissants encore. A Chicago, par exemple, une imprimerie actionnée par un moteur à vapeur de 40 chevaux dont les chaudières en mauvais état exigeaient une réparation devant durer au moins trois semaines, a été, du jour au lendemain, mise en état de fonctionner par un moteur électrique recevant le courant de la station centrale. Le moteur électrique devient donc, en Amérique, le débouché complémentaire et naturel de la production des usines électriques centrales pendant le jour. Dans combien d’années atteindrons-nous ce résultat en France?
- p.206 - vue 210/432
-
-
-
- LA NAT IRE.
- 207
- La Vanille. — Bordeaux, un des principaux centres ! d’importation de la Vanille, en reçoit chaque année 2250 kilogrammes venant en majeure partie de l’île de la Réunion où la culture de l’Orchidée produisant ces gousses est relativement récente, et où on distingue quatre qualités. Les fruits de la première, dont le parfum est très accentué, ont de 17 à 25 centimètres de longueur; ceux des autres sont de dimensions moindres. Les Anglais s’approvisionnent surtout à l’île Maurice, où la récolte, assez faible cette année, serait seulement de 15 400 kilogrammes, ce qui lui a fait atleindre un prix assez élevé: 20 francs du kilogramme pour les gousses les plus communes, et 58 pour les plus belles. La Revue des sciences naturelles appliquées indique que deux méthodes différentes sont en usage pour la dessiccation de ces fruits. La première consiste à leur faire subir l’action des rayons solaires, d’abord en les étendant sur des couvertures, puis en les plaçant dans des boîtes recouvertes de toile. C’est cette seconde partie de l’opération, qui donne sa teinte brune à la vanille, et onia prolonge jusqu’à ce que la coloration soit suffisamment prononcée, pendant deux mois en moyenne. Les gousses sont ensuite enfermées par liasses de cinquante dans des boîtes de fer-blanc. Dans la seconde méthode, on blanchit un millier de gousses par une courte immersion dans l’eau bouillante, puis on les • fait sécher au soleil pendant plusieurs heures, après les avoir enduites d’huile ou enveloppées de coton huilé, afin d’éviter toute rupture pendant le séchage. Deux ou trois fois par jour, on les soumet à une légère pression, exprimant un liquide visqueux qui pourrait amener leur putréfaction. Ce traitement réduit les gousses aux trois quarts environ de leurs dimensions primitives.
- Pénétration de la lumière dans la profondeur de la mer. — Des expériences récentes, dans la mer Méditerranée, ont démontré que la lumière pénètre dans l’eau à une profondeur de 1518 pieds, ou 300 pieds de moins que ne l’avaient démontré les expériences antérieures. Ce fait fut déterminé au moyen de plaques au gélatino-bromure d’une grande sensibilité.
- (Anthomfs Photographie Bulletin.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 février 1890. —Présidence de M. Hermite.
- Le Dnjopithecus. — Les couches du miocène moyen de Saint-Gaudens ont fourni en 1856 àFontan les vestiges d’un grand singe que PaulGervais a décrit sous le nom de Dryopithecus Fontani et auquel ce savant paléontologiste a cru devoir attribuer un très grand caractère de supériorité sur les autres anthropomorphes. Les matériaux dont on disposait alors étaient un humérus et une mâchoire inférieure brisée, dont les fragments avaient été recollés dans des situations relatives probables mais non certaines. Une nouvelle mâchoire découverte récemment, également à Saint-Gaudens, par M. Régnault et présentée aujourd’hui par M. Gaudry, paraît devoir modifier singulièrement ces conclusions si favorables. L’illustre professeur de’paléontologie du Muséum a apporté sur le bureau, à côté du fossile, une série de maxillaires empruntés à diverses races humaines et à différents singes et qui permettent des comparaisons fort instructives. On voit tout de suite qu’au lieu de la transition annoncée vers les hommes inférieurs, il existe un véritable abîme entre la mâchoire du Dryopithecus et celle de la Vénus hottentote, spécimen le plus dégradé que puisse fournir l’espèce à laquelle nous
- appartenons. Au contraire les analogies du singe de Saint-Gaudens sont nettement accentuées avec les macaques et les magots, c’est-à-dire avec les formes simiennes les moins élevées : le Dryopithèque n’est plus que le terme le plus bas de la série des anthropomorphes. En même temps M. Albert Gaudry insiste sur la forme générale du maxillaire inférieur au point de vue des conditions qu’il procure à la langue et, dans une charmante conférence, trop courte au gré de l’auditoire, il fait ressortir l’importance de la récente trouvaille au point de vue de la question si nébuleuse encore de l’origine du langage. Tandis que chez l’homme la langue dispose d’une place très spacieuse tant en largeur qu’en longueur, chez les singes au contraire elle est resserrée en tous sens et ne se prête pas par conséquent aux évolutions compliquées réclamées par l’émission des sons articulés. L’animal tertiaire, avec son museau de chien, devait avoir une langue courte et très peu mobile; on peut supposer qu’il ne savait produire que des grognements. — A ce dernier point de vue, plusieurs observations intéressantes sont présentées par M. Emile Blanchard, puis par M. Alphonse Milne-Edwards, qui précise davantage encore les rapports du fossile de M. Régnault avec les singes actuels. On sait que Gratiolet, avec une très grande perspicacité, divisait les anthropoïdes en deux groupes ayant chacun des analogies avec une série de singes inférieurs : l’Orang était pour lui le chef de file des semnopithèques, singes d’Asie, tandis que le Gorille et le Chimpanzé commandaient aux macaques. Or, M. Milne-Edwards estime que c’est à cette seconde section qu’il convient de rattacher le Dryopithèque et cette opinion est renforcée encore par des considérations faciles à comprendre de géographie zoologique. Quant à savoir s’il était inférieur ou supérieur à nos anthropomorphes actuels, il faudrait peut-être pour l’affirmer savoir éliminer ce qui dans la forme du maxillaire peut dépendre de l’âge ou du sexe. Enfin l’art de moduler des sons articulés n’est pas toujours, comme on pourrait le croire, en proportion du perfectionnement organique général, et il est même remarquable que les plus musiciens des singes soient, sans conteste, les sajous, c’est-à-dire des animaux américains relativement inférieurs. On voit par ces quelques mots combien ces hautes questions sont difficiles.
- Application géographique de la zoologie. — Revenant à des considérations qui lui sont particulièrement chères, M. Emile Blanchard insiste sur la distribution des animaux dans le sud-est de l’Asie et en conclut que les îles de la Sonde ont dû être violemment séparées de ce continent à une époque géologique tout à fait récente. Passant en revue les principaux types de la faune de ces régions, l’auteur énumère un très grand nombre de formes de mollusques terrestres et fluviatiles, d’insectes, de poissons d’eau douce, de batraciens et même de mammifères tout à fait sédentaires, comme des porcs-épics, des écu reuils et des civettes qui sont parfaitement identiques au Cambodge, en Cochinchine, à Java, à Sumatra et à Bornéo. Repoussant, comme impossible à admettre, l’hypothèse d’un transport accidentel au travers des bras de mer, M. Blanchard voit dans la récente catastrophe de Krakatau une preuve que des phénomènes géologiques subits et intenses peuvent amener la séparation de vastes régions terrestres et, malgré la très grande différence des dimensions, il voit, dans l’insularisation de Java, de Sumatra et de Bornéo, le résultat de convulsions volcaniques analogues.
- Synthèse du fer chromé. — Les expériences que je poursuis au laboratoire de géologie du Muséum m’ont
- p.207 - vue 211/432
-
-
-
- 208
- LA NATURE.
- amené à des résultats nouveaux que M. le secrétaire perpétuel veut bien signaler à l’Académie de la manière la plus indulgente. Il s’agit de la préparation, par réduction des chlorures, d’un alliage nouveau de fer et de chrome voisin pour la composition de Fe3Cr5 et ultérieurement de la synthèse du fer chfomé par oxydation de cet alliage dans la vapeur d’eau au rouge. La conséquence que je crois légitime de tirer de ce résultat, certainement conforme au procédé mis en œuvre par la nature pour produire les granules et les amas de chroinite contenus dans les roches serpentineuses, s’applique directement à l’histoire des roches silicatées magnésiennes. A l’origine, des vapeurs dont la constitution m’a naguère occupé, ont donné naissance, par leur réaction mutuelle, à une sorte de givre consistant en cristaux plus ou moins confus de minéraux pyroxéniques et péridotiques. Ces grains, dans un deuxième temps, ont été reliés entre eux par des concrétions de substances variées, au premier rang desquelles iigurent le fer natif, des alliages de fer et de nickel et des alliages de fer et de chrome.
- Poussées ensuite, sous l'effort de réactions mécaniques, vers la surface aquifère du globe, les roches dont il s’agit ont subi d’abord une combustion de tous leurs éléments métalliques : le fer natif est devenu du fer oxydulé, les fers nickelés se sont scindés en fer oxydulé et en oxyde de nickel soluble incorporé plus tard à des hydrosilicates comme en Nouvelle-Calédonie; les alliages de fer et de chrome enfin ont donné le fer chromé, conformément aux expériences précédentes. Plus tard, enfin, le pyroxène et le péridot, cédant à l’énergie chimique des eaux d’infiltration, se sont transformés plus ou moins complètement en serpentine.
- L’Aimée scientifique et industrielle. — M. Bouquet de la Grye présente, avec de grands éloges, le trente-troisième volume de la revue annuelle publiée par M. Louis Figuier. Ce savant et infatigable vulgarisateur a, cette fois, ajouté à son exposé ordinaire un très important compte rendu de l’Exposition universelle augmenté lui-même d’une vue générale et de deux plans coloriés. Une notice nécrologique remplie de faits intéressants termine ce remarquable volume où tout se trouve exposé en un style limpide et clair, de ce que 1889 a vu se faire de vrai ou de grand dans le domaine des sciences pures et appliquées.
- Varia. — C’est avec un très vif sentiment de regrets que nous enregistrons ici la mort de M. De Launay, notre distingué et sympathique confrère académique du Temps.
- — Pour M. Desemeris, la taille est un moyen efficace de guérison des vignes phylloxérées. — La tension de vapeur des dissolutions dans l’acide acétique occupe M. Raoult.
- — M. Léopold Hugo étudie les propriétés arithmétiques d’un carré magique découvert en Chine et dont l’antiquité remonterait à 3500 ans. — M. Blanchet assure avoir isolé le microbe de l’influenza. — L’analyse chimique de la truffe a démontré à M. Chatin la présence, dans ce cryptogame, de deux éléments qu’on n’y avait pas encore signalés, l’iode et le manganèse. Stanislas Meunier.
- --9~A.<—
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LA PÊCHE ÉLECTRIQUE
- Pour faire votre hameçon et sa ligne, vous prenez une épingle dont vous enduisez la tête d’une boulette de cire à cacheter. Puis vous recourbez l’autre
- extrémité (côté de la pointe) et vous y attachez un bout de fil a coudre de 20 à 25 centimètres de long. Vous attachez ensuite ce fil à l’extrémité d’un crayon, d’une règle ou d’un porte-plume pour former la gaule. Vous voilà prêt, il ne manque que les poissons. Vous les fabriquez avec du papier à cigarette ou autre papier léger. Vous leur donnez les formes que vous voulez,après en avoir fait le dessin avec un crayon ; faites-les de 2 ou 5 centimètres de long au plus. Vous les posez sur une table et il s’agit de les attraper avec la ligne.
- Les personnes non prévenues n’y réussiront pas ; mais les savants réussiront tout de suite, car ils se souviendront que la cire à cacheter frottée sur du drap s’électrise et qu’une fois électrisée elle attire les corps légers.
- On peut faire en outre pour ceux qui savent, un jeu amusant. On dispose sur la table deux cartes de visite ou à jouer, à 20 centimètres l’une de l’autre. On place sur l’une trois ou quatre poissons, et il s’agit de les transporter sur l’autre sans les toucher avec les mains et sans frotter de nouveau la cire. On peut augmenter la difficulté à volonté en augmentant, soit la distance entre les cartes, soit le nombre des poissons. Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. T iss an dieu.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- La pêche électrique. — Attraction de corps légers au moyen d'un petit morceau de cire à cacheter électrisé par le frottement. — A. Détail de l’épingle et du poisson de papier.
- p.208 - vue 212/432
-
-
-
- N# 875. — 8 MARS 1890.
- LA NATURE.
- 209
- ÉDOUARD CHARTON
- Celui qui portait ce nom et que la mort a enleve' à une longue existence de travail et d’honneur est un de ces rares et beaux caractères qui, plus soucieux d’être utiles aux autres que de s’occuper d’eux-mêmes, semblent n’avoir qu’un seul but dans leur vie : faire le bien. La physionomie d’Edouard Charton reste dans le souvenir de tous ceux qui l’ont connu, c’est-'a-dire de tous ceux qui l’ont aimé et vénéré, comme le type accompli du moraliste et de l’éducateur.
- Né à Sens le 11 mai 1807, Edouard Charton, après avoir fait ses études de droit à Paris, se sentait comme invinciblement attiré vers une vocation toute particulière, qui l’appelait a répandre parmi tous, les bienfaits de l’instruction, les notions relatives à l’art, aux voyages, aux découvertes, aux sciences, à tout ce qui peut contribuer à élever les esprits et à fortifier les cœurs. Dès les derniers mois de la Restauration, il était rédacteur en chef du Bulletin de la Société pour l'instruction élémentaire, et du Journal de la morale chrétienne.
- Voué désormais à ce genre de littérature pratique, il voulut s’y consacrer davantage, et il fonda, en 1833, avec le concours de jeunes amis animés comme lui du désir d’être utiles, le Magasin pittoresque, qu’il appela lui-même aussi le. Magasin à deux sous. « Notre ambition, disait le jeune rédacteur en chef dans son premier numéro, sera d’intéresser, de distraire : nous laisserons l’instruction venir à la suite, sans la violenter, et nous ne craignons pas que jamais elle reste bien loin en arrière.... A toute question nous espérons avoir une réponse prête, en nous tenant attentivement à la hauteur des connaissances, des découvertes, des productions des beaux-arts, en appelant tour à tour nos artistes, nos écrivains, à représenter, à dire ce qui est vrai, ce qui est beau, ce qui est utile, sans mélange d’exagération ou d’imaginations mensongères. »
- Le Magasin pittoresque était illustré de gravures sur bois, alors presque complètement inconnues en France; ce journal obtint, dès son apparition, un 18* année. — l»r semestre
- succès prodigieux, et son rédacteur en chef, pendant plus d’un demi-siècle, en fit l’objet principal de ses préoccupations et de ses soins. En terminant la cinquantième année de ce recueil qui aura rendu de si grands services à l’enseignement, qui aura si puissamment contribué à répandre le goût des beaux-arts, des curiosités archéologiques, des voyages, des applications scientifiques, M. Charton a pu dire avec autant de modestie que de vérité : « Parmi les milliers de pages écrites sur tant de sujets divers par mes collaborateurs et par moi pendant ces cinquante années, il n’en est aucune que je n’aie lue avec sollicitude avant de la publier, aucune (ma conscience me l’assure) qu’ait à réprouver l’honnêteté la plus scrupuleuse. »
- Edouard Charton se retrouve l'a tout entier : il était de ceux qui ont, au plus haut degré, le respect de leur plume et le sentiment de leur devoir d’écrivains. Tout ce qu’il a écrit, tout ce qu’il a inspiré, tout ce qui a été publié sous sa direction, porte le ca-, cliet de son intégrité et l’empreinte de cette inébranlable probité que, suivant sa forte expression, il tenait de sa conscience.
- L’œuvre d’Édouard Charton est considérable : il collabora à la même époque à la Revue encyclopédique de son ami Ilippolyte Carnot, le père du Président actuel de la Répu- \ blique française ; en 1843, il prit part àt la fondation de VIllustration, et toujours poussé par le désir d’être utile, il offrait à ses lecteurs un guide pour le choix d’un état, ou Dictionnaire des professions, qu’il devait refondre plus tard, et publier encore une fois à la fin de sa vie.
- Dans sa jeunesse Edouard Charton avait adhéré au Saint-Simonisme qui captivait l’enthousiasme de tous les hommes d’action; mais il cessa d’en être l’adepte après les prédications dangereuses et mystiques d’Enfantin. Le jeune écrivain protesta même avec énergie et se refusa d’entrer dans une voie qu’il jugeait pleine de périls pour la morale.
- En 1848, Charton, appelé par Ilippolyte Carnot au. secrétariat général du Ministère de l’instruction publique, posa bientôt sa candidature à la Constituante dans son département natal : « L’œuvre de toute ma vie, disait-il dans sa profession de foi, a été de détruire
- 14
- Édouard Charton, né à Sens le 11 mai 1807, mort à Versailles le 27 février 1890. (D’après une photographie de M. Eug. Pirou.)
- p.209 - vue 213/432
-
-
-
- 210
- LA NATURE.
- l’ignorance, origine première des inégalités sociales, de tous les désordres, presque de tous les maux. » 11 fut élu. Plus tard en avril 1849, Charton était nommé Conseiller d’État, et, par suite, ne se présenta pas aux élections pour la Législative.
- Après avoir été rendu à la vie privée par le coup d’Etat du 2 décembre, le fondateur du Magasin pittoresque se consacra avec plus d’ardeur que jamais à ses travaux de littérature et d’enseignement populaire. Il publia, à côté du 3Iagasin pittoresque, des ouvrages illustrés du plus grand mérite, comme les Voyageurs anciens et modernes, écrit en collaboration avecM. Ferdinand Denis, ou comme VHistoire de France d'après les monuments, exécuté avec le concours de M. Henri Bordier. Ces livres ont une grande valeur, ils abondent en documents-originaux, en reproduction de gravures anciennes et dénotent les plus consciencieuses recherches de la part de leurs auteurs. En 1856,1 infatigable publiciste fît paraître un nouveau journal de science domestique : il l’appela l'Ami du foyer; c’est la seule deses œuvres qui n’ait pas eu un succès durable. Par contre, en 1860, il fonda successivement, pour le compte de la maison Hachette, le Tour du monde, journal des voyages dont le succès a pu être comparé à celui du Magasin pittoresque, et la Bibliothèque des merveilles, abondante collection de livres d’un prix modeste, et qui constituent une inépuisable mine de vulgarisation scientifique.
- Edouard Charton a vivement contribué au développement des Bibliothèques populaires, il a été l’un des présidents les plus zélés et les plus actifs de la Société Franklin; il a spécialement écrit pour ces Bibliothèques populaires qu’il aimait tant, un livre touchant, où abondent les sentiments délicats et tendres : Histoire de trois pauvres enfants.
- Le 6 septembre 1870, au moment du siège de Paris, Charton, qui depuis longtemps avait fixé sa résidence à Versailles avec sa famille, fut nommé préfet de Seine-et-Oise, mais il ne remplit ses fonctions que quelques jours, et dut se retirer lors de l’arrivée des armées allemandes. Aux élections du 8 février 1871, il fut nommé représentant de l’Yonne à l’Assemblée nationale. Lors de l’élection des sénateurs inamovibles par le Parlement, la candidature lui fut proposée, mais il préféra s’adresser aux électeurs de son département natal, qu’il n’a cessé depuis de représenter au Sénat.
- En 1867, Edouard Charton avait été nommé correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques; il fut dix ans après, en 1876, élu membre libre, en remplacement de Casimir Perier qui venait de mourir.
- Le dernier ouvrage qu’il a écrit est le Tableau de Cébès, œuvre exquise, d’une philosophie à la fois rigide et aimable ; l’auteur s’y montre tout entier depuis les premiers élans de sa jeunesse jusqu’aux méditations de l’âge mur. On y voit le fond de son cœur toujours accessible à la générosité et aux grands sentiments ; on y découvre le secret de ses
- pensées toujours fortifiantes qui le conduisent à aspirer vers les régions élevées de l’idéal, ou vers les hauts sommets du monde moral.
- On peut résumer la vie d’Édouard Charton, par cette belle devise qu’il semble avoir eu sans cesse présente à l’esprit: « Être utile». Plus que tout autre, il appréciait les bienfaits de l’étude et de l’instruction, et ces bienfaits il voulait en faire profiter les plus petits et les plus humbles. C’est à ceux-là surtout qu’il se plaisait à s’adresser. Il écrivait simplement, sans chercher les grands effets, mais avec une correction parfaite et une clarté saisissante; il aimait accompagner son texte de gravures ou d’images toujours bien choisies, et qui suivant son heureuse expression « parlent aux yeux » ; il s’attachait à éveiller chez le lecteur les douces impressions qui accompagnent le tableau des scènes riantes ou les sentiments plus élevés qu’évoquent les souvenirs de la famille et de la patrie.
- Édouard Charton avait un cœur plein d’affectuosité et de tendresse; il s’intéressait vivement aux efforts des jeunes gens et ne leur refusait jamais ses encouragements et ses conseils. Il savait les exhorter à bien faire, à aimer le travail, à avoir le culte de l’honneur. Nul ne saurait mieux l’affirmer que celui qui écrit ces lignes, puisque c’est au Magasin pittoresque qu'il fit ses débuts en 1865, et que depuis ce moment, il a pu apprécier le caractère plein d’élévation et de bonté de celui qu’il considère comme un de ses maîtres les plus respectés.
- A cette époque, le Magasin pittoresque était encore à l’heure de ses grands succès. Tous les jeudis, Édouard Charton donnait ses audiences, au premier étage des bureaux d’abonnements qui étaient situés quai des Grands-Augustins. Il se tenait assis devant une table ronde recouverte d’un tapis vert. Le lieu avait un caractère de simplicité monacale. Tous les visiteurs y étaient facilement admis; ils s’asseyaient autour de la pièce et venaient tour à tour prendre place à côté de M. Charton. La conversation de chacun se trouvait ainsi entendue par tous. Mais il n’y avait rien à cacher au Magasin; tout se passait à ciel ouvert et au grand jour. Le débutant trouvait là bon accueil, visage souriant, et sollicitude quasi paternelle.
- M. Édouard Charton s’est-il jamais douté du bien qu’il a fait à des jeunes gens, qui parfois rebutés partout ailleurs, trouvaient en lui un maître plein de bienveillance, un guide expérimenté? Le directeur du Magasin pittoresque a souvent corrigé lui-même les manuscrits écrits par des mains inhabiles; il les renvoyait à leur auteur, en prenant la peine de dire quel était leur côté défectueux et ce qu’il y avait à faire pour en améliorer la forme.
- Mais ce qu'on trouvait aussi auprès de M. Édouard Charton, soit au bureau de son journal, soit à son foyer domestique, c était l’exemple le plus noble d’une vie tout entière consacrée au travail et au bien. Ennemi de la médisance et de la critique
- p.210 - vue 214/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 211
- passionnée, sa conversation se portait de préférence vers quelque sujet d’ordre élevé ; il fuyait les polémiques ardentes et se plaisait dans le domaine d’une philosophie aimable et douce.
- L’éminent publiciste ne perdait jamais son œuvre de vue, il écrivait fréquemment à ses collaborateurs, les exhortait à recueillir des matériaux instructifs et intéressants, ou il leur indiquait même le choix des articles à faire. Ses lettres, toujours concises, n’en contenaient pas moins de bons avis, des préceptes à retenir, et souvent des traits d’un esprit charmant. Il apportait le même zèle à toutes ses entreprises, à la Bibliothèque des merveilles comme aux conférences de la Bibliothèque populaire de Versailles, qu’il a dirigées pendant de longues années.
- Édouard Charton était un moraliste à la fois austère et gracieux. Il a laissé après lui des œuvres nombreuses, où pas une seule ligne n’est à effacer. On pourrait en dire autant de toutes ses actions, dont pas une ne serait à regretter pour lui; il ne travailla, comme il l’avait promis lui-même à ses débuts, qu’en vue du vrai, du beau et de l’utile. Par sa physionomie et son caractère, sa longue carrière rappelle l’existence du sage.
- Gaston Tissandier.
- ——-------
- BALEINE ET CABLES TÉLÉGRAPHIQUES
- Le 9 septembre 1889, une faute s’est déclarée dans la section de Santos-Santa-Catharina, réseau de la Compagnie télégraphique Western Brasilian. Cependant la conductibilité n’était pas supprimée, car les signaux passèrent jusqu’au 17 octobre, jour où la portion malade du câble fut coupée par le Wicking chargé de la réparation. Alors il se produisit, à 76 milles au nord de Santa-Catharina et par 57 brasses d’eau, un fait singulier : le câble céda à la pression qu’exerçaient les grappins près de la faute, et l’on vit arriver à la surface de l’eau la carcasse d’une énorme baleine, longue de 16 mètres, qui s’arrachait du fond de la mer, le ventre en l’air, avec autant de vitesse que si une torpille avait éclaté. La peau avait été complètement enlevée, excepté du côté de la queue et du côté de la tète où il en restait quelques lambeaux ; cependant, la cavité intérieure du corps était restée close, de sorte que le gaz qui s’y était accumulé possédait une pression considérable.
- Aussitôt que la carcasse arriva à fleur des vagues, elle fit explosion et remplit l’eau d’émanations si fétides, qu’on s’empressa de couper le bout qui y était enroulé ; on préféra sacrifier un bout de ligne et laisser filer au loin un tel objet d’infection.
- On voyait encore plusieurs tours de fil autour de la partie postérieure du cétacé, qui s’était trouvé enveloppé et avait péri étouffé, parce qu’il n’avait pu remonter à la surface de la mer, pour respirer comme les baleines ont besoin de le faire.
- Il est probable que cette sorte de tragédie sous-marine s’était produite le 9 septembre, lorsque la faute s’était déclarée, et que la baleine était restée accrochée jusqu’au 17 octobre, sur le lieu de son étranglement.
- Son corps était tout couvert de moules, mais on en trouve souvent sur le corps des baleines vivantes, et les
- plus vigoureux cétacés ne peuvent se debarrasser de ce hôtes incommodes qui emploient ainsi à leur bénéfice les puissants moyens de locomotion de ces monstres marins. Ces incidents dont nous empruntons le récit au Cosmos sont loin d’être sans exemple dans l’histoire de la télégraphie.
- LA CONQUÊTE DU POLE SUD
- Tandis que de nombreuses expéditions se succèdent vers le pôle nord, où l’on a dépassé le 85e parallèle *, la conquête du pôle sud semble depuis longtemps abandonnée par les explorateurs. Il faut reconnaître que la persévérance avec laquelle les navigateurs cherchent à s’élever jusqu’à l’extrémité nord de l’axe terrestre est justifiée par l’état avancé des connaissances géographiques sur les régions polaires boréales, d'ailleurs moins éloignées des pays civilisés que les contrées antarctiques. Autour du pôle nord, on lutte avec plus de courage contre les obstacles de la nature parce qu’on est tout près du but et que l’effort nécessaire pour l’atteindre est plus faible.
- Cependant, l’attention du monde géographique vient de se porter quelque peu vers le pôle sud. En effet, il se confirme que le baron Erik Nordenskiôld, le savant professeur suédois auquel est due la découverte du passage du Nord-Est, doit diriger une expédition polaire qui partira d’Europe l’an prochain, au commencement de l’automne, qui est le printemps de l’hémisphère austral. Les frais de ce grand voyage maritime seront supportés par la Société royale géographique d’Australie, et M. Dickson, de Goëteborg (Suède). En vapeur tout spécialement emménagé sera affrété pour cette expédition, qui, outre son but géographique, aura pour mission d’étudier, au point de vue de la physique du globe, de la météorologie et de l’histoire naturelle, la mer et les terres voisines du pôle austral.
- Les découvertes faites dans l’océan Glacial antarctique laissent encore inconnue une région immense, formant la calotte polaire méridionale de notre globe. Il semble probable que l’extrémité sud de l’axe terrestre est occupée par une sorte de continent, qui l’entoure jusqu’au cercle polaire en plusieurs endroits et dont les navigateurs ont reconnu le littoral de divers côtés. On a signalé, en effet, autour du pôle, entre le 65° et le 70° parallèle, quelques groupes d’iles et de nombreuses terres dont les limites sont ignorées. Au sud de l’Amérique et de l’Australie, ces côtes dépassent même le cercle polaire.
- Néanmoins, il y a déjà plus d’un demi-siècle, de vaillants navigateurs ont atteint d’assez hautes latitudes méridionales. Dès 1773, l’illustre capitaine anglais Cook s’avança, au sud de la Nouvelle-Zélande, jusqu’au 71° parallèle, où il fut arrêté par les glaces. Un compatriote de ce grand marin, Weddell, parvint, en 1823, à une plus petite distance du pôle, par 78° de latitude. Il navigua ainsi sur une mer ouverte, dans le sud de l’Atlantique, sans rencontrer de terres. Y a-t-il là un simple golfe ou un véritable passage ? Nul ne le sait.
- En face de la Nouvelle-Zélande, à l’ouest des terres visitées en 1838-1839 par le français Dumont d’Urville, le capitaine anglais James Ross atteignit avec de nombreuses difficultés, en 1841, la plus haute latitude sud à laquelle on soit parvenu-: 78° 10', à 1300 kilomètres du pôle. Ross fut arrêté dans l’océan presque libre de
- 1 Voy. n° 857, du 2 novembre 1889, p. 358.
- p.211 - vue 215/432
-
-
-
- 212
- LA NATURE.
- glaces qu’il traversait par une grande terre qui reçut le nom de Victoria. Comme la plupart des terres antarctiques, cette contrée, la plus avancée vers le pôle, est sillonnée de hautes chaînes de montagnes, couvertes de neiges éternelles, d’où d’immenses glaciers alimentent les banquises qui bordent la côte. On trouva là deux volcans, dont un en éruption, qui furent baptisés Ere-bus et Terror, en souvenir des vaisseaux de Ross.
- Le continent austral qui occupe probablement toute la région qui avoisine le pôle semble donc plus vaste encore que l’Australie, cet autre continent de l’hémisphère océanique. Aussi la terre antarctique est-elle de beaucoup le plus grand pays désert de notre planète.
- On peut espérer toutefois que ces côtes glacées présentent une solution de continuité, qui permettra au navire de Nordenskiôld de se glisser vers le pôle. Dans le cas contraire, la route de terre à l’aide de traîneaux paraît impraticable, en raison de la grande distance à parcourir,
- avec les provisions nécessaires au voyage d’aller et à celui de retour, à travers des pays montagneux, complètement inconnus, que la glace et la neige recouvrent d’un blanc manteau.
- Si Nansen au pôle nord, et Nordenskiôld au pôle sud parviennent à réaliser les espérances qu’on est en droit de fonder sur leur courage et leur habileté, ce ne sera pas une des moindres gloires du dix-neuvième siècle que d’avoir réussi à soulever l’épais voile de mystères qui nous cache encore les deux pôles terrestres.
- Jacques Lkotahd.
- —-
- CURIEUX TRAMWAY AMÉRICAIN
- Notre gravure représente une singulière manœuvre opérée par un tramway installé dans la magnifique ville d’Ontario (San Bernadino County), en Californie.
- L'un traînant l’autre. — Tramway d’Ontario, en Californie, à la descente d'une côte.
- Ce tramway dessert la banlieue d’Ontario en passant au milieu de l’avenue Euclide, charmante voie bordée d’orangers et de citronniers, et qui n’a pas moins de 10 kilomètres et demi d’étendue. En s’éloignant de la ville, cette route atteint les collines où elle a des pentes très raides à franchir.
- Une paire de mules traîne la voiture en plaine et pour monter les côtes; mais quand on descend, on laisse à la gravité le soin de transporter le tramway et son attelage, comme on peut le voir dans le dessin que nous empruntons au Scientific American. Pour arriver à ce résultat, les mules sont embarquées sur une petite plate-forme, supportée vers une extrémité par des roues, et à l’autre sur la partie arrière de la voiture; elle est munie de freins ma-nœuvrés par le conducteur ; une balustrade entoure les animaux, qui, paraît-il, acceptent très bien cette situation. Quand ils doivent reprendre la traction du véhicule, on rabat la balustrade de la plate-forme,
- et celle-ci poussée sur des glissières, disparaît sous le plancher du tramway. Cette manœuvre, de même que celle inverse, ayant pour objet l’embarquement de l’attelage, se fait presque instantanément. *
- En descendant ainsi, on économise la force des animaux, on leur donne quelques instants de repos et on peut marcher avec une rapidité qu’ils ne sauraient atteindre.
- Cette rapidité compense amplement pour les voyageurs le petit retard occasionné par le changement du mode de traction.
- On a déjà proposé aux Etats-Unis d’appliquer le système des montagnes russes au transport régulier des voyageurs sur des voies ondulées ; voici un premier pas fait dans cet ordre d’idées, car il esta supposer que l’on utilise sur le tramvay d’Ontario la vitesse acquise à la descente pour parcourir une partie de la route en plaine.
- p.212 - vue 216/432
-
-
-
- LA NATURE
- 213
- LES VOIES MÉTALLIQUES
- DANS LES CHEMINS DE FER
- La voie ferrée, telle qu’elle est constituée actuellement avec ses traverses en bois de 2ra,50 de longueur supportant les rails avec un espacement moyen souvent inférieur à un mètre, exige ainsi une longueur de bois bien supérieure à celle de la partie métallique, et elle entraîne par là, tant pour la construction que pour l’entretien, une consommation de bois considérable. Bien des essais ont été tentés pour constituer la voie ferrée dans toute l’extension
- de ce mot, et remplacer le bois par des supports en métal. En dehors de l’économie du bois, il y aurait là pour la métallurgie un intérêt capital, car elle retrouverait dans la fourniture des traverses ou des longrines une partie du débouché qu’elle s’est fermée à elle-même par l’invention des rails en acier ou métal fondu qui n’exigent en quelque sorte aucun remplacement, car ils ne s’usent pas, tandis que les vieux rails en fer devaient retourner à l’usine tous les dix ou quinze ans pour se transformer en rails neufs.
- Malheureusement, il est difficile de trouver un type de traverse métallique répondant d’une manière
- 1. Voie sur une longrine Mac-Donnell. — 2. Installation de la voie Hartwich en Alsace-Lorraine. — 5. Voie sur une cloche type Livesey. — 4. Assemblage de la traverse sans attache type Wood. — 5. Traverse Post et installation de la voie Vignole. — 6. Traverse type Ouest avec coussinet en fonte coulé sur la traverse.
- satisfaisante à toutes les conditions imposées : Donner beaucoup d’assiette et de stabilité à la voie, avoir des attaches immuables ou plutôt n’avoir pas d’attache pour pouvoir supporter sans desserrage les vibrations continuelles dues au passage des trains, n’exiger par suite aucun entretien, et pouvoir durer un temps assez long pour compenser l’excès des dépenses d’installation qu’exige nécessairement la traverse métallique par rapport à celle en bois. Les essais pratiqués sur voies métalliques l’ont été surtout à l’étranger, en Hollande, en Belgique et en Allemagne, et dans les pays a climat chaud comme l’Algérie, où l’usage des traverses métalliques s’impose, car le bois se décompose trop rapidement. En France, les compagnies de chemins de fer ont fait,
- chacune de son côté, quelques essais isolés, mais il ne semble pas que l’usage des traverses métalliques soit appelé à pénétrer bientôt dans la pratique. Quoi qu’il en soit, l’Exposition universelle présentait quelques spécimens de voies entièrement métalliques, et nous avons cru intéressant à cette occasion de donner quelques détails sur les types les plus répandus.
- Comme type de voie sur longrine, nous représentons figure 1 le rail Mac-Donnell qui est une transformation du rail Barlow ayant figuré dans la galerie de l’histoire du travail. La voie Mac-Donnell a été posée en 1853 sur une section de la ligne de Bristol and Exeter Railway, et elle est encore en service actuellement. Comme leremarqueM.Cantagrel
- p.213 - vue 217/432
-
-
-
- 21 4
- LA NATURE.
- dans l'étude sur les voies métalliques qu’il a présentée à la Société des ingénieurs civils, c’est la plus longue expérience de voie métallique qu’il soit possible de citer; il est donc très remarquable que cette voie soit encore passable actuellement, et quelle puisse satisfaire à des conditions de trafic inconnues en 1853. La voie Mac-Donnell est formée, comme l’indique la figure, d’une longrine plate à large embase avec nervure, sur laquelle repose le rail en U renversé, par l’intermédiaire d’une fourrure en bois. Des boulons traversant ces trois parties maintiennent la solidarité de l’ensemble.
- L’avantage évident de la voie sur longrines est de soutenir le rail sur toute sa longueur, d’éviter les chocs dans les joints et d’assurer un roulement plus doux. Il doit en résulter par suite une certaine économie dans le poids total du matériel fixe, dans les frais d’entretien de la voie et du matériel roulant; mais on n’a pas tardé h reconnaître en pratique que ces avantages sont plus apparents que réels, car il arrive toujours que le ballast formant l’appui se répartit trop irrégulièrement sous la longrine, et le rail n’est plus soutenu d’une manière continue, ce qui oblige à reprendre des types presque aussi résistants et par suite aussi lourds qu’avec la voie sur traverses. Il faut en outre assurer un entretoisement rigide des files de rails parallèles, et les maintenir dans les courbes avec l’inclinaison voulue pour prévenir les déraillements presque inévitables autrement; car les rails prennent toujours un certain écartement, et il en résulte dans le passage des trains des mouvements de lacet plus pénibles et plus dangereux que les chocs aux joints des voies sur traverses. Il faut ajouter enfin que la plate-forme de la voie doit être tenue dans un état d’assainissement parfait, car autrement l’eau séjourne sous la voie, et déplace le ballast, détruisant ainsi la régularité du bourrage. Cette obligation peut entraîner des travaux considérables, et on en trouve un exemple dans la figure 2 qui représente l’installation adoptée sur les lignes d’Alsace-Lorraine munies du rail Harlwich. Chaque file de rails est soutenue sur une ligne de pierres, et celles-ci sont traversées tous les cinq mètres par un drain débouchant dans un fossé longitudinal.
- Nous représentons dans la figure 3 un dessin emprunté à la communication de M. Cantagrel, du type de voie sur cloche métallique appliqué en Angleterre sur le Great Eastern Railway. Cette cloche, connue sous le nom de l’inventeur, M. James Livesey, comporte une tôle d’acier embouti supportant directement le rail dont le patin est retenu d’un côté par un boulon rivé et de l’autre par un coin en bois pénétrant dans une mâchoire fixée en dessous par le rivet. Ce type de voie est d’ailleurs à peu près complètement abandonné en Europe, mais en raison de la diminution de poids de métal qu’il entraîne, il est toujours conservé aux Indes sur les lignes dont le trafic est peu important en général.
- Les voies sur longrines ou sur cloches constituent
- actuellement une exception isolée dans les chemins de fer, et les voies ordinaires sur traverses forment pour ainsi dire le cas unique à considérer; c’est donc pour celles-ci qu’il convient de rechercher un type de traverse susceptible de remplacer la traverse en bois. De nombreuses tentatives ont été faites dans cette voie, et on rencontrait à l’Exposition les spécimens des principaux types essayés. Malgré ces tentatives, il est peu de ces types qu’il soit possible actuellement d’apprécier définitivement, car l’expérience qui en a été faite n’a pu porter sur un assez grand nombre d’années; il faut en effet qu’une traverse métallique dure au moins trente ans en n’exigeant qu’un entretien presque insignifiant pour que l’emploi en soit avantageux, car elle doit être lourde et par suite chère pour donner de la stabilité à la voie ; d’autre part avec les procédés de conservation des bois qu’on emploie actuellement, comme le créosotage, on est arrivé à prolonger beaucoup la durée des traverses en bois ; et M. Clerc, directeur des travaux de la Compagnie de l’Ouest, estime qu’au bout de vingt-cinq ans les traverses en bois ainsi préparées, qui n’ont pas subi de détérioration résultant d’efforts mécaniques accidentels, sont encore dans un bon état de conservation.
- Le principal écueil des traverses métalliques tient à la difficulté de maintenir le bourrage du ballast, et surtout à celle d'obtenir des assemblages toujours résistants. Il arrive en effet que les attaches entièrement métalliques prennent du jeu au bout de peu de temps, et se relâchent, les rails ne sont plus maintenus, ils se déplacent, donnent un roulement mauvais et prennent plus d’usure.
- La plupart des types de traverses métalliques essayées dérivent de la traverse Vautherin, elles sont formées d’un fer en U renversé dont les extrémités sont elles-mêmes repliées de manière à constituer sur la voie une sorte de boîte sans fond qui retient le ballast accumulé. Nous représentons dans la figure 5 la traverse type Post qui est appliquée sur une vaste échelle et avec succès sur les lignes néerlandaises, et nous avons figuré en même temps l’application sur une voie type Vignole. Cette traverse présente un profil longitudinal d’épaisseur variable obtenu directement au laminoir, ce qui permet de donner au rail par sa base d’appui l’inclinaison de 1 /20 sans avoir eu besoin de couder la traverse, car cette opération a l’inconvénient de faciliter l’échappement du ballast.
- Les chemins de fer de l’État français qui ont entrepris, il y a quelques années, un essai de traverses métalliques ont repris cette disposition à la suite d’une savante étude comparative de M. Bricka ; cette traverse est alors adaptée toutefois à la voie à double champignon, et pour soulager les assemblages, le coussinet en fonte porte un talon qui s’engage dans un trou pratiqué sur la traverse, prévenant ainsi le cisaillement des boulons d’attache. La traverse des chemins de l’État pèse 57k«,85, elle a 2™,50 de longueur et 153 millimètres de largeur â la base.
- p.214 - vue 218/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 215
- Le rail est retenu par un coin formé d’un lame d’acier repliée qui constitue ressort, système David, et remplace le coin en bois.
- Comme disposition de traverse Vautherin supprimant les assemblages, il est intéressant de signaler le type Wood représenté figure 4, dans lequel le rail est fixé sur la traverse au moyen d’une pièce en acier recourbée en fer à cheval avec interposition d’un coin en bois. Un autre type plus curieux est celui de la Compagnie de UOuest qui évite absolument tout assemblage. La traverse représenté figure 6 est une lame d’acier en U renversé de 20 centimètres de largeur, 8 centimètres de hauteur et 2m,50 de largeur. A l’emplacement qui doit recevoir les rails, on fait couler sur la traverse elle-même des coussinets en fonte qui enveloppent toute la section de la traverse sur une longueur de 10 centimètres. Ces coussinets se fixent solidement par suite du retrait qu’ils éprouvent en se refroidissant, et pour prévenir tout déplacement longitudinal, on a mélangé dans la traverse des trous à travers lesquels pénètre la fonte liquide. On obtient ainsi une solidarité parfaite entre la traverse et ses coussinets. La disposition représentée est étudiée pour les voies à double champignon, mais elle pourrait s’appliquer également à la voie Yignole.
- On rencontrait encore à l’Exposition un grand nombre d’autres types de traverses intéressants, mais nous ne pouvons les décrire tous ici. Nous signalerons seulement quelques-uns d’entre eux. La traverse Séverac, par exemple, est formée d’un simple fer I sur la semelle inférieure duquel est rivée une plate-bande trois fois plus large que celle-ci. Celte plate-bande est relevée verticalement aux extrémités de la traverse, et oppose ainsi une résistance aux déplacements latéraux.
- La traverse Bernard est formée de deux fers en U placés parallèlement et reliés entre eux par une tôle qui sert de base.
- La voie de M. Somzée est formée d’une sorte de tablier continu en tôle ondulée sur laquelle repose le rail par l’intermédiaire d’un fer plat qui lui donne l’inclinaison nécessaire.
- Nous terminerons en mentionnant la traverse de M. Lambert et celle de M. Moneharmont, toutes deux caractéristiques par leur mode d’attache.
- La traverse Lambert, en forme d’U renversé, avec nervure intermédiaire, est fixée au rail par deux simples crochets sans boulon, maintenus par frottement oblique qui les rend indesserrables comme le varlet du menuisier.
- Dans la voie Moneharmont, le rail à double champignon est maintenu assemblé dans son coussinet par une clavette encochée pour livrer passage au boulon d’assemblage avec la traverse, ce qui prévient tout mouvement de déplacement de la clavette. L’encochage est fait sur place et h la demande, au moment de la pose du rail, au moyen d’une machine spéciale. L. B.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE A BERLIN
- La Société belge d’électricité a entendu récemment la lecture d’un Mémoire présenté par un ingénieur électricien, M. Wybauw, sur l’éclairage électrique de Berlin; nous extrayons de ce rapport de M. Wybauw quelques-uns des renseignements qu’il contient.
- À Berlin la lumière électrique est fournie par un certain nombre de stations centrales; les deux principales sont situées dans Markgrafenstrasse et dans Mauerstrasse. Parmi les autres stations, l’une éclaire la « Kaiser Galerie a, et un autre un îlot de maisons au coin de Unter der Linden et de Friedrichstrasse; une cinquième station, mais de peu d’importance, fournit la lumière à la Leipzigerstrasse et la station de Markgrafenstrasse, dont nous avons parlé tout à l’heure ; on compte huit machines à vapeur, de 150 chevaux de force chacune, et commandant seize dynamos Edison. On y a récemment ajouté quatre machines compound, chacune d’une puissance indiquée de 500 chevaux, qui commandent directement quatre dynamos de 165 kilowatts chacune; ces dynamos sont du type multipolaire et à mouvement lent, leurs armatures ne faisant que 86 tours par minute en temps de travail normal. Le bâtiment des chaudières contient huit chaudières tubulaires système de Naeyer, qui suffisent à fournir la vapeur à toute l’installation. L’usine possède un rhéostat de dimensions exceptionnelles, pour régulariser le courant dans les conduites de distribution; ces conduites sont au nombre de huit, et ont, pour la plupart, avec leur enveloppe protectrice, un diamètre de 5 pouces ; d’ailleurs la section des fils de cuivre, dans les plus fortes conduites, ne dépasse pas 800 millimètres carrés. A l’usine de Mauerstrasse il y a six chaudières, trois machines de 180 chevaux chacune et trois autres de 300 chevaux. La station de Friedrichstrasse possède quatre machines de 60 chevaux; et celle de la Kaiser Galerie quatre de 80 chevaux. Quant à la petite usine de Leipzigerstrasse, elle compte deux machines de 80 chevaux. La surface de terrain exigée dans ces exploitations par mille lampes pour les machines et les dynamos suffisant à cette alimentation varie entre 323 et 377 pieds carrés, tandis qu’à New-York, dans l’usine Edison, il suffit, pour le même service, d’une surface de 194 pieds carrés; c’est beaucoup moins, mais cela s’explique parce que les dynamos et les machines de New-York fournissent des vitesses bien plus grandes. Pour finir, nous dirons que la longueur totale des câbles posés à Berlin est de 170 kilomètres, tous placés sous les trottoirs ; ils sont d’ailleurs uniformément du type Siemens.
- ---—
- EXPOSITION DE T0KI0 AU JAPON
- EN 1890
- Les nations de l’Europe n’apprendront pas sans étonnement qu’aux confins de l’Asie le peuple japonais se prépare, lui aussi, à ouvrir une Exposition en 1890. Le lieu choisi pour cette exposition est Ouéno, le plus beau parc de Tokio, dont les splendides arbres séculaires vont abriter la première Exposition qu’aient vue les peuples de l’Orient.
- Dernièrement un officier de la marine française, visitant avec moi les bâtiments de la future Exposition d’Ouéno, me disait : « C’est vraiment inouï de
- p.215 - vue 219/432
-
-
-
- 216
- LA NATURE.
- penser que le Japon, en quinze ou vingt ans, ait atteint un pareil résultat. »
- Assurément, pour celui qui a visité les vastes Expositions des capitales de l’Europe, où affluent tous les produits de l’industrie, de la science et des arts, il ne peut être question de leur comparer celle d’Ouéno. Ce n’est pas l'a le vrai point de vue auquel il faut se placer. On ne doit pas oublier que l’Exposition de Tokio est le premier essai d’un peuple, qui, il y a à peine trente ans, était encore fermé au reste du monde. Cet essai est digne d’admiration et qu’il soit permis a un étranger, qui aime le Japon comme sa seconde patrie, d’en féliciter le peuple japonais.
- La gravure que nous publions ci-dessous représente le bâtiment principal. L’architecture en est simple,
- mais gracieuse. Les trois portes d’entrée du milieu sont flanquées de deux tourelles et surmontées d’un balcon, style mauresque, d’un assez heureux effet. De vastes salles renferment différents musées dont quelques-uns ont une réelle valeur au point de vue historique, et d’autres une réelle utilité pour les visiteurs japonais.
- Ce qui frappe surtout les visiteurs européens, c’est le musée d’antiquités japonaises. Quelle richesse d’armures, de sabres, d’armes antiques! Toutes ces armes ont leur histoire; toutes ces armures, tous ces sabres rappellent les noms de héros célèbres et les hauts faits d’un peuple chevaleresque et fier. Quel est le peuple, en Asie, qui pourrait montrer une si belle collection d’armes ayant appartenu à de si nobles mains?
- L’Exposition de Tokio au Japon, en 1890. (D’après une photographie.)
- D’autres salles sont réservées aux différents produits de l’industrie étrangère et peuvent donner à tout visiteur sérieux, une foule de notions et connaissances d’une réelle utilité pratique. Derrière ces musées est un délicieux jardin japonais où nous avons pu admirer une splendide collection de chrysanthèmes, que l’on chercherait en vain dans les serres du plus puissant potentat de l’Europe. Aux abords de ce jardin, sont deux bâtiments que nous ne pouvons passer sous silence. L’un est réservé à la minéralogie japonaise; en quelques minutes on y passe en revue tous les minerais, toutes les pierres précieuses, dont les montagnes du Japon sont si riches. L’autre est réservé a tout ce qui touche à la navigation et à la pêche au Japon. C’est un musée très curieux. On y distingue, entre autres, plusieurs plans en relief de travaux de digues ou de barrages, dont l’exécution est remarquable.
- Je désirerais pouvoir faire, le même éloge des
- autres constructions qui s’étalent de côté et d’autre sur le vaste emplacement réservé à l’Exposition de l’année 1890. Malheureusement, en juge impartial, je ne puis le] faire. Les hangars encore vides, qui, prochainement, se rempliront des curiosités japonaises, auraient pu, grâce à leurs vastes dimensions et à leur hauteur, offrir un beau coup d’œil d’ensemble. Hélas! l’architecture intérieure n’est pas heureuse. C’est un enchevêtrement de poutres qui étonne et offusque la vue. On ne peut s’empêcher de le regretter, surtout quand on pense à l’habileté si connue des charpentiers japonais, passés maîtres dans ce genre de contructions.
- A part ces réserves, l’Exposition d’Ouéno promet d’être intéressante et instructive et pour les Japonais et pour les Européens.
- L. Drouart de Lezey.
- Tokio, 18 décembre 1889.
- p.216 - vue 220/432
-
-
-
- LA NATURE
- 217
- RÉGLEMENTATION DE LA PÊCHE DU SAUMON AU PARLEMENT
- Fig. 1. — La pèche au saumon sur les bords de la Dordogne. (D’après un croquis de l’auteur.)
- La réglementation de la pêche des saumons vient d’autant plus important qu’il touche aux moyens d’être l’objet, à la Chambre des députés, d’un débat d’existence d’une fraction considérable et des plus
- Fig. 2. — Saumons de la Dordogne.
- intéressantes de notre population. La prohibition en 1 vrier. Cédant à des instances multiples, M. le Mi-vigueur jusqu’ici s’étendait du 20 octobre au 1er fé- | nistre des travaux publics a accorde une diminution
- p.217 - vue 221/432
-
-
-
- 218
- LA NATURE.
- de cette période prohibitive. Dorénavant, l’interdiction de la pêche des saumons ne s’étendra plus que jusqu’au 10 janvier. Cependant satisfaction entière n’est pas donnée à ceux qui ont demandé la modification des règlements et qui ont réclamé la liberté de la pêche pour le mois de décembre même. Pour se refuser ainsi à donner gain de cause aux pétitionnaires, M. le Ministre s’est fondé sur des renseignements de provenances diverses, attestant tous que la période de reproduction des saumons n’était pas terminée en décembre. Cependant il admet que la question demande de nouvelles études.
- Sans mettre en doute la sincérité de leurs affirmations, on peut regretter que les pêcheurs de Boulogne, par exemple, auxquels M. le Ministre s’est adressé, n’aient pas indiqué sur quels faits ils se basaient pour avancer que les saumons étaient en pleine période de frai à la fin du mois de décembre, qu’ils n’aient pas fait connaître quel est l’aspect des individus qu’ils pensent être en voie de reproduction, et, enfin, qu’ils n’aient pas dit si ces saumons reproducteurs étaient libres ou conservés dans des réservoirs. Ce sont là des détails, il est vrai, — du moins en apparence, — mais qui ne sont peut-être pas superflus, dans l’état actuel de la question. Car, si, au premier abord, ces considérations peuvent paraître assez extraordinaires, il n’en est pas moins vrai que c’est dans la réponse à ces interrogations que se trouve la solution du problème ardu qui s'est posé à propos des saumons.
- Les orateurs qui ont pris part à la discussion parlementaire dont il est question dans cet article, ont semblé croire que les saumons ordinaires — les saumons gras, brillants, à ventre argenté, qui viennent de la mer — seraient ceux qui pondent.
- Tel n’est cependant pas le cas. Contrairement à ce qu’on croit généralement, les saumons ordinaires ne frayent pas. Aucun des individus remontant les cours d’eau ne va pondre : leurs œufs *ne sont pas développés. En ouvrant leur abdomen, on trouve leurs ovaires garnis d’œufs très petits, à peine de la grosseur d’une petite tête d’épingle, et plus ou moins rougeâtres. Les saumons qui arrivent en hiver, par exemple, ne frayeront qu’à l’automne suivant, et seulement après avoir séjourné pendant le printemps et l’été dans les cours d’eau. Pendant ce séjour prolongé dans l’eau douce et plus ou moins chaude, ces poissons maigrissent, perdent de leur poids, acquièrent une coloration ventrale orangée et se métamorphosent progressivement, pour devenir bien différents de ce qu’ils étaient à leur arrivée. C’est là une marche lente et progressive vers la maturité sexuelle, et les saumons ainsi métamorphosés sont appelés bécards. Ce sont les bécards — et eux seuls — qui pondent. A la dissection, ils présentent de gros œufs orangés, analogues à ceux que l’on peut féconder par la pratique de la reproduction artificielle.
- Aussi pouvons-nous dire que là gît tout le débat : les saumons qui, d’après les renseignements fournis à M. le Ministre, seraient en pleine période repro-
- ductrice au mois de décembre sont-ils des bécards? S’ils ne l’étaient pas, — s’il s’agissait de saumons frais, venant de la mer et n’ayant pas passé une année en rivière, — ces communications n’auraient qu’une valeur douteuse. Dans le cas où les saumons observés auraient été des bécards, de quelle manière les ont-ils obtenus ? Car les cours d’eau ne contiennent plus de bécards libres à cette époque de l’année. C’est qu’en effet l’époque où les bécards arrivent au terme de leur métamorphose est assez fixe. En moyenne, on peut constater que ce phénomène a lieu du 15 octobre au 15 novembre. Ce n’est, donc qu’à cette époque que la ponte a lieu, du moins pour ce qui est de la Dordogne. Après qu’ils ont frayé, ils retournent à la mer. Il n’y a donc qu’une seule descente qui est à peu près terminée du 15 au 20 novembre. Or, d’après les documents produits à la Chambre, la reproduction des saumons du nord de la France s’étendrait jusqu’aux vingt premiers jours de janvier. Les mœurs de ces poissons différeraient-elles tellement dans le Finistère et dans la Dordogne qu’on puisse constater une marche de ces phénomènes si différente? C’est là un fait scientifique qu’une simple affirmation de pêcheurs ne saurait suffire à établir et qui demande à être démontré d’une manière plus solide. Il ne serait admissible que si les personnes consultées ont voulu parler de saumons parqués, car les individus conservés en réservoir présentent toujours un retard notable sur les bécards libres. Mais si ces pêcheurs ne possédaient pas de réservoirs, et s’ils ont voulu avancer le fait pour les saumons libres ou même les saumons non bécards, nous renouvellerons toutes nos réserves. En général, on paraît ne pas établir une distinction suffisante entre la reproduction naturelle et celle des saumons parqués en vue de la reproduction artificielle. Puisque les saumons en réservoir frayent toujours plus tard, il ne faudrait pas se fonder sur ce qui se voit chez eux pour fixer la période de prohibition des bécards libres. Dans le cas particulier, cité par M. le Ministre, de ce qui a lieu chez M. Geneste, à Bergerac, il s’agit d’un retard anormal, presque pathologique, qu’ont subi, cette année-ci, les fécondations artificielles, dû à des circonstances toutes spéciales et défavorables. Le par-quage a été fait dans de mauvaises conditions, et, accidentellement, les captifs ont été un peu envasés. Ce retard anormal ne saurait donc être invoqué contre la règle que nous avançons. D’ailleurs, à côté de ce fait, à Bergerac même, la reproduction naturelle s’est terminée à l’époque habituelle, et les bécards libres avaient disparu à la fin de novembre.
- Les saumons commencent à remonter les cours d’eau au moment des premières crues d’automne. L’époque où ces crues s’observent varie avec les années; elles se produisent en octobre ou en novembre, rarement plus tard. Les premiers poissons arrivés sont de grands individus de plus d’un mètre de longueur et d’un poids de 10 à 15 kilogrammes; on les pêche, à peu près, jusqu’à la fin du mois de
- p.218 - vue 222/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 219
- décembre. En janvier et en février, les saumons pêchés — et venant de la mer — sont un peu plus petits. Leur longueur est environ d’un mètre et leur poids de 8 à 9 kilogrammes. Cette diminution de taille est plus considérable en mars et en avril, où l’on pêche des poissons dont la longueur n’atteint pas tout à fait 1 mètre et qui ne pèsent que 6 à 7 kilogrammes. En mai et dans la première moitié de juin, la longueur des saumons ne dépasse pas 0m,75 et leur poids 4 a 5 kilogrammes. Enfin, les derniers qui montent les cours d’eau, venant de la mer, et arrivant dans la deuxième quinzaine de juin jusqu’à la fin de juillet, sont les plus petits; ils mesurent 0m,55 à 0m,65 et pèsent 2ks,500 environ.
- Il y a donc lieu d’établir cinq catégories, non compris, bien entendu, les bécards qui, ainsi que je le disais, ne remontent pas la rivière. Les pêcheurs de la Loire avaient déjà entrevu l’existence de catégories distinctes. Mais la signification de celles-ci est restée obscure pour eux. Ils les ont disposées sans ordre, d’une manière confuse, et ils ont confondu les états les plus divers, plaçant, par exemple, les bécards entre deux catégories de saumons non reproducteurs. Ce sont d’abord les saumons qui remonteraient les rivières pour frayer, les saumons de printemps. Après eux, vient la montée des saumons d’été. Puis monteraient les bécards ou saumons d’automne. Enfin la série serait close par les saumons d’hiver. Rien n’est moins justifié que ces distinctions.
- En même temps que se pêchent les saumons de récente montée, on prend aussi des individus venus antérieurement, et, par conséquent, plus grands. La proportion de ces derniers est relativement assez faible, ce qui tient à ce qu’ils sont gîtes dans les dépressions profondes des rivières et ainsi à l’abri du filet des pêcheurs. Au fur et à mesure que les montées successives des saumons se produisent, ces poissons vont habiter les régions profondes ; ils séjournent de cette façon en rivière jusqu’au moment de la ponte, à l’automne suivant. C’est durant ce séjour que s’opère la métamorphose décrite plus haut. Parmi les saumons appartenant à des montées antérieures et capturés avec des individus plus fraîchement arrivés, on voit tous les passages entre les poissons Irais, brillants, argentés, gros et lourds, et ceux qui ont subi un commencement de métamorphose, se caractérisant d’abord par des taches irrégulières et jaunâtres des opercules, et qui ont perdu de leuf poids. La chair de ces individus perd sa coloration rouge et se rapproche, par son goût, de celle des poissons d’eau douce à chair blanche. Ainsi, à la présence des arêtes près, la chair des bécards est assez comparable à celle des carpes.
- Chose curieuse, le Saumon ne pond que de deux ans en deux ans ; sa reproduction est biennale. Il séjourne alternativement pendant une année dans la mer, puis pendant une autre année dans l’eau douce, et c’est au terme de celle-ci qu’il pond.
- D’après ce qui précède, l’interdiction légale ac-
- tuelle n’exerce qu’une action insuffisante sur la conservation de l'espèce. Elle ne protège pas les saumons au début de la période reproductrice, et, par contre, elle perd son utilité à partir de la fin du mois de novembre. Pour être mieux adaptée au rôle qu’on lui assigne, elle devrait porter sur les mois d’octobre et de novembre, ou, si on désirait l’aggraver, on pourrait l’étendre aux mois antérieurs, septembre et août, qui sont les plus rapprochés de l’époque du frai. Une extension postérieure au mois de novembre ne saurait que nuire. A cette époque, les saumons sont gros, très beaux et le plus éloignés des phénomènes à la protection desquels vise la prohibition. En principe, tous les saumons qui remontent les cours d’eau doivent pouvoir être pêchés.
- En Hollande, où l’interdiction n’est que de deux mois, l’exportation du saumon a cependant quintuplé en dix ans. Ce n’est d’ailleurs pas seulement par les progrès de l’exportation qu’on peut juger du degré de prospérité d’une industrie de ce genre dans une région. L’effet le plus immédiat est une consommation locale considérable. A ce propos, nous citerons une anecdote typique, dont l’un des héros fut un habitant de Bordeaux.
- Désireux d’apprendre la langue allemande à ses enfants, ce Bordelais fit venir des bords du Rhin une domestique parlant couramment cette langue. Sa surprise fut grande lorsque, dans le débat des conditions d’engagement, cette jeune fille demanda qu’il ne lui fût pas servi de saumon plus de trois fois par semaine. Qu’on juge par ce simple fait de la consommation qu’elle avait dû en faire dans son pays et du degré de satiété auquel elle en était arrivée ! La prospérité que nous venons de signaler pour les bords du Rhin, et particulièrement pour la Hollande, tient à ce qu’on n’altend pas seulement de la protection légale et de la nature les résultats que l’on peut obtenir au prix de quelques efforts. C’est la pisciculture intensive pratiquée dans ce pays qui est le principal facteur de cette prospérité.
- En résumé, la prohibition de la pêche du saumon en décembre et janvier, favorise l’envahissement de nos marchés par les produits venant de l’étranger au grand détriment du commerce national. Les règlements concernant la pêche de ce poisson ne répondant plus à l’état actuel de la science, nuisent au commerce français au profit du commerce étranger, n’aident nullement la propagation de l’espèce et doivent être réformés.
- J. Künstleu,
- Professeur adjoint de zoologie à la Faculté des sciences de Bordeaux.
- TORPILLE AUTOMOBILE IIOWEL
- La torpille Howel, grâce au principe giroscopique sur lequel est basé son mode de propulsion, maintient d’une façon absolument automatique sa direc-
- p.219 - vue 223/432
-
-
-
- 220
- LA NATURE.
- tion initiale; dès qu’elle est lancée, elle prend automatiquement, par un autre mécanisme spécial, la profondeur pour laquelle elle est réglée et se meut alors dans un plan vertical. Sa course dans un plan horizontal est droite et indépendante de l'action des forces d^viatrices. Sous l’action des forces extérieures transversales, elle s’incline simplement, dans un sens ou dans l’autre, au lieu de changer de direction, à droite ou à gauche, comme le font les autres engins similaires actuellement connus.
- L’inclinaison que ces forces font prendre à la torpille oblige son régulateur à donner une succession d’impulsions légères aux gouvernails verticaux, ce qui produit un mouvement, résultant de la torpille, contraire à celui que lui a communiqué la force extérieure déviatrice. Finalement, la torpille, inclinée par la force dévia-trice, est ramenée à sa position normale par l’action automatique des gouvernails, et 1 a direction primitive de sa trajectoire n’éprouve de la sorte aucune modifica- ) tion. La force directrice, qui est aussi la puissance I depropulsion, est emmagasinée dans un volant en acier, auquel on donne une grande vitesse de rotation a l’aide d’une machine convenable, fixée au tube de lancement, avec lequel elle s’enchaîne à volonté. La force emmagasinée dans le volant est ensuite transmise directement à deux hélices propulsives. Le volant giroscopique donne à la torpille une force mécanique de direction effective et inversible ; il emmagasine en même temps une puissance de propulsion plus considérable, dans un espace moindre et sous un poids plus faible, que celle qui serait fournie par tout autre procédé réellement pratique.
- La rotation du volant est obtenue a l’aide d’un moteur actionné par la vapeur, l’électricité, l’air comprimé, etc., selon les exigences spéciales du service. La vitesse de rotation nécessaire peut être produite en deux à trois minutes environ; elle est ensuite facilement maintenue jusqu’au moment du lancement de la torpille. Le mécanisme de la torpille est excessivement simple; il comprend : le volant giroscopique, son axe, ses coussinets et son embrayage; les deux arbres propulseurs, reliés au
- volant par un engrenage ; le régulateur automatique d’immersion et de direction ; les gouvernails horizontaux et les gouvernails verticaux. Le corps de la torpille est en bronze de manganèse; toutes les autres parties sont en bronze phosphoreux, à l’exception du volant et des arbres d’hélice qui sont en acier. La charge explosive, d’un poids supérieur à celle des autres torpilles de même déplacement, est renfermée entre les compartiments du percuteur et du volant.
- Pour les tirs d’exercice, la torpille est disposée de telle sorte qu’elle stoppe en un point quelconque de son parcours et remonte à la surface. On peut aussi faire qu’elle coule à la fin de sa course ou qu’elle flotte avec le percuteur désarmé. La torpille est toujours prête à être lancée, sans nécessiter un nouveau réglage; elle n’exige d’autre préparation
- (jue l’ouverture de la soupape de mise en marche du moteur auxiliaire qui communique au volant le mouvement de rotation nécessaire ; elle est donc immédiatement prête à servir. Le volant fait environ 10 000 tours par minute ; dans le même temps, les hélices n’en donnent que 5000. La torpille Howel étant relativement courte, est, par suite, facile à loger et à manœuvrer à bord. Une torpille Ilowel figurait à l’Exposition, elle présentait les caractères suivants : longueur, 2m, 890; diamètre, 0m,356; poids, 60 kilogrammes; poids du volant, 210 kilogrammes ; poids de la charge explosive, 50 kilogrammes; vitesse moyenne sur un parcours de 400 mètres, 28 nœuds.
- La torpille Howel peut être tirée avec un appareil de lancement quelconque, comportant un moteur auxiliaire destiné à donner au volant le mouvement giratoire nécessaire; elle peut être lancée indistinctement de l’avant ou des côtés du navire. Outre l’addition du moteur en question, les tubes actuellement employés pour le lancement des torpilles Whitehead et Schwarzkopf n’exigent que de légères modifications pour pouvoir tirer la torpille Howel. L’appareil de lancement peut être disposé pour tirer la torpille avec l’air comprimé ou avec une substance explosive. L. Knab.
- Torpille automobile Howel. — Mécanisme de propulsion, de direction et d’immersion.
- p.220 - vue 224/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 221
- CARTE D’ÀLSAGE-LORRAINE
- DRESSÉE PAU M. K. OUILIÆMIX
- Nous avons plusieurs lois dans La Nature parlé des cartes de M. Eugène Guillemin1. Le savant géographe
- vient de produire une nouvelle carte, celle|d’Alsace-Lorraine. La reproduction par la photogravure de la partie centrale de cette carte pourra donner une idée du genre de ce travail.
- Nous rappellerons à ce propos que M. Guillemin adopte un mode de représentation qui lui est propre.
- Il suppose le terrain circonscrit par une série de gradins correspondant à des courbes de niveau équidistantes, et c’est le solide ainsi obtenu, dont il donne le dessin, en le supposant éclairé par la lumière oblique.
- Cette méthode permet d’obtenir une image très
- 1 Relief de la France; relief de l’Algérie et do la Tunisie; carte murale de la France. •
- véridique et très expressive de la contrée à représenter.
- L’aire embrassée par cette carte1 dont nous présentons à nos lecteurs un fragment réduit aux 5/5, s’étend, dans le sens nord-sud, de Cologne a Besançon ; et dans le sens est-ouest, de l’extrémité occidentale
- 1 Librairie Jouvct et O*.
- p.221 - vue 225/432
-
-
-
- 222
- LA NATURE.
- du lac de Constance au méridien de Châlons. C’est donc 420 kilomètres sur 370. Le genre expressif, à l’aide de courbes horizontales équidistantes adopté par l’auteur, permet d’établir facilement les traits qui caractérisent, au moins quant à la forme, les terrains représentés.
- A première vue, nous remarquons la large plaine du Rhin s’étendant à peu près dans la direction nord-sud entre Bàle et Mayence, sur une longueur de 285 kilomètres. La largeur varie entre 30 et 45 kilomètres. Cette plaine qui formait un bras de mer aux temps géologiques est limitée : au sud par le Jura; à l’est par la forêt Noire et l’Oden-Wald; au nord par une sorte de large plateau s’étendant dans la direction nord-est sud-ouest; à l’ouest par les Vosges, les basses Vosges et le Hardt.
- Jura. — Le Jura, aux plis étagés dans la direction nord-est sud-ouest, peut, dans son ensemble, être considéré comme formant un plan incliné partant d’une arête surplombant la vallée de l’Aar, pour aboutir, en s’abaissant, à une large dépression connue sous le nom de Trouée de Belfort. Cette dépression met en communication la vallée du Rhin et celle de la Saône. Ce plan incliné dont nous venons de parler est néanmoins barré suivant la direction est-ouest par un pli allongé portant les noms de mont Lomont et de mont Terrible. Le point culminant de la crête du Jura a 1450 mètres d’altitude.
- Forêt Noire. Ce massif, dont les pentes méridionales viennent mourir sur la portion du Rhin qui remonte de Bàle vers le lac de Constance, s’étend sur une longueur de 150 kilomètres dans la direction du nord. La plus grande largeur est au sud. Elle est de 60 kilomètres. Sur la plaine du Rhin les pentes sont beaucoup plus abruptes que sur le versant oriental où elles viennent d’ailleurs remonter une sorte de plateau à l’altitude maxima de 800 mètres. De ce plateau se détache sous le nom de Rauhe Alpe, ou bien sous celui d’Alpes de Souabe, la ceinture méridionale du bassin supérieur du Danube. Le point culminant de la forêt Noire, le Feldberg,a 1495 mètres d’altitude.
- Oden-Wald. — Ce massif assez irrégulier se compose d’une succession de croupes allongées dans la direction sud-nord. Son point culminant a 600 métrés d’altitude. Le Neckar s’ouvre un passage dans sa partie sud. — L’espèce de plateau que nous avons signalé comme limitant au Nord la plaine du Rhin et qui s’étend à l’occident jusqu’au delà de Mézières, va s’abaissant de l'est à l’ouest et du sud au nord où il vient affleurer à la vaste plaine qui borde la mer du Nord.
- Vosges. — Sur la rive gauche du Rhin, les Vosges se présentent en symétrie remarquable avec la forêt Noire. Comme dans celles-ci, les déclivités sur la plaine du Rhin sont bien plus fortes que sur le revers opposé. Au nord les Vosges, à la suite d’une dépression existant à la hauteur de Saverne, ont comme prolongement toujours dans la même direction, les basses Vosges et le Ilardt. Les sommets
- remarquables des Vosges sont : le ballon de Gueb-viller (1426 mètres); le Honeck (1366); le Donou (1024 mètres.) Le mont Tonnerre (670 mètres) est le point le plus élevé du Ilardt.
- Les Vosges et le Ilardt sont profondément creusés par les tributaires de la rive gauche du Rhin. Nous citerons : la Thur; la Bruche, affluent de l’Inn; la Zorn; la Lauter; la Queich.
- L’espace compris entre la Côte-d’Or, le plateau de Langres, les Faucilles, les Vosges, le Hardt, le Hunsrück et les Ardennes, est infiniment moins tourmenté que les portions de territoire dont nous venons de parler. La Moselle, la Meuse, l’Aisne, la Marne et leurs affluents qui sillonnent ces terrains, ont créé encore de nombreux escarpements, mais les différences d’altitude sont faibles. En un petit nombre de points seulement elles peuvent atteindre 150 mètres dans un rayon de plus de 2 kilomètres.
- CHRONIQUE
- Naturalisation de l'Araucaria imbricata. —
- C’est aux confins de la France, à l’extrémité du département du Finistère, que cette naturalisation a lieu. A 16 kilomètres de Brest, à Pennandre, dans la propriété de M. de Kerzauson, se trouvent les plus forts sujets d’Arau-caria imbricata qui existent en France. Ces arbres constituent là une sorte de fourré réellement impénétrable par suite de la longueur des branches et de leur entrelacement; elles se croisent en tous sens et traînent sur le sol à de grandes distances, ce qui empêche d’arriver au pied de ces végétaux. L’endroit où ont été plantés ces Araucaria, dit la Revue horticole, constitue une véritable forêt vierge dans laquelle il est tout à fait impossible de pénétrer. Ce groupe, d’un aspect sombre et sauvage dans la partie la plus élevée, n’a guère moins de 30 mètres de hauteur. Quant au diamètre de quelques-uns de ces arbres, il est d’environ un mètre. Depuis longtemps déjà plusieurs fructifient et les jeunes plants, provenant de semis naturels, couvrent çà et là le sol. Sous le rapport de la naturalisation de cette remarquable espèce de conifère, ce point du département du Finistère est rempli d’intérêt.
- lies habitants du fromage. — M. Adametz vient de faire des recherches à l’école de Sornthal, en Suisse, sur les animalcules microscopiques qui habitent le fromage. Il a trouvé les résultats suivants en ce qui regarde l’Emmenthal, variété de fromage mou qui est la plus succulente qualité de Gruyère. — Population de l’Emmenthal. Fromage frais : on y trouve, pour chaque gramme, 90 000 à 140 000 microbes. Avec le temps, ce nombre augmente. Un fromage de 71 jours renferme 800 000 bactéries par gramme. — Population du fromage mou. Beaucoup plus dense que le précédent. Fromage de 23 jours : 1 200 000 par gramme. Fromage de 45 jours : 2 000 000 de microbes par gramme. Mais la population d’un fromage n’y est pas partout distribuée de même, et ces chiffres s’appliquent aux régions du milieu. Le milieu est modérément habité, en proportion des bords. Population d’un gramme de fromage mou pris près des bords : 3 600 000 à 5 600 000 microbes. D’après la moyenne de ces deux nombres, il y a autant d’êtres vivants dans 360 grammes d’un tel fromage, que d’hommes sur la terre.
- p.222 - vue 226/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 225
- Un troupeau de dix-huit mille moutons. —
- Les troupeaux de moutons ont d’ordinaire un effectif considérable dans l’Australie et dans la République Argentine; nous en trouvons un exemple aussi curieux dans les Etats-Unis de l’Amérique du Nord. Il s’agit d’un seul troupeau composé de dix-huit mille tètes. C’est là une chose rare à voir. Ces moulons ont été importés de l’état d’Orégon, dans l'Assiniboine, territoire de Canada, en passant par Washington, Daho et Montana. Ils ont marché une grande partie du chemin, et n’ont naturellement recouru à un autre mode de transport que quand on n’a pu faire autrement, cela entraînait en effet des frais considérables. En un certain point qu’ils ne pouvaient franchir à pied, on a dù recourir à la voie ferrée, et il a fallu 90 wagons formés en cinq trains de 18 wagons chacun. C’est probablement la plus nombreuse importation d’animaux qui ait jamais eu lieu en même temps et par la même Compagnie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 mars 1890. — Présidence de M. IIermite.
- Enrichissement en azote des terres végétales. — Une nouvelle communication de M. Schlœsing paraît prouver aujourd’hui un perfectionnement des plus notables à l’histoire des relations mutuelles du sol et de l’atmosphère : il s’agit de l’enrichissement en azote des terres exposées à l’air. Avant tout on peut noter que la solution du problème est entourée de multiples difficultés : à l’air libre la terre reçoit évidemment une très forte contribution azotée de la part des oiseaux, des insectes et d’autres animaux. Aussi doit-on avant tout recouvrir les prises d’essais d’un tissu très fin s’opposant à l’arrivée des bestioles; mais on ne tarde pas à constater que l’interposition d’un simple tulle suffit pour placer le sol en présence d’une véritable atmosphère confinée où les échanges n’ont plus lieu du tout comme dans la nature. Pour obvier à ces conditions, M. Schlœsing place les pots de terre dans un canal en bois fermé à l’un de ses bouts par une fine toile métallique et communiquant par l’autre avec une cheminée dans laquelle de gros brûleurs à gaz déterminent un courant d’air constant. Il est vrai que le mouvement de l’air modifie le taux d’absorption de l’ammoniaque atmosphérique, mais des expériences comparatives à blanc, c’est-à-dire dans lesquelles la terre est remplacée par de l’eau très faiblement acidulée, permettent de déterminer le coefficient de correction. Les choses étant disposées comme il vient d’être dit, M. Schlœsing constate que contrairement à une assertion souvent répétée, les terres calcaires absorbent encore plus d’ammoniaque atmosphérique que les terres privées de chaux et même que les terres acides comme celles de Neauphle. Ces dernières, suivant qu’elles sont sèches ou humides, absorbent 27 ou 83 kilogrammes d’azote par hectare durant une année. Les terres calcaires, comme celle de Boulogne où l’on dose 40 pour 100 de carbonate de chaux, s’enrichissent de 90 kilogrammes d’azote. Un autre fait singulier, c’est que la matière organique de la terre ne paraît pas intervenir : le sous-sol de la plaine de Caen, où la matière organique n’est que moitié de ce qu’elle est dans le sol superposé, absorbe 54 kilogrammes pour 96 qui est le résultat fourni par le sol. Enfin même les terres tout à fait dépourvues d’eau peuvent prendre 12 kilogrammes d’azote dans les conditions de l’expérience. 11 faut du reste noter que dans la nature, les récoltes sur pied se comportent à peu près comme des tissus étendus au-dessus de la terre et s’opposent en partie au phénomène précédent.
- Comparaison des mammifères tertiaires de Cernatj, près Reims, avec les animaux mammifères crétacés des couches de Laramie en Amérique. — Il y a très longtemps déjà que Jules Marcou, dans son explication à la se-condeédition de la carte géologique de la terre (1875) insistait sur l’impossibilité de séparer en Amérique les formations tertiaires et crétacées, généralement si différentes l’une de l’autre en Europe. L’année suivante, M. Delafontaine, dans un Mémoire inséré dans la Revue suisse, appelait l’attention sur le même point. Aujourd’hui, l’un de nos paléontologistes les plus distingués, M. le l)r Victor Lemoine, fait voir dans une note lumineusement exposée par M. Gaudry, que des fossiles, crétacés en Amérique sont tertiaires en Europe : à peu près comme à l’inverse, les mastodontes, qui sont tertiaires chez nous, sont quaternaires de l’autre côté de l’Atlantique. On sait que M. Marsh a récemment décrit dans ses Discoveries of cretaceous mammalia, une série de petits mammifères provenant des couches crétacées de Laramie. A la vue des planches jointes à ces Mémoires, M. Lemoine n’a pas hésité à reconnaître quelques types bien caractéristiques de sa faune cernaysienne, essentiellement éocène comme le démontrent de nombreuses coquilles fossiles. Par exemple, une forme bien caractéristique commune aux deux faunes consiste en une incisive supérieure à couronne tricus-pidée formée de deux pointes antérieures suivies d’un talon. Il en est de même d’une arrière molaire inférieure creusée en cupule, d’une molaire supérieure à trois denticules disposés en triangle et d’une moitié inférieure d’humérus à perforation latérale. Ces diverses pièces pour la faune cernaysienne caractérisent le Plésiadapis. Une prémolaire inférieure à promontoire antérieur triangulaire et un fémur remarquable par le développement spécial du grand trochanter, et que M. Lemoine a rapportés à l'Adapisorex, se trouvent également représentés dans les deux séries de figures. 11 en est de même de deux molaires inférieures à couronne singulièrement tricus-pidée (Tricuspiodon rémois). La comparaison se poursuit dans toute une série de dents des mieux caractérisées, les unes par leur couronne aplatie, seini-ovalaire, parcourue par des stries curvilignes, les autres par leurs rangées multiples de tubercules constituant tantôt deux, tantôt trois lignes parallèles. Pour les formes cernay-siennes, M. Lemoine les a rapportées au JSéoplagiaulax. Ces citations paraîtront sans doute suffisantes pour indiquer des relations fort intimes entre les mammifères de la faune crétacée d’Amérique et la faune éocène d’Europe. En résulte-t-il que les espèces ou même les genres doivent être identifiés? Il serait bien délicat de baser une affirmation aussi importante sur l’examen de simples dessins, d’autant plus qu’à côté de ressemblances indiscutables s’observent parfois des différences de détail bien accusées. Si, au point de vue stratigraphique, le rapprochement entre les couches de Laramie et les couches de Cernay semble devoir provoquer l’étonnement au point de vue de la faune elle-même, considérée dans l’ensemble des vertébrés, les caractères sont beaucoup moins aberrants et il suffit de citer à ce point de vue le Simœ-dosaurus rémois qui, sans relation aucune avec les autres reptiles tertiaires, a des affinités indiscutables avec de fort anciens reptiles secondaires.
- Le préhistorique de Champigny. — Notre très distingué confrère, M. Emile Rivière, décrit les résultats de recherches qu’il a faites depuis deux ans soit au Buisson-Pouilleux de Champigny, soit dans les champs environ-
- p.223 - vue 227/432
-
-
-
- 224
- LA NATURE.
- nants. Ses trouvailles consistent, non seulement en silex de l’âge de la pierre polie, mais aussi en quelques pièces intéressantes, surtout par les roches avec lesquelles elles ont été fabriquées, tels que anneaux, perle, molette, hache, etc., et dont les gisements, très différents, sont aussi parfois fort éloignés les uns des aytres (les Alpes, l’Auvergne, les Ardennes et le Boulonnais), ce qui indique ou de nombreux échanges commerciaux entre les peuplades de la France préhistorique ou des migrations plus ou moins lointaines. M. Rivière cite aussi la découverte faite, il y a quelques mois au même endroit, d’un certain nombre d’ossements appartenant à un squelette humain de l’époque néolithique.
- L'acide cyanhydrique des rosacées. — Si l’on connaît depuis bien longtemps la propriété d’une foule de rosacées à fabriquer de l’acide prussique (témoin l’antique usage des fleurs de pêcher pour exécuter les condamnés à mort), on n’avait pas encore précisé en quels points de l’organisme du végétal a lieu la conjonction de l’amygdaline et de l’émulsine nécessaire à l’élaboration du poison.
- M. Guignard, professeur à l’École de pharmacie, comble la lacune au moins en ce qui concerne l’amande amère et la feuille de laurier-cerise.
- D’après ses études, c’est dans les cellules du péricycle des faisceaux libé-roligneux que l’a-mygdaline est élaborée : c’est donc là et seulement là, d’après l’auteur, que le ferment peut provoquer la singulière production de l’acide cyanhydrique.
- Histoire de la géographie. — M. Nordenskiold adresse un magnifique atlas dans lequel il s’est attaché à reproduire photographiquement les cartes géographiques des quinzième et seizième siècles. La réunion des matériaux très fréquemment manuscrits a été fort laborieuse. On remarquera les cartes de Ptolémée et beaucoup d’autres. L’auteur a joint à la collection un texte suédois avec traduction anglaise où il étudie les premières cartes relatives à l’Amérique et où il fait l’histoire des globes terrestres, puis des principaux modes de projection.
- Varia. — L’Académie désigne, par 35 suffrages sur 41 votants, M. Arnaud, aide-naturaliste au Muséum, comme premier candidat à la chaire de chimie vacante dans cet établissement par le décès de M. Chevreul. M. Maquenne, également aide-naturaliste, est choisi à l’unanimité comme deuxième candidat : cette liste est conforme à celle que le Muséum a antérieurement dressée de son côté. — M. de Téfé présente un échantillon de curare authentique qu’il a rapporté des rives de l’Amazone. — Un historique des piles à électrodes fondus est
- présenté par M. Uenri Becquerel qui avait à rappeler les droits de son illustre grand-père dans cette importante question. — Conformément aux résultats obtenus par M. Aimé Girard, M. Pagnoul constate que l’effeuilleinent des pommes de terre diminue considérablement l’élaboration de l’amidon dans les tubercules. — M. le général Yenukoff réunit les documents relatifs à la formation du delta de la Neva. — D’après M. Trahit, un hybride spontané de deux Ophrys d’Algérie, loin d’être stérile, présente trois étamines au lieu d’une seule que possèdent ses parents. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- EXPÉRIENCE SIMPLE RELATIVE A LA CONDUCTIBILITÉ
- On peut observer et démontrer très aisément la conductibilité des métaux de la manière suivante :
- on prend un morceau de fil de fer ou une aiguille à tricoter et un morceau de fil de cuivre de même longueur et à peu près de même section. On chauffe ces tiges dans la flamme d’une bougie et on les passe dans la bougie elle-même. On les laisse refroidir ensuite en les tenant verticalement : elles restent couvertes d’une mince couche d’acide stéarique solidifié. On les plante alors horizontalement l’une au-dessus de l’autre dans un bouchon de liège supporté, par exemple, par une bouteille. Puis on chauffe les extrémités libres : au fur et à mesure que la chaleur se propage, l’acide stéarique fond et forme une gouttelette qui court le long de chaque tige indiquant ainsi par son déplacement d’une manière très nette la propagation de la chaleur. C’est ce que nous avons essayé de représenter dans la figure ci-dessus. La gouttelette va plus vite et plus loin sur le cuivre que sur le fer; cela indique que le cuivre conduit mieux la chaleur que le fer.
- On pourra, au préalable et avant de faire cette expérience comparative, observer séparément que chaque métal conduit la chaleuri.
- 1 Communiqué par M. Simiand, licencié ès sciences.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- p.224 - vue 228/432
-
-
-
- N° 87G. — 15 MARS 1800.
- LA NATURE.
- LA PHOTOGRAPHIE AÉRIENNE
- Fig. 1. — Vue perspective de Labruguière (Tarn). —Fac-similé d'une épreuve photographique, obtenue au moyen d'un appareil enlevé par un cerf-volant à 90 mètres de hauteur, le 29 mars 1889, à 11 heures du matin.
- M. Arthur Batut, dont on connaît les intéressants travaux sur les photographies composites l, a eu l’idée en 1888, à la suite des expériences de photographie en ballon que nous avons exécutées avec M. J. Ducom, d’employer le cerf-volant pour servir de support aérien à un appareil photographique fonctionnant automatiquement. Nous avons fait connaître le dispositif adopté par M. Batut, et nous avons repro-duit un spécimen des photographies obtenues a une centaine de mètres d’altitude2. L’auteur a continué avec persévérance ses premiers
- 1 Voy. n° 873, du 22 février 1890, p. 188.
- * Voy. n° 825, du 23 mars 1889, p. 257.
- 18e année. — lor semestre. >
- essais; il est arrivé à des résultats tout à fait satisfaisants comme en témoigne le fac-similé d’une vue perspective obtenue par cerf-volant à 90 mètres de hauteur (fig. 1). 11 vient de résumer ses travaux dans un opuscule qu’il destine aux amateurs désireux de suivre ses traces 1 ; ce nous est une occasion de revenir sur ce curieux sujet.
- M. Arthur Batut a adopté le type de cerf-volant de M. Es-terlin, professeur au collège de Ba-zas ; il l’a modifié en y adaptant la queue classique et en rem-
- 1 La photographie aérienne par cerf-volant. 1 brochure in-8° de la Bibliothèque photographique, avec figures et 1 planche hors texte. Paris, Gauthier-Yillars, 1890.
- 15
- Fig. 2. — Appareil de M. Triboulet pour la photographie panoramique aérienne par ballon captif non monté.
- p.225 - vue 229/432
-
-
-
- 226
- LA NATURE.
- plaçant le roseau indiqué pour sa construction par deux règles de bois léger (peuplier de Caroline). Le cerf-volant enlève à 80 ou 100 mètres un appareil photographique dont la mise au point a été réglée à l’avance pour une distance égale au minimum de la hauteur que l’on veut atteindre. L’appareil ne saurait être indépendant ni relié par l’intermédiaire d’une suspension mobile ; il doit être fixé au cerf-volant de telle façon qu’il fasse corps avec lui, il faut qu’il en suive tous les mouvements souvent brusques et saccadés; il est attaché dans deux inclinaisons différentes que l’opérateur choisit à volonté, pour obtenir les vues perspectives ou les vues verticales.
- Pour obtenir une netteté suffisante, la pose doit être très courte, étant donnée la mobilité du cerf-volant : 1/100 ou 1/150 de seconde. M. Arthur Batut a construit lui-même un obturateur à guillotine qui doit être déclenché au moment voulu. Quant aux procédés de déclenchement, voici ce qu’en dit l’auteur : « Nous avons à choisir, entre deux modes de déclenchement : l’un élégant, ingénieux, permettant défaire fonctionner l’appareil à l’instant précis où on le juge convenable, mais coûteux, un peu lourd et embarrassant : c’est l’électricité; l’autre simple, primitif même, fonctionnant invariablement au moment exact que l’on a marqué d’avance, même, il faut bien l’avouer si l’instant est inopportun, soit que le vent faiblisse, soit qu’un nuage vienne obscurcir le soleil, mais d’une légèreté et d’un bon marché dont rien n’approche : c’est la mèche à temps. »
- C’est à ce dernier mode de déclenchement que M. Batut donne la préférence. Son principal avantage réside dans son extrême légèreté ; avec l’électricité, il faut charger la corde de manœuvre de deux fils conducteurs reliant le cerf-volant à l’opérateur, et la force ascensionnelle de l’appareil se trouve singulièrement diminuée. D’ailleurs si le hasard delà mèche à temps ne favorise pas l’opération, on est quitte pour avoir perdu une plaque et rien n’est plus facile et plus prompt que de recommencer l’expérience.
- Un cerf-volant ordinaire ne saurait atteindre une grande hauteur; il dépasse difficilement 100 mètres. Il ne faut pas croire qu’en augmentant la surface de l’appareil, il soit possible de lui faire atteindre une hauteur beaucoup plus considérable; la résistance-de la corde à la traction doit être proportionnelle %: la surface du cerf-volant ; par« conséquent, le rapport entre son poids et la dimension du cerf-volant ne pourra varier que dans des limites très étroites. M. Arthur Batut a pu accroître l’altitude de son appareil photographique en recourant au système des cerfs-volants conjugués de M. Daniel Colladon. C’est encore dans La Nature que M. Batut, comme il le déclare fort gracieusement dans son ouvrage, a rencontré la description de cette ingénieuse méthode; nous y renverrons notre lecteur1.
- « Voy. n° 737, du 16 juillet 1887, p. 97,
- La photographie aérienne est-elle une simple curiosité? Peut-elle au contraire rendre des services? Nous croyons que l’utilité de ce mode de photographie est réelle. Les explorateurs avec un appareil portatif et facile à manœuvrer, pourront prendre des vues de localités inaccessibles : l’art militaire pourra peut-être aussi en tirer parti pour les reconnaissances et pour l’étude du terrain. La photographie par cerf-volant doit trouver sa place à côté de la photographie par ballons.
- M. Arthur Batut, dans le travail que nous analysons, reproche à la photographie en ballon de nécessiter les frais d’une ascension coûteuse : cela est vrai quand il s’agit du ballon monté; mais il n’est pas impossible de se servir d’un ballon non monté, de petit diamètre.
- Nous représentons ci-devant (fig. 2) l’ingénieux appareil photographique qui a été expérimenté il y a quelques années par M. Triboulet. Ce système se compose de sept appareils photographiques ; six d’entre eux forment une vaste chambre hexagonale. Cette chambre est placée dans une nacelle spéciale percée d’ouvertures destinées à laisser passer les objectifs. Le septième appareil est disposé verticalement au centre de la chambre hexagonale; il sert à prendre une vue en plan, tandis que les autres prennent des vues panoramiques. La nacelle est attachée au cercle d’un ballon captif par une suspension à la Cardan. Le déclenchement des sept obturateurs a lieu en même temps par un courant électrique; un câble conducteur se déroule à cet effet autour d’un treuil T, à mesure que le ballon enlève l’appareil. Le courant est fourni par une pile sèche très pratique, et permet de déclencher tous les obturateurs au même moment. M. Triboulet nous a montré jadis quelques résultats des plus encourageants qui ont été obtenus au moyen de son ingénieux système. Ces expériences mériteraient assurément d’être reprises.
- Quelle que soit la méthode adoptée, la photographie aérienne nous paraît avoir un grand avenir.
- Gaston Tissandier.
- INAUGURATION DU PONT DU FORTE
- EN ÉCOSSE
- Le gigantesque ouvrage qui réunit les deux rives du golfe de Forth * a été inauguré le 4 mars par le prince de Galles, qui a vivement félicité les ingénieurs Sir John Fowler et M. Benjamin Baker du succès de leur entreprise. La cérémonie n’a pas été favorisée par le temps ; il faisait une tempête qui a permis à peine au Prince de prononcer les mots sacramentels : « Je déclare ouvert le Pont du Forth » ; il a dû immédiatement rembarquer avec sa suite pour faire le tour des grandes piles en maçonnerie qui sont au nombre de quatre pour chacun des appuis du pont. Cet ouragan donnait d’ailleurs aux visiteurs une idée des difficultés et des dangers qu’ont ren-
- 1 Yoy. n° 861, du 30 novembre 1889, p. 417.
- p.226 - vue 230/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 227
- contrés les ouvriers pendant le montage des grandes pièces métalliques et particulièrement des poutres centrales.
- La Nature a donné, à diverses reprises, les détails de construction et de montage de cette immense ossature en fer. Rappelons seulement qu’elle est constituée de la manière suivante, dans le sens de la longueur :
- Poutre de rive (côté de Queens-
- ferry)................. 204”,00
- 1'* pile (Queensferry).... 43”,50
- 11ro poutre équilibrée (cantilever). 204”,00
- Poutre centrale...........105”,00
- 2e poutre équilibrée. ..... 204”,00
- 2* pile (Inchgarvie)...... 78”,00
- 2“ travée. 2 Poutres équilibrées et une poutre centrale............................513”,00
- 3° pile (Fife)............ 43”,50
- Poutre de rive........... 204”,00
- Total............. 1599”,00
- Non compris les longueurs des viaducs d’approche, qui atteignent 594 mètres pour le viaduc sud et 291 mètres pour le viaduc nord.
- La ^longueur totale de l’ouvrage est donc de 2484 mètres. Les piles métalliques qui surmontent les piles en maçonnerie ont 109 mètres de hauteur.
- A côté des ingénieurs qui ont projeté et fait exécuter le Pont, sir John Fowler et M. Benjamin Baker, et de l’entrepreneur général, M. William Arrol, nous sommes heureux de voir figurer un ingénieur français, M. Coiseau, qui a dirigé pour le compte de M. Hersent les fondations à l’air comprimé des murs de quai d’Anvers. Ce beau travail avait signalé M. Coiseau à l’attention des ingénieurs anglais, qui lui ont confié les fondations à l’air comprimé des grands caissons pour les piles principales.
- Les essais faits quelques jours avant l’inauguration ont été très favorables, et les effets observés ont parfaitement répondu aux calculs des ingénieurs. On a fait passer côte à côte en les faisant partir de l’extrémité sud du pont, deux trains composés tous deux de deux locomotives de 72 tonnes chacune, suivies de 50 wagons chargés pesant 13,5 tonnes avec une locomotive de 72 tonnes à l’arrière. Chaque train pesait 900 tonnes et occupait une longueur de 300 mètres. On a donné aux trains une faible vitesse jusqu’à ce que les deux machines fussent arrivées aux trois quarts de la poutre centrale entre les piles d’Inchgarvie et de Queensferry, la machine d’arrière se trouvant encore au centre de la pile de Queensferry, c’est-à-dire dans la position la plus défavorable pour la poutre équilibrée (cantilever) qui part de cette pile. On a observé une flexion de 125 millimètres dans la partie la plus chargée. L’expérience a continué dans les mêmes conditions sur la seconde poutre centrale et a donné une flexion maximum de 186 millimètres.
- Toutes nos grandes compagnies de chemins de fer avaient été conviées à cette imposante cérémonie et y étaient représentées par des membres de leurs conseils d’administration et quelques-uns de leurs principaux ingénieurs. M. Eiffel était également présent. M. Georges Picot, administrateur de la Compagnie des chemins de fer du Midi, a porté la parole au nom des ingénieurs français.
- Le coût d’exécution du Pont du Forth et des viaducs d’approche, qui avait été prévu à 40 millions, en a coûté 75. Malgré cette énorme augmentation de dépenses, on estime qu’il donnera des résultats rémunérateurs aux Compagnies anglaises syndiquées qui l’ont entrepris,
- grâce aux facilités considérables que l’immense construction fournira au trafic très important des deux rives du Forth. G. Riciiou,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- TRAVERSÉE DE L’AFRIQUE
- PAU LE CAPITAINE TRIVIEK
- C’est avec plaisir que nous relatons l’important voyage que vient d’accomplir en Afrique notre compatriote le capitaine Trivier. Depuis les belles explorations de M. de Brazza dans la région du Congo inférieur et de l’Ogôoué, il ne nous avait pas été donné d’enregistrer dans le bassin du Congo la moindre exploration importante réalisée par un Français. Si le capitaine Trivier n’a pas accompli de ces découvertes qui font passer un nom à la postérité, s’il n’a voyagé que dans des régions connues, s’il a eu l’appui tout-puissant du fameux Tippo-Tip qui a détourné de sa route bien des obstacles et des dangers, il y a néanmoins à tirer profit de ses notes de voyage, bien qu’elles soient prises au courant de la plume et qu’elles laissent éclater la connaissance de surface qu’a du pays un voyageur qui le traverse le plus vite possible.
- Le capitaine au long cours Trivier avait déjà publié sur les archipels de la côte occidentale d’Afrique des observations auxquelles notre éminent géographe Elisée Reclus avait reconnu assez de valeur pour les utiliser. Certaines de ses correspondances avaient été insérées dans la Gironde et c’est ce journal qui, à l’instar du New-York Herald 'pour Stanley, vient de faire les frais du voyage de M. Trivier.
- Parti de Bordeaux le 20 août 4888, le voyageur gagna Dakar, Libreville et Loango. Avec 70 porteurs il visita successivement Ludima, Boanza, Camba, Brazzaville, où il rencontra notre résident M. Dolisie. M. Trivier comptait remonter le Congo jusqu’aux Falls sur les vapeurs de l’Etat libre ; malgré les recommandations pressantes de quelques hauts fonctionnaires, il comprit rapidement qu’il devait y renoncer. La flottille française était trop pauvre, il lui fallut se rejeter sur un bâtiment appartenant à une maison hollandaise. Après d’assez longs retards, M. Trivier put enfin quitter le Stanley pool le 23 janvier 1889.
- Si le trajet du pool aux Falls est encore aujourd'hui plus pittoresque et moins rebattu que celui des Tuileries à Saint-Cloud, il n’offre guère plus de périls. Où est le temps où Stanley était poursuivi sur le fleuve par d’énormes canots dont les pagayeurs font voler l’eau, dont les guerriers accablent de leurs flèches impuissantes le courageux explorateur aux cris mille fois répétés : « De la viande! de la viande! » Si l’on parle encore d’anthropophages, il semble déjà que ce soient des histoires de mère-grand, et ces beaux noirs, qui, à l’envi, se précipitent à chaque instant vers le vapeur, paraissent plus désireux de vendre leurs chèvres et leurs volailles que de se tailler quelque beefsteak sur les voyageurs.
- p.227 - vue 231/432
-
-
-
- 228
- LA NATURE.
- A partir de l’Arrouhimi, tout le pays est au pouvoir des Arabes qui, partis de la côte orientale étaient encore à Nyangoué il y a treize ans et sont aujourd’hui disséminés sur les deux rives de l’Arrouhimi. Cette rapide expansion tient tout uniment à la hardiesse, à la discipline, k la cohésion de ces quelques milliers de métis obéissant aveuglément à l’intelligence déliée, à la volonté indomptable de Tippo-Tip, le vrai roi de l’Afrique centrale.
- Le 18 février, le capitaine Trivier arrivait aux Falls et, en une heure de temps, concluait avec ce potentat, moyennant finances, un traité par lequel celui-ci s'engageait à le conduire en pirogue jusqu’à Nyangoué et de là à Zanzibar, à le nourrir pendant toute la route avec son compagnon de voyage et deux soldats. En attendant le départ, M. Trivier admire les vastes magasins où sont rangés les 35000 kilogrammes d’ivoire de Tippo, recueille quelques informations, constate le goût de son interlocute u r pour nos cotonnades en même temps que ses plaintes au sujet des accusations de trahison que les Anglais ont lancéescontrelui.
- Bien qu’on navigue sur le Congo , la chaleur n’en est pas moins étouffante et l’on comprend à peine que les pagayeurs résistent à 41° centigrades. Le convoi, composé de quarante pirogues, s’échelonne sur le fleuve qu’il remonte avec rapidité, car le 21 mars on débarque à Nyangoué, port bien déchu de l’importance qu’il avait lors des séjours de Livingstone et de Stanley. Il est aujourd’hui détrôné par Kassongo où s’est établi le beau-frère de Tippo-Tip ; c’est une vraie ville de deux lieues de long et qui n’a pas moins de 20 000 habitants.
- Le 14 avril, M. Trivier pénétra dans le Manyéma qu’il mit cinquante-deux jours à traverser. Le 6 juin, il abordait à Oujidji sur le Tanganyika. Après quelques jours de repos, notre compatriote se préparait à pénétrer dans l’Ounyanyembé et à gagner la côte orientale, lorsqu’une lettre de Tippo-Tip vint l’en empêcher. Répondant de la vie du voyageur, le sultan qui connaissait et le bombardement de Bagamoyo par les Allemands et les troubles engendrés par les violences teutonnes, défendait à notre compatriote d’essayer de partir par l’est et lui recommandait plutôt de regagner Nyangoué. Cela ne faisait en aucune façon l’affaire de noire compatriote qui tenait k achever sa
- traversée de l’Afrique. Trois routes s’offraient au choix du voyageur, remonter par le nord jusqu’au Victoria, le traverser pour gagner le Nil et rentrer en Egypte parce fleuve; c’était un beau voyage, mais il fallait compter avec leMahdi, homme fort brutal, dit M. Trivier, si j’en juge par Gordon-Pacha ; traverser le pays des Massai que Thomson avait exploré mais où bien d’autres avaient échoué, c’était courir gros risque; restait la route du sud. Elle faillit n’êtrepas meilleure que les autres ne promettaient de l’être. Le voyageur suivit les bords occidentaux du Tanganyika, voulut gagner le Moero, mais fut forcé par les fièvres de rejoindre les rives du lac dont il ne tarda pas k atteindre l’extrémité méridionale. Tout le pays étant révolté contre les Arabes, ses porteurs abandonnèrent le capitaine Trivier; il resta.seul avec ses deux laptotset son camarade M. Weissenburger, qui disparut le 28 novembre sans qu’il fût possible de savoir ce qu’il était devenu. Enfin après toute une semaine d’attente, le voyageur reprit sa route et ne tarda pas k atteindre le Nyassa, les établissements des missionnaires écossais et de l'a Afri-kan Lakes Company où il reçut un excellent accueil. Il fallait descendre maintenant le Chiré, mais la guerre qui sévissait entre les Makololos et les Portugais avait fait disparaître toutes les embarcations. L’explorateur dut faire une partie de la route à pied et il n’aurait jamais pu gagner la station anglaise de Katunga sans le secours des agents de la Compagnie. Enfin grâce au vapeur Lady Nyassa, il put descendre le fleuve et entrer en rapports avec le colonel Serpa-Pinto qui le mit au courant des événements qui venaient de se passer dans ces régions. Le 1er décembre, il atteignait enfin Quilimane. « La traversée complète de l’Afrique, d’une mer à l’autre, était un fait accompli; et, en moins d’un an, malgré l’abandon de mes hommes, l’hostilité des indigènes, les retards subis par un changement <le direction, j’étais, dit le capitaine Trivier, passé de l’ouest k l’est du continent noir, n’ayant pour toute escorte que mes deux soldats sénégalais, deux Français. » M. Trivier est donc le premier de nos compatriotes qui ait effectué cette traversée. Une somme relativement peu importante a été dépensée ; pas une goutte de sang n’a été versée ! Gabriel Marcel.
- Len/ialct. Cup&ïo
- ht1\Â
- rjJùA’cteïa
- I D U(' •
- ^Usouatzv V»\ ! !
- J °\VkN
- Ztool- Vj | >s J}^ fl
- l/}jj Tabojra pA^i«ir
- k j " ! / vWiî
- ROY "!E/ '\ î 11 \
- ANSOLA l'-
- VW0uss4umfcsf\ ;fKASSON60 landa; Vv-YAtJVO! j) ( L.ttoirmZjfervfâfr
- -lï.CassM Y* 1
- i/!» .//
- Tracé du voyage de M. le capitaine Trivier, à travers l’Afrique.
- p.228 - vue 232/432
-
-
-
- LA NATURE.
- m
- HOCHES A FORMES ARCHITECTURALES ET ANIMÉES
- Fig. 1. — Rochers eu forme de tombeaux, à Montpellier-le-Vieux (Aveyron). (D’après une photographie eommuniquée par M. Martel.)
- Il sera certes fort difficile depuiser jamais un sujet aussi varié que celui des « roches » à formes animées ou architecturales auquel La Nature a déjà consacré deux articles1. Même sans sortir de France, on pourrait multiplier à l’infini les reproductions des silhouettes de pierre qui abondent surtout dans les chaos aujourd’hui célèbres de Mourèze (Hérault), du bois de Païolive (Ardèche) et de Montpellier-le-Vieux (Aveyron).
- C’est ce dernier qui nous fournit la gravure ci-dessus (fig. 1) que nous devons à M. Martel.
- A Pompéi, la romaine cité mortel détruite en même temps que conservée par les cendres vésuviennes de l’an 79, il
- 1 Voy. n° 859, du 16 novembre 1889, p. 385; et u# 867, du 11 janvier 1890, p. 83.
- subsiste, comme il en existait sans doute dans toutes les grandes villes de l’Italie antique, une rue des Tombeaux: large avenue carrossable, bordée le long de ses deux trottoirs de monuments funéraires, cénotaphes, sarcophages, etc. ; pieux usage qui rappelait sans cesse aux vivants le souvenir de leurs morts aimés et qui procurait aussi une élégante décoration à la voie publique. Or, dans la portion occidentale deMontpellier-le-Vieux1 dénommée cirque de la Millière, deux files de bizarres roches crénelées encaissent une véritable rue des Tombeaux presque rectiligne et longue de 500 mètres. Là les strates de pierres non emportées par les
- 1 Voy. E.-A. Martel, Les Cévennes. Dclagravc, lf90. Chap. vu, su, xm, xx.
- Fig. 2. — Roche à profil animé. (Alpes-Maritimes.)
- p.229 - vue 233/432
-
-
-
- 230
- LA NATURE.
- eaux sauvages, non érodées, restées debout en un mot, se trouvent, dans le sens de la hauteur, partagées en trois ou quatre zones ou assises superposées et séparées par des joints. L'assise inférieure est à peu près continue et forme une sorte de soubassement, de piédestal, de stylobate ininterrompu.
- La zone moyenne, sans doute de cohésion moins égale, se compose de gros blocs disjoints, entre lesquels de larges vides sont dus sans doute à l’enlèvement, à la délitation de portions de roches friables ou sableuses; ces blocs revêtent réellement les formes variées que les Romains donnaient à leurs tombeaux : petites tours rondes, urnes cinéraires, vasques ou coupes, pilastres, coupoles, columelles, pyramides, cippes ou colonnettes, etc.; à Montpel-lier-le-Vieux toutes ces espèces d’édicules se rencontrent, sans rien d’artificiel bien entendu et sculptés uniquement par le burin des eaux sauvages. Pour compléter l’illusion, les assises supérieures de la roche dolomitique, beaucoup plus morcelées et rabotées encore que les deux autres, ne sont représentées maintenant que par de petites saillies rappelant, à s’y méprendre, les acrotères, balustres, pommes de pin, cornes, cônes, oreilles, etc., qui servaient de couronnements aux sépulcres antiques.
- Notre gravure (fig. 1) montre deux des cénotaphes naturels de Montpellier-le-Vieux. On y distingue les lignes de joints horizontaux qui les divisent en plusieurs étages. On compterait par centaines les roches analogues dans l’ensemble du chaos; mais c’est principalement le long et des deux côtés de la rue des Tombeaux que leur disposition en double file évoque le souvenir de la curieuse via pompéienne 1
- Nos précédents articles nous ont valu quelques autres communications que nous analyserons ici. M. Dethou, député, nous adresse une photographie qui a été faite par lui, il y a plus de vingt-cinq ans et qui représente une roche des Alpes-Maritimes dans le massif de l’Esterel près Cannes. Cette roche, située à 15 mètres environ au-dessus de la mer qu’elle surplombe, se voit en venant de Cannes immédiatement après avoir franchi le pont du chemin de fer, dit de la Rague; elle représente un profil humain ou bestial ; la roche est porphyrique, l’œil est formé d’un rognon de roche plus claire (fig. 2).
- M. Reynet, à Gap, nous écrit d’autre part que le profil du Napoléon du mont Rlanc n’a pas disparu comme nous l’avions indiqué dans notre précédent article1. Le spectateur qui se tient aujourd’hui sur la place Gambetta de la jolie petite ville de Gex (route de Paris à Genève) distingue encore nettement cette silhouette; et c’est précisément une des curiosités que les habitants du pays signalent aux touristes.
- 1 Yoy. n° 867, du 11 janvier 1890, p. 83.
- LE CRESSON DE FONTAINE
- « Le Cresson retient la perruque,
- Du sommet jusques à la nuque.
- Si vous en frottez les cheveux,
- Us en viendront plus forts et mieux.
- Des dents il apaise la rage,
- Guérit dartres et feu volage. »
- Ainsi s’exprime t’école de Salerne, faisant allusion aux propriétés stimulantes, antiscorbutiques et dépuratives du Cresson ou'Nasturtium officinale des botanistes. Ce n’est donc pas sans raison que les marchands parisiens l’appellent la santé du corps, car les médecins modernes, qui cependant dédaignent les simples, ne peuvent se dispenser de l’employer dans bon nombre de cas. Toutefois, il y aurait à faire une restriction en ce qui concerne la repousse des cheveux. Mais voyons d’abord à faire connaissance avec cette plante précieuse.
- Elle appartient à la famille des Crucifères ; ses racines sont fibreuses et blanchâtres, très déliées ; les tiges longues, anguleuses et rameuses, sont cannelées et couchées, elles émettent très facilement des racines adven-tives; les feuilles sont ailées, les folioles ovales et d’un vert sombre ; la fleur est petite, blanche en grappes terminales, elle s’épanouit en juin et juillet et donne naissance à un fruit peu apparent, qui est une silique allongée cylindrique et recourbée, renfermant à la maturité des graines très petites, rondes et rougeâtres.
- Le Cresson pousse spontanément au bord des ruisseaux et des fontaines et pendant fort longtemps, on s’est contenté de la plante sauvage, qu’on allait même chercher très loin. « Il n’y a pas longtemps, dit Loiseleur-Deslong-champ, que l’on voyait des pauvres femmes aller en recueillir jusqu’à 40 lieues de Paris, pour en charger des voitures et le vendre dans les murs de cette capitale. » 11 n’en est plus de même aujourd’hui ; devant la demande toujours croissante de cet aliment on s’est mis à le cultiver dans les cressonnières qui s’étendent sur de vastes surfaces aux environs des grandes villes ; les plus célèbres sont dans le département de Seine-et-Oise, notamment à Saint-Gratien, à Senlis, à Gonesse, à Essonnes, etc. Or, il faut remarquer que tout le Cresson produit, et cela d’une façon très intensive dans ces localités, est consommé à Paris. Mais -il n’y a pas que les Parisiens qui aiment le Cresson : dans l’antiquité on en faisait le plus grand cas, non seulement comme substance médicamenteuse, mais comme aliment ; du temps de Cyrus, le Cresson était déjà apprécié des Perses, les Romains en faisaient le plus grand usage, les Arabes l’estimaient fort et nos pères en étaient si friands qu’ils finirent par en dépeupler les localités voisines des grands centres.
- Avant l’établissement des grandes cressonnières dont nous venons de parler, le Cresson fut cultivé dans de grands baquets percés dans le fond sur un des côtés, on les remplissait à moitié de terre et on y plantait deux ou trois pieds de la plante, puis on submergeait. On fait encore cette culture dans quelques jardins, mais elle est peu productive, car le Cresson demande avant tout une eau vive et courante.
- Dans l’établissement d’une cressonnière, l’eau de source sera préférée à toute autre. On ouvre des fosses parallèles de 40 à 80 mètres de longueur sur 2 ou 3 de large et 40 à 50 centimètres de profondeur, auxquelles on donne 1 à 2 millimètres de pente ; un espace de 2 mètres sépare ces fosses dont le nombre est réglé par le débit
- p.230 - vue 234/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 231
- des sources dont on dispose. L’eau est amenée en tète des | fosses par un canal principal ; dans la partie basse est un canal de décharge ; des vannes d’entrée et de sortie règlent l'écoulement de l’eau. Pour une fosse de 50 mètres de longueur sur 5 mètres de largeur il faut un débit de 50 litres d’eau par minute.
- Le fond des fosses est garni d’une couche de 8 à 10 centimètres de bonne terre grasse qu’on humecte légèrement d’eau, puis on procède à la plantation. Pour cela, on place au plantoir, en les disposant en quinconce, à
- 10 centimètres les uns des autres, des pieds de cresson forts et vigoureux. Au bout de cinq ou six jours la reprise du plant est chose faite; on donne alors aqcès à l’eau de manière à couvrir le fond de la fosse d’une épaisseur de 5 centimètres environ.
- Dix à quinze jours après cette plantation, on procède à la fumure en répandant une légère couche de fumier d’étable bien décomposé entre les touffes, en évitant d’en recouvrir [les tiges de la plante, après quoi, on élève le niveau de l’eau en ouvrant progressivement les vannes placées en tête; 10 ou 12 centimètres d’eau suffisent.
- La récolte commence peujde temps après; surtout abondante en hiver, elle est d’une extrême simplicité, et se fait tous les dix ou quinze jours, suivant les besoins ; plus le cresson est coupé souvent, plus
- 11 est tendre. Pour procéder à cette coupe, on place une planche en travers de la fosse et on se met à genoux sur ce pont ; la serpette convient très bien pour détacher les poignées qui doivent être coupées au ras de l’eau.
- Les cressonnières sont sujettes à être envahies par les Véroniques, les Berles, les Callitriches et la Lentille d’eau, dont il faut les débarrasser avec soin.
- Pour cette dernière plante qui est souvent difficile à détruire, un excellent moyen consiste à élever le niveau de l’eau : alors la lentille monte à la surface et on l’enlève au râteau.
- Le cresson entre non seulement dans l’alimentation courante, mais la pharmacie en consomme de grandes quantités pour la préparation des médicaments dépuratifs et antiscorbutiques. Albert Larbalétrier,
- Professeur à l’École d’agriculture du Pas-de-Calais et au Collège de Saint-Pol.
- CEINTURE - AVERTISSEUR
- POUR LA PROTECTION DES NAVIRES, ETC.
- Cet appareil a pour objet de protéger les navires, les mouillages et les rades ouvertes, contre l’attaque des bateaux torpilleurs ou autres engins flottants offensifs, en donnant avis de leur approche et de
- leur position, pendant la nuit ou les temps brumeux.
- Dans ce but, on installe une ceinture composée de plusieurs brins de corde métallique reliés entre eux ; à cette corde sont attachés des flotteurs qui la maintiennent un peu au-dessous de la surface de l’eau. Aux points de jonction de ces différentes parties, on fixe, par des organeaux, des bouées solidement mouillées sur le fond; ces bouées servent à maintenir, autant que possible, l’invariabilité de la forme donnée au circuit de la ceinture.
- Ces bouées règlent et maintiennent la flottabilité du circuit de la corde métallique, elles contiennent des matières inflammables destinées à les rendre lumineuses, lorsqu’une portion de [la ceinture est tendue par le choc de l’assaillant.
- Elles renferment, en outre, des flotteurs pouvant s’en détacher ; ceux-ci sont fixés aux extrémités de chaque brin de la ceinture métallique et contiennent des récipients remplis d’une substance éclairante, qui s’enflamme lorsqu’ils se séparent de leurs bouées de mouillage. Le phosphure de calcium donne de bons résultats. On sait que cette matière a la propriété de produire spontanément une flamme au contact de l’eau. Par la réaction qu’il donne avec ce liquide, il résulte un dégagement d’hydrogène phosphoré qui brûle à J'air à la température ordinaire.
- Supposons maintenant qu’un bâtiment entouré de la ceinture-avertisseur soit attaqué par un torpilleur. Celui-ci, entraînant la corde métallique, entraînera
- Fig. 2. — Détail d’une bouée de la ceinture-avertisseur»
- p.231 - vue 235/432
-
-
-
- 232
- LA NATURE.
- le brin compris entre les deux bouées les plus voisines, ainsi qu’un des flotteurs de chacune d’elles. Le contact s’établissant entre l’eau et le phosphure de calcium renfermé dans ces bouées et les flotteurs, ces quatre appareils deviendront lumineux, les bouées repéreront l’entrée du torpilleur dans l’enceinte, tandis que les flotteurs, remorqués par lui, indiqueront à chaque instant sa position et sa marche, ce qui permettra au navire attaqué de faire usage de son artillerie contre l’agresseur.
- On sait que la protection des navires cuirassés est une des questions les plus intéressantes de l’art naval contemporain : ces vaisseaux énormes qui ont coûté des sommes considérables peuvent être à la merci d’un torpilleur qui les surprendrait. Les ingénieurs qui s’occupent de ces problèmes s’efforcent donc de trouver des moyens pratiques de préserver ces grands bâtiments de toute surprise. L. K.
- LES NESTORS DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE
- De toutes les contrées où la civilisation européenne s’est introduite depuis le commencement du siècle, la Nouvelle-Zélande est peut-être celle qui a Subi les changements les plus rapides et les plus profonds. Ce n’est pas seulement la population qui s’est renouvelée, grâce à l’afflux incessant des colons européens se substituant aux infortunés Maoris dont il ne restera bientôt pas plus de traces que des Peaux-Rouges de l’Amérique du Nord1; c’est le sol lui-même qui s’est modifié, c’est le pays qui a changé d’aspect. Des villes considérables se sont élevées sur le rivage de la mer ou au bord des fleuves, et les plaines incultes où erraient jadis les gigantesques Moas2 sont aujourd'hui parsemées de villages prospères, de fermes entourées de champs de céréales, de jardins ou de vergers où croissent les légumes et les arbres fruitiers de notre vieille Europe. Les animaux domestiques importés des pays d’outre-mer, les Chevaux, les Bœufs, les Lapins, les Porcs, les Moulons, ces derniers surtout, ont admirablement prospéré et se sont multipliés si rapidement que l’échange des troupeaux et le commerce des laines constituent, l’une des principales richesses de la colonie. Les plantes d’origine étrangère ont crû avec une telle vigueur que sur certains points elles ont complètement étouffé les végétaux indigènes, et les vides que des chasses trop actives avaient causés dans les rangs des animaux autochtones sont désormais comblés par l’acclimatation d’espèces sauvages, venues d'Europe, d’Amérique ou d’Australie. Dans un article publié, il y a quinze ans, dans ce même recueil, nous avons signalé quelques-uns des changements récents qui se sont produits dans la faune ornithologique de la
- 1 Les derniers renseignements statistiques nous apprennent qu’il n’y a plus que 50000 à 40000 Maoris pour près de 000000 étrangers.
- 2 Ou Dinornis, oiseaux de l’ordre des llrévipennes, proches parents des Autruches, des Casoars et des Aptéryx.
- Nouvelle-Zélande, et nous avons fait allusion aux modifications survenues dans les habitudes de certains oiseaux indigènes à la suite de l’introduction de plantes et d’animaux exotiques. Aujourd’hui nous nous proposons d'insister particulièrement sur ce dernier point en montrant l’influence exercée par les progrès de la colonisation et le développement de l’agriculture sur les mœurs et le régime d’un Perroquet appartenant au genre Nestor.
- Ce genre, absolument spécial à la Nouvelle-Zélande, renferme des Psittacidés de forte taille, notablement plus gros que le Perroquet gris ou Jacko, de la côte occidentale d’Afrique, et offrant, dans la forme de leur bec, quelque analogie avec les petits Trichoglosses de l’Australie et de la Nouvelle-Guinée. Chez les Nestors en effet, la mandibule supérieure est comprimée latéralement et se termine par un long crochet au lieu de se recourber brusquement comme chez les Perroquets de l’ancien monde, et la tête est étroite et allongée comme chez les Trichoglosses; mais la langue n’offre pas les papilles charnues et érectiles qu’on observe dans ce dernier groupe, son extrémité étant au contraire arrondie régulièrement et munie d’une frange de poils résultant de la dissociation des fibres de la plaque cornée qui occupe d’ordinaire la face inférieure de l’organe.
- Par leur physionomie, les Nestors rappellent beaucoup le Perroquet noir et rouge de la Nouvelle-Guinée que l’on appelle le Dasyptilus Pesqueti, et ils présentent sur leur plumage ces teintes modestes et rembrunies qu’affectionnent beaucoup d’oiseaux des terres australes. Ainsi, l’espèce la plus anciennement connue, le Kako. ou Nestor méridional (Nestor meridionalis, Gm.) a le dos, la poitrine, les ailes et la queue d’un brun fuligineux à reflets verdâtres, les flancs, la région interscapulairc et la gorge teintés de rouge, le sommet de la tête d’un blanc grisâtre, les oreilles jaunes, le bec et les pieds noirs; le Nestor occidental (Nestor occidentalis Bull.), qui est moins largement répandu que le précédent et qui ne se trouve que sur la côte occidentale de l’île du sud de la Nouvelle-Zélande, porte une livrée analogue à celle du Nestor méridional, mais plus fortement nuancée de vert, avec des lisérés foncés qui donnent aux plumes de la région dorsale un aspect écailleux. Enfin, chez le Nestor qui est appelé Iiéa par les Maoris et qui a été décrit en 1856 par John Gould sous le nom de Nestor notabilis, toutes les parties supérieures du corps sont d’un vert olivâtre, recoupé par des stries et des lisérés noirâtres sur le milieu et le bord des plumes ; la croupe est d’un rouge sang plus ou moins nuancé de jaune; la tête comme saupoudrée de gris blanchâtre au-dessus et teintée de brun sur les côtes, la queue d’un vert brunâtre avec une bande noirâtre près de l’extrémité et des raies transversales d’un jaune orangé, apparentes seulement sur la face inférieure des pennes. Quant aux ailes, elles offrent en dessus a peu près la même couleur que
- p.232 - vue 236/432
-
-
-
- Ncstors de la Nouvelle-Zélande attaquant des Moutons
- p.233 - vue 237/432
-
-
-
- 234
- LA NATURE.
- le dos, et en dessous une teinte rouge sang occupant les couvertures inférieures des grandes pennes alaires qui sont elles-mêmes barrées de jaune.
- Comme chez la plupart des Perroquets, la livrée ne varie guère d’un sexe a l’autre, la femelle ayant seulement des teintes encore moins vives que le mâle, et le costume des jeunes ne se distingue de celui des adultes que par la présence de raies transversales brunâtres sur les parties supérieures du corps, et l’absence de rouge sur les épaules. En revanche, on constate parmi les adultes d’assez grandes différences de taille et de couleurs. On voit, par exemple, des individus de l’espèce commune qui ont le sommet de la tête, la nuque, la poitrine et les épaules fortement lavés de jaune serin, les flancs, le dos et les ailes d’un rouge écarlate varié de jaune; d’autres qui ont la poitrine grise avec une large bande jaune; d’autres chez lesquels le rouge brillant acquiert beaucoup plus d’importance que chez les individus normaux ; d’autres encore qui ont le plumage en grande partie décoloré; ceux-ci sont des géants; ceux-l'a de véritables nains, etc. Il n’est donc pas étonnant que les naturalistes qui n’ont eu d’abord sous les yeux que des exemplaires isolés du Nestor meridionalis aient cru pouvoir les rapporter à plusieurs espèces; mais l’examen de séries nombreuses a permis récemment de reconnaître qu’il s’agissait là de simples variations individuelles. En revanche on a acquis la preuve que le genre Nestor occupait jadis une aire un peu plus étendue et qu’il était représenté dans l’île Norfolk par deux espèces aujourd’hui complètement éteintes (Nestor productus, Gould, et N. norfolcensis, Pelz).
- Les Nestors sont des oiseaux semi-nocturnes qui restent ordinairement cachés pendant la plus grande partie du jour, et qui attendent le coucher du soleil pour aller chercher leur nourriture, en menant grand tapage. Ceux de l’espèce vulgaire (Nestor meridionalis) se montrent particulièrement friands du nectar contenu dans les fleurs du Phormium tenax1 et de la Metrosideros robusta; mais ils dévorent aussi des fruits, des baies sauvages, des insectes et des larves qu’ils découvrent en fouillant avec leurs mandibules sous les racines des plantes épiphytes. On les a accusés souvent de causer des dégâts dans les forêts, mais il est probable qu’ils n’attaquent point avec leur bec l’écorce d’un arbre parfaitement sain et que, comme les Pics, ils se contentent d’élargir les trous déjà existants pour arriver jusqu’au ver rongeur et s’en emparer. Ils fréquentent principalement les forêts de hêtres, en petites bandes dont les membres sont étroitement unis, à ce point que si l’un d’eux vient à être blessé tous les autres poussent des cris de douleur et s’efforcent de le secourir. Ces bandes émigrent parfois d’une contrée à l’autre en passant à une hauteur considérable dans les airs, en ligne droite, d’un vol lent et mesuré.
- 1 Ou Lin de la Nouvelle-Zélande.
- La ponte, chez le Nestor meridionalis, a lieu au commencement de novembre, dans une saison qui correspond, pour l’hémisphère austral, au printemps de nos régions ; elle se compose de quatre œufs blancs qui sont déposés dans le creux d’un arbre, comme ceux de la plupart des Perroquets. A Noël, les petits sont déjà assez forts pour quitter le nid, et ils ne tardent pas à suivre leurs parents qui s’associent eux-mêmes à quelques familles du voisinage pour former les troupes dont nous avons parlé et qui, chaque soir, font retentir les bois de leurs cris discordants. Ce sont tantôt des sifflements, tantôt des croassements que le nom indigène de Kaka est destiné à traduire, ou bien encore des imitations plus ou moins parfaites des cris des autres oiseaux et des différents bruits de la forêt.
- Primitivement [le Nestor notabilis ou Ke'a menait à peu près le même genre de vie que le Nestor meridionalis, et n’offrait dans ses mœurs d’autres particularités que celles qui étaient déterminées par une différence d’habitat. Le Nestor que les colons anglais appellent le Perroquet de montagne (Mouh-tain Parrot) et que nous désignerons sous le nom de Nestor alpin, ne se montre que rarement dans les plaines de Canterbury et sur les collines de Malvern et réside ordinairement sur les monts Cook et sur les autres montagnes de 3000 à 4000 mètres d’altitude qui forment la chaîne des Alpes méridionales de la Nouvelle-Zélande. Son séjour de prédilection, dit M. Potts1, se trouve dans le voisinage des glaciers, au milieu des rochers inaccessibles entre lesquels bondissent des torrents écumeux, bien au-dessus des sombres forêts de hêtres où s’agitent les troupes bruyantes des Nestors ordinaires et des autres Perroquets. Au printemps et en été, ces hautes régions présentent un aspect enchanteur ; la i flore alpestre s’y épanouit dans son admirable variété ; les Pimélées font retomber leurs branches flexibles au-dessus des précipices; les Leucopogons poussent en touffes serrées sur le flanc des montagnes, et toutes sortes d’arbustes, au feuillage persistant, croissant au bord des cascades, sont chargés de fleurs ou de baies qui fournissent aux Kéas ùne nourriture abondante. Les touristes qui visitent, pendant la belle saison, les Alpes de la Nouvelle-Zélande peuvent voir alors ces grands Perroquets circuler, même en plein jour, au milieu des rochers dont les fissures leur offrent des retraites assurées, sautiller entre les buissons en poussant tantôt de petits sifflements, tantôt des sortes de miaulements, ou franchir d’un vol paisible de larges précipices pour gagner d’autres parties de leurs domaines.
- Mais en automne la scène change ; la bise, soufflant en tempête, disperse les grains et fait tomber les fruits; les torrents gonflés par les pluies charrient pêle-mêle de l’argile, les cailloux et les débris des plantes qui croissaient sur leurs rives ; bientôt la neige tombe à gros flocons et pendant de longs mois
- 1 Birds of New-Zealand, par Sir W. Buller, lre édition.
- p.234 - vue 238/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 235
- la terre reste couverte d’un épais linceul. Poussés par le besoin, les Kéas descendent graduellement dans les ravines étroites où les plantes, les arbustes et les arbres sont abrités contre les intempéries : ils y trouvent les fruits amers du Kowhaï, les petites graines des Pittosporées, les fruits du Pitchpin et du Tottara (Podocarpus tottara), et, ce qui fait encore beaucoup mieux leur affaire, ils peuvent y prélever un large tribut sur les provisions que les fermiers ont réunies pour la saison d’hiver. Des fermes se sont élevées en effet jusque dans le fond des vallées qui entament les flancs des Alpes de la Nouvelle-Zélande, et, auprès de ces postes avancés de la civilisation, les colons ont disposé des parcs, des étables pour les troupeaux et des séchoirs où ils suspendent les quartiers de viande, les peaux de bœufs et de moutons. Il y a quelques années, en rôdant de côté et d’autre à la recherche des substances végétales qui, naguère encore, suffisaient à leur subsistance, les Kéas ont découvert ces réserves; ils ont arraché ç'a et là un lambeau de chair et ils ont trouvé cette nourriture tellement de leur goût qu’ils sont revenus à la charge les nuits suivantes. Leurs descendants ont suivi leur exemple et maintenant les instincts carnivores sont tellement implantés dans l’espèce que les colons ont fort à faire de se défendre contre les incursions des Nestors alpins. Heureusement que ces oiseaux ne sont pas difficiles à prendre. En disposant sur le toit d’une cabane des pièges faits d’un nœud coulant suspendu à une tige flexible qui fait ressort, et en mettant un morceau .de viande comme appât, on peut être sûr de capturer quelques-uns de ces rôdeurs nocturnes.
- Une fois pris, les Nestors restent cois jusqu’à ce qu’on les ait délivrés des liens qui les enserrent; mais à peine ont-ils recouvré la liberté de leurs mouvements qu’ils cherchent à s’échapper et souvent ils y réussissent, car ils sont aussi adroits que rusés. On dirait même qu’ils se plaisent à faire des malices. Ainsi Buller, dans son livre sur les Oiseaux de la Nouvelle-Zélande, raconte que le Dr Hector, ayant déposé sur le bord d’un ravin une série de plantes recueillies à grand’peine, eut sa récolte perdue par la méchanceté d’un Kéa qui jeta tout le paquet dans le précipice. Une autre fois un berger, s’étant absenté pour affaires, trouva, en rentrant, sa hutte complètement bouleversée par un Nestor alpin qui s’était introduit par la cheminée : les habits étaient dispersés, les couvertures du lit retournées, la vaisselle brisée, et il n’y avait pas jusqu’au cadre en bois de la fenêtre qui ne portât les marques de grands coups de bec.
- Lorsqu’en rôdant autour des fermes ils ne parviennent pas à voler quelque bon morceau, les Kéas se rabattent sur les débris d’animaux jetés à la voirie et ils ont vite fait de dépouiller une tête de mouton de sa peau et de sa chair, de la vider et de la rendre aussi nette qu’une pièce ostéologique destinée à un cabinet d’anatomie. Pour accomplir
- cette besogne dégoûtante, ils se tiennent, à la manière des Faucons, perchés sur la pièce à dépouiller qu’ils attaquent avec leurs mandibules, ou arrachent avec une patte les lambeaux de chair adhérents à l’os qu’ils maintiennent solidement avec l’autre patte.
- Les Nestors sont donc passés peu à peu au rang d’oiseaux de proie et une fois enrôlés dans la catégorie des bêtes de rapine, ils ont donné libre carrière à leurs appétits sanguinaires et ils ont fini par assassiner les animaux à la chair desquels ils avaient goûté. Il y’a déjà plusieurs années, les fermiers qui, pendant l’été, envoyaient leurs Moutons au pâturage sur les flancs des Alpes de la Nouvelle-Zélande, constatèrent que quelques-unes de leurs bêtes étaient atteintes d’un mal étrange, ayant pour symptômes des plaies plus ou moins profondes, situées dans la région dorsale. Ces plaies devenaient le siège d’une suppuration abondante qui amenait le dépérissement et parfois même la mort de l’animal. Par ordre des propriétaires, les bergers exercèrent, sur les troupeaux confiés à leur garde, une surveillance plus active et l’un d’eux aperçut un jour un Kéa qui se tenait cramponné sur le dos d’un Mouton. Ce fut un trait de lumière ; les Nestors étaient les auteurs du mal. Bientôt même on reconnut de quelle façon procédaient ces Perroquets. On les vit en effet, au nombre de cinq ou six, harceler une pauvre Brebis, la séparer du reste du troupeau, la larder de coups de bec, lui arracher, à tour de rôle, des flocons de laine et des lambeaux de chair, la forcer à fuir dans une course folle jusqu’à ce qu’elle tombât épuisée et lui infliger alors de nouvelles tortures en lui déchirant le flanc avec leurs terribles mandibules. Aussitôt des mesures de rigueur furent édictées contre les Kéas dont la tête fut mise à prix. Stimulés par l’appât d’une prime variant de 3 à 4 shel-lings1 par bec, les bergers et les gardes forestiers détruisirent en peu de temps un si grand nombre de Nestors alpins que M. R. Bouchier, inspecteur des troupeaux à Queenstown, relevait déjà, à la date du 19 mars 1884, le chiffre de 1574 becs de cette espèce apportés à son bureau *. Il était urgent d’ailleurs de recourir à une destruction en masse, car, dans certaines localités et notamment dans une station située sur le lac Wanaka, des propriétaires avaient eu jusqu’à 200 Moutons tués en une seule nuit par les Nestors alpins.
- Les faits que nous venons de rapporter constituent assurément un des exemples les plus frappants de l’adaptation d’une espèce sauvage à de nouvelles conditions d’existence, de la transformation du régime végétal en régime animal ou plutôt du développement, sous l’empire de circonstances particulières, de ces instincts carnassiers qui se trouvent à l’état latent chez une foule d’êtres où l’on n’en soupçonne pas l’existence. E. Oüstalet.
- 1 Voy. à ce sujet le numéro du Canterbury Times du 19 juillet 1884 et le journal ornithologique l’Ibis, 1884, p. 471.
- p.235 - vue 239/432
-
-
-
- 236
- LA NATURE.
- UN SEMOIR CHINOIS
- Il semble que dans cet immense et antique Empire chinois, qui avait atteint un haut degré de civilisation alors que l’Europe était dans la barbarie absolue, il semble qu’on puisse retrouver le germe, parfois très développé, de toutes les inventions dont nous jouissons aujourd’hui. C’est ce que l’on a pu constater, par exemple, pour l’imprimerie; et c'est ce que nous pouvons encore constater aujourd’hui pour les semoirs, dans la gravure assez ancienne que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs.
- Cette gravure est extraite d’un assez volumineux ouvrage de Joseph de Guignes. De Guignes, célèbre orientaliste, et dont le père s’était fait connaître lui-même par des études analogues, fît, vers la fin du siècle dernier, un long voyage dans l’Empire du Milieu, accompagné notamment de M. Vaubraam, et il rapporta des notes curieuses et fournies, qu’il publia seulement bien des années après, en 1808; des planches nombreuses et naïvement dessinées accompagnent ces notes et forment tout un atlas : de ce nombre est celle que reproduit la gravure ci-contre. Les Chinois, peuple essentiellement cultivateur, ont principalement exercé leur ingéniosité dans l’invention d’outils divers se rapportant à la culture, et c’est de ce genre qu’est le semoir dont nous voulons parler. Cet instrument n’est mû qu’à bras, la main-d’œuvre est assez bon marché pour que l’on ne renonce point à employer l’homme à la place d’une bête de trait ; et c’est en fonctionnement que de Guignes put voir ce semoir, un homme dans les brancards de devant pour le tirer, un homme dans les brancards de derrière pour le diriger. L’instrument se compose essentiellement d’une boîte inclinée, d’une sorte de trémie découverte, comme dit de Guignes, qui contient le grain : c’est le réservoir. Comme le montre bien la figure, ce réservoir est très incliné en arrière, de sorte que le grain a toujours tendance à descendre vers cet arrière, qui est percé dans le fond de deux ouvertures dont nous allons voir l’utilité. La boîte est portée par deux tiges de bois qui forment brancard en avant; en arrière,
- nous voyons comme deux bras de brouette qui se prolongent obliquement au-dessous de la boîte : pleins jusqu’à leur rencontre avec la boîte, ces bras, qui sont en bambou, sont percés dans toute leur longueur à partir de ce point; les deux parties basses sont donc deux petits canaux venant s’ouvrir au-dessous des deux sortes de petits socs de charrue qui les terminent. Ces deux petits canaux sont précisément en communication avec les deux ouvertures dont nous avons parlé et dont est percé le fond de la trémie. Tout naturellement le grain glisse du fond de la trémie dans les canaux, puis tombe peu à peu dans la terre à mesure que les socs creusent le petit sillon. M. Vaubraam, compagnon de M. de Guignes, put se procurer un de ces semoirs chinois qu’ils rencontrèrent fort nombreux dans leur voyage, et c’est, d’après cet exemplaire
- que notre compatriote fit le dessin un peu naïf qui a pris place dans son ouvrage. D’ailleurs, comme il le fait remarquer lui-même, ce semoir ne pouvait guère fonctionner, étant donné surtout qu’il était traîné par un homme, que dans des terres meubles, tel que l’est en général le sol | chinois, ou ayant ! subi un labour préalable. En outre, le récipient ayant peu de capacité, il fallait le recharger souvent, et c’est pourquoi M. de Guignes parle d’une hotte contenant du grain et qui était destinée à remplacer le chargement épuisé du semoir.
- A coup sûr, c’était là un instrument bien imparfait et bien primitif comme construction ; mais on y retrouve le principe entier de ceux que nos industriels fabriquent aujourd’hui. Il existe même de petits semoirs tout à fait analogues et de construction moderne, destinés aux petites cultures maraîchères ; ces appareils sont conduits d’ailleurs par un seul homme. Et quand on constate chaque jour à quel degré de civilisation avancée avait atteint la nation chinoise voilà des siècles, on ne peut qu’être saisi de regret en voyant l’arrêt quelle a subi, en s’apercevant qu’elle s’est immobilisée dans cette civilisation datant de tant de siècles et en songeant aux efforts qu’il faudra faire pour la relancer dans la voie du progrès. Daniel Bellet.
- p.236 - vue 240/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 257
- PRISME-TÉLÉMÈTRE
- A RÉFLEXION TOTALE
- Tous les officiers qui se sont occupés des questions de tir sont unanimes à reconnaître que l’emploi d’un télémètre sera indispensable à la guerre si l’on veut obtenir des feux d’ensemble tout l'effet utile qu’ils sont susceptibles de produire.
- Le rôle de l’officier qui indique à sa troupe la hausse à prendre, consiste à diriger la gerbe formée par l’ensemble des balles du feu collectif, de façon que le but soit atteint par la portion la plus dense du groupement. Toute l'instruction du tir qu’on donne au soldat, tous les progrès qu’on cherche à réaliser dans la qualité des armes et des munitions, ont principalement pour hut de rendre cette gerbe aussi resserrée, aussi dense que possible, afin qu’elle soit plus meurtrière. Or, la difficulté de faire tomber les balles sur un point déterminé est évidemment d’autant plus grande que la gerbe est plus étroite. C’est-à-dire que la nécessité de bien estimer les distances se fait d’autant mieux sentir que les tireurs sont plus instruits et les armes plus précises.
- Un pompier qui aurait la vue assez mauvaise pour diriger quatre-vingts fois sur cent, à côté du point incendié le jet d’eau qui sort de sa lance, serait un triste auxiliaire, et, ni l’abondance de l’eau, ni la perfection de la machine qu’il manœuvre n’amélioreraient sa besogne. Un officier qui compte sur ses yeux pour régler le feu de sa troupe est dans la môme situation. Les télémètres optiques ont pour but de remédier à cette impuissance de la vue à apprécier les distances. Et cependant, ce genre d’instrument est sinon en discrédit, du moins en estime modérée auprès des officiers.
- A notre avis, l’explication de ce fait est la suivante : les télémètres actuellement existants et possédant les qualités indispensables à tout instrument de mesure : précision, constance de réglage, facilité d’emploi, coûtent trop cher (de 100 à 150 francs). Les officiers n’en font évidemment pas l’achat. Au-dessous de ce prix, on a des instruments munis de miroirs mobiles qui fonctionnent
- peut-être quand ils sortent de chez le constructeur, mais qui se dérèglent rapidement sous la simple influence des variations de température. Us ont contribué pour une large part au discrédit des procédés télémétriques, car un instrument qui est, nous ne disons pas déréglé, mais simplement susceptible de se dérégler, enlève à l’opérateur toute confiance dans les résultats de ses mesures. En résumé, c'est dans la difficulté, pour les officiers, d’acquérir un bon instrument qu'il faut 'chercher l’explication du peu d’usage qui est fait des télémètres dans l’armée.
- Nous avons vu récemment un instrument établi d’après les données de M. le capitaine Souchier, instructeur à l’Ecole normale de tir, qui nous paraît réaliser ce qui a été fait de plus simple jusqu’à ce
- jour. Cet instrument que nous représentons ci-contre (fig. 1) ne comporte ni vis, ni miroirs mobiles, ni surfaces étamées. U n simple prisme de verre donnant par réflexion totale des images d’un très grand éclat, constitue l’instrument. Une enveloppe en celluloïd garantit le prisme contre les chocs. Le volume de l’instrument est celui d’une montre ordinaire. Son poids est de 50 grammes. 11 ne peut ni se dérégler, ni se détériorer, à moins qu’on ne le casse. — Qu’on imagine une chambre cl aire, sur un des côtés de laquelle on a pratiqué la facette DC (fig. 2). C’est là tout l’instrument. Si l’on tourne la face AB du côté d’un objet O, les rayons lumineux issus de cet objet viennent se réfléchir totalement sur les faces ÀE, EU du prisme. Une partie de ces rayons sort par la face BC dans une direction EK, perpendiculaire à celle de leur incidence. L’autre partie sort par la face DC dans la direction CK' ; par suite de l’inclinaison de DC sur BC, les rayons qui émergent par la facette DC font, avec la direction de ceux qui émergent par la face BC, un angle de 1° 10'.
- L’opérateur peut donc à son gré, suivant qu’il place son œil en K ou en K', voir le point O dans deux directions différentes, l’une, celle de droite, faisant avec la direction de l’objet O, un angle de 90°, l’autre, celle de gauche, faisant avec le même objet un angle de 90° -f-l° 10'.
- Soit maintenant AC (fig. 5), une distance à mesurer. L’opérateur placé en À, de façon à avoir le point C
- p.237 - vue 241/432
-
-
-
- 238
- LA NATURE.
- à sa droite, construit un angle CAS de 90° H-1° 40'. A cet effet, il repère à l’aide d’un signal S qu’il regarde directement dans la campagne par-dessus le prisme, la direction AC' dans laquelle il voit l’image de gauche du point C. Il recule ensuite sur l’alignement de AS jusqu’à ce que l’image de droite C" du point G vue dans le prisme lui paraisse en coïncidence avec le même signal S. Soit B le point où cette apparence se produit. L'angle CBS est de 90°. L’angle CAS est de 90°-f-l° 40'. L’angle C est égal à la différence des angles SAC et SBC, c’est-à-dire à 4° 40', et il résulte de la valeur de cet angle que la base AB est le 4/50 de la distance AC. Il suffit donc de mesurer la longueur AB et de la multiplier par 50 pour connaître la distance AC.
- Une table numérique, qu’on lit à travers une face transparente de la boîte en celluloïd, présente l’opération toute faite dans chaque cas. Pour la facilité de la démonstration, nous avons dit que les angles du prisme avaient été calculés de façon que la longueur de la base AB fut exactement le 1/50 de la longueur AC. En réalité, on a laissé à l’ouvrier,
- pour la construction du prisme, des tolérances qui font que la quantité par laquelle il faut multiplier la base, n’est pas 50 pour tous les instruments. Elle est seulement voisine de 50. Le prisme une fois fait, on mesure par des procédés rigoureux le multiplicateur qui lui convient, et la table imprimée sur chaque prisme correspond à ce nombre. En un mot, on a appliqué sur chaque instrument la graduation qui lui convenait spécialement, au lieu d’astreindre le constructeur à faire des prismes s’adaptant exactement à une graduation déterminée d’avance. On a pu ainsi obtenir une grande précision, et la construction de l’instrument s’est trouvée tellement simplifiée qu’on a réalisé un télémètre qui ne coûte que 15 francs, tandis que tous les télémètres sous forme de prismes, connus jusqu’à ce jour, atteignent un prix voisin de 100 francs et sont incontestablement moins précis.
- Ajoutons, sans pouvoir donner ici l’explication de ce fait, qu’on a considérablement facilité la construction du prisme en utilisant le principe physique de la réfraction pour obtenir la duplication des images, tandis que tous les prismes-télémètres actuels arrivent au même but en se basant sur le principe de la double réflexion.
- Les instruments à double image présentent quel-
- quefois l’inconvénient de laisser l’opérateur incertain sur le choix de l’image qu’il doit considérer quand il se trouve à l’une ou l’autre extrémité de la base. On a évité complètement cet inconvénient à l’aide d’un curseur mobile qu’on place sur l’une ou l’autre facette du prisme. L’image qu’il y a lieu de considérer, suivant le cas, est clairement indiquée sur l’instrument même par deux lettres. Le maniement de l’appareil est ainsi considérablement facilité.
- En résumé, il résulte de l’examen de l’instrument et des résultats des expériences que le prisme-télémètre à réflexion totale a les avantages suivants. Il est solide, très portatif, peu coûteux, indéréglable, précis, d’un emploi facile. 11 permet de mesurer une distance quelconque dans un temps qui est en général inférieur à trois minutes avec une erreur moyenne inférieure à 25 mètres par kilomètre. Les images des objets obtenues par réflexion totale ont une clarté qui n’existe dans aucun autre télémètre de poche. Le prisme-télémètre a été imaginé dans un but de vulgarisation. Il est parfaitement organisé pour remplir ce but.
- CHRONIQUE
- Le halo solaire du 3 mars. — Un magnifique halo a été vu le 5 mars dans différentes localités, notamment à Saint-Malo. A l’observatoire du parc de Saint-Maur, on a pu observer le phénomène pendant la journée presque tout entière. Yoici la note que M. Renou a bien voulu nous communiquer à ce sujet : « 5 mars, 4 heu-
- Halo solaire observé au pare Saint-Maur le 3 mars 1890.
- res du soir. Nous voyons depuis 11 heures une superbe apparition rare par son intensité. Halo ordinaire de 22° avec parhélies à longues queues blanches. Halo circonscrit tangent au petit halo, figurant des cornes de bœuf (voir la figure ci-dessus). Grand halo avec l’arc circumzénithal qui lui est tangent; c’est un cercle horizontal aussi vivement coloré que l’arc-en-ciel. On en voit un quart environ; on n'en peut jamais voir plus. Le grand halo offre toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, il est d’un éclat rare. » E. Renou.
- Les tramways électriques de la ligne Made-leine-Lcvallois, à Paris. — Depuis quelques mois, nous avons à Paris une ligne de tramways électriques fonctionnant entre la Madeleine et la commune suburbaine de Levallois-Perret. Nous avons pu nous procurer quelques renseignements relatifs à cette installation. Au-dessous de la voiture est installé un moteur électrique, genre Siémens, tournant à 1600 tours par minute. Le mouvement est transmis aux roues motrices par une corde sans fin et un engrenage qui réduisent la vitesse
- p.238 - vue 242/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 239
- dans le rapport de 26 à 1. Le changement de sens du moteur est obtenu par un dispositif spécial à balais doubles en forme de V. Une seule branche de chaque balai touche le collecteur ; on peut faire basculer les balais au moyen d’un levier. Les branches en contact sont soulevées, et les deux autres viennent appuyer à 90°. Par suite de ce changement, le sens du courant est interverti dans les bobines du moteur, et par suite la direction. La voiture pèse 3500 kilogrammes, elle comporte 1620 kilogrammes d’accumulateurs, et peut transporter 50 voyageurs. L’énergie électrique nécessaire est fournie par des accumulateurs genre Faure-Sellon-Wolckmar, à plaques jumelles, au nombre de 108. Chaque élément pèse 15 kilogrammes, soit un poids total de 1620 kilogrammes pour l’ensemble de la batterie. Un commutateur spécial, placé sous la main du conducteur, permet d’effectuer 4 couplages différents, suivant l’énergie à dépenser. Les accumulateurs sont en effet, répartis en 4 groupes qui peuvent être couplés : 4 en quantité, 2 en quantité et en tension, 3 en tension et 1 en quantité avec un des groupes précédents, 4 en tension. La vitesse normale est de 11 kilomètres à l’heure. La puissance électrique nécessaire est alors sur une route en palier de 3,2 kilowatts, sur une rampe de 1 pour 100 de 5,8 kilowatts, et de 8,4 kilowatts sur une rampe de 2 pour 100. Si la rampe augmente, la vitesse diminue. A 9 kilomètres par heure sur une rampe de 3 pour 100, la puissance est de 9,2 kilowatts, et de 11,4 kilowatts sur une lampe de 4 pour 100. Sur une rampe de 5 pour 100, à 5 kilomètres par heure, la puissance est de 7,6 kilowatts, et de 8 kilowatts à la même vitesse pour une rampe de 5,5 pour 100.
- I.a production de la soie dans le monde. —
- Le London and China Telegrah publie un tableau présentant la moyenne de la production de la soie pour la période de 1882 à 1889, comparée avec celle présumée pour la campagne de 1889 à 1890, dans les principales contrées productrices. Nous reproduisons ci-dessous le tableau de ce journal, en faisant remarquer que les quantités sont exprimées en balles de 50 kilogrammes :
- Moyenne Estimation pour
- 1882-1889 1889-1990
- France . . 12 345 11 000
- Italie . . 63 357 54 000
- Levant. . . . . . . 12 971 12 000
- Chine . . 50 014 60 000
- Japon. . . . . . . . 32 800 58 000
- Canton . . 18 400 15 000
- Bengale . . 4 900 3 000
- Autres pays. . . . . 4 886 5 000
- Parmi les fluctuations que présente le tableau ci-dessus, il y a lieu de signaler pour l’Italie une baisse de près de 9000 balles, pour la Chine une hausse de 10 000 balles et pour le Japon une hausse remarquable de 26 000 balles. La baisse de la production d’Italie, presque égale aux trois quarts de notre production, mérite une mention particulière.
- La navigation dans le nouveau port de Boulogne. — Nous avons parlé dans La Nature des travaux accomplis à Boulogne pour y créer un port en eau profonde et doter ce point de quais abordables à toute heure de marée, permettant l’établissement de services de navigation réguliers. Nous avons fait remarquer que les travaux projetés n’avaient pas été complètement mis à exécution, et qu’en ce qui concerne le port extérieur proprement dit, on s’était principalement restreint à la
- construction de la grande digue nommée aujourd’hui Digue Carnot. L’effet de ces travaux, pourtant incomplets, s’est déjà fait heureusement sentir. Un service d’escales de transatlantiques s’y est créé récemment, c’est d’ailleurs un service étranger fait par la Compagnie néerlandaise-américaine; tous les huit jours, alternativement, le samedi et le dimanche, part un vapeur directement de Boulogne pour New-York. Bien que les travaux de dragage ne soient pas complètement achevés, cependant les manœuvres sont des plus faciles ; quelques-unes des escales comprenant mouillage, chargement et départ, n’ont pas dépassé 20 minutes ; en moyenne, la durée ne dépasse pas 35 minutes. Sur les vingt escales qui se sont effectuées déjà, deux opérations se sont faites en pleine tempête, et la digue du large a permis néanmoins d’éviter tout danger, et il faut noter que les steamers qui font ce service ont jusqu’à 4000 tonnes.
- —*<><—
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 mars 1890. — Présidence de M. Hermite.
- Éloge d'Halphen. — C’est devant une assistance recueillie où avait pris place la famille de son prédécesseur à l’Académie que M. Picard lit une Notice sur la vie et les travaux d’IIalphen. Nous ne saurions entrer dans le détail de cette étude où domine l’analyse de découvertes mathématiques d’un ordre très élevé ; disons séulement que la lecture en a été accueillie par d’unanimes applaudissements.
- Le halo du 3 mars. — Le soleil s’est entouré, le 3 mars vers 3 heures, de phénomènes lumineux très brillants que M. A. Cornu a’observés avec soin et dont il donne la description. Autour du disque solaire se montrait le cercle de 22 degrés avec deux parhélies extrêmement brillants et des délinéaments de l’arc parhélique ; concentriquement on voyait le halo de 46° et chacun de ces deux halos était surmonté de l’arc tangent vivement coloré avec le rouge en dedans et le bleu au dehors. C’est, suivant l’expression de l’auteur, la reproduction exacte du frontispice de la Météorologie de Kaemtz. Ce phénomène offre cette importance spéciale qu’il était légitime de conclure de son apparition la bourrasque si violente des jours suivants; et, à cet égard, M. Cornu avait tiré du spectroscope des indications concordantes. Le 28 février, il constata que les raies aqueuses voisines de D devenaient très rares, en raison de la température déjà très basse de — 4° qui sévissait. Or, le 3, bien que le thermomètre fût descendu à —11°, les raies de la vapeur d’eau avaient reparu en grand nombre et avec beaucoup d’intensité. La conclusion était évidemment qu’un courant humide et par conséquent chaud circulait dans les hautes régions de l’atmosphère ; et, dès le lendemain, on sut que la bourrasque soufflait dans le nord de l’Europe. Un autre point concerne les arcs tangents, beaucoup plus rares que les halos eux-mêmes et qui résultent de la situation horizontale des prismes de glace poussés par le vent. Si, un jour, on arrivait à découvrir à quelque signe l’orientation commune de ces aiguilles horizontales, le bénéfice, pour la prédiction du temps, serait immédiat et évident ; l’auteur appelle sur ce point si intéressant toute l’attention des météorologistes.
- Les états allotropiques de l'arsenic. — Avec la collaboration de M. Engel, M. Berthelot s’est préoccupé de rechercher quel déplacement de chaleur accompagne la
- p.239 - vue 243/432
-
-
-
- 240
- LA NATURE.
- transformation de l’arsenic amorphe, tel qu’on le précipite à froid, en arsenic cristallisé tel qu’on l’obtient par sublimation. La conclusion, c’est que les phénomènes thermochimiques n’ont ici aucune analogie d’intensité avec ceux qui font cortège aux modifications allotropiques du tellure, du sélénium ou du phosphore et sont plutôt de l’ordre de ceux qui concernent le soufre.
- Election.— Une place de correspondant étant vacante dans la section de physique, l’Académie désigne pour la remplir, par 42 voix sur 45 votants, lord Rayleigh à Londres; 2 suffrages se portent sur M. Louis Soret à Genève; il y a un bulletin blanc.
- Varia. — M. Laboulbène étudie un gros coléoptère noir, qui détermine en ce moment une sérieuse maladie de la vigne en Tunisie. — Le synthèse artificielle du nitrate de cuivre occupe M. Bourgeois. — M. Gernez applique les phénomènes de la polarisation rotatoire à l’étude des mélanges de l’acide malique avec le molybdate de magnésie.
- — Le quatrième cahier des Souvenirs de marine est déposé par M. l'amiral Paris. — La diminution des propriétés fermentescibles de la levure ellipsoïdale du vin sous l’influence des sels de cuivre occupe M. Romier. —
- D’après M. Fogl, l’hypo-sulfite de plomb se scinde directement en sulfure et en trithyonate. — Une méthode de dosage des éléments halogènes est proposée par M. Le veau.
- — M. Ilierckz signale l’apparition d’une tache solaire à la latitude de 60° nord, ce qui est fort en dehors de la zone ordinaire dans laquelle se manifestent ces phénomènes.
- Stanislas Meunier.
- —0-^-0—-
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE CHAT ÉLECTRISÉ
- Il s’agit de composer une machine électrique à la portée de tous, puisque les personnes qui assistent à l’expérience que nous allons décrire en sont les éléments avec le concours d’un matou quelconque, pourvu que ce maître chat ne soit pas trop jaloux de sa personne et pas trop irascible.
- Prenez une chaise dont les pieds reposent à l’intérieur de ces verres à boire communs et sans pied, ou ce qui est préférable, sur ces godets en verre épais que l’on place sous les roulettes des pianos pour les immobiliser. Priez une personne de s’asseoir sur la chaise ainsi isolée, en ayant soin de faire reposer ses pieds sur un des barreaux inférieurs
- ou sur un tabouret dont vous isolez les pieds par un des systèmes que vous employez pour la chaise. Sur ses genoux vous placez le chat docile; la personne lui tient au moins une patte dans ses mains. Une seconde personne caresse le chat : si le temps est froid et sec, par exemple, par une de ces soirées d’hiver où l’état hygrométrique est peu élevé dans la salle, soit par suite de la proximité du feu, soit par suite des conditions atmosphériques, vous entendez bientôt à chaque passage de la main d’assez fortes crépitations dues aux nombreuses petites étincelles qui font subir au maître chat quelques horripilations ; en admettant qu’il soit de bonne composition, après huit ou dix passages de la main, vous pouvez décharger votre machine
- électrique animée en approchant la main de la figure ou de toute autre partie du corps de la personne isolée sur sa chaise et répéter plusieurs expériences d’électricité statique.
- Celte expérience réussit toujours en prenant les précautions suivantes: 1° opérer par un temps froid et sec, de préférence auprès du feu ; 2° la personne qui caresse le chat doit se réchauffer légèrement les mains ; 5° Eviter d’appuyer trop fortement sur les poils du chat, auquel cas la décharge s’opère à mesure qu’on tend à augmenter la quantité d'électricité sur le corps de la personne qui fait office de conducteur ; 4° enfin cette personne doit éviter de communiquer par ses vêtements à ce même conducteur.
- Cette petite expérience, exécutée sans que les spectateurs en soient prévenus, excite assez vivement la curiosité, et, à la demande générale, il faut la répéter, jusqu’à ce que l’un des acteurs, le chat, manifeste que l’on a assez abusé de lui, ce qui finit toujours par là.
- 11 va sans dire qu’il serait dangereux de décharger la machine électrique en approchant la main des yeux de la personne électrisée ; sur toutes les autres parties du corps, le palient ne ressent qu’un sentiment de légère piqûre1.
- * Communiqué par M. Mathet, à Caylus.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissamueh.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, y.
- Manière d’obtenir une machine électrique avec un chat.
- p.240 - vue 244/432
-
-
-
- N° 877. — 22 MARS 189 0.
- LA NATURE.
- 241
- MOULAGE MÉTHODIQUE DU TERRE
- On connaît les nombreuses et belles applications du verre, mais ces applications seraient certainement encore plus nombreuses si les procédés de fabrication, usités jusqu’à ce jour, avaient permis de le mettre sous des dimensions assez considérables dont on a souvent besoin. On sait, en effet, que le principe de la fabrication du verre repose sur ce fait, que cette matière n’étant malléable, plastique, que pendant un temps très court, entre l’état liquide et son durcissement,il faut, pour profiter de l’état pâteux qu’il présente à ce moment, procéder très vite, et surtout trouver un moyen de maintenir le verre chaud pendant le plus de temps possible. Quand il s’agit, par exemple, de verres, de carafes de petites dimensions, on peut, en les réchauffant, maintenir la malléabilité du verre; mais, quand il s'agit de grandes pièces, il ne peut en être ainsi et le verre se trouve refroidi, durci, avant que l’on ait pu le façonner.
- M. Léon Appert, l’habile verrier auquel on doit déjà tant de perfectionnements dans l’industrie du verre, vient d’inventer un nouveau procédé de moulage qui est de nature, on peut dire, à transformer cette fabrication en permettant de fabriquer en verre, d’une façon très économique, des pièces de grandes dimensions.
- M. Léon Appert a donné à son nouveau procédé de moulage, que je considère comme un nouveau principe de fabrication, le nom de moulage métho-18* année. — 1er semeatre.
- digue du verre; c’est, je dirai, un procédé rationnel que nous allons essayer de décrire.
- Jusqu’alors, quand il s'est agi de mouler, dans un moule en métal, une pièce de verre, on a procédé ainsi. On verse le verre [cueilli à la canne, ou puisé dans le creuset à l’aide d’une poche) dans le moule, puis on fait descendre le noyau compresseur qui applique le verre sur les parois du moule. Au
- lieu de cela, M. Appert dispose le moule, en mettant à la partie inférieure le noyau qui, au lieu de descendre, remontera dans le verre; c’est, en un mot, un moulage per as-cemum au lieu du moulage per descensum, usité jusqu’à ce jour. Dans ces conditions, le verre ainsi emmagasiné se refond, pour ainsi dire, sur lui-même, reste plus longtemps chaud, et donne tout le temps au noyau de remonter, en poussant devant lui le verre, sans criques, ni fêlure aucune. Cela provient de ce que l’on n’a pas besoin d’opérer si r ap i d e m ent, puisque, dans ce cas, le verre reste beaucoup plus longtemps liquide, autrement dit, malléable : c’est un moulage rationnel.
- M. Léon Appert est parvenu, par ce nouveau procédé, à mouler des tuyaux de 12 à 15 centimètres de diamètre sur une hauteur de lm,25 à lm,50. Rien n’empêcherait de fabriquer aussi des tuyaux de bien plus grands diamètres. On conçoit combien ce nouveau procédé sera avantageux pour fabriquer les conduites de fluides liquides ou gazeux, car, par son imperméabilité, sa non-porosité, le verre est la matière, on peut le dire, la plus propre et celle qui offre, au point de vue hygiéni-
- 16
- Fig. 1. — Appareil pour le moulage du verre. — Fabrication des tubes droits.
- p.241 - vue 245/432
-
-
-
- 242
- LÀ NATURE.
- que, les plus grandes garanties. Si nous passons aux autres avantages présentés par le procédé Appert, nous trouvons que pour les tuyaux de conduite, par exemple, ils pourront être fabriqués très économiquement, car, par suite des perfectionnements considérables apportés dans la construction des fours à fondre le verre, fours à gaz, fours à bassins sans creusets, la fusion du verre si coûteuse a été considérablement amoindrie. D’autre part, les matières premières, et particulièrement la soude, ont considérablement diminué de valeur;
- Fig. 4. — Appareil pour le moulage du verre. I abrication des tubes courbes.— N. Noyau de fonte formant l’intérieur du tube.
- et comme le procédé Appert porte sur une diminution de la main-d’œuvre qui pourrait être confiée, dans ce cas, à des ouvriers non spéciaux, on voit que, par toutes ces causes réunies, il sera facile de produire des tuyaux de conduite, par exemple,
- <-------------------0,50-------------------------------------------- 0,50 .......................-x-....-............... 0,50
- Fig. 3. — Jonction des tubes courbes et des tubes droits.
- à un prix très bas et inférieur à celui des autres matières employées, fonte et grès, par exemple.
- Nous croyons inutile de donner ici une description détaillée du moule dont il s’agit. La vue de la gravure (fig. 1) suffira, croyons-nous, pour le faire comprendre, avec les quelques explications qui suivent :
- Le fonctionnement de la machine à mouler est très simple; il exige le concours de trois hommes et d’un enfant; ce travail peut être fait par des manœuvres.
- 1° Un premier ouvrier puise le verre dans le creuset ou le bassin et le verse dans le moule. 2° Le deuxième ouvrier ferme le moule, tandis que : 3° Le troisième met en mouvement le noyau au moyen
- d’un levier avec lequel il active ou modère le mouvement d’ascension.
- L’opération étant terminée et le moule ayant été ouvert par les deuxième et troisième ouvriers, ce dernier porte vivement le tuyau au four de recuisson situé à proximité de la machine.
- L’enfant placé sur un plancher, derrière le moule, a pour fonction de fermer le verrou quand le noyau est arrivé à la fin de sa course, puis, l’opération terminée, de soulever le noyau couvert de verre chaud et de le porter à refroidir.
- Qu’il nous suffise de dire que le moulage proprement dit d’un tube peut demander environ quarante secondes, et que toute l’opération, changement de noyau, etc., etc., pourra, avant de procéder à une nouvelle opération, demander trois ou quatre minutes au plus; il s’ensuit qu’en vingt-quatre heures de travail on pourra fabriquer de 300 à 350 mètres de tuyaux par jour.
- La principale objection que l’on pourrait faire à l’emploi du verre pour la fabrication des tuyaux de conduite, on peut dire la seule, réside dans sa fragilité et son peu de résistance contre les chocs extérieurs, c’est ce que prouve M. Léon Appert qui, dans certains cas, tels que celui des conduites enterrées dans le sol, conseille de recouvrir ces tuyaux d’une enveloppe de bitume, de ciment, de béton, etc., dont l’adhérence est aussi complète que possible, grâce 'a la faculté qu’on a de produire au moment du montage à la surface extérieure du verre, des aspérités ou des cordons creux ou saillants, la surface intérieure des tuyaux restant toujours lisse et brillante.
- Ces enveloppes peuvent servir au besoin à faciliter les jonctions, en formant des emboîtements garnis eux-mêmes de verre ou de métal.
- On s’est demandé aussi si l’on pourrait fabriquer des tuyaux courbes. M. Appert a tout prévu, et sans entrer dans la description détaillée de la machine inventée par lui en vue de cette fabrication, nous pouvons dire qu’à l’inverse de la machine qui sert à fabriquer les tuyaux droits, ce n’est pas ici le noyau qui se meut et pénètre dans le verre : il reste fixe, et c’est en faisant tourner la poche dans laquelle on a versé le verre autour du noyau, que celui-ci se trouvera enveloppé du verre qui devra former le tuyau (fig. 2)1.
- Telle est, à grands traits, la description du procédé nouveau auquel M. Léon Appert a donné, avec juste raison, le nom de procédé méthodique de moulage du verre et dont il a donné communication tout dernièrement à la Société d'encouragement.
- 1 Les échantillons de tubes de Terre qui ont été présentés récemment à la Société d’encouragement sont d’un diamètre de 10 centimètres et d’une épaisseur de 7 millimètres; ils pèsent 6 kilogrammes le mètre courant. Les essais faits pour constater leur résistance à l’écrasement ont montré que leur limite de résistance était de 12 kilogrammes par centimètre carré, appliquée à la partie supérieure du tuyau. La charge de sécurité qu’on pourra fixer comme limite sera du tiers, soit de 4 kilogrammes.
- p.242 - vue 246/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 243
- Nous croyons ce procédé appelé à rendre les plus grands services, parce qu’il a introduit dans l’industrie de la verrerie un nouveau mode de fabrication économique et susceptible d’amener, par cela même, de nombreuses et nouvelles applications du verre. C’est donc un nouveau et très grand service que M. Léon Appert aura rendu à cette industrie, et nous lui souhaitons tout le succès que mérite une invention aussi ingénieuse.
- L. Cléjiaxdot, ingénieur civil.
- LA GREFFE THYROÏDIENNE
- L’application des pansements antiseptiques a permis d’élargir le champ déjà si vaste des opérations chirurgicales. Des ablations de tumeurs reconnues impossibles jusque-là ont pu être tentées avec succès depuis une vingtaine d’années. Dans cette catégorie se place l’ablation de la glande thyroïde lorsque son hypertrophie, son invasion par des néoplasmes, mettent en péril la vie du malade. La thyroïdectomie a été pratiquée un très grand nombre de fois par la plupart des chirurgiens; le succès opératoire était superbe; le cou reprenait son volume normal avec des traces cicatricielles fort peu marquées ; les phénomènes de compression vasculaire, de gène respiratoire disparaissaient, la guérison semblait parfaite. Mais on s’aperçut bientôt que l’ablation de cette glande était suivie, à brève échéance, de troubles graves. Les malades ressentaient une fatigue générale, une paresse musculaire rendant les mouvements difficiles ; la vue s’affaiblissait, la peau prenait un état œdémateux, le visage devenait bouffi ; bref on voyait survenir tous les phénomènes caractéristiques d’une maladie heureusement assez rare que l’on appelle le myxœdème, la cachexie pachydermique et qui, par la déchéance physique et morale, se rapproche du crétinisme. La suppression de cette glande thyroïdienne était-elle la cause de cette dégénérescence? Le fait était vraisemblable, car on observe, chez de jeunes enfants dépourvus de cet [organe, un état semblable que l’on a qualifié d’état crétinoïde. Il se confirma par les expériences d'Horsley et de Schiff qui déterminèrent des accidents analogues chez les animaux auxquels on pratiquait l’ablation complète du corps thyroïde.
- Comment remédier à ces accidents? Ne faire qu’une ablation partielle, laisser un morceau de la glande? Mais quand la glande est malade, il faut bien, si l’on veut éviter des récidives, enlever le tout. Horsley a émis l’opinion qu’on pouvait tenter la greffe du corps thyroïde d’un animal et c’est cette idée que vient de mettre à exécution le professeur Lannelongue.
- On amena, il y a quelque temps, dans son service, une jeune fille de quatorze ans, qui présentait les signes les plus marqués de cet état crétinoïde, du myxœdème et chez laquelle on ne pouvait trouver vestiges du corps thyroïde. M. Lannelongue se décida à tenter ^la greffe thyroïdienne. 11 enleva à un jeune mouton le corps thyroïde et par une incision faite à la partie latérale du thorax inséra, dans le tissu sous-cutané de l’enfant, cette glande bien dépouillée de son enveloppe, pour permettre l’adhérence et la vascularisation ultérieure. La plaie faite à l’enfant était sans importance; avec le pansement antiseptique, elle guérit par première intention et la petite malade ne se ressentit en rien de l’opération. Le lieu d’insertion avait dù être pris sur le thorax, en raison de l’im-
- possibilité de faire la greffe au cou, au siège anatomique de la glande thyroïde.
- Quelles seront les suites de l’opération? L’avenir nous l’apprendra. La glande se résorbera-t-elle et cette greffe restera-t-elle sans résultats modificateurs sur l’état général? Y aura-t-il une adhérence, une reprise des fonctions de cet organe greffé et par suite une action favorable sur la maladie, sur le myxœdème? Il est impossible de le savoir avant quelques mois. L’idée est ingénieuse et il nous a semblé utile de mentionner cette tentative opératoire inspirée par les doctrines physiologiques et faite par un de nos plus brillants chirurgiens. Dr A. Cartaz.
- UNE ILE NOUVELLE
- l’ile falcon
- En 1831, on fut très surpris d’apprendre qu’une île nouvelle, à laquelle on s’accorda depuis pour donner le nom de Julia, venait d’apparaître à moitié chemin de la côte de Sicile et de l’ile de Pantellaria, célèbre par son caractère volcanique, ses sources thermales, etc., etc. Cette terre improvisée, qui avait environ 700 mètres de long, et dont le principal sommet s’élevait à 70 mètres au-dessus de la surface des flots, n’eut pas une existence bien longue, car elle apparut à la fin de juillet, et à la fin du mois d’août elle avait disparu.
- Un événement analogue vient de se reproduire dans la mer du Sud, à 50 mètres à l’ouest de l’ile Namouka, du groupe llapai, une dépendance volcanique des Tonga. Mais la nouvelle île est bien moins éphémère, elle a pu être visitée et décrite avec soin, de sorte que la plupart des questions qui ont divisé les géologues en 1851 peuvent aujourd’hui se trouver résolues par l’observation.
- L’apparition cette fois ne fut pas instantanée. En 1867, le steamer de guerre Falcon découvrit, par 20° 21 ' de latitude australe, et 175° 20' de longitude orientale, un écueil à fleur d’eau qui n’avait point été encore relevé sur les cartes marines. Il lui donna son nom, sans se douter que cet objet étrange avait poussé dans des fonds récemment explorés et qu’il n était point encore arrivé au dernier terme de son développement.
- Dix ans plus tard, un autre steamer anglais, Sa-pho, traversant les mêmes parages, reconnut que de la vapeur sortait de la place marquée pour l’écueil. C’était le premier indice de l’action des forces volcaniques, qui, huit années plus tard, devaient produire des effets fort puissants.
- L’éruption sous-marine se produisit le 14 octobre 1885 au moment où un steamer américain, la Janette Nichol, traversait ces parages. Le capitaine ne crut pas prudent de s’approcher de trop près de ce foyer d’ébullition. 11 se contenta de mesurer de loin la niasse rocheuse qui en occupait le centre et a laquelle il attribua de grandes dimensions, 2700 mètres de longueur et 80 mètres de hauteur pour le point culminant. Ce n’était pas beaucoup moins que certaines des îles llapai, 'Cdr
- p.243 - vue 247/432
-
-
-
- 244
- LA NATURE.
- kv
- Namouka, une des principales et des plus belles, n’a pas plus de 12 milles de tour.
- L’année suivante le steamer américain Mohican visita l’ile Falcon. Les éruptions ayant cessé, le capitaine prit des mesures exactes : il trouva, d’après ses calculs, une longueur de 1 mille 4/10 et une hauteur de 49 mètres. Au principal sommet un cratère se trouvait à l’est et il en sortait d'épaisses colonnes de fumée.
- En 1887, le Decrès, de la marine française, évalua la hauteur à 87 mètres. La même année, le yacht la Sibylle visita ces parages, et M. Tuf-nell, son propriétaire, dessina l'ile au sud-est, à une distance d'environ 2 milles (lig. 1).
- En 1889, le navire Ege'ria, du service hydrographique anglais, fut envoyé à l’ile Falcon pour dresser une carte en règle.
- Les dessins 2 et 3 ont été exécutés d’après les dessins du commandant M. Oldham. Cet officier, qui descendit à terre, reconnut que File Falcon est formée entièrement de cendres et de scories, de laves et de bombes volcaniques répandues çà et là, spécialement sur le versant de la colline (fig. 4). Sous l’action des vagues que soulève presque constamment le vent du sud-ouest, cet amas de matériaux disjoints éprouve constamment des éboulements venant restituer à l’abi-nie une partie des éléments que l’action plutonique lui avait enlevés.
- Le commandant Oldham croit que les dimensions de l'ile sont déjà diminuées, que le premier sommet était à environ 200 mètres au sud de celui qui existe actuellement, et que, lorsqu’elle est sortie des ondes, l’ile s’étendait sur toute la surface marquée par une ponctuation spéciale. Cette opinion est fortifiée par la comparaison du dessin de M. Tàfnel avec ceux du commandant Oldham. {
- La partie plane qui s'étend au nord parait provenir de matériaux dégringolant du sommet. Mais cette source d’exhaussement ne tardera pas à se tarir, lorsque le sommet sera complètement nivelé. La plaine du nord est traversée par des falaises de 3 à 12 pieds de haut, que le commandant Oldham
- considère comme produites par les dernières marées d’équinoxe pendant lesquelles toute File, sauf la partie montagneuse, a été complètement submergée.
- La seule trace d’activité volcanique était un peu de vapeur sortant d’une fissure de la colline du sud.
- 11 est facile de voir que la substance de l’ile retient de la chaleur à une petite distance du sol. En effet, en creusant un trou dans la plaine, il s’est rempli d’eau à la température de 43° C. En mettant un
- thermomètre dans un trou, à moitié la hauteur de la colline, la température n’était plus que de 36°. 11 y avait dans la plaine un petit lac dont la température était de 32°, mais il était rempli par de l’eau de mer, qui avait filtré à travers les cendres.
- D’après ce qui précède, on voit que l’existence de cette île, quoique plus longue que celle de File Julia, menace d’être courte, à moins qu’elle ne soit prolongée par quelque nouvelle éruption. Ces phénomènes sont communs dans ces parages. En effet, à 75 milles au nord de File Falcon se trouve File Métis, qui, quoique son aînée de plusieurs années, n’a point encore disparu. Il est bon d’ajouter que les fonds séparant File Falcon de File Namouka ont une profondeur de 2000 mètres1.
- W. de Foxvielle.
- D’après le journal anglais Mature. (Notice de M. Wliarlon.)
- Fùj.J Dessin/ d&JÎlT S- TufheZl/ J88y, g milles au/ S.E
- Pùj.3, Dessin/ de/ l/Eyerias îSèg. i mSte' JV.Ji.O ’/t O.
- Fig. 1, 2 et 3. — Aspects de la nouvelle île Falcon.
- t/n/fj-.io/if êj’pl'tsilii.teA hnu'Wrmqfaise.>.
- Carte de la nouvelle île Falcon.
- p.244 - vue 248/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 245
- LA FIN DU MONDE
- Il semble impossible que par notre temps de civilisation et de progrès on trouve encore des gens pour annoncer la fin du monde et, ce qui est beaucoup plus extraordinaire, d’autres gens pour les croire. Le fait existe cependant : quelques charlatans qui descendent peut-être des astrologues du moyen âge, dont ils emploient sans doute les ridicules méthodes de divination, viennent de prédire la tin du monde à brève échéance, les uns pour 1898, d’autres pour 4901. Ces horoscopes grotesques et pleins d’ignorance nous ont suggéré l’idée d’exposer succinctement aux lecteurs de La Nature les
- causes rationnelles qui, d’après l’état actuel des connaissances scientifiques, pourraient amener, non pas la fin de l’Univers entier, mais seulement la fin de notre monde, c’est-à-dire la disparition de la vie sur le globe terrestre. Nous espérons rassurer ainsi les personnes, s’il en existe, que des prédictions de sorciers ou de mauvais plaisants auraient quelque peu effrayées.
- Le public se montre aujourd’hui généralement très incrédule à ce sujet, mais il n’en fut pas toujours ainsi. Dans les siècles passés, alors que régnait la plus absurde superstition, les astrologues avaient beau jeu pour faire croire à leurs balivernes. L’an mil, par exemple, est surtout mémorable par l’immense terreur qui se répandit en France et
- Fac-similé d'une caricature sur la Comète de 181!*, à propos de laquelle on avait prédit la lin du monde.
- dans toute l’Europe à l’annonce de la fin du monde.
- Les apparitions de comètes, les éclipses de Lune et de Soleil étaient les principaux prétextes d’effroyables prédictions astrologiques. La grande épouvante qui se produisit en France l’an 1564, à la nouvelle qu’une éclipse totale de Soleil allait avoir lieu, est restée particulièrement célèbre. Le peuple, croyant la fin du monde proche, se rendit en foule aux églises pour se confesser. Certain chroniqueur du temps raconte même qu’un curé de campagne, ne pouvant suffire à sa tâche, se vit obligé de dire à ses paroissiens : « Mes frères, ne vous pressez pas tant, l’éclipse est remise à quinzaine! » En réalité, il n’y a rien de bien effrayant dans la perspective de la fin du monde; celle-ci arrive pour chaque homme le jour de sa mort, et l’événement suprême ne serait pas plus terrible s’il arrivait pour tous le même jour.
- La vie terrestre dépend tout entière de la lumière et de la chaleur du Soleil, qui est l’unique source de son entretien. C’est donc par l’astre du jour que nous devons commencer l’étrange tableau des causes probables de la fin du monde.
- La surface du Soleil est souvent parsemée de taches noires, dont les plus petites ont le diamètre de la Terre et dont les plus grosses sont quelquefois visibles à l’œil nu. Ces taches, variables en nombre et en position, marquent des régions où l’activité lumineuse et calorique du Soleil est en décroissance temporaire. Comme le grand astre rayonnant est une masse incandescente (1 572000 fois plds volumineuse que la Terre) qui distribue sans relâche autour d’elle ses éléments de vie, il ne cesse de perdre, bien lentement il est vrai, la puissante énergie qu’il renferme. Un jour viendra, dans les siècles lointains, où les taches qui déjà obscur-
- p.245 - vue 249/432
-
-
-
- 246
- LA NATURE.
- cissent le Soleil couvriront toute sa surface. Une croûte solide se formera ensuite, comme elle s’est formée sur la Terre, qui elle aussi traversa ces phases de la vie d’un astre, car notre globe fut un soleil, en ayant pour planète la Lune et peut-être même, d’après M. Stanislas Meunier, un second satellite aujourd’hui brisé. Le Soleil s’éteindra donc un jour, faute de combustible, mais la fatale échéance demeure encore très éloignée, car on peut évaluer à plus de vingt millions d’années le temps nécessaire à l’extinction du Soleil, et à la moitié au moins de cette longue période celui pendant lequel un état de vie analogue à l’état actuel pourra se maintenir sur la Terre.
- Bien avant la fin de ces époques lointaines, la décroissance progressive de la chaleur solaire fera s’étendre vers l’Équateur les zones glaciales des pôles. L’Homme, resté presque seul debout sur les débris de la vie terrestre, après s’être élevé à une civilisation transcendante, emploiera toutes les ressources de son vaste génie à livrer à la mort un combat suprême. Peut-être redescendra-t-il alors un à un les degrés de son développement physique et intellectuel, pour mener sous l’Équateur la vie misérable des Lapons et des Esquimaux. Puis la dernière famille humaine, épuisée par le froid et la faim, s’endormira du sommeil éternel sur la Terre glacée et dépeuplée.
- Si l’existence des êtres animés est encore loin de se trouver compromise sur notre planète par l’extinction du Soleil, le monde terrestre n’en est pas moins exposé à des catastrophes de plusieurs autres genres.
- Lorsqu’une brillante comète paraît et grandit dans les profondeurs du ciel, la superstition populaire voit en elle le présage de grands malheurs, sans connaître le seul danger dont nous menace l’astre chevelu, celui d’une rencontre.
- Nous en trouverons des exemples, aussi bien dans les temps anciens que dans les temps modernes. Yoici ce que l’on peut lire dans Pline et qui a trait à la comète de l’an 48 : « Nous avons vu, dans la guerre entre César et Pompée, un exemple des terribles effets qu’entraîne après soi l’apparition des comètes. Vers le commencement de cette guerre, les nuits les plus obscures furent éclairées, selon Lucain, par des astres inconnus ; le ciel parut en feu, des flambeaux ardents traversaient en tous sens la profondeur de l’espace : la comète, cet astre effrayant, qui renverse les puissances de la terre, montra sa terrible chevelure. »
- Ces terreurs superstitieuses qu’inspirent les comètes ont encore exercé leur influence dans notre siècle. La fameuse comète d’Encke, qui apparut en janvier 1819, exerça de vives craintes en France, où de sinistres prophéties avaient été répandues. A Paris, les prévisions de lin du monde furent prises plus plaisamment, on en fit des chansons et des caricatures. Nous reproduisons (p. 245) à titre de curiosité, l’une de ces caricatures de l’époque. Elle
- est intitulée : le Désespoir des ultra ou la Comète de 1819C
- Parmi les millions de comètes soumises à l’influence attractive du Soleil, il en est relativement peu qui s’approchent de l’astre rayonnant jusqu’à l’orbite de notre globe. La plupart des immenses comètes qui traversent parfois le ciel doivent donc laisser indifférents les gens peureux. Celles qui, dans leur voyage autour du Soleil, percent le plan de l’orbite terrestre, peuvent seules présenter pour nous quelque danger. On n’ignore pas que ces corps célestes ont une marche fort irrégulière, une conduite des plus vagabondes, car la moindre attraction d’un astre voisin suffit à les écarter de leur route primitive, en les rapprochant de la masse perturbatrice.
- Pour qu’une rencontre puisse avoir lieu entre une comète et la Terre, il faudrait que l’orbite du premier astre coupât l’orbite du second et que celui-ci se trouvât au point de contact des deux orbites lors du passage de la comète. On comprend qu’un tel concours de circonstances, quoique possible, a bien peu de chances de se produire. En effet, quand paraît une comète qui doit s’approcher du Soleil autant que nous, le calcul des probabilités démontre que sur 280 millions de chances, il y en a seulement une pour qu’elle rencontre la Terre!
- Nous pouvons par conséquent demeurer fort tranquilles à ce sujet. Cependant, puisque nous voilà rassurés et qu’une telle collision est au nombre des faits possibles, examinons quelles pourraient être les conséquences de cet abordage céleste, entre la Terre, qui parcourt 30 kilomètres à la seconde et un astre chevelu qui posséderait une vitesse au moins égale. Si la comète avait un noyau consistant, la croûte terrestre serait défoncée par le choc, et les torrents de lave qu’elle recouvre produiraient une terrible conflagration au contact des flots de l’Océan. En outre, l’axe de rotation de la Terre se trouverait brusquement déplacé. C’est même la seule hypothèse plausible pour expliquer l’inclinaison de l’axe des planètes sur leur orbite, mais il est juste de dire qu’on n’a pas encore observé de comète à noyau consistant.
- Si la comète était formée de gaz denses, elle causerait une énorme pression sur notre atmosphère, et amènerait un ouragan cent fois plus colossal que les grands cyclones, qui nivellerait la surface du sol. Elle pourrait aussi rendre l’air impropre à entretenir la vie, en altérant sa composition chimique par l’introduction d’un nouveau gaz, ou allumer un immense incendie, comme les étoiles temporaires en offrent parfois le Spectacle.
- On peut difficilement imaginer les effroyables conséquences de tels cataclysmes pour les êtres animés, qui seraient exposés à périr au milieu de
- 1 Cette caricature est reproduite avec une forte réduction d’apres une pièce de la collection d’estampes de M. Gaston Tissandier.
- p.246 - vue 250/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 247
- ce chaos des éléments déchaînés. Les étoiles filantes, ces étranges météores qui brillent une seconde à peine en traçant un jet de feu sur la voûte céleste, sont aujourd’hui considérées par de nombreux astronomes comme ayant une origine cométaire : elles seraient, pour ainsi dire, les débris des astres chevelus. II existe de cela un exemple convaincant, qui va nous prouver la possibilité d’une collision entre la Terre et les corps errants qui nous occupent.
- En 1832, la comète de Biéla, qui accomplit sa révolution autour du Soleil dans la courte période de six ans et demi, coupa notre orbite le 29 octobre, au point où la Terre arriva le 30 novembre, soit un mois plus tard. Lors de son apparition de 1846, l’astre chevelu se dédoubla, et en 1852, on vit voyager ensemble deux comètes jumelles. Depuis ce dernier passage, les astronomes n’ont plus aperçu la comète de Biéla, mais le 27 novembre 1872, à l’époque où elle croisait l’orbite terrestre, nous avons traversé un amas de poussière cosmique qui, en pénétrant dans notre atmosphère, a donné lieu à une véritable averse d’étoiles filantes. Le 27 novembre 1885, nous avons assisté à un nouvel embraser ment du ciel. Voilà donc bien une rencontre constatée entre la Terre et les débris d’une comète, rencontre qui se reproduira dans les mêmes conditions en 1898, ce qui a fourni à un savant improvisé l'occasion d’annoncer la fin du monde pour cette date. Espérons que le hasard protégera notre globe pendant de nombreux siècles, en évitant qu’il se heurte à une comète valide, et voyons quels sont les autres dangers qui menacent la vie terrestre.
- Avant d’arriver à la période actuelle de son histoire, la Terre a passé successivement par de grandes phases géologiques, durant lesquelles ses continents et ses mers ont été plusieurs fois bouleversés par les forces intérieures que développait son noyau de matières en fusion. Aucune de ces révolutions n’a pu anéantir les germes puissants de la vie, et il est aujourd’hui plus impossible que jamais qu’un cataclysme géologique amène pareil résultat.
- La plus importante des catastrophes historiques de ce genre est toute contemporaine, c’est la gigantesque éruption du Krakatau, en 1883, qui fit 50 000 victimes et transforma totalement la cônfi-guration du détroit de la Sonde. Malgré leur grande violence, de tels phénomènes sont toujours locaux et par conséquent sans influence fâcheuse sur l’ensemble des êtres animés.
- L’activité interne de notre planète se trouve maintenant très affaiblie; aussi la Terre est-elle entrée dans la période calme de son existence. Un rapide examen de cette diminution progressive d’énergie intérieure va nous conduire à une solution particulièrement rationnelle du problème de la fin du monde.
- Lorsque la croûte solide de notre globe se forma, elle entourait un sphéroïde fluide incandescent qui
- s’est ensuite condensé vers son centre, sous l’action du refroidissement. A mesure qu’il se contractait, ce noyau diminuait de volume et le revêtement extérieur cédait par places, en se fendillant, pour suivre le mouvement de retrait. C’est ainsi que se produisirent les grands plissements qui ont formé les principaux reliefs du sol ; c’est ainsi qu’arrivent toujours des tremblements de terre quotidiens. Par la suite, la croûte terrestre, devenue plus épaisse, se couvrira de crevasses énormes, par lesquelles les océans et l’atmosphère seront peu à peu absorbés dans les nombreux vides intérieurs.
- La surface de la Lune, privée d’air et d’eau, avec les immenses rainures qui traversent ses plaines et ses montagnes, présente le spectacle de ce commencement de rupture, car notre satellite est plus avancé en développement que le globe terrestre. Passé cette phase, l’astre mort, fendillé en tous sens, se morcellera et les fragments s’éparpilleront le long de son orbite.
- Ces destinées de la Terre sont encore bien lointaines. Cependant, il semble que l’évolution naturelle de notre globe pourra causer la disparition de la vie longtemps avant l’extinction du Soleil. Il est d’ailleurs facile de remarquer qu’aux époques géologiques perdues dans la nuit des temps, les forces vitales étaient plus puissantes que de nos jours ; on en a la preuve dans l’exubérance de vie qui donnait alors naissance à des animaux et à des végétaux près desquels les êtres géants actuels ne sont que des nains.
- Le jour où, par cet affaiblissement général de vitalité, l’Homme sera tombé dans une décadence physique à laquelle ne pourra suppléer son intelligence affinée, sera probablement aussi celui où les derniers représentants de notre race et de la création tout entière devront vivre dans les entrailles du sol, à la poursuite de l’air et de l’eau, qui descendront lentement vers le centre de la Terre.
- Privée de fluide atmosphérique, la surface du globe n’aura plus pour température que celle des espaces interstellaires, soit une centaine de degrés centigrades au-dessous de zéro !
- Et tandis qüë notre humanité sera replongée dans le néant dont elle était sortie pendant quelques milliers de siècles, d’autres humanités se succéderont, — comme autrefois, comme aujourd’hui, — sur les astres innombrables qui peuplent l’espace sans fin. Jacques Léotard.
- LES ANIMAUX SAVANTS A PARIS
- Les exhibitions des animaux savants, ou plutôt des animaux dressés, a toujours le privilège d’exciter la curiosité du public ; nous avons déjà précédemment donné plusieurs exemples de ce genre d’exercices1; nous avons l’occasion de revenir aujourd’hui sur cet
- 1 Voy. n° 558, du 9 février 1884, p. 169.
- p.247 - vue 251/432
-
-
-
- 248
- LÀ NATURE.
- inépuisable sujet en parlant de curieuses représentations que nous avons eu occasion de voir récemment à Paris.
- L’Hippodrome avait, l’an dernier, offert le spectacle d’un jeune lion dressé qui se tenait debout sur un cheval1. Le nouveau cirque de la rue Saint-Honoré
- présente à ses spectateurs quatre lions qui font de remarquables exercices au milieu de la piste entourée pour la circonstance d’un grillage de fer. Ces petits lions sont, comme celui de l’Hippodrome, surveillés par un magnifique chien danois qui paraît avoir une intelligence peu commune. Quand son
- Fig. 1. — Les lions dressés du Nouveau-Cirque, à Paris.
- maître, qui fait travailler les animaux, entre sur la piste avec les quatre lions, le chien est aussitôt affairé et semble tout surveiller avec la plus grande sollicitude. Il contribue, d’ailleurs, pour une large part aux différents exercices; nous allons donner l’énumération des principaux d’entre eux.
- 1 Voy. n° 845, du 10 août 1889, p. 170.
- 1° Les lions se placent sur des supports au milieu de la piste ; leur maître leur fait tenir dans la gueule des écharpes, au-dessus desquelles saute le chien.
- 2° Les lions se posent eux-mêmes sur deux supports, l’un de ces supports sert pour les deux pattes de devant, l’autre pour les pattes de derrière, le chien saute par-dessus les lions ainsi placés.
- p.248 - vue 252/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 249
- 3° On installe au milieu de la piste une bascule, à l’extrémité de laquelle deux lions viennent s’asseoir ; le chien se tenant au milieu fait marcher la bascule en se portant alternativement d’un côté et de l’autre.
- 4° Un lion se tenant debout sur un vélocipède à
- trois roues, les deux pattes de devant posées sur les leviers de manœuvre, le chien pousse le véhicule en marchant debout sur ses deux pattes de derrière.
- 5° Trois lions sont attelés à un char antique. Leur maître les conduit autour de la piste : c’est
- Fig. 2. — Les lapins dressés du Cirque d’Hiver, à Paris.
- encore le chien qui paraît conduire les lions, en les précédant dans leur marche.
- Notre première gravure (fig. 1) montre ces principaux exercices : à la partie supérieure de la composition, on voit le chien sautant par-dessus l’écharpe tenue par deux lions ; à côté, la bascule est représentée. Au milieu du dessin, figure le lion en vélocipède; à côté, le dompteur est couché sur ses
- animaux, et au-dessous il est ligure au moment ou il conduit son char.
- Il y a eu cet hiver, au Cirque d’Hiver, des animaux savants d’une espèce moins dangereuse, mais que l’on voit rarement figurer en public, dans des exercices compliqués : de simples lapins blancs. On a souvent vu dans les foires des lapins jouant du tambour, maison n’en avait pas encore rencontré qui couraient à travers
- p.249 - vue 253/432
-
-
-
- 250
- LA NATURE.
- un long tube, qui, comme les écuyères, crevaient des ronds de papier en passant à travers, qui tiraient des coups de pistolet, se balançaient à la balançoire et sautaient à travers les flammes (fig. 2). Ces merveilleux petits lapins étaient exhibés par une jeune dame fort gracieuse, qui était elle-même costumée en lapin avec deux oreilles dressées en guise de coiffure. Que de persévérance, que de patience de la part de ceux qui arrivent à de si étonnants résultats! Que de soumission, que d’esprit d’obéissance de la part des animaux ainsi éduqués! Dr Z...
- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- CONSTRUCTION n’UN SOUFFLET DF/ CHAMBRE NOIRE
- A diverses reprises déjà, La Nature a donné à ses lecteurs des indications pratiques pour la construction de différents appareils. À un moment où la photographie a pris une extension considérable, nous avons pensé qu’il ne serait pas sans intérêt de décrire une méthode facile pour permettre à l’amateur de fabriquer lui-même les soufflets de chambre noire.
- Les soufflets se divisent en deux catégories : 1° soufflets droits, dans lesquels les ouvertures de part et d’autre sont d’égales dimensions; 2° soufflets coniques, plus réellement en tronc de pyramide, dans lesquels une des ouvertures est plus petite que l’autre ; sauf en ce qui concerne lé tracé des faces, le mode de construction est le même dans les deux cas et ne demande qu’un peu de soin.
- Autrefois les soufflets étaient à angles droits, les plis en relief et les plis en creux se succédant régulièrement. Tel est encore le procédé employé pour les accordéons. Leur fabrication offrait d’assez grandes difficultés, chacun des plis étant formé d'une armature en cartonnet ayant la forme d’un trapèze allongé ; l’assemblage et surtout la fermeture des angles étaient très délicats à faire. A l’heure actuelle, on emploie une construction plus simple, le soufflet est plus léger et il se plie et se déplie plus facilement; il affecte la forme d’un parallélépipède ou d’un tronc de pyramide à pans coupés et les plis en relief d’une face correspondent à des plis en creux dans les faces contiguës.
- Dans les explications qui vont suivre, nous appellerons plis en relief (fig. 5, B), ceux qui forment une côte saillante, comme l’arête d’un toit, et plis en creux (A) ceux qui forment une sorte de gouttière; dans les diagrammes les premiers seront figurés par un trait plein, les autres par un trait pointillé.
- Supposons que nous ayons à construire un soufflet droit pour chambre-13 X 18, nous commencerons par tracer l’épure (fig. 1) en grandeur vraie. Nous établirons d’abord le rectangle ABCD dans lequel les côtés AB et CD auront 13 centimètres de long et AC et BD 18 centimètres. Cela fait, nous entourerons ce premier rectangle d’un second (EFGH), en laissant entre eux un espace de la largeur du pli. Celui-ci a en moyenne 20millimètres de large; pour les grandeurs au-dessous du 13 x 18 on lui donne de 12 à 15 millimètres; pour les grandeurs au-dessus on le fait un peu plus large, mais sans dépasser 25 à 30 millimètres. Une fois les deux rectangles tracés, on mène les diagonales des carrés des coins (MN), dont la longueur aura plus tard son emploi.
- Les dimensions de nos plis nous-sont données par les rectangles ombrés ; il s’agit maintenant de déterminer la
- longueur du soufflet, ou ce qui revient au même le nombre de plis nécessaires; le soufflet ne peut s'allonger complètement sans compromettre sa solidité, en général on trouve qu’il faut 54 plis de 2 centimètres pour faire 1 mètre de soufflet, il faut donc augmenter la longueur voulue d'environ 8 pour 100 pour avoir la longueur totale : supposons que nous voulions donner au soufflet un développement de 35 centimètres, il nous faudra 19 plis, soit une longueur totale de 38 centimètres. Cela calculé, nous prendrons une feuille de bristol léger (bristol en trois) sur laquelle nous construirons côte à côte quatre rectangles ayant tous 38 centimètres de haut, deux de 13 centimètres de large et deux de 18 (fig. 2), puis transversalement nous tracerons vingt parallèles équidistantes de 2 centimètres et au canif nous séparons les quatre rectangles.
- Il s’agit maintenant de faire le pliage alternativement en creux et en relief; pour opérer rapidement on construira l’appareil suivant (fig. 3). Sur le rebord d’une planchette à dessin ou d’une planche bien dressée, on fixe à l’aide de deux vis une règle plate, un peu épaisse, de manière à ce que ses bords affleurent bien ceux de la planchette et qu’entre elles il y ait l’espace nécessaire pour faire glisser à frottement dur un des rectangles de bristol. Celui-ci étant inséré dans cet assemblage, on le fait dépasser de la largeur exacte d’un pli, puis on rabat avec le pouce la languette saillante et on assure le pli en passant le long de la planchette un couteau à papier.
- Ce premier pli fait, on amène la seconde parallèle à l’affleurement de la règle et on forme le deuxième pli, en relevant cette fois le bristol ; on a ainsi un pli inverse du premier ; on continue de proche en proche jusqu’à ce que tout le plissage de la feuille soit achevé. On a eu soin de marquer le haut des rectangles d’un signe, x, de manière à inverser les plis : si par exemple les deux petits rectangles de treize commencent par un pli en relief (pli vers le bas), les deux autres doivent commencer par un pli en creux (pli vers le haut) puisque, comme nous l’avons dit plus haut, les plis doivent alterner de face à face.
- Le pliage des bristols fini, on tend sur une planche un rectangle d’étoffe noire1 (percaline ou satinette), qu’ôn choisira mince et d’un tissu serré ; on maintient l’étoffe tendue à l’aide de quelques clous à demi enfoncés dans le bois. Cette toile aura une largeur un peu plus grande que la longueur de nos bristols, soit dans le cas du 13 x 18, 42 centimètres. Sa longueur sera égale au développement du rectangle ABCD, plus quatre fois la diagonale MN, plus deux ou trois centimètres pour le raccord de fermeture. Soit dans notre cas :
- 2 x 13 + (2 X 18) + (4_x 2,8) + 3 = 76,2 (MN diagonale du carré = a ^2 = a x 1,414).
- Les rectangles de bristol seront collés sur l’étoffe comme il est indiqué dans la figure 4, le premier rectangle dépassant le bord de la toile d’environ sa moitié ; les rectangles seront alternés et espacés entre eux d’nne largeur égale à la diagonale MN, les arêtes supérieures étant bien également sur la même ligne droite. On se servira pour l’encollage d’une colle épaisse faite avec un tiers d’amidon et deux tiers de farine, et cuite avec un minimum d’eau jusqu’à ce qu’elle devienne semi-transparente; on l’éclair-
- 1 Nous n’indiquerons ici que la fabrication des soufflets en toile, ceux eh peau se font de même, mais offrent plus de difficulté au pliage et exigent un collage à la celle forte plus délicat; du reste un soufflet en toile est tout aussi solide et d’un aussi bon usage.
- p.250 - vue 254/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 251
- cit alors avec une solution légère de colle de Flandre. La toile et un des côtés du bristol sont couverts de cette colle chaude et bien appliqués, par pression, l’un sur l’autre ; on colle alors à cheval sur les entre-deux des rectangles une bande de papier noir, dit papier à aiguille, destinée à renforcer les plis d’angle et à boucher les trous de la toile; enfin sur le tout, on colle par le même procédé une seconde bande de lustrine de mêmes dimensions que la première, et lorsque la colle a bien fait prise, on décloue l’étoffe du dessous et d’un coup de ciseaux on enlève l’excédent.
- On procède dès lors à la fermeture du soufflet ; dans ce but on replie l’assemblage de manière à avoir en dessous deux rectangles et deux entre-deux et en dessus le rectangle à demi encollé et le dernier rectangle avec son excès d’étoffe. On interpose entre les deux parties une feuille de papier pour éviter que les collages suivants ne les fixent entre elles.
- La toile inférieure et le dessous du bristol libre étant enduits de colle, on les applique l’un sur l’autre, on recouvre d’une bande de papier à aiguille l’entre-deux qui a dû se former exactement à la largeur MN, si on a bien opéré, et enfin on termine en collant sur le tout la deuxième toile.
- On laisse quelques instants sécher, puis on ouvre le soufflet qui doit avoir alors la forme d’un parallélépi-dède rectangle. Pendant que tout l’appareil est encore moite sous l’influence de la colle humide, on opère le pliage. La figure 6 indique la façon de procéder: tandis qu’avec le pouce et l’indicateur de la main droite, on pince le premier pli en relief, avec la main gauche on forme le pli contigu en creux et on pousse ce pli jusqu’à la rencontre de l’arête en relief; on poursuit l’opération en faisant tourner le soufflet de façon à ce qu’il se fasse toujours sur les coins un pli diagonal allant d’une arête saillante d’une face à l’arête suivante de l’autre face. Grâce
- au pliage préalable du bristol, l’opération se poursuit sans difficulté jusqu’à ce que le soufflet soit entièrement plissé, il ne reste plus qu’à coller les deux plis extrêmes, comme on le voit dans la figure 8, de manière à terminer le soufflet par des surfaces planes qui seront plus tard fixées à la colle forte sur les châssis ; enfin on laissera sécher en maintenant l’appareil à demi ouvert.
- Les soufflets coniques se font à peu près de la même façon : par deux épures en grandeur vraie (fig. 1) on détermine les dimensions des deux ouvertures, le pli gardant toujours sa même largeur ; puis après avoir calculé la longueur totale du soufflet, on construit sur le bristol des trapèzes ayant comme hauteur cette longueur totale et respectif vement des bases égales aux côtés homologues des deux épures; pour éviter la perte de bristol, on a soin d’établir ces tra-pèzès côte à côte et tête bêche.
- Le tracé des plis et leur formation sè font comme il à été dit plus haut et le collage sur toile s’opère de la même manière, mais en ayant soin de disposer les trapèzes comme il est indiqué dans la figure 7.
- Le pliage, un peu plus délicat que dans le premier cas, se fait de la même façon ; la hauteur des plis étant la même dans toute la longueur, l’entre-deux des bristols sera toujours égal à MN.
- En résumé, la construction d’un soufflet de chambre noire, d’après les. procédés que nous venons d’expliquer, ne présente pas de difficultés; elle demande seulement un peu de soin et d’at tention ; l’amateur, qui entreprendra ce travail, verra-que la formation du pli sur le soufflet achevé, partie la plus délicate de l’opération, est beaucoup facilitée par le pliage primitif du bristol, dont le pli se maintient et est facile à suivre malgré la présence de la double toile et de la colle. H- Fourtier.
- Fig. 1 à 8. — Confection d’un soufflet photographique. — 1. Epure du soufflet.
- — 2. Tracé du bristol. — 3. Pliage du hristol. — 4. Collage sur la lustrine noire. — 5. Plis en creux AA; plis en relief B B. — 6. Plissage du soufflet.
- — 7. Soufflet conique. — 8. Le soufflet fermé. — 9. Le même vu de côté.
- — 10. Pliage du soufflet conique.
- p.251 - vue 255/432
-
-
-
- 252
- LA NATURE.
- LES MARINES MILITAIRES
- .NAVIltES DE GUERRE ITALIENS
- Nous avons donné récemment la description d’un des plus récents et des plus puissants navires cuirassés de notre marine, le Hoche*. Il nous a paru intéressant de faire connaître, de la même façon, quelques-uns des types les plus caractéristiques des principales marines de l’Europe à un moment où toutes les nations consacrent tous leurs efforts à leurs armements. Les détails précis ne sont pas faciles à obtenir sur ce sujet: c’est une bonne fortune pour
- nous que d’être à même de faire passer sous les yeux de nos lecteurs une série de dessins exécutés d’après des photographies que nous avons pu nous procurer, et qui constituent des documents de haute valeur, dont on appréciera l’importance.
- Nous commençons notre série des grands navires des marines militaires par la description de deux grands navires de la marine italienne et dont les gravures ci-contre donnent l’aspect : le cuirassé Morosini et le croiseur Piemonle.
- Le Morosini (fig. 1) est une modification du la-meux Duilio qui est le premier des cuirassés monstres; comme lui il a 100 mètres de longueur,
- Fig. 1. — Navire cuirassé Morosini de la marine italienne. (D’après une photographie.)
- 20 mètres de largeur au tort, et 11 000 tonnes de déplacement. Quoique pourvu d’une machine de 10000 chevaux et de deux hélices, ce navire formidable n'a pas dépassé la vitesse de 10 nœuds à l’heure.
- Le Morosini est construit dans des conditions spéciales ; sa coque en acier est divisée en un grand nombre de compartiments étanches; un double fond formé d’une masse considérable de cellules s’étend sur une longueur d’environ 60 mètres dans le but de localiser les voies d’eau résultant de l’explosion d’une torpille.
- Les chaudières sont à l’avant et à l’arrière des machines dans quatre compartiments séparés; les
- 1 Voy. n° 873, du 22 février 1890, p. 183.
- machines indépendantes l’une de l’autre et actionnant chacune leur hélice, sont au centre.
- L’armement comporte deux tourelles en quinconce portant chacune une paire de canons de 45 centimètres système Armstrong, dont les appareils sont protégés par des plaques d’acier de 45 centimètres; leur personnel ne l’est pas. Un canon de 15 centimètres est placé a l’avant, un autre de même calibre, en retraite, à l’extrême arrière. Quelques tirs rapides et douze mitrailleuses ont été disséminés sur les passerelles et dans la hune militaire unique, lis sont destinés à couler les torpilleurs de l’assaillant. La hune militaire unique s’élève au milieu du navire, comme on le voit sur notre gravure (fig. 1), on accède à sa partie supérieure par un petit escalier hélicoïdal.
- p.252 - vue 256/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 2
- 53
- La flottaison est blindée à partir de la cheminée arrière jusqu’à celle de l’avant. Un pont cuirassé s’étend de bout en bout de ces navires, au nombre de trois dans la marine italienne. L’équipage du Morosini et de ses similaires est formé de 478 hommes.
- Malgré l’importance de leur construction, ces grands navires cuirassés italiens ne marquent, en somme, qu’un faible progrès sur leurs aînés le Duilio et le Dandolo.
- Nous étudierons à présent un autre navire italien beaucoup plus intéressant, et plus important, parce qu’il offre des qualités appréciables au point
- de vue naval; il s’agit du croiseur le Piemonte.
- Le Piemonte (fig. 2) est doublement remarquable parce qu’on assure qu’il a obtenu la vitesse énorme de 25 nœuds et demi et qu’il a été doté le premier de canons à tir rapide de gros calibre. C’est un croiseur de 2500 tonnes. 11 a 91 mètres de longueur, n’ayant comme protection métallique qu’un pont cuirassé dont le centre est horizontal, l’épaisseur de 25 millimètres, tandis que les parties inclinées atteignent 75 millimètres.
- Au-dessus de ce pont, une soute à charbon horizontale de 90 centimètres d’épaisseur met les parties vitales du Piemonte complètement à l’abri d’un feu
- Fig. 2. — Croiseur Piemonte de la marine italienne. (D’après une photographie.)
- plongeant; le reste du combustible est arrimé autour des chaudières et des machines qu’il abrite verticalement.
- Le cloisonnement est aussi complet que possible, un double fond s’étend de l’étrave à l’étambot; tous les panneaux d’ouverture sont entourés soit de cotferdam, soit fermés par des caillebottis blindés.
- Malgré ces précautions la puissance défensive du Piemonte est bien inférieure à sa force offensive constituée par six canons de 15 centimètres dont un à chaque extrémité, les autres dans des demi-tourelles.
- H y a en outre, six canons de 12 centimètres formant batterie, au centre du navire; l’armement comprend aussi dix canons de 57 millimètres. On compte encore six hotchkiss de 37 millimètres et
- quatre mitrailleuses Maxim ; toutes ces pièces sont, avons-nous dit plus haut, à tir rapide.
- Le Piemonte porte, en plus, trois tubes lance-torpilles. Il est muni de deux hunes militaires disposées comme l’indique la photographie que nous reproduisons ci-dessus. Son équipage au complet est formé de 263 hommes seulement.
- Depuis plusieurs années l’Italie a fait les plus grands efforts pour tenir sa marine à la hauteur des progrès de la métallurgie moderne; nous verrons qu’il en est de même des autres nations de l’Europe, et nous parlerons, dans un de nos prochains numéros, d’un des navires de guerre les plus importants de la marine allemande.
- — A suivre. —
- p.253 - vue 257/432
-
-
-
- 254
- la: NATURE.
- LES AUTOGRAPHES DE « LA NATURE »
- M. Pasteur. — Lors de l’inauguration de l’Institut Pasteur, notre grand savant a prononcé un magistral discours que nous avons publié à cette époque1. Une phrase de cette allocution a particulièrement soulevé les applaudissements cfe l’auditoire. Cette phrase, la voici écrite de la main même de son auteur :
- O» $ u’é, 1 fcj ^1 pAv"" , ^
- T)ür t«u/. dL
- S.f4
- Nous adressons à M. Pasteur l’expression de notre reconnaissance pour avoir bien voulu ajouter un document si précieux aux autographes que nous publions ici2.
- _ ^ G. T.
- CHRONIQUE
- Les maisons en papier et en carton. — Il a été
- question depuis quelque temps de constructions en papier ou en carton. On se rappelle les spécimens de maisons démontables, du système Espitallier, exposés à l’Esplanade des Invalides, et dont l’originalité réside dans l’emploi presque exclusif du carton comprimé et préparé spécialement dans ce but. Ces spécimens étaient remarquables autant par leur solidité qrfe par leur grande légèreté. L’élément de la construction est un panneau de 3 mètres sur lm,60 généralement, véritable poutre tubulaire de 10 centimètres d’épaisseur, et composée de deux parois de carton comprimé de 4 millimètres d’épaisseur, fixées sur un châssis également en carton. Les panneaux élémentaires ne pèsent' pas plus de 40 kilogrammes chacun ; ils sont d’un maniement facile et s’emboîtent par leur tranche, de manière à constituer la muraille. On peut les réduire au besoin à 0m,80 de large si les nécessités du transport l’exigent. Partant de ces principes, M. Espitallier a proposé un modèle d’ambulance comportant une salle de 5 mètres de large et aussi longue qu’on veut, puisqu’il suffit d’ajouter des éléments bout à bout. Chaque élément comprenant une petite fenêtre et un trumeau plein, les lits peuvent être mis adossés aux trumeaux, ce qui donne deux lits par travée de lm,60. Le cube d’air est alors de 18 mètres cubes par lit. Le poids rapporté à la même unité est d’environ 150 kilogrammes et le prix n’atteint pas 200 francs. Les parois de muraille sont vernies et peuvent se laver à grande eau. Le carton peut même être fabriqué avec des eaux antiseptiques, ce qui lui commu-
- 1 .Voy. n° 808, du 24 novembre 1888, p. 402.
- 2 Les précédents autographes étaient insérés dans notre supplément (Boite aux lettres) ; quelques lecteurs nous ayant fait observer que les suppléments étaient sujets à être égarés par les relieurs nous ont demandé de les publier dans le corps du journal ; nous nous empressons de donner satisfaction à cette demande.
- nique la qualité précieuse de ne point recevoir de germes infectieux. Enfin on signale qu’une maison transportable, construite en papier, vient d’être terminée à Ilambourg. Les murs sont formés par une double couche de papier : celle de l’intérieur est imprégnée d’une substance ignifuge, et celle de l’extérieur recouverte d’une composition qui la préserve contre l’humidité. Le papier est fixé sur des membrures ou charpentes, qui peuvent être facilement reliées l’une à l’autre. Cette maison est destinée à servir de restaurant, et la salle principale mesure 27m,45 de longueur.
- Pièces de fonte en bronze phosphoreux. —
- Notre confrère Engineering nous apprend que l’Amirauté anglaise a fait mettre en chantier plusieurs croiseurs de seconde classe qui seront de construction composite, c’est-à-dire avec une membrure en acier et des bordages en bois, et, a dù commander à l’industrie des étraves et des étambots en bronze parce que l’emploi de l’acier est incompatible avec le doublage en cuivre qui leur sera appliqué. L’étrave de l’un de ces croiseurs vient d’être fondue ; elle mesure 7m,15 de longueur delà quille à la pointe de l’éperon et 6m,10 de là jusqu’à son extrémité supérieure, ce qui lui donne une longueur de bout en bout de 13m,25. Son poids est de 10 000 kilogrammes. Les renforts de côté de l’éperon font partie de la pièce fondue. L’étambot qui va être fondu incessamment pèsera environ 12 300 kilogrammes. Les supports des arbres des hélices et le gouvernail compensé seront aussi en bronze et pèseront 10 tonnes, ce qui fera plus de 31 tonnes pour ces 4 pièces de bronze assemblées. Le safran du gouvernail sera formé avec des plaques de bronze phosphoreux de 9 millimètres d’épaisseur, ün sait que ce métal est composé de 90 pour 100 de cuivre, de 9,5 pour 100 d’étain et de 0,5 pour 100 de phosphore. Ces pièces de fonte reviendront à 55 000 francs pour chaque navire.
- Signaux électriques de la marine. — Les signaux exécutés récemment par l’escadre américaine en rade de Toulon ont beaucoup attiré l’attention. Ces signaux étaient d’abord faits par le croiseur-amiral Chicago et répétés ensuite par les trois autres navires. A certains moments, leurs mâts étaient resplendissants de lumière, au point que la rade en était éclairée, et, subitement, tout rentrait dans l’obscurité. Des lampes à incandescence étaient placées dans dix fanaux à signaux et à poste fixe le long des haubans. Le courant est conduit aux lampes par un câble de onze fils le dernier de ces fils servant à fermer le circuit de chacune de ces lampes avec la machine. Il suffit alors d’appuyer sur l’un ou l’autre des touches du commutateur qui correspondent au signal lumineux. Ces touches sont au nombre de douze, les dix du milieu servent, en les abaissant, à établir les dérivations du circuit sur chacune des lampes, et les deux extrêmes servent à leur allumage et à leur extinction. La touche qui produit l’extinction ne fait que renvoyer le courant à travers une résistance équivalente à celle de la lampe afin que la machine agisse toujours dans les mêmes conditions de résistance de circuit. Le premier commutateur, qui a trois directions, a non seulement pour mission d’envoyer le courant au système que nous venons de décrire, mais encore de l’envoyer à un fanal suspendu à la corne de brigantine qui éclaire tous les points de l’horizon. C’est un fanal à régulateur de lumière électrique qui est destiné à éclairer la marche du navire. La troisième direction correspond à un fanal placé sur la passerelle arrière et qui sert à faire de la télégraphie optique. En général, il n’y a qu’un seul de ces systèmes qui fonctionne à la fois.
- p.254 - vue 258/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 255
- Transport rapide du lait. — Si l’on en croit notre confrère anglais Iron, une compagnie au capital de 500 000 dollars vient de se former à Middletown, dans l’Etat de New-York dans le but de construire une canalisation destinée au transport rapide du lait. Une s’agit pas de placer le lait à transporter directement dans les tuyaux : le lait serait mis dans des réservoirs cylindriques et allongés en étain, et propulsés par circulation de l’eau dans la conduite. La compagnie espère arriver ainsi à franchir une distance de 100 milles (160 kilomètres) en une heure. Si l’entreprise réussit, New-York ne tardera pas à devenir le centre d’arrivée directe de tous les produits depuis leur lieu d’origine. Il va sans dire que les fabricants de tubes américains souhaitent tout succès aux hardis promoteurs du transport tubulaire.
- Un livre chinois sur l’art de l’ingénienr. —
- La traduction chinoise des huit premiers chapitres de Y A id Book to Engineering Enterprise de M. Mattheson restera probablement encore pendant longtemps comme une curiosité bibliographique sans précédent et aussi sans rivale. C’est le premier ouvrage chinois technique sur la construction des routes et des chemins de fer. La traduction littérale du titre chinois est à peu près celle-ci : Essai sur la construction. Mattheson a donné Vidée. L'Anglais Frger et Chang Tien Vont traduite. L’ouvrage est imprimé sur du fin papier de riz, en gros caractères, et le livre est enveloppé dans des couvertures de bois de rose, maintenues par des rubans de soie, chaque chapitre étant lui-même renfermé dans une couverture de soie. Les illustrations ont été scrupuleusement reproduites, bien qu’avec un caractère original et à une plus grande échelle.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du M mars 1890.— Présidence de M. IIermite.
- Le halo photographique. — Les photographes savent depuis longtemps que si l’on essaye de reproduire sur une plaque sensible l’image d’un point très brillant, elle s’entoure d’un cercle lumineux fort analogue au halo dont le soleil s’entoure par les temps brumeux. C’est un accident contre lequel on a vraiment essayé de lutter et qui se traduit, par exemple, par une espèce de brouillard au voisinage des fenêtres ouvertes dans les locaux relativement sombres, comme le chœur des cathédrales. M. Alfred Cornu vient de soumettre à une étude fort intéressante le phénomène dont il s’agit, et il expose aujourd’hui à l’Académie les résultats auxquels il est parvenu. Le savant auteur a commencé par préciser les conditions nécessaires à la formation du halo photographique : la principale est l’adhérence parfaite d’une surface diffusante sur la plaque ]de verre; une autre est que cette plaque soit épaisse ; et à ce second point de vue on reconnaît tout de suite que le diamètre du cercle lumineux est lié intimementà l’épaisseur dont il s’agit. On en conclut que la cause cherchée est toute différente de celle des halos météorologiques, et M. Cornu démontre que c’est en définitive un simple effet de réflexion totale. Un point lumineux produit sur la lame de verre se comporte en effet comme un foyer d’où partent des rayons dans toutes les directions. Ceux de ces rayons qui pénètrent dans le verre se partagent en deux catégories, suivant qu’ils tombent sur la deuxième face du verre, sous une incidence inférieure, ou bien sous une incidence égale ou supérieure à celle de la réflexion totale. Dans le premier cas, ils sortent der-
- rière la glace en se réfractant plus ou moins; dans le second ils sont réfléchis vers le premier qu’ils illuminent et qu’ils influencent si elle est sensibilisée. Comme tout est symétrique autour du point brillant, il en résulte précisément le cercle de lumière qu’il s’agit d’expliquer. Cette très ingénieuse interprétation des faits a été soumise par l’habile physicien à une nombreuse série de vérifications, qui toutes ont parfaitement réussi, et M. Cornu en a tiré un procédé tout à fait satisfaisant qui prévient complètement l’accident. Il consiste à revêtir la surface postérieure de la lame de verre d’un vernis noir absorbant et possédant (condition essentielle, dont on n’avait même pas soupçonné la nécessité) un indice de réfraction rigoureusement égal à celui du verre lui-même. Un mélange d’essences de girofle et de cannelle chargé de noir de fumée est tout à fait efficace, et c’est ce dont on a pu juger par les spécimens déposés sur le bureau.
- Perméabilité du verre aux gaz sous l'influence de l'électricité. — Tout le monde a présents à l’esprit les importants résultats obtenus par M. Berthelot dans l’étude des condensations des gaz carburés sous l’influence de l’effluve électrique. L’oxydede]carbone, par exemple, donne outre de l’acide carbonique une matière brune à laquelle on attribue une composition plus ou moins voisine de C504. M. Schutzenberger, frappé des propriétés 'acides de ce composé, en a repris l’étude et s’est aperçu qu’une notable proportion d’hydrogène entre dans sa constitution. En examinant toutes les conditions de l’expérience, l’auteur arrive à conclure que la grande différence de potentiel des deux côtés de la paroi de verre qui sépare le gaz des mançhons d’eau acidulée, de l’eau est entraînée mécaniquement au travers de la substance vitreuse : son hydrogène vient s’unir au produit condensé pendant que l’oxygène concourt à la production de l’acide carbonique. Ce n’est pas là un fait isolé : dans les mêmes conditions l’eau va s’ajouter au résultat de condensation du cyanogène ou de l’acétylène. D’un autre côté le verre est perméable en sens inverse à l’oxyde de carbone dont on constate une perte à la fin de l’opération.
- La matière organique des roches nummulitiques et des tests fossiles de mollusques et de crustacés. — Par l’intermédiaire de M. Alphonse Milne-Edwards, M. le marquis de Folin signale ce fait très intéressant que les roches nummulitiques des environs de Biarritz traitées par les acides laissent comme résidu des flocons de substances organiques. Suivant l’auteur, il s’agit là de véritable sarcode accumulé par les rhizopodes entre les particules minérales dont ils constituent fréquemment leur coquiUe protectrice. Il y a déjà plusieurs mois que M. de Folin avait bien voulu appeler mon attention sur ces curieux résultats, en me priant de faire l’analyse de la matière organique qu’il avait découverte. M. Milne-Edwards a bien voulu résumer mes résultats avec une indulgence dont je suis très heureux de pouvoir ici le remercier publiquement. Convenablement purifiée, la substance organique des nummulites parisiennes sur lesquelles j’ai opéré et qui donne du charbon sur la lame de platine et de l’ammoniaque par la chaux sodée, a fourni 64 pour 100 de carbone, 5 d’hydrogène, 12 d’azote et 19 d’oxygène. Des faits analogues m’ont été fournis par le calcaire à millioles des environs de Paris et même malgré leur âge incomparablement plus ancien par les marbres à fusu-lines du Morvan. Toutefois, avant d’admettre que cette matière représente le sarcode des foraminifères fossilisés, ainsi que le pense M. de Folin, il faut noter que ces ani-
- p.255 - vue 259/432
-
-
-
- 256
- LA NATURE.
- maux très inférieurs n’en ont pas le monopole. En effet, sur le bienveillant conseil de M. Milne-Edxvards, à qui j’avais eu l’honneur d’exposer mes premiers résultats, j’ai recherché la matière organique dans le test fossilisé de divers mollusques et même dans celui des intéressants crustacés tels que Psammocarcinus Hericarti dont on lui doit la découverte dans les sables moyens du Gué à Tresme, près de Meaux : or, j’ai constamment retrouvé le composé organique avec la même composition et les mêmes propriétés. Mon opinion est qu’on doit voir dans les composés organiques dont il s’agit, un résidu des animaux fossiles comparable pour le règne animal aux combustibles charbonneux d’origine végétale : c’est à leur existence au sein des fossiles et dans leur voisinage qu’il faut sans doute rattacher la découverte de l’azote si fréquemment répétée par Delesse dans l’analyse des roches sédimcntaires.
- Election de correspondant. — Une place était vacante parmi les correspondants de la section de physique par suite du décès de M. Joule : 41 voix sur 45 votants y appellent M. Soret (de Genève);
- M. Rowland (deBaltimore) réunit trois suffrages ; il y a un bulletin blanc.
- La torréfaction du café.
- — M. Berlhelot signale parmi les pièces de la correspondance une note de M. Le Turcq des Rosiers sur un nouveau procédé de torréfaction du café qui évite la déperdition de la grande proportion de caféine et de caféone, volatilisée par la pratique ordinaire. Un appareil spécial permet d’obtenir ce résultat en réalisant une conden sation spéciale des vapeurs constituant comme un triage automatique de ces vapeurs dans des conditions telles, qu’on ne retrouve plus dans le condenseur que les principes utiles du café torréfié. L’invention a déjà reçu un témoignage approbatif du Comité d’hygiène publique de France.
- Varia. — Les particularités intimes de la fécondation végétale occupent M. Guignard. — M. Ditte étudie l’action de l'acide sulfurique sur l’aluminium métallique. — Un atlas photographique relatif à l’Observatoire de Nice est déposé par M. Faye. — M. Lévy revient sur l’application des lois électrodynamiques au mouvement des planètes. — M. Berthelot se borne à déposer son Mémoire sur les réactions mutuelles de la terre végétale et de l’ammoniaque atmosphérique. — M. Fogh détermine la chaleur de formation du composé qui résulte de l’union de l’hyposulfite de plomb avec l’hyposulfite de soude.
- Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- OBSERVATION DE I.A RÉFRACTION ET DE LA DISPERSION DE LA LUMIÈRE
- En remplissant un verre au tiers d’eau et en l’inclinant, on se procure un prisme qui permet l’observation simple des phénomènes de la réfraction et de la dispersion de la lumière. On peut opérer soit au soleil, soit dans une chambre obscure. Dans le premier cas, on place le verre en pleine lumière au-dessus d’une feuille de papier blanc; on lui donne une inclinaison et une orientation telles que son axe soit parallèle aux rayons solaires; puis on
- le masque avec une feuille de carton percée d’une fente étroite. La fente donne sur le papier une image très apparente. On déplace le carton de manière à amener cette fente en regard du verre, en ayant soin qu’elle soit dirigée parallèlement à la surface du liquide. L’image est alors occultée, mais on voit apparaître plus près du verre une image colorée qui est le spectre solaire avec toutes ses couleurs bien visibles. On voit ainsi qu’il y a eu déviation et dispersion des rayons lumineux.
- Pour pouvoir aisément comparer la position des deux images, on ouvre dans l’écran une deuxième fente placée au même niveau que la précédente; restant dans l’expérience au delà du verre, elle donne une image permanente qui sert de repère.
- Si l’on dispose d’une chambre obscure où pénètre un faisceau de lumière solaire, l’expérience, que l’on conduira de la même manière, laissera voir, de plus, grâce à l’illumination des particules en suspension dans l’air et dans l’eau les deux faisceaux incident et réfracté. On distinguera nettement le changement de direction qui se produit à l’entrée dans le liquide et la coloration spectrale du faisceau réfractél.
- 1 Communiqué par M. Simiand, licencié ès sciences.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- Expérience sur la réfraction de la lumière, au moyeu d’un prisme obtenu avec un verre d’eau.
- p.256 - vue 260/432
-
-
-
- K« 878,
- 29 MARS 1890,
- LA NATURE
- 257
- LES PUITS ARTÉSIENS EN CALIFORNIE
- L'admirable invention des puits artésiens dont on doit le principe à notre grand Bernard Palissy, a
- rendu des services signales dans un nombre considérable de localités, et nos lecteurs savent à quel
- Fig. 1. — Eau jaillissante d’un puits artésien de Riverside en Californie.
- point ils transforment chaque jour les régions du se signalent aussi par les bienfaits de leur emploi Sahara1. Depuis quelques années, les puits artésiens dans la région de Riverside, en Californie. Cette
- Fig. 2. — Un puits artésien dans les environs de Riverside en Californie. Bassin d’aération des eaux.
- région était dépourvue d’eau potable; les puits artésiens lui en fournissent aujourd’hui et contribuent
- 1 Voy. n° 823, du 9 mars 1889, p. 251.
- 18e année. — 1er semestre.
- à son développement et à la prospérité de ses habitants au nombre de 7000.
- Le bassin des puits artésiens de Riverside est situé au pied des monts San Bernardino et Gray
- 17
- p.257 - vue 261/432
-
-
-
- 258
- LÀ NATURE.
- Back de la Sierra Nevada. Le mont Gray Back s’élève à plus de 5000 mètres au-dessus du niveau de la mer, et la neige éternelle règne à son sommet. C’est par sa fusion que cette neige alimente les régions inférieures du sol d’une eau pure qui a circulé au milieu des rochers et s’est infiltrée à travers des sables avant de s’enfoncer dans les entrailles de la terre, où, d’après les analyses du professeur Hilgard, elle se rencontre à un état de pureté presque complet. Cette eau est d’une limpidité et d’une transparence remarquables.
- Les puits artésiens de Riverside sont actuellement au nombre de quatorze ; creusés dans le voisinage les uns des autres, ils occupent une surface de 7 acres. Leur profondeur est de 40 mètres environ. Le réservoir souterrain paraît en quelque sorte inépuisable.
- Riverside, qui est le centre le plus important de la culture des oranges en Californie, a besoin d’une quantité d’eau d’autant plus considérable que sa culture prend une plus grande extension. Il y a deux mois, un nouveau puits artésien a été foré : l’eau en a jailli avec une abondance inouïe, en un jet d’une force telle qu’une pierre de 2 kilogrammes qui bouchait l’orifice du puits, a été projetée dans l’espace.
- Les eaux de ces fontaines jaillissantes s’échappent parfois à l’extrémité de leur tube en une cloche liquide analogue à celle que l’on produit dans les jets d’eau avec des ajutages spéciaux. L’une de nos gravures (fîg. 1) montre l’aspect d’un de ces puits de Riverside : un homme peut se tenir debout au-dessous de la cloche liquide au milieu de laquelle il se trouve emprisonné.
- Les eaux des puits artésiens de Riverside sont dirigées vers un bassin circulaire, où elles s’écoulent en une cascade destinée à les aérer (fîg. 2). Comme elles proviennent de la fonte des neiges, l’air est l’élément qui leur fait défaut. De ces bassins elles sont conduites par des canalisations souterraines jusqu’à la petite ville de Riverside située à 16 kilomètres de là.
- La dilférence d’altitude du bassin et de la ville étant de 55 mètres, l’eau arrive d’elle-même sur les lieux de consommation avec une pression suffisante pour être conduite en tous les points où se trouvent des habitations. L’eau fournie par les puits artésiens est si abondante, qu’après avoir suffi aux besoins de la canalisation urbaine, elle alimente encore un canal d’irrigation destiné à la culture des orangers.
- La North American Review à laquelle nous empruntons les renseignements qui précèdent, nous apprend qu’un grand nombre de villes aux Etats-Unis manquent d’eaux potables de bonne qualité. Ce n’est pas seulement de ce côté de l’Atlantique que le problème de l’alimentation des grands centres, en eaux pures et salubres, préoccupe les hygiénistes et les ingénieurs. X..., ingénieur.
- IM GUÉRISSEUR « AU SECRET »
- DEVANT LA SCIENCE MODERNE
- Les sorciers et demi-sorciers sont tous gens dont il faut faire justice chaque fois que l’occasion s’en présente, et que l’espèce, déjà fortement réduite, paraît vouloir ressusciter devant l’éternelle crédulité populaire. La diffusion d’une foule de connaissances scientifiques par la vulgarisation, au moyen de journaux ou de livres d’un prix modique, a déjà fait beaucoup dans ce sens. Mais je connais encore des pays dans lesquels un genre particulier de sorciers exerce très régulièrement sa mystérieuse profession, et non sans profit. Je veux parler des Guérisseurs « au secret ». L’un prépare une omelette aux herbes qui doit guérir, ou plutôt préserver à coup sûr de la rage. L’autre applique sur la pustule maligne du charbon une pâte fluide qui arrête les progrès du mal et le guérit très rapidement..., etc. Je ne parle pas des rebouteurs qui régnent encore en maîtres dans la province et font plus d’estropiés qu’ils ne guérissent d’entorses ou de foulures. Il y a ainsi toute une série d’individus et de remèdes secrets s’appliquant à chacune des plus dangereuses maladies qui menacent l’homme. Chaque localité privilégiée a son guérisseur spécial, et lorsqu’il se trouve dans la région quelque malade assez crédule pour s’adresser à ces oracles, on ne recule naturellement pas devant une cinquantaine et même une centaine de kilomètres à faire dans une mauvaise carriole pour se rendre auprès de celui qui doit fatalement rétablir la santé; et ce voyage est effectué souvent en plein hiver, au risque de prendre froid ou de rouler dans quelque fossé profond, entraîné par un mulet vicieux qu’on s’est à grands frais procuré chez le voisin. 11 serait évidemment bien plus simple, moins coûteux et plus sage, d’appeler un médecin.
- Les gens intelligents ou doués du simple bon sens haussent les épaules ou sourient à la vue de ces naïvetés indéracinables. J’ai cependant appris, d’un vieux docteur, qu’il ne fallait point être exclusif à l’égard des Guérisseurs « au secret », et qu’on ne devait pas invariablement rire de leurs procédés et de ceux qui y avaient recours.
- En eflet, le Guérisseur « au secret » qui traitait le charbon de père en fils depuis plus de cent ans, obtenait des résultats qui ne le cédaient en rien au traitement scientifique. Notre ami le docteur, intrigué, parvint, à la suite de circonstances assez curieuses, à se procurer la formule du Guérisseur. Cette formule lui apprit que le médicament appliqué sur la pustule charbonneuse était un mélange de sel marin, charbon de bois pulvérisé, battus et liés avec un jaune d’œuf.
- Or, je lisais tout dernièrement dans un journal scientifique le résumé d’un travail de M. de Freytag, sur « la résistance qu’opposent les bactéries à l’action du sel en excès ». L’auteur de ce Mémoire a trouvé que le bacille charbonneux en bâtonnets ne résiste pas plus de vingt-quatre heures à l’action d’un excès de sel marin.
- C’est ainsi que les données de la science expérimentale moderne confirment et sanctionnent la médication du Guérisseur (( au secret », médication appliquée aveuglément et sans aucun raisonnement justificatif.
- Qui sait si l’omelette aux herbes administrée contre la rage ne contient pas de la Tanaisie, plante dont l’essence a été tout dernièrement préconisée par 11. II. Peyraud, contre cette terrible maladie dont le traitement préventif a été si magistralement institué par l’illustre M. Pasteur, sur de tout autres données. Gustave Tardieu.
- p.258 - vue 262/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 259
- DES APPAREILS ENREGISTREURS DE LA VITESSE
- L’emploi des instruments de mesure et de contrôle est l’origine de presque tous les progrès, dans les sciences comme dans l’industrie ; aussi, en vue de perfectionner les différents systèmes de locomotion, cherche-t-on des moyens exacts de mesurer les vitesses. Nous voyons les marins attacher une grande importance au choix du meilleur loch, les ingénieurs créer des tachygraphes, c’est-'a-dire des instruments qui inscrivent continuellement la vitesse des trains, les industriels réclamer des appareils qui permettent de surveiller la vitesse de leurs machines. Il n’est pas jusqu’au modeste fiacre pour lequel on ne cherche un compteur, c’est-à-dire un instrument qui donne au voyageur la satisfaction de savoir le chemin qu’il a fait et le temps qu’il a mis à le faire.
- Les physiologistes de leur côté ont besoin d’instruments précis lorsqu’ils étudient les dilférentes formes du mouvement dans les fonctions de la vie : la vitesse du sang dans les vaisseaux, celle de l’air dans les bronches, celle des divers animaux qui se meuvent sur la terre, dans l’eau ou dans l’air. Ils ont pour cela des moyens spéciaux; les lecteurs de La Nature connaissent déjà la manière de mesurer avec une grande précision la vitesse de la marche ou de la course de l’homme, afin de saisir les influences qui augmentent ou diminuent cette vitesse1.
- Bien qu’ils poursuivent à peu près le même but, les divers expérimentateurs emploient des moyens très différents; cela tient sans doute, en partie, à la diversité des conditions où ils opèrent; il est toutefois bien probable que l’instrumentation se simplifierait et tendrait à s’uniformiser si l’on s’attachait aux principes qui doivent présider à l’inscription de tout mouvement. Or, ces principes ont été admirablement posés par l’ingénieur français Ibry.
- Les employés de chemins de fer seraient fort embarrassés pour suivre le mouvement si compliqué des trains qui circulent sur leurs lignes, s’ils n’avaient pour se renseigner que l’obscur grimoire dont le public se contente et qu’on nomme un indi-
- 1 Voy. n° 608, du 24 janvier 1885, p. 119
- Temps en minutes r 2' 3' 4' 5'
- N
- \ j
- T
- \ l
- Fig. 1
- cateur. Mais avec les diagrammes de lbry on peut saisir, d’un coup d’œil, le nombre des trains qui circulent sur une certaine étendue de ligne, le sens de la marche de chacun d’eux, sa vitesse et ses arrêts, les points de croisement de deux trains, le lieu où chacun doit se trouver à un instant donné.
- Cette expression graphique du mouvement, la plus simple et la plus parfaite qui ait jamais été conçue, est obtenue avec une extrême facilité: une ligne tracée obliquement sur un papier quadrillé traduit par sa direction et ses inflexions diverses, le sens du mouvement de chaque train et toutes les phases de sa vitesse. Dans la construction d’une machine qui traduise la marche d’un véhicule, il faut avant tout viser à obtenir un tracé de cette nature, à moins de se contenter d’une notion très imparfaite du mouvement.
- Les compteurs appliqués aux roues des véhicules ou aux hélices des bateaux donnent, il est vrai, au moment où on les consulte, l’indication du chemin parcouru depuis l’origine du mouvement, mais ils n’indiquent pas la vitesse du parcours. Ces instruments sont fort précieux pour effectuer les mesures sommaires de terrain, ou bien pour comparer les longueurs relati ves de deux itinéraires qui conduisent d’un point à un autre, mais leur utilité s’arrête là. En effet si, pour compléter les indications du compteur, on notait avec soin l’instant du départ et celui de l’arrivée, cela ne permettrait encore que d’estimer la vitesse moyenne du trajet, c’est-à-dire une vitesse qui n’a peut-être existé réellement à aucun instant du voyage, car il a pu se produire des accélérations, des ralentissements et même des arrêts. Un compteur ne signale pas tous ces accidents de trajet; si l’on en veut garder la trace, il faut nécessairement des instruments spéciaux qui inscrivent fidèlement la vitesse à chaque instant avec toutes les variations qu’elle a présentées.
- Les études que nous poursuivons depuis longtemps, sur la locomotion de l’homme et des animaux, nous ont conduit à construire des instruments de ce genre.
- On a pu voir ici même la description d’un enregistreur des vitesses auquel nous avons donné le
- p.259 - vue 263/432
-
-
-
- 260
- LA NATURE.
- nom d'odograplie à cylindre1. Cet instrument trace le diagramme d’un mouvement au moyen d’un style qui se meut parallèlement à la génératrice d’un cylindre couvert de papier quadrillé. Le cylindre tourne d’un mouvement uniforme, le style progresse avec une vitesse proportionnelle à celle du véhicule. De la combinaison de ces deux mouvements perpendiculaires l’un à l’autre résulte la courbe des espaces parcourus en fonction du temps, c’est-à-dire l’expression complète du mouvement2. Dans la pratique, une difficulté se présente, quand l’inscription d’un mouvement doit se faire d’une façon continue, sur un très long parcours, et pendant un temps très long : c’est que, pour inscrire une courbe de ce genre, il faudrait une énorme surface de papier.
- En effet, soit (lig. 1) un diagramme qui exprime qu’un marcheur parcourt uniformément un hectomètre par minute ; la courbe du mouvement sera la diagonale d’un carré dont les côtés verticaux correspondent aux divisions du chemin en hectomètres, et les côtés horizontaux aux divisions du temps en minutes.
- On voit, sur cette figure, que pour exprimer le mouvement pendant la première minute, il suffit d’un petit carré de papier, de 5 millimètres de coté, mais que pour l’inscrire pendant 2 minutes, il faut un carré quatre fois plus grand ; pour 5 minutes, un carré neuf fois plus grand, et ainsi de suite, la surface de papier qui reçoit le tracé étant proportionnelle au carré du temps pendant lequel on inscrit le mouvement. Il suit de l'a que le tracé qui exprimerait une marche d’une demi-heure couvrirait presque entièrement une page de ce journal; que pour un trajet de 5 heures 20 minutes, la surface de papier nécessaire serait d’un mètre carré; enfin que pour les parcours de 12 heures et même davantage, qu’on exécute si souvent en chemin fer, la surface qui recevrait le tracé serait un carré de plusieurs mères de côté.
- 1 Yoy. n° 278, du 28 septembre 1878, p. 273.
- 2 D’autres courbes telles que celle des vitesses et celle des accélérations sont fort utiles dans certains cas, mais beaucoup moins faciles à obtenir et moins explicites que celle des espaces en fonction du temps, dont elles dérivent.
- De telles nécessités rendraient la méthode tout à fait inapplicable pour l’inscription des longs parcours, mais heureusement il y a plusieurs moyens d’y échapper.
- L’un de ces moyens consiste à réduire l’échelle du tracé: on y arrive, dans l’odographc à cylindre, en diminuant à la fois la vitesse du cylindre tournant et celle du style traceur. Mais ce moyen doit être appliqué avec discrétion, sans quoi les pelites inflexions qui expriment les différents accidents de la vitesse seraient tellement réduites qu’elles deviendraient insaisissables.
- Un autre moyen consiste à sacrifier la continuité de la courbe, et à la recueillir par tronçons successifs, correspondant chacun au chemin parcouru pendant un certain temps choisi pour unité. Ce dernier moyen présente de grands avantages : d’une part, il réduit beaucoup la surface de papier nécessaire pour recevoir le tracé, car cette surface n’est plus que simplement proportionnelle au chemin parcouru ; d’autre part, dans la construction de l’appareil inscripteur, au lieu d'un cylindre lourd, volumineux et encombrant, on se sert d’une petite bobine couverte d’une bande de papier sans fin.
- Cela constitue, comme on va le voir, une très grande simplification.
- La figure 2 est un exemple de ces tracés fractionnés. La bande de papier qui reçoit l’inscription progresse à raison d’un demi-centimètre pour chaque hectomètre de chemin parcouru; de cette façon, l’échelle des chemins garde sa continuité. Quant à l’échelle des temps, elle est fractionnée en petits intervalles de cinq minutes chacun, pendant lesquels le style traceur se porte uniformément de gauche à droite, c’est-à-dire de la division 0' à la division 5'.
- Pour une durée de cinq minutes, les choses se passent absolument comme dans la figure 1 : en effet, la ligne oblique tracée en A, montre que la progression était uniforme et que la vitesse était d’un hectomètre à la minute. Au bout de ce premier intervalle de temps, supposons que le style traceur se porte soudainement à gauche de la bande de papier, il recommencera à tracer une nouvelle courbe qui sera le tronçon B dans lequel la vitesse est d’abord
- Fig. 5. — Marcheur poussant devant lui l’odographc.
- p.260 - vue 264/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 261
- la même que dans le tronçon A; puis on voit un arrêt d’une minute mesuré par la longueur de la partie horizontale que le style a tracée. Après cet arrêt, l’inflexion graduelle de la courbe exprime que le mouvement s’accélère et atteint, vers la fin du tracé, une vitesse de deux cents mètres à la minute.
- Le tronçon C indique d’abord la continuation de cette vitesse, puis à la onzième minute, le mouvement se ralentit soudain ; il garde son allure pendant le tronçon D et une partie de E. Le marcheur s'arrête alors, après un parcours de 21 hectomètres; l’arrêt dure trois minutes; il occupe la fin du tronçon E et le commencement de F. Ce dernier s’achève
- avec une allure uniforme. Au moment où le tracé s’arrête, 2530 mètres ont été parcourus en 30 minutes. 11 serait superflu de multiplier les exemples pour faire comprendre comment s’expriment graphiquement les différentes variations de la vitesse d’un marcheur.
- L’appareil qui donne ce genre de tracés est représenté figure 3. Une roue munie de deux brancards est conduite par le marcheur qui la pousse devant lui comme il ferait d’une brouette. Chaque tour de roue correspond à un parcours constant; or, la roue commande, au moyen d’une bielle, un cliquet qui agit sur le mécanisme de l’appareil enregistreur. Chaque va-et-vient de la bielle fait passer une dent
- Fig. 4. — Détails de l’odographe. On voit la bande qui a déjà reçu des tracés de marche et d’arrêt. Un style achève de parcourir cette bande ; un autre est sur le point de tracer à son tour. Ces styles, au nombre de cinq, sont lixés à des distances de 6 centimètres l’un de l’autre, sur un ruban d’acier qu’un mouvement d’horlogerie conduit sur deux galets C. En B est l’extrémité de la bielle qui imprime le mouvement au laminoir.
- d’une roue de rochet qui transmet son mouvement à un petit laminoir entre les cylindres duquel défile une bande de papier sans fin. De cette façon, le papier avance d’une quantité proportionnelle au chemin parcouru par la roue sur le sol. Dans la disposition adoptée pour étudier la marche de l’homme, la vitesse du papier était réglée de telle sorte, qu’un millimètre de papier correspondît à un parcours de cent mètres sur le terrain. En même temps qu’elle est poussée par le laminoir, la bande de papier est traversée par un style traceur conduit uniformément par un rouage d’horlogerie. Ce style (fig. 4 et 5) met une heure pour traverser la bande, dont la largeur est de six centimètres. Or, comme il serait assez difficile d’estimer, à la simple vue, les fractions de l’heure, un peigne de treize dents équidistantes trace sur le papier, à mesure qu’il se lamine, des lignes
- Fig. 5. — L’instrument est vu obliquement et par l’arrière. Le cadran de l'horloge est visible. La bande de papier est engagée dans le laminoir où elle reçoit le tracé d'un style ; elle porte déjà les subdivisions horaires tracées par les dents du peigne. En B, l’extrémité de la bielle agit par un cliquet sur une roue à rochet commandant par une vis sans fin R le mouvement du laminoir.
- dont l’intervalle correspond exactement à la douzième partie d’une heure, c’est-à-dire à 5 minutes.
- La principale difficulté était d’obtenir, au bout de chaque heure, que le style qui a traversé la bande et s’échappe par le bord droitde celle-ci, passât sans perte de temps au bord gauche et recommençât un nouveau tracé. Nous avons atteint ce résultat au moyen d’une série de cinq styles fixés à 6 centimètres l’un de l’autre sur un ruban d’acier sans fin. Ce ruban, conduit sur deux galets par un mouvement d’horlogerie, tourne sans cesse avec une vitesse de 6 centimètres à l’heure. Quand un style a traversé la bande, le suivant est tout prêt à tracer à son tour.
- Le papier qui reçoit le tracé est couvert d’une couche de blanc de zinc (papier couché du commerce) ; les styles en mailleçhort, à angles vifs,
- p.261 - vue 265/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 2G2
- tracent, sans usure sensible, sur le papier ainsi préparé. Sans parler des dispositifs accessoires tels que la remise à l’heure de l’horloge et du style traceur, les moyens de remplacer par une bande de papier nouvelle celle qui a déjà traversé le laminoir, etc., nous essayerons de montrer les applications multiples de l’odographe à bande sans fin.
- L’instrument que nous venons de représenter a été construit primitivement pour étudier la marche des soldats. Mais il s’applique également à contrôler la marche de toutes sortes de véhicules : ainsi je me propose de l’adapter aux vélocipèdes et aux tricycles, afin de rechercher l’influence qu’exercent sur leur vitesse, la pente et la nature du terrain, la houe ou la poussière qui le recouvre, etc.
- Notons que, suivant la vitesse habituelle du mouvement qu’on veut étudier, il faut régler la marche du laminoir, de telle sorte qu’il y ait autant que possible égalité de la vitesse moyenne du papier et de celle du style traceur. Dans ces conditions, si le véhicule garde sa vitesse normale, la pente de la courbe tracée sera de 45°, comme dans l’exemple donné figure 1. D’après les inclinaisons de cette courbe, on apprécie très facilement les variations de la vitesse, soit au-dessus, soit au-dessous de sa valeur moyenne.
- Ce réglage de la marche du papier s’obtient, une fois pour toutes, d’après le pas de la vis sans fin qui commande le laminoir. Mais, si l’on appliquait aux grandes vitesses, à la marche d’un train express, par exemple, un odographe réglé pour la marche d’une voiture, la bande de papier serait conduite trop vite par le laminoir, et non seulement on userait trop de papier, mais l’inclinaison de la courbe tracée serait moins favorable pour l’estimation de la vitesse.
- La précieuse amitié de M. A. d’Eichthal nous a permis de faire appliquer l’odographe sur le chemin de fer du Midi où des expériences se font sous la direction de M. Millet, ingénieur en chef de la traction. La figure G représente un fragment de tracé obtenu sur un train express marchant à la vitesse moyenne de 55 kilomètres à l’heure. L’odographe était réglé pour la marche, beaucoup plus lente, d’une voiture; aussi le papier défilait-il beaucoup trop vite, grandissant l’échelle des chemins, hors de proportion avec celle des temps. Le tronçon de ce parcours représenté figure 6 occupe une colonne entière du journal et n’exprime que le chemin effectué en quarante-neuf minutes, de Dax à Morcenx.
- On trouve, il est vrai, sur cette figure, tout ce qu’on peut avoir intérêt à connaître : les phases d’accélération de la vitesse au départ des stations, l’arrêt rapide produit par l’action des freins. Quant à la vitesse absolue, on l’apprécie exactement au moyen d’une échelle qui, d’après la longueur du parcours correspondant à cinq minutes de marche, permet de lire directement la vitesse en kilomètres à
- p.262 - vue 266/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 265
- Départ 3*!
- Morcen:
- Labou
- oux
- Limoi
- soir
- - Fîg. 7.
- l’heure. Mais, dans cette figure, la prédominance de l’échelle du chemin sur celle du temps est très défavorable h l’appréciation des variations de la vitesse; on les suit beaucoup mieux sur la figure 7 où l’échelle des chemins est réduite environ quatre fois. Cette réduction permet d’embrasser d’un coup d’œil toute la marche du train entre Dax et Bordeaux.
- II n’y a pas lieu d’exposer ici les dispositions particulières qui rendraient l’appareil plus spécialement applicable au contrôle de la marche des trains: celles, par exemple, qui changeraient le sens du mouvement du papier suivant le sens de la marche pendant les manœuvres. Les différents moyens de transmission : mécanique, électrique ou pneumatique au moyen desquels les tours de la roue d’un wagon commandent la marche du papier de l’odographe, ne nous occuperont pas non plus. Il s’agissait seulement de montrer qu’une même méthode et un même appareil peuvent servir à contrôler des vitesses de progression sur le sol qui varient dans une grande étendue. Cette même méthode 'et ce même appareil s’appliqueraient tout aussi aisément à la mesure des vitesses d’un navire, chaque tour d’un loch à hélice agissant comme celui de la roue d’un véhicule pour faire marcher la bande de papier. Et l’on aurait ainsi, non plus seulement, comme avec le loch à compteur de tours, le total du chemin effectué à un moment donné, mais aussi toutes les variations qui ont pu se produire dans la vitesse du bateau. Or, la connaissance des changements de vitesse est très importante dans certains cas: par exemple, pour régler les évolutions d’une escadre.
- Ainsi, ïodographe à bande sans fin permet de mesurer la vitesse, sur la terre et dans l’eau; nous l’avons même appliqué avec succès à la mesure de la vitesse du vent. D’une manière générale, notre instrument, appliqué à un compteur quelconque, traduira par une courbe le débit plus ou moins rapide de l’eau, du gaz, de l’électricité, etc. Adapté à une roue hydraulique, il donnera les variations de vitesse du courant d’une rivière; relié à l’un des tourniquets qui comptent les visiteurs d’une exposition, il donnera la courbe de fréquence des entrées, montrant ainsi à quelles heures l’affluence du public est plus ou moins considérable. Avec des dispositifs assez simples, on peut actionner l’appareil par les mouvements du cœur ou par ceux de la respiration, de manière à obtenir la courbe de la fréquence de ces mouvements et ses variations sous différentes influences.
- Cette énumération fort sommaire des applications déjà faites et des applications possibles de l’odo-graphe à bande sans fin, montre, comme nous le disions au début de cet article, qu’un même instrument peut s’appliquer à mesurer toutes sortes de vitesses. Cette uniformisation des moyens de mesure nous semble devoir réaliser un progrès.
- E.-J. Marey, de l’Institut.
- p.263 - vue 267/432
-
-
-
- 264
- LA NATURE.
- CAUSERIE PHOTOGRAPHIQUE
- Photographie des projectiles pendant le tir.
- — M. E. Macli, le savant professeur de l’Université de Prague, nous a adressé cette semaine les nouveaux résultats qu’il a obtenus dans ses étonnantes photographies d’une halle de fusil pendant le tir. Ces photographies que nous regrettons de ne pouvoir reproduire en raison de leur délicatesse et de leur petite dimension, constituent des objets que nous qualifierons d’admirables. Non seulement on voit le projectile cy-lindro-conique dans l’espace, mais on distingue avec une parfaite netteté les ondes aériennes qui suivent le projectile, et les tourbillons qui le précèdent.
- Les positifs sur verre que nous devons à l’obligeance de M. Mach ont 1 centimètre de diamètre; l’image du projectile a 2 millimètres de longueur.
- Nous avons décrit précédemment les procédés employés par MM. Mach et Salcher pour arriver à de si merveilleux résultats ‘. Nous renverrons nos lecteurs à cette notice ; nous rappellerons que les photographies sont en quelque sorte produites par le projectile lui-même qui, une fois lancé, passe dans l’espace entre les deux extrémités d’un circuit dans lequel est intercalée une bouteille de Leyde. Au moment du contact formé par le projectile, la bouteille de Leyde est déchargée et produit une étincelle qui impressionne la plaque sensi-
- 1 Voy. n°781, du 19 mai 1888, p. 387.
- ble disposée au préalable dans l’appareil photographique. Nous remercions vivement M. Mach de son
- intéressantenvoi, nous le félicitons des beaux résultats qu’il obtient.
- Photo graphies instantanées d’amateurs. — Il n’est pas de semaine où nous ne recevions quelques photographies intéressantes de nos sympathiques lecteurs. Nous regrettons de ne pouvoir reproduire ou analyser tout ce qui nous est adressé ; nous nous contenterons aujourd'hui de signaler deux excellentes photographies instantanées que nous reproduisons ci-contre. L’une d’elles (fig.l) nous a été adressée par M. Otto, de Marseille; elle a été obtenue avec le concours de M. Jaulin, l’habile préparateur de la Faculté des sciences, et donne l’image de jeunes gens qui vont prendre un bain froid dans le port. L’épreuve est très nette et l’ensemble de la composition très heureux. — L’autre photographie (fig.2) est due à M. G. Berteaux. Elle représente un jeune homme sautant à pieds joints par-dessus le dossier d’un banc de bois sur le siège duquel il se tenait debout. L’épreuve est intéressante par l’attitude du sauteur. Les jambes sont repliées, les bras se dressent et forment un balancier qui enlève le corps ; le chapeau projeté en l’air est séparé de la tête. De telles photographies offrent toujours un réel intérêt. Gaston Tissandier.
- Fig. 1. — Baigneurs se jetant à l’eau. (Fac-similé d’une photographie instantanée de MM. Otto et Jaulin.)
- Fig. 2. — Un sauteur. (Fac-similé d’une photographie instantanée de M. G. Berteaux.)
- p.264 - vue 268/432
-
-
-
- LA NATURE
- 265
- CHARGEURS DE RAILS
- Parmi les appareils d’entretien de la voie exposés I chemin de fer d’Orléans, figurait un système de au Champ de Mars en 1889 par la Compagnie du | chargement des rails passé dans la pratique cou-
- Fig. 1. — Appareil pour charger les rails. Système 'Guyenet.
- rante de cette Compagnie depuis 1885. En raison des accroissements de poids et de longueur de ses rails, qui pèsent actuellement 40 kilogrammes au mètre courant et ont 10m,80 de longueur, elle a cherché à diminuer le coût de la manutention tout en augmentant les conditions de sécurité dans les opérations, de manière à éviter les chocs qui pourraient briser ou fausser les rails si on les jetait sur le ballast. Les chargeurs imaginés et construits par M. Guyenet répondent parfaitement à ces desiderata. Chacun d’eux constitue une sorte de grue en forme d’U couché hori-
- zontalement sur les [dates-formes conjuguées qui servent au transport. La charpente est en tôle rivée;
- la branche inférieure repose sur la plate-forme ; la branche supérieure porte la voie d’un treuil roulant destiné au chargement ou au déclurge-
- Fig. 2. — Détails de l’appareil. — 1. Vue d’ensemble. — 2 et 3. Appareil proprement dit; vues longitudinale et latérale.
- ment.
- La charpente C se fixe par la branche inférieure sur la plateforme à l’aide de crochets J (fig. 2 et 5). Le treuil E reçoit son mouvement d’un volant à main F : il est pourvu d’un sabot de frein actionné par un levier R, et comporte un tambour à deux diamètres. Sur le plus grand s’enroule un câble qui ne sert
- .jS.fifafjTrl/ Sc-,
- p.265 - vue 269/432
-
-
-
- 266
- LA NATURE.
- qu’au halage du rail sur uri plan incliné, et qui est continué par une chaîne dont l’objet est le levage proprement dit du rail, opération qui exige plus de force et partant moins de vitesse.
- Six hommes suffisent à la manœuvre : deux aux treuils, deux à la pile de rails à charger, et deux près des rouleaux H pour guider les câbles ou les chaînes. On commence par amener les plates-formes près de la pile de rails, puis on fixe les chargeurs dans la position convenable. On établit deux rails sur des chevalets pour former un plan incliné K destiné au halage (fig. 2). Pour le chargement sur plates-formes, on amène le treuil E à bout de voie sur la charpente. Deux hommes posent un rail sur le plan incliné et le fixent dans des pinces à serrage automatique I; ces pinces portent un crochet de sûreté qui les empêche de s’ouvrir accidentellement, et l’un de leurs côtés forme sabot, de manière à permettre au rail de franchir sans accroc, sur la semelle à sabot, toutes les sinuosités provenant du tas des rails à desservir.
- Les hommes placés aux treuils amènent le rail jusqu’au droit du rouleau H : à ce moment tout le cable est enroulé sur le tambour. En continuant à agir sur le treuil, la chaîne L qui succède au câble s’enroule sur le petit diamètre du tambour, le rail renvoie en arrière le rouleau H, et le levage proprement dit s’effectue jusqu’à la hauteur convenable. On l’arrête dans cette position au moyen d’un cliquet qui s’engage dans les dents d’un rochet venu de fonte avec le tambour, et on amène les deux treuils en arrière. Il suffit alors d’enlever le cliquet et de laisser descendre le rail, en réglant le mouvement au moyen du frein. Une fois le rail en place, on le dégage de la pince et on ramène les treuils à l’avant de la charpente pour commencer une autre opération. Si l’on veut former un dépôt, au lieu de charger sur plates-formes, on opère de la manière inverse.
- La manutention des rails avec ces appareils n’exige que six hommes pour en charger ou décharger trois cents par jour. Dans le travail à bras la même production exigeait douze hommes; de plus, le travail était dangereux à cause de la fatigue qu’ils éprouvaient, et les rails étaient exposés à des accidents.
- Les chargeurs de rails sont également employés avec une grande économie pour le renouvellement des rails sur la voie, en dehors des dépôts des gares. A cet effet, on fait circuler un train de quatre wagons au moins, munis d’appareils et chargés de rails; on distribue ces derniers, et on enlève ceux à remplacer, le tout, pendant les intervalles de temps dont on dispose entre les trains réguliers d’exploitation.
- La Compagnie d’Orléans emploie actuellement vingt-deux de ces appareils, et d’autres sont en usage aux Compagnies de l’Est, de l’Ouest et du Nord de l'Espagne. G. Richou,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- LES FÊTES PUBLIQUES
- Au moment où vient de se terminer le Carnaval avec la journée de la Mi-Carême qui est encore célébrée par quelques fêtes dans la plupart de nos grandes villes, nous avons voulu essayer de résumer l’histoire des fêtes publiques : nous espérons faire voir quelles présentent, au point de vue ethnographique, plus d’un côté intéressant.
- Nous trouvons des fêtes publiques chez tous les peuples de la terre et à toutes les époques de leur histoire. Le mot fête nous vient de festum, ou mieux de fastus, mot latin qui signifie ostentation, faste, splendeur, et qui désigne une solennité civile ou religieuse, instituée en commémoration d’un fait jugé important.
- Les réjouissances publiques d’autrefois avaient un caractère essentiellement religieux; chez les Grecs, les Bacchanales ou Dionysiaques, avaient été instituées en l’honneur de Bacchus; les Eleusinies, pour honorer Cérès; les jeux Olympiques, pour fêter l’union de toutes les parties de la Grèce; les Euméni-dies, pour apaiser les Furies, etc.
- Les Romains avaient les Ambarvales, en l’honneur de Cérès; les Lupercales, en celui du dieu Pan; les Bacchanales, les Lémuries, les Saturnales, en celui d’autres divinités.
- Les Hébreux avaient aussi un grand nombre de fêtes : le Sabbat, la Pâque, les Tabernacles, etc..., toutes établies par Dieu même. La synagogue leur en ajouta d’autres dans la suite, telles que la célébration de la victoire sur Holopherne, de celle que Judas Macchabée remporta surNicanor, etc..., pour rappeler quelque événement mémorable de leur histoire et en glorifier Dieu.
- Nous n’abordons cette étude que dans le sens étymologique du mot fête, c’est-à-dire sous le rapport du luxe, de la magnificence, de la splendeur, de la somptuosité, déployés dans les jours de joie, de ré-; jouissance, comme dans les jours de deuil public, à commencer par les triomphes de l’antique Rome, pour terminer aux pompes funèbres de nos grands hommes contemporains.
- Et d’abord, les triomphes. Ce mot, par son origine, nous rappelle les processions instituées par les Grecs en l’honneur de la fête de Bacchus; plus tard sous les Romains, et depuis lors jusqu’à nous, il a signifié entrée pompeuse et solennelle d’un général qui a remporté une grande victoire.
- Les premières fêtes de ce genre se ressentaient de la simplicité des Romains et du peu de richesse des peuples vaincus. Mais lorsque la République eut porté ses armes en Asie et en Afrique, les généraux y enlevèrent des richesses immenses qui servirent à embellir la pompe de leurs triomphes, lesquels étaient regardés comme la récompense la plus éclatante de leur mérite guerrier.
- Quand le jour fixé par le Sénat et le peuple était arrivé, et les préparatifs de la fête achevés, le triomphateur, dès le lever du soleil, revêtait la robe de pourpre et se rendait au Champ de Mars où il présidait à la dis-
- p.266 - vue 270/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 267
- tribùtîon du butin des vaincus à sa troupe. C’est de là que partait le cortège pour faire son entrée en ville par la Porte triomphale. Il traversait le Yélabre et le cirque Maxime, montait la Voie sacrée et le Forum, jusqu’au temple de Jupiter Capitolin. En tète marchait le Sénat qui allait recevoir les troupes à la porte de Rome et les conduisait ensuite dans la ville; puis venaient des musiques, des fanfares de trompettes et de cors, qui précédaient une file de chariots chargés des dépouilles de l’ennemi, et sur lesquels étaient mis en évidence, exposés à l’admiration publique, les objets les plus remarquables par la valeur ou la beauté du travail. La quantité et la valeur du butin, en même temps que les noms des provinces conquises, étaient écrits sur des tablettes fixées au bout de longues perches, et l’on portait ces écriteaux à coté des objets dont ils faisaient mention. D’autres chariots suivaient, sur lesquels étaient placées les représentations des villes et des forteresses qu’on avait prises, figurées en bois doré, en cire, en ivoire, quelquefois en argent, avec des inscriptions en grosses lettres, et de grands tableaux où étaient peints les assauts, les attaques et les victoires.
- Ensuite venaient les joueurs de flûte marchant devant la victime destinée au sacrifice, un taureau blanc, dont la tète était ornée de bandelettes de laine, et le dos d’une large bande d’étoffe de couleur éclatante. Derrière la victime s’avançaient un corps de prêtres et leurs aides, porteurs de tous les objets nécessaires à la célébration du sacrifice, puis on voyait étalés, les armes, les étendards et autres trophées pris sur les vaincus, et immédiatement après, les généraux et les princes que l’on avait faits prisonniers, puis tous les captifs chargés de fers. Ensuite venaient les licteurs du général victorieux, portant leurs faisceaux couronnés de lauriers : ils formaient le groupe précédant immédiatement le triomphateur revêtu de ses triumphalia et debout sur un char circulaire traîné par quatre chevaux blancs; il avait le front ceint d’une guirlande de laurier et un esclave public tenait ordinairement une couronne d’or au-dessus de sa tète...
- Souvent dans la pompe on mêlait des animaux extraordinaires, amenés des pays qu’on avait subjugués : des ours, des panthères, des lions et des éléphants. Ces fêtes se terminaient par des spectacles et des festins que nous passerons sous silence pour le moment.
- Après avoir dit quelques mots des triomphes, nous sommes amené à parler du faste et du luxe déployés jadis à Madrid, à Rome, 'a Vienne, par les ambassadeurs étrangers faisant leur entrée dans ces capitales. Qui ne connaît l’entrée du duc de Richelieu à Vienne? Son cortège se composait de soixante-neuf carrosses à six chevaux, drapés de velours de différentes couleurs, brodé et frangé d’or; les chevaux piaffaient sous des harnais de velours brodé d’or. A la tête de chaque carrosse, marchaient six coureurs vêtus de velours rouge galonné d’argent, avec veste et culotte de drap d’argent. Cinquante valets de pied, habillés de drap écarlate, veillaient au bon ordre, en compagnie de douze hei-duques armés d’une masse d’argent. Le cortège était fermé par douze pages à cheval, en habit de velours rouge brodé d’argent. Le reste de la maison était en proportion et aussi richement habillé. Tous les
- chevaux étaient ferrés d’argent, mais de façon que le fer d’argent, séparé en deux et ne tenant qu’à un clou léger, se détachât facilement du sabot. Lorsque de Brives, ambassadeur de France à Rome, alla notifier au pape le mariage de Louis XIII, il avait un cortège de cent cinquante carrosses. Et ce luxe n’est rien à côté des splendeurs des Cours asiatiques.
- Le mot pompe que nous employons pour caractériser le grandiose d’un triomphe, d’une entrée solennelle, nous amène à dire quelques mots des processions; son étymologie grecque, pompé, procession publique, l’indique du reste.
- Il paraît hors de doute que l’usage des processions remonte à l’origine même des cultes religieux. Nous avons des témoignages nombreux des solennités de ce genre célébrées dans l’ancienne Egypte. Hérodote, (liv. IV) parle d’une fête d’Isis où l’on portait sa statue sur un chariot à quatre roues traîné par les prêtres de la déesse.... Clément d’Alexandrie parle d’une procession égyptienne où l’on portait deux chiens d’or, un épervier et un ibis.... L’usage des processions existe également en Asie. Sans parler des Hébreux, nous savons par Eusèbe que Philon de Biblos parlait d’une divinité phénicienne portée pro-cessionnellement dans une niche couverte, sur un chariot traîné par des animaux. Pour se faire une idée de la magnificence que déployèrent dans ces solennités, par la suite des temps, les Orientaux et les peuples qui adoptèrent leurs coutumes, il faut lire, dans Athénée, la description d’une fête que fit célébrer à Antioche Antiochus Epiphane :
- Ayant appris que Paul-Emile, capitaine romain, avait donné des jeux dans la Macédoine, il voulut faire quelque chose qui surpassât tout ce qu’il avait ouï dire des jeux de Paul-Emile. Il envoya des légats et des messagers par toutes les villes pour publier qu’il voulait célébrer des' jeux à Daphné, faubourg d’Antioche; on y accourut de toutes les villes de la Grèce. Le concours fut grand et la fête commença par une procession qui se fit de cette manière : En tète se trouvaient cinq mille jeunes hommes armés à la romaine, portant chacun une cotte démaillés; ils étaient suivis de Mysiens en pareil nombre, après lesquels venaient trois mille Giliciens armés à la légère, portant chacun une couronne d’or. Ensuite se trouvaient trois mille Thraceset cinq mille Galates ; après eux vingt mille Macédoniens, dont cinq mille avec des boucliers de cuivre et quelques-uns avec des boucliers d’argent; puis deux cent quarante couples de gladiateurs, puis mille cavaliers nyséens et trois mille choisis parmi les habitants d’Antioche qui, pour la plupart, avaient des colliers d’or... Après cette cavalerie venaient cent chars à six chevaux, auxquels succédaient huit cents jeunes garçons avec des couronnes d’or. On voyait ensuite mille bœufs gras, puis étaient portées trois cents tables et huit cents défenses d’éléphants. Il est imposssible de compter le nombre des statues... Deux cents femmes portaient des urnes d’or destinées à répandre des parfums dans l’air. Il y avait aussi quatre-vingts femmes sur des litières dorées, et cinq cents autres sur des litières d’argent. Toutes ces femmes avaient des vêtements d’une grande richesse.
- — A suivre. — A. BERGERET.
- p.267 - vue 271/432
-
-
-
- 268
- LA NATURE.
- LES MARINES MILITAIRES1
- NAVIRES CUIRASSÉS DE CROISIÈRE ALLEMANDS
- Au point de vue de la marine, on semble se recueillir en Allemagne : on y étudie beaucoup les flottes étrangères, on n’y construit rien de bien nouveau. Il semblerait que nul programme n’est encore nettement arreté : on tient secret l’emploi qui va être fait de l’énorme budget extraordinaire qui vient d etre voté. —Nous allons faire connaître aujourd’hui des croiseurs modernes de l’Allemagne, Irène et Princess Wilhem : ils appartiennent à un nouveau type appelé de l’autre côté du Rliin, cuirassé de
- croisière. —L’Irène que nous décrirons seul déplace 4400 tonneaux, sa longueur est de 94 mètres, sa largeur de 14 mètres. La puissance de sa machine est de 2000 chevaux. II a filé 18 nœuds à l’heure, aux essais.
- Ce navire est protégé seulement par ses soutes; il est muni d’un pont cuirassé fortement arqué de façon à s’abaisser à une profondeur considérable au-dessous de la flottaison. Les machines, au nombre de deux, sont montées dans des compartiments distants totalement indépendants l’un de l’autre : chacune d’elles actionne une hélice à l’abri des formes de l’arrière.
- L’approvisionnement de charbon et de munitions
- Nouveau navire de guerre de la marine allemande, l’Irène. (D’après une photographie.)
- est considérable. Les croiseurs de ce genre doivent naviguer à la vapeur seulement et leurs mâts uniquement militaires sont dépourvus de vergues.
- L’armement consiste en une batterie barbette de 14 canons de 15 centimètres, dont un de chaque bord tout à fait devant, tirant par un pan coupé dans la muraille. Quatre demi-tourelles permettant de faire feu dans l’axe, renferment chacune un canon et comprennent entre eHes les huit autres pièces placées simplement sur le pont et n’ayant qu’un champ de tir assez réduit.
- Sur les pavois et dans les hunes militaires ont été installés huit canons revolvers. Trois tubes
- 1 Suite. Voy. n° 877, du 22 mars 1890, p. 252.
- lance-torpilles sont placés aux extrémités du navire.
- L'Irène compte 320 hommes d’équipage.
- Ajoutons que la flotte allemande actuelle comprend cinq cuirassés refondus antérieurs à 1870 : en cas de guerre ces navires formeraient l’escadre de haute mer. La défense des côtes serait assurée par quatre corvettes de croisière, sans mâture et qui filent à peine 12 nœuds à l’heure.
- La flotte allemande compte en outre le cuirassé Aldenburg, bâtiment remarquable, 21 canonnières, un vieux monitor, YArrninius; ses croiseurs sont bien armés, et ses torpilleurs sont nombreux. Nous citerons encore des canonnières spéciales qui portent 8 canons et qui sont destinées à l’Afrique.
- p.268 - vue 272/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 269
- LES RÉVEILLE-MATIN
- L’invention du réveille-matin date d’une époque très éloignée. Les auteurs anciens parlent des in-
- struments appliqués aux clepsydres pour produire du bruit. Ctésibius adapta des flûtes et des trompettes
- Fig. 1. — Montres réveille-matin du dix-septième siècle. (Moitié de grandeur d’exécutiop.)
- à la clepsydre perfectionnée ; Athénée attribue à Platon l’invention de la première sonnerie horaire et nous trouvons dans Eginhard la description de la machine merveilleuse que le calife des Abassides, Haroun-al-Raschid, envoya en présent à Charlemagne. Elle sonnait les heures au moyen de petites boules de fer qui tombaient sur un timbre d’airain.
- Sans remonter au temps des Grecs, des Romains ou des Arabes, en nous tenant à l'histoire de l’horlogerie proprement dite, nous voyons que de tous temps et dès l’origine, le mécanicien s’est préoccupé de produire du bruit et d’adapter à son mouvement d’horloge non seulement un organe qui pût compter et sonner les heures, mais un carillon capable de marquer, d’une façon plus spéciale, l’heure précise qu’on aurait déterminée à l’avance.
- Sous Charles VII on faisait des horloges à réveille-matin. Au seizième siècle, on fabriquait déjà des
- montres compliquées. Enfin, sous le règne de François Ier, il y avait à Paris assez d’horlogers pour qu’ils formassent une corporation dont les statuts nous ont été conservés. L’article 5 portait : « Nul ne pourra être reçu maître dudit art qu’il ne soit de bonnes vie et mœurs et qu’il n’ait fait et parfait le chef-d’œuvre qui sera au moins un réveille-matin. »
- L’organe sonore qu’on employait déjà et qui a été utilisé fort longtemps après, était pour les montres à sonnerie comme pour les horloges et les pendules, le timbre ordinaire en métal de cloche. On obtenait assez de bruit à la condition que le timbre fût grand; cela se pouvait faire aisément pour une horloge, la place y est large ; mais dans une montre l’espace est restreint et c’est pourquoi nous croyons difficilement à ce qu’on rapporte du duc d’Urbino qui, en 1542, aurait possédé une bague dans le
- Fig. 2. — Nouvelle montre réveille-matin la Cigale.
- p.269 - vue 273/432
-
-
-
- 270
- LA NATURE.
- chaton de laquelle était une montre à sonnerie.
- C’est la forme du timbre qui obligea de donner au boîtier l’épaisseur et la forme arrondie : tout le monde connaît ces grosses montres à sonnerie appelées communément oignons. Quelques-unes étaient émaillées, mais la plupart étaient décorées de figures et d’ornements ciselés. Nous en donnons ici deux dessins réduits à moitié de la grandeur des originaux (fig 1). La première de ces montres est de fabrication française et date du commencement du dix-septième siècle ; elle provient de la çollection Jacquart. L’autre est moins ancienne, c’est une de ces montres à réveil qu’on fabriquait à Londres et dont le double boîtier était ajouré et finement gravé.
- Lorsque fut inventé le ressort timbre des montres à répétition, on l’appliqua aux montres à réveil et on put, de la sorte, réduire de beaucoup le volume
- \ - A
- r \
- Fig. 3. — N°* 1 et 2. Production du son dans la montre réveille-matin la Cigale.
- de ces dernières ; mais on diminua le bruit également : il est si faible qu’on ne l’entend qu’en prêtant attentivement l’oreille, et dès lors le fait d’éveiller ou d’avertir par un appel cesse d’exister. On a cherché d’autres agents de bruit, on en a imaginé de toutes les façons. L’un des plus osés consiste dans une batterie assez semblable à celle ,d’un fusil qui vient au moment déterminé frapper sur une capsule de fulminate et produire une détonation. Nous croyons inutile de décrire les inconvénients d’un pareil système.
- Le problème posé était donc depuis longtemps celui-ci : Comment, sous un petit volume, produire assez de bruit pour attirer l’attention de l’homme occupé ou le tirer de son sommeil?
- On se souvient d’un jouet qui, pendant quelques mois, servit d’amusement à tout Paris. Pendant tout un été, en 1876, on entendit dans toutes les rues, dans les gares de chemin de fer et jusqu’au fond
- des villages les plus lointains « le cri-cri » ; tous les enfants, tous les voyageurs du dimanche avaient en poche ce bibelot de deux sous fait d’une lame d’acier mince dont chaque effort lançait un son sec, strident et aigu.
- M. Riolet s’inspirant de ce jouet eut l’idée de sertir dans une bâte une plaque d’acier récroui et de la faire vibrer au moyen d’un doigt d’acier rivé perpendiculairement à la surface de cette plaque — ce doigt pénètre dans le mouvement de la montre et y rencontre une roue dentée. — Cette roue est armée d’un fort ressort qui part au moyen d’une détente et imprime par cela une vibration à la plaque.
- La plaque agit comme la peau d’un tambour, le son en devient d’autant plus aigu et clair qu’on la serre davantage. Aussi n’est-ce plus dans la montre que nous signalons ici le « cri-cri » mesuré et lent du jouet des camelots parisiens — c’est plutôt le chant strident d’une cigale. C’est pour cela que l’image de l’insecte est ciselée sur Ja boîte (fig. 2).
- Voici les détails du dispositif qui a été adopté : si l’on enferme dans un cadre les bords d’une plaque de métal récroui parfaitement plane à laquelle est fixé en un point de sa surface et perpendiculairement un levier solidement tenu par une rivure; si, d’autre part, on déplace ce levier par son extrémité O (fig. 3, n° 1), et qu’ensuite on l’abandonne à lui-même, on obtiendra une vibration d’O' en 0" qui se communiquera à la plaque — les courbes SS'RR' indiquent les déplacements rapides et alternatifs de la plaque.
- Le son obtenu dans ce cas est un claquement sec produit par le choc de la plaque sur l’air, celui-ci est violemment chassé par une action énergique due à l’intensité des tensions moléculaires que l’on a développées. La force du son produit par ce moyen n’a pour ainsi dire d’autres limites que la dimension et l’épaisseur des plaques métalliques que l’on voudra employer.
- La figure 3, n° 2 représente la disposition adoptée dans la nouvelle montre avertisseur (ou cigale). —B, bâte ou tambour dans lequel est sertie la plaque d’acier récroui P. — O, levier rivé très solidement à la plaque. — C, tête de la rivure. — A, roue dentée tournant dans le sens de la flèche et actionnant l’extrémité du levier O.
- Dans son mouvement de rotation, chacune des dents de la roue A produit une vibration de la plaque et le son étant en raison directe du nombre et de la vitesse des vibrations, il s’ensuit que pour obtenir le maximum de bruit, il suffit de régler la vitesse de la roue A.
- Cette nouvelle disposition a permis à l’inventeur d’appliquer le système des plaques vibrantes à l’horlogerie ; il a pu loger daqs une montre un agent de bruit et résoudre ainsi le problème qu’il s’était posé — produisant de la sorte non pas seulement un réveil, mais un mode d’avertissement dont l’utilité n’est plus à démontrer..
- p.270 - vue 274/432
-
-
-
- UÂ NATURE.
- 27 i
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 mars 1890. —Présidence de M. Hermite.
- Nouveau dynamomètre de transmission. — M. Mas-cart décrit un dynamomètre qu’il vient d’appliquer avec succès à une machine à vapeur de dix chevaux. Cet appareil, construit sur un principe nouveau est remarquablement simple et ingénieux. On y trouve d’une part une liaison flexible qui permet d’apprécier la transmission par la déformation des organes intermédiaires, et d’autre part un procédé optique grâce auquel on lit directement la valeur de cette déformation. L’arbre de couche porte une poulie qui presse par un ressort sur une seconde poulie folle, à laquelle en est adaptée une troisième qui reçoit la courroie de transmission. Il suffit de mesurer, par la graduation qu’on y a inscrite, le décalage de la seconde poulie par rapport à la première pour en conclure, d’après la vitesse de rotation, la valeur du couple moteur et, par conséquent, celle du travail transmis. Une lentille entraînée par la poulie folle donne, sur l’axe de rotation, une image virtuelle de la graduation et se prête même à un enregistrement photographique continu. On voit qu’au moyen de cet appareil, on [peut avoir des résultats d’une grande précision.
- Condensation de l'oxyde de carbone par l'effluve électrique. — La récente communication de M. Schut-zenberger sur le passage de l’eau à travers le verre des appareils à effluves, amène aujourd’hui M. Berthelet à préciser les conditions dans lesquelles il obtient le sous-oxyde de carbone. Un dispositif nouveau permet d’intercaler une lame d’air sec entre l’éprouvette à gaz et le tube rempli d’eau acidulée, et l’addition de bandelettes de platine faisant fonction d’accumulateur neutralise cette complication au point de vue de l’énergie électrique développée. Dans ces conditions, le produit condensé se fait comme à l’ordinaire et l’illustre auteur s’attache à prouver qu’il ne renferme aucune trace sensible d’hydrogène. D’ailleurs l’eau devrait exister si le verre était perméable, non seulement dans l’éprouvette à gaz, mais dans l’espace annulaire qui l’entoure, et les recherches les plus minutieuses et les plus délicates ont été constamment négatives à cet égard.
- Bien qu’il n’ait pas fait à ces résultats une réponse tout à fait complète, M. Schutzenberger a protesté contre les conclusions auxquelles ils conduisent; mais nous craindrions, après une audition imparfaite, de ne pas rendre exactement sa pensée et nous attendrons, pour revenir sur cette très intéressante question, que l’auteur présente l’ensemble de sa critique.
- La matière grasse du lait. — Le très distingué professeur de technologie à l’Ecole d’agriculture de Grignon, M. Lezé, adresse, par l’intermédiaire de M. Troost, la description d’un ingénieux procédé de dosage de la matière grasse dans le lait. Les méthodes actuellement connues sont délicates, compliquées ou irrégulières. La caséine du lait oppose, en effet, un obstacle assez sérieux à la séparation de la matière grasse. L’auteur fait disparaître cette difficulté en dissolvant la caséine dans l’acide chlorhydrique ou dans l’acide acétique à une température voisine de l’ébullition. Si on ajoute de l’ammoniaque, on voit le liquide s’éclaircir, même avant la saturation, et le beurre se rassemble en gouttelettes huileuses à la surface. Le dosage, fondé sur ces observations, est simple
- et rapide. Voici comment on opère : on additionne le lait de deux fois à deux fois et demie son volume d’acide, on chauffe dans un ballon à col gradué et on ajoute l’ammoniaque lorsque le liquide est devenu brun. On remplit ensuite le ballon d’eau chaude et on lit directement sur la graduation la proportion de beurre contenu. On peut éviter la correction relative à la densité (0,90) en prenant un dixième en plus du lait à essayer. Les résultats obtenus par cette méthode sont réguliers et tout à fait satisfaisants pour la pratique industrielle.
- Etudes relatives au gypse et au quartz des environs de Paris. — Les théories phimiques naguère développées par Dieulafait avec tant d’éclat sur l’origine des minéraux contenus dans les terrains stratifiés sont appliquées aujourd’hui par M. Munier-Ghalmas à l'histoire du gypse parisien. L’auteur, qui a utilisé des résultats nombreux de sondages exécutés par MM. Léon Dru et Arrault, signale l’existence de la pierre à plâtre en niasses nombreuses et importantes dans toute une série d’horizons compris entre le calcaire grossier supérieur et la base des sables de Fontainebleau. Au voisinage, se retrouvent des empreintes de sel marin en trémies cubiques, ce qui concorde, comme on voit, avec la supposition de bassins d’évaporations correspondant d’ailleurs d’une manière très nette aux époques où le régime lagunaire s’est substitué au régime marin. En maintes localités des affleurements, la silice est venue se substituer au gypse et avec elle la fluorine : l’auteur repousse toute idée de collaboration geysérienne et considère le tout comme dérivant d’une formation récente et actuelle. S’adjoignant la collaboration de MM. Lévy, M. Munier-Ghalmas a complété ce travail en étudiant les propriétés optiques et cristallographiques du quartz. A côté de la calcédoine caractérisée par sa bissectrice aiguë positive perpendiculaire à l’allongement des fibres toujours négatives, il signale sous le nom de quartzine une nouvelle variété jouissant de propriétés rigoureusement inverses. Suivant les auteurs, le quartz ordinaire résulte d’un groupement ternaire de fibres lamellaires de quartzine, ce qui vérifierait les idées théoriques émises par M. Mallard au sujet du pouvoir rotatoire du quartz. Mais ils décrivent en outre un nouveau groupement tout autre constituant le minéral qu’ils appellent lutécite : ici se présente un axe pseudo-ternaire ; les cristaux sont représentés par des pyramides hexagonales surbaissées symétriques par rapport à deux plans rectangulaires entre eux. On y trouve six secteurs composés chacun de deux rangs de lamelles croisées.
- Varia. — La théorie de la capture des comètes périodiques occupe M. Callandreau. — M. Thoulet, le savant professeur de la Faculté des sciences de Nancy, détermine la solubilité dans l’eau de mer d’une foule de substances telles que les coraux, les coquilles, etc. — D’après M. Mangin, le tissu cellulaire des végétaux renferme une nouvelle substance fondamentale à laquelle convient le nom de callose. — La description de l’Observatoire de Madagascar est déposée par M. Faye au nom de M. Le Myre de Villers. — M. Chevalier adresse de Zi-ka-Wei un travail concernant l’influence des tremblements de terre sur les phénomènes magnétiques. — Un physicien de Montpellier étudie la décomposition des électrolytes renfermant simultanément plusieurs métaux, le zinc et le cuivre, par exemple. — L’origine des dunes sahariennes fournit à M. Rolland la substance d’un nouveau Mémoire. — C’est avec de très grands éloges que M. de Lacaze-Du-
- p.271 - vue 275/432
-
-
-
- 272
- LA NATURE.
- thiers dépose des recherches embryogéniques sur les éponges par M. Delage. — Des expériences conduisent MM. Jollvet et Napias à préciser l’action physiologique de l’hydrogène arsénié. — D’après M. Gamaléia, les cultures de bacilles de Koch portées à 120 degrés exercent une action diarrhéique très nette sur les animaux qui les reçoivent en injection. — M. Ranvier s’occupe du mécanisme de la contraction musculaire.
- Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- CONDUCTIBILITÉ DES MÉTAUX. ----- FORCE CENTRIFUGE
- L’une des précédentes notices que nous avons publiée sur la conductibilité des métaux1 nous a valu, de la part de nos lecteurs, quelques observations qui nous paraissent fort judicieuses.
- Une note de M. Vande-vyver-Grau, de Gand, les résume très nettement, voici cette note reproduite in extenso :
- L’auteur de l’article intitulé Expérience simple relative à la conductibilité, et qui forme un chapitre de la physique sans appareils, indique, comme preuve de la conductibilité, la fusion plus ou moins rapide de l’acide stéarique et le déplacement de la gouttelette fondue le long de chacune des tiges.
- Il me paraît intéressant d’indiquer la cause de ce déplacement, d’autant plus que ce phénomène se rattache à la théorie de la tension superficielle, mise en lumière par M. le professeur Van der Mensbrugghe dans le n° 791 de La Nature (28 juillet 1888)et en est une confirmation nouvelle.
- En effet, lorsque l’acide stéarique se liquéfie, il subit la loi générale des liquides, et, dès lors, deux points voisins de sa surface sont soumis, l’un, à une tension -f T, par exemple, parallèle à la tige, et dirigée vers la bougie, et l’autre, à une tension — T dirigée en sens contraire, et qui maintiendrait l'état d’équilibre, s’il n’y avait pas d’accroissement de température.
- Mais, qui dit accroissement de température dans la tige et par conséquent dans le liquide qui y adhère, dit aussi : diminution de la tension + T ; et comme la tension — T peut être considérée comme constante, ou plus exactement comme décroissant moins rapidement que + T, il se fait que — T l’emporte sur -f- T, et que la somme de ces différences pour les divers points de la
- surface amène le déplacement de la gouttelette vers la bouteille.
- Enfin, et ceci concerne la manière d’opérer, ne serait-il pas préférable de placer les deux tiges métalliques à même hauteur dans la flamme? Cela éviterait l’objection qui pourrait être faite relativement à la quantité de chaleur émise par chaque partie de la flamme, dans le cas où l’on mettrait la tige la plus conductrice dans la partie supérieure. Cette différence de hauteur n’est pas un facteur négligeable, car, d’après les recherches de Iîecquc-j rel, la zone centrale de la flamme d'une bougie est à une température moyenne de 900° C., tandis que la zone extérieure atteint près de 1500° C.
- Après l'expose de ccs observations sur la conductibilité des solides, nous signalerons aujourd’hui une amusante expérience sur la force centrifuge.
- Au dessert, quand une bouteille de vin est vide, vous l’égouttez complètement et vous demandez aux assistants combien ils supposent que l’on peut faire tomber encore de gouttes de la bouteille. Les uns disent dix gouttes, vingt gouttes, etc. Vous pariez pour plusieurs centaines. Pour que le fait soit bien vérifié, vous prenez une feuille de papier buvard, vous inclinez la bouteille pour bien montrer qu’elle est vide, qu’une seule goutte n’en tombe plus (fig. 1) ; puis levant le bras, vous lui faites décrire très violemment un arc de cercle : la force centrifuge projette un grand nombre de petites gouttelettes qui apparaissent innombrables sur le papier buvard. A plusieurs reprises, vous recommencez l’expérience et chaque fois les traces de gouttes apparaissent.
- Cette expérience réussit plus commodément en opérant au-dessus du sol; on place sur le parquet la feuille de papier buvard, et se penchant, les jambes écartées, on tient la bouteille à deux mains, le goulot en bas; on lui fait décrire vigoureusement un arc de cercle, à quelques centimètres au-dessus de la feuille de papier.
- Nous avons déjà fait connaître un grand nombre d’expériences qui ont pour base le principe de la force centrifuge. Nous renvoyons nos lecteurs à nos précédents articles. Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 1 Voy. n° 875, du 8 mars 1890, p. 224.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- p.272 - vue 276/432
-
-
-
- N° 879. — 5 AVRIL 1890.
- LA NATURE.
- 273
- SUR UNE TROUVÀIUUE DE CHATS
- FAITE EN ÉGYPTE
- Les journaux anglais ont annoncé, et les journaux français à leur suite, qu’un navire avait débarqué récemment à Londres 180000 momies de chats égyptiens. Depuis longtemps déjà, des industriels de diverses nationalités font métier de rechercher, sur tout le sol de l’Égypte, les cimetières où reposent les animaux sacrés, et d’en exporter les os en Europe où ils sont employés comme engrais. Il y a quelques années, une pleine nécropole de singes a été expédiée en Allemagne pour fumer des champs de betteraves. Les chats de cette année ont été, paraît-il, découverts près de Beni-IIassan ; ils étaient empilés au hasard dans une sorte de caverne où un fellah en quête d’antiquités pénétra le premier. Il y a, en effet, à quelque distance au sud des hypogées de Beni-Hassan, au lieu que les géographes grecs appelaient Speos Artemidos, une chapelle creusée dans le roc et consacrée par les rois de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie aune déesse locale à corps de femme et tête de chatte ou de lionne, qui s’appelait Pakhit. C’est en cet endroit que se trouvait le dépôt récemment exploité, et les chats qui y reposaient ont du vivre dans le voisinage sous la protection de leur cousine la déesse. Des cimetières du même genre existaient partout où l’on adorait une divinité à type félin, lion, tigre ou chat. Le plus célèbre était à Bubastis, dans le Delta, où les chercheurs d’antiquités l’ont déblayé il y a une quinzaine d’années environ. Les momies de chats y étaient enfouies dans des fosses profondes, les unes, simplement enveloppées de bandelettes, les autres, renfermées dans de petits cercueils reproduisant l’image de la bête. Tels de ces cercueils sont tout entiers en bois revêtu de stuc blanc, doré, peint de couleurs vives ; tels sont en bronze, tels autres ont le corps en bois et la tête en bronze, avec des boucles d’or passées aux oreilles et des incrustations d’or sur le front et dans les yeux. Des statuettes de chats de différentes tailles, des images de la déesse Bastit à tête de chatte, ou
- 18* innée. — 1er semestre.
- du dieu Nofirtoumou, sont mêlés aux momies. C’est de là que venaient ces milliers de chats en bronze, grands et petits, dont tous les antiquaires de l’Europe et du Caire ont été pourvus si abondamment de 1876 à 1888. La maîtresse chatte que l’on voit ci-dessous et qui habite aujourd’hui une des vitrines de la Salle divine, au Musée du Louvre, est un type accompli de l’espèce, longue, mince de dos, large par derrière, tête fine et bien coiffée, des anneaux aux oreilles, un collier au cou et un petit scarabée plaqué sur le crâne; l’artiste qui l’a modelée a su rendre avec vérité l’allure souple et la physionomie délibérée de son modèle.
- Les chats qui sont représentés sur les monuments ou dont on recueille les momies en Égypte n’étaient pas de la même race que notre chat domestique. Les savants qui les ont étudiés, et Virchow récemment encore, sont unanimes à y reconnaître le chat à manchettes Felis rna-niculata et le Felis chans. Les Égyptiens en apprivoisaient des individus, mais n’avaient pas réussi à en domestiquer l’espèce. On les voit quelquefois sur les bas-reliefs qui sont assis gravement auprès de leurs maîtres. On affirme même assez communément qu’on les employait à chasser surtout les oiseaux dans les marais, et l’on cite à l’appui, depuis Wilkinson, un assez grand nombre de peintures murales où des chats s’en vont par les roseaux, dénichant des oisillons. J’avoue que cette interprétation ne me paraît pas correcte. Où les autres prétendent reconnaître des chats dressés à la chasse et agissant pour le compte de l’homme, je ne vois que des chats, apprivoisés ou non, partis en maraude et battant le buisson pour leur propre compte ; c’est ainsi que nos chats domestiques guettent le moineau dans nos jardins et détruisent les nids dans nos parcs sans profit pour le maître. Les artistes égyptiens, très fins observateurs de ce qui se passait autour d’eux, ont reproduit les expéditions de leurs chats, comme ils ont noté tant d’autres détails pittoresques de la vie naturelle.
- Si l’on examinait les 180 000 chats, — sans plus ni moins, — on y rencontrerait probablement une
- 18
- Antiquités égyptiennes. — Petite chatte de bronze de la Salle divine au musée du Louvre, à Paris.
- p.273 - vue 277/432
-
-
-
- 274
- LA NATURE.
- assez forte proportion d’iehneumons. L’ichneumon et le chat étaient toujours associés en Egypte : où il y a des momies de chats, on peut affirmer à coup sur que les momies d’iehneumons ne sont pas loin. Chats ou ichneumons, j’espère qu’on n’emploiera pas le convoi tout entier à engraisser la terre, mais qu’on y choisira quelques beaux spécimens pour les musées d’antiquités et d’histoire naturelle : à en épargner quelques centaines, l’agriculture n’y perdra pas grand’chose, et la science y gagnera certainement. Voici longtemps qu’on discute sur l’origine de notre matou ; les uns le tirent d’Egypte, les autres, d’Europe même. Ce serait vraiment dommage si l’on ne profitait pas de tant de chats égyptiens pour essayer de donner à la question en litige une solution définitive. G. Maspero,
- de l'Institut.
- U PRODUCTION DES METMJX PRECIEUX
- HAAS LE Vf OA DE ENTIER
- Il semble au premier abord que les métaux auxquels on réserve le nom de précieux, c’est-à-dire l’or et l’argent, ne doivent pas disparaître, en vertu même de leur valeur, et que ce sont toujours les mômes quantités qui, rejetées dans la circulation sous des formes diverses, suffi-
- Cübes figuratifs de la production annuelle de l’or et de l’argent • - ; dans le monde.
- sent à tous les besoins, aux besoins des industries deluxe comme aux besoins du monnayage. Mais il n’en est absolument rien. Et tout d’abord l’or, l’argent s’usent comme toutes choses; c’est ce que l’on appelle le frai que cette usure, en ce qui concerne spécialement les monnaies ; il eniest de même pour tous les objets de luxe faits en métal précieux. Puis il est des causes multiples de disparition pour ces métaux; les thésauriseurs sont bien plus fréquents que l’on ne pense, chez eux souvent l’or ou l’argent s’engloutissent pour ne plus reparaître, si bien cachés souvent que le propriétaire même ne peut plus les retrouver ; dans l’Inde spécialement il se fait une absorption considérable d’argent, qui y est importé sans que jamais la réexportation s’en fasse. Enfin il disparaît de l’or et de l’argent dans les incendies, dans les naufrages, etc. Aussi la production des métaux précieux dans le monde entier représente-t-elle un poids considérable et une valeur énorme.
- Pour prendre les chiffres de la dernière année pour laquelle nous possédions les renseignements statistiques, l’année 1888 a produit un total de 159 490 kilogrammes d’or, ou en chiffres ronds, 160 000 kilogrammes. Si nous remontons jusqu’en 1885, nous verrons que c’est là le
- chiffre autour duquel oscille cette production de 165 000 à 160 000 kilogrammes. Dans ce total, la plus grosse part revient aux États-Unis de l’Amérique du Nord, ces grands producteurs d’or. A eux seuls ils fournissent annuellement 50 tonnes d’or, exactement en 1888 : 49917 kilogrammes, c’est-à-dire le tiers de la production du mon-le entier. L’Australie se présente avec une production presque équivalente : 41119 kilogrammes, ou en chiffres ronds, 42 tonnes. On sait d’ailleurs quelle fièvre de l’or s’est manifestée dans ces deux pays lorsque les gisements d’or y furent découverts; à eux deux ils fournissent environ les deux tiers de ce que produit le monde. Pour la Russie, le chiffre est encore fort respectable, un peu plus de 52 tonnes. En quatrième ligne, nous trouvons la Chine, avec 15 542 kilogrammes. Quant aux autres pays, nous allons les énumérer rapidement, puisque chacun d’eux ne représente qu’un facteur très faible dans le total. Nous trouvons cependant l’Afrique, où le commerce de l’or a une certaine importance, sous forme surtout de poudre, avec le chiffre de 6771 kilogrammes ou un peu plus de 6 tonnes et demie. Le Chili fournit 2595 kilogrammes, la Colombie 2257, le Canada 2061. L’Allemagne et l’Autriche-Hongrie se présentent à peu près avec les mêmes chiffres, 1877 kilogrammes pour celle-ci, 1810 pour celle-là; l'Allemagne n’atteint pas ordinairement pareil total. Le Mexique et le Vénézuela, voisins au point de vue géographique, se suivent de près dans le tableau que nous dressons, l’un avec 1465 kilogrammes, l’autre avec 1424. Enfin ceux qu’il nous reste à citer n’ont plus qu’une production insignifiante, 564 kilogrammes pour le Japon, 226 pour toute l’Amérique centrale, 551 pour le Brésil, 100 kilogrammes environ pour la Bolivie, 220 pour’ l’Angleterre, qui ne figure pour rien en 1885 et 1886, 160 pour l’Italie, 47 dans la République Argentine, où les gisements sont probablement encore peu connus, 76 en Suède, enfin 10 en Turquie.
- Jetons maintenant un coup d’œil sur la production de l’autre métal précieux, l’argent ; nous n’avons pas besoin de faire remarquer tout de sivte que la production en est beaucoup moins restreinte que celle de l’or, puisque c’est par cela même que sa valeur est bien moindre. Pour l’argent comme pour l’or, ce sont encore les États-Unis qui tiennent la tête; sur le total général de 5 427 265 kilogrammes ou 5427 tonnes, que produit le monde entier, les États-Unis fournissent presque la moitié, 1424 tonnes. Pour ce métal l’Australie est de bien loin distancée, puisqu’elle n’entre que pour un chiffre relativement infime de 120 508 kilogrammes dans la production totale. Mais cette fois c’est le Mexique qui vient en seconde ligne, le Mexique où les exploitations argentifères sont bien antérieures même à la découverte de l’Amérique, et où les Espagnols, lors de la conquête, ont recueilli des millions pour les envoyer dans la métropole; il a produit, en 1888, 995 500 kilogrammes de métal. La Bolivie et le Chili sont aussi assez abondamment représentés parmi les pays producteurs, 264 tonnes pour la Bolivie, 205 pour le Chili. L’Australie, dont nous parlions tout à l’heure, ne fournit que 120 tonnes. Le Pérou produit 75 tonnes. Tous les chiffres que nous avons cités et, quelques-uns de ceux que nous citerons encore, prouvent quelle part importante l’Amérique prend dans la production de l’argent. L’Autriehe-Ilongrie, l’Espagne, la France, viennent à peu près au même rang, avec une production oscillant entre 50 et 54 tonnes. L’Italie n’en fournit que 54 environ; la part de la Colombie est de 28 tonnes, celle du Japon de 52 ; pour l’Allemagne, elle produit 25 tonnes
- p.274 - vue 278/432
-
-
-
- LA NATURE.
- environ, la lîussie 14. fl nous reste encore à citer le Canada et la République Argentine, qui produisent à peu près la même quantité, 10 tonnes; puis l’Amérique centrale, 8 tonnes et demie, la Norvège, 7 tonnes, la Suède 4 tonnes et demie, enfin l’Angleterre 6 tonnes et demie, et la Turquie 1 tonne et demie. Nous pouvons remarquer que 1 Afrique n en produit que fort peu, une demi-tonne en 1887, rien en 1888, un peu plus d’une tonne en 1885, production tout irrégulière.
- Avant de finir, et pour donner une idée plus nette de ce que représente cette production, nous dirons que la valeur de la production d’or annuelle du monde est de 106 millions de dollars, ce qui donne approximativement en francs 550 millions; pour l’argent, le total de la production vaut 142 millions de dollars ou à peu près 740 millions de francs. En poids, l’argent représente plus de 20 fois le poids de l’or; en valeur il ne la dépasse que d’un tiers environ.
- Là production des métaux précieux peut être figurée par le graphique ci-contre (p. 27 4) : le total de l’or produit annuellement, est représenté par un cube de 2 mètres d’arête, un peu plus haut qu’un homme de taille moyenne; quant à la production de l’argent, accumulée, elle formerait un cube d’environ 7 mètres d’arête. Daniel Bellet.
- LES TRAVAUX DE CANALISATION
- DE LA SEINE ENTRE PARIS ET LA MER1
- Nous avons signalé précédemment l’importance des travaux de canalisation récemment exécutés sur la Seine entre Paris et la mer, conformément à la loi, du 6 avril 1878; nous complétons ces renseignements en donnant la description des principaux types de barrages ; nous nous attacherons dans cette notice au type à fermettes pivotantes représenté, pour les barrages mobiles, par celui de Suresnes.
- Le barrage de Suresnes dont l’emplacement est représenté sur le plan ci-contre (fîg. 1), occupe les trois, passes, de la Seine en tête des îles de Puteaux et de la Folie. Il remplace le précédent barrage mobile à fermettes et à aiguilles construit en 1806 et qui ne donnait qu’un tirant d’eau de 2m,20 dans la traversée de Paris. Ce nouveau barrage a permis au contraire de relever le bief de 0ra,97 de hauteur, portant ainsi le tirant d’eau 'a 3m,20, jusqu en amont de Paris, ainsi que le prévoyait la loi du 21 juillet 1880. Les deux passes de droite ont chacune 62m,58 de large, et celle de gauche, dite passe navigable, a 72m,58. La hauteur totale du barrage jusqu’au fond de la rivière est de 6 mètres environ ,et la chute normale est de 5ra,27.
- Dans chacune des passes, le barrage est formé d’une série de vannes transversales appuyées contre des fermettes longitudinales. Comme, d’autre part, il doit pouvoir s’enlever assez facilement pour laisser place à la navigation en temps de crue, les fermettes sont disposées de manière à pouvoir s’effacer, elles sont articulées autour d’axes horizontaux ménagés dans le radier installé au fond de la rivière, et elles peuvent s’abattre complètement
- 1 Suite. Voy. a» 869, du 25 janvier 1890, p. 115.
- 275
- sur ce radier à la façon‘des lamés’ d'un évéritniL'Il y a là un dispositif fort ingénieux réalisé déjà par Poirée comrtie nôtiS' l'avons dit 'précédemment, mais dont l’application préséiitait t!un ! ‘intérêt ‘ particulier à Suresnes en raison de’ la grande ' hauteur de retenue. Ces fermettes sont au nombre de 58 dans la passe navigable, de 50 seulement dans, les deux autres passes. Leur hauteur est ra-! menée à. 4m,14, dans la s passe'* intermédiaire, (fet h') 5m,49 dans la passe ëxtfêmei’Lès fermettes sont't réunies entre elles à la,.partie stipérieuïe. ’âu .moyen1* de trois cours de rails pour le transport des appareils de manœuvre, et de'1 madriers'constituant urté ) passerelle continue. • ....u !
- Les fermettes sont formées d’une charpente en .
- y - • *o,
- Ancienne Ecluse . i
- fetite Ecluse
- Grande Ecluse Lopgu'eat- utilt’iySjô ->TW"
- ROUTE. NATj-E
- Fig. 1. — Plan (général de la retenue de Suresnes.
- métal analogue à celledes ,rpPUts, ^représentée^ figure 2. On y retrouve les ideux, femelles seryant de montant d’amont et d’aval,,; assemblées par ^un.,. treillis. Ces semelles sont constituées elles-mêmes., par des fers à U assemblés par des joues latérales , de manière à former un caisson susceptible de ( résister à la fois dans le sens longitudinal et dans le sens transversal, lorsqu’on abat ou relève, les t fermettes. L’axe d’articulation à ( la partie infé-A rieure est constitué également par des fers à U , embrassant des tourillons en fer ,forgé supportés dans des coussinets fixés sur le radier. L’écartement d’axe en axe est de lm,25. j
- L’abattage et le relèvement de ces lourdes masses * sont assurés au moyen d’un dispositif des, plus ingéT nieux dû à M. Mégy. Les fermettes sonUreliéestà,la , partie supérieure par une chaîne sans fin dont les
- p.275 - vue 279/432
-
-
-
- 276
- LA NATURE.
- maillons sont retenus dans les mordaches dont elles sont munies. Cette chaîne est commandée au moyen 'd’un treuil fixe placé sur la culée de la passe, la longueur de chaîne comprise entre deux axes Ssuccessifs est un peu supérieure à la distance qui les sépare. Il suffit ainsi, lorsqu’une des fermettes est verticale, dé tirer une petite longueur de chaîne pour amener parallèlement la fermette suivante dans ïâ position verticale, les fermettes s’élèvent d’ailleurs ou s’abaissent simultanément par séries t de six (fig. 2).
- ; Cette disposition facilite beaucoup la manceu-)vre des fermettes, et on ; peut dire en quelque : sorte que l’ouverture î-tm la fermeture de la ’ passe se réduit ainsi à 1P enlèvement ou à la ; mise en place des rails 1 et madriers des passerelles. L’ouverture de la , passe navigable ne de-j mande que trois heures, et la fermeture cinq heures, i Les vannes, reliant les fermettes pour assurer > l’obturation du barrage, sont . formées de panneaux en bois de i lm,22 sur lm,10, et leur épaisseur, déterminée d’après la pression de l’eau à supporter, va r en décroissant de 0m,09 à 0m,04.
- [ Cette diminution est de 1 centi-mètre d’une vanne à la suivante en remontant.
- Ces vannes, qui sont repré-‘ sentéés sur la figure, sont muâmes à la partie supérieure d’une poignée c[ui permet de les ma-rnœuvrer au moyen d’un treuil et d’une crémaillère armée d’un crochet et guidée par la fer--ftietïe elle-même.
- 1 Elles sont toujours enlevées ' par séries horizontales déterminées ? d’après le niveau de ' l’eau pôur obtenir toujours un déversement régulier malgré les variations du débit.
- '' " Le barrage installé il y a quelques années à ~ Marly est représenté sur la figure 3; il est muni, comme celui de Suresnes, de fermettes en fer; seulement celles-ci sont fixes, car le bras de Seine
- qu’il occupe n’est pas navigable en ce point, et les fermettes n’ont donc jamais besoin d’être abattues. Le barrage est protégé d’ailleurs contre les glaces par l’estacade qui défend les roues de la machine de Marly. Toutefois, comme à Suresnes, les vannes proprement dites sont mobiles et permettent ainsi de régler la hauteur de retenue d’après le débit.
- Le barrage présente une longueur de 56ra,05, et supporte une hauteur de chute de 3 mètres ; il comprend 28 fermes de 3m,80de haut, espacées de lm,25 d’axe en axe reposant sur un radier de 12 mètres de longueur et 5m,75 d’épaisseur.
- Ce radier est compris au fond de la rivière entre une file de pieux et de palplanches, il repose sur un terrain consolidé par des pieux ; il comprend à la base une couche de béton de 2 mètres coulée dans l’eau et noyant les têtes des pieux, celle-ci supporte elle-même un massil de maçonnerie brute avec un revêtement de grosses pierres de taille dans lesquelles les fermes fixes sont solidement amarrées comme l’indique le dessin.
- L’arrière-radier qui sert à le maintenir est formé de gros blocs de maçonnerie du poids de 5000 kilogrammes appuyés par des enrochements naturels.
- Le tracé des fermes a été étudié de manière à soulager autant que possible les attaches en diminuant le moment de renversement, et le montant d’amont présente à cet effet une inclinaison de 22°,50' sur la verticale. Les pressions sont transmises par les trois contre-fiches inclinées qui pèsent sur le radier. Pour parer en même temps à la traction verticale exercée sur le montant d’amont, celui-ci est accroché sur une grosse pierre ménagée à cet effet sur le radier. — A suivre. —
- Fig. 2. — Barrage de Surcsues. Fermettes garnies de leurs vannes.
- Fig. 3. — Barrage de Marly. — Fermette fixe.
- p.276 - vue 280/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 277,.
- LES PILES LÉGÈRES
- Nous avons, à diverses reprises1, parlé des piles légères employées par M. le commandant Renard pour la propulsion du ballon dirigeable la France. Nous pouvons compléter aujourd'hui nos renseignements par des chiffres exacts sur les conditions d’établissement, de construction et de fonctionnement de ces appareils, en résumant un important Mémoire récemment publié par M. Renard dans la Bibliothèque de la Revue de l'aéronautique.
- Les piles de M. le commandant Renard appartiennent à la famille des piles à un liquide h dépo-
- larisant chromique, dans lesquelles on fait usage d’a-, eide chromique libre et d’acide chlorhydrique plus; ou moins dilué ou additionné d’acide sulfurique.,
- Chaque élément est constitué par un tube cylindrique en ébonite, une électrode en argent platiné de 0mm,l d’épaisseur, roulée en forme de tube et d’un crayon de zinc non amalgamé dont le diamètre est environ le sixième de celui du vase. ?
- La substitution complète de l’acide chlorhydrique, à l’acide sulfurique a permis de quintupler la puis-;, sance spécifique de l’élément. En ne substituant que; partiellement l’acide chlorhydrique à l’acide sulîu~} rique, oiï obtient des liquides atténués donnant, la même quantité d’énergie électrique totale, mais a>cc.
- Fig. 1. •— Pile pour l’éclairage. — A. Vase élémentaire. — B. Charbon. — C. Zinc. — D. Attache du zinc. — V. Vis de serrage. — b. Robinet. — II. Niveau du liquide dans le grand va.se. — II'. Niveau du liquide dans les éléments.
- un débit spécifique d’autant plus petit que l’atténuation est plus élevée.
- Préparation des liquides. —Le liquide peut être préparé avec de l’acide chromique pur ou cristallisé, ou de l’acide chromique impur du commerce. Le liquide non atténué étant instable et dégageant du chlore, même h la température ordinaire, il est prudent de ne pas opérer le mélange plus de deux jours avant de s’en servir. Les mélanges atténués à 80 pour 100 sont plus stables et peuvent être préparés deux ou trois mois avant d'en faire usage.
- Tous les liquides sont préparés en mélangeant en proportions variables trois liquides élémentaires. Liquide A. C’est une solution d’acide chromique
- Fig. 2. — Modèle de pile légère au liquide chlorochrouiiqüe. — ' A. Ensemble de 12 éléments. (Poids; 10 kilogrammes. Puis-, sauce • 220 watts.) — B. Monture de la pile —, C. Lame d’argent platiné roulée en tube. — D. Zinc.
- renfermant par litre : 530 centimètres cubes d’açidd chromique, 770 centimètres cube^ d’eau tlbucéf Liquide BC1. Solution d’acide chlorhydrique dii commerce ramenée à indiquer 18 degrés Bauttiéi Liquide BS. Solution aqueuse d’acide sulfuriqUë du commerce marquant 29 degrés Baumé. (Densité : 1,2515.) On l’obtient en mélangeant 450 grammds d’acide sulfurique a 66 degrés Baumé et 800 centimètres cubes d’eau. - ! '
- Le mélange des deux derniers liquides forme’-xtii liquide intermédiaire dit sulfochlorhydriquel d'autant plus riche en liquide BC1 que l’on veut obtenir une plus grande puissance spécifique. La lettré'!B suivie d’un indice désigne un mélange des deux dér-i niers liquides renfermant un pour-cent en volume dé solution sulfurique indiqué par l’indice/Ainsi, par
- 1 Yoy. n° 785, du IC juin 1888, p. 38.
- p.277 - vue 281/432
-
-
-
- 278
- LA NATURE.
- exemple, le liquide Bg3 renferme 80 volumes de liquide BS et 20 volumes de liquide BC1. Le chiffre 80 porte le nom de degré d'atténuation. Le liquide employé dans la pile est constitué par volumes égaux du liquidé A et du mélange des deux autres.
- Quel que soit le degré d’atténuation, l’énergie électrique obtenue par litre de liquide est sensiblement la meme : elle oscille entre 50 et 60 watts-heure par litre. Suivant le degré d’atténuation, la durée de la décharge se trouve plus ou moins prolongée. Cette atténuation peut être obtenue avec d’autres produits, le sulfate de soude par exemple, mais on'réduit ainsi l’énergie spécifique. £n arrêtant lai décharge au moment où l’intensité du courant tombe à la moitié du maximum, on trouve que l’on obtient de 180 000 à 196 000 joules par litre de liquide, et de 144 000 à 158 000 joules par kilogramme. En cherchant à augmenter l’énergie électrique totale^ M. le commandant Renard a constitué ,un liquide donnant jusqu’à 253 000 joules par litre, ou 70 xvatts-heure, ce qui réduirait le volume de liquide nécessaire à 14,3 litres par kilowatt-heure.
- * MO m $ » $ /*> 1 I 8 7 fr * * * i r* ï 70 00 30 ¥ * tit —-
- —^
- y * * J
- j î i M
- **-
- 1
- ’—- — JJMti si
- 10 ;'l -,.. i
- -I lï
- b*' « 60 75 30 105 120 135H0K5
- ï'-ïv * Minutes
- •Fig-; &._4- Diagramme de décharge de la pile ehlorochromique.
- Maîs’-ee liquide renfermant 100 grammes de CrO3 et 200 centimètres cubes par litre, a l’inconvénient d’être 1res cher, un peu visqueux et d’empàter les zincs. Le meilleur liquide pratiquement est celui qui renferme 200 centimètres cubes de HCl et 60 centimètres cubes de CrO3.
- Construction de la pile. — La pile se présente généralement sous la forme d’un long cylindre dont lanlpragueurj est, environ dix fois le diamètre. Celte forpae a l’avantage de faciliter le refroidissement du liquide,-, de diminuer la résistance intérieure et de rendre ile ,renversement du liquide plus difficile.
- nPourdes piles légères» les réservoirs sont en ébo-nReq pour les,tpiles stationnaires, ils sont en verre ou,.en. porcelaine, .t-i-c-n;
- tDans la pile pneumatique destinée à l’éclairage (fig. 1), les vases élémentaires A,sont scellés au cou-vprcled’un grand vase étanche II, et la partie inférieure se termine par nn, orifice-de faible diamètre O. En insufflant; de l’air dans le grand vase ou collecteur à lÿddei .d’une poire-en caoutchouc p ou d’une pompe, on. fait, monter le liquide,dans tous les éléments à la fois. Un .robinetpermet de régler l’immersion des éléments» etf par,syite, la.résistance intérieure et l’in-
- tensité du courant. Cette disposition ne convient qu’aux liquides atténués; avec le liquide normal, le refroidissement ne se produirait pas assez vite. Le vase L et la poire d servent au remplissage et au vidage de la pile. L’électrode positive des piles légères (fig. 2) est constituée par une lame d’argent platiné de 0mm,l d’épaisseur. Le poids du platine réparti sur les deux faces est environ le dixième de celui de l’argent, et son épaisseur est d’environ 1/400 de millimètre. L’emploi de l’argent platiné réduit le poids, le volume et la résistance intérieure des éléments dans une grande proportion. A cause du prix élevé de ces électrodes, on leur substitue du charbon dans les piles qui emploient des liquides atténués et pour lesquelles la légèreté ne joue pas un rôle essentiel. Pour faciliter la libre circulation du liquide, et épuiser toute la provision renfermée dans le vase cylindrique, le tube est fendu latéralement sur toute sa hauteur sur une largeur de quelques millimètres.
- L’électrode négative est constituée par un crayon de zinc ou fil de zinc étiré, non amalgamé, dont le diamètre est environ les 0,16 de celui du vase : ce diamètre est calculé pour que le zinc ne serve qu’une seule fois : il est guidé et maintenu au centre du tube en argent platiné par plusieurs rondelles d’ébo-nite. L’expérience a démontré que dans les liquides chlorochromiques, l’attaque du zinc ordinaire est moins grande .que celle du zinc amalgamé des que la teneur en acide chromique dépasse 180 grammes par décimètre cube de solution A.
- L’amalgamation est coûteuse, rend le zinc cassant et sa suppression permet d’employer le plomb dans lés piles pneumatiques, ce que l’on ne pourrait faire avec du zinc amalgamé, car les gouttes de mercure coulant accidentellement sur le plomb ne tarderaient pas à percer l’enveloppe.
- La décharge d’une pile chlorochromique est loin de présenter les caractères de celle d’une pile parfaite. Les variations de température du liquide, son altération et la diminution de diamètre du zinc pendant la décharge agissent pour modifier à chaque instant les constantes de l’élément. D’autre part, le liquide de la pile exerce une action chimique locale importante et tout à fait indépendante de l’action électrique, dans des proportions telles qu’il faut toujours retirer les zincs du liquide, lorsque la pile n’est pas en service.
- Si l’on veut épuiser la pile en un temps très court, l’action locale qui est proportionnelle au temps aura une très faible influence, mais le rendement électrique sera faible, la différence de potentiel aux bornes étant peu élevée lorsque la pile travaille à grand débit sur un circuit presque sans résistance. Si, au contraire, le débit est faible, le rendement électrique sera excellent, mais l’action locale deviendra alors prépondérante, et diminuera le rendement total. On conçoit qu’entre ces deux extrêmes, il y ait un certain débit qui corresponde au rendement maximum. L’expérience a démontré
- p.278 - vue 282/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 279
- que ce rendement est maximum lorsque la différence de potentiel utile est de 1,20 à 1,25 volt par élément, quels que soient la température et le degré d'atténuation des liquides. Ce potentiel normal correspond à un courant normal qui caractérise l'élément. Ce courant normal est lui-même fonction de la température. Ainsi, pour une variation de 20° C., l’intensité passe de 1 à 1,6 pour le liquide non atténué, et de 1 à 1,4 pour le liquide atténué à 80 pour 100. Aussi convient-il de modifier le degré d’atténuation d’un liquide avec la température de la saison : un liquide atténué à 80 pour 100, excellent pendant l'été, doit être remplacé par un liquide à 50 pour 100 seulement pour l’hiver, lorsque la pile est destinée à l’éclairage électrique.
- Le diagramme (fig. 5) représente la décharge à une batterie de 24 éléments en tension renfermant en tout 6ut,3 de liquide atténué à 80 pour 100 et déchargée sur trois lampes Swan de 27 volts de 1,25 à 1,30 ampère montées en dérivation. Les courbes montrent que la puissance, après une syncope très marquée, croît d’abord régulièrement pendant une heure et demie, pour décroître ensuite lentement : au bout de deux heures vingt minutes, la puissance électrique disponible est insuffisante pour alimenter les trois lampes. Elle tombe ensuite très rapidement.
- En prenant pour base la durée de deux heures vingt minutes, l’énergie électrique totale produite représente 347 watts-heure, soit 55 watts-heure par litre. On peut compter en pratique sur 50 watts-heure par litre, soit 20 litres par kilowatt-heure.
- En construisant avec soin les diverses parties de la pile, on peut arriver à produire des appareils qui ne pèsent que 30 kilogrammes par cheval-heure électrique, soit 40 kilogrammes par kilowatt-heure, zincs compris. En forçant la proportion d’acide chromique, on a même pu recueillir un cheval-heure pour 25 kilogrammes, soit un kilowatt-heure pour 34 kilogrammes. Avec ce liquide riche, un groupe de 12 éléments montés par 2 en tension et par 6 en dérivation pesait, avec le bâti, 10 kilogrammes. Chacun de ces groupes renfermait 110 000 kilogrammètres, et pouvait débiter 22 ki-logrammètres par seconde (220 watts) au bout de trente minutes de marche, soit 22 watts par kilogramme. Il fallait, en tenant compte du rendement du moteur, quatre groupes semblables pesant ensemble 40 kilogrammes, pour produire une puissance effective de un cheval (736 watts) disponible sur l’arbre. En réduisant les dimensions des éléments, M. Renard est parvenu à construire une batterie de 36 éléments de 20 millimètres de diamètre, pesant 5 kilogrammes et donnant jusqu’à 0,5 cheval pendant vingt à vingt-cinq minutes, soit 10 kilogrammes par cheval électrique et 25 à 30 kilogrammes par cheval-heure.
- Ces chiffres établissent que les piles chloro-chromiques sont les générateurs d’énergie électrique les plus légers actuellement connus. Malgré le prix élevé des produits que ces piles em-
- ploient, elles peuvent trouver leur application dans tous les cas où la légèreté constitue l’élément indispensable : locomotion en général et locomotion aérienne en particulier; véhicules roulants et petites embarcations qui doivent fournir un petit parcours à grande vitesse ; essais de laboratoire, etc.
- M. le commandant Renard termine son étude en déclarant que l’électricité, même sous cette forme, ne peut conduire à la solution du problème de la navigation aérienne, car, pour obtenir pendant une heure une vitesse de 10 mètres par seconde avec un ballon tel que la France, il faudrait emporter 1000 kilogrammes de piles, et cette durée de une heure de marche serait encore fort insuffisante au point de-vue pratique. En cherchant ailleurs la solution définitive du problème, il ne faut pas perdre de vue que la pile aura rendu un grand service à la navigation aérienne en permettant d’exécuter pour la première fois dans l’air des mesures précises sur la résistance des carènes aériennes, et en démontrant victorieusement au public éclairé que la recherche du problème de la direction des ballons n’est pas une utopie. E. Hospitalier.
- POUR CHEVAUX DE TRAIT ET DE VOITURE
- Chacun sait l’importance considérable du collier au point de vue de la facilité et de la puissance de traction du cheval : c’est lui, en effet, qui supporte toute la partie de cette traction par la résistance qu’il trouve dans le garrot de l’animal.
- Il doit donc, tout en présentant des conditions de solidité tout à fait sérieuses, ne gêner en rien les mouvements et la marche du cheval.
- Jusqu’à ce jour on avait adopté généralement le collier en cuir rembourré dont les inconvénients sont bien connus de tous ceux qui emploient des chevaux. Dans le collier en cuir, le rembourrage se déplace assez vite, fait des bourrelets, des bosses, et la surface de contact avec les épaules se déforme ; le cuir durcit, se racornit, produit des écbauffements de l’épaule et occasionne des plaies qui interrompent le travail de l’animal. Le collier doit alors être fréquemment retaillé, modifié, réparé, rapiécé; il cause avec de nouvelles blessures des dépenses fréquentes. Le collier en cuir est fait pour un seul cheval, sur mesure et ne peut servir qu’à lui seul ; il est lourd et par sa composition même devient, en cas d’épidémie, un réceptable des germes morbides.
- Le nouveau collier élastique en tôle d’acier représenté par les dessins ci-après (fig. 1 et 2) se compose de deux fiasques semblables en forme d’U, réunies à la partie supérieure par une arcade et à la partie inférieure par une fourrure portant l’appareil de fermeture : les deux flasques latérales portent les crochets de traction et les guides des rênes.
- La conformation de la partie des flasques en contact avec les épaules a été déterminée à la suite
- p.279 - vue 283/432
-
-
-
- 280
- LA NATURE.
- d’une étude approfondie de l’anatomie du cheval. Les surfaces de contact sont zinguées; leur poli onctueux, leurs formes arrondies, leur inalté-
- rabilité rendent toute blessure impossible. La nature du métal, acier de toute première qualité, et la forme même des flasques latérales assurent
- Fig. 1. — Nouvel harnachement métallique des chevaux d’omnilms à Paris. (D’après une pholographie.)
- à ces colliers une grande résistance et en même temps une certaine élasticité qui a pour effet d’amortir les chocs résultant de tout effort soudain et violent. Enfin le même modèle de collier peut s’ajuster à plusieurs chevaux ayant à peu près la même encolure; c’est un avantage considérable.
- La fabrication est faite mécaniquement, suivant les procédés de M. E. Lhom-me, l’ingénieur mé t allurgiste distingué, par une série graduée d’étampages et de recuits ; toutes les pièces sont rigoureusement contrôlées au moyen de gabarits et sont toutes interchangeables.
- La facilité d’ouverture et de fermeture du collier
- en tôle d'acier, sa légèreté, sa grande surface d’empreinte des épaules, sa solidité, son bon marché et
- avant tout son élasticité et la certitude de ne jamais blesser le cheval, sont autant d’avantages qui l’ont fait adopter par la Compagnie'générale des omnibus de Paris dont on connaît la compétence et qui possède les plus sûrs moyens d’étude et decontrôle.
- Cette invention méritait donc d’être signalée autant par ses avantages économiques que pour les facilités qu’elle donne au cheval à une époque où le bien-être des animaux est l’objet de tant de sollicitude. L. Knab,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- Fig. 2. — Modèles du collier métallique : appareil ouvert et fermé.
- p.280 - vue 284/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- m
- LA PHOTOGRAPHIE ASTRONOMIQUE
- A i/OBSERVATOIRE DU MOX T 11A MILTON
- L’Observatoire fondé en 1874 par le ricbe Américain J. Lick, et installé au sommet du mont II a-milton, en Californie1, offre par la pureté du ciel de la localité où il a été construit, un lieu d’étude des plus favorisés. On y a récemment obtenu de très
- belles photographies de la Lune au moyen de l’équatorial dont cet établissement est pourvu et qui est maintenant le plus grand et le plus puissant instrument de son espèce dans le monde entier.
- Terminé en 1888, ce télescope est placé à 1280 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans un site superbe et sous un ciel d’une grande pureté. L’objectif astronomique, construit par Alvan Clark, a une ouverture de 0m,90 et une longueur focale de
- Fac-similé d’une photographie de la Lune obtenue à l’Observatoire du mont llainiltou eu Californie. (Epreuve directe sans agrandissement.)
- 16 mètres. Pour le transformer en objectif photographique, on place au devant, comme correcteur, une troisième lentille de 0m,80 d’ouverture qui raccourcit le foyer de 2 mètres environ. Dans ces conditions, l’image photographique du Soleil est de 139 millimètres.
- Nous présentons aujourd’hui à nos lecteurs, grâce à l’obligeance de M. Loewy, sous-directeur de l’Observatoire de Paris, une reproduction d’un cliché de la Lune obtenu au moyen de ce grand appareil pho-
- 1 Voy. n° 812, du 22 décembre 1888, p. 50.
- tographique. Les reliefs de la topographie de notre satellite sont venus avec beaucoup de netteté, et notre graveur a reproduit avec une fidélité parfaite tous les détails de la photographie.
- Des agrandissements positifs sur verre des meilleurs clichés déjà obtenus ont été faits pour permettre d’étudier de la façon la plus détaillée, et à loisir, notre intéressant satellite. M. Holden, le directeur de l’Observatoire Lick, a pu voir, dans ces conditions, des détails qui permettent d’affirmer l’excellence de la définition obtenue. Nul doute qu’un sélénographe compétent ne puisse tirer des
- p.281 - vue 285/432
-
-
-
- 282
- LA NATURE.
- résultats très importants dé l’étude attentive et suivie d’une série de photographies prises à diverses phases de la lunaison.
- Dans la section américaine, à l’Exposition de 1889, figuraient déjà quelques spécimens, agrandis sur papier au gélatino-bromure, des clichés lunaires de l’Observatoire Lick, en même temps que des vues détaillées de l’instrument. Ces grandes et belles épreuves ont été, à la clôture de l’Exposition, offertes par M. Holden, à l’Observatoire de Paris où M. l’amiral Mouchez les a fait placer dans une des salles du Musée astronomique pour les mettre sous les yeux des nombreux visiteurs de notre grand établissement scientifique.
- Nous ferons d’ailleurs prochainement connaître des résultats originaux obtenus à l’Observatoiie de Paris et qui laissent derrière eux tout ce qui a été obtenu jusqu’ici. Gaston Tissandier.
- L’HUILE DE COLZA
- On a beaucoup parlé des huiles dans ces derniers temps, et tout particulièrement des huiles de colza. Il a fallu une catastrophe financière bruyante pour attirer l'attention sur un produit dont bien des personnes étaient loin de soupçonner l’importance dans notre pays, importance prépondérante au triple point de vue agricole, industriel et financier.
- L’huile dont il s’agit est fournie par la graine du colza d’hiver (Brassica campestris oleifera). Cette crucifère, qui n’est à vrai dire qu’un chou, est annuelle et herbacée, elle atteint de 1 mètre à 1Œ,50 environ. L’aire géographique de cette plante est très vaste : on la cultive aux Indes, dans les provinces danubiennes, sur les bords de la Baltique, en Belgique, en Hollande et dans le nord de la France. Les départements du Nord et du Pas-de-Calais renferment de vastes espaces couverts d’une plante aux feuilles étroites et découpées, aux fleurs d’un beau jaune, donnant, vers fin juin, des siliques étroites de 5 centimètres environ de longueur et renfermant une quinzaine de graines fines, arrondies et noirâtres. C’est là le colza; un hectare donne de 25 à 30 hectolitres de ces graines est chaque hectolitre pèse de 68 à 70 kilogrammes suivant la qualité.
- r Il y a une vingtaine d’années, cette culture était très prospère en France; c’est ainsi qu’en 1873 elle s’étendait sur près de 170 000 hectares et produisait 2 380 000 hectolitres de graines; en 1883, elle n’occupait plus que 105 000 hectares, avec un rendement total de 1 360 000 hectolitres, et à l’heure actuelle elle couvre à peine 98 000 hectares. Cette diminution est due à la concurrence des pays du Danube et surtout des Indes qui inondent nos marchés de cette graine oléagineuse ; aussi dans le Nord, lui a-t-on en grande partie substitué, partout où la chose a été possible, la culture de l’avoine et de la betterave à sucre, bien autrement rémunératrices.
- L’extraction de l’huile de colza n’en reste pas moins une industrie très importante en France, elle s’exerce surtout dans les départements du Nord, notamment aux environs d’Arras, et aussi à Marseille, mais cette dernière ville triture surtout les graines importées; c’est ainsi qu’en 1887, elle en a reçu 45 836 quintaux métriques, et durant cette même année les huileries de Marseille ont
- produit 5700 quintaux métriques d’huile de colza. On obtient généralement, suivant les graines et les procédés d’extraction, de 24 à 38 pour 100 d’huile; les colzas indigènes sont les plus riches et contiennent souvent plus de 40 pour 100 d’huile, elles laissent en outre de 50 à 55 kilogrammes de résidus ou tourteaux, employés comme aliment pour le bétail et surtout comme engrais.
- Nous ne pouvons songer à nous étendre ici sur la technique de la trituration des graines de colza, elle n’a d’ailleurs rien de bien particulier; nous dirons simplement queJes graines broyées sont placées dans des sacs qu’on plonge dans l'eau bouillante et qu’on soumet à deux ou trois pressions successives, deux le plus souvent; l’huile ainsi obtenue est épurée suivant le procédé de Thénard. D’après M. P. Boéry, les rendements, qui varient ainsi que nous l’avons vu plus haut suivant les provenances, sont en général compris entre les chiffres suivants :
- lre PUESSION 2° PHESSIOX TOTAL
- Graines indigènes. . . 26 à 50 8 à 11 58 à 41 0/0
- Graines du Danube. . 24 à 25 12 36 à 57 —
- Graines de Bombay. . 26 à 27 15 40 f-
- Graines de Calcutta. . 22 12 à 13 32 à 55 . i—
- Graines de Pondichéry. 23 à 24 12 35 à 56 —
- L’huile de colza est très appréciée pour l’éclairage et c’est là qu’elle trouve son principal emploi ; c’est elle qui, brûlée dans la lampe Carcel, qui lui convient le mieux, donne la lumière la plus blanche avec la plus grande économie à intensité égale. Toutefois dans la préparation des cuirs et le foulage des étoffes on s’en sert également, ainsi que dans la préparation du savon vert h
- L’huile de colza, lorsqu’elle est pure, est d’un jaune pâle, assez visqueuse; elle dégage une odeur caractéristique de crucifères, elle blanchit au contact de l’air. Sa densité, à 15° C. mesurée à Toléomètre de Lefèvre, est de 0,914; c’est donc une des moins lourdes, l’huile de lin, qui est la plus dense des huiles végétales, marquant 0,935. L’alcoomètre de Gay-Lussac, que M. Marchand a préconisé pour prendre la densité des liquides oléagineux, marque 66° dans l’huile de colza.
- En mélangeant 50 grammes de cette huile et 10 centimètres cubes d’acide sulfurique à 66°, et en observant la température suivant la méthode de Maumené, on a 58° C. avec l’huile de colza; la température la plus élevée, en opérant de la même manière, est fournie par l’huile de lin, soit 133°, et la plus faible (42°) par l’huile d’olive. Comme toutes les autres huiles, celle-ci est constituée par un mélange de margarine et d’oléine, les proportions dans l’huile de colza sont de 46 de la première pour 54 de la seconde.
- Sa fluidité, ou plutôt sa viscosité, mesurée avec l’ixo-mètre de Barbey, qui est l’instrument le plus généralement employé à cet effet, est de 84 à la température de 35°, la viscosité de l’huile de ricin étant de 13 (minima) et celle de l’huile de lin 141 (maxiina). Toutefois il est à remarquer qu’on n’observe , contrairement à ce qu’on pourrait croire, aucune connexité entre la densité et la viscosité des huiles. L’huile de colza en vieillissant devient de plus en plus épaisse, elle ne se congèle qu’à — 6°,25a.
- L’huile qui nous occupe en ce moment n’est pas plué
- 1 Pour les autres savons, l’huile de colza n’est pas employée, car elle donne des savons cassants.
- 2 L’huile d’olive se congèle à -j- 2°, l’huile de morne à 0° et l’huile de lin à— 27°,6.
- p.282 - vue 286/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 2^3
- favorisée que celle d’olive sous le rapport des sophistications et des fraudes; on la falsifie souvent avec des huiles de cainéline, de lin, de ravison, d’œillette et même avec de l’acide oléique libre. La présence de ce dernier se reconnaît à son odeur repoussante et à l’action de l’alcool qui dissout l’acide tandis que l’huile de colza pure est insoluble dans ce réactif. Quant aux autres huiles qu’on y ajoute, on peut les mettre en évidence avec l’oléomètrede Laurot, à la condition d’avoir d’abord constaté la présence de l’acide oléique comme il vient d’ètre dit. Cet appareil est basé sur les différences que présentent les densités des huiles à la température de 100°. A cet effet, Laurot a dressé des tables qui montrent les degrés que marque l'instrument qu’il a imaginé, pour des mélanges de 5, 10, 15 pour 100 de toutes sortes d’huiles à celle de colza.
- Quelquefois même on ajoute à l’huile de colza des proportions variables d’huile de poisson et de baleine qu’on peut reconnaître à leur odeur spéciale, ainsi qu’à la coloration noire qu’elles donnent sous l’influence d’un courant de chlore. Le prix de l’huile de colza varie entre 74 et 85 francs les 100 kilogrammes; à l’heure actuelle, il atteint 88 et 90 francs à Paris.
- Toutefois, cette huile, malgré son importance, n’est pas le seul produit utilisable que l’on retire des graines de colza: les tourteaux méritent aussi de fixer l’attention, car ils sont fréquemment employés en agriculture. La ville de Marseille seule en a produit environ 12000 quintaux par an, qui sont utilisés dans le midi de la France, surtout comme matière fertilisante; c’est également la destination qu’on leur donne dans le nord de la France ; on applique ces tourteaux à la dose de 1000 à 2000 kilogrammes par hectare à défaut de fumier ou à titre complémentaire, surtout sur le blé et sur les betteraves. En Angleterre on en fait une grande consommation pour l’alimentation du bétail. Ce tourteau présente une coloration brun-verdàtre, se fonçant avec le temps ; il est dur et se brise aisément sous le choc ; sa cassure est finement granuleuse, il a une odeur marquée, d’huile de colza, môme lorsqu’il est parfaitement épuré.
- La richesse en azote de ce tourteau varie entre 4,90 et 5,60 pour 100, il renferme en moyenne 1,90 d’acide phosphorique et 1,12 de potasse. D’après une analyse rapportée par MM. Miinlz et Ch. Girard, il contiendrait : azote, 4,90; acide phosphorique, 2,83; potasse, 1,36 ; huile, 11,10.
- Dans une autre analyse citée par M. Boéry, on trouve : azote, 5,50; acide phosphorique, 1,98; protéine, 30; graisse, 10.
- D’autre part, cinq échantillons provenant pour la plupart du nord de la France et analysés par nous au Laboratoire de l’École d’agriculture de Berthonval, ont donné les chiffres suivants :
- I II III IV V
- Humidité 11,22 13,00 12,15 11,95 12,00
- Matière minérale. . . 6,80 5,10 5,70 6,00 6,50
- Matière organique. . 82,00 81,90 82,15 82,05 81,50
- 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00
- Azote. . . . . . . . 4,90 5,00 5,60 5,17 5,65
- Aeide phosphorique. . : 2,72 2,80 1,75 » 1,90
- Potasse. . . ". . . - 1,10 » 1,16 » »
- Matière grasse. ... 2,30 4,00 4,20 2,00 1,38
- Comme on le voit, ces dernières analyses diffèrent des précédentes, surtout en re qui concerne la teneur en matière grasse, ce dosage ayant été exécuté par nous
- avec le digesteur de Payen et avec tous les soins désirables; ces différences ne peuvent provenir que de l’oçigine des tourteaux mis en expérience et dps procédés de fabrication1.
- 11 est à remarquer que les tourteaux de colza exotiques sont en général un peu plus riches en azote et moins riches en acide phosphorique que les tourteaux indigènes. Le prix des tourteaux de colza varie entre 14 et 18 francs les 100 kilogrammès, suivant leur teneur en principes utiles. Albert Larbalétrier,
- Professeur de chimie et technologie agricoles à l’Ecole d’agriculture du Pas-de-Calais.
- LES FÊTES PUBLIQUES ' :t
- (Suite. — Voy. p. 26G.)- "
- Outre les processions religieuses, ou civiles, à Rome, il y eut assez souvent des cérémonies du même genre organisées soit à l’occasion des fléaux que l’on cherchait à conjurer ou des phénomènes extraordinaires de la nature, que la science de l’époque était inhabile à expliquer et que l’on considérait comme de funestes présages ; les , divinités seules pouvaient en détourner l’effet. , , . , r
- Il y a quelques siècles, de véritables manifestations populaires avaient lieu parfois pour obtenir la cessation de la peste, d’une sécheresse, etc.-; il se faisait alors des processions dans lesquelles on portait la statue d’un saint ou quelque relique vénérée. Nous nous contenterons de citer ici les processions des Rogations instituées par saint Mamert, évêque dë Vienne en Dauphiné (474), pour que le Ciel bénisse les fruits de la terre. Les processions de ce genre se multiplièrent à l’infini au moyen àgç.
- Henri III, ayant vu la procession des Pénitents blancs à Avignon, voulut être agrégé à cette confrérie et en établit une à Paris. Les processions de femmes, notamment celles des pénitentes de. la Madeleine de Paris, prirent le nom de Madelon-nettes, etc. Toutes ces cérémonies ont constitué pendant longtemps de véritables fêtes, où s’introduisaient parfois des abus. Quelquefois elles prenaient un caractère absolument burlesque. .
- 1 C’est à la présence de l’huile dans les tourteaux qu’on a généralement attribué les effets nuisibles qui se sont produite quelquefois dans leur emploi comme engrais. On a prétendu que les graines mises en contact avec l’huile perdaient leur faculté de germer. D’après MM. Müntz et. A. Ch. Girard, 1 huile n’est pour rien dans ces effets fâcheux, et des eSsais mtdtipliés ont montré à ces expérimentateurs que les graines enduites d’huile, soit directement, soit par le contact avec les tourteaux oléagineux, ne perdaient nullement leur faculté germinative. C’est donc à une autre cause qu’il faut attribuer les accidents qui ont été quelquefois signalés. Dans les expériences'faites par les auteurs précédents il a été remarque que les-tourteaux avaient une grande tendance à se recouvrir de moisissures .et à se putréfier. Les graines, qui sont en contact avec eux à ce moment, sont envahies également et les germes pourrissent; C’est parce que le tourteau leur communique llnfection dont il est le siège que la levée des graines ne se fait pas ; il faut donc éviter, comme lé conseillent MM. Müntz et Girard, de mettre la semence en contact avec le tourteàu, aussi longtemps que celui-ci est dans la période de putréfaction qui, d’ailleurs ii'est pas de longue durée. - : ^ ~ -
- p.283 - vue 287/432
-
-
-
- 284
- LA NATURE.
- Au quatorzième siècle, les chanoines de la cathédrale de Reims se rendaient, la nuit du Mercredi-Saint après ténèbres, en procession à l’église Saint-Remi, traînant chacun derrière soi un hareng saur attaché à une corde rouge; chaque chanoine, pendant tout le trajet, s’efforçait de marcher sur le hareng de son devancier, en ayant soin de garantir le sien du même effort tenté derrière lui1.
- Le dessin que nous donnons ci-contre (fig.1) de cette fête singulière est une composition originale et inédite, et nous représente cette procession sortant du parvis de Notre-Dame de Reims pour se rendre à Saint-Remi, au milieu d’une foule aussi nombreuse qu’enthousiaste. Ce fut le pape Paul IV qui abolit la grotesque procession des harengs. — On trouve dans l’histoire nombre de processions originales, dont nous mentionnerons quelques-unes : en Espagne, on organise depuis fort longtemps, le Vendredi-Saint, en l’honneur de la Passion, la procession des disciplinants. A Madrid, à Lisbonne, à Rio-de-Janeiro, il y a la procession de Saint-Georges. C’est un grand mannequin habillé comme un guerrier, que l’on promène dans les rues de la ville.
- Venise a sa curieuse procession des rosaires.
- Les plus beaux jeunes gens représentent les anges et les saints, les plus belles jeunes filles les
- 1 L’histoire fait remonter cette coutume au quatorzième siècle ; nous penchons fort pour la faire partir du quinzième seulement ; elle semblerait une fête instituée en mémoire de la journée dite « des Harengs s, 12 février 1429,d^ns laquelle
- saintes et la Vierge; chacun porte le nom du personnage qu’il figure. Parmi les jeunes filles circule un gaillard déguisé en diable avec cornes et griffes ; il
- essaye de les distraire par des gambades ridicules et des postures grotesques. La procession se termine par une jeune fille portée sur un brancard avec un bandeau, un sceptre royal et un rosaire d’une grosseur fabuleuse ; elle représente la Vierge. Nous citerons à Rordeaux la procession des Corps saints ; à Marseille, la procession en commémoration de la i Aix ; etc., etc. beaucoup de processions historiques. Orléans fêle toujours avec pompe l’anniversaire de sa délivrance par Jeanne d’Arc; Beauvais célèbre tous les ans sa délivrance par Jeanne Hachette (1472), la fête de l’assaut. Péronnc fait aussi sa procession dans laquelle figure la célèbre bannière du siège de Péronne (1756). La fête de Caritach, à Pé-zenas, avec son animal de carton qu’on nomme le Poulain, est un souvenir d’une vieille légende qui date de Charles VI. Tarascon a sa fameuse Tarasque, et on en pourrait citer bien d’autres qui, ayant une origine religieuse, se sont métamorphosées en cavalcades historiques.
- Qui n’a entendu parler de la procession de Gayant, àDouai ? En voici l’histoire. En 1479, la guerre se poursuivait entre le roi de France et l’archiduc
- un combat mémorable fut livré par les Français pour arrêter un convoi de harengs destiné aux Anglais qui assiégeaient Orléans.
- Fig. 1. — La procession des harengs à Reims.
- peste ; celle de la Fête-Dieu, Nous avons encore en France
- Fig. 2. — Lyderic le Forestier, grand mannequin porté par des hommes au cortège de la fête communale de Lille. (D’après une estampe de 1829.) (Collection du Musée lorrain, à Nancy.)
- p.284 - vue 288/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 285
- Maximilien, époux de Marie de Bourgogne, comtesse de Flandre. Les Français voulaient surprendre la ville de Douai; ils se cachèrent dans les avèties, près de la porte d’Arras; et le matin du sixième jour de juin étant venu, ils Firent conduire près de cette porte un cheval et une jument, espérant s’introduire dans la place au moment où la garde sans défiance ouvrirait le passage. Ce projet fut déconcerté, et les Français se retirèrent. Afin de consacrer la mémoire de cet événement, le conseil de la ville, le clergé et les notables résolurent, en 1540, qu’il serait fait chaque année, le G juin, une procession générale en l’honneur de Dieu et de saint Maurand.
- Peu à peu on vit s’introduire, dans ces processions, des figures grotesques ou ridicules, entre autres le célèbre Géant Gayant,
- Cagenon, saint Michel et son diable, etc. A ce sujet l’évêque d’Arras adressa, en 1699, des représentations aux échevins de la ville. Ceux-ci consentirent à la suppression de la figure du diable de saint Michel ; mais les abus auxquels donnait lieu la procession ne cessant point encore, cette cérémonie fut abolie par mandement de 1771, après des contestations infinies entre l’autorité civile et l’autorité religieuse. Vers le même temps, et afin de célébrer le retour de la ville à l’obéissance de Louis XIV, on rétablit cette procession; elle eut lieu sans interruption jusqu’à la Révolution, puis abolie de nouveau. Rétablie derechef en 1801, elle a duré jusqu’à nos jours. On y promène la roue delà Fortune, le sot ou fou des Canonniers, et Gayant ainsi que sa famille, composée de sa femme, de Jaco, de Fillion et de Tiot-Tourni, ses enfants (fig. 3). De même qu’à Douai, des Gayants (de l’espagnol gayan, qui veut dire géant) ont joué des rôles importants, dans les diver-
- tissements populaires, à Dunkerque, à Arras, à Lille, etc....
- Nous reproduisons ci-contre l’aspect du fameux Lydéric, grand forestier de Flandres, dans le costume qu’on lui donne habituellement au cortège de la fête communale de Lille (fig. 2).
- Voici ce qu’on lit sur Lydéric, dans un ancien manuscrit sur la ville de Lille :
- Lydéric, mort en 695, était fils de Salvaër, prince de Dijon, et d’Emelgaïde. Au commencement du septième
- siècle, Salvaër, passant entre l’endroit où depuis Lille fut bâtie et le château de Cambrai, occupé au nom du roi de Soi$sons(Clotaire II) par un tyran subalterne nommé Phi-nar, tombe dans une embuscade que lui tend ce brigand, et meurt sous ses coups. Emelgaïde, couverte du sang de son époux, se réfugie dans un petit vallon de la forêt dite alors sans pitié. Elle y est secourue par Lydéric, qui vivait dans un ermitage, au bord de la fontaine qu’on nomme encore aujourd’hui le Saulx. C’était un bocage planté de saules, ainsi appelé par corruption.
- La princesse, après avoir mis au monde un enfant, est enlevée par les agents de Phinar ; son fils, soustrait à leurs recherches, est élevé sous le nom de Lydéric par le bon ermite. Devenu grand, il passe en Angleterre, où il fait son apprentissage d’armes. A l’âge d’environ vingt-cinq ans, il revient en France, paraît à la cour de Clotaire, devenu roi des trois royaumes de Bourgogne, d’Austrasie et de Soissons ; demande la permission et obtient de se mesurer avec le tyran Phinar, le persécuteur de sa maison. Lydéric tue Phinar, duquel il hérite. Il est nommé par Clotaire grand forestier de Flandres. Il fonde Lille pour éterniser la mémoire de son triomphe. On croit que le Pont-de-Phin tire son nom de Phinar, parce que c’est sur ce pont qu’il fut tué par Lydéric.
- La grande popularité dont jouissent, dans le Nord, ces célèbres mannequins, hauts de 20 à 25- pieds,
- Fig. 3. — Fête communale de Douai. — La procession de Gayant. — M. Gayant, sa hauteur est de 7 mètres, il est porté par six hommes; M"' Gayant; enfants de Gayant. Ascension aérostatique de M. Margat.— Fac-similé, réduit, d’une lithographie de 1834. (Collection de M. Gaston Tissandier.)
- p.285 - vue 289/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 286
- promenés, dans les cortèges les jours commémoratifs de réjouissances publiques, ne contribue pas peu à attirer dans la ville une grande partie des habitants des. communes environnantes.
- À suivre. : ' .. A. Bergeret.
- NÉCROLOGIE
- Ulysse Trélat. u— Nous avons le regret d’enre-g-istrerici la mort de M. Ulysse Trélat, membre de l’Académie dé médecine, ancien président de cette compagnie, professeur dè 'clinique chirurgicale à l’hôpital de la Chanté, commandeur de la Légion d’honneur, etc.
- Lé Dr Ulysse Trélat* est décédé le 27 mars 1890, à l’âgé de 'soixante et un ans, après une maladie de quelques jours à peine. Bien que sa santé fût chancelante depuis plusieurs mois déjà, rien ne laissait présager une fmaüssi'rapide: Tout récemment encore, ce savant développait magistralement devant l’Académie de médecine ses idées sur la prophylaxie de la tuberculose et prenait placé’ avec le talent qu’pn lui connaissait, dans les débats de cette grave et intéressante question. Fils du Dr Trélat, qui ’ fut ministre des travaux publics en 1848, Ulysse Trélat, né’ à Paris le 15 août 1828, suivit, comme son perd,‘la carrière médicale et fut reçu docteur en 1854. Agrégé en 1857, avec Une thèse très remarquable sur la Nécrose par le phosphore, question alors peu étudiée et dans laquelle il fit le premier la’lumière, il fut attaché successivement à la Maternité et, à l’hôpital Saint-Antoine en 1864, à là Pitié en 1868, ët enfin à l’hôpital de là Charité én 1872.,'Nommé professeur de pathologie chi-rufgicàle’à la Faculté de Paris le 24 juin 1872, il fut élümeïnbre de l’Académie de médecine le 20 janvier 1874.
- Le professeur Trélat a: exécuté des travaux scientifiques d’ühe réelle importance. Outre de nombreux mémoires sur toutes lés questions chirurgicales à l’ordre du jour, on cite de lui dés travaux originaux très intéressants, notamment sur 1 ’hypertrophie unilatérale partielle ou totale du corps (1869), ët ses leçons de Cliniques chirurgicales professées à la 'Charité. Observateur clairvoyant, opérateur hardi, professeur éminent, aidé par un véritable talent de,!'parôle,,l'et,’ surtout vulgarisateur de premier , ordre dans ’sës conférences oùil tenait son auditoire sous le charme de Sâ Causerie fine et imagée, le professeur Trélat lié'‘fût au-déssous d’aucune "des,tâches qu’il accepta.
- é1La'Qualité maîtresse du professeur Trélat, a pu dire M. lë'tû Tarriier le jour des obsèques du savant chirurgien, était i’éïôquénee. Il se souciait peu d’arrondir ses phrases',' mais sa pàrole était persuasive, entraînante. Il trouvait’toujours l’expression la plus juste. Le plus souvent il avait, il‘ esUvrai, longuement médité le sujet de ses leçônsq mais il en improvisait toujours la forme. Aussi, todt ert1 parlant‘avec feu, il dominait son sujet. Les des-criptiôns étaient admirablement claires et vivifiées par des comparaisons ét deS images heureuses, inattendues. Son atiditoire était bientôt captivé: on l’écoutait, on était coilvaincu,fon l’âpplaüdissait. »
- Lé Dr UlÿSs’é Trélat dont la franchise n’était pas toujours exémptè‘d’une certaine rudesse, avait rencontré des adversaires de ses doctrines ou de ses idées, mais ses contradicteurs‘ne devinrent jamais‘rpour lui des ennemis, tant la sincérité de ses convictions et l’impartialité de son jugement commandaient le respect et la sympathie. Aussi sa perte, sera-t-elle vivement ressentie par ses nombreux amis,, ,pàr ses collègues et par ceux-là mêmes qui quel-
- quefois combattaient ses principes, mais qui tous rendaient hommage à son talent et à son caractère.
- CHRONIQUE
- Le géant d’Aquila. — La presse italienne enregistre la mort du fameux géant Joseph Catonio, décédé le 9 mars àAcciano, son pays natal, province d’Aquila, dans les Abruzzes, où il vivait depuis une trentaine d’années. Joseph Catonio avait eu parmi nous son heure de; célébrité. Le roi Louis-Philippe l’avait, en 1845, .attaché au personnel du Palais des Tuileries, et ce n’était pas un léger sujet d’étonnement pour le visiteur que de se trouver face à face, dès l’entrée, avec la colossale stature de ce portier de 2m,30 centimètres de hauteur, plus haut que le plus gigantesque des tambours-majors de’la garde royale, y compris le bonnet à poil et le plumet. Aussi- le cuisinier du Palais avait-il l’ordre de lui préparer Un dîner capable de rassasier quatre de ses collègues. Les biographes du géant des Abruzzes nous rappellent complaisamment que Giuseppe Catonio couvrait, de son pouce énorme, une pièce de cinq francs. Son ceinturon pouvait au besoin servir de sous-ventrière à un cheval de bonne taille! Le roi et la famille royale semblaient particulièrement flattés de posséder un serviteur d’une prestance si imposante, et dont l’attitude correcte et martiale excita maintes fois la jalousie des visiteurs princiers qui eussent désiré l’attacher à leur personne. Né à Acciano, de pauvres paysans des Abruzzes, Catonio avait été conduit à Paris par quelque barnum qui l’exhiba pendant un certain temps. L’histoire ne nous dit pas comment il eut la faveur insigne d’endosser l’uniforme de portier royal. Tout ce que l’on .* sait, c’est qu’à la chute du gouvernement de juillet, Catonio prit, comme son maître, la rôute de l’exil, parcourant le monde, et ramassant la monnaie des curieux admis à le contempler. De retour dans son village natal, le vieux géant vit le temps courber peu à peu sa grande taille. Dans ses dernières années, il surpassait en cote, de toute sa tête blanchie, les foules au milieu desquelles il aimait à se promener, et qu’il dominait aisément. Le géant d’Aquila avait, de son vivant, légué son corps au musée anatomique de Rome. Dans quelques mois, gràce; au savant directeur du Musée, M. le professeur Todaro, les visiteurs pourront admirer le squelette de l’ancien portier géant des Tuileries. Cette pièce anatomique sera, croyons-nous, un exemplaire unique en son genre dans les collections européennes. Maxime Hélène.
- Association scientifique australienne. — L’Association scientifique australienne a été fondée l’an . dernier, et a tenu au mois de janvier 1889 sa première session à Sydney. La seconde vient d’avoir lieu à Melbourne dans la seconde semaine de février, et avec un succès inespéré. Le nombre des membres enregistres' dépasse déjà mille, et plus de six cents ont pris part à la dernière session. Aujourd’hui l’organisation est complète et l’on peut dire que désormais l’Association britannique possède une tille, ressemblant à sa mère trait pour trait. Les choses se sont passées comme en Angleterre, et avec , beaucoup d’entrain. Un comité local, présidé par M. El-lery, astronome du gouvernement de Victoria, et à la disposition duquel le Parlement avait mis un crédit de 25 900 francs, a préparé la réception des savants é,tran: gers. Les principaux citoyens s’étaient disputé l’honneur de leur offrir une hospitalité véritablement écossaise. Les sections, en même nombre qu’en Europe, ont ténu leurs
- p.286 - vue 290/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 287
- séances dans le Palais de l’Université, où se trouvaient un I réception room, un cabinet de lecture, un salon de j correspondance, un restaurant, un fumoir, et un télégraphe à l’usage des membres de l’Association. Les diff erents amphithéâtres avaient été réunis par des téléphones, disposition adoptée, il y a deux ans, par l’Association britannique dans son meeting de Batli. Chaque matin paraissait le journal spécial, indiquant les adresses des membres, le sujet des différentes communications, les excursions en préparation, les soirées scientifiques, etc.
- Un guide à Melbourne, contenant une multitude de détails intéressants sur la ville et les environs, avait été rédigé par un comité spécial, et distribué gratuitement. Les réunions générales ont eu lieu à l’IIôtel de Tille de Melbourne, en présence du gouverneur général et sous la présidence du baron Yon Müller, savant dont le nom est fort connu en Europe. En effet, on lui doit l'exploration des Alpes australiennes, exécutée depuis un grand nombre d’années, et l’expédition du Pôle antarctique qui se prépare en ce moment. C’est après avoir essuyé un refus de la part de l’Amirauté britannique, qu’il s’est adressé à M. Nordenskiôld et à son ami M. Dickson de Gothembourg. Le discours du baron Yon Müller a roulé sur le passé et l’avenir de la science en Australie. C’est ce thème, que sur le point de vue plus restreint de leur spécialité, la plupart des présidents de section ont développé. On évalue à cent cinquante le nombre des communications, qui seront résumées dans un volume de Reports dont une commission spéciale prépare en ce moment la publication, et qui mettra le lecteur européen au courant du mouvement scientifique aux antipodes. Avant de se séparer, l’Association a. décidé que sa prochaine session aura lieu à Christchurch en Nouvelle-Zélande, et la session de 1891, à IIobart-Town en Tasmanie. Parmi les questions d’intérêt général dont s’occupent les comités permanents, nous citerons la préparation d’un catalogue des espèces minérales découvertes dans toute l’étendue du troisième continent, l’ethnographie etla bibliographie polynésiennes, et la création d’une station biologique à Port-Jackson- De nombreuses recommandations ont été adressées aux différents gouvernements coloniaux.
- L’Association australienne ne paraît pas disposée à imiter la réserve beaucoup trop grande de son aînée, qui n’est pas souvent disposée à joindre les bienfaits de l’initiative officielle à ceux de l’initiative privée. La Nature ne peut qu’applaudir à la création, dans le monde austral, d’un centre d’action scientifique autonome, dont la prospérité naissante semble devoir justifier la devise célèbre :
- « Avance, Australie ! »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 mars 1890.— Présidence de M. Hermite.
- Sur la condensation de l’oxyde de carbone.— Comme nous l’avions prévu la dernière fois, M* Schutzenberger est revenu aujourd’hui sur les intéressantes circonstances qui accompagnent la condensation de l’oxyde de carbone sous l’influence de l’effluve électrique. M.5 Berthelot de son côté est intervenu dans le débat et il est résulté Un échange de vues d’une importance considérable : disons tout de suite qu’il ne paraît y avoir aucune contradiction réelle entre les deux chimistes et que leurs observations en se complétant se prêtent un mutuel appui. M. Berthelot et M. Schutzenberger sont d’accord pour affirmer qu’on ne peut amener les appareils à un état de dessiccation absolu : toujours la surface interne des tubes de verre est enduite d’une très légère couche d’humidité qui peut intervenir
- dans les réactions, et qui en effet se combine à l’oxyde de carbone dans les premiers moments de l’action électrique. Au bout d’une demi-heure, dans les appareils à électrode de platine, toute condensation cesse ; dans ceux dont l’électrode est formée d’eau acidulée, elle se continue, mais bien plus lentement et désormais d’une façon tout à fait régulière. La vitesse de ce nouveau phénomène varie dans un même appareil avec l’intensité de l’effluve ; elle varie d’un appareil à l’autre suivant l’épaisseur du tube, et ce sont pour M, Schutzenberger des raisons de croire qu’il y a réellement passage de l’eau au travers du verre. Certes cette conclusion est difficile à accepter tout d’abord, et l’on peut inférer, de la conversation animée et très amicale que les deux chimistes ont eue ensemble après leur discussion publique, qu’elle va, d’un commun accord, être soumise à un sévère contrôle.
- ’ Nouveau procédé d'observation microscopique. — Se proposant de suivre au microscope les manifestations vitales des tissus appartenant aux animaux à sang chaud, M. Ranvier a singulièrement simplifié les procédés employés jusqu’ici pour élever la température des préparations : il plonge dans l’eau chaude toute la moitié inférieure de son microscope y compris l’objectif à immersion et le porte-objet. Ce mode opératoire si commode a procuré de suite au savant auteur la notion d’un fait nouveau de première importance ; il s’agit de la vie indépendante et dé la multiplication très rapide des cellules lymphatiques chez les mammifères. On sait que vingt-quatre heures après qu’on a sacrifié un animal par décapitation on ne trouve plus aucune manifestation vitale dans ses organes. Cependant si on dispose sous le microscope une préparation des lymphatiques etsi on la réchauffe à 38 degrés, on voit les cellules se réveiller de l’état hibernant où elles étaient simplement plongées : elles projettent en tous sens des prolongements amœboïdes qui témoignent de leur activité propre. Comme M. Ranvier l’a ajouté en terminant, une semblable observation peut se passer de tout commentaire.
- Une nouvelle infirmité. — Il s’agit d’une variété nouvelle de pied-bot dont M. Yerneuil vient de constater la production à la suite de : ces phlébites doubles des 'membres inférieurs qu’on désigne sous le nom pittoresque de phlegmasia alba dolens. Des moulages grandeur naturelle font bien voir qu’il s’agit tantôt du varus, tantôt de l’équin ordinaire. D’après l’auteur, la cause première gît dans l’inflammation des veines intra-musculaires, inflammation qui se communique aux fibres musculaires qui sont en contact immédiat avec elles et ne tarde pas à déterminer la contracture.
- Le terrain carbonifère du Plateau central. — Voué depuis une douzaine d’années à l’étude de la France centrale, M. Julien, professeur à la Faculté des sciences de Clermont, résume ses observations dans un important Mémoire que ,M. Gaudry présente aujourd’hui avec le talent d’exposition qui le distingue. La conclusion de ces longues études est que la conformité la plus complète existe entre les formations carbonifères du Plateau central et les formations carbonifères de la Belgique : les trois horizons dits de Tournay, de Dinant et de Yisé ont été parfaitement déterminés malgré le mauvais état de conservation des fossiles, et il en résulte que la mer s’étendait alors avec continuité de l’une des deux régions à l’autre. Comme M. Gaudry l’a fait remarquer, le parallélisme doit se continuer pour les zones continentales, et comme Paris est situé dans i’intervalle, on peut supposer que des forages suffisamment profonds parviendraient sous
- p.287 - vue 291/432
-
-
-
- 288
- LA NATURE.
- la capitale à des couches de combustibles. La chose n’a, du reste, qu’un intérêt théorique à cause de la grande profondeur qu’il faudrait atteindre.
- Recherches chimiques sur des roches crayeuses. — Il y a quelques semaines, M. Cayeux a annoncé que bien des roches que l’on croyait fortement pourvues de magnésie, comme diverses sortes de craie du nord de la France, n’en contiennent que des traces. Il ajoutait y avoir trouvé, en échange, une proportion extraordinaire de phosphate de chaux. Un habile observateur, dont j’ai eu bien des fois à exposer ici les résultats, M. Henri Bour-sault, reprend aujourd’hui le sujet, et sa Note, déposée par M. Berthelot, présente un très réel intérêt. Sa conclusion est, qu’en effet, on s’est parfois beaucoup trop hâté pour supposer la magnésie dans des roches calcaires : la craie grise de Chivres, la craie jaune de Dizy-le-Gros, ne contiennent, en réalité, que des traces de magnésie; et ce qui est plus imprévu encore, la craie de Bimont et les célèbres têtes de chats du mont Ganelon, près Com-piègne, ne sont pas davantage magnésiennes. Cependant on trouve des roches vraiment dolomitiques et l’on peut citer dans le nombre les concrétions et les sables de Bon-court; la craie de Beynes, les sables de Pont-Sainte-Maxence et de Verneuil (Oise), renferment jusqu’à 19 pour 100 de carbonate magnésien. En ce qui concerne le phosphate de chaux, M. Boursault montre, par de nombreux dosages, que M. Cayeux s’est tout à fait trompé.
- L’échantillon qui lui a donné 60 pour 100 de ce sel devait venir des environs d’Hardivilliers et est tout à fait exceptionnel: en général, les roches les mieux partagées n’ont donné que quelques millièmes à l’analyse. La conclusion de ces intéressantes recherches, c'est qu’on connaît fort mal la composition des roches les plus communes et que des chimistes qui se mettraient résolument à la tâche
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- fLLUSIONS D’OPTIQÜE
- Nous recevons la communication suivante d’un de nos correspondants, M. G. Luguet :
- La Nature a jadis indiqué à ses lecteurs l’impuissance de l’œil a apprécier sainement certaines dimensions des objets considérés. A celte véritable infirmité de l’organe se rapportait l’expérience qui consiste à inviter une personne à indiquer, contre un mur et à partir du sol, la hauteur d’un chapeau forme gibus1.
- Vos correspondants, si mes souvenirs sont exacts, expliquaient l’erreur commune à tous les sujets dans cette expérience, par ce fait que dans un cas l’œil appréciait en face de lui, et dans l’autre au-dessous de lui, etc.
- Voici pourtant une expérience que j’ai faite et réussie mille fois à la stupéfaction de mes victimes, et qui met l’œil le plus exercé en défaut, alors même qu’il apprécie bien en face. (Il s’agit encore du chapeau haut de forme.) Il paraît qu’elle est peu connue puisqu’on m’affirme que votre journal n’en a jamais fait mention. Je m’empresse dès lors de vous la communiquer, persuadé qu’elle amusera vos lecteurs. La voici :
- Prenez le chapeau de l’un de vos interlocuteurs, placez-le sur votre tète et demandez à toutes les personnes présentes :de vous indiquer le rapport de la largeur et de la
- hauteur du chapeau ~ L’un vous
- Cl)
- répondra certainement : AB 1
- ru = r+î72-un au,re
- i i
- •un autre
- dira
- Mais vous
- La hauteur et la largeur d’un chapeau.
- analytique rendraient à la science un très signalé service.
- Varia. — L’illustre Hirn, dont nous avons récemment annoncé la mort, a légué à l’Académie une somme de 50 000 francs qui, vraisemblablement, sera affectée à une fondation de prix. — Une Note de M. Marcano concerne la métallurgie colombienne aux époques préhistoriques. — La comète de Brooks a été observée au grand équatorial de Bordeaux par M. Rayet. — M. Ténot étudie la glande blanche lymphatique de l’aplysie ou lièvre de mer et signale, dans le sang de cet animal, un principe nouveau qu’il appelle hémorrhodine pour le distinguer de l’hémocyanine déjà décrite. — L’échouement d’un cachalot à l’île de Ré fournit à MM. Georges Pouchet et Beauregard la matière d’un Mémoire dont on ne nous donne que le titre. — La chaleur de formation de l’hypo-sulfite double de soude et d’argent occupe M. Vogt. — Des remarques sont adressées parM. Spœrer à M. Faye au sujet de l’apparition récemment signalée d’une tache solaire par le parallèle de 65 degrés. — M. Guignard continue ses études sur la fécondation chez les végétaux.
- Stanislas Meunier.
- 1 + 1/5.......... 1 + 1/4
- n’en trouverez pas un qui vous dise que le chapeau est plus large que haut, ce qui est la vérité, alors que tout le monde le voit
- beaucoup plus haut que large. Cette expérience est très amusante; ce qu’on y gagnerait de paris est incalculable.
- Je joins un dessin que j’ai découpé dans un album de nouveautés, le chapeau représenté étant très étroit des bords, il sera bon pour s’amuser un peu plus, de choisir un type semblable ; on ne voudra pas croire s’être trompé ; à tel point que les personnes mêmes qui sont au courant de l’expérience hésiteraient souvent à parier du bon côté, tellement l’œil persiste, même après lumière faite, à s’obstiner dans son absurde appréciation.
- Nous ferons remarquer que les bords AB du chapeau forment à droite et à gauche une légère et mince saillie qui contribue à produire le trompe-l’œil. L’illusion ne serait assurément pas aussi complète pour un cylindre plein, sans saillie. G. T.
- 1 Voy. n° 780, du 12 mai 1888, p. 384.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- p.288 - vue 292/432
-
-
-
- N° 88 0.
- 12 AVRIL 1890.
- LA NATURE.
- 289
- LES: MARINES MILITAIRES1
- LE « TCHESME », X A VIK E CUIRASSÉ RUSSE
- Nous choisirons dans la marine russe l’un des plus beaux et des plus puissants navires cuirassés qu’elle possède depuis deux ans : le Tchesme. Il l'orme avec le Catherine II et le Sinope, exactement semblables, une division de cuirassés parfaitement homogène, qui appartient à la Hotte de la mer Noire.
- Le Tchesme offre cette particularité intéressante qu’il a le pétrole comme combustible. C’est le seul grand navire de guerre qui ait fait l’essai jusqu’ici du combustible liquide.
- Les trois navires cuirassés russes dont nous parlons ont 104 mètres de longueur et 21 mètres de largeur maxima. Us déplacent un peu plus de 10000 tonnes et filent 16 nœuds à l’heure avec une machine de 9000 chevaux.
- Leur armement principal se compose de 6 canons de 505 millimètres accouplés dans 5 tourelles barbettes formant un triangle dont le sommet est au centre en retraite, et les extrémités de la base un peu sur l’avant des deux cheminées et sur une ligne perpendiculaire à la quille; ces tours cuirassées à 506 millimètres forment un véritable réduit sans ouverture; abrité en haut par un pont volant et sous lequel s’étend un double pont cuirassé à l’arrière.
- Le Tchesme, navire cuirassé de la marine russe. (D’après une photographie.)
- Sous ce réduit une batterie de sept canons de 15 centimètres tirant tous parallèlement à la quille tout comme celle des tourelles; l’armement léger est assuré par une dizaine de petits canons à tir rapide et des mitrailleuses.
- La partie défensive se compose : lu d’une ceinture blindée de 457 millimètres d’épaisseur protégeant machines, chaudières et munitions; 2° deux traverses blindées de même épaisseur correspondant aux parois du réduit à l’avant et venant l’affleurer derrière; et 5° d’un pont cuirassé de 76 millimètres comprenant toute la longueur du cuirassé.
- Les soutes à charbon, les puits aux chaînes et filins ajoutent naturellement leur protection à
- 1 Suite. Voy. n° 878, du 29 mars 1890, p. 208.
- 18e anaée. — 1er semestre.
- celles qui viennent d’être mentionnées ci-dessus.
- Un autre navire analogue à ceux que nous venons de décrire est en voie de construction. Il sera plus petit que les précédents. La flotte de la mer Noire est complétée par le célèbre Popofka, cuirassé rond à six hélices, par deux canonnières cuirassées, un aviso torpilleur, six canonnières remarquables et des mieux réussies, enfin onze torpilleurs de première classe, etc.
- La flotte russe de la mer Baltique n’est pas moins bien pourvue; elle comprend notamment trois cuirassés à tourelles, des croiseurs, des avisos torpilleurs, des clippers armés, etc. On conçoit que ce n’est pas en quelques lignes qu’il est possible d’apprécier comme elle le mérite la marine russe.
- 19
- p.289 - vue 293/432
-
-
-
- 290
- LA NATURE.
- LE ROYAUME DE DAHOMEY
- Parmi les différents peuples avec lesquels les colonies européennes établies dans le golfe de Guinée, du cap des Palmes aux bouches du Niger, sont en rapport, il y en a un, sur lequel des événements récents viennent de rappeler l’attention du public : c’est celui du Dahomey. Les relations de la France avec les indigènes de cette région, ne datent pas d’hier; sans doute, il serait téméraire de les faire remonter jusqu’au quatorzième siècle, car les Normands aventureux qui fondèrent à cette époque des comptoirs sur la côte de Guinée ne paraissent pas avoir dépassé la côte d’Or. Mais on peut à partir du milieu du dix-septième siècle les tenir pour certaines. En 1670 notamment, un certain Matteo Lopez est reçu par Louis XIV à Versailles, en qualité d’ambassadeur du roi d’Ardra. Un fort fut construit l’année suivante à Whydah. Occupé jusqu’en 1792, gardé depuis lors par un nègre qui s’intitulait fièrement commandant du fort français, il fut en 1842 cédé à la maison Régis de Marseille.
- Un événement inopiné nous amena à agir de nouveau militairement dans cette contrée. Porto-Novo ayant été bombardé par les Anglais, le roi du pays Sodji implora notre aide. Le protectorat fut établi, par un acte conclu entre le baron Dide-lot, chef de la division navale française, et ce souverain. C’était en 1863. Mais l’année suivante des difficultés s’étant élevées entre les indigènes et le nouveau commandant des forces navales, l’amiral Lafont de Ladébat, Porto-Novo fut évacué. Les droits de la France n’avaient pas cependant été abandonnés.
- Nous avions même obtenu, du roi de Dahomey, la cession du port de Kotonou, qui améliorait sensiblement notre situation. On s’en aperçut lorsque Porto-Novo fut de nouveau occupé en 1882. De 1857 à 1868, on avait pris position également sur un certain nombre de points de la côte occidentale ; à Grand-Popo, a Petit-Popo, à Porto-Seguro et à Agoué. Nous sommes donc établis maintenant simultanément sur la côte orientale et sur la côte occidentale du Dahomey.
- Nombreux ont été, particulièrement dans notre siècle, les voyageurs qui ont visité le Dahomey, nombreux aussi les récits de leurs expéditions, et c’est d’après les relations de ces témoins oculaires que nous voudrions, non pas faire une étude approfondie sur ce pays, — les colonnes de plusieurs numéros de La Nature n’y suffiraient pas, — mais tout au moins fixer quelques-uns des caractères les plus remarquables des coutumes1 de
- 1 La bibliographie de la question est très considérable. Nous renvoyons pour le détail à l’article Dahomey du dictionnaire de géographie de M. Vivien de Saint-Martin ; à l’Afrique de M. Lanier, p. 545. Il faut y ajouter un livre récent : La côte des Esclaves et le Dahomey, par l’abbé Bouche. Paris, Plon, 1885.
- cette région. A l’heure présente ces détails ne seront peut-être pas dépourvus de tout intérêt d’actualité.
- On peut distinguer dans le pays trois régions différentes. La première et la moins étendue est celle de la côte : limitée au nord par le marigot figuré sur notre carte (p. 292) près de Savi, elle est elle-même partagée en deux parties par une lagune qui, sauf une ou deux interruptions, s’étend du Volta à Lagos1.
- La côte est basse, plate et insalubre. La fameuse barre du golfe de Guinée, que malgré toute leur habileté les piroguiers indigènes ne réussissent pas toujours à franchir avec succès, rend les débarquements très pénibles. La ville la plus importante de cette région est Whydah, qui renferme de 15 à 20 000 habitants. Centre de transactions entre les indigènes et les Européens, elle a été depuis fort longtemps occupée par des maisons françaises, anglaises et portugaises. Chacun de ces gouvernements respectifs, avait même construit un fort pour protéger ses nationaux. On sait ce qu’est devenu le fort français. Le fort anglais est aujourd’hui délabré et abandonné. Seul le fort portugais a été réoccupé il y a quelques années par un officier et quelques soldats de l’armée d’Afrique. Le Portugal est d’ailleurs la nation dont l’influence est la plus considérable à Whydah.
- La seconde région appelée Ardra parles indigènes et dont la ville principale est Allada, s’étend jusqu’au plateau de Toffé; elle est couverte de forêts de palmiers, ou de prairies, dont les herbes atteignent parfois une hauteur de quatre mètres.
- Mais ce n’est que par un abus de langage dont il serait aisé de trouver ailleurs des exemples, qu’on désigne cette contrée sous le nom de Dahomey. Le vrai Dahomey, c’est la partie du nord, celle qui s’étend au delà du bourbier appelé Lama par les Portugais et Cô par les indigènes. C’est véritablement la citadelle du pays. Là s’élèvent Cana, la ville sainte, et Abomey, la capitale. Elle renferme ce que contenait toute citadelle antique, le siège des dieux et celui du gouvernement. Le Cô est une fortification naturelle pour le Dahomey. Véritable marais de 10 kilomètres de large au milieu duquel surgissent quelques îlots de terre ferme, les indigènes eux-mêmes le traversent malaisément. Les Européens, qui ont eu à le franchir, en ont presque tous conservé fort mauvais souvenir. Le hamac dans lequel ils sont couchés est soumis à un ballottement très irrégulier par suite des glissades constantes des porteurs2.
- On s’explique que protégé au sud par ce bourbier, le Dahomey ait pu se livrer en toute sécurité à des attaques repétées contre ses voisins de l’ouest, du nord, et de l’est. La situation géographique de cet État le prédisposait à la guerre, il l’a faite ensuite par intérêt et par habitude et il y a progressivement
- 1 Ces deux points sont situés à l’ouest et à l’est, en dehors de notre carte.
- 2 Voir le voyage de M. Vallon. Bulletin de la Société de géographie. 1861.
- p.290 - vue 294/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 291
- adapté toutes les institutions. Il n’est pas jusqu’aux rites cruels de sa religion qui n’aient eux-mèmes favorisé ses instincts belliqueux.
- Le souverain, qui règne à Abomey, est aujourd'hui le maître de toute la région que nous avons décrite, mais il n’en a pas toujours été ainsi. A ces trois zones naturelles correspondaient autrefois trois États distincts : sur la côte, le royaume de Jouïda ; plus au nord le royaume d’Ardra, qui touchait à la mer par Kotonou; au delà du Lama, le royaume de Faouïn. En 1610, un roi d’Ardra étant mort, il s’éleva une violente compétition entre ses trois fils, au sujet de sa succession.
- Des deux frères évincés, l’un fonda le royaume de Porto-Novo; l’autre appelé Toucoudrou fut recueilli par le roi de Faouïn* puis réussit par trahison à supplanter son bienfaiteur. Alors commença entre le royaume du Nord, qu’on voit dès cette époque désigné sous le nom de Dahomey1, et ses deux voisins du Sud une longue lutte. En 1724, le royaume d’Àr-dra fut soumis. La conquête du royaume de Jouïda fut moins prompte. Constamment en révolte, son assujettissement fut cependant définitif à partir de l’année 1772.
- Le roi de Dahomey a maintenant vue sur la mer; bien plus, il a une côte à lui, qui tire son nom de la marchandise qui s’y vend : c’est la cote des Esclaves. Assuré désormais d’un débouché, il multiplia naturellement ses expéditions au delà de ses frontières. Rapporter beaucoup d’esclaves et les vendre très cher à Whydah, devint son but. Ce qu’il se commit de cruautés dans ce pays jusqu’au moment où les nations européennes prirent de sévères mesures pour réprimer la traite, est inimaginable.
- On peut aisément supposer que devenu le fournisseur en titre des marchands d’ébène, le roi de Dahomey fut obligé de se* pourvoir d’institutions bien appropriées à ce genre de commerce. Pour ces chasses à l’homme, entreprises par toute la nation à des époques déterminées, que lui fallait-il? Un pouvoir absolu et une armée, comme l’on dit, bien dans la main. L’autorité du roi de Dahomey est indiscutée. Tous les voyageurs s’accordent pour dire que les marques d’idolâtrie rendues par les Dahoméens à leurs souverains, sont difficiles à dépasser. Génuflexions, prosternations jusqu’au sol, le sujet n’omet aucun signe d’adoration, quand il est en présence de son roi. Il n’est même pas nécessaire que le roi soit là en personne. Sa canne portée par un de ses serviteurs est l’objet des mêmes hommages. Comme dans tout gouvernement absolu, l’autorité centrale est bien constituée. Un premier ministre, le Méhou, s’occupe en particulier du commerce et des impôts; le Minghan est le chef de la police et des hautes œuvres (mission qui n’est pas une sinécure dans ce pays); enfin le premier eunuque ou Tolonou cumule les fonctions de chef
- 1 Voir au sujet de l’origine de ce nom la légende rapportée par l’abbé Bouche dans son ouvrage.
- du palais et celles de porte-paroles du roi. L’Ai'O* ghan de Whydah est chargé des relations entre le roi et les représentants des factoreries. Dans les provinces, une série de Cabécèrcs ou gouverneurs de village, révocables d’un signe, représentent le roL Ils ont pour insignes particuliers un parasol, un tabouret et une longue pipe. Le pouvoir discrétionnaire du souverain se révèle encore dans le sans-gêne avec lequel il s’empare du bien de ses sujets. En effet, quand les ressources qu’il tire des péages ou des douanes établis sur les routes ou à l'entrée des villages sont épuisées, le roi envoie quelques-uns de ses gens lever un impôt extraordinaire sur les plus riches. Toute résistance serait inutile, car la fortune de ses sujets lui appartient au même titre que leur vie. Les blancs eux-mêmes sont souvent victimes des exactions royales. Cependant comme on se croit tenu par politique d’apporter à leur égard, sinon plus de discrétion, au moins plus de dissimulation, c’est à d’habiles filous — les voleurs du roi — qu’est confié le soin de dérober dans les factoreries. 11 leur est uniquement recommandé de ne pas se laisser prendre.
- Ce roi de pillards qui a élevé sa fortune sur l’exploitation cynique de l’homme, a une armée aussi bien appropriée que ses institutions civiles au caractère de son État. Tous les hommes valides sont soldats.
- A l’appel royal, les Cabécères de chaque province amènent leur contingent. L’armée permanente cantonnée à Abomey est ainsi considérablement augmentée par ce qu’on pourrait appeler les réserves. Peu brillantes dans un combat régulier, ces troupes sont excellentes dans la guerre de rapines et de surprises qu’elles pratiquent habituellement. Le caractère belliqueux de ce pays — et ce n’en est pas une des moindres singularités — apparaît en particulier dans cette garde royale formée du fameux corps des Amazones. Incorporer jusqu’à des femmes, c’est bien pousser le militarisme à ses dernières limites. Régies par une sévère discipline militaire et morale, elles ont étonné par leur intrépidité les étrangers qui ont assisté à leurs simulacres de combats.
- « Dans un espace approprié aux exercices, raconte un témoin oculaire, on avait élevé un talus, non de terre, mais de faisceaux d’épines très piquantes, sur quatre cents mètres de long, six de large et deux de haut. A quarante pas plus loin et parallèlement au talus se dressait la charpente d’une maison d’égale longueur avec cinq mètres de large et autant d’élévation. Les deux versants de la toiture étaient couverts d’une épaisse couche de ces mêmes épines. Quinze mètres au delà de cette étrange maison venait une rangée de cabanes. L’ensemble simulait une ville fortifiée. »
- Après deux vigoureuses attaques censées infructueuses, « le roi va se placer en tête des colonnes, les harangue, et au signal donné les Amazones se précipitent avec une fureur indescriptible sur le tas d’épines, le traversent, bondissent sur la maison, en
- p.291 - vue 295/432
-
-
-
- 292
- LA NATURE.
- redescendent comme refoulées par un retour offensif, et reviennent par trois fois à la charge.... Elles foulaient de leurs pieds nus les dards des cactus1. » Leur courage semble n'être pas moindre dans un combat réel : « Dans une guerre contre les Nagos, le roi Ghezo avait envoyé le Gao (général) surprendre la ville principale de cette peuplade à la tête de huit mille guerriers, hommes et femmes. Ge général donna l’assaut, mais trouvant la ville très bien fortifiée, et une résistance des plus vives, il parlait de se retirer, lorsque la générale des femmes se jetant à la tête des siennes, lui déclara que, venus jusque-là, ils se déshonoraient en reculant. Joignant l’action a la parole, elle se lança de nouveau contre les défenses de l’ennemi. La ville fut prise, et les habitants égorgés ou faits prisonniers2. »
- Ces mœurs belliqueuses auraient pu toutefois s’adoucir sous l'influence pacificatrice de la religion. Au moyen âge, par exemple, l’Église s’efforça par la Trêve de Dieu de mettre un terme au ’fléau des guerres privées entre seigneurs. Au contraire la religion du Dahomey a contribué singulièrement à augmenter la cruauté des habitants.
- A vrai dire, il semble bien exister simultanément deux religions dans ce pays : l’une, le fétichisme, qui consiste dans l’adoration d’une foule de petites divinités et à laquelle il faut rapporter vraisemblablement le culte des serpents, en honneur à Whydah; l’autre, qui est la religion des morts. Celle-ci semble reposer sur l’idée que l'homme a le£ mêmes besoins après la mort que pendant la vie. Remarquez qu’une pensée analogue a donné naissance aux touchantes croyances grecques et latines, qui obligeaient les enfants à apporter à certaines époques des gâteaux, des fruits et des fleurs sur la tombe de leurs parents, « Je verse sur la terre du tombeau, dit Iphigénie, le lait, le miel, le vin, car c’est avec cela qu’on réjouit les morts*'. » Au Dahomey, on les honore par d’horribles sacrifices humains. Les grandes coutumes durent plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. C’est surtout à la mort d’un roi qu’elles sont célé-
- 1 Récit de M. Borghero, cité par l’abbé Bouche, loc. cù.,p.362.
- * Valton. Bulletin de la Société de géographie. 1861.
- 5 Euripide. Iphigénie en Tauride.
- brées dans toute leur atrocité. Il faut donner au monarque défunt un entourage digne du haut rang qu’il occupe.
- On lui immole des femmes, des guerriers et des serviteurs. Comme on est persuadé que tous ccs malheureux vont allerretrouvcr le défunt, on leur fait des recommandations et on les charge de présents qu’ils devront remettre à leur arrivée. Les sacrifices s’accomplissent solennellement et devant un grand concours de peuple. Certaines victimes sont décapitées, d’autres emmaillotées dans des corbeilles, d’où la tête seule dépasse, sont jetées du haut d’une plateforme et déchirées par la foule. « Pendant les deux dernières nuits, il était tombé plus de cinq cents têtes. On les sortait du palais à pleins paniers, accompagnés de grandes calebasses dans lesquelles on avait recueilli le sang pour en arroser la tombe du roi défunt. »
- « Il est certain que pendant mon année de séjour dans cette région, le cruel monarque du Dahomey a fait répandre le sang de plusieurs centaines d’individus (on en a évalué le nombre à plus de mille), à propos du deuxième ou troisième anniversaire des funérailles de sa mère1. » On peut aisément conclure de cet exposé que la situation agricole et commerciale de cette région, n’est pas florissante. Personne n’a intérêt à travailler pour s’enrichir. Dès qu’un particulier s’élève un peu au-dessus des autres par sa fortune, on le rabaisse aussitôt au niveau commun. Les hommes sont en outre appelés périodiquement pour faire la guerre ou assister aux coutumes d’Abomey. Les femmes seules restent dans les villages et ne travaillent que dans la mesure nécessaire pour assurer leur subsistance. Elles ne cueillent les régimes, d’où elles extraient l’huile de palme, qu’autour des habitations et beaucoup de fruits pourrissent sur les arbres, faute de bras pour les enlever. Le royaume de Porto-Novo dont, à tort ou à raison, nous avons accepté le protectorat, a donc un terrible voisin, qui mérite de sévères leçons. Elles sont nécessaires pour assurer la sécurité de nos établissements, et c’est seulement par la force que l’on pourra faire entendre raison au roi de Dahomey. Henri Dehérain.
- 1 Bazile Feris. La côte des Esclaves. Revue scientifique 1883, p. 719.
- Carte du royaume de Dahomey.
- p.292 - vue 296/432
-
-
-
- LA NATURE
- 295
- LES TRAVAUX HYDRAULIQUES DE SAN DIEGO EN CALIFORNIE
- Le récent désastre de Hassayampa, dans l’Ari-zona, a attiré l’attention sur les procédés d’irrigation des plaines désolées et sans pluies des régions
- de l’Est de l’Amérique du Nord, à l’aide de barrages et d’aqueducs. Ce procédé de fertilisation est appelé h un grand avenir dès que la densité des popula-
- Fig. 1 à 4. — Les travaux hydrauliques de San Diego, en Californie, — 1. Dérivation du barrage. — 2. Construction du canal d’amenée
- 3. Vue générale du canal. — 4. Promenade de visiteurs.
- tions de l’Est se sera accrue au point d’exiger le développement de l’agriculture, et que l’on sera obligé d’avoir recours aux moyens artificiels pour réparer les défauts de la nature. Ces déserts seront alors regardés avec envie, car ils se seront transformés en plaines fertiles, et seront probablement couverts de villes florissantes.
- Un des travaux de ce genre le plus parfait et le
- plus étendu est peut-être l’aqueduc de San Diego récemment terminé, construit en vue de fournir l'eau à la ville et d’irriguer les mesas environnants, déserts stériles où fleurissaient seulement jusqu’ici le cactus et le groseillier sauvage, végétation dont les jours sont comptés et qui ne tardera pas à faire place h de florissantes prairies.
- San Diego est situé à l’extrême limite sud de la
- p.293 - vue 297/432
-
-
-
- 294
- LA NATURE.
- Californie, dans une splendide baie de l’océan Pacifique. Lorsque le premier chemin de fer y fut établi, en 1881, la population était seulement de 5000 âmes : elle y est aujourd’hui de 55 000 habitants, et le port de San Diego ne tardera pas à prendre une énorme importance, car distant de 500 milles de San Francisco, il est plus près de l’Australie, de l’Amérique du Sud, du canal du Nicaragua et d’un grand nombre d'îles de l’océan Pacifique que ne l’est San Francisco. Mais la contrée, comme d’ailleurs toute la péninsule de Californie, manque d’eau, et c’est pour remédier à cette cause d'infériorité que l’aqueduc, dont nous allons donner une description rapide d’après le Scientiftc American, a été construit. L’eau fournie à San Diego est prise à une distance de 50 milles (90 kilomètres) sur les sommets élevés de Cuyamaca, où les pluies sont abondantes et atteignent 50 à 40 pouces (jusqu’à 1 mètre) par an. L’écoulement des eaux est continu, et l’eau est amenée par une série de conduites en tunnel ou en bois disposées pour réaliser une pente de 4,75 pieds par mille, et une vitesse de 4 milles par heure. Le réservoir de distribution pour le service de la ville est placé à 650 pieds au-dessus du niveau de la mer, et c’est pour obtenir cette différence de niveau que l’on a du se livrer à des travaux de canalisation aussi importants.. Là, l’eau est filtrée et distribuée dans la ville par une conduite de 15 pouces de diamètre. Cette eau est prise dans le réservoir de Cuyamaca, au milieu des montagnes, et à une hauteur de 5000 pieds au-dessus du niveau de la mer.
- La capacité de ce réservoir atteint 5 759 000 gallons, mais en élevant la hauteur du barrage, il serait possible de doubler et même de tripler le volume de ce réservoir en cas de nécessité.
- Le barrage de ce réservoir a 720 pieds (219 mètres) de longueur, 55 pieds (10m,60) de largeur, 140 pieds (42ra,50) d’épaisseur à la base et 16 pieds (5 mètres) au sommet. L’eau, au sortir de ce réservoir, s’écoule dans le lit naturel d’une étroite gorge appelée Bowlder Creek, à 12 milles environ du barrage de dérivation (fig. 1).
- Ce barrage est une construction splendide en granité et ciment, ayant 450 pieds (157 mètres) de longueur, 55 pieds de hauteur, 16 pieds d’épaisseur à la base et 5 à 7 pieds au sommet. L’eau arrive enfin dans le grand aqueduc (fig. 2) de 55,6 milles de longueur, 6 pieds (lm,85) de largeur et 16 pouces (40 centimètres) de profondeur. Les côtés de ce canal pourront être élevés jusqu’à 4 pieds (1ip,20) lorsque le besoin s’en fera sentir. Ce canal, dont la figure 2 montre la construction, est composé de planches de redwood (bois rouge) de 2 pouces (5 centimètres) d’épaisseur, montées sur des échafaudages solidement assemblés. Le choix du redwood est dû à ce que l’eau n’exerce pas sur ce bois les mêmes effets de destruction que sur les autres bois.
- L’aqueduc entier, dont la figure 5 représente une vue perspective, ne comporte pas moins de 525 tron-
- çons dont le plus important est celui de Los Cochos dont la hauteur atteint 56 pieds (17m,02), la longueur 1774 pieds (559 mètres). La promenade en bateau plat sur cet aqueduc (fig. 4) constitue une partie de plaisir des plus intéressantes. D’autres parties de l’aqueduc sont en tunnel percé dans le granité solide de plusieurs centaines de mètres de longueur.
- Le projet de cette gigantesque distribution d’eau fut conçu il y a longtemps déjà par M. T. Van Dykc, mais les travaux ne furent commencés qu’en 1886. 11 a fallu construire des routes spéciales pour le transport des bois, qui a nécessité l’emploi de 100 wagons et de 800 chevaux ou mulets. Les bois étaient découpés et travaillés dans le port d’arrivage à San Diego, afin d’éviter des transports inutiles. Le prix des travaux s’est élevé à 1 000 000 de dollars, soit 5250 000 francs. On estime que cet aqueduc, tout en assurant à San Diego une magnifique distribution d’éau, permettra d’irriguer de 40 000 à 100 000 acres de terres. 11 sera d’ailleurs possible de capter les eaux d’un certain nombre de fleuves voisins qui viendront alimenter le réservoir de Cuyamaca lorsque le besoin s’en fera sentir.
- Le type d’aqueduc que nous venons de décrire n’est pas le seul qui contribue à transformer les conditions climatériques, la flore et la faune du pays de San Diego. Il y en a sept autres d’importance moindre, les uns terminés, les autres en cours de construction. Ces travaux d’irrigation ont accru la valeur de la terre de 100 dollars par acre, et, comme il s’agit de 500 000 à 1 000 000 d’acres, on peut apprécier ainsi l’importance de l’entreprise.
- C’est un curieux sujet d’étude pour ceux qui vivent dans un pays dont les conditions sociales et matérielles sont parfaitement déterminées, de voir une population décuplée en moins de dix ans, attendant patiemment l’instant où le désert va se transformer en une luxuriante végétation. Ce n’est là ni un rêve ni un roman, ni l’effet d’un coup de baguette magique : c’est le résultat pratique de travaux d’hommes d’affaires attendant l’instant de la transformation avec la foi qu’inspirent de patientes études et des plans longuement préparés, mûris, et enfin réalisés. X..., ingénieur.
- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DES INSTRUMENTS ASTRONOMIQUES A l’observatoire DE PARIS
- Une des plus ingénieuses applications de la lumière électrique, c’est l’éclairage des instruments d’astronomie. 11 ne s’agit pas, on le comprend bien, d’un jet de lumière éclatante lancé sur l’instrument, l’éclairant en totalité, et qui en montre tous les détails extérieurs. Ce serait là de l’éclairage ordinaire et sans aucune utilité pour l’observateur.
- La lumière est ici répandue, diffusée sur toutes les pièces que l’astronome a besoin de voir, où il a quelque chose à* observer. • Figurez-vous un anatomiste qui
- p.294 - vue 298/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 295
- disposerait d’un cadavre dont les organes seraient rendus visibles au dedans et au dehors comme des corps transparents, où l’on verrait l’intérieur et l’extérieur de l'estomac, des poumons, du cœur, etc. Cela vous donnera une idée de l’éclairage des appareils.
- La lumière électrique seule permettait de réaliser un pareil progrès, parce que seule elle peut fournir, sous un très petit volume, une grande intensité; seule, elle n’échauffe pas les parties des appareils dont elle est voisine, — nous parlons des lampes à incandescence, — et, par conséquent, ne les dilate pas et ne détermine pas des courants d’air qui gênent la visibilité ou la netteté des images; seule, elle ne répand aucun produit de combustion, ni fumée, ni gaz délétère ; et ne nécessite aucune préparation, aucun entretien. Le gaz d’éclairage, si commode pourtant, doit être enflammé à l’aide d’une allumette qui cause si souvent des désappointements par sa résistance ou son impuissance à s’enflammer, et qui est éteinte par le moindre vent. Il n’y a pas à préparer la lampe électrique comme une lampe ordinaire, à couper une mèche, à transvaser de l’huile, à mettre un verre et à le fixer au point, etc. Enfin, elle peut être tournée dans tous les sens, sans inconvénient et sans nécessiter un mode de suspension spécial.
- L’appareil éclairé est l’équatorial coudé de Lœwy que nous avons décrit autrefois ici même1, et dont on installe actuellement un second exemplaire de plus grande dimension et singulièrement perfectionné. C’est un instrument monumenlal, un colosse que l’on fait manœuvrer avec une aisance relative. Il faut d’abord le caler, c’est-à-dire l’orienter de manière que l’astre à examiner se trouve dans l’axe ou dans le champ. On se sert pour cela des coordonnées de l’astre qu’on lit sur des cercles divisés.
- La lecture se fait à l’aide d’une loupe qui est en même temps un porte-lumière ; fixée contre elle et au-dessous, la petite lampe est semblable à un ver-luisant; cachée par la monture, car elle n’a que 1 centimètre sur 2, elle projette sur les divisions une lumière qui équivaut à deux bougies.
- Du côté et tout près de l’oculaire, à l’intérieur de la lunette, quatre lampes semblables sont disposées en croix; elles lancent dans le tuyau des jets lumineux qui vont rejoindre l’objectif à l’autre bout. Celui-ci les réfléchit en partie, et l’intérieur de l’appareil se trouve ainsi éclairé d’une lumière douce, égale, uniformémentrépandue comme celle du jour. Sur ce fond lumineux homogène se détachent nettement, sous l’aspect d’une croix noire, les fils du micromètre.
- Les thermomètres, baromètres, pendules, sont chacun éclairés par une lampe que l’observateur allume sans avoir à se déplacer et rien qu’en tournant un simple commutateur; c’est l’éclairage à distance ou télégraphique. Le même commutateur tourné en sens contraire permet d’éteindre aussi facilement que d’allumer.
- Quatorze de ces petites lampes sont utilisées pour l’appareil seulement. Un certain nombre de lampes ordinaires servent à l’éclairage usuel des diverses pièces, des escaliers, etc. Le tout est alimenté par une machine de la maison Breguet, placée dans l’une des caves, et mise en mouvement par un moteur à gaz Otto d’une puissance de quatre chevaux. C’est à M. Gautier, constructeur de l’équatorial, qu’on doit les dispositions ingénieuses prises pour l’éclairage.;"
- Déjà, les observateurs de la salle méridienne réclament
- l’éclairage électrique; le courant d'air déterminé par la flamme et la cheminée du bec donnent lieu à des images ondulatoires des astres. On ne peut que difficilement observer la polaire. La chaleur des lampes produit des dilatations et des déformations des parties de l'appareil qui en sont voisines. Félix Hémest.
- ENREGISTREUR DE LA YITESSE DES TRAINS
- APPAREIL PORTATIF
- La vitesse des trains est réglée, comme on sait, avec une précision mathématique; l’heure du départ et l’heure d’arrivée a chaque station doivent être déterminées d’une façon absolue sous peine des plus graves accidents. Les mécaniciens conduisent leurs machines de manière à arriver exactement dans les limites fixées, mais il faut pouvoir contrôler si le régime de marche est régulier, c’est-à-dire si le mécanicien, allant par exemple, trop lentement au départ, n’est pas obligé ensuite de forcer l’allure pour rattraper le temps perdu, au grand détriment de la machine et de la voie qui sont l’une et l’autre construites pour des vitesses maxima prévues. Il existe plusieurs enregistreurs de vitesse qui donnent des renseignements précis à cet égard. Placés à de certains points de la voie, ils donnent automatiquement, sous l’action du passage du train, le temps employé à parcourir une distance connue. Parmi ces appareils, il en est un qui nous a surtout frappé par sa simplicité de construction et par la facilité avec laquelle on peut l’installer rapidement en un point quelconque de la voie. La vitesse est mesurée sur une longueur très courte, 6 mètres, et le temps est évalué au moyen d’un diapason dont les vibrations sont enregistrées.
- L’appareil a été construit par M. H. Carpentier, sur les indications de M. Sabouret, ingénieur du service central de la voie à la Compagnie des chemins de fer d’Orléans. Il figurait à l’Exposition universelle de 1889.
- Il se compose d’un cylindre en cuivre monté sur un arbre fixe. Une rainure hélicoïdale gravée sur cet arbre, force le cylindre à tourner, lorsque abandonné a lui-même, il descend en vertu de son propre poids. Il forme en un mot écrou sur l’arbre fixe. Un ressort C (fig. 1) le maintient en haut de l'arbre, et un second ressort qu’on voit en haut à gauche sur notre gravure sert à lui donner une première impulsion pour déterminer sa descente dès que le ressort C est déclenché.
- Un diapason donnant le la normal et dont l’une des branches est munie d’un crin, inscrit ses vibrations sur une feuille de papier enfumé qui recouvre le cylindre. Au-dessus de ce diapason se trouve un marteau D qui est déclenché au même moment que le cylindre et qui vient frapper un coup de manière à déterminer les vibrations. Vers le bas du cylindre se trouve une pointe J qui peut pivoter à sa partie inférieurej et qui, lorsqu’on-l’incliné légèrement,
- 1 Voy. n° 578, du 28 juin 1884, > 50.
- p.295 - vue 299/432
-
-
-
- 296
- LA NATURE.
- lig. 1.
- vient toucher le cylindre enfumé et y trace un repère. Ce mouvement est obtenu au moyen d’une soupape II qui se soulève sous l’action de l’air chassé dans l'un des tubes 1, 2, 5. Le ressort CC est déclenché de la même façon au moyen d’une soupape B à laquelle l’airestamenépar un tube A.
- Les tubes A, 1,
- 2, 5, sont reliés à quatre pédales placées le long du rail à l’extérieur de la voie ; chaque pédale, comme le montre une de nos gravures (fîg. 2), est formée d’un petit cube de bois percé d’un trou au fond duquel vient déboucher l’un des tubes. Un bouchon de liège est placé dans chacun des trous, de manière que la première roue de la machine, en passant dessus, puisse l’enfoncer et déterminer ainsi une chasse d’air qui suffit à soulever les soupapes. La première pédale communique par le tube A avec le soufflet de déclenchement B (fig. 1), les trois autres pédales communiquant par les tubes 1, 2 et 5 qui se réunissent ensuite en un tube commun, à la soupape H.
- La première roue de la machine enfonce la pédale A qui est placée à une distance des trois autres suffisante pour que l’appareil ait le temps de se mettre en mouvement. Elle enfonce ensuite successivement les pédales 1 à 3, ce qui a pour effet de tracer sur le cylindre
- trois repères indiquant le moment où l’opération commence, le milieu de l’opération et sa fin; les pédales 1 et 3 sont exactement à 6 mètres l’une de l’autre, et la pédale 2 au milieu. On sait que le diapason, donnant le la normal, produit 435 vibrations par seconde.
- En comptant le nombre des vibrations, on peut
- donc déduire facilement la vitesse du train
- 6mx3600s x455v" 9400
- l’heure : \7
- 10Ü0 X n
- c’est-
- à-dire que si on constate que le nombre des vibrations n est de 94, c’est que le train parcourt 100 kilomètres à l’heure. Nous avons dit plus haut que la pédale 2 est placée au milieu des deux autres ; elle est destinée à faire une vérification de l’opération. En effet, si celle-ci est bien faite, le repère tracé sur le cylindre par l’action de celte pédale doit partager en deux parties
- Appareil de M. Sabouret, pour enregistrer la vitesse des trains. égalés le nombie
- des vibrations
- comprises entre les repères 1 et 3. L’expérience démontre que cette vérification est obtenue le plus souvent à moins de deux vibrations près,
- c’est-à-dire que l’erreur est inférieute à 2 pour 100 quand il s’agit d’une vitesse de 100 kilomètres à l’heure, approximation très suffisante pour le but à atteindre.
- L’appareil est assez petit pour pouvoir être dissimulé dans le ballast. Avec tous ses accessoires, tubes, pédales, flacon de fixatif et sa cuvette, bougie résineuse, bandes de papier, il tient dans une boîte ayant 25 centimètres dans sa plus grande dimension. En dix minutes, on peut le mettre en expérience sur un point quelconque de la voie, et le mécanicien qui conduit sa machine ne se doute pas de sa présence ; en supposant qu’il aperçoive les pédales, il serait trop tard à ce moment-là pour qu’il puisse changer sa vitesse avant qu’elle se trouve enregistrée par l’appareil. G. Mareschal.
- Fig. 2. — Pédale placée le long d’un rail.
- p.296 - vue 300/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 297
- Parmi les nombreuses expositions étrangères réunies ou Champ de Mars de Paris en 1889, celle du Mexique était assurément l’une des plus remarquables et des plus instructives. Nous en avons déjà
- parlé l’année dernière, et nous ne reviendrons pas aujourd'hui sur l'ensemble des collections quelle réunissait, mais nous signalerons à nos lecteurs une des curiosités naturelles les plus belles des États-
- Entrée de la caverne de Cacahuamilpa au Mexique. (D’après une photographie.)
- Unis Mexicains, et peut-être du monde entier; elle nous a été révélée par de fort belles photographies que le représentant du gouvernement mexicain, M. Ferrari Ferez, a mis avec la plus aimable obligeance à notre disposition. Il s’agit de la caverne de Cacachuamilpa qui ne le cède en rien à la fameuse Mammoth Cave des États-Unis et aux plus étranges merveilles du monde souterrain. Nous reprodui-
- sons aujourd’hui l’entrée de cette caverne dont nous nous réservons de montrer prochainement à nos lecteurs les beautés extérieures, et en guise d’introduction nous reproduirons quelques-uns des détails publiés sur l’orographie du Mexique par M. Antoine Garcia Cubas.
- L’aspect des immenses chaînes de montagnes, qui traversent le vaste territoire mexicain, présente
- p.297 - vue 301/432
-
-
-
- 298
- LA NATURE.
- un caractère particulier. Des côtes, vers l’intérieur du pays, le terrain s’élève par gradins en formant de grands plateaux et des vallées pittoresques profondément encaissées, avec des changements brusques de niveau. Les eaux pluviales s’y précipitent en chutes imposantes et en cascades.
- La Cordillère des Andes naît dans le sud de la Patagonie et se dirige vers le nord en se divisant en nombreux rameaux plus ou moins étendus. Elle suit parallèlement les côtes du Pacifique et traverse le Chili, la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, la Colombie.
- Les roches dominantes dans les Andes mexicaines appartiennent aux groupes granitiques, porphyri-ques, basaltiques et calcaires.
- Les calcaires dominent dans les vallées et forment aussi le massif de hautes montagnes et de chaînes importantes; celles dont les premiers contreforts naissent à Atoyac et viennent se perdre près de Boca del Monte, appartiennent au crétacé supérieur.
- Il existe sur les confins de l'État de Guerrero un énorme massif de calcaire secondaire très probablement contemporain du trias où l’action lente et continue des eaux saturées d’acide carbonique a creusé d’énormes cavernes ou grottes d’un aspect grandiose tapissées de concrétions.
- La caverne de Cacahuamilpa, aux confins septentrionaux de l’État de Guerrero, est formée de vastes et nombreuses galeries, de salles intérieures garnies de concrétions d’un aspect fantastique, qui otfrent des spectacles merveilleux aux yeux du visiteur qu’éclaire la lumière électrique ou la lumière au magnésium. Nous publierons prochainement la reproduction des photographies qui nous ont été communiquées de ce monde étrange et peu connu.
- — A suivre. —
- —><>«—
- L’INVENTION DES BILLETS DE BANQUE
- Il semble que cet antique pays de la Chine, aujourd’hui endormi depuis des siècles dans sa civilisation et hésitant à faire un progrès quelconque et à innover quoi que ce soit dans ses mœurs, dans ses coutumes, dans ses lois, ait été la source, le lieu de naissance de toutes les inventions que l’Europe a cru voir naître. C’est ce que nous rappelions ici même il y a déjà quelque temps h On sait que l’imprimerie était pratiquée en Chine bien avant Père actuelle; et la poudre à canon aurait été inventée dans l’Empire chinois. Ayant ainsi atteint un certain niveau assez élevé de civilisation, les Célestes, satisfaits de leur situation, y sont restés immobiles, ne désirant rien de mieux que ce qu’ils considéraient comme la perfection.
- Parmi ces inventions remarquables et se perdant presque dans les premiers temps historiques, nous pouvons citer encore celle des billets de banque. Nous en retrouvons l’origine dans un des ouvrages de l’éminent orientaliste Klaproth, intitulé Mémoires relatifs à l'Asie. Il n’a fait d’ailleurs que rapporter ce qu’il avait trouvé dans les A anales chinoises; ces Annales sont, en effet, plus
- complètes que celles d’aucune nation, et, particularité
- \
- r ‘„Voy. n° 876, du 15 mars 1890, p. 236.
- qui fait beaucoup d’honneur aux Chinois, elles ont surtout ce grand mérite d’avoir survécu et d’être parvenues jusqu’à nous; et cela tout simplement parce que leur rédaction et leur conservation n’ont point été laissées aux soins des particuliers, mais qu’on en a toujours fait une affaire d’Etat. Ce sont donc véritablement ces Annales qui nous apprennent, dans les Mémoires de Klaproth, comment furent créés les billets de banque.
- D’une façon générale la monnaie (et nous ne parlons point de la monnaie d’appoint, c’est-à-dire du billon), la monnaie d’or ou d’argent est une vraie marchandise’, puisqu’elle *est composée d’un métal qui a une valeur réelle approchant sensiblement de la valeur que représente la pièce monnayée. Le billet n’a qu’une valeur nominale reposant sur la confiance et la certitude qu’a celui qui le reçoit en payement, de pouvoir, s’il le veut, aller l’échanger à la Banque contre de l’or ou de l’argent. La première trace de cette monnaie n’ayant qu’une valeur nominale se présente, durant le règne de l’empereur Ou-ti, cent dix-neuf ans avant le commencement de l’ère chrétienne. La cause de cette émission était une pénurie extrême d’argent dans le trésor de cet Empereur, les dépenses de l’État dépassant les revenus; ces billets de banque étaient comme les titres de rente d’un emprunt forcé. C’est le Ministre de l’empereur Ou-ti qui avait imaginé ce système vraiment remarquable à celle époque. Ces billets de banque consistaient en morceaux de peau de daim, d’environ un pied carré, ornés de peintures et avec de grosses coutures sur les côtés; la valeur qu’ils représentaient était de 40 000 deniers, ou environ 300 francs; d’ailleurs ces billets n’étaient qu’entre les mains des grands de la cour; ils avaient au moins le mérite d’être à peu près indéchirables. Peu après on imagina, grâce à ces billets de banque, de créer une source particulière de revenus pour le trésor impérial : on sait que, d’usage immémorial, quiconque est admis en présence du Soleil des deux (c’est-à-dire de l’Empereur), doit se couvrir la figure d’un écran, d’une petite tablette quelconque, ses yeux étant considérés comme incapables de supporter l’éclat de la personne impériale. A l’époque dont nous parlons, on décida que tout visiteur admis à se présenter devant l’Empereur devrait se voiler la face d’une de ces monnaies en peau, comme dit le mot chinois phi-pi, c’est-à-dire d’un de ces billets qu’on lui vendait, au prix de sa valeur nominale, à l’entrée de la salle d’audience et qu’on lui permettait de laisser en quittant ladite salle. 11 paraît que, dans la suite, on usa beaucoup de ce système.
- Postérieurement, et plus particulièrement dans la période de 605 à 617, il y eut des troubles terribles en Chine, si bien qu’il n’y avait plus de monnaie, et que, pour remplacer la monnaie absente, on se servait de billets de banque assez originaux, des morceaux de fer rond, des vêtements coupés en morceaux, des carrés de carton ; mais il faut encore attendre deux siècles pour que commence véritablement l’histoire du papier-monnaie. Ce fut l’empereur llian-tsoung, de la dynaslie Thang, et dont le règne commença en l’année 807 de l’ère chrétienne, qui fut le fondateur, le créateur des banques de dépôts et d’émissions ; il obligea les familles riches et les marchands qui arrivaient dans la capitale à déposer au Trésor public toutes leurs valeurs et leurs marchandises; on leur donnait en échange des reçus en papier, des reconnaissances, qui avaient ensuite cours, qui circulaient comme instru^ ments d’échange, comme monnaie, sous le nom de fey-Ihsian (ou monnaie volontaire). L’empereur Thai-tson, qui régna en 960, suivit le même système. > ^
- p.298 - vue 302/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 299
- . Entre les années 967 et 1022, nn système de papier-monnaie s’établit en Chine, en tout semblable à celui qui existe aujourd'hui en Europe : c’est-à-dire émission de papier de crédit servant de monnaie ayant cours, mais sans garantie, sans gage réel, autrement dit sans monnaie réelle d’une égale valeur déposée à la Banque. Ces premiers billets de banque, tels que nous les comprenons aujourd’hui, furent nommés tchi-tsi ou coupons. Depuis cette époque jusqu’aujourd’hui, les billets de banque ont été employés en Chine, mais sous des noms divers; aujourd’hui ils se nomment pao-tchao ou précieux papier-monnaie.
- De Guignes, dans son ouvrage sur la Chine, donne une gravure d’un billet de banque chinois. C’est un papier carré, portant d’un côté une inscription indiquant quelle est sa valeur (1000 deniers) et spécifiant que c’est un billet de l’empereur Long-Zing, de la dynastie Ming. Sur l’autre face est imprimée en chinois une phrase équivalente à celle-ci : « A la demande du Bureau du Trésor, il est décrété que ce papier-monnaie portant cette inscription et scellé du sceau de la dynastie impériale des Mings, aura cours et qu’il sera usé de lui à tous égards comme si c’était de la monnaie de cuivre. Quiconque enfreindra ces ordres aura la tète tranchée. »
- Chaque grande ville chinoise a des banques à la fois de dépôts et d’émissions, dirigées par des compagnies ou des particuliers, qui émettent des chèques, qui se nomment en chinois pian-thsian; quant aux pao-tchao, aux vrais billets de banque, dont nous avons voulu parler ici, l’émission en est réservée exclusivement au Gouvernement. Mais, en somme, on peut constater, d’après tout ce que nous avons dit, qu’on s’était grossièrement trompé quand on ne faisait, comme Irving, dans ses Chronicles of the conquest of Granada, remonter le billet de banque qu’en 1484, et que la Chine, qui paraît aujourd’hui si en retard vis-à-vis de l’Europe, possédait un système de banques en plein fonctionnement avec tous ses inconvénients et tous ses avantages quand l’Europe était encore bien loin de songer à pareille organisation.
- Daniel Bellet.
- IA VITESSE DES PIGEONS VOYAGEURS
- La plus grande distance parcourue depuis dix ans par des pigeons voyageurs a été le trajet de Calvi (Corse), organisé par la Belgique et le département du Nord : 649 pigeons furent lâchés de cette ville le lundi 30 juillet 1883, à 4 h. 30 m. du matin, par un vent ouest léger. Le trajet à effectuer était de 900 kilomètres à vol d’oiseau, y compris les 150 kilomètres de traversée de la Méditerranée. Le départ fut superbe. Comme cela a lieu souvent, le passage de la mer se fit dans d’excellentes conditions. Les messagers se dirigèrent ensuite sur Monaco en poussant une pointe vers le centre de la France. Dans le courant de la journée, le vent se mit à souffler du nord-ouest avec une certaine violence. L’Observatoire de Bruxelles indiquait à midi, le mardi, 73 pour 100 d’humidité et un vent fort d’ouest-sud-ouest. L’arrivée du premier pigeon fut constatée ce même jour, à 3 h. 16 m. de l’après-midi, à Verviers. Ce messager avait volé environ trente-cinq heures, avec une vitesse moyenne de 450 mètres à la minute ou de 7 mètres à la seconde.
- Cette vitesse est très notable, eu égard à la longueur du trajet, mais pour des parcours moindres, d’une durée comprise entre cinq et-dix heures, il n’est pas rare de
- noter des vitesses supérieures à 1000 mètres à la minute.
- Un problème intéressant à examiner est de savoir quelle influence la vitesse et la direction du vent peuvent exercer sur le vol du pigeon messager.
- La vitesse normale du pigeon voyageur, par un temps très calme et pour de faibles distances, étant d’environ 1100 mètres à la minute, si un vent modéré l’aide un peu dans sa direction, nous verrons sa vitesse augmenter et atteindre 1400 mètres. Si le vent prend de la force et se met à souffler en tempête, toujours dans un sens favorable au vol du pigeon, la vitesse peut monter jusqu’à 1800 mètres à la minute.
- Examinons maintenant l’hypothèse inverse, c’est-à-dire celle où un pigeon voyage par vent contraire. Si le vent est modéré, la vitesse du pigeon descendra à 850 mètres et si le vent augmente d’intensité, elle n'atteindra plus que 600 mètres environ.
- On peut admettre, en règle générale, que le vent, suivant sa direction et lorsqu’il est parallèle au vol du pigeon, entre pour la moitié de sa vitesse comme effet utile ou nuisible. Quand c’est dans un sens oblique, il produit son effet dans une propoition directe à l’angle existant entre la direction du vent et celle du pigeon. On peut donc ainsi, connaissant avec exactitude la direction et la vitesse des courants aériens au-dessus des régions traversées, calculer l’heure probable des rentrées avec une grande précision.
- Par un beau temps et avec un vent du sud ou de l’est, le pigeon voyageur se tient généralement à une altitude de 120 à 150 mètres; par un vent du nord ou de l’ouest, à une altitude de 100 à 130 mètres.
- UN TYPE DE STATION CENTRALE POUR LA
- DISTRIBUTION DE D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
- DANS UNE PETITE VILLE
- Il n’est pas de système de distribution qui se prête à des variétés plus nombreuses que la distribution de l’énergie électrique : on peut même dire qu’il n’existe pas deux usines centrales construites exactement de la même manière, et fonctionnant identiquement dans les mêmes conditions ; mais certains types généraux peuvent servir de guide, sinon de modèle absolu, dans bien des cas, et c’est un de ces types que nous nous proposons de décrire sous une forme un peu impersonnelle, en prenant pour exemple une petite ville dont l’installation comporte 2000 à 3000 lampes distribuées dans un rayon de 500 à 600 mètres autour de l’usine centrale.
- La première question qui se pose dans ces conditions est le choix du système : il est bien évident qu’il n’y a pas lieu d’avoir recours aux tensions élevées, et, par suite, aux courants alternatifs. On donnera la préférence h une distribution à basse tension et à courant continu ; mais, comme la distance est assez grande, il sera avantageux d'employer le système à trois fils qui permet de réaliser une sérieuse économie sur la canalisation, et de ne prévoir qu’une réserve égale au tiers de la puissance maxima à distribuer, tandis qu’il faudrait faire cette réserve égale à la moitié de la puissance maxima si la distribution était à deux fils seulement. ” ’’
- p.299 - vue 303/432
-
-
-
- 300
- LA NATURE.
- L’usine centrale, que nous supposerons actionnée par des moteurs à vapeur, — les forces motrices hydrauliques disponibles dans les villes constituant l’exception,— comportera donc trois chaudières ; une seule de ces chaudières suffira pour assurer le service de jour, ou petit service, deux pour le grand service, et la troisième formera réserve, pour permettre des nettoyages périodiques sans aucun arrêt dans le fonctionnement.
- Ces chaudières fourniront la vapeur à un nombre égal de moteurs commandant directement les dynamos sans transmission intermédiaire, et même ‘ans aucune courroie.
- Cette disposition, inconnue il y a quelques années, est devenue aujourd’hui tout h fait pratique, grâce, d’une part, aux progrès des machines à vapeur qui peuvent tourner normalement à 300 et même 350 tours par minute, et, d’autre part, aux progrès des dynamos dont la vitesse a pu s’abaisser graduellement à la même valeur. 11 est bien certain que les moteurs à grande vitesse et à échappement libre consomment relativement plus de vapeur que les moteurs à condensation et à plus faible vitesse angulaire; mais, dans le cas d’une petite installation, cet inconvénient est largement racheté par l’économie dans l’équipement et les pertes par les courroies, pertes qui atteignent et dépassent souvent 15 pour 100 de la puissance transmise.
- Nous avons choisi, à titre d’exemple, les dispositions adoptées par les ateliers d'Oerlikon, qui forment un
- ensemble bien étudié et particulièrement démonstratif, mais un grand nombre d’autres maisons de construction françaises et étrangères établissent des
- types de stations centrales avec de grandes li gnes identiques.
- La figure 1 représente un moteur à vapeur du type dit Pilon, commandant une dynamo à courants continus du système Brown, excitée en dérivas tion. Il n’y a pas lieu, dans l’espèce, d’avoir recours à une dynamo compound qui exige, pour donner de bons résultats, une vitesse angulaire constante. Cette dynamo a des inducteurs du type Manchester et un induit constitué par une série de
- disques de tôle percés de trous placés très près de la périphérie, et dans lesquels sont introduits les fils de cuivre isolés constituant l’enroulement, dérivé de l’anneau Gramme.
- Les fils venant des dynamos, fils principaux, fils d’excitation et fils de distribution, aboutissent à un tableau de distribution représenté figure 2. Sur ce tableau sont disposés les ampèremètres et les voltmètres indiquant le fonctionnement de chacune des machines, des lampes-témoins pour chacun des circuits, des commutateurs permettant de placer, sur chacun des circuits, soit la machine qui doit le desservir normalement, soit la machine de réserve. Dans le bas du tableau sont établis les trois rhéostats d’excitation reliés à chacune des machines dynamos. Dans le tableau représenté figure 2, les rhéostats sont manœuvrés k la main, a l’aide d’un petit volant placé sur la droite du rhéostat.
- Fig. 1. — Dynamo à commando directe.
- p.300 - vue 304/432
-
-
-
- LA NATURE
- 501
- C’est l’homme chargé de la surveillance des moteurs et des dynamos qui surveille aussi le tableau de distribution et manœuvre les rhéostats en se conformant aux indicalions des voltmètres. Dans certains cas, le soin de maintenir la différence de potentiel constante à sa sortie de l'usine est confié à un appareil automatique composé de deux parties distinctes : le relais et le rhéostat automatique.
- Le relais (fig. 5) est un simple électro-aimant à deux branches enroulé d’un fil très fin monté en dérivation entre les bornes de sortie des deux conducteurs que la machine dessert. Une armature en fer doux oscille entre les deux branches de lclectro-
- aimant autour d’un axe horizontal sur lequel elle est fixée en même temps qu’un long index rigide dont la course est limitée par deux butoirs placés à la partie inférieure du relais. Un ressort antagoniste dont on peut varier la tension à l’aide d’une vis de réglage, équilibre l’action électromagnétique, lorsque la différence de potentiel a sa valeur normale. Si la différence de potentiel vient à augmenter ou à diminuer, pour une cause quelconque (accroissement de vitesse angulaire de la machine, extinction de lampes, etc.), l’action électromagnétique devient prédominante, et le levier du relais vient en contact avec l’un de ses butoirs, celui de gauche dans la figure 3. Si la différence de potentiel diminue, c’est l’action du ressort antagoniste qui devient prédominante, et le contact s’établit avec le butoir de droite. Ce sont ces contacts électriques qui commandent l’action du rhéostat automatique (fig. 4). Outre les résistances ordinaires en fil de mailleehort
- Fig. 3. — Relais de réglage agissant sur l’exeitatiou.
- Fig. 4. — Rhéostat à réglage automatique.
- et les lames sur lesquelles vient s’appliquer un contact glissant, ce rhéostat porte une transmission mécanique par cordes qui imprime aux deux poulies supérieures des mouvements de rotation en sens inverses. Suivant que le relais établit un contact à droite ou à gauche, il envoie un courant dans la partie droite ou gauche du relais correspondant. Ce courant rend actif un électro-aimant qui solidarise l’axe fileté sur lequel est monté le contact glissant avec l’une ou l’autre des poulies et fait avancer le contact dans un sens ou dans l’autre. Le déplacement du contact introduit une résistance dans le circuit d’excitation de la dynamo ou l’enlève. L’opération se continue jusqu’à ce que le potentiel soit redevenu normal, c’est-à-dire jusqu’à
- ce que l’index du relais soit venu se placer entre les deux butoirs, sans toucher ni l’un ni l’autre. Avec cette disposition, le surveillant n’a plus qu’à s’occuper des machines, et à maintenir leur vitesse angulaire constante.
- Dans certaines installations, et le tableau de la figure 2 en est un exemple, les rhéostats automatiques sont supprimés et les relais servent simplement à avertir le surveillantque le potentiel est trop élevé ou trop bas en venant allumer l’une ou l’autre des lampes indicatrices disposées sur le tableau. La lampe de gauche, de couleur rouge, indiquera un potentiel trop élevé, la lampe de droite, de couleur verte, un potentiel trop bas. Cet ensemble de dispositions, dont nous nous contentons d’indiquer le principe, suffit pour assurer le fonctionnement d’une usine centrale de distribution d'énergie électrique d’importance moyenne et
- p.301 - vue 305/432
-
-
-
- 502
- LA NATURE.
- dont les appareils d’utilisation sont à des distances qui ne dépassent pas les limites indiquées au début de cet article. Pour les grandes villes, et pour de grandes distances, il faut avoir recours à des procédés plus complexes, dont l’étude et le perfectionnement font la préoccupation constante d’un grand nombre d’ingénieurs électriciens.
- Nous avons déjà fait connaître à nos lecteurs quelques-uns de ces procédés : nous en décrirons d’autres fort intéressants, encore à l'étude, dès qu’ils auront reçu la sanction de la pratique.
- E. Hospitalier.
- LES AUTOGRAPHES DE « LA NATURE1 »
- M. M. Berthelot
- Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences
- ^fryze/iei'-Éavï-cf, _____
- tigny était aussi un météorologiste des plus éminents. Ses recherches sur la réfraction atmosphérique l’avaient conduit à proposer une nouvelle théorie de la scintillation des étoiles. Cette étude elle-même lui fit inventer le scintillomètre, instrument qui permet d’apprécier la quantité d’humidité répandue dans l’atmosphère, et, par suite, de prévoir, avec chance de succès, l’arrivée de la pluie un assez grand nombre d’heures d’avance. Cet instrument n’est pas d’ailleurs le seul qu’ait inventé M. Monligny. Il avait, dès 1851), doté la météorologie de tout un système d’appareils enregistreurs fort bien imaginés. Le plus original de ces appareils, mais peut-être le moins pratique, était un anémomètre chronométrique, horloge dont la marche était d’autant plus retardée qu’elle se trouvait dans un courant d’air plus violent. C’était, on le voit, une sorte d’intégrateur anémométrique analogue à la montre thermométrique de Bréguet. Cet anémomètre-pendule, destiné surtout à l’étude des courants d’air dans les galeries des mines, avait, sur la plupart de nos anémomètres, l’avantage de ne pas continuer à indiquer, par suite de la vitesse acquise, un courant d’air qui a déjà cessé depuis quelques instants. Monligny s’était également occupé de la pression barométrique et avait reconnu, dans la direction du vent, un facteur qui n’est pas sans importance dans le nivellement barométrique. On lui doit encore une étude sur la couleur propre des étoiles et leur rapport avec la scintillation, et des recherches analogues sur l’aurore boréale. Ces divers travaux avaient valu au savant physicien de nombreuses récompenses, ils lui avaient notamment ouvert les portes de l’Académie royale de Belgique.
- NÉCROLOGIE
- Edmond nébert. — Nous avons appris avec regret la mort de M. Edmond Hébert, membre de l’Institut et doyen honoraire de la Faculté des sciences de Paris, décédé la semaine dernière à l’âge de soixante-dix-sept ans. Né à Villefargeau (Yonne), le 12 juin 1812, le professeur Edmond Hébert fit ses études au collège d’Auxerre et entra en 1853 à l’École normale, où il exerça plus tard successivement les fonctions de préparateur de chimie, de répétiteur de physique, de conservateur des collections, de sous-directeur des études et, en 1852, de directeur des études scientifiques et de maître de conférences de géologie. Appelé, le 5 mars 1857, à la chaire de géologie de la Sorbonne, M. Hébert avait été élu membre de l’Académie des sciences, section de minéralogie, le 19 mars 1877, en remplacement de Charles Sainte-Claire-Deville. Le professeur Edmond Hébert laisse après lui des travaux scientifiques fort estimés. Outre de nombreux mémoires géologiques insérés dans les recueils scientifiques, il avait publié un ouvrage sur les Oscillations de l’écorce terrestre, et un travail sur Les mers anciennes et leurs rivages dans le bassin de Paris, justement appréciés dans le monde savant. Le professeur Edmond Hébert sera vivement regretté par ses collègues et par ses anciens élèves qui tous rendaient un légitime hommage à son savoir et à son caractère.
- C. Monligny. — La Belgique a récemment perdu un de ses savants les plus estimés en la personne de Charles-Marie-Valentin Montigny, né à Namur, le 8 janvier 1819. Professeur de physique et astronomie, M. Mon-
- 1 Yoy. n» 877, du 22 mars 1890, p. 254.
- CHRONIQUE
- Les nouvelles planètes. — Quelques personnes s’imaginent que le nombre des petites planètes est sur le point d’être épuisé, et que les découvertes deviendront de plus en plus difficiles. Mais il n’en est rien. En effet on a découvert trois de ces humbles sœurs célestes de la Terre depuis le 1er janvier dernier, ce qui porte leur effeclif à 290. La 288° a été découverte en Allemagne le 24 février, par M. Luther, le doyen des astronomes adonné à ce genre de recherches. Il en est à sa 24° et a trouvé sa première il y a environ quarante ans. La- 289e a été observée le 10 mars à Nice, parM. Charlois, qui en est déjà à sa 6e quoiqu’il n’ait commencé qu’il y a deux ou trois ans. C’est seulement le 20 que le mouvement qu’il n’avait fait que soupçonner a été démontré. Cette même nuit, M. Brooks découvrait près de Boston une comète, la première de l’année. Le lendemain M. Pa-lisa, directeur de l’observatoire de Pola, découvrait la planète n° 290, qui est sa 70e, quoiqu’il ait découvert sa première seulement en 1874. Cet astronome marche à la tête de tous les chercheurs de petites planètes. Après lui vient M. Peters de Clinton qui est à sa 48e. En quelques années, MM. Henry frères en ont découvert chacun 7, mais depuis 7 à 8 ans, leur activité s’est dirigée sur la photographie de la carte du ciel. En 1860, on ne connaissait encore que 60 petites planètes. On voit donc qu’en trente ans on en a découvert 230, soit en moyenne 7 à 8 par an.
- La Meuse empoisonnée. — Jeudi 20 mars, vers 9 heures du matin, une quantité très considérable d’eau créosotée, provenant d’une usine située sur les bords de la Sambre, a été déversée dans la Meuse sans doute par
- p.302 - vue 306/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 505
- une cause accidentelle. Pendant toute la journée, sur une distance de quarante kilomètres au moins en aval de Namur, on voyait sur le fleuve des milliers de poissons de toutes dimensions, des brochets, des perches, etc., qui tournoyaient et venaient mourir à la surface de l’eau. Les riverains en recueillaient un grand nombre à la main. En un instant on pouvait en emplir un seau de fortes dimensions. Le lendemain, les rives étaient couvertes d’une infinité de petits poissons morts. Le dégât est irréparable. C’est un vrai désastre.
- Le phonographe et les flammes vibrantes. —
- Le phonographe de M. Edison n’est pas seulement destiné à des usages commerciaux et industriels; il peut encore rendre de grands services dans les expériences scientifiques; nous en trouvons un exemple dans une des récentes livraisons de notre confrère de New-York Scien-tific American. Dans les expériences d’acoustique, pour mettre en relief les nœuds et les ventres dans les sons produits, on emploie les flammes vibrantes et les capsules manométriques. Une petite capsule à parois élastiques est soumise aux vibrations d’un son; dans cette capsule, un courant de gaz arrive d’un côté et sort de l'autre où il est enflammé. Chaque vibration se transmet à la paroi ; il en résulte une compression ou une dilatation pour le gaz : la flamme oscille. À l’aide d’un miroir tournant, on analyse cette flamme, et on lui reconnaît une série de maxiina et de minima bien distincts. La difficulté réside dans la production du son d’une façon continue., 11 suffit maintenant d’émettre le son devant l’ouverture du phonographe; celui-ci l’enregistrera et on pourra le reproduire à volonté. Pour cela une capsule manométrique spéciale est montée sur la plaque vibrante du phonographe.
- Extension du service téléphonique en Allemagne. — L’Administration des télégraphes allemands a décidé que dans les postes téléphoniques de l’Empire, le public pourra se servir directement des appareils. Lorsque l’on désire communiquer par téléphone avec une personne habitant une autre localité, on prévient le poste téléphonique de sa résidence qui se «met en communication avec le bureau voisin ; ce bureau fait demander par express à la personne désignée pour quel moment elle fixe la conversation, et en avise le poste qui a adressé la demande; on est ainsi averti du moment du « rendez-vous ». Le prix d’une demande de conversation, et de la conversation elle-même d’une durée de cinq minutes, est de 1 Ir. 25 ; toutes les cinq minutes, ou fractions de cinq minutes en plus, sont comptées également \ fr. 25. L’Administration se propose d’étendre cette mesure aux bureaux de télégraphes en les munissant d’appareils téléphoniques destinés uniquement à l’usage du public.
- Cheval emporté arrêté par un chien. — Les
- exemples sont assez fréquents de chiens se jetant à l’eau pour secourir une personne qui se noie. Mais il est plus rare de rencontrer un chien qui arrête les chevaux emportés. Ce fait s’est cependant produit à Paris. Yers une heure du matin, un cheval attelé à une voiture de place s’emporta et se mit à parcourir les rues à fond de train semant l’effroi sur son passage. Tout à coup un grand chien à poil roux, qui suivait depuis quelques instants la voiture, bondit à la tête du cheval et, saisissant la bride dans sa gueule, tira violemment dessus. Une brusque secousse du cheval envoya le chien rouler sur la chaussée; mais il se retrouva bientôt sur ses pattes et s’élança de nouveau. Cette fois encore, il fut lancé sur le sol. Il revint pour la troisième fois à la charge, et, happant fortement les naseaux du cheval, il parvint à le maîtriser. 11
- était temps, car le fiacre arrivait sur la place de la Bastille où la circulation est très active et de graves accidents se seraient certainement produits. Le commissaire de police, à qui ces faits ont été rapportés, a appris que « l’auteur de cet acte de courage » appartient à un négociant et s’est plusieurs fois déjà distingué en arrêtant des chevaux emportés.
- Le concours des compteurs d’énergie électri-*iue de la ville de Paris. — Les résultats du concours de compteurs d’énergie électrique ouvert en 1889 par la ville de Paris sont actuellement connus. 11 n’y a aucun appareil qui ait donné toute satisfaction à la commission. Il n’y a donc pas de prix, mais en revanche il a été distribué plusieurs primes d’encouragement : 2000 francs à M. Cauderay pour l’ensemble de ses appareils, 2000 francs à M. Aron, 1000 francs à M. Brillié pour son compteur d’énergie, 1000 francs à M. Blondlot pour son compteur d’énergie, 1000 francs à M. Jacque-mier. Le concours est prorogé jusqu’au mois d’août 1890. Les appareils primés pourront être représentés, et la ville renonce à la clause qui lui donnait le droit de construire pour son usage particulier le compteur primé, sans payer aucune redevance à l’inventeur.
- L’exportation des phosphates du Canada. —
- On sait quels services considérables peut rendre l’emploi des phosphates en agriculture; la France possède un certain nombre de dépôts de phosphate dont la statistique a été soigneusement faite l’année dernière, et l’exploitation en a pris un sérieux développement. L’Angleterre, elle aussi, a grand besoin de cette substance pour son agriculture, et chaque année elle en importe pour 15 millions de francs environ. Or, en 1877, on en a découvert d'importants gisements au Canada, spécialement dans le comté d’Ottawa; et depuis celte époque l’exportation des phosphates par le port de Montréal a suivi une marche ascendante continuelle. Elle était de 2823 tonnes en 1877 ; aujourd’hui elle dépasse 23 000 tonnes, valant plus de 2 millions de francs; c’est environ le 1/7 du total des phosphates importés en Angleterre. Du reste on en trouve constamment des gisements nouveaux, et ce commerce va pouvoir se développer rapidement. D. B.
- Perturbations magnétiques artificielles. —
- Deux lignes de chemins de fer, la ligne de Sceaux et celle de Ceinture, passent la première à 80 mètres, et la seconde à 60 mètres de l’Observatoire de Montsouris. Le passage des trains sur la ligne de Ceinture, la plus rapprochée, produit des perturbations dans les indications du magné-toinètre bifilaire qui se reproduisent avec une régularité telle que la courbe de l’enregistreur peut servir de feuille de contrôle du passage des trains. Ce phénomène s’expliquerait en admettant que, par suite de la direction de la ligne par rapport au méridien magnétique, les jantes des roues des wagons s’aimantent; il se produirait, en conséquence des lois du magnétisme, une déviation du barreau aimanté du magnélomètre. Les trains de la ligne de Sceaux donnent naissance à un phénomène non moins curieux. Chaque fois que le machiniste lâche la vapeur, l’électromèlre se décharge et tombe à la moitié environ de son potentiel, et cela quelle que soit la tension électrique de l’air. Ces perturbations sont invoquées par le directeur de l’Observatoire de Paris pour combattre le projet, tel qu’il est proposé, de prolongement de la ligne de Sceaux jusqu’à la place de Médicis.
- Éclairage électrique du cuirassé le Hoche.
- — Nous avons donné précédemment la description du
- p.303 - vue 307/432
-
-
-
- 304
- LA NATURE.
- cuirassé le Hoche; nous pouvons ajouter aujourd’hui quelques renseignements relatifs à son éclairage électrique. L’éclairage comprend 6 projecteurs de 60 centimètres, ayant une lampe à arc de 70 ampères, 14 lampes à incandescence de 50 bougies, 23 de 32 bougies, 550 de 10 bougies, fonctionnant toutes à 65 volts. Les moteurs à vapeur sont des moteurs compound, tvpe pilon, construits par la maison Breguet, et consomment 10ke,5 de vapeur par cheval-heure, d’après les essais qui ont été effectués. Un régulateur spécial permet de faire varier la charge de 0 à 25 chevaux, avec une variation de vitesse angulaire de 345 à 555 tours par minute. Les dynamos, au nombre de 4, sont des dynamos Des-roziers, commandées par les moteurs à vapeur, à l'aide de plateaux d’accouplement élastique Raffard.
- Éclairage électrique «les gares. — La Compagnie des chemins de fer du Nord, à Paris, vient de décider l’éclairage électrique des voies de raccordement de Lille et de Saint-Sauveur. La Compagnie n’ayant pu s’entendre avec la Compagnie du gaz, paraît il, pour les conditions de l’éclairage électrique, établira elle-même cette installation et l’exploitera. On évalue à 600000 mètres cubes la quantité de gaz qui était consommée annuellement.
- Un bureau central téléphonique à Paris.
- — L’Administration des postes et télégraphes aurait décidé d’édifier à Paris, en face de l’üôtel actuel des postes, un grand bureau central téléphonique. Ce bureau serait aménagé de façon à pouvoir desservir 30000 abonnés. Ce serait là une très heureuse amélioration pour le service des communications.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 atnï 1890. —Présidence de M. Düciiahthe.
- M. Hébert. — Nos lecteurs savent déjà la perte irréparable que viennent de faire la science et l’Académie. M. Edmond Hébert, doyen honoraire de la Faculté des sciences, a succombé à l’àge de soixante-dix-sept ans et ses funérailles ont eu lieu aujourd’hui même. En signe de deuil, M. le Président lève la séance aussitôt après la lecture du procès-verbal et avant même le dépouillement de la correspondance dont les pièces les plus importantes paraîtront cependant au prochain Compte rendu. — La Nature consacre une notice spéciale au maître qui disparaît (p. 302) : il suffira de rappeler ici que M. Hébert a publié une innombrable série de travaux qui laisseront en géologie une trace profonde. Élève et continuateur de Constant
- Prévost, il s’est voué sans relâche à la défense de la féconde doctrine dite des Causes actuelles, à laquelle Lyell a su donner un si brillant éclat. La stratigraphie des terrains secondaires, jurassiques et crétacés, a occupé une grande partie de sa vie : on a aussi de lui un grand travail sur le massif ancien normano-breton. M. Hébert s’était fait une grande réputation comme professeur : il aimait la géologie et savait la faire aimer; ses élèves sont très nombreux et comptent dans leurs rangs beaucoup de savants très distingués qui sauront continuer lis traditions de leur maître. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE JEU DE L’ARAIGNÉE
- Depuis quelque temps la mode est aux jeux d'équilibre et d’adresse; nous avons décrit récemment
- le Jeu de la Tour Eiffel qui consiste à faire monter une bille sur un chemin de carton hélicoïdal *; nous avons fait connaître le Jeu du matin qui a pour objet de faire aligner des billes enfermées dans une boîte à rainures, dans un ordre déterminé2.
- Nous allons faire connaître une variante ingénieuse de ces sortes de jeux d’adresse : il s’agit du jeu intitulé Y Araignée et les mouches, notre gravure en donne l’aspect.
- Dans une boîte vitrée un dessin figure, au centre, une araignée au milieu de sa toile. Quatre disques légers en flanelle D,D,D,D, peuvent y glisser. — Un globule de mercure M se promène dans cette boîte. Au moyen du globule de mercure que l’on conduit en inclinant la boîte dans un sens et dans l’autre, il faut pousser les quatre disques, aux quatre coins de la boîte sur les cercles dessinés. — Quand cela est fait, on doit ramener le globule de mercure au centre dans une petite cavité creusée dans le corps de l’araignée. Ce jeu récréatif nécessite beaucoup d’adresse et de légèreté de main.
- Dr Z...
- 1 Voy. n° 867, du 11 janvier 1890, 96.
- 2 Voy. n° 856, du 26 octobre 1889, p. 352.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- L’Araignée et les mouches. Nouveau jeu d’adresse.
- Paris. — Imprimerie Lahurc, rue de Fleurus, 9.
- p.304 - vue 308/432
-
-
-
- N° 881. — 19 AVRIL 1890.
- LA NATURE.
- 305
- LA FABRICATION DU LAIT CONDENSÉ
- EN SUISSE
- Au premier rang des pays producteurs du lait condensé se trouve la Suisse. La réputation de ses laits n’est plus à faire. Il est certain que si d’autres herbages comme ceux, par exemple, de la Normandie ou de la Hollande, produisent des laits plus riches en beurre que ne le sont les laits suisses, aucun d’eux ne peut rivaliser avec ceux-ci pour le bon goût, pour la finesse de l’arome, pour l’ensemble de ses qualités. Cela provient essentiellement de la richesse de la tlore du pays.
- L’industrie du lait condensé, qui a pris ces dernières années un immense développement en Suisse, est actuellement exploitée principalement par trois sociétés ou particuliers : la Compagnie anglo-suisse avec deux fabriques à Cham et à Guin ; la fabrique Lapp, à Epagny; la Société Henri Nestlé avec ses trois fabriques de Vevey, Bercher et Payerne.
- L’exportation du lait condensé (et ici exportation est synonyme de fabrication, la consommation indigène étant insignifiante) s’est élevée d’après les chiffres du bureau fédéral des douanes : en 1887, à 111312 quintaux métriques, soit 494 720 caisses de 48 boîtes; en 1888, à 117 700 quintaux métriques, soit 520 000 caisses, ce qui représente le lait
- Appareil de condensation du lait; usine de Vevey, en Suisse.
- d’environ 15 000 vaches et de 250 villages. Pendant l’année 1888, l’exportation des fromages suisses a atteint 238 390 quintaux métriques représentant une valeur de 30 450 000 francs. Nous rapprochons ces chiffres pour faire comprendre à chacun l’importance de cette industrie qui, jeune encore, exporte presque la moitié de son aînée, celle des fromages.
- Le mode de fabrication du lait condensé est le suivant : le lait frais, aussitôt trait, est porté par les agriculteurs propriétaires des vaches, dans les laiteries que possèdent chaque village ou groupe de petits villages. Ces laiteries sont des sociétés syndiquées avec lesquelles les fabriques de lait condensé traitent du prix. Le lait y est refroidi. Amené a la fabrique, le lait est chauffé une première fois au bain-marie, puis une deuxième fois dans des vases 18e année. — 1er semestre.
- en cuivre jusqu’à une température ne dépassant pas 80° C. Il est ensuite sucré par une adjonction de 13 pour 100 de son poids de sucre raffiné de première qualité et aspiré au moyen d’une pompe dans des vacuums, appareils à condensation dans le vide. Ces appareils construits à peu près comme ceux employés pour la condensation du jus de betteraves, sont munis d’un double fond et de tuyaux en spirale dans lesquels circule de la vapeur d’eau. Un aspirateur, fonctionnant au moyen d’une pompe pneumatique, communique avec le vacuum par son sommet et enlève sous forme de vapeur, au fur et à mesure qu’elle se produit, la partie aqueuse du lait qui bout sous faible pression, le condense, en un mot. Le lait, amené au degré de condensation voulu, est sorti des vacuums, puis refroidi dans des
- 20
- p.305 - vue 309/432
-
-
-
- 306
- LA NATURE.
- vases placés dans des réservoirs d’eau courante, très fraîche. Il ne reste [dus alors qu’à le mettre dans des boîtes de fer-blanc cylindriques, hermétiquement soudées, du poids d’une livre anglaise, et à l’expédier par caisse dans le monde entier.
- On remarquera que dans ce mode de préparation, le lait, tel que l’a donné la vache, n’a subi, d'une part, qu’une déperdition d’eau, d’autre part, une adjonction de sucre pur, destiné à le mieux conserver. Il contient tous les éléments du lait frais et ceux-ci n’ont pas subi de modifications essentielles, l’ébullition du lait, sous faible pression, n’ayant jamais dépassé 80° G.
- On peut donc affirmer que le lait condensé a toutes les propriétés nutritives du lait frais, que c’est un excellent aliment.
- Les analyses suivantes, l’une du professeur Soxlet, de l’Université de Vienne, l’autre de M. Otto Hehner, le savant chimiste du Saint-Thomas Hospital de Londres, nous montreront la composition chimique des laits condensés suisses :
- MATIÈRES DOSÉES LAIT NtSTLÉ LAIT DE LA COMPAGNIE ANGLO-SUISSE
- D'Rehner D Hehner Soxlet D'IIehner DHehner Soslet
- Eau 23 511 25 Oi 23 28 24 21 26 44 24 70
- Matières grasses. . . 11 5* Il 12 8 6: 9 95 10 52 6 02
- Caséine 9 60 8 18 10 25 8 72 8 22 9 77
- Sucre 53 21 53 78 53 82 55 18 52 86 57 40
- Sels 2 02 1 88 2 03 1 94 1 96 211
- 100 00 100 00 100 00 100 00 100 On 100 00
- D’autres analyses du Dr Brunner, professeur de chimie à l’Université de Lausanne, et du Dr Christen, de Paris, confirment celles-ci1.
- Le problème de la conservation du lait est donc résolu. Ce lait se conserve pendant plusieurs mois, son goût est des plus agréables. Nous n’avons pas besoin d’insister sur les usages innombrables auquel il se prête, ni sur les services qu’il rend dans les grands centres, à bord des navires, dans nos colonies et dans tous les nombreux pays où le lait frais fait défaut. Dr Aguet.
- LA CULTURE ARTIFICIELLE DU RAISIN
- EX ANGLETERRE
- Un grand nombre de touristes visitant les îles de Jersey et Guernesey ont pu voir en passant les longues rangées de serres à vignes qu’un ancien photographe, M. Bashford, y a installées depuis 1877. Aujourd’hui, viticulteur renommé et depuis longtemps millionnaire, M. Bashford n’avait alors qu’une fortune des plus modestes et retirait difficilement de grands profits de sa profession, lorsque en visitant les serres à vignes des environs de Londres, ce que
- 1 Ces analyses diffèrent de celles que nous avons publiées antérieurement (Voy. n° 8G2, du 7 décembre 1889, p. 6) : il est probable que les échantillons examinés n’étaient pas de même provenance.
- nos voisins appellent leurs vineries, l’idée lui vint de les imiter : il y a pleinement réussi. L’exploita-lion dont nous parlons couvre aujourd’hui environ 20 hectares en plusieurs tronçons, et un service journalier de vapeurs entre les îles et la capitale anglaise, par la Tamise, permet au propriétaire dé ces serres d’écouler sur le marché de Londres la totalité de ses produits.
- C’est en 1860 qu’un sieur Meredith a créé, en Angleterre, l’industrie de la culture artificielle des fruits. 11 s’installa alors à Garnston, près Liverpool, et eut longtemps le seul établissement commercial consacré exclusivement à la culture forcée de la vigne : il y obtint des grappes pesant de 8 à 10 livres anglaises, et acquit dans ce genre d’industrie une grande réputation. M. Meredith démontra.alors un principe méconnu avant lui par tous ceux qui s’étaient occupés de cultures sous verre et qui consiste en ce fait que l’on obtient les plus fortes grappes sur les vignes ayant la végétation la plus vigoureuse. Pendant qu’il dirigeait les travaux du parc de Liverpool, M. Ed. André, de Paris, obtint de visiter le vineyard de Meredith. « Vingt-quatre serres, écrivait-il alors, dont plusieurs très vastes, sont plantées dans des directions et à des expositions diverses, selon les cultures des différentes saisons et des différentes variétés. La plupart sont à double versant, établies du nord au midi dans le sens de la longueur, et reçoivent de toutes parts les rayons obliques du soleil... Tout le travail, à l’encontre des autres, y tend à obtenir une récolte après la maturation normale des vignes en plein air... Les pieds de vigne de deux ans y poussent à plus de 10 mètres de longueur; les sarments sont énormes, et les grappes atteignent jusqu’à huit livres. » Aujourd’hui ces dimensions de grappes sont bien autrement dépassées, et il n’est pas rare de rencontrer, dans les expositions spéciales organisées des horticulteurs anglais, des grappes de 8 à 11 kilogrammes.
- Les serres à vignes sont aujourd’hui très populaires dans toute la Grande-Bretagne, le moindre petit cottage y a sa vinery, et près des châteaux des lords et des grands propriétaires du pays ces serres occupent une place considérable. Parmi ces installations, l’une des plus remarquables est celle du jardin royal de Frogmore, près Windsor, sous la direction de M. Th. Jones : huit serres y sont uniquement consacrées à la culture de la vigne; les plus longues ont plus de 30 mètres de longueur sur 6 mètres et demi environ de largeur ; le chauffage s’y fait au moyen d’un thermosiphon fixe1.
- Nous n’entrerons dans aucun détail sur cette question spéciale du chauffage qui, d’ailleurs, ne présente rien de bien particulier pour l’Angleterre, mais nous insisterons sur son importance : une température trop peu élevée diminue l’excitabilité vitale, les organes ne remplissent plus leurs fonctions avec l’énergie nécessaire, la végétation languit ou
- 1 Voy. n° 558, du 22 septembre 1885, p. 257.
- p.306 - vue 310/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 507
- sommeille ; une température trop élevée produit des elîets différents suivant qu’elle coïncide ou non avec une humidité proportionnée. En Angleterre, outre la chaleur qu’ils donnent à l’air ambiant, les horticulteurs chauffent encore le sol, persuadés que ce mode d’agir est le moyen le plus énergique d’activer le mouvement de la sève : la figure 1 montre une disposition spéciale a la contrée, par laquelle on fournit au sol, au moyen du thermosiphon, la chaleur dont il a besoin. C’est là un moyen de stimuler l’activité végétative qu’il est d’autant plus important de ranimer chez les plantes forcées, dont l’excitabilité est d’autant plus affaiblie que leur forçage a commencé plus tôt au commencement de l’hiver.
- L’une des serres à vignes les plus originales tant en raison de sa construction que de son installation, est celle du jardin de la Société royale d’horticulture de Londres à Chiswick. De loin on croirait voir un énorme vaisseau dont la coque se trouverait renversée : on ne peut mieux en juger que par la coupe que nous donnons figure 2. La construction est en fer, avec mur en briques. Elle n’était pas au début destinée à servir de serre, mais seulement d’abri pour rentrer les plantes en hiver : sa longueur est de 55 mètres; sa largeur de 9 mètres et sa hauteur également de 9 mètres; elle est placée du nord au sud, partant dans les meilleures conditions d’orientation, puisque l’un des côtés est exposé au soleil levant et l’autre au soleil couchant. C’est en 1859, sur la proposition de M. Georges Mac Ewen qu’on y tint des expositions d’automne pour les fruits, en les plaçant en étagère sur le bord intérieur avec un fond de vignes garnies de grappes de raisins. Mais on s’aperçut bientôt que quantité des variétés de vignes qu’on avait plantées étaient impropres à la culture forcée sous abri vitré; il fallut en faire le triage : on les arracha alors ou on les greffa par approche. Ce système donna de bons résultats, et aujourd hui la serre de Chiswick est totalement tapissée de grappes jusqu’au sommet. On a eu l’heureuse idée, sur beaucoup de ceps greffés, d’indiquer le nom du sujet et celui de la greffe, de sorte qu’on peut ainsi facilement juger du sujet qui peut convenir à une autre variété ou l’améliorer.
- On y a installé une immense passerelle en fer, glissant sur roulettes, qui permet de donner aux vignes les soins nécessaires pendant les diverses phases de leur végétation. Pour le service intérieur, une double échelle roulante, ayant la même courbe que la serre, se trouve en permanence.
- L’étude de la serre à vignes de Chiswick a permis d’éclaircir la question de savoir s’il est préférable de planter les vignes à l'intérieur ou a Vextérieur des serres. L’examen de la ligure 2 montre qu’on les a plantées alternativement de l’une et de l’autre façon, ce qui résulte des directions fort diverses auxquelles a été soumise cette installation. Or, comme toutes les vignes y viennent parfaitement, ceci tendrait à prouver que la chose est indifférente.
- Le rapport annuel de cette serre est d’environ 4500 grappes en moyenne, de 450 grammes chacune, et le produit en argent est de 10 000 francs.
- L’une des meilleures variétés qui se laissent forcer est le Frankenthal (Black Hamburg des Anglais) et le chasselas de Fontainebleau. Un auteur anglais, Archibald Baron, a étudié les variétés pour destinations les plus diverses; en dehors de celles que nous venons de nommer il recommande surtout pour amateurs : Madresfield court et Forster’s white Seedling; pour la vente ou le marché : Muscat d’Alexandrie, Gros Colman et Lady Downe’s Seedling ; pour expositions, comme raisins noirs : Gros Guillaume et Almvick Seedling, et comme raisins blancs : Trebbiano etBuckland Sweetwater. Les variétés produisant les plus grosses grappes sont : Trebbiano, White Nice, Gros Guillaume, etc.; celles qui donnent les plus gros grains : Gros Colman, Cannonhall muscat, Duke of Bucclengh, etc. C’est à la variété Frankenthal qu’appartient une vigne fameuse en Angleterre, celle de Cumberland Lodge, Windsor-Park : elle remplit entièrement une serre de 158 pieds (environ 41 mètres) de long sur 20 pieds (6 mètres et demi) de large, et fournit une moyenne annuelle de 2000 grappes d’un poids moyen de trois quarts de livre, ce qui donne un total de 1500 livres anglaises de raisin ou environ 700 kilogrammes.
- L’inconvénient des grandes serres comme celle de Chiswick est la difficulté du cisellement. On a toujours soin, en effet, aussitôt que la fécondation est opérée et que le grain commence à grossir, non seulement d’enlever les grappes surabondantes, mais encore d’éclaircir les grappes. Cela se pratique à l’aide de ciseaux à lames étroites et à pointes émoussées. Nécessairement cette opération demande une certaine expérience el de l’habileté ; il n’y a pas de règles qui permettent de préciser le nombre de grains à enlever : tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il faut toujours donner à la grappe une forme convenable et supprimer les grains intérieurs ; on arrive à obtenir alors des grains magnifiques. Nous avons trouvé dans un journal anglais spécialiste, The Floristand Pomologist, deux figures représentant une grappe avant et après le cisellement : nous les reproduisons (fig. 5 et 4). 11 est évident que si l’on veut obtenir de belles grappes, il ne faut pas trop charger la vigne: une grappe par courson suffit.
- C’est de cette manière que procèdent tous les grands horticulteurs de l’Angleterre. Parmi ceux-ci, comme type, nous en citerons deux : M. Thomson, ancien chef de culture du duc de Bucclengh et M. Philipp Ladds qui a aujourd’hui la vinerie la plus considérable de l’Angleterre. M. Thomson est ce que nous pourrions appeler le producteur artistique, il prend son temps, veut faire bien et arrive à des résultats hors ligne ; M. Philipp Ladds est, au contraire, le producteur industriel, lui aussi veut faire bien, mais aussi il tient à faire vite, se souvenant à tout instant du proverbe de son pays qui veut avec raison que le temps et l’argent ne soient qu’un.
- p.307 - vue 311/432
-
-
-
- 508
- LA NAT U UE.
- Pour donner une idée des produits du premier, nous rappellerons ce fait : un de nos amis a voulu l’année dernière, à Londres, se procurer une grappe, la plus petite possible, de raisin noir « Real Thomson » et n’en a trouvé qu’une seule pesant plus d’un kilo-
- gramme qu’il a dû payer 19 shellings, soit 23 fr. 75 : toutes les autres étaient autrement volumineuses et naturellement plus chères. M. Philipp Ladds, lui, a trois établissements, couvrant environ 20 hectares sous verre et qu’il agrandit et perfectionne chaque
- ièililllIliSll
- Fig. 1 et 2. — Serres à vignes anglaises. — Fig. 1. Serre à vigne dont le sons-sol est chaulle par le Iherinosiphon. — Fig. 2. Coupe de la grande serre à vignes de la Société Royale d’horticulture de Londres à Chiswiek, montrant les vignes parlant indifféremment, de l’intérieur ou de l’extérieur.
- année : le premier, a Bexley-Jleat, de 4 hectares, est consacré partie aux fleurs, partie aux fruits, et chaque matin 54 chevaux conduisent ces produits à Covent-Garden, distant d'environ 12 kilomètres ; le second, de 6 hectares, est à 4 kilomètres du premier, et l’on n’y fait que de la vigne et de la tomate; le troisième, d’une étendue égale a celui des deux autres, est à Sxvanley-Jonction, on y fait de la fleur et du fruit, et chaque matin les produits de ces serres partent à Londres, à Liver-pool, à Manchester et dans toutes les grandes villes de l’Angleterre.
- On ne se contente pas en Angleterre de cultiver la vigne en pleine terre sous abri vitré, on en pratique encore le forçage en pots. Ces pots peuvent contenir environ deux pieds cubes de terre pour les ceps assez forts, et leurs dimensions sont de 0m,55 à 0m45 en hauteur et en largeur. La figure 5 en représente un exemplaire. Dans ses Horticultural Transactions, Knight estime que dans un récipient de ce calibre, une vigne dont la vigueur est bien entretenue
- et qu’on arrose fréquemment à l'engrais liquide peut prendre un développement de vingt pieds carres en tous sens, sarments taillés comme à l'ordinaire.
- Le mode de culture en pots présente l’avantage de permettre le remplacement immédiat des individus que l'on a condamnés et dont la floraison ne s’est pas faite dans des conditions favorables ; mais il ne convient qu’à un nombre restreint d’espèces dont les principales sont le Fran-kenthal, le Muscat d’Alexandrie et le Royal Ascot. Le procédé de forçage usité en Angleterre consiste à élever de jeunes pieds de boutures par yeux et à les faire fructifier en moins de seize mois; on arrive ainsi à faire produire jusqu’à sept ou huit belles grappes à de très jeunes vignes. La forme des serres ne présente rien de bien particulier, elle est à peu près celle des serres chaudes ordinaires, et l’on pourrait facilement se servir de celles-ci pourvu que les arbres n’y soient pas trop éloignés de la lumière. Nous représentons (fig. 6) une serre à double versant dans laquelle on
- Fig. 3 et 4. — Une grappe de raisin avant et après le cisellement. Fig. 5. — Vigne en pot forcé sous abri vitré.
- p.308 - vue 312/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 309
- peut voir un mode assez original de disposition des plantes.
- La méthode usitée pour la fructification rapide est simple, mais assez longue. Aux premiers jours de janvier on détache avec une serpette, de quelques sarments bien aoûtés, les yeux les mieux constitués; on plante les boutures dans des pots remplis d’un
- Fig. 6. — Serre anglaise à douille versant pour la culture de la vigne en pots.
- mélange en parties égales de terre franche et de terreau do feuilles qu’on enterre dans la tannée d’une serre chaude bien éclairée (30 à 32°), puis au bout de quelques semaines on transplante dans des pots de 0m,10 àOm,12 en ajoutant à la terre un peu de terreau bien consommé et on enterre ces pots de nouveau. On a alors bien soin de seringuer les plantes tous les
- Fig. 7. — Serre anglaise à ananas et à vigues.
- jours, de renouveler suffisamment l'air de façon à ne pas les étioler, et de maintenir la température, qui ne s’était élevée jusque-là qu’à 20 ou 24°, à 25 et 30°, et 0 a 8° pendant la nuit. En mars, les pousses atteignent généralement 50 à 60 centimètres de longueur ; on pro-cèdeàun premier rempotement, tout en ayant soin de ne pas briser la motte, dansdes pots de 0m25, qu’on enterre sous une couche de 30 à 32° de chaleur avec une température aérienne d’environ 22°.La végétation s’accélère alors, il faut placer des tuteurs aux vignes, pincer sur un nœud les bourgeons anticipés et supprimer entièrement les vrilles. Un mois plus tard, les sarments ont une longueur de à lm,50; on les place alors dans
- leurs pots définitifs, auxquels on donne une terre composée à peu près de six parties de terre franche un peu argileuse, deux parties de terreau de fumier de cheval et une demi-partie de poudre d’os, et qu’on enterre sous une température de 25 à 26°, celle
- de l’air ne variant pas. On laisse enfin croître la tige jusqu’à deux mètres, on l’arrête à cette hauteur : à partir de ce moment, on ne touche plus aux bourgeons latéraux qu’on laisse se développer en toute liberté. En mai on se contente, pour mettre davantage la tige en contact avec la lumière et l’air, d’enlever ça et là quelques feuilles; en juin on la voit prendre une couleur plus foncée et on peut supprimer les jets ad-ventifs ; c’est alors que, pour aoûter complètement le bois à l’air libre, on va enterrer les pots hors de la serre dans un lit de mâchefer concassé, à un endroit abrité et bien exposé au midi. En novembre les vignes sont taillées sur 9,10 ou 12 yeux, puis on les place sous un hangar aéré jusque fin novembre, époque à laquelle on commence à les forcer. Ces vignes fructifient l’année même.
- Il n’est guère de grande exploitation en Angleterre qui n’ait une ou plusieurs serres où l’on cultive la vigne en pots. Nous avons vu parfois ces pots
- Fig. 8. — Serre de Savvbridgeworlh.
- p.309 - vue 313/432
-
-
-
- 510
- LA NATURE.
- orner la table durant les repas ; toujours ils excitent au plus haut point letonnement de ceux qui ne connaissent pas ce mode de culture du raisin de luxe, et il devient assez original de servir les convives en détachant devant eux avec des ciseaux, sur l’arbuste, les grappes bien mûres recouvertes d’une « pruine » veloutée qui ajoute à leur beauté. Mais bien évidemment ceci ne devient possible qu’aux premières années; et quand au contraire on laisse prendre aux vignes en pots tout le développement qu’elles peuvent donner, on arrive alorsà des résultats tels que ceux qui sont représentés figure 8, dans une serreàSavvbridgeworth, au fameux établissement de Rivers.
- Il faut encore se rendre en Angleterre pour voir la vigne, non plus cultivée dans des serres généralement destinées à cette plante, mais dans celles qui ne sont destinées qu’aux végétaux d’agrément. Les résultats hors ligne obtenus par les amateurs et les horticulteurs de profession les ont engagés à introduire sous ces abris vitrés les vignes, à la culture desquelles ils n’avaient pas songé tout d’abord.
- En ce cas, lorsque la constitution des fruits exige que la température intérieure soit supérieure à 10°, on plante toujours les vignes à l’extérieur : on peut en voir un exemple, figure 7, qui représente une serre à ananas et à vignes. Les tiges passent alors par des ouvertures ménagées dans le mur, distantes, lorsque les vignes sont conduites en cordons, de lm,40 à lm,50 les unes des autres, de façon que l’on n’arrive pas à produire un feuillage suffisamment épais pour empêcher l’air et la lumière d’arriver jusqu’aux plantes placées directement au-dessous. Les pieds situés à l’extérieur doivent tout naturellement être abrités contre le froid, et sont toujours recouverts d’une couche de fumier de cheval frais ou chaud, remaniée de temps en temps et souvent additionnée de manière à ne jamais devenir inerte. Quelques horticulteurs, à l’automne, retirent les sarments de la serre pour leur faire passer l’hiver à l’air libre, puis l’introduction des branches n’a pas lieu avant le commencement de mars.
- Lorsque, au lieu d’ananas, il s’agit de plantes ornementales, dont la plupart exigent un ombrage fréquent, on fait cette introduction plus tôt. En outre, pour qu’il n’y ait pas une disproportion trop grande entre la température des parties souterraines et celle des parties aériennes, on chauffe la terre au moyen du thermosiphon comme nous l’avons indiqué précédemment : sans cette précaution il arrive souvent que le raisin « coule » dans la serre au commencement de mars, lorsque la température extérieure est à plusieurs degrés au-dessous de zéro et qu’à l’intérieur la vigne fleurit par une température de 20°. Cette industrie anglaise a trouvé des imitateurs en Belgique et en France.
- Nous dirons une autre fois à quel point elle est en Belgique; nous signalerons aujourd’hui ce qui se passe chez nous, où les installations ne font que naître et méritent d’être encouragées.
- Chose curieuse, presque toutes se trouvent dans le nord de la France, c’est-à-dire dans des contrées dont le climat se rapproche essentiellement de celui de la Grande-Bretagne. Les plus considérables ont été installées à Roubaix, il y a quelques années, par M. Anatole Cordonnier, un amateur de mérite doublé d’un spécialiste actif et intelligent. A la suite de plusieurs voyages en Angleterre et en Belgique, après avoir été admis à visiter les serres les plus considérables du Royaume-Uni, M. Cordonnier commença quelques constructions timides, puis édifia plusieurs serres, et aujourd’hui, près de lui, sous sa direction et s’aidant de ses conseils, un autre horticulteur, M. Phatzer, a installé toute une série de serres à vignes qui couvrent près d’un hectare. De loin on se demande ce que peuvent être tous ces vitrages qui scintillent au soleil et qui, surmontés d’une haute cheminée, ont tout l’air d’une véritable usine. En pénétrant à l’intérieur, on est frappé de la magnificence de la végétation : toutes les serres sont tapissées de magnifiques grappes noires et blanches des plus appétissantes et d’un velouté remarquable; une série de tuyaux de chauffage en fonte s’y déroule sur un parcours de plus de 4000 mètres. Il y a quelques mois, toujours sous la direction de M. Anatole Cordonnier et confiées aux soins de M. Phatzer, ont été édifiées à Bailleul une série de serres qui, terminées, couvriront plusieurs hectares.
- Aujourd’hui, ces premiers industriels ont trouvé quelques imitateurs, comme MM. Wattrelos, à Le-zennes; Delemazure, à Tourcoing, etc.; un essai a été encore fait à la Chevrette, près Enghien, par M. Char-meux; mais aucune de ces installations ne peut, comme celles de MM. Cordonnier et Phatzer, être comparée à celles que l’on voit en Angleterre et en Belgique. C’est là une nouvelle industrie, implantée dans notre pays de France, et à ce titre on ne saurait trop féliciter ces industriels de leur initiative.
- Alfred Renodard,
- Ingénieur civil.
- PROPAGATION DES COURANTS ALTERNATIFS
- Jusqu’à ces dernières années, la loi d’Ohm suffisait à expliquer la propagation d’un courant électrique dans un conducteur, et à déterminer simplement son intensité en faisant le quotient de la différence de potentiel aux bornes par la résistance de ce conducteur.
- L’étude approfondie à laquelle on s’est livré pendant ces dernières années sur les courants alternatifs montre qu'il ne saurait plus en être ainsi sans faire quelques réserves sur la nature du conducteur et la fréquence des périodes du courant traversant ce conducteur. Il ne suffit plus, avec ces courants, de connaître la section d’un conducteur, sa longueur, sa résistance spécifique et la valeur de la différence de potentiel efficace établie entre ses bornes pour déterminer l’intensité du courant qui le traverse. Si le conducteur est cylindrique, de grosse section, et que la fréquence de la périodicité soit élevée, l’intensité ne sera que le tiers, le quart, et même une fraction beaucoup plus petite de la valeur que le calcul devrait indiquer en ne tenant compte que des simples dimensions
- p.310 - vue 314/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 311
- du cylindre. Il a fallu mettre à contribulion toutes les ressources de l’analyse pour expliquer théoriquement le phénomène et établir les formules qui permettent de calculer à l’avance l’accroissement de résistance d’un conducteur traversé par de semblables courants. Mais il n’est pas sans intérêt d’examiner le fait en lui-même, toute considération théorique mise de côté, et d’en signaler quelques conséquences qui justifient les dispositions particulières données à certains conducteurs destinés à la canalisation des courants alternatifs de grande fréquence.
- L’accroissement de résistance que nous signalons provient de ce que la propagation des courants alternatifs de grande fréquence a lieu principalement par la périphérie du conducteur : la densité du courant n’est pas uniforme dans toute la section et, dans ces conditions, le milieu du courant est beaucoup moins utilisé que la partie périphérique. Cela justitie l’emploi de conducteurs creux dans certaines canalisations de grosse section, ainsi que dans les circuits primaires des transformateurs destinés à la soudure, transformateurs dans lesquels le courant primaire atteint et dépasse souvent 20 000 ampères. On arrive ainsi, bien que le fait paraisse paradoxal, à établir un conducteur creux plus léger et moins résistant qu’un conducteur plein de même diamètre extérieur.
- Ce mode de propagation périphérique des courants alternatifs donne l’explication d’un petit accident arrivé à lord Armstrong au dernier meeting de l’Association britannique, à Newcastle. Lord Armstrong tenait dans sa main droite une grosse barre d’acier d’environ 1 pied (30 centimètres) de longueur qu’il plaça accidentellement en contact avec les deux bornes d’une dynamo à courants alternatifs. Il ressentit aussitôt une vive sensation de brûlure et dut lâcher la barre. Cependant la barre ramassée presque aussitôt était parfaitement froide. Cela prouve évidemment que la surface extérieure avait été rapidement portée à une température assez élevée pour produire la sensation de brûlure ; mais la quantité de chaleur dégagée n’étant pas suftisante pour chauffer sensiblement toute sa masse, l’égalisation de température s’était rapidement produite dès l’interruption du courant. Il y a là un phénomène des plus curieux, et dont l’explication aurait été difficile, si les équations fondamentales de Maxwell sur l’électromagnétisme, développées et appliquées au cas particulier par sir William Thomson, ne trouvaient une nouvelle confirmation de leur exactitude dans cette expérience, douloureuse pour lord Armstrong, mais des plus heureuses pour la théorie à laquelle nous faisons allusion.
- C’est surtout pour la propagation des courants téléphoniques dont la fréquence atteint et dépasse 5000 périodes par seconde que la nature du conducteur et la périodicité jouent un rôle des plus importants. La théorie explique aujourd’hui nettement pourquoi les transmissions téléphoniques deviennent si rapidement insuffisantes sur les lignes en fer de quelque longueur, et elle justifie aussi l’emploi des fils de bronze phosphoreux et siliceux qui permettent de téléphoner entre Paris et Bruxelles, Paris et Marseille, en attendant qu’une ligne entièrement en cuivre relie Paris à Londres et permette également la communication téléphonique entre ces deux villes.
- Nous avons signalé ces applications particulières de la théorie pour bien montrer son importance dans le développement des applications industrielles de l’électricité : si celle-ci ne paraît pas progresser aussi vite qu’il y a quelques années, elle progresse au moins plus sûrement, sur un terrain plus solide qui lui permet de revenir înoins souvent en arrière.
- LA VILLE DE CHICAGO
- A PROPOS DE L’EXPOSITION DE 1893 I. ----------- LA VILLE
- 11 y a déjà quelques semaines, à la grande surprise de toute l’Europe, la Chambre des représentants aux Etats-Unis a décidé que l’Exposition commémorative de la découverte de l’Amérique aurait lieu à Chicago. Ce vote, en faveur d’une ville située dans l’intérieur du Continent, ne pouvait, on le conçoit aisément être obtenu sans difficultés et sans une vive opposition.
- Il a fallu six scrutins successifs pour que la métropole des Lacs obtînt une majorité d’une seule et unique voix. Mais cette voix unique s’est changée en soixante-dix, lorsqu’un mois plus tard, à la fin de mars, il s'est agi d’adopter l’ensemble du Bill. Il n’est donc pas douteux que le Sénat confirmera les résultats d’un si laborieux enfantement.
- Il a fallu des considérations plus sérieuses pour déterminer les représentants de la nation américaine à adopter une résolution si peu attendue, et à faire passer une ville sans histoire, sans traditions, en avant des cités fameuses de Washington la capitale officielle; de Philadelphie, le berceau de l’Union américaine; et de New-York, cette heureuse rivale de Londres et de Paris!
- Ce qui a déterminé ce vote incompréhensible pour tant d’Européens, c’est avant tout la rapidité de la croissance d’une fourmilière industrielle, qui donne une mesure véritable de la fécondité de la République américaine, du rôle qu’un avenir prochain lui réserve assurément dans la famille des nations civilisées.
- Au commencement du siècle, les Indiens erraient encore en maîtres souverains dans les bois et dans les marécages, au milieu desquels circulait la rivière des Putois. C’est ainsi que les sauvages belliqueux et farouches, qui habitaient au sud du Michigan, appelaient dans leur idiome le cours d’eau sur les bords duquel s’élève aujourd'hui la ville si prospère de Chicago.
- En 1812 ils étaient encore assez puissants pour obliger la garnison américaine, assiégée dans le fort Dearborn construit à l’embouchure de la rivière, à l’évacuer; à peine la petite troupe avait-elle fait deux ou trois kilomètres sur la plage aride qui s’étend le long du lac dans la direction de l’est, qu’elle était assaillie par des guerriers embusqués derrière les dunes. Les rares soldats qui échappèrent par miracle au tomahawk et au scalp, avaient été obligés de se rendre à merci.
- Cette tragédie se passait il n’y a pas encore quatre-vingts ans, sous les fenêtres de la villa qu’a fait construire M. George Pullmann, ingénieur dont le nom est populaire dans les deux hémisphères, à cause de la construction des voitures de luxe, aujourd’hui en usage sur toutes les grandes lignes.
- C’est seulement de 1830 à 1831 que commença
- p.311 - vue 315/432
-
-
-
- 312
- LA NATURE.
- h proprement parler la colonisation de Chicago. Sa marche fut très lente et très pénible, aussi longtemps que la vapeur et l’électricité ne sont pas venues lui prêter le secours de leurs ailes. Il y a cinquante ans, malgré son admirable position, cette grande ville n’avait encore que 3000 à 4000 âmes. Sa population ne dépassait pas celle d’un gros bourg de France. Mais depuis que ces deux forces si modernes l’ont accélérée, rien n’a pu entraver son essor. Un épouvantable incendie qui éclata en 1871, et eût infailliblement causé la ruine d’une cité moins vivace, n’a fait que mettre en relief l’esprit entreprenant de ses habitants.
- Comme les citoyens de Londres, après la grande
- conflagration du dix-septième siècle, ceux de Chicago ont tiré parti de leur malheur pour amener leur installation urbaine à un haut degré de perfection. Sortant rajeunie des flammes, comme une vé-table salamandre, leur ville a été reconstruite d’après des principes scientifiques.
- En premier lieu on a donné h toutes les rues une largeur assez grande, pour que les plus petites aient les proportions de véritables boulevards et qu’on puisse y placer parallèlement deux paires de rails sans se gêner. La ruelle étroite est inconnue à Chicago. Afin de mettre en évidence cette particularité remarquable, nous avons donné à notre plan une dimension suffisante pour que les voies soient tracées à l’échelle.
- Fig. 1. — Plan de la ville de Chicago.
- Nous avons en outre reproduit un fac-similé d’une photographie de State Street, une des voies principales qui traverse toute la ville dans la direction du nord au sud (fig. 2). Les fiacres que l’on voit sur notre dessin sont les analogues des nôtres. Ils n’ont rien de particulièrement élégant, et ne se distinguent, que par le tarif qui est inabordable, de leurs confrères de Londres et de Paris.
- Mais ce n’est pas sur eux que l’on compte pour faire des courses. Ce qui rend Chicago tout 'a fait fin de siècle, c’est le système de chemins de fer et de tramways, à qui l’on vient d’imposer de ne pas marcher avec une vitesse supérieure à 16 kilomètres par heure. Inutile de dire, après avoir cité ce chiffre, qu’ils sont à vapeur, ou à l’électricité.
- Une des curiosités de la ville est la station centrale, où se réunissent non seulement toutes les
- voies urbaines, mais toutes les grandes lignes qui mettent en communication directe les parties vitales des États-Unis et du Canada. En effet Chicago est un centre vers lequel la configuration des lacs fait refluer toute la circulation.
- Les dispositions adoptées pour éviter les erreurs, les encombrements, les collisions, mériteront d’être étudiées avec soin par les ingénieurs européens.
- Si, malgré toutes les mesures prises, les logements devenaient trop chers ou insuffisants, rien n’empêcherait les myriades de voyageurs d’habiter, d’une façon permanente, les hôtels roulants qui les y ont amenés, et d’y vivre pendant toute la durée de leur séjour à Chicago. Cette manière de visiter la patrie des Pullmann-car sera certainement employée par un grand nombre de touristes. En effet, l’on parle déjà d’organiser d’après ce système des
- p.312 - vue 316/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 315
- Fig. 2. — Siale Street, à Chicago. (D’après une photographie.)
- trains de plaisir qui parcourront tous les États-Unis sans que les voyageurs aient une seule fois besoin de coucher en ville ou de dîner au restaurant.
- 11 serait probablement impossible de citer, dans les deux hémisphères, une autre ville importante où la proportion des espaces réservés à la circulation, aux promenades publiques, aux gares de chemins de fer, soit aussi considérable qu’à Chicago, ce qui lui a valu le nom de Ville des jardins. Cette épithète est parfaitement justifiée. En effet, jusqu’au centre des quartiers les plus animés, on y trouve de l’eau et de l’espace.
- Les architectes ont combattu le trop grand éparpillement des habitations, en augmentant dans une proportion prodigieuse le nombre des étages, que nous trouvons déjà trop grand à Paris quand nous allons visiter des amis demeurant
- Fig. 3.
- sous les toits, et qu’il n’y a pas d’ascenseur dans la maison. Grâce à l’emploi de mécanismes destinés à rendre l’usage des escaliers inutile, et à la résistance des matériaux, on a pu superposer des maisons dont chacune aurait la hauteur de celles de la rue de Rivoli.
- La Babel que nous reproduisons se nomme Tacoma (fig. 3). Elle est entièrement occupée par des bureaux d’affaires loués individuellement à des industriels, des ingénieurs, des avocats ou des politiciens. Toutes les opinions, tous les métiers et toutes les races humaines y ont leurs représentants. Les habitants sont mis en communication les uns avec les autres et avec le sol, au moyen des élévateurs et du téléphone. Grâce à ces divers organes, le bureau du douzième étage est aussi près de terre que celui du premier.
- Le Tacoma, maison d'affaires à Chicago. (D’après une photographie.)
- p.313 - vue 317/432
-
-
-
- 314
- LA NATURE.
- Comme dans toutes les grandes cités américaines, les rues se coupent à angles droits, de sorte que la ville est dessinée en échiquier. Cependant la monotonie est rompue par de larges voies transversales plantées d’arbres, et auxquelles on réserve le nom d’avenues, et par le cours des deux branches de la rivière de Chicago, ainsi que par les parcs qu’on a réservés dans toutes les parties de la ville; de sorte qu’il n’y a pas de quartier dont les habitants n’aient à leur portée des espaces plantés d’arbres, beaucoup plus grands que ne le sont nos squares, et servant à leurs promenades matinales, aussi bien qu’aux ébats de leurs enfants. L’eau est distribuée à profusion à tous les habitants. Afin de l’avoir toujours pure sans prendre la peine de la filtrer, les ingénieurs ont eu recours à un procédé original qui peint bien leur esprit assurément pratique. Ils ont imaginé de pratiquer au-dessous du lac deux tunnels débouchant chacun à 3200 mètres du rivage. Le plus petit a lm,50 de diamètre, et l’autre 2m, 10. Les machines à vapeur ont une puissance suffisante pour donner 6 750 000 hectolitres en vingt-quatre heures, quantité qui n’a pas été trouvée sulfisante puisqu’on a établi récemment d’autres stations, et le conseil municipal a décidé la création d’un tunnel à la fois plus long et plus gros à 7400 mèlres de la plage; son diamètre est de 2m,40.
- L’eau est élevée à une hauteur suffisante pour atteindre le dernier étage des maisons pareilles au Tacoma. Il est juste de dire que la ville est construite dans une plaine immense, et qu’il n’y a pas dans tout Chicago une seule éminence comparable aux sept collines de la Ville éternelle, et même aux sept collines de Paris. La construction d’une Tour Eiffel et l’établissement d’un grand ballon captif seront donc des entreprises d’une immense utilité publique et véritablement nationales à Chicago.
- Parmi les industries locales qui attireront à un haut degré l’attention des visiteurs, nous citerons la télégraphie. En effet, Chicago est le chef-lieu de la Western-Union, la principale compagnie télégraphique des États-Unis. On peut encore signaler la construction des machines agricoles, dont la fabrique de M. Mac Cormick a inondé les deux continents, et le dépeçage des moutons et des porcs qui a lieu par des procédés mécaniques1. Enfin, par surcroît, une compagnie s’est organisée pour transporter à Chicago le gaz naturel que l’on recueille à 80 kilomètres de distance. On a calculé qu’on en peut recueillir assez pour servir de combustible à toutes les usines établies dans la partie méridionale de la ville, sur le bord du fleuve Calumet. Comme on le voit par ces détails auxquels nous pourrions joindre beaucoup d’autres que le défaut de place nous empêche de résumer, on peut dire que le plus curieux objet de l’Exposition de Chicago sera peut-être encore Chicago. W. de Fox vielle.
- — A suivre. —
- 1 M. Albert Tiss.andier a décrit cette curieuse industrie dans le n° 679, du 5 juin 1886, p. 6.
- CRIS DE GUERRE ET DEVISES
- Notre excellent collaborateur et ami, M. le lieutenant-colonel de Rochas, dont nos lecteurs ont souvent eu l’occasion d’apprécier l’érudition et l’esprit de recherches, vient d’augmenter les publications de la Revue du cercle militaire d’un opuscule sur les Cris de guerre, devises, chants nationaux, chants du soldat et musiques militaires '. Cette brochure, que nous venons de lire avec grand profit, renferme une quantité d’aperçus intéressants et de faits instructifs. Nous allons analyser les deux premiers chapitres qui traitent des Cris de guerre et des Devises.
- Animé par le bruit, dit M. de Rochas, l’homme comme les animaux devient plus courageux et moins sensible à la douleur. De là l’usage des cris de guerre dont les premiers durent être de simples rugissements. Tels paraissent être encore le You, Y ou que les Kabyles et le Hé, Hé, Hé que les Annamites poussent quand ils vont à l’attaque.
- Tacite rapporte que les Germains avaient des chants guerriers qu’ils entonnaient avec une sorte de cri appelé Bardit. Ils se servaient de ce cri pour exalter leur courage, et ils en auguraient du succès que devait avoir le combat suivant qu’il avait été plus ou moins éclatant ; aussi posaient-ils leurs boucliers devant leur bouche afin que leur voix rejaillît en échos plus terribles et plus résonnants.
- Dans un état de civilisation plus avancée, ces cris, qui avaient d’abord pour but d’effrayer l’ennemi, devinrent des mots spéciaux propres à exciter au combat, et qui se sont gardés par la tradition. Tels sont les mots de guerre suivants : Feri (frappe) des légions romaines, A hoo (à la victoire) des Irlandais, Torr he benn (casse la tête) des Bretons, Hu rah (à la victoire) des Cosaques, Vorwærts (en avant) des Allemands.
- Avec le système féodal, les familles nobles adoptèrent, outre les bannières, des cris analogues pour se reconnaître dans la mêlée. Tels sont : le A carne (à mort!) des Vénitiens, le A mat (à mort!) des Espagnols, enfin le Tue! Tue! qui a été longtemps poussé dans les charges de nos escadrons.
- Citons quelques cris de guerre d’anciennes familles françaises, recueillis par M. de Rochas :
- En avant, toujours en avant! des La Lande en Qaercy ; Pantin, Hardy, en avant! des Pantin, marquis de la Ilamelinière, en Anjou; Au feu! Au feu! des comtes de Bar, en Lorraine; Ferme, Caumont! Ferme, la Force! des Caumont, ducs de la Force, en Guyenne; Hallaac! Hallaac (à la hache! à la hache!) des Altvillars, en Dauphiné; Jamais arrière! des Douglas.
- D’autres cris étaient des invocations à Dieu et a ses saints.
- Montjoie saint Denis était le cri poussé dans les
- 1 1 brochure in-18. Librairie militaire, Edmond Dubois, rue des Augustins, à Paris. 1890.
- p.314 - vue 318/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 515
- combats où le roi prenait part; Dieu ayde était le cri de guerre des Montmorency ; Bourbon Nostre-Dame des ducs de Bourbon ; Nostre-Dame du Gues-clin des d u Guesclin ; Saint André était le cri de guerre chez les Ecossais, Saint Jacques chez les Espagnols.
- Lorsque les combats de corps remplacèrent les combats individuels ou par petites troupes, l’usage des cris de guerre tendit à se perdre. Charles YII les défendit complètement lorsqu’il établit les Compagnies d'ordonnance. Les derniers cris féodaux semblent avoir été poussés à la bataille de Jemma-pes où les régiments avaient encore leurs noms et surnoms. Les régiments Auvergne et Navarre reçurent l’ordre de charger les Autrichiens à la baïonnette : En avant Navarre sans tache! En avant Auvergne sans peur! s’écrièrent les colonels des deux régiments.
- Sous les deux Empires et sous la Monarchie, nos troupes s’élançaient à l’assaut au cri de Vive l’Em-pereur! ou Vive le Roi! Aujourd’hui, dans les rares occasions qui se présentent encore d’aborder l’ennemi, elles se bornent à crier : En avant!
- L’élude des devises n’est pas moins intéressante que celle des cris de guerre.
- C’est au seizième siècle quelles se multiplièrent dans les familles militaires. En France et en Italie, on les appelait linguaggio degli eroi, le langage des héros. Les devises sont le plus souvent des règles de conduite, telles que :
- Fais ce que dois, advienne que pourra, ou Fais bien et laisse dire, ou encore Potius mori quam fœdari (plutôt la mort que le déshonneur).
- M. de Rochas a recueilli un grand nombre de devises. Nous citerons les suivantes : Va où tu peux, meurs où tu dois des La Laurencie; Nec spe nec melu (ni par espoir ni par crainte) des Breteuil; Do or die (agis ou meurs) des Douglas; Fac et spera (agis et espère) des Clocheville; Perite sed recte (avec habileté mais avec droiture) des Colbert ; Fide sed cui vide (aie confiance mais vois en qui) des La Garde; Nd sine fine (rien sans but) des Milleret; Res non verba (des actions et non des paroles) du général Hoche ; Age quod agis (fais ce que tu fais) du maréchal Dode de la Brunerie; Erst vægen, dann vagen (d’abord peser, puis oser) du feld-ma-réchal de Mollke.
- Certaines devises étaient de simples préceptes philosophiques, tels que : Ex labore fructus (le travail est fructueux) ; Fortitudo virluti superatur (la vertu l’emporte sur le courage); d’autres affirmaient la grandeur de la maison, comme celle des Rohan : Roi ne puis, Duc ne daigne, Rohan suis; des Gra-mont : Soij que soy (je suis ce que je suis) ; des Montford : On ne me prend pas ; ou des Laugier-Villars : Non fortior alter (peisonne n’est plus courageux) .
- Les jeux de mots, souvent puérils, jouaient parfois un rôle dans la composition des devises. Nous citerons: Pense à ta fin, des Taffin ; La vertu mon but est, des Buttet; De la mort je me ris, des-Saint-Morris.
- Cette rapide esquisse, dit l’auteur, présente un autre intérêt qu’une simple satisfaction de curiosité. Elle résume les principes constituant, aux yeux de nos pères, ce je ne sais quoi, difficile à définir qu’ils appelaient l'honneur :
- Le dévouement au devoir allant jusqu’au sacrifice, sans hésitation, ni compromission, des intérêts matériels et de la vie; un très haut sentiment personnel se traduisant par le respect de cette dignité chez les petits et une réserve simplement déférente envers les grands; enfin, et par-dessus tout, cette droiture glorieusement consacrée par l’expression : Parole de soldai! Voilà ce que rappelle à l’armée française le mot qui, avec celui de Patrie, forme la devise inscrite sur ses drapeaux.
- Voilà de belles et nobles paroles qui trouveront des échos parmi nous; nous aimons à croire que nos soldats d’aujourd’hui n’auront pas besoin de se rappeler ces souvenirs du passé, pour se montrer dignes de leurs glorieux ancêtres. Gaston1 Tissandier.
- LES TRAVAUX DE CANALISATION
- I1E EA SEINE ENTRE PARIS ET LA MER LE BARRAGE I)E POSES (Suite et fin. — Voy. p. 275.)
- Le barrage de Poses, dont le modèle figurait à l'Exposition dans le pavillon du Ministère des travaux publics, offre un intérêt spécial en raison du dispositif nouveau qu’il présente ; et nous en donnons la description d’après la notice publiée par le Ministère à cette occasion.
- Ce barrage est installé au kilomètre 202 sur le bras gauche de la Seine par rapport à l’ile de la Mouchelte, en amont de l’île de la Pointe; il présente une longueur totale de 235m,20, et assure une retenue d’eau de la hauteur exceptionnelle de 5 mètres, grâce à laquelle il maintient le mouillage de 3m,20 dans un bief de 41 kilomètres de longueur, qui s’étend depuis Poses jusqu’à Notre-Dame-de-la-Garenne. Dans les premières études relatives à l’approfondissement du tirant d’eau, on avait prévu seulement à Poses une hauteur de retenue de 4 mètres, ce qui mettait alors dans l’obligation de conserver un second barrage accessoire donnant la retenue de 1 mètre pour assurer le mouillage nécessaire; mais l’application d’un nouveau système de barrage dû à M. l’ingénieur Caméré a permis d’atteindre d’un seul coup la hauteur de 5 mètres avec un barrage unique.
- Dans ce dispositif, les rideaux de fermeture sont composés d’une série de lames en bois disposées horizontalement l’une au-dessus de l’autre et appuyées contre les montants verticaux. Ces lames ont une hauteur constante, mais leur épaisseur varie d’après la hauteur de la charge d’eau qu’elles doivent supporter. Elles peuvent se replier l’une sur l’autre, lorsqu'on veut ouvrir le barrage, par un mouvement analogue à celui d’une jalousie ; seulement les articulations sont constituées par deux
- p.315 - vue 319/432
-
-
-
- 316
- LA NATURE.
- files continues de charnières placées sur la face amont. Les lames successives s’enroulent autour d’une pièce spéciale fixée sur la lame inférieure, et désignée sous le nom de sabot d’enroulement. Cette pièce, dont le tracé est étudié à cet effet, présente à la partie inférieure une surface cylindrique ayant pour directrice une demi-spire de spirale d’Archimède; la surface supérieure est plane, et surmontée, en amont du rideau, par trois nervures, dont le contour forme la seconde demi-spire de cette spirale.
- Quant au rideau lui-même, il est suspendu h des crochets fixés à des supports reportés au-dessus de l’eau, par deux chaînes boulonnées sur la lame supérieure dans le prolongement de chacune des files de charnières.
- L’entraînement a lieu au moyen d’une chaîne sans fin commandée par un treuil spécial; celle-ci descend le long de la face aval du rideau, passe sous le sabot et remonte le long de la face amont. Pour l’enroulement, les deux brins marchent simultanément, mais en sens inverse, et avec des vitesses différentes, le brin d’amont monte plus vite que le brin d’aval ne descend, la chaîne frotte ainsi contre le sabot, et l’oblige à tourner en s’appuyant contre la lame inférieure. Chaque lame tourne successivement autour de sa charnière, et on arrive ainsi à enrouler le rideau en totalité ou en partie, suivant les besoins. Pour le déroulement, on laisse filer le brin d’amont en maintenant fixe celui d’aval. Pour prévenir toute déviation du rideau dans cette manœuvre, on a fixé sur la face aval des lames en bois, deux files de petites équerres en cornières dont l’aile en saillie butterait contre l’arête verticale du montant, si le rideau venait à se déplacer latéralement. Quant aux montants, ils sont articulés a la partie supérieure autour d’un axe commun transversal à la rivière, et fixé au-dessous d’un pont dit de suspension. Ces montants se relèvent donc complètement au niveau de ce pont lorsqu’on veut effacer le barrage pour dégager la passe. Le pont est d’ailleurs assez élevé au-dessus du niveau de l’eau pour assurer au-dessous des montants relevés l’écoulement facile des
- eaux de crue, et permettre en même temps le passage des bateaux lorsque le barrage est ouvert. Les figures donnent d’ailleurs la vue de cette disposition ainsi que celle des rideaux enroulés, et elles montrent l’opération du relèvement des montants. Le treuil servant à la manœuvre des rideaux circule sur une passerelle de service supportée par les montants. Celle-ci est formée de tronçons articulés qui se replient contre les montants lorsqu’ils sont relevés. Les cadres sont suspendus à la partie supérieure, comme on le voit, au pont transversal, ils s’appuient dans le bas contre un épaulement ménagé à cet effet dans la construction du radier du barrage.
- La poussée de l’eau reportée des cadres sur le pont est équilibrée par des contreforts ménagés à cet effet sur les maçonneries des culées. Le treuil servant à la manœuvre même des montants circule sur un second pont situé à l’amont du premier contre lequel les montants viennent s’appliquer lorsqu’ils sont complètement relevés. À Poses, le pont de manœuvre est établi au contact du pont de suspension.
- Les dispositions prises permettent d’ailleurs de relever au besoin les cadres du côté de l’aval, si cette opération présentait trop de difficultés à l’amont. Les articulations supérieures comportent, en effet, des glissières au moyen desquelles on peut soulever le cadre d’une hauteur égale à la saillie dœra-dier contre lequel il s’appuie, et, une fois échappé du heurtoir, le cadre peut être facilement soulevé à l’aval.
- Le barrage, de 235™,20 de longueur, comprend trois parties distinctes, dont deux ont leurs seuils arasés à l’altitude de 3™,45, et la troisième à celle de 5™,45. Le niveau de la retenue est à 8™,45, comportant ainsi une charge de 5 mètres dans les parties de la rivière les plus profondes. Les radiers du fond ont leurs fondations établies dans une couche de craie compacte formant un terrain solide et imperméable. On est arrivé ainsi à prévenir sûrement toute infiltration qui pourrait compromettre la solidité de l’ouvrage en même temps que le niveau de la retenue prévue à l’époque de l’étiage. La surface supérieure du radier est plane, et relevée du côté
- RETENUE DE POSES
- Retenue de Poses, près de Rouen,
- p.316 - vue 320/432
-
-
-
- LA NATURE
- 517
- de l’amont par une doucine partant d’un niveau supérieur à celui des barres-heurtoirs qui sont ménagées à l’aplomb de chacun des cadres mobiles. La
- saillie de ces barres est de 0m,35 dans les passes profondes, et de 0m,25 dans les passes déversoirs; les cadres y prennent appui sur toute la hauteur,
- Vue d'ensemble du barrage de Poses sur lu Seine (côlé d’aval).
- en laissant seulement à la base un jeu de 0m,10. I grand boulon relié au tirant d'ancrage dans la fon-Une armature spéciale en fonte, maintenue par un | dation, est ménagée sur la pierre d’appui et forme
- Vue d'amont. Relevage d’un cadre. Vue d’aval. Enroulement d’un rideau.
- la portée du cadre mobile. Mentionnons, d’autre part, que les deux ponts de manœuvre et de suspension sont complètement réunis à Poses, et n’en forment ainsi qu’un seul dans cette installation.
- Les rideaux mobiles sont formés de lames en bois
- de yellowpine ayant toutes une hauteur constante de 78 millimètres. Un jeu de 2 millimètres est ménagé entre deux lames consécutives, afin d’éviter pour les charnières les effets dangereux qui pourraient résulter du gonflement du bois. Ce jeu est d’ailleurs
- p.317 - vue 321/432
-
-
-
- 318
- LA NATURE.
- sans inconvénient au point de vue de l’étanchéité, car il se trouve rapidement obturé lorsque le rideau est immergé, tant par le gonflement des lames que par le dépôt des matières en suspension dans l’eau. Un jeu de 4 centimètres se retrouve d’ailleurs également aux extrémités des lames, celles-ci n’ayant que 2m,28 pour couvrir un espace libre de 2m,o2. Cet intervalle est nécessaire pour éviter les coincements et il est toujours facile de le fermer avec des couvre-joints si on veut obtenir une étanchéité complète. L’épaisseur des lames va en augmentant de O"1,04 jusqu’à 0m,07 dans les passes déversoirs, et même 0m,09 dans les passes profondes.
- LES AUTOGRAPHES DE « LA NATURE »
- U. Ernest Renan
- de V Académie française
- NÉCROLOGIE
- Frédérie Zürcher. — Nous avons la douleur d’enregistrer la mort d’un de nos plus anciens collaborateurs, et de nos plus vieux amis. Après une longue maladie, F. Zürcher, né à Mulhouse en 1816, a succombé à Toulon le 26 mars 1890. Entré à l’École polytechni-que, après de brillantes études mathématiques, Zürcher sortit dans la marine. Il rencontra, sur l’escadre de la Méditerranée, un jeune aspirant qui venait de sortir de l’École navale, et qui se nommait Elie Margollé. Ces deux natures, franches, loyales, enthousiastes et pures, étaient faites pour se comprendre. Margollé avait une sœur que Zürcher épousa. Depuis lors, les deux amis n’eurent qu’une seule et même existence. — Zürcher fut nommé chevalier de la Légion d’honneur pendant la guerre de Crimée, au cours de laquelle il se distingua à bord du Labrador.
- Ni dans la Revue germanique, ni dans le Magasin pittoresque, ni dans l’Annuaire scientifique de Dehérain, ni dans La Nature, Zürcher n’écrivait une ligne, qui ne fût pensée par Margollé ; ce que Margollé traçait était créé dans l’esprit de Zürcher. Ils ont écrit en collaboration sept ouvrages dans la Bibliothèque des merveilles, livres charmants, émus, respectant l’amour de la nature qu’ils étudiaient avec passion, et de la vérité que tous deux aimaient également. Un de ces derniers ouvrages est une bonne action en même temps qu’une
- œuvre excellente ; il se nomme l'Energie morale.
- En compagnie de son inséparable collaborateur ÉlieMar-gollé, Zürcher quitta la marine en 1858 pour se livrer aux occupations scientifiques qui l’attiraient. Tous ses anciens compagnons de navigation, tous ceux qui ont passé sous ses ordres ont encore le souvenir de son caractère toujours bon et serviable, de son aimable et affectueux enjouement, et lui sont restés fidèlement attachés. L’œuvre de F. Zürcher et de Élie Margollé, fut surtout un travail de vulgarisation, étendu à diverses branches des sciences physiques et naturelles, comme les glaciers, les volcans, le monde sous-marin, les tempêtes, etc. En même temps que ces importants travaux, ils entreprirent de faire connaître en France les recherches météorologiques si remarquables de Maury, l’illustre directeur de l’observatoire de Washington, elles ouvrages si pratiques de M. Robert Scott, secrétaire du Meteorological Office de Londres et de l’amiral Fitz-Roy. — L’activité de F. Zürcher ne se contentait pas des travaux qui rendaient nécessaire la préparation de ces ouvrages. 11 remplissait à Toulon, depuis 1864, les fonctions de capitaine du port de commerce, et s’occupa avec activité, dans tous ses loisirs, de l’éducation de ses deux fils, qui suivirent les traces de leur père et entrèrent tous les deux à l’École polytechnique. L’aîné est ingénieur des ponts et chaussées, le second est capitaine d’artillerie. — Une œuvre d’un intérêt philanthropique de haute portée vint ajouter un digne complément aux actes de cet homme de bien. Après avoir rêvé, sur l’école sociétaire, des perfectionnements de l’éducation, il réussit à réaliser pratiquement une importante amélioration du sort des travailleurs. Toujours avec Margollé, il contribua à l’établissement à Toulon, de la Société des Fourneaux économiques dont il était le Président; cette œuvre fonctionne d’une façon parfaite. Ces établissements ont reçu une médaille de bronze à la suite de l’Exposition d’économie sociale de 1889.
- ——
- CHRONIQUE
- La lumière électrique et le canal de Sue*. —
- Sur 3425 navires qui ont traversé le canal en 1889, 2457 ont employé la lumière électrique. Sur 58 navires de guerre anglais, 8 en ont fait usage; sur 20 français, 12 ; sur 10 allemands, 1 ; sur 7 russes, 3; — sur 255 navires postaux anglais, 244; sur 122 hollandais, 120; sur 100 français, 100; sur 51 allemands, 51 ; sur 43 austro-hongrois, 35; — sur 2290 navires de commerce anglais, 1646; sur 135 allemands, 44; sur 48 norwégiens, 15; sur 40 français, 29; sur 24 hollandais, 18; sur 9 austro-hongrois, 7. Cette énumération montre que parmi les navires qui ont fait usage de l’électricité, il y a 60 pour 100 de navires de guerre français, 100 pour 100 de navires postaux, et 72 pour 100 de navires de commerce. Si l’on considère les navires de commerce français affrétés par l’État, on voit que 2 sur 8 (25 pour 100) ont fait usage de la lumière électrique. La durée moyenne du passage du canal, dans l’un et l’autre sens, a été de 26 h. 44 minutes, soit 22 h. 32 m. pour ceux qui ont fait usage de l’électricité et 57 h. 26 m. pour ceux qui ne s’en sont pas servis. La traversée la plus rapide a été effectuée par le paquebot anglais Valeltci qui a traversé le canal en 14 h. et 45 m.
- Jardin botanique alpestre. — Un jardin botanique, exclusivement attribué aux plantes des régions
- p.318 - vue 322/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 519
- montagneuses, vient d’être créé au Bourg-Saint-Pierre, par le canton du Valais. Situé dans la vallée d’Entremonts, à 1800 mètres d’allitude et à trois ou quatre lieues de l’hospice du mont Saint-Bernard, cet établissement occupe l’emplacement de l’ancien château du Quart. Il permettra la poursuite d'intéressantes observations sur les végétaux des hautes cimes, leur tloraison, le rôle joué par les insectes dans la fécondation des fleurs, et diverses autres questions non moins intéressantes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 avril 1890.— Présidence de M. IIermite.
- Un nouveau symptôme de l'hystérie. — Déjà, à plusieurs reprises, M. Charcot a développé cette opinion que, malgré des caractères extérieurs qui peuvent être fort analogues, l’hystérie et l’épilepsie sont radicalement différentes. Aussi est-ce avec satisfaction que le célèbre praticien signale les résultats auxquels est conduit M. Gilles de la Tourette, par l’examen comparatif des urines fournies par les deux catégories de malades. Au lieu d’une augmentation dans la proportion d’urée, comme en montrent les épileptiques, on trouve que les hystériques n’en donnent qu’une dose inférieure au taux normal. En outre, tandis que dans le premier cas les phosphates terreux sont aux phosphates alcalins sensiblement comme 1 est à 5, dans l'hystérie le rapport est de 1 à 2 ou même de 1 à 1. Une conséquence curieuse de ce contrôle chimique qu’on peut maintenant appliquer aux observations sur l’hystérie, sera de rendre impossible la simulation que, suivant l’expression même de M. Charcot, on rencontre à chaque pas dans ce domaine.
- •
- Le lycopodiopsis Derhyi. — C’est le nom que mon très savant collègue et ami, M. Bernard Renault, donne à un nouveau genre de lycopodiacée dont lui a procuré la découverte un échantillon silicifié recueilli par M. Orville Derby, directeur du Musée de Rio-de-Janeiro, dans le terrain houiller de Santo-Paulo, au Brésil. Ce nouveau type de lycopodiacée, d’une taille bien supérieure à celle de nos Lycopodium actuels, porte à la surface de nombreuses cicatrices ovales, presque contiguës, marquées d’une seule cicatricule correspondant au passage du cordon foliaire. L’écorce offre une assise extérieure composée de lames subéreuses entre-croisées, rappelant celle de certaines Sigillaires et de quelque Lepidodendron. Le bois comprend une moelle centrale entourée par un cylindre ligneux qui résulte du rapprochement de bandelettes vasculaires, simples ou repliées en forme de V à différenciation centripète. Cette très intéressante découverte de M. Renault montre que les lycopodiacées de l’époque de la houille avaient une taille et une organisation supérieures à celles qu’elles possèdent actuellement.
- La soie artificielle. — A propos de l’annonce faite récemment de la découverte qu’on aurait réalisée d’un procédé de fabrication artificielle de la soie, M. Emile Blanchard dit qu’il a été le premier à signaler le problème et à juger sa solution parfaitement possible quoique difficile. Les glandes dites séricigères chez les vers à soie sont simplement des appareils collecteurs qui extraient par simple dialyse la soie formée dans les liquides dê l’organisme. Dès lors il suffirait de provoquer artificiellement la digestion des feuilles de mûrier et de dialyser convenablement le liquide obtenu. Il manquerait toutefois encore le vernis que de petites glandes spéciales déver-
- sent sur le ûl au fur et à mesure de sa sortie du corps de l’animal; mais M. Blanchard pense qu’on parviendrait aussi à imiter cette partie si importante de l’opération.
- Métamorphose des insectes. — Dans une Note présentée en son nom par M. Blanchard, M. Kunckel d’Uer-culais, aide-naturaliste au Muséum, signale le procédé à l’aide duquel les acridiens procèdent à l’élimination de leur épiderme au moment des mues.
- A la suite d’une poussée de sang vers la peau, mie turgescence ainsi produite détermine la déchirure de la couche épidermique. M. Blanchard regrette que l’auteur n’ait fait porter ses curieuses observations que sur un seul type entomologique ; mais il est probable que M. Kunckel étendra le cercle de ses recherches.
- Varia. — M. Lindet décrit un procédé qui lui permet d’extraire le raffinose de la mélasse. — Un nouveau baromètre de précision, moins original que ne le pense l'auteur, et déjà en usage au dix-septième siècle, est décrit par M. Baradet. — Pour préparer l’acide bromhvdrique, M. Recoura (de Bordeaux) fait réagir l’un sur l’autre l’hydrogène sulfuré et le brome. — Le parallélisme des malonates alcalins aux oxalates des mêmes bases est signalé par M. Massol. — M. Tacehini adresse de Rome les observations solaires qu’il a faites à l'Observatoire du collège romain pendant le premier trimestre de l’année courante. — Il résulte des travaux de M. Ranvier que le liquide péritonéal renferme de grandes cellules très spéciales qui varient dans leurs caractères d’un animal à l’autre, lapin, bœuf, chat. — L’opération du strabisme sans ténotomie a été réalisée par M. Parinot. — Une colline voisine de Montbéliard a fourni à M. Contejean une couche de poudingue tertiaire remplie de galets calcaires impressionnés. — Une étude de taches solaires en 1889 est déposée par M. Mascart au nom de M. Marchand (de Lyon) — Un savant de Bucharest annonce, par l’entremise de M. Bouchard, que l’hémoglobinurie du bœuf est déterminée par un microbe spécial, habitant les globules sanguins et qui paraît être un végétal plutôt qu’un sporozoaire. — M. En-gel signale la présence de traces d’hydrogène dans le palladium précipité, et fait connaître la propriété dont jouit ce corps de transformer une quantité d’acide hvpophos-phoreux en acide phosphoreux. Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE AU THÉÂTRE
- FLAMBEAU ÉLECTRIQUE d’<( ASC A A10 )) A L OPÉRA DE PARIS
- Nous avons déjà signalé plusieurs fois à nos lecteurs les nombreux services rendus par l’électricité au théâtre qui est toujours en quête d’effets brillants et nouveaux1.
- Nous allons parler aujourd’hui d’une récente application faite dans Ascanio, la nouvelle œuvre de M. Saint-Saëns à l’Opéra de Paris. Au troisième acte dans le ballet mythologique, Phœbus apparaît au milieu des Muses tenant à la main le flambeau du Génie (fig.l). Ce flambeau, de dimensions restreintes et d’une forme élégante, doit être brillamment allumé pendant douze à quinze minutes consécutives à chaque soirée. Une lampe à incandescence, habilement dissimulée sous des pierreries colorées, pouvait seule
- * Yoy. Tables des matières des piéecdeuts volumes.
- p.319 - vue 323/432
-
-
-
- 320
- LA NATURE.
- résoudre le problème. La question était d’alimenter facilement cette lampe, sans employer de fils conducteurs venant d’une source d’énergie extérieure.
- MM. Ritt et Gailhard, les directeurs de l’Opéra, se sont adressés à M. Trouvé, dont l’habileté est hors de pair dans la construction de ces bijoux électriques.
- Voulant utiliser les ressources que lui offrait la station centrale d’énergie électrique qui alimente l’Opéra, M. Trouvé a construit de petits accumulateurs portatifs qui se trouvent tous placés dans le flambeau. La figure 2 montre la vue extérieure du flambeau, et la vue intérieure avec la disposition
- Fig. 1. — Phœbus tenant le flambeau du Génie, dans le ballet mythologique d’Ascanio, à l’Opéra de Paris.
- de diamètre. M. Trouvé a reconnu que la distance à admettre pour l’écartement des lames polaires était de 1 millimètre et demi; avec cette valeur, il a pu obtenir une capacité qui a permis d’alimenter le flambeau pour une et même pour deux représentations. Chaque élément complet pèse 70 grammes; l’ensemble de la batterie pèse donc 420 grammes. Les six accumulateurs sont montés en tension; ils peuvent fournir pendant quinze à vingt minutes 10 volts et 3 ampères, soit 30 watts pendant un tiers d’heure ou 10 watts-heure, ou 1 ampère-heure.
- Dans le flambeau, les accumulateurs sont tous les six montés en tension sur la lampe, et les deux fils qui constituent le circuit descendent parallèlement
- des accumulateurs. Ces derniers sont au nombre de 6 ; les trois premiers occupent la partie supérieure de l’appareil, et les trois autres la partie inférieure. Ils appartiennent au genre Planté, et sont formés par des lames de plomb de 5 centimètres de hauteur et de 7 centimètres de largeur enroulées l’une sur l’autre. Les lames ont une surface de 35 centimètres carrés. La surface active totale est environ de 1 décimètre carré par élément. Chacun des éléments est placé à l’intérieur d’un étui cylindrique en verre mince recouvert de gutta-percha en feuilles ; cet étui a 7 centimètres de hauteur et 2 centimètres
- Fig. 2. — Vue extérieure du flambeau et vue intérieure montrant la disposition des accumulateurs.
- jusqu’en un point C, qui est l’endroit par lequel Phœbus saisit le flambeau. Un petit bouton à contact se trouve juste au-dessus des deux fils, de sorte qu’a la moindre pression, la lampe s’allume, et s'éteint dès que la pression cesse. La figure 1 représente MllP Torri dans son rôle de Phœbus ; elle tient le flambeau à la main, et, appuyant sur le contact avec le pouce, elle fait à volonté jaillir la lumière. Les connexions sont disposées pour faciliter la charge; à la partie supérieure se trouve le pôle positif, et k la partie inférieure le pôle négatif.
- J. L.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissakdier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
- p.320 - vue 324/432
-
-
-
- N° 882. — 26 AVRIL 1890.
- LA NATURE.
- 521
- EUGÈNE PELIGOT
- La science française vient de perdre un de ses chimistes les plus éminents en la personne d’Eugène Peligot, qui fut l’élève et le collaborateur de J.-B. Dumas.
- Né à Paris le 24 mars 1811, Eugène Peligot, après avoir suivi ses classes au lycée Henri IV, a fait partie en 1829 de la première promotion de l’Ecole centrale des arts et manufactures. 11 ne lui fut pas possible d’y terminer ses études parce que son père, administrateur en chef de l’hôpital Saint-Louis, perdit toute sa fortune dans la fondation qu’il venait de faire de l’établissement thermal d’Enghien.
- En 1832, le jeune Peligot fut admis par J.-B. Dumas dans son laboratoire de l’Ecole polytechnique, et dès cette époque, son avenir scientifique fut assuré. C’est quatre années plus tard, en 1836, que Peligot publiait, en collaboration avec son illustre maître, le mémoire classique Sur l’esprit de bon et sur les divers composés éthérés qui en proviennent. Ce travail, absolument magistral, fait époque dans l’histoire de la chimie organique ; les auteurs, en révélant les propriétés de l’esprit de bois, qu’ils comparent à l’alcool, et qui leur fournit successivement l’éther méthylique, le sulfate de méthylène, l’acide sulfométhylique, ouvrent la voie aux découvertes des séries alcooliques.
- En 1835, Eugène Peligot fut nommé professeur de chimie à l’École centrale ; il créa à cette même École le cours de verrerie, celui de chimie analytique et occupa ces diverses chaires pendant trente-cinq années consécutives. En 1846, il succéda à Clément Desormes au Conservatoire des arts et métiers et il fit dans cet établissement un cours de chimie générale qui, jusqu'à ces dernières années, ne cessa jamais d’attirer un auditoire aussi nombreux que sympathique. 11 fut chargé du cours de Chimie analytique appliquée à l'agriculture à l’Institut national agronomique.
- D’une régularité inébranlable et d’une activité de travail peu commune, Eugène Peligot mena toujours de front ses travaux multiples avec autant de zèle
- 18* uoée. — 1er semeilre.
- que de dévouement à la science. Il a été pendant quarante ans chargé des essais au Laboratoire de la monnaie, en 1846 comme essayeur, en 1848 comme vérificateur, et en 1880 comme directeur des essais. C’est à l’Hôtel des monnaies où il résidait que Peligot a fermé les yeux à la lumière.
- En 1852, le célèbre chimiste fut élu membre de l’Académie des sciences, dans la section d’Économie rurale, en remplacement du baron Silvestre.
- L’œuvre d’Eugène Peligot comprend les sujets les plus variés. Commencée en 1853, elle se compose de plus de quatre-vingts Mémoires originaux sur des questions de chimie minérale et de chimie organique qui intéressent la science pure, l’industrie, l’hygiène et l’agriculture. Un des travaux les plus importants de l'éminent professeur est celui qu’il exécuta dès 1838 sur la nature et les propriétés chimiques des sucres. Dès son premier Mémoire à ce sujet, Peligot a établi nettement les caractères qui distinguent le sucre ordinaire des glucoses. Il a montré que le premier n’est pas altéré par les liqueurs alcalines, tandis que les autres sont rapidement détruits et transformés en différents produits qu’il a étudiés. Au nombre des composés nouveaux que Peligot a fait connaître, se trouve le sucrate de baryte qui, en raison de sa faible solubilité dans l’eau et de sa facile production, est devenu la base du procédé inventé par Dubrunfaut pour extraire des mélasses la presque totalité du sucre cristallisable qu’elles renferment. C’est aussi à l'habile praticien que l’on doit l’étude approfondie des phénomènes qui résultent de l’action de la chaux sur les dissolutions sucrées. Ces phénomènes, qui présentent une haute importance au point de vue théorique, offrent également un intérêt pratique considérable en ce qui concerne la fabrication du sucre, la chaux étant, comme on le sait, l’un des agents essentiels de cette grande industrie.
- Dans un travail sur l’analyse et la composition de la betterave à sucre, exécuté en commun avec Decaisne, les auteurs ont jeté la lumière sur un grand nombre de faits jusque-là peu connus.
- Ayant analysé celte racine à ses différentes époques de croissance et de maturation, ils ont reconnu
- 21
- Eugène Peligot, né à Paris le 2i mars 1811, mort à Paris le lb avril 1890. (D’après une photographie exécutée vers 1860.)
- p.321 - vue 325/432
-
-
-
- 522
- LA NATURE.
- qu’il existe des différences de composition fort sensibles entre plusieurs betteraves de la même localité, venues néanmoins dans des circonstances de sol,de climat, de soins, parfaitement identiques. Ces différences tiennent essentiellement à la nature de la graine, ainsi que Pcligot l’a établi beaucoup plus tard. La betterave, qui ne contient que du sucre eris-tallisable, renferme cette sorte de sucre à toutes les époques de sa végétation. Le développement des principes constituants de cette plante est simultané pendant tout le temps qu’exige son propre développement; c’est seulement lorsque la betterave est arrivée à sa complète maturité que l’on peut constater une augmentation sensible dans la proportion de la matière sucrée.
- Peligot, en 1859, entreprit sur la canne à sucre des recherches analogues à celles qu’il avait faites sur la betterave ; il a établi que la canne ne contient que du sucre cristallisable, et que cette plante renferme environ 90 pour 100 de jus associé à une très petite quantité de matières étrangères. La mélasse est le résultat du travail défectueux auquel la canne est soumise dans les pays d'outrc-mer. Ces remarquables travaux de Peligot sur la canne à sucre ont permis d’augmenter le rendement qui, dans les colonies, était de 5 pour 100 : il se trouve aujourd’hui plus que doublé. Sans insister davantage sur les recherches de l’habile analyste, relatives à la betterave et à la canne, on peut affirmer que l’industrie sucrière lui doit les plus grands progrès.
- Nous ne saurions donner ici l’énumération complète des œuvres du grand chimiste dont nous résumons l’histoire ; nous nous contenterons de dire que Peligot s’est occupé à plusieurs reprises de l’analyse et de la composition des eaux; on lui doit un procédé de dosage de l’azote des matières organiques, aujourd’hui pratiqué par tous les chimistes; on lui doit encore des recherches importantes sur les phénomènes chimiques et physiologiques qui se succèdent pendant la vie et les métamorphoses du ver h soie; des études sur la composition des feuilles et particulièrement de celles du mûrier ; des mémoires d’une haute importance sur la répartition de la potasse et de la soude dans les végétaux; des études sur le chrome et sur une quantité de questions diverses de chimie minérale. En 1847, il isola le métal l'uranium dont on ne connaissait que l’oxyde, et cette découverte d’un nouveau corps simple eut alors un grand retentissement dans le monde chimique.
- Peligot, dans le cours de sa belle et laborieuse carrière, se trouve partout où il y a une utile besogne à accomplir: il prit une part active aux travaux des jurys des Expositions nationales et internationales ; membre de la Société nationale d’agriculture, il contribua aussi aux travaux de la Commission internationale du Mètre et des Poids et Mesures. 11 s’intéressait vivement aux progrès de la photographie et encourageait tous ceux qui avaient pour but d’étudier sérieusement cet art merveilleux.
- En 1844, Eugène Peligot fut nommé chevalier de la Légion d’honneur sur la proposition du Ministre de la marine, en récompense des services rendus aux colonies par ses travaux sur la canne à sucre ; en 1857, il était nommé Officier, en 1878, Commandeur, et en 1885, élevé à la dignité de Grand Officier pour couronner une belle carrière scientifique de cinquante années d’efforts consécutifs et de nombreux succès.
- Peligot a laissé dans un traité de chimie analytique l’exposé des méthodes qui lui ont servi pendant le cours de ses longues recherches de laboratoire ; il a publié sous forme de traité spécial un remarquable guide du verrier.
- Comme travailleur, le célèbre chimiste aura accompli son œuvre pendant une grande partie de notre siècle; sa vie toujours calme et méthodique fut entièrement consacrée à la science qu’il aimait avec passion, et à sa famille qu’il ne chérissait pas moins. Gaston Tissandieu.
- ——
- APPLICATION DU PHONOGRAPHE
- A LA CONSERVATION OU LANGAGE DES INDIENS I)E L’AMÉRIQUE
- Les progrès récents du phonographe ont permis à M. J. Walter Fewkes, de Boston, de réaliser une étude très intéressante dont il vient de communiquer les résultats à notre confrère anglais Nature, et dont le but est de conserver le langage des peuplades indiennes de la Nouvelle-Angleterre, peuplades dont l’extinction est actuellement si rapide. M. Fewkes ‘ s’est donc rendu à Calais (Maine), et, à l’aide du phonographe, il a pu recueillir une collection d’histoires, de légendes, de chansons et de mélopées des indiens Passamaquody. Les phonogrammes obtenus par M. Fewkes ont été si parfaits que les Indiens eux-inèmes reconnaissaient les voix de leurs camarades de tribu qui avaient parlé le jour précédent. Plusieurs des légendes enregistrées sont des plus curieuses, car elles sont entrecoupées de mots archaïques, d’imitation de cris d’animaux, jeunes et vieux, etc. Une conversation courante entre deux Indiens a été aussi phonogrammée. Le titre indiquant le sujet du phonogramme a été parlé en anglais et enregistré sur le cylindre avant le sujet lui-même, de sorte que la langue anglaise et la langue passamaquody alternent sur le même cylindre de cire. Tous les cylindres ont été numérotés, classés et catalogués, de façon à permettre de retrouver facilement les sujets dont ils parlent. Certaines histoires occupent plusieurs cylindres dont le nombre total est de 36, etüy a eu des difficultés spéciales à passer, sans lacune ni double emploi, d’un cylindre à l’autre; mais, avec un peu de pratique, les Indiens devenaient très habiles à la production d’excellents phonogrammes. Un certain nombre de chansons et d’histoires n’occupent d’ailleurs qu’un seul cylindre. L’histoire la plus longue est celle de Podump et de Pook-Jin-Squiss (Le chat noir et le crapaud femelle), histoire encore inédite et qui n’occupe pas moins de neuf cylindres. M. Fewkes promet la traduction de cette histoire curieuse dans un rapport détaillé qu’il publiera ultérieurement sur ses recherches ethnographiques d’un nouveau genre.
- p.322 - vue 326/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 525
- L'EXI'OSITIO.N DE
- L’ÉLEVAGE DE L’ENFANCE
- Les enfants sont l’avenir de la société et de la patrie : aussi doit-on considérer la manière de les élever comme une question vitale de la plus haute importance, dont chacun doit se préoccuper, et qu’il est du devoir des médecins et des hygiénistes d’étudier le plus possible.
- Ce n’est malheureusement pas seulement un sentiment naturel vieux comme le monde qui a fait, depuis quelques années, chez toutes les nations, s’occuper tant de l’enfance, mais bien des considérations d’intérêt national qui nous forcent aujourd’hui à veiller sur elle plus que jamais.
- L’effroyable mortalité des nouveau-nés a fini par émouvoir tout le monde, même nos hommes politiques; car elle entraîne avec elle le dépeuplement, plus ou moins rapide suivant les régions, et en France surtout le mouvement de la population n’y suit pas une progression en rapport avec celle que l’on constate chez les autres nations. Aussi l’initiative privée et l’administration publique ont recherché le moyen de conserver à la patrie ces précieuses existences. On ne peut que bien augurer de tant d’intelligents efforts. Il était utile, dans tous les cas, de les faire connaître au public, d’en propager l’exemple, d’en offrir à tous la leçon.
- L’Exposition universelle de 1889 a permis de le faire sur une grande échelle. Le public l’a fort bien compris d’ailleurs, et l’on est heureux de constater l’empressement avec lequel on visitait les différentes sections concernant l’enfance. Il y avait notamment dans le Palais de l’hygiène une exposition qui obtint un grand succès et dans laquelle la foule se pressait tous les jours, du matin au soir : celle de l’assistance de l’enfance, organisée, sous la haute direction de M. Monod, directeur de l’assistance publique au Ministère de l’intérieur, parMljfi Landrin, inspectrice générale des services de l’enfance.
- Ces collections ont été depuis cette époque épurées et complétées. Elles forment aujourd’hui un ensemble remarquable destiné à constituer un musée permanent qui fera sans doute partie des musées des services publics qui seront groupés, dans le Palais des Arts libéraux, si décidément les Chambres en votent la conservation, ou sera installé dans quelque autre monument si ces belles constructions doivent être détruites.
- Dans ce musée, Mme Landrin, ayant à montrer les progrès réalisés par l’assistance, a cherché, pour les faire mieux ressortir, pour éclairer son sujet, le rendre plus attrayant, en atténuer autant que possible l’aridité, à retracer l’histoire de l’élevage des enfants en France, depuis l’époque la plus reculée jusqu’à nos jours, et a réuni des séries d’objets de toute époque et de toutes provinces, groupés de façon à nous apprendre d’un seul coup d’œil les différentes manières usitées dans nos régions pour emmailloter,
- puis pournourrir, coucher et faire marcher les enfants.
- Le plus ancien document que l’on a pu se procurer sur l’emmaillolement est une statuette romaine, en terre cuite, trouvée à Yiterbe et appartenant au Musée archéologique de Bruxelles. L’enfant était li-gotté de la tête aux pieds avec des bandes de drap ou de laine, ce qui l’immobilisait complètement et par suite gênait considérablement son développement physique, car il a, comme les grandes personnes, besoin de mouvement et de gymnastique. Des photographies et des moulages de sculptures moyen âge, une série de poupons grandeur naturelle, emmaillotés avec une exactitude et un soin scrupuleux, suivant la mode ancienne et la mode nouvelle de nos différentes provinces, nous montrent que le système romain a subsisté longtemps presque sans changement, et que de nos jours, même dans certains centres très éclairés cependant, — ce que l’on croirait à peine, — il a persisté malgré tout, car s’il offre des dangers pour la santé du bébé, il rassure la mère et ne l’oblige pas à une attention perpétuelle. Dans le Jura, les bandelettes sont remplacées par un petit corset de coutil qui se lace en arrière.
- Cependant dans la Charente on laisse le bras droit libre, c’est déjà mieux. En Corse, la liberté s’étend aux deux bras et aux deux pieds ; voilà évidemment l’idéal, si on ne veut pas tomber dans l’exagération de la mode anglaise.
- Certaines mères (Touraine, Ain) par crainte des chocs, couchent leur petit sur un oreiller et ficellent le tout avec des lanières d’étotîes, quelques-unes ayant la précaution de laisser le bras droit libre. D’autres (Landes) remplacent l’oreiller par une peau de mouton, ou bien (Provence) posent le nourrisson dans une corbeille plate, l’y attachent solidement, et ne l’en sortent même pas pour l’allaiter. N’est-ce pas la fameuse planchette des Peaux-Rouges?
- Nos gravures montrent bien la progression suivie et les progrès obtenus et réalisés petit à petit. Mais combien est-ce lent ! La routine, l’usage, la coutume, voilà trois fléaux bien difficiles à vaincre et qui souvent tuent malheureusement plus vite que les maladies. Quelles que soient les améliorations hygiéniques obtenues, chaque province, chaque village môme, conserve ses usages particuliers; un ruban, une couleur, les plus petits détails témoignent d’un goût spécial à la contrée.
- C’est surtout dans les bonnets que l’on retrouve ces caractères ethnographiques. Aussi ces mignonnes petites coiffures, que remplit le poing fermé, n’ont pas été oubliées, et l’on a pu, en laissant toutefois de côté ceux des villes qui ne varient guère et restent toujours un poème de dentelles et de fines guipures, en réunir une belle collection. 11 y en a de toutes formes, de toutes couleurs, de toutes sortes : depuis ceux qui sont tout rubans, tout perles, jusqu’à ceux dont le principal ornement est formé par les cheveux retombant par le sommet comme la crinière échevelée d’un casque; depuis ceux d’allures
- p.323 - vue 327/432
-
-
-
- 524
- LA NATURE.
- Fig. 1. — Types d’ennnaillotcinents d’après la collection exposée par le Ministère de l’intérieur. — N° 1. Statuette romaine de Vilerbe. — N0 2. Statuette du quinzième siècle. — N° 5. Einmaillotement dans les Alpes-Maritimes. — IX" i. Finistère.
- monastiques, simples, sombres et noirs, jusqu’aux bonnets polychromes brodés d’or et d’argent,éblouissants comme une châsse, qui semblent avoir été faits pour une petite impératrice de Byzance.
- A côté, on a placé pour en bien faire comprendre l’horreur par le contraste, ces cruels serre-tètes, ces horribles bandelettes, qu’on employait couramment, il y a vingt ans encore, dans certaines provinces (Toulouse, Deux-Sèvres, pays de Gaux, etc...), pour déformer la tête des nouveau-nés, sans s’occuper si cet acte hors nature n’amènera pas des dérangements graves dans cette pauvre petite cervelle, ne troublera ou n’obscurcira pas cette intelligence naissante.
- La nourriture de l’enfant est un des points les plus délicats de l’élevage. Malheureusement, s’il est indiscutable que l’allaitement maternel, ou à son défaut l’allaitement mercenaire, est le mode d’alimentation le meilleur à tous les points de vue, il y a certains cas où l’on ne peut le pratiquer. Soit par faiblesse, maladie, à cause du travail, du nombre
- Fis. 2.
- Types d’emmaillolcinenls N" 11. Landes
- des enfants, du manque de lait, etc..., bien des
- mères ont du renoncer à nourrir leurs petits. 11 fut cependant des temps où le biberon était inconnu, mais ils sont si éloignés qu’ils se perdent dans la nuit du passé. Déjà, les Gallo-Romains employaient pour abreuver leur progéniture de petits pots nommés gutti. On en rencontre fréquemment dans les tombes de jeunes enfants. Les uns en terre, les autres en verre, finement travaillés, ils présentent tous deux ouvertures, l’une servant à introduire le lait, l’autre très étroite (le guttus), percée à l’extrémité d’un petit rendement pointu placé sur le côté, qui permet l’écoulement goutte à goutte du liquide.
- Cependant on ne trouve jamais de ces biberons dans les sépultures de l’époque mérovingienne, et ils ne reparaissent en grand nombre qu’au quinzième siècle. Vers la fin du seizième siècle on commence à em-r ployer les bouteilles d’étain ou de verre, au goulot muni d’un chiffon ou d’un bout d’éponge, et en même temps des fioles a long col en fer-blanc.
- Types d’ennnaillotenients. — A” a. Creuse. — N” 6. Jura. — IX° 7. Orne. N° 8. Basses-Pyrénées.
- 10. Maçonnais.
- p.324 - vue 328/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 325
- Fig. 4. — Types d’emmaillotements. — N° N“ 13. Charente-Inférieure.
- Plus tard, on retourne avec la faïence à la forme gallo-romaine, forme qui finit par s’altérer elle-même, va en s’aplatissant déplus en plus, pour arriver à prendre celle d’un canard enluminé de belles couleurs.
- Parallèlement se transformait la cuillère en bois, qui finit par devenir un pot allongé et commode, en métal, en verre, en bois ou en faïenee.
- Ces deux systèmes arrivent à se confondre et engendrent le biberon limande en verre qui encore de nos jours lutte avec avantage contre les autres instruments modernes, soi-disant perfectionnés, et malheureusement les plus défectueux, ces biberons à tube de caoutchouc, qui causent journellement tant de ravages chez les jeunes enfants des campagnes et de la population ouvrière.
- 11 faut citer ici deux biberons rustiques qui semblent très anciens et se rapprochent beaucoup de la forme onère. Ils étaient cependant encore utilisés quand ils furent recueillis et envoyés à l’Exposition.
- - Le premier est creusé dans un
- couvercle à coulisse, et porte en
- Charente. — N“ li. Vaucluse. N* 16. Corse.
- ig. 5. — Biberons, d'après la collection exposée par le Ministère de l’intérieur. N"1 1 à 5. — Biberon Gallo-Romain. — N° 6. Basque. — N° 7. Breton. —N° 8. Périgord. — .N* 9. Ariège. — N° 10. Ncvers. — N° 11. Nord. — N“ 12. Biberon canard. — N° 15. Biberon sabot.
- Fig. 6. — Biberons. — N° li. Biberon en corne. — N* 13. Biberon fiole, ancien. — N“ 16. En étain, ancien. — JN° 17 et 18. En bois. — N* 19. En verre, ancien. — N- 20 à 26, Biberons modernes. (D'après des photographies de M. Maurice Bucquet.) -
- bloc de hêtre cylindrique; il ferme par un ingénieux | nourrissons. Ces amulettes, fréqut
- bas un petit tube de bois garni de linge pour permettre la succion. Il vient de Bethmale (Ariège) , ce pays si sauvage.
- Le second, recueilli dans la Haute-Savoie, est une simple corne de vache,creuse, percée à l’extrémité la plus effilée à laquelle se fixe une té-tine. On s’en servait comme d’un entonnoir et elle représente bien le cornet à boire pour les enfants dont on parle dans le roman de Robert le Diable qui date du treizième siècle, en même temps que de ces berceaux mouvants que nous aurons occasion de décrire avec les autres objets de literie dans notre prochain article.
- Un mot encore sur une intéressante collection, ou plutôt sur l’embryon d’une collection, d’un très grand intérêt, dans laquelle seront réunis un certain nombre d’objets divers auxquels les mères et nourrices attachent des idées supertitieu-ses, et qui, selon elles, ont une grande influence sur la santé, la vigueur, l’intelligence de leurs mment employées
- p.325 - vue 329/432
-
-
-
- 326
- LA NATURE.
- encore de nos jours, et même presque aussi souvent l dans les villes que dans les campagnes, sont cependant assez difficiles à se procurer, car ceux qui s’en servent,! quelle que soit leur foi dans l’influence du rémèdê, S’en cachent et s’en défendent presque toujours. 'Mm° Laiidrin a pu cependant en recueillir un certain nombre et elle ne désespère pas de compléter l’ensemble, assez rapidement.
- Ypici d’abord des colliers qui tous passent pour protéger l’enfant, le rendre plus fort et le faire prospérer ; les uns sont en coquillages ou en dents de loups, les autres en grains d’ambre ou de calais trouvés dans les tumuli qui couvrent la llrctagne. Ces derniers, appelés en breton gouyard pateros, ont une grande renommée et, par suite, une énorme valeur. A la mort d’un paysan du Morbihan, un de ces colliers ayant été mis en vente, il y a peu de temps, trois grains furent échangés contre une paire de bœufs, et cinq contre un arpent tout entier de bonne terre.
- A côté d’une peau de taupe que l’on place sur la poitrine pour faciliter la dentition, ou sur la tête pour arrêter les convulsions, nous trouvons un chapelet de pattes du même animal. Il faut absolument que les extrémités soient formées par un pied de devant à droite, de derrière à gauche. Notons aussi neuf graines d’ail enfilées, qui préservent des convulsions, des pierres de pigote (va-riolite) en usage contre la petite vérole, des sachets de pain bénit, etc...
- Il est curieux de réunir ces objets d’une superstition naïve qui est encore loin de s’éteindre malgré les progrès de l’instruction. F. Landrin.
- — A suivre. —
- LE LANGAGE SCIENTIFIQUE
- l’hystérésis
- Les progrès de la science électrique et les besoins de la pratique ont fait éclore pendant ces dernières années un certain nombre de mots nouveaux qui, mal accueillis au début par les gens de science pure et aussi par certains praticiens, n’en font pas moins leur chemin malgré — et peut-être à cause de — l’opposition qui leur est faite, et des discussions qu’ils soulèvent, discussions qui les font connaître et les répandent en les précisant.
- Le mot hystérésis est un de ces mots heureux qui, imaginé il y a quelques années par M. Ewing pour exprimer d’une façon concise un phénomène nouveau, et employé seulement par un petit nombre de spécialistes, ! a rapidement fait le tour du monde, et se trouve aujour- , d’hui universellement employé dans le domaine des électriciens. Il n’est donc pas sans intérêt de le présenter à nos lecteurs avec sa signification exacte, afin de bien justifier la nécessité de son emploi, de plus en plus indispensable dans l’étude des phénomènes physiques qui sont une fonction plus ou moins complexe du temps. Le mot hystérésis vient du verbe grec WcEp^w, je reste en arrière, et bien qu’employé généralement pour indiquer un certain phénomène magnétique, il peut se généraliser et s’appliquer à un grand nombre d’autres phénomènes.
- Voici en quoi consiste l’hystérésis dans le magnétisme. On sait que lorsqu’une substance magnétique est placée dans un champ magnétique, elle s’aimante plus ou moins suivant sa nature et l’intensité du champ dans lequel elle se trouve placée. Cette aimantation se mesure soit par l’intensité d’aimantation, soit par Yinduction magtiéti-que, quotient du flux de force magnétique traversant la substance de section uniforme par cette section. Pour chaque intensité de champ, il devrait donc y avoir, pour une substance magnétique donnée, une induction magnétique correspondante, et une seule. Mais différents savants ont remarqué, et M. Ewing a fait une étude toute spéciale de cette action, que si, dans un champ magnétique variable partant de zéro pour atteindre une certaine valeur, puis redevenant nul, changeant de signe pour prendre une valeur égale et de signe contraire, et redevenant nul, c’est-à-dire dans un champ magnétique cyclique, l’on place une substance magnétique, les variations de l’induction ne suivront pas exactement celles du champ : elles ne passeront pas par les mêmes valeurs; lorsque le champ magnétique passera parles mêmes valeurs, il y aura un retard dans l’aimantation et la désaimantation de la substance. C’est ce retard qui constitue l’hystérésis magnétique. Plus le fer est doux, moins il manifeste d’hystérésis ; certains aciers présentent, au contraire, une hystérésis importante et doivent être absolu-lument proscrits des parties des appareils dans lesquelles les substances sont soumises à des variations magnétiques fréquentes, telles que les armatures des dynamos, les transformateurs, les électro-aimants des appareils télégraphiques rapides, etc. On démontre, en effet, que le retard cyclique d’aimantation correspond à une perte d’énergie d’autant plus grande que le phénomène est plus marqué. Ainsi, par exemple, et pour fixer les idées,.M- le Dr Uopkinson a calculé que, dans une machine dynamoélectrique donnée, tournant à la vitesse angulaire de 900 tours par minute, et dans laquelle il se produit, par suite de la rotation de l’induit, 15 cycles d’aimantation par seconde, on remplaçait le fer de l’armature par un acier dur, la perte par hystérésis, au lieu d’être de 1 pour 100 comme elle l’est dans la machine considérée, atteindrait 20 pour 100 de la puissance électrique totale produite par la machine. L’hystérésis magnétique n’est donc pas une quantité négligeable, et son importance industrielle justifie la création d’un nom spécial dont il importait de connaître l’origine et la signification.
- PASSERELLE PORTATIVE IMPROVISÉE
- POUR l/lNFANTERIE
- L’adoption de la poudre sans fumée qui préoccupe à si juste titre tous ceux qui s’intéressent aux choses de l’armée, va favoriser la formation dans i l’infanterie des groupes francs préconisés par M. le général Lewal. Ces groupes sont appelés à appuyer puissamment la cavalerie d’exploration dans son service devenu si difficile en face d’ennemis dont la présence ne se révélera que par l’envoi de projectiles, le son lui-même ne donnant pas d’indications exactes sur le point occupé.
- Il faut donner aux hommes chargés de cette mission toute facilité pour triompher des obstacles du terrain et, à ce point de vue, la passerelle imaginée
- p.326 - vue 330/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 327
- par M. le capitaine Cavarrot, chargé de l’école des ponts au 5e régiment du génie, semble appelée à rendre des services réels; sans doute, elle ne permet pas de franchir des cours d’eau importants, mais tel ruisseau profond de 2 mètres et large de 4 à 6 arrêtera la marche d’une troupe, si les passages habituels ont été détruits, ou si un point de passage s’impose en dehors d’eux, car la science de la natation est bien peu répandue chez nous et tous les temps ne sont pas favorables aux bains froids.
- Cette passerelle présente les avantages suivants : on en trouve les éléments partout ; l’outillage est des plus sommaires, des serpettes ou même des couteaux de poche, quelques pointes ou du fil de fer, même de la ficelle ; on peut la préparer assez loin du passage choisi, l’apporter par fragments à bras d’homme sans grande fatigue jusqu’au bord du cours d’eau, la jeter sans aucun bruit et cela dans un temps très court. C’est un appoint sérieux dans le cas où l’on prépare
- une surprise. Tous les autres moyens de passage improvisés sont de construction plus ou moins bruyante. Les officiers d’infanterie qui ont suivi à Arras les cours de l’école des travaux de campagne en 1888 ont apprécié le mérite de cette invention et une instruction spéciale a déjà été donnée dans certains corps de troupe pendant l’année dernière.
- La construction et le lancement de la passerelle sont des plus simples et il suffit de les avoir effectués une fois pour les connaître suffisamment.
- Les éléments de la passerelle sont : l°Des chevalets dits à huit pieds (fig. 1) confectionnés avec des gaulettes dont la grosseur au milieu varie de 0m,025 à 0m028 ; de petites pointes en fer, une à chaque croisement, relient les gaulettes entre elles et au chapeau; ce dernier est un rondin de 0m,055à 0m,06 de diamètre et de lm,50 de long. On peut donner au chevalet jusqu’à 5m,50 de hauteur, la passerelle
- ------60------i 20 if
- t.oo ^ 3
- .........3,00-------------J
- ______________________________JEjfoitiEtrSc
- Fig. 1 à 5. — Détails de la passerelle portative.
- ne devant pas s’élever à plus de 0m,60 au-dessus du niveau de l’eau; 2° Un tablier qui se compose : de trois perches-poutrelles d’une longueur maxima de 3m,40, pour les portées les plus grandes (3 mètres à 3m,10), avec un diamètre moyen de 0m,055 à 0m,07 et un écartement entre elles de 0“‘,40, et de claies (fig. 2) de 0m,50 de largeur sur 1 mètre de longueur confectionnés avec des rondins de 0m,020 à 0m,030 de diamètre, au nombre de sept, reliés au moyen de deux barts espacées de 0m,50 à 0m,60.
- Les claies sont clouées sur les poutrelles ou liées avec du fil de fer; elles sont espacées tant plein que vide, afin d’éviter une trop grande charge sur un point donné par le serrage des files d’hommes franchissant la passerelle.
- Un chevalet de 5“, 10 de hauteur pèse 26ke,500; une travée de 5 mètres pèse, pour les trois poutrelles, 28kg,500, pour les 5 claies 19 kilogrammes; en tout pour un élément de passerelle 74 kilogrammes. Sept hommes transportent facilement les éléments d’une travée et un chevalet ; on peut donc les confectionner assez loin du point choisi pour
- le passage et éviter tout bruit de nature à donner l’éveil à l’ennemi.
- Une travée de 3 mètres avec chevalets de 3 mètres de hauteur supporte le poids de dix hommes armés et équipés ; or, il ne peut pas se trouver normalement plus de cinq hommes sur une travée, étant donné l’espacement des claies.
- La stabilité du chevalet est très grande par suite de sa forme et des dimensions du chapeau par rapport à la base ; elle est encore augmentée par le brê-lage des poutrelles. Les chevalets donnent peu de prise au courant; on peut, du reste, les lester au moyen de pierres attachées solidement aux traverses inférieures.
- Le lancement s’opère au moyen de deux perches de rampe, d’une chevrette (fig. 5) qu’on engage sous le chapeau et d’une griffe (fig. 4), qui permet de maintenir le chevalet pendant le placement des perches-poutrelles. Ces accessoires sont improvisés.
- Les essences de bois à préférer pour confectionner les chevalets et les claies sont : le chêne, le charme, le frêne, le bouleau, le noisetier, l'orme, le châtai-
- p.327 - vue 331/432
-
-
-
- 328
- LA NATURE.
- gnier, le saule; on peut y ajouter comme propres à faire des harts : la vigne vierge, le tamarin et l’osier.
- On emploie des pointes de 0m,125 et de 0m,055 comme le montrent nos figures. Les outils sont des serpes, couteaux de poche, marteaux, une scie égohine; accessoires, ficelle et fil de fer.
- Dans l’expérience faite le 15 octobre 1888 sur la Scarpe, pour une largeur de cours d’eau de 10m,50, avec une profondeur variant de lm,50 à 2m,15, il a fallu trente-cinq minutes pour préparer la passerelle, non compris le temps nécessaire pour couper le bois (trente minutes environ), avec trois sous-officiers et trente et un hommes. Le lancement
- a demandé quarante et une minutes à compter de l’arrivée de la première file sur le bord de la Scarpe; en réalité, l’opération a duré trente-deux minutes.
- Un sondage préalable est naturellement nécessaire. L’infanterie franchit le passage à la file indienne, à une allure précipitée, mais sans sauter; l’homme doit éviter de s’engager à l’entrée de la passerelle sur le même pied que celui qui le précède.
- Outre les matériaux ci-dessus indiqués, on peut employer des planches refendues, des lattes de couvreur et des chevrons. Enfin en employant des bois de 0ra,05 à 0n,,04 de diamètre au milieu, on peut confectionner des chevalets à quatre pieds (fig. 5).
- Fig. 6. — Passerelle portative pour l’infanterie de M. le capitaine Cavarrot.
- IA STATION CENTRALE EDISON
- A BROOKLYN (NEW-YORK) 1
- Les stations centrales d’énergie électrique s’établissent chaque jour plus nombreuses, et il est enfin permis de comparer les installations des usines d’électricité aux installations des usines à gaz. Il y a quelques années, on se contentait pour les stations d’électricité d’un espace couvert, et on installait de plein pied les chaudières, machines à vapeur, dynamos. On utilise aujourd’hui les différents étages d’un immeuble, en donnant à chacun d’eux une affectation convenable. Ce genre d’installation est surtout usité dans les grandes métropoles améri-
- caines, où l’espace est souvent limité. Nous signalerons en particulier la nouvelle station centrale Edison à Brooklyn (New-York). Cette station qui ne comprend pas moins de trois étages, se trouve placée au centre du district à desservir.
- Au premier étage sont installées huit chaudières Babcock et Wilcox, divisées en deux groupes de quatre chaudières chacun. Notre gravure donne la coupe verticale de la station, elle montre la partie de la construction occupée par les chaudières et permet de juger de leur installation et de leur disposition générale.
- Les chaudières delà station se trouvent au nombre de quatre sur chacun des côtés, et laissent un espace libre au milieu. Chaque chaudière a une surface de chauffe de 2800 pieds carrés (260mî,12) ; on
- 1 Voy. le journal américain Science, (tu 17 janvier 1890.
- p.328 - vue 332/432
-
-
-
- La nouvelle station centrale électrique de la Société Edison à Brooklyn (iNew-York, États-Unis.)
- p.329 - vue 333/432
-
-
-
- 550
- LA NATURE.
- compte environ 6 à 7 pieds carrés (0m2,55 à 0mî,65) . par cheval. A côté des chaudières sont les pompes alimentaires. Les cendres sont enlevées des cendriers placés sous les chaudières, et portées dans un wagonnet qui les amène à un élévateur pour les rejeter au dehors. De même le charbon à son arrivée est monté au second étage dans la soute à charbon. C’est de là qu’est prise chaque jour la provision; le charbon est descendu à l’aide d’un plan incliné dans le petit magasin situé près des chaudières, et qui sert de dépôt. Cette manière d’opérer présente de grands avantages, en ce sens qu’elle oblige les chauffeurs à faire des économies de charbon, et nul n’ignore que sur ce point on ne saurait prendre trop de précautions. La quantité d’eau consommée est également mesurée.
- Les chaudières que nous venons de décrire, sont munies de grosses conduites de vapeur qui aboutissent dans une salle voisine aux machines à vapeur. La salle des machines contient douze machines à vapeur Bail compound, de 500 chevaux chacune. Les diamètres des pistons sont respectivement de 15 et 25 pouces (55cm,02 et 65cm,5)et la course de 50cra,64. L’évacuation de la vapeur se fait par un tuyau qui remonte dans la salle des dynamos et passe dans un réservoir d’eau, qu’elle réchauffe.
- La salle placée au-dessus des machines Bail, au second étage, est occupée par les dynamos, qui sont au nombre de 24. A la vitesse angulaire de 650 tours par minute, chacune de ces dynamos peut alimenter 1500 lampes à incandescence de 16 bougies.
- Le système de distribution employé est le système à trois fils et par feeders. La disposition à trois fils est très avantageuse; elle permet une économie d’environ 68 pour 100 sur la masse de cuivre totale nécessaire pour l’installation. Les feeders donnent encore une économie sur les autres systèmes, et, de plus, assurent la distribution dans de meilleures conditions. Ces feeders consistent en des câbles venant de l’usine et aboutissant à un point central, appelé pour cette raison centre de distribution. De ce point, partent des circuits spéciaux qui desservent les appareils d’utilisation, et qui sont les circuits de distribution proprement dits. Il est à remarquer qu’aucune lampe n’est branchée sur les feeders. Les jonctions des feeders avec les circuits de distribution se font dans des boîtes spéciales, consistant en des cylindres en fer placés dans les rues. Les circuits de distribution viennent tous se brancher sur des couronnes en cuivre reliées aux feeders. La canalisation est souterraine. Les câbles consistent en trois barres de cuivre nu de grosseurs différentes suivant les cas. Les trois barres sont juxtaposées et isolées les unes des autres par de grosses cordes enroulées, de telle sorte qu’elles ne peuvent se toucher. Cet ensemble est placé dans un tuyau de fer d’environ 5 ou 4 mètres de longueur et de 8 à 10 centimètres de diamètre. On coule ensuite dans le tuyau un mélange de goudron et de résine qui vient remplir les vides et rendre les barres de cui-
- - vre immobiles. Des deux côtés du tuyau dépassent les extrémités des barres de cuivre, qui permettent de faire les jonctions avec d’autres tuyaux semblables. Ces jonctions sont exécutées à l’aide de serre-fils et placées également dans des boîtes spéciales. Un modèle de canalisation Edison se trouvait exposé dans le Palais des Machines, à la section américaine, en 1889.
- Telle est, en quelques mots, la description d’une des plus importantes stations centrales d’Amérique. L’aménagement intérieur et la disposition des appareils paraissent sérieusement étudiées, contrairement aux habitudes américaines. Il n’est pas douteux qu’avec de tels éléments, le succès industriel des applications électriques soit désormais assuré.
- J. Laffargde.
- LA PLUS PETITE
- EXPLOITATION HOUILLÈRE DE FRANCE
- IA CONCESSION d’iIARDINGHEN (PAS-DE-CAI,AIs)
- Cette mine lilliputienne est, sans contredit, la plus petite de France et le charbon en est extrait par le propriétaire lui-même, M. Ludovic Breton, ingénieur du tunnel sous-marin entre la France et l’Angleterre, qui s’en est rendu acquéreur il y a environ deux ans. Actuellement, l’exploitation marche bien et dans des conditions fort régulières ; après avoir ruiné deux générations d’actionnaires, elle risque fort d’enrichir celui qui se trouve à sa tête.
- L’extraction de la houille y a été faite il y a plus de deux siècles, et, chose curieuse, elle fut commencée par Jacques Desandrouin, le même qui devait, quelques années plus tard, découvrir le charbon sur le territoire de Fresnes, dans le Nord, et donner naissance à la plus grande exploitation houillère du monde, celle de la Compagnie d’Anzin. Ce fut le 1er février 1720, sous Louis XV, que le Conseil d’État autorisa Desandrouin à construire des verreries dans le Boulonnais ; celui-ci, pour alimenter ses fabriques, acquit le droit d’exploiter la houille aux propriétaires des terrains, les ducs d’Aumont, de Crevant d’Humières et le comte de Bucamp. Il payait pour cela 2000 livres par fosse creusée; après la loi de 1791, cette redevance revint à la nation.
- En 1792, les charbons étrangers n’arrivant plus dans le nord de la France, on eut recours au charbon d’Har-dinghen. Le gouvernement exploita les mines sous la conduite et la direction d’un nommé La Place, commissaire du gouvernement. Celui-ci fut autorisé à faire de l’extraction à outrance, et fit enlever tous les stocks de garantie autour des puits pour se procurer de la houille : ce fut un véritable gaspillage. Les fosses creusées portèrent des noms de circonstance : Fédération, Patriote, etc. Les charbons extraits servaient à l’approvisionnement des villes-frontières, Lille, Dunkerque, Saint-Omer, Boulogne et Calais.
- Sous la Terreur, une Société, qui n’avait d’autre droit que de prendre en creusant, fit creuser une fosse qui porta le nom de Sans-Culottes. Les mines occupaient alors plus de 500 ouvriers. Dans un Mémoire de cette époque, à une question posée on trouve la réponse suivante : « Il faudrait un volume pour décrire les travaux anciens qui ont été faits dans plus de cent fosses qui sont
- p.330 - vue 334/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 531
- rebouchées. Les plus belles verreries de l’Europe sont établies au milieu des fosses actuelles. »
- Un mois après la chute de Robespierre, les habitants du Boulonnais furent pris d’une sainte ardeur pour la recherche des mines dans leur district, comme le montre un document du 12 fructidor an II qui a pour titre :
- (( Souscription patriotique pour la recherche des mines de houille dans le district de Boulogne, département du Pas-de-Calais. » Ce document eut l’honneur de paraître dans le premier numéro du Journal des mines, vendémiaire de l’an III, publié par l’agence des Mines de la République. Sous le Directoire, l’impulsion donnée à l’exploitation se continua : la première fosse creusée après le 27 octobre 1795 porte le beau nom de La Patrie.
- Pendant les premières années du Consulat, la même activité exista encore; mais, après la levée du camp de Boulogne et les années de guerre continuelles qui suivirent, la vie industrielle fut suspendue dans le Boulonnais comme dans toute la France. Sous la Restauration, l’exploitation reprit un peu et put fournir de quoi alimenter l’ancienne verrerie de Desandrouin qui existait toujours ; enfin, vers la fin de 1837, une Société qui avait pris le nom de Compagnie de Fiennes et d’Hardinghen acheta les mines d’Hardinghen et les droits à la concession éventuelle de Fiennes, en tout 3067 hectares pour le prix de 903 190 fr. 59.
- Cette société succomba en 1870 sous le poids d’un passif s’élevant à 3 800 000 francs ; chaque actionnaire dut participer aux pertes et rapporter environ 5000 francs par action, ce qui prouve que les mines de charbon ne sont pas toujours des mines d’or. Celles-ci furent alors vendues au prix de 550 000 francs (22 juillet 1870). Elles furent exploitées jusqu’en 1885. A cette époque, un banquier de Calais, M. B..., se rendait adjudicataire, à Boulogne, le 16 décembre 1885, de la concession, des fosses, des maisons de mineurs, du chemin de fer, etc., pour la somme de 320 000 francs; mais, quelque temps après, la crise tuliière de Calais amenait des chutes retentissantes dans le commerce de cette ville; le banquier, M. B..., fut entraîné dans la débâcle et les mines d’Hardinghen furent abandonnées.
- À cette époque, personne n’en voulait même pour rien ; elles avaient cependant produit : de 1700 à 1800, environ 100 000 tonnes; de 1800 à 1839, 200 000; de 1839 à 1864, 433 000; de 1865 à 1880, 682 000; de 1881 à 1885, 295 000.
- Enfin, le 22 août 1888, les concessions, les fosses, le chemin de fer, etc., furent revendus à M. Ludovic Breton, frère du peintre Jules Breton, pour la somme dérisoire de 16 500 francs. Le 29 mars 1889, le nouveau propriétaire rétrocéda les maisons d’ouvriers, bâtiments et terrains à Mmo Magnier et autres pour 7800 francs et entreprit l’exploitation seul.
- Les anciens exploitants avaient bien fouillé cette région, mais ils avaient oublié sur la concession d’Hardinghen un lambeau houiller de quelques hectares. M. Ludovic Breton, géologue distingué, habitant le pays et le connaissant bien, n’ignorait pas certainement cette parlicu-__ larité : c’est là qu’il a installé sa première et unique fosse qu’il a nommée La Glaneuse, nom assez original en la circonstance et indiquant bien qu’il n’entend ici que recueillir ce qui reste d’une récolte déjà faite.
- Cette exploitation, qui date du 22 août 1888, comprend deux puits : l’un pour l’extraction, l’autre pour l’aérage et la circulation des ouvriers. Le fonçage a été commencé le 4 septembre, et comme il n’y avait dans le pays que
- des manoeuvres et des maçons, tous les boisages ont été supprimés et on a maçonné mètre par mètre, au fur et à mesure de l’approfondissement. Deux mois après l’ouverture des travaux, le puits d’extraction atteignait le terrain houiller à 34m,20 de profondeur et 6 mètres plus bas une veine de houille de O”,60 d’épaisseur. Un accrochage au niveau d’exploitation est maintenant ouvert à 42 mètres de profondeur. Le puits d'aérage est rectangulaire, le puits d’extraction est carré.
- Les dépenses sont aussi restreintes que possible. Les frais d’administration et de direction s’élèvent à 0fr,22 par jour, les indemnités d’occupation à 0fr,28, les frais d’extraction à 0fr,85 ; le matériel roulant est loué à la Compagnie du chemin de fer sous-marin. Le charbon extrait est vendu soit en gros aux usines de la région, soit en détail dans les rues de Calais et communes environnantes.
- En résumé, M. Breton est entré en extraction n’ayant pas dépensé 5000 francs, ce qui représente à peine deux jours de perte de la Compagnie défunte. La production de 1889 a été de 1134 tonnes; celle de 1890 paraît devoir atteindre 5000 tonnes- L’étendue qui reste à exploiter est de 2 à 3 hectares seulement pour chaque veine et la valeur du charbon à extraire par la fosse la Glaneuse est de 2 à 3 millions de francs.
- Cette exploitation d’une mine de houille par le propriétaire, mineur et ingénieur en même temps, est, croyons-nous, unique en son genre en France. Elle nous a paru intéressante à signaler.
- Alfred Renouard, ingénieur civil.
- LES FÊTES PUBLIQUES
- (Suite. — Voy. p. 266, 285.)
- En dehors des événements historiques qui ont donné lieu à des cérémonies dont nous avons déjà publié une longue énumération, il y a la légende purement fantaisiste dont la foi naïve a toujours cherché à tirer parti pour impressionner les masses. C’est à ce point de vue que nous allons aujourd’hui continuer à énumérer quelques faits peu connus et intéressants. La procession du Graully, à Metz, en est un curieux exemple. Voici cette légende :
- Dans les premiers temps du christianisme, Metz était une forteresse romaine opposée aux efforts des hordes germaniques. Le luxe y était grand; les plaisirs faciles. Rien n’égalait son vaste amphithéâtre, et des ruines éloquentes disent encore la grandeur de ses aqueducs. En ce temps-là déjà, de saints hommes se répandaient dans les Gaules pour y porter la parole du Christ. Saint Clément était venu fixer à Metz le siège de son épiscopat, mais les habitants, peu dociles à ses exhortations, continuaient à adorer Jupiter, et à s’abandonner au plaisir. Alors, dit la légende, voici ce que Dieu suscita pour châtier la ville impie. C’était en un jour de fête : un peuple immense encombrait les gradins de l’amphithéâtre, célébrant le nom d’Auguste, son fondateur. Le spectacle s’achevait au milieu des acclamations, quand tout à coup le ciel se couvrit d’un voile, les nuées s’amoncelèrent, la tempête éclata et un sourd mugissement résonna seul dans l’enceinte. L’horreur est au comble : le ciel s’entr’ouvre et son flanc déchiré vomit un monstre effrayant : c’est un dragon aux proportions gigantesques, à la gueule écu-mante, aux ailes écailleuses, qui tombe dans l’arène en jetant un cri strident. La foule veut fuir, mais le monstre
- p.331 - vue 335/432
-
-
-
- 332
- LA NATURE.
- a déjà compté ses victimes et quiconque appelle son regard est englouti par lui. Bientôt l’arène n’est plus qu’un vaste champ de carnage et le dragon reste seul maître du terrain.... Pendant cinquante jours, le monstre ayant vidé l’arène, opéra son carnage dans la ville. Les rues étaient devenues muettes et mornes, elles naguère si bruyantes... Or ces événements se passaient en l’an du Christ 47 environ. Tandis que les bûchers consumaient les offrandes destinées à calmer Jupiter, le saint évêque Clément passait la nuit en prières et se préparait par les jeûnes à devenir l’instrument de Dieu. Le peuple eut alors confiance qu’il pourrait, par ses prières, faire cesser l’horrible fléau. Saint Clément, accompagné de tous les nouveaux convertis, marchaprocession-nellement à la recherche du monstre, lequel apparut tout à coup.
- Ceux qui suivaient l’évêque, effrayés, se disposaient déjà à fuir,quand l’évêque les arrêta par ces simples mots: Taisons-nous! Le monstre s’élance, mais à la vue de l’évêque et de son cortège, il est saisi d’effroi, s’agite et veut fuir.
- Clément va alors droit à lui, lui présente la croix et l’asperge d’eau bénite. Le Graully (c’est ainsi que les Messins avaient nommé le monstre) se tord dans les convulsions de l’agonie, puis expire, devant le saint tranquille et câline....
- Telle est la légende du Graully, qui fixe la date des premiers succès du christianisme en Lorraine. En commémoration de cet événement, la rue où saint Clément rencontra le dragon fut appelée Taison, à cause des paroles prononcées par 1 évêque, et pendant dix-neuf siècles, l’anniversaire de ce jour miraculeux fut consacré par une procession à laquelle assistaient tous les bourgeois de la cité. On y portait l’effigie du Graully, vaste man-
- nequin en osier et bois recouvert de toiles peintes, et chaque boulanger était tenu de jeter un pain tout entier dans sa gueule béante : c’était la dîme du pauvre.
- La figure 1, que nous donnons ci-dessous de ce monstre fabuleux, est la reproduction d’un programme de la fête messine dans la première moitié de ce siècle; cette estampe est conservée au Musée historique de Nancy.
- En Lorraine, on célèbre aussi depuisdes siècles, dans la basilique de Saint-Nicolas, patron de la Lorraine, la procession commémorative de la délivrance de Gu-non de Linange, sire de Réclti-court.
- C’était vers le milieu du moyen âge. Un brave et pieux chevalier des Marches de Lorraine, le beau sire de Réchicourt, s’en était allé vers l’Orient guerroyer pour le Christ avec les soigneurs de France qui
- s’étaient croisés. Il avait la foi et la foi fait d’incomparables prodiges.... Or donc, notre sire de Réchicourt (ainsi s’exprime M. E. Badel, l’auteur du Cinq Décembre h Saint-Nicolas) se battit tant et tant qu’il finit par tomberai! pouvoir des Sarrasins qui l’enfermèrent en un obscur cachot. Il y resta des années; l’histoire ne dit pas combien, mais ce qu’elle dit, c’est qu’un soir de 5 décembre, le pieux chevalier lorrain se mit en prières, et, tourné vers l’Occident, il invoqua le grand saint Nicolas de son pays. Comment cela se fit-il? Nul n’en sut jamais rien, mais le soir du même jour, veille de la fête de saint Nicolas, l’infortuné captif se trouva à genoux avec ses pesantes chaînes devant le portail de l’église de Saint-Nicolas de Port. Il laissa ses chaînes appendues à l’autel du saint, fit plusieurs fondations, entre autres la merveilleuse procession du 5 décembre, qui ras-
- "<rr
- Fig. 1, — Cortège du Graully (légende messine). (Fac-similé d’une ancienne estampe du Musée historique de Nancy.)
- Fig. 2. — Procession anniversaire du Sire de Réchicourt au dix-huitième siècle. (Fac-similé d’une eau-forte de la collection de M. Lucien Wiener, à Nancy.)
- p.332 - vue 336/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 333
- semble toute la Lorraine dans la petite ville de Saint-INicolas.
- Notre gravure (fig. 2) (extraite de la collection d’eslampes de M. Lucien Wiener, à Nancy), montre le cortège arrivé sur l’une des places de la cité. Cunon de Récliicourt (et non pas Richécourt comme le titre de l’eau-forte l’indique par erreur) est gardé par une troupe d’archers musulmans, pendant que les prêtres, revêtus de leurs plus riches ornements, portent les reliques insignes et les vases précieux contenant l’huile bénite du glorieux protecteur de la Lorraine.
- Pour terminer cet le énumération des processions
- mi-religieuses, mi-profanes, qui ne sont quelquefois que des mascarades burlesques, nous citerons la plus ancienne qui se célèbre à Saint-Angel, à quelques lieues de Mexico, le jour de la fête de Jésus Nazaréen, patron du village. Viennent d’abord des Indiens, coiffés de chapeaux remplis de pièces d’artifices qui éclatent au milieu de la foule; puis des violons, des guitares, dont jouent des personnages revêtus de costumes fantastiques, précèdent la Vierge portée sur une plate-forme que soutiennent vingt-quatre soldats habillés à la romaine. Derrière, suivent tous les personnages de la Passion entourés de masques grotesquement armés de sabres de bois.
- Fig. 3. — Pompe funèbre de Charles III. (D’après une ancienne gravure du Musée de Nancy.)
- Toute la mascarade hurle en dansant jusque dans l’église et ne s’arrête que devant l’autel où le prêtre officie.
- Nous ne parlerons qu’incideinment des cérémonies des pompes funèbres.
- Les pompes funèbres des ducs de Lorraine sont placées au rang des plus merveilleuses cérémonies des siècles passés. Entre toutes ces pompes, celle de Charles III, le grand-duc de Lorraine, qui eut lieu le 10 juillet 1608 et jours suivants, est la plus célèbre, tant à cause de la majesté du personnage que par le nombre des seigneurs qui y prirent part et les splendides décorations du Palais ducal et des deux églises palatines, la collégiale Saint-Georges et l’Église-Nécropole des Cordeliers. On s’en peut d’au-
- tant mieux rendre compte que celte pompe a été gravée tout entière par Frédéric Rrentel, artiste strasbourgeois, sur les dessins de La Ruelle et de Jean La Hière.
- Nous donnons ci-dessus (fig. 3), la reproduction (bien réduite) de l’une des planches de cette cérémonie. Ces planches in-folio, excessivement rares et très précieuses, tant au point de vue de l’art qu’au point de vue historique, sont accompagnées d’un volume de texte in-8° imprimé à Clerlieu-lèz-Nancy, en 1609 : « Discours des cérémonies, honneurs et pompe funèbre faits à l’enterrement du très haut, très puissant et sérénisSime prince Charles, troisième du nom, par Claude La Ruelle. »
- La pompe funèbre comprend dix grandes tables,
- p.333 - vue 337/432
-
-
-
- 354
- LA NATURE.
- contenant la reproduction des cérémonies et honneurs faits au corps de Charles 111, à ses obsèques et funérailles, au Palais ducal et aux deux églises palatines, depuis le 14 mai 1608, jour de son décès, jusqu’au il juillet. Ensuite viennent quarante-huit tables consacrées à la description de tous les personnages dans leur costume de deuil, la représentation des étendards, bannières, écussons, blasons des grandes familles lorraines, etc.
- — A suivre. — A. BeRGERET.
- NÉCROLOGIE
- Treich-Laplène. — Les journaux, dans ces derniers temps, ont souvent prononcé le nom de ce jeune et courageux explorateur qui seconda les efforts du vaillant capitaine Binge-r dans son voyage du Niger au golfe de Guinée1. Victime de son dévouement à la Patrie, Treich-Laplène n’est plus. M. le capitaine Binger a bien voulu, sur notre demande, nous envoyer les lignes suivantes que nos lecteurs ne liront assurément pas sans émotion. G. T.
- Le 16 mars dernier, par une dépêche adressée au sous-secrétaire d’État aux colonies, nous apprenions la mort de M. Treich-Laplène, le courageux jeune homme qui s’était offert pour aller du golfe de Guinée au-devant de moi.
- M. Treich-Laplène était revenu épuisé par les émotions et les fatigues qu’il avait eu à supporter pendant ce trajet de sept mois. Hélas ! le courage et l’audace ne sont pas seuls nécessaires dans ces contrées : il faut un tempérament de fer pour résister aux privations et au reste.
- A peine rentré en France, le gouvernement, confiant dans le tact et l’énergie de Treich, le renvoya à la côte avec mission d’organiser admistrativeinent notre nouvelle colonie de Grand-Bassam. C’est dans l’accomplissement de celte mission que la mort est venue nous le ravir.
- Ayant souffert avec lui et partagé ses peines pendant plusieurs mois, j’ai été à même d’apprécier tout ce que son caractère renfermait de généreux, de désintéressé : il ne connaissait que le devoir. Dans ses deux dernières lettres que Treich a écrites à sa mère, il se sent malade, mais ne veut à aucun prix abandonner son poste : « Ma présence est nécessaire ici, dit-il, je ne quitterai qu’à la dernière extrémité. »
- Vous savez combien j’avais d’affection et d’estime pour Treich, la nouvelle de sa mort a été bien pénible et bien douloureuse pour moi. J’avais pour lui la plus profonde amitié, celle qui est basée sur des souffrances communes, et je l’estimais infiniment.
- Treich était un vaillant, un patriote et par-dessus tout un modeste. Si sa mère pleure aujourd’hui, à l’amertume de ses larmes doit se mêler un consolant souvenir de légitime fierté, celui que son fils est estimé et regretté par tous ceux qui l’ont approché, et que sa belle conduite et le vaillant patriotisme dont il était animé ne l'ont jamais écarté du sillon du devoir. Capitaine G. Binger.
- Victor Jacquot. — Il y a trois mois à peine nous faisions connaître ici même l’ingénieuse méthode de dessin qu’un hasard nous avait fait apprécier, et qui était due à un artiste aussi humble qu’habile, dont le nom nous était inconnu2. Nos lecteurs jugèrent comme nous l’œuvre de M. Victor Jacquot, car les lettres se mirent à pleuvoir chez le modeste maître de Remiremont. Il nous écri-
- 1 Voy. n° 866, du 4 janvier 1890, p. 70.
- 2 L’art de dessiner simplement. Voy. n° 871, du 8 février 1890, p. 155.
- vit en nous disant qu’il recevait parfois en une journée cinquante lettres de lecteurs de La Nature, provenant de tous les pays du monde, et il nous exprimait en termes touchants l’expression de sa reconnaissance « pour le bien que nous lui avions fait».—Nousapprenons aujourd’hui la mort de cet artiste de grand talent : le discours prononcé sur sa tombe par M. Thiéry, principal du collège de Remiremont, nous montre qu’il y avait en lui un homme de bien, dont la mémoire est digne de ne pas être oubliée. Elève distingué de l’Ecole des beaux-arts, « il pouvait marcher sur les traces des grands artistes, nous dit M. Thiéry, et aspirer à la gloire et à la fortune. Mais son naturel timide, sa grande, sa trop grande modestie, qui engendrait chez lui une certaine défiance de lui-même, unis à l’ainour du pays natal et de ses amis d’enfance, le ramenèrent bientôt dans ses chères Vosges de Remire-mont; vainement, depuis, ses amis de l’Ecole, devenus des peintres de talent, essayèrent de les lui faire quitter. C’est que l’idéal qui fait l’artiste était dominé, dans M. Jacquot par les qualités et les défauts de l’homme privé, et par ses défauts qui, chez d’autres, seraient des qualités, je veux dire cet amour excessif du calme, de la solitude, de la paix tranquille. Son vrai bonheur était de contempler à loisir un coin de la belle nature, loin des bruits de la ville; là, il rêvait, il philosophait en peignant. Chez lui, à l’intérieur, dans l’atelier, l’artiste ne quittait pas l’homme ; mais l’homme n’abandonnait pas non plus l’artiste ; il mettait toute son âme dans tout ce qu’il faisait : philosophe, chercheur, mais surtout ouvrier consciencieux et artiste désintéressé, il a laissé sa marque dans tous ses ouvrages. »
- Excellent professeur, M. Jacquot a créé la remarquable méthode qui allait faire connaître son nom quand, par une cruelle ironie du sort, la mort est venue le frapper au moment de ses succès. Très zélé pour le bien public, pour l’enseignement, pour les progrès de la Bibliothèque populaire de sa ville natale, ami de l’instruction sous toutes ses formes, le nom de Victor Jacquot nous paraît mériter le respect et la sympathie de tous. G. T.
- CHRONIQUE
- La lumière en plein air et dans les maisons.
- — Bien des personnes estiment que l’éclairage intérieur des maisons est égal à la moitié ou au tiers de l’éclairement extérieur. Des expériences précises dont le journal Health nous fait connaître les résultats, montrent que la différence de ces deux éclairements doit être représentée par un rapport beaucoup plus grand. C’est la méthode photographique qui a permis de comparer ces éclairements en partant du temps nécessaire avec des plaques de même sensibilité. Une photographie marine avec mer et ciel demande une pose de un dixième de seconde. Un paysage étendu, mais sans mer, exige, avec le même objectif, le même diaphragme et les mêmes plaques, un tiers de seconde. Un intérieur bien éclairé donne un bon cliché en deux minutes et demie, tandis qu’un intérieur tendu de façon à être éclairé seulement du demi-jour demanderait au moins trente minutes de pose. En un mot, les patients qui sont exposés au bord de la mer par un temps bien ensoleillé, reçoivent environ 18 000 fois plus de lumière que les personnes abritées derrière les tentures d’un boudoir, et celles-ci en reçoivent encore 5000 fois moins que les personnes marchant dans la même rue du côté du soleil.
- p.334 - vue 338/432
-
-
-
- LÀ NATURE.
- 335
- Le Sucre dans l’Inde. — La production et la consommation du sucre vont sans cesse croissant dans l’Inde anglaise, sans cependant que les procédés industriels se perfectionnent beaucoup, car 2 500 000 acres de terre (1 011 750 hectares) plantés en Cannes y ont produit cette année 2 500 000 tonnes anglaises de 101G kilogrammes de sucre brut, soit une tonne par acre, tandis que le rendement atteint 2 tonnes par acre aux Antilles. La faiblesse de ces résultats est due aux méthodes défectueuses employées par les fabricants, méthodes qui leur fournissent seulement le tiers du sucre cristallisable contenu dans la Canne, et encore sous forme d’une cassonnade brunâtre analogue aux sucres de 2e et de 5e jet européens. Le Sucre brut est préparé sur place, par de petites usines mal outillées, mais il existe plusieurs importantes raffineries, dont une à Aska dans le Sud et une autre à Shahjehanpoure dans le Nord. L’Inde anglaise absorbe chaque année environ 2 600 000 tonnes de sucre, 100 000 tonnes de plus qu’elle n’en produit, ou 12 kilogrammes par habitant.
- Statistique des broches & coton du monde.
- — D’après les « Archives du commerce allemand », la consommation totale du coton pour les besoins industriels du monde est en 1887 de 4 195 000 milliers de livres anglaises (455 gr.), dont la Grande-Bretagne à elle seule a une part de 1 476 400. Pour mettre en œuvre toute cette matière première, on imagine quelle quantité considérable de broches il faut en service. Ce nombre a été, pour l’année 1887, de 81 840 milliers, la Grande-Bretagne en comptant à elle seule 42 740. Le continent, c’est-à-dire l’Europe continentale en possède 53180 milliers; pour les Etats-Unis d’Amérique, ce total est de 13 500 milliers, et enfin de 2420 milliers pour les Indes anglaises. Le nombre de ces broches n’a pas augmenté en Grande-Bretagne, car s’il était en 1883 de 42 000 milliers, il avait atteint43000 milliers en 1884 et 1885; il a quelque peu augmenté sur le continent et aux Etats-Unis; et l’accroissement a été surtout manifeste, passant de 1790 à 2420 milliers, aux Indes britanniques, dont les producteurs du Royaume-Uni commencent à redouter la concurrence.
- Le marché des laines à Londres. — On sait que le marché de Londres est pour ainsi dire le premier marché du monde pour toutes les matières industrielles nous avons cité récemment quelques chiffres sur le mouvement des charbons. Pour les laines, les importations et mouvements sont énormes; tout d’abord il y a les laines d’Australie, qui pour la plus grande part, sont dirigées sur Londres. Le chiffre des ventes pour une année va donner une idée nette de cette importance. Pendant l’année 1886, il a été vendu 1 242 230 balles de laine ; or le poids de chaque balle est de 200 kilogrammes, et le prix approximatif du kilogramme est de 3 francs; ce qui donne 600 francs par balle et au total plus de 745 millions de francs pour toutes les ventes. Mais le marché de Londres a aujourd’hui, pour les laines, de redoutables concurrents dans ceux de Tourcoing et de Roubaix en France, et d’Anvers en Belgique; on estime que ces trois marchés absorbent les trois quarts des laines vendues aux enchères dans le monde entier. D. B.
- La pisciculture en Annam. — Les Annamites ont une façon toute relative et fort curieuse de faire de la pisciculture; c’est d’ailleurs de la pisciculture sur une bien petite échelle, mais qui n’en est pas moins intéressante à noter. Voici en quoi elle consiste. Chaque ménage annamite entretient auprès de sa maison deux ou
- trois étangs dont les poissons constituent une grande part de son alimentation; mais à force d’y puiser pendant toute l'année, l’Annamite épuise peu à peu cette réserve alimentaire, et il doit songer à la renouveler à l’époque du frai. C’est pourquoi à ce moment des marchands de fretin parcourent les marchés, portant sur l’épaule, à l’extrémité d’un bambou, les sceaux pleins d’eau qui contiennent les alevins. Pour deux ou trois sous, l’Annamite achète à ces industriels la semence nécessaire pour repeupler ses étangs. D. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 avril 1890. —Présidence de M. IIermite.
- M. Peligot. — Encore un deuil : le doyen de la section d’économie rurale, M. Peligot, est mort mardi à la suite d’une longue et douloureuse maladie. Né en 1811, le défunt laisse dans la science une trace profonde ; son nom est intimement lié à la découverte de l’uranium et à un très grand nombre de travaux dont l’agriculture et l’industrie ont largement profité. Ses dernières recherches concernaient l’influence néfaste delà soude sur les plantes1. L’Académie le comptait depuis trente-huit ans au nombre de ses membres; il était administrateur de la Monnaie. II a longtemps professé la chimie au Conservatoire des arts et métiers. Pour rendre hommage à sa mémoire, le président lève la séance immédiatement après le dépouillement très rapide de la correspondance.
- Nutrition des hystériques. — Dans une Note qu’il dépose à l’occasion du procès-verbal, M. Bouchard rappelle qu’il s’est occupé des faits signalés la dernière fois par MM. Gilles de la Tourette et Cathelineau relativement à la nutrition des hystériques. Il a fait voir avec M. Empereur, qui d’ailleurs est son élève, que des hystériques peuvent conserver intégralement leur poids sans s’alimenter. Mais il n’a jamais donné le fait comme général : il s’agit seulement de certaines hystériques et non pas de toutes. Cette rectification a une très grande importance.
- La météorite de Jélica. — M. le secrétaire perpétuel Bertrand présente, avec une grande bienveillance dont je le remercie vivement, les résultats de l’étude à laquelle je viens de soumettre une météorite tombée le 1er décembre 1889, à Jélica, en Serbie. Cette roche très intéressante, dont le Muséum a reçu un bel échantillon de M. Zujovic, professeur à Belgrade, offre, au point de vue de la géologie comparée, un intérêt exceptionnel. Elle montre sur ses cassures une masse d’un gris clair à structure un peu lâche et globulifère, dans laquelle sont empâtés de petits blocs anguleux beaucoup plus foncés et à grain serré et cristallin. Si l’on prélève des échantillons séparés de ces deux éléments, on est frappé de leur aspect différent et on arrive sans peine à identifier chacun d’eux à un type particulier de roches cosmiques représenté par des météorites distinctes. La masse générale blanchâtre est de la Montréjite, type auquel appartiennent, entre autres, les météorites de Montréjeau (1858), de llessle (1869), de Searsmont (1871), d’Assisi (1886), etc,; les fragments foncés sont du type Erxlébénite, dont dépendent les pierres tombées à Ensisheim (1492), à Erx-lében (1812), à Kernonne (1869), à Djati-Pengilon (1884), etc. Par l’ensemble de ces caractères, on est
- 1 Voy. Notice biographique, p. 321.
- p.335 - vue 339/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 556
- contraint à voir, dans le milieu d’où dérive la météorite de Jélica, un ensemble géologique où, à la suite de la constitution normale de roches distinctes, se sont exercées successivement des actions de concassement, puis de charriage, de mélange et de cimentation des fragments produits. Cette conclusion est tout à fait défavorable à l’opinion d’ailleurs gratuite d’une assimilation des météorites aux étoiles fdantes.
- Varia. — On signale de nouvelles observations de la comète de Brooks. — M. Darboux adresse le tome second des œuvres de Fourier qu’il édite sous les auspices du Ministère, à la librairie Gauthier-Yillars.
- Stanislas Meunier.
- DRACÆNA DRACO
- Parmi les curiosités végétales Jes plus extraordinaires, il faut citer le fameux Dracæna Draco dont la gravure ci-dessous, exécutée d’après une belle photographie, donne une excellente idée. Ce spécimen unique se trouve à Lisbonne dans le jardin du Palais royal d’Ajuda, habitation du roi dans la capitale portugaise.
- La tête de ce phénomène a plus de 56 mètres de circonférence, le dessous de cette tête est à environ 2 mètres du sol. On ne saurait dire au juste Page
- Le Dracæna Draco du jardin royal d’Ajuda à Lisbonne. (D’après une photographie.)
- de cet exemplaire, mais on doit cependant croire que c’est l'un des premiers, sinon le premier qui ait été planté en Europe. La date de l’introduction de cette espèce étant 1640, nous sommes donc dans le vrai, croyons-nous, en disant qu’il est âgé d’environ 250 ans.
- Le Dracæna Draco, Lin., ou Dragonnier sang-dragon, est de la famille des Liliacées. Cet arbre, susceptible d’acquérir des proportions colossales, a un tronc épais proportionnellement à sa hauteur, ra-meux à son extrémité par dichotomie presque régulière; branches et rameaux marqués de cicatrices demi-circulaires, terminés par un faisceau de feuilles, longues d’environ 65 centimètres, larges de 5 à 5 centimètres, terminées en pointe dure et piquante, entières, épaisses, striées. Fleurs d’un blanc verdâtre,
- plus blanches en dedans, quaternées ou quinées, polygames, formant des panicules terminales rameuses; lobes du périanthe obtus, connivents, puis recourbés au sommet.
- Cette espèce laisse couler de son tronc une gomme-résine rouge, qui constitue l’une des sortes de sang-dragon des pharmacies.
- Originaire des Indes orientales, on ne la trouve que rarement en Europe, car on n’en connaît que peu d’exemplaires remarquables; il en existe encore un à Lisbonne dans la propriété de la famille Pal-mella à Lumiar.
- Ernest Bergman.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleuras, 9.
- p.336 - vue 340/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 357
- N8 885. — 5 MAI 1890.
- LES OURSINS PERFORANTS
- On sait depuis bien des années que certains oursins savent creuser dans les roches littorales
- Fig. 1. — Oursin (A) et son appareil buccal (B).
- signalant un point important, en montrant que l’habitude dont il s’agit n’est l’apanage d’aucune
- Fig. 3. — Marmite à oursins.
- l’étude du phénomène en question et nous paraît avoir fait de celle-ci un très bon résumé. Nos lecteurs seront peut-être aises de savoir à quelles con-
- 18e année. — 1er semestre.
- des cavités où on les trouve souvent nichés., E. T. Bennett a étudié ce fait dès 1825 en
- Fig. 2. — line roche à oursins.
- espèce en particulier. M. Walter Fetvkes, dans ['American Naturaïisl de janvier 1890, vient de reprendre '
- clusions est arrivé l’auteur américain. Après Bennett, nombre d’auteurs —cités parM. Fewkes — ont à leur tour abordé la matière. Ils on{ vu que les'
- 22
- p.337 - vue 341/432
-
-
-
- 558
- LA NATURE
- perforations ou excavations dont il s’agit se peuvent observer dans les roches les plus diverses : la lave, le granité, le gneiss, le calcaire, la craie, le grès, et dans tous les points du globe. Elles sont, dans les endroits où les oursins abondent, à tel point nombreuses que le sol en est criblé. Creusées tantôt dans les masses horizontales de la roche, tantôt encore dans les parois plus ou moins verticales de celle-ci, elles sont de dimensions suffisantes pour permettre à l’animal de se mouvoir un peu ; leur profondeur est toujours supérieure à la hauteur de ce dernier, et très souvent elles sont tapissées en partie, au moins au pourtour de leur orifice, par différentes algues calcaires. On a cru pendant un temps que ces algues pouvaient avoir joué un rôle dans la production dé l’excavation; on a pensé qu’elles pouvaient, comme d’autres végétaux d’ailleurs, exercer une action chimique sur la roche, et la dissoudre progressivement. En réalité il n’en est rien, ainsi que cela ressort de hombre de faits, et les oursins sont les seuls auteurs des cavités où on les trouve. Il convient de dire toutefois que l’oursin découvert dans telle cavité n’est point nécessairement l’architecte de la demeure où on le trouve. Il arrive souvent qu’un oursin, en quête d’un domicile, rencontre une cavité vide; le propriétaire est mort, ou peut-être parcourt-il les environs, peu importe. Le premier ne s’occupe point de cela; il emménage aussitôt et prend la place. On ne sait si réellement l’oursin quitte parfois son trou pour explorer le voisinage et revenir ensuite à son domicile, une fois sa curiosité — ou sa faim— satisfaite; il ne serait pas impossible de le savoir, d’ailleurs; mais on sait avec certitude que l’animal, au cours de ses pérégrinations, fait main basse sur le logis vide qu’il trouve à sa convenance. C’est dire que parmi les locataires il en est qui ont édifié leur demeure, et il en est d’autres, plus habiles, qui ont sü profiter du travail d’autrui. Pourtant il leur a fallu sans doute travailler un peu, car on rencontre souvent des oursins dans des cavités dont l’orifice serait trop petit pour leur livrer passage : ils sont entrés petits : en grandissant ils ont agrandi leur domicile (fig. 4).
- Comment se fait l’excavation de la roche, comment l'animal agrandit-il sa demeure? Ici les avis se partagent, chose qui n’est point rare en matière de science. L’un veut que l’oursin, en se remuant, use la roche avec ses épines ou piquants qui agissent à la façon de limes. Un autre invoque une cause toute différente : pour lui l’oursin creuse la roche au moyen des dents, très curieuses et puissantes, dont il est pourvu, et que les muscles de la lanterne d’Aristote — tel est le nom de l’appareil dentaire des oursins —mettent en mouvement. Un troisième observateur survient qui, donnant tort et raison à la fois à ses devanciers, admet une partie des deux hypothèses, ou plutôt, les combine : pour lui, les dents et les piquants ont dû agir ensemble. Il semble pourtant que c’est aux dents qu’incombe le gros du travail; c’est ce que paraît indiquer le fait signalé par John de la présence dans l’intestin de l’our-
- sin, de fragments de roche. On sait d’ailleurs que tous les oursins avalent beaucoup de sable et de débris rocheux sans que toutefois l’utilité de cette manière de faire apparaisse bien clairement. D’autre part, les piquants peuvent agir de la façon que voici.
- On sait que l’eau en mouvement creuse souvent des cavités assez considérables (les Marmiles de géants de Suisse, du Jura), au moyen de l’agitalionq u’elle imprime à des pierres. Ces pierres incessamment frottées contre une même partie de roche, par le courant, usent celle-ci, et s’usent elles-mêmes; la roche se creuse peu à peu d’une cavité de dimensions variables, et souvent on retrouve au fond de celle-ci la pierre devenue ronde, lisse, qui a servi à former la première. Le corps de l’oursin, légèrement agité par les vagues, a pu agir de même sur la roche à laquelle il est attaché,et creuser celle-ci peu à peu; et ce qui semble indiquer que les choses se sont ainsi passées, c’est le poli et l’uni de la cavité occupée par l’animal ; les dents auraient difficilement agi avec autant d’uniformité. —Il est probable que les choses se passent de la manière que voici : l’oursin tend naturellement à rechercher les dépressions pour se protéger contre les courants : avec ses dents il augmente celles-ci, et les mouvements de son corps usent la roche dans les points où se fait le contact-Quelques naturalistes ont pensé que l’animal pouvait être aidé dans sa besogne par des sécrétions acides, fournies par la bouche, les ambulacres, etc. Mais on n’a point constaté l’existence de celles-ci, et au surplus leur nature serait assez malaisée à concevoir, en raison de la variété des roches sur lesquelles elles seraient susceptibles d’agir.
- M. Jules Marcou, de Cambridge, a pu fournir ù M. Fewkes une note fort intéressante, où il rapporte des faits observés par lui à Biarritz. Il a vu nombre de marmites, creusées par le mécanisme habituel (usure de la roche par des galets mis en mouvement par les vagues et courants), et dans les parois de celles-ci, il a vu des logements d’oursin en grand nombre. Dans certains cas la marmite présente une colonne médiane, quipartdufond (fig. 4) : on peuteroire qu’elle est due au fait que les galets ont été animés d’un mouvement très rapide qui les a maintenus sans cesse à la périphérie : la partie centrale de la dépression n’étant point usée par le galet a été respectée et persiste sous forme d’une colonne centrale. A mesure que la marmite devient plus profonde, toutefois, elle diminue de diamètre, et la colonne fait de même, et finit par se casser. Les figures données par M. J. Marcou font bien comprendre le mécanisme de ce phénomène. Dans ces marmites, qu’elles soient, ou non, munies d’une colonne centrale, les oursins abondent, chacun ayant son logis, et les excavations étant parfois si rapprochées qu’il est impossible de trouver une surface où creuser une nouvelle cavité. Il semblerait que parfois les oursins jouent un rôle très actif dans la production des marmites, et M. Marcou pense que ces animaux commencent parfois celles-ci, en
- p.338 - vue 342/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 359
- creusant leurs niches les unes à côté des autres.
- Et maintenant pourquoi les oursins se creusent-ils des niches? Si l’on tient compte du fait très intéressant que l’habitude de creuser le roc ne se présente guère que chez les oursins littoraux, dans les points où les courants sont forts, les marées puissantes et les vagues nombreuses, on voit qu’il est deux raisons principales à invoquer. L'a où la mer est agitée, — et les animaux y sont généralement abondants, le milieu étant favorable à la vie, — l’oursin creuse pour se protéger contre les mouvements de la mer, pour se mettre à l’abri. Et ailleurs, où la marée est considérable, il se joint un second motif. En se retirant la mer laisse l’animal à sec pendant quelques heures, ce qui ne lui est point avantageux ; il creuse donc une niche où l’eau peut rester dans l’intervalle des marées : il se fait une petite mer qui le garantit contre le dessèchement; et, quand il travaille en communauté, quand il s’installe dans une marmite, il se trouve dans des conditions plus avantageuses encore, la quantité d’eau qui demeure dans celle-ci et qui baigne les niches des oursins étant beaucoup plus grande. Le fait que les oursins soustraits à l’action des vagues, courants et marées, et vivant à une certaine profondeur, ne se font point de cavités dans la roche, rend très vraisemblable l’explication qui vient d’être rapportée. Il y aurait lieu de contrôler, par de nouvelles observations, les faits, aussi bien que les interprétations de M. Fewkes, et la chose ne serait point très difficile. Au cours de cette étude il serait intéressant d’observer les relations des oursins avec les algues qui habitent l’orifice des niches et de voir s’il n’y a pas là un fait dans l’ordre de la symbiose. On sait que des êtres très dilférents se rendent parfois des services mutuels: existe-t-il une relation de ce genre dans le cas présent, et quelle est-elle? Henry de Yarigny.
- LÀ MACHINE A ÉCRIRE
- ET LE RECENSEMENT AUX ÉTATS-UNIS
- Les Américains ont été très occupés à la fin de 1889 et ils le sont encore en ce moment pour le recensement des habitants des Etats-Unis, qui doit avoir lieu cette année. A Washington, il y a un bureau de recensement qui occupait au mois de novembre environ cent machines à écrire et leurs opérateurs. Au mois de mai, deux mille commis seront employés,, et,, en juin, quarante mille pointeurs. Dix jeunes filles travaillaient à la machine il y a deux mois; aujourd’hui elles doivent être cinquante. Au recensement de 1880, la machine n’était pas employée et sa substitution à la plume procurera, estime-t-on, une économie de 20 000 dollars au gouvernement, conséquence de la rapidité du travail. Les écrivains à la plume seront seulement utilisés pour faire les enveloppes et, au plus fort de la besogne, quarante à cinquante femmes suffiront. Le bureau de recensement reçoit chaque jour plusieurs milliers de demandes d’emploi. A chaque lettre reçue il est répondu, ce qui implique une terrible correspondance, pour laquelle quatre sténographes sont employés par le directeur.
- LES MIRAGES SUPÉRIEURS
- Nous avons reçu la communication suivante à propos de la notice que nous avons publiée sur le mirage de la Tour Eitfcl1 :
- Dans un des précédents numéros de La Nature vous avez publié un article intitulé : « Le mirage de la Tour Eiffel et les mirages supérieurs », et vous citez un fait de mirage de ce genre observé dans les mers du Groënjand. Il me semble intéressant d’enricher votre collection d’observations de la suivante dûment constatée et précise :
- En 1888, dans un voyage que j’eus le plaisir de faire sur les côtes de Norvège et jusqu’au cap Nord (île de Ma-gerô) en compagnie de trois autres Français, je fus témoin du phénomène assez rare, me semble-t-il, dont vous parlez ; voici les faits :
- Le 14 août 1888, nous étions à bord du Jonas-Lie, MM. Rousseau, ingénieur, M. Lucien Normand, avocat, et M. Alfred Girodon, de Lyon (alors élève de l’École polytechnique). Nous avions quitté le port d’Uammerfest à 5 heures et demie du soir, le temps était splendide, le thermomètre marquait -f 6°. Quelques heures plus tard, les nuages commencèrent à s’amonceler au-dessus de l’horizon et dans le nord-ouest; la mer était calme. Yers 9 heures et demie du soir, nous nous trouvions dans les eaux de Hjemlsô et à l’ouest de cette île, c’est-à-dire un peu au-dessus de 71° de latitude nord et entre 22 et 25° de longitude est, méridien de Greenwich.
- Yous savez que dans ces régions boréales, le soleil se couche fort tard et qu’il disparaît fort peu de temps à cette époque estivale. Nous le vîmes donc descendre vers cette heure derrière un rideau de nuages épais et empourprés, et dans les conditions suivantes que j’ai consignées dans mon récit de voyage publié en 18893. « Au loin le soleil éclaire de longs stratus derrière lesquels il disparaît et de larges bandes de brouillard d’un blanc laiteux alternent avec des nuages qu’on prendrait pour des fleuves d’or pâle en fusion. Dans l’ouest nous apercevons le dernier phare de l’Europe et des montagnes dont les cônes irréguliers se réfléchissent dans l’air en vertu d’un singulier phénomène de mirage.... A l’horizon, la mer se confond avec le ciel et les flots sombres de l’Océan commencent à s’agiter (pages 103-104). » Les îlots et rochers dont il s’agit doivent être ceux de Jugô et Rolfsô. Quoi qu’il en soit, ces montagnes fort distantes de nous se réfléchissaient dans le ciel, de telle manière qu’elles apparaissaient comme une série de cônes tronqués supportant d'autres cônes tronqués identiques et inversement appuyés sur leur sommets. Le phénomène était absolument le même que celui dont vous parlez à propos de la Tour Eiffel.
- L’équipage du Jonas-Lie, composé de trois officiers, de deux pilotes tous intelligents et instruits, et de quelques hommes d’équipage, nous parut ne prêter aucune attention spéciale à cet effet de mirage, aussi fréquent à ses yeux que le phénomène connu sous le nom de « brouillard de lait » et dont j’ài été également le témoin pendant la nuit précédente (du 13 au 14 août 1888) entre minuit et 1 heure. Léon Dumuys,
- Membre de la Société des sciences, belles-lettres et arts d’Orléans.
- On voit que ces curieux phénomènes ne sont pas rares dans certaines régions du globe.
- 1 Yoy. n° 874, du 1er mars 1890, p. 195.
- - Voyage au Paye des fiords. Orléans. Iterlison, éditeur, 1889.
- p.339 - vue 343/432
-
-
-
- 540
- LA NATURE.
- LANCEMENT DE LA « TOURAINE »
- AU CHANTIER DE PENHOET
- La Compagnie Transatlantique vient de mettre à Ilot, avec succès, sur son chantier de Penhoet, à Saint-Nazaire, le plus grand batiment qui ait jusqu’ici été construit en France. Il s’agit de la Touraine dont on n’aura pas oublié l’imposant spectacle au Panorama de l'Exposition1. On se souvient que le spectateur était supposé assister, du milieu du pont de ce paquebot, aux évolutions de toute la flotte de la Compagnie Transatlantique dans la rade du Havre.
- La Touraine est entièrement construite en acier : elle est à deux hélices. Sa longueur atteint 164 mètres, sa largeur 17 mètres, et elle a 1lm,80de creux; son tonnage est de 9000 tonneaux. Ses machines sont à triple expansion et doivent développer ensemble une force de 12 500 chevaux.
- Les chaudières comprennent un ensemble de 45 foyers et fonc-tionneront au tirage forcé avec une pression de 10 kilogrammes et demi par centimètre carré. La Touraine est destinée à effectuer concurremment avec les paquebots les plus récemment mis en service par la Compagnie, tels que la Bretagne, la Champagne, la Gascogne et la Bourgogne, le service postal de la ligne du Havre à New-York. Sa vitesse doit atteindre 18 nœuds et demi, c’est-à-dire dépasser notablement celle de ces paquebots qui atteignent déjà une moyenne de 15 à. 16 nœuds en service courant correspondant à une durée de huit jours et quel-
- 1 Voy. n° 857, du 15 juin 1889, p. 55.
- ques heures pour la traversée du Havre à New-York. Quant à ses installations intérieures, elles recevront de nouveaux perfectionnements de détail : nous n’avons pas d’ailleurs à revenir sur ce sujet, ayant donné, dans un numéro antérieur, les détails d’installations intérieures des paquebots du type de la Bourgogne *.
- Le dessin qui accompagne ces lignes a été exécuté d’après une photographie instantanée prise au moment du lancement : il montre l’immense coque du
- poids de 4000 tonnes au moment où, ayant abandonné son bers, elle s’est redressée pour prendre sa position définitive dans le bassin. On estime que la mise en placedes machines et l’exécution des aménagements définitifs dureront encore jusqu’à la fin de l’année, et que dans les premiers mois de 1891, on pourra procéder aux essais auxquels succédera la mise en service.
- La Compagnie Transatlantique va également mettre en chantier un autre paquebot du môme type pour le service de New-York qui constitue sa ligne principale. Ses lignes secondaires de Saint-Nazaire au Mexique et à l’Amérique centrale, et de Marseille à Alger, recevront prochainement un important accroissement de matériel pour les services rapides : en effet, à la première, est destinée un paquebot à deux hélices, la Navarre, de 140 mètres de longueur et de 6000 chevaux de puissance, actuellement en construction à Penhoet ; et à la seconde, les paquebots Maréchal Bugeaud et Ville d'Alger.
- 1 Vov. n° 721, du 26 mars 1887, p. 205.
- ——
- Lancement de la Touraine. (D'après une photographie instantanée de M. M. (tarin.)
- p.340 - vue 344/432
-
-
-
- LA N AT U UE.
- 541
- LE PULVÉRISATEUR CYCLONE
- On a beaucoup remarqué h l'Exposition un pulvérisateur dont l’action repose sur une méthode entièrement dilîérenfe de ce qui s’est fait jusqu’à ce jour. M. Erastus Wiman, de New-York, frappé de la puissance inouïe des cyclones qui exercent de si effrayants ravages dans les prairies de l’ouest des Etats-Unis, a pensé à utiliser la force développée par deux puissants courants agissant en sens contraire.
- La machine servant à utiliser cette lorce se compose essentiellement de deux batteurs B. tournant
- à une très grande vitesse et montés sur deux arbres légèrement inclinés. Chacun de ces arbres porte une poulie recevant, par l’intermédiaire d’une courroie, ou autre organe de transmission, un mouvement de rotation qui, suivant les modèles de machines, varie de 1000 à 5000 tours à la minute.
- Les deux batteurs munis d’ailettes b tournent en sens inverse l’un de l’autre, dans une chambre en fonte A, dite chambre de pulvérisation et ayant à peu près la forme de deux troncs de cônes juxtaposés par leur grande base. Celte chambre est prolongée à sa partie supérieure par un coffre rectangulaire en tôle sur lequel sont fixées les trémies E de chargement des matières à pulvériser.
- Le pulvérisateur Cyclone. — A gauche, coupe de l’appareil ; à droite, vue d’ensemhle.
- L’alimentation de la machine s’opère automatiquement par le mouvement de rotation de deux cylindres distributeurs à cannelures, logés dans les trémies de chargement. Un ensemble de roues coniques, leviers, roehets et cliquets sert à mettre en mouvement les cylindres distributeurs. L’appareil à pulvériser proprement dit est complété par des orifices d’appel d’air en forme de coudes D, munis chacun d’une valve ou papillon.
- Les deux batteurs engendrent en tournant deux tourbillons d’une énergie extraordinaire. Les matières soumises à leur action sont entraînées, projetées les unes contre les autres avec une puissance destructive extrême et se brisent presque instantanément en particules qui, elles-mêmes, sont réduites à un état de ténuité plus grande, et cela jus-
- qu’à l’impalpabilité. C’est donc au choc même des matières à broyer que M. Wiman attribue l’effet principal de son appareil, de sorte que l’usure des batteurs doit y être moindre que dans les autres broyeurs. L’inclinaison des batteurs a pour but de concentrer les effets du tourbillon dans une zone réduite et très active, vers le bas de l’enveloppe et d’aider à la pénétration des courants contraires engendrés.
- Les matières ainsi réduites sont entraînées par un ventilateur dont la force d’aspiration est réglable à volonté, dans des chambres de dépôt ayant des dimensions et des dispositions variables suivant la nature des corps à pulvériser et aussi suivant l’état de ténuité du produit à obtenir. Ces matières s’y classent naturellement, en raison du degré de finesse
- p.341 - vue 345/432
-
-
-
- 342
- LA NATURE.
- et de densité, sans avoir besoin de recourir ni au tamisage, ni au blutage.
- Le corps à pulvériser doit être préalablement concassé de telle façon qu’il puisse être entraîné facilement par les tourbillons; s’il est très dense, comme le quartz et le minerai, ses dimensions ne doivent pas dépasser celle d’une grosse noix.
- En combinant la vitesse des hélices, la puissance d’aspiration des ventilateurs et les dimensions du coffre faisant suite immédiatement à la chambre de pulvérisation, on obtient pour chaque matière, avec une précision mathématique, le degré de finesse cherché. Le cyclone pulvérisateur peut, en outre, grâce au séchage déterminé par ses tourbillons, traiter facilement des matières très humides, renfermant jusqu’à 20 pour 100 d’eau.
- Ces appareils se construisent en trois types distincts.
- Un grand nombre de pulvérisateurs cyclones sont appliqués depuis trois ans en Amérique à la réduction de plus de cent cinquante matières de natures les plus diverses. Parmi les applications importantes, on peut citer la pulvérisation des scories de fer pour la fabrication de la peinture, des scories d’aciérie pour les engrais; celle des os verts, matière particulièrement difficile à réduire; celle de la chaux, du ciment, de l’argile, des grappiers, des phosphates, de la houille, du maïs, delà paille de fer provenant des machines-outils, des bois de teinture, des minerais d’or, argent, cuivre, plomb ; du mica, du talc, de la plombagine, des épices, de l’amiante, etc.
- Ces matières, quelles qu’elles soient, emportées par des courants contraires d’une si grande violence, ne peuvent pas plus résister en s’entre-cho-quant que deux balles de fusil se rencontrant dans l’espace. De plus, le contact continu des particules réduites les unes contre les autres et l’impossibilité où elles sont de s’échapper de la chambre de pulvérisation avant d’arriver au point de finesse où la gravité ne peut plus les tenir suspendues, perpétue le principe du cyclone dans tous ses effets destructeurs jusqu’à ce que l’on ait obtenu le degré de pulvérisation voulu.
- Le grand rendement de cet appareil s’explique par ce fait que la matière est enlevée aussitôt qu’elle a atteint le degré de finesse voulu. Tout le travail mécanique développé est employé utilement, car l’action des courants ne s’exerce pas sur des particules n’ayant pas encore atteint ce degré de finesse.
- Bien que le pulvérisateur cyclone soit, sous sa forme actuelle, de date très récente, il nous arrive d’Amérique avec les meilleurs certificats et mérite certainement d’être signalé. A titre de curiosité, nous citerons le travail exécuté dans les grands abattoirs de M. Eastmann à New-York, où l’on abat chaque jour trois cents à trois cent cinquante têtes de bétail. Les têtes et les os de ce nombre énorme d’animaux sont réduits en une sorte de pâtée grossière qui, avec tout le sang, passe directement du séchoir dans le cyclone du plus petit modèle et est pulvérisée à raison de 270 à 360 kilogrammes à
- l’heure. Le produit tout entier étant pulvérisé est ensaché, prêt à être expédié à la fin de chaque journée de travail. L. Knab.
- LES RICHESSES MINIÈRES DE L’ESPAGNE
- Parmi les richesses plus ou moins exploitées que possède la péninsule espagnole, il faut placer ses richesses minières.
- Le nombre des mines exploitées produclivement pendant cette année a été de 1535, couvrant une surface de 246 789 hectares; mais il faut y ajouter 14 686 mines improductives présentant une superficie de 249 393 hectares, et enfin 1581 anciennes concessions aujourd’hui sans concessionnaires, représentant 28 982 hectares.
- Le nombre des personnes employées dans les exploitations minières est de 51476 personnes : on compte 42 079 hommes, 2020 femmes, et enfin 7 577 enfants. — L’ensemble delà production minérale de l’Espagne est de 11961 814 tonnes de minerai représentant une valeur de 111 700 609 francs. Ce sontles minerais de fer, ces minerais que Bilbao exporte en grande quantité, qui tiennent la tète, et comme poids, près de 7 millions de tonnes, et comme valeur, 20 millions et demi ; puis citons 5 millions de tonnes de minerai de cuivre valant 18300000 fiancs; on a extrait plus de 1 million de tonnes de houille, représentant une valeur de 8 300000 francs. Sous un très faible poids, 335 524 tonnes, le plomb représente la plus forte valeur, 26 700 000 francs; le plomb argentifère lui-même ne vaut que 22 420 000 francs pour le total des 149 794 tonnes extraites. Citons, comme, autres minerais exploités, le zinc, le mercure, le sel, le soufre, le phosphore.
- Du reste l’Espagne fournit ainsi des produits métallurgiques provenant de ses propres minerais; cette production est évaluée à 719 801 tonnes d’une valeur de 176 742 924 francs, dont 59 millions pour le fer et pour le cuivre, 26 pour le plomb et pour le plomb argentifère, 21 pour l’argent. Mais l’Espagne est encore loin, comme nous le disions tout à l’heure, de tirer parti de toutes les richesses qu’elle possède. D. B.
- LE TYPHON DE L0UISYILLE
- AUX ÉTATS-UNIS (26, 27, 28 MARS 1890)
- A environ 600 à 700 kilomètres de son confluent avec le Mississipi, l’Ohio est obstrué par des rapides, qui ont longtemps rendu sa navigation en amont impossible. Au-dessus de ces cataractes, le capitaine Bullit, chef d’un parti d’aventuriers virgi-niens, a construit, en 1773, un fort destiné à commander le portage des marchandises; autour de cette fortification s’est élevée lentement une ville, qu’on a nommée la Cité des cataractes. Lors de la déclaration d’indépendance, le Congrès des États-Unis désirant éterniser d’une façon peu dispendieuse, mais durable, le souvenir des bienfaits dus à la France, a imposé à cette jeune cité le nom de Louisville.
- En 1828, on a construit un canal permettant aux vaisseaux de tourner les cataractes; plus tard, l’Ohio
- p.342 - vue 346/432
-
-
-
- LA - NATURE.
- 343
- a été réuni au lac Erié par un canal. Enfin de nona-breux chemins de fer ont relié Louisville à tous les grands marchés de l’Est. Le commerce des tabacs y a établi ses principaux entrepôts.
- Grâce à tous ces éléments de prospérité, Louisville est devenue une des vingt principales cités des États-Unis, le foyer de la vie commerciale et industrielle du Kentucky. Deux villes situées sur la rive droite de l’Ohio, Jefferson et New-Albany, rattachées par un pont d’une longueur de plus de 400 mètres, en sont considérées comme de simples dépendances, quoique l’une et l’autre fassent partie de l lndiana. Enfin sa population, y compris celle de ses deux annexes et de ses faubourgs de la rive gauche, s’est élevée à plus de 155 00U habitants en 1880.
- Dans la soirée du 27 mars dernier, ce centre riche et prospère a été dévasté par un de ces terribles ouragans, malheureusement trop communs dans la mer des Antilles, et qui ont frappé si souvent, hélas 1 nos îles françaises. Les dégâts se sont étendues sur une zone dont la direction est du sud-ouest au nord-est, la longueur de plus de 5 kilomètres, la largeur d’environ 1 kilomètre, et qui, dans toute son étendue, était couvert d’édifices, de maisons, de magasins. Plus de deux cents personnes ont été tuées, plus de cinq cents ont été blessées ; c’est par millions que se chitfrent les richesses anéanties dans l’espace de quelques minutes. C’est donc le nom de cette grande ville qui servira mal-, heureusement à désigner le typhon du 27 mars 1890, dans la série des tempêtes fameuses dont la météorologie moderne doit étudier les détails, avec une attention scrupuleuse.
- Autant qu’on peut le croire, en résumant les renseignements généraux recueillis par le Signal Office, c’est au milieu des montagnes Rocheuses que la perturbation atmosphérique a pris naissance dès le 26 mars. Elle s’est étendue sur un district immense où les sergents du service américain ont constaté des vents violents, dont la vitesse maxima mesurée aux anémomètres a varié de 70 à 110 kilomètres par heure.
- La limite boréale de la zone bouleversée comprend au nord le Nebraska, l’Iowa, le Minnesota, le Wisconsin, le Michigan, et la partie boréale de l’Illinois et de l’Iowa. La limite australe renferme le Kansas, le Missouri, le Kentucky, le Tennessee,-le sud de l’Illinois, de l’Indiana et de l’Ohio.
- Vers les limites de la partie nord il est tombé des masses énormes de neige, et dans le sud, on a essuyé une pluie véritablement diluvienne, qui a fait immédiatement grossir tous les affluents du Mississipi, ainsi que le Mississipi lui-même.
- Les météorologistes pensent qu’il s’est formé dans la partie méridionale plusieurs trombes dont le pied balayant la surface de la Terre, n’avait qu’une étendue très faible, tandis que la tête, s’élevant jusqu’aux nuages, possédait incontestablement um rayon de plusieurs kilomètres. Ces physiciens admettent, de plus, que ces météores ont produit
- une véritable succion matérielle, une aspiration appelant les vents du nord vers le sud et au ras du sol pendant que l’air du sud projeté en sens inverse vers le nord s’élevait dans les régions supérieures de l’atmosphère.
- Ces phénomènes dynamiques étaient accompagnés d’un prodigieux dégagement d’électricité atmosphérique. Le bruit du tonnerre, le déchirement de la foudre et la lueur des éclairs semaient partout une terreur indicible. Il semblait que le monde fût ébranlé jusque dans ses fondements, et qu’on fût arrivé au dernier jour. Plusieurs cités d'une certaine importance, Boulingreen (Kentucky), Métro-polis (Illinois), etc., ont éprouvé des pertes sérieuses; mais, pour ne point allonger démesurément cet article, nous devons nous borner à dépeindre la catastrophe de Louisville.
- Le matin, le bureau central avait prévenu le public américain de l’approche d’un cyclone.
- Malgré les progrès incontestables quelle a faits dans ces derniers temps, la météorologie scientifique moderne est loin d'être assez avancée pour qu’on puisse faire un crime aux victimes d’avoir négligé ce télégramme alarmiste. Comment se préoccuper raisonnablement de l’annonce d’un ouragan dont on ne peut déterminer la marche future d’une manière absolument précise? iri
- Comme le montre notre plan (fig. 1), la construc-tion de Louisville est tout à fait régulière et offrë beaucoup d’analogie avec celle de Chicago. Le plan est même plus simple, car on ne voit pas d’avenues transversales. U n’y a, pour ainsi dire, à Louisville, que deux espèces de voies publiques : de vastëS boulevards dont la plupart ont une longueur de 5000 mètres, et dont la largeur varie de 20 à 40 mètres. Ces grandes artères sont coupées à angle droit par une quarantaine de rues moins longues, ayant une largeur uniforme de 20 mètres, plantées d’arbres, et ne portant pour nom généralement que de simples numéros d’ordre.
- Un des principaux édifices de Louisville est un monument qui sert aux réunions publiques ; il est situé à l’angle de la rue du Marché, et de la onzième rue. Dans la soirée du 27, ses trois étages étaient occupés, le premier par des enfants auxquels on apprenait à danser, le second par des garçons qui préparaient un souper, et le troisième par les membres de la loge le Joyeau, qui procédaient à des initiations. Les dames admises en qualité de membres honoraires constituaient la majeure partie de l’assemblée, composée d’environ trois; cents personnes. ~
- A 8 h. 30 m., les francs-maçons s’aperçurent avec terreur que les murs du temple commençaient à s’ouvrir sous l’effort de la tempête qui grondait air dehors. Aussitôt abandonnant les candidats qui ne s’attendaient point à subir une épreuve aussi tragique, ils se précipitèrent dans l’escalier, qui s’abîma sous leurs pieds; alors toutes,les parties de l’édifice s’écroulèrent, et les personnes qui se trou-
- p.343 - vue 347/432
-
-
-
- 344
- LA NATURE.
- !
- vaient dans les divers étages tombèrent en roulant sur les autres dans un horrible pêle-mêle. En même temps l’église épiscopale qui est placée derrière le temple des francs-maçons s’abîmait. Nous publions d’après une photographie l’aspect de cette église, telle qu’elle se trouvait après la catastrophe (fig. 5). Heureusement elle était vide, mais le pasteur quiétait dans son presbytère avec sa femme et ses deux enfants fut englouti ainsi que sa famille sous les débris de son toit.Lefeu s’étant mis dans les décombres, il fut brûlé vif avec sa femme, mais on arriva à temps pour dégager les enfants qui échappèrent par miracle. C’est surtout en cet endroit que la tempête fit rage, démolissant des files entières de maisons dans Market-Place. Nous donnons un dessin authentique de cette scène de désolation (fig. 4). Quelquefois
- par un caprice qui paraît inexplicable, mais dont il sera possible de pénétrer le secret k la suite de l’enquête, la tempête laissait quelques maisons intactes, et reprenait un peu plus loin ses ravages. On a remarqué que sa force s’est surtout exercée sur les entrepôts de tabac, et que des milliers de balles, éventrées, projetées dans les rues, ont été exposées à toutes les intempéries de l’air. Les cabarets, qu’on décore en Amérique dû nom de Salons, ont été l’objet d’une immunité particulière.
- Un des spectacles les plus curieux est celui qu’offre la gare, qui s’est effondrée (fig. 2)-,et qui aurait assommé des voyageurs, si un mécanicien comprenant le danger n’avait fui k toute vapeur au milieu de la tourmente. Les bateaux k vapeur et les vaisseaux de l’Ohio ont rompu leurs amarres, et ont
- Fig. 1.
- Plan de Louisville avec l’indication des désastres causées par le typhon du 27 mars 1890.
- Fig. 2. — Le typhon de Louisville; — Destruction de la gare. (D’après une photographie.)
- été entraînés*par le courant vers les cataractes. Sans le dévouement des marins, toute la flotte périssait sur les roches. Les machines de la compagnie des eaux ont été mises hors de service. 11 a fallu plus de diuit jours pour les réparer. Si les réservoirs ne s’étaient trouvés remplis, la ville était exposée à
- mourir de soit, au milieu d’une inondation des plus dangereuses.
- De toutes parts des incendies ont éclaté sous les ruines; quand les roulements du tonnerre ont cessé, on a commencé à entendre de partout les hurlements des victimes de cette nuit infernale. Pen-
- p.344 - vue 348/432
-
-
-
- L A N A TU TU'
- U5
- Fig. 3. — Le typhon de Louisville. — Destruction de l’église Saint-John. Vue prise du côté de Baxter-Park.
- (D’après une photographie de M. Elrod.)
- Fig. 4. — Débris de City Hall, écroulé sous l’action du typhon. (D’après une photographie publiée par le Scienlific American )
- p.345 - vue 349/432
-
-
-
- 546
- LA NATURE.
- dant quelque temps le ciel est resté admirablement pur, et la lune dissipait avec ses froids rayons d’argent les ténèbres qui couvraient toute la ville, car le gaz et l’électricité avaient cessé leur service. Les fils électriques arrachés et répandus par paquets indébrouillables, barraient les rues.
- Les secours furent organisés de toutes parts, avec une rapidité remarquable. Les miliciens de Louis-ville se mirent immédiatement à l’ouvrage avec un dévouement qu’on ne peut trop admirer. L’horreur de la situation leur donnait des forces surhumaines. Pendant toute la nuit ils luttèrent avec une ardeur indomptable. Lorsque le soleil reparut, plus de cent cadavres avaient déjà été dégagés, et rangés dans des morgues improvisées. Le coroner, assis à son tribunal, commençait l’œuvre, lente, pénible des identifications. Les blessés qu’on avait pu arracher aux maisons éboulées, étaient soignés dans les hôpitaux, où ils recevaient tous les secours de l’art.
- En même temps arrivaient de toutes parts des offres de secours de souscription. Mais la ville de Louisville, mettant son orgueil à se suffire à elle-même, déclarait qu’elle n’avait pas besoin d’une aide étrangère, que les ressources de la municipalité et la charité de ses citoyens, lui permettraient de réparer à elle seule cette grande catastrophe.
- Une fonderie, qui occupait plusieurs centaines d’ouvriers, avait été un des établissements les plus maltraités. Dès le lendemain, ces braves travailleurs étaient à l’ouvrage pour mettre l’établissement en mesure d’exécuter ses commandes.
- 11 faut espérer que la virilité dont nous venons d’énumérer les preuves, s’étendra jusqu’à l’étude de la manière dont la catastrophe s’est produite, et que malgré la rapidité vertigineuse du désastre on arrivera à faire la part qui appartient à l'impulsion mécanique du vent et aux effets électriques. On ne doit pas oublier de noter, qu’en s’approchant du fleuve, la force du météore diminua. Il le traversa cependant, mais les dégâts à-Jacksonville furent relativement insignifiants, comme si la trombe avait été épuisée par l’effort nécessaire pour aller au delà d’un obstacle naturel.
- C’est aux États-Unis que les météores ont une puissance et un développement qu’ils n’atteignent point en Europe. C’est donc de l’autre côté de l’Atlantique qu’on doit surtout élaborer les études définitives relatives à ces grandes catastrophes.
- Ajoutons que certains observateurs, qui se trouvaient dans une situation favorable, ont vu passer la trombe, qui se précipitait sur sa proie, comme un terrible et gigantesque vampire. Il est par conséquent impossible de douter de la réalité d’un tourbillon, descendant comme une sorte d’entonnoir, du ciel sur la terre. Cette partie des observations est la répétition de celles qu’on a faites à Ercildoun (Pen-sylvanie) en 1874, et plus tard en 1884, soit à Garnett,dans le Kansas, soità Iloward, dansle Dakota.
- W. de Fonvielle.
- MONTMARTRE VIGNOBLE
- Nous apprenons, sous toute réserve, que Montmartre serait sur le point de mettre à profit le précepte d’Uorace : Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci. A propos des travaux d’embellissement dont la butte doit être incessamment l’objet, l’Administration de M. Alphand viendrait, en effet, de décider, sur l’initiative de la municipalité du dix-huitième arrondissement, de réserver exclusivement à la culture de la vigne, la plupart des emplacements jusqu’alors destinés, suivant le goût du jour, à des plantations plus ou moins exotiques.
- Au premier abord, ce projet a l’air peu sérieux; mais, pour peu qu’on interroge l’histoire locale, on y découvre des précédents nombreux en faveur de la nouvelle entreprise.
- Pour les besoins de la cause, il n’est pas nécessaire de rechercher si les origines de la viticulture remontent ou non au delà du déluge. Rappelons cependant que la vigne, introduite dans les Gaules 590 ans avant notre ère, s’y était si abondamment développée, que Domitien, redou-: tant l’effet de ses produits sur le tempérament insoumis et belliqueux des Gaulois, la fit arracher du sol de nos contrées. Heureusement que, deux siècles plus tard, Probus réparait ce stupide dommage.
- Signalons aussi, pour mémoire, la coïncidence remarquable qui existe entre le retour de la viticulture dans les Gaules, et l’apparition de l’histoire essentiellement montmartroise de saint Denis et de ses deux prosélythes, Rustique et Eleuthère. Il y a, en effet, des conformités entre quelques points de l’histoire du premier évêque de Paris et celle toute légendaire de l’antique dieu du vin : ce Bacchus que les Grecs appelaient Dionysos, ou bien Eleutheros, et dont les Latins célébraient les mystères dans les fêtes Rustica des vendanges.
- N’oublions pas non plus que le plus ancien titre, à notre connaissance, des vignobles parisiens, émane de l’empereur Julien lui-même; il témoigne notamment de leur excellence. D’après lui, nos ancêtres de Parisii étaient d’humeur assez éclectique et n’adoraient Bacchus que comme présidant à la douce gaieté que procurent ses dons. La présence d’un saint Bacchus, dans le calendrier chrétien, juste deux jours avant la fête de saint Denis., est évidemment une transformation de cet ancien culte. On sait d’ailleurs qu’il existait, sous ce vocable singulier, une chapelle dans l’église Saint-Benoît, située jadis au milieu de l’iin des vignobles qui couvraient primitivement la montagne Sainte-Geneviève à Paris.
- Montmartre, par sa situation physique dut être un des premiers points de Parisii envahis par la viticulture.
- D’après l'énumération chronologique des faits que nous présentons ci-après, on peut juger que les vignes de Montmartre ont des parchemins plus antiques que les plus nobles descendants des croisés. Dès le dixième sièclev la chronique du chanoine Frodoard mentionne la complète destruction des vignes de Montmartre parmi les nombreux ravages occasionnés par une tempête qui eut lieu en l’an 944, et où, paraît-il, une armée de diables joua un très grand rôle. En 1133, dans l’acte de cession que les moines de Saint-Marlin-des-Champs firent au roi Louis \’I, de l’église de Montmartre, avec ses dépendances conventuelles et la chapelle du Martyre, ces religieux comprirent les vignes avoisinantes. Suivant l’abbé Lebeuf, la chapelle du palais épiscopal de Paris avait, en P243, des vignes à Montmartre, dans la censive de Monte-Calvo. D’après le eartulaire de l’abbaye, un bail fut
- p.346 - vue 350/432
-
-
-
- LA NATURE.
- .547
- passé en 1575, par l’abbesse Isabelle pour sept arpents de vignes de l’endroit, au profit de cinq bourgeois de Paris à raison de douze septiers de vin par arpent. Sur l’Etat des propriétés de l’abbaye de Montmartre à la fin du quatorzième siècle (1585-1584), figurent cinq arpents et demi de vignes, assises en plusieurs censives, pour lesquelles les religieuses sont redevables, chaque année, de cinquante-huit sous de cens. Un compte de la prévôté de Paris, de l’an 1425, fait mention des vignes de Montmartre qui appartenaient à llenri de Marie.
- On lit dans la Chronique scandaleuse de Louis XI, à l’an 1475 : « Le lundi 9 septembre, les Bretons et Bourguignons furent es terrouers de Clignencourt, Montmartre, laCourlille et autres vignobles, d’entour Paris, prendre et vendanger toute la vendange qui y étoit, jaçoit ce qu’elle n’étoit point meure. » Parmi les travaux de restauration que nécessita l’état de ruine dans lequel les guerres de la Ligue et le siège de Paris par Henri IV avaient laissé le monastère de Montmartre, il faut noter le mur que l’abbesse Marie de Beauviiliers fit élever pour enfermer dans l’enclos de l’abbaye la pièce de vigne qui attenait à la chapelle du Martyre. Le 11 mars 1688, les dames de Montmartre concédèrent à la paroisse, à titre d’usufruit, les deux arcades qui forment le chœur de l’église paroissiale et les deux collatéraux, en échange de sept quartiers de vignes, situés non loin de là, au lieu dit de Saccalis. Dans l’État des revenus de l’abbaye de 1765, la dîme de Montmartre figure pour sept muids de vin évalués à 140 livres. Suivant la coutume féodale, l’abbaye possédait un pressoir banal, où tous les habitants de la localité étaient tenus de faire pressurer leur vendange, moyennant redevance en nature ou en deniers. Ce pressoir était situé près de l’église, contre la maison du bailliage de l’abbaye, dans une cour, devenue par la suite une impasse appelée du Pressoir ; aujourd’hui, c’est la rue Saint-Eleuthère.
- En 1789, l’article 11 du Cahier des plaintes et doléances de la paroisse de Montmartre réclame, avec la fin du bail des fermes, « la suppression du droit d’aides ou la conversion en un impôt dirèct sur la vigne, eu égard à la récolte, ou payable sur les lieux au moment de la vente. » En 1815, Montmartre vit le retour des dévastations qui le désolèrent pendant le règne de Louis XI. Par suite de la convention militaire consentie, le 5 juillet, à Saint-Cloud, entre les armées alliées et le gouvernement français, les Anglais prirent position à Montmartre et lieux environnants, le 5 du même mois. Les soldats répandus dans les maisons y firent toutes les spoliations assez ordinaires en temps de guerre. Le mois de septembre arrivé, ils s’empressèrent d’imiter les Bretons et les Bourguignons en 1475. Ils se jetèrent avec avidité dans les vignes de Montmartre, Clignancourt et autres lieux. Ce fruit, nouveau pour ces hommes d’outre-mer, était à leur goût, si attrayant, qu’ils le dévoraient avant même qu’il fût mûr. Iis épargnèrent de cette façon aux habitants la peine de vendanger leurs vignes. Mais on assure que l’acerbité des raisins, encore aigres, vengeait journellement ces malheureux habitants des déprédations de leurs hôtes incommodes.
- Mais, avec la Révolution s’ouvre une ère fatale pour les antiques vignobles de Montmartre. D’immenses travaux de terrassements entrepris à deux reprises différentes, en 1789, puis en 1814, pour faire de la butte une position fortifiée, ont bouleversé le sol de fond en comble ; de nombreuses ouvertures de carrières à plâtre entament ses flancs de tous côtés ; ce qui reste de terrain
- est bientôt envahi par le flot toujours montant des maisons qui débordent de Paris. Après 1850, quelques vignes sur le revers septentrional de la colline résistent encore pendant quelques années au cours impitoyable des choses ; mais c’est la fin.
- Plus que jamais, on continue cependant à venir là-haut boire le vin clairet ou le petit bleu; mais hélas! cette mixture d’importation n’a plus rien de commun avec le produit du cru, totalement disparu. Les quelques Montmartrois, certes bien rares et surtout très .âgés, qui s’en souviennent, ne vous en parlent que l’eau à la bouche :
- « C’était, disent-ils, un junglet très fier, d’une saveur à faire danser les chèvres, mais si désaltérant, qu’on le buvait comme du petit-lait. »
- L’oraison funèbre de la dernière vigne de Montmartre a été prononcée par Gérard de Nerval : il fallait s’y attendre; Son aimable intervention est toujours précieuse dans l’évocation des souvenirs si agrestes de la butte d’autrefois. Celte vigne était située dans le voisinage du Château des Brouillards; elle lui souriait tellement, qu’un instant il avait rêvé de la posséder.
- « C’était, dit-il, la dernière du crû célèbre de Montmartre, qui luttait, du temps des Romains, avec Argen-teuil et Surênes. Chaque année, ce coteau perd une rangée de ses ceps rabougris, qui tombe dans une carrière.
- « Il y a dix ans, ajoute-t-il avec amertume, j’aurais pu l’acquérir au prix de 5000 francs... On en demande aujourd’hui 50000. C’est le plus beau point de vue des environs de Paris... 11 n’y faut plus penser. Je ne serai jamais propriétaire... J’aurais fait faire dans cette vigne une construction si légère!.. Une petite villa dans le goût de Pompéi, avec un impluvium et une cella, quelque chose comme la maison du poète tragique. Le pauvre Laviron,mort depuis, sous les murs de Rome, m’en avait dessiné le plan. »
- Des dernières vignes de Montmartre, il reste bien encore quelques ceps dans une pièce de terre attenant aux moulins Debray: il Y a trois ou quatre ans, on en tirait, paraît-il, deux hectolitres de vin ; mais à présent, cette production est abandonnée.
- A part deux magnifiques treilles, de plantation récente et d’excellent rapport, qu’on peut voir rue Damrémont et rue Lepic, la vigne serait donc devenue un mythe à Montmartre. Cependant, quel inconvénient y aurait-il à rendre, au sol disponible de la butte, sa culture primitive? Aucun, sinon du profit. Sachons donc gré à l’édilité du dix-huitième arrondissement d’avoir songé à la réalisation de cé desideratum. Espérons boire bientôt à sa santé avec du nouveau vin de Montmartre1. Charles Sellier.
- 1 II n’y a pas que la butte Montmartre, sur le sol parisien, qui ait conservé le souvenir de la culture de la vigne. Sous Louis VII, les vignobles ou clos de Paris étaient assez nombreux. Nous citerons parmi les plus importants : le clos Malevart, entre Paris et Montmartre; le clos Georgeau, qui a donné son nom à une rue ; le clos du Rallier, où se trouve aujourd’hui la rue Bergère; le clos Margot, à. travers lequel on a percé la rue Saint-Claude au Marais ; le clos Saint-Symphorien, grand vignoble situé entre les rues de Reims, des Cholets et des Sept-Yoies : le clos Bruneau, près de la rue des Carmes; le clos (les Yignes, qui s’étendait de la rue des Saints-Pères à la rue Saint-Benoit; le clos Saint-Etienne-des-Grès, contigu à l’église de ce nom, près du clos de Sainte-Geneviève, non loin duquel se trouvait le Pressoir du Roi; le clos Yignerai, s’étendant sur une partie du jardin du Luxembourg et de l’enclos des Chartreux ; le clos Garlande ; le clos Saint-Yictor; le clos des Arènes; etc., etc.
- p.347 - vue 351/432
-
-
-
- 548
- LA NATURE.
- LES MAQUETTES ANIMEES DE M. GEORGES BERTRAND
- AUTOMATES ET MARIOXXETTES
- Fig. 1. — Les maquettes animées de M. Georges Bertrand. — La Rencontre.
- La construction des automates a toujours eu le privilège d’exciter l’intérêt et la curiosité; on trouve à ce sujet des renseignements — assez confus,il est vrai, — chez les auteurs anciens.
- Nous citerons notamment la colombe de bois du mécanicien grec Archytas dont Aulu-Gelle parle dans ses écrits.
- A une époque plus récente, Kir-cher,Porta,Scott,
- Salomon deCaus, dans leurs remarquables ouvrages, nous donnent la description d’automates qui buvaient ou qui jouaient de
- la musique. Les pièces mécaniques de Yaucanson sont restées célèbres, et le visiteur des galeries du Conservatoire des arts et métiers à Paris peut admirer encore une magnifique poupée du célèbre mécanicien; elle joue du clavecin, et elle est façonnée avec un art des plus délicats.
- Quand les marionnettes sont habilement construites, elles constituent, en réalité, de véritables automates, et l’ancien théâtre de Séraphin offrait aux yeux des spectateurs quelques pièces fort bien mécanisées. Elles existent encore et sont conservées dans la collection de M. Maury qui a formé un véritable petit musée de marionnettes de tous
- les temps et de tous les pays. Nousavonsvu, dans cette curieuse collection, que nous avons visitée récemment, des poupées qui figuraient dans les féeries de marionnettes de Séraphin; quelques-unes d’entre elles sont mécanisées de manière à être subitement transformées en vases de fleurs ; la disposition de ce changement à vue est conçue d’une manière très ingénieuse.
- Un de dont les
- nos dessinateurs du
- doigts ont tant de verve,
- plus 6
- M.
- nom
- tous
- de maquettes animées les soirs au théâtre
- et
- rand talent et Caran d’Ache, a ressuscité récemment les ombres chinoises ; nous avons signalé ce qu’a fait le spirituel artiste qui a trouvé des successeurs de non moins de mérite1. —Aujourd’hui c'est un de nos peintres les plus distingués, M. Georges Bertrand, dont le beau tableau de Patrie est célèbre, qui s’est mis à confectionner des marionnettes, ou plutôt des automates, qu’il désigne sous le qui fonctionnent
- Fig. 2. — La Rencontre. (Deuxième scène.) (Fac-similé de photographies instantanées.)
- de l’Alcazar, à Paris.
- Cela est délicieux à voir : les figures de M. Bertrand paraissent absolument vivantes et animées. La photographie instantanée seule pouvait donner une idée à peu près exacte de ces petits personnages si bien façonnés. Nous ne pouvons les figurer tous, mais nous en offrirons quelques spécimens à nos lecteurs. Voici la scène de La Rencontre, un des meilleurs actes de la représentation (fig. 1 et 2) : ne sont-ce point là deux charmants tableaux? Quand les personnages paraissent, marchent et se rapprochent, on a l’image de la réalité. Ce ne sont pas des poupées qui fonc-tionnent, mais des acteurs qui jouent la comédie.
- Le héros de la représentation de M. Bertrand est un petit violoncelliste aux cheveux hérissés, qui salue, frotte son archet de colophane et entame la marche
- 1 Yoy. n° 777, du 21 avril 1888, p. 321.
- p.348 - vue 352/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 549
- de Rakocscy. Le petit musicien joue avec une maestria étonnante : tout y est, le mouvement du bras qui conduit l’archet et celui de la main qui parcourt l’étendue des cordes ; on applaudit et le joueur de violoncelle salue de la tète, gonfle la poitrine et
- I'ig. 3. — Luc danseuse automatique de M. Georges Bertrand. (Fac-similé d’une photographie instantanée.)
- la photographie (fig. 5), est absolument naturelle. 11 y a certains gestes de ces danseuses qui excitent les applaudissements.— On conçoit qu’il ne nous a pas suffi de voir la représentation des maquettes animées : nous aimons trop les curiosités de la physique et de la mécanique pour que nous ayons pu résister au désir de connaître les procédés de M. Bertrand.
- Nous lui avons demandé de démonter à notre intention une de ses maquettes afin de voir ce qu'il y avait dedans.
- M. Bertrand nous a ouvert, avec la meilleure grâce, les coulisses de son théâtre en miniature. Nous avons même surpris l’une des premières danseuses au moment où l’on réparait le désordre de sa toilette. Aussitôt une photographie instantanée de cette scène a été prise pour nos lecteurs (fig. 4).
- Ces petites marionnettes sont moitié de grandeur naturelle, elles ont environ 0m,80 de hauteur; elles sont maintenues à la partie supérieure du théâtre par des fils de fer très minces qui sont fixés
- élargit son jeu. Il y a chez lui l’orgueil du mérite satisfait.
- Les danseuses de M. Georges Bertrand ne sont pas moins étonnantes. Nous avons reproduit l’une d’elles dont l’attitude, comme on*peut en juger par
- Fig. 4. — La toilette d’une danseuse automatique. (Fac-similé d’une photographie instantanée.)
- a un ressort de caoulchouc. Livrée à elle-même, la poupée est suspendue à 1 mètre environ au-dessus
- des planches de la scène ; c’est par en dessous que des opérateurs, la tenant au moyen de fils attachés à ses pieds, la maintiennent contre le sol et la font marcher, sauter ou danser en rendant la main. Des fils latéraux sont attachés aux mains et tirés de la coulisse, ils font agir les bras.
- Mais le secret de l’incomparable vérité d’aspect et de mouvement des automates de M. Bertrand consiste dans le soin et la méthode avec lesquels ils sont étudiés et construits. Le peintre a beaucoup observé l’attitude des êtres animés, il connaît 'a fond l’anatomie humaine. Or, il est arrivé à donner naissance à ses étonnantes poupées par une synthèse des plus remarquables. Chaque maquette est formée d’un squelette très habilement sculpté; nous représentons l’un de ces squelettes dans notre figure 5; on reconnaît les charpentes osseuses fondamentales faites en bois
- Fig. o. — Le clown Tom Minor et sa carcasse.
- p.349 - vue 353/432
-
-
-
- 550
- LA NATURE
- dur, et les articulations façonnées au moyen de ressorts d’acier. Quand on lait danser ce squelette de bois sur la scène, il a absolument l’attitude de l’ètre animé et toutes les articulations fonctionnent d’elles-mêmes aveo une parfaite souplesse.
- Le squelette recouvert d’étoupe et de tissus convenablement modelés donnent au personnage la forme humaine extérieure, et l’on est étonné quand on fait manœuvrer soi-même ces automates de constater l’excellence du mouvement de chaque membre; les pieds et les mains sont flexibles, les bras et les jambes fonctionnent naturellement. Cela tient à l’habile construction du squelette.
- A côté de la carcasse de bois (fig. 5), nous avons représenté le clown -Tom Minor qui, au lever du rideau, débite les strophes du Prologue. Il peut montrer son propre squelette aux spectateurs et dire : « Voilà comment je suis fait, voilà ma charpente. »
- Nous dirons à notre tour : Voilà pourquoi M. Georges Bertrand a fait des maquettes animées, qui charment nos yeux, c’est parce qu’il a su mettre dans son œuvre le sentiment d’art et de science, sans lequel, en quelque genre que ce soit, rien de remarquable ne saurait se faire.
- Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
- Expériences nouvelles sur la fragilité des corps. — La fragilité des corps est une propriété physique encore assez mal définie, sur laquelle les opinions varient, et qui n’a pas encore d’unité de comparaison. Des expériences non moins curieuses qu’intéressantes dont M. le professeur Frederick Kick vient de présenter les résultats préliminaires au Dingler Polytechnische Journal, semblent devoir jeter quelque jour sur la question, et modifier en même temps les idées généralement reçues. Pour M. Kick, un corps est fragile lorsque, pour devenir plastique ou ductile, il faut le soumettre à une pression élevée agissant uniformément dans toutes les directions. Voici les expériences qui confirment cette manière de voir. On forme un prismé de gypse de stéatite, de sel gemme, de chaux ou de toute autre matière réputée jusqu’ici comme fragile. Après avoir badigeonnéce prisme de gomme laque chaude, on le plonge dans un tube de fer — un tube de fer de conduite de gaz — bien fermé à l'une de ses extrémités par un solide bouchon en fer, et renfermant également de la gomme laque fondue. Il faut avoir bien soin, dans cette opération, d’éviter la formation de la moindre bulle d’air. Le prisme soumis à l’expérience étant ainsi bien enrobé de gomme laque, on ferme le tube de fer par un second bouchon, et on laisse refroidir bien lentement pendant plusieurs heures, puis on replie le tube de fer en forme d’U. On fait dissoudre ensuite le tube de fer dans de l’acide nitrique, la gomme laque dans de l’alcool, et l’on trouve au centre le prisme, initialement droit, parfaitement recourbé et cohérent, ne manifestant aucune trace de cassure. En modifiant la forme de l’expérience, on obtient de véritables moulages de la substance fragile. Le soufre donne encore de meilleurs résultats que la gomme laque, et l’on en obtient de
- biens meilleurs encore avec l’acide stéarique. Plus la substance destinée à transmettre uniformément les pressions est plastique et molle, plus les résultats sont satisfaisants. L’auteur est même parvenu à construire un appareil dans lequel la pression est transmise par un liquide, de l’huile, et il est arrivé ainsi à déformer les substances les plus fragiles sans altérer en quoi que ce soit leur transparence ni leur cohésion. Il y a là le germe de curieuses études qui complètent les recherches de M. Tyn-dall sur la plasticité de la glace, et qui permettent d’expliquer le phénomène de la descente des glaciers sans avoir recours à l’hypothèse des fusions et des regels successifs. L’écoulement des solides,étudié par Tresca, semble aussi constituer un cas particulier du phénomène plus général si habilement mis en évidence par M. Kick. Nous attendrons la publication du Mémoire complet pour revenir en détail sur quelques-unes de ces intéressantes expériences .
- La production des œufs. — Tout le monde sait l’importance du commerce des œufs. Toute tentative faite pour améliorer cette branche de nos produits doit être accueillie avec faveur. Voici comment il faut procéder pour arriver à augmenter du double ou du moins d’un tiers la production des œufs. Chaque année, toutes les poules qui ont dépassé l’âge de quatre ans'doivent prendre le chemin de la marmite ou du marché. C’est un point essentiel, et il faut être impitoyable si l’on veut arriver à un bon résultat économique. La poule de trois ans donne le maximum de la production. Dans la quatrième année, elle pond moins, mais les œufs sont plus gros; puis la production va en déclinant chaque année. La poule de cinq ans coûte autant à nourrir que celle de trois ans et produit moins. Il n’y a donc pas lieu d’hésiter, d’autant plus que les jeunes poules pondent à l’arrière-saison ou au commencement de l’année, époque où la valeur des œufs est double, triple de celle du temps ordinaire de la poule. Jamais une vieille poule ne pond l’hiver. Avec des poules de un, deux, trois et quatre ans, bien soignées, bien nourries, on est presque assuré d’avoir toute l’année des œufs frais. A ce système, on gagnera, en outre, de ne plus manger de volailles coriaces, car la poule de quatre ans est encore très bonne.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 avril 1890. — Présidence de M. Hermite.
- Origine de la chaleur animale. — Reprenant un sujet qui l’a déjà occupé à diverses reprises, M. Berthelot étudie la partie qui revient dans le développement de la chaleur animale à la combustion des principes constitutifs de l’organisme. On sait qu’à la suite des expériences de Dulong, on établit à cet égard des chiffres obtenus dans la supposition que l’hydrogène des éléments albuminoïdes, donne de l’eau et que le carbone brûle comme s’il était libre, l’azote constituant une espèce de résidu inerte. Or il est solidement établi à présent que cette conception du phénomène est tout à fait fausse ; l’azote passe à l’état d’ammoniaque et cette circonstance développe une quantité de chaleur dont il est indispensable de tenir grand compte, puisqu’elle représente souvent une fonction extrêmement considérable de la chaleur totale qu’il s’agit de mesurer. C’est ainsi que l’auteur reconnaît que l’urée par sa combustion diminue de 12 calories la quantité de chaleur indiquée par le calcul précédent. La glycolamine l’augmente au contraire de llcal,8; l’alanine de 2 calories et l’asparagine de 1e*1,9. Pour les acides oxygénés la quantité de chaleur dont
- p.350 - vue 354/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 551
- il s’agit est beaucoup plus considérable encore : 55c,l,2 pour l’acide aspartique, 57 pour l’acide urique et jusqu’à 60°“',7 pour l’acide hippurique. Ces énormes différences avec les résultats supposés d’abord, ne viennent pas de ce qu’il se fait des réserves de carbone, mais de ce qu’on ne tenait aucun compte de la chaleur de formation de l’ammoniaque. Quand on étudie la chaleur animale, il ne faut pas perdre de vue, en effet, que l’azote n’est jamais éliminé à l’état de liberté. Les produits excrémentitiels jouent ici un rôle énorme qui a été complètement méconnu jusqu’ici. Aussi le beau travail de M. Berthelot doit-il être considéré comme inaugurant une voie qui sera extraordinairement féconde pour la physiologie générale.
- Condensation de la benzine. — Les expériences qu’il vient de terminer sur la condensation de la vapeur de benzine par l'effluve électrique, ramènent M. Sehutzen-berger à la curieuse question de la perméabilité du verre à l’eau. Ici encore, comme quand il s’agissait de la condensai ion de l’oxyde de carbone, le produit solide obtenu donne de l’oxygène à l’analyse, et en proportion d’autant plus grande que l’expérience dure plus longtemps. Si le gaz est mêlé d’un excès d’hydrogène, on voit de l’eau se produire et en quantité inégale sur les deux faces de l’espace annulaire où l’effluve agit. En opérant sur l’acétylène, on peut ainsi obtenir un produit condensé renfermant jusqu’à 16 pour 100 d’oxygène. En même temps on constate que la substance du verre est très nettement désorganisée; elle se recouvre d’une mince pellicule de carbonate de soude pulvérulent.
- Election. — Le décès de M. Phillips ayant laissé une place vide dans la section de mécanique, la section a présenté, dans le dernier comité secret, une liste de candidats comprenant : en première ligne, M. Léauté; en deuxième ligne, M. Sebert; et en troisième ligne, ex œquo et par ordre alphabétique, M. Bazin et M. Félix Lucas. Les votants étant au nombre de 55, M. Léauté est élu par 34 suffrages contre 14 donnés à M. Sebert, 4 à M. Lucas, 2 à M. Bazin et 1 à M. Appell qui, du reste, n’était pas candidat. 11 y a bien longtemps que nous admirons les beaux et nombreux travaux de M. Léauté, et nous sommes particulièrement heureux du succès si mérité qu’il obtient aujourd’hui.
- L'Annuaire géologique universel. — C’est avec son incomparable talent d’exposition que M. Gaudry fait ressortir la valeur du cinquième volume de l’Annuaire géologique fondé en 1885 par M. le D' E. Dagincourt, et qui parait sous la direction de MM. Carez et Douvillé. C’est un tableau des progrès réalisés en 1888 par la géologie et la paléontologie, où tout ce qui a paru d’important, comme volumes ou comme Notes et Mémoires détachés, est soigneusement catalogué et analysé. On aura une idée de l’immense labeur réalisé quand on saura que le nombre des publications énumérées dans la liste bibliographique principale est de 3550 et que d’autres listes supplémentaires se rencontrent au cours du volume. Celui-ci n’a pas moins de 1260 pages d’un texte très compact. Parmi les collaborateurs spéciaux que les deux directeurs se sont adjoints, nous mentionnerons : pour la partie stratigraphique, MM. Bigot, de la Faculté des sciences de Caen ; Bergeron et Uang, de la Faculté de Paris ; Kilian, de la Faculté de Grenoble*; Fallot, de la Faculté de Bordeaux; G. Dollfus, U. Leveriier, Johnston Lavis; pour les descriptions régionales, MM. Rutet et Van den Brœck, de Bruxelles; Svedmark, de Stockholm; Pavlow, de Moscou; Pethô, de Buda-Pesth; Aichino, de Rome; Choffat, de Lis-
- | bonne; Peron et Margerie, de Paris; pour la paléontologie, MM. Trouessait, Deperret, Ch. Brongniart, Cossmaun, Œhlert, Gauthier et Zeiller. Ces noms dispensent de tout autre éloge. Dès maintenant Y Annuaire est une œuvre incomparable dont la place est marquée dans toute bibliothèque scientifique et dont les travailleurs ne sauraient plus se passer.
- Tortue fossile. — C’est M. Gaudry aussi qui analvse un travail de M. Deperret, professeur à la Faculté des sciences de Lyon, sur la découverte d’une tortue monstre dans les couches tertiaires du mont Lebéron. Déjà M. Gaudry a signalé, dans cette belle localité qu’il a décrite en un Mémoire si justement célèbre, une carapace gigantesque mais incomplète : il s’agit cette fois d’un spécimen parfaitement conservé et qui, avec ses dimensions (lm,50 de longueur) dépassé même le Tesludo perpiniaua dont La Nature a naguère donné la description et le portrait. Le nouveau fossile présente la meme particularité que M. le Dr Paul Fischer avait déjà signalée chez le chélonien roussillonnais de posséder dans la peau des membres d’énormes indurations qui constituent de véritables osselets gros comme le poing et qui devaient donner à l’animal une extraordinaire lourdeur.
- Fixation de l'azote par le sol. — M. Pagnoul, directeur de la station agronomique d’Arras, a répété et confirmé les expériences de M. Berthelot sur la faculté que possède le sol arable de fixer l’azote atmosphérique. La terre, dosant 0,122 d’azote pour 100 est placée par lots de 22 kilogrammes dans 6 vases en terre exposés à l’action de l’air et de la pluie. 2 lots sont laissés nus, 2 portent du gazon et 2 des légumineuses. Après deux ans la terre des premiers pots contient 222 milligrammes d’azote, les seconds 2gr,970 et les derniers 6*r,820. M. P.-P. Dehérain, qui analyse ce travail, insiste sur sa remarquable netteté.
- Varia. — Un cas d’endocardite tuberculeuse est signalé par M. le Dr Tripier (de Lyon). — M. Amat a obtenu une combinaison explosive de phosphate et d’azotate de plomb. — Un allas d’anatomie artistique est adressé par M. Paul Richer. — La comète de Brooks a été observée à Toulouse. —M. Apostoli s’est assuré que les courants électriques sont funestes aux microbes et spécialement à la bactéridie charbonneuse. Stanislas Meunier.
- IA MÉCANIQUE DES OBJETS USUELS
- Le crayon « mystïc ». — Il nous vient d’Amérique et est exploité par une Compagnie anglaise ; cette origine nous dit d’avance qu’il est ingénieux et pratique. M’étant procuré fortuitement cet engin, j’ai voulu m’expliquer comment s’obtenait le système qui permettait à la mine de rester hors de sa gaine, c’est-à-dire toute prête à écrire malgré la pression exercée dessus en écrivant, alors que cette mine rentrait d’eile-même dans l'étui protecteur quand je remettais le crayon en poche, la tète en bas. J'ai donc ouvert l’objet, et je n’ai pas été peu surpris en voyant la simplicité du mécanisme.
- J’ai dessiné ci-après la coupe longitudinale de ce crayon vraiment commode, en exagérant ses dimensions pour que le mystère soit plus facile à saisir.
- La ligure 1 nous donne le crayon prêt à écrire (la pointe^ en bas). Un porte-mine ou gaine en bois, G, est ajusté à un manchon de fer-blanc, creux, F; —
- p.351 - vue 355/432
-
-
-
- 552
- LA NATURE.
- dans ce manchon est caché le système que nous allons décrire. La mine H est fixée à un bout d’une petite mâchoire de cuivre D, dont l’autre extrémité sert de pivot à deux cames L en cuivre mince pivotant autour du centre 0. Autour de cette mâchoire cylindrique I), glisse librement une petite rondelle de métal G, servant à arrêter le poids B au moment voulu. Ce poids R cylindrique glisse aussi librement autour des cames L. Quand le crayon est tenu verticalement, la pointe en bas, le poids de tout ce système, aidé du contrepoids B, fait descendre la mine qui vient alors passer sa pointe à l’orifice de la gaine.
- A ce moment, le contrepoids B tient enfermées les fourches inférieures des cames L et tient écartées leurs pointes supérieures qui se trouvent juste engagées dans le ventre du bourrelet AA de notre manchon F. Nous aurons beau appuyer sur notre crayon, ces fourches se maintien-dront au cran d’arrêt.
- Si, au contraire, nous le re-tournons sens dessus dessous, c’est-à-dire la pointe en haut, d’elle-même celle-ci se cache et se trouve protégée. Le contrepoids B’ vient emprisonner l’autre extrémité des fourches LL, décoince tout le système qui glisse alors jusqu’au
- Fig. 1 à 3. —Le crayon myslic.— 1. Crayon prêt a écrire, la poinle sortie. — 2. Crayon au repos, la pointe rentrée. — 3. Vue d’ensemble du crayon grandeur d’exécution.
- fond du manchon, entraînant avec lui la mâchoire D et la mine. Tout ce système ne pèse que quelques grammes; il est solide et peu sujet à se détraquer. Nous n’avons qu’un regret, celui de ne pouvoir donner
- l’adressedu fabricantqui n’est pas indiquée sur l’objet. Le presto-colleur. — Nous recevions ces jours derniers un prospectus dont l’en-tête portait ces mots : Franco-American Company. — Le presto-colleur : flacon à écoulement automatique. — Ayant été séduit par la gravurq,, qui ornait ce prospectus, nous avons fait emplette de ce flacon, et nous le trouvons tellement commode, propre, économique, que nous pensons être agréable à nos amis lecteurs en Je leur indiquant. Tout le monde comme nous s’est trouvé ennuyé detre obligé de se salir les doigts au contact de la colle que l’on emploie sur un bureau, à chaque instant du jour, ou de voir le bouchon, enduit de colle desséchée, ne céder qu’aux efforts du canif ou du tire-bouchon. Ces ennuis ont disparu avec le flacon à fermeture de caoutchouc. Beux petites fentes, pratiquées au canif dans le
- bout de la cap- ' suie, permettent l’écoulement de la colle quand on tient le flacon renversé en s’en servant comme si on tenait un pinceau ordinaire. Au repos, les fentes se ferment hermétiquement, ce qui prévient tout dessèchement. Ces fentes s'ouvrent sous la pression qui se produit quand on se sert du flacon comme d’un pin^ ceau, en dépit de la légère pourrait s’y former. A. Bergeret.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmer.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fieurus, 9.
- Fig. 4. — Le Presto-colleur.
- couche de
- gomme qui
- p.352 - vue 356/432
-
-
-
- y° 884,
- LA NATURE
- 353
- 10 MAI 1890.
- L’ALPINISME D’HIVER ET LES RAQUETTES DE NEIGE
- Depuis quelque temps l’alpinisme est devenu le sport à la mode; mais, jusqu’à présent, les grim-
- peurs avaient soin de ne se mettre en route que pendant les beaux jours de l’été; si, dans des cas
- Fig. 1. — A. Raquette des Alpes (bois et osier). — B. Chausson danois. — C. Raquette danoise en bois. D, E, F. Différentes raquettes d’osier (Grenoble). — G. Raquette de bois (Grenoble).
- extrêmement rares, ils se hasardaient sur les hau- | teurs pendant l’hiver, ils avaient soin de choisir pour l’ascension des pentes bien exposées au soleil où les neiges sont toujours dures le matin et ils évitaient de s’engager sur les neiges fraîchement tombées. Les nombreux accidents qu’on enregistre, chaque année, au sujet des malheureux montagnards que la nécessité force parfois à se mettre en route par tous les temps et dans toutes les directions prouve surabondamment qu’ils avaient raison d’être prudents.
- On savait bien, il est vrai, que les populations vivant dans les climats rigoureux du Nord, à des altitudes élevées, se servaient souvent de patins spéciaux appelés raquettes, grâce auxquels ils n’enfonçaient pas dans la neige.
- Lafigure 1 montre différents types de ces raquettes.
- Au siècle passé, pendant nos longues luttes avec
- 48* année. — 4*r semestre.
- la maison de Savoie, on avait même essayé de les introduire dans l’armée, et voici comment le général
- de Bourcet en parle dans ses Principes de la guerre de montagne, présentés au Roi en 17 7 5 et récemment publiés par les soins du colonel Arvers:
- « Indépendamment du moyen qu’on a indiqué pour entretenir la communication ouverte, il est un temps où, malgré la grande quantité de neige, les montagnes peuvent permettre la communication, même à des bêtes de charge ; c’est lorsque les neiges sont gelées à une certaine profondeur, car, pour lors, on choisit le matin pour les passer, parce que le soleil n’ayant point chauffé la surface des neiges, elle peut soutenir un poids d’autant plus grand que la gelée est plus profonde....
- « Pour dernières ressources, les habitants se servent de raquettes pour traverser les montagnes cou-
- 23
- p.353 - vue 357/432
-
-
-
- 554
- LA NAT LUE.
- vertes de neige. Ces raquettes sont de petits cercles de bois d’un pied de diamètre dont la circonférence est terminée par un bois d’un demi-pouce de gros qui reçoit de demi-pouce en demi-pouce des ficelles pour la division de la superficie et au milieu duquel lés paysans mettent leur pied; le poids d’un homme, quelque chargé qu’il puisse être, n’est pas assez considérable pour que la raquette s’enfonce de plus de*six pouces (Liv. I, ch. ix). »
- Le Dictionnaire des armées de terre et de mer, publié il y a quelques années par M. de Chesnel, dit qu’il y a en Norvège un régiment à quatre compagnies, composé tout entier de soldats patineurs. Chacun d’eux est muni d’une paire de patins ou raquettes, et d’un bâton ferré destiné à régler sa course (fig. 2). Ce bâton sert en outre de point d’appui pour faire feu à l’homme qui est armé d’un fusil léger et d’un sabre-poignard. L’uniforme du régiment est vert foncé.
- L’usage des raquettes ne s’était poiét cependant généralisé dans nos pays, surtout parmi les touristes, malgré les récits enthousiastes des hardis grimpeurs qui avaient pu contempler l’aspect incomparable présenté l'hiver par les montagnes, grâce à la pureté de l’atmosphère.
- Il était réservé à M. le commandant Allote de la Fuye, de les faire entrer dans la pratique et de montrer que, grâce à elles, on peut s’aventurer sans crainte, même sur les neiges les plus molles.
- Au plus fort de cet hiver le commandant Allotte conçut le projet de tenter l’ascension du pic de Belledonne, qui se dresse à près de 5000 mètres au-dessus du niveau de la mer, au milieu de la chaîne granitique dont les derniers contreforts viennent mourir dans la plaine de Grenoble.
- • Le sous-lieutenant Dunod, du 42e bataillon de chasseurs alpins, se joignit à lui, et, le vendredi 21 février, après avoir fait confectionner six paires de raquettes en osier, les deux officiers se mirent en route accompagnés de deux sapeurs du 4e régiment du génie avec leurs outils et de deux chasseurs du 12e bataillon.
- La petite caravane alla en voiture de Grenoble à Domène. C’est l'a, à l’altitude de 270 mètres, qu’elle commença l’ascension vers 6 heures du matin. Au village de Revel, elle s’adjoignit un guide du pays qui ne crut pas devoir l’accompagner au delà du Pré-Raimond où elle arriva vers 14 heures et fit halte pour déjeuner.
- L’ascension de la croupe boisée au-dessus du Pré-Raimond se fit en raquettes sous l’âpre souffle d’une bise glacée propre à refroidir des tempéraments moins ardents que ceux de nos intrépides alpinistes. Ajoutez à cela que, non munis de chaussons spéciaux et peu habitués à ce nouveau genre de marche, ils étaient forcés de tourner les genoux en dedans et de tenir les jambes très écartées pour ne point se blesser. Aussi quittèrent-ils les raquettes au sommet de la pente où, par surcroît de malheur, l’épaisseur de la neige molle se trouvait augmentée,
- de sorte que ce n’est qu’avec des peines infinies qu’ils arrivèrent au petit chalet du Mercier, situé à 4700 mètres d’altitude. 11 était alors 5 heures. En raison de l’incertitude du temps et de la fatigue, on se décida à y passer la nuit qui, il faut le dire, ne fut pas des plus agréables.
- Le samedi 22 février, on part à 7 heures et demie du matin, malgré la neige tombée pendant la nuit; tous sont munis de leurs raquettes qu’ils ne quitteront plus désormais. A 9 heures, balte au chalet Bergès près du lac du Crozet; comme le lac était gelé sur une épaisseur de 0m,50 et recouvert d’une couche de neige de 0m,80, on put le traverser (fig.5 ) en évitant ainsi les éboulis de la rive droite que l’on suit d’ordinaire. On déjeuna même au milieu (fig. 4).
- De là on arriva au col de la Pra, d’où l’on put jouir d’un splendide panorama sur la vallée du Grésivaudan, pendant qu’à l’horizon l’extrémité du pic de Chamechaude émergeait seul au-dessus d'une mer de nuages.
- A 2 heures et demie, on est au chalet-hôtel de la Pra (fig. 5) construit par le club alpin en 4 8891 ; malheureusement les appareils téléphoniques qu’on y avait installés l’été dernier avaient été descendus à l’automne, de sorte que les voyageurs durent renvoyer, le lendemain dimanche, à Grenoble, les deux sapeurs du génie pour donner de leurs nouvelles à leur famille et à leurs nombreux amis fort inquiets, comme bien l’on pense.
- Le dimanche 25 février, départ à 6 heures et demie; la caravane, réduite à quatre personnes, continue dans la direction de Belledonne. A10 h. 50 m., arrivée au sommet du pic (2981 mètres).
- Le commandant Allotte de la Fuye, à qui l’on doit les photographies reproduites dans cet article, fait le portrait en apothéose, autour du tronc de sapin qui remplace aujourd'hui la croix sur le point culminant, de ses trois compagnons, le lieutenant Dunod et les deux chasseurs (fig. 6). Ils l’avaient certes bien mérité. Quant au commandant lui-même vous le reconnaîtrez à son képi, au premier plan, dans la figure 5 (chalet de la Pra).
- « Le temps était superbe, un peu froid », médisait le commandant (le vin était gelé dans les bidons !) et la vue sur les montagnes de l’Uisans (fig. 7) était d’une netteté et d’une étendue merveilleuse.
- On se mit en route pour la descente à 11 h. 50 m. Il fallut seulement trois heures et demie de marche effective pour rejoindre Revel et parcourir les pentes correspondant aux 2700 mètres de différence de niveau entre le point d’arrivée et le point de départ; c’est, on le voit, à peu près une vitesse double de celle que l’on admet généralement pour la montée (100 mètres de différence d’altitude par quart d’heure). A 7 heures du soir, les hardis excursionnistes étaient de retour à Grenoble.
- Le mardi 4 mars, le sous-lieutenant Dunod voulut recommencer l’expérience; accompagné du sous-
- 1 Yov. n° 854, du 12 octobre 1889, p. 519.
- p.354 - vue 358/432
-
-
-
- LA N A TU ME.
- 555
- lieutenant Mecker et de douze de leurs chasseurs, il se mit en route pour une excursion qui devait durer jusqu’au dimanche 9 mars, pendant laquelle les voyageurs, après avoir séjourné au chalet de la Pra, firent de nouveau l’ascension du pic de Belledonne, et y ajoutèrent celles du col de la grande Youdaine et de la croix de Chamrousse, le tout sans accident.
- Le 12 mars, le commandant Allotte fit devant la section grenoblaise du Club alpin une conférence qui enthousiasma tellement son auditoire que, le surlendemain, deux des membres du Club, M. et Mme Thorrant n’hésitèrent point à se mettre en route pour Belledonne, malgré un temps affreux. Le soir, ils couchèrent à Revel après avoir arrêté un guide plus courageux que celui qui avait abandonné le commandant Allotte et qui promit de les accompagner jusqu’au col de la Pra.
- Le samedi 15 mars, à C heures du matin, ils partent de Revel. Le temps était sombre et, au-dessus de Freydière, la neige commença à tomber sans cependant effacer complètement les traces de la dernière caravane. A Pré-Raimond, il fallut chausser les raquettes. Le guide n’en ayant point, Mme Thorrant lui céda les siennes et marcha à la suite des deux hommes en ayant soin de mettre ses pieds là où la neige était déjà durcie par leurs pas. On arriva au chalet du Mercier à midi. La neige avait cessé de tomber et la caravane reprit sa marche après quelques instants de repos; mais l’ascension était devenue pénible en raison du peu de résistance de la dernière couche de néige et le guide trouvait qu’il « fallait être un peu.... drôle pour se donner tant de mal et ne voir pas grand’chose ». Au Crozet, il ne voulut pas traverser le lac : « Il avait deux enfants ». Il fallut suivre le chemin ordinaire sur le bord, ce qui allongea la course d’une demi-heure.
- A 5 heures, on est au col de la Pra; la neige est en telle quantité que le fil téléphonique est à hauteur d’épaule. Le guide se hâte de remettre le sac de provisions à M. Thorrant et de redescendre. « Il est sonneur à Revel et ne veut pas mettre le curé dans l’embarras pour le lendemain dimanche. »
- Au chalet de la Pra, on trouve un arbre laissé par les chasseurs alpins ; on le débite pour allumer le poêle et se réconforter par une bonne soupe chaude1. La température est, du reste, plus douce que vers la plaine, ce qui est assez fréquent, l'hiver, dans les Alpes. La nuit se passe sans encombre malgré le fracas assourdissant des vents qui se brisent en hurlant contre les rochers.
- Dimanche, au lever, le temps est mauvais; les traces de la caravane Dunod et Becker ont disparu. A 7 heures et demie, le ciel s’éclaircissant, M. et Mme Thorrant se remettent en route, ils se dirigent vers les premières cascades du Doménon qu’ils escaladent; ils s’aperçoivent alors qu’ils ont fait fausse
- 1 Dans les chalets refuges du Club Alpin et de la Société des touristes du Dauphiné on a soin de laisser toujours du bois, (le la paille et quelques conserves.
- route. Les tourbillons de neige folle les aveuglent; ils se couchent à plat ventre et, s’aidant des mains, des genoux et du piolet, ils parviennent à reprendre la bonne voie et traversent les lacs du Doménon. Pas moyen de songer à s’arrêter sous l’àpre bise qui les cingle; ils essayent de dîner en marchant, et, eux aussi, ils constatent que le vin a gelé dans les gourdes.
- Ils avancent cependant toujours, stimulés par la proximité du but, le fameux tronc de sapin, objectif de tant de touristes dauphinois. Enfin ils le voient; ils n’en sont plus qu’à 5 mètres; mais une arête de glace les en sépare et, s’ils trébuchent, un saut de 1000 mètres les précipitera, à droite sur le lac Noir, à gauche sur le lac Blanc. M. Thorrant abandonne son piolet, enfourche l’arête de glace et atteint le sapin auquel est attachée une bouteille faisant, là-haut, l’office de concierge pour recevoir les cartes des visiteurs ; dans le goulot il introduit la sienne avec cette inscription : « Jaloux des lauriers cueillis par les troupes alpines, M. et Mme Thorrant ont voulu, eux aussi, faire leur ascension à Belledonne. 16 mars 1890. »
- 11 était 1 heure et demie; le temps s’assombrissait de nouveau, toutes les traces avaient disparu; du sommet du névé, les intrépides alpinistes ne voient devant eux qu’une immense nappe blanche au-dessus de laquelle émergent, comme des points noirs, les pointes de rochers. Il fallait cependant se décider à redescendre; au bout de quelques pas, M. Thorrant glisse et, malgré le piolet sur lequel il s’appuie, les talons des raquettes et les coudes qu’il enfonce dans la neige, il parcourt sur le dos une trentaine de mètres, dévalant avec une vitesse croissante vers un écueil contre lequel il risquait de se briser les jambes s’il n’avait eu l’heureuse inspiration de se retourner et de se mettre à plat ventre, ce qui l’arrêta net.
- Malgré cet accident et en régularisant les glissades, les deux voyageurs arrivent rapidement (en 1 heure et demie) au bas du grand névé, traversent de nouveau les lacs du Doménon, redescendent les cascades et arrivent à 5 heures du soir au chalet de la Pra qu’ils avaient quitté depuis 10 heures, sans avoir pu manger autre chose que quelques rations de biscuit accélérateur. Ils y trouvent de quoi faire du l'eu et du thé, ce qui les réconforte un peu. La nuit s’y passe au bruit des mêmes sauvages harmonies que la veille.
- Le 17 au matin, la neige tombe en abondance, obscurcit le ciel et atteint à 0“,50 des fils téléphoniques. La descente est de plus en plus pénible pour M. et Mme Thorrant dont les forces sont épuisées ; ils font quelques chutes, mais finissent par arriver sans accident grave jusqu’à Grenoble.
- Et ne croyez point que les fatigues et les dangers éprouvés dans cette excursion aient ralenti l’ardeur de nos touristes. Le 23 mars, une caravane composée de six personnes montait à la croix de Chamrousse bien connue des baigneurs d’Uriage.
- p.355 - vue 359/432
-
-
-
- 556
- LA NATURE.
- Le 50, M. et Mrae Thorrant, tout à fait reposés, faisaient l’ascension du Taillefer (2861 mètres) avec MM. les sous-lieutenants Dunod et Recker, du
- 12e chasseurs, et Legonne, du 140e de ligne, accompagnés d’un chasseur du 12e bataillon. Enfin, le 6 avril, dès les premières heures du jour, une
- Fig. 3. — Traversée du lac Crozet. (D'après une photographie.)
- nouvelle caravane composée de trois dames et de De ce qui précède on doit conclure que les hautes quatre hommes est partie pour le chalet de la Pra. montagnes ne doivent plus être considérées comme
- Fig. i. — Déjeuner sur le lac Crozet. (tfcprès une photographie.)
- des obstacles infranchissables pendant l’hiver, pas plus pour les soldats que pour les touristes, puisque des dames, fort vaillantes, il est vrai, les ont escaladées par les plus mauvais temps. On n’est arrivé à ce résultat remarquable que par l’usage des ra-
- quettes qui, on l’a vu, peuvent se ramener à deux types : les raquettes pleines et les raquettes à réseau de cordes. Chacun d’eux a ses avantages et ses inconvénients.
- La raquette 'a réseau est très légère, le pied pose
- p.356 - vue 360/432
-
-
-
- LA NATURE
- 557
- sur la neige par l’intermédiaire d’une surface élastique, en sorte que le marcheur conserve la même
- sûreté sur les neiges gelées et sur les rochers; mais l'enfoncement est un peu plus considérable qu’avec
- Fig. 7. — Montagnes de l'Oisans. (D’après des photographies de M. le commandant Alloue de la Fuye.)
- la raquette pleine, et la descente en glissade sur les neiges dures ou molles ne se lait pas facilement.
- La raquette pleine, qu’elle soit en bois, en osier ou en toute autre matière, est un peu plus lourde
- p.357 - vue 361/432
-
-
-
- 358
- LA NATURE.
- et glisse beaucoup sur les neiges durcies; mais la glissade, qui peut être un danger pour une personne non exercée et non munie d’un bâton ferré, ne doit pas être considérée comme un inconvénient pour les touristes familiers avec ce genre d'exercice. Non seulement elle permet de parcourir avec une extrême rapidité des étendues considérables, mais elle procure cette volupté de la vitesse vertigineuse que n’oublient jamais ceux qui ont eu le bonheur de la goûter.
- Le premier type sera donc celui qui conviendra à nos vaillants chasseurs alpins et le second à ceux qui vont dans la montagne pour s’y enivrer de sensations nouvelles. Albert de Rochas,
- Ancien vice-président de la Société des touristes du Dauphiné.
- LE TIRAGE FORCÉ DES CHAUDIÈRES
- DE LA MARIXE
- Nous croyons intéressant de résumer pour nos lecteurs les documents fort complets présentés récemment sur la question par M. Demoulin devant la Société des ingénieurs civils. Les renseignements communiqués auront pour effet de bien fixer les idées sur le but des dispositions spéciales qui constituent le tirage forcé, et les résultats déjà acquis dans les applications.
- Le but du tirage forcé est de donner aux chaudières une grande puissance spécifique de vaporisation, ou de parer à l'insuffisance de hauteur des cheminées, insuffisance amenée par les conditions spéciales à chaque application. Le tirage forcé se trouve donc, par cette définition même, limité aux locomotives et aux chaudières des navires à grande vitesse dans lesquels la légèreté du système moteur acquiert une importance primordiale. Trois méthodes principales permettent de réaliser le tirage forcé ou artificiel : 1° une injection de vapeur à la base de la cheminée; 2° une insufflation d’air dans les cendriers, sous les grilles ; 3° le tirage en vase clos, le plus employé à bord des torpilleurs et d;s grands navires de guerre.
- L’injection de vapeur n’est plus employée dans la marine, car elle correspond à une mauvaise utilisation de la vapeur et à une perte correspondante d’eau douce. Le tirage par insufflation d’air nécessite la dérivation d’une certaine partie de l’air dans la chambre de chauffe dont la température deviendrait bientôt insupportable sans cette précaution.
- Le tirage en vase clos consiste à lancer, au moyen de ventilateurs, dans des chambres de chauffe hermétique-unent closes, à une pression correspondant à celle de quelques centimètres d'eau, l’air nécessaire à la combustion. Ce moyen exige des dispositions spéciales pour assurer l’étanchéité de la chambre de chauffe : les hommes étant enfermés, se sentent isolés et perdent confiance; en cas d’accident, il leur est plus difficile de s’échapper.
- De plus, lorsqu’on ouvre la grille, une trombe d’air froid se précipite par la porte, vient en contact avec la plaque tubulaire et les tubes, ce qui peut amener des fuites et diminue la production de vapeur par suite de ce refroidissement périodique. Par contre, le tirage forcé assure la ventilation des chaufferies d’une manière simple et complète, augmente la puissance de combustion de la grille, et réduit les dimensions des chaudières, comme
- le montrent quelques chiffres cités par M. Demoulin,
- Les foyers à tirage naturel, en effet, ne permettent pas de brûler plus de 90 kilogrammes de charbon par heure et par mètre carré de surface de chauffe tandis qu’avec la tirage artificiel on peut atteindre jusqu’à 550 kilogrammes, comme dans les torpilleurs, bien qu’en pratique ort ne dépasse pas 400 kilogrammes par heure et par mètre carré, lorsque les chaudières sont du type locomotive, et 250 kilogrammes par heure et par mètre carré avec les chaudières marines ordinaires.
- La pression de l’air envoyé dans la chambre de chauffe est évidemment fonction de l’intensité de la combustion, des dispositions des grilles, de la nature du combustible, etc. Son maximum est de 140 millimètres d’eau (14 grammes par centimètre carré), mais elle ne dépasse pas 20 à 50 millimètres d’eau (2 à 3 grammes par centimètre carré) lorsque la combustion atteint au plus 250 kilogrammes de charbon par heure et par mètre carré de surface de chauffe. Dans les torpilleurs, on se contente généralement d’une pression de 70 millimètres d’eau pour l’allure à outrance.
- Le rendement de la chaudière, c’est-à-dire le rapport de la chaleur représentée par l’eau vaporisée à la chaleur produite par la combustion du charbon, diminue assez vile avec la rapidité de la combustion. En doublant la rapidité de la combustion, le rendement passe de 52,5 pour 100 à 44,4 pour 100. Dans une autre expérience, la vaporisation est passée de 7kï,06 à 5kg,97 de vapeur par kilogramme de charbon lorsque la puissance de vaporisation a été doublée. Malgré celte diminution de rendement, le tirage forcé a permis de diminuer le poids des appareils moteurs des navires de guerre dans de grandes proposions. C’est ainsi que le poids des machines de torpilleurs a été réduit à 40 et même à 30 kilogrammes par cheval indiqué, tandis que les navires du commerce pèsent près de 200 kilogrammes pour la même puissance.
- Ces avantages sont rachetés par d’autres inconvénients dont le plus grave est la difficulté que l’on éprouve à réaliser une bonne transmission de chaleur entre deux plaques juxtaposées et rivées : celle des deux plaques qui est le plus exposée à la chaleur s'échauffe alors outre mesure, surtout avec le tirage forcé, et certains joints qui supportaient convenablement le tirage ordinaire, viennent à fuir dès que l’on force l’allure de la combustion.
- On a souvent attribué, dans le public,à uhe construction imparfaite, des défauts fatalement inhérents aux dispositions adoptées. Ces fuites se traduisent, dans les torpilleurs, à l’assemblage des tubes sur la plaque de tète de la chaudière, avec une abondance suffisante pour refouler la flamme dans la chaufferie qu’il faut alors évacuer. Le plus souvent, ces fuites sî produisent au moment où on iaisse tomber les feux et où, la pression baissant, la chaudière se refroidit. 11 n’est pas rare de voir alors une véritable cascade d’eau ruisseler le long de la plaque tubulaire.
- Néanmoins, et malgré ces inconvénients, le tirage forcé, appliqué avec modération, peut devenir économique, car il augmente la température du foyer, il permet une application plus complète des lois de la combustion et de la transmission de la chaleur. Le tirage forcé a pour complément indispensable l'introduction d’une certaine quantité d’air au-dessus des grilles, et même, dans certains navires marchands, le réchauffage de l’air comburant à l’aide des gaz perdus.
- p.358 - vue 362/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 559
- MACHINE A CALCULER
- DE M. LÉON BOLLÉE
- Les machines à calcul sont fort anciennes. De temps immémorial, les Chinois emploient pour effectuer leurs calculs un appareil qui donne les résultats d’une façon en quelque sorte automatique; les anciens Etrusques avaient aussi un instrument du même genre, mais ces machines rudimentaires, analogues au boulier compteur de nos écoles, ne constituent pas, à proprement parler, des machines à compter. Ce sont bien des compteurs matériels, mais ce ne sont pas des machines dans le sens ordinaire du mot.
- La première machine à calculer, avec roues et engrenages, a été celle de Pascal, mais cette machine, comme toutes celles qui l’ont suivie, y compris la remarquable conception de M. Babbage exécutée par MAL Scheutz, ne procédait que par additions successives. 11 en est encore de même de l’arithmomètre de M. Thomas, si justement admiré aux Expositions universelles.
- En un mot, toutes les machines à calculer créées jusqu’à ce jour étaient fondées sur la méthode différentielle. Par exemple, supposons que l’on ait à multiplier 756,48 par 98,7, la machine était obligée d’additionner d'abord sept fois le nombre 756,48; puis, après que l’on avait amené l’index aux unités, de recommencer 8 fois l’addition; enfin, pour les dizaines, répéter 9 fois la même opération : au total, 24 opérations.
- La machine de M. Léon Bollée fait le même calcul en trois opérations, soit une économie de temps de plus de 87 pour 100 dans ce cas particulier, et, comme il est facile de le voir, une économie moyenne de 80 pour 100. Cela lient à ce que, contrairement à toutes celles: qui Pont précédée, cette machine procède par multiplications directes. Nous pourrions dire qu’elle agit comme un calculateur ordinaire, si elle n’avait pas une marche remarquable ; elle calcule les centaines avant les dizaines, et celles-ci avant les unités, la retenue avant le chiffre qui doit être écrit.
- Un autre avantage de cette machine, qui a bien son importance, c’est que, lorsque le nombre a des décimales, la virgule est placée automatiquement au résultat, lequel se trouve mécaniquement divisé en tranches de trois chiffres. De plus, chaque tranche porte son nom écrit, unités, mille, millions, etc.
- Maintenant que le lecteur connaît le mérite de la nouvelle machine, passons à sa description.
- Elle se compose de deux parties bien distinctes, le calculateur et le récepteur. Le calculateur se trouve en avant et en bas de l’appareil. Sur notre dessin, il est indiqué par la lettre B. C’est une sorte de caisse métallique ayant sur sa face supérieure 10 rainures avec crans d’arrêts numérotés de 0 à 9, où peuvent s’engager des boutons fixés sur 10 plaques calculatrices contenues dans l’intérieurde la boîte métallique.
- Ces plaques calculatrices se ressemblent toutes, et chacune d’elles est la représentation en relief de la table de multiplication, chaque saillie étant proportionnelle à un des chiffres de cette table.
- Le calculateur tout entier peut glisser le long des règles A, A, au moyen d’une manivelle M qui tourne au-dessus d’un cadran divisé en \ 0 parties et portant les chiffres de 0 à 9. De plus, par l’effet de la rotation de la manivelle P, il reçoit un mouvement vertical, aller et retour, de o centimètres environ d'amplitude.
- Le récepteur se compose de trois parties : le transmetteur, les cadrans des résultats d l’appareil des retenues.
- Le transmetteur se compose de petites sondes d’acier rangées en séries, qui relient le calculateur aux cadrans et actionnent ceux-ci à l’aide d’un système^* de pignons et de crémaillères, dont la description semblerait probablement trop aride au plus grand nombre de nos lecteurs. ;
- Les cadrans, au nombre de 40, sont placés sur5 deux rangs et leurs axes correspondent aux boutons! que l'on voit sur le dessin. Au-dessus des boutons; (dont l’un est marquéC) se trouvent autant de! fenêtres. Dans ces fenêtres apparaît l un des lOchif-j fres.0, 1, 2, 5.... 7, 8, 9, gravés sur le pourtourj de chaque cadran. La ligne supérieure représente( un produit, un dividende, une somme ou un reste! suivant le cas. Sur la ligne inférieure vient s’inscrire le multiplicateur ou le quotient, selon qu’il s’agit d’une multiplication ou d'une division. Chaque fois qu'un cadran passe de 0 à 9 ou de 9 à 0, l’appareil : des retenues augmente ou diminue de 1 le chiffre du . cadran placé à sa gauche. Enfin, le levier E sert à] remettre à 0 les cadrans supérieurs, le levier E', les{ cadrans inférieurs. *
- Passons au fonctionnement et reprenons l’exemple! précédent, c’est-à-dire 756,48 à multiplier par 98,7.» Au moyen des boutons du calculateur, on forme lej nombre 756,48 en ayant soin de pousser le curseur V en face du chiffre 6 des unités; puis, par la manivelle M, on écrit le multiplicateur en l’arrêtant successivement dans les crans 9, 8 et 7, en passant à chaque' fois au-dessus du zéro et en tournant de gauche en avant. Après chaque arrêt, on donne un tour de la manivelle P. Le produit est venu s’inscrire sur les cadrans supérieurs en même temps que 987 s’inscrivait sur ceux inférieurs. On glisse alors le ruban D de façon à placer sa virgule après le 8 de 98,7, et le résultat se trouve ainsi immédiatement et sans chercher, divisé en tranches de trois chiffres, les unes entières, les autres décimales, dont il suffit de lire les noms sur le ruban D.
- Ce qui vient d’être dit pour la multiplication s’applique également à la division, mais alors le produit devient dividende, le multiplicande diviseur, le multiplicateur quotient, et enfin, lorsque l’opération est terminée, le dividende lui-même devient le reste.
- On passe d’ailleurs de la multiplication à la division et réciproquement par le seul jeu du levier I,
- p.359 - vue 363/432
-
-
-
- 560
- LA NATURE.
- lequel sert, qu’on nous passe l’expression, à faire maehine en avant, ou machine en arrière.
- La machine fait aussi les additions, les soustractions, la suite des carrés des nombres, les progressions, les comptes d’intérêts, peut commencer les multiplications par un chiffre quelconque du multiplicateur, transformer un résultat trouvé, fait la somme ou la différence de plusieurs produits sans que l’on soit obligé d’enregistrer chacun d’eux,etc., etc.
- Les racines carrées peuvent être obtenues d’une façon tout à fait automatique, l’opérateur n’ayant même pas besoin de connaître le nombre dont il cherche la racine. 11 est vrai que la machine le connaît et qu’elle prévient, quand on lui demande, un calcul impossible.
- L’étendue des résultats permet de faire toutes les opérations de la pratique, puisque l’on peut avoir des quintillions aux produits, ou réciproquement diviser des quintillions par des billions. Ce résultat s’obtient avec 95 pour 100 d’économie de tervpssur un habile calculateur.
- Quant à la construction, elle est étudiée pour produire une machine d’une solidité à toute épreuve, dont les combinaisons déterminent absolument les courses et rotations des divers organes, tous apparents et d’un entretien facile.
- Ceux qui connaissent les anciennes machines à calculer peuvent maintenant se rendre compte de ce fait que celle-ci est fondée sur un principe absolument nouveau.
- Nouvelle machine à calculer de M. Leon Bollée.
- DU MIMÉTISME CHEZ LE
- PHYLLOPTERYX EQUES
- (günther)
- On désigne sous le nom de mimétisme, — mot qui, d’après son étymologie, signifie imitation, copie — la propriété que possèdent certains animaux de reproduire les formes et les nuances d’autres espèces douées de quelque particularité avantageuse (comme, par exemple, chez les Insectes, la possession d’un aiguillon) qui les garantit des attaques de leurs ennemis. A la faveur de cette ressemblance, l’animal imitateur est également protégé par cette particularité qu’il ne présente pas. C’est principalement chez les Insectes que se rencontrent les exemples de ce genre.
- Dans d’autres cas, et ce sont les plus fréquents, le mimétisme consiste simplement dans la similitude d’aspect, de coloration et quelquefois de forme, qui
- s’observe entre un animal et le milieu ou les objets inanimés au milieu desquels il vit. C’est par mimétisme que le Lièvre, la Perdrix, la Caille, affectent la couleur du sol ; que le Lièvre dit changeant, qui habite les régions froides et neigeuses, a le pelage gris fauve pendant l’été et blanc pendant l’hiver. C’est également par mimétisme que certains poissons très mauvais nageurs, tels que le Turbot, la Sole, la Limande, etc., ne se distinguent pas des fonds sableux sur lesquels ils restent immobiles; que de nombreux serpents arboricoles, appelés pour cette raison serpents d'arbres, ont pris la coloration verte du feuillage où ils se tiennent constamment à l’affût.
- Nous pourrions multiplier les exemples; mais tout le monde connaît ceux que nous venons de citer.
- Les avantages que les animaux retirent de leur mimétisme sont pour eux de la dernière importance :
- p.360 - vue 364/432
-
-
-
- Phyllopteryx eques suspendu aux algues (grandeur naturelle). (D’après Günther.)
- p.361 - vue 365/432
-
-
-
- 362 •
- LA NATURE.
- ceux qui sont faibles, sans moyens de défense, lui doivent d'échapper à la vue de leurs ennemis presque toujours aussi nombreux qu’impitoyables; ceux, au contraire, que la nature a puissamment armés, qui ne se nourrissent que de proies vivantes, mais qu’ils sont incapables de poursuivre, peuvent, immobiles, attendre leur victime avec la certitude de ne pas éveiller sa méfiance et de s'en emparer au moment où elle se croira le plus en sûreté. Dans un cas comme dans l’autre, c’est la conservation de l’existence même qui est en jeu.
- Un des plus curieux exemples de mimétisme chez les Poissons nous est offert par le Phyllopteryx eques, Günther, de l’ordre des Lophobranches, c’est-à-dire de ces Poissons dont les branchies sont disposées en petites houppes foliacées portées par paires sur les arcs branchiaux. Tout est étrange dans cet animal, et rien,-ni dans sa forme, ni dans son revêtement cutané, ni dans ses mœurs, ne rappelle ce que l’on observe chez les Poissons ordinaires.
- Terminée par un museau allongé et tubuleux à l’extrémité duquel s’ouvre une bouche petite et privée de dents, la tête forme un angle avec la partie antérieure et rétrécie du tronc qui la porte et offre ainsi une certaine ressemblance avec la tête et l’encolure du cheval. Une paire de petits barbillons se voient à l’extrémité du museau, sous le menton, et une paire de longs appendices au milieu de son bord inférieur. Une crête très saillante suivie d’une courte épine, se dresse sur la ligne médiane de la tête, au niveau. et en avant des yeux, qui sont grands, arrondis et situés latéralement. Sur l’occiput s’élèvent également des saillies spiniformes terminées par un bouquet d’étroites bandelettes, et sur la nuque, une longue épine dilatée à sa base en une crête médiane et portant à son extrémité une longue lanière bifide. Comprimé et atténué à ses deux extrémités, le tronc est fortement excavé dans la partie antérieure du dos et présente, sur son bord ventral, deux profondes échancrures. De longues épines se dressent sur le ventre et le dos et sont disposées, ici, par paires, là, en une série médiane unique; d’autres beaucoup plus courtes se voient sur les flancs. Toutes ces épines sont sans prolongements; mais, sur le milieu du dos et au sommet de chacune des trois proéminences de l’abdomen s’élève une paire de fortes épines, pourvues à leur extrémité de longs appendices en lorme de lanières. La queue, dont la longueur égale à peu près celle du tronc et de la tête réunis, est quadrangulaire et porte sur ses arêtes supérieures cinq paires d’épines terminées également par de longues bandelettes cutanées. Par une de ces singularités qu’on ne s’attendrait guère à rencontrer chez les Poissons, elle est préhensile à son extrémité.
- Les nageoires pectorales se voient en arrière de la télé, à l’extrémité antérieure de la partie rétrécie du tronc, et la dorsale est entièrement située sur la queue, dont elle occupe le tiers antérieur. Toutes les autres nageoires font défaut.
- Tous ces détails de conformation sont nettement représentés dans la gravure. Ajoutons que le corps des Phyllopteryx, comme d’ailleurs celui de tous les Lophobranches, est absolument dépourvu d’écailles pro] rement dites, et recouvert d’écussons juxtaposés formant une sorte de cuirasse.
- Le Phyllopteryx eques habile les côtes du sud de l’Australie et vit au milieu des algues, auxquelles il se fixe par l’extrémité préhensile de sa queue, et dont il a pris la coloration. Les longues lanières flottantes dont son corps est garni ont, en outre, par leur forme, une ressemblance évidente avec les prolongements foliacés que ces plantes émettent, et ses mouvements eux-mêmes sont ceux que les ondulations de l’eau impriment à la tige qui le supporte. Dans ces conditions, avec sa forme bizarre, il passe complètement inaperçu. Les petits anim.ux qui lui servent de pâture viennent sans méfiance jouer à sa portée et sont happés au passage; en même temps, ses ennemis, s’il en a (car il constitue un si maigre appât qu’il doit être peu recherché, même par les poissons les plus voraces), peuvent rôder autour de lui sans troubler sa quiétude : rien, en dehors des émanations odorantes qu’il pourrait émettre, ne trahira sa présence. Ainsi, sa subsistance est assurée sans qu’il ait à la rechercher, et, dépourvu de tout moyen de défense, il échappe à ses ennemis, sans même être dans l’obligation de les fuir.
- Cet exemple montre, peut-être mieux que tout autre, dans quelles conditions exceptionnellement favorables Je mimétisme place les espèces animales chez lesquelles on l’observe. Comme, en définitive, le mimétisme consiste en un ensemble de caractères avantageux d'un ordre particulier, acquis à la suite d’une longue série de variations, il nous resterait, pour compléter l’histoire du Phyllopteryx eques au point de vue du mimétisme, à rechercher la raison de ces variations ; mais cette recherche nous entraînerait bien au delà des limites qui nous sont assignées et nous devons y renoncer. F. Mocqoard,
- Aide-naturaliste au Muséum d’histoire naturelle.
- . DESTRUCTION DES TÉLÉGRAPHES
- Dans une conférence faite il y a bien des années déjà par M W. II. Preece, le savant ingénieur en chef du Post-Office, de Londres, nous avions entendu dire que, dans certaines parties de l’Afrique, il avait fallu substituer aux isolateurs blancs des lignes télégraphiques des isolateurs de couleur foncée, attirant moins l’attention... et les coups de pierre des nègres. Il nous semblait que ces actes de sauvagerie imbécile dussent se limiter aux pays peu civilisés dont M. Preece nous entretenait; mais il paraît qu’il n’en est rien, et que le même fait se passe aussi en Belgique, si l’on en croit une note de M. Érnile Pierard, ingénieur des télégraphes belges, note publiée dans le dernier numéro de la Société belge d'électriciens. On a observé, en effet, que les nombreuses lignes télégraphiques et téléphoniques longeant des voies de' communication peu fréquentées et, partant, peu surveillées, ont particulièrement à
- p.362 - vue 366/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 363
- souffrir de lu malveillance, et l’on y constate le bris de nombreux isolateurs, au point que le service des télégraphes a eu à se préoccuper sérieusement de mettre ses isolateurs à l’abri des projectiles lancés par les passants. Après avoir essayé d'un isolateur blindé, lourd, coûteux, obligeant à augmenter les dimensions des poteaux et majorant les frais de réfection, la mise en observation des lignes endommagées a conduit à cette conclusion que, si les isolateurs ordinaires, d’une belle couleur blanche, servent ainsi de cible de prédilection aux passants mal intentionnés, ils le doivent précisément à ce caractère. On fut donc conduit à modifier la coloration pour rendre les isolateurs moins visibles, de couleur grisâtre, et on en plaça un certain nombre en ligne en les alternant avec des isolateurs blancs, afin d’exposer également les deux spécimens étudiés. Sur cent deux isolateurs de chaque espèce expérimentés simultanément sur une ligne de 22 kilomètres de longueur, on releva, en une année, vingt-cinq cas de bris d’isolateurs ordinaires contre treize seulement pour les isolateurs colorés. 11 y a donc un avantage manifeste à se servir d’isolateurs colorés, et le service télégraphique belge, à la suite de cet essai, a adopté comme règle de remplacer, par un isolateur coloré, tout isolateur blanc cassé, et si l’isolateur gris est brisé à son tour, de lui substituer un isolateur blindé. Voilà une règle de prudence parfaitement justifiée par l’expérience ; mais n’est-il pas profondément regrettable que l’on ait eu à la formuler en plein pays de civilisation, en pleine époque de progrès?
- L’AÉRONAUTIQUE EN ALLEMAGNE
- Pendant la durée du siège de Paris lors de Phi ver néfaste 1870-1871, la poste aérienne par ballons montés, lut d’un précieux secours a la Défense nationale en conjurant P effet moral de l’investissement. Le roi Guillaume, lorsqu’il voyait passer au-dessus de ses armées les aérostats messagers qui malgré ses prévisions assuraient un service régulier de correspondance entre Paris et la province, ne pouvait s’empêcher de nous rendre hommage : « Ges Français sont ingénieux, » s’écriait-il1.
- Lorsque les Allemands apprirent que quelques aéronautes du siège de Paris se disposaient à organiser à l’armée de la Loire et à l’armée du Nord des’ équipes d'aérostiers militaires pour exécuter des reconnaissances en ballon captif, ils reconnurent que les aérostats pouvaient être d’un très utile usage et ils voulurent entreprendre des essais de ce genre. Mais Part aéronautique, essentiellement français, était si peu cultivé chez eux, qu’ils durent recourir à un praticien anglais pour essayer quelques expériences d’aérostation captive.
- 11 serait injuste de ne pas constater que bien loin de se laisser étourdir par leur succès, les Allemands, depuis 1870 continuent à travailler avec un zèle et une ardeur incomparables à tout ce qui intéresse les progrès de leur armée. Alors que la manœuvre d’un ballon leur était inconnue il y a vingt ans, ils construi-
- 1 L'Empereur Guillaume, par Louis Schneidér, souvenirs intimes revus et annotés par l’Empereur. Traduit de l’allemand par Ch. Rabany. — Paris, Berger-Lcvrault, 1888.
- sent aujourd’hui des aérostats et ils ont des officiers aéronautes qui les font fonctionner, sinon toujours avec un succès complet, du moins avec beaucoup d’application.
- Depuis quelques années le service de l’aérostation mililaire à Berlin s’occupe non seulement de l’emploi des aérostats captifs pour les reconnaissances militaires, mais aussi de l’exécution d’ascensions libres qui constituent assurément la meilleure école de formation de navigateurs aériens. Ces ascensions militaires sont en même temps des voyages aériens météorologiques pendant le cours desquels les officiers prussiens ou allemands exécutent de nombreuses observations1.
- Une expérience intéressante de ce geme a été entreprise le 19 juin 1889 sous les auspices du Dr Assmann2 et de l’un des lieutenants des aérostats militaires, M. Brug. Nous sommes à même d’en rendre compte à nos lecteurs, d’après une publication aéronautique allemande que nous recevons régulièrement5. On avait résolu de faire partir simultanément trois ballons : l’un, le Nautilus, destiné à des observations météorologiques, était monté par les lieutenants Mœdebeck et Gross ; les deux autres, Lerche et Orion, servaient plus spécialement à des expériences militaires. Le premier aérostat emportait dans sa nacelle un baromètre anéroïde, un barographe enregistreur, des thermomètres-frondes à boule sèche et à boule mouillée. Pour la détermination exacte des lieux topographiques qui est d’une grande importance en ce qui concerne la mesure de la vitesse du vent, les observateurs avaient attaché au-dessous de la boussole un fil à plomb de 200 mètres de longueur.
- A 7 heures du matin, apiès le départ des deux ballons Orion et Lerche qui enlevaient, le premier, trois voyageurs, le second, deux, le Nautilus s'éleva à 1100 mètres, laissant au-dessous de lui les deux autres aérostats à partir de 9 heures. Des cirrhus qui avaient été observés dès le début du voyage s’étaient développés et, à partir de. 9 heures, le ciel se couvrit très rapidement de nuages et notamment de volumineux cumulus. Les aéronautes durent jeter du lest pour se maintenir dans l’atmosphère. Us montèrent jusqu’à 1400 mètres et perdirent de vue les deux ballons Orion et Lerche. A ce moment les voyageurs pénétrèrent dans un gros nuage noir qu'ils avaient observé depuis quelques moments.
- 1 Les ascensions aeronautiques à Berlin sont très courues. « Les autorités, dit M. Albert Quille, un de nos compatriotes qui a pu assister à l’une d’elles, s’en occupent : toutes les sociétés colombophiles et aérostatiques en Allemagne sont subventionnées ; des cadeaux sont faits par l'Empereur lui-méme aux aéronautes civils et militaires. »
- a Le Dr Assmann dont il est question ici se chargea d’établir des postes d’observation dans les stations météorologiques élevées du Haut-Santis en Suisse. L’Institut royal météorologique de Bayreuth s’occupa aussi de ce projet d’ascension et établit un poste d’observation. Des stations prussiennes spéciales furent installées pour faire des observations d’après des dispositions indiquées, et pendant la durée du voyage aérien.
- 5 Zeitschrift fur Luftschiffahrt,
- p.363 - vue 367/432
-
-
-
- 364
- LA NATURE.
- La température s’était abaissée à mesure que le nuage s’était approché. Lorsqu’ils se trouvèrent au sein de la masse de vapeurs, ils observèrent la formation subite de givre que nous avons déjà eu l’occasion de signaler dans des circonstances semblables L
- Quand nous pénétrâmes dans ce nuage, disent les voyageurs, la température tomba de suite au-dessous du point de congélation de l’eau : la nacelle, nos uniformes, nos barbes furent gelés, le thermomètre humide fut gelé, le thermomètre sec se couvrit d’une gelée épaisse. Nous fûmes en même temps saisis par le tourbillon qui existait dans le nuage. D’abord le Naulihis, dont le gaz était en-
- core chaud, sembla monter rapidement, mais bientôt il se ralentit, et redescendit vers la terre, malgré tout le lest que nous jetions. Cependant, à force de jeter du lest, nous arrivâmes à nous maintenir et nous commençâmes à sentir l’influence du soleil sur nos membres engourdis. A 10 h. 18 m., nous sortions vainqueurs après une lutte d’une demi-heure; le ballon monta à 2800 mètres au bord supérieur des nuages. Le ciel bleu reparaissait au-dessus de nous : le soleil apparaissait dans tout son éclat.
- Le Nautilus s’éleva jusqu’à 5500 mètres d’altitude; le thermomètre s’abaissait alors à 7 degrés au-dessous de zéro.
- La descente s’opéra à 1 h. 40 m. avec une très
- Diagramme de voyages en ballon simultanés exécutés à Berlin le 19 juin 1889 par les aérostiers militaires allemands.
- grande rapidité. Les instruments furent brisés pendant l’atterrissage.
- Les deux autres aérostats terminèrent fort heureusement leurs voyages. Orion descendit à 10 h. 45 m. à Mertz, sur la Sprée, après s’être élevé à 2500 mètres d’altitude. Le petit aérostat Lerche, qui n’avait que fort peu de lest, ne dépassa pas l’altitude de 1600 mètres et toucha terre dans la forêt de Fürsten-berg. (Voir le diagramme ci-dessus.)
- Depuis cette époque, un assez grand nombre d’ascensions sont régulièrement exécutées par les officiers du service aéronautique allemand, et non pas toujours sans quelque accident qui dénote encore
- 1 Voy. n° 21, du 25 octobre 1873, p. 321.
- de la part des aéronautes d’outre-Rhin une certaine inexpérience des manœuvres aéronautiques.
- Dans ces derniers temps, ces accidents se sont même transformés en catastrophe. Le 28 mars 1890, un des aérostats militaires allemands s’éleva de Berlin à 10 h. du matin; il toucha teire à 3 heures dans les environs de Schrim, petite ville industrielle de Posen, à 240 kilomètres du point de départ-L’ancre fut jetée dans des arbres où elle produisit un arrêt si brusque de l’aérostat que deux des officiers qui se trouvaient dans la nacelle furent projetés en dehors ; l’un d’eux eut les jambes cassées, l’autre s’est tué.
- Gastox Tissandier.
- p.364 - vue 368/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 365
- IA LONGÉVITÉ HUMAINE
- LES CENTENAIRES
- Nous avons eu souvent l’occasion de signaler des faits intéressants relatifs à la longévité humaine1. Voici deux nouveaux exemples que nous avons recueillis en France et en Amérique.
- M. Ed. Lamaury, à Gisors, nous a récemment envoyé la photographie d’une habitante de sa localité qui porte vaillamment ses cent deux années d’existence (fig. 1). Elle se nomme Mme veuve Nourry; elle est née à Songeon (Oise) le 20 février 1788, et se trouve par conséquent, depuis le 20 février
- Fig. 1. — Portrait de M"* V*' Nourry, âgée de 103 ans. (D’après une photographie de M. Ed. Lamaury, de Gisors.)
- quet, puis on a dansé sur la place, et la centenaire a pris part à la danse. Elle a fort bon caractère et les années n’ont pas altéré sa gaieté et sa bonne humeur. Elle a toute sa mémoire, toute sa lucidité d’esprit, et comme M. Lamaury lui disait qu’il venait faire sa photographie pour la publier dans un journal : « Hélas! s’écria Mne Nourry, je ne suis plus assez jolie, mais puisque vous avez pris la peine de vous déranger, je vais vous laisser opérer. »
- La deuxième exemple de longévité que nous allons mentionner à présent, d’après le Pacific Rural Press de San Francisco, est beaucoup plus extraordinaire puisqu’il s’agirait d’un Indien californien, qui est mort le 10 mars 1890, à Monterey et qui passait dans la contrée pour avoir atteint l’âge de cent cin-
- 1 Voy. Les centenaires, n° 791, du 28 juillet 1888, p. 129.
- dernier, dans sa cent troisième année. C’est une ancienne fermière et marchande de fromages, qui venait encore il y quatre ans apporter ses produits sur le marché de Gisors. Depuis cette époque, elle vit des rentes que lui a valu sa longue existence de travail et d’économie. Elle a des petits-enfants qui sont établis loin d’elle. Elle habite actuellement Etrépagny (Eure) chez M. Dublin, cordier, où elle est en pension. Mme Nourry fait elle-même sa chambre; elle a de bons yeux et ne porte pas de lunettes. La municipalité d’Etrépagny, accompagnée de la Société musicale, est déjà venue lui donner une aubade à l’occasion du cent unième et du cent deuxième anniversaire de sa naissance. On lui a offert un bou-
- Fig. 2. — Portrait d’un Indien de Californie, mort le 10 mars 1890 à l’âge présumé de 151 ans. (D’après une photographie.)
- quante-un ans. On le nommait Old Gabriel, le vieux Gabriel. Son origine et l’histoire de sa vie ont sans cesse été présents à l’esprit du Père Sorrentini qui habite le pays depuis quarante ans et qui a toujours été l’ami du vieil Indien. Gabriel serait né dans le comté de Tulare, où il aurait été jadis un chef; il assistait à un événement historique important, le débarquement de Junipero Serra, qui eut lieu il y a cent vingt ans, et à cette époque, il était déjà assez âgé pour être grand-père. On suppose qu’il avait alors trente-deux ans, et qu’il seraitné en 1739.
- Le vieux Gabriel avait un fils nommé Zachariah, qui, après a voir’perdu successivement quatre femmes, mourut il y a quelques années à Gonzalès, à l’âge de cent quatorze ans.
- On ne saurait exactement fixer les limites de la vie humaine; on a déjà cité des cas analogues à
- p.365 - vue 369/432
-
-
-
- 366
- LA NATURE.
- celui du vieux Gabriel, mais nous croyons qu’on se trouve là, comme le voulait Flourens, à la limite extrême de la longévité. Dr Z...
- I . CHRONIQUE '
- Conférence (( Scientia )). — Le mercredi 30 avril dernier, a eu lieu dans les salons de rilôtel Continental, à Paris, le quinzième diner de la Conférence Scientia, offert à 11. de Lacaze-Duthiers, membre de l’Académie des sciences, président de VAssociation française pour Vavancement des sciences. M. Charles Richet, qui présidait la réunion, a fort brillamment résumé l’œuvre de M. de Lacaze-Duthiers, « ce conquérant de la mer et apôtre de la zoologie » qui, après avoir fait de grands travaux scientifiques, a fondé les laboratoires maritimes de Roscoff et de llanyuls qui rendent de si grands services aux sciences naturelles. M. de Lacaze-Duthiers a répondu avec beaucoup de simplicité et d’éloquence, et son discours a été écouté et fort applaudi par les assistants. Après ce discours, M. de Nansouty a porté un toast à MM. du Mesnil, Liard, Rabier, Ruisson, Tisserand, qui avaient tenu à honorer de leur présence le banquet offert à M. de Lacaze-Duthiers, et qui tous consacraient leur légitime influence aux progrès de la science. M. Liard, en son nom et au nom de ses collègues, a remercié avec chaleur les membres de Scientia et les a assurés que tous ses efforts tendaient à développer le goût des études et des recherches scientifiques. — Voici le nom des convives qui ont pris part au quinzième diner de Scientia : MM. de Lacaze-Duthiers, Liard, L. Cailletet, F. Buisson, Marquis de Nadaillac, Aimé Girard, Ferdinand Dreyfus, Ch. Lauth, Labric, Paul Berger, le- capitaine Espitallier, Abadie, Beauregard, Houssay, Reinwald, Eug. Chassaing, Dr François Frank, Doin, Dr Hubert, Henrivaux, D. Brocchi, Laboulbène, Max de Nansouty, Cunisset-Carnot, R. Bischoffsheim, II. Ré-maury, G. Sée, Ad. Mesnil, Henry et Albert Gaulhier-Villars, Ch. Lallèmand, Gustave Le Bon, E. Rivière, Léon Vaillant, Ed. Bureau, de Seynes, Le Dentu, C.-M. Gariel, E. Tisserand, Frédéric Passy, Ch. Richet, Sully Pru-dhomme, E. Rabier, Nocard, Liébaut, Gaston Tissandier, Louis Rousselet, Dr P. Topinard, Langlois, Louis Olivier, Brocq, Delage, du Mesnil, Chambrelent.
- Découverte préhistorique & Saint-Aubin (Côte-d’Or) — Une station préhistorique a été récemment découverte soûs un rocher formant abri, prés de Saint-Aubin. Les fouilles ont donné une quantité relativement considérable d’os, de mâchoires, de dents, de cornes de divers mammifères. On a cru y reconnaître des débris d’éléphants, de chevaux, de rennes, d’ours des cavernes, dont deux tètes presque entières, des cornes de rennes et d’un autre cornidé. D’après les canines à'Ursus spelœus, on peut estimer à une quinzaine le nombre de ces animaux enfouis dans un petit espace des couches inférieures du gisement. Des silex étaient associés à ces ossements, particulièrement dans les couches supérieures. Malheureusement, ils n’ont pas été conservés, bien qu’il y en ait eu, paraît-il, qui mesuraient une longueur de 10 à 15 centimètres. Ceux qui ont échappé n’offrent pas grande importance, à l’exception d’un qui appartient à la première époque des cavernes. Plusieurs pièces ont été envoyées en communication à M. G. de Mortillet, qui les a communiquées à la Société d’anthropologie. Bientôt, les ossements seront déterminés, il y a lieu d’espérer que des
- fouilles, dirigées méthodiquement, amèneront des résultats intéressants.
- Papier et tissus en balles de blé. — L’enveloppe des. graiqs de blé est, si nous en croyons un journal américain, très propre à la fabrication du papier et des tissus d'emballage. Voici quelques indications sur le traitement qu’on lui fait subir. On la fait bouillir dans une chaudière tubulaire, après l’avoir mélangée avec une solution alcaline; la pâte spongieuse, ainsi obtenue, est comprimée fortement dans une presse hydraulique pour séparer le gluten des fibres ; celles-ci apparaissent alors sous forme d’une masse compacte, très dense et parsemée de fibres courtes. Les tissus faits avec les fibres longues peuvent rivaliser avec les tissus grossiers de lin et de chanvre, et ils sont supérieurs aux toiles de uite, et autres. Les fibres courtes sont principalement employées dans la fabrication du papier. 11 paraît que le papier de . balle est plus solide que les papiers de même épaisseur faits au moyen de chiffons de fin et de coton ; il est meme plus dur et son grain est plus ferme que celui du meilleur papier à dessiner anglais. Lorsqu’on ne sépare pas le gluten des fibres, le papier est très transparent, sans que la force en soit diminuée. Employée seule ou mélangée avec des chiffons, cette matière peut fournir d’excellent papier à écrire et d’impression, ainsi que du papier d’emballage de qualité supérieure.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 mai 1890. — Présidence de M. IIermite.
- La chaleur animale. — La pièce de résistance de la séance est l’exposé par M. Berthelot des recherches capitales qu’il poursuit, avec la collaboration de M. André, sur la chaleur de combustion des principaux composés organiques entrant dans la constitution de la chaleur animale. On sait que le but est de déterminer toutes les conditions de production de la chaleur développée par les actions biologiques. Cette fois il s’agit des matières albumineuses et spécialement de l’albumine, de la fibrine, de la chair musculaire dépouillée de graisse, de l’hémoglobine, de la caséine, de l’osséinè, de la clwndrine, de la vitelline, du jaune d’œuf, du gluten, de la fibrine végétale, de l’ichlyocolle, de la fibrome, de la laine purifiée, de la chitine et de la tunicine. Grâce à l’emploi de son ingénieuse bombe calorimétrique, M. Berthelot détermine sans peine la combustion de ces composés, si difficiles à brûler dans les conditions ordinaires, et il trouve qu’en moyenne, ils développent ainsi par gramme 5691 calories. En rapportant cette quantité de chaleur, non plus au gramme de matières brûlé, mais au poids, variable pour chacune d’elles, qui correspond à un gramme de carbone, on obtient, comme moyenne, 10 870 calories. Toutefois ces chiffres sont notablement plus forts que ceux résultant des combustions physiologiques puisque celles-ci, au lieu de fournir l’azote à l’état libre, donnent lieu à des résidus azotés tels que l’urée qui contiennent encore une certaine réserve d’énergie : il faut les diminuer d’un sixième environ de leur valeur, ce qui donne pour le gramme de substance albuminoïde 4800 calories et pour le gramme de carbone 9090 calories. Si au lieu d’urée, l’animal considéré élimine l’azote sous la forme d’acide urique, la perte de chaleur est plus grande encore puisque cet acide représente une plus grande quantité de chaleur, et si c’est de l’acide hippurique qui est rejeté, comme
- p.366 - vue 370/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 507
- cela a lieu chez les herbivores, les chiffres précédents sont à peu près réduits de moitié. On voit donc que selon qu’il s’agit de carnivores, d’herbivores ou d’omnivores, les conditions de production de la chaleur animale sont profondément inoditiées, et c’est une circonstance dont ne s’étaient guère préoccupés jusqu’ici les physiologistes. Pour les hydrates de carbone la quantité de chaleur produite par la combustion, représente 4200 calories par gramme de substance ou 9470 par gramme de carbone; et pour les corps gras ces nombres sont respectivement 9400 et 12 400 calories. Ces résultats peuvent servir à caractériser d’une façon singulièrement frappante les trois catégories principales de substances alimentaires. D’ailleurs en passant des conditions normales à l’état de maladie, on voit surgir immédiatement de grandes différences au point de vue de la tbermogenèse. Le premier effet d’un ralentissement dans l’activité vitale est de laisser sans combustion une partie des éléments : les corps gras s’accumulent dans les tissus et l’individu engraisse, s’épaissit, devient nonchalant, Les hydrates de carbone éliminés tels quels caractérisent la glycosurie ou diabète, et l’inertie à l’égard des matières azotées se traduit par une expulsion d’albumine en nature et par une collection d’acide urique dans les tissus : dans tous les cas la chaleur produite étant moindre, le malade est plus sensible aux refroidissements et au rhumatisme qui en est la conséquence. Ou voit par ce succinct aperçu l’ampleur et la certitude des conclusions que Al. Berthelot otlre encore aujourd’hui aux physiologistes et aux médecins.
- Nouvelle roue hydraulique. — ADI. Berthaut et Berrus adressent la description d’une roue hydraulique dont les palettes mobiles se replient automatiquement pour ne subir de la part de l’eau que les actions utiles. A cette occasion Al. le secrétaire perpétuel Bertrand rappelle qu'il y a cinquante ans, le marquis de Joulfroy avait déjà proposé un système bien différent, mais dont le principe était exactement le meme. Celte invention eut le bonheur de séduire Cauchy qui la prit sous son haut patronage et força l'attention des mécaniciens frappés d’abord plus de ses inconvénients que de ses avantages. Cauchy s’attacha à faire ressortir la concordance parfaite des idées deJouffroy avec les piiüc.i’pes de la mécanique. Lesautcurs actuels soutéga-lement dans le vrai et leur travail mérite d’etre signalé.
- Sur les champs de rotation magnétique. — Tout le monde se rappelle avoir vu à l’Exposition universelle de l’année dernière les appareils avec lesquels Al. Elihu Thomson produisait des effets pour ainsi dire paradoxaux à l’aide de bobines alimentées par des courants alternatifs. Ce fut parmi les physiciens un étonnement universel, et les faits semblèrent d’abord en contradiction avec les prévisions sommaires. Les électriciens ne tardèrent pas cependant à réaliser une analyse exacte et précise de ce chapitre imprévu de la science. Ur, AI. W. de Fonvielle vient aujourd’hui revendiquer la priorité de l’idée principale qu’il a émise il y a déjà une dizaine d’années ; en même temps il propose une explication qui diffère, en certains points, de celle qu’on a généralement acceptée.
- L'analyse de la paille. — Malgré les notions dont on est redevable à AI. Aluntz, il faut reconnaître que jusqu’ici l’analyse de la paille laissait à désirer : le dosage de la vascuiose et des composés analogues à l’amidon n’est pas suffisamment précis. Dans un travail présenté aujourd’hui par AI. Dehérain, Al. Hébert s’est préoccupé de combler cette lacune. L’auteur rappelle d’abord que Al. Dehérain a démontré que les matières indéterminées dans la paille
- se composent surtout de vascuiose et que les corps de la famille de l’amidon consistent en une matière gommeuse semblable à la gomme de bois décrite par Al Al. Wheeler et Tollens qui l'ont saccharitiée et transformée ainsi en un sucre particulier appelé xylose. Cela posé, la méthode consiste à soumettre, pendant trois heures, la paille en tube scellé, à l’action d’une lessive de soude à 10 pour 100 sous la température de 120 degrés : la cellulose reste intacte et le liquide neutralisé et évaporé fournit par l’eau une solution de gomme saccharifiable par les acides étendus tandis que la vascuiose demeure à l’état de résidu insoluble.
- Election. — Une place de correspondant étant vacante dans la section de mécanique, AI. Amagat est élu, au second tour du scrutin, par 29 suffrages contre 22 donnés à AI. Biehat. La liste de présentation comprenait, en outre, A1A1. Blondlot et Baoult.
- Varia. — Al. le secrétaire signale tout spécialement un bel ouvrage de Al. Gaston Tissandier sur L'Histoire des ballons et des aéronautcs célèbres1. — Une étude complète des fluorures de carbone est présentée par Al. Aloissan. — La réduction de l'acide azotique en ammoniaque occupe AI. Boyer. — AI. Tacchini adresse le résumé de ses observations solaires pendant l’année 1889. — Signalons un mémoire de AI. Gorzeu sur l’action de l’eau oxygénée sur les combinaisons oxygénées du manganèse et spécialement sur l’acide permanganique et les permanganates.
- Stanislas AIeünier.
- LA SCIENCE AU- THÉÂTRE
- l’électricité appliquée a UNE SCÈNE UE COURSE
- La distribution de l’énergie électrique, pratiquée aujourd’hui sur une si grande échelle en Amérique, a profondément modifié les procédés d’un grand nombre d’industries, petites et grandes, et la machinerie théâtrale n’est pas la dernière qui doive profiter de l'évolution commencée il y a moins d’une dizaine d’années. L’exemple que nous allons présenter aujourd’hui à nos lecteurs, à l’appui de celte affirmation, viendra corroborer une fois de plus l’idée si souvent exprimée ici même que les stations centrales de distribution de Vénergie électrique s’efforcent trop souvent, à tort à notre avis, de restreindre leur domaine en restant exclusivement des stations centrales d'éclairage électrique. En réalité, et jusqu’à nouvel ordre, l’éclairage électrique est bien le principal débouché du produit quelles fabriquent et distribuent, l’énergie électrique; mais ce débouché n’est pas le seul, et rien ne nous dit qu’il restera toujours le plus important, étant donnée l’immense variété des applications auxquelles le courant électrique se prête avec une merveilleuse facilité. C’est ce qu’ont bien compris les Américains, et toutes les statiuns établies sur le système à courant continu distribuent indifféremment le courant pour alimenter des lampes, des moteurs,ou tels autres appareils d’utilisation, au gré du consommateur.
- 1 2 vol. grand in-8° avec de nombreuses gravures en taille-douce et planches en couleurs. Paris., Librairie artistique. Launeite et Cie, G. Boudet, successeur. 1890.
- p.367 - vue 371/432
-
-
-
- 368
- LA NATURE.
- Le croquis ci-dessous que nous empruntons à notre excellent confrère de New-York, The Flectrical World, représente une des plus intéressantes et des plus nouvelles applications de la distribution de l’énergie électrique à la machinerie théâtrale, application qui met à profit les qualités toutes spéciales de légèreté, de mobilité, de facilité de mise en marche et d’arrêt des moteurs électriques, pour produire un effet scénique absolument nouveau, tout à fait inédit, et qui par son originalité suffit pour assurer le succès de la pièce qui renferme ce tableau à sensation.
- C’est à l’Union Square Theatre, de New-York, dans une pièce intitulée The County F air (la foire du pays) que les auteurs ont introduit une véritable course de chevaux, spectacle aujourd’hui si à la mode : grâce au concours de l’électricité, concours auquel M. Neil Burgless, le machiniste en chef du théâtre, a su faire un appel des plus habiles, la scène est rendue avec une fidélité qui a rarement été dépassée ni même atteinte sur la scène.
- L’effet de ce tableau est, si l’on en croit la presse américaine, tout simplement merveilleux. Pour produire cet effet, on commence par plonger tout le théâtre, pendant quelques instants, dans une obscurité absolument complète, puis on fait apparaître instantanément les chevaux galopant ventre à terre sur le premier plan de la scène, dans une atmosphère lumineuse. Ils semblent exercer tous leurs efforts pour gagner la course, et parcourir l’espace avec une rapidité vertigineuse. Les barrières, les arbres, les collines disparaissent derrière eux comme s’ils fendaient réellement l’espace. Vers la fin de la course, lorsque l’un des chevaux engagés s’approche du starter, battant ses concurrents de moins d’une tête, il se fait de nouveau une obscurité de quelques instants, et dans l’éclairage du tableau suivant, qui représente l’arrivée, on voit les chevaux terminer la course et disparaître dans la coulisse.
- C’est grâce à une judicieuse application des moteurs électriques que ces différents effets scéniques ont pu être obtenus. L’un des moteurs électriques installés sous la scène a pour fonction d’enrouler uniformément la toile sur laquelle est peint le paysage qui doit défiler sous les yeux des spectateurs suivant la course fictive. Un autre moteur fait dérouler dans le même sens et avec une vitesse convenable un plancher continu sur lequel les chevaux courent sans quitter cependant le milieu du théâtre, l’illusion de leur avancement étant produite par
- le déroulement de la toile de fond. Une autre moteur fait avancer la palissade qui limite la piste : comme pour le plancher, cette palissade forme une chaîne sans fin dont toutes les parties viennent périodiquement repasser devant le spectateur. Un autre moteur électrique est tout spécialement chargé d’actionner un ventilateur qui envoie un formidable courant d’air sur la tête des chevaux et des jockeys, enfle les blouses de ces derniers, et contribue ainsi à augmenter l'illusion. La possibilité d’éteindre, de rallumer tout le théâtre en un instant contribue beaucoup à l’effet produit et toute la manœuvre s’effectue à l’aide d’un tableau de commande placé sur la droite de la scène par rapport au spectateur (côté cour).
- C. Burgless, l’heureux adaptateur de la machinerie électrique au théâtre, est un partisan convaincu de cette application, et, à son avis, l’emploi de moteurs électriques dans les théâtres, emploi qui met tout le contrôle et la mise en marche entre les mains d’un seul homme, simplifiera beaucoup la machinerie, rendra les manœuvres plus simples et plus rapides, et permettra enfin de réduire la durée des entractes,avantage dont les spectateurs sauront bien vite'apprécier l’importance.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Il lR§Hi 1E3
- 123 j2ÜEE3 02^11121111 Üâi2i
- nnnnn
- JSyfflojpsv Sc.
- Une course de chevaux au théâtre de Y Union Square à New-York.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
- p.368 - vue 372/432
-
-
-
- N° 885. — 17 MAI 1890.
- LA NATURE.
- 369
- LE CHEVAL SAUVAGE DE LA DZOUNGARIE
- Equus Przeivalskii, polukoff
- La souche primitive du Cheval domestique a été considérée, jusque dans ces derniers temps, comme complètement éteinte. 11 existe bien, dans les steppes asiatiques, des bandes plus ou moins nombreuses de Chevaux vivant a l’état de liberté et que l’on désigne sous le nom de Tarpans, mais ces Chevaux sont des descendants de Chevaux domestiques redevenus sauvages, et ils ne diffèrent pas beaucoup plus des races domestiques habitant le même pays que les Chevaux à demi sauvages des Landes ou de la Camargue, dans le sud de la France, ne diffèrent du Cheval de Tarbes ou des Pyrénées.
- On rencontre en outre, dans les steppes asiatiques, des bandes d’animaux réellement sauvages, mais qui ne sont pas de véritables Chevaux. Ce sont les Hémiones, onagres ou Mulets féconds des anciens, qui malgré leurs oreilles plus courtes ressemblent beaucoup plus à l’Ane et surtout au Mulet qu’au Cheval.
- Les Hémiones sont assez largement répandus dans le centre de l’Asie, et l’on en distingue actuellement trois espèces ou races distinctes. La mieux connue est l’Hémione de l’Inde (Equus hemionus Var. onager), qui est Y Onagre de Pallas et des anciens, le Ghor-khur des Hindous, le Ghour ou Kherdecht des Persans, le Koulan
- desKirghises, espèce actuellement très commune dans nos jardins zoologiques où elle se reproduit facilement. Elle habite le Cutch ou désert Indien et les steppes du Turkestan, où les caravanes qui vont de la Perse à Yarkand en rencontrent souvent des troupes nombreuses. Plus au nord et à l’est, sur le
- plateau central de l’Asie, vit le Kiang ou IIc-mione du Thibet (Equus hemionus proprement dit), Kiang ou Disightai des Thibétains, qui ressemble beaucoup au précédent. Enfin, au sud-ouest, dans le désert de Syrie et du nord de l’Arabie, on trou-ve l’Hémippe,
- ( Equus hemip-pus ou E. hemionus syriacus), à oreilles plus courtes et à formes plus élégantes
- que les deux précédents. Cependant le professeur Henri Milne-Edwards était d’avis que ces trois races
- d’IIémione ne sont que des variétés locales d’une seule et même espèce, l'Equus hemionus.
- Au nord du plateau central de l’Asie, les steppes du Turkestan se prolongent en formant d’abord le Désert de Gobi, et plus à l’est encore celui d e Dzoungarie. Cette région, située immédiatement au sud de, la Sibérie dont elle est séparée par la vallée de
- l’Amour, et au nord des monts Thian-Chan qui la séparent de la Chine, est restée presque entièrement inexplorée jusqu’au moment où elle passa de la domination des Chinois à celle des Russes. C’est dans cette région déserte que le célèbre voyageur Przewalski découvrit en 1881, au cours de son dernier voyage
- 24
- Fig. 1. — Cheval sauvage de la Dzoungarie (Equus Przewalskii).
- Fig . 2. — Ilérnijipc de Syrie. (Equus hemippus.)
- 18' muée. — Ier »eme»tre
- p.369 - vue 373/432
-
-
-
- 370
- LA NATURE.
- dans l’Asie centrale, une espèce de Cheval sauvage tout à fait distincte à la fois du Tarpan et des dilfé-rentes variétés de l’Hémione.
- Ces Chevaux sauvages appelés kertag par les Kir-ghises et takké par les Mongols, vivent par petites troupes de cinq à quinze individus sous la conduite d’un vieil étalon. Ils sont très méfiants et se laissent rarement approcher a portée de fusil : leur vitesse est extrême et ils échappent facilement au chasseur le mieux monté. Après plusieurs poursuites infructueuses, Przewalski réussit cependant à abattre un jeune étalon de trois ans, dont la dépouille se voit actuellement dans le Musée de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg et qui est le type de VEquus Przewalskii du naturaliste Poliakoff.
- Ce Cheval sauvage de la Dzoungarie est un animal de la taille de l’Hémione, mais à proportions plus robustes et qui rappellent les formes d’un poney. La tète est forte avec les oreilles plus petites que celles de l’Hémione, l’encolure épaisse, surtout chez le mâle, les membres robustes, plus trapus que ceux des Hémiones et des Anes. La crinière est courte,
- Fig. 3. — Fac-similé d’une gravure sur os représentant uu cheval à queue en pinceau et à crinière droite.
- Grotte de Lorlhet-Fouilles de M. Piette.
- droite, et la queue, assez longue, est garnie dans sa moitié terminale d’un bouquet de longs poils beaucoup plus fourni que celui des Hémiones. Il y a des châtaignes auxmembres postérieurs comme aux membres antérieurs, ce qui ne s’observe quechez le Cheval, toutes les autres espèces du genre (Hémiones, Anes, Zèbres) en étant dépourvues aux membres postérieurs. Les sabots sont arrondis comme ceux du Cheval et non comprimés comme ceux des autres espèces ; enfin le bas des jambes est garni de longs poils qui tombent jusqu’à la couronne du sabot, caractère qui fait défaut chez les Hémiones. La couleur du pelage n’est pas moins caractéristique : elle est d’un gris pâle presque blanc, tirant sur l’isabelle à la tête et au cou, cette teinte se fondant insensiblement sur les flancs avec le blanc pur du ventre et des membres : la crinière, le pinceau de la queue, les longs poils du bas des jambes et les sabots sont noirs. Il n’y a pas trace de la raie dorsale foncée, allant de la crinière au-dessus de la queue, qui caractérise les Hémiones. Le pelage est long et ondulé surtout pendant l’hiver qui est très rigoureux dans une région aussi septentrionale que la Dzoungarie.
- L’apparence extérieure de l’animal, ainsi qu’on en
- peut juger d’après notre dessin (fig. 1), est tout à fait celle d’un petit cheval, ou, si l’on veut, d’un poney. Cependant on a prétendu, en se fondant principalement sur la forme de la queue, que VEquus Przewalskii n’était.qu’un Hémione. Cette opinion ne nous parait pas soutenable : elle est évidemment fondée sur une pétition de principe, puisque l’on ignorait jusqu’ici la véritable forme de la queue chez le Cheval primitif. L’étude des autres espèces sauvages du même genre semble bien indiquer, au contraire, que la l'orme en pinceau est caractéristique de tous les Chevaux sauvages, la queue et la crinière en panache étant l’attribut de la domesticité, comme les oreilles tombantes des chiens, des cochons et des chèvres. La queue de VEquus Przewalskii est, d’ailleurs, beaucoup plus fournie que celle des Hémiones. Des preuves d’un autre genre sont tirées de la paléontologie : parmi les représentations d’E-quidés de l’époque quaternaire gravées par l’homme primitif, sur bois de rennes ou sur ivoire, et que M. Piette a découvertes dans les cavernes du sud de la France, il en est (fig. 3) qui représentent de la façon la plus nette un Cheval à queue en pinceau et à oreilles courtes tout à fait semblable à VEquus Przewalskii.
- D’ailleurs la robe claire et uniforme, sans raie dorsale et non séparée du blanc des parties inférieures par une teinte plus foncée ; la forme arrondie des sabots, les longs poils du bas des jambes sont autant de caractères qui séparent VEquus Przewalskii des Hémiones pour le rapprocher du Cheval1.
- On peut donc admettre, avec Poliakoff, que ce Cheval sauvage de la Dzoungarie est le véritable Cheval primitif et représente la souche de toutes nos races domestiques. La comparaison du crâne de VEquus Przewalskii avec les débris du Cheval sauvage que l’on trouve dans les couches quaternaires d’Europe, a été faite par Poliakoff, et porte ce naturaliste à admettre une identité aussi complète que possible entre ces deux types. On sait, depuis les travaux de Nehring sur la faune quaternaire de l’Europe centrale, que la faune actuelle des steppes asiatiques, bien caractérisée par la présence du Saïga, de la Gerboise et du Souslik, s’est étendue jusqu’en Allemagne et dans le nord de la France. Deux espèces d’E-quidés font partie de cette faune : l’une est l’Hémione (Equus hemionus), l’autre le Cheval sauvage (.Equus caballus férus), très probablement identique à VEquus Przewalskii, et ce dernier devra, quand il sera mieux connu, prendre le nom d’Equus caballus qui a la priorité.
- Le Cheval sauvage de la Dzoungarie est de toutes les espèces du genre, celle dont l’habitat est le plus septentrional. Cette particularité explique pourquoi le Cheval domestique supporte bien les hivers du nord de l’Europe tandis que l’Ane, déjà plus dif-
- 1 Suivant Hérodote, il y avait de son temps, en Scythie, sur les bords de l’Hypanis [Boug actuel) des Chevaux sauvages qui étaient blancs comme le Cheval de Przewalski. Les Tarpans asiatiques ne sont jamais de couleur aussi claire.
- p.370 - vue 374/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 571
- ficile à élever dans le nord de la France, ne peut vivre en Suède. Du reste, au seizième siècle, on voyait encore des Chevaux sauvages dans les montagnes des Vosges. Voici dans quels termes en parle Elisée Roesslin (de Ilaguenau), dans un livre publié à Strasbourg, en 1593 :
- « Parmi les animaux qui se-rencontrent dans les Vosges, il faut surtout remarquer, ce qui serait une merveille dans beaucoup de pays, les Chevaux sauvages. Ils se tiennent dans les forêts et les montagnes, pourvoyant eux-mêmes à leur entretien, se reproduisant et se multipliant par toutes les saisons. En hiver, ils cherchent un ahri sous les rochers, se nourrissant comme le grand gibier de genêts, de bruyère, de branches d’arbres. Ils sont plus farouches et plus sauvages que ne le sont en bien des contrées les Cerfs et aussi difficiles à prendre que ceux-ci. L’on s’en rend maître, comme des Cerfs, au moyen de lacs. Quand on parvient à les apprivoiser et à les dompter, ce qui est d’un travail long et difficile, on obtient des chevaux de la meilleure qualité... Ils résistent aux froids les plus violents et se contentent des fourrages les plus grossiers. Leur marche est sûre, leur pied ferme et solide parce qu’ils sont habitués, comme les Chamois, à parcourir les montagnes et à franchir les rochers. Si les Vosges entretiennent des Chevaux sauvages tandis que la forêt Noire ne connaît pas ce genre d’animaux, elles doivent ce privilège a leur exposition septentrionale depuis Lichtemberg jusqu’à Neustadt-sur-la-Ilaardt, à leur stérilité et à la domination des vents âpres et rudes qui soufflent du nord » (Gérard, Faune historique de l'Alsace, 1871). A la même époque il existait des Chevaux sauvages dans les Alpes suisses et en Prusse (Erasmus Stella, 1518), et l’on mangeait leur chair, comme à l’époque quaternaire, usage qui fut bientôt interdit par l’Église. Malheureusement il ne nous reste ni description, ni figure de ces Chevaux saunages, et bien que l’évêque For-tunat en parle sous le nom d'Onagres, il est bien probable qu’il s’agit de Chevaux redevenus sauvages, c’est-à-dire de Tarpans, et non de véritables Chevaux sauvages comme YEquus Przeivalskii.
- La gravure que nous donnons de ce dernier (fig. 1) a été faite d’après le type de l’espèce qui se trouve au Musée de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, et nous en devons la communication à l’extrême obligeance deM. le professeur Ed. Büchner, directeur de ce Musée, qui nous en garantit l’exactitude. Elle est, du reste, la reproduction de la figure qui accompagne le Mémoire de Poliakoff dans les publications de la Société impériale russe de géographie (1881), Mémoire écrit en russe. Les autres ligures de YEquus Przewalskii qui ont été publiées en France sont inexactes et ne peuvent donner qu’une idée fausse des caractères de ce type si intéressant à tous les points de vue.
- Comme terme de comparaison, nous donnons, en regard (fig. 2), la figure d’une espèce d’Hémione, l'IIémippe de Syrie (Equus hemippus), choisie à
- dessein comme étant celle qui se rapproche le plus du Cheval par ses formes élégantes et la petitesse de ses oreilles. Cette figure est la reproduction exacte d’un vélin du Muséum peint, d’après le vivant, par M. Bocourt, et représente un des deux individus rapportés de Damas, en 1855, par M. de Bourgoing, et qui ont vécu quelque temps à la ménagerie du Muséum de Paris. Dr E. Trouessart.
- IA POUDRE SANS FUMÉE
- LES EXPLOSIFS d’hIER ET CEUX DE DEMA1X
- La science des explosifs traverse en ce moment l’une des phases les plus curieuses de son histoire. L’apparition sur la scène du monde de la poudre à canon, lorsqu’elle fut découverte au treizième, siècle par Roger Bacon, ne donna certainement pas lieu à des clameurs semblables à celles qui s’élèvent aujourd’hui autour de la nouvelle poudre sans fumée. Depuis bientôt six siècles que la guerre et l’industrie se sont emparées, chacune dans son domaine propre, de l’antique élément ternaire de soufre, salpêtre et charbon, l’idée de fumée était absolument inséparable de celle de l’explosion du mélange. Une bataille, si glorieuse qu’elle fût, dans laquelle les combattants n’auraient point été enveloppés du nuage légendaire, de cette fumée « qui sentait la poudre et qui enivrait les hommes », n’eùt certainement été compréhensible pour personne, il y a seulement encore quelques mois.
- Les manœuvres exécutées récemment à Champi-gny ont été, croyons-nous, les premiers essais sérieux d’une lutte simulée avec la poudre nouvelle. L’étonnement, la stupéfaction plutôt, ressentie par les spectateurs, y fut portée à son comble. La plaine et les coteaux couverts de bataillons, le crépitement de la fusillade retentissant au milieu du silence des premières heures du jour, les détachements s’abordant presque corps à corps, les files de soldats, genou en terre, exécutant leurs feux de salve sur une largeur de cinquante à soixante hommes ; et, pas un nuage, pas une vapeur, l’armée nettement dessinée sur la verdeur des champs ensemencés, avec les couleurs facilement reconnaissables des uniformes, la clarté aveuglante, trop aveuglante même, des casques et des ornements métalliques.
- Et, phénomène plus étonnant encore, ce n’était seulement point l’infanterie dont les armes légères et élégantes lançaient sans fumée leur léger projectile, mais encore la lourde artillerie, dont la rapide et bruyante détonation crevait l’air, sans nuage appréciable. A peine un léger flocon blanchâtre, vite disparu, indiquait-il à l’observateur l’emplacement de la batterie. C’était donc une guerre inconnue, une guerre avec des éléments absolument différents de ceux auxquels était habituée la tactique moderne, qu’inaugurait l’emploi de l’explosif récent, encore inexpérimenté sur les véritables champs de
- p.371 - vue 375/432
-
-
-
- 372
- LA NATURE.
- bataille, mais déjà connu sous le nom désormais célèbre de poudre sans fumée.
- On peut dire avec raison qu’une ère nouvelle vient de s’ouvrir pour les corps explosifs. L’histoire de la poudre, jusqu’à cette dernière année, n’est plus à proprement parler que de l’archéologie, au moins en ce qui concerne la poudre de guerre.
- Dans l’explosif nouveau, qui charge aujourd’hui complètement nos armes,
- — l’artillerie comme l’infanterie, — la formule antique a fait place à une composition entièrement originale. Plus de salpêtre, plus de soufre, plus de charbon ; le fameux creuset de Berthold Schwartz est définitivement renversé. Plus de poudre noire, plus de poudre
- même, mais une composition brunâtre, fabriquée sous la forme de feuilles, de plaques d’aspect corné, que l’on découpe ensuite en petites lamelles brillantes. Toute une révolution dans la composition intime de l’explosif et dans sa forme extérieure à la fois.
- Telle est la poudre de demain, qu’aucun lien ne rattache
- — nous le verrons dans la suite de notre étude
- — à la poudre d’hier, si ce n’est le but commun auquel elles tendent toutes deux : l’art de tuer les hommes le plus rapidement et le plus « définitivement » possible. De ce côté, notre célèbre poudre sans fumée n’est point
- en reste ; tout le monde est renseigné aujourd’hui sur les « magnifiques » résultats obtenus avec la
- Fig. 2. — Disposition générale de Tune des usines à meules et à tonnes de la poudrerie nationale de Sevran-Livry.
- M. Meules. — C, D, E, F. Tonnes binaires. — A, B. Tonnes ternaires. — HH. Arbre de transmission mettant en mouvement les appareils de Fusiiie.
- toute mignonne balle du fusil Lebel, qui traverse des madriers de 30 centimètres d’épaisseur, et troue, l’un après l’autre, très délicatement, trois soldats, sans que son élégante trajectoire dévie en rien de sa course sanglante. Les armes d’hier, les cartouches chargées à l’antique poudre noire, ne faisaient pas
- de ces merveilles ! Avouons du reste que le moment n’est point encore à la sensiblerie; il sera temps d’y songer plus tard, lorsque la Victoire nous aura.de nouveau « abrités sous ses ailes ».
- Si le plus brillant avenir peut être prédit aux armes et aux explosifs de demain, les poudres d’hier
- p.372 - vue 376/432
-
-
-
- LA NATURE-.
- 373
- ont également eu leurs pages glorieuses, qu’il s’agisse de leur rôle historique dans les guerres des siècles passés, ou des progrès scientifiques dont elles ont été le point de départ. Il a certes fallu des recherches, des expériences et des veilles, pour
- transformer le mélange rudimentaire dont parle déjà Marcus Græcus, dans son fameux Liber ignium ad çomburendos hostes, écrit entre le neuvième et le treizième siècle, en ces superbes échantillons de poudres prismatiques, destinées au chargement des
- Fig. 3. — Spécimens de poudres diverses représentés en grandeur naturelle. — N* 1. Poudre française pour fusil Gras. — N° 2. Poudre pour fusil russe. — N" 3. Poudre prussienne pour fusil Mauser. — N" 4. Poudre à canon cubique. — N° 5. Poudre de chasse extra-line. — N° 6. Poudre à canon cubique. — N" 7. Poudre prismatique perforée pour canon de 21 à 45 centimètres. — X° 8. Poudre à canon à petits grains. — N° 9. Poudre prismatique perforée pour canon de 12 à 17 centimètres. (D’après des photographies.)
- pièces d’artillerie de gros calibre, qu’exposait, l’an dernier, à l’Esplanade des Invalides, dans l’élégant pavillon annexe du palais du Ministère de la guerre, notre savante direction des poudres et salpêtres de l’État, et dont nous reproduisons ci-dessus les très curieux spécimens (fig. 3).
- La fabrication des poudres de guerre, de chasse
- ou de mine, est trop connue pour que nous la décrivions de nouveau en détail à cette place. La trituration des matières premières, — salpêtre, soufre et charbon, — le mélange et l’incorporation des‘substances, pulvérisées dans les proportions requises, le galetage dudit mélange, le grenage, le lissage, le séchage et l’égalisage des grains, constituent une
- p.373 - vue 377/432
-
-
-
- 374
- LA NATURE.
- série d’opérations qui n’ont plus aujourd’hui, dans leurs principes mêmes, de secret pour personne. Dans certains pays, oii la fabrication des poudres ne constitue pas, comme en France, le monopole exclusif de l’Etat, il n’est pas de village qui ne possède autour de lui quelque fabrique, quelque réduit, devrions-nous plutôt dire, qui produise la poudre de chasse ou de mine nécessaire aux besoins de la localité. La baraque saute quelquefois, souvent même ; mais le « patron » ne se décourage pas pour cela; et s’il a eu l’heureuse chance d’être loin de ses pilons au moment de l’explosion, vous retrouvez, aux beaux jours, sa boutique tout flambant neuve, triturant de nouveau le mélange ternaire avec les appareils les plus rudimentaires, destinés, à sauter comme leurs prédécesseurs.
- Les poudreries nationales installées sur notre territoire, celles qui fonctionnent à l’étranger, et dont quelques-unes sont célèbres, — en Angleterre, Wool-wich et Waltham-Abbey ; en Allemagne, Spandau et Hamm ; en Belgique, Wetteren ; en Autriche, Stein ; en Italie, Fossano; en Russie, Okha; en Amérique, etc. — peuvent être considérées comme l’expression la plus élevée de l’art de fabriquer la poudre noire. Dans chacune d’elles, s’il nous était donné de les visiter l’une après l’autre, nous retrouverions les mêmes installations, des appareils sensiblement identiques, dont nous connaissons tout au moins l’agencement extérieur par les nombreuses reproductions qu’en ont faites les traités de chimie industrielle que nous avons tous eus entre les mains. Trois procédés généraux, trois méthodes, en dehors de la pulvérisation même des substances composantes : le procédé par les pilons, le procédé des meules, et enfin le procédé des tonnes, le procédé « révolutionnaire », inauguré en 1795 pour l’entretien des quatorze armées de la République. C’est ce dernier procédé que plusieurs d’entre nous ont pu voir en activité à la poudrerie Philippe-Auguste, installée en dïx-sept jours à Paris, lors du siège de 1870-1871.
- Comme exemple de l’une des phases les plus curieuses de la fabrication de la poudre, la seule que nou§ rappellerons ici, nous avons choisi et reproduisons (fig. 1) le procédé par les meules, installé à notre belle poudrerie de Sevran-Livry, par son créateur, M. l’inspecteur général des poudres et salpêtres, G. Maurouard, directeur au Ministère de la guerre. Le procédé des meules est, du reste, croyons-nous, celui des trois procédés encore en usage aujourd’hui, dont la généalogie remonte le plus loin dans les siècles passés. Il était déjà usité en Italie dans la première moitié du seizième siècle, où le système de broyage des moulins à olives l’avait fait adopter. Ce n’est qu’en 1754 que notre poudrerie d’Essonnes l’installa pour la première fois, sur la proposition d’un moine, savant poudrier, paraît-il, le R. P. Ferry.
- Ce point d’histoire une fois établi, examinons nos meules, après nous être rappelé que, avant d’être écrasées sous les lourdes roues de fonte, les matières
- composant le ternaire explosif ont été déjà triturées deux à deux par les tonnes binaires, dans les proportions connues. La paire de meules que nous représentons ici est identique à celle que l’on peut voir fonctionner dans toutes les poudreries françaises, à Serran, à Esquerdes, à Essonnes, au Bouchet, à Saint-Chamas, à Toulouse, à Angou-lème, etc. Leur diamètre est d’environ lm,50 sur 0m,47 de largeur. La table horizontale sur laquelle elles roulent a 2 mètres de diamètre. La meule et la piste de la table sont en fonte dure, d’une homogénéité parfaite. Le poids du système roulant est variable suivant les installations. Les meules françaises que nous venons de décrire pèsent de 5000 à 5500 kilogrammes ; par contre, la poudrerie de Dresde avait encore, en 1871, des meules de 150 kilogrammes. Afin d’éviter le collage de la poudre aux meules elles-mêmes, la mise à nu de la piste et, par suite, la production d’étincelles provoquant une explosion, chaque meule est munie d’un grattoir et d’un repoussoir en bronze. A chacun des appareils est adapté en outre, à la partie supérieure, un système d’arrosage qui, en cas de désastre, doit inonder instantanément la piste, et, par suite, l’atelier en danger.
- Les précautions que nous venons de voir adopter dans le traitement par les meules du mélange [ternaire de salpêtre, soufre et charbon, déposé préalablement sur la piste circulaire, sont sévèrement prescrites pour chacune des opérations qui concourent à l’achèvement de la poudre, prête à être livrée au commerce ou à l’administration de la guerre. La visite en détail d’une poudrerie, la simple inspection d’un plan en relief, semblable à ceux qu’avait exposés au pavillon de l’Esplanade des Invalides la Direction des poudres de l’État, nous montreraient de quelle surveillance et de quels soins minutieux sont entourés les divers ateliers de préparation de la terrible matière explosive. Nous reproduisons dans notre figure 2, comme un exemple de l’ingénieux agencement des divers ateliers dont l’ensemble forme l’installation entière d’une poudrerie, la disposition générale de l’usine à meules et à tonnes de l’établissement de Sevran-Livry. La légende qui accompagne notre dessin nous donne tous les détails nécessaires à sa compréhension.
- Avant que les études qui se poursuivent encore en ce moment sur l’application de la nouvelle poudre sans fumée au chargement des grosses pièces de la guerre et de la marine, aient complètement relégué notre vieille poudre noire derrière les vitrines du Musée d’artillerie, — ces Invalides de la mécanique et de la chimie militaires — il est curieux de rappeler les diverses formes extérieures qu’affectent, suivant les besoins auxquels ils sont destinés, les « grains » de poudre fabriqués dans les diverses poudreries des deux mondes. La gravure que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs (fig. 3) reproduit les plus curieux spécimens choisis dans la vitrine de l’Exposition des poudres
- p.374 - vue 378/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 375
- et salpêtres que nous avons déjà mentionnée plus haut à diverses reprises : poudres de guerre (au centre une poudre de chasse à titre de spécimen de comparaison) destinées aux armes de l’infanterie ou à celles de l’artillerie.
- Voici d’ahord la poudre d’infanterie en grains, la poudre F (initiale du mot Fusil) spéciale au service du fusil Gras, modèle 1874 (fig. 3, n° 1). Son dosage est — nous pourrions dire était, puisque cette poudre F est aujourd’hui complètement remplacée par la poudre sans fumée du fusil Lehel — son dosage est de 77 pour 100 de salpêtre, 8 pour 100 de soufre, et 15 pour 100 de charbon noir. La grosseur du grain est comprise entre 0mra,8 et lmm,4. Voici, au-dessous, (nos 4 et 6), les poudres dites C (initiale du mot Canon), et SP (initiales des mots Siège et Place), poudres denses, dures et à très gros grains, comme le montre notre dessin. Leur dosage uniforme est de 75 de salpêtre, 10 de soufre et 15 de charbon noir. Elles ne diffèrent entre elles que du fait de leur densité et de la grosseur de leurs grains. Les grains de la poudre C mesurent par exemple, de 6mm,2 à 6mm,8 de diamètre; ceux des poudres SP de 9 millimètres à 13 millimètres. Ces poudres C et SP permettent de donner de grandes vitesses initiales aux projectiles. Mentionnons encore la poudre MC.0, ainsi formulée parce qu’elle se fabrique aux meules (initiale M), qu’elle est poudre à canon (initiale C), et que sa trituration a duré trente minutes. Ses grains sont d’une grosseur comprise entre 2mm,5 et lmm,4; elle s’emploie au tir des mortiers lisses et des canons se chargeant par la gueule, à la confection des rondelles comprimées et au chargement des projectiles creux.
- En dehors de ces poudres, hier encore d’usage courant, les poudreries fabriquent des qualités dont la forme extérieure et les dimensions varient avec le travail mécanique qu’elles doivent effectuer. Certains de ces « grains » de poudre, cubiques ou hexagonaux, mesurent, comme la « poudre à dés » italienne, de 10 à 11 millimètres de côté. Une poudre pebble, fabriquée à Waltham-Abbeÿ, a 38 millimètres. Des grains prismatiques, fabriqués en Amérique, varient de 25 à 50 millimètres. Une poudre hexagonale, perforée de six canaux de part en part, mesure 40 millimètres de largeur sur 24 millimètres, de hauteur (fig. 3, n° 9). La poudrerie de Hamm fabrique des grains prismatiques perforés de 50 millimètres. Wettercn, en Belgique, fait de remarquables poudres de 25 à 30 millimètres de hauteur. Les usines américaines vont encore plus loin, et nous avons vu des spécimens dont les grains hexagonaux, qu’on eût pu découper dans un biscaïen, mesuraient 75 millimètres à la base et une hauteur de 70 millimètres ! Il est à peine besoin de signaler que l’origine de ces poudres de gros calibre est la réduction de la vitesse d’inflammation du grain lui-même, soit l’obtention d’une poudre lente, donnant une grande vitesse initiale du projectile.
- Mais voici déjà de longues pages consacrées à notre vieille, et aujourd’hui délaissée, ptuidrc noire. Les services qu’elle nous a rendus dans l’industrie, les victoires ou les défaites qu’elle a enveloppées de sa fumée glorieuse, laisseront dans l’histoire de la guerre et dans celle de la paix une marque ineffaçable. Longtemps encore, dans les récits des historiens, sur les toiles célèbres de nos musées, les générations qui vont nous succéder se sentiront émues au simple récit ou à l’examen des batailles sur lesquelles planent, déchirés par les balles et noircis par la fumée, les drapeaux des régiments ensanglantés. Les artistes qui retraceront les grandes luttes futures, les écrivains qui en fixeront les péripéties, devront cependant, dès aujourd’hui, laisser de côté ce puissant moyen d’impression. Adieu, nuage héroïque, qui, au quatorzième siècle, couvrait déjà de son ombre les combattants de Crécy, et qui servit de linceul aux morts de Reichshoffen, tes fastes sont fermés. L’avenir est aux luttes au grand soleil, aux batailles dans lesquelles « parlera » seule la poudre nouvelle, la poudre sans fumée. Maxime IIélèxe.
- — A suivre. —
- L’INFLUENZN CHEZ LE CHIEN
- Dons les discussions qui ont eu lieu à l’Académie de médecine sur l’épidémie d'Influenza, qui a régné l’année dernière un peu partout, il a été question de la transmission de cette maladie aux animaux; M. le professeur Olivier en a cité des cas, et dans les journaux de médecine, aussi bien que politiques, on a parlé de chevaux et de chiens comme en ayant été atteints.
- Pour ce qui est du cheval, il y a lieu d’en douter, parce que, depuis plus de trente ans, à l’étranger, on nomme Influenza une maladie infectieuse propre au cheval, qu’en France on appelle affection ou fièvre tvphoïde. On ne peut donc savoir s’il s’agit de YInfluenza de l’homme transmise au cheval, ou de sa propre Influenza, ou fièvre typhoïde.
- Quant au chien, disent MM.Mégnin et Yeillon, dans une note récemment présentée par eux à la Société de biologie, il est bien certain qu’il a régné dans ces derniers temps, dans certains chenils, une maladie infectieuse qui a la plus grande analogie avec la grippe de l’homme : l’un de nous l’a constatée dans la meute de M. S..., à Chantilly, composée de plus de cent vingt sujets et dont la plupart ont été atteints; dans la meute de M. R. de la B..., composée d’une cinquantaine de jolis beagles, elle a aussi régné; de même que sur les chiens courants de M. de Y..., dans l’Aveyron. Tous les caractères de la grippe humaine ont été constatés chez ces chiens d’une manière très évidente : yeux gonflés et larmoyants, toux douloureuse, abattement général. Cette maladie a duré en général très peu de temps et très peu ont succombé, à peine un ou deux pour cent, ou point. Désireux depuis longtemps d’étudier les maladies infectieuses des chenils, l’un de nous avait prié les nombreux correspondants qu’il a dans le monde des chasseurs de nous envoyer des cadavres de chiens morts de ces affections. Tout récemment nous avons reçu du chenil de M. R. de la B... le cadavre d’un chien qui avait été atteint à'Influenza.
- p.375 - vue 379/432
-
-
-
- 376
- LA NATURE.
- ÉCHELLE MOBILE A POISSONS
- INSTALLÉE AU BARRAGE DE PORT-MORT SUR LA SEINE
- Les améliorations apportées aux fleuves et aux cours d’eau, au point de vue de la navigation, peuvent être parfois nuisibles aux intérêts de la pisciculture. Les ingénieurs ne doivent pas perdre de vue cette question qui n’est pas sans avoir son importance.
- Les barrages fixes ou mobiles, installés sur les rivières comme ceux dont nous avons décrit précédemment1 les principaux types, ont l’inconvénient évident de former un obstacle absolu au passage des poissons migrateurs, comme le saumon, etc., qui remontent les rivières à certaines époques de l’année, et on a dû se préoccuper de permettre le passage des poissons tout en maintenant le barrage nécessaire pour la navigation.
- On s’était borné d’abord à cet effet à installer des glissières fixes à l’abri des culées des barrages ; mais on a reconnu depuis que cette disposition était insuffisante.
- Nous nous proposons de faire connaître à nos lecteurs un système d’échelle à poisson de ce genre; ce système est mobile avec le niveau de l’eau, et sa disposition imaginée par M. Caméré est particulièrement intéressante. Les échelles fixes installées à l’abri des culées des barrages ont toujours l’inconvénient d’être peu fréquentées par les poissons voyageurs qui préfèrent les points où la nappe d’eau est plus épaisse et plus vive, et il y a donc convenance, à ce point de vue, à installer les échelles au milieu de la passe profonde de la rivière. On est arrivé à organiser ainsi des échelles mobiles constituées par un couloir en tôle ou en bois s’appuyant à l’aval sur un flotteur, et à l’amont, sur l’arête supérieure du vannage mobile ; on a de la sorte une installation d’une
- 1 Voy. n° 881, du 19 avril 1890, p. 315.
- grande simplicité qui a l’avantage de ne présenter aucune construction fixe susceptible de gêner le poisson, et qui, en outre, peut toujours être reportée dans l’emplacement le plus favorable.
- Le couloir représenté sur la figure ci-dessous est en bois, formé de deux tronçons, l’un appuyé par le bas sur le flotteur, et accroché par le haut sur un arbre disposé à l’aval des montants, ce qui lui permet ainsi d’osciller suivant les variations du niveau de l’eau en aval.
- Le second tronçon qui est fixe s’emboîte dans le tronçon mobile, il est engagé entre les deux montants d’un des cadres du barrage. La longueur du couloir est déterminée de manière à donner une inclinaison de 1 /20 pour la hauteur maximum de retenue; le tronçon principal a 10m,15 de longueur. La longueur du couloir est de lm,46 en dehors des cadres, l’espacement d’axe en axe des cloisons transversales dont il est muni est de lm,25, leur hauteur est de 0m,43.
- A la traversée des cadres du barrage, le petit tronçon du couloir repose sur la lame supérieure du rideau, il s’emboîte à l’aval dans les joues du tronçon principal, il repose d’ailleurs sur celui-ci par une surface arrondie permettant les oscillations. La lame supérieure du rideau doit toujours être abaissée à un niveau suffisant pour assurer le fonctionnement de l’échelle, et le vide ainsi déterminé est obturé par des vannes spéciales disposées de part et d’autre des montants du cadre occupé par le couloir. L’arbre d’articulation du tronçon principal est retenu et même immobilisé de son côté par des chaînes accrochées aux montants du barrage.
- L’échelle est enlevée ou rétablie suivant les besoins par une série de manœuvres très simples sur lesquelles nous n’insisterons pas, car on s’en rend compte immédiatement pour ainsi dire par la vue de la figure.
- Echelle mobile à poissons installée au barrage de Port-Mort sur la Seine.
- p.376 - vue 380/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 577
- LE SCHISÉOPHONE
- U y a pour certaines industries un intérêt capital blocs de métal, défauts qui, à un moment donné, peu-
- à découvrir les défauts qui se trouvent à l’intérieur de vent compromettre gravement la sécurité d’unouvrage.
- Fig- 1- — Le schiséoplione et son mode d’emploi pour la vérification des obus de rupture. — A gauche, local de vérification; à droite.
- chambre d’audition.
- Les obus de rupture, par exemple, qui sont en I acier chromé, trempé raide, présentent à l’intérieur [
- Fig. 2. — Boîte du scliiséophone.
- dent à se séparer et à laisser entre elles des vides qui ont pris le nom de tapures. Des obus tapés ne valent rien et leur ogive se brise sur la cuirasse qu’ils ont mission de traverser. Rien, le plus sou-
- des centres de tension considérables. Les molécules irritées les unes contre les autres par la trempe ten-
- Fig. 3. — Le. frappeur et son microphone.
- vent, n’indique ces tapures et l’oreille humaine est un instrument bien trop paresseux pour saisir les nuances que le choc d’un marteau peut donner, soit qu’il frappe sur une partie saine, soit qu’il frappe
- p.377 - vue 381/432
-
-
-
- 378
- LA NATURE.
- sur une partie tapée. Ce que nous venons de dire pour les obus s’applique à toutes les pièces métalliques qui doivent travailler, tubes h canons, essieux, arbres de couche, rails, etc., etc.
- Le capitaine Louis de Place, professeur de fortifications et de sciences appliquées à l’Ecole de cavalerie, s’est adressé au microphone employé sous certaines conditions pour arriver à connaître les vides intérieurs des métaux. On verra que cet appareil est une ingénieuse application de la balance du IV Hughes (pie nous avons décrite antérieurement *. M. de Place, combinant le microphone avec un frappeur mécanique et un sonomètre, a créé un instrument qui porte le nom de sehiséophone (s/î?tr, fissure; çojvf„voix), et qui permet de saisir la différence du son donné par le frappeur, suivant qu’il percute un endroit sain ou un endroit tapé.
- Le dessin schématique ci-dessous donne le fonctionnement de cet appareil dans le local de vérification et la chambre d’audition que représente d’autre part la figure 1. On a en B (fig. 4) le bloc à explorer dans lequel nous supposerons une ta pure t. Un microphone annulaire de construction et de forme spé-
- Local §
- • ?e E
- Vérification?
- ï Chambre ; d'audition
- Fig. 4. — Schéma du sehiséophone.
- ciales est traversé par le frappeur F, animé par un mécanisme très simple, non figuré, d’un mouvement alternatif de va-et-vient.
- Une pile P est placée dans le circuit du microphone et d’une bobine inductrice B, fixée au point zéro d’une règle graduée RR'. Sur cette règle peut se mouvoir une bobine induite B' dans le circuit de laquelle se trouve une paire de téléphones munis d’une jugulaire-têtière permettant de les fixer sur la tête.
- On comprend dès lors que si le frappeur mécanique percute sur des parties saines, telles que p, p, etc., la bobine induite étant au contact de l’inductrice, les téléphones rendront un certain son qui ira s’amoindrissant à mesure que l’opérateur éloignera la bobine induite de l’inductrice. A un moment donné on obtiendra le silence parfait. Si on continue l’exploration avec le frappeur mécanique ét qu’il vienne à percuter en p', sur un défaut , tel que t, le vide intérieur faisant caisse de résonance, le bruit augmente, le microphone fait varier de nouveau la résistance du circuit extérieur et le bruit reparaît dans les téléphones.
- Le défaut intérieur est donc signalé.
- Le sehiséophone est renfermé dans une boîte à
- 1 Yoy. n° 321, du 26 juillet 1879, p. 126.
- quatre compartiments qui renferment (fig. 2)
- 1° F audiomètre et ses bobines; 2° les téléphones; 3° le frappeur et son microphone (fig. 5) ; 4° six éléments secs du système de Place. Ces éléments sont par trois en tension, et un commutateur placé sur le couvercle permet de changer les piles tous les quarts d’heure pour éviter la polarisation. L’absorbant spécial trouvé par le capitaine de Place et nommé par lui mélasine, ne présente pas de résistance intérieure, il ne se dessèche pas, il évite complètement les sels grimpants et maintient les zincs en état de décapement d’une façon permanente.
- On sait que dernièrement des fissures survenues à l’arbre de couche d’un de nos croiseurs a retardé sa mise en service. Cet accident n’est pas le premier, et la Chambre et l’opinion publique s’étaient justement émues à l’idée que pareil fait pouvait se produire lors d’une mobilisation et paralyser ainsi la défense. Avec le sehiséophone, la vérification hebdomadaire ou mensuelle des arbres de couche est chose facile; les fissures sont intérieures avant de venir paraître à la surface.
- Des expériences récentes ont eu lieu à Ermont, dépôt de matériel de la Compagnie du Nord. Pendant toute une matinée le sehiséophone a fonctionné indiquant en présence des ingénieurs de la Compagnie les défauts intérieurs des rails. Ces défauts étaient de suite repérés à la peinture rouge. Dans l’après-midi les rails furent brisés au mouton aux endroits indiqués, et cliaque fois, la rupture a mis à nu des fissures plus ou moins importantes.
- Il importe, pour tirer de cet instrument les indications convenables, que le même opérateur ait toujours les téléphones et que le percuteur soit mené de façon a bien permettre le rebondissement du frappeur sur le métal.
- Enfin, dans la pratique, il est préférable de no pas reculer la bobine induite jusqu’au silence parfait, mais de laisser persister un léger bruit dans les téléphones : c’est l’augmentation de œ bruit qui décèle le défaut intérieur.
- On comprend l’intérêt majeur qu’ont les Compagnies de chemins de fer à n’avoir que des rails sains. Les rails défectueux se brisent et causent les déraillements; or, ceux-ci, en dehors des accidents de personne, coûtent fort cher, tant par suite des indemnités à payer qu a cause de la détérioration du matériel. Le sehiséophone y porte remède.
- X..., ingénieur.
- NOUVELLES APPLICATIONS
- DE U PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- M. Vernon Boys vient de faire à la Physical Society, de Londres, une communication des plus intéressantes sur la photographie des objets animés d’un mouvement rapide. 11 a montré la série d'appareils à l’aide desquels il est parvenu à photographier l’écoulement des gouttes d’eau dans leurs divers états de formation. L’ensemble de ces appareils consiste en une lanterne munie d’une lentille per-
- p.378 - vue 382/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 579
- incitant d’éclairer fortement les parties à photographier, d'une chambre noire, et d’un disque tournant portant un seul trou. Ce dispositif permet d’obtenir vingt photographies par seconde, et le temps de pose pour chacune d’elles ne dépasse pas 1/600 de seconde. La plaque sur laquelle se produisent les impressions successives n’a pas moins de 90 centimètres de longueur, et elle se déplace longitudinalement à la main, de façon à recevoir les impressions successives sur une bande continue. Les photographies obtenues montrent avec une remarquable netteté la formation des gouttes, leur séparation de la veine, leur chute dans le réservoir, et leur rebondissement à la surface de l’eau. En découpant l’épreuve en bandes, chacune d’elles représente une position spéciale de la goutte ; en montant ces bandes sur un thaumatrope, on obtient une reproduction du phénomène d’une saisissante réalité. M. Vernon Boys a également montré des photographies de petits jets d'eau séparés en gouttes distinctes par la production de sons musicaux dans le voisinage, photographies obtenues à l’aide de simples étincelles électriques, sans avoir recours à une lentille.
- M. Vernon Boys est même parvenu à obtenir plusieurs photographies distinctes à l’aide d’une seule étincelle, en mettant à profit le caractère oscillatoire de la décharge électrique. 11 a photographié enfin la décharge électrique elle-même, et il a ainsi mis ce fait en évidence, que la durée d'illumination de la décharge électrique représente une partie considérable de la durée de la période complète. Ces recherches présentent, à notre avis, le plus grand intérêt, et nous attendrons la publication du Mémoire de M. Vernon Boys dans les Mémoires de la Société, pour faire connaître plus en détail ses ingénieux appareils à nos lecteurs.
- CONTROLEUR DE RONDES ÉLECTRIQUE
- L’appareil que nous allons faire connaître est employé par la Compagnie des chemins de fer de l’Est; il se compose d’un cylindre mù par un mouvement d’horlogerie et faisant un tour en douze heures; le mouvement d’horlogerie est à poids et du type employé pour donner l’heure dans les petites stations.
- Au-dessous de ce cylindre et montés sur le bâti qui lui sert de support, se trouvent autant d’électro-aimants qu’il y a de postes à contrôler ; chacun de ces électros est muni d’une armature en fer doux, fixée par une de ses extrémités sur un ressort de rappel en forme de lame, réglable au moyen d’une vis et qui sert à la maintenir à une faible distance des noyaux; lorsque l’électro fonctionne, l’armature est attirée et son extrémité libre vient appuyer sur un levier correspondant; ce levier est terminé à l’extrémité opposée par un porte-mèche dans lequel se trouve inséré un petit faisceau de fils de soie dont la partie inférieure plonge dans une auge remplie d’une encre spéciale composée de bleu ou de violet d’aniline dissous dans un mélange de glycérine et d’eau.
- Notre figure représente une coupe transversale du contrôleur de rondes.
- On recouvre tous les jours le cylindre d’une feuille de papier non collé qui est divisée à l’avance de telle sorte qu’une fois appliquée sur le cylindre, les intervalles des divisions parallèles à sa base correspondent chacun à l’un des électro-aimants. Les lignes parallèles ou génératrices du même cylindre sont espacées de manière à correspondre à des intervalles de dix minutes. 11 en résulte que tout point marqué sur la feuille déterminera d’abord quel
- est l’électro-aimant qui a fonctionné et ensuite l’heure exacte à laquelle l’armature a été attirée.
- Chaque poste à contrôler est muni d’une petite boîte en fonte à l’intérieur de laquelle se trouve un contact en argent fixé sur la masse de la boîte, laquelle est reliée à la terre, ou à un conducteur de retour ; sur le fond de cette même boîte est placée une lame de ressort isolée et s’approchant très près du premier contact fixe ; cette lame de ressort est en relation avec la pile, par l’intermédiaire d’un fil conducteur et de l’un des électro-aimants de l’appareil.
- 11 est facile maintenant de se rendre compte du fonctionnement de l’appareil; chaque fois que l’agent chargé des rondes passe devant un des postes, il introduit dans la boîte une clef spéciale dont il est porteur et fait faire un tour à cette clef dans l’intérieur de la boîte; cette manœuvre a pour effet de soulever la lame de ressort dont il a été parlé et de l’approcher du contact fixe en fermant ainsi le circuit de la pile sur l’électro correspondant à la boîte. L’armature de cet électro est attirée, le
- Coiilrôleur de rondes électrique.
- porte-mèche se soulève et la mèche encrée vient produire un point sur le papier du cylindre enregistreur.
- Le cylindre est muni, pour recevoir facilement le papier, de deux pointes saillantes situées aux deux extrémités de la génératrice correspondant à six heures. Deux repères imprimés sur la feuille doivent se placer sur ces pointes, et une lame mince de métal percée de deux trous vient s’appliquer sur les bords du papier pour le maintenir. Deux petits taquets articulés à charnières et à ressorts se rabattent sur les deux bouts de la lame et l’appuient fortement sur le cylindre. De plus, l’axe du cylindre est terminé par une manivelle dont la poignée s’engage dans le trou d’un plateau mû par l’horloge ; c’est au moyen de ce plateau et de cette manivelle que le mouvement est communiqué au cylindre par l’horloge. Lorsque la manivelle est engagée dans le trou du plateau, le cylindre est dans une position définie par rapport aux aiguilles ; on peut donc débrayer le cylindre et le remettre en prise avec l’horloge, sans jamais craindre de détruire le rapport qui doit toujours exister entre les heures imprimées sur le papier et celles que marquent successivement les aiguilles.
- Il faut, en effet, pouvoir débrayer le cylindre et le faire tourner à la main pour soulever et remettre chaque jour les feuilles de papier; ce débrayage s’obtient au moyen d’un coussinet mobile qui, en se relevant, permet de faire glisser latéralement le cylindre, en le dégageant de l’horloge. L. K.
- p.379 - vue 383/432
-
-
-
- 580
- LA NATURE.
- LE FILAGE DE L’HUILE 4 LA MER
- i/obus oléifère de m. silas
- Nous avons signalé, à plusieurs reprises, les efforts, couronnés de succès, de l’amiral Cloué pour faire revivre l’usage de l’huile afin de calmer la mer1. Dans l’intéressant ouvrage qu’il a publié sur ce sujet, l’éminent officier général a énuméré les divers moyens qui lui paraissaient les plus propres à obtenir ce résultat, ainsi que les expériences auxquelles ils avaient donné lieu. Un inventeur autrichien, M. Silas, vient de compléter cette série en indiquant un autre procédé. La méthode employée par M. Silas, consiste à lancer au loin un obus oléifère, qui en répandant l’huile qu’il renferme apaise la partie de la mer que le navire doit traverser. Ce procédé a paru assez sérieux à notre département de la marine pour qu’il ait ordonné de l’expérimenter.
- Ces essais ont eu lieu à Gavre, à Lorient, et enfin, ces jours-ci, à bord d’un navire de l’Etat; ils ont été très concluants. Il est probable que si l’obus oléifère est d’une conservation certaine et d’un emmagasinage facile, il sera rendu réglementaire dans notre marine, qui a déjà adopté la bouée éclairante du même inventeur2. Voici en quoi consiste l’obus Silas. Ce projectile se compose d’un cylindre en bois, d’une seule pièce, ayant 46cm,5 de longueur et 65 millimètres de diamètre extérieur. La chambre intérieure H a 56 millimètres de diamètre et peut contenir 500 grammes d’huile. Les parois de cette chambre sont enduites de gomme laque pour empêcher le bois de s’imbiber d’huile. A l’extrémité inférieure, le culot est protégé contre la poudre par une rondelle en tôle recouvrant une petite cavité ménagée dans le fond de l’obus, appelée trou de lestage et qui est destinée à compenser les différences de densité du bois. A partir de cette rondelle et jusqu’en A, l’obus est fretté par un enroulement de fil blanc très serré. Un peu au-dessus de ce frettage se trouve une gorge circulaire qui reçoit une couronne de liège LL dont le but est d’assurer la flottabilité du projectile. Au-dessus de cette couronne, en O, on a pratiqué trois ouvertures mettant la chambre à huile en communication avec l’extérieur. Une de ces ouvertures a été un peu
- 1 Voy. n° 782, du 26 mai 1888, p. 413.
- 8 Voy. n° 16, du 20 septembre 1873, p. 241.
- agrandie afin de faciliter le chargement de l’huile. La tète du projectile a la forme d’un tronc de cône; elle est munie d’une cavitéBBpour recevoir un petit appareil éclairant au phosphore de calcium; c’est, du reste, le même système que celui qui existe sur les bouées Silas.
- Pour se servir de l’obus, on le charge par l’orifice 0, puis, pour éviter les pertes pendant le trajet, les trois ouvertures sont masquées par une bande de papier buvard collée sur le pourtour. On fixe ensuite l’appareil au phosplmre et le projectile est prêt à être tiré. Pour le protéger, on intercale entre lui et la charge une couronne de tourbe imprégnée de graisse incombustible Delettrez. L’obus tombé à la mer, le lest du culot le maintient vertical. Sous l’influence de l’eau le papier buvard se décolle, l’eau pénètre à l’intérieur, chasse l’huile en vertu de la différence de densité, et la force à se répandre à l’extérieur.
- Pour lancer cet obus on se sert d’un mortier en fonte approprié à cet effet et construit également par M. Silas. Il mesure à l’extérieur 545 millimètres de longueur, a un calibre de 27 centimètres et pèse environ 46 kilogrammes. On peut également lancer le projectile à la main en fixant deux pitons sur le fond; on le lance au moyen d’une cor-lette comme on le ferait d’une fronde.
- Les essais faits à Gavre, avant ceux de Lorient, ayant été satisfaisants, on a procédé à des expériences à bord. La mer était clapoteuse avec quelques risées. La portée moyenne était d’environ 560 mètres. Pendant le trajet en l’air, le projectile tournait d’une façon quelconque, puis retombait à plat pour se redresser immédiatement. L’appareil éclairant au phosphure de calcium fonctionnait alors et indiquait le point de chute. La bande de papier buvard décollée, on distinguait autour de l’obus les gouttes d’huile qui sortent à chaque oscillation que le clapotis lui imprime. Au bout de douze minutes environ, le projectile était vide et l’huile remplacée par de l’eau. Sur la surface de la mer, une couche très fine d’huile s’était étendue et avait fait tomber le clapotis, ne laissant subsister que les ondulations de la houle; la surface couverte affectait la forme d’un cercle de grande dimension qui couvrait la mer sur un espace d’environ 900 mètres de superficie. M. Duport.
- Obus oléifère pour le filage de l’huile à la mer.
- p.380 - vue 384/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 581
- LES POUPÉES PHONOGRAPHIQUES D’EDISON
- Le phonographe d’Edison a donné lieu aux Etats- Le célèbre inventeur a eu l’idée d’appliquer, a la Unis à une nouvelle fabrication des plus curieuses. confection de poupées parlantes, son merveilleux ap-
- Falirication des poupées phouographiques d’Edisou, à New-York.
- pareil qui enregistre et reproduit la parole humaine. Une poupée renferme, dissimulé dans son corps, un petit phonographe ; des fillettes y enregistrent, du son de leur voix d’enfants, des devises ou de petits
- contes, et la poupée est toujours prête à les répéter. L’idée est originale et charmante, et les poupées parlantes d’Edison, qui laissent bien loin derrière elles celles qui ne savaient dire que papa et maman,
- p.381 - vue 385/432
-
-
-
- 38 2
- LA NATURE.
- auront assurément de ce côté de l’Atlantique autant de succès qu’à New-York.
- Le Scientific American vient de publier une description de cette fabrication, qui est organisée 'a Orange dans l’établissement d’Edison. Elle est installée dans plusieurs bâtiments annexes, spécialement consacrés 'a la fabrication du phonographe sous ses deux modèles. Le premier modèle constitue l’appareil commercial que nous avons fait connaître1; le second, beaucoup plus petit, beaucoup plus simple et moins coûteux, est l’appareil des poupées parlantes : nous allons l’examiner aujourd’hui plus spécialement.
- Une grande partie du mécanisme que nécessite la poupée parlante est confectionnée dans l’établissement consacré a la fabrication du phonographe ordinaire, mais l’ajustement des pièces, et la préparation des cylindres qui doivent déterminer l’histoire que la poupée est appelée à raconter, s’exécutent dans un bâtiment spécial.
- La poupée terminée que l’on voit 'a gauche et en haut de notre figure a l’aspect d’une poupée ordinaire ; son corps qui est fait en étain renferme l’appareil phonographique comme cela est représenté à droite.
- L’appareil est disposé de telle façon que son volant est placé à la partie inférieure du corps de la poupée. Le cylindre du phonographe est monté sur un axe, et il peut, à l’aide d’une manivelle être déplacé pour reprendre sa position primitive après l’audition. Sur le même axe de rotation, une poulie munie d’une petite courroie de transmission, met en relation le cylindre du phonographe avec le volant qui tend à maintenir une vitesse de rotation uniforme. Le mécanisme proprement dit est figuré au bas de notre gravure. A l’aide d’une clé on peut remonter l’appareil, c’est-à-dire placer le style reproducteur à l’origine des cannelures imprimées dans le cylindre de cire du phonographe, afin de recommencer à produire les sons des paroles enregistrées.
- Le cornet acoustique, qui amplifie le son dans le phonographe ordinaire, est disposé à la partie supérieure du corps de la poupée qui est convenablement perforé à l’endroit de sa poitrine. En tournant tout simplement une manivelle, un enfant peut actionner l’appareil et faire raconter à sa poupée la petite histoire ou la chanson qu’elle est susceptible de débiter. — Le magasin d’emballage et d’expédition de cette curieuse,industrie est figuré à la partie inférieure de notre gravure. Au-dessus, on voit une des jeunes filles —• employées qui enregistre les paroles sur les cylindres de cire. G. T.
- NÉCROLOGIE ‘
- James Nasmyth. — Le célèbre mécanicien anglais, dont le nom avait acquis une juste célébrité dans le monde civilisé, a été récemment enlevé à la science. James Nas-
- 1 Voy. n° 848, du 51 août 1889, p. 215.
- myth naquit à Edimbourg le 19 août 1808. 11 était le onzième enfant d’un paysagiste distingué. Cependant, il n’aurait pu suivre les cours de l’Université, s’il n’avait été doué d’une habileté manuelle remarquable. C’est en vendant les modèles fabriqués dans ses loisirs, qu’il subvint lui-même aux frais de son éducation théorique. Aussitôt après avoir terminé ses études scientifiques, il se rendit à Londres pour se mettre en apprentissage chez le célèbre constructeur Mandsley. Il devint bientôt un ingénieur distingué, et à la mort de son patron, il trouva Fargent nécessaire pour fonder à Manchester une fabrique de macliines-outils. L’établissement qu’il créa sous le nom de fonderie de Bridgewater, ne tarda pas à devenir célèbre dans tout l’univers entier. Parmi ses inventions les plus importantes, on cite un marteau à vapeur d’un maniement facile et d’un effet puissant ; la cuiller de sûreté du fondeur permettant à l’ouvrier de manier avec sûreté les fontes les plus pesantes; un ventilateur pour les mines; un type de machine à vapeur pour les navires à hélice ; un laminoir. Ces inventions ainsi que plusieurs autres également remarquables, quoique moins populaires, ne tardèrent point à faire la fortune de M. Nasmyth. Dès 1857, il se retirait des affaires, et s’installait dans une charmante villa, à Penshurst, dans le comté de Kent où il vient de mourir. S’il renonçait à la vie active, ce n’était pas pour se reposer sur ses lauriers industriels, c’était pour en cueillir d’autres. 11 se passionna pour l’astronomie, construisit une grande lunette, etfutun des premiers savants à qui l’on doit de belles photographies du Soleil et de la Lune. Les images qu’il obtint des deux astres furent également admirées. Mais il ne se contenta pas de ces travaux d’astronomie photographique. De concert avec M. Carpenter, il publia un livre admirable, dans lequel il étudiait la Lune en elle-même, puis comme satellite de la Terre, et enfin comme membre de la famille solaire. Les idées philosophiques abondent dans cette œuvre magistrale, qui se lira toujours avec profit, et qui a sa place marquée à côté de celle de Schrôtter. On doit aussi à M. Nasmyth plusieurs ouvrages sur la théorie et la pratique de nombreux points de la mécanique industrielle.
- CHRONIQUE
- L’inventeur de la gomme ù. effacer. — Bien peu de personnes se doutent que l’emploi du caoutchouc comme gomme à effacer le crayon, remonte au milieu du dix-huitième siècle. Or, voici ce qu’on lit dans l'Histoire de l'Académie des sciences de Paris, de l’année 1752. « Tous ceux qui se servent du crayon de mine de plomb pour dessiner l’architecture, la fortification, etc., emploient la mie de pain pour effacer les traits de ce crayon qui servent pour ainsi dire de bâti au dessin ; M. Magal-haens ou, comme nous le prononçons en français, Magellan, correspondant de l’Académie, digne et dernier héritier du célèbre navigateur qui a découvert le passage de l’Océan dans la mer du Sud, a proposé un moyen plus efficace, qu’on peut porter toujours avec soi : c’est un mprceau de caoutchouc, ou résine élastique de Cayenne; le frottement de cette résine enlève bien mieux que la mie de pain les traits de crayon et toutes les autres saletés qui se trouvent sur le papier. »
- Cause de la combustion spontanée du foin.
- — A la suite d’une série d’expériences méticuleuses, le professeur Cohn, de Breslau, a constaté que réchauffement du foin humide, à une température suffisante pour
- p.382 - vue 386/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 385
- en provoquer la combustion spontanée, était dû à un champignon. 11 a d’abord étudié l’action thermogène de ïaspergillus fumigatus qui a la mauvaise réputation d'échauffer l’orge en voie de germination et de la rendre stérile. Par l’ellet de la respiration du petit germe, c’est-à-dire par la combustion de l’amidon et des autres hydrocarbures, que le ferment diastasique transforme en mal-tose et en dextrine, la température se trouve élevée d’environ 40°. L’échauflement des germes à plus de 60° ne se produit que par l’intervention de ïaspergillus fumi-galus agissant comme ferment; dans ces conditions, il atteint son plus grand développement, et produit son maximum d’action ; dans cet état, il brûle rapidement les hydrocarbures.
- Les vols de grives. — Nous signalerons une chasse curieuse et facile, faite réceminment dans la nuit à bord du Calédonien, alors que le paquebot se trouvait sur le travers de la Sardaigne. Un vol de grives fuyant un grain, s’abattit sur la mâture, la cheminée et les rouefs, attiré sans doute par l’éclat des feux de position. Ces pauvres volatiles s’assommèrent en grand nombre, car on en releva plus de cent cinquante sur le pont et jusque dans la mâture. Inutile d’ajouter qu’on les a utililisés à bord, et nous citerons, à ce propos, un joli mot du maitre-coq qui, ne pouvant indiquer sur les cartes son gibier imprévu, sous le nom de grives de montagne ou de conserves, trouva la pittoresque et juste dénomination de : grives de mâture! Heureux paquebot sur lequel le gibier tombe, sinon tout rôti, du moins prêt à l’étre, ce qui est déjà beaucoup. On avait moins de chance sur le radeau de la Méduse! Le chargement du Calédonien se compose, comme articles principaux, de 1330 balles de soie, 609 sacs de café et 6278 balles de fibres de cocos. 11 y avait, en outre, à bord, 151 flamants rouges et 10 pélicans pris au lilet sur les bords du lac Menzaleh, en Egypte. Ces curieux oiseaux ont été transportés, au Jardin Zoologique de Marseille où ils s’ajouteront aux pensionnaires déjà si nombreux et si intéressants de cet établissement.
- Nous apprenons d’autre part que des vols considérables de grives se sont abattus tout le long de la vallée de la Sou-mann en Algérie. Plusieurs propriétaires ont écrit à ce sujet et disent qu’il en résulte pour eux une perte considérable. Ils comparent la présence des grives à celles des sauterelles et disent qu’il en résulte pour eux un préjudice grave. Dans le haut de la vallée, la récolte d’olives n’était pas encore faite, et les grives qui sont très friandes de l’olive dévastaient les champs d’oliviers aussi vite que les criquets les champs d’orge ou de blé. On rapporte que dans certains endroits, on a tué en moyenne de 1501) à 2000 grives par jour et que la quantité ne semblait pas diminuer. Certains propriétaires faisaient partir des pétards et des fusées dans les arbres pour protéger leur récolte et ils demeuraient impuissants.
- Puissance du vent. — Le Centralblatt der Bau-verwaltung rapporte, d’après une note de la Société russe des ingénieurs des voies de communication, un effet remarquable du vent sûr un pont de chemin de fer. Le 11 août 1889, un pont établi sur le Yolga pour le passage de la ligne de Rshew-YVjasma, fut déplacé de 0m,15 transversalement sur ses appuis. La travée, de forme demi-parabolique, de 106“’,50 de portée, pesait 688 tonnes, elle n’était pas fixée sur ses glissières. Celles-ci étaient graissées avec du suif. Le coefficient de frottement, appliqué au poids du pont et évalué à 5 pour 100, donne une pression du vent égale à 55 tonnes environ qui font ressortir la pression par mètre carré à 132 kilogrammes.
- Il n’y a point eu de dégâts matériels autre que la rupture des rails et de quelques boulons.
- L’éclairage électrique an Japon. — L’électricité a fait de sérieux progrès pendant ces dernières années au Japon, et elle n’y aj pas actuellement moins de cinq grandes compagnies qui font l’éclairage des magasins, des boutiques. Les stations de Tokio, Kioto, Kobe, Osaka et Nagoya ont une installation de force motrice suffisante pour alimenter 22 000 lampes, dont 11 000 sont déjà en fonction. Dix autres compagnies ont été autorisées à construire des stations centrales à Nagano, Kuinanoto, Nagasaki, Ilakata, Yokohama, Uiroshuna, Shidz-noka, llukodate, Niigata, avec 16 800 lampes à alimenter. La première société établie à Tokio ne remonte cependant qu’à l’année 1886.
- LTn homard monstre. — Un homard d'une taille et d’un poids extraordinaires a été pris par un pécheur de Whitby, devant le port. Ce homard est probablement le plus grand qui ait été capturé sur la côte anglaise du nord-est; au moins, c’est le plus grand dont on ait gardé le souvenir. Il a 45 centimètres de longueur, 32 centimètres de circonférence et 20 centimètres de largeur à la queue. Il pèse 5 kilogrammes et demi. Ce crustacé a été offert au Muséum de Withby, qui possède des produits curieux du fond de la mer, et entre autres un homard un peu plus grand que celui qui a été décrit ci-dessus, mais qui a été pris dans les eaux de Terre-Neuve.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 mai 1890. — Présidence de M. IIermite.
- Le ferment nilrificaleur. — Tout le monde se rappelle la sensation produite par les découvertes de M. Schlœsing et de M. Müntz à l’égard de la nitrification. Les analyses de ces savants démontraient, en effet, que la production de l’acide azotique dans le sol résulte de transformations accomplies par un être vivant de la catégorie des microbes. Jusqu’ici, cependant, toutes les tentatives faites pour isoler ce ferment et pour le cultiver, avaient constamment échoué : la matière organique des sols nitrifiés, ensemencée dans des bouillons variés ou dans d’autres milieux de culture, n’avait jamais rien produit. Aussi est-ce un très grand progrès que vient annoncer aujourd'hui M. Duclaux au nom de M. Yinogradsky, et plus grand encore qu’on eût pu croire tout d’abord. L’auteur était préparé à sa découverte par de longues recherches relatives aux sulfurâmes et aux ferrobactéries. Pour les premières il a reconnu qu’elles ont un impérieux besoin d’acide sulfhydrique qu’elles brûlent en deux temps ; accumulant d’abord du soufre libre dans leurs tissus, puis fabriquant de l’acide sulfurique; pour les secondes du protoxyde de fer est converti en sesquioxyde et, dans les deux cas, la chaleur développée par ces oxydations correspond pour le microorganisme à la chaleur que les microbes ordinaires retirent de la combustion des matières organiques. Gela étant posé, M. Yinogradsky a reconnu que le microbe nitrificateur prospère admirablement en l’absence de toute matière dérivant des êtres vivants et dans un milieu essentiellement minéral, n’admettant que de l’eau distillée et du carbonate d’ammoniaque. Avec ces éléments le ferment constitue de toutes pièces de la matière vivante, car il s’accroît et se multiplie très vite de façon à faire succéder rapidement les générations aux générations. Si l’on ajoute que cette merveilleuse synthèse
- p.383 - vue 387/432
-
-
-
- 584
- LA NATURE.
- s’accomplit en l’absence de toute lumière, c’est-à-dire en dehors de toute action chlorophyllienne, on comprendra ([lie l’auteur ait d’abord accepté ses propres résultats avec beaucoup de réserve. Aussi ce n’est qu’après des vérifications multipliées et un contrôle sévère qu’il s’est décidé enfin à les publier et M. Duclaux les présente comme dignes de toute confiance.
- Les Causeries scientifiques. — M. Bertrand présente deux nouveaux volumes des Causeries scientifu/ues de notre distingué confrère, M. Henri de Parville. L’un d’eux continue la revue si littéraire à la fois et si savante que l’auteur poursuit depuis vingt-neuf ans des progrès saillants de toutes les sciences pures et appliquées. L’autre tire un intérêt spécial de la richesse extraordinaire de l’Exposition universelle qu’il est exclusivement consacré à décrire. L’éditeur s’est ici surpassé et le luxe matériel du papier, typographie, gravures innombrables, vient s’ajouter au charme déjà si grand du texte. Le plus vif succès attend celte très utile et très agréable publication.
- Election de correspondant. — La section de physique ayant une place à remplir parmi ses correspondants présentait une liste qui comprend : en première ligne, M. Raoult (de Grenoble) et en deuxième ligne ex æquo et par ordre alphabétique :
- MM. Bichatet Blondlot.Les votants étant au nombre de 52, M. Raoult est nommé par.42 suffrages contre 10 réunis par M. Bichat.
- Géologie expérimentale. —- Après avoir injecté une certaine quantité d’eau dans un ballon de caoutchouc qui se trouve ainsi distendu, M. Daubrée y applique un revêtement non élastique, puis il laisse échapper l’eau goutte à goutte pour permettre à la sphère de reprendre son diamètre primitif. Le revêtement se fronce alors et il parait que les dispositions présentées par les rides offrent des analogies avec les grandes chaînes de montagnes à la surface de la terre. Les échantillons, d’ailleurs de faibles dimensions, étaient exposés trop loin pour que le public ait pu les bien juger.
- Chimie. — D’après M. Geisenheiiner, l’hydrate d’iridium soumis à l’action des chlorures de phosphore donne lieu à des chlorures doubles et ceux-ci traités par l’eau produisent un acide dont les sels sont spécialement étudiés.
- Varia. — M. Faye dépose le troisième volume des Annales de l’Observatoire de Nice. — De splendides photographies de La lune sont présentées par M. Mouchez. — La syénite éolithique de Ponzat est étudiée par un auteur dont le nom ne parvient pas jusqu’à nous. — M. Bouquet de la Grye signale parmi les dernières cartes terminées par le service hydrographique celles des environs de Brest
- et celle de Madagascar. — M. Decœur soumet par l’intermédiaire de M. Lévy un appareil propre à utiliser d’une manière continue la force mécanique des marées. — M. de Saporta lit une Note sur la date de frondaison d’un certain nombre d’arbres de la flore méridionale. — 11 paraît que le molybdate d’ammoniaque, en présence de l’acide sulfurique, constitue par la couleur bleue qu’elle développe, un bon réactif de l’eau oxygénée.
- Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- TOURNIQUET hydraulique
- Oii connaît l’expérience du tourniquet hydraulique qui s’exécute dans les cours de physique, au moyen
- d’un tube portant à sa partie inférieure deux autres petits tubes horizontaux, recourbés à leur extrémité dans un plan horizontal et en sens contraire. En versant de l’eau dans le tube central, elle s’échappe par les tubes recourbés, et tout le système monté sur un arc se met à tourner.
- Yoici le moyen de confectionner un tourniquet hydraulique d’un sou, ou plus correctement de cinq centimes On prend une pipe en terre de cinq centimes, on échancre le bout du tuyau avec un canif comme cela est figuré en A. On bouche l'échancrure avec de la cire à cacheter, et on pratique dans la cire une petite ouverture latérale (B). Cela fait, on suspend la pipe au moyen d’un fil de manière à lui donner la position qu’indique notre gravure. On l’abandonne à elle-même pendant quelque temps pour que le fil se détorde et qu’elle reste immobile. Quand la pipe est en repos, on verse de l’eau ^dans le fourneau; cette eau s’écoule par l’ouverture latérale et le système tourne en sens inverse de l’écoulement.
- Il faut avoir soin de verser l’eau doucement et en mince filet peu abondant; ajoutons enfin que la meilleure d’attacher le fil de suspension à la pipe, consiste à se servir de cire à cacheter comme le représente notre figure. DrZ...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Heurus, 9.
- Tourniquet hydraulique confectionné au moyen d’une pipe.
- p.384 - vue 388/432
-
-
-
- N° 886.
- 24 MAI 1890.
- LA NATURE.
- 38,
- LE BEC-CROISÉ DES PINS
- En me promenant, il y a quelques semaines, aux environs du Trocadéro, j’aperçus avec étonnement, sur les sapins d’un jardin, quelques-uns de ces oiseaux que l’on appelle Becs-croisés, à cause de la disposition de leurs mandibules qui se croisent à leur extrémité, la mandibule supérieure chevauchant sur l’inférieure et la dépassant, tantôt à droite, tantôt à gauche.
- Ce n’est pas la première fois d’ailleurs que la présence de ces singuliers Passereaux est constatée dans l’enceinte de Paris. On en a déjà vu un certain
- - ta
- nombre durant l’hiver de 1869, et le Muséum d’htesp toire naturelle de Paris possède la dépouille d’uSt oiseau de cette espèce qui fut tué dans le Jardin des\^ Plantes, au mois de novembre 1821. Dans cette même année, ainsi qu’en 1822 et en 1836, les Becs-croisés se montrèrent fréquemment aux environs de la capitale, et ils nichèrent même, dit-on, dans le parc de Stains, près Saint-Denis, il y a vingt-six ans. 11 est probable aussi que quelques couples se reproduisent de temps en temps, dans la forêt de Fontainebleau. Mais le séjour ordinaire de ces oiseaux est dans les régions froides ou montagneuses de l’Europe et de l’Asie. On les trouve en Suède, dans le Danemark, en Russie, en Pologne, en Allema-
- Le Bec-croisé des pins. (Loxia curvirostra, L.)
- gne, en Autriche, en Italie, en Espagne, dans les îles Baléares, en Sibérie, au Japon, au Groenland et même dans les îles Bermudes.
- Comme on peut en juger par la figure ci-dessus, les Becs-croisés sont un peu plus gros qu’un Moineau et mesurent de 16 à 17 centimètres de longueur. A l’âge adulte, les mâles portent une livrée d’un rouge brique, tandis que les femelles ont un costume gris-verdâtre mélangé de jaune. A un âge moins avancé, elles ressemblent aux jeunes mâles qui, vers le milieu ou la fin de l’été, sont bariolés de gris, de vert et de jaune, et qui prennent seulement à la fin de l’hiver les couleurs vertes et orangées. Au sortir du nid, ces oiseaux sont d’un gris sale, avec des taches noirâtres, de forme oblongue, sur la poitrine et un mélange de gris et 18e année. — Ier semestre.
- de noir sur les parties supérieures du corps. Leurs ailes sont marquées de deux bandes transversales d’un blanc sale et leur queue porte à l’extrémité un liséré d’un gris jaunâtre.
- En plaine, aux environs de Genève, j’ai eu souvent l’occasion de voir des vols de Becs-croisés s’abattre dans un bois de sapins ou de mélèzes et en m’avançant avec prudence, car ces oiseaux s’effarouchent quand ils se sentent poursuivis, j’ai pu observer leurs évolutions. Avec l’agilité d’un gymna-siarque, les Becs-croisés passent d’une branche à l’autre, en se suspendant par les pattes, la tête en bas, ou en s’accrochant avec leurs mandibules à la façon des Perroquets; à l’aide de leur bec, tranchant comme des cisailles, ils détachent un cône, le maintiennent sous leurs pattes, entr’ouvrent les
- 25
- p.385 - vue 389/432
-
-
-
- 386
- LA NATURE.
- écailles et retirent adroitement les graines avec leur langue. Puis ils continuent leur récolte en sautant de temps en temps à terre pour chercher les fruits qui leur ont échappé. Le bruit qu’ils font, en écartant et en brisant les écailles des pommes de pins, ressemble à un pétillement et suffit à déceler leur présence. J’ai constaté que les graines de mélèze (.Larix europæa) constituent leur nourriture de prédilection; cependant ils ne dédaignent pas les fruits du thuya (Thuya occidentalis). Suivant Necker, ils s’attaquent aussi aux galles ou fausses pommes produites sur les jeunes pousses par le Chermesdes sapins (Chermes abietis) ; enfin, d’après Crespon, ils dévorent non seulement les graines des pins, mais ceux de l’aune et du cormier, et causent de grands dégâts dans les vergers, au printemps, en coupant les bourgeons des arbres et, en automne, en lacérant les pommes et les poires pour en arracher les pépins. Sur ce dernier point, l’assertion de l’auteur de Y Ornithologie du Gard est confirmée par le témoignage de Chesnon, qui considère comme un véritable fléau l’arrivée accidentelle des Becs-croisés en Normandie, au moment de la récolte des pommes. Dans sa Faune du Luxembourg, M. de Lafontaine accuse ces mêmes Passereaux de ronger les jeunes pousses terminales des pins, des épicéas et des autres arbres résineux, et je puis ajouter que je les ai vus moi-même ébourgeonner des poiriers, des pommiers et des cerisiers. Durant l’été de 1888, sur divers points de la Suisse, le sol était jonché d’une telle quantité de cônes de mélèzes, les uns secs, les autres à peine mûrs, que beaucoup de personnes croyaient ces arbres attaqués d’une nouvelle maladie, alors que les auteurs de ces dégâts étaient tout simplement les Becs-croisés qui, cette année, avaient envahi en nombre diverses contrées de l’Europe.
- Lorsqu’ils circulent ainsi a travers les bois, ces oiseaux font entendre fréquemment un cri de ralliement que l’on peut traduire par le mot cruip plusieurs fois répété. Leur vol est lourd et saccadé, mais parfois assez élevé, et pour se reposer ils choisissent volontiers le sommet des grands arbres.
- C’est ordinairement dans la période comprise entre décembre et février que les Becs-croisés font leurs nids, dans les forêts sombres qui croissent sur le flanc des montagnes. Ces nids, placés à la bifurcation d’une branche et souvent à une assez grande hauteur au-dessus du sol, sont construits avec de la mousse, du foin et des feuilles de divers conifères. C’est du moins ce que j’ai pu observer dans le Valais. Dans cette contrée cependant, les Becs-croisés utilisent parfois les anciens nids de l’Écureuil. La ponte se compose de quatre ou cinq œufs d’un blanc bleuâtre ou rosé, marqués de taches et de traits bruns, gris ou roses, ou de quelques points noirs, parfois complètement blancs, et mesurant de 20 à 24 millimètres sur 15 ou 16 millimètres.
- Suivant l’abbé Caire, il y aurait quelquefois deux pontes par an, la seconde s’effectuant d’avril à mai. Ce naturaliste a recueilli dans les Basses-Alpes trente
- œufs de Becs-croisés, du 15 janvier au 15 février, mais j’ai tout lieu de croire que la ponte a lieu généralement plus tôt, car j’ai vu aux environs de Genève, le 13 janvier, des petits de cette espèce que leurs parents nourrissaient à la becquée, en dehors du nid ; et Necker a trouvé â la fin de mars, sur le coteau deBoisy, un nid qui renfermait trois jeunes déjà couverts de plumes. C’est assurément un fait digne d’être noté que la reproduction de ces Passereaux dans nos pays, au cœur même de l’hiver.
- A Pressy, aux environs de Genève, j’ai vu les Becs-croisés apparaître en 1883, le 5 juin, le 6 et le 20 septembre; en 1884, le 18 et le 22 juin, le 6 et le 9juillet; en 1885, le 11 juillet; en 1886, le 16 octobre et le 19 novembre; en 1887, le 15 janvier et le 6 mars, le 26 août et le 8 septembre; en 1889, le 17 mars, le 11 avril et le 15 octobre. A cette date, j’aperçus une petite bande de ces oiseaux (de 30 à 40 individus) sur les sapins qui environnent l’hôpital cantonal. Il m’est arrivé souvent de voir quelques Tarins (Chrysomitris spinus, L.) qui suivaient les bandes de ces petits voyageurs.
- Si les Becs-croisés ne s’établissent que rarement pour nicher dans la plaine genevoise, ils sont en revanche fort communs et sédentaires sur les montagnes environnantes, telles que les Yoirons, le Môle et la chaîne du Jura. Bailly a constaté des passages considérables de ces oiseaux en Savoie dans les années 1822, 1825, 1826, 1836 et 1837. Il croit même qu’un certain nombre d’émigrants se sont alors arrêtés dans le pays où ils rencontraient les conditions de température qui leur étaient le plus favorables, c’est-à-dire un climat analogue à celui des pays du nord, et où ils pouvaient trouver aussi les substances végétales nécessaires à leur alimentation. On a également constaté à diverses reprises, et à plusieurs années d’intervalle, la présence des Becs-croisés dans les départements des Hautes-Alpes et des Basses-Alpes, dans les Hautes-Pyrénées, le Gard, la Creuse, l’Indre, la Sarthe, le Loiret, la Marne, la Somme, la Côte-d'Or et le Doubs. Dans le midi de la France, aux environs de Nîmes, Crespon en a vu beaucoup dans les années 1836, 1837 et 1839, tandis que dans les dix années précédentes il n’avait pu en obtenir qu’un seul spécimen. Déjà, au siècle dernier, Buffon avait constaté l’apparition de grandes troupes de ces oiseaux sur des points où ils étaient jusqu’alors presque complètement inconnus, et il avait cité notamment leur arrivée en nombre considérable aux environs de Londres en 1756 et 1757.
- En dehors des déplacements plus ou moins réguliers qu’ils effectuent dans un rayon peu étendu, les Becs-croisés font donc, en de certaines années, des voyages qui les entraînent à une grande distance de leur pays natal. C’est ainsi que, tout récemment, on signala, de divers points de l’Europe, de nombreuses bandes migratrices marchant du nord au sud. La France, la Suisse, l’Italie, la Belgique, l’Autriche et l’Allemagne reçurent leur visite, et dans les mois de juin et de juillet il y eut des jours où plusieurs
- p.386 - vue 390/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 387
- centaines de ces oiseaux passèrent à Ilelgoland. J’c-tais alors en Bohème et je pus me convaincre de leur extrême abondance dans l’Erzgebirge, où, du reste, on en voit déjà en toutes saisons, et même en assez grand nombre à certaines époques. Leurs vols traversaient le pays sans s’arrêter, passant tous à une certaine hauteur, et paraissaient se diriger vers le sud-est. Sur le Schlossberg, colline située près de Teplitz, je vis beaucoup de ces oiseaux adultes et jeunes, et dans la même année M. Brocard, président de la Société des ornithologistes de Franche-Comté, mentionna l’arrivée aux environs de Besançon de ces Bohémiens ailés, dont on tua plus de cent dans une seule localité.
- Les causes qui président à ces migrations accidentelles dans les plaines et les vallées sont assez difficiles à expliquer. On peut se demander aussi, du reste, pourquoi le Jaseur (Bombycilla gar-rula, L.), habitant les pays du Nord, apparaît tout à coup dans des contrées où il ne s’était plus montré depuis une date fort reculée ; pourquoi le Syrrhaptes (Syrrhaptes paradoxus, Pall.), qui a pour patrie les steppes de l’Asie centrale et orientale, et qui semblait avoir oublié le chemin de l’Europe, depuis un quart de siècle, est arrivé en 1888 et l’année dernière encore, par bandes souvent nombreuses, poussant ses incursions en France jusque dans les départements de l’Orne et de la Somme et franchissant même la Manche pour se répandre dans les îles Britanniques?
- Les raisons de ces déplacements singuliers, sous des climats divers, peuvent être attribuées à des modifications dans les conditions d’habitat, à des changements survenus dans le climat ou la végétation de telle ou telle contrée, changements qui influent sur la nourriture des oiseaux et les forcent à entreprendre des voyages dont l’étude va désormais devenir plus facile, grâce aux stations ornithologiques établies sur divers points du globe.
- Les Becs-croisés s’apprivoisent aisément, reconnaissent leur maître, et s’habituent même à venir manger dans sa main. Ils ne sont pas difficiles dans le choix de leur nourriture, car s’ils préfèrent à toute autre chose des fruits de mélèze et des pépins de pommes, ils aiment beaucoup aussi le chénevis, le millet, les noix, la verdure, etc. Quelques-uns de ces oiseaux que j’ai conservés longtemps en cage ne m’ont procuré que de la satisfaction. Ils chantaient tout le long du jour, même en hiver, lorsque la neige tombait 'a gros flocons. Le chant du mâle se compose de quelques notes aiguës, entrecoupées de notes basses, et n’est point monotone, mais au contraire fort amusant à entendre : on dirait presque que l’oiseau s’exerce à parler. Car à mesure qu’il chante, il relie de mieux en mieux les différentes notes de son morceau. En Bohême, on tient les Becs-croisés dans de très petites cages, qui mesurent de 20 à 25 centimètres de côté et dont les captifs parcourent sans cesse les parois, en grimpant dans tous les sens, en s’accrochant même au plafond, car il
- n’y a dans l’intérieur ni baguettes, ni perchoirs. Dans ce pays de contes et de légendes, on croit que ces oiseaux apportent le bonheur dans la maison, ou même attirent sur eux les maladies.
- L’espèce dont nous nous sommes occupé exclusivement dans cette notice est le Bec-croisé des pins (Loxia curvirostra, L.); mais on rencontre en Europe deux autres espèces du même genre, voisines de celle-ci, savoir le Bec-croisé perroquet (Loxia pithyopsittacus, Bechst.) et le Bec-croisé à double bande (Loxia bifasciata, Bp.). Ce dernier, qui est d’ordinaire confiné dans les régions polaires, s’est montré aussi par exception en 1889 jusque dans quelques provinces de l’Empire austro-hongrois.
- F. DE SCHAECK.
- L’ÉCRÉMEUSE JÔNSSON
- Le lait, employé*en nature, joue, dans la consommation journalière, un rôle d’une importance considérable, et sa production constitue, pour le fermier, une source de bénéfices à l’amélioration de laquelle il apporte tous ses soins. La reconnaissance d’une bonne vache laitière est le fruit d’une habitude basée sur des données spéciales; néanmoins, le choix de l’animal producteur étant bien fait, ce n’est que par une appropriation convenable des éléments nutritifs que le produit retiré possède toutes les qualités qui le font rechercher par le consommateur.
- Lorsque le lait n’est pas livré instantanément au commerce et doit servir à fabriquer le beurre, on le conserve dans un local spécial, aménagé avec soin, jusqu’au moment où a lieu la séparation complète de la crème. Le temps employé pour l’accomplissement de cette séparation est plus ou moins long, il varie particulièrement avec la température ambiante; de plus, cette opération nécessite, dans le cas d’une exploitation agricole ayant une certaine importance, l’emploi de nombreux vases, assez coûteux, qui se prêtent plus ou moins bien à l’enlevage de la partie surnageante.
- Pendant les chaleurs de l’été et fréquemment aussi dans d’autres périodes de l’année, il arrive que cette transformation intérieure du lait se fait assez lentement pour que le liquide ait le temps de s’aigrir et que le beurre résultant subisse, pour cette raison, une altération dans scs qualités gustatives. Pour remédier à ces inconvénients, on a imaginé des appareils mécaniques qui permettent l’écrémage du lait aussitôt après la traite et par conséquent l’emploi immédiat de la crème et du lait maigre résultant de cette opération. Ces appareils, construits sur différents modèles nécessitent quelquefois l’emploi d’une force motrice spéciale et peuvent, dans d’autres cas, être manœuvres à la main. L’écrémeuse à bras, système Sven Jônsson, dont nous avons entre les mains le modèle le plus.récent, peut rendre, pour I les exploitations agricoles de moyennes grandeurs
- p.387 - vue 391/432
-
-
-
- 388
- LA NATURE.
- de bons et utiles services. La figure 1 la représente en élévation, et la figure 2 donne, à une échelle un peu plus grande, les détails de sa disposition intérieure.
- Le mécanisme de cette écrémeuse comprend trois parties principales : l’organe moteur, le distributeur de lait et le séparateur. Le mouvement se transmet, au moyen d’une manivelle, à un système multiplicateur dont la dernière roue engrène avec une vis sans lin construite sur l’arbre vertical portant le séparateur : pour 45 tours de la manivelle, le séparateur prend un mouvement de rotation de 6000 tours par minute.
- Le réservoir à lait A (figure 1), monté sur un axe vertical fixe, communique, au moyen d’un robinet, avec le distributeur proprement dit. Celui-ci se compose d’un entonnoir B porté par un bras au bout duquel il est fixé à l’aide d’un pas de vis afin de pouvoir être levé et baissé à volonté : le bras est, au moyen d’une vis, fixé au montant en fonte portant la plateforme du réservoir d’alimentation. L’entonnoir enlevé, il sera facile de détourner le bras vers le coté. Le tuyau de l’entonnoir est, à sa partie inférieure, muni d’un pivot qui s’adapte à une crapaudine montée sur ressort et placée au fond du tuyau de réglage C (lig. 2) : le liquide descend du distributeur dans le régulateur C qui porte a sa partie inférieure quatre orifices par lesquels le lait s’écoule dans le séparateur D (fig. 2).
- Ce séparateur est placé dans un cylindre enveloppe, percé à sa partie inférieure d’un trou traversé par l’axe qui reçoit le mouvement, et recouvert à sa partie supérieure d’un couvercle en fer-blanc, à deux tubulures et dont l’utilité se fera sentir ultérieurement (E, fig. 1). Dans ce cylindre 1) se trouvent deux plaques verticales diamétralement opposées dont chacune, à sa partie supérieure, est divisée en deux de façon à former une petite chambre dans laquelle le lait écrémé entre par un trou pratiqué à la partie inférieure, le long de la paroi; il s’écoule a l’extérieur par un trou percé verticalement dans l’épaisseur du col du cylindre. Deux trous, percés horizontalement dans ce même col servent à l’échappement de la crème.
- Quand l’écrémeuse doit fonctionner, le tuyau de
- réglage est placé dans l’intérieur du séparateur; le couvercle E, porté par le cylindre enveloppe, est divisé en deux compartiments dont l’un, le supérieur, reçoit le lait maigre, l’autre, l’inférieur, reçoit la crème, et ces deux liquides sont, à l’aide des tubulures latérales, évacués à l’extérieur.
- Cela étant compris, le lait s’écoulant dans l’entonnoir, l’écrémeuse est mise en mouvement. Sous l’intlucncc de la force centrifuge, la crème, plus légère que le lait, occupe les environs de l’axe, s’écoule par les trous horizontaux du séparateur dans le couvercle, et le lait, plus lourd, lancé vers les parties extrêmes, pénètre dans les chambres indiquées [dus haut et s’écoule à l’extérieur par les trous verticaux et la tubulure supérieure du couvercle.
- On règle la proportion entre la crème et le lait écrémé de la façon suivante : si on tourne l’entonnoir distributeur de gauche à droite, le tuyau de réglage C descend ; si on le tourne de droite à gauche, ce tuyau remonte. Or, il porte à sa partie supérieure deux chevilles a taillées en sifflet qui pénètrent dans les trous d’échappement du lait maigre et les ferment ou les ouvrent plus ou moins selon le sens du mouvement. La proportion de lait non écrémé qui entre dans le tuyau de réglage ne variant [tas, il s’ensuit naturellement que lorsque la quantité de lait maigre qui s’écoule diminue, la proportion de crème augmente et qu’au contraire, la proportion de crème diminue avec l’accroissement de vitesse d’écoulement du lait maigre. Après quelques instants de tâtonnements, lorsque la vitesse de rotation est normale, on règle facilement l’écoulement des liquides de façon à obtenir toute la crème que contient le lait soumis à l’opération. On peut ainsi traiter environ 170 litres de lait par heure.
- L’écrémeuse Sven Jonsson, d’un réglage et d’un démontage faciles, a encore l’avantage de faire peu de bruit et de demander peu de puissance pour la mettre en mouvement. Si nous ajoutons qu’elle tient peu de place puisque ses dimensions extrêmes sont de lm,15 de hauteur et de 0m,50 de largeur, nous aurons prouvé qu’elle offre des avantages réels qui sont dignes d’être appréciés.
- E. Fleurent.
- p.388 - vue 392/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 580
- MOTEURS A ESSENCE DE PÉTROLE
- CHANGEMENT DE MARCHE ET MISE EN TRAIN AUTOMATIQUE
- Nous avons signalé, il y a quelques années, l'application, faite parM. Forest, des moteurs a essence de pétrole à la navigation de plaisance, et nous avons décrit à cette époque le petit canot expérimenté par ce constructeur sur la Seine A Dans ce premier modèle, il n’v avait que la marche en avant et pas de marche en arrière; par la suite on avait reconnu ([lie la marche en arrière pouvait être a un moment donné indispensable et on l’obtenait comme dans tous les moteurs analogues en faisant usage d’un engrenage qui changeait le sens de rotation de l’hélice sans changer le sens de marche du moteur.
- MM. Forest et (i al lice sont actuellement parvenus à opérer le changement de marche dans les machines qu’ils construiserTt pour bateaux, de la même façon qu’on l’obtient dans les embarcations à vapeur, c’est-à-dire que le moteur tourne à volonté dans un sens ou
- dans l’autre. Le problème était difficile à résoudre, car le moteur à essence de pétrole ou à gaz n’a pas comme la machine à vapeur un générateur où on puise la force motrice toute prête pour la faire agir à volonté sur l’une ou l’autre lumière du tiroir. Il fallait trouver une combinaison qui
- change le mode de distribution en même temps que la période d’inllammation et cela après avoir passé par une position intermédiaire permettant le ralentissement.
- La ligure 2 donne une vue en perspective de l’organe qui permet d’obtenir ce résultat dans un moteur à -4 cylindres. On voit un arbre horizontal sur lequel sont montées des cames At, Bt etc. ; ce sont ces cames qui commandent les soupapes d’échap pement du gaz (nous ne nous occupons pas des soupapes d’admission auxquelles rien n’est changé). Sur le même arbre sont montées deux pièces D et C, l’une commutateur, l’autre interrupteur du courant électrique, destiné à produire l’inflammation du mélange détonant.
- Les quatre cames At, A2, A3, A4 agissent pour la
- Détail de l’organe à changement de marche et à mise eu train automatique.
- Fig. 2. -
- marche en avant, tandis que les autres Bj, B2, B3, B4 donnent la marche en arrière ; pour faire agir les unes aux dépens des autres sur les soupapes, il suffît de déplacer l’arbre d’une petite quantité à droite ou à gauche; le même mouvement actionne le commutateur D et l’interrupteur C.
- 1 Voy. n° 755, du 5 novembre 1887, p. 5G5.
- Supposons le moteur sur la marche en avant ; si nous voulons faire la marche en arrière, nous faisons un premier déplacement de l’arbre qui donne une position intermédiaire pendant laquelle le courant électrique est suspendu et aucune des cames n’agit sur les soupapes. Le moteur n’en continue pas moins à tourner en vertu de la vitesse acquise, mais l’ad-l mission étant restée ouverte et l'échappement ne
- p.389 - vue 393/432
-
-
-
- 390
- LA NATURE.
- fonctionnant plus, il ralentit aussitôt sa marche en comprimant le mélange détonant qui continue à arriver; à ce moment si on continue à déplacer l’arbre des cames dans le même sens, le circuit électrique se ferme et l’interrupteur fonctionne avant que les manivelles arrivent au point mort, la détonation se produit dans l’un des cylindres et la marche arrière se produit sans choc; l’échappement est alors produit en temps voulu par l’effet des cames B,, Bj, etc... qui ont remplacé les autres. Pour obtenir de nouveau la marche avant, il suffit de faire la manœuvre inverse.
- La mise en train automatique se fait lorsque le moteur n’est pas arreté depuis longtemps, c’est le même principe qui a servi dans ce cas aux inventeurs; ils suppriment l’inflammation et l’échappement et ils laissent l’admission ouverte ; c’est-à-dire qu’ils mettent l’arbre des cames dans la position intermédiaire entre la marche avant et la marche arrière.
- Les cylindres continuant à se charger pendant les quelques tours que la machine fait avant de s’arrêter, il suffît de les laisser chargés ; et lorsqu’on voudra mettre en marche on déterminera une étincelle après avoir replacé les cames pour la marche avant ou arrière. Il est vrai que cette mise en marche automatique ne peut être utilisée que si le moteur a fonctionné peu d’heures auparavant, car les cylindres ne resteraient pas chargés du gaz détonant pendant bien longtemps.
- Le Ministère de la marine a acheté dernièrement pour l’arsenal de Brest une machine à essence de pétrole de MM. Forest et Gallice pouvant donner 50 chevaux; le tableau des essais faits par la Commission de réception a été poussé jusqu’à 20 chevaux, le moteur faisant 195 tours par minute; la consommation était de 0kM58 d'essence de pétrole, par cheval et par heure. La figure 1 donne une vue d’ensemble de ce moteur.
- Ce genre de moteur peut être très utile pour tous les cas où l’on a un service intermittent à demander à la machine ; il peut même devenir alors très économique. Pour la navigation de plaisance, c’est certainement, surtout depuis le nouveau perfectionnement du changement de marche, le moteur le plus commode qu’on puisse employer puisqu’il est toujours prêt à marcher immédiatement. G. Mareschal.
- LES TRAMWAYS AMÉRICAINS
- Pour qu’on puisse se faire une idée exacte de l’importance du rôle que jouent les moyens de transport dans les grandes villes, il nous suffira de citer quelques chiffres empruntés à une récente conférence faite devant le Franklin Instilnte, par M. Eugène Griffin. M. Griffin, visant particulièrement les tramways en général et les tramways électriques, cite ce fait peu connu que les cars de Philadelphie transportent annuellement 50 000 000 de plus de voyageurs que tous les chemins de fer de l’État de Pensvlvanie. Pendant l’année qui se termine au 30 sep-
- tembre 1888, les 108 lignes de tramways de l’État de New-York ont transporté 554200 082 voyageurs, soit cent fois la population totale. Si la même proportion se maintenait dans tous les États-Unis, le nombre de voyageurs transportés annuellement atteindrait quatre milliards.
- Dans la Cité de New-York, les tramways et les chemins de fer aériens ont transporté 371 021 524 voyageurs, soit deux cent quarante-sept fois la population totale. En 1855, avec 020 000 habitants, la Cité de New-York fournissait seulement 18 488 450 voyageurs, soit vingt-neuf fois la population. Le rapport du nombre de voyageurs à la population a toujours été en augmentant depuis 1855 d’une manière uniforme : il était de 45 en 1800, de 122 en 1870, de 175 en 1880, de 247 en 1888. La même augmentation se produit dans d’autres cités. A Boston, en 1870, pour une population de 250250 habitants, les tramways ont transporté 23 170 107 voyageurs avec 540 voitures. En 1888, le rapport du nombre des voyageurs à celui des habitants s’est accru, en dix-huit ans, de 95 à 215, tandis que le rapport du nombre de voyageurs annuels au nombre de voitures en service s’abaissait de 04 090 à 01 202. À Philadelphie, les tramways ont transporté 145 443 959 voyageurs, soit cent trente-sept fois la population.
- Ces chiffres démontrent que, dans les principales villes des États-Unis, les tramways transportent en moyenne deux fois plus de voyageurs que les chemins de fer, et que, d’autre part, le nombre de voyageurs augmente beaucoup plus vite que le nombre des habitants. Én présence de cet accroissement des besoins de transport d’un aussi grand nombre de voyageurs à travers les rues des grandes villes, il n’est pas sans intérêt d’examiner avec b* plus grand soin les moyens qui permettent de résoudre le problème en donnant satisfaction à toutes les exigences de la sécurité, de la vitesse, du confort et de l’économie.
- Les procédés de transit municipal employés en Amérique sont aujourd’hui au nombre de cinq : traction par chevaux, par câbles, par petites locomotives, par chemins de fer à vapeur aériens et par traction électrique. Chacun de ces systèmes a ses avantages, et a rendu des services, mais les quatre premiers sont soumis à des objections dont la traction électrique est exempte, ce qui justifie l’immense développement qu’elle reçoit actuellement... en Amérique.
- Le reste de la communication de M. Griffin est consacré à l’exposé des différents systèmes de traction électrique actuellement employés en Amérique. Les chiffres nombreux cités par M. Griffin viennent bien justifier la transformation qui s’opère actuellement dans l’exploitation des tramways américains. Nous signalerons, à titre d’exemple, ceux relatifs à la vitesse et à la bonne utilisation des véhicules.
- L’emploi de la traction électrique a permis de faire passer la vitesse moyenne des trams de 6 milles à 8 milles par heure, économisant ainsi à l’ensemble des voyageurs une durée de 4152 Ü00 heures, ou 474 ans. Ce bénéfice sur la vitesse sera encore accru lorsque tous les cars seront équipés électriquement, les tramways à traction par chevaux abaissant la moyenne et gênant la marche des trams électriques. Au point de vue de l’utilisation des véhicules, il suffit de dire que l’emploi de la traction électrique a permis de doubler le parcours journalier des voitures, et que celui-ci atteint quelquefois 190 milles, avec une moyenne de 18G.
- Ces quelques chiffres en disent plus que de longues pages de considérations philosophiques.
- p.390 - vue 394/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 591
- LES TORPILLEURS EN 1890
- Au nombre des questions qui ont fait verser le plus d’encre dans ces derniers temps, celle des torpilleurs arrive en première ligne. Le bien qu’on en a dit est-il fondé? Les critiques dont ils ont été l’objet sont-elles méritées?...
- C’est, dit-on, MM. Gabriel Charmes et l’amiral Aube qui ont donné le signal des discussions. On se trompe. Bien avant eux l’amiral von Stoscb, ministre de la marine allemande, avait dit à la tribune du Reichstag : « Donnez-moi une embarcation, une bonne torpille et un commandant énergique; il y a tout à parier que cet officier fera sauter l’un des plus lourds cuirassés modernes. » Déjà, en 1883, le maître des constructeurs français, Normand, s’exprimait à peu près dans les mêmes termes : « Le temps viendra, disait-il, où les Hottes se composeront uniquement de croiseurs et de torpilleurs, c’est-à-dire de vaisseaux légers et rapides 1. »
- Cette opinion est aujourd’hui celle de tous les marins qui ont présentes à l’esprit les guerres de la Sécession américaine , cbilo-pé-ruvienne, russo-turque et franco-chinoise.
- Lorsque parurent les premiers torpilleurs, toutes les industries qui vivent du cuirassé s’émurent, et leurs représentants commencèrent une campagne ayant pour but de prouver que ces bateaux n’étaient pas navigants; qu’on n’y pouvait vivre et qu’ils seraient inefficaces grâce à la lumière électrique et aux filets Bullivant. Il est certain que les torpilleurs d’un très petit tonnage, ceux que les cuirassés portent avec eux ou faits pour se cacher dans les fiords des côtes, ne peuvent aller bien loin avec leurs quelques kilogrammes de charbon. On n’a jamais pensé, d’ailleurs, à leur demander autre chose qu’un rapide coup de main, à un moment choisi. Il est dès lors inutile d’accorder à leurs facultés de navigabilité un développement qui ne saurait être acquis qu’au détriment de leur puissance destructive. Au reste, dès qu’ils grossissent, le défaut dont il s’agit disparaît. Quant à « l’insupportable trépidation » qu’on y ressent, c’est une invention de marins en chambre. Bateaux et équipages peuvent aller fort loin sans éprouver de fatigue ni de dommages, ainsi que l’ont
- 1 Voy. n° 521, du 20 niai 1885. p. 400,
- prouvé tant de torpilleurs construits en Europe et qui ont atteint, sains et saufs, leurs ports d’attache, dans les mers les plus lointaines.
- Nous savons bien qu’on oppose à ces merveilleux voyages la disparition d’un torpilleur italien à 80 milles de la côte d’Espagne, celle dn Soulina entre Odessa et Nikolaïcff et enfin le naufrage de nos 102 et 110, dont l’un par mer calme. Mais on sait que ces deux derniers étaient très mal construits ; il est vraisemblable que les torpilleurs italien et russe ne l’étaient pas mieux. Et, d’ailleurs, ne voit-on pas tous les jours d’énormes bâtiments couler à pic malgré les défenses dont ils sont pourvus contre la tempête? Le bureau Veritas en public la liste tous les ans, et elle est, hélas! considérable.
- La faiblesse des torpilleurs n’est donc pas un argument valable. Les expériences auxquelles ils se sont livrés, dans toutes les escadres, n’ont pas démontré davantage leur innocuité. Dans la plupart des cas ils ont atteint les navires qu’ils ont attaqués,
- et si ces navires prétendent le contraire, les torpilleurs n’ont pas cessé de réclamer. Le procès est toujours pendant.
- Il est incontestable que les projections électriques, habilement dirigées, permettront souvent à un cuirassé de voir venir un tor-pilleur d’assez loin et de prendre contre lui les mesures nécessaires. Mais s’éclairer, c’est signaler sa présence, et, en bien des cas, commettre une redoutable imprudence. Un navire chargé de surprendre un port, la nuit, s’en gardera toujours.
- On objecte encore les filets pare-torpilles, Bullivant ou autres1. Ce sont d’excellents engins; ils seraient même parfaits s’ils ne gênaient pas les mouvements dubâtiment qui les porte et ne le privaient pas d’une partie de cette vitesse qui est l’idéal après lequel courent aujourd’hui tous les constructeurs..
- Nous pensons donc que les torpilleurs sont de bonnes armes lorsqu’ils sont bien construits et nettement appropriés au rôle attribué à chacun de leurs types ; elles seront meilleures encore si on prend le soin de les mettre entre les mains d’officiers trempés comme ceux qui ont opéré dans les guerres que nous avons rappelées.
- Cette manière de voir est celle des amirautés de toutes les grandes puissances maritimes qui continuent à construire des torpilleurs en quantité. Les
- 1 Vojr. n° 809, du 1er décembre 1888, p. 5.
- Fig. 1. — Canot torpilleur-vedette.
- p.391 - vue 395/432
-
-
-
- 592
- LA NATURE
- marines secondaires les imitent dans la mesure de leurs ressources (tout seigneur veut avoir des pages !), ainsi que le montre le tableau que nous publions un peu plus loin (p. 594). Aussi les chantiers qui ont la spécialité de ce genre de constructions se sont-ils multipliés. Après MM. Tlior-
- nycroft et Cie, de Chiswic-k, qui gardèrent pendant plusieurs années le monopole de leur invention, d’autres ateliers se sont outillés et leur font concurrence. C’est ainsi qu’à coté d’eux, en Angleterre, nous voyons, à Poplar, M. Yarrow; à Londres, la Thames Iron Works Company, en France, M. Nor-
- Fig. 2. — Torpilleur de première classe pour la défense des côtes et des ports.
- mand, du Havre; les Forges et chantiers de la Méditerranée (à la Seyne et au Havre) ; la Société de la Loire, à Nantes; les chantiers de Saint-Nazaire; la
- Société de la Gironde, à Lormont ; la Société Cail ; le Creusot ; en Allemagne, la Compagnie Vulkan, les chantiers du Schiehau, à Elbing; ceux du Weser, à
- Fig. 5. — Torpilleur de haute mer. Type Audacieux.
- Brème; ceux de Moller et Stolherg, à Stettin; la Compagnie Germania. En Italie, ce sont les chantiers de Gravero, Hawthorn; Guppy; Pattison et Nieolô Ordercet, sans compter les arsenaux militaires de toutes les marines.
- Les torpilleurs en ce moment à la mer, on le sait, n’ont pas tous été fondus dans le même moule. 11 y en a de très grands (les croiseurs-torpilleurs) et de microscopiques (les vedettes). Nous ajouterons qu’on
- tâtonne encore un peu dans leur classification : il n’est pas impossible, néanmoins, d’en dresser le tableau. C’est ce qu’a eu la patience de faire M. le lieutenant de vaisseau Bùchard qui, on s’en souvient, commandait le torpilleur de haute mer Capitaine Mehl, lors de la catastrophe du 1er mars de l’année dernière. Cet officier a écrit1 sur ces petits bateaux
- 1 Torpilles et torpilleurs des nations étrangères. (Planches.) Paris. Bcrger-Lcvrault, 1889, in-8°.
- p.392 - vue 396/432
-
-
-
- Fig. 4. — Aviso-torpilleur. Type Bombe.
- Fig. 5. — Croiseur-torpilleur. Type Epervier. Principaux types de torpilleurs de la Marine française.
- p.393 - vue 397/432
-
-
-
- 394
- LA NATURE.
- un gros et solide volume rempli de laits, de chiffres, de renseignements de toutes sortes. Il les divise ainsi :
- I. — Les torpilleurs-vedettes (fig. 1), affectés à de grands batiments et portés par eux ; ils ne sont mis à la mer que par beau temps et ont un rayon d’action restreint. Leur tonnage ne descend pas au-dessous de 10 tonnes et s’arrête généralement à 25. Ils ont alors de 15 à 25 mètres de long; 3 mètres à 5,n,50 de large; un tirant d’eau de 0m,75 à 1 mètre; une hélice; 170 à 260 chevaux; un tube de lancement; près d’une tonne de charbon, et ils atteignent un maximum de 19 nœuds à l’heure, ce qui représente une vitesse considérable pour de si petites embarcations.
- IL — Les torpilleurs agissant isolément et consacrés à la défense des cotes et des ports. Us sont de deux classes et ont de 25 à 50 tonneaux, 30 à
- CJ .
- Nations. r/) CJ —î « ^ — ~o £— £ 3 O cn C/2 O ^C/2 Cj S c « cfi n lasse « cfi CS "cS
- •a; CS fi "o O > «< H - &1 îo
- Allemagne. . î 5 8 12 83 )) 109
- Angleterre. . î 13 7 00 25 » 51 155
- Argentine . . î )) » )) 4 » » 5
- Autriche. . . î 5 3 2 10 23 8 51
- Brésil.... î )> » )) 11 » 3 13
- Chili » » » » 10 3 » 13
- Chine. . . . » )> » 11 28 2 » 41
- Danemark. . 2 » » 2 5 9 » 18
- Espagne. . . i » 3 » 10 1 2 19
- Etats-Unis. . » 3 » » 2 1 )) 6
- France. . . . i 5 14 9 h 83 39 165
- Grèce.... i » )> )) 12 20 -i 57
- Italie .... 3 » » 63 58 21 8 133
- Japon. . . . » » » 1 21 i » 26
- Norvège.. . . » » » )) 8 2 1 11
- Portugal. . . » )) » )) 5 V y 7
- Roumanie. . i » » » 3 2 » 6
- Russie. . . . 2 1 » 16 » 36 71 126
- Suède. . . . » 1 1 )) 8 7 6 23
- Turquie. . . 1 » » *> 0 22 » 28
- Totaux. . 17 33 58 178 300 210 193 999
- Total général : 911 bateaux torpilleurs.
- Tableau des torpilleurs de toutes les nations maritimes du monde.
- 33 mètres de longueur, 5 mètres à 3m,50 de largeur, 1 mètre de tirant d’eau environ; ils embar-
- quent 12 a 13 tonnes de charbon, 18 hommes d’équipage, et possèdent jusqu’à 1000 chevaux (fig. 2). Ils filent 18 à 20 nœuds, et à 10 nœuds peuvent parcourir une distance de 2500 milles (le Riegel espagnol) ; ceux-ci ont deux tubes, quelquefois trois ou une mitrailleuse.
- III. — Torpilleurs de haute mer, de 50 à 250 tonneaux (fig. 3). Ceux-ci ont non seulement plusieurs tubes, mais des canons-revolvers et des mitrailleuses.
- IV. — Avisos-torpilleurs (fig. 4) et croiseurs-torpilleurs (fig. 5), très grands navires, par rapport au torpilleur primitif, et qui ne diffèrent des autres avisos et croiseurs que par les installations spéciales qu’exige le torpillage.
- Le tableau que nous donnons ci-dessus permettra de juger d’un coup d’œil des forces respectives de toutes les puissances maritimes en bateaux de ce genre au 1er janvier 1890. Depuis lors, les jour-
- naux techniques nous ont appris que des commandes importantes ont été faites aux chantiers que nous avons cités; c’est donc d’un quart au moins qu’on pourra forcer notre total1 * III. IV.. L. Renard.
- UN MUSÉE DE JOURNAUX
- Il existe à Aix-la-Chapelle un musée de journaux qui renferme un exemplaire de tous les journaux publiés dans le monde. Le plus grand de tous a été publié en 1859, à New-York, sous le titre de Illuminaied quadruple constellation. Il a le format d’un billard, 8 pieds et demi de hauteur et 6 de largeur, et il contient 8 pages de 15 colonnes. Le papier de cette singulière gazette, qui ne doit paraître qu’une fois par siècle, est très beau et très fort. La rame en pèse 3 quintaux, 40 compositeurs ont travaillé pendant six semaines pour arriver à terminer cet immense journal. On l’a tiré à 28 000 exemplaires et chaque numéro coûtait 2fl,50. Le texte, qui contenait des gravures sur bois très bien exécutées, pourrait remplir un volume in-quarto. Il n’y a point d’annonces sur la dernière page.
- Le plus petit journal du monde, El Télegrama, de Cua-dalajara (Mexique), est deux cents fois plus petit que ce colosse.
- LE SERVICE DU NIVELLEMENT GÉNÉRAL
- DE LA FRANCE
- On sait que la France a été la première à se lancer hardiment dans la voie des travaux de nivellement, et que son service de nivellement général a pu être pris comme modèle par les nations étrangères. Il est bien évident que la connaissance exacte du relief du sol est indispensable pour l’établissement des voies de communications de toutes sortes, aussi bien pour les chemins de fer que pour les canaux; et si, pour les projets de travaux particuliers, on est toujours obligé de recourir à des nivellements spéciaux, du moins trouve-t-on dans les résultats du nivellement général une base certaine qui vient faciliter les études particulières.
- C’est de 1857 à 1864 que furent exécutés pour la première fois, les travaux de nivellement général du grand territoire français. On créa un réseau de relevés de près de 15000 kilomètres de développement, et avec une précision remarquable qui fit le plus grand honneur à l’ingénieur auquel la direction en avait été confiée par le Ministère des travaux publics : c’était l’ingénieur Bourdaloue, dont le nom est resté associé à cette grande opération et à des instruments bien connus. Bientôt notre exemple fut suivi par les nations européennes, si bien qu’aujour-d’hui, comme le faisait remarquer l’an dernier M. le capitaine de vaisseau Von Kalmar, délégué de l’Autriche au Congrès de l’Association géodésique internationale, grâce à l’extension considérable prise par ces travaux en Europe, la longueur totale des lignes
- 1 Le Japon vient d’en commander \ 7 au Creusot et à M. Normand.
- p.394 - vue 398/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 395
- nivelées atteint 112 000 kilomètres, c’est-à-dire près de trois fois le tour de la terre; depuis 1883, cette longueur a augmenté de 34 000 kilomètres, et, dans cette augmentation, la France a eu une part de 7000 kilomètres.
- C’est qu’en effet, 'depuis les travaux de Bourda-loue, on ne s’est point endormi sur les résultats obtenus ; ils avaient besoin d’être complétés, et aussi quelque peu modifiés; l’art du nivellement a fait de grands progrès qui ont permis de chercher et d’atteindre une précision plus grande. C’est dans ce but qu’en 1878 fut créée une grande commission spéciale, composée d’hommes éminents, qui dressa un programme complet d’un nouveau nivellement général de la France. Et tout d’abord le travail ne devait pas s’arrêter à de grandes lignes, il devait s’étendre à tout le territoire, fournissant pour chaque commune douze à quinze points de repère, et permettant l’établissement de cartes à grande échelle avec relief du sol indiqué dans tous ses détails. Pour atteindre ce résultat, on dut recourir à trois séries d’opérations : d’abord relever un réseau fondamental, d’un développement de 12000 kilomètres composé de lignes se coupant de façon à former des polygones de 400 à 500 kilomètres de contour ; pour ce premier réseau, il faut la plus grande précision. Le réseau de deuxième ordre est le réseau intercalaire, long d’environ 800 000 kilomètres, embrassant les cours d’eau et les voies de communication, et composé de lignes transversales s’appuyant sur les premières (ainsi que l’indique le nom). Enfin la troisième série d’opérations consiste dans le levé de courbes de niveau suffisamment rapprochées pour donner le relief du sol. Tout naturellement on a décidé de commencer par le nivellement de premier ordre, c’est-à-dire d’achever d’établir avant tout le réseau fondamental. C’est dans ce but qu’a été créé un service spécial, confié à M. l’Ingénieur en chef des mines Lallemand ; et chaque année depuis 1884 un crédit de 50 000 francs est prévu dans le budget pour suffire aux dépenses de ce service. D’ailleurs, avant de relever les différents points de ce réseau, on a tracé ce réseau lui-même à travers la France, suivant les points de relief intéressants du sol, et la carte ci-contre (fig. 1) indique les mailles de ce réseau. La France est ainsi divisée en 43 polygones désignés par une lettre, les côtés en étant désignés eux-mêmes par les deux lettres des polygones auxquels ils sont communs ; huit de ces polygones s’appuient à la frontière ou au littoral : les 35 autres sont contigus entre eux.
- Sur le terrain, on marque d’abord l’emplacement des repères à établir, puis on scelle lesdits repères, qui servent ensuite de supports aux mires dans les opérations ; ils sont éloignés en moyenne de 500 à 1000 mètres les uns des autres. Le nivellement de chaque section est fait deux fois en sens inverses. On obtient ainsi l’altitude des repères, on vérifie l’opération soit par des calculs de bureau, soit par des rattachements aux anciennes opérations de
- ce qu’on nomme le réseau Bourdaloue, et on peut alors faire inscrire sur les repères les altitudes obtenues. Puisque nous parlons des repères, nous pouvons noter leur forme; celle des nouveaux repères du nivellement auquel on travaille actuellement diffère de celle qui est habituellement adop -tée, notamment de celle du nivellement Bourdaloue. Le repère ancien était un cylindre à génératrices horizontales faisant une légère saillie sur la paroi où il était fixé, et portant en exergue : « Nivellement général de la France. » Au centre, les chiffres représentent l’altitude ; et au-dessous encercle, « au-dessus du niveau moyen de la mer (fig. 2) » ; les repères que fait poser la Ville de Paris pour son nivellement particulier ont la même forme. Aujourd’hui le service du nivellement adopte une nouvelle forme permettant de trouver sur le repère même un point d’appui pour la mire destinée à constater l’altitude dudit repère. En effet, celui-ci se compose essentiellement d’une console en bronze ou en fonte oxydée faisant une forte saillie normale à la paroi du mur ou du bâtiment où le repère est fixé, et à la tablette verticale en même métal plaqué sur ce mur ou cette paroi; cette console porte, presque à son extrémité, une sorte de pastille en forme de calotte sphérique sur laquelle se pose la mire, le milieu de son talon correspondant au sommet de cette pastille (fig. 5). A l’extrémité, et sur la face antérieure de la console est ménagée une cavité destinée à recevoir une plaque en porcelaine où sont inscrites des indications définissant la section à laquelle appartient le repère, c’est-à-dire deux lettres, celles des polygones auxquels la ligne appartient, puis on y ajoute un chiffre donnant le numéro du repère sur cette ligne. Une autre plaque de porcelaine est insérée dans la tablette verticale et porte l’altitude du sommet de la pastille. Ajoutons qu’en certains points on place des repères secondaires qui sont de simples rivets en bronze.
- En 1864, lors du nivellement Bourdaloue, les résultats en avaient été publiés sous le titre de Nivellement général, lignes de base; mais, depuis cette époque, bien des repères ont été déplacés, souvent par force majeure, et un compte de ces déplacements a dû être tenu par les ingénieurs des ponts et chaussées. Aussi en 1881, un premier erratum fut publié ; et en 1888, une nouvelle publication analogue fut nécessitée par des changements de même nature amenés par les mêmes causes, destructions de bâtiments où sont posés les repères, dommages et dégradations aux repères, etc. Pour le nouveau nivellement, on a décidé la publication d’un nouveau recueil ; mais ce n’est plus une simple énumération, un catalogue, ce sera un Répertoire graphique donnant à l’aide d’une carte et d’un dessin la situation topographique et la désignation des constructions portant les repères, leur place exacte, leur altitude.
- La longueur totale nivelée au 1er janvier 1889 était de 6405 kilomètres; pendant la première
- p.395 - vue 399/432
-
-
-
- 396
- LA NATURE.
- année, en 1884, le travail n’avait porté que sur 510 kilomètres; en 1885, sur 1340; aujourd’hui la moyenne oscille toujours autour de 1500 kilomètres.
- En 1889, on a nivelé 1450 kilomètres. On compte donc qu’il reste à niveler ultérieurement 4445 kilomètres. D’ailleurs on songe en même tem ps à l’œuvre internationale, et l’on a déjà réalisé des raccordements avec les nivellements étrangers : c’est ainsi que notre réseau fondamental est relié au réseau suisse à An-nemasse et La Cure ; au réseau belge, à Baisieux et Blanc-Misseron; la liaison avec le réseau italien est faite à Yinli-mille ; avec le réseau espagnol à Perlhus etllendaye; d’autres rattachements se préparent sur toutes nos frontières. On calcule que la précision est à peu près triple de celle du nivellement Bourdaloue, l’erreur
- systématique probable ne dépassant nulle part 0mm,3 j 1877, il a été créé un par kilomètre, et l’erreur accidentelle 1 millimètre. | des repères des lignes Le réseau fondamental
- S16NES CONVENTIONNELS.
- Lignes nivelées en 188^1888. (6.0-05 Kl1-) .
- _______id_____1889........ ( 1.0-50 KILi .
- Total......(7.855 K'L)
- Lignesànivelerultérieurement <0-.0-0-5 KIL)
- Fig. 1. — Nivellement général de la France Carte montrant l'avancement du réseau fondamental.
- nouveau croise en plusieurs points le réseau Bourdaloue, et l’on a constaté des erreurs dans les résultats obtenus par ce dernier.
- Mais dans tout nivellement, le point de départ est à coup sûr la question la plus importante, et il est nécessaire de le déterminer d’une façon absolue. On sait que les altitudes sont rapportées au niveau moyen de la Méditerranée à Marseille. Bourdaloue avait cru devoir fixer ce point à la cote 40 centimètres de l’échelle à marée du fort Saint-Jean. En 1885, on y a installé un marégraphe totalisateur, et on a trouvé que ce niveau devait être la cote 33 de cette échelle, point auquel on rapporte les altitudes du répertoire graphique. Nous ne pouvons aujourd’hui
- Fig. 2.
- Fig. 2 et 3. — Repères, ancien et moderne.— Fig. 2. Repère de Bourdaloue en fonte peinte. — Fig. 3. Repère actuel en lironze ou en fonte oxydée.
- insister sur la disposition de ce marégraphe; disons seulement que d’autres appareils de ce genre, mais plus simples, ont été installés dans divers ports de notre littoral pour y relever le niveau moyen de
- la mer; sur la Mé-diterranée fonctionnent, outre celui de Marseille1, ceux de Nice, de Cette et de Port-Vendres. Sur l’Océan, nous trouvons celui de Saint-Jean-de-Luz, et on va en créer dix autres à Biarritz, les Sables-d ’Olonne, Quiberon, Camaret, Cherbourg, le Havre et Boulogne notamment. On pourra bientôt déterminer la différence de niveau entre l’Océan et la Méditerranée.
- Enfin, pour terminer, nous dirons qu’il faut bien protéger e f fi c a c e m e n t et entretenir intacts les repères posés jusqu’à ce jour, et ceux qu’on pose quo-tidiennement; et dans ce but, depuis service de conservation de base du nivellement général de la France. Ce service reçoit des procès-verbaux de visites faites par les ingénieurs et prend toutes mesures pour remédier aux altérations du réseau ; en dix ans, il a fait placer plus de 900 repères.
- 11 ne reste plus à niveler aujourd’hui que 4445 kilomètres environ du réseau fondamental : dans trois ans, ce travail sera terminé,, et l’on pourra entreprendre alors la deuxième partie du programme du nivellement général, pour arriver à doter la France d’un réseau complet, digne des anciennes entreprises qui lui ont fait prendre la première place dans ces travaux parmi les nations européennes. Daniel Bellet.
- 1 Voy. n° 881, du 8 février 1890, p. 145.
- Nlarégraphes et Médi mare mètres R accord1? avec j effectués les pays étrangers ]à. effectuer
- Fig. 3.
- p.396 - vue 400/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 397
- HISTOIRE D’UN LÉOPARD
- DU JARDIN DES PLANTES DE PARIS
- La gravure que nous publions ei-dessous est le fac-similé d’une photographie instantanée qui a été faite à Hong-Kong. Elle représente un jeune léopard entre les bras de son propriétaire, M. Milite, résidant français en Chine. Un de nos compatriotes, M. Pierre Morin, se trouvant dans le Céleste Empire avec M. Millie, nous a communiqué des documents très intéressants sur l’histoire de ce petit léopard, qui se voit actuellement à Paris, au Jardin des Plantes. Nous cédons la parole à M. Pierre Morin :
- Des pêcheurs chinois arrivant de la côte d’Annain où ils venaient de terminer leur saison apportèrent à Pakkoï, au mois d’août 1888, deux petits léopards capturés dans les forêts du Phu-Yen. Ces petits animaux avaient souffert du voyage et l’un d’eux mourut deux jours après son arrivée à Pakkoï.
- Le Chinois, propriétaire du survivant, se mit immédiatement en quête d’un acheteur et, après de longs pourparlers, M. Milhe, employé des douanes chinoises, achetait le petit fauve pour une vingtaine de francs. C’est à ce moment que j’ai fait connaissance avec ce petit animal; il devait avoir à peu près trois mois, il était encore très craintif et avait besoin d’être très bien soigné. JI. Milhe l’installa sur une terrasse découverte qu’il avait fait entourer d’un solide treillage en bois. On le nourrissait avec des tripes de bœuf ou de buffle bouillies, en ayant soin de conserver le bouillon, que l’on mélangeait avec du riz. Pendant une période de deux mois, le développement de notre nouvel hôte fut très rapide; il était gai, reconnaissait fort bien M. Milhe et même toutes les personnes qu’il voyait assez 'fréquemment ; il avait l’habitude, quand nous allions sur la terrasse où il se trouvait, de nous montrer les dents en soufflant bruyamment. 11 aimait à jouer avec les chiens et les chats ; les Chinois de la maison ne craignaient pas de lui porter sa nourriture ; ils l’avaient nommé Ah Tchi à cause du bruit qu’il faisait quand on lui apportait sa pitance.
- Quand le jeune Ah Tchi eut atteint Page de cinq mois, il devint plus dangereux; ses instincts carnassiers se développaient chaque jour; on dut renoncera lui donner du riz, il ne voulait plus en prendre ; on ne lui donnait plus que de la viande de bœuf dont il mangeait au moins 1 kilogramme par jour. C’est à ce moment que se place un fait qui aurait pu avoir des suites désagréables pour
- le propriétaire du léopard. Pendant que tout dormait, Ah Tchi réussit, une nuit, à se faire une ouverture dans la palissade en bois qui fermait la terrasse où il habitait. Après avoir circulé sur le toit de la cuisine, il venait de passer sur le toit de la chambre à coucher de M. Milhe; ce dernier, réveillé en sursaut, ne savait que faire; étant employé d’une administration chinoise, il craignait que la fuite du léopard fût une cause d’ennuis. Ne trouvant aucun moyen de rattraper le fugitif, il l’appelait en lui prodiguant les noms les plus tendres. Quel ne fut pas son étonnement en voyant l’animal redescendre tranquillement et venir se frotter contre lui en miaulant; il se laissa prendre sans aucune difficulté et depuis cette époque M. Milhe le laissa en liberté dans la maison sans aucune crainte. Il commençait à faire l’admiration des Chinois qui venaient le voir ; c’était donc un vrai colon de Pakkoï
- et non pas un de ceux auxquels on s’intéressait le moins.
- M. Milhe étant tombé gravement malade au mois de janvier, notre ami fut un peu délaissé. Le cuisinier chinois, chargé de le nourrir, trouvait en lui une source de revenus sérieux : pendant près d’un mois, il ne lui donnait jamais plus d’une livre de viande ; le pauvre animal, privé déjà de son maître, dépérissait chaque jour, il devenait de plus en plus maigre et sauvage. J’avais à plusieurs reprises interrogé le domestique chinois, me doutant qu’il faisait des économies sur la nourriture du petit fauve. A quelque temps de là, M. Milhe étant tout à fait rétabli, recommença de nouveau à s'occuper de son petit élève qui resta malade plus de deux mois de fièvres et d’une espèce de maladie de peau. C’est alors que les soins succédant à l’état d’abandon pendant lequel le pauvre animal était resté durant deux mois, lui rendirent la santé ; mais Ah Tchi changea de caractère ; il devint dangereux de le laisser circuler dans la maison. 11 ri’a jamais fait de mal à personne, mais il se montrait lourd dans ses mouvements. Nous avions voulu le laisser jouer avec nos chiens et nous avions été forcés d’y renoncer, car il devenait un peu sauvage et il était à craindre que la vue du sang, s’il avait fait une première morsure, ne le rendit intraitable.
- Le chef de M. Milhe avait insisté pour que ce dernier abandonnât son petit protégé; d’autre part, M. le consul de France à Hong-Kong ayant bien voulu se charger d’envoyer la bête au Jardin des Plantes de Paris, M. Milhe se décida bien à contre-cœur à laisser partir ce léopard qu’il avait apprivoisé avec tant de soins. Il fallut cependant se décider et au mois de mai M. Milhe partait à Hong-Kong accompagné du petit léopard. Il le fit photographier à Uong-Kong, en le tenant dans ses bras comme le montre
- Léopard annamite actuellement au Jardin des Plantes de Paris, photographié en Chine à l’âge de neuf mois.
- p.397 - vue 401/432
-
-
-
- 598
- LA NATURE.
- la gravure, puis il le remit au consul de France. Aussitôt qu’il a été embarqué à bord, le petit sauvage est devenu triste et n’a plus reconnu que son maître.
- Ah Tchi est maintenant au Jardin des Plantes et il a sans doute oublié tous ses amis de Pakkoï.
- CHRONIQUE
- Un ancien pont suspendu. — Nous trouvons dans le Street Railway Journal, de New-York, le curieux renseignement suivant : Le tramway qui va de Amesbury à Newburyport, (Massachusetts) présente cette particularité de traverser le Mcrrimac sur un pont qui est le plus ancien pont suspendu existant en Amérique, et bien certainement aussi dans le monde entier. En effet, ce pont a été inauguré le 26 novembre 1792, de sorte qu’il aurait actuellement un siècle ou bien peu s’en faut. La construction se compose en réalité de deux ponts réunissant, à chaque rive du fleuve, une île appelée Deer Island qui est au milieu. La longueur totale est de 514 mètres, la largeur de 10m,40 en deux tabliers et la hauteur de llm,30 au-dessus des hautes eaux. 11 y a quatre rangs de chaînes, deux pour chaque tablier, chacun composé de trois chaînes. Les chaînes sont en fer carré de 25 millimètres de côté, formant des maillons soudés de 0m,65 de longueur. Les tiges de suspension sont disposées de la manière la plus primitive; elles sont terminées par un double crochet qui s’engage dans deux maillons adjacents. Les chaînes passent sur de massifs piliers en charpente bordés de planches, formant deux arcades pour le passage et portés sur les culées. L’ancrage a été visité il y a quelques années et les extrémités des chaînes qui sont noyées dans la maçonnerie ont été trouvées en parfait état. Le pont a été construit en sept années sous la direction de Timothy Palmer, de Newburyport. L’article d’où ce qui précède est extrait est accompagné d’une vue faite d’après une photographie. L’ouvrage intitulé American Railroad Bridges, par Théodore Cooper, signale d’autre part ce pont d’une manière qui modifie un peu la description précédente. Le pont primitif, construit par Timothy Palmer, en 1792, se composait de deux ponts, non pas suspendus, mais en bois. Celui du côté de Newbury fut remplacé en 1810 par un pont suspendu en chaînes, construit par John Templeman; ce pont a 74m,40 de portée entre les culées. L’autre pont est resté dans son état primitif jusqu’en 1883. Le reste de la description précédente est exact; il n’y a qu’à substituer la date de 1810 à celle de 1792, ce qui donne encore à cet ouvrage d’art une antiquité suffisante pour un pont suspendu.
- Le rendement en viande d’un bœuf normand.
- — Le rendement le plus considérable des bœufs du concours de Paris a été obtenu, cette année, par un bœuf normand qui a obtenu le second prix de sa catégorie. Ce bœuf, cotentin pur, avait été acheté par M. Chevalier, marchand-boucher, à l’abattoir de Grenelle. 11 a pesé 1664 kilogrammes, soit un rendement exact de 69,60 pour 100. Supérieur également en qualité, le bœuf dont nous signalons le rendement exceptionnel prouve que la race normande ne serait pas inférieure à nos autres races, si les éleveurs de la Manche et du Calvados appliquaient tous, intelligemment, les règles pratiques de la sélection. Qu’ils abandonnent donc, dit VEleveur auquel nous empruntons ce document, le déplorable système en usage chez eux pour le choix des reproducteurs, et du coup ils arri-
- veront à placer la Normandie a» premier rang de la production animale. Un a signalé quelquefois, en effet, des bœufs de concours faire un rendement de 67,68 pour 100, bien que la moyenne ne soit que de 65 à 66. Mais le rendement de 69,60 pour 100 que nous faisons connaître aujourd’hui a-t-il jamais été atteint?
- L’Électro-acoumètre. — La nécessité d’un appareil permettant de mesurer l’ouïe de manière à éviter toute fraude de la part des sujets soumis à l’expérience se faisait vivement sentir, notamment en ce qui concerne l’examen des miliciens qui se présentent devant les conseils de milice et de révision en invoquant comme motifs d’exemption des cas de surdité partielle. Le docteur Cheval vient de combler cette lacune en imaginant un appareil qu’il a dénommé : Électro-acoumètre, et qui n’est pas autre chose qu’une modification du sonomètre de Hughes (1879). Cet appareil comprend essentiellement trois bobines. La première, placée au centre, est fixe ; c’est la bobine inductrice. Les deux autres sont des bobines induites. Elles peuvent s’éloigner plus ou moins de la bobine centrale en se déplaçant le long d’un échelle graduée, et donnent lieu ainsi à des courants d’induction d’intensités variables et pouvant prendre des valeurs mathématiquement calculées. Ce système de bobines est fixé à une planchette sur laquelle se trouve un commutateur à touches. Comme accessoires : un électro-diapason, un microphone, une sonnerie et deux téléphones fixés à chacune des oreilles du sujet. L’expérimentateur produit alternativement, au moyen des téléphones, des sons ou des bruits musicaux devant chaque oreille du sujet en expérience. Les récepteurs sont mis en vibration par les bobines induites, et d’autant plus faiblement que celles-ci sont plus éloignées de la bobine centrale. La distance à laquelle l’induction s’exerce avec une puissance suffisante pour produire un son perceptible donne la mesure de l’acuité de l’ouïe. Le commutateur permet de diriger à volonté le courant vers l’une ou l’autre oreille ; si les réponses du sujet ne sont pas sincères, on s’en aperçoit aussitôt.
- Éclairage électrique de Clielmsford. — La ville de Chelmsford, en Angleterre, vient d’être éclairée à la lumière électrique. La canalisation est aérienne sur po-, teaux. Les trois rues principales sont éclairées au moyen de 18 lampes à arc, pour chacune desquelles le Conseil municipal doit payer 552 francs par an, et les rues secondaires par 200 lampes à incandescence qui coûteront à la ville 58 fr. 50, ce qui représente une somme totale de 21 636 francs nécessitée par l’éclairage de la ville, par an. La somme payée par le Conseil municipal à la Compagnie du gaz était de 19 200 francs pour 188 becs. Si quelques lampes viennent à s’éteindre, la Compagnie sera passible d’une amende de 40 centimes par heure pour une lampe à arc et 5 centimes par heure pour une lampe à incandescence. Toutes les précautions sont prises contre les accidents pouvant survenir dans l’installation, car, si la lumière vient à manquer, la Compagnie sera passible d’une amende de 12 500 francs.
- Bateaux électriques d’Édimbourg. — A propos de la prochaine Exposition d’Edimbourg, des bateaux électriques seront établis dans le but de réunir l’Exposition et la Cité. Le service sera effectué par quatre chaloupes pouvant transporter chacune quarante voyageurs. Les bateaux seront mis en mouvement par des moteurs électriques alimentés eux-mêmes par des accumulateurs. Les moteurs électriques tournent à 800 tours par minute. Dans la s ta-
- p.398 - vue 402/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 599
- tion de la cité une machine à vapeur de 25 chevaux actionne une dynamo Immisch qui peut charger à la lois les accumulateurs des quatre chaloupes. Un seul homme suffit pour la manœuvre du gouvernail, les changements de marche et la direction du service.
- Ilorata;;** des vins. — Après le plâtrage, le tartrage, le phosphatage, voici le boratage. L’acide borique a la double propriété de conserver le vin et de lui donner de la couleur. On l’emploie à la dose de 2 kilogrammes par 1000 litres. L’acide borolartrique agit encore plus énergiquement. On l’a proposé tout dernièrement pour donner aux vins une couleur plus vive et pour en assurer la conservation.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 mai 1890. — Présidence de M. Hehmite.
- Les Mémoires de la Société géologigue. — Au nom de la Société géologique de France, M. Albert Gaudry dépose sur le bureau de l’Académie la première livraison d’une magnifique publication. C’est une collection de Mémoires, exclusivement paléontologiques, qui vient s’ajouter à la série, déjà si volumineuse, des Bulletins et à celle des Mémoires généraux dont vingt gros Volumes in-4° existent déjà. Rien ne peut témoigner plus éloquemment du zèle et de l’activité avec lesquels les sciences géologiques sont cultivées dans notre pays. La nouvelle publication, éditée avec le plus grand luxe par la librairie polytechnique de Raudry et Cie, débute, d’une manière particulièrement heureuse, par un beau Mémoire de M. Albert Gaudry lui-mème sur le Bryopiihecus, le célèbre singe anthropomorphe de Sainan. Le texte en est enrichi d’une belle planche due à l’habile crayon de M. Formant. Cette étude, si forte au point de vue descriptif, tire une valeur spéciale des hautes considérations philosophiques qui la terminent. Aucun animal n’a été l’objet de plus de conjectures que le dryopithèque, et des savants plus passionnés que prudents ont été jusqu’à y voir le « précurseur » de notre propre espèce. M. Gaudry montre qu’il faut singulièrement rabattre de cette opinion si flatteuse pour le quadrumane miocène : celui-ci est nettement inférieur au gorille, qui est moins élevé que le chimpanzé, lequel, sans hésitation, se range bien au-dessous du plus dégradé des hommes. Avec une bonne foi qu’on ne saurait trop admirer, l’illustre paléontologiste termine son travail par cette déclaration franche et simple, qu’on nous saura gré de reproduire : « Dans mes Enchaînements du monde animal, dit M. Albert Gaudry, j’ai donné les raisons pour lesquelles je ne croyais pas que les silex de Thenay eussent été taillés, mais j’ai dit que si un jour il venait à être démontré qu’ils l’ont été, il me semblait si impossible de concevoir l’existence de l’espèce humaine à l’époque du miocène moyen, que je les attribuerais au dryopithèque plutôt qu’à l’homme. Aujourd’hui, devenu un peu moins ignorant, je ne tiendrai plus le même langage. A en juger par l’état de nos connaissances, il n’y avait en Europe, dans les temps tertiaires, ni homme, ni aucune créature qui se rapprochât de lui. Puisque le dryopithèque est le plus élevé des grands singes fossiles découverts jusqu’à ce jour, nous devons reconnaître que la paléontologie n’a pas encore fourni d’indice d’enchaînement entre l'homme et les animaux. » La livraison que nous annonçons contient aussi une imposante Note de M. Seunes sur des ammonites du terrain danien et le commencement d’un grand travail de
- M. Ch. Deperet sur les animaux pliocènes du Roussillon, en tète 'desquels figure le dolichopithèque dont nos lecteurs ont eu précédemment la description. 11 paraîtra chaque année 4 fascicules contenant 20 planches au moins, nous ne manquerons pas de signaler l’apparition de chacun d’eux.
- M. Soret. — C’est avec un vif regret qu’on apprendra la perte que la chimie et la physique viennent de faire dans la personne de M. Soret (de Genève), correspondant de l’Académie. Comme le rappelle M. Berthelot, le défunt se rattachait très intimement à la science française, s’étant formé dans le laboratoire de Régnault et ayant pris part aux recherches de cet illustre maître sur les vapeurs et sur les chaleurs spécifiques des gaz. Retourné en Suisse, il publia un travail devenu classique sur la densité de l’ozone où il montra le produit de la condensation de l’oxv-gène. La polarisation rotatoire du] quartz lui fournit aussi la matière de très importantes recherches. Une de ses dernières publications concerne la cause de la coloration bleue du lac de Genève.
- Recherches sur le chrome. — On sait que les sels de chrome se présentent sous deux états condensés qui se manifestent aux yeux par leur couleur tantôt verte et tantôt violette. M. Recoura, professeur à Lyon, montre que ces modifications correspondent à des propriétés thermiques notablement différentes. Il existe deux chlorures et deux bromures dont chacun vient prendre place dans les séries verte et violette et qui se distinguent Fun de l’autre par 21 000 calories de différence thermique.
- Cristallisation de Falumine. — D’après M. lïautefeuille, l’alumine et la zircone terreuse que l’acide chlorhydrique est impuissant à faire cristalliser dans les conditions ordinaires, prennent la forme cristalline si l’on opère à 3, 4 ou 8 atmosphères. On peut aussi arriver au résultat sans pression si l’on substitue aux oxydes libres des sels per-chlorés et spécialement les hydrocarbonates si facilement décomposables par la chaleur.
- Gœthite artificielle. — En chauffant en tube scellé, à 150 ou 200 degrés, un mélange de perchlorure de fer et d’eau, M. Rousseau produit un oxychlorure ferrique cristallisé qui passe ultérieurement à l’état de gœthite. Cet oxyde diffère cependant par ses propriétés optiques de l’espèce naturelle.
- Nature de la fièvre intermittente. — Cherchant à préciser les caractères qui distinguent la fièvre intermittente de la fièvre rémittente, M. Treille constate que celte dernière seule confère au malade une immunité comparable à celle qui succède aux affections infectieuses, et ne cède pas à la quinine qui agit au contraire si merveilleusement sur le premier. R signale en même temps des liens intéressants de parenté entre les différentes formes d’intermittence en montrant que dans tous les cas de périodicité le temps qui sépare deux accès est toujours le même, le nombre des crises supprimé par le médicament étant seul variable.
- Varia. — D’après M. Romier, le bouquet des vins et des eaux-de-vie est dû à la présence de la levure ellipsoïdale qui se développe dans le raisin au moment de l’écrasement. — De nouveaux chromâtes doubles sont signalés par M. Schutzenberger de la part d'un chimiste dont le nom nous échappe. — On mentionne un projet de bateau sous-marin, un catalogue des animaux sauvages (le l’Ailier et un travail sur les taches solaires. Staxislas Meunieü.
- p.399 - vue 403/432
-
-
-
- 400
- LA NATURE.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- LA SURETE DES CLÉS
- Voici, parmi les petites inventions concernant les objets usuels, un anneau de clefs d’un système tout nouveau (fig. 1), et qui m’a semblé digne d’être présenté aux lecteurs de La Nature.
- 11 se compose de deux parties : l’une fixe et l’autre mobile. La partie fixe est un cercle en métal creux, qui constitue l’anneâu proprement dit, et qui est interrompu par deux coupures, comme on le voit sur notre dessin.
- La coupure de droite est fermée par un demi-cercle en métal, que j’appellerai le croissant fixe, et dont la convexité est tournée vers l’intérieur de l’anneau.
- Cette pièce est soudée sur les deux bords de la coupure. Elle relie au reste du cercle creux une petite portion de ce cercle sur laquelle on a pratiqué une entaille en forme de gouttière, permettant le jeu de la pièce mobile.
- La partie mobile se compose d’une portion d’anneau en métal plein, glissant dans le cercle creux que nous venons de décrire. Dans son milieu, elle est recourbée en un demi-cercle qui fait saillie à l’extérieur, et que j’appellerai le croissant mobile. Dans la position de fermeture de l’anneau, le croissant mobile ferme la coupure de gauche.
- Un ressort, situé dans le cercle creux, le maintient dans cette position.
- Voulez-vous sortir une clef? la manœuvre est des plus simples.
- Engagez l’anneau de cette clef dans le croissant mobile (fig. 1, n° 1) tirez de gauche à droite de manière à faire glisser dans la gouttière le croissant mobile et à l’amener au-dessus du croissant fixe (fig. 1, n° 2), baissez un peu la clef de manière à dégager la pièce mobile; celle-ci, rappelée par le ressort, reprend sa position première (fig. 1, n° 3) et voilà votre clef devenue libre.
- En suivant l’ordre inverse, vous pourrez entrer
- une ou plusieurs clefs dans Vanneau magique, et rien n’est plus amusant que de voir la rapidité avec laquelle chacune de ces opérations s’exécute.
- Puisque je parle d’anneaux de clefs, je crois intéressant de signaler un anneau, de forme tout ordinaire, mais qui jouit d’une qualité bien précieuse....
- c’est, de revenir à son propriétaire lorsque celui-ci l’a perdu!
- Quand ce malheur nous arrive, nous sommes souvent forcés non seulement d’acheter de nouvelles clefs, mais encore de faire changer quelques-unes de nos serrures : celles de notre porte d’entrée, de notre caisse, etc. Inscrire votre nom et votre adresse sur l’anneau serait une précaution bien dangereuse, car votre trousseau perdu peut tomber entre des mains malhonnêtes, et quelle bonne fortune pour un voleur que de trouver ainsi des clefs avec l’indication des serrures qui y correspondent !
- Avec l’anneau vendu par la Société d'assurance contre la perte des clefs et objets divers, vous n’aurez rien à craindre. Il porte un numéro d’ordre qui est répété sur le registre de la Société; ce registre contient votre nom et votre adresse. Sur l’une des faces de l’anneau se trouve l’inscription suivante : A reporter avec les clefs contre 3 francs de récompense.
- La personne qui trouve vos clefs, et à qui le numéro ne peut donner aucune indication, a donc tout intérêt à aller les échanger contre la récompense promise, faisant ainsi une bonne affaire et une bonne action. La Société se charge de prévenir le propriétaire du trousseau de clefs ou même de le lui faire parvenir directement moyennant une rétribution très minime convenue d’avance et le prix de 3 francs qu’elle a avancé. — Ce procédé très ingénieux peut assurément rendre des services. ' Arthur Good.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1. — L'auneau de dés le Magique.
- Fig. 2. — L'anneau Assurance.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- p.400 - vue 404/432
-
-
-
- y 887. — 51 MAI 1890. LA NATURE.
- L’AUTOGRAPHISME
- Les malades dont le Dr Mesnet présentait il y a quelques jours l’histoire et la photographie à l’Académie de médecine peuvent se féliciter de vivre en l’an de grâce 1890. Trois siècles plus tôt, ils eussent été certainement compris dans la masse de ces malheureux que l’ignorance, la croyance au surnaturel faisaient classer parmi les possédés du démon. L’auteur lui-même de cette intéressante communication, notre savant confrère, eût bien fait, à cette époque, de garder le silence; il aurait été taxé lui aussi de sorcier, et les jugements des Parlements étaient pour ces soi-disant crimes de sorcellerie, de possession démoniaque, d’une férocité sauvage. La détention perpétuelle avec la confiscation des biens était la condamnation la plus bénigne: il suffisait de bien peu pour que les malheureux suspects ou dénoncés par de basses vengeances ne fussent soumis à la question, étranglés et brûlés, leurs cendres jetées au vent.
- Le Parlement de Lorraine, dans les jugements commentés par Nicolas Rémy, procureur général, ouvrage paru en 1595, a fait payer de la vie le crime de sorcellerie à plus de neuf cents personnes en l'espace de quinze années. J’ai sous les yeux un petit volume sur la sorcellerie à Toul au seizième siècle par M. Albert Denis ; on y trouve rassemblés les jugements les plus iniques contre des malheureux que nous regardons aujourd’hui comme de simples malades, dignes d’intérêt et de compassion et justiciables de divers moyens thérapeutiques.
- D’après les croyances populaires, tout individu possédé du démon était marqué de la griffe du diable. Les stigmates des hystériques, les ecchymoses spontanées qu’on observe chez quelques-uns d’entre eux, moins que cela, des taches, des cicatrices tout à fait accidentelles, étaient tout autant de preuves du pacte conclu avec l’esprit malin. Le symptôme de l’anesthésie était encore une preuve des plus convaincantes. Qu’eussent dit ces justiciers fanatiques s’ils eussent été témoins des phénomènes présentés par les malades dont je tais parler, s’ils avaient vu s’inscrire, à la pression du doigt sur le corps des 18e année. — 4“r semestre.
- accusés, un mot quelconque, le nom du diable, si vous voulez! Satan ou Démon, en lettres saillantes sur la surface de la peau ? La démonstration de la culpabilité eût été plus certaine, {dus capitale encore et la condamnation au gibet et au feu n’aurait {tas manqué de faire justice du sorcier.
- 11 y a dix ans, M. Dujardin-Beaumctz présentait à la Société médicale des hôpitaux une malade curieuse, dont l’histoire fit bien vite le tour de la {tresse, sous le nom de la femme-cliché. Au moindre contact, la peau de cette femme rougissait ; venait-on à promener un crayon, une pointe mousse sur la peau, on voyait aussitôt apparaître en relief les lignes, les mots tracés avec une netteté surprenante.
- Ce cas unique, ou à peu {très, au moment où M. Dujardin-Beaumetz communiquait son observation, a été constaté depuis un certain nombre de fois. Pour sa part, M. le Dr Mesnet en a observé quatre des plus nets et c’est l’un de ces cas qui a fourni le sujet de la photographie-que nous reproduisons ci-contre.
- L’autographisme, je conserverai le nom donné par M. Mesnet à ce phénomène, a été appelé aussi urticaire graphique, dermogra-pliie, etc. (Dr Féré).. Ce phénomène consiste dans l’apparition d’un relief de la peau à la suite de la pression d’un corps quelconque, pli de la chemise, pression de l’ongle, d’un tracé figuré jtar le doigt, une pointe émoussée. Voici la description très nette du phénomène telle que la donne M. Mesnet, et telle qu’elle s’est produite sur la malade dont le dos porte en relief l’inscription la nature.
- « Si, dit-il, prenant un stylet mousse, un crayon taillé fin, nous traçons sur les épaules, la poitrine, sur les bras, sur les cuisses, le simulacre d’un mot, d’un nom, d’une figure, en promenant légèrement l’instrument sur tous les points figuratifs du mot ou de l’inscription que nous voulons produire, nous voyons presque à l’instant une rougeur vive se manifester sur la ligne parcourue par l’instrument. Cette rougeur diffuse constitue le premier temps du phénomène. Deux minutes après, la lettre ou l'inscription commence à paraître sous forme d’un tracé blanc rosé, d’une teinte beaucoup plus pâle que l’érythème rubéolique qui l’encadre de tous côtés.
- 26
- Phénomène de l'autographisme. Expérience spécialement exécutée pour La Nature sur une malade de M. le Dr Mesnet. (Fac-similé d’une photographie.)
- p.401 - vue 405/432
-
-
-
- 402
- LA NATURE.
- Ne quittez pas la malade, suivez attentivement les diverses phases de l’expérience, et vous voyez l’inscription se compléter sous vos yeux, la ligne pâle s’étendre, grossir rapidement, prendre un relief de plus en plus saillant, arrondi au sommet et atteindre le volume d’une demi-plume d’oie appliquée sur la peau. »
- Lorsque le phénomène est à son complet développement, lorsque le relief est bien établi, la partie de la peau sur laquelle on a dessiné le mot ou la figure prend tout à fait l’aspect d’un cliché d’imprimerie, d’où le nom de fennne-cliché donné à la première malade.
- Ce relief, dont le dessin ne peut donner qu’une pâle imitation, est visible à 10, 15, 20 mètres de distance, et persiste, suivant les sujets, de quelques minutes à plusieurs heures. C’est un phénomène transitoire, en ce sens que quelques heures après la peau a repris son aspect habituel; mais il peut être reproduit a volonté, et pendant des années on peut constater chez ces malades la même impressionnabilité du tégument.L’autographisme persiste comme les autres troubles nerveux qu’il accompagne chez ces névropathes. M. Mesnet a des malades qu’il suit depuis quatre années, une depuis six ans, et chaque fois l’autographisme se montre sous la pression du doigt aussi net que dans les premiers temps où il a été observé. D’après le dire des sujets, les reliefs de la peau varient aux différentes saisons de l’année, et au printemps ils se montrent avec beaucoup plus d’intensité, de même qu’à certaines périodes où l’excitation du système nerveux est, pour une cause ou une autre, plus prononcée.
- Peut-on entraver par un moyen local la production du phénomène de l’autographisme ? On a tenté à cet égard un certain nombre d’expériences. L’anesthésie par des pulvérisations d’éther, des applications de glace, empêche momentanément l’apparition des raies, des tracés ; mais dès que l’action anesthésiante a disparu, l’existence des reliefs s’accuse aussi bien que sur un point non anesthésié. Il n’y a qu’un simple retard dans l’évolution du phénomène. Par contre, l’anesthésie propre des hystériques ne le modifie en rien. Piquez le côté gauche de la malade que représente notre dessin, elle ne sent rien ; le côté droit est au contraire parfaitement sensible. Eh bien, le crayon promené des deux côtés provoque également bien l’apparition des clichés autographiques, avec cette différence qu’à droite la malade sent le tracé du crayon et à gauche ne perçoit rien du tout.
- Quelle est la cause de ce singulier phénomène ? S’agit-il d’une variété d’urticaire? Tout le monde connaît l’éruption fort désagréable, douloureuse même, causée par le contact de l’ortie ; une éruption similaire survient chez bien des gens sans cause bien déterminée, quelquefois par l’ingestion des moules, des écrevisses, des fraises, etc. Est-ce là quelque chose d’identique ? La démangeaison n’existe pas comme dans l’urticaire, et si des malades ont eu
- parfois des poussées éruptives de ce genre, la coexistence fait d’autres fois complètement défaut.
- II paraît donc rationnel de rattacher l’autogra-phisme aux manifestations d’ordre nerveux, à ces troubles fonctionnels qu’on rencontre dans les névroses, et notamment dans l’hystérie. La plupart des malades chez lesquels on a noté ce phénomène sont en effet profondément hystériques ; je dis la plupart, car le I)r Féré l’a observé également chez les épileptiques. Les uns ont une anesthésie de plusieurs points du corps, les autres des troubles fonctionnels des organes des sens, de la cécité pour les couleurs, de la diminution du champ visuel, des perversions du goût; d’autres présentent les crises nerveuses caractéristiques. Les quatre malades du Dr Mesnet étaient de plus très facilement hypnotisables par les moyens habituels, fixation d’un objet métallique, du doigt, etc. Cette susceptibilité à l’hypnotisation a conduit le savant clinicien à une ingénieuse hypothèse de la pathogénie de l’auto-graphisme. Il se demande si l’on peut concevoir une relation entre ces troubles vaso-moteurs périphériques et les perturbations dynamiques qui accompagnent l’hypnotisme. « Le phénomène extérieur de circulation capillaire, dit-il, qui se passe sous nos yeux dans l’autographisme, aurait-il son congénère dans un trouble intime et profond de la circulation capillaire du cerveau, trouble que nous ne pouvons constater de visu, mais dont les effets se traduiraient à nous par la dissociation momentanée dans l’exercice des facultés intellectuelles ? » On ne peut évidemment que poser la question. Quelle que soit l’interprétation exacte de cette singulière manifestation cutanée, elle n’en est pas moins intéressante et digne, je pense, de l’attention de nos lecteurs. Dr A. Cartaz.
- ---------
- LA TAPISSERIE MOSAÏQUE DE BOIS
- Cet art entièrement nouveau est digne d’être signalé : les premiers spécimens qui figuraient à l’Exposition de 1889 ont attiré l’attention d’un grand nombre de visiteurs. L’inventeur, M. Bougarel, a mis huit années à créer cet art qui consiste à reproduire exactement, comme les Gobelins le font avec la laine, les dessins les plus variés, les tableaux les plus riches de couleurs, par la juxtaposition de petits parallélépipèdes de bois teints préalablement en pénétration absolue, de telle sorte que les panneaux, une fois terminés, puissent être grattés et rabotés sans subir la moindre altération de dessin ni de coloris.
- Voici quelques renseignements empruntés à une récente communication faite par l’auteur à l;t Société d'encouragement pour l'Industrie nationale.
- Le point employé pour les grandes surfaces ou point décoratif compte quatre cent mille morceaux de bois par mètre carré; le petit point, ou point de tapisserie, un million six cent mille. Ces deux points peuvent être employés séparément ou ensemble dans le même panneau : le premier est réservé aux fonds, au ciel, aux frondaisons, tandis que le second s’applique aux parties qui demandent
- p.402 - vue 406/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 403
- plus de fini d’exécution, comme les personnages. Quand on saura que l’inventeur dispose de douze mille six cents tons teints d’avance, on pourra se rendre compte qu’il puisse aborder tous les genres; fleurs, natures mortes, paysages, tableaux de genre et même le portrait.
- L’invention porte sur plusieurs points aussi neufs qu’intéressants : d’abord, l’annotation du dessin qui permet à M. Bougarel d’écrire son dessin sur un cahier comme un musicien note une phrase mélodique, et de le faire exécuter de la façon la plus fidèle par des manœuvres ignorant absolument l’art du coloris et de la peinture ; la préparation des bois qui sont tranchés à une épaisseur qui ne doit pas varier de plus de 1 ou 2/100 de millimètre; la teinture en pénétration par des procédés spéciaux qui modifient en même temps la fibre du bois et la soustraient à toutes les influences extérieures; enfin la manipulation de ces bois au moyen d’appareils fonctionnant avec une précision mathématique et exécutant le travail presque automatiquement.
- Les principales applications de cette très intéressante invention sont : la décoration des murs offrant un revêtement facile à entretenir et absolument hygiénique puisqu’il ne retient ni poussières ni microbes; celle des portes,
- des dessus de portes, des lambris; l’ornementation de toute la grande et la petite ébénisterie, la tapisserie mosaïque de bois pouvant affecter toutes les formes, plate, convexe ou concave, et s’adapter à tous les styles en prenant place à côté de la marqueterie et du vernis Martin qu’elle dépasse en richesse et en solidité; enfin, la vulgarisation des œuvres des maîtres anciens et modernes.
- Il n’en faut pas plus pour faire comprendre l’intérêt de la tapisserie mosaïque de bois.
- LES VACCINATIONS ANTIRABIQUES
- a l’ixstitut pasteur
- Au mois de mars 1886, dans une séance dont la date restera mémorable dans les annales de la science, M. Fasteur communiquait à l’Académie des sciences les résultats du traitement de la rage par les vaccinations prophylactiques. On se souvient de l’émotion causée par cette découverte ; l’histoire du premier malade traité, le jeune berger Meisler, a été reproduite partout, et les lecteurs de La Nahti'e1
- ANNÉES TABLEAU A TABLEAU B TABLEAU G TOTAL
- Nombre de personnes traitées Morts Mortalité pour 100 Nombre de personnes traitées Morts Mortalité pour 100 Nombre de personnes traitées Morts Mortalité pour 100 Nombre de personnes traitées Morts Mortalité pour 100
- 1886 231 5 1,30 1926 19 0,99 511 5 0,58 2671 23 0,91
- 1887 357 2 0,56 1156 10 0,86 257 i 0,39 1770 13 0,73
- 1888 402 6 1,49 972 2 0,21 218 i 0,40 1622 9 0,55
- 1889 316 2 0,58 1187 2 0,17 297 2 0,67 1830 6 0,53
- Totaux 1356 13 0,97 5241 33 0,63 1316 7 0,53 7893 53 0,67
- Tableau des vaccinations antirabiques.
- ont été mis au courant des premières recherches du grand savant.
- Le succès obtenu chez cette série de trois cent quatre-vingts malades n’a fait que se confirmer depuis. Sous l’impulsion de médecins, de savants de tout ordre, grâce à la générosité de bienfaiteurs de tout pays, l’Institut Pasteur s’est élevé rue Dutot. De nombreux établissements similaires ont été créés dans divers pays, et aujourd’hui, cette terrible maladie, dont on aurait cherché en vain dans les siècles passés un exemple authentique de guérison, est combattue avec succès. Nous n’en voulons pour preuve que la statistique détaillée que vient de publier un des collaborateurs de M. Pasteur, M. Perdrix.
- De 1886 à 1889, près de huit mille personnes (en chiffres exacts,'7893) ont été traitéesl’Institut Pasteur ; sur ce nombre, on ne compte que cinquante-trois morts, et chaque année la mortalité proportionnelle va en s’affaiblissant. Au début, il y avait naturellement quelques hésitations sur la forme du traitement à appliquer à chaque cas particulier. Certains cas graves, dont les lésions sont nombreuses, siègent à des points rapprochés des masses encépha-
- liques ; la face, le cou, les membres supérieurs, ont une durée d’incubation moins longue, une évolution plus rapide des accidents, et réclament, de ce fait, un traitement plus actif, c’est-'a-dire des injections de virus moins atténué ou des inoculations plus nombreuses, plus intensives.
- Les personnes traitées sont classées en trois catégories : À. Personnes pour lesquelles la rage de l’animal mordeur est expérimentalement démontrée par le développement de la rage chez un animal inoculé, ou mordu en même temps que la personne. — B. Personnes pour lesquelles la rage de l’animal mordeur est constatée par examen vétérinaire. — C. Personnes mordues par des animaux suspects de rage.
- Le tableau ci-dessus donne les résultats des vaccinations pour ces diverses catégories.
- La mortalité, comme on le voit, s’est abaissée d’année en année, à mesure qu’on pouvait apprécier {dus sûrement la meilleure application du traitement à telle ou telle variété de morsure. De 0,94 en 1886, elle tombe à 0,33 pour 100 en 1889.
- 1 Vov. u° 660, du 0 mars 1880, p. 211 et 22-”.
- p.403 - vue 407/432
-
-
-
- 404
- LA NATURE.
- Le degré de gravité des cas marche de pair avec le siège des blessures; sur ce total de 7895 personnes traitées, on compte 072 mordus à la tète et au visage, avec 15 morts (2,25 pour 100) ; 4587 mordus aux mains, 29 morts (0,66 pour 100), et 2854 mordus aux membres et au tronc, 9 morts (0,52 pour 100). Cette gravité tient, comme je le disais, à ce que le virus, dans les lésions de la face, arrive rapidement à se localiser dans la moelle et le cerveau ; dès lors, si le traitement n’est pas appliqué dans un court délai après la morsure, l’immunité ne peut être acquise.
- On peut également invoquer ce fait pour la gravité des morsures de la face, des mains, que la dent du chien entame directement les tissus qui dans d’au très régions ne sont atteints qu’après la dé-chirure des vêtements, qui ont pu atténuer, en essuyant la dent, en arrêtant la salive, la gravité de l’inoculation.
- Un résumé très instructif fait par M. Perdrix montre qu’il faut faire peu de cas de la cautérisation immédiate, j’entends comme moyen curatif sur l'efficacité duquel on puisse se reposer en toute sécurité. 11 va sans dire que toute morsure de cl lien enragé ou suspecté tel doit être aussitôt que possible cautérisée, et de préférence par un caustique liquide ; mais le blessé devra sans retard se soumettre aux vaccinations s’il veut écarter tout danger. Je note en passant qu’il vaut mieux un caustique liquide, manié, cela s’entend, par des mains expertes ; le fer rouge a de la peine à pénétrer dans toutes les anfractuosités d’une plaie contuse, à moins qu’on n’aille très hardiment détruire les tissus au delà des dernières limites de la plaie.
- Sur un relevé de 2000 cas successifs, donnant 17 morts, M. Perdrix a compté 354 personnes qui ont été cautérisées au fer rouge. Or, sur ces dernières, il y a eu 5 décès, proportion de morts sensi-blemenl égale (0,90 contre 0,85) au total des 2000cas.
- Comment se répartissent, sur le territoire fran-
- çais, les cas de rage, au moins d’après la statistique’ fort imposante, de l’Institut? La Seine vient en tête de la liste, avec 47 cas pour 100 000 habitants; les Bouches-du-Rhône, Scine-et-Oise, le Rhône, etc., 20 départements en ont envoyé de 14 à 55; 26 départements de 5 à 14 ; 20 départements, 5 ; 19 départements, 3. D’une façon générale, le Nord, l’Est et l’Ouest ont fourni peu de cas de rage. Par contre, certains départements, ayant de grands centres, la Seine, le Rhône, les Bouches-du-Rhône, ont eu de véritables épidémies de cas de rage. A Lyon, notamment, la fin de l’année dernière et le commencement de 1890 ont vu se multiplier les accidents, et tout dernièrement la Société de médecine de celte ville a protesté avec vigueur contre l’inobservation des règlements sanitaires, incurie qui a déjà causé la mort de plusieurs victimes. C’est 'a l’application stricte de ces mesures, il faut bien le dire, qu’on devra l’atténuation, sinon l’extinction, de cette redoutable contagion. Que les municipalités, que les agents ne se laissent pas attendrir par la sensiblerie de quelques âmes trop tendres à l’égard des chiens ; qu’on prescrive le port [de la muselière, qu’on rafle impitoyablement les chiens errants, qu’on les sacrifie quand ils ne sont pas réclamés, et le résultat ne se fera pas attendre. On en a eu un exemple démonstratif a Paris il y a quelques années ; la mort d’une personne connue dans le monde artistique provoqua nombre d’articles belliqueux dans les journaux. Les chiens errants furent traqués ; en quelques semaines, plusieurs centaines étaient conduits à la fourrière; les cas de rage diminuèrent aussitôt. A Marseille, il en a été de même l’année dernière ; à Lyon, la répression amènera des résultats aussi heureux. On rendra ainsi les accidents moins fréquents et la tâche moins lourde aux zélés directeurs du service de l’Institut Pasteur.
- NORD
- ORNE
- IAYENNI
- SARTHE/
- YONNE
- (VENDEE
- !êvres\
- ALPES.
- iRlELGi
- NOMBRE DE PERSONNES ENVOYEES A L'INSTITUT PASTEUR DEPUIS 3 ANS . I 3 personnes pour 100.000 ( 19Dép*?) 6IIIIIIIIIIII1 5à14personnespour100.000l26Dépt?) =3 5 personnes pour 100.000 (20Dépt*) üMiiiÜi 14-433 perso n nés pcurlOO.OOQ 120 Dépu) BBHI *t7personnes pour 100.000 (Seine)
- Répartition par départements des personnes venues à l’Institut Pasteur pour subir le traitement antirabique.
- Période de trois années jusqu’à la lin de 1889.
- p.404 - vue 408/432
-
-
-
- ' LA NATURE.
- 405
- RÉGULATEURS DE LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- (système japy)
- De même que pour les piles, la question des régulateurs de lumière électrique a stimulé l’esprit des inventeurs; il fut un temps où chacun voulait inventer une pile, aujourd’hui le nombre des régulateurs est tellement élevé qu’il faudrait un fort volume pour donner la description de ceux qui ont vu le jour depuis celui de Foucault.
- Ce qui a été pendant longtemps un obstacle à
- Fig. 1. — Lampe à régulateur en dérivation.
- c’est-à-dire ne comportant qu’une seule lampe par chaque circuit, et en régulateurs polyphotes, les plus généralement répandus, qui peuvent être intercalés en plus ou moins grand nombre sur un même circuit.
- Enfin ces derniers se subdivisent eux-mêmes en régulateurs à dérivation et en régulateurs différentiels ; ce sont ces deux catégories qui nous occupent et que représentent nos dessins.
- A part quelques rares exceptions, les principaux mobiles qui contribuent à la marche d’une lampe à arc sont : un électro-aimant (ou un solénoïde) dont l’armature (ou le noyau) a pour fonction d’enclencher ou de déclencher un mouvement d’horlogerie (ou un frein suivant le cas) engrenant avec une
- l’emploi de la lumière électrique, c’était la difficulté de maintenir le foyer lumineux en un point fixe par suite de l’usure des charbons qui produisait des alternatives d’éclat et de défaillance dans la lumière.
- Le but d’un régulateur de lumière électrique, plus communément appelé « lampe à arc voltaïque » est donc de maintenir l’écart convenable des deux pointes de charbons entre lesquelles se produit l’arc. Ce résultat est obtenu au moyen de dispositifs sur lesquels on s’est basé pour la classification des régulateurs qui se divisent en régulateurs monophotes,
- Fig. 2. — Lampe à régulateur différentiel.
- crémaillère à l’extrémité de laquelle on place ordinairement le charbon positif.
- Dans les régulateurs à dérivation, il n’existe qu’un solénoïde à fil fin placé en dérivation sur le courant principal ; dès que la résistance de l’arc augmente par suite de l’écart des charbons, l’intensité de ce courant diminue, mais croît dans le solénoïde dont le noyau est attiré et déclenche les organes qui réalisent le rapprochement des charbons. L’enclenchement se reproduit dès que l’écart normal est obtenu,
- Les régulateurs différentiels sont basés sur l’action différentielle de deux électros (ou solénoïdes), l’un à gros fil placé dans le circuit, l’autre à fil fin placé en dérivation; suivant les variations d’intensité qui se produisent dans les électros, leur armature est
- p.405 - vue 409/432
-
-
-
- 406
- LA NATURE.
- plus ou moins attirée, déterminant ainsi l’arrêt ou la marche du mobile qui effectue le rapprochement, des charbons. Ces courtes explications rendront 'plus facile la description des régulateurs faisant l’objet de cette notice; mais, avant de l’aborder, il est important de dire que, jusqu’à ce jour, les lampes à arc, soigneusement étudiées au point de vue cinématique, n’ont pas acquis le pouvoir de Protée, c’est-à-dire que leur forme est presque invariable; l’emploi de la crémaillère nécessite des dimensions en hauteur qui leur donnent un coup d’œil disgracieux en même temps qu’elles rendent leur emploi difficile dans certaines installations. La question de donner
- Cu/&sse F en Fer
- ÙZ=
- Fig. 3. — Schéma de la lampe différentielle.
- aux régulateurs des dimensions plus restreintes, sans nuire à leurs qualités, avait été étudiée en Allemagne, mais a été résolue d’une façon pratique par un de nos grands industriels français M. Henry Japy, avec le concours de M. Helmer, ingénieur.
- Un regard jeté sur nos gravures donne déjà une idée du progrès réalisé en ce sens. La figure 1 représente le régulateur à dérivation muni de son chapeau et laissant voir le mécanisme dessiné à côté à une plus grande échelle. On voit que la crémaillère est remplacée par une chaîne de Gall passant sur une roue dont la circonférence est armée de pointes entrant dans chacun des maillons de la chaîne formant en quelque sorte une crémaillère souple; les pointes engrènent avec le mouvement d’horlogerie placé au centre.
- A gauche du mécanisme se trouve le solénoïde dont le noyau agit sur un bras de levier portant à son extrémité un butoir, en forme de peigne maintenant à l’arrêt la tige du balancier grâce à l’action d’un ressort antagoniste placé à droite de notre dessin. On comprend que, dès que le courant dérivé augmente d’intensité par suite delà résistance que rencontre le courant principal résultant de l’écart des charbons, le noyau est aspiré dans le solénoïde dont l’action est supérieure à celle du ressort antagoniste ; à ce moment le bras de levier est soulevé, la tige de l’échappement est dégagée et le mouvement d’horlogerie défile, entraîné par le poids du solénoïde porte-charbon que l’on aperçoit maintenu par deux glissières isolées entre les deux tiges de la lampe. D’ailleurs l’allumage et le mécanisme maintenant l’écart normal des charbons étant le même dans les deux régulateurs, la description de la lampe différentielle (fig. 2) complétera l’explication de la lampe à dérivation.
- Nous savons ce qui distingue les deux systèmes, examinons donc ce qui se passe dans le régulateur différentiel. Pour cela, le schéma de cet appareil (fig. 5) nous servira de guide; suivons le courant dont le sens est indiqué par les flèches : il entre par la borne a, traverse le solénoïde à gros fil S', passe par la traverse supérieure à l’extrémité de laquelle une faible partie de ce courant dérive dans le solénoïde à fil fin S ; mais la plus grande partie s’écoule par la tige m (isolée en I), d’où il est recueilli par le balai H qui l’amène dans l’électro d’écart S" qui attire la palette p, continue sa marche par les charbons C et C', et la traverse n remonte par la tige m pour sortir par la borne a!.
- Quittons un moment le courant et voyons les organes qu’il va mettre en jeu : les deux solénoïdes à gros fil S' et à fil fin S ont chacun un noyau A' et A reliés ensemble par le balancier en laiton B pivotant en O, lequel porte sur sa branche droite le taquet e en forme de peigne qui enclenche la tige de l’échappement (disons tout de suite que cette forme a été adoptée afin que, quelle que soit la position de la tige de l’échappement, elle rencontre toujours un cran d’arrêt; en un mot, l’effet est instantané). Qu’arrive-t-il pendant la marche du courant? Nous supposerons les deux charbons en contact; en passant dans le solénoïde S', le noyau A' est abaissé et maintient l’échappement du mouvement d’horlogerie; arrivée dans l’électro d’écart S", la palette p est vivement attirée et soulève le charbon supérieur C fixé à cette palette, aussitôt l’arc éclate : la lampe est allumée.
- Mais les deux charbons s’usent, l’espace qui les sépare augmente et la résistance au passage du courant principal augmente également ; c’est alors que, trouvant une issue par le solénoïde à fil fin S placé en dérivation, il tend à s’écouler par celui-ci. A ce moment l’intensité de la bobine à fil fin S augmentant et devenant supérieur à S', son noyau A est violemment aspiré entraînant le balancier B qui dégage
- p.406 - vue 410/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 407
- la tige de l’échappement laissant libre le mouvement d’horlogerie.
- 11 est facile de se faire une idée de ce qui se passe : l’une des extrémités de la chaîne porte le charbon supérieur et l’autre, passant par la roue dentée R, vient se fixer au porte-charbon inférieur qui coulisse dans les tiges m,m, et tous les deux avancent d’une quantité égale.
- Quand les pointes des charbons sont revenues à leur écart normal, le courant n’éprouvant plus de résistance reprend son chemin ordinaire abandonnant le solénoïde S; l’intensité de la bobine S' reprenant le dessus attire son noyau A' et le balancier B vient de nouveau enclencher le mouvement d’horlogerie.
- Notons que l’amplitude du balancier est extrêmement petite et qu’il ne laisse échapper qu’une dent seulement au mouvement d’horlogerie M; or, les charbons se rapprochent incessamment d’une très faible quantité au point que si l’on intercale un ampère-mètre dans le circuit de la lampe, on ne constate aucune variation dans l’aiguille.
- Les principales conditions à réaliser dans les régulateurs de lumière électrique, c’est urte extrême sensibilité dans les organes et une grande sûreté dans le réglage. Indépendamment du volume restreint donné à ces lampes, les conditions précitées ont été très bien étudiées ; afin d’augmenter la sensibilité, les deux noyaux A, A', sont armés d’une culasse en fer F (fig. 3) solidaire avec le balancier B; pour le réglage de la lampe, un des noyaux A' est creux, ce qui permet d’y introduire de la grenaille de plomb ; enfin le ressort antagoniste R sert à régler l’intensité de la lampe dans une limite très étendue.
- Un point nous avait paru défectueux et susceptible de retirer de la sensibilité : c’est le balai II frottant suivant deux génératrices le long de la tige M; nous avons constaté de visu que cela n’influait pas sur la marche générale du régulateur.
- Avant de terminer cette description, nous ferons remarquer que la lampe Japy est à foyer fixe.
- Le charbon positif qui s’use deux fois plus vite que le négatif a une section double; au lieu de se servir d’un mouflage qui aurait/permis de faire parcourir un espace double au charbon positif, on emploie l’action directe qui fait avancer les porte-char-Ijon d’une -quantité équivalente, de cette façon on obtient un point lumineux relativement fixe.
- Le côté économique de ces régulateurs n’est pas moins intéressant. Il n’était permis qu’à la maison Japy frères de pouvoir établir des appareils bon marché grâce à l’immense outillage et aux moyens de fabrication que cette maison possède. Nous glissons sans appuyer sur ce sujet qui ne doit pas avoir sa place ici, mais que nous indiquons néanmoins, car cela ne peut que faire faire un grand pas à l’éclairage électrique et vaincre surtout les réticences d’une grande partie du public qui attend toujours, pour entreprendre quelque chose, que le voisin ait commencé.
- Tous les efforts doivent tendre à abaisser le plus possible le prix de l’éclairage électrique si on veut le voir s’étendre; aussi pensons-nous que, si avec les vastes ressources que MM. Japy ont à leur disposition, ils entreprenaient la construction de la plupart des appareils servant à ce mode d’éclairage, celui-ci prendrait un véritable essor, car c’est Yargu-mentum ad crumenam qui aura toujours une influence prépondérante. Paul Gahéry.
- IA MICROGRAPHIE
- appliquée a l’étude des bois
- Les visiteurs de l’Exposition de 1889 ont pu remarquer le bâtiment de l’Administration des forêts, mais un petit nombre seulement ont été à même d’apprécier la remarquable collection de photographies représentant les détails considérablement agrandis de la structure des tissus de toutes les espèces qui composent nos forêts. Il faut en effet s’y connaître, comme on dit familièrement, pour juger de la valeur de ces photographies. Ceux-là seuls qui savent le nombre et la diversité des difficultés vaincues peuvent estimer le résultat obtenu. Le public, qui voit avec quelle facilité on fait un portrait, ne doute pas qu’on obtient aussi aisément l’image de tout corps ou objet, celle d’un astre, par exemple, ou d’un tissu animal ou végétal. Or, ce travail n’a pu être effectué que parce que l’Administration a trouvé à point nommé un amateur d’un rare talent, M. Thouroude, qui s’est fait une spécialité de la micrographie.
- On avait tout d’abord songé à exposer une collection de section s ou tranches de bois de 4 centimètres de long sur 2 centimètres de large, et d’une épaisseur ou plutôt d’une minceur de 1/50 de millimètre, si bien qu’il a fallu les placer entre deux lames de verre pour les fixer. 450 tranches ont été ainsi obtenues, appartenant à 555 espèces.
- L’exécution de ce premier travail fort délicat fut dirigée par M. Thil, inspecteur adjoint des forêts, spécialement attaché à M. Sée, administrateur des forêts. Il n’a pas exigé moins de dix-huit mois de préparation.
- Le bois a du être traité par certains liquides destinés à le débarrasser et des bulles d’air et des incrustations qui auraient pu gêner l’action de la lame tranchante sur les fragments qui avaient été préalablement débités à la scie1.
- L’examen détaillé de ces sections exige l’emploi de la loupe et du microscope, instruments dont le maniement est peu familier à bien des gens. La loupe ne permet d’ailleurs qu’un examen pour ainsi dire local, et la vue d’ensemble, la topographie du tissu, si l’on peut parler ainsi, laisse seule dans l’esprit une idée nette et précise de chaque essence d’arbre. C’est pourquoi on s’est préoccupé d’obtenir
- 1 O travail a cté exécuté par M. Dc.yrolle.
- p.407 - vue 411/432
-
-
-
- 408
- LA NATURE.
- des photographies agrandies de ces sections, pour l’exécution desquelles on a eu recours à M. Thou-roude. Il a fallu d’abord chercher la source lumineuse qui, par son intensité et sa constance fût
- appropriée au but qu’on se proposait. La lumière oxhydrique a seule présenté les conditions requises. La lumière électrique (arc voltaïque), incontestablement plus vive, présente des inconvénients par ses
- Fig- 1. — Mélèze d'Europe (Larix Europæa.) Section transversale, grossissement 60 diamètres. Type du bois des conifères. On aperçoit au milieu la section des canaux résiuitères où se rend la résine sécrétée par des cellules voisines.
- Fig. 2. — Genévrier de Phénicie (Juniperus Phxnicea, Linn.) Section transversale. Autre type du même bois sans canaux rési-nifères. La résine est enfermée dans quelques fibres qui se détachent en noir. Grossissement 60 diamètres.
- variations brusques d’éclat et le défaut d’uniformité sur toute l’élendue de l’objet.
- Le cliché était obtenu par la projection directe du bois. A cet effet, la section du bois était placée
- Fig. 3. — Aune blanc (Alnus incana, D.C.) Section transversale. Grossissement 30 diamètres
- tFig. 4. — Ajonc d'Europe (Ulex europæus, Linn.) Section transversale. Grossissement 30 diamètres.
- dans un appareil à projection qui en projetait l’image agrandie directement sur la plaque sensible de l’appareil photographique. La durée de la pose a varié de 18 centièmes de seconde pour les sections les plus claires, comme celle du tremble, à 1 seconde 30 centièmes, pour les plus foncées, comme celle
- de l’amandier. Cette rapidité dans l'opération était une condition du succès. Une durée de quelques secondes suffisait pour faire disparaître des détails d’une grande finesse, comme les aréoles, indiqués par une légère différence d’opacité avec les autres parties du tissu. On a fait choix de deux grossisse-
- p.408 - vue 412/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 409
- ments différents, le moins fort pour les bois dont le tissu est constitué par des éléments d'une moindre finesse.
- Nous ferons grâce à nos lecteurs de l’énumération de toutes les précautions prises pour éviter les
- Fig. S. — Erable à feuilles d’Obier (Acer OpiiUfolium^\'dh\vs). Section transversale. Grossissement 30 diamètres.
- Tout a marché à souhait. Nous possédons aujourd’hui un album très intéressant qui ne sera pas moins utile au forestier qu’au botaniste, à l’homme
- ment des vaisseaux ; l’étendue, l’épaisseur, la distribution des rayons médullaires ; les cellules des fibres et la constitution intime de ces cellules, qu’on a pour ainsi dire fouillées au point d'y trouver des points d’une finesse extrême, répandus au nombre d’une vingtaine de mille sur une surface de 1 millimètre carré.
- Nous donnons ci-contre la reproduction de quel-
- écueils de toute nature qu’on rencontre dans l’exécution d’un travail fort délicat et qui exige des opérateurs une expérience consommée. On ne sera pas surpris queM. Thouroude ait réclamé le concours de M. de Yillecholles, maître de conférences à l’Ecole centrale.
- Fig. 6. — Chêne' rouvre (Quercus Sessiliflora, Smilh.) Section transversale. Grossissement 30 diamètres.
- pratique qu’au savant. On y peut étudier les caractères propres au tissu végétal de chaque essence d’arbre : la forme, le nombre, le mode de groupe-
- ques-unes de ces curieuses photographies. Les figures 1 et 2 donnent l’aspect du mélèze et du genévrier. Les figures 3, 4, 5, 6 sont des types de bois feuillus (Angiospermes dicotylédones).
- Les rayons médtdlaircs sont d’égale épaisseur dans l’érable et l’ajonc, et d’inégale épaisseur dans le chêne et l’aune blanc. Les vaisseaux sont simples dans l’érable et groupés dans l’aune. Dans ces deux
- p.409 - vue 413/432
-
-
-
- 410
- LA NATURE.
- Lois, ils sont disséminés, dans tout l’accroissement; dans le chêne et l’ajonc, ils sont au contraire localisés et distribués de manière à former d’élégants dessins. Dans le chêne, ils sont de deux dimensions. La figure 7 donne une coupe de clématite montrant ses grandes cellules, et la figure 8, qui représente le jonc, est remarquable par les cellules étoilées de la moelle.
- Un semblable travail ne saurait être enfoui dans les cartons d’un Ministère et disparaître avec YEx-position. Les Facultés des sciences, les Écoles normales, un certain nombre d’écoles devraient en posséder au moins un exemplaire. Il y a donc lieu dp, le publier en le complétant par une monographie des espèces représentées. Ce sera faire une œuvre utile. Feux IIément.
- LE MUSC ARTIFICIEL
- On connaît, depuis un grand nombre d'années, l’odeur plus ou moins musquée que possèdent certains dérivés nitrés de l’essence de succin (produit de la distillation de l’ambre jaune) et de certains carbures aromatiques à équivalent élevé. On trouvait même, dans le commerce, sous le nom de musc artificiel, essence de musc, des liquides brunâtres présentant fortement l’odeur caractéristique des corps nitrés et laissant par leur exposition à l’air se développer à la longue une odeur rappelant d’assez loin celle du musc; mais c’est en 1889 qu’est apparue, pour la première fois, une substance solide, cristallisée en petites lamelles plus ou moins blanches, possédant l’odeur pure et franche du musc naturel et d’une intensité tout à fait extraordinaire.
- Cette découverte a été faite en 1888 par un jeune chimiste, M. A. Baur, qui a breveté la préparation de cette substance, obtenue par la nitration de l’isobutjltoluène.
- Ce n’est pas le hasard qui a amené fauteur à cette découverte; mais bien de patientes recherches commencées dès l’année 1882 sur l’étude des deux butyltoluènes préexistant dans l’essence de résine.
- L’existence d’un carbure C11H16 possédant les caractères des dérivés benzéniques avait déjà été signalée dans l’essence de résine par M. Kolbe. Ce chimiste avait étudié sa transformation au moyen de l’acide chromique en acide isophtalique ; il avait constaté que son oxydation par l’acide nitrique étendu, au lieu d’acide toluique, donnait un acide ayant le même nombre d’atomes de carbone que le carbure lui-même, et il en avait conclu que ce carbure C1JH16 renfermait deux chaînes latérales ; mais il n’avait pas déterminé si ce carbure était une méthylbutylbenzine ou une éthylpropylbenzine. C’est la question que M. A. Baur est parvenu à élucider.
- Dans un travail méthodique, il a défini et reproduit par la synthèse le carbure signalé par Wernerkelke; il a retrouvé un autre carbure isomérique du premier, dans les huiles de résine.
- C’est en poursuivant la comparaison du carbure synthétique et du carbure extrait des résines dans leurs dérivés nitrés, queM. Baur a été amené à préparer celle des combinaisons qui possède, à l’état de pureté, l’odeur caractéristique du musc et à déterminer les conditions de sa préparation telle que les donne son brevet.
- La formule du musc artificiel n’est pas encore certaine ; ce qui n’est pas douteux, c’est qu’il contient une certaine
- quantité, non déterminée, de vapeur nitreuse substituée à l’hydrogène. Suivant quelques personnes qui l’ont expérimentée, la solution alcoolique pure serait peu odorante; l’eau et surtout les alcalis exalteraient son odeur, et les acides l’atténueraient ; enfin la solution alcoolique deviendrait acide à la longue, ce qui altérerait considérablement le parfum.
- Si ce dernier point était exact, il y aurait lieu de voir s’il convient de substituer, en thérapeutique, le musc artificiel au musc naturel.
- Pour l’obtenir, on fait bouillir au réfrigérant ascendant du toluène avec du chlorure, du bromure ou de fiodure de butyle en présence de chlorure ou de bromure d’aluminium : le produit de la réaction est repris par l’eau et distillée dans un courant de vapeur.
- Les parties qui distillent entre 170° et 200° sont mises à part et traitées par un mélange d’acide nitrique et sulfurique fumants. On lave à l’eau et on redissout dans l’alcool qui laisse cristalliser un produit blanc jaunâtre à forte odeur de musc.
- On dissout les cristaux dans l’alcool additionné d’ammoniaque ou de carbonate d’ammoniaque; la solution comparable à la teinture de musc, possède une odeur encore plus intense et plus pénétrante.
- Le brevet de M. Baur a été acheté par des parfumeurs qui font préparer le musc artificiel à Mulhouse (Mertzeau), et à l’usine de Bellevue, près Giromagny.
- Cette matière vaut actuellement 3000 francs le kilogramme, et le commerce du musc traverse en ce moment une période très critique 1.
- FABRICATION DES YITRES
- PAR LAMINAGE
- On signale dans le domaine de la fabrication des verres à vitres une invention très importante d’après l’avis de quelques ingénieurs compétents.
- Alors que, jusqu’ici, on ne pouvait obtenir de verre à vitres qu’à la suite de diverses opérations : soufflage, découpage et polissage, M. Simon, propriétaire de verreries, est parvenu à produire des plaques de verre d’une grande largeur et d’une longueur ad libitum, au moyen de cylindres, ainsi que cela se pratique pour la tôle. Au point de vue de l'homogénéité, de la solidité et de la transparence, le verre obtenu de cette manière serait de beaucoup supérieur au verre ordinaire ; en outre il posséderait un brillant qui ne le céderait guère à celui des glaces polies. Le côté essentiel de l’invention de M. Simon consiste, d’après YOrgane des intérêts industriels du Nord, dans l’emploi de cylindres métalliques spéciaux et creux, chauffés intérieurement au moyen de vapeur ou de gaz. Ces cylindres saisissent directement la masse pâteuse qui leur est amenée, sans l’aide d’aucun appareil intermédiaire, du fond d’un creuset. Afin d’éviter l’adhérence de la masse de verre encore mou aux cylindres; ceux-ci sont enduits d’une couche très mince de poussier de charbon, d’huile et de cire. Etant données les demandes de plus en plus nombreuses de vitres de grandes dimensions, que les procédés actuels de fabrication ne permettent pas de produire sans nuire à la santé des souffleurs de verre, la nouvelle méthode pourrait bien devenir d’une application générale, d’autant plus qu’elle réduit considérablement le prix de revient.
- 1 D’après le Journal de pharmacie et de chimie.
- p.410 - vue 414/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 411
- LA NAVIGATION SOUS-MARINE
- LES EXPÉRIENCES DU « GOUBET ))
- L’une des conceptions les plus audacieuses que l’homme ait jamais pu rêver, celle de la navigation sous-marine, a depuis longtemps, et notamment en ces dernières années, donné lieu à de nombreuses expériences1. Celles qui viennent d’être exécutées par le bateau sous-marin de M. Goubet méritent d’être signalées comme particulièrement intéressantes.
- Les lecteurs de ce journal connaissent tous, grâce à la description détaillée que nous en avons jadis publiée en 18862, les dispositions essentielles du bateau torpilleur de M. Goubet. Depuis lors, son inventeur ne lui a fait subir aucune modification sérieuse ; quelques perfectionnements de détails ont simplement été apportés sans que rien fût changé au principe même de la construction. De ces perfectionnements introduits au bateau sous-marin, le plus important est sans conteste l’addition d’un tube optique.
- Le gros reproche, en effet, que certains adressaient au nouveau torpilleur, comme au surplus à tous les bateaux sous-marins, c’était, une fois sous l’eau, de ne pouvoir rien connaître de ce qui se trouvait à la surface, et, par suite, de ne pouvoir en aucune manière, tant que la nécessité d’être immergé subsisterait, contrôler directement sa route.
- Cet inconvénient, beaucoup moindre d’ailleurs dans la pratique qu’on pourrait être tenté de, le croire, en raison de l’accoutumance progressive de l’œil aux obscurités abyssales, n’existe plus aujourd’hui, et, à cet égard, le Goubet possède un tube optique, instrument d’une merveilleuse simplicité, grâce auquel tout en restant complètement immergé, il peut voir au loin k la surface de la mer, et, par suite, gouverner absolument comme s’il marchait émergé dans les conditions normales de navigation.
- Le tube optique. — Deux prismes à réflexion totale, enchâssés aux deux extrémités d’un tube passant k frottement dur k travers la coque du bateau, composent la partie essentielle de cet appareil. Durant les périodes d’immersion, si le conducteur du bateau sous-marin veut se renseigner, de visu, sur ce qui se passe au dehors, il remonte doucement et se maintient k quelques centimètres seulement au-dessous de la surface de la mer, ce qu’il peut toujours faire facilement^ M. Goubet ayant su résoudre ce gros et difficile problème d’assurer la stabilité parfaite de son torpilleur k quelque profondeur que ce soit, grande ou petite.
- En de semblables conditions, si l’on vient k élever au-dessus de la surface liquide l’extrémité supérieure
- 1 Voy. Expériences du Gymnote, n° 81‘2, du 22 décembre 1888, p. 49. — Voy. aussi La navigation sous-marine n° 866, du 4 janvier 1890, p. 74.
- * Voy. n° 670, du 3 avril 1886, p. 273 ; et 675, du 8 mai 1886, p. 353.
- du tube optique, les rayons lumineux, pénétrant directement et sans déviation dans le prisme par sa face normale k la ligne d’horizon, subissent une réflexion totale en arrivant sur la face inclinée, et sont dirigés sur le second prisme où, après avoir éprouvé une nouvelle action semblable, ils sont finalement renvoyés k l’œil de l’observateur.
- Grâce k ce jeu optique, le conducteur du bateau voit devant lui, et dans leur position exacte, tout ce qui se trouve dans le champ visuel de son appareil, absolument comme s’il naviguait k la surface même de l’eau. Veut-il, au surplus, connaître ce qui se passe en arrière ; rien de plus simple ! Le tube supportant le prisme émergeant est maintenu par un collier mobile. Il suffit donc de lui faire décrire un arc de 180° pour changer du tout au tout sa position sans modifier en rien celle du prisme inférieur.
- Le tube optique peut se développer au-dessus de la coque du bateau d’environ 50 k-40 centimètres. Durant les périodes d’immersion plus profondes, afin de le protéger contre tout accident, il se retire en arrière; du reste, des précautions sont également prises pour assurer sa sécurité durant son fontionnement, et une sorte de petit capuchon métallique est destiné à le sauvegarder de tout choc éventuel.
- Un autre avantage du tube optique, et il n’est pas de minime importance, c’est qu’il ne saurait en aucune manière trahir la présence du bateau-torpilleur. Une sorte de gros bouchon flottant k la surface de l’eau, et qu’il devient du reste absolument impossible de distinguer pour peu qu’il y ait le moindre clapotis de lames, telle est l’apparence qu’il présente.
- On avouera que ce n’est guère lk un indice suffisant pour signaler sa venue k l’ennemi. Du reste, le tube optique ne peut jamais être aperçu que de loin, k une distance trop grande pour qu’il soit possible de déterminer exactement sa nature, et même pour qu’il puisse attirer l’attention de la sentinelle la plus vigilante.
- En arrivant en effet dans la zone dangereuse, le torpilleur qui a pu exactement repérer k la boussole la position du cuirassé qu’il veut attaquer, rentre son tube et c’est seulement après s’être immergé k plusieurs mètres de profondeur qu’il vient accomplir son œuvre dévastatrice.
- Mais, venons k l’examen des expériences que le Goubet a faites le 1er février, et le 15 avril dernier k Cherbourg, dans le bassin du Commerce, en présence d’un certain nombre de représentants de la presse parisienne, des rédacteurs de tous les journaux de Cherbourg et de plus d’un millier de personnes parmi lesquelles on pouvait noter bon nombre de marins.
- Nous avons assisté aux expériences du 15 avril. A deux reprises, le même jour, nous avons vu le bateau sous-marin évoluer avec une précision et une sûreté parfaites, tantôt d’un mouvement rapide, tantôt au
- p.411 - vue 415/432
-
-
-
- LA NATURE
- 41‘2
- contraire avec une lenteur extrême, avançant d’une façon insensible et, cependant, malgré cette absence de force vive, manœuvrant aussi facilement et avec autant, sinon plus de précision, qu’un bateau ordinaire lancé en vitesse, s’immergeant et émergeant à sa guise, se guidant au milieu de l’eau sans hésitation, enfin donnant la manifestation complète de son habitabilité.
- L a première série d’expériences eut lieu le matin, et fut exécutée dans une eau assez limpide. Après que nous eûmes pris place a bord de cinq petits torpilleurs mouillés côte à côte, à quelques mètres d’un petit radeau mesurant 6 mètres sur om50, radeau qui sert de port d’attache au Goubet, les deux hommes composant l’équipage du torpilleur entrèrent dans leur bateau.
- Bientôt, les amarres ayant été détachées, nous vîmes le Goubet s’éloigner doucement e t, tout en s’enfonçant progressivement, avec une lenteur extrême, effectuer quelques évolutions.
- Bientôt, cependant, le bateau sous-marin venait se placer perpendiculairement à la ligne des cinq torpilleurs; là, arrêtant sa marche, le Goubet s’immergeait lentement, jusqu’à ce qu’il eût trouvé le niveau exact pour pouvoir passer sous les bateaux sans les effleurer.
- La profondeur du bassin, en cet endroit, est de 6 mètres d’eau. Les torpilleurs calant environ lm50, il restait au-dessous une hauteur d’eau de 4m50. La hauteur totale du Goubet étant de lm80, on voit qu’il
- devait en calculer avec une précision singulière la profondeur où il devait descendre pour passer sans dam entre le fond du bassin et la quille des torpilleurs.
- En quelques instants, du reste, le trajet était
- accompli et le bateau qui avait évité les chaînes d’amarrage des torpilleurs, remontait vers la surface, s’arrêtant simplement à quelques centimètres au-dessous du niveau do l’eau. A ce moment, après avoir effectué un virage complet dans un espace moindre que sa longueur, — soit dans un espace moindre de 5 mètres, — le Goubet, obliquant légèrement, vint, en se tenant toujours immergé au ras de l’eau, passer entre l’avant et la chaîne d’amarre de l’un des
- torpilleurs ; puis, une dernière fois modifiant sa direction, il alla border doucement un steamer anglais, le Saint-Mar garet, alors en station dans le bassin, comme s’il eût voulu déposer une torpille le long de son flanc de bâbord. Cela fait, le bateau s’éloigna et regagna son port d’attache ; il était resté immergé environ 45 minutes.
- Une deuxième série d’expériences ont été exécutées dans l’après-midi. Celles-ci, qui ont eu lieu également dans le bassin du Commerce, mais à une petite distance de l’endroit où avaient été faites les premières, vis-à-vis de l’Hôtel de l’Amirauté, ont été plus curieuses encore que celles du matin.
- Le radeau avait été mouillé par quatre ancres au milieu du bassin (fig. 4). Il supportait une perche mo-
- Fiig. 1. — Expérience du bateau sous-marin le Goubet exécutée à Cherbourg le samedi 1“ février 1890. Le Goubet ferme son dôme. (D’après une photographie.)
- Fig. 2. — Barque apportant des vivres à l’équipage du Goubet immergé, samedi 1" février 1890. (D'après une photographie
- p.412 - vue 416/432
-
-
-
- LA NATÜIIE.
- 413
- bile longue de 5 mètres,e,à l’extrémité de laquelle avait été attaché un petit drapeau, et qui était maintenue abaissée sous l’eau, en dépit d’un contrepoids tendant à la redresser, au moyen d'un lest attaché par un fil. En avant du radeau, se trouvait en plus, im-
- mergée par 4 mètres d’eau, l’hélice/"du Korigan qui était disposée de manière à pouvoir s’élever ou s’abaisser le long de glissières installées à bord du radeau. L’hélice lut immergée, étant entièrement libre de ses mouvements. Enfin, de distance en dis-
- Fig. 5. — Le Goubet à fleur d’eau attendant dans la rade l’ouverture du bassin, samedi 1" lévrier 1890, midi.
- (D’après une photographie.)
- tance, dans le bassin, avaient été mouillées par 2m,50d’eau de petites bouées g,g,surmontées d’un drapeau et retenues par un fil terminé par un lest.
- L’eau, limpide le matin, était devenue trouille et noirâtre à la suite de la marée.
- Cette dernière circonstance n’a, du reste, en aucune manière gêné notre bateau-poisson qui, venant du fond du bassin où il était demeuré attaché, arriva signalant uniquement sa présence aux spectateurs — prévenus — par le point formé par l’extrémité de son tube optique que l’on voyait émerger par instants1. Suivant avec une fidélité absolue la route qui lui avait été tracée par avance
- 1 Dans nos gravures, la présence du balcau sous-marin est signalée par un drapeau. C’est la disposition qui avait été adoptée pour des premières expériences laites en février 1890 et d’après lesquelles ont été laites nos photographies (lig. 1 et 2).
- par M. Goubet, le bateau vint d’abord contourner le radeau, coupant au passage, avec son sécateur, le fil
- retenant la perche qui se redressa brusquement, allant ensuite fixer entre les branches de l’hélice une longue barre de fer, puis passant sous le radeau même, sans accrocher ses amarres, malgré l'étroitesse du chemin, et s’y arrêtant juste le temps de déposer sous lui une fausse torpille du poids de 102 kilogrammes, et enfin s’en allant à travers le bassin à la recherche des petites bouées immergées et dont il devait sectionner les fils.
- Chacune à son tour, elles furent mises en liberté, et s’en allèrent à la dérive. Cette dernière partie des expériences a, du reste, démontré hautement les qualités remarquables de manœuvre du bateau Goubet qui cherchait les fils au milieu de l’eau avec un soin tel qu’au besoin il retournait sur sa route
- Fig. 4. — Tracé du chemin parcouru par le Goubet durant les expériences publiques du 13 avril 1890 à Cherbourg. — A’. Le Goubet stationne devant les cinq torpilleurs B. — C. Radeau immobilisé par des ancres. — d,d. Bouées d’amarrage. — e. Perche mobile. — f. Hélice. — g,g. Petites bouées. — 11,11. Portes ouvertes du bassin communiquant avec la mer. —AAAA. Le Goubet à différentes profondeurs. — Le double pointillé indique le passage sous les cinq torpilleurs et sous le radeau.
- p.413 - vue 417/432
-
-
-
- 444
- LA NATURE.
- si au passage il avait manqué de les rencontrer.
- Après deux heures et demie de ces multiples évolutions au cours desquelles, de temps à autre, des boules de verre pouvant servir à renfermer des dépêches avaient été envoyées au dehors de l’intérieur du torpilleur sous-marin, le Goubet est enfin remonté à la surface, et c’est aux vifs applaudissements d’une foule enthousiasmée par l’intérêt puissant de ces expériences que, après l’ouverture de son capot, ses deux hommes d’équipage se sont montrés aussi dispos qu’avant leur immersion.
- A ce même moment, eut lieu le relèvement de l’hélice immergée et chacun put voir entre ses branches une longue tige de fer qui l’entravait si bien qu’un homme put se tenir assis, immobile, sur une de ses palettes, alors qu’avant l’immersion une simple pression de la main suffisait à la faire tourner autour de son axe.
- Ce récit très minutieux des expériences dernières du Goubet nous semble on ne peut plus concluant. Telle a été, du reste, l’impression absolue produite sur l’unanimité des spectateurs qui y ont assisté.
- G. Yitoux.
- L’UTILISATION DES CHUTES DU NIAGARA
- Depuis plusieurs années, l’utilisation des chutes du Niagara a fait l’objet des préoccupations constantes d’un grand nombre d’ingénieurs et de manufacturiers américains, et la possibilité du transport à grande distance de ces forces motrices par l’emploi de l’électricité a redonné une nouvelle vigueur aux discussions soulevées par ce problème si important. 11 s’est formé depuis quatre ans une compagnie dont le but est de donner une réalité aux projets d’utilisation, et les plans dressés après de longues, laborieuses et difficiles études, sont aujourd’hui à la veille de leur réalisation. Bien qu’il ne rentre pas beaucoup dans l’esprit de La Nature de parler des questions qui n’ont point reçu au moins un commencement de solution, nous croyons cependant qu’il ne sera pas inutile de dire quelques mots de cette entreprise si intéressante à tant d’égards.
- La Niagara Faits Power Co se propose d’adopter, à quelques modifications de détail près, les plans de l’ingénieur Thomas Evershed, qui consistent dans la construction d’un tunnel partant du niveau inféiieur de la chute et s’étendant, avec une pente moync end’environ 1/150 parallèlement au fleuve, sur une longueur de près de 2,5 milles. Ce tunnel dontle niveau moyen sera à 120 pieds au-dessous du niveau supérieur des chutes sera creusé à 400 pieds environ du bord.
- Des conduites, latérales d’une part et verticales d’autre part, serviront à alimenter un certain nombre de turbines dont les eaux, après avoir produit leur effet moteur, se déverseront dans le tunnel de décharge commun qui aura 24 pieds de diamètre dans sa partie la plus large. La compagnie a fait l’acquisition de terrains suffisants pour l’utilisation de cette force motrice, prévue pour alimdbter 258 turbines de 500 chevaux-vapeur chacune, soit 119000 chevaux-vapeur en tout, et la section du tunnel est calculée pour suffire à la production simultanée de toute cette immense puissance mécanique. Le 1er avril de la présente année, un contrat a été signé entre la Niagara Falls Power
- Co et The Cataract Construction Co, de New-York, pour l’établissement du projet dont la dépense totale ne s’élèvera pas à moins de 5 500 000 dollars (17 500 000 francs).
- Bien que le projet ne comporte actuellement que la simple utilisation de la force motrice des chutes, on se préoccupe déjà de la transmission de l’énergie ainsi produite, à Buffalo, et, si l’on en croit The Electrical Eiuji-necr, de New-York, à qui nous empruntons ces détails, Edison s’est occupé de la question, et a proposé la transmission du courant sous une différence de potentiel de plusieurs milliers de volts, à l’aide d’un câble immergé dans le Niagara. Une statistique a établi qu’il y a une force motrice de 40 000 à 50 000 chevaux-vapeur actuellement employée à Buffalo, et que cette force motrice serait considérablement accrue si l’on pouvait y transmettre une force motrice plus économique, telle que celle produite par la chute du Niagara.
- Qui vivra verra....
- LES AUTOGRAPHES DE « LA NATURE »
- M. Sully Prudhomnte
- de VAcademie française
- - <ü>— ût
- -CO Ce •
- /
- “ C^} ^ ''V-w cl £ i »
- I
- CHRONIQUE
- Le filage «le l’huile en mer à distance. — Nous venons de publier, dans un récent article de La Nature, p. 580, le dessin et la description d’un obus oléifère imaginé par un inventeur autrichien, M. Silas, et destiné à ê tre lancé à une certaine distance du navire, afin de répandre de l’huile sur la partie de la mer que le navire doit traverser. A l’occasion de cet article, un de nos collaborateurs nous rappelle que l’idée d’envoyer l’huile à distance, afin de créer presque instantanément, sur la route à parcourir, des zones successives d’accalmie était due à un Français, M. Alfred Vivier, juge honoraire au tribunal de la Rochelle. Avant l’année 1887, époque à laquelle le lieutenant Meissel, du Lloyd Allemand, faisait les premiers essais d’une fusée oléifère, M. Vivier avait déjà pubké une brochure sur le filage de l’huile en mer pour calmer les brisants, en même temps qu’il étudiait la possibilité de l’en-
- p.414 - vue 418/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 415
- voi de l’huile à distance à l’aide de projectiles. En juillet 1888, M. Vivier prenait un brevet d’invention pour une fusée et un obus porte-huile, celui-ci pouvant être lancé par le canon du bord, ou de la côte par un canon porte-amarre, celle-là pouvant être projetée comme les fusées ordinaires, du navire ou du rivage. La fusée et l’obus Vivier contiennent de l’huile, ou plutôt de l’étoupe imbibée de ce liquide, et, par suite d’une disposition d’amorce spéciale, éclatent au moment où ils arrivent à la surface de la mer, dispersant l’étoupe dans la zone voulue, qui se recouvre aussitôt d’une mince couche d’huile. Nous ne pouvons insister sur les détails de construction ; l’inventeur a confié la fabrication de ses fusées et obus à la maison Rug-gieri, qui va en faire prochainement l’objet d’expériences, destinées à fixer la valeur pratique de ces curieux appareils.
- Les brûlures et l’êtat spliéroïdal. — On sait que par suite d’un phénomène de vaporisation analogue à celui qui produit l’état sphéroïdal de l’eau sur une plaque de métal rougi, il n’est pas impossible de tremper sa main mouillée dans du plomb fondu, et cela sans brûlure. Des phénomènes analogues ont parfois préservé de blessures graves. En voici un très curieux exemple que nous communique M. le docteur Marcel Cellier, de Laval :
- « Un jeune garçon de treize ans faisait fondre du plomb pour se fabriquer les pièces destinées au jeu classique du bouchon. Pour mouler ces pièces, il avait creusé un trou rond, profond de 5 centimètres, dans la terre battue qui constituait le sol de la maison. Cette terre contenait de l’eau : au moment où l’enfant verse dans le trou le plomb en fusion, l’eau se volatilise brusquement, fait jaillir le plomb liquide et le projette dans les deux yeux grands ouverts de l’opérateur à genoux et tête basse. Je vis l’enfant huit heures après l’accident ; paupières très tuméfiées, brûlures au nez et aux joues. En écartant les paupières, je trouve les deux globes oculaires absolument recouverts d’une feuille de plomb, comme des tablettes de chocolat. Je me fais amener l’enfant à l’hôpital : j’ouvre de force les paupières avec un écarteur : je découpe, avec des ciseaux, le moule parfait en plomb et je l’enlève par fragments. Sur l’œil droit le moule avait l’épaisseur d'une pièce de
- 5 francs en or; sur le gauche, d’une pièee de 1 franc. Et je constate avec stupéfaction que les deux cornées sont absolument intactes et que seule la conjonctive oculo-palpébrale gauche, surtout en bas, présentait des brûlures du second degré. Au bout de quarante-huit heures, l’œil droit était en parfait état. En quinze jours, les brûlures de l’œil gauche étaient guéries, laissant fies cicatrices sur la conjonctive, un léger renversement en dedans de la paupière inférieure, mais une vue parfaite des deux côtés. »
- Tempêtes dans les Indes. — Le journal anglais Nature a récemment donné des détails sur les violentes tempêtes qui ont désolé le nord de l’Inde pendant la saison chaude (de mars à mai). Dans le tornade de Dacca, 118 hommes furent tués, sans compter les noyés, et 1200 blessés. Les dégâts furent immenses; 358 maisons en pisé furent complètement détruites, 121 bateaux firent naufrage, 148 maisons en maçonnerie furent renversées partiellement et 9 complètement. Le cyclone de Murcha-ganje causa la mort de 66 hommes et en blessa 128. Toutes les maisons rencontrées par lui furent entièrement détruites. Le tornado de Dacca avait parcouru en tout
- 6 kilomètres, sa plus grande largeur était de 60 mètres environ; il était accompagné d’un bruit de roulement et de sifflement; les nuages au-dessus de lui étaient brillants ; des objets divers furent entraînés par lui dans sa
- trajectoire et projetés dans plusieurs directions. Les Indes ont du reste été visitées par une série de tempêtes phénoménales, d’après le correspondant, et présentant, pour la plupart, les caractères du cyclone de Dacca. A Muradabad on signale 150 morts, la plupart tués par le choc des grêlons. Beaucoup de maisons eurent leur toit brisé, les arbres furent dépouillés de leurs rameaux et la grêle subsista longtemps après la tempête. A Delhi il tomba pendant deux minutes une grêle extraordinairement forte : on peut dire une averse de boulettes de glace. Un morceau de grêle ramassé dans le jardin de l’hôpital pesait une livre et demie; un autre, près du bureau télégraphique, était aussi gros qu’un melon et pesait deux livres. Dans une autre localité, à la maison du Gouvernement, 200 vitres furent brisées. Dans le Bengale inférieur, à Ragebati, 2000 huttes furent anéanties, 20 hommes tués et 200 grièvement blessés. Chadressur, près de Serampore, fut presque complètement détruit. La tempête dura seulement trois minutes ; la trajectoire avait une longueur de 2 kilomètres; sa largeur 500 mètres. Son approche fut signalée par un mugissement éclatant. De grands bateaux sombrèrent, et en un lieu un petit bateau fut porté sur un arbre.
- Chiens géants.— D’après de nombreux résultats obtenus, la race canine semble se prêter particulièrement bien aux effets de la sélection. Vous voulez un bichon, nous dit Y Éleveur, il suffira de quelques générations pour le fabriquer; vous auriez d’autre part, des colosses, chiens géants que vous pourriez, si la fantaisie vous en prenait, mettre dans les brancards d’une petite voiture. On est justement occupé à vous les construire; les géants sont sur le métier, chaque génération nouvelle ajoute en taille et en poids à celle qui la précédait. On avait cru que le fameux Plinlimmon avec ses 216 livres était à jamais la dernière expression du gigantesque. On avait évidemment compté sans l’influence du climat et de la viande britannique. Plinlimmon est aujourd’hui considérablement distancé; il vient d’être rejoint en Amérique par un autre Saint-Bernard, Walch, vendu comme lui quelque chose comme 25000 francs et qui pesait au moment de s’embarquer 226 livres et mesurait 85 centimètres à l’épaule. Et nous ne sommes qu’au début de cette très curieuse transformation : il n’y a pas quinze ans que le premier Saint-Bernard a fait son apparition en Angleterre. Est-il téméraire de prévoir dès maintenant la prochaine apparition du chien de trait et du Saint-Bernard de selle, qui portera sur sa robuste échine, comme le plus solide des poneys,» les petits amateurs des chevauchées originales?
- Le Hamster en Allemagne. — On se livre activement en Allemagne à la destruction du Hamster (Cricelus frumentarius) et 62 154 de ces rongeurs ont été tués dans le seul district de Quedlinburg, moyennant distribution de primes dont le montant ne dépasse pas 1800 francs, ce qui représente 3 centimes environ par tète d’animal.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 mai 1890. — Présidence de M. IIermite.
- *
- En raison des fêtes de la Pentecôte, la séance du lundi 26 a été remise au mardi 27 ; nous en donnerons le compte rendu dans notre prochaine livraison, pour ne pas retarder la date ordinaire de la publication de La Nature.
- p.415 - vue 419/432
-
-
-
- 416
- LÀ NATURE.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- EXPÉRIENCES SUR l’ÉCOULEMENT DES GAZ
- Tenir une sphère en bois suspendue dans l’espace en soufflant dessus est un problème dont la solution ne s’improvise pas lorsqu’on n’est pas prévenu, et qui ne présente, au contraire, aucune difficulté si l'on dispose d’un petit tube en fer-blanc de 4 à 5 millimètres de diamètre terminé par un entonnoir très évasé dont le diamètre le plus grand est environ égal à celui de la petite sphère.
- Lorsqu'on'pose le problème à une personne non prévenue en lui mettant entre les mains la petite boule et le tube évasé, son premier soin est d’appliquer la boule dans l’ouverture et d'aspirer de toute la force de ses poumons, ce qui a pour effet immédiat de précipiter la chute de la sphère dès que l’on retire la main qui la maintient contre l’ouverture de l’entonnoir dans lequel cette sphère est engagée. Il faut, au contraire, souffler énergiquement pour réussir l’expérience, à la grande surprise de l’expérimentateur qui opère pour la première fois *. C’est dans les lois de l’écoulement des gaz que nous trouverons l’explication simple et naturelle de cette expérience paradoxale en apparence.
- Lorsqu’on souffle dans le tube, l’air s’échappe tout autour de la boule avec une grande vitesse, et crée ainsi une dépression à l’intérieur de l’entonnoir dans la région de la sphère placée en regard de l’orifice du tube par lequel l’air s’échappe. C’est l’excès de pression atmosphérique qui vient alors appliquer la sphère contre l’entonnoir et la maintenir tant que l’on continue à souffler.
- 1 Le curieux petit appareil que nous signalons, nous a été envoyé de La Haye (Hollande) par un de nos lecteurs M. F. Ch. Kœehlin auquel nous adressons nos sincères remerciements, nous ne croyons pas qu’il se trouve encore à Paris : nous en recommandons la fabrication à nos marchands de jouets.
- Le petit appareil que nous avons entre les mains est confectionné en fer-blanc léger : le tube a 0m,07 de longueur et 0m,04 de diamètre intérieur. L’entonnoir auquel il est soudé est très évasé; il a 0m,25 de diamètre. Cet entonnoir a une surface intérieure légèrement concave qui lui permet de bien adhérer à la surface de la petite boule de bois. Cette boule est façonnée au tour et nous paraît être en bois blanc
- très léger. Les amateurs, avec ces indications, pourront très facilement exécuter un petit appareil semblable à celui que nous faisons connaître.
- Cette expérience, dont le matériel est facile à réaliser d’ailleurs, comporte plusieurs variantes. L’une d’elles consiste à remplacer la sphère par une rondelle de carton découpée dans une carte de visite, et le tube muni de son entonnoir, par un simple tube planté dans un disque. La figure 2 représente la coupe du petit appareil qui nous a été communiqué par un de nos lecteurs. Un disque circulaire de laiton bien plan A, est percé d’un petit trou central, dans lequel est soudé un tube BC contourné en forme de tuyau de pipe. Le disque de carton est figuré en D. Quand on souffle dans le tuyau on peut retourner l’appareil, et le
- disque de carton est attiré et adhère contre la paroi métallique. L’explication est identiquement la même que pour la sphère et le tube à entonnoir.
- Il y a là de très remarquables expériences à exécuter : elles nous paraissent même de nature à intéresser les physiciens et à prendre place dans des cours élémentaires.
- Nous n’insisterons pas davantage sur l’utilité que présentent ces appareils si faciles à construire et ces expériences si simples à répéter pour montrer à de jeunes élèves quelques-unes des singularités apparentes des lois de l’écoulement des gaz.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
- Fig. 1. — Attraction d’une petite sphère de bois contre un tube de fer-blanc terminé en entonnoir évasé, et dans lequel on souffle.
- Fig. 2. — Coupe d’un petit appareil disposé pour l’attraction d’un disque de carton.
- p.416 - vue 420/432
-
-
-
- LA NATURE
- DIX-HUITIÈME ANNÉE — 1890
- PREMIER SEMESTRE
- j
- *
- j
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de P), 15, 31, 48, 63, 79, 94, 111, 127, 143, 159, 175, 190,
- 207, 223, 239, 255, 271, 287, 304, 319, 335, 350, 366, 383, 399, 415.
- Accumulateurs électriques (Manière de construire des), 147.
- Acide cyanhydrique des rosacées (L’), 224.
- Acoumètre (L’électro-), 398. Aéronautique en Allemagne (L’), 363. Afrique (Les traversées de P), 83. Afrique par le capitaine Trivier (Traversée de P), 227.
- Aimantation (Un procédé d’), 128, 131. Allumettes (Le nouveau monopole des), 81.
- Alpinisme d’hiver et les raquettes de neige (L’), 353.
- Alumine (Cristallisation de P), 599. Aluminium (La fabrication de P), 122, 191.
- Animaux (Le courage chez les petits), 190. Animaux savants, à Paris (Les), 247. Année scientifique et industrielle (L*),
- 208.
- Annuaire géologique universel (L’), 351. Anthropologie du docteur A. Bossu, 159. Araucaria imbrieata(Naturalisation de P), 222.
- Armements en Europe (Les), 22. Arsenic (Les états allotropiques de P), 2 >9. Association scientifique australienne, 286. Autographes (Les faux), 174.
- Autographes de La Nature (Les), M. Pasteur, M. Berthelot, M. Renan, M. Sully Prudhomme, 254, 502, 518, 414. •
- Autographisme (L’), 401.
- Automates à hélice, 32.
- Automates et marionnettes, 548.
- Avertisseur électrique pour coffre-fort de la Compagnie des chemins de fer de l’Est, 135.
- B
- Banquet des hommes gras aux Etats-Unis (Le), 127.
- Bateaux électriques d’Edimbourg, 398.
- Bayen (Pierre), 194. '
- Bec-croisc des pins (Le), 585.
- Benzine (Condensation de la), 551.
- Billets de banque (Invention des), 298.
- Bois (Micrographie appliquée à l’étude des), 497. - *i .
- Bois courbé (In luslrie du), 143.
- Bois fossiles d’Algérie, 15.
- Bolide observé en plein jour, 51.
- Boratuge des vins, 599.
- Borda (Statue à), 93.
- Bourbouze, 63.
- Broches à coton du monde (Statistique des), 5*>5.
- Bronze phosphoreux (Pièces de fonte en). •255.
- Brosse‘mécanique pour tapis, 112.
- Brûlures et l’état sphéroïdal (Les), 415.
- Bureau international des poids et mesures (Travaux du), 19, 50.
- Buys-Ballot, 174.
- c
- Cabestan hydraulique à basculement de Fives-Lille, 179. . •
- Câbles télégraphiques et Baleine, 211.
- Café (Torréfaction du), 256.
- Calloviennes (Colonies), 144.
- Canal de la mer Blanche au lac Onéga (Le), 55.
- Canalisation de la Seine entre Paris et la mer (Les travaux de), 115,275, 515.
- Canards du Maryland, 142.
- Canons à tir rapide de gros calibre (Essais de), 127.
- Carbones graphitiques, 127.
- Carotine animale, 176.
- Carré magique de 54 siècles, 203.
- Carte d’Âlsace-Lorraine, 221.
- Cataracte (Le traitement de la), 150.
- Caverne de Cacahuamilpa! au Mexique (La), 297.
- Ceinture-avertisseur pour la protection
- - des navires, 251.
- Centenaires (Les), 565.
- Cercle et ses chercheurs (La quadrature du), 134.
- Chaleur animale (Origine de la), 550,566.
- Champignon du pourridié (Le), 127.
- Champs de rotation magnétique (Sur les), 367.
- Charbon à Londres (Ce qu’il entre de), 142.
- Charton (Édouard), 209.
- Chat électrisé (Le), 240.
- Chats en Égypte (Sur une trouvaille de), 273.
- p.417 - vue 421/432
-
-
-
- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Chemin de fer incliné du mont Pilate (Le), 33.
- Chemins de fer allemands, 143.
- Chemins de fer aux États-Unis (Le matériel des), 147.
- Cheval emporté arrêté par un chien, 303.
- Cheval sauvage de la Dzoungarie, Equus Przeivalshii, Poliakoff, 369.
- Chicago à propos de l’Exposition de 1893 (La ville de) 311.
- Chien (Le sentiment de l’art chez le), 158.
- Chiens géants, 415.
- Chinois sur l’art de l’ingénieur (Un livre), 255.
- Chrome (Recherches sur le), 399.
- Chronophotographie (La), 97, 151.
- Chute de 100 mètres par un puits de mine, 186.
- Clés (La sûreté des), 400.
- Clichés photographiques par l’extension de la pellicule (Agrandissement des), 126.
- Cloué (Le vice-amiral), 78.
- Collier métallique pour chevaux de trait et de voiture, 279.
- Combinard (Le), 48.
- Compteurs d’énergie électrique de la ville de Paris (Concours des), 303.
- Compteurs pour voitures de place, 66.
- Conductibilité (Expériences simples relatives à la), 224, 272.
- Conférence Scienlia, 366.
- Contrôleur de rondes électrique, 379.
- Corps (Fragilité des), 350.
- Correspondants à l’Académie des sciences (Élections de), 64.
- Cosaques de l’Oural, 193.
- Cosson, 94, 95.
- Courants alternatifs (Propagation des),
- 310.
- Crayon mystic (Le), 351.
- Cresson de fontaine (Le), 230.
- Cris de guerre et devises, 314.
- Croiseurs (Nos nouveaux), 139.
- Cuivre de la houille, 176.
- D
- Dahomey (Le royaume de), 290.
- Dattier et ses utilisations (Le), 17.
- Dausse, 128.
- Déclinaison (Minimum undécennal de la Variation diurne de la), 111.
- Decouverte préhistorique à Saint-Aubin, 366.
- Dessiner simplement (L’art de), 155.
- Devises (Cris de guerre et), 314.
- Diamant dans les pans de l’Afrique australe et dans quelques météorites (Gisement comparé du), 63.
- Discours de M. le président de l’Académie des sciences, à la séance annuelle du 50 décembre 1889.
- Distribution de l’énergie électrique dans une petite ville (Un type de station centrale pour), 299.
- Dracæna Draco, 536.
- Dryopithecus (Le), 207.
- Dynamomètre de transmission (Nouveau), 271.
- E
- Eau sur le verre (Action de I’), 158. Eaux souterraines des Causses, 198.
- Échelle mobile à poissons installée au barrage de Port-Mort sur la Seine,
- # 376.
- Éclairage électrique à Berlin, 215-
- Éclairage électrique au Japon, 383.
- Éclairage électrique de Chelmsford, 398.
- Éclairage électrique de Pont-de-Vaux,
- , 127.
- Éclairage électrique des galeries du Bri-tish Muséum, à Londres, 158.
- Éclairage électrique du port de Bordeaux, 143.
- Éclairage électrique en Amérique. Le système municipal Edison, 123.
- Éclipses comme moyen chronologique (Les), 42.
- Écrémeuse Jonsson (L’), 387.
- Écrire dans les véhicules en mouvement (Appareil pour), 44.
- Électricité (Les dangers de 1’), 30.
- Électricité appliquée à une scène de course (L’), 567.
- Électricité au Mexique (L’), 14.
- Éléphants de guerre de l’armée anglaise des Indes (Embarquement d’), 88.
- Encyclopédie chimique, 64.
- Enregistreur de la vitesse des trains, 295.
- Essence de térébenthine (Falsification de 1’), 174.
- Expédition de Stanley, 181.
- Exposition de l’élevage de l’enfance (L’), 322.
- Exposition de Tokio au Japon en 1890, 215.
- F
- Fer et de l’acier (La consommation du), 198.
- Fer et des aciers (Propriétés physiques du), 175.
- Fer chromé (Synthèse du), 207. Ferment nitrificateur (Le), 383.
- Fêtes publiques (Les), 266, 283, 331. Feu Saint-Élme dans les temps anciens et dans les temps modernes, 31.
- Fièvre intermittente (Naturede la), 399. Filage de l’huile à la mer (Le). L’obus oléifère de M. Silas, 380, 414. Flambeau électrique d’Ascanio à l’Opéra ' de Paris, 319.
- Foin (Cause de la combustion spontanée du), 382.
- Flotte cuirassée du Chili et l’industrie française (La), 195.
- Fluor (Le), 177.
- Fluor (La densité du), 15.
- Fluorures de carbone (Les), 175.
- Force centrifuge, 272.
- Foudre globulaire, 167.
- Fougère reviviscente (Nouvelle), 190. Fourrures (La fabrication des), 14. Fromage (Les habitants du), 222. Fumier (Fermentation du), 15.
- G
- Gares (Éclairage éleefrique des), 304. Gaz naturel à Pittsburg (Le), 50.
- Géant d’Aquila, 286.
- Géographie (Histoire de la), 224. Géologie expérimentale, 584.
- Géologique (Mémoires de la Société), 399.
- Gilbert (Le tricentenaire de), 108. Gœlhite artificielle, 399.
- Gomme à effacer (L’inventeur de la), 382. Goubet (Expérience du navire sous-marin le), 411.
- Govi, 62.
- Granit et marbres artificiels (Fabrication de), 86.
- Grêlons cristallisés, 49.
- Grippe (L’épidémie de), 45.
- Grives (Les vols de), 383.
- Guérisseur « au secret » devant la science moderne (Un), 258.
- Gymnospermes (Racine des), 159.
- Gypse et au quartz des environs de Paris (Études relatives au), 271.
- II
- Ilalo photographique (Le), 255.
- Halo solaire du 3 mars (Le), 238. Halphen (Éloge d’), 239.
- Hamster en Allemagne (Le), 415. Hardinghen (Pas-de-Calais) [La concession d’]; 350.
- Hébert (Edmond), 502, 304.
- Ilirn, 128, 129.
- Hirondelles messagères (Les), 3.
- Hoche (Le), cuirassé d’escadre française, 183.
- Hoche (Éclairage électrique du), 303. Homard monstre (Un), 383.
- Houillère de France (La plus petite exploitation), 530.
- Huile de colza (L’), 282.
- Huîtres (La production des), 158. Hydrauliques de San Diego en Californie (Travaux), 293.
- Hypsométrique delà Russie (Carte), 159. Hystérésis (L’), 326.
- Hystérie(Un nouveau symptôme de F), 319. Hystériques (Nutrition des), 335.
- I
- Ignifuges (Les), 154.
- Ile nouvelle (Une). L’île Falcon, 243. Images composites (Étude sur la formation des), 188.
- Induction électrique (La vitesse de propagation de 1’), 111.
- Infirmité (Une nouvelle), 287.
- Influenza chez le chien, 375.
- Inlluenza et l’accroissement normal du poids des enfants (L’), 206.
- Inosites (Les), 114.
- Insectes (Métamorphose des), 319. Instruments astronomiques à l’Observatoire de Paris (Éclairage électrique des), 294.
- Inventeur (La tête de 1'), 176.
- Iode (Constitution de F), 143.
- J
- Jacquot (Victor), 334.
- Jardin botanique alpestre, 318.
- Jeûneurs (Les), 175.
- Jouets scientifiques. Automates à hélice, 32.
- Journaux (Un musée de), 594.
- L
- Laines à Londres (Le marché des), 335. Lait (La matière grasse du), 271.
- p.418 - vue 422/432
-
-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 419
- Lait condensé (Le), 6, 305.
- Langage scientifique (Le), 326.
- Lavoisier (Notice historique sur), 94.
- Léopard du Jardin des Plantes de Paris (Histoire d’un), 397.
- Lithologie, 176.
- Longévité des arbres (La), 106.
- Lumière dans la profondeur de la mer (Pénétration de la), 207.
- Lumière électrique et le canal de Suez (La), 318.
- Lumière électrique (Régulateur de), 405.
- Lumière en plein air et dans les maisons (La), 334.
- Lycée Buffon (Le), 113.
- Lycopodiopsis Derbyi (Le), 519.
- M
- Machine à calculer de M. L. Bolléc. 359.
- Machine à écrire et le recensement aux États-Unis (La), 539.
- Magnétiques artificielles (Perturbations), 503.
- Malachite artificielle (La), 143.
- Mammifères tertiaires de Cernay, près Reims, avec les animaux mammifères crétacés des couches de Laramie en Amérique, 223.
- Maquettes animées de M. Georges Bertrand, 348.
- Marines militaires (Les), 252, 208, 289.
- Marionnettes et automates, 348.
- Mârjelen (Le lac de), 1.
- Marteau d’eau chantant (Le), 59.
- Mécanicien (L’enseignement manuel du), 61.
- Mercure (La rotation de), 149.
- Métaux précieux dans le monde entier (La production des), 274.
- Météorite de Jélica (La), 335.
- Météorite de Phu-Hong, 15.
- Meuse empoisonnée (La), 302.
- Microbes pathogènes des eaux de Lyon (Les), 191.
- Microbien (Antagonisme), 64.
- Microbiologie, 16.
- Micrographie appliquée à l’étude des bois, 407.
- Micrographie forestière, 31.
- Minières de l’Espagne (Richesses), 342.
- Mirage de la Tour Eiffel et les mirages supérieurs (Le), 195, 359.
- Monde (La fin du), 245.
- Montagne (Les abris de), 158. -
- Montigny (G.), 302.
- Montmartre vignoble, 346.
- Mosaïque de bois (La tapisserie), 402.
- Moteur hydraulique en coquilles de noix, 144.
- Moteurs à courants alternatifs (Les), 179.
- Moteurs à essenee de pétrole; changement de marche et mise en train au-matique, 589.
- Moteurs électriques en Amérique, 206.
- Moulin en Algérie (Le), 77.
- Mûrier du Tonkin et les vers à soie annamites (Le), 47.
- Musc artificiel (Le), 410.
- Musculaire des ascensionnistes (Le travail), 22.
- Musique militaire (La), 55.
- N
- N'asmyth (James), 582.
- Navigation dans le nouveau port de Boulogne (La), 239.
- Navigation de la France et la statistique graphique (La), 91.
- Navigation par tortues, 111.
- Navigation sous-marine en 1890 (La), 74, 411.
- Nécrologie, 94, 174,
- Nestors de la Nouvelle-Zélande (Les), 232.
- Niagara (Utilisation des chutes du), 414.
- Nickel (La monnaie de), 59.
- Nitrification (Sur la), 31.
- Nivellement général de la France (Le service de), 594.
- Nuages (La photographie des), 16.
- O
- Observation microscopique (Nouveiu procédé d’), 287.
- Observations météorologiques de la Tour Eiffel (Les), 117.
- Observatoire marégraphique de Marseille (L’), 145.
- Obsidienne de la Yellowstone aux États-Unis (L’), 109.
- Œufs (La production des), 350.
- Oidium albicans (Nutrition de F), 191.
- Ophtalmologie (Les progrès de F), 150.
- Optique (Curieuse expérience d’), 192.
- Orages et inondations en Sicile, 65.
- Osier en Allemagne (La culture de F), 44.
- Ostréiculture (L’), 7.
- Oursins perforants (Les), 337.
- Oxyde de carbone par l’eflluve électrique (Condensation de F), 271, 287.
- P
- Paille (L’analyse de la), 367.
- Palais de glace (Le), 120.
- Papier (La fabrication actuelle du), 99, 167.
- Papier et en carton (Les maisons en), 254.
- Papier de mousse (Le), 47.
- Papier et tissus en balles de blé, 566.
- Passerelle portative improvisée pour l’infanterie, 526.
- Pcche à la Réunion (Une), 112.
- Pêche du saumon au Parlement (Réglementation de la), 217.
- Pêche électrique, 208.
- Peligot (Eugène), 321, 535.
- Perry (Etienne-Joseph), 110.
- Pétrole à Pechelbronn en Alsace (Exploitation du), 171.
- Pétrole (L’industrie du), 190.
- Phare de Port-Vendres (Le), 23.
- Phillips, 48, 62.
- Phonographe à la conservation du langage des Indiens de l’Amérique (Application du), 522.
- Phonographe et les flammes vibrantes (Le), 303.
- Phosphates du Canada (Exportation des), 503.
- Photographie à la météorologie (Application de la), 114.
- Photographie aérienne (La), 225.
- Photographie astronomique à l’Observatoire du mont Ilamilton (La), 281.
- Photographie au Japon (La), 143.
- Photographie avec un trou d’aiguille (La), 27.
- Photographie instantanée (Nouvelles applications), 578.
- Photographie la nuit (La). Revolver photogénique, 93.
- Photographie sans objectif, 138.
- Photographique (Causerie), 264.
- Phyllopteryx eques (Du mimétisme chez le), 560.
- Physique sans appareils, 128, 192, 224, 256, 272, 584,'
- Piano électrique (Un), 58.
- Pigeons voyageurs (La vitesse des), 299.
- Piles légères (Les), 277.
- Pisciculture en Annam, 335.
- Planètes (Les nouvelles), 302.
- Plante à miel (Une), 78.
- Plantes (Influence de l’altitude sur les), 191.
- Plaques photographiques (Sensibilité des), 175.
- Pôle sud (La conquête du), 211.
- Pomme de terre industrielle, 128.
- Pont de Forth (Inauguration du), 226.
- Pont suspendu (Un ancien pont), 598.
- Ponts militaires, système Marcillc, 67.
- Poudre sans fumée (La), 161, 371.
- Poupées phonographiques d’Edison (Les). 381.
- Préhistorique de Champigny (Le), 223.
- Presto-colleur (Le), 352.
- Prisme télémètre à réflexion totale, 257.
- Puits artésiens en Californie (Les), 257.
- Pulvérisateur cyclone (Le), 341.
- Q
- Quadrature du cercle et ses chercheurs (La), 134, 163.
- Quartz contemporain, 175.
- R
- Piadiations lumineuses (Perception cutanée des), 191.
- Rails (Chargeurs de), 265.
- Rails (Influence du froid sur les), 126.
- Rails peudant le passage des trains en marche (Déplacements vibratoires des), 86.
- Raisin en Angleterre (La culture artificielle du), 306.
- Récréations scientifiques. Le combinard. Les rosaces en peaux d’orange. Jeux d’équilibre. Moteur hydraulique en coques de noix. Le soufflet musical. La tête de l’inventeur. La pêche électrique. Le chat électrisé. Illusions d’optique. Le jeu de l’araignée. — Expériences sur l’écoulement des gaz, 48, 79, 96, 144, 160, 176, 208, 240 288, 304, 416.
- Récréations scientifiques au dix-septième siècle, 11.
- Réfraction et dispersion de la lumière (Observation de la), 256.
- Régulateur électro-automatique de pression pour le gaz d’éclairage, 75.
- Régulateurs de lumière électrique système Jnpy, 405.
- p.419 - vue 423/432
-
-
-
- 420
- INHEX ALPHABÉTIQUE
- Réveille-matin (Les), 269.
- Revolver photogénique, 93.
- Roches à formes animées (Les), 83, 229. Roches crayeuses (Recherches chimiques sur des), 288.
- Roches nummulitiques et des tests fossiles de mollusques et de crustacés (La matière organique), 255.
- Rondes (Contrôleur électrique de), 379. Roseau des sables (Le), 63.
- Roue hydraulique (Nouvelle), 367.
- S
- Sacaze (Julien), 62.
- Samarine (Le spectre de la), 95. Scandinavie préhistorique (La), 55. Schiséophone (Le), 377.
- Science (Histoire de la), 175.
- Science au théâtre (La), 319, 367. Science pratique, 44,112,147, 250, 490. Sel contenu dans la météorite de Migheï (Singulier), 6i.
- Sélénétropisme (Le), 143.
- Semeur chinois (Un), 236-entiment de l’art chez le chien (Le), 142. Série des prix (Ce que c’est que la), 162. Silice anhydre (Une quatrième variété naturelle de la), 159.
- Singe fossile français, 63.
- Soie artificielle (La), 319.
- Soie dans le monde (La production de la), 239.
- Sol (Chaleur reçue par la surface du), 174.
- Soleil (La prochaine éclipse de), 32.
- Son (Vitesse de la propagation du), 159. Soret, 399.
- Soufflet de chambre noire (Construction d’un), 250.
- Soufflet musical (Le), 160.
- Stanley (Expédition de), 181.
- Station centrale Edison à Brooklyn (La), 528.
- Station préhistorique, 190.
- Sucre dans l’Inde (Le), 335.
- Suez (La lumière électrique et le canal de), 318.
- T
- Tabac et microbes, 79.
- Tachyscopes électriques, 5.
- Télégraphes (Destruction des), 362.
- Téléphonie et télégraphie simultanées, 63.
- Téléphonique à Paris (Uu bureau central), 304.
- Téléphonique en Allemagne (Extension du service), 303.
- Téléphonique sous-marine (La première ligne), 54.
- Température de Paris (La), 52.
- Température moyenne de l’air à Paris (Variation de la), 39.
- Températures élevées (Mesure des), 115.
- Tempêtes dans les Indes, 415.
- Terrain carbonifère du Plateau central (Le), 287.
- Terres polaires (Le monde connu et inconnu dans les), 1^6.
- Terres végétales (Enrichissement en azote des), 223.
- Thermomètre médical, 123.
- Thylacine cynocéphale (Le), 24.
- Thyroïdienne (La greffe), 213.
- Tirage forcé des chaudières de la marine, 358.
- Tirelire magique, 64.
- Toiles (Le tannage des), 90.
- Torpille automobile IIowcl, 219.
- Torpilleur de haute mer /’Agile, 45.
- Torpilleurs en 1890 (Les), 391.
- Touareg (Les), 131.
- Touraine (Lancement de la), 540.
- Tourniquet hydraulique, 384.
- Train sanitaire permanent du chemin de fer de l’Ouest, 103.
- Tramways américains, 212, 590.
- Tramways électriques de Clermont-Ferrand, 78.
- Tramways électriques de la ligne Made-leine-Levallois, 238.
- Transports à Minas Geraesau Brésil (Les), 40, 137.
- Travail fourni par les chemins de fer Le), 47.
- Treich-Laplène, 334.
- Trélat (Ulysse), 286.
- Tremblement de terre du midi de l’Espagne en 1884 (Réparatiou des désastres causés par le), 165.
- Tremblements de terre au Japon, 175.
- Troupeau de dix-huit mille moutons, 223.
- Tunisie à l’Exposition universelle de 1889 (La), 9. .
- Typhon de Louhville aux États-Unis (Le), 342.
- ü
- Usine municipale d’électricité (Inauguration de 1 ), 15.
- y
- Vaccinations antirabiques à l'Institut Pasteur, 403.
- Vanille (La), 207.
- Vent (Puissance du), 383.
- Ventilateur Pignatelli pour voitures de chemin de fer, 205.
- Verre (Moulage méthodique du), 241.
- Verre aux gaz sous l’influence de l’électricité (Perméabilité du), 255.
- Vers à soie annamites (Le minier du Tonkin et les), 47.
- Viande d'un bœuf Normand (Le rendement en), 598.
- Viandes en Amérique; Saladéros (Les fabriques d ), 59.
- Vins (L’art de frelater les), 108.
- Vitesse (Des appareils enregistreurs de la), 259.
- Vitres par laminage, (Fabrication des), 410.
- Voies métalliques dans les chemins de fer (Les), 213.
- Voûtes célestes concaves, 5.
- Voyage d’exploration du Niger au golfe de Guinée, 70.
- Z
- Zoologie (Application géographique), 207.
- Zürcher (Frédéric), 318.
- p.420 - vue 424/432
-
-
-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Aguet (Dr). — La fabrication du lait condensé en Suisse, 503.
- Angot (Ai.fred). — Les observations météorologiques de la Tour Eiffel, 117.
- Bâclé (L.). — Les travaux de canalisation de la Seine entre Paris et la mer, 115. — Les voies métalliques dans les chemins de fer, 213.
- Balland. — Pierre Bayen, 191.
- Batut (Arthur). — Étude sur la formation des images com- , posites, 188.
- Beli et (Daniel). — Le chemin de fer incliné du mont Pilate, 53. — Le canal de la mer Blanche au lac Onéga, 55. — La navigation de la France et la statistique graphique, 91.
- __ Le matériel des chemins de fer aux Etats-Unis, 147. —
- Ce que c’est que la série des prix, 162. — Un semeur chinois, 236. — La production des métaux précieux dans le monde entier, 274. — L’invention des billets de banque, 298. — Le service du nivellement général de la France, 394.
- Bergeret (A.). — Les fêtes publiques, 266, 283, 331. — La mécanique des objets usuels. Le crayon myslic. Le presto-colleur, 351.
- Bergman (Ernest). — Dracæna Draco, 336.
- Bonaparte (Le prince Roland). — Le lac de Mârjelen, 1.
- Brandicodrt (Y.). — Récréations scientifiques au dix-septième siècle, 11. — La quadrature du cercle et ses chercheurs, 134, 163.
- Cartaz (Dr A.). — L’épidémie de grippe, 45. — La greffe thyroïdienne, 213. L’autographisme, 401.
- Clémandot (L.). — Moulage méthodique du verre, 241.
- Dehérain (Henri). — Le royaume de Dahomey, 290.
- Duuuys (Léon). — Les mirages supérieurs, 359.
- Ddport (M.). — Le Hoche, cuirassé ,d’escadre français, 183. — Le filage de l’huile à la mer. L’obus oléifère de M. Si-las, 380.
- Dybowski (J.). — Le dattier et ses utilisations, 17
- Ferrand (Paul). — Les transports à Minas Geraes, au Brésil, 40, 137.
- Fleurent (E.). — Le lait condensé, 6. — L’écrémeuse Jônsson, 387.
- Fox vielle (W. de). — Étienne-Joseph Perry, 111. — La rotation de Mercure, 149.— Une île nouvelle. L’ile Falcon, 243. — La ville de Chicago à propos de l’Exposition de 1893, 311. — Le typhon de Louisville aux États-Unis, 312.
- Fourtier (H.). Le marteau d’eau chantant, 59. — Construction d’un soufflet de chambre noire, 250.
- Gahéry (Paul). — Le nouveau monopole des allumettes, 81. — Régulateurs de lumière électrique (système Japy), 405.
- Gooo (Arthur). — Récréations scientifiques. Moteur hydraulique en coques de noix, 144. — La science pratique. La sûreté des clés, 400.
- Grad (Charles). — L’exploitation du pétrole à Peehelbronn, en Alsace, 171.
- Giiosseteste (William). — G.-A. Ilirn, 129.
- Guillaume (Ch. Ed.). — Travaux du bureau international des poids et mesures, 19, 50. — Thermomètre médical, 123.
- Hélène (Maxime).— Le géant d’Aquila, 286. — La poudre sans fumée. Les explosifs d’hier et ceux de demain, 371.
- Dément (Félix). — Le lycée Buffon, 113. — Éclairage électrique des instruments astronomiques à l’observatoire de Paris, 294. — La micrographie appliquée à l’étude des bois, 407.
- Hennebert (Lieutenant-colonel). — Les hirondelles messagères, 3. — Ponts militaires, système Marcillc, 67.
- Hospitalier (E.). — La première ligne téléphonique sous-marine, 54. — Le tricentenaire de Gilbert, 108. — L’éclairage électrique en Amérique. Le système municipal Edison, 123. — Les piles légères, 277. — Un type de station centrale pour la distribution de l’énergie électrique dans une petite ville, 299.
- Knab (L.).— Fabrication de granit et marbres artificiels, 86. — Train sanitaire permanent du chemin de fer de l’Ouest, 103. — Avertisseur électrique pour coffre-fort de la Compagnie des chemins de fer de l’Est, 135. — Torpille automobile Howel, 219. — Ceinture-avertisseur pour la protection des navires, 231. — Collier métallique pour chevaux de trait et .de voiture, 279. — Le pulvérisateur cyclone, 341. — Contrôleur de rondes électrique, 379.
- Kcnstler (J.). — Réglementation de la pêche du saumon au Parlement, 217.
- Laifargue (J.). — Tachyscope électrique, 5. — Les dangers de l’électricité, 30. — Manière de construire des accumulateurs électriques, 147. —Flambeau électrique d’Ascanio, à l’Opéra de Paris, 319. — La station centrale Edison à Brooklyn, 328.
- Lallemand (A.).— L’observatoire marégraphique de Marseille, 145.
- Landrin (Fernand). — L’ostréiculture, 7.— L’exposition de l’élevage de l’enfance, 323.
- Larbalétrier (Albert). — Le cresson de fontaine, 230. — L’huile de colza, 282.
- Léotard (Jacques). — Les traversées de l’Afrique, 85. — La conquête du pôle sud, 211. — La fin du monde, 215.
- Lézey (Drouart de).— Exposition de Tokio au Japon, en 1890, 215.
- Londe (Albert). — La chronophotographie, 97, 151. — La poudre sans fumée, 161.
- Lucas (Edouard). — Chinoiserie arithmétique. Un carré magique de cinquante-quatre siècles, 203.
- Marcel (Gabriel). — L’expédition de Stanley, 181. — Traversée de l’Afrique par le capitaine Trivier, 227.
- p.421 - vue 425/432
-
-
-
- 42-2
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Mareschal (Dr). — Agrandissement des clichés photographiques par l’extension de la pellicule, 126.
- Mareschal (G.). — Régulateur électro-automatique de pression pour le gaz d’éclairage, 75. — Le palais déglacé, 120.
- — Le ventilateur Pignatelli pour voitures de chemins de fer, 205. — Enregistreur de la vitesse des trains, 295. — Moteurs à essence de pétrole. Changement de marche et mise en train automatique, 389.
- Marey (E.-J,).— Les appareils enregistreurs de la vitesse,259.
- Marissiaüx (L). Le soufflet musical, 160.
- Martel (E.-A.). — Les eaux souterraines des Causses, 198.
- Maspéro (G.). — Sur une trouvaille de chats faite en Égypte, 273.
- Masqueray (Éuile). — Les Touareg, 131.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences (Séances hebdomadaires de 1’), 15, 31, 48, 63, 79, 94,111,127, 143, 159, 175, 190,207,223,239, 255, 271,287,304,319, 335,350, 566, 383, 399, 415. — L’obsidienne de la Yellowstone aux . États-Unis, 109.
- MocQUAaD (F.).—Du mimétisme chez le Phyllopteryx eques (Günther), 360.
- Nadaillac (Marquis de). — La Scandinavie préhistorique, 35.
- Nansouty (Max de). — Le phare de Port-Vendres, 23. — Cabestan hydraulique à basculement de Fives-Lille, 179.
- Oustalet (E.). — Le thylacine cynocéphale, 24. — Les nestors de la Nouvelle-Zélande, 232.
- P. (J.). — La culture de l’osier en Allemagne, 44.
- Pi.atania (Jean). — Orages et inondations en Sicile, 65.
- Ranque (Dr). — La photographie la nuit. Revolver photogénique, 93.
- Renard (L ). — La navigation sous-marine en 1890, 74. —Nos nouveaux croiseurs, 139. — Les torpilleurs en 1890, 391.
- Resel (E.). — La fabrication actuelle du papier, 99,167.
- IIenou (E.). — Variation de la température moyenne de l’air à Paris, 39.
- Renouard (Alfred). — La culture artificielle du raisin en Angleterre, 306. — La plus petite exploitation houillère de France. La concession d’ilardinghen (Pas-de-Calais), 330.
- Richou(G-). — Le gaz naturel à Pittsburg. Son déclin, 50.
- — Embarquement d’éléphants de guerre de l'armée anglaise des Indes, 88. — Inauguration du pont du Forth, en Écosse, 226. — Chargeurs de rails, 265.
- Rochas (Lieutenant-colonel de).— Les cosaques de l'Oural, 193.
- — L’alpinisme d’hiver et les raquettes de neige, 555.
- Schaeck (F. de) Le Bec-Coisé des Pins, 385.
- Sellier (Charles). — Montmartre vignoble, 346.
- Tardieu (Gustave). — Un guérisseur « au secret » devant la science moderne, 258.
- Tissandier (Gaston). — La monnaie de nickel, 59. — Grêlons cristallisés, 49.— L’enseignement manuel du mécanicien, 61.
- — Les roches à formes animées, 83. — L’art de dessiner simplement, 155. — Réparation des désastres causés par le tremblement de terre du midi de l’Espagne, en 1884, 165.
- — Le fluor, 177. — Le mirage de la Tour Eiffel et les mirages supérieurs, 195.— Édouard Charton , 209.— La photographie aérienne, 225. — Les autographes de La Nature, 254. — Causerie photographique, 264. — La photographie astronomique à l’observatoire du mont Ilamilton, 281. — Cris de guerre et devises, 315. — Eugène Peligot, 321. — Treich-Laplène, 334. — Victor Jacquot, 334. — Les maquettes animées de M. Georges Bertrand. Automates et marionnettes, 348. — L’aéronautique en Allemagne, 363. — Les poupées phonographiques d’Edison, 381.
- Trouessaut (Dr E.). — Le cheval sauvage de la Dzoungane, Equus Przewalskii, Poliakoff, 369.
- Varigny (Henry de). — La Tunisie à l’Exposition universelle de 1889, 9. — Les oursins perforants, 357.
- Vidal (Léon). — La photographie avec un trou d’aiguille, 27.
- Vitoux (G.). — La navigation sous-marine. Les expériences du Goubet, 411.
- X..., ingénieur. — Fabrication de l’aluminium, 122. — Les puits artésiens en Californie, 257. — Les travaux hydrauliques de San Diego en Californie, 293. — Le schiséophone, 377.
- Z.... (Dr). — Jouets scientifiques: Automates à hélice, 52. — Récréations scientifiques : La tirelire magique. Les rosaces en peaux d’orange. Jeux d’équilibre. La tète de l’inventeur. La pêche électrique. Le jeu de l’araignée, 64, 79, 96, 176, 208, 304. — La science pratique: Brosse mécanique pou tapis, 112. — Physique sans appareils : Un procédé d’aimantation, 128.— Conductibilité des métaux. Force centrifuge, 272. — Tourniquet hydraulique, 584. — Les animaux savants à Paris, 247. — La longévité humaine. Les centenaires. 565.
- p.422 - vue 426/432
-
-
-
- TAULE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont Indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Vuûtes célestes concaves.................................. 4
- Les éclipses comme moyen chronologique (C. E. G.). . 42
- La rotation de mercure (\V. de F on vielle)..........149
- Minimum undécennal de la variation diurne de la
- déclinaison...........................................111
- Les nouvelles planètes................................. 302
- Physique générale.
- Travaux du bureau international des poids et mesures
- (Cii.-Ed. Guillaume)........................19, 50
- Le marteau d’eau chantant (H. Fourtier)............... 59
- La mesure des températures élevées....................115
- Le palais de glace. Le patinage par tous les temps (G.
- Mareschal).........................................120
- Thermomètre médical (Ch.-Ed. Guillaume)...............123
- Prisme-télémètre à réflexion totale...................237
- Observation de la réfraction et de la dispersion de la
- lumière............................................256
- Les poupées phonographiques d’Edison (G. T.)..........581
- Le spectre de la sarnanne............................. 95
- La propagation du son.................................159
- Propriétés physiques du fer et des acieis.............175
- Pénétration de la lumière dans la profondeur de la
- mer.............................................. . 207
- Perméabilité du verre aux gaz sous l’influence de
- l’électricité......................................255
- Nouveau procédé d’observation microscopique. . . 287
- Le phonographe et les flammes vibrantes...............303
- Expériences nouvelles sur la fragilité des corps. . 350
- Électricité théorique et appliquée.
- Tachyscope électrique (J. L.)......................... 5
- La première ligne téléphonique sous-marine (E. H.). . 54
- Un piano électrique................................... 58
- Régulateur électro-automatique de pression pour le gaz d’éclairage (G. Mareschal)............................. 76
- Le tricentenaire de Gilbert (E. II.)...................108
- L’éclairage électrique en Amérique. Le système municipal Edison (E. Hospitalier)..............................123
- Avertisseur électrique pour coffre-fort de la Compagnie
- des chemins de fer de l’Est (L. Knab)...............135
- Manière de construire les accumulateurs électriques (J. L). 147
- Les moteurs à courants alternatifs.....................179
- Baleine et câbles télégraphiques.......................211
- L’éclairage électrique à Berlin..........................215
- Les piles légères (E. Hospitalier)...................... 277
- Eclairage électrique des instruments astronomiques à
- l’Observatoire de Paris (Félix Hément)..............294
- Un type de station centrale pour la distribution de l'énergie électrique dans une petite ville (E. Hospitalier) . 299
- Propagation des courants alternatifs.....................310
- Application du phonographe à la conservation du langage
- des Indiens de l’Amérique.............................322
- Le langage scientifique. L’hystérésis....................326
- La station centrale Edison à Brooklyn (J. Laffargue) . . 528
- Destruction des télégraphes..............................362
- Le schiséophone (X..., ingénieur)........................377
- Contrôleur de rondes électrique (L. K.)..................379
- L’électricité au Mexique................................. 14
- Inauguration de l’usine municipale d'électricité. . . 15
- Les dangers de l’électricité............................. 30
- Téléphonie et télégraphie simultanées.................... 63
- Les tramways électriques de Clermont-Ferrand. . . 78
- Vitesse de propagation de l’induction électrique. . 111
- Éclairage électrique de Pont-de-Vaux.....................127
- Eclairage électrique du port de Bordeaux.................143
- Éclairage électrique des galeries du British Muséum,
- à Londres.............................................158
- Fabrication électrolytique de l’aluminium .... 191
- Les moteurs électriques en Amérique......................206
- Les tramways électriques de la ligne de la Madeleine-
- Levallois, à Paris....................................238
- Extension du service téléphonique en Allemagne. . 303
- Le concours des compteurs d’énergie électrique de la
- ville de Paris........................................303
- Perturbations magnétiques artificielles..................303
- Éclairage électrique du cuirassé « le Hoche ». . . . 303
- Éclairage électrique des gares...........................504
- p.423 - vue 427/432
-
-
-
- m
- TABLE DES MATIÈRES.
- Un bureau central téléphonique à Paris................504
- La lumière électrique et le canal de Suez..........- . 318
- Sur les champs de rotation magnétique....................307
- Uéclairage électrique au Japon...........................383
- L’éfedro-aroumètre...................................... 308
- Éclairage électrique de Chclinsford......................508
- linteaux électriques d’Edimbourg.........................508
- Régulateurs de lumière électrique, système Ja|»y,
- (P. Gaiiéry)..........................................405
- Photographie.
- I.a photographie des nuages............................ 10
- La photographie avec un trou d’aiguille (Léon Yid.u,). . 27
- La photographie la nuit. Revolver photogénique (L)r Ras-
- que).................................................. 93
- La elironophotographic (Albirt Lonue).........97, 151
- Application de la photographie à la météorologie. ... 114
- Agrandissement des clichés photographiques par l’extension de la pellicule (Dr Mareschal).................126
- Photographie sans objectif.............................. 138
- Elude sur la formation des images composites (A. Ratio ). 188
- La photographie aérienne (Gaston Tissandier).............225
- Construction d’un sou fil et de chambre noire (II. Courtier). 250
- Causerie photographique (Gaston Tissaxdier)..............204
- La photographie astronomique à l’observatoire du mont
- llamilton (Gaston Tissandier).........................281
- Nouvelles applications de la photographie instantanée. . 378
- La photographie au Japon.................................143
- Sensibilité des plaques photographiques..................175
- Le halo photographique...................................255
- Chimie générale.
- Le lait condensé (E. Fleurent)........................... 6
- La monnaie de nickel (Gaston Tissa'dier)............... 39
- Le gaz naturel à Pittsburg. Son déclin (G. R.). . . 50
- Fabrication de granit et marbres artificiels (L. K.). . 86
- Le tannage des toiles................................... 90
- La fabrication actuelle du papier (G.-A. Renel) . ... 99
- L'art de frelater les vins..............................106
- Fabrication de l’aluminium (X..., ingénieur)............122
- Les ignifuges...........................................154
- L’exploitation du pétrole à Pecliclbronn, en Alsace (Cn.
- Grad)................................................171
- Le fluor (Gaston Tissandier)............................177
- La fabrication du lait condensé eu Suisse (Dr Aguet). . 305
- Le musc artificiel......................................410
- Fermentation du fumier.................................. 15
- Densité du fluor........................................ 15
- Le papier de mousse. . ................................. 48
- L’Encyclopédie chimique................................. 64
- Les inotites............................................111
- Les carbones graphitiques...............................127
- La malachite artificielle...............................143
- Constitution de l’iode..................................143
- Action de l'eau sur le verre............................158
- Une quatrième variété naturelle de la silice anhydre. 159 Synthèse du platine ferrifère magnétipolaire. . . . 159
- Falsification de l’essence de térébenthine..............174
- Les fluorures de carbone................................175
- Quartz contemporain.....................................175
- Le cuivre de la houille.................................176
- L’industrie du pétrole..................................190
- Synthèse du fer chromé..................................207
- L’acide cyanhydrique des rosacées.......................224
- Les états allotropiques de l'arsenic....................239
- La matière organique des roches nummulUiques et des tests fossiles de mollusques et de crustacés. . 255
- La torréfaction du café.................................256
- Condensation de l'oxyde de cai boncpar l'effluve électrique......................................... 271, 286
- La matière grasse du lait...............................271
- L’exportation des phosphates du Canada................505
- Condensation de la benzine............................351
- Papier et tissus en balles de blé.....................566
- L’analyse de la paille................................567
- Cause de la combustion spontanée du foin..............582
- Le ferment nitrificateur..............................583
- Boratage des vins. ...................................599
- Becherches sur le chrome............................ 599
- Cristallisation de l’alumine..........................599
- Gœthitc artificielle................................ 599
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Le lac de Miirjelen (Prince Roland Bonaparte). ... 1
- Variation de la température moyenne de l’air à Paris
- (E. Renou)........................................ 59
- Grêlons cristallisés (G. T.)......................... 49
- Orages et inondations en Sicile (Jean Platania). ... 65
- Les roches à formes animées (Gaston Tissandier). . 83, 229
- L’obsidienne de la Yellowstonc aux États-Unis (Stanislas
- Meunier)..........................................109
- Application de la photographie à la météorologie. ... 114
- Les observations météorologiques de la Tour Eiffel (Alfred Angot).........................................117
- L’observatoire marégraphique de Marseille (A. Lallemand). 145
- La foudre globulaire.................................167
- Le mirage de la Tour Eiffel et les mirages supérieurs
- (Gaston Tissandier)...............................195
- Les eaux souterraines des Causses. Deuxième campagne,
- 1889.............................................. 198
- Les puits artésiens en Californie (X..., ingénieur). . . . 257
- La caverne de Cacahuamilpa au Mexique................297
- Les mirages supérieurs (Léon Dcmiiys)................339
- Le typhon de Louisville aux États-Unis (W. de Fonvielle). 342
- La météorite de Phu-Hong............................. 15
- Bolide observé cn plein jour......................... 31
- Le feu Saint-Elme dans les temps anciens et dans
- les temps modernes................................ 31
- 1m température de Paris.............................. 32
- Gisement comparé du diamant dans les pans de l’Afrique australe et dans quelques météorites. . . 63
- Colonies calloviennes................................144
- Carte hypsométrique de la Russie. ...................159
- Quantité de chaleur reçue à la surface du globe. . 174
- Les tremblements de terre au Japon...................175
- Lithologie...........................................176
- Le halo solaire du 5 mars............................238
- Etudes relatives au gypse et au quartz des environs
- de Paris..........................................271
- Le terrain carbonifère du Plateau central............287
- Recherches chimiques sur les roches crayeuses. . . 288
- La météorite de Jélica...............................335
- L’Annuaire géologique universel. ....................351
- Les mémoires de la Société géologique..................399
- Tempêtes dans les Indes................................415
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique» Paléontologie*
- L’ostréiculture (Fernans Landrin)....................... 7
- Le dattier et ses utilisations (J. Dybowbki)........... 17
- Le thylacine cynocéphale (E. Oustalet)................. 24
- La longévité des arbres................................106
- Le cresson de fontaine.................................230
- Les nestors de la Nouvelle-Zelande (E. Oustalet). . . 232
- Les animaux savants à Paris (D* Z.)....................247
- La vitesse des pigeons voyageurs.......................299
- Dracæna Draco (Ernest Bergman).........................556
- Les oursins perforants (Henry de Yarigny)..............337
- Du mimétisme chez le Phyllopteryx eques, G(luther (F. Mocquard).......................................360
- p.424 - vue 428/432
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Le cheval sauvage de la Dzoungarie, Equus Przewalskii,
- Poliakoff(Dr E. Trocessart)..........................369
- Le Bec-croisé des Pins (F. de Schaeck) .................385
- Histoire d’un léopard du Jardin des Plantes de Paris. . 397
- La micrographie appliquée à l’étude des bois (Félix
- Hément)..............................................407
- Les bois fossiles d’Algérie.......................... 15
- Le mûrier du Tonkin et les vers à soie annamites. 47
- Le roseau des sables.................................... 63
- Singe fossile français.................................. 63
- Une plante à miel....................................... 78
- Une pêche à la Réunion..................................112
- Le champignon du pourridié..............................127
- Pomme de terre industrielle.............................128
- Le sentiment de l'art chez le chien..........142, 158
- Les canards du Maryland.................................142
- Industrie du bois courbé..........,..................143
- Le sélénétropisme.......................................143
- La production des huîtres...............................158
- Racine des gymnospermes.................................159
- Le courage chez les petits animaux......................190
- Nouvelle fougère reviviscente...........................190
- Influence de l’altitude sur les plantes.................191
- Perception cutanée des radiations lumineuses . . . 191
- La vanille..............................................207
- Application géographique de la zoologie.................207
- Le Dryopithecus.........................................207
- Naturalisation de l’Araucaria imbricala.................222
- Les habitants du fromage................................222
- Comparaison des mammifères tertiaires de Cernay près Reims av-c les animaux mammifères crétacés des couches de Laramie en Amérique................225
- Cheval emporté arrêté par un chien......................303
- Jardin botanique alpestre .... .... 318
- Le Lycopodiopsis Derbyi.................................319
- Métamorphose des insectes...............................319
- Tortue fossile......................................... 351
- La chaleur animale..................................... 366
- Les vols de grives......................................383
- Un homard monstre..................................... 383
- Chiens géants...........................................415
- Géographie. — Voyages d'exploration.
- Le lac de Marjelen (Prince Roland Bonaparte)............. 1
- Les transports à Minas Geraes au Brésil (Paul Ferrand)......................-..................40, 137
- Le canal de la mer Blanche au lac Onega (D. B.) . . . 55
- Voyage d’exploration du Niger au golfe de Guinée du
- capitaine L. G. Binger............................... 71
- Les traversées de l’Afrique (Jacques Léotard) .... 83
- L’expédition de Stanley (Gabriel Marcel)................181
- La conquête du pôle sud (J. Léotard)....................211
- Carte d’Alsace-Lorraine dressée par M. E. Guillemin. . 221
- Traversée de l’Afrique par le capitaine Trivicr (G\briel
- Marcel)..............................................227
- Une île nouvelle. L'îlc Falcon (AV. de Fonvielle). . . 243
- Le royaume de Dahomey (Henri Dehérain)..................290
- La ville de Chicago à propos de l’Expositim de 1893
- (W. de Fonvielle)....................................311
- L’alpinisme d’hiver et les raquettes de neige (.Albert de
- Rochas)..............................................353
- Le monde connu et le monde inconnu dans les terres
- polaires.............................................126
- Les abris de montagne................................. 158
- Histoire de la géographie...............................224
- Anthropologie. — Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- La Tunisie à l’Exposilion universelle de 1889 (Henry de
- Varigny............................................... 9
- La Scandinavie préhistorique (Marquis de Narao.lai:) . . 55
- Les Touareg (Emile Masquer a y)....................... 131
- Les Cosaques de l’Oural (Lieutenant-colonel de Rochas). 193 Sur une trouvaille de chats faite en Egypte (G. Ma«p"ro). 273 La longévité humaine. Les centenaires (Dr Z ) . . . . 365
- Station préhistorique...................................190
- Le préhistorique de Champ 'gny..........................223
- Le géant d’Aquila.......................................286
- Découverte préhistorique à Saint-Aubin (Côte-d’Or). 366
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. — Arts industriels.
- Le phare de Port-Vendres ((Max de Nansouty)............. 23
- Le chemin de fer incliné du mont Pilate (Daniel Bel-
- let)................................................ 33
- L’enseignement manuel du mécanicien (G. Tissandier). 61
- Compteurs pour voitures de place........................ 67
- Le moulin en Algérie.................................... 77
- Déplacements vibratoires des rails pendant le passage
- des trains en marche................................ 86
- La fabrication actuelle du papier (G.-A. Rknel). 99, 167 Train sanitaire permanent du chemin de fer de l’Ouest
- (L. Knab)...........................................103
- Les travaux de canalisation de la Seine entre Paris et la
- mer (L. B.)............................. 114, 275, 315
- La quadrature du cercle et ses chercheurs (V. Brandi-
- court)......................................134, 163
- Le matériel des chemins de fer aux Etats-Unis (D. B.). 147
- Ce que c’est que la série des prix (Daniel Bellet). . . 162
- Réparation des désastres causés par le tremblement de terre du midi de l’Espagne en 1884 (Gaston Tissandier) . ........................................... 165
- Cabestan hydraulique à basculement de Fives-Lille
- (Max de Nansouty)...................................179
- Chute de 100 mètres par un puits de mine (E. D.) . . 186
- Ventilateur Pignatelli pour voitures de chemin de fer
- (G. Mareschal)......................................205
- Curieux tramway américain...............................212
- Les voies métalliques dans les chemins de fer (L. B.). . 213
- Inauguration du pont de Forlh, en Ecosse (G. Richou). 226
- Moulage méthodique du verre (L. Clémandot)...........241
- Des appareils enregistreurs de la vitesse (E.-J. Mabey). 259
- Chargeurs de rails (G. Richou)..........................265
- Les réveille-matin......................................269
- Les travaux hydrauliques de San Diego en Californie
- (X..., ingénieur)...................................293
- Enregistreur de la vitesse des trains. Appareil portatif.
- (G. Mareschal)......................................295
- La plus petite exploitation houillère de France. La concession d’Hardinghen (Pas-de-Calais) (A. Renouard). . 530
- Le pulvérisateur cyclone (L. Knab). . ..................341
- Le tirage forcé des chaudières de la marine............358
- Machine à calculer de M. Léon Bollée. . . ............359
- Echelle mobile à poissons ins'alléeau barrage de Port-
- Mort, sur la Seine..................................376
- Moteurs à essence de pétrole. Changement de marche et mise en train automatique (G. Mareschal). . . . 389
- Les tramways américains.................................590
- Le service du nivellement général en France (Daniel
- Bellet).............................................594
- La tapisserie-mosaïque de bois..........................402
- Fabrication des vitres par laminage. . • ‘..............410
- Utilisation des chutes du Niagara............... . 414
- Le travail fourni par les chemins de fer............. 47
- Influence du froid sur les rails........................126
- Les chemins de fer allemands............................143
- Les maisons en carton et en papier......................254
- Pièces de fonte en bronze phosphoreux...................254
- Un livre chinois sur l'art de l’ingénieur ...... 255
- Transport rapide du lait......................... ; . . 255
- Nouveau dynamomètre de transmission.....................271
- Nouvelle roue hydraulique...............................367
- Puissance du vent.......................................383
- Un ancien pont suspendu.................................398
- p.425 - vue 429/432
-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Le travail musculaire des ascensionnistes...................... 22
- L’épidémie de grippe (Dr A. Cartaz)............................ 45
- Les progrès de l’ophtalmologie. Le traitement de la cataracte............................................. 150
- L’influenza et l’accroissement normal du poids des enfants ................................................206
- La greffe thyroïdienne (Dr A. Cartaz)..........................243
- Un guérisseur « au secret a devant la science moderne
- (Gustave Tardieu)...........................................258
- L’exposition de l’élevage de l’enfance (F. Landrin). . . 323
- L’influenza chez le chien......................................375
- L’autographisme (Dr Cartaz)....................................401
- Les vaccinations antirabiques à l’Institut Pasteur. . . . 403
- Microbiologie.................................................. 16
- Micrographie forestière........................................ 31
- Antagonisme microbien......................................... 64
- Tabac et microbes.............................................. 79
- L’anthropologie du docteur Anlonin Bossu.......................159
- Nutrition de l’oïdium atbicans.................................191
- Les microbes pathogènes des eaux de Lyon......................191
- Une nouvelle infirmité.........................................287
- Un nouveau symptôme de l’hystérie..............................519
- La lumière en plein air et dans les maisons .... 534
- Origine de la chaleur animale..................................350
- Nature de la fièvre intermittente..............................599
- Les brûlures et l'état sphénoïdal,.............................415
- Agriculture.—Acclimatation.— Pisciculture.
- La culture de l’osier en Allemagne (J. P.)..................... 44
- Les fabriques de viande en Amérique; Saladéros. . . 59
- Réglementation de la pêche du saumon au Parlement
- (J. Kunstler)...............................................217
- Un semeur chinois (Daniel Bellet)..............................256
- L’huile de colza (A. Larbalétrier).............................282
- La culture artificielle du raisin en Angleterre (A. Re-
- nouard).....................................................506
- L’écrémeuse Jônsson (E. Fleurent). . ..........................587
- Sur la nitrification........................................... 31
- Enrichissement en azote des terres végétales. . . . 223
- La pisciculture en Annam.......................................335
- La production des œufs.........................................550
- Fixation de l’azote par le sol.................................351
- Le rendement en viande d’un bœuf normand.... 398
- Le Hamster en Allemagne........................................415
- Art militaire. — Marine.
- Les hirondelles messagères (Lieutenant-colonel IIenne-
- bert)........................................................ 3
- Les armements en Europe........................................ 22
- Torpilleur de haute mer VAgile................................. 45
- La musique militaire........................................... 55
- Ponts militaires. Ponts rapides pour voies ferrées, système Mareille (Lieutenant-colonel IIennebert) .... 67
- La navigation sous-marine en 1890 (L. Renard). ... 74
- Embarquement d’éléphants de guerre de l’armée anglaise
- des Indes (G. R.)........................................... 88
- La navigation de la France et la statistique graphique
- (Daniel Bellet)............................................. 91
- Nos nouveaux croiseurs (L. Renard).............................139
- La poudre sans fumée (Albert Londe)............................161
- Le Hoche, cuirassé d’escadre français (M. Duport) . . . 183 La flotte cuirassée du Chili et l’industrie française (D. B.). 193
- Torpille automobile Hovvel (L. Knab)...........................219
- Ceinture-avertisseur pour la protection des navires
- (L. K.).....................................................231
- Les marines militaires................... 252, 268, 289
- Passerelle portative improvisée pour l’infanterie. . . . 526
- Lancement de la Touraine au chantier de Penhoet . . 340
- La poudre sans fumée. Les explosifs d’hier et ceux de demain (Maxime Hélène)................................371
- Le filage de l’huile à la mer. L’obus oléifère de M. Silas
- (M. Duport)................................ 580, 414
- Les torpilleurs en 1890 (L. Renard)....................591
- La navigation sous-marine. Expériences du Goubet
- (G. Yitoux)........................................ 411
- Navigation par tortues.................................111
- Essais de canons à tir rapide de gros calibre. . . 127
- La navigation dans le nouveau port de Boulogne. . 259
- Signaux électriques de la marine.......................254
- Bateaux électriques d’Edimbourg........................598
- Aéronautique.
- L’aéronautique en Allemagne (Gaston Tissandier). . . . 563
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Phillips....................................... 48, 62
- Damaschino (le I)r).................................... 62
- Sacaze (Julien)......................................... 62
- Govi.................................................... 62
- Bourbouze............................................... 63
- Le vice-amiral Cloué.................................... 78
- Cosson.................................................. 94
- Etienne-Joseph Pcrry (W. de F.)........................110
- llirn (William Grosseteste)....................128 129
- Dausse..................................................128
- Buys-Ballot.............................................174
- Pierre Bayen............................................194
- Edouard Charton (Gaston Tissandier).....................209
- Ulysse Trélat...........................................286
- Edmond Hébert...........................................302
- Montigny (C.)...........................................302
- J. Zürcher..............................................318
- Eugène Peligot (Gaston Tissandier)......................321
- Treich-Laplène (Capitaine G. Binger)..................534
- Victor Jacquot (G. T.)..................................534
- James Nasmyth...........................................382
- Soret............................'.....................599
- Notice historique sur Lavoisier......................... 94
- Statue à Borda.......................................... 95
- Histoire de la science..................................175
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des scienees (Séances hebdomadaires de F), par M. S. Meunier, 15, 31, 48, 63, 79, 94, 111, 127,
- 143, 159, 175, 190, 207, 223, 239, 255, 271, 287,
- 304, 319, 335, 350, 366, 383, 599.................. 415
- Exposition de Tokio au Japon en 1890 (L. Drouart de
- Lezey)...............................................215
- Association scientifique australienne...................286
- Conférence a Scientia ».................................566
- Science pratique et récréative.
- Récréations scientifiques au dix-septième siècle (V. Bran-
- dicourt)............................................... . 11
- Jouets scientifiques. Automates à hélice.................... 52
- Récréations scientifiques : Le Combinard. La tirelire ma gique. Les rosaces en peaux d’orange. Jeux d’équilibre. Moteur hydraulique en coques de noix. Le soufflet musical. La tête de l’inventeur. La pêche électrique.
- Le chat électrisé. Illusions d’optique. Le jeu de l’araignée. Expériences sur l’écoulement du gaz, 48, 64,
- 79, 96, 144, 160, 176, 208, 240, 288. 504. . . . 416 La science pratique : Brosse mécanique pour tapis. Manière de construire les accumulateurs électriques.
- p.426 - vue 430/432
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 427
- Construction d’un soufflet de chambre noire. La sûreté
- des clés............................112, 147, 250, 400
- Physique sans appareils. Un procédé d’aimantalion. Curieuse expérience d’optique. Expérience simple relative à la conductibilité. Observation de la réfraction et de la dispersion de la lumière. Conductibilité des métaux. Force centrifuge. Tourniquet hydraulique, 128,
- 192, 224, 256, 272.................................... 584
- L’art de dessiner simplement (Gaston Tissandier) . . . 155
- Chinoiserie arithmétique. Un carré magique de 54 siècles
- (Édouard Lucas)........................................203
- La science au théâtre. Flambeau électrique d'Ascanio à l’Opéra de Paris. L’électricité appliquée à une scène
- de course....................................... 319 367
- Les maquettes animées de M. Georges Bertrand. Automates et marionnettes (Gaston Tissandier)...........348
- La mécanique des objets usuels. Le crayon mystic. Le presto-colleur (A. Bergeret)............................352
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Le nouveau monopole des allumettes (Paul Garéry) . . 81
- Les fabriques de viandes en Amérique; Saladéros. . . 59
- La navigation de la France et la statistique graphique (Daniel Bellet)......................................... 91
- Les nouveaux lycées de Paris. Le lycée Buffon (Félix Hé-
- ment)............................................113
- La consommation du 1er et de l’acier................198
- La fin du monde (J. Léotard)........................245
- Les autographes de La Nature (G. T.). . . 254, 302 318
- Les fêtes publiques (A. Bergeret)......... 266, 283 331
- Collier métallique pour chevaux de trait et de voiture
- (L. Knab)........................................279
- L’invention des billets de banque (Daniel Bellet). . . 298
- Cris de guerre et devises (Gaston Tissandier).......314
- La machine à écrire et le recensement aux Etats-Unis. 350
- Les richesses minières de l’Espagne (D. B.)...........542
- Montmartre vignoble (Charles Sellier).................546
- Un musée de journaux..................................594
- La fabrication des fourrures........................ 14
- Le banquet des hommes gras aux Etats-Unis. . . . 127
- Ce qu’il entre de charbon à Londres...................142
- Les faux autographes..................................174
- Les jeûneurs..........................................175
- Un troupeau de dix-huit mille moutons.................223
- La production de la soie dans le monde................239
- La Meuse empoisonnée..................................302
- Le sucre dans l'Inde................................35
- Statistique des broches à coton du monde . . . 535
- Le marché des laines à Londres........................335
- L’inventeur de la gomme à effacer.....................382
- FIS DES TABLES
- p.427 - vue 431/432
-
-
-
- *•
- £
- m
- 4
- m
- ;» .*} ». • i ;
- i
- J
- *- i t
- i
- •>
- n. ,
- ,ERRATA
- .. . '}
- Dans le précédent volume, (1889, 2e semestre) :
- Page 426, col. 1, ligne 48. La phrase : pèse plus du dàuble .«..doit être supprimée. «• •
- Dans le présent volume :
- Page 16, légende de la figure. Au lieu de : Grenoble.
- Il faut : Limoges.
- Page 57, légende de la figure 8. C’est par erreur qu’un ophi-
- % cléide a été représenté dans
- la musique de la garde républicaine, où cet instrument n’est pas employé. La légende porte en outre, par mégarde, saxhorn.
- Page 175, col. 2, ligne 22. ,4m lieu de : M. Muntz. !
- Il faut : M. Güntz. '
- Page 252, col. 1, ligne 11, en ' 1 •
- remontant. Au lieu de : 10 nœuds à l’heure.
- Il faut : 16 nœuds à l’heure. Page 584, col. % ligne 27. Au lieu de : sur un arc.
- Il faut : sur un axe.
- Page 592. gravures : La gravure intitulée figure 2
- doit être placée figure 3, et inversement.
- ».
- é
- f .
- Paris. — Imprimerie Luluire, rue de Fleurus, 9
- p.428 - vue 432/432
-
-