La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ TAU M LE MINISTRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE Il’UNB SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- DIX-NEUVIEME ANNÉE
- 1 891
- DEUXIEME SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR
- LliRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120. BOCLEVAUD SAINT-GURMAIN, 120
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LES GRELONS
- ORAGE DU 21 MAI 1891 EN AUVERGNE
- Tout ce qui se rattache à l’étude de la nature et de la formation de la grêle, offre un caractère particulier d’intérêt au point de vue météorologique. Quelques orages ont eu lieu à la fin du dernier mois de mai, déjà remarquable par ses longues périodes de froid ; celui du 21 s’est manifesté sur un grand
- nombre de localités, et particulièrement en Auvergne, par des chutes de grêle très intenses qui méritent d’être enregistrées.
- Voici l’intéressante observation que nous communiquent deux de nos lecteurs de Billom (Puy-de-Dôme), M. IL Dutheil et M. Henry De val, membre de la Société astronomique :
- Un orage violent, accompagné d’une grêle abondante, s’est abattu jeudi 21 mai sur Billom et ses environs.
- Fig. 1 et 2. — Grêlons tombés à Billom (Puy-de-Dôme) le 21 mai 1891. — Fig. 1. Aspect extérieur d’uu grêlon. — Fig. 2. Coupe.
- (Grandeur naturelle.) D’après les dessins de M. Henry Deval.
- Les gréions étaient d’une grosseur remarquable; eur forme s’éloignait peu de la forme sphérique avec un léger aplatissement ; en coupe, ils montraient un noyau central opaque, environné de couches concentriques, alternativement translucides et opaques. Commencée à 6h 55™ du soir, la chute n’a duré que six minutes ; l’orage proprement dit avait complètement cessé à 7 heures du soir; une pluie fine continua encore de tomber pendant une partie de la nuit. Les échantillons de grêlons ramassés ont pesé de 20 à 35 grammes; mais nous en avons pesé un de 45 grammes, recueilli quinze minutes après la chute. On en a même ramassé du poids de 70 grammes. Le vent, 198 année. — 2e semestre.
- qui soufflait du S.-O. depuis le matin, a brusquement tourné à l’ouest à 1 heure du soir. Deux courants d’air superposés étaient visibles : l’inférieur de l’ouest, le supérieur de l’est.
- Un assombrissement profond précéda la chute des grêlons, puis l’on entendit un bruit sec, comparable à une décharge de mousqueterie : ce devait être le bruit des grêlons tombant au loin.
- A 5h 15m, à 50 degrés environ au-dessus de l’horizon est, un phénomène assez curieux se produisit. Les deux couches nuageuses étaient animées d’un mouvement giratoire extrêmement rapide et s’effectuant en sens contraire
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- LA NATURE.
- pour chacune : de gauche à droite pour le courant ouest, de droite à gauche pour le courant est.
- Voici les chiffres de la température et de la pression atmosphérique à différentes heures de la journée : la température à 5 heures du matin était de -f- 10°,5, à midi de + 20 degrés, à 7 heures du soir de + 11°,4. — La pression était à 5 heures du matin de 755 millimètres, à midi 747 millimètres, à 8 heures du soir 750 millimètres, le lendemain 5 heures du matin 750 millimètres. Le baromètre est ramené à 0° au niveau de la mer (brusque dépression de 5 heures à 12 heures).
- Le vent, depuis le matin jusqu’à 1 heure du soir était S.-O., de 1 heure à 8 heures du soir 0., et à 8'1 15m du soir S.-S.-O. Les dégâts sont considérables.
- Les dégâts causés par la chute de la grêle ont été assez importants. Les toitures de certaines maisons ont été abîmées; nombre de carreaux ont été cassés. Voici ce que dit à ce sujet le Moniteur du Puy-de-Dôme.
- A Yertaizon, des gréions énormes sont tombés pendant quinze minutes, anéantissant les récoltes ; les vignes ont été affreusement mutilées; il n’y reste plus que quelques rares bourgeons ; les branches des arbres fruitiers tombaient comme si on les eût coupées avec un instrument tranchant; les prés artificiels ont été hachés; des gens qui se sauvaient à toutes jambes pour se procurer un abri, ont eu la figure et les mains contusionnés.
- A Pont-du-Château, la grêle est tombée si abondamment que la terre en est demeurée couverte d’une couche épaisse jusqu’au soir; quelques grêlons ont atteint, dit-on, la grosseur d’un oeuf de poule. Les dégâts dans la commune de Pont-du-Château ont été sans grande importance, car la grêle se trouvait heureusement mêlée à une pluie abondante.
- A Àrdes, les dégâts sont considérables. Enfin, dans l’arrondissement de Clermont, les communes les plus éprouvées sont Cournols, Saulzet-le-Froid, Saint-Saturnin, Saint-Amand-Tallende, Le Crest, Orcet, Le Cendre, Saint-Georges, Saint-Bonnet, Pérignat-ès-Allier. Les communes de Tallende, Monton, des Martres, de Mirefleurs, d’un côté; celles de Chanonat, la Roche-Blanche, Cournon, de l’autre, ont été beaucoup moins éprouvées.
- r Les gravures ci-avant sont la reproduction de dessins exe'cute's par M. I)eval : ils représentent (fig. I) la vue extérieure d’un grêlon de dimension moyenne, et (fig. 2) la coupe d’un de ces grêlons. La surface extérieure offre un aspect tout à fait remarquable; nous nous félicitons d’avoir à enregistrer ici ce nouveau document qui complète les nombreux matériaux réunis depuis plus de dix-huit ans dans La Nature, sur ce remarquable phénomène météorologique1. Gaston Tissandier.
- 1 Les orages ont été nombreux en France dans la journée du 21 mai, et une grêle abondante est tombée à Paris. Un véritable ouragan a exercé son action sur les côtes du sud-ouest de la France. Bordeaux et Âreacbon ont été très éprouvés, M. A. Donon, ingénieur, qui se trouvait à Arcachon pendant la tourmente, nous a adressé deux photographies qui donnent une idée des dégâts occasionnés par le vent. L’une d’elles donne l’aspect de la gare dont la toiture en tôle galvanisée a été complètement arrachée. L’autre photographie représente une des feuilles de tôle de la toiture qui, projetée par le vent est allée s’accrocher à 20 mètres de là sur les branches d’un platane. La feuille de tôle s’est trouvée arrêtée par des branches.
- DANS LE RÈGNE VÉGÉTAL
- M. lielmholz, voulant faire comprendre à ses lecteurs la complexité des vibrations sonores en même temps que le merveilleux pouvoir analyseur de l’organe de l’ouïe, fait la description d’une salle de bal dans laquelle l’observateur perçoit les sons de l’orchestre bien distincts du bruit des pas, du glissement des pieds, des froufrous des étoffes et du murmure des conversations. M. Sachs, parlant de l’excitabilité des plantes, nous représente un tableau assez analogue d’un jardin tel qu’il serait, si la vitesse des mouvements exécutés par les divers membres des plantes qui le peuplent, était multipliée par mille. Tout y est en mouvement, les feuilles montent, s’abaissent, tordent leur pétiole, les tiges contournent en hélice leur sommité délicate, des fruits éclatent, projettent leurs graines au loin, des graines tombées sur le sol, n’y restent pas, mais repartent bientôt dans une autre direction ; bref, tout est en action depuis les membres les plus grossiers de la plante jusqu’aux parois mêmes de leurs cellules, jusqu’au protoplasma qu’elles contiennent.
- Et pourtant, mettez un observateur en face d’une petite plante et d’un petit animal, il s’intéressera à celui-ci et délaissera celle-là ; pourquoi ? parce que celui-ci remue et que celle-là est immobile; il n’y a pas d’autre raison. Tant il est vrai que nous vivons d’impressions. Nous avons pitié des souffrances de l’être qui crie et nous passons sans nous arrêter devant celles de l’être muet.
- Tâchons detre justes. Observons un peu ces plantes qui obéissent, mais qui obéissent avec lenteur aux impressions qu’elles reçoivent, et voyons de quelle manière elles réagissent.
- Ces impressions, ces excitations, comme on dit en donnant une tournure plus active au mot vulgaire, sont de différentes sortes, elles sont même nombreuses; le choc, la brûlure, etc., peuvent être considérés comme des excitations mécaniques ; la lumière excite à sa manière et donne lieu, entre autres, à une série de phénomènes dont l’ensemble a reçu le nom d’héliotropisme, la pesanteur devient l’auteur du géotropisme, les agents chimiques attirent ou repoussent les organismes inférieurs, phénomènes connus sous le nom très moderne de chemotaxie. Bien d’autres noms ont été inventés pour désigner des choses vraies ou imaginaires.
- La Nature n’ayant pas la prétention de faire à ses lecteurs des cours méthodiques, nous choisirons au hasard une de ces excitations : la chemotaxie.
- Tout d’abord qu’est-ce qu’une excitation? Le caractère essentiel de cet ordre d’influences réside en la disproportion flagrante entre la <( grandeur » de l’action et la « grandeur » de l’effet. C’est ici qu’il y a lieu d’appliquer l’adage qu’un grand effet peut ressortir d’une petite cause.
- Lorsqu’un mécanicien, sur sa locomotive, développe quelques kilogrammètres pour ouvrir le régulateur, un train pesant un grand nombre de tonnes se met en marche. Ce n’est pas lui qui le fait démarrer, c’est la puissance qui dormait dans les flancs de la machine et qui ne se manifeste que lorsque le maître le veut bien. Eh bien ! il en est de même chez les plantes et chez les animaux. Il y existe en quelque sorte un équilibre instable qui se fait sentir par des effets mécaniquement considérables toutes les fois qu’une force, en elle-même minime, intervient d’une certaine façon; mais l’organisme répond également à sa façon à l’excitation, absolument comme l’organe d un sens y répond d’une manière spécifique toujours la même.
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- Chez les plantes cryptogames, les mousses, les fougères, par exemple, l’oosphère est fécondée par des anthérozoïdes. Or, rien n’est plus singulier que de voir ces corpuscules qui ont la forme de petits tire-bouchons munis, comme des infusoires, de cils vibratiles, se diriger avec sûreté vers l'oosphère, y pénétrer pour y confondre leur substance : instinct, disâit-on autrefois, chemotaxie, dit-on aujourd’hui. Dans une gouttelette d’eau, tenant en suspension des anthérozoïdes de fougères, placez un tube de verre capillaire (étiré dans un tube ordinaire) et rempli d’une solution d’acide malique, cet acide ne tardera pas à se diffuser dans l’eau ambiante et la solution sera d'autant plus concentrée qu’on se rapprochera davantage des orifices du tube.
- Les anthérozoïdes sont excités chimiquement par cet acide malique et se dirigent suivant la ligne la plus rapide des concentrations croissantes (quelque chose de comparable à la ligne de plus forte pente des topographes) vers la source d’acide malique, c’est-à-dire qu’ils se rendent dans le tube. L’oosphère des fougères émet de l’acide malique, celui des mousses de la glycose, les anthérozoïdes des mousses sont excités par la glycose, non par l’acide malique; c’est ainsi que ces petits êtres ne se trompent jamais en pénétrant dans l’oosphère d’une autre espèce.
- Les bactéries ou microbes, comme on les appelle volontiers aujourd'hui, sont dans le même cas. M. Pfeffer, l’auteur des observations qui précèdent, n’avait attribué aux bactéries qu’une sensibilité cbemolactique très restreinte, tout en signalant l’effet appréciable du chlorure de potassium. Ces organismes, ou du moins certains d'entre eux, semblent être très faciles à exciter par les matières contenues dans le jus de la pomme de terre *. Des tubes capillaires remplis de ce jus et placés dans un milieu chargé de bacilles du typhus ou de spirilles du choléra, ne tardent pas à empoisonner tous les microbes contenus dans ce milieu : ce sont de véritables pièges à microbes.
- Les savants auront souvent recours à ce procédé pour établir des cultures pures, car il n’est pas dit que tous les microbes recherchent les mêmes substances. Malheureusement, seuls les individus doués de motilité peuvent obéir à l’excitation, les spores, les individus ou les espèces immobiles restent insensibles. J. Yesque.
- L’EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ
- DE FIIANCFORT-SUR-LE-MEIN
- 11 vient de s’ouvrir, à Franefort-sur-le-Mein, en Allemagne, le 15 mai dernier, une Exposition internationale d’électricité qui mérite, à plusieurs points de vue, de fixer notre attention. En ce moment où les applications électriques deviennent chaque jour plus nombreuses, une Exposition d’électricité est toujours digne d’intérêt. C’est ainsi qu’en France nous avons eu successivement les expositions de 1881, de 1885 et de 1889, où l’électricité a occupé une si large place. L’Exposition de Francfort renferme les diverses machines et appareils munis des plus récents perfectionnements. Il convient de citer particulièrement la transmission électrique de 300 chevaux à 175 kilomètres de distance. Une usine de cw
- 1 11 est probable que les sels de potasse et l’asparagine jouent ici le rôle actif. On doit cette découverte à M. Ali-Cohen.
- ment à Lautfen sur le Neckar dispose d’une chute d’eau de 300 chevaux. Cette puissance motrice sera transmise électriquement à Francfort, à l’aide d’une différence de potentiel de 25 000 et 30 000 volts, pour la durée de l’Exposition. Elle sera ensuite utilisée pour l’éclairage des villages voisins. L’installation dont nous parlons, après avoir été étudiée par les maisons les plus sérieuses, Y Allgemeine Eleklricitàls Gesellschaft, de Berlin, et les Fabriques d'QErlikon, et après avoir obtenu les permissions des autorités, est actuellement en voie d’établissement.. Les travaux seront terminés dans le commencement du mois d’aoùt, et la mise en marche pourra avoir lieu vers le 15 août.
- On conçoit qu’une expérience de ce genre n’a pas été sans exiger des études sérieuses et même des expériences préalables. Les expériences ont, en effet, été exécutées à la Société d’Œrlikon, et nous en rendrons compte prochainement.
- Commençons maintenant par donner un aperçu général de l’Exposition qui vient de s’ouvrir, d’après le compte rendu de notre confrère Elektricilàt, journal officiel de l’Exposition et d’après les renseignements que nous avons reçus de M. Sallé, notre correspondant de Francfort.
- L’exposition a donné lieu à un grand nombre* d’installations intéressantes : ,
- Citons d’abord trois lignes de tramways de systèmes différents : deux avec transmissions directes du courant, avec conducteurs supérieurs et par la voie ; un autre par accumulateurs. Ces tramways auront un parcours de plusieurs kilomètres et feront un service avec différents points de la ville et même des environs. Mentionnons des bateaux électriques mus par des accumulateurs : ils circuleront sur le Mein, où sera établie une section électrique maritime spéciale ; on verra fonctionner là des appareils d’éclairage destinés à la marine : phares, bouées lumineuses sous-marines, câbles, etc.
- La figure ci-après donne le plan de l’Exposition. La grande salle des machines, avec la salle des chaudières, occupe la partie centrale. On y trouve vingt chaudières d’une puissance totale de 3000 chevaux, chaudières tubulaires pour la plupart, avec les nouveaux dispositifs usités dans les stations centrales. Signalons aussi l’installation des pompes centrifuges qui puisent dans le Mein l’eau d’alimentation nécessaire aux condenseurs. Dans la grande salle des machines sont réunis plus de soixante moteurs de différentes constructions : entre autres, des machines à vapeur eompound d’une puissance supérieure à 500 chevaux, des machines à un ou plusieurs cylindres. Là également se trouvent de grandes dynamos directement attelées sur l’arbre des moteurs, de petits moteurs à gaz et au pétrole. Les machines électriques à courants alternatifs sont en grand nombre. La puissance des dynamos s’est considérablement augmentée depuis 1881, où l’on voyait des dynamos Edison de 100 chevaux; on trouve maintenant des dynamos
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- de 300, 500 et'600 chevaux. La diminution de vitesse angulaire a permis de les accoupler directement sur l’arbre des moteurs. Autrefois, l’utilisation de l’énergie électrique avait lieu sur la place même de production; l’utilisation se fait aujourd’hui à des distances considérables. L’application de Lauffen-Francfort en est un exemple frappant. Dans un bâtiment voisin est exposé le matériel des canalisations et des installations, ainsi que les divers systèmes de distribution. Il y a là une collection des plus intéressantes pour les hommes du métier. Plus loin se trouvent les appareils de transformation à courants continus et à courants alternatifs, les régulateurs de potentiel, les rhéostats automatiques, et une série d’accumulateurs. — La cinquième partie de l’Exposition comprend tous les systèmes de moteurs à courants continus, à courants alternatifs et même
- à courants tournants, courants à phases multiples qui viennent d’être découverts. Les applications de ces moteurs sont fort nombreuses ; tours pour mécaniciens et horlogers, machines à tisser et à broder, machines à pétrir, à travailler' le bois, machines à fabriquer les souliers, les aiguilles, machines à polir les diamants, à fabriquer les savons, à polir le verre, machines à imprimer, etc. N’oublions pas de mentionner aussi les moteurs employés dans les mines, et toutes les autres applications électriques. L’électrométallurgie et l’électrolyse forment une classe à part et comprennent la dorure, l’argenture, la galvanoplastie, la production de l’aluminium et de ses alliages, la préparation de l’ozone, etc., etc.
- La section relative à l’éclairage renferme des lampes à arc et à incandescence de tous systèmes, ainsi que candélabres, lustres, bras de tous modèles. L’ou-
- Fontaines
- Américain
- Musique
- Musique
- Buste del'Empereur
- Californie
- Vins
- Restaurai
- Ibilette
- Entrée
- principale
- R u e
- / m p é r i a / e
- Ballon
- Plan général <le l'Exposition d'électricité à Franclbrt-sur-le-Mein.
- tillage et l’appareillage électriques occupent une place spéciale. — On trouve un théâtre muni de toute la machinerie électrique actuelle. —Des chutes d’eau artificielles de 10 mètres de hauteur sont éclairées intérieurement par des rayons lumineux de toutes couleurs. Ces eaux sont remontées par une pompe à l’aide d’un moteur électrique de 100 chevaux. Des jets dedumière, des réflecteurs jaillissent de diverses tours et monuments, et même d’un ballon captif, pour jeter des rayons lumineux sur toute l’étendue de l’Exposition.
- Dans le groupe 7 sont installées la téléphonie et la télégraphie. Des auditions téléphoniques à distance permettent d’entendre les théâtres lointains. Les îils se porteront jusqu’à l’Opéra de Munich situé à 367 kilomètres des salles d’audition de l’Exposition^ On pourra entendre également l’Opéra de Wiesba-den et celui de Francfort. On peut écouter aussi un téléphone parlant à haute voix à une assemblée de personnes. Moyennant une pièce d’argent, on
- peut faire fonctionner un téléphone pour communiquer avec d’autres abonnés. Le phonographe et le grammophone ont également leur place marquée dans ces intéressantes applications. Une classe spéciale est consacrée aux appareils de sécurité et aux signaux des chemins de fer et de la marine. Un ballon captif devait pouvoir s’élever dans l’air, et lancer de sa nacelle, dans la nuit, les rayons d’un puissant projecteur, mais le câble de ce matériel, fort mal conçu, s’est rompu dès les premières ascensions, et le ballon captif est devenu libre. 11 n’y a eu aucun autre accident à signaler.
- Pour terminer, mentionnons les appareils scientifiques de démonstration, les appareils qui ont servi à Hertz pour ses mémorables expériences, et les appareils usités en médecine et en chirurgie.
- Comme on le voit, l’Exposition de Francfort ne manque pas d’attrait; elle marquera comme ses devancières une date dans l’histoire des inventions électriques. J. Laffargue.
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- LES MICROBES DU SOL
- M. le D1' Cartaz a publié précédemment, dans La Nature1, un article d’ensemble sur les microbes; il a montré ces infiniment petits vivant ou mieux pullulant dans l’air, dans l’eau. Nous voudrions parler aujourd’hui des organismes qui peuplent un autre élément non moins important: la terre.
- Et d’abord, le sol renferme-t-il des microorganismes? La réponse n’est pas douteuse; la moindre parcelle de terre délayée dans l’eau laisse apercevoir au microscope, outre les débris organiques et minéraux, une foule d’êtres plus ou moins complexes, se déplaçant plus ou moins rapidement. Un auteur allemand, M. Reimers, a calculé que chaque centimètre cube de terre peut renfermer plusieurs millions de germes. Parmi ces microbes, les uns n’ont pas encore été étudiés et le rôle qu’ils jouent, nous est inconnu, tandis que certains autres possèdent des fonctions bien déterminées. Une manière très simple de le démontrer consiste;) reproduire l’expérience de MM. Dehérain et Maquenne, relative a la présence du ferment butyrique dans le sol.
- Dans un grand ballon de 3 litres environ de capacité (fig. 1), on introduit 100 grammes de sucre de cannes, 100 grammes de craie en poudre et 100 grammes de terre de jardin; on remplit complètement le ballon d’eau ; on y adapte un bouchon fermant hermétiquement et percé d’un trou dans lequel passe un tube abducteur se rendant sous une cuve à eau; ce tube ne doit pas dépasser l’orifice du bouchon à l’intérieur du ballon. On plonge alors le ballon dans un bain-marie qu’on maintient, au moyen d’un bec de gaz allumé en veilleuse, à la température de 35 'a 40 degrés, qui est la plus favorable
- 1 Voy. n° 925, du 21 février 1891, p. 179.
- au développement des bactéries butyriques. Au bout d’une trentaine d’heures, la fermentation commence, le liquide du ballon mousse et déborde, puis quelques jours après, l’elfervescence se calme. Les gaz recueillis alors sur la cuve à eau par le moyen ordinairement employé dans les laboratoires, se composent d’une grande quantité d’hydrogène mélangée
- d’une proportion plus faible d’acide carbonique. Pour le constater, on fait passer dans une des cloches de gaz un morceau de potasse caustique; on agite en bouchant l’éprouvette avec la main ; en ouvrant la cloche sous l’eau, on remarque que celle-ci monte d’une eer-taine hauteur dans l’éprouvette. Quand on a répété cette opération deux ou trois fois, tout l’acide carbonique contenu dans le gaz de la cloche a été absorbé par la potasse ; si on approche alors l’éprouvette d’une flamme quelconque, le gaz qui reste, prend feu et brûle avec une flamme pâle, ce qui caractérise la présence de l’hydrogène.
- Le liquide du ballon examiné avec un microscope à fort grossissement laisse apercevoir une grande quantité de vibrions1 agiles, allongés, revêtant la forme indiquée dans la figure 2 et constituant le ferment butyrique. En abandonnant l’expérience à elle-même jusqu’à ce que tout le sucre ait disparu et en faisant l’analyse des produits formés, on y trouve surtout des quantités notables d’acide acétique et d’acide butyrique.
- Mais, outre les microbes provoquant ces sortes de fermentations, il existe également dans la terre des microbes pathogènes qui peuvent être redoutables dans certaines circonstances. Au premier rang de ces êtres microscopiques, mais malfaisants, on doit citer les germes du charbon, ceux de la septicémie, du tétanos et de la fièvre typhoïde.
- 1 On appelle vibrions des bactéries en forme de lilaments raides et très ténus.
- Fig. 1. — Expérience de MS1. Dehérain et Maquenne pour démontrer la présence du ferment butyrique dans le sol.
- Fig. 2. — Ferment butyrique vu au microscope.
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- LA NATURE.
- Le charbon, dont l’étiologie a été étudiée si complètement par M. Pasteur et ses collaborateurs, MM. Chamberland et Roux, est une des maladies les plus terribles qui puissent atteindre les bestiaux et parfois même les hommes. Aujourd’hui, grâce aux études des savants que nous venons de citer, cette affection est devenue assez rare et tend de plus en plus à disparaître. On savait depuis assez longtemps que le charbon était du à un microbe particulier, mais on ignorait comment il pouvait se propager. M. Pasteur a fait voir que cette propagation avait pour cause, au moins en partie, la longévité des germes. C’est ainsi que si on enfouit le cadavre d’un animal mort du charbon dans une fosse de 1 à 2 mètres de profondeur, et qu’on le recouvre de terre, on retrouve des bactéries charbonneuses dans le sol environnant, plusieurs années après l’enfouissement. On comprend dès lors que les bestiaux mis au parcage sur cette terre, ou nourris avec des fourrages qui en proviennent, puissent contracter la maladie. Aussi, quand la cause de ce fléau était ignorée, les campagnards superstitieux avaient-ils désigné ces endroits sous le nom de « champs maudits ».
- On peut être étonné que la terre qui est un filtre si puissant, laisse remonter les germes à la surface du sol. M. Pasteur a montré que cette action était due aux vers de terre qui sont ainsi les véhicules du ferment charbonneux. On retrouve, en effet, les bactéries du charbon dans les petits cylindres de terre fine que les vers viennent rendre à la surface du sol et que les pluies délayent sur la terre. Il faut donc éviter avec grand soin d’enfouir les animaux morts du charbon dans un terrain destiné au parcage des moutons ou à faire des récoltes de fourrages. Pour éviter la propagation des germes, tout en se débarrassant des cadavres des animaux charbonneux, on peut opérer de deux façons : ou faire l’enfouissement dans une terre sablonneuse ou calcaire, peu humide et impropre 'a la vie des vers de terre, ou mieux, comme le préconise M. Aimé Girard, traiter le corps de l’animal par de l’acide sulfurique qui le transforme après quelque temps en une bouillie noire qu’on peut associer à des engrais, par exemple à des phosphates, pour les répandre à la surface du sol.
- La terre cultivée renferme encore, comme nous l’avons dit, le vibrion de la septicémie de M. Pasteur et le bacille du tétanos de M. Nicolaïer. M. Ver-neuil a constaté, en effet, que les inoculations faites avec cette terre virulente développent chez les animaux les deux maladies redoutables de la septicémie gangréneuse et du tétanos. M. Macé a montré,’ d’une façon analogue, que la terre contenait le bacille typhique.
- Le fait que le sol renferme des microbes pathogènes est mis à profit par les sauvages des Nouvelles-Hébrides (Océanie) pour empoisonner leurs flèches, ainsi que l’a signalé La Nature dans une de ses dernières chroniques1.
- 1 Noy. n° 928, du 14 mars 1891, p. 238.
- Comme on le voit, la terre renferme une foule d’êtres microscopiques dont quelques-uns sont dangereux et dont beaucoup sont encore mal connus. Or, quand la terre est desséchée et qu’elle abandonne aux vents une grande quantité de poussières, on peut se demander si, parmi ces parcelles ainsi mises en suspension dans l’atmosphère, il ne se trouve pas de germes capables de déterminer des maladies comme celles que nous venons de citer. Bien que cette question n’ait pas encore été étudiée, il semble, d’après plusieurs exemples, que ces germes soient devenus à peu près inoffensifs.
- En effet, on sait qu’actuellement une grande quantité des eaux d’égout de Paris est déversée sur la presqu’île de Gennevilliers qui s’est ainsi transformée en un jardin fertile. Or les eaux d’égout renferment un nombre incalculable de microbes dont beaucoup sont les germes de maladies redoutables (choléra, fièvre typhoïde, etc.). Il est déversé par an 50 000 mètres cubes de ces eaux sur un hectare du sol de Gennevilliers. On imagine donc la quantité énorme de microorganismes retenus à la surface de la terre.
- Si les craintes que l’on pouvait concevoir pour la propagation des maladies s’étaient réalisées, on aurait dû observer une augmentation de mortalité chez les habitants des terrains de Gennevilliers ; mais, depuis vingt ans que l’on arrose le sol de cette presqu’île avec les eaux d’égout, le nombre des décès ne s’est pas accru. Aussi, bien que la question soit loin d’être tranchée, on peut croire que les microbes déposés à la surface du sol, puis enlevés à l’état desséché par les vents, ne sont pas dangereux.
- Outre les êtres que nous avons cités, la terre renferme d’autres ferments ou bactéries dont la fonction est toute différente, et qui jouent un rôle des plus importants au point de vue de la physiologie végétale. C’est ainsi que M. Berthelot a constaté, par un grand nombre d’expériences, que la terre pouvait fixer l’azote atmosphérique par l’intermédiaire de certains microorganismes. II y a quelque temps, M. Bréal a publié ici même 1 une étude sur les bactéries des légumineuses ayant cette propriété d’assimiler l’azote de l’air. Enfin le sol renferme également le ferment nitrificateur au sujet duquel des expériences nouvelles et fort intéressantes viennent d’être exécutées. Nous en rendrons compte à nos lecteurs dans un prochain article.
- A. Hébert.
- LE MISTRAL PRÉHISTORIQUE
- Appliquée au maître-vent (magislraou, maëstrale) qui sert de balayeur — et, trop souvent, de ravageur2 — à toute la Provence, l'apparente antilogie des deux mots qui servent de titre à cette Note ne saurait étonner les
- 1 Voy. n° 845, du 10 août 1889, p. 171.
- 2 Avenio ventosa, dit le proverbe, cum vento fastidiosa, i sine vento venenosa.
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- lecteurs de La Nature, au courant des puissants effets d’usure de roches, ou même de gravure sur pierre1, que peut produire, le sable aidant, ce quelque chose de fugace et d’invisible qu’est un souffle d’air. Aussi bien est-ce une véritable signature autogravée que nous a laissée le mistral de l’époque pliocène, en traçant sur les cailloux de certains poudingues, voisins de dépôts sablonneux, des stries fines analogues à celles qu’on voit encore de nos jours enregistrer sur les pierres du Sahara la marche du siroco2.
- M. Cazalis de Fondouce qui avait le premier fait cette observation sur des galets de quartzite extraits des couches profondes du diluvium pliocène des environs d’Avignon, à Saint-Laurent, à Sorgues, à Villeneuve, avait, il est vrai, vu contredire par divers géologues l’hypothèse qu’il avait émise sur la cause aérienne et préhistorique des rayures et polissures observées. Mais, depuis lors, il a pu l’appuyer de nouvelles trouvailles faites dans des conditions géologiques identiques, en Espagne, dans la vallée du Tage, notamment près de Caslillejo, entre Tolède et Madrid. Enfin un officier de l’armée française, qui est en même temps un naturaliste distingué, M. le capitaine Caziot, des pontonniers d’Avignon, vient de faire une constatation analogue sur les plateaux de Domazan (Gard) où de nombreuses quartzites à facettes ont été recueillies dans le voisinage d’amas sableux représentant d’anciennes dunes pliocènes, tandis que rien de pareil n’existe parmi les galets roulés de la même époque qu’on trouve non loin de là sur le sommet du Castelar, aux portes de Théziers, dans une région toute argileuse.
- C’est à propos d’une conférence récemment faite par M. Caziot sur le mistral3 que nous avons cru intéressant de signaler ici une observation qui, dût-elle n’avoir pas la consécration de tous les géologues, n’en reste pas moins curieuse assurément. A. G.
- UN INDICATEUR PERMANENT ET CONTINU
- DU DIAGRAMME DES MOTEURS A VAPEUR ET A GAZ
- Malgré tous les perfectionnements apportés à l’indicateur de Watt, on sait qu’il présente deux graves inconvénients : l’un, dù à l’inertie des pièces qui entrent dans son fonctionnement, inertie qui modifie la forme du diagramme lorsque le moteur tourne à une grande vitesse angulaire; l’autre, résultant deula nécessité dans laquelle on se trouve, pour employer l’instrument et connaître le diagramme à un instant donné, de faire tracer une courbe à l’appareil. Ce tracé introduit plusieurs causes d’erreur dans la forme et les dimensions du diagramme : frottement du piston dans le cylindre de l’indicateur; frottement du crayon sur le papier, variation d’élasticité du ressort par suite des changements de température auxquels il est soumis ; inexactitudes propres au ressort, chemins sinueux décrits par la vapeur avant d’atteindre l’indicateur, [ce qui produit des pertes de charge variables; manque de concordance entre le mouvement du piston et celui du cylindre sur lequel le papier est enroulé, etc.
- Combien serait précieux un appareil indicateur dont l’inertie serait pratiquement nulle et qui permettrait de voir, à chaque instant, le diagramme produit et les modifica-
- 1 Yov. la Table des dix premières années.
- 2 Yoy. n° 470, du 3 juin 1882.
- 3 Mémoires de l’Académie de Vaucluse, t. IX, p. 505-331 (1890).
- fions qui lui sont apportées par les différents éléments de fonctionnement du moteur auquel il est appliqué : puissance produite, degré de détente, pression de la vapeur, etc.
- Cet appareil intéressant est aujourd’hui très simplement et très ingénieusement réalisé par M. le professeur Perry, de Londres, et il a été présenté par son auteur à la dernière séance de la Physical Society. Cet indicateur est un appareil optique constitué par un miroir plan pouvant recevoir deux mouvements oscillatoires autour de deux axes perpendiculaires. L’un de ces mouvements oscillatoires lui est communiqué par le déplacement du piston ; le second, par la pression de la vapeur sur un disque auquel un miroir est attaché. Ce disque en acier reçoit directement la pression de la vapeur et porte sur le côté, à demi-distance entre son centre et sa périphérie, le petit miroir formant la partie essentielle du tracé optique du diagramme. Si l’on envoie un rayon de lumière sur le miroir ainsi animé de ce double mouvement combiné, et que ce rayon réfléchi soit reçu sur un écran convenablement disposé, la trace du rayon lumineux sur l’écran n’est pas autre chose, en définitive, que le diagramme du moteur tel que le fournirait un instrument idéal. Le disque d’acier transmettant la pression de la vapeur est si léger, sa période propre de vibration, si courte, que son inertie est incapable de modifier le diagramme obtenu, quel que soit le moteur employé et sa vitesse angulaire.
- A cause de la persistance des impressions sur la rétine, dès que la vitesse angulaire atteint quelques centaines de tours par minute, le diagramme se présente sur l’écran sous l’aspect d’une ligne continue que l’on peut se contenter d’observer, ou que l’on peut tracer en la suivant à l’aide d’un crayon se promenant sur l’écran et contre lequel on a préalablement appliqué une feuille de papier. Nous nous contentons d’indiquer aujourd’hui le principe de cet ingénieux appareil sur lequel nous aurons l’occasion de revenir pour en donner une description plus complète avec figures à l’appui. Le procédé d’investigation imaginé par M. le professeur Perry, et qui rappelle, par certains côtés, la méthode optique de Lissajoux, pourra rendre de grands services dans l’industrie, et compléter heureusement les autres appareils de surveillance mis à la disposition du mécanicien en plaçant à chaque instant sous ses yeux une image fidèle et instantanée de ce qui se passe à l’intérieur du cylindre de son moteur. Les moteurs à vapeur et à gaz, les compresseurs d’air, les pompes, etc., en un mot tous les appareils dans lesquels s’exercent des déplacements de fluides sous pression pourront appliquer utilement l’indicateur optique deM. Perry. E. H.
- L’ARCHER ET LE CHELMON
- Les Poissons ont toujours été considérés comme les plus dégradés des Vertébrés, aussi bien sous le rapport de l’organisation que sous celui des facultés instinctives. Outre que leurs organes de sensibilité sont moins parfaits et que les impressions qu’ils en reçoivent sont moins vives et moins nettes, le milieu silencieux et sombre dans lequel ils passent leur existence ne semble guère de nature à leur procurer des sensations bien variées. Cependant, comme nous ne pouvons ni les suivre ni les observer dans leurs retraites, nous ignorerons probablement toujours les détails les plus intéressants de leurs mœurs. Ce que
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- nous en savons nous les fait voir, en dehors des soins donnés à la propagation de l’espèce, uniquement occupés h satisfaire leur voracité ou à se soustraire aux attaques de leurs ennemis. C’est surtout chez eux que la lutte pour l’existence est ardente et sans merci, et pour la soutenir, on en voit quelques-uns recourir à des ruses qui nous étonnent, parce qu’elles supposent des instincts beaucoup plus développés que ceux que nous sommes habitués à rencontrer dans cette classe de Vertébrés.
- Parmi les espèces les plus remarquables à ce point
- de vue, il faut citer, en première ligne, l’Archer sagittaire (Toxoles jaculator, Pallas).
- L’Archer est un poisson de la mer des Indes, qui se rencontre sur les cotes de l’Asie, de la plupart des îles de l’Archipel indien, de la Nouvelle-Guinée et même de l'Australie; mais il vit également bien dans les eaux douces : M. Bocourt, conservateur des galeries de zoologie du Muséum, l’a observé dans le Mé-Nam, à Bangkok, et M. Chaper l’a capturé tout récemment à Bornéo, dans un affluent du Kapoeas, le Sebroeang. Cette capture a été faite à une
- Fig. 1. — Le Chelmon rostralus, d’après un spécimen de la collection du Muséum. (5/4 de grandeur naturelle.)
- grande distance de la côte, au delà de Sintang.
- La forme en est caractéristique. La tête, assez large et plane en dessus, se termine en avant par un museau conique. L’œil est grand, la bouche largement fendue et la lèvre inférieure saillante. Le tronc est court et augmente de hauteur d’avant en arrière, en même temps qu’il se comprime latéralement; et ce qui achève de donner a l’animal une physionomie particulière, c’est la situation, très reculée en arrière, de sa nageoire dorsale. Les cinq premiers rayons de cette nageoire sont de fortes épines. Ajoutons qu’elle est écailleuse, au moins à la base, de même que l’anale. Des dents courtes, très nombreuses, fines et serrées, désignées sous le nom de dents en velours,
- et qui forment une sorte de râpe, garnissent les deux mâchoires, la partie antérieure et les côtés de la voûte palatine, ainsi que la face dorsale de la langue. L’Archer possède une vessie natatoire qui est ample, simple, arrondie en avant et terminée en pointe en arrière.
- Les lianes ont une teinte .gris-verdâtre; mais le dos est plus foncé, et on y distingue ordinairement cinq taches brunes qui descendent latéralement sous forme de bandes plus ou moins accusées. Les plus grands individus atteignent à peine 20 centimètres de longueur.
- Les mœurs de ce poisson sont fort curieuses. Il se nourrit principalement de petits Crustacés et d’In-
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- pjff o ___ L’Archer sagittaire, d’après un spécimen de la collection du Muséum d histoire naturelle de Paris.
- (2/3 de grandeur naturelle.)
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- sectes : Cuvier cite un spécimen dont l’estomac était rempli de fourmis. Pour s’emparer des Insectes, l’Archer a recours au procédé suivant : en aperçoit-il volant au-dessus de l’eau ou rampant sur les plantes aquatiques, il s’en approche en montant à la surface, fait saillir son museau et, de sa bouche, leur lance très adroitement, jusqu’à une hauteur d’environ 50 centimètres (d’aucuns disent 1 mètre), des gouttes d’eau qui, comme autant de projectiles, vont les frapper et les entraînent ensuite dans leur chute (fig. 2). Il n’a plus qu’à s’en saisir. S’il manque l’insecte visé, il renouvelle sa tentative au bout de .quelques instants et finit le plus souvent par arriver à ses fins.
- L’Archer se réunit parfois en troupes assez nombreuses, qui ne se laissent pas effrayer par l’approche des barques et dont on peut facilement observer le jeu, ainsi que l’a fait M. Bocouft sur le Mé-Nam.
- Il paraît que les habitants de Java le conservent fréquemment en captivité pour s’amuser de ses manœuvres, qu’ils provoquent en mettant à sa portée, sur des fils ou des bâtons, des fourmis et des mouches.
- Il existe sans doute une disposition anatomique particulière qui permet au Toxotes de lancer ainsi des gouttes d’eau; mais, jusqu’à présent, elle ne semble avoir été l’objet d’aucune recherche.
- Un autre poisson, lè Chelmon rostratus, Linné, dont les dents sont également en brosse et chez lequel les nageoires dorsale et anale sont écailleuses comme chez l’Archer, — particularité qui a fait donner le nom de Squamipennes aux Poissons où on l’observe, — a la réputation de se livrer, pour se procurer la nourriture, au même manège que ce dernier. Il est représenté à peu près aux trois quarts de sa grandeur naturelle dans la figure 1. La forme presque discoïdale du tronc, qui est fortement comprimé sur les côtés; son museau prolongé en un tube à l’extrémité duquel s’ouvre la bouche par une petite fente horizontale, le nombre et la disposition des bandes verticales qui parcourent ses flancs, comme aussi la grande tache noire arrondie et entourée de blanc, un ocelle, que l’on voit sur sa nageoire dorsale, suffisent à le distinguer de toute autre espèce.
- Comme le Toxotes, le Chelmon rostratus habite la mer des Indes. Son industrie a tout d’abord été décrite dans les Philosophical Transactions de Londres (ann. 1764, p. 89), par Schlosser, médecin et naturaliste d’Amsterdam. « Il fréquente, dit Schlosser, les rivages et les côtes de la mer et des rivières, à la recherche de sa nourriture. Lorsqu’il aperçoit une mouche posée sur une de ces plantes aquatiques qui croissent dans les eaux peu profondes, il s’en approche, en nageant, à une distance de 4, 5 ou 6 pieds, et alors, avec une adresse surprenante, il lance de sa bouche tubuleuse une simple goutte d’eau qui ne manque jamais de faire tomber la mouche dans la mer, où elle ne tarde pas à devenir sa proie. »
- Nous devons dire cependant que des naturalistes modernes ont contesté l’exactitude du fait rapporté par Schlosser. Suivant eux, le bec du Chelmon aurait paru particulièrement bien disposé pour la projection de gouttes d’eau : d’où la supposition toute gratuite qu’il devait servir à cet usage, tandis qu’en réalité il est destiné à retirer des fentes et des cavités les petits animaux que le Chelmon ne pourrait atteindre autrement.
- Quoi qu’il en soit à cet égard, les manœuvres auxquelles se livre le Toxotes, celles auxquelles d’autres espèces, telles que la Baudroie, le Diodon, ont recours pour s’emparer de leur proie ou pour échapper à leurs ennemis, montrent que certains poissons ne sont pas, au point de vue psychique, moins bien doués que d’autres Vertébrés plus élevés en organisation, et conduisent à soupçonner que les Poissons, en général, ne sont pas aussi déshérités sous ce rapport, que nous le fait supposer notre ignorance des mœurs de l’immense majorité des espèces. F. Mocquard,
- Aide-naturaliste au Muséum d’histoire naturelie.
- LE TIRAGE DES YALEURS FINANCIÈRES
- PAR L’ArPAREIL DE M. CASANOVA
- Le système de payement des emprunts par obligations remboursables en un certain nombre d’années par voie de tirage au sort, a pris de nos jours un grand développement, et tend à s’accroître de plus en plus. Tel de ces emprunts, ceux de la ville de Paris, par exemple, sont remboursables dans une période de quatre-vingt dix-neuf ans ; tel autre, celui des bons émis à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, n’a fixé pour ce remboursement qu’une période de soixante-quinze années. Dans certains cas, l’obligation, émise en général à 500 francs, ou à un chiffre quelque peu inférieur, sera remboursable à 1000 francs; dans d’autres, à sa valeur nominative. Souvent encore, ces tirages annuels comprennent la distribution de lots, d’une valeur plus ou moins considérable, qui atteignent parfois les chiffres respectables de 50000, 100000 et même 500000 francs.
- Le simple exposé que nous venons de faire nous autorise déjà à établir que les opérations qui doivent concourir à la préparation et à l’établissement définitif du système de tirage de ces valeurs, auxquelles le sort — un sort parfois bien ingrat — peut réserver la fortune sous forme d’un lot important, doivent être entourées des plus minutieuses et des plus mathématiques précautions. Qu’un seul des innombrables numéros—parfois plus d’un million, comme dans le tirage des lots des bons de l’Exposition, qui étaient au nombre de un million deux cent mille — qu’un seul de ces douze cent mille numéros soit oublié; que le public, par un moyen quelconque, soit averti de l’erreur, et voilà notre tirage en butte à de justes et fort inquiétantes revendications. Qui
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- sait si l’aveugle roue de la Fortune ne se fût point arrêtée devant l’infortuné numéro oublié !
- Il n’y aurait encore que demi-mal s’il s’agissait d’une simple tombola. Péché caché est à moitié pardonné. Dans ce cas, il le serait tout à fait. La tombola diffère en effet du tirage des valeurs remboursables, en ce que, pour ces dernières, le nombre entier des numéros, représentant les obligations souscrites correspondantes, doit être sorti de la roue qui les renferme, dans une période donnée. Si l’on rembourse, par exemple, annuellement cinq cents obligations, la roue devra encore renfermer, lors du dernier tirage, cinq cents numéros, et non quatre cent quatre-vingt-dix-neuf, ou même moins. Si les 500 numéros ne sont point présents à l’appel, en toute exactitude, la mise en roue a été mal faite dès le principe, ou les tirages antérieurs ont été mal exécutés.
- En un mot, il y a eu des numéros oubliés ou égarés, oubliés au moment de la mise en roue, ou perdus lors des tirages annuels. Il n’y a pas à sortir de ce dilemme. D’un côté comme de l’autre, l’opération aura été délictueuse au premier chef, et tout porteur d’obligation évincée aura le droit d’en rendre responsable juridiquement la société, la ville, ou l’Etat qui en a assumé la responsabilité devant ses obligataires.
- Nous avouons franchement que nous ne nous étions jamais douté des multiples inconvénients dont nous venons d’exposer le détail, avant qu’il nous ait été donné d’assister à un tirage, soit à la mise en roue des billets et à leur extraction de leur bienheureux domicile. L’occasion de nous rendre compte de ces curieuses opérations s’offrit pour nous l’an dernier, lors de la fête que la Presse parisienne donna à l’Hôtel continental, au bénéfice d’une caisse de secours pour les veuves et les orphelins. En dehors de la fête elle-même, concert, bal, représentation, nous avions lancé une tombola de 15000 billets gagnant 587 lots divers. Le tirage de ces 587 lots se fit le 15 mars en présence de trois délégués, MM. Victor et Henri Simond, et M. Ranc. La mise en roue, le roulage, avait été effectué la veille, au moyen de l’appareil Casanova, que nous représentons sur notre figure. Tout alla à merveille, et M. Casanova n’eut à recueillir que les meilleures félicitations de nos confrères. La loterie delà Presse n’étant qu’une tombola, les 14415 numéros restant dans la roue, après le tirage des 587 gagnants, furent annulés et détruits.
- Appuyons en détail sur cette roue dont nous venons de vous parler. Vous la voyez à gauche de notre figure 1, réduite bien entendu, dans des proportions compatibles avec la place qui nous est réservée. Si vous la comparez à la taille approximative de la personne qui s’apprête à faire fonctionner l’appareil, vous pouvez évaluer son diamètre, sa hauteur, à environ 60 centimètres. Les deux faces de la roue sont en glaces de cristal, laissant voir les numéros qu’elle renferme. Le contour de la roue est
- en cuivre. Quatre poignées permettent de la manœuvrer, de la faire tourner à volonté pour mélanger les numéros, dont la dispersion sera encore activée au moyen d’ailettes métalliques intérieures spécialement disposées à cet effet.
- L’ouverture qui aura servi a introduire les numéros, et qui permettra plus tard de les retirer aux époques des tirages annuels, sera, bien entendu, soigneusement scellée après la mise en roue, et chaque fois que l’on aura enlevé les numéros utiles. La roue est munie de deux serrures, ou même de trois, dont les clefs sont remises, en plusieurs exemplaires, aux personnes désignées pour présider au tirage.
- Avant toutes choses, ce sera donc cette roue qu’il faudra soigner de toutes les forces de son attention. Primo, pas un numéro de plus, pas un numéro de moins, entre ses glaces. Un de plus, c’est difficile ; un fie moins, cela s’est vu. Quoi qu’il en soit, il faut avant toutes choses une absolue exactitude dans la méthode de mise en roue. Ce n’est point tout encore. D’autres malheurs peuvent arriver. On a vu, par exemple, lors d’un tirage, une main délicate plonger dans le corps de la roue, et en retirer... deux numéros ! Deux, vous entendez, au lieu à'un seul. Les deux malheureux numéros, dont un seul pouvait être vainqueur, s’étaient accrochés l’un à l’autre par leurs aspérités, et avaient été retirés en grappe. Lequel remettre dans la roue? Lequel sacrifier, lorsqu’il aura été si près de la fortune? Salomon lui-même eût été perplexe — surtout s’il eût été possesseur de plusieurs, et même d’une seule obligation! Avec l’exactitude de la mise en roue, il faudra donc songer encore à l’intelligente et irréprochable confection du numéro lui-même, établie de telle façon qu’il soit irrémissiblement isolé de son voisin, roulé artistiquement, avec son chiffre parfaitement lisible, et solidement collé. En un mot, il faut éviter, autant dans l’opération primitive que dans les opérations annuelles, toute chance d’irrégularité et de réclamations.
- Nous pouvons maintenant examiner à notre aise le système de M. Casanova. D’abord, le numéro lui-même. Il est admirablement confectionné pour ne pointêtre exposé aux multiples inconvénients, et en particulier à l’accrochage en grappes, que nous avons signalé plus haut. Le numéro est formé d’une très légère feuille de laiton r de 4 centimètres de longueur sur lcm,5 de largeur, sur laquelle adhère une feuille de toile très légère portant les chiffres, et qui se termine par une petite tige également en laiton, qui s’enroulera plus tard autour de la feuille. Les chiffres 1, 2, 3, dans l’angle de la figure 1, montrent le numéro : déroulé complètement en 2 ; roulé entièrement, comme il l’est dans la roue, en 1. En 3, l’opérateur déroule le cylindre de laiton, après son extraction de la roue elle-même. Le numéro, il suffit de l’examiner, est parfait.
- Maintenant, la mise en roue. Reportons-nous pour cela à notre figure 1. Suivons attentivement les
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- opérations qui vont conduire les numéros, roulés mécaniquement, des boîtes dans lesquelles ils sont primitivement renfermés, jusque dans la roue, en passant par le cylindre de cristal que nous voyons au premier plan de l'appareil. Les numéros, complètement ouverts, sont classés d’avance par cinquante, dans des cases. L’appareil se composant de machines absolument identiques, et servant chacune à la mise en roue de cent numéros, nous n’examinerons qu’une seule de ces machines, dont cinq, dix ou douze, peuvent être installées à la file l’une de l’autre.
- L’opérateur, qui a à sa portée la boîte de numé-
- ros qu’il doit mettre en roue, se trouve placé en face d’une sorte de casier rectangulaire, partagé en dix parties égales par dix tringles d’acier fendues dans leur longueur, et équidistantes l’une de l’autre.
- Dans cette fente longitudinale des tringles, l’opérateur fiche les numéros métalliques, dix par tringle, soit pour dix tringles, cent numéros. Notre figure 1 représente précisément la phase de l’opération où ces cent numéros sont ainsi fichés dans la rainure des tringles métalliques, la tige en l’air. Voilà pour la pose elle-même des billets. A ce moment, un vérificateur constate que les cent billets sont bien com-
- La mise eu roue des numéros d’un tirage par l’appareil Casanova. — Figure eu cartouche à gauche : Détail du numéro. 1. Le numéro enroulé. — 2. Le numéro ouvert. — 5. Le déroulement du numéro.
- Fig. i. -
- plots à leur place, qu’il n’en manque pas un seul, et qu’ils appartiennent à la même série de cent. Il peut les lire, demander à l’opérateur de lui indiquer, de lui remettre, même, tel numéro de la centaine. Bref, la vérification la plus minutieuse est à sa disposition, et il n’existe aucune chance de voir un numéro doublé, par exemple, ou absent, ou en blanc.
- Seconde opération : l’enroulement des numéros. Chacune des dix tringles métalliques qui portent les numéros étant mobile autour de son axe, peut, au moyen d’une manivelle dont la poignée est à proximité de l’opérateur, accomplir autant de révolutions que l’on voudra. Un tour de manivelle donc, ou plutôt plusieurs tours — l’opérateur est représenté ici au moment où il va procéder à cet enroulement —
- et les numéros, tout à l’heure déroulés et verticaux, vont se trouver rapidement enroulés autour des tringles. Bien entendu, une seule manivelle commande la rotation simultanée des dix tringles. A cet instant encore, le vérificateur peut venir constater que chaque tringle porte bien, enroulés, ses dix numéros, que la centaine donc est complète, et qu’aucun des numéros de cette série — il en sera de même pour toutes les autres — ne sera absent de la roue.
- Troisième opération : conduite des numéros enroulés dans la roue. Quelques tours d’une seconde manivelle font mouvoir une tringle plate, posée dans la largeur du casier, dont le mouvement d’avancement repousse les cent numéros, qui vont ainsi tomber, par des ouvertures qui leur sont nié-
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- nagées devant chacune des tringles qui les supportent — ouvertures que l’on distingue parfaitement sur notre dessin — dans le tube de cristal qui court tout le long de l’installation des machines. Le fond de ce tube de cristal est garni d'une courroie en caoutchouc, sur laquelle viennent reposer les numéros chassés des tringles. Cette courroie est sans fin; elle passe et repasse, au moyen d’une poulie que l’on voit à gauche du dessin, à l’intérieur du cylindre et conduit ainsi les numéros dûment roulés dans le canal de cristal oblique qui les déverse définitivement dans la roue, leur demeure dernière jusqu’à achèvement complet des tirages.
- La description que nous venons de donner de la
- mise en roue des numéros, est assez détaillée pour que le lecteur puisse se rendre compte de l’exactitude et de la minutie des opérations qui assurent au tirage futur une régularité indiscutable. Le tirage de la tombola de la Presse, que nous avons mentionné plus haut, n’était du reste qu’une opération élémentaire, à côté de la mise en roue des 1 200 000 numéros des bons de l’Exposition, qu’oxécuta en 1889 M. Casanova, pour le compte du Crédit foncier. Pour cette opération colossale, il fallut prendre une roue de lm,50 de diamètre, dans laquelle s’engouffrèrent, en 10 jours, au moyen des 12 machines que représente notre figure 2, le million et plus de petits cylindres de laiton, qui vont y
- Fig. 2. — Vue d’ensemble de la mise en roue des numéros d’un tirage, par douze appareils Casanova fonctionnant simultanément.
- dormir jusqu’en 1965, date du dernier tirage des bons. Nous regrettons pour notre part de n’avoir point assisté à cette intéressante opération, qui fut exécutée avec une dextérité surprenante. Une vraie « mitrailleuse » de numéros, nous disait un témoin officiel.
- 11 n’est peut-être point inutile, et il est dans tous les cas intéressant, de rappeler ici comment et à quelle époque s’effectueront les 75 tirages qui, de 1889 à 1965, désigneront les 79 215 lots destinés aux porteurs de bons du Crédit foncier. Nous savons déjà que, pendant l’Exposition, on a effectué six tirages correspondant à des lots, variant de 1000 à 500 000 francs ; soit un lot, le seul, de 500 000 fr. ; 5 lots de 100000 fr. ; 7 lots de 10000 fr. ; 60 lots de 1000 fr. ; et 700 lots de 100 francs. Voici le ta-
- bleau résumant la valeur des lots pendant les 64 années restantes :
- DE 1890 A1899 (chaque année) 1 lot de 50000 fr.
- 10 » » 1000 »
- 120 » » 100 »
- DE 1900 A1964 (eliaque année) 1 lot de 10000 fr.
- 1 » » 2 000 »
- 200 )) » 100 »
- 1000 » )) 25 »
- Le nombre des lots, et par suite celui des numéros qui seront tirés, s’élève ainsi, comme nous l’avons dit plus haut, à 79215. Il restera donc en roue, après achèvement de l’opération, 1 120787 numéros que la fortune n’aura pas jugés dignes de récompense.
- En dehors des bons de l’Exposition, M. Casanova a encore exécuté les mises en roue d’importants
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- tirages, entre autres, ceux de la Société générale pour le développement du commerce et de l’industrie, de la Banque d’escompte de Paris ; des villes de Mostaganem, Oran, Caen ; ceux des Compagnies des chemins de fer du Nord, de l’Ouest, et du sud de l’Espagne, des chemins de fer andalous, des chemins de fer brésiliens, des chemins de fer de Porto-Rico, des chemins de fer de l’Ouest algérien, des chemins de fer économiques, etc., etc. Les quelques opérations que nous mentionnons à l’appui de ce que nous venons de développer, montrent suffisamment l’intérêt qui s’attache au nouveau système de tirages, et c’est à ce titre que nous avons cru intéressant de le présenter en détail aux lecteurs de La Nature. Maxime Vüillaume.
- GASPILLAGE DE L’ÉNERGIE DE COMBUSTION
- DU CHARBON
- On ne sc fait pas généralement une idée bien exacte de la mauvaise utilisation actuelle du combustible employé dans les appareils les plus perfectionnés dont dispose l’industrie. Yoici quelques chiffres tirés d’une étude faite par M. Jamicson sur une installation électrique qu’il a eu l’occasion d’examiner dans tous ses détails, et qui pourront donner une idée des conditions très médiocres dans lesquelles se fait cette utilisation. L’installation comporte des moteurs à vapeur sans condensation actionnant des dynamos par commande directe, la dynamo et le moteur tournant à la vitesse angulaire de 500 tours par minute, la pression delà vapeur étant de 145 livres par pouce carré (10 kilogrammes par centimètre carré), et la puissance des dynamos de 20 kilowatts utiles.
- Considérons un moteur à vapeur actionnant une dynamo. Un combustible de qualité donnée produit une quantité d’énergie thermique représentée par 100. La quantité de chaleur fournie par ce combustible à la vapeur sortant de chaudière est les 0,00 de celle fournie par le combustible, soit 60. Le moteur à vapeur transforme en travail indiqué les 0,07 de cette chaleur en travail, le reste étant déversé dans l’atmosphère, soit 4,2. Le moteur à vapeur a un rendement organique de 0,80, il fournit donc à la dynamo une quantité de travail sur l’arbre représenté par 0,8 X 4,2 = 5,30. La dynamo ayant un rendement industriel de 0,90 fournit finalement dans le circuit extérieur, sous forme disponible, une quantité d’énergie représentée par 3,56 X 0,9 = 5.
- Soit 3 pour 100 seulement de l’énergie totale de combustion du charbon. Ces chiffres mettent bien en évidence l’infériorité du moteur à vapeur, au double point de vue de la transformation d’énergie thermique en travail mécanique indiqué, c’est-à-dire déduit des diagrammes, et de la transformation du travail indiqué en travail disponible. Une dynamo de même puissance est bien supérieure au moteur à vapeur, puisque son rendement industriel atteint 90 pour 100 tandis que le rendement organique ne dépasse pas 80 pour 100 dans le moteur à vapeur. Ces quelques chiffres justifient amplement les recherches faites dans le but de substituer au moteur à vapeur un procédé de transformation plus économique, l’emploi des moteurs à gaz, riches ou pauvres, par exemple. Sans dire que les jours du moteur à vapeur sont comptés, on peut cependant nier dès à présent son immortalité. E. H.
- CHRONIQUE
- Les canalisations électriques à Paris. —
- Les compagnies électriques qui ont obtenu des concessions dans Paris doivent établir leurs canalisations souterraines. La plupart de ces sociétés, pour leurs canalisations importantes, avaient adopté jusqu’ici des caniveaux en ciment établis sur place, avec une dalle de recouvrement en béton de 6 à 8 centimètres d’épaisseur. La Compagnie Edison vient d’adresser une demande au Conseil municipal de Paris pour être autorisée à remplacer les dalles en béton par des dalles en ardoise d’Angers de 4 centimètres d’épaisseur, comme étant moins encombrantes et offrant plus de solidité. Des expériences ont été faites par les ingénieurs de la ville, et elles ont établi que les dalles en ardoise ont une résistance à la rupture trois fois plus grande que celle des dalles en béton. La Compagnie Edison a donc été autorisée à prendre des ardoises de 4 centimètres d’épaisseur; mais le Conseil municipal a imposé, en outre, les conditions suivantes : pour les caniveaux dont les dimensions intérieures dépassent 50 centimètres, l’épaisseur des ardoises devra être portée à 0 centimètres. Dans la maçonnerie destinée à fixer les dalles en ardoise, on ne devra employer que du mortier fait au moyen de ciment de Portland.
- Nouveau mode de consolidation du soi. —
- Nous avons parlé, en son temps, du procédé Poetsch 7)ui transforme en un bloc solide, par congélation, les terrains aquifères pour permettre de les traverser à sec. .Le procédé Neukirch, qui a dù être inspiré par le système Poetsch, consiste à injecter dans le terrain à consolider du ciment en poudre au moyen d’air comprimé, de vapeur ou d’eau sous pression. Le ciment est criblé dans une trémie dont le fond est garni de toiles métalliques pour retenir les grains et les corps étrangers. La poudre de ciment est prise par un injecteur qui la refoule, par un tuyau flexible, dans un tube perforé et enfoncé dans le sol à la profondeur nécessaire. Cette poudre se répand ainsi dans le sol en chassant devant elle l’eau qui s’y trouve. Le terrain à consolider peut être entouré par des palplanches. Ce procédé a été employé pour les fondations des nouveaux quais de Brême et a donné de bons résul tats. Il sera donc très utile pour les fondations sous l’eau, sur sable ou gravier, chaque fois qu’il sera nécessaire d’établir une construction sur un massif de béton. Il en résulte une simplification et une accélération des travaux et comme conséquence une réduction de la dépense et une économie de temps.
- Concours de compteurs d’énergie électrique de la ville de Paris. — La Commission chargée de juger le Concours de compteurs d’énergie électrique institué par la ville de Paris vient de rendre publics les résultats de ses travaux par la Note suivante insérée au Bulletin municipal officiel. « La Commission'chargée de juger les compteurs d’énergie électrique présentés au Concours ouvert à l’IIôtel-de-Yille est d’avis : que les compteurs Aron et Thomson remplissent toutes les conditions exigées par le deuxième paragraphe de l’article 8 du programme du Concours et propose de partager entre eux la prime de 10 000 francs attribuée à l’inventeur qui produira un compteur donnant toute satisfaction et applicable aussi bien aux courants alternatifs qu’aux courants continus. La Commission est d’avis que les appareils pré-
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- LA NATURE.
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- sentes par M. Frager et M. Mares ont réalisé des progrès importants et propose d’attribuer trois prix de 1000 francs à ces appareils, savoir : M. Frager, 1000 francs (courants alternatifs); M. Frager, 1000 francs (courants continus); M. Mares, 1000 francs (courants continus), conformément au quatrième paragraphe de l’article 8. »
- Le lait à New-York. — Pendant l’année 1880, il est entré à New-York 5 747 558 pots de lait; chaque pot, connu sous le nom de eau (caue) contient 40 gallons environ, ou à peu près 180 litres. C’est donc un total de 900 millions de litres de lait qui a été consommé en une année; mais à ce chiffre il faut ajouter 20 millions de litres de crème environ, et une grande quantité de lait condensé, dont l’usage est très répandu aux Etats-Unis. En tout la grande cité américaine absorbe donc par an plus d’un milliard de litres de lait, ce qui revient exactement à un million de mètres cubes. Pour contenir cette immense consommation, il faudrait donc un réservoir cubique ayant 100 mètres d’arête : on pourrait établir ce réservoir sur une place carrée ayant 100 mètres de côté, les parois du réservoir devant s’élever à la hauteur du toit de maisons ayant trente-trois étages moyens.
- Les eaux-de-vie de vin en Algérie. — Depuis la destruction des vignes des Charentes par le phylloxéra, la production des cognacs nature est devenue à peu près nulle, et le commerce a été obligé de remplacer les bonnes eaux-de-vie de vin par des coupages plus ou moins bien aromatisés d’alcool d’industrie, qui sont toujours nuisibles à la santé. Mais à mesure que la vigne disparaissait en France, le vignoble algérien se constituait et arrivait à produire des vins de bonne qualité. Grâce au choix des cépages, à la fabrication bien conduite du vin, et à une dis filiation très soignée, on est arrivé à produire à Bône des eaux-de-vie très fines, qui ont été médaillées à diverses Expositions et notamment à l’Exposition universelle de Paris de 1889, et qui, certainement, seront classées à bref délai avec les armagnacs et les cognacs de marque. Une importante distillerie, créée en 1887 par M. Joly, à Bône, département de Constantine, produit 3500 hectolitres d’eaux-de-vie de vin et environ 2000 hectolitres d’eaux-de-vie de marcs absolument naturelles et sans danger pour la santé.
- Mort de la morsure d’un perroquet. — Un
- vieillard de soixante-quinze ans, M. G. Rehm, vient de mourir à Reading (Pensylvanie) des suites d’une morsure que lui a faite un perroquet, il y a quelques jours. Selon son habitude, dans la matinée, M. Rehm a fait sortir de sa cage le perroquet, pour lui donner à manger. Il lui a donné de la viande crue ; mais lorsqu’il a voulu le faire rentrer dans sa cage, le perroquet s’est mis en colère et a donné un coup dé bec à son vieux maître, à l’index de la main gauche. La blessure a saigné quelque peu ; mais M. Rehm, après l’avoir lavée, ne s’en est pas d’abord inquiété. Cependant quelques heures plus tard, le vieillard a éprouvé de violentes douleurs au doigt et à la main et le bras n’a pas tardé à enfler dans des proportions inquiétantes. Un médecin a été appelé et divers remèdes appliqués, mais l’état de M. Rehm n’a fait que s’aggraver de jour en jour, en dépit de tous les soins qu’on lui prodiguait. La gangrène s’est déclarée : tout le corps du malade a enflé comme le bras et finalement le vieillard est mort après une agonie épouvantable.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er juin 1891. — Présidence de M. Dlchartkc.
- Les lichens des mûriers. — M. Demontzey, correspondant de l’Académie, lait, au nom de M. Hallauer, inspecteur des forêts à Nice, une communication d’après laquelle la cause de certaines maladies des vers à soie serait due à un lichen développé sur l’arbre. Pour éviter' cet incon vénient, dont les conséquences peuvent être très graves, il suffirait de cultiver le mûrier en taillis de deux ans. Ce procédé de culture donnerait un double avantage. 11 supprimerait radicalement la présence du lichen qui n’aurait pas le temps d’envahir le tronc. L’arbrisseau, ne portant pas de fruits, donnerait de plus un rendement de feuilles bien supérieur. Cette méthode est, paraît-il, pratiquée avec succès en Chine et au Japon.
- Les minéraux insolubles de la craie. — Tout le monde sait que la dissolution de la craie dans un acide ne se fait pas sans fournir un abondant résidu, où dominent la silice à divers états et l'argile. M. Cayeux ayant eu l’idée d’examiner au microscope le résidu dont il s’agit y a trouvé des éléments parfaitement cristallisés. Ce sont surtout, d'après sa détermination, des cristaux d’acide titanique sous les trois états de rutile, d’anatase et de brookite.
- Une nouvelle pile électrique. — Par l’intermédiaire de M. Cornu, M. de Lalande présente une nouvelle forme de sa pile à agglomérés d’oxyde de cuivre, dont le liquide est une solution de potasse et qui renferme aussi une lame de zinc1. L’auteur a eu l’idée de rendre l’oxyde très conducteur en déposant dans ses pores du cuivre métallique produit galvanoplastiqueinent. La pile peut ainsi sous un faible volume, produire une très grande intensité, atteignant 25 ampères. Elle est capable de durer plusieurs années et présente cet avantage très sensible de ne s’user que tant qu’elle travaille.
- Balance de précision à chaîne. — C’est d’une manière toute particulière que M. Janssen appelle l’attention de l’Académie sur un nouveau modèle de balance imaginé par M. Serrin, l’inventeur du célèbre régulateur de lumière électrique. Le nouvel appareil permet d’obtenir les pesées avec une approximation d’un dixième de milligramme. On commence par peser suivant la méthode ordinaire à un dé-cigramme près, puis on termine l’opération en déplaçant un curseur le long de la colonne de la balance. A ce curseur est fixée l’extrémité d’une petite chaîne dont l’autre bout est attaché à un point fixe de l’un des deux bras du fléau. Suivant la hauteur de l’extrémité mobile, le poids supporté par le fléau varie et une graduation permet d’en mesurer la valeur à chaque instant. Il paraît que M. Schut-zenberger s’est déjà servi du nouvel appareil avec avantage.
- Varia. — M. Ducos du Hauron adresse sa brochure bien connue sur la photographie des couleurs obtenue à l’aide de procédés analogues à ceux qu’avait imaginés le regretté Ch. Cros. — Un volume intitulé Instructions météorologiques est offert au nom de M. Angot, par M. Mascart qui y signale spécialement d’importants tableaux numériques. — L’azotite de potasse fournit à MM. Jolly et Lépine un procédé de séparation des métaux du platine et spécialement du palladium.
- La séance est suivie par un Comité secret.
- Stanislas Meunier.
- 1 Voy. l’article publié sur la première pile à oxyde de cuivre de MM. de LalandeetChaperon,u*548,dulerdécembrel883,p.ll.
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- LA NATURE.
- PHOTOGRAPHIES TIMBRES-POSTE
- Un a quelquefois besoin de pouvoir disposer d’un nombre conside'rable de photographies et si on devait leur donner les dimensions ordinaires, le prix serait souvent trop élevé pour le but qu’on se propose. On se contente alors d’un format très réduit, celui du timbre-poste, et on a ainsi à très bon marché une quantité très grande qu’on peut distribuer sans parcimonie. Il y a différents moyens employés pour obtenir ces petites images et nous allons en faire connaître quelques-uns. Voici celui qui nous est indiqué par M. Francis, de Londres, auquel nous empruntons un spécimen de sa fabrication (voy. gravure ci-dessous). Chaque timbre-poste revient à environ 5 centimes. Les timbres se séparent par des perforations dans le papier. Ils sont gommés et peuvent être collées sur un morceau de carton, sur une carte de visite, ou former un entête de lettre, etc.
- Voici comment opère M. Francis :
- On prend la photographie à reproduire, qui peut être une épreuve carte de visite aux sels d’argent, par exemple ; on l’entoure d’un encadrement ou bordure avec des ornements quelconques. Cela fait, on la place devant la chambre noire photographique et on l’éclaire avec deux becs de gaz donnant une forte lumière.L’objectif employé doit être à court foyer ; derrière lui se trouve un écran percé d’une ouverture coupée de la grandeur d’un timbre-poste. Cet écran peut être disposé dans la chambre devant la glace sensible et il est monté de façon à pouvoir se déplacer facilement. Ayant commencé à placer l’ouverture en face du coin supérieur gauche de la plaque, par exemple, on fait une première épreuve de la photographie a reproduire; puis on fait glisser l’écran, de manière à déplacer l’ouverture d’une quantité égale à sa largeur et on fait une seconde épreuve à côté de la première. On arrive ainsi par suite de déplacements successifs de l’écran à faire douze épreuves sur un quart de plaque. Il faut naturellement poser exactement le même temps pour chacune d’elles, de façon à ce que le développement se fasse régulièrement pour toute la plaque. Il est probable qu’à mesure qu’on déplace l’écran, il est également nécessaire de
- déplacer aussi l’objectif. On tire le cliché ainsi obtenu sur papier albuminé ordinaire, on gomme au dos et on perfore avec une machine spéciale comme pour les timbres.
- Après avoir décrit le procédé de M. Francis, nous signalerons d’autres modes d’opérer.
- Lorsqu’on peut disposer de plusieurs photographies, si l’on a, par exemple, à sa disposition une douzaine de cartes format album, on les pique les unes à côté des autres sur un mur et on lait deux ou trois clichés de l’ensemble ainsi obtenu ; le tirage va alors très vite : par une belle journée on peut faire un cent de petites épreuves.
- Nous avons reproduit par ce procédé le portrait d’une personne décédée, dont on n’avait la photographie que sur un groupe. Nous avons commencé par découper la silhouette exacte de la tête que nous voulions reproduire a pour masquer le
- N reste de l’image,
- puis nous avons fait un négatif agrandi de cette tête ; nous l’avons donné à retoucher légèrement 'et nous en avons ensuite tiré six épreuves positives sur papier à
- Spécimen de photographies timbres-poste.
- l'argent.Nous avons alors opéré comme nous venons de le dire et avec quatre clichés nous avons pu avoir cent cinquante épreuves à la fin de la journée.
- Il y a encore un autre procédé qui donnerait d’excellents résultats. Il suffirait de se servir de l’appareil américain avec lequel certains industriels, notamment dans les foires, font de la lerrotypie. L’appareil est une chambre noire munie de douze objectifs semblables qui donnent douze images en même temps sur la plaque. Dans ce cas, une seule épreuve de l’image à reproduire suffirait, et c’est là certainement le meilleur moyen d’aller vite. Mais les amateurs ne possèdent généralement pas d’appareils de ce genre et c’est surtout aux amateurs que nous nous adressons ; nous leur laissons le soin de choisir parmi les différents moyens que nous venons d’indiquer.
- En dehors des amateurs, le procédé est intéressant à étudier pour des praticiens de profession : il y a là une exploitation à organiser, et qui pourrait avoir grand succès à Paris. G. Mareschal.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N* 941.
- 15 'JUIN 1891.
- LA NATURE.
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- CALE OU SLIP EN TRAVERS
- AU TORT DE ROUEN
- Jusqu'à ces dernières années, on- ne disposait que de trois moyens pour la mise à sec des grands navires, qui doit précéder toute réparation à la coque : les formes de radoub où l’on fait entrer le bâtiment par flottage et où l’on épuise ensuite l’eau à l’aide de pompes puissantes ; les docks flottants, appareils métalliques composés de caissons horizontaux sur lesquels le navire vient se placer pendant qu’ils sont coulés au fond du bassin, et qu’on relève par l’évacuation de l’eau contenue dans les chambres étanches
- des caissons ; enfin les cales en long, sortes de plans inclinés sur lesquels on fait remonter par traction un berceau portant le bâtiment. M. Labat, constructeur à Bordeaux, a repris l’idée déjà ancienne de haler les navires par le travers, disposition qui était déjà employée pour les bateaux de faible tonnage, mais qu’on n’avait pas jusqu’ici étendue à la manœuvre des gros bâtiments en raison de la difficulté d’égaliser les efforts de traction sur les nombreuses chaînes qui doivent agir pour remonter ou laisser descendre le berceau, et d’obtenir un mode d’appui entièrement satisfaisant de la charge sur l’ensemble du plan incliné.
- M. Labat a construit trois cales ou slips en tra-
- vers de son système pour les ports de Bordeaux, de Fou-Tchéou ’et de Rouen. Ce dernier a été récemment mis en service, et comme il est le plus perfectionné de ces appareils, nous nous bornerons à en donner la description.
- La figure 1 représente le slip portant un navire en cours de réparation; la figure 2 en donne la coupe transversale, et la figure 5 indique la manœuvre des coussins d’accorage qui permettent de caler le navire sur les tins.
- Le slip du port de Rouen comprend trois parties : le plan incliné sur lequel se meut le berceau, le berceau lui-même, et les appareils de traction. Il a 90 mètres de longueur totale, et peut recevoir des bâtiments de 95 mètres de long avec un poids de 1800 tonnes.
- Plan incliné. — Il est formé de 42 longrines
- supportant des rails de roulement en acier, et appuyés sur des pieux moisés entre eux dans -le sens longitudinal (fig. 2). La pente est de 20 pour 100 et la largeur dans le sens du halage atteint 51m,o0. La course du berceau est ainsi de 36m,51, correspondant à une élévation verticale de 7m, 16, suffisante pour les besoins du port. Elle peut être parcourue en cinq heures, trois heures et demie ou deux heures, suivant qu’on embraye la machinerie à la petite, la moyenne ou la grande vitesse.
- Berceau. — Le berceau est divisé en deux parties ayant respectivement 49lu,56 et 40m,44 de longueur qu’on peut monter ensemble, pour mettre à sec les grands et les moyens navires, ou utiliser séparément pour les petits.
- Il est formé de 42 poutres A très solidement
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- 19e annee. — 2” semestre.
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- LA NATURE.
- entretoisées entre elles, qui correspondent aux lon-grines du plan incline' ; chaque poutre porte au-dessous d’elle un rail d’acier. Entre ce rail et celui de la longrine correspondante sont interpose's des chapelets de galets sur lesquels se fait le roulement du berceau. Chacun d’eux a une longueur égale à celle de ce dernier augmentée de la demi-longueur du parcours à faire ; ils sont commandés par de petits cables en fd de fer, fixés d’une part au berceau, et d’autre part, sur la charpente du plan de la cale, après avoir passé sur une poulie placée à l’extrémité inférieure du chapelet.
- chaînes, de manière à éviter les à-coup, condition indispensable quand on manœuvre d’aussi grandes masses.
- Les chaînes remontent le long du plan incliné dans des gaines assez étroites pour qu’elles ne puissent se tordre, et vont s’enrouler sur des noix dentées de treuils qui reçoivent leur mouvement de vis sans lin, par l’intermédiaire d’engrenages; ces vis, dont l’emploi permet d’obtenir une grande douceur dans les transmissions sont elles-mêmes commandées à l’aide d’engrenages coniques par un arbre qui règne sur toute la longueur du slip.
- La machine motrice est d’une force de cinquante chevaux effectifs sur son arbre de couche.
- M. Cadart, ingénieur des ponts et chaussées à Rouen, à une Notice duquel nous avons emprunté les éléments et les dessins de cet article, considère le slip en travers du système Labat comme un excellent appareil de radoub, parce qu’il réalise un appui satisfaisant du berceau mobile sur le plan incliné, une égale répartition des efforts de traction entre les diverses chaînes, une grande régularité dans les mouvements, en même temps que de grandes facilités pour l’accorage des navires.
- Du côté de terre, le berceau porte sur toute la longueur une passerelle de service assez élevée pour rester toujours hors de l’eau.
- Appareils de traction. — Quarante chaînes viennent s’attacher au berceau entre les intervalles des poutres. Elles ne sont pas fixées directement sur lui, mais agissent sur des poulies mobiles, glissant dans des rainures de 0m,20 de longueur. Un cable dit compensateur passe alternativement sur ces poulies et sur d’autres tixées au berceau, et a scs deux extrémités attachées à celui-ci. Ce mode de traction permet de répartir également l’effort entre toutes les
- Il nous reste à parler de cette opération qui présente quelque intérêt. Le berceau étant dans la position inférieure (fig. 2), on amène au-dessus de lui le navire à réparer de manière que sa quille se trouve au-dessus de l’attinage (partie plane qui reçoit les tins). Des étais disposés contre la passerelle permettent de le maintenir dans cette position. On soulève ensuite le berceau jusqu’à ce que la quille repose sur les tins et on l’y cale provisoirement. La fixation du navire dans le sens latéral s’obtient à l’aide de coussins mobiles Q (fig. 3), qui fonctionnent par série de deux, et se déplacent sous l’action de coins glissant sur des poutres en tôle, m, m. Ces coins a et b peuvent être tirés dans les deux sens à l’aide de chaînes manœuvrées par des treuils établis sur la passerelle de service; de plus, ils sont retenus par des bielles aux poutres m, m, et ne sont susceptibles que d’un assez faible déplacement vertical, ainsi que les coussins qu’ils supportent. Tl en résulte que ceux-ci s’appliquent doucement contre le navire et qu’ils sont toujours faciles à dégager. Comme on doit, d’autre part, réduire au minimum les mouvements quand le navire est en position, il faut disposer d’un système qui permette d’arranger les coins suivant les
- cerceau a.u sommet de sa course
- Berceau au bas
- 6,Vf) Attinagé au point supéri
- ISO!
- 7,77) H^merda vive eau ord C* -)A0)Hu merdj morte eauorefx )l,30JPlusbassas cauxobsorvèéi
- ! : O
- ... 10.50----------ilrt.
- Fig. 2. — Slip en travers de Rouen. — Coupe transversale.
- Fig. 3. — Slip en travers de Rouen. Coupe transversale,
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- lormes qu’ils doivent épouser, avant la mise sur les tins. A cet eiïét, la poutre sur laquelle glisse le coin inférieur est articulée et peut, à l’aide d’un arc-boutant k, être maintenue suivant l’inclinaison convenable. En outre, la bielle de chaque coussin peut être fixée sur la poutre en différents endroits, ce qui permet de rapprocher ou d’éloigner les coussins de l’atlinage, suivant la forme du navires.
- Le slip en travers du système Labat employé à Rouen a coûté 740 000 francs, dont 40 000 pour les terrassements et le reste pour l’appareil proprement dit. G. Richou,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- DESTRUCTION DES OISEAUX
- PAR LES LOCOMOTIVES
- Un naturaliste anglais, M. H. B. Pilkington, qui a entrepris une étude très intéressante sur les causes de destruction des oiseaux, nous a communiqué le résumé de ses observations; après avoir rappelé que nombre d’oiseaux migrateurs sont tués pendant leurs voyages nocturnes par les fils télégraphiques qu’ils ne peuvent voir dans l’obscurité, il cite une autre cause dont bien peu de personnes soupçonnent l’importance : c’est la locomotive des chemins de fer. Voici ce que dit M. Pilkington :
- La locomotive, ce monstre de fer, traverse les pays en détruisant d’innombrables insectes, et aussi un grand nombre d’oiseaux. J’ai examiné, pendant l’été, l’avant d’une locomotive qui avait parcouru une distance de 120 milles sans aucun arrêt, et je l’ai trouvé couvert d’une masse d’insectes si pressés qu’il aurait été impossible d’v mettre une épingle sans qu’elle en touchât plusieurs. La boîte à fumée, et la cheminée elle-même, malgré sa forme convexe, en étaient couvertes. Quelquefois on y voit des traces de sang provenant d’oiseaux qui ont trouvé dans cet obstacle mobile une cause de mort prématurée.
- Mais cette quantité énorme d'insectes trouvés sur le devant de la locomotive ne représente encore qu’une très petite partie des insectes tués, car le vent en emporte la plus grande partie.
- Si l’on calcule le nombre d’insectes ainsi tués par les trains express qui traversent la Grande-Bretagne dans tous les sens, on peut affirmer sans crainte de démenti que c’est la diminution sans cesse croissante de la nourriture offerte aux oiseaux par la destruction des insectes qui contribue principalement à leur rareté. En démontant un wagon dans la gare de Leicester, on a trouvé un jour deux étourneaux gelés, perchés sur les ressorts du wagon. Une autre fois, une corneille prise par le train a brisé les vcxtcs des paravents de la locomotive et a grièvement blessé le mécanicien.
- Le Midland express traverse des pays où abondent les perdrix et les grouses : ces oiseaux, souvent excités par le bruit du train qui s’approche, viennent se buter contre la machine et y trouvent la mort. Plusieurs sont ainsi transportés par la locomotive sur un parcours de plusieurs milles, mais le plus grand nombre tombe de chaque côté de la voie.
- 11 m’est arrivé de pouvoir examiner l'attitude d’une belle grouse, restée accrochée toute sanglante sur une locomotive, après un parcours de 100 milles.
- Ces laits observés en Angleterre doivent assurément se produire dans tous les pays sillonnés par les voies ferrées ; nous accueillerons avec intérêt les renseignements qui auraient été recueillis à ce sujet.
- CARTES MAGNÉTIQUES DU BASSIN DE PARIS
- On sait que l’aiguille aimantée ne s’oriente pas exactement du nord au sud, mais que sa direction fait avec celle du méridien géographique un angle plus ou moins grand, qui est la déclinaison. En France, la déclinaison est occidentale, et, d’une manière générale, croît de l’est à l’ouest ; elle est actuellement de lo°24' à Belfort, et de 4 8° 55' à Brest. Jusqu’à ces dernières années, on admettait que cette variation de la déclinaison avec la longitude était absolument uniforme, et les cartes représentant les lignes où la déclinaison a la même valeur, les lignes isogones, étaient figurées avec une parfaite régularité (lignes ponctuées de la première carte n° 1 ci-après).
- Muni d’appareils de précision réellement portatifs, j’ai entrepris, en 1888, la préparation de nouvelles cartes magnétiques, basées sur un nombre d’observations beaucoup plus grand qu’il n’avait été possible de le faire avec les appareils lourds et encombrants dont on s’était servi jusqu’alors. Le projet primitif consistait à relever les constantes magnétiques dans les chefs-lieux de département et d’arrondissement, dans les ports, et en certains points. spéciaux qu’indiquerait l’étude de la Carte géologique; mais les résultats inattendus obtenus dans le voisinage même de Paris m’ont conduit à donner une plus grande extension au réseau projeté; le nombre des stations comprises dans les limites des cartes est de 176, dont 81 dans un rayon de 100 kilomètres autour de Paris.
- Bien que les terrains qui constituent le bassin parisien soient considérés comme n’exerçant aucune influence propre sur l’aiguille aimantée, mes observations, qui sont concordantes, ne laissent aucun doute sur l’existence d’une anomalie considérable, affectant tous les éléments, et s’étendant depuis la Manche jusqu’à la Loire, et vraisemblablement au delà. Les lignes isogones (lignes pleines de la carte n° 1) ne conservent guère leur direction normale que dans l’extrême nord de la France; celle de 15° 40', par exemple, après avoir traversé le dépar-ment de la Seine par Saint-Denis et Charcnton, se dirige vers le sud-sud-est jusqu’au delà de San-ccrre; là, elle se replie brusquement sur elle-même jusqu’à Épernon, et prend enfin la direction du sud. Depuis la côte de la Manche jusqu’à Cosne et Sancerre, limite actuelle du réseau vers le sud, les isogones affectent toutes cette déformation particulière. Ainsi, contrairement à ce qu’on pensait, la déclinaison est plus grande à Mantes qu’à Evreux, à Versailles qu’à Chartres, à Gien qu’à Orléans, etc. De plus, la déclinaison a la même valeur en des
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- LA NATURE.
- points de longitude très différente, par exemple, à Versailles et à Evreux.
- En comparant la carte actuelle avec celle des isogones supposées régulières, on peut calculer, pour chaque point, l’écart entre la théorie et l’observa-tion, et construire, avec ces écarts, une carte de l’anomalie. On voit alors que les isogones observées se confondent avec les isogones théoriques sur une ligne qui, partant de Saint-Valery-en-Caux se dirigerait vers Bourges par Rouen et Rambouillet. Cette ligne semble se continuer sur le sud de l’Angleterre, depuis la Manche jusqu’au voisinage d’Oxford, ainsi qu’il résulte des observations faites dans ces dernières années par MM. Thorpe et Bücker. La déclinaison est trop grande à l’est, et trop faible à
- l’ouest de cette ligne; l’écart est de -J- 45’ à Mantes, -t- 20' à Chevreuse, 26' à Gien, -h 42' à San-cerre; de — 12' à Lisieux, Evreux, Orléans, —15' à Epernon, — 21 ' à Anneau. Les choses sc'passent comme si le pôle nord de l’aiguille aimantée était attiré de part et d’autre vers la ligne considérée, par une force assimilable à l’action extérieure d’un pôle sud; comme conséquence, on doit rencontrer, sur cette ligne, un excès de l’inclinaison et un défaut de la composante horizontale de la force terrestre. L’observation montre en effet qu’il en est ainsi; les phénomènes observés se traduisent donc non seulement par une anomalie de la déclinaison, mais encore par un accroissement anormal de l’intensité magnétique, comme le montre notre seconde carte
- 0,470
- Arrais
- Amiens
- 0,468
- .Rouerv
- /Rouei
- 0,466
- PARIS
- Melun
- Chart *es
- rLavajl
- 0.463
- 0.462
- Bourges
- 0.458
- Moulins
- 1. — Ligues d’égale déclinaison au 1" janvier 1891.
- 2. —Lignes d’égale intensité magnétique au 1" janvier 1891.
- Fig. 1 et 2. — Cartes magnétiques du bassin de Paris dressée par M. Th. Moureaux.
- (fig. 2). Il reste à expliquer la cause de ces curieux phénomènes. Le sous-sol du bassin parisien est généralement représenté sous la forme d’une immense cuvette comblée par les terrains récents. On a effectivement creusé à Paris des puits artésiens k plus de 500 mètres de profondeur sans atteindre même le terrain jurassique ; mais ce fait n’est pas concluant, car à Rouen, qui se trouve précisément sur la ligne de plus grande anomalie, ce même terrain se rencontre à moins de 40 mètres de profondeur. Les sondages ont montré que le fond de la mer est très accidenté; les récifs et les îles en sont d’ailleurs un témoignage visible. On peut admettre, par analogie, que les diverses couches, dans le bassin de Paris, se superposent d’une manière irrégulière, et alors l’anomalie magnétique pourrait trouver son explication dans la présence d’une chaîne formée par des roches susceptibles d’inlluencer l’aiguille aimantée,
- quoique situées à une certaine profondeur au-dessous du sol.
- Une seconde hypothèse est basée sur l’inégale conductibilité des terrains’ pour les courants qui circulent dans les couches superficielles de l’écorce terrestre. Une grande faille géologique peut mettre en présence des terrains de conductibilité très différente; des terrains de même nature, mais diverse-men t comprimés, produiraient également le même effet.
- Il sera sans doute difficile de se former une idée précise sur ce point, avant que le réseau d’observation ait été étendu vers le sud au moins jusqu’à la région volcanique centrale. Là, l’influence des roches est manifeste, et il sera intéressant de voir comment les phénomènes magnétiques, dans les monts d’Auvergne, se rattacheront aux résultats qui viennent d’être résumés. Th. Moureaux.
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- CONCOURS DE COMPTEURS D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
- LES APPAREILS PRIMES
- A la suite du développement pris par les stations centrales de distribution d’énergie électrique, et du besoin de plus en plus urgent d’un compteur pratique destiné à la mesure de l’énergie fournie aux consommateurs, la ville de Paris avait institué un Concours en mettant à la disposition de la Commission technique chargée de juger ceConcours une somme de 20 000 francs à partager entre les différents concurrents. On ne trouva pas dans ce premier Concours d’appareil satisfaisant à toutes les conditions du programme, et la Commission
- Fig. 1. — Compteur d’énergie électrique de M. le prolesseur Elihu Thomson.
- ne put que distribuer 7000 francs d’encouragement, réservant le reliquat de 15000 francs pour un second Concours. Ce second Concours, dont les résultats ont été des plus remarquables, vient de se terminer par un jugement dont nous avons publié le résumé dans notre numéro du 6 juin dernier. Il ne nous reste plus qu’à décrire les appareils que la Commission a jugés dignes de récompense, et nous commencerons aujourd’hui par les deux compteurs qui se sont partagé, ex æquo et par ordre alphabétique, le prix de 10000 francs, attribué, aux termes
- mêmes du programme, à l’inventeur qui produirait un compteur donnant toute satisfaction et applicable aussi bien aux courants alternatifs qu’aux courants
- Fig. 2. — Diagramme du compteur. — A. Arbre. — M. Bobine induite. — B, B'. Bobines formant le champ. —C. Commutateur de la bobine induite. — D. Disque en cuivre formant frein électromagnétique. — R. Résistance additionnelle.
- continus : ce sont les compteurs d’énergie électrique de M. Aron, de Berlin, et de M. Elihu Thomson, de
- Lynn (Massachusetts) . D’autres appareils, ceux de M. Frager et celui de M. Mares, ont valu àleurs inventeurs les trois primes de 1000 fr. complétant les 15 000 fr. dont disposait la Commission.
- Compteur Aron. — L’appareil de M. Aron est un compteur d’énergie électrique à intégration continue fondé sur la différence de marche de deux pendules, appareil dont nous avons précédemment donné une description complète 1, sur laquelle nous n’avons pas à revenir, sauf sur un point spécial, qui constitue un perfectionnement important apporté aux appareils décrits en 1888. Dans l’appareil de M. Aron, la principale difficulté rencontrée résidait dans le manque de synchronisme parfait des deux pendules, qui donnait un enregistrement positif ou négatif, lors même que la consommation d’énergie faite par l’abonné était nulle. Dans l’appareil présenté au Concours, cet inconvénient très réel et très objectionnabie, tant au point de vue des consommateurs qu’à celui de la Compagnie distribuant l’énergie électrique, a été très habilement levé par un ingénieux artifice qui consiste à relier les deux pendules oscillants 1 Yoy. n° 786, du 23 juin 1888, p. 57.
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- par un petit fil non tendu, supportant en son milieu une petite masse d’environ 1 gramme. Dans ces conditions, le synchronisme des deux pendules se maintient indéfiniment d’une manière absolue, à la condition d’avoir été réglé une fois pour toutes d'une façon suffisante, par un ajustement préalable de la longueur des deux balanciers.
- Il n’est pas douteux que le synchronisme ainsi obtenu se maintienne encore lorsque la puissance électrique fournie au circuit desservi par le compteur est très faible, et que le compteur n’intègre rien pour ces faibles débits ; mais l’expérience a prouvé que l’action perturbatrice de la petite masse synchronisante n’a plus d’influence sensible sur la constante de l’appareil lorsque la puissance électrique à intégrer atteint le 1/200 de la puissance maxima du compteur, soit 10 watts, par exemple, pour un compteur de 2000 watts.
- Compteur Thomson. — L’appareil de M. le professeur Elihu Thomson appartient à la classe des compteurs-moteurs. Il consiste, en principe, en un moteur électrique dont la vitesse angulaire est, à chaque instant, proportionnelle à la puissance fournie au circuit qu’il dessert. Dans ces conditions, un simple compteur de tours entraîné par l’arbre du moteur électrique, intègre l’énergie électrique fournie, et permet de la déterminer à chaque instant entre deux époques données par différence des lectures faites sur les cadrans aux deux époques considérées. Bien que l’idée en elle-même ait été bien souvent émise, qu’elle ait même reçu, à plusieurs reprises, un commencement de réalisation pratique, c’est la première fois que le problème se trouve résolu par des moyens aussi simples, en alliant d’une manière si complète les indications de la théorie aux exigences de la pratique.
- L’appareil représenté en élévation figure 1 et schématiquement figure 2, se compose de trois parties essentielles : un moteur électrodynamique, un frein électromagnétique, et un compteur du nombre de tours effectués par l’arbre portant le moteur et le frein.
- Le moteur est constitué par un système inducteur dans lequel passe le courant principal et un induit à fil fin monté en dérivation sur les bornes de la canalisation, mais en y intercalant une résistance appropriée au potentiel de la distribution, de telle sorte que l’intensité du courant traversant cette dérivation ne dépasse pas 1/10 d’ampère. Dans ces conditions de montage, si on appelle I l’intensité du courant traversant les inducteurs, et e la différence de potentiel maintenue entre les bornes du fil fin, il s’exerce entre la bobine mobile et les inducteurs fixes un couple moteur proportionnel à el, c’est-à-dire proportionnel à la puissance électrique à intégrer en fonction du temps. Le couple résistant est produit par la rotation d’un disque plat I) disposé à la partie inférieure de l’arbre moteur entre trois aimants. La rotation du disque développe dans ce disque des courants d’induction et en font une sorte de générateur électrique travaillant sur lui-même en
- circuit fermé, et agissant comme frein. La puissance ainsi absorbée étant proportionnelle à la vitesse angulaire du disque, il y aura équilibre dynamique lorsque le couple moteur sera égal au couple résistant, c’est-à-dire lorsque la vitesse angulaire du disque sera proportionnelle au couple moteur, et, par suite, à la puissance el.
- Le compteur de tours qui ne présente rien de particulier est commandé directement par une vis sans fin placée à sa partie supérieure.
- Grâce à la suppression du fer dans l'induit et les inducteurs du moteur, l’appareil est également applicable aux courants continus et aux courants alternatifs, sans aucun changement dans la constante de l’appareil. Pour éviter l’erreur que produirait dans la mesure la force contrc-élcctromotrice développée par la rotation de l’induit, on lui a donné à dessein une faible vitesse angulaire, ne dépassant pas un tour par seconde à charge maxima, ce qui augmente la durée des pivotages de l’unique pièce mobile du compteur.
- Pour vaincre les frottements au démarrage, les inducteurs portent un enroulement à fil fin monté dans le même circuit que l’induit et la résistance additionnelle R. Au potentiel normal, cet enroulement produit un couple moteur constant sensiblement égal au couple résistant de démarrage, de sorte qu’il suffit du plus faible courant pour faire partir l’appareil. Cet enroulement à fil fin est représenté en B’ sur la figure 2. Les variations de la pression atmosphérique sont sans influence sur l’exactitude du compteur parce que les frottements dans l’air sont très faibles, par suite de la très faible vitesse angulaire et de la forme du mobile.
- L’influence des variations de la température ambiante est prévue dans la construction d’une façon très simple. Les résistances mises en série avec l’induit sont en cuivre de même qualité que celui de l’induit et du disque formant frein. Ainsi, quand par suite de l’augmentation de température, et par conséquent aussi de la résistance électrique du système, le couple moteur diminue, le couple résistant diminue dans les mêmes proportions, parce que la résistance électrique du disque augmente, et que cet accroissement de résistance diminue l’intensité des courants induits dans le disque.
- Pour étalonner le compteur, on peut faire varier la résistance R, en série avec l’induit, ou la position d’un des aimants qui forment les inducteurs du frein. En approchant les pôles'des aimants de l’axe de rotation, on diminue l’amortissement. On fait l’étalonnage pour que la première aiguille du compteur de tours fasse 1 tour complet pour 1000 tours de l’induit, et comme on règle le compteur pour que chaque tour de l’induit représente un watt-heure, le premier cadran indique 1000 watts-heure, chaque division de ce premier cadran 1 hectowatt-heure, et chaque cadran suivant indique un rapport de 10 à 1. Les lectures se font donc comme dans les compteurs à gaz ordinaires.
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- L’étalonnage est très facile et très rapide. Il n’y a qu’à faire une marque sur le disque et compter le nombre de passages devant un repère en un temps donné. On peut de même contrôler très facilement chaque appareil à un moment quelconque et s’assurer de son exactitude. Il serait même bon, à ce point de vue, que le compteur fût enfermé, non pas dans une boîte opaque en tôle de laiton, comme l’est le modèle soumis à la Commission, mais dans une boîte ayant au moins sa façade en verre, de façon à bien montrer la simplicité de l’appareil, ainsi qu’une propriété précieuse qu’il possède au point de vue de la satisfaction du consommateur, celle de rester complètement immobile lorsque la consommation est nulle.
- Lorsque l’on change le sens du courant traversant l’appareil, le compteur tourne en sens inverse et décompte avec la même exactitude, ce qui peut le rendre utile dans certaines installations, celles qui comportent des accumulateurs, par exemple. Disons enfin que le compteur est absolument silencieux, et son exactitude pratiquement parfaite dans toute l’échelle des débits. Cet ensemble de qualités, et celles que nous avons fait ressortir autrefois à propos du compteur de M. Aron, justifient les conclusions de la Commission partageant la prime de 10000 francs entre deux appareils également excellents et résolvant complètement le problème de la mesure pratique de l’énergie électrique fournie par les usines centrales
- de distribution. E. Hospitalier.
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- LE PORT CHINOIS DE WEI-HAI-WEI
- Le Sanghaï Mercury donne les détails suivants sur le nouveau port chinois, qui paraît destiné à devenir le Ports-mouth de l’extrême Orient : Wei-haï-wei est à 23 milles à l’ouest de file Alceste; c’est le mouillage le plus oriental sur le rivage nord de la péninsule de Shantung, entre l’île Sen-Kung-Tan et une baie profonde sur la côte. L’accès en est facile, et l’on y trouverait un abri pour un nombre considérable de bâtiments d’un tirant d’eau modéré; mais, pour les grands vaisseaux, le mouillage est restreint.
- Wei-haï-wei est un excellent port de relâche, bien supérieur à Yen-Saï et à Cheefo. C’est aussi l’un des points les plus salubres de la Chine. Il y a huit ans, le Gouvernement chinois forma le projet de créer là une station navale, et, depuis plusieurs années, la division navale de Peiyang en fait son point de ravitaillement. La position est sérieusement fortifiée. Channel Island, presque au centre de la passe de l’est, et Obser-vatory Island, en face de la pointe est de Sen-Kung-Tan, sont devenus des forts. D’autres forts ont été construits aux pointes est et ouest de cette dernière île, ainsi que sur le continent, pour commander la passe de l’ouest. Quelques gros canons sont déjà en place. Toute l’artillerie sera fournie par Krupp. Observatory Island doit être réunie à Sen-Kung-Tan par une digue, et l’on parle de réunir la pointe est de cette dernière île avec Channel Island par un brise-lames. Ce sera une grande entreprise, car la distance est d’un peu plus d’un mille marin, et la profondeur d’eau varie de cinq à sept brasses. Un grand appon-tement en fer est en construction, en partant de Sen-
- Kung-Tan, pour permettre aux bâtiments de guerre d’accoster. Un débarcadère pour les canots, et une cale inclinée ont déjà été construits. C’est sur cette île que sont tous les ateliers et tous les magasins ; on y voit aussi un terrain de manœuvre et une école navale.
- LES INCENDIES DE PÉTROLE
- Il en est du pétrole comme de bien d’autres matières dues aux progrès de la science moderne : cette substance apporte de précieuses ressources à l’industrie, mais elle offre de grands périls par sa combustibilité, et les incendies quelle produit, se caractérisent par une rapidité d’action et une intensité de destruction qu’on ne connaissait pas avant son utilisation.
- Un de nos lecteurs, M. Clément Malfait, habile praticien de Dunkerque, nous communique une photographie que nous reproduisons ci-après; elle donne l’aspect de l’incendie qui a tout à coup dévoré l’usine à pétrole de Coudekerque-Branche, près Dunkerque, le 26 mai 1891, à la fin de la journée.
- A 4 heures et demie, une explosion terrible se faisait entendre à Dunkerque et une flamme immense montait vers, le ciel. En même temps une colonne de fumée très noire et très épaisse, longue de 5 kilomètres, obscurcissait tout à coup l’atmosphère. C’était la raffinerie de pétrole de M. Clère, à Coudekerque-Branche qui était en feu. De la plage de Dunkerque, où on avait nettement entendu l’explosion, on apercevait la flamme, et des colonnes de fumée noirâtre parsemées d’étincelles montaient en tourbillons vers le ciel. L’appel des ouvriers a eu lieu dans la soirée; il en manquait six dont on a retrouvé les cadavres dévorés par les flammes.
- L’incendie a continué son œuvre pendant toute la nuit sans qu’il ait été possible d’en atténuer les effets1. Par moments de sourdes explosions se faisaient entendre ; c’étaient des fûts de pétrole qui, léchés par le feu, éclataient tout à coup au centre du foyer incandescent. Le réservoir principal qui a répandu sur l'usine des torrents de liquide enflammé, ne contenait pas moins de 200 000 kilogrammes de pétrole. Si épouvantable que soit ce désastre il n’approche en rien de ceux qui ont été parfois signalés aux États-Unis.
- Quelques-uns des sinistres qui ont marqué l’histoire de l’exploitation du pétrole en Pensylvanie sont restés célèbres. Nous rappellerons la catastrophe du puits d’Idione, qui eut lieu en avril 1862. Pendant un forage, un puissant jet d’huile de pétrole jaillit tout à coup à 12 mètres au-dessus du sol. On éteint aussitôt les feux du voisinage, mais pas assez vite pour prévenir un désastre. Un dernier feu, situé à 500 mètres de distance, enflamme les torrents de pétrole ; la masse de liquide combustible qui s’échappe
- 1 L’eau n’exerce aucune action préventive pour éteindre le pétrole enflammé. Nous rappellerons que le meilleur moyen d’arrêter l’incendie de pétrole à ses débuts, consiste à jeter sur le foyer, de la cendre, de la terre ou du sable ; mais ce procédé ne peut être employé que lorsque l’on a seulement à éteindre de petites quantités du liquide enflammé.
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- du sol est bientôt en feu et des fleuves d'huile mine-raie enflammée inondent tons les environs. Ceux qui ont assisté à ce sinistré effroyable ont raconté qu’aucune description ne pouvait en reproduire l’horreur. Des flammes immenses roulaient de toutes parts, glissant sur les pentes avec une rapidité vertigineuse, et obscurcissant le ciel de nuages noirs. Les ouvriers s’enfuyaient pêle-mêle, mais un grand nombre étaient la proie des effluves embrasées, et faisaient entendre des éris déchirants. Les fûts de pétrole dont les exploitations voisines étaient abondamment approvisionnées, faisaient explosion, et produisaient le bruit d’une canonnade non interrompue. On apercevait au milieu de cette scène d’horreur des femmes et des
- enfants qui agonisaient au milieu des flammes. Tout un pays était en feu. — Grâces au ciel, de semblables désastres sont inconnus dans nos régions, mais nous avons souvent eu à déplorer dans nos ports de terribles catastrophes ; nous rappellerons l’incendie de Bordeaux, où trente navires furent hrùlés.
- On doit reconnaître que, grâce aux mesures de surveillance généralement prises dans l’exploitation du pétrole, les accidents tendent à devenir de moins en moins nombreux; il n’est pas moins utile d’en enregistrer l’histoire, afin d’en tirer l’enseignement de la prudence et des précautions à prendre. Gaston Tissandier.
- UNE GRANDE CHASSE EN ALLEMAGNE
- AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
- La vénerie est une science éminemment française qui n’a jamais été appréciée de l’autre côté du Rhin, où la battue constitue seule la grande chasse et est regardée comme le suprême de l’art cynégétique : « Dans les autres pays, — dit naïvement Brehm dans sa Vie des animaux, à l’article Cerf, — les grands propriétaires se sont efforcés d’introduire chez eux ce plaisir noble et viril ; ils n’ont pas la gaîté allemande, ils n’ont pu apprendre à leurs compagnons l’esprit et le sel allemands (!) ; leurs-essais ont été infructueux. Les grandes chasses à courre et autres sont des inventions étrangères, on le reconnaîtra facilement à leur type si en désaccord avec l’esprit
- germanique. Nos pères ne se servaient que de la carabine pour tuer le cerf. »
- Le Français ne chasse pas un chevreuil, un sanglier ou un cerf pour le manger, mais pour avoir l’honneur de le vaincre en opposant la force à la force, le courage au courage, la ruse à la ruse : « Qui n’a jouissance qu’en jouissance, dit notre vieux Montaigne, qui ne gaigne que de hault poinct, qui n’aime la chasse qu’en la prinse, il ne lui appartient pas de se mêler à notre esehole : plus il y a de marches et de degrés, plus il y a d’honneur au dernier siège. »
- Aussi pour les Allemands, qui ne sont pas de notre esehole, la chasse à courre parait ridicule ; ils préfèrent fusiller traîtreusement les nobles bêtes au coin d’un bois ou du haut d’un kiosque où ils n’ont d’autre
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- Une chasse aux cerfs près de Léouberg en Allemagne en 1748. (D’après une ancienne gravure de Jacob Wangner.)
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- peine que de viser et de presser une gâchette, plutôt que de leur offrir un véritable duel.
- Malheureusement, quoi que Brehm en ait dit, le goût teutonique de la battue est en grande voie de prendre droit de cité chez nous. Il ne s’agit heureusement que de battues de faisans et de lapins, et il y a peu de probabilité qu’on en vienne aux battues du grand gibier, d’abord parce qu’il est assez rare chez nous et ne paraît pas en voie d’augmentation, ensuite parce que la vénerie française n’est pas près de s’éteindre, grâce aux Servant, aux Mé-nier, aux de l’Aigle, aux de Chezelles, aux Lusarche d'Azay, et à la pléiade des veneurs si français de l’Anjou, du Poitou, de la Saintonge et de la Gascogne.
- Le directeur de La Nature, qui est en même temps un chercheur passionné, a découvert une gravure allemande due au burin de Jacob Wan-gner 1 qui représente une chasse au cerf, à l’eau, près de Léonberg, en 1748. Nous en donnons la reproduction ci-avant. On voit à l’aménagement de l’étang, aux constructions en colonnades et en rotondes qui l’entourent, que ce n’est pas une chasse fortuite, mais que la scène se représente fréquemment et sans doute périodiquement au même endroit. Une battue monstre, qui doit nécessiter des milliers de rabatteurs, amène les cerfs de toute la contrée à se précipiter dans la pièce d’eau qui est entourée de trois côtés de barrières infranchissables ; et là ils sont fusillés par les chasseurs tranquillement installés dans un kiosque. Les victimes sont repêchées, puis étalées côte à côte, et, à la fin de la séance, on comptera les pièces du tableau et on ira célébrer la victoire en sablant le joannisberg aux tables que l’on voit dressées dans les deux rotondes supérieures.
- De tous les environs on est accouru aussi au spectacle, soit à cheval, soit sur des voitures qui servent ensuite d’observatoires aux nombreux curieux. On voit que beaucoup de ceux-ci n’ont pas attendu la fin de la chasse pour se restaurer, ainsi que le montre la gravure, au premier plan, à droite ; car ces chasses allemandes paraissent être surtout un prétexte à agapes.
- Cette gravure nous montre aussi combien les cerfs étaient nombreux, au siècle dernier, dans les forêts allemandes. P. Mégnin.
- IA FALSIFICATION DES DAMANTS
- Une récente et gigantesque affaire d’escroquerie vient d’attirer de nouveau l’attention sur la falsification des diamants. Et comme il y a là une curieuse application, utile à connaître, de la science à la fraude, il nous semble intéressant de renouveler à cette occasion et de développer pour les lecteurs de La Nature les quelques mots d’explication théorique qui leur furent donnés, il y a tantôt dix ans8, à propos d’une première et non moins scandaleuse affaire de ce genre.
- 1 Jacob Wangner, graveur, né à Augsbourg en 1705, mort dans cette ville en 1770.
- 8 Voy. n° 492, du 4 novembre 1882, t. XIX, p. 367.
- Il s’agissait alors d’une énorme gemme qui, vendue comme diamant du Brésil de la plus belle eau, s’était révélée, par un simple lavage à l’eau de savon, vulgaire caillou jaune du Cap, ayant perdu, avec la mince couche de violet d’aniline dont elle était maquillée, les quatre cinquièmes de sa valeur marchande. Aujourd’hui les journaux parlent d’un lot de 170 000 francs de diamants qui, vendus pour hlancs par une grande maison d’Anvers à un bijoutier parisien, et, par celui-ci, vivement repassés à un négociant américain, ont fini par donner lieu à une plainte judiciaire triplement internationale après qu’un lavage à l’eau-forte en eut dévoilé l’habile truquage.
- Dans l’un et l’autre cas, il a pu être dit spécieusement que (( la légère couche d’aniline ayant ajouté sa nuance violette à la coloration, précisément complémentaire, du cristal jaune, avait redonné à celui-ci sa blancheur, sans altérer en aucune façon son eau ». Formule simple, mais trompeuse, dont il nous paraît utile de relever, au moins pour sa conclusion, l’hérésie optique. En effet, quelque mince que l’on suppose la couche de violet demeurée adhérente au cristal par une de ces mystérieuses mais puissantes actions moléculaires qui font, par exemple, devenir moins cassant, pour la taille, le diamant trempé dans du suif, il est impossible que cette couche agisse autrement que par absorption, c’est-à-dire par diminution, sur les rayons qui deux fois la traversent, à l’entrée et à la sortie.Toute pareille est d’ailleurs l’action du brillant jaune lui-mème qui, bien loin de donner à la lumière qui s’y joue une coloration nouvelle, ne fait que lui ôter une partie des rayons élémentaires qui en constituaient l’harmonieuse blancheur et détruire l’équilibre qui empêchait le jaune de prédominer. Seulement il se trouve que cette altération, porte juste sur la partie du spectre que l’aniline a respectée, en sorte que si l’on proportionne exactement, comme intensité, l’une et l’autre action, l’on peut arriver, avec un spectre également diminué par ses deux extrémités, à avoir encore de la lumière blanche, mais affaiblie en proportion du double tamisage subi. Telle la superposition de deux verres, violet et jaune, ou rouge et vert, peut donner du gris — jamais du blanc — si l’un et l’autre ne font qu’altérer complémentairement le spectre, au lieu d’arrêter rigoureusement tous les rayons ne correspondant pas à leur désignation de couleur, auquel cas la combinaison ne produirait évidemment que du noir.
- Mais comment se peut-il qu’un affaiblissement d’éclat, qui établit certainement autant de différence entre le diamant teint et le diamant teinté qu’il en existe entre celui-ci et le diamant du Brésil, puisse tromper l’œil exercé — et fortement intéressé — des connaisseurs, au point d’apparaître comme un avantage? C’est que l’œil humain est aussi mauvais photomètre que bon appréciateur de nuances : à la lumière jaunâtre du gaz, il confond le diamant jaune, dont la tare, au jour, le frappe, avec le diamant blanc, qui pourtant lui renvoie bien plus libéralement toutes les radiations reçues. D’ailleurs, à quel point de comparaison se rapporter, quand la moindre modification de l’éclairage extérieur peut, à elle seule, être cause d’une variation d’éclat? A. G.
- LE CART0GRAMME A TRANSFORMATIONS
- DU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS
- Les collections du Conservatoire national des arts et métiers viennent de s’enrichir d’un appareil nouveau, dont l’idée et le plan sont dus à M. de Foville, professeur
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- d’économie industrielle et de statistique au Conservatoire, et chef de la statistique au Ministère des finances. Il s’agit d’une grande carte de France à compartiments mobiles et à colorations variables.
- L’échelle est du 600 000e. La carte est tracée sur un tableau d’environ 2 mètres de côté. Les mers y sont peintes en bleu; l’Angleterre, la Belgique, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et l’Espagne en gris; la France en rose très clair, avec de grosses lignes noires pour marquer les frontières interdépartementales. Mais ce fond clair peut faire place à des teintes plus foncées. A cet effet, la forme de chaque département a été découpée cinq fois dans une lame de métal d’un’ millimètre et demi d’épaisseur et il y a été appliqué cinq nuances graduées allant du rose proprement dit au x-ouge brun. Cela étant, rien de plus facile que de substituer la Meuse n° 5 à la Meuse n° 2 ou la Gironde na 7) à la Gironde n° 4. Le procédé adopté pour la mise en place des compartiments mobiles est à la fois ingénieux et simple. Sur le fond de bois, deux clous à tète convenablement arrondie marquent, dans chaque département, la place du chef-lieu et celle d’une des sous-préfectures. Dans la plaque métallique, deux trous ronds sont pratiqués aux mômes endroits et cette double boutonnière suffit pour immobiliser le compartiment mobile. Lorsqu’il y a plus de deux arrondissements, les sous-préfectures qui n’ont pas été utilisées pour la fixation des plaques teintées sont elles-mêmes représentées par une fausse tète de clou, de sorte que toutes les villes portées sur la carte y trouvent le même mode de figuration. -
- Le département de la Seine, que sa petitesse dérobe presque aux yeux, a été reproduit, à une échelle amplifiée, dans un coin du tableau.
- Un cadre séparé est destiné à recevoir les légendes.'Les six couleurs conventionnelles y sont répétées sur fond noir, au moyen de six petits médaillons superposés ; et, dans chaque cas particulier, on indique à la craie le sens et la valeur respective de diverses teintes.
- Les atlas statistiques se sont trop multipliés de nos jours 1 pour que nous ayons besoin d’expliquer longuement l’emploi de l’appareil que nous venons de décrire. Il peut servir à illustrer tour à tour toutes les parties de la statistique nationale. Qu’il s’agisse de production ou de consommation, de démographie ou de finances, d’administration bu de climatologie, il y a toujours intérêt et profitT'montrcr, par voie de teintes graduées, comment varient et comment se distribuent géographiquement les phénomènes que l’on étudie. Dans les vastes amphithéâtres du Conservatoire des arts et métiers, le professeur d’économie industrielle et de statistique ne sera pas seul à utiliser le cartograinme mural qu’il vient d’installer : le professeur d’économie politique, le professeur d’agriculture, d’autres encore le lui emprunteront souvent.
- Le eartograrnme à transformations de M. de Foville sort des ateliers de M. Regnart, et l’art avec lequel toutes les difficultés pratiques du problème ont été résolues fait grand honneur à ce constructeur émérite.
- LE RÉSEAU DE COLOMBIERS MILITAIRES
- EN EUROPE
- Dans l’organisation des réseaux de colombiers militaires, les emplacements des stations sont presque tous déterminés tà l’avance. Il s’agit en effet de
- 1 Voir notamment Y Atlas de statistique financière publié par M. de Foville, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889.
- relier les forteresses de la frontière entre elles et avec une station centrale.
- Il n’y a généralement pas de difficulté pour les forteresses qui sont presque toujours assez peu distantes pour que des pigeons ordinaires puissent facilement effectuer le trajet de l’une à l’autre.
- II n’en est pas de même pour la station centrale au moins dans les grands empires comme la Russie, l’Allemagne ou la France. On est conduit alors à créer des stations de relais entre la frontière et le centre du réseau.
- On a en effet à se tenir entre deux écueils : d’un côté, avoir des trajets excédant les forces de la moyenne des pigeons ; de l’autre, trop multiplier les stations et par suite les pertes de temps qui se produisent toujours soit au départ quand l’oiseau s’oriente, soit à l’arrivée quand il hésite à entrer dans son colombier. La supériorité de la communication par pigeons sur les autres modes de transmission de dépêche croît du reste avec la distance. Ainsi un train direct met treize heures pour parcourir les 500 kilomètres qui séparent Paris de Lyon, distance qui peut être franchie en huit ou neuf heures par un pigeon.
- On admet généralement qu’on peut faire accomplir, presque à coup sur, à un pigeon ordinaire, tel que ceux qui peuplent les colombiers militaires, pour peu qu’il ait été entraîné, de 50 à 150 kilomètres, en une seule traite, et cela en un temps qui varie de une heure à quatre heures. La nature du pays a une grande influence sur les facilités de la course, non seulement à cause des obstacles présentés par les chaînes de montagnes, mais aussi par les retards et les dangers que fait subir aux messagers la poursuite des oiseaux de proie. Un trajet de 500 kilomètres en pays de plaine se fera plus aisément qu’un autre de 100 dans un pays très accidenté.
- Aussi verra-t-on dans les détails donnés plus loin sur les divers réseaux que, par exception, la distance entre deux stations a pu être portée jusqu’à 500 et même 400 kilomètres.
- Lorsqu’on doit établir des stations sur les montagnes, il faut les installer non pas sur les points les plus élevés, lors même qu’elles auraient ainsi l’avantage de se voir, mais dans les vallées et sur le bord des routes; car c’est par les cols où aboutissent ces vallées et ces routes que les pigeons cherchent toujours à franchir les chaînes de montagnes, pour peu que ces montagnes dépassent l’altitude moyenne du vol1.
- Dans certains pays, les pigeons militaires ne sont entraînés qu’à partir du printemps, comme les pigeons civils dont l’unique objectif est la lutte dans les courses d’automne. C’est là une erreur, car il faut qu’en temps de guerre, les messagers des forteresses soient habitués à braver les intempéries. La société l'Estafette lyonnaise vient, cet hiver même (1890-1891), de faire une expérience dans ce sens. Elle a
- 1 A. de Rochas. — Les pigeons voyageurs : Instinct et éducation, — Cosmos, 1889.
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- perdu 43 pour dOO de ses pigeons, mais le nombre de ceux qui sont arrivés permet d’espérer qu’avec les précautions convenables ce service entrera dans la pratique. On verra plus loin que ce qui s’est passé lors du siège de Paris confirme cette appréciation1.
- Dans chaque station, il faut qu’il y ait autant de colombiers, ou du moins autant de parties distinctes de colombier qu’il y a de stations correspondantes, de telle sorte que ce soient toujours les mêmes pigeons qui soient entraînés dans la même direction.
- Ces pigeons arrivent ainsi, au bout du temps normal d’entraînement, c’est-h-dire à Page de six mois, à connaître si bien leur route que pour des distances de 200 kilomètres, il y a, en tenant compte des
- orages, du plomb des chasseurs et de la griffe des rapaces, une chance sur trois pour qu’ils parviennent à destination1. Pour être sùr qu’une dépêche soit transmise, il suffira donc de la confier à trois messagers, ou a quatre au plus dans les circonstances de vent et de temps défavorables.
- De là résulte que si l’on veut pouvoir envoyer un message tous les jours ^pendant un blocus de 6 mois ou de 180 jours, il faut avoir un effectif de 180 X 4 ou 720 pigeons, pour chaque station avec laquelle on veut communiquer, la distance de ces stations étant inférieure à 200 kilomètres.
- Si la distance est supérieure à 200 kilomètres, on ne peut plus compter sur des pigeons de 6 mois
- Fig. 1. — Colombier militaire de Grenoble. (D’après une photographie.)
- dont les forces et l’éducation seraient généralement insuffisantes ; il faudra recourir alors à des pigeons de un, deux, trois, et même quatre ans quand la traite à fournir ira jusqu’à 400 kilomètres. Il sera bon en même temps d’augmenter le nombre de messagers porteurs de la même dépêche. En général, il faut mettre un pigeon en plus pour chaque cinquantaine de kilomètres en plus, de telle sorte, par exemple que pour 250 kilomètres on lâcherait 5 pigeons de 1 à 2 ans
- — 300 — — 6 — 2 à 3 ans
- — 350 — — 7 — 3à4ans
- — 400 — — 8 — »
- 1 On a sur les courses en hiver des préjugés que les ascensions de Belledonne rapportées dans cette Revue et les divers voyages exécutés, pendant ces derniers temps, par des officiers russes, tendent à faire disparaître.
- Ces chiffres ne sont que des indications approximatives, car la valeur d’un pigeon ne dépend pas toujours de son âge. Tel, du reste, est excellent par un temps de pluie qui ne vaudra rien par le vent et inversement. Il est donc de première nécessité que les gardiens des colombiers militaires s’attachent à connaître personnellement tous leurs pensionnaires et à prendre note de leur aptitude.
- Les colombiers militaires offrent à peu près la même installation dans toute l’Europe : tantôt ils sont établis dans des pavillons isolés, tantôt à l’étage supérieur de magasins ou de casernes. La figure 1 représente le colombier militaire de Grenoble que j’ai fait installer à l’étage supérieur d’une tour de
- 1 Gigot. — La science colombophile. — Bruxelles, 1889.
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- l’ancienne enceinte bâtie en 1401 et ayant servi longtemps d’hôtel de ville. L’attention doit surtout se porter sur la sécurité des pensionnaires, qu’il convient de mettre soigneusement à l’abri des entreprises des chats et des rats ou autres animaux carnassiers.
- Chaque colombier doit posséder plusieurs compartiments. 11 y a d’abord l’appartement des pigeons accouplés, dans lequel restent généralement les pigeons quand ils rentrent au colombier. Chaque couple a sa case dont la hauteur et la profondeur sont de 50 centimètres, tandis que la largeur atteint 60 à 70 centimètres. On place dans chaque case deux boulins ou nids en plâtre : l’un de ces boulins servira
- pour les petits, l’autre devra contenir les œufs.
- Tout à côté on doit avoir un deuxième appartement, c’est celui du « désaccouplage », rempli ou non de cases. On y enferme les pigeons au mois d’octobre, époque à laquelle on doit séparer les mâles des femelles.
- Un peu plus loin se trouve l’infirmerie, où l’on met les pigeons malades afin qu’ils ne communiquent pas aux autres oiseaux la maladie dont ils sont atteints.
- Enfin, la volière ou cage d’entrée complète l’installation de tout colombier. Généralement, la volière est placée à la fenêtre du grenier des accouplés avec lequel elle communique. I)cs cliquettes ou petites
- Fig. 2. — Gage d’entrée à cliquettes, d’un colombier militaire trançais.
- tringles mobiles permettent aux oiseaux l’entrée et la sortie. Une barre placée par le propriétaire empêche les cliquettes d’aller à certains moments dans tous les sens et permet alors seulement aux pigeons de rentrer au colombier (fig. 2).
- Pour donner plus d’air aux pigeons et en même temps permettre aux gardiens de s’en saisir facilement, on choisit des pièces à plafond suffisamment élevé, dans lesquelles on établit, 'a 2 mètres de hauteur, un second plafond en lattes à claire-voie qui empêche les oiseaux de s’envoler hors de la portée de la main.
- On met à portée des pigeons, pour leur permettre d’édifier leur nid, de l’argile et des brins de bois. Dans l’intérieur du colombier sont des auges en bois pour les graines, et d’autres en plomb ou de petits
- appareils de forme spéciale pour l’eau. La nourriture se compose de vesces, de haricots et de maïs; on peut aussi donner des céréales, du chanvre et un peu de sel; les convives complètent l’ordinaire en avalant des grains de sable et de petits cailloux.
- En été il leur est servi trois repas : à cinq heures du matin, à midi et à six heures du soir; en hiver on ne leur donne à manger que deux fois par jour : à midi et a cinq heures. Un pigeon coûte par mois de lfr,25 à lfr,50 pour son entretien.
- Ainsi traités les pigeons atteignent leur développement complet à trois ans et peuvent faire un bon service comme courriers jusqu’à l’âge de quinze ou seize ans ; on en a vu dont la longévité a atteint vingt ans, mais c’est de deux à six qu’ils déploient toutes leurs qualités.
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- LA NATURE.
- Pour l’entraînement des pigeons des eolombicrs militaires, il convient, la première année, d’adopter la règle suivante :
- La distance d’un lâcher sera obtenue en ajoutant à la distance du lâcher précédent la moitié de cette distance, ce qui s’exprime par la formule
- I) --1) i - 1
- l,n--lJn - 1 H ^
- Ainsi le premier lâcher étant de 16 kilomètres, le deuxième sera de 16 -+- 8 = 24 kilomètres ; le troisième de 24 12 = 56; le quatrième de 56 -+-
- 18 = 54, et ainsi de suite jusqu’à 200 ou 500 kilomètres, c’est-à-dire jusqu’à la distance que les messagers n’ont jamais à dépasser1.
- Dès que la mobilisation de l’armée sera décrétée, on prendra, dans chaque colombier, tous les pigeons qui sont entraînés dans les directions des places voisines et on les transportera respectivement dans ces places avec les hommes qui ont l’habitude de les soigner et qui doivent y rester jusqu’à la fin des hostilités.
- Toutes ces permutations doivent s’effectuer le même jour, de telle sorte que chaque convoi de pigeons trouve la place libre en arrivant.
- Je donnerai dans un prochain article quelques détails aussi complets que possible sur les réseaux des colombiers militaires des principales puissances de l’Europe.
- Ces indications ne seront toutefois qu’approximatives, car chaque Etat a intérêt à ce que scs voisins ne soient pas trop exactement renseignés sur ce qui se passe chez lui et ne divulgue pas ses procédés.
- — À suivre. — L^colonel de Rochas.
- ——.
- NÉCROLOGIE
- Emile Templier. — Nous avons assisté le 5 juin dernier aux obsèques de M. Emile Templier, l’un des associés de la librairie Hachette, décédé au château de Grand-Val, près de Sucy-en-Brie, à l’âge de soixante dix ans. Très versé dans les sciences géographiques, Emile Templier dirigeait encore jusqu’à ses derniers moments le Tour du monde qu’il avait fondé avec Edouard Char-ton. Il avait entrepris l’exécution d’un grand ytombre de livres utiles aux sciences ; nous mentionnerons spécialement la Bibliothèque des Merveilles qui comprend actuellement plus de cent volumes et dont il avait également confié la direction à Charton. Émile Templier s’est occupé avec activité des publications astronomiques et physiques de M. Amédée Guillemin, de la Géographie universelle de M. Elisée Reclus, et d’une grande quantité d’autres livres non moins précieux à l’enseignement.
- 1 Une autre règle, qui conduit à peu près aux mêmes résultats, consiste à ajouter la première distance à elle-même pour obtenir la deuxième, et pour toutes les autres à ajouter les deux distances précédentes (D;i + 4 = Dm -f- D« _ 4). De telle sorte que si l’on commence par 10 kilomètres, on aura des étapes successives de 20, 50, 50, 80, etc., kilomètres.
- Dans les entraînements pour concours, on ne va guère au delà de 700 kilomètres qu’un très bon pigeon a déjà de la peine à parcourir en un jour.
- Émile Templier était aimé et respecté de tous ceux qui ont eu des relations avec lui; généreux et affable, il s’intéressait à tous les travailleurs consciencieux et se plaisait à les encourager. G. T.
- CHRONIQUE
- Le bourdon de la basilique de Montmartre. —
- C’est le 14 mai qu’a été fondue dans les ateliers de MM. I'ac-card frères, à Annecy-le-Vieux, la plus puissante des cloches françaises, le bourdon destiné à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Son poids total avec les aménagements s’élèvera à 25 000 kilogrammes. Le bourdon de Notre-Dame de Paris ne pèse que 12 500 kilogrammes; celui de Notre-Dame de la Garde à Marseille, 10 000. La Savoyarde — c’est le nom de cette cloche monumentale — donnera, comme tonalité, le contre-ut, grâce à un procédé dont MM. Paccard ont seuls le secret, qui leur permet de fabriquer des carillons, et de garantir d’avance, à n’importe quelle subdivision de ton près, le parfait accord des cloches avec les anciennes. Le transport de cette masse et son installation vont présenter de sérieuses difficultés. En ce qui concerne le transport à la gare, MM. Rougier et Aillaud, entrepreneurs à Villard-du-Var, ont offert le chariot qui a servi à véhiculer l’excavateur de la ligne de Cluses. De son côté, la compagnie P.-L.-M. dirigera des ateliers d’Oullins un truc bas avec une équipe d’ouvriers spéciaux chargés du transbordement. Le joug en chêne sera démonté pour permettre le passage' des tunnels. La date de la translation à Paris est indéterminée. Le système de rotation pour mouvoir la cloche dans le clocher, est encore à l’étude ; il est probable que l'on adoptera un nouveau procédé à vapeur qui permettra de faire évoluer, à toutes volées, ce colosse dont les vibrations pourront être entendues dans un rayon de 40 kilomètres et au delà. L’archevêque de Chambéry, ainsi qu’un nombreux clergé, a assisté aux opérations de la fonte de la Savoyarde.
- Ce que dure un câble télégraphique sous-marin. — Si les compagnies de câbles télégraphiques sous-marins sont obligées de dépenser des sommes considérables pour la pose même de ces câbles, elles n’ont pas du moins la consolation de penser que leurs travaux ont une durée pour ainsi dire indéfinie. Non seulement dans le voisinage des côtes, le câble se détériore rapidement par frottement sur les roches, non seulement en mer on court la chance de le voir s’endommager par une patte d’ancre qui s’engage tandis que le bateau porteur de l’ancre est en train de chasser, ou même par les fantaisies d’une baleine qui, en plongeant, se prend dans cet obstacle tendu sur son passage et y forme des nœuds impossibles à démêler; mais encore l’action de la mer, de l’eau de mer, est désastreuse au point de vue de la conservation du conducteur. L’eau de mer ronge véritablement l’enveloppe en fil d’acier, en se glissant à travers les torons de la partie protectrice; elle transforme les fils d’acier en une sorte de poussière, quand le cœur du câble est encore intacte. Mais dès lors, le câble est inévitablement condamné à se rompre sous son propre poids : on peut dire que c’est le sort qui l’attend au bout de dix ou de douze années tout au plus. A ce moment il ne faut point songer à le relever pour y faire une réparation : il se casserait de tous côtés. Une compagnie est donc obligée de compter remplacer ses câbles tous les dix ans : et il lui faut pour cela mettre de côté un fonds de réserve fort important. Et encore ne parlons-nous point des dépenses qu’occasionne la simple rup-
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- lare du câble : c’est un accident qui coûte cher, par suite des difficultés et des longueurs que comporte la moindre réparation. Dans le cas d’un pareil accident, il devient souvent nécessaire de fréter un navire, qui coûte au moins 2500 francs par jour, et qu’on est obligé de garder plusieurs jours à la recherche du point où la rupture s’est produite. Pour finir, nous donnerons un chiffre comme exemple : il y a quelques années la « Direct Cable Company » en a été pour 050 000 francs de frais et dépenses diverses pour une rupture de son câble. On comprend, dans ces conditions, pourquoi les tarifs télégraphiques sous-marins sont si élevés.
- Le travail d’une semaine à Birmingham. —
- Un est vraiment stupéfait lorsqu’on examine ce que peuvent produire en un temps donné les fabriques telles qu’elles sont organisées aujourd’hui, grâce au progrès industriel, et que l’on compare cette production avec celle qu’étaient en état de fournir les usines analogues il y a une cinquantaine d’années. Nous donnions l’autre jour un renseignement curieux sur la quantité de fil que fabriquent les diverses manufactures du Lancastre; aujourd’hui nous voudrions donner quelques chiffres éloquents sur le travail d’une semaine à Birmingham. On sait que cette ville est située au milieu des districts les plus manufacturiers de la Grande Bretagne. Dans le court espace d’une semaine, c’est-à-dire de six jours, on accumule dans les fabriques les produits suivants : d’abord 14 millions de plumes métalliques, ou plus de 10 000 boîtes pleines; puis 300 millions de clous, 1 million de boutons de toute espèce; 5 millions de pièces de billon de toute espèce. Les usines spéciales fabriquent G000 lits en fer, c’est-à-dire par an de quoi coucher environ 500 000 personnes; 7000 fusils, 1000 selles ; il faut encore ajouter 20 000 paires de lunettes, ou 1 million environ par an. 11 faut compter encore G tonnes d’objets en carton-pâte, 5 tonnes d’agrafes et de petits anneaux, 500 tonnes de boulons, écrous et tirefonds, 40 tonnes de métal affiné, 40 tonnes de maillechort, 800 tonnes d’objets en cuivre, sans parler d’une infinité d’articles tels que pianos, objets en fonte, voitui’es d’enfants, roues, essieux, coffres-forts, serrures, etc. ; de la bijouterie pour 750 000 francs, 1000 douzaines de garde-feu, 5500 soufflets, 130 000 grosses vis à bois, 10 tonnes d’épingles (ce <jui représente 100 millions d’épingles fabriquées pendant une semaine ou environ 5 milliards par an). Pour finir, nous donnerons deux chiffres curieux. Les usines de Birmingham fabriquent hebdomadairement 5G5 kilomètres de mèches spéciales qui servent à la fabrication des allu-mettes-hougies ; par conséquent au bout de l’an elles en ont fabriqué bien près de 50 000 kilomètres, ou les 3/4 du tour de la terre à l’équateur. Quant aux manufactures de fil de fer et d’acier, elles en produisent 6456 kilomètres par semaine; à la fin de l’année, il en a donc été étiré près de 350 000 kilomètres, presque de quoi établir une ligne télégraphique de la terre à la lune, et cela par les seules usines de Birmingham.
- L’iridium. — Ce métal, que l’on rencontre dans les minerais de platine, commence à être couramment employé dans l’industrie. C’est un métal blanc, comparable à l’acier; il est presque aussi dur que le rubis; à froid, il est cassant sous le marteau, tandis qu’au rouge blanc il est un peu malléable, son poids spécifique est 22,3. C’est le plus infusible des métaux, il ne commence à se ramollir qu’à 2200° et fond entre 2500° et 2400°. Une grande application de ce métal est la fabrication des becs de plume; on l’emploie avec succès dans les filières pour
- l’étirage des fils d’or et d’argent; il remplace avec avantage le rubis et se monte comme lui avec une plaque de laiton sur laquelle il est solidement assujetti. Dans la fabrication des couteaux de balance de précision, l’iridium peut être substitué à l’agate et permet d’obtenir des arêtes beaucoup plus vives, par conséquent d’augmenter la sensibilité des appareils. La résistance que ce métal offre à l’action de la chaleur a donné l'idée de fabriquer des crayons électriques dont la pointe formée d’un fragment d’iridium serait, dans une certaine mesure, inusable. L’iridium se trouve dans la nature sous forme d’osmiurc d’iridium ou sous forme d’alliage de platine et d’iridium ; on le retire principalement de la Californie, du Canada, de l’Amérique du Sud, des Indes orientales, de Bornéo, d’Australie et de Russie.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 juin 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- Un mastodonte tunisien. — Nos lecteurs ont été tenus au courant à plusieurs reprises des découvertes paléontolo-giques si importantes procurées par l’étude du sol en Tunisie par M. Le Mesle, par M. Philippe Thomas et par M. Rolland. Cependant jusqu’ici les faunes anciennes n’ont présenté que des animaux invertébrés. Aussi est-ce avec un très vif intérêt qu’on entend aujourd’hui Sl. Gaudry annoncer la découverte dans le Cheri-Chera d’un mam mifère fossile. L’illustre paléontologiste a cette année même visité la Tunisie et M. Le Mesle l’a conduit de Kai-rouan au Cheri-Chera. La route, longue, monotone et triste, change brusquement alors et l’on se trouve au bord d’une rivière aux eaux pures qui nourrit de riches végétations. Les anciens avaient su amener les eaux du Cheri-Chera à Kairouan, mais les travaux furent plus tard détruits et c’est grand’pitié de voir aujourd’hui la ville des Musulmans dans un semblable désert. C’est en poursuivant des plans de restauration des anciennes conduites d’eau qu’on a trouvé dans la terre des ossements volumineux. M. Gaudry qui les a soigneusement comparés aux riches matériaux conservés au Muséum, y a reconnu le Mastodon augusti-dens de Cuvier, et il met sous les yeux de l’Académie une planche où une mâchoire de ce gros animal est dessinée à côté des vestiges des mastodontes de Sausan, des Pyrénées, de l’Ohio et de plusieurs autres localités. L’auteur insiste sur l’impossibilité de définir de vraies espèces parmi ces formes qui insensiblement passent les unes aux autres.
- Le laboratoire de Banyuls. — De retour d’une nouvelle visite à son laboratoire Arago, M. de Lacaze Duthiers signale l’existence actuelle dans l’un des bacs de cet incomparable établissement d’un rarissime animal qui y prospère depuis six semaines. 11 s’agit du Cophobelemnon qui n’avait encore été trouvé qu’une fois dans la Méditerranée et dont les spécimens connus proviennent de Norvège, de Formose et du Japon. On sait que c’est un alcyonnaire libre à la façon des pennatules, c’est-à-dire dont une partie du zoanthodème, très vasculaire, parvient par des contractions répétées à se ficher dans la vase. Une photographie représente le pensionnaire de Banyuls avec l’allure d’un élégant bouquet planté en terre.
- Destruction des criquets. — Depuis plusieurs mois déjà, M. Ch. Brongniart, préparateur d’entomologie au Muséum, poursuit en Algérie des recherches de zoologie
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- appliquée. M. Blanchard annonce aujourd’hui que le jeune naturaliste s’occupe très activement de favoriser le développement de certains cryptogames entomophages, spécialement aptes à s’attaquer au criquet marocain et au criquet pèlerin dont les ravages sont chaque jour plus graves.
- Élection. — Le décès de M. Cahours ayant laissé vacante une place dans la section de chimie, la section a présenté pour le remplacer une liste de candidats portant : en première ligne, ex æquo et par ordre alphabétique, M. Grimaux et M. Moissan ; en deuxième ligne, MM. Bitte, Jungfïeisch et Le Bel. Les votants étant au nombre de 61, M. Moissan est nommé par 55 suffrages contre 26 accordés à M. Grimaux. On nous permettra de féliciter chaleureusement le nouvel élu, et d’exprimer notre satisfaction personnelle de voir ses beaux travaux récompensés comme ils le méritent si bien.
- Les microbes et la cataracte. — Partant de la consta tation répétée plusieurs fois que les concrétions calcaires dont l’organisme est le siège, ont une origine microbienne, MM. Galippe et Mo reau se sont demandé si des microorganismes ne seraient pas la cause des dépôts qui opacifient le cristallin dans les cas de cataracte. C’est en elfet le résultat des études auxquelles les auteurs se sont livrés et ils en tirent des indications thérapeu tiques précises et qui sans doute seront fécondes.
- V accommodation télescopique.
- — D’après M. Morin (de Lyon), le grand sympathique intervient dans le phénomène d’accommodation de la vision pour les objets éloignés. En excitant la portion périphérique de ce nerf pendant l’examen des figures de Purkinje, il reconnaît, en effet, qu’il se produit un relâchement du muscle ciliaire dont le résultat est d’aplatir le cristallin.
- Varia. — Des recherches très délicates de M. Guignard élucident divers faits relatifs à la fécondation végétale. — Un physicien, M. Constant Miculesco, a répété l’expérience de Joule avec une machine de 1 cheval-vapeur et trouve 426,7 au lieu de 426,5 pour la valeur de l’équivalent mécanique de la chaleur. — D’après M. Boutv la constante diélectrique du mica entre 0° et 300° conserve très sensiblement la même valeur. Les roches anciennes enclavées dans les roches volcaniques du Hœghan et du Kaysersthul sont étudiées par M. Lacroix. — Une étude stratigraphique sur le terrain crétacé est déposée par M. Fouqué au nom de M. Seunes. — Le chloroiodure de silicium occupe M. Besson. — M. Faye communique un nouveau complément à sa théorie des cyclones. — Une observation de la comète de Brooks est adressée par M. Rayet.
- Stanislas Meunier.
- LE PREMIER PONT EN FER
- On est tellement habitué aujourd’hui à voir construire d’immenses arches de ponts en fer qu’il semble que le premier pont construit d’après ce procédé remonte très loin. Il n’en est rien cependant, et, si nous en croyons notre confrère le Railroad Gazette, à laquelle nous empruntons le dessin qui accompagne cette Notice, la première arche construite en fer serait le pont d’Ironbridge, qui a été livré à la circulation en 1779. Il se trouve sur un petit cours d’eau, dans le comté de Salop, sur le chemin de fer de Shrevvsbury à Worcester. Il s’est fondé depuis en ce point une petite agglomération, de 4000 habitants environ, et il s’est créé des fonderies de fer dans ce bourg, auquel le pont donna son nom. C’était un événement à cette époque que la construction d’un pont de fer. L’essai avait d’ailleurs été timide : comme on le voit sur là gravure, l’ouvrage comprend trois travées, deux toutes petites par-dessus un chemin qui se bifurque, et une plus grande traversant la rivière; d’ailleurs celle-ci n’a pas môme 30 mètres de portée, et elle pèse 3 7 8 tonnes. L’ossature a été fondue à Coal-brookdale, chaque ferme étant composée de deux segments.
- Robert Stephenson disait de cette construction : « Si nous remarquons que la manipulation du fer fondu était alors tout à fait dans son enfance, nous pourrons nous convaincre qu’un pont de cette dimension était un coup d’audace, autant qu’une entreprise originale, et que, du reste, l’intelligence avec laquelle on avait prévu et exécuté les détails égalait la hardiesse de la conception. » Le pont est toujours en service et en bon état, ce qui montre combien sont chimériques les craintes que l’on a souvent exprimées au sujet de la durée des ponts métalliques et en particulier sur l’influence pernicieuse de la rouille. Quelques accidents arrivés récemment à des ponts en tôle semblent donner un démenti à cette opinion, mais il s’agit là de faits exceptionnels. 1). Bellet.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Le premier pont en fer. Comté de Salop en Angleterre.
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- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- N* 942. — 20 JUIN 1891.
- LA NATURE.
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- LES ORAGES
- Fig. 1. — Ouragan du 21 mai 1891 à Arcachon. Aspect d’un piu brisé par le vent. (D'après une photographie de M. A. Donon, ingénieur.)
- 11 nous faut revenir aujourd’hui sur les phénomènes orageux qui ont caractérisé, au point de vue météorologique, les semaines de la fin de mai et du commencement de juin. Nous avons parlé, dans une de nos dernières livraisons, de l’orage du 21 mai, en Auvergne, et des chutes de grêles remarquables qui Font accompagné1.
- Nous avons reçu depuis de nouvelles et intéressantes communications, qui nous permettront de compléter l’énumération des faits qui ont été observés en Auvergne et dans différentes localités.
- M. Florent Chassant, directeur des études, à l’Ecole pratique d’agriculture de la Molière, près Billom, a particulièrement étudié Forage du 21 mai; il nous adresse à ce sujet la lettre suivante :
- Quand cet orage (21 mai, 4 heures du soir), qui a occasionné de si grands désastres, nous a abordé par
- 1 Voy. n° 910, du 6 juin 1891, p. 1.
- 19“ année. — 2° semestre.
- l’ouest, quelques nuages, qui me semblaient bien près du sol, présentaient absolument l’aspect d’une intense fumée
- se dégageant d’un incendie, changeant d’aspect du gris au noir, suivant leur densité et l’intensité de leur tourbillonnement en s’élevant dans les airs, à tel point que nous crûmes à un incendie causé par la foudre sur le coteau de Monta igut d’où ces nuages semblaient sortir. Je vis plusieurs nuages prendre cet aspect sur différents points, ce qui me détrompa sur leur origine. L’agitation était extrême dans ces nuées, mais le courant qui les rapprochait de nous était très faible.
- Je n’avais jamais vu de nuages semblables, et je me figure que c’est au milieu de ces courants opposés, fortement chargés d’électricité, que devaient s’élaborer et se souder les gréions si volumineux dont l’orage était accompagné.
- Beaucoup de ces gréions (dont je n’avais jamais vu de pareils) étaient gros comme des œufs de poule, présentaient un noyau translucide très serré, recouvert par des couches opaques peu épaisses de glace s’emboîtant
- Fig. 2. — Transport par le veut d'un fragment de toiture de tôle dans un arbre. (D’apres une photographie de M. A. Donon, ingénieur.)
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- les unes dans les autres, ce qui ferait supposer qu’ils avaient été ballottés pendant longtemps dans les violents courants opposés que je viens de signaler, que des couches nouvelles s’ajoutaient aux couches anciennes et que c’est par suite de ces conditions particulières qu’ils ont pu atteindre ces dimensions avant de tomber sur le sol.
- J’ai pesé plusieurs de ces grêlons du poids de 48 et 50 grammes; un de mes voisins, digne de foi, m’a dit en avoir choisi sept qui ont pesé 480 grammes, soit 70 grammes chacun en moyenne. Les désastres causés par cet orage ont été estimés à 2 millions dans un canton voisin, et à 5 millions pour l’ensemble du département. 11 nous a donné 18 millimètres d’eau, mais le 1er juin nous en avons reçu un autre qui nous a donné 20 millimètres en quelques heures. Il était accompagné de grêle sur quelques .points et a occasionné aussi des dégâts considérables dans les récoltes.
- Du 1er juin au 7, nous avons eu ici cinq orages assez forts, accompagnés de beaucoup d’eau, de vent et de grêle sur plusieurs communes. Les dégâts qu’ils ont occasionnés ont encore été très importants sur bien des points du département. Celui du 1er juin a été particulièrement violent. Depuis cette dernière date, le temps est couvert et froid, — et les conséquences d’une saison aussi anormale sont désastreuses pour l'agriculture.
- Le 21 mai, les orages ont été nombreux, et ont exercé des ravages dans beaucoup d’autres localités que.l’Auvergne. Nous avons signalé l’ouragan qui a sévi sur les côtes du sud-ouest de la France, notamment à Bordeaux et à Arcachon. M. A. Donon, ingénieur, qui nous a donné précédemment quelques détails sur le phénomène, nous adresse aujourd’hui une photographie représentant un pin de grande dimension, brisé par le vent, dans le voisinage d’Àr-cachon. Cette photographie, exécutée après la tourmente, donne une juste idée de la puissance des courants aériens pendant la tempête (Fig; 1). Les coups de vent agissent comme des coups de béliers, à la façon des lames océaniques; ce sont des vagues aériennes qui se succèdent et qui acquièrent, à un moment donné, une puissance extraordinaire. Notre deuxième gravure (fig. 2) donne la reproduction d’une photographie que nous avions simplement mentionnée dans notre précédent article : elle montre un fragment de toiture en tôle galvanisée, arrachée par le vent à Arcachon et transportée dans un arbre à 20 mètres de là.
- Le 5 juin, un météore semblable à celui du 21 mai s’est encore abattu sur certaines régions de la France et notamment en Auvergne.
- M. Henri Lecoq, conseiller général, membre de la Société météorologique de France, a observé le phénomène à Neuf-Église (Puy-de-Dôme). Voici ce que nous écrit ce correspondant :
- L’orage a complètement ravagé une partie de la commune de Neuf-Église (canton de Menât). Une abondante chute de grêle a eu lieu vers 10 heures et demie du soir (particularité remarquable, car il est rare qu’il grêle la nuit). Elle a duré cinq à six minutes seulement, mais avec une violence inouïe. En un instant le sol a été couvert d’une couche épaisse de grêlons, et trente-six heures après l'orage, et malgré la pluie, on en trouvait encore, dans les
- endroits abrités, des amas considérables. Les grêlons étaient de grosseurs très ditférentes : les plus petits variant entre les dimensions d’une grosse noisette et d’une petite noix, d’autres de la grosseur d’une grosse noix, quelques-uns enfin atteignant presque les dimensions d’un œuf de poule. Ils étaient formés d’une belle glace transparente renfermant seulement au centre un petit noyau opaque, mais sans couches alternativement opaques et transparentes. Les uns présentaient à leur surface, comme ceux de Dil-lom, des aspérités de médiocre saillie.
- Le lendemain, 6 juin, les orages ont continué à éclater sur un grand nombre de points de la France, et ils se sont bientôt étendus à presque toute l’Europe centrale. On nous a écrit d’Angoulème que la Charente avait été inondée. A Rutïec, la ville a été un instant comme ensevelie sous la pluie torrentielle et la grêle. La grêle a été très abondante à Limoges et aux environs. Un orage très violent a éclaté le soir même à 10 heures du soir à Paris et dans le département de la Seine, il s’est prolongé jusqu’à 1 heure du matin. A Ivry-sur-Seine, l’orage a duré pendant trois heures consécutives, la foudre est tombée sur l’hospice. A Vincennes, il a pris une violence rare.
- Les orages ont été signalés les jours suivants, 7, 8 et 9, à Aurillac, Montargis, Troyes, Toulouse, Lyon, Dijon, Mende, Le Mans; dans les Pyrénées-Orientales, les dégâts causés le 8 par la grêle ont été considérables. ;
- M. E. Gilbert, à la Ferté-sur-Grosne, nous écrit au sujet de la chute de grêle très abondante qu’il a observée le 8 juin en Saône-et-Loire.
- Le département, nous dit notre correspondant, a été cruellement atteint par la grêle. La ville de Tournus a particulièrement souflert, sous l’action d’une terrible chute de gros grêlons qui a duré pendant plus d’un quart d’heure et qui est tombée, vers 2 heures de l’après-midi. Sennecey, chef-lieu de canton, situé à une dizaine de kilomètres de Tournus, a été aussi grêlé la même journée, mais un peu plus tard, à 4 h. 15 m. seulement.La durée de la grêle a été de quatre minutes, et un certain nombre de grêlons ont atteint le diamètre de 45 à 50 millimètres ; malgré la courte durée de cette grêle, les collines des environs étaient complètement blanches et paraissaient comme couvertes de neige. Le lendemain matin à 9 heures (c’est-à-dire dix-sept heures après la chute de la grêle), j’ai trouvé, dans un fossé bordant la route, un amas de grêlons non encore fondus et ayant de 20 à 25 millimètres de diamètre. Comme forme, ces grêlons étaient tout à fait semblables à ceux dont La Nature a publié l’aspect ; ils étaient formés d’un noyau central opaque, entouré de plusieurs couches plus ou moins transparentes.
- Le 9 juin, un orage a éclaté dans les environs de Berlin, et la foudre est tombée sur le régiment de la garde pendant qu’il manœuvrait sur le champ d’exercice de Tempelhof. Cinq hommes ont été grièvement blessés. Le cheval d’un capitaine a été tué.
- Tels sont les principaux faits qu’il nous a été donné de recueillir sur une période orageuse, très remarquable par son intensité, sa prolongation, et qui nous a semblé devoir être enregistrée dans notre Recueil. Gaston Tissandier.
- . A
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- LES CHIENS DE GUERRE
- On sait que, dans plusieurs pays, en France notamment, où M. le lieutenant Jupin a obtenu des résultats très satisfaisants, les chiens de guerre sont l’objet d’un dressage spécial pour les reconnaissances à exécuter dans le service des avant-postes. Des expériences faites récemment dans un bataillon de chasseurs prussien permettent d’établir qu’on peut les utiliser encore dans le service d’évacuation du champ de bataille en les dressant à rechercher les blessés dans des terrains accidentés, boisés, où l’homme couché échappe facilement aux recherches des brancardiers.
- Le dressage de ces chiens au bataillon de chasseurs de Lübben s’effectue de la manière suivante :
- Les hommes désignés pour simuler les blessés pendant la manœuvre se couchent dans la broussaille, le visage contre terre, en conservant l’immobilité. Les chiens du bataillon se dispersent et doivent chercher les traces des hommes blessés. Lorsqu’ils découvrent un soldat atteint, ils posent leurs pattes de devant sur l’homme couché et se mettent à aboyer pour appeler l’attention des brancardiers. Ces derniers se dirigent de ce côté.
- Les chiens aboient, sans quitter le blessé, jusqu’à ce que les brancardiers aient répondu à leur appel.
- Chaque compagnie du bataillon possède douze chiens dressés à cet usage, auquel sont peu propres les chiens d’arrêt et, en général, les chiens de chasse.
- Les chiens de berger et les chiens-loups sont exclusivement dressés à ce service et s’en acquittent bien.
- IA PRODUCTION DES CIDRES EN F1UNCE
- L’excellente Revue spéciale Le Cidre et le Poiré publie une intéressante étude statistique sur la production des cidres en France, d’où il résulte que l’industrie cidrière est loin d’etre une quantité négligeable et que la culture du pommier peut devenir pour notre pays une véritable source de richesses.
- M. Grignon, de Paris, établit en effet par des chiffres puisés aux sources oflicielles que de 1870 à 1890, soit en vingt et un ans, il a été produit en France 244 540 000 hectolitres de cidre, lesquels à 10 francs l’hectolitre, représentent une valeur de 2 445 400 000 francs. Donc, chaque année, en moyenne, les produits de la culture du pommier entrent pour 110 550 000 francs, soit pour plus de un centième, dans le chiffre total de la production agricole, évaluée 10 milliards.
- Quelque extraordinaire que cela paraisse, Paris est un des principaux débouchés de l’industrie cidrière, et sa consommation prend tous les ans une importance de plus en plus considérable, ainsi qu’on peut s’en convaincre en consultant le tableau ci-après.
- Années. Hectolitres consommés.
- 1877 ...................... 48 400 hectolitres.
- 1878 ..................... 08 900 —
- 1879 ..................... 50 800 —
- 1880 ..................... 51 000 —
- 1881 .................... 50 500 —
- 1882 ..................... 117 100 —
- 1885........................ 158 000 —
- 1885........................ 200 000 —
- 1880........................ 500 000 —
- Cette consommation subit une marche presque régu-
- lièrement ascendante, surtout depuis 1885, époque de l’ouverture aux cidres des entrepôts de Paris. Cet accroissement est vraiment remarquable surtout si l’on compare la consommation actuelle avec celle de 1854 qui était de 150 à 100 hectolitres.
- Et l’on en trouve l’explication dans ce fait caractéristique qu’il n’existe plus guère à Paris de débit de vin où l’on ne vende du cidre.
- La production moyenne annuelle est de 11 655 000 hectolitres. L’année 1883 fut une année exceptionnellement heureuse. Elle fournit jusqu’à 23 500 000 hectolitres, tandis que dans l’année terrible 1871, on ne récolta que 2 150 000 hectolitres. —La fabrication du cidre sur une grande échelle est limitée chez nous à quatre provinces du nord-ouest : la Normandie, la Bretagne, la Picardie et le Maine. Le département d’Ille-et-Vilaine entre à lui seul pour 1/5 dans la production totale.
- V. Brandicourt.
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- L’EXPOSITION FRANÇAISE DE MOSCOU
- L’Exposition française qui vient de s’ouvrir à Moscou a été autorisée par un ukase impérial en date du 2 mai 1890. Il y a quelques jours, le tsar el l’impératrice de Russie lui ont donné la haute el honorable consécration de leur visite officielle.
- Cette Exposition est une œuvre d’initiative privée due aux efforts d'un groupe de nos industriels français. Elle a excité à son début quelques jalousies en raison de son caractère exclusivement français et l’on a exploité contre elle, avec ardeur, quelques embarras annexes indépendants de la dignité et de la sécurité de son fonctionnement. On ne saurait, nous sommes heureux de le dire, conserver aucune inquiétude finale sur le succès, nécessairement localisé, mais certain, d’une œuvre dont la Commission supérieure de contrôle et des finances comprend des hommes tels que MM. Teisserenc de Bort, Alphand, Poirrier, Flourcns, Aimé Girard, Guillotin, Watlded, consul de France honoraire, etc....
- Nos industriels ont répondu avec un empressement patriotique à l’appel qui leur était fait, et si l’Exposition de Moscou est relativement restreinte, comme dimensions, elle est, par contre, remarquablement remplie de produits intéressants et utiles de notre industrie nationale. Notre fabrication, très appréciée en Russie, et entourée de sympathies réciproques qui savent souvent faire passer les amitiés au-dessus des intérêts, s’y montre brillamment avec son cachet authentique; un résultat important de cette entreprise sera certainement de mettre l’importation russe en garde contre des produits similaires aux nôtres que des industriels étrangers peu consciencieux ne cessaient de vendre comme étant de provenance française.
- La vente de ce que l’on appelle en langage spécial « la camelote » perdra assurément beaucoup de terrain en Russie, grâce à l’élégante Exposition de 1891, et ce sera au grand profit, non seulement des fabricants mais encore des acheteurs : ces derniers, faute d’un ternie de comparaison réel et palpable, ne sa-
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- vaient trop souvent comment se diriger au milieu d’une foule de falsifications et de trompe-l’œil astucieux.
- Nous donnons, avec cette Note, une vue et le plan général de l’Exposition (fig. 1 et 2). Le Palais, dans lequel elle est établie, est situé au centre d’un parc magnifique, sur le plateau de Pctrowski, un des plus beaux quartiers de la ville de Moscou. Sa disposition générale rappelle, en plus petit, le beau et méthodique palais de notre Exposition universelle de 1867, à Paris; elle se compose de huit grands pavillons disposés sur les côtés d’un vaste octogone et reliés entre eux par des galeries, suivant la circonférence intérieure et extérieure du périmètre. L’ensemble des pavillons et galeries couvre un espace de 55 000 mètres carrés : le centre du jardin intérieur est occupé par des fontaines lumineuses analogues à celles de l’Exposition de 1889 au Champ-de-Mars. Chacun des pavillons, dirigé suivant un des rayons du cercle général, mesure 60m,50 de longueur sur 51m,50 de largeur.
- On remarque beaucoup l’éclat des Galeries desBeaux-xVrtset la belle disposition de la Galerie des Machines dans laquelle nos industriels ont installé des spécimens remarquables de leur fabrication si différente, par le fini et l’élégance des formes, des productions généralement grossières des mécaniciens étrangers.
- Deux beaux panoramas de Poilpot, notre éminent artiste, sont visités avec un grand empressement : l’un d eux, qui constitue un véritable document de l’histoire de Russie, représente les scènes principales du couronnement du tsar Alexandre III : on peut penser quel succès il obtient dans la ville sainte de la Russie.
- Un grand avantage de la disposition circulaire du Palais de l’Exposition de Moscou consiste à permettre
- aux visiteurs de faire une visite complète et méthodique en partant d’une extrémité et en suivant progressivement les galeries jusqu’au point de départ.
- Le classement général des produits se divise en neuf groupes, subdivisés le moins possible, et comprenant seulement trente-sept classes. Ce sont : 1° œuvres
- d’art ; 2° éducation et enseignement ; matériel et procédés des arts libéraux ; 5° mobiliers et accessoires; 4° tissus, vêtements et accessoires; 5° industries extractives ; produits bruts et ouvrés; 6° outillage et procédés des industries mécaniques, électricité ; 7° produits alimentaires ; 8° agriculture ; viticulture ; 9° horticulture. L’organisation a été menée avec une très grande économie. Le Comité qui en était chargé jugeait, à juste titre, utile de ne pas pousser notre industrie nationale à de trop fortes
- dépenses alors qu’elle venait de s’imposer, avec l’éclat que l’on sait, le grand effort de l’inoubliable Exposition de 1889. Cependant, rien n’a été négligé pour assurer à l’Exposition de Moscou un caractère grandiose d’élégance et d’intérêt, et l’on y est parvenu. Comme l’Exposition n’est pas universelle, il ne sera pas distribué de récompenses, mais les exposants recevront une médaille commémorative de leur participation au succès de l’œuvreet ils attachent un grand prix à ce souvenir. Cette manifestation amicale et toute spontanée de notre industrie contribuera, nous l’espérons, à resserrer des liens commerciaux, loyaux et utiles et à faire tomber quelques barrières douanières que l’usage seul perpétue et que l’intérêt commun condamne. Au point de vue moral, elle ne saurait que confirmer les sentiments de sympathie qui unissent la Russie à la France. Max ok N.vnsoutï.
- diverses
- diverses
- Administr1
- Restau r&nt
- Plan de l’Exposition.
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- TRANSMISSION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
- PAR COURANTS ALTERNATIFS A 30000 VOLTS
- Une expérience des plus intéressantes et des plus curieuses a été exécutée, il y a quelques mois, par la Société de construction de machines d’Oerlikon, près de Zurich en Suisse. Cette Société, avec l’aide de la Société générale d’électricité de Berlin Allge-meinc Elektricitats Gesellschaft, doit réaliser pour l’Exposition d’électricité de Francfort une transmission électrique de 500 chevaux a 175 kilomètres , d’une fabrique de Lauffen au palais même de l’Exposition, à Francfort. Dans les installations de ce genre, on avait employé jusqu’ici des
- différences de potentiel de 2000, 4000, 6000 volts. A Londres, la société London Supply C° fait la distribution de l’usine de Deptford avec 10000 volts. Mais ce potentiel n’avait jamais été dépassé. Pour la transmission qui nous occupe, on a décidé d’employer 50 000 volts. Nous avons déjà insisté à plusieurs reprises sur les dangers que présentaient les courants alternatifs à haute tension, et nous ne parlions alors que des tensions de 2000 à 5000 volts. On conçoit combien il est intéressant d’examiner quelles sont les précautions qui seront prises entre Lauffen et Francfort. .
- Avant de réaliser cette application, la Société d’Oerlikon a effectué des essais sur une ligne locale et l’entreprise a été couronnée d’un plein succès.
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de la salle des expériences. — A. Moteur à courants continus. — B. Rhéostat du moteur. — B'. Rhéostat d’excitation de la machine à courants alternatifs. — C. Machine à courants .alternatifs. — D. Ampèremètre. — E. Voltmètre Cardew. — F. Voltmètre électrostatique Thomson. — G. Transformateur de départ. — II. Transformateur d’arrivée. — I. Départ de la ligne, — J. Lampes sur le retour des câbles. — K. Ampèremètre sur le fil de retour.
- Les expériences ont été faites le 24 janvier, à Oerlikon, en présence des délégués des postes, des fonctionnaires du Wurtemberg et des membres du Comité de l’Exposition de Francfort.
- Nous empruntons les détails qui suivent à notre confrère Electrotechnische Zeitschrift :
- Les figures 1 et 2 permettent de saisir l’ensemble des expériences ; la figure 1 donne la vue intérieure du laboratoire, et la figure 2 le schéma de la distribution. En A(fig. 2) est une machine à courants alternatifs donnant 120 volts; cette machine est mise en mouvement par une courroie actionnée par un moteur à courants continus. Cette disposition permet de faire varier très simplement la vitesse angulaire de la machine par une introduction de résistances. Nous trouvons ensuite en B un coupe-circuit fusible, en C un commutateur bipolaire avec deux
- coupe-circuits de plomb, en I) un ampèremètre, en E un voltmètre Cardew. Nous arrivons ainsi au transformateur F, dont le coefficient de transformation est égal à 500 ; c’est-à-dire que si nous produisons 100 volts aux bornes du primaire, nous en recueillons 50000 aux bornes du secondaire. Un voltmètre électrostatique G de Thomson permet de mesurer à chaque instant cette tension. A la sortie du transformateur se trouve une ligne de fil de cuivre nu de 4 millimètres de diamètre portée sur des isolateurs à liquides dont nous parlerons plus loin. Cette ligne, dont la longueur totale est de 8 kilomètres, est portée par des isolateurs placés à 25 mètres l’un de l’autre. Elle effectue le parcours indiqué sur le schéma, et revient, au point de départ, à un second transformateur I, inverse du premier, qui, de 50 000 volts, ramène la différence de poten-
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- tiel à 100 volts. Un ampèremètre E et un voltmètre Cardew L permettent de mesurer l’intensité et le voltage dans le circuit tertiaire. Les résistances de charge sont constituées dans ce même circuit par 3 séries de lampes, 0t, 0,, 0-, respectivement de 50, 65 et 100 volts. Entre la ligne de distribution proprement dite se trouve intercalée d’une manière tout a fait dissymétrique, une ligne P téléphonique, qui a servi à plusieurs déterminations.
- . Nous allons examiner maintenant les deux points essentiels à bien observer dans ces essais : l’isolement des transformateurs et de la canalisation. La forme des transformateurs employés ne présente
- Fig. 2. — Expérience de transmission d’énergie électrique. Schéma de la distribution.
- rien de nouveau; pour obtenir un bon isolement entre le primaire et le secondaire, les appareils ont été plongés complètement dans des bains d’huile. — Les dessins 5, 6 et 7 de la figure 3 donnent la vue des dispositions adoptées. — Les bobines de fil ont une forme cylindrique, et le noyau de fer est formé d’une série de plaques superposées dans lesquelles ont été découpées des sections rectangulaires. Pour la canalisation, des poteaux ont été installés de distance en distance avec des isolateurs. Les fils d’aller et 3e retour sont à environ 30 centimètres l’un de l’autre. Les isolateurs employés, représentés par le n° 1 de la figure 5, ont donné des résultats satisfaisants, bien qu’il soit recommandé d’en prendre de meilleurs encore. Ils sont en porcelaine, avec coupelle pour liquide, et
- montés sur supports en fer. Dès le mois de novembre 1890, 100 isolateurs de ce genre avaient été posés, et, depuis cette époque, la ligne a été chargée tous les jours à 40000 volts jusqu’au jour des expériences, même par les temps de tempête, sans qu’il soit jamais arrivé un seul accident ni aux transformateurs ni sur la ligne. — Le n° 2 (fig. 3) représente un double isolateur, avec cloche de fonte et double isolement à l’huile ; en 3 est un isolateur triple avec couvercle en fonte et en verre tourné, avec un extérieur en fer ; en 4 se trouve un isolateur en porcelaine en deux parties, avec triple isolation de liquide.
- A l’aide de cette installation, M. Brown a réalisé un certain nombre d’expériences que nous allons résumer dans ce qui va suivre.
- La machine à courants alternatifs a d’abord été réglée de façon à ce que la différence de potentiel aux bornes du circuit primaire atteignît 50 volts. A ce moment, aux bornes du circuit secondaire du
- Fig. 3. — Détails de l’installation.
- transformateur, le voltage était de 15 000 volts, et de 50 volts aux bornes du circuit tertiaire, aux lampes à incandescence. On a ensuite augmenté peu a peu la différence de potentiel jusqu’à avoir 05, 100 et 110 volts aux bornes des lampes à incandescence. Le voltmètre Cardew *du circuit primaire montait aussi graduellement. Cette première expérience permettait de reconnaître l’absence de tout court-circuit sur la ligne.
- Dans une deuxième série d’expériences, les deux fils d’aller et de retour ont été rapprochés à une distance de 18 à 22 millimètres, avant leur entrée dans le deuxième transformateur. A18 000 volts, une étincelle a jailli entre les deux conducteurs; les coupe-circuits fusibles du circuit primaire ont fondu, et le courant a été rompu sur la ligne. Ces expériences, répétées plusieurs fois, ont toujours donné les mêmes résultats. On connaissait ainsi la distance qui devait au moins exister entre les deux câbles.
- En troisième lieu, des courts-circuits ont été établis sur les fils de départ et d’arrivée a l’aide de barres de cuivre. Les fils fusibles des coupe-circuits primaires ont également fondu. — Pour les faire
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- fondre, il a suffi aussi d’établir une communication entre les deux fils, non au moyen de tiges de métal, mais avec un corps réputé comme mauvais conducteur, une baguette de bois sec, par exemple.
- Une quatrième série d’expériences a été faite en réunissant à la terre un des deux circuits. Les voltmètres n’ont indiqué alors aucune des variations qui se manifestent dans toute installation mal isolée.
- Comme cinquième série d’essais, des jets d’eau ont été projetés sur les quatre câbles, les isolateurs, les supports communs. A ce moment, l’ampèremètre du circuit primaire a indiqué onze ampères au lieu de dix qu’il indiquait précédemment. On peut conclure de là que les averses n’auront pas d’effet pour diminuer l’isolement. En dernier lieu, on a constaté les influences de la ligne sur les circuits téléphoniques. Ces influences se sont nettement manifestées; mais il est à remarquer que les bruits obtenus ont été moins désagréables que les bruits produits par l’induction sur les circuits télégraphiques voisins. Ces expériences, intéressantes à tous les points de vue, prouvent qu’il est possible d’obtenir de bons isolements pour des tensions de 50 000 volts à courants alternatifs. Elles assurent dès à présent le succès de la transmission électrique de Lauffen à Francfort, installation qui est actuellement en pleine voie d’établissement, et qui fonctionnera vers le milieu du mois d’août. Nous doutons fort cependant que ces hautes tensions soient jamais utilisées d’une façon courante pour l’application de la distribution de l’énergie électrique à domicile dans les grandes villes. Mais au moins elles permettront de résoudre l’important problème de la transmission de l’énergie à grande distance, quitte ensuite à modifier cette énergie dans ses éléments constitutifs pour en faire la distribution dans les villes.
- J. Laffargue.
- EAUX MINÉRALES JAPONAISES
- M. le Dr Baret, dans un Mémoire à la Société française d’hygiène, s’occupe des eaux du Japon qui sont, paraît-il, assez nombreuses. Il les divise en eaux sulfureuses, eaux salines, eaux alcalines et eaux acides. Les premières sont les plus répandues, on en trouve dans presque toutes les provinces ; l’agent minéralisateur est le plus souvent l’hydrogène sulfuré, quelquefois le sulfure de sodium. Quelques-unes sont d’une très haute thennalité; celles d’Oureschino ont une température de 92° C. Le Dr Baret s’occupe tout spécialement dans son intéressant travail de la station d’Arima qui est le type achevé de la ville d’eaux japonaise. La source froide d’Arima sort verticalement et en abondance d’un puits profond de quelques pieds, l’eau est gazeuse et bouillonne par le dégagement continuel de volumineuses bulles d’acide carbonique ; elle est saline, fortement ferrugineuse et ne s’emploie guère qu’en boisson. Il existe à Arima trois autres sources chaudes employées en bains dans de grandes piscines où hommes, femmes et enfants se plongent pêle-mêle. Le pays possède une véritable industrie, la vannerie, faite avec de minces lanières de bambou et de rotin.
- LES NOUVELLES GALERIES
- DU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS
- A PARIS
- Les progrès incessants de la science et de ses applications exigent que l’enseignement public et gratuit prenne de plus grandes proportions que celles qu’on lui donnait autrefois, et les cours professés à notre Conservatoire national des arts et métiers doivent subir certaines transformations nécessitées par cet état de choses. Malheureusement l’argent fait défaut et ce n’est que peu à peu qu’on pourra donner à cet établissement le nombre des professeurs nécessaires. Il y a très peu de temps qu’on a pu créer une chaire d’électricité industrielle et une chaire de métallurgie, et la chaire traitant de la photographie et de ses nombreuses applications aux arts, et en particulier à celui du livre, se fera peut-être encore longtemps désirer.
- En attendant que les cours se complètent, M. le colonel Laussedat, l’éminent directeur du Conservatoire, complète les collections et cherche par toutes les combinaisons possibles à augmenter aussi le nombre des salles devenues trop petites pour les contenir. Dernièrement il a dû faire supprimer la galerie des machines en mouvement qui menaçaient la sécurité de l’édifice et il est en instances en vue d’obtenir les crédits nécessaires pour la rétablir ailleurs. C’est avec une véritable passion que le colonel s’occupe des collections du Conservatoire; nous devons dire aussi qu’il est souvent aidé par d’intelligents industriels; ceux-ci, comprenant tout l’intérêt qu’il y a à mettre sous les yeux du public et à la disposition des professeurs et des visiteurs comme des auditeurs les modèles et les produits de notre industrie, lui apportent les éléments nécessaires à la création de nouvelles séries. C’est ainsi que tout dernièrement, a été ouverte la galerie relative au travail des métaux, y compris les métaux précieux et sur laquelle nous donnerons tout à l’heure quelques détails. Mais auparavant nous passerons en revue les améliorations qui viennent d’être apportées aux galeries de la métallurgie et du travail des métaux en général. Le classement des objets qui y sont exposés, vient d’être complètement refait dans l’ordre le plus méthodique.
- Lorsqu’on entre au Conservatoire par la porte principale et qu’on descend immédiatement dans la salle dite de l’Echo, on rencontre ces galeries à sa droite. En y pénétrant, on se trouve d’abord en présence des procédés de sondage de toutes sortes ; quelques outils sont là en grandeur naturelle, d’autres sont des modèles réduits tout installés dans des chantiers ramenés à des échelles convenables. En continuant, on voit les procédés d’extraction des minerais et même ceux beaucoup plus récents du pétrole. Plus loin le traitement de ces minerais et notamment la fabrication du fer et de l’acier qui y sont largement repré-
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- sentes par des modèles très complets de hauts fourneaux d'usines, de cornues Bessemer, de marteaux-pilons, de laminoirs, etc. Puis viennent les échantillons
- de métaux divers ; les outils destinés à les travailler et des échantillons de résultats obtenus. — Quand on pénètre dans la nouvelle galerie (fig. 1) qui est con-
- Fig. 1. — La nouvelle galerie du travail des métaux au Conservatoire des arts et métiers à Paris.
- tiguë aux précédentes, on voit, notamment 'a côté d’un modèle de forge de grandeur naturelle, une magnifique rampe en fer forgée par les frères Moreau; et, accrochée au mur au-dessus de cette forge, une très belle pièce en zincrepoussé. Les vitrines de la galerie renferment des vases obtenus par la galvanoplastie, des plats ciselés et repoussés, des pièces embouties,estampées, etc. Ce qui fait surtout l’intérêt de ces objets, c’est qu’ils sont accompagnés de pièces pareilles indiquant toutes les phases de la fabrication, de sorte que chacun peut se rendre compte très facilement du travail qu’a dù accomplir l’ou-
- vrier. La fabrication d’un bracelet en or, par exemple, montre le morceau de métal brut d’abord,
- puis des morceaux découpés destinés à former des feuilles, des fleurs, des chaînons, tout ce qui contribuera à la fabrication d’un bracelet semblable à celui qu’on a sous les yeux. Nous avons choisi parmi tant d’exemples, celui qui montre la fabrication d’un couvert d’argent (fig.2). On voit les plaques de métal dans lesquelles ont été découpées les pièces destinées à donner la cuillère et la fourchette, et l’on peut suivre facilement toutes les transformations subies par ces pièces depuis le moment où elles sont enlevées
- Fig. 2. — La fabrication il’uu couvertd’argcnt.
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- de la plaque d’argent jusqu’à leur terminaison complète. Il y aurait de longues heures à consacrer à l'étude des pièces exposées pour qui tient à se rendre compte des procédés de fabrication. Au bout
- de la galerie, se trouve reconstitué en grandeur naturelle un atelier d’orfèvre avec tout son outillage (fig. 5) chalumeau, laminoir, forge, creuset, etc. ; l’ouvrier n’aurait qu’à entrer et trouverait là tout ce qui lui
- Fig. 3. — La nouvelle galerie du travail des métaux au Conservatoire des arts et métiers à Paris. — Un atelier d'orfèvre.
- est nécessaire pour confectionner la pièce de bijouterie la plus délicate. Dans la même pièce que cet atelier, se trouve l’atelier du batteur d’or, installation très simple du reste, mais très intéressante parce qu’elle est peu connue.
- Enfin au milieu de la même salle, est installée une vitrine où sont reproduits en fac-similé des plaques et des fils d’or de différentes teintes pour les travaux de bijouterie.
- Nous engageons nos lecteurs de Paris à visiter
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- cette partie du Conservatoire où ils trouveront des sujets d’étude aussi intéressants qu’instructifs.
- G. Mareschal.
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- L’ARITHMÉTIQUE HINDOUE
- M. F. Pincott, dans un récent article publié par la revue Knowledge, vient d’appeler l’attention sur les méthodes arithmétiques indiennes, et sur la rapidité avec laquelle les jeunes garçons indiens font les calculs mentaux.
- Le système arithmétique de l’Europe fut révolutionné par l’Inde lorsque les caractères dits arabes dont nous faisons aujourd’hui usage, empruntés à la côte de Malabar par les commerçants arabes, furent introduits par eux en Europe. C’est l’intelligence des Indiens qui imagina de changer la valeur des symboles numériques d’après leur position. Cette ingénieuse conception supplanta bientôt toutes les autres méthodes plus anciennes, et facilita grandement les calculs arithmétiques relativement aux méthodes grecques, romaines et arabes.
- Les maîtres d’école indiens emploient un grasd nombre de termes inconnus aux professeurs anglais et français. Ces termes ont été inventés dans le but de faciliter les calculs numériques, et les étonnants résultats obtenus ne peuvent être compris sans comprendre aussi les termes employés. L’étrangeté des noms des nombres et des fractions fixent l’attention de chaque étudiant de l’hindou. 11 en est peu cependant qui arrivent à comprendre ces fractions ; il en est même un certain nombre qui, après plusieurs années de résidence dans l’Inde, sont incapables d’énoncer la série dénombrés entiers de un à cent. Yoici, d’après M. Pincott, le mécanisme de cette numération :
- Les Indiens emploient des monosyllabes semblables aux nôtres pour les nombres compris entre 1 et 10, mais, à partir de 10, les nombres sont établis sur le type : 1 et 10, 2 et 10, 3 et 10, etc., jusqu’à 8 et 10, mais le nombre- 19 s’appelle 1 moins 20. A partir de 20, on continue la même méthode de formation : 1 et 20, 2 et 20, 3 et 20, etc., jusqu’à 1 moins 30, au lieu de 29. Ce mode de calcul doit remonter à la plus haute antiquité, car le vieux langage sanscrit présente la même particularité. Le but est de faciliter les calculs, car, dans ces calculs, l’esprit a affaire avec les dizaines impaires, les nombres les plus faciles à multiplier. Ainsi, par exemple, la question : 9 fois 19 n’est pas facile à résoudre mentalement pour un jeune écolier anglais ou français, mais l’enfant indien répondra aussitôt : 9 moins-vingtaines. Il sait en un instant qu’il doit retrancher 9 quantités moins de 9 vingtaines, et la réponse : 171, arrive avant que l’enfant européen ait terminé son calcul. La formidable difficulté du 9 est ainsi levée par une simple modification de la nomenclature. Un autre avantage réside en ce que l’enfant indien fait usage de termes courts, pour la plupart monosyllabiques, dans la progression décimale. L’expression centaine de mille lui est inconnue, le simple mot lâkh rappelant parfaitement la même idée à son esprit. De même la centaine de millions s’appelle arb, la centaine de mille de millions kharb, et ainsi de suite.
- Mais c’est surtout pour les fractions que le système indien présente des avantages lorsque l’on s’est familiarisé avec la nomenclature. Les termes fractionnaires sont préfixés lorsqu’ils sont employés concurremment avec des nombres entiers, dans le but de présenter la modification à l’esprit, avant de nommer le nombre lui-même. Si compliquée que paraisse la nomenclature, à première vue, ces difficultés disparaissent dans l’application. Il suffira, pour
- illustrer l’emploi de ces mots et les facilités arithmétiques extraordinaires qu’ils apportent, d’expliquer le mot panne, nom de la fraction f, fraction qui trouble tant les jeunes cerveaux européens. L’enfant indien ne connaît pas, en fait, d’expression analogue à deux trois-quarts, et le terme trois-quarts combiné aux nombres entiers n’existe pas dans son langage. On a recours à un procédé analogue à celui que nous avons signalé à propos du nombre 9, et l’on se sert d’un terme correspondant à moins. Par ce procédé, le nombre 2 * devient paune-tin, c’est-à-dire moins 3 ou un quart moins trois; de même 3 j s’appelle paune-châr, ou moins 4, un quart moins quatre, et ainsi de suite. Le même procédé s’applique au terme sawâ, qui implique l’idée de un quart en plus. Ainsi 3 j s’exprime sawâ-tin ou plus trois; 4 4 est sawâ-châr, etc.
- On voit, d’après cela, que chaque nombre entier est le centre d’un tercet, ayant une modification en moins d’un côté, en plus de l’autre. Le tableau ci-dessous fera mieux comprendre cet arrangement.
- 2J paune-tin — 3 Z 1 ° 4 paune-châr — 4
- 5 tin 3 4 châr 4
- 3 4 sawâ-tin + 3 44 sawâ-châr + 4
- En multipliant des fractions, l’enfant indien ne s’occupe que des quantités plus et moins. Supposons, par exemple, qu’il s’agisse de multiplier 99 f par 7. Ce serait, pour un Européen, une opération difficile, tant à cause de la phraséologie encombrante que des procédés arithmétiques défectueux que nous employons. On demanderait, au contraire, à un enfant indien : Sâtpaune sau? trois mots signifiant sept fois moins-centaines? La forme même de la question lui apprend qu’il doit retrancher 7 quarts de 700, et il répond aussitôt : 698 j. Il rencontre la même facilité pour toute question semblable, telle, par exemple, que 5 fois 14 f. On demande à l’enfant indien : pânch paune-pandrah? ce qui veut dire : cinq moins quinzaines. Il sait alors qu’il doit retrancher cinq quarts de 5 quinzaines, et il répond aussitôt : panne chau-hattrah, c’est-à-dire un quart de moins que quatre et soixante-dix, ou 73 f.
- Quelques Européens, étonnés des résultats surprenants obtenus par ce mode de calcul, ont été tentés de les attribuer à un état d’esprit spécial créé par des siècles de développement d’instruction orale. Il est parfaitement vrai que les Indiens comptent plus sur leur mémoire que sur les procédés artificiels, et personne ne peut se mettre en rapport avec ce peuple sans être étonné de ses facultés prodigieuses à ce point de vue. Il est de notoriété que la plupart des hommes les plus habiles de ce pays étaient incapables de lire et d’écrire, mais ces connaissances leur faisaieht généralement peu défaut, car leur mémoire était chargée de plus de connaissances, toujours à leur disposition, que celles que possèdent ceux qui étudient dans des livres.
- On sait que Ranjit Singh ne pouvait ni lire ni écrire, mais il savait tout ce qui se passait dans un royaume aussi grand que la France. C’était un financier fort capable, qui connaissait à chaque instant l’état de ses richesses, les ressources de ses provinces variées, la nature de leurs revenus, la puissance de ses voisins, les points forts et faibles de l’Angleterre, et, en un mot, à tous les points de vue, un parfait administrateur. Nous commettons l’erreur de croire que les moyens de connaître constituent la connaissance elle-même. Cela nous conduit à attribuer le plus grand prix à la lecture et à l’écriture, et à traiter avec quelque mépris les peuples qui n'ont pas pris la routine de coucher leurs idées sur le papier. Nous devrons
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- modifier notre opinion sur ce point en nous rappelant que les merveilles de l’architecture indienne sont dues à des hommes qui ne savaient ni lire ni écrire.
- Un autre exemple de l’utilisation de la mémoire au lieu et place de l’écriture nous est fourni par le droguiste indien qui, au milieu de plusieurs centaines de jarres placées l’une sur l’autre et remplissant toute sa boutique, du plancher au plafond, sans qu’aucune d’elles porte aucune étiquette, n’éprouve jamais la moindre hésitation à mettre la main sur le récipient contenant le produit dont il a besoin. Le même exemple de prodigieuse mémoire nous est fourni par le blanchisseur indien qui fait le tour de sa clientèle en emportant à dos d’âne le linge de ses pratiques, le lave, le met en piles et en fait la distribution sans jamais commettre la moindre erreur dans la distribution de chacun des nombreux articles de son industrie à son véritable propriétaire.
- Pour en revenir au mode de calcul des Indiens, voici comment procède le jeune écolier. Il commence par bien apprendre par cœur les noms des 100 premiers nombres, il apprend ensuite qu’il y a 9 places différentes que peuvent occuper leurs noms. Ces noms correspondent aux dizaines, centaines, mais la brièveté de tous ces noms monosyllabiques est un avantage manifeste pour l’expression rapide des grands nombres. Tient ensuite l’étude de ce que nous appelons en Europe la table de multiplication. Le mode de supputation de cette table est tout différent du nôtre. En Europe, le multiplicateur reste constant et le multiplicande change, et nos enfants disent : deux fois un deux, deux fois deux quatre, deux fois trois six, etc. Dans l'Inde, l’enfant dit : un deux deux, deux deux quatre, trois deux six : le multiplicateur change tandis que le multiplicande reste invariable. Une autre particularité réside dans ce qu’il commence à multiplier par un et non par deux, ce qui lui donne une série beaucoup plus utile de nombres collectifs. Ici encore, nous manquons de termes pour traduire cette première table, dont on peut se faire une idée approchée par les expressions empruntées au jeu classique du loto. Une unité, un; un ambe, deux; un terne, trois; un quaterne, quatre, etc. fin apprenant ces tables, l’enfant ne va pas au delà de dix ; puis il recommence avec les dizaines : deux dizaines, vingt ; trois dizaines, trente, etc.; mais, par contre, il apprend par cœur tous les produits de multiplication des nombres entiers entre eux jusqu’à dix quarantaines, ou 400.
- Pour apprendre cette table, il fait appel à autre chose qu’à la mémoire, car il apprend à aider sa mémoire en se référant d’une table à une autre. Ainsi, par exemple, la première moitié de la table des six est contenue dans la table des trois. Il apprend enfin une table de multiplication supplémentaire commençant au produit de 11 par 11, jusqu’à 20 fois il, puis de 11 par 12 à 20 par 12, et ainsi de suite jusqu’à 20 par 20. Cette méthode réduit considérablement l’effort de la mémoire, car une moitié de la table est évidemment la même que l’autre moitié : une seule moitié de cette table demande donc un effort spécial. L’enfant a ainsi présente à la mémoire la multiplication de chaque nombre, depuis 1 par 1, jusqu’à 20 par 20, et il connaît le produit de chaque nombre jusqu’à 40 par les dix dizaines. On remarquera que ces deux tables se terminent à 400 (10 X 40 et 20 x 20). En fait, le nombre 4 est le facteur le plus important de l’arithmétique hindoue, tous les nombres et les fractions étant construits comme des multiples ou des fractions de ce nombre.
- Arrivé à ce point, au lieu de pratiquer le calcul en fai-
- sant des sommes imaginaires dans l’espoir d’apprendre empiriquement l’arithmétique, le gamin indien procède immédiatement au calcul des fractions, en commençant par la multiplication de tous les nombres compris entre 1 et 100 par la fraction ~. Grâce au système de nomenclature adopté, ce calcul ne présente aucune difficulté, l’enfant n’a pour cela qu’à retrancher des nombres entiers la moitié de la moitié ou le quart. La mémoire est aidée dans ce travail par l’observation que tout multiple de 4 est un nombre entier, que le nombre au-dessus doit être un sawâ du nombre inférieur plus petit, et que le nombre au-dessous est un paune du nombre immédiatement supérieur. Ainsi, pour répondre à la question :
- | 50, l’enfant indien dit mentalement : 18, 9, 27 ; il sait également que 36 est le neuvième multiple de 4, et en retranchant 9 du nombre 36, il est également conduit immédiatement au nombre 27.
- En procédant ainsi, les trois quarts de cette table deviennent une nécessité logique, ayant comme base la table précédemment apprise. Pour la table suivante, l’enfant apprend à multiplier chaque nombre entre 1 et 100 et 1 j. Il faut ici ajouter le quart au lieu de le retrancher, et les multiples de 4 sont des nombres entiers. 11 procède de même pour les produits des nombres compris entre 1 et 100 par 1 f et 1
- Grâce à cet enseignemer..t, l’expression des nombres se trouve considérablement simplifiée, et les multiplications les plus complexes grandement facilitées.
- LES JEUX A L’ÉCOLE'
- a l’école primaire — jeux sans accessoires
- Les barres. — Voici un des jeux qui ont le plus de succès dans les écoles, et avec raison. Il développe l’agilité à la course, il tient l’esprit en éveil, il donne de la souplesse et de la vivacité aux mouvements. Enfin, un assez grand nombre d’enfants peuvent y prendre part. Deux groupes d’écoliers, chacun d’une dizaine au plus, composent les deux camps. Dans chaque camp, se trouve un chef choisi par ses camarades qui lui reconnaissent les qualités nécessaires pour diriger le jeu et faire triompher son camp. Les deux chefs tirent au sort pour décider lequel des deux choisira son second parmi les autres écoliers des deux camps. Le choix fait, le second chef, à son tour, choisit le sien parmi ceux qui restent. Cela fait, les camps se séparent et se placent, en face l’un de l’autre, à une certaine distance. Une raie ou une barre est tracée par terre, devant chaque camp, pour en marquer la limite. D’où le nom du jeu.
- Les enfants se placent à cette frontière de leur camp respectif, sur une même ligne droite, prêts au combat. L’un d’eux, désigné par le sort pour provoquer un joueur du camp opposé, sort de son camp, s’avance vers l’autre, et vient se mettre en face de l’écolier qu’il veut provoquer. Là, le bras en avant, le jarret tendu, dans une position propice à une fuite rapide, il frappe avec sa main dans la main que lui tend son adversaire, en comptant un, deux, trois. Au troisième coup, il doit fuir, poursuivi par son adversaire. Aussi, après le deuxième coup, fait-il une pause et semble-t-il hésiter. C’est une manœuvre pour tromper l’adversaire et essayer de détourner son attention. Au montent où il dit : trois, il fuit en se dirigeant vers son camp, assez vite pour échapper à son adversaire qui veut
- 1 Suite. — Voy. n# 935, du 2 mai 1891, p. 347.
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- le toucher pour le faire prisonnier. Mais à peine la poursuite est-elle commencée que du premier camp sort un nouveau joueur qui, selon l’expression consacrée, a barres sur le second, c’est-à-dire peut le prendre sans en être pris, parce qu’il est sorti du camp après lui. De là, le dicton : avoir barre sur quelqu'un pour indiquer qu’on a un avantage sur lui. Le second joueur tout en cherchant à
- atteindre le premier est obligé de se défier du troisième, et doit être tout à la fois circonspect et audacieux.
- Voici qu’un auxiliaire lui arrive, c’est un quatrième joueur, de son camp, qui se met à la poursuite du troisième ; puis un cinquième sort du camp opposé et ainsi de suite jusqu’à ce que tous les écoliers soient sortis de leurs camps. La mêlée est générale, chacun est à la fois poursuivant et
- Fig. 1. — Le jeu de barres et le chat coupé. (Composition inédite de M. A. Robida.)
- poursuivi. Il s’agit de toucher son adversaire sans se laisser toucher soi-même et il y faut dépenser de la ruse, de l’adresse, de l’agilité, de la présence d’esprit, simuler de fausses attaques, fuir à temps pour rentrer au camp et en ressortir aussitôt, c’est-à-dire toucher barres, ce qui est encore un dicton.
- Lorsqu’un des joueurs parvient à toucher son adversaire, il crie bien haut : pris. Aussitôt le jeu est suspendu, on vérifie le fait, et, s’il n’v a pas de réclamation, le prisonnier se rend dans le camp ennemi où il se place en avant pour pouvoir être délivré par l’un des siens si celui-ci parvient à le toucher sans se laisser toucher.
- Le jeu reprend, les uns veulent délivrer le prisonnier tandis que les autres s’y opposent. Tantôt la délivrance a lieu, tantôt un nouveau prisonnier est fait, et ainsi de suite.
- Dans les barres dites forcées, les prisonniers ne peuvent pas être délivrés. À mesure que le nombre en augmente, celui des joueurs diminue et le combat finit faute de combattants.
- Le chat perché. — Dans ce jeu, c’est précisément le chat, c’est-à-dire l’élève qui court après les autres, qui n’est pas perché, mais au contraire ceux qu’il doit poursuivre et qui se perchent, comme ils peuvent, sur un bout
- de corniche, une borne, une clôture, même un arbre qu’ils puissent embrasser, car ils ne doivent pas poser le pied sur la terre quand ils sont perchés, sinon ils peuvent
- être touchés par le chat. C’est un jeu fort simple, une poursuite à la course ; un grand nombre d’enfants peuvent y prendre part ; il exerce l’agilité, l’adresse, et donne lieu à des incidents qui prêtent à rire.
- Le sort a désigné le chat. Le signal donné, il court pour atteindre un des joueurs, mais chaque fois que ce dernier est sur le point d’être pris, il se perche ; s’il lui arrive d’être serré de près et de n’avoir pas un perchoir convenable; il lutte alors de légèreté et de souplesse ou s’accroche, quelquefois non sans peine, sur une faible saillie d’un mur dans une position gênante et qui provoque les plaisanteries des camarades. Le chat le guette patiemment, espérant que bientôt ses forces vont l’abandonner et qu’il touchera terre.
- Pendant ce temps, les autres écoliers, voyant le chat faire le guet, en profitent pour s’approcher, soit pour détourner l’attention du chat et délivrer leur camarade, soit pour plaisanter celui-ci sur sa situation. Il arrive alors que tandis qu’ils sont sans méfiance, le chat se retourne brusquement et touche un de ces imprudents, avant que ce
- Fig. 2. — La mère Garuehe.
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- dernier ait pu recourir à un perchoir. La partie recommence alors avec le nouveau chat.
- Le chat coupé. — Ce jeu, plus simple encore que le précédent, présente en outre cet avantage d’ètrc plus mouvementé. Un des enfants, tapant sur l’épaule d’un autre, lui crie : poursuite, et se met à courir, poursuivi par son camarade. Mais voici que pendant la poursuite, un troisième enfant passe rapidement entre le poursuivant et le poursuivi, ce qui cou pe ou arrête la poursuite. C’est ce troi sième joueur qui est maintenant poursuivi jusqu’à ce qu’un nouveau joueur coupe la poursuite, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’un des poursuivis soit atteint par le chat. Les choses recommencent alors à nouveau.
- La mère Garuche.
- — En un point de la cour, dans un espace limité par une raie tracée par terre, se trouve la mère Garu-chc, représentée par un écolier. La mère Garuche est dans son camp. Les autres écoliers sont dispersés dans la cour, en nombre quelconque. Tout à coup, la mère Garuche crie : La mère Garuche sort clu camp, et elle sort effectivement-, les mains jointes, avec les doigts entrelacés, et se met aussitôt à la poursuite des camarades, essavant atteindre un avec ses mains réunies. Y parvient-elle ? Elle emmène chez elle son prisonnier, mais pendant le trajet, elle essuie une grêle de tapes et de coups de mouchoir de tous les autres écoliers jusqu’à ce qu’elle soit rentrée dans son camp.’
- Inutile d’ajouter que les tapes ne doivent jamais dégénérer en brutalités et qu’on ne doit les donner ni sur la tête, ni sur le dos.
- Les mouchoirs sont roulés comme des serpents, puis terminés par un nœud. Une seconde fois, la mère Garuche sort du camp, tenant par la main son prisonnier qui l’aide à faire un nouveau prisonnier. Pendant la chasse, la mère et son prisonnier doivent constamment se tenir par la main, sous peine d’avoir à rentrer immédiatement au camp avec accompagnement de tapes. Si un nouveau prisonnier est fait, la mère rentre bien vite dans son camp avec ses deux prisonniers, toujours en hutte pendant la course aux poursuites avec tapes et coups de mouchoir.
- A chaque nouvelle sortie, les prisonniers sont plus nombreux, et les difficultés augmentent pour en faire de nouveaux, parce que tous doivent se tenir par la main. La chaîne s’allonge et il n’est pas commode d’en gouverner les mouvements. Les écoliers libres en profitent; la chaîne s’enroule, se déroule comme un serpent, tantôt la tète, tantôt la queue du serpent l’emporte, et le joueur lui échappe aisément, non sans pousser des
- cris joyeux. Il peût se faire qu’un mouvement brusque rompe la chaîne, la mère et les prisonniers doivent alors se hâter de rentrer au camp ; chaque retour au camp est accompagné de tapes qui pleuvent de tous côtés.
- On varie le jeu en obligeant la mère Garuche à aller à cloche-pied. Dans ce cas, elle fait des prisonniers en lançant son mouchoir sur un des écoliers, après l’avoir ramassé dans sa main, de manière à faire une pelote. Gare à elle si le joueur, par un adroit mouvement de recul ou de demi-tour, évite le mouchoir qui tombe par terre, car la mère Garuche doit aller le chercher, non plus à cloche-pied cette fois, puis retourner à son camp ; toujours avec accompagnement de la volée de tapes et de coups de mouchoir.
- Le chat et la souris. — Tous les élèves, sauf deux qui vont jouer le rôle, l’un, du chat, l’autre, de la souris, forment un rond en se tenant par la main et laissant entre eux un certain intervalle. Le jeu commence à un signal donné, aussitôt la souris prend la fuite, poursuivie par le chat; elle sort du rond, elle y rentre, va, vient, court, toujours suivie par le chat qui cherche à l’atteindre. Quand le chat a pris la souris, le jeu recommence avec deux nouveaux écoliers-Comme les enfants formant le rond ne feraient pas d’exercice, nous proposons, au lieu du rond immobile, une ronde avec chants.
- Nous ne trouvons pas parmi les jeux scolaires indiqués dans les documents ministériels toute une série de jeux très en vogue, tels que le saut du mouton avec ou sans mouchoir ou couronne, le cheval fondu, les métiers, peut-être parce qu’une étourderie ou une imprudence peut entraîner des conséquences fâcheuses. Nous pensons qu’un
- Fig. 3. — Le chat perché.
- d’en
- Fig. 4. — Le chat et la souris. (Compositions inédites de M. A. Robida.)
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- certain nombre d’exercices gymnastiques sont bien autrement dangereux, et qu’il ne faudrait pas les proscrire complètement. Les jeux n’ont pas lieu sans surveillance et sans réglementation, pourvu toutefois que la liberté qui leur est indispensable ne s’en trouve pas gênée.
- — A suivre. — FÉLIX IlÉMENT.
- • INFLUENCE DE LA LUMIÈRE
- DANS LES PHÉNOMÈNES DE LA VÉGÉTATION
- L’influence de la lumière sur la végétation est manifeste, et c’est bien à tort qu’on la néglige quelquefois pour ne considérer que les effets de la chaleur. L’étiolement des plantes placées dans l’obscurité est pourtant bien démontrée et ce phénomène est absolument indépendant du calorique. Sur les plantes de grande culture l’action de l’éclaireinent est non moins évidente ainsi qu’il résulte des remarquables travaux de de Saussure, Boussingault, ltehérain, Grandeau, Aimé Girard, etc. L’éclairement semble plutôt agir sur la qualité que sur la quantité des produits. C’est ainsi que pendant les étés chauds, mais non ensoleillés, les betteraves ont généralement une faible teneur saccharine et les pommes de terre donnent un faible rendement en fécule. Tel a été notamment le cas de l’été de 1890.
- M. Pagnoul, directeur de la station agronomique d’Arras, vient de faire de nouvelles recherches sur cette importante question. Après avoir précédemment démontré qu’une demi-obscurité suffit pour ralentir ou même arrêter le développement de la betterave et de la pomme de terre et pour entraver l’élaboration du sucre et de la fécule qui, d’après les travaux de M. A. Girard, se forment dans les feuilles pour aller ensuite s’emmagasiner dans les parties souterraines, M. Pagnoul a tout récemment repris ces expériences avec le trèfle.
- Cette plante a été semée le 18 avril dans quatre vases en grès contenant chacun 25 kilogrammes d’une terre bien homogène. Le 22 mai, la plante pesait GO à 80 milligrammes.
- Les trois premiers vases ont alors été recouverts de cloches, la première en verre incolore, la seconde en verre violet, la troisième en verre noir. Le quatrième vase est resté découvert. Les cloches étaient maintenues soulevées de manière à laisser l’air circuler librement au-dessous, l’obscurité était donc loin d’être complète sous la cloche noire. Enfin, la température est restée sensiblement la même pendant toute la durée de l’expérience.
- Le 11 juin, les plantes ont été coupées et pesées, elles
- ont donné :
- A l’air libre............ 225 grammes.
- Sous cloche incolore. . . 155 —
- Sous cloche violette ... 80 —
- Sous cloche noire. ... 2-4 —
- L’azote nitrique a été évalué sur ces plantes avec la diphénylamine, et l’azote total par la méthode ordinaire ; on a ainsi obtenu pour 1000 de plante non desséchée :
- Azole
- Total Nitrique Organique
- A l’air libre 0,510 0,000 0,510
- Sous clocle incolore. . 0,521 0,004 0,517
- Sous cloche violette. . 0,572 0,140 0,252
- Sous cloche noire. . . 0,417 0,150 0,287
- La proportion d’azote nitrique était donc à peu près nulle dans les plantes ayant reçu l’action de la lumière, elle était considérable dans celles qui n’avaient reçu qu’une
- lumière insuffisante. Pour l’azote organique, c’était l’inverse. Les différences deviennent surtout énormes si l’on calcule, en tenant compte du poids de la récolte, la quantité totale de eet azote organique, c’est-à-dire de l’azote qui dut abandonner la forme nitrique pour prendre la forme protéique1 ou entrer dans les tissus vivants de la
- plante. On trouve alors, en effet :
- A l’air libre............................0,697
- Sous cloche incolore...................0,428
- Sous cloche violette....................0,185
- Sous cloche noire.......................0,069
- La même expérience a été reprise sur les betteraves qui ont été arrosées avec une même quantité de nitrate de soude; les unes ont été laissées à la lumière, les autres ont été placées sous un hangar, les troisièmes ont été recouvertes d’une cloche noire.
- La recherche de l’acide nitrique a été faite le 6 août et elle a donné en milligrammes :
- Dans les ratines Dans les feuilles
- En pleine lumière. . . 10 0
- Sous hangar................ 140 200
- Sous cloche noire ... 175 200
- Ainsi, conclut M. Pagnoul, sous l’action de la lumière, les nitrates entraînés dans les feuilles par le mouvement ascendant de la sève s’y transforment presque aussitôt; dans l’obscurité, ces sels s’accumulent dans la feuille et par suite dans la racine, leur transformation s’arrête et il en résulte un ralentissement dans le développement de la plante et par suite dans la production des matières qu’elle doit élaborer, matières constituées par le sucre dans l’expérience ci-dessus, et qui est la fécule dans la pomme de terre.
- Quoi qu’il en soit, ces expériences mettent pleinement en évidence l’action de la lumière sur la transformation des nitrates dans les plantes et sur l’élaboration des principes hydrocarbonés (sucres et fécules) ; leur importance pratique est considérable, en ce qui concerne la betterave, surtout lorsqu’on songe que la présence, en grande quantité, des nitrates dans les racines de betteraves constitue une gêne évidente dans l’extraction du sucre, et que la quantité de sucre dans les betteraves est toujours en raison inverse de celle des nitrates. Albert Larbalétrier,
- Professeur à l’École d’agriculture du Pas-de-Calais.
- CHRONIQUE
- Catastrophe de Mœnchestein en Suisse. —
- Nous enregistrons ici la terrible catastrophe qui a si vivement ému le public, et qui est assurément l’un des plus épouvantables sinistres que l’on puisse mentionner dans l’histoire des chemins de fer. Le dimanche 14 juin à 2 h. 15 m., un train de voyageurs ordinaire quittait Bâle ; en tète se trouvaient deux machines, puis un wagon de lre classe, un de 2e, un fourgon postal, un fourgon ordinaire et sept wagons de 5e classe. Ceux-ci étaient presque au complet. Le train contenait environ 600 personnes. Arrivé au pont de Mœnchestein, la première machine se trouvait déjà de l’autre côté du pont lorsque celui-ci s’effondra. Les machines et les trois premiers wagons furent précipités dans la rivière Birse dont les eaux étaient alors très hautes par suite des précédentes pluies. Le quatrième wagon fut précipité à moitié dans l’eau, le cinquième wagon de 5e classe resta suspendu entre le pont et les dé-
- 1 L’azote se trouvant dans les plantes sous trois formes : 1° azote organique, 2° azote nitrique, 3° azote ammoniacal.
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- LÀ NATURE.
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- bris ; le sixième et les suivants restèrent sur la culée. La première machine est tombée les roues en l’air, la deuxième sur les roues, les wagons de 4,e et de 2° classe sont complètement broyés. On a compté plus de 110 morts et un plus grand nombre encore de blessés. Le viaduc de fer qui s’est écroulé avait été construit en 1875, le métal avait été fourni par une usine de Wurtemberg.
- La microcidine. — On connaît les emplois multiples ipie l’on fait aujourd’hui des antiseptiques. En dehors de leur efficacité, tous les agents chimiques de cet ordre mis en usage jusqu’à ce jour présentent des inconvénients plus ou moins sérieux. Le sublimé corrosif (bichlorure de mercure), par exemple, le'plus énergique de tous, possède une toxicité telle, que son emploi présente toutes sortes d’inconvénients et de difficultés. Un produit nouveau, présenté à l’Académie de médecine par le Dr Berlioz, professeur a la Faculté de Grenoble, semble réunir les qualités qui manquaient plus ou moins à chacun des antiseptiques précédemment connus : extrême solubilité, innocuité, efficacité et rapidité de l’action antiseptique. Ce produit désigné sous le nom de microcidine, combinaison du naphtol et de la soude, se distingue du thymol, de l’acide phénique et des essences par sa solubilité dans l’eau presque indéfinie ; il est vingt fois plus actif que l’acide borique ; il n’est ni toxique ni même irritant, et n’expose à aucun des accidents si souvent observés dans l’emploi du sublimé. La microcidine se présente sous la forme d’une poudre blanche grisâtre ; la solution s’emploie à la dose de 5 grammes par litre, est très faiblement colorée, elle ne tache ni les mains ni les linges de pansement. 11 est inutile d’insister sur les services que peut rendre un antiseptique d’un maniement aussi simple, non seulement au médecin, mais dans les familles, pour les petites affections qui nécessitent de fréquents lavages et que pourrait aggraver l’emploi d’eaux contenant des bactéries septiques. Étant donnée l’innocuité de la microcidine, on peut, à défaut de balance, dissoudre tout simplement dans un litre d’eau une demi-cuillerée à café de cette substance (ce qui représente à très peu de chose près 5 grammes). D’ailleurs comme on le fait pour un grand nombre de produits pharmaceutiques, on pourrait joindre à chaque flacon une petite mesure ad hoc.
- Comment on se nourrit an Sahara. — Nous ne prétendons rien apprendre à aucun de nos lecteurs en lui disant qu’il est malaisé au désert de trouver de quoi manger, et encore plus d’y trouver de quoi boire : on sait quelles précautions il faut prendre pour se conserver de l’eau, du reste le plus souvent saumâtre dans des outres attachées au flanc des chameaux ; si on a la chance d’arriver à un puits, il faut commencer, pendant une ou deux heures, par extraire le sable que le vent accumule constamment par-dessus la couche d’eau. Aussi, exposés à des privations continues, les Arabes ont l’habitude d’imposer facilement à leur organisme des privations qu’ils supportent aisément ; nous en trouvons un exemple dans des Notes de voyage de M. Foureau, pendant une excursion faite par lui dans le sud du Sahara. Pour l’Arabe, (( il faut prendre le bien de Dieu quand il vient », c’est-à-dire qu’il se nourrit quand il a de quoi ; autrement il s’en passe. Les onze Chamba qui accompagnaient M. Foureau, pendant une halte, avaient réussi à tuer deux gazelles et un petit de quelques mois; le soir même ils faisaient cuire les trois bêtes et les absorbaient entièrement sans oublier pour cela un vaste plat de kouskous. Ces hommes qui venaient de faire un si plantureux repas, absorbant en une seule fois la nourriture de trois jours, auraient pu, par compen-
- sation, se passer de nourriture pendant plus de quarante-huit heures. M. Foureau cite deux autres anecdotes édifiantes. Un Targui devait rejoindre, à quatre jours de sa tente, un groupe des siens partis en ghazzia, et on lui avait donné des vivres pour ces quatre jours. Aussitôt il se mit à tout boire et tout manger, disant que son corps était le meilleur des récipients et que cela valait mieux que de charger son méhari des provisions, puis il partit et accomplit heureusement son voyage sans se nourrir. Un autre exemple d’endurance et de sobriété extraordinaires. Tout récemment un Targui partit d’El-Goleah pour In-Salah monté sur un méhari; il emportait pour toute nourriture une outre contenant de quatre à cinq litres d’eau, et il s’agissait cependant d’un voyage de six jours. Il est arrivé heureusement après ce jeûne à peu près complet : ce sont ces gens-là qui peuvent à bon droit se dire les fils du désert.
- Le cofFerdam ù. l’amiante. — Le cofferdam à la cellulose employé dans les navires de guerre à grande vitesse ne donne pas les résultats qu’on s’était plu à lui attribuer ; une voie d’eau peut se déclarer après le passage d’un projectile et, s’il s’agit d’un obus, la cellulose prend feu. Un habitant de Bastia, M. J.-T. Luciani, propriétaire de mines d’amiante en Corse, propose cette matière pour le remplissage du cofferdam des bâtiments de guerre. L’amiante est, paraît-il, doué d’une élasticité telle, que traversé par un projectile ou troué par le choc d’une pointe de roc, il se referme spontanément et qu’au contact de l’eau il foisonne au point de former une sorte de mastic imperméable. L’incombustibilité de l’amiante constitue aussi dans cette application un sérieux avantage. Mais il y a ici la question de surcharge. Le poids spécifique de l’amiante varie de 2,1 à 2,8, c’est-à-dire que ce minéral est de 16 à 55 pour 100 plus lourd que la cellulose; pour éviter la surcharge et par suite l’augmentation du tirant d’eau, on a pensé à réduire, dans le rapport inverse des poids spécifiques, l’épaisseur de la ceinture protectrice. Cette épaisseur réduite serait-elle encore suffisante pour que l’obturation spontanée demeurât efficace ? La réponse est douteuse, car l’amiante, moins élastique que la cellulose, paraît exiger une plus grande épaisseur que sa devancière dans le cofferdam, à moins que le foisonnement au contact de l’eau ne fasse compensation; mais il faut se rappeler que l’amiante fibre est impénétrable à l’eau autant qu’insoluble dans ce liquide.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 juin 1891. — Présidence de M. Dochabtbe.
- La proximité des vacances se fait déjà sentir et la séance a duré à peine une demi-heure devant un nombre très faible de membres.
- Le microbe acridiophage. — A propos de la communication faite lundi dernier par M. Charles Brongniart, M. Trabut, professeur à l’École des sciences d’Alger, adresse, par l’intermédiaire de M. Duchartre, un récit de la trouvaille qu’il fit, au mois de mai, de sauterelles présentant tous les symptômes d’une grave maladie. Ces animaux, restés en arrière, sur les hauts plateaux, des légions de leurs pareils envolés vers le nord et se traînant languissamment sur le sol, montraient, dans les fonctions de leurs anneaux abdominaux, des tuméfactions noirâtres parfois recouvertes d’une espèce d’efflorescence blanche. Un examen attentif y révéla un champignon du genre Bothrytis, c’est-à-dire voisin de celui qui s’est récemment signalé par sa propension à détruire le hanneton. C’est, du
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- reste, d’après l’auteur, une espèce nouvelle à laquelle convient le nom de Bothrytis acridiorum, sous lequel M. le président le présente à l’Académie. Espérons que le cryptogame se montrera digne de l’attention dont on l’a honoré, en exerçant efficacement ses facultés multiplicatives aux dépens des criquets algériens.
- La croissance des mollusques. — Comme conclusion d’expériences nombreuses, Semberg a émis l’opinion que si des lymnées acquièrent des dimensions d’autant plus grandes qu’on les conserve dans des aquariums plus volumineux, c’est que l’eau renferme un principe, d’ailleurs indéterminé, et qui alimente la croissance de ces mollusques. Dans un travail analysé par M. Chauveau, M. Ilenrv de Varigny se déclare d’un tout autre avis. Suivant lui, l’eau n’est pour rien dans le phénomène, mais bien la quantité d’exercice auquel peut se livrer l’animal et aussi la variété des mouvements qu’il peut faire. Les expériences très nombreuses et très concluantes de l’auteur permettent de formuler des principes hygiéniques qui dépassent, d’ailleurs, de beaucoup les frontières de la malacologie.
- Combinaison du fer avec l'oxyde de carbone.
- — Ayant soumis du fer métallique réduit à basse température, à l’action de l’oxyde de carbone, M. Ber-tbelot a vu le métal contracter avec le gaz une combinaison définie.
- Celle-ci est volatile à froid et brûle avec dépôt d’un enduit de fer carburé sur une soucoupe froide rappelant les taches d’arsenic dans l’expérience de Marsh.
- Le composé dont il s’agit, analogue à celui que contracte le nickel avec l’oxyde de carbone, doit intervenir dans les phénomènes de cémentation et, à ce titre, peut présenter un réel intérêt. Il s’oxyde à froid en donnant de l’acide carbonique et de l’oxyde de fer.
- Eclogæ geologicse Helvetiæ. — Une nouvelle livraison de cet intéressant Recueil périodique de la Société géologique suisse est adressée par son savant président, le professeur E. Rennevier. On y trouve trois remarquables études de ce célèbre géologue sur l’envahissement de la mer aux Diablerets, sur l’origine et l’àgc du gypse et de la cornicule des Alpes vaudoises et sur la transgressivité inverse, ainsi qu’un volumineux Mémoire avec cinq planches, consacré par M. le Dr Hans Schardt à la constitution de la chaîne du Reculet-Yuacbe. Cette chaîne, qui constitue le contrefort le plus oriental du Jura, admet une série de formations trè,s variées depuis le trias jusqu’au miocène supérieur et présente une foule de gisements dont l’auteur a su faire ressoi'tir l’incontestable intérêt. Cette monographie restera comme un modèle de genre et sera étudiée avec le plus grand fruit par toutes les personnes qui s’intéressent à la géologie de la Suisse et de la Savoie.
- Varia. — M. Gernez a découvert dans la mannite des
- propriétés rotatoires analogues à celles des acides tartrique et malique et se modifiant de même, et présente des mo-lvbdates, des phosphomolybdates et des tungstates alcalins. — Des tableaux dressés par M. Reiset résument les observations météorologiques faites depuis dix ans à Ecorche-bœuf. — Au nom de MM. Richard, M. Léauté décrit un avertisseur électrique permettant de reconnaître dans un courant gazeux des variations de pressions pouvant correspondre à des fractions de millimètre d’eau et qui rendra sans doute des services dans les questions de ventilation et de chauffage. Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- COURROIE DE SURETE
- On sait combien les sacoches des garçons de recette des établissements de crédit font naître de
- convoitises, et combien de fois des voleurs aussi habiles que hardis sont parvenus à couper les courroies qui les retiennent et à débarrasser ainsi le malheureux employé de son précieux fardeau. C’est pour parer à cet inconvénient que M. Chevillard a imaginé une courroie de sûreté qui vient de faire l’objet d’un rapport favorable de M. le colonel Pierre, au nom du Comité des arts mécaniques de la Société d"encouragement pour l’industrie nationale. Cette courroie se compose de deux bandes de cuir d’épaisseur moyenne, appliquées l’une sur l’autre et réunies par des coutures faites le long des bords. Deux lames d’acier très souples de 5 millimètres environ de largeur sur un demi-millimètre d’épaisseur sont introduites entre les deux bandes de cuir dont elles, occupent toute la longueur; elles y sont maintenues par leurs bouts repliés en agrafe. Si, d’un violent coup d’instrument tranchant, on essaye de couper la courroie, les deux bandes d’acier sont refoulées sur le bord opposé à celui sur lequel agit le tranchant et y opposent une résistance assez difficile à vaincre, pour que la secousse ressentie par le porteur de la sacoche l’avertisse immédiatement de la tentative du voleur.
- Des essais de résistance ont été faits à la Banque de France et dans plusieurs grandes administrations et ont donné d’excellents résultats. -
- Le Propriétaire-Gerant : G- Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurùs, 9.
- Nouvelle courroie de sûreté de M. Chevillard. — A gauche, détail des rubans d’acier dans la courroie; à droite, vue d’ensemble d’une sacoche munie de la courroie de sûreté.
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- il JUIN 1891
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- j|:BIBU0THÈÇIJ£)3]
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- LA. CATASTROPHE DE MŒNCHENSTËIN
- UN PONT DE CHEMIN DE FEU ÉCROULÉ
- Nous avons enregistré, dans notre précédente livraison, la terrible catastrophe de chemin de fer
- survenue près de Bàle le 14 juin 181)1, et dont l'esprit public est encore tout ému. Grâce à l’un de
- Fig. 1. — La Catastrophe de Mœncheustcin. — Vue du pont écroulé, après la catastrophe.
- Fig. 2. — L’une des machines à vapeur du train, retournée dans sa chute sur les bords de la Birse. (D’après des photographies de M. Bernheim-Wormscr, de Mulhouse.)
- nos lecteurs, M. Bernhcim-Wormser, habile praticien de Mulhouse, cpii a eu l’obligeance de nous envoyer les curieuses et dramatiques photographies que nous reproduisons ci-dessus, il nous est donné de revenir aujourd’hui, avec quelques détails, sur un événement qui restera tristement célèbre dans les annales des
- voies ferrées. Nous résumerons d’abord le récit de la catastrophe tel qu’il a été retracé.
- Un fete chorale à laquelle plusieurs Sociétés de Bàle et des environs devaient prendre part avait lieu à Moenchenstein, à 5 kilomètres de Bàle, le dimanche 14 juin. A 2h,45m, un train de voyageurs ordi-
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- t!): aînée. — 2° semeslre
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- naire quittait Bàle; en tète se trouvaient deux machines, puis un wagon de première classe, un de deuxième, un fourgon postal, un fourgon ordinaire et sept wagons de troisième classe. Ceux-ci étaient presque au complet.
- Le train contenait environ six cents personnes. Arrivé au pont de Mœnchenstein, la première machine atteignait déjà l'autre côté du pont, lorsque celui-ci s'effondra.
- Tout le matériel précipité dans cette chute désordonnée fut littéralement broyé en tombant dans les eaux de la Birse avec les fragments du pont. Les voyageurs se trouvèrent écrasés, déchiquetés en lambeaux pour quelques-uns; et pendant de longues journées, des travailleurs durent retirer à grand’-peine de la Birse des cadavres mutilés, femmes, enfants, jeunes gens, broyés pêle-mêle; le nombre des morts parait dépasser 110, celui des blessés, 150. On ne saurait cependant rien affirmer de précis à ce sujet; à l’heure où nous écrivons, un grand nombre de familles n’ont pas encore retrouvé ceux des leurs qui gisent au fond des eaux, au milieu de débris informes. Les travaux de déblayemcnt ont été difficiles et lents ; nous ne nous arrêterons pas sur les scènes horribles auxquelles ils ont donné lieu.
- Une si épouvantable catastrophe a fait naître bien des conjectures ; on conçoit la réserve qui est imposée à tout esprit impartial, dans de telles appréciations. Nous nous bornerons à résumer pour nos lecteurs les dilférentes hypothèses qui ont été faites pour expliquer l'accident.
- La compagnie du Jura-Simplon que l’on a accusée d’avoir construit une ligne à bon marché, et sans solidité suffisante, se défend de toute négligence et se justifie de son mieux; elle a adressé aux journaux un communiqué qui affirme que la cause de la rupture est inconnue et demeure inexpliquée. Cette note ajoute les lignes suivantes :
- Le pont de Mœnchenstein, de 41 mètres d’ouverture, a été construit vers 1875. Une des culées du pont, affouillée lors de la grande inondation de 1881, a fait l’objet d’une nouvelle fondation par le procédé pneumatique.
- Comme celle des autres ponts de cette section, la char-Dente métallique du pont de Mœnchenstein a été minu-.ieusement surveillée depuis longtemps et, l’année der-lière encore, les entretoises ont été renforcées d’après des plans approuvés par le département fédéral des chemins de fer. Un calcul, également vérifié par l’autorité fédérale, avait établi que les poutres principales (longerons) étaient suffisamment solides.
- On a dit que la rupture du pont avait pu être déterminée par un déraillement de l’une des machines en pleine marche au moment de son passage même sur la construction métallique.
- Sans contester la possibilité d’un fait de ce genre, on ne saurait admettre, comme l’a publié l’un de nos journaux politiques les plus répandus, « qu’il arrive souvent que quand on se sert du frein pour arrêter, les locomotives se cabrent ». Cette explication est
- inadmissible, surtout à présent que l’on emploie des feins continus.
- Une des meilleures raisons (fui aient été présentées pour expliquer la catastrophe, est celle qui réside dans le fait de la fatigue du pont de Mœnchenstein, par ie passage, definis plusieurs années, de trains rapides qu’il n’était pas fait pour supporter. Cela a été la conséquence directe de la mesure des passeports imposés par le gouvernement allemand. Les trains rapides de Calais et de Paris passaient autrefois à Bàle par la ligne de Mulhouse; ils vont depuis, pour éviter les passeports, prendre la ligne de Belfort à Bàle, par Delle et Porrentruy. Or, cette ligne qui comprend le pont de Mœnchenstein, constitue un chemin de fer d’intérêt local, établi pour des trains de petite vitesse, dont la marche ne dépasse jamais 50 kilomètres au plus à l’heure. Les trains rapides circulent sur cette voie depuis quelques années avec une vitesse de 72 kilomètres à l’heure, le pont de Mœnchenstein aura été ébranlé, fatigué par ce service inusité; il s’est écroulé, parce qu’il s’est trouvé supporter des elï'orts ^dépassant ceux pour lesquels il avait été construit.
- Quelle que soit la cause de la catastrophe que nous n’avons d’ailleurs aucune prétention de pouvoir déterminer, il y a là de graves responsabilités engagées; nous nous bornerons d’ajouter que l’on ne saurait hasarder dans de semblables circonstances, aucun détail qui ne soit appuyé par des documents
- certains. Gaston Tissandier.
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- MESURE DES HAUTES TEMPÉRATURES
- DANS LES FOURS INDUSTRIELS ET LES ESSAIS DE LABORATOIRES
- La recherche d'appareils sûrs et pratiques pour reconnaître et mesurer les températures élevées, soit dans la marche des fours industriels, soit dans les travaux de laboratoires, préoccupe depuis longtemps les chefs des grandes usines et les chimistes. Les pyromètres de Le Châtelicr, Wilsorg, etc., donnent, à la vérité, des résultats remarquables. Malheureusement, ils sont d’un prix élevé et d’un maniement trop délicat pour être placés entre les mains des ouvriers.
- La Manufacture nationale de Sèvres, la Manufacture de porcelaines de Charlottenbourg, MM. Demartial et Cie, de Limoges, emploient des mélanges fusibles, qui fondent à, des températures fixes et invariables et fournissent ainsi une indication sûre. Les résultats obtenus au moyen de ces mélanges ont été consignés dans les travaux scientifiques de MM. Lauth et Vogt, et de M. Seger, de Charlottenbourg. C’est en se basant sur ces travaux que MM. J. Fribourg et liesse ont entrepris la fabrication des pyroscopes fusibles destinés à indiquer les hautes températures.
- Avec le concours de M. E. S. Auscher, ancien chef de fabrication de notre Manufacture de Sèvres, ils ont établi des séries très complètes et très régulières de pyroscopes, qui sont appelées à rendre les plus grands services aux usines et aux laboratoires.
- Ces pyroscopes sont gradués d’après les travaux faits à Sèvres au moyen des alliages d’or et de platine et avec les
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- pyroinètres de M. Bouillier. Des numéros spéciaux indiquent les températures auxquelles fondent les pyroscopes depuis 1150° jusqu’à 1700°; dix-huit types intermédiaires sont compris entre ces deux extrêmes.
- Le pyroscope affecte la forme d’une petite pyramide ayant 2 centimètres à la hase et 5 centimètres de hauteur. Dès que la température voulue est atteinte, la pointe du pyroscope devient molle, le prisme s’affaisse en formant la griffe de tigre, puis le pyroscope fond complètement.
- Quelques essais préliminaires suffisent pour se rendre compte des numéros à employer dans la marche normale du four et pour régler le régime des feux, de manière à assurer la fusion progressive des pyroscopes.
- Ces petits appareils, fabriqués avec beaucoup de soin, se recommandent dans les fabriques de porcelaine, faïence,, grès céramique, dans les usines métallurgiques, usines à gaz, verreries, etc., etc., enfin dans toutes les industries où sont employées les hautes températures.
- INDICATEUR OPTIQUE PERMANENT
- DE M. JOHN TERRY
- En décrivant le principe général de l’indicateur permanent de M. Perry1, nous avons fait ressortir les difficultés que l'on rencontre à obtenir des diagrammes exacts, non anamorphosés, lorsque la vitesse angulaire des machines à vapeur devient un peu grande. Il faut, en effet, pour tracer un bon diagramme, que la durée d’oscillation de l’indicateur soit inférieure à 4/20 de la durée de un tour de la machine. A 1/15 le tracé devient difficile et incorrect; à 1/10 il est absolument impossible. C’est cette condition essentielle de fonctionnement d’un bon indicateur que remplit le système de M. Perry, car la plaque recevant la pression, et qui constitue la seule pièce mobile du système, a ordinairement pour période de vibration propre 1/500 de seconde.
- On peut donc tracer des diagrammes sans déformation sensible jusqu’à des vitesses angulaires atteignant 1500 tours par minute. Mais comme il est possible d’employer des plaques dont la période de vibration propre n’est que de 1/1000 de seconde, et même moins, on peut dire qu'il n’y a pas, en pratique, de vitesse si grande pour laquelle on ne puisse tracer le diagramme exact correspondant.
- L’indicateur représenté en élévation et en coupe (lig. 1) se compose d’une boîte mince en fonte ou en bronze, fermée sur l’une de ses faces par un disque mince d’acier D. L’un de ces disques, employé pour des pressions effectives ne dépassant pas 2 kilogrammes par centimètre carré, a 3 centimètres de diamètre et 0mm,4 d’épaisseur. On peut faire usage de disques plissés qui donnent plus de sensibilité, mais ils sont d’un prix plus élevé ; les disques plans donnent d’ailleurs une sensibilité parfaitement suffisante. Lorsque la boîte de l’indicateur communique avec le cylindre du moteur, il se gonfle plus ou moins, en fonction de la pression s’exerçant à sa
- 1 Voy. n° «Jiü, du ü juin 1801, p. 7.
- surface interne. Ce déplacement est considérablement amplifié en fixant sur le disque, à mi-distance entre le centre et la périphérie, un léger miroir B, identique à ceux dont on fait un si fréquent emploi dans les laboratoires d’électricité, dans toutes les méthodes de mesure par réflexion.
- Ce disque porte une légère monture à vis qui permet de le fixer et de l’enlever rapidement.
- En faisant tomber sur le miroir le rayon lumineux fourni par 'une simple lampe à huile, et en le faisant réfléchir sur une feuille de papier blanc, il se promène sous la forme d’une trace identique à celle que ferait un index de plus de 1 mètre de longueur. Dans ces conditions, on obtient un diagramme de 5 à 10 centimètres de longueur. En employant des lentilles, une lampe au magnésium ou une lampe oxhydrique, on peut placer l’écran à 12 mètres de distance, et obtenir avec la même facilité des diagrammes de près de 2 mètres de hauteur. L’exlré-
- Fig. 1. — Coupe longitudinale et vue de face de l’indicateur. —• A. Chambre de vapeur. — B. Miroir. — C. Monture de la plaque D. — E. Monture oscillante. —G. Monture lise. — J. Vis de serrage.
- — F. Attache du levier faisant osciller la monture E.
- mité du bras F reçoit, par l’intermédiaire de leviers convenablement disposés, un léger mouvement oscillatoire synchronique avec celui du piston et dans une direction perpendiculaire à celle du rayon lumineux produit par le déplacement du disque. Il est facile de comprendre que la composition des deux mouvements reproduit exactement le diagramme de la machine. Le fait intéressant et nouveau qui caractérise cette disposition, c’est qu’il est inutile d’avoir recours à une photographie pour inscrire le diagramme ainsi réalisé optiquement. En fait, même à la vitesse angulaire de 60 tours par minute, le rayon laisse sur la rétine une trace d’une durée suffisante pour que l’on puisse la suivre sur l’écran avec un crayon. Pour définir l’échelle du diagramme, on commence par faire communiquer la chambre A de l’indicateur avec la pression atmosphérique. On obtient alors une ligne droite correspondant à la pression de l’atmosphère. Puis on met la chambre en communication directe avec la chaudière, et l’on obtient une seconde ligne parallèle à la première qui définit la hauteur correspondant à la pleine
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- pression fournie par la chaudière et indiquée par le manomètre au moment de l’expérience. Le diagramme étant ainsi limité, on fait alors communiquer l’indicateur avec le cylindre et l’on obtient le diagramme réel. Dès que la vitesse angulaire de la machine atteint 250 tours par minute, le diagramme se présente sous la forme d’une ligne absolument continue, et il est difficile à une personne, même inexpérimentée , de commettre une erreur qui déliasse 1 pour 100 en le traçant au Ce dia-reste alors visible comme une ligne noire au milieu de la ligne lumineuse continue tracée par l’indicateur. Avec une lampe à pétrole ordinaire, un diagramme de 12 centimètre s de ongueur et de 10 centimètres de hauteur est parfaitement visible, meme dans une pièce éclairée. Si la pièce est plongée dans l’obscurité, il devient alors extrêmement brillant, et produit une impression particulière sur toutes les personnes habituées à voir et à analyser de semblables graphiques.
- La figure 2 montre l’indicateur de M. Perry monté sur un petit moteur à vapeur de démonstration construit par les élèves de Einsbury College. En A est le trou
- Fig. 2. — Indicateur optique pour moteur à grande vitesse de M. J. Perry. (D’après une photographie.)
- par lequel arrive le rayon lumineux p r o v e n a n t d’une lampe à pétrole ; en II est l’indicateur dont le miroir réfléchit l’image sur l’écran C. M. Holland a pu photographier ces diagrammes en entourant simplement l'écran d’une boîte : on obtient une bonne épreuve après une minute de pose avec la lumière d’une lampe à pétrole, ou en quelques secondes seulement si l’on brûle un ruban de magnésium derrière le trou, à la place de la lampe. M. Perry préfère se servir de la chambre noire, non plus pour prendre une photographie, mais pour dessiner le diagramme au crayon, en appliquant une feuille
- Fig. 5. — Diagrammes reproduits d'après les tracés au crayon. — 1. Moteur faisant 200 tours par minute. — 2. Moteur faisant b00 tours par minute.
- de papier calque contre le verre dépoli. La figure 5 montre une réduction de deux diagrammes ainsi obtenus sur le petit moteur à vapeur de Einsbury College. L’un des diagrammes (n° 1) est tracé à la vitesse angulaire de 200 tours par minute, l’autre (n° 2) à 500 tours par minute.
- Avec l’indicateur ordinaire, il faut arrêter le cylindre enregistreur et changer la feuille de papier
- chaque fois que l’on veut inscrire un nouveau diagramme. Ici, le diagramme est continuellement visible : on peut suivre toutes les influences d’un changement de pression, de vitesse angulaire ou déchargé, et c’est là une récréation scientifique dont on ne ressent pas bien vite la lassitude.
- L’indicateur op tique permanent de M. Perry sera surtout apprécié sur les locomotives et à bord des bateaux à vapeur, car il fournira à chaque instant au mécanicien l’indication très nette de la puissance e des moteurs. Il sera également d’un emploi très précieux avec les pompes et les nombreux appareils qui mettent les fluides en mouvement. M. Ayr-
- ton a déjà signalé qu’il serait possible de modifier l’appareil pour l'appliquer au tracé de la forme du courant produit par les machines à courants alternatifs. Le principe optique de Lissajous, qui n’avait pas, jusqu’ici, quitté le domaine des applications à l’élude de l’acoustique, peut donc rendre de grands services dans l’étude des appareils industriels ainsi que dans un grand nombre d’autres recherches scientifiques. Nous devons savoir gré à M. Perry d’en avoir fourni une preuve frappante par la réalisation de l’ingénieux indicateur dont nous venons de donner la description d’après la communication faite par l’auteur à la Phy-sical Society. E. Hospitalier.
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- LE CHIEN DANS L’ANCIENNE ÉGYPTE
- Les Egyptiens ont connu et domestiqué le chien de toute antiquité. Les noms qu’ils lui donnaient
- ouhoron, onaounou, tosmou, appartiennent au vieux fond de leur langue, et l’un d’eux au moins est une onomatopée caractéristique, dont tous nos enfants se servent d’instinct dans leur bas Age pour désigner l’animal. 11 est difficile aujourd’hui de décider
- Fig. 1, 2 et 3. — Quelques chiens pris sur les monuments égyptiens. — Fig. i. Un des chiens favoris du roi Antef, d'après la stèle funéraire de ce roi. — Fig. 2. Chienne figurée dans un tombeau théhain de la vingtième dynastie. — Fig. 3. Lévrier du tombeau d’Auna, à Thèbes (dix-huitième dynastie), d’après un dessin de M. Boussac, élève de la Mission française du Cairê.
- quelle est la plus ancienne des espèces qu’ils ont apprivoisée : les monuments les plus anciens nous montrent déjà des chiens de toute taille et de tout poil, et les cimetières nous ont rendu des lévriers, des bassets, vingt variétés apparentées de près ou de loin au chacal ou au chien des fellahs d’aujourd’hui. Au moment où l’histoire de l’Egypte s’ouvre à nous, plus de quatre mille ans avant notre ère, on devait rencontrer, dans les villes et dans les campagnes, le même mélange de types, la même confusion de formes et de robes qu’on y remarque de nos jours.
- Le chien était, en Egypte comme chez nous, à la fois un ami et un serviteur utile. 11 vivait dans la maison à côté du maître, le suivait à la promenade, assistait avec lui aux cérémonies publiques, parfois libre, parfois tenu en laisse par un esclave, par un enfant, et, dans les familles princières, par un nain favori. Pendant les repas, il avait sa place marquée sous la chaise des convives : comme en Grèce, comme à Rome, il est là pour faire disparaître les os, les restes de viandes, les débris de pain qu’on jetait à terre, et pour assurer d’une manière générale la propreté de
- la salle à manger. Ce n’étaient pas sans doute des façons très policées, et si nos chiens de bonne maison n’avaient pour se rassasier que des occasions de ce
- genre, ils courraient risque de mourir de faim. Les peuples anciens ne ressentaient pas en ces matières les délicatesses et les dégoûts que nous éprouvons : leur vie présentait, à côté de raffinements excessifs, des rusticités dont nous n’avons plus l’idée. Le chien de maison était en Égypte un domestique travaillant de son métier, seulement son métier est de ceux auxquels nous avons cessé de l’employer : peut-être n’y a-t-il point perdu grand’-chose, mais c’est à la cuisine ou dans sa niche, ce n’est plus dans la salle à manger qu’il expédie la desserte de scs maîtres.
- Le chien de maison était tondu, peigné, lavé; on l’enluminait parfois de hennèh comme une femme, on lui mettait au cou de beaux colliers, garnis à l’occasion d’un fermoir en terre émaillée qui a la forme d’un grelot ou d’une fleur. Les enfants jouaient avec lui, s’attachaient à lui, et le héros d’un conte, à qui les fées du destin ont prédit à sa naissance qu’il mourrait sous la dent d’un chien, affronte volontiers
- Fig. 4. — Momie égyptienne Je chien avec masque Je carton, récemment Jécouverte par M. Beckmann.
- Vue Je face et de profil.
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- le danger qui le menace, plutôt que de se se'parer du chien qu’il a élevé tout petit. Il avait naturellement son nom auquel il répondait : Si-togaï, le fils de la chauve-souris, Akeni, le fureteur, Khaoubsou, la lampe ou l’étoile, Sonbou, le fort, Nahai, le nègre. On le voit auprès des rois comme auprès des simples particuliers : Ramsès II, pendant les premières années de son règne, était toujours escorté d’une chienne qui s’appelait Anàitiennakhtou, « c’est la déesse Anaïtis tant elle est forte ». Un roitelet de la xie dynastie, vers «5300 av. J.-G., possédait cinq chiens qu’il aimait tant, qu’il en avait consigné les noms et gravé les portraits dans son tombeau. C’étaient, il est vrai, des hôtes de race, dont les noms montrent l’origine étrangère. Le plus beau d’entre eux s’appelait Aba-ïkarou (fig. 1), ce qui est une transcription fidèle du mot abdikour, par lequel on désigne le xluen de chasse dans la plupart des dialectes beSÜres. Un valet se tient derrière le roi qui les surveille, et les empêche de troubler la cérémonie d’offrande à laquelle ils se trouvent mêlés.
- Les bergers étaient accompagnés de chiens de moyenne taille, aux oreilles pointues, analogues à ceux qui gardent encore aujourd’hui les troupeaux dans la Haute-Égypte. Les chasseurs recherchaient deux ou trois sortes de grands lévriers(fig. 5), les uns à oreilles droites et à queue courte, les autres à oreilles tombantes et a queue longue, comme les slouguis des tribus berbères actuelles. On les voit dans la plupart des tombeaux lancés à la poursuite des gazelles et des antilopes, forçant le lièvre et l’autruche. Quelques roquets, lourds et grotesques comme lés nôtres (fig. 2), sont représentés çà et là plutôt comme chiens d’appartement que comme chiens de chasse. Le nombre de ces animaux était considérable et rendait les villages de l’Égypte ancienne aussi dangereux pendant la nuit que ceux de l’Égypte moderne. Un fonctionnaire, relégué dans un bourg du Delta quelques années après la mort de Ramsès II, se plaignait amèrement de leur audace dans une lettre adressée à l’un de ses chefs. « Si parfois, dit-il, les gens du pays se réunissent pour boire de la bière de Gilicie, et qu’ils sortent pour en ouvrir les bouteilles — comme il y a bien deux cents gros mâtins et trois cents chiens-loups, cinq cents en tout, qui se tiennent tout le long du jour à la porte de ma maison, — chaque fois que je sors, après la tombée de la nuit pour prendre ma part de la fête, j’en serais exclu, si je n’avals le petit chien-loup de Nahihou, le scribe royal, qui reste avec moi dans ma maison; c’est lui qui me sauve des autres chiens : à quelque heure que je sorte, il m’accompagne sur le chemin, et dès qu’il aboie, vite je me mets à courir en jouant du gourdin et de la courbache. C’est qu’en effet un chacun de ces chiens-loups, roux, haut la queue, s’en va la nuit rôdant autour des parcs à bœufs; quand ils font leur ronde, les plus grands en tête, en masse compacte, la face fascinatrice, on dirait un dieu qui frappe d’enchantement qui lui plaît, une flamme qui s’attache et ne pardonne pas. » Les
- chiens errants sont aujourd’hui moins nombreux et moins féroces, mais ils deviennent parfois terribles pour l’étranger. Il m’est arrivé souvent, quand je traversais par hasard vers minuit un village de la Haute-Égypte, de songer en les rencontrant à ce bouledogue d’un roman de Dickens « mordeur d’hommes et tueur d’enfants pour jouer, qui vivait d’ordinaire sur le côté droit de la rue, mais se tenait aussi caché du côté gauche, prêt à sauter à la gorge du premier passant. » Ainsi qu’il en est sous Tewiik-Pacha, ainsi en était-il au temps de Ramsès II, et l’expérience d’aujourd’hui nous permet de comprendre exactement ce que voulait dire notre scribe dans le passage que je viens de citer.
- Le chien était un dieu : il était même plusieurs dieux dont le plus connu, Yaboyeur Amtbis des poètes latins, est aussi un chacal. Gomme il y avait des cimetières de chats, il y en «avait de chiens, où les momies se trouvent par milliers. J’en connais à Syout, à Sheikh-Fadl, à Feshn, à Saqqarah, «à Thèbes même, et la plupart des musées égyptiens possèdent des échantillons plus ou moins bien conservés. Une de ces momies a été ouverte et dessinée récemment par un Allemand, M. Beckmann (fig. 4). G’était une petite levrette, âgée d’environ dix-huit mois. Il ne lui restait plus guère que les os et la peau, et, entre les deux, quelques débris de tissus musculaires réduits à l’état de matière pulvérulente. On l’avait enveloppée dans une Large b«andc d’étoffe grossière formant linceul et adhérant à la peau par une couche épaisse de bitume. Sur cette première enveloppe, on avait appliqué une natte très légère en tiges de roseau séché, sembkable à celles qu’on rencontre sur beaucoup de momies humaines ' à partir de la xxe dynastie, et maintenue par une longue cordelette en herbes tressées. La bête, ainsi empaquetée, présentait l’apparence d’une masse cylindrique, ou, si l’on veut, d’une véritable bourriche à gibier dont les deux extrémités seraient demeurées ouvertes. Il fallait donner à ce colis grotesque une figure décente. On jeta sur la partie qui répondait au corps un lacis de toiles fines, disposé de manière à dessiner tout le long des rangées parallèles de carrés superposés : c’est un genre d’ornement qu’on retrouve sur beaucoup de momies animales de petites dimensions, momies de chat, momies d’ichneumons, surtout momies d’ibis ou d’épervier. Selon l’usage, la tête fut recouverte d’un masque en carton, reproduisant autant que possible la physionomie de l’animal. Il est peint en brun noiè, sauf le tour des yeux, des lèvres et des narines qui est de couleur blanche : la gueule entr’ouverte laisse pointer les dents, et les oreilles se dressent au-dessus du crâne.
- Il est fâcheux que les objets de ce genre aient été si peu étudiés jusqu’à présent. On a identifié, d’après les peintures antiques, un certain nombre d’espèces de chiens, et les différents naturalistes qui se sont occupés de ce genre de recherches ne sont pas arrivés toujours aux mêmes résultats. Les momies leur fourniraient des éléments certains et leur per-
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- mettraient de suppléer au témoignage souvent trompeur des monuments. Il ne faudrait pas cependant qu’ils tardassent longtemps encore. Voilà vingt ans et plus que des compagnies européennes exploitent les nécropoles égyptiennes d’animaux. On a signalé, l’an dernier, l’exode des chats en Angleterre, mais il ne s’écoule pas de mois où des vaisseaux chargés d’ossements et de momies de hœufs, de chacals, de gazelles, de chiens, ne partent pour Trieste ou d’autres ports de la Méditerranée. Le jour où les naturalistes européens se seront décidés enfin à étudier les momies animales, peut-être n’en restera-t-il plus une seule en Égypte. G. Maspero, cfe l’Institut.
- LE NOUVEAU PAQUEBOT TRANSATLANTIQUE
- « LA TOURAINE ))
- Le paquebot la Touraine est le plus grand navire à passagers qui ait été construit jusqu’à ce jour dans un chantier français. Ses proportions sont comparables à celles des paquebots anglais les plus récents.
- Nous avons décrit précédemment les paquebots construits par la Compagnie transatlantique en 1886 qui mit successivement en ligne la Champagne et la Bretagne(longueur, 155 mètres; largeur, 15ra,75 ; déplacement en charge, 10 000 tonneaux; puissance, 8000 chevaux), puis la Bourgogne et la Gascogne (longueur, 155mètres; largeur, 15m,95 ; déplacement en charge, 10 000 tonneaux; puissance, 8000 chevaux) L Ces quatre splendides navires qui n’avaient pas coûté moins de 52 millions, sortaient, les deux premiers, des chantiers de Penhoët, les deux derniers, des chantiers de la Seyne, près de Toulon. Marchant sans surmenage sous l’impulsion de 6500 chevaux de force, ils réalisèrent, en service courant, une vitesse de T 7 nœuds qui réduisit la traversée du Havre à New-York à sept jours et demi seulement.
- On pouvait croire que ce brillant résultat obtenu assurerait pour longtemps la suprématie de la Compagnie transatlantique sur le turf de l’Océan et tfu’elle n’aurait pas besoin de sitôt de faire de nouveaux efforts pour se maintenir au premier rang. Au contraire, il excita les Compagnies rivales étrangères à dépasser encore ce qui avait été obtenu. Les Anglais qui possédaient déjà d’excellents navires, comme VAmerica, l’Alaska, TUmbria, l'Etruria, s’empressèrent de mettre en chantier des navires plus grands et plus rapides. La Compagnie Sumann commanda aux établissements Thomson deux nouveaux paquebots, dont on a tant parlé depuis, City of Paris et City of New-York, devant atteindre : 170 mètres de longueur totale, 19m,25 de largeur, 12m,80 de creux. Leurs machines, pouvant développer 18000 chevaux de puissance, devaient leur communiquer une vitesse de 19“,5 en service courant ; cette allure fut en effet obtenue, et la traversée de Quens-
- 1 Voy. n° 721, du 26 mars 1887, p. 263.
- town à Sandy-IIook s’en trouva réduite à six jours'
- La Compagnie hambourgeoise-américaine faisait en même temps construire dans les chantiers anglais un navire rapide, la Normannia, long de 152 mètres, large de 17m,5, déplaçant 11 500 tonneaux en pleine charge, et dont la machine forte de 14 000 chevaux devait donner 18 nœuds de vitesse. Enfin la White Star venait de commander les deux navires Majestie et Teulonie qui sont aujourd’hui les rois de l’Océan. Déplaçant 17 000 tonneaux en pleine charge, ces deux immenses paquebots, longs de 175 mètres et larges seulement de 17m,40 avec llm,90 de creux, développent 17 000 chevaux et donnent une vitesse courante de 19n,5.
- C’est dans ces circonstances que la Compagnie générale transatlantique résolut la construction d’un navire qui pût rivaliser avec les meilleurs marcheurs anglais, et dépassât encore comme luxe et confort, la Champagne, la Gascogne, et la Bourgogne. Il fut décidé que ce nouveau steamer désigné sous le nom de la Touraine, serait mû par deux hélices, ce qui offre de nombreux avantages, au point de.vue delà sécurité des machines, de la facilité d’évolution, delà réduction de la mâture, etc.
- Les dimensions de la Touraine sont les suivantes : longueur, 465m,65; largeur, 17ra, 10 ; tirant d’eau, 7m,30; déplacement, 12000 tonnes en charge; tonnage brut, 6800 tonneaux. La coque est toute en acier doux de la meilleure qualité ; les membrures sont faites avec des fers en U permettant de réaliser une grande économie de poids, tout en conservant une grande solidité. Les lignes d’eau du navire sont excessivement fines, aussi bien à l’avant qu’à l’arrière, et ont été tracées sous la savante direction de M. Day-mard, ingénieur en chef de la Compagnie transatlantique; le paquebot a quatre ponts complets bordés en tôle.
- La Touraine est aménagée pour recevoir à son bord 506 passagers de cabine, et au besoin 540 émigrants, soit un total de 1046 passagers. En outre le personnel du bord : état-major, mécaniciens, électriciens, commissaires, marins, chauffeurs, personnel civil, etc., comprend 303 individus, réunissant tous les corps de métier nécessaires à la vie matérielle du passager pendant les sept jours que durera la traversée du Havre à New-York. Ainsi l’expression traditionnelle de Ville flottante, que l’on donne volontiers aux paquebots de grande taille, sera plus que jamais méritée par la Touraine; ce navire portera dans ses flancs 1349 êtres humains, qui vivront dans l’espace compris sous le pont du navire (fig. 1).
- Nous ne décrirons pas les salons, les salles à manger, les appartements, les cabines de la Touraine; ils dépassent en luxe et en confortable tout ce qu’on peut imaginer, mais ils sont analogues à ce que nous avons dit de la Bourgogne et nous renverrons nos lecteurs à nos précédents articles; nous donnons cependant une vue du magnifique escalier qui conduit de la salle à manger au salon de conver-
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- sation (fîg. 2) ; il est sculpté avec, un grand art et orné de magnifiques tableaux de M. Poilpot, le célèbre peintre du panorama des transatlantiques. On
- jugera par ce détail de l’ensemble de l'installation.
- Nous avons dit que la Touraine compte deux hélices. Chacune d’elles est mue par une machine
- l'ijj. 1. — \ue dupont de la Touraine, prise à ini-liauteur du niât portant la sirène, au chantier de IVnhoët à Saint-Xazaire. (D'après une photographie spécialement exécutée pour La Nature.
- semblable à celle qui actionne l’autre. Chaque machine est à triple expansion et se compose de trois cylindres, dont les diamètres sont : 1m, 04,
- 1“,54, 2“,54;
- hauteur: 2m,80.
- Le plus voisin de la chaufferie est le cylindre de haute pression. La longueur du compartiment des machines ne dépasse pas 13m,40.
- Les arbres porte-hélice sont pleins, en acier forgé ; leur diamètre mesure 510 millimètres et leur ligne 53 mètres de longueur, dont 38 à l’intérieur de la copie, et 15 à l’extérieur; un double palier-console, fixé à l’extrémité de la coque, soutient les tronçons extérieurs de ces arbres au
- droit des hélices (fïg. 3), et est fait de manière à présenter la moindre résistance à la marche : chaque
- arbre pèse environ 90 tonnes ; l’hélice qu’il porte est à trois ailes en bronze à canon (88 pour 100 de cuivre), rapportées sur un moyeu en acier coulé; elle a 6 mètres de diamètre, et travaille au même niveau et dans le même plan vertical que sa jumelle, dont elle est séparée seulement par l’extrémité de la coque, formée à cet endroit des deux murs superposés. La vapeur est fournie par deux installations de chaufferies, dont la principale occupe le milieu des fonds du navire (fig, 4) ; la seconde se trouve repor-
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- Fig. 3. — Vue de l’un des arbres d’hélice de la Touraine avec son palier. (D’après une photographie spécialement exécutée pour La Nature.)
- Fig. 4. — Le nouveau paquebot transatlantique la Touraine. — La chaufferie.
- (D’après une photographie instantanée à la poudre-éclair, spécialement exécutée pour La Nature.)
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- tée un peu à l’avant. La principale chaufferie, comprend six chaudières, dont trois doubles et trois simples. Le personnel des chauffeurs doit alimenter en tout 45 foyers.
- Le poids de vapeur dépensé à l’heure par les deux machines motrices, plus les accessoires, atteint 85 tonnes. C’est environ 2000 tonnes d’eau qui doivent passer par les chaudières pour vingt-quatre heures de marche ; c’est-à-dire de quoi remplir un réservoir cubique qui aurait 12m,60 de côté, et pourrait alimenter une ville de près de 40 000 âmes à raison de 50 litres par habitant.
- La consommation du charbon est de 10 000 kilogrammes par heure, soit 240 tonnes par jour pour les machines seules. En ajoutant 14 tonnes consommées par les accessoires, on arrive au chiffre de 254 tonnes par vingt-quatre heures de marche.
- La lumière électrique est distribuée sur la Touraine par une nombreuse canalisation ; elle comprend en tout 872 lampes à incandescence de 10 et 16 bougies. L’énergie électrique est produite par des machines dynamos, dont les moteurs sont du système compound.
- Nous n’ajouterons plus que quelques mots sur les essais du navire qui viennent d’avoir lieu devant la Commission de réception. La vitesse a dépassé 19 nœuds, sans le secours du tirage forcé ; on est donc en droit de prévoir qu’avec l’emploi de ce dernier, elle s’élèvera jusqu’à 20 nœuds et demi environ, limite très rarement atteinte et jamais encore dépassée par les plus rapides paquebots anglais.
- La Touraine n’est pas seulement le plus grand, le plus rapide et le plus beau navire de commerce sur lequel ait flotté jusqu’ici notre pavillon, mais elle constitue également un nouvel et précieux engin pour la défense du pays. Elle est, en effet, appelée, en temps de guerre, à faire l’un des meilleurs croiseurs de la marine militaire.
- Ce magnifique paquebot, véritable chef-d’œuvre de la science maritime actuelle, fait le plus grand honneur aux savants ingénieurs qui l’ont conçu et exécuté. X...., ingénieur.
- L’AAENIR DES LAMPES A INCANDESCENCE
- Les lampes à incandescence employées jusqu’à ce jour à l’éclairage électrique sont toutes des lampes à filament de charbon. Bien que leur prix se soit considérablement abaissé depuis quelques années, en même temps que leur vie augmentait ainsi que leur rendement lumineux, il n’est pas moins certain que leurs conditions de fonctionnement actuel, à raison de 5 watts environ par bougie, met le prix de revient de l’éclairage électrique à un taux encore supérieur à celui de l’éclairage au gaz dans la plupart des circonstances.
- Un calcul très simple montre qu’il est plus avantageux, économiquement parlant, d’employer des lampes plus poussées et durant plus longtemps; mais les compagnies de distribution qui, en général, fournissent aussi les lampes à incandescence, répugnent à ce moyen qui rend le forfait plus onéreux et réduit la consommation mensuelle
- d’énergie de chaque lampe. Il faut bien dire aussi que le poussage des lampes les fait noircir plus vite, réduit la consommation absolue, augmente la consommation spécifique qui passe de 3 watts par bougie à 4, 5 et même 6 watts par bougie.
- Un grand progrès serait donc réalisé s’il était possible de construire des lampes de moindre consommation spécifique, et des recherches se poursuivent actuellement dans ce but, de différents côtés, à l’aide de côrps autres que le charbon. Déjà, il y a environ deux ans, M. Lang-haus avait essayé, sans grand succès, croyons-nous, des lampes à filament de silicium. On cherche actuellement à recouvrir le charbon de chrome, soit par l’électrolyse, soit par un procédé chimique. Le point de fusion du chrome est si élevé qu’au dire de l’inventeur du procédé, le filament ainsi protégé, pourrait être porté à une plus haute température, et, par suite, fonctionner dans de bien meilleures conditions au point de vue du rendement lumineux. Dans le même but, un autre physicien propose l’emploi d’azotures de silicium ou de bore. Le filament est porté à l’incandescence dans une atmosphère de composés volatils de bore ou de silicium, et de composés azotés volatils que la chaleur réduit; il se forme des azotures de silicium et de bore solides, qui se déposent avec une grande régularité à la surface du filament.
- En dehors du chrome, du silicium et du bore, il existe un certain nombre de composés réfractaires et qui pourraient peut-être donner des résultats. Tant que la liste n’aura pas été épuisée, et les essais recommencés plusieurs fois sans résultats sur chacun de ces corps, on pourra caresser l’espoir de voir le charbon remplacé par un succédané plus avantageux.
- Pour donner une idée de l’économie réalisée, nous pourrions dire de la véritable révolution qui serait causée dans l’éclairage public et privé par la simple découverte possible et même probable d’un nouveau filament, il nous suffira de citer quelques chiffres comparatifs.
- Prenons, d’une part, des becs de gaz consommant 120 litres par bec Carcel et par heure, le gaz coûtant 25 centimes le mètre cube; et, d’autre part, des lampes à incandescence à filament nouveau, ne dépensant que
- 1 watt par bougie, soit 10 watts par bec Carcel, avec des lampes coûtant 3 francs pièce et durant cinq cents heures, l’énergie électrique coûtant lfr,20 le kilowatt-heure.
- Pour un éclairage d’une durée de mille heures, les consommations respectives s’établiraient ainsi :
- Gaz, 1000 x 0,12 = 120 mètres cubes à 0,r,25 le mètre cube, 120x0,25 = 30 francs.
- Incandescence,\0 watts x 1000 heures = 10 kilowatts-heure à l'r,2 le kilowatt-heure, 10x1,2................=12 —
- 2 lampes à 3 francs, 2x3............= 6 —
- Total..............= 18 francs.
- Si les lampes électriques consommaient le double, soit
- 2 watts par bougie ou 20 watts par bec Carcel, la dépense pour mille heures d’éclairage ne s’élèverait encore qu’à 30 francs, c’est-à-dire identiquement le même prix que celui de l’éclairage avec du gaz coûtant 25 centimes le mètre cube.
- Ces deux chiffres sont plus éloquents que tous les raisonnements du monde et justifient pleinement tout l’intérêt que les électriciens attachent aux recherches faites en vue de la découverte d’un nouveau filament.
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- YÉLOCIPËDIE
- Au lendemain de la course internationale de Bordeaux à Paris, sur laquelle les journaux spéciaux et la presse quotidienne ont fourni au public les détails les plus complets, il n’est pas sans intérêt de revenir sur un événement aussi considérable pour le sport vélocipédique.
- Retraçant à grands traits les diverses phases de la lutte dans laquelle nos concurrents anglais ont triomphé d’une manière aussi éclatante, nous indiquerons comment, dans un avenir plus ou moins rapproché, cette défaite momentanée de nos compatriotes pourra faire place à de brillantes victoires.
- Résumons d’abord, en quelques lignes, les principaux incidents de la course, en nous attachant plus spécialement à ceux dont nous voulons tirer un enseignement. C’est le 25 mai, à 5 heures du matin, qu’eut lieu le départ de Bordeaux, Notre grande gravure (fig. 3), exécutée d’après une photographie instantanée, nous montre le groupement des coureurs. Vingt-sept partants, placés sur cinq rangs, ont fait signer leur livret de route; voici la liste exacte, à laquelle nous ajoutons un vingt-huitième partant, M. Exben, qui a quitté Bordeaux sept minutes après les autres1 : J. Renault (Paris), H. Gillot (Paris), Jiel-Laval (Bordeaux), P. G. Mills (Angleterre), P. Rousset (Bordeaux), H. Tart (Orléans), Pérès (Bordeaux), M. A. Holbein (Angleterre), S. F. Edge (Angleterre), P. C. Twentyman (Angleterre),. Guillet (Blain), Exben (Bordeaux), A. Duphon (Bordeaux), G. Juzan (Bordeaux), H. Uhlrieli (Sèvres), L. Gebleux (Sèvres), Bâtes (Angleterre), A. Desse (Royan), II. Jules (Paris), Coullibœuf (Vendôme), Corre (Plestin-les-Grèves), E. Pierre (Nancy), Bailly (Saint-Amand), L. Masi (Suisse), Issot (Royan), IIu-zelstein (Pamiers), J. Jouve (Bordeaux), Eyquem (Bordeaux). Tous ces coureurs étaient à bicyclette; un seul, leur doyen, M. Rousset de Bordeaux, âgé de cinquante-six ans, était en tricycle.
- Dès le départ, les cinq Anglais prenaient la tête, de façon à laisser immédiatement en arrière leurs concurrents. Les heures de passage étaient contrôlées sur divers points de la route; les cyclistes devaient descendre de leur machine pour signer sur un registre ad hoc; ils en profitaient pour se réconforter à la hâte, puis repartaient de plus belle jusqu’à la station de contrôle suivante.
- Sur la carte ci-après (fig. 2), exécutée spécialement pour La Nature, nos lecteurs pourront voir très nettement quels étaient les points principaux de l’itinéraire, avec les heures de passage de Mills, le premier arrivé à Paris; les détails des heures de passage des divers concurrents nous entraîneraient
- 1 C’est à notre excellent confrère le Véloce-Sport de Bordeaux que nous avons eu recours pour tous les renseignements techniques que nous donnerons ici. De tous les articles publiés sur la course dans les journaux français et étrangers, ceux du Véloce-Sport ont été les plus exacts et les plus complets.
- trop loin ; ce sont les incidents de la route que nous désirons noter ici, en les accompagnant des réflexions qu’ils nous ont suggérées.
- Le premier de ces incidents s’est produit au 29e kilomètre, à Libourne. Un des meilleurs coureurs, Masi, de Suisse, tomba par la faute d’un chien; il eut le bras, gauche fortement contusionné. Après Libourne, un autre chien traverse la route devant le coureur français, Jiel-Laval ; celui-ci, voulant l’éviter, se rencontre avec Mills qu’il fait tomber; Mills s’écorche le poignet et le côté et fausse sa bicyclette, mais peut faire encore, sur cette machine avariée, 20 kilomètres au bout desquels un entraîneur lui en passe une en bon état. Si j’ai noté ces deux accidents dus à des chiens, accidents qui, vu la vitesse des cyclistes, auraient pu tourner an tragique, c’est pour signaler la différence qui existe sous ce rapport entre les chiens anglais et les chiens français. Dans notre pays, les chevaux et les chiens ne sont pas encore assez habitués aux vélocipèdes ; beaucoup de chevaux s’effrayent à la vue de la machine roulante; le devoir du vélocipédiste est, dans ce cas, de mettre pied à terre jusqu’à ce que l’animal soit passé ou calmé ; quant aux chiens, un grand nombre d’entre eux s’élancent au-devant du vélocipède, en aboyant contre lui, comme ils le font devant les voitures, mais ils ne se doutent pas de la différence de vitesse entre les deux genres de véhicule. Le bicycle leur passe sur le corps; il culbute, et le vélo-ceman fait une chute souvent très grave, tandis que le chien en est quitte pour peu de chose, surtout s’il est de forte taille; contrairement à ce qui se passe avec les voitures, c’est l’écrasé qui a le moins de mal; quant à l’écraseur, il peut être tué sur le coup. Aussi le chien français est-il la terreur des vélocipédistes, heureux encore quand ce n’est pas le propriétaire de l’animal qui l’excite contre eux ainsi que cela s’est vu trop souvent. Le chien, voilà Vennemi, s’écrie notre confrère du Véloce-Sport. — French dogs are devils ! (les chiens français sont des diables !) écrit à un journal anglais un véloceman écrivain, M. Duncan. En Angleterre, nous disait ce dernier, une plainte serait portée immédiatement contre un chien sautant sur un cycliste, et le propriétaire du chien condamné à une forte amende. En France, les vélocemen ne rencontrent pas, sous ce rapport, toute la protection à laquelle ils ont droit, et, les plaintes, sauf dans le cas d’accidents très graves, sont rarement écoutées; aussi le véloceman découragé se contente-t-il de suspendre près de sa main une cravache, dont la protection n’est bien souvent qu’illusoire.
- Les machines employées étaient, pour la plupart, du type intermédiaire entre la machine de course légère et la machine de route, moins légère, mais plus solide ; on a pu constater, avec une patriotique satisfaction, que celles qui sortaient des maisons françaises pouvaient lutter avantageusement avec les machines sortant des fabriques anglaises. Nous devons constater que les caoutchoucs pneumatiques,
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- LA N ATI] LE.
- qui semblaient devoir révolutionner la construction du vélocipède, n’ont [tas tenu ce qu'ils semblaient devoir promettre. Ils évitent les trépidations et permettent d’avoir des roues légères tout en présentant une large surface de roulement sur le sol; mais, excellents sur une piste bien nivelée, ils sont d’un emploi difficile sur les routes; la course Bordeaux-Paris a montréxpi’ilfaut les perfectionner beaucoup pour les rendre pratiques ; la plupart ont été, en effet, crevés en route, mettant hors d’usage les machines qui les portaient. Nos habiles constructeurs vont évidemment se mettre à l’ouvrage pour nous donner quelque chose de plus solide; ils devront aussi chercher le moyen d’éviter les glissades latérales, soit par des stries, soit autrement. Le meilleur de nos coureurs, M. Jiel-La-val, est, en effet, tombé au départ par suite d’une glissade sur le sol gluant. On sait que la course a été faite par un très mauvais temps, et sur des routes détrempées par les pluies.
- Revenons maintenant à la course et suivons le groupe des coureurs anglais qui étaient passés à Angoulême dans l’ordre suivant : Mills, Holbein, Edge et Bâtes, a llh,31m.
- A la sortie d’Angoulême, Mills, grâce à son en-
- traîneur, L. Stroud, bien connu en Angleterre, arriva à se détacher de Holbein, le champion fameux que l’on considérait comme le futur vainqueur. La machine de Mills n’avait pas de frein ; ses pieds étaient maintenus à leur extrémité, par des toe clips, sortes d’agrafes en métal qui maintenaient ses pieds accrochés aux pédales; il put ainsi, sans lâcher les pédales, descendre les côtes très inclinées situées entre Angouleme et Ruffec; cette manœuvre hardie assura sa victoire en lui donnant, sur ses concurrents, une avance de trente minutes qu’il accentua par la suite. Je passe sur les détails de l’arrivée, que tous les journaux ont décrite, sur l’enthousiasme de la foule et les ovations faites au vainqueur. Notre dessin le représente au moment de son arrivée, qui eut lieu à Paris, à la porte Maillot, â 7h36m,25s. Il avait donc couvert les 580 kilomètres, distance comptée sur la route de Bordeaux, en 26h,34m,57», battant Holbein de lh,15m,50s, Edge et Bâtes, de 3h,38m,52s; quant aux dcuxFrançais arrivés ensuite, ils arrivaient ; Jiel-Laval, ;t 5h,40m,35s; Coullibœuf, à 8h,43m,30s. Yoici, du reste, la liste d’arrivée des dix-neuf coureurs qui ont atteint Paris dans le délai maximum de cinq jours,
- Fig. 1. — M. Mills, le vainqueur dans la course de vélocipèdes de Bordeaux à Paris. (D’après une photographie de M. Nadar.)
- Fig. 2. — Tracé de la route de Départ de Bordeaux 5
- Bordeaux a Paris, donnant les heures des passages du gagnant Mills, dans les différentes localités. h,lm,28* matin. Arrivée à Paris le lendemain matin à 7h,36*,25*. Durée du trajet 26h,34“,57‘.
- fixé par le règlement de la course. 1, Mills (Angleterre), 7h,36m,25% dimanche matin, soit en 26h,34m,57s; 2, Holbein (Angleterre), 8h,52m,15s, en 27l,,50m,47s ; 3, Edge (Angleterre), llh,15,n,17s, en 30h,13m,49s ; 4, Bâtes (Angleterre), 1 lh,15m,25s, en f>0h, 1 57s ; 5, Laval (Bordeaux), l1', 17m,
- dimanche soir, soit en 52h, 15m,52s ; 6, Coullibœuf (Vendôme), 4h,19m,55s, en 55h,18m,27s; 7, Guillet (Blain), 5\45m, en 36h,43“,32s; 8, Re-
- naud (Paris), 9h,53s, en 40h,51m,32s; 9, Corrc (Côtes-du-Nord), 10h,55m, en 41h,55m,32s; 10, Gillot (Paris), lüh,45m, en 41b,41m,32s; 11, Gebleux (Sèvres), llh,4ra, en 42h,32s; 12, Bailly (Saint-Amand), llh,4m,28s, en 42h,01m; 13, Huzelstein (Pamiers), 4u,55m, lundi matin, soit en 47l,,55m,32s; 14, Pierre (Nancy), 2h,51m,32, lundi soir, soit en 57h,49m; 15, Roussel (Bordeaux), 7h,57m,52% en 62h,35m; 16, Issot (Royan), 9ll,lu,,32\ en 63h,59;
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- LA N AT U 11 K
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- I7,Desse(Hoyan), 9h,lm>35% en 64 heures ; 18, Exben (Bordeaux), 2l,,25m,288, mardi soir, soit en 8ih,24™ ; 11), Jouve (Bordeaux), 5u,lm,28s, en 84 heures.
- Et maintenant, quelle conclusion devons-nous tirer de ce magnifique tournoi qui fera époque dans l’histoire de la vélocipédie? Les Anglais appartiennent-ils
- Fig. 5. — La course de vélocipèdes de Bordeaux à Paris.
- Départ des vélocipédistcs de Bordeaux le 23 mai 1891, à 5 heures du matin. (D’après une photographie deM. Pauajou, de Bordeaux.)
- à une race plus vigoureuse et plus résistante à la fatigue que la nôtre? Devons-nous, avant d’entrer en lutte avec eux dans les sports athlétiques, nous perfectionner sous le rapportée la force ou de l’adresse? Leur victoire est de bon aloi ; sur un parcours aussi
- important, rien ne peut être attribué au hasard. Quel est donc le secret de leur supériorité actuelle? Voici notre réponse : longtemps avant la course, les champions anglais se soumettent à un entraînement spécial avant d’allronter les luttes de la piste ou de
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- LA NATURE.
- la route; tous leurs efforts, toutes leurs pense'es tendent vers un seul but, développer progressivement leur force de résistance, pour augmenter leur vitesse ou le parcours effectué (courses de vitesse ou courses de fond). Ils se remettent entre les mains de l’entraîneur qui règle leurs exercices journaliers, leur interdit les excès ou fatigues de tous genres, pèse leur nourriture, mesure leur boisson, en un mot, les soumet à un régime des plus rigoureux. Nos champions français, au contraire, s’entraînent eux-mêmes, pour la plupart, notre caractère national s’adaptant plus difficilement a une existence plus dure, non seulement que celle du soldat, mais que celle du prisonnier ou du condamné aux travaux forcés. De même qu’on reconnaît l’arbre à ses fruits, de même nous devons constater, par leurs résultats, l’excellence des méthodes d’entraînement anglaises. Peut-être pourrions-nous les dépouiller de ce qu’elles offrent d’exagéré ou de puéril dam certaines parties ; mais, puisque leurs principes sont excellents, n’hésitons pas à les adopter. Nous avions déjà dit quelques mots sur ces méthodes dans un précédent article1 ; nous y reviendrons prochainement en détail.
- — A suivre. — ARTHUR GoOD.
- CHRONIQUE
- Le centenaire de la naissance de Faraday.
- — L’Institution royale de Londres dont Faraday fut, pendant cinquante ans, l’un des professeurs les plus écoutés, et certainement le plus illustre, vient de célébrer en grande pompe le centenaire du célèbre physicien en organisant, dans le grand amphithéâtre de l’Institution, deux lectures commémoratives consacrées au rappel des travaux de Faraday dans les domaines respectifs de la physique et de la chimie. La première a été faite le 17 juin par Lord Rayleigh, le digne continuateur de Davy, de Faraday et du professeur Tyndall; la seconde, le 23 juin, par le professeur Dewar. La séance du 17 juin, présidée par le prince de Galles, a eu un éclat exceptionnel, car tous les hommes qui portent un nom dans la politique, la science et l’industrie ont tenu à rendre hommage au savant sorti du peuple, et qui pendant cinquante-quatre ans, par ses découvertes en chimie et en électricité, a maintenu le renom de la Royale Institution et l’honneur de l’Angleterre aux yeux des peuples civilisés. Nous n’entreprendrons pas la tâche de résumer l’attachante lecture de Lord Rayleigh ; l’orateur a fait revivre devant son auditoire les principales découvertes dont nous commençons aujourd’hui à recueillir les fruits, alors que Faraday faisait ses découvertes sans autre intérêt que celui de la science pure, et le désir de posséder une connaissance plus approfondie de la vérité. Jamais aucune idée de lucre n’a guidé l’illustre savant dans ses travaux, qu’il a toujours livrés au domaine public avec un désintéressement d’autant plus admirable qu’il est plus rare, que ces découvertes étaient plus importantes et qu’elles feront vivre le souvenir de Faraday autant que la science elle-même. Cette fête de la science s’est terminée par la nomination d’un certain nombre de membres honoraires de l’Institution royale. Nous avons le plaisir de voir figurer sur la liste, pour la France, les noms de MM. Ber- !
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- ‘ Yoy. il» 7'JÜ, du 21 juillet 1888, p. 120. !
- ttielot, Cornu, Mascart et Pasteur. M. le professeur Bunsen, de Heidelberg, MM. les professeurs Helmholtz, von Hoffmann et Virchow, de Berlin, les professeurs Cooke, Dana et Simon Newcomb, des Etats-Unis, les professeurs Canizzaro et Tacchini, de Rome, M. le professeur Thom-sen, de Copenhague, M. le professeur Thalen, d’Upsal, M. le professeur Mendeleef, de Saint-Pétersbourg, M. le professeur Marignac, de Genève, et.M. le professeur Van der Waals, d’Amsterdam, complètent cette liste d’hommes éminents. Une grave maladie a empêché le professeur Tyndall, le successeur de Faraday, auquel Lord Rayleigh a succédé il y a quelques années, de prendre part à cette célébration mémorable autrement que par une lettre de regrets dont il a été donné lecture.
- Action de la lumière sur le chlornre d’argent.
- — A la Société chimique de Londres, M. Arthur Richardson a fait connaître le résultat d’un grand nombre d’expériences entreprises avec l’espoir de déterminer rigoureusement la nature du changement chimique qu’éprouve le chlorure d’argent soumis à l’action de la lumière. L’auteur a eu raison de borner ses recherches au chlorure d’argent chimiquement pur, afin qu’il n’y eût point d’éléments de perturbation dans les observations. Le chlorure a été préparé en précipitant le nitrate d’argent par l’acide chlorhydrique et en enlevant par décantation tout ce que le précipité contenait d’acide. Le précipité, étant recouvert d’eau pure, était exposé à la lumière et l’on remarqua les trois faits suivants : 1° de l’oxygène est dégagé, et une partie de cet oxygène est à l’état d’ozone ; 2° quand il n’y a que peu d’eau sur le chlorure, cette eau, après l’exposition, contient du chlorure et de l’acide chlorhydrique ; 5° s’il y a beaucoup d’eau, on y trouve de l’acide chlorhydrique, mais pas de chlore. La présence de l’acide chlorhydrique empêche notablement le noircissement du chlorure exposé à la lumière. Le chlorure noirci a perdu 8 pour 100 de son contenu en chlore. Soumis à l’analyse en étant chauffé dans un courant d’hydrogène, le produit noirci ne donna pas trace d’oxygène. Il résulte de ces expériences que le produit noirci est, après dessiccation à 110° centigrades, un sous-chlorure d’argent.
- La laque comme enduit des carènes de navires. — Le journal anglais Army and Navy Journal a récemment rendu compte du résultat des expériences faites au Japon pour l’emploi de la laque comme enduit préservateur des carènes de bâtiments en fer ou en acier. C’est le témoignage d’un officier américain, rapportant ce qu’il a vu, qui est invoqué. L’idée d’appliquer la laque pour conserver propres les carènes des navires en fer avait été suggérée originairement par un laqueur de Tokio, M. llot-ta, qui avait remarqué que la laque pouvait séjourner longtemps dans l’eau salée sans subir d’altération appréciable. En juin 1886, une partie de la carène du Fuso Kan, bâtiment de guerre japonais, fut enduite de laque. Ce bâtiment ne fut examiné dans un bassin de radoub qu’en septembre 1887 ; le lieutenant de vaisseau J.-B. Mor-deck était présent et constata que la partie laquée de la carène était en très bon état. Le bâtiment ne repassa au bassin qu’en décembre 1888; mais la laque fut trouvée en si bon état qu’aucune réparation n’y fut faite. Même constatation fut faite en juin 1889 et en avril 1890, toujours avec le même résultat satisfaisant. Depuis cette expérience, sept bâtimenis japonais et deux | russes ont été recouverts du même enduit par MM. Ilotta ! et Cio, qui ont le monopole de cette opération. Voici com-! ment l’on procède, d’après le témoignage du lieutenant
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- LA NATURE.
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- Mordeck : quand le bâtiment est au bassin, on nettoie sa carène avec soin pour enlever toute matière étrangère; cependant, s’il y a un reste de peinture bien adhérente, on n’y touche pas. On a le soin d’étendre au-dessus des travailleurs une vieille toile à voiles, depuis la ligne de flottaison jusqu’à la quille, pour empêcher le dépôt de toute matière étrangère portée par le vent. La première couche de laque est étendue uniformément avec une brosse douce. Un homme peut laquer une surface de 500 pieds carrés en huit heures de travail. Le temps nécessaire pour faire sécher cette première couche varie de trois heures à un jour entier, suivant l’état de l’atmosphère au point de vue de la chaleur et de l’humidité. On juge nécessaire d'appliquer successivement trois couches pour la protection des tôles, et trois autres pour empêcher le dépôt des herbes marines et des coquillages. Dans des conditions favorables, le bâtiment n’a pas besoin de rester plus de six jours au bassin ; mais il faut compter sur dix, pour n’étre pas déçu. Le prix payé aux inventeurs du procédé est de 5 yens pour 50 pieds carrés, ce qui équivaut à 15 cents du dollar d’or, par pied carré.
- Le port des lettres au «lapon. — Lorsque l’on compare le port des lettres actuel, même dans l’intérieur de la France, avec ce qu’il était il y a encore relativement un petit nombre d’années, on est tout étonné du bon marché auquel on est arrivé. On a, par exemple, la carte postale, qui, moyennant 10 centimes, permet de correspondre avec des contrées situées à des centaines et des centaines de lieues ; à l’intérieur de l’Angleterre, la carte postale ne coûte qu’un demi-penny, environ la valeur de 5 centimes français. Mais c’est au Japon que le port des lettres atteint un bon marché qui dépasse tout ce l’on peut imaginer; en effet une lettre peut traverser tout l’empire du Soleil Levant moyennant 2 sen, somme qui correspond environ au huitième d’une pièce de 5 centimes française. L’est d’autant plus étonnant qu’il faut songer que le Japon est une contrée très montagneuse, encore sillonnée fort incomplètement de voies ferrées, où les routes ordinaires ne peuvent souvent pas donner passage à des voitures. Le service des postes est le plus souvent assuré par des courriers à pied fort diligents et qui sont payés très peu, comme tous les Japonais, dont la sobriété pourrait être proverbiale.
- lin sondage Intéressant. — Une compagnie américaine pour l’exploitation de l’huile de. naphte possède actuellement un puits dont la profondeur dépasse 1 kilomètre. C’est un puits de 18 centimètres de diamètre, qui a déjà traversé des couches épaisses de bouille, de quartz aurifère, de fer et d’autres métaux. Un de nos confrères rapporte que, dès qu’il aura atteint 1500 mètres de profondeur, ce puits sera exploité par les autorités américaines, qui entreprendront d’en faire le sondage le plus profond qui existe : elles continueront à l’approfondir jusqu’à ce qu’il devienne impossible de continuer. Cette expérience se fera dans un but scientifique : on notera tous les faits intéressants, on recueillera des échantillons de toutes les couches traversées depuis l’origine, pour reconstituer la superposition des couches géologiques; et les résultats obtenus, échantillons, observations, etc., feront l’objet d’une exposition spéciale à Chicago, en 1895.
- Attaque des oiseaux de proie. — On a souvent mis en doute le fait que de grands oiseaux de proie se seraient attaqués à des enfants. Mais voici qui est bien plus fort : près d’Albinen, en Suisse, une vieille femme, réfugiée sous un arbre, a dû lutter contre les attaques
- réitérées d’un gypaète qui, selon l’habitude de ces rapaces lorsqu’ils veulent renverser leur proie, la frappait à grands coups d’ailes dans ses évolutions concentriques et répétées. Cependant, les cris de la victime firent éloigner son agresseur, après quelques tentatives inutiles.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 juin 1891. — Présidence de M. Duciiartiie.
- Maladies osseuses des singes. — Au nom de M. Rau-let (de Lyon), M. Verneuil présente de curieuses observations faites sur des squelettes de singes présentant des défectuosités et provenant de 49 chimpanzés, de 20 gorilles et de 11 orangs. On y constate de nombreux exemples de soudure des épiphyses, 5 cas de fractures, autant d’arthrites déformantes et 8 ostéopériostites. Ces maladies ressemblent remarquablement aux accidents analogues qu’on observe chez l’homme; et pour les fractures, bien qu’il n’y ait chez la gent simienne ni bandages inamovibles, ni appareils, ni chirurgiens, la consolidation s’est réalisée au moins aussi bien (c’est l’expression de M. Verneuil) que chez les malades humains! L’arthrite défoi*-mante attribuée chez nos semblables à la misère, aux privations et à l’humidité ne s’est rencontrée que chez les gorilles (qui habitent sur le sol) et non chez les singes arboricoles; ceux-ci se rattrapent tout naturellement par le nombre des fractures. D’après l’auteur, qui applique peut-être un peu vite les résultats d’une statistique provisoire, les maladies des os seraient tout aussi fréquentes chez les singes que chez les hommes.
- Le champignon des criquets. — Contrairement aux vues émises récemment par M. Charles Brongniart, M. Kunckel d’IIerculais proteste contre l’efficacité du Bothrytis comme destructeur des Acridiens. Selon lui, le cryptogame n’inflige à l’insecte qu’une maladie tout à fait superficielle, sans gravité, et qui n’est pas contagieuse d’une sauterelle à une autre. Il paraît, du reste, que dès. 1885, un savant américain, M. Osborne, avait déjà fait les observations et émis les espérances qu’on vient de nous donner comme nouvelles. « Pour nous, dit M. Kunckel d’IIerculais qui, comme le docteur Trabut, connaissons dans tous leurs détails les conditions d’existence et de développement des Acridiens, il ne nous semble pas possible de rien attendre d’un mode de destruction reposant sur le développement artificiel des champignons parasites observés sur les Criquets pèlerins. »
- Sur la passivité du fer. — Il parait que la passivité du fer n’est qu’une illusion. C’est du moins ce qui résulte d’un Mémoire supérieurement analysé par M. Moissan au nom de MM. Gautier et Charpy. D’après ces messieurs, du fer plongé dans l’acide azotique monohydraté et, contrairement à ce qu’on croyait savoir, éprouve une dissolution continue; seulement celle-ci qu’on peut constater jour par jour à la diminution de poids du métal n’est accompagnée d’aucun dégagement gazeux. Il suffit de chauffer à 60 degrés pour que le dégagement soit au contraire très visible. On sait que si le métal est partiellement oxydé, son attaque se fait au contraire très bien : c’est que la dissolution de l’oxyde développe assez de chaleur pour déterminer les conditions dont nous venons de parler. Et les nombreuses expériences relatives à la passivité reçoivent de même de MM. Gautier et Charpy une explication satisfaisante et tout à fait nouvelle.
- L'entraînement musculaire. — En calculant des expé-
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- LÀ NAT U HE.
- riences dcDolbœuf et en faisant de nouveaux essais, M. Ch. Henry arrive à formuler une loi d’où il ressort qu’avant l’apparition de la fatigue, des travaux exécutés en soulevant des poids gradués suivant certains rapports, non seulement fatiguent moins que les mêmes travaux exécutés en soulevant pendant le même temps des poids gradués suivant toute autre loi, mais même peuvent produire un entraînement notable. En vue des applications pratiques, l’auteur présente des haltères auxquels un dispositif simple permet d’ajouter successivement les poids supplémentaires favorables à cet entrainement.
- Le froid et la fonction chlorophyllienne. — Il résulte des expériences de M. Jumelle que jusqu’à la température de 55 degrés au-dessous de zéro, certains lichens et plusieurs conifères continuent de décomposer l’acide carbonique et de dégager de l’oxygène. Dans ces conditions les plantes dont il s’agit sont à l’état de vie latente et ne respirent pas.
- Varia. — M. Lœwy décrit une méthode qui permet de conclure les ascensions droites et les déclinaisons des étoiles de l’étude des photographies célestes. — Une très longue lecture d’anatomie végétale est faite par M. M. Trécul. — D’après M. Rccoura, les sels verts de chrome diffèrent des sels violets, par leur capacité de saturation qui correspond à une certaine proportion d'acide mis en liberté. — M. Besson décrit le broino-iodure de sili cium. — L’acide osmiani-que fournit à M. Jolly le sujet d’une Note déposée par M. Troost. —M. Janssen signale une éruption solaire remarquable qui a eu lieu le 17 juin à 10 heures du matin et dont on doit l’observation à M. Trouvelot.— Un nouveau procédé d’estimation pratique des engrais azotés est proposé par MM. Muntz et Girard. Stanislas Meunier.
- LES INSECTES FRAPPEURS
- Il a pu arriver à tout le monde d’entendre dans les appartements des coups, frappés par séries, que certaines gens d’imagination attribuent aux esprits frappeurs, et que les naturalistes font remonter à des causes moins merveilleuses.
- Un de nos lecteurs, M. A. Rossignol, chimiste à Paris, nous a adressé dans un tube de verre deux petits insectes qui ont été pris sur le fait de tapage nocturne. « Ils étaient, dit notre correspondant sur la même feuille de papier d’emballage (papier goudron fort), mais de côtés opposés et à 10 centimètres environ de distance. Ils frappaient
- fortement avec leur tête en se baissant par une sorte de mouvement de bascule, avec une vitesse de six coups par seconde, et l’insecte placé plus bas répondait aussitôt que le premier avait fini. »
- L’insecte envoyé par M. A. Rossignol est la Vrille tte marquetée (Anobium tessel latum de Fabricius), Coléoptère de la famille des Ptinides ; nous en donnons ci-dessous le portrait.
- Les mœurs de cet insecte ont été bien étudiées par Becker, Taschenbcrg, et d’autres auteurs. C’est généralement pendant la nuit qu’il produit les coups secs dont il vient d’être question. Et comme pour les entendre il faut ne pas dormir, et que généralement quand on ne dort pas, on est plus ou moins porté à la mélancolie, on a donné aux Anobiums le
- nom à'IIorloges de la mort.
- Pour produire le choc, l’insecte rentre les antennes et les pattes intermédiaires, et s’appuyant principalement sur les pattes médianes, par une sorte de mouvement de bascule, il frappe avec le front contre le plan d’appui ; c’est par ce bruit que le mâle appelle la femelle.
- La larve de Y Anobium vit dans le bois (charpentes, vieux meubles, etc.), qu’elle ronge à l’intérieur sans que rien au dehors trahisse sa présence. Arrivée à son complet développement, elle se creuse une sorte de logette et s’y transforme en nymphe. L’insecte parfait éclôt'quelques semaines après, et sort du bois en y perforant un trou parfaitement rond, qui montre désormais (jue le bois est attaqué ; souvent, il l’est alors à tel point que tout remède est devenu inutile. C’est à la forme et à l’aspect de ses trous qu’est dù le nom vulgaire de vrilletles (vrille) donné aux Anobiums.
- Une espèce du même genre, mais plus petite, Y Anobium paniceum, attaque non seulement le bois, mais aussi les livres, herbiers, collections d’histoire naturelle, liège, pain sec, biscuits, etc.
- VAnobium perlina.v est également très nuisible. Son nom lui vient de sa persistance à simuler la mort lorsqu’on le saisit. Cette simulation est telle que, plongé dans l’eau et même dans l’alcool, l’insecte reste parfaitement immobile ; il se laisserait plutôt brûler vif que de se trahir. I)r Z....
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieh.
- Paris. — Imprimerie Laliurc, rue de FIcurus, y.
- M.CUnun!-.
- Vrilleltc marquetée, Anobium tessellatum. — 1. Insecte parfait grossi. 2. Grandeur naturelle. — 3. Larve grossie. 4. Grandeur naturelle. — 5. Bois attaqué par l’insecte.
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- N° 94-4. — 4 JUILLET 1891.
- LA NATURE.
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- LES ÉCHASSES
- Sylvain Dornon, cet échassier landais parti de Paris le 12 mars dernier pour Moscou, a atteint le but de son voyage au bout de cinquante-huit jours de marche. Ce long trajet sur échasses constitue une véritable curiosité, non seulement pour les Russes, auxquels ce genre de locomotion était inconnu, mais encore pour beaucoup de Français.
- La marche sur échasses, en elîet, qui était usuelle il y a quelque vingt ans, dans certaines parties de la France,tend de plus en plus à disparaître. Dans les landes de la Gascogne, c’était autrefois un moyen de locomotion approprié à la nature du pays. Les landes étaient alors de grandes plaines unies, couvertes de buissons rabougris et de bruyères maigres. De plus, par suite de l’imperméabilité du sous-sol, toutes les déclivités se transformaient en marécages après la moindre pluie.
- Il n’y avait aucune route,aucun chemin ; la population, vivant de l’élevage des troupeaux, était très disséminée. C’est évidemment afin de pouvoir circuler dans ces conditions toutes spéciales que les bergers landais imaginèrent et adoptèrent les échasses.
- Les échasses landaises sont appelées dans le pays tchangues, ce qui en patois signifie grandes jambes, et ceux qui en font usage prennent le nom de tchanguès. Ce sont de longs bâtons, présentant à une hauteur de lm,50 en moyenne, un étrier pour l’appui du pied. Le haut de la tige est aplati et vient s’appuyer sur la jambe où il est maintenu par une
- 19e année. — 2° semestre.
- forte courroie. La partie inférieure, celle qui repose sur le sol, a un renflement et est quelquefois renforcée par un os de mouton. Le berger landais est muni d’un troisième bâton, qui lui sert à de nombreux usages : c’est un point d’appui pour monter sur ses échasses, une houlette pour diriger ses troupeaux; ou encore, étant muni d’une planchette, ce bâton constitue un siège confortable approprié à
- la hauteur des échasses.
- Se reposant de cette façon, le berger semble être sur un gigantesque trépied.— Lorsqu’il s’arrête, il tricote ou file au fuseau la quenouille passée à la ceinture.
- Son costume ordinaire se compose d’une sorte de veste sans manches, en peau de mouton, de guêtres de toile, d’un manteau de bure ; il est coiffé d'un béret ou d’un grand chapeau.
- Cet accoutrement était complété autrefois par un fusil pour défendre leur troupeau contre les loups et par une poêle à frire pour préparer leur repas C
- L’aspect des Landais est sans doute des plus pittoresques mais leur misère est grande ; ils sont généralement maigres et chétifs, ils se nourrissent mal et souvent sont minés par la fièvre. Montés sur leurs échasses, les bergers landais conduisent leurs troupeaux à travers la lande, franchissant les buissons, les brousses, les flaques d’eau, traversant impunément les marécages sans avoir à chercher les chemins ou les sentiers battus. De plus cette élévation leur permet de surveiller facilement les moutons
- 1 Au Musée d’etlinographie du Trocadéro dans la salle des « Provinces de France », on peut voir la reproduction, d'après nature, d’un berger landais monté sur ses échasses.
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- LA NATURE.
- disséminés souvent sur une grande surface. Le matin, le berger pour attacher ses échasses monte à une échelle ou s’assoit sur le rebord d’une fenêtre ou encore grimpe sur le manteau d’une grande cheminée. Même en rase campagne, étant assis sur le sol et venant de fixer ses échasses, il se relève facilement en s’aidant de son troisième bâton.
- Pour les personnes habituées à marcher à pied, il est évident que la locomotion sur échasses serait quelque peu effrayante. On juge, par les inconvénients des chutes pédestres, le danger pouvant résulter d’une chute faite du haut d’une paire d édiasses. Mais les Landais habitués dès leur enfance à ce genre d’exercice y acquièrent une aisance et une adresse extraordinaires. Le tchanguès landais sait très bien conserver son équilibre, il marche à grandes enjambées, stationne debout, court avec agilité ou exécute quelques tours de véritable acrobatie, comme ramasser un caillou sur le sol, cueillir une fleur, simuler une chute et se relever rapidement, courir à cloche-pied, etc.
- La rapidité qu’atteignent les échassiers s’explique facilement. Pour eux, l’angle des jambes à chaque pas, tout en étant plus petit que celui de la marche ordinaire, les pieds sur le sol, se traduit cependant par un écartement de lm,50 à 2 mètres à l’extrémité de leurs échasses. On conçoit qu’avec des pas de cette longueur, les distances soient rapidement parcourues.
- Lorsque, en 1808, l’impératrice Joséphine alla rejoindre à Bayonne Napoléon Ier qui y résidait en raison des affaires d’Espagne, la municipalité envoya à sa rencontre une escorte de jeunes échassiers landais. Au retour, ceux-ci suivirent les voitures, avec la plus grande facilité, bien que les chevaux marchassent au grand trot.
- Pendant le séjour de l’impératrice, les bergers montés sur leurs échasses amusèrent beaucoup les dames de la cour ; elles se plaisaient à les faire lutter de vitesse, ou leur jetaient sur le sol des pièces de monnaie, plusieurs se précipitaient à la fois et il en résultait une bousculade, un assaut de ruse et d’adresse accompagné souvent de chutes.
- Jusqu’à ces dernières années, il ne se passait guère de frairies dans les villages de la Gascogne, sans qu’il y eût des courses d’échasses. Les prix consistaient ordinairement en un fusil, un mouton, un coq, etc. Les jeunes gens rivalisaient de vitesse et d’agilité, et souvent de hardies jeunes filles prenaient part à ces luttes.
- Quelques municipalités des environs de Bayonne et de Biarritz organisent encore des courses d’échasses, au moment de l’affluence des voyageurs ; mais ceux-ci prétendent que les échassiers ainsi présentés ne sont pas de véritables bergers landais, mais bien de simples comparses recrutés un peu au hasard et le plus souvent parmi les acrobates forains.
- Les échassiers landais, non seulement atteignent une très grande rapidité, mais ils peuvent parcourir, sans fatigue appréciable, de très longues distances.
- Autrefois, les jours de marché à Bordeaux ou à
- Bayonne, on voyait arriver de longues files de paysans, qui, sur leurs échasses et quoique chargés de sacs et de paniers, venaient de villages situés à 10, 15, 20 lieues et même davantage. Aujourd’hui, la vue d’un échassier est une curiosité presque aussi grande a Bordeaux qu’à Paris. Le paysan landais vient à la ville en voiture ou même en chemin de fer.
- — A suivre. — GuïOT-DaUBÈS.
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- APPLICATION DE L’ÉLECTRICITÉ
- A LA FABRICATION DU PHOSPHORE
- On sait que le prix relativement élevé du phosphore résulte non pas de la matière première employée, mais surtout des frais de main-d’œuvre, de matériel et d’installation considérables que cette fabrication entraîne. Le procédé actuel consiste à traiter un phosphate de chaux, os calcinés ou phosphate minéral, par de l’acide sulfurique. L’acide phos-phorique ainsi produit est séparé du sulfate de chaux par tiltration et la solution concentrée par vaporisation. On mélange l’acide phosphorique avec du charbon et on porte le mélange à une haute température dans de petits creusets. La production de ces températures élevées constitue la principale difficulté du procédé, et les fréquentes fêlures des creusets font perdre beaucoup de matière première et conduisent à un renouvellement de matériel des plus onéreux. Les pertes se trouvent notablement augmentées du fait que l’opération est conduite à une pression un peu supérieure à celle de l’atmosphère, les creusets étant fermés par un joint hydraulique. C’est ici qu’intervient le rôle de l’électricité comme agent de chauffage plus commode et plus économique que le procédé ordinaire. On sait que le courant électrique fournit un moyen excessivement élégant et pratique pour la production de températures élevées au sein même . de la masse qui doit être portée à ces hautes températures. Le procédé de fabrication des alliages d’aluminium de MM. Covvles est un exemple typique des avantages et des facilités offerts par le courant électrique à ce point de vue. L’idée est donc venue presque simultanément à M. le docteur Iteadman d’Edimbourg, et à MM. Parker et llohinson de YEleclrical Construction Corporation, d’appliquer le procédé de chauffage électrique à la fabrication du phosphore, et une installation de ce genre vient d’être terminée à Wolverhampton, après le succès d’expériences faites à Milton dans les ateliers de la Cowles Company.
- L’installation de Wolverhampton comprend trois chaudières à vapeur Babcock et Wilcox alimentant un moteur à vapeur à triple expansion, type torpilleur, de la Yarrow Shipbuilding C°. Ce moteur à vapeur actionne un alternateur Ehvell-llarker pouvant produire, à la vitesse angulaire de 500 tours par minute, suivant le couplage adopté pour les induits, soit 5000 ampères et 80 volts, soit 2500 ampères et 100 volts. L’excitatrice de cet alternateur produit 00 ampères et 250 volts, mais une partie du courant produit par cette excitatrice est utilisée à l’éclairage de l’usine.
- Le pi'océdé de fabrication est des plus simples. Il consiste à alimenter le fourneau de matières premières, mélange d’acide phosphorique et de charbon, d’une façon continue, et à recueillir et à condenser le phosphore obtenu par les moyens ordinaires. Les résidus solides de fabrication pèsent environ deux fois moins que les matières premières et peuvent être retirés à la partie inférieure du fourneau, tandis que les matières premières à traiter s’introduisent par le haut. Le procédé est donc continu et
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- peut fonctionner sans interruption pendant plusieurs jours.
- Il n’y a pas à craindre de fuites de vapeur de phosphore par des fissures ou des fêlures, car on peut donner aux parois du four toute l’épaisseur désirable, la chaleur se produisant à l’intérieur même et n’ayant pas à traverser les parois du four, qui conserve d’autant mieux sa température qu’il est plus épais.
- L’industrie de l'aluminium et celle du phosphore ne resteront pas les seules qui mettront à profit le chauffage électrique intérieur au traitement des produits chimiques par les températures élevées. X..., ingénieur.
- LA CONSOMMATION DU GAZ À PARIS
- Au vingtième Congrès de la Société technique de l'industrie du gaz en France tenu à Paris du 16 au 18 juin dernier, le président du Congrès, M. Salanson a produit quelques chiffres intérossantwmr les progrès de la consommation du gaz pendant tes dix dernières années.
- En 1880, la consommation de gaz à Paris était de 244 000 000 de mètres cubes distribués à 148 514 abonnés représentant une consommation moyenne de 1642 mètres cubes par abonné. En 1890, la consommation s’est élevée à 508 000 000 de mètres cubes, et le nombre d’abonnés à 255010, mais la consommation par abonné s’est abaissée à 1522 mètres cubes. L’accroisse ment de consommation a atteint 26,2 pour 100, le nombre des abonnés s’est accru de 56,8 pour 100, et cependant la consommation moyenne, par abonné, a diminué de 19,5 pour 100. M. Salanson explique cette différence par le fait que, au fur et à mesure de l’augmentation du nombre des abonnés, on s’adresse à des catégories dont les besoins sont relativement moindres. Cette cause est certaine, mais elle n’est pas la seule qui produise l’état de choses signalé par les chiffres statistiques. L’électricité a fait perdre au gaz à Paris un grand nombre de gros consommateurs : cafés, théâtres, hôtels, restaurants, grands magasins, grandes industries, etc; ces pertes incontestables ont contribué à réduire dans une grande mesure le chiffre représentant la consommation par abonné. 11 n’est pas sans intérêt de faire remarquer, à ce propos, que M. Salanson a donné dans son rapport quelques chiffres venant à l’appui de cette explication. En trois années, de 1888 à la fin de 1890, le nombre de lampes à arc installées à Paris est passé de 2700 à 6500, et celui des lampes à incandescence de 57 000 à 100 000. L’accroissement, en trois années, est de 140 à 170 pour 100, tandis qu’il n’est que de 62 pour 100 pour le gaz en dix (ms. Et encore, croyons-nous les chiffres donnés par M. Salanson pour l’année 1890 inférieurs à la réalité, en ce sens qu’ils doivent, si nous sommes bien informé, ne représenter que les lampes électriques alimentées par des stations centrales.
- Si on considère la France entière, la consommation de pétrole est passée en dix ans de 58 950 tonnes en 1880 ;i 84101 tonnes en 1890. Cet accroissement ne représente que 47 pour 100, tandis que l’accroissement de consommation du gaz pour la France entière, pendant la même période, atteint 62 pour 100. Les droits élevés qui grèvent le précieux combustible liquide suffisent pour justifier ce faible accroissement relatif de consommation. Il est encore impossible de donner des chiffres portant sur la même période concernant l’éclairage électrique, car en 1880, il y avait zéro lampe à incandescence, et un nombre infime de lampes à arc desservies par des installations privées de peu d’importance. E. II.
- ARCHIPEL DES COMORES
- Au commencement du mois de mai, on a pu lire dans les journaux qu’une partie des îles composant l’archipel des Comores avaient été bombardées par une flotte française. En général, la presse a été trop sobre de renseignements sur les faits qui nous ont déterminés à intervenir dans le règlement des affaires intérieures d'un pays qui est sous notre protectorat depuis 1886.
- Cet archipel, qui est placé à mi-distance entre Madagascar et la côte africaine, à l’entrée septentrionale du canal de Mozambique, comprend quatre îles et quelques îlots assez distants les uns des autres qui sont compris entre 11° 20' et 15° 5' de latitude sud et 40° 50' et 45° 10' de longitude est. Il a une importance stratégique assez considérable.
- L’archipel des Comores est composé des îles de Mayotte, colonie française depuis 1845, d’Anjouan, de Mohéli et de Comore.
- La population actuelle est terriblement mêlée, elle offre, disent les Notices coloniales qui ont été publiées par le Ministère des colonies au moment de l’Exposition de 1889, toutes les transitions du sémite pur au Malgache et au Bantou.
- De formation volcanique, ces îles s’élèvent assez haut au-dessus de la mer, et le Kartal ou Caratala, volcan en activité de la grande Comore qu’on désigne aussi sous le nom de « Marmite de feu », possède un assez beau cratère qui n’a pas moins de 2 kilomètres de tour. Si le centre des îles est formé de laves, elles sont parfois, et c’est le cas tout spécialement pour Mayotte, entourées d’une ceinture de récifs madréporiques interrompue par des passes qui permettent aux navires de se mettre à l’abri des grandes vagues du large, tandis que dans les autres îles le stratum de corail est aujourd’hui soudé au rivage dont il fait partie intégrante. La moyenne de la température n’est pas excessive et ce n’est que pendant la saison des pluies et des chaleurs qu’on voit le thermomètre dépasser 29° et monter à 55°; les pluies sont généralement abondantes.
- En grande partie composé de basalte presque entièrement décomposé par l’action alternative des pluies et de la chaleur, le sol des Comores est excessivement fertile. On y trouve encore trace des forêts qui devaient les recouvrir presque entièrement avant l’arrivée des premiers colons venus de l’Yémen. La végétation, tout en ayant conservé une certaine originalité, s’est singulièrement modifiée par l’apport de graines importées par les oiseaux, les courants maritimes ou les hommes. Les courants ont, de tout temps, été des facteurs très importants dans les modifications apportées dans les flores du littoral ; personne n’a oublié combien d’arbustes et de végétaux qu’ils ne connaissaient pas avaient frappé les habitants des îles Açores, qui en avaient conclu à l’existence d’ilcs situées au milieu de l’Océan.
- Bien que nous n’ayons pas entendu dire qu’on ait jamais trouvé dans les Comores des œufs fossiles
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- d’épiornis, la faune présente une analogie frappante avec celle de Madagascar.
- Après ces rapides détails qui s’appliquent à l’archipel tout entier, nous dirons quelques mots de chacune des îles qui le composent. — Anjouan, ou Io-hanna, qui est la plus fertile parce qu’elle est la plus arrosée, peut avoir 40 kilomètres de longueur sur 50 de largeur. Ses belles plaines, que dominent des collines boisées hautes de 1000 à 1500 mètres, sont surtout plantées de cannes à sucre. Elle a reçu, au commencement du siècle dernier, un certain nombre de déportés français à la suite du complot de la Machine infernale. Rossignol et tout un convoi de républicains, qui n’avaient d’autre tort que d’ètrc redoutés de Bonaparte pour leur énergie, y furent déposés par le capitaine de frégate Guyesse et ne tardèrent pas à y mourir ou succombèrent en essayant de s’échapper. La ville la plus importante de cette île, qui peut contenir 12000 habitants,
- Mosamoudou, est entourée de murailles de pierre épaulées de place en place par des tours carrées ; elle est située au bord de la mer et sert de relâche aux navires allant dans l’Inde ; c’est la résidence du roi. Pomoni est un autre petit port sans grande importance.
- Mohéli est la plus petite, et par conséquent la moins peuplée, mais ce n’est pas la moins fertile, car, parmi les cultures que citent les Notices coloniales, il faut citer les palmiers, les manguiers, les baobabs, les caféiers, la canne à sucre, le girolle et la vanille et d’importants pâturages. Cet ouvrage ajoute que les principaux domaines appartiennent à des colons anglais et que la résidence du sultan est môme enclavée dans une de leurs plantations. Fom-boni, petite ville enclose de murailles de galets, aux ruelles étroites et sombres, est la capitale de l’ile. Elle passe pour la ville la plus propre de l’archipel.
- Quant à la grande Comore ou Angazyza, dont la population est de 20 000 âmes, elle n’a pas de ruisseaux coulant à fleur de terre, toutes les eaux étant absorbées par un sol extrêmement poreux; elle est moins connue que ses sœurs parce qu’elle n’a pas, comme elles, des ports qui permettent un mouvement cmmercial un peu considérable. La ville principale
- porte le nom de Moroni ; c’est la résidence du principal sultan. On cite encore Istanda, Mouchamouli et un certain nombre de gros villages aux maisons de pierre et entourés de murailles.
- Si nous avons dit qu’Anjouan comptait trois propriétés sucrières sur lesquelles des Anglais ou des Américains avaient fondé d’importantes usines, c’est (pie les prétentions de ces étrangers qui, grâce a leur fortune, étaient plus maîtres à Anjouan que le sultan Abdallah, décidèrent ce dernier à nous demander aide et protection. La population tout entière se soumit sans hésitation au nouvel ordre de choses et nous nommâmes à Anjouan un résident sous l’autorité du gouverneur de Mayotte.
- Mais le sultan était vieux, des influences contraires à la nôtre s’agitaient si bien, qu’en 1890 des difficultés assez graves surgirent entre l’entourage d’Abdallah et notre résident qui, à la suite de troubles très sérieux, fut obligé de rallier Mayotte. Une tentative avait été faite vainement auprès d’Abdallah lorsque celui-ci, qui avait plus de quatre-vingts ans, mourut au commencement de 1891.
- Le frère du sultan défun t, Saïd Osmann, aidé par un sujet anglais, nommé Esson, se lit proclamer sultan, tandis que le fils d’Abdallah, appelé Salim, tâchait de s’emparer du pouvoir. Saïd Osmann, à la tête de bandes armées, dévasta l’île d’Anjouan, ravagea les propriétés de Salim et parvint même à s’emparer de ce dernier qu’il força de signer une renonciation au trône.
- Telles étaient les choses lorsque le gouverneur de Mayotte revint de France avec de pleins pouvoirs. On espérait que la vue de nos bâtiments aurait décidé Saïd Osmann à la soumission; il n’en lut rien et nous avons dù, après avoir bombardé Mosamoudou, Bambao et Pomoni, débarquer des soldats pris à Üiégo-Süarez qui, après différentes rencontres dans lesquelles ils ne perdirent pas un homme, rétablirent l’ordre et la tranquillité. Saïd Omar, notre protégé, est donc aujourd’hui reconnu sultan d’Anjouan et notre résident a repris sa .place auprès de lui. Tout est bien qui finit bien. Gamuei. Marcel.
- Xfin/tuJiroutje
- G°5 COMORE
- (ANGAZlïA. AfNGAOlOtA)
- MOHELI
- (MOAL!)
- /*f* cUir ZZar Chtxtx.il .
- C^Fl'dcl'Chièst:
- QUE
- i ajta- fïaA'caüx
- Echelle
- Carte de l’archipel des Comores.
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- LE CRYOGÈNE DE M. CÀILLETET
- La production des températures élevées a fourni aux chimistes, aux physiciens et aux industriels des ressources très importantes, qui ont contribué à la fabrication de produits utiles ou à l'exécution d’expériences instructives ; la production du froid ou des basses températures n’offre pas moins d’intérêt que celle de la chaleur. Un appareil permettant de produire facilement un froid intense peut être considéré comme un instrument des plus utiles dans les laboratoires et dans l’industrie. C’est un appareil de ce genre que M. L. Cailletet, le savant académicien dont nos lecteurs connaissent tous les beaux travaux, a récemment imaginé sous le nom cryogène.
- Nous rappellerons ici quelles ont été les principales méthodes usitées pour obtenir de basses tem-pératures. Les plus anciennes consistent dans l’emploi de mélanges réfrigérants, glace pilée et sel marin, sulfate de soude et acide chlorhydrique, nitrate d’ammoniaque et eau, etc. Depuis, on s’est servi, pour produire le froid, de l’évaporation de gaz liquéfiés ou substances volatiles tels que l’ammoniaque liquide, l'acide sulfureux liquide, le chlorure de méthyle; l’éthylène et le formène liquides ont été utilisés pour la liquéfaction de l’oxygène et de l’air.
- M. Cailletet se sert, dans son nouvel appareil, de l’acide carbonique liquide tel qu’on le fabrique aujourd’hui industriellement1; le savant physicien, dans son cryogène, obtient rapidement une basse température par la détente du gaz liquéfié.
- L’appareil, que nous représentons ci-dessus tel qu’il est construit par M. Ducretet, se compose de deux vases concentriques en cuivre nickelé, laissant entre eux un intervalle annulaire de quelques centimètres. Un serpentin, également en cuivre, est placé dans le vase intérieur. Il a environ 4 mètres de longueur et 15 millimètres de diamètre. Il porte, à son entrée, un robinet, et, à sa sortie, il aboutit dans l’espace annulaire compris entre les deux vases.
- Quand on veut opérer, on remplit le vase inté-
- 1 Voy. n» 937, du 16 mai 1891, p. 575.
- rieur d’alcool (o litres environ) qui servira de bain réfrigérant pour les expériences à faire, puis on met le serpentin en communication avec une bouteille d’acide carbonique liquide que l’on voit représentée à gauche de la figure. Le robinet de cette bouteille étant largement ouvert, le liquide arrive jusqu’au robinet du serpentin qu’on ouvre légèrement. La vaporisation et la détente de l’acide carbonique amènent sa congélation en neige. Les flocons, arrivant au contact des parois du serpentin, repassent rapidement à l’état gazeux en produisant un froid énergique. Dans l’espace annulaire sont placés des fragments d’éponge imprégnés d’alcool. La neige, qui aurait pu traverser le serpentin sans se vaporiser, se dissout dans cet alcool et la réfrigération qui en résulte complète l’abaissement de la température.
- Tout l’appareil est placé dans une boîte capitonnée et munie d’un couvercle également garni de
- laine pour le protéger contre le rayonnement. Plusieurs orifices, ménagés dans ce couvercle, laissent passer l’agitateur, les thermomètres, etc.
- Ce cryogène peut donner, en peu de temps, un froid de — 70° degrés environ.
- Quand la circulation du gaz acide carbonique est arrêtée, l’appareil, entouré de ses enveloppes protectrices, ne se réchauffé qu’avec une très grande lenteur. Dans une expérience exécutée avec tous les soins nécessaires, on a observé qu’au bout de neuf heures la température de l’alcool n’était remontée que de — 70° à — 22°. On comprend alors qu’en injectant de temps en temps une très petite quantité d’acide carbonique liquide, on arrive à maintenir indéfiniment une température sensiblement constante et très basse.
- Dans plusieurs expériences, on a trouvé que, pour amener l’appareil avec ses trois litres d’alcool à — 70°, il suffit de dépenser 2 kilogrammes à 2ks,5 environ d’acide carbonique liquide.
- Le cryogène de M. Cailletet, dont nous donnons ici la description, d’après la communication qui a été faite de l’appareil à la Société française de Physique, peut être considéré comme réalisant, pour le froid, ce que le fourneau h gaz de laboratoire est pour la chaleur. Il est certainement appelé à rendre des services importants. G. T.
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- DE CHEMINS DE FER
- Pour rassurer ceux qui ne manquent pas de s’inquiéter outre mesure au sujet de l’accident de la Birse, et qui se demandent quelle confiance on peut avoir dans les grands ouvrages métalliques qui ont à peu près généralement remplacé les ponts en maçonnerie sur les lignes de chemins de fer, nous allons fournir par le menu le détail des épreuves aussi rassurantes que variées que l’on fait subir en France aux ponts métalliques supportant des voies ferrées avant de les livrer à la circulation.
- Ces épreuves sont de deux espèces, l’une par chargement de poids mort, l’autre par chargement de poids roulant. En premier lieu chaque mètre linéaire de simple voie est chargé d’un poids de .">000 kilogrammes pour les travées d’une ouverture de 20 mètres et au-dessous, et de 4000 kilogrammes pour celles d’une ouverture supérieure à 20 mètres, avec un minimum de 100 tonnes pour ce dernier cas; cette charge doit rester huit heures sur les travées, et ne peut en être enlevée que deux heures après que la flèche prise par les poutres a cessé de croître. Quand le pont a plusieurs travées indépendantes, on charge d’abord chacune isolément; quand elles sont solidaires, on en charge deux simultanément. De même dans les ponts portant plusieurs voies, quand ces voies sont solidaires, on charge les voies isolément puis simultanément.
- Vient ensuite l’épreuve par poids roulant, qui se subdivise elle-même en deux séries. Dans la première série, on fait passer sur chaque voie un train composé d’une machine pesant avec son tender 72 tonnes au moins, et de wagons pesant avec leur chargement 15 tonnes, en nombre suffisant pour couvrir au moins une travée entière; ce train marche successivement avec une vitesse de 25 kilomètres à l’heure au moins.
- Vient enfin la dernière épreuve. On fait passer un train comprenant deux machines, pesant chacune au moins 55 tonnes avec son tender, et des wagons dont le poids est établi comme dans les trains ordinaires de voyageurs et en nombre suffisant pour couvrir au moins une travée tout entière ; ce train passe successivement avec une vitesse de 55, puis près de 50 kilomètres à l’heure. Pour les ponts à double voie, ces épreuves par travées ont lieu d’abord sur chaque voie isolée, puis simultanément sur les deux voies en faisant marcher les deux trains d’abord parallèlement dans le même sens, ensuite en sens opposé, de manière à ce qu’ils se croisent sur le milieu des travées ; et cela pour répondre aux cas les plus dangereux qui puissent se présenter dans la pratique.
- On comprend qu’après tout cela nos ponts soient suffisamment épi'ouvés pour offrir une véritable sécurité.
- Daniel Bellet.
- LA PHOTOGRAPHIE SUR FOND NOIR
- SANS FOND NOIR
- Il y a déjà fort longtemps que les lecteurs de La Nature ont appris à connaître, par la plume autorisée de M. Albert Londe, toujours à l’aflut des nouveautés photographiques1, les effets variés que l’on
- peut obtenir au point de vue, soit artistique, soit simplement amusant, par l’emploi du fond noir dit fond russe. Mais plus d’un amateur assurément se sera heurté, depuis surtout que la mode s’est mise au portrait-buste dégradé sur noir, à la difficulté de réaliser, en dehors d’une installation spéciale, la perfection nécessaire des fonds ou des écrans. Aussi saura-t-on gré, sans doute, à celui qui fut ici même l’un des premiers vulgarisateurs de l’éclair magné-sique1, de signaler un procédé à la portée de tout le monde pour exécuter, sans accessoires compliqués, par un simple emploi judicieux de la lumière artificielle, les combinaisons les plus extraordinaires que l’imagination puisse suggérer.
- Et d’abord, quoi de plus noir — M. de La Palisse aurait trouvé cela — qu’une fenêtre ouverte la nuit, sur l’obscurité? L’éclair magnésique permet de faire, au devant, n’importe quelle pose, et le noir du fond rivalisera certainement avec celui des premiers ateliers photographiques du boulevard.
- Moyen |>eu pratique, dira-t-on, par un temps à rhumes de cerveau ! Fermons donc la fenêtre, sans insister, et ouvrons... la porte : on a bien toujours, même en l’hiver 1891, une porte à ouvrir chez soi. Un peu en arrière de l’embrasure, posons le modèle face à l’appareil, puis faisons partir l’éclair par côté, comme il sied (un peu plus même, au besoin, qu’il ne siérait) pour l’effet artistique : une grande ombre, celle du portant, se projetant en arrière du modèle, nous fournira le fond noir voulu : noir, dis-je, quelle que soit la couleur réelle dudit fond et quels que soient même les luminaires brillant dans l’une ou l’autre pièce; noir, e’est-'a-dire inaetinique pour le gélatino-bromure, alors même que visible pour nos yeux.
- Car c’est un préjugé contre lequel je ne saurais trop protester : il est inutile, même pour opérer sur noir, de se condamner à opérer dans le noir ; l’éclair magnésique seul compte au point de vue ac-tinique et toute la lumière fournie par les bougies ou lampes 'a pétrole ou à gaz ou même à incandescence qui peuvent exister dans une pièce, demanderait, pour donner des ob jets ambiants une impression tant soit peu sensible sur une plaque photographique, une durée de pose tellement considérable, une si grande fraction d’heure, qu’elle peut être absolument négligée pendant les plus longues ouvertures d’objectif du genre d’opération dont nous allons nous occuper. Même lorsque se trouvent directement dans le champ une ou plusieurs de ces sources de lumière, dont nous nous contentons pour l’éclairage domestique, mais qui, pour blanches qu’elles nous parais* sent, n’en sont pas moins réellement jaunes ou rouges et très peu riches en rayons violets, qu’arrive-t-il ? C’est qu’elles posent simplement avec leur entourage, dont l’image est si peu voilée, même pour les objets les plus rapprochés, que c’est tout au plus si l’on en trouve la trace là où ces objets, par quel-
- 1 Voy. n° 740, du 6 août 1887, t. XXIX, p. -151.
- * Voy. n» 828, du 15 avril 1889, t. XXXII, p. 305.
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- que surface polie, ont fait fonction de réflecteurs et non de simples diffuseurs. Quant à l’image de la flamme, elle sera parfaitement nette, avec tous ses détails : au pis aller, si la pose a été d’une longueur exagérée, la trouvera-t-on entourée sur le cliché de cette sorte de couronne à distance en forme d’auréole ou de halo, qui est uniquement due à l’action réfléchissante du verre employé comme support1 et qui n’a rien de commun avec ce que l’on appelle le voile, non plus que cet autre accident qui se produit pour une pose encore plus prolongée et qui consiste dans le renversement de l’image, devenue positive sur le cliché2.
- Donc, inutile, — je le répète avec insistance, a cause même de la croyance contraire de tant de praticiens, — inutile de faire la nuit pour la photographie de nuit et de se croire obligé, par exemple, à représenter un salon sans lustre, un dîner sans flambeaux3. Et, pour en revenir à ce qui nous occupe, laissant tranquillement tout allumé, inquiétons-nous seulement que notre fond d’ombre ne reçoive pas, de seconde main, une trop grande quantité de rayons magnésiques diffusés par la partie de la pièce où nous ne pouvons empêcher de pénétrer tout au moins le reflet de l’éclair.
- Pour cela l’utilisation du battant de la porte, ouvert sur le côté du modèle opposé à l’éclair, aura le double -avantage d’arrêter au passage la plus grosse portion des rayons qui tendent a se jeter dans la pièce noire et de les renvoyer sur le côté de la figure qui, sans cela, risquerait d’être trop durement ombré. On peut même en plaçant géométriquement modèle et lumière en ligne droite avec les bords du portant fixe et du battant ouvert, faire qu’aucun rayon direct ne puisse pénétrer dans la chambre. Le noir en sera dès lors certainement comparable à celui qu’emploie pour ses remarquables études pho-tochronographiques de la locomotion le professeur Marey4, c’est-à-dire au plus parfait qu’on ait réalisé jusqu’à présent.
- Et puisque nous voici, sans peine et sans frais, possesseurs d’un fond idéal, il ne reste plus qu’à l’utiliser pour en tirer tout ce qu’il peut donner.
- Voulez-vous, pour commencer, tenter un de ces simples dégradés noirs qui font si bien ressortir la toi-
- 1 Voy. l’étude que j’ai publiée à ce sujet dans le Moniteur de la photographie, t. XXIX, p. 115, n° du 1er août 1890.
- 3 Voy. n° 812, du 22 décembre 1888, t. XXXII, p. 58.
- 3 L’auréole, si l’on opère avec plaques de verre, s’évite d’ailleurs, même avec les objectifs les plus rapides, en ne prolongeant pas l’ouverture plus d’une minute. Quant à l’éclair, il faut évidemment tâcher, lorsqu’on le fait partir en avant de l’appareil, de ne pas le laisser paraître dans le cbamp ; mais lors même que cela arriverait, soit qu’on n’ait pas convenablement vérifié avec une bougie si son image tombait bien en dehors du verre dépoli, soit que les écrans derrière lesquels on s’est abrité aient été insuffisants, il n’y aurait pas forcément voile pour cela, mais seulement, autour de l’image extrêmement intense du nuage lumineux, de 50 centimètres au moins, qui constitue la flamme magnésique, la zone d’irradiation de l’auréole, puis la dégradation brusque des éclairements exagérés correspondant à la réalité très objective des choses.
- 4 Voy. les précédentes années de La Nature.
- Jette claire ? Il vous suffira, après avoir fait la pose comme indiqué ci-dessus, d’opérer suivant la méthode classique, en mettant dans l’intérieur de votre chambre noire une cache percée d’un trou qui ne laisse passer de l’image que la partie que vous voulez laisser arriver à la glace.
- L’opération vous paraît-elle un peu délicate, et le réglage fastidieux à la lumière des bougies ? Ou bien votre appareil se refuse-t-il à l’introduction d’une cache? Voici comment il vous sera possible, que dis-je? facile, d’opérer toujours. Prenez une étoffe sombre quelconque et, la jetant sur le dos de deux chaises mises, un peu écartées, au devant du modèle, réglez la courbure du pli retombant, de manière à masquer le modèle jusqu’aux épaules pour votre œil placé contre l’objectif — c’est-à-dire pour l’objectif lui-même. Puis enfin, faites partir l’éclair en avant1 de cet écran, de telle façon que la face vue de l’appareil, ne recevant aucun rayon direct, reste noire pour l’objectif : vous obtiendrez ainsi, sur votre plaque, un buste entièrement détaché sur fond sombre, et dégradé vers le bas, où le bord du vélum ayant formé cache noire, sera venu d’autant plus flou qu’il aura été plus mal au point, c’est-à-dire plus rapproché de l’appareil.
- Est-il besoin d’ajouter qu’en inversant le procédé, c’est-à-dire en remplaçant le noir par du blanc, l’ombre par la lumière et la draperie par un drap (ou mieux, à cause des plis, par un carton échan-cré), l’on peut arriver à obtenir directement sur cliché le dégradé blanc ordinaire, qui demande tant de soins pour être obtenu au tirage, épreuve par épreuve? Aussi est-il à parier que, mis en goût par une facile réussite, vous ne voudrez pas vous en tenir là et que l'envie vous prendra, comme à votre serviteur, d’appliquer la méthode à la réalisation de quelques-unes de ces amusettes si tentantes qui ont été signalées à maintes reprises dans ce journal.
- Voici, par exemple, le charmant photo-buste de M. Gravet2. A qui n’est-il arrivé de se buter, après le travail du cliché, à la trop sensible différence des noirs du silhouettage et des draperies accessoires? Or, déjà par l’emploi de notre fond, le risque serait fort atténué; mais, pour réussir presque à coup sûr, il n’y a qu’à s’y prendre de la manière suivante : une première pose sur fond d’ombre est faite avec le piédestal seul, dont on a soin de repérer exactement la position sur la glaee dépolie. Puis une seconde pose du modèle en buste dégradé sur noir, réglée de manière que le flou du buste vienne sur le châssis dépoli se perdre en haut du piédestal : opéra-
- 1 C’est le cas de répéter ici qu’il n’y a aucun inconvénient — au contraire — malgré les prescriptions de certains prospectus qui ne semblent rédigés que pour des ignorants ou des maladroits, à faire partir l’éclair magnésique en avant de l’appareil, à la seule condition de se tenir soigneusement, en hauteur et largeur, en dehors du cône de champ de l’objectif, ou de s’abriter derrière des écrans suffisamment étendus pour masquer tout l’éclair, si l’on veut ou ne peut faire autrement que de rester dans le champ.
- * Voy. n° 791, du 28 juillet 1888, t. XXXI, p. 144.
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- tion qui se réduit à un simple contrôle si l’on profite de ce fait que rien n’empêche de laisser, cette fois, le piédestal en place en avant du modèle, puisqu’il doit en définitive être masqué par le vélum.
- Sur le cliché, on trouvera l’image de ce piédestal séparée du buste par une zone dégradée dont il suffira, par une grosse retouche, d’arrêter et accentuer quelques traits, pour obtenir un résultat qui aura supprimé non seulement les aléa du silhouettage, mais encore et surtout ses duretés et ses invraisemblances dans les parties découpées du buste vivant.
- Et remarquez qu’il nous eût été parfaitement licite, lors de la première pose, celle du piédestal, de prendre, en même temps, autour de celui-ci, un groupe quelconque de personnes ou d’objets garnissant toutes les parties du champ noir qu’il n’était point nécessaire de réserver pour le buste lui-même. Et alors, au lieu de l’effet de buste solitaire un peu conventionnel et déj'a vulgarisé, dont le truc est facile à deviner, l’on obtient des tableaux de famille très intrigants par la présence, en seconde édition vivante, de la personne tout entière, de pied en cap, dont une fraction statufiée attire d’abord tous les regards.
- Le système des doubles poses, ainsi compris, peut d’ailleurs, avec une petite complication nouvelle, nous conduire à des applications autrement originales sans être beaucoup plus difficiles, en combinant des changements de distance de l’appareil entre chacune des opérations.
- Supposons, par exemple, qu’ayant approché l’objectif assez près du modèle pour que la mise au point fît tomber en dehors de la plaque le cadre de la porte ou fenêtre dont l’ouverture nous sert de fond noir, nous ayons pris l’image d’une grosse tête dont le cou, coupé par le dégradé, occupe sur châssis dépoli une position marquée à l’avance avec des morceaux de papier gommé. Rien ne nous empêche de reculer ensuite notre appareil jusqu’à la distance maxima où l’image réduite n° 2 de la porte viendrait enserrer sur le verre dépoli la grosse image n° 1 de la tête. Plaçons alors, en travers ou en avant de la porte, une table toute servie, avec une grande pièce de milieu disposée de manière que son rebord
- coïncide, en définitive, avec le cou du décapité : en guise de persil (mais plutôt pour assurer le repérage et supprimer le flou de la jonction des deux images, que pour l’aspect du service) garnissons l’intérieur de la coupe d’une serviette blanche chiffonnée, en bouillonné faiblement émergent : il ne nous restera plus qu’à grouper autour de ce plat d’un nouveau genre quelques convives étonnés, parmi lesquels, bien entendu, au premier rang, le possesseur de cette tête si bien montée.... et pour peu que nous ayons bien réglé les choses et évité toutes superpositions malencontreuses, nous obtiendrons un tableau de photo-auto-mégalanthropophagie, une scène de Perrault à rebours, qui ne laissera pas que de dérouter les plus habiles, s’ils ne sont au courant de l’artifice.
- Inutile, n’est-ce pas, d’indiquer toutes les variantes dont cette donnée est susceptible? l’homme à grosse tête, le chasseur à gibier gigantesque \ le Saint-Denis portant son chef.... ne seront plus qu’un jeu. Mais une difficulté se présente si l’on veut opérer à l’inverse, c’est-à-dire donner au détail principal du tableau des dimensions extrêmement réduites et non plus exagérées, représenter, par exemple, un grand homme en contemplation devant sa statuette, réduction Colas, ou un petit homme se regardant pousser, ou encore un cuisinier faisant sauter des têtes à la poêle, un jongleur jouant avec sa boule (fig. ci-dessus). (On conçoit qu’il est facile de varier les scènes.)
- Il devient alors presque impossible, en prenant du recul pour obtenir la petite image, d’éliminer du champ les objets voisins, surtout le cadre de la porte, et c’est après avoir inutilement tenté de tourner l’obstacle par tous les moyens connus, que, m’étant décidé à soumetre la question au calcul, j’ai été assez heureux pour en déduire une méthode absolument générale, renfermant la précédente comme cas particulier, et permettant de répondre avec sécurité aux données les plus fantaisistes.
- — A suivre. — Adrien Guébhard,
- Agrégé de physique des facultés de médecine
- 1 Voy. n° 826, du 50 mars 1889.
- L’auteur se photographiant en train de jongler avec sa tête. La poire du photospire est placée sous le pied droit. (Fac-similé d’une épreuve photographique.)
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- UNE TROUPE D’ANIMAUX SAUNAGES
- Une ménagerie d animaux sauvages que leur nature pousserait à s’entre-dévorer jusqu’à la survi-
- vance du plus fort, et vivant cependant en bonne intelligence et en parfaite amitié, tel est le spectacle
- Fig-. 1. — La ménagerie de M. Cari Hageiibeck, au Palais de Cristal, à Londres.
- dont sont favorisés actuellement les visiteurs du Crystal Palace, à Londres. C’est la première fois que
- des carnivores venant des climats les plus divers, des régions arctiques et des régions tropicales, sont vus
- Fig. 2. — Un exemple des exercices exécutés par les animaux de M. Cari Ilagenbeck.
- vivant, jouant et dormant ensemble. Cette collection unique se compose de douze lions, trois tigres du Bengale, deux panthères, un ours du pôle, un ours du Tliibet, et cinq chiens de sanglier. La série de
- leurs exercices est tout simplement merveilleuse, absolument nouvelle et inédite, et fait autant d’honneur aux animaux eux-mêmes qu’à leur entraîneur, M. Cari Ilagenbeck, de Hambourg. Les instincts de
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- férocité de ces animaux ont été éteints, leurs besoins de s’entre-dévorer détruits, et la nature sauvage vaincue à force d’adresse et de patience.
- Cette patience qui caractérise surtout l’œuvre de domptage entreprise par M. Hagenbeck et cette adresse toute spéciale, sont des dons de naissance, car le directeur de cette ménagerie vit au milieu des bêtes féroces dès sa plus tendre enfance ; il a étudié eurs mœurs, leurs habitudes, leurs instincts, et il a appris à les apprivoiser dans son établissement de Hambourg.
- L’apprivoisement individuel des lions et des tigres n’est pas en lui-même un fait nouveau, mais les quelques exercices fort simples exécutés jusqu’ici par ces animaux l’étaient sous la menace des coups de fouet et des coups de pistolet. Les animaux se trouvaient pour ainsi dire à l’état de révolte latente, sur le point de se manifester à chaque instant et n’avaient aucune confiance en leur dompteur, méfiance libéralement partagée, d’ailleurs. M. Hagenbeck est non seulement parvenu à éduquer les animaux, mais encore à gagner leur confiance. Le fait véritablement sans précédent est celui d’avoir réussi à faire vivre ensemble une série d’animaux sauvages si différents dans une union aussi grande que celle jd’une famille de petits chats. L’une des principales conditions nécessaires, indispensables à la réussite, est de prendre les animaux fort jeunes. Tous les lions du Crystal Palace ont été élevés dans la ménagerie même, et ont moins de dix-huit mois ; ce sont néanmoins de superbes animaux. Les autres animaux de la ménagerie ont de huit à dix-huit mois. A l’exception des chiens qui viennent de l’Allemagne du Sud, tous les animaux ont été directement importés de leur pays d’origine respectifs.
- Us ont reçu une éducation individuelle précédant l’éducation en commun. Le secret du système de dressage appliqué avec tant de succès par M. Hagenbeck est la douceur et la bonté. Les animaux ont été bien nourris et traités avec bienveillance. On les encourageait, par des caresses, à bien faire chacun des exercices et on les récompensait ensuite. S’ils reculaient, ils étaient battus, mais on les laissait tranquilles s’ils étaient manifestement paresseux ou hargneux, ne leur imposant aucun exercice par la force.
- Les aptitudes des animaux à exécuter les différents exercices sont très différentes. Certains sont désespérément stupides. Les lions sont intelligents et primesautiers, ils s’éduquent facilement. Le léopard est un sujet beaucoup moins accessible a l’éducation, les tigres sont beaucoup mieux doués sous ce rapport. L’ours du Thibet est un animal fantaisiste prenant un réel plaisir à ses exercices, et en inventant chaque jour de nouveaux, tant pour sa satisfaction personnelle que pour celle des spectateurs. Son parent des régions arctiques est, au contraire, un animal morose et hargneux, d’une intelligence médiocre et d’un mauvais caractère. Il est cependant devenu tranquille et traitable. Les chiens
- de sanglier étaient tout d’abord très désagréables : ils n’ont pu être réunis à la famille qu’après tous les autres animaux. Ces animaux qui vivent aujourd’hui en famille n’ont pas été pris au hasard, mais soigneusement choisis dans la ménagerie que M. Hagenbeck possède à Hambourg.
- C’est avec les plus grandes précautions que l’on a entrepris de faire vivre en commun des animaux si différents par leur nature, leur tempérament et leurs habitudes, sauf celle, commune a tous, de dévorer quelque chose. Arriver à les faire vivre dans une cage unique sur le pied de la fraternité était une tache incomparablement plus difficile que celle de les dresser à leurs exercices individuels. On mit d’abord leurs cages en regard à une certaine distance de façon à ce qu’ils puissent bien se voir les uns les autres, et on les laissa ainsi plusieurs jours se montrer les dents. Les cages furent ensuite rapprochées peu à peu, et l’hostilité initiale diminua au fur et à mesure que diminuait la distance qui les séparait. Peu à peu, les cages venant presque au contact, les animaux découvrirent, qu’à toutprendre, ils n’étaient pas aussi ennemis qu’ils le paraissaient tout d’abord. Un par un, ils furent successivement admis dans la même cage, jusqu’à ce que la famille, comprenant vingt-six sujets, fut complète. Trois gardiens veillèrent alors jour et nuit pour arrêter dès le début les querelles et les batailles, et protéger les plus faibles. La surveillance se continua pendant longtemps. A présent, elle est devenue inutile ; la paix n’est plus troublée depuis longtemps. Les animaux vivent toujours en commun, et ne sont isolés qu’à l’heure des repas, qu’ils prennent séparément, afin de ne pas développer en eux les instincts féroces endormis. Il est superflu de dire que les animaux sont bien nourris, qu’ils prennent régulièrement leur nourriture; celle-ci comporte du bœuf, du poulet, de la viande de cheval et du lait chaud, suivant les âges et les besoins.
- Quant aux exercices exécutés par les différents animaux, ils sont véritablement uniques et surprenants. Le lion marche sur une sphère et lui fait gravir un plan incliné. Un lion et un tigre jouent à la bascule, balancés par l’ours noir. Les tigres jouent à saute-mouton, montent à tricycle, et sautent des haies, tandis que l’ours du Thibet, à la fois clown et Blondin de la troupe, exécute un grand nombre d’exercices non moins variés que plaisants. Pour le départ qui termine le spectacle, les tigres attelés à un chariot, sur lequel est monté le roi lion portant un superbe manteau de cour et la couronne royale, font le .tour de l’arène, suivis des chiens qui remplissent les fonctions de valets de pied. Les animaux paraissent prendre le plus grand plaisir au spectacle qu’ils s’offrent ainsi à eux-mêmes.
- Tous ces exercices sont faits dans une cage en fer de douze mètres de diamètre environ. Autour de cette cage, et à l’intérieur, sont disposés deux douzaines de sièges appropriés aux habitudes des animaux qui doivent les occuper. Pendant les exercices, les
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- animaux qui ne travaillent pas s’y installent gravement et suivent avec un visible intérêt les exercices de leurs camarades. Il y a même un numéro spécial pendant lequel tous les animaux travaillent ensemble, se livrant aux ébats que leur inspirent leur fantaisie, leurs dispositions du moment ou leurs tendances naturelles. Ils donnent à ce moment le spectacle curieux d’une heureuse famille (happy family), nom sous lequel ils sont présentés au Crystal Palace, et sous lequel ils font courir tout Londres à cette époque de l’année pendant laquelle la season bat son plein.
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- L’INDUSTRIE-DES POUSSINS EN ÉGYPTE
- L’incubation artificielle, d’origine égyptienne, du reste, jouit encore dans ce pays de la même vogue qu’au temps des Pharaons. Un des établissements pour l’éclosion des œufs, décrit par le consul général des États-Unis dans un rapport adressé à son Gouvernement, consiste en un vaste bâtiment construit en briques cuites au soleil, ayant 22 mètres de long sur 18 mètres de large et 5 mètres de haut. Il contient douze salles d’incubation susceptibles de couver chacune 7500 œufs à la fois, ou 90 000 pour tout rétablissement. La saison de travail dure trois mois, mars, avril, mai, et pendant cette période, on fait trois séries d’opérations durant trois semaines chacune. On enlève les Poussins pendant la quatrième semaine de chaque période, et on remet les appareils en état pour l’incubation suivante. Cet établissement fait donc éclore 270 000 œufs par saison et en obtient 254 000 Poussins. Les pertes ne pourraient guère être réduites, car on est obligé de faire venir les œufs par grandes quantités et de localités éloignées, ce qui peut altérer leur vitalité. Ces œufs se payent 20 centimes la douzaine, alors que les 12 Poussins sortant de l’incubation valent 75 centimes. Les pertes subies par les Poussins après leur éclosion sont excessivement faibles.
- Le personnel de l’établissement se compose simplement d’un homme et d’un enfant, qui suffisent à effectuer les différentes opérations nécessaires : maintien de la température au voisinage de 56 degrés, placement des œufs, leur retournement, quatre ou cinq fois en vingt-quatre heures, et enlèvement des Poussins.
- L’Egypte ferait éclore 75 millions d’œufs par an dans des établissements analogues, qui équivaudraient environ à un million et demi de poules couveuses1. J. L.
- SOUVENIRS D’UN VOYAGE AUTOUR DU MONDE*
- SHANG-HAI ET ZI-KA-WEI
- Shang-Haï est d’un aspect agréable quand on y arrive, la rivière Wang-Pou située presque à l’embouchure du fleuve Yang-tse-Kiang est large, rappelant celles des États-Unis. Les grands navires de commerce, les barques de pêche sillonnent ses eaux et accostent aisément près des quais magnifiques construits par les Européens. La ville chinoise, cachée derrière ses anciennes murailles, reste invisible, .mais les promenades et les belles avenues des
- 1 Revue des sciences naturelles appliquées.
- * Suite. — Voy. n" 959, du 30 mai 1891, p. 401.
- concessions françaises et anglaises, charment les yeux. Partout sur les bords du Wang-Pou on ne voit que des constructions élégantes semblables à celles de Saigon ou de Bombay ; des jardins publics aux gazons verdoyants viennent se baigner dans les eaux.
- Les rues principales, le soir, sont fort animées, remplies surtout de Chinois à l’allure pittoresque; elles sont éclairées au gaz et à l’électricité. Les illuminations brillantes des lanternes multicolores restent réservées aux cafés-concerts chinois, ou maisons de thé, et aux théâtres installés dans les quartiers européens. — Est-ce bien en Chine que le touriste est descendu, n’est-ce pas plutôt dans une ville européenne en temps de grande exposition ?
- L’impression première éprouvée en visitant Shang-Haï excite la curiosité, mais cette ville construite par trois nationalités différentes, française, anglaise, américaine, séparée par des canaux et reliée par des ponts, est trop moderne pour charmer longtemps le voyageur. Un seul établissement situé dans Zi-ka-Wei, à près de 7 kilomètres de la ville, y est réellement intéressant. C’est l’œuvre des missionnaires catholiques français.
- Zi-ka-Wei est un village chinois, lieu d’origine de Zi-Kao-Lao, premier Ministre célèbre sous la dynastie des Ming qui fut converti au christianisme par le Père Ricci. Dès le quatorzième siècle, en effet, les missionnaires catholiques commencèrent à avoir une influence dans le pays; ils s’occupèrent ensuite de l’Observatoire de Pékin1, et curent aussi en vue un grand travail, celui de la carte de Chine. Malheureusement les révolutions perpétuelles et les guerres arrêtaient l’œuvre commencée.
- En 1840, le Gouvernement français, désireux de reprendre les travaux interrompus, envoya à Shang-Haï des Pères jésuites choisis parmi ceux qui pouvaient être au courant des sciences physiques et mathématiques et leur donnait un magnifique théodolite, un cercle répétiteur de Gambey et d’autres précieux instruments pour commencer les premiers travaux à l’Observatoire naissant de Zi-ka-Wei. Ces tentatives d’expériences et d’observations scientifiques étaient bien péniblement essayées par suite, des obstacles constants accumulés par le Gouvernement chinois. Mais Zi-ka-Wei, heu en quelque sorte consacré par le souvenir du grand premier Ministre converti et protégé par la France, continuait à servir aux missionnaires à la fois d’asile pour la charité et pour la science.
- L’Observatoire toujours maintenu devint bientôt un observatoire météorologique et magnétique. Il est en état de prospérité depuis Une quinzaine d’années environ. Le Père Chevalier en a aujourd’hui la direction. Construit au milieu du village, l’établissement est relié à Shang-IIaï par deux routes. La première est française et longe un canal qui constitue une troisième voie de communication, la seconde est anglaise. Actuellement une ligne téléphonique
- 1 Voy. n° 808, du 24 novembre 1888, p. 406.
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- Thermomètre
- Baromètre
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- Acimomètres* *
- relie l’Observatoire à la ville et surtout au sémaphore établi sur la concession française.
- L’établissement est installé près du canal sur un terrain relativement élevé, 5 à 4 mètres environ, au-dessus de l’ensemble de la plaine (fig. 1).
- Au nord, se trouve la grande salle des enregistreurs photographiques. Celle du centre est occupée par les enregistreurs magnétiques. Puis viennent les salles réservées au thermographe et au barographe. Le vestibule est au sud et le batiment de l’ouest est destiné à recevoir un électromètre. A 50 mètres, au sud, on entre dans l’Observatoire dont la salle de réception est ornée des portraits des Pères Ricci, Shull, Yerbicst, etc. A l’est, la bibliothèque possède le météorographe du P. Sccchi que nous avons vu à Paris pendant l’Exposition de 1867. A l’étage supérieur, côté ouest, se trouve la petite salle méridienne, puis entin, maintenus par des piliers solidement établis et partant du sol, nous voyons deux pendules astronomiques, et un cercle méridien portatif construit par Bal-hrec.
- Un chronographe, un téléphone et l’appareil qui sert à déclencher électriquement la fboule méridienne se trouvent également dans cette
- pareil à celui de Montsouris, y sont aussi installés.
- Nous avons parlé1 des observations qui sont faites à Zi-ka-Wei et qu’on peut connaître en consultant les volumes qui continuent à être publiés au sujet des bourrasques des côtes de Chine, des typhons, etc.
- Cet Observatoire
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- Fifç. 1. — Plan de Shang-IIai et de l’Observatoire de Zi-ka-Wei.
- Fig. 2. —Vue d’ensemble de l’Observatoire de Zi-ka-Wei. (D’après une photographie.)
- salle. Une tour en échafaudage haute de 30 mètres que surmonte le grand anémomètre Beckley (fig. 2). dont l’enregistrement est transmis par l’électricité en même temps qu’il se fait mécaniquement au sommet, est élevée dans le jardin. Les actinomètres et pluviomètres, le psychromètre placé sous un abri
- fait fonctionner deux services qui sont de la plus haute importance. Celui de la boule méridienne et celui des signaux.
- Du h a u t d u sémaphore élevé sur la concession française, les missionnaires donnent à tout le port l’heure de midi. La boule méridienne est amenée à midi précis au moyen d’un courant électrique lancé de l’Observatoire. Divers signaux météorologiques sont aussi annoncés : la direction et la
- force du vent a l’entrée du fleuve Yang-tse-Kiangy sont données d’après les observations faites au poste de Gutzlaff et transmises par télégramme à Zi-ka-Wei. De plus, dès qu’un typhon se trouve en un point des mers de Chine, sa présence et sa direction sont annoncées au sémaphore. Des bulletins écrits suppléent à l’insuffisance des signaux. Les stations de Wladivostock, Tien-Tsing, Foo-Chow, Amoy, Hong-Kong et Manille, enfin Tokio et Nagasaki au Japon, envoient chaque jour leurs observations télégraphiquement et un service régulier a lieu ensuite, par téléphone, entre Zi-ka-Wei et le sémaphore de Shang-Hai.
- Ces nombreux services rendus par l’Observatoire de 1 Voy. n° 319, du 12 juillet 1879, p. 82.
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- Zi-ka-Wei sont incontestables ; il serait à désirer qu’il puisse en rendre encore davantage, mais pour cela, il serait indispensable de lui donner un développement plus considérable. Le service météorologique est suffisant aujourd’hui, mais la partie astronomique est malheureusement plus qu’incomplète. Les seuls instruments qui servent encore actuellement pour les observations sont ceux que le Gouvernement français a donnés en 1840.
- L’Observatoire est placé géographiquement d’une façon particulière à cause des conditions du climat. L’incomparable pureté du ciel, et en hiver la sécheresse presque absolue de l’air, assurent le succès des travaux. L’éclat de la voie lactée est
- doublé, môme à l’œil nu, par suite de ces conditions exceptionnelles ; de plus le soleil déjà sur l’horizon sept à huit heures plus tôt qu’en Europe, permettrait de faire des observations utiles. Les études astronomiques y seraient du plus haut intérêt.
- A côté de l’Observatoire, plusieurs bâtiments importants sont destinés à l’Orphelinat des enfants trouvés. J’ai vu plus de deux cents petits garçons élevés sous la direction du P. Mariot. On les instruit suivant leur fige dans des ateliers de toutes sortes, ébénisterie, sculpture sur bois, dessin, architecture, imprimerie, charpenterie, tailleur et cordonnerie, etc. Ces enfants peuvent ainsi apprendre à Zi-ka-Wei un métier de leur choix et y rester jusqu’à
- Fig. 3. -
- Un pavillon de thé à Shang-liaï. (Dessin d’après nature de M. Albert Tissandier.)
- l’àge de vingt ans. Non loin de ces bâtiments, un autre orphelinat tenu par les sœurs et qui contient plus de cinq cents petites filles, est organisé de la môme manière.
- Auprès de l'Observatoire, également groupé dans le même ensemble, on peut visiter un curieux musée d’histoire naturelle où le P. Eudes entasse depuis vingt-huit ans les espèces les plus remarquables des animaux de la Chine.
- Après l’intéressante visite à Zi-ka-Wei, touché du cordial accueil qui m’y était fait, je songeai à parcourir la ville chinoise de Shang-Haï. Le contraste entre cette dernière et celle que les Européens ont fondée, est extraordinaire. On ne peut comprendre que 1 exemple donné par ceux-ci n’ait pu produire le moindre effet sur les Chinois. Autant les concessions
- européennes sont propres et bien tenues, autant la ville chinoise qui n’est séparée que par une vieille muraille et un fossé, est puante et sordide d’aspect dans presque toutes ses parties. Les Chinois ne cessent de venir dans les concessions européennes, ils s’y installent môme en grand nombre et jouissent, plus que tous, du soin qui y règne, des jardins bien entretenus et de Pair pur qu’on respire; malgré tout, la ville chinoise de Shang-Haï reste sale et mal tenue. Elle est bien curieuse cependant à plus d’un titre et mérite un long examen.
- Le travail y règne en maître, et comme à Canton la fourmilière chinoise y est fort active. Les petites rues pleines de mouvement offrent des aspects extraordinaires. Mais l’un des endroits le plus pittoresque est certainement celui des maisons de thé
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- où les habitants viennent par moments se reposer de leurs occupations multiples. Fatigué de la foule houleuse des petites rues, j’entrai avec mon guide dans le plus beau pavillon de thé, celui qui est construit au milieu d’un vaste bassin rempli d’une eau marécageuse (fig. a). Cette maison était pleine de monde du haut en bas; et les Chinois attablés, buvant leur thé tout en causant de leurs affaires, regardent à peine l’étranger qui vient s’asseoir auprès d’eux. Deux ponts de bois curieusement construits en zigzag relient ce pavillon au bord du bassin qui est presque entièrement entouré d’autres maisons de thé garnies d’une foule compacte. C’est le centre du quartier marchand le plus important et le plus animé de la ville.
- — à suivre. — Albert Tissandier.
- LA CONQUÊTE DU POLE NORD
- Le profond mystère qui enveloppe encore le pôle boréal et ses alentours, sur une superficie égale à près de dix fois celle de la France, continue à être l’objet de l’attention des courageux explorateurs qui, mettant à profit l’expérience acquise dans les nombreuses expéditions déjà exécutées à travers les régions arctiques 1 2, se préparent à affronter à leur tour les périls de l’océan Glacial et des terres désolées que baignent scs eaux.
- Nous avons signalé, dans La Nature3, le premier projet de voyage au pôle boréal conçu par le docteur norvégien Fritjofh Nansen, qui voulait chercher un passage au nord de l’Europe. Le vaillant explorateur a changé depuis lors le plan de son expédition : il a choisi comme la meilleure route vers le pôle celle du détroit de Behring, que notre malheureux compatriote Gustave Lambert se préparait à suivre lorsqu’il périt au combat de Buzenval, en janvier 1871. Cette voie est également celle que prit la Jeannette en 1879, mais ce petit navire fut brisé par les glaces deux ans plus tard, sous le 78e parallèle, et presque tout son équipage succomba à la faim et au froid en essayant d’atteindre le continent.
- M. Nansen, qui croit probable l’existence de la mer libre, veut y parvenir en gagnant la Polynia, que les Russes ont depuis longtemps découverte au nord de l’archipel Liakow ou de la Nouvelle-Sibérie et que de Long, l’infortuné commandant de la Jeannette, a pu entrevoir.
- L’expédition polaire organisée par le docteur Nansen, avec le concours du Gouvernement norvégien, quittera l’Europe en février prochain, sur un solide petit vapeur de 200 tonneaux, et, par le détroit de Magellan, arrivera en juin dans la mer de Behring. Le navire, dont le capitaine sera M. Sverdrup, un ancien compagnon de Nansen au Groenland, franchira aussitôt le détroit qui sépare les deux continents ; grâce à la forme particulièrement arquée de sa carène, il ne pourra être que soulevé par les glaces, et suivra le courant avec la banquise en dérive jusqu’à la Polynia. De là, il fera route au nord, pour traverser la région inexplorée du bassin polaire intérieur, où il rencontrera probablement quelques terres inconnues. En deux années environ, l’expédition pourrait parvenir ainsi
- 1 On sait que le point le plus septentrional qui ait jamais etc atteint est situé sur la côte occidentale du Groenland, par 83° Vil de latitude ; c’est le lieutenant Lookwood, de l’expédition du capitaine américain Greeley, qui y est parvenu en 1882.
- 2 Voy. le n° 857, du 2 novembre 1889, p. 558.
- au large passage qui existe dans l’Atlantique septentrional, entre le Groenland et le Spitzberg; un courant marin, reconnu dès 1827 par Parry, s’v dirige vers le sud, et c’est évidemment cette voie qu’ont suivie les épaves de la Jeannette trouvées en 1884 sur la côte méridionale du Groenland.
- Courageux jusqu’à la témérité, le jeune et vaillant chef de l’expédition est décidé,' dans le cas, peu probable toutefois, où le navire serait démoli par les glaces, à s’installer sur un iceberg avec le capitaine Sverdrup et les dix hommes d’équipage, des vivres, des embarcations et des traîneaux, puis de se laisser aller à la dérive vers le pôle et l’Atlantique, sous l’impulsion du courant. L’expédition emportera des provisions diverses pour cinq ans. Sans doute, un imprévu redoutable se dresse devant les explorateurs et les rigueurs du séjour polaire sont terribles, mais cette expédition, très habilement organisée, a néanmoins de grandes chances de réussite.
- Le docteur Nansen et ses compagnons, tous nonvégiens, semblent donc bien préparés à remplir la haute mission qu’ils vont entreprendre. Evidemment, il n’v aura pas de bénéfices pratiques à retirer d’une telle découverte, mais toutes les branches des connaissances humaines, notam ment la géographie et la météorologie, tireront grand profit de l’exploration d’aussi mystérieuses contrées. Tandis que les astronomes arrivent à observer les pôles de la planète Mars et à y distinguer la formation et la débâcle des glaces, il est du devoir des marins et des géographes, malgré les obstacles de la nature, d’arracher enfin au pôle arctique de notre globe les secrets qu’il a jusqu’ici impitoyablement défendus. Jacq :es Léotard.
- Rodolphe Kæppelin. — Nous avons appris avec douleur la mort de M. Rodolphe Kæppelin, un chimiste très distingué, membre éminent de la colonie alsacienne. M. Kæppelin était né à Colmar en 1810. 11 avait étudié spécialement la physique et la chimie et avait montré des aptitudes scientifiques telles que, de très bonne heure, il avait été nommé aide-préparateur de Laugier, de Chevreul et de Vauquelin au Muséum de Paris. Vers la fin de l’année 1828, alors qu’il n’avait que dix-neuf ans, il obtint, au concours, la chaire de physique et d’histoire naturelle au collège de Colmar et l’occupa avec une grande distinction jusqu’en 1859. A cette époque, il se retira de l’enseignement et se consacra tout entier à la direction de l’usine à gaz de sa ville natale. Pendant vingt-neuf ans, de 1842 à 1871, il fut secrétaire général, puis vice-président de la Société d’agriculture du Ilaut-Rhin et rendit ainsi les plus grands services aux agriculteurs de son département. Après la guerre, il quitta l’Alsace au prix de grands sacrifices et s’établit à Paris. Il laisse deux livres émouvants, consacrés à l’Alsace. Kæppelin était un homme de cœur et un patriote.
- CHRONIQUE
- Les monuments mégalithiques. — M. le Ministre des travaux publics a récemment adressé aux ingénieurs en chef une circulaire destinée à préserver les monuments préhistoriques contre la destruction trop souvent causée par des propriétaires ignorants. Elle signale les actes regrettables commis au préjudice des ruines antiques, des monuments mégalithiques, dolmens, menhirs, alignements de pier-
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- res, etc., qui existent dans les diverses régions de la France ou de l’Algérie. On a cité à ce sujet de singulières histoires de vandalisme. Un archéologue a rappelé un superbe dolmen dont les morceaux gisaient, il y a quelques années, dans le fossé de la route de Plouharnel à Carnac. Oui l’avait ôté de sa place, démoli et jeté là si ce n’est le constructeur de la route, qui, plutôt que de dévier de la ligne droite, avait préféré sacrifier le véritable monument? l'n autre ami des vieux monuments mentionne un propriétaire ignorant qui vendit un dolmen magnifique pour faire un tombeau dans un cimetière.
- Une invasion de puces. — La ville de Reading aux Etats-Unis (Pensylvanic), est affligée depuis quelque temps d’une invasion de puces plus terrible encore que celle qui a jeté la consternation, il y a environ deux ans, dans tout le quatier de Harlem, à New-York. On a accueilli récemment à Reading de nombreux immigrants irlandais, et on les accuse, à tort ou à raison, d’y avoir apporté les puces, qui se sont reproduites depuis par millions et rendent la vie intolérable aux habitants de la ville. Les quartiers extérieurs sont les plus éprouvés ; mais, au centre même de la cité, dans les maisons les mieux tenues tout aussi bien que dans les logements les plus pauvres, il est impossible de dormir la nuit. R n’y a pas, en un mot, une seule maison où les puces ne fourmillent par myriades. On se croirait littéralement dans une ville de pouilleux, à voir les gens, d’ailleurs les mieux mis, hommes, femmes, enfants, se gratter dans les rues et s’arrêter à chaque instant pour écraser quelque puce entre leurs pouces ou pour chasser ces insectes qui leur sautillent même sur le visage. Pour comble de malheur, tous les pharmaciens de Reading ont. déjà épuisé leurs provisions de poudres insecticides, et l’on ne sait plus que faire pour combattre cette désastreuse invasion.
- L’importation de la gutta-percha. — La gutta-perchaest une des grandes richesses du Brésil; son emploi a pris depuis de longues années une importance toujours croissante dans l'industrie européenne. La France importe, depuis 1888, les quantités suivantes de gutta-pcrcha : en 1888, 2 247 890 kilogrammes; en 1889, 2 285 499 kilogrammes, et en 1890, 2 852 105 kilogrammes. L’importation anglaise est plus considérable encore. Elle se chiffre par hundredweighls, poids équivalant à 50 kilogrammes. La quantité qui a été importée en 1888 en Angleterre a atteint 2 000 000 de kilogrammes. En 1890, cette quantité est devenue encore plus considérable. La gutla-percha, employée surtout dans la fabrication des câbles sous-marins, est, on le sait, le suc solidifié de Ylsonandra percha, arbre qui atteint une hauteur de 20 mètres et 3 mètres de circonférence. Le caoutchouc, que l’on peut extraire de différents arbres, est principalement fourni à l’Europe par les forêts amazoniennes. Pendant l’année 1890 le Brésil en a produit 16 595 821 kilogrammes.
- Aération des wagons de chemins de fer. —
- L’Indian Engincer signale un nouvel appareil destiné à envoyer de l’air frais dans l’intérieur des wagons de chemins de fer; le système a été inventé par M. George Payne, ingénieur du département des locomotives du Midland Raitway indien. L’appareil est placé sous le wagon, il tourne automatiquement et il est disposé de façon à prendre de l’air dans toutes les directions. Parmi les autres avantages qu’il possède, l’un des plus importants est celui de continuer à tourner pendant quelques minutes après l’arrêt du train.
- Fouilles en Egypte. — M. Grébaut, le célèbre égyptologue, a terminé actuellement son long voyage dans la üaute-Égvpte; il a ramené avec lui six immenses barques chargées des précieux objets provenant des fouilles de la grande nécropole de Thèbes et de celles de Derr-el-Bahari. La sépulture des prêtres d’Ammonluialivré des momies et des objets enfouis depuis plus de 5000 ans, puis une grande quantité de papyrus dont la lecture ne peut manquer de jeter quelque lumière sur cette grande civilisation. Cent soixante-deux sarcophages contenant leurs momies vont être déposés au musée de Gizeh. Ces nouvelles momies et leurs cercueils diffèrent sensiblement des objets analogues connus jusqu’à présent par la disposition des ornements et par les peintures qui sont de la plus grande fraîcheur et dans un état de conservation irréprochable.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 juin 4891. —- Présidence de 5J. Duc/iAimiE.
- Séance très courte, commencée à trois heures vingt cl finie à quatre heures. On entoure beaucoup M. Joseph Bertrand qui fait sa réapparition après un long séjour à la chambre ; il ne march* encore qu’avec le secours de deux béquilles.
- Les diatrèmes. — On sait que M. Daubrée a donné ce nom aux perforations verticales que présente l’écorce terrestre et par lesquelles se sont fait jour beaucoup de roches éruptives, les laves des volcans et les alluvions diamantifères de l’Afrique australe. L’auteur, qui s’est attaché à reproduire artificiellement ces accidents remarquables, s’attache aujourd'hui à montrer la lumière que l’expérimentation jette sur la mécanique générale du phénomène volcanique. 11 regarde les intumescences rocheuses qui constituent les grands cônes trachytiques ou an-désitiques, comme mesurant par leur hauteur l’énergie même des pressions souterraines auxquelles est due leur sortie, et il insiste sur une sorte de triage qui a reporté en des contrées diverses des groupes de volcans dont chacun est caractérisé par une hauteur commune. Ainsi les grands volcans de Quito se ressemblent entre eux par leur hauteur; les sommets trachytiques de la France (Saney, Cantal et Mézenc) atteignent sensiblement la même altitude qui est très différente de la précédente, etc.
- L'anguillule des betteraves. — Au nom de M. Johannes Chatin, M. Chauveau résume d’intéressantes observations sur le terrible Heterodera dont nos betteraves ont eu tant à souffrir durant ces dernières années. M. Chatin a constaté que l’anguillule dont il s’agit possède à toutes les périodes de sa vie, dans sa cavité prépharyngienne, un aiguillon qui change de caractère avec lage et avec le sexe de l’animal. La première larve jouit d’un aiguillon très robuste qui lui sert, au moment où elle vient de sortir de l’œuf pour s’ouvrir un chemin dans lecorcc résistante qui recouvre la racine où elle doit habiter. Plus tard, cet aiguillon devient très faible; toute sa fonction est de déchirer la pulpe très tendre de la betterave gorgée de sucs. Chez les adultes, on le voit s’atténuer dans les femelles qui deviennent globuliformes, et reprendre beaucoup de rigidité dans les mâles, lesquels sont filiformes.
- Géologie sur le terrain. — J’ai terminé dimanche dernier, la série de cette année des excursions géologiques d’un seul jour du Muséum d’histoire naturelle et dans des conditions qui paraissent assez intéressantes pour être
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- signalées. Accompagné de plus de deux cents personnes dont cent quatre-vingt-dix-sept s’étaient inscrites au laboratoire, j’ai quitté la gare du Nord à 6\35m du matin par un train spécial qui, à 10 heures et demie du matin, nous déposait à Boulogne-sur-Mer. Sept heures entières d’exploration ont permis aux excursionnistes de visiter le pied des falaises de Roulogne à Wimillc, et d’aller en chemin de fer à Marquise où l’on a visité de belles carrières dans les terrains jurassique, carbonifère et dévonien. A 7 heures et demie, notre train rapide nous ramenait à Paris où nous étions rentrés à i l heures un quart du soir. Jamais on n’avait encore réalisé un semblable voyage d’une manière aussi fructueuse et pour une aussi nombreuse audition : il y a là, au point de vue de l’enseignement géologique, un très grand progrès réalisé. Je dois des remerciements très sincères à MM. Dercnnes et Boursault, qui ont mis bénévolement au service de cette entreprise une parfaite connaissance de la région à visiter et un zèle à toute épreuve.— Comme géologie, il faut mentionner le dépôt sur le bureau d’une carte du ter-rain houiller de Commentry par M.Fayol,etdes son dages du lac d’Annecy parM. Delbec-que, ingénieur des ponts et chaussées.
- Varia.—D’après M. Signoret, l’exercice musculaire exerce sur la sécrétion rénale une influence qu’on peut exprimer en disant que l’état d’entraînement permet à l’organisme d’utiliser son azote, tandis que ce corps est véritablement « gaspillé » à l’état de repos.
- — La bouillie bordelaise a donné d’excellents résultats contre des champignons parasites de la betterave à un agriculteur dont M. Schlœsing analyse la communication. — Un autre auteur propose le sulfure de sodium contre le Bolhrytis des acridiens. — M. Brongniart annonce qu’il a en ce moment de florissantes cultures de ce dernier.
- Stanislas Meunier.
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- LA SCIENCE PRATIQUE
- REVOLVER POUR CANNES ET GUIDONS DE VÉLOCIPÈDES
- Les armes portatives offensives et défensives, telles que la canne à épée et le revolver, peuvent être fort utiles quelquefois, non seulement à Paris lorsqu’on doit traverser la nuit certains quartiers excentriques fort mal fréquentés, mais aussi sur les grandes routes lorsqu’on voyage isolément. De toutes les armes peu encombrantes, la plus commode est certainement le revolver parce qu’il offre la ressource de pouvoir par son bruit effrayer l’agresseur et appeler en même
- temps l’attention de ceux qui seraient à même de porter secours. Mais malgré les perfectionnements réalisés aujourd’hui dans la fabrication de cette arme, on hésite bien souvent à l’avoir dans sa poche. Un ingénieux constructeur mécanicien, M. A. Joubert, a eu l’idée de fabriquer un petit modèle de revolver à six coups, tirant une balle de 5 millimètres de calibre, spécialement disposé pour entrer dans une canne (fig. 1) de dimensions ordinaires de façon à en former la poignée. L’aspect extérieur ne décèle en rien la présence d’un revolver; il a même ajouté dans certains modèles (fig. 2) une sorte de poignard qui peut se visser a volonté à la suite du barillet. Cette poignée-revolver se place sur la canne au moyen d’une monture à baïonnette. Il suffit donc de faire un quart de tour à la poignée en tenant le bâton à la main pour le dégager immédiatement et dans ce
- mouvement, la gâchette vient se placer d’elle-même sous l’index. Elle se rabat complètement contre l’arme pour ne pas en gêner l’introduction dans la canne et elle se redresse automati-| quement sous
- 1 l’action d’un rcs-
- ! sort au moment
- j de la sortie; quant
- au chien, il ne prend la position indiquée sur les figures 2 et 4 que ' lorsqu’on appuie
- sur la gâchette; dans le cas contraire le chien n’est en aucune façon apparent.
- Le revolver ainsi disposé est donc très facile à loger dans une gaine relativement étroite et devient susceptible de différentes applications commodes. Une de celles qui nous paraît appelée au plus grand succès consiste à munir l’une des poignées du guidon des vélocipèdes (fig. o) de l’arme en question. L’opération est des plus simples et peut se faire rapidement sur toutes les machines soit par un ouvrier local, soit par l’inventeur lui-même auquel on envoie le guidon. Le cycliste qui cherche toujours a ne pas s’encombrer et à simplifier autant que possible son bagage se trouve avoir toujours sous la main une arme qu’il n’emporterait pas avec lui ou qui serait reléguée dans une sacoche et qui peut cependant lui rendre un grand service dans certaines circonstances. G. M.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- Fig. 1, 2, 3 et i. — Revolver pour cannes et guidons de vélocipèdes.
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- N° 945. — H JUILLET 1891.
- LA NATURE.
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- LES YEDDAS DE CEYLAN
- Fig. 1. — Groupe de Veddas de Ceylan. (D’après une photographie de l’auteur.)
- Aux derniers rangs de l’échelle des races humaines se tient une petite peuplade presque noire, réduite aujourd’hui à quelques centaines de têtes qui, dans les jungles épaisses d'une des parties les plus dépeuplées de Ceylan, sur le bord extérieur des montagnes de la province centrale, à l’est, vivent encore de l’existence primitive des premiers hommes.—Avec son air sévère, sauvage même, ses yeux brillants et toujours en mouvement comme ceux d’un animal à l’attache qui cherche à s’échapper; avec ses cheveux embroussaillés et terreux, sa barbe inculte, ses membres inférieurs frêles et mal faits, son corps courbé et repoussant d’incurie, le Vedda montre bien aujourd’hui ce que devait être l’homme des premiers âges : silencieux comme on peut penser qu’étaient nos ancêtres en plein développement de la langue, au
- 19° année. — f' semestre,.
- moment où le cerveau, dans ses premières phases d’évolution, ne fonctionnait que sous l’aiguillon des besoins matériels. Vivant depuis vingt siècles au milieu de populations relativement civilisées , avec un commerce et une industrie, une organisation sociale assez avancée, une littérature,, un sens artistique passablement développé, comment ce peuple est-il arrivé jusqu’à nous dans ce degré d’infériorité, ou est-il demeuré aussi inaccessible à l’influence de ses voisins? Mystère.
- Ainsi que bien peu de peuples de nos jours, les Veddas ne vivent pas en communauté. Chaque famille, rarement deux, habite au milieu d’une certaine étendue de jungles — terrain de chasse qu’ils ne dépassent guère — sous une hutte faite de quelques branches mal assemblées et entremêlées de larges plaques d’écorce. Mais cet abri
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- Fig. 2. — Vedda tirant de l’arc. (D’après une photographie de l’auteur.)
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- si primitif qu’il soit, si simple et si élémentaire qu’il puisse être, ne les voit encore que rarement.
- Chassant avec un arc et des flèches, les Veddas passent la majeure partie de leur existence sous bois, parmi les arbres et des broussailles, vivant de fruits sauvages et de viande de venaison.
- Quelques-uns cependant, à proximité des villages singhalais, ont appris, depuis peu, à jeter autour de la hutte des graines de kurakkar (Eleusine coraccana) qu’ils récoltent ensuite pour la réduire en farine suivant la mode singhalaise, entre deux pierres plates. La capture du gibier est le seul but de leur vie, et cependant ils n’ont pas appris à lui tendre des embûches : leur moyen le plus sûr de l’atteindre est la poursuite, longue, patiente, qu’ils pratiquent avec une persévérance inouïe ; merveilleusement aidés de leur sens d’animaux sauvages, ils se glissent comme des fauves à travers les lianes. Ils savent cependant préparer la venaison en la plongeant dans des creux d’arbres remplis de miel, abondant dans ces forêts, et fait curieux, ils ne se volent jamais entre eux ces provisions.
- Mariés de très bonne heure, ils sont monogames, et leurs mœurs ne sont en aucune façon dissolues.
- En somme, d’humeur tranquille sous son aspect sauvage, le Yedda ne se révolte que si on viole son domicile. Autour de sa hutte, enserrant le terrain déblayé au milieu duquel elle est construite, des piquets forment la limite de la propriété de chaque famille ; c’est cette limite qui est infranchissable : il tue impitoyablement l’homme, le trafiquant qui fait un pas à l’intérieur du petit domaine. Cela est arrivé une fois, me disaient les Musulmans (Moora) du dernier campement de trafiquants au nord. Ceux-ci ont seuls des relations avec eux; connaissant leurs retraites et quelques mots de leur langue, ils vont leur chercher des peaux, des cornes, du miel, de la venaison et leur apportent des verroteries, de la toile blanche, car ils n’en veulent pas de colorée, des fers de flèches et de haches, des feuilles de bétel, des noix d’arec, du tabac et de la chaux, éléments de la chique qui est tout ce que, depuis de longues années, ils ont pris de leurs voisins les Singhalais.
- . Les hommes Veddas ne sont vêtus que d’une langue de toile supportée par une corde de lianes qui entoure leurs reins. Ils y ont ajouté aujourd’hui, enroulée autour de la taille, une pièce un peu plus grande où ils conservent le bétel. Les femmes sont mieux couvertes : le pagne descend un peu plus bas et elles sont très difficiles à se montrer, car la jalousie est un des principaux défauts de leurs maris. Avec le peu d’enfants qu’ils ont, décimés lentement par les fièvres terribles des jungles, ce qui reste de cette peuplade, quelques centaines, aura bientôt disparu, et avec elle les représentants les plus directs de l’ancienne race de Ceylan. Déjà au cinquième siècle avant J.-C., suivant la légende, le conquérant indien qui arriva dans l’île, avait commencé leur extermination.
- De coutumes vraiment particulières, ils n’en ont qu’une, l’habitude de faire suivre l’enfant nouveau-né d’une flèche pendant les quinze ou vingt premiers jours de la naissance. La danse de joie, celle dont ils usent pour chasser le démon — leur seule crainte à apparence religieuse — n’a aucun caractère. C’est un échevellement bizarre de gestes désordonnés en trois temps marquant trois degrés de folie, le dernier ne pouvant mieux se comparer qu’aux débordements démoniaques de fous furieux aux accords irréguliers d’une poésie ancienne, qui parle peut-être, d’une époque de moindre « incivilisation ». Mais cette intervention du démon sous cent noms différents revient avec toute la force d’une antique croyance dans tous les actes des Singhalais et a certainement survécu à l’époque de l'envahissement de l’île.
- Ce qui est remarquable, c’est la brusquerie de leur élocution, la façon saccadée, parfois gutturale, toujours nasale, qui distingue leur manière de parler et l’accentuation forte qu’ils mettent au dernier mot de la phrase. Mais, fait unique, je crois, chez les peuples restés primitifs, les Veddas ne peuvent pas rire : le faire devant eux les exaspère et les irrite au plus haut point.
- La plupart connaissent aujourd’hui l’argent qu’ils ne refusent plus. Quand j’exigeais d’eux quelque exercice, un service quelconque, il me fallait toujours leur faire des présents pour les voir soumis : de la toile blanche, des colliers de verroterie ou des bracelets comme en portent les villageoises singha-laises sous peine de les voir s’échapper. Mais dans mes distributions pas une réclamation ne s’élevait; silencieux, en apparence indifférents, l’un après l’autre allongeait la main, et le bout de linge sale de la ceinture recélait l’objet. Un vieux Vedda, seulement, ne pouvait comprendre que je ne lui eusse donné qu’un seul bracelet, et il regardait son autre poignet d’une façon piteuse. Mais bracelets, verroteries et cotonnades, sont pour les femmes, et c'est pour le compte de la sienne que le vieil homme des bois voulait avoir la paire.
- Les remèdes sont inconnus aux Veddas. Quand ils ont un malade chez eux, ils. se réunissent et dansent pour conjurer le démon ; mais cette bruyante médecine ne doit pas peu contribuer parfois au décès du patient.
- Point d’industrie, point de chefs, point d’autres coutumes que celles citées plus haut, quittant rarement leurs solitudes humides, ne chassant que pour vivre; sans légendes, sans curiosité, sans désir d’une existence meilleure, tel est ce peuple bizarre, dernier type d’une race disparue dont les derniers représentants tomberont demain, ignorés, emportant avec eux un document du problème insoluble de l’origine et de l’évolution des races humaines1.
- Emile Deschamps,
- Chargé de missions scientifiques.
- 1 Nos gravures sont la reproduction des curieuses photographies que l’auteur a pu faire lors de son voyage d’exploration à Ceylan.
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- LA NATURE.
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- LA COMPAGNIE DES PULLMAN-CARS
- ET PULLMAN-CITY
- On sait que c’est M. Pullman qui est l’inventeur des immenses wagons de luxe qui circulent, pour ainsi dire, sur tous les chemins de fer des États-Unis, et qui sont connus sous le nom de Pullman-Car ou de Pullman-Palace; ce sont de grandes voitures où l’on trouve tout le confort nécessaire pendant les longs voyages que l’on fait aux États-Unis ; on peut d’ailleurs y voyager moyennant un supplément de prix assez faible, et ces voitures sont devenues absolument indispensables à tout Américain. Aussi M. Pullman a-t-il fondé une importante Compagnie qui peut a peine suffire aux demandes des administrations de chemins de fer.
- La Compagnie, fondée par le célèbre ingénieur, possède un capital d’émission de 200 millions. On peut dire qu’elle fournit de ses wagons à peu près 118 000 milles de voies ferrées sur le total du réseau ferré américain, qui est de 160 000 milles; rien que pendant l’année 1888, elle a fait un gain de 11000milles environ à ce point de vue. Le nombre total des employés est de 11 063 ; ces employés divers reçoivent annuellement en gages et traitements une somme qui monte à près de 30 millions de francs.
- Une ville a été fondée, qui se nomme Pullman-Cüy, autrement dit Pullman-fille, et où se trouve le centre de fabrication des cars. Malgré des craintes que l’on avait eues à ce sujet, cette ville a parfaitement réussi; elle ne fait que s’accroître tous les jours, et, pendant la seule année 1888, la population s’en était augmentée de 529 personnes ; elle atteint aujourd’hui 11 000 âmes. Travailleurs des deux sexes et enfants gagnent en moyenne 250 francs par mois. Notons que la Compagnie a créé une Banque de dépôts pour ses employés, et quelle compte déjà 1200 déposants, pour chacun desquels le montant du crédit est en moyenne de 1175 francs.
- La Compagnie Pullman a d’ailleurs des usines annexes a la fabrique de wagons Pullman proprement dits : c est ainsi qu elle confectionne des briques, des wagons ordinaires, des roues, etc. Elle fait et livre 240 wagons à marchandises par semaine, 12 wagons-salons, 3 sleeping-cars (ou wagons-lits) et un grand nombre de voitures de tramways; un certain jour, dans cette immense fabrique (qui a d’ailleurs d’autres centres secondaires de fabrication qu à Pullman-City même), on construisit jusqu’à 90 wagons à marchandises en douze heures; enfin on fabrique plus de 1000 essieux par semaine. La machine est reine dans cette immense usine, tout se fait à la machine, aussi bien les grosses pièces que les ornements, les bois découpés. L ensemble de la fabrication dispose de 8000 chevaux-vapeur, et on peut notamment voir une machine type Corliss de 2500 chevaux, un monstre de 700 tonnes et de 68 pieds de haut. Disons, en outre, que la fabrication est répartie dans un grand nombre de petits ateliers, afin d atténuer les risques d’incendie ; dans chaque atelier il y
- 3 ou 4 wagons en montage.
- Nous ajouterons enfin, pour compléter les renseignements fournis par La Nature sur la ville de Chicago, que Pullman-City, dont la fondation remonte à dix années seulement, à l’ouest du lac Calumet, possède plusieurs autres industries que la fabrication des Pullman-cars ; c’est une grande cité avec des marchés, des théâtres, des églises, s étendant sur 3500 acres; mais elle est comprise aujour-dhui dans les limites de Chicago, dont elle fait partie intégrante. .p
- LA NOUVELLE PILE A OXYDE DE CUIVRE
- DE M. DE LALANDE
- Tous les amateurs électriciens sont depuis longtemps à la recherche d’une pile puissante sous un faillie volume, d’un entretien facile, et d’une dépense modérée. Les recherches à ce sujet ont été nombreuses; La Nature a parlé des diverses piles créées et étudiées, sans jamais pouvoir citer un appareil vraiment pratique et donnant toute satisfaction. Entre tous les éléments de pile créés jusqu’à ce jour, la pile de MM. de Lalande et Chaperon à oxyde de cuivre et à potasse s’est fait remarquer par ses qualités de constance, sa puissance de débit et sa dépense relativement peu élevée. M. de Lalande vient d’apporter à cette ancienne pile déjà bien connue une série de perfectionnements qui ne peuvent encore que la faire apprécier davantage.
- Dans les premiers modèles *, le zinc était disposé horizontalement; au-dessous se trouvait une couche d’oxyde de cuivre, le tout étant baigné dans une solution de potasse. Cette disposition présentait de nombreux inconvénients : le montage et le remontage de la pile étaient de longues opérations, rendues difficiles encore par le maniement de la potasse. Le nouveau modèle de pile a des électrodes verticales, disposées convenablement sur des tiges-supports permettant de les plonger dans le liquide ou de les enlever à volonté. Dans un vase cylindrique de pile ordinaire, les électrodes sont maintenues à la partie supérieure dans la solution de potasse; le zincate de potasse, d’une densité plus élevée, tombe à la partie inférieure.
- Pour arriver à cette disposition, la difficulté était de préparer une électrode positive, ayant toutes les propriétés de l’oxyde de cuivre en grains, et pouvant se placer verticalement, en un mot, de former un aggloméré. Après une série d’essais divers, M. de Lalande a résolu le problème de la façon suivante :
- On soumet à la presse hydraulique un mélange de battitures de cuiAre et de 4 à 5 pour 100 d’argile, en ayant soin de l’humectcr d’eau ; il en résulte une masse que l’on porte dans un four à une température de 600 à 700 degrés. On obtient ainsi une plaque solide et robuste qui convient parfaitement. On arrive encore au même résultat en formant un mélange de battitures et de 6 à 8 pour 100 de goudron, et en le portant dans un four à réverbère. Par ces procédés on prépare des plaques agglomérées qui constituent les électrodes positives des piles. L’oxyde de cuivre étant peu conducteur, la dépolarisation n’a lieu au début que dans de faibles proportions. Mais au fur et à mesure que la réaction s’opère, l’oxyde de cuivre se réduit sous l’influence de l’hydrogène, et l’électrode devient plus conductrice. Pour obtenir de suite le même effet, il suffit de plonger la plaque poreuse dans un vase rempli d’eau contenant de la
- 1 Voy. n° 548, du 1®‘ décembre 1885, p. 11
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- LA NATURE.
- poudre de zinc en suspension, puis dans de l’eau acidulée. Il se forme une série de couples de pile locaux qui réduisent l’oxyde de enivre à l’état de cuivre métallique. €40 cuivre ainsi obtenu est essentiellement poreux et se réoxyde presque aussitôt : il est bon, avant de l’utiliser, de le recouvrir d’une couche continue de cuivre galvanoplastique en soumettant la plaque à un dépôt ordinaire de cuivre. Pour cette opération, M. de Lalande recommande de prendre une grande densité de courant, environ 2 à o ampères par décimètre carré. On obtient ainsi un aggloméré qui n’est plus sujet à se réoxyder, et qui possède toute la solidité désirable.
- Les agglomérés sont montés dans un support spécial formé d’une plaque de tôle de cuivre découpée dans lequel ils sont maintenus par deux ressorts L. La ligure ci-jointe donne le détail du montage des agglomérés, ainsi que les dis-positions des zincs dans la pile.
- Les lames de zinc sont portées par des lames métalliques qui aboutissent à la partie supérieure. De petits isolateurs en ébonite I maintiennent les zincs à des distances convenables des électrodes positives.
- L’ensemble des électrodes positives et négatives est retenu par un caoutchouc K, de sorte qu’il peut facilement être retiré entièrement.
- Telles sont les nouvelles dispositions que M. de Lalande a adoptées pour les trois nouveaux modèles de piles qu’il vient de construire; on peut voir dans la ligure qui accompagne ce texte le dessin du petit et du grand modèle. Nous exposerons maintenant, au point de vue électrique, les données qui les caractérisent.
- Le petit modèle contient un aggloméré de 8 centimètres de côté et pesant 150 grammes; sa résistance intérieure initiale est de 0,18 ohm, elle est de 0,59 à la fin de la décharge. Cet élément a une force électromotrice de 0,8 volt; au régime de 1,1 ampère, la différence de potentiel utile est de 0,55 volts, la puissance de 0,605 watts; il peut fournir 75 ampères-heure et 45 watts-heure. Dans le modèle moyen, l’aggloméré ail centimètres de côté, et un
- poids de 450 grammes. Les lames de zinc sont au nombre de deux et se trouvent placées de chaque côté de l’aggloméré. Au régime de 0 ampères, la différence de potentiel est de 0,6 volt, la puissance de 1,8 watts; la qu.antité d’électricité est de 500 ampères-heure, et l’énergie de 180 watts-heure. La résistance intérieure varie de 0,05 à 0,10 ohm. Le grand modèle renferme deux agglomérés et trois lames de zinc intercalées. Chaque aggloméré a Il centimètres de côté et pèse 450 grammes. Cet élément, au débit de 6 ampères, donne 0,6 volt, soit 5,6 watts, et peut fournir 600 ampères-heure et 560 watts-heure, la résistance intérieure est de 0,051 ohm à la fin de la décharge au lieu de 0,025 au commencement. Il importe également de connaître les variations d’intensité dans une même décharge. M. de Lalande a présenté à cet égard, à la séance de la Société internationale des électriciens du 5 juin, une série de courbes des plus intéressantes. Pour le petit modèle, l'intensité était de 1,18 ampère au début, de 1,1 après dix-huit heures, de 1 après quarante-huit heures, et tombait à 0,8 ampère à la fin de la décharge, après soixante-douze heures de débit. Dans le modèle moyen, l’intensité était de 5,25 ampères au début, de 5 après vingt-sept heures et tombait a 2,75 ampères environ après la soixante-douzième heure. Pour le grand modèle, l’intensité variait de 6,4 ampères au début à 6 ampères après vingt-une heures de marche, et à 5 ampères après soixante-douze heures.
- Les chiffres que nous venons de donner montrent combien est intéressante la nouvelle pile de M. de Lalande ; elle peut constituer un générateur pratique et simple d’énergie électrique, et rien n’empêcherait de la disposer à écoulement de façon à fournir une source continue d’énergie électrique. Cette disposition serait très simple, attendu que le zincate de potasse en raison de sa densité tombe à la partie inférieure du vase. J. LAFFAncut;.
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- Pile ù oxyde de cuivre aggloméré F. de Lalande. — 1. Petit modèle. — 2. Grand modèle. 3. Montage des agglomérés.
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- LA NATURE.
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- LES COLLECTIONNEURS DE TIMBRES-POSTE
- CE QUE L’ON VOIT SUR LES TIMBRES
- Fig. 1 à 26. — 1. Iles Vierges (Vierge et Balances). — 2. Nouvelle-Galles du Sud (Pièce de monnaie). — 3. Nevis (Source). — 4. Pérou (Un Lama). — 5. Shanghaï (Dragon). — 6. Pérou (Vapeur et Lama). — 7. Pérou (Deux Lamas). — 8. Pérou (Soleil levant). — 9. Hawaï (Statue). — 10. États-Unis (Indien). —11. Travancore (Conque). — 12. États-Unis (Courrier à cheval). —- 13. États-Unis (Atterrissage de G. Colomb). — 14. États-Unis (Déclaration d’indépendance). — 15. Guatemala (Quetzal). — 16. Égypte (Pyramide et Sphinx). — 17. Terre-Neuve (Phoque). — 18. Nouvelle-Galles du Sud (Carte). — 19. Australie (Cygne noir). — 20. Nouveau-Brunswick (Locomotive). — 21. Japon (Chrysanthème). — 22. Naples (Trinacrie). — 23. Brésil (Croix du Sud). — 24. Nicaragua (Paysage, monts). — 25. Samoa (Palmier). — 26. Iles Vierges (Vierge en prière).
- Nous avons donné ici même1 quelques conseils ! bumset du commerce des timbres en général; nous au collectionneur débutant au point de vue des al- désirons maintenant lui indiquer les moyens de
- j s’intéresser-à sa collection.
- Pour la plupart des collectionneurs, leurs clforts
- Voy. nM des 10 et 24 janvier 1891.
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- se bornent à posséder le plus grand nombre de timbres possible, à emplir les cases vides de leurs albums. Ce désir fort louable offre, au début, un certain intérêt, car il y a évidemment du plaisir à voir sa collection s’augmenter. Mais si, après avoir réuni entre deux à trois mille timbres, on n’a pas appris à les connaître, à les estimer individuellement, l’ardeur se calmera et on s’en lassera fatalement. C’est précisément ce que nous voulons tâcher d’éviter.
- Pour apprécier un timbre, il faut en connaître le degré de rareté qui est généralement en rapport avec son prix. Nous disons généralement, car le degré de rareté n’est pas la seule cause qui influe sur le prix ; les autres causes sont notamment : l’accaparement par des marchands et la demande qui se porte sur les timbres les plus connus. Quoi qu’il en soit, il faut connaître la valeur des timbres pour les apprécier.
- Ensuite il convient d’étudier les timbres. Tout y est intéressant. Le sujet de la gravure, la gravure elle-même, la date et le retrait de l’émission, le papier, le filigrane, la dentelure, la nuance du papier et de l’impression, l’oblitération. En plus de ceci, pour les timbres qui en vaillent la peine, il est utile de savoir la quantité de types par planche, le nombre de plaques gravées pour une même valeur, les retouches ou modifications apportées aux plaques dans le cours de leur usage, le nombre d’exemplaires tirés sur une même feuille et leur disposition et bien d’autres choses encore.
- Nous ne voulons pas dire qu’il faille approfondir toutes les questions se rattachant à la Philatélie, et notre intention n’est pas d’entrer dans des détails qui sont la spécialité des revues timbrologiques, mais nous voulons montrer que le collectionneur n’a que l’embarras du choix des sujets, pour étudier les timbres en eux-mêmes et non à s’intéresser seulement qu’à leur nombre dans une collection.
- Le premier examen d’une valeur postale devant se porter sur l’image, nous allons passer rapidement en revue les timbres dont le sujet de la gravure nous paraîtrait offrir de l’intérêt, sans tenir compte de leur valeur.
- L’ensemble des valeurs postales d’Europe frappe surtout par l’absence d’originalité dans la composition. Nous vôyons presque toujours soit la tête d’un souverain, soit les armes de sa famille, soit, enfin, le chiffre de la valeur. Les effigies, cependant, rendent assez fidèlement les traits des souverains à l’époque des émissions. C’est ainsi que nous pouvons remarquer que Léopold 1er s’est offert des moustaches entre 1850 et 1865; que la barbe de Léopold II s’est allongée depuis 1884; qu’Alphonse XII, imberbe en 1876, a des côtelettes deux années plus tard ; que Charles Ier de Roumanie est devenu barbu depuis 1871, etc. Seule la reine Victoria conserve, en 1891, les traits charmants de ses vingt-un ans de 1840, sauf toutefois divers timbres de Terre-Neuve qui la vieillissent légèrement.
- En fait d’armes, mentionnons pour mémoire la
- tête de bœuf de Moldavie et du Mecklembourg-Sehwerin ; mais pour le cachet et l’originalité peu de timbres sont comparables à ceux de l’ancien royaume des Deux-Siciles. Pour Naples ils sont soit rouge vineux ou lie-de-vin, soit bleus. Ils ont quelque chose d’attrayant difficile à expliquer. Les armes (fig. 22) sont celles des Deux-Siciles. A gauche un cheval sans frein au galop, représentant les armes de Naples; à droite une tête entourée de trois jambes recourbées semblant courir. L’imagination des Grecs avait ainsi symbolisé la configuration triangulaire de l’île1. Remplacées par l’aigle de Souabe en 1194, par les armes d’Aragon en 1282, ces armes reparaissent sur la croix de l’ordre des Deux-Siciles de 1808 à 1815. Ferdinand de Bourbon fit adopter alors les fleurs de lis de sa maison, lorsque, à la suite de la révolution de 1848, le Parlement sicilien les reprit comme symbole de l’ancienne liberté et c’est pourquoi nous les retrouvons sur les timbres. M. G. A. Topfer, dans une étude sur ce dessin2, en fait remonter l’origine aux signes anciens qui servaient à exprimer un volcan en activité, c’est-à-dire l’Etna. Cette étude assez spécieuse peut se résumer ainsi : pour représenter un volcan les anciens se servaient du signe 0°o d’où s’est formé le A grec, forme de la Sicile. En associant la hauteur A avec la profondeur V on obtient les signes ^ ou A ; plus tard l’ouverture d’un cratère fut représenté par l’œil sacré, d’où
- ^ qui est devenu la tête actuelle. Les jambes sont le résultat de modifications apportées au A-Ces armes sont communément connues sous le nom de Trinacrie, ancien nom de la Sicile.
- Les timbres de la Sicile représentent le buste de Ferdinand IL Tout en étant très simples ils ont un cachet artistique indiscutable qui les rendent captivants à l’extrême.
- Avant de terminer, citons les figures allégoriques du commerce et de l’industrie du Luxembourg qui vont bientôt disparaître pour faire place à l’effigie du grand-duc de Nassau; la tête de Mercure des timbres de la Grèce, ceux d’Espagne avec la République de face et d’autres avec la Justice assise, Hel-vétia de la Suisse et enfin la République de la France et le groupe actuel du Commerce et de la Paix.
- Passons en Afrique. L’Egypte nous montre deux de ses plus anciens monuments (fig. 16) : la pyramide de Chéops (roi d’Égypte, douzième siècle (?) avant J.-C.) et le Sphinx. Les inscriptions françaises indiquent bien l’influence de la France dans ce pays. La République d’Orange a choisi naturellement un oranger bien élagué pour illustrer ses timbres. La colonie du Cap a donné la forme triangulaire de son territoire aux premiers timbres ; cette forme attire beaucoup l’attention des jeunes collectionneurs. Les grandes vignettes de Liberia terminent l’Afrique.
- L’Amérique a la spécialité des timbres allégo-
- 1 Pour plus amples détails, voy. Timbres de Naples et de Sicile, par M. Mocns. — Bruxelles.
- 3 Echo de la Timbrologic, n° du 30 septembre 1890.
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- riques. Voyez celui de Terre-Neuve (fig. 17) avec un phoque sur un glaçon; l’allusion est tout expliquée. D’autres valeurs nous montrent tour à tour la tête d’un chien.... de Terre-Neuve, une superbe morue, un bateau de pêche, etc. ; à quand le homard ? Les gravures sont très soignées par l’American Bank Note C° des États-Unis.
- La locomotive du Nouveau-Brunswick (fig. 20) est du type américain dit brûleur de bois, ce qui se reconnaît à la forme évasée de sa cheminée. Gomme cette forme a souvent intrigué, nous allons en donner la raison. Dans les districts où le chauffage a lieu au bois ou plus particulièrement à la tourbe, on a dû entourer la cheminée droite ordinaire d’une seconde enveloppe en tôle recouverte d’une toile métallique. Les étincelles et la suie ne peuvent pas être projetées hors de la cheminée, ce qui constituerait un grand danger au point de vue des incendies surtout dans les parties boisées; en outre, le train entier serait couvert de poussières noires sans ces cheminées à cône. Les cendres et la suie sont recueillies au fond de cet entonnoir.
- Les États-Unis ont émis, en 1869, une série de timbres magnifiques. La figure 12 montre l’ancienne poste à cheval, la figure 13 l’atterrissage de Christophe Colomb en Amérique (1492) et la figure 14 la déclaration de l’Indépendance (4 juillet 1776). La figure 10 représente un chef indien.
- Le Nicaragua, très montagneux, nous offre une vue (fig. 24) de son paysage avec un bonnet phrygien sur le sommet d’un mont.
- Le Quetzal, sur une colonne de l’ordre ionique du timbre de Guatemala (fig. 15) est l'oiseau sacré des indigènes. Ce timbre, très bien gravé, est tiré en deux couleurs.
- Les îles Vierges (groupe d’îles des Petites-Antilles, à la Grande-Bretagne) nous montre la Vierge les mains croisées comme en prière (fig. 26), mais une autre valeur nous la représente la jupe au vent dessinant toute une jambe jusqu’à la taille, un rameau dans la main gauche et entourée de douze plateaux de balances dont un tenu par la main droite (fig. 1). Nous espérons que l’artiste a voulu montrer que la Vierge était aussi un des douze signes du Zodiaque, autrement ce serait quite shocking.
- Le timbre de Nevis (fig. 3) (autre île anglaise des Petites-Antilles) est un véritable petit tableau. Une pauvre femme affaissée est secourue par une jeune fille agenouillée auprès d’elle, pendant qu’une troisième femme verse dans un bol de l’eau d’une source qui coule du flanc d’une éminence et qu’elle vient de recueillir dans un cruchon. Cette source est devenue célèbre, paraît-il, pour ses propriétés médicinales.
- Dans le 50 centavos du Pérou (fig. 8) nous assistons au lever du soleil derrière les Andes. L’unité monétaire étant le sol, c’est-à-dire le soleil, nous présumons que l’artiste, en cachant une partie du soleil, a voulu montrer que la valeur du timbre n’est que d’un demi-sol, d’autant plus que le timbre d’un
- sol nous montre le soleil en entier dans tout son éclat.
- Le lama, ruminant spécial au Pérou, faisant partie des armes, ne pouvait pas manquer de figurer sur un timbre ; il est tout seul sur celui de Lima (fig. 4), en société au bord d’un ravin sur une autre valeur (fig. 7) ou dans un écusson au-dessous d’un steamer en pleine mer dans les timbres-taxe (fig. 6).
- La croix du Sud est figurée dans le timbre du Brésil (fig. 23).
- En Asie, le timbre de Shanghaï (fig. 5) porte le dragon impérial de Chine. Le dragon est impérial lorsqu’il possède cinq griffes à chaque patte. Mme Judith Mendès donne cette légende bien poétique sur le dragon L
- « Nul n’ignore que si l’ombre d’un homme prend la forme d’un dragon qui suit humblement les pas de son maître, cet homme tiendra un jour dans sa main la poignée de jade du sceptre impérial.
- « Mais nulle bouche ne doit s’ouvrir pour révéler le miracle qu’ont vu les yeux; car la destinée serait renversée et une nuée de malheurs descendrait du ciel. »
- Au Japon, c’est la chrysanthème à seize pétales qui résume les armes du Micado (fig. 21).
- Nous trouvons dans l’Océanie plusieurs timbres assez curieux. Le cygne noir, originaire de l’Australie, figure sur le timbre de l’une de ses provinces (fig. 19). Dans la série de timbres dits « du jubilé » la Nouvelle-Galles du Sud nous montre une vue de Sydney, une autruche, un oiseau-lyre, un kangourou et la carte de l’Australie (fig. 18). Un autre de ses timbres prend la forme d’une pièce de monnaie (fig. 2). Les îles Samoa ont une série de timbres représentant un palmier (fig. 25) et, enfin, admirez la statue du roi Kaméhaméha Ier avec casque et manteau de plumes sur le timbre d’Hawaï (fig. 9).
- Nous ne pouvons pas prolonger davantage cette revue de timbres dont chacun fournirait matière à un article. Nous en avons signalé assez pour éveiller la curiosité de connaître les autres; s’il en était ainsi nous aurons atteint notre but*.
- GÉO. P. GRIGNARD.
- PYRAMIDES ET ARCHES NATURELLES
- Dans une nombreuse série de localités on est très surpris de rencontrer, de la façon la plus inopinée, de grands obélisques naturels qui s’élèvent sur le sol uni des environs, donnant l’idée de quelque construction fantastique, érigée par des architectes surnaturels. Le rocher de Sardières, canton de Lans-le-Bourg (Savoie), que reproduit notre figure 1 et que les habitants désignent couramment sous le nom de la
- 1 Le Dragon Impérial, par Judith Mendès, Alphonse Le-merre, 1849.
- a Nous devons la communication de quelques-uns des clichés de timbres-poste que nous publions à l’obligeance do M. Maury auquel nous adressons nps sincères remerciemenls.
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- Pyramide, est un type des plus réussis de ce genre. Sa hauteur n’est pas inférieure à 80 mètres, ses pans sont presque verticaux et sa symétrie générale est comparable à celle d’une stèle gigantesque, taillée avec soin et que les intempéries auraient détériorée.
- Il va sans dire que tout .autre est son origine réelle, et on voit très nettement qu’il s’agit d’un résidu laissé par une masse originaire beaucoup plus volumineuse, et qui était en continuité avec les reliefs circonvoisins. Des cassures verticales, comme il en existe au travers de toutes les roches, délimitaient une sorte de monolithe vertical et les agents atmosphériques trouvant à mordre plus aisément aux alentours, ont déterminé son exhaussement relatif très progressif et très lent ; d’ailleurs aucune intervention n’est visible d’agents mécaniques énergiques dans le sens horizontal. C’est encore un exemple analogue à celui que nous mentionnions il y a peu de temps pour les environs du Puy-en-Velay *, à l’appui de cette doctrine, chaque jour mieux fondée, que les phénomènes tranquilles de l’époque actuelle, pourvu qu’ils aient une durée suffisant#, donnent lieu à des effets que, d’après leurs caractères les plus extérieurs, on serait porté tout d’abord à rapporter à des causes violentes.
- Du reste des agents capables de résultats considérables, au bout d’un laps de temps peu prolongé, sont à l’œuvre autour de nous sans supposer davantage l’intervention de vrais cataclysmes. Sur les côtes, les lignes de rivages se modifient souvent très vite et dans une foule de régions, la mer gagne sur la terre ferme de façon à provoquer un déplacement incessant de la population qui, presque sans s’en apercevoir, en tous cas sans qu’elle ait à éprouver aucun accident, recule sans relâche devant le Ilot envahissant.
- Si la constitution du sol est favorable, il en résulte souvent la production d’obélisques plus ou moins analogues au précédent, et celle d’autres particularités encore. A plusieurs reprises La Nature a décrit les rochers que les vagues découpent dans les falaises suffisamment cohérentes, et nos lecteurs ont eu sous les yeux de beaux dessins de la Grande Côte et de la
- 1 Les dykes de la France centrale, La Nature. Voy. n°826, du 30 mars 1889, p. 285.
- Mer sauvage en Bretagne, par M. Albert Tissandier1. Ces rochers de la mer sauvage peuvent être cités parmi les plus curieux que l’on puisse citer d’exemples de ce genre, et les touristes, qui ne sont pas nombreux à Belle-Isle-en-mer où ils se trouvent, devraient les visiter plus souvent.
- Yoici dans la même série une vue des pierres de Stermis à file d’Orkney en Écosse, dont le type est notablement différent (fig. 2). Il ne s’agit plus comme dans le Morbihan dérochés uniformément grenues à la façon du granit, mais de masses schisteuses, c’est-à-dire feuilletées à la manière de l’ardoise ou de la galette. Ici non plus les failles et les joints verticaux ne manquent pas et elles dirigent l’action démolissante des Ilots : c’est à leur influence qu’il faut attribuer
- la persistance de massifs à parois verticales comme celui dont notre gravure donne un aspect très exact.
- Souvent le rôle de ces cassures planes, plus ou moins verticales, se complique de l’intervention d’eaux souterraines qui ont produit dans les masses rocheuses des excavations connues sous le nom de cavernes, et il n'est pas rare que les deux formes soient associées dans le même point. C’est ce que montre la figure 3 relative aux arches et à la colonnade de Cafraigdans l’ile de Mull, sur la côte ouest de l’Ecosse. Une bonne partie de cette île célèbre est occupée, suivant les expressions mêmes d’Ami Boué * par des éminences d’un granit « qui se distingue des autres roches écossaises de ce genre par son beau feldspath couleur de chair et par ses belles divisions rbomboïdales et même prismatiques, qui le long de ces rivages escarpés, vis-à-vis de la fameuse île de Staffa, surprennent singulièrement le voyageur ».
- A Carfaig, deux masses trappéennes se sont épanchées sur des terrains stratifiés, représentés par des calcaires parfois bitumineux et fétides, et des grès plus ou moins chargés de combustible. Le basalte forme, comme on voit à la gauche du dessin, des colonnades toutes semblables aux orgues de l’Auvergne et de beaucoup d’autres régions ; au-dessous sont des cavités en voûtes dont nous avons aussi des correspondants en France, par exemple à Royal, tout
- 1 Voy. n° 120, du 18 septembre 1875, p. 249.
- 2 Essai géologique sur l'Ecosse, p. 21.
- (D’après une photographie.)
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- Fig. 2. — Les pierres de Stermis formées de masses schisteuses, dans file d’Orknev (Ecosse). (D’après une photographie.)
- Fig. 3. — Arche de Cafraig dans l’ile de Mull, sur la côte ouest de l’Ecosse. (D’après une photographie.)
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- près de Clermont-Ferrand. Le paysage offre un aspect absolument grandiose et majestueux. La mer s’exerçant sur un semblable terrain provoque la production d’une série d’accidents bizarres, où le soir surtout et d’un peu loin, on retrouve aisément les délinéaments de toute une architecture cyclopéenne, avec des tours, des fortifications, des souterrains et des ponts d’une seule arche. Stanislas Meunier.
- LES CHEMINS DE FER
- ET LES TMMWAYS ÉLECTRIQUES
- DANS le monde entier
- Bien que le premier chemin de fer électrique ait été expérimenté en 1879 ', il n’y a pas plus de cinq ans que* la construction des chemins de fer électriques et des tramways est entrée dans la voie industrielle ; mais l’on pourra juger des progrès accomplis pendant ces cinq années par quelques chiffres que nous reproduisons d’après un rapport de M. Sprague, le constructeur de tramways électriques bien connu, soumis à la Rapid transit Commission, de New-York.
- Il y a actuellement en exploitation ou en construction aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Australie et au Japon 325 lignes de tramways ou chemins de fer électriques, employant 4000 voitures, 7000 moteurs et 2600 milles (4160 kilomètres) de lignes, effectuant un parcours journalier de 400 000 milles (640 000 kilomètres) et transportant annuellement 750 000 000 de voyageurs. Les plus fortes rampes franchies atteignent 13 et 14 pour 100; les distances des points les plus éloignés aux stations centrales de production d’énergie électrique atteignent 6 milles et les vitesses réalisées jusqu’à 25 et 30 milles par heure lorsque les voitures sont isolées, la traction électrique permettant de former, à des vitesses moindres, de véritables trains de 2, 3 et même 4 voitures. Le nombre de personnes employées dans cette exploitation dépasse aujourd’hui 10 000.
- Rien qu’aux États-Unis, la somme engagée dans l’exploitation des procédés de traction électrique dépasse 250 000 000 de francs, et les affaires se chiffrent annuellement par 40 000 000 à 50 000 000 de francs.
- On peut présager par cette rapidité de développement ce que l’avenir réserve dans le monde aux chemins de fer électriques.
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- APPLICATION DES
- MOTEURS A PUISSANCE VIVE
- A LA MISE EN MARCHE DES TORPILLES
- On sait quel rôle important joue, dans l’industrie, le principe des puissances vives dans la régularisation de la vitesse des moteurs à vapeur, à eau, à gaz, etc. Nous en avons signalé également une importante application comme réservoir d’énergie à propos du procédé de fabrication des tubes sans soudures de M. M. Mannesmann2, procédé dans lequel un volant énorme, le plus puissant actuel-' lemeut connu, emmagasine une grande quantité d’énergie qu’il restitue ensuite en quelques secondes, au moment de la passe du lingot sous le laminoir.
- Mais jusqu’ici l’idée de se servir (le la puissance vive
- 1 Yoy. n° 347, du 24 janvier 1880, p. 119.
- 2 Voy. n° 875, du 8 mars 1890, p. 219.
- d’un système animé d’une grande vitesse de rotation comme moteur exclusif d’un système abandonné à lui-même après lancement du volant, semblait réservé seulement aux gyroscopes et à un grand nombre de jouets mécaniques dont nous avons donné la description à différentes reprises. Nous pouvons citer aujourd’hui un appareil dans lequel le fonctionnement est intégralement fourni par la puissance vive d’un volant préalablement animé d’une grande vitesse angulaire, et cet appareil n’est autre que la torpille automobile Howell.
- Nous avons sous les yeux quelques chiffres qui permettront de se faire une idée exacte de l’énergie mécanique que ce procédé permet d’emmagasiner. Bans la torpille Howell, le volant tourne à la vitesse angulaire maxima, au moment du lancement, de 10 000 tours par minute. Sa masse est de 135 livres (59lB,4), et, comme le rayon de gyration est de 5,57 pouces (0™, 14), sa puissance vive est égale à
- - (kilogrammètres = 77302 kilogrammètres*
- g\ t J °
- soit 1288 kilogrammètres par kilogramme de volant. Malgré toutes les précautions prises dans la fabrication pour obtenir un centrage parfait du système mobile et une surface parfaitement lisse se mouvant toujours dans le même volume d’air, il se produit une ventilation intense et une perte d’énergie qui est loin d’être négligeable : aussi faut-il, pour profiter de toute l’énergie ainsi emmagasinée, entretenir constante la vitesse du système jusqu’au moment précis où on abandonne la torpille à elle-même; ce résultat est obtenu à l’aide d’un moteur à vapeur système Dow tournant à la même vitesse angulaire.
- Ce moteur est non moins remarquable que le volant moteur de la torpille elle-même par sa grande puissance spécifique. En effet, le poids total de ce moteur à vapeur est de 150 livres (68 kilogrammes). Il développe, à la vitesse moyenne de 9000 tours par minute, une puissance de 26 chevaux avec de la vapeur à la pression de 100 livres par pouce carré (7 kilogrammes par centimètre carré). En montant la pression à 150 livres par pouce carré (10kg,5 par centimètre carré), et en modifiant certaines parties du moteur manifestement trop massives, le poids pourrait être réduit à 100 livres (45 kilogrammes) et sa puissance atteindrait, à la même vitesse angulaire, 40 chevaux effectifs. On pourrait donc produire ainsi une puissance de 1 cheval-vapeur pour un poids de 2,5 livres (llg,125).
- Un moteur à vapeur semblable alimenté par une chaudière Serpollet constituerait un ensemble mécanique présentant la plus grande puissance spécifique actuellement réalisable par les moyens connus. X..., ingénieur.
- LE RÉSEAU DE C0L0MRIERS MILITAIRES
- EN EUROPE 1
- France. — L’histoire de la poste aérienne et des pigeons messagers du siège de Paris a été écrite d’une façon complète. Elle est trop connue pour que nous la résumions ici. Il nous suffira de dire que soixante-quatre ballons franchirent les lignes prussiennes pendant la guerre de 1870-1871, emportant avec eux 360 pigeons dont 302 furent renvoyés ensuite sur Paris, par urf hiver terrible, sans entraînement préalable et de localités situées souvent à plus de
- 1 Suite. Voy. n° 941, du 13 juin 1891, p. 27
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- 200 kilomètres. Malgré la chasse organisée par les ennemis, 98 rentrèrent à leurs colombiers, dont 73, munis de leurs chargements de dépêches microscopiques. Ils introduisirent ainsi dans la capitale 150 000 dépêches officielles et un million de dépêches privées, réduites par les procédés de photo-micrographie. Le tout, imprimé en caractères ordinaires, aurait constitué une bibliothèque de 500 volumes. Un de ces messagers arrivé à Paris le 21 janvier 1871, quelques jours avant l’armistice, en portait, à lui seul, près de 40000.
- Le pigeon qui apportait la nouvelle de la victoire de Coulmicrs, parti a dix heures du matin de La Loupe, le 10 novembre, était a Paris quelques minutes avant midi. —Le compte rendu de l’affaire de Villejuif fut apporté de Paris à Tourcoing (Nord) par un pigeon blanc appartenant à M. Descamps. Ce pigeon empaillé est aujourd’hui dans le musée de la ville. Le service des pigeons voyageurs ne se prolongea pas au delà du 1er février 1871 et nos frères d’armes ailés furent remis aux domaines, vendus à vil prix aux enchères par l’Etat qui, une fois de plus, se montra ingrat envers ses serviteurs dès qu’il n’eut plus besoin de leurs services.
- Après la Commune, M. La Perre de Roo soumit au Président de la République un projet d’organisation de colombiers militaires pour relier entre elles les places fortes françaises. M. Thiers traita ce projet de chimérique, et l’exécution en fut retardée jusqu’au moment où nous le vîmes appliqué à l’étranger.
- C’est en 1877 seulement que le Gouvernement accepta un don gratuit de 420 pigeons offerts par M. La Perre de Roo et fit construire par l'Administration des postes, au Jardin d’Acclimatation, un colombier modèle qui fut terminé en 1878 et put contenir 200 couples.
- Aujourd’hui la plupart de nos forteresses contiennent des colombiers parfaitement organisés, sous la direction du service du Génie militaire.
- La carte (fig. 1) en donne le réseau approximatif tel qu’il résulte des documents puisés dans les Revues militaires étrangères.
- D’après le lieutenant Gigot, officier de l’armée belge qui a écrit un fort bon livre sur la Science colombophile1, une organisation rationnelle du réseau français comporte un centre principal à Paris et trois centres secondaires à Langres, Lyon et Tours, ce dernier étant établi en prévision d’une nouvelle invasion.
- Paris, n’étant distant de la frontière du Nord que de 239 kilomètres au plus, n’aurait besoin d’aucune station intermédiaire pour communiquer avec les diverses places de cette frontière. Langres servirait de relais entre Paris et la frontière du Nord-Est. Pour les places du Sud-Est, il faudrait au moins deux relais : Lyon et Langres ou Dijon.
- Paris ayant dix directions à desservir devrait donc posséder 10 colombiers différents, chacun à 720 pi-
- 1 Bruxelles, Vanderveken, 1889.
- geons, ce qui donnerait un total de 7200 pigeons. D’après le même principe, Langres, qui en a 5 à desservir, devrait avoir 3600 pigeons.
- En continuant ce calcul on arriverait à trouver à peu près 25 000 pigeons pour l’ensemble des colombiers affectés aux frontières du Nord, du Nord-Est, de l’Est et du Sud-Est, sans tenir compte de nos frontières de l’Océan et des Pyrénées.
- Une loi du 3 juillet 1877, complétée par un décret du 15 novembre, a organisé la réquisition des pigeons voyageurs en France.
- Un des derniers recensements a montré qu’il existait dans Paris 11000 pigeons dont 5000 entraînés, et dans la banlieue 7000dont3000 entraînés. A Roubaix, ville de 100000 âmes, il y aurait 15000 pigeons.
- Watrelos, petite ville voisine qui compte 10000 habitants, ne possède pas moins de 3000 pigeons voyageurs appartenant à trois sociétés, dont la plus ancienne, celle du Saint-Esprit, n’a été fondée qu’en 1869.
- Il y a dans la France entière environ 100 000 pigeons entraînés et 47 départements possédant des sociétés colombophiles.
- Allemagne. — Après la guerre de 1870, la Prusse qui avait vu les services rendus par les pigeons pendant le siège de Paris, fut la première puissance qui réalisa l’organisation des colombiers militaires.
- Dès l’automne de 1871, le Ministère de la guerre donnait mission à M. Leutzen, amateur très compétent de Cologne, d’étudier les procédés les plus favorables pour le recrutement, l’élevage et le dressage des. pigeons voyageurs, ainsi que pour la création d’un réseau de stations sur la frontière occidentale.
- En 1872, M. de Rismarck, ayant reçu en cadeau un certain nombre de magnifiques pigeons belges, une station d’élevage fut établie au Jardin zoologique de Berlin sous la direction du Dr Bodinus.
- En 1874, il y avait des colombiers militaires installés à Cologne, Metz, Strasbourg et Berlin.
- Depuis cette époque on a créé, ou du moins projeté une quinzaine de nouvelles stations soit sur la frontière de France, spit sur les côtes maritimes du Nord, soit sur la frontière russe.
- Berlin est resté la station principale d’élevage, avec deux pigeonniers chacun de 500 pigeons ; mais c’est à Cologne qu’est centralisée l’administration générale des colombiers militaires sous la direction de M. Leutzen; les autres stations relèvent directement du commandant de la place, sous le contrôle de l’inspecteur de la télégraphie militaire.
- Le colombier de Wilhelmshaven dépend, par exception, de l’amirauté1.
- 1 Le Ministre du commerce de Prusse a fait en outre établir, en 1877, une poste aux pigeons entre l’île de Borkum et deux phares flottants sur les récifs de Borkum. Le Ministre de l’agriculture, des forêts et des domaines de l’Empire accorde des primes afin d’encourager les gardes forestiers à détruire les oiseaux de proie particulièrement dangereux pour les pigeons voyageurs.
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- Dans chaque colombier, il y a un sous-officier du génie et un colombophile civil expérimenté, aux appointements mensuels de 90 marcs, assistés de deux soldats-ordonnances. En temps de guerre ce personnel doit être doublé et commandé par un officier.
- Le budget affecté aux colombiers militaires qui était en 1875 de 15000 francs environ s’élevait en 1888 à plus de 60000 francs.
- En principe, chaque colombier doit posséder 1000 pi-geons, mais ce nombre ne paraît avoir encore été atteint qu’à Thorn,
- Metz et Strasbourg.
- L’Allemagne ne s’est pas bornée à créer des colombiers militaires ; comme les autres nations, elle a cherché à favoriser et à diriger le sport colombophile de manière à pouvoir trouver, au moment du besoin, des ressources toutes préparées dans les colombiers civils.
- Les généraux se font un devoir d’assister, le plus possible, aux lâchers des sociétés particulières et l’empereur décerne des médailles d’or pour les courses de plus de 200 kilomètres.
- Le 13 janvier 1881, dix-neuf de ces sociétés à la tête desquelles il faut placer la Columbia de Cologne, se sont réunies en Fédération ; à la fin de l’année, l’Association comptait déjà soixante-six sociétés.
- Au 1er décembre 1888, elle en comptait cent soixante-dix-huit avec 52 240 pigeons voyageurs prêts pour la mobilisation.
- Les deux premiers articles des statuts de la Fédération sont les suivants :
- p l. — « La Fédération a pour but de réunir dans une organisation toutes les sociétés colombophiles afin de perfectionner le service des pigeons voyageurs dont la patrie, en cas de guerre, doit profiter.
- g H. — « La Fédération se propose donc : a)
- d’aider l’activité des sociétés colombophiles et de diriger les voyages des sociétés suivant un plan déterminé; b) de réunir des Congrès ambulants et d’organiser à cette occasion des expositions et des ventes à l’enchère des pigeons ; c) de maintenir des rapports avec le Ministère de la guerre prussien ; d) d’obtenir des diminutions et des faveurs pour le
- transport ; é) de faire des efforts pour l’extermination des vautours ; f) d’obtenir la protection légale des pigeons ; g) et de publier pour l’instruction des colombophiles un journal périodique spécial. » Italie. —Le premier colombier militaire en Italie a été installé en 1876, à Ancône, par le 12e régiment d’artillerie; en 1879, une seconde station tut établie à Bologne. Aujourd’hui il y a dans le royaume, outre le poste central de Rome, une quinzaine de colombiers dont les principaux sont établis à Naples, Gaète, Alexandrie, Bologne, Ancône et Plaisance; il y en a au moins deux sur la frontière française à Fenes-trelle et à Exillcs, et deux autres en Sardaigne,
- à Cagliari et à la Maddalena. Le réseau complet doit en contenir vingt-trois. De plus il y en a deux qui fonctionnent à Massaoua et à Assab.
- La dépense de chaque colombier s’élève environ à 1000 francs. Les pigeons sont immatriculés et soignés par un sous-officier colombicultore assisté d’un soldat.
- Le chef du service est le commandant du génie Malaguli, colombophile des plus distingués.
- Nous représentons ci-dessus (fig. 2) l’un de? paniers qui servent en France au transport pour le lancer ; et nous continuerons dans un prochain article à passer en revue les réseaux de colombiers, qu’il nous reste à examiner.
- — A suivre — lA-Colonel DR fioCHÂS.
- ANGLETERRE
- ,Zaon.'
- PAR1fo
- ÙuWms £ ,
- Tours,
- 'SUISSE
- .ITALIE
- ESPAGNE
- il
- Carte théorique du réseau des Colombiers militaires français pour la frontière de l’Est.
- Fig. 1.
- Fig. 2. — Panier pour le transport des pigeons voyageurs.
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- LA NATURE.
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- FORMATION DE L’AMIDON
- DANS LES FEUILLES DES VÉGÉTAUX
- En 1750, Bonnet, naturaliste genevois, remarqua que des feuilles plongées dans l’eau se couvraient au soleil de petites bulles d’un gaz qu’il comparait à de petites perles. Priestley, en 1772, après avoir reconnu que le séjour des animaux dans une atmosphère confinée, la rend irrespirable, rechercha l’influence des végétaux placés dans les memes conditions, et il raconte lui-même en ces termes la découverte qu’il fit à ce sujet :
- « Je mis un jet de menthe dans une quantité d’air où une bougie avait cessé de brûler et je trouvai que dix jours plus tard une autre bougie pouvait y brûler parfaitement bien. »
- C’est donc à lui que revient l’honneur d’avoir constaté que les végétaux exercent sur l’atmosphère une action opposée à celle des animaux; Priestley, toutefois, n’était pas complètement maître de sa belle expérience ; il ignorait notamment que l’oxygène n’est dégagé par les végétaux qu’autant qu’ils sont éclairés.
- Cette découverte capitale est due à Ingenhous ; enfin, c’est Sen-nebier qui fit voir qu’on n’obtient d’oxygène des feuilles qu’autant qu’on a introduit de l’acide carbonique dans l’atmosphère où elles séjournent. Plus tard, Th. de Saussure, Boussin-gault ont cherché les conditions les plus favorables à l’assimilation ; Boussingault démontra en outre que le volume d’acide carbonique absorbé était égal a celui de l’oxygène émis. Or, on sait, par une expérience courante de chimie, que l’acide carbonique contient son propre volume d’oxygène. On supposa donc que l’acide carbonique était décomposé par la lumière solaire en carbone et en oxygène. Les choses, toutefois, ne se passent pas d’une façon aussi simple ; en effet, il est certain qu’avant la décomposition complète en carbone et en oxygène, il arrive un moment où il y a d’une part de l’oxygène, de l’autre de l’oxyde de carbone : CO2 = 0-b CO.
- La décomposition, arrivée a ce point, ne peut aller plus loin, car l’oxyde de carbone est indécomposable par lesfeuilles comme le prouve l'expérience suivante :
- Si on met du phosphore avec des feuilles dans un
- gaz inerte comme l’hydrogène, on voit d’abord se lormer des fumées blanches d’acide phosphorique dues à l’oxydation du phosphore par l’oxygène contenu dans les feuilles. Cet acide phosphorique se dissout dans l’eau de l’éprouvette et cette dernière redevient transparente. Si alors on introduit de l’oxyde de carbone, on ne remarque au soleil aucune formation d’acide phosphorique, ce qui prouve qu’il n’y a pas d’émission d’oxygène.
- Cette dernière hypothèse de la décomposition de l’acide carbonique en un demi-volume de vapeur de carbone et un volume d’oxygène étant rejetée, on a eu l’idée de considérer l’acide carbonique à l’état hydraté et de l’écrire CO8,HO.
- Dans ce cas on aurait par l’action chlorophyllienne : 2 CO8, HO == 4 0 Hb C2H202
- acide carbonique oxygène aldéhyde méthylique
- Cette aldéhyde est un corps qui peut se polymériser,
- c’est-à-dire se combiner à elle-même un certain nombre de fois pour former des corps plus complexes notamment la glucose. Cette formation d’un sucre à l’aide de l’aldéhyde méthylique n’est pas une simple hypothèse, puisque d’une part M.Lœw l’a exécutée en partant de l’aldéhyde méthylique, et que d’autre part, on trouve cette glucose dans les feuilles en utilisant la liqueur de Fehling. A cet effet, un jus, extrait des feuilles hachées par pression, est chauflé pour coaguler l’albumine ; puis on traite par le sous-acétate de plomb pour précipiter le tanin; l’excès d’acétate est enlevé par du carbonate de soude; le jus ainsi traité précipite la liqueur de Fehling.
- La glucose formée, il est bien admissible qu’une nouvelle polymérisation avec élimination d’eau produise l’amidon ; ce dernier peut, en effet, régénérer la glucose par l’action d’un acide.
- On peut donc supposer que la décomposition de l’acide carbonique par les feuilles détermine la formation de l’amidon par les transformations suivantes : 1° décomposition de l’acide carbonique avec émission d’oxygène et production d’aldéhyde méthylique; 2° polymérisation de l’aldéhyde méthylique et formation de la glucose ; 5° combinaison de plusieurs molécules de glucose avec élimination d’eau : formation d’amidon.
- L'amidon est ainsi le premier produit stable de
- Démonstration que l’amidon ne se forme dans les feuilles qu’aux points où arrive la lumière solaire.
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- l’activité chlorophyllienne. Y a-t-il, en effet, de l’amidon dans les feuilles? 11 est facile de déceler sa présence par la coloration bleue qu’il prend au contact de l’iode dans une feuille blanchie par l’alcool bouillant.
- M. Dchérain a imaginé un moyen élégant de bien faire ressortir que cette formation d’amidon, et par conséquent, la décomposition de l’acide carbonique, ne peut se faire que sous l’influence de la lumière solaire. Il nous l’a indiqué dans son cours de l’École, en nous demandant de répéter cette jolie expérience; nous l’avons réussie et nous la faisons connaître au lecteur avec le mode d’opérer.
- La feuille qui a donné le meilleur résultat est celle de l’aristoloche svpho. On enferme complètement la feuille adhérante a la plante, entre deux papiers noirs, parfaitement opaques; celui qui correspond à la face supérieure du limbe porte, découpés, des caractères, qui sont ici les initiales de M. Dehérain. Les deux écrans sont collés sur la feuille elle-même au moyen d’une émulsion de gomme arabique qui puisse céder facilement à l’action de l’eau chaude lors de leur enlèvement.
- La pose se fait le matin, avant le lever du soleil. A ce moment la feuille ne contient pas d’amidon; celui qui a été formé pendant la journée précédente a émigré pendant la nuit vers l’intérieur de la plante.
- Après quelques heures d’une bonne insolation, on cueille la feuille. On dissout la colle qui retient les papiers par une immersion dans l’eau chaude. La décoloration s’obtient facilement par l’alcool bouillant qui dissout la chlorophylle et laisse la feuille légèrement jaunâtre et parfaitement translucide.
- 11 n’y a plus alors qu’à tremper la feuille dans la teinture d’iode. Si l’insolation a été bonne et surtout si les écrans ont été bien collés de façon à ce qu’il ne se soit produit aucune pénombre sur le bord des lettres, on obtient instantanément une image parfaitement nette. L’excès d’iode est enlevé par un lavage à l’alcool et à l’eau et on termine en desséchant la feuille et en la conservant entre deux feuillets d’un livre, par exemple.
- Il est bon, avant de décolorer la feuille, de la tremper dans une dissolution de potasse ; l’amidon chlorophyllien se gonfle et la réussite est rendue plus facile. Lartigue et Malpeaux,
- Élèves à l’École de Grignon.
- CATASTROPHE DU PONT DE MŒNCHENSTEIN
- Nous avons dit dans un de nos précédents numéros1 que la catastrophe du pont de Mœnchenstein pouvait être due à ce que le pont très fatigué par un service inusité avait pu, par le fait des nouveaux trains internationaux, avoir à supporter des efforts dépassant ceux pour lesquels il avait été construit.
- Nous recevons à ce sujet la communication suivante d’un correspondant très compétent.
- Les experts nommés par le conseil fédéral, les savants MM. Ritter et Tetmayer dont les noms sont bien connus
- Yoy. n° 943, du 27 juin 1891, p. 49.
- I
- de tous ceux qui s’occupent de constructions métalliques, sont, dans leur rapport provisoire, arrivés aux conclusions suivantes : 1° ce n’est ni la qualité des fers, ni la valeur de la construction qui ont été la cause de la catastrophe ; 2° la cause la plus probable est celle du déraillement de l’une des locomotives.
- On ne se rend pas compte en effet qu’un pont qui a résisté pendant seize ans, qui l’année dernière a fait l’objet d’une révision et d’un renforcement exécuté avec le plus grand soin par les ingénieurs fédéraux et les constructeurs suisses, afin de l’approprier à son nouveau service, on ne se rend pas compte, disons-nous, que le pont sur lequel il a passé plus de cent mille trains, se rompe tout d’un coup au cent mille et unième, sans qu’il intervienne un fait spécial qui sera la cause de l’accident.
- C’est tout à fait une erreur de croire qu’un pont moyennement bien construit et entretenu (et celui-là devait l’être puisqu’il a résisté si longtemps) se fatigue par l’usage, que la matière s’en modifie, que le fer subit une sorte de cristallisation et toutes autres choses que l’on entend dire communément. A la seule condition de ne pas dépasser la limite d'élasticité, et une construction de ce genre, quand elle est bien établie, s’en tient assez loin, on peut 'indéfiniment soumettre le fer à telles vibrations que l’on voudra sans modifier sa résistance. 11 en est tout autrement quand la limite d’élasticité est dépassée, et le même effort, très inférieur à celui qui produit la rupture immédiate, finira au bout d’un temps plus ou moins long à amener cette rupture. Ces faits ont été expérimentalement établis dans les remarquables travaux de Weyrauch, Wœhler, Tetmayer, etc. Sauf parfois quelques rivets à remplacer dont les têtes sautent et qui se trouvent dans les parties qui vibrent le plus telles que les longerons sous rails et les contrevente-ments, il n’v a pour être sûr d’une durée à peu près illimitée d’un pont métallique, qu’à veiller à l’effet de la rouille et on doit bannir toute crainte résultant de la répétition en nombre illimité des mêmes efforts.
- La seule hypothèse considérée comme probable par les experts est celle d’un déraillement, et c’est cette probabilité qui pour tous les ingénieurs compétents, est considérée comme une quasi-certitude.
- Il ne faut pas oublier en effet : 1° que la voie sur une partie du pont était en courbe de 350 mètres ; 2° que près de la culée de Mœnchenstein où très probablement le déraillement a eu lieu, le dévers de la voie était de 12 centimètres; 3° que le raccordement delà voie en plan et en élévation se faisait sur le pont même et que des mouvements de lacet importants se produisaient en ce point ; 4° que la traction était opérée par deux locomotives et qu’un ralentissement trop brusque de la première devait donner lieu sur la seconde à un choc particulièrement dangereux à ce moment, par ce qu’il tendait en raison de la coutbe et du dévers de la voie à rejeter hors des rails cette seconde locomotive ; 5° que c’est précisément au moment de ce ralentissement qui avait pour cause l’arrivée à la station que l’accident s’est produit.
- A ce déraillement de la deuxième locomotive, rien ne pouvait résister en l’absence d’un plancher impénétrable, et elle s’est effondrée dans une chute verticale en brisant tout sous elle et en entraînant la chute du pont tout entier.
- . Si les rails et les traverses étaient en bon état, si les raccordements de courbe étaient bien faits sans jarrets trop brusques, si les rails n’ont pas été arrachés au moment de l’entrée dans la courbe et du ralentissement qui
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- LA NATURE
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- a suivi, il n’y a dans cette terrible catastrophe qu’un cas fortuit dont les conséquences ont été affreuses, mais qui ne peut engager la responsabilité de personne. C’est vraisemblablement ce que l’enquête établira.
- Mais elle conclura aussi certainement à la nécessité absolue de prendre toutes les précautions imaginables pour s’opposer à un déraillement sur un pont, lequel a fatalement des conséquences infiniment plus redoutables que s’il se produit en voie courante.
- Il faut donc que sur les ponts, la voie soit particulièrement établie dans les meilleures conditions, qu’on y évite les courbes et surtout les origines de courbes, que les rails soient munis de solides contre-rails, que, autant qu’il sera possible, les maîtresses poutres du pont forment elles-mêmes de puissants et solides garde-corps, et enfin que le plancher soit un plancher impénétrable en fer. Ces précautions sont prises sur la plupart des grands viaducs en France et il y aurait un intérêt de premier ordre à les généraliser sur tous les ouvrages. G. T.
- —><><—
- CHRONIQUE
- Englouti dans le Vésuve. —- Un terrible accident a eu lieu au sommet du Vésuve le 2 juillet dernier. Un voyageur, M. Silva Jardim était arrivé à Naples depuis quelques jours, avec un de ses amis, M. Joachim Carnerio. Tous deux, après avoir visité Pompéi, se disposèrent à faire l’ascension du Vésuve. Arrivés près du cratère, ils furent tout à coup enveloppés par des nuages de fumée très épais qui se dégageaient au milieu des crevasses béantes; le sol tremblait sous leur pas et des bruissements souterrains se faisaient entendre; les voyageurs et les guides s’écartèrent et voulurent s’éloigner au moment où le phénomène prenait de l’intensité, mais M. Silva Jar-diin fut perdu de vue. Les guides et son compagnon firent les plus grands efforts pour essayer de le rejoindre et de le sauver. Mais il avait disparu dans le gouffre. La victime appartenait à une riche famille de Rio-dc-Janeiro, et laisse une femme et cinq enfants qui sont actuellement à Paris.
- L’esclavage au Maroc. — M. II. Allen, secrétaire de la Société britannique anti-esclavagiste, a récemment publié dans les journaux anglais une lettre datls laquelle il affirme que la traite des esclaves des deux sexes se pratique encore sur une vaste échelle au Maroc. M. IL Allen a reçu des informations relatant qu’au mois de février 2000 esclaves, parmi lesquels 1200 filles, ont été vendus sur les marchés de Fez, de Mequinez, et que vu ce nombre, les prix ont baissé de moitié; aussi les acheteurs n’ont offert que 12 livres sterling pour une jeune fille, alors qu’ils'payaient auparavant le double de ce prix. Une partie de ces esclaves succomba, pendant les marches forcées, aux privations de tous genres.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 juillet 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- lodure de bore et iodure de carbone. — C’est au milieu de l’attention générale que M. Moissan résume l’ensemble des découvertes auxquelles l’a conduit l’étude du triiodui'e de bore. Au moment de sa préparation, ce corps est incolore, mais, sous l’influence de la lumière, il passe au rouge assez rapidement. C’est un iodurant d’une énergie extraordinaire : placé à froid dans le chloroforme, il
- donne lieu en vingt-quatre heures à la cristallisation de l’iodoforme. En présence de la solution sulfocarbonique du phosphore, il engendre une poudre blanche consistant en phosphure de bore, et qui, dans un courant de vapeur d’eau, se décompose en, acide phosphorique et en acide borique. Une des réactions les plus remarquables du nouveau corps est de donner avec le chlorure de carbone de l’iodure de carbone admirablement cristallisé, et dont les cristaux ont la couleur et la réfringence des rubis récemment obtenus par M. Frémy. Au contact de l’hydrogène à 140 degrés, cet iodure donne de l’iodoforme; à 110 degrés, il donne lieu avec le soufre à une violente réaction; mais à 50 degrés, il se constitue à la fois de l’iodure de soufre et du sulfure de carbone. Les dosages exécutés par M. Moissan conduisent à la formule G* I4.
- Suppression du halo photographique. — La publication d’une nouvelle Revue périodique relative à la photographie donne occasion à M. A. Cornu de revenir d’une manière bien intéressante sur les procédés qu’il a découverts pour supprimer les effets d’illumination qui brouillent si souvent les épreuves, et que les praticiens connaissent sous le nom de halo. On se rappelle que le procédé consiste à mettre, derrière la plaque où doit se dessiner le négatif, une couche de vernis ayant exactement l’indice de réfraction du verre, et qu’une certaine quantité de noir de fumée rend apte à absorber toutes les radiations. Des épreuves comparatives mises sous les yeux de l’Académie permettent de juger de l’efficacité complète de cette ingénieuse méthode.
- Le vol des insectes. — Il y a vingt ans maintenant que M. Marey publiait ses premiers résultats sur le vol des insectes, et, malgré la somme considérable de résultats dès lors acquis, divers détails du problème restaient sans solution : par exemple, le rôle des élvtres chez les coléoptères : celui des balanciers chez les mouches. Le savant auteur annonce qu’il vient d’appliquer à la question les appareils si perfectionnés qu’il a imaginés dans ces-dernières années et qui ont déjà procuré à la physiologie tant de données définitives. Il montre des séries d’épreuves obtenues en un cent-millième de seconde, et il dépose un Mémoire dont il n’a malheureusement pas donné lecture et qu’on ira avidement chercher dans le prochain cahier des Comptes rendus.
- La carte d'Ancenis. — Au nom de MM. Édouard Bureau, professeur au Muséum, et Louis Bureau, directeur du Musée d’histoire naturelle de Nantes, M. Fouqué dépose la feuille de la carte géologique détaillée de la France qui concerne la région d’Ancenis. Sans entrer dans des détails que le lieu ne comporte pas, je me bornerai à dire que le travail de MM. Bureau est un véritable chef-d’œuvre. 11 a été fait avec une exactitude rigoureuse et a révélé des particularités du plus haut intérêt sur l’allure des formations paléozoïques de la région. La profonde connaissance de MM. Bureau en botanique fossile leur ont permis de faire, dans le terrain houiller, des distinctions que des géologues simplement lithologistes n’auraient pas aperçues. On sera frappé aussi des relations qui existent dans la région étudiée entre la topographie et la structure géologique du sol.
- Propriétés élastiques des aciers-nickels. — Poursuivant des recherches qui l’occupent depuis longtemps sur l’élasticité de l’acier, M. Mercadier aborde aujourd’hui l’étude des aeiers-nickels qui semblent appelés à jouer un rôle de plus en plus grand dans l’industrie. Par l’emploi de la
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- méthode acoustique qu’il a imaginée, l’auteur reconnaît que l’acier renfermant 25 pour 100 de nickel est parfaitement homogène et presque complètement isotrope. « Donc, ajoute-t-il, l’incorporation du nickel à l’acier en quantité suffisante, tout en augmentant l’hoinogénéité de la masse, lui confère une isotropie semblable à celle des belles glaces de Saint-Gobain. Ce résultat, capital au point de vue théorique, est important au point de vue des applications industrielles qu’on pourra en déduire. ))
- Le chlorure de zinc et la tuberculose. — Un de nos médecins les plus autorisés, M. le Dr Lannelongue, expose les résultats que lui fournit le traitement poursuivi depuis quatre mois des affections tuberculeuses par des injections de chlorure de zinc. Celles-ci pratiquées, par exemple, sur la périphérie des tumeurs blanches, déterminent la
- destruction du bacille, la destruction des tissus sclérosés et leur remplacement par du tissu cellulaire lâche. Des moulages en plâtre montrent l’état de plusieurs malades avant et après ce traitement. Plusieurs enfants sont présentés à la suite de cette communication qui, tout récemment fort malades, peuvent maintenant marcher et courir. L’auteur annonce qu’il exposera demain, devant l’Académie de médecine, le détail du mode opératoire qui paraît lui réussir si bien.
- Varia. — La formation éocène de l’Algérie occupe M. Pomel. — M. Ilaller, professeur à Nancy, étudie les combinaisons des camphres avec les aldéhydes. — Un composé explosif obtenu par M. Béchard parait consister en bromate de bioxyde de baryum. Stanislas Meunier.
- Fig. 1. — Vue d'ensemble du hêtre tortillard de Daiu. Fig. 2. — Détail du tronc et des branchés inférieures.
- (D’après des photograptiies de M. C. Bervciller, de Metz.)
- ARBRES EXTRAORDINAIRES
- HÊTRE TORTILLARD DE DAIM, PRÈS DE METZ
- Nous avons souvent eu l’occasion de mentionner les arbres remarquables d’un grand nombre de localités très diverses, depuis les Séquoias de la Californie, jusqu’aux Baobabs de l’Afrique* ; nous ferons connaître aujourd’hui un arbre curieux dont un de nos lecteurs, M. C. Bervciller de Metz, amateur de photographie, nous adresse la description.
- Ce vieil arbre plusieurs fois centenaire, de l’espèce hêtre tortillard, se trouve au milieu d’un taillis situé dans les bois de Dain (près Remilly, station à 22 kilomètres de Metz sur le chemin de Strasbourg).
- 1 Voy. Tables des matières des précédents volumes, cl des dix premières années.
- Nous reproduisons les deux photographies que nous adresse notre correspondant, l’une où l’arbre est entier (tig. 1), l’autre, prise plus près, où il n’y a que la partie principale du bas et où un homme permet d’en déduire par comparaison, les proportions (tig. 2). On ne peut se figurer combien sont curieuses à voir les énormes branches sur lesquelles peuvent se tenir debout plusieurs personnes; elles se tordent, se contournent, et se replient en coudes arrondis, pour remonter ainsi d’étage en étage.
- L’arbre tortillard de Dain est très célèbre dans la localité où il se trouve ; on lui a donné le nom de Joli Fou, et les visiteurs qui viennent le voir sont assez nombreux. Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Luhure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 946. — 18 JUILLET 1891
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- COLLECTIONS RAPPORTÉES DU TURKESTAN ORIENTAL ET DU TIRET
- PAR L’EXPÉDITION DE M. BONVALOT ET DU PRINCE HENRI D’ORLÉANS
- Fig. 1. — Collection de l’expédition de M. Bonvalot, et du prince Henri d’Orléans. — Hémione du Lob-Nor ou Kiang. A gauche, Antilope de Ilodgson ; à droite, Chevreuil pygargue. — (D’après une photographie.)
- Le voyage que M. Bonvalot, le prince Henri d'Orléans et le Père Dedekens viennent d’accomplir à travers le Tur-kestan, le Tibet et le Tonkin a produit des résultats scientifiques dont on peut se faire une idée en visitant les collections formées par ces hardis voyageurs et actuellement exposées dans deux salles dépendant des galeries du Muséum d’histoire naturelle. Ces collections comprennent des objets ethnographiques, costumes, armes, ustensiles divers, une magnifique série de photographies exécutées par le prince Henri d’Orléans, des minéraux, un herbier riche en échantillons d’espèces nouvelles et plusieurs centaines de dépouilles de
- 19e annee, — 2° semestre.
- Mammilères et d’Oiseaux dont quelques-unes sont déjà montées et prendront bientôt place dans les
- vitrines du Jardin des Plantes.
- Laissant à des personnes plus compétentes le soin de décrire la nature du sol et les caractères de la flore de ces régions lointaines, je m’occuperai exclusivement, dans cet article, des Mammifères et des Oiseaux, qui, sous le rapport de l’origine, peuvent être répartis en deux séries. Une première catégorie de spécimens, qui est parvenue au Muséum quelque temps avant le retour des voyageurs, comprend les dépouilles des Mammilères et des Oiseaux tués dans les steppes avant Kuldja, sur les contreforts du Tian-
- Fig. î. — Ours du Tibet. (Pièces montées au Muséum d’Histoire naturelle.)
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- LA NATURE.
- Chan et sur les flancs même de cette chaîne de montagnes, puis dans la région comprise entre Kourla et le Lob-Nor et dans les environs immédiats de ce lac presque entièrement desséché. L’autre catégorie se compose des spécimens obtenus sur les hauts plateaux et dans les vallées du Tibet. Ces deux séries, correspondant à des faunes distinctes, sont faciles à reconnaître d’après l’aspect même des exemplaires. Dans la première en effet, beaucoup de Mammifères et d’Oiseaux se font remarquer par les couleurs très claires de leur costume dont les teintes varient du gris et du jaune pâle à l’isabelle et au blanc jaunâtre : ils portent en un mot cette livrée des déserts que l’on observe chez les animaux de l’Arabie, de la Nubie et du Sahara. Au contraire, dans la seconde série, les Mammifères offrent déjà des nuances plus sombres, quelques-uns tirent même fortement au noir, et beaucoup d’Oiseaux étalent sur leur plumage des couleurs extrêmement vives, du bleu d’outremer, du rouge écarlate, du jaune d’or ou du vert métallique.
- Parmi les Mammifères qui ont été rapportés du Turkestan nous citerons d’abord deux Kiangs ou Koulans, animaux du groupe des Chevaux ou Equidés, appartenant à une espèce (Equus Kiang) qui manquait jusqu’ici aux collections du Muséum. Le Kiang ressemble beaucoup à un autre Equidé habitant les déserts voisins del’IndusetdugolfePersique, au Gour ou Ghor-kur qui a été appelé Hémione par Frédéric Cuvier et par Et. Geoffroy Saint-Hilaire parce que ces naturalistes l’ont considéré, peut-être à tort, comme identique au Dshiggelai de la Mongolie ou Equus hemionus de Pollas et qui se trouve désigné sous le nom d’Hémione dans la plupart des jardins zoologiques et des Musées de l’Europe. Toutefois le Kiang est de taille plus forte que l’Hémione du Cutch ; il a la tête relativement un peu plus massive, les oreilles un peu plus longues, les membres plus robustes, les sabots plus lins, plus arrondis, plus semblables à ceux d’un Cheval, le poil plus long, plus fourni, moins lisse et plus vivement coloré. La couleur de la tête, des parties supérieures et des côtés du corps est, en effet, chez le Kiang, d’un fauve rougeâtre tirant au bai, au lieu d’être isabelle comme chez l’Hémione,et, tout en s’éclaircissant latéralement, contraste assez vigoureusement sur le blanc pur du ventre, de la face interne et de la partie inférieure des membres. Le long de l’échine règne une bande dorsale nettement dessinée, d’un brun noirâtre très foncé, qui n’est accompagnée d’aucune bande scapulaire transversale et qui se prolonge, en se rétrécissant, du garrot à la racine de la queue. Celle-ci est garnie, à partir des deux tiers de sa longueur, de crins allongés, de couleur noire comme les poils touffus et tombants qui forment la crinière.
- D’après l’épaisseur et l’aspect un peu hirsute du pelage et la conformation des sabots des Kiangs, on pourrait déjà exprimer que ces animaux sont destinés à vivre dans des contrées froides et arides. Les Kiangs habitent en effet les plateaux couverts d’herbe rase
- qui s’étendent au sud du Lob-Nor et s’avancent jusque dans la région montagneuse du Tibet, où le thermomètre descend en hiver à 40 degrés au-dessous de zéro, et où ils ne trouvent pour se nourrir, dans les places qui ne sont pas recouvertes par la neige, (pie de maigres touffes d’herbes et des racines d’Ar-moise. Aussi sont-ils, au printemps, d’une maigreur extrême. Comme la plupart des Equidés ils forment des hordes de cent à deux cents individus souvent placées sous la conduite d’un vieux mâle. Celui-ci lait bonne garde et, en cas de danger, donne le signal à sa troupe qui détale au trot ou au galop. Les Kiangs ont à subir fréquemment les attaques des Loups, mais leur ennemi le plus redoutable est l’Once (Fdis irbis), sorte de Panthère à fourrure de couleur claire, qui est fort commune dans cette région et dont le prince d’Orléans a réussi à abattre plusieurs individus. En revanche les Kiangs ne se montrent pas extrêmement farouches à l’égard de l’homme, au moins quand ce dernier est à cheval. D’après le major Hay, ils auraient même pour les Chevaux blancs une prédilection particulière et, pour le dire en passant, c’est en profitant de cette sympathie pour l’espèce chevaline que M. Hay est parvenu à conduire jusqu’au lieu d’embarquement unKoulan dont il a fait présent à la Société zoologique de Londres, il y a une quarantaine d’années. On prétend d’ailleurs qu’au Tibet le Kiang se croise souvent avec le Cheval, et cette assertion semble devoir mériter toute créance puisque en Europe on a obtenu à diverses reprises le croisement de l’Hémione et du Cheval. Il se peut que l’espèce rencontrée par Marco Polo dans ses voyages soit plutôt le Gour que le Kiang, mais en revanche il est certain que c’est ce dernier animal qui a été vu en 1841 par Moorcroft à Ladakh et en 1845 par l’abbé Hue dans le Tibet antérieur. La description donnée par le missionnaire lazariste ne laisse aucun doute à cet égard.
- Dans la région du Lob-Nor, mais plus communément encore dans la contrée désolée qui s’étend au loin vers l’est et que l’on désigne sous le nom de désert de Gobi, on rencontre encore une autre espèce de grands Mammifères, dont aucun Musée de l’Europe ne possède de spécimen tué à l’état sauvage et dont le prince Henri d’Orléans n’a pu rapporter que quelques touffes de poils arrachées à un animal abattu par des chasseurs indigènes; nous voulons parler du Chameau à deux bosses (Camelus bactria-nus) que le voyageur russe Przewalski a le premier rencontré dans cette partie de l’Asie, vivant en petites troupes, à l’état de liberté. Ce sont évidemment les ancêtres de ces Chameaux sauvages qui ont été la souche des Chameaux domestiques dont la patrie d’origine, après être restée longtemps inconnue, se trouve ainsi nettement déterminée. Les Ruminants sont représentés dans la collection formée durant le trajet de Kourla au Lob-Nor, par des Cerfs (Cervus maral) au poil gris, au bois peu développé, par un Chevreuil (Capreolus pygargus) de taille beaucoup plus forte que le nôtre, et par une char-
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- mante Gazelle (Gazella subgutlurosa), à la robe couleur café au lait, aux cornes noires, disposées en forme de lyre. Nous avons déjà fait allusion à quelques Carnassiers : à côté de l’Once vulgairement connu des chasseurs européens sous le nom de Tigre blanc, il nous faut citer encore plusieurs autres Félins, de véritables Lynx (Lynx rufus) et des Chats à queue courte et à robe fauve maculée de taches nuageuses (Félis shaviana). A leur suite se placent des Renards ( Vulpes flavescens) portant une livrée très pâle, fauve et blanche, bien différente de la livrée rousse ou rougeâtre des Renards de notre pays. Enfin, snr les monts Tian-Chan, le prince d’Orléans a tué un Ours au pelage d’un gris fauve, appartenant à l’espèce que le naturaliste russe Sever-tzow a désignée sous le nom à’Ursus leuconyx et qui ne constitue peut-être qu’une variété locale de l’Ours de Syrie (Ursus syriacus).
- Les Rongeurs pullulent dans les steppes que l’expédition française a traversés pour gagner le Tibet : outre des Rats (Mus pachycercus et Nesokia Scullyi), il y a là des Gcrbilles (Gerbillus psamnio-philus) semblables à celles que M. l’abbé David avait observées précédemment dans les plaines sablonneuses de la Mongolie, et des Hamsters (Cricelus furunculus et C. arenarius) différant du Hamster commun de l’Allemagne, de la Russie et de la Sibérie par la forme de leur tète osseuse et de leurs pattes, et rentrant dans la subdivision queM. A. Milnc-Edwards a proposé d’appeler Cricétules.
- — A suivre. — E. OuSTALET.
- L’INDUSTRIE DES VIEUX CHIFFONS
- LE TRIAGE
- Les débats qui font l’objet des nouveaux tarifs douaniers mettent en lumière l’immense diversité des problèmes d’économie politique dont les solutions sortiront peut-être du choc des deux doctrines libre-échangiste et protectionniste. Notre intention n’est pas de guider nos lecteurs à travers les arcanes de la science créée par Antoine Montchrestien ; tout autre est notre but qui consiste à lui faire connaître certaines industries ignorées de la majorité du public et dont les intérêts se trouvent en jeu par suite des droits dont elles sont menacées.
- Nous voulons parler aujourd’hui du commerce des vieux chiffons et des industries s’y rattachant ; commerce et industrie florissants il y a quinze à vingt ans et qui tendent actuellement à péricliter, entraînant par ce fait la ruine d’une population dont l’importante collectivité mérite quelque sollicitude de la part de nos législateurs. En effet, le nombre de personnes vivant ou participant du commerce des déchets s’élève en France à 284 861 se partageant ainsi : Paris, 73 045; banlieue de Paris, 11 750; départements, 195 086; Algérie, 5000.
- A ce chiffre, comprenant les coureurs, les ambulants ou chineurs, les brocanteurs et les employés,
- il convient d’ajouter les marchands d’habits, les ouvriers employés à l’effilochage au nombre de 15175, ce qui fait un total de 300 056 individus s’occupant spécialement de la manutention du chiffon. Mais ce n’est pas tout, il importe de comprendre dans cette statistique les industriels et ouvriers affectés à la transformation du chiffon en papier, vêtements, confection, etc., puis enfin ceux qui s’occupent du commerce des verres cassés, des peaux de lapins, de la ferraille, des os, des vieilles graisses, en un mot, de tous les déchets innommés et innommables, et l’on arrive au chiffre de 500 000 personnes dont le chiffonnage est l’unique moyen d’existence.
- Il est impossible de se faire une idée exacte des moyens mis en œuvre et reposant tous sur la chimie, pour utiliser les détritus les plus répugnants; c’est ainsi que les résidus des ateliers d’équarrissage nous fournissent de l’engrais en même temps que des cyanures, du prussiate de fer, du bleu de Prusse; le sang des animaux tués donne un charbon qui sert à la clarification des sirops, les os des jambes nous donnent l’huile de pied de bœuf, de mouton, de cheval. Il existe une catégorie d’individus qui vivent du repêchage des animaux noyés : un chien dans cet état rapporte 5 à 4 francs en graisse, peau, os, etc.
- Jusqu’ici on enterrait les animaux morts du charbon, ce qui constituait un danger permanent, le bacillns anthracis ou microbe du charbon remontant à la surface du sol était absorbé par le bétail; aujourd’hui, grâce au procédé indiqué par M. A. Girard, l’éminent professeur du Conservatoire des arts et métiers, on convertit ces éléments de contage en un excellent engrais renfermant 56 pour 100 d’azote et 6 pour 100 d’acide phosphorique assimilable. Nous ne pouvons nous étendre plus longuement sur ce sujet qui exigerait une Notice spéciale ; néanmoins il est intéressant de signaler qu’en Angleterre les ordures provenant du balayage des rues sont une source d’énergie obtenue en les brûlant dans des fours spéciaux, les cendres provenant de cette combustion servent d’engrais; en Amérique, la fumée qui, généralement, se perd dans l’atmosphère, est recueillie puis traitée et l’on en retire des produits d’une grande valeur; en Autriche, il existe une usine qui fabrique un excellent papier avec les excréments d’animaux herbivores. Nous sommes obligés d’arrêter là ces citations, quitte à y revenir plus tard ; mais vraiment l’esprit reste émerveillé en présence des immenses ressources qu’offre la chimie, le véritable substratum de toute industrie.
- Arrivons aux vieux chiffons qui ne sont autre chose que des déchets. Les vieux chiffons, soit qu’ils aient été ramassés sur la voie publique par le chiffonnier proprement dit, soit qu’ils aient été recueillis chez les particuliers par le chineur ou le brocanteur, forment deux grandes catégories : 1° les chiffons de toile ou de coton dits chiffons de papeterie; 2° les chiffons de laine destinés, après triage et effilochage, à faire de la laine renaissance.
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- blancheur, leur couleur, leur propreté. Ce classement comprend environ 95 numéros dont la valeur varie entre 55 francs et 5 francs les 100 kilogrammes.
- Pour effectuer le triage, les chiffons sont étalés sur une table dont le fond est formé de fils de fer entrelacés pour permettre aux poussières de s’échapper; ils sont examinés morceau par morceau; les ourlets et les boutons sont enlevés au moyen d’un couteau fixé à la table et les chiffons coupés en petits fragments ; dans cet état, ils sont prêts à être convertis en pâte. Nous n’insisterons pas davantage sur cette partie déjà décrite dans la fabrication du papier que nos lecteurs connaissent sans aucun doute.
- Résumons en quelques mots la question éeono-
- Fig. 1. —Atelier de triage des chillons, rue de Crimée à Paris. (D’après nature.
- Quelle que soit la nature des vieux chiffons, ils subissent un premier triage au sortir de la hotte du chiffonnier ou du sac du chineur; cela fait, ils sont achetés par le maître chiffonnier qui occupe un rang pins élevé dans la hiérarchie. Après une séparation plus méthodique des diverses sortes, ce dernier les vend aux négociants en gros suivant leur spécialité, car tel négociant s’occupe exclusivement du chiffon de papeterie, tel autre du chiffon de laine, enfin quelques-uns se livrent au commerce des deux catégories.
- Chiffons de papeterie. — Arrivés chez le négociant en gros, ces chiffons sont soumis à un classement rationnel soigné suivant leur qualité, leur
- inique qui se pose et dont nous parlions en commençant.
- L’industrie des chiffons de papeterie qui a déjà vu son commerce très éprouvé par la concurrence sans cesse croissante des pâtes de bois qui entrent librement en France, se voit encore menacée par les exigences des fabricants de papier qui demandent l’établissement d'un droit de sortie de 8 francs par 100 kilogrammes sur les chiffons, ce qui forme une combinaison du libre-échange et de la protection assez avantageuse, mais quelque peu léonine.
- 11 est vrai de dire que les marchands de chiffons repoussent énergiquement un droit de sortie pour leurs produits, ce qui tuerait leur exportation, mais réclament un droit d’entrée de 2fr, 50 par 100 kilogrammes sur les pâtes succédanées servant à la fabrication du papier, c’est-à-dire mêmes préten-
- tions, évidemment plus modestes, mais aussi même erreur.
- Notre Commission des douanes sortira-t-elle adroitement de ce nouveau cercle de Popilius?67é lo sa? comme diraient les Italiens.
- Chiffons de laine. — La genèse du chiffon de laine est la même que celle du chiffon de papeterie, mais son traitement à partir du triage est beaucoup plus long et plus minutieux ; il sert, comme nous l’avons dit, à fabriquer le produit auquel on donne le nom générique de laine renaissance, laquelle est mélangée avec de la laine mère, du coton ou de la soie selon la qualité des étoffes que l’on désire obtenir.
- La classification des chiffons de laine comprend plus de 200 catégories dont les prix oscillent entre iOO francs (flanelle blanche délisérée) et 5 francs les
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- 100 kilogrammes (chaîne coton tout venant). L’industrie des chiffons de toutes sortes est considérable; à Paris seulement, son commerce s’élève à plus de 50 millions de francs dans lesquels les chiffons de laine entrent pour 65 pour 100 environ; la plus grande partie de ces derniers (75 pour 100) est al)-sorbée par l’exportation, l’Angleterre est la nation qui en consomme le plus; aussi, plusieurs de nos marchands de chiffons en gros, pour assurer leurs relations commerciales, ont-ils des succursales dans ce pays; c’estainsi queM. Verdier-Dufour, M.Moulins, pour ne citer que ceux-là, possèdent d'importants dépôts à Dewslmry dans le Yorkshire, qui est le siège principal delà manufacturedesdrapset de l'effilochage.
- Cela exposé, nous allons parler de l’opération du triage des chiffons de laine. Afin d’en donner une idée aussi exacte que possible à nos lecteurs, nous n’avons pas cru mieux faire que d’aller visiter un établissement modèle en son genre. Nous avons été-reçu par le chef de la maison, M. Verdier-Dufour, qui a facilité nos investigations avec une bonne grâce dont nous tenons à le remercier ici. — Disons de suite qu’indépendamment du triage des chiffons qui se chiffre par 40 000 kilogrammes par jour, cet établissement fait aussi le commerce des verres cassés et des os de cuisine destinés à la tabletterie et ceux qui servent à fabriquer de la colle et du noir animal ; le poids de ces deux dernières espèces de déchets
- Fig. 2. — Atelier de triage des verres cassés, rue de Crimée à Paris. (D’après nature.)
- traité journellement n’est pas moindre de 60 000 kilogrammes. — Le personnel employé est au nombre de 500 dont 200 femmes. — Le matériel roulant se compose de 40 voitures et la cavalerie de 56 chevaux. — La force motrice comprend une machine à gaz de 6 chevaux faisant marcher un bluteur et une machine horizontale Weyher et Richemond de 25 chevaux. — Cette dernière actionne une dynamo Edison dont le courant est envoyé dans le jour, à une réceptrice manœuvrant un treuil, et le soir alimente 12 régulateurs et 60 lampes à incandescence.
- La manutention des chiffons comprend deux corps de bâtiment, reliés par une passerelle, dont le plus important a quatre étages; on pénètre dans celui-ci par un rez-de-chaussée très élevé appelé « quai » parce que les voitures y sont rangées pour être chargées ou déchargées; cette partie est le magasin
- où sont rangés, par sortes et par balles de 200 kilogrammes environ les chiffons prêts à être triés; le premier étage est une vaste salle partagée en un nombre considérable de casiers ayant lm,50 de largeur sur 5 mètres de hauteur et terminés à leur partie supérieure par une espèce de cheminée communiquant avec les ateliers situés au-dessus et dont nous expliquerons le but tout à l’heure. Chacun de ces casiers reçoit une sorte différente de chiffon prêt à l’emballage. Le deuxième étage est affecté au classement des laines fines (mérinos et tricots); celui des draps bruts occupe le troisième, et enfin au quatrième se trouve l’atelier de triage des draps neufs et draps militaires, c’est celui que représente une de nos gravures (fig. 1).
- Les balles de chiffons sont élevées aux ateliers au moyen d’un treuil électrique que l’on aperçoit à
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- gauche de la figure 1 ; les balles sont ouvertes et les chiffons distribués en bloc aux ouvrières au nombre d’environ cinquante dans l’atelier que nous reproduisons. Chaque ouvrière, entourée de plusieurs [tuiliers, commence le triage, mettant ensemble les articles de même nature et de même couleur ; lorsqu’un panier est plein, elle le porte sur la table que l’on voit au milieu de l’atelier; le dessus de cette table est un tamis en fils de fer croisés formant des carrés d'un centimètre ; de .distance en distance se trouvent des ouvertures de 0m,50 de coté : ce sont les orifices des cheminées dont nous parlions plus haut. La trieuse ayant mis son panier sur cette table, son ouvrage est contrôlé par une ou plusieurs ouvrières appelées repasseuses et choisies parmi les plus anciennes ou les plus habiles. — La repasseuse étale les chiffons triés sur la table, et avec une habileté et une dextérité surprenantes elle vérifie la besogne, mettant de côté, pour être rendus à la trieuse, les chiffons n’appartenant pas au classement qui leur est propre. — Les trieuses sont payées au poids de chiffons classés et proportionnellement à la densité de ces derniers. — Une ouvrière habile peut gagner 5 francs 50 par jour. — Une fois sa vérification terminée, la repasseuse jette les chiffons dans leurs casiers respectifs par l’orifice précité après les avoir secoués pour enlever la poussière.
- Nous franchissons la passerelle et arrivons à l’unique étage de l’autre corps de batiment renfermant les ateliers de triage des qualités inférieures ; là se trouve un « bluteur » mù par le moteur à gaz déjà signalé. — Cet appareil animé d’un mouvement de rotation a pour but de débarrasser les chiffons de leur excès de poussière : le rez-de-chaussée sert de magasin aux balles de chiffons classés.
- De ce bâtiment nous passons dans un autre où nous nous trouvons en présence d’un spectacle vraiment curieux : c’est l’atelier de triage des verres cassés dont notre deuxième gravure (fig. 2) donne la vue. A leur arrivée, ils sont jetés dans des cuves indiquées au fond de notre dessin et contenant une lessive de potasse bouillante dans laquelle ils sont agités par des femmes ou jeunes filles armées de pelles en fer; une fois débarrassés des matières qui les souillaient, les verres sont mis par pelletées dans des tamis que des femmes remuent dans des baquets remplis d’eau : c’est le rinçage ; les verres alors sont propres et on peut distinguer leurs couleurs, ce qui est important. Tous les morceaux un peu gros sont réduits en petits fragments par la rinceuse qui verse ensuite le contenu de son tamis sur les tables devant lesquelles sont les trieuses dont le travail consiste à mettre ensemble les morceaux de teinte semblable, car ce verre entrant dans la fabrication du verre neuf, la présence d’oxydes métalliques étrangers à la couleur que l’on veut obtenir compromettrait la coulée. On éprouve une sensation pénible à voir ces femmes prendre à pleines mains ces tessons dont la grosseur va de la parcelle à une noix. Les verres triés sont mis dans des sacs et vendus aux verreries
- au prix de 8 francs les 100 kilogrammes. — Une ouvrière peut gagner 1 franc à lfr,25 par jour. Le verre à bouteille n’est pas traité, en raison de son peu de valeur (8 francs les 1000 kilogrammes); il fait l’objet d’un commerce spécial auquel se livrent les ambulants qui le revendent aux fabricants de papier de verre.
- Nous sommes obligés de nous arrêter, ayant déjà dépassé les limites qui nous étaient tracées, mais nous ne saurions terminer sans adresser tous nos remerciements à M. E. Michel, le sympathique secrétaire de la Chambre syndicale des marchands de chiffons qui, .avec une courtoisie et une complaisance infatigables, a bien voulu nous servir de mentor dans nos pérégrinations. Paui, Gaiiéry
- LA. TÉLÉPHONIE A PARIS
- La téléphonie constitue une des branches les plus importantes et les plus intéressantes à la fois de l’électricité; nous croyons intéressant de présenter à nos lecteurs un résumé succinct des diverses améliorations récentes apportées dans le service de Paris.
- En 1879, trois Compagnies des téléphones avaient obtenu des concessions à Paris. Ces trois Compagnies fusionnèrent le 1er novembre 1880, et il n’y eut plus qu’une Société générale des téléphones. Le privilège de cette dernière expirait en 1889, par le l’achat de la Compagnie par l’État. Depuis cette époque, le service des téléphones est devenu un service public, au même titre que les postes et télégraphes. La voie de progrès ouverte à ces dernières applications devait l’être également pour les téléphones, et nous avons eu, en peu de temps, un très grand nombre de perfectionnements. Dès la reprise du service par l’État, les prix d’abonnements étaient diminués d’un tiers, des conditions spéciales étaient souscrites pour les réseaux suburbains, des abonnements particuliers à des cabines téléphoniques étaient établis au prix de 80 francs. Enfin la durée de l’abonnement initial qui était autrefois fixée à trois ans est aujourd’hui d’une année, et encore, au bout de ce laps de temps, l’État laisse à l’abonné le droit de résilier son contrat par trimestre. Autrefois il n’était possible d’utiliser en commun une ligne principale qu’au-tant que les abonnés habitaient le même immeuble. Il est aujourd’hui possible de greffer une ligne sur une autre se trouvant dans le voisinage.
- Pour solder leurs abonnements, les abonnés devaient se rendre au bureau de poste le plus voisin de leur habitation ; il a été décidé que le montant des abonnements pourrait être touché à domicile, moyennant le payement de 25 centimes par quittance. Il y avait également une autre question très importante, qui a reçu une heureuse solution. Un grand nombre d’établissements publics, cafés, restaurants et autres désirent mettre le téléphone à la disposition de leurs clients. Les établissements de ce genre payaient un abonnement double, soit autrefois 1200 francs par an, et depuis le 1er janvier 1890 seulement 800 francs. Une nouvelle disposition a été prise à leur égard depuis le 1er juillet 1890; le prix de leur abonnement n’est plus que de 600 francs. Signalons encore l’installation de plusieurs lignes téléphoniques (câbles à 7 conducteurs doubles) pour relier plusieurs bureaux importants de Paris, afin d’augmenter la rapidité des communications.
- Toutes ces modifications n’ont pas encore suffi, et la
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- Direction des postes et télégraphes établit en ce moment, rue Gutenberg, un immense bureau central téléphonique pouvant desservir directement 30 000 abonnés sans passer par les autres bureaux de quartier. Les travaux de ce bureau sont commencés depuis quelque temps déjà, et sont activement poussés. Pour établir dans la suite les câbles destinés au nouveau service, câbles qui doivent tous être placés en égout, il était absolument nécessaire, en certains endroits, d’agrandir les égouts existants. Les travaux sont également commencés depuis plusieurs mois. On a commencé par les égouts qui contiennent les lignes les plus importantes réunissant les bureaux de la rue La-fayette et de la rue Étienne-Marcel, c’est-à-dire les égouts de la rue du Faubourg-Montmartre, de la rue de Provence et de la rue Le Peletier. D’après le Bulletin des téléphones, les nouveaux égouts auront une largeur de 4 mètres, une hauteur de 5m,50, avec une cuvette de lm,20 de profondeur dans le milieu. De chaque côté de la cuvette se trouvera un chemin ; l’un sçra destiné au service municipal des égouts, et l’autre au service des téléphones.
- Il est intéressant de connaître le nombre d’abonnés actuel, et le nombre desservi par chacun des bureaux actuellement établis dans Paris. Le nombre des abonnés, qui était de 6300 au 1er octobre 1889, était de 7800 au 1er octobre 1890. Sur ce nombre, le bureau de la rue Étienne Marcel en desservait 1200, l’avenue de l’Opéra 1150, la place de la République 1100, la rue Lafayette 1000, la rue d’Anjou, 750. Les bureaux de la rue Logel-bach, la Villette, de la rue de Lyon, des Gobelins, du boulevard Saint-Germain, de Passy, en desservent chacun 400 à 500; le bureau de la rue Lecourbe n’en a que 200.
- Veut-on savoir maintenant le nombre de dérangements dans ce service si important? On compte environ 2000 dérangements par mois, soit dans les appareils ou les dérivations établies chez les abonnés. Dans ce nombre les dérangements des lignes souterraines n’entrent que pour 55 ou 60, soit pour un chiffre total de 7800 abonnés, 15 pour 100 seulement.
- En dehors de ce service urbain, on se préoccupe vivement des communications téléphoniques à grande distance. Nous avons déjà les communications entre Paris et Bruxelles, entre Paris et Marseille, Paris et Lyon, Lyon et Marseille, Paris et Lille, Paris et le Havre, Paris et Rouen, entre Paris et Londres.
- Vingt-huit villes en France possèdent un réseau téléphonique municipal, ce sont les villes de Caen, Reims, Troyes, Nancy, Besançon, Marseille, Saint-Étienne, Nice, Nantes, Lille, Dunkerque, Tourcoing, Ilalluin, Calais, Boulogne-sur-Mer, Rouen, Bordeaux, Cannes, Grenoble, Dieppe, le Havre, Elbeuf, Limoges, Lyon, Saint-Quentin, Amiens, Fourmies, Armentières. Deux réseaux existent en Algérie, à Alger et à Oran. Plusieurs autres lignes sont également en construction dans diverses villes des départements. Les villes de Lille et Roubaix, Lille et Dunkerque sont reliées par des réseaux interurbains. Prochainement des communications existeront aussi entre Lille, Valenciennes, Calais et Fourmies, entre Lyon et Saint-Étienne, entre Dieppe et Rouen, entre Marseille et Nice.
- Enfin le téléphone, en dehors des moyens de communication qu’il permet à distance, soit pour les conversations privées, soit pour les conférences publiques, a rendu de très grands services pour une quantité d’autres applications, la recherche des balles dans les blessures, l’examen intérieur des pièces de métal, etc. H serait difficile de prédire dès à présent les merveilles que l’avenir nous réserve encore. J. L.
- —o-v~e—
- LA NOUVELLE VILLE DE LA PLATA
- SON PORT ET SON MUSÉE
- Lorsque l’année dernière nous emmenions noire lecteur au nouveau port de La Pallice, creusé de toutes pièces près de La Rochelle, en un terrain absolument vierge de toute installation, nous faisions remarquer que pareille création ne se produit en général que dans les pays neufs du nouveau continent, où l’on bâtit une ville comme en Europe on élève une maison. Tel est le cas de la nouvelle ville de la Plata, sur laquelle nous voulons donner quelques détails curieux.
- Le besoin d’un port facile d’accès se fait depuis longtemps sentir pour le commerce de la République argentine. Sans parler de Rosario, qui est un port fluvial, Buenos-Ayres présente les plus grandes difficultés d’accès : il n’y a pas de port, en réalité, dans la capitale. Devant la ville s’étend une plage de sable à pente très faible, qui force les steamers à mouiller en rade à près de 2 kilomètres de la ville même : les passagers sont débarqués en canot, souvent même ensuite dans des charrettes spéciales. Les vents font encore osciller le niveau de l’eau dans l’embouchure du fleuve, et, quand souffle le pam-j)e?’0(vent du sud), la plage est à sec sur une grande distance. Dès 1823, pour remédier à ce fâcheux état de choses, Rivadavia avait fait étudier un projet de port à Enseîiada, au sud du Rio de la Plata; un emprunt avait même été fait pour le creusement de ce port. Aujourd’hui on a entrepris des travaux à Buenos-Ayres même : ce sera le port Madero, qui sera terminé dans quelques années; une digue de 500 mètres de longueur procurera 400 000 mètres carrés pour établir des docks, des quais, des magasins. Mais, en même temps, on a fini de creuser le port d’Ensenada même, qui est le port de la nouvelle ville de La Plata.
- Cette ville a été créée dans un but quelque peu politique. Buenos-Ayres ayant été choisie comme capitale nationale en 1880, la province de ce nom ne possédait plus de capitale : pour lui en donner une, on a bâti de toutes pièces La Plata. On a fait grand et coûteux; mais l’opération est curieuse. Comme emplacement on a choisi un endroit vierge et nu, un plateau situé à 8 lieues de Buenos-Ayres, dominant ce port de l’Ensenada dont nous avons parlé tout à l’heure, et qui, avant tous travaux, formait déjà une baie (comme le dit son nom) d’une excellente tenue, tout près du grand chenal qui conduit à Buenos-Ayres, et que suivent tous les navires allant en cette ville, à Bosario ou dans le haut du fleuve. Ce port servait d’abri, au siècle dernier, aux flottes d’Espagne. Le 19 novembre 1882, on procédait à l’inauguration de la ville et du port, qui n’étaient encore indiqués que par des piquets de délimitation. Dès le principe, en sa qualité de ville américaine, La Plata vit toutes ses rues tracées au cordeau ; tout y a été prévu, comme on peut s’en rendre compte par le
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- plan ‘ci-joint, et comme on pouvait en juger sur un petit plan en relief, à l’Exposition universelle de 1889. Tout était arreté dès le premier jour :
- emplacement des squares, des monuments, des églises, des écoles; le plan est curieux à examiner : on peut dire qu’il est du style rayonné.
- Fig. i. — Plan général de la nouvelle ville de La Plata.
- Le port se compose essentiellement d’un chenal extérieur coupant la plage entre deux digues ; il se ramifie ensuite pour desservir plusieurs docks et pénètre presque jusqu’à la ville même, au milieu de terrains qui pourront être au besoin aisément transformés en nouveaux docks ; deux chenaux parallèles ont pour but de renouveler l’eau du port; le chenal principal a un tirant de 6m,40. Pour cet établissement, on a enlevé 41 millions de mètres cubes de déblais; il a fallu apporter 900 000 mètres cubes de pierre pour les digues, faire HOOOOmètres cubes de maçonnerie ; les voies du port ont 14 kilomètres ; les magasins 40 000 mètres carrés. On compte sur un espace couvert de 550 000 mètres carrés, et sur 16 440 mètres de quais. Ce port pourra suffire à un mouvement annuel de 8 millions de tonnes de marchandises. Les travaux en ont été dirigés par M. Wal-dorp, ingénieur militaire hollandais, et exécutés par un Italien, M. Medici.
- La ville a su prendre un très rapide développe-
- ment. En 1884, elle comptait 10 407 habitants; on en comptait 26 557 dès la fin de 1885, dont
- 10 800 Italiens et 10 400 Argentins ; enfin 45 000 en 1887 et 65172 en 1889. Une foule de monuments se sont élevés magiquement, Chambre et Sénat, banques et gares. Mais nous ne voulons parler que d’un seul, du Musée.
- La province possédait les collections du Musée de Buenos-Ayrcs ; mais on les a fedéralisées, pour ne pas les perdre par un transport, et l’on n’a pu transférer à La Plata que le Musée anthropologique et archéologique, formé des collections duD1' F. Moreno, comprenant une collection de crânes de races indigènes disparues ou vivantes, et des milliers d’objets de pierre. Au retour d’un intéressant voyage au Chubut, le Dr Moreno reçut mission de constituer le nouveau Musée de la province : nous allons voir comment il a su s’en acquitter. Il a fait commencer en 1884 les travaux de construction de l’édifice, qui est terminé à l’intérieur. Suivant un plan logique et tout nouveau,il a voulu que la disposition des
- Premier Étage.
- m ut
- Rez-de-Chaussée.
- ' — 4-
- ‘ • I--1
- . 1 IG
- Fig. 2. — Plans du musée de la Plata. — Rez-de-chaussée. 1. Oiseaux et mammifères actuels. — 2. Poissons et reptiles actuels. — 3. Animaux inférieurs actuels. — 4. Anthropologie; anatomie humaine.
- — 5. Ostéologie comparée. — 6. Insectes. — 7. Cétacés fossiles. — 8. Mastodontes. —9. Tapirs, animaux quaternaires. —10. Squelettes fossiles quaternaires. — 11. Todoxons. — 12. Anthropologie,àgede pierre. —13. Géologie et minéralogie. — 14. Edentés quaternaires.
- — 15. Faune tertiaire. — 16. Marsupiaux et édentés quaternaires. — Premier étage A. Ethnographie. — 2. Bibliothèque.—3 et 4. Direction. — 5. Beaux-arts.
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- salles permît d’étudier le passe et le présent biologiques pés. Une de nos gravures donne l’aspect extérieur ainsi que le milieu dans lequel ils se sont dévelop- du monument, qui est d’un style américain archaï-
- Fig. 3. — Façade principale du nouveau musée de La Plata.
- que; les bustes des illustrations des sciences phy- Lamarck, Darwin, Broca, Descartes, Bufifon. Les sico-naturellcs le décorent, tels ceux de Cuvier, Linné, ; salles du contour du batiment, représentant l’anneau
- Fig. 4. — Galerie des Glyptodontes au nouveau musée de La Plata.
- biologique, occupent une surface de 500000 mè- centrale est destinée provisoirement a l’homme dans très carrés, divisés en cinq grandes salles; la partie son évolution physique et morale précolombienne.
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- Nous trouvons au second étage la bibliothèque, les beaux-arts, l’ethnographie; dans le sous-sol, les ateliers, les laboratoires, l’imprimerie spéciale du Musée, qui publie une Revue. Le Musée disposera d’ailleurs d’un jardin botanique et zoologique.
- A signaler comme une innovation très originale : dans le premier salon, une collection de seize grands tableaux reproduisant des scènes de la nature argentine et des restaurations de la vie indigène sauvage; à côté sont des échantillons des terres archaïques. Il nous faudrait parcourir toutes les salles et citer une collection unique des mammifères patagoniens, au nombre de près de deux cents espèces, puis la faune perdue découverte par Darwin à Monte Hermoso, faune de transition entre le tertiaire patagonien et le quaternaire pampéen. On aperçoit une collection magnifique de carapaces et de squelettes de Glypto-dontes. On y trouve des richesses de toutes sortes que nous ne pouvons énumérer, des Toxodontides, des Mastodontes ou du moins des restes énormes de ces espèces, de grandes baleines fossiles, yoici une section d’ostéologie, avec près de trois cents squelettes, dont plusieurs ayant appartenu à des cétacés australs. Un squelette humain termine dans le dernier salon l’enchaînement biologique. Dans la partie centrale inférieure de l’édifice est installée une galerie d’anthropologie anatomique, comptant près de mille crânes, surtout des indigènes de l’Amérique australe ; c’est une des galeries les plus curieuses de ce Musée. Nous ne pouvons qu’ajouter rapidement que le Dp Moreno a réuni des céramiques précieuses pour l’histoire de la civilisation et des migrations humaines.
- Et c’est, à coup sûr, un des grands intérêts de cette ville surgissant au milieu de la pampa, que ce Musée si riche déjà en collections de toutes sortes et que son directeur a su créer sur un plan si original et si logique. Daniel Bellet.
- LA PRODUCTION INDUSTRIELLE
- DE L’HYDROGÈNE ET DE L’OXYGÈNE
- PAR L’ÉLECTROLYSE DE l’eAU
- Toute tentative de préparation industrielle des corps gazeux eût été prématurée lorsque l’on ne possédait pas les moyens de les transporter sous un volume suffisamment réduit; depuis quelques années, l’industrie livre couramment des cylindres d’acier permettant d’emmagasiner, sans le moindre danger, un gaz sous une pression de 120 à 200 atmosphères; le problème du transport sans canalisation étant suffisamment résolu, celui de la production industrielle des gaz a pu, à son tour, être attaqué de front. L’acide sulfureux, le chlorure de méthyle, l’acide carbonique, liquéfiés, ont été tour à tour livrés au commerce ; celui-ci est déjà couramment employé dans les laboratoires pour produire, par sa détente, un froid intense1. L’oxygène et l’azote, préparés par
- 1 Voy. n° 937, du 16 mai 1891.
- des procédés chimiques, ont bientôt suivi, et, aujourd’hui, l’électrolyse industrielle de l’eau va permettre de livrer, de la même manière, de l’oxygène et de l’hydrogène très purs, et à un prix abordable.
- Mais, avant de décrire les procédés employés à cette préparation, nous devons répondre à une question que beaucoup de nos lecteurs pourraient être tentés de nous adresser : à quoi ces gaz peuvent-ils servir? Nous allons essayer d’en rendre compte.
- Une première et importante application de l’hydrogène pur est celle du gonflement des ballons ; le gaz d’éclairage, généralement employé faute de mieux, est sensiblement plus dense que l’hydrogène, et possède une force ascensionnelle moindre, d’où découle l’obligation d’alléger l’aérostat, ou d’augmenter son volume1 ; ces inconvénients deviennent capitaux pour les ballons dirigeables, dont il faut, au contraire, diminuer autant que possible la surface. Lorsqu’on a suivi la marche ascendante du sport aérostier à Paris, on entrevoit un placement annuel assuré de quelques centaines de mille mètres cubes de gaz pour le seul usage des ballons, l’adoption de l’hydrogène pur n’étant qu’une question de prix de revient.
- L’hydrogène pur ou légèrement carburé peut remplacer avec avantage le gaz de houille pour le chauffage ou l’éclairage ; cet emploi est sans doute un peu prématuré, mais nous verrons qu’il est déjà sorti du domaine de l’utopie ; enfin, le chalumeau oxyhydri-que, indispensable dans le traitement des métaux très réfractaires, consomme de notables quantités d’hydrogène et d’oxygène.
- Depuis quelques années déjà, l’oxygène est employé en thérapeutique; on le trouve dans le commerce soit à l’état gazeux, soit en dissolution dans l’eau (siphons) ; il procure un notable soulagement aux personnes atteintes d’asthme ou d’oppression; on recommande son emploi dans le traitement de l’albuminurie. Guérit-il, ou du moins contribue-t-il à guérir l’anémie? cette terrible affection des grandes villes, source première de tant d’autres maladies. Ici les avis des médecins et des physiologistes sont partagés et nous nous bornons à mentionner la question sans la discuter.
- Il y a quinze ans seulement, c’eût été folie que de vouloir obtenir des résultats rémunérateurs par l’élec-trolyse de l’eau ; cette recherche était subordonnée à la production industrielle de l’énergie électrique.
- Nous ne chercherons point à établir la priorité des essais et des découvertes ; la question était dans l’air, et a été abordée presque simultanément par
- 1 Le gaz d’éclairage, dans les conditions ordinaires, a une force ascensionnelle de 740 grammes par mètre cube; cette force est de 1120 grammes pour l’hydrogène; l'OOO mètres cubes d’hydrogène enlèvent donc le même poids que 1500 mètres cubes de gaz d’éclairage; en augmentant la surface, on augmente dans une plus forte proportion le poids de l’enveloppe, puisqu’elle doit être d’autant plus résistante qu’elle est plus étendue; il en résulte, pour le ballon d’hydrogène, une force ascensionnelle disponible plus considérable encore que celle que l’on déduit du simple rapport des densités.
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- trois habiles expérimentateurs : un physicien russe, M. Latchinof, professeur à Saint-Pétersbourg; le Dr d'Àrsonval, le savant professeur du collège de France; et M. le commandant Renard, directeur de l’établissement d’aérostation militaire de Chalais. M. d’Arsonval recueillait l’oxygène pour des expériences de physiologie, tandis que le commandant Renard portait naturellement son attention sur la production de l’hydrogène pur. Les solutions sont, du reste, semblables en principe; cependant elles ont été développées d’une manière très différente, et nous croyons que celle de M. le commandant Renard est la plus complète au point de vue industriel ; nous en rendrons compte d’après la communication que l’éminont ingénieur militaire a faite il y a quelque temps à la Société française de physique.
- Transformations du voltamètre. — Dans un laboratoire, il est indifférent que le litre d’hydrogène revienne à 1 centime ou à 1 franc ; tant qu’il s’agit de quelques litres on peut, à son aise, gaspiller l’énergie et employer des substances coûteuses; la résistance intérieure d’un voltamètre et le prix d’électrodes de platine de quelques grammes ne doivent pas arrêter le physicien dans une expérience; mais pour une production en grand, il faut abaisser autant que possible la résistance de la colonne liquide, c’est-à-dire augmenter sa section et diminuer son épaisseur; la première condition conduit à supprimer le platine, et la seconde oblige à employer, dans la construction du voltamètre, des principes nouveaux. Un voltamètre de laboratoire se compose soit d’un tube en U, soit d’une cuve dans laquelle les électrodes sont recouvertes par des cloches (fig. 1 A et B) ; de toutes façons, le courant électrique doit suivre un chemin tortueux et étroit pour passer d’une électrode à l’autre, tandis que, si on laisse les électrodes entièrement libres dans le bain, les gaz, montant en éventail, se mélangent à une certaine hauteur; il est nécessaire de les séparer par une cloison (fig. 1 C) ; si elle esUsolante et imperméable, il n’y a aucun intérêt à élever les électrodes sensiblement au-dessus de son bord inférieur; or, plus les électrodes sont rapprochées, plus il faut abaisser la cloison. L’extension des électrodes et leur rapprochement est le nœud de la question. Un calcul très simple va nous le montrer.
- L’électrolyse visible de l’eau commence pour une force électromotrice de lv,7 environ; au-dessous, il n’y a aucun dégagement de bulles; si l’on augmente la force électromotrice aux bornes du voltamètre, le courant, et, par conséquent, la production de gaz devient proportionnelle à l’excès de sa valeur sur lv,7 ; mais, en même temps, le courant échauffe le circuit, c’est-à-dire produit un travail parasite, il y a gaspillage; pour lv,7, le rendement est à son maximum, mais l’effet utile est nul; pour faire un bon usage des instruments, il faut admettre une certaine perte d’énergie, d’autant moindre, du reste, que les voltamètres sont moins coûteux, et que l’économie doit porter sur le courant plutôt que sur les
- appareils. On peut admettre comme une bonne proportion l’emploi de 5 volts, c’est-à-dire perte de moitié environ de l’énergie disponible. Dans ces conditions, un voltamètre ayant une résistance intérieure de 1 ohm produit 0!,65 d’hydrogène à. l’heure, tandis qu’il en dégage 6500 litres si sa résistance 4
- n’est que de ^ d’ohm. Il est vrai que, dans ce
- cas, le courant serait voisin de 15 000 ampères1. Les voltamètres de laboratoire ont fréquemment une centaine d’ohms de résistance ; il en faudrait un million en dérivation pour produire le même effet. La résistance spécifique des solutions que l’on peut employer à la production des gaz par électrolyse est, en nombre rond, vingt mille fois plus forte que celle du mercure; pour obtenir une résistance de
- 4
- 10 QQQ d’ohm, il faut satisfaire sensiblement à l’équa-
- / 4
- tion 20 000 ïq'qqq’ ^ désignant l’épaisseur des voltamètres exprimée en mètres, s la section en millimètres
- 4
- carrés ; par exemple, pour l — s = 20 000 000,
- soit 20 mètres carrés. On voit, par cet exemple, quelles doivent être les proportions des appareils destinés à la production en grand.
- Les principes nouveaux qui permettent la construction de pareils voltamètres sont les suivants : 1° substitution d’une solution alcaline à la solution acide, ce qui donne la possibilité d’employer des électrodes en fer ; 2° introduction d’une cloison poreuse entre les électrodes, dans le but de séparer les gaz.
- Liquide électrolytique. — Les essais de M. le commandant Renard ont été faits sur une solution de soude caustique à 15 pour 100, et de l’eau acidulée à 27 pour 100; ce sont les proportions qui donnent le maximum de 'conductibilité. Les expériences faites dans un voltamètre à électrodes de platine, distantes de 3 à 4 centimètres ont montré que, pour une force électromotrice déterminée, la solution alcaline laisse passer un courant un peu plus intense que l’eau acidulée; c’est-à-dire qu’elle est moins résistante, et plus avantageuse au point de vue de la consommation d’énergie.
- Cloison poreuse. — Supposons que les deux parties de l’auge soient séparées par une cloison percée de petits canaux perpendiculaires à sa direction; ce sont ces canaux seuls qui doivent conduire l’électricité ; leur conductance (inverse de la résistance) est proportionnelle à leur section totale, et inversement proportionnelle à leur longueur commune, quelle que soit, du reste, leur section individuelle; il y a donc avantage à employer les cloisons aussi complètement ajourées que possible.
- L’effet séparateur de ces cloisons pour les gaz est entièrement dû aux phénomènes capillaires; on sait,
- 1 Les machines de Neuhausen pouvant travailler à 15000 ampères et 30 volts, alimenteraient 10 voltamètres en série, cl produiraient 1500 mètres cubes d’hydrogène en 24 heures.
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- en effet, que l’eau tend à chasser le gaz d’un tube étroit, avec une pression inversement proportionnelle au rayon du tube; une masse gazeuse devra, pour traverser le tube, exercer une contre-pression supérieure à cette pression capillaire; tant que la pression, de part et d’autre de la paroi mouillée, différera d’une quantité inférieure à la pression capillaire du plus gros canal, les gaz dégagés dans les deux parties de l’auge resteront entièrement séparés. Pour que le mélange ne s’effectue pas à travers la cloison au-dessus du niveau du liquide (cloison sèche), celle-ci devra être impermé a b 1 e dans toute la partie qui émerge. L’étude des cloisons devait porter sur leur effet séparateur des gaz et sur leur résistance électrique. Pour
- Fig. 1.— Voltamètres.—A et B. Formes les plus habituelles des voltamètres de laboratoire C. Diagramme de l’ascension des bulles gazeuses dans un voltamètre.
- sphère1 ; c’est beaucoup plus qu’il n’est nécessaire. Une toile métallique, du canevas, de la toile d amiante, résistent encore à quelques centimètres d’eau. Cependant l’on pouvait craindre que les gaz projetés violemment contre ces cloisons ne passassent, grâce à la vitesse acquise. Sur ce point, l’expérience est très rassurante ; après avoir rempli d’eau un sac en canevas fixé à l’extrémité d’un tube de caoutchouc, o n peut produire, à l’intérieur, un dégagement tumultueux de gaz sans qu’aucune bulle traverse.
- Au point de vue électrique, les cloisons sont de qualité très inégale : diverses
- étudier la première de ces propriétés, la cloison poreuse, fixée par un joint hermétique à un tube de verre, est plongée dans l’eau (fig. 2); on exerce, de l’intérieur, une pression croissante jusqu’à ce qu’on observe le passage des bulles. La pression lue à ce moment au manomètre indique, transformée en hauteur de la solution électrolytique, les dénivellations que le bain peut subir.
- Les différentes porcelaines et terres se comportent, à ce point de vue, d’une manière très inégale ; par exemple, un
- vase en terre de la maison Pillivuyt supporte quelques décimètres d’eau, tandis que la porcelaine de Boulanger à Choisy-le-Roi ne laisse passer le gaz que pour des pressions supérieures à une atmo-
- Fig. 2.
- cloisons ayant été placées entre des électrodes distantes de 3 centimètres, on a obtenu des courants indiquant que, avec
- la meilleure des porcelaines, le rendement de l’appareil est diminué de moitié. La toile d’amiante n’introduit qu’une résistance insignifiante.
- A cet inconvénient des vases poreux s’ajoutent leur fragilité, leur prix élevé, et l’impossibilité de les obtenir dans les dimensions que nécessiteraient les grands appareils. Le choix de la toile d’amiante est donc tout in-d i q u é ; mais, comme elle ne sépare entièrement les gaz que pour une pression ne dépassant pas quelques centimètres d’eau, il était nécessaire de ramener toujours la variation du niveau à ces limites étroites par un dispositif
- 1 On peut en conclure que les pores (le celle porcelaine ont un diamètre inférieur à 5 microns.
- — Dispositif pour l’étude de la réaction capillaire dans les membranes ou les vases poreux.
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- Fig. 3. — Ensemble d’une installation pour l’électrolyse industrielle de l’eau.
- spécial ; on ne peut pas, en effet, s’attendre à ce que toute la canalisation soit toujours ditns des conditions telles qu’aucune différence de pression ne puisse se produire. On ramène les niveaux à légalité dans les limites utiles, en interposant entre le voltamètre et la canalisation un appareil nommé compensateur, qui se compose de deux vases, communiquant à la partie intérieure par un large tube ; les gaz arrivent dans chaque vase par un tuyau débouchant au-dessous du niveau de l’eau ; vien t-il à se produire un arrêt momentané dans l’une des conduites, l’eau se dénivelle dans le compensateur, mais la pression reste constante à l’oriüce des tubes.
- Le compensateur n’est, on le voit, pas autre chose qu’un double flacon de Mariotte. Lorsqu’on veut obtenir des gaz purs, on introduit dans le compensateur une solution d’acide tartrique, qui retient les traces d’alcalis emportées par le courant de gaz ; la solution alcaline a, du reste, détruit l’ozone au moment de sa formation.
- On voit que l’étude du laboratoire a fourni tous les éléments d’un problème qui peut, dès maintenant, entrer dans le domaine de
- l'industrie; le bon marché des matières premières permet de construire des appareils dont les dimensions ne seront plus limitées que par des raisons d’un autre ordre ; les électrodes peuvent être rapprochées à volonté, grâce a l’emploi de la cloison poreuse ; on prévoit donc que les appareils auront un effet utile considérable, sans qu’il soit nécessaire de gaspiller outre mesure l’énergie électrique.
- Appareils industriels. — Nous avons montré comment les recherches très serrées de M. le commandant Renard ont fixé les meilleures conditions de la construction d’un voltamètre industriel ; il nous reste à décrire ce voltamètre lui-même, et à en indiquer le rendement.
- Le voltamètre industriel se compose d’un grand cylindre en fer ; on voit figurer une batterie de ces voltamètres à gauche de la figure 5, et l’un des appareils isolé est représenté figure 4. L’électrode intérieure est enfilée dans un sac en toile d’amiante fermé par le bas, et ligaturé à sa partie supérieure; elle est percée de trous qui permettent l’ascension des gaz
- Hydrogène ^ j\0^gèi,e
- Arrivée du courant
- Electrode in(S£_
- Ligatures flxa.nl ! 1'annea.u
- Manchon en caoutchoüc ' m/m u
- Détails d’uu voltamètre industriel.
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- k l’intérieur du cylindre. L’appareil est hermétiquement clos à sa partie supérieure, les deux électrodes étant, naturellement, isolées par une lame de caoutchouc; au-dessus du niveau du liquide, l’électrode intérieure est continue, et forme canal pour le gaz; l’hydrogène et l’oxygène, s’échappant par les orifices supérieurs, se rendent au compensateur ; l’appareil est muni d’un robinet de vidange ou de remplissage par de l’eau distillée venant d’un réservoir situé au-dessus de l’appareil.
- Les constantes du voltamètre établi par le commandant Renard sont les suivantes :
- Hauteur de l’électrode extérieure . . 5m,405
- — — — intérieure . . 3m,290
- Diamètre de l’électrode extérieure. . 0m,300
- — — — intérieure. . 0m,174
- La tôle employée a une épaisseur de 2 millimètres.
- La résistance électrique est de 0,0075 ohm environ; il débite 365 ampères sous 2,7 volts, et consomme, par conséquent, près d’un kilowatt; sa production en hydrogène est de 158 litres à l’heure.
- Il est clair que, dans une exploitation industrielle, oii n’emploie jamais une dynamo travaillant au-dessous de 3 volts ; pour utiliser convenablement la puissance de la dynamo, on mettra plusieurs voltamètres en série, une dizaine par exemple si la machine génératrice est à proximité des appareils, un plus grand nombre si l’on actionne les voltamètres par une dynamo située au loin, par exemple, au voisinage d’une chute d’eau. La figure 3 donne une idée d’une usine pour l’électrolyse de l’eau.
- 11 nous reste à dire quelques mots du prix de revient des gaz, hydrogène et oxygène, par les procédés que nous venons de décrire.
- On peut estimer la valeur d’un voltamètre à une centaine de francs ; l’appareil fonctionnant sans usure appréciable, l’amortissement devra être calculé à un taux très bas ; admettons 10 pour 100, ce qui est beaucoup. En marche continue, il livrerait plus de 1500 mètres cubes de gaz par an, soit un peu moins de 1 centime par mètre cube. La soude caustique se récupère constamment et n’est jamais détruite; le seul produit qui disparaît est l’eau distillée. Or, un mètre cube d’eau produit plus de 2000 mètres cubes de gaz ; la dépense en eau ne chiffre donc pas pour 1 centime par mètre cube. Le gros facteur de la dépense réside dans l’énergie électrique ; les frais de surveillance seront minimes, et les frais généraux ad libitum.
- Prenons le cas où l’énergie doit être empruntée à une machine à vapeur; en supposant des pertes très minimes dans la dynamo et la canalisation, on pourra compter sur une production de 1 mètre cube d’hydrogène et 500 décimètres cubes d’oxygène pour dix chevaux-heure, pris sur l’arbre moteur, soit une dépense de 40 kilogrammes de charbon ou de 25 centimes environ, un peu plus dans Paris, moins dans des districts houillers.
- Si, par conséquent, on fixe à 50 centimes le prix du mètre cube de gaz, on garde une marge suffisante.
- Dans les localités où l’on dispose d’une force motrice naturelle, ce devis devra être considérablement abaissé. Nous pouvons donc nous attendre k voir les gaz hydrogène et oxygène prendre une place importante dans les usages courants. A l’unique point de vue de la conservation du combustible, c’est-k-dire de l'énergie potentielle sur la terre, cette nouvelle conquête de l’électricité est fort réjouissante; les chutes d’eau fournissant de l’énergie utilisable en tout lieu et à longue échéance consoleront peut-être nos arrière-neveux de l’impitoyable gaspillage que nous faisons du charbon. Ch.-Ed. Guillaume.
- CHRONIQUE
- La durée du sommeil. — Dans un journal médical allemand, un spécialiste qui s’est occupé de cette question, M. le Dr Cold, fait un plaidoyer pour qu’on accorde à l’adolescent un long sommeil. Le nouveau-né a son besoin de sommeil complètement satisfait, il dort, s’il se porte bien, presque pendant toutes les premières semaines et ne se réveille que pour téter. Dans les premières années, on est très disposé à laisser les enfants dormir tant qu’ils veulent, le temps consacré au sommeil étant un temps de tranquillité pour les parents. Mais à partir de six ou sept ans, âge de la fréquentation de l’école, les choses changent complètement. A l’âge de dix ou douze ans, l’enfant ne dort que huit à neuf heures, alors qu’il lui en faudrait au moins dix à onze, et plus l’enfant avance en âge, plus on lui raccourcit le temps consacré au repos. L’auteur croit que l’adolescent jusqu’à vingt ans a besoin de neuf heures de sommeil et que l’adulte réclame encore huit à neuf heures. Si la durée du sommeil est insuffisante, le système nerveux, le cerveau surtout, ne se reposent pas suffisamment et ne fonctionnent plus normalement. L’épuisement, l’excitabilité, les troubles intellectuels remplacent peu à peu le goût du travail, le bien-être général, l’esprit d’initiative.
- Les eaux d’abreuvoir. — Si les eaux contaminées sont dangereuses pour l’homme, elles le sont également pour les animaux. C’est ce qu’a démontré un vétérinaire de Senlis, M. Paul Cagny, qui, en signalant une affection typhoïde sévissant sur les chevaux, a été amené à penser que la maladie aurait eu pour cause la présence dans les eaux d’abreuvoir d’infiltrations provenant de fosses d’aisances, et peut-être aussi de fourrages mouillés par des eaux croupies, contenant des matières organiques et des substances ammoniacales.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 juillet
- En raison de la Fête nationale du 14 Juillet, l’imprimerie Lahure ayant été fermée pendant les premiers jours de la semaine, nous publierons le compte rendu de cette séance dans notre prochaine livraison.
- LES CHAMPIGNONS PARASITES
- DES ACRIDIENS
- Au mois de mars 1888, l’un de nous, dans la conférence qu’il fit au Congrès d’Oran, en traçant l’historique complet des observations des naturalistes sur les Cryptogames ento-mophytes des Acridiens, a fait ressortir que c’était un Amé-
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- LÀ NATURE.
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- ricain, le professeur Herbert Osborn qui, le premier (1883), avait proposé de cultiver YEnlomophtera calop-teni, et de le propager dans les localités envahies par les Acridiens. 11 a rappelé que, de son côté, le professeur Metschnikoff (1884) avait pensé qu’on pouvait multiplier artificiellement Ylsaria destructor, Metschn. et Ylsaria ophioglossoïdes, Krass. Il a signalé la production des spores d’lsaria destmctor dans la petite usine d’Imélia et exposé les résultats satisfaisants obtenus par semis de spores pour la destruction des Charançons ravageurs des betteraves, les Cleonus punctiventris. M. Krassiltschick s’était fait fort, par des semis de spores d ’lsaria, d’arrêter la multiplication des Acridiens. Nous sommes en 1891 ; la petite usine d’Imélia a disparu, et nous attendons toujours les résultats des expériences projetées par le naturaliste russe.
- Depuis 1888, M. Kunckel, suivant pas à pas la marche des invasions, s’est attaché à rechercher si les stauronotes marocains, hôtes des Hauts-Plateaux, n’étaient pas atteints d’une affection cryptogamique ; il a toujours constaté que la mortalité, dans les vols, était causée par un diptère parasite, le Sarcophacja clalhrata, Meigein. Cette année, au début de l’invasion des Criquets pèlerins, il se rendit à Biskra pour suivre leur évolution. Il recueillit le 26 mars un grand nombre d’individus des deux sexes qu’il rapporta à Alger pour les mettre en observation. Ces Acridiens étaient parfaitement sains; au fur et à mesure des appariements, les couples étaient isolés. Quelques cas d’affection cryptogamique se manifestèrent dans ceux qui étaient réunis en groupe, mais la mortalité fut insignifiante; la contamination de proche en proche paraissait très difficile.
- Le mâle d’un couple isolé mourut, portant des signes d’infection; sa femelle fut associée à un autre mâle, s’accoupla, fit une première ponte le 29 mai, une seconde le 4 juin, mourut le 9; son second mâle mourut également le 16, sans avoir manifesté de signes d’infection. Le 9 et le 16 mai, M. Kunckel fit à la Société d’agriculture d’Alger deux communications dans lesquelles il annonçait que, contrairement à l’idée reçue, les Criquets pèlerins ne mouraient pas après la ponte, mais que ceux qu’on trouvait çà et là sur les gisements d’œufs étaient en partie morts, atteints par une affection cryptogamique (voir h Dépêche algérienne du 19 mai 1891.
- M. Kunckel et M. Langlois, ayant trouvé, cnacun de son côté, l’un aux environs d’Alger, à la Reghaïa, l’autre au voisinage d’IIaminam-Rirha, des Criquets pèlerins contaminés, se communiquèrent leurs impressions et s’associèrent pour faire des observations en commun. Pour contrôler leurs expériences, ils s’attachèrent à les faire séparément dans des milieux autres et des conditions différentes. Voici les résultats des observations ainsi faites séparément et des études poursuities en commun, résultats qui ont été communiqués à la Société d’agriculture d’Alger, dans sa séance du 30 mai, ainsi qu’en font foi les procès-verbaux. Nous regrettons que les circonstances nous forcent à les donner avant qu’ils fussent aussi complétés que nous l’eussions souhaité; lorsqu’il s’agit d’études qui conduisent à des applications, on ne saurait trop procéder avec circonspection et se garder de croire réalisées les conceptions hypothétiques de son esprit.
- Nous avons le regret de dire que c’est toujours après que les Criquets pèlerins s’étaient appariés, accouplés, avaient pondu, qu’ils étaient contaminés; que c’était, par conséquent, lorsqu’ils avaient accompli leur cycle évolutif et commis sous toutes les formes leurs ravages qu’ils
- succombaient. Nous ajouterons que des conditions particulières, toutes spéciales, nous paraissent nécessaires pour favoriser le développement du champignon parasite; ce n’est que sur les individus capturés dans des lieux humides, soit sur certains points des Hauts-Plateaux, soit sur le littoral, que nous avons pu constater les signes caractéristiques de l’Infection.
- Nous ferons observer qu’à l’état de nature, les Criquets pèlerins savent se grouper au pied des plantes et des arbustes, grimper sur ces derniers en prenant la position verticale pour éviter l'action de la rosée. En captivité, ce n’est que sous les grillages recouverts tous les soirs d’un linge mouillé que la maladie a fait son apparition sur un certain nombre d’individus ; de telle sorte que les Acridiens ne trouvent que très rarement à l’air libre les conditions favorables au développement des entomo-phytes, conditions qu’ils rencontrent au contraire dans les milieux confinés analogues à ceux dont nous venons de parler. Quelques femelles capturées pendant l’acte de la ponte avaient les derniers anneaux de l’abdomen entièrement'envahis parles Cryptogames. De ces lieux de ponte, il a été rapporté de jeunes Criquets qui sont encore vivants et opèrent régulièrent leurs mues, bien que, depuis la capture, ils aient été enfermés avec des adultes fortement contaminés. On pourrait supposer que les œufs sont plus faciles à contaminer ; les œufs sont protégés par un bouchon spumeux, et leur enveloppe est résistante. Il nous a été permis d’observer des grappes d’œufs entièrement couverts de filaments de mycélium (moisissure?), dont les embryons ont continué régulièrement leur développement. Il ne faut pas oublier que ces embryons sont protégés par une enveloppe qu’ils rejettent aussitôt qu’ils sont éclos. Ayant raclé les efflorescences des anneaux, les ayant semées abondamment sur des larves de l’altise de la vigne, les spores étant restées visibles pendant plusieurs jours, ces larves, bien que jeunes, ont continué à se développer et se sont même transformées en insectes parfaits.
- Ces efflorescences blanchâtres se trouvent le plus souvent au point de jonction des deux premiers anneaux, très fréquemment aussi derrière les pattes postérieures, enfin sur tous les anneaux et quelquefois dans les régions les plus, diverses. La maladie paraît absolument superficielle : aux points où elle se développe se trouve un feutrage de mycélium accompagné d’un très grand nombre de spores 1. Des coupes menées à travers les terrains contaminés n’ont pas permis de constater la pénétration du champignon parasite dans la profondeur de l’organisme ; cependant certains anneaux ont pu être déformés au point d’empêcher la ponte; mais ce cas est relativement rare. Comme preuve de la résistance des Acridiens au parasitisme, nous pouvons citer le cas d’une femelle capturée à Biskra le 26 mars, qui n’a succombé que le 16 juin, présentant des taches cryptogamiques et laissant échapper un ver parasite du genre Fordius. ,
- M. le professeur Trabut nous autorise à dire qu’il est d’accord avec nous pour considérer l’affection cryptogamique en question comme absolument superficielle, pouvant être comparée à la teigne.
- Quant au Cryptogame, au premier examen on aurait pu croire qu’on se trouvait en présence d’un Empusa, mais alors d’une espèce particulière. Après une étude approfondie, nous avons reconnu que le Cryptogame parasite
- 1 II est assez fréquent de trouver au milieu des efflorescences, des champignons saprophytes, notamment YAlterna-ria tenuis.
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- dos Criquels pèlerins avait la plus grande affinité avec une espèce parasite des Orthoptères locustiens, le Poly-rhizium leplophyti, Giard *.
- Des échantillons sont adressés à M. le professeur Giard, que nous prions de vouloir bien contrôler notre détermination.
- Les spores sont bien, comme il le dit, de deux sortes : les unes plus petites, ovoïdes, d’environ fi p, naissant par groupe de deux ou trois, à l’extrémité des hyphes, les autres plus grandes, également ovoïdes de 9 sur 5 p, à contenu granuleux, sont divisées en deux par une cloison qui détermine l’étranglement de la spore.
- Ces dernières spores sont considérées par M. Giard comme des spores durables. Le mycélium du champignon présente des cloisonnements assez rapprochés. Il nous a été facile de faire germer les spores ; les cultures sur milieux solides gélatine-peptone, agar-agar nutritive acide ou légèrement alcaline, n’ont donné que des résultats très douteux ; les cultures étaient contaminées par des bactéries vulgaires ; il faudrait faire des cultures spéciales pour les séparer.
- En résumé, nous nous trouvons en présence d'une affection paraissant bénigne, n’atteignant que des individus parvenus au ternie de leur évolution et qui paraît ne se transmettre que très difficilement aux insectes, fussent-ils de la même espèce.
- Pour nous qui, comme le docteur Trabut, connaissons dans tous leurs détails les conditions d’existence et de développement des Acridiens, il ne nous semble pas possible de fonder des espérances sur un mode de destruction reposant sur le développement artificiel des champignons parasites observés sur les Criquets pèlerins.
- J. Kunckel d’IIerculais et Cu. Lvnglois.
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- RÉCRÉ.VTIONS SCIENTIFIQUES
- PORTE-CIGARETTES MAGIQUE
- La figure ci-dessus représente le porte-cigarettes magique. Je l’ouvre et je montre qu’il est vide (n° 1); je l’ouvre une seconde fois, et, au grand étonnement des spectateurs, il est rempli de cigarettes (n° 2). — Nous n’insisterons pas sur les plaisanteries auxquelles ce petit système peut se prêter, et nous en donnerons la description.
- Le porte-cigarettes consiste en une boîte en fer-
- 1 11 l’a confirmée par dépêche du ‘22 juin.
- blanc un peu moins épaisse, mais un peu plus longue qu’un boîte d’allumettes suédoises, et s’ouvrant comme elle par le côté. Cette boîte est munie d’un premier tiroir A, qui doit apparaître vide quand on l’ouvre (n° 1) ; puis d’un deuxième tiroir B où sont logées les cigarettes, qui restent cachées dans l’étui (n° 2) si la personne que l’on invite à se servir n’est pas initiée au secret (d’ailleurs fort simple) de celte boîte à double fond.
- Le secret est expliqué par le il0 o de la figure. Sur la paroi intérieure du fond de la boîte, se trouve un petit levier ou contre-poids M en métal, pivotant autour du point P, et reposant sur un rivet 11 qui le maintient à une hauteur voulue, et, sur le fond du tiroir B, se trouve un clou C dont la tète est en forme de cône.
- Si nous poussons nos tiroirs dans l’étui pour le
- fermer, B rentre dans A, et C vient soulever le levier M qui l’accrochera derrière la tctc conique et empêchera le deuxième tiroir de ressortir. Seul, le premier tiroir A obéira à la traction que l’on exercera sur le système, parce que rien ne le retient au fond de l’étui et qu’il glisse assez librement autour de B.
- Le n° 1 nous montre le moment de la surprise. Mais renversons l’objet sens dessus dessous, de telle sorte (jue le mot cigarettes, gravé sur le couvercle, soit en dessous. Le poids du petit levier M l’aura amené en M' (n° 2) et la tête du clou C se trouvant dégagée, les deux tiroirs légèrement coincés l’un dans l’autre, viendront en même temps quand l’on cherchera à ouvrir l’étui dans cette position.
- Ce mécanisme est aussi simple qu’ingénieux, et si nous avons tenu à le faire connaître, ce n'est pas tant pour recommander l’objet dont nous ignorons la source que pour donner aux amateurs une idée susceptible de bien des applications : un tiroir de bureau ou de secrétaire muni d’un système analogue, mais avec un levier qui obéirait à une pression de bouton à ressort bien dissimulé dans le meuble, pourrait être d’une grande utilité.
- A. Bergeret.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieh.
- Porte-cigarettes magique.
- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- • N« 947. — 25 JUILLET 1891.
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- L’ARROSEMENT DES AILLES
- L arrosement de la voie publique dans les grandes rcsse; cette opération, qui est le complément du
- villes a une importance capitale pendant la sèche- balayage, est en outre destinée, pendant les fortes
- Fig. 1. — Voiture d’arrosement à Paris en 1760. (D'après une eau-forte de Gabriel de Saint-Aubin.) En cartouche, Voiture d’arrosement de la fin du dix-septième siècle.
- Fig. 2. —'Yoiture d’arrosement anglaise du commencement du dix-neuvième siècle (1805).
- chaleurs, à rafraîchir l’air et à faire tomber la pous- animée. L’arrosement se lait à Paris, dans les rues, sière souvent si abondante quand la circulation est avec l’eau de la Seine, au moyen de tonneaux d’ar-
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- 19e année. — 2e semestre.
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- LA NATURE.
- rosage que tout le monde connaît, et sur les boulevards et sur les grandes voies au moyen de lances mises en communication par l’intermédiaire d’un tuyau flexible avec les canalisations ; nous avons précédemment donné la description de ce système 1.
- L’histoire de l’arrosement des rues n’est pas très connue; il nous a paru intéressant d’en donner ici un résumé succinct h titre de complément de nos précédentes Notices.
- L’arrosement de la voie publique dans les villes est beaucoup plus ancien qu’on ne le croit communément. 11 existait déjà à Paris au quinzième siècle, des ordonnances de juillet 1475 en font foi; mais ces ordonnances tombèrent peu à peu en désuétude et il n’est plus question de l’arrosage des rues au siècle suivant. En 1649, Mazarin, sans doute gêné dans ses promenades par la poussière soulevée autour de lui, fit arroser régulièrement le Cours-la-Reine. C’était là que l’élégance parisienne se donnait rendez-vous. L’innovation, due au célèbre cardinal, fut accueillie avec enthousiasme et l’on ne tarda pas à arroser les voies principales et les rues les plus fréquentées de la métropole. Toutefois, la participation des habitants à l'arrosement fut toute facultative jusqu’au 26 juillet 1777, époque à laquelle une ordonnance de police la rendit obligatoire.
- Les gravures que nous publions ci-devant reproduisent des documents très intéressants et généralement fort peu connus. La figure 1 donne l’aspect d’une voiture d’arrosage employée au jardin du Luxembourg, à Paris, en 1760. C’est un tonneau que traînent quatre hommes sous la direction d’un jardinier. Celui-ci tient à la main une longue canne, et il semble donner ses ordres comme un maître de cérémonie. Au second plan de la gravure, des promeneurs regardent avec étonnement le nouvel appareil. En cartouche de la figure 1, on voit la représentation d’une autre voiture d’arrosement plus ancienne : elle date du dix-septième siècle. Le tonneau, traîné par un cheval, était muni à l’arrière d’un tuyau, flexible, terminé par une sphère métallique perccc de trous ; un homme arrosait la chaussée en faisant tourner, au moyen d’une cordelette, la sphère perforée d’où l’eau jaillissait en pluie. Il faut convenir qu’il est difficile d’imaginer un procédé plus baroque et plus mal commode.
- Notre figure 2 est empruntée à un livre anglais célèbre : The Costume of Great-Britain; elle représente une voiture d’arrosage qui était employée à* Londres en 1805. Cette voiture, assez massive et peu gracieuse, était formée d’un réservoir d’où l’eau s’écoulait à peu près comme de nos tonneaux modernes. Elle était traînée par un cheval. Le réservoir parallélépipédique était placé sous les brancards du véhicule ; un siège pour le conducteur était fixé entre les deux roues. X..., ingénieur.
- Voy. la Toilette de Paris, n° 249, du 9 mars 1878, p. 251. ----------------------------
- LES ANIMAUX DES TEMPS SECONDAIRES
- d’après LES DÉCOUVERTES DE M. ALBERT GAUDRY
- Nos lecteurs savent depuis longtemps que l’École paléontologique française a sa personnalité la plus liante en M. Albert Gaudrv, membre de l’Institut et professeur au Muséum d’histoire naturelle. Les penseurs, comme les savants de profession, suivent avec un égal intérêt la série de ses magnifiques travaux, l’auteur prenant occasion des faits qu’il décrit pour développer les vues les plus larges et pour fournir un riche contingent d’idées neuves à la philosophie natu-' relie. Placé avant tout au point de vue zoologique, M. Gaudry, dans les belles publications qu’il fait paraître, reprend toutes les données acquises dès maintenant par la paléontologie et, successivement, pour chaque terrain, il passe en revue la série des hôtes, depuis les plus rudimentaires, comme les foraminilères, jusqu’aux plus perfectionnées.
- Chemin faisant, il s’attache à préciser la nature et l’intensité variable flans chaque cas, des liens qui rattachent les diverses formes les unes aux autres, et ce n’est pas un des moindres mérites de l’auteur que la complète indépendance dans laquelle il a su persévérer vis-à-vis des théories les plus séduisantes. Cette liberté d’allure qui est l’idéal, généralement plus désiré qu’atteint, de tout homme de science, s’accentue davantage à chaque publication du savant chercheur ; il est de plus en plus à l’école exclusive des faits, tout prêt à abandonner une conclusion qui lui semblait juste pour en adopter une toute différente qui se signale comme plus exacte encore.
- A cet égard, rien de meilleur à méditer, pour quiconque est jaloux de se pénétrer du véritable esprit de la science, que le passage relatif aux causes qui amènent la disparition des formes organiques. En face des débutants qui, de confiance et les yeux fermés, jurent par Darwin et ses différents prophètes, voici ce que le maître écrit en toute simplicité parce que c’est en toute sincérité : « .... Les animaux les mieux doués ou les plus féconds sont quelquefois ceux-là mêmes qui ont disparu le plus rapidement. Si ce qu’on a appelé la Lutte pour la vie avait été la cause principale de la destruction et de la survivance, ils auraient dù persister plus que les autres. L’ammonite a cessé de vivre au moment de son plus magnifique épanouissement, lorsqu’elle a atteint son maximum de grandeur et l’extrême luxe de son ornementation. La bélenmite, si commune dans le commencement de l’époque crétacée, a décliné vers la fin de cette époque sans que nous en sachions la cause. Au moment de disparaître, les rudistes (hippurites et radiolithes) ont tellement pullulé qu’on trouve leurs coquilles serrées les unes contre les autres dans les derniers étages crétacés. Quand vont s’éteindre au sein des océans secondaires les étranges mosasauriens et sur le continent les dinosauriens plus étranges encore, ces géants avaient gardé une grande puissance. Les reptiles
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- volants, petits dans le jurassique, ont pris des dimensions énormes à la fin du crétacé, en Amérique comme en Europe; alors ils ont disparu. Pendant (pie de chétives créatures persistaient, les princes du monde animal s’évanouissaient sans retour. Ainsi la t'orcc et la fécondité n’ont pas toujours empêché la destruction des êtres. L’évolution s’est avancée à travers les âges en souveraine que rien ne pouvait arrêter dans sa marche majestueuse. La concurrence vitale, la sélection naturelle, les influences de milieu, les migrations l’ont sans doute aidée.Mais son principe a résidé dans une région supérieure trop haute pour que nous puissions, quant à présent, le. bien saisir. »
- 11 est évidemment très sage de poursuivre l’étude des enchaînements morphologiques sans y mêler d'abord les considérations de descendance : cette dernière, si elle est vraie, se dégagera d’elle-même des premiers qui ne perdront rien de leur valeur dans le cas contraire. C’est alors surtout, parce qu’on voit plus clair qu’avec une idée préconçue, qu’on est très frappé des séries de formes qui, 'accentuant peu à peu un caractère donné, se sont réellement succédé dans le temps. A cet égard, M. Gau-dry accumule surtout les remarques ingénieuses et les aperçus séduisants dans l’histoire des types poisson, reptile et oiseau.
- Pour les poissons, il faut constater d’abord que dès les temps primaires, ces vertébrés inférieurs se sont manifestés avec une incontestable puissance, mais en réalisant, pour la perfectionner ensuite, une forme qui n’est plus essentielle du type à l’époque actuelle. Au début de l’époque secondaire, c’est encore le modèle ancien (pii prévaut ; celui du poisson à squelette cartilagineux, muni d’un riche revêtement d’écailles ossifiées et présentant dans la queue la disposition générale à laquelle convient le nom de lep-tocerque. Avec lui apparaissent cependant des poissons d’autres types et bientôt abondent les espèces stéréocerques comparables à celles d’à présent (fig. 1, nos 1 a, 2 a et 5 a).
- Pour les oiseaux, des faits parallèles se montrent, mais avec un retard qui est en rapport avec le degré relativement plus élevé des bêtes qu’ils concernent. Les premières formes ornithologiques en tête desquelles figure le célèbre Archéoptéryx du kimmé-ridgien de la Bavière, nous offrent une réunion bien remarquable de détails propres aux reptiles avec des traits faisant essentiellement partie de la caractéristique des oiseaux : La peau portait des plumes véritables, le squelette montre des pattes et une queue qui sont d’un lézard. La queue surtout est intéressante en reproduisant la disposition leptocerque mentionnée déjà tout à l’heure et que conservent encore nos oiseaux dans leur très jeune âge et toute la vie nos oiseaux inférieurs comme l’autruche. Les oiseaux supérieurs avec l’os en soc de charme sont a rapprocher des poissons homocerques (fig. 1, nos 1, 2 et 5). La figure 2 fait voir les transitions remarquables que l’aile de l’arcbcopterix (n° 5) établit entre le bras de l’homme (n° 4) et les ailes de l’Autruche (n° 2)
- et des oiseaux supérieurs actuels comme l’Aigle (n° 1 ).
- Dans ces directions, comme dans bien d’autres, on voit donc se resserrer les termes de séries d’autant plus intéressantes qu’elles ont une allure commune, soit qu’on les fasse avec les diverses étapes du développement embryonnaire, soit qu’on les compose avec les diverses étapes des manifestations paléon-tologiques, et l’on conçoit bien la pensée qui conduit M. Gaudry à résumer la question en disant ; « Nous apercevons de nombreux indices d’enchaînements qui nous font penser que, dans une même classe, il y a eu des transitions d’espèce à espèce, de genre à genre, de famille à famille, d’ordre à ordre. »
- Et tout le monde, sans distinction d’école, applaudira à la prudence avec laquelle l’illustre auteur s’empresse d’ajouter ; « Pouvons-nous aller plus loin ? Trouvons-nous des preuves que dans un même embranchement, des animaux de classes différentes ont passé les uns aux autres ? Je me suis déjà posé cette question dans le résumé de mon livre sur ]gs êtres primaires et j’ai du répondre négativement. En étudiant les êtres secondaires, je m’adresse encore la même question et j’y réponds aussi négativement. Il est manifeste que les thériodontes, les ichtyosaures, les ptérodactyles ont diminué l’intervalle qui existe entre les reptiles et les mammifères ; mais ils ne l’ont pas comblé de telle sorte qu’on ait la preuve du passage entre ces deux classes si distinctes dans la nature actuelle. Les labyrinthodontes ont atténué la distance qui sépare les batraciens des reptiles allan-toïdiens; cependant nous ne pouvons pas dire qu’ils aient été les ancêtres communs de ces deux sous-classes ; encore moins oserions-nous prétendre qu’ils établissent un lien entre les batraciens et les poissons. L’indice le plus frappant de rapprochement entre les classes aujourd’hui distinctes, c’est celui des di-nosauriens, reptiles dont plusieurs ont les plus grands rapports avec ceux des oiseaux; toutefois, nous avons vu, à côté des ressemblances, des différences trop considérables pour oser affirmer que les oiseaux ont passé par l’état de dinosauriens. Le plus raisonnable me paraît être de croire que les dinosauriens et les oiseaux ont eu de communs ancêtres qui n’étaient encore ni de vrais dinosauriens ni de vrais oiseaux1. »
- Ces considérations d’un ordre si élevé justifient, semble-t-il, une remarque complémentaire. C’est que l’idée d’évolution peut revêtir, au moins dans certains cas, la forme d’une série de substitutions d’ensembles organiques à des ensembles organiques antérieurs. Ces ancêtres hypothétiques, d’où seraient « sortis les êtres qui ont abouti à des classes différentes », n’en n’avons-nous pas l’analogue, à une échelle moindre ou différente, dans les marsupiaux comparés aux mammitères monodelphes? M. Gaudry et tous les évolutionnistes les considèrent comme étant les
- 1 Yoy. à cct egard les récentes publications de l’auteur, et spécialement le beau livre intitulé : Les enchaînements du monde animal dans les temps géologiques; fossiles secondaires, par Albert Gaudry, membre de l’Institut; 1 vol. in-8° de 520 pages avec 403 gravures dans le texte d’après les dessins de Formant. — Paris. Librairie Savy, 1890.
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- ancêtres de ces derniers animaux, mais on ne voit pas que séparément, les marsupiaux carnassiers soient devenus les carnassiers non marsupiaux, les marsupiaux rongeurs, les rongeurs non marsupiaux, etc. : c’est le mono-delplic qui, d’une manière générale, et avec toutes les variantes de son type, s'est substitué au di-delphe avec toutes ses lbrmes.
- 11 me semble qu’un autre exemple du même ordre peut être fourni par la botanique : ne peut-on pas voir dans tout le groupe des gymnospermes, qui ont laissé dans les anciennes formations géologiques des vestiges si éloquents de leur puissance passée, comme une sorte de premier essai de la llore angiospermi-que qui fait le fonds principal de la botanique contemporaine? La
- rence qui les sépare de cette dernière, c’est qu’ils produisent des graines sans avoir des fruits et que l’incubation des jeunes individus s’y fait par conséquent sans le secours des enveloppes protectrices, si libéralement octroyées par la nature aux végétaux supérieurs. Aussi, quand on parcourt la longue série des gymnospermes, que les pins, les sapins, les eycas, continuent sous nos yeux, est-on frappé de voir des formes qui, pour l’allure générale, parfois même pour les particularités typiques, sont connue les correspondants des formes principales de la série des angiospermes. |
- Cette succession de deux groupes parallèles dont le plus récent est le plus parfait, me paraît reproduire d’une manière très intéressante pour la philosophie naturelle la répétition, rappelée tout à l’heure, (pie les mammifères monodelphes, de création relativement récente, constituent par rapport aux mammifères di-delphes ou marsupiaux, plus anciens, moins perfectionnés, et certainement en voie actuelle de disparition.
- L’idée d’une puissance créatrice qui se livre à des tentatives successives, conformément au système développé au siècle dernier par J.-B. Robinet décrivant les Essais de la nature qui apprend à faire l'homme; cette idée ne parait pas compatible avec l’évidence du plan persistant selon lequel les choses sont ordonnées, et toutefois des faits du genre de ceux que je me borne à signaler ici ne semblent pas devoir être écartés des théories générales de la biologie.
- Il faudrait beaucoup plus d’espace [tour montrer toute la portée des études du genre de celles auxquelles M. Albert Gaudry se livre avec tant d’éclat et de succès. Ce qui précède suffira pour donner une haute idée de son bel ouvrage et pour en déterminer la lecture par tous les amis de la science positive et de la philosophie.
- Stanislas Meunier.
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- Fig. 1. — Disposition comparée de la queue chez divers types de poissons et d’oiseaux. — 1. a. Poisson leptoeerque (Anguille). — 2. a. Poisson hétéro-cerque (Paléoniscus du terrain permien). — 5. a. Poisson homocerque (Carpe actuelle. —1. Oiseau leptoeerque (Archéoptéryx du terrain jurassique). — 2. Oiseau leptoeerque actuel (Autruche). — 3. Oiseau supérieur actuel (Aigle). (Dessin de Formant.)
- ïrando dill’é-
- Fig. 2. — Membres antérieurs. — 1. Aigle. — 2. Autruche. — 3. Archéoptéryx. — 4. Homme. — b.hras, a.b, Avant-bras. m. Métacarpe. (Dessin de Formant.)
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- L’EPURATION DE L’EAU D’ALIMENTATION
- DES LOCOMOTIVES
- Tous nos lecteurs savent l'intérêt capital qu’il y a à alimenter les générateurs de vapeur avec une eau contenant le moins possible de principes solubles, de manière à éviter les incrustations (pii peuvent provoquer, outre la destruction rapide des chaudières, des accidents terribles dont on n’a K-: -ou, malheureuse-
- ment, que trop " 4T
- soin le problème de la façon la plus heureuse1.
- Dans l’emploi du procédé que nous allons indiquer, on doit s’efforcer de n’avoir à traiter que des eaux ne contenant (pie du carbonate de chaux avec, peu ou pas de sulfate de chaux. Le principe de l'épuration chimique, dans ce cas, est le suivant : les eaux calcaires, qui contiennent surtout du bicarbonate de chaux2, laissent déposer ce sel quand on leur ajoute de la chaux sous forme de lait de chaux ;
- il se produit, en ‘ effet, la réaction suivante (en notation atomique) :
- d'exemples. On a d’abord d’éviter ces dépôts par l’emploi de produits désignés sous le nom de désincru-stants. Ces produits, tantôt liquides, tantôt solides, sont constitués par les substances les plus diverses : acides, alcalis, sels, sucres, gommes, savons, hydrocarbures, gélatines, argiles, métaux, etc. Dans certains cas, ils ont une efficacité réelle; d’autres lois, au contraire, ils ne produisent aucun effet et peuvent môme devenir nuisibles en attaquant les parois de la chaudière, en donnant naissance à des mousses, en gênant le fonctionnement des appareils d’alimentation et de sûreté, etc. L’action bonne ou mauvaise des dé-sincruslants dépend d’ailleurs de la naturelle l’eau, des types, dimensions et conditions de marche du générateur. De plus, ces produits sont généralement peu économiques.
- Le meilleur moyen de prévenir les incrustations consiste à dépouiller préalablement les eaux, par un traitement approprié, des sels incrustants qu’elles contiennent. C’est ce procédé qui se trouve actuellement employé pour l’eau d’alimentation des locomotives sur le chemin de fer du Nord. L’étude de cette question a été faite, il y a quelques mois, par MM. Carcenat et Derennes, ingénieurs à la Compagnie des chemins de fer du Nord qui ont ré-
- (C03)*CaH*
- Bicarbonate de chaux
- 4- CaO
- Chaux.
- — 2COr’Ca
- Carbonate de chaux.
- + IPO
- Eau.
- Comme on le voit, il se forme du carbonate de chaux insoluble ; il suffit de purifier le liquide laiteux obtenu soit par repos, soit par filtration, soit par les deux moyens réunis, afin qu’il arrive limpide dans les réservoirs de distribution.
- Ce procédé est extrêmement économique ; la chaux employée ne revient, le plus généralement, qu’à
- n5 centimes pour la purification de 100 mètres cubes d’eau. Celte méthode fut d’abord appliquée en laissant le liquide au repos, après l'épuration chimique, dans des bassins cimentés divisés en trois compartiments : l’un en emplissage, l’autre au repos, le troisième en vidange sur la cuve de distribution; mais ce dispositif exigeait la présence, aux abords de la gare, de terrains élevés où l’on pouvait construire de grands réservoirs.
- Pour remédier à ces inconvénients, on imagina
- 1 Ces messieurs ont publié à ce sujet, dans les Mémoires de la Société des ingénieurs civils, une Koie dont nous résumons les passages principaux et à laquelle nous avons emprunté les sujets des gravures qui accompagnent notre article.
- 2 Ce bicarbonate de chaux est formé aux dépens du calcaire qui se dissout dans l’eau à la faveur d’un excès d’acide carbonique.
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- LÀ NATURE.
- H8
- les appareils à production dite continue, dans lesquels l’eau, après son contact avec le réactif, traverse lentement des liltres ou des décantcurs à surface et arrive claire au bassin de distribution. Les premiers essais dans cette voie ont été défectueux en ce sens (pie, en quatre ou cinq ans, les canalisations ont été engorgées de dépôts de carbonate de chaux, soit (pie les réactions d épuration ne fussent pas terminées à la sortie des appareils, soit que les eaux fussent mal décantées ou filtrées ; de plus, ces appareils ne se prêtent à aucune extension, s’il se produit un accroissement dans la consommation, comme il arrive souvent dans certaines gares ; il n’y a alors d’autre remède que de construire de nouveaux appareils, ce tpii nécessite de grandes dépenses.
- MM. Carcenat et Derenncs ont pensé a faire les épurations directement dans les cuves de consommation de la gare. Les réservoirs d’eau des chemins de fer du Nord ayant une capacité égale à la consommation observée en quarante-huit heures et une durée maximum de douze heures étant suffisante pour obtenir la décantation après précipitation des sels de chaux, on peut procéder à l’opération chimique dans les cuves memes de la gare en établissant un roulement d’une grande simplicité; de la sorte, si la consommation l’exigeait, on pourrait construire au fur et à mesure de nouveaux réservoirs sans gêne, ni interruption du service et sans dépenses exagérées.
- La figure 1 donne la vue d’ensemble de la disposition employée actuellement dans un grand nombre de gares importantes du réseau du Nord (Somain, Cambrai, Ilazebrouck, Lens, Douai, Calais). La figure 2 donne à une plus petite échelle la coupe et le plan de l’appareil. L’eau refoulée par la pompe arrive par le tube T et est dirigée au moyen d’un jeu de vannes successivement dans chacun des quatre réservoirs R1? IL2, R3, R4. Le lait de chaux préparé et dosé dans l’une des deux bâches BR, où l’on maintient une agitation continue, est projeté en mince filet dans le tuyau d’arrivée de l’eau crue. La réaction commence immédiatement dans ce tuyau et elle s’achève dans la cuve. L’agitation du réactif dans les bâches est obtenue par un système simple d’agitateur composé de palettes mobiles et de contre-palettes fixes. Le mouvement est donné, soit à bras d’homme au moyen d’un engrenage et d’une manivelle quand on se trouve éloigné du moteur, soit par un renvoi de mouvement avec câble et molettes quand on est près de la pompe; d’autres fois, on installe des agitateurs à vent ou un transport de force par l’intermédiaire de deux dynamos : une génératrice mue par la locomobile de l’usine et une réceptrice produisant environ un vingtième de cheval, attelée à une petite transmission aux agitateurs.
- L’eau entraînant son précipité est projetée dans la cuve ; la réaction s’y achève, la décantation se produit et, après un repos de douze heures environ, on ouvre une des vannes de distribution et l’eau
- achève sa clarification en traversant une batterie de filtres FF (coupe, fig.c2), dont nous allons dire quelques mots. L’eau pénètre dans les cuves de distribution au moyen d’un robinet à llotteur réglé pour éviter le débordement.
- Après plusieurs essais, MM. Carcenat et Derenncs ont employé comme substances filtrantes dans les filtres des éponges communes de Bahariia ou des copeaux fibreux qui se trouvent maintenus entre deux grillages. Le courant d’eau circule de bas en liant en abandonnant les matières en suspension dans le fond du récipient et au sein des matières filtrantes; les nettoyages partiels s’effectuent simplement en ouvrant des robinets de vidange. Le nettoyage complet avec renouvellement des matières se fait plusieurs fois par an suivant les besoins. Ces filtres n’ont d’ailleurs qu’un rôle accessoire, la presque totalité du précipité se trouvant séparée par la décantation.
- Les boues calcaires déposées dans les cuves R1? R„ Rs, R* sont périodiquement extraites au moyen des tuyaux de vidange D (coupe, fig. 2) et dirigées à l’extérieur. On emploie ces précipités, soit pour chauler les terres, soit en les associant à du silicate de soude pour blanchir les obstacles bas des voies, pour les rendre perceptibles à la vue pendant la nuit.
- Le mode d’épuration des eaux que nous venons de décrire pourrait évidemment être établi pour l’alimentation des machines industrielles et il présenterait de nombreux avantages dans la plupart des cas.
- Ce qui empêche son usage universel, c’est qu’on opère souvent mal et sans se donner la peine de doser la quantité de chaux que l’on introduit, ainsi qu’on doit le l'aire quand on procède régulièrement. De plus, les mécaniciens et les chauffeurs n’y mettent pas toujours toute la bonne volonté désirable; comme ils ne se rendent pas compte de la réaction chimique qui s’opère, il leur semble absolument paradoxal d’ajouter de la chaux pour épurer des eaux calcaires.
- Les économies dues au procédé de MM. Carcenat et Derennes portent, non seulement sur la plus grande durée des tubulures des chaudières, mais aussi sur l’espacement des lavages de ces tubulures et sur l’emploi d’une moindre quantité de charbon, sans compter la sécurité que procure l’usage d’un générateur à parois toujours nettes. À. Hébert.
- LES TÉLÉGRAPHES EN CHINE
- Les Chinois, qui sont demeurés si longtemps réfractai res à l’emploi des voies ferrées, n’ont pas montré moins d’hésitation à consentir à l’établissement de lignes télégraphiques dans l’Empire du Milieu. Il paraît que le premier télégraphe qui y put fonctionner fut construit en 1866, pendant la guerre de Formose; la nécessité de la défense contre les populations révoltées entraîna le vice-roi de la province de Fouh-Kin à prendre l’audacieuse
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- décision de rétablissement d’une ligne télégraphique entre File Pagoda et l’arsenal de Fou-Tchéou; cet établissement avait été concédé par lui à une compagnie étrangère. Mais le gouvernement désapprouva sa décision subversive et tenta plusieurs fois de frustrer la compagnie; heureusement, les Ministres résidents des puissances étrangères à Pékin insistèrent très vivement pour que le contrat fût observé et la concession maintenue, si bien que la Compagnie put finir la ligne. D’ailleurs, la population chinoise elle-même regarda d’un fort mauvais œil celle invention du diable, et ce n’est qu’à grand’peine qu’elle put s’habituer à respecter les fils. Depuis lors, il est vrai, les lignes télégraphiques se sont grandement multipliées, si bien même qu’il est certaines parties du royaume où l’on peut les dire assez communes. Il y a une ligne qui relie Pékin à Tientsin ; une autre met la capitale en communication avec les principales villes de la Mandchourie, elle se continue même jusqu’à la frontière russe, sur l’Amour et l’Oussouri ; bien plus, les sept ports a traité, sur la rivière Yang-tsé et les principales villes de l’Empire sont unies entre elles et à la capitale. La ligne qui part de Canton vers l’ouest a été poussée jusqu’à Yunnan-Fou, capitale de la province de Yunnan, proche voisine des frontières de nos possessions du Tonkin; d’autres lignes ont été construites entre Fou-Tchéou et Canton, et entre Port-Arthur et la capitale de la Corée ; la ligne qui suit la vallée du Yang-tsé a été prolongée très loin vers l’intérieur. Par suite d’un arrangement récemment intervenu entre la Chine et la Russie, les lignes chinoises et sibériennes se réunissent dans la vallée de l’Amour, ce qui permet des communications télégraphiques directes entre Pékin et l’Europe. La civilisation s’introduit malgré tout chez les Fils du Ciel, et nous ne sommes pas loin du moment où le chemin de fer transsibérien, prolongé jusqu’à Vladivostok, conduira le touriste et le commerçant aux portes du Céleste Empire.
- LE RENDEMENT DES FOYERS DE LUMIÈRE
- M. A. Witz a présenté récemment à l’Académie des sciences une Note des plus intéressantes sur le rendement photogénique des foyers de lumière. M. Witz définit le rendement photogénique d’une source lumineuse comme le rapport de l’énergie du mouvement lumineux à l’énergie disponible dans le foyer. Dans l’état actuel de nos connaissances, il nous est impossible de déterminer le rendement photogénique ; nous devons nous contenter de mesurer des rendements relatifs. Dans une série d’expériences, M. Witz a obtenu les résultats suivants :
- Bougie de l’étoile...........
- Bec de gaz Ben-gel.............
- Bec à récupération............
- Lampe électrique à incandescence.
- Arc voltaïque. .
- n, Calories Intensité Calories par
- * ' transformées, encarcels. carcel-heure.
- 10*',5
- par heure. 110 1/6,5
- 105 litres de gaz
- par heure. 567 1
- 35 litres de gaz
- par heure. 189 1
- 716
- 567
- 189
- 3.5 watts
- par bougie. 5,1 1/6,5 20
- 4.5 watts
- par carccl. 4 14
- de ces intéressantes expériences, si le rendement absolu de l’arc voltaïque est égal à 0,5, chilire qui est une valeur maxima, celui d’une bougie de stéarine serait de 0,01 et celui des meilleures lampes intensives à récupération de 0,02. Il serait donc de la plus haute importance de déterminer le rendement absolu des sources de lumière. Les moyens directs faisant défaut, on pourrait supposer une source dont toute l’énergie soit transformée en chaleur lumineuse, et dont le spectre ne serait composé que de radiations calorifiques lumineuses. Le rendement serait alors égal à 1, et le rapport des carcels produits aux calories dépensées pourrait servir de comparaison. Dans ses études, M. Witz a été aussi amené à comparer la quantité de gaz dépensée pour une même installation dans des becs de gaz et des lampes intensives à récupération, et dans un moteur à gaz actionnant une dynamo qui fournissait l’énergie électrique à des lampes à arc et à des lampes à incandescence. Ses conclusions ont été les suivantes : 16 lampes à arc et 71 lampes à incandescence de 10 bougies remplaçaient 6 lampes Sée à double récupération, 91 becs et 19 papillons à gaz. Des mesures comparatives de l’éclairement ont prouvé que les appareils électriques distribuaient 15 pour 100 de lumière de plus que les appareils à gaz. Dans ces conditions le moteur dépensait 21 500 litres de gaz par heure; les becs, au contraire, brûlaient 26 000 litres de gaz par heure. Ainsi donc la dépense de gaz est d’environ 17 pour 100 plus petite, quand on utilise le gaz dans un moteur pour actionner une dynamo et alimenter des lampes électriques, que quand on brûle le gaz directement dans les appareils à
- SOUVENIRS D’UN VOYAGE AUTOUR DU MONDE1
- ILE DE TSJAO-CHAN, PAGODE ET PAILOO
- La succession des dynasties d’empereurs de la Chine remonte à une antiquité considérable; celle de Hia, la plus ancienne connue, est de 2505 av. J.-C., elle aurait duré 459 années. Pendant ces périodes reculées de l’histoire, la civilisation du pays était fort avancée et les savants chinois faisaient des découvertes scientifiques merveilleuses. Il est étrange de constater qu’aucun monument important, aucune ruine ne puissent témoigner aujourd’hui de l’ancienne splendeur du pays, lorsqu’on voit qu’en Egypte au contraire, où l’histoire remonte 'a des temps plus lointains encore, il reste tant de preuves de la puissance de ses rois.
- Ces deux pays ont subi des guerres et des révolutions de toutes sortes, leurs maîtres étaient à la fois pour le peuple un chef civil, militaire et religieux, et dans leurs coutumes il y avait beaucoup de points de ressemblance. Le respect des morts et le culte des ancêtres y étaient entre autres également poussés, les tombeaux chinois ne sauraient être comparés à ceux des Égyptiens ; il en va de même pour les temples ou les autres monuments.
- L’architecture en Chine a cependant un caractère particulier dont on peut curieusement observer actuellement différents spécimens remarquables,
- Ces quelques chiffres montrent combien l’énergie est mal utilisée dans les sources lumineuses. D’après l’auteur
- 1 Suite, —Voy. n° 944, du 4 juillet 1891, p. 75.
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- mais par suite du mode de leur construction, ils ne peuvent remonter à une liante antiquité. Pour les temples, c’est l’architecture de bois qui semble avoir toujours dominé. Le climat chaud et humide du pays est un agent destructeur que les Chinois n’ont jamais cherché à combattre par des restaurations ou des soins les plus élémentaires d’entretien. Un temple luxueusement construit a été terminé, personne ne songera ensuite à le réparer s’il est nécessaire ; peu à peu il tombe en ruine et il sera remplacé par un autre qui sera édifié sur un modèle exactement semblable.
- Le Bouddhisme n’est apparu en Chine qu’au troisième siècle de notre ère et cette religion resta flo-
- rissante jusqu’au huitième siècle. Le plan général des temples voués à Bouddha offre dans scs principales parties des rapports nombreux avec ceux de l’Inde. Comme eux, il possède un pavillon d’entrée et des portiques intérieurs, ceux-ci sont en bois de môme que les sanctuaires qui le plus souvent sont élevés sur de hauts soubassements de granit et reliés entre eux par des chaussées de pierre.
- Les bois de cèdre qui forment les colonnes à l’intérieur des temples sont habilement choisis et supportent une charpente de belle proportion. Les consoles aux savants assemblages qui composent les corniches forment des encorbellements hardis ; les caissons des plafonds ou les coupoles diverses qui
- Fig. 1. — Pailoo de l’ile d’Argent (Tsiao-Chan) en Chine. (Dessin d’après nature de M. Albert Tissaudier.)
- ornent les sanctuaires sont variés d’aspect et leurs combinaisons ingénieuses témoignent de l’art extrême auquel l’architecture de bois est parvenue en ce pays.
- La pagode située dans l’ile de Tsiao-Chan, sur le Yang-tsé près la ville de Tchin-Kiang, est une des plus curieuses que j’aie pu voir pendant mes excursions. Elle a été épargnée plus que d’autres, grâce à son isolement au milieu du fleuve; elle daterait d’environ 700 à 800 ans.
- L’intérieur du temple est remarquable (fig. 2). La coupole, toute composée de pièces de charpente assemblées à mi-bois, est décorée de brillantes peintures sur fond blanc qui représentent de gracieux rinceaux de fleurs et de feuillages. Cette coupole abrite, comme le ferait un dais, un superbe Bouddha colossal en bois doré aux côtés duquel se trou-
- vent deux autres grandes idoles. Le long des murs, sur les bas côtés du temple, les Dieux secondaires du paradis de Bouddha sont assis entourés de leurs attributs, exposés de même à l’adoration des fidèles. D’autres riches pavillons, des logements luxueux pour les prêtres gardiens du temple et de beaux portiques ornés de perrons et de balustrades de marbre entourent la pagode et forment un ensemble imposant et pittoresque.
- A l’entrée de la pagode, sur les bords du fleuve, on admire un curieux monument construit en granit, c’est un Pailoo.
- Après les tombeaux et les temples, ce sont ces constructions qui frappent le plus en Chine les voyageurs ; ils peuvent en remarquer un nombre considérable dans les provinces du Nord comme dans
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- celles du Sud. Les Pailoos sont souvent élevés près des tombeaux, ils accompagnaient autrefois toujours ceux des personnages de distinction. Construits le plus souvent en granit ou en marbre, ils ont un aspect triomphal et dans les motifs de sculpture qui les décorent sont gravées des inscriptions nombreuses, destinées à perpétuer le souvenir des vertus du mort. Le Pailoo est souvent aussi en dehors des
- tombes ; il est placé soit à l’entrée d’une porte de la ville, soit dans le carrefour d’une rue principale ou près d’une pagode. 11 devient alors un monument commémoratif élevé à la mémoire d’un personnage célèbre par sa charité, sa piété liliale, son courage militaire, etc. C’est une sorte de prix Montyon accordé au mort vertueux dont tout l’honneur rejaillit ensuite sur ses descendants.
- Fig. 2. — Intérieur île la pagode de Tsiao-Chan, en Chine. (Dessin_d’après nature de M. Albert Tissaudier.)
- Le Pailoo dont nous voyons l’aspect (fig. 1 ) a été élevé en l’honneur du célèbre lettré Tsiao qui donna son nom à l’ile habitée par lui pendant de longues années sous le règne d’un empereur de la dynastie des Han (206 av. J.-C. et 221 ap. J.-C.). Il refusa trois fois le mandarinat qui lui était offert par le Fils du Ciel, préférant vivre dans la solitude pour ne s’occuper que d’œuvres charitables et de piété.
- L’ile de Tsiao-Chan ou île d’argent est fort pittoresque d’aspect, elle forme, au milieu du Yang-tsé, un immense récif assez élevé et couvert d’une végé-
- tation luxuriante. Aidé par des escaliers taillés dans le roc, on arrive bientôt au sommet, sur lequel se trouve une petite pagode abandonnée. Le panorama y est magnifique avec les vues du fleuve, l’un des plus grands du monde entier, et celle de la ville de Tehin-Kiang qui se confond au loin avec l’horizon montagneux.
- Depuis les guerres récentes avec la nation française, les Chinois ont construit le long du fleuve de nombreux ouvrages militaires pour défendre le pays et empêcher l’arrivée à Nankin. Du haut du pont du
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- steamer qui fait le'service de Shang-haï a Nankin, je pouvais aisément les remarquer et j’assistais aux exercices du canon et du fusil faits par les soldats chinois sur de petites jonques de guerre.
- Ces jonques sont curieuses avec leurs nombreux drapeaux triangulaires ornés de dragons ou d’inscriptions, et dentelés de noir ou de blanc; quant aux exercices militaires, il est permis de douter de leur valeur. L’île de Tsiao-Chan possède une importante batterie composée de superbes canons d’acier venant de l’usine Krupp. Ils sont bien placés, en effet, pour empêcher l’accès du ileuve et les soldats chinois les laissent voir aux Européens avec un certain sentiment d’orgueil. Le capitaine de notre bateau à vapeur, un Américain depuis vingt-six ans en Chine, et qui semblait connaître bien les choses de ce pays, prétendait qu’avec ces canons formidables les artilleurs chinois ne sauraient rien faire d’efficace pour la défense du passage du fleuve en temps de guerre, étant certain de leur incapacité complète. « Un’amiral français, comme l’était votre amiral Courbet, me disait-il, n’aura pas de peine à passer avec ses marins et viendra quand même, quand il le voudra, bombarder ou assujettir la grande ville de Nankin. »
- S’ils font quelquefois des efforts pour la défense de certaines parties de leur pays, les Chinois paraissent bien indifférents pour d’autres localités. A Amoy, entre, autres, en visitant les anciennes fortifications formées de murs épais en granit, je vis dans presque toutes les embrasures, au lieu de canon, des dépôts de cercueils où les cadavres attendent le moment où ils seront réclamés et enlevés par des parents qui habitent une autre province. Dans un champ de course situé dans les faubourgs de cette ville, je pus assister à l’exercice du tir fait par quelques jeunes recrues chinoises. Ces hommes se servaient de fusils à mèche et certes je n’étonnerai personne en déclarant qu’ils manquaient généralement leur but.
- Le Yang-tsé, lors de mon voyage, en juillet dernier, débordait de tous côtés. Il remplissait les campagnes de ses eaux limoneuses plus encore que les autres années et presque tous les villages étaient noyés. Je voyais les habitants circuler dans leurs rues submergées, à l’aide de barques, ou barbotter dans le rez-de-chaussée de leurs pauvres maisons de bois. Il en est de même, paraît-il, tous les ans, et cela depuis un temps immémorial. Les Chinois, cependant, ne font rien contre ce fléau régulier qu’ils pourraient éviter en établissant de hautes berges le long du fleuve. Leur indifférence est si complète ou bien les infidélités des mandarins chargés des travaux d’art dans les provinces sont si nombreuses, que par ces raisons rien d’utile ne se fait.
- On pourrait citer, parmi les monuments importants de ce superbe pays, les ponts colossaux de granit ou de marbre, les chaussées gigantesques de pierre, les murailles et les forts qui défendaient la ville. Mais tous ces ouvrages sont dans un état de
- délabrement complet. Quant aux temples, l’indifférence religieuse gagnant de plus en plus les esprits, leur ruine est marquée pour une époque peu éloignée et ils ne seront sans doute plus remplacés.
- Ce grand pays, dont on constate partout encore la splendeur passée, intéressant au plus haut degré sous tous les rapports, a besoin d’être renouvelé par une civilisation nouvelle.
- — a suivre. — Albert Tissandier.
- LA PHOTOGRAPHIE SUR FOND NOIR
- SANS FOND NOIR1
- Les termes du problème posé dans notre précédent article étaient les suivants : trouver un procédé pour limiter à une de ses fractions quelconque le champ d’un objectif, de manière à réserver intacte pour des poses ultérieures la partie non utilisée de la plaque sensible, et a pouvoir réaliser sur celle-ci telles combinaisons que l’on voudra d’un nombre quelconque de poses successives.
- Or, une construction géométrique et un calcul très simples — mais dont j’épargnerai le détail au lecteur — prouvent que, si l’on appelle D le diamètre de la portion de champ M qu’on veut laisser voir à l’objectif (ou, plus rigoureusement, l’excès de ce diamètre sur celui de l’objectif), L sa distance à l’appareil et H sa hauteur moyenne (ou la distance de son centre) par rapport à l’axe optique, on peut toujours, en plaçant à une distance /, et décentrant d’une quantité h, un écran percé d’un trou dont le diamètre excède de d celui de l’objectif, faire en sorte que tous les faisceaux lumineux issus de la portion M du champ, mais ceux-là seuls, arrivent intégralement à l’objectif pour aller donner dans la chambre noire leur image absolument comme s’il n’y avait pas de diaphragme interposé.
- Il suffit, pour cela, de satisfaire à la relation D L H
- d~l~~ h
- ce qui se peut d’une infinité de manières en variant soit l’éloignement /, soit le diamètre d du diaphragme-écran. Mais, en pratique, il ne faudrait pas croire que le choix soit toujours indifférent, car il y a lieu de tenir compte de la zone qui reste vue en pénombre tout autour du champ sur une largeur
- diamètres de l’objectif, et qui, sur la
- plaque elle-même, donne un dégradé de f
- fois ce même diamètre. Il faudra donc choisir pour l, c’est-à-dire pour la distance de l’écran, des valeurs suffisamment grandes pour que l’étendue du dégradé ne puisse nuire aux opérations de raccords que nous avons plus particulièrement en vue.
- Mais cette restriction ne saurait être une gêne puisqu’il suffit d’augmenter proportionnellement le
- 1 Suite et fin. — Voy. n’ 944, du 4 juillet 1891, p. 70.
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- diaphragme d et nous ne connaîtrons plus d’obstacle si nous arrivons à disposer d’un écran dont la face tournée du côté de l’appareil demeure assez noire pour ne pas impressionner sensiblement la plaque. Construire un écran mobile n’est pas chose compliquée : il suffit de piquer avec deux punaises un morceau d’étoffe ou une feuille de papier entre deux attes clouées verticalement contre les parois d’une vieille caisse qui, lestée de quelques cailloux, servira de pied. Devant un grand trou percé au milieu de la feuille on pourra épingler d’autres diaphragmes de papier plus petits, ce qui dispensera, pour le réglage, d’avoir à déplacer la grande feuille en totalité.
- Quant au réglage définitif, point ne sera utile de recourir à la formule et de chercher à résoudre des équations. Les égalités conditionnelles que nous avons posées peuvent, en effet, se traduire en fait et signifient tout simplement, en langage vulgaire, que les contours du champ, ceux du diaphragme et de l’objectif doivent se trouver sur une même nappe de cône, c’est-à-dire affleurer tous trois une ficelle tendue, à travers le trou de l’écran, du bord de la lentille objective à la limite extrême du champ qu’on veut photographier.
- L’oeil, cet excellent géomètre, peut parfaitement remplacer la ficelle et lorsque, en visant des points extrêmes du champ, l’on aura bien constaté que les points correspondants du diaphragme et de l’objectif se voient sur une même ligne droite, on pourra être sur que de nouveaux tâtonnements sont inutiles et que tout est prêt à bien marcher1.
- Car, pour ce qui est du noir, nous savons déjà comment le réaliser et tout l’art consistera à profiter convenablement des dispositions des lieux pour mettre le mieux possible l’écran dans l’ombre de l’éclair et l’abriter du côté de l’appareil contre le retour de ces rayons diffusés par les parois et le
- 1 Un autre mode de réglage, qui peut économiser bien des pas lorsqu’on n’a point d’aide pour manœuvrer l’écran, consiste à placer à chaque extrémité du champ une bougie dont on suit, en arrière du trou de l’écran jusqu’à l’appareil, le cône d’illumination : il faut et il suffit que le bord externe de chaque cône coïncide avec le bord correspondant de l’objectif, savoir, par exemple, avec le bord supérieur de l’objectif, le bord supérieur du cône (inférieur) produit par la bougie supérieure.
- plafond qui, arrivant là, deviennent nos pires, nos seuls gêneurs, tandis que, rejetés du côté du modèle, ils servent à donner aux clichés une douceur et un modelé qui rendent presque toujours inutile, dans la photographie au magnésium, l’emploi de l’éclairage bilatéral.
- Sans recourir à des paravents ou écrans spéciaux, et malgré la nécessité, pour éviter des effets paradoxaux, de conserver, pour les diverses poses d’un même cliché, la même direction d’éclairement, il sera bien rare qu’on ne trouve dans un appartement quelque combinaison de portes ou de fenêtres à utiliser. J’indique, dans les schémas I à III de la figure 1, des dispositions qui se rencontrent assez fréquemment, et enfin, dans le schéma n° IV, le plan exact au 1/2000 du dispositif qui m’a permis de prendre quantité de clichés analogues à celui qui est reproduit dans la figure 2 où une jeune fille
- agenouillée, est représentée en statuette sur la table. Opérant sans aucun aide (à preuve le bougé de la main qui tient la poire), j’ai tenu, au grand dam de l'effet esthétique, à venir me placer moi-même dans la pose afin de bien montrer aux plus incrédules que le temps relativement long d’ouverture de l’objectif qu’exigeait soit ce déplacement, soit, dans la première pose, le va-et-vient entre l’appareil et le photospire 1, n’a pas produit la moindre apparence de voile sur cette scène, éclairée tout le temps par une forte lampe à pétrole et une bougie très rapprochées.
- Existât-il d’ailleurs, le voile, s’il est uniforme et léger, ne saurait nuire énormément à ce genre d’épreuves à contrastes accentués : c’est ce qu’atteste la figure 3, reproduction d’un cliché obtenu, tout au début de mes essais, dans-des conditions particuliè-
- 1 Si j’en suis revenu, pour ces applications spéciales, à l’emploi de ce petit instrument primitif pour la production de l’éclair magnésique, ce n’est nullement par un vain amour-propre d’auteur, mais qu’à défaut des facilités de rapide rechargement qu'offrent la plupart des ingénieux appareils créés par l’industrie parisienne à la suite de ma publication, il a du moins l’avantage de permettre de mesurer les doses et de produire un éclairage toujours égal, condition importante de réussite pour les épreuves composites. L’appareil idéal serait assurément celui qui joindrait aux avantages des autres celui de pouvoir être manœuvré d’une seule main : malheureusement cet appareil n’existe pas encore.
- M ® A>
- Légende.
- E. Diaphragme-écran. S. Point d'éclairac.ô.
- A. Appareil photographique M. PI ace .du modèle
- Fig. 1. — Schémas explicatifs pour l’exécution de la photographie sur fond d’ombre.
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- LA NATURE.
- rement rudimentaires. J’opérais en plein jour, sur une place de village, en utilisant comme fond noir l’ouverture d’une grande remise au nord. Comme écran, un morceau de carton très grossièrement noirci, porté sur un pied de pupitre à violon, qu’on voi t à droite de la photographie. Or, si l’on examine de très près, sur le cliché, l’enfant qui assiste, devant la charrette, à la livraison de sa propre tète, on peut constater qu’il est traversé verticalement par une ligne d’ombre, indiquant qu’un léger voile s’était produit à la première pose sur toute la partie de la plaque découverte par le volet du châssis incomplètement tiré l. Si la plaque eut été complètement découverte, il serait difficile de rien soupçonner.
- Par contre, un examen plus minutieux encore du cliché fait découvrir dans le haut de la chevelure de la grosse tète, outre une diminution d’intensité qui prouve que le modèle s’était un peu rejeté dans la zone de pénombre, quelques taches qui ne sont autres que les inégalités du mauvais carton barbouillé d’encre employé comme écran.
- Comment supposer, en effet, que celui-ci, eût-il été d’un noir parfait, eût pu, éclairé par la lumière du plein jour, ne pas impressionner du tout la plaque?
- Le même accident
- Fis. 2.
- Fig. 5. — Groupe Je plein air en deux poses différentes sur un seul cliché.
- devra se produire dans les opérations de nuit toutes les fois que l’on n’arrivera pas à protéger suffisamment la face postérieure de l’écran contre tout rayon
- 1 Volet à tirage latéral de l’excellent petit appareil micromégas d’Hermagis.
- actinique. Et comme il pourrait paraître dur de renoncer à cause de cela à tous ces exercices si amusants, l’on devra songer à recourir à quelque appareil spécial, à un accessoire nouveau pour satisfaire à toutes les exigences et mettre dans tous les cas la pratique d’accord avec la théorie : desideratum facile à remplir puisqu’il suffira évidemment de réunir le diaphragme à l’objectif par un tube noir, soit rigide, à mouvements de tirage et de décentration, soit en étoffe, en forme de cône ou de soufflet, fixable à la planchette de l’appareil par un bras articulé et à rallonge.
- Mais insister là-dessus serait m’éloigner par trop du point de départ de cet article et je préfère me réserver de revenir plus tard, s’il y a lieu, sur les applications du nigrocône dégradateur, n’ayant eu d’autre prétention, pour aujourd’hui, que d’offrir aux lecteurs photographes de La Nature un chapitre inédit de Physique sans appareils, ...ou du moins sans appareil nouveau, puisqu’il est permis assurément, étant donné le rapide essor qu’a pris depuis un an la photographie à l’éclair magnési-que, de présumer qu’il n’est pas un amateur sérieux qui ne soit d’ores et déjà muni, en plus de sa chambre noire, de l’un quelconque des photogènes du commerce, ou tout au moins de notre modeste photospire, un peu trop oublié peut-être, à cause, sans doute, qu’il est trop facile à faire et ne coûte rien. Adrien Guébhard,
- Agrégé de physique des facultés de médecine.
- —
- Composite au photospire en deux poses à distances différentes sur un seul cliché.
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- UNE MOISSONNEUSE GÂUUOISE
- Il faut souvent chercher bien loin dans l’histoire le germe des inventions modernes : tel est le cas pour le semoir d’origine chinoise que nous avions signalé dans La Nature, il y a déjà quelque temps.
- En agriculture, par exemple, l’homme s’est trouvé en présence de problèmes à peu près identiques, au moins dans leurs données générales, à ceux qui se présentent aujourd'hui, et il avait appliqué son esprit à les résoudre; mais quand il y arrivait, c’était de la façon la plus simple, et il y avait pour cela une excellente raison, c’est qu’il n’avait point la ressource des procédés mécaniques qui se sont si merveilleusement développés à notre époque. Mais c’est précisément cette simplicité de la solution qui nous intéresse dans ces trouvailles de l’esprit inventif des anciens.
- D’ailleurs ces inventions n’étaient pas généralement appelées à vivre, parce ([lie les besoins à satisfaire n’étaient pas aussi pressants, et que la main-d’œuvre était assez abondante pour ne point nécessiter l’emploi des procédés mécaniques.
- Du reste, l’invention dont nous voulons parler aujourd’hui est française, puisqu’elle est gauloise. Nous en trouvons la description rapportée par M. Mougez, dans son « Second Mémoire sur les instruments d’agriculture employés par les anciens », Mémoire publié dans le Recueil de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
- Primitivement, on arrachait sans doute la tige entière des céréales; mais bientôt on a trouvé que
- c’était une besogne inutilement fatigante, que les racines restant à pourrir dans le sol ne pouvaient y avoir qu’une bonne influence, et l’on chercha le moyen de détacher l’épi, tout en y laissant une partie de la tige, pour en faciliter le transport et la manipulation jusqu’au moment du bat-* tagc;en général, du reste, la paille n’avait que peu de valeur, elle ne servait qu’à former la couverture en chaume des maisons. On avait donc, pour répondre à ce besoin, inventé la faucille dans ses diverses formes. Mais on en était arrivé, en Gaule, à trouver ce procédé trop lent, et c’est pourquoi
- l’on avait imaginé le système dont nous voulons parler. Nous pouvons écouter Pline le décrire.
- « On connaît différ en te s manières de moissonner. Dans les vastes plaines des Gaules, on pousse à travers les moissons de très grandes voitures à
- deux roues armées de dents sur le bord, et attelées d’une bête de somme dont la tête est tournée vers la voiture ; les épis ainsi détachés sont reçus dans la voiture. » Ce tombereau, armé de dents, est décrit plus amplement dans un texte de Palla-dius, un Latin qui a écrit vers la lin du siècle des Antonins.
- « Les Gaulois qui habitent les plaines se servent, pour moissonner, d’un procédé beaucoup plus court, et par lequel, sans fatiguer des hommes, ils font la moisson entière avec un seul bœuf. On construit une voiture portée sur deux petites roues; son fond carré est entouré de planches qui sont inclinées par dehors pour agrandir l’espace vers le haut. Les planches du devant sont moins élevées, et, h la hauteur des épis, elles sont garnies de petites dents assez espa-
- Fig. 1. — Moissonneuse gauloise.
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- cées et recourbées vers les pointes. I)u derrière de la voiture partent deux brancards fort courbes semblables à ceux des litières. On y attache, avec des liens et sous un joug retourné, un bœuf qui regarde la voiture; mais il faut que cet animal soit doux et qu’il suive exactement l’impulsion de celui qui le conduit; dès qu’il a commencé à pousser cette voiture dans les moissons, tous les épis saisis par les dents sont recueillis et les tiges sont arrachées et abandonnées. Le conducteur, qui suit, règle la hauteur où les épis doivent être détachés. Ainsi, après un petit nombre de tours et de retours, et dans le court espace de quelques heures, toute la moisson est faite. Ce procédé est utile dans les grandes terres à blé ou dans les plaines, et dans les contrées où l’on ne croit pas avoir besoin de paille. »
- Après une description aussi minutieuse, nous n’avons plus rien à venir ajouter, la ligure 1 parle d’ailleurs d’ellc-mêmc; en réalité, il est certain que l’invention était fort originale et assez pratique, puisque, grâce à ce procédé, les épis étaient tout chargés dans la voiture qui devait les emporter dans la grange. Malheureusement (et comme le fait remarquer Palladius) la paille était à peu près mise hors d’usage par cette traction violente qu’elle devait subir, et par le passage des roues du véhicule et des pieds du bœuf.
- Complétons cette donnée sur ce procédé employé pour détacher les épis de la tige, et finissons par un mot sur deux instruments antiques, précisément destinés à ne mettre à l’abri que la partie la plus utile des céréales, c’est-à-dire l’épi. Yarron parle dans ses ouvrages d’une pelle à moisson, dont la ligure 2 ci-jointe est faite d’après M. Mougcz : « On se sert, dit-il, d’une pelle de bois pliée, armée à son extrémité d’une petite scie de fer; lorsque cette scie a saisi une poignée d’épis, elle les détache et laisse le chaume debout sur le champ pour être coupé ensuite ». Il est probable que cette pelle laissait tomber à terre une bonne partie des épis détachés. Quant au second instrument, ce sont les pectines; à ce sujet, on peut se reporter à d’anciens manuscrits d’Hésiode ; ce sont des instruments à longues et nombreuses dents pour saisir et détacher les épis; on voit quelque chose d’analogue dans les peintures des souterrains d’El-Kàb, dans la Haute-Égypte; un homme arrache des tiges tout entières, et, à côté de lui, un autre homme sépare la graine de la tige. C’est ce que représente une des gravures accompagnant cet article (fig. 5).
- Pour finir, nous pourrons faire remarquer que, tout primitif qu’était leur système de moissonneuse, les Gaulois étaient du moins plus avancés que maint agriculteur de notre époque, qui en est encore resté aux procédés les plus primitifs de moisson. 11 est malheureux de remarquer que, au point de vue des moissonneuses et machines agricoles, la France est eu retard sur la plupart des nations européennes.
- Daniel Bellet.
- CHRONIQUE
- Un ventilateur monstre. — La société Utiion Engineering Company, de Manchester, a installé à Oly-dacli Yale un ventilateur de dimensions exceptionnelles, le plus puissant qui, paraît-il, ait été construit jusqu’à ce jour. Le ventilateur est capable de fournir un volume de 14 158 mètres cubes d’air par minute. Le puits que cet appareil est destiné à ventiler est également de dimensions très grandes : il présente un diamètre intérieur de 7 mètres.
- Les pins grands isolateurs électriques du monde. — Les plus grands isolateurs électriques actuellement connus seront prochainement construits par la maison H. Sehomburg et fils de Berlin, et employés dans la transmission de force motrice entre Lauffen et Francfort. Notre confrère Elektricitàt donne à ce sujet les renseignements suivants : ces isolateurs ont une cloche d’une largeur de 250 millimètres, d’une hauteur presque aussi grande, et sont à 5 coupelles remplies d’huile d’un diamètre de 150 millimètres. Leur poids total est de 5 kilogrammes. Cette fabrique, qui a une spécialité de tous ces produits, fait recuire à des températures supérieures à 1800 degrés Celsius.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 juillet 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- Mécanisme de la nitrifiadion. — Il résulte d’un travail de M. Vinogradsky, analysé par M. Duclaux, que la formation de l’acide nitrique dans la terre végétale est l’œuvre de deux microbes parfaitement distincts dont l’un parachève l’œuvre seulement commencée par l’autre. Celui-ci, qui est la Nitromonadc déjà connue, transforme l’ammoniaque en acide azoteux et en azotites; à sa suite ces matières sont transformées en acide azotique et en azotates par une bactérie spéciale.
- Synthèse de la datholithe. — En soumettant à la température de 400 degrés, et par conséquent en tube scellé, un mélange de silicate de chaux et de borax en excès en présence de l’eau, M. de Gramont a réalisé la synthèse du borosilicate de chaux hydraté connu sous le nom de datholithe. Cette synthèse est d’autant plus remarquable que, comme le fait remarquer M. Friedel, à une température un peu plus élevée, on voit la réaction inverse prendre naissance ; c’est-à-dire que la datholithe naturelle chauffée avec de l’eau a donné de l’acide borique et de la wollasto-nite, ou silicate de chaux.
- Source française d'acide sulfurique. — Des analyses chimiques viennent de signaler à M. Wilin la remarquable composition de sources qui, dans les Pyrénées, surgissent non loin de Rennes-les-Bains, le long de la rivière de Salce. On y trouve, en effet, du sulfate d’alumine et de l’acide sulfurique libre représentant plus d’un décigramme par litre. Ces eaux, franchement acidulés au goût, rappellent en petit les célèbres sources signalées jadis par Bous-singault sur les bords du Rio Yinagre, en Colombie, qui débite par an 17 millions de kilogrammes d’acide sulfurique et 15 millions de kilogrammes d’acide chlorhydrique. On sait que des sources de Java et du Japon sont dans le même cas; mais le fait n’avait pas encore été observé en France.
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- La pluie de pierres de Pel-et-Der. — Le G juin dernier, la commune de Pel-et-Der, dans le département de l’Aube, a été couverte d’une pluie de pierrailles calcaires tombée avec la grêle durant un très violent orage. Les échantillons que j’ai étudiés au Muséum ont montré que ces roches consistent en calcaire de Château-Landon qui a dù être enlevé par une trombe dans les hautes régions de l’atmosphère et accomplir un trajet aérien de 150 kilomètres au moins de longueur.
- Une excursion en Corse. — C’est le titre d’un magni-tique volume in-4°, orné de photogravures, que M.le prince Roland Bonaparte adresse aujourd’hui. On y trouvera, dans un style des plus agréables, une savante description physique et une histoire de notre grande île méditerranéenne. L’auteur a ajouté à la relation de son voyage une liste bibliographique qui témoigne de sa grande érudition et qui rendra des services à tous ceux qui veulent élucider une question quelconque touchant à la Corse.
- Weber. — On annonce la mort, à l’àge de quatre-vingt-sept ans, du physicien Weber dont la gloire fut si grande qu’on proposa d’attacher son nom, comme celui de Ohm ou de Voila, à la désignation d’une unité électrique : à la dernière heure, la réunion des électriciens lui préféra le nom plus grand encore d’Ampère. Weber fut le collaborateur de Gauss.
- Varia. — Des études sur le vol mécanique sont adressées, d’une part, par M. Langley qui paraît avoir obtenu des résultats tout à fait extraordinaires et, d’autre part, par un savant russe dont le Mémoire est déposé sur le bureau par M. Marcy. — M. Féraud propose dans la suspension des wagons une modification qui, d’après M. Marcel Deprez, diminue considérablement les secousses éprouvées par les voyageurs. — L’action du fluorure de bore sur les nitriles est étudié par M. Patin. — M. Moissar. dépose une Note sur le pcntafluochlorure de phosphore. — L’anatomie du Lepidodeqdron selaginoïdes occupe M. Maurice Ilovelacque. — Signalons une nouvelle livraison des savantes Eclogæ geologicæ Helvetiæ qui se signale par une revue géologique suisse pour l’année 1890 due à la plume si autorisée de MM. Ernest Favre et Hans Schardt : tous les amis des sciences naturelles la liront avec le plus grand fruit.
- «'Séance du ‘20 juillet 1891. — Présidence de M. Düchartre.
- Récente liaison continentale de VEurope et de l'Amérique. — On se rappelle que, il y a quelques années, M. Blanchard a tiré de considérations zoologiques et botaniques la notion d’une ancienne communication de terre ferme entre les îles de la Sonde et le continent asiatique. L’auteur reprend aujourd’hui le même thème, mais sur une échelle bien plus grande, pour l’appliquer à l’histoire commune de l’Europe et de l’Amérique. Suivant lui, ces deux continents ont été, à une. époque très récente, en rapport intime par une langue de terre dont l’Angleterre, les îles Feroë, l’Islande et le Groenland ne sont que les derniers vestiges. Un affaissement général, dont la terre submergée de Buss a fourni une des preuves les plus nettes, a déterminé la séparation des deux mondes, mais à une époque si rapprochée de nous que beaucoup de membres de la flore et de la faune actuelles de l’Europe avaient déjà pu passer au Canada ou dans le Labrador. M. Blanchard cite, parmi les plantes, des anémones, des violettes, des saxifrages, des spirées, des potentilles, des carvophyllées comme le Linnea borealis, des rhododendrons; et parmi les bêtes, 500 à 400 coléoptères, des
- papillons, des mammifères venniformes, comme les martes, les fouines, des rongeurs comme les castors et le Lepus variabilis, des poissons d’eau douce comme la perche, le chabot de rivière, le brochet commun, qui sont identiques des deux côtés de l’Atlantique et qui n’ont pu passer à la nage. M. Gaudry fait remarquer que des liaisons paléontologiques intimes sont révélées pendant les diverses époques des temps tertiaires par un très grand nombre de fossiles.
- Le fer natif de Bérézowsk. — M. Daubréc a reçu récemment, de M. Nicolas Nesterowsky, de curieux spécimens de fer métallique trouvés à plusieurs mètres de profondeur dans les alluvions aurifères de Priskanavnyi, près de Bérézowsk, dans l’Oural. 11 a bien voulu m’appeler à les étudier avec lui et il dépose sur le bureau le résultat de ce travail. L’analyse a montré dans le métal la présence d’une quantité faible mais très sensible de platine, sans trace de nickel : le fer est donc d’origine terrestre et ne peut être attribué à une chute météorique. D’un autre côté, il manifeste une structure feuilletée et contournée extrêmement remarquable qu’on peut interpréter en supposant qu’il a été soumis, durant son trajet vers la surface de la terre, à d’intenses actions mécaniques, comparables, par exemple, à celles que développent les gaz explosifs engendrés par l'inflammation-du coton-poudre ou de la dynamite.
- Métamorphose des parmaphores. — Comme résultat d’une courageuse exploration zoologiquc du littoral de la mer Rouge, M. Louis Boutan a rapporté des faits nombreux et intéressants que M. de Lacaze-Duthiers signale d’une manière toute particulière. Ils concernent des individus de tout âge de parmaphores en voie de développement. On sait que la coquille de l’adulte est plate et cachée sous les replis du manteau; or, à l’état jeune (2 millimètres de longueur), le Parmaphorc possède un tortillon rudimentaire. Son corps, loin d’être placé vers le milieu de la coquille, est très rapproché de la partie inférieure qui n’est pas encore élargie. Enfin l’échancrure, à peine visible à la partie antérieure de la coquille chez l’adulte, est fort accusée et prend l’aspect d’une fente.
- Varia. — M. Sabatier décrit le séléniure de sélénium. — Une Notice sur M. Weber, récemment décédé, est lue par M. Mascart. — D’après M. Yilliers, le ferment butyrique transforme, avec des particularités nouvelles, le fécule en dextrine. —- MM. les Dr' Labbé et Boudin étudient, par un procédé nouveau, l’action physiologique de l’ozone; mais, comme le fait très justement remarquer M. Berthelot, il importe d’éliminer ce qui peut revenir dans ces résultats aux gaz nitreux développés lors de l’électrisation de l’air. — La troisième livraison des actes du Comité international de la Carte du ciel est déposée sur le bureau par M. Mouchez. — Des phénomènes optiques sont décrits par M. Charpentier sous le nom d’oscillation rétinienne. — Par des expériences fort délicates, M. Con-tejean précise des faits relatifs à l’innervation de l’estomac chez les batraciens. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- l’écriture dévoilée
- UNE PIÈCE DE MONNAIE ESCAMOTÉE
- Nous avons déjà publié, sous ce titre1, quelques-unes des expériences que lo prestidigitateur exécute
- 1 Voy. n° 700, du 50 octobre 1880, p. 352.
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- devant ses auditeurs ; nous avons ehoisi, parmi ces expériences, celles qui sont principalement dues à des illusions laciles à obtenir, et que tout le monde peut produire. Il y a là des passe-temps agréables pour des soirées de vacances ; nous continuerons aujourd’hui à signaler deux jolis tours que nous avons vu exécuter avec beaucoup de succès.
- Vous prenez un- petit buvard en toile cirée tpie vous présentez à un spectateur, vous y posez une feuille de papier, et, donnant un crayon au spectateur, vous lui demandez d’y écrire, à votre insu, et sans que personne ne puisse le voir, un mot ou une phrase, bien écrite. Cela fait, le spectateur est prié de plier le papier et de l’enfermer dans une enveloppe qu’il ferme et qu’il conserve dans sa main. Nul autre que lui ne connaît le mot ou la phrase tracée. Vous vous engagez à le lui faire connaître sans toucher à sa lettre. —Vous reprenez le buvard, vous dites qu’il faut quelque temps pour que le mystère se révèle, et vous passez dans la pièce voisine, pour préparer une expérience nouvelle. Arrivé dans la pièce qui vous sert de coulisse, alors que vous ôtes seul, vous déchirez le bord de la toile cirée du buvard, vous l'enlevez et vous lisez sur une feuille de papier blanc, recouverte de papier noirci pour décalquer, le mot qui a été écrit. Le buvard a été préparé à l’avance, le papier à décalque y a été placé sous la toile cirée convenablement enlevée, puis recollée, et les traces des caractères tracés au crayon, y sont restées visibles.
- Fig. 1. — L’écriture dévoilée.
- Notre ligure 1 montre le dispositif de cette expérience qui, lorsqu’elle est bien faite, est absolument saisissante. — L’autre expérience consiste à escamoter
- une pièce de monnaie dans un mouchoir. Vous étalez un mouchoir sur une table; vous y placez, au milieu, une pièce de cinquante centimes, puis vous couvrez cette pièce en pliant un coin du mouchoir; vous repliez successivement sur la pièce les quatre coins du mouchoir qui sont venus se superposer au centre et, appuyant du doigt, vous indiquez que la pièce est bien au-dessous des quatre angles du tissu. Cela fait, vous ramenez à vous, en le faisant glisser, le premier coin du mouchoir, puis le second, puis le troisième et le quatrième; la pièce a disparu. Comment s’est produit l’escamotage? Bien facilement ; il a suffi de coller, au premier coin du mouchoir, un tout petit morceau, gros comme une tête d’épingle, de cire à
- parquet, que vous avez dissimulé avec votre doigt.] En ^appliquant ce morceau de cire sur la pièce, celle-ci adhère au tissu et peut être enlevée1 avec lui. No-
- Fig. 2, — Une pièce de cinquante centimes escamotée.
- tre figure 2 montre, en un point noir, sous le pouce de la main tenant le mouchoir , la petite boulette de cire. Il va sans dire que cette boulette de cire, visible sur notre figure, doit être dissimulée par l’opérateur lorsqu’il rabat le coin du mouchoir sur la pièce. l)r Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissakweu.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N* 948. — 1er AOUT 1891.
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- LES AUTOMATES
- L’automate désigne généralement une machine qui représente un être animé et qui, grâce à cer-
- taines combinaisons, imite les mouvements de cet être. Les automates sont de véritables curiosités et
- Fig. 1. — Joueuse de tympaiion mécanique de Ilintzen et Kiutzen (dix-huitième siècle) exposée au Conservatoire des arts et métiers, à Paris.
- souvent des merveilles de patience et d’ingéniosité.
- Les historiens ont parfois parlé d’automates merveilleux, mais ces appareils extraordinaires n’ont probablement existé que dans l’imagination des conteurs, car les récits passant de bouche en bouche arrivent a grossir les laits.
- Nous rappellerons, parmi les automates cités par les anciens auteurs, sans preuve de leur existence réelle, une colombe de bois qui aurait été construite 400 ans avant Jésus-Christ, une mouche de 1er qui fut, dit-on, présentée à Charles-Quint. Cette mouche faisait un vol circulaire et revenait dans la main de l’auteur. On raconte aussi qu’un évêque de Naples (onzième siècle) fit une mouche de bronze qui empêchait toutes les mouches véritables d’entrer dans la ville. Un autre récit tout aussi peu digne de foi mentionne un aigle d’airain qui vola au-devant de 1 empereur Maximilien. Citons encore les hommes
- 19" année. — 2e semestre.
- d’airain construits, dit-on, par Roger Bacon, ou par Albert le Grand, à Cologne, suivant quelques-uns, par Reysolius, suivant d’autres.
- On voit, par ces quelques citations que nous aurions pu multiplier, que les écrivains du moyen âge, grands amateurs du merveilleux, ajoutaient facilement foi à des contes.
- C’est à partir du siècle dernier que l’on trouve des Notes sérieuses sur des automates ayant réellement été construits. On rapporte, en l'attribuant à plusieurs savants, que l’on construisit un automate très ingénieux pour « démontrer que les bêtes n’ont point d’âme. Cette machine, qui avait été nommée Francine par son auteur, représentait une jeune fille et, dans un transport sur mer qu’il fallut lui faire effectuer, quelqu’un eut la curiosité d’ouvrir la caisse qui la protégeait. Le capitaine fut tellement étonné et effrayé en voyant cette figure qui remuait comme
- Joueuse de mandoline mécanique attribuée à Vaucanson. (Conservatoire des arts et métiers.)
- Fig. 2.
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- si elle eut été vivante, qu’il la lit jeter par-dessus bord, ne voulant pas conserver sur son navire un instrument de magie.
- Au dix-huitième siècle, les frères Droz, en Suisse, lirent plusieurs automates sur lesquels on n’a aucun renseignement précis si ce n’est qu’ils étaient très curieux. Au siècle dernier, on voyait souvent soit dans des chapelles, soit dans des parloirs de couvent, soit encore dans des grottes de jardin, un moine qui se présentait au-devant des visiteurs quand la porte s’ouvrait et qui se retirait aussitôt. Ces automates n'étaient, à proprement parler, que des mannequins sans mouvement, montés sur roulettes, mais nous ne pouvions, pour être complet, omettre de les mentionner ici. On nous a dit qu’au petit séminaire de B... les visiteurs sont accueillis par un squelette qui frappe l’une contre l’autre ses phalanges décharnées.
- Il est parfaitement connu qu’en 1810 on exhibait à Londres une araignée de grosseur moyenne qui, au moyen de 115 rouages, exécutait des mouvements et marchait sur un plateau. En outre, quand on la prenait, elle agitait ses pattes. Nous ne savons si le nombre de rouages est bien exact, car, d’après la grosseur du sujet, ils devaient être bien petits. En même temps que l’araignée, on voyait un cygne qui nageait dans un bassin au milieu de poissons. Il en saisissait un, l’avalait puis remuait ses ailes.
- Quelques années après, en 1817, on montrait à Londres un petit oiseau en or placé sur une tabatière. Cet oiseau sortait de la tabatière, remuait le bec, ouvrait ses ailes et chantait un air.
- Après ce résumé préliminaire, nous allons décrire les automates modernes dont les effets sont connus et dont l’existence ne peut donner lieu à discussion.
- Signalons d’abord un automate bien connu de tous les Parisiens et qui sert de réclame à un industriel. Dans ce tableau automatique, formé de quatre personnages, deux nègres pilent continuellement dans un mortier une substance absente tandis qu’un troisième personnage, armé d'un grattoir, coupe du matin au soir, a distance de 1 centimètre du pied, le cor d’une dame qui, elle, exprime sa satisfaction, à intervalles réguliers, par un balancement de tète.
- Nous rappellerons, pour mémoire, le joueur d’échecs fabriqué par Id Viennois de Kcmpelen. Les lecteurs qui voudront bien se reporter à un précédent numéro de La Nature1 verront que cet automate n’était qu’une mystification et que les véritables rouages de la machine étaient remplacés par un homme caché à l’intérieur.
- De véritables automates furent ceux de Vaucanson ! parmi lesquels nous citerons, en première ligne, le ! joueur de flûte construit en 1750, actuellement à j Vienne, qui joue douze' airs, et le joueur de tambourin qui, armé d’un tambourin, et d’un flageolet, jouait vingt airs différents. Ces deux personnages, de grandeur naturelle, fonctionnaient au moyen d’un
- 1 Yoy. il0 505, du ‘20 janvier 1885, p. l‘25.
- fort ressort actionnant plusieurs séries de soufflets qui remplissaient des réservoirs à air. Ces réservoirs se vidaient en temps voulu par une suite de déclenchements et produisaient les sons.
- Vaucanson fît encore deux pièces remarquables, d’abord son aspic qui a sa place dans l’histoire du théâtre. Cet aspic, qui fut fabriqué pour la Cléopâtre de Marmontel, se tordait, dardait la langue et sifflait. La pièce tomba et on fit à ce sujet quelques méchants vers que nous ne pouvons nous empêcher de citer :
- A la pièce de Cléopâtre Où fut l’aspic de Vaucanson,
- Tant fut sifflé qu’à l’unisson Sifflaient et parterre et théâtre;
- Et le souffleur, oyant cela,
- Croyant encor souffler, siffla.
- Le canard de Vaucanson, qui eut une si grande renommée, fut fabriqué à peu près à la môme époque (1758). Cet automate remuait la tête pour chercher sa nourriture, avalait et digérait. Sa renommée était toujours grande, lorsqu’en 1844 il fut présenté à Paris par un mécanicien nommé Ticts et il continua à faire l’étonnement de tous ceux qui le voyaient. Pendant son exhibition, une aile fut cassée et Robert Houdin, chargé de la réparer, découvrit le secret de la soi-disant digestion. Sans entrer dans les détails techniques, disons que le canard avalait, ([lie les aliments étaient enlevés entre deux exhibitions et que la digestion était figurée par une bouillie verdâtre expulsée par un piston. Ce fameux automate était donc un accessoire d’escamotage.
- Nous venons de citer Robert Houdin; nous rappellerons à ce sujet qu’on lui confia à réparer d’autres pièces bien plus difficiles, entre autres le Com-ponium qui était un orgue mécanique amené à Paris en 1829 par un Allemand, son inventeur. Toutes les pièces de cet orgue, qui improvisait des variations toujours différentes, étaient démontées sans points de repère et placées dans des caisses. Robert Iloudin parvint à se retrouver au milieu des quelques milliers de pièces qui composaient l’instrument et le remit en état. On ne sait ce qu’il est devenu depuis.
- Robert Houdin répara encore, en 1859, une joueuse de mandoline attribuée à Vaucanson et que l’on peut voir au Conservatoire des arts et métiers, ainsi qu’une joueuse de tympanon, œuvre de Hintzen et Kintzen, qu’on peut voir au même Musée auquel elle a été donnée par l’Académie des sciences (fig. 1 et 2).
- Le Conservatoire des arts et métiers renferme aussi des oiseaux chanteurs et une pièce mécanique imitant le chant du rossignol légués en 1885 par M. Jules Audéoud.
- Tels sont a peu près tous les principaux automates curieux. Dans ces dernières années l’industrie moderne a fabriqué des automates que nous étudierons dans un prochain article.
- — À suivre. — Le prestidigitateur Ai.ber.
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- UNE STATUETTE GAULOISE
- M. Grange, archéologue à Clermont, a découvert à Vassel, près Billom, une statuette gauloise très curieuse. Elle représente un Dieu assis sur un coussin, à la façon bouddhique; elle est vêtue du sagum, une belle chevelure orne sa tète, elle mesure 0m,10 de hauteur. En rapprochant ce type des divinités asiatiques, M. Grange y découvre avec raison une représentation complexe, procédant du polythéisme gallo-grec, et du culte asiatique ; de plus, le galbe de la tète de cette statuette rappelle le type de Jupiter Olympien, créé par Phidias. C’est la seconde fois que ce genre de divinité assise se retrouve en Auvergne ; en 1855, M. le Dr Vernières découvrit à Lougat, près d'Is-soire, une statuette gauloise, en grès, assise sur un coussin, les jambes ramenées sous le siège.
- LE SERVICE CARTOGRAPHIQUE
- DE IA GRANDE-BRETAGNE
- Jusqu’aujourd’hui divers departements ministériels français ont publié différentes cartes de France tout en conservant une indépendance complète les uns vis-à-vis des autres : on pourrait citer d’abord les cartes de toutes sortes au 1/80000, au 1/520 000 et autres publiées par le service géographique de l’armée, qui, sous la direction d’hommes aussi éminents (pie les généraux Perrier et Dcrréca-gaix, a obtenu des résultats aussi remarquables que les meilleurs services cartographiques étrangers. Ajoutons les cartes de la Marine, la carte au 1/100 000 du Ministère de l’intérieur, la carte au 1/200 000 des Travaux publics et bien d’autres. Aujourd’hui, dans le but fort désirable de centraliser ces travaux on vient de créer une commission centrale des travaux géographiques, sous la présidence de M. le général de Miribel et la vice-présidence du général üerrécagaix. L’occasion semble donc opportune de faire connaître le service équivalant en Angleterre à notre Service géographique de l'armée.
- Ce service, c’est l'Ordnance Survey sous sa désignation ordinaire ou Cadastral Survey; l’Ord-nanee Survey, c’est le « service des plans et cartes de l’artillerie » ; la cartographie dépend en clfet de cette arme. — « On peut considérer ce service, dit Sir Charles Wilson, qui vient d’y consacrer une étude particulière, comme un des plus anciens de ce genre » ; et le fait est qu’à l’Exposition universelle de 1867, le jury l’avait classé comme une œuvre sans précédent et digne de servir de modèle à toutes les nations civilisées. L’origine de ce service fut une nécessité militaire : pendant la période troublée qui suivit la bataille de Culloden, en 1746, les troupes cantonnées dans les Hautes-Terres d’Ecosse avaient besoin de ravitaillements, et, dans ce but, des routes devaient être établies. Pour en faciliter l'exécution, un ingénieur militaire, le général Watson, assisté d’un autre ingénieur, William Roy, conçut et réalisa le projet de dresser une carte topographique de ces Hautes-Terres ; la mesure de la première base date de cette époque. En 1791, on ordonna l’exécu-
- tion d’un levé trigonométrique [tour le tracé d’une carte militaire, et, en 1797, on décida la publication d’une carte générale du Royaume, basée sur un levé minute. La première feuille parut le 1er janvier 1801 ; elle était à l’échelle d’un pouce par mille; remarquons que cela donne la proportion étrange de 1 /65 560 (ce qui tient à la relation entre les diverses mesures anglaises, pouce, pied, yard, mille), tandis que notre merveilleux système métrique permet l’emploi d'échelles des plus simples, 1/40 000, 1/80 000, 1/520 000, etc. En 1826, on arrêta la production de la grande carte générale, pour dresser une carte de l’Irlande à 6 pouces par mille, en vue de l’évaluation des terres. En 1840, on reprit le travail, mais en adoptant cette nouvelle échelle de 6 pouces ou 1/10 560. Cependant en 1851 commença au Parlement ce* qu’on nomma la bataille des échelles, qui dura douze années ; il y avait des partisans de trois échelles, 1 pouce, 6 pouces et même 25 pouces par mille. Finalement, après bien du temps et de l’argent perdus, en 1865, on dressa un programme qu’on suit encore aujourd’hui.
- L’échelle du 1/500 ou 126,72 pouces par mille est réservée aux plans des villes de plus de 4000 habitants. Une deuxième série, celle des plans des paroisses, le vrai cadastre, est au 1/2500, ou 25,541 pouces par mille, donnant les terres cultivées dans chaque comté ; un pouce carré y représente un acre, et la surface de chaque parcelle est donnée sur le plan ou même séparément. Une carte des comtés, à l’échelle de 1/10 560 ou 6 pouces par mille, présente des courbes de niveau délinissant le relief; nous retrouvons ensuite la carte topographique dont nous parlions tout à l’heure, au 1 /65 560, en deux éditions, dont Finie sans hachures ; enfin deux cartes générales du Royaume-Uni, l’une à l’échelle de 1 pouce pour 4 milles, l’autre à celle de 1 pouce pour 10 milles. Les seules modifications apportées depuis 1865 à ce programme consistent en ce que, en 1872, on a décidé l’établissement d’une nouvelle carte au 1/65 560 de l’Angleterre et du Pays de Galles d’après le plan cadastral ; dépure 1886, on procède à la révision des diverses cartes, et, depuis 1887, on publie une carte d’Irlande au 1/2500. Notons que la carte au 1/2500 est directement basée sur une triangulation ; toutes les cartes à plus petite échelle sont des réductions de cette carte, qu’on nomme pour cela carte mère. Pour les cartes à grande échelle, tandis qu’à l’étranger, en France notamment pour la carte au 1/80000, on les garde en minutes, dont on ne délivre des calques que pour des travaux particuliers et moyennant autorisation, en Angleterre on les grave et on les vend à un prix suffisant pour couvrir les prix de confection; on espère ainsi rendre des services aux propriétaires et on compte rentrer dans les dépenses laites; en ce qui est de ce dernier point, l’attente a été quelque peu trompée, parce que les cartes sont insuffisamment connues. Au point de vue de l’exécution matérielle, on a employé successivement la
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- gravure sur cuivre, la lithographie, la zincographie l’appui de cette notice, une réduction de la carte de et enfin la photo-zincographie. Nous donnons, à l’Ordnance Survey au 1/65 560, qui est moins claire
- Fac-similé d’uue carte du service géographique britannique. — Glascow. Échelle du 1/63360, 1 pouce par mille.
- que notre carte au 1/80 000. D’ailleurs, dans notre pays, le service géographique de l’armée, grâce au général Perrier et à ceux qui lui ont succédé, est
- arrivé à des résultats qui le mettent à même de ne plus
- Daniel Bellet.
- rien envier à l’étranger.
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- LA NATURE
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- AUX ILES BALÉARES
- LA LONJA (BOURSE DE COMMERCE) A PALMA
- Lorsqu'on se rend de Barcelone à Majorque et qu’on arrive dans la haie de Palina, la première chose
- qui attire l’attention des passagers est la cathédrale de Palma s’élevant sur une sorte de terrasse natu-
- Fig. 1. — Vue de la Lonja, à Palma, îles Baléares. (D’après une photographie.!
- relie d’où elle domine de sa masse grandiose la ville et scs vieux moulins à vent désemparés qui s’échelonnent le long du rivage hors des remparts.
- Mais la haie est profonde et en approchant du port on distingue bientôt sur le quai et faisant face à la mer la célèbre Lonja (en français Bourse de commerce).
- Cet édifice, qui s’impose de suite par son ensemble, la beauté de ses proportions et la pureté de son style, est de forme rectangulaire, flanqué aux quatre coins de tours octogones reliées entre elles près de leur sommet par une riche balustrade en pierre ajourée à la manière gothique. Comme on le voit par la première gravure (fig. 1), le couronnement de cette balustrade figure un créne-lage qui avec celui des tours et des contreforts forme dans le haut de la construction une garniture ravissante à l’œil.
- Ce monument, merveille de l’art gothique, est un
- précieux document d’archéologie dont Palma et les Majorquins sont fiers à juste titre. L’origine de la
- Lonja remonte à Jacques ou Jaimc Ier, fils de Jacques Iir d’Aragon et roi de Majorque de 1262 à 1311. Sous son règne, le « Colegio de merca-deres » (Tribunal de commerce) décida 1 a création d’une Bourse destinée aux transactions commerciales entre les i îsulaires et les nombreux navigateurs qui, à cette é [toque de richesse, hélas! évanouie, affluaient aux Baléares. Le roi donna le terrain au bord de la mer, en dehors du rempart; stipula que ce dernier serait séparé du futur bâtiment par un large espace et enfin préleva à cette occasion un certain censo (ancien impôt); véritable motif, peut-être, d’une générosité qui ne lui coûtait rien.
- Mais les commercants n’y trouvèrent pas leur compte et comme ils n’avaient pas d’argent, pas de Lonja ! Le roi se montra toujours bon prince et dé-
- Fig. 2. — Vue intérieure de la Lonja. (D’après une photographie.)
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- LA NATURE.
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- créta un nouvel impôt (dinero) d’un sou à peu près par livre sur toutes les marchandises à l'entrée et à la sortie de File.
- Et la Lonja surgit, mais après bien des années. Le fameux architecte Guillermo Sagrera fut chargé des travaux qu’on interrompit souvent a la suite de discussions survenues entre l’artiste et la « junta de mercaderes. »
- Vers 1450, Sagrera partit pour Naples où il allait travailler pour le compte d’Alphonse V et laissa la construction presque terminée entre les mains d’un nommé Vilasolar qui l'acheva.
- Au début tout alla bien et la gracieuse Lonja remplit son but. Mais lorsqu’au xvii0 siècle, le commerce de la Hollande et du Portugal devint florissant, celui de Majorque périclita. Alors on vit le batiment fermer portes et fenêtres. 11 resta ainsi près de deux cents ans réduit a l’état de hangar pour le dépôt des marchandises.
- Il y a une cinquantaine d’années, l’Ayuntamiento ou Conseil municipal attristé de voir ainsi délaissé cet établissement, symbole de la splendeur passée, décida qu’on y donnerait de grands bals masqués tous les dimanches durant le Carnaval.
- M. Champsaur, directeur de l’École libre de Palma, à qui je suis redevable d’une bonne partie de mes renseignements, m’a dit avoir assisté à un de ces bals, il y a quatre ans. C’était, paraît-il, un spectacle étrange de voir ces alertes Espagnoles en travestissements fantaisistes danser la jota et le fandango, dans cette immense salle d’aspect austère.
- Comme l'indique la seconde gravure (fig. 2), du sommet de ces colonnes partent — dans une forme qui rappelle vaguement le palmier — des nervures diagonales, des doubleaux et des formerets (nervures à angle droit de la colonne) qui divisent les grandes nefs en petites voûtes de chapelle et donnent a l’ensemble un air d’église bien plus que de salle de bal.
- Aujourd’hui la Lonja est un musée. Ce n’est pas encore sa vraie destination. Le jour n’est pas bon et l’air est trop humide pour la bonne conservation des toiles qui n’ont d’ailleurs pas grande valeur.
- Je souhaite (et les hospitaliers Majorquins méritent ce vœu) que la Lonja redevienne, bientôt, une bourse de commerce animée par une foule de négociants criant bien haut dans la vaste enceinte gothique le retour de la prospérité aux Baléares.
- Léon Leleux.
- COLLECTIONS RAPPORTÉES
- DU TURKESTAN ORIENTAL ET DU TIBET
- par l’expédition de m. bonvalot
- ET DU PRINCE HENRI D’ORLÉANS1
- Beaucoup d’oiseaux de la Ilzoungarie de la chaîne du Tian-Chan et du Turkestan oriental se rapprochent de nos oiseaux européens, et peuvent
- , 1 Suite. —Voy. n“ 94G, du 18 juillet 1891, p. 97.
- parfois être attribués aux memes espèces. C’est . ainsi que MM. Bonvalot et le prince d’Orléans ont trouvé, dans les steppes qui s’étendent au nord de Kouldja, le Guêpier vulgaire (Merops apiaster), le Traquet rubicole (Pralincola rubicola), la Bergeronnette à tête cendrée (Motacilla cinereocapilla; un peu plus loin, sur les contreforts du Tian-Chan, laCuignette (Tringoïdes hypoleucus), petite espèce d’Echassier de rivage, qui est du reste très largement répandue, le Pipit rousseline (Anthus cam-pestris) et le Pipit spioncelle (Anthus spirto-letta), la Bergeronnette grise ou Lavandière (Motacilla alla), le Bruant fou (Emberiza cia) ou une de ses variétés. Sur les monts Tian-Chan, à des altitudes variant entre 2000 et 4000 mètres, ils ont rencontré la Cresserellc (Cerchneis tinnun-culus), la Chouette caparacoch (Surnia funerea) de l’Oural et de l’Europe septentrionale ; le Casse-Noix vulgaire (Nucifraga caryocatactes) ; le Grand Corbeau (Corvus corax) ; le Merle noir (Merula ni-gra) ; le Rouge-queue des murailles (Rulicilla phœ-nicura) ; le Roitelet huppé (Régulas cristatus) ; le Grimpereau familier (Certhia familiaris) et la Mésange bleue (Parus cyaneus)
- Au delà de cette importante chaîne de montagnes, se montrent encore l’Épervier vulgaire (Àccipiter nisus) et quelques Passereaux de la faune européenne, comme le Troglodyte mignon (Troglodilis parmlus), la Mésange bleue, la Mésange à moustaches (Panurus biarmicm), le Pipit spioncelle, le Moineau lriquet (Passer montanus), le Pinson d’Ardennes (Fringilla montifring ilia), le Jascur de Bohème (Ampelis garrula), fEtourneau vulgaire (Sturmts vulgaris),et, sur les bords des marais ainsi que sur les eaux des lacs salés, vivent aussi des Echassiers et des Palmipèdes semblables aux nôtres, parmi lesquels nous citerons seulement la Foulque morelle (Fiilica atra), le Râle d’eau (Rallus aqua-ticus), la Poule d’eau (Gallinula chloropus), le Pluvier doré (Charadrius pluvialis), le Butor (Do-taurus stellaris), l’Aigrette blanche (Ardea .alba), le Canard pilet (Dafila acuta), le Canard Chipeau (Chaulelasimus streperus), le Canard sauvage (Anas boschas), le Canard aux yeux blancs (Aythia ny-roca), le Harle bièvre (Mergus merganser), l’Oie cendrée (Anser cinereus), le Cygne domestique (Cygnus olor), la Mouette rieuse (Larus ridïbundus) et le Cormoran ordinaire (Fhalacrocorax carbo), qui est répandu d’ailleurs depuis l’Europe occidentale jusqu’en Chine. Toutefois, dans toute cette région orientale du Turkestan, la population ornithologique tend déjà à prendre un autre caractère, par suite de la présence de nombreuses espèces asiatiques, parmi lesquelles figurent une variété de l’Aigle fauve (Aquila fulva nobilis), une Buse pattue (Buteo he-milasius), des Rubiettes (Rulicilla erythrogastra et R. erythronota), le Rhopophilus albosuperciliaris, petit Passereau voisin d’une espèce des environs de Pékin, des Podoces (Podoces Hendersoni et Bid-dulphi), oiseaux qui paraissent avoir des rapports
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- avec les Etourneaux, mais qui ont le bec un peu recourbé et qui portent une livrée fauve et blanche, rehaussée par des plaques d’un noir bleu; un Ro-selin (Carpodacus rhodochlamys), sorte de Frin-gille à plumage fortement teinté de rose, appartenant à un groupe très largement distribué à travers l’Asie centrale, le Tibet, la Chine et le nord-ouest de l’Amérique, le Syrrhapte paradoxal (Syrrhaptes para-doxus), qui, dans ces dernières années, s’est rendu célèbre par ses incursions à travers l’Europe, et enfin deux Faisans, le Faisan de Mongolie (Phasia-nus mongoliens), et une autre espèce récemment décrite (Phasianus tarimensis). D’un autre côté, comme nous le disions en commençant, cette faune du Turkestan oriental offre un assez grand nombre de types dont la livrée paraît s’être adaptée au milieu environnant. Ainsi, une Pie-Grièche (La-nius leucopterus) a le plumage plus fortement mélangé de blanc que notre Pie-Grièche grise et une autre espèce du même genre (Lanius isabellinus) est, comme son nom l’indique, d’une teinte isabelle ; un Engoulevent (Caprimulgus arenicolor) a substitué, au costume sombre de notre Engoulevent, un costume couleur de sable. Les Moineaux de cette région (Passer Ammodendri et Passer timidus) rappellent par leurs nuances pâles les Moineaux (Passer simplex) de la Nubie et du Sahara algérien, régions qui possèdent d’ailleurs en commun, avec le Turkestan, une espèce deTraquet (Saxicoladeserti), de couleur plus claire encore que notre Traquet motteux. Enfin, les Syrrhaptes et les Podoces dont nous parlions tout à l’heure, et qui sont, eux aussi, de vrais oiseaux du désert, contribuent encore à altérer, à mitiger, pour ainsi dire, dans la faune du Turkestan, le caractère asiatique que nous trouvons au contraire nettement accusé dans la faune du Tibet, ou, pour parler plus exactement, dans la faune des parties montagneuses et boisées et des vallées du Tibet; car, comme l’a fait remarquer le prince d’Orléans, toutes les fois que, dans le Tibet, on • vient à quitter une zone fertile pour une région aride, on voit reparaître la faune des steppes.
- Sur les plateaux situés entre le Lob-Nor et le Tcngri-Nor, le prince d’Orléans a eu l’occasion de tuer plusieurs Vautours (Gyps himalayensis), dont la graisse sent le musc, et plusieurs Gypaètes (Gy-paetus barbatus) chez lesquels les plumes de la poitrine sont fréquemment teintes en roux, peut-être par suite du contact de l’oiseau avec des terrains ferrugineux; il a pu obtenir également de beaux Faucons sacrés (Hierofalco sacer) de l’espèce de ceux qui étaient autrefois si hautement appréciés pour la chasse au vol, ainsi que plusieurs spécimens du Tétraogalle du Tibet (Tetraogallus tibetanus), Gallinacé de taille un peu plus faible que le Tétraogalle du Caucase dont nous avons entretenu nos lecteurs, il y a quelques années *.
- Les pays boisés et cultivés de la région monta-
- 1 Yoy. n° du 1er novembre 1884, p. 545.
- gneuse au sud et au sud-est du Tengri-Nor constituent, paraît-il, pour le naturaliste et le chasseur une véritable terre promise. Les Faisans, les Tétras et les Gallinacés de toute sorte y pullulent, et c’est de là que proviennent les Ithagines (Ilhaginis Geof-froyi), les Crossoptilon ou Faisans oreillards (Gros-soptilon aurilum et Crossoptilon tibetanum) les Tétras (Tetrastes Severtzovi), les Tetraophasis (T.Des-godinsi) et les Perdrix (Perdix Hogdsoniæ) dont l’expédition a rapporté de nombreuses dépouilles, parmi lesquelles celles des Crossoptilon présentent un grand intérêt en ce sens quelles permettront peut-être de réunir deux espèces considérées jusqu’ici comme distinctes. C’est là aussi que vit une espèce de ces Tragopans ou Faisans-Satyres (Ceriornis Tem-mincki) que nous avons décrite et figurée dans nos Oiseaux de la Chine 1 et qui présente une physionomie si originale avec son manteau rouge, tacheté de gris et de noir, sa tête surmontée de cornes de couleur bleue et sa gorge couverte d’un rabat bleu et rouge.
- Dans les vallées chaudes des environs de Batang, M. Bonvalot et le prince d’Orléans ont rencontré la Palæornis derbyanus, belle Perruche au plumage varié de vert, de lilas et de bleu, appartenant à une tribu dont la Perruche d’Alexandre et la Perruche à collier sont les espèces les plus anciennement connues, et, plus loin, dans les vallées et vers les montagnes voisines de la mission catholique de Tâtsièn-lôu, leurs yeux ont été charmés par la vue d’une foule d’oiseaux au brillant plumage, des Soui-Mon-gas (Æthopyga Dabryi), qui sont attirés dans le pays par la floraison des arbres fruitiers, et qui ne diffèrent point de ceux de la Chine méridionale, des Martins-Pêcheurs presque semblables aux nôtres, des Rubiettes à tête blanche, à plumage rouge et noir (Chamarrhæa leucocephala), des Merles bleus, des Gros-Becs à la livrée noire, jaune et verte et de jolis Roselins (Carpodacus), dont le costume rouge est relevé par des points blancs ou des touffes d’un gris argentin. Avec ces oiseaux brillamment colorés, les environs du Tâtsiènlôu nourrissent encore des Chouettes, des Pics et beaucoup de Passereaux à la livrée modeste, des Grimpereaux, des Mésanges, des Pies-Grièches et plusieurs espèces de Trocha-lopteron et de Pomatorhinus, dont quelques-unes n’avaient pas même été signalées. Enfin, au bord des cours d’eau, se trouvent, avec d’assez nombreux Palmipèdes, des Grues à col noir (Grus Przewalskii) et d’autres Échassiers tels quel’IbidorhynchusStru-thersi. Ces oiseaux, d’ailleurs, hâtons-nous de le dire, ne vivent pas tous les uns à côté des autres ; bien au contraire, comme le prince d’Orléans l’a parfaitement remarqué, ils sont cantonnés par zones, les grandes forêts, les pentes couvertes de rhododendrons, les environs des villages et les bords des torrents ayant leur faune spéciale. E. Oustalet.
- — A suivre.—
- 1 Les Oiseaux de la Chine, par l’abbé A. David cl E. Oustalet, 1 vol. de texte et 1 vol. de planehes. — Paris 1877. G. Masson.
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- LA NATURE.
- ÉTUDES SUR LA LOCOMOTION ANIMALE
- TRAVAUX DE M. MUYBRIDGE
- 11 y a longtemps déjà, à la fin de l’année 1878 l, nous avons fait connaître les remarquables résultats obtenus par un Américain, M. Muybridge sur les allures du cheval représentées par des procédés,
- alors tout nouveaux, de photographies instantanées.
- Les spécimens que nous avons reproduits dans La Nature ont excité au plus haut point l’admiration des savants et des artistes. M. Marey, dont nos lecteurs connaissent les incomparables travaux, avait été le premier à applaudir aux succès de l’opérateur américain. M. Muybridge doit être incontestablement considéré comme un initiateur pour la reproduction
- Fig. 1. — Spécimen des nouvelles photographies instantanées de M. Muyhridgr. — Cheval et cavalier sautant une haie.
- par la photographie instantanée des mouvements des êtres vivants.
- Depuis dix ans M. Muybridge, sans rien changer essentiellement de sa méthode primitive d’expéri-
- mentation1, a eontinué ses études photographiques. L’habile opérateur a bien voulu se souvenir que La Nature a salué ses débuts, et dans un récent voyage à Paris, il nous a montré ses nouveaux tra-
- Fig. 2. — La marche du singe. (Photographie de M. Muyhridge.
- vaux. L’œuvre entreprise par M. Muybridge est véritablement formidable et mérite au plus haut point d’être signalée; elle se compose aujourd’hui de 781 planches formant huit albums, et comprenant plus de 20 000 photographies différentes des 781 sujets.
- L’entreprise de M. Muybridge avait, à son début, des prétentions et des allures incomparablement plus
- 1 Yoy. n° 289, du H décembre 1878, p. 25.
- modestes, mais, après les premières expériences, entreprises en 1878, l’auteur se convainquit qu’un système de recherches de cette nature, en mettant ;i profit des dispositions mécaniques nouvelles, et les procédés de photographie rapide qui commençaient à faire leur apparition, il serait possible, en systématisant les recherches, de démontrer de nouveaux faits, intéressant non seulement l’obscrva-
- 1 Yoy. Description des appareils de M. Muybridge, n° 461, du 1er avril 1882. p. 275.
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- LA NATURE.
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- teur ordinaire, mais aussi l’artiste et le savant. Les dépenses considérables auxquelles ces recherches devaient forcément entraîner faisaient tout naturellement reculer les éditeurs, lorsque l’Université de Pen-
- sylvanic prit l’entreprise sous ses auspices, et sa libéralité a permis à l’auteur de compléter son travail.
- Les 20 000 photographies composant les 781 planches dont nous venons de parler, comprennent des
- Fig. 3. — La marche de 1 éléphant. (Photographie de M. Muybridge.)
- reproductions d’hommes, de femmes, d’enfants, volant, travaillant, dansant, etc., exécutant, en un d’animaux et d’oiseaux divers, marchant, galopant, mot, tous les exercices ordinaires qui caractérisent
- Fig. 4. — Enfant ramassant sa poupée. (Photographie de M. Muybridge.)
- la vie courante, et servent à illustrer les différents modes de locomotion, ainsi que le jeu des muscles.
- Toutes ces photographies Sont reproduites en photogravure d’après les négatifs originaux, sans aucune retouche ayant pour effet d’en augmenter l’effet artistique, d’accentuer certains détails ou de mas-
- quer certaines imperfections. C’est la vérité même.
- Nous avons puisé dans l’intéressante collection de M. Muybridge, grâce à l’obligeance de son représentant à Paris, M. Brandon, et nous reproduisons en les réduisant considérablement, quatre planches donnant des séries intéressantes à des points de vue
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- LA NATURE.
- différents. Le saut des haies par un cheval et son cavalier (fig. 1), la marche du singe (fig. 2), celle de l’éléphant (fig. o), et reniant ramassant une poupée (fig. 4) suffisent à montrer l’infinie variété des résultats que l’on peut obtenir par le procédé des photographies successives, laites a intervalles de t^mps égaux, dans chaque série, mais variant d’une série à l’autre. — Pour chaque série de photographies, les intervalles séparant les épreuves sont exprimés en millièmes de seconde et mesurés avec beaucoup de précision par l'enregistrement d’un chronographe à diapason exécutant 100 vibrations simples par seconde. Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que, dans l’atelier dê l’Université de Pensylvanie les poses les plus courtes ont varié entre 1 /2000e et 1 /5000e de seconde.
- Même avec des poses d’une aussi courte durée, on obtient des détails dans les noirs et dans les draperies blanches. 11 n’est cependant pas nécessaire d’employer des poses aussi courtes pour la reproduction du mouvement des animaux de grandes dimensions. Pour photographier des chevaux courant au grand galop, on obtient une netteté suffisante et tous les détails essentiels en l/600e ou 1 /800e de seconde. Pour des mouvements lents, un temps de pose de 1 /100e a 1 /200e de seconde donne tous les résultats voulus.
- Nous félicitons M. Muybridge du grand travail qu’il a entrepris et qui rendra assurément des services aux physiologistes et aux artistes. La collection de ses photographies instantanées forme un ensemble des plus remarquables, que nous avons eu le plus grand plaisir à examiner, et qui restera comme un monument de la science moderne.
- Nous ne terminerons pas cette Notice sans rappeler que depuis les premières expériences de M. Muybridge, M. Marey, de l’Institut, a dépassé de beaucoup les résultats obtenus par l’opérateur américain, et nous aurons prochainement encore à faire connaître les nouveaux progrès que l’on doit à notre savant compatriote. Gaston Tissandier.
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- ÉCLAIRAGE
- DE IA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE PARIS
- ET DU BRITISH MUSEUM DE LONDRES
- La plupart des musées et bibliothèques de France et de l’étranger ne sont ouverts que durant la journée, par le fait qu’on a craint, jusqu’à présent, d’en assurer l’éclairage par les moyens dont on pouvait disposer jusqu’à notre époque : on comprend, en effet, toutes les précautions que l’on doit prendre pour préserver de l’incendie les richesses sans nombre entassées dans ces monuments et qui constitueraient précisément un aliment de choix pour le feu. C’est pour cette raison que, notamment en ce qui concerne notre Bibliothèque nationale, si riche en trésors de toutes sortes, on a consacré de longs efforts à parachever son isolement des maisons voisines, et pour cette raison aussi qu’on a souvent demandé que, dans ces
- bâtiments, pas plus qu’au Louvre ou ailleurs, il ne pût désormais être logé aucune partie du personnel, dont les imprudences possibles menacent de destruction tant de choses précieuses accumulées.
- Or on parle en ce moment d’éclairer les salles de travail de la Bibliothèque nationale, qui ferment actuellement à 5 heures, et de les laisser ouvertes jusqu’à 10 heures du soir : on comprend de quel intérêt serait cette mesure pour le nombreux public des travailleurs qui ne sont libres pour leurs travaux personnels que dans la soirée. Il s’agirait, bien entendu, de l’éclairage électrique, qui est particulièrement précieux, en ce qu’il écarte à peu près complètement les dangers d’incendie à redouter avec les autres modes d’éclairage; or, tout dernièrement, mettant à profit ces avantages, les Anglais, qui tiennent autant à leurs collections que nous-mêmes aux nôtres, viennent d’installer l’électricité au Brilish Muséum. Cet exemple est bon à citer en ce moment. L’ensemble de l’éclairage du Muséum est composé simultanément de lampes à arc et de lampes à incandescence ; les premières sont principalement disposées dans les grandes galeries du rez-de-chaussée et même dans certaines galeries du premier étage. Mais la plus grande partie du Musée est éclairée par des lampes à incandescence. On compte 69 lampes à arc au rez-de-chaussée et 57 au premier étage ; les lampes à incandescence sont au nombre total de 627. L’ensemble de l’éclairage absorbe plus de 150 000 watts; le courant est fourni par quatre dynamos Siemens, chacune d’elles pouvant fournir 450 ampères, avec une différence de potentiel de 130 volts; elles sont en communication avec un commutateur établi dans la chambre des machines et d’où partent les quatre circuits principaux desservant tout l’édifice. Les dynamos sont mues par deux machines horizontales entièrement indépendantes l’une de l’autre; chacune peut suffire à elle seule au besoin à l’éclairage du Muséum.
- On a prévu les accidents possibles dépendant de l’arrêt d’une machine, et, pour éviter qu’il ne put se produire une extinction complète dans une galerie, on a réuni les lampes par paires alternativement : si une des machines s’arrête et avec elle les deux dynamos qu’elle commande, la moitié des lampes restent allumées. Les essais ont été pleinement satisfaisants, et il faut espérer que cet exemple sera bientôt suivi en France, où nos maisons d’éclairage électrique ont déjà fait leurs preuves. ——
- LE RÉSEAU DE COLOMBIERS MILITAIRES
- EN EUROPE 1
- Espagne. — L’Espagne est un des pays où l’élevage des pigeons voyageurs et l’organisation des colombiers militaires a pris le développement le plus rapide.
- La longue domination dans le sud de la péninsule des califes arabes qui, dans leur pays d’origine, avaient organisé d’une façon remarquable tous les services postaux à l’aide de pigeons, la domination des Espagnols eux-mêmes dans les Flandres où les messagers aériens avaient joué un grand rôle pendant les guerres de sièges, enfin l’esprit d’initiative et l’amour de l’étude poussés à un haut degré dans
- 1 Suite et fin. — Yoy. n° 945, du 11 juillet 1891, p. 90.
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- LA NATURE.
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- le corps des ingénieurs militaires de ce pays, tout contribua à cet heureux résultat.
- Les premiers essais réguliers ne datent cependant que de 1879, époque à laquelle une station d’expérience fut établie à l’École militaire de Gnadalajara par le général Reina avec des oiseaux de provenance belge.
- Ces essais ayant été heureux, les colombiers militaires se multiplièrent et une ordonnance royale du 14 août 1889 en fixa le nombre à dix-huit ainsi répartis : quatre se trouvent sur la frontière française, à Figuéras, à Jaca, à Pamplona et au camp retranché de Oyarsun; une sur la frontière maritime du nord-ouest de la péninsule dans l’importante forteresse de Ferrol ; deux sur la frontière portugaise, à Ciudad-Rodrigo et à Bada-joz; une sur la frontière anglaise, à Tarifa; deux sur la frontière des Maures en Afrique, à Ceuta et à Melilla; deux sont dans les îles Baléares, Palma et Mahon.
- Le colombier central se trouve à Madrid et communique avec les précédents, soit directement par dix d’entre elles, soit à l’aide de cinq stations intermédiaires qui sont : Valladolid pour la place de Ferrol, Zaragozza pour celle de Figuéras, Valencia pour celles de Palma et de Mahon, Cordoba pour Ceuta et Tarifa, enfin Malaga pour Melilla.
- La distance la plus grande entre deux stations destinées ;i communiquer directement est celle de Madrid a Malaga qui s’élève à 402 kilomètres. La plus courte, sur la terre ferme, est de 152 kilomètres entre Madrid et-Valladolid. Pour les trajets par mer le plus long est de Valencia à Mahon (597 kilomètres) et le plus court de Tarifa à Ceuta (29 kilomètres).
- L’Espagne figurée dans la carte (üg. 2) empruntée au Mémorial de ingenieros del ejército donne, du reste, une idée très nette du réseau de ce pays.
- L’Espagne a jusqu’ici emprunté tous ses sujets a la Belgique; mais elle tend à créer une race spéciale, plus résistante aux intempéries et surtout à la sécheresse, par des croisements avec une excellente race indigène1.
- Certains colombophiles espagnols, ayant remarqué que beaucoup de pigeons éprouvaient de la répugnance à Soulever les cliquettes et perdaient ainsi du temps avant de se décidera rentrer au colombier, ont adopté l’ingénieuse disposition qu’indique la figure 1.
- Cette disposition est basée sur la remarque que le pigeon peut passer par une fente large de 8 à 4 0 centimètres quand il a la facilité d’y accéder sans être obligé de voler, mais qu’il ne peut pas passer par une fente de même largeur quand il lui faut y arriver en volant, c’est-a-dire les ailes étendues.
- On conçoit donc qu’il suffira de séparer le compartiment A du compartiment B, à l’intérieur du colombier, pour que les pigeons entrant en B ne
- 1 Cette race, importée dans la péninsule par les Arabes, est connue sous les noms de Magany (chassieux) à cause du développement 'des caroncules nasales, ou de Blau (bleu) à cause de la couleur ordinaire du plumage.
- puissent plus ressortir et que ceux qui sortent de A ne puissent plus rentrer.
- 11 est probable qu’on arrivera à de bons résultats à cause du soin qu’on a, dans les colombiers de ce pays, de conserver pour chaque pigeon sa filiation complète : on inscrit sur ses ailes non seulement son numéro matricule, mais ceux de son père et de sa mère et son sexe. I)e cette manière il sera facile de reconnaître quels sont les oiseaux qui donnent les meilleurs produits et opérer ainsi une sélection de reproducteurs.
- Portugal. — Le Portugal précéda l’Espagne dans l’établissement des pigeonniers militaires, bien que son climat très chaud fût peu favorable à l’élevage des races des premiers pigeons voyageurs apportés de Belgique.
- Les premiers essais datent de 1876. Quelques années après, il y avait cinq stations en service régulier : Lisbonne avec 400 pigeons, Elvas avec 500, Vedra-Novas avec 250, Tancos avec 150 et enfin Sétubal avec 100. Depuis, ces trois dernières ont été supprimées et remplacées par douze autres, de sorte que le réseau actuel, tel qu’il est constitué par le règlement du 7 septembre 1888, se compose de quatorze stations extrêmement rapprochées à cause des montagnes qui couvrent le pays et des oiseaux de proie qui les peuplent.
- Ces stations sont Lisbonne, pigeonnier central en communication directe avec presque tous les autres, Porto, Valença, Chaves, Braganza, Almeida, Guarda, Coimbra, Castello-Branco, Àbrantès, Elvas, Peniche, Beja, et Lagos.
- Russie. — Presque immédiatement après la guerre de 1870, l’état-major général russe commença à s’occuper des pigeons voyageurs et une station d’expérience fut établie à Varsovie1. l)n règlement'ministériel, en date du 21 octobre (2 novembre) 1887, a fixé les bases du service qui est placé sous la direction du Génie militaire.
- Les établissements sont divisés en quatre catégories d’après le nombre de directions avec lesquelles ils sont en relation. Le personnel des établissements de première classe (correspondant dans quatre directions) se compose d’un directeur (lieutenant-colonel), de quatre surveillants des pigeons et de huit ordonnances; pour les établissements de deuxième classe (correspondant dans trois directions) il y a un directeur, trois surveillants, six ordonnances; les établissements de troisième classe (deux directions pour la correspondance) possèdent un directeur, deux surveillants, quatre ordonnances; le personnel des établissements de quatrième classe (correspondance dans une direction seulement) se compose de : un directeur, un surveillant et deux ordonnances.
- Il existe actuellement en Russie cinq stations ou établissements, savoir : 1° Brest-Litowsk, station cen-
- 1 L’organisation du Colombier militaire de Moscou fut confiée, en 1874, à un amateur, M. Treskine. En 1876, le colonel d’état-major Kowerski donna plusieurs conférences très suîviès sur la colombophilie militaire.
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- traie, nœud des routes de Varsovie à Moscou et de Intersburg à Kiew, établissement de première classe correspondant dans quatre directions : Novo-Geor-giewsk (215 kilomètres), Varsovie (181 kilomètres), Ivangorod (159 kilomètres) et Luninetz (210 kilomètres); cette station possède un effectif de 1000 pigeons; 2° Varsovie, établissement de deuxième classe, relié à Novo-Georgicwsk (27 kilomètres), a Brest (181 kilomètres) et a Ivangorod (91 kilomètres); son effectif est de 750 pigeons. 5° Ivangorod, établissement de troisième classe, relié à Varsovie (91 kilomètres) et Brest-Litowsk (159 kilomètres); effectif: 500 pigeons. 4° Novo-Georgiewsk, établissement aussi de troisième classe, est relié à Brest (215 kilomètres) et à Varsovie (27 kilomètres); effectif : 500 pigeons. 50 Luninetz, établissement de quatrième classe, qui correspond seulement avec Brest et possède 250 pigeons. Il est probable que d’autres stations sont en voie de formation sur la frontière orientale avec Kiew pour centre.
- Suisse. — En 1878, le colonel de Loës, d’Aigle, reçut de France 50 paires de pigeons voyageurs qui furent remis au Conseil fédéral, mais on les distribua au hasard dans les divers cantons et on n’en sut pas tirer parti.
- L’année suivante on lit cependant quelques expériences pour vérifier si les pigeons porteurs de dépêches pouvaient prendre leur vol à de grandes hauteurs et s’ils étaient capables de retrouver leur route aussi bien en partant des sommets couverts de neige, que de stations de moindre altitude. Le décret organisant le service des colombiers militaires en Suisse a été promulgué le 24 janvier 1889. 11 contient les dispositions suivantes ;
- « Art. 1er. — Une subvention est accordée pour l’élevage aux propriétaires possédant un certain nombre de pigeons voyageurs.
- Art. 2. — Le dressage de ces pigeons doit se faire en Suisse même; c’est là un point capital à observer.
- Art. 5. — Les sociétés qui prétendent à la subvention doivent se soumettre, en ce qui concerne l’élevage, aux instructions du bureau de l’état-major général. Ce dernier devra leur fournir tous les renseignements à cet égard, et fixer, en particulier, l’emplacement des colombiers.
- Art. 4. — Chaque année la Confédération pres-
- crit, outre les lâchers ordinaires, un concours pour lequel le trajet variera de 150 à 200 kilomètres.
- Art. 5. — Dès le début, les sociétés auront à faire connaître au bureau de l’état-major général : l°le nombre de leurs pigeons capables d’être utilisés pour la correspondance; 2° le nombre de membres qui font partie de l’association.
- Art. 6. — Pour chaque lâcher, il sera dressé un procès-verbal très exact où seront indiqués le départ et l’arrivée des pigeons, la température de l’air, la direction du vent; ce document sera envoyé au bureau de l'état-major général afin que l’on puisse y constater facilement les dommages résultant de chaque départ et notamment les pertes de pigeons.
- Art. 7. — Les sociétés qui exécutent au moins six fois par an les exercices prescrits par le bureau de l’état-major général, recevront les allocations suivantes : a) Les sociétés qui élèvent au moins
- 100 pigeons capables de faire le service, touchent une somme pouvant aller jusqu’à 70 francs. b) Celles qui en élèvent au moins 200, jusqu’à 120 francs; au-dessus de 500, elles peuvent tou-cher jusqu’à 160 francs. »
- Le colombier central, fort bien installé, est à T/mn et il correspond aux trois stations Bâle, Zurich et Wée-sen, toutes trois sur les frontières de l’Allemagne ou de l'Autriche.
- Autriche. — La première société colombophile privée fut fondée en Autriche dans le courant de l’année 1875 et ce n’est qu’en 1875 qu’on établit le premier pigeonnier militaire à Comorn; en 1882, un second fut organisé à Cracovie. Depuis, on en a projeté quatre autres dans les points centraux des régions montagneuses des frontières, à Franzenfesie pour le Tyrol, à Karlsburg pour la Transylvanie, à Serajewo pour le Bosnie, à Mostar pour l’Herzégo-vine. Mais aucune de ces stations ne paraît encore avoir été créée, très probablement faute d’argent, car il faudrait les desservir par des stations intermédiaires.
- Le gouvernement cherche à y suppléer en encourageant de tout son pouvoir les sociétés privées et en concédant gratuitement le matériel en bois nécessaire à l’érection d’un colombier aux officiers et employés de l’État qui s’engagent à élever et à dresser des pigeons en vue du transport des dépêches. De
- Fig. 1. — Pigeonnier mililaire espagnol.
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- plus, les chemins de 1er accordent de notables réductions de prix aux personnes qui accompagnent les pigeons dans leurs voyages, et les stations militaires délivrent aux amateurs des pigeons de très bonne race au prix minime de 50 kreutzers (lfr, 10).
- Suède. — La Suède paraît ne posséder encore qu’une seule station établie en 1886 dans la forteresse de Carütborg.
- Danemark. — Ayant connu les grands services
- que les pigeons voyageurs de Paris avaient rendus en 1870-1871, des bourgeois de Copenhague se réunirent en 1878 afin de dresser des pigeons voyageurs, en vue de servir de poste aérienne pendant la guerre.
- La société est tout à fait civile, mais les membres ont promis, en temps de guerre, de mettre à la disposition du Ministère de la guerre tous leurs pigeons. Chaque année le Ministère prime les membres
- Fig. 2. — Carte des réseaux de colombiers militaires dans les divers États de l’Europe.
- France. : 1. Mont Valéricii. 2. Paris. 3. Yinceuues. 4. Lille. 5. Douai. 6. Valenciennes. 7. Maubeuge. 8. Mézières. 9. Verdun. 10. Toul.
- 11. Langres. 12. Belfort. 13. Besancon. 14. Lyon. la. Marseille. 16. Perpignan. 17. Grenoble. 18. Briançon. — Portugal :
- 1. Lisbonne. 2. Porto. 3. Valence. 4. Chaves. 5. Braganee. 6. Altneida. 7. Guarda. 8. Coimbre. 9. Castello Branco. 10. Abrantès. 11. Ëlvas.
- 12. l’euiche. 13. Bcja. 14. Lagos. —Espagne: 1. Madrid. 2. Ligueras. 3. Iaca. 4. Pamploua. 5. Oyarsuu. 6. Ferrol. 7. Giudad-Bodrigo. 8. Badajoz. 9. Tarifa. 10. Coûta. 11. Melilla. 12. l'aima. 13. Mahon. 14. Zaragoza. la. Valladolid. 16. Cordoba. 17. Malaga. 18. laleneia. — Italie : 1. Rome. 2. Ancône. 3. Bologne. 4. Vérone. 3. Plaisance. 6. Alexandrie. 7. Mont Cenis. 8. Fenestrclle. 9. Exilles 10. Vinadio. 11. La Maddalena. 12. Cagliari. 13. Gaeta. 14. Génova. — Suisse : 1. Thun. 2. Iîàle. 3. Zurich. 4. Weesen. — Allemagne : 1. Berlin.
- 2. Cologne. 3. Metz. 4. Mayence. 5. Wurtzbourg. 6. Strasbourg. 7. Schwctzingen (en projet). 8. AVilhelmshaveu. 9. Touuing. 10. Kiel. 11. Stettin. 12. Dantzig. 13. Kœnigsberg. 14. Thorn. la. Posen. 16. Breslau. 17. Torgau. —* Autriche : 1. Comorn. 2. Craeovie. 3. Fran-zeufeste. 4. Karlsburg. 5. Serajewo. 6. Mostar. 7. Trieste. — Danemark : 1. Copenhague. — Suède : Carlsborg. — Russie : 1. Brcst-Litovsk. 2. Varsovie. 3. Novo-Georgievsk. 4. Ivangorod. 5. Luninctz.
- dont les pigeons ont été les plus rapides. Sa Majesté, la Reine, est la protectrice de la Société, et Son Altesse, le prince Waldcmar, en est le président d’honneur. La Société se compose de douze sections, dont une a Copenhague et onze dans les villes de province1.
- 1 Certaines de ces sections ont organisé un service de communications aériennes entre le littoral et les navires qui parcourent le Sund et le Cuttégat.
- Le président est M. le lieutenant-colonel Holboll qui suit de très près le mouvement colombophile dans le reste de l'Europe et organise chaque année des concours.
- Belgique. — Le nombre considérable de particuliers possédant des pigeons voyageurs en Belgique où chaque commune a au moins une société colombophile, rend inutile dans ce pays l’organisa-
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- tion de colombiers militaires. Le lieutenant Gigot a cependant étudié le dispositif qu’il conviendrait 'd’adopter si l’on tenait à avoir un personnel parfaitement entraîné au moment de la guerre. Il suffirait d’établir à Anvers, Liège et Namur, des stations qui correspondraient toutes les unes avec les autres. Pour assurer le service pendant six mois il faudrait un total de 5000 à 6000 pigeons. On évalue à plus de 600 000 le nombre de ceux qui existent actuellement en Belgique.
- Hollande. — Pas plus (pie la Belgique, la paisible Hollande n’a cru devoir organiser de colombiers militaires sur son territoire où les sociétés civiles abondent; mais des services postaux réguliers a l’aide de pigeons ont été établis par son armée coloniale dans les îles de Java et de Sumatra,
- Angleterre. — L’Angleterre a établi des colombiers dans quelques-unes de ses villes de garnison et emploie des pigeons pour la surveillance de scs côtes, mais je n’ai pas trouvé de détails précis à ce sujet. En 1886, le duc de Cambridge fit faire quelques expériences intéressantes sur la correspondance aérienne pendant les grandes manœuvres *.
- Ll-colonel de Rochas.
- NÉCROLOGIE
- Louis Ciémandot. — Nous avons la douleur d’inscrire ici, dans notre Nécrologie, le nom d’un ingénieur éminent, d’un des plus anciens élèves de l’Ecole centrale des arts et manufactures, d’un de nos collaborateurs les plus distingués, et d’un de nos meilleurs amis. Louis Ciémandot, décédé le 2b juillet 1891, dans sa soixante-seizième année, avait été l’un des brillants élèves de sa promotion à l’École centrale au souvenir de laquelle il resta toujours attaché. Il sut plus tard briller pendant sa longue carrière, par la supériorité de son intelligence, et l’élévation de son caractère. Il dirigea pendant de longues années la cristallerie de Clichv, et acquit une compétence hors ligne, dans tout ce qui concerne la fabrication du verre et du cristal. Cette importante industrie lui doit de grands progrès. Ciémandot a laissé la trace de son esprit d’initiative et d’invention partout où il a passé, et dans ces dernières années, il a réalisé des travaux importants au sujet de la compression de l’acier et de la production des aimants artificiels. — Louis Ciémandot avait au plus haut point une âme active; il aimait la science et se passionnait pour tout ce qui était nouveau et digne d’être apprécié. L’ingénieur ne connut jamais ni l’âge mûr, ni la vieillesse ; il resta jeune, actif, ardent au travail, et en même temps, toujours affectueux et obligeant ; la mort a frappé subitement cet homme de bien, qui avait autour de lui des amis nombreux et sincères. Ciémandot, qui avait été président de Y Association amicale des anciens élèves de VÉcole centrale, était officier de la Légion d’honneur. G. T.
- 1 En terminant cette Revue sommaire, je prie les lecteurs de vouloir bien, comme ils l’ont déjà fait en d’autres circonstances, rectifier les erreurs que j’ai pu commettre et compléter les renseignements que j’ai recueillis. Je les en remercie d’avance.
- CHRONIQUE
- Les ballons lumineux «lu 14 juillet. — Les
- promeneurs qui se trouvaient sur la place de l’Opéra, au 14 juillet dernier, ont assisté à une expérience de physique amusante qui mérite d’être relatée. On voyait de temps en temps au milieu de la place une sorte d’étoile très lumineuse qui s’élevait dans les airs durant quelques minutes pour disparaître brusquement. Le phénomène était dû à des rubans de magnésium que l’on attachait à de petits ballons d’enfants ; au moment de lancer ces ballons on enflammait l’extrémité du ruban de magnésium. Le ballon s'élevait en vertu de sa force ascensionnelle d’autant plus rapidement que le magnésium brûlait jusqu’au moment où tout le métal étant consumé, le feu arrivait au ballon et le faisait brûler lui-mêine. Le poids d’un mètre de ruban de magnésium étant de 5b centigrammes, il est facile de calculer le volume à donner à un ballon pour enlever un poids donné de magnésium. Les ballons de caoutchouc peuvent être remplacés favorablement par des ballons plus légers, faits au moyen d’un collodion spécial contenant des dérivés de l’aniline comme colorants. Pour faire ces ballons on verse le collodion dans des ballons de verre de la grosseur que l’on désire avoir, en les faisant tourner de façon à les enduire intérieurement de ce collodion. On laisse égoutter et sécher. Le collodion se rétractant, il est facile de le retirer de son enveloppe. On a ainsi un aérostat très léger aux couleurs brillantes qui emportera avec lui un poids d’autant plus grand, que la pellicule sera plus mince et que le volume en sera plus considérable.
- Préservation des câbles métalliques. — L’oxydation est le grand ennemi des câbles métalliques, aussi croyons-nous utile de faire connaître, d’après Iron, quelques méthodes de préservation employées en Allemagne et qui semblent donner de bons résultats. Un des procédés consiste à faire bouillir un mélange de graphite pulvérisé et de suif, et à appliquer ce mélange lorsqu’il a pris la consistance du beurre sur le câble, au moyen d’une brosse, ou mieux à faire passer le câble dans un vase en forme de corne rempli de ce mélange. Il est bon de répéter l’opération toutes les quatre semaines environ. Ce traitement préserve les câbles de la rouille et empêche leur usure amenée par leur mise en contact avec des corps durs. Cette graisse facilite en outre le déplacement des fils les uns par rapport aux autres, car elle pénètre dans les moindres interstices, et elle augmente ainsi la flexibilité des câbles. Les câbles en fer ne peuvent s’empiler comme les cordes en chanvre, on doit les rouler à terre en cercles d’aussi grand diamètre que possible. — On peut encore se servir pour leur préservation du procédé suivant : on mélange de l’huile de lin avec du goudron végétal et on l’applique sur le câble ; on obtient ainsi une couche protectrice très efficace. Les câbles immergés dans l’eau doivent être recouverts (l’un enduit formé par le mélange de 55 litres de chaux éteinte avec 50 à 60 de goudron végétal ou minéral : ce mélange doit être bouilli et appliqué à chaud. Les câbles galvanisés ne peuvent être employés pour les transmissions ; au bout de quelques heures de service, la couche de zinc a entièrement disparu et les fils de fer se rouillent rapidement. On doit, dans les transmissions par câbles, avoir le plus grand soin des poulies, les gorges doivent être tenues propres et les matières dont on les garnit, bois, cuir, caoutchouc ou métal doux, doivent être de la meilleure qualité et posées avec les plus grandes précautions pour éviter l’usure rapide des câbles
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- et accroître l’adhérence de ceux-ci. Les câbles en fils d’acier doivent être préférés aux câbles en fer si la question de la légèreté et de la plus grande résistance doit être prise en considération.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 juillet 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- Récente liaison continentale de l'Asie et de l'Amérique. — Ce qu’il avait fait la dernière fois pour les rapports de l'Europe avec le Nouveau Monde, M. Émile Blanchard le renouvelle pour les rapports de l’Amérique avec l’Asie. C’est encore dans les régions boréales que le passage continental récent a laissé scs vestiges. Le détroit de Behring, si peu étendu, est large encore à côté des intervalles qui séparent les divers chaînons du chapelet des Aléoutienncs et les deux bouts de celui-ci du Kamtchatka et de l’Alaska. Les volcans qui se succèdent d’un bout à l’autre de cette côte démantelée fournissent de quoi comprendre des changements considérables dans la configuration du sol; et, suivant M. Blanchard, la présence d’une foule d’espèces asiatiques dans la faune et dans la flore américaines actuellement vivantes, démontre que ces changements sont tout récents. Parmi les plantes, l’auteur mentionne une renoncule de Sibérie bien caractéristique et l’incomparable tulipier (Liriodendron tulipifera), gloire de l’Amérique du Nord et qu’on vient de retrouver en Chine; le Vitis la-brusca, cette vigne qu’on a peut-être trop libéralement importée chez nous et qui, réputée américaine, se rencontre en Asie, dans la Sibérie orientale et au Japon. En fait d’animaux, M. Blanchard cite des insectes coléoptères et surtout des papillons que la Californie possède en même temps que le vieux monde : Polyomnates et Parnassia. lue petite Marmotte est commune au Kamtchatka et à l’Alaska, et c’est ce qui arrive aussi à la Zibeline et au Glouton.
- L'ichtyosaure de Sainte-Colombe. — En 1889, la célèbre usine de ciments hydrauliques de Vassy (Yonne) avait orné son exposition d’un gigantesque squelette fossile retiré des carrières d’argile de Sainte-Colombe. MM. Millot, les propriétaires de ces exploitations, ont fait don de ce magnifique spécimen au Muséum et M. Gaudry annonce, qu’ayant fait dégager les ossements par M. Barbier, il y a reconnu une espèce nouvelle qu’il appelle Ichlhyosaurus Burcjundiæ. Ce reptile devait mesurer 8 mètres de longueur, taille que n’atteint aucun de ses congénères trouvés jusqu’ici en France. La tète a lm,80 et l’œil, muni de l’annature osseuse de sa cornée, a 24 centimètres de diamètre. Chaque mâchoire porte 80 dents et la colonne vertébrale, d’ailleurs incomplète, compte 85 vertèbres dont l’ensemble a 4m,40. Les nageoires, un peu disloquées, sont susceptibles d’une étude intéressante. Entre les maxillaires du monstre se trouvaient des ammonites (Lioceras serpenlinus) ; et l’on dirait que la mort a saisi brusquement le reptile au moment où il allait croquer ces mollusques.
- La trajectoire du bolide d’Ensisheim. — La plus ancienne météorite dont on conserve des échantillons dans les collections est celle qui, en 1492, tomba devant Maximilien, peu après empereur d’Allemagne. Un vieux (texte publié récemment par M. Sébastien Brandt et d’après lequel la détonation fut entendue à Lucerne et dans la vallée de l’Inn auprès du Danube, paraît à M. II. A. Newton (de New Haven, Connecticut) de ce moment de passage à Paris, suffisant pour conclure que la trajectoire du bolide
- était, par rapport à Ensisheim, dirigée du sud vers l’est et qu’elle devait être extrêmement peu inclinée.
- VObservatoire du mont Blanc. — Revenant sur le » grand projet qu’il a déjà développé, d’établir un observatoire au sommet du mont Blanc, M. Jansscn annonce qu’on va entreprendre des sondages pour reconnaître l’épaisseur de neige qui y recouvre la roche vive. On se proposait d’abord de faire un puits vertical partant du sommet ; mais l’entreprise demandant'plusieurs jours, on ne saurait la tenter sans courir le très grand danger d’être assailli par des tourmentes de neige. 11 sera préférable de faire, à quelques mètres au-dessous du sommet, un tunnel horizontal dans lequel on sera à l’abri contre les intempéries.
- L'astronomie physique à Taschkend. — M. Jansscn espère qu’un observatoire d’astronomie physique sera prochainement fondé à Taschkend, point du Turkestan russe remarquable par la pureté de son ciel. Le gouverneur du Turkestan, qui s’intéresse au progrès des sciences et qui a déjà réuni des fonds, étudie les voies et moyens pour parvenir au but désiré.
- Varia. — Les érosions et les transports par les rivières torrentielles sont étudiés par M. Buparc. — M. Schutzen-berger signale un composé volatil qui se produit lors de la réduction du chlorure de nickel par l’hydrogène au rouge et qui paraît être un chlorhydrate de chlorure. — Le peroxyde de thallium cristallisé est obtenu par MM. Le-pierre et Lachaux en traitant le chroinate de thallium par la potasse fondue. — M. Gréhant décrit un appareil enregistreur de la contraction musculaire que nous avons récemment examiné au laboratoire de physiologie du Muséum. — MM. Bureau et Franchet ayant étudié les plantes rapportées du Thibet par la mission Bonvalot, y ont reconnu 500 espèces distinctes dont 80 nouvelles.
- Stanislas Meunier.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Un nouvel interrupteur à mercure. — Rien ne semble plus simple, a priori, que de construire un interrupteur de courant fonctionnant dans de bonnes conditions : le problème se hérissé cependant de difficultés dans certaines circonstances spéciales. Supposons, par exemple, que rinterrupteur doive être placé dans un endroit où il se produit des dégagements de vapeur d’eau ou de vapeurs acides ; aucun des interrupteurs ordinaires ne saurait résister longtemps aux actions oxydantes ou corrosives d’un semblable milieu. Supposons, dans un second cas particulier, que l’interrupteur soit placé au milieu de vapeurs inflammables, dans une eave renfermant des essences de pétrole, et, par suite, inaccessible pendant la nuit : il suffirait de l’étincelle de rupture d’un interrupteur mal compris pour enflammer ces vapeurs dangereuses. La même difficulté se rencontre, bien qu’à un moindre degré, dans les poudrières, les moulins, et un certain nombre d’industries qui produisent une atmosphère inflammable. L’interrupteur à mercure (lig. 1) est destiné à résoudre tous les cas que nous venons d’envisager, et certains autres qui pourraient se présenter par la suite. Adéfaut d’élégance, il offre une sécurité absolue qui lui vaudra de multiples applications. 11 se
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- compose essentiellement d’un tube de caoutchouc dont l’une des extrémités est fixée contre le mur par une poulie isolante en porcelaine et un crampon, et dont l’autre extrémité se termine par une poire en caoutchouc hermétiquement fermée contenant une certaine quantité de mercure. A l’intérieur de ce tube passent les deux conducteurs qui amènent le courant à l’interrupteur et qui se terminent par deux tiges de fer visibles en 1). Lorsque le tube occupe la position A, le courant est interrompu, comme on le voit en 1). Si l’on soulève le tube, et qu’on vienne l’accrocher, comme on le voit en B, le mercure se déplace dans la petite poire et vient se placer comme le montre le dessin G (fig. 1). Il ferme alors le cir-
- Fig. 1. —Interrupteur à mercure.
- A et D. Positions d’interruption. B et G. Positions de fermeture.
- compliquées et, par suite, délicates et coûteuses. La figure 2 montre une disposition d’une simplicité qui ne saurait être dépassée. La porte est munie d’un pêne P qui s’appuie contre la butée d’une gâche tournante G montée sur le battant dormant. Ce battant dormant porte d’ailleurs un ressort qui tend à pousser la porte dans sa position d’ouverture dès que la gâche abandonne le pêne. La gâche est maintenue fermement dans sa position d’arrêt par un doigt D, dont l’extrémité s’engage dans une mortaise ménagée dans l’armature A. Cette armature sollicitée par un ressort placé à sa partie supérieure, près de son point de suspension et d’oscillation, maintient normalement le doigt accroché et s’oppose à l’ouverture de la porte. Mais si l’on envoie un courant dans l’électro-aimant E, l’armature A est attirée, le doigt est dégagé, et sous l’action du ressort, la
- cuit que l’on peut interrompre à nouveau en décrochant le tube et en l’abandonnant à lui-même. Grâce à cette disposition très simple, l’étincelle se produit dans un espace clos, et ne peut enflammer les produits que renferme l'atmosphère ambiante; les vapeurs oxydantes ou corrosives n’ont d’autre part aucun accès sur le contact qui reste ainsi toujours propre et absolument sùr.
- Une serrure électrique. — Bien des dispositions ont été imaginées dans le but de réaliser une serrure électrique simple destinée à l’ouverture à distance des portes d’entrées des maisons en utilisant les piles déjà installées pour le service des sonneries. On s’est buté jusqu’ici à des combinaisons très
- Fig. 2— Serrure éleetrique.
- A. Armature. E. Électro-aimant. D. Doigt. G. Gâche. P. Pêne.
- gâche tourne aussitôt et laisse dégager le pêne.
- Pour refermer la porte, il suffit de la pousser : le pêne rentre légèrement dans la porte et vient s’accrocher à nouveau dès que l’arrêt de la gâche est dépassé. Grâce à cette ingénieuse disposition, on peut considérer les serrures électriques comme le complément naturel des sonneries électriques. Il n’est pas difficile de concevoir une combinaison de fils permettant de se servir des fils mêmes du bouton de sonnerie de la porte d’entrée pour actionner la serrure, et par suite de réaliser de ce chef une économie appréciable dans le prix de la canalisation commune aux deux services : appel par la sonnerie et ouverture de la porte à distance. X..., ingénieur.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
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- N° 949. — 8 AOUT 1891.
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- IA PÊCHE AU SAUMON DANS LES AFFLUENTS TORRENTIELS DE L’ÀDOUR
- La machine de pèche du bassin de l’Adour, appelée baro1, est-elle connue et employée ailleurs sous
- ce même nom ou sous un autre? Nous l’ignorons. De toute façon elle n’en est pas moins intéressante,
- Fig. 1.— Vue d'un baro (machine de pêche du bassin de l'Adour) installé dans le Gave de Pau. domaine de Carresse, près Salics-de-Béarn.
- (D’après une photographie de l’auteur.)
- ingénieuse et digne d’être signalée. C’est une drague à poissons dont le moteur est le courant. L’eau fait marcher une sorte d’énorme et rustique tourniquet à branches verticales auxquelles sont attachées quelques palettes et deux lilets qui plongent à tour de rôle dans la ri-vière(fig. 2,n° 1).
- Ces lilets, espèce de grands entonnoirs mobiles, dont la partie évasée est en corde et le tuyau en bois, à un certain moment, abandonnent leur proie qui glisse dans l’étroite et discrète ouverture d’une
- 1 II est plus que probable que ce mot vient de barrer ou plutôt de barre, nom que portent les plus voyants de ses organes. Baro veut sans doute dire « chose à barres ». Dans
- 49e année. — 2e semestre.
- caisse fixe, fermée à clef, véritable tire-lire à saumons appelée le coffre. En cas de forte crue,
- quand la force de l’eau ou les épaves qu’elle charrie pourraient endommager l’appareil, on le mette, c’est-à-dire qu’on le fait basculer comme l’indiquent nos ligures (fig. 1 et üg. 2, n°2). On élève ainsi le moteur et les filets au-dessus du courant. Le baro, dans cette position, est dit mette. La construction des baros est et doit être d’une très grande solidité. Tous les appareils sont identi-
- les dictionnaires, j’ai trouvé barot et baiTot, synonymes de bau, terme de construction navale ; mais ils ne donnent ni le nom de l’appareil dont nous allons parler, ni
- 10
- Cage.
- TS Cçntrepoids XgT : en pierre
- Bal Te Ba,
- b
- Coff
- -~.rj.-f- .•
- •
- dÆ
- £fîâtyzvSc.
- N° 1. — Baro pêchant.
- N° 2. — Baro maté.
- Fig. 2. — Détails de l’engin, représenté pendant la pêche (n° 1), et au repos (11° 2).
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- qucs quant au nombre et h la disposition des organes essentiels et de celle des pièces qui assurent la stabilité du système. Leurs dimensions, seules, varient, mais dans des limites assez étroites.
- Les ouvriers, dont ces machines sont l’ouvrage, s’appellent barolistes. La tradition et la pratique leur ont enseigné leur métier dans lequel ils ont acquis une très grande habileté. En quelques jours, à l’aide de procédés fort simples, dans des endroits le plus souvent dangereux, au-dessus de rapides violents, les barolistes foncent des pieux et construisent ces énormes appareils qui ont à lutter contre des crues formidables et doivent résister à des vitesses d’eau de 2, o mètres et plus, par seconde.
- Les barres, bras, branches ou rayons du baro, que nous représentons ci-devant (fig. 2, n° 1), ont une longueur de 4m,20, de leur extrémité au centre de l’arbre horizontal ou plutôt de l'arbre, comme l’appellent les barolistes. Cet arbre a plus de 6 mètres de longueur et l’ouverture de chaque fdet plus de 6 mètres carrés.
- L’établissement d’un baro, travail et matériaux, coûte de 500 à 700 francs.
- L’administration, qui autorise la construction de ces engins en fixe le nombre et, chaque année, l’époque où on peut les faire marcher. Généralement, l’ouverture de cette pèche a lieu le 1er février: elle doit finir avec le mois d’août. En 1891, elle a commencé le 10 janvier.
- Les baros doivent être arrêtés toutes les semaines, du samedi soir au lundi (de 6 heures du soir à 6 heures du matin) pour permettre aux saumons de remonter librement la rivière. Cette mesure doit être rigoureusement exécutée.
- La moitié du produit d’un baro, payable en argent ou en poissons, appartient au fermier de la pêche; mais il n’a aucun droit sur les haros, fort peu nombreux d’ailleurs, établis sur les bras non navigables dont les deux rives sont au même propriétaire : ces baros sont appelés libres.
- Le tableau suivant donnera une idée de l’impor-
- partant, sa définition. Baro, machine de pêche, doit, me semble-t-il, s’écrire sans t. Les riverains des torrents où elle est en usage font sonner les consonnes finales et ils prononceraient barroite. D’ailleurs, on appelle barolistes et non baro-listes, les ouvriers constructeurs de haros. J’ajouterai qu’un acte de l’administration que j’ai sous les yeux, porte ce mot écrit : Baro.
- tance de la pêche au baro du Gave d’Oloron et de celle de chaque section affermée de cette rivière.
- CANTONNEMENTS DE PÊCHE NOMBRE DES BAROS AUTORISÉS
- —- FERMAGES
- Navarrenx. . . LIBRES )) AFFERMÉS 1 160 fr.
- Araujuzon. . . )> 2 200 fr.
- Sauveterre.. . » 3 320 lr.
- Athos » 7 410 fr.
- Escos 1 7 1 1 400 fr.
- Sorde 2 4 17 500 fr.
- eut y en avoir 7 , mais il n’y eu a que 5.
- On le voit, les pêcheries à baros sont d’autant plus importantes qu’elles sont plus éloignées de la source. Celle de Sorde (fig. 5) est placée à peu de distance du point oit la marée commence à se faire sentir et se trouve en aval du [(rentier des barrages de moulin qui coupent le gave d’Oloron. Aussi à Sorde voit-on de petits abris en bois à côté des baros pour les
- pêcheurs qui,
- Échelle
- Fig. 3. — Carte de la pêche aux Saumons dans le bassin de l’Adour. — En cartouche : Détail de la pêcherie de Sorde: 1. Moulin. •— 2. Trou de Sorde, sorte de plan incliné pour la navigation et le passage de la pêche. — 3. Baro nouvellement installé: a pris 106 saumons en 1 heure.
- jour et nuit, surveillent la machine et la pêche qu’ils ont à extraire du coffre à des intervalles assez rapprochés. Le baro installé à Sorde, il y a sept ans, prit en une heure, cent six saumons. Fort souvent on en capture, à ce village, quarante à cinquante par jour.
- En amont de
- Sorde on ne fait généralement que deux visites par jour au baro pour en savonner les surfaces de frottement et faire, s’il y a lieu, la levée du poisson.
- Les plus beaux saumons sont pêchés en janvier et février : leur poids est fréquemment de 20, 25 et 30 livres. Vers le mois de mai jusqu’à la fin de la saison, leur taille diminue beaucoup et ils ne pèsent plus, en général, que de 5 à 7 livres. On donne à ces petits saumons le nom de garvaillots. A Sorde, en vertu d’un marché passé avec un commerçant en gros, celui-ci achète, en toute saison, les saumons, au prix invariable de 2 francs la livre; le consommateur paye ensuite 3 à 4 francs et davantage.
- Bien que les baros ne soient construits que pour la pêche du saumon, ils draguent assez souvent d’autres poissons, tels que : bécards, aloses, truites, surtout des aubours (Squalius bearnetisis), et, plus rarement, des brochets. A Sorde, des lamproies s y laissent prendre aussi.
- La maille des filets pour haros ne peut légalement avoir moins de 10 centimètres. Malheureuse-
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- LA NATURE.
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- ment les tout petits saumoneaux tombent trop facilement dans d’autres pièges. La pèche en fraude leur l'ait une guerre implacable et en détruit des milliers. La pêche (défendue) de ces saumoneaux voraces et inexpérimentés dont la longueur ne dépasse guère 8 centimètres, est des plus faciles. On les appelle des tocans. Il en faut de douze à vingt-cinq pour en faire une livre. Dans une demi-journée on en prend aisément, au mois de février, de cinquante à soixante avec deux lignes attachées à l’arrière d’une barque et garnies de grelots qui avertissent le pêcheur quand l'hameçon, amorcé d’une plume blanche ou rousse, est avalé.
- Au filet dit tapie au ou avec celui qu’on appelle magnolle on les prend par centaines. Le pêcheur de qui je tiens ces détails, à Sordc, en amont du barrage, en une nuit, en prit quatre cents qui, au prix de 10 centimes pièce (prix ordinaire) lui rapportèrent 40 francs. Ces quatre cents tocans auraient peut-être valu un jour plusieurs milliers de francs.
- Nous terminerons cette Notice en ajoutant qu’au-dessous de Sorde, le Gave perd son caractère torrentiel. Ses eaux deviennent lentes; aussi n’y pêchc-t-on le saumon qu’au filet jusqu’à l’embouchure de l’Adour. Le filet dont on se sert appelé traînée a 100 mètres et plus de longueur. Sa maille doit avoir 8 centimètres; deux de moins que celle des baros.
- Mis de Camarasa.
- LES SABLES PHOSPHATÉS
- Jusqu’en 1886, on ne connaissait guère comme phosphates de chaux naturels, utilisables par l’agriculture, directement on indirectement, que les nodules de la Meuse et des Ardennes, etc., et les apa-liles et phosphorites d’Espagne, de Norvège et du Canada, lorsqu’on découvrit, il y a cinq ans, dans les départements de la Somme et du Pas-de-Calais, des gisements de sables ressemblant, à première vue, à des sables siliceux ordinaires et exploités comme tels depuis de nombreuses années, pour la confection du mortier à bâtir; l’analyse chimique de ces sables y décela une quantité d’acide phosphorique variant entre 20 et 56 pour 100. Inutile de dire que ce fut une fortune pour les heureux propriétaires des carrières contenant le précieux-sable, terres qui, avant 1886, se vendaient à peine 500 francs l’hectare, et qui virent leur valeur s’élever à 20 000 et même 80 000 francs l’hectare. Bien des fortunes s’édifièrent en quelques jours, il en résulta une sorte de fièvre, une véritable rage de phosphates.
- Cette ardeur, que l’on a appelée à juste titre la fièvre des phosphates, se continua en s’accentuant jusque x7crs les derniers mois de l’année 1888, puis elle se calma, car, sur bien des points, les fouilles furent faites un peu au hasard et sans aucun souci des données géologiques, qui constituent pourtant un guide précieux dans ces sortes de recherches.
- Mais tout récemment, à la tin de 1800, de nou-
- veaux gisements furent découverts dans le Pas-de-Calais, à la limite du département de la Somme, notamment à Auxi-le-Chàteau. La fièvre reprit de plus belle ; des sondages furent exécutés et on mit à jour de puissantes couches d’une prodigieuse richesse. On cite, à ce propos, un cultivateur de Rou-gefay, près d’Auxi-le-Chàtcau, qui vendit un champ de 22 ares pour la sohnne énorme de 40000 francs.
- A l’heure actuelle, on trouve, dans la région du nord, les sables phosphatés dans les localités qui suivent : 1° pour le Pas-de-Calais, à Orville, Buire-au-Bois, Bachimont, Rougefay, Richcmont, Hou-dain, etc.; 2° pour la Somme, à Beauval, Hallcn-court, Bcauquesne, Terrasmesnil, Puchevillers, etc.; 5° dans le Nord, à Neuvilly, Monton, Briasla, Viesly, Quiévy, etc.
- Ces sables se trouvent dans des poches coniques plus ou moins régulières pratiquées dans la craie du terrain sénonien et danien, surtout du premier, caractérisé par la Belemnites quadralus et de nombreuses dents de squales appartenant à l’espèce Oxyrrhina raphiodon. Il est à remarquer que la craie qui entoure ces poches est elle-même plus ou moins phosphatée.
- Ces phosphates ont l’apparence d’un sable très fin, de consistance légèrement argileuse quand il est encore humide, pulvérulent quand il est sec; il est jaunâtre, quelquefois presque blanc. Le mètre cube de ces phosphates pèse brut de 1500 à 1600 kilogrammes; après dessiccation à l’air libre, il oscille entre 1100 et 1250 kilogrammes.
- Les sables phosphatés de la Somme et du Pas-de-Calais constituent un minerai très pur, mais dont la teneur en phosphate de chaux est très variable. On distingue trois variétés : la première, qui se trouve à la partie interne des poches, renferme de 80 à 85 pour 100 de phosphate de chaux, elle est particulièrement propre à la fabrication des superphosphates, et c’est dans ce but qu’on en expédie d’énormes quantités en Angleterre ; la deuxième qualité titre en moyenne 60 à 70 pour 100, leur coloration est un peu plus jaune; enfin la troisième qualité, qui adhère à la craie encaissante (fig. 1), renferme de 40 à 50 de phosphate, leur couleur est rougeâtre.
- Nous donnons ci-dessous la composition chimique moyenne de trois échantillons de phosphates aré-naccs provenant de localités différentes, d’après les analyses que nous avons effectuées au laboratoire de l’Ecole d’agriculture de Berthonval :
- Quiévy Orville Beauval (Nord). (Pas-de-Cal.). (Somme).
- Acide phosphorique. . . . 13.50 36.10 35.63
- Chaux 27.00 52.84 49.67
- Potasse 1.80 0.40 0.20
- Magnésie 1.40 0.42 0.45
- Acide carbonique 3.60 5.42 5.20
- Acide sulfurique 0.58 0.80 0.88
- Matières organiques. . . . 2.72 2.50 2.20
- Oxyde de fer 6.00 1.00 1.15
- Alumine 3.50 0 10 0.32
- Autres matières et pertes. 50.90 2.62 6.30
- 100.00 100.00 100.00
- L’altitude moyenne des gisements est de 110 à
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- LA NATURE.
- 150 mètres, et, chose curieuse, c’est presque toujours sur le penchant est des collines que se trouvent les poches; jusqu’ici on n’en a pas encore trouvé sur le versant ouest.
- Les phosphates de la Somme occupent une étendue totale de 1260 hectares et renferment en moyenne 780 000 tonnes de sahle; ceux du Pas-de-Calais occupent une centaine d’hectares, soit environ 700 000 tonnes; enfin ceux du Nord s’étendent sur 170 hectares et renferment une quantité présumée de 200 060 tonnes de sahle.
- Il est assez rare que le sahle se trouve à lleur de terre; le plus généralement il est recouvert d’une épaisseur de 1 à 6 mètres d'argile à silex ou de limon des plateaux; quant à la profondeur des couches, elle varie entre 50 centimètres et 6 mètres.
- Maintenant se pose une dernière question. Étant en possession d’un sable phosphaté et étant donné qu’il n’y a, à la simple vue, aucune différence avec un sahle siliceux ordinaire, comment reconnaître qu’on a atfaire a un phosphate? Les réactifs de l’acide phos-phorique sont nombreux et on n’a, pour ainsi dire, que l’embarras du choix ; cependant nous croyons devoir signaler ici une méthode indiquée récemment par M. Pagnoul, directeur de la station agronomique d’Arras, et qui permet non seulement de reconnaître sûrement un phosphate, mais encore de se rendre compte de sa richesse approximative. C’est une méthode
- volumétrique ne nécessitant pas l’emploi de la balance.
- Le sable étant finement pulvérisé dans un petit mortier, on en remplit plein un petit dé à coudre d’une contenance de un gramme ; cette quantité est divisée en quatre parties à peu près égales et on fait l’essai sur une de ces parties. Pour cela, l’échantillon est introduit dans une capsule en porcelaine, puis on l’arrose avec un mélange de 5 centimètres cubes d’acide azotique et de 5 centimètres cubes d’eau, et on chauffe doucement jusqu'à l’ébullition, en agitant avec un tube en verre. On laisse reposer quelques instants, et on filtre au papier; on
- remet un peu d’acide dans la capsule, on chauffe de nouveau, on filtre encore et le liquide clair obtenu est ajouté au précédent. Il faut s’arranger de manière à avoir 20 centimètres cubes de liqueur; celle-ci est introduite dans un tube et en appliquant avec le doigt une rondelle de caoutchouc sur l’ouverture du tube pour éviter l’action caustique de l’acide sur le doigt, on le renverse plusieurs lois pour opérer
- le mélange, après quoi on reverse la moitié du liquide dans la capsule préalablement relavée. On y introduit alors une
- vingtaine
- de gouttes de
- l'ig. 1. — Coupe d’un gisement de suide phosphaté dans le Pas-de-Calais. Poche située à Iluire-au-lîois près Auxi-le-Chùteau. —A. Argile à silex. — S. Sable phosphaté. — C. Craie supérieure.
- alors
- citrate d’ammoniaque, puis 20 centimètres cubes de molybdate d’ammoniaque en solution. Le mélange est chauffé h l’ébullition en agitant avec un tube de verre. On voit apparaître alors un précipité d’un beau jaune, très intense, et d’autant plus abondant que le sahle est plus riche en acide phosphorique ; il ne reste [tins qu’à mesurer le volume de ce précipité pour avoir la richesse approximative en acide phosphorique. Pour cela, M. Pagnoul a imaginé un tube représenté figure 2. Le liquide de la capsule avec le précipité est fortement agité et versé dans ce tube posé bien verticalement; après un repos d’une heure, la liqueur devient limpide et le précipité jaune occupe, dans la partie inférieure du tube, une hauteur que l’on peut mesurer. Si l'on a préalablement marqué sur ce tube les hauteurs qui correspondent à des richesses de 10, 20, 50 et 40 pour 100, déterminées toujours suivant la même marche et, après une heure de repos, on aura immédiatement une idée de la richesse de l’échantillon essayé.
- C’est surtout lorsqu’on a plusieurs sables à essayer que cette méthode si simple donne des résultats concluants en ce qui concerne la richesse relative des échantillons1. Albert Larbalétrier,
- Professeur à l'Ecole d'agriculture du Pas-de-Calais.
- 1 Vov. une précédente Notice de M. Stanislas Meunier : Les phosphates de Picardie, n° 712, du 22 janvier 1887, p. 115.
- Appareil pour le dosage de l’acide phosphorique dans les sables phosphatés.
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- LA NATURE.
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- LA. PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- LES CONDITIONS d’un BON APPAREIL SANS PIED
- La Rature a donne la description de différents ne nécessitent pas l’emploi du pied et permettent de modèles d’appareils photographiques portatifs qui prendre des vues aussi originales qu’imprévues. C’est
- Fig. 1. 2 et 3. — Appareil de photographie instantanée de MM. Londe et C. Dessoudeix.
- là un nouveau champ d’études ouvert aux amateurs et d’après le nombre considérable d’appareils imaginés dans cet ordre d’idées on peut juger facilement de l’importance de cette manière d’opérer.
- Quelles qualités doit posséder u n ins trumen t à main ? L’appareil, quel qu’il soit, devra être portatif, puisqu’il doit accompagner toujours l’opérateur. Son poids et son volume seront donc réduits autant que possible. Voilà déjà deux points acquis : légèreté et réduction de volume.
- D’autre part il est indispensable que cet appareil donne des images irréprochables au point de vue de la netteté ; car une épreuve de petit format n’est supportable que si elle est d’une grande finesse. 11 faut enfin, et nous pensons que cela est indispensable, que l’on soit toujours prêt à opérer. L’avantage capital de l’appareil à main est de donner des documents qu’on ne - sau-
- rait obtenir autrement : il nous permet en effet de saisir tout ce qui se présente inopinément à la vue, mais à condition d’éviter tout retard qui serait fatal dans l’espèce. Il faut se servir de l’appareil à main comme d’un fusil, pour ainsi dire ; il faut n’avoir qu’à viser et à lâcher la détente. Voilà donc deux qualités indispensables, netteté des images et disponibilité immédiate de l’appareil. Mais ce n’est pas encore tout : certaines personnes tiennent à ce que l’appareil ne soit pas visible pour ne pas éveiller l’attention de leurs modèles involontaires : d’où cette multiplicité d’appa-reils placés dans le gilet, le chapeau, etc., etc.
- À priori on voit que certaines de ces qualités sont inconciliables entre elles. On ne peut, par exemple, avoir un appareil peu volumineux que si on le dissimule ou qu’on le replie. Mais alors on n’est plus prêt à opérer. 11 faut donc adopter l’une ou l’aulre
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- solution : nous n’hésitons pas, pour notre part, à adopter la seconde, c’est-à-dire à avoir un instrument qui sera toujours prêt. L’intérêt des documents que l’on obtient compense, et au delà, la petite gêne que peut occasionner un appareil non démontable.
- En ce qui concerne le poids, sa diminution proviendra de la nature des matériaux employés et de celle des préparations sensibles utilisées. Un choix judicieux des premiers permettra de concilier le maximum de solidité avec le minimum de poids. Il ne faut pas cependant trop réduire celui-ci, car on a remarqué que la netteté générale de l’image diminue au fur et à mesure que l’appareil devient plus léger. Ceci s’explique facilement par l’ébranlement que peut causer l’action du doigt sur la détente, et le mouvement de réaction produit au moment du déclenchement de l’obturateur : ces deux causes de flou ne peuvent être éliminées que si l’appareil a un certain poids. Il en est de ces appareils comme des armes de tir qu’on ne saurait rendre trop légères sans leur enlever de leur justesse et de leur précision. Ici nous voyons donc s’élever une nouvelle contradiction, et nous pouvons poser en principe que la diminution de poids, au-dqssous de certaines limites, ne sera pas compatible avec la netteté indispensable. En ce qui concerne les préparations sensibles, on trouvera avantage à se servir de pellicules au lieu de plaques; ce sera une diminution sérieuse de poids. Mais, la fabrication de ces produits n’ayant pas encore atteint la même perfection que celle des plaques, nous préférons, et jusqu’à nouvel ordre, nous servir de ces dernières.
- Reste la question de netteté qui est fort complexe et soulève de nombreuses difficultés. On sait que pour avoir la netteté la plus complète, il faut que les objets que l’on reproduit fassent leur image dans un plan qui varie suivant leur distance de l’appareil et ceci par application de la loi des foyers conjugués. Ün reconnaît cependant qu’au delà d’une certaine distance, les allongements de la distance focale deviennent pratiquement nuis ; cette distance est égale à cent fois la longueur focale de l’objectif.
- Par suite, au delà de cette distance, tous les objets seront également nets et il ne sera plus besoin de mettre au point. L’appareil sera dit automatique. Cette obligation de n’opérer qu’au delà de 100 foyers montre de suite qu’avec des appareils de ce genre, on ne pourra aborder les études de premiers plans ; il est vrai que par l’interposition de diaphragmes plus petits, on peut diminuer cette distance, mais on supprime de la lumière et comme par principe l’appareil à main n’opère qu’avec des poses rapides, l’existence même de l’image pourra devenir, dans certains cas, très problématique. Nous nous trouvons donc en présence de deux systèmes : l’un, très simple, qui consiste à n’opérer qu’au delà de 100 f., mais qui limite d’une manière stricte les études que l’on peut faire, et l’autre, à employer un dispositif permettant de réaliser ce que la théorie indique, c’est-
- à-dire la mise au foyer des divers sujets à quelque distance qu’ils se trouvent.
- Cette solution est naturellement plus compliquée, mais malgré cela elle nous paraît de beaucoup supérieure, parce qu’en aucun cas l’opérateur ne sera désarmé comme il l’était avec l’autre procédé. Parmi les dispositifs qui ont été indiqués le plus fréquemment pour obtenir la mise au point des différents plans, il faut citer celui qui consiste à graduer expérimentalement le chariot de la chambre ou le tube de l’objectif pour des distances déterminées. Connaissant la distance, on sera sûr de la réussite. Rien ne paraît donc si simple a priori, mais en pratique il n’en est plus de même. Toute la valeur du système repose sur la connaissance de la distance; mais dans la plupart des cas, on l’ignorera celte distance, on ne pourra aller la mesurer. Que fera-t-on alors? On l’appréciera. C’est là qu’est le danger. Tout le monde sait que l’appréciation des distances est chose fort délicate et sujette à occasionner de fréquentes erreurs.
- Nous croyons donc qu’il faut opérer autrement. Dans tout appareil portatif, on fait usage de viseurs qui servent à mettre l’objet en plaque et à se rendre compte de l’image obtenue. Ces viseurs, constitués par une petite chambre minuscule munie d’un objectif à très court foyer donnent une image sensiblement nette parce que l’infini commence pour cet objectif à une distance très faible; mais ils ne donnent aucune indication sur la netteté de l’image que l’on photographie. Ils peuvent même, à cause de ce fait, induire en erreur. Nous pourrions, à ce propos, citer le cas d’un de nos collègues qui, parti pour faire un voyage fort intéressant, n’a pas rapporté un seul cliché net, le constructeur ayant mal réglé l’appareil. Si son viseur avait pu lui donner quelque indication sur ce qui se passait dans sa chambre, il se serait aperçu de la chose de suite, et y aurait porté remède immédiatement.
- De tout ce qui précède, nous avons été conduit à combiner avec M. Ch. Dessoudeix un dispositif de chambre portative dont nous allons donner la description.
- Cet appareil est constitué par une boîte recouverte de gainerie et renfermant les divers organes, les objectifs, le viseur, la chambre noire, l’obturateur, le magasin à plaques. Sur une cloison intérieure se trouvent deux objectifs de même foyer : l’un, l’inférieur, est destiné à donner l’image que l’on photographie ; l’autre, à viser et à contrôler la mise au point. A cet effet, l’image donnée par cet objectif est renvoyée par le miroir M sur le verre dépoli N (fig. 1). On examine cette image au moyen d’une bonnette spéciale Y, V (fig. 5)l. Deux ouvertures placées à l’écartement des yeux, permettent cet examen (fig. 2). La cloison qui porte les objectifs peut avancer ou reculer au moyen d’une crémaillère que l’on fait fonctionner grâce à un bouton extérieur situé sur la droite de l’appareil. L’appareil étant réglé de ma-
- 1 Cette bonnette se replie pendant le transport. Au moment d’opérer, il suffit d’appuyer sur un ressort pour la voir sc déplier.
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- nière à ce que l’image qui est reçue sur la plaque et celle qui est visible sur le verre dépoli soient également nettes, il s’ensuivra que toute variation de la distance focale sera la même d’un côté comme de l’autre; par suite, il suffira de mettre l’image au point sur le verre dépoli N pour être sûr qu’elle l’est également sur la plaque sensible. De cette manière pas d’erreur possible. La figure 2 représente très exactement la position de l’opérateur au moment de l’opération. Il vise son sujet qu’il suit sur le verre dépoli, la main droite agit sur la crémaillère s’il est nécessaire, et dès que l’objet se trouve en place et net, il agit sur la détente de l’obturateur au moyen de l’index de la main gauche. Il n’y a donc pas de temps perdu entre le moment où l’on a effectué la mise au point et celui où l’on opère. Ce dispositif combiné avec le déplacement de la cloison porte-objectifs permet d’opérer depuis l’infini (100 f.) qui correspond pour les objectifs employés à 10 mètres, jusqu’à la distance de 50 centimètres. Ce qui permet de faire en cas de besoin des portraits ou des premiers plans à grande échelle.
- N’ayant pas encore trouvé, jusqu’à ce jour, de pellicules d’un usage aussi certain que celui des plaques, nous continuons jusqu’à nouvel ordre à nous servir de celles-ci. L’appareil renferme onze plaques qui sont placées dans un magasin à double compartiment identique à celui qui a été employé par M. Fol dans son fusil photographique1. Ce système, des plus simples, a l’avantage d’être un des moins volumineux qu’on ait indiqué. La place perdue n’est en effet que de 1/12 du volume total alors que dans d’autres appareils il est quelquefois de 50 pour 100. Une seule précaution à prendre, c’est que les cadres qui contiennent les plaques soient fabriqués avec la plus grande précision, car ils doivent se substituer les uns aux autres pour remplacer une plaque exposée par la suivante. Il est indispensable de plus que les plaques, dans chaque cadre, soient exactement appliquées contre la feuillure antérieure, et que la pile de cadres qui est en face de l’objectif soit appuyée rigoureusement contre l’arrière de la chambre. M. Dessoudeix a réalisé ces divers desiderata par des dispositifs très ingénieux. Les cadres, sur le dos, portent un numérotage à double combinaison qui permet, d’une part, de contrôler le changement des plaques, et de l’autre, de retrouver aisément telle ou telle plaque pour la développer à coup sûr. L’inspection du numérotage se fait à travers une ouverture ménagée à l’arrière de la chambre et munie d’un verre rouge.
- Pour opérer le changement des plaques, il suffit de desserrer le bouton placé au milieu de la paroi postérieure et dont le rôle est d’immobiliser les plaques pendant le transport. En opérant alors une rotation complète de l’appareil, d’arrière en avant, la plaque se trouve changée en un instant et l’on est aussitôt prêt à opérer de nouveau.
- Ce magasin présente donc constamment une plaque au foyer de l’objectif; il devient nécessaire pour éviter les voiles d’avoir un obturateur que l’on puisse armer sans laisser pénétrer la lumière. Au moyen d’un mécanisme qu’il serait trop long de décrire, on obtient ce résultat d’une manière absolument certaine.
- On peut naturellement donner à l’obturateur des vitesses variables suivant les hypothèses et modifier l’ouverture des diaphragmes suivant les cas. Un dispositif permet même de faire de la pose en plaçant l’appareil sur un pied-canne ou un support quelconque.
- Tel est l’appareil dont nous nous servons depuis plusieurs années. Sans avoir la prétention de le rapprocher de l’appareil idéal, dont la réalisation nous semble plus que problématique, nous lui trouvons les qualités suivantes : disponibilité immédiate, mise en plaque facile et certitude de l’exactitude de la mise au point, possibilité d’opérer à toute distance. De cet ensemble résulte qu’entre des mains exercées, on peut arriver à un rendement considérable comparé à celui d’autres appareils ; nous sommes d’ailleurs fort étonné que l’on ait la prétention de juger de la valeur d’un appareil à main d’après quelques épreuves si parfaites qu’elles soient. Nous avons obtenu, et nous ne sommes pas seul dans ce cas, de très bons clichés avec des intruments fort médiocres. Mais ce n’est pas suffisant, le vrai critérium, c’est le tant pour cent d’épreuves réussies : c’est là ce qui devrait guider l’amateur et lui éviterait bien des déboires. Albert Londe.
- LES Â.BEILLES
- Nous avons souvent insisté dans La Nature sur l’importance de l’apiculture. Voici une intéressante statistique qui confirme nos précédentes appréciations. Il y a, en France, environ 1 650 000 ruches qui ont produit l’année dernière un peu plus de 7 millions de kilogrammes de miel et de 2 millions de kilogrammes de cire. Valeur du miel, 9 771 000 francs; valeur de la cire, 4 720000 francs; produit total du rucher français, 14 500 000 francs. La France importe pour 2 millions et demi de cire et pour un demi-million de miel. Elle exporte pour 2 500 000 francs de cire et de miel. Nous pourrions centupler notre production de cire et de miel, au grand profit de l’agriculture et de l’horticulture. Tout le monde sait que l’abeille concourt très utilement à la fécondation des fleurs en portant le pollen de l’une à l’autre. Il y a toujours abondance de fruits au verger quand on a établi quelques ruches dans le voisinage. Le département qui compte le plus grand nombre de ruches est l’Ille-et-Vilaine, 80 000 ruches; le Finistère, 65000; les Côtes-du-Nord, 75 000; l’Eure, 8000; et la Seine, 140 ruches. La statistique donne un rapport annuel de 8fr,80 par ruche. Avec quelques soins et un peu de pratique, on peut porter le revenu d’une ruche au moins à 30 francs. Les grands apiculteurs obtiennent des résultats bien plus élevés. Il est à désirer que l’apiculture prenne une plus grande extension et que bien des départements imitent ceux de l’Ille-et-Vilaine et du Finistère.
- 1 Voy. n°581, du 19 juillet 1884, p. 107.
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- LA NATURE.
- L’ÉRUPTION DU YËSUYE
- VISITES D’EXPLORATION AU VOLCAN
- On sait que le Vésuve est actuellement dans une ]»ériode d’activité remarquable, qui a particulièrement attiré l’attention publique.
- Lundi 1er juin, quatre bouches se sont ouvertes autour de l’ouverture centrale, dans l’intérieur du cène d'éruption. Jusqu’à 10 heures du matin au 7 juin, toutes ces bouches ont fonctionné régulièrement. Le matin du 7, on avait constaté que le côté nord du cône avait été miné et, à midi, à la base du cône éruptif de larges fentes s’ouvrirent. Quelques minutes après A heures du soir, un assez fort tremblement de terre accompagné de mugissements, et limité au grand cône vésuvien, fut bien ressenti à la station inférieure du funiculaire ; simultanément, la lente d’en haut donna issue au panache de fumée qui généralement s’échappe de l’ouverture centrale, et cela je l’observai avec intérêt en descendant le Posilippo jusqu’à 5 heures et demie. Les bords du cratère alors s’éboulèrent continuellement dans l’intérieur et à 5\o0 la fente s’étendit en bas, le long du grand cône jusque vers la moitié de sa hauteur, point auquel s’ouvrit une petite bouche donnant issue à quelques languettes de lave. Bien vite cette fissure se prolongea jusqu’à la base du cône et dans l’Atrio del Cavallo; et charpie extension était accompagnée de dégagement de grandes colonnes de vapeur, d’un noir caractéristique produit par le mélange de poussière et d’autres tins matériaux traversés par la fente. A 7 heures moins quelques minutes, la fente traversa environ le quart de l’Atrio et donna origine à la plus grande de ces colonnes de fumée noire. A la partie inférieure de la grande fissure, se formèrent alors de côté et d’autre de petites fentes subsidiaires desquelles sortit aussi une très petite quantité de lave.
- Le 15 juin, je lis une nouvelle visite au volcan, et
- j’eus le plaisir d’être accompagné par MM. Elliot, Green, Linden, Newstead et Treiber, pour la plupart excellents photographes, de sorte que, en ajoutant mes deux appareils à ceux qu’ils emportaient, nous avons pu obtenir de nombreux clichés qui seront comme un registre illustré de formations généralement mal figurées. Nous montons vers le point d’issue de la lave à la jonction du pied du grand cône et de YAtrio del Cavallo. Ici, la première lave, celle du 7 juin,s’était refroidie suffisamment pour que nous pussions marcher dessus, mais sous nos pieds nous pouvions voir par quelques orifices la lave encore fluide. Au pied du grand cône, et s’étendant à mi-chemin à travers YAtrio, suivant le rayon de
- la crevasse éruptive, comme si celle-ci s’était continuée jusque-là, il y avait une série de petits cônes-fumerolles. Nous en comptâmes sept complets et bien formés. La plupart de ces fumaroles donnaient des jets de vapeur d’une chaleur intense, vapeur échappée de la lave qui coulait en dessous et qui eut bientôt carbonisé un morceau de bois que nous y plongeâmes. Autour des lèvres de l’ouverture supérieure, de l’hématite, des chlorures de potassium, delà soude, du 1er, du cuivre en fusion, etc., se condensaient et ruisselaient vers la surface extérieure de la fumerolle, puis se consolidaient en curieuses et belles stalactites diaprées, d’une nature très déliquescente.
- La lave avait d’abord coulé en forme d’éventail vers l’escarpement du mont Somma de façon qu’elle atteignait, vers l’extrémité E., cette grande section naturelle, juste au-dessous de la Punta del JSasone. Toutefois, suivant l’inclinaison naturelle du terrain, elle avait tourné vers l’ouest, et le 15 juin, elle était juste en face du dyke n° 101, et elle s’avançait très lentement.
- Cette lave est vitreuse et à grains grossiers, spécialement dans les inclusions de cristaux de leucite,
- 1 Geological map of Vesuvius and Monte Somma. Sralc 1 :100ÜU. I’hilip and Son, 52, Flcct Stret. London, 189t. 0 fouilles avec expliealions, par 11.-J. .1. Lavis.
- Fig. 1. — Cône d’éruption du Vésuve. (D’après une photographie de l’auteur.) C. Cône actuel d’éruption. — L. Languettes de lave. — II. Bouche d’éruption ouverte le 7 juin 1891. — F. Fumerolles.
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- Fig. 2. — Aspect des fumerolles formées sur la lave du Vésuve, pendant la dernière éruption du 7 juin 1891
- (D’après une photographie de l’auteur.)
- Fig. 3. — Etude d’une fumerolle parmi ascensionniste au volcan du Vésuve. Formation du 7 juin 1891.
- (D’après une photographie de l’auteur.)
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- tandis qu’elle présente la surface type cordé ou « pahoehoe ».
- Au sommet du grand cône, l’éboulement des crêtes continuait sans cesse, mais l’extrémité supérieure de la fente latérale, au pied du cône d’éruption et au sommet du grand cône vésuvien, avait presque cessé d’émettre de la vapeur.
- Le 30 juin, je retournai au cratère, accompagné de mon ami M. A. Green. Tout le sommet du grand cône était recouvert d’un épais enduit de cendres et de poussières, sur la surface duquel se trouvait comme d’habitude la croûte de chlorure vert j aunâtre, toujours si riche en cuivre que les clous de mes chaussures furent bientôt rougis par ce métal.
- Le cratère s’était considérablement élargi et ses bords étaient sillonnés de larges bandes alternant avec des crevasses parallèles aux crêtes libres. Il était facile de détacher avec un bâton de grandes masses de cette substance qui formait les parois du cratère. La visite de ces crêtes était fort dangereuse; mon expérience de l’exploration du Vésuve m’indiquait qu’on ne pouvait approcher sans trop de péril qu’en deux endroits seulement. Il nous fut possible de le faire et de regarder dans le cratère, mais il fallut prendre de grandes précautions.
- C’est quelques jours après notre visite que M. Silva Jardim fut englouti au milieu de ces mêmes crêtes1.
- En plongeant notre regard à 50 mètres environ au dedans du cratère, nous pouvions apercevoir la lueur d’une bouche ayant à peu près 2 à 3 mètres de diamètre. Les parois du cratère étaient concaves; tout en surplombant le faîte, un fil à plomb tombant du bord aurait touché le fond de l’escarpement. Le fond du cratère était plus ou moins uni.
- Dans la matinée du 30 juin, 'a la station inférieure il tomba beaucoup de poussière. J’ai recueilli plusieurs sacs de ce produit ; c’est la matière ordinaire fine et sablonneuse de ces sortes d’éruptions ; elle con-
- 2 Voy. Englouti dans le Vésuve, n° 945, du 11 juillet 1891, p. 95.
- siste en substances pulvérisées du cône d’éruption.
- Après avoir passé la nuit à la station inférieure du funiculaire, le jour suivant 1er juillet, nous traversâmes YAtrio et nous montâmes â l’extrémité ouest des crêtes du mont Somma que nous suivîmes de façon à avoir une vue générale, à vol d’oiseau, de toute la scène de l’éruption dont nous prîmes des photographies aux points les plus importants. Au milieu du faîte, nous trouvâmes une légère couche de fine poussière rouge, qui avait été lancée à cette distance. Une grande partie de YAtrio était aussi couverte de ce même produit. Redescendant l’escarpement juste au delà du Cognulo di Ottajano, vers
- YAtrio del Cavallo, nous visitâmes encore l’extrémité inférieure de l’éruption. La plupart des belles fumerolles étaient en délabrement.
- La lave était tout à fait solide quoique en un certain point à environ 50 mètres de la base du grand cône, un trou nous permît de voir la roche encore fluide coulant lentement à environ un mètre au-dessous de nos pieds. Vers l’extré-, mité de la coulée, la lave faisait de considérables progrès à l’ouest et se trouvait en ligne avec le dyke n° 13.
- Depuis lors, peu de changements ont eu lieu dans l’état de la montagne; le cratère continue à s’élargir, la poussière à être projetée et la lave à couler. Ces phénomènes peuvent continuer pendant des mois si l’ouverture de drainage ne s’élargit pas.
- Si l’éruption venait à faire de nouveaux progrès, je ne manquerais pas de donner ici les détails des observations qui seraient recueillies sur place1.
- H.-J. Johnston-Lavis.
- 1 M. H.-J. Johnston-Lavis a accompagné l’envoi de l’intéressante Notice que l’on vient de lire, et qu’il a spécialement résumée pour La Nature, de plusieurs tracés et photographies dont nous taisons un choix pour nos lecteurs. La figure 4 reproduite ci-dessus est une carte des plus précises de l’état actuel du cône vésuvien. Les figures 1, 2 et 3 sont la reproduction de belles photographies qui s’expliquent d’elles-mêmes, et qui donnent une idée bien exacte des étranges formations géologiques volcaniques.
- Fig. 4. — Sommet du grand cône vésuvien le 30 juin 1891. (Carte dressée par l’auteur). — Limite du cratère de 1872 débordé par la lave. — a. Cratère encore visible a'. — b. Reste du cône de 1885-1886. — c. Partie du bord du cratère de mai 1886. — d. Cratère de mai 1889. — ef. Partie du côue d’éruption jusqu’au 7 juin 1891. — g. Fissure de mai 1889. — h. Taches jaunes de lave décomposée, de scorie et poussières. — i. Fissure émettant des vapeurs d’acide chlorhydrique. —j. Abri des guides. —- h. Nombreuses fissures sur le bord S. E. du cône. — l. Autres fissures sur le bord N. E. du grand cône. — m. Fissures au bord du cratère qui se forme actuellement. — n, o. Plate-forme irrégulière au fond du cratère. —p, Bouche principale.
- — q. Dyke creux des éruptions de mai 1889-1891 et d’autres antérieures. — x. Fente et bouche de vapeur du 7 juin 1891.
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- LE SUCRE DE BETTE RAYE EN SIBÉRIE
- Depuis 1882, on a tenté d'introduire la culture de la betterave sucrière dans l’arrondissement de Minoussinsk (gouvernement de Yenisseisk). Les essais ont conduit à ce résultat que c’est à la rive droite du fleuve Yenissei que le sol présente le plus d’avantages pour la culture en général et pour celle de la betterave en particulier. Les essais de culture ont été couronnés de succès; on a obtenu de bonnes récoltes avec une richesse saccharine très satisfaisante ; mais, malgré cela, il ne se trouve pas d’industriel pour monter une sucrerie. Dernièrement, le gouvernement a fait une concession de terre à M. Goussiew, à condition de cultiver la betterave et de monter une fabrique de sucre. Pour connaître la valeur de la terre concédée, on a choisi, dans différentes parties de cette terre, IG dé-ciatines pour les essais de culture de betteraves. Les ensemencements ont été commencés le 20 avril et terminés le 20 mai. La température du printemps de 1890 en Sibérie était plus basse que la température moyenne des dix années précédentes.
- LE MAITRE DE FORGES EN 1789
- Notre époque a assisté, pendant ces cinquante dernières années, à une série de transformations qui ont affecté profondément les grandes industries. Les procédés de fabrication, presque toujours restés pour ainsi dire stationnaires jusque-là, se sont trouvés complètement modifiés, lorsqu’on est venu leur appliquer les données résultant des découvertes scientifiques récentes, et des progrès de toute nature dont elles ont été le point de départ. Le matériel employé s’est aussi rapidement transformé lorsque l'industrie a pu disposer d’engins puissants bien supérieurs à tous ceux qu’on avait connus auparavant, et capables d’exécuter souvent, d’une manière automatique, des travaux délicats et précis qui avaient toujours paru réservés à la main de l’honnne.
- Cette transformation presque soudaine, si importante cependant, et qui imprime à notre époque son caractère spécial, est surtout sensible dans les grandes industries primordiales, comme l’agriculture et la métallurgie, dont le matériel et les procédés s’étaient conservés à peu près sans modification à travers les âges.
- La charrue des Romains, Yaratrum, qui est associée en quelque sorte à l’histoire de ce peuple agriculteur et guerrier, la faucille et le fléau, qu’on retrouve aussi dans les légendes et les cérémonies religieuses de la plupart des peuples, presque tous les outils agricoles, en un mot, sont venus jusqu’à nous tels que nos ancêtres lointains les avaient connus, et c’est de nos jours seulement que nous voyons la charrue antique se transformer pour faire place à des outils de type différent qui n’ont plus, pour ainsi dire, que le nom de commun avec elle. De même la faucille est remplacée graduellement par la sape, puis la faux, et aujourd’hui la moissonneuse, celle-ci se chargeant même au besoin de lier en gerbes les tiges et les épis qu’elle abat; le fléau, de son côté, fait place à des batteuses mécaniques de types divers
- mues par des chevaux ou à la vapeur, et dont la puissance dépasse infiniment la sienne.
- Les mêmes changements se retrouvent aussi dans la métallurgie, car il n’y a aucune comparaison à établir, par exemple, entre les petits fourneaux à vent soufflés par les courants d’air naturels, ou au besoin par des soufflets de peaux de bêtes, et ces grands hauts fourneaux de l’industrie actuelle dont la hauteur dépasse souvent 15 mètres, qui sont pourvus de puissantes souffleries, d’appareils régénérateurs de chaleur et peuvent produire chaque jour jusqu’à 200 et 500 tonnes de métal, dépassant ainsi en un jour la production de plusieurs années des fours anciens.
- La transformation est si complète, que ces procédés, voisins de nous cependant, nous apparaissent aujourd’hui déjà comme une évocation des temps reculés, et nous ne comprenons plus que nos pères aient pu s’en contenter, quelques générations seulement avant nous.
- Quoi qu’il en soit, ce rapprochement des procédés de fabrication de la métallurgie à un siècle de distance présente un intérêt des plus vifs; un de nos ingénieurs les plus distingués, M. Hallopeau, en a fait le sujet, à l’occasion de l’Exposition de 1889, d’une conférence remarquable qui a été justement applaudie. Il y compare la situation, le matériel et les procédés du maître de forges en 1789 et en 1889 : cette conférence vient d’être publiée avec des figures particulièrement curieuses que l’auteur a reproduites d’après des traités de métallurgie du siècle dernier, notamment l’ouvrage de M. le marquis de Courtivron et de M. Bouchu édité en 1768 et intitulé Y Art des forges, ainsi que les études sur l’art de fabriquer le 1er publiées en 1775 par Maurice Grignon, savant maître de forges de la Champagne. Nous avons cru intéresser nos lecteurs en reproduisant, avec l’autorisation de l’auteur, quelques-unes de ces figures qui leur permettront de faire ce rapprochement frappant sur la transformation capitale qu’a subie l’outillage des forges à un siècle de distance.
- La figure 1 représente l’installation d’ensemble d’une forge catalane; on voit à droite le martinet servant à forger la loupe extraite du bas foyer; ce martinet est actionné par une roue hydraulique dont l’axe porte des cames qui soulèvent et laissent tomber alternativement le marteau, en appuyant sur l'extrémité opposée du bras de levier. Au milieu, on voit le bas foyer proprement dit dont la face dite de varne est formée par une petite murette qui protège la soufflerie. Celle-ci est constituée par un appareil des plus primitifs appelé trompe, dont l’invention, réalisée en Italie, ne remonte pas cependant au delà de l’année 1650. C’est une sorte de cuve renversée dans laquelle on fait arriver un courant mixte d’air et d’eau amené par un tube creux formé généralement d’un simple tronc d’arbre. L’écorce du tronc est percée de petits orifices par lesquels se fait l’appel d’air entraîné par le courant d’eau détourné d’un ruisseau voisin. L’air s’accu-
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- mule ainsi dans le réservoir inférieur et vient déboucher dans le bas foyer par deux conduits ap-pclés tuyères. Avec cette installation si simple, on sait qu’on obtenait directement le fer sans passer par l’intermédiaire de la fonte, mais c’était au prix d’un travail long et dis pend ieux dans lequel ou consommait un poids de combustible dépassant le triple de celui du fer obtenu.
- Comme les produits ainsi préparés étaient généralement de qualité supérieure, ce procédé a pu se conserver jusqu’à nos jours dans les pays montagneux comme les Pyrénées pour le traitement des mine-rais très purs qu’on y rencontre ; mais on a dû éteindre graduellement ces bas foyers, et on n’en trouverait sans doute plus en France aujourd’hui. M. Hallopeau fait savoir en effet que la dernière usine de ce genre établie dans les Pyrénées, près de Tarascon-sur-Ariège, visitée par lui en 1882, vient d’être fermée récemment.
- La ligure 2 représente l’installation d’un haut fourneau au charbon de bois du siècle dernier ; il s’agit déjà d’une métallurgie un peu plus compliquée que celle de la forge catalane ; ce haut fourneau donne, en effet, un produit intermédiaire, la fonte qui sera ensuite affinée ultérieurement pour être transformée en fer soudé. Le haut fourneau n’a pas plus de 5 mètres de hauteur, les matières déposées au niveau supérieur sont versées au gueulard à bras d’hommes. On voit en bas le trou d’échappement des laitiers. Le vent est donné dans le four par deux soufflets actionnés toujours par une roue
- hydraulique, les cames ménagées sur l’arbre de la roue viennent comprimer alternativement les deux soufflets en tendant deux perches flexibles formant ressorts, et celles-ci se relèvent en entraînant les soufflets lorsque l’action de la came a cessé. Les
- saumons de fonte obtenus qui sont ensuite envoyés à la forge pour l’affinage,sont pesés sur la curieuse bascule qu’on voit au milieu de la figure.
- Comme spécimen des industries annexes de la forge, nous reproduisons dans la figure o la vue de l’installation d’un train de fonderie au siècle dernier. On voit les deux laminoirs actionnés par des engrenages en bois à lanternes commandés par deux roues hydrauliques; le fer aminci à la main est chauffé dans le four qu’on voit à gauche, il passe d’abord
- entre les cylindres plats du premier laminoir où il s’amincit en formant une sorte de tôle, puis il arrive au second laminoir dont les cylindres munis de saillants le découpent longitudinalement en feuillards qu’un ouvrier aligne contre le mur. Un courant d’eau continu est amené sur les laminoirs pour en éviter réchauffement.
- La figure 4 représente l’installation du loyer démontable des forgerons ambulants qui parcouraient la campagne pour réparer les enclumes. On y voit la forge avec ses deux grands soufflets protégés par une murette. Ceux-ci n’avaient pas moins de 7 pieds de longueur sur 2 pieds et demi de largeur; en l’absence d’un moteur hydraulique, ils sont actionnés par quatre hommes qui les refoulent de leurs pieds en
- Fig. 1. — Installation d’une forge catalane.
- Fig. 2. — Ancien haut tourneau au charbon de bois.
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- venant se porter alternativement sur l’un ou sur l’autre. Les soufflets sont relevés ensuite par la réaction de perches flexibles. Lorsque le 1er de l'enclume a réparer est chaud, ces mômes hommes quittent leur poste, et viennent battre la masse avec leurs marteaux. L’enclume est ensuite trempée dans un bassin d’eau froide pour durcir la table qui est en acier.
- L’état rudimentaire de l’outillage des forges au siècle dernier montre immédia-tement quelle était la routine des procédés employés, et l’ouvrage de M. Grignon, que nous avons cité plus haut, prouve, en effet, que tout était à faire au point de vue de la théorie et de la pratique. On nous saura gré de reproduire ici le passage principal où l’auteur expose comment il a fait l’étude des procédés métallurgiques :
- « Je commençai, dit-il, par considérer les manipulations et les procédés des ouvriers. Je m’efforçai de découvrir la hase et le principe de leurs pratiques. Je ne vis qu’une routine en but (sic) à tous les accidents, et toujours impuissante pour y remédier. Je me familiarisai avec les termes, les outils, les machines et le travail ; c’était un premier pas nécessaire. J’entrai en conversation avec mes forgeurs, mais ces ouvriers n’ont qu’un langage barbare, ils expriment tout avec les mômes termes, sans principes, ils 11e peuvent rendre compte de leurs opérations. Si on leur demande pourquoi ils procèdent de telle ou telle manière, on obtient d’eux pour toute réponse : « c’est qu’il faut faire comme ça. » Si on insiste sur le pourquoi :
- « Pourquoi ? c’est que si « on ne faisait pas comme ça, cela n’irait pas bien. » Voilà le dernier terme de leur solution.... »
- M. < irignon continue ensuite en exposant toutes les recherches qu'il a faites pendant près de vingt-
- trois ans pour tâcher de saisir la raison des diverses opérations métallurgiq nés, dont il donne la description dans son ouvrage.
- Celui-ci est plein de renseignements pratiques curieux; mais l’auteur ne pouvait arriver évidemment à saisir les réactions chimiques, n’ayant pas la notion de l’oxygène et de l’importance capitale des pesées que Lavoisier devait révéler quelques années plus tard (1778).
- Rappelons aussi le travail de Vandermonde, Monge
- et Bertholet sur la fabrication de l’acier, publié eu 179o par ordre du Comité de salut public ; ces illustres savants y posent des principes exacts sur la fabrication de l’acier; mais, par contre, ils avaient des notions chimiques erronées en ce qui concerne la fonte, qu’ils considèrent encore comme un fer retenant de l’oxygène. Pour eux, la fonte blanche retient une [dus grande quantité d’oxygène, et a peu de charbon; la fonte grise, au contraire, contient moins d’oxygène et plus de charbon; ce qui explique, disent-ils, (pie la préparation en exige plus de charbon au haut fourneau. La fonte blanche est de môme plus facile à affiner, disent-ils, car l’oxygène quelle contient s’isole plus facilement que le charbon de la fonte grise.
- Fig. 5. — Ancien train de fonderie.
- Fig. I. — Foyer démontable des forgerons ambulants.
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- Les problèmes de la constitution des fontes, des fers et des aciers étaient, du reste, d’une étude fort difficile, car les analyses portent généralement sur des proportions de matières infinitésimales, et il n’est donc pas étonnant que, malgré les travaux des plus grands chimistes de notre siècle, ils ne soient meme pas encore aujourd’hui complètement élucidés dans tous les cas. Cependant l’ingénieuse théorie cellulaire due à MM. Osmond etWerth, et développée d’une manière si remarquable par M. Osmond, paraît appelée à jeter un jour nouveau sur la constitution intime de ces corps. b. B.
- La photographie de la parole. — Notre savant collaborateur, M. G. Demcny, l’habile préparateur de la station physiologique de M. Marey, a présenté à l’Académie des sciences, dans sa séance du 27 juillet 1891, les intéressants résultats qu’il a obtenus à ce sujet. Voici la reproduction de la Note de M. Demeny :
- « La méthode d’analyse par la chronophotographie, que M. Marey a si bien adaptée à l’étude des mouvements de la locomotion, en général, peut s’appliquer aussi à des mouvements plus délicats, ceux des muscles de la face, par exemple. Nous avons eu l’idée d’analyser les mouvements des lèvres chez un homme qui parle : les épreuves obtenues sont assez nettes pour que la forme de la bouche soit parfaitement définie dans les différentes articulations des sons émis. Avec ces images analytiques, nous avons construit un zootrope qui nous a permis d’en faire la synthèse. Un observateur ordinaire a néanmoins de la peine à deviner les paroles prononcées, au simple vu du mouvement des lèvres. Mais, si l’on présente ces images à un sourd-muet qui, par une éducation spéciale, a appris à lire sur la bouche et s’est habitué à articuler des sons en imitant les mouvements qu’il voit exécuter par les individus normaux, le zootrope renouvelle, chez ce sourd-muet, des sensations déjà connues, et la lecture peut avoir lieu sur les photographies successives. L’expérience, faite avec le concours de M. Marichelle, professeur à l’Institut national des sourds-muets, a produit les résultats suivants : Un jeune élève, amené devant le zootrope reproduisant le mouvement des lèvres, a pu lire sur ce mouvement les vovelles, les diphtongues ainsi que les labiales. L’expérience n’a cependant pas réussi entièrement, car la phrase prononcée n’était pas complètement photographiée, elle était interrompue à notre insu. Le sourd-muet s’en est aperçu aussitôt et n’a pas été guidé par le sens général de la phrase pour en deviner les parties douteuses. Déplus, les mouvements de la langue n’ayant pu être photographiés que très vaguement, tous les sons qui demandent le concours indispensable de celle-ci ont échappé au sujet. L’imperfection même de l’expérience qui vient d’être rapportée présente un certain intérêt ; nous espérons que, en poussant plus loin ces recherches, on pourrait essayer une éducation des sourds-muets par la vue, sur des images photographiques plus parfaites. »
- Race et pur sang. — Il arrive fréquemment que lorsqu’un chasseur veut acheter un chien, il exige que ce soit un pur sang; de même le vendeur, lorsqu’il fait une offre, recommande sa marchandise en toute bonne foi, à l’aide de la même épithète. Dans bien des
- cas, ni l’un ni l’autre, ne se rend compte de la valeur du terme employé. Disons donc brièvement ce qu’est une « race » et ce qu’il faut entendre par « pur sang ». Pour constituer une « race », il faut, au sein de la même espèce d’animaux, un certain nombre d’individus de même habitus, possédant des caractères ou des signes constants et héréditaires qui les distinguent de la masse de leurs congénères. Chez les chiens, ces signes se rencontrent dans la structure du corps, dans la nature du poil et dans sa couleur. Soumise à des influences diverses, soit de milieu, soit de sélection, une race peut donner lieu à des familles reconnaissables à des signes distinctifs, produits d’une modification plus ou moins prononcée de structure et de couleur, ou même à une nouvelle race. Conséquemment un éleveur pouvant fournir la preuve qu’une des races de chiens qu’il élève est restée pure de tout alliage de sang étranger pendant au moins huit générations, a droit pour elle à la dénomination de (( pur sang ». On attribue alors au « pur sang » le facteur 100. Les produits de ce pur sang avec une chienne étrangère désignée par 0, soit
- 50, sont des demi-sangs, et ceux d’un demi-
- . 100 -f- 50 , ,
- sang avec un pur sang, soit--------— 7o, sont des
- trois quarts sangs.
- En poursuivant d’après le même principe et durant huit générations la reproduction, on arrive à obtenir une fraction qui se rapproche tellement du type primitif 100 qu’elle ne représente plus qu’une quantité négligeable et que les jurys n’hésitent pas à en classer les produits sous la rubrique « pur sang ». Après la cinquième génération, les cas d’atavisme sont rares et de peu d’importance et ils cessent absolument à partir de la huitième génération.
- Les sardines américaines. — L’industrie sardinière est d’introduction récente aux Etats-Unis, et, en 1875, les usines américaines ne produisaient que : 50 000 boîtes de Sardines d’un quarter (12 kg., 700), évaluées valoir 260 000 francs environ; 10000 boîtes d’un demi-quarter de Sardines conservées par des épices et de la moutarde, estimées valoir 8290 francs et 5000 barils de Sardines conservées suivant la méthode russe évaluées à 46 600 francs. Depuis, une quarantaine de sardineries se sont établies en un grand nombre de points des côtes du Nord-Est; le comté d’Eastport, dans le Maine, en possède 16 à lui seul; on en trouve de 1 à 4 dans les localités suivantes : Robbinston, Lubeck, Joncsport, East, Lamoinc, Cainden, Millbridge. Aussi, en 1880, on arrivait à la production'suivante : 6 141400 boîtes d’un quarter, valant 2 708 000 francs, 142 900 boîtes d’un demi-quarter, valant 96 500 francs, 1 141 200 boîtes d’un demi-quarter de Sardines additionnées d’épices, valant 882 600 francs, et 8165 barils de Sardines russes valant 148 000. En cinq ans, la vente des Sardines conservées s’était donc élevée de 514 890 francs à 5854 900 francs, elle s’était plus que décuplée. Cet accroissement s’est continué; en 1888, les sardiniers américains ont vendu 45 millions de boîtes d’un quarter et 50 millions des mêmes boîtes en 1889.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 août 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- Plasticité des roehes. — En poursuivant ses recherches sur le rôle possible des gaz comprimés dans les phénomènes éruptifs, M. Ilaubrée a reconnu que sous l’ef-
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- fort subit des explosions, un grand nombre de roches pierreuses s’écoulent véritablement par le canal de fuite de l’éprouvette dynamométrique. Le gypse, le marbre de Carrare et d’autres substances ont ainsi manifesté une véritable plasticité. En opérant sur des disques superposés de plomb, l’auteur a obtenu des conoïdes très aigus ayant avec les pitons trachytiqucs une intime analogie de forme. M. Danbréo propose de désigner à l’avenir toutes les protubérances éruptives sous le nom d’ecphijsème qui, dans l'antiquité signifiait une (( chose rejetée par un souffle ».
- Régime des protubérances solaires. — On se rappelle que M. Spœrer a démontré naguère un fait très singulier qui concerne la périodicité des taches solaires. On les voit dans le cours de onze années successives se rapprocher régulièrement de l’équateur et y disparaître ; mais à ce moment elles reparaissent simultanément dans les deux hémisphères à 55 ou 40 degrés de latitude et recommencent la même décroissance régulière. Or, le directeur de l’Observatoire de Catane, M. liicco, annonce qu’il vient de retrouver exactement la même allure pour les taches solaires avec la même durée de onze ans entre le maximum et le minimum d’écart par rapport à l’équateur. M. Faye se félicite de ce résultat qui donne une nouvelle confirmation aux vues qu’il a émises sur la liaison intime des taches avec les protubérances. Toutefois il fait remarquer que celles-ci sont aussi liées aux pores qui, dans la plupart des cas, sont invisibles et dont le régime, par conséquent, n’a pas pu être déterminé.
- Le Botrytis du hanneton. — M. Le Moult est parvenu à cultiver le cryptogame hannetonicide sur une très grande échelle. Dès maintenant il a 600 tubes de spores à la disposition des agriculteurs et il ne tardera pas à en avoir 2000. L’année 1892 doit être, d’après les précédents, remarquable par l’éclosion relative des hannetons ; c’est do.Æ une occasion particulièrement favorable pour appliquer la nouvelle méthode de destruction.
- Les poisons et la germination. — Un végétal toxique étant donné, le poison qu’il sécrète a-t-il une influence sur la germination de ses propres graines ? Voilà le problème que s’est proposé M. Cornevin. Il a d’abord expérimenté sur les plantes dont les graines sont vénéneuses, par exemple, sur YAgrostemma cithago et sur le Cytisus laburnum : l’action a été nulle. Il a alors passé à des végétaux dont les principes empoisonnés proviennent d’autres organes que les semefices. Or, la nicotine exerce une action empêchante sur la germination des graines de tabac. Au contraire, l’extrait aqueux d’opium active la pousse des graines de pavot. Ici, l’auteur a voulu préciser davantage et il a comparé l’action des divers alcaloïdes : d’après ses expériences, la narcotirie, Ta narcéine et la codéine favorisent la germination ; la morphine et la thé-baïne sont indifférentes ; enfin la papavérine lui est défavorabla et l’empêche.
- Le viras de la rage et le froid. — Déjà on savait, par les expériences de M. Pictet et par bien d’autres, que les microbes pathogènes et spécialement le Bacillus antliracis n’éprouvent aucun dommage d’une longue exposition au froid. M. le Dr Jobert (de Dijon) montre le même fait pour le virus rabique dans des conditions remarquables. Un lapin mort de la rage fut placé tout entier dans une chambre froide de l’usine Popp et abandonné pendant dix mois consécutifs à une température variant de —10 degrés à —27 degrés. Au bout de ce temps, on inocula successive-
- ment avec sa moelle quatre générations de lapins qui prirent la rage comme si le virus n’avait subi aucune condition thermométrique extraordinaire.
- Les plus anciennes dicotylées. — Au cours de leur belle exploration géologique du Portugal, MM. Delgado et Chauffât ont découvert dans les couches crétacées inférieures un riche gisement de plantes fossiles. M. de Saporta, appelé à étudier ces vestiges, y reconnaît des dicotylédo-nées, les plus anciennes qu’on ait rencontrées jusqu’ici et qui présentent des caractères ambigus voisins de ceux des inonocotvlées.
- L'eau de Seltz. — Voici comment M. le Dr de Pielra Santa résume une étude dont il donne lecture sur la consommation de l’eau de Seltz à Paris : « Par suite des améliorations et des perfectionnements réalisés de nos jours pour la fabrication des eaux gazeuses (construction des siphons, outillage des usines, modes de production du gaz acide carbonique), l’eau de Seltz, boisson hygiénique de premier ordre, peut être désormais fournie au consommateur, dans des conditions irréprochables de pureté, d’agrément et de salubrité. 1° Les fabriques sont alimentées par les eaux de source de la Dhuis et de la Vanne, soumises préalablement à des filtrages répétés au moyen des appareils en renom; 2° aux anciennes méthodes de production du gaz acide carbonique, soit par le blanc de Meudon et l’acide sulfurique, soit par le bicarbonate de soude traité par la chaleur, vient d’être substituée la gazéification par l’acide carbonique liquide, produit chimiquement pur et qui permet, en outre, de remplir les siphons en abaissant la pression de 12 à 14 atmosphères à 8 et 9 ; 5° les armatures ou tètes de siphon sont actuellement formées par un alliage métallique d’étain pur et de régule avec proscription rigoureuse du plomb; 4° la tige ou tube central, tout en cristal, qui traverse le siphon de haut en bas, est actionné par un ressort en cuivre reposant sur un disque-piston cylindrique en ébonite ; 5° le bec de vidange du siphon dans tout son trajet et les parties intérieures de la tète sont recouverts d’une mince couche de porcelaine fine sur laquelle glisse l’eau chargée d’acide carbonique; 6° par ses ingénieuses dispositions, tout le liquide passe de l’intérieur du siphon dans le verre du consommateur sans qu’il y ait jamais le moindre contact métallique entre le contenu et le contenant. »
- Varia. — Le développement des éponges fournit à M. Delage le sujet d’un Mémoire dont on ne nous donne que le titre. —Des photographies prises sur le Stromboli sont adressas par M. Ricco. — Le même savant annonce qu’étant descendu à 60 mètres dans le cratère de l’Etna, il y a vu deux fumerolles, une ascendante et une descendante, cette dernière constituant une véritable cascade de vapeurs. — M. Faye informe l’Académie que le service météorologique des Etats-Unis vient d’être profondément modifié : il passe du service de la guerre à celui de l’agriculture et M. Faye pense qu’il en résultera un grand bien. — Des perfectionnements au thermocautère de M. Pàque-lin sont décrits par M. Verncuil au nom de l’auteur.
- Stanislas Meunier.
- JET D’EAJJ ATMOSPHÉRIQUE
- Par les chaleurs accablantes de l’été il fait bon prendre le frais sur les terrasses, à l’ombre des grands arbres, ou bien encore dans les appartements où le soleil ne pénètre pas.
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- Parmi les objets de décoration sur lesquels la vue se repose le plus volontiers, il faut citer les jets d’eau grands et petits qui semblent devoir vous communiquer une partie de leur fraîcheur. 11 n’y a pas jusqu’au bruit de l’eau, retombant en cascade, qui, par son susurrement, n’invite au repos et à la rêverie.
- Nous allons décrire aujourd’hui un appareil dit « jet d’eau atmosphérique » qui, par son élégance et l’ingéniosité de son mécanisme, mérite d’attirer l’attention.
- Notre première gravure (lig. 1) donne la vue d’ensemble de l’appareil, la seconde, le représente en coupe.
- Le jet d’eau atmosphérique se compose de deux récipients symétriques superposés A et A' (fig. 2) reliés par un ajutage B que traverse une pièce centrale fixe C, autour de récipients. Cette pièce
- Fig. 1. — Petit jet d’eau atmosphérique d’appartement.
- laquelle tourillonnent les est percée de trois orifices b, c, cl, donnant lieu aux communications suivantes : 1° b met
- en communication le récipient inférieur A avec un bassin D placé plus haut, au moyen de la tubulure E et du tube a fixé à l’ajutage B; 2° c fait communiquer les récipients A et A' par le tube a', lequel est fixé à l’ajutage B dans le prolongement de a’.
- Remarquons que les deux tubes a et a' plongent jusqu’au fond des récipients ; 5° d met en communication le récipient supérieur A' avec la lance F par la tubulure G.
- Le tout est monté sur quatre pieds en fer forgé supportant une jardinière surmontée d’une vasque où l’eau retombe en gerbe.
- Voyons maintenant le fonctionnement de l’appareil. Le remplissage d’un des récipients peut se faire de deux manières, par le bassin D en versant de l’eau par la tubulure E et le tube a (fig. 2), ou simplement en démasquant les bouchons de vidange/'et/'par l’un desquels peut se faire le remplissage.
- Supposons le récipient A rempli d’eau, ainsi que le bassin D, l’appareil est au repos, le jet d’eau ne
- fonctionne pas. A ce moment la lance est en communication avec le récipient A', ne contenant que de l’air, au moyen du conduit G et de l’orifice d.
- Faisons maintenant tourillonner le récipient A pour lui faire prendre la position de celui qui est en A', le bassin vient communiquer avec le réci [lient inférieur qui est vide, et le jet d’eau avec le récipient plein supérieur qui est plein. Le récipient inférieur se remplit lentement par l’eau qui tombe en vertu de son poids, et la pression de l’air sur la surlace de cette eau force celle-ci à remonter par la lance et à sortir en gerbe pour retomber dans le bassin. C’est ce qui constitue le jet d’eau.
- Tout le temps que mettra le récipient supérieur à se vider, nous aurons un jet d’eau d’une hauteur qui ira en s’affaiblissant vers la fin de l’opération.
- Pour recommencer, il suffira de changer la position des récipients et ainsi de suite, c’est donc la même eau qui sert toujours ; il suffit d’en ajouter un peu de temps en temps pour compenser la perte duc à l’évaporation.
- Pour l’agrément des yeux, on peut mettre des poissons rouges dans le bassin, qui contient toujours de l’eau.
- Dans le cas où l’on ne veut pas faire de pisciculture, cette eau peut contenir un antiseptique pour purifier l’air des chambres de malades, ou bien être parfumée, ou colorée, etc.
- L’appareil entier est solide et élégamment construit, la corbeille, les récipients et les pieds sont peints et recouverts de vernis, le tourillon est nickelé et pour peu que la corbeille soit garnie de fleurs aux belles nuances, on possède un petit meuble décoratif du meilleur goût. Yves Guédon.
- Fig. 2.— Petit jet d’eau d’appartement. Coupe de l’appareil.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 950. — 15 AOUT 1891.
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- LES CHEMINS DE FER A NOIE ÉTROITE
- Les chemins de fer à voie étroite ne sont pas, à parler précisément, une nouveauté; mais leur appli-
- cation a été longtemps fort restreinte, surtout en France, et n’a commencé à se développer un peu
- largement que depuis quelques années. Us sont aujourd’hui tout à fait en faveur et il est à présumer
- que la plupart des lignes de notre réseau national restant à construire seront établies suivant ce sys-
- Moziçres I
- IS SC
- Fig. 2. —Ligne de Tournon à Lamastre. — Tracés comparatifs à voie normale et à voie étroite.
- tème. A mesure que le réseau se ramifie de plus en plus, le trafic que vont chercher les dernières ramifications devient nécessairement de plus en plus faible et il est bien certain que les rameaux ne doivent pas être constitués comme les maîtresses branches et les troncs principaux. Cela est d’autant plus
- t9c année. — 2“ semestre.
- logique que les régions qu’il s’agit maintenant de desservir sont pour la plupart des régions montagneuses, où la construction de lignes à voie normale demanderait des dépenses tout à fait hors de proportion avec le but à remplir. On le comprend bien à présent et, pour trouver des applications,
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- nous ne serons plus obligés d’aller en chercher à l’étranger et de rebattre les oreilles de nos lecteurs avec ce fameux chemin de fer de Festiniog dont l’exemple nous était jusqu’ici imposé en pareil sujet par notre propre indigence
- Nous n’avons pas la prétention d’aborder la comparaison technique entre la voie large et la voie étroite : nous voulons seulement appeler l’attention sur la principale des causes d’économie qui résultent de Remploi de cette dernière. On croit généralement que cette économie réside tout entière dans la réduction de largeur de la voie, qui entraîne une diminution dans l’importance, des terrassements et des ouvrages d’art. Certes, cet avantage n'est pas à dédaigner et peut atteindre une grande importance dans des cas tels que celui de la figure 1, où la voie doit se faufiler, portée par un mur élevé, entre la route et le torrent. La meilleure utilisation du matériel roulant, où le rapport du poids utile au poids mort est plus favorable que dans le cas de la voie large, constitue encore un des avantages importants de la voie étroite. Mais l’avantage primordial, celui qui fait de la voie étroite un système bien caractérisé, doit être cherché dans d’autres considérations.
- Chacun sait que les roues des véhicules de chemins de fer doivent être calées sur les essieux pour assurer la sécurité du roulement : les essais faits pour les rendre folles, toutes ou partie, n’ont pas réussi. Les deux roues d’un essieu font donc nécessairement dans le même temps le même nombre de tours et, comme les chemins qu’elles parcourent en courbe sont inégaux, il en résulte un glissement, qui apporte à leur progression une résistance notable; cette résistance est encore augmentée par le parallélisme des essieux, qui ne peuvent se diriger suivant les rayons de la courbe. Il est évident que l'influence de ces résistances diminue à mesure que les deux files de rails se rapprochent, c’est-'a-dire que la voie devient plus étroite. Aussi, quand, en voie normale, les rayons des courbes ne peuvent descendre pratiquement au-dessous de o00 mètres, peut-on employer couramment, en voie de 1 mètre, des rayons de 100 mètres et même moins.
- Voilà où réside le grand avantage de la voie étroite : la possibilité de l’emploi de courbes à rayons très réduits. Avec ces courbes, la voie épouse à peu près complètement toutes les sinuosités du terrain le plus tourmenté. Plus de remblais élevés ou de viaducs au passage des ravins, plus de profondes tranchées ou de souterrains au passage des contreforts. Faut-il passer d’une rive à l’autre dans une vallée resserrée, cela est facile pour la voie étroite : ce serait une difficulté souvent insurmontable pour la voie large. S’il s’agit du passage d’un faîte, le tracé à petits rayons se contourne, revient sur lui-même en boucles et s’allonge assez pour racheter la différence de niveau tandis que la voie normale avec sa raideur ne peut trouver un développement suffisant pour atteindre le faîte et doit le franchir par un travail souvent important. Or les
- tunnels, avec leur prix élevé, sont, financièrement parlant, la mort des chemins de fer économiques; il faut arriver à les réduire dans la plus grande mesure possible. La figure 2 qui représente les tracés comparatifs, à grande et petite section, de la ligne de Tournon à Lamastre (réseau du Vivarais), récemment ouverte par la Compagnie des chemins de fer départementaux, montre à quel résultat on peut arriver dans cet ordre d’idées. On a pu, en adoptant la voie étroite, supprimer près de 5 kilomètres de tunnels ainsi que trois viaducs. La constatation de résultats de cet ordre, si importants pour les lignes destinées à desservir un trafic modeste, fait désirer que la faveur accordée aux lignes à voie étroite augmente encore, pour le grand bien des finances publiques. Edme Vielliard.
- EXPÉRIENCES DE M. TESLA
- SUR LES COURANTS ALTERNATIFS DE GRANDE FRÉQUENCE
- En dehors du cercle assez restreint des savants, des ingénieurs électriciens et d’un certain nombre de praticiens spécialistes, les notions générales relatives au courant électrique sont limitées à la loi d’Ohm et à ses conséquences les plus évidentes.
- Les phénomènes de l’hydraulique permettent de se rendre, par comparaison, assez exactement compte de ce qui peut se passer dans un circuit présentant des résistances fixes, soumis à des forces électromotrices constantes et connues, ^et l’on s’en tient là généralement, comme conception et représentation matérielle des phénomènes électriques.
- L’étude des courants alternatifs ordinaires a montré qu’il n’en allait plus de même avec ces courants alternatifs, et que si la loi d’Ohm leur était encore applicable dans toute sa rigueur, elle ne pouvait l’être qu’en faisant intervenir certains facteurs dont 1'inlluence est absolument nulle dans le régime permanent établi sous l’action de forces électromotrices constantes. Les lois de la propagation du courant se sont trouvées singulièrement modifiées, et leur étude théorique et pratique a conduit à des applications dont le développement, pourtant si remarquable, n’est rien, cependant, en comparaison de celui qui leur est réservé dans un avenir prochain. Mais le domaine des courants alternatifs ordinaires est encore à peine exploré, que déjà d’autres recherches, très récentes, semblent devoir en reculer indéfiniment les limites en l’étendant dans des régions à peu près inconnues où nous rencontrons à chaque pas, sur notre route, la surprise, le paradoxe et l’invraisemblable. Malgré l’aridité un peu spéciale du sujet, il nous a paru utile de faire une incursion dans ce domaine, en résumant pour nos lecteurs les travaux très intéressants d’un des pionniers de ces travaux, M. Nikola Tesla.
- Les recherches de M. Tesla ont été présentées par leur auteur, le 20 mai dernier, devant ['American Imtitute of Electrical Engineers, à Columbia Col-
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- loge, New-York, et les journaux américains nous en s donnent le compte rendu complet. Toutes les expé- t riences laites par M. Tesla ne sont pas nouvelles, < les théories avancées pour expliquer certains phénomènes nouveaux ne sauraient être acceptées que sous les plus expresses réserves; mais l'ensemble < de cette étude n’en constitue pas moins un travail <
- important et remarquable qui fera époque dans l’iiis- i
- toire des progrès de la science électrique. ' »
- Avant d’analyser les recherches de M. Tesla, ré- < sumons tout d’abord très'brièvement les caractères1 distinctifs des courants alternatifs. On sait que, lors-< qu’un circuit tourne autour d’un de scs diamètres avec une vitesse angulaire uniforme dans un champ magnétique uniforme, il est le siège d’une force électromotrice périodique changeant de signe deux^ fois par tour, et qui peut être représentée par unu i sinusoïde. Ce circuit fermé sur lui-même ou sur une résistance extérieure produit un courant alternatif sinusoïdal changeant également de signe deux fois par tour. Le temps que met le courant alternatif à changer deux fois de sens s’appelle une période; le nom <X alter nativité est réservé au temps tpie le courant met à passer deux fois de suite par zéro. Il en résulte que la période a une durée double de celle de l’alternativité.
- La fréquence d’un courant alternatif est le quotient du nombre de périodes produites en un temps donné par ce temps : elle s’exprime par un certain nombre de périodes par seconde.
- La fréquence est un facteur caractéristique important et essentiel des courants alternatifs. On conçoit, en effet, que deux courants alternatifs puissent avoir la même intensité moyenne et la même force électromotrice moyenne, tout en étant produits par des courants alternatifs de fréquences très différentes. Actuellement les fréquences employées dans l’industrie varient entre 42 périodes par seconde (Ziper-nowsky) et 155 (Westinghouse), soit 100 périodes par seconde en moyenne. Nous les désignerons sous le nom de petites fréquences.
- Les propriétés des courants alternatifs à petites fréquences sont aujourd’hui bien connues, ainsi que leurs applications a la transformation et à la distribution de l’énergie électrique pour l’éclairage, la force motrice, à certaines opérations électrochimiques dans lesquelles le courant’ sert à amener la chaleur en un point donné, à la soudure électrique, etc. Ces diverses applications ont été successivement décrites assez complètement pour que nous n’ayons pas à y revenir. Une fois ces propriétés bien connues, quelques savants se sont demandé ce que deviendraient théoriquement et pratiquement les propriétés des courants alternatifs si l’on poussait leur fréquence bien au delà des limites industrielles actuelles, et les expériences de Tesla n’ont pas d’autre origine : elles ont été entreprises, continuées et menées à bout dans le but de répondre à cette ques-tion. Les résultats remarquables déjà obtenus ont montré que la question n’était pas oiseuse et que
- son étude expérimentale pouvait produire des résultats féconds au point de vue scientifique, en attendant des applications industrielles dont on n’entrevoit encore que vaguement la possibilité.
- La première difficulté rencontrée par M. Tesla a été la production de ces courants de grande fréquence. Pour exagérer l’influence de la fréquence, il ne suffisait pas, en effet, de doubler cette fréquence. M. Tesla a construit des générateurs électriques avec lesquels il a obtenu jusqu’à 15 000 périodes par seconde, soit 50 000 alternativités par seconde, fréquence de 100 à 150 fois plus élevée que celle des alternateurs ordinairement employés dans l’industrie.
- Dans ces générateurs dont la description nous entraînerait trop loin, les pôles inducteurs ne sont pas en nombre moindre que 500, disposés sur un disque d’assez grand diamètre, et animé néanmoins d’une énorme vitesse angulaire pour pouvoir fournir la fréquence indiquée. Après avoir produit des courants de grande fréquence, il a fallu combiner un transformateur ou bobine d’induction capable de transformer ces courants et d’augmenter leur tension dans un rapport suffisamment grand pour produire des étincelles dans l’air et des phénomènes électrostatiques variés. Mais laissons de côté les modes de production et de transformation de ces courants de grande fréquence pour ne nous occuper que de leurs propriétés si curieuses.
- Les phénomènes électrostatiques produits par les courants alternatifs de grande fréquence et de haute tension fournis par la bobine d’induction présentent des caractères essentiellement différents de ceux des machines électrostatiques ou des bobines ordinaires dont le circuit primaire reçoit un courant interrompu par un trembleur ou le courant produit par un alternateur à faible fréquence.
- La décharge à l’air libre, entre deux pointes reliées aux extrémités de la bobine induite change considérablement d’aspect avec la fréquence employée, l’intensité du courant primaire et la distance des deux pointes entre lesquelles elle jaillit. Elle prend, avec un courant inducteur de faible intensité, l’aspect d’une line ligne lumineuse qui se déplace au moindre souffle, mais devient très persistante dès que l’on rapproche les électrodes. Elle augmente de dimensions avec l’intensité du courant, et prend bientôt l’aspeet d’une véritable Ranime. En augmentant la fréquence, la bobine prend de plus en plus les propriétés d’une machine électrostatique et produit des effluves continues qui se manifestent non seulement entre les deux électrodes, mais jaillissent de toutes les parties saillantes. Ces effluves se produisent même entre le circuit primaire et le circuit secondaire, et mettent en danger l’isolement de la bobine. Des précautions spéciales doivent être prises dans la construction de la bobine pour éviter * ce danger.
- Un diélectrique interposé entre les deux pôles moditie l'aspect de la décharge. Si les pôles se ter-
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- minent par deux sphères métalliques placées à une distance trop grande pour que la décharge puisse se produire, il suffit d’interposer plusieurs latnes de verre entre les deux houles pour que la décharge se manifeste aussitôt avec une remarquable intensité.
- La présence du diélectrique a pour effet d’augmenter la capacité électrostatique du milieu et d’élever le potentiel; les décharges sont alors assez intenses pour percer le diélectrique. Cet effet se produit principalement avec le verre dense et le mica
- Fig. 1, 2 et 3. — Expériences de M. Tesla. — Fig. [. Tourniquet électrique. — Fig. 2. Effluve produite par un fil recouvert de soie. Fig. 5. — Filament incandescent dans un globe non vide d'air; rotation du filament.
- qui possèdent de grands pouvoirs inducteurs spécifiques. Le diélectrique idéal pouvant résister à ces hautes tensions, et propre, par conséquent, à la construction des bobines, devrait présenter à la fois une très petite capacité inductive spé-e et une grande résistance mécanique aux décharges disrup-tives. Un vide parfait ou un gaz sous pression répondent seuls à ces besoins, mais leur application ne semble pas bien pratique.
- Tous les phénomènes de décharge auxquels donnent lieu les machines électrostatiques ordinaires peuvent être reproduits avec les bobines d’induction dont le primaire est alimenté par un courant de grande fréquence, mais les expériences se présentent avec un caractère beaucoup plus marqué et sous une forme plus frappante, eu égard aux quantités d’énergie électrique incomparablement plus grandes que le courant alternatif met en jeu. C’est ainsi, par exemple, que le tourniquet électrique (fig. 1) présente l’aspect d’une véritable effluve tournante ou d’un soleil illuminé par les décharges électrostatiques. Un lil de cuivre recouvert de coton attaché à une des bornes de la bobine (fig. 2) produit des effluves lumineuses qui
- l’enveloppent entièrement ; un fil recouvert de gutta-percha ou de caoutchouc, placé dans les mêmes conditions, semble entouré d’une gaine lumineuse, etc.
- Les courants alternatifs de grande fréquence semblent infirmer la loi relative aux densités électriques connue sous le nom de pouvoir des pointes. En effet, en attachant à l’un des {tôles de la bobine une pointe et une sphère, on observe, avec de très grandes fréquences, que l’effluve se produit aussi facilement sur la sphère que sur la {jointe. L’explication de ce fait d'expérience, donnée par M. Tesla, ne nous paraît pas suffisamment claire pour ({ue nous la reproduisions ici. En garnissant les deux bornes de la bobine de deux colonnes métalliques soigneusement recouvertes d’ébonite,et en fermant toutes les fissures et les joints pour que l’effluve ne puisse se produire qu’aux deux extrémités, on obtient deux véritables flammes presque blanches à leur base, et qui, dans l’obscurité, présentent l’aspect de deux flammes de gaz s’échappant sous l’action d’une pression excessive. Pour M. Tesla, il y a là plus qu’une ressemblance : ce sont de véritables flammes ({ue l’on produit ainsi ; elles ne sont pas aussi chaudes que celles d’un bec de gaz, mais elles pourraient
- Fig. 4, 5, 6 et 7. — Expériences de M. Tesla. — Fig. 4. Lampe à deux filaments. — Fig. 5. Lampe à blocs réfractaires isolés. — Fig. 6. Lampe à filament unique. — Fig. 7. Lampe à filament unique avec réflecteur formant condensateur.
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- atteindre la même température, si, toujours d’après M. Tesla, il était possible d'élever suffisamment le potentiel et la fréquence. Toute partie d’un circuit conducteur ainsi porté à une température élevée est d’ailleurs le siège d’un dégagement de chaleur appréciable, et ce dégagement de chaleur est d’autant plus élevé que la fréquence des changements de potentiel est plus grande. En s’opposant au déplacement des molécules ainsi chauffées, on peut élever beaucoup la température, au point de porter un corps à l’in-ca n d escence.
- C’est ainsi qu’un filament très fin enfermé dans un globe de verre,
- sans même qu’il soit nécessaire de faire le vide dans le globe, peut être porté à l’incandescence. L’expérience, que représente la figure 3, est rendue plus intéressante encore par le fait que le filament décrit un cône autour de son point d’attache, et prend ainsi l’aspect d’un entonnoir lumineux. En faisant varier le potentiel, l’ouverture de l’entonnoir augmente ou diminue. La possibilité de porter un corps à l’incandescence dans un globe fermé, et même non complètement fermé, permettra d’obtenir de la lumière lorsque des procédés industriels de production des potentiels alternatifs de grande fréquence auront été imaginés et réalisés pratiquement.
- M. Tesla a présenté à XAmerican Institution of Electrical En-gineers un grand nombre de dispositions à l’aide desquelles on obtient l’incandescence de certaines substances réfractaires simplement reliées à une bobine permettant de les porter à de hauts potentiels de
- Fig. 8, 9 et 10. — Expériences de M. Tesla. — Fig. 8. Lampe à filament unique et condensateur relié à une plaque de surface variable permettant de faire varier l’éclat. — Fig. 9. Illumination de tubes à vides isolés dans l’espace et soumis à l'influence d’un champ électrostatique variable de très grande fréquence. — Fig. 10. Production de courants alternatifs de grande fréquence à l’aide d’une bobine ordinaire et de décharges disruptives.
- grande fréquence, et c’est par là principalement que les recherches de M. Tesla présentent de l’intérêt
- et de la nouveauté. En reliant une lampe à deux filaments aux deux extrémités de la bobine on obtient l’incandescence des filaments (fig. 4). Le même résultat est obtenu avec deux blocs réfractaires reliés aux deux conducteurs (fig. 5). Dans ces deux dispositions, les parties que Ton veut porter à l’incandescence doivent être renfermées dans le vide le plus parfait que Ton sache produire. Une lampe à un seul filament reliée à la bobine par un seul fil s’illumine également (fig. G). Comme le degré d’incandescence de ces filaments et leur résistance aux hautes températures auxquelles ils sont portés dépendent de leur nature, il semble qu’en employant des matières très réfractaires, on puisse établir ainsi des lampes électriques de longue durée, et qui, portées à un haut degré d’incandescence, auront un rendement lumineux bien supérieur à celui des lampes à incandescence ordinaires.
- Les effets de ces lampes à un seul filament, peuvent être variés en intensité dans de grandes limites en augmentant leur capacité. Il suffit, pour cela, de les garnir à la partie supérieure d’une calotte métallique (fig. 7) formant en même temps réllec-teur, et de relier cette calotte par un fil conducteur à une plaque métallique isolée dont on fait varier les dimensions (fig. 8). L’éclat de la lampe est ainsi changé avec la plus grande facilité. On peut employer un procédé analogue pour produire l’illumination des lampes à deux
- Fig. 11. — Expérience de M. Tesla. — Illumination de lampes à incandescence shuti-tées par un gros conducteur en cuivre. Production de nœuds et de ventres sur le conducteur.
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- filaments dont nous venons de parler. Il suffit d’attacher l’un des fils à la bobine, et de relier le second fil à un corps isolé de dimensions appropriées. Ce second fil et le corps auquel il est relié servent à la dissipation de l’énergie électrostatique, et jouent le rôle d’un fil de retour. La lampe s’allume également en mettant le second fil à la terre. M. Tesla a donc réalisé, en résumé, dans ses expériences, des lampes à incandescence à un seul
- fil-
- Mais l’expérience la plus curieuse est sans contredit celle dans laquelle on obtient l’incandescence, l’illumination de tubes à gaz raréfiés sans aucun conducteur. Cette expérience en elle-même n’est pas nouvelle, mais elle peut être réalisée dans des proportions grandioses à l’aide des potentiels alternatifs de grande fréquence. Le principe de la disposition est indiqué figure 9. Entre deux plaques conductrices parallèles disposées à une assez grande distance l’une de l’autre (plusieurs mètres si l’on veut), isolées de la terre et isolées entre elles, on crée un champ électrostatique alternatif de grande fréquence en reliant les deux plaques aux deux bornes d’une bobine d'induction alimentée par un alternateur à grande fréquence.
- Dans ces conditions, il suffit de placer en un point quelconque du champ, dans une direction sensiblement parallèle à sa propre direction, des tubes allongés renfermant des gaz raréfiés pour que ces tubes s’illuminent aussitôt, bien qu’ils ne renferment aucune partie métallique et n’aient aucune communication directe avec les deux plaques conductrices créant le champ.
- Les tubes s’illuminent dans le champ alternatif électrostatique comme un barreau de fer doux s’aimante en le plaçant dans un champ magnétique. Les effets d’illumination sont considérablement accrus en plaçant dans le tube, comme le faisait d’ailleurs M. Crookes dans ses expériences sur la matière radiante, des matières phosphorescentes telles que de l’yttrium, du verre d’urane, etc. M. Tesla voit dans cette curieuse expérience un procédé idéal d’illumination. U suffirait, pour cela, de créer un champ électrostatique alternatif de grande fréquence dans le milieu à éclairer et de disposer convenablement des tubes à vide aux points que l’on voudrait éclairer. Nous n’en sommes pas encore là au point de vue industriel et pratique, mais les expériences montrent déjà que cela serait possible. La question d’application est intimement liée, pour M. Tesla, à l’invention de procédés permettant la production facile, industrielle et économique de potentiels alternatifs de grande fréquence.
- La communication de M. Tesla se termine par l’indication d’un moyen de production de courants alternatifs de grande fréquence sans avoir recours à des machines spéciales dispendieuses et d’une construction difficile. Ce procédé présente un grand intérêt en ce sens qu’il permettra de reprendre et de compléter les expériences de M. Tesla sans avoir
- recours à un matériel spécial dont peu de savants peuvent disposer. La disposition indiquée par M. Testa est fondée sur les propriétés des bobines d’induction et des condensateurs. Lorsque les bornes d’une bobine d’induction de haute tension sont reliées à une bouteille de Leyde qui se décharge disruptive-ment dans un circuit, l’arc jaillissant entre les deux boules où se produit l’étincelle disruptive peut être considéré comme la source de courants alternatifs d’une énorme fréquence, ou, plus exactement, de courants ondulatoires. L’analogie n’est peut-être pas absolument complète, car on réalise ainsi des séries périodiques de décharges de grande fréquence, séparées par des intervalles de nulle action, au lieu d’obtenir un courant alternatif conservant toujours la même fréquence. Malgré cette différence, les propriétés de ces courants sont assez analogues à celles des courants alternatifs de grande fréquence pour que l’on puisse les utiliser à la reproduction de la plupart des expériences (pie nous avons indiquées. On obtient ainsi de grandes fréquences, à l’aide d’un appareil de faibles dimensions et d’un prix des plus abordables.
- Comme les effets électrostatiques se manifestent dans un circuit pratiquement fermé, ils sont naturellement très faibles. On les augmente (fig.10) en envoyant les courants alternatifs provenant des décharges disruptives périodiques du condensateur dans le circuit primaire d'une bobine d’induction dont le secondaire fournit les différences de potentiel alternatives de grande fréquence nécessaires. Les proportions à donner aux différentes parties de la combinaison ont fait l'objet de longues et nombreuses recherches dont M. Tesla n’a pas, malheureusement, communiqué les résultats, ce qui eût évité bien des tâtonnements à ceux qui auraient l’intention de répéter ces expériences.
- La décharge disruptive d’un condensateur permet aussi de convertir un courant alternatif de haute tension en un courant alternatif de basse tension. Voici comment M. Tesla dispose l’expérience dans ce but (fig. 11). Le condensateur est monté en dérivation sur le circuit induit de la bobine dont le primaire est alimenté par un alternateur ou un courant interrompu. Le circuit à bas potentiel est également monté en dérivation, mais en y intercalant un espace d’air dans lequel se produit la décharge disruptive. Si, comme le représente la figure, ce circuit est constitué par une barre de cuivre très conductrice, ce conducteur est le siège de véritables nœuds et ventres entre lesquels il existe des différences de potentiel variables d’un point à l’autre. En établissant des lampes à incandescence en dérivation sur ce conducteur de grosse section, les lampes s’allument et éclairent, bien que shuntées par le fil de grosse section, et celui-ci ne chauffe même pas. La simple loi d’Ohm est donc mise ici complètement en défaut ; mais il y a plus. En intercalant en dérivation sur le conducteur recourbé en U une lampe à incandescence à filament droit, et en employant des
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- fréquences suffisamment élevées, ce qui est facile à obtenir par une modification convenable de la capacité du condensateur monté en dérivation sur la bobine, on observe un fait plus paradoxal en apparence que tous les autres. Malgré la différence énorme des résistances du filament et de l’air raréfié dans lequel il est enfermé, le courant passe pour la plus grande partie dans l’air raréfié qui devient illuminé, alors que le filament reste noir. L’air raréfié paraît donc pour les courants alternatifs de grande fréquence, beaucoup plus conducteur que le filament de charbon.
- Après avoir signalé les principales expériences présentées par M. Tesla, nous reproduirons textuellement sa conclusion :
- « L’avenir dira dans quelle mesure les résultats obtenus sont susceptibles d’applications pratiques. En ce qui concerne la production de la lumière, quelques-uns de ces résultats sont encourageants et me font croire que la solution pratique du problème se trouve dans la direction que je me suis efforcé d’indiquer. Quoi qu’il advienne, j’ai l’espoir qu’elles marqueront un pas en avant vers la perfection idéale et finale. Les possibilités que font entrevoir les nouvelles recherches sont si vastes que le plus réservé doit être plein de confiance dans l’avenir. Des savants éminents considèrent comme rationnelle l’idée d’utiliser une seule espèce de radiation sans les autres espèces. Dans un appareil combiné pour produire la lumière par transformation d’une forme de l’énergie en énergie lumineuse, un pareil résultat ne saurait être atteint, car quel que soit le processus employé pour réaliser ces vibrations, électrique, chimique ou tout autre, il ne sera pas possible d’obtenir les hautes vibrations lumineuses sans passer par les vibrations thermiques de moindre hauteur. Mais n’est-il pas possible d’obtenir de l’énergie, non seulement sous forme de lumière, mais sous une forme quelconque et plus directement par l’action même du milieu ? Le temps viendra où cela sera possible, et en attendant, le temps est déjà venu où il est permis d’émettre des idées de cette nature devant un public d’élite sans être considéré comme un visionnaire. Nous roulons dans l’immensité avec une vitesse inconcevable pour l’esprit : tout tourne, tout est en mouvement autour de nous, l’énergie de mouvement est partout. Il doit y avoir un moyen d’utiliser directement cette énergie. Alors, avec l’énergie du milieu, avec la puissance qui lui sera empruntée, avec l’énergie obtenue sans efforts sous toutes ses formes, énergie tirée d’un milieu inépuisable, l’humanité avancera à pas de géants. La simple contemplation de toutes ces possibilités magnifiques développe notre intelligence, fortifie nos espérances et remplit nos cœurs d’une joie suprême. »
- Ces paroles qui terminent la conférence deM. Tesla débordent peut-être un peu trop d’enthousiasme ; le poète a, pour un instant, dominé le savant et habile expérimentateur. Malgré ces exagérations, il ne reste pas moins acquis à la science un grand nombre de faits intéressants. M. Tesla est le pionnier d’une voie nouvelle, sans qu’on puisse prévoir encore si elle conduira à un but pratique, ou s’il faudra rebrousser chemin après avoir inutilement exploré le terrain dans lequel elle s’engage.
- E. Hospitalier.
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- STOPPEUR-DÉMARREUR AUTOMATIQUE
- DES TRAMWAYS
- Nos lecteurs, et surtout nos lectrices, savent quelles difficultés on rencontre à faire arrêter un tramway lorsqu’on veut y monter ou en descendre. La répugnance des conducteurs et des cochers à effectuer l’arrêt complet est peut-être attribuable à une consigne qu’il ne faudrait pas trop critiquer, car elle a pour but d’éviter aux animaux la fatigue que leur cause les nombreux coups de collier qu’ils doivent donner au moment de chaque arrêt, et, surtout, de chaque mise en marche. De nombreux essais ont été faits à diverses reprises pour diminuer cette cause de fatigue : le principe des appareils proposés ou expérimentés consiste à emmagasiner l’énergie représentée par la puissance vive du véhicule au moment de l’arrêt dans un ressort, cet emmagasinement agissant comme un frein d’absorption. L’énergie ainsi emmagasinée est ensuite restituée au moment de la mise en marche, et vient diminuer d’autant le travail à produire et le coup de collier à donner.
- L’appareil fixé sur l’un des axes de la voiture renferme deux ressorts en spirale qui se bandent au moment de l’arrêt et forment un frein énergique qui arrête le véhicule ; ils tendent, au contraire, à faire tourner les roues au moment de la mise en marche. Grâce à l’action des ressorts, l’effort que les chevaux doivent exercer pour produire le démarrage se trouve donc considérablement réduit ainsi que leur fatigue. Comme le démarrage ne demande qu’une quantité d’énergie égale au tiers seulement de celle emmagasinée dans les ressorts, le cocher peut disposer des deux autres tiers pour venir en aide aux chevaux dans un passage difficile, une courbe, par exemple.
- L’action des ressorts est suffisante pour faire parcourir à la voiture une longueur de près de 50 mètres en palier. La manœuvre de mise en marche et d’arrêt du stoppeur-démarreur, car tel est le nom qu’il convient de donner à l’appareil qui, par sa nature, remplit successivement les deux fonctions, est des plus simples, et se fait en tournant une manivelle d’un quart de tour à droite ou à gauche, suivant que l’on veut fréner ou démarrer, la position intermédiaire correspondant à une action neutre, les ressorts conservant dans cette position l’état de tension auquel ils auraient été amenés dans l’opération précédente.
- Le stoppeur-démarreur économise non seulement la fatigue des chevaux, mais aussi les sabots des freins qu’il supprime, et l’usure rapide des bandages des roues, conséquence inéluctable de l’emploi des freins. Le même principe peut être appliqué aux omnibus, et meme aux voitures, bien que, dans ce dernier cas, le besoin s’en fasse moins sentir. L’appareil que nous venons de décrire sommairement est en expérience depuis le mois d’octobre dernier sur l’une des voitures de la West Metropolitan Tramways Company, de Londres, et il a été définitivement adopté en service courant depuis trois mois. Des essais ont été faits le 8 juillet dernier, par les soins de la Tramways Automatic Stoppiny and Starliny Gear Company, de Londres, qui exploite ce système, devant un grand nombre de visiteurs compétents, et ces essais très variés ont obtenu le succès le plus complet. D’après Iron, l’appareil expérimenté réalise un important progrès sur les systèmes antérieurs, et son emploi ne saurait tarder à se généraliser.
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- LA MARINE FRANÇAISE
- LA DIVISION CUIRASSÉE DU NORD A CRONSTADT LE (( MARENGO )) ------ LE « FURIEUX ))
- Nous avons toujours tenu nos lecteurs au courant de nos constructions navales, et depuis quelques années, nous avons fait connaître les types les plus nouveaux des navires de notre flotte ; nous y avons joint la description des principaux navires des flottes étrangères *. Au moment où la flotte fran-eçais envoyée à Cronstadt a reçu de S. M. l’Empereur
- de Russie, et de la nation russe tout entière, un accueil si chaleureux qu’il scelle désormais l'intime union des deux peuples, il nous a paru de circonstance de continuer l’énumération que nous avons faite des principaux navires français, en choisissant quelques-uns de ceux qui ont été envoyés à Cronstadt.
- La flotte française qui a jeté l’ancre en face des navires russes le 25 juillet 4891, et qui s’apprête à mouiller à Portsmouth, est notre division cuirassée du Nord augmentée d’un navire cuirassé; elle comprend trois cuirassés d’escadre, le Marceau, le Marengo, le Requin, un garde-côtes cuirassé, le
- Furieux, un croiseur de troisième classe, le Surcou f, remarquable par ses belles formes et sa légèreté, un aviso de deuxième classe, la Lance. Cette flotte est accompagnée de deux torpilleurs qui portent les nos 128 et 129. Ils font partie delà série 126 à 129.
- Le Marceau est le plus important des navires commandés par l’amiral Gervais; il a été détaché de l’escadre de la Méditerranée pour le voyage de Cronstadt, c’est le seul qui soit un type moderne de construction navale militaire, mais nous avons donné précédemment sa description complète et nous n’y reviendrons pas ici2.
- Nous ferons connaître aujourd’hui le Marengo
- 1 Voy. Tables des matières des précédents volumes.
- a Voy. n° 935, du 2 mai 1801, p. 339.
- et le Furieux. Le Marengo à vrai dire est un vieux navire; il a été lancé en 1869; mais c’est à son bord que nos officiers ont donné une inoubliable fête aux officiers russes et aux dames de Cronstadt, aussi nous semble-t-il mériter d’être décrit, ne serait-ce qu’à ce seul point de vue historique. -— Le Furieux, qui est d’un type plus récent, a été lancé en 1885.
- Le Marengo (fîg. 2) est construit en bois; il a 86m,20 de longueur à la flottaison, 17m,44 de largeur extrême et 81U,45 de tirant d’eau. L’épaisseur de sa cuirasse au pont est de0m,08. 11 est armé de quatre pièces de canon de 27 centimètres, de quatre pièces de 24 centimètres, de 12 canons-revolvers et de 7 pièces de 14 centimètres. La machine du Marengo a une puissance de 5600 chevaux, donnant une
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- vitesse de 15 nœuds et demi. Le nombre d’hommes, que ce vieux navire ne figurera pas longtemps officiers et marins est de 670. Il est probable dans notre marine. Le Furieux diffère complè-
- Fig. 2. — Le cuirassé d’escadre le Marengo. (D’après une photographie de MM. Neurdeiu.)
- temenl d’aspect du Marengo (fig. 2); c’est un 17m,72 de largeur extrême, et 6m,60 de tirant d’eau, garde-côtes cuirassé qui a 72m,55 de longueur, Il est construit en fer et acier, l’épaisseur de sa
- Fig. 5. — Le garde-côtes cuirassé le Furieux. (D’après une photographie de MM- Neurdein.)
- cuirasse est de 0m,45. Il compte 2 canons de 10 canons-revolvers. Sa machine a une puissance 34 centimètres, 5 canons de 47 millimètres et de 4107 chevaux lui donnantune vitesse de 14 nœuds
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- à l’heure. Il compte 248 hommes d’e'quipage.
- L’empereur de Russie, lors de la visite qu’il a faite à l’escadre française, a surtout admiré le Marceau qui est, comme nous l’avons dit, un de nos plus récents navires cuirassés. L’attention du Tsar s’est portée sur les remarquables dispositions des canons de 34 centimètres dont ce navire est pourvu. Les affûts sont du système Canet. Les canons sont installés dans des tourelles barbettes à chargement central dans toutes les positions. Les munitions sont amenées directement des soutes jusqu’à l’arrière du canon, au moyen d’un monte-charge qui passe par un tube central sur la plate-forme. Ces affûts sont à freins hydrauliques ; toutes les manœuvres de pointage, mise en batterie et hors batterie, etc., se font au moyen de l’eau sous pression.
- Notre figure 1 représente une pièce de canon, plus modeste, de 14 centimètres; c’est un des types qui se trouve sur la plupart de nos navires cuirassés, le Marceau, la Dévastation, le Marengo, etc1. La pièce figurée sur notre gravure est un canon modèle 1870 M (modifié).
- L’artillerie modèle 1870 M perce une muraille recouverte de plaques en fer d’une épaisseur supérieure au calibre, de 12 centimètres environ (le calibre de ces canons est de 138 millimètres et demi) dans le tir à bout portant, et de 6 centimètres dans le tir à 1000 mètres. Notre dessin montre les servants au moment du tir ; il y a lieu de remarquer que tous sont plus préoccupés de l’appareil photographique que du coup qu’ils ont à tirer.
- Ce moment est celui où le chef de pièce fait partir le coup lorsque la ligne de mire passe sur le but. L’occasion d’envoyer un coup de canon efficace, étant rare avec les grandes vitesses du navire d’aujourd’hui, ne doit jamais être perdue, disent les instructions spéciales. S’il y a du roulis, le chef de pièce doit pointer de façon que la ligne de mire soit dirigée sur le but, lorsque le bâtiment est dans une position moyenne à ses balancements de roulis, et il fait feu avant que la ligne de mire arrive sur le but, soit qu’elle se relève, soit qu’elle s’abaisse2.
- Nous sommes heureux d’avoir eu l’occasion de dire aujourd’hui quelques mots de notre marine et de nos marins, qui ont été acclamés en Russie, parce que les Russes voyaient en eux la France tout entière, dans ce qu’elle a de meilleur : nos braves
- 1 Notre marine possède plusieurs pièces de 14 centimètres: 1° canons modèle 1870; 2° canons modèle 1870 modifié (M) ; 5° canons modèle 1881 ; 4° canons modèle 1884. Ces types diffèrent par la composition des éléments qui les constituent quelquefois par leur forme, et aussi par leur fermeture de culasse.
- 2 Nous devons les renseignements techniques publiés dans cet article à l’obligeance de notre savant collaborateur et ami, M. Léon Renard, ancien bibliothécaire du Ministère de la marine, qui a bien voulu nous envoyer quelques Notes complémentaires de celles que l’on trouve dans son excellent Carnet de l'officier de marine (Berger-Levrault, éditeur). Nous nous faisons un devoir de lui adresser nos remerciements, ainsi qu’à MM. Neurdein frères, les habiles praticiens qui nous ont autorisé à reproduire quelques-unes de leurs belles photographies de marine militaire.
- marins personnifient en effet ce qui contribue le plus à la grandeur et à la puissance des nations, c’est-à-dire l’ordre, la discipline, la science.
- Gaston Tissandier.
- L’ÉNERGIE NÉCESSAIRE
- A LA FONTE DES GLACES
- Dans la troisième semaine d’avril, le petit lac de Joux situé dans le Jura, à 1000 mètres d’altitude, était encore emprisonné sous une couche de glace de 50 centimètres recouverte de 15 centimètres de neige tassée, soit en tout, l’équivalent de 40 centimètres de glace environ. « Les habitants des bords du lac, d’après une lettre, adressée du Sentier à la Revue de Lausanne, prétendaient que le 10 mai le lac ne devait pas être entièrement libre. La surface du lac de Joux étant en chiffres ronds de 10 millions de mètres carrés, il y a donc ainsi 4 millions de mètres cubes do glace à fondre, qui vont absorber une quantité de calorique suffisante pour abaisser sensiblement la température du pays. » A ce propos, nous nous sommes posé ce problème : Quelle est la chaleur nécessaire pour fondre une telle quantité de glace, et en combien de temps la nature peut-elle disposer de la quantité d’énergie nécessaire à ce travail? Bien que ce problème ne puisse être résolu que dans des termes très vagues, les chiffres rencontrés dans le calcul nous ont paru si intéressants, que nous avons cru pouvoir les communiquer à nos lecteurs; nous ne donnerons que des nombres ronds.
- 4 millions de mètres cubes de glace représentent 3 600 000 tonnes, et exigent, pour fondre 288 milliards de grandes calories correspondant à 122 400 000 millions de kilogrammètres ou 455 millions de chevaux-heure. Si, de plus, l’eau doit être évaporée pour permettre à la glace de se fondre en dessous, elle emploie encore 2160 000 000 000 et tous les chiffres précédents doivent être multipliés par 8,5. Dans la fusion d’un bloc de glace, la vaporisation n’entre pas en ligne de compte. Sur une surface horizontale rigide et indéfinie, elle doit être comptée en grande partie; nous supposerons ici que l’eau s’écoule, et nous prendrons nos premiers nombres. La fonte de la glace peut se produire par l’action directe du soleil ou par les vents chauds. Considérons d’abord le second cas, qui est le plus simple. La chaleur spécifique de l’air est 0,26 ; à 1000 mètres d’altitude, l’air chaud pèse environ 1,1 kilogramme par mètre cube; il possède donc par degré, environ 0,29 calorie. Supposons que l’air arrivant sur le lac à 15° le quitte à 5°; chaque mètre cube aura perdu 29 calories ; il faudra donc plus de 100 milliards de mètres cubes d’air pour fondre la glace. Perpendiculairement aux vents dominants, le lac a environ 1 kilomètre de largeur. Si l’airse refroidit sur une épaisseur de 1 mètre, il devra passer 100 millions de mètres cubes à la suite, ou avec une vitesse de 10 mètres par seconde, l’air devra circuler pondant quatre mois sur le lac.
- Calculons maintenant l’effet du soleil. Notre astre central envoie, aux limites de notre atmosphère, une quantité d’énergie comprise suivant les auteurs entre 2,7 et 4 petites calories par seconde pour 1 centimètre carré perpendiculaire au rayon. Pour fondre un bâton de glace de 40 centimètres et de 1 centimètre carré de section, il faut 2880 petites calories; en adoptant le chiffre 4 pour la constante solaire on voit que les rayons attaquant ce bâton par l’extrémité en auront raison en 720 secondes, c’est-à-dire en 12 minutes; le nombre 2,7 ne donnerait
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- pas 20 minutes. Le lac de Joux transporté hors de notre atmosphère, et placé perpendiculairement aux rayons solaires serait donc complètement dégelé en moins de 20 minutes, à la condition que toute la chaleur reçue soit absorbée. D’où vient le désaccord entre cette théorie grossière et la réalité? Les causes en sont multiples. D’abord la plus grande partie de la chaleur solaire est absorbée par l’atmosphère ; elle l’est d’autant plus que le soleil est plus oblique, et dans les plus belles journées de l’été nous pouvons à peine compter sur 1,5 calorie à midi, et sur 0,2 ou 0,3 à six heures du matin. Au mois de mai et par un beau temps, on peut estimer sans doute la radiation à 0,4 environ pendant une moyenne de dix heures. Cette radiation arrive sous un angle maximum de 50 degrés environ ; dans cette direction oblique, la section des rayons solaires correspondant à la surface du lac est diminuée de un tiers : avant et après midi elle l’est bien davantage et devient nulle, au lever et au coucher du soleil. Enfin, la radiation solaire est loin d’ètre entièrement absorbée par la glace ; une portion plus ou moins grande, et qui s’approche de la totalité pour une glace lisse et une incidence oblique est réfléchie ; une partie est reprise par l’air traversé, le reste se perd dans l’espace; enfin, l’effet de l’évaporation n’est pas négligeable, ainsi que nous l’avions supposé. On voit par quelles corrections successives un travail qui nécessiterait de 12 à 20 minutes, si toute l’énergie envoyée normalement par le soleil sur une surface égale à celle du lac servait à la fusion de la glace, passe, comme l’expérience le démontre, à deux ou trois semaines. Nous avons laissé dans le vague cette dernière partie du calcul ; il eût été facile de la préciser ; tel n’était pas notre but ; nous désirerions seulement montrer quelles sont les quantités prodigieuses d’énergie que la nature met en jeu, d’où elle les tire et comment elle les distribue. Le lac de Joux est tout petit, que deviendraient nos chiffres pour les banquises des pôles 1 ? C. E. G.
- LE LABORATOIRE DE
- BIOLOGIE VÉGÉTALE
- DE FONTAINEBLEAU
- Le Laboratoire de biologie végétale' de Fontainebleau est une annexe du Laboratoire de botanique de la Faculté des sciences de Paris, dirigé par M. Gaston Bonnier. C’est sur l’initiative de M. Liard, le directeur de notre enseignement supérieur, toujours préoccupé de faire œuvre utile pour le développement de la science française, que fut décidée, dans le courant de l’année 1888, la création de cette station scientifique.
- Le Laboratoire de biologie végétale a été construit a 500 mètres environ de la gare, sur le bord de la forêt qui le limite à l’ouest et au nord.
- Le Laboratoire tel qu’il est actuellement (fig. 1), d’après les plans de M. Nénot, l’architecte de la nouvelle Sorbonne, correspond à la moitié seulement de l’établissement projeté; la partie qui reste a construire ne sera faite que plus tard, lorsque des cré-
- 1 On peut poursuivre le calcul et déduire des chiffres qui précèdent la quantité de charbon nécessaire pour produire le dégel en question. On arrive à 30 000 tonnes, soit à un million de francs en nombre rond, en supposant toute la chaleur de combustion employée.
- dits nouveaux le permettront. Pour le moment, la salle de recherches (S, fig. 2) peut recevoir vingt-quatre travailleurs. A l’intérieur, vers le milieu de la hauteur, sont suspendues, sur les côtés, deux larges galeries sur lesquelles travaillent les personnes qui s’adonnent particulièrement aux observations microscopiques ou à l’étude des végétaux inférieurs; le bas est de prélérence destiné aux recherches physiologiques qui, avec l’emploi d’appareils, nécessitent plus d’espace. Les instruments indispensables aux études de chimie végétale sont dès aujourd’hui installés dans cette salle.
- A côté de la salle des recherches sont le cabinet du directeur et la bibliothèque. Des conduits, avec des prises nombreuses, amènent le gaz dans ces deux pièces et dans la salle de recherches. L’aile antérieure de la maison est occupée par le chef des cultures, M. C. Duval. Une partie de l’étage supérieur comprend les chambres des travailleurs.
- Dans le prolongement du batiment, au centre des champs de culture qui l’entourent, une serre a été aménagée en vue des expériences qui doivent être faites dans des conditions particulières de température. Cette serre est divisée en serre chaude et en serre tempérée. On peut y établir un renouvellement d'eau continu.
- L’ouverture du Laboratoire de Fontainebleau marque le premier pas fait par la botanique dans la voie où, depuis quelques années déjà s’est engagée avec succès la zoologie. On tend enfin de plus en plus à reconnaître que, dans bien des cas, l’étude anatomique ou physiologique des êtres vivants demande à être poursuivie sur place, dans les conditions mêmes où ces êtres se sont développés; on peut ainsi expérimenter sur des individus plus nombreux et plus sains ; on peut observer les fonctions normales des êtres vivant dans leur milieu naturel. Pour ces raisons déjà la Faculté des sciences de Paris s’est annexé les stations zoologiques maritimes de Banyuls, de Roscotf, de Wimereux et du Havre. L’exemple a paru bon puisqu’il a été aussitôt suivi par les Facultés de province et qu’aujourd’hui des stations zoologiques sont disséminées de tous côtés.
- Mais jusqu’alors la zoologie seule, du moins en France, a eu le privilège des laboratoires de ce genre. Et cependant la nécessité qui a été ainsi universellement reconnue d’aller, en dehors du centre des Facultés, établir des stations spéciales pour l’étude anatomique et physiologique d’une partie du règne animal, nous semble s’imposer plus grande encore pour la botanique. Nombre d’animaux peuvent vivre à l’aise entre les quatre murs d’une cour de laboratoire et déjà fournir à la physiologie animale des sujets nombreux d’investigations. Au contraire, dans les recherches de physiologie végétale, toutes les plantes demandent à être observées à l’endroit même où elles se sont développées, car elles font partie du milieu où elles sont nées. Le premier effet du transport est un état maladif qui enlève beaucoup de certitude aux résultats obtenus. Faire croître ces
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- LA NATURE.
- plantes sur place, il n’y faut pas penser; dans la plupart des laboratoires de nos Facultés, admirablement aménagés d’ailleurs pour l’étude des phénomènes d’étiolement, l’emplacement, l’air et la lumière sont ce qui manque le plus ; toutes les conditions sont réunies pour que les plantes qui s’y développent restent chétives.
- Quand il s’agit d’entreprendre sur les arbres ou sur les arbustes des expériences qui permettraient de résoudre bien des questions encore débattues ou à peine abordées, la difficulté est bien autre. Où se procurer, où conserver, même de simples arbustes ? 11 existe, il est vrai, des jardins botaniques, mais les directeurs ne penseront certes jamais a sacrifier en vue de recherches aux résultats incertains, les quelques exem-
- 1. — Façade latérale du laboratoire de biologie végétale de Fontainebleau. (D’après une photographie.)
- plaires qu’ils ont pourchaqueespèce. Ils auront raison d’ailleurs; le Muséum par exemple ne répondrait pas à sa destination s’il transformait ses jardins en champs d’expériences; il n’a pas été fondé dans ce but, mais dans celui de faciliter par un ensemble de collections unique, les études de classification dans les différentes branches des sciences naturelles, peut s’accorder avec les physiologiques.
- Pour de telles recherches, il faut, avant tout, une végétation spontanée offrant, non plus quelques rares échantillons catalogués, mais, à l’infini, des plantes et des arbres à tous les états de développement. Le physiologiste, outre qu’il est sûr alors d’observer des phénomènes normaux, que ne vient pas troubler un
- .Z.MORrzüJts
- Fig. 2. — Plan et coupe de l’établissement. — V1,V2, vestibules; S, salle de recherches; P, laboratoire du professeur; B, bibliothèque; A, A, A, logement du chef des cultures; G, Palier; 1,2,3,4,D, chambres des travailleurs.
- exigences
- Cette destination ne des recherches
- état maladif, peut, par des expériences aussi répétées qu’il le désire, obtenir le contrôle de ses résultats.
- C’est ce que permet de réaliser le Laboratoire do Fontainebleau placé à proximité de la forêt.
- Voici quel est actuellement le personnel du Laboratoire de bio-
- 1 logie végétale de
- • Fontainebleau.
- J Directe ur :
- * M. Gaston Bonnier, professeur à la Sorbonne ; directeur adjoint: M. Léon Dufour, docteur ès sciences ; préparateur : M. Jumelle, docteur ès sciences ; chef des cultures : M. Duval.
- Le Laboratoire a été officiellement ouvert le 24 septembre 4890 par M. te Président de la République. Avant l’achèvement complet de la partie actuelle, les travailleurs y avaient été admis dès le 45 mai de cette même
- année. Toutes les
- -------------------------------^ chambres du La-
- \
- boratoire sont occupées, même pendant l’hiver. Pendant l’été les travailleurs qui ne trouvent pas place au Laboratoire logent dans les hôtels voisins.
- I) é j à depuis deux ans, plusieurs travaux expérimentaux exécutés au Laboratoire ont été publiés dans les Comptes rendus, dans les Annales des sciences naturelles et la Revue générale de botanique G
- 1 II n’y a aucuns frais à payer pour travailler au Laboratoire. Les demandes d’inscription doivent être adressées à M.. Gaston Bonnier, directeur, 81, avenue du Chemin-de-Fer, à Avon (Seinc-ct-Marne). Le gouvernement roumain a envoyé M. Marcel Bran-dza avec une mission pour faire des recherches pendant cinq ans au Laboratoire. M. Ilerbertson, professeur à Dundee, est venu étudier les méthodes de physiologie végétale employées au Laboratoire. M. Macmilian, de l’Université de Minnesota, a été inscrit pour I8!>1.
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- TURBINE DE PETITE PUISSANCE
- On a souvent besoin dans les laboratoires et les ateliers d’amateurs d’une faible puissance mécanique toujours disponible, pour produire le vide ou la compression de l’air, pour actionner de petits outils tels ([ue tours, scies, perceuses, lapidaires, polis-soirs, agitateurs, etc. En attendant que la distribution de l'énergie électrique soit assez répandue pour fournir a tous la solution idéale du problème au point de vue de la simplicité, de la commodité et de l’économie, car le moteur électrique est incontestablement le plus économique [tour les faibles puissances, on a cherché cette solution dans l’utilisation de l’eau sous pression distribuée aujourd’hui à domicile dans la plupart des grandes villes des deux mondes. Une des plus élégantes solutions dans cet ordre d'idées est, sans contredit, un petit moteur hydraulique connu en Amérique sous le nom de Chicago-top, que nous avons eu l’occasion de voir fonctionner récemment dans le laboratoire de MM. Fribourg et Hesse. L’appareil se compose essentiellement d’une petite roue à ailettes à axe horizontal R, dont le diainèlre ne dépasse pas 8 centimètres. L’eau arrive sur ces aubes par un certain nombre d’ajutages percés sur une cloche distributrice disposée à l’intérieur de la roue à ailettes. L’eau arrive au centre de cette cloche par un tube de caoutchouc de deux centimètres de diamètre environ fixé sur un téton T, et s’échappe par un second tube inférieur T'après avoir agi sur les ailettes. La roue à ailettes et la cloche distributrice sont en bronze, l’axe est en acier. Cet arbre repose d’un coté dans un palier à butée P, et d’autre part, dans un palier ménagé sur le bâti en fonte portant une carapace en fonte qui protège la roue, et recueille l’eau d’échappement. La roue motrice est montée en porte-à-faux à l’extrémité de l’arbre. Une poulie à trois gorges reçoit la petite cordelette servant a transmettre le mouvement de rotation de l’arbre aux appareils à actionner. La
- Chicago-top se construit sous deux modèles différents, la puissance de chacun de ces modèles est d’ailleurs extrêmement variable avec la pression dont on dispose. Pour une chute de 25 mètres, par exemple, fréquemment disponible à Paris correspondant à une pression de 2,5 atmosphères ou de 2k@,5 par centimètre carré, le petit modèle dont la longueur ne dépasse pas 25 centimètres et le poids ok&,5, a une puissance de 2 kilogramrnètres par seconde.
- Pour le grand modèle pesant 7 kilogrammes, la puissance atteint 4 kilogramrnètres par seconde. A ces puissances maxima, la vitesse angulaire de la turbine atteint 4000 tours par minute, aussi faut-il, en général, prévoir une transmission intermédiaire
- entre Y outikà actionner et le moteur afin de réduire cette vitesse dans un rapport convenable.
- Ce petit moteur est remarquable par une construction très soignée de toutes les parties qui le composent, et, en particulier, de la roue à ailettes, roue parfaitement équilibrée afin d’éviter les trépidations qui ne manqueraient pas de se produire à l’énorme vitesse angulaire qu’elle possède si cette condition n'était pas remplie. Les pièces, d’ailleurs en très petit nombre, sont identiques et interchangeables, procédé de construction qui a l'avantage de supprimer radicalement toute réparation, en lui substituant un simple remplacement de la pièce mise accidentellement hors de service. Ue nombreuses applications de ce moteur ont déjà été faites dans certains grands laboratoires de chimie de Paris à la commande de souffleries, de trompes, d’agitateurs et à bon nombre d’autres opérations n’exigeant qu’une faible puissance mécanique, mais demandant que cette puissance mécanique leur soit fournie régulièrement pendant de longues heures, sans aucun entretien ni surveillance. A ce point de vue, on ne saurait actuellement adopter de solution plus simple et plus directe que la Chicago-top, chaque fois que l’on dispose d’une pression suffisante. X..., ingénieur.
- La Chicago lui>, turbine hydraulique de petite puissance. — 1. Vue d’ensemble de la turbine. — 2. Coupe longitudinale. — 5. Coupe transversale montrant les ailettes, la cloche de distribution et les ajustages.
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- LA NATURE.
- ALTÉRATIONS DE PAPIERS ET D’ÉCRITURE
- Dans un récent article1, La Nature donne un artifice pour reproduire l’image fidèle d’un mot tracé sur un papier; le procédé consiste à prendre, à l’insu de l’écrivain, un calque dès figures qu’il dessine. Cet article m’a rappelé une intéressante expérience que j’ai vu réaliser par M. G. Bruylants, professeur à l’Université de Louvain.
- M. Bruylants écrit un mot au crayon sur une feuille de papier reposant sur plusieurs autres. 11 prend ensuite la feuille qui occupait le deuxième ou le troisième rang, et se propose d’y faire apparaître le mot qu’il a écrit; à l’œil le plus perçant, le papier paraît absolument vierge; il est impossible d’y trouver des traces quelconques d’écriture.
- L’habile chimiste expose le papier pendant quelques minutes sur une capsule contenant de l’iode ; ce papier prend une teinte jaunâtre sur laquelle les traits se détachent déjà en brun violacé, mais au moment où il le mouille apparaissent en violet sur fond bleu, très nets, les mots qu’il a écrits sur une autre feuille.
- Le même procédé fait reconnaître toute altération superficielle subie par un papier. Supposez qu’à des mots écrits au crayon on en substitue d’autres, au crayon ou à l’encre, après avoir soigneusement effacé les premiers. Une simple exposition à l’iode, suivie d’un mouillage sommaire, fera apparaître les stries dues au grattage et, ce qui est plus précieux, l’inscription effacée se révélera tout entière à nos yeux! On peut voir, réduits par la photographie, des exemples de cette opération dans l’étude que M. Bruylants a publiée au bulletin de l’Académie royale de médecine de Belgique, en 1890.
- Voici la dernière explication proposée par le professeur de Louvain relativement à ces expériences : on sait que le papier contient une grande quantité d’amidon. M. Bruylants croit qu’il se forme, sous l’influence du mouillage et de la pression, une petite quantité d’hydramide, substance analogue à l’empois d’ainidon (amidon hydraté se formant régulièrement à 60°). L’iode colore l’amidon en bleu, et l’empois prend, sous l’influence de l’iode, une coloration plus puissante. Lorsqu’on écrit au crayon sur un papier quelconque, la pression exercée sur le papier déplace l'eau contenue dans les fibres de ce dernier, et il se forme une petite quantité d’hydramide; formée suivant les lettres, cette substance est colorée par l’iode plus énergiquement que le reste du papier, et se détache en traits nets sur le fond bleu.
- L’origine de ces expériences est une observation bien simple : du papier sec exposé aux vapeurs d’iode prend une teinte autre qu’un échantillon de ce même papier séché après avoir été mouillé. Les parties qui ont été mouillées prennent une teinte violacée, tandis que celles qui sont restées à l’abri de l’eau jaunissent ou brunissent. Si l’on imbibe d’eau un tel papier, les taches prennent une couleur bleu violacé très intense, tandis que les parties qui étaient restées sèches deviennent bleues.
- La netteté des phénomènes ci-dessus décrits dépend de l’espèce de papier employé; le papier de poste ordinaire donne d’excellents résultats; pour la reproduction de l’écriture, il faut placer les deux ou trois feuilles de papier sur un fond dur, tel qu’une plaque de verre ou une tablette de marbre. « On peut, dit M. Bruylants, à l’aide de cette réaction, produire une écriture sympathique : il suffit de tracer des caractères à l’eau sur un papier encollé et satiné. Ceux-ci apparaîtront avec une netteté par-
- 1 Voy. n° 947, du 25 juillet 1891, p. 128.
- faite lorsqu’on aura exposé à l’action de la vapeur d’iode le papier desséché. La nuance brun violacé sur fond jaunâtre virera au bleu foncé sur bleu pâle après mouillage ; ces caractères disparaissent immédiatement sous l’action de l’acide sulfureux. Ils reparaissent encore après une première décoloration, pourvu que le papier n’ait pas été mouillé et qu’on ait opéré cette décoloration à l’acide sulfureux gazeux. On pourrait donc, à l’aide de ce procédé, tracer des caractères qui deviendraient lisibles et disparaîtraient à volonté, pour reparaître encore, ou bien qui serviraient une seule fois et disparaîtraient à jamais. »
- La connaissance de ces expériences sera certainement précieuse pour les experts qui ont à s’occuper des altérations des livres et des papiers ; le matériel à employer est simple, et le procédé opératoire est des plus faciles.
- Félix Leconte.
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- CHRONIQUE
- Distributeur automatique des lettres. — Un
- appareil des plus intéressants, un distributeur-monte-charge automatique électrique pour lettres ou colis, vient d’être inventé par M. J. Golaz-Sénac, de Genève. Cet appareil est destiné à distribuer automatiquement, à chaque étage et à tous les locataires d’une maison, les lettres ou colis qui leur sont destinés. Une grande boîte située au rez-de-chaussée porte autant d’ouvertures qu’il y a d’étages ou de locataires dans la maison. Lorsqu’une lettre ou un autre objet est introduit dans l’une de ces ouvertures, la boîte s’élève et en passant, distribue, s’il y a lieu, dans chacune des boîtes fixes placées dans l’antichambre du destinataire ou sur son palier les objets qui lui sont adressés, et le destinataire en est averti par une sonnerie électrique. De cette façon, les appels des facteurs dans la rue sont supprimés, ainsi que la longue attente qui en résulte. Dans les maisons qui possèdent des concierges, les lettres ou paquets n’auront plus à stationner dans leurs loges, mais arriveront directement chez le destinataire. Si ce dernier est absent, sa boîte aux lettres fixe et fermée à clef lui conservera ses lettres jusqu’à son retour. Ce qui ajoute à la valeur de cet appareil, c’est sa grande simplicité et son coût peu élevé. Voici quelque* détails sur le fonctionnement de l'appareil : L’objet introduit dans la boîte du rez-de-chaussée produit au sommet de la maison un contact électrique qui ouvre le robinet d’un réservoir d’eau. Cette eau, remplissant un cylindre qui fait l’office de contrepoids, enlève la boîte aux lettres qui, en passant devant chaque boîte particulière, s’ouvre par un mécanisme très simple pour y verser son contenu. Lorsque la grande boîte est parvenue au dernier étage, le cylindre plein d’eau se vide et la boîte redescend prendre sa place, prête à fonctionner de nouveau. Ce qui donne une valeur toute particulière à cet ingénieux appareil, c’est qu’il fonctionne automatiquement.
- Canards en Chine. •— La Chine possède, à elle seule, plus de Canards que les autres pays du globe. Autour de tous les villages, des maisons isolées, sur les routes, dans les rues des villes, sur les canaux, les étangs et les rivières, on ne voit que des Canards, dont l’élevage constitue surtout la spécialité des individus habitant des jonques sur l’eau. De grandes maisons d’éclosion produisent un chiffre total de Canetons évalué à 50 000 par an. Le Canard salé et fumé et les œufs de Canards jouent un rôle important dans l’alimentation des Chinois.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 août 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- L'accroissement des huîtres et leur reproduction. — M. de Lacaze-Duthiers, étant revenu avant-hier de Roscoff, rend compte à l'Académie du résultat de ses cultures d’huîtres. Les huîtres, dit-il, mises dans un espace clos, dans un vivier, se reproduisent facilement. Prenant pour ses expériences des embryons extraits des branchies d’une huître, il les dépose dans l’eau et les étudie au microscope. M. de Lacazc-Duthiers signale ce fait que les huîtres ayant pondu, s’émacient, blanchissent et n’ont plus, suivant ses propres expressions, l’apparence appétissante qu’on leur connaît. Cent huîtres, mises dans le vivier, se sont reproduites dont donné des larves assez actives.On sait généralement que les huîtres ne doivent pas être mangées, suivant le dicton, que dans les mois en r, c’est-à-dire pendant les mois dont le nom contient un r (de septembre à avril), mais ce qu’on ignore, c’est qu’il existe un arrêté, permettant la vente des huîtres en tout temps. Le sens consommé des gourmets a su heureusement protéger les huîtres contre une destruction autorisée. C’est contre les règlements obtenus probablement par des marchands d’huîtres au détriment de leur production, que s’élève M. de Lacaze-Duthiers. Les huîtres, pendant les mois de mai à août, présentent une apparence lactescente, craquent un peu sous la dent; c’est du reste la cause du rejet de l’huître en frai. Le savant ostréiculteur fait encore ressortir qu’une seule huître produit plus d’un million d’œufs et que chaque huître en frai vendue, représente une perte énorme. De plus, de l’avis de certains médecins, l’huître à cette époque est vénéneuse, à la façon de la moule, et ne saurait être absorbée sans danger. M. de Lacaze-Duthiers ajoute que les ostréiculteurs se divisent en deux ordres distincts: les producteurs, qui font des essaims et vendent leurs produits; et les éleveurs, qui, comme lui se livrent exclusivement au développement des parcs. C’estcette dernière branche qu’il convient d’encourager et qui est frappée par l’arrêt dont nous venons de parler. M. Duthiers termine en disant quelques mots sur l’organisation de son laboratoire de Itoscoff où plus de 25 travailleurs de toutes nationalités (4 Russes, 2 Suisses, des Américains, des Français) secondent ses louables efforts.
- Les mœurs du Gobius minutus. — Le préparateur de M. de Lacaze-Duthiers a étudié particulièrement ce curieux poisson, minuscule, comme l’indique son nom. Il vit au Laboratoire comme en pleine mer et ce n’est qu’à la suite des plus patientes recherches qu’on a pu observer les faits suivants : la femelle ne fait que pondre et manger, le soin de couver, de défendre la famille, est dévolu au mâle. C’est le mâle qui construit le nid. Pour parvenir à ce but, il cherche une coquille appropriée, la retourne d’un coup de tête et la débarrasse du sable ou des débris qu’elle contient. Alors décrivant une suite de rayons autour de son nid, il crée dans l’eau des courants qui amènent du sable, et recouvre ainsi sa coquille ; il passe alors ses nageoires et son corps dessus pour bien en tapisser les contours. Il appelle ensuite sa femelle et la fait passer dans l’intérieur du nid. Celle-ci pond alors ses œufs recouverts de filaments agglutina tifs. Elle les dépose, puis disparaît et s’en va manger sans relâché jusqu’à ce qu’un autre gobius l'nimne à une nouvelle ponte qu’elle peut effectuer au bout d’une huitaine de jours. Quant au mâle, il se fixe à la place de la femelle, féconde les œufs et défend courageusement son nid; en effet, on trouve tout autour des débris ou des
- cadavres de petits poissons, souvent de même espèce. On n’a pu suivre aussi exactement toutes les opérations que nous venons d’indiquer que par un subterfuge des plus ingénieux. En effet, c’est en substituant à la coquille bombée qui fait le toit de son nid un verre de montre concave, et en le débarrassant du sable que le gobius accumule au-dessus, qu’il a été possible de pénétrer le mystère de la reproduction de cet intéressant poisson.
- Thermo-cautère automatique. — Comme dans la dernière séance, on présente à l’Académie un thermo-cautère. C’est M. Marey qui, au nom de M. Baudry, en donne une description. Cet intéressant instrument est basé sur ce que, lorsqu’on chauffe de l’alcool, les vapeurs se dilatent, l’air est aspiré; on forme ainsi un mélange comburant. L’appareil fonctionne automatiquement, grâce à une spirale en platine qui est portée à l’incandescence par une partie des vapeurs dégagées et qui produit une température assez élevée pour produire l’effet désiré. Dans le thermo-cautère, qui est la première application du principe ci-dessus, l’opérateur gagne par son emploi une grande liberté d’action puisqu’il a toujours une main qui est libre. On peut encore, à l’aide de cet appareil, fondre du platine ou du nickel. La durée d'incandescence de l’appareil présenté, est de vingt minutes, mais cette durée sera prolongée dans les appareils qui seront ultérieurement construits.
- Varia. — M. Fouqdié voulant obtenir un creuset pour étudier l’action de l’eau, en contact avec de la matière incandescente, a été amené à étudier les matières susceptibles de présenter une grande résistance lorsqu’elles sont portées au rouge. Pour obtenir ce résultat, il a suspendu à divers fils de métal portés au rouge des poids de plus en plus forts. 11 résulte de ses conclusions que le fer au rouge sombre s’étire avec facilité; qu’il en est de même du platine. Ayant expérimenté avec des fils de platine et de cuivre portés au rouge, il n’obtint pas de meilleurs résultats. Il fut ainsi conduit à adopter le platine irridié comme le plus propre aux expériences qu’il poursuivait : en effet, un fil de 0m,001 de section peut être porté au rouge le plus intense sans s’allonger sensiblement sous l’action d'un poids de 5 kilogrammes. Il ferma son creuset de platine irridié d’un bouchon vissé et martelé, après l’avoir rempli de granit fondu et d’eau. L’ayant soumis au rouge vif pendant un mois, on s’aperçut que le poids en avait diminué et que l’eau avait complètement disparu. L’analyse qui a pu être faite des cristaux déposés dans le creuset a montré qu’ils étaient attaqués par l’acide fluor-hydrique et qu’ils contenaient de la silice, de l’alumine, de la potasse et très peu de chaux. — M. Charcot présente un Mémoire d’un savant de Rio-Janciro sur l’inoculation préventive delà fièvre jaune. Depuis 1887, on a augmenté sensiblement le chiffre des inocidations. La statistique des résultats obtenus est très significative ; c’est le résumé des pourcentages de morts inoculés ou non qui ont succombé pendant le cours de cinq épidémies successives : on a 0,04 pour 100 de morts inoculés préventivement au lieu de 40 pour 100 morts non inoculés. La conclusion s’impose. — Vient ensuite une Note de M. Maurice Mendelsohn sur les maladies des centres nerveux et des muscles. L’auteur a recueilli les courbes inscrites sur un enregistreur suivant différents types pathologiques déterminés et les a classées en quatre sections bien marquées. On pourrait donc porter un diagnostic d’après la courbe donnée à l’enregistreur par divers malades. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA FEMME ESCAMOTÉE
- II y a quelque temps, La Nature publiait un article dévoilant un truc de théâtre intitulé La litière ou le palanquin et qui avait pour but d'escamoter une femme1. Dans cet article, l'auteur citait un autre escamotage du même genre, qui eut beaucoup de succès il y a quelques années et qui est maintenant exécuté par les prestidigitateurs. Nous allons faire connaître le procédé employé : il excite au plus haut point la curiosité des spectateurs.
- Donnons d’abord la description de l’expérience telle qu’elle est présentée : l'opérateur se fait apporter une
- chaise, un journal et un châle de soie très léger.
- II prend le journal, le déplie et l’étend par terre pour isoler complètement la chaise qu’il place pardessus. Derrière, à peu de distance, il dresse un paravent. Ces préparatifs une fois terminés, on voit entrer une femme vêtue d’un costume quelconque, grec ou romain généralement ; elle va s’asseoir sur la chaise. Le prestidigitateur la couvre du châle dont nous venons de parler (fig. 1), il referme peu à peu ce châle de manière à bien recouvrir le sujet en finissant par les genoux et les pieds ; il s’éloigne alors un peu, prononce la formule sacramentelle : « Une, deux... » et au mot «Trois », le châle et la femme disparaisssent comme par enchantement, ne laissant en place que le journal et la chaise du
- Fig. 1. — La femme est recouverte d’un châle de soie.
- début (fig. 2). — L’effet de cette expérience bien exécutée est considérable et quand on ne connaît pas le procédé employé, on ne peut en croire ses yeux.
- Depuis l’invention de ce truc, tous ceux qui l’ont appliqué l’ont plus ou moins perfectionné ou modifié dans sa forme, mais le fond reste le même et voici dans ses grandes lignes la marche suivie et l’explication du mystère.
- Tout d’abord si nous touchons le journal nous voyons qu’il est en caoutchouc et qu’une large fente est pratiquée dedans. Ce journal se pose au-dessus d’une trappe, la chaise étant mise dessus, de façon à ce que la trappe s’ouvre à peu près entre les pieds de devant où la femme vient s’asseoir. Pendant qu’on enveloppe la femme du châle, une armature invisible de métal soutient ce châle, et lui donne la
- 1 Voy. n° 919, du 10 janvier 1890, p. 95.
- Fig. 2. — Le châle et la femme ont disparu subitement.
- forme du corps ; lorsque le châle est entièrement placé, la femme qui a fait basculer le paillon de la chaise passe entre les pieds au travers du journal, dans la trappe qui a été ouverte du dessous, et se laisse glisser sous le plancher. A ce même moment, le paillon de la chaise est replacé, et au commandement de « Trois » le châle qui est relié a la coulisse, par un fil invisible, est tiré vivement. Il semble que ce soit la femme et son enveloppe qui s’évanouissent et le mouvement du châle qui s’en va ne peut être saisi par l’œil du spectateur. Il est bien entendu que les armatures disparaissent du même coup ne laissant de visible que la chaise. En outre, on comprend facilement que le caoutchouc du journal reprenant sa première forme ne laisse rien subsister de l’ouverture. Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- N# 951. — 22 AOUT 1891.
- LA NATURE.
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- COLLECTIONS RAPPORTÉES DU TURKESTAN ORIENTAL ET DU TIRET
- Dans les steppes entre le Lob-Nor et le Tengri-Nor, paissent d’immenses troupeaux d’Yacks sau-
- vages (Poephagus grunniens), sorte de Bœufs couverts d’une épaisse toison, qui sont propres au
- Tibet, mais que l’on avait espéré, il a quelques années, pouvoir acclimater dans notre pays. L’Yack
- 1 Suite cl fin. — Voy. n° 948, du 1er août 1891, p. 134. 19e année. — 2e semestre.
- en effet a été, il y a des siècles, réduit en domesticité sur certains points du Tibet, et rend aux habitants de ce pays des services variés. Son poil sert à fabriquer des tissus épais et résistants; sa
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- IA NATURE.
- queue touffue est employée pour faire des étendards ; sa chair est succulente et son lait ne le cède pas en qualité au lait de nos vaches domestiques; enfin, comme hôte de somme et de trait, et meme comme monture, l’Yack est très apprécié des Tibétains, à cause de sa vigueur, de son adresse et de la sûreté de son pied. C’estpourquoi l’on avait accueilli avec joie l’importation en France, au printemps de 1854, par les soins de M. de Montigny, consul de France à Shanghaï, d’un troupeau de onze Yacks, mâles et femelles, les uns blancs et pourvus de cornes semblables à celles de nos Bœufs indigènes, les autres noirs et désarmés. On avait fondé le plus grand espoir sur ce troupeau, qui lut partagé entre la ménagerie du Jardin des Plantes et différents propriétaires ou comices agricoles ; mais, malheureusement, les Yacks ne tardèrent pas a dégénérer sous notre climat.
- Jusqu’à ces derniers temps, les peaux empaillées de quelques-uns de ces Yacks introduits en France, ou de leurs descendants, représentaient seules l’espèce du Poephagus grunniens dans les galeries du Muséum ; mais actuellement, cet établissement possède un magnifique spécimen de Yack sauvage, qui a été tué au sud de Lob-Nor, par le prince d’Orléans, et dont la dépouille, rapportée,. Dieu sait avec quelles difficultés, à dos de chameau ou de cheval, à travers le Tibet et le Tonkin, a été admirablement préparée par les habiles taxidermistes du laboratoire de la rue de Buffon (fig. 1 ). En comparant ce spécimen aux exemplaires anciens, il est facile de se rendre compte des modifications que l’espèce a subies sous l’influence de l’homme, et par suite d’un changement de milieu. Chez l’Yack domestique, en effet, le pelage, d’une finesse remarquable, est souvent d’un blanc argenté ou d’un gris varié de blanc, et les cornes, lorsqu’elles ne sont pas atrophiées, se recourbent simplement en dehors et en haut (fig.2); au contraire, chez l’Yack sauvage, le pelage est d’un noir uniforme ou très légèrement nuancé de brun, et les cornes, qui mesurent près de 90 centimètres, décrivent une S incomplète, en se dirigeant en dehors, puis en avant, et ensuite en haut, ainsi que l’on peut en juger par l’une des figures ci-jointes (fig. 5). En outre, chez les taureaux sauvages, tels que celui qui a été donné au Muséum par le prince d’Orléans, la taille est toujours beaucoup plus forte que chez l’Yack domestique, la hauteur au garrot atteignant près de deux mètres, et les longs poils qui garnissent les flancs et qui recouvrent les membres descendent beaucoup plus bas que chez l’individu figuré par Przewalski1. On conçoit que la chasse d’un tel animal n’est pas sans présenter de sérieux dangers, car il est très difficile de l’abattre du premier coup, et lorsqu’il est blessé, il se précipite souvent avec furie sur son adversaire.
- Les vieux taureaux se tiennent d’ordinaire à l’écart du troupeau, qui comprend souvent une centaine de têtes, ou même davantage, et qui se com-
- 1 Mongolie et pays des languies, édit, allemande. — Iéna, 1871, p. 404.
- pose de femelles avec leurs veaux et de jeunes mâles. Ces troupeaux paissent sur les plateaux et sur les flancs des montagnes, à une altitude de 4000 à 5000 mètres, et, dans le nord du Tibet, vivent parfois côte à côte, avec les Koulans et de belles Antilopes, au mufle épais, au pelage laineux, aux cornes annelées s’élevant d’abord verticalement, puis s’écartant l’une de l’autre vers l’extrémité. Un spécimen de ces Antilopes, qui portent le nom spécifique de Panthalops Iiogdsoni et qui sont connues des Tibétains sous le nom d’Orongos, figure dans la même vitrine que les Kiangs dont nous avons parlé dans un de nos précédents articles.
- En traversant l’Altyn-Tagh, chaîne de montagnes qui s’étend de l’ouest à l’est, le prince d’Orléans etM. Bonvalot ont aperçu sur les rochers quelques Mouflons (Pseudovis Burrhal) et d’assez nombreux Argalis (Ow's Polii), pourvus de cornes monstrueuses, recourbées en tire-bouchon et semblables au magnifique spécimen qui a été donné il y a quelques années au Muséum, par MM. de Breteuilet Ridgway. Dans le Tibet proprement dit, ils ont tué une foule de Carnassiers, des Renards ( Vidpes fer-rilatus), des Lynx, les uns tachetés, les autres d’un ton fauve uniforme, des Onces, des Panthères au pelage bien fourni, des Chats de petite taille [Félis manuï), assez semblables à nos Chats angoras, sinon pour la couleur, au moins pour l’épaisseur de la fourrure, des Martres, des Blaireaux (Meles ou Arctonyx robustus), différant de nos Blaireaux d’Europe par la dentition, et des Ours à pelage fauve tiqueté, avec un large collier clair (Ursus col-laris), qui sont appelés Djemos par les indigènes, et qui atteignent parfois une taille énorme. Us ont obtenu également un très grand nombre de Rongeurs, des Écureuils gris et rouges (Sciurus erylhro-gaster), des Écureuils volants au manteau rouge, à la face blanche, appartenant à une espèce (P te-rormys alboi'ufus) qui avait déjà été rencontrée dans une autre partie du Tibet par l’abbé A. David, et qui a été décrite par M. A. Milne Edwards ; des Rats, des Marmottes (Arctomys robustus), dont la dépouille est employée par les Tibétains pour faire des étuis à fusils, des Lièvres proprement dits et des Lagomys (Lagomys Dedekensi et L. erythrorhyn-chus), petits Rongeurs qui appartiennent à la même subdivision que les Lièvres et les Lapins, mais qui sont de taille beaucoup plus réduite et ne se rencontrent que dans les régions alpestres. Enfin, l’expédition a rapporté plusieurs dépouilles de Singes du Tibet, et même un jeune Macaque vivant qui a été immédiatement placé dans la ménagerie du Muséum.
- Dans cette longue énumération, nous avons forcément omis beaucoup d’espèces, et même des espèces très remarquables, comme le Grandala cæli-color, qui vit en été dans le voisinage des neiges éternelles et qui, par la couleur de son plumage, semble être Y Oiseau bleu des légendes ; mais la liste que nous avons donnée suffit amplement, croyons-nous, à démontrer la valeur et l’importance des
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- LA NATURE.
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- collections formées par l’expédition de M. Bonvalot et du prince Henri d’Orléans, surtout si l’on songe que nous n’avons tenu compte que des Mammifères et des Oiseaux. A ces collections, qui comprennent plusieurs centaines de spécimens généreusement offerts au Muséum, viennent encore de s’ajouter de nouveaux exemplaires que le prince d’Orléans a reçus de la mission de Tâtsiènlôu, et parmi lesquels on remarque des Antilopes (Næmorhedus Ed-wardsï), des Budorcas, Ruminants intermédiaires entre les Antilopes, les Chèvres et les Moutons ; des Cerfs et plusieurs espèces d’oiseaux, Lophophores, Tétraogalles, etc., qui vont prendre place dans les galeries du Jardin des Plantes, à côté des spécimens qui ont été rapportés antérieurement par M. A. David, et sur lesquels nous avons appelé jadis l’attention de nos lecteurs *. E. Oüstalet.
- DISTANCE DES ÉTOILES
- M. Elkin a récemment confirmé, par la mesure des parallaxes de dix des grandes étoiles de notre ciel du nord, les nombres donnés par Gylden, 0",084 et par Peters, 0",102 pour la moyenne des parallaxes des étoiles primaires. M. Elkin trouve une moyenne de 0",089. En exprimant cette distance moyenne d’après la vitesse de la lumière qui est de 500 mille kilomètres par seconde, on trouve que, pour nous venir des plus belles étoiles de notre ciel, la lumière met en moyenne 54 ans et demi. D’autres étoiles ont été mesurées sous le même rapport, la 61e du Cygne reste bien, de toutes les étoiles du nord, celle qui est la plus voisine de nous, avec une durée de dix ans environ pour nous envoyer sa lumière, il/. Prit-chard continue à appliquer à la détermination des parallaxes la méthode photographique et en obtient des résultats de plus en plus satisfaisants. 11 serait bien à désirer, dit le Journal du Ciel, que cette méthode devînt une méthode sûre, car avec elle le travail de mesures serait considérablement simplifié et, plus que tout autre, elle se prêterait à des vérifications fréquentes et faciles.
- LES CANAUX MARITIMES
- Depuis l’heureux percement de l’isthme de Suez qui a donné une si magnifique impulsion à la navigation et au commerce du glohé, les canaux maritimes sont en vogue. Aussi, parmi les nombreux projets qui ont partout surgi, en est-il plusieurs dont l’exécution est entreprise et d’autres qui sont l’objet de sérieuses études. D’ailleurs, les progrès sans cesse réalisés par la science rendent ces travaux de plus en plus faciles.
- L’Europe, profondément découpée par des bras de mer et devenue par cela l’un des centres de la civilisation, présente, en maintes régions, des isthmes à travers lesquels la main de l’homme peut ouvrir des voies maritimes accessibles aux grands navires et créer ainsi des routes nouvelles, abrégeant très utilement la navigation d’une mer à l’autre.
- 1 Voy. n° 105, du 5 juin 1875, p. 2; n° 109, du 3 juillet, p. G5; n° 115, du 14 août, p. 170; etn° 117, du 28 août 1875, p- 193 (Les Mammifères du Tibet).
- Sur le continent européen, trois canaux maritimes sont actuellement en cours d’exécution et en bonne voie d’achèvement. <
- La plus ancienne de ces grandioses entreprises est-le creusement de l’isthme de Corinthe, commencé en 1882, dans le but de faire communiquer le golfe de Corinthe, sur la mer Ionienne, avec le golfe d’Egine, dans l’Archipel, en séparant du continent laMorée, qui deviendra une île. Le canal de Corinthe aura 6550 mètres de longueur et 8m,50 de profondeur. Après des vicissitudes diverses, les chantiers furent abandonnés en 1889 et la dissolution de la Société internationale du canal s’ensuivit; mais une Compagnie hellénique s’est récemment constituée pour achever les travaux, qui vont être repris avec activité, malgré les difficultés rencontrées dans le percement. Les deux tiers des déblais étant déjà effectués, la nouvelle Société a pu s’engager à terminer le creusement avant le 1er janvier 1895.
- Le Gouvernement russe a fait commencer en 1889 les travaux du canal maritime de Pérékop, qui mesurera 10 kilomètres de longueur et fera de la Crimée une île, en unissant l’ouest de la mer d’Azof à la mer Noire, à travers l’isthme de Pérékop. Comme la profondeur de ce canal ne dépassera pas 4 mètres, les navires d’un fort tirant d’eau n’y auront pas accès. Les bâtiments devront traverser le bras de mer nommé Sivach et passer le détroit de Génitschesk, au nord de la flèche d’Arabat.
- Par suite de l’absence de communications maritimes directes entre la mer du Nord et la Baltique, l'empereur Guillaume Ier décida, surtout dans l’intérêt stratégique de la marine allemande, de réunir les deux mers par un canal à travers le Schleswig-Holstein. Les travaux d’excavation, commencés en 1887, ont été menés depuis lors très rapidement. Ce canal, qui ira de Iloltenau, dans la baie de Kiel, à Brunsbuttel, à l’embouchure de l’Elbe, aura 99 kilomètres de longueur et 8m,50 de profondeur; il isolera le Danemark du continent. Comme les deux précédents, le canal du Schleswig doit être livré à la navigation en 1895.
- Une Société franco-anglaise a été autorisée par le Gouvernement danois à creuser dans le nord du Jutland un canal maritime allant du Skager-Rack au Kattégat. Son point de départ sur le premier de ces détroits sera dans la baie de Jammer, d’où le canal, après un parcours d’environ 15 kilomètres, atteindra le Limfjord, qu’il suffira d’approfondir également jusqu’à 7 mètres pour aboutir à Hais et au Kattégat.
- Un projet de canal dont on s’occupe sérieusement en Grande-Bretagne est celui qui consisterait à faire communiquer les côtes est et ouest de l’Ecosse, par une voie navigable à grande section, allant du golfe de Forth au golfe de la Clyde, fleuve sur lequel sé trouve le grand port de Glascow. Plusieurs tracés sont présentés pour ce canal, qui aurait une soixantaine de kilomètres de longueur.
- Signalons en outre deux projets de grands canaux I maritimes à écluses ; celui de l’Océan à la Méditer-
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- ranée, qui traverserait le sud-ouest de la France, de Bordeaux à Narbonne, parallèlement à la Garonne jusqua Toulouse, et dont la longueur atteindrait 406 kilomètres; et celui unissant en Italie l’Adriatique à la mer Tyrrhénienne, de Fa no, au nord d’Ancône, à Castro, au-dessus de Civita-Vecchia, en passant par les lacs de Trasimène et de Bolsène, ce qui lui donnerait un développement de 282 kilomètres. Sans doute, il s’agit là de projets trop gigantesques pour être actuellement exécutés, mais il est permis de croire que ces conceptions seront réalisées un jour.
- Après les nombreux canaux maritimes de l’Europe, disons quelques mots de ceux du grand continent américain.
- Le percement de l’isthme de Panama est malheureusement interrompu, quoique la moitié en soit accomplie. M. Bonaparte Wyse a obtenu du Gouvernement colombien, à la fin de l’année dernière, la prolongation pour dix ans du délai de construction du canal, à la condition qu’une nouvelle compagnie reprendrait les travaux avant 1893. Les deux principaux projets d’achève-fiient du canal, dont la longueur sera de 75 kilomètres, de Colon à Panama, sont: celui de M. Sautereau, qui comprend un lac intérieur et deux écluses géantes pour franchir le massif de la Culebra, et celui de M. Eiffel, qui consiste à remplir ce but avec les cinq écluses que la compagnie de M. de Lcsseps avait commandées à l’éminent ingénieur.
- Non loin, au nord de Panama, dans le Nicaragua, un canal interocéanique à écluses a été activement entrepris en 1889 par une compagnie américaine, pour faire concurrence au canal français. Ce canal, empruntant le cours du rio San-Juan et traversant le grand lac de Nicaragua, ira de Greytown, sur l’Atlantique, à Brito, sur le Pacifique; sa longueur égalera 273 kilomètres, dont 65 seulement en tran-chée, la navigation étant libre sur le reste du parcours. On compte achever les travaux vers 1896.
- Un grand projet, pour l’exécution duquel une Société s’est fondée à New-York, est celui qui consisterait à ouvrir un canal à travers la partie septentrionale de la presqu’île de la Floride, pour abréger
- la route maritime entre l’Atlantique Nord et le golfe du Mexique, de l’embouchure de la Saint-Mary’s River à l’Appalachee Bay, soit plus de 250 kilomètres.
- Mentionnons également le gigantesque projet de communication maritime entre le golfe du Saint-Laurent et le golfe du Mexique, par les grands lacs, le Mississipi et des canaux à grande section qui relieraient ces voies naturelles.
- Enfin, il y a en Asie deux intéressants projets de canaux maritimes qui sont depuis longtemps à l’étude.
- Le principal est celui d'après lequel on percerait l’isthme de Kra, dans le nord de la presqu’île de Malacca, pour unir le golfe du Bengale au golfe de Siam, ce qui éviterait le circuit par Singapore, pour aller de l’Inde en Chine. Ce canal s’étendrait de
- l’estuaire du Pak-schan, sur le golfe du Bengale, à l’embouchure du Tchou-Pong,dans le golfe de Siam ; sa longueur serait de 45 kilomètres.
- L’autre projet, que le gouvernement anglais semble disposé à exécuter, est celui d’un canal maritime, de 2 kilomètres seulement de longueur, à travers File de Rumesc-rum, destiné à permettre aux navires de passer entre File deCey-lan et la cote de l’Hindouslan. L’ilc de Rameserum, qui sé trouve dans le détroit de Palk, est réunie aux deux côtes voisines par des récifs madrépori-ques qui empêchent la navigation. On éviterait ainsi de faire le tour de Ceylan pour se rendre du Malabar au Coromandel et réciproquement.
- On voit, par ce court aperçu et la petite carte que nous y joignons, l’importance des modifications que l’homme fait subir à la configuration de la surface du globe, pour faciliter les communications et augmenter ainsi son bien-être général. Certes, la création des nouvelles routes maritimes dont nous venons de parler nécessite la dépense de plusieurs milliards, mais ces heureuses transformations ont de si grands avantages et amènent de tels progrès, qu’elles sont destinées à devenir des sources d’immenses richesses et de puissants véhicules de la civilisation.
- Jacques Léotard.
- EUROPE
- ETATS -U/rtIS
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- AMERIQUE
- CENTRALE
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- Carte des canaux inarilinies.
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- LE DROMOGRAPHE
- DE M. DE LA ROULLE
- Cet appareil a pour but de reproduire graphiquement sur un cadran en papier, convenablement gradué, toutes les circonstances du mouvement d’une machine quelconque, locomotive, voiture, vélocipède, etc.
- Le cadran est mis en rotation uniforme par un mouvement d’horlogerie. Un style, guidé par une coulisse immobile, se déplace le long d'un rayon déterminé: ce style reçoit son mouvement d'une came actionnée directement par le moteur à étudier. Si le moteur est au repos, le style reste fixe et trace sur le cadran un arc de cercle. Le moteur marche-t-il, la came tourne avec une vitesse proportionnelle à celle du moteur, elle pousse le style, et la courbe s’éloigne d’autant plus rapidement du cercle que la vitesse est plus grande. On obtient, donc un graphique en coordonnées polaires, dont les différentes portions comprises dans les secteurs horaires successifs font connaître immédiatement toutes les phases du mouvement, l’inclinaison d’un élément de la courbe indiquant la vitesse à l’instant correspondant.
- La ligure 1 ci-dessus re-présente l’appareil. Une montre, disposée de façon que le mouvement entraîne le cadran, porte sous ce cadran la came G DE et le style S maintenu par une coulisse et appuyé contre la came par le ressort r.
- Quand la came aura marché de sorte que la ligne AE soit venue se placer sous la coulisse en AB, le style S sera ramené vivement par le ressort r, en traçant une tombée suivant un rayon jusqu’au cercle d’origine à partir duquel il recommencera a tracer une nouvelle courbe. Le nombre des tombées, dans un temps donné, édifiera d’un coup d’œil sur l’allure du moteur.
- La came se relie au moteur au moyen d’une bielle à cliquet rattachée à l’arbre de la machine ou à l’essieu de la roue, quand il s’agit d’une machine rotative ou d’une voiture. Elle est actionnée par un balancier oscillant, si l’appareil doit fonctionner comme podomètre; et l’on doit remarquer que le
- dromographe peut être employé sous cette forme non seulement à pied, mais à cheval, en voiture, en chemin de fer, qu’il soit placé dans une poche du voyageur, sur la pointe du collier du cheval, ou dans le panneau d'une portière.
- La solution donnée par M. de la Roulle a un problème qui intéresse tout le monde, est donc aussi générale qu’elle est simple et élégante. La première montre, le premier réveil venu, peut être transformé en dromographe.
- Nous devons ajouter que le dromographe la Roulle a été essayé sur une locomotive du chemin de fer des mines de Roche-la-Molière et qu’il a montré avec autant de netteté que de précision toutes les variations de la marche. Les changements de vitesse, la durée des périodes de marche et des temps d’arrêt, en un mot, toutes les circonstances du mouvement sautaient aux yeux sur le diagramme 1.
- Un dromographe, placé sur le ventilateur du puits du Bardot, à Saint-Etienne, fonctionne d’une façon complètement satisfaisante depuis plusieurs mois. Le graphique reproduit dans la figure 2 a été obtenu du 18 au 19 mars 1891 (il y avait alors à la came un léger défaut que l’on a fait disparaître depuis). La vitesse régulière de la machine, 94 coups par 1 minute, correspond à une droite inclinée de 25° sur le rayon. On voit que le papier tracé pour douze heures pourrait, en réalité, servir vingt-quatre heures et même plus2.
- 1 Comptes rendus de la Société de l'industrie minérale. Séance du 5 août 1889, à Saint-Etienne. i Ibid. Séance du 7 mars 1891, à Saint-Étienne.
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- U y a donc là un appareil intéressant, entré dans la pratique, et qu’il nous a paru bon de faire connaître aux lecteurs de La Nature.
- INFLUENCE DE LA. LUNE SUR LES ORAGES
- Il faudrait un volume pour résumer toutes les opinions qui ont été émises au sujet de l’influence exercée par la Lune sur les phénomènes météorologiques. Après bien des discussions, on ne saurait aujourd’hui rien affirmer d’absolument précis sur l’action de notre satellite. Mais, en attendant que les spécialistes puissent élucider le problème, il est toujours utile d’enregistrer les faits, aussi croyons-nous intéressant de publier une curieuse étude de M. Wagner au sujet de l’influence de la Lune sur les orages. C’est un travail consciencieux et précis.
- Dans presque toutes les recherches entreprises pour comparer la fréquence des orages avec les phases de la lune, on a remarqué une rareté remarquable des orages à l’époque de la pleine lune. M. de Bezold a émis la pensée que ce pourrait n’être qu’une apparence et que, si les éclairs sont observés plus fréquemment à l’époque de la nouvelle lune et du dernier quartier, cela tiendrait à ce que, à ce moment, les premières heures de la nuit, étant sombres, sont plus favorables à l’observation. Il en résulterait que la relation constatée entre la fréquence des orages et les phases de la lune pourrait être uniquement apparente, étant due seulement à l’influence des orages éloignés, et pourrait disparaître si l’on ne tenait compte que des orages produisant un bruit de tonnerre appréciable du lieu de l’observation.
- M. Wagner a entrepris de vérifier cette hypothèse de M. de Bezold à l’aide d’une série de plus de huit années d’observations de la Bavière et de Wurtemberg depuis 1879 et 1880, en les comparant à la période svnodique de la lune, 29,52 jours, et en distinguant nettement les orages et les simples éclairs. La pensée de M. de Bezold s’est trouvée confirmée en ce que le nombre des éclairs, dans les nuits nçn illuminées par la lune, s’est montré beaucoup plus grand que dans les autres ; mais, en même temps, on a reconnu une liaison tellement nette entre les orages caractérisés par le tonnerre et la révolution syno-dique de la lune, qu’il n’est plus possible de la considérer comme une simple apparence. M. Wagner donne, dans un tableau, les résultats obtenus pour chaque jour de la lune pour la Bavière (100 lunaisons) et le Wurtemberg (87 lunaisons). Il y a joint les orages observés à Carlsruhe, de 1801 à .1831, par Eisenlohr, et à Yigevano, de 1867 à 1884, par Schiaparelli, ainsi que les coups de foudre constatés en Bavière, de 1844 à 1878. La comparaison de ces observations qui se rapportent à des époques et à des lieux fort différents montre avec une coïncidence remarquable un maximum principal entre le dernier quartier ou le quatrième octant, et deux maxima secondaires, l’un vers la nouvelle lune, l’autre vers le premier quartier de la pleine lune. La corrélation des minima est moins nette. M. Kôppen avait déduit de nombreuses autres observations l’existence d’un maximum principal dans le premier quartier, vers l’époque de la nouvelle lune ; or, il est à remarquer que si l’on sépare, pour la Bavière, les cinquante premières lunaisons de 1880 à 1883 inclus, le maximum principal se montre dans le premier quartier, yeps la nouvelle lune, tandis que dans les 10 dernières
- lunaisons il se présente non moins clairement dans le dernier quartier, et le nombre pins considérable des orages dans cette seconde partie de la période totale lui donne la prééminence constatée, ce qui paraît dû à une plus grande prédominance des orages de 1884 à 1887.
- Toutefois si, comme on le fait souvent, on calcule seulement d’après les phases, cette périodicité carastéristique disparaît à peu près complètement. L’étude des chutes de grêle en Bavière, de 1844 à 1879, comprenant 430 lunaisons, montre nettement un maximum vers la nouvelle lune et vers le premier quartier, tandis que celui du dernier quartier disparaît complètement, ce qui vient à l’appui de l’opinion admise du reste par la plupart des météorologistes, que l’accroissement du nombre des orages pendant le dernier ‘quartier n’est pas un phénomène normal1.
- D’après M. Wagner, la Lune n’est pas sans exercer d’influence sur la formation des orages. Sans émettre aucune opinion personnelle, nous recommandons aux observateurs de porter leur attention sur cet intéressant sujet. G. T.
- LE MATÉRIEL DES TRAINS DE LUXE
- DE LÀ COMPAGNIE DES WAGONS-LITS
- Les voyages en chemin de fer prennent tous les jours une extension nouvelle, et toutes les grandes lignes d’Europe sont parcourues aujourd’hui par des trains internationaux exécutant journellement des voyages qui auraient paru tout à fait exceptionnels il y a une vingtaine d’années seulement. Il n’est plus rare d’effectuer d’une seule traite des trajets traversant l’Europe de part en part, d’aller, par exemple, de Lisbonne à Paris, voire même à Berlin, Saint-Pétersbourg, Moscou ou Constantinople, et de passer ainsi sans interruption une série de plusieurs journées entières dans les trains en marche.
- Pour répondre à ce besoin nouveau de locomotion à grande distance, on a dû modifier graduellement l’installation des voitures employées, afin de permettre au voyageur de réaliser ce parcours sans trop de fatigue. C’est ainsi qu’on s’est trouvé amené à créer des types de voitures de luxe, wagons-salons, wagons-lits, pour lesquels on a conservé d’abord, en les améliorant, les dispositions générales de» voitures ordinaires à cloisons séparatives complètes telles que nous les connaissons ; puis on y a renoncé peu à peu en voyant que l’immobilité à laquelle le voyageur est condamné devient la principale cause de fatigue, et on est arrivé à adopter des types analogues à ceux des voitures américaines, voitures allongées avec couloir à circulation centrale permettant d’aller même d’une extrémité à l’autre du train en marche.
- En outre, on s’est attaché à constituer des trains formés de wagons spéciaux dans lesquels les voyageurs puissent trouver la satisfaction de tous les besoins de la vie. Ces trains à long parcours comportent actuellement des cuisines-restaurants, salons-
- 1 D’après Meteorologische Zeitschrift et Bulletin de la Société météorologique de France.
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- fumoirs, etc., de même que des wagons-lits. Ils sont organisés, en un mot, avec toutes les recherches du confortable.
- La Compagnie internationale des wagons-lits s’est constituée à l’imitation de la Compagnie américaine qui effectue déjà depuis longtemps ce même service sur les lignes transatlantiques des États-Unis ; elle est en Europe, sur la plupart des réseaux, l’entrepreneur de ce service des trains internationaux; elle possède un matériel propre, quelle a fait circuler d’abord à l’état de wagons isolés, dans les trains ordinaires, dining-cars ou sleeping-cars; mais, depuis quelques années, elle est arrivée à constituer des trains complets à circulation régulière; d’abord VOrient-Express, dont nous avons donné la description1 au moment de son inauguration, puis le Sud-Express, le Peninsular, et, plus récemment, le Club-Train qui fait le service de Paris à Calais.
- L’ensemble des lignes internationales, actuellement desservies par les trains de la Compagnie, comprend
- les principales capitales de l’Europe, et traverse, en quelque sorte d’une seule traite, l’Europe entière.
- Si l’on songe, d’autre part, à l’avancement si prodigieux que la voie ferrée a reçu dans l’Asie centrale sous l’impulsion des Russes, il est permis de penser que le temps n’est pas éloigné sans doute où les trains de luxe iront à leur tour à Samarcande, et plus tard probablement, lorsque la ligne transsibérienne aura pu être terminée, ils atteindront le fond de l’extrême Orient, et détourneront peut-être, par cette voie nouvelle, le courant des voyageurs allant en Amérique.
- La Compagnie des wagons-lits a fait figurer, à l’Exposition de 1889, un train formé de wagons munis des perfectionnements les plus récents, tant au point de vue du confortable, que de l’attelage et de la suspension ; ce train a été mis postérieurement en service sur la ligne de Paris à Calais, et comme les voitures employées réalisent divers perfectionnements par rapport à celles de V Orient-Express dont nous avons publié la description en 1884, nous avons
- Voiture Salon
- Voiture Restaurant
- Fourgon Fumoi
- Voiture à Lits
- Fig. 1. — Train complet de la Compagnie mternationale des wagons-lits.
- cru intéressant de revenir sur les types actuels, en donnant quelques détails empruntés à la Revue générale des chemins de fer.
- Ce train est représenté dans la figure 1, il comporte quatre voitures spéciales, restaurant, salon, sleeping, et un fourgon-fumoir.
- Toutes ces voitures sont formées de caisses allongées montées sur deux boggies en fer à deux essieux distants de 2m,50. La distance d’axe en axe des boggies atteint llm,900 sur le wagon-salon dont la longueur totale hors tampons est de 18m,34. Ce wagon pèse 28 000 kilogrammes.
- Notre plan permet d’apprécier immédiatement la^ disposition générale de chaque voiture, et nous n’avons pas à y insister. Notre figure 2 donne le détail du mode de jonction des wagons entre eux afin de permettre commodément la circulation dans toute la longueur du train.
- La voiture à lits comprend dix-huit places réparties entre deux compartiments à quatre places, et cinq à deux places communiquant deux à deux, avec des cabinets de toilette aux extrémités. Les sièges
- 1 Yoy. n° 575, du 7 juin 1884, p. 5.
- des lits sont placés transversalement, chaque banquette correspond à deux lits superposés. Les lits inférieurs sont à bascule, et les lits supérieurs sont formés par les dossiers qui se relèvent pour être mis en place.
- Les matelas et la literie sont dissimulés pendant le jour sous la banquette et derrière les dossiers (fig. 5). Une cabine pendant la nuit forme quatre lits (fig. 4). .
- Tous les véhicules sont à lanterneaux avec châssis mobiles garnis de vitraux. Quant à l’aménagement intérieur dont les dessins ne peuvent donner l’idée, il ne laisse rien à désirer au point de vue du confortable, il peut rivaliser de luxe avec celui des paquebots les plus récents.
- Le wagon-restaurant comporte une cuisine avec ses accessoires, une office, un water-closet et deux salles à manger dont l’une peut recevoir vingt-quatre personnes (fig. 5) et l’autre douze. Les voyageurs sont groupés par tables de deux et quatre personnes. Les wagons de l’Orient-Express ne comportaient que vingt-quatre places en tout.
- La voiture-salon se compose de deux salons, l’un de huit places (fig. G) et l’autre de dix-huit, compor-
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- tant quatre fauteuils fixes, et quatorze fauteuils pivotants. Elle renferme, en outre, une chambre à bagages pour les colis à la main, et deux cabinets de toilette.
- Les divers wagons constituant le train sont rat-tache's entre eux par une inter-communication à soufflet avec passerelle garnie de caoutchouc, ce qui permet de circuler d’une extrémité à l’autre du train en restant absolument à l’abri du vent, de la pluie ou de la fumée.
- Au point de vue de la traction proprement dite, en ce qui concerne la suspension, le roulement, et le mode d’attelage, les véhicules de la Compagnie des wagons-lits ont fait l’objet, de la part des ingénieurs
- Fig. 3. — Une cabine de sleeping-car pendant le jour.
- La suspension sur boggies est la seule pratiquée actuellement avec les grandes voitures allongées
- de cette Compagnie, d’expériences nombreuses et prolongées qui ont amené à réaliser des perfectionnements intéressants.
- Dans les anciennes voitures du type ordinaire avectroisessieux, on a reconnu la nécessité de ne pas dépasser l’écartement de 7m,500, et, pour assurer le passage dans les courbes, les boîtes à graisse sont munies d’un double jeu longitudinal sur l’essieu et transversal sur les plaques de garde, suivant une dis})osition r c c o m mandée pour les locomotives. On remplaça en même temps les tiges de suspension verticale par des tiges inclinées à 50°, munies de ressorts à spirale ou en hélice.
- Fig. F. — Une cabine - de sleeping-car pendant la nuit.
- mises en service, et on a dù se préoccuper de créer un type de boggie bien stable et capable d’amortir
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- Fig. o. — Wagon-restaurant d’un train de la Compagnie internationale des wagons-lits. (D’après une photographie spécialement exécutée pour La Nature.)
- Fig, 0. — Vue intérieure d’une voiture-salon de la Compagnie internationale des wagons-lits, (D’après une photographie spécialement exécutée pour La Nature.)
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- les vibrations. Le boggie est exécuté presque entièrement en fer, et il est muni d’organes élastiques multipliés : on y trouve, en effet, six ressorts doubles a pincettes, quatre ressorts à lames reposant sur les boîtes à graisse, et huit ressorts en spirale montés sur les tiges de suspension.
- Pour l’attelage, la Compagnie est arrivée à créer pour le Club-Train un type qui permet à l’agent chargé de ce soin d’effectuer l’accouplement sans avoir besoin de s’introduire entre les voitures. Cette disposition, qui facilite si grandement le service, a permis en même temps de réduire la saillie du tamponnement, et a facilité par suite l’installation de l’intercommunication couverte à soufflets.
- L. B.
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- LES CTI VMPIGNONS ENTOMOPHYTES
- ET LEUR APPLICATION
- A LA DESTRUCTION DES INSECTES NUISIBLES
- MM. Künckel et Langlois, après la publication de mes Notes, ont fait paraître divers écrits qui semblent en contradiction avec les expériences que j’ai faites en Algérie. Il est donc bon de résumer la question.
- Depuis 1878, M. Maxime Cornu et moi avons fait connaître, dans divers Mémoires, des cryptogames microscopiques du genre Entomophthora qui détruisent, sous forme d’épidémies véritables, des insectes de divers ordres, et nous avons insisté sur ce fait que l’on devrait rechercher à propager ces intéressants champignons capables d’amener la destruction des insectes nuisibles.
- M. Sorokin, en 1880, M. Osborn, en 1883, moi-même, en 1888, puis, la même année, MM. Giard et Laboulbène, et d’autres, signalions des criquets ou d’autres insectes attaqués par des champignons du genre Entomophthora ou du genre Isaria, et préconisions leur emploi pour hâter la destruction de ces dévastateurs.
- Enfin, le 8 juin 1891, j’annonçais à l’Académie des sciences que j’avais découvert un champignon microscopique du genre Botrytis, qui amenait la mort des criquets pèlerins adultes qui envahissaient l’Algérie, et, dans la séance du 15 juin, M. Trabut, à qui j’avais fait part de ma découverte, s’empressait de décrire ce cryptogame sous le nom de Botrytis acruliorum.
- Après avoir entrepris, dès le 9 juin, des cultures de ce champignon dans le laboratoire de la station agronomique que M. Henri Paul, préfet d’Alger, avait mis à ma disposition, je pouvais déjà annoncer à l’Académie le 22 juin, que j’avais obtenu, avec le concours de M. Jules Marchand, attaché au laboratoire de la station agronomique, de bonnes cultures du champignon des criquets pèlerins.
- Tandis que je publiais ces résultats positifs, MM. Künckel d’IIerculais et Langlois adressaient, dans la même séance, une Note où ils indiquaient que des expériences analogues les avaient conduits à des résultats négatifs. Bien qu’il soit question, sans aucun doute, dans cette Note, du même cryptogame, les auteurs parlent du Polyrhhium Leptophyei (Giard) et disent qu’ils avaient cru, au premier examen, être en présence d’un Empusa, forme du genre Entomophthora) « mais alors d’une espèce spéciale ». Les spores des Entomophthorées sont cependant très différentes de celles qu’on peut observer sur les criquets. Depuis, M. Giard a désigné ce parasite sous le nom de
- Lachnidium acridiorum. Les cidtures que nous avons entreprises nous montreront si le champignon des criquets est réellement un Botrytis, ou appartient à un autre genre.
- La question de détermination, tout en ayant son intérêt, reste un peu secondaire dans le cas présent. Ce qui est important, c’est : 1° d’avoir trouvé un champignon parasite capable de tuer les criquets; 2° d’avoir pu reproduire, dans des milieux artificiels stérilisés, ce champignon parasite ; 3° d’obtenir la mort des criquets en les contaminant directement avec les spores de ce cryptogame.
- Au début de sa Note à l’Académie *, M. Künckel cite les travaux d’un Américain, M. Osborn. Mais M. Osborn s’est occupé de cryptogames qui, jusqu’ici, n’ont pu être reproduits dans des milieux artificiels ; et ayant moi-même fait des recherches sur ce sujet, ayant trouvé en Normandie, en 1888, des criquets de nos gazons attaqués en grand nombre par un parasite du genre Entomophthora, j’avais fondé des espérances sur l’emploi de ce champignon, et pensé qu’on pourrait le multiplier pour obtenir la destruction de ces orthoptères et d’autres insectes nuisibles. Dans le travail publié alors à l’Académie des sciences et à la Société nationale d’agriculture, je préconisais l’emploi de ce champignon pour la destruction des criquets d'Algérie, tout en indiquant les difficultés qu’on aurait à surmonter. D’ailleurs, avant M. Osborn, d’autres naturalistes avaient fait connaître des champignons du même groupe attaquant les criquets, M. Sorokin (1880) entre autres.
- Revenons sur les points signalés plus haut : 1° J’ai, le premier-, fait connaître sur les criquets la présence d’un champignon déterminé Botrytis, et si M. Künckel a dit avoir trouvé un cryptogame sur ces orthoptères, il l’a rapporté d'abord au groupe des Entomophthorées, c’est-à-dire aux champignons que je cherchais vainement depuis longtemps à reproduire dans des milieux artificiels, puis au genre Polyrhizium, c’est-à-dire à un type qui me semblait très différent de celui que j’avais trouvé sur les criquets. 2° MM. Künckel et Langlois n’ont pu obtenir que des résultats très douteux, disent-ils, dans la culture du champignon. J’ai eu la bonne fortune d’être plus heureux qu’eux et d’obtenir, avec M. Marchand, de belles cultures pures du champignon des criquets. Nous avons montré que ce champignon varie de forme suivant les milieux de culture et ressemble alors à des espèces décrites (Botrytis tenella 3, B. bassania). 3° Au sujet du troisième point, nous n’hésiterons pas à dire que nous avons obtenu déjà des résultats positifs dans la nature, c’est-à-dire que nous avons pu contaminer, au bout de six jours, sur des lieux de pontes, des milliers de jeunes criquets, en répandant sur le sol des criquets adultes tués par le cryptogame, et pulvérisés, et des spores diluées dans de l’eau. Nous continuons des expériences à ce sujet et nous les publierons lorsqu’elles seront définitives.
- Si MM. Künckel et Langlois n’ont pas obtenu de cultures pures, c’est parce qu’ils n’ont pas réussi à se mettre complètement à l’abri des Bactéries vulgaires. Et cependant cela n’a qu’une médiocre importance dans le cas actuel, car M. Giard, dans une Note publiée à la Société de biologie, le 11 avril dernier, a montré (ce que j’ai pu d’ail
- 1 Reproduite dans La Nature et dans le Bulletin de la Société entomologique, avec quelques modifications.
- î Bien que ni MM. Künckel d’IIerculais et Langlois dans leur Note du 22 juin, ni M. Alfred Giard, dans sa Note du 29 juin à l’Académie des sciences, ne m’aient cité.
- 3 M. Giard vient de publier une Note où il montre que le Botrytis tenella (Sac) n’est autre chose que l’Isaria densa, (Link).
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- nciur? observer à mon tour) que, même quand il y a de mpuretés dans les cultures, « le champignon envahit less lutres cryptogames et les fait périr ».
- line suffit pas de racler les efflorescences des anneaux, de l’abdomen des criquets, comme l’a fait M. Künckel, et de les semer sur d’autres insectes pour obtenir, en grand, leur mort ; il faut sur eux des milliers de ces spores microscopiques pour pouvoir lutter avec succès, ou créer des foyers d'infection en répandant sur le sol ou dans le sol, sur les lieux de ponte, des criquets contaminés.
- M. Künckel s’est attaché à montrer que l’épidémie était bénigne et ne tuait qu’un petit nombre d’acridiens. Cependant, partout où j’ai été, je l’ai constatée, aussi bien dans les endroits les plus secs que dans les lieux humides (et ces derniers ne sont pas nombreux en été en Algérie).
- Il est évident que, normalement, les acridiens ne meurent pas tous de cette maladie, car, s’il en était ainsi, nous n’aurions pas à nous occuper de leurs ravages et à dépenser tant de millions pour leur destruction. Le problème consiste précisément à généraliser une maladie qui ne se trouve habituellement qu’à l’état sporadique. Néanmoins, dans la nature, on observe parfois de véritables épidémies qui déterminent la mort des criquets adultes sur des espaces considérables. A l’Arba, j’ai eu l’occasion d’étudier une de ces épidémies. Un véritable foyer d’infection occupait une superficie de plus d’un hectare, et là, les acridiens attaqués par le champignon étaient morts ou sur le point de mourir, la plupart des femelles sans avoir pu opérer la ponte.
- D’autres naturalistes ont obtenu, au moyen de champignons du même groupe, des résultats satisfaisants. M. Krassilstchick a pu contaminer, sur une grande surface, des charançons qui attaquaient des champs de betteraves en Russie; une usine fut même créée pour produire des spores (Isaria destruclor).
- M. Le Moult, tout dernièrement, et MM. Prillieux et Delacroix, ont montré que l’on pouvait propager aisément par des cultures un champignon du même genre que le nôtre, qui détermine la mort des vers blancs et d’autres insectes du même groupe (Isaria dansa, Botryiis tenella).
- La muscardine (Botryiis bassiana) a causé de grands dommages dans les magnaneries et l’on a été obligé de lutter contre le champignon, qui alors détruisait des insectes utiles. Chacun connaît les mémorables travaux de M. Pasteur sur ce sujet.
- Ce dernier exemple vient montrer que la possibilité de la destruction des insectes nuisibles et par conséquent des criquets, par le moyen des cryptogames entomophytes, est un point acquis en principe, et nos expériences montrent d’une façon précise quelle est la voie à suivre à cet égard.
- Si l’on considère spécialement la lutte contre les criquets qui ravagent constamment l’Algérie, nous estimons que ce n’est pas sur le littoral seulement qu’il faut procéder à leur destruction. C’est dans le sud de l’Algérie qu’il faut aller les chercher, les étudier et les arrêter. C’est même la première chose qu’on aurait dû faire. Lorsque l’on connaîtra leur point d’origine, alors seulement les efforts pourront porter leurs fruits.
- Il est donc à. souhaiter que l’on organise, à la fin de cette année ou au commencement de l’année prochaine, une expédition de naturalistes qui iront dans le sud de l’Algérie étudier les lieux d’origine des criquets. On pourra alors lutter méthodiquement et d’une façon plus décisive contre ces ravageurs de notre colonie.
- Charles Brongniart, du Muséum d’histoire naturelle.
- L’MJDITORIUM DE CHICAGO
- Nous avons donné précédemment des renseignements sur l’étonnante ville de Chicago qui attire actuellement l’attention universelle par l’Exposition qui s’y prépare.
- Le monument extraordinaire que nous allons faire connaître a des destinations multiples ; on doit cependant le ranger au nombre des théâtres, et le considérer comme l’un des plus grands du monde. Les architectes américains qui l’ont construit n’ont pas perdu de vue la nécessité de produire un ensemble renfermant toutes les qualités que l’on peut réclamer d’une exploitation de premier ordre, c’est-à-dire le luxe, la commodité, la sécurité, la puissance des effets, le nombre des places mises à la disposition du public, et le bon marché relatif de l’exécution.
- On ne peut comparer, à aucun point de vue, l’Auditorium de Chicago au grand Opéra de Paris, où l’on devait se préoccuper de la nécessité d’édifier une œuvre contribuant à l’ornementation d’une grande capitale, d’élever un temple de l’art.
- C’est seulement en 1885 que l’on a commencé la construction de Y Auditorium, et trente-cinq mois après, l’œuvre était terminée sans que les devis primitifs aient été dépassés. En dehors du prix d’acquisition du terrain dont l’importance ne nous est point connue, la dépense de la Compagnie de Y Auditorium n’a point excédé 15 millions de francs, et elle a pu organiser pour ce prix relativement modéré deux exploitations qui marchent rarement ensemble. Son immense immeuble est la combinaison d’un grand hôtel et d’un théâtre, qui se pénètrent réciproquement. Si les gens d’un goût raffiné expriment le regret de se trouver en présence d’un édifice compact ayant 120 mètres en façade sur la rue du Congrès et 60 mètres sur deux avenues latérales la coupant à angle droit, on peut dire, à coup sûr, qu’ils ne sont pas porteurs d’actions. Ils oublient que Y Auditorium se trouve dans un pays où le système des subventions est inconnu, et où les directeurs de théâtre veulent cependant, sans faire faillite, appeler les Patti et toutes les étoiles des deux mondes, en les couvrant d’or.
- Dans toute son étendue Y Auditorium possède dix étages auxquels on accède à l’aide de treize ascenseurs. Les trois étages inférieurs sont construits avec des pierres de petit appareil à parement rustique ; relevé de ciselures sur les joints verticaux et horizontaux, et agrémenté de pilastres ou de colonnes de marbre en divers endroits. Les quatre étages suivants sont en arcades à plein cintre et à quatre baies. Dans chacune des travées qui y furent ménagées, on a placé deux arcades également à plein cintre, comprenant le huitième et le neuvième étage. Quant au dixième, il est formé par une colonnade.
- L’édifice possède, en outre, une tour carrée dont la hauteur est à peu près égale à celle du corps
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- principal, et qui semble produite par un caprice de l'architecte, avec le dessein de dépasser notablement la première plate-forme de la Tour Eiffel dont il était déjà fortement question lorsque Y Auditorium a été commencé. Mais cette partie saillante de l’édifice a reçu une destination de la plus haute portée pratique : c’est la partie vitale destinée à la sécurité et aux organes mécaniques des deux exploitations.
- Elle contient, à la hauteur de 60 mètres, un grand réservoir alimenté par deux pompes a vapeur donnant chacune plus d’un hectolitre à la minute.
- C’est cette eau sous pression qui permet de manœuvrer la machinerie de la scène qui est toute en fer, et de faire fonctionner les treize ascenseurs mettant en communication les dix étages avec le sol. L’eau, sous pression d’au moins trois atmosphères, est répandue partout à profusion, de sorte que ni les habitants de l’hôtel, ni les spectateurs de la salle de représentation, ni le nombreux personnel delà scène, n’ont à redouter de catastrophe semblable a celle de l’Opéra-Comique à Paris. Pour permettre de juger jusqu’à quel point la sécurité est absolue, il nous suffira d’ajouter que le développement des conduites est de 40 kilomètres. Toutes sont destinées à l’alimentation d’eau, sauf un petit nombre réservées au gaz dont on se sert pour quel-
- ques éclairages accessoires et pour quelques moteurs.
- Le haut de la Tour est occupé par une tourelle
- dans laquelle on a placé l’observatoire météorologique du Signal Office. La station de Chicago se trouve donc dans des conditions excellentes, exceptionnelles, et les renseignements télégraphiques qu’elle expédie à Washington sont considérés comme figurant parmi lesmeilleursdont on puisse tenir compte pour la rédaction des avis en prévision du temps. L’éclairage se compose de 10 000 lampes électriques à incandescence, de 16 bougies alimentées par 10 dynamos menées par 10 moteurs à vapeur. L’importance des services électriques est si grande que
- l’édifice possède une longueur de 400 kilomètres de fils ou de câbles électriques, consacrés les uns au transport à distance de l’énergie lumineuse ou calorifique, les autres aux signaux électriques, aux télégraphes ou aux téléphones.
- Est-il bon d’ajouter quelques chiffres auxquels les journaux américains paraissent beaucoup tenir, car ils les mettent en vedette dans toutes leurs descriptions. La construction de l’A«-ditorium a absorbé 17 millions de briques, 6000 tonnes de fer et d’acier. On y a construit 100 000 mètres carrés de parquet. Le monument
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de VAuditorium de Chicago.
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- Fig. 2. — Coupe de 1 édifice.
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- est percé de 1500 fenêtres et de 2000 portes.
- La grande façade de la rue du Congrès est partagée entre le théâtre et l’hôtel qui occupe, de plus, la totalité de la façade opposée à la Tour sur l’avenue de gauche. L’hôtel possède 400 chambres, dont qu e 1 q u e s-u n e s sont pourvues de salons ; il exploite un restaurant sur la rue, mais les salles 'a manger, réservées aux voyageurs, sont situées au dixième; c’est là que se trouve la grande salle de la table d’hôte, qui a 60 mètres de longueur, et son toit est en forme de voûte d’un très bel effet. Il y a, en outre, une salle de ban-quet pouvant contenir 500 couverts. La salle de théâtre à laquelle nous allons maintenant revenir, ne possède que 40 loges ne contenant pas plus de 200 places, tandis qu’a lui seul le parterre en contient 1442.
- Cette disproportion, qui paraîtrait choquante en Europe, provient de l’idée bien arrêtée de faire servir Y Auditorium à des représentations populaires. Elle a conduit à la construction de deux larges balcons : le premier à 1432places; le second à 457, et d’une galerie à 526 places. Il en résulte que la salle peut contenir 4037 places, à peine 5 pour 100 de ce nombre est donc réservé à l’aristocratie financière, qui paye fort chèrement le droit de se séparer du reste des spectateurs. La salle et les vestibules sont éclairés par 3500 lampes à incandescence; il y en a, en outre; 1500 sur la scène, de sorte que le chef d’orchestre de la lumière gouverne, avec son tableau de distribution, un effectif d’au moins 5000 lampes.
- La scène est très vaste. En effet, la distance entre les murs latéraux est de 33 mètres et la profondeur de 27, y compris 2 mètres en avant du rideau. L’ouverture est de 15 mètres et on peut la porter à 25 lorsque l’on se sert deYAuditorium pour un meeting.
- La hauteur des dessous, divisés en deux étages, est de 6 mètres et celle des dessus de 29 mètres, ce qui donne une hauteur totale de 55 mètres.
- Les câbles de chanvre ne sont guère employés que pour soutenir les contrepoids destinés à faciliter la manœuvre du rideau qui pèse 16 000 kilogrammes. Presque partout on emploie des câbles flexibles d’acier. On après de 20 kilomètres de ceux-ci, contre moins de 2 kilomètres de cordes de 27 millimètres. Les pièces principales de la machinerie sont un
- pont étroit d’acier traversant la scène près du rideau et pesant 5500 kilogrammes y compris les contrepoids, et un châssis en fer pour supporter les décors de fond pesant 6000 kilogrammes ; celui-ci est partagé en deux portions susceptibles de se mouvoir séparément. Au-dessus de ce châssis se trouve un grand pont mobile sur les galeries latérales du cintre, puis un horizon panoramique ayant 16 mètres de hauteur et 100 mètres de longueur. Cette pièce, des plus curieuses, se compose d’une toile s’enroulant sur un tambour. Ce tambour porte des peintures soignées représentant le ciel dans les diverses saisons et pendant toutes les conditions atmosphériques. Si on ajoute le poids de toutes les pièces qui pendent sur le gril, on arrive au total de près de
- Fig. b. — Vue d’ensemble de quelques loges de côté. (D’après une photographie.)
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- 100 000 kilogrammes, que l’on remue avec une étonnante facilité grâce au pouvoir hydraulique puisé dans le réservoir de la Tour.
- Outre quelques pistons horizontaux pour produire le mouvement de l’horizon, du rideau ordinaire et du rideau de fer en cas d’incendie, il y a dix-neuf moutons mus par des leviers placés tous du même côté de la scène, et à la disposition du chef machiniste. Ces appareils, qui se manient tous par un jeu de robinet, donnent le mouvement aux ponts et aux trappes du plancher, ainsi qu’aux différentes parties de l’appareillage. Les pièces mobiles sont très nombreuses. Nous ne citerons que quatre grands ponts, six petits et six trappes susceptibles de prendre un mouvement vertical d’une dizaine de mètres, à peu près moitié au-dessus et moitié au-dessous de la scène. On obtient ainsi des effets très curieux lorsque l’on veut imiter les douces ondulations des flots en un beau jour de printemps, ou le déchaînement d’une épouvantable tempête d’équinoxe.
- L’électricité est employée pour les effets fantasmagoriques à l’aide de puissantes combinaisons dont la description nous entraînerait trop loin. Elle sert aussi à la manœuvre des orgues, qui sont au nombre de sept, et jouées par le même artiste quoiqu’elles se trouvent dispersées dans plusieurs parties de l’édifice. L’organiste a encore sous sa main deux carillons produits avec des marteaux frappant les uns des cloches, et les autres des barres de fer. Pour simplifier le clavier dont l’instrumentiste doit se servir, et mettre en action les trois soufflets nécessaires à la marche des tuyaux, on a encore recours à l’électricité. Elle arrive, comme la Fée, destinée â couronner les prestiges et à compléter les illusions.
- Quels que soient les efforts que fassent les organisateurs de l’Exposition de 1893 pour faire grand, Y Auditorium restera certainement une des curiosités de Chicago. Il sera considéré comme un monument caractéristique d’une ville qui, il y a cinquante ans, avait à peine un cabaretier, habitant une cabane en planches, dans le voisinage du Fort Dearborn, où les soldats de la garnison venaient boire le whisky et fraternisaient avec les sauvages.
- W. de Fonvielle.
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- CHRONIQUE
- La fabrication des lampes à incandescence aux États-Unis. — Le procès des lampes à incandescence qui préoccupe vivement les cercles électriques en Amérique a tout naturellement appelé l’attention sur la fabrication journalière actuelle des lampes à incandescence aux Etats-Unis. Les fabriques de lampes sont très nombreuses et d’importance très différente. Une statistique récente faite par le président d’une des compagnies de fabrication établit que la production totale atteint 50 000 lampes par jour, soit 300 000 lampes par semaine ou 15 000 000 de lampes par an (trois cents jours de travail). Comme chaque lampe à incandescence est renouve-
- lée environ trois fois par an, les chiffres de production font ressortir le nombre de lampes installées à 5000000 environ. Si l’on fait entrer en ligne de compte le stock de chaque fabrique, ainsi que les lampes qui ont servi à monter les installations nouvelles, on peut affirmer que le nombre de lampes installées est certainement supérieur à 4 000 000. Et il s’agit ici de lampes consommant de 5 à 4 watts par bougie-. Que serait-ce si, comme nous en faisions entrevoir la possibilité dans notre numéro du 27 juin dernier, à propos de l’avenir des lampes à incandescence, on arrivait, par la découverte possible et même probable d’un filament nouveau, à construire des lampes ne consommant que 1 watt, ou même 2 watts par bougie? On peut certainement affirmer que, ce jour-là, le dernier bec de gaz aurait vécu. Tôt ou tard, les progrès de l’éclairage électrique par incandescence amèneront cette mort naturelle de l’éclairage au gaz, mais nous ne voulons pas dire pour cela qu’il en résultera forcément la disparition des usines à gaz et des distributions de gaz. Celui-ci servira alors surtout à la cuisine et au chauffage, et peut-être aussi à actionner des usines électriques de quartier recevant le gaz de grandes usines périphériques et transformant son énergie thermique en énergie électrique pour la distribuer aux consommateurs. Les chiffres présentés par M. Witz à l’Académie des sciences et reproduits dans notre numéro du 25 juillet 1891 rendent cette dernière hypothèse parfaitement plausible, et d’un avenir presque immédiat.
- Un nouveau navire cuirasse anglais. — Il
- s’agit de YEndymion, le premier des neuf croiseurs protégés de première classe à construire sur le type Mersey modifié d’après Y Acte de défense navale de 1889. h’Endy-mion est mû par deux hélices ; sa longueur entre perpendiculaires est de 360 pieds (108 mètres), et sa largeur au maître bau 60 pieds (18 mètres) ; le tirant d’eau moyen est de 25 pieds 9 pouces (environ 7 mètres). Quant au déplacement, il atteint 7500 tonnes, la force des machines à tirage forcé atteignant 12 000 chevaux-vapeur. L’armement comprend 2 canons de 9,2 pouces sur pivot, installés sur le pont supérieur et protégés par des cuirasses ; 6 canons de 6 pouces à tir rapide, également sur pivot, installés de même et à l’abri de cuirasses de 3 pouces ; enfin 4 canons du même type disposés dans des réduits blindés sur le pont principal, protégés par une cuirasse composite de 6 pouces sur l’avant et par une autre en acier et de 2 pouces en arrière. Ajoutons enfin 12 canons de 6 à tir rapide, distribués un peu' partout : 2 sur le pont protecteur en avant et 2 en arrière, 4 sur le pont supérieur, 2 sur le pont principal en avant et 2 en arrière ; enfin 4 canons à tir rapide de 5 et 7 Nordenfelt de 0,45 pouce. VEndymion est muni sur le côté de 4 tubes lance-torpille, dont 2 au-dessus de l’eau et 2 au-dessous. En ce qui touche le système de protection, les cylindres sont protégés par un cuirassement composite de 6 pouces, s’étendant entre le pont cuirassé et le pont principal sur toute la longueur de la chambre des machines. Le pont protecteur, épais en moyenne de 2,5 pouces, s’étend sur presque toute la longueur du navire ; il s’amincit à 2 pouces aux extrémités et dans les parties en pente et s’épaissit en certains points jusqu’à 5 pouces. Le fond de la machinerie est partagé en 27 compartiments étanches, les couloirs et conduits cuirassés répartis un peu partout formant comme d’autres compartiments. Le nouveau croiseur doit marcher à 20 nœuds à l’heure. D. B.
- Orchestre à canon. — Les fêtes du 4° concours national de tir, à Lyon, ont été signalées le 11 juillet, par
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- LÀ NATURE.
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- une attraction inattendue. L’orchestre de la ville a exécuté le Gloria Viclis, cantate patriotique où se trouvent des parties de canon — vous aviez bien lu : de canon. — L’instrument nécessaire à l’exécution a été emprunté au 2° d’artillerie de Grenoble. Ce n’est pas la première fois, du reste, que le canon figure dans un orchestre. La grande cantate que Rossini composa à l’occasion de l’Exposition universelle de 1807 comprenait aussi de l’artillerie. La chose fit grand tapage à l’époque, et Chain, le célèbre caricaturiste trouva un de ses meilleurs croquis. Il représenta le chef d’orchestre s’adressant au musicien artilleur : « A la reprise, votre canon doit jouer piano-piano. Vous mettrez le bras dans l’âme de la pièce pour amortir le son. »
- La Terre au point de vue électrique. —
- Certaines installations électriques donnent lieu à uu nouveau genre de conflit tout particulier, résultant des perturbations que provoque l’emploi, dans d’autres éta-Jdissements voisins, de la terre comme fil de retour. Les lignes de chemins de fer électriques à conducteur, par exemple, sont un voisinage fort nuisible pour les lignes téléphoniques, qui en subissent des troubles considérables. Un tel litige s’est produit aux États-Unis où des administrations de lignes téléphoniques déniaient aux exploitants de chemins de fer électriques le droit de disposer de la terre, et voulaient qu’on leur imposât l’établissement d’un second conducteur pour compléter le circuit. Ceux-ci, par contre, prétendaient que la terre est, électriquement, une propriété commune, dont chacun peut user à son gré, et se refusaient à toute modification. La cour suprême de l’Ohio, appelée à trancher le différend, vient de décider que les Compagnies de chemins de fer électriques n’ont pas le droit de prendre la terre pour le retour du courant, et qu’elles doivent marcher à circuit métallique complet. Les observations faites à l’observatoire royal de Londres donnent complètement raison à cette décision. On a reconnu à Greenwich que les courants de retour du chemin de fer électrique troublent les aiguilles du galvanomètre destiné à étudier les variations du magnétisme terrestre. La plaque de terre de cette ligne, la plus voisine, est cependant à plus de 5 kilomètres, et rend impossible de constater les courants ondulatoires dont l’intensité est excessivement faible.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du il août 1891. — Présidence de M. Ddchartre.
- L'atmosphère solaire. — M. Deslandes, chargé par l’amiral Mouchez d’organiser, à l’Observatoire de Paris, un service de spectroscopie, annonce qu’il a réussi à photographier les raies permanentes de la chromosphère, en employant la méthode suivie par M. Janssen. —Un cas de vitesse prodigieuse de projection de matière incandescente est signalé dans une protubérance solaire observée le 17 juin dernier à l’Observatoire de Kalocza (Hongrie).
- Chalumeau à essence minérale. — M. Paquelin présente un chalumeau à un seul tube, analogue au chalumeau à bouche des bijoutiers. Un tuyau en çaoutchouc relie le chalumeau à un récipient appelé carburateur entre le carburateur et le chalumeau on a interposé un petit cylindre fermé par une toile métallique destiné à prévenir tout danger cl’un retour de flamme à l’intérieur du carburateur. L’air d’une soufflerie traverse un robinet doseur-mélangeur et pénètre, partie dans le carburateur, partie directement dans le chalumeau. tLa proportion des
- deux courants d’air est réglée à volonté par le jeu du robinet. La saturation de l’air dans le carburateur s’obtient par deux procédés, soit en faisant pénétrer l’air au fond du liquide au moyen d’un tube percé de trous, soit en pulvérisant ce liquide à l’intérieur du carburateur par le procédé de pulvérisation dû à Giflard. Enfin le chalumeau peut présenter différentes dispositions. Tantôt il offre au passage du mélange gazeux un trou central entouré de trous inclinés, tantôt un trou central entouré de trous droits. On conçoit qu’en faisant varier la forme du chalumeau et l’ouverture du robinet doseur-mélangeur, on pourra obtenir toute une gamme de flammes différentes. L’effet calorifique maximum aura lieu lorsque la flamme prendra une teinte bleu-indigo, indiquant une combustion complète du carbone; il paraît alors que la température obtenue suffirait pour déterminer un commencement de fusion sur le platine, ce qui permet de l’évaluer à 1800°.
- Varia. — M. Manuel Perrier adresse une réclamation de priorité, au sujet du thermo-cautère présenté à l’Académie dans sa dernière séance, par M. le professeur Ver-neuil. — M. Bertrand annonce qu’il sera prochainement statué en Comité secret, sur l’acceptation d’un legs de 100 000 francs destiné à récompenser l’inventeur d’un système de communication interplanétaire. Le legs pourra être accepté en raison d’une clause qui autorise l’emploi des arrérages, dans le cas de non-attribution, en faveur des savants qui auront apporté des perfectionnements à la connaissance de la nature des corps célestes.
- Stanislas Meunier.
- LE ROUGET, AOUTAT OU VENDANGEUR
- Nous sommes dans un mois où les personnes qui vont se promener à la campagne, dans les champs, ont particulièrement à souffrir des atteintes d’un petit insecte dont nous allons entretenir nos lecteurs.
- L’insecte en question est un acarien, très petit, presque microscopique, qu’en raison de sa couleur on appelle Rouget, et qu’en raison de la saison où il se montre, on nomme Aoûtat ou Vendangeur.
- Les zoologistes, le prenant pour une espèce particulière, l’avaient nommé Leptus aulumnalis; mais à la suite d’observations et d’expériences sur le développement et la métamorphose d’un acarien assez grand, bien connu des horticulteurs, car il abonde dans les jardins, au printemps, sous forme d’une petite araignée d’un rouge soyeux cramoisi, et qui a été nommé par les zoologistes Trombidion soyeux, nous avons reconnu que le prétendu Lepte automnal n’était autre que la larve à six pattes du Trombidion soyeux, laquelle vient de sortir du petit œuf sphérique et noir que ce dernier pond par centaines.
- Le rouget ou aoûtat abonde en août et septembre dans les jachères ou sur certains végétaux tels que les haricots, les sureaux, les groseillers à maquereaux. Dans quelques parties de l’Écosse, par exemple, dans l’East-Lothian, cet animal est si abondant, au dire d’un auteur anglais, White, qu’il empêche les femmes et les enfants de cueillir les groseilles. C’est aussi parce qu’en Allemagne il se trouve particulièrement abondant sur cet arbrisseau, qu’on a nommé
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- LA NATURE.
- la démangeaison qu’il provoque Stachelbeer Krank-heit (maladie du groseillier).
- Le docteur Gruby a proposé de nommer la maladie de peau que cause le rouget, érythème automnal. Cette maladie est comparable à la gale par les démangeaisons intolérables dont elle s’accompagne et par la rougeur et la tuméfaction dont la peau devient le siège. Ces rougeurs sont, sous forme de petites taches, comme celles qui accompagnent les piqûres de puces ou de punaises, et, au centre, on voit un petit point rouge qu’on peut enlever avec la pointe d’une aiguille et qui n’est autre que le parasite qui a planté son bec dans la peau et qui se gonfle, non pas de sang, mais de la sérosité que sa salive venimeuse fait sourdre.
- Les rougets cherchent surtout les pores de la peau ou la racine des poils pour y introduire leur rostre. Duméril observa sur un jeune enfant plus de douze
- rougets vivants agglomérés à la base d’un cheveu. Il crut que les ongles des pattes étaient le principal organe de fixation et la cause unique du prurigo. Le docteur Johnston, de Bervick, a vu aussi les parasites se suspendre aux cheveux en si grand nombre qu’ils formaient des amas ayant l’aspect de gouttes de sang coagulé.
- Un grand nombre d’auteurs ont rapporté des cas particulièrement remarquables d’attaques de l’aoù-tat1 : Moses a vu toute une famille envahie par les rougets et souffrir d’une inflammation vésiculeuse avec prurit insupportable. Gudden a publié un cas d’un phtisique dont le corps entier était couvert de ces acariens, sauf le dos qui était rendu inaccessible par le décubitus ; ils se trouvaient en nombre immense sur tout le tronc et à la face interne des bras, des jambes; les uns étaient libres et couraient à la surface de la peau, les autres étaient fixés et
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- Fig. 1. Trombidion soyeux. — Fig. 2. Son œuf. — Fig. 3. Sa larve au sortir de l’œuf, vulgairement nommée Aoûtat ou Vendangeur
- Fig. 4. La même larve après s’être repue (Dessins de l’auteur.)
- souvent réunis en groupe. Il pense qu’ils avaient été amenés avec les bouquets dont l’infirmier avait coutume d’orner la salle; ils pouvaient provenir aussi de la paillasse du malade qui avait été changée de paille fraîche.
- En Danemark, a Thisted, il règne tous les ans, dans la seconde moitié de l’été, un exanthème épidémique désignée par les habitants sous le nom de boutons d’août (Avgusl Iinuder) ; il s’observe surtout chez les personnes qui vivent dans les jardins. Heiberg a reconnu qu'il était dù à l’invasion de la peau par le rouget, que des lotions avec la teinture de pyrèthre tuent rapidement.
- Le rouget ne s’attaque pas seulement aux personnes, mais il envahit aussi toute espèce d’animaux domestiques ou sauvages. Chez les animaux qui sont au pâturage ou chez les chiens, c’est particulièrement autour du rnuscau et des yeux qu’il se plante; nous en avons compté jusqu’à dix à la base d’un seul poil des sourcils d’un chien de chasse; ils y formaient comme une‘petite croûte jaune-orangé. Sur
- des lièvres nous en avons récolté sur toutes les parties du corps, et sur certains lapins de garenne nous avons vu la peau fine du fourreau en être tellement garnie qu’elle paraissait être le siège d’un exsudât orangé. Enfin autour de certaines fermes, on a vu des nichées entières de poussins, après des promenades sur les gazons environnants, être tuées par l’invasion des rougets.
- Nous avons vu ci-dessus qu’un médecin danois, Heiberg, conseille pour se débarrasser des rougets, des lotions avec la teinture de pyrèthre ; on peut aussi, si l’on est éloigné du pharmacien, employer l’essence de térébenthine, la benzine, le pétrole. Pour les animaux, ces trois dernières substances doivent être mitigées par moitié avec de l’huile d’olive, ou mieux employées en simples lotions sulfureuses. P. Mégnin.
- 1 Nous les trouvons rapportés dans la Zoologie médicale de notre ami M. R. Blanchard.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieii.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
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- N° 952.
- 29 AOUT 1891.
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- KRONSTADT ET PORTSMOUTH
- Nos marins sont revenus de Kronstadt où on les a chaleureusement fêtés, et de Portsmouth où l’accueil a été non moins gracieux.
- Les lecteurs de La Nature nous sauront gré de l'idée que nous avons eue de faire ressortir à leurs yeux l’importance militaire de ces deux grandes places maritimes.
- KRONSTADT. --
- Le golfe de Finlande, dont l’escadre de l'amiral Gervais a naguère sillonné les eaux, s'ouvre, comme chacun sait, entre la côte de Finlande et la côte d’Esthonic. Semé d'ilots, hérissé de rochers, découpé de fjords qui, en cas de gros temps, offrent d’excellents ahris aux navires, le littoral finlandais est défendu par d’importants ouvrages permanents.
- D'abord,* en avant du cap qui sépare le golfe de Finlande du golfe de Bothnie émerge F ilôt fortifié de Gaslavsvarn, planté l’a en manière de sentinelle avancée. A l’est de cette vigie se trouve Ilel-singfors, station de l’une des trois escadres russes de la Bid tique. Munie d’une bonne enceinte, appuyée de plusieurs forts détachés, celte place a sa belle rade protégée par Sweaborg. Répartis suivant un chapelet de sept îlots distincts, les remparts de Sweaborg sont : les uns, construits en pierres granitiques; les autres, taillés dans le roc vif. Plus loin, au fond d’une baie profonde, au débouché d’un canal qui vient de Saïma, la grande forteresse de Viborg commande la route et le chemin de fer d’Abo à Pétcrsbourg.
- La côte d’Esthonie ne compte que deux places maritimes : Narra, dont les anciennes fortifications ont été déclassées, et Revel, station d’escadre de la flotte russe. Les défenses de Revel servent à couvrir des établissements militaires aussi vastes que ceux
- d’Helsingfors. Les deux grandes places se font vis-à-vis et commandent merveilleusement l’entrée du golfe de Finlande.
- 11 convient d’observer qu’un ensemble de voies ferrées courant parallèlement au littoral, met en relation directe Helsingfors, Viborg, Pétcrsbourg et Revel. 11 suit de là que la défense mobile est partout assurée ; que des forces respectables peuvent être jetées, en peu d’instants, sur tel point de la côte qui serait l’objet d’une attaque. A l’est, au fond du golfe, est Pétcrsbourg qui n’est défendue directement que par une citadelle aujourd’hui sans valeur; mais la capitale de l’empire est admirablement couverte par la forteresse de Kronstadt (fig.l ).
- Fondée par Pierre le Grand à l’extrémité sud-est de File Kotlin, Kronstadt comprend aujourd’hui 50000 habitants, sans compter 20 000 hommes de garnison. Station principale de la flotte de la Baltique, cette grande place maritime est munie : du côté du large, d’une muraille en granit ; du côté opposé, d’une ligne à redans avec fossés pleins d’eau, le tout formant une enceinte continue. Les passes qui s’ouvrent entre File et la terre ferme sont défendues par un système de forts solides qui rend presque impossible une attaque directe. La passe nord est barrée
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- CZztàoi&rA-Ut
- Fig. 1. — Plan du port de Kronstadt en Russie.
- Fig. 2. — Plan du port de Portsmouth en Angleterre.
- 19* année. — 2e semestre.
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- par sept ouvrages — numérotés de 1 a 7 — établis en ligne droite sur une digue en enrochements. laquelle digue va de Kronstadt au cap Lisiy. Et, en avant de cette ligne, quatre fortes batteries isolées, numérotées de 1 à 4. La passe sud est gardée par les forts Kronschlot et Menchikoff, en avant desquels se développe le système des forts Alexandre, Pierre et Paul, grosses tours en granit, percées de nombre d’embrasures. En avant encore, une ligne de quatre forts : le fort n° 1, le fort n° 2 ou Dritchkanitz, le fort n° 5 ou Milioutine, le fort il0 4 ou Constantin. Point n’est besoin d’ajouter que tous ces ouvrages comportent chacun un armement de premier ordre. Le fort Constantin, par exemple, est armé de 25 bouches à feu de gros calibre ; le fort Pierre, de 50; le fort Kronschlot, de 88 pièces; le fort Milioutine, de six tourelles cuirassées, etc. Et puis un agresseur aurait à compter avec les défenses sous-aquatiques. C’est ainsi que — pour ne citer qu’un fait — on ne compte pas moins de dix lignes de torpilles dormantes, mouillées entre les forts Alexandre et Paul. Avis à ceux qui voudraient forcer les passes de Kronstadt.
- poutsmoüth. — Située dans la rade de Spithcad, à l’entrée du canal qui sépare Pile de Wiglit de la côte du Ilampshire, la place de Portsmouth comprend trois villes fortifiées dont deux — Portsmouth proprement dite et Portsea — sont assises sur la rive orientale, et la troisième — Gosport — sur la rive occidentale du goulet d’une baie profonde organisée en port militaire (Portsmouth harbour) (fig. 2).
- Vers 1800, les Anglais avaient construit, à 2 kilomètres a l’ouest de l’enceinte de Gosport, une imposante ligne de cinq forts détachés — dits Bison, Drockhurst, Rowner, Grange et Gomer — armés chacun de 79 pièces de gros calibre. Depuis lors, l’artillerie ayant réalisé des progrès inattendus, ces défenses se sont trouvées insuffisantes à l’effet de garantir des effets d’un bombardement l’arsenal maritime qui n’en est distant que d’environ 4 kilomètres. Cela étant, le gouvernement britannique a reconnu la nécessité de créer une autre ligne de trois forts détachés et cette seconde ligne, il l’a jetée a 5 kilomètres en avant de la première, soit a 7 kilomètres de l’arsenal.
- L’entrée de « Portsmouth harbour » est défendue, sur sa rive occidentale, par les forts Monckton et Block-llouse et la batterie Gilkicker. Sur la rive occidentale, le système de défense comporte la batterie Southsea Castle (52 pièces) ; — la batterie Lumps (14 pièces); — le fort Eastney et le fort Cumberland qui protège, en même temps, l’entrée de la baie de Langston. Tous ces ouvrages combinent leur action avec celle des forts à la mer Spit-sand et Uorsesand tant pour défendre l’entrée de « Portsmouth harbour » qu’en vue de faire échouer toute tentative de débarquement de vive force entre Southsea-Castle et le fort Cumberland.
- Ce n’est pas tout.
- Les Anglais ont tenu compte de l’hypothèse où, à la
- suite d’un heureux débarquement opéré par l’ennemi sur quelque plage du Nord, leur grand établissement maritime pourrait être pris à revers. A 7 kilomètres au nord de Portsmouth règne, dans la direction est-ouest, une étroite ligne de hauteurs de 12 kilomètres de longueur et de 120 mètres d’altitude. Une fois établi sur cette colline, qui a nom Portsdown Ilill, un adversaire résolu pourrait, en quelques heures, incendier tous les navires mouillés dans « Portsmouth harbour », ruiner les arsenaux, réduire en cendres les trois villes du camp retranché avec les approvisionnements qu’elles renferment.
- Pour parer à l’éventualité d’un tel danger, les ingénieurs anglais ont assis sur Portsdown Ilill cinq grands forts détachés dont le dernier n’a été parachevé qu’en 1809. Ce sont les forts Waliington, Nelson, Southwick, Widley et Purbrock.
- La nature s’est montrée prodigue de faveurs envers l’Angleterre. Les massifs crayeux de scs côtes sont admirablement découpés et semblent laits pour offrir des abris surs à la navigation. Ainsi, l'ilc de Wight forme, au sud de Portsmouth, une sorte de digue qui couvre merveilleusement les mouillages de Spithcad, de Soient, du bras de mer de Sou-thampton et dont l’ensemble constitue la plus belle rade de l’Europe.
- En cas de guerre maritime, un débarquement de l’ennemi dans l’ile de Wight serait fort dangereux pour Portsmouth et ses dépendances ; mais, heureusement pour nos voisins d'outre-Manche, les côtes de ce brise-lames naturel sont bordées de hautes falaises presque partout infranchissables. On n’y peut atterrir que par les baies de Brading (Brading-Bay) ctdeSandown (Sandown-Bay). Ce sont là les deux points vulnérables, les seuls qui puissent se prêter à quelque tentative d’attaque. Aussi les Anglais se sont-ils 'attachés à préparer la défense de ces plages et y ont-ils accumulé des obstacles sérieux. Les deux baies dangereuses sont séparées par un promontoire qui exerce sur elles un commandement prononce. C’est sur la crête de cet éperon qu’a été construit le fort Bembridge, destiné à servir de soutien aux batteries de côtes échelonnées le long du littoral de Sandown-Bay, lesquelles sont dites : batterie Redcliff, batterie Yaverland, fort Sandown et batterie des casernes (Barrack-battery). Ces défenses comportent ensemble un énorme armement de pièces de gros calibre.
- A l’ouest de Wight, s’ouvre le canal du « Soient » séparant cette île de la côte du Ilampshire. La passe d’entrée, qui n’a que 1500 mètres de large, est défendue par les feux des forts Victoria, Gliff End, Golden Bill, Freshwater et des batteries Hurst Castle, Warden Point, Ilatterwood et Nesdles.
- Quant à la passe orientale de la rade de Spithcad, elle est protégée par quatre grands ouvrages cuirassés fondés en mer sur enrochements et pilotis. Ce sont les forts Spitsand, Uorsesand, Nomansand et Hélène. Ce dernier, qui se conjugue avec Bern-
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- bridge pour défendre Brading-Bay, est armé de 15 canons rayés du plus fort calibre; il est, de plus, muni de deux tourelles à coupole.
- Magnifique mouillage où pourraient se grouper et évoluer toutes les Hottes militaires du globe, la rade de Spithead se trouve, ainsi qu’on le voit, pourvue de défenses imposantes. C’est un camp retranché naval immense et, de plus, doté de formidables propriétés offensives. Jadis, Pitt comparait Anvers à un pistolet braqué sur le cœur de l’Angleterre. On peut dire aujourd’hui (pie, entre l’ile de Wight et Ports-mouth, derrière les forts de mer Spitsand, Ilorse-sand, Nomansand, etc., les Anglais sont en mesure de masser, en quelques heures, d’innombrables batteries de pièces de gros calibre, prêtes à ouvrir le feu de toutes parts. Ll-Colonel Hennebert.
- LE WOLFRAM DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE
- Les fabriques allemandes, depuis peu, s’informent, chaque fois qu’elles en trouvent l’occasion, de la possibilité de se procurer du wolfram en Australie, et elles offrent d’en prendre une grande quantité. Cette circonstance est de nature à rouvrir à Otago l’exploitation d’une industrie minière assez négligée, bien que fort importante. Otago, en effet, est peut-être plus riche en ce métal particulier qu’aucune autre localité du globe. Le wolfram ou tungstène appartient à ce groupe de métaux rares qui, il n’v a que peu de temps, n’étaient connus que des seuls chimistes, et n’avaient d’emploi que dans les laboratoires.
- Depuis l’invention des canons de 100 tonnes, il est arrivé que les commandes de ce métal, jusque-là assez ignoré, ont fait du tungstène une matière connue en dehors du monde de l’industrie minière. On a souvent constaté que le tube d’acier qui entoure la lumière de ces énormes pièces, ne saurait résister, sans se rompre, à la commotion produite par des décharges réitérées, d'où il suit qu’une dispendieuse pièce d’artillerie se trouve bientôt hors d’usage. L’expérience a prouvé que l’addition d'une faible proportion de tungstène à l’acier fin employé à la fabrication des canons, communique à ce dernier métal une merveilleuse élasticité, en sorte que le tube d’acier cède sous la pression, au moment de la détonation, pour revenir ensuite à sa position initiale autant de fois qu’il est nécessaire sans que les qualités du métal soient en aucune façon compromises. Les manufactures d’armes allemandes absorbent donc la plus grande partie de la production de tungstène, et, après avoir été purement un objet de curiosité, qu’on ne pouvait voir que dans le laboratoire du chimiste, ce métal a acquis une valeur considérable. Le wolfram se présente généralement à l’état de combinaison avec le fer en Europe, mais on le trouve aussi dans la schéelite, ou tungstate de chaux. C’est sous cette dernière forme qu’on le rencontre à Otago. Par lui-même, le métal est blanc, extrêmement cassant et pesant; son poids spécifique correspond à 19,11 celui de l’or étant 19,5. On peut voir par là que le tungstène est un métal très lourd, puisqu’il a presque la densité de l’or.
- 1 Les cliitfres obtenus par différents opérateurs pour la densité du tungstène varient de 17,2 à 19,2, suivant le mode de production du métal.
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- LA CARAVANE ÉGYPTIENNE
- AU JARDIN D’ACCLIMATATION DE PARIS
- La pelouse du Jardin d’Acelimatation est transformée depuis quelque temps en désert Libyque et la partie adjacente du jardin en village nègre, campement arabe et bazar égyptien. Tandis que sur la pelouse les Bédouins, à cheval, se livrent à leur fantasia, aux courses effrénées aux simulacres de combats et de rapts de chameaux, à côté, au bazar, se meut et s’agite toute une population d’une ville orientale. Ici un tourneur syrien exécute de petites colonnettes pour les « moucharabiyèh » en tournant le bois d’une main à l’aide d’un arc de vilebrequin, tandis que de l’autre main et du pied il dirige le tranchant de son outil; là, un barbier du Caire, dans une boutique sans luxe, exerce son art sur la tête de quelque Levantin; plus loin, dans un café-concert maure, où le service est fait par les « cafédjis » fellahs, des spectateurs nombreux suivent les mouvements lents et ondoyants de la danse des aimées,et tachent de s’accoutumer au rythme bizarre de la musique qui les accompagne.
- Toute cette transformation est due à l’arrivée d’une « caravane égyptienne » de cent vingt-trois personnes, débarquées le lo août à Paris, après avoir franchi, non pas le désert, mais la Méditerranée.
- Cette caravane se compose de plusieurs éléments. Ce sont d’ahord les quatorze hommes, sept femmes et huit enfants, Bédouins Ben-Rhasi faisant partie de la tribu des Moghrabi ou Mogharba, dont le gros habite les terrasses inférieures entre le désert Libyque et les montagnes du pays de Barka (ancienne Cyrénaïque), dans l’est de la Tripolitaine, près de la frontière d’Égypte. Ces Bédouins nomadisent ordinairement au sud-ouest du delta du Nil; ils sont sous l’autorité du vieux cheik Tarif-Salah (fig. 5) que l’on peut voir au Jardin caracoler sur un beau cheval hlanc en tète de sa troupe, pendant le défilé général.
- Viennent ensuite sept hommes Berberins ou mieux Berberi (Barâbirah ou Berabra au pluriel) de la Nubie; dix hommes, trois femmes et un enfant. Fellahs des environs du Caire; cinq hommes Syriens ou Levantins et une troupe de neuf hommes, vingt femmes et un enfant nègre, classés par le directeur de la caravane sous la désignation de « Souahélis ».
- La caravane est complétée par de nombreux spécimens d’animaux domestiques : trente chevaux arabes ou égyptiens, vingt dromadaires dont quelques-uns « méhari », c’est-à-dire dromadaires de course, neuf ânes blancs, cinq buffles à cornes aplaties, un troupeau de moutons et de chèvres égyptiennes que l’on reconnaît bien à leurs oreilles pendantes à leur chanfrein recourbé.
- Quand on voit tout ce monde se remuer, galopant, travaillant, chantant, sautant, on se croirait transporté en Egypte; mais il n’y a pas là seulement un vain plaisir des yeux, car un observateur
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- attentif et quelque peu versé dans les études ethnographiques, ne tardera pas à découvrir dans cette troupe bigarrée, presque tous les éléments dont se compose la population du nord-ouest de l’Afrique, depuis la Tripolitaine jusqu’à Zanzibar.
- La population actuelle de l'Égypte et de la Nubie est formée essentiellement de quatre éléments que l’on peut désigner sous les noms génériques de fellah, arabe, éthiopien et nègre.
- L’élément fellah est celui qui paraît être le plus ancien dans le pays. Les fellahs actuels sont des descendants directs, quelque peu mélangés aux Arabes, des anciens Egyptiens. Ils ont abandonné, il est vrai, le parler de leurs ancêtres en adoptant celui des Arabes, mais ils ont conservé fort bien le type des Egyptiens primitifs tel (jue nous pouvons le reconstituer d’après les monuments.
- L’ancienne langue égyptienne s’est conservée cependant très longtemps sous la forme de l’idiome copte qui, encore jusqu’à ces derniers temps, servait de langue liturgique à la fraction chrétienne des habitants de la basse vallée du Nil connue sous le nom de Coptes.
- Chose bizarre, parmi tous les Fellahs, ce sont précisément ces Coptes qui s’éloignent le plus, par leurs traits, de l’ancien type égyptien.
- Parmi les conducteurs d’ànes de la troupe et les « cafédjis », on remarque quelques individus au type fellah assez prononcé : crâne allongé (dolichocéphale) face ovale, longue, front assez haut, nez droit ou légèrement aquilin, long et mince, sourcil droit, l'œil grand, fendu en amande, enfoncé sous une orbite bien dessinée, bouche large, lèvres fortes et charnues, légèrement retroussées, le menton carré. Ce type apparait déjà chez l’enlant (fig. 1).
- On rencontre le fellah de plus en plus rarement à mesure que l’on remonte le Nil; il disparaît sitôt que l’on a passé la première cataracte, àAssouan. D’autre part, le type éthiopien n’apparaît qu’à partir de la quatrième cataracte, et se propage plus au sud, à travers l’Abyssinie jusqu’aux Gallas que l’on peut considérer comme les représentants les plus purs. C’est du mélange de ces Gallas avec les Arabes, que sont issus les Somalis dont on a vu quelques spécimens l’année dernière au Jardin d’Acclimatation.
- Quant à la partie de la vallée du Nil située entre
- Fig. 1. — Jeune Fellah au Jardin d'Aeclunatation de Paris.
- la première et la quatrième cataracte, elle est occupée par les Berberi ou Berabra, peuple issu des mélanges des Ethiopiens, des Fellahs et des Arabes. On donne aussi à ces Berberi le nom de Nouba ou Nubiens, à tort suivant nous, car ce terme prête à la confusion : Nouba est le nom d’une peuplade nègre, à l’ouest du haut Nil; et sous le nom de Nubiens on désigne souvent les Bedjas et tous les Ethiopiens en général. On devrait employer ce terme comme synonyme d’Ethiopien septentrional; d’ailleurs déjà Strabon (livre XVII) indiquait, d’après Eratosthène, les « Nubiens » comme un peuple distinct des Nègres et des Egyptiens. Les Berberi sont moins noirs, ont les cheveux moins crépus, la taille moins liante que les Bedjas, les Hamrans et autres
- Ethiopiens. Les individus de la troupe qui, dans le cortège, suivent et précèdent, en se balançant sur des chameaux, une espèce de palanquin entouré de faux derviches, sont de bons échantillons de la race mixte de Berberins dans laquelle le mélange du sang arabe se fait sentir suffisamment. D’ailleurs, en général, la couche du vernis arabe, si l’on peut s’exprimer ainsi, s’épaissit sur les populations du Nil, à mesure que l’on avance du sud au nord.
- Ayant imposé leur langue et leur religion à la plupart des peuples de l'Egypte, les Arabes ont aussi modifié leur type et cela en raison même du temps depuis lequel ils sont en contact avec ces peuples. Leur influence s’est fait aussi sentir parmi les tribus nomades habitant les plateaux qui encaissent la vallée du Nil à l’est et à l’ouest. Les tribus de l’est sont presque complètement Arabes, tandis que celles de l’ouest sont plutôt des Berbcrs arabisés. Le substratum de la tribu Mogharba, si bien représentée au Jardin d’Acclimatation, est formé de Ber-bers, frères de races de nos Berbers et Kabyles de l’Algérie et de la Tunisie, et voisins des Touaregs du Sahara. Aussi n’est-il point étonnant de trouver parmi eux, à côté des profils arabes assez classiques, des tètes rappelant certaines variétés du type berber.
- Quant aux nègres qui ont pris part à la formation des groupes ethniques de la vallée du Nil, leur rôle a été très exagéré; jamais il n’y en a eu un nombre suffisant pour modifier sensiblement non seulement le type fellah, mais même celui des Éthiopiens, ou
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- Fig. 2. — Un bédouin Moghrabi.
- Fig. 5. — Le cbeik Tarif-Salnb.
- Nubiens. Nous n’avons pas vu au Jardin d’Acclima-tation des représentants des nègres Soudaniens habitant le plus près de l’Egypte: Chillouks,
- Eoundji, Takrour. Les nombreux nègres Souahélis de la caravane, vien-nent de la côte de Zanzibar. Le nom de Souahéli n’a aucune signification au point de vue de la race; on désigne ainsi les habitants de la partie de la côte orientale d’Afrique depuis le cap Relgado jusqu’à l’embouchure de la rivière Pangoni. Formée d’éléments divers, mais surtout nègres et arabes, cette population n’a aucune lixité au point de vue ethnique ; tout nègre esclave, amené dans cette région de la côte, qu’il vienne du nord ou du sud, qu’il soit Bantou ou Soudanien, prend le nom de Souahéli ; la communauté de langage est le seul lien qui rattache ces éléments hétérogènes. Cependant la majorité des nègres de la côte de Zanzibar sont des Yaghindo, des Ouassagara, des
- Ouniamvesi des régions voisines de l’intérieur. Parmi les nègres Souahéli du Jardin d’Acclimatation, on remarque aussi une grande variété de types; il y a des hommes grands, rappelant assez le type Bantou oriental ; mais à côté, il y a aussi (surtout parmi les femmes) des individus de petite taille, à nez très écrasé, aux lèvres proéminentes, présentant en somme les traits des nègres soudaniens. Deux femmes diffèrent notablement des autres ; leur haute taille, les traits de leur physionomie, leur profil tout en ligne droite du front au menton, révèlent le mélange de sang abyssin ou galla. '
- Mais, à côté de tous ces types vivants, il y a aussi à observer le cadre dans lequel ils se meuvent, et sous ce rapport on peut beaucoup apprendre à l’exhibition de différents objets ethnographiques qui se trouve un peu partout, sur la pelouse aussi bien qu’au bazar et sous les tentes des Bédouins. Depuis
- (Photographies des types exhibés au Jardin d’Acdiinatation de Paris.)
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- le costume si simple et si pittoresque des Bé-douins (fig. 2) jusqu’aux tatouages et aux ornements en argent des Bédouines (fig. 4), depuis la poterie et les métiers à tisser primitils jusqu’à ces gros baldaquins que l’on met sur les chameaux destinés à transporter les femmes et les enfants, tout a son caractère. Peu de luxe, mais beaucoup de sens pratique : des objets solides, incassables, en cuivre ou en métal, de peu de volume, susceptibles d’être transportés vite et sans embarras comme il en faut poulies nomades.
- Si des Arabes, on passe aux agriculteurs fellahs, on peut apprécier leurs instruments aratoires par les spécimens exposés près du bazar; certains outils comme la bêche, la charrue, ne diffèrent guère de ceux que l’on voit figurer sur les monuments égyptiens. On a construit à coté deux Sakie, ces engins primitifs destinés à l’arrosage : une roue munie sur son pourtour des seaux qui s’élèvent pleins d’eau et se vident dans un réservoir placé en haut; cette roue est mise en mouvement par un animal quelconque. Fait curieux à noter en passant : cette machine hydraulique primitive est répandue depuis la Chine jusqu’en Espagne en passant par le Turkestan et l’Égypte. Il est dommage qu’à côté on n’ait pas installé un autre engin pour puiser l’eau, très employé en Égypte : le fameux Ckadouf, un seau qui s’élève et s’abaisse au bout d’un levier. On peut se faire aussi une idée des armes (boucliers ronds en peau de buffle, lances et javelines énormes, épées droites, etc.), des Ethiopiens ou Nubiens, en examinant l’exposition des objets ethnographiques(près du café). Ces objets viennent des différents points de l’Afrique nord-occidentale; on y trouve même trois momies égyptiennes, témoins muets des temps passés, qui prennent au milieu de ce cadre mouvant, un aspect beaucoup moins lugubre que les glaciales momies des froides salles de nos musées.
- J. Remker.
- LES PROGRÈS DE L’HIPPOPHAGIE
- Contrairement à ce qu’on croit communément, il y a depuis longtemps un nombre respectable de Français et de Françaises qui mangent une quantité considérable de viande de cheval, parce que cet aliment convient aussi bien à leur estomac qu’à leur bourse.
- De nos jours les consommateurs de solipèdes ont tellement augmenté, qu’en maints endroits, paraît-il, la viande de cheval se vend beaucoup plus cher qu’il y a 15 ou 20 ans, sans toutefois avoir subi une hausse aussi considérable qu’en Danemark depuis quelques années et qu’en Allemagne très récemment. En France, tout en restant à la portée des petites bourses, l’hippophagie a fait des progrès surprenants. Dans plusieurs localités, la boucherie ordinaire s’est émue sérieusement de la concurrence de ce nouveau commerce. A Toulouse, par exemple, qui est la ville de France où il se consomme le plus de chevaux proportionnellement au nombre des habitants, le Syndicat de la boucherie s’est érigé en une sorte de comité contre la vente de la viande de cheval.
- A Paris, la première boucherie de cheval s’ouvrit le
- 9 juillet 1866. Le nombre des solipèdes sacrifiés depuis cette époque jusqu’au 51 décembre de la même année, ne fut que de 902; il s’éleva à 2758 en 1869, à 65 000 rien que pendant le Siège et la Commune, à 5752 en 1872, à
- 10 019 en 1877. Les boucheries chevalines étaient au nombre de 48 au 1er janvier 1874, et de 152 au 1er janvier 1889. Actuellement « le prix de la viande de cheval est à peu près égal à la moitié du prix de la viande de bœuf par morceaux correspondants. Ainsi le filet de bœuf est vendu 2 fr, 50 les 500 grammes, le filet de cheval est vendu 1 fr, 25. Les bas morceaux, qui sont de 40 à 60 centimes pour le bœuf, sont de 20 à 50 centimes pour celle dont il s’agit )). Les solipèdes saisis, après abattage, comme impropres à la consommation, ont été au nombre de : 5585, de 1868 à 1884, c’est-à-dire en dix-sept ans pour 205 557 consommés; de 504, en 1886, pour 18 455 consommés; de 245, en 1887, pour 16 446 consommés.
- A Lyon, à Bordeaux, à Orléans, à Troyes, et dans d’autres villes, les boucheries de cheval ont un grand débit.
- D’après M. Thomassen, professeur à l’Ecole vétérinaire d’Utrecht, l’hippophagie jouit d’une grande faveur à Rotterdam. La viande de cheval sert à l’alimentation de l’homme dans des proportions qui ne me sont pas connues en Danemark, en Suède et en Suisse ainsi qu’en plusieurs endroits d’Italie, comme la Lombardie, le Piémont, la Vénétie et la Sicile. Elle est d’un grand usage à Milan, tandis qu’elle est dédaignée à Turin. Dans cette dernière ville, en 1888, il n’a été tué à l’abattoir que 55 chevaux; la viande de tous ces solipèdes a été employée exclusivement pour la nourriture des animaux d’une ménagerie. M. Manuel Prieto regrette que l’hippophagie ne soit pas adoptée en Espagne, où elle profiterait aux nombreux ouvriers peu fortunés, pour lesquels la viande ordinaire est un (( article de luxe » à cause de son prix élevé.
- La Statistique agricole annuelle, publiée par le Ministère de l’agriculture, donne le nombre des chevaux, ânes et mulets sacrifiés pour l’alimentation humaine à Paris et dans la banlieue *.
- LA PROTECTION DES PLANTES
- Nous avons étudié précédemment2 les moyens mis en œuvre par la nature pour assurer la dissémination des plantes par toute la terre, en même temps que leur conservation. Nous avons vu que les forces naturelles, l’eau et le vent, les animaux et l’homme lui-même sont les agents les plus actifs de cette dissémination, et nous avons signalé les espèces les plus intéressantes dont l’introduction dans des pays déterminés est due à leur action.
- Si des plantes apparaissent dans des endroits où on ne les avait jamais vues auparavant, il en est d’autres au contraire qui disparaissent d’une localité, d’un pays, d’un continent tout entier. Sans parler des modifications profondes apportées à la flore d’un pays par la longue suite des âges ou par les cataclysmes géologiques, nous voudrions signaler à l’attention de nos lecteurs quelques plantes dont les botanistes prévoient et déplorent la disparition à brève échéance, en même temps que nous ferons connaître les mesures prises dans quel-
- 1 D’après un travail statistique de M. Ch. Morot, vétérinaire municipal à Troyes.
- î Yoy. n° 907, du 18 octobre 1890, p. 314.
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- ques pays pour protéger certaines espèces végétales particulièrement menacées.
- Quelques sceptiques vont sourire peut-être en nous entendant parler de protection. « La nature n’a pas besoin de votre intervention; elle se maintient par elle-même et nous n’avons qu’à garder la plus stricte neutralité envers elle. » C’est vrai; mais il faut que la neutralité soit absolue, c’est-à-dire respectée par tous. Du moment que cette neutralité est violée par quelques-uns qui dépouillent la terre de sa plus belle parure, tandis qu’elle est impuissante à se déléndre contre ces outrages, il est du devoir de ceux qui se proclament ses amis, de prendre des mesures pour mettre un frein à ces déprédations.
- On sait que certaines espèces animales autrefois abondantes, telles que le bison d’Amérique, la baleine, l’éléphant, le lion, décroissent rapidement : si l’on n’y prend point, garde, ces espèces disparaîtront complètement. Quelques plantes sont menacées d’un sort semblable.
- La figure 1, dessinée d’après le Gardeners Cronicle, représente un Psiadia rotundifolia, Hook, qui est le dernier de sa race. Cet arbre autrefois très abondant à l’île Sainte-Hélène, malgré son apparence peu élégante, offre un intérêt tout particulier, parce qu’il appartient à la grande famille des Composées dont la plupart des représentants connus sont des [liantes herbacées. Ici nous voyons un arbre de 6 à 7 mètres de haut, avec des branches fortes et nues et portant de petites fleurs d’Àster.
- L’homme et les chèvres lui ont fait une telle chasse que les nombreuses forêts qui couvraient l’île ont disparu et que cette espèce végétale serait réduite à ce seul individu, si on n’avait pris la précaution d’en planter à Kew, où il est encore cultivé.
- De même une des plus gracieuses espèces d’Euca-lyptus, E. alpina, qui abondait autrefois au mont Williams en Australie, serait maintenant inconnue, si le baron van Muclle, de Melbourne, n’en avait planté un pied au Jardin botanique, où il est actuellement le seul de son espèce. On commence à le répandre au moyen de semis et de pépinières.
- On dira peut-être que ces suppressions radicales de certains arbres sont des exceptions. C’est vrai; il est rare que l’homme, malgré toute son activité, puisse arriver à anéantir, à annihiler une espèce de plantes. Mais ne sait-on pas les funestes effets produits par les déboisements systématiques entrepris depuis longtemps déjà? Que sont devenues ces immenses forêts qui couvraient autrefois l’Allemagne, à tel point qu’un écureuil sautant de branche en branche pouvait passer de Strasbourg à Kœnigsberg?
- Il y a seulement trente ans, raconte un voyageur, il pleuvait à Para, tous les jours. Aussi la végétation y était-elle d’une richesse extraordinaire. Depuis, le Brésil s’est peuplé; les forêts vierges ont été défrichées ou brûlées et les frais ombrages ont fait place au désert aride et improductif. Il se passe maintenant des mois sans qu’il tombe une goutte de pluie.
- Voyez, en France, les Alpes du Dauphiné; les pentes sont sèches et arides; le roc perce partout. Les environs de Gap ont perdu la vie en perdant leurs forêts.
- Est-il pour les Suisses une essence plus précieuse que l’Arole (Pinus Cembra, L.) (fig. 2), le plus majestueux des arbres forestiers et qui croît sur les pentes les plus élevées? Cette essence formait autrefois de belles forêts; aujourd’hui on n’en retrouve [dus ([lie quelques débris épars.
- Une conséquence terrible de ce déboisement, de cette dénudation des pentes des montagnes, c’est la fréquence des inondations. La forêt exerce une influence salutaire au point de vue météorologique. Lors des grosses pluies non seulement les cimes des arbres font parapluie, mais le sol de la forêt travaille à la manière d’une éponge, absorbant les eaux et leur permettent de s’écouler lentement, sans danger pour les parties inférieures. Dans les pays déboisés au contraire, les eaux deviennent en un instant menaçantes. Aussi a-t-on pu remarquer à l’Exposition universelle, au pavillon des Forêts, que les projets présentés pour la correction des torrents comprennent en même temps le reboisement des pentes au pied desquelles ils roulent leurs eaux.
- Quand nous parlons de protection des plantes, nous entendons aussi bien les humilies fleurs de nos bois que les grands arbres qui les abritent sous leurs rameaux. Le savant a intérêt à ne point laisser périr des espèces végétales, si déshéritées soient-elles; pour lui la perte d’une espèce équivaut à la disparition d’une page intéressante de l’histoire.
- Les défrichements, les travaux d’utilité publique, l'extension des cultures des plantes industrielles, les dessèchements de marais produisent dans les flores locales des modifications quelquefois profondes, détruisant ici une plante rare, là, faisant disparaître d’une localité tout entière des espèces intéressantes.
- Pour le seul département de la Somme, M. Gonse signalait dernièrement dans le Bulletin de la Société linnéenne du nord de la France une cinquantaine d’espèces disparues ou en voie de disparition.
- Les espèces de plantes les plus menacées sont celles ([ue leur élégance, l’éclat de leurs fleurs ou simplement leur rareté font rechercher par les amateurs ou les horticulteurs. Ajoutez à ces dévastateurs quelques botanistes indignes de ce nom qui ne respectent même pas les plantes les plus rares et qui ont l’habitude de tout saccager où ils passent.
- Le palmier nain, Chamærops humilis, L., le seul de sa famille qui soit indigène en Europe, se trouvait autrefois aux environs de Nice. En 1841, le regretté M. Cosson, guidé par M. Risso, botaniste niçois, récolta sur le dernier pied des feuilles, rien que des feuilles, qui ont été conservées dans son herbier. À cette sollicitude pour une espèce rare, on reconnaît le véritable botaniste. Cette plante, qui avait été épargnée par toutes les intempéries atmosphériques ; qui avait même résisté, en 1820, au froid nocturne et à jamais mémorable pour le midi
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- de la France (—10° C.) qui fit périr en une nuit tons les orangers du littoral méditerranéen, cette plante, disons-nous, lut détruite par le vandalisme de botanistes étrangers qui extirpèrent jusqu'au dernier représentant des palmiers sur notre sol.
- La disparition d’une orchidée propre à l'Angleterre a fait grand bruit de l'autre coté de la Manche il y a quatre ou cinq ans.
- Le Spiranthes Roman zoviana est une [liante très intéressante. Sa Heur blanche exhale un parfum délicieux. Sa seule station connue en Europe est une petite prairie au bord de Banlry Ray dans le sud de
- Fig. 1. —Psiadia rotundi folia, Le dernier de sa race.
- un botaniste suisse par une Société d’échange de Silésie.
- Arabis arenosa (très rare), le plus possible; Ibe-ris saxatilis (très rare), le plus possible; Papaver alpinum, autant que possible; Centranthus angus-tifolius, un char plein; Ilieracium ly copi folium, un char plein; Pyrola minor, le plus possible; Scrofularia Hoppii, un char plein; Centiinciilus minimns, une caisse pleine, etc.
- En somme, plus de cinq cents exemplaires) en supposant que sous les rubriques, « en quantité, le plus possible » on ne désirât que cent exemplaires et en mettant à part, les trois chars pleins.
- Et ces collecteurs étrangers qui s’abattent tous les ans sur la Suisse; qui viennent fouiller le pays pour
- l’Irlande. A la suite de nombreuses visites de botanistes, on vient de constater la disparition complète, de cette orchidée. (Test une lamentation générale dans ce pays jaloux de ses moindres avantages et où l’on considère les espèces propres au sol comme une richesse scientifique.
- Il existe des sociétés d’échange qui vous envoient cent plantes différentes, par exemple, contre cent exemplaires d'une plante de votre région. Un comprendra comment on peut arriver à faire disparaître, par ce moyen, une espèce de [liante, si on considère l’extrait ci-après d’une liste de [liantes demandées à
- Fig. 2. — L’Arole (Pinus cembra, L.).
- le compte de grandes maisons horticoles, anglaises ou allemandes et qui ont pour mission de ramasser tout ce qu’il y a de plus beau et en [dus grande quantité possible !
- Non contents d’emporter les magnifiques fleurs des Alpes, le blanc Edelweiss, les Gentianes, les Primnla, les Androsaces, les Sempervivum (fig. o), les Cypripèdes ou Sabots de Vénus, etc., ils détruisent parfois, sans aucun scrupule, des stations entières d'une espèce rare.
- C'est ce (jui est arrivé pour le Dracocephalum austriacum dont un collectionneur avait découvert, il y a quelques années, la station alors unique en Suisse. Après s’être richement servi et avoir fait d’amples provisions pour la vente, il avait arraché
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- et détruit tout ce qui restait sur place a seule tin Ces actes de véritable vandalisme ont ému quel-de rendre l’espèce plus rare et plus précieuse. ques personnalités scientifiques de la Suisse, entre
- Fig. 5. — Spécimens de quelques plantes alpestres: à gauche Primula glutinosa,L.; au milieu Androsace ; à droite Serti per vivutn.
- autres le Dr Goudet, le sympathique M. Correvon, 1 descendant du grand et célèbre botaniste genevois, directeur du Jardin d’Acclimatation de Genève et un | M. de Candolle, qui fondaient, dès l'année 1885,
- Fig. i. — Jardin botanique alpin de la Linnæa.
- rappelait les propositions qui ont été faites en 1882 au Congrès d’horticulture et de botanique de Turin
- une Association pour la protection des plantes. Rans la première séance du Comité, le l)r Goudet
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- pour arriver à protéger les plantes alpines, les mesures prises par les Américains pour empêcher la destruction de cet arbre précieux, le quinquina.
- La protection, a-t-il ajouté, est difficile, mais non pas impossible. Que de railleries 'a propos des lois édictées pour arrêter la destruction des chamois et leur disparition définitive! Peut-on se figurer un gendarme poursuivant un chasseur de chamois à travers les rochers, les glaciers et les pentes ardues ! Et cependant ces mesures ont été couronnées de succès. Des districts d’où les chamois avaient presque entièrement disparu, se sont repeuplés et sont parcourus de nouveau par de véritables troupes de ces charmants animaux.
- Le Comité, après délibération, a jeté les bases d’une association ayant pour but : d’éclairer le public sur ce qu’il y a de fâcheux pour le pays dans l’arrachage et la vente des plantes tels qu’ils sont pratiqués actuellement ; de recommander l’achat de bouquets et de fleurs coupées à ceux qui ne peuvent cultiver ces plantes ; d’engager enfin ceux qui peuvent se livrer à cette culture, à le faire en se procurant des plantes élevées par semis ou à les reproduire eux-mêmes par graines.
- Le but de J'Association n’est pas d’empêcher les amateurs de plantes alpines d’aller les cueillir eux-mêmes dans leurs courses à travers les montagnes. Ce qu’elle veut entraver, c’est l’arrachage effréné et maladroit pratiqué par certains marchands de plantes.
- Ces mesures prises par Y Association peuvent paraître assez platoniques et il ne semble pas qu’on doive en espérer de grands résultats.
- En parcourant les statuts d’une Société similaire, la Société protectrice des animaux, on trouve cependant que ses grands moyens d’action sont surtout des moyens moraux et qu’elle cherche à atteindre son but, soit par l’exemple et l’influence de ses membres, soit par des publications rentrant dans sa sphère d’activité.
- C’est aussi ce que fait Y Association pour la protection des plantes, et c’est à cette pensée qu’est dû son intéressant Bulletin dans lequel le Comité fait connaître, chaque année, les ravages qui sont venus à sa connaissance et les mesures prises pour les atténuer. Il cherche à répandre partout l’idée de la protection des espèces menacées et la crainte de leur destruction, soit par des conférences, des brochures ou des articles de journaux, etc.
- Le meilleur moyen de ruiner le commerce des arracheurs de plantes serait d’encourager la culture des plantes venues de semis. Les plantes élevées de la sorte sont acclimatées dès leur jeunesse et fleurissent beaucoup plus richement et abondamment que celles que l’on transplante de la montagne. Des expériences ont été faites qui ont parfaitement réussi. Ainsi, un horticulteur anglais, qui habite le canton de Berne, a élevé 30000 pieds d’Edelweiss par le moyen de semis.
- Le Jardin d’Acclimatation de Genève qui est indépendant de l’Association, dont il applique cependant
- les principes, est consacré à la culture exclusive des plantes alpines et vend ces plantes aux botanistes et amateurs, espérant leur enlever le goût d’aller saccager les montagnes et les vallées. Il fournit gratuitement des plantes et des graines aux établissements scientifiques.
- L’Association a voulu aussi avoir son jardin spécial et compléter l’œuvre entreprise par le Jardin d’Acclimatation de Genève, en cultivant les plantes in situ. Déjà, en 1885, le Comité émettait le vœu qu’on pût arriver à fonder un jardin botanique dans les Alpes, à une altitude qui permît d’y introduire et d’y cultiver la flore de toute la zone glaciaire. Ce jardin a été inauguré en 1886 et comprend la ilore des Alpes suisses groupées par territoires particuliers, ainsi que celles du Caucase, de l’Himalaya, des Pyrénées, des Andes (fig. 4). Il porte le nom de Lin-næa, du grand botaniste suédois et de la ravissante Linnæa qui fleurit dans ce site si alpestre et si sauvage, à Fionnay, au pied du mont Pleureur, sur les bords de la tumultueuse Dranse (altitude, 1690 mètres) .
- Ce jardin est ouvert au public et placé gratuitement à la disposition de toutes les personnes qui voudront s’instruire ou jouir de la flore alpine et montagneuse. Outre ces deux jardins, des propriétaires généreux ont fait l’acquisition de domaines où croissent des plantes rares dont ils ont défendu l’arrachage. Sous l’inspiration de l’Association, les autorités locales elles-mêmes ont édicté parfois des mesures protectrices. Témoin le préfet de la Haute-Savoie qui a pris un arrêté interdissant l’arrachage des cyclamens dans son département.
- Les idées protectrices commencent à être comprises en Angleterre, en France et en Italie, et le nombre des adhérents de l’Association atteint aujourd’hui six cents. Puissions-nous, par ces quelques lignes, avoir contribué à faire connaître et aimer cette œuvre éminemment utile et scientifique de la protection des plantes, qui a pour but de conserver à la nature, autant qu’il est compatible avec les besoins et les progrès de la civilisation, son cachet de grandeur et d’originalité. Y. Brandicourt,
- Bibliothécaire de la Société linnéenne du nord de la France.
- LES CULTURES ARTIFICIELLES
- DES CHAMPIGNONS INSECTICIDES
- LA DESTRUCTION DU HANNETON ET DE SA LARVE PAR LE (( BOTRYTIS TENELLA ))
- Il a paru depuis quelque temps, dans les journaux spécialement consacrés à l’agriculture, bon nombre d’articles et même de longs Mémoires sur une question qui, actuellement et particulièrement en France, est du plus haut intérêt pour les populations rurales. Il s’agit de détruire les insectes nuisibles aux plantes cultivées par des épidémies créées et répandues artificiellement dans les terrains infestés.
- La guerre acharnée qu’on fait chez nous aux oiseaux, malheureusement avec trop de succès, a eu pour con-
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- séquence (l’augmenter le nombre d'insectes parasites dans des proportions fort inquiétantes. Dans certaines régions de la France, les pépinières, les vergers, les prairies, les champs de culture et même des forêts sont littéralement dévorés par des insectes parfaits ou par leurs larves et particulièrement par le hanneton et le ver blanc, de beaucoup le plus terrible de tous. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, dans le seul département de la Seine-Inférieure les dégâts causés par le ver blanc ont été évalués dans certaines années à 25 millions de francs. Ces mômes larves ont occasionné en 1890 des pertes estimées à plus de 2 millions dans les pépinières des environs d’Orléans. En 1808, dans l’arrondissement de Saint-Quentin, la perte dans les cultures de betteraves fut estimée à 168 millions de kilogrammes pour 10 000 hectares. M. Grandeau évalue à 500 millions par an les pertes causées par le ver blanc en France.
- On s’explique donc sans peine l'intérêt qu’on attache à ce nouveau moyen de défense qui ne ressemble en rien à tout ce qui a été tenté, et, hâtons-nous de le dire, sans grand succès, jusqu’à présent. — Ce n’est plus, en effet, une drogue quelconque plus ou moins insecticide qu’on propose actuellement; mais toute une méthode scientifique basée sur les travaux de Pasteur concernant les cultures pures des microbes pathogènes. De même que pour le microbe du charbon du rouget, du choléra des poules et d’autres maladies épidémiques, il s’agit ici de reproduire par des cultures artificielles les microbes des maladies dont les insectes souffrent naturellement, avec cette différence, pourtant, qu’on cherche, dans les deux cas, à obtenir des résultats absolument contraires. Au lieu d’atténuer la virulence du microbe et s’en servir, en l’inoculant, comme agent préservateur, on cherche à lui conserver toute sa virulence, et même à le rendre plus actif si c’est possible, pour mieux atteindre l’insecte ennemi de nos cultures.
- C’est une considération dont les bactériologistes cités parM. Brongniart dans un article publié précédemment1 n’ont peut-être pas tenu compte suffisamment, et c’est là probablement qu’on doit chercher la raison de la diver-geance d’opinion signalée par lui.
- Toujours est-il que la méthode en question a déjà eu une explication heureuse en Russie et qu’on vient de l’essayer en France, avec non moins de succès. Déjà en 1884, M. Krassilstchik, d’Odessa, cultivait industriellement Ylsaria deslruclor, un champignon découvert par Mctchnikoff et vivant en parasite sur le hanneton du blé et essaya de l’inoculer à un autre coléoptère, le Cleonus puncliformis qui dévastait à cette époque les champs de betteraves dans la Russie méridionale. L’essai a eu un plein succès. Les spores à'Isaria destructor provenant des cultures artificielles et répandues sur les champs de betteraves ont infecté et détruit en peu de temps 80 pour 100 d’insectes.
- Ce premier succès encouragea d’autres essais du même genre et les recherches récentes de MM. Prillieux et Delacroix (de l’Institut agronomique) d’une part et de M. Giard (de l’École normale) d’autre part, sur le Bolrytis icnella, un champignon parasite de la larve du hanneton, nous permettent d’espérer que la méthode peut être généralisée et marquera une ère nouvelle dans l’histoire des insecticides. Mais voyons d’abord les résultats obtenus par MM. Prillieux et Delacroix et par M. Giard. Au mois de décembre de l’année dernière, M. Le Moult, président du syndicat du hannetonage du Gorron (Mayenne) apporta à l’Institut
- 1 Voy. n° 951, du 22 août 1891, p 86.
- agronomique quelques vers blancs morts et couverts d’une moisissure blanche. M. Le Movdt trouva ces vers dans une prairie et constata par quelques expériences que des vers blancs bien portants, mis en contact avec les individus morts, dépérissaient bientôt et se couvraient de la même moisissure.
- D’après ces faits, il était facile de conclure qu’on se trouvait en présence d’une maladie contagieuse spéciale au ver blanc. MM. Prillieux et Delacroix ont aussitôt compris tout l’intérêt de cette importante découverte. Après avoir déterminé la nature de cette moisissure qui n’était autre que le mycélium du Botrylis tenella, ils ont réussi à en faire des cultures pures sur des milieux artificiels et à en produire des spores en grande quantité. Ils constatèrent ensuite que ces spores répandues sur les vers blancs les infectaient facilement au bout de quelques heures de com-tact. 11 n’y avait donc plus qu’à trouver un moyen pratique pour transporter la maladie du laboratoire aux champs infestés par Te ver blanc et de cultiver en grand le Botrylis tenella. Après bien des essais, MM. Prillieux et Delacroix ont reconnu que le meilleur procédé pour répandre l’infection dans un champ envahi par les vers blancs est d’y enfouir de place en place un certain nombre d’individus contaminés.
- Ils conseillent d’opérer de la façon suivante : 1° Prendre une centaine de vers blancs et les mettre dans un plat en terre ou en faïence d’assez grande dimension, le fond du plat doit être tapissé d’une couche de terre ou de sable d’environ 1 centimètre d’épaisseur et légèrement humide ; l’enterrer dans un endroit frais, à l'ombre. 2' Pulvériser très finement, entre les doigts les spores du champignon, et les répandre sur les vers blancs contenus dans le plat. Les fragments qui ne s’écraseraient pas sous le doigt seront mélangés avec un peu de terre humide, et seront répandus sur les vers. 5° Recouvrir le plat avec des planches sur lesquelles on étend des linges humides, ou mieux, de la mousse mouillée. 4° Au bout de vingt-quatre heures, les vers sont atteints de la maladie. On les prend un à un et on les disperse dans différentes parties du champ, en les enfonçant légèrement dans le sol, en choisissant de préférence les endroits les plus attaqués pour y placer les larves malades. La contagion se transmet de proche en proche d’autant plus rapidement que les vers blancs sont plus nombreux et bientôt toute la pièce de terre devient inhabitable pour eux. — Quant à la culture en grand du Botrylis tenella, deux ingénieurs chimistes, MM. Fribourg et Messe, l’ont entreprise avec succès. Procédant rigoureusement d’après les règles précises professées à l’Institut Pasteur, ils ont installé de vastes chambres de cultures dans leurs laboratoires et sont aujourd’hui en mesure de fournir les spores en question à toutes les stations agronomiques et même à des particuliers qui voudraient entreprendre chez eux des expériences, soit dans leurs jardins, soit dans les terres cultivées.
- La voie est ouverte, les expériences sont concluantes; il est établi d’une manière certaine, que la maladie peut être donnée aux vers par des spores fabriquées artificiellement, que cette maladie se transmet d’un ver à l’autre sans nuire à la culture et sans aucun risque pour les autres animaux. Les spores sont en outre très résistantes, le froid ne les détruit pas. On peut espérer qu’avant quelques années l’agriculture sera complètement débarrassée du hanneton et de sa terrible larve.
- J. Danysz,
- Licencié ès sciences naturelles.
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- LA REPRODUCTION TYPOGRAPHIQUE
- DES PHOTOGRAPHIES
- Ou sait qu’a l’origine Je la photographie (daguerréotype) on ne pouvait obtenir qu’une épreuve unique de l’objet reproduit. Ce fut un grand progrès nue la découverte de l’obtention d'un cliché négatif, permettant d’ell'ectuer le tirage d’un nombre plus ou moins considérable d’épreuves positives, et de multiplier ainsi l'image du type primitif.
- Quelle que soit l’importance du progrès réalisé, il la ut convenir que le tirage des positifs en photographie, est resté encore aujourd’hui le côté faible de l’art. Vous avez obtenu un bon cliché négatif ; pour en avoir des épreuves multiples au moyen des papiers sensibles, tous les praticiens savent quelles sont les lenteurs du procédé. Il est beaucoup de clichés fort réussis, qui ne donnent avec les papiers sensibles, une bonne épreuve positive que très lentement, et si la lumière du jour n’est pas franche, ou si l’on opère en hiver pendant les journées courtes, il se peut que l’on n’arrive à avoir que quelques épreuves seulement en une journée.
- Un certain nombre de chercheurs ont réussi à reporter le cliché sur verre ou sur pierre, et à permettre ainsi d’en faire un tirage aux encres grasses, au moyen d’une presse. Ces systèmes, si bien conçus qu’ils soient, laissent encore a désirer et ils ne sont
- pas très répandus parmi les amateurs. Les industriels qui peuvent organiser un outillage important ont les procédés de photoglyptie, de photographie lithographique, de photogravure qui permettent un grand tirage et donnent d’excellentes épreuves1.
- Mais ce sont là des procédés qui nécessitent un
- tirage spécial, ne pouvant s’adapter à un texte imprimé. Le grand problème à résoudre au jourd’hui d’une façon pratique, est la reproduction typographique d’un cliché photographique afin d’en permettre le tirage dans un texte imprimé et d’en multiplier ainsi la production à un nombre aussi considérable qu’on le désire et avec une rapidité qui caractérise le tirage d’un journal.
- Nous allons examiner aujourd’hui quels sont les procédés dont on dispose actuellement au point de vue de la photogravure typographique, et montrer l’état de la question. Les journaux illustrés utilisent déjà deux procédés distincts qui donnent des résultats assez satisfaisants. Le premier procédé consiste à reproduire directement un cliché photographique en planche typographique en relief. Notre ligure 1 reproduit un cliché que nous avons obtenu dans la basse-ville de Pau et qui a été transformé en gravure typographique par un de nos habiles praticiens, M. Petit. Dans le procédé Petit, l’image est obtenue par l’amincissement progressif d’un grain ou d’un
- Fig. 1. — Cliché photographique transformé en gravure typographique. (Procédé Petit.) Une rue de la ville-basse à Pau. — (Photographie de l’auteur.)
- 1 Yoy. n° 65, du 29 août 1874, p. 199.
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- point; cet amincissement est produit par la morsure d’une planche de cuivre bien planée qui porte la granulation ou le pointillé. La morsure est opérée au travers d’une couche de gélatine bichromatée, insolée sous le négatif à reproduire ; elle est proportionnelle comme durée aux demi-teintes du négatif; les noirs de l’image restent, bien entendu, inatta-qués. 11 y a d’autres méthodes que celles de M.Petit ; quelques journaux de luxe les utilisent avec grand succès.
- Nous citerons notamment le Figaro illustré et le Salon illustré que publie la maison Boussod-Yaladon, et qui offrent à leurs lecteurs de remarquables spécimens de photogravure typographique.
- Ces clichés ont un inconvénient : leur creux est très faible; pour les bien tirer, il faut beaucoup de pression et il est bon d'employer un papier spécial d’un prix élevé, le papier couché1 ; ils exagèrent souvent les noirs, et ne donnent pas toujours de bons résultats. La présente livraison de La Nature a été tirée sur papier glacé pour favoriser le tirage de la ligure 1. Cela n’aurait pas [été nécessaire pour le allons parler.
- Le second procédé de reproduction des photographies (nous l’employons fréquemment dans La Nature ainsi que le font un grand nombre de publications
- 1 Dos perfediomiemcnls récents permettent à M. Petit et à <1 autres praticiens d’obtenir des gravures qui peuvent se tirer sur papier ordinaire.
- Fig. 2j — La même photographie reproduite en gravure sur bois. (Gravée par M. Thiriat.)
- tirage de la figure 2 dont nous
- ou de journaux illustrés) consiste à reporter une photographie sur bois, et à faire graver celte photographie qui remplace ainsi le travail du dessinateur.
- Sans entrer dans les détails minutieux du procédé, il nous suffira de dire qu’on fait un positif transparent sur verre de la photographie à reproduire (il
- faut se servir de collodion humide); on applique le cliché sur le bois de huis à graver, et on laisse sécher sous faible pression. Après séchage, le collodion se détache facilement delà glace,et reste adhérent au bois.
- Le bois servant de support a la photographie qu’on y a reportée est donné au gra-veur; celui-ci opère sa gravure comme s’il avait affaire à un dessin sur bois.
- Notre figure 2, qui reproduit la même photographie que celle de la figure 1, montre le résultat que peut obtenir un graveur habile. On a parfois reproché à ce procédé de n’avoir pas toute l’exactitude de la photogravure; cela peut être vrai dans certains cas, mais quand le graveur est minutieux et consciencieux, ce reproche n’est pas justifié. On en jugera par nos deux spécimens. Il est
- bien entendu que nous ne préconisons pas outre mesure ce dernier procédé : il serait assurément préférable d’obtenir directement sans l’intermédiaire de la main d’un artiste une photogravure typographique, mais il faut que celte photogravure ait toutes les qualités de la gravure sur bois, que son tirage soit facile, ne nécessite aucun papier spécial et c’est dans ce sens que doit s’exercer aujourd'hui
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- la sagacité des chercheurs pour arriver à des résultats absolument pratiques et satisfaisants.
- 11 y a là, nous le répétons, r.ne question des plus intéressantes, tant au point de vue de l’art qu’à celui de l’illustration des livres ; nos lecteurs en auront assurément compris l’importance.
- Gaston Tissandier.
- STATISTIQUE
- DES ACCIDENTS DE CHEMINS DE FER
- Les statistiques relatives aux. accidents en France, de 1875 à 1888, montrent que jamais, même lorsqu’il s’est produit quelque catastrophe comme dans ces derniers temps, on ne compte plus d’un voyageur tué pour 8 900 000 voyageurs avant circulé dans une année sur toutes les lignes françaises; quant aux blessés, on en compte 1 pour 795 000 voyageurs; par conséquent, quand vous montez en wagon, vous avez 8 900 000, ou à peu près 9 millions de chances contre une, pour ne pas être tué et 795 000 contre une, pour ne pas être blessé. Dans les bonnes années, ou dans les années ordinaires, la proportion des tués tombe souvent à 1 pour 56 millions de personnes, transportées comme en 1886, ou même pour 106 millions (comme en 1884). et il y a même des années où tous les accidents de chemins de fer n’entraînent pas une seule mort dans toute l’année, comme, par exemple, en 1882 et en 1885. Quant à la proportion des blessés, elle est le plus souvent au-dessous de celle que nous avons donnée tout à l’heure, descendant parfois jusqu’à un voyageur blessé pour 1 750 000 voyageurs transportés, comme en 1886, ou même pour 5 640 000 en 1885. Bien entendu, nous laissons de côté dans nos chiffres, les agents de la Compagnie qui peuvent être victimes des accidents de trains, parce qu’ils passent leur vie dans les trains et sont tout particulièrement exposés, et les personnes qui sont victimes de leur propre faute ou imprudence.
- Peut-être serait-il intéressant de faire un relevé comparatif des accidents de trains et des victimes, surfes dilî'é rents réseaux; mais nous allons voir qu’ainsi il est en réalité impossible de se l'aire une idée de la sécurité relative sur les voies de chacune des grandes compagnies. Le Nord compte 14 blessés en 1886, 1 tué et 15 blessés en 1888; l’Est n’a pas fait de victimes en 1886, il n’en a pas fait davantage en 1888, tandis que cette année son bilan funèbre sera très chargé par suite de cette unique catastrophe de Saint-Mandé; en 1886, l’Ouest compte 4 blessés et 29 en 1888; l’Orléans 10 en 1886, 5 en 1888; sur le réseau P.-L.-M. l’accident de Monte-Carlo fait monter le bilan de 1886 à 6 tués et 95 blessés, tandis que celui de 1888 comprend 8 tués et 57 blessés; enfin le Midi compte 2 blessés en 1886 et 12 en 1888, et pour l’État, la statistique est négative en 1886 et porte 5 blessés en 1888. Pour le réseau P.-L.-M.. qui est le plus chargé pendant ces deux années, il faut songer aussi que la longueur en est très graqde et que la circulation y est intense; enfin rappelons-nous qu’un seul accident sérieux suffit pour faire paraître un réseau bien plus dangereux que tous les autres pendant une année.
- Pour compléter l’idée que nous avons voulu donner des chances d’accidents de trains sur les chemins de fer français, nous allons rapidement donner quelques chiffres analogues, au sujet des chemins de fer de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Bans la Confédération, pendant l’année 1888, il s’est produit 1955 accidents ayant entraîné
- la mort pour 168 voyageurs et des blessures pour 1012 : ce qui fait un voyageur tué pour 2 740 000 personnes transportées : nous sommes loin, on le voit, de la proportion trouvée pour les chemins de fer français ; on y compte 1 blessé pour 445 000 voyageurs, ce qui est encore beaucoup plus qu’en France.
- En Angleterre, si nous considérons la longue période qui s’étend de 1874 à 1887, nous constatons qu’en 1874 d’abord, puis en 1879, la proportion funèbre n’est que d’un tué pour 5 500 000 ou pour 7 500 000 voyageurs; mais ce sont là deux exceptions, et aujourd’hui nous devons reconnaître qu’on ne relève qu’un tué pour 22, 29, 56, 90 et même (en 1885) 116 000 000 de personnes transportées; le nombre des blessés ressort à la proportion de 1 pour 800 000, l 100 000 ou 1 500 000 voyageurs transportés, tandis qu’avant 1880 cette proportion oscillait entre 1 pour 500 000 et 1 pour 600 000.
- Daniel Bellet.
- CHRONIQUE
- L’observatoire du Mont-Blanc. Nos lecteurs n’ont pas oublié le grand projet que M. Janssen, de l’Institut, a résolu de mettre à exécution : celui d’un Observatoire au sommet du Mont-Blanc. Ce serait la station météorologique la plus élevée du monde; elle dominerait l’Europe entière, et rendrait à la science les plus grands services, en même temps qu’elle ferait le plus grand honneur à notre pays. M. Janssen, pour la réalisation de cette œuvre considérable, a trouvé le précieux concours de plusieurs amis des sciences parmi lesquels nous citerons MM. Raphaël Bis-choffsheiin, Eiffel et le prince Roland Bonaparte. M. hnfeld, ingénieur suisse, a été chargé des travaux. Voici ce que cet ingénieur a écrit du Mont-Blanc où il a exécuté des sondages : « Une reconnaissance au sommet du Mont-Blanc, entreprise en compagnie de l’excellent guide Frédéric Payot et de trois porteurs, m’a permis d’acquérir la conviction que nous rencontrerons le rocher à certaines places au-dessous de la cime, à une profondeur peu considérable. Cette cime est formée par une arête aiguë, à peu près horizontale, orientée de l’est à l’ouest sur la pente nord. On remarque des amoncellements de neige formés par le vent du sud-ouest. A d’autres places, on remarque des protubérances paraissant formées par des rochers recouverts seulement d’une légère croûte de neige. U est probable que cette arête neigeuse qui forme le sommet du Mont-Blanc, a un sommet rocheux. Perpendiculairement à cette arête, se montrent les traces d’une autre arête courant du nord au sud et perçant la neige fraîche. Plus bas, nous avons reconnu les traces de cette arête rocheuse recouverte d’un mètre de neige à peine et il paraît qu’on les retrouve également près du sommet. L’ingénieur Eiffel tient la construction d’un observatoire pour impossible si la croûte de neige du sommet dépasse 12 mètres. Nous avons donc décidé de creuser une galerie horizontale à cette profondeur de 12 mètres, et sur le versant nord, qui est le plus abrupt et permet, par conséquent, d’arriver au-dessous du sommet par un tunnel plus court. Une fois que nous y serons parvenus, nous creuserons, dans la direction de l’est et de l’ouest, des galeries latérales, pour le cas où la galerie principale, pénétrant dans un creux entre deux pointes, ne rencontrerait pas le rocher. » M. Im-feld raconte ensuite les péripéties extraordinaires que ses compagnons et lui ont éprouvées, notamment une bourrasque de neige qui ne leur a pas permis de quitter la cabane-refuge, et il termine en disant que, malgré la
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- LA NATURE.
- nombreuse compagnie qui s’y trouvait rassemblée et malgré plusieurs feux de coke allumés dans les fourneaux, le thermomètre ne s’élevait pas au-dessus de zéro. « Pour nous procurer de l’eau, dit M. Imfeld, nous devons faire fondre la neige, qui est à une température de —10 degrés; tout gèle, meme l’encre. La cabane est si petite et si bondée que l’on y trouve à peine de quoi placer une feuille de pallier pour écrire ; il faut réchauffer l’encre tous les quarts d’heure pour qu’elle ne se congèle pas. Je ne pourrai écrire un compte rendu détaillé qu’après avoir quitté cette caverne de glace. Nous menons ici une vie misérable, et je n’y resterais pas un jour de plus si mon honneur n’était pas plus ou moins engagé dans l'entreprise. » Le lecteur qui voudra juger des difficultés des constructions au sommet du Mont-Blanc pourra se reporter aux Notices que nous avons publiées relativement aux résultats déjà obtenus par M. Yallot qui, comme on le sait, a édifié une station à proximité du sommet.
- Les orages du 18 août 1801. — Une grande partie de la France a subi l’action d’orages désastreux pendant la journée du 18 août. A Besançon, à Grenoble, à Chambéry, à Neufchàteau, à Marseille, à Belfort, à Nancy, à Amiens, on a signalé des coups de vents furieux et des chutes de grêle épouvantables. Les dégâts ont été très importants dans plusieurs de ces villes et des localités qui les avoisinent. M. Poulat, membre de la Société météorologique de France, nous écrit les observations qu’il a faites du météore, à la Tronche près Grenoble. Yoici ce que nous écrit notre correspondant : « Je me permets de vous signaler un violent orage qui a eu lieu ici mardi 18 courant de 7 heures à 9 heures du soir. L’orage, comme tous les pareils en général, a été accompagné de pluie forte, de tonnerre et d’éclairs (en petit nombre), mais le fait le plus remarquable est la vitesse considérable du vent (nord-nord-ouest) qui a eu lieu de 7h,50 à 9 heures du soir. La vitesse du vent relevée au cinémographc électrique enregistreur a atteint, à 8h,15, 18 mètres par seconde, elle a dû être beaucoup plus considérable de 8h, 15 à 9 heures, mais je n’ai pu la déterminer, le moulinet de l'appareil ayant été brusquement enlevé par le vent à 8h, 15; elle a dû, à mon avis, atteindre au moins 20 mètres. C’est la vitesse la plus considérable que j’aie constatée depuis près de six ans. La chaleur a été très forte ce jour-là, 55 degrés (en 1890 le même jour il y a eu 54°,9) De 8h,5 à 8b,8 il est tombé de forts gréions qui ont causé assez de mal à la vigne. Le baromètre, de 755 millimètres à 8 heures du soir, est monté brusquement à 754""”,5 en cinq minutes. Le thermomètre est tombé de 20 degrés à 16 degrés en l’espace de quelques minutes. — L’appareil de vitesse de MM. Roland frères est situé sur une tige placée au sommet d’un pylône en fer établi sur le toit de ma maison, il est à 26 mètres au-dessus du sol. »
- Les laboratoires de mécanique. — 11 existe en Italie, en Allemagne et surtout en Angleterre et aux Etats-Unis, des laboratoires de mécanique, affectés à l’étude expérimentale des machines et aux essais industriels. Ces laboratoires rendent les plus grands services aux industriels et aux élèves ingénieurs. Morin et Tresc-a ont jadis fait les plus grands efforts pour instituer au Conservatoire des arts et métiers un laboratoire de ce genre. Malheureusement leur œuvre a été abandonnée. Le directeur actuel des Arts et Métiers, M. le colonel Laussedat, n’a cessé de réclamer des pouvoirs publics le relèvement du laboratoire Morin et Tresca depuis que le mauvais état des locaux n’a plus permis d’y entretenir des machines en mouvement. Le laboratoire, dont plusieurs mécaniciens de grand mérite
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- demandent la création, offrirait les avantages suivants :
- 10 une ou deux fois par semaine il serait ouvert au public désireux d’étudier le fonctionnement des machines et les méthodes employées dans ce but; les appareils nouveaux y seraient aussi éprouvés sous les yeux des visiteurs ; 2° il y serait fait, moyennant une faible rétribution donnée par les intéressés, l’essai des matériaux employés dans l’industrie; cette détermination précise de leurs qualités ne constituerait pas seulement une indication fort utile aux intéressés : elle aurait aussi l’avantage de fournir une sorte de garantie officielle pour la vente et l’achat ; 5° enfin les méthodes des sciences physiques seraient appliquées dans ce laboratoire à l’étude des machines en marche. Le rendement effectif et les conditions du fonctionnement de chacune d’elles y seraient déterminés par l'expérience. L’utilité d’une telle étude est attestée par la grande importance industrielle des résultats auxquels elle a conduit notre illustre compatriote Ilirn, qui fut un initiateur en la matière, et, après lui, ses élèves et ses imitateurs.
- La houille en Transylvanie. — On exploite depuis peu en Transylvanie un bassin houiller d’une étendue considérable. Ce bassin a 40 kilomètres de largeur et renferme quinze couches de charbon parfaitement reconnues et d’une puissance variant de 0ra,65 à 52 mètres. Elles sont intercalées à des distances moyennes de 25 mètres dans une couche de terrain d’une épaisseur de 400 mètres. Le charbon est très beau et très consistant et l’on ne compte pas plus de 15 pour 100 de stériles. La nature des terrains permet l’exploitation dans de très bonnes conditions. Les deux compagnies, qui exploitent actuellement une partie du bassin, produisent 250 000 tonnes par an. On construit un chemin de fer qui desservira le bassin houiller dans toute sa longueur, ce qui facilitera l’exploitation et permettra de livrer un million de tonnes par an. Deux sociétés se sont déjà constituées dans ce but et une troisième est en formation sous le patronage d’un groupe français qui tient à avoir la prépondérance dans le bassin houiller de la Zsilv. Le prix de revient ne dépassant pas 7 francs la tonne, alors que le prix de vente sur les lieux varie de 15 à 14 francs, ces chiffres laissent un bénéfice de 6 à 7 francs par tonne. La situation géographique de ce bassin est excellente, car il commande les marchés de tout le sud-est de l’Autriche-IIongrie, les ports du Danube, de la Roumanie et de la Serbie. Aucun charbonnage allemand, russe ou autrichien ne peut lui faire concurrence à cause des énormes frais de transport qu’ils auraient à supporter. D’autre part, les charbons anglais ne pourront jamais soutenir la concurrence, car la houille de ce nouveau bassin leur est égale en valeur et son prix de revient peut encore être diminué. L’exploitation du bassin houil-lcr de la Zsilv se présente donc dans les meilleures conditions et avant peu l’importation des charbons anglais dans les ports du Danube et de la mer Noire sera réduite dans de très fortes proportions.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 août 1891. — Présidence de M. Ducharthe.
- La force élastique de la vapeur d’eau. — M. Antoine vient d’ajouter un complément à ses nombreuses recherches sur la loi de variation de la force élastique de la vapeur d’eau à différentes températures. Les formules données par M. Antoine sont empiriques; elles ont pour objet la représentation des résultats de l’expérience, en dehors de toute hypothèse physique. Les nouvelles for-
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- LA NATURE.
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- mules qu’il propose aujourd'hui, embrassent les expériences réalisées par M. Cailletet aux environs de 500 degrés, c'est-à-dire dans le voisinage du point critique ; elles sont également purement empiriques.
- Le rôle physiologique du foie. —M. Wertheimer, professeur à la Faculté des sciences de Lille, a découvert une propriété du foie fort singulière. On sait que cet organe joue par rapport aux substances introduites dans le sang, tantôt un rôle transformateur par suite de véritables réactions chimiques, tantôt un rôle éliminateur. M. Wertheimer a prouvé expérimentalement que le foie rejette dans le tube digestif la bile introduite dans le sang, et que si cette bile n’est pas utilisée, elle est réabsorbée par la muqueuse de l’intestin et accomplit un cycle complet. A cet effet, il injecte dans la veine d’un chien la bile de mouton dont le spectre est caractérisé par quatre raies. Bientôt après, la bile du chien offre à l’exaineu les quatre raies caractéristiques de la bile du mouton. M. Bouchard tire de ce fait l’explication de l’ictère (jaunisse) des nouveau-nés, les conditions anatomiques spéciales aux très jeunes enfants s’opposant au jeu de la fonction élimmatrice du foie.
- Varia.— M. Paul Serret communique un théorème nouveau de géométrie pure, sur les propriétés communes d’un système de cinq droites et de neuf plans.—M.Bi-beaucourt fait connaître de nouvelles recherches sur les fonctions cycliques. — M. Trouvé envoie un projet d’appared d’aviation. — M. Tacchim adresse le résultat des observations des taches solaires faites à l’observatoire du Collège romain pendant le deuxième trimestre de cette année. Stanislas Meunier.
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- LA CHIMIE DE L’AMATEUR*
- PRÉPARATION DE l’hYDROGÈNE
- En province, lorsqu’il s’agit de réunir les éléments de l’appareil le plus simple et d’en exécuter le montage, il n’est pas de difficultés que l’on n’ait 'a surmonter. Cornues, ballons, llaeon à deux tubulures, tout est inconnu dans une petite ville. 11 faut s’ingénier et faire soi-même ses appareils.
- Dans cette voie, cherchant à construire un appareil a hydrogène toujours prêt a fonctionner et plus facile à réaliser à la campagne que l’élégant appareil de laboratoire composé de deux llacons unis entre eux
- par leur tubulure inférieure, j’ai trouvé un dispositif que j’ai exécuté et qui fonctionne très régulièrement. J’ai pensé qu’il pourrait peut-être intéresser quelques-uns des lecteurs de La Nature.
- Je prends une bouteille ordinaire d’un litre en verre commun (dont le fond remonte à l’intérieur). I)’un coup sec frappé avec l’extrémité d’une tige de fer (de l’extérieur à l’intérieur) je perce le cône de verre formant le fond. Je remplis la bouteille avec des rognures de zinc et je bouche son goulot avec un bouchon de liège que traverse un tube de verre. I)’un autre coté je prends un vase de verre (on peut employer une conserve pareille à celles dont les épiciers se servent pour mettre les olives, les pastilles etc.), d’une ouverture telle que la bouteille puisse librement y pénétrer. Je remplis à moitié le vase d’un mélange d’ean et d’acide sulfurique et lorsque ce mélange est froid, j’y descends ma bouteille. Le
- liquide pénétrant par l’ouverture inférieure, le zinc est attaqué et le gaz s’échappe par le tube.
- On peut le recueillir dans une éprouvette comme le montre la figure. L’expérience terminée, je retire la bouteille et'je la plonge à deux ou trois reprises d a n s d e l’eau claire. Le zinc ainsi débarrassé d’acide n’est plus attaqué et peut être conservé pour une seconde, une troisième expérience. Rar suite d’un accident quelconque, le tube de dégagement vient-il à s’obstruer? La pression du gaz refoule le liquide dans la conserve et la production d’hydrogène s’arrête.
- Si l’on destine le gaz à gontler des bulles de savon ou de petits ballons en baudruche (pas en caoutchouc, car la pression serait insuffisante) il faut le purger d’acide et d’humidité. Pour cela il suflit de prendre un tube de lampe ordinaire, de le remplir de fragments de chaux vive, de fermer ses deux extrémités avec des bouchons percés. L’un de ces bouchons est traversé par le tube sortant de la bouteille, l’autre par un tube auquel on adapte soit la pipe destinée à produire les bulles de savon, soit l’appendice du ballon de baudruche a gonfler.
- Arthur Batut.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieii.
- Appareil pour la préparation Je l’hydrogène.
- 1 Suite. — Yoy. n° 905, du 4 octobre 1890, p. 288.
- Daris. — Imprimerie Laliure, rue Je Fleuras, 9.
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- N» 955. — 5 SEPTEMBRE 1891.
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- IA CATASTROPHE DU MONT-BLANC
- DU 21 AOUT 1891
- Tandis que les ascensions au Mont-Blanc sont actuellement fort nombreuses, elles étaient des plus rares au commencement de notre siècle. A l’époque où se produisit la première catastrophe, en 1820, le géant des Alpes n’avait encore été gravi que onze fois. La première catastrophe de 1820, qui eut lieu pendant une expédition du l)r Hamel, offre une grande analogie avec celle dont nous allons avoir a publier le récit. Le l)r Hamel avec dix montagnards qui l’accompagnaient fut surpris par une avalanche qui les précipita dans des abîmes d’où ils ne purent sortir qu’à grand’peine: trois d’entre eux,
- Pierre Carrier,
- Pierre Calmat et Auguste Tairraz, avaient trouvé la mort au fond des crevasses.
- Les journaux quotidiens ont récemment publié l’histoire dramatique d’une ca-tastrophe semblable, dont les pentes du Mont-Blanc ont été le théâtre le 21 août dernier. Nous avons reçu à ce sujet l’émouvante lettre suivante qu’a bien voulu nous écrire l’un des survivants delà catastrophe, M. Contran de Faverney. Nous la reproduisons in extenso, certain que nos lecteurs apprécieront l’importance et l’intérêt de ce document :
- En présence des articles plus ou moins exacts de quelques journaux, vous aimerez peut-être avoir, d’un de vos
- 19* année. — 2” semestre.
- abonnés qui s’y trouvait, quelques détails précis sur la catastrophe du Mont-Blanc.
- Parti de Chamonix le 19 août avec mes guides Pierre Comte et Alfred Tairraz pour faire l’ascension du Mont-Blanc, je rencontrai en route M. Hermann Rothe accompagné de son guide, Michel Simond, et d’un porteur, Armand Comte. Nous passâmes ensemble la nuit aux Grands-Mulets. Le lendemain, le temps étant douteux, nos guides furent d’avis de gagner seulement la cabane des Bosses, située à 4500 mètres environ. Mais le 21 août, au lieu de se calmer, le vent soufflait avec violence, un épais brouillard rendait l’ascension impossible. Les vivres allaient manquer dans la cabane où étaient réunis les ouvriers occupés à creuser le tunnel de sondage. Le retour fut résolu. Cinq des travailleurs descendaient le même jour. Il fut décidé de s’attacher pour plus de sécurité. Les trois caravanes relièrent leurs cordes formant une file de onze personnes occupant un long espace de terrain. On marchait dans l’ordre suivant : en tète, Fritz Schuller, chef des ouvriers, puis quatre de ceux-ci, Alfred Tairraz, mon second guide, moi-même, Pierre Comte, mon premier guide, Armand Comte, porteur de M. Rothe, M. Ilerinann Rothe, enfin, fermant la marche, son guide, Michel Simond.
- On marchait avec précaution, se voyant à peine dans le brouillard. La caravane traversait le Petit-Plateau, surplombé par le Dôme du Goûter, lorsqu’un bruit sec se fit entendre au-dessus de nous, suivi d’un roulement sourd. « A gauche, à gauche ! »• crièrent plusieurs guides, reconnaissant une avalanche. On obéit, mais avec un peu d’hésitation, ne sachant, au milieu du brouillard, si c’était bien la direction à suivre. Quelques-uns de nous tombèrent
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- La catastrophe du Mont-Blanc du 21 août 1891. — Situation des voyageurs précipités par l’avalanche au fond d’une crevasse. — 1. M. Gontran do Faverney jeté sur le sol formé par la neige de l'avalanche. —- 2. Son premier guide Pierre Comte pendu à la corde maintenue par le porteur Armand Comte (n° 3). — 4. Son second guide Alfred Tairraz relié aux ouvriers de l’observatoire. (D’après un croquis de M. Gontran de Faverney.)
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- LA NATURE.
- en courant, mais se relevèrent rapidement, excepté M. Ro-the, que nous traînâmes ainsi quelques instants, mais nous fûmes bientôt atteints par l’avalanche. Je me sentis renversé, entraîné dans la masse de neige, au milieu du fracas produit par les blocs de glace qui s’entrechoquaient autour de moi. Ce fut l’affaire de quelques secondes, puis vint un choc plus violent que les autres et tout rentra dans le silence. Je me trouvai dans une crevasse, à une quinzaine de mètres de profondeur, couché sur la neige, sans aucun mal. Au-dessus de moi pendait à la corde mon guide Comte, relié au porteur Armand Comte, fortement enfoncé dans la neige jusqu’à la ceinture. Gêné par la pression de la corde, ce dernier nous demanda s’il pouvait la couper sans danger pour nous. « Coupe seulement », cria mon guide, qui vint tomber auprès de moi. Nous nous appelâmes et reconnûmes que les cinq ouvriers étaient restés sains et saufs en haut de la paroi ainsi que mon deuxième guide, Tairraz. La corde s’était rompue entre lui et moi et entre M. Armand Comte et M. Rothe. On ne voyait aucune trace de ce dernier ni de son guide, Michel Simond. Nous cherchâmes vainement nos malheureux compagnons. Mon guide s’avança vers une partie plus profonde de la crevasse où l’on apercevait un trou béant. La neige, fléchissant sous ses pas, l’obligea à remonter. On nous hissa, à l’aide d’une corde, hors de la crevasse et nous réunîmes nos efforts pour extraire Armand Comte de sa position gênante. Il n’était heureusement pas dangereusement blessé malgré de fortes contusions. N’ayant pas d’instruments (nous avions perdu jusqu a nos piolets), nous ne pûmes qu’appeler encore une fois nos infortunés compagnons. Il fallut nous éloigner, les guides prévoyant une seconde avalanche, qui couvrit, en effet, le terrain peu d’instants après notre départ. Privés de nos piolets, nous atteignîmes les Grands-Mulets avec quelque peine. Nous y laissâmes le blessé aux soins de l’aubergiste, et nous nous hâtâmes de regagner Chamonix pour rassurer nos familles et organiser les recherches. Nous eûmes la douleur de trouver la jeune femme de Michel Simond attendant devant sa maison des nouvelles de son mari. Elle comprit d’un mot son malheur, malgré nos précautions. On organisa aussitôt les secours ; des recherches pour retrouver les cox’ps furent tentées les jours suivants malgré le danger auquel s’exposaient les travailleurs par la continuation du mauvais temps.
- Je dois, avant de terminer, rendre hommage au dévouement et au courage de mes guides ainsi que de tous ces braves montagnards, si calmes et si énergiques dans le danger. Gontran de Faverney.
- L’auteur de cet émouvant récit a bien voulu nous envoyer postérieurement des documents complémentaires sous la forme d’un exact croquis que nous reproduisons. G. T.
- U CONQUÊTE DU POLE NORD
- Le I)r Nansen, dont nous avons parlé précédemment1 n’est point seul à vouloir compléter l’exploration des régions polaires boréales, car une nouvelle émulation se produit actuellement à ce sujet dans plusieurs pays. Une expédition américaine, sous les ordres du lieutenant Peary, de la marine des Etats-Unis, s’est embarquée en mai dernier à bord d’un steamer qui doit la transporter, par la mer de llaffm, sur le littoral occidental du Groenland. Cette im-
- 1 Suite. — Yoy. n° 944, du 4 juillet 1891, p. 78.
- mense terre polaire, sillonnée de hautes montagnes et couverte de gigantesques glaciers, demeure en grande partie inconnue ; ses limites septentrionales n’ont pu encore être atteintes et elle n’a été traversée qu’une fois, de l’est à l’ouest, entre les 02e et 64' parallèles, par le Dr Nansen, en 1888 ‘. Aussi le Groenland mérite-t-il d’attirer la curiosité des géographes. L’expédition Peary débarquera dans le golfe d’Inglefield, vers le 78' degré de lati tude, ou plus haut, si les glaces permettent le passage du navire. Les explorateurs américains se proposent d’arriver par terre, en traîneaux tirés par des chiens esquimaux ou même à pied s’il le faut, à l’extrémité nord du Groenland, par delà le 84° parallèle ; ils ont l’intention de dépasser sur cette côte le plus haut point septentrional qu’atteignit leur compatriote Lookwood. Si le prolongement inconnu de la giandc terre groënlandaise vers le nord s’étend jusqu’au pôle, le lieutenant Peary tentera d’y parvenir, mais il est probable que la mer polaire arrêtera sa marche avant cette latitude extrême. En outre, l’expédition essayera de pénétrer vers l’est, dans l’intérieur du Groenland; elle compte parmi ses membres plusieurs naturalistes, qui étudieront, à divers points de vue les régions situées sous ces latitudes élevées.
- Pendant que le courageux lieutenant Peary et ses compagnons exploreront le Groenland occidental et septentrional, une expédition danoise, qui s’est également embarquée en mai dernier pour l’océan Glacial, visitera les nombreux fjords qui découpent la côte est de la grande île. Cette dernière expédition, qui comprend aussi plusieurs savants, est dirigée par le lieutenant de vaisseau Ryder, qui arriva en canot, dans la même région, jusqu’à 74° de latitude, en 1887. L’objectif des explorateurs danois sera, après avoir reconnu la configuration du littoral, de forcer la banquise pour parvenir le plus près possible du pôle, en dépassant le long de la côte groënlandaise le point extrême (atteint en 1870 par le capitaine allemand Koldewey : 77°. Une partie de cette côte, au-dessus du 70' parallèle, fut explorée en 1852-1855 par notre compatriote le lieutenant de vaisseau Jules de Blosseville, qui malheureusement y périt avec son navire, la corvette française la Lilloise, et tout son équipage.
- Parmi les projets de voyage au pôle nord récemment exposés au monde géographique, il en est un, présenté par le capitaine anglais Sunman, qui joint à la nouveauté de l’idée quelques notables chances de réussite. Regardant comme impossible d’atteindre le pôle avec de grands navires, ce voyageur pense que le meilleur mode de transport serait d’employer alternativement des embarcations et des traîneaux, montés par des marins bien équipés et habitués aux rigueurs du séjour polaire. L’expédition partirait de l’embouchure du fleuve Obi et se rendrait par mer au cap Tchéliouskine, promontoire nord de la Sibérie; la navigation sur cette côte est rendue facile par le débit considérable des fleuves sibériens, qui y fondent les glaces dans une zone assez étendue, si bien que deux bâtiments anglais ont pu l’an dernier aller et retourner sans difficultés en quatre-vingt-quatre jours de Londres à l’Iénisséi, par la mer de Kara. Du cap Tchéliouskine, où les explorateurs se trouveraient ainsi, sans grandes fatigues, sous le 78e parallèle, latitude égale à celle péniblement atteinte à l’est de cette région par la Jeannette, on se dirigerait vers le pôle, en faisant successivement usage des embarcations ou des traîneaux, selon que la mer serait libre ou glacée.
- Quant aux projets de voyage au pôle nord en ballon, ils ne
- 1 Yoy. n° 811, du 15 décembre 1888, p. 58.
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- pourront devenir réalisables que le jour où le difficile problème de la navigation aérienne sera tout à fait résolu. Actuellement, le régime des vents et des pressions atmosphériques dans la région polaire étant inconnu, on irait à une perte presque certaine en s’aventurant en ballon sous ces latitudes élevées. L’absence très probable d’un courant aérien suffisamment fort et persistant, le moindre accident à l’aérostat, ce serait la mort de faim et de froid sur des terres désertes et glacées, ou la submersion dans les flots de la mer libre !
- D’autre part, on sait1 2 que le baron Nordenskiold, l’illustre savant suédois, dirigera l’an prochain une expédition, dont les frais seront en grande partie couverts par l’Australie, qui partira à bord d’un vapeur spécialement affrété, dans le but de visiter, en s’occupant surtout de sciences naturelles et physiques, l’océan Glacial antarctique et les terres qui environnent à grande distance le pôle sud.
- Jacques Léotard.
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- YËLOCIPÉDIE2
- Nous avons vu, dans notre précédente étude sur la course entre Bordeaux et Paris, les résultats de l’entraînement rationnel auquel doivent se soumettre, avant d’affronter la lutte sur piste ou sur route, les champions désireux de remporter la victoire. 11 nous reste à étudier les méthodes d’entraînement elles-mêmes, et nous pouvons, grâce à l’ohligeance d’un des hommes les plus compétents dans la matière, M. 0. Duncan, résumer les curieux renseignements contenus dans l’ouvrage qu’il va publier sur l'entrainement3 * en collaboration avec M. L. Suber-bie, et dont il a bien voulu nous confier le manuscrit.
- Mais avant, je désire rectifier deux chiffres qui se sont glissés dans mon article précédent. À la page (50, colonne 2, on lit : quant aux deux Français arrivés ensuite, ils arrivaient : .T iel Laval à 5h,40m,55s, Coullibœuf à 8h,4f)m,oOs ; ce passage doit être rec-tilié ainsi : ,liel Laval arrivait avec un retard sur le gagnant Mills, de 5h, 40ll\55s, et Coullibœuf avec un retard de 8h,45m,50s.
- Comme on le sait, la défaite de nos compatriotes est des plus honorables, et voici du reste l’opinion sur nos coureurs de leurs rivaux d’outre-Manche.
- M. T. A. Edge, arrivé troisième dans la course, s’exprime ainsi : « Je ne sais pas si la course Bordeaux-Paris deviendra une compétition annuelle. Mais, s’il en est ainsi, il faut nous attendre à voir les Français faire avantageusement parler d’eux à l’avenir. Ils viennent d’assister à une sévère leçon et la connaissance pratique qu’ils ont gagnée peut leur être très utile. »
- D’autre part, le célèbre champion Holbein, arrivé second, écrivait au journal le Veloce-Sport les lignes suivantes :
- « Si nous autres, Anglais, avons gagné la célèbre course, ce n’est pas parce que nous sommes physi-
- 1 Yoy. n° 875, du 8 mars 1890, p. 211,
- 2 Suite. — Yoy. n° 945, du 27 juin 1891, p. 59.
- 3 Sous presse : L'entrainement à l’usage des vélocipé-
- distes, coureurs el touristes, par 11.-0. Duncan et L. Suberbie.
- quement supérieurs aux Français, mais parce que nous nous entraînons plus sévèrement et parce que nous pratiquons le sport depuis plus longtemps que chez vous. Votre pays vient de courir sa première course de longue distance, et ne peut, par conséquent, s’attendre à voir ses coureurs lutter avec succès contre les coureurs anglais qui s’entraînent et pratiquent ce genre de course depuis des années. Mais il est certain que si une autre course semblable est organisée, les coureurs français profiteront de l’expérience qu’ils ont acquise dans celle-ci et se rapprocheront beaucoup plus. Vos coureurs professionnels français ont jadis été capables de lutter victorieusement contre les meilleurs d’Angleterre. Il n’y a aucune raison pour que vos amateurs n’obtiennent pas les mêmes résultats s’ils s’entraînent sérieusement.
- « Je crois, pour ma part, que dans la récente course, vos hommes ont perdu beaucoup de temps pour leurs repas. Us doivent apprendre à courir avec des liquides et de la nourriture légère, telle (pie du jus de viande et du thé ou de légers laitages. »
- Comme on le voit par la fin de cette lettre, remarquable par sa précision, le mode d’alimentation pendant la course joue un rôle capital; du reste le choix de la nourriture constitue l’un des points les plus importants de l’entrainement.
- À quel âge peut-on commencer à pratiquer le vélocipède? jusqu’à quel âge peut-on se livrer au plaisir de ce sport ? Nous avons eu la curiosité de rechercher deux personnalités formant les deux extrêmes de la série. Le plus jeune vélocipédiste de nous connu est un bicyclettistc de l’àge de trois ans et demi, le petit bébé Demetrio (fig. I ) bien connu des habitants de Courbevoie, dont il parcourt les rues en faisant résonner sa trompe, crânement monté sur la machine-bijou construite par son père.
- L’un des vétérans de la véloeipédie, et probablement son doyen, est le major anglais Ivnow Holmes, âgé de quatre-vingt-quatre ans, qui assistait dernièrement sur son tricycle à l’arrivée de Mills à Paris. Ce beau vieillard déclarait dernièrement, au Stanley-Club de Londres, qu’il attribuait sa santé à la pratique du vélocipède. Entre ces deux âges extrêmes, qui constituent deux remarquables exceptions, on voit que la marge est grande; mais si nous considérons la question au point de vue des coureurs exclusivement, les limites se trouvent au contraire extrêmement resserrées : les jeunes gens bien constitués ne doivent pas commencer l’entrainement avant l’àge de dix-sept ans ; ils devront renoncer aux courses à trente ou trente-cinq ans au maximum. Trop jeune, le sujet, insuffisamment développé, pourrait courir le risque de lésions organiques causées par le surmenage; trop âgé ses membres n’auraient plus la souplesse nécessaire. La taille la plus favorable pour le bicycle est lm,70 au minimum, mais pour la bicyclette, si fort en vogue aujourd’hui, un homme au-dessous de la moyenne serait préférable à une personne trop grande; ici, la grandeur de l’entre-
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- jambe n’est plus ne'cessaire, et un petit corps offre moins de surface qu’un grand à la résistance de l’air. Pour la bicyclette et surtout pour le tricycle, c’est la force musculaire qu’il faut rechercher principalement. La poitrine doit être bien développée, et une nature plutôt portée à l’embonpoint devra être préférée à un tempérament maigre; nos lecteurs verront tout à l’heure que la graisse superflue disparaît vite après les premiers jours de l'entraînement.
- Quant aux qualités morales requises chez le futur champion, ce sont : l'intelligence, (pii donne dans la course le sentiment du train, permet de voir les l'autes des adversaires et d’en profiter au moment voulu ; le courage, qui donne la confiance en soi-même; l'énergie, dans laquelle le coureur trouve l’clfort suprême qui le mène à la victoire; enlin Vendurance qui permet de résister à une faiblesse momentanée, à une douleur passagère ou continue, au découragement.
- Au dire des hommes compétents, les meilleures qualités physiques ne produisent aucun résultat si elles ne sont jointes aux qualités morales que je viens d’indiquer.
- Au début de l’entraîne ni eut, l’excès d’embonpoint est combattu par de légers purgatifs, des bains d’air chaud suivis du massage et de la douche. La marche à fond est recommandée. Les apéritifs et le tabac sont rigoureusement proscrits; c'est le fruit défendu ! Le costume doit être entièrement en laine foncée ou blanche pour l’entraînement, aux couleurs du coureur pour le jour de la course, ces couleurs permettant au public de distinguer les concurrents les uns des autres. La culotte, en jersey presque collant, s’arrête au-dessus du genou, pour ne pas gêner les articulations. Le maillot, en tricot jersey collant, aura des manches longues, contrairement à celui des canotiers. La visière de la coiffure sera très courte pour ne pas masquer la vue lorsque le coureur a la tète baissée pour faire un emballage. Aux pieds, des chaussettes de laine ou de soie bien collantes et une paire de souliers lacés en cuir souple, sans talons; la chaussure sera assez découverte pour ne pas gêner les muscles de la cheville, mais montera assez haut en avant et en arrière pour bien tenir au pied.
- Nous voici au chapitre de la nourriture, et c’est ici que la rigueur de l’entraînement commence îi se faire sentir. Le veau et le porc doivent être éliminés, ainsi que les coquillages, sauf les huîtres. Défendus également, le lièvre, le lapin et toute la charcuterie, les sardines, les anchois, le homard, la langouste, le thon, le saumon, le maquereau, le hareng, la morue, la carpe, les écrevisses et les crevettes, les hachis et les farces, les plats au fromage, la dinde, l’oie et le canard ! Comme légumes, il faut bannir les navets, les choux, l’oignon, l’ail, les échalotes, les haricots, les poireaux, les radis, les truffes, les olives, les céleris, les cornichons, etc. Après cette longue liste de proscription, nos lectrices verront (pie le menu d’un véloeipédistc à l’entraînement doit être difficile à établir d’une façon variée !
- Quant aux boissons, le bordeaux étendu d’eau et eaux minérales sont permises. Les vins blancs,
- le bourgogne, le màcon et les vins capiteux sont interdits ainsi (pie la bière, l’eau-de-vie, les liqueurs et l’eau de Seltz en siphons. Le café n’est au torisé qu’à faible dose et seulement après le déjeuner de midi. Il faut boire très peu pendant le repas.
- exercice du vélocipède cause, au début, une soif violente ; les entraîneurs de l’ancienne école défendaient la plus petite quantité d’eau, mais ici nous touillons dans l’exagération. La meilleure boisson qui doit être prise, cependant en très petite quantité, est le thé froid sans lait ni sucre. On peut, pour diminuer la quantité de thé à absorber, se rincer la bouche et la gorge et se laver la figure et les mains avec de l’eau froide.
- En résumé, il ne faut absorber que des aliments très nourrissants et de facile digestion, rester sur son appétit et boire le moins possible.
- Gomme règle de conduite, le jeune homme destiné à l’entraînement doit éviter la paresse et l’intempérance. Il se lèvera de bonne heure, fera un quart d’heure d’exercice avec les haltères, puis s’épongera tout le corps à l’eau froide et se frictionnera vigoureusement. L’exercice des haltères élargit la poitrine et aide à régler la respiration.
- Les bains froids et la natation ou le canotage remplacent avantageusement les haltères ; la natation et le canotage développent les muscles des bras
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- et de la poitrine; l’un ou l’autre de ces exercices ne durera pas plus de dix à quinze minutes et sera suivi d’une marche rapide de vingt minutes.
- Le régime et le traitement que nous venons d’indiquer ont pour but d’amener le corps à un état parfait de vigueur et de santé ; c’est alors que commence l’entraînement proprement dit. On continuera à suivre les principes de régularité ci-dessus décrits pour les heures de lever et de coucher et les heures des repas, et l’on commencera à faire tous les jours à bicyclette ou en tricycle des promenades sur route de 20 à 50 kilomètres, en augmentant chaque semaine cette distance, mais sans dépasser 50 kilomètres, sauf un jour par semaine où l’on pourra faire une bonne promenade ; on peut rentrer fatigué mais jamais éreinté. 11 faudra prendre bien soin de ne pas attraper froid pendant ces premières promenades, et pour cela d’observer les règles posées pour le mode d’habillement, d’éviter le refroidissement produit par un vôte-r ment mouillé de sueur. En rentrant, il faut se changer après s’ètrc frictionné.
- Les premières transpirations ont pour but de faire perdre la graisse inutile. Pendant ces promenades, on pourra essayer de courts enlevages pour acquérir de la vitesse, mais c’est surtout l'endurance que l’on acquiert pendant cette période de l'entraînement. Au bout de vingt à vingt-cinq jours, on pourra augmenter les exercices de vitesse, mais avec modération et en évitant de trop s’essouffler. Après six semaines de ce travail sur la route, on pourra commencer le travail sur la piste, avec une machine de course; on s’exercera à suivre le train des autres forts coureurs. Il faudra monter en vélocc matin et soir : le matin pour une promenade de 10 à 15 kilomètres, à une bonne allure de route; le soir en allant sur la piste ou le terrain d’entraînement.
- Il faut éviter les excès de travail, et c’est ainsi qu’on doit arriver à la période finale qui constitue le secret de l’emballage, secret qui n’en sera plus un, puisque M. Duncannous le livre avec une bonne grâce charmante.
- Lorsqu'on est arrivé à suivre les plus forts coureurs pendant 10 ou 20 kilomètres, il s’agit d’arriver à les battre dans l’essor final d’une course. Pour cela, il ne faut essayer l’emballage que si l’on se sent frais et dispos, et ne jamais se forcer à l’entraînement. On choisit une belle piste ayant 200 ou 500 mètres bien plats et très unis et après avoir fait quelques tours tout doucement de façon à se mettre légèrement en moiteur, on fera un premier emballage, c’est-à-dire qu’on donnera toute sa vitesse mais seulement sur 100 ou 150 mètres ; on arrivera progressivement à 200 mètres, et l’on répétera trois ou quatre fois les emballages pendant une quinzaine de jours, puis on commencera à marcher avec les plus forts coureurs uniquement pour apprendre à faire
- des emballages.
- C’est en observant rigoureusement ces principes que Duncan est devenu en 1885 champion bicycliste de France, et en 1885 et 1886, deux fois champion bicycliste du monde. On voit donc que ses conseils peuvent faire autorité. C’est à lui, du reste, que revient une grande partie du succès de Mills, à qui il a servi de guide et d’entraîneur, et pour lequel il a joué le rôle d’organisa-teurdela victoire. Mills venait en France, dix jours avant la course et ne connaissant pas notre langue; il fallait donc le mettre vivement au courant des habitudes françaises, surtout en ce qui concerne la nourriture et les heures des repas. Dans l’entraînement pour les longues courses, il est permis démanger à sa faim, mais en observant le régime indiqué plus haut. Mills ne fume pas et ne boit jamais d’alcool. Pendant son séjour à Paris, il ne faisait en bicyclette qu’une seule promenade par jour; dix jours avant la course, il est allé en chemin de fer à Angoulêmc pour essayer, depuis cette ville, la route jusqu’à Paris, afin de s’habituer aux côtes qui sont assez dures, mais le mauvais temps l’arrêta à Vendôme et il dut revenir par le train. Trois jours avant la course, il partait par le rapide dans un wagon-lit pour Bordeaux où il se reposa tranquillement en attendant le jour de la lutte. Pendant ce temps, Duncan s’occupait de
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- retenir des pacemakers, entraîneurs chargés de mener le train devant le coureur, de relever son courage et de lui couper le vent; il les échelonnait ensuite sur le parcours en donnant à chacun un poste suivant sa capacité de hon côtier ou de marcheur rapide en pays de plaine. Ces entraîneurs étaient montés sur des machines semblables à celle du coureur, afin de pouvoir lui passer leur machine en cas d’accident; dans ce cas ils télégraphiaient,à l’entraîneur suivant de se rapprocher le plus possible du coureur, pour ne jamais le laisser seul. Mills eut ainsi huit entraîneurs, dont cinq Français et trois Anglais. Avant le départ, on lui avait remis, ainsi qu’aux entraîneurs, un tableau indiquant les villes de passage, les distances en kilomètres et en milles anglais, la durée du parcours, l’heure probable de l’arrivée, le nom des entraîneurs et l'indication des endroits où ils se trouvaient; enfin, les hôtels où l’on devait s’arrêter pour signer au contrôle. Les heures d’arrivée probable étaient de beaucoup en avance sur les heures d’arrivée réelle, afin que les entraîneurs fussent bien a leur poste. Comme nos lecteurs le voient, ce tableau était un véritable plan de bataille. Tout avait été prévu; rien n’était laissé au hasard. Si j’insiste sur ces détails, c’est afin que cette organisation toute scientifique soit imitée par nos coureurs français lors des luttes futures. Quant à la course elle-même, nous n’avons pas à y revenir, notre précédent article l’ayant décrite avec ses divers incidents. Disons seulement que, pour la nourriture, Duncan avait fait préparer pour Mills, dans les divers hôtels de passage, du bouillon fait avec beaucoup de bœuf et sans sel, bien dégraissé, et, contenant du jus de viande fait avec plusieurs entrecôtes grillées et pressées entre deux assiettes. Les hôteliers étaient prévenus de l’heure probable de Mills, et devaient lui donner ce breuvage nutritif légèrement tiède. A Poitiers, c’est Duncan lui-même qui prépara ce fameux jus de viande; Mills en but* la moitié et emporta l’autre dans deux llacons plats. 11 emportait aussi des fraises, des biscuits kola, un peu de chocolat et des pastilles de menthe. De plus, on lui passa un petit morceau de beefsteak bien cuit entre deux morceaux de pain, le tout enveloppé dans un papier sur lequel était écrit: « Mâchez, mais n avalez pas! )) A part cela, Mills n’a absolument rien pris pendant les vingt-six heures de la course, mais il a absorbé 20 litres de ce consommé spécial, car, en plus du bouillon fait dans les quatorze villes de contrôle, ses entraîneurs lui passaient un bouillon semblable, fait à Paris, et contenu dans de petits flacons. Il n’a pas bu une goutte d’eau fraîche, malgré la soif qui le dévorait. La veille du départ, il s’était couché de bonne heure après avoir été entièrement frotté d’hippaeea, sorte de préparation grasse qui empêche les muscles de se raidir et protège la peau en cas de pluie. A 5 heures du matin, il prenait un bain froid dans un « tub », était de nouveau frictionné avec l’hippacca, et déjeunait avec du café au lait, des beefsteaks, une cuisse de poulet et des
- rôties de pain. Le départ matinal de Bordeaux a été critiqué, car il forçait les coureurs à se lever de très bonne heure. Rien ne vaut, comme repos, le sommeil de la nuit. Malgré cela, Mills est arrivé à Paris en excellente santé, a pris un bain d’air chaud suivi d'une douche et d’une friction a l’eau de Cologne. Il faisait l’après-midi une promenade en voiture, et le soir fêtait dans un joyeux dîner, en compagnie de tous ses amis, sa victoire désormais célèbre. Si à l’avenir les coureurs français savent profiter des conseils donnés dans l’ouvrage que nous venons de résumer rapidement, les Anglais auront fort à faire pour lâcher nos velocemen à la prochaine course de grande longueur sur route.
- Les luttes de vitesse sur piste ou sur route ne doivent pas nous faire perdre de vue le but principal de la vélocipédie : le tourisme, et, à ce propos, il nous a semblé intéressant de mettre sous les yeux de nos lecteurs (fig. 2) la machine spécialement construite pour un amateur parisien, M. T..., et qui nous prouve que le vélocipède peut permettre de charmantes promenades en famille. Cette machine fonctionne en tandem, le papa et la maman actionnant chacun leurs pédales, tandis que les bébés, trop jeunes encore pour livrer leurs petites jambes à cet exercice, sont juchés à l’avant sur un siège confortable, et n’ont d’autre occupation que de contempler le paysage.
- Qu’il s’agisse de tourisme ou de pourses, nous ne saurions trop recommander à la jeunesse un sport dans lequel, pour arriver au succès, il faut tout d’abord observer ces deux préceptes : pas de tabac,! pas d'alcool! Aimnm Goon.
- LES PROGRÈS DES MACHINES MARINES
- Pour se faire une idée des progrès remarquables accomplis depuis une dizaine d’années dans la construction des grandes machines marines, il suffit de se reporter à une communication récente faite par M. Alfred IUechynden devant Y Institution of Mechanical Engineers, communication de laquelle nous avons extrait quelques faits et chiffres non moins intéressants que caractéristiques.
- Cette revue décennale des progrès de la machinerie maritime, se poursuit d’ailleurs régulièrement, car elle a été faite déjà en 1872 par sir Frédéric Bramwell, et, en 1881, par M. Francis Marshall. Il y a dix ans, d’après la communication de M. Marshall, les machines marines étaient seulement à double expansion, et, pour les longues traversées, la pression moyenne était de 77M,,o par pouce carré (5ke,4 par centimètre carré) la vitesse de piston de 467 pieds par minute, et la consommation de charbon de lliT,828 (0ke,825) par cheval-heure indiqué. Il n’y avait, en 1881, que deux steamers à triple expansion, le Proponlis et le Sexte. Depuis 1881, les moteurs à triple expansion sont devenus la règle générale, et la pression à la chaudière s’est élevée jusqu’à 160 et même 200 livres par pouce carré ( 14 kilogrammes par centimètre carré).
- Il y a dix ans, le tirage forcé était à peu près exclusivement employé pour les torpilleurs et quelques croiseurs : il est devenu aujourd’hui la règle générale sur les vaisseaux de guerre, et d’un emploi relativement fréquent
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- sur les paquebots. En augmentant là puissance spécifique des chaudières, le tirage forcé a permis de réduire la consommation d’environ 15 pour 100, en la faisant tomber de lliT,573 à lliT,336 (0k*,605) par cheval-heure indiqué. On y gagne donc de brûler moins de combustible, d’avoir une plus grande place disponible pour les marchandises, et, enfin, on peut encore, grâce au tirage forcé, brûler certains combustibles de qualité inférieure dont l’application aux chaudières marines était jusqu’alors interdit.
- Les progrès des chaudières sont d’un ordre spécial et ne se traduisent pas par des changements peu importants, aussi les passerons-nous sous silence.
- Les progrès des moteurs résident principalement dans l’adoption, aujourd’hui générale pour les constructions nouvelles, de moteurs à triple et souvent à quadruple expansion.
- Les combinaisons les plus variées ont été imaginées pour relier les trois ou quatre tiges des trois ou quatre pistons à l’arbre qu’elles doivent actionner. L’arbre moteur de l’hélice se fait maintenant toujours en plusieurs pièces, ce qui présente de nombreux avantages au point de vue de la construction et des réparations. Les pompes de circulation sont toutes des pompes centrifuges; elles maintiennent le condenseur toujours froid et rendent les plus grands services pour effectuer les épuisements, dans le cas d’une voie d’eau accidentelle.
- Certaines explosions de tubes de vapeur en cuivre survenues pendant ces dernières années ont appelé l’attention des constructeurs sur cette question, tant au point de vue de la matière employée qu’à celui du mode de construction. Tout en conservant le cuivre, on a voulu employer des tubes sans soudure, étirés d’une seule pièce, mais la solution est insuffisante, car il est impossible d’obtenir ainsi des tubes dont le diamètre dépasse 18 centimètres. Le cuivre électrolytique obtenu par le procédé Elmore est encore à l’état expérimental. Enfin, on a obtenu de bons résultats en prenant des tubes en cuivre soudés et en les entourant d’un câble en acier, ou d’un fil de cuivre ou d’acier formant comme une sorte de guipage qui augmente considérablement la résistance mécanique. On a essayé aussi des tubes en fer qui ont donné de bons résultats. Après un certain temps de service, les tubes se recouvrent d’un oxyde noir, curieusement strié suivant des lignes dirigées dans le sens de la circulation de la vapeur, et dont l’épaisseur est inférieure à 1 millimètre. Étant donné que les tubes de fer résistent bien à l’action de la vapeur, et que les procédés Mannesmann permettent de fabriquer des tubes en fer de grand diamètre, il est probable que les tubes en fer se substitueront, dans l’avenir, aux tubes en cuivre dans les canalisations de vapeur, aussi bien dans la marine que dans les installations fixes.
- L’acier fondu est employé pour les joints de tuyaux, les coudes, les sièges de soupapes, etc. On préfère l’acier fondu au bronze à cause de l’incertitude dans laquelle on se trouve relativement à la résistance mécanique de ce métal lorsqu’il est porté à une température élevée.
- L’emploi de la double hélice devient de plus en plus général à bord de la marine marchande et surtout à bord des steamers faisant le service des passagers. Si tous les ingénieurs sont d’accord sur la question d'une plus grande sécurité apportée à la marche oar le fait de l’emploi de deux hélices et de deux moteurs distincts pour les actionner, il n’en est pas de même sur la question du rendement. L’opinion générale est que l’emploi de la double hélice augmente le poids des machines, mais il n’en est
- pas nécessairement ainsi, car, pour une puissance donnée, le poids des machines peut être réduit en raison inverse de la vitesse angulaire, et il sera toujours possible de faire tourner plus vite les deux hélices qu’une seule hélice de même puissance totale.
- En ce qui concerne l’économie de combustible, la consommation moyenne par cheval-heure indiqué est actuellement de lliT,522 (0kg,690) et la pression moyenne de 158liT,5 par pouce carré (11 kilogrammes par centimètre carré).
- La pression a doublé depuis dix ans ; elle a triplé si on remonte de dix-neuf ans en arrière. La consommation du charbon a diminué de 16,7 pour 100 depuis dix ans et de 27,9 pour 100 depuis dix-neuf ans. Les vitesses angulaires des hélices en 1872, 1881 et 1891 sont respectivement représentées par les nombres 100, 105 et 114, et les vitesses des pistons par les nombres 100, 124 et 140.
- Mais c’est surtout au point de vue de la puissance individuelle des navires que les plus grands progrès ont été accomplis. En 1872, la plus grande puissance mécanique d’un navire à vapeur était probablement celle de
- Y Arizona qui produisait 6360 chevaux indiqués. En 1881,
- Y Alaska produisait 10 700 chevaux, la City of Rome 11 800 et le yacht Livadia 12 500. En 1884, YUmbria et YElruria atteignaient 14 300 chevaux. En 1889, le Teutonic produisait 18 000 chevaux; le City of New-York et le City of Paris près de 20 000.
- Le même progrès s’est manifesté dans la marine de guerre. En 1881, Y Inflexible, le plus puissant navire de guerre connu, produisait 8485 chevaux. Aujourd’hui, Yltalia, le Lepanlo et le Re Umberto en produisent 19 000; la Sardaigne, actuellement en construction, en produira 22 800.
- Les vaisseaux actuellement en chantier représentent donc une puissance triple de celle que possèdent les plus grands navires construits il y a seulement dix ans.
- 11 ne faut cependant pas perdre de vue, dit en terminant M. Blechynden, que si les progrès qui doivent s’accomplir avant la fin du siècle sont aussi marqués et aussi importants que ceux réalisés pendant ces dix dernières années, ils se traduiront néanmoins par des chiffres moins frappants, car les résultats deviennent de plus en plus difficiles à obtenir, à mesure que l’on s’approche de la perfection.
- LA « SEINE »
- NOUVEAU SERVICE RAPIDE DE PARIS A LONDRES PAR DIEPPE ET NEWHAVEN
- Le 6 août 1891, la ville de Dieppe, habitants et baigneurs, était en fête. Depuis plusieurs jours on y attendait impatiemment l’arrivée du paquebot la Seine, construit pour le compte des Compagnies des chemins de fer de l’Ouest et de Brighton par la Société des Forges et chantiers delà Méditerranée. Ce bateau, destiné à assurer le nouveau service rapide de Dieppe à Newhaven, venait grossir la flottille des cinq paquebots de voyageurs ; Paris, Rouen, Normandy, Brittany et Brighton, tous construits en Angleterre et de machines faisant de 1500 a 2700 chevaux.
- La traversée avec ces bateaux filant en moyenne 17 nœuds demandait un minimum de quatre heures, tandis que la Seine, excellent marcheur, filera
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- 21 nœuds et accomplira le même trajet entre trois heures et trois heures dix minutes.
- Les plans de la Seine ont été arrêtés par M. De-
- laitre, ingénieur attaché au service de l’exploitation des chemins de fer de l’Ouest, et MM. Marmiesse et Landeau, ingénieurs de la Société des Chantiers de
- Le nouveau paquebot la Seine, pour le service rapide de Dieppe à Newhaven. (D’après une photographie.)
- la Méditerranée. Sa longueur est de 82 mètres, sa largeur de 9 mètres et 4m,80 de creux. Son tirant maximum à l’arrière est de 2m,80, il déplace 1012 tonneaux avec une jauge de 810 brute. Il a 2 hélices actionnées chacune par une machine de 2000 chevaux, ses 6 chaudières timbrées à 11 kilogrammes un quart, ont des foyers ondulés.
- Il a fallu de longues études et la science combinée des trois ingénieurs cités plus haut, pour faire de la Seine le type le plus parfait existant au monde de bateau de vitesse et de grand luxe. Aux essais le personnel technique n’était pas sans inquiétude ; on pouvait craindre avec un grand semblant de raison qu’une machinerie aussi forte (4000 chevaux et 2 machines à triple expansion) logée dans une coque légère, n occasionnàt des trépidations. Il n’en a rien été, grâce aux attaches solides et à l’entretoisement bien compris des bâtis verticaux des machines.
- Le navire est installé pour recevoir 700 passa-
- gers de 5 classes, avec tout le confortable possible. La salle à manger et les cabines des premières classes
- sont aménagées et décorées avec beaucoup de goût. Partout des tapis luxueux, des velours grenat foncé aux splendides dessins, des panneaux en bois de teck et d’érables décorés et peints à la main par de véritables artistes. L’éclairage est assuré par des lampes à incandescence forme de tulipe et, partout où un groupement de personnes a été prévu, une ventilation bien comprise aspire l’air vicié pour l’envoyer dans les enveloppes des cheminées. Dans aucune partie du bateau on ne ressent les secousses qu’on craignait, et à l’extrême arrière même on ne voit, en marche rapide, aucun bouillonnement de l’eau qui conserve son plan horizontal parfait. La Seine a figuré à la revue de Portsmouth et a justifié par son allure et sa tenue par le gros temps, les espérances des plus pessimistes. C’est un réel succès pour les constructeurs français. Yves Güédon.
- Fig. 2. — Le paquebot la Seine, vu de l’avant dans la cale sèche. (D’après une photographie.)
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- LES AUTOMATES1
- l/(EUVRE DE ROBERT HOUDIN
- L’inventeur le plus fécond en fait d’automates est, sans contredit, Robert Rondin, et toutes les créations de cet artiste sont empreintes d’une originalité incontestable.
- Ru reste, la plupart de ses œuvres ont été copiées et recopiées, ce qui est le sceau définitif du succès et de la renommée. Cette popularité acquise par l’habile mécanicien et l’importance de son œuvre nous ont engagé à lui consacrer un article spécial. Dans l’étude précédente, nous avons
- dit qu’il avait réparé la plupart des automates connus ; nous ne reviendrons pas sur ces pièces et abor-
- Fig. 1. — Le petit pâtissier de Robert Houdin.
- dorons de ‘suite la description de ses principales créations personnelles.
- Une des plus remarquables et des moins connues est l’écrivain dessinateur. Nous avons eu la bonne fortune de pouvoir examiner un dessin exécuté par Robert Iloudin lui-même pour la construction de
- cette pièce. L’automate représente un petit marquis en costume Louis XY, assis devant une table de même style, garnie d’un encrier, le tout reposant sur un mince piédestal.
- L’écrivain dessinateur répondait par écrit à un certain nombre de demandes inscrites sur des tablettes. Il suffisait de mettre la demande dans le tiroir et de placer une feuille de
- papier sur la petite table : aussitôt le personnage trempait sa plume dans l’encre et écrivait ou dessinait.
- Fig. 2. — Automate de Robert Houdin. — Le gymnaste.
- Si on lui demandait quel était son créateur, il signait « Robert Houdin ». Si on le questionnait pour savoir quel est le plus volage, sa plume traçait un papillon ; si on voulait connaître le plus fidèle, il dessinait une levrette. Cet automate extraordinaire lut payé d’avance sur description 5000 francs par
- 1 Suite. — Yoy. n° 948, du 1er août 1891, p. 129.
- Fig. 5. — Automate de Robert Houdin. — Le garde-franyaise.
- M. Giroux vers 1840 et nous ne savons ce qu’il est devenu. Robert Houdin raconte comment il fut obligé de s’isoler pendant un an pour construire ce chef-d’œuvre, puis comment il fut forcé de sculpter lui-même la tête du personnage, le sculpteur n’ayant pu arriver à donner l’expression rêvée. Pour arriver a ce résultat, comme il ne savait ni modeler ni sculpter, il eut la patience de se placer devant une
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- glace et de modeler en prenant des renseignements sur sa physionomie, si bien que l'ouvrage étant terminé se trouva être le portrait frappant de l'auteur.
- Un autre automate très curieux est le petit pâtissier du Palais-Royal (fîg. 1), qui sortait de sa boutique apportant ce qu’on lui demandait, rentrait, puis ressortait, rapportant la monnaie d’une pièce quelconque qui lui avait été confiée. Cette œuvre mécanique, comme beaucoup d’autres de Robert Iloudin, était automatique et, en plus, recevait secrètement certaines impulsions variées du prestidigitateur.
- Quelques automates furent construits pour imiter spécialement les mouvements des acrobates; parmi ceux-ci, nous citerons les deux automates Auriol et Rebureau qui exécutaient ensemble des tours de force, Auriol fumait ensuite et Rebureau jouait un air de flageolet. Un autre automate acrobate dansait sur la corde, un autre encore (fig. 2) faisait du trapèze, puis sautait en bas pour montrer que son mouvement lui était propre, puisqu’il était bien isolé de son support.
- Certaines pièces mécaniques, telles que le pâtissier que nous avons cité plus haut, furent conçues et exécutées en vue de la scène et comme complément d’expériences de prestidigitation : un de ces automates, spécialement imaginés pour le théâtre, représentait un petit bonhomme qui sortait d’un œuf et devinait les cartes choisies. Un autre appareil automatique, construit pour la même destination, représentait un oranger en fleurs qui se couvrait de feuilles et de fruits. Les oranges s’ouvraient, laissant voir les objets empruntés aux spectateurs par l’adroit praticien.
- Citons encore l’escamoteur chinois dont nous avons vu aussi le dessin original de Robert Houdin. Cet automate représentait un Chinois fantaisiste dans le genre de ceux que dessinait Pillemcnt au dix-huitième siècle, placé derrière une table recouverte d’un long tapis et sur laquelle se trouvaient des gobelets ; on remarquera que l’idée a été reprise depuis et exécutée nombre de fois avec plus ou moins de succès. Cet escamoteur levait ses gobelets, et les objets placés dessous se métamorphosaient en dés, en boules de différentes couleurs, puis disparaissaient complètement. Cet inventeur, à l’imagination inépuisable, a encore construit pour ses expériences de prestidigitateur un automate qui représentait un garde-française (fig. 3) épaulant son fusil, puis faisant feu au commandement ; l’oiseau chanteur qui a été fait si souvent depuis, etc., etc.
- Il est bon de faire remarquer ici que toutes ces petites merveilles ne mesurent pas plus de 30 à 40 centimètres de haut, ce qui augmente la difficulté, étant donnée la finesse des organes qui leur communiquent non pas des mouvements heurtés et saccadés, mais bien l’apparence de la vie.
- Robert Houdin a également trouvé une quantité de combinaisons ingénieuses qui ne sont pas des automates dans le sens précis du mot, mais parmi
- lesquelles nous citerons ; un cadran mystérieux où les aiguilles marquaient sur un disque de verre, au commandement du spectateur, l’heure demandée ; et une autre horloge du même genre composée d’un cadran en cristal et d’un pied également en cristal. Cette horloge marche parfaitement sans cause apparente. Le réveil-briquet qui a donné naissance à une foule d’objets de même destination est aussi de son invention.
- Robert Houdin a fait également de nombreuses applications de l’électricité qui était alors peu connue, mais cela nous entraînerait trop loin de notre sujet. Lorsqu’il laissa son théâtre, un certain nombre d’automates étaient commencés. Quelques-uns sont restés inachevés ; tel est un second écrivain dessinateur ; d’autres furent terminés par son fils aîné qui s’est fait dans l’horlogerie une réputation méritée.
- Si nous avons appelé de nouveau l’attention sur le maître en mécanique amusante, c’est que son œuvre extraordinaire nous a paru intéressante à rappeler pour ceux qui en ont seulement entendu parler.
- Le silence qui s’est fait pendant quelques années sur les automates vient, non pas de ce que le public s’est éloigné de ce genre de curiosité, mais de ce qu’aucun créateur nouveau ne s’était trouvé pour produire des œuvres nouvelles et originales.
- Nous verrons dans l’étude sur les automates modernes que le nombre de ces derniers est considérable et qu’il y a toujours des acquéreurs pour des sujets intéressants et variés.
- — a suivre. — Le prestidigitateur Abber.
- LES OBSERVATOIRES DE MONTAGNE
- La plupart des phénomènes atmosphériques prenant naissance et ayant leur intensité maximum à une hauteur de plusieurs kilomètres, c’est là qu’on peut les observer dans les conditions les plus naturelles, hors des influences locales. Aussi dans ces dernières années, un certain nombre d’observatoires météorologiques ont-ils été installés au sommet de hautes montagnes, et déjà ils ont rendu d’importants services à la science. On sait que M. Janssen, de l’Institut, l’illustre directeur de l’Observatoire de Meudon, s’occupe à faire édifier au sommet du Mont-Blanc une station météorologique permanente1, qui sera pourvue d'instruments enregistreurs qu’il suffira d’aller consulter à des intervalles réguliers. Cet Observatoire, qui se trouvera à 4800 mètres d’altitude, sera la station de météorologie la plus élevée du monde. Déjà, l’an dernier, un alpiniste distingué, M. Vallot, a fait construire sur le géant des Alpes, au rocher des Bosses, situé à 400 mètres seulement au-dessous du sommet du Mont-Blanc, un chalet muni de quelques instruments météorologiques. Le Club alpin italien vient de former le projet d’installer sur le Mont Rose, haut de 4600 mètres, un petit observatoire de météorologie. Il existe aux États-Unis, sur le Pic Peak (Colorado), une station météorologique édifiée à 4300 mètres d’altitude. Dans les Andes du Pérou, on en a établi une à 3400 mètres. Enfin, dans les Alpes autrichiennes, celle du Sonnblick est à 3100 mètres. Les observatoires météorolo-
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- giqiies de montagne qui viennent ensuite sont ceux de l’Etna (2900 mètres), du Pic du Midi (2800 mètres), du Santis (en Suisse, 2500 mètres), du Yentoux (1900 mètres), de l’Aigoual (1500 mètres) et du Puy-de-Dôme (1400 mètres). Ces petits observatoires de montagne, sortes de vigies météorologiques, planant presque toujours au-dessus des couches de nuages et des perturbations locales, doivent être multipliés encore, car leur importance scientifique est considérable ; ces hautes stations ont déjà donné de très intéressants résultats et contribuent beaucoup à la recherche des mystères de l’océan aérien. D’autre part les observatoires astronomiques les plus élevés sont l’Observatoire Lick, construit à 1500 mètres d'altitude, sur le mont Ilamilton, en Californie, qui possède la plus puissante lunette du monde, et l’Observatoire de Tananarive, à Madagascar, situé par 1500 mètres de hauteur, et dont le personnel se compose de savants missionnaires français. Ces deux établissements, également pourvus d’instruments de météorologie, ont sur les observatoires astronomiques des villes le grand avantage de jouir d’une atmosphère plus pure. J. L.
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- NAVIRE CUIRASSÉ ALLEMAND
- On vient de lancer aux chantiers de Wilhelmshaven le plus grand croiseur cuirassé qui ait été encore construit en Allemagne : c’est le Kurfiirst Friedrich Wilhelm, qu’on dit être établi suivant un type nouveau. C’est un produit d’ailleurs absolument national, car tout a été fourni par l’Allemagne, à commencer par la coque, qui est du meilleur acier allemand, à l’exception des chevilles. Complètement armé, le croiseur déplacera 10 000 tonneaux; sa plus grande longueur est de 580 pieds anglais (de 0m,50) sa largeur de 04 pieds et son tirant d’eau de 24 pieds, la plus grande profondeur au-dessus delà quille atteignant 45pieds, et le navire étant à 19 pieds au-dessus de l’eau. Le croiseur a un double fond, une muraille protectrice intérieure et extérieure, et 120 compartiments étanches. La ceinture cuirassée est épaisse de 16 pouces, faite d’après le système Krupp dit Union et établi à la ligne d’eau sur un matelas de teck de 8 pouces. Au-dessous de la ligne de flottaison, est un pont protégé en acier de 2, 6 pouces. L’armement consiste en 0 canons longs, de 28 centimètres, disposés par groupes de deux, chaque groupe étant placé dans une tourelle à révolution ; ajoutons 6 canons Krupp à tir rapide de 0m,105, formant une seconde batterie derrière une cuirasse légère, et 8 canons du même type, mais de 0m,0875. Deux mâts militaires sont munis de petits canons rapides. Les deux machines à triple expansion, et les douze chaudières tubulaires, représentent 9500 chevaux. Le navire éclairé à l’électricité, porte deux canots à vapeur. Trois autres croiseurs semblables sont en ce moment sur les chantiers de l’industrie privée. D. 11.
- LE FERMENT NITRIQUE
- C’est un fait bien connu depuis longtemps que les végétaux ne peuvent assimiler l’azote que quand ce corps leur est présenté sous une forme soluble, et particulièrement quand il est transformé en nitrates. L’efficacité des nitrates, en effet, a été constatée nombre de fois par d’éminents expérimentateurs. On s’était donc préoccupé et avec juste raison d’étudier
- par quelles causes et dans quelles conditions les matières azotées organiques se métamorphosaient en nitrates.
- Cette découverte, faite depuis plusieurs années par MM. Schlœsing et Müntz, avait été en quelque sorte préparée par M. Pasteur qui avait montré que les phénomènes d’oxydation ont lieu, en général, sous l’influence de micro-organismes. Les travaux de MM. Schlœsing et Müntz ont porté sur les modifications que subit l’eau d’égout en traversant une épaisseur suffisante de sable. A cet effet, un tube de 1 mètre de longueur a été rempli avec 5 kilogrammes de sable quartzeux et 100 grammes de calcaire calcinés pour détruire les organismes qui pourraient y préexister. Les microbes du sol ont été introduits en versant sur le sable une délayure de terre végétale darfs l’eau. On arrosait chaque jour ce sable avec de l’eau d’égout dont le débit était calculé de telle façon qu’elle mît huit jours à parcourir toute la longueur du tube. Le liquide, riche en sels ammoniacaux à son entrée dans le tube, n’en contenait d’abord plus qu’une faible quantité après sa filtration ; à la place de l’ammoniaque, on trouvait des nitrates ; puis au bout de quelques jours l’ammoniaque disparut complètement et l’on constata dans la liqueur filtrée la présence d’une grande quantité d’azote nitrique. En introduisant du chloroforme dans le tube, on vit le nitre disparaître et l’ammoniaque de l’eau d’égout se retrouver en totalité dans le liquide filtré. Quand les vapeurs de chloroforme étaient dissipées, les nitrates reparaissaient. MM. Schlœsing et Müntz s’étaient donc trouvés absolument maîtres de leur expérience et ils conclurent de ces résultats que la nitrification de l’azote organique se fait par l’intermédiaire d’un organisme spécial, le ferment nitrique, qui se trouve dans la terre et qui peut être anesthésié sous l’influence du chloroforme.
- Les mêmes auteurs constatèrent que la température la plus favorable à l’action de ce microbe était de 57 degrés et que la dessiccation tue ou tout au moins paralyse le ferment nitrique. Outre l’humidité, cet organisme exige également la présence d’une base avec laquelle puisse se combiner l’acide azotique auquel il donne naissance. Ainsi s’explique la bonne influence du chaulage sur certaines terres à réaction acide, comme les terres de bruyères ; par l’introduction de la chaux, on favorise l’action et la multiplication du ferment nitrique qui fournit aux végétaux l’azote sous la forme la plus assimilable. MM. Schlœsing et Müntz, par leurs beaux travaux, avaient démontré d’une façon certaine l’existence de l’organisme nitrificateur. Leurs conclusions reçurent une confirmation complète, il y a un an environ, par les expériences d’un physiologiste russe, M. YVi-nogradsky. Ce dernier auteur, en opérant dans des conditions spéciales, put isoler le ferment nitrique et le cultiver dans certains milieux; il est arrivé à ce résultat remarquable et tout à fait inattendu que cet être microscopique se multiplie dans un milieu totalement exempt de matière organique.
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- Comme cette bactérie est dépourvue de chlorophylle, on ne peut aucunement expliquer son développement par l’action de certains rayons solaires, ainsi que cela a lieu pour lés plantes vertes ; et il faut bien admettre que c’est l’oxydation de l'ammoniaque qui fournit aux cellules l’énergie chimique nécessaire pour fabriquer sa matière organique.
- Grâce à des travaux récents de MM. Miintz et Winogradsky, on sait maintenant que cette formation de nitrates présente deux phases : pendant la première, les matières azotées s’oxydent d’abord partiellement et passent à l’état de nitrites, puis pendant la seconde phase, ces nitrites s’oxydent plus profondément et donnent naissance aux nitrates.
- Le ferment nitrique, par la transformation de l’azote organique ou ammoniacal en nitrates, se trouve donc être un agent actif de fertilité pour les terres arables et l’on conçoit que les agriculteurs aient tout intérêt à favoriser le développement et l’action de cet organisme. Cependant à certaines époques de l’année, l’activité du ferment nitrique devient plutôt nuisible qu’utile; à l’automne, en effet, quand la terre se trouve découverte et qu’clle contient ou qu’elle forme encore une grande quantité d’azote nitrique, les pluies fréquentes, qui ont lieu dans celte saison, tendent à entraîner tous les nitrates dans les eaux de drainage. M. Rehérain a fait sur ce sujet des expériences absolument concluantes. En opérant avec de grands pots de terre vernissée pouvant contenir 50 kilogrammes de terre fine et en déterminant les quantités de pluie tombée et d’eau de drainage recueillie pendant tout le cours d’une année ainsi que l’azote nitrique contenu dans ces liquides, ce savant agronome a pu établir le graphique qui accompagne notre article et qu’il a bien voulu nous autoriser a reproduire. Dans la première partie, on voit bien nettement l’influence des saisons sur la quantité d’eau de drainage recueillie. Le rapport de la pluie au drainage, qui était de 5, 2 au printemps, s’élève à 21, 5 pendant l’été pour tomber à 1, 5 et 1, 4 en automne et en hiver.
- Les quantités d’eaux de drainage recueillies sont
- du reste du même ordre dans les trois sortes de terre considérées. Il n’en est plus de même si l’on considère la quantité d’azote nitrique contenue dans 1 mètre cube d’eau de drainage; on remarque que cette quantité, considérable surtout en été et en automne pour les terres régulièrement fumées, s’abaisse beaucoup pour les terres de prairie et pour les terres épuisées. Cependant ces dernières possèdent encore des propriétés nitrifiantes bien suffisantes pour faire face aux besoins des plantes et l’on ne peut expliquer leur stérilité par la pénurie de nitrates. M. Dehérain a montré que la matière qui manque à ces terres épuisées est surtout la substance organique, l’humus. Ces sols, en effet, n’accusaient à l’analyse que 7 pour 100 de carbone organique tandis que les terres régulièrement fumées en contiennent de 16 à 18 pour 100. Le tableau relatif à l’azote nitrique contenu dans les eaux de drainage d’un hectare est également très instructif. On y constate que la majeure partie des nitrates se trouve entraînée au mois d’octobre, par les pluies d’automne, au moment où les sols sont nus; on arrive, en effet, dans les terres que nous considérons, à une moyenne de 72k«,9 d’azote nitrique entraîné à l’hectare pendant le mois d’octobre et de 12k«,6 pendant l’hiver; ce qui représente une somme de 85ks,5 d’azote nitrique non utilisé par les végétaux, soit une perte correspondant à 554 kilogrammes de nitrate de soude à l’hectare.
- Pour empêcher cette déperdition, M. Dehérain propose, immédiatement après les récoltes, de semer des graines produisant des végétaux à croissance rapide qui profiteraient des nitrates élaborés et les fixeraient sous forme de matières organiques. Ces végétaux sont enfouis, soit à l’automne si l’on veut faire de grands labours avant l’hiver, soit seulement au printemps avant les semailles, dans le cas contraire; on procède ainsi à une culture dérobée pour engrais. Quant a la nature de ces plantes, M. Dehérain, dans un Mémoire publié dernièrement, préconise surtout la navette ou le colza, ou mieux un mélange de vesce et de colza. A. Hébert.
- De Février à Juin 1890 | De Juin àOctobre 1889 | Octobre 1889 |t)'0ctob.l889àFévrl89Q Hauteur de la pluie tombée et de l'eau de drainage recueillie
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- Azote nitrique contenu dans les eaux de drainage d'un hectare
- Azote nitrique perdu
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- Azote nitrique contenu dans un mètre cube d'eau de draunagi
- Pluie et eau de drainage de juin 1889 à juin 1890.
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- UN TORNADO AUX ÉTATS-UNIS
- Le continent ame'ricain est fréquemment soumis sur divers points de son territoire à l’action de météores désastreux qui ont un caractère particulier
- Fig. 1. — Débris d’une maison déplacée.
- à leur action, arrachant les arbres, broyant les maisons, détruisant tout ce qui se trouve sur leur
- Fig. 3. — Machine agricole brisée par l’ouragan.
- Mexico (Etat de Missouri), a été visitée par un de ces tornados, dont le Scientific American donne une description détaillée; nous empruntons a notre confrère de New-York les documents qui nous semblent de nature à intéresser nos lecteurs. —
- Le météore paraît s’ètre formé à 24 kilomètres à l’ouest de Mexico ; dans la localité de Centralia, il brisa les fils télégraphiques du chemin de fer de Chicago et d’Alton à 5 kilomètres a l’ouest de Centralia, à oh,18m; il exerça le même dégât à oh,45m près de Rush-llill, à 45 kilomètres de distance. Il parcourut donc cette distance en 27 minutes.
- On vit d’abord se former dans le ciel, par un temps
- ne ressemblant pas à la plupart de nos grands ouragans, et que les Américains désignent sous le nom de tornados. Ce sont en réalité des trombes qui circulent à la surface du sol, et qui, animées d’un mouvement rotatoire très intense, exercent comme une action de torsion sur tous les objets qui s’offrent
- Fig. 2. — Maison détruite dont des murs sont restés debout.
- route. Le 21 mai 1891, une petite ville de 5000 habitants du centre des Etats-Unis, et dont le nom est
- Fig. 4. — Débris d’une villa, après la tempête.
- lourd et orageux, un nuage noir très foncé, d’où pendaient cinq appendices en forme d’entonnoirs ; ils
- s’agitaient dans l’air à la façon des tentacules, ou de grands bras. Le nuage ne tarda pas a descendre vers la surface du sol et il commença à exercer ses ravages, se déplaçant avec une rapidité vertigineuse ; ses appendices réunis entre eux s’étaient transformés en une véritable trombe.
- Ce nuage d’orage était très noir ; après avoir promené l’épouvantable trombe qui en descendait à la surface du sol pendant un espace de 9 kilomètres environ, il s'éleva encore dans l’air, s’obscurcissant alors avec plus d’intensité. Ces mouvements extraor-
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- Fig. b. — Tracé du trajet suivi par l’ouragan de Mexico (Missouri)
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- dinaires étaient accompagnés d’un grondement terrible dont le bruit s’entendait au loin. Après avoir parcouru 15 kilomètres dans l’espace, le nuage s’abaissa à nouveau vers le sol, et l’on vit à nouveau plusieurs appendices coniques s’échapper de sa partie inférieure, pour former une nouvelle trombe qui exerça de nouveaux ravages. Pendant sa course furieuse à travers les campagnes, on voyait au point où le météore touchait terre une bande blanche vaporeuse ; la trombe en accomplissant ses dégâts, paraissait se rétrécir à sa partie inférieure quand elle touchait ses victimes. Sur quelques maisons toutefois le nuage semblait étendu en masse, et de grands tentacules membraneux se lançaient violemment du dedans au dehors. A d’autres endroits on observa aussi ces effets se produisant dans les airs. Parfois l’entonnoir principal était précédé d’un plus petit qui était bientôt atteint et absorbé par le plus grand.
- Après k catastrophe, M. J.-F. Llewellyn, l’un des observateurs du service météorologique aux États-Unis, a dressé le plan du passage du tornado et il a cru remarquer après avoir tracé le diagramme que nous reproduisons ci-devant (fig. 5), que les objets élevés paraissent avoir exercé une action d’attraction sur la trombe dont la marche en zigzag ABCREJKM, est en quelque sorte indiquée par les maisons détruites. Ces maisons plus ou moins dévastées portent dans le diagramme les nos 1 à 14. Les croquis qui' nous publions au-dessus de notre diagramme onl été faits d’après des photographies de M. Llewellyn ; la ligure 1 montre les débris d’une maison qui onl été roulés par la trombe et portés à distance ; les autres figures, 2, 5 et 4, donnent l’aspect des dégâts les plus caractéristiques.
- 11 semble que le tornado a été accompagné de phénomènes électriques particuliers ; après son passage à travers des bois qu’il avait dévastés, on remarquait des feuilles d’arbre, qui se trouvaient roussies et frisées, comme elles l’auraient été sous l’action d’un foyer intense. Il faut ajouter que le météore était accompagné de manifestations orageuses habituelles, éclairs et coups de foudre. Des chantiers furent brûlés, et ça et là, il y eut du bétail foudroyé.
- Gastox Tissandier.
- CHRONIQUE
- La production de l’or dans le monde. —
- La production de l’or dans le monde est très diversement appréciée. Le Hazell’s Animal de 1889 l’évalue à 95 211 150 dollars, soit 495 099 800 francs ; le l)r Soel-beer dans Y American Almanach de 1888, estime qu’elle est d’environ 97 761 000 dollars, soù 508 557 000 francs. Le directeur de la monnaie de Washington donne un chiffre encore plus considérable. 11 évalue en effet la production del’oren 1886à 98 764255 dollars,soit515 574012francs. En compulsant les documents officiels publiés par les différents pays du monde et en acceptant comme à peu près exactes les données fournies par la statistique minérale de France pour les pays qui ne publient pas de renseigne-
- ments, on arrive au total de 166 255 kilogrammes représentant une valeur de 549 500 000 francs pour l'année 1888. Ce sont les États-Unis qui produisent le plus d’or (49 917 kilogrammes, valant sur place 170 851 000 francs); puis vient la Russie qui en produit 55 740 kilogrammes, valant sur place 115 272 000 francs; en troisième lieu, on trouve l’Australie avec 56 626 kilogrammes, valant 112092000 fr. ; et ensuite, par ordre d’importance, la Chine (15 542 kilogrammes, valant 46 550 000 francs) ; la République sud-africaine (7170 kilogrammes, valant 21 050 000 francs) ; la Nouvelle-Zélande (6540 kilogrammes, valant 20 456000 fr.); le Chili (2595 kilogrammes, valant 8 196 000 francs); la Colombie (2257 kilogrammes, valant 7 725 000 francs) ;
- la Hongrie (1862 kilogrammes, valant 6 416 000 francs);
- la Guyane (1804 kilogrammes, valant 6 175 000 francs) ;
- le Canada (2061 kilogrammes, valant 6 151 000 francs).
- D’après M. Jlayter, la quantité de l’or recueilli dans les colonies australiennes depuis 1851 (date de la première découverte de l’or) à 1886, a été de 81 024 507 onces qui peuvent être évaluées à 1 571 275 176 dollars, soit 8 201 820 515 francs, et, d’après M. Day, la valeur du produit de l’or aux Etats-Unis, depuis 1804, a été de 1 776 855 670 dollars, soit 9 259 649 484 francs. Or, nous venons de voir que ces deux pays fournissent à eux seuls plus de la moitié de l’or produit annuellement dans le monde. On peut donc évaluer au chiffre maximum de 25 milliards de francs la valeur de l’or qui se trouve actuellement en circulation dans le monde entier, soit comme monnaie, soit comme lingots ou pièces fabriquées. Il faut tenir compte des pertes survenues et remarquer que certaines mines très riches sont d’origine récente.
- Le plus grand gazomètre du monde. — Une
- usine anglaise de Lecds a entrepris la construction d’une immense cloche à gaz, très probablement la plus grande qu’il y ait au monde, pour la fabrique de « East Greenwich » de la « South Metropolitan Gas Company ». Ce réservoir pourra contenir 12 millions de pieds cubes de gaz; il aura un diamètre de 500 pieds et il s’élèvera à une hauteur de 180 pieds quand il sera plein. Le poids total de l’appareil sera de 2200 tonnes, dont 1840 tonnes de fer forgé; 60 tonnes de fonte et 520 d’acier; il faudra distiller 1200 tonnes de charbon pour fournir le gaz nécessaire à son remplissage. Pour recevoir ce gigantesque gazomètre, on a construit un bassin en béton d’un diamètre naturellement un peu supérieur (505 pieds) et profond de 51 pieds; cette construction spéciale a coûté 400 000 fr. Quant au gazomètre lui-mème, une fois mis en place, il aura coûté environ 1 million de francs. On compte qu’il sera terminé et placé en octobre 1892 ; il sera fait par section dans la fabrique de Leeds, puis transporté de même par chemin de fer ou par bateau à East Greenwich; ce seront les ouvriers mêmes des constructeurs qui seront chargés du montage, qu’ils mèneront à bien à l’aide de grues à vapeur spéciale.
- Le service des eaux à Londres. •— Chaque mois à Londres, un inspecteur spécial fait des observations, des analyses, et dresse un rapport sur le service des eaux de la grande métropole du Royaume-Uni ; le rapport relatif au mois de juin 1891 vient de paraître, et nous en extrayons quelques chiffres assez intéressants. — Le total moyen de l’eau prise dans la Tamise journellement pour ce service a été de 52,72 pour 100 de la consommation; à la Lea on a emprunté 54 pour 100 de ce même total; 15, 20 pour 100 à peu près aux puits et aux sources, et aussi aux étangs de Ilampstead et de Highgate ; notons du reste que, en ce qui concerne l’eau empruntée à ces der-
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- niers, on ne s’en sert point pour les usages domestiques. On peut dire, en serrant déplus près les chiffres exacts, que le total de la consommation quotidienne de l’eau à Londres monte à 800 millions de litres ; et si l’on rapproche le chiffre da la population consommant ce total, qui est de 5 (300 000 habitants, nous trouvons une consommation quotidienne par tète de 140 litres environ, à tous points de vue et pour tous les usages. Le nombre total des maisons alimentées par les compagnies d’eau a été de 772 652, ce qui représente une grande augmentation sur le mois précédent; si l’on divise le total de l’eau fournie journellement par le nombre des maisons, en obtient ainsi un chiffre de 1020 litres environ par chaque maison desservie ; chiffre qui se comprend aisément quand on songe qu’à Londres les maisons sont basses et contiennent une population agglomérée beaucoup moindre que les maisons parisiennes.
- La carte de la terre. — Le Congrès des sciences géographiques de Berne a décidé de prendre l’initiative de l’étude d’une grande carte du monde à l’échelle de 1/1 000 000, dont les sections seraient, de préférence, limitées par des méridiens et des parallèles. 11 a institué, dans ce but, une Commission composée de vingt-deux savants de diverses nationalités qui sollicitera les Etats d’aider à la réalisation de l’œuvre. La Commission s’efforcera, en outre, d’obtenir que les Etats confectionnent des cartes, ainsi que les Sociétés, les revues et les établissements géographiques privés qui publient des cartes originales, élaborent des feuilles de ladite carte. La vente des feuilles devra se faire dans les conditions les plus avantageuses pour le public.
- Le poids des chevaux. — On ne se fait pas généralement une idée bien exacte du poids des chevaux. Voici quelques indications intéressantes sur les valeurs moyennes de ces poids. Un cheval de cavalerie légère pèse de 580 à 400 kilogrammes, un cheval de cavalerie de ligne, de Victoria, de coupé, varie entre 450 et 480 kilogrammes, un cheval de luxe ou de cavalerie de réserve pèse de 500 à 580 kilogrammes, un cheval de trait léger, pour omnibus ou camionnage, par exemple, de 500 à 700 kilogrammes. Enfin, un cheval de gros trait, tel que ceux employés pour tirer les fardiers, pèse 600, 800 et même 900 kilogrammes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 août 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- Navigation électrique. — M. Trouvé envoie une Note où il présente un nouveau mode d’application des moteurs électriques à la navigation. Dans une embarcation construite sur ses plans, l’électricité est fournie par des piles à eau de mer ; la vitesse de propulsion a été très satisfaisante. M. Trouvé développe les conséquences de cet essai dans un Mémoire assez étendu. Mais il ne faudrait pas croire que la navigation maritime soit encore sur le point de subir une révolution par la substitution de l’électricité au charbon, comme agent producteur de la force?
- Les mètres internationaux. — Un établissement appelé Comité international des poids et mesures a été créé à Sèvres dans le but de confectionner des étalons internationaux de poids et de longueur. Dès 1867, l’Association géodésique pour la mesure du degré en Europe avait émis le vœu que les différents États fussent pourvus de mètres étalons conformes au mètre des Archives, afin d’assurer l’unité indispensable des opérations géodésiques. A cet
- effet, un décret du 1er septembre 1869 instituait la Commission internationale du mètre. Les événements de la guerre de 1870 apportèrent un retard considérable à l’œuvre projetée, et ce n’est guère qu’en 1875 que la Commission du mètre, devenue Comité international des poids et mesures, put procéder à ses premiers travaux pratiques. Il avait été décidé que les nouveaux étalons seraient en platine iridié au 1/10; le travail de construction était déjà fort avancé lorsque l’on reconnut que le métal employé contenait une assez forte proportion de fer et de ruthénium. Bien qu’il ne parût pas que ces deux derniers métaux pussent altérer les propriétés du platine iridié, la Commission fut d’avis de laisser de coté les étalons déjà construits, afin que des monuments scientifiques destinés à faire époque, ne puissent donner aux générations à venir une opinion, fausse d’ailleurs, de l’habileté des chimistes de la fin du dix-neuvième siècle. C’était un scrupule respectable : de nouveaux étalons furent préparés. Il en a été distribué trente-six jusqu’à ce jour. M. Boscha rappelle que l’on convint dès le début des opérations, de définir le mètre par la longueur de la règle conservée aux Archives. A ce propos il examina si la forme de cette règle permet d’effectuer les comparaisons avec le degré de perfection extrême que réclame ce genre d’expériences. En effet on ne saurait admettre aujourd’hui que l’erreur d’un étalon atteignît un micron, soit 1/1000 de millimètre. M. Boscha pense que cette crainte doit être écartée. Il cite l’exemple du mètre n° 23 qui a été comparé directement au mètre des Archives par quatre méthodes différentes, par des observateurs différents, à des époques et à des températures différentes. Malgré la diversité des circonstances l’écart maximum des mesures, ne dépasse pas 0mm,0005. On sait que chaque étalonnage proprement dit est accompagné d'une équation particulière au moyen de laquelle on peut obtenir la longueur dudit étalon à une température quelconque et en particulier à 0°. Selon M. Boscha, la déter mination de ces équations serait imparfaite. Il cite à l’appui de cette opinion l’exemple du mètre international n° 6 qui d’après ses recherches serait trop court de 2 à 5 microns. Cette erreur est presque intolérable; elle atteint 1/400 000 de la longueur. M. Boscha explique que l’imperfection des formules provient de ce que les expé riences au moyen desquelles elles sont établies, ont été faites à des températures supérieures à 10 degrés et que les observations ont été plus nombreuses aux températures les plus élevées. En donnant du poids aux séries d’observations, il réduit l’écart au moins de 0mm,0005. M. Cornu développe quelques considérations qui feront l’objet d’une Note qui sera déposée dans la prochaine séance.
- Varia. — M- Fory donne des lois de l’écrouissage des métaux et de leurs déformations permanentes. — M. Cha-tin présente quelques remarques sur le rôle de l’anatomie végétale, à l’occasion de la publication du 13e fascicule de l’anatomie des végétaux. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS1
- EXPÉRIENCES SUR LA FORCE CENTRIFUGE
- L’expérience que nous allons décrire joint à l’avantage de provoquer une certaine émotion chez les spectateurs, celui d’être assez curieuse au point de vue mécanique.
- 1 Voy. n° 897, du 9 août 1890, p. 160.
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- LA NATURE.
- Prenez une assiette ordinaire, et placez en son milieu un rond de serviette plat, par exemple un rond d’ivoire taillé en tore ou un rond en bois laqué haut de 15 millimètres.
- Saisissez l’assiette par les bords, aux extrémités d’un diamètre, et lancez-la en l’air pour lui faire exécuter ainsi un tour complet sur elle-même (fig. 1 ). Elle retombera a plat dans vos mains tendues pour la recevoir, et le rond restera immobile au fond de l’iistensilc culinaire, il y semblera collé : c’est un effet de la force centrifuge. La rotation de l’assiette s’est effectuée autour d’un axe passant par ses bords. Il est facile de voir que dans ce mouvement le rond de serviette a été appliqué par la force centrifuge contre le fond de l’assiette, et qu’il lui a été impossible de s’échapper.
- Un des côtés intéressants de cette expérience, c’est qu’on peut à volonté, en prévenant les spectateurs, faire rester le rond dans l’assiette ou le projeter au loin. En effet, pour le lancer hors de l’assiette, il suffît de produire le mouvement de rotation de cette dernière autour d’un axe passant très près du fond, ou se trouvant en dehors. La force centrifuge, on le voit immédiatement, arrache alors l’objet au plan sur lequel il est placé et le projette soit sur le nez de l’opérateur, soit sur les inoffensifs spectateurs de cette jonglerie.
- L’expérience réussit très bien avec une assiette creuse. Evidemment, on peut mettre dans l’assiette un objet quelconque, un bouchon, un morceau de
- pain ou de carton, un canif, une ciel, etc. ; quelques gens habiles l’ont même l’expérience avec des aliments, une assiette contenant une part de haricots,
- par exemple. Il suffît que la hauteur de l’objet ne soit pas trop considérable.
- Je rappellerai, à propos de force centrifuge, l’expérience suivante que M. le professeur Van der Mensbrugghe exécute, tous les ans, dans son cours de physique. 11 attache à l’extrémité d’une ficelle longue de 50 à 40 centimètres une chaîne métallique à petits maillons, d’une longueur totale de 25 à 55 centimètres et fermée sur elle-même. Tenant la ficelle verticale, il lui imprime un mouvement de rotation rapide dans le même sens comme s’il voulait la tordre entre ses doigts (fig. 2) ; la chaîne s’ouvre d’abord comme on le voit dans la figure ci-dessous (A); en augmentant la vitesse de rotation de la ficelle, la matière lourde qui constitue la chaîne
- est rejetée de plus en plus loin: elle finit par former un cercle dans un plan horizontal. La corde décrit dans ce mouvement une espèce de surface conoïde, déformée par la force centrifuge.
- La figure ci-contre (fig. 2, B) donne l’aspect exact que le petit appareil offre sur l’œil pendant la rotation.
- De la même manière, un porte-plume attaché à une ficelle par une de ses extrémités prend une position presque horizontale. Félix Leçon te.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandjer.
- Fig. 1. — Expérience sur la force centrifuge, exécutée avec une assiette et un rond de serviette.
- Fig, 2. — Chaîne formant un cercle horizontal à l’extrémité d’une ficelle
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 954,
- 12 SEPTEMBRE 1891.
- LA NATURE.
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- LE MONUMENT PRÉHISTORIQUE DE STONEHANGE ET SON ROLE ASTRONOMIQUE
- Malgré toutes les recherches entreprises au su- torhjue, la lumière n’a pas pu être complètement jet des monuments lapidaires de l’époque préhis- laite à leur sujet, et bien des alignements, bien
- Fig. 1.— Le monument préhistorique de Stonelnmge près de Salisbury en Angleterre. (D’après une photographie de M. B. Howe.)
- des mégalithes se posent encore connue d'immenses Nous ne prétendons point apporter notre opinion points d’interrogation sur les religions primitives. dans la discussion, mais nous voulons l'aire proliter
- Fig. 2. — Lever du Soleil derrière une des pierres orientées du monument de Slonehange. (D’après une photographie de M. B. Howe,)
- nos lecteurs d’intéressantes observations qui viennent d’être exécutées en Angleterre parM. J.-M. Bacon, aidé d’un photographe des plus habiles, M. Thos. B. Howe. La Nature a récemment signalé le rôle astronomique
- 19e année. — 26 »?mestre.
- qu’étaient appelées à jouer la pyramide d’Égypte'; et M. Bacon semble avoir établi le même fait pour
- 1 Yoy. n° 952, du 11 avril 1891, p. 291.
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- LA NATURE.
- un célèbre monument druidique d’Angleterre.
- Il s’agit de Stonehange. Si nous consultons M. Es-quiros et M. Thomas Wright, dans son livre intitulé « The Celt, the Roman and the Saxon », nous y trouvons mentionnée cette gigantesque construction : elle se trouve dans la plaine de Salisbury, a 16 kilomètres au nord de la ville, tout près d’Ames-bury, sur la rive droite de l’Avon ; elle ne constitue pas d’ailleurs la seule antiquité qu’on rencontre dans cette région, car un simple coup d’œil sur la carte nous y montre les restes d’une route romaine allant à Silchester, d’une autre gagnant Winchester, d’nn camp près du vieux bourg d'Old Sarum, des terrassements, plusieurs camps. Le nom de Stonehange signifie Pierres pendantes; jadis ce monument portait celui de Danse des géants. On ne peut guère se faire une opinion certaine sur la date de* construction et l’origine de Stonehange : on l’attribue parfois aux Danois, même aux Romains; il est plus probable qu’il date des Druides ; le fait est que le sol, souvent fouillé, renfermait des poteries romaines et bretonnes. Bien qu’il soit aujourd’hui loin d’être intact, le monument comprend plus de 150 pierres; M. Esquiros en définit l’ensemble « un double cercle renfermant deux ovales, qui forment le sanctuaire au centre duquel est une pierre qui passe, à tort ou à raison, pour avoir supporté le leu sacré. Le grand cercle se composait, a l’origine, de 50 pierres, dont il ne reste plus que 17 ; les énormes blocs debout et s’élevant à une hauteur de 6 à 7 mètres, supportent d’autres pierres couchées dans une position horizontale et fixées par des tenons et des mortaises. Ce cercle mesure environ 100 mètres de diamètre ». Tous les blocs dont il s’agit, ont été équarris et taillés au moyen d’instruments ; les gros blocs sont en grès et proviennent du pays même, les pierres de la seconde rangée sont d’une autre nature paraissant venir du Devonshire.
- Au milieu des doutes qui entourent l’origine de Stonehange, on avait souvent affirmé que ce monument avait servi de temple, mais sans savoir à quelle religion; de nombreuses discussions s’étaient notamment produites au sujet de la tradition qui prétendait qu’on avait poursuivi un but astronomique en édifiant Stonehange. Une légende bien connue prétendait que, au plus long jour de l’année, le soleil peut être aperçu, quand on est monté sur la pierre de l’autel, se levant immédiatement au-dessus du sommet d’un monolithe isolé, bien connu sous le nom populaire du Friars heel, le Talon du Prêtre. Ce Friars heel est planté en dehors et à une certaine distance des enceintes de blocs ; on l’aperçoit à gauche et au fond de la figure 1, à droite de l’homme ; dans la figure 2 il est au milieu même de la vue : c’est qu’en effet, dit la tradition, il est placé de façon à paraître, à l’œil de l’observateur, placé sur l’autel, précisément au milieu d’une des portes formées par les monolithes, et de manière à ce que son sommet vienne affleurer la ligne d’horizon. Il s’agissait de constater si, en réalité, la tradition était
- fondée sur une vérité, et, pour cela, il fallait appeler à son aide le témoignage de la photographie. C’est ce qu’a fait M. Bacon, et c’est dans ce but que, accompagné de M. Ilowe, il a fait un pèlerinage en pleine nuit aux pierres levées de Stonehange, à l’époque du dernier solstice.
- Le succès a couronné leurs efforts. Ils n’ont aperçu aucune apparition du diable qui, d’après les légendes locales, fréquente le plateau, ni aucun fantôme au milieu de ce pays tout hanté d’apparitions; mais ils ont réussi à démontrer le bien fondé de la tradition relative au rôle astronomique du Friar's heel. Ils ont prouvé l’orientation spéciale de cette sentinelle de pierre, et ils peuvent fournir le témoignage peu suspect d’une photographie pour éclairer en quelque façon le mystère du but dans lequel avait été érigé ce monument préhistorique.
- Tandis que les roches des premiers plans sont encore dans l’obscurité du matin, on voit le soleil apparaître derrière la pointe de roche (fig. 2.)
- Daniel Bellet.
- L’ŒUVRE D’AIÉDÉE GUILLEMIN
- Nous avons reçu de notre collaborateur et ami, M. Amédée Guilleinin, un ouvrage scientifique qu’il vient de publier sous le titre La neige, la glace et les glaciers (Hachette et Cie); ce livre est accompagné d’une aimable lettre datée de Pierre (Saône-et-Loire), où M. Guillemin est en résidence; nous en reproduisons les premières lignes :
- « Mon cher Tissandier, en vous priant d’agréer l’hommage du dix-septième volume de ma Petite Encyclopédie populaire des sciences, je me hasarde à vous demander quelques lignes encore sur mon dernier ouvrage, ou plutôt sur la collection qu’il termine. Je sais que vous avez avec raison supprimé les comptes rendus de livres qui eussent pris trop de place dans votre Revue, mais une fois n’est pas coutume, pour une sorte d’adieu que je fais ainsi au public, après plus de trente années d’un labeur que ma mauvaise santé n’a jamais interrompu. »
- Voilà qui est fait, mon cher maître, heureux de rappeler ici les grands services que vous avez rendus à l’enseignement, et les beaux livres que vous avez publiés, Le Ciel, Les comètes, Le monde physique, ce vaste répertoire qui ne compte pas moins de cinq grands volumes in-8° ornés de magnifiques figures. Si l’on ajoute à cela votre Petite Encyclopédie populaire des sciences qui comprend dix-sept volumes résumant en quelque sorte le tableau tout entier de la nature, si l’on se reporte à tous les articles que vous avez publiés, si l’on se rappelle que tout ce que vous avez écrit, porte toujours l’empreinte de la vraie science qui fuit les vains ornements et ne cherche que la méthode et la clarté, on reconnaîtra que vous avez bien conquis le repos, et que votre œuvre portera ses fruits.
- Nous ne terminerons pas sans remercier M. Amédée Guillemin de nous avoir adressé, comme un adieu aux lecteurs de La Nature, l’excellente Notice qui suit, et qui sera lue certainement avec curiosité puisqu’elle se rapporte à un sujet que le legs de 100000 francs fait à l’Académie des sciences a remis en actualité.
- Gaston Tissandier.
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- LA NATUHE.
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- COMMUNICATION AAEC LES PLANÈTES (?)
- Les découvertes frappantes, de nature, j’entends, à émouvoir le grand public, sont rares en astronomie, depuis quelques années. Est-ce à dire qu’on ne travaille pas dans les observatoires et que les progrès de la science soient insensibles? Personne de ceux qui se tiennent au courant des labeurs quotidiens des astronomes des deux mondes, qui ont l’occasion de lire ou tout au moins de parcourir les recueils périodiques où ces travaux sont exposés, ne le pense. Ne citons, en fait d’entreprise nouvelle et qui promet d’être féconde, que celle de la confection d une carte du ciel, eflectuée par la photographie, et qui donnera la position exacte des étoiles jusqu’à la quatorzième grandeur. Le concours des observatoires assure à cet immense travail, dès aujourd’hui en cours d’exécution, un succès certain. La Nature en a fait connaître les origines et a tenu ses lecteurs au courant des études préliminaires très minutieuses, très approfondies sans lesquelles la mise en œuvre d’opérations d’une extrême délicatesse aurait pu être compromise1. Elle a fait aussi ressortir l’importance des résultats à obtenir et les conséquences variées qui en sortiront nécessairement. Les pro-blèmes de parallaxe, ou de distances stellaires, les mouvements propres des étoiles, des nébuleuses, la recherche des petites planètes et des comètes nouvelles, tout ce qui est relatif à la constitution des systèmes sidéraux pourront, par une étude attentive des clichés de la nouvelle carte céleste, recevoir des solutions positives. C’est tout un horizon ouvert à la science.
- Ce ne sont pas là des nouvelles à sensation comme l’arrivée imprévue d’une comète au long panache nébuleux, qui tourne vers le ciel les regards des badauds; mais l’importance des observations astronomiques ne se mesure pas au bruit qu’elles font dans le public. A coup sûr, si le prix de 100 000 francs qu’une honorable dame vient de léguer à notre Académie des sciences venait à être gagné, l’émotion qui en résulterait aurait quelque chose de fort légitime. Établir une communication volontaire et directe entre la Terre et une planète, disons mieux, entre les habitants du globe terrestre et les habitants de cette planète, serait quelque chose de bien fait pour piquer la curiosité de tout le monde. Je ne vois pas bien, pour mon compte, ce que l’astronomie ni même notre pauvre humanité, y gagnerait, mais que de conjectures, que de cervelles à l’envers, qgo d’imaginations montées !
- Un dit l’Académie disposée à accepter le legs, grâce à une clause semblable à celle qui a fait du prix Bréant une récompense annuelle décernée aux auteurs des découvertes qui ont avancé la question de la guérison du choléra. De même, l’annuité du capital légué par Mme Guzman servirait à favoriser les recherches relatives à la constitution des corps célestes.
- Je ne sais si je vais m’avancer beaucoup en prédisant que le prix nouveau ne sera de longue date décerné, dans sa totalité tout au moins. Ce n’était pas la pensée de la testatrice sans aucun doute. Mais, sans approfondir la question, qui exigerait de plus longs développements, on peut justifier en quelques lignes la probabilité de la prédiction que je viens de me hasarder à faire.
- Pour qui a quelques données précises sur les connaissances actuelles des astronomes relatives à l’aspect physique des astres de notre système, il est évident que deux
- 1 Voy. notamment le tome I de 1887, p. 200, 521, 500 et le tome I de 1888, p. 122, 280, 555.
- seulement sont en état de fournir des espérances à ceux qui croient à la possibilité des communications interplanétaires : c’est, on l’a dit du reste, la Lune et Mars.
- La Lune surtout. Sa faible distance, de moins de 400 000 kilomètres, la netteté de son disque, la facilité avec laquelle on y distingue, au télescope, des accidents d’une très faible dimension, l’absence de toute nébulosité de nature à masquer les taches, rendrait notre satellite éminemment propre à l’envoi de signaux visibles de la Terre. Il faut croire que les habitants de la Lune n’y ont pas encore songé, sans quoi les nombreux observateurs de son disque, les laborieux auteurs des cartes lunaires, les Beer et Mædler, les Schmidt, entre tous, auraient aperçu ces signaux. Mais voilà : y a-t-il, peut-il y avoir des habitants dans la Lune, où l’air et l’eau manquent? S’il est un point généralement admis, c’est celui de la négative.
- Dans ces conditions, il paraît superflu de s’occuper, sur la Terre, des moyens de répondre aux habitants de la Lune ou de les provoquer eux-mêmes, et c’est dommage, car le second corps céleste à interroger, la planète Mars, est, hélas, infiniment moins favorable à l’établissement d’une télégraphie interastrale.
- A scs oppositions les plus favorables, Mars est encore à 14 millions de lieues de nous, environ, soit 55 millions de kilomètres, ou cent soixante fois plus éloigné que la Lune ; alors le diamètre de son disque atteint 25". D’après Schiapa-relli, les plus petits objets visibles à la surface, dans les circonstances les plus favorables, qu’il s’agisse d’une tache lumineuse sur fond obscur, ou d’une tache obscure sur fond lumineux, ont un diamètre égal à la cinquantième partie de celui de la planète, c’est-à-dire à 157 kilomètres environ. Cette limite inférieure pourra être franchie, il est vrai, par l’emploi d’objectifs à très grande ouverture, permettant des grossissements plus forts. Mais alors même, il est certain que des signaux lumineux, par exemple, visibles de la Terre, devraient avoir sur Mars des dimensions énormes.
- Les habitants de Mars, plus avancés que nous dans la science astronomique, comme le suppose un de nos spirituels astronomes, s’ils songent à provoquer avec leurs voisins terrestres un échange de communications télégraphiques, devront donner à leurs signaux des diamètres se mesurant par des kilomètres dans tous les sens. Y songent-ils? Mais c’est la réciproque surtout qui me semble inquiétante. La Terre, en effet, pendant leurs propres oppositions, est pour eux en conjonction : elle est perdue dans les rayons du Soleil et invisible de Mars, à moins qu’elle ne se trouve précisément à l’un de ses passages sur le disque radieux. Alors c’est une petite tache noire et ronde sur laquelle, hélas! tout fait penser que les astronomes martiens ne distinguent rien. Aux quadratures, la Terre pour eux serait mieux postée, mais aussi à une distance beaucoup plus grande.
- Je m’arrête ici, ne voulant pas absolument décourager les candidats au prix de 100 000 francs si généreusement et si imprudemment offert aux chercheurs. Mais ma conclusion, que j’ai assez laissé pressentir, c’est que le problème de la communication interplanétaire est encore loin de sa solution, et je crois que je ne serai pas désavoué par les astronomes sérieux. J’ai foi au progrès indéfini de la science, tout en étant convaincu que ce progrès a des limites ; mais je pense aussi qu’il n’y a aucun profit pour elle à laisser l’imagination se livrer à la poursuite des chimères, et je suis bien près d’avouer qu’à mes yeux la communication cherchée en est une.
- Amédée Gihllemin.
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- LA NATURE.
- LA POULE DE DORKINGS
- La race de Rorkings, qui tire son nom d’une petite ville du comté de Surrey en Angleterre, a été proposée en France comme amélioratrice de nos poules communes. Or contrairement à ce qui se passe le plus souvent pour le bétail anglais, elle n’a pas de fonction économique exclusive, elle réunit toutes les qualités que doit posséder une bonne volaille de ferme. En effet, elle est précoce, son squelette est réduit, elle possède une chair ferme, line, juteuse et abondante, elle est bonne pondeuse et excellente couveuse; d’ailleurs la race de Rorkings est la race d’élite de nos voisins d’outre-Manche, l’équivalent de la race de lloudan en France.
- Ee qui la caractérise surtout, au point de vue zoologique, c’est sa forme : le corps est carré, de grosseur moyenne, plutôt fort ; l’aspect est massif, surtout chez le coq; la poitrine large et développée, le brochet long et proéminent, c’est cette ample poitrine qui contribue surtout à former du Rorkings une excellente volaille de table, car la chair y est très abondante. Le dos et les reins sont larges,la tête fine, le bec rose; la crête est simple chez le coq, divisée en lobes irréguliers, le camail est bien fourni ; les barbillons très allongés, et les oreillons très petits sont d’un beau rouge. Les pattes sont plutôt courtes, d’un blanc rosé, chaque pied présente cinq doigts, les éperons sont bien fixés à l’intérieur des tarses de manière à pointer l’un vers l’autre. L’épiderme est rosé; chez le coq, la queue est enrichie de plumes très longues, courbées en arc.
- Les volailles de Rorkings pèsent de 5k«, 500 à 4k», 500 ; elles progressent d’ailleurs avec une étonnante rapidité. C’est ainsi qu’à un jour, le poulet pèse 40 grammes, à quinze jours 140 grammes, à trente jours 500 grammes et à six mois 2k», 400, sur lesquels il y a seulement 210 à 220 grammes d’os.
- La poule est très bonne pondeuse, elle donne en moyenne 120 œufs par an, chaque œuf pesant environ 55 grammes. En outre elle est excellente couveuse et non moins bonne éleveuse.
- Cependant pour être juste, il convient de faire
- remarquer que les poussins, quoique fort jolis à leur naissance, sont très délicats, difficiles a élever et qu’un grand nombre restent chétifs.
- En Angleterre, où cette race est mise au-dessus de toutes les autres et où elle acquiert des prix très élevés, les éleveurs l’entretiennent avec un grand soin; dans les concours agricoles et les concours spéciaux d’animaux de basses-cours, si communs chez nos voisins, on peut voir tous les ans des individus exceptionnels qui attirent l’attention de tous les amateurs.
- La race de Rorkings, nous l’avons déjà dit, est d’une grande précocité et sa chair est d’un goût exquis, blanche, juteuse et retenant bien la graisse en cuisant. Sa nourriture, en Angleterre, consiste en pâtée dure de farine d’orge et d’avoine mêlées, additionnée d’un peu de maïs. Il est bon de continuer ces pâtées ou de les remplacer par d’analogues quand
- des sujets de celte race arrivent en France, et de ne les habituer que peu à peu à leur nouveau régime auquel d’ailleurs elles se font parfaitement.
- Toutefois la race de Rorkings craint quelque peu l’humidité et les fortes gelées.
- Dans les lignes qui précèdent nous n’avons pas parle de la coloration du plumage, ce n’est pas un oubli, car celle-ci est différente avec les variétés. On distingue en effet, dans la race qui nous occupe : 1° la Dorkings foncée, qui est la plus grande, elle est presque entièrement noire, avec le cou et les reins couleur paille; 2° la Dorkings argentée, dont le plumage est blanc argenté avec la poitrine, la queue et les cuisses d’un beau noir métallique; 5° la Dorkings blanche dont le plumage est blanc de neige ; 4° la Dorkings coucou, qui a le plumage gris foncé, chaque plume est uniformément marquée de barres bleu foncé ou gris sur un fond gris-blanc ou bleu clair.
- Qu’on arrête son choix sur l’une ou l’autre de ces variétés, on est toujours en possession d’une excellente volaille, dont l’élevage ne donne que satisfaction et qui, par suite, ne saurait être trop recommandée dans les basses-cours françaises. La poule de Rorkings est une des plus remarquables parmi les races gallines. Albert Larbalétrier,
- Professeur à l'École d'agriculture du Pas-de-Calais.
- Coq et poule de Dorkings.
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- LA NATURE.
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- LÀ NAVIGATION DE LA SEINE
- ANTÉRIEUREMENT A 1,’ÉTAT ACTUEL
- La Nature, dans une série d’articles précédemment publiés, a indiqué les principales améliorations apportées à la navigation de la basse Seine entre Paris et Rouen1, et qui ont eu pour objet de porter sur tout le parcours le mouillage en tout temps à une profondeur de 5m,20. Comme on l’a d’ailleurs déjà lait remarquer, cette profondeur qui n’est d’ailleurs pas probablement définitive en raison de l’accroissement continuel du trafic, n'a été obtenue que par étapes successives; l’État a dù d’abord établir les ouvrages pour des mouillages de lm,60 (travaux de 1840 à 1857) puis de 2 mètres (travaux de 1861 à 1875) et enfin de 5m,20 (tra-
- vaux de 1881 à 1886). Il n’est pas sans intérêt de donner quelques renseignements sur les difficultés que rencontrait la navigation de la Seine, antérieurement à ces améliorations, c’est-à-dire avant 1840. Ces renseignements sont empruntés à la remarquable conférence faite devant le Congrès international de l’utilisation des eaux fluviales (Exposition de 1889), par M. Caméré, ingénieur en chef des ponts et chaussées. Ils feront mieux comprendre l’importance des résultats obtenus grâce aux derniers travaux, en même temps qu’ils jetteront quelque lumière sur les conditions de l’industrie fluviale avant 1789, et pendant la première moilié de ce siècle.
- Comme la plupart des entreprises commerciales avant la Révolution, l’industrie fluviale était soumise au régime des corporations : elles étaient au nombre de deux pour la navigation de la Seine entre Paris
- Vitrail de l’église de Pont-de-rArcho (quinziéme siècle) représentant le halage d’un bateau à la traversée du pont de cette ville. (D’après une photographie montrant aussi la partie inférieure du vitrail du dessus.)
- et Rouen, l’une la « Hanse parisienne » ou des « Marchands de l’eau » de Paris, l’autre la « Ghildc des marchands de l’eau de Rouen ». La première étendait sa domination de Paris à Mantes, la seconde de Mantes à Rouen et au-dessous. Aucune marchandise ne pouvait suivre le cours de la Seine sans leur intervention, et toutes devaient subir un transbordement, à Mantes, limite commune de leur juridiction. De plus, à son arrivée à Mantes, l’expéditeur, s’il n’était pas membre de la Hanse parisienne, était tenu, sous peine de confiscation, de recevoir pour associé un des membres de la corporation, qui avait le droit de prendre la moitié de la cargaison au prix réel que l’expéditeur était obligé d’indiquer, ou prélevait à son choix la moitié du bénéfice sur la vente.
- Toutefois la Ghilde de Rouen vit ses privilèges supprimés en 1292 à la suite de la révolte de la ville, mais la Hanse parisienne, quoiqu’elle eut en-
- 1 Voy. n° 881, du 19 avril 1890, p. 515.
- couru une mesure analogue en 1669, subsista jusqu’à la Révolution. Elle possédait depuis le treizième siècle la juridiction relative à la police du commerce fluvial; entre Mantes et Rouen, celle-ci relevait de la vicomté de l’Eau, institution distincte de la Ghilde de Rouen, et qui n’a été supprimée qu’en 1789.
- Ces corporations, dont l'objet était d’assurer à leurs associés des avantages commerciaux considérables, avaient en outre pour but de sauvegarder et de défendre les intérêts du commerce fluvial contre les entraves et les abus de toute sorte qu’il rencontrait de la part des seigneurs féodaux, des corps religieux et communaux et même de la royauté. Parmi ces entraves, il y a lieu de citer ; la perception de droits de péages variés dont la navigation était frappée le long du cours de la Seine1 ; les ponts à ar-
- 1 Au dix-huitième siècle, alors que le pouvoir royal avait assez d’autorité pour faire disparaître les péages abusifs, il n’eu existait encore pas moins de dix-neuf entre Paris et la ltoclie-Guyon, sur un parcours de 155 kilomètres seulement! De plus,
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- LA NATURE.
- ches étroites construits successivement pour assurer les communications de rive à rive, et qui furent masqués peu à peu par des moulins et des pêcheries fixes, donnant de grands revenus à leurs propriétaires ou bénéficiaires; enfin les obstacles opposés sur les rives au libre passage nécessaire [tour le ha-lage des bateaux.
- L’entretien des chemins de halage était alimenté par une partie des péages, et l’entreprise du halage était confiée à des » plancagers » qui fournissaient les chevaux et assuraient, au moyen de planches, le passage des vallées et des fossés. Pour la traversée des ponts, on avait créé, en 1415, les « maîtres de ponts », chargés d’assurer à leurs risques et périls et moyennant redevance, la manœuvre des bateaux à ces passages qui constituaient l’une des plus grandes gènes de la navigation de la Seine. Il en était de même pour les pertuis, nom sous lequel on désignait les rapides situés sur la rivière en nombre de points, ou les ouvertures pratiquées dans les barrages fixes.
- A Pont-dc-1’Arche, jusqu’au commencement de ce siècle *, la chute produite par les arches étroites et embarrassées du pont, occasionnait un rapide qui ne pouvait être franchi par les bateaux qu’avec le secours de cinquante chevaux et d’un grand nombre d’hommes, que la ville était obligée de fournir dès que le maître de pont les réclamait.
- Un vitrail du quinzième siècle, qui se trouve dans l’église de cette ville, et que nous reproduisons d’après une photographie, représente cette opération en détail8; on y voit la remorque principale du bateau qui franchit le pont, divisée à terre en deux remorques secondaires, sur lesquelles agissent à la fois des attelages de chevaux, et des groupes de travailleurs, hommes et femmes.
- A Poses, le pertuis de ce nom était également très dangereux, tant à cause de la rapidité du courant qui s’y produisait, que de la sinuosité du chenal à travers de nombreux hauts fonds. Non seulement il fallait des pilotes très habiles pour conduire le bateau, mais on était obligé de recourir à une série de manœuvres opérées à l’aide de chevaux transportés alternativement sur chaque rive, et de mariniers agissant sur des remorques et des amarres que l’on fixait, suivant les besoins, à des pieux disposés sur les rives, de manière à faire évoluer le bateau et à l’empêcher d’être entraîné par le courant Il fallait jusqu’il quarante chevaux de renfort pour des bateaux portant 600 tonnes de marchandises.
- Au pertuis de la Morue, passage étroit en maçonnerie construit en tête du bras droit de la Seine,
- la perception était d’autant plus onéreuse pour le commerce qu’un grand nombre de seigneurs et de confréries religieuses étaient exempts des droits.
- 1 En 1804, on commença une dérivation éclusée contournant la culée de rive droite de l’ancien pont de Pont-de-l’Arche; elle fut terminée en 1813, et maintenue en service jusqu’en 1856.
- i Ce vitrail, ainsi que l’indique une inscription commémorative, a été restauré en 1883.
- à la hauteur de Bougival, pour y faire passer en basses eaux toute la rivière, les bateaux avaient à lutter entre deux murs, dont l’intervalle excédait peu leur largeur, contre une chute de 0m,60 ; trente chevaux étaient nécessaires pour la franchir, et les bateaux couraient le risque d’être maîtrisés par les remous et mis en travers du pertuis, d’où ils n’étaient ensuite arrachés par la violence du courant que pour être lancés sur un gravier d’une immense étendue produit de la corrosion du fond sons le pertuis. De nombreux désastres donnaient à ce passage une funeste célébrité.
- La Seine n’a été, jusque vers 1840, l’objet d’aucune amélioration (sauf celle de la construction de la dérivation éclusée de Pont-de-1’Arche), et si, en grosses eaux, la batellerie pouvait facilement trouver un tirant d’eau de 2 mètres et même supérieur ; en basses eaux le mouillage s’abaissait au-dessous de 0m,65 et même à 0m,50 en certains points. Aussi était-on obligé, en été, de charger très peu les bateaux et de les faire accompagner par des allèges ou « llettes » destinées à recevoir, en route, a la traversée des passages difficiles, une partie des marchandises, ou même à les transporter en dépôt à terre pour être reprises à un autre voyage, si la baisse des eaux venait à s’accentuer.
- Les bateaux employés en 1789 étaient de trois types principaux. Les plus grands ou « besognes » portaient 600 à 700 tonnes avec un tirant d’eau de lm,80 à 2 mètres, mais ne naviguaient que pendant les grosses eaux, soit décembre à février, et ne faisaient qu’un ou deux voyages par an. Les bateaux du type courant étaient du port de 150 à 500 tonnes et marchaient en toute saison, en faisant varier leur charge suivant les circonstances ; leur remonte ne demandait pas moins de quinze à vingt jours.
- Ceux qui voyageaient en « accéléré » et marchaient de jour et de nuit, arrivaient à ne mettre que quatre-vingts à quatre-vingt-dix heures pour se rendre de Rouen au port Saint-Nicolas de Paris, mais ils étaient en très petit nombre. Enfin le troisième type comprenait des bateaux de 100 a 120 tonnes marchant également en accéléré, et qui transportaient principalement des huîtres.
- Les prix de transport à la remonte étaient alors de 16, 18 et 20 francs les 1000 kilogrammes pour les marchandises ordinaires, et s’élevaient jusqu’à 50 francs pour quelques autres.
- Ces conditions générales, sauf celles des prix qui ont légèrement diminué, ont peu varié jusqu’au moment où l’on a entrepris les travaux destinés à assurer un mouillage permanent de lm,60. Il y a lieu, toutefois, de signaler l’introduction des porteurs à vapeur établis dès 1822, et dont le chargement maximum varie entre 130 et 280 tonnes. Mais, en 1867, après l’exécution du tirant d’eau de lm,60 et de 2 mètres, la durée du voyage à la remonte entre Rouen et Paris n’était plus que de : sept jours pour les bateaux halés; cinq jours trois quarts pour les convois toués ; cinq jours un tiers pour les convois re-
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- morqués ; cinquante heures pour les porteurs à vapeur.
- En 1887, après l’exécution du tirant d’eau de 5ra,20, cette durée n’était plus que de trois jours un tiers pour les convois toués ou remorqués ; vingt-huit à trente heures pour les porteurs à vapeur. En même temps la marine a augmenté les dimensions de ses chalands qui portent aujourd’hui de 900 à 1000 tonnes, et le mouvement commercial qui, vers 1820, n’était que de 554 000 tonnes, est actuellement de 1 650 000 tonnes représentant 390 millions de tonnes kilométriques; d’autre part, les frets moyens qui étaient encore de 14fr,75 par tonne en 1827 ne dépassent pas actuellement 4 à 5 francs. Le halage par chevaux a été abandonné comme trop lent et remplacé par la traction au moyen de bateaux à vapeur. Enfin la navigation n’est plus arrêtée qu’en temps de crue extraordinaire et de glace, soit en moyenne dix jours par an, et peut, en tout temps, employer son matériel à pleine charge.
- Tels sont les résultats de premier ordre acquis par les travaux qui ont porté à 5m,20 le mouillage permanent de la Seine; M. Caméré établit, par un calcul très simple, que la subvention gouvernementale ainsi donnée à la navigation fluviale a produit des conséquences économiques comparables, si ce n’est supérieurs, à ceux fournis par les travaux de chemin de fer. X..., ingénieur.
- EXPÉRIENCES
- AYEC LES COURANTS ALTERNATIFS
- A HAUTE TENSION
- Nous avons précédemment1 rendu compte de l’installation de transmission électrique entre Lauf-fen et Francfort à l’aide de 30 000 volts. Nous avons également indiqué en même temps quelques expériences effectuées sur ces courants alternatifs. La maison Siemens et ïïalske, des plus justement réputées en électricité, a repris de nouveaux essais qui méritent une mention particulière.
- Dans la cour de l’usine de Charlottenbourg, près de Berlin, avait été installée une ligne de 2 millimètres de diamètre sur 60 isolateurs à huile. Cette ligne était desservie par deux transformateurs de 10 000 watts. Une série de 200 lampes de 10 bougies et de 120 volts en tension, et une série de 200 lampes de 16 bougies et de 100 volts en quantité avaient été disposées, ainsi que plusieurs appareils de contrôle et de mesure.
- Le I)r Koepsel2, dans une conférence aux membres de la Société des électriciens de Berlin venus assister aux expériences, a retracé les nombreuses difficultés qu’avait éprouvées la Société pour fabriquer des câbles pour haute tension et des transformateurs isolés, non avec des liquides comme dans les essais d’Oerlikon, mais avec des substances so-
- 1 Voy. n° 1)42, du 20 juin 4891, p. 37.
- 2 Elcctrotechnische Zeitschrift.
- lides. Ce n’est qu’ après de nombreux essais sur les différents caoutchoucs, que la Compagnie Siemens et ïïalske est arrivée à obtenir de bons résultats. Pour en mettre la preuve sous les yeux des auditeurs, le conférencier fait brancher, sur une machine à courants alternatifs donnant 1000 volts, le circuit primaire d’un transformateur dont le coefficient de transformation est environ de 18, et qui alimente, dans son circuit secondaire, une série de 200 lampes de 100 volts en tension; on dispose donc d’une différence de potentiel voisine de 20 000 volts. Puis il intercale dans le circuit une bande de caoutchouc entre deux plaques de cuivre. La bande de caoutchouc est percée à 16 000 volts. L’auteur insiste ensuite sur les défauts que présentent les câbles sous plomb au caoutchouc. Car ces derniers, lors-
- Transformateur Transformateur Transformateur
- lOOD Volts 20000 Volts 1000 Volts 100 Volts
- 10 Ampères 05 Ampères 10 Ampères 100 Ampères
- Fig. 1. — Série de transformations successives.
- qu’une décharge a traversé le caoutchouc, peuvent présenter une résistance d’isolement supérieure, de sorte que la recherche du point faible devient impossible. Il est, du reste, très difficile d’obtenir une grande longueur sans défaut. MM. Siemens et Halske sont parvenus à fabriquer des câbles sans caoutchouc pour des tensions de 20000 volts. M. Koepsel ef-
- _ J' r= üb
- AAI) AA A/U AA, e ci c b eu* cù o c d'&
- Transîormateur Lampes
- Fig. 2. — Potentiels en différents points d’un transformateur et d’un circuit.
- fectue les essais sur deux échantillons de ces câbles, qui résistent à 20 000 volts et peuvent même aller à 50 000 volts. Cette expérience, très intéressante, n’est pas cependant concluante : elle aurait dû être effectuée sur une grande longueur de câbles, 100 ou 200 mètres environ et dans certaines conditions particulières.
- M. le Dr Zickermann donne ensuite quelques explications sur diverses autres expériences. Il montre tout d’abord toutes les transformations que peut subir l’énergie électrique. Une machine à courants alternatifs M (fig. 1) fournit 1000 volts et 10 ampères à un premier transformateur A; ce dernier donne dans son circuit secondaire 20 000 volts et 0,5 ampère. Un deuxième transformateur B branché sur le circuit secondaire du transformateur A donne 1000 volts et 10 ampères; enfin un troisième transformateur C donne 100 volts et 100 ampères. Le compte rendu de ces expériences constate que ces
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- diverses transformations se sont accomplies sans de trop grandes pertes; il eût été nécessaire de donner à cet égard quelques chiffres précis.
- M. Zickermann se propose ensuite de rechercher le potentiel en différents points du circuit d’un transformateur et du circuit extérieur. Pour cela, il dispose une série de petits électroscopes (fig. 2) a,b,c,d,e et a',b',c',d',e', composés de deux feuilles d’étain qui doivent s’écarter Tune de l’autre plus ou moins, suivant que le potentiel est plus ou moins élevé. Ces électroscopes correspondent respectivement aux divers points A,B,C,I),E du circuit secondaire du transformateur A, et aux points A',B',C',D',E' du circuit extérieur. Comme on peut le voir d’après notre figure, les électroscopes a,e,a',e', accusent une très grande déviation, les électroscopes d,b,d',b', une moins faillie, et les électroscopes c,c' restent
- au repos. Il s’ensuit donc que les points A,E,A',E' sont aux potentiels les plus élevés, et que le potentiel est nul en C et C'. Ces derniers points pourraient être touchés impunément.
- Il était également important de connaître la valeur du potentiel que pouvait prendre le fer du transformateur. Une expérience analogue à la précédente a montré que, dans des conditions normales, le potentiel était nul en tous les points du fer Mais si l’on vient à faire communiquer un pôle du circuit de 20 000 volts avec le circuit primaire ou le circuit secondaire du troisième transformateur, on peut aussitôt tirer des étincelles de 10 millimètres de chaque point du fer du transformateur. Ce lait est des plus importants; car il peut se présenter en pratique. Le circuit primaire d’un transformateur qui se trouve enroulé presque directement sur le
- Fig. 5. — Aspect des étincelles électriques produites par les courants de haute tension.
- fer à l’exception cependant d’une couche d’amiante ou de libre peut céder, à un moment donné, à la haute pression à laquelle il est soumis. Le fer se trouve alors en communication avec la haute tension; il peut en être de même du circuit secondaire. On voit combien il est important dans les distributions d’énergie électrique par courants alternatifs à haute tension de ne pas toucher les transformateurs et de prendre des précautions pour toucher le circuit secondaire. Il nous est arrivé, à l’usine des Halles, de voir des ouvriers ressentir de violentes secousses en touchant le fer des transformateurs; ces secousses auraient pu être mortelles.
- M. le IP Zickermann parle ensuite des essais à 20 000 volts de différentes espèces de caoutchouc, du verre et de diverses huiles. Il termine par des essais d’isolement de l’air. Des boules de 1 centimètre de diamètre et placées en regard l’une de l’autre donnent une étincelle de 10 millimètres à
- 20 000 volts. Pour le même voltage l’étincelle atteint 20 millimètres avec des boules de 40 millimètres de diamètre. Avec des cônes inclinés à 45°, la longueur atteint 20 millimètres. Dans ce dernier cas, il se produit d’abord une décharge silencieuse, avec une lueur semblable au feu Saint-Elme. La ligure 5 donne les images des différentes étincelles (n° 1, 2 et 3) obtenues à ces hautes tensions.
- Tels sont les résultats des dernières expériences de la Société Siemens et Halske. Ils nous offrent des aperçus intéressants, et nous montrent surtout combien les transformateurs en fonctionnement peuvent être dangereux. Ils confirment, par suite, ce que nous disions dans notre premier article, quand nous parlions des difficultés d’effectuer la distribution de l’énergie électrique par courants alternatifs, dans les villes, à l’aide des tensions de 20 000 volts.
- J. Laffargue.
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- LES ÉC1USSES1
- On retrouve l’emploi usuel des déliassés dans une ville de Belgique, à Namur. Autrefois, paraît-il, Na-
- mur était soumise aux inondations périodiques de la Sambrc et de la Meuse. Les rues se transformaient alors en cours d’eau on en marécages, et les habitants ne pouvaient communiquer entre eux qu’à l’aide de bateaux, ou montés sur des échasses.
- Fig. 1. — Collégiens de Brive-la-Gaillarde revenant de la chasse aux vipères montés sur des échasses.
- Fig. 2. — Anciennes luttes d’échassiers à Namur.
- Des travaux convenablement appropriés ont tout à fait remédié à cet état de choses, mais le goût des courses d’échasscs et l’organisation des sociétés d’échassiers, se sont perpétués jusqu’à nos jours.
- • — Yoy. il0 944, <lu 4 juillet 1891, p. 05.
- On raconte que les échassiers de Namur procurèrent jadis à leur ville un privilège des plus appréciés. Le gouverneur de Namur avait promis à l’archiduc Albert d’envoyer à sa rencontre une ti'oupe de guerriers qui ne seraient ni à pied, ni à cheval. 11 réalisa sa promesse à l’aide de deux compagnies
- 1 Suite et fin.
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- d’échassiers, qui évoluèrent devant l’archiduc. Celui-ci, en raison du plaisir que lui avait causé ce spectacle, exempta à perpétuité la ville de Namur de son impôt sur la bière. On comprend la reconnaissance des Namurois envers leurs échassiers, et le culte que la jeunesse de cette ville a conservé pour le jeu des échasses.
- Des voyageurs ont vu les échasses employées d’une façon usuelle par les naturels de plusieurs îles de l’Océanie et notamment aux Marquises, dans l’île de Santa-Christina. Là, comme ailleurs, l’usage des échasses est dù à une particularité climatérique. Pendant la saison des pluies, cette île, dont le sol est peu accidenté, présente dans ses parties basses de nombreux marécages. C’est pour les franchir, pour communiquer d’une case à l’autre, que les habitants font, depuis un temps immémorial, usage des échasses.
- Notons que ces échasses venant d’un peuple sauvage sont infiniment plus ingénieuses et plus élégantes que celles de nos bergers landais.
- On peut voir, au Musée ethnographique du Tro-cadéro et au Musée de la marine au Louvre1, des échasses marquisiennes présentant des dessins obtenus par le feu, des sculptures étranges, toute une décoration réellement artistique.
- Indépendamment des raisons de facilité de communication qui ont rendu l’usage des échasses nécessaire dans certains pays, ainsi que nous venons de le voir, l’idée de monter sur des bâtons plus ou moins hauts, afin de paraître plus grand ou dans le but d’exciter la curiosité des spectateurs, semble s’être présentée dans tous les temps et dans tous les pays.
- Dans nombre de mascarades on voit des géants artificiels, des individus qui ainsi montés sur des échasses, sont fort heureux d’exciter l’admiration du public. On trouve des géants dans les mascarades italiennes; Gigan et sa femme est un des attraits des mascarades de Lille et de Dunkerque. Un peu partout, l’on voit des Gargantua, des Goliath, parfois des saints Georges et des saints Michel.
- Au point de vue acrobatique, la marche sur échasses donne lieu à des tours d’agilité faciles pour l’exécutant et amusants pour le spectateur.
- On a signalé des acrobates sur échasses au Japon, en Chine, dans les Indes et même en Océanie. Tout le monde enfin a vu dans nos cirques des clowns exécuter sur des échasses de curieux exercices.
- L’emploi des échasses est un jeu, un amusement pour les enfants. Dans les jardins publics, on voit journellement de véritables courses d’échasses. À la campagne, les petits paysans savent très bien se confectionner une paire de superbes échasses avec deux « fourchons » qu’ils ont pris dans la haie voisine.
- Un ami me raconte que les collégiens de Brive-la-Gaillarde avaient autrefois un genre de sport tout
- * Voy. n° 307, du 19 avril 1879, p. 305.
- particulier. Les jours de congé, ils partaient en groupe montés sur des échasses, allant, disaient-ils, à la chasse aux vipères. Comme arme, ils étaient munis d’une longue baguette fendue à son extrémité. La raison d’être de leurs échasses était naturellement d’éviter les morsures. Quand le soir, ils traversaient la ville, toujours sur leurs échasses, mais chacun tenant à l’extrémité de sa baguette une ou deux couleuvres qu’ils qualifiaient d’aspics ou de vipères noires, ils faisaient sensation ; les femmes et les enfants s’écartaient devant eux, ou rentraient à la hâte pour éviter leurs facéties (fig. 1).
- Les luttes sur échasses. — C’est, paraît-il, un plaisir fort vif, pour les gens montés sur des échasses, d’essayer de se culbuter réciproquement. Tout jeune échassier est porté à lutter, à pousser, à renverser ses collègues.
- Dans nos jardins publics, au Luxembourg, par exemple, où nombre de jeunes gens s’amusent avec des échasses, les bousculades, les luttes étaient devenues assez fréquentes pour que, à la suite d’un accident l’autorité ait cru devoir prendre un arrêté pour les interdire.
- La lutte sur des échasses a, paraît-il, le même attrait pour les enfants des îles Marquises que pour nos jeunes Parisiens.
- Le Père Mathias, dans le récit de son voyage aux îles Marquises, en 1743, fait remarquer que la lutte sur les échasses tient le premier rang parmi les plaisirs des enfants canaques. « Sur ces échasses, dit-il, qui les élèvent de trois ou quatre pieds, ils se livrent des combats, et grand est le rire qui accompagne la chute des maladroits. »
- Partout où il a été fait usage des échasses, les luttes entre échassiers sont devenues un jeu, une sorte de sport.
- A Namur, ces luttes sont traditionnelles et constituent un véritable tournoi national. Elles ont donné lieu à de grandes solennités. Les combattants forment deux partis ; chaque camp composé de sept à huit cents combattants, a un capitaine, des officiers, un drapeau, une cocarde. Les échassiers arrivent sur la grande place de Namur, précédés de musiques militaires. Chaque parti occupe un côté de la place, attendant le signal du combat (fig. 2). Les cloches sonnent à toute volée, des drapeaux flottent aux fenêtres, une foule de curieux et d’amis est venue pour assister à la lutte.
- Au signal donné, les deux camps se précipitent l’un sur l’autre.
- Dès le premier choc, un grand nombre de combattants tombent lourdement à terre et resteraient ainsi sans pouvoir se relever, exposés à être piéti-nés, si, de suite, n’arrivaient à leur secours leurs femmes, mères, sœurs, amies, dont chacun s’est fait accompagner ; elles les relèvent avec de grands efforts, et quelquefois après plusieurs tentatives infructueuses.
- Le combattant, ainsi remis sur ses échasses, se précipite de nouveau dans la mêlée, si toutefois une
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- première chute ne l’a pas trop endommagé. 11 n’est pas nécessaire d’ajouter que ces jeux étaient parfois dangereux.
- Les échassiers namurois qui ont donné des représentations devant Charles-Quint, Pierre le Grand, Bonaparte, conservent précieusement, dans leurs archives, et répètent avec fierté cette parole du maréchal de Saxe : « Si deux armées, s’entrechoquant, mettaient autant d’acharnement que la jeunesse namu-roise, ce ne serait plus une bataille, mais une boucherie ».
- Les échasses, comme moyen pratique de locomotion, n’ont plus nulle part leur raison d’être.
- En France, notamment, les landes de Gascogne sont défrichées et assainies, sillonnées de routes ou traversées par le chemin de fer.
- Les tchanguès landais disparaissent peu à peu, et bientôt, probablement, leur souvenir n’existera plus que chez les octogénaires de la province ou sera conservé dans des recueils de tradition populaire.
- Guyot-IIaubès.
- LE BATON DE CHEF D’ORCHESTRE
- Le lecteur d’une publication spéciale de curiosités archéologiques et historiques demandait récemment à la rédaction de ce journal de lui donner des renseignements sur l’origine du bâton de chef d’orchestre. Voici les curieux résultats des recherches qui ont été faites à ce su jet :
- C’est Lulli qui est l’inventeur du bâton de chef d’orchestre. Le maître de musique, chez les anciens, battait la mesure tantôt parle mouvement du pied, c’était alors le pedarius ; tantôt en réunissant les doigts de la main droite dans le creux de la main gauche. Il s’appelait ainsi le ma-nuduclor. Il y avait aussi le claquement des écailles, des coquillages, des ossements. Lulli, le premier, ne sachant comment inculquer à ses violons le sentiment de la mesure, s’arma d’un bâton haut de six pieds, dont il frappait rudement le plancher. Un jour il frappa, non pas sur le sol, mais sur son pied. La blessure d’abord légère, par suite de refus de soins, devint gangréneuse et amena la mort de Lulli (22 mars 1637). Le bâton continua son rôlejusqu’àla fin du dix-huitième siècle et plusieurs célébrités s’occupèrent de lui. Rousseau qualifie le chef d’orchestre de l’Académie royale de musique, de Bûcheron à cause des grands coups qu’il ne cessait de donner sur son pupitre. Grétry était l’ennemi du batteur de mesure. Grim, en 1766, qualifie de frappe-bâton celui de l’Opéra, dans Cé-phale et Procris, joué à Paris. En mai 1775, le chef d’orchestre est appelé dans un dialogue le batteur de mesure. Ilabeneck inaugura à l’Opéra, en 1821, ce fameux coup d’archet — ce petit bruit du bois sur le bois appelé tack — qui dominait toutes les rumeurs du théâtre. Strauss imagina le bâton de mesure. A sa mort, en 1849, dans un de ses concerts populaires à Vienne, le doyen des violonistes offrit, devant trois mille spectateurs, à Jean Strauss qui succédait à son père, ce bâton devenu célèbre. Celui de Meyerbeer était d’argent massif. Fétis avait, le sien enrichi d’or et de pierreries. Mozart conduisait des choeurs à Salzbourg, son pays natal, avec une •baguette d’ivoire. A. G.
- SOUVENIRS D’UN YOYAGE AUTOUR DU MONDE1
- TEMPLES SHINTOÏSTES ET BOUDDHISTES AU JAPON
- Il serait difficile de prétendre que les Japonais ont une architecture qui soit véritablement nationale. Lorsqu’on a visité une partie, du pays en parcourant quelques provinces, on ne voit aucun monument qui ait un caractère particulier, sauf dans la province d’Isé où la religion shintoïste, la religion officielle du pays, a su garder intact l’aspect de ses anciens temples d’origine.
- Cette religion date des temps primitifs du Japon dont on ne connaît l’histoire d’une manière à peu près exacte qu’à partir du huitième siècle après Jésus-Christ.
- Elle consistait dans l’adoration unique du Soleil, le dieu par excellence nommé par eux Ten-sio-dai-zin. Peu à peu les idées religieuses prirent un plus grand développement, et les prêtres shintoïstes créèrent des divinités inférieures en sanctifiant des mortels de haute renommée qu’ils invoquèrent sous le nom de Kamis.
- Les constructions du pays, au commencement de notre ère chrétienne, étaient rustiques, les habitants se contentaient de simples cabanes dont les principaux appuis, en bois de pin, étaient reliés entre eux par des cordes faites de légers branchages. L’art de la charpente se perfectionna peu à peu, les Japonais surent se servir des assemblages dans leur charpente. Mais, tout en améliorant leur architecture primitive, ils ne changèrent pas le premier aspect rustique de leurs principaux monuments. Dans la province d’Isé, les temples apparaissent comme ils devaient être avant l’apparition du Bouddhisme. Dans les autres provinces du Japon, leur aspect est modifié par suite du mélange des deux croyances. Quelques exceptions rares cependant sont à signaler : à Tokio, à Yokohama et Kamakura, on voit des monuments religieux édifiés, à quelques modifications près, suivant les règles d’origine.
- D’après les légendes japonaises, le premier temple shinto aurait été élevé dans la province d’Isé fort peu d’années avant Jésus-Christ, mais on peut douter de l’exactitude de ces récits antiques. Il ne saurait y avoir de temple shinto bien ancien au Japon à cause de la règle curieuse de la religion qui exige que les sanctuaires et leur entourage soient renouvelés entièrement à des époques fixes afin que la divinité puisse résider toujours dans un lieu exempt de toute impureté. Dans d’autres provinces, la règle n’est pas aussi stricte, le sanctuaire seul est reconstruit à des dates marquées.
- A Yamada, le lieu consacré de la province d’Isé, il existe deux emplacements identiques pour chaque temple. Ils servent alternativement à leur reconstruction à l’expiration d’une période de vingt-un ans. La dépense occasionnée pour ce travail monte
- 1 Suite. — Voy. n° 947, du 25 juillet 1891, p. 119.
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- à la somme de 400 000 dollars environ (2 millions de francs) pour tout l’ensemble. Les matériaux ne doivent point resservir, même les pierres placées sur le sol des enceintes. Un autre temple doit être réédifié exactement sur le même modèle que celui qui sera détruit et dont tous les éléments seront vendus à titre de reliques aux fidèles.
- Les bois employés, choisis dans le pin Chamœcy-paris obtum (tlinoki), considéré comme le plus parlait et le plus durable, sont soigneusement équarris et travaillés, puis posés directement sans recevoir de peinture ou de vernis. L’extrémité des chevrons ou des pièces de la charpente du comble qui restent apparentes, est garni le plus souvent de plaques de
- cuivre découpées. Elles constituent les seuls ornements qu’on puisse remarquer, et préservent en même temps les bois de l’humidité.
- La gravure ci-dessous (lig. 1 ) donne un aperçu de la simplicité de composition du plan de ces temples et de l’aspect qu’ils pouvaient avoir dans la période du Japon antique. Elle représente le sanctuaire voué au dieu du vent (Souzano-ono-mikoto) situé à Yamada, tout près du grand temple principal construit dans les mêmes principes et dédié aux dieux de la Terre et du Soleil. Dans le sanctuaire, se trouve un tabernacle qui renferme le symbole sacré, représenté par un miroir, emblème de la pureté, ou une pierre curieuse enveloppés dans des étoffes de soie, car aucune figure
- Fig. 1. — Temple du Dieu du Vent au Japon. (Dessin d’après nature de M. Albert Tissandier.)
- humaine ne pouvait représenter la divinité sainte.
- Le prêtre seul peut pénétrer une fois l’an dans le sanctuaire, qui est fermé et protégé par une ou plusieurs clôtures faites de bois de pin. Les fidèles ne peuvent s’en approcher qu’avec respect et font leurs prières à ciel ouvert au dehors, ou sous un léger portique.
- On sait que, dès les premiers siècles de 1ère chrétienne, les Japonais avaient déjà des relations avec les Chinois. En passant par la terre coréenne, ils envoyaient des ambassades en Chine et en apprenaient les usages par eux-mêmes et surtout par les voyageurs coréens avec lesquels ils avaient des rapports constants. C’est ainsi que l’art chinois, à ces époques dans toute sa gloire, pénétrait peu à peu au Japon. L’apparition de la religion de Bouddha en
- ce pays, en l’an 552 après Jésus-Christ, acheva la révolution qui commençait à s'opérer.
- L’antique simplicité des temples disparut et de nouveaux s’élevaient en grand nombre. Les prêtres shintoïstes, d’abord en révolte ouverte, finirent par admettre la nouvelle religion qui se mêla à l’ancienne. Les temples construits en bois, avec leurs admirables sculptures, les laques et les peintures qui les décorent, les ponts de pierre ou de charpente, les chaussées de granit ou les murailles de défense des villes, tout s’exécutait d’après les principes chinois.
- La Chine, malheureusement, se laisse depuis, des siècles aller à une décadence graduelle qui va en s’augmentant ; le Japon, au contraire, a su garder son énergie intellectuelle.
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- Quelques monuments, construits depuis plusieurs siècles et qui ont résisté aux révolutions et aux incendies, se trouvent encore au Japon, ils prouvent l’habileté avec laquelle les anciens Japonais ont su s’inspirer de l’art et du goût des maîtres chinois.
- Des temples nouveaux n’ont jamais cessé d’ôtre construits et leurs architectes savent si bien respecter les traditions et exécuter toutes choses sur les modèles anciens, qu’il est souvent difficile d’en remarquer les différences lorsqu’un certain nombre d'années a pu leur donner l’aspect de la vieillesse.
- Les temples s’élèvent, grâce a la générosité des lidèles, qui tous apportent la plus grande partie des matériaux nécessaires ou l’argent qu’il faut pour
- leur parlait achèvement. Les pièces de charpente, les riches ornements sculptés, tout est donné par eux. Les Japonaises sacrifient à Bouddha leur belle chevelure noire d’ébène qui, tressée en cordages solides, sert à transporter chaque pièce de charpente au travers des échafaudages de bambous, à la place qu’ils doivent occuper dans les combles du sanctuaire. C’est dans ces conditions qu’à Kioto, les célèbres temples de Higashi Ilonganji, qui ont été détruits par un incendie il y a plusieurs années, renaissent aujourd’hui de leurs cendres et seront bientôt inaugurés, plus luxueux et plus beaux que jamais.
- Beaucoup de ces temples, comme ceux de Kioto, l’une des anciennes capitales du Japon, ne reçoivent
- Fig. 2. — Temple de Nikko au Japon. (De;
- aucune peinture, les bois restent même sans vernis. Dans les intérieurs seulement quelques légers filets peints en blanc, ou des dorures, servent à mieux détacher les sculptures délicates ou les moulures des boiseries et des chapiteaux.
- C’est à Tokio, et à Nikko surtout, que les temples sont décorés d’une manière admirable par le laquage et les peintures variées.
- Les temples de Nikko sont relativement anciens, ils ont été construits l’an 1617 de notre ère, en même temps que le mausolée du grand shogiïn, le célèbre Jye-Yasu (1542-1616). Les peintures d’or et les arabesques gracieuses couvrent les boiseries des façades et des intérieurs de ces temples, elles se marient aux sculptures et produisent un effet éblouissant, dont mon dessin, ci-dessus reproduit par la gravure
- d’après nature de M. Albert Tissandier.)
- (fig. 2), ne peut donner qu’un bien iaible aperçu.
- Les pavillons séparés et les portiques placés d’une façon pittoresque sous les ombrages de superbes Cryplomerias séculaires ou sur de hautes terrasses de granit, forment un ensemble charmant, dont le plan se dessine assez clairement malgré son premier aspect d’irrégularité. C’est surtout par les détails, que ces constructions charment le plus; il en faut admirer tous les motifs sculptés dont presque tous sont de véritables objets d’art, représentant des groupes de saints personnages, des enroulements de fleurs, des animaux fantastiques, ou des oiseaux.
- Si les Japonais n’ont pas une architecture qui leur soit complètement personnelle, il faut rendre justice cependant à leur ingéniosité et à l’art qu’ils ont toujours su mettre à toutes choses, en s’inspi-
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- r;mt des œuvres des artistes d’autres pays. Là où ils sont inimitables, actuellement encore,c’est dans l’exécution des petites œuvres d’art comme les sculptures dans l’ivoire ou le bois, les laques et dans celle de leurs délicates et pittoresques peintures.
- En ce beau pays, on cesse, depuis de longues années, de prendre modèle sur les Chinois, mais, cherchant un autre idéal, c'est en Europe que les Japonais d’aujourd’hui viennent s’inspirer. Ils y apprennent l’art de construire des chemins de fer et commencent à posséder tous les secrets des récentes découvertes. Peu à peu ils seront complètement identifiés aux Européens; mais il est à craindre qu’alors leur art original ne soit en même temps perdu à jamais.
- — A suivre. — ALBERT TlSSANDIER.
- LES UNITÉS
- DE LA RADIATION SOLAIRE
- A propos du calcul nécessaire à la fonte des glaces, nous citions incidemment dans notre article intitulé VÉnergie nécessaire à la fonte des glaces 1 la valeur de la constante solaire dont nous avons adopté la valeur (maxima) de quatre petites calories par centimètre carré et par seconde; mais, ainsi que nous le fait remarquer un savant lecteur, M. Almerico de Schio, la valeur de quatre calories se rapporte à la minute et non à la seconde. Nous avions eu quelques doutes à ce sujet, et, avant d’adopter cette valeur qui nous paraissait fort élevée, nous avions relu avec soin les plus récents mémoires sur la question ; après avoir constaté qu’aucun des auteurs ne mentionne l’unité de temps, nous étions fondé à croire que la constante solaire ne pouvait pas faire l’objet d’une aussi singulière exception. Elle se rapporte au centimètre carré et à la calorie-gramme ; elle est donc à peu près C. G., mais elle n’est pas S. Le système centimètre-gramme-seconde est loin d’être universellement adopté, puisque les mécaniciens emploient le kilogramme-force et le kilogrammètre, les physiciens anglais le pouce et la livre; mais tout le monde est d’accord pour employer la seconde.
- Le rayonnement d’une lampe électrique, mesuré par les watts aux bornes, s’exprime en joules ou en calories par seconde. Pourquoi en est-il autrement lorsqu’il s’agit du rayonnement du soleil? Parce que, dira-t-on, Pouillet, le premier qui l’ait mesuré, le rapportait à la minute. Dans ce cas, nous pourrions tout aussi bien garder la valeur de l’équivalent mécanique de la chaleur, donné par Joule, en pieds-livres. Ou les valeurs des éléments magnétiques, d’après Gauss et Weber, en millimètres-milligrammes. On n’a pas hésité à recalculer dans le système G. G. S. des milliers de constantes exprimées dans d’autres systèmes. Il n’y a pas de raisons pour que la constante solaire fasse exception. Ch.-Ed. Guillaume.
- CHRONIQUE
- Les remparts de neige aux grandes manœuvres russes. — Le général russe de Borch a imaginé un nouveau mode de construction de remparts volants qui a été expérimenté aux dernières grandes manœuvres de l’armée russe, et qui mérite d’être signalé pour son originalité. C’est l’installation de remparts de neige. La neige un peu
- 1 Voy. n° 950, du 15 août 1891, p. 170.
- comprimée et bien durcie, offre, à la fusillade, une résis tance qui peut être efficacement utilisée : à 100 pas, la balle n’y pénètre guère plus de 9 pieds ; à 800 pas, elle n’entre plus qu’à 4 pieds. Bien entendu, ce ne serait rien contre la canonnade ; mais pour la fusillade c’est en somme une mesure de protection pratique, puisque pendant sept mois la matière première ne manque guère en Russie, et qu’on peut rapidement et facilement entasser la neige sur des épaisseurs considérables.
- Le mouvement propre des étoiles. — Nous avons parlé plusieurs fois du mouvement des étoiles, et du moyen de le mesurer. Voici des documents nouveaux sur ce phénomène. Un astronome allemand, M. G. Jager, a conclu des observations de M. Ilormann, sur le mouvement de quarante-neuf étoiles dans le rayon visuel, que le système solaire se meut, par rapport à l’ensemble des étoiles visibles, avec une vitesse de 52 kilomètres par seconde ; la vitesse moyenne des étoiles fixes serait de 42 kilomètres par seconde. L’auteur va plus loin; par un calcul analogue à ceux de la théorie cinétique des gaz, il arrive à la conclusion que chaque étoile en rencontre une autre en 328 milliards de milliards d’années. C’est bien la moindre de nos causes de destruction.
- Les grandes lames océaniques. — Le dernier voyage de YEtruria, dévia Compagnie Cunard, a été signalé par un singulier phénomène dont les conséquences ont été graves. Au large et naviguant par mer modérée avec vent d’ouest, le vent tournant brusquement au nord-ouest, le premier officier, M. Curbine, ordonna de changer les écoutes de foc. Neuf hommes se précipitèrent pour exécuter l’ordre qui paraissait ne devoir présenter aucun péril, le navire n’embarquant aucune lame. Au même instant, l’officier qui surveillait l’exécution de son ordre s’écria : « Défiez-vous, voici une lame ! » Une haute muraille d’eau brisait aussitôt avec violence sur l’avant, s’écroulant sur le pont et balayant tout sur son passage. Un des hommes gisait le crâne ouvert, tué sous le coup; un deuxième avait un bras, une jambe et plusieurs côtes brisés ; deux autres avaient des fractures graves et souffraient de lésions internes. La nature de la lame qui venait de causer ce désastre, est restée problématique ; elle s’est élevée soudainement, dans une mer relativement calme, à la hauteur des lames les plus hautes des tempêtes. Les officiers ne croient pas que ce soit une onde de marée, mais plus probablement une de ces (( lames sourdes » dont la formation est très diversement expliquée par les savants. Il est heureux, dit le Yacht, que cette lame ait rencontré le navire à une heure matinale (6 heures du matin) ; quelques heures plus tard, le pont étant rempli de passagers, on aurait eu à déplorer une véritable catastrophe.
- Fabrication de la cérnse par l’électrolyse. — La céruse chimiquement pure est du carbonate de plomb PbCRCO*. Dans l’industrie on la prépare généralement au moyen de deux procédés : le procédé hollandais et le procédé dit de Clichy. Le premier procédé est employé dans le nord de la France, aux environs de Lille et de Valenciennes. En général, toutes les méthodes de fabrication de la céruse consistent à décomposer par l’acide carbonique, en présence de la vapeur d’eau et de l’air, un sous-acétate de plomb. C’est aussi le procédé indiqué par M. Thénard et employé à l’usine de Clichy; mais par ces procédés on n’obtient pas de la céruse bien pure. De plus, dans le commerce, les céruses sont le plus souvent mêlées à du sidfate de baryte, du sulfate de plomb, du plâtre, de la craie, etc. Ces falsifications sont faciles à reconnaître : la céruse pure doit se dissoudre entièrement,
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- sans laisser de résidu, dans l’acide acétique. Par l’élec-trolyse on obtient une céruse très pure de qualité supérieure. Dans un bain de nitrate d’ammoniaque et de nitrate de soude saturé d’acide carbonique à l’état naissant, on plonge deux saumons de plomb du commerce, en contact avec l’anode et la cathode d’un courant électrique d’une puissance de 15 ampères par chaque 10 décimètres carrés de surface de plomb. Lorsque le courant électrique passe, la céruse apparaît à la surface des morceaux de plomb ; il suffit de continuer à saturer le bain d’acide carbonique pour transformer le plomb en céruse. La dépense de cette fabrication est bien moins grande qu’avec les autres procédés.
- Résistance et constitution du papier. —
- Le papier prête à de nombreuses fraudes qu’il est intéressant de pouvoir découvrir ; il faut aussi bien évidemment être en mesure d’apprécier sa principale qualité, la résistance au déchirement ; et il existe certains procédés très simples pour s’assurer de ces diverses conditions. Mais il est des détails spéciaux que peu de gens connaissent. Et d’abord il n’en est pas du tout de même du papier fabriqué à la machine comme du papier fabriqué à la main, qu’on nomme aussi à la forme. Dans le papier à la machine, la résistance au déchirement et la faculté d’extension, varient suivant que la force s’exerce dans le sens de la longueur ou dans celui de la largeur. La différence est dans la proportion 2 à 3, suivant la direction de cette force ; en ce qui concerne la résistance, celle-ci est plus grande dans le sens de la longueur ; c’est tout le contraire pour la faculté d’allongement, qui est bien plus grande dans le sens de la largeur. Gela s’explique du reste par le mode de fabrication du papier à la machine : les veines fluides qui s’échappent du réservoir s’étalent sur les toiles métalliques sans tendance véritable à s’associer intimement avec chacune des veines voisines, tandis que le courant même allonge les fibres et les feutre dans le sens de l’allongement. Dans la fabrication à la main, le papier est vraiment homogène, aussi résistant dans un sens que dans l’autre : cela démontre d’abord la supériorité de la fabrication à la main, et prouve aussi ce que nous avancions tout à l’heure : il n’y a pas d’étirage et de feutrage dans un sens à l’exclusion de l’autre , il y a un feutrage également réparti sur toute la surface. Ajoutons d’ailleurs que l’allongement ne peut guère se faire dans la longueur des papiers à la machine, puisque la fabrication même a dû allonger les fibres presque jusqu’à la limite de l’extension possible. Pour vérifier la résistance du papier aux agents mécaniques ordinaires de destruction, le plus simple est de le froisser violemment entre les mains : après ce traitement le mauvais papier est plein de cassures et de trous ; le papier fort au contraire se contente de prendre l’apparence du cuir; cet essai donne aussi quelques renseignements sur la composition du papier : si ce froissement produit beaucoup de poussière blanche, c’est que le produit contient des impuretés terreuses ; s’il y a des cassures, cela indique un blanchiment exagéré. — Quant à l’épaisseur, on peut s’eii assurer en mesurant celle d’un certain nombre de feuilles les unes sur les autres, ou même en opérant sur une simple feuille placée entre deux règles dont une mobile ou micromètre permettant d’apprécier l’augmentation d’épaisseur du total, quand on insère la feuille de papier dans le système. — Si l’on brûle le papier qu’on veut étudier, on examine les cendres : quand il y en a plus de 3 pour 100, c’est qu’il y avait dans la pâte de l’argile, du kaolin, du spath, du gypse. — Enfin on peut s aider de recherches iniscroscopiques pour déterminer la
- nature du papier : un grossissement de 150 à 300 diamètres suffit aisément. On colore le papier avec une solution d’iode : si la couleur passe au jaune, cela indique la présence défibres de bois; y a-t-il une teinte brune, nous avons affaire à du linge, du coton, du lin ; enfin s’il n’y a aucune coloration, c’est du papier de cellulose.
- Les navires et la foudre. — Depuis quelques années, on remarque que les navires sont beaucoup moins souvent frappés par la foudre qu’autrefois, même sous les tropiques, où les orages sont si fréquents. D’après le dé- ' pouillement des journaux de bord qui se fait à l’observatoire allemand, depuis 1879, la propoi'tion des navires atteints par la foudre a beaucoup diminué et l’on attribue cela au gréement en fil de fer qui sert de conducteur au fluide et permet à celui-ci d’aller se perdre dans l’eau en suivant la muraille en fer du navire. Le capitaine Dinklage, chargé d’étudier la question, n’a trouvé aucun exemple de navire pourvu d’un gréement en fil de fer qui ait été frappé par la foudre et avarié, à l’exception de ceux dont le gréement conducteur ne communique pas avec la coque en fer. Au contraire, les navires en bois avec gréement en filin sont souvent avariés par la foudre lorsqu’ils ne sont pas munis de paratonnerres et de chaînes conductrices.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 septembre 1891. — Présidence de M. Dcchartue.
- Les trirèmes antiques. — M. le contre-amiral Serre vient de composer un nouvel ouvrage sur la construction des galères anciennes, d’après les indications laissées par les auteurs grecs et latins. On est certain que les flottes militaires des Athéniens et des Romains comprenaient des bâtiments mus par trois rangées de rames superposées, d’où le nom de trirèmes. On construisit aussi des birèmes et même des quinquérèmes ; mais ces derniers bâtiments paraissent avoir été d’un usage fort i-are. Malgré l’habileté des ingénieurs modernes, il a été impossible de reconstituer les trirèmes d’après les fragments descriptifs qui nous sont parvenus. Lorsque pour la première fois M. Serre aborda ce sujet, une Commission fut nommée par l’Institut à l’effet de présenter un rapport. Elle s’adjoignit deux membres de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, s’enquit du résultat des travaux entrepris en Allemagne sur ce sujet, et finalement s’adjoignit M. Dupuy de Lôme, le célèbre ingénieur des constructions navales. Malgré le concours de tant d’efforts, M. Dupuy de Lôme ne put reconstituer le bâtiment des anciens. Il construisit bien une trirème, mais il fut impossible de la mettre en mouvement. Cependant on possède un bas-relief du Parthénon qui représente une trirème ; enfin on a découvert assez récemment à Rome un fragment de sculpture qui montre Trajan revenant à Rome sur une trirème. Pendant tout le moyen âge les Vénitiens eurent des trirèmes ; c’étaient des galères pourvues de trois rameurs par banc, chaque rameur actionnant une rame différente. Enfin jusqu’à la fin du siècle dernier, les galères royales étaient mises en mouvement par d’énormes avirons qui nécessitaient l’effort de sept hommes. Les Malais ont fait pendant longtemps usage d’embarcations munies de trois rangées de rameurs ; mais ces embarcations possèdent un balancier, et sont d’une forme toute particulière fort éloignée du type gréco-romain. Et cependant la trirème à trois rangées de rames superposées a existé. On voit au quatrième livre de YEnéide une | galère qui perd contre un rocher sa première rangée de
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- rames; Aristophane nous a laissé quelques grosses plaisanteries sur les inconvénients auxquels sont exposés les rameurs de l’étage inférieur. M. Serre pense que les différents étages d’aviron n'étaient point faits pour agir simultanément, mais à tour de rôle. M. l’amiral Jurien de la Gravière et M. [l’amiral Paris font remarquer combien ces bâtiments devaient rouler et quelle devait être leur instabilité. Us citent comme preuve les désastres éprouvés par les flottes militaires anciennes, par suite de tempêtes.
- Le Congrès polaire international. — M. Mascart revient de Munich où s’est tenu un Congrès international pour dresser l’inventaire des travaux scientifiques entrepris chez les différentes nations, au sujet de l’exploration des régions polaires, dans le but de préparer le plan d’une opération commune. Au nom de la France, il a remis au Congrès les neuf volumes comprenant les résultats des travaux exécutés par la mission française du cap Ilorn. La Commission a témoigné par un vote unanime son admiration pour l’œuvre énorme réalisée par les savants français.
- L’arrosage des végétaux à Veau de mer. — M. Lesage a recherché les effets du sel marin sur le développement du radis.
- Dans les conditions de développement normal, ce végétal ne présente pas trace d’amidon, mais cultivé sous l’action d’une solution chlorurée à 5 pour 100, l’amidon commence à paraître. La production atteint son maximum, lorsque l’arrosage contient 10 pour 100 de sel marin. Au delà de cette limite, la quantité d’amidon diminue pour disparaître lorsque la proportion atteint 20 pour 100.
- La superposition des sensations visuelles. — On sait que quelques physiciens ont affirmé que si chaque œil perçoit une couleur différente, la sensation correspondante sera celle qui résulterait de la superposition des deux couleurs. Telle est l’opinion de Foucauld; au contraire, Helmholtz a professé que l’antagonisme des champs visuels intervenait pour empêcher toute superposition sensorielle. M. Chauveau vient de démontrer qua l’opinion de Foucauld est conforme à la réalité des faits. L’antagonisme des champs visuels n’intervient que pour masquer la superposition, dans le cas des yeux inégaux, ce qui est le cas général. M. Chauveau emploie une sorte de stéréoscope au moyen duquel il regarde un objet en relief dont l’une des représentations est rouge et l’autre verte : l’image perçue est blanche ou du moins grise, parce qu’en réalité les yeux ne sont jamais parfaitement égaux. L’expérience réussit le mieux possible avec un éclairage instantané qui ne permet pas (le raisonner les sensations de chaque œil. Au lieu d’essayer des couleurs complé-
- mentaires, on peut employer des couleurs composées telles que bleu et jaune qui donnent vert, etc.
- Varia. — M. Fizeau exprime l’avis qu’il convient de tenir compte de l’aberration de la lumière dans l’observation des protubérances solaires. — M. Picard a trouvé un nouveau théorème sur le nombre de racines communes à plusieurs équations simultanées. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- I.A PHOTOGRAPHIE SUR FOND NOIR
- Les principes que nous avons exposés à plusieurs reprises au sujet des opérations de photographie avec les fonds noirs *, ont été mis à profit. Deux jeunes opérateurs, MM. P. et F. Leprince, nous ont envoyé récemment un de leurs essais; la photographie qu’ils ont
- obtenue nous a paru si bien réussie et si plaisante, que nous n'avons pas hésité a la reproduire. Elle représente, comme on le voit ci-contre, une gracieuse petite demoiselle traînant dans sa voiture la grosse tète de son frère ébahi.
- « Lit pose, nous écrit M. P. Le-priuce, a été faite à l’ombre devant une maison dont la porte ouverte nous a servi de fond noir. L’appareil dont nous nous sommes servi provient de la maison Jonle, avec objectif rectilinéaire rapide. La première pose, celle de la charrette et de l'enfant qui le traîne, a été obtenue comme une photographie ordinaire, à 7 mètres environ de distance. Pour la seconde pose, où il s’agissait de faire de plus près la tète du modèle convenablement placé devant la porte ouverte, l’appareil était rapproché à 1 mètre.
- « J’avais mis devant l’objectif et à quelque distance, un carton noir soutenu par un pied et percé d’un trou qui formait écran, de telle sorte que je ne recevais sur la plaque que l’image de la tête se détachant sur le fond noir. »
- On voit, par ce nouvel exemple, que les fonds noirs offrent aux praticiens de précieuses ressources pour l’exécution de photographies amusantes.
- 1 Yoy: n» 947, du 25 juillet 1891, p. 122.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue (le Flcurus, 9.
- Spécimen d’une photographie obtenue par l’utilisation des londs noirs. Deux images ont été impressionnées successivement sur la même plaque. (D’après une épreuve de MM. P, et F. Leprince.)
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- N» 955. — 19 SEPTEMBRE 1891.
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- LE CYCLOSTÀT
- Les divers procédés couramment employés pour la vision des corps en mouvement (lumière ou vision intermittente) fatiguent beaucoup l’observateur, et ne donnent, en général, que des images difficiles à examiner. Nous allons montrer comment le professeur Marc Tlmry, de Genève, en cherchant dans une voie nouvelle, est parvenu à construire un appareil permettant une observation continue d’un corps animé d’un rapide mouvement de rotation1.
- Le principe de la méthode est d’une extrême simplicité.
- Considérons (fig. 1) un miroir AB, réfléchissant un objet CD, et tournant autour de lui; lorsque le miroir aura fait un demi-tour, l'image (7D' de l’objet aura exécuté un tour entier. La ligure représente trois positions successives du miroir distantes de un huitième de tour ; la construction de l’image montre qu’elle a exécuté un quart de tour en sens inverse dans chacune des positions.
- Mais si (fig. 2) le corps lui-même a tourné dans le même sens, avec une vitesse angulaire double de celle du miroir, son image aura décrit un cercle en restant constamment parallèle à elle-même. L’image sera tout aussi invisible que l’objet lui-même ; mais il est très aisé de la ramener au repos.
- Supposons (fig. l’observateur placé en 0, l’objet tournant en F, l’axe de rotation étant cette fois la ligne OF. Plaçons en AB un miroir que nous faisons tourner autour du même axe ; mais, au lieu de regarder directement l’image dans le miroir, rece-
- 1 L’instrument que nous allons décrire n’est pas le seul de son espece. Presque en même temps que M. Thury, le regretté èapoli construisit un appareil d’une forme différente, mais
- vons-la, avant et après sa réflexion sur AB, sur deux miroirs Cl) et I)E inclinés à 30° sur l’axe de rotation
- du système; l’image, au lieu d’être observée directement dans le miroir AB sera vue toujours dans l’axe OF et, par conséquent, paraîtra immobile.
- Le même résultat peut être obtenu (fig. 3, b) avec un prisme rectangle isocèle dont la face AB sert de miroir, tandis que les faces AC, BD brisent le rayon ; la première l’écarte de l’axe pour le porter sur le miroir, la seconde le ramène dans l’axe de rotation qui est en même temps la ligne de visée.
- Le principe de l'instrument consiste donc a faire tourner, autour de l’axe de rotation de l’objet à observer, un miroir parallèle a cet axe, et à regarder dans l’axe lui-même, après
- y avoir ramené l’image . — ~] par deux réflexions ou
- deux réfractions. En réalité, tout l’instrument est contenu dans le-petit prisme ci-dessus, convenablement monté sur une roue que l’on peut faire tourner à volonté avec une vitesse convenable; et, sous cette forme, il peut servir, par exemple, à déterminer la vitesse de rotation d’un axe inaccessible; il suffira, pour cela, de modifier sa vitesse jusqu’à ce que l’axe paraisse en repos, et d’appliquer le compteur de tours à la roue sur laquelle le prisme est monté, ou à une autre roue de commande du mécanisme.
- Mais M. Thury a construit un appareil plus complet (tig. 4), le cyclo-stat ayant, en face du prisme, une seconde platine dont là roue de commande est montée sur le même axe que la première, les engre-
- fondé sur un principe analogue, auquel il donna le nom d'explorateur optique.
- Fia 3
- Fig. 1, 2 et 3. —- Figures explicatives du principe du cyclostat.
- K” 2. Coupe de l’oculaire 0.
- 19e année. — V semestre.
- IG
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- nages étant calculés de telle façon que le prisme tourne deux fois moins vite que la seconde platine; celle-ci, observée à travers le prisme, sera toujours vue en repos, et pourra servir de support pour le corps que l’on veut examiner1.
- Les applications sont multiples. D'abord, dans certains cas difficiles, il peut servir à l’observation d’un thermomètre fronde, qu’on lit alors pendant son mouvement. Puis, on peut l’employer à l’examen continu d’un corps soumis à la force centrifuge.
- Nous désirons ajouter quelques mots à ce propos. La plupart des forces dont nous disposons, appliquées a un corps, se transmettent de molécule à molécule, produisant des tensions, des écrasements, etc. La pesanteur, les attractions magnétiques font exception : leur point d’application se trouve dans toutes les molécules du corps, et produisent des pressions ou des glissements d’un genre particulier. Mais ces forces sont d’une grandeur très limitée; il y aurait pourtant un grand intérêt à les amplifier dans une forte mesure; supposons, par exemple, qu’un magicien ait trouvé le moyen de décupler, dans son laboratoire, l’intensité de la pesanteur. Toutes les conditions de la vie y seraient modifiées au point d’être méconnaissables. Un être vivant, né dans cet espace, resterait petit et trapu; tous les objets devraient être bas et étalés en largeur sous peine de se briser ; les corps visqueux ou semi-solides, comme la poix, s’étaleraient rapidement, et prendraient une surface aussi plane et lisse que celle de l’eau dans les conditions de la pesanteur sur la terre. Augmentant encore beaucoup la gravité, on verrait les métaux mous suivre la même voie; tour à tour, le plomb, le cuivre, l’argent s’écouleraient. En effet, ces métaux se moulent parfaitement sous une forte pression, tout comme les liquides sous le simple effet de l’attraction de la terre appliquée à toutes leurs molécules. Faisant agir sur les molécules des métaux une force attractive suffisante, ils se trouveront dans des conditions analogues à celles auxquelles ils sont soumis dans de fortes presses, ou sous les balanciers qui servent à la frappe des monnaies. La seule différence consiste en ce que l’action de la pesanteur est infiniment plus régulière, et plus pure au point de vue physique, que celle de la presse ou du balancier. Nous arrivons ainsi, par des considérations très simples, à ce principe, énoncé, croyons-nous, par l’illustre Stokcs, que notre notion des corps solides et liquides est une conséquence nécessaire de l’intensité de la pesanteur sur la terre. Sur une planète plus grosse ou plus petite, un certain nombre de corps solides passeraient à l’état liquide ou inversement. Revenons au cyclostat. A défaut de gravité, la force centrifuge nous donne le moyen de réaliser certaines
- 1 La gravure ci-contre (fig. 4, n° 1) montre l’appareil tel qu’il a été présenté aux membres de la Société de physique. Un petit dessin figurant un papillon était collé sur la platine en rotation. Il tournait si rapidement qu’on le distinguait à peine à l’œil nu. En l’observant par l’oculaire U, on le voyait comme à l’état d’immobilité.
- des conditions que nous trouverions dans le laboratoire de notre magicien; le cyclostat nous permet d’observer ce qui se passe dans ce laboratoire, sans nous soumettre nous-mêmes à des forces qui pourraient nous causer de vifs désagréments. On s’est contenté, jusqu’ici, d’y mettre de pauvres grenouilles, et d’étudier sur elles l’effet de l’anémie centrale et de la congestion périphérique produites dans leur organisme par le mouvement désordonné des liquides entraînés par la force centrifuge. Les résultats, paraît-il, ont été fort curieux.
- Gii.-Ed. Guillaume.
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- L'EXPOSITION INTERNATIONALE
- d’électricité
- ET LE CONGRÈS INTERNATIONAL DES ÉLECTRICIENS
- DE FILVNCFORT-SUR-LE-MEIN
- L’Exposition d’électricité de Francfort-sur-lc-Mein que nous venons de visiter en détail, n’a d’international que le nom et l’accueil ouvert qui y est fait aux étrangers; ceux-ci n’ont répondu qu’en bien petit nombre à l’appel du Comité d’organisation. Si le fait est regrettable à certains points de vue, il nous permet, en compensation, d’étudier l’industrie électrique allemande dégagée de l’industrie similaire des autres pays.
- Le caractère de l’Exposition d’électricité de Francfort est essentiellement industriel et technique : on peut y apprécier les progrès immenses réalisés pendant ces dernières années dans toutes les branches des applications, et en particulier dans la production de l’énergie électrique, ses multiples transformations, sa canalisation, sa distribution et ses applications à la production du travail et au transport de l’énergie à distance : c’est, en un mot, le triomphe de V électro-mécanique.
- Les puissances des machines électriques exposées varient entre 0,5 et 500 kilowatts ; on voit des accumulateurs d’une capacité de 500 à 000 kilowatts-heure, des transformateurs dont les tensions atteignent 20 000 volts, des canalisations ou des conducteurs disposés pour supporter pratiquement et industriellement ces 20 000 volts, etc.
- Mais la véritable nouveauté électrique de l’Exposition de Francfort réside dans les générateurs, moteurs et transformateurs à phases multiples, si improprement dénommés Drehstrom. Nous consacrerons une étude spéciale à cette question intéressante qui semble ouvrir une voie nouvelle aux applications de l’énergie électrique et lui oflrir des moyens simples et pratiques pour son transport et ses distributions à grande distance.
- Le fait matériel acquis dès à présent, c’est qu’il a été possible de transmettre à la distance de 175 kilomètres qui sépare Lauffen de Francfort, sur une ligne aérienne à trois fils de 4" millimètres de diamètre, une puissance utile d’environ 75 kilowatts, une partie de cette puissance servant à alimenter des lampes à incandescence, l’autre partie à actionner un moteur électrique dont nous réservons la description complète, ainsi que celle du système, jusqu’après la visite spéciale de l’usine génératrice.
- Le Congrès international des électriciens tenu à Francfort du 5 au 12 septembre mérite beaucoup mieux son titre et a obtenu un succès qui a dépassé toutes les prévisions de la Commission d’organisation. 11 a réuni en tout 752 adhérents, parmi lesquels 44 dames. Les étrangers étaient au nombre de 240, dont 10 Français.
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- Le Congrès international des électriciens a, par acclamation, composé son bureau ainsi qu’il suit : Président : M. berner von Siemens. Vice-présidents : M. Fcrraris (Italie) ; M. Hospitalier (France) ; M. Kohbrausch (Allemagne) ; M. Preece (Angleterre) ; M. von Waltenhofen (Autriche). Secrétaires : MM. Ebert, Heim, Hartmann, üp-penhorn.
- Comme dans tous les Congrès, bien des communications n ont été que de longs plaidoyers pro domo sua, suivis de vives discussions d’antériorité d’un médiocre interet général, mais il n’a pas été moins pris quelques décisions importantes et utiles aux progrès de l’électro-technique et à la vulgarisation de la science électrique. Nous signalerons en particulier l’adoption du watt et du joule, celle du système d’abréviation du Bureau international des poids et mesures, ainsi que la mise à l’étude d un système international de notations proposé par M. Hospitalier, système recommandé à l’étude d’une Commission de dix membres nommée par le Congrès, et qui préparera ainsi de longue main l’adoption d’un système définitif par un Congrès ultérieur. E. H.
- trancfort-sur-le-Meiii, 11 septembre 1891.
- LE MËTALLOCHROME
- Le métallochrome est un procédé d’impression polychrome directe sur surfaces métalliques, récemment présenté par son inventeur, M. Josz, à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. Jusqu’ici toutes les impressions sur métal s’obtiennent par le décalque d’une feuille fraîchement imprimée ou par le transfert de l’impression sur feuille de caoutchouc sur celle de métal; il faut pour cela construire des machines lithographiques spéciales afin d’obtenir le repérage exact des dilïércntes couleurs formant le sujet. Pour pouvoir imprimer directement d'une surface dure, qui est la pierre lithographique, sur une autre surface dure, qui est le métal, il iallait pouvoir rendre la surface métallique assez élastique et souple, afin de prendre l’encre dont est garnie la pierre, sans empâter ni écraser les détails du sujet. Pour atteindre ce résultat, on procède comme suit : sur la surface métallique devant être imprimée, on produit, par la projection mécanique de sable très fin, un giain fin et serré que 1 on dilate et épure, par l’immersion dans différentes solutions alcalines ; cette surface dépolie et velouteuse, prend 1 impression lithographique aussi bien que le papier et les étoffes; aussitôt après l’impression, on soumet la feuille métallique, dans une étuve spéciale, à une température de 50 degrés, ce qui a pour but de faire outrer l’encre dans les pores : l’impression n’est donc plus superficielle, rnais imprimée dans le métal mémo, dont elle peut suivre la dilatation et le rétrécissement’ sans subir aucune altération. Les imprimés métallocliro-mes, recouverts par un double vernis appliqué à chaud et fixé à l’étuve, présentent les mêmes conditions de solidité que la faïence et l’émail.
- LA GRANDE PYRAMIDE D’ÉGYPTE
- MONUMENT MATHÉMATIQUE
- Dans une Notice précédente l, La Nature a signalé us particularités d orientation si curieuses que présentent les couloirs intérieurs de la grande pyramide
- 1 Voy. n° 052, du 11 avril 1801, p. 201.
- d Égypte, montrant que cet édifice devait servir très probablement à des observations astronomiques ; et cette conclusion s impose en quelque sorte quand on voit en particulier le couloir inférieur dirigé exactement vers l’étoile du Dragon qui devait constituer l’étoile polaire au moment de la construction, 2500 à 5000 ans avant l’ère chrétienne.
- Nous avons signalé également l’orientation si remarquable des faces extérieures de cet édifice, orientation dont la précision est bien supérieure à celle qu auraient pu obtenir les astronomes des âges suivants, jusqu à l’invention des lunettes et du télescope; 1 erreur commise dans la direction donnée à la face nord ne dépasse pas, en effet, 4',55", tandis qu’à une époque relativement toute récente, en 1577, 1 illuslre astronome Tycho-Brahé voulant orienter son observatoire d’Uranienburg, commettait une erreur quatre lois plus forte, atteignant 18'.
- En dehors de ces particularités déjà si frappantes, la grande pyramide de Gizeh en présente, au point de vue géométrique et astronomique, d’aulres non moins curieuses qui ont été mises en relief par les beaux travaux d’un célèbre astronome anglais,
- M. Piazzi Smith, et nous avons cru intéressant de les rappeler ici, d’autant plus quelles font de cette pyramide une œuvre absolument unique au monde.
- La pyramide constitue un solide géométrique de forme régulière, à base carrée; toutes les dimensions en ont été relevées avec le plus grand soin par M. Smith, et il a pu constater qu elles présentent entre elles des rapports merveilleux et inattendus.
- Citons d’abord que l’angle dièdre formé par chacune des faces triangulaires avec la base carrée présente une valeur de 51° 51'; et si on remarque que la tangente trigonométrique de cet angle est déterminée par le rapport de la hauteur verticale h au
- demi-côté de la base^. on en conclut immédiatement
- 9h f
- la valeur de ce rapport — qu’on trouve égal à -, P tc
- c est-a-dire que ce nombre n qui forme le point de départ de toute étude des lignes courbes ou circulaires, et qui a coûté tant de recherches aux plus savants géomètres, ce nombre était réalisé en quelque sorte d’une manière tangible sur la grande pyramide dont les constructeurs avaient devancé, sur ce point, la science des âges qui les ont suivis.
- Il est facile de déduire de ce premier fait que l’aire AEG de la section méridienne de la pyramide (fig. 1) est a l’aire de la base carrée dans le meme rapport que i est à n. L’historien grec Hérodote, qui
- A
- Fig. 1. — Schéma de la pyramide
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- avait recueilli d’ailleurs, comme on sait, renseignement des prêtres égyptiens indique, d’autre part, dans ses ouvrages un rapport de superficie entre chacune des surfaces triangulaires et le carré de la hauteur; mais ce rapport, toutefois, n’est pas vérifié exactement.
- Les dimensions absolues du coté de la hase, ainsi que de la hauteur verticale, présentent, en outre, des relations astronomiques excessivement curieuses. Si on prend, en effet, la dix-millionième partie de la longueur du rayon moyen du globe terrestre R on obtient une longueur '/. atteignant environ 0m,64 qu’on peut appeler coudée terrestre, et on constate avec étonnement qu’elle e^t contenue dans la longueur b du côté de la base, 565 fois plus un quart, c’est-à-dire un nombre égal à la durée de l’année
- exprimée en nombre de jours; c’est ce qu’indique
- la relation ô = 565,25 X = 565,25
- Quant à la hauteur h, on trouve aussi avec étonnement qu’elle est en relation simple avec une autre longueur dont la considération est capitale dans notre système astronomique, c’est le rayon p de l’orbite de la Terre autour du Soleil, et elle est, en effet, un milliard de fois pins petite, on a donc la relation :
- _P_ 2ô
- 109- T
- =!xri?x'"65’25
- et si 011 en déduit le rapport du rayon de l’orbite terrestre au rayon de la terre, 011 trouve bien :
- ^ = ?X565,25 x 102 = 25 500-
- Ce chiffre auquel on arrive, peut être considéré
- Fig. 2. — La grande Pyramide d’Egypte. (D’après une photographie de M. Henri Cammas.)
- même aujourd’hui comme sensiblement exact.
- M. Smith a fait, en outre, le rapprochement du poids de la pyramide par rapport au poids total de la terre, et il a encore trouvé entre les deux nombres un rapport décimal excessivement simple exprimé par le multiple 1015.
- On remarquera encore que Remplacement choisi pour la grande pyramide est situé exactement sur le parallèle de 50° avec une erreur d’une minute seulement.
- Poursuivant plus loin ses éludes, M. Smith signale enfin un bassin en pierre dure installé dans la chambre dite du Roi, et dont il est impossible d’expliquer l’usage.
- M. Smith qui en a mesuré toutes les dimensions trouve qu’elles sont identiques à celles de l’arche d’alliance des Hébreux; il montre qu’elles se rattachent également aux poids et dimensions du globe terrestre, et il en déduit que ce bassin devait
- constituer un étalon de mesures basées sur les dimensions de la terre.
- Nous ne reproduirons pas ici ses explications et calculs en raison de leur caractère un peu hypothétique; nous nous contenterons d’avoir indiqué les analogies moins discutables et, par suite, plus frappantes qu’il a pu relever sur la grande pyramide elle-même. Comme le souvenir confus de ces analogies s’était conservé à travers l’antiquité, il paraît donc bien probable qu’elles ont dù présider à la construction de ce monument; et cependant, après ces explications, plus encore peut-être qu’auparavant, il reste toujours pour nous une énigme aussi indéchiffrable, car on ne conçoit guère comment les prêtres égyptiens auraient pu acquérir déjà, à ces époques si reculées, les connaissances précises que ces analogies supposent nécessairement, lorsque les âges suivants les ont complètement ignorées. L. B.
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- LE CHIEN DE TERRE-NEUVE
- Le chien que nous connaissons sous le nom de Chien de Terre-Neuve vient-il réellement de l’ile de ce nom? —11 y a bien des chiens à Terre-Neuve, mais qui ne ressemblent en rien, au moins pour la taille, à nos chiens de Terre-Neuve d’Europe : ce sont des chiens ressemblant à ceux des Esquimaux, mais de couleur noire.
- Autrefois, d’après Brchm, lorsque les premiers colons anglais s’établirent à Terre-Neuve, en 1622, ils n’y trouvèrent pas de chiens, et cette île était sans habitants bien que visitée quelquefois pendant l’été
- par des sauvages américains ou par des Esquimaux.
- Richardson est disposé à faire remonter l’origine dé nos terre-neuve à des chiens de forte race européenne existant encore en Norvège où ils sont employés à la chasse du loup cl du renard et qui sont de couleur noire. Il est bien connu aujourd’hui que la découverte primitive de Terre-Neuve doit être attribuée aux Norvégiens qui, vers l’an 1600 mirent à la voile du Groenland pour un voyage de découvertes. Or, tout en admettant que le terre-neuve ait été modifié par des croisements avec les chiens du pays des Esquimaux et du Labrador, l’on peut être londé à supposer que la race a pour souche les chiens laissés dans l’ile par ces hardis navigateurs.
- Rover, chien de Terre-Neuve noir» Premier prix à l'Exposition canine des Tuileries de 1891, appartenant à M. de Lancey-Ward.
- Ainsi le terre-neuve serait un chien de montagne, mais devenu par adaptation un remarquable chien d’eau, dont la réputation, au point de vue de l’intelligence, n’est plus à faire.
- Quoi qu’il en soit, les terre-neuve sont depuis longtemps une race bien fixée, présentant deux variétés, une entièrement noire et l’autre pie, cette dernière portant plus spécialement le nom de terre-neuve de Landseer, parce que l’artiste de ce nom l’a popularisée dans ses tableaux d’inondation et de sauvetage où il choisissait particulièrement la variété pie qui se prête mieux à l’effet pictural que la variété entièrement noire.
- U s’est formé en Angleterre, comme pour toutes les autres'races de chiens, un Club des terre-neuve pour la conservation de cette race, il en a fixé les
- points caractéristiques, dont les principaux sont : un corps bien ramassé, un dos large et vigoureux, une poitrine profonde, une tête large et massive, des membres forts et musculeux, des pieds grands bien fournis, a palmature plus grande que chez les autres chiens et fortement garnis de poils entre les doigts ; un pelage assez long au cou sur le tronc et en arrière des avant-bras et des cuisses, lisse et non frisé, grossier plutôt que fin, enfin une taille de 70 centimètres minimum pour les mâles, un peu plus faible pour les femelles.
- Comme on voit, le Club anglais pose comme règle que le poil des terre-neuve doit être lisse et grossier, et ce serait par conséquent un défaut, d’après lui, que les chiens aient le poil frisé et soyeux. Eh bien ! n’en déplaise aux membres du susdit club,
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- nous préférons nous ranger à l’avis du peintre Landseer qui choisissait toujours pour modèles, de beaux chiens à figure intelligente et à poil fortement bouclé et soyeux. Tel a été aussi l’avis des juges de la dernière exposition canine des Tuileries qui ont donné un premier prix au beau chien Rover, à M. de Lan-cey-Ward, dont nous donnons le portrait, d’après une photographie ; leur décision a sans doute fait bondir les amateurs inféodés aux opinions des Anglais.
- Depuis des années que nous étudions les races de chiens, nous avons constaté que la grande majorité des beaux terre-neuve ont les poils frisés ou tout au moins fortement bouclés; pourquoi alors le Club anglais a-t-il voulu imposer les poils lisses et grossiers aux terre-neuve ? Nous le défions bien de donner une bonne raison, comme nous défions le Club des pointers de dire pourquoi, il y a dix ans, la forte cassure du nez était reconnue une qualité chez les chiens dont il s’occupe, tandis qu’aujourd’hui c’est un défaut à disqualifier les mêmes chiens. On nous dira : « C’est une affaire de goût ou de mode ». Non, le goût ou la mode chez les Anglais, c’est une affaire deguinées. Le juge anglais est toujours doublé d’un marchand de chiens, et quand il impose des points à une race, c’est qu’il a des chiens à vendre possédant ces points, lesquels points deviendront un défaut quand il aura des chiens à vendre qui ne les possèdent plus.
- Ils admettent deux variétés de Retrievers, l’une à poils lisses, l’autre à poils frisés. Or, d’après les auteurs anglais les plus estimables, les retrievers sont le résultat d’un croisement entre de grands épagneuls et des terre-neuve ; pourquoi donc lie pas admettre les mêmes variétés de poils chez les terre-neuve leurs ascendants?
- Nous sommes en France, logiques, en admettant deux variétés de couleur, les noirs et les pies, et deux variétés de poils, les li-sses et les frisés1.
- P. Mégnin.
- LES ÉPHÉMÉRIDES
- Presque tout le monde se sert aujourd’hui des almanachs dits Ephémérides, qui nous donnent chaque jour le souvenir d’un événement historique, mais il est peu de personnes qui connaissent l’origine des recueils de ce genre.
- L’usage de rappeler la date des principaux faits historiques, d’écrire au jour le jour l’histoire rétrospective, remonte au seizième siècle. Il y a eu, le 20 juin 1889, trois cents ans que Jean d’Ongoys, de Thérouanne (Nord), achevait l’impression du Mémoire certain des choses les plus notables passées depuis la création du monde.
- Edité sur le format in-1G, ce volume, très rare, est dédié à Michel Marteau, prévôt des marchands de Paris. Il est composé de pages dont le texte succinct occupe la partie supérieure, laissant le reste en blanc. Chaque éphé-méride peut ainsi se trouver, à la volonté des détenteurs du volume, accompagnée d’autres éphémérides manus-
- 1 Voy. précédemment Notices du même auteur sur les Races de chiens, n° 937, du 16 mai 1891, p. 371.
- crites. C’est la pensée de Jean d’Ongoys qui, dans la plupart des cas, mentionne la source de ses informations quotidiennes.
- Le choix naïf des éphémérides indique chez le compilateur une forte dose de crédulité. Voici un échantillon des dates importantes et mirifiques recueillies par l'annaliste picard.
- Janvier. — 2, an 194. Destruction des statues de foin* pereur Commode.
- o. Naissance de Cicéron, cent trois ans avant l’ère chrétienne.
- 18, an 44. Saint Pierre est nommé évêque de Rome.
- 24, an 554 avant J.-C. Assassinat de Philippe, roi de Macédoine, père d’Alexandre.
- Février. — 7, an 2505 avant J.-C. Noé fait sortir de l’arche une colombe.
- 25, an 507 avant J.-C. Tarquin est expulsé de Rome.
- 20, an 1409 avant J,-C. Mort de Moïse.
- Mars. — 4, an 159 avant J.-C. Défaite de Nicanor, ennemi des Israélites.
- 15, an 55. Mort de Lazare.
- 25, date incertaine! Caïn tue son frère Abel.
- Avril. — 5, an 1508 avant J.-C. Moïse réglemente les Pâques.
- 7, an 427 avant J.-C. Naissance de Platon.
- 24, an 517 avant J.-C. Défaite des Carthaginois.
- Mai. — 7, an 2505 avant J.-C. Dieu commande à Noé de porter des provisions dans l’arche.
- 10, an 1508 avant J.-C. Première pluie de manne.
- 20, an 1508 avant- J.-C. Arrivée des Hébreux au Sinaï.
- Juin. — 1, an 507 avant J.-C. Junius Rrutus offre un sacrifice à la déesse Carnée.
- 5, an 582 avant J.-C. Défaite des Lacédémoniens.
- 0, an 555 avant J.-C. Naissance d’Alexandre le Grand.
- 8, an 1409. Pluie d’eau chaude.
- 9, an 55 avant J.-C. Les Parthes sont subjugés par Crassus.
- 25, an 214 avant J.-C. Défaite des Romains par Annibnl.
- 25, an 1550. Pluie de blé en Thuringe.
- Juillet. — 7, an 715 avant J.-C. Romulus disparaît d’entre les hommes.
- 22, an 81. Mort de Marie-Madeleine.
- 25, an 1408 avant J.-C. Mort d’Aaron, frère de Moïse.
- Août. — 0, an 490 avant J.-C. Bataille de Marathon.
- 19, an 751 avant J.-C. Ravissement des Sabines par les fiomains.
- 20, an 950 du monde. Mort d’Adam, premier homme.
- Septembre. — 1er, an 1450 avant J.-C. Mort de Josué.
- 20, an 770 avant J.-C. Naissance de Rémus et Romulus.
- Octobre. — 2, an 1020 avant J.-C. L’arche est apportée
- à Jérusalem.
- 10, an 522 avant J.-C. lléinosthène s’empoisonne.
- Novembre. — 2, an 112 avant J.-C. Mort de Pline.
- 27, an 575 avant J.-C. Admission de Tibère à l’empire.
- Décembre. — 0, an 105 avant J.-C. Ântiochus force les Hébreux à-adorer Jupiter.
- Jean d’Ongoys ne s’est départi de sa réserve sur les événements du vieux temps que pour annoncer, à la date du 50 avril 1582, la naissance à Han, en Champagne, de Henri Du Val, fils du comte de Dampierre, le duc de Guise, parrain.
- On trouve à la fin du volume deux feuillets additionnels relatifs aux événements de 1588 et de 1589, jusqu’au 8 juin, jour de la découverte d’une conspiration qui faillit mettre Rouen sous la domination calviniste.
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- L’ESPRIT DES BÊTES1
- On a publié des volumes pour et contre l’esprit des bêtes. En attendant la suite, il est toujours bon de noter les faits.
- Le premier concerne la mémoire des oies, déjà renommées pour leur coup d’œil et leur vigilance.
- Tous les ans, au printemps, je compte pour un mois parmi les hôtes d’un vieux castel franc-comtois, château de Filain. (Haute-Saône), où La Nature a plus d’un lecteur. A trois cents mètres, dans un vieux moulin pittoresquement assis sur le bord d’un cours d’eau, le châtelain a placé une basse-cour, dominée par la route conduisant à Yesoul. En 1890, comme nous prenions chaque jour cette route pour une promenade matinale, je jetais de l’autre côté du mur d’enceinte quelques petits morceaux de pain. Trois oies se trouvaient toujours à point pour les cueillir, et, du plus loin qu’elles me voyaient poindre à l’horizon, elles poussaient un cri de trompette et couraient en battant des ailes, se ranger le long du mur. Jusque-là rien que de très ordinaire et j’avais oublié leur empressement, lorsque en 1891 (c’est-à-dire un an après), nous reprîmes le cours de nos promenades. A peine étions-nous en vue que le même cri retentissait, et que mes trois bêtes venaient se ranger militairement, attendant la bienvenue. La rupture de leurs habitudes avait cependant une année de date, et la durée des habitudes rompues n’avait pas excédé une vingtaine de jours.
- J’arrive au second et au troisième fait qui concernent l’esprit de prévoyance du rat parisien.
- Dans un hôtel de la rue de Seine, on avait constaté, en août 1891, la disparition d’un rideau blanc de fenêtre dans la salle à manger du rez-de-chaussée. Au commencement de septembre, des travaux de bitumage font lever le parquet. Que trouve-t-on sous un madrier? une nichée de ratons reposant dans le rideau disparu; il était artiste-ment roulé en turban. La mousseline avait paru moelleuse à la tendresse d’une mère.
- Cette découverte m’en a remis une autre en mémoire. En 1866, en déménageant une cave de la rue Lemercier aux Batignolles, j’ai trouvé sous un chantier de tonneau un magasin de vivres parfaitement établi par des rats. Le chantier formait la voûte ; d’un côté se trouvait une petite provision de pommes de terre et de l’autre plusieurs rangées de chandelles. Les pommes avaient été prises dans la cave, mais les chandelles provenaient du magasin d’un épicier voisin qui les reconnut pour siennes. Comment avaient-elles pu être amenées intactes en ce réduit ! C’était merveille. Lorédan Larchey.
- L’INDUSTRIE DES FROMAGES DE GRUYÈRE
- Les temps se suivent et ne se ressemblent pas. Cet aphorisme est vrai, à quelque point de vue qu’on l’envisage.
- Autrefois, onmettaiten œuvre le travail et le temps ; aujourd’hui, on supprime le temps, ou du moins, on l’abrège le plus possible, on met en œuvre les forces naturelles et on s’adresse à la science et à 1 argent. Il fallait autrefois dix-huit mois au moins pour tanner le cuir que l’on prépare aujourd’hui en
- 1 Voy. Intelligence des animaux, n° 781, du 19 mai 1888, p. 397.
- moins de dix-huit semaines. 11 fallait six mois de cave à nos fromages, il y a trois ou quatre ans encore, avant qu’ils fussent vendables; on les livre aujourd’hui au commerce après trois mois de fabrication, dès qu’ils sont assez salés. L’industrie fromagère se transmettait autrefois par tradition empirique ; on enseigne aujourd’hui l’industrie laitière et fromagère, comme le dessin, l’ébénisterie ou la coupe des pierres.
- Un tableau sommaire des transformations profondes subies par cette industrie, un résumé des procédés actuels et futurs de cette fabrication pourra peut-être offrir quelque intérêt, comme il en serait assurément de toutes les autres.
- Il y a vingt ans encore, voici comment s’exercait la profession de fromager jurassien. Engagé pour un an ou pour un nombre de mois déterminé, suivant la durée de la fabrication annuelle, il acceptait un bénévole et gratuit asile dans le grenier, le fenil ou l’écurie de quelque notable bienveillant, et, chaque matin, il se rendait, apportant sur son dos sa chaudière, son brassoir, sa cuiller, ses ustensiles en un mot, chezl(celui des sociétaires qui avait le tour, ce jour-là, car il était, pour douze heures, l’hôte du bénéficiaire ; le- lendemain il allait travailler et vivre chez un autre, et ainsi de suite.
- C’est que, pour faire un fromage de Gruyère de 25 kilogrammes, il faut 500 litres de lait au moins, le produit journalier de 00 à 80 vaches, et que nécessité, mère d’industrie, a, de temps immémorial, amené nos montagnards à s’associer afin de tirer de leur lait un parti fructueux. A celui qui avait à son ('rédit la plus forte quantité de lait, chacun apportait, ce jour-là, le produit de toute la traite du matin et du soir; il hébergeait le fabricant, fournissait le bois et le local, aidait au travail, mais le fromage, le sérai et le petit-lait restaient son exclusive propriété; que le fromage fut réussi ou défectueux, tant mieux ou tant pis pour lui !
- Par la suite, on s’organisa pour fabriquer en un local fixe, loué, aménagé, acheté ou construit par l’ensemble des sociétaires; on mesurait le lait fourni par chacun, au moyen d’un seau dans lequel on plaçait une règle-jauge; pour comptabilité, on se •servait de doubles tailles en bois sur lesquelles une croix représentait les dizaines et une encoche les unités; quand le sociétaire avait eu le fromage, un coup de couteau enlevait de la taille tout ou partie de son crédit; et, si sur ce fromage, il redevait du lait, on l’inscrivait par le même procédé, mais au revers de la taille. Il n’y a pas encore vingt-cinq ans, les boulangers de nos grandes villes et aujourd’hui ceux de nos petites cités, n’avaient et n’ont pas d’autres registres ; avouez qu’il devait être bien difficile, avec ce système, de retrouver une erreur et de justifier un compte ! Mais on continua à nourrir le fromager ou fruitier, à tour de rôle. Le plus souvent, c’était lui qui fournissait les chaudières ; c’est encore lui, le plus souvent qui fournit, actuellement, les peaux de caillette (de veaux) nécessaires pour faire
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- les prc'sures, les toiles pour extraire le caille' de la chaudière et le mettre en moule, les racines de riz dont il fait des brosses pour le nettoyage des chau-
- dières et des ustensiles, les balais pour les services de propreté, le sel pour les fromages, etc. Pourtant, ce n’est plus lui qui se déplace, mais le sociétaire
- Fig. 1. — Aspect d’une ancienne fromagerie de Gruyère.
- pour le prolit de qui l’on fabrique ce jour-là, et qui doit apporter le bois et aider à tous les travaux.
- Actuellement, nous entrons dans une nouvelle phase d’améliorations : on commence à fabriquer, non plus pour le compte individuel, mais pour le compte collectif des sociétaires, ce qui est plus juste et fait supporter les pertes (fromages défectueux), s’il y en a, par la collectivité et non plus par un innocent et malheureux particulier.
- On adopte de plus en plus couramment la comptaoilité écrite sur le registre de la Société en même temps que sur le livret individuel de chaque sociétaire. Au lieu du
- foyer ouvert, de la cheminée sans manteau ni jambages, on installe des foyers fermés qui permettent
- de régler le feu et d’économiser le bois. On organise des chambres à lait, et même à petit-lait, garnies de rafraîchissoirs alimentés d’eau courante ou d’eau de citerne. Aux presses primitives formées de deux planches et de grosses pierres, on substitue des presses à leviers à pression variable. Dans les caves, jusqu’ici froides et trop souvent humides en hiver, on introduit les caloriières avec ou sans vaporisateurs.
- La dernière étape du progrès moderne, étape que l’on prépare activement, dès aujourd’hui, c’est celle
- Fig. 2. — Instruments de la fabrication moderne.
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- de la fabrication industrielle et économique, sinon scientifique : le chauffage avec foyer mobile et fermé et chaudière fixe, sans fumée en aucune saison, sans
- rayonnement extérieur du calorique, avec chaudière à eau chaude pour les lavages ; le moufle pour enlever de la chaudière et porter, sans efforts, sous la
- Fig. 3. — Type d’une fromagerie moderne de Gruyère.
- presse, les plus gros fromages (Emmenthal pesant, frais, jusqu'à 125 kilogrammes) ; le pressage progressif et réglable au moyen de presses à leviers combinés (Suisse à curseur ou de Lau-rioz, d’Arbois) ; l’écrémage mécanique du lait et du petit-lait (Turbines ou écré-meuses centrifuges); enfin le chauffage des caves au thermosiphon.
- C’est que la c o n currencc, celle de nos amis et voisins, les Suisses surtout, et bientôt peut-être (si l’on n’y apporte obstacle par un prochain relèvement des droits de douanes à l’entrée), des Allemands, peut-être même des Américains du Nord (ii,lats-Unis
- et Canada) nous force et nous forcera de plus en plus à l’adoption de procédés, d’appareils, d’instruments qui nous permettent de produire aux moindres frais et avec le maximum de qualité. Désir ou nécessité de conserver et même d’augmenter les profits, de s’assurer ou de s’ouvrir un débouché, n’est-ce pas la cause dé-terminante de presque tous les progrès industriels? La question de la fabrication des fromages est des plus importantes : la Suisse produit annuellement 40 millions de kilogrammes de fromage. Nous consommons en France pour 40 millions de francs de fromage par an !
- Fig.'4. — Cave d’une fromagerie moderne.
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- LA NATURE.
- Les dessins qui accompagnent cet article ont pour but de permettre la comparaison de la primitive frui-tière(fig. 1) avec la fromagerie moderne (fïg. 2,3et4).
- Notre figure 1 représente l’ancienne chaudière en cuivre rouge, supportée par une potence mobile, en bois, permettant de placer la chaudière sur le feu ou de l’en éloigner ; le foyer est constitué par une simple pierre plate, et la fumée qui s’y produit s’échappe, lorsque le vent le permet, par l’ouverture conique ménagée au plafond. Le fruitier mesure le lait que lui apportent les sociétaires, dans un grand seau où il plonge unejauge graduée ; partie de ce lait est versée dans des rondes en sapin, de forme large et basse, que l’on porte à la cave à lait, afin d’en recueillir la crème, douze heures plus tard ; l’autre est immédiatement versée à la chaudière et additionnée du lait écrémé de la traite précédente. On chauffe de 52 à 57 degrés C., et on ajoute la présure; la coagulalion s’opère en vingt-cinq à cinquante minutes. On découpe alors le caillé par couches successives, de la surface au fond, d’abord au moyen de la poche, l’instrument à tout faire du fruitier, puis de l’épée de bois ou sabre. On ramène la chaudière sur le feu et, tandis que la température du liquide s’élève progressivement jusqu’à 52 et 60 degrés G., on brasse circulairement, au moyen d’un bâton d’épines blanches garni des aspéritées formées par l’origine des anciennes branches conservées. Le brassage sur le feu dure de quinze à vingt-cinq minutes; on éloigne alors la chaudière du foyer et on continue à brasser durant quinze à vingt-cinq autres minutes, avec des intervalles de repos variables. Quand le grain du fromage est fait, c’est-à-dire quand le caillé est assez divisé et assez séparé du petit-lait, on extrait le fromage de la chaudière, à l’aide d’une toile à larges mailles tendue sur une baguette de bois souple, et on le dépose dans un moule que l’on charge d’un poids ; on le change de toile quatre ou cinq fois et, après vingt-quatre heures, on le retire de la presse pour le laisser séjourner quatre à dix jours dans un magasin sec et tempéré, puis le descendre à La cave où il séjournera de quatre à six mois pour atteindre sa maturation.
- Dans le procédé moderne, c’est la chaudière qui est fixe (fig. 5) et le foyer qui est mobile, c’est-à-dire que le combustible est placé sur un wagonnet que l’on fait cheminer dans un canal souterrain pour le pousser alternativement sous la chaudière à fromages ou sous la petite chaudière à eau chaude. Le mesurage du lait s’effectue à l’aide d’un instrument simple, solide, exact, d’un maniement rapide, le flo Jomètre. On découpe le caillot avec un tranche-caillé ou cadre en fer sur lequel sont longitudinalement tendus des fils parallèles de laiton ; on brasse avec le moulinet, bâton sur lequel sont disposés des fils de cuivre en deux ellipses incluses, l’une plus grande, l’autre plus petite de diamètre. On extrait le fromage (il pèse souvent alors, — Emmenthal — jusqu’à 125 kilogrammes) au moyen d’une poulie mobile sur un rail fixé au plafond et on le conduit ainsi jusqu’au
- moule ; celui-ci se trouve placé sous une presse à poids variable (curseur) et à vis de soulèvement. Voici des rondes ou rondots en sapin ou mieux en fer étamé et embouti, pour recevoir et faire crémer le lait dans les bacs-rafraîchissoirs.
- Au-dessous de la gravure de l’ancienne fromagerie, nous publions l’aspect du placard contenant les principaux ustensiles du fruitier (fig. 2); la poche de bois à écrémer, à manipuler, à fabriquer (n° 4) ; le thermomètre à mercure (n° 5), le grand régulateur de toutes les opérations du fromager; le tranche-caillé (n° 1) américain ou en lyre; le brassoir-mou-linet(il0 2)ou à doubleellipse; la double mesure (n° 5) pour les essais de la présure; la balance-peson (n° 6) pour apprécier les petits poids; enfin, une boîte renfermant les principaux ustensiles de vérification du lait (thermo-lacto-densimèlre, crémomètre, lacto-butyromètre, etc.
- Si nous descendons dans la cave moderne, nous la trouvons divisée en deux locaux au moins, l’un sec et tempéré, l’autre plus humide et chauffé. Les fromages y sont déposés sur de larges tablettes qu’espacent à 0m,50 les unes des autres, et en étages, des plots également en sapin (fig. 4). Constatons-y la présence d’un thermomètre à minimaetàmaxima, d’un hygromètre et surtout d’un calorifère pouvant produire de la vapeur d’eau. Ajoutons enfin qu’ici, la lumière pénètre abondamment par de larges soupiraux vitrés et que des cheminées d’aération, munies de registres, permettent, là comme dans tous les autres locaux de la fruitière, d'opérer une active ventilation en été. A. Gobin,
- Dirpclom-do l'Ecole pratique île fromagerie île l'oliirny (Jura).
- NOUVEAUX PONTS SUSPENDUS FRANÇAIS
- Les ponts suspendus ont joui d’une grande vogue il y a une soixantaine d’années. L’art, des fondations en lit de rivière était beaucoup moins avancé qu’il ne l’est aujourd’hui. 11 en était de même de l’art des constructions en fer; inutile de dire qu’il n’était pas encore question de l’emploi de l’acier. Dans ces conditions les ponts suspendus permettaient de franchir de grandes portées avec des dépenses relativement très faibles. Aussi en construisit-on un grand nombre, tant en France qu’à l’étranger.
- Depuis, des mécomptes sont survenus, des ponts se sont écroulés, entraînant mort d’hommes; des doutes sérieux se sont élevés sur la sécurité d’un grand nombre de ponts existants. En même temps, l’art des fondations se perfectionnait; il devenait possible de construire des piles à moins de frais et de diviser ainsi les portées à franchir. L’art des constructions métalliques rigides progressait en même temps, et offrait de nouveaux moyens de franchir les grandes portées ; l’emploi de l’acier, dont la résistance est environ une fois et demie celle du fer à égalité de section, donnait encore de nouvelles facilités. Aussi ne faut-il pas s’étonner si pendant un
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- temps les ponts suspendus ont été à peu près abandonnés ; on se contentait de réparer les ponts existants, sans en construire de nouveaux. Encore un certain nombre d’entre eux furent-ils remplacés par des ponts de systèmes différents.
- Mais depuis quelques années la construction des ponts suspendus a fait de notables progrès. La plus grande partie des inconvénients qu’on leur reprochait autrefois ont disparu ou ont été fortement atténués. En raison des progrès accomplis dans les autres systèmes de construction, il paraît douteux qu’ils reprennent l’importance qu’ils ont cm; autrefois. Mais ils sont appelés à jouer leur rôle concurremment avec leurs rivaux, et fournissent dans bien des cas une solution économique du passage des grandes portées. Nous nous proposons d’indiquer les progrès faits depuis l’origine et de montrer les défauts des anciens ponts et la manière dont il y a été remédié. Nous restreindrons notre étude à ce qui s’est fait en France.
- Résumé des défauts des anciens ponts. — Ces défauts étaient leur trop grande flexibilité, l’impossibilité de visiter toutes les parties de l’ouvrage, notamment celles qui sont plus particulièrement sujettes aux avaries, et de les réparer facilement; la diiïiculté de régler les tensions des diverses pièces, les efforts anormaux auxquelles sont soumises certaines parties de la construction, sans présenter une résistance en rapport avec la fatigue qu’elles ont à supporter. Tout naturellement les efforts des ingénieurs ont eu pour but de rendre les ponts plus rigides, de rendre le réglage possible à tout instant, et modifiable en cas de besoin, de rendre toutes les parties visitables, et de s’arranger pour qu’une pièce quelconque reconnue avariée puisse être facilement remplacée, en n’interrompant que peu de temps la circulation. Sous ce dernier rapport, notamment, les ponts français diffèrent notablement des ponts américains. Avec des ponts bien construits, cette facilité de tout voir et de tout remplacer n’a peut-être pas toute l’importance qu’on lui attribuait tout d’abord. C’est cependant une sécurité de plus a laquelle il est préférable de ne pas renoncer.
- Dispositions d'ensemble. —Nous donnons la disposition d’ensemble d’un ancien pont (fîg. 1). Un ou plusieurs câbles sont tendus, de chaque coté du tablier entre les deux supports, passent sur ceux-ci et au moyen d’une disposition spéciale, ne doivent exercer sur eux que des efforts verticaux, les supports n’étant pas faits pour résister à des efforts de renversement. Les câbles viennent ensuite s’ancrer dans des massifs de maçonnerie en arrière des su]>-ports. Le tablier, généralement en bois et très peu rigide, est suspendu aux câbles par une série de tiges ou câbles verticaux. L’ensemble est éminemment flexible. Sous l’effet d’une surcharge inégalement répartie, il se déformera. De là des oscillations sous l’effet des charges qui se déplacent, comme par exemple une voiture ; les chocs même assez faibles peuvent produire un effet analogue, s’ils sont
- régulièrement cadencés, par exemple une troupe marchant au pas, le trot d’un cheval.
- Dans les nouveaux ponts (fig. 2), les extrémités du tablier sont supportées par des câbles obliques ou haubans, reliant directement le sommet du support , aux divers points du tablier. Les haubans régnent de chaque côté sur une longueur de tablier égale à une fois et demie la hauteur du support. Us sont suffisamment tendus pour rester sensiblement rectilignes. Les extrémités du tablier restent absolument immobiles, si l’on fait abstraction des allongements élastiques des haubans sous des charges variables. La partie centrale seule, suspendue d’après l’ancien système, reste déformable; mais l’amplitude des oscillations diminue grandement par suite de la diminution de longueur de la partie oscillante et par suite de sa liaison avec les parties extrêmes non déformables.
- On a en outre donné au tablier une certaine rigidité dans le sens vertical, en composant les garde-corps d’une poutre de fer en croix de Saint-André.
- Dans les nouveaux ponts les poutrelles sont des fers à double T, dans le cas d’une seule voie charretière; dans le cas d’une double voie, il est préférable d’employer des poutres armées.
- La rigidité dans le sens transversal est assurée par des pièces obliques formant croix de Saint-André et fixées sous les poutrelles.
- Câbles. — Les anciens câbles étaient en fils de fer; les progrès de la métallurgie permettent actuellement d’employer les fils d’acier qui pour un prix sensiblement égal donnent une résistance plus forte dans le rapport de trois à deux.
- Les anciens câbles (fig. o) étaient formés de fils parallèles réunis par des ligatures. Ces câbles manquaient de souplesse; lorsqu’on avait à les courber, les fils placés du côté concave étaient moins tendus que ceux situés du côté convexe. Les efforts ne se transmettaient d’un fil à l’autre que par suite de la pression exercée par les ligatures. On est arrivé aux câbles tordus, alternatifs, inventés par M. Ar-nodin. Autour d’un fil central, rectiligne (fig. T) on établit une nappe de six fils tordus en hélice; autour de ceux-ci une deuxième nappe de fils tordus en hélice, mais en sens contraire et ainsi de suite, jusqu’à ce que le câble ait la grosseur voulue. L’obliquité des fils sur l’axe est la même pour toutes les nappes. Nous n’avons représenté que deux nappes sur la figure, mais on arrive aisément à six nappes.
- Les câbles doivent être mis à l’abri de l’oxydation au moyen d’un enduit remplissant les interstices des fils. La peinture à l’huile employée autrefois avait l’inconvénient de se fendiller par suite des légères déformations des câbles, et de laisser dans l’intérieur des vides difficilement visibles et réparables, amenant l’oxydation des fils. L’enduit au coal-lar convenablement épuré reste toujours un peu plastique et ne présente pas ces inconvénients.
- Les fils des câbles tordus sont plus fortement serrés les uns contre les autres, par l’effet même des
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- tensions, tandis que les fils parallèles ne sont serre's que par les ligatures. Les interstices sont moindres dans les câbles tordus ; ils présentent moins de continuité et livrent moins facilement passage à l’air et à l’eau. Enfin par leur plus grande souplesse les câbles tordus se prêtent à l’emploi de lils plus gros, ce qui diminue encore les dangers de l’oxydation. Il est difficile de dépasser 4 millimètres de diamètre pour les fils parallèles, tandis qu’avec les câbles tordus on peut atteindre et même dépasser 6 millimètres pour le diamètre des fils.
- Supports. — Les anciens câbles se continuaient sans interruption de part et d’autre des supports
- sur lesquels ils reposaient par l’intermédiaire d’un rouleau roulant sur une plaque de fonte (fig. 5). La partie du câble reposant sur le rouleau est fortement courbée, et soumise à une fatigue excessive en même temps qu’il est difficile de l’examiner. Les parties qui traversent la cornicbc ne peuvent être visitées et sont plus sujettes que les autres à l'humidité.
- D’autre part supposons (fig. 6, où ces effets sont fortement exagérés) que par suite d’une traction supplémentaire dans le sens de la flèche, le point A vienne en A', le rouleau ne fera que la moitié du chemin, et c’est un point B qui se trouvera en If,
- Fig. 1 à 10. — Ponts suspendus français anciens et nouveaux. — Fig. 1. Type d’ancien pont. — Fig. 2. Type de nouveau pont. — Fig. 3. Ancien câble. — Fig. 4. Nouveau câble.—Fig. 5 et 6. Anciens supports. — Fig. 7 et 8. Type d’un nouveau support. — Fig. 9. Attache supérieure ancien système. — Fig. 10. Nouveau système.
- reposant sur le'rouleau dans la nouvelle position. La partie A d’abord recourbée va se trouver redressée, la partie B d’abord rectiligne va se trouver courbée. Par suite des variations de température ou déchargé, la partie voisine du rouleau va donc se trouver alternativement pliée et redressée, d’où une fatigue supplémentaire dangereuse pour le métal.
- Nous donnons (fig. 7) le dessin d’un nouveau type de support. Un chevalet en fonte roule sur des cylindres d’acier et porte à la partie supérieure un autre cylindre en acier sur lequel chaque brin de câble vient s’attacher au moyen d’une disposition dont le détail est indiqué (fig. 8). Le cylindre est embrassé par une tige de fer ou d’acier, pliée en U, et dont les extrémités filetées et munies d’écrou tra-
- versent un bloc de fonte percé d’un trou conique. L’extrémité du câble est engagée dans ce trou ; les fils sont séparés et épanouis ; dans les intervalles on chasse des clous jusqu’à refus et on coule ensuite un alliage de plomb, d’étain et d’antimoine; l’extrémité du câble est ainsi solidement fixée au bloc de fonte. En agissant sur les écrous, il est facile de tendre ou de détendre le câble. Les haubans sont fixés d’une manière analogue ; on ne les a pas représentés pour ne pas compliquer la figure.
- Attache supérieure des câbles verticaux. — Dans les anciens ponts (fig. 9) le câble vertical a la forme d’un écheveau. Dans la boucle supérieure passe un chevalet qui repose sur deux câbles. Si le pont n’a que deux câbles de chaque côté, il est impossible
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- d'enlever l’un d’eux pour le remplacer. Si le pont a quatre râbles, les câbles verticaux portent alternativement sur l’une ou l’autre paire. On peut alors remplacer deux des câbles, le tablier sans surcharge étant porte par les deux autres par l’intermédiaire de la moitié des câbles verticaux. Mais il reste toujours impossible de régler la tension de chaque câble vertical. Aussi avons-nous vu nombre de vieux ponts où un petit nombre de câbles verticaux portaient toute la charge. Le tablier ne trouvant que des points d’appuis moins nombreux et plus écartés qu’il n’avait été prévu, se disloquait sous le passage des lourdes charges.
- Nous indiquons (lig. 10) le système nouveau. Les câbles principaux sont au nombre de quatre au moins. Des tiges en 1er ou acier en forme d’U renversé, filetées et munies d’écrous à leurs extrémités, reposent sur les
- que nous venons de voir, sauf les dimensions. En agissant sur les écrous on peut, comme on le fait par le haut, régler la tension du câble vertical ; on peut encore enlever l’U, enlever la poutrelle, la remplacer, etc.
- Ancrages dans les maçonneries.—Les figures 11 et 12 donnent une des anciennes dispositions; les câbles traversent le massif de maçonnerie dans une galerie étroite où ils sont tout particulièrement exposés à l’humidité, à l’oxydation; ils sont brusquement courbés, ce qui augmente encore en ce point le travail du métal et par suite le danger. Dans toute cette partie où se trouvent réunies les plus grandes chances d’accident, la visite est impossible.
- Le plus grand inconvénient de ces ancrages consiste dans l’impossibilité de visiter, de repeindre les parties qui en raison de l’humidité sont les plus
- sujettes à l’oxydation, et de prévoir un accident pouvant amener la destruction complète du pont et entraîner mort d’hommes.
- On a assez vite remédié dans une certaine mesure aux inconvénients signalés. Il a été construit des galeries de visite qui étaient toutefois d’un accès difficile. À l’entrée de la galerie les câbles ont été interrompus ; sur goujon ou transversal venaient s’assembler d’une part les câbles du pont proprement dit, d’autre part les câbles pénètrent dans les galeries. Il devenait possible, au moyen de manœuvres assez difficiles, de remplacer l’un de ces derniers câbles sans déplacer les câbles du pont. Dans d’autres cas la partie inférieure des câbles a été remplacée par des barres de fer forgé, moins sujettes à l’oxydation.
- Dans le nouveau système (fig. 15 et 14) les câbles pénètrent librement, sans changement de direction dans une galerie large, bien aérée, facilement accessible ; rien de plus aisé que de les visiter, de les repeindre quand besoin est.
- Haubans. — Les haubans s’assemblent à leurs deux extrémités au moyen de dispositions analogues à celles qui ont été décrites pour les attacher en câbles principaux sur les supports; ils peuvent être réglés et déplacés de même.
- En résumé, nous avons vu que toutes les pièces peuvent être visitées, réglées, remplacées, avec (a
- Fil!
- 11 à li. — Anciens et nouveaux ponts suspendus français. — Fig. 11 et 12. Ancrage dans les maçonneries, ancien système. — Fig. 13 et 11. Nouveau système.
- câbles et portent une traverse en fer. Le câble vertical est ici à üls parallèles. Les facilités d’attache des câbles en écheveau ont une importance rela-tivement plus grande pour des câbles minces et courts, et compensent ici les avantages qu’auraient présentés d’autre part les câbles tordus. La boucle de l’écheveau est divisée en deux parties qui viennent porter en deux points différents de la traverse. En agissant sur les écrous de tous les U d’un même câble vertical, on peut régler sa tension et au besoin l’enlever et le remplacer.
- Le tablier sans surcharge peut être porté par deux câbles principaux. On peut donc, en desserrant tous les U d’un même câble principal, le dégager complètement, le remplacer, etc., sans avoir à toucher aux autres câbles principaux ni aux câbles verticaux.
- Attache inferieure des câbles verticaux. — La ligure 9 donne l’ancienne disposition. La boucle inférieure du câble vertical embrasse l’extrémité de la poutre transversale en bois. Pas plus par le bas que par le haut, il n’est possible de régler la tension du câble vertical. Le remplacement d’une poutrelle est chose difficile.
- La ligure 10 donne la nouvelle disposition. La poutrelle est en fer, plus légère à égalité de résistance, et moins sujette à la destruction. Elle est portée par une tige en U renversé, semblable à celles
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- plus grande facilité ; les dangers de rupture par suite I de courbure excessive en certains points ont été écartés; de même les dangers d’oxydation en certains points plus particulièrement sujets à l’humidité et inaccessibles aux visites. Les nouveaux types de câbles assurent une meilleure répartition des tensions et diminuent les chances d’oxydation dans les parties courantes. L’ensemble du ponta été rendu plus rigide, et résiste mieux aux charges roulantes et au vent. La résistance au vent est encore la qualité qui est le moins bien réalisée, surtout lorsqu’on considère la composante verticale agissant de bas en haut et tendant à soulever le tablier. Néanmoins les accidents dus au vent restent une exception heureusement rare et localisée en quelques points, où les vents sont plus particulièrement violents. Un seul inconvénient subsiste tel qu’il était autrefois : c’est la gêne que peuvent causer aux abords du pont ces câbles qui partent du haut des supports pour rejoindre le sol. L’inconvénient est faible si la route se prolonge dans la direction même du pont ; il pourra être sérieux si elle doit tourner brusquement à la sortie du pont ou s’il existe une autre route longeant le cours d’eau. En échange le pont suspendu offre l’avantage de faire travailler à la traction toutes les parties principales de la construction, et d’employer le métal en fils étirés qui présentent par suite de section une résistance environ double de celle du même métal forgé ou laminé. 11 reste dans bien des cas une solution des plus économiques pour le passage des grandes portées.
- P. L.
- NOUVELLE ROUTE TRANSATLANTIQUE
- Il est question d’un nouveau projet pour raccourcir la traversée transatlantique entre l’Europe et l’Amérique, et cette fois-ci, la réduction promise ne s’élève pas à moins de deux jours, au lieu de quelques heures. Il ne s’agit de rien moins que de fonder une nouvelle ligne en Nouvelle-Écosse, dans la partie Sud du détroit de Canso, qui sépare l’ilc du Cap-Breton du continent. On a souvent insisté pour que le port de l’Amérique du Nord, qui doit communiquer avec l’Europe, soit situé dans la Nouvelle-Ecosse, laquelle s’étend fort en avant dans l’Atlantique, dans la direction du vieux monde. On dit même que sir Hugh Allan a précisément nommé le point qui vient d’être choisi comme étant celui d’où il espérait voir partir sa ligne de vapeurs. II vient de se former une Compagnie qui se compose notamment de Canadiens en résidence à Boston (Bien que le vice-président, l’honorable A.-W. Ogilvie, soit de Montréal et sénateur du Dominion), et cette Compagnie est résolue à mettre le grand projet à exécution. Elle a acheté le long de la mer une bande de terre qui mesure six milles de long sur trois de large, et elle construit actuellement un chemin de fer destiné à relier la nouvelle ville aux points terminus des chemins de fer Intercolonial et Pacifique canadien, à Port Mulgravc, qui ne se trouve qu’à une distance de six milles. Les gouvernements de la Nouvelle-Écosse et du Canada, ont chacun accordé une subvention de 160 001) francs par mille pour le chemin de fer. La Nouvelle-Écosse a aussi accordé huit milles carrés de ter-
- rain houiller au cap Breton, sur le détroit même. Les deux gouvernements des États-Unis et du Canada ont promis, si l’on peut effectuer la traversée en quatre jours, que cette route sera adoptée pour le transport des correspondances postales et subventionnée en conséquence. La Compagnie négocie en ce moment l’affrètement d’un vapeur rapide pour faire un voyage d’essai entre Milford Haven et « Terminal City » ; elle va faire construire quatre navires bons marcheurs pour le service. Comme la distance qui sépare « Terminal City » de Milford Haven est de 950 milles plus courte que celle de New-York à Liverpool, le temps que l’on gagnera sur la traversée, sera très grand. Mais, outre cela, la Compagnie prétend que non seulement le port est ouvert toute l’année, mais encore qu’il est exempt de la brume qui arrête la navigation au nord et au sud, et que la route de l’Atlantique est, à cette hauteur, libre de tout iceberg 1.
- CHRONIQUE
- L’Association française pour l’avancement des sciences. — Congrès de Marseille. — Au
- moment où ces lignes passeront sous les yeux de nos lecteurs, la vingtième session de Y Association française aura été ouverte à Marseille, sous la présidence de M. P.-P. Ilehérain, de l’Institut. Elle aura lieu du 17 au 24 septembre 1891. Nous publions ici le programme de cet intéressant Congrès scientifique. Les travaux sont répartis dans l’ordre suivant : Jeudi 17 septembre. A 2 heures et demie, séance d’ouverture. Le soir, réception à l’Hôtel de Ville. — Vendredi 18 septembre. Le matin, séances de sections. L’après-midi, visites scientifiques et industrielles. Le soir, à 9 heures, conférence. —Samedi 19 septembre. Le matin et après-midi, séances de sections, visites scientifiques et industrielles. — Dimanche 20 septembre. Excursion générale à Arles. — Lundi 21 septembre. Le matin, séances de sections. L’après-midi, visites scientifiques et industrielles. Le soir, à 9 heures, conférence. — Mardi 22 septembre. Excursion générale à Aix. — Mercredi 25 septembre. Le matin et l’après-midi, séances de sections, visites scientifiques et industrielles. — Jeudi 24 septembre. Le matin, séances de sections. L’après-midi, séance de clôture, assemblée générale de l’Association. — Vendredi 25 et jours suivants. Excursion finale sur la côte méditerranéenne.
- La météorite d'Ensishelm. — Retrouver, à quatre cents ans de distance, la trajectoire probable d’une météorite, est un tour de force assez curieux. Cette météorite d’Ensisheim, tombée vers midi, le 7 novembre 1492, sous les yeux de spectateurs authentiques, a le mérite d’être la plus ancienne des météorites tombées dans cette condition de visibilité dont nos musées possèdent des échantillons. C’est M. le professeur II. A. Newton, de l’Observatoire de New-Haven, dans le Connecticut (États-Unis) (19\8m,195, 48°,40',58"), qui a trouvé, dans un document du temps, les indications suffisantes pour en conclure la trajectoire du météore. Sur une grande feuille, imprimée d’un seul côté comme une pancarte, Sébastien Brandt, doven de la Faculté de droit de Bâle, en 1492, a écrit que la détonation fut entendue à Lucerne, daps le canton d’Uri et dans la vallée de l’Inn, et peut-être plus loin encore. M. Newton en conclut que « ces dernières localités sont trop distantes du' lieu où la pierre est tombée pour que la détonation ait pu y être entendue, à moins
- 1 D’après la Revue industrielle.
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- que le météore ne se soit déplacé du sud vers l’est, et suivant une trajectoire très peu inclinée à l’horizon. Comme la chute eut lieu vers midi, le mouvement de la pierre était presque dans la même direction que celui de la Terre dans son orbite autour du Soleil, et n’était pas très incliné sur l’écliptique. ))
- L'adultération de la gomme arabique. — Les
- troubles qui désolent le Soudan et les autres contrées de l’Afrique centrale, sont considérés à bon droit comme l’unique cause de la rareté et de la cherté de la gomme de bonne qualité. 11 s’ensuit que, pour la remplacer, on exporte d’autres substances, produits de l’Australie, de l’Amérique du Sud et de quelques autres contrées encore. Aucune, toutefois, n’est aussi bonne que la véritable gomme arabique. On a vendu, en outre, des substances de très mauvaise qualité, entièrement insolubles dans les dissolvants ordinaires. Dernièrement, on a jeté sur le marché une marchandise inférieure, mélangée avec de la gomme Gheziri et vendue sous le nom de gomme en grains ; beaucoup de maisons de commerce ont été trompées. La fraude est impossible à découvrir par une simple dissolution de la gomme soupçonnée, parce qu’il se trouve dans le soluté, à l’état de suspension, des parties qui demeurent invisibles; mais la falsification sera aisément dévoilée par l’essai suivant : On mélange une quantité quelconque de la substance avec dix fois son poids d’eau chaude, et on laisse en contact pendant trois ou quatre heures, en ayant soin de remuer de temps à autre. On laisse reposer afin de permettre à la partie insoluble de gagner le fond, et on décante la moitié du liquide, qu’on remplace par une addition de la même quantité d’eau froide; on remue de nouveau et on laisse reposer. On répète encore deux fois ce traitement, pendant le cours de l’heure suivante. Le dernier de ces mélanges se sépare, au bout de peu de temps, en deux parties, dont la supérieure est constituée par de l’eau, tandis que l’inférieure a une consistance gélatineuse. Même si l’adultération n’a été pratiquée que dans la proportion de 5 pour 100, ce procédé permettra de la retrouver avec certitude.
- Etoffe de boi«s. — Le docteur Mitschcrlich a inventé l’étoffe de bois; elle se prépare, comme la cellulose, avec la fibre du bois. Selon l’Echo forestier, des planchettes minces, dépourvues de nœuds, sont réduites en minces rubans et soumises à la cuisson avec une dissolution d’acide sulfureux dans un lessiveur hermétiquement creux. Non seulement les matières incrustantes, causes de la friabilité des fibres du bois, sont éliminées par ce traitement, mais la fibre elle-même est chimiquement transformée. Elle est blanchie et prend un aspect soyeux ainsi qu’une grande élasticité et une grande résistance, après avoir été séchée dans une étuve convenablement disposée et passée, légèrement humectée, entre des cylindres cannelés. Cette dernière opération a pour but de diviser les fibres encore fortement adhérentes entre elles. Le produit obtenu, est ensuite traité comme le lin, le chanvre et le coton, c’est-à-dire qu’il est cardé, filé et finalement tissé, sur des métiers ordinaires, en étoffes d’une grande finesse et de modèles variés.
- Grande chasse aux haleines. — Une chasse émouvante a eu lieu récemment à Shapinsay, près des îles Orkney en Ecosse. Une grande quantité de baleines émergèrent tout à coup des vagues, non loin de la rive, et les énormes cétacés s’ébattaient gaîinent dans les flots. Immédiatement, on équipa des embarcations et, après quelques manœuvres hardies, les pécheurs parvinrent»
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- les cerner et à les repousser vers la côte à coups d’avirons, de perches et de pierres. Malheureusement, les onze bateaux dont on disposait étaient insuffisants pour ce grand nombre de baleines, et beaucoup d’entre elles, arrivées en eau peu profonde, se retournèrent contre leurs persécuteurs, dont les embarcations furent jetées en l’air comme des coquilles de noix. Plusieurs souffleurs regagnèrent la haute mer. Mais les pêcheurs n’en eurent pas moins la satisfaction de faire échouer, sur le sable de la plage, quarante-trois de ces géants de la mer, après une chasse qui avait duré trois quarts d’heure à peine. A minuit, on cessa la chasse, par respect pour le dimanche écossais, mais avec l’espoir de la reprendre le lundi, le banc de cétacés paraissant interminable.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 sept. 1891. — Présidence de M. Dcchartre.
- La cause des cyclones. — On sait que dans la théorie des cyclones la plus généralement admise sous le nom de convexion, on suppose que l’air, échauffé sur une région déterminée, s’élève dans l’atmosphère par suite de sa diminution de poids, de la même manière que les gaz résultant de la combustion s’élèvent dans nos cheminées. Il se produit ainsi un courant ascendant qui peut être très violent. Cette cheminée d’appel en se déplaçant produit les ravages qui marquent le passage d’un cyclone. M. Hann, météorologiste viennois, en comparant des observations thermométriques faites simultanément à différentes altitudes, au moment du passage de bourrasques, a pu établir nettement que la température de l’air au lieu d’être plus chaude dans les régions élevées est au contraire plus froide. Donc l’appel central dirigé de bas en haut, n’existe pas. La théorie de la convexion reçoit une rude atteinte, du fait de cette constatation. Au contraire la théorie des grands mouvements giratoires tourbillonnaires de l’atmosphère due à M. Faye explique tout naturellement cette différence de température.
- La levure du vin. — M. Demaineau est propriétaire, dans le département de la Gironde, d’un vignoble produisant le vin de Saint-Emilion de qualité très recherchée. Il possède en outre un second vignoble dans le département de la Dordogne, composé des mêmes cépages. La qualité des vins donnés par les deux vignobles est absolument différente : l’une est précieuse, l’autre grossière. Mais ayant eu l’occasion de transporter de la vendange, de la Dordogne à Saint-Emilion et d’en extraire le vin au moyen de son pressoir de cet endroit, la qualité du vin obtenu fut toute différente et s’approchait beaucoup de celle donnée par la vendange de Saint-Émilion. De même en mélangeant sur place la vendange de la Dordogne avec du moût de Saint-Émilion, la qualité du vin était transformée. L’auteur conseille de répandre sur place, dès l’automne, les lies et les résidus de fabrication afin de modifier la levure qui détermine la fermentation.
- Varia. — M. Chatin lit un mémoire sur une espèce de truffe fort abondante en Asie Mineure et en Syi'ie. — M. Paquelin montre des foyers de fils de platine qui, portés à l’incandescence à l’aide du carburateur-doscur-mélun-ycur, restent incandescents dans l’eau. — On annonce la mort de M. José Maria Coelho, professeur de géologie à Lisbonne. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- SERRURE DE SURETE DE M. ISAACHSEN
- Lorsqu’un corps susceptible de vibrer ou d’osciller reçoit des impulsions de même période que celles de ses vibrations, son mouvement s’amplifie jusqu’à une certaine limite; ce principe, désigné sous le nom de résonance, est l’un des plus importants de la physique. C’est grâce à lui que nous voyons et entendons; il est la base de phénomènes variés, et ses applications sont nombreuses. Les sonneurs de cloches, faisant agir, au bon moment, une force minima, mettent en branle et sonnent à toute volée les plus gros bourdons. Le même principe a été appliqué par M. Cornu à la synchronisation des horloges; l’ingénieux timbre chantant de MM. Guerre et Martin, dé-critdernièrement dans La Nature, ne fonctionne que grâce à la résonance. Nous remplirions des volumes à énumérer les applica tions les plus importantes de ce prin-cipe. Mentionnons encore une expérience très instructive, due, croyons-nous, à M. de Helmholtz, et qui constitue un curieux diver-tissement; elle n’exige q u’u n piano, et peut, par conséquent, être classée dans la physique sans appareils. On abaisse simultanément la pédale f, et les touches utj, utj, sol2, ut3, mi3, sol3, c’est-à-dire les harmoniques de ut,; puis on chante, sur le ton de ut,, une voyelle quelconque, a, par exemple; immédiatement le piano répond a; de même pour les autres voyelles.
- Passons à notre serrure ; elle a été construite par un jeune ingénieur norvégien, M. Isaachsen. Voulant fermer, au milieu d’une forêt voisine de Christian-sand, une petite maison isolée, il imagina le dispositif suivant :
- Derrière la porte est suspendu un pendule (voy. la figure) dont la lentille P est creuse d’un coté, et terminée en couteau de 1 autre. Dans la position d’équilibre, la partie creuse se trouve en avant d’un petit canal coudé C débouchant obliquement derrière la porte. Vient—on a souffler fortement par le trou C, dont on voit la disposition dans le plan représenté à droite de la figure, le pendule se inet a
- osciller, mais quelle que soit la force du souffle, l’amplitude n’est pas très considérable. Si au moment où le pendule passe par la position d’équilibre après une oscillation complète, on souffle de nouveau, l’oscillation s’accentue. En répétant cette manœuvre plusieurs fois, on communique enfin au pendule une amplitude telle que la lentille vient buter contre un levier A posé de telle sorte qu’un petit déplacement l’amène dans l’équilibre instable. Il tombe sur un verrou à ressort B, et la porte s’ouvre. Mais, si l’on ne connaît pas la durée d’oscillation du pendule, absolument invisible, on pourra souffler pendant des journées, sans arriver à aucun résultat. Il faut donc une clef, qui n’est autre qu’une ficelle avec deux nœuds ; par l’un d’eux, on l’accroche à une poutre, à l’autre on suspend une pierre. On obtient ainsi un pendule synchrone de l’autre, et, on
- souffle à chacun de ses passages par la verticale.
- Pour refermer, il suffit de remonter le levier ; le verrou poussé par son ressort assujettit la porte. La serrure construite par M. Isaachsen était arrangée de telle manière qu’avec un peu d’exercice on ouvrait à la quatrième oscillation; si, par conséquent, une personne connaissant le système, et non la période voulait ouvrir, et se trompait de un huitième dans la durée du pendule intérieur, le quatrième souffle produirait Reflet exactement opposé du premier, et le pendule s’arrêterait; les deux souffles intermédiaires n’auraient produit aucun effet. Pour une erreur de un seizième, le quatrième souffle arriverait au moment où le pendule serait au bout de sa course, et l’effet serait nul; les souffles suivants diminueraient et annuleraient l’effet des premiers.
- On voit donc que la sûreté est déjà très suffisante dans ces conditions, car les tâtonnements, même conduits systématiquement, seraient longs. En augmentant la masse du pendule, et par conséquent le nombre des souffles nécessaires à l’ouverture, on augmente la sûreté dans une mesure beaucoup plus forte, celle du carré au moins. C. E. G.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissasdier.
- Serrure incrochetable de M. Isaachsen. Vue du mécanisme intérieur.
- C. Orifice par lequel il suffit de souffler du dehors pour ouvrir la porte.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 956. — 26 SEPTEMBRE 1891. LA NATURE.
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- VÉLOCIPÉDIE
- COURSE DE PARIS A BREST
- Le Véloce-Club bordelais avait organisé, au printemps dernier, une course de vélocipèdes de Bordeaux a Paris. Les résultats de cette course eurent un grand retentissement dans toute la France à cause surtout de la vitesse excessive des premiers arrivants qui franchirent une distance de près de 600 kilomètres sans arrêt1.
- On ne croyait vraiment pas la machine humaine capable de résister à un surmenage aussi prolongé, et, chose encore très remarquable, les vainqueurs de la course, arrivés à Paris le matin, assistaient, le
- de cette épreuve colossale à laquelle ont pris part 211 cyclistes; mais il sera intéressant d’étudier la marche des deux premiers qui ont fait, pour ainsi dire, une course de vitesse, et celle du quarante-cinquième qui a voyagé en touriste, s’arrêtant chaque soir.
- J’ai représenté, au moyen d’un graphique, la marche de ces trois coureurs. Un coup d’œil jeté sur la figure 5 (p. 258) permet de se rendre compte de l’accélération et du retard de leur marche, de même que de leurs arrêts.
- Le gagnant de la course, Charles Terront, est âgé de trente-quatre ans, il est né a Paris et habite Bayonne depuis sept ou huit ans (fig.. 1).
- Il avait eu, en 1880, l’insigne honneur de battre
- 1 Yoy. n° 953, du 5 septembre 1891, p. 211.
- 19e année. — 2e semestre.
- soir même, à un banquet et se montraient en divers endroits de la ville jusqu’à une heure fort avancée de la nuit.
- Le Petit Journal avait pensé qu’en doublant la dose, on forcerait les cyclistes à faire la route en touristes. Et de prime abord il semblait avoir raison. Cependant on se rappelait que Mills, le héros de la course de Bordeaux-Paris, avait franchi, il y trois ans, en Angleterre, une distance analogue, en cinq jours. Son train, il est vrai, avait été lent, mais pendant ces cinq jours, il n’avait dormi que cinq heures.
- La course de Paris à Brest nous réservait une surprise bien plus grande. Je n’ai pas l’intention de raconter par le menu les innombrables péripéties
- les Anglais chez eux et de conquérir le titre de champion du monde, des longues distances. Ce titre, qu’il avait enlevé à de nombreux compétiteurs, indiquait déjà une aptitude innée chez lui de marcher longtemps sans repos.
- Il n’en est pas moins vrai que tout le monde vélocipédique a été étonné de la performance qu’il vient d’accomplir. Il a franchi l’énorme distance de 1200 kilomètres en soixante-onze heures trente minutes, sans autres arrêts que ceux qu’a nécessités la réparation de ses caoutchoucs pneumatiques qui ont été crevés plusieurs fois. Il est arrivé dans un état de santé assez satisfaisant, étant donné qu’il souffre depuis longtemps déjà de l’estomac et que, dans une course pareille, la fatigue aidant, il n’a pu garder aucun aliment substantiel. C’est donc grâce à une volonté de fer qu’il a accompli ce tour de force
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- LA NATURE.
- quasi surhumain. Le seul dérangement un peu sérieux qu’il ait éprouvé provient de la poussière soulevée sur la route qui lui est entrée dans les yeux et a déterminé une petite inflammation qui ne tiendra pas contre quelques soins immédiats.
- Le deuxième, Jiel-Laval, a trente-neuf ans; il est né dans la Corrèze et habite Bordeaux où il est négociant (fig. 2). C’est, avant tout, un homme de sport par excellence. Tous les instants que lui laissent ses affaires, il les consacre à la gymnastique et au vélocipède. II s’entraîne d’une façon raisonnée et jouit d’une très bonne santé.
- Dans la course de Bordeaux à Paris, il était arrivé
- Fig. 3.— Graphique de la marche de trois coureurs dans la course vélocipédique de Paris à Brest (6 septembre 1891 et jours suivants).
- le premier des Français. Dans la course actuelle, il a eu l’honneur de faire, le premier, le virage à Brest, mais, de retour à Guingamp, il y a dormi trois heures pendant lesquelles Terront prenait une avance qu’il n’a jamais pu rattraper. Vers la fin de la course, il a considérablement ralenti son allure et cela s’explique par le fait que, n’étant pas inquiété par le coureur qui le suivait immédiatement sur lequel il avait douze heures d’avance, il ne voyait pas le moyen de regagner le temps perdu sur le premier.
- Il est arrivé dans un état admirable et après deux ou trois heures de sommeil et quelques ablutions, il dînait, le soir même, en compagnie de quelques amis.
- Ces deux coureurs avaient avec eux un régiment d’entraîneurs dont le rôle consistait : i° à les accom-
- pagner en route et à leur couper Je vent; 2° à les soigner à l’étape, à soigner leurs machines; 5° à leur enlever toute préoccupation autre que celle de la course, à les réconforter en paroles dans les moments de découragement qui se produisent surtout vers la fin du parcours à des intervalles rapprochés. Ce sont des auxiliaires puissants et indispensables dans une pareille épreuve ; on estime que leur concours produit une plus-value de marche de un vingtième 1.
- Le coureur arrivé quarante-cinquième, dont j’ai représenté la marche sur le graphique, est M. Dousset. Il est né à Grenoble et habite Bordeaux. Il est âgé de cinquante-six ans. Il est connu depuis très longtemps pour ses courses de fond qu’il a mises en honneur en France. C’est en bicyclette qu’il a fait le trajet après une pratique d’un mois seulement; toutes ses courses précédentes, il les avait faites en tricycle. Ce qui est remarquable dans cette dernière, c’est la régularité de la marche. Il est arrivé dans l’état d’un touriste qui vient d’accomplir sa petite étape journalière. Il est bon d’ajouter que malgré son âge il est très vigoureux et jouit d’une santé de fer. Signe particulier : ne s’entraîne jamais pour une course et part sans aucune préparation. Le fait est peut-être unique dans les annales du sport vélocipé- v dique. c
- Il m’a paru curieux de relever les noms des fournisseurs des 211 machines et j’ai classé par ordre de priorité par le nombre : Clément de Paris, 30 machines, les Fils de Peugeot frères (Paris), 18; Humber (Angleterre), 15; Rochet de Paris, 10, etc.
- Fig. 4. — Nouveau système Michelin de caoutchouc pneumatique.
- Comme on le voit, les machines françaises passent au premier rang. La fabrication a longtemps tâtonné chez nous ; malgré l’exemple qui nous venait d’outre-Manche, on ne se décidait pas à monter une véritable usine. M. Clément, un des plus anciens constructeurs de Paris, a compris le premier l’extension énorme qu’allait prendre la vélocipédie et il a fondé une usine modèle qui ne le cède en rien à aucune fabrique anglaise. Ses efforts ont été largement récompensés dans cette course : Jiel-Laval et Coulli-beuf, deuxième et troisième, montaient des bicyclettes de sa fabrication.
- Les Fils de Peugeot frères ont eu aussi un succès de bon aloi avec trois bicyclettes montées par des coureurs classés dans les neuf premiers.
- Parmi les 2 H machines employées dans cette course, on compte 205 bicyclettes, 4 tricycles et 2 bicycles.
- Le succès est donc complet pour la dernière venue, la bicyclette, qu’un de nos confrères a quali-
- 1 Dans le récit qu’il a publié, M- Terront paraît attacher en effet une grande importance à l’influence des entraîneurs.
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- fiée de Reine. Si on la compare au bicycle, il est bien reconnu qu’elle a sur lui tous les avantages, sauf cependant celui de la simplicité.
- Mais elle a détrôné momentanément le tricycle qui vaut mieux que cela et qui prendra, j’en suis sur, sa revanche.
- Le tricycle reste pour moi la machine de voyage par excellence et un fait contre lequel personne ne peut s’inscrire en faux, militera toujours en sa faveur ; c’est celui-ci : un cycliste fatigué continue toujours en tricycle, à petite allure, certainement, mais il marche. En bicyclette, dans un moment de fatigue on est obligé de s’arrêter, et neuf fois sur dix on ne repart pas. Le tricycle est du reste bien supérieur pour porter les bagages indispensables pour un voyage prolongé.
- On a fait dans cette course une expérience très intéressante sur les nouveaux caoutchoucs pneumatiques. On a vu qu’ils crevaient de plus belle. Aussi les fabricants s’appliquent-ils surtout à trouver un système qui permette de réparer l’avarie le plus vite possible.
- La Nature a donné la description des premiers caoutchoucs pneumatiques Dunlopnous ne reviendrons pas sur ce système. Nous nous bornerons à dire ([ue chaque fois que l’on voulait réparer la chambre à air il fallait décoller l'enveloppe extérieure et la recoller après la réparation. C’était une opération délicate et qui demandait beaucoup de temps, car il fallait permettre au collage de sécher.
- On a cherché depuis, plusieurs dispositions pour remédier à cet inconvénient. La dernière connue me semble très heureuse. Elle est employée par MM. Michelin de Clermont-Ferrand.
- L’inspection de la ligure 4 ci-contre, montre (juc les constructeurs se servent d’une jante, J, concave du côté du centre avec des bords retournés à angle droit. L’enveloppe E se termine, à ses deux bords, par deux bourrelets R et B', la partie voisine de ces bourrelets est appliquée contre la jante du côté extérieur et maintenue par deux cercles plats de même diamètre, G et G\ Le serrage se fait au moyen de vis, Y et Y', espacées de 20 centimètres; des créneaux pratiqués dans les bourrelets, au droit des vis, permettent d’enlever l’enveloppe sans desserrer complètement et sans sortir la vis de leur place. I)u reste, il suffit de desserrer un seul côté pour sortir la chambre à air C. Ce système me parait très pratique et appelé à un grand succès. La bicyclette de Charles Terront était pourvue de roues Michelin. Il faut bien le dire, par ses qualités, le pneumatique est un mal nécessaire et l’on s’appliquera à s’en servir sous sa forme la moins défavorable.
- Quant au pneumatique qui ne crève pas, c’est un rara avis qui n’est pas encore sur le point d etre mis au jour et qui fera certainement la fortune de son auteur. Gaston Counié.
- 1 Voy-. n° 928, du 14 mars 1891, p. 227.
- LES TRUFFES DU DÉSERT
- M. A. Chatin, dans les savantes études qu’il a entreprises sur l’histoire botanique de la Truffe, a eu l’occasion de déterminer de nouvelles espèces de Terfazd’Algérie (Ter-fezia Boulieri et Tirmannia africana). Le savant botaniste dans une deuxième communication qu’il a récemment adressée à l’Académie des sciences (séance du 14 septembre 1891), a fait connaître une nouvelle et remarquable espèce de Truffes de la région de Damas, d’après les renseignements et les échantillons qui lui ont été communiqués par M. Guillois, consul de France à Damas, sous les auspices de M. Clavery, directeur du commerce au Ministère des affaires étrangères.
- « .... Les Truffes blanches du désert, connues en Syrie sous le nom de Kammé, dit M. le consul Guillois dans une lettre à M. Chatin, sont apportées à Damas par une tribu d’Arabes Steib et vêtus exclusivement de peaux de gazelles. Les spécimens que vous avez reçus proviennent du désert des environs de Damas, aussi bien que les Kammés plus parfumés, et qu’on appelle dans le pays Kammés noirs. L’appellation n’est pas tout à fait exacte, car ces Kammés sont loin d’avoir la couleur noire des Truffes du Périgord ; ils sont seulement un peu plus foncés que ceux que vous avez reçus. Leur chair est aussi plus consistante et se rapproche davantage de la chair de nos Truffes. La saison des Kammés ne dure que trois semaines, et encore n’en voit-on pas tous les ans. Je n’en ai pas vu un seul à Damas en 1888, 1889 et 1890. Généralement ils apparaissent vers le milieu de mars et disparaissent à la mi-avril. »
- Les Kammés de Damas sont arrivés en bon état de fraîcheur; un petit nombre d’entre eux seulement, ramollis, présentaient un commencement de fermentation ammoniacale. M. A. Chatin a pu les étudier. Les tubercules, assez volumineux, avaient un poids moyen de 75 grammes, l’un d’eux atteignant 150 grammes, d’autres ne dépassant pas 50 grammes. Leur forme rappelle celle des figues blanches d’Argenteuil ou de poires avec dépression en haut, court et épais caudicule en bas.
- Ce Kammé de Damas, d’après M. A. Chatin, constitue une espèce nouvelle, qu’il désigne sous le nom de Térfezia Claveryi.
- On peut se faire une idée de la grande surface de dispersion du Terfezia Claveryi, en considérant que celte espèce des environs de Damas est un Terfaz récolté dans le désert à plus de 400 kilomètres au sud de Biskra. L’importance du Kammé comme aliment est donc considérable; on peut en juger par sa grande aire de dispersion, et par le rapport de l’ancien voyageur Chabrée assurant que sa consommation à Damas est la charge de dix chameaux par jour durant la saison.
- L’ÉTUDE DES COURANTS AÉRIENS
- PAR LES BALLONS LIBRES
- L’aérostat est assurément le meilleur des anémomètres, et quand il est monté-par un observateur minutieux, il peut donner la vitesse, la direction et le parcours des courants aériens, à différentes altitudes. Les voyages en ballon ne sont pas toujours faciles à entreprendre; ils nécessitent un matériel coûteux dont la construction est délicate, et l’on ne saurait les signaler comme un procédé d’investigation météorologique usuel. A défaut
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- d’aérostats montés, les petits ballons libres peuvent rendre des services pour l’observation des courants aériens : s’ils ne donnent pas d’indication précieuse sur la hauteur du courant où ils se meuvent, ni sur sa marche parfois circulaire,- ils fournissent tout au moins des renseignements suffisamment exacts sur la vitesse et la direction générale du vent. On pourrait d’ailleurs prolonger considérablement la durée de leur séjour dans l’atmosphère en les munissant d’un petit réservoir de lest qui se déverserait automatiquement.
- On a souvent proposé de se servir de petits ballons libres, lancés dans l’atmosphère, pour étudier la direction et la vitesse des courants aériens. Un amateur de météorologie, M. Louis Bonvallet, a entrepris à Amiens une série d’expériences de ce genre, qui nous paraissent offrir beaucoup d’intérêt: nous nous empressons de les faire connaître à nos lecteurs.
- Voici comment M.
- Fleury, directeur de Y Echo de la Somme, qui a encouragé M. Bonvallet dans ses expériences, a décrit la méthode employée et les résultats qu’elle a donnés.
- « M. L. Bonvallet confectionne des ballonnets en papier pour fleuris tes, dont le volume varie de 50 à 1800 litres et dontîa forme sphérique est rigoureusement déterminée. Ces ballonnets sont enduits de pétrole afin de les rendre imperméables et remplis de gaz d’éclairage à l’usine de Saint-Maurice ; une longue oriflamme tricolore permet de les suivre plus longtemps du regard et, enfin, ils portent en guise de nacelle une carte postale à l’adresse de l’expéditeur. Au verso de cette carte est imprimé ce questionnaire à remplir :
- Le ballon n° parti de le à
- du est descendu à et à heures
- du
- Recueilli par
- « Sur quatre-vingt-dix-sept petits aérostats lancés de mai 1888 à fin 1890, soixante ont donné de leurs nouvelles. Ils étaient tombés en France, en Belgique, en Hollande. Dix-neuf ont accompli des trajets variant entre 50 et 100 kilomètres, vingt-quatre des trajets de 100 à 200 kilomètres, dix ont dépassé 200 kilomètres.
- « Le meilleur marcheur a été le Tùsandier, de la
- contenance de 550 litres, qui, parti d’Amiens le 50 mai 1889, à 2h,15m du soir, est descendu le même jour à 4 heures et demie à Yarsseveld (Hollande). Il avait dévoré (pardon de l’image un peu risquée!) 575 kilomètres à la vitesse de 16Gkm,666 à l’heure, soit 46 mètres à la seconde, ce qui suppose une jolie bourrasque.
- « Un autre s’en est allé à Euskirchen, en Prusse, et la carte est revenue, consciencieusement remplie, mais avec cette mention quelque peu ironique : Salut des Prussiens! M. Bonvallet n’a pas voulu être en reste de politesse et a répondu par une belle photographie de la cathédrale d’Amiens : il ne doit plus rien aux Teutons.
- « Pour parler d’un seul coup à l’œil et a l’esprit, notre aérographe a tracé sur la carte un graphique des parcours effectués. C’est fort curieux. On savait que les vents d’ouest étaient les plus fréquents à Amiens, eh bien ! ils sont presque les seuls régnants, dumoins dans les régions élevées de l’atmosphère.
- « Le graphique représente exactement un éventail dont l’anneau serait Amiens et dont les deux branches extrêmes passeraient, la supérieure à l’est de Dunkerque, l’inférieure à l’ouest de Paris. Les deux flèches principales passent sur Cambrai et sur Douai. Trois ballonnets seulement ont pris assez franchement la direction de l’ouest, c’est-à-dire ont été poussés par des vents d’est.
- « Reste une inconnue et, malheureusement, je ne vois pas bien comment on peut la dégager. Ces ballonnets, qui ont une force ascensionnelle d’au moins 250 grammes, montent évidemment très haut, mais à quelle altitude moyenne naviguent-ils? Voilà ce qu’il me semble difficile de déterminer. M. L. Bonvallet parle de 1800 à 2000 mètres : ce n’est qu’une supposition, vraisemblable, à la vérité, mais sujette à caution. »
- Nous n’avons rien à ajouter à l’excellent résumé que l’on vient de lire, si ce n’est que nous le complétons par la reproduction réduite de la carte dressée par M. L. Bonvallet. Il y a là une tentative très instructive, qui mérite d’être sérieusement encouragée et qui, nous l’espérons, sera mise à profit par d’autres météorologistes. Gaston Tissandier.
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- Carte des trajets parcourus par 60 ballons libres lancés d’Amiens du 10 mai 1888 au 5 octobre 1890.
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- LÀ PHOTOGRAPHIE EN CERF-VOLANT
- Fig. 1. — Reproduction d’une photographie en cerf-volant de M. Weuz. Vue perspective arrière de la plage de Berck-sur-îlcr.
- Pour obtenir des photographies aeriennes, on ne peut opérer qu’en ballon libre ou captif, ou encore au moyen du cerf-volant.
- Ce dernier moyen est évidemment le moins eompliquéct le plu s simple. Il est de plus à la portée de tous.
- Aussi les remarquables travaux de M. Arthur Batut signalés dans La Nature1 et consignés dans une intéressante brochure2 ont-ils engagé différentes personnes à travailler dans cette voie nouvelle et pleine d’avenir.
- Parmi ceux qui après s’ètre inspirés des données de M. Batut se sont appliqués à les perfectionner, il nous faut citer M. E. Wenz, de Reims, qui est arrivé à des résultats fort intéressants et que nous croyons devoir signaler.
- Rappelons d’abord brièvement les dispositions principales de l’appareil de M. Batut afin de mieux
- 1 Yoy. n° 825, du 23 mars 1889.
- - La photographie aérienne par cerf-volant. Paris. Gauthier-Yillars et fils, 1890.
- Fig. 2. — Cerf-volant photographique de M. Wenz. Figure montrant le dispositif de la chambre et du câble.
- faire ressortir les dispositifs indiqués par M. E. Wenz. 1° Cerf-volant. —Il a la forme d’un quadrilatère se décomposant en deux triangles isocèles, les diagonales ont, l’une 2in,50 et l’autre lm,75. Une corde de ceinture réunit les extrémités de la charpente, le tout est recouvert d’une feuille de papier doublée de toile aux angles.
- 2° Chambre noire. — Celle-ci est une simple boîte cubique en bois blanc noircie à l’intérieur, et recouverte à l’extérieur de papier noir. L’objectif est placé sur un des côtés, et sur le côté opposé qui est mobile, on peut fixer la préparation sensible, plaque ou pellicule.
- o° Mode de suspension de la chambre. — À la suite des études laites par lui, M. Batut admet en principe que la chambre doit faire
- corps avec le cerf-Volant : à cet effet, il emploie un support triangulaire qui se visse un peu au-dessus du milieu de l’arête principale.
- 4° Bi'ide. — Pour dégager complètement le
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- champ de l’objectif, M. Batut se sert d’une double bride supportant une sorte de palonnier des extré-mite's duquel partent deux cordes se réunissant pour former la corde principale.
- 5° Obturateur. — C’est une simple guillotine placée devant l’objectif et fonctionnant à l’aide d’une mèche d’amadou allumée au départ.
- 6° Dévidoir. — 11 est constitué par une bobine de bois munie de chaque côté d’une poignée.
- Voyons maintenant et dans le meme ordre les diverses parties de l’appareil de M. E. Wenz. De cette manière les modifications introduites frapperont de suite le lecteur et sans qu’il soit nécessaire d’insister davantage.
- 1° Cerf-volant. — M. Wenz a adopté les dimensions fixées par M. Batut, soit 2m,50 de hauteur sur lm,75 de largeur. Il s’est, par contre, attaché à rendre l’appareil démontable et d’un poids moindre.
- Le transport d’un cerf-volant d’aussi grandes dimensions n’est pas, en effet, chose aisée, s’il y a quelque peu de vent. Aussi comprend-on facilement l’avantage que l’opérateur trouvera à ne le monter qu’à l’endroit voulu.
- Dans ce but, deux tubes en cuivre de même diamètre sont brasés en croix. Dans chacun de ces tubes, vient se loger une canne en bon bambou munie (comme les cannes à pèche) d’une garniture en cuivre légèrement conique. Ces cannes ont les dimensions suivantes, 2m, 0m,50 et deux de 85 centimètres. La carcasse de l'appareil affecte donc la forme d’une croix. Les extrémités des branches sont réunies entre elles au moyen d’une corde. Le tout supporte une toile maintenue aux extrémités des cannes par de petites poches renforcées; de petits cordonnets placés de distance en distance, se nouent autour des cannes et maintiennent le tout.
- Ce dispositif très simple permet, comme on le voit, de monter et de démonter rapidement le cerf-volant.
- 2° Chambre noire. — M. Wenz emploie des chambrcscn bois et carton,soitdu format 11 X151/2, soit 18 X 24. La première porte un objectif simple et la deuxième un grand angulaire. Les montures des objectifs sont en aluminium.
- 5° et 4° Mode de suspension et bride. -— Après avoir essayé le dispositif indiqué par M. Batut, l’auteur a du y renoncer à cause de divers inconvénients qu’il a constatés.
- Il est tout d’abord difficile de construire un support pour la chambre, à la fois léger et suffisamment rigide; d’autre part, et a cause même de ce dispositif qui rend la chambre solidaire du cerf-volant, l’appareil est obligé de suivre constamment les mouvements qu’effectue celui-ci autour de son axe. Et alors malgré le dispositif spécial du palonnier, il arrive fréquemment que les cordes d’attaches se trouvent dans le champ de l’objectif.
- M. Wenz préconise un autre moyen qui consiste à suspendre la chambre à même dans la bride : celle-ci ne subit, en effet, aucun des mouvements
- de rotation du cerf-volant autour de son axe. La chambre prend pour ainsi dire la place du palonnier avec deux points d’attache de chaque côté, de manière à permettre de modifier avec facilité son inclinaison.
- Cette disposition présente les avantages suivants : 1° suppression complète du support de chambre adhérent au cerf-volant; 2° suppression du palonnier; o° champ de l’objectif complètement libre; 4° surface d’action du vent légèrement augmentée; 5° réglage à volonté et, facilité de l’inclinaison de chambre, depuis la vue perspective en avant, jusqu’à la vue perspective en arrière. Nous insistons sur cette dernière qualité qui est capitale. En effet, s’il est intéressant de prendre le relevé du terrain qui est au-dessous du cerf-volant ou en avant de lui du côté de l’opérateur, il peut être encore plus utile de reproduire toute la zone qui est en arrière de l’appareil. On peut obtenir ainsi des documents sur des terrains non accessibles à l’opérateur.
- 5° M. Wenz place l’obturateur, qui n’est qu’une simple guillotine, à l’intérieur de l’objectif : il obtient ainsi une légère réduction de poids et surtout de volume. Le déclenchement est obtenu par le procédé de la mèche à temps indiqué par M. Batut ou au moyen d’une deuxième corde qui permet d’opérer au moment voulu.
- 6° Dévidoir. — M. Wenz ayant l’intention de faire des expériences à des hauteurs dépassant 1000 mètres, a cherché à combiner un dispositif lui permettant l’enroulement rapide du cable afin d’abréger le plus possible cette opération. Le dévidoir -portant 2000 mètres de ficelle marquée tous les 25 mètres est supporté par un treuil qui lui permet de tourner librement. Un de ces côtés porte une épaisse rondelle de caoutchouc qui est au contact d’une roue en fonte montée sur la caisse du treuil et que l’on actionne extérieurement au moyen d’une manivelle. Le diamètre de cette roue et celui du disque de caoutchouc sont calculés de façon à obtenir six tours du dévidoir pour un tour de manivelle, on peut donc arriver ainsi à un enroulement rapide. La caisse qui supporte le dévidoir est combinée de façon à renfermer tout le matériel : chambre, glaces, dévidoir, toile du cerf-volant, sauf les montants que l’on porte à la main.
- Elle contient également une sorte de tente en toile noire qui permet de se servir de cette caisse pour changer les préparations sensibles.
- Comme on le voit d’après cette description, le matériel de M. Wenz est parfaitement compris et présente un tout parfaitement étudié. Nous avons entre les mains d’excellentes épreuves obtenues avec ce dispositif et elles sont aussi remarquables par l’exécution que par le format. Plusieurs d’entre elles atteignent le format 18/24. Nous avons fait reproduire une des intéressantes épreuves de M. Wenz (fig. 1). La figure 2 montre le cerf-volant avec la chambre disposée au milieu de la bride. Elle est orientée de façon à prendre une vue perspective en
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- arrière. Dans cette position, l’extrémité du cerf-volant se trouvera dans le champ de l'objectif, mais dans toutes les autres positions celui-ci se trouvera complètement libre.
- La figure 1 est la reproduction d’une partie d’une épreuve format 18/24 obtenue dans ces conditions. Elle représente la plage de Berck-sur-Mer. L’épreuve est d’une extrême finesse, que la gravure ne saurait reproduire. Cette vue a été prise à 305 mètres de hauteur. M. Wenz a calculé cette hauteur en mesurant un des. bâtiments reproduits sur son épreuve et la dimension du même objet sur l’épreuve, a étant cette première mesure et b la deuxième, on a : a x
- b~7
- x est la hauteur cherchée et f le foyer de l’objectif employé, on déduit alors
- X ~ b~
- En terminant, il nous paraît intéressant de dire que M. Wenz est arrivé à construire des appareils d’une grande légèreté et à réaliser ainsi de véritables progrès sur ce. qui avait été fait précédemment.
- Aliîert Loxde.
- ÉTOILES DOUBLES INVISIBLES
- M. S. W. Burnham a récemment publié les résultats de scs importantes études sur ce sujet qui peut, à première vue, paraître paradoxal, mais qui n’en est pas moins basé sur des notions absolument scientifiques. « Outre un nombre considérable d'étoiles doubles qui ont été observées et mesurées d’une manière régulière1, les astronomes comptent actuellement une nouvelle classe de couples qui peuvent être appelées des étoiles doubles invisibles, puisqu’elles n’ont jamais été vues et qu’elles sont seulement révélées par certaines particularités dans leur apparence ou dans leurs mouvements. Ce qu’on connaît sur elles est dù à des recherches relativement récentes, et on ne peut pas dire que leur existence soit absolument démontrée ; d’autant plus que les indications sur lesquelles on s’appuie proviennent d’observations plus ou moins en erreur; comme il est très difficile de distinguer un changement réel d’erreurs d’observations beaucoup plus sensibles, le résultat doit être accueilli avec précaution, surtout quand l’intervalle de temps des observations est limité. »
- Les additions les plus récentes à cette classe d’étoiles doubles sont dues au spectroscope, qui a montré un doublement périodique de certaines raies. Ce dédoublement doit être causé par les mouvements alternatifs d’approche et d’éloignement des composantes d’un couple serré à mouvement rapide. Tout en considérant cette explication comme la plus probable, M. Burnham remarque qu’il serait bon de la contrôler par des observations spectroscopiques d’étoiles doubles connues dont l’orbite est peu inclinée sur la ligne de visée. Il y a déjà plusieurs années, M. Downing indiquait l’intérêt de telles observations sur a Centaure.
- 1 Voy. n° 933, du 18 avril 1891, p. 314.
- Mais M. Burnham envisage surtout les étoiles qu’on suppose être doubles à cause des irrégularités apparentes dans leurs mouvements d'après les observations méridiennes et micromélriqucs, et pour lesquelles, à la seule exception de Sirius, il a été impossible de découvrir les corps troublants, même avec les plus puissants instruments. Aucune de ces étoiles n’a été mieux étudiée que £ Ecrevisse, et l’on peut citer à ce sujet les belles recherches de M. Seeliger. M. Burnham a représenté graphiquement toutes les positions connues de la composante C de Ç Ecrevisse, et cherché si les particularités du mouvement ne se retrouvent pas dans d’autres couples analogues, parce que, si les positions discordantes en apparence sont plutôt la règle que l’exception, cela tendrait à prouver que les particularités du mouvement sont peut-être le fait de mesures inexactes, et non celui d’un corps troublant mystérieux.
- Un examen des mesures de l’étoile C de Ç Écrevisse montre que les positions de cette étoile, ne sont pas distribuées uniformément, mais groupées plus ou moins régulièrement le long de sa trajectoire. Cela a paru indiquer que, par suite de quelque cause perturbatrice, non reconnue auparavant, le mouvement de l’étoile était tantôt accéléré, tantôt retardé, et comme cela pouvait être l’effet d'une quatrième étoile, non aperçue, on a supposé C accompagné d’une étoile obscure dont la masse est environ la même que celle de C.
- 11 se pourrait, comme l’a fait remarquer M. le capitaine Noble, que la photographie soit appelée quelques jours à révéler les compagnons problématiques de certaines étoiles. Il y aurait encore là un nouveau service rendu à la science par l’art de Daguerre et de Niepce1.
- LES
- CORBEAUX SONT-ILS UTILES OU NUISIBLES
- a l’agriculture?
- S’il est une question discutée, c’est assurément celle que nous posons en tête de cet article. Consultez les agronomes, les naturalistes et les praticiens, les uns vous diront catégoriquement oui, les corbeaux sont nuisibles ; les autres vous répondront avec autant d’assurance non. Or, ces dissidences, remarquez-le bien, n’existent pas seulement entre agriculteurs et écrivains agricoles, elles ont lieu également entre les divers gouvernements qui ont établi une législation sur la protection et la destruction des oiseaux. C’est ainsi que le Corbeau est regardé comme utile en Prusse, en Bavière et en Autriche, tandis que la France (liste dressée par le Muséum d’histoire naturelle), le Massachusetts, l’Ontario, le considèrent comme nuisible. C’est pour élucider cette question que le Ministère de l’agriculture des États-Unis vient d’ordonner une enquête à cet égard. Nous ne savons pas ce qui ressortira de celle-ci, mais ce que nous pouvons dire, c’est que ses résultats, applicables h l’Amérique, ne profiteront guère à l’agriculture internationale. En effet, nous croyons, et nous ne sommes pas seul à penser de la sorte, que ces nom-
- 1 D’après le Bulletin astronomique publié parM. Tisserand.
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- breuses contradictions a l’égard d’un oiseau aussi répandu, tiennent surtout à deux causes : 1° c’est que l’on confond communément sous la dénomination par trop générale de Corbeaux, une foule d’oiseaux du gi oupe des Corvidés, ayant entre eux beaucoup de ressemblance au point de vue physique, mais dont les mœurs et le genre de vie sont loin d’être les mômes; de l'a, on le comprend sans peine, une première cause d’erreur ; 2° les mœurs d'une espèce étant connues, celle-ci sera franchement utile dans des conditions culturales données, tandis qu’elle sera non moins franchement nuisible dans d’autres lieux où les productions agricoles seront différentes.
- Ce sont ces deux considérations que nous voulons quelque peu développer, croyant ainsi, non pas résoudre la question, mais aider un tant soit peu à sa solution, en mettant en garde les agriculteurs contre l’exclusivisme qui donne souvent lieu à plus de méprises que les principes erronés eux-mêmes.
- Donc, nous pourrions hardiment changer le titre de cette élude et poser alors cette autre question : Les Corvidés sont-ils utiles ou nuisibles à l’agriculture? Par celte appellation de Corvidés, les ornithologistes désignent les Fringilli-des à bec grand, fort, à bords tranchants et dentelés1, aux ailes arrondies, de longueur "moyenne, la quatrième rémige étant ordinairement la pius longue, la queue formée de douze pennes. La coloration généralement noire varie très peu» toujours elle est foncée, et c’est précisément ce qui donne lieu à la confusion.
- Les Corvidés qui nous intéressent au point de vue spécial auquel nous nous plaçons ici, sont au nombre quatre : 1° Le Corbeau ordinaire ou grand Corbeau (Corvus corax) qui peut être ainsi caractérisé : corps allongé d’environ 66 centimètres de longueur, ailes longues et pointues ; queue de longueur moyenne tronquée sur les côtés ; bec très arqué en dessus, plus long que la tête. Plumage entièrement noir, seul l’œil est brun. Envergure de 1 mètre 40 (fîg. 4). Tel est le Corbeau ordinaire ou Corbin ou Croa, très répandu dans toute l’Europe, l’Amérique du Nord et une partie de l’Asie.
- Le régime de cet oiseau est essentiellement
- omnivore, il mange des fruits, des graines, des insectes, de la viande, de petits oiseaux même, en un mot, tout lui est bon. Au moment des semailles, les déprédations de ces oiseaux sont énormes; avec leur long bec crochu, ils ont vite fait de déterrer le grain, et même de l’arracher quand il commence à lever. 11 est à remarquer que le premier et le dernier rayon du semoir ont surtout à souffrir; en effet dans ces deux rayons, le soc passe où la raie du semoir a passé; la terre se trouvant tassée, le grain est moins profondément enterré. Le Corbeau, naturellement très intelligent, a bien vite reconnu la raie du semoir et alors il sautille sur cette raie et ne manque pas un grain ; d’après M. Machet, propriétaire agriculteur dans la
- Marne, il préférerait même le grain quand il lève ou bien quand il est en l’air, c’est-à-dire gonflé et que le germe commence à partir. Aussi, d’après tout ce qui précède, pouvons-nous considérer le grand Corbeau comme franchement nuisible. Dans la liste dressée par le Muséum, il est rangé parmi les animaux malfaisants qui peuvent être détruits en tout temps. Sous ce rapport il prend place à côté de l’Kper-vier, de la Buse, du Faucon et du Pigeon ramier. Nous verrons plus loin comment on peut le détruire.— 2uLa Corneille (Corvus co-rone). Les Corneilles se distinguent des Corbeaux par leur bec plus petit, à peine aussi long-que la tête, et toujours emplumé à la base, la queue est arrondie, non tronquée. Le plumage est entièrement noir à reflets violets, mais non brillants. La longueur du corps atteint 50 centimètres et l’envergure 1 mètre environ. On en distingue deux espèces, la Corneille noire ou Grolle, Cornaille, et la Corneille grise ou mantelée, encore appelée Religieuse, qui ne diffère de la précédente que par la tête, la gorge, l’abdomen et la queue qui sont d’un gris cendré (fig. 2, à droite).
- Les mœurs des Corneilles sont à peu de chose près celles des Corbeaux; elles sont omnivores, mais préfèrent toutefois les insectes et surtout les vers blancs aux substances végétales ; elles font aussi une grande destruction de mulots, de campagnols, etc. D’après Brehm, on peut hardiment »les ranger parmi les animaux les plus utiles de nos contrées.
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- Sans elles, les vertébrés nuisibles, les insectes, qui causent tant de pertes à l’agriculture, pulluleraient bien autrement qu’ils ne le font. C’est peut-être aller un peu loin, car les Corneilles pillent aussi les nids, et lorsqu’elles peuvent saisir une perdrix ou un lièvre, elles ne se font pas faute de s’en délec-
- ter. Enfin, les semis ont aussi quelquefois à souffrir de leur voracité. Nous croyons que lorsque ces oiseaux sont peu abondants dans une localité, on peut les laisser en paix ; mais lorsqu’ils pullulent, comme cela arrive très souvent, il faut, sinon les détruire, ce qui est difficile, tout au moins les
- Fig. 2. — Corbeau Freux des moissons et Corneille inautclée.
- éloigner et mettre les semis à l’abri de leur ravage. Un agriculteur anglais, M. Howard, préconise dans ce but le chaulage des semences avec la composition suivante : pour un hectolitre, 200 grammes de goudron ; 2 litres d’eau bouillante, le tout mélangé avec deux litres d’eau contenant 100 grammes de sulfate de cuivre en dissolution.
- Les semences ainsi traitées lèvent, parait-il, très bien
- et Corneilles et Corbeaux les délaissent à cause de leur odeur. Il n’en est pas moins vrai, que dans la liste dressée par le Muséum d’histoire naturelle en 1861, la Corneille est rangée parmi les animaux nuisibles, mais avec cette restriction que la chasse peut en être néanmoins interdite temporairement, suivant les nécessités locales. — 3U Le Freux des moissons ou petit Corbeau (Corvus frugilegus) (fig. 2,
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- à gauche) est à peu près de la même taille que la Corneille, soit une longueur de 50 centimètres. Le bec est dépourvu de plumes. Le plumage est entièrement noir-bleu à retlets pourpres, sauf le bec et les pieds qui sont gris. En hiver, les Freux forment des troupes nombreuses dans nos campagnes. Les habitudes des Freux ont beaucoup d’analogie avec celles des Corneilles, ils détruisent une quantité énorme de hannetons, de vers blancs et de petits mammifères rongeurs. D’après M. Edm. de Selys-Longchamps, les Freux font une guerre persévérante à toutes les mauvaises larves dans toutes les saisons. Ils détruisent dans les campagnes quantité de limaçons et suivent le sillon derrière la charrue, pour ramasser les vers blancs du hanneton et d’autres larves nuisibles.
- « Nous connaissons un petit bois de 7 à 8 hectares, dit l’auteur précédent, où chaque année se construisent de 600 à 1200 nids de ces oiseaux. Il faut convenir que les cris incessants des parents et des jeunes, le guano qu’ils répandent sous les arbres (nous avons vu jusqu’à 100 nids sur un seul peuplier blanc), les pointes des jeunes sapins, quelquefois cassées par les oiseaux qui s’y posent, les petites branches coupées pour construire les nids, chaque nid équivalant à un fagot, il faut convenir, disons-nous, que tout cela est peu agréable. Mais ces inconvénients sont peu de chose en comparaison des services immenses que rendent les Freux en accompagnant les laboureurs et en épurant des vers blancs les prés où cette vermine arrive parfois à faire périr complètement l’herbe. A notre avis, on ne pourrait détruire sans danger les Freux que dans les localités où les taupes seraient nombreuses et protégées. Ces deux animaux ne se ressemblent que par leur couleur et leur nourriture, mais ils peuvent se remplacer l’un par l’autre pour l’utilité agricole. »
- En automne, les Freux ont le tort de dépouiller les noyers, les châtaigniers et de trop glaner dans les champs ensemencés et dans ceux de pommes de terre où au printemps ils déterrent assez souvent les tubercules que l’on vient de planter. Dans ce dernier cas, il faut procéder comme pour les Corneilles et éloigner les Freux par un moyen quelconque. — 4° Le Choucas (C. monedula) est le plus petit des Corvidés, il mesure 35 centimètres de longueur et 68 centimètres d’envergure, il est très répandu en France ; le bec est très court, fort, légèrement recourbé. Le plumage est noir-bleu, le front et le sommet de la tête d’un noir foncé, l’œil d’un blanc d’argent; on trouve surtout ces oiseaux dans les vieilles tours et les clochers; ils sont surtout insectivores : les insectes adultes, les limaces, les larves et les chenilles, forment la base de leur alimentation, mais ils mangent aussi des grains, des fruits et les jeunes pousses. Quoique les dégâts qu’ils occasionnent ne puissent être mis en parallèle avec les énormes services qu’ils rendent, les agissements des Choucas doivent être surveillés, de manière à sévir contre eux, lorsqu’ils se multiplient trop dans une localité.
- Les Choucas se joignent aux Freux et aux Corneilles pour opérer leurs migrations hivernales, mais au printemps chaque paire revient dans son ancienne demeure. Quelques espèces passent néanmoins l’hiver chez nous.
- Telles sont les quatre espèces de Corvidés auxquelles le cultivateur peut avoir affaire. Nous le répétons, la première est franchement nuisible, les trois autres peuvent être rangées parmi les animaux mixtes ; mais pour notre part, nous nous refusons à admettre l’une ou l’autre dans le groupe des animaux utiles, dans la vraie acception du mot.
- Nous avons vu comment on peut préserver les semences des atteintes de ces oiseaux, les autres moyens par lesquels on parvient à les éloigner consistent d’abord à tendre dans les champs ensemencés, à quelques centimètres du sol, de longs fils de colon blancs attachés à des piquets et dont les extrémités flottent au vent. Ces fils intriguent les Corvidés qui n’osent s’abattre sur le champ, ils flairent là un danger, car ce sont de tous les oiseaux les plus méfiants et les plus rusés, surtout le grand Corbeau qu’on a surnommé le Renard des oiseaux.
- La destruction proprement dite n’est pas chose aisée. Tirer le Corbeau avec des armes à feu est difficile, car, dès qu’on fait mine d’épauler, le rusé compère prend son vol.
- M. Reipard recommande beaucoup le système qui consiste à étendre sur les terres ensemencées et sur les meules (où les Corvidés démolissent toutes les couvertures) des Corbeaux morts ; cependant il est préférable, comme l’a conseillé M. Chassant, non pas de les étendre, mais de les suspendre à un piquet. A la vue de leur semblable ainsi immolé, les autres Corbeaux s’éloignent toujours. Le tout est d’en tuer quelques-uns. Voici comment s’y prend M. Reipard :
- «Ilfaut,dit-il,user de ruse,les prendre au piège, ou les enivrer. On arrive à ce dernier résultat en faisant bouillir 1 gramme et demi à 2 grammes de noix vomique pendant 25 à 50 minutes dans trois quarts de litre d’eau. On y met ensuite un demi-litre de froment qu’on mélange bien'pendant 5 minutes. On place ce mélange par cuillerées à bouche par-ci par-là sur les différentes parties de la terre infestée par les Corbeaux. Il est nécessaire de surveiller le champ, car, aussitôt que le corbeau est enivré, il bat de l’aile et toute la bande disparait pour revenir le lendemain, quand le malade a disparu. 11 faut alors s’empresser de prendre ceux qui sont restés dans le champ.» Ces Corbeaux, M. Reipard les fait tremper pendant deux jours dans une forte dissolution de sulfate de cuivre qui aide à leur conservation et empêche les carnassiers de les dévorer quand ils sont déposés sur les terres.
- 11 convient surtout de les mettre au moment de la levée. Ce moyen est excellent et facile à mettre en pratique; il est, en tous cas, préférable à celui qui consiste à tirer des coups de fusil, car la poudre est chère et l’effet produit n’est que momen-
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- tané ; quant aux mannequins et épouvantails de toutes sortes qu’on fait dans le même but, au bout de quelques jours les Corbeaux ne manquent pas de venir s’y poser. C’est donc peine perdue.
- 11 est une localité en France où la fiente des Corbeaux est utilisée par les cultivateurs à la fertilisation des terres ; cet engrais se rapproche beaucoup du guano et produit de bons effets. C’est au château de Coigny près de Carentan (Manche) où se trouve maintenant une Ecole d’agriculture. Le sol est littéralement couvert des déjections de ces oiseaux qui nichent sur les grands arbres. 11 n’y a pas, dans toute la France un endroit où ces oiseaux soient plus nombreux. Toutefois ajoutons que les cultivateurs aimeraient bien mieux être privés de cet engrais et surtout des fabricants.
- Nous ne saurions mieux faire pour terminer cette étude que de donner ici l’appréciation d’un agriculteur émérite, M. Roussel, qui considère le Corbeau comme un fléau pour l’agriculture. « Si quelques rares cultivateurs croient à l’utilité du Corbeau, dit-il, je pense qu’ils se trompent, car, après les froids d’hiver, au moment où les vers blancs remontent de la profondeur d'une raie de labour, cet oiseau a disparu; il en reste bien encore quelques-uns, mais en bien petit nombre et pour y manger les avoines que l’on est en train de semer et les blés derniers semés, qui, contraries par la température, n’ont pas pu lever assez tôt et qui sont dévorés par ces voraces oiseaux, qui disparaissent ensuite. Je ne parle pas des dégâts énormes que cet oiseau vient encore causer un peu plus tard, au commencement de la maturité des céréales de toutes espèees, depuis les avoines précoces jusqu’aux blés tardifs, etc. Les légumineuses, pois, bisailles, pommes de terre, etc. fournissent aussi leur dlme à la voracité des Corbeaux; les personnes intéressées en savent quelque chose, elles sont bien de mon avis, j’en suis certain, et elles demandent à grands cris la destruction de ces détestables oiseaux. »
- La conclusion de tout ce qui précède est que le grand Corbeau doit toujours être détruit, et que les Corneilles, Freux et Choucas doivent être éloignés de nos cultures et même détruits en partie lorsqu’ils viennent à se multiplier outre mesure dans une localité. Albert Larbalétrier,
- Professeur à l’Éeole d’agrieullurc du Pas-de-Calais.
- LES DEUX PHARES DU CAP FRÉHEL
- Une des excursions les plus habituelles des baigneurs des côtes bretonnes est celle du cap Fréhel, énorme masse granitique aux parois verticales, qui s’avance comme un coin puissant au milieu des flots de la mer, séparant les baies de Saint-Brieuc et de Saint-Malo. Le cap est composé d’une sorte de granit amphibolique grisâtre, disposé par strates horizontales et traversé par des filons de roches porphy-riques rougeâtres et de syénite. Tout autour, la mer
- est parsemée d'îlots et de récifs témoins des luttes passées contre l’océan. C’est, d’un côté, une masse pyramidale verdie par les mousses et qu’on nomme l’Amas du cap, plus loin, les Ecarets, et de l’autre côté, les brisants de l’anse des Sévignés.
- Les convulsions géologiques et les fureurs de la mer se sont plu à l’envi à façonner la falaise; on reconnaît l’effort des premières dans les brisures et les inclinaisons diverses que les soulèvements ont fait prendre aux stratifications d’abord horizontales ; en plus d’un point la côte est profondément fissurée. Telle, dans l’anse des Sévignés, cette énorme fente qui l’entaille du haut en bas, à peine large de 2 mètres, et se prolongeant de près de 1 kilomètre dans les terres : bien que les petits pastours s’amusent souvent à franchir d’un bond l’effrayant précipice, une terreur naturelle l’a fait appeler dans le pays le trou d’enfer, Toul-an-Ifern.
- Près de l’extrémité du cap, une de ces fissures est particulièrement curieuse : des sortes de ponts en arcades rejoignent de-ci de-là les deux parois qui se creusent et se bombent de la façon la plus capricieuse ; tout au fond du gouffre qu’on ne peut sonder du regard sans frémir, la mer déferle constamment et son chant monotone s’enfle d’une manière bizarre en remontant les hautes murailles rougeâtres.
- Lorsque, bravant le vertige, on descend aux heures de marée basse au pied du promontoire, par un de ces sentiers en lacets, œuvre des douaniers et des pâtres, on est frappé de la sauvage beauté du cap. La muraille de granit, haute de 75 mètres, s’élève presque verticale, hérissée de pans de murs inaccessibles, d’obélisques dont les assises régulières rendues frustes par les coups de vent, semblent comme les ruines de quelque antique et cyclopéenne cité.
- Sur la gauche, la mer a creusé, à la base de la falaise, des grottes profondes, dont elle remanie sans cesse les architectures dans ses jours de colère : les unes, prenant jour par une seule arcade hardie, ont leur sol recouvert d’un sable d’une finesse extrême ; les autres, découpées en plusieurs arceaux, contiennent une sorte de table, gigantesque autel d’un culte inconnu; d’autres se terminent en étroites cavernes dans lesquelles circulent constamment la mer, dont le flot ne s’éloigne jamais beaucoup. Elle est la limpide et bleue dans ses jours de belle humeur, laissant apercevoir, à travers ses ondes de cristal, tout son étrange monde sous-marin : les crevettes transparentes, zébrées de brun, filent avec agilité au milieu des fucus et des varechs ; les rochers sont tapissés de toutes les variétés d’anémones aux éclatantes couleurs, vertes, roses, blanches, singulières fleurs de la mer, qui se referment vivement au moindre bruit suspect.
- Lors des tempêtes, le spectacle est des plus émouvants ; la lame écumeuse vient se briser avec fracas contre la falaise, lançant dans les airs d’énormes fusées d’eau qui remontent le long des parois, jusqu’à la plate-forme supérieure. Les galets jetés
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- LA NATURE.
- contre le mur de granit produisent un roulement continu, dont les échos se répercutent sourdement dans les grottes, et alors, éperdus, chassés de leurs retraites, les mouettes et les goélands volent de tous côtés en poussant leurs lugubres cris d’appel.
- Du haut du cap, lorsque le ciel est pur, on a une vue merveilleuse : jusqu’à l’horizon s’étend la mer toute bleue, piquée çà et là de points blanchâtres, les Minquiers et les îles Normandes. A gauche, la haie de Saint-Brieuc avec ses longues grèves au sable doré, au premier plan, Er-quy et ses falaises de granit rose que la main de l’homme a déflorées et qui s’en vont, peu à peu débitées en petits cubes, paver nos grandes villes.
- Plus loin, l’entrée du Légué, défendu par son promontoire que couronne, svelte, fière encore, la tour de Gesson; plus loin le Por-trieux, Saint-Quay et l’île de Bréhat. A droite, c’est l’anse des Sévignés, aux rudes falaises, terminées par une presqu’île granitique sur laquelle s’est cramponné le petit fort de la Latte(fig.2). Delà vieille forteresse féodale, élevée vers 957 par le sire Goyon de Matignon, il ne reste guère que le donjon, haute tour coiffée, bâtie sur le point culminant du rocher. Les deux ponts-levis défendus par des ravelins et des mâchicoulis, les longues courtines accotées de tourelles d’angle et les deux étages de batteries aux larges embrasures de granit font reconnaître l’œuvre d’un disciple de Vauban. Ce fut en effet, en 1689, que Louis XIV fit réédifier par M. de Garengem le fortin à demi détruit lors des guerres de la Ligue et en fit une défense avancée de Saint-Malo. Déclassé depuis peu, le fort de la Latte commence à se ruiner et les anciens corps de garde sont transformés maintenant en étables. Tant pis, la petite forteresse, i
- si pittoresquement campée sur sa base de granit, a encore fière mine, et c’est avec une sorte de respect que nous avons parcouru ses enceintes, notant l’épaisseur de ses murs, son fourneau à rougir les boulets et ses ponts-levis hardiment jetés sur l’abîme qui le sépare de la terre ferme.
- Au delà du fort on aperçoit la pointe de Sainl-Cast, plus loin, Saint-Malo avec ses fortes murailles baignant leur pied dans le Ilot et, tout à l’horizon, s’estompent, en ligncsindécises, les plages du Cotentin.
- La pointe du cap est couronnée par une lande qui s’étend au loin, plate et monotone, couverte d’un gazon ras d’où émergent çà et là quelques touffes de bruyères ou d’ajoncs. Cette immense solitude que pas un seul arbre ne vient égayer a un cachet de tristesse tout particulier. Seules, près de l’extrémité du cap, tranchent vivement les con-structions du phare, avec leurs murailles et leurs toitures soigneusement blanchies à la chaux, de manière à être facilement signalées au large par les navigateurs. Au milieu des bâtiment s d’habitation, enclos d’un long mur, s’élèvent deux phares d’aspect bien différent: d’un côté, c’est une tour ronde massive, trapue, gardant dans ses rudes contours comme un reflet du temps passé; à côté, blanche et élancée, se dresse la tour moderne (lig.l). Dans ces deux édifices, nous trouvons comme condensée toute la série des perfectionnements apportés à l’éclairage de nos côtes. Il est curieux d’en suivre les progrès, l’histoire en main. Nous laisserons de côté la tradition apocryphe qui veut qu’à l’extrémité du cap s’élevait autrefois une tour de signaux rom aine : les Romains n’étaient guère navigateurs, leurs colonies, peu considérables de côté de l’Armorique, et leur transit avec la
- Fig. 1. — Le capFréhel; à gauche la Tour des Malouius, au centre le nouveau phare.
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- Grande-Bretagne se faisait plutôt du côté de Boulogne; là seulement, ils avaient songé à établir des leux de côte; du reste, nous ne trouvons nulle part dans les anciens historiens du pays mention d'un pareil établissement.
- Ce fut seulement en 1687 que les armateurs de Saint-Malo songèrent à rendre plus facile l’entrée de leur port, défendu au loin par une multitude d’îlots et de récifs, débris du vieux pays d’Aleth. Nous avons trouvé la charte, en date du 26 septembre 1687, par laquelle Charles-Auguste de Matignon, comte de Cacé, vend à la communauté de ville de Saint-Malo « une quantité de terres et de rochers contenant trois journaux, située sur la pointe du cap Fréhel, vers la mer, paroisse de Plévénon, évêché de Saint-Brieuc, pour établir un fanal destiné pour la sûreté
- de la navigation, etc. » Ce fut seulement quelques années plus tard, en 1695, qu’eut lieu la construction du phare, considéré alors comme une merveille. Il se compose d’une tour ronde d’environ 50 pieds de haut, accoté d’une tourelle contenant un escalier qui dessert les différents étages et la plate-forme supérieure. La tour principale comprend trois étages voûtés en granit rose d’Erquy et servant de magasins et de logements aux gardiens. Au centre de la plate-forme supérieure s’élève une tourelle construite en pierres de gros appareil et dont le dessus est en forme de cuvette hémisphérique. D’abord à la charge des Malouins seuls, le fanal se composait d’un simple bûcher de fagots, des bourrées comme on dit dans le pays. Un arrêt du Conseil, en date du 21 avril 1717, régla que l’entretien du feu
- serait à l’avenir assuré par un droit de « deux sous par tonneau prélevé sur chaque vaisseau, barque ou autre bâtiment ponté, tant français qu’étranger, qui entrerait dans tons les ports ou havres de Bretagne et de Normandie, depuis ledit cap Fréhel jusques et y compris celui de Regneville, dans le Cotentin ». Ce droit, avec quelques variantes, fut pratiqué jusqu’en 1789. Pendant longtemps, le phare fut éclairé en hiver à l’aide d’un brasier de charbon de bois, plus tard, de houille; on montre encore la grille à demi rongée et, à côté du phare, un monticule de cendres et de scories caché maintenant sous une couche de gazon. Pendant l’été, le fanal était muni d’une sorte de lanterne primitive dans laquelle brûlaient des chandelles : on peut se figurer quelle faible portée devait avoir un tel système.
- Au commencement du siècle, on employa une lanterne tournante éclairée par huit becs d’Argand à réflecteur parabolique fournissant des éclipses à
- deux minutes et demie d’intervalle. En 1821, on y substitua des réverbères; la portée était alors de 8 à 10 lieues marines. En 1847, en suite du nouveau programme d’éclairage maritime de nos côtes, travail commencé en 1825, le phare nouveau fut édifié à une trentaine de mètres de l’ancien1. La tour, de forme octogonale, a 22 mètres de hauteur et se termine par une terrasse au centre de laquelle s’élève une tour ronde formant le soubassement de la lanterne. La grande tour sert de cage à un escalier en spirale, qui monte jusqu’à la terrasse, laissant au centre un large espace vide dans lequel descendent lentement les poids qui mettent en mouvement l’appareil dioptrique auquel on accède par un étroit et rude escalier de métal. Nous ne décrirons pas la lampe à cinq mèches concentriques, son système d’horlogerie qui lui distribue régulièrement l’huile,
- 1 La situation exacte du nouveau phare est par 48°4P05" de latitude nord et 4° 39'23" de longitude ouest.
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- LA NATURE.
- et l’appareillage de lentilles et de prismes de lm,50 de diamètre : ce sont là des questions familières aux lecteurs de La Nature qui, à plusieurs reprises, a de'crit les nouveaux appareils d’éclairage. Le phare a une portée de 22 milles marins : c’est un feu de premier ordre, à éclipses de demi en demi-minute. A l’heure actuelle, on travaille à substituer la lumière électrique à l’ancienne; des bâtiments, dans ce but, ont été élevés de chaque côté de la cour d’entrée, mais bien que les travaux soient commencés depuis longtemps, la substitution n’est pas encore laite et l’ancienne lampe à huile continue à envoyer dans les airs sa lumière rougeoyante.
- Telles sont, à grands traits, les phases diverses par lesquelles ont passé les deux phares du cap Fréhel.
- 11. Fouiuieh.
- LE CHAMPIGNON PARASITE DES CRIQUETS
- Depuis quelques mois les journaux politiques petits et grands publient sur les champignons ontomophyles et leur application à la destruction des insectes nuisibles des articles que je considère comme dangereux, moins encore par les erreurs scientifiques qu’ils renferment que par les espérances fallacieuses qu’ils peuvent faire naître. On prépare ainsi de profondes déceptions et le discrédit d’une méthode qui, sagement et patiemment élaborée, donnerait les meilleurs résultats et préserverait notre agriculture de ses plus terribles fléaux.
- La Nature, en vulgarisant la science et la mettant à la portée des profanes, est la meilleure source où les chroniqueurs des journaux quotidiens puissent chercher les informations dont ils ont besoin. C’est ce qui me détermine à répondre à une Note publiée par M. Ch. Bron-gniart dans le n° du 22 août 1891 '. L’éloignement où je suis en ce moment des grands centres scientifiques ne m’a pas permis d’en prendre connaissance plus tôt.
- Je ne m’arrêterai pas à relever les inexactitudes de cet article. Tous les naturalistes savent que les entomophthorées étaient connues avant 1878 et que M. Ch. Brongniart ne les a pas plus inventées qu’il n’a inventé leur application à la destruction des insectes nuisibles. L’on sait aussi que les recherches de M. Pasteur ont porté principalement sur la pébrine et la flacherie et non sur la muscardine étudiée antérieurement par Audouin, Montagne, de Quatre-fages, etc.
- Je voudrais seulement amener M. Brongniart à sortir des équivoques et des explications confuses où il se com plaît, à préciser ses étonnantes découvertes et à en fournir des preuves de nature à satisfaire non seulement les lecteurs du Petit Journal et du Figaro, mais aussi les personnes ayant une certaine culture scientifique. Il importe avant tout de bien savoir de quel parasite il s’agit, car dans cette matière difficile chaque cas particulier doit être étudié séparément. Ce qui convient à un insecte et à un parasite déterminés, ne peut être appliqué sans modifications, souvent très importantes, à d’autres insectes et d’autres parasites.
- « Le 8 juin 1891, dit M. Ch. Brongniart, j’annonçais à l’Académie des sciences que j’avais découvert un champignon microscopique du genre Botrytis qui amenait la mort des criquets pèlerins adultes qui envahissaient l’Al-
- 1 Voy. n° 951, du 22 août 1891, p. 186.
- gérie et, dans la séance du 15 juin, M. Trabut, à qui j’avais fait part de ma découverte, s’empressait de décrire ce cryptogame sous le nom de Botrytis acridiorum. » Ne cherchons pas à vérifier pour le moment si le rôle que M. Ch. Brongniart fait jouer au savant botaniste de l’Ecole de médecine d’Alger est bien conforme à la vérité. Les journaux d’Algérie nous ont fourni sur cet incident de curieuses révélations que nous utiliserons peut-être un jour. Nous retiendrons seulement, du passage cité, l’affirmation que le champignon décrit par M. Trabut n’est autre que celui trouvé par M. Ch. Brongniart sur les criquets pèlerins.
- Or, d’après M. Trabut, les spores de ce cryptogame seraient ovoïdes et auraient une longueur de 15 p. tandis que M. Ch. Brongniart les déclare semblables à celles de Botrytis tenella et B. Bassiana (lesquelles d’ailleurs ne se ressemblent nullement) et leur attribue la dimension de 1 p environ.
- Aucune des espèces entomophytes qu’on rapporte improprement au genre Botrytis n’a des spores atteignant la longueur de 15 p.. Mais cette longueur correspond assez exactement à la taille moyenne des spores du champignon trouvé par MM. Künckel et Langlois sur les criquets pèlerins.
- MM. Kunckel et Langlois ont avec raison rapproché ce dernier parasite de Polyrhizium leptophyei. Grâce aux envois de criquets infestés que M. Künckel a bien voulu m’adresser, j’ai pu obtenir des cultures pures de celte espèce à laquelle j’ai donné le nom de Lachnidium acridiorum. Tandis que sur les criquets les spores de Lachni-dium sont aseptées ou uniseptées comme celles des Cla-dosporium, les cultures jeunes donnent d’abord une forme Fusisporium ou Selenosporiuhi à longues spores, courbes, pluriseptées ; plus tard apparaissent en outre des spores pluricellulaires en ballots analogues à celles de Sar-cinella.
- D’après M. Ch. Brongniart, le champignon dont il est question dans la Note de MM. Künckel et Langlois est encore sans aucun doute le cryptogame qu’il a étudié lui-méme.
- S’il en est ainsi, nous pouvons affirmer qu’il ne s’agit nullement d’une Isariéc, mais d’un champignon d’un groupe tout différent, parasite purement superficiel et peu dangereux pour les criquets, ainsi que l’ont reconnu d’ailleurs MM. Künckel et Langlois. Des essajji.de contamination sur divers orthoptères indigènes (Locusla viridis-sima, Decticus verrucivorus, Stenobothrus blgullulus, etc.) m’ont prouvé qu’on ne peut guère compter sur l’efficacité de ce cryptogame pour la destruction des criquets, même dans nos régions humides.
- 11 est toujours désagréable pour un homme de science d’avoir à produire uniquement des résultats négatifs. Les audacieuses affirmations de quelques naturalistes, dont j’aime mieux suspecter la prudence que la bonne foi, rendent cependant nécessaire la publication de ces résultats. Après de nombreuses expériences poursuivies pendant plusieurs années, j’ai déjà mis en doute l’infestation d’insectes de divers ordres par les spores durables de YEnto-mophlliora calliphoræ annoncée avec quelque emphase par M. Ch. Brongniart en 1888 L Je me permets de douter aujourd’hui de la destruction de milliers de jeunes criquets par l’aspersion de spores de Lachnidium.
- Lorsque j’ai parlé de l’infestation artificielle de la larve du hanneton par Ylsaria densa (Link) j’ai montré à la Société de biologie (11 avril 1891) des cultures pures de
- 1 Voy. Bulletin scientifique de la France et de la Belgique, t. XX, 1889, p. 208, 210.
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- ce cryptogame et des insectes infestés aux diverses périodes de la maladie. Je demande que M. Ch. Bron-gniart fasse de même pour le champignon des criquets.
- La comparaison que M. Ch. Brongniart établit a priori entre le parasite du ver blanc et le prétendu Bolrytis des criquets, n’est pas soutenable un seul instant pour ceux qui ont étudié le développement des muscardines dans leurs milieux naturels.
- M. Ch. Brongniart aurait dù rappeler aussi les deux Isaria trouvées par Krassilstschik sur les pontes d’acridiens et les comparer avec le soi-disant Botrytis des criquets.
- En résumé : 1° il est impossible, malgré tout ce que M. Ch. Brongniart a écrit ou fait écrire sur ce sujet, de savoir quel champignon il a étudié, et de décider si ce champignon est bien celui dont il dispute la découverte à MM. Trabut, Künckel et Langlois; 2° si comme le prétend M. Ch. Brongniart, il s’agit bien d’un seul et même cryptogame; quel que soit le nom qu’on lui donne, ce parasite est purement supcrliciel et ne peut causer la mort que d’un petit nombre de criquets déjà épuisés ; 3° si au contraire M. Brongniart a rencontré un parasite différent de celui signalé par MM. Trabut, Künckel et Langlois et voisin de Ylsaria densa, pourquoi n’a-t-il pas indiqué l’aspect des cultures et la marche de l’infestation?
- Alfred Giard.
- CHRONIQUE
- Décadence du thé chinois. — L’exportation des thés chinois n’a pas repris pendant l’année 1800; la décroissance, au contraire, s’accentue de plus en plus. Sans parler du thé en brique qui s’exporte spécialement et même uniquement en Russie et qui est formé de poussières de thé agglomérées par une forte pression, ce pays est actuellement le principal débouché des thés noirs chinois, soit par importation directe, soit par l’intermédiaire du marché de Londres. Quant à l’Angleterre, elle achète de moins en moins pour elle-même en Chine, et les thés de l’Inde et de Bornéo tiennent le premier rang par leur bon mal'ché. On verra d’après le tableau suivant que la lutte est loin de présager un prochain relèvement des thés chinois :
- En 1880, l’exportation était de 90 232 950
- 1887, — __ 84 566 084
- 1888, — —. 77 452 441
- 1880, — — 75 740 133
- 1890, — — 69 342 354
- -Les principales causes de cette diminution au profit de l’Inde, sont : 1° l’importance des capitaux engagés dans l’Inde et à Bornéo ; la franchise du droit d’exportation dans ces pays ; 3° les conditions supérieures de culture ; 4° les facilités des relations entre planteurs et commissionnaires; 5° les facilités de transport; 6° l’étendue des plantations permettant le travail à la machine. II semble que le Tonkin français puisse prétendre à réunir toutes ces conditions qui ont fait du thé de l’Inde le redoutable concurrent du thé chinois.
- Nouveau procédé de fondation sous l’eau. —
- Dans le procédé de fondation hydraulique, appliqué récemment par M. Neukirch, ingénieur civil à Brème, au lieu de draguer ou de déblayer la couche plus ou moins épaisse de sable ou de gravier qui recouvre, sous eau, le terrain solide, on la durcit par la pénétration d’une matière pulvérulente et prenant prise comme un mortier. L’empla-
- cement de la fondation ayant été limité, au besoin, par une enceinte de planches, la pénétration du ciment en poudre, tel qu’on le livre au commerce, s’obtient par une insufflation rayonnante sous la pression d’un fort courant d’air. L’appareil, fort simple, consiste, en un tube de fer dont le fond se termine par une pointe percée de trous, et qui est relié à une pompe à air par un tuyau en caoutchouc. Ce tube a un treuil porté par un trépied, de manière à pouvoir être enfoncé jusqu’au terrain solide. Les enfoncements successifs sont espacés entre eux de 20 à 30 centimètres, et la quantité de ciment à insuffler à chacun d’eux, est déterminée par cet espacement et par la profondeur de la fondation; elle est versée dans un compartiment spécial en fer à l’aide d’une trémie à fermeture mobile. On commence par descendre le tube sous la pression d’un courant d’air pur, dont l’action sur le fond le maintient en place, et l’on peut ainsi obtenir, dans le sable détrempé, un enfoncement de 4 mètres en une demi-minute de temps. Dès qu’on a atteint la profondeur voulue, on laisse passer le ciment que le courant d’air entraîne et fait pénétrer dans le sable environnant, pendant qu’on lève lentement le tube. Cette pénétration détermine un bouillonnement du sable et du ciment, qui en opère le mélange parfait. La solidification complète sous l’eau, demande quelques semaines, comme pour le béton.
- La chaussure & talons élastiques. — Le choc sur le sol communique à l’homme une vibration de tout le corps et particulièrement de l’encéphale, ce qui, à la suite de marches prolongées, est une cause de céphalalgie très pénible. Les gens fatigués s’efforcent de diminuer ce choc douloureux en fléchissant le corps, en traînant les pieds et en recherchant les bas-côtés de la route, où la terre molle est garnie d’un tapis d’herbe moelleuse. La contusion du talon et la céphalée de trépidation sont certainement un facteur sérieux de cet élément complexe appelé la « fatigue. » Un médecin militaire, M. IL-J.-A. Collin, a essayé : 1° d’amortir par un talon de caoutchouc l’ébranlement trop sensible des organes; 2° d’emmagasiner par la compression du caoutchouc la force qui se stérilise dans le choc du talon et de l’utiliser pour la progression au moment où le talon se délache du sol, de la même manière que le vélocipédiste évite une trépidation insupportable et augmente sa vitesse en garnissant les roues de son bicycle d’une couronne de caoutchouc. L’auteur propose l’emploi d’un talon complètement en caoutchouc, qui durerait longtemps et serait d’un prix modéré. L’on peut obtenir déjà un bon résultat en enlevant par l’intérieur au talon, comme à l’emporte-pièce, un disque central de 3 centimètres de largeur et de 2 à 4 centimètres d’épaisseur. Celte cavité intérieure dans le talon est comblée par un disque en caoutchouc de semblable dimension, dont la face supérieure fait légèrement saillie dans la chaussure et sur laquelle appuie directement la peau du talon.
- Les chutes d’eau. — Un voyageur a récemment découvert la plus importante chute d’eau du monde, à la Nouvelle-Zélande. Les difficultés des abords de cette chute d’eau, entourée de montagnes, de glaciers et de lacs d’un pittoresque achevé, expliquent les raisons qui l’ont fait ignorer jusqu’à présent. La chute tombe d’une hauteur de fiOO mètres. Comme hauteur, elle n’occuperait que le troisième rang, mais comme volume d’eau elle est au premier. La chute la plus élevée est celle du Yosemite, en Californie, elle a 750 mètres de hauteur; vient ensuite celle d’Oréo, dans le massif du mont Rose, avec 720 mè-
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- LA NATURE.
- très de hauteur. Les Pyrénées en possèdent plusieurs qui viennent immédiatement après celle de la Nouvelle-Zélande ; elles tombent de hauteurs variant entre 420 et 500 mètres.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du1\septembre 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- Astronomie. — M. l’amiral Mouchez annonce que le deuxième volume du catalogue d’étoiles de l’Observatoire de Paris vient de paraître. Ce volume contient les étoiles comprises entre six heures et douze heures d’ascension droite ; il renferme les résultats de près de 400 000 observations. — M. Bigourdan a entrepris la publication d’un catalogue des nébuleuses de l’hémisphère nord ; il donne aujourd’hui dans une brochure la quinzième heure de ce catalogue. Elle comprend trois cents nébuleuses sur six ou sept mille qui sont disséminées dans l’hémisphère boréal.
- Le développement des criquets. — M. Charles Brongniart a effectué des recherches très délicates sur les métamorphoses des acridiens. Il a observé, entre autres choses, qu’au moment de la dernière métamorphose le corps du criquet est rouge violacé.
- Quelque temps plus tard, le corps de l’insecte devient jaune, en passant par des teintes intermédiaires. M. Brongniart conclut que la couleur des insectes, lors d’une invasion, peut fournir une indication utile sur l’éloignement de leur centre d’éclosion.
- La greffe souterraine des plantes. — On sait qu’habituellement la greffe des végétaux s’effectue sur les parties aériennes, et, dans ce cas il faut, pour que l’opération réussisse bien, qu’il y ait une grande analogie entre les deux espèces végétales. En opérant sur des racines, M. Daniel a obtenu des résultats qui montrent que cette analogie n’est plus nécessaire lorsqu’il s’agit de la greffe sur parties souterraines. Dans un premier cas, le greffon implanté sur une racine s’est d’abord approprié les matériaux nutritifs du second végétal, jusqu’au moment où il a pu donner lui-même des racines. Dans un second cas, après avoir commencé de même, la racine est morte, puis bientôt après, le greffon. Enfin dans une troisième expérience, ayant greffé des pousses d’arbres herbacées sur une racine ou un tubercule, le végétal a bientôt acquis la consistance ligneuse et n’a subi aucun changement dans son développement. Toutefois il résulte d’une autre expérience faite sur la saponnaire que l’opération, si elle est pratiquée superficiellement, peut ne pas donner ce résultat.
- Varia. — M. Chauveau a fait de nouvelles recherches sur les sensations chromatiques résultant de l’impression
- simultanée des deux yeux par des couleurs différentes. — M. Paul Rivard, ancien officier d’artillerie, donne la description d’un frein automatique destiné aux locomotives. — M. Marty a imaginé d’employer l’huile au traitement des maladies parasitaires de la vigne. — On annonce la mort de M. Boileau, savant distingué, élève de Poncelet et connu également par des travaux de mécanique rationnelle. Stanislas Meunier.
- —«•<><—
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- EXPÉRIENCE SUR L’ÉLASTICITÉ
- Voici une expérience sur l’élasticité, des plus faciles à réaliser avec une simple noix ; elle est
- très intéressante et arrête quelquefois celui qui ne l’a jamais vue :
- Tenez une noix entre le pouce et le médius et de façon que l’index se trouve en contact avec la partie pointue de la noix, la fente en contact avec le pouce et le médius ; en serrant fortement la noix entre le pouce et le médius, la fente va s’ouvrir légèrement dans le haut, parce que la pression a diminué le diamètre de la noix, et dans le sens où la pression n’a pas eu lieu, il a augmenté puisque la fente se produit.
- Gela compris, trouvons un fort en électricité et disons-lui qu’en frottant la noix sur de la laine, sur la manche, par exemple, on peut dégager assez d’électricité pour que la noix adhère à l’index; en effet, après avoir frotté (plus ou moins longtemps, suivant l’appréciation du mystificateur) lâchez le pouce et le médius, la pression n’existant plus, la noix reprend son diamètre, c’est-à-dire la fente se referme et l'expérimentateur a tout simplement l’épiderme pincé dans la fente, et la noix reste suspendue à l’index. Après avoir exécuté la suspension de la noix à l’extrémité du doigt, on fait vérifier qu’il n’y a pas de colle après le doigt ni après la noix, toujours si on continue la mystification l.
- 1 Communiqué par M. F. Dcsjalcts à Wassy.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissànmer.
- Expérience sur l’élasticité, faite avec une noix.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE
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- LE CYCLONE DE IA MARTINIQUE
- Fig. 1. — Aspect de navires jetés à la côte de la Martinique pendant le cyclone du 18 août 1891. (D’après une photographie.)
- Un ouragan d’une intensité extraordinaire a dé- Nous avons reçu de plusieurs de nos lecteurs rési-
- vasté notre colonie de la Martinique le 18 août 1891. dant dans ce malheureux pays quelques rcnseigne-
- Fig. 2. — L’église du Morne-Rouge avant l’ouragan. Vue de trois quarts. (D’après une photographie.)
- ments qui nous permettront de retracer l’histoire du cataclysme. La baisse barométrique a eu lieu à partir de 4 heures du soir, et la tempête a sévi à partir de 8 heures pendant plusieurs heures. Les photogra-
- 19° aimée. — 2e semestre.
- Fig. 3. — L’église du Morne-Rouge après l’ouragan.
- phies que nous reproduisons ci-dessus et qui ont été faites par M. L. Sully donneront une idée des désastres (fig. 1, 2 et 3).
- Les phénomènes électriques ont été nombreux pen-
- 18
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- LA NATURE.
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- dant la tempête, nous écrit M. L. Sully, habitant à Saint-Pierre Martinique), les éclairs étaient incessants; ils allaient en croissant et ensuite décroissaient en intensité et en quantité avant et après le passage du centre; fait remarquable, le bruit du tonnerre a été très peu appréciable, ce qui proviendrait peut-être du bruit infernal que faisaient les éléments déchaînés et à l’écroulement des tuiles et toitures des maisons dévastées. La foudre globulaire s’est montrée très souvent, au point que les habitants de la campagne, qui au fort de l’ouragan ont dû fuir leur maison culbutée, parlent comme d’une chose fort commune de ces boules de feu qui parcouraient l’air pendant plusieurs minutes, en pétillant, et éclataient environ à 50 centimètres de la surface du sol.
- M. G. Bordaz, à Sainte-Marie de la Martinique, nous envoie d’autre part la lettre suivante, qui donne de tristes détails sur l’ensemble du sinistre :
- Le mardi, 18 août, après une journée pluvieuse, le
- baromètre baissa d’une façon inquiétante et sur les huit heures du soir l’ouragan se déchaînait, transformant en quelques minutes ce pays si riche en un amas de ruines. Le vent passa alternativement du nord-est au sud, ne laissant pour ainsi dire aucun point intact dans son évolution. Fort-de-France, qui commençait à peine à se relever de ses ruines, est de nouveau rejeté au même état que le lendemain de l’incendie. Saint-Pierre est ravagé. Le Morne-Rouge, le gros Morne, le Robert, le François, le Vauclin, le Lamentin, toutes bourgades florissantes et peuplées, n’existent plus que de nom. La Trinité, Sainte-Marie, le Marigot, la Basse-Pointe et presque toutes les autres communes de l’île ont perdu, les unes un tiers, les autres la moitié de leurs constructions.
- Les campagnes sans exception sont rasées, il ne reste ni habitation, ni récolte. Dans ce pays à verdure éternelle, on se croirait au cœur d’un de nos plus rudes hivers : les arbres sans une feuille, déchiquetés par l’ouragan, sont ou renversés, ou brisés. Ceux qui ont résisté à la tourmente ne présentent plus qu’un tronc sans rameaux, comme sec ou mort. Les navires étrangers en station dans les grandes rades, les nombreux caboteurs qui font le service de l’île, les vapeurs employés au transport des voyageurs, ont tous péri en mer, ou ont été jetés à la côte. Les morts se comptent par centaines dans l’île, les blessés sont nombreux, et je ne parle point des malheureux marins, dont on ne connaîtra jamais exactement le sort.
- R ne se passe pas de jours que des corps viennent échouer au rivage. Quelle force de vitalité faudra-t-il à notre malheureuse colonie pour se relever après tant de désastres? Pour se rendre compte de ce qu’a pu être la puissance du vent pendant la tourmente, il suffira de savoir
- qu’un train de fourgons a été mis en mouvement par le vent, remontant une pente et qu’il a déraillé à quelques centaines de mètres de là.
- On pourra juger, d’après les récits qui précèdent, de l’intensité de la catastrophe qui vient de ruiner un pays si prospère : 420 morts, 1400 blessés, 50 millions de francs de perte, tel aura été le bilan pour la Martinique, de la sinistre journée du 18 août 1891. Gaston Tissandier.
- LES EXPÉRIENCES DE LMJFFEN-FRANCFORT
- TRANSMISSION ET DISTRIRUTION
- de l’énergie électrique a grande distance
- PAR COURANTS ALTERNATIFS POLYPHASÉS
- Le monde électrique suit avec le plus grand intérêt les expériences de transport et de distribution de l’énergie électrique qui se poursuivent actuellement entre Lauffen et Francfort, sur une distance de 175 kilomètres, expériences dont les premiers résultats sont des plus remarquables et font bien augurer de l’avenir.
- Les procédés mis en œuvre sont absolument différents de ceux qui avaient été employés jusqu’ici dans le même but, et il eût été difficile d’en prévoir l’application il y a trois ans à peine, car les courants alternatifs polyphasés faisaient alors leur apparition pour la première fois. Avant de décrire les moyens qui ont permis de réaliser ces mémorables expériences, il nous semble utile d’indiquer rapidement comment on y a été conduit.
- Malgré le retentissement des expériences de transport de force motrice réalisées par M. Marcel Deprez entre Miesbach et Munich, Vizille et Grenoble, Creil et Paris, malgré les sommes considérables englouties dans ces expériences, le succès industriel a été médiocre, les installations actuellement en fonction sont encore peu importantes et peu nombreuses.
- Les principales causes de cet insuccès industriel sont au nombre de deux. En premier lieu, le système préconisé par M. Marcel Deprez, extension des expériences faites dès 1875 par M. H. Fontaine à l’Exposition de Vienne, permettait bien le transport de l’énergie électrique, mais il n’était que très imparfaitement approprié à la distribution, ce qui en limitait considérablement les applications possibles. En second lieu, la construction des machines à courant continu et à grande force électromotrice présentait des difficultés considérables, si considérables que pour produire 5000 volts, chiffre qui n’a jamais été dépassé dans une expérience de quelque durée, ou dans une installation industrielle, M. Marcel Deprez employait deux anneaux montés en tension, et fournissant 1500 volts chacun. Depuis, M. Hillairet est parvenu à obtenir 5000 volts avec un seul anneau, mais c’est le chiffre maximum que nous puissions citer avec les courants continus.
- Les courants alternatifs et les transformateurs ont complètement transformé la question en permettant
- Fig. 4. — Courbe barométrique d’un enregistreur Richard pendant le cyclone de la Martinique. (Communiqué à La Nature par M. L. Sully, à Saint-Pierre, de la Martinique.)
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- la production facile de tensions élevées, et la transformation plus facile encore de ces courants à l’aide d’appareils inertes, ne comportant aucune pièce mobile, permettant ainsi le transport et la distribution de l’énergie électrique avec des potentiels initiaux variant, en pratique industrielle, entre 1000 volts (Westinghouse en Amérique) et 10 000 volts (Ferrand à Londres), facilement transformés à l’arrivée à 100 volts, 65 volts ou 50 volts.
- Mais la distribution de l’énergie électrique par courants alternatifs simples soulevait d’autres objections.
- Période
- Fig. 1. — Diagramme montrant l’intensité du courant à chaque instant dans chacun des trois circuits a, b, c. (La somme algébrique de ces trois courants est toujours égale à zéro.)
- Ces courants ne se prêtaient pas du tout à l’emma-gasinement de l’énergie électrique et à la production de la force motrice. De nombreuses recherches ont été faites dans le but de réaliser un moteur à courants alternatifs présentant les mêmes qualités que les moteurs à courant continu, dans le but de réduire à néant l’objection que nous venons de signaler.
- Montage en triangle. Montage en étoile.
- Fig. 2. — Modes de couplage des trois circuits entre eux
- et avec les trois lignes a, b, c.
- L’étude de ces appareils nous entraînerait trop loin. Qu’il nous suffise de dire que, jusqu’à ces derniers temps, aucun de ces moteurs ne remplissait toutes les conditions exigées par l’application industrielle. Les récentes recherches de M. Tesla en Amérique, de MM. Hutin et Leblanc en France, laissent entrevoir la possibilité d’un moteur à courants alternatifs simples présentant toutes les qualités requises par la généralité des applications, c’est-à-dire pouvant démarrer sous charge, et tourner à une vitesse angulaire quelconque, indépendante de celle de la machine génératrice, dans des conditions de rendement satisfaisantes.
- Mais pendant que ces recherches se poursuivaient, une solution nouvelle et originale est venue ouvrir une voie différente aux recherches et aux travaux : Les courants alternatifs à phases multiples ou cou-
- rants alternatifs polyphasés offrent actuellement la solution la plus générale et la plus complète du transport de l’énergie électrique à grande distance en faisant emploi de courants de faible intensité et de force électromotrice élevée, de la transformation de ces courants, de leur subdivision indéfinie, et de leur distribution, en vue de toutes les applications industrielles : éclairage, force motrice, charge des accumulateurs, opérations électrochimiques, etc.
- On peut considérer les courants alternatifs polyphasés comme le dernier avatar actuel de l’énergie électrique aspirant au rôle de panacée pour toutes les applications industrielles dont elle est aujourd’hui capable.
- Nous étudierons donc successivement les générateurs, les transformateurs et les moteurs à courants polyphasés, en prenant comme exemple les expériences de Lauffen-Francfort. Il nous sera plus facile, après avoir décrit le système, d’exposer les raisons qui en justifient l’emploi.
- Les appareils qui permettent la transformation facile des courants alternatifs polyphasés en courants continus propres à la charge des accumulateurs et aux opérations électrochimiques feront l’objet d’un article spécial.
- Définition des courants polyphasés. — On sait qu’un courant alternatif ordinaire ou simple peut être représenté en fonction de temps par une courbe sinusoïdale, et caractérisé par son intensité efficace et sa fréquence. Considérons deux courants semblables passant identiquement aux mêmes instants par leurs valeurs nulles et leurs valeurs maxima, on dit que ces deux courants ont même période et même phase. Si ces deux courants, tout en conservant la même période, passent par des valeurs nulles et des valeurs maxima à des instants différents, on dit que ces courants sont déphasés ou décalés. A un instant donné, chacun des courants a une phase différente de celle de l’autre courant, et l’on a deux phases différentes à considérer, ce qui justifie le nom de courants diphasés donné à l’ensemble de ces .deux courants. Généralement, dans le cas de deux courants, le décalage est, par construction, sensiblement égal à un quart de période; si le décalage était égal à une demi-période, les courants alternatifs seraient en opposition Les courants alternatifs décalés de un quart de période combinés entre eux dans des appareils appropriés jouissent de propriétés spéciales qui justifient leur emploi, propriétés que nous examinerons à propos des moteurs à courants polyphasés. Dans le cas de trois courants décalés l’un par rapport à l’aulre de un tiers de période, on a des courants triphasés; en combinant les actions de ces courants dans des appareils appropriés on peut construire des mofeurs à courants alternatifs triphasés.
- Mais les courants à trois phases ainsi décalées de un tiers de période, présentent sur les courants à deux phases l’avantage de la symétrie des conducteurs et de leur égalité de section. Dans le courant à deux phases, il faut employer quatre fils, ou trois
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- fils seulement, dont un plus gros servant de retour commun aux deux autres. Avec les courants triphasés, on voit facilement sur la figure I que la somme des trois courants traversant chacun des fils est toujours nulle, chaque fil sert de retour à la somme des courants traversant les deux autres; par suite les trois fils sont d’égale section.
- D’après ce que nous venons d e dire, un générateur à courants alternatifs polyphasés n’est donc pas essentiellement différent d’un générateur a courants alternatifs ordinaires. Il se compose, en principe, d’un système inducteur commun et de trois circuits induits décalés l’un par rapport à l’autre de un tiers de période, de façon à engendrer trois forces électromotrices passant successivement par leurs maxima à des intervalles de temps séparés de un tiers de période. Ces trois enroulements que nous représenterons par trois zigzags distincts (fig. 2) peuvent être couplées de deux façons : en circuit fermé ou en triangle, en circuit ouvert ou en étoile.
- Ces deux couplages modifient les forces électromotrices et la résistance intérieure du générateur, mais ne changent rien d’essentiel au système. Dans ce qui va suivre, nous supposerons toujours les trois bobines couplées en étoile, comme dans les expériences de Lauflen-Erancfort.
- Générateur à trois phases.
- — La dynamo à trois courants étabiie à Lauffen a été étudiée et construite par M. Brown, ingénieur des ateliers d’Oerlikon, près de Zurich. Elle est constituée par un système d’inducteurs mobiles et un induit fixe. Le système inducteur porte trente-deux pôles alternativement de noms contraires montés sur un axe
- commun et excités par une bobine unique recevant le courant d’une petite excitatrice séparée à l’aide de deux cordelettes en tresse de laiton que l’on peut
- voir sur la gauche de la figure 5 au-dessus de l’arbre. Cet inducteur tourne à l’inté-
- rieurd’un anneau cylindrique en tôle de fer doux, solidement maintenu sur le bâti en fonte. A la partie intérieure de cet anneau de fer doux sont ménagés quatre-vingt-seize trous parallèles à l’axe dans lesquels sont logés les conducteurs induits dont le diamètre atteint 29 millimètres. Ces barres conductrices sont isolées dans leurs trous respectifs à l’aide d’une enveloppe d’amiante. Ces quatre-vingt-seize barres sont couplées entre elles par leurs extrémités et forment un enroulement en zigzag, chacun des enroulements comportant trente-deux barres en tension. L’une des extrémités de chaque enroulement communique avec un fd distinct relié au transformateur, les trois autres extrémités sont reliées à un quatrième fil et au transformateur, formant ainsi une sorte de retour commun ou fil neutre. La machine est étudiée pour fournir normalement 50 volts et 1400 ampères dans chaque circuit, ce qui correspond à une puissance utile d’environ 200 kilowatts. Les dispositions du circuit magnétique sont telles que les inducteurs ne portent que 500 kilogrammes de cuivre, chiffre absolument insignifiant eu égard à la puissance de la machine. L’excitation, lorsque l’induit est à circuit ouvert, ne dépasse pas 100 watts, chiffre à peu près doublé à pleine charge, à cause de la réaction d’induit. D’après M. Brown, le rendement industriel à pleine charge atteindrait 96 pour 100. Le
- Fig. 3. — Dynamo génératrice à courants alternatifs triphasés.
- I
- Fig. 4. —Transformateur à courants alternatifs triphasés.
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- poids total de la machine ne de'passe pas 9000 kilogrammes et sa vitesse angulaire 150 tours par minute, ce qui correspond à une fréquence de 40 périodes par seconde.
- Transformateurs. — Les courants triphasés résultant des forces élcctromolrices décalées développées dans le générateur, sont envoyés dans un transformateur isolé au pétrole, dans le but de résister aux tensions élevées produites dans la transformation, tensions qui atteignent actuellement 15 000 volts, et seront ultérieurement portées à 15 000, 20 000, 25 000 volts, et môme davantage, en faisant usage de deux transformateurs dont les
- circuits inducteurs seront montés en dérivation et les circuits induits en tension, en vue d’éprouver la résistance des appareils et de la ligne aux tensions élevées, et les limites pratiques imposées par les isolants dont dispose aujourd'hui l’industrie.
- Les transformateurs, identiques au départ et à l’arrivée, ont été construits, les uns par M. Brown dans les ateliers d’Üerlikon, les autres à Berlin, dans les ateliers de XÀllgemeine ElektriciUils Gesell-schaft, sous la direction de M. Bolivo-Dobrowolsky. Le transformateur proprement dit, en dehors du récipient d’Imile dans lequel il est entièrement plongé, se compose (fig. 4) de trois noyaux cylindriques for-
- Fig. 5. — Ensemble (le l’usine génératrice de Lauffen.— Dynamo à basse tension. Tableau de distribution. Transformateur et ligne à trois fils A B C. (D’après une photographie.)
- mes de lames minces de fer doux, et de deux disques en fer doux qui réunissent magnétiquement leurs extrémités, le disque inférieur formant en quelque sorte le socle et le disque supérieur le couvercle des trois noyaux. Sur chacun de ces trois noyaux sont disposés deux enroulements : l’un à gros fil, communique avec la machine, l’autre à fil fin, avec la ligne et la canalisation à haute tension. Les enroulements correspondent à un rapport de transformation de 160, c’est-à-dire qu’en fournissant 50 volts aux bornes de l’une des trois bobines du primaire, on obtient environ 8000 volts aux bornes du circuit secondaire correspondant, ce qui, avec le montage en étoile, représente près de 14000 volts comme différence de potentiel efficace entre deux quelconques des trois fils de ligne. Les fils primaires et les
- fils secondaires du transformateur sont connectés entre eux comme les trois fils de la génératrice, c’est-à-dire qu’ils ont un point commun, les trois autres extrémités communiquant respectivement, pour le gros fil à la dynamo génératrice, pour le fil fin aux trois fils de ligne ou de transport. Les trois milieux des étoiles communiquent métalliquement entre eux et avec la terre. Ce point est des plus importants, car grâce à cette disposition, que nous retrouverons d’ailleurs à l’arrivée, le danger de manipulation des appareils se trouve réduit à un minimum; il est confiné exclusivement aux points de communication des fils fins des transformateurs avec les fils de ligne, et à la ligne elle-même. Aussi toutes les précautions ont-elles été prises pour mettre ces points dangereux hors d’atteinte. Les fils à haute
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- tension sortent des transformateurs à une hauteur inaccessible, par des gros tubes en verre (fig. 5) et rejoignent directement les poteaux sans passer par aucun tableau ni appareil de mesure.
- Cette mise de toute la ligne à la terre par l’intermédiaire des points neutres, milieux des étoiles, a de plus l’avantage de faciliter les décharges électrostatiques et de constituer une sorte de paratonnerre naturel. On pourrait objecter que cette communication n’est pas directe, mais se fait seulement en passant par des bobines dont le coefficient de self-induction est élevé. Il sera intéressant de savoir comment se comportera la ligne pendant les orages, et les expériences de Lauffen-Francfort apporteront encore un grand enseignement à ce point de vue spécial.
- Entre les fils de ligne proprement dits et les fils sortant du transformateur sont intercalés les coupe-circuits G (fig. G). Ces coupe-circuits sont constitués par trois fils de cuivre d’environ 0,1 millimètre de diamètre et de plus de 2 mètres de longueur suspendus à l’air libre, en dehors de l’usine génératrice et à une grande hauteur. Ils servent à isoler la machine génératrice de la ligne en cas d’accident sur
- Transformateur
- Dynamo
- Fil neutre
- Fig. 6. — Diagramme du montage des appareils à Lauffen (excitatrice supprimée). —a, b, c. Fils de communication. — A. Ampèremètres. — V. Voltmètres. — C. Coupc-circuits. — t. Fil neutre ou fil de terre relié métal!iquement aux sommets o, o', o".
- cette ligne. 11 va sans dire que les coupe-circuits ayant sauté ne sont remplacés qu’après l’arrêt complet des machines génératrices de Lauffen.
- La figure 6 montre le montage des différents principaux appareils établis à Lauffen. Pour simplifier le diagramme, nous avons supprimé quelques appareils accessoires qui servent au réglage de la marche des appareils. Ce réglage consiste à maintenir constante la vitesse angulaire de la turbine commandant la dynamo, pour ne pas changer la fréquence adoptée, ainsi que la différence de potentiel utile fournie par la dynamo, ce qui s’obtient en intercalant une résistance variable dans le circuit d’excitation. On peut voir sur la droite de la figure 5 (p. 277), le tableau de réglage et l’un des transformateurs, ainsi que ses communications directes avec la ligne.
- Telles sont les dispositions essentielles de l’usine génératrice établie à Lauffen. Nous dirons dans un prochain article comment les courants de faible intensité et de grande force électromotrice ainsi produits, après avoir franchi une distance de 175 kilomètres par des fils de cuivre de A millimètres de diamètre, sont utilisés cà Francfort pour l’éclairage et la force motrice. — A suivre. — E. HOSPITALIER.
- L’ARTILLERIE DE LA MARINE FRANÇAISE
- L’escadre du Nord a dépensé plus de poudre MC30 en un mois, que tous les navires de notre Hotte en une année. Personne ne s’en affligera, car la dépense représentée par ces quelques livres de poudre à salut, semble devoir épargner à notre nation d’en brûler d’autre, moins pacifique, au moins dans un avenir prochain.
- Au moment où résonnent, encore les salves de Cronstadt et de Portsmouth, nous avons pensé qu’il n’était pas inopportun de faire connaître aux lecteurs de La Nature notre artillerie de marine.
- Les bouches à feu en service dans notre marine se classent en sept modèles qui sont : 1° le 1870, divisé en canons de 14 centimètres, 16 centimètres, 19 centimètres, 24 centimètres, 27 centimètres et 32 centimètres; 2° 1870 M (modifié) comprenant des canons de 14 centimètres, 27 centimètres et 32 centimètres du modèle précédent modifié en 1879; 3° le 1875, comprenant des canons de 10 centimètres, 27 centimètres n° 1, 27 centimètres n° 2, 34 centimètres (18 calibres), 34 centimètres (21 calibres), 42 centimètres (19 calibres 35) et 42 centimètres (22 calibres). Rappelons que le calibre d’une bouche à feu rayée est le diamètre de l’àme mesuré de cloison à cloison, il s’exprime en centimètres pour les calibres de 10 et au-dessus, et en millimètres pour les calibres inférieurs. L'âme d’un canon est le vide intérieur de cette pièce quand la culasse est fermée ; on appelle longueur d'âme la distance comprise entre le fond de la cuvette de rondelle et la tranche de la bouche. Les cloisons sont les parties saillantes de l’àme qui séparent deux rayures voisines. Elles pénètrent dans la ceinture du projectile au moment de son départ et l’obligent ainsi à prendre un mouvement de rotation. 4° Le modèle 1875 M (modifié) comprenant des canons de 10 centimètres, 27 centimètres n° 1 du modèle précédent modifié en 1879; 5° le 1875-1879 ne comprenant que des canons de 37 centimètres; 6° le 1881, divisé en canons de 65 millimètres, 90 millimètres, 10 centimètres, 14 centimètres, 16 centimètres n° 1 (lourd), 16 centimètres n° 2 (léger), 24 centimètres, 27 centimètres, 34 centimètres (court) et 54 centimètres (long) ; 7° enfin le modèle 1884 comprenant des canons de 10 centimètres, 14 centimètres, 16 centimètres, 24 centimètres, 27 centimètres et 54 centimètres.
- Voilà un bien grand nombre de pièces; hâtons-nous d’ajouter que toutes ne figurent pas sur nos navires. Le canon de 32 centimètres modèle 1870 est réservé au service des côtes pour lequel la marine emploie en outre :
- Des canons antérieurs au modèle 1870; des canons de 19 centimètres, 24 centimètres, 27 centimètres, modèle 1864, transformé en modèle 1870 (64 T 70); des canons de 27 centimètres et 32 centimètres modèle 1870-1881, des canons de 32 centi-
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- mètres modèle 1870-1884, et des mortiers en fonte frettée de 50 centimètres. On n’ignore pas que les frettes sont des anneaux d’acier placés a chaud sur le canon. Les tourillons par lesquels la pièce est assise sur son affût, reposent sur une frette appelée frette-tourillon, souvent plus épaisse que les autres et qui fait saillie sur la pièce.
- Nous représentons ci-après, d’après des photographies un coin de la hatterie des vingt-huit canons de 14 centimètres du Hoche (fig. 1) et le type d’un canon de 27 centimètres à bord du Redoutable (fig. 2).
- Notre marine emploie de plus, comme pièces d’embarcation, de hune ou de plat-bord : 1° des canons-revolvers de 57 millimètres et de 47 millimètres, 2° des canons à tir rapide de 57 millimètres et celui de 47 millimètres : ce dernier est de deux types : le léger et le lourd. Enfin il existe toujours des pièces de bronze de 65 et de 90 millimètres qu’on achève d’user.
- Les canons-revolvers et les canons à tir rapide sont d’invention récente, et cependant il n'y a pas de navire de combat qui en soit dépourvu, car ils représentent l’arme la plus efficace contre les torpilleurs. Ces canons sont d’ailleurs à la mode : il n’est pas inutile d’en dire quelques mots.
- Le canon-revolver de 57 millimètres, système Hotchkiss, se compose de cinq tubes en acier à douze rayures hélicoïdales à l’inclinaison de 6 degrés ou 8 degrés, réunis entre eux par deux disques porte-canons (disque de volée et disque de tonnerre) dans lesquels ils sont encastrés, et mobiles autour d’un arbre central de rotation qui porte lest disques; l’arbre, les disques et les canons sont reliés invariablement et forment faisceau. Une boîte de culasse cylindrique, placée derrière les canons, contient le mécanisme nécessaire au fonctionnement de la pièce. Tout le système est supporté par un châssis à tourillons sur un chandelier à fourche, dont le pied repose dans sa crapaudine ou boîte à pivot placée dans un support fixe en fer ou en bois. Le canon-revolver de 47 millimètres ne diffère du 57 millimètre que par quelques légers détails. Leur tir peut atteindre quinze coups à la minute.
- Le canon à tir rapide de 47 millimètres (type lourd) se compose d’un tube en acier et d’une jaquette portant les tourillons et le système de fermeture ; le tube est réuni à la jaquette par une frette porte-guidon vissée sur les deux parties. Le canon est supporté par un chandelier sur un affût spécial dit à crinoline.
- Nos lecteurs trouveront dans notre troisième gravure (fig. 5) l’aspect d’un des quatre canons à tir rapide installés à bord de la Dévastation.
- Le canon de 47 millimètres (type léger) et le 57 millimètres (léger) se composent d’un tube et d’une frette-tourillon vissée sur le tube ; leur fermeture est la même que celle du canon précédent. Les Forges et chantiers de la Méditerranée fabriquent des canons à tir rapide système Canet depuis le ca-
- libre de 57 millimètres jusqu’à 17 centimètres qui ont des vitesses initiales variant de 1000 à 800 mètres et pouvant tirer de seize à quatre coups par minute. C’est cette usine qui approvisionne en particulier la marine russe.
- Reprenons maintenant notre énumération en constatant les différences qui distinguent chacune de ces séries, nous nous rendrons compte des progrès qu’elles constituent et qui sont considérables.
- En 1870 nous trouvons nos canons composés d’un corps en fonte, d’un tube intérieur en acier et de frettes en acier. Le tube s’étend jusque sur l’avant des tourillons. En 1875, la fonte qui avait le défaut de donner au diamètre des pièces un volume considérable est abandonnée. Les bouches à feu de ce modèle sont composées d’un corps en acier, d’un tube intérieur en acier et de frettes en acier.
- Les canons de 10 centimètres et de 27 centimètres n° 2 sont à tube court, s’étendant jusqu’à l’avant des tourillons ; ceux de 27 centimètres n° 1,54 centimètres, 57 centimètres et 42 centimètres sont à tube long se prolongeant en dehors du corps du canon. L’extrémité du tube de ce dernier est frettée.
- Les bouches à feu modèle 1875 M (modifié) et modèle 1870 M (modifié) diffèrent de ceHes du modèle 1875 et modèle 1870 par l’agrandissement de la chambre à poudre. Cette modification, adoptée en 1879, a permis d’augmenter la charge de poudre et d’accroître par suite la puissance de la bouche à feu.
- Les canons modèle 1881 sont composés d’un corps en acier et d’un ou deux rangs de frettes en acier. Le tube est supprimé.
- Les canons de 10 centimètres, 14 centimètres, 16 centimètres n° 2 (léger), ont une seule rangée de frettes; les canons de 16 centimètres n° 1 (lourd), 24 centimètres, 27 centimètres et 54 centimètres en ont deux rangées.
- Il y a lieu de remarquer que dans cette artillerie l’augmentation de longueur d’àme est portée de 21 calibres à 28,5 environ, et qu’on lui donne le verrou à ressort.
- En 1884, l’acier est définitivement adopté et l’on rétablit le tube. Les canons de 10 centimètres et de 14 centimètres sont à tube court, et l’extrémité de ce tube dépasse légèrement la dernière frette.
- Les canons des calibres supérieurs, 16 centimètres et au-dessus se composent ; d’un tube intérieur en acier fretté sur toute sa longueur, d’un corps en acier ou jaquette et d’un ou plusieurs rangs de frettes; l’une de ces frettes porte les tourillons ou les anneaux destinés à maintenir le canon sur son berceau. On comprend que pour une artillerie aussi composite les fermetures de culasse soient également variées. Il y a d’abord la fermeture à vis, à console, des canons modèles 1870 et 1875; la fermeture des pièces modèle 1881 ; celle des canons de gros calibre de 52 et de 54 centimètres ; des canons de 57 et de 42 centimètres; celle à volet des canons de petit calibre de 10 centimètres, 90 millimètres et | 65 millimètres.
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- Les systèmes d'affût ne sont pas moins nombreux. Ils sont de cinq espèces. Les premiers, dits affûts antérieurs a 1878, sont munis de freins a lames. On les pointe en hauteur à l’aide de la vis double ou simple pour les petits calibres, et de la chaîne-galle pour les gros. Le pointage en direction se fait au moyen de palans ; il en est de même pour la mise en batterie ou au recul.
- La deuxième série comprend les affûts construits de 1878 à 1882. Us ont été imaginés pour porter des pièces des modèles 1875 et 1881. Le frein hydraulique y remplace le frein à lames; un frein à main sert de frein de manœuvre. Le pointage en hauteur se fait par la vis simple ou double, ou le
- système à arc denté. Sur quelques-uns, l’arc denté est remplacé par un secteur denté fixé au tourillon de la pièce. Le pointage en direction s’obtient avec des palans ou par le système à couronne dentée et pignon vertical. L’inclinaison du châssis rend le retour en batterie automatique.
- Les affûts appartenant à la troisième section, affûts modèle 1884, sont tous à frein hydraulique; ils se manœuvrent à peu près comme les précédents.
- Les affûts compris dans la quatrième division sont dits affûts modèle 1884, système Vavasseur, et ceux de la cinquième section : affûts hydrauliques de gros calibre, sont des chefs-d'œuvre de mécanique.
- Malheureusement ce que ces affûts gagnent en
- Fig. 1. — Batterie de canons de li centimètres à bord du cuirassé d’escadre le Hoche. (D’après une photographie de MM. Neurdeiu.)
- précision, en rapidité de manœuvre, ils le perdent peut-être d’un autre côté par la complexité de leur mécanisme, la fragilité de quelques-uns de leurs éléments. Aussi se demande-t-on si à l’heure du combat, dans une action un peu vive, quelques-uns de ces rouages, si ingénieux, pourront résister aux chocs qui les menacent, et en se brisant ou se faussant, ne mettront pas trop tôt les pièces qu’ils portent hors de combat.
- Ainsi que les affûts, les projectiles en usage dans notre marine sont fort nombreux. En théorie ils se divisent en boulets, obus et boîtes à mitraille.
- Les boulets sont de deux espèces ; les boulets cylindriques, réservés aux batteries de côte, et les boulets ogivaux en fonte dure ou en acier, qui ont pour destination de percer les murailles cuirassées.
- Les obus sont divisés en obus de rupture, en obus oblongs ou en fonte ordinaire ; les obus à balles et les obus à mitraille.
- Si maintenant nous passons aux poudres, nous constatons que depuis vingt ans, comme pour les canons et leurs accessoires, de grands progrès ont été accomplis dans leur fabrication. Il est admis aujourd’hui que les grains de la poudre doivent différer comme forme et comme grosseur, suivant les calibres des pièces auxquelles les poudres sont destinées ; le but que l’on se propose ainsi est d’obtenir autant que possible la plus grande vitesse avec le moins de fatigue pour la bouche à feu. Pour y arriver on combine la composition des grains avec leur forme et leur grosseur, de façon que l’effort soit progressif, c’est-à-dire que les gaz agissent sur
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- Fig. 2. — L’artillerie de la marine française.
- Manœuvre du canon de 27 centimètres installé à bord du cuirassé d’escadre le Redoutable.
- (D’après une photographie.)
- Fig. 3. — L’artillerie de la marine française.
- Un des quatre canons à tir rapide à bord du cuirassé d’escadre la Dévastation (D’après une photographie de M. J. Jackson.)
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- le projectile, non pas brusquement, mais comme un ressort qui se détend.
- Les poudres en service dans notre marine sont : les poudres de Wetteren, dites W, fabriquées en Belgique, qui ne sont plus employées que pour les pièces des modèles 1870 et 1875 et qui comprennent les espèces W 15/16, W 20/25, W 25/30, W 50/58. Ces chiffres indiquent la dimension des grains en millimètres. Il ne reste plus qu’un faible approvisionnement de cette poudre ; et depuis quelques années c’est à l’industrie nationale que la marine demande celles dont elle a besoin. Celle-ci lui fournit une poudre dite A qui remplace très suffisamment la précédente. Elle comprend les variétés suivantes : A 8/11, A 15/20, A 26/34, A 50/40. Elles sont dénommées AS, AA ou AB suivant quelles proviennent de Sevran-Livry, d’Angoulême ou du Bouchet. La poudre A 8/11 est réservée aux canons de 10 et de 14 centimètres.
- Dans la troisième catégorie figurent les poudres BS pour canons-revolvers, F pour fusil, C pour canons de campagne, SP pour canons de siège et de place ; elles portent suivant leur grosseur les chiffres 1,
- 2 et 5. Les poudres SP, employées dans les batteries de côte, comprennent : les poudres SPt à grains de 10 à 20 millimètres; SP2 à grains de 13 à 21 millimètres affectée aux canons de 19 centimètres et de 24 centimètres; SP5 à grains de 25 à 35 millimètres servant aux canons de 27 centimètres.
- Enfin la poudre MC50 sert pour les charges de salut et pour le chargement des obus ; elle a remplacé l’ancienne poudre à canon appelée poudre noire. La quatrième variété se compose des poudres prismatiques brunes, fabriquées a Sevran-Livry et dites‘PBS/Elles sont réservées aux canons modèle 1881 et a quelques canons modèle 1875. On ep. compte trois sortes : PBt pour le 42 centimètres,^ PB2 pour le 54 centimètres, le 27 centimètres ctHte 24 centimètres; PB3 pour le 16 centimètres et le 14 centimètres. Leurs grains ont la forme d’un prisme hexagonal d’une hauteur de 25 millimètres ; le côté de l’hexagone est de 20 millimètres ; chaque grain pèse 46 grammes; au centre se trouve un trou de 10 millimètres de diamètre.
- Du canon de 16 centimètres au canon de 42 centimètres, le poids des charges de combat varie à l’infini; il commence à 18 kilogrammes et va jusqu’à 274 kilogrammes; celui des obus de rupture, de 45 kilogrammes à 780 kilogrammes.
- Nous avons fait connaître dans un article précédent1 les vitesses initiales obtenues par la plupart des pièces que nous venons d’énumérer, leur prix et leur poids, ainsi que ceux de leurs affûts et de leurs projectiles. Nous y renvoyons ceux de nos lecteurs qui n’ont pas trouvé trop ingrate la nomenclature que nous venons de mettre sous leurs yeux.
- Nous n’entrerons pas non plus dans le détail de la manœuvre des pièces aussi nombreuses que dif-
- 1 Voy. n° 906, du 11 octobre 1890, p. 290.
- férentes, aussi compliquées que délicates; mais on se rend compte du savoir, de la précision et du sang-froid qu’exige leur maniement.
- On s’expliquera par cela même le soin qu’apportent nos officiers dans le choix de leurs canonniers, et pourquoi ceux-ci figurent à côté des mécaniciens et des torpillleurs en tête de la liste des spécialités dont la réunion constitue ce qu’on appelle l’équiqage.
- Les hommes intelligents et vigoureux appelés à faire des canonniers-marins acquièrent leur instruction dans une école flottante, la Couronne du port de Toulon, après un séjour de six mois dans les divisions ou à bord des bâtiments armés. Dans cette première période, on leur apprend le matelotage et le canotage ; les exercices de manœuvre et les manœuvres de force ; le maniement ainsi que la théorie élémentaire des armes portatives.
- L’instruction donnée à l’École des canonniers comprend : l’étude d’un manuel spécial à leur profession ; les exercices de toutes les bouches à feu en usage dans notre marine; l’école de tir; les manœuvres de force ; le maniement et le tir des armes portatives et des engins porte-amarres ; l’usage et le maniement des divers artifices employés à bord; le matelotage, les exercices de manœuvres et particulièrement tout ce qui a trait au maniement et à la manœuvre des ancres et des chaînes.
- Les apprentis canonniers qui ont satisfait à l’examen reçoivent, en raison du degré d’instruction et d’aptitude dont ils ont fait preuve, des brevets de matelot canonnier de première et de deuxième classe. Ils peuvent devenir successivement quartier-maître, deuxième maître et premier maître. Les canonniers de première classe touchent un supplément journalier de 40 centimes, ceux de deuxième classe, un supplément de 25 centimes.
- Ce sont les pièces à frein hydraulique qui demandent le moins de servants; aussi les multiplie-t-on le plus possible à bord de nos navires. Les canons de 27, 54, 37 et 42 centimètres n’ont besoin que de 6 hommes ; les 16 et 14 centimètres, 10 hommes; les 10 centimètres et 90 millimètres, 7 hommes ; les 65 millimètres, 4 hommes.
- Les bouches à feu sur affûts a frein à lames demandent, celles de 27 centimètres, 21 hommes; de 24 centimètres, 19 hommes; de 19 centimètres, 16 hommes; de 16 centimètres, 14 hommes; de 14 centimètres, 12 hommes; de 10 centimètres, 11 hommes. Toutes ces équipes ont pour chef, soit un quartier-maître, soit un canonnier breveté, assisté d’autres canonniers brevetés, de matelots servants ou pourvoyeurs.
- Quant aux officiers qui ont la direction et la responsabilité du service, le haut commandement du personnel, et sont chargés de mettre en œuvre la redoutable puissance de ce matériel, ce sont des lieutenants de vaisseau. A l’École navale, ces officiers ont suivi un cours d’artillerie, et pendant longtemps ce qu’ils y apprenaient suffisait à l’exécution d’un service beaucoup plus élémentaire qu’il ne l’est
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- aujourd’hui. Bien qu’ils en sortent encore canonniers, a la rigueur suffisants, on a cru devoir, depuis quelque temps, étendre encore leurs connaissances. On envoie donc, chaque année, un certain nombre d'entre eux dans des écoles spéciales où ils perfectionnent leur instruction, et d’où ils sortent avec le brevet d’officier canonnier. C’est particulièrement en cette qualité qu’ils embarquent. L. Renard.
- LES MINES D’OR DU TIUNSYWL1
- Les mines d’or du Transvaal ont, depuis trois ou quatre ans, vivement attiré l’attention publique. Après avoir été l’objet d’un engouement exagéré, toutes les entreprises fondées dans ce pays, par suite des spéculations mêmes auxquelles elles avaient donné lieu, se trouvent momentanément très dépréciées; anglaises en majeure partie, elles supportent en outre le contre-coup indirect des désastres financiers de l’Amérique du Sud qui ont ébranlé récemment le marché de Londres; enfin, au point de vue technique même, nous dirons comment les difficultés de l’extraction du métal précieux sont destinées à s’accroître par sa concentration en profondeur, non plus à l’état libre, mais dans des pyrites2. Il n’en est pas moins vrai que l’Afrique méridionale a exporté en 1888 pour 22 millions d’or, en 1889 pour 56 millions, qu’en 1890 la production s’est accrue jusqu’à 44 millions et demi (491756 onces) et qu’il y a là par suite un ensemble d’exploitations extrêmement important qui mérite d’être étudié.
- Cette nouvelle Californie est connue depuis bien peu de temps; c’est en 1864que Cari Mausch signala, le premier, les gisements d’or du Matabeland, en 1868 ceux de Lydenburg. En 1871, découverte, dans la même région, des mines de diamants du Cap; en 1884, M. 1). Moodie entreprit une exploitation dans le district aurifère de de Kaap à la mine de Slieba; enfin en 1886 on trouva par hasard à 40 milles au sud de Pretoria l’immense gîte du Witwatersrand (zone des eaux blanches), qui nous occupera spécialement dans un instant. Depuis cette époque, on a annoncé encore l’existence de gisements merveilleux dans le Matabeland, le Mashonaland, etc. On sait, en dehors de leur valeur industrielle, l’influence que ces mines ont eue et auront longtemps sur l’orientation de la politique anglaise en Afrique, en particulier sur les rapports de l’Angleterre avec le Por-
- 1 Cet article est le résumé d’un Mémoire plus important paru dans les Annales des mines, livraison de janvier-février 1891.
- 2 La proportion moyenne de l’or contenu dans les roches extraites a diminué depuis deux ans, d'après le professeur Suess, de Vienne, de la façon suivante :
- 1889 1890 1891
- Mine de Jumpers 14 7,37 7,75
- -— Langlaagle 22 17,69 14 »
- — May 20 12 » 9,50
- — Robinson 52 30,23 23 »
- tugal et avec les Boers, comment elles auront sans doute pour conséquence l’annexion lente d’un immense continent africain par la puissance britannique. Nous laisserons de côté cette partie de notre sujet pour nous borner à une courte description géologique.
- Le trait caractéristique de la géologie de l’Afrique méridionale *, c’est l’existence, au-dessus d’un soubassement de gneiss et de granité, de terrains anciens, siluriens, dévoniens et carbonifères, fortement plissés et érodés que surmontent à leur tour, en stratification discordante, les grands plateaux horizontaux du Iiaroo comprenant des couches sans fossiles marins de plusieurs milliers de pieds d’épaisseur allant depuis le permien et peut-être même le carbonifère supérieur jusqu’à l’infralias. Les diamants du Cap sont dans des cheminées d’une roche éruptive recoupant ce Ivaroo; l’or du Transvaal et en particulier du Witwatersrand existe à l’état sédimentaire dans des conglomérats dévoniens.
- Ces conglomérats se présentent sous la forme de bancs disloqués et discontinus appelés reefs ou filons dont l’ensemble a été suivi sur une centaine de kilomètres de long. D’une façon générale on peut dire qu’ils forment probablement une sorte de grande cuvette dont on ne connaît que la moitié Nord, entre Potchefstroom et Klerkdorp à l’ouest, Johannesburg au centre, Heidelberg à l’est; la moitié Sud, si elle existe, étant tout entière masquée par les terrains supérieurs du Karoo.
- Les travaux fructueux portent surtout sur le Main reef (ou reef principal) qui a déjà été mis à jour sur un parcours de plus de 50 kilomètres. Il est constitué lui-même par un faisceau de cinq veines : la veine Sud de 20 centimètres à I mètre de puissance (pii tient jusqu’à 10, il, 12 onces d’or2 à la tonne; une veine de 10 à 60 centimètres d’épaisseur; une veine de 15 à 60 centimètres donnant 2 à 6 onces; une veine de 2 mètres (main reef proper) un peu négligée parce qu’elle ne donne au plus qu’une once d’or à la tonne; enfin la veine du Nord de 50 centimètres à 1 mètre donnant moins de 1 once d’or à la tonne.
- Parmi les compagnies situées sur ce faisceau, nous citerons Robiason, Langlaagte, Jumpers, etc.
- Les conglomérats aurifères, dont on a admiré de beaux échantillons à l’Exposition universelle de 1889, sont formés, tantôt exclusivement de galets de quartz vitreux ou hyalin généralement plus petits qu’un œuf et cimentés par une pâte siliceuse et ferrugineuse, tantôt de galets de roches diverses ; quartzites, granités, etc., associés au quartz. L’or, irrégulièrement réparti dans la masse, se trouve plutôt dans la gangue que dans les galets et surtout à la périphérie de ces galets. Lorsqu’on enlève l’un d’entre eux, on voit souvent la cavité tapissée de petits cristaux d’or. Le métal précieux paraît avoir été originaire-
- 1 Voir la carte ci-après esquissée par nous d’après divers documents anglais ou allemands.
- 2 L’once (31*r,0912) vaut environ 90 francs.
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- ment contenu dans de la pyrite de fer, quoique la pyrite n’ait été rencontrée en abondance dans les mines du Witwatersrand qu’assez récemment. Cette anomalie apparente tient à ce que les exploitations se sont d’abord attaquées a la zone superficielle des conglomérats, zone où la pyrite, par une altération météorique très ancienne, avait été antérieurement transformée en oxyde de fer ou dissoute et emportée à l’état de sulfate par les eaux. Jusqu’à 40 ou 50 mètres de profondeur, on a donc travaillé sur des conglomérats plus ou moins désagrégés et ferrugineux où l’or existait à l’état libre, facile à extraire dès lors par simple broyage et amalgamation : ce que les Anglais appellent un free milling ore. En s’approfondi ssant, les travaux ne trouvent plus au contraire que des pyrites aurifères.
- Si l’on veut se rendre compte du mode de venue de l’or, on admettra avec assez de vraisemblance que cette pyrite aurifère est, au meme titre que le quartz, la quart-zitc, le granité, etc., un des éléments de la formation sédimen-taire du conglomérat, éléments empruntés à des terrains préexistants détruits par les eaux; on trouve en effet dans le gisement des galets de pyrite roulés. La pyrite étant plus friable que le quartz a nécessairement contribué surtout à donner les éléments de la pâte à grain fin qui entoure les galets; d’où la richesse plus grande en or de cette pâte et cette destruction même a pu y concentrer l’or par une sorte de préparation mécanique. L’or proviendrait dès lors de filons de quartz et pyrite antérieurs au dévonien, filons à peu près contemporains de ceux d’Australie qui, recoupant le cambrien et le silurien, s’arrêtent toujours, paraît-il, devant les terrains plus récents de la région.
- Cette association de l’or avec la pyrite de fer est d’ailleurs un fait bien connu et très général de même que le phénomène d’altération superficielle qui, en oxydant la pyrite, a laissé l’or plus abondant dans les parties hautes de filons ne semblant plus constitués d’abord que de quartz ferrugineux, mais où en
- profondeur on rencontre la pyrite1. C'est là une des raisons pour lesquelles les gisements d’or passent pour s’appauvrir en profondeur; c’est aussi une des causes probables pour lesquelles les anciens ont tiré de l’or de gîtes qui ne nous donnent plus aujourd’hui que des sulfures de fer, de cuivre, de zinc, etc., et pour lesquelles la vieille Europe (à un degré bien moindre aussi la vieille Asie), dont les affleurements aurifères ont été dès longtemps épuisés, est aujourd’hui si pauvre en métaux précieux par rapport aux continents plus récemment explorés : l’Amérique, l’Australie, l’Afrique du Sud.
- Il y a peu à dire du procédé d’extraction de l’or usité dans le Witwatersrand. Jusqu’ici des raisons
- financières ayant fait laisser de côté les pyrites aurifères pour se borner au free milling ore, le traitement consiste en un simple broyage aux boeards, parfois a près concassage, puis première amalgamation sur des tables en cuivre enduites de mercure, passage du minerai restant dans des amalgama leurs ou cuves remplies de mercure, et distillation dans des cornues en fonte. Les résidus ou « tailings » gardent, bien qu’on ait un peu réduit le gaspillage des premiers temps d’exploitation, 40 à 50 pour 100 de l’or.
- La difficulté est de régler le travail des boeards qui s’usent ou se dérangent en tombant, l’inclinaison des tables, la vitesse des courants d’eau. En outre il reste dans le minerai des traces de sulfures qui retiennent l’or ; aussi a-t-on préconisé l’emploi de liqueurs chlorurées ou iodurées, la calcination avec chlorure de sodium suivie d’une dissolution dans l’hyposulfite de soude et d’une précipitation par le sulfate de chaux, etc. Un autre perfectionnement a consisté dans une préparation mécanique introduite entre le bocardage et l’amalgamation ou la chloruration pour enrichir le minerai. L. de LaüKây.
- 1 Ces affleurements à leur tour enlevés par les érosions ont subi dans les cours d’eau une nouvelle concentration tant mécanique que chimique qui explique souvent la richesse relative des gisements d’illuvions.
- GraJiitcyeiyçnei.'iS | ’q Porphÿi'es ÙbucheS
- Silurien; fflîHjnfl Dforite^IeZccptyT'eietes Baroo formatons dusT&onctf*
- Debouiens | ^ | Crétacé' HHGl) {fauche#ifo[hvychu
- Carèonzfêres KarüO- Couches- ctesStormiic ry
- Carte de la région des mines dans le sud de l’Afrique.
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- LES ROCHES A FIGURES ANIMÉES1
- Il nous faut encore revenir sur un sujet que nous croyions épuise', mais l’obligeance de nos lecteurs est
- inépuisable, et après avoir reçu et publié déjà tant de documents sur les pierres figurées, nous en avons
- reçu d’autres encore que nous allons passer en revue.
- Un de nos lecteurs de Bruxelles, M. E. B..., nous fait connaître une bien curieuse pierre figurée, dont il nous envoie la photographie (fig. 1).
- Elle
- lia rocher des environs de Tundbridge Wells en Angleterre, le Toad Rock (rocher du crapaud) situé à vingt minutes de la ville environ. Le Toad rock est une des curiosités de la localité et on l’a entouré d’un grillage en fer. Quand j'ai visité cette pierre en 1885, les touristes y rencontraient un photographe ambulant qui leur offrait, séance tenante, un portrait au pied du Toad Rock. Il opérait en plein air en faisant usage, pour ses manipulations, d’une petite charrette formant chambre noire.
- M. le prince Roland Bonaparte nous signale une fort curieuse roche en forme de chien, connue en
- 1 Suite. — Voy. n° 951, du 4 avril 1891, p. 275.
- Corse sous le nom de Levrier des Calanches, et nous en communique une photographie que nous
- reproduisons (fig. 2). On passe par cette région des Calanches en allant de Bastia à Ajaccio par Calvi. Le rocher a la forme d’un chien accroupi dont le fin museau se détache avec netteté sur le ciel. Le même auteur nous communique en môme temps un croquis fait par lui en 1889 de l'Ei-ger vu de Mürreii dans l’Oberland bernois; le sommet de la montagne offre l’aspect d’un profil humain.
- M. Ch.-Ed. Guillaume nous mentionne d’autre part une autre roche célèbre offrant le profil d’un singe ;
- A l’extrémité sud-ouest du Val-de-Travers, cette pittoresque dépression que longe le chemin de fer Paris-Berne, à quelques kilomètres au delà de la frontière suisse, se trouve, près du village de Buttes, un rocher qui porte,
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- dans tout le pays, le nom de Singe de Buttes, à cause de sa ressemblance frappante avec la tète de cet animal. Ce rocher émerge du flanc de la montagne.
- Cette Note est accompagnée d’une photographie exécutée par un habile amateur, M.Ed. Dubois, mais nous croyons devoir limiter nos reproductions, après avoir choisi les plus caractéristiques. Les pans de falaises rocheuses, offrant l’aspect de têtes de profil, sont d’ailleurs très nombreux. On pourrait en multiplier les exemples; M. Edouard Steiner, de Mulhouse, nous communique la photographie d’une autre pierre de ce genre.
- M. Stanislas Meunier nous rappelle que de Me-naggio (lac de Corne), on voit une montagne qui découpe dans le ciel le profil de Napoléon. Notre collaborateur nous en adresse un très exact croquis. M. llodocanachi nous cite dans le même ordre d’idées le mont Puget près de Marseille. Cette montagne, vue surtout le matin, représente fort bien le profil d’une tête humaine renversée en arrière, le profil de Pierre Puget, disent les Marseillais.
- M. Aug. Stegmiiller, professeur à Saint-Dié (Vosges), nous écrit d’autre part :
- Je crois devoir vous signaler une roche bien connue des touristes qui ont traversé nos vallées vosgiennes; c’est la Roche du Sphinx. Elle se dresse sur un monticule dominant le gracieux village d’Anould, à 12 kilomètres de Saint-Dié. Du sommet, l’œil embrasse une vue fort belle, s’étendant sur toute la vallée de la Meurthe, et fermée par les hautes montagnes qui séparent le département des Vosges de l’Alsace. Vue de près, les saillies de la roche offrent l’aspect caractérisé d’une tète. Mais, vue à distance de la ligne ferrée allant d’Anould à Fraize, et à une centaine de mètres de la première de ces stations, le bloc, dans son ensemble, figure assez exactement un colosse de pierre accroupi, les mains appuyées sur les genoux. C’est évidemment cette attitude qui a fait donner à cette roche granitique le nom de Roche ou de Tête du Sphinx.
- M. Stegmiiller nous adresse à l’appui une très bonne photographie due à un habile opérateur de Saint-Dié, M. V. Franck.
- C’est par la description du Rocher du Sphinx que nous terminerons aujourd’hui notre nouveau chapitre de l’histoire des roches a figures animées. G. T.
- NÉCROLOGIE
- Paul Lecœuvre. — Les obsèques de M. Paul Le-cœuvre, ingénieur civil, ancien professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures, décédé à Paris le 18 septembre, à l’âge de soixante-seize ans, ont eu lieu le 21 du même mois en présence d’une fort nombreuse assistance. Paul Lecœuvre était un ingénieur du plus grand mérite ; il avait été le collaborateur du général Morin et de Tresca, dont il était le beau-frère ; il avait, avec eux, puissamment contribué au mouvement de vulgarisation de la mécanique industrielle, à la tête duquel s’était placée l’administration de notre Conservatoire des arts et métiers et dont nous ont rendus témoins nos grandes expositions industrielles. Le général Sébert a prononcé une émouvante allocution sur la tombe de l’éminént ingénieur ; il a rappelé les
- grands services rendus par M. Lecœuvre en 1870, alors qu’il était secrétaire de la Commission du génie civil chargé d’improviser le matériel de guerre nécessaire pour la défense de Paris. La mort de M. Lecœuvre est vivement ressentie par l’Ecole centrale, où il a professé la construction des machines pendant plus de quarante ans.
- pour l’avancement des sciences
- Congrès de Marseille, lf-34 septembre 1891.
- L'Association française pour l'avancement des sciences vient de tenir à Marseille sa vingtième session annuelle, qui a été des plus brillantes. La séance solennelle d’ouverture a eu lieu le 17 septembre. M. Félix Baret, maire de Marseille, dans une chaude allocution, après avoir souhaité la bienvenue aux membres du Congrès, a signalé l’importance commerciale et industrielle de la grande cité méditerranéenne, qui est un des premiers ports du monde, et a parlé de ses aspirations universitaires, ainsi que de son prochain assainissement. M. P.-P. Dehérain, l’éminent agronome, membre de l’Institut, qui présidait le Congrès, a prononcé un remarquable discours, dans lequel, après avoir remercié M. le Maire et les membres du Comité d’organisation, il a traité l’intéressante question du Rôle de la chimie et de-la physiologie en agronomie.
- Environ trois cents membres de l’Association ont pris part aux travaux du Congrès, qui se sont poursuivis jusqu’au 24 septembre.
- Voici un léger aperçu des nombreuses questions traitées dans les dix-sept sections, qui comptaient beaucoup de savants éminents accourus de toutes parts, pour contribuer à l’éclat de ces grandes assises scientifiques.
- En Mathématiques, on a surtout remarqué les communications de MM. Collignon, Lucas et Laisant. MM. Friedel (de l’Institut), Reboul et de Wilde, ont été particulièrement écoutés dans la section de Chimie. Celle de Physique s’est montrée fort active; elle a entendu notamment des communications de MM. Macé de Lépinay et Pérot sur le phénomène du mirage, de MM. Léon Vidal et Berget sur la photographie des couleurs d’après le procédé Lippinann, de M. Crova sur la lumière diffusée dans T atmosphère, du Dr Aicali sur une unité photométrique physiologique, de MM. Sibillot sur la navigation aérienne et Bruguière sur la visibilité de Vénus. En Météorologie, le I)r Guei-rard, MM. Ragona et L. Teisserenc de Bort ont traité d’intéressantes questions ; un vœu a été émis en faveur de la concordance de l’année météorologique avec l’année astronomique. Dans la section de Géologie, MM. Emile Rivière, Matheron, Vasseur et Fournier, ont présenté de nombreux Mémoires, la plupart relatifs à la géologie des Bouches-du-Rhône. En Botanique, signalons les travaux de MM. de Saporta, Bureau, lleckel; ce dernier professeur a fait une communication d’après laquelle le Mancenillier et les autres euphorbiacées amèneraient la mort par leur suc et non par inhalation. Dans la section de Zoologie, où se trouvaient MM. Cari Vogt, Dr Filhol, Schlumberger, Gadeau de Kerville, les principales communications ont été celles de M. Marion, qui a exposé ses nouvelles observations sur la reproduction de la sardine et sa croissance dans la Méditerranée comme dans l’Océan, de M. Künckel d’IIer-culais sur ses dernières études relatives aux acridiens d'Algérie et à leurs parasites, de M. Jacques Léotard sur la disparition ou l’extension de diverses espèces animales. En Anthropologie, MM. de Mortillet, Dr Fauvelle,
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- Cliantre, Dr Magitot, se sont surtout occupés de questions préhistoriques, notamment de la valeur des objets d'industrie humaine comme éléments de classification des terrains quaternaires ; le Dr Delisle a présenté un curieux Mémoire sur les déformations artificielles du crâne en France. La section de Médecine a eu surtout une activité considérable ; on y remarquait les professeurs Verneuil (de l'Institut), Bouchard, Ollier, Villeneuve, Hallopeau, Chapplain; le traitement de la tuberculose a donné lieu à un grand nombre de communications ; citons en outre le Dr Jacques pour son traitement de la diphtérie, le Dr Fanton pour la transfusion automatique du sang, les D" Boinet, Liron, Petit. La principale question traitée en Agronomie a été les engrais complémentaires suivant la composition chimique des terrains; MM. Dehérain, Lugol, Gassend ont pris une part très active aux travaux; de nombreux Mémoires relatifs à la viticulture ont été présentés; M. de Montricher a parlé de la fertilisation de la Crau par les produits du nettoiement de Marseille. Dans la section de Géographie, un vœu a été émis, après exposé de la question par MM. Breitt-mayer et J.-Ch. Roux, en faveur de la création d’un canal de jonction du Rhône à Marseille; cette section, jointe à la suivante, à émis également un vœu pour le transsaharien proposé par MM. Fock et G. Rolland afin d’unir Marseille au Tchad par Alger et Philippeville. Signalons dans la section d'Economie politique : une importante discussion, à la suite d’un exposé de M. Jules Martin, sur l'exploitation des ports par l’État comparée à l'exploitation par les compagnies privées ; des communications de MM. Notelle, sur la crise de la civilisation, et Maurice Morel sur la réforme de l’assistance publique par l'expansion coloniale. En Pédagogie, M. Taverni a préconisé l'enseignement secondaire spécial dans les langues anciennes. Dans la section à’Hygiène, qui a eu beaucoup d’activité et dans laquelle se trouvaient les Drs Trélat, Napias, Mireur, de Valcourt, on a remarqué surtout les conférences de MM. Cartier et Génis suri 'assainissement de Marseille par un grand égout collecteur aboutissant à la mer à 12 kilomètres au sud de Marseille; citons en outre une intéressante communication du Dr Jeannel sur le Déboisement comme cause de dépopulation. Dans toutes ces sections, les savants marseillais ont réussi à montrer que la grande cité provençale possède une sérieuse activité scientifique.
- Deux conférences publiques ont été faites avec succès : l’une par le I)r Paul Regnard, sur la fie dans les eaux (avec pi’ojections de Molteni), l’autre par le député J.-Ch. Roux sur Les intérêts économiques de Marseille.
- Les membres du Congrès ont visité les ports, les monuments, les principales usines et les environs de Marseille. De plus, ils ont fait d’agréables excursions à Arles et à Aix, où ils ont été très bien reçus.
- La session a été close le 24 septembre par l’assemblée générale des sociétaires. M. Collignon, inspecteur général des ponts et chaussées, a été proclamé président en remplacement de M. Dehérain, et sur les indications du professeur Gariel, le dévoué secrétaire du Conseil, la ville de Besançon a été choisie pour siège du Congrès de 1895, celui de l’an prochain devant se tenir à Pau.
- Les membres de l’Association sont partis le lendemain pour une excursion finale sur le littoral de la Méditerranée 1 jusqu’à Vice, d’où chacun a regagné sa résidence,
- 1 A Tainarix, près la Seync, les congressistes ont assisté à la pose de la première pierre de l’institul maritime de biologie de l’Université de Lyon.
- en conservant un excellent souvenir du Congrès de Marseille, des beautés de la Provence, et de l’hospitalité des populations du Midi. Jacques Léotard.
- Marseille, 28 septembre 1891.
- L<a force motrice À l’Exposition de Chicago. —
- Les installations de force motrice et le matériel électrique que l’on prépare pour actionner les innombrables machines qui fonctionneront à l’Exposition de Chicago, s’élèveront, d’après les journaux américains, au chiffre de 24 000 chevaux-vapeur. A l’Exposition du Centenaire, à Philadelphie, la force motrice était fournie par une machine Corliss de 2450 chevaux; cette machine se trouve actuellement dans les ateliers de la Pullman Car Company. A Paris, en 1889, on utilisait environ une puissancede G000 chevaux. La galerie des machines de Chicago comprendra six rangées parallèles d’arbres de transmission, portant les diverses poulies, et disposées dans le sens de la plus grande longueur du batiment. Chacune de ces six rangées sera divisée en quatre sections d’environ 00 mètres, et chaque section sera actionnée par son moteur. Ceci nécessitera 24 machines à vapeur, dont les puissances varieront entre 125 et 200 chevaux-vapeur. De plus, les arbres de chaque section seront pourvus de mâchons d’accouplement à friction à leurs deux extrémités, de façon que, en cas d’accident ou d’arrêt pour une cause quelconque du moteur de cette section, la transmission puisse être rapidement attelée à l’une ou l’autre de ses voisines, suivant le cas.
- ——
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 sept. 1891. — Présidence de M. Ddchartue.
- Le cyclone de la Martinique. — M. le secrétaire perpétuel analyse avec beaucoup de détails la très importante communication que lui a transmise M. Gaston Tissandier sur le récent désastre qui s’est abattu sur notre belle colonie de la Martinique. Les académiciens se passent avec le plus vif intérêt les belles photographies mises sous leurs yeux, et M. Paye témoigne tout haut la satisfaction qu’il éprouve à voir une fois de plus constatée la réalité du tonnerre en boule considéré, il n’y a pas longtemps, par un savant météorologiste, comme une simple illusion d’optique. Toutefois je n’analyserai pas le travail dont il s’agit, nos lecteurs l’ayant in extenso dans La Nature (p. 275).
- Le mètre international. — A peine la Commission des poids et mesures avait-elle terminé son difficile travail que l’ancien délégué des Pays-Bas, M. Bosscha, se livrait à des considérations qui devaient conduire à jeter sur l’étalon si laborieusement constitué un certain discrédit. Ce savant, après avoir rappelé qu’on avait pris pour objectif de se rapprocher autant que possible de l’étalon des Archives, constatait que le mètre en platine iridié accepté par la Commission internationale, diffère du modèle qu’il voulait reproduire, de deux microns environ. Pour couper court à l’émotion que ces critiques ont commencé à produire, le président de la Commission, par l’intermédiaire de M. le secrétaire perpétuel Bertrand, fait remarquer que M. Bosscha s’est placé à un point de vue inacceptable. L’étalon des Archives a joui pendant un siècle du privilège d’échapper à tout contrôle, étant la base acceptée de toutes les comparaisons. Mais aujourd’hui son rôle est fini et sans chercher si les comparaisons dont on parle, donnent
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- LA NATURE.
- réellement les différences indiquées, il ne faut pas oublier que par définition même le mètre international est le vrai mètre et le seul vrai mètre. Il n’est plus permis à personne de prétendre qu’il est inexact puisque c’est sa longueur à lui qui détermine la longueur même à laquelle toutes les autres doivent être comparées.
- Boileau. — L’Académie ayant récemment perdu, dans la personne de M. Boileau, un de ses correspondants, M. Maurice Lévy, membre de la section de mécanique, lit une Notice biographique sur le défunt. Celui-ci, sorti à vingt ans de l’École polytechnique, fut en 1859 nommé professeur à l’École d’application de Metz. Il commença dès lors les travaux qu’il continua toute sa vie, et qui procurèrent à l’hydraulique de si grands progrès.
- Nouvelles planètes. — Il semble que plus on découvre de petites planètes, plus il en reste à découvrir : le nombre des trouvailles suit en effet une marche progressivement accélérée, et voici aujourd’hui M. Charlois qui, de Nice, par l’intermédiaire de M. Faye, annonce d’un seul coup la capture de quatre nouveaux astéroïdes. Le premier,observéle28 août, est de douzième grandeur, le second et le troisième, du 1er et du 8 septembre, sont de treizième grandeur, le dernier, du 11 septembre, est de onzième grandeur. Nous voici maintenant dans le voisinage de 320 petites planètes reconnues.
- Varia. — Un auteur, dont le nom nous échappe, propose un appareil qui déterminerait automatiquement l’arrêt des trains de chemin de fer, par le fait seul de leur passage devant le disque fermant la voie. — M. Ilermitc continue ses recherches sur « l’unité des forces en géologie ». — Selon M. Laillet le cyclone de la Martinique aurait sa cause dans la position relative au moment du phénomène de la Terre, du Soleil et de Jupiter. — M. le secrétaire perpétuel signale très spécialement un volume de M. Colet, capitaine de frégate, intitulé Navigation astronomique simplifiée.
- Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- LA DILATATION DES CORPS MAUVAIS CONDUCTEURS DE LA CHALEUR
- Voici une expérience de physique sans appareils certainement originale, mais incomparablement plus originale encore est la description de cette expérience que nous traduisons du Scientific American.
- « Ctésibius dit à son élève : « Héron, voulez-vous un verre de soda ? (eau de Seltz). »
- — Ce sera comme vous voudrez, » répondit Héron. Sur cette réponse, Ctésibius sortit une bouteille en verre de forme originale, ayant un fond conique épais, et contenant un liquide que l’on dit être de l’eau de Seltz.
- — Héron, mon enfant, dit-il, voici votre soda; il s’agit de le boire sans enlever ni percer le bouchon, et sans briser le goulot de la bouteille. »
- Héron se gratta la tête, et tournant la bouteille dans ses mains, tandis que le problème accomplissait une évolution équivalente dans son cerveau, il répondit : « Comme vous le savez, cher maître, je suis de force en mathématiques, à hauteur en mécanique, et tout à fait dans le mouvement en pneumatique et en hydraulique, mais je n’ai pas néanmoins la solution de ce problème.
- — Chaleur, dilatation inégale, » s’écria Ctésibius impatienté.
- Héron, qui était un élève intelligent, n’eut pas besoin d’une suggestion plus explicite.
- Allumant une bougie (sic), il l’approcha de l’extrémité conique de la bouteille, et en moins d’une minute à la clepsydre, le fond de la bouteille céda en se rompant en forme de coupure circulaire, la pression intérieure chassant l’extrémité détachée de la bouteille: l’eau de Seltz se déversa rapidement dans le verre en faisant entendre un sifflement. La fin de l’histoire n’est pas parvenue jusqu’à nous... » La figure qui accompagne cette Note montre comment il faut disposer, pour la réussir, l’expérience exceptionnellement moderne que notre fantaisiste confrère attribue à Héron d’Alexandrie. La figure montre une bouteille à parois épaisses : une petite rondelle de verre se détache aussi nettement d’une bouteille à verre mince, contenant de l’eau de Seltz ou de la limonade gazeuse. Nous avons d’ailleurs vérifié les dires de notre confrère et constaté expérimentalement que rien n’est plus facile que de réussir l’expérience. Le plus difficile est de recueillir le liquide après que le fond s’est détaché en cédant à la pression du gaz!:.. Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieu. l’aris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9
- Curieuse expérience faite avec une bouteille d’eau gazeuse.
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- 10 OCTOBRE 1891
- LA NATURE
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- reproducteurs de choix, et que la production du cheval pour l’armée est intimement liée a la production du cheval de luxe. Or, pour choisir de bons reproducteurs, le meilleur moyen est de mettre les concurrents en présence et de les soumettre à des épreuves qui fassent ressortir leurs qualités ; de là l’institution des courses, soit plates, soit d’obstacles, soit attelées, soit au trot.
- A ce point de vue le but des courses est parfaitement louable et légitime. Malheureusement, de principal, ce but est devenu très accessoire, et le véritable mobile de la plupart de ceux qui fondent des hippodromes de courses, c’est l’exploitation de la
- LES COURSES ET LES CHEVAUX DE COURSE
- U a été beaucoup parlé de courses dans ces derniers temps; à la Chambre, dans le public, dans les journaux, leur utilité a été discutée et leurs inconvénients mis en lumière. À notre tour nous allons nous occuper aussi quelque peu de cette question.
- Les courses, dit-on, sont nécessaires à l’amélioration du cheval ; — sous-entendu du cheval de luxe et de cavalerie, car le cheval, dit commun, n’a pas besoin des courses pour son amélioration.
- 11 est très vrai que le cheval de luxe actuel, qui est de création toute moderne, exige le concours de
- Courses de Newmarket eu Angleterre en 1790. (D'après une gravure du temps.)
- passion du jeu. Dès leur fondation le jeu s’est attaché aux courses comme une lèpre, et leur histoire prouve qu’il est indispensable à leur existence, que c’est, en un mot, un mal nécessaire.
- Les courses telles qu’elles existent actuellement ne datent que de la seconde moitié du siècle dernier et sont d’origine anglaise : le Grand Saint-Léger fut fondé à Doncastre en 1776; le Prix des Oaks à Epsom en 1779, et le Derby en 1780. Depuis ils ont été courus sans interruption jusqu’à nos jours. Les courses de Newmarket, quelques années après, ont eu le plus grand succès et notre gravure, faite d’après une estampe de la Bibliothèque nationale, en donne l’aspect en 1790.
- En France, sous Louis XV, il y avait eu plutôt des prouesses de cavaliers que de véritables çourses.
- 19® année. — 2e semestre.
- Ainsi, un M. de Saillant pariait dix mille livres qu’il irait et reviendrait deux fois de la porte Saint-Denis au château de Chantilly en six heures, ce qui faisait un total d’au moins 50 lieues et il gagna son pari en employant vingt-sept chevaux qui ne firent chacun qu’une traite de deux lieues. Le tour de force était pour le cavalier plutôt que pour les chevaux.
- Sous Louis XVI on importa les courses à la manière anglaise et un hippodrome fut installé dans la plaine des Sablons, mais aussitôt la passion du jeu prit des proportions invraisemblables surtout chez les courtisans : « A la dernière course, dit un auteur contemporain, M. deL... a perdu 172000 livres; M. le comte d’Artois en a gagné 150000; le roi a parié un petit écu. C’est une leçon bien douce et de bien bon goût sur la folie à la mode ; mais personne n’en
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- I;A NATURE.
- profite. » Là Révolution enraya les progrès du mal.
- Le 13 fructidor an XII (31 août 1804) les courses furent rétablies par un décret de Napoléon, daté du camp de Boulogne, et en vue de l’amélioration de l’espèce chevaline : « Il sera établi successivemenf, disait ce décret, des courses de chevaux dans les départements les plus remarquables par la bonté des chevaux qu’on y élève. Des prix seront accordés aux chevaux les plus rapides.
- « Dans deux ans des courses auront lieu dans les départements de l’Orne, de la Corrèze, de la Seine, du Morbihan, de la Sarre et 'des Hautes-Pyrénées. »
- Par ce décret dont il chargeait le Ministre de l’intérieur de l’exécution et de tous les règlements nécessaire, Napoléon interdisait le jeu; aussi les courses ne se développèrent pas et périclitèrent, et il faut arriver jusqu’en 1833, pour les voir reprendre leur essor, sous l’impulsion delà Société d’encouragement (,Jockey-Club) qui fut fondé à cette époque à l’instigation de lord Seymour, noble Anglais parisianisé. Voici l’exposé de principes que publia la Société d’encouragement pour ses débuts :
- « Les soussignés, frappés de la décadence de plus en plus croissante des races chevalines en France, et jaloux de contribuer en les relevant, à créer dans ce beau pays un nouvel élément de richesse, se sont réunis pour aviser aux moyens d’y parvenir.
- (< Il ne leur a pas été difficile de constater les causes du mal ; sans les énumérer, une entre autres méritait leur sérieuse attention. Le manque d’encouragement accordé aux éleveurs de pur sang, réduit depuis longtemps cette industrie à l’inaction et à la stérilité ; et cependant, rien n’importait plus que de la secourir et de lui donner tous les développements imaginables, car elle seule peut parvenir à doter la France et à l’affranchir enfin un jour du tribut annuel qu’elle paye aux étrangers. C’est donc à la propagation des races pures sur le sol français qu’ont dû tendre particulièrement les efforts des soussignés.
- , « Depuis longtemps des théories arbitraires servaient de guide à nos éleveurs ; on avait procédé sans succès à des essais de toute nature, à des combinaisons, à des croisements de tout genre pour améliorer nos races, et le Gouvernement n’avait pas été plus heureux que les particuliers dans ses recherches.
- « Cependant la paix, en rendant plus fréquentes nos relations avec l’Angleterre, nous permit d’étudier plus attentivement les principes qui la dirigent dans l’art de produire et d’élever les chevaux ; quelques esprits observateurs que n’arrêtaient pas des routines insensées, ou d’étroites considérations, n’ont pas tardé à acquérir la conviction que les succès de l’immense majorité de nos voisins d’outre-mer,dans cette branche d’industrie, devaient s’attribuer surtout à l’influence des courses, qui, alimentées par des chevaux de race, faisaient refluer continuellement le sang pur dans la circulation et amélioraient de cette manière, de plus en plus, chaque année, la population chevaline par l’intervention de ces croisements salutaires.
- « Il était tout simple alors, profitant des observations recueillies en Angleterre depuis longues années, de s’approprier une expérience acquise, en important chez soi des méthodes éprouvées, sans perdre de temps à chercher à faire mieux, car on ne pourrait raisonnablement espérer les surpasser.
- « Il y a néanmoins, il faut le croire, bien de la difficulté à déraciner en France certains préjugés, puisque nous sommes forcés de reconnaître que toutes les vieilles préventions contre les procédés anglais, et en particulier contre les courses de chevaux, ne sont pas encore évanouies.
- « 11 est facile de voir, en effet, à la modicité des prix de courses fondés par le Gouvernement, combien peu l’administration des haras semble accorder d’importance à ces épreuves, et pourtant, il est impossible de le nier, l’opinion publique paraît en progrès sous ce rapport. II existe un besoin général de donner aux courses une plus grande impulsion; ce besoin se fait sentir tous les jours davantage et la Société n’est ici que l’organe de toutes les personnes éclairées, en déclarant qu’elle regarde les courses comme le moyen d’amélioration le plus capital qu’on puisse employer. ))
- Ont signé ce manifeste les membres fondateurs : MM. Caccia, comte de Cambis, Delamarre, comte Demidolf, Fasquel, Ch. Laffitte, Ernest Leroy, chevalier Machado, prince de la Moskowa, de Normandie, de Rieussec, Lord Seymour.
- Les moyens qu’employa le Jockey-Club pour atteindre son but furent de rendre les courses fréquentes, d’v intéresser, d’y appeler le public, d’engager le Gouvernement à augmenter la valeur et le nombre des prix, enfin de fonder elle-même les plus importants. Elle partagea d’abord avec l’Administration des haras le droit de donner les courses sur les hippodromes de Paris, de Versailles et de Chantilly; plus tard cette Administration y renonça complètement et aujourd’hui les commissaires de la Société d’encouragement dirigent toutes les courses de la capitale et des succursales, ils distribuent tous les prix, même ceux que fournit l’Etat. Comme on voit, le Jockey-Club est devenu une puissance officielle.
- A l’imitation de la Société d’encouragement se sont fondées, en province, de nombreuses Sociétés de courses dont quelques-unes, celle de Bordeaux, par exemple, sont devenues très célèbres, et enfin, à Paris même et à ses côtés se sont fondées successivement celle des steeple-ehascs, celle pour l’encouragement du cheval de demi-sang, la Société du sport de France et tout récemment le Trotting-Club de Paris, qui a pour but de favoriser et de développer l’emploi et l’élevage du demi-sang trotteur en France.
- — A suivre. _ P. Mégnin.
- LE NOTORYCTES TYPHLOPS
- NOUVEAU TYPE DE MARSUPIAUX FOirïSSEURS ORIGINAIRE DU DÉSERT AUSTRALIEN
- La découverte d’un Mammifère nouveau à caractères assez tranchés pour qu’il soit nécessaire d’en faire le type d’une famille, peut-être même d’un ordre à part dans la série des Didelphes ou Apla-centaires, est, à notre époque, un événement d’une haute importance pour la zoologie. Cette découverte a plus d’intérêt encore lorsque l’animal présente
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- des formes et une organisation aussi étranges que celui que nous présentons aujourd’hui à nos lecteurs, d’après le travail original de M. E. G. Stirling, directeur honoraire du South Australian Muséum et professeur à l’Université d’Adélaïde, qui l’a découvert dans le désert central du continent australien.
- Les recherches des naturalistes anglais et particulièrement celles du célèbre ornithologiste Gould, nous avaient fait connaître d’une façon relativement si complète la faune de la Nouvelle-Hollande, (pie l’annonce de l’existence, en ce pays, d’un Mammifère vivant qui vient combler une lacune depuis longtemps signalée dans cette faune, a causé une yéri-table surprise parmi les naturalistes.
- Le Notoryctes, comme l’a nommé M. Stirling, est une taupe, mais une taupe marsupiale, et qui présente des rapports très remarquables à la fois avec les Chrysochlores ou Taupes du Cap, insectivores placentaires propres à l’Afrique australe, et avec les Mammifères primitifs de l’époque secondaire et du début de la période tertiaire dont la dentition seule nous est connue. — Quant au nom de Notoryctes typhlops, il désigne, d’après son étymologie grecque, un animal fouisseur du Sud complètement aveugle.
- Le premier individu de cette espèce dont M. Stirling ait vu la dépouille en fort mauvais état, avait été capturé, en 1888, par M. Coulthard, employé d’une grande compagnie d’élevage de bestiaux dans le nord de la colonie de l’Australie du Sud (South Australia). En suivant les traces de l’animal, il finit par le découvrir au pied d’une touffe de Spinifex ou Herbe porc-épic (Triodia irritans). Bien qu’habitant le pays depuis de longues années, M. Coulthard le voyait pour la première fois et n’en avait jamais entendu parler.
- La région où l’on trouve le Notoryctes est a 1000 milles1 environ au nord d’Adélaïde, immédiatement à l’ouest de la ligne télégraphique, entre les stations de Charlotte-Waters et d’Alice-Springs. Elle est limitée au nord et au nord-est par le cours desséché de Finke-River, qui coule pendant 80 milles du nord-ouest au sud-est. Ce pays est formé de plaines et de dunes de sable rouge, où pousse par places une végétation presque exclusivement composée de Spinifex et d’Acacias. Les pluies y sont très rares. Presque tous les spécimens de l’animal qu’on a pu se procurer j usqu’ici proviennent d’Idra-cowra, Free-River Station, où habite M. Coulthard, entre ce point et le cours du Finke. L’espèce ne paraît pas très abondante : les natifs ne semblent pas connaître l’animal quand on leur en montre une figure.
- Profondément intéressé par cette curieuse découverte, M. Stirling entreprit, à la suite du gouverneur de l’Australie du Sud, la traversée du désert australien à dos de cheval ou de chameau. Il put
- 1 Le mille anglais vaut 1609 mètres.
- ainsi se procurer six exemplaires du Notoryctes, dont quatre femelles et deux mâles, qui furent conservés dans l’alcool, afin d’en faire une dissection complète, de retour à Adélaïde.
- C'est seulement avec l’aide des indigènes, et grâce à l’instinct véritablement surprenant que ces sauvages déploient en suivant les traces d’un animal, qu’il est possible de se procurer ces précieux spécimens. La saison des pluies du court été semi-tropi-cal de cette région, est l’époque favorable pour ce genre de recherches. Le sol conserve alors les traces de l’animal, tandis que d’ordinaire il est beaucoup trop friable pour garder aucune empreinte. L’animal est essentiellement fouisseur. 11 ne sort du sable que pour parcourir un espace de quelques pieds d’une allure lente et tortueuse, en traînant son ventre contre terre. 11 marche en appuyant le bord extérieur de ses griffes de devant repliées sur le sol, de manière à laisser une triple trace sinueuse plus ou moins interrompue et dont les deux lignes latérales sont formées par les pattes, celle du milieu par la queue, sur laquelle l’animal s’appuie en la rabattant par-dessous. Ces traces ressemblent beaucoup à celles de certains lézards australiens que M. Stirling a souvent prises pour celles du Notoryctes, au moins dans les premiers temps.
- Le Notoryctes s’enfonce obliquement dans le sable et traverse le sous-sol à 2 ou 5 pouces de profondeur, ne trahissant son passage que par une légère ondulation du sol. 11 se sert pour fouir de son nez conique, protégé par une plaque cornée, et des puissantes griffes de ses pattes antérieures, en forme de pioche. Les pattes postérieures, plus larges, en forme de bêche, rejettent le sable derrière lui de telle sorte qu’il ne reste aucune trace du tunnel que se creuse l’animal sur son passage. H vient a la surface quelques mètres plus loin, puis s’enfonce de nouveau, le tout sans faire aucun bruit. L’agilité et la rapidité du Notoryctes, sont véritablement prodigieuses. M. Benham, qui a longtemps habité Idracowra, écrit à ce sujet : « Tout le monde ici peut vous raconter comment un de ces animaux m’échappa en s’enfonçant dans le sable. Je l’avais apporté vivant à la maison, et nous causions de la facilité avec laquelle il fouit, si bien que M. Stokes désira le voir à l’oeuvre. Après avoir bêché et retourné le sol près de la maison, nous lâchâmes l’animal : je le tins entre mes mains jusqu’à ce qu’il fut presque complètement caché et alors je cherchai à le rattraper en grattant le sable derrière lui, mais il fut plus prompt que moi ; je pris une pelle et j’essayai de le retrouver, mais sans succès. Un autre homme armé d’une seconde pelle vint à mon aide ainsi qu’une femme indigène habituée à fouiller le sol avec ses mains; à nous trois, il nous fut impossible de le découvrir ». Même en supposant que les recherches fussent faites dans une fadsse direction, on voit combien cet animal a de facilité pour s’enfoncer dans le sol.
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- Les Noloryctes sont difficiles à conserver vivants même dans de grands baquets pleins de sable. Nuit et jour on entend le bruit le'ger qu’ils font en fouissant dans ce terrain meuble. Ils ne touchèrent pas aux fourmis que leur donna M. Stirling, hien qu’on trouve de ces insectes dans leur estomac. Par contre ils mangèrent volontiers de grosses larves blanches de Longicornes et de Lépidoptères :
- Fig. 1. — Pattes du Notoryctes.
- 1.2, et 3. Patte de devant vue de face, de profil et dessous. 4 et S. Patte de derrière vue dessus et dessous.
- l’un d’eux même mangea du pain, mais il mourut le lendemain. On peut les prendre à la main sans qu’ils essayent de mordre. « Oor-quamata » est le nom que leur donnent les indigènes qui paraissent en avoir une crainte superstitieuse, ce qui tient peut-être à ce que l’animal leur est presque totalement inconnu. Ils n’ont jamais vu les petits.
- L’intestin des divers individus disséqués par
- Fig. 2. — Détails du squelette (grossis).
- 1 et 2. — Crâne vu dessous et de profil. 3 et 4. Pattes.
- M. Stirling contenait des fourmis et d’autres insectes.
- A première vue, l’animal ressemble beaucoup aux Chryoschlores ou Taupes dorées du Cap, mais en diffère par sa forte queue (les Cltrysochlores n’en ont pas), par la forme de ses incisives, et par la présence d’une poche chez la femelle.
- La taille est inférieure à celle delà Taupe d’Europe. La couleur du pelage est fauve, dorée sur certains points, argentée sur d’autres. Il n’y a pas de cou distinct, les joues se confondant avec les épaules : il en résulte que le corps est fortement arqué : le nez, les pattes et la queue sont seuls dans un même plan. Les narines sont percées dans la plaque cornée qui protège le museau et qui est divisée en deux par un sillon transversal : la bouche est située en dessous. La langue est large et a une forme presque humaine.
- Extérieurement il n’y a pas trace d’yeux; ces organes ne sont pas même indiqués par une tache de pigment visible sous la peau. L’oreille externe
- est représentée par un petit trou arrondi. La queue est très singulière, en forme de cône tronqué, nue, annelée, cachée en grande partie par les poils du dos, bien visible en dessous. Vers son milieu, elle porte
- deux tubérosités latérales qui l’élargissent en ce [joint.
- Les pattes antérieures sont tout à fait semblables à celles des Chrysochlores. Les deux gros ongles arqués et comprimés des troisième et quatrième doigts cachent les autres, sauf le gros ongle obtus et corné du cinquième, rejeté en arrière, et inséré à la base du quatrième. En examinant la paume étroite de cette main, on découvre les ongles grêles, atrophiés du pouce et du deuxième doigt. Cette paume est fendue et les doigts forment deux groupes : l’externe, constitué par les troisième, quatrième et cinquième ; l’interne, par les premier et deuxième. — Les pattes postérieures sont également courtes et très fortes, plus robustes que celles des Chrysochlores, en forme de bêche, avec la plante tournée en dehors, munie de forts sillons
- Fig. 3. — Notoryctes vu en dessous (aux deux tiers de grandeur naturelle).
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- et nue jusqu’au métatarse1. Les quatre premiers orteils sont subégaux; le cinquième est représenté par un ongle court assez semblable à celui de la main, et flanqué d’un gros os sésamoïde large et plat. Le tibia surtout est très robuste.
- La dentition du Notoryctes comprend quarante dents, dix dans chaque branche des mandibules ; cette
- dentition paraît correspondre à la formule suivante :
- I f, C f, Pm. f, M |x2 = 40 dents.
- Les molaires ressemblent à celles des Chryso-chlores, ayant, comme chez ceux-ci, la couronne en forme de V; mais les dents antérieures, et particulièrement les incisives, sont très différentes, beaucoup plus faibles que celles des Chrysochlores. Ce
- Fig. 4. — lin nouveau mammifère. Le Notoryctes typhlops. (Grandeur naturelle.)
- fait est d’autant plus remarquable que la forme générale du crâne rappelle aussi d’une façon frappante celle des Chrysochlores.
- On sait que chez ces derniers, les incisives
- 1 On pourrait dire, d’après l’examen de l’ostéologie, que le Notoryctes a des pattes postérieures conformées comme les pattes antérieures des véritables Taupes du G. Talpa.
- médianes sont (comme celles des Musaraignes et de la plupart des Insectivores placentaires) scalpri-formes, c’est-à-dire fortes et recourbées, rappelant celles des Rongeurs, et constituent de puissants organes de préhension qui se touchent sur la ligne médiane.
- Au contraire, les dents antérieures du Notorycles
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- sont faillies, en forme de simples chevilles et laissent sur la ligne médiane un vide considérable, disposition qui rappelle ce que l’on voit chez certains édentés, les Tatous et les Oryctéropes, pat* exemple. 11 y aura lieu de comparer cette dentition h celle du Myrmécobie, qui est également australien, et à celle de plusieurs types de Mammifères fossiles de l’époque éocène récemment découverts dans l’Amérique du Sud et qui se rapprochent plus ou moins des Plagiaulacidæ1.
- A la mâchoire inférieure, l’apophyse angulaire est fortement infléchie en dedans, ce qui est un caractère assez constant, propre aux Didelphes.
- Les os marsupiaux, par contre, sont très peu développés. Ils ne sont représentés que par deux très petits nodules osseux, divergents en avant et englobés dans le tendon du muscle oblique externe de l’abdomen à son insertion sur la symphyse du pubis. C’est à peine s’ils sont visibles à la loupe, de telle sorte qu’ils peuvent échapper facilement à une dissection rapide ou superficielle.
- On ne sait encore rien du mode de [reproduction du Notoryctes, et l’on est tenté de se demander si l’animal n’est pas ovipare comme l’Echidné et l’Orni-thorhynque.
- En résumé, on ne peut s’empêcher d’être frappé des rapports que le Notoryctes présente avec les Chrysochlores africains : la forme du crâne, celle des molaires ou dents postérieures, celle du membre antérieur porteraient à admettre quelque chose de plus qu’une simple adaptation secondaire dépendant d’un genre de vie identique. La dissemblance que l’on trouve, d’autre part, dans les dents de la partie antérieure des mâchoires (incisives et canines), entre ces deux types, mérite d’être étudiée de plus près.
- Il n’est pas sans intérêt de rappeler que ces deux genres ne sont pas les seuls qui, par leurs formes extérieures, établissent un lien de parenté entre la faune sud-africaine et celle de l’Australie. Le Pedetes (Helamys), ou Grande Gerboise du Cap, présente absolument les formes des Kangourous australiens, bien que ce soit un rongeur placentaire. On connaît, d’ailleurs, les rapports que la flore de l’Afrique australe présente avec celle de l’Australie.
- Il est à souhaiter que M. Stirling puisse nous donner bientôt de nouveaux détails sur le Notoryctes, et nous renseigner d’une façon complète sur cet étrange mammifère, qui semble un survivant oublié de l’époque secondaire.
- En terminant, c’est un devoir pour nous de remercier M. le professeur Alfred Newton, de l’Université de Cambridge, pour l’extrême obligeance qu’il a mise à nous communiquer le Mémoire de M. Stirling dès son arrivée en Angleterre, ce qui nous a permis d’en donner la primeur aux lecteurs de La Nature. I)r E. Trouessart.
- 1 Voyez les descriptions et les figures que nous avons données de ces types fossiles dans Le Naturaliste, 1890, p. 151, 203, 213. et 271.
- —=>•
- U RAMIE 1
- Tout le monde a entendu parler de la ramie et des tissus fabriqués avec ses fibres ; on sait que cette plante, cultivée de temps immémorial en Chine, dont elle est originaire, est depuis peu introduite en France.
- La l’amie est une ortie gigantesque qui atteint de 2 à 4 mètres de hauteur. C’est une plante vivace qui fournit plusieurs récoltes annuelles dont le nombre varie de deux à quatre, suivant les climats. Ses racines peuvent persister pendant de longues années sur le même terrain, ce qui est un précieux avantage pour la culture. Elle donne une quantité de matière première plus abondante que celle fournie par chacun des autres textiles végétaux qui n’ont qu’une récolte annuelle. En outre, sa fibre est plus longue, plus soyeuse, plus souple, plus résistante à la traction que celle du coton, du lin ou du chanvre. Enfin, elle résiste mieux que toute autre à l’action dissolvante de l’eau : elle est presque incorruptible ; aussi, la ramie commune serait précieuse pour la corderie et la fabrication des filets.
- D’après les statistiques officielles, la France importe, en moyenne, 100 millions de francs, par mois, de matières textiles pour alimenter ses usines, soit par an 1 milliard 200 millions payés à l’étranger. On voit par là l’avantage énorme qu’il y aurait pour nous à cultiver la ramie qui pourrait nous affranchir, au moins en grande partie, des importations dont il s’agit. Mais toute innovation demande des études et des recherches et si les expériences ne sont pas conduites avec prudence sur une petite échelle, elles peuvent amener des déceptions.
- Les premiers essais d’acclimatation de la ramie furent faits sur la ramie verte (Bohemeria utilis et la B. tena-cissima) qui ne peut végéter dans de bonnes conditions que dans les "pays très chauds : elle ne résiste pas en France aux froids de l’hiver.
- La ramie blanche, au contraire (B. nivea), peut prospérer en France, et, avec quelques précautions, résiste aux hivers les plus rigoureux : la plantation de Gennevilliers, près Paris, qui n’a pas souffert de l’hiver 1890-1891, en donne la preuve. Elle fournit deux récoltes par an sous le climat de Paris ; elle peut en donner trois dans le midi de la France et quatre et plus dans les pays tropicaux si le terrain est convenablement irrigué.
- Plusieurs novateurs se sont occupés de développer la culture de la ramie, mais ils ont été arrêtés dans leur entreprise par la difficulté de sa décortication. Cette ortie, en effet, ne se prête pas à l’opération du rouissage que l’on applique au chauvre et au lin. Les Chinois décortiquent les tiges à la main, mais en Europe, où la main-d’œuvre est beaucoup plus chère, ce procédé ne serait pas pratique, et il a fallu recourir à l’opération mécanique.
- Le gouvernement anglais, comprenant le parti à tirer de ce textile, avait ouvert des concours de machines à Saharanpur et à Calcutta, mais, malgré la prime énorme de 125 000 francs offerte à la meilleure décortiqueusè, trois concours successifs n’ont donné aucun résultat.
- Deux concours ont été organisés par le gouvernement français, en 1888 et en 1889 à l’Exposition universelle et ils n’ont pas eu un meilleur sort. Aujourd’hui, la Société des agriculteurs de France recherche à son tour la solution de cette importante question. Elle a organisé, dans ce but, un concours international entre tous les constructeurs de machines et les inventeurs. Uue douzaine de ma-
- 1 Voy. tables des dix premières années de La Nature, et tables annuelles.
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- chines ont fonctionné du 25 au 50 septembre, à Genne-villiers, sur une plantation retenue à cet effet. Quelques-unes de ces machines sont dues à des inventions récentes, d’autres qui ont déjà paru à plusieurs concours ont été perfectionnées depuis peu. Si la solution du problème est trouvée pratiquement, on peut espérer que la culture et l’exploitation de l’ortie de Chine créeront à nos colonies et peut-être à la France une nouvelle source de revenus.
- UN NOUVEAU MODE DE PROPULSION
- DES NAVIRES A HÉLICE
- Tous les bateaux à vapeur actuels sont mus par des hélices et combinés pour pouvoir faire machine en arrière dans un intervalle de temps le plus court possible. Une partie du mécanisme doit donc travailler pendant toute la durée de la marche du moteur, bien que, normalement, cette marche en arrière ne soit que très accidentellement employée. Dans le but d’éviter cet inconvénient, ainsi que celui, corrélatif, des grands efforts auxquels sont soumis l’arbre de couche et l’hélice au moment du changement de marche, on a souvent proposé d’obtenir ce résultat en agissant sur l’hélice seule sans changer le sens de la rotation de l’arbre. M. Beaumont vient de présenter une intéressante solution pratique du problème au dernier Congrès de la Brislish Association. Cette solution due à M. Robert Mc Glasson consiste à employer une hélice Bevis à pas variable et modifiable à chaque instant.
- Le principe de l’hélice de Bevis perfectionnée par Mc Glasson consiste dans l’emploi de dispositions permettant de modifier à chaque instant l’inclinaison des ailes et leur surface, à l’aide d’une commande à vapeur ou hydraulique, qui a pour effet de déplacer un collier guide monté sur l’arbre de couche de l’hélice. La commande de ce collier se fait généralement depuis la chambre des machines, mais il est facile delà mettre sur le pont, à la disposition directe de l’officier de quart ou du commandant du navire.
- Cette hélice a déjà donné des résultats satisfaisants.
- Parmi les avantages invoqués en sa faveur, nous signalerons les suivants :
- 1° Propulsion du navire à l’aide d’une hélice dont le mouvement de rotation se produit toujours dans le même sens, et peut être actionné par un moteur plus simple et plus économique, sans changement de marche. 2° Renversement facile, complet et rapide du sens de la marche sans soumettre l’hélice et l’arbre moteur aux efforts excessifs et anormaux dont nous parlions tout à l’heure. 5° Ajustement facile du pas de l’hélice à toutes les allures pendant la marche du navire de façon à pouvoir se placer à chaque instant dans les conditions les plus avantageuses, conditions qui dépendent des formes du navire, de la vitesse, de l’état de la mer, de la charge, etc. 4° Marche à la voile sans rencontrer aucune résistance de la part de l’hélice.
- SOUVENIRS D’UN VOYAGE AUTOUR DU MONDE '
- LES GRIMACIERS JAPONAIS ARRRES TRAVAILLÉS DANS LES JARDINS
- On connaît les masques sculptés sur bois qui servaient autrefois dans les danses religieuses du Japon,
- 1 Suite, — Voy. n° 954, du 12 septembre 1891, p. 255.
- ou dans les.cérémonies théâtrales des Nos ou Bugaku. Ces sculptures, si recherchées aujourd’hui des amateurs, ont une origine fort ancienne; les premières qui ont été faites datent du sixième siècle de notre ère, époque ou le Bouddhisme apparut au Japon.
- L’usage de ces masques est encore conservé dans les Nos actuels, ainsi que dans les représentations données par des pitres. Partout chez les marchands de jouets, on voit des masques en carton grossier, faits pour les enfants; d’un aspect grotesque, ils sont inspirés des anciens masques primitifs qui étaient dans leur genre de vraies œuvres d’art. Ces figures expressives et grimaçantes qui servent de jouets aux enfants sont aussi des plus populaires dans les théâtres forains, ceux qui peuvent les imiter avec leur visage, sont toujours certains d’avoir un grand succès. s
- Au bazar de la ville de Kioto, une rue tout entière est consacrée aux théâtres, aux cafés chantants ou Tsia-bau et aux baraques de saltimbanques divers. Dans un de ces Tsia-bau, cinq jeunes Japonaises excitaient l’enthousiasme du public par leur mimique gracieuse et leurs chants. Elles faisaient aussi des poses différentes : assises toutes les cinq sur leurs talons, et bien alignées devant le public, ayant devant elles cinq tasses de thé sur leur plateau, elles commencent à s’éventer gracieusement en chantant et se cachant un moment la figure avec leur tasse ; elles se découvrent bientôt, faisant des grimaces invraisemblables. L’une se met à loucher d’une façon épouvantable, l’autre allonge la bouche ou déforme ses traits; le public se pâme de rire. Les petites Japonaises ont bientôt repris leur expression naturelle, et recommencent le même jeu, cette fois coilfées avec des étoiles rouges qu’elles mettent sur leur tête, et toujours avec un nouveau succès. Il y y a dans ce goût curieux qu’ont les Japonais pour les grimaces et les déformations du visage un indice de l’amour du grotesque qu’ils témoignent dans les différentes manifestations de leur art. Il me fut donné de mieux observer ces curieux usages japonais tout près de l’endroit don^jje viens de parler.
- J’entrai dans une baraque, située à côté du petit café chantant où j’avais vu les jeunes Japonaises, c’était celle d’un autre grimacier célèbre de Kioto, Morimoto. Cet homme disloque les nerfs de sa figure d’une façon stupéfiante. Il fait remonter ses lèvres inférieures et son menton de façon à cacher le bout de son nez, et parvient à faire disparaître sa bouche dans les plis de ses joues ; il sait exécuter toutes les grimaces les plus invraisemblables.
- Parmi les exercices les plus goûtés des spectateurs, c’était celui où se drapant d’une grande étoffe rouge, il s’accroupissait de façon 'a cacher ses jambes poui mieux représenter en caricature le dieu le plus populaire du Japon, Daruma, dont on voit les images reproduites dans toutes les maisons et toujours figuré sansjambes. La légende dit que Daruma vivait
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- dans la plus grande austérité au milieu des montagnes, qu’il marchait toujours, et que ses jambes s’usèrent peu à peu par l’usage.
- Ce Daruma vivait au sixième siècle de notre ère ; il était Indien d’origine et vint au Japon pour prêcher le Bouddhisme ; c’est lui qui fit connaître, dit-on, le thé aux Japonais.
- Morimoto, son effet produit en dieu Daruma, change bientôt d’expression et après de courts préparatifs il apparaît cette fois sous la forme du dieu de la richesse portant sur son dos un sac rempli d’or et tenant dans ses mains un maillet dont il frappe la terre pour découvrir des trésors.
- Le grimacier rit joyeusement, faisant comprendre qu’il a trouvé un trésor nouveau, et sa figure est renfrognée lorsqu’il a eu une déception dans ses recherches. A la vue de ces grimaces exceptionnelles, je désirais avoir une entrevue avec M. Morimoto, pour lui demander de se faire photographier pour La Nature. Le grimacier, flatté de ma demande, me donna rendez-vous pour le lendemain dès la matinée; j’étais heureux de réussir si facilement.
- Malheureusement je comptais sans le Saké, liqueur préférée de Morimoto. Il avait fait sans doute des libations nombreuses à ses dieux préférés, car à l’heure de mon rendez-vous, sa femme vint dire à mon guide qu’il fallait excuser son mari; mais qu’il ne pourrait remuer jusqu’à l’après-midi, ayant, après sa représentation, achevé la nuit à boire. Le lendemain, même accident encore, enfin j’eus gain de cause le troisième matin ; il était en état de se porter jusque chez le photographe. La figure 1 représente Morimoto dans son état naturel; les figures 2 et o, montrent Morimoto caricaturant le dieu de la Richesse joyeux et mécontent; dans la figure 4 il imite le dieu Daruma.
- Si certains Japonais savent tourmenter leur visage pour l’agrément du public, leurs horticulteurs savent de même tourmenter au suprême degré les plantes et arbustes dont ils ont la direction. Dans presque tous les jardins des temples de Kioto on remarque des pins, de silhouettes anormales. En coupant la tige principale de l’arbre dès son jeune âge, les jardiniers ont ramené la sève dans les branches inférieures, et
- Fig. 1. — Portrait de Morimoto, célèbre grimacier japonais.
- Fig. 2, 3 et 4. — Les grimaces de Morimoto. — Fig. 2 et 3. Le dieu de la Richesse joyeux et mécontent. — Fig. 4. Le dieu Daruma. (Fac-similés de photographies spécialement exécutées pour La Nature il Kioto au Japon.)
- d’années en années ils les ont conduits de manière à leur donner la forme d’un vaste parasol. Dans d’autres cas, ils ont su garder seulement deux branches à l’arbre primitif, qui soutenues par un certain nombre de tiges de bambous, ont l’aspect, dans leur curieux développement, d’un portique de feuillage.
- Cette culture demande des soins presque con-
- stants; au mois de septembre, époque de mon arrivée à Kioto, je voyais de nombreux jardiniers montés à l’aide d’échelles, sur les hautes branches des pins qui entourent les temples. Ils enlèvent minutieusement les anciennes feuilles de chaque branche pour diminuer ainsi leur nombre et donner de la force aux nouvelles pousses. On les voit éplu-
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- cher une à une, toutes les tiges ou les couper; ils de longs et menus bambous afin de leur don-dirigent ensuite les jeunes branches en les liant à ner la forme qu’ils désirent leur faire prendre.
- Fig. 5. — Pin sacré près de la ville d’ütsu, au Japon. (Dessin d’après nature de M. Albert Tissandier.)
- Cette culture date de loin au Japon et, comme bien d’autres choses en ce pays, elle a été emprun-
- tée aux Chinois qui la pratiquaient bien avant. Il existe aux environs de Kioto, sur les bords du lac
- Fig. 6. — Pin des environs de Kioto ayant l’aspect d’un caïman. (Dessin d’après nature de M. Albert Tissandier.)
- Biwa, près de la ville d’Otsu, un pin merveilleux qui aussi est-il aujourd’hui considéré comme un arbre subit depuis des siècles ces soins extraordinaires; sacré. D’après les documents historiques, conservés
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- dans les archives du monastère de Müdera, on sait qu’il a été pris dans les jardins du premier empereur qui résidait à Nara, ville capitale du Japon à cette époque (709-784); et qu’il fut planté par lui-même dans cet endroit. Cet arbre aurait donc onze cents ans. Son tronc, à 60 centimètres de sa base, a une circonférence de 11 mètres ; les plus longues branches, soutenues toutes par de fortes perches qui se dirigent du nord au sud, atteignent à partir du tronc 44 mètres de longueur, celles qui se dirigent de l’ouest à l’est n’ont que 56 mètres (fig. 5).
- L’arbre a été frappé par la foudre il y a quelques années et une partie de ses hautes branches a été détruite; il avait alors 27 mètres de hauteur. Il est un peu moins élevé actuellement, mais les 580 branches qui le composent, paraissent prospérer a souhait, et ce pin vivra sans doute encore nombre d’années.
- On fait tous les ans, le 14 avril et le 28 octobre, un pèlerinage à cet arbre; un petit sanctuaire est placé sous les branches, afin que les fidèles puissent faire leur dévotion. Ils y achètent aussi des images et de menus objets de piété. Au bord du lac Biwa sont aussi de nombreuses guinguettes japonaises où l’on boit du thé tout en contemplant l’arbre sacré. Les femmes japonaises, avant de le quitter, ne manquent pas de cueillir quelques brindilles du pin pour les conserver sur elles. Elles croient être ainsi préservées de toutes les maladies.
- Non loin de Kioto, sur la route qu’on prend lorsqu’on fait l’excursion des rapides, on remarque un pin assez intéressant planté dans le petit jardin d’une auberge. Son propriétaire me disait que cet arbre avait été planté par son grand-père, il y avait quatre-vingt-dix ans. En découpant soigneusement les branches supérieures et les réduisant le plus possible, toutes les forces de la sève se sont portées sur les deux branches inférieures du pin. Elles ont chacune, à partir du tronc, 40 mèjtres de longueur environ et sont maintenues par des tiges de bambous. I/arbre ainsi façonné offre l’aspect d'un caïman (fig. 6). Dans ce petit jardin on voit aussi d’autres arbustes taillés en boule ou formant des silhouettes bizarres, ce sont des azalées ou des Ekianthus japonicus dont le feuillage devient rouge en automne, et qui se prête à toutes les fantaisies des jardiniers.
- — A suivre. — ALBERT TlSSANDIER.
- QUESTIONS PHOTOMÉTRIQUES
- On peut hardiment affirmer, sans crainte d’être démenti, que la photométrie est la branche des sciences physiques le plus en retard, et ce retard s’explique facilement par la complexité même de la question, eu égard aux qualités photogéniques si différentes des divers illuminants dont on fait aujourd’hui simultanément usage : bougie, huile, gaz, pétrole, essence, électricité, etc.
- Mais si l’accord est difficile sur l’ensemble de la question, on serait porté à croire qu’il est fait sur certains illuminants employés et étudiés depuis longtemps, le gaz d’éclairage, par exemple. Un article publié récemment
- dans le Journal des usines à gaz par MM. de Montserrat et Brisac, deux spécialistes des plus autorisés, nous prouve qu’il n’en est rien, et nous ne résistons pas à l’envie de reproduire quelques extraits de ces articles, ne serait-ce que pour justifier l’appréhension avec laquelle certains électriciens, habitués aux mesures précises, parlent de la 'puissance lumineuse des lampes à incandescence, et leur répugnance à établir des comparaisons de prix avec le gaz, à lumière dite égale.
- En France, la qualité du gaz au point de vue éclairant est définie par la consommation horaire nécessaire dans un bec approprié, soigneusement défini par Dumas et Régnault, pour produire une intensité lumineuse égale à un bec Carcel. Le gaz normal correspond à une consommation de 405 litres par l’heure. A Londres, le gaz normal doit produire 10 candies et dépenser 5 pieds cubes ou 144 litres par heure. A Berlin, la qualité du gaz est appréciée par sa combustion dans un bec de forme spéciale, un bec Argand construit par la maison Elster de Berlin, étudié pour avoir le meilleur rendement lumineux possible, et pour donner au gaz un pouvoir éclairant appa rent qu’il n’a pas. Ce bec est vendu sous le nom de Bec Argand de Dumas. Le gaz de Berlin doit avoir un pouvoir éclairant tel que 150 litres de gaz par heure fournissent 16 bougies anglaises. En comparant ces étalons si différents, on trouve que le gaz réglementaire de Paris est inférieur de 0 pour 100 au gaz de Londres, et supérieur de 6 pour 100 au gaz de Berlin. Sans tenir compte des imperfections des étalons de lumière, des appareils et des méthodes de-comparaison, il résulte de ces chiffres que, par définition, il y a un écart de douze pour 100 entre la lumière produite par le gaz de Londres et celle du gaz de Berlin, le gaz normal de Paris constituant une honnête moyenne entre les deux extrêmes. Que signifie, dans ces conditions, les valeurs photométriques des foyers mesurées au centième?
- Des observations de même nature nous sont inspirées à propos des becs intensifs dont les progrès de l’éclairage électrique ont considérablement développé l’application pendant ces dernières années. En effet, les procédés ordinaires de la photométrie comparent les intensités lumineuses des différents becs d’après les intensités de leurs radiations horizontales. L’intensité lumineuse moyenne sphérique, surtout dans les nouveaux becs de Wenham, Sugg, Danichewsky, etc., est très différente de cette intensité horizontale, et surtout de l’intensité verticale, à cause du cône d’oinbre que laissent ces nouveaux appareils au-dessus d’eux. Pour faire une comparaison rigoureuse des nouveaux becs avec les anciens, il ne faut donc comparer ni les intensités horizontales, ni les intensités verticales, ni les intensités maxima de chacun d’eux dans une direction donnée, spéciale à chaque bec : cette comparaison doit porter sur l'intensité lumineuse moyenne sphérique. On avait parlé tout d’abord, pour des becs consommant 200 litres de gaz par heure et au-dessus, d’une économie atteignant 60 pour 100. Les essais faits par le jury de la classe 27 à l’Exposition universelle de 1880 ont montré que, pour les meilleurs brûleurs, l’économie rapportée au Bengel type et en tenant compte des intensités lumineuses moyennes sphériques ne dépasse pas 25 pour 100. Et encore, pour les types à récupération de faible consommation, on n’aurait constaté aucune économie sensible si on avait pris comme base de comparaison, non plus le bec Bengel type, mais bien le bec étalon d’Elster employé à la vérification du pouvoir éclairant du gaz de Berlin. On voit d’après ces récentes expériences sous quelles expresses
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- réserves doivent être acceptés les chiffres photométriques publiés sur les différents foyers lumineux, y compris les foyers électriques à incandescence, et surtout les foyers à arc.
- Ne quittons pas les questions photométriques sans appeler l’attention de nos lecteurs sur une nouvelle unité photométrique créée pour les besoins de la photographie par le Congrès international de photographie tenu à Bruxelles au mois d’août dernier. On sait que l’impression d’une plaque photographique soumise à des radiations d’une qualité donnée est fonction de l’éclairement et de la durée de pose. On peut admettre que la quantité physique spéciale que nous venons d’envisager, quantité appelée illumination, est proportionnelle au produit de ces deux quantités. L’illumination est donc le produit de l’éclairement par le temps pendant lequel la surface considérée est soumise à cet éclairement.
- Acceptons comme unité de temps la seconde, et comme unité d’éclairement l’éclairement produit par une bougie décimale (1/20 de l’étalon de M. Yiolle) sur une surface placée normalement à une distance de 1 mètre, et appelons cette unité d’éclairement la bougie à un mètre1. L’unité d’illumination sera donc, par définition, la bougie à un mètre-seconde. Ce nom étant long et incommode, on a donné à l’unité d’illumination le nom de Phot. Montrons l’utilité de cette unité par un exemple. A l’avenir, au lieu de désigner la rapidité des plaques sensibles d’une façon vague, tout aussi relative et mal définie que la pointure des gants ou des chaussures, on pourra l’indiquer par le nombre de phots nécessaires à la plaque pour prendre sous l’action d’un bain d’une composition définie, agissant pendant un temps donné, une teinte donnée fixée une fois pour toutes.
- Le phot servira également à déterminer exactement le temps de pose exigé par une plaque lorsque l’on aura une idée à peu près exacte de l’éclairement que cette plaque reçoit, etc. La création du phot est un pas en avant vers la précision dans une question où l’arbitraire, la routine et le tour de main régnaient jusqu’ici en maîtres. Nous ne pouvons donc qu’applaudir à sa création. E. H.
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- UNE CHENILLE VÉGÉTALE
- Sous ce titre bizarre, le journal Tlie Graphie a publié autrefois un curieux article que nous venons de voir reproduit dans le Bolleltino del naturalista, et qui nous paraît devoir intéresser nos lecteurs en ce moment où la presse scientifique s’occupe de la question de destruction des larves de sauterelles et de hannetons par les champignons.
- Presque toutes les espèces qui composent le genre de champignons appelé Sphériacées sont entomophytes, c’est-à-dire qu’elles germent sous l’épiderme des insectes, étendent leurs filaments végétatifs à travers leur corps et émettent finalement une production extérieure dont la longueur varie suivant les espèces.
- Il y a quelques années une invasion redoutable de chenilles dans les bois des Landes de Gascogne fut arrêtée par un champignon assez rare habituellement, le Sphæria militaris, qui fit périr un grand nombre de ces chenilles et surtout de leurs chrysalides.
- 1 Et non pas bougie-mètre, car la signification physique de cette unité nous échappe complètement, tandis que le produit d’un éclairement et d’un temps est une notion des plus précises.
- Cela dit, nous en revenons à notre chenille végétale et ici nous traduisons presque littéralement l’article du journal italien :
- Un des êtres les plus curieux de la création est sans contredit l’aweto dont on ne saurait dire s’il appartient à la faune ou à la flore de la Nouvelle-Zélande, parce que c’est à la fois un animal et un végétal, et dans les derniers temps de sa vie, il appartient exclusivement au.'règne végétal.
- 11 s’agit de la chenille de l’insecte appelé Hipiolis vires-cens ; elle peut atteindre la longueur de 5 à 4 pouces. On la trouve uniquement sur un arbre nommé Rata par les indigènes, et qui est une espèce de myrte à fleurs rouges.
- Dans la première partie de sa vie, cette chenille se comporte comme ses congénères, mais à une certaine époque elle se retire à quelques centimètres sous terre. A ce moment pour une cause encore inconnue, une spore d’un champignon, Sphæria Robcrtsii se fixe derrière la tête de la chenille, y prend racine, traverse le sol et sort de terre pour donner naissance au champignon proprement dit qui est de forme allongée et ressemble à un jonc en miniature. La partie radiculaire du champignon se développe en même temps et remplit complètement le corps de la chenille, sans en altérer la forme, ayant remplacé la substance animale par une substance végétale.
- Quand la transformation est complète, le champignon et la chenille meurent, se dessèchent et deviennent durs sans se ratatiner.
- L’aweto vivant est d’un vert clair et les Maoris le mangent pendant qu’il est tendre ; il a le goût et la consistance de la moelle. Quand il est sec, ils le pulvérisent et en tirent une couleur dont ils se servent pour leurs tatouages.
- La chenille et le champignon ont été créés T un pour l’autre. On ne rencontre jamais de chenille Hipiolis sans y trouver de Sphæria, de même qu’on ne voit j amais ce champignon se développer ailleurs que sur l’aweto.
- Si les faits que nous venons de rapporter sont absolument exacts, il y a là un curieux cas de symbiose qui doit tenter la curiosité de plus d’un naturaliste.
- V. Brandicourt,
- Bibliothécaire de la Société linnéennc du nord de la France.
- GRANDES VITESSES DES TRAINS EXPRESS
- Pendant que de nombreux projets s’élaborent dans le but d’appliquer l’électricité à la traction des véhicules sur voies ferrées et d’obtenir ainsi de très grandes vitesses, il n’est pas sans intérêt de signaler les plus grandes vitesses effectivement obtenues jusqu’ici à l’aide de trains ordinaires remorqués par des locomotives à vapeur. Le 27 août dernier, sur la Round Rrook line, à New-Jersey, une locomotive du modèle Wooten, remorquant un train de trois voitures à voyageurs, a parcouru 1 mille en 39,8 secondes et 10 milles consécutifs à la vitesse de 1 mille par 43 secondes. Réduits en mesures métriques, ces chiffres correspondent respectivement à des vitesses de 145km,5 par heure et 154km,7 par heure. Si ces vitesses sont déjà possibles avec les moyens actuels, on conçoit qu’elles pourront être facilement dépassées avec des voies, des véhicules et des moteurs spécialement appropriés. Ces vitesses, qui auraient pu passer pour irréalisables il y a moins de vingt années, seront certainement courantes avant la fin du siècle.
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- RÉGULATEUR-OBTURATEUR
- A MOUVEMENT LOUVOYANT DE M. RAFFARD
- Le développement considérable des applications de l’éclairage électrique par incandescence a rendu de plus en plus indispensable la création de moteurs hydrauliques ou à vapeur animés d’une vitesse angulaire constante, quelle que soit la charge appliquée sur la dynamo à chaque instant et les variations plus ou moins brusques de cette charge par la mise en service ou l’extinction simultanée d’un grand nombre d’appareils d’utilisation. Le procédé le plus généralement employé pour régler cette vitesse angulaire et la maintenir constante, consiste à proportionner le couple moteur à la charge, en agissant sur la valve d’admission de vapeur, ou l’admission d’eau, à l’aide d’un régulateur à force centrifuge qui commande directement cette admission. Mais les efforts mis en jeu dans le régulateur sont généralement assez faibles, et les frottements essentiellement variables du système, sont de même ordre de grandeur que l’effort qui doit les vaincre. Ces frottements variables résultent de l’entartre-ment, du graissage plus ou moins abondant, du serrage plus ou moins énergique des diverses pièces, et, en particulier, du presse-étoupe, etc. Dans ces conditions, le réglage de la vitesse est très aléatoire, et il faudrait, pour l’assurer, s’affranchir de ces résistances variables par un artifice quelconque. L’appareil imaginé dans ce but par M. Raffard est fondé sur le principe des mouvements louvoyants1 indiqué parM. Raton delaGoupil-
- 1 M. Raffard montre les propriétés spéciales au mouvement louvoyant d’une manière originale et frappante, avec un couteau bien affdé ou un rasoir. On peut frapper fortement la paume de la main avec le tranchant d’un rasoir sans aucun danger et sans même entamer l’épiderme, pourvu que le coup soit frappé franchement, normalement et sans glissement longitudinal ; si le coup était donné obliquement et permettait le moindre glissement à la lame, il en résulterait une entaille profonde. La première partie de l’expérience dispense en général de la seconde, mais l’ensemble établit nettement la distinction entre le mouvement ordinaire et le mouvement louvoyant au point de vue des effets mécaniques résultants et des obstacles à vaincre.
- Hère et appliqué autrefois par Bourdon dans un appareil destiné au tarage et a la graduation des manomètres à haute pression. Dans le régulateur de M. Raffard l’obturateur a la forme d’un tambour équilibré, ou d’une lanterne cylindrique R percée de trous, disposée à l’intérieur d’un cylindre qui l’embrasse exactement et qui présente des ouvertures correspondantes par lesquelles la vapeur est admise dans la boîte de distribution. La lanterne est gouvernée par le pendule conique et se déplace suivant son axe, de manière a étrangler plus ou moins les orifices de passage de la vapeur. Sur l’axe de la lanterne, et en dehors du presse-étoupe, est fixée une poulie à gorge D, sur laquelle passe un cordon de transmission actionné par l’arbre de couche, et qui imprime à tout le système un rapide mouvement de rotation ; dès lors tous les frottements se composent en couples sensiblement
- normaux à l’axe, et l’appareil peut obéir sans résistance aux plus petits efforts agissant suivant cet axe, puisque le frottement se trouve pratiquement supprimé. Grâce à ce procédé original, le régulateur n’est plus exposé à se coller par l’oxydation, et il obéit instantanément aux plus petits elforts qui le sollicitent.
- Au point de vue de la simplification du mécanisme et de son économie de prix d’achat, le régulateur à mouvement louvoyant de M. Raffard permet d’utiliser directement, sans aucun mécanisme intermédiaire, les déplacements du régulateur à boules pour régler l’admission de vapeur ou d’eau sous pression, et de supprimer ainsi, par 1 instantanéité du réglage, les variations de vitesse angulaire connues sous le nom d’oscillations a longue période, oscillations caractéristiques de tous les appareils dans lès-quels les déplacements du système régulateur agissent par l’intermédiaire d’un servo-moteur. C’est là un point essentiel dont l’importance ne saurait échapper à aucun de ceux qui ont eu à maintenir constante la vitesse angulaire d’un moteur à charge rapidement et fréquemment variable.
- L’appareil de M. Ralfard a fait l’objet d’un rapport des plus favorables, de M. Hirsch, devant la Société d'encouragement. X..., ingénieur.
- Obturateur à mouvement louvoyant de M. J. Ralfard. — AA. Conduite d’amenée de vapeur. — B. Lanterne. — CC. Axe de la lanterne. — DD. Poulie actionnée par l’arbre de couche. — EE. Arbre du régulateur. — FF. Commande de la lanterne par le régulateur. — a, a, a, a. Orifices de passage de la vapeur.
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- CHALUMEAU A ESSENCE MINÉRALE
- ET THERMO-CAUTÈRE
- M. le I)r Paquelin a récemment fait à l’Académie des sciences deux communications successives au sujet de nouveaux appareils sur lesquels nous croyons devoir appeler l’attention de nos lecteurs. Commençons d’abord par le nouveau chalumeau à essence minérale (fig. 1).
- L’appareil se compose d’une double poire de caoutchouc, formant une soufflerie à double vent que l’on fait fonctionner avec le pied ou avec la main, d’un récipient métallique, formai] t carburateur et du chalumeau proprement dit. L’air chassé de la soufflerie traverse le carburateur et s’y charge en passant à travers un tube plongeur, d’une essence minérale de vente courante, la ben-zoline. C’est le combustible de la lampe Mille; ce produit pèse de 700 à 710 grammes le litre.
- M. Paquelin emploie aussi comme saturateur un pulvérisateur dit système Giffard au moyen duquel l'air chassé par la soufflerie, après avoir pulvérisé le liquide comhus tihle, s’imprègne de ses vapeurs.
- Le carburateur est caractérisé par son robinet doseur-mélangeur dont la clef et le boisseau présentent une structure toute spéciale. En effet, la clef dont la course est d’une demi-circonférence, est creusée à sa surface d’une gorge inclinée sur son axe ; le boisseau est canaliculé de telle sorte qu’une partie de l’air de la soufflerie va directement au carburateur, l’autre partie va directement au chalumeau en se mélangeant à l’air hydrocarbure' qui sort du
- carburateur. Ce point est indiqué par l’aspect même de la flamme du chalumeau. Cette flamme, ou bien d’abord largement teintée de blanc et fuligineuse, ou bien insuffisamment alimentée de vapeurs hydrocarbonées, va s’épurant de plus en plus jusqu’à devenir d’un bleu violet très pur et d’une grande limpidité. Elle est alors à son maximum d’intensité
- calorifique et sa couleur a l’éclat et le velouté d’une peinture à la gouache. Le combustible est ainsi utilisé à son maximum d’effet.
- Le chalumeau est formé d’un seul tube comme le chalumeau à bouche des bijoutiers ; son originalité est dans le dispositif de son bec, lequel émet deux sortes de llammes : une flamme centrale à pointe très effilée et de petites flammes latérales en forme de pétales ou de couronne suivant la direction de leurs
- canaux, ces dernières servant à amorcer la première et à en entretenir l’activité.
- Avec la flamme obtenue, on peut obtenir un commencement de fusion du platine. En plaçant un robinet de structure courante entre la soufflerie et le robinet doseur, on gradue h volonté la hauteur de la flamme du chalumeau. On peut aussi en graduer les dimensions diamétrales. À cet effet, il suffit de modifier les rapports entre la section de l’orifice du bec et celle de ses trous latéraux d’amorçage. On obtient ainsi une série de flammes qui mesurent depuis 1 millimètre à la base jusqu’à 5 et 4 millimètres et au delà.
- Le chalumeau que nous venons de décrire trouvera son emploi dans les ateliers et les laboratoires. Les artistes pyrograveurs pourront également s’en servir pour estomper leurs bois.
- Fig. 1. — Chalumeau à essence minérale de M. Paquelin.
- Fig. 2. — Thermo-cautère nouveau modèle de M. Paquelin. — C. Détail de la pointe du thermo-cautère. — A. Tube lançant l’air carburé. — BR. Tube pour le retour des produits de la combustion. — TT. Canaux condensateurs de la vapeur d’eau.
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- Notre figure 2 représente le nouveau modèle du thermo-cautère si connu de M. Paquelin. Le carburateur est en métal comme le précédent, mais de section ectangulaire, et peut s’adapter par un large crochet à la ceinture entre corps et vêtement ; de ce fait, on transmet au liquide combustible une température constante. Les anneaux du crochet servent de pinces pour diviser le eautère en cas de grippement. Ici pas de tube plongeur ou bourbouilleur. L’essence minérale est emprisonnée dans des éponges, ce qui rend le liquide inversable. ,
- La charge du carburateur suffit pour alimenter le cautère pendant dix heures au moins.
- Les produits de la combustion sont rejetés au delà de la main de l’opérateur.
- Dans l’emploi des gros cautères, un de ces produits, la vapeur d’eau, qui prend naissance à près de 1800 degrés, est utilisé pour réfrigérer le point de départ et les canaux qui y font suite. Le manche est balayé à son intérieur de haut en bas par un jet d’air emprunté directement à la soufflerie ; ce jet vient se briser à sa partie inferieure de manière à former autour du porte-cautère trois zones d’air isolantes.
- Ces différentes conditions permettent de réduire le manche de l’instrument à de telles dimensions qu’on peut s’en servir comme d’un crayon et que la main se trouve à très grande proximité du champ opératoire ; il ne mesure pas plus de 12 millimètres de diamètre.
- Les anciens cautères allaient s’élargissant de la pointe à la base; M. Paquelin a renversé ce dispositif; les nouveaux cautères vont s’élargissant de la base à la pointe ; seule, la partie pénétrante a conservé ses dimensions primitives. L’instrument possède ainsi, avec grande économie de platine, tous ses anciens avantages et de ce fait devient une sorte de cautère passe-partout.
- Les gros cautères ne diffèrent des autres en dimensions que par le diamètre de la partie qui est en platine.
- Petits et gros cautères sont tous montés sur une pièce qui a moins de 6 millimètres de diamètre et tous se vissent sur le même manche. L’auteur a réduit la variété des formes du cautère à deux types principaux : le couteau et la pointe, et, tenant compte du thermo-cautère de 1876, a disposé son nouveau carburateur de manière à utiliser les anciens cautères.
- La lampe à alcool du thermo-cautère primitif est supprimée ; on ne fait emploi que d’une seule espèce de combustible, l’essence minérale. Le cautère s’amorce sur une flamme quelconque ou à l’aide du chalumeau décrit plus haut, lequel sert aussi à le décrasser en cas de besoin.
- Les applications du thermo-cautère de M. Paquelin sont très variées en raison des formes et des dimensions du cautère. 11 répond à tous les besoins de la grande et de la petite chirurgie. l)r Z...
- NÉCROLOGIE
- Édonard Lo«m. — L’Université vient de perdre l’un de ses plus brillants professeurs, en la personne de M. Edouard Lucas, mort à la suite d’une blessure accidentelle qu’il avait reçue pendant le récent Congrès scientifique de Marseille. Après un dîner, une pile d’assiettes étant tombée, un éclat de porcelaine s’en détacha, vint blesser à la joue Edouard Lucas et lui fit une petite coupure d’où le sang s’échappa légèrement. M. Lucas revint à Paris, s’alita, et bientôt se déclara un érysipèle qui devait l’emporter à l’âge de quarante-neuf ans. Le savant professeur présidait à Marseille les sections de mathématiques et d’astronomie de VAssociation française pour Vavancement des sciences ; il y avait fait une communication des plus intéressantes sur la cryptographie.
- Edouard Lucas était professeur de mathématiques spéciales au lycée Charlemagne ; il enseignait avec beaucoup de talent, et avait la passion de la science. C’était un mathématicien hors ligne, dont les travaux ont une grande valeur; il publia plusieurs ouvrages très estimés, et ses Récréations mathématiques, dont nous annoncions récemment la deuxième édition, ont eu un légitime succès. Il imagina plusieurs jeux mathématiques et notamment La Tour d'Hanoi, qui furent l’objet d’une grande vogue *. II y a deux ans, Edouard Lucas organisa, au Conservatoire des arts et métiers, un véritable musée des machines à calculer et de l’histoire des mathématiques; il y faisait des entretiens familiers, qui charmaient et instruisaient au plus haut point ses auditeurs. Edouard Lucas était un de nos collaborateurs, et nous avons dans nos cartons quelques gravures qui avaient été faites pour lui ; le savant mathématicien nous avait promis de nous envoyer, au retour du Congrès de Marseille, l’article qui devait les accompagner. Nul n’eût pu croire que cet homme, jeune, ardent, énergique, allait être si promptement enlevé à ses travaux et à sa famille. Il laisse après lui un fils et une fdle, dont la douleur et les regrets sont partagés par de nombreux amis.
- Félix llément. — Au moment où nous corrigions les épreuves de la Notice que l’on vient de lire, nous apprenions la mort de notre vieil ami et collaborateur M. Félix llément. 11 y a trente-quatre ans, alors que nous étions élève de quatrième au lycée Bonaparte (aujourd’hui Condorcet), Félix llément était notre professeur de physique ; il nous a été donné d’apprécier dans notre jeunesse le talent du maître ; depuis nous avons appris à connaître l’affabilité de l’homme et la sûreté de l’ami. Né à Avignon en 1827, Félix llément s’était fait recevoir licencié ès sciences mathématiques en 1853, il s’adonna à l’enseignement et fut pendant plusieurs années professeur à Tournon et à Strasbourg. Mais l’activité du jeune maître ne trouvait pas en province un champ d’action assez vaste ; il voulut venir à Paris et il s’y fixa définitivement, professant tour à tour la physique et les sciences naturelles au lycée Bonaparte, ail collège Chaptal, à l’école Turgot, à l’école polonaise et au grand séminaire israélite. Félix llément a eu d’innombrables élèves 'qui ont tous conservé le meilleur souvenir de ce maître, habile en l’art d’enseigner. Sa parole était claire, correcte, et souvent éloquente. C’était un ardent propagateur de la science et de l’instruction populaire. Il prit part à la fondation de nombreuses bibliothèques et fît à l'aris et dans plusieurs villes de France une série de conférences, qui eurent toujours le don de séduire ses auditeurs.
- 1 Voy. Nouveaux jeux scientifiques, par Edouard Lucas, n° 853, du 5 octobre 1889, p. 501.
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- LA NATURE.
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- Ecrivain d’une facilité peu commune et d’une rare fécondité, Félix Héinent a écrit dans la plupart des journaux scientifiques et quotidiens; ses articles brillaient par la netteté du style et l’excellente correction de la forme. Le savant vulgarisateur a publié de nombreux livres d’enseignement sur la physique, les sciences naturelles et sur différents sujets de pédagogie. Plusieurs de ces ouvrages, qui ont reçu du public l’accueil le plus favorable, furent couronnés par l’Académie française.
- Félix llément était inspecteur général de l’Université pour l’enseignement primaire, et chevalier de la Légion d’honneur. Depuis plusieurs années, il vivait dans une charmante petite villa de Nanterre, où il se plaisait à recevoir ses amis. C’est là que la mort a surpris cet infatigable travailleur, aux suites d’une fièvre typhoïde. G. T.
- CHRONIQUE
- Fusil de guerre italien. — Des expériences ont lieu en Italie, sous la direction du général Ricotte, avec l’arme nouveau modèle. Voici quelques détails sur ce fusil. 11 a une longueur de lra,20 sans baïonnette, son calibre est de 6mm,5. Le côté important consiste en ce que la cartouche, chargée à poudre sans fumée, permet d’augmenter, en raison de son poids et de son volume, les munitions du soldat, qui pourra avoir sur lui 160 cartouches. La vitesse initiale du projectile est de 720 mètres par seconde ; quant à la force de pénétration, on assure qu’à 1200 mètres la halle perce deux matelas et deux planches de 12 centimètres d’épaisseur. Le chargement est fait au moyen de chargeurs contenant cinq cartouches, de telle sorte qu’on peut entretenir un feu de répétition jusqu’à épuisement de chargeurs. Certains critiques prétendent que le fusil est trop court, d’autres personnes assurent que le nouveau fusil est le meilleur et le plus puissant parmi ceux de toutes les armées européennes. C’est ce que vont dire les expériences de Carnano.
- Conservation des poteaux télégraphiques. —
- Pour la conservation des poteaux télégraphiques, M. Herman Liebau, de Magdebourg, remplace l’imprégnation extérieure sous pression, par l’injection du liquide antiseptique dans un petit canal foré au centre de la partie qui doit être enfoncée dans le sol. L’injection se fait après le placement du poteau, au moyen d’un trou qu’on fore sur le côté et qui va rejoindre le canal central fermé au bas par une cheville. L’absorption par le bois a lieu de l’intérieur vers l’extérieur, et elle commence ainsi par la partie particulièrement sujette à la pourriture. La faible pression due à la colonne liquide renfermée dans l’espace central suffit pour obtenir la pénétration dans toute la section du tronc. Ce procédé peut être très avantageusement appliqué à tout bois d’œuvre exposé à des alternatives de sécheresse et d’humidité, ou soumis à des absorptions de substances azotées, surtout lorsqu’on ne pourra disposer que de bois fraîchement abattu. Il est de soi que le forage du canal central ne doit pas compromettre la résistance des pièces.
- Commerce du bétail. — La France tend à redevenir exportatrice de bétail. Dans les sept premiers mois de cette année, il y a eu excédent d’exportation de 5820 têtes pour la race chevaline, 8434 tètes pour la race bovine et 25 033 têtes pour la race porcine. En revanche, pour les moutons, l’excédent des importations atteint 59 718 têtes, non compris les moutons algériens, et les importations de
- viandes abattues se sont élevées au chiffre énorme de 17 698 000 kilogrammes contre 14 406 000 en 1890 et 9 809 000 en 1889, pendant la période correspondante. A la Villette, les importations de bœufs d’Amérique ont repris (272 en août). Quant aux moutons, ils proviennent presque exclusivement d’Algérie ou de Russie (mer Noire). Gette situation peut, du reste, se modifier, par suite des mesures que vient de prendre le Gouvernement ; en effet, des arrêtés ministériels viennent d’ouvrir la frontière aux animaux bovins de Belgique et des Pays-Bas, ainsi qu’aux moutons russes de toute provenance maritime.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 octobre 1891. —Présidence de JI.Duchartre.
- Sécrétions microbiennes. — Par l’intermédiaire de M. Chauveau, MM. Rodé et Cormont décrivent des expériences relatives aux propriétés des substances sécrétées dans les cultures par les microbes pathogènes et tout spécialement par le staphylocoque pyogène. Les corps dont il s’agit, se divisent en deux catégories. Les uns, solubles dans l’alcool, sont de véritables toxines, diminuant la résistance de l’organisme au développement du microbe et déterminant des accidents à la suite de leur injection. Les autres, insolubles dans l’alcool, sont, comme on dit assez improprement, vaccinantes, c’est-à-dire défavorables au développement du micro-organisme, propres à relever la vigueur de l’organisme envahi. Ces recherches viennent, comme on voit, ajouter des résultats à ceux du même genre que l’on connaissait déjà ; par exemple, à ceux que M. Roger a fait connaître à l’égard du microbe de l’érysipèle.
- Influence des engrais sur les récoltes. — Poursuivant des études dont nous avons déjà eu l’occasion d’indiquer quelques résultats, M. Lechartier montre, par de nombreuses analyses de cendres de (plantes, l’influence des engrais sur certaines récoltes. On ne peut, à la suite d’une simple audition incomplète, essayer d’exposer ce travail où les chiffres jouent un très grand rôle et dont la fin, a d’ailleurs, été remise à la prochaine séance.
- Les méthodes de synthèse en minéralogie. — Je suis heureux de pouvoir exprimer publiquement à M. Daubrée toute ma gratitude pour la manière si bienveillante dont il présente à l’Académie un volume intitulé : Les méthodes de synthèse en minéralogie, et que je viens de publier à la librairie polytechnique de Baudry et C‘e. L’ouvrage est divisé en trois parts relatives aux productions spontanées de minéraux contemporains, aux synthèses accidentelles et aux synthèses rationnelles. Dans chacune des trois directions parallèles de la voie sèche, de la voie mixte et de la voie humide, les méthodes sont classées en cinq groupes définis par le caractère des réactions chimiques mises en œuvre : la simple cristallisation, la simple décomposi tion, la conjugaison, la précipitation et la double décomposition. Des tables alphabétiques terminent l’ouvrage et v facilitent toutes les recherches.
- Varia. — M. Lucien Delarive étudie la valeur de la tension électrique statique dans le lit électrique. — Là « chute d’une protubérance dans une tache solaire » est décrite par M. Trouvelot comme ayant eu lieu le 10 août dernier. — Suivant un auteur dont le nom nous échappe, la grêle se forme de préférence à la limite de deux grands courants aériens de sens contraire. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE
- Nous avons déjà publié sous ce titre quelques expériences de prestidigitation. On nous a demandé de continuer à dévoiler les secrets d’un art peu connu. Grâce à un collaborateur très érudit en magie blanche, il nous sera possible de publier une série de récréations de ce genre. Magus (tel est le nom sous lequel se présente notre nouveau collaborateur) ne publiera que des expériences faciles à réaliser, mais qui n’en sont pas moins très originales et fort amusantes. On en jugera par son premier article.
- LES ARDOISES SPIRITES
- Deux ardoises ordinaires, encadrées de bois, sont présentées aux spectateurs et examinées successivement par eux. Entre ces deux ardoises on introduit un petit fragment de craie, et on les réunit par un bracelet en caoutchouc, et le prestidigitateur les tient élevées, de la main droite.
- On entend alors, au milieu du silence général, le grincement de la craie qui écrit, entre les deux ardoises, la réponse 'a une question posée par l’un des spectateurs, ou le nom d’une carte pensée, ou le nombre de points amenés par deux dés.
- En effet, le bracelet de caoutchouc étant ôté et les ardoises séparées, on voit l’une d’elles couverte d’écriture.
- Bien facile à réaliser, ce prodige qui semble d’abord si mystérieux !
- L’écriture était tracée d’avance; mais sur le côté écrit de l’ardoise A, on avait posé un carton noir mince qui cachait les caractères tracés à la craie; les deux côtés de cette ardoise paraissaient ainsi absolument nets.
- On donne d’ahord à examiner l’ardoise B, puis, en la reprenant, on demande : « Voulez-vous examiner l’autre aussi? » Et alors, sans se presser, on fait une passe analogue à celle employée pour le filage d’une carte : l’ardoise A étant tenue par le pouce et l’index de la main gauche, et l’ardoise B entre l’index et le médius de la main droite (fig. 1 ), on rapproche les deux mains; mais au moment où les ardoises sont au-dessus l’une de l’autre, le pouce et l’index de la main droite s’emparent de l’ardoise A en même temps que l’index et Je médius de la main gauche prennent l’ardoise B ; puis les deux mains s’éloignent de nouveau, et c’est l’ardoise examinée déjà qui est
- remise au lieu de la seconde, entre les mains des spectateurs. Ce changement, opéré avec calme, est tout à fait invisible.
- Pendant le deuxième examen, l’ardoise A est posée à plat sur une table, la face écrite tournée en haut, et recouverte du carton noir. L’ardoise, suffisamment examinée, ayant été rendue, on la pose sur la première, et toutes deux sont entourées par le bracelet en caoutchouc.
- C’est alors que le prestidigitateur élève les ardoises de la main gauche dont on ne voit que le pouce, tandis que sur la face postérieure de la seconde ardoise, l’ongle de son médius, qui est caché, opère un grattement. Ce grattement simule, à s’y méprendre, le bruit que fait la craie en écrivant.
- Quand l’opérateur juge que cette petite comédie a duré assez longtemps, il pose les ardoises horizontalement sur sa table, mais en ayant soin, cette fois-ci, que l’ardoise non préparée soit dessous (fig. 2). C’est sur elle que reste alors le carton noir, et l’autre ardoise, en se relevant, laisse voir les caractères qu’elle porte, et que l’on dit avoir été tracés par l’esprit invisible qui s’est glissé entre les deux ardoises.
- Nos lecteurs ne nous demanderont pas comment on fait pour connaître d’avance ce qu’on doit écrire sur l’ardoise : il est inutile de dire que la supercherie est admise en prestidigitation, les dés plombés amènent toujours le même numéro ; rien n’est plus facile que de connaître le nom de la carte qu’un spectateur tirera dans un jeu composé de trente-deux cartes pareilles, si l’on n’est point assez habile pour faire prendre la carte forcée.
- La prestidigitation est d’ailleurs une science riche en procédés permettant de simuler la prévision de l’avenir et d’en faire accroire sur ce point; nous le prouverons plus d’une fois.
- Dans une prochaine livraison, après avoir fait connaître aujourd’hui le tour des ardoises spirites, nous montrerons les amusantes expériences que l’on peut réaliser avec un chapeau.
- — A suivre. MaGUS.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieu. Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
- Fig. 1 et ïî. — Les ardoises spirites.
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- N° 959.
- 17 OCTOBRE 1891.
- LA NATURE.
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- LES AMBIMNCES EN CA.RT0N
- AUX GRANDES MANŒDVRES
- Au cours des grandes manœuvres d’arme'es qui ont eu lieu cette année en Champagne, le Service de Santé a pu réaliser quelques expériences intéressantes, limitées malheureusement par l’exiguïté des crédits qu’on pouvait leur appliquer.
- En temps de guerre, le service de santé d’une armée comprend un véritable réseau d’installations qui permettent de recueillir malades et blessés, de soigner sur place ceux qu’on ne pourrait transporter sans danger et d’évacuer les autres le plus rapide-
- ment possible. Ces installations doivent être d’autant plus légères et plus mobiles qu’elles opèrent plus près des lignes ou du champ de bataille. Ce sont d’abord les postes de secours improvisés par les médecins des corps de troupes eux-mêmes. Un peu en arrière, chargées de recevoir les malades qui ont subi un pansement forcément sommaire aux postes de secours, viennent ensuite les ambulances, et enfin, plus loin encore, l'hôpital de campagne, organisé assez grandement pour soigner tous les non transportables provenant des ambulances, et qui évacue les autres sur les hôpitaux de l’intérieur.
- On peut donner aux services en arrière un certain caractère de fixité ; mais le service médical de l’ar-
- Hôpital sur roues, système Espitallier. (D’après une photographie.)
- niée proprement dit, est assujetti a suivre cette armée dans ses mouvements, à se plier à ses manœuvres ; et cette mobilité de plus en plus grande, a mesure qu’il s’agit des formations les plus voisines du champ de bataille, constitue une des grosses difficultés d’organisation de ce service. Il devient indispensable en elfet de créer un matériel d’abris transportables, et un tel matériel doit répondre à tant de conditions contradictoires qu’il est fort difficile de réaliser un système qui réunisse à la fois tous les avantages réclamés. La tente peut suffire a la rigueur pour les premiers postes ; mais aussitôt qu’il s’agit d’installations plus complètes où les malades sont appelés à séjourner pendant un temps assez long, il est nécessaire de les mieux protéger, et de les abriter moins sommairement que sous une toile qui laisse 49° année. — 2* semestre.
- passer aussi bien la chaleur que le froid de l’extérieur.
- Parfois, on a cherché, il est vrai, à parer à cet inconvénient, en enfermant l’une dans l’autre deux tentes d’inégale grandeur, ce qui ménage tout autour de la salle où sont couchés les malades, un épais matelas d’air tout à fait favorable à la conservation d’une température uniforme. Mais, dans de telles conditions, la tente devient aussi encombrante qu’une baraque, et son entretien est plus coûteux.
- En réalité, tout le monde est d’accord sur la nécessité de créer un matériel de baraques démontables et transportables ; le type seul qu’il convient de choisir est en question. C’est à ce titre que nous signalons l’emploi fait aux manœuvres, comme hôpital d’évacuation, d’un matériel dû au commandant du génie Espitallier; ce genre de constructions sem-
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- LA NATURE.
- ble complètement répondre au programme tracé.
- Que faut-il en effet? Une mobilité extrême dans les déplacements; un montage pour ainsi dire instantané ; en station, enfin, un confortable suffisant pour les malades et des commodités de service pour le personnel. J’y ajouterai une quatrième condition qui concerne le bon marché relatif. Les exigences particulières de mobilité et de rapidité de montage doivent se payer évidemment ; encore faut-il que ce surcroît de dépense ne dépasse pas certaines limites.
- La baraque que nous avons vue aux manœuvres mesure 16 mètres environ sur 5 mètres intérieurement ; elle peut recevoir vingt lits. Repliée, elle occupe trois camions pesant chacun 2000 kilogrammes tout chargés et qu’on attelle à 2 chevaux seulement. Yeut-on mettre la baraque en place? Les trois camions dont la longueur est juste égale à la largeur de l’ambulance sont placés parallèlement et à quelques mètres les uns des autres. On les aligne et on met leurs plates-formes de niveau, en les calant. Ces plates-formes font, en effet, partie intégrante du plancher et il suffit, pour le compléter, de poser dans les intervalles des panneaux prenant appui sur de légers fers à T qui maintiennent en outre l’écartement. Le plancher se trouve ainsi placé à 80 centimètres au-dessus du sol ; quelques chevalets, à écartement variable suivant le niveau, suffisent à en assurer la parfaite solidité.
- La mise de niveau du plancher est la partie la plus longue et la plus délicate du montage. Les hommes chargés de cette opération prennent ensuite les panneaux de muraille et les emboîtent les uns à la suite des autres avec la plus grande facilité, car ces panneaux, qui ont 2m,50 sur lm,60, ne pèsent pas plus de 40 kilogrammes. Chacun d’eux est formé de deux parois en carton comprimé de 4 millimètres d’épaisseur, écartées de 8 à 10 centimètres et maintenues à cet écartement par un cadre très léger. C’est, en quelque sorte, une poutre tubulaire que sa constitution même, rend absolument rigide. Les panneaux successifs sont agrafés deux à deux au moyen d’une attache très simple, et l’on peut alors mettre au levage les éléments de toiture, composés de panneaux analogues à ceux de la muraille, un peu plus épais seulement, et réunis à charnière sur la ligne de faîte. Pour que le poids des deux, éléments ainsi réunis n’excède pas 40 à 50 kilogrammes, on ne leur donne que 80 centimètres de largeur. Dans ces conditions, leur maniement est facile. On les dresse sur le plancher à peu près à l’aplomb de leur emplacement définitif et, successivement, en soulageant la pièce sous le laitage, comme on le voit dans notre figure, il est possible de soulever chaque pan et de le placer sur la muraille correspondante jusqu’à l’arrêt formé par une cornière. Pour résister à la poussée, qui du reste est bien faible en raison du faible poids de la toiture, il suffit alors de placer, entre les deux murailles, quelques tirants en tringles métalliques.
- Tel est le système général adopté pour la con-
- struction . L’aspect intérieur en est absolument satisfaisant : aucune charpente apparente, aucun poteau qui vienne gêner l’installation des lits ou la circulation. Les parois des murailles et du plafond incliné suivant la pente de la toiture, sont unies et vernies, par conséquent faciles à laver et à désinfecter ; les seuls joints sont les assemblages verticaux qu’on peut visiter et nettoyer par un simple démontage. Dans les murailles, s’ouvrent des impostes à rabattement, formées d’un cadre en fer léger entourant une toile métallique revêtue d’un enduit transparent. On évite ainsi l’inconvénient des vitres qui se cassent infailliblement dans les transports fréquents. Le plafond est percé d’une multitude de petits trous, dans l’angle que ce plafond forme avec la muraille. Ces trous sont destinés à l’évacuation de l'air vicié qui s’engage entre les deux parois de toiture et s’échappe sous la tuile faîtière en carton qui garnit tout le sommet du pavillon. La porte d’entrée, assez large pour permettre le passage des brancards, s’ouvre dans un des pignons. A l’autre extrémité, une seconde porte donne accès dans une petite annexe qui mérite une mention toute spéciale. C’est un appentis servant de water-closet d’un côté et de dépôt de linge sale de l’autre. Le sol et les parois imaginés par le constructeur, M. Lefort, d’Alfortville, sont formés de panneaux en toile métallique recouverte d’un aggloméré imputrescible et même antiseptique. Le trou de chute débouche au-dessus d’une tinette mobile que l’on garnit d’absorbant suivant le procédé Goux.
- Telle qu’elle est conçue, cette petite construction, dont le montage n’exige pas plus de quatre heures avec de simples infirmiers en petit nombre, répond à un besoin réel de notre service sanitaire en campagne. Le personnel médical chargé de l’expérimenter a unanimement reconnu ses avantages et l’a proclamée bien supérieure à tout ce qui avait été proposé jusqu’à ce jour. Du reste les applications du système sont beaucoup plus générales. Qui est-ce qui n’a pas rêvé par exemple d’avoir une petite installation démontable pour la campagne ou les bains de mer? Mais c’est surtout à nos missions scientifiques ou à nos expéditions lointaines que des abris faciles à transporter et à mettre en place rendraient des services réels. On a souvent parlé de constructions à double paroi de tôle ; mais s’il s’agit de pays chauds, est-il bien pratique de s’entourer d’une enveloppe bonne conductrice ? Est-ce en outre une condition négligeable que celle du poids que l’on traîne avec soi?
- Le carton, — la cellulose, — est certainement la matière tout indiquée pour ces sortes de constructions. Depuis quelques années on cherche à l’employer sous toutes ses formes. Mais ce n’est là qu’un commencement ; cette substance se prête à des applications bien autrement variées, et l’industrie, à n’en pas douter, trouvera dans son usage, de plus en plus généralisé, des facilités nouvelles pour le plus grand progrès de l’humanité. J. Comportey.
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- LE CYCLONE DE LA MARTINIQUE1
- Le Bureau central météorologique de France a reçu de son correspondant, à la Martinique, M. E. Manceau, professeur de physique au lycée de Saint-Pierre, un intéressant et dramatique récit de cette catastrophe, dont nous avons précédemment entretenu nos lecteurs. M. Mascart, directeur du Bureau central météorologique de France, a bien voulu nous communiquer ce document auquel nous emprunterons les détails complémentaires de ceux que nous avons antérieurement publiés. Voici quelques passages du récit de M. Manceau :
- Le laboratoire du syndicat des fabricants de sucre était installé sur une petite propriété, à 5 kilomètres sud-ouest de Saint-Pierre, en pleine campagne, à 1 kilomètre nord du bourg du Carbet. La distance à la mer est de 1 kilomètre à peu près, l’altitude d’environ 100 mètres. La maison est située à mi-côte, protégée par le sommet du morne qui la surmonte de 50 mètres environ. Mardi, 18, le temps avait été couvert toute la journée, des pluies torrentielles tombant par intervalles. Vent ordinaire. A 0 heures du soir, le vent s’élève, augmentant d’intensité. A Gh,25, brusque saute de vent. Une table portant le souper, placée sous la galerie ouverte, est soulevée par le vent du nord-est, puis immédiatement déplacée à nouveau par une rafale du sud-ouest. On rentre immédiatement la table dans mon cabinet de travail, construction basse, à l’abri du morne. Je cloue tous les volets, on barre toutes les portes.
- Jusqu’à ce moment rien de dangereux : les bambous couchés, quelques branches brisées, c’était tout. On dîne. Vers 7\45 ou 8 heures, quelques instants de calme, puis le vent redouble de violence. Les trois domestiques viennent nous rejoindre, chassés par l’eau et les débris qui tombent dans leur case. On se décide à chercher un refuge dans la pièce centrale de la maison la plus solide, et qui semble protégée par une forte ossature en bois du pays. J’ai beaucoup de peine à faire 10 mètres sous la galerie pour préparer la chambre et allumer les lumières. Mon domestique va chercher ma famille; au moment précis où ma femme et mes deux enfants réussissent à entrer, la galerie s’effondre.
- Je compte tout mon monde. Je cloue, je barricade toutes les ouvertures. Nous entendons le toit écrasé s’abattre sur la charpente qui résiste sans peine. Puis, quelques minutes après, les deux solides portes à deux battants, qui faisaient communiquer la pièce avec le dehors, sont arrachées de leurs gonds ; le vent enlève tout dans la pièce, avec un fracas effroyable.
- J’ai réussi, je ne pourrais dire comment, à entraîner tout mon personnel dans une petite case en maçonnerie, creusée dans le talus, qui sert d’ordinaire à placer le filtre en pierre et la jarre où l’on recueille l’eau potable. Nous aurions pu être écrasés en parcourant les 5 ou 6 mètres qui nous sépai’aient du caveau. La poutre faîtière de la maison tombait à mes pieds au moment où j’arrivais à mon tour après être assuré que personne n’avait disparu.
- Il pouvait être 8h,20 à 8h,50 à ce moment. Les gouttes de pluie entraient dans la peau comme des pointes d’aiguilles, les éclairs se succédaient sans interruption. On
- n’entendait pas le tonnerre, mais seulement le sifflemen du vent.
- A 9h,30, je me décidai à sortir, les débris voltigeaient encore. Nous n’avions plus de maison, tous les arbres, d’énormes manguiers, étaient renversés ou brisés. A 11 heures, je me décidai à laire sortir ma famille de son abri, et nous avons passé la nuit sous des décombres, avec deux enfants dont l’aîné n’a pas quatre ans, et nous logeons encore dans des ruines que j’ai dù disposer moi-mèine de façon à nous abriter contre la pluie.
- Les dégâts sont immenses; il faut attendre pour savoir comment la canne, culture principale de la Martinique, repoussera. Les cacaos, cafés, maniocs sont fauchés, lès arbres fruitiers brisés.
- M. Manceau indique que le cyclone a du marcher du sud-sud-ouest au nord-nord-est; il confirme, d’autre part, les renseignements que nous avons publiés au sujet des désastres ; la dévastation a été complète.
- LES FILS TÉLÉGRAPHIQUES SOUTERRAINS
- EX CHINE
- Voici de curieux renseignements communiqués au Scienti(ic American par un de ses correspondants, attaché à la Compagnie qui a établi le premier télégraphe en Chine :
- « C’est grâce à un respect superstitieux dos morts qu’on a obtenu en Chine, au point de vue du confort et de la sécurité des vivants, des résultats que, dans les pays civilisés comme les Etats-Unis d’Amérique, des mandats officiels légaux et des méthodes municipales exécutives radicales ont été impuissants à réaliser.
- (( En Chine, les fils télégraphiques sont tous souterrains, et si l’on n’avait pas pris le parti de les poser ainsi, il n’y aurait pas encore aujourd’hui de lignes télégraphiques dans ce pays. En effet, les ancêtres décédés sont, en Chine, l’objet d’une profonde vénération, et le fait de laisser tomber une ombre sur la tombe d’un parent est regardé comme une grave injure dont on conserve un profond et éternel ressentiment. 11 n’v a pas, en général, de cimetières en Chine ; en particulier dans les districts ruraux, les parents sont ensevelis sur place, à côté des vivants. Dans ces conditions, il n’v a pas un mètre carré de terrain ni un bout de jardin qui ne renferme quelques restes sacrés, et comme la Chine est fort peuplée, on voit que l’on doit rencontrer de ces sépultures à chaque pas. Lorsque la Compagnie chargée de poser des lignes aériennes voulut planter ses poteaux, les ouvriers se trouvèrent de ce fait dans un grand embarras, à chaque pas. Des Chinois courroucés renversèrent les poteaux, et prévinrent les ouvriers qu’ils s’exposaient à toute leur colère en les remplaçant. La cause de cette opposition était inconnue des ouvriers qui durent cesser leurs travaux et demander des renseignements aux autorités. Ils apprirent alors avec étonnement que les poteaux projetaient, à un certain moment de la journée, leur ombre sur la tombe vénérée des ancêtres, et l’insulte ne pouvait être lavée autrement qu’en démolissant ces poteaux au plus vite. On trouva cette superstition trop ancrée pour en venir à bout par persuasion, ou même à prix d’argent, et, dans un but d’économie et de protection, la Compagnie exploitant les télégraphes prit le parti de poser toutes ses lignes souter-rainement, et il en a toujours été ainsi en Chine depuis cette époque. »
- 1 Suite. — Voy. n° 1)57, du 3 octobre 1891.
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- LA NATURE.
- FONTAINE LUMINEUSE
- DE TABLE ET DE SALON
- Un des plus grands succès populaires de l’Exposition universelle de 1889 a etc' obtenu par les Fontaines lumineuses dont nous avons donné à l’époque une description complète. Dès la fermeture des portes des galeries, à la nuit tombante, des milliers de visiteurs venaient prendre d’assaut les chaises qui environnaient les bassins, montaient sur les premières plates-formes de la Tour Eiffel, et attendaient là pendant deux ou trois heures le spectacle olfert par e jeu multicolore des gerbes d’eau .Depuis cette époquê, quelques établissements publics, notamment le Grand-Hôtel à Paris, ont construit de petites fontaines lumineuses, véritables réductions de la grande construction du Champ de Mars. Mais ces réductions sont encore trop considérables et d’un prix trop élevé pour qu’elles soient accessibles à tous. M. G.Trouvé, dont le nom se rencontre toujours quand il s’agit d’appareils ingénieux et instructifs, a réussi à construire une petite fontaine lumineuse de table et de salon; l’appareil ne tient pas plus de place qu’un surtout ordinaire et ne nécessite, pour entrer en fonctions, que quelques litres d’eau.
- La petite fontaine se compose de deux parties distinctes : le réservoir d’eau avec son système de compression et l’appareil d’éclairage.
- Le réservoir d’eau est un vase métallique circulaire enveloppé, sur son pourtour, d’une galerie de bronze doré. Sa base, légèrement concave et conique, est percée en son centre d’un orifice qui, se fermant par un bouton à vis ou un simple bouchon, sert à introduire ou faire évacuer l’eau. Un tube de cuivre traverse aussi cette base; il vient aboutir, d’une part, à la surface de l’eau, de l’autre à un tube de caoutchouc qui le met en communication avec une poire, aspirante ou foulante, que l’on fait agir avec la main ou avec le pied..
- L’eau comprimée monte dans un second tube de cuivre qui traverse la base supérieure et elle débouche dans une cloche de verre I) (fig. 1), percée de trous verticaux par où elle jaillit librement.
- Fig. 1 et 2. — Petite fontaine lumineuse île II. G. Trouvé. — Fig. 1. Coupe du mécanisme. — R. Réservoir d’eau. — T. Tube conduisant le liquide à la cloche D, d’où jaillit le jet d’eau. — V. Verre transparent fixe. — C, B. Verres colorés, adaptés à l’écran de rotation tournant autour de l’axe A. —Fig.,2. Vue d’ensemble de l’appareil avec sa poire et son tube de caoutchouc.
- La hauteur du jet est proportionnée à la compression. Lorsque toute l’eau du réservoir a passé dans la vasque, en faisant cesser la pression, elle y rentre d’elle-même, de sorte qu’il n’est pas indispensable déposséder chez soi de l’eau sous pression, la même eau pouvant servir indéfiniment.
- L’appareil d’éclairage est entièrement condensé sous la cloche d’où part le jet d’eau. Il se compose d’une lampe à incandescence L, absorbant de 16 à 50 watts, fixée au foyer d’un réflecteur parabolique dont l’axe coïncide avec celui de la cloche.
- Un écran à rotation formé de verres de couleurs variées CB vient s’interposer entre le réflecteur et la gerbe; cet écran tourne autour d’un axe A.
- ___ _____ ______________ Comme le diamètre
- du faisceau lumineux est assez grand pour éclairer entièrement le jet d’eau, chaque gouttelette, chaque filet d’eau brille de feux de lumière, quelle que soit la hauteur du jet d’eau. Placée sur une table de salle à manger, la fontaine lumineuse de M. Trouvé se prête à des effets charmants.
- On remplit le réservoir d’eau R avant le dîner ; le tube de caoutchouc d’adduction d’air comprimé ainsi que les rhéophores de la lampe sont dissimulés sous une serviette. Des fleurs naturelles ou artificielles piquées avec art sur un couvercle font ressembler l’appareil à une jardinière ordinaire et le maître de la maison, après avoir fait baisser la lumière, peut inopinément produire le jet d’eau lumineux.
- Pour varier l’aspect de sa petite fontaine, M. Trouvé y joint plusieurs accessoires. On peut adapter à la base du jet d’eau soit un bloc de métal repoussé, imitant un rocher, soit un surtout de table, soit une corbeille de fleurs; on peut se servir de la vasque supérieure comme d’aquarium pour les poissons.
- La fontaine lumineuse de M. Trouvé nécessite, pour fonctionner convenablement, une batterie de six éléments de pile au bichromate de potasse; elle ne fonctionne que sous l’action de la poire de caoutchouc, à moins que l’on ne l’installe à poste fixe avec la pression d’eau nécessaire. C’est un petit objet fort bien étudié, qui plaira à tous les amateurs de science expérimentale. X
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- ACTION MECANIQUE DU VENT DANS UES OURAGANS
- Depuis quelques années les eu — trop souvent, hélas ! actions de dévastation exercées par l’air en mou • vement pendant les tempêtes.
- Nous avons décrit dans La Nature1 les effets des ouragans de Dreux et de Saint-Claude en 4890, de la Martinique en 1891 ; nous avons mis en évidence l’action de l’air en rotation pendant les trombes; elle peut produire de véritables effets de torsion. Un de nos lecteurs,
- M. Albert Lctixc-rant, ayant eu l’occasion d’observer les ravages qui ont été produits dans le département de la Meuse à la fin d’aoùt 1890, a eu l’idée de les enregistrer par la photographie. M. Letixcrant nous a envoyé il y a longtemps déjà sa collection d’épreuves ; les ouragans étant redevenus d'actualité, nous reproduisons ci-contre deux types caractéristiques.
- La figure 1 offre une particularité remarquable; elle représente un arbre situé au bord de la zone de destruction, et qui, avant d’être brisé, a été soumis à une énergique torsion ; notre gravure ne montre pas aussi nettement que la photographie, les lambeaux tordus, encore adhérents au tronc jeté sur le sol. La cassure, d’après l’observation de l’auteur, laissait voir très nettement surtout dans la partie abattue du tronc, la direction hélicoïdale qu’offraient les fibres et les éclats de bois.
- ' Voy. n° 008, du 25 octobre 1890, p. 529.
- La figure 2 est une autre étude d’arbre; c’est un hêtre dont la partie supérieure est fendue dans le
- sens de la longueur; cet arbre était vigoureux, son bois excellent, et les fibres déchiquetées de la brisure, font comprendre l’intensité de l’action mécanique qui a dû être exercée par l’air pour produire un tel effet.
- . Les deux spécimens que nous reproduis o n s donneront une idée suffisante de l’intérêt des études de ce genre. Nous compléterons les observations que nous venons de présenter, en retraçant, d’après M. Letixerant, l’histoire de la
- tempête qui a causé de tels désastres.
- « L’ouragan a eu lieu le 27 août 1890 dans le département de la Meuse, cantons de Com-mercy et de Saint-Mihiel ; sa direction générale était sud-ouest nord-ouest. L’action dévastatrice semble s’êtrë localisée dans une zpne d’environ 20 kilomètres de longueur sur 5 à 4 de largeur ; les villages de Boncourt,-Marbotte, S a i n t-A g n a n t, Apre-mont, 1 Varnéville et Woinville ont été particulièrement atteints, autant qu’il m’a été possible d’en juger par les nombreuses courses que j’ai faites dans le pays après l’ouragan ; mais son influence plus ou moins fâcheuse a été ressentie dans un rayon d’une étendue assez grande, rayon que je n’ai pu évaluer, étant donnée la succession d’orages qui ont suivi. Le jour de l’ouragan, le temps très beau et très chaud, s’est subitement couvert vers 4 heu-
- météorologistes ont — l’occasion d’étudier les
- Fig. 1. — Arbre tordu et brisé par un ouragan. (D’après une photographie de M. Albert Letixerant.)
- Fig. 2. — Arbre fendu par un ouragan. (D’après une photographie de M. Albert Letixerant.)
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- res ; quelques tourbillons de poussière et de vent froid se sont élevés, puis une sorte de trombe 'qui a dure une dizaine de secondes environ a entraîné 'avec elle,des-flots de poussière, des débris de feuil--lagos, de paille et de foin. »
- ‘ Le bruit produit était une sorte de ronflement •sourd, n’ayant aucune analogie avec celui que font -ordinairement les bourrasques de vent. La trombe a ;élé immédiatement kuivie d’une forte pluie d’orage et d’un grand vent.| Les ruines causées par l’ouragan témoignent de ,sa violence. «Une partie de la -toiture de notre habitation dit notre correspondant :a clé enlevée, et j’ai vu un des grands peupliers, 'situés dans la propriété, brisé net en deux morceaux, les autres courbés à croire qu’ils allaient subir le même sort. »:
- - • Dans toute la région, M. Lctixerant a rencontré de grands arbres brisés et des toits endommagés; plusieurs paysans, occupés dans les champs, ont été jetés à terre pendant la tempête, et ont vu les gerbes d’une meule enlevées et transportées à plusieurs mètres; enfin un grand chariot, dont ils venaient de terminer le chargement, a été renversé. Les photographies ont toutes été prises dans la forêt d’Apre-mont, sur un point tout particulièrement atteint, ayant environ 1 kilomètre de longueur sur 500 mètres de largeur. Gaston Tissandier.
- LES ACCUMULATEURS D’ÉNERGIE A POIDS
- ET LES PETITES INSTALLATIONS d’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- Devant les fiais d’installalion qu’exigent les piles ou les, înoleurs à gaz, dans les villes non encore pourvues de distributions d’énergie électrique, de nombreux aina-leurs se sont demandé s’ils ne pouvaient avoir recours à des accumulateurs d’énergie, appelés improprement moteurs h poids. Le procédé consiste à soulever un poids donné à une certaine hauteur et à le laisser retomber pendant un temps déterminé. Le travail ainsi obtenu serait ulilisé pour actionner une petite dynamo. ii\ Un simple calcul nous permettra de nous rendre compte de l’énergie disponible dans une expérience de ce genre. Sous une différence de potentiel de 100 volts, une lampe à inqandespencp de 16 bougies absorbe 0,6 ampère, soit GQ,watts ou 6 kilogrammètres par seconde. Si l’on admet un rendement de 00 pour 100 pour la dynamo, une perte de 10 pour 100 dans la transmission (frottements, résistances passives, etc.), un rendement de 80 pour 100 pour notre acculnulateur d’énergie, nous trouvons que pour disposer d’une puissance utile de 6 kilogrammètres par seconde, nous devons produire 9,25 kilogrammètres par seconde. Pour obtenir cette puissance pendant une heure, il sera nécessaire de soulever à 1 mètre un poids de 5600 x 9,25 = 55 500 kilogrammes. Si au lieu de 1 mètre, on soulève le poids à 10 mètres, il suffit de prendre 3330 kilogrammes. Pour soulever le poids de 33 300 kilogrammes à l mètre en une minute, par exemple, il fau-53 500
- dra dépenser ——— = 555 kilogrammètres par seconde,
- soit 7,4 chevaux. Ce chiffre seul suffit pour nous convaincre que le système est irréalisable en pratique.
- A côté de ce problème peut s’en placer un autre, également intéressant et qui a déjà été examiné par plusieurs
- inventeurs sans jamais trouver de solution. Nous voulons parler de l’utilisation de la puissance des marées.
- Dans les divers systèmes, la marée soulevait une énorme bouée déplaçant des milliers de tonneaux, ou un transatlantique, par exemple. La mer se retirant, le transatlantique-moteur redescendait jusqu’au niveau de la basse mer et était prêt à recommencer son mouvement.
- Comme on le voit, deux périodes motrices ascendantes et deux périodes motrices descendantes par jour. Le tout complété d’un bassin avec brise-lames, de crémaillères, d’engrenages, etc., etc.
- Pour fixer les idées, supposons que le- transatlantique en question est la Touraine, ce beau navire dont La Nature a entretenu dernièrement ses lecteurs et qui détient dans ses flancs une puissance de 12 500 chevaux. Sa longueur est de 164 mètres, sa largeur de 17 mètres et son tirant d’eau de 11“,80.11 déplace 9000 tonneaux. Nous ferons l’expérience dans le port du Havre où la différence moyenne des niveaux entre la haute mer et la basse mer est de 7m, 14 et nous calculerons sur 7 mètres.
- Le navire soulevé, nous avons une énergie potentielle ou disponible de 9 000 000 x 7 = 63 000 000 de kilogrammètres, qui va nous permettre, pendant six heures ou 21 600 secondes, de produire une puissance de
- 65 000 000 21 600
- 2916 kilogrammètres par seconde. En
- supposant que le système intermédiaire, poulies, engrenages, etc., ait un rendement organique de 80 pour 100, chiffre certainement trop élevé, nous arrivons à une puissance disponible de 2916 x 0,8 = 2532,8 kilogrammètres par seconde, soit 51,1 chevaux.
- On voit par ce faible résultat, qu’il est impossible de produire une quantité d’énergie mécanique un peu considérable avec les accumulateurs d’énergie à poids.
- Paul Delaporte.
- LES EAUX DE PARIS
- PROJET DE DÉRIVATION DES SOURCES DE LA VIGNE ET DE VERNEU1L
- Les ingénieurs de la Ville de Paris ont commencé les travaux d’adduction de ces sources pour assurer à la capitale le supplément d’alimentation en eaux de sources qui lui est indispensable. Paris est, dès maintenant, abondamment pourvu d’eau* car le volume moyen dont il dispose est de 560 000 mètres cubes par jour, soit de 240 litres par tête d’habitant. Mais dans ce total, la proportion des eaux de sources, les seules qui, dans l’état actuel de la distribution, répondent aux conditions réclamées par les hygiénistes pour l’alimentation domestique, ne s’élève qu’à 150 000 mètres cubes en moyenne ; et les consommateurs sont exposés, tous les étés, à voir suspendre la distribution de ces eaux pour les remplacer par de l’eau puisée à la Seine ou dans la Marne.
- Le volume des eaux de sources est donc insuffisant pendant l’été, même dans l’état actuel de la distribution; et si l’on songe, d’autre part, que les immeubles alimentés ne représentent que la moitié du nombre des maisons existant dans Paris, il faut prévoir, dès maintenant, une augmentation de 150 000 à 140 000 mètres cubes par jour pour faire face à
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- l’accroissement des abonnements, et aux besoins de la population durant la saison chaude. On obtiendra ainsi un volume total d’environ 100 litres d’eaux de source par habitant, qui correspond à la consommation journalière en été dans les maisons alimentées. Telles sont les prévisions d’après lesquelles le Service des eaux a étudié l’adduction des sources de la Vigne et de Verneuil.
- Mais il faut également prévoir l’accroissement de la population elle-même, notamment dans le cas où une partie de l’enceinte fortifiée serait supprimée. Aussi l’Administration municipale a-t-elle admis, en principe, qu’un supplément de 240 000 mètres cubes d’eaux de sources devait être amené à Paris, afin de satisfaire en tout temps et avec toute l’ampleur désirable, aux besoins actuels ou prochains.
- Or, aucun des groupes des grandes sources du bassin de la Seine ne pourrait fournir, à lui seul, un volume d’eau aussi considérable. Il a donc fallu scinder l’approvisionnement total en deux parties et le demander, pour la moitié environ, aux sources de l’Ouest (c’est le projet actuel), et, pour la seconde moitié, aux sources de l’Est.
- La préférence donnée pour le moment au premier groupe tient à ce que le second (groupe de la Voulzie et des sources basses de la vallée du Loing) est situé dans une zone voisine de la Vanne et exposé, par conséquent, aux mêmes variations du débit. Au contraire, les sources de la Vigne et de Verneuil sont alimentées par des nappes situées dans des pays différents. La stabilité de l’approvisionnement regardé comme nécessaire dès maintenant est donc mieux assurée par le choix du groupe de l’Ouest, et celui de l’Est pourra ensuite intervenir à titre de complément du volume de 240 000 mètres cubes indiqué ci-dessus. D’ailleurs, l’altitude du groupe de l’Avre (150 mètres au-dessus du niveau de la mer) est telle que ses eaux peuvent être amenées par simple gravitation à la cote 95 mètres, de manière à desservir les hauts quartiers de Paris actuellement déshérités, tandis que celles de la Voulzie et de la vallée du Loing doivent au moins, en partie, être relevées par des machines à vapeur.
- Les sources qu’il s’agit de capter se divisent elles-mêmes en deux groupes : le premier se compose de quatre sources émergeant sur le territoire de Rueil-la-Gadelière (Eure-et-Loir), sur un parcours d’environ 800 mètres, et dont les eaux se réunissent pour former une petite rivière appelée « la Vigne » qui se jette dans l’Avre. Le second groupe ne comprend qu’une source, celle de Verneuil (Eure), dans la vallée supérieure de l’Avre.
- Le degré hydrotimétrique de l’eau est de 18°, c’est-à-dire inférieur à celui de la Vanne et de la Dliuis; sa température est de 10° : elle ne contient que 0,7 milligramme de matières organiques par litre, indice d’une pureté exceptionnelle. Le débit à l’étiage est de 100 000 mètres cubes par vingt-quatre heures; mais il s’élève à 110000 mètres cubes pendant la saison chaude et même à 130000 mètres
- cubes durant le premier semestre de l’année.
- La dérivation de 1260 litres par seconde en moyenne réduira la quantité d’eau disponible pour les irrigations des prairies riveraines, et surtout la force motrice utilisée par les usines..On avait songé tout d’abord à restituer l’eau captée, par une prise faite soit dans la Seine, soit dans l’Eure et un refoulement à l’amont de chacune des usines dont les chutes se trouveront diminuées. Mais ces restitutions auraient exigé : l’une, le relèvement des eaux à 165 mètres de hauteur et la construction d’un aqueduc de 75 kilomètres de longueur, avec une dépense totale de 45 millions, supérieure de 10 millions à celle de la dérivation proprement dite; l’autre, le relèvement à 80 mètres et un aqueduc de 50 kilomètres correspondant à un capital de 25 millions; ils ont été abandonnés. La Ville de Paris indemnise les propriétaires d’usines de manière à leur permettre de remplacer par des machines à vapeur les 50 mètres de chute qui leur sont enlevés. D’autre part, pour obvier à la réduction des eaux disponibles pour les irrigations, la Ville a acquis une superficie de prairies suffisante pour laisser les autres dans les conditions normales d’irrigation.
- L’ensemble de ces diverses indemnités est évalué à environ 8 millions1 ; et constitue une notable économie sur le coût des projets précédents.
- Chacune des sources doit être captée à son point d’émergence, et amenée dans un aqueduc de prise d’eau spécial; tous ces aqueducs, dont le développement sera de près de 3 kilomètres, viendront se joindre au confluent de la Vigne et de l’Avre supérieur pour ne former qu’une conduite (fig. 1 et 2).
- De ce point, l’aqueduc principal suivra d’abord à flanc de coteau la rive droite de la rivière jusqu’à l’Eure qu’elle traversera au delà de Dreux, près de’ Montreuil. Puis, après avoir contourné la partie sud de la forêt de Dreux, elle se développera sur le plateau de Mantes, en formant une ligne sinueuse qui coupera la vallée de la Vesgre, affluent de l’Eure, au nord de Houdan, ensuite celle de la Mauldre, affluent de la Seine, et le petit vallon du ru Mal-Droit, affluent de la Mauldre. Au delà, elle s’enga-' géra dans un autre vallon secondaire, où coule le rû de Gally, en s’y maintenant jusqu a l’extrémité nord-ouest du grand parc de Versailles, vers la porte de Bailly. Là elle entrera en souterrain, pour n’en sortir qu’à Villeneuve. Enfin, après avoir cheminé au nord de Saint-Cloud, elle aboutira au nouveau réservoir qui lui sera destiné, à Montretout.
- Sa longueur totale entre les points de départ et le réservoir sera de 102 kilomètres.
- L’aqueduc collecteur est à la cote 146 et le point d’arrivée au réservoir à la cote 106. La pente moyenne, d’après ces chiffres, est donc de 0m,40 par kilomètre. Mais elle se répartira inégalement entre les conduites forcées ou siphons nécessaires
- 1 Les prix de 45, de 25 et de 8 millions comprennent la capitalisation des frais d’exploitation des usines élévatoires et de l’aqueduc.
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- pour la traversée des vallées et les conduites libres.
- Pour les premières, qui ont un total de 8kn,,200, la perte de hauteur sera de lm,20 par kilomètre. Pour les secondes, la perte ne sera plus
- que de 0m,50 à 0m,40 suivant leur section.
- La conduite libre à section circulaire, qui a près de 94 kilomètres, sera établie soit en souterrain, soit en tranchée remblayée. Elle aura de lm,80 à
- Fig. 1. —‘ Dérivation des sources de la Vigne et de Verneuil pour l’alimentation des eaux de Paris. — Plan général de l’aqueduc principal.
- lm,70 de diamètre, diminuant en sens inverse de la pente avec une paroi extérieure en maçonnerie de 0 m, 2 0 d’épaisseur (fig. 5). La surface intérieure sera revêtue d’un enduit de ciment de 0ta,02 d’épaisseur, s’élevant sur les deux tiers de la conduite. Une chape en ciment de même épaisseur sera posée sur la moitié supérieure, dans les parties en tranchée. Ces précautions ont pour objet d’empêcher les fuites aussi bien que les infdtrations.
- Les. siphons pour la traversée des vallées seront en fonte et à section circulaire de lra,10 de diamètre. Ils seront doubles, de façon à pouvoir permettre les réparations sans interrompre le service.
- Le réservoir de Montretout aura une capacité de 400 000 mètres cubes et pourra ainsi emmagasiner plus de trois distributions de 24 heures, de manière à parer aux oscillations de la consommation au moment des grandes chaleurs. Il sera creusé dans le sol et voûté. La couverture sera chargée de terre gazonnée pour le soustraire aux variations de la température.
- La vitesse de l’eau dans l’aqueduc sera d’environ 1 mètre par seconde : elle mettra donc trente heures
- pour atteindre le réservoir. La température ne dépassera pas probablement 12 degrés en raison de la
- position presque constamment souterraine de l’aqueduc.
- Une conduite en tôle d’acier doux laminé de lm,50 de diamètre partira du réservoir de Montretout, et traversera la Seine sur une passerelle en fer pour entrer dans Paris par le bois de Boulogne et la porte d’Au-teuil; là elle sera remplacée par deux conduites en fonte de lm, 10 de diamètre qui se dirigeront, l’une vers le réservoir de Passy et l’Arc de Triomphe, et l’autre vers le réservoir de Montrouge en suivant la route
- militaire.
- Chacun de ces deux réservoirs aura un compartiment surhaussé, qui permettra à l’eau de la Vigne d’atteindre les quartiers élevés où l’eau de la Vanne ne peut parvenir aujourd’hui, savoir : sur la rive gauche les sommets de Montrouge, du Panthéon et de la Butte-aux-Cailles ; et sur la rive droite les points culminants des XVIe et XVIIe arrondissements. Le surplus de l’eau dérivée servira à fortifier d’une manière générale le service de la Dhuis et de la Vanne, avec lesquelles elle se mélangera dans la canalisation.
- La dépense de premier établissement est évaluée
- .la Forêt
- Fig. 2. — Plan de l'aqueduc de prise d’eau de la Vigne et de l’aqueduc de prise d’eau du Breuil.
- En tranchée Type normal
- En souterrain
- En rel ief cou vert
- Fonde. siu'ln.wt noMÎrcL Fonde sur arcades ou. .sans lor.hfue le dessus de^ arcades lorsque le desrus L'cufuediLo est d& 0^60 de l aqueduc est de. à 1 ™.50 cuir dessus du sol. cv3 uù- dessus du. sol
- SÉMl
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- Fig. 3. — Profils-types de l’aqueduc principal de lm,80 de diamètre intérieur.
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- an
- . 4. — L’eau à Paris. Las sources de l’Avre. — 1. Verneuil. — 2. Fontaine sous Poêlai. —3. Fontaines sous Verneuil. — 4. Fontaine des raviers. — 5. Environs de Nonanrourt. — 6. Ferme du Nouvet. — 7. INonancourt. — 8. Béloire du ruisseau de Maluve. — 9. Vallée de l’Avre, près iVonancourt. (Dessins d’après nature de M. G. Fraipont.)
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- comme suit : 1° acquisition de sources et travaux de captation proprement dits, 1 400 000 francs ; 2° aque duc en tranchée et en souterrain, 12 552 000 francs, (20000 mètres à lm,70 de diamètre et 75 800 mètres à lm,80) ; 5° siphons, 2 460 000 francs; 4° terrain d’emprise, 1550 000 francs; 5° réservoir et double conduite de distribution, 7 500 000 francs ; 6° somme à valoir pour surveillance, frais de personnel, dépenses diverses et imprévues, y compris les indemnités pour privation d’irrigations, de force motrice, etc., 9 578 000 francs, ce qui donne un total de 55 millions.
- Les frais d’entretien annuel et de personnel sont estimés à 50000 francs; en y ajoutant l’intérêt et l’amortissement du capital de premier établissement soit 1 400 000 francs, on arrive à un total de dépense annuelle de 1 450 000 francs.
- Ce qui fait ressortir le prix du mètre cube amené dans Paris à 0fr,0545. Celui de la Vanne calculé dans les même conditions, revient à 0fr,045, et celui de la Dhuis à 0fr,115.
- Le projet qui vient d’être décrit a été dressé par M. Humblot, inspecteur général des ponts et chaussées et directeur des eaux de la Ville de Paris.
- Les travaux de dérivation divisés en sept lots, comprenant la construction de l’aqueduc et des siphons depuis les sources jusqu’au réservoir, ont été adjugés le 21 février; ceux concernant le réservoir et l’adduction des eaux dans Paris, l’ont été le 50 mai.
- Us sont activement menés dans les départements d’Eure-et-Loir et de Seine-et-Oise ; ceux du réservoir sont également commencés, et on estime que les nouvelles eaux pourront arriver à Paris en mai 1895, afin d’éviter les fâcheuses substitutions de l’eau de rivière à l’eau de source qui ont lieu chaque année pendant l’été1. G. Richou,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- PRESSIONS .ONDULATOIRES
- PRODUITES PAR LA COMBUSTION DES EXPLOSIFS EN VASES CLOS
- Lorsqu’un explosif est uniformément réparti dans une capacité close et que toute la charge se trouve simultanément enflammée, il est évident que la loi de développement des pressions en fonction du temps est la même en tous les points, les produits de la décomposition demeurant en équilibre au point même de leur production. On a généralement admis que ces conditions théoriques sont sensiblement réalisées dans toutes les expériences concernant la mesure des pressions maxima développées en vase clos par la combustion des explosifs, ces expériences s’effectuant, en général, dans des récipients de petites dimensions. En fait, dans des éprouvettes de 50 millimètres à Qm,150 de longueur et de diamètres variables de 22 à 04 millimètres, M. Vieille a toujours observé pour une
- 1 Outre les gravures techniques qui accompagnent cet article, nous publions une charmante composition de M. G. Fraipont: elle est formée de croquis pris sur place, et qui représentent les principales localités dont les eaux vont venir alimenter la population de Paris. La légende correspondante aux dessins est suffisamment explicative.
- même densité de chargement des pressions identiques, quelle que fût la disposition de la charge à l’intérieur du récipient et la loi de combustion de l’explosif. Ces observations s'appliquent au coton-poudre pulvérulent qui brûle en quelques cent-millièmes de seconde, comme aux poudres les plus lentes utilisées dans l’artillerie. Mais cette répartition uniforme des pressions à chaque instant de la combustion cesse de se produire lorsque les dimensions du récipient deviennent considérables et que la charge ne s’yt1 ïve pas uniformément répartie. On observe alors des pressions locales anormales, fréquemment signalées dans l’emploi des poudres vives au chargement des bouches à feu.
- M. Vieille, dont on connaît les beaux travaux sur les matières explosives, s’est proposé d’étudier, dans des éprouvettes de longueur beaucoup plus considérable que celle des récipients utilisés jusqu’ici, le mode de développement des pressions produites par la combustion d’un explosif, en cherchant à troubler la répartition uniforme de ces pressions par l’emploi des charges dyssymétriques condensées à l’une des extrémités de l’éprouvette.
- Les résultats de ces expériences ont fait l’objet d’une Note présentée à l’Académie des sciences par M. Vieille. Nous en reproduirons les conclusions générales qu’il est intéressant d’enregistrer :
- « La combustion d’une charge explosive dans une capacité close ne donne lieu à des pressions uniformes à chaque instant sur les parois du récipient qu’à la condition que cette charge soit uniformément répartie. Dans le cas de récipients de faible diamètre, il suffit pour obtenir le même résultat que cette répartition soit uniforme suivant la plus grande dimension de l’éprouvette.
- « Dès que cette condition cesse d’être remplie, et, en particulier, lorsque la charge est condensée à l’une des extrémités du récipient, on voit naître un mode spécial de répartition des pressions, résultant d’une sorte de balancement de la masse gazeuse suivant le grand axe de l’éprouvette. Il en résulte des condensations dont l’importance croît avec l’émission gazeuse de la charge, c’est-à-dire avec la vivacité de l’explosif, ou pour une même matière avec la densité de chargement.
- « Les condensations se produisent alternativement aux deux extrémités de l’éprouvette à des intervalles de temps proportionnels à sa longueur et très voisins de la durée de propagation du son dans les progrès de la décomposition, à la température de déflagration (1100 mètres à 1200 mètres par seconde pour les poudres B, et 600 à 700 mètres par seconde pour les poudres noires).
- « Les pressions qui résultent de ces condensations peuvent atteindre, dans une éprouvette de 1 mètre, jusqu’au triple de la pression normale correspondant à l’entière combustion de la charge. Elles s’observent aux plus faibles densités de chargement, correspondant à une pression normale, de 1000 kilogrammes par centimètre carré, avec les explosifs les plus vifs, tels que le coton-poudre pulvérulent ou la poudre de chasse ; mais on les obtient également avec des matières de vivacité moyenne employées à densité de chargement plus élevée, correspondant à la pression normale de 2500 kilogrammes par centimètre carré.
- « L’importance de ces condensations gazeuses diminue rapidement avec la longueur de l’éprouvette. Avec aucun explosif nous n’avons pu en observer la moindre trace, ni par les écrasements ni par les tracés, dans une éprouvette de 15 centimètres de longueur. »
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- LA NATURE.
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- LES FUSILS DE CHASSE
- LES ARMES ANCIENNES
- L’emploi des armes à feu pour la chasse ne date pas d’hier, le premier document que nous connaissions se rapporte à une ordonnance des chasses de François Ier datant de 1515, dans laquelle il est l'ait mention de harqvebuses et escopettes comme instrument de vénerie.
- Mais ces engins, aussi lourds que primitifs, restaient comme résultat bien au-dessous de ceux obtenus avec l’arc ou l’arbalète à jalet.
- Outre leur poids, la grosseur du projectile, et le bruit qu’ils faisaient, leur plus grand-défaut était que l’on était encore forcé de mettre le feu à la main, car ce ne fut qu’un peu plus tard que les Espagnols inventèrent le bassinet, le couvre-bassi-net, le serpentin, en un mot la platine à mèche (fig. ^A).
- Dans les mâchoires d’une sorte de pince coudée, tenue éloignée du bassinet par un petit ressort, était placée une mèche allumée qui communiquait le feu lorsque l’on pressait avec le doigt un levier placé sous l’arme ; le pointage n’était ainsi nullement dérangé. Telle fut la première platine, bien primitive et laissant le tireur à la merci du moindre vent, de la plus petite pluie.
- La platine à rouet (fig. 1, B) qui paraît avoir été inventée à Nuremberg en 1517, remédia bien un peu à ces gros défauts, mais était malheureusement d’un fonctionnement assez compliqué pour expliquer l’utilité de l’accouplement fréquent de ces deux systèmes sur une même arme.
- Une petite roue d’acier, cannelée à son pourtour, était fixée sous le bassinet au fond duquel elle pénétrait à travers une fente. Son axe était muni d’une chaînette dont l’extrémité opposée s’attachait à un ressort disposé à peu près comme celui d’une montre ; une pièce de fer recourbée appelée chien se trouvait fixée en arrière du bassinet. Ce chien tournait autour d’une vis par l’une de ses extrémités, tandis que l’autre était munie de deux espèces de dents ou mâchoires entre lesquelles on plaçait un fragment d’alliage d’antimoine et de fer.
- Quand on voulait faire usage de l’arme, on ouvrait le bassinet qui se fermait avec une coulisse; on abaissait le chien de manière que la composition métallique se trouvât en contact avec le rouet; puis, à l’aide d’une petite clef, on bandait le ressort de ce dernier. Une détente le maintenait en place, mais, cette dernière étant pressée, le rouet décrivait une demi-révolution et le frottement de ses cannelures sur l’alliage produisaient des étincelles qui enflammaient l'amorce.
- L’arquebuse devint ainsi beaucoup plus maniable, mais ce fut surtout l’invention du plomb de chasse, due à l’Italie, c’est-à-dire l’idée de remplacer le projectile unique par une quantité de petits grains, qui fit adopter l’arme à feu pour la chasse. Notons ce-
- pendant que leur emploi ne permettait encore de tuer ni au vol ni à la course, comme nous le montrent ces quelques vers de Claude Gauchet, chasseur de profession, auteur des Plaisirs des champs (1583), qui retrace ainsi une chasse aux perdrix :
- « .... Doncq sur l'heure rangeant
- Lict sur lict maint drageon, je charge diligent,
- Puis tournant à l’entour de la troupe eseartée,
- Peu a peu je m’approche, enfin qu’espouvantée Ne se lève aussitôt....
- En oyant choisi sept en troupe, je les tire;
- Des sept j’en frappe trois; le reste dedans l’air Espouvanté du coup, se hasle de voler. »
- Une seule fois il cite un sanglier chassé par des chiens courants qui :
- « De deux plombs impiteux tout oultre est percé. »
- Encore était-il presque arrêté.
- L’invention de la rayure en spirale, faite en Allemagne vers 1640, donna au tir une précision inconnue jusqu’alors. Néanmoins les armes rayées ne semblent pas avoir été beaucoup employées pour la chasse, si ce n’est les pistolets, introduits en France par les reîtres allemands dès la bataille de Iienty en 1554, qui furent utilisés comme arme cachée, en les dissimulant dans des épieux, des dagues ou des couteaux, constituant ainsi une aide utile, dans les corps à corps avec les gros animaux.
- Notre gravure montre le fini, la beauté, mais aussi la complication de ce genre d’arme, et représente (fig. 2, A) un bel épieu allemand, entièrement couvert d’ornements gravés et dorés, datant de la fin du seizième siècle. Deux pistolets à rouet sont logés dans l’axe de la hampe, l’évidement de la lame donne passage aux projectiles, les platines étant placées au-dessus de la douille, et les gâchettes mobiles, à charnière, cachées dans la hampe en bois incrustée d'ivoire.
- Nous croyons qu’il serait bon de citer ici deux exemples d’essais tentés par les anciens arquebusiers, qui, pour n’avoir pas donné dès lors des résultats très pratiques, n’en peuvent pas moins être considérés comme le germe des innovations qui amenèrent une révolution complète dans l’armurerie : la répétition et le chargement par la culasse.
- La première arme (fig. 2, B) est une jolie arquebuse française à deux coups dans un seul canon; deux platines à rouet correspondent à deux charges mises l’une au-dessus de l’autre et séparées par une rondelle de cuir. On peut tirer ainsi deux fois de suite, sans recharger.
- La seconde (fig. 2, C) est une arquebuse à rouet et à mèche, datant probablement du règne de Henri II comme l’indique un porte-étendard de lansquenets gravé sur le talon de la crosse. On remarque au tonnerre une petite tête à barbe, ciselée en ronde-bosse, formant le bouton d’un ressort, qui, tiré en arrière, permet d’ouvrir le tonnerre mobile sur les charnières qui se voient à l’extérieur ;
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- LA NATURE.
- la charge est placée dans un dé mobile muni d’une cheminée, idée première de la cartouche.
- Ces deux exemples, pris entre mille, montrent combien l’esprit des armuriers travaillait pour créer du nouveau, mais aussi la complication de toutes ces inventions, condamnées par cela môme à être stériles. Nous arrivons cependant à une phase nouvelle.
- Déjà sous Henri IV on avait substitué, dans les mousquets à rouet, un fragment de silex pyromaquc à l’alliage métallique, mais ce n’est que vers 1650 qu’on remplaça la vieille platine par un mécanisme nouveau très parfait, qui différait surtout de l’ancien en ce que l’inflammation y était produite non plus par le frottement, mais par le choc du silex sur une pièce d’acier nommée d’abord fusil et plus tard batterie.
- La platine à silex (fig. 1, C) se compose, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, de neuf pièces principales, fixées sur une plaque de fer appelée corps de platine. A l’extérieur nous trouvons d’abord le bassinet, pièce creuse, souvent en laiton, qui reçoit la poudre amorce ; puis la battei'ie, pièce de fer aciéré, qui, maintenue par un ressort, recouvre le bassinet, et-sur laquelle se produisent les étincelles ; enfin le chien portant deux mâchoires se serrant à volonté au moyen d’une vis spéciale.
- Parmi les pièces intérieures nous nommerons : la noix qui sert à communiquer au chien avec lequel elle s’engrène l’action du grand ressort; son pourtour présente deux enfoncements ou crans qui servent à mettre le chien au repos ou à l’armer; la bride de noix la maintient parallèlement au corps de platine; la gâchette retient le chien, au moyen d’une dent appelée bec qu’un ressort spécial fait entrer dans les crans de la noix ; enfin le grand ressort donne le mouvement.
- Les fusils de chasse atteignirent dès lors, au point de vue de l’entente du mécanisme et du luxe d’ornementation, une perfection qu’on ne dépasse guère aujourd’hui, mais ils n’étaienl encore qu’à un seul canon et ce n’est que vers 1740 qu’on trouva le moyen pratique d’en réunir horizontalement deux ensemble et de faire partir les deux coups par deux platines séparées.
- Les premiers essais faits dans ce but, dès 1600, dit Magné de Marollcs, étaient très compliqués, l’as-
- semblage s’effectuant au moyen de goupilles et de tenons, et c’est à Le Glère, canonnier français, que revient le mérite de les avoir le premier soudés ensemble.
- L’arquebuserie française arrivait alors à sa plus brillante période. Louis XVI, chasseur passionné, encourageait les artistes de son temps, et les armes à pierre acquéraient une grâce de forme, une marche régulière que nos modernes inventions ne sauraient nous empêcher de reconnaître. La manufacture de Versailles, dont le chef signait fièrement :
- « Boutet, directeur artiste », produisit jusqu’en 1815 de réels chefs-d'œuvre, et le fusil à silex à quatre canons, de Régnier, à Semur, que présente notre gravure (fig. 5, I)) est dans son genre une arme parfaite.
- Inutile d’ajouter que de nos jours encore, la platine à silex rend de grands services dans les pays
- où l’on ne pourrait que très difficilement s’approvisionner d’amorces fulminantes.
- Les sels fulminants découverts de 1785 à 1787 par F«ur-croy, Vauquelin et Berthollet, étaient des am-moniures d’or, d’argent, de platine, ou le mu-riate oxygéné appelé depuis chlorate de potasse. On songea vite à les employer dans les armes à feu et Alexandre Forsith, armurier écossais, créa les premiers fusils à percussion vers 1800. En France, Pauly, en 1808, prit à son tour un brevet pour un fusil à percussion. Il était à deux coups, se chargeait par la culasse, et la cartouche portait avec elle une amorce fulminante lenticulaire.
- Ainsi l’idée du chargement par la culasse et de l’emploi des cartouches amorcées, qui a été reprise à une époque si récente par les armuriers comme des inventions nouvelles, datent en réalité du commencement du siècle !
- A partir de 1819 toutes les armes de chasse nouvelles sont établies à percussion ; mais les amorces ne sont encore que de petites boulettes enduites de cire ou de vernis qui encrassent les cheminées, et ce n’est qu’en 1820 que les premières capsules en cuivre furent importées d’Angleterre chez nous.
- Dès ce moment les fusils se chargeant par la bouche réalisent rapidement un degré de perfection et un maximum d’effets qui ne semblent pas devoir être
- Platine à rouet.
- Platine à mèche.
- Platine à silex.
- Platine à percussion
- Fig. 1. — Mécanisme des anciennes platines de fusil.
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- surpassés, aussi les recherches vont-elles se tourner dans une autre direction, et nous amener avec le fusil Lefaucheux dans la série des armes modernes à cartouches amorcées.
- Les modifications amenées dans le fusil par l'emploi des capsules portèrent surtout sur le chien, le bassinet et la platine. Le chien devint un simple marteau (pii écrasait le fulminate ; le bassinet, après de nombreux essais, fut remplacé par une petite cheminée verticale (pie coiffait la capsule ; la platine ne changea que plus tard de disposition, lorsque l’on adopta celle imaginée par Lowell, directeur de la manufacture d’armes d’Knsfield en Angleterre et dans laquelle le ressort principal se trouve renversé (fig. 1, R).
- Nous avons pris, comme modèle d’arme de chasse à percussion (fig. 5, E) un fusil à répétition inventé par Lepage, basé sur le même principe que l’arquebuse décr tie plus haut.
- Avant de terminer cette première partie de notre étude, il faudrait dire encore un mot des fusils à vent qui seront peut-être appelés à jouer dans l’avenir un rôle important.
- L’idée de ce genre d’arme est très ancienne, et le grec Ctésibius construisit, cent ans avant l’ère
- chrétienne, un appareil qui lançait des pierres fort loin, à l’aide de l’air comprimé. Quoi qu’il en soit,
- c’est Marin Bourgeois, artiste français de Lisieux qui présenta le premier fusil à vent au roi Henri IV, vers 1602. Nous ne nous étendrons pas sur le principe de ce genre d’arme, que tout le monde connaît, et nous remarquerons simplement qu’on en construisit de bien des sortes, qui ne diffèrent guère entre elles que par la forme et l’emplacement du réservoir à air comprimé, et par le système de pompe employée pour la compression de cet air. Dans notre gravure (fig. 3, F) la crosse en métal sert de récipient et se charge a
- part, l’arme se démontant en trois pièces. Sur le côté droit du canon, on voit un magasin à balles, se terminant par une pièce transversale qui reçoit tour à tour un de ces projectiles et le place dans le canon par un mouvement de va-et-vient.
- Notons enfin l’invention d’un ingénieux mécanicien, M. Perrot, constructeurd’un fusil à vent, qui a l’instar du fusil à vapeur perfectionné par Per-kins, « projette à volonté, dit M. Arago, un flux de halles tellement serré, tellement continu, qu’a-près peu de minutes d’expérience, le large mur sur
- Fig. 2. — A. Epieu allemand à pistolets. — B. Arquebuse à rouet française à deux coups. C. Arquebuse française à rouet et à mèche. (Musée d’artillerie à Paris.)
- Fig. 3. — D. Fusil à silex à quatre canons du dix-huitième siècle.
- E. Ancien fusil à répétition de Lepage. — F. Fusil à vent de Bourgeois (1C02).
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- LA NATURE!
- lequel un homme tirait en donnant une légère oscillation régulière au canon, n’offrait pas un décimètre carré de surface qui n’eùt été frappé ».
- F. Lasdrin.
- CHRONIQUE
- I>» pile thermo-électrique de M. CJulcber. —
- La transformation directe de l’énergie thermique ou chaleur en énergie électrique est un problème qui préoccupe toujours les inventeurs, et dont l’importance justifie les recherches entreprises pour le résoudre. La pile présentée par M. Gulcher à l’Exposition de Francfort-sur-le-Mein est un pas fait dans la voie du progrès, sans que l’on puisse cependant entrevoir encore la possibilité de substituer la pile thermo-électrique aux procédés universellement employév aujourd’hui : moteurs à gaz ou à vapeur actionnant des dynamos. Les piles thermo-électriques de Clamond chauffées au gaz ont un rendement des plus médiocres, car elles consomment 200 litres de gaz par heure et produisent 5 watts utiles, soit une consommation de 40 litres par watt-heure, ou de 40 mètres cubes par kilowatt-heure. Le pile construite par M. Gulcher produit 10 watts avec la même quantité de gaz, sa consommation ne dépasse donc pas 20 mètres cubes par kilowatt-heure, mais il ne faut pas perdre de vue qu’un moteur à gaz actionnant une dynamo et consommant 800 litres de gaz par cheval-heure peut, avec une dynamo dont le rendement ne dépasse pas 80 pour 100, produire 1 kilowatt-heure utile avec 1500 litres de gaz seulement, soit environ quinze fois moins. M. Gulcher expose aussi les dessins d’une pile the^jno-électrique chauffée au charbon, et qui produirait 400 watts utiles (10 ampères et 20 volts aux bornes) en dépensant 2 kilogrammes de combustible par heure. Nous regrettons de n’avoir pu voir que les dessins de cet appareil qui abaisserait la consommation à 5 kilogrammes par kilowattheure, chiffre parfaitement acceptable et même assez peu élevé lorsqu’il s’agit de générateurs de faible puissance. Malheureusement, le souvenir du générateur pyromagnétique d’Edison de 1887 nous rend excessivement méfiant, et nous attendrons les résultats des essais de la Commission avant de nous prononcer sur la valeur de ces nouveaux appareils.
- Le phonographe dans la. famille. — Les enfants ne s’entendent pas pleurer, suivant un dicton populaire, mais s’ils pouvaient s’entendre une fois leur colère passée, ils crieraient et pleureraient certainement moins souvent, à preuve cette anecdote qui nous est racontée par le Pho-nogram : « Daisy, disait un habitant de Washington à sa fille âgée d’une douzaine d’années, qui se lamentait depuis quelque temps d’une façon non moins bruyante que fastidieuse, va dans ma bibliothèque et achève de gémir devant le phonographe. L’enfant obéit, ses lamentations furent ainsi soigneusement enregistrées, et, une fois le calme revenu, non moins fidèlement reproduites par l’appareil. Pour être nouvelle, la punition ne fut pas moins efficace, et, depuis ce moment, Daisy oneques ne pleura plus ». Nous recommanderons aux parents français ce procédé renouvelé de l’esclave ivre.... lorsque nous aurons des phonographes en France.
- Une voie ferrée luxueuse. — Le Mexique possède certainement la voie ferrée la plus luxueuse du monde, du moins en ce qui concerne l’infrastructure, l’assiette même de la voie de fer : ce renseignement nous est fourni par un correspondant de l'Engineering and Mining
- Journal de New-York. Il paraît que les rails du chemin de fer Mexican Gulf, au Mexique, sont posés sur des traverses en acajou; tandis que les ponts et les ponceaux de la ligne sont construits en marbre blanc. Bien plus, il existerait même une autre ligne, sur la côte occidentale du Mexique, dont les traverses sont en bois d’ébène, et qui a comme ballast du minerai d’argent tiré d’anciennes exploitations minières situées près de la ligne. Bien entendu, ce n’est pas sans raison que les constructeurs se sont livrés à cette apparente prodigalité : ils avaient pour en agir ainsi un excellent motif, c’est qu’il n’y avait pas d’autres matéi’iaux à choisir sur les lieux de construction et que l’ébène, l’acajou, le marbre blanc, malgré leur grande valeur, coûtaient encore moins cher que ne l’eussent fait des matériaux de peu de valeur intrinsèque qu’on aurait été forcé de demander à l’importation.
- La poste en France. — Un peu de statistique postale. De 1877 à 1889, la circulation des lettres affranchies a passé, en chiffres ronds, de 512 à 570 millions; celle des lettres insuffisamment affranchies a diminué de plus de moitié, 2 807 275 en 1889 contre 5 824727 en 1877. Les cartes postales ont augmenté de 50 à 41 millions, les objets recommandés de 5 à 18 millions, les journaux de 192 à 590, les imprimés ordinaires de 152 à 545, les échantillons de 11 à 25 millions, etc. Cette circulation énorme ne nous place cependant pas au premier rang, puisqu’on compte en France 19 lettres par habitant alors que la Grande-Bretagne en a 45, la Suisse et les États-Unis 50, l’Allemagne 22. C’est que la taxe d'affranchissement d’une lettre simple est de 10 centimes en Angleterre, en Suisse, aux Etats-Unis, en Belgique, etc. (10 centimes et demi en Allemagne), tandis qu’en France elle est encore de 15 centimes. Or, l’expérience a toujours montré que toute diminution de la taxe des lettres en" traîne bientôt un développement du trafic postal, et la diminution momentanée de.s recettes pourrait être supportée sans peine, puisque l’an dernier, le bénéfice net sur les recettes postales et télégraphiques a été de 54 millions, et qu’un tel gain offre une belle marge aux réformes.
- Le miel artificiel. — Le journal allemand Die Deutsche Zuckerindustrie siguale un nouveau produit qu’on a créé dernièrement et qui est destiné à remplacer le miel. Cette substance, qu’on vend sous le nom de miel de sucre, est une sorte de sirop composé d’eau, de sucre interverti, d’une petite quantité de sels minéraux et d’acide libre ; son odeur et sa saveur sont analogues à celles du miel naturel. On peut donc prévoir que cette imitation sera appelée à prendre un grand développement en raison du bon marché des produits qui entrent dans sa composition.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 oct. 1891. — Présidence de M. Duchabtiie.
- Mécanisme de la vision. — Dans un travail dont il ne donne qu’un très rapide aperçu, M. le professeur Chauveau expose une théorie nouvelle de l’antagonisme des champs visuels. D’après ses très nombreuses expériences, c’est dans les centres percepteurs que réside la cause de l’antagonisme en question : un point donné d’une des rétines agit sur le point exactement correspondant de l’autre, par l’intermédiaire de l’appareil nerveux. Aussi n’y a-t-il antagonisme que si ces deux points homologues reçoivent simultanément des impressions différentes ; par exemple, s’ils reçoivent des faisceaux de lumière différemment
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- LA NATURE.
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- colorée. 11 n’y a aucun conflit si les deux images sont identiques ou si deux images différentes ne tombent pas sur des points rigoureusement homologues.
- L'équation personnelle. —C’est avec une considération spéciale que M. Wolll' signale les expériences auxquelles l’appareil à équation personnelle qu’il a imaginé, a été récemment soumis par M. Stroobant, astronome belge, de passage à Paris. Bornant ses essais au passage d’astres qui ont un disque sensible, l’opérateur a reconnu que par l’éducation on arrive très rapidement à fixer presque complètement l’équation personnelle. Cependant la fatigue peut intervenir et, chose bien imprévue, elle produit une tendance à hâter les moments notés. Pour la lune comme pour les planètes, on reconnaît que les deux bords successivement observés ne donnent pas une même équation : égale à O'",125‘pour le premier bord, elle se réduit à 0“% 025 pour le second, et ces écarts qui varient avec la largeur des disques se retrouvent dans le même sens.
- Accumulateur mulülubulaire. — Un électricien bien connu, M. D. Tommasi, décrit un nouvel appareil sous le nom d’accumulateur électrique multitubulaire. Chaque électrode de cet accumulateur est composée d’un tube en plomb ou en celluloïd perforé dont le fond est fermé par une plaque en ébonite au centre de laquelle vient se fixer une tige en plomb servant de conducteur. L’intervalle compris entre la tige centrale et la paroi du tube, est rempli par de l’oxyde de plomb. L’accumulateur Tommasi à égalité de rendement, présente d’après l’auteur un poids 0 fois moindre et occupe un volume 8 fois plus réduit que la plupart des accumulateurs à plaques. Il peut supporter sans aucun inconvénient un courant de plus de 60 ampères par kilogramme d’électrode, tandis que dans les accumulateurs ordinaires on ose à peine atteindre 1 ampère par kilogramme. Dans l’accumulateur multitubulaire on ne constate aucun des inconvénients des accumulateurs à plaques tels que chute de matière, court-circuit, déformation des électrodes, etc. L’accumulateur Tommasi renferme 70 pour 100 de matière active; sa capacité par kilogramme d’électrode est de 16 ampères-heure, son rendement est de 95 pour 100 et sa force électromotrice de 2,4 volts. — Ces chiffres donnés par l’auteur, nous semblent mériter confirmation.
- Écriture musicale. — En soumettant un projet d’écriture musicale qui est d’ailleurs renvoyé à l’Académie des beaux-arts, un auteur dont le nom nous échappe, rappelle qu’en 1742, Jean-Jacques Rousseau a donné lui-même à l’Académie des sciences lecture d’un Mémoire sur la manière de représenter la musique avec des chiffres. Le manuscrit autographe de ce travail existe toujours à l’Institut et M. Joseph Bertrand en a publié des extraits il y a une dizaine d’années. Il paraît que l’auditoire avait été tout à fait séduit, mais au moment de rédiger un rapport très favorable, la Commission eut « l’imprudence » de demander son avis à Rameau, qui n’était d’ailleurs pas membre de la « classe ». Celui-ci fit des objections dont la principale était qu’on ne saurait plus à première vue se faire une idée générale d’un morceau comme avec l’écriture ordinaire et le projet fut déposé dans le carton où il est toujours.
- Nouveau legs. — Feu M. Boileau, correspondant de la section de mécanique, et dont M. Maurice Lévy rappelait récemment les travaux dans une Notice intéressante, a légué à l’Académie 15 000 francs dont les intérêts accumulés formeront un prix qui tous les trois ans récompensera le meilleur travail sur le mouvement des liquides.
- Varia. — M. de Lacaze-Duthiers transmet des recherches sur les protozoaires parasites du sang de la grenouille.
- — Des observations sur le nombre tc sont adressées par M. Léopold Hugo. — M. Bigourdan a fait, le 8 et le 9, des observations de la comète de Tempel à Paris. — D’après M. Pigeon, la chaleur de formation du bromure de platine est très voisine de celle du chlorure correspondant. — L’état du silicium et de l’aluminium dans les fers industriels occupe M. Osmond. — M. Trouvé fait fonctionner un tout petit modèle de fontaine lumineuse, d’un effet très agréable.
- — On entend la lecture, par M. Amagat, de recherches thermiques sur la liquéfaction des gaz.
- Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE 1 ' '
- LE CHAPEAU PERCÉ. ----- LE RUBAN DE PAPIER
- Les prestidigitateurs empruntent fréquemment à leurs spectateurs un chapeau qui leur sert pour l’exécution de fort jolis tours que l’on ne s’explique pas toujours facilement. Nous décrirons successivement les plus intéressants.
- L’opérateur commencera par vous prouver que le feutre de votre chapeau est de mauvaise qualité, et pour cela, il le traversera de part en part avec son doigt, avec sa baguette magique, avec un œuf et une foule d’autres objets.
- Illusion que tout cela ; notre figure 1 vous explique le mystère. Voyez le doigt ; il est en bois ou en carton et se termine par une longue et mince aiguille (B, fig. 1). Le prestidigitateur qui a dissimulé le doigt dans sa main gauche, en enfonce, par derrière, la pointe dans le fond du chapeau dont l’intérieur est tourné vers les spectateurs. Elevant ensuite la main droite dont il tient l’index en avant, il semble se disposer à percer le fond du chapeau; mais au lieu de terminer le mouvement commencé, il saisit vivement, à l’intérieur, entre le pouce et l’index, la pointe de l’aiguille, l’agite en tous sens, retourne le chapeau, et le doigt en carton qui remue semble être le propre doigt du prestidigitateur. On opère de même avec le demi-œuf en bois C et le morceau de baguette A (fig. 1) qui paraissent, comme le doigt, traverser le chapeau à l’intérieur duquel se cachent la baguette et l’œuf véritables.
- On peut également faire souder une aiguille à la moitié d’une pièce de 5 francs et varier à l’infini les objets employés pour cette récréation.
- Pour faire sortir d’un chapeau une grande quantité de rubans de papier, puis des tourterelles, voire même un canard ou un lapin, point n’est besoin d’appareils spéciaux ni d’une grande habileté ; encore bien moins, de la bobine tournante ou de la machine mystérieuse à l’existence de laquelle croient généralement les spectateurs quand ils voient le papier tomber régulièrement du chapeau et tournoyer gracieusement de lui-même, comme
- 1 Suite. —Voy. n° 958, du 10 octobre 1891, p. 304.
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- Fig. 1. — Faire passer, à travers un chapeau, le doigt, une baguette ou un œuf.
- ferait l’eau d’une fontaine d’un nouveau genre.
- Point n’est besoin, même ici, d’un chapeau haut de forme; un simple chapeau de paille, une casquette à la rigueur, pourra suffire.
- Le prestidigitateur tient appuyé contre sa poitrine, et caché sous son habit, un rouleau de ce papier bleu préparé pour l’appareil imprimeur du télégraphe Morse, et qui est enroulé d’une façon tellement serrée qu’il a l’aspect et la con-sistance d’un disque en bois, percé au centre d’un trou rond.
- En se retournant après avoir pris le chapeau dont l'ouverture est appuyée contre sa poitrine, le physicien y introduit prestement le rouleau de papier qui a le diamètre voulu pour entrer à frottement dur jusqu’au fond du chapeau et s’y maintenir même quand celui-ci sera retourné.
- Au besoin on retiendrait le papier par une pression convenable de la main gauche opérée de l’extérieur.
- L’introduction du papier se fait en une fraction de seconde.
- « Votre chapeau,
- Monsieur, était sans doute un peu trop large pour votre tête, car j’y aperçois une bande de papier, destinée à en diminuer le diamètre intérieur? » demande le prestidigitateur ; et en même temps il tire hors du chapeau le bout qui termine le papier au centre du rouleau ; puis il renverse le chapeau de haut en bas et en arrière, pour n’en pas laisser voir l’intérieur aux spectateurs. Aussitôt le papier de se dérouler tout seul et de tom- , ber très régulièrement et sans arrêt (fig. 2, à droite).
- Fig. 2. — Le ruban de papier sans fin.
- Quand la chute du papier vient à se ralentir, ce qui se produit en général lorsqu’il ne reste plus qu’un tiers du rouleau, le physicien retourne de
- nouveau le chapeau, le fond vers le bas, et de la main droite, il fait sortir et tournoyer rapidement dans l’air le ruban de papier dont les contours capricieux se succédant avant que les premiers aient eu le temps de tomber jusqu’à terre, produisent un très
- joli effet (fig. 2). La quantité de papier extraite du chapeau paraît aussi, de cette façon, plus grande qu’elle ne l’est
- en réalité, et finit par former un tas assez volumineux. — On peut compléter cette expérience de
- la façon suivante. L’opérateur se rapprochant de sa table qui porte, sur une planchette suspendue par derrière, un pigeon bien attaché, saisit rapidement au passage le pauvre animal qu’il cache sous le paquet de papier, tandis qu’il remet celui-ci dans le chapeau « pour voir, dit-il, si tout ce qui en est sorti pourra bien y rentrer de nouveau ».
- Ayant ainsi introduit dans le chapeau le pigeon ou tout autre objet, on en retire le papier, et c’est au moment de restituer le chapeau à son propriétaire que l’on feint de s’apercevoir qu’il contient encore quelque chose.—Chacun est à même de réussir du premier coup ce
- charmant tour de physique amusante. Magus.
- — A suivre. —
- l.e Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- E‘aris. — Imprimerie Lahure, rue de Flcurus, 9.
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- N” 960
- 24 OCTOBRE 1891
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- VOITURE A. PÉTROLE
- Depuis plusieurs années, on a fait les plus grands efforts pour résoudre d’unefaçon complète le problème
- de la traction mécanique des voitures. Nous avons toujours tenu nos lecteurs au courant des tentatives
- Fig. 1. —Voiture à pétrole de MM. Peugeot, moteur Daimler. (D'après ime photographie.)
- qui avaient été exécutées, et nous avons décrit récemment le dernier modèle de la voiture à vapeur
- de M. Serpollet. Nous allons faire connaître aujourd’hui une autre voiture mécanique qu’il nous a été
- Fig. 2. — Coupe et plan de la voiture à pétrole. — A. Moteur à gazoline à 2 cylindres, puissance 2 chevaux. — B. Carburateur. — C. Réservoir à gazoline alimentant les brûleurs. — D. Brûleurs chauffant les tubes en platine qui enflamment le gaz. — E. Cylindre d’échappement servant à amortir le bruit. — F. Réservoir à pétrole. — G. Châssis en tubes d’acier dans lequel circule l’eau de refroidissement des cylindres. — II. Réservoir d’eau. — I. Pompe centrifuge pour la circulation de l’eau. — J. Disque de friction pour l’embrayage de la machine. — K. Levier d’embrayage et de frein. — L. Frein à collier. — M. Pédale de débrayage. — N. Equipage de pignons coulissant sur l’arbre pour le changement de vitesse. — 0. Levier de changement de vitesse. — P. Equipage de roues transmettant le mouvement au pignon de chaîne par l’intermédiaire des roues d’angle. — Q. Mouvement différentiel. — R. Direction. — S. Changement de marche.
- donné d’expérimenter dernièrement, qui fonctionne parfaitement et qui est basée sur un tout autre principe. Il s’agit du quadricycle à gazoline, construit par MM. Peugeot : le moteur employé est un moteur du système Daimler, fabriqué par MM. Pan-hard et Levassor; il fonctionne au moyen de l’es-
- 19e année. — 2e semestre.
- sence de pétrole volatilisée dans un courant d’air *.
- Notre figure 1 représente la nouvelle voiture k pétrole. La figure 2 donne le plan et la coupe du mécanisme, avec une légende explicative.
- 1 Voy. Le moteur à pétrole Daimler: La Nature, n° 801, du 0 octobre 1888, p. 291.
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- La voiture se compose d’un bâti en tubes d’acier étirés sans soudure, assemblés au moyen de pièces de formes diverses également en acier fondu ou estampé. Ce bâti, qui porte le moteur, le mécanisme et le siège, est suspendu sur des ressorts adhérant au train lui-même. Les roues motrices tournent sur deux fusées, et leurs moyeux portent deux engrenages de chaîne qui reçoivent leur mouvement de deux roues correspondantes calées sur un arbre de transmission. Ce dernier est muni d’un mouvement différentiel qui sert, comme dans les tricycles ordinaires, à rendre les deux roues motrices indépendantes. Les deux roues directrices sont placées à l’avant du véhicule. La voiture peut évoluer sur elle-même en décrivant une courbe de 3 mètres de rayon. Les quatre roues, en acier, ont les jantes munies d’une garniture de caoutchouc.
- Quatre personnes peuvent monter la voiture. Le conducteur prend place à droite, ayant à portée de la main le guidon directeur, le levier de frein, celui du changement de marche, la manette du robinet d’admission du gaz, la poignée qui commande la marche en arrière, et, sous le pied, une pédale de débrayage.
- Le moteur, de la puissance de deux chevaux, est alimenté par de la gazoline ou essence de pétrole ; ce combustible liquide est contenu dans un récipient dit « carburateur », où il se volatilise pour pénétrer sous forme de gaz dans les cylindres de la machine. Les explosions sont produites par deux brûleurs à doigts de platine enfermés dans une enveloppe de tôle qui affecte la forme d’une lanterne.
- La vitesse invariable de l’arbre moteur est d’environ 550 tours à la minute ; sa puissance, également invariable, de deux chevaux-vapeur, suffit amplement pour obtenir, sur une route unie et sans pente, un déplacement de 18 kilomètres à l’heure. Pour gravir les côtes, il est nécessaire de ralentir l’allure ; à cet effet, on appuie avec le talon sur la pédale de débrayage tout en agissant de la main droite sur le levier de changement de marche. Il est indispensable que les deux mouvements aient lieu bien simultanément. On peut de la sorte réduire la vitesse a 15km,800, 10k,u,500 et 5km,300, et, en rendant ainsi le déplacement moins rapide, on arrive à gravir des pentes de 8 à 10 centimètres par mètre.
- Pour mettre le moteur en marche, on commence par allumer les brûleurs : au bout de deux minutes, les doigts de platine sont a la température du rouge sombre ; d’une main on fait alors décrire à la manivelle d’arrière deux ou trois tours, tout en réglant de l’autre le robinet d’admission du gaz, et immédiatement la machine prend sa vitesse.
- Les explosions de gaz développent dans l’intérieur des cylindres une chaleur qui ne tarderait pas à entraver complètement le mouvement des pistons, si leur enveloppe n’était pas continuellement refroidie. Pour obtenir ce dernier résultat, une pompe centrifuge, actionnée par le moteur lui-même, fait circuler à l’entour des cylindres un courant d’eau qui passe
- ensuite dans tous les tubes du bâti de la machine. La voiture est munie d’un frein assez puissant pour l’arrêter presque intantanément quelle que soit sa vitesse : le levier qui commande ce frein actionne en même temps un cône de débrayage, de sorte qu’il est impossible d’enrayer sans avoir préalable-blement rendu le moteur indépendant de la transmission du mouvement.
- Dès que le moteur a pris sa vitesse, on peut partir. Le conducteur saisit, avec la main droite, la poignée du levier de frein qui est en même temps celui d’embrayage et de débrayage, lui imprime un léger mouvement en arrière, et la voiture se met en marche.
- Il est bon d’embrayer avec précaution et de partir en petite vitesse pour éviter un choc trop brusque au moment du départ, sauf à augmenter l’allure immédiatement après.
- On obtient la marche en arrière en élevant de la main droite une poignée qui traverse le siège.
- Pour donner une idée de ce que peut faire la voiture à pétrole que nous faisons connaître aujourd’hui, il nous suffira de résumer l’histoire du voyage qu’elle a accompli récemment de Yalentigney à Brest.
- La voiture prête à partir pèse 530 kilogrammes ; elle contenait, lors du voyage que nous mentionnons, 42 kilogrammes d’objets divers formant l’outillage et les bagages. La provision de gazoline (essence de pétrole très volatile) nécessaire pour faire 300 kilomètres, est de 28 litres.
- En estimant la vitesse moyenne effective, c’est-à-dire arrêts non compris, à 15 kilomètres à l’heure, on peut marcher, avec la provision chargée sur la voiture, pendant vingt heures de marche effective. La gazoline coûtant 50 centimes le litre, la dépense est de 0fr,046 par kilomètre. La densité de la gazoline employée doit être de 670 à 680 ou 690.
- La voiture que nous avons expérimentée à Paris le 21 septembre dernier est celle que représente la figure 1. C’est la même qui a effectué sans avarie sérieuse le voyage de Yalentigney à Brest, et retour, en 139 heures de marche effective; le parcours étant de 2047 kilomètres, la vitesse moyenne a été d’environ 15 kilomètres à l’heure. Depuis son retour, cette voiture a continué à marcher parfaitement, et elle vient d’être vendue à Paris à un industriel alsacien, qui s’en est servi pour rentrer à Mulhouse et qui a fait un excellent voyage. C’est suffisamment indiquer que la nouvelle voiture à pétrole fonctionne bien et qu’elle est pratique.
- Gaston Tissandier.
- LE ROLE DES MÉTAUX RARES
- DANS LES ALLIAGES
- Dans son adresse à la section chimique de f Association britannique, M. le professeur Roberts-Austen a attiré l’attention sur l’importance que peut présenter, au point de vue industriel, l’emploi plus étendu de métaux consi dérés jusqu’ici comme rares ou précieux. En 1849, le magnésium était regardé comme une simple curiosité. Aujourd’hui sa fabrication constitue une industrie iinpor-
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- tante. Le baryum et le calcium pourront être produits en grande quantité le jour où on leur aura trouvé une application industrielle. Les minerais renfermant du molybdène ne sont pas rares, et ce métal pourrait être obtenu au même prix que l’étain si on en avait l’emploi. Le vanadium et le thallium peuvent être fabriqués en grandes quantités, mais on connaît peu leur rôle dans les alliages. Des propriétés spéciales et parfois précieuses sont communiquées à des métaux en les alliant à des quantités souvent très faibles d’autres métaux. Les qualités spéciales de dureté communiquées au platine par son alliage avec l’iridium sont connues. Une faible quantité de tellure fait disparaître la structure cristalline du bismuth. Un cinq-centième de zircone accroît considérablement la dureté de l’or, tandis que la même proportion de bismuth réduit sa ténacité dans de grandes proportions. Le chrome, le cobalt, le tungstène, le titane, le cadmium, le zircone sont bien connus dans les arts métallurgiques; les qualités que le chrome, le tungstène communiquent à l’acier, ont reçu une sérieuse confirmation à l’Exposition internationale de 1889, mais on connaît peu les propriétés de ces métaux pris isolément. Les recherches faites en vue d’éclaircir les points obscurs relatifs aux propriétés des nouveaux- alliages, récompenseront largement de leurs peines les chimistes et les analystes qui entreprendront ces recherches et sauront les mener à bonne fin.
- LES EXPÉRIENCES DE LAUFFEN-FRANCFORT1
- LA LIGNE — LES TRANSFORMATEURS d’aRRIVÉE
- l’éclairage — les moteurs.
- Ligne. — L’énergie électrique produite à Lan lien sous forme de courants alternatifs à trois phases est transmise à Francfort sur une ligne aérienne à trois fils de cuivre de 4 millimètres de diamètre, fixés sur des poteaux à l’aide d’isolateurs à pétrole.
- Cette expérience est d’autant plus intéressante qu’elle est faite sur une grande échelle, car il y a plus de 3000 poteaux et près de 10000 isolateurs d’installe's entre Lauffen et Francfort. Comme il y aurait le plus grand danger à toucher les fils et même les poteaux dans le cas d’une rupture d’un isolateur ou de contact accidentel, même imparfait, entre un poteau et l’un quelconque des fils, on a prévenu du danger les populations des différents États que la ligne traverse en peignant en noir, sur un grand nombre de ces poteaux, surtout au voisinage des routes et sentiers, des ossements en croix surmontés d’une tête de mort. Signalons, sans insister ni apprécier, le caractère un peu macabre de ce mode d’avertissement, tout en reconnaissant que la précaution n’est pas inutile.
- Comme mesure de précaution supplémentaire, on a disposé, près des passages à niveau de la ligne de chemin de fer que la ligne électrique longe presque continuellement, des sortes de A renversés en fer suspendus au-dessus des fils et maintenus, à une certaine distance, par une corde passant sur une poulie. Il suffit de détacher la corde pour faire tomber le A sur les fils. On met ainsi la ligne en court-
- 1 Suite et fin. — Voy. n° 957, du 5 octobre 1891, p. 274.
- circuit, les coupe-circuits fusibles sont aussitôt volatilisés par suite de l’excès de courant qui les traverse, et la ligne immédiatement et automatiquement isolée de la génératrice. Tant que le A est sur la ligne, on peut impunément toucher à cette ligne et Futiliser comme simple ligne téléphonique, le retour se faisant par la terre. C’est, du reste, par ce procédé rudimentaire que Francfort communique avec Lauffen. Pendant les arrêts, la ligne à trois fils est toujours sur téléphone. Pendant la marche, Lauffen peut appeler Francfort en arrêtant, et Francfort appelle Lauffen en mettant la ligne en court-circuit, et en faisant ainsi sauter les coupe-circuits.
- Les expériences de Lauffen-Francfort ont surtout pour but, nous l’avons déjà dit, de fixer les limites des tensions que peuvent supporter des lignes aériennes montées sur isolateurs au pétrole.
- Si le rendement est indépendant de la distance tant que l’on a la faculté d’augmenter le potentiel proportionnellement à la distance, il n’en est plus de même lorsque l’on est à la limite de potentiel que la ligne peut pratiquement supporter. Le rendement est alors parfaitement dépendant de la distance, et il diminue à mesure que cette distance augmente. Dans le cas particulier, la résistance de chacun des trois fils étant d’environ 300 ohms, pour transmettre une puissance électrique totale de 130 000 watts au potentiel efficace de 12 000 volts, on devrait faire passer 4 ampères et perdre en échauffement sur la ligne 5000 watts par fil, soit 15 000 watts pour les trois fils, ou 10 pour 100 de la puissance totale, sans parler des pertes par les isolateurs, pertes sur lesquelles les estimations varient de 1 à 10, et dont nous ne parlerons qu’après la publication des résultats des expériences officielles.
- Comme la perte de charge en ligne varie avec le débit, la différence de potentiel est maintenue constante, non pas au départ, mais bien à l’arrivée, à Francfort. A cet effet, les voltmètres disposés à Lauffen sont munis d’un double enroulement qui fait retarder le voltmètre, tient compte de la perte de pression sur la ligne et leur font donner les mêmes indications que s’ils étaient montés en dérivation sur la sortie des transformateurs de Francfort.
- Transformateurs d'arrivée. — Les courants polyphasés de haute tension arrivant à Francfort avec la pression du départ diminuée de la perte de charge en ligne, et avec une intensité également moindre qu’au départ, par suite des dérivations sur la ligne, communiquent directement avec un ou plusieurs transformateurs identiques à ceux de Lauffen, mais qui jouent un rôle inverse : ils augmentent l’intensité des courants aux dépens de la pression.
- Il y a à Francfort, comme à Lauffen, trois transformateurs que l’on peut coupler sur la ligne et sur les appareils d’utilisation en faisant des combinaisons multiples qui permettent de varier les tensions et les intensités entre des limites très écartées. Cha-• cun de ces transformateurs est d’ailleurs établi pour pouvoir transformer les 200 kilowatts que peut
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- produire la machine génératrice à charge normale maxima. Nous obtenons ainsi sur le circuit secondaire des transformateurs établis à Francfort des courants alternatifs triphasés qu’il nous reste à utiliser pour l’éclairage et la force motrice. La figure 1 montre comment le transformateur est relié d’une part directement à la ligne à haute tension, d’autre part au tableau de distribution permettant d’envoyer à volonté le courant transformé sur les lampes à
- incandescence, les moteurs triphasés ou tous autres appareils d’utilisation que doit desservir le réseau de distribution a basse tension.
- Éclairage. — Étant donné qu’il existe entre le point neutre et chacun des trois fils secondaires, une différence de potentiel efficace de 50 à 65 volts environ, suivant le réglage effectué à Lauffen, il suffit de monter des groupes de lampes entre ce point neutre et chacun des trois fils pour que ces lampes fonction-
- Fig. 1, 2 et 3. — Diagrammes de montage et de couplage. —Fig. 1. Montage d’un transformateur à Francfort. — a, b, c, lils d’arrivée à hant-tension.— A, B, C,fils de sortie à basse tension.— T. Fil neutre relié à la terre et aux points neutres des deux enroulements.— o, o’. Coupe
- circuit fusible._Fig. 2. Montage des lampes à incandescence ordinaires en dérivation entre le fil neutre T et chacun des trois fils A, B, C
- — Fig. 3. Couplage d’une lampe à 3 filaments a, b, c sur les trois fils A, B, C venant du transformateur.
- lient comme avec des courants alternatifs ordinaires. On dispose les lampes (fig.2) pour que chacun des trois groupes se trouve également chargé, mais il n’est pas nécessaire de maintenir une rigoureuse égalité dans le débit des trois circuits.
- Le transformateur compense automatiquement les petites différences de potentiel que pourraient produire des débits inégaux. A titre de curiosité,
- M. Dolivo-Dobrowolsky a fait fonctionner sur le circuit une lampe à trois filaments (fig.4) réunis par leur sommet, les trois bouts libres communi • quant avec les trois fils du transformateur (fig. 5). Le fait paraît paradoxal lorsque l’on n’est pas familiarisé avec les propriétés des courants polyphasés, car les trois filaments sont d’égale grosseur. Il faut donc que le courant traversant chacun des filaments soit égal, à chaque instant, à la somme des deux autres, et nous avons dit, dans notre précédent article, que c’est précisément là une des propriétés des courants alternatifs triphasés.
- En adoptant une différence de potentiel de 60 à 65 volts entre le fil neutre et chacun des trois autres fils, il serait également possible de monter des ampes à arc en dérivation, et de les alimenter comme des lampes à incandescence.
- Dans les expériences auxquelles nous avons assisté, il n’y avait que des lampes à incandescence, au nombre de 1100 environ ; les lampes étaient alimentées par le courant secondaire provenant du transformateur, ainsi que les moteurs électriques.
- 11 nous reste à décrire les appareils qui justifient et rendent même nécessaires, jusqu’à nouvel ordre, l’emploi des courants alternatifs triphasés pour le transport et la distribution de l’énergie électrique.
- Mais avant d’aborder cette description, il nous faut ouvrir une parenthèse consacrée à l’indication du principe des champs magnétiques tournants.
- Champs tournants. — Si nous faisons passer un courant alternatif dans une bobine, ce courant alternatif produira à l’intérieur de cette bobine et en son centre un champ magnétique dont la direction sera perpendiculaire au plan de la bobine, et dont l’intensité sera, à chaque instant, proportionnelle à celle du courant qui le produit. La direction du champ sera constante, mais son sens changera en même temps que celui du courant qui lui domine naissance. Concevons deux bobines semblables placées perpendiculairement l’une à l’autre et traversées par deux courants alternatifs de même période, mais décalés l’un par rapport à l’autre de un quart de période. Chaque bobine agira comme si elle était seule et produira en son centre un champ perpendiculaire à son plan, mais les deux champs se composeront en un champ unique résultant dont la direction et la grandeur à chaque instant s’obtiendront par une construction analogue à celle qui, en mécanique, donne la résultante de deux forces différant en grandeur et en direction. Dans le cas de deux courants obéissant rigoureusement à la loi du sinus, le champ
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- résultant a une intensité constante, mais sa direction change avec le temps. En supposant les deux bobines verticales et disposées rectangulairement, on démontre que la direction du champ décrit un cercle horizontal d’un mouvement uniforme. Deux courants alternatifs
- décalés de un quart de période et traversant des bobines disposées à angle droit produisent donc un champ magnétique tournant.
- C’est M. le professeur Ferraris, de Turin, qui a publié le premier, en mars 1888 *, les propriétés
- Fig. 5. — Moteur à courants alternatifs triphasés actionnant la cascade à Francfort.
- des champs magnétiques tournants et montré le premier moteur électrique fondé sur leur emploi. Les publications de M. T. Tesla sur le même sujet n’ont été faites qu’au mois de mai de la même année, bien que des brevets aient été déposés en octobre 1887 en Amérique. Rien d’éton-nant d’ailleurs que la même idée ait pu germer indépendamment et vers la même époque dans le cerveau de plusieurs inventeurs et dans différents pays, et nous ne croyons diminuer en rien la valeur des travaux de M. Tesla en attribuant à M. le professeur Ferraris le mérite d’avoir exposé le premier, nettement et clairement, les principes et la théorie d’une idée dont on se dispute aujourd’hui si âprement la priorité dans les cercles électriques industriels.
- Toutes questions de véritable priorité réservées, revenons à notre champ tournant. Plaçons une masse de cuivre au milieu des deux bobines, cette masse de cuivre pouvant tourner autour de l’intersection des plans des deux bobines comme axe. Cette masse étant supposée immobile et le champ tournant, le dépla-
- cement relatif sera le même que si le champ restait fixe et la masse se déplaçait dans le champs elle sera donc le siège de courants induits, ou courants de Foucault d’autant plus intenses que le champ sera lui-même plus intense. Il s’exercera donc, en vertu des lois d’Ampère relatives aux actions des courants sûr les courants, des actions mécaniques entre les circuits fixes et la masse de cuivre. Mais la loi de Lenz nous apprend que le déplacement produit par ces actions mécaniques doit donner naissance à une force contre-électromotrice tendant à diminuer l’intensité des courants induits. Dans le cas particulier, les courants induits seront d’autant moins intenses que le déplacement relatif du champ et du cylindre de cuivre sera plus faible; ce cylindre de cuivre tournera dans le même sens que le champ, avec une vitesse angulaire qui tend à être, égale à celle du champ. Le champ entraînera donc le
- 1 Rotazioni elettrodinamiche prodolte per mezza di cor-renti alternale. Nota del prof. Galilco Ferraris. Accademia delle scicnze di Torino, 18 mars 1888. — In-8°, Torino, 1888.
- Fig. 6. — Principe des moteurs à champ tournant. — A AA. Premier circuit. — BilB. Second circuit. — 00'. Axe de rotation.
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- cylindre. Remplaçons les bobines inductrices et le cylindre de cuivre massif par des enroulements combines en vue de réduire les résistances magnétiques et de supprimer les courants parasites, et nous réaliserons un véritable moteur à champ magnétique tournant. On remarquera que dans l’appareil théorique que nous venons de décrire sommairement, et que le diagramme (flg. 6) reproduit en fac-similé d’après le mémoire original de M. Ferraris, il n’y a sur l’inducteur ou sur l’induit, aucun contact frottant, ni aucune interruption possible entre le générateur et le moteur autre que l’interrupteur, ni aucune communication électrique entre l’inducteur et l’induit. L’induit constitue un circuit fermé sur lui— même, et ne comporte aucune pièce frottante; l’entretien du moteur se réduit donc au graissage périodique des deux paliers dans lequel tourne son axe : c’est le dernier mot de la simplicité.
- Au moment de la mise en circuit, l’induit étant immobile par rapport au champ tournant est le siège de courants très intenses, ce qui ne présente pas d’inconvénients pour les moteurs de faible puissance, mais serait dangereux avec les moteurs de grande puissance ; aussi, pour ces derniers, le démarrage se fait-il en intercalant dans le circuit induit des résistances que l’on diminue graduellement jusqu’au moment ou l’armature se trouve en court-circuit.
- (le que nous venons de dire pour les courants alternatifs à deux phases est également vrai pour les courants alternatifs à trois phases ; seulement les courants qui produisent le champ tournant sont décalés de un tiers de période, et il y a trois bobines au lieu de deux, le principe reste le même.
- Moteurs. — Les moteurs sont construits par /’Allgemeine Eleklricilals Gesellschaft, sous la direction de M. Dolivo-Dobrowolsky, à qui revient le mérite d’avoir réalisé les premiers moteurs triphasés et de leur avoir donné une forme industrielle.
- Nous avons vu que les transformateurs de Francfort nous fournissent trois courants alternatifs décalés, sur lesquels nous avons appris à brancher des lampes à incandescence à trois filaments, ou, plus simplement, des lampes à incandescence ordinaires, entre le fil neutre et chacun des trois fils. Les moteurs à courants alternatifs se couplent également sur les trois fils, comme les lampes à incandescence spéciales, sans faire intervenir le point neutre, mais les dispositions de ces moteurs varient avec leur puissance. Pour les moteurs de faible puissance, les inducteurs sont fixes et l’induit mobile, comme dans le moteur de principe de M. Ferraris (fig. 6). Cet induit est constitué par une série de disques de tôle mince, percés à la périphérie de trous parallèles à l’axe dans lesquels passent des tiges de cuivre isolées électriquement du cylindre, mais réunies entre elles à leurs extrémités par deux couronnes de même métal. Autour de cet induit sont disposés les trois enroulements combinés pour produire un champ tournant dans l’espace cylindrique occupé par le
- cylindre induit. La rotation s’effectue par suite des courants induits dans les tiges de cuivre. Pour changer le sens de la rotation, il suffit de changer le sens du courant dans deux des trois bobines, à l’aide d’un inverseur double. Dans des expériences auxquelles nous avons assisté, un moteur de deux chevaux du type de 1500 watts, actionnant une dynamo à courants alternatifs qui en produisaitenvir on 2000, a eu son sens de rotation changé en moins de deux secondes par la simple manœuvre du commutateur. L’inversion de sens de la rotation du moteur se produit à vide dans le même temps. Cette expérience frappante montre quel couple initial considérable possèdent les moteurs à courants polyphasés au moment du démarrage, et établit nettement la supériorité indiscutable de ces appareils sur les moteurs synchrones. Mais il y a plus : une surcharge du moteur ne produit qu’un ralentissement de vitesse angulaire, ralentissement d’autant plus grand que la surcharge est plus grande, tandis qu’une surcharge un peu forte d’un moteur à courants alternatifs synchrone provoque son arrêt presque immédiat.
- Pour les moteurs de grande puissance, tel que celui établi à Francfort et qui doit absorber environ 75 kilowatts, les dispositions sont différentes, bien que le principe reste le même. Le système inducteur est mobile, tandis que le circuit induit est fixe.
- Les trois bobines induites sont tout à fait indépendantes, électriquement parlant, et les deux extrémités de chacune d’elles aboutissent à une bague collectrice sur laquelle appuient deux balais, afin d’assurer le contact et de pouvoir enlever un des balais en cas de besoin, pour le nettoyer ou le réparer. L’emploi de six bagues collectrices est spécial au moteur de Francfort, qui est surtout un moteur d’expériences. Cette disposition a pour but de permettre le couplage des trois circuits soit en triangle, soit en étoile. En pratique, on adoptera le couplage le plus favorable dans chaque cas particulier; le nombre de bagues se trouvera alors réduit a trois. Le circuit induit est fixe dans l’espace et entoure le circuit inducteur. 11 se compose également de trois enroulements distincts couplés entre eux en étoile, et fermés sur eux-mêmes en intercalant des rhéostats à liquide sur chacun des circuits. Le but de ces rhéostats est de réduire l’intensité des courants induits au moment du démarrage, lorsqu’il y a grand déplacement relatif du champ et du circuit induit. Le but des trois enroulements distincts est de coupler ensemble les fils induits qui se trouvent dans la même position relative par rapport aux inducteurs, et d’égaliser ainsi le couple moteur moyen résultant. Il n’y a aucune connexion électrique entre les inducteurs mobiles et l’induit fixe. L’enroulement de ces deux circuits est fondé sur le principe d’enroulement du tambour de Siemens et l’emploi d’inducteurs multipolaires, afin de réduire la vitesse angulaire, eu égard à la fréquence employée, et sur l’emploi de barres de cuivre montées dans des trous ménagés dans le fer constituant le circuit ma-
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- LA NATURE
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- gnétique, disposition caractéristique des dynamos Brown.
- Telles sont les principales dispositions des appareils employés dans les mémorables expériences de transport et de distribution d’énergie par courants alternatifs triphasés entre Laulfen et Francfort, sur une distance de 175 kilomètres, avec des forces électromotrices qui ont dépassé 12 000 volts efficaces, et seront éventuellement portées plus haut. En attendant les résultats ofliciels des expériences de la Commission des essais, qui nous fixeront exactement sur les puissances réellement transportées, les rendements obtenus, les pertes sur la ligne, la tenue des isolateurs, 1’inlluence des saisons, etc., il n’en reste pas moins acquis dès à présent que l’on a pu recueillir et distribuer électriquement une puissance utile de 75 kilowatts à 175 kilomètres de son point de production. L’honneur de cette grandiose expérience qui tiendra une place importante dans l’histoire de l’électricité industrielle, revient à YAlIge-meine Elektricitats Gesellschaft, de Berlin, et aux Ateliers d’Oerlikon, ainsi qu’à leurs ingénieurs respectifs, M. Dolivo-Bobrowolsky et M. Brown.
- Conclusions. — Si nous sommes parvenu à bien faire comprendre à nos lecteurs les particularités essentielles du système à courants polyphasés, nous n’aurons que quelques mots à ajouter pour en justifier l’emploi. Dans l’état actuel de nos connaissances, les courants alternatifs polyphasés permettent seids de produire simultanément la transmission de l’énergie à grande distance, sa transformation, sa distribution et son application générale à l’éclairage, à la force motrice, ainsi que sa transformation facile en courants continus pour toutes les applications qui exigent exclusivement l’emploi de ces courants.
- Sera-t-il toujours nécessaire d’avoir recours à des courants polyphasés pour réunir tout cet ensemble de qualite's dans un seul système, ou peut-on espérer obtenir les mêmes résultats avec les courants continus ou avec les courants alternatifs simples? Certains partisans de ces derniers estiment que les courants polyphasés ne constituent qu’un procédé de transition et sont appelés à disparaître dans un avenir peu éloigné, une canalisation à deux fils étant toujours plus simple et plus économique qu’une canalisation à trois fils. D’autres n’ont confiance que dans les courants continus ; d’autres, enfin, ne jurent que.par les courants polyphasés.
- Nous nous garderons bien de prendre parti entre ces différentes opinions, appuyées les unes et les autres par d’excellentes raisons qui justifient leurs divergences. Contentons-nous donc de signaler les progrès réalisés, et rappelons-nous qu’il y a assez à faire dans le domaine de l’industrie électrique pour que chacun des systèmes récolte une abondante moisson d’applications, en restant sur le terrain le plus favorable à son développement, et qui fera le mieux fructifier les qualités qui lui sont propres.
- E. Hospitalier.
- LES COURSES ET LES CHEVAUX DE COURSE1
- Nous avons vu que la Société du Jockey-Club s’était donné pour but principal l'encouragement de l’élevage du pur sang et de relever cette industrie, qui seule, à son avis, peut parvenir à doter la France de beaux chevaux et à l’affranchir des tributs qu’elle paye annuellement aux étrangers. Nous allons dire en quelques lignes ce que c’est que le pur sang et comment il s’est formé.
- Si l’on réserve le nom de pur sang aux chevaux de la race qui s’est le mieux conservée sans mélange dès la plus haute antiquité, et (pii se font remarquer par des qualités exceptionnelles de beauté, de vigueur, de vitesse, ce titre ne peut être appliqué qu’aux chevaux de certaines familles arabes de l’Yémen, de la Syrie, de la Perse, et aux Ncdji en particulier. Mais, par extension on le donne aux chevaux anglais de course parce qu’ils descendent de chevaux arabes et qu’on veille avec le plus grand soin à leur généalogie depuis la création de leur race.
- Yoici l’origine de cette race et comment elle fut constituée.
- Un superbe étalon, bête remarquable, un véritable Nedji, né dans le désert de Palmyre, fut acheté en Syrie en 1702, par M.Darley, ce qui lui valut le nom de Darley-Arabian.
- La beauté, l’ardeur, la vitesse sans égale des produits de cet étalon excitèrent l’enthousiasme des Anglais et déterminèrent un véritable engouement pour les chevaux arabes; on fit venir à grands frais de Perse, de Syrie et d’Afrique d’autres étalons du même genre et surtout des juments poulinières qu’on accoupla avec Darley-Arabian, de sorte qu’on peut dire que la plupart des chevaux de course anglais sont des arabes purs modifiés par le climat de la Grande-Bretagne.
- Au plus fort de la splendeur de Darley-Arabian, un rival surgit tout à coup.
- Le bey de Tunis avait offert en présent à Louis XYI un cheval qui fut dédaigné, ce roi n’ayant de goût que pour les courtauds anglais. Négligé, puis réformé, ce cheval tomba de maître en maître, et il traînait un tombereau, conduit par un charretier brutal, lorsqu’un jour il fut rencontré par hasard sur le Pont-Neuf par M. Coke, gentleman anglais de passage à Paris, qui crut voir en lui les restes d’un beau cheval, et l’acheta pour quelques louis. Conduit en Angleterre, il tomba entre les mains de Lord Godolphin qui l’employa à son haras.
- Il résulta de l’union de Roxane, une superbe jument arabe, avec le cheval tunisien, un poulain qui montra de telles qualités que son père fut considéré comme un producteur égal, sinon supérieur, à Darley-Arabian. Ainsi commença la fortune de ce cheval qui est resté
- 1 Suite et fin. — Vov. n° 958, du 10 octobre 1891, p. 289.
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- très célèbre sous le nom de Godolphin-Arabian.
- Godolphin-Arabian a laissé de nombreux descendants qui tous ont eu des succès très grands et de
- toute nature qu’il serait trop long d’énumérer.
- Il nous suffira de rappeler le fameux Éclipse, né le 5 avril 1764; il a laissé la réputation du che-
- Fig. 1. — Courses de Chantilly. — Prix de Diane 1889. (D’après une photographie instantanée.)
- val le plus vite et le plus vigoureux qui ait jamais tion de la réunion du sang de Darley-Arabian et existé; c’était un produit à la deuxième généra- de Godolphin-Arabian. Jusqu’en 1771, il courut
- Fig. 2. — Courses de la Croix de Berny, 1889. (D’après une photographie instantanée.)
- et ne fut jamais vaincu. A partir de cette époque, il fut consacré exclusivement à la reproduction jusqu’à sa mort qui arriva en 1789. Il eut une immense postérité, bien que son maître exigeât pour prix de ses saillies jusqu’à 75 livres sterling, somme qui
- équivaut à 5000 francs de notre monnaie actuelle.
- Tous les chevaux dits de pur sang descendent plus ou moins directement des trois chevaux célèbres dont nous venons de parler et leur généalogie est soigneusement inscrite au Stud-Book.
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- La création de la race des chevaux de pur sang eut pour but principal, il est vrai, de produire des acteurs pour les courses et de fournir des pièces
- au jeu qui en fut la conséquence inséparable. Mais elle eut aussi pour résultat de donner des améliora-teurs aux races employées aux services de luxe, aux
- Fig. 3. — Courses d’Auteuil. — Prix de la Tamise 1890. (D’après une photographie instantanée.)
- équipages de chasse, et à l’armée. Leur influence ment favorable. Les croisements des races indigènes sous ce rapport a été, on ne peut le nier, extrême- légères avec les anglo-arabes ont été opérées sur une
- Fig. 4. — Courses d’Auteuil. — Prix Saint-Sauveur 1889. (Fac-similés de photographies instantanées de MM. Del tou frères.)
- large échelle et le nombre des sujets de demi-sang, de quart de sang, est tel aujourd’hui qu’il n’est pas de chevaux de ces races dans la Grande-Bretagne, qui n’ait une part plus ou moins forte de sang.
- La réputation de la race de pur sang de nouvelle
- création ne resta pas longtemps confinée de l’autre côté de la Manche, et, avec les courses, les chevaux nécessaires à ce sport se répandirent rapidement sur le continent. Longtemps l’Angleterre eut le monopole de leur production, mais, profitant de son exemple
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- et de ces leçons, on se mit partout à élever des chevaux de pur sang. La France, en particulier, est depuis longtemps libérée du tribut qu’elle payait de ce chef, et produit maintenant des chevaux de course qui, non seulement rivalisent avec ceux de nos voisins d’outre-mer, mais qui arrivent même à les surpasser, comme l’ont montré depuis quelque temps les courses de Longchamp pour le Grand-Prix. Nos champions, Plaisanterie en 1885 et Ténébreuse en 1888, dans les prix du Czarewitch et du Cambridshire, sont même allés battre les Anglais, même chez eux.
- Les chevaux de pur sang français ont leur Stud-Book depuis 1852, qui est rédigé sous la surveillance d’une Commission présidée par le Ministre de l’agriculture. Grâce à eux, nos races légères de Normandie, de Bretagne, de l’Anjou et de la Vendée, ont été reconstituées et très améliorées, et elles fournissent maintenant de remarquables sujets aux équipages de luxe et à notre cavalerie de ligne.
- Les principaux établissements d’élevage de chevaux de pur sang en France sont :
- Le haras de Dangu près de Gisors, fondé par le comte de Lagrange; le haras de Victot, en pleine vallée d’Auge, fondé par Alexandre Aumont ; le haras de Martinvast, près de Cherbourg, à M. le baron de Schickler; les haras de Viroflay et de Vaucresson, dans la banlieue de Paris, qui appartiennent maintenant à M. Lupin ; le haras de Cheffreville, près de Fervaeques, à 15 kilomètres de Lisieux, à M. le comte de Berteux; le haras de Chamant, près de Chantilly, à M. Lefèvre; le haras de Bois-Roussel, à quelques lieues d’Alençon, au comte Rœderer; le haras de Villebon, près Palaiseau, succursale de celui de la Cellc-Saint-Cloud, entre Vaucresson et Versailles, a M. Edmond Blanc; le haras de Lonray, près d’Alençon, récemment encore à M. Pierre Donon; le haras de Meautry, entre Pont-l’Évêque et Trou-ville, a M. de Rothschild.
- Outre les grands éleveurs dont nous donnons les noms ci-dessus, les propriétaires de chevaux de course qui font courir en France sont au nombre de plus de deux cents.
- Les chevaux de course célèbres sortis depuis cinquante ans des différents établissements dont nous avons parlé sont si nombreux que nous nous contenterons de citer quelques noms des plus modernes : Plaisanterie, Saxifrage, Atlantic, Xaintrailles, Jouvence, Upas, Tristan, Digitant, Nubienne, Energy, Le Destrier, Strachino, Le Sancy, Le Torpilleur, Clover, Vasistas, Stuart, Ténébreuse, 'Alicante, Bayadère, etc., etc., etc...
- Nous allons terminer cet article, déjà long, par quelques renseignements très succincts sur la pratique des courses et sur les champs où elles ont lieu aux environs de Paris.
- D’abord il y a quatre genres de courses :
- La course plate qui a pour champ un terrain parfaitement plat, nivelé et gazonné (turf est un mot anglais qui signifie gazon). Les chevaux y suivent une
- piste qui est indiquée par des poteaux reliés par une corde. Le parcours n’est pas inférieur à 1500 mètres et ne dépasse pas 6200 mètres.
- La course de haies ne diffère de la course plate que parce que la piste est entrecoupée de haies mobiles de 100 à 120 centimètres de hauteur, qui doivent être franchies par les chevaux sans ralentir leur train.
- Le steeple-chase a une piste entrecoupée non seulement de haies, mais de murs, de barrières, de fossés, avec ou sans eau, bordés ou non de haies d’un côté, enfin de monticules rapprochés de manière à constituer ce qu’on appelle la banquette irlandaise.
- Enfin la course au trot dans laquelle les chevaux doivent conserver cette allure soit montés, soit attelés.
- Les courses peuvent être simples ou en parties liées.
- On distingue encore les courses suivantes :
- Courses ordinaires auxquelles, d’après l’article 15 du règlement du 30 janvier 1862, ne peuvent prendre part « sauf, conventions contraires, que les chevaux entiers et juments, nés et élevés en France jusqu’à l’àge de deux ans, dont la généalogie est inscrite au Stud-Book soit français, soit anglais, ou qui ne sont issus que d’ancêtres dont les noms s’y trouvent insérés. »
- Courses d'épreuves, pour les jeunes étalons de pur sang de deux, trois et quatre ans (courses plates) ; pour les jeunes étalons de demi-sang de trois et quatre ans (courses d’obstacles) ; pour les jeunes étalons demi-sang carrossiers (courses au trot, montés ou attelés) ; pour les pouliches primées de trois ans (courses au trot) ; pour chevaux hongres ou juments de quatre à cinq ans (courses au trot seuls ou attelés.)
- On appelle omnium les courses où sont admis tous les chevaux au-dessus de trois ans, quelque soit leur âge.
- On appelle handicap la course où sont admis des chevaux de tout âge et de toute qualité, à charge d’accepter un poids que leur impose un commissaire handicapeur dans le but de rendre les chances parfaitement égales.
- La poule d’essai et la poule des produits sont des courses dont le prix est augmenté des entrées payées par chaque cheval inscrit pour courir.
- Ces prix sont disputés par des poulains de trois ans qui sont engagés avant leur naissance. Les distances sont de 1600 à 2000 mètres.
- Voici maintenant l’énumération des hippodromes parisiens et suburbains et les noms des Sociétés qui les exploitent :
- Les hippodromes de Longchamp, de Chantilly et de Fontainebleau, sont à la Société d'encouragement ou Jockey-Club, qui y donne exclusivement des courses plates; les hippodromes d’Auteuil et de la Croix-de-Berny, à la SociétédesSteeple-Chases (course d’obstacles); l’hipprodrome de Vincennes à la So-
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- rie té pour V amélioration du demi-sang (courses plates, d’obstacles ou au trot); les hippodromes de Sainl-Üuen, Maison-Laffitte, la Marche, Enghien, le Vésinet, à la Société sportive d'encouragement; l’hippodrome de Colombes, à la Société des courses de Colombes; l’hippodrome d’Achères, à la Société de Saint-Germain; l’hippodrome de Compïègne, à la Société de Compiègne.
- La Société du Sport de France n’a pas d’hippodrome particulier et fait courir, tantôt à Yincennes, tantôt à Saint-Germain.
- Enfin chacun de nos départements a au moins un champ de courses puisque le nombre des hippodromes qui sont fréquentés par des chevaux français s’élève au chiffre de plus de deux cent soixante au nombre desquels il y en a une dizaine d’étrangers, belges ou anglais1. P. Mégnin.
- UN SINGULIER ARC-EN-CIEL
- OBSERVÉ LE 9 OCTOBRE 1891
- Le 9 octobre au soir, je rentrais à Orléans, du côté ouest, suivant, avec un ami, les bords de la Loire. Il était près de 5 heures, et, pendant toute la journée, le ciel avait été couvert. Cependant, la petite éclaircie qui se produit souvent à l’horizon nous faisait espérer un court rayon de soleil. Il ne se fit pas attendre, illuminant superbement, les rives si riantes de la Loire. Une ondée passa sur nous, marchant vers l’est; à peine nous eût-elle dépassés que nous vîmes se développer le plus magnifique des spectacles. Je vais essayer de le décrire.
- D’abord, un arc-en-ciel très brillant se produisit, ayant, presque en son centre, la cathédrale d'Orléans vivement illuminée. Il était 5h,5m, et le soleil était à 2 ou 5 degrés de l’horizon, de telle sorte que l’arc formait à peu près un demi-cercle. De son jambage droit émergeait une ébauche d’arc ayant son centre au-dessus de l’horizon; il était aisé de voir qu’il était dû à la réverbération du soleil dans la rivière, large et très calme en cet endroit. L’arc secondaire était peu visible; mais, au bout d’une minute environ, nous vîmes, à l’intérieur de l’arc principal, se former un, puis deux, puis trois, enfin quatre arcs distincts, paraissant concentriques, et formant comme un immense portique brillamment éclairé. Ces arcs supplémentaires allaient en s’affaiblissant, en s’éloignant du premier. J’insiste sur le fait que tous ces arcs passaient d’un bout à l’autre de l’horizon, sans une seule interruption et sans aucun mélange.
- Le physicien reprenant ses droits, je m’arrachai avec peine à ce spectacle unique, et je notai rapidement toutes les circonstances du phénomène. Je vis, en particulier, qu’à l’ouest le ciel était sillonné de petits nuages horizontaux, fortement éclairés. J’eus à peine le temps de jeter encore un coup d’œil sur l’arc lui-mème, de compter les spectres distincts, et de m’assurer que l’arc quintuple paraissait former un tout; le phénomène devint graduellement moins apparent, et au bout de deux à trois minutes il avait disparu.
- Après avoir cherché pendant quelque temps en vain la
- 1 Les gravures qui accompagnent cette Notice sont reproduites d’après la belle collection de photographies instantanées de chevaux de courses, que MM. Delton frères, les habiles praticiens, ont bien voulu nous communiquer pour La Nature.
- cause de ce singulier météore, je crus nécessaire de me mettre à l’abri d’un défaut d’observation, et je priai mon compagnon de décrire ce qu’il avait vu ; sa déposition concorde exactement avec celle qu’on vient de lire.
- On sait que l’arc-en-ciel produit par la lumière directe du soleil a une ouverture constante, c’est-à-dire qu’il est toujours vu sous le même angle ; en supposant même plusieurs points lumineux répartis d’une manière quelconque, les arcs se coupent ; si les points sont sur la ligne qui joint l’observateur au soleil, les arcs supplémentaires sont extérieurs à l’arc principal. L’explication est ailleurs. J’ai dit qu’au devant du soleil se trouvaient plusieurs nuages horizontaux très éclairés.
- Supposons, ce qui est très admissible, que, pour un point placé n’importe où dans le rideau de pluie, le nuage ait été beaucoup plus lumineux dans le voisinage du plan vertical passant par lui et le soleil qu’en tout autre endroit. Chaque endroit du rideau sera alors éclairé par le soleil d’abord, point lumineux fixe, puis par une série d’autres sources mobiles sur des lignes horizontales, et situées sur des plans verticaux passant par le soleil et le point considéré, siège d’un élément de l’arc. La figure ci contre rend compte de cette supposition. L’observateur se trouve en 0, les rayons solaires suivent la ligne SO. L’arc principal rabattu dans le plan autour de la ligne AC, est figuré en ABC.
- Un point lumineux se déplace dans le nuage DF. Le point D produit l’élément D7 de l’arc, tandis que le point F produit l’élément F7 et que les éléments extérieurs sont couverts par l’arc principal. La disposition des divers éléments : soleil, nuage, observateur, pluie, peut être telle que les angles DD'0,FF70 aient la valeur voulue pour la production du phénomène. Les nuages étant vus par l’observateur 0 à des hauteurs différentes, qui, dans notre cas, étaient supérieures à celles du soleil, les arcs parasites doivent avoir leur sommet au-dessous de celui de l’arc principal. Il faut un merveilleux concours de circonstances pour qu’un seul arc D'EF7 paraisse concentrique au premier, car la production du phénomène dépend de la position relative exacte des quatre éléments énumérés ci dessus ; quant à la production simultanée de quatre arcs parasites complets, elle m’eût paru, à priori, de l’ordre de probabilité des choses que nous qualifions d’impossibles.
- Je ne dissimule pas que cette explication n’est qu’un pis aller; je l’ai admise faute de mieux; mais je ne crois pas que ce soit la seule possible. Ch.-Ed. Guillaume.
- S
- Schéma
- de l’arc-en-ciel observé le 9 octobre 1891.
- LE PLÂTRAGE DES VINS
- LE GYPSOMÈTRE DE M. A. BOULIER
- On sait que le plâtrage des vins, qui est un mode particulier de collage, a pour but de hâter le dépouillement du vin, de lui donner une robe éclatante et pure et d’assurer sa conservation, le vin étant privé en partie des matières albuminoïdes et des phosphates solubles qu’il renferme.
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- Ce mode de traitement des vins remonte à la plus haute antiquité. Mais la science est venue nous montrer les inconvénients de cette vieille pratique, en nous prouvant que le plâtre, ajouté aux vins, en changeait la composition, le tartre du vin étant remplacé par un hitartrate de chaux et un grand excès de sulfate neutre et de bisulfate de potasse.
- Les ministres qui se sont succédé depuis une trentaine d’années ont voulu mettre un frein à cette pratique du plâtrage, sans pouvoir y réussir, malgré les rapports de savants distingués. M. Fallièrcs fit enfin appliquer, à partir du 1er avril dernier, la circulaire du 27 avril 1880, qui ne tolérait pas le plâtrage au-dessus de 2 grammes par litre.
- Avant cette époque, on s’occupait peu du dosage du plâtre dans les vins, sauf dans les laboratoires spéciaux. Un grand nombre d’appareils ont été créés depuis le 1er avril, afin de faciliter aux commerçants le dosage du plâtre1. Le gyp-somètre de M. A. Boulier, que nous représentons ci-contre, est l’un des plus originaux, en même temps que l’un des plus récents.
- Le gypsomètre de M. A. Boulier se compose d’une burette à robinet A graduée. Chaque division correspond à 0@r, 10 de sulfate de potasse par litre.
- Au-dessous de la burette est disposé un tube C en U, portant un trait de jauge, indiquant la quantité de liquide nécessaire pour le dosage exact correspondant aux divisions de la burette. Ce tube en U est muni, à sa partie inférieure, d’un robinet, au-dessous duquel est disposé un entonnoir F, également à robinet, dont la douille est à double soudure formant bouchon à l’émeri, et portant une tubulure latérale, à laquelle est adaptée une poire P en caoutchouc. La douille de l’entonnoir F vient s’adapter sur la tubulure d’une ampoule ovoïde O, de capacité déterminée. L’ampoule se termine par un tube T, qui se met en communication avec l’une des branches du tube C en U dont nous avons parlé plus haut.
- Si 1 on veut se servir de l’appareil, on ferme tous
- les robinets. La burette graduée A est remplie de liqueur titrée1 jusqu’au zéro. On verse du vin dans le tube en U, jusqu’à ce que la base du ménisque arrive au point d’affleurement du trait de jauge, et l’on dispose un filtre dans l’entonnoir F.
- En ouvrant le robinet de la burette, on sature le vin contenu dans le tube en U avec la liqueur titrée, et cela en plus ou moins grande quantité, suivant l’abondance du précipité qui se forme. On ouvre ensuite le robinet du tube en U, de façon à ce que le liquide saturé s'écoule dans l’entonnoir pour être filtré. Le robinet de l’entonnoir étant ouvert, le liquide passe limpide dans l’ampoule O, et le sulfate de baryte formé reste sur le filtre. On ferme alors les robinets, et, à l’aide de la poire en caoutchouc P, on produit une pression dans l’ampoule, de façon à faire remonter par le tube abducteur le liquide dans le tube en U. On sature de nouveau le liquide, qui doit être limpide, par quelques divisions de liqueur titrée, suivant l’abondance du précipité. On fait repasser sur le filtre, et l’opération se continue, jusqu’à ce qu’une goutte de liqueur titrée ne précipite plus, ce qu’il est facile de constater par le point de comparaison formé par les deux branches composant le tube en U.
- On lit alors directement sur la burette le poids de sulfate de potasse contenu par litre dans le liquide essayé.
- L’appareil de M. A. Boulier rend déjà de très grands services aux négociants en vins. 11 est, on le voit, d’un maniement facile. Nul doute que, bientôt, les services de l’octroi, les écoles placées sous la haute direction du Ministre de l’agriculture, ne soient appelés à en faire un usage constant dont ils n’auront certainement qu’à se féliciter. M. Yuillaume.
- 1 Cette liqueur se compose de : chlorure de baryum, 17«r,52; acide chlorhydrique, 100 centimètres cubes; chlorhydrate d’ammoniaque, 2 grammes; eau distillée, quantité suffisante pour compléter 1000 cenlimètres cubes à 15°. 2 centimètres cubes de cette liqueur équivalent à 1 gramme de sulfate de potasse par litre, dans 25 cenlimètres cubes de liquide.
- 1 Vov. n°938, du 23 mai 1891, p. 391.
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- CHEMIN DE FER MONORAIL
- TRANSPORT DES BOIS EN FORÊT
- Dans les forets, il est souvent difficile de transporter à une certaine distance le bois qui a été abattu. De même dans les mines, le transport des minerais qui viennent d’être extraits rencontre de nombreuses difficultés. Un inventeur américain, M. John N. Valley, vient de recourir à un mode de transport des plus simples et des plus ingénieux qui a déjà été utilisé, mais auquel il a donné une grande simplicité. Il s’agit d’un chemin de fer monorail dont nous trouvons la description dans le Scien-lific American. Le système consiste en une traverse horizontale en bois maintenue solidement à une cer-
- taine hauteur du sol à l’aide de montants inclinés et enfoncés en terre. Cette traverse supporte, à l’aide de tiges verticales, un rail unique placé au milieu, et sur lequel vient glisser une série de petits chariots porteurs que l’on peut voir dans la figure ci-dessous. Chaque chariot repose sur le rail par les jantes des roues placées à la partie supérieure ; à la partie inférieure se trouvent des crochets dans lesquels viennent s’attacher les chaînes qui maintiennent les bois à transporter. Deux de ces chariots supportent un tronc, l’un en avant, l’autre en arrière. Plusieurs chariots, maintenant des paquets différents de bois, sont réunis entre eux à l’aide de chaînes. On peut également suspendre aux crochets des caisses remplies de divers objets, comme le représente la ligure. L’ensemble des chariots est réuni par chaînes à une
- Chemin de 1er monorail pour le transport du bois aux États-Unis.
- cabine servant pour le conducteur, et le tout est traîné par un ou deux chevaux. Les courbes ont été ménagées avec le plus grand rayon possible.
- On conçoit quels services peut rendre une installation de ce genre dans les vastes forêts, où plusieurs kilomètres séparent de l’usine l’emplacement où le bois vient d’être abattu.
- Le système de M. J.-N. Valley offre une grande analogie avec le porteur monorail Lartigue, que nous avons décrit il y a plusieurs années ; mais la rusticité de sa construction et les moyens très pratiques qui permettent de l’établir, sont assurément très bien appropriés aux divers buts poursuivis par l’ingénieur américain.
- Voici quelques détails techniques sur le mode de construction :
- La voie formée d’un rail unique est suspendue sous une longuerine composée de poutrelles en bois ou simplement d(f troncs d’arbres bruts, dont les ex-
- trémités, taillées en biseau, sont réunies par des boulons ; cette longuerine est portée elle-même par de simples jambes de bois posées sur le sol et écartées par le bas, de façon à laisser entre elles un passage libre pour les convois.
- Le rail unique, métallique, est soutenu sous la longuerine par des tiges de fer qui traversent l’une et l’autre; leurs extrémités filetées sont munies d’écrous, l’un au-dessus de la longuerine, l’autre au-dessous du rail, ce qui permet de régler très rapidement la voie, quelles que soient les irrégularités de la construction primitive.
- Les chariots-porteurs, destinés à circuler sur ce chemin aérien, sont constitués par deux châssis en fer, réunis par des U qui embrassent le rail. Chaque châssis est muni de deux roues et, à sa partie supérieure, d’une barre se prolongeant un peu en avant et en arrière, et dont les bouts sont courbés vers l’extérieur; si pendant la marche il se produit un ba-
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- lancement du ve'hicule, ces barres, formant entrée pour les tiges de suspension, évitent une rencontre fâcheuse ; elles ramènent le chariot dans le plan vertical et guident les roues pour les faire passer sans accroc, de chaque côté de la tige.
- Les chariots-porteurs sont munis d'un frein très puissant et très simple indispensable pour modérer* la vitesse dans les parties en pente de la voie ; il se compose d’une semelle de bois passant entre les deux châssis au-dessous du rail, et que l’on peut serrer contre celui-ci, en agissant sur un levier coudé, relié à l’armature à laquelle elle est suspendue ; cette semelle, dans laquelle une rainure centrale a été creusée pour livrer passage aux écrous de suspension, est munie d’un côté d’un rebord supérieur qui s’engage entre le châssis et le rail. J. L.
- CHRONIQUE
- Un caoutchouc minerai. — D'après notre confrère 1’ « Engineering and Mining Journal », on viendrait de trouver un succédané, jusqu’à présent inutilisé, du caoutchouc. Cette question est d’autant plus importante que les usages du caoutchouc se multiplient chaque jour, en même temps que cette substance devient de plus en plus rare, par suite de l’épuisement et du non-remplacement des forêts d’arbres à caoutchouc. Ce succédané minéral s’obtient comme résidu de l’épuration du goudron par l’acide sulfurique ; il se présente sous la forme d’une matière noire, semblable à l’asphalte et possédant l’élasticité du caoutchouc. Si on fait chauffer cette masse pâteuse jusqu’à réduction de 60 pour 100 de son volume primitif, on obtient une matière analogue à l’ébonite. Sa solution dans le naphte constitue un excellent isolant ; en dissolution il donne un vernis imperméable. 11 paraît que des essais du nouveau produit ont été tentés avec succès en Angleterre.
- Culture du grand Soleil en Russie. — On cultive beaucoup, dans la Russie méridionale, V Heliânthus annuus, le grand Soleil, pour extraire l’huile de ses graines striées longitudinalement de noir et de blanc et non noires comme celles que l’on sème parfois en France. Cette huile, d’une couleur ambrée, n’ayant ni odeur ni saveur âcre, remplace les huiles comestibles consommées dans les autres parties de l’Europe, même chez les personnes aisées. La graine est un excellent aliment pour la volaille, les tourteaux servent à engraisser le bétail, les tiges remplacent le bois à brûler, les feuilles bouillies dans l’eau et additionnées de son fournissent une nourriture rafraîchissante. En pays marécageux on n’a pas à craindre de voir les tiges se pourrir, elles se dessèchent, mais lentement. La présence du Soleil de Russie, dit-on, atténue l’effet des miasmes empoisonnés. V Heliânthus, ajoute la Revue des sciences naturelles qui nous fournit ces renseignements, peut également réussir en terrain pierreux, et ne demande aucun engrais. Des essais faits à Vickovar furent si rémunérateurs, que les plantations prirent beaucoup d’extension.
- Origine des vallées et des lacs. — Dans un travail qu’analysent les Archives des sciences physiques et naturelles, M. C. Schmidt a exposé les diverses phases par lesquelles paraissent avoir passé les lacs du versant
- sud des Alpes. L’auteur rattache l’origine de ces grandes vallées aux grands cours d’eau pliocènes qui ont creusé les vallées primitives et que l’érosion subséquente n’a eu qu’à approfondir davantage. Il attribue la création des lacs à des barrages qui se seraient élevés sur le parcours des vallées et cite comme exemple le Monte Olimpino, près de Corne. Plus tard, la mer pliocène a de nouveau envahi la plaine du Pô; les grandes vallées étaient des voies tout ouvertes qui lui permirent de pénétrer, en forme de fjord, dans l’intérieur des chaînes alpines. 11 y a des dépôts pliocènes à 90 mètres au-dessus du niveau du lac de Lugano. Le retrait de la mer commence à se manifester à la fin de l’époque pliocène et aboutit graduellement.
- Un nouvel explosif. — M. Curtis et André, de Londres, ont récemment fait breveter un nouvel explosif dont la composition est basée sur les réactions suivantes : Un mélange, dans de certaines proportions, des variétés solubles et insolubles de pyroxyle, ou coton-poudre, forme une base qui, combinée à la nitroglycérine, donne naissance à un nouveau produit présentant des différences marquées au point de vue physique, avec ces corps employés isolément. Le produit ainsi obtenu est transparent, élastique, possédant une texture comme le cuir, et à peu près sans fumée. La fabrication s’opère de préférence à la température ordinaire, et la masse gélatineuse résultant du pétrissage peut être granulée par les procédés habituels. On peut y adjoindre certaines substances, telles que la paraffine, la gomme laque, ou le graphite, pour modifier ses propriétés explosives et le protéger contre l’action des influences atmosphériques.
- Le coût de l’électricité. — M. llaubtmann, dans une étude présentée à la Société des ingénieurs civils constate que le prix du cheval-heure électrique à Londres est de 57 centimes et demi, ce qui est trois fois le prix du gaz; à Paris, il est de 90 centimes; et à Saint-Urieue, la ville française où, depuis le 1er juin, ce prix est le moins élevé, il atteint encore 52 centimes. Fribourg, en Suisse, a ce privilège d’ètrc la ville d’Europe où le coût du cheval-heure électrique est le plus bas; il n’atteint que 15 centimes, et tombe à 10 centimes pour ceux qui emploient une puissance de vingt chevaux. M. llaubtmann remarque que ces différences ne proviennent pas de celles du coût de la force motrice, attendu qu’à Paris le cheval-heure ne coûte que 75 centimes, tandis qu’à Fribourg il reste à 12 centimes et demi. Il faut les attribuer au plus ou moins grand développement de ces industries, et aux systèmes employés pour transformer la force motrice en électricité.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 octobre 1891. —Présidence de M.Dcchartre.
- Argent à couleur d’or. — M. le secrétaire perpétuel Rerthelot met sous les yeux de l’Académie de nombreux échantillons qui lui sont envoyés d’Amérique par M. Car-relly et qui consistent en lames d’argent dont l’aspect est absolument celui de lames d’or. L’auteur, dans un Mémoire qui paraîtra aux Comptes rendus, décrit ses procédés et ajoute que le résultat obtenu peut être aisément détruit. La chaleur appliquée au métal jaune et même la simple vibration d’un coup de marteau suffit pour lui rendre tous les caractères ordinaires de l’argent. Par une intervention convenable de la lumière, l’expérimentateur d’ou-
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- Ire-mer arrive aussi à constituer une variété d’argent de couleur pourpre qui peut communiquer au métal blanc normal la teinte jaune de l’or. Comme M. Berthelol le fait remarquer dans de lies intéressants développements donnés au Mémoire qu’il analyse, il convient, avant de proclamer la découverte [d’un état allotropique de l’argent ayant l’aspect de l’or, de remarquer que le métal jaune n’est pas pur. D’après les analyses venues d’Amérique, il renferme environ 5 pour 100 de substances que l’auteur considère comme étant du fer et de l’acide citrique. Dès lors, la singulière matière rentre dans la catégorie déjà nombreuse de ces combinaisons complexes dont les caractères se rapprochent si singulièrement de ceux de leur élément de beaucoup le plus prépondérant. Les diverses sortes de charbon sont dans ce cas, le phosphore rouge, les nombreuses variétés de fer : toujours avec le corps principal sont de petites quantités de corps différents ; ce sont des combinaisons condensées dont les propriétés sont intermédiaires entre celles des combinaisons ordinaires et celles du corps simple dominant. En tous cas, des découvertes du genre de celle de M. Carrelly rappellent et peuvent justifier, jusqu’à un^certain point, plusieurs des prétentions des anciens alchimistes, et il n’y a pas jusqu’au corps pourpre qui ne suscite devant l’esprit le souvenir de la fameuse poudre de projection.
- Températures souterraines. — Tout le monde connaît les ingénieux appareils installés par A.-C. Becquerel pour mesurer électriquement la température dans le sous-sol du Jardin des Plantes. M. Henri Becquerel, qui continue les observations commencées par son illustre grand-père, expose, d’une manière très intéressante, les principaux résultats fournis par les appareils dont il s’agit pendant le rude hiver 1890-1891. Les faits les plus saillants concernent la propagation des oscillations thermométriques, à partir de la surface du sol vers des régions de plus en plus profondes : les courbes obtenues viennent procurer à la théorie émise à ce sujet par Fourier, la confirmation la plus éclatante. On trouve aussi qu’un revêtement de gazon joue sur le sol, au point de vue qui nous occupe, le rôle d’une épaisseur de terre de 50 centimètres ; il y a là des conséquences agricoles qui n’échapperont à personne.
- Nouvel abaque. — Par l’intermédiaire de M. Bertrand, M. d’Ocagne décrit un abaque capable de rendre, aux personnes qui veulent calculer vite, des services très appréciables. Cet appareil permet, par exemple, d’avoir en une minute la racine (positive) d’une équation du troisième degré. L’auteur ajoute d’ailleurs que l’idée de son travail lui a été procurée par les résultats donnés par un graphique tracé par M. Ch. Lallemand, ingénieur des mines, à l’occasion de son grand travail de nivellement de la France.
- Cause de la diathèse rhumatismale. — D’après M. F.-P. Leroux, cette cause résiderait dans l’envahissement de l’intestin par des « masses zoogléiques » plus connues sous le nom de glaires intestinaux, et qui consisteraient en agglomérations d’une nouvelle espèce de microcoques entourées de mucilage et entremêlées de certaines bactéries paraissant former des colonies.
- Varia. — M. Pasteur transmet une étude relative à faction exercée par le sérum du sang sur diverses catégories de microbes. — Un travail de M. Parandy concerne les lois générales de l’écoulement des gaz parfaits à travers des orifices variés. Stanislas Meumeh.
- RICHESSES MINIÈRES
- DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE
- M. Félix Benoît, contrôleur des mines à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) a adressé à la Société de l'industrie minérale de Saint-Etienne de très intéressantes Notes sur lés richesses minières de notre colonie.
- Au point de vue géologique, la Nouvelle-Calédonie, qui mesure environ 400 kilomètres de longueur et 50 kilomètres de largeur, se divise en trois grandes régions :
- 1° L’immense massif serpentineux qui constitue près du tiers de la superficie de file (nickel, cobalt, chrome, manganèse, etc.) ;
- 2° Des terrains cristallins et des terrains anciens du Nord et du Nord-Est (fer oxydulé, hématite brune).
- 5° Des couches métamorphiques et des terrains sédi-mentaires plus récents, affectés par d’importantes éruptions de mélaphyres, sur la côte Ouest et Sud-Ouest.
- C’est dans cette région que se trouve le terrain houiller qui est l’ohjet de toutes les préoccupations des ingénieurs calédoniens, au premier rang desquels ilfaut citer M. Caulrv, de l’Ecole des mines de Saint-Etienne.
- Le terrain houiller occupe en Calédonie une- superficie de plus de 50 000 hectares, et la présence du charbon a été reconnue en un grand nombre de points. On peut dire, sans être taxé d’exagération, que l’exploitation de la houille est assurée en Calédonie et qu’elle sera une source de bénéfices de tous genres pour la colonie ; elle permettra, entre autres branches de l’industrie, de monter des hauts fourneaux pour la fabrication du fer et la métallurgie générale du cuivre et du nickel.
- Le minerai de nickel a été signalé pour la première fois en Nouvelle-Calédonie par M. Jules Garnier, dans un Mémoire publié en 1867, dans les Annales des mines.
- Le nickel se rencontre uniquement sous forme de silicate hydraté magnésien, d’un beau vert. Ce produit ne provient pas d’une décomposition secondaire. 11 a été déposé par les eaux dans l’état où on l’exploite; ce fait constitue un état géologique différent de l’état des gisements de nickel en Suède, Norvège et Italie.
- Les mines de cuivre de la Nouvelle-Calédonie sont situées dans le nord de l’ile, principalement sur la chaîne qui forme la rive gauche du Diahot. Elles occupent un espace considérable. Le cuivre est, en général, associé au plomb, à l’argent et renferme, dans certains endroits, des traces d’or. Il se forme actuellement une Société française pour l’exploitation en commun du cuivre et du chrome.
- Le minerai de chrome est répandu en abondance dans toute la formation serpcntincuse de la Calédonie. Un vient de découvrir des gisements importants à la baie du Sud, port Bouquet, baie Laugier, etc. Le minerai de chrome est un sesquioxyde dont la teneur varie entre 50 et 52 pour 100. L’exploitation du chrome ne peut que se développer concurremment avec celle du cuivre.
- Le minerai de cobalt est, comme le minerai de chrome, répandu sur toute la surface de la région serpentineuse. 11 se présente sous forme de dépôts sur les bords des vasques d’argile. C’est un oxyde manganésifère, dit truffé, par les mineurs calédoniens à cause de sa ressemblance avec cette variété de champignon. Il contient environ 5 1/2 pour 100 de cobalt pur. Le cobalt est* employé comme métal et comme matière colorante.
- L’or est exploité dans le bassin inférieur du Diahot, depuis 1870. Le siège des explorations est à Manghine.
- En Australie, la formation des alluvions aurifères est
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- LA NATURE.
- principalement due aux grands phénomènes d’érosion qui se sont produits à la fin de l’époque tertiaire, tandis qu’en Nouvelle-Calédonie il ne s’est pas produit de grandes érosions de ce genre. Mais il est à peu près certain que le jour où le massif montagueux boisé qui s’étend du mont Colnett à Pain, en séparant le bassin du Diahot de la côte Est, sera exploré sérieusement, des découvertes importantes de filons aurifères ayant donné naissance à l’or que l’on trouve roulé dans le lit de presque toutes les rivières descendant de ce massif, ne manqueront pas de se produire et amèneront probablement la découverte d’autres minerais dans cette région. — M. Croizillc, garde-mines à la Nouvelle-Calédonie, a trouvé, en 1884, le plomb argentifère sur la rive gauche du Diahot. La puissance d’un fdon est de 5 mètres. La présence de l’antimoine a été signalée pour la première fois, en 1876, dans le Naketv.
- Le fer est le minerai le plus abondant de la Calédonie, et on peut dire, avec M. Garnier, que nulle part on ne le rencontre en aussi grande quantité.
- En Calédonie, le fer n’est pas en fdons ou en couches, il se trouve en amas considérable. Il forme le relief même du sol. On trouve des minerais de fer de tous genres : minerais chromifères, oxydulés, etc. Le charbon étant exploité régulièrement, des hauts fourneaux s’installeront à Nouméa et donneront de bons résultats.
- L’extraction du minerai pourrait se faire facilement à peu de frais à la baie du Sud au moyen de la main-d’œuvre pénale.
- En Calédonie se trouvent des minerais de man-' ganèse, des pyrites de fer, du marbre serpentineux, des pierres lithographiques. Malheureusement, le manque de capitaux entrave le développement de leur exploitation.
- En résumé, nous pouvons dire que dans les gisements miniers de la Nouvelle-Calédonie les ressources de l’île sont malheureusement encore peu connues. Mais il n’est pas douteux, si l’on considère l'analogie qui existe entre la formation géologique de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande et celle de la Calédonie, que notre colonie devienne un centre d’exploitation très important.
- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- FERME-PORTE AUTOMATIQUE
- Étant donné qu’il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, et que sa position, généralement la plus ordinaire, est d’être fermée, on a combiné depuis
- Fig. 1. — Ferme-porte automatique. — Détails du mécanisme: H. Ressort du barillet. R'. Ressort de tension. II. Crochet d’attache. C. Carré de remontage. M. Came d’arrêt de remontage.
- Fig
- quelques années un grand nombre d'appareils destinés à résoudre le problème de la fermeture automatique des portes, et à réparer ainsi l’oubli de bon nombre de personnes négligentes.
- La plupart de ces appareils sont volumineux, disgracieux, et ne conviennent qu’aux établissements publics dans lesquels leur emploi commence d’ailleurs à se répandre.
- L’appareil que nous allons décrire aujourd’hui a le mérite d’une grande simplicité, jointe a un faible volume et à un prix relativement modique; il
- convient surtout aux installations domestiques. Il se compose essentiellement (fig. 1 et 2) d’un barillet lixé sur le chambranle de la porte, et dont le ressort R peut être tendu à volonté, suivant la ruasse et l’ouverture de la porte à laquelle il doit être adapté. Sur le barillet est roulé une seconde lame de ressort R' terminé par un H qui vient s’emboîter dans une fourchette F (fig. 2) fixée sur la porte. En ouvrant la porte, on déroule le ressort IF (fig. 1 ) et on enroule le ressort intérieur R qui exerce une traction d’autant plus énergique que la porte est plus ouverte et que sa tension initiale est plus grande.
- En abandonnant la porte à elle-même, le ressort R' s’enroule à nouveau et ramène la porte dans sa position normale de fermeture. En agissant sur la clef montée sur le carré C, on peut modifier à volonté la tension du ressort R, et obtenir une fermeture lente ou rapide, suivant les besoins. Afin d’éviter une tension exagérée, une came M est disposée en regard d’un doigt d’arrêt monté sur le carré C. Grâce à cette disposition, on ne peut remonter le ressort que de deux tours environ. Au troisième tour, le doigt bute contre la came et arrête le mouvement du carré.
- Enfin, dernier avantage, si l’on veut que la porte reste toujours ouverte, il suffît, pour supprimer l’action de l’appareil sans rien démonter, de décrocher l’II de la fourchette F. En le raccrochant, l’appareil reprend ses fonctions. L’opération d’accrochage ou de décrochage se fait en quelques secondes.
- Le Propriétaire-Gérant : G-. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- Vue d’ensemble de l’appareil monté. — F. Fourchette.
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- N* 961. — 31 OCTOBRE 1891.
- LA NATURE.
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- LES PETITES PLANÈTES
- ET LES IDÉES DE LE VERRIER
- En apprenant que M. Charlois est parvenu à trouver à lui seul, en moins de quinze jours, quatre petites planètes1, toutes quatre probablement nouvelles, beaucoup de personnes seront disposées à ne pas
- attacher assez d’importance à la découverte de ces corps célestes, dont la multitude permet d’arriver à de tels résultats. Il nous paraît intéressant de résumer rapidement, 'a ce propos, l’histoire des petites planètes. La première des petites planètes, Cérès, a été découverte par Piazzi, le 1er janvier 1801 ; elle est l’une des plus brillantes du groupede ces petits astres, situé entre Mars et Jupiter.
- o/crR/CH•,
- Figures donnant les grandeurs comparatives des divers corps du système solaire.
- (Le plus petit diamètre de chaque ligure sert de point de départ à la figure suivante.)
- Olbers découvrit la seconde, Pallas, le 28 mars 1802; la troisième, Junon, a été trouvée par Harding le 1er septembre 1804; Yesta, la quatrième et la plus brillante de toutes, a été vue pour la première fois par Olbers le 29 mars 1807.
- Il faut attendre jusqu’à l’année 1845 la découverte par Hencke de la cinquième, Astrée ; la sixième, Ilébé, fut reconnue par le même observateur qui
- 1 Voy. Académie des sciences, séance du 28 septembre 1891.
- 19° année. — 2e semestre.
- était maître de postes à Driessen; c’était un amateur passionné d’astronomie.
- Depuis cette époque, la découverte de ces petits astres n’a guère souffert d’interruption et leur nombre a été d’année en année sans cesse en augmentant. On en connaît aujourd’hui trois cent vingt et un. M. Luther, directeur de l’Observatoire deBilk, près de Dusseldorf, en a à lui seul trouvé vingt-cinq. M. Palisa, astronome à l’Observatoire de Vienne, quatre-vingt-trois, et M. Charlois,astronome à l’Obser-
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- LA nature:
- vatoire de Niée, vingt-cinq. Ce dernier, comme nous venons de le dire, en a découvert quatre dans la courte période du 28 août au 11 septembre 1891.
- L essaim des petites planètes est probablement composé de plusieurs milliers d’astres, mais leur découverte deviendra de plus en plus laborieuse à cause de la faiblesse de ceux qui restent à trouver.
- Nous croyons que nos lecteurs apprendront avec quelque intérêt ce que pensait des petites planètes, l’un des plus grands astronomes du siècle, Le Verrier, avec lequel nous avons eu plus d'une fois l’honneur de nous entretenir sur un des sujets qui passionnaient si vivement son génie.
- C est à propos de Pallas, la seconde des petites planètes par ordre chronologique, que Le Verrier montra pour la première fois, en 1845, la puissance de son génie analytique. Il étudia une grande perturbation produite par Jupiter dans la révolution sidérale du corps céleste découvert par Olbers. Il prouva que sept fois son moyen mouvement égale dix-huit fois celui de Jupiter. Etonnante analogie avec la relation connue depuis des siècles, entre la marche des deux planètes principales de notre système solaire, deux fois le moyen mouvement de Jupiter égalant cinq lois celui de Saturne. La découverte de ce symptôme de l’harmonie qui a présidé à l’organisation du monde planétaire, de ce vestige du plan de création, ne peut-elle pas être considérée comme l’origine des spéculations relatives à l’influence du moyen mouvement de Jupiter sur la répartition des petites planètes dans le ciel? Le Verrier eut la gloire de donner le coup de grâce à la théorie d’Olbers et de Laplace, qui présentaient les petites planètes comme des débris d’une ancienne planète ruinée par une explosion; il écrivit, dans le 57e volume des Comptes rendus, les lignes suivantes :
- « Loin d’expliquer l’existence des petites planètes par une altération du système primitif de l’univers, on est plutôt porté à croire qu’elles ont été formées comme les grosses planètes et en vertu des mêmes lois. Si ces vues sont justes, on doit s’attendre à la découverte d’un nombre prodigieux de petites planètes, à mesure que le zèle des observateurs donnera aux recherches plus d’extension et qu’ils pourront y employer des instruments plus puissants. Loin que la multiplicité des découvertes qui seront faites en cette matière doive diminuer l’intérêt qui s’y attache, elle est, au contraire, de nature à en rehausser l’importance, car on peut espérer que la connaissance d’un grand nombre de petites planètes finira par faire découvrir une loi dans leur distribution, et que l’on pourra déterminer la configuration de leurs groupes. »
- Ces paroles ont été prononcées à une époque où l’on ne connaissait encore que vingt-six petites planètes. Mais Le Verrier voyait en outre dans la découverte des petites planètes un moyen d’arriver à des observations irréprochables. En effet, à la distance où on les place dans le champ d’une lunette, les très petites planètes ne paraissent que comme des atomes lumineux. Ce ne sont pour ainsi dire que des points géométriques dont la situation dans le
- ciel peut être déterminée avec une précision idéale. D’autre part, la masse de ces petits corps célestes étant rigoureusement négligeable auprès de celle des principaux membres du système, on n’a pas besoin d’en tenir compte, les'équations de la mécanique céleste se trouvent modifiées.
- La découverte des petites planètes Agathe, Anahita, Augusta, Lueretia, Sita et Médusa, ont successivement donné, depuis quelques années, raison à la clairvoyance du célèbre astronome.
- A cause de la grande inclinaison des orbites, Le Verrier pensait que la ressemblance de leur orbite avec celle des comètes devait aller plus loin encore. Il croyait qu’il existait de petites planètes dont l’excentricité devait égaler celle des comètes périodiques. Il ne voyait donc aucune impossibilité à ce que quelques astéroïdes pénétrassent très avant dans la zone qui nous sépare de Mars.
- Pour ce grand astronome, les petites planètes renfermaient le secret de la base de l’astronomie positive, la distance du soleil, la ligne dont la connaissance exacte, positive, indiscutable, est le plus impérieux besoin de la science définitive.
- Non seulement il voulait que l’on étudiât les petites planètes individuellement, et même qu’on observât leurs perturbations mutuelles, mais il avait eu l’idée de les étudier en bloc, de peser d’un seul coup, par un calcul d’ensemble, le poids de tous les corps dont on ignorait le nombre. L’étude du mouvement du périhélie de Mars lui avait permis d’affirmer cpie toute cette matière qui est répartie depuis la distance 2,2 jusqu’à la distance 4,4 dans une zone dont la largeur connue atteint actuellement 500 millions de kilomètres, ne dépasse pas le quart de la masse de la planète que nous habitons. C’est un quart de terre qu’il voulait inscrire au nom des astéroïdes dans le compte des matières célestes, qu’il avait ouvert au grand livre delà science universelle.
- De tels efforts sembleraient chimériques s’ils n’étaient dus à l’homme dont les équations victorieuses avaient deviné la place de la planète Neptune.
- Comme on le voit par ce qui précède, on peut dire sans exagération que les succès de M. Charlois ont été préparés par le plus grand astronome du siècle, et que personne plus que lui n’en aurait apprécié la valeur. Les deux cents petites planètes découvertes depuis l’année 1877, époque de sa mort, n’auraient fait que d’augmenter à ses yeux l’importance des belles observations de notre infatigable compatriote.
- W. de Fonvielle.
- RAZ DE MARÉE A BIARRITZ
- Un raz de marée très intense s’est produit, le samedi 10 octobre, sur la plage de Biarritz.
- La mer, à vrai dire, était exceptionnellement belle et atteignait son maximum de force, soit le n° 9. Avec une violence inouïe, les vagues soulevées par le vent se jetaient contre les rochers. Néanmoins, la marée n’était pas encore très haute, rien ne semblait indiquer qu’il y eût quelque
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- apparence de danger à rester sur place, où beaucoup de personnes s’étaient assises à leur habitude.
- Vers cinq heures un quart, subitement, un raz de marée se produisit. Une gigantesque lame, se formant à une quinzaine de mètres de la digue, bondit avec une vitesse vertigineuse sur toute la partie du rivage restée à sec jusque-là. Des dames, tranquillement assises sur leurs chaises, des promeneurs qui circulaient au bord des flots, des bébés qui jouaient sur le sable, furent surpris par cette effroyable avalanche liquide.
- Il y eut alors, sur la jetée, un moment d’inexprimable angoisse. Plusieurs personnes avaient été projetées assez durement contre le mur de la jetée où elles avaient encore de l’eau jusqu’à la ceinture. Des enfants avaient été séparés de leurs parents ; deux d’entre eux, malades, que l’on avait étendus au soleil sur un matelas, furent aperçus s’en allant à la dérive. On ne voyait de toutes parts que gens se débattre contre le ressac qui les entraînait, en dépit de leur résistance. C’était une débâcle sans nom de chapeaux, de vêtements, d’ombrelles, de tentes, de chaises, qu’on voyait flottant à la surface, emportés au large.
- Malgré le désarroi, les guides-baigneurs gardèrent leur sang-froid. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ils étaient tous à l’eau, repêchant les personnes les plus exposées, surtout les enfants et les femmes, qui poussaient des cris de détresse. La plupart des témoins de cette scène n’hésitèrent pas davantage : ils se jetèrent à la mer et concoururent si activement aux sauvetages qu’en quelques instants tout le monde fut hors de danger.
- Des secours avaient été immédiatement organisés à l’établissement, où l’on amena, ruisselantes d’eau, les personnes victimes de cet accident désagréable. Des costumes de bains leur permirent d’attendre qu’on eût fait sécher leurs vêtements ou qu’elles eussent pu s’en procurer d’autres. Si bien qu’il n’v a eu à signaler aucune suite fâcheuse de ce bain forcé.
- TRANSFORMATEURS A COURANT CONTINU
- Si l'emploi des transformateurs à courants alternatifs est devenu très fréquent depuis quelques années, il n’en est pas de même des transformateurs à courant continu, et c’est à peine si nous pourrions en signaler une douzaine d’applications. Ce sont, en général, des appareils de grande puissance, établis pour la plupart dans les usines centrales de distribution, et auxquels les consommateurs ne touchent jamais.
- Dans un but plus modeste, mais non moins utile, M. Aus-tin vient de combiner un petit transformateur à courant continu, ou dynamoleur.
- Un dynamoteur n’est pas autre chose qu’une dynamo à double enroulement induit et à double collecteur. L’un des enroulements est à fil fin ; il produit un faible courant et une grande force électromotrice, le second enroulement est à gros fil, et produit, au contraire, un courant intense et une faible force électromotrice. En envoyant un courant convenable dans l’un des enroulements, le dynamoteur se inet en marche et permet de recueillir, sur l’autre circuit, une puissance électrique sensiblement égale à celle qu’il absorbe, mais sous une forme différente. Pour citer un exemple concret, M. Austin construit un type de dynamoteur de 100 watts dont l’un des enroulements est disposé pour produire ou absorber 100 volts et 1 ampère et le second enroulement peut produire ou absorber 2 volts et 50 ampères. Si nous relions l’enroulement à gros fil à un accumulateur ou à une pile au bichromate de grandes
- dimensions, capable de débiter 50 ampères, nous obtiendrons, grâce au dynamoteur, et avec un seul élément de pile ou d’accumulateur, une puissance électrique capable d’alimenter une lampe de 100 volts et 1 ampère. Sans le dynamoteur, nous aurions dû monter au moins 50 éléments en tension pour répéter l’expérience. Employé sous cette forme, le dynamoteur est un précieux transformateur pour l’enseignement, car il permettra de répéter un grand nombre d’expériences intéressantes avec un matériel des plus restreints.
- Si, au contraire, nous relions le fil fin à une distribution d’énergie électrique à 100 volts, le dynamoteur nous donnera dans son second circuit un courant de 50 ampères, ou moins, et de 2 volts seulement, ce qui nous permettra d’y atteler directement des cuves galvanoplastiques ou des cuves de dépôts électrochimiques, sans aucun gaspillage d’énergie, dans des résistances destinées à absorber l’excès de potentiel fourni par la canalisation à 100 volts, et, par suite, dans les meilleures conditions derendementpossibles. Urâce au dynamoteur, ou transformateur à courant continu, un galvanoplaste peut alimenter des bains de cuivrage par le courant fourni de distribution d’une usine centrale dans des conditions incomparablement plus économiques qu’avec les piles zinc-charbon-cau acidulée sulfurique ordinairement employées. Il nous a paru utile de signaley ces deux applications encore peu connues des transformateurs à courant continu, applications appelées à recevoir un certain développement pour les besoins spéciaux que nous venons de mentionner et pour d’autres besoins analogues qui surgiraient dans l’avenir. E. II.
- LES PROGRÈS DE L’APICULTURE
- Le journal l'Auxiliaire de Vapiculture nous apprend que la plus grande ruche naturelle du monde est celle du Kentucky, connue sous le nom de Mammoth Bechive.
- C’est en réalité une caverne dont le plus large compartiment a 150 pieds de hauteur et qui a 10 acres d’étendue. Elle est en roc très dur et tout le haut a été garni de miel par les abeilles. M. Bertrand, un fameux éleveur français, a des ruches contenant 26 rangs, le double des ruches d’Angleterre. Le plus grand apiculteur du monde est M. Ilarbison, de Californie, qui possède 6000 ruches fournissant 200000 livres de miel par an. En Grèce, il y a 50 000 ruches, produisant 5 000 000 de livres de miel; en Danemark, 90 000, produisant 2 000 000 ; en Russie, 110 000 ruches arrivant à la même production.; en Bel gique, 200 000 ruches, produisant 5 000 000 de livres ; en Hollande, 240 000 produisant 6 000 000 ; en France, 950 000, produisant 25 000 000 ; en Allemagne, 1 450 000, et en Autriche, 1 550 000, chaque pays récoltant 40 000 000 de livres. Dans les Etats-Unis, il y a 2 800 000 ruches, appartenant à 70 000 apiculteurs et produisant 62 000 000 de livres de miel par an. Il a été calculé qu’une abeille doit sucer 218 750 fleurs pour chaque once de miel recueilli.
- L’apiculture accomplit les progrès les plus remarquables en France. C’est tout un élément de la richesse nationale qui se développe grâce à cette impulsion. Les abeilles font des merveilles sous la direction de nos apiculteurs. On sait qu’on arrive, à l’aide de minces bandes de cire gaufrée, à diriger le travail des ruches. Dans une des ruches récemment exposées à l’orangerie des Tuileries, elles ont disposé leurs gâteaux de miel de manière à former les lettres suivantes : Hommage à M. Carnot.
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- LA NATURE.
- AVERTISSEUR ÉLECTRIQUE
- d’insuffisance de tirage
- MM. Richard-Paraire ont récemment présenté à l’Académie des sciences et à la Société cVencouragement un avertisseur électrique permettant de reconnaître, dans un courant gazeux, de très faibles variations de pression correspondant à quelques centièmes de millimètre d’eau.
- Cet appareil, d’une grande simplicité et d’un fonctionnement certain, est susceptible de plusieurs applications industrielles. Le modèle que nous représentons ci-contre a été construit en vue d’être adapté aux poêles mobiles et permet de constater les refoulements qui peuvent accidentellement s’y produire.
- L’avertisseur de MM. Richard-Paraire se compose essentiellement d’une boîte métallique mise en communication, au moyen d’un tube, avec l’appareil de chauffage (fig. 1 ). Un clapet en métal léger c (fig. 2) mobile, autour d’un axe horizontal a, est placé en regard du tube t ; mais il est équilibré de telle façon qu’au régime, ou lorsque la dépression est inférieure à la limite que l’on s’est fixée, il en demeure écarté. Dans cette position, le clapet ferme en i un circuit électrique dans lequel se trouve placé un organe avertisseur, une sonnerie, par exemple.
- Une boîte à ouate b empêche les poussières d’entrer dans le mécanisme.
- Le fonctionnement de l’appareil se comprend aisément : lorsqu’une dépression se produit, le clapet c attiré contre le tube vient en fermer l’orifice; ce mouvement ouvre le circuit et interrompt le courant électrique.
- On a réuni sur cet appareil deux organes indicateurs une sonnerie et un voyant qu’on peut alternativement, et suivant les besoins, intercaler dans le circuit au moyen d’un commutateur.
- Dans certains cas, en effet, la sonnerie ne suffit pas. Ainsi, lorsqu’on n’est pas à même d’entendre les appels qu’elle pourrait donner, il serait à craindre que les piles ne s’usent inutilement. Le voyant au contraire, par la chute définitive d’une plaquette qui coupe le circuit au premier arrêt de tirage, in-
- diquera, jusqu’à intervention de la personne chargée de surveiller le poêle, que celui-ci a été à un certain moment dans de mauvaises conditions de fonctionnement.
- En faisant varier la position de l’ensemble par rapport à la verticale, on fait varier la position du disque par rapport au tube ; la sensibilité se modifie en plus ou en moins et, au delà d’un certain point, on a un avertisseur d’augmentation de pression.
- Ces dispositifs sont susceptibles d’applications industrielles, et, en particulier, ils peuvent être mis en relation avec les conduits de fumée ou de ventilation pour indiquer les refoulements qui s’y produisent quelquefois; ils présentent aussi un réel
- intérêt pour les poêles à combustion lente. Nous ne parlons pas de ceux dont le conduit de fumée est tellement petit qu’ils brûlent pour ainsi dire sous pression, mais bien de ceux dont le tuyau est d'un diamètre assez large pour assurer, en marche normale, un vide dans le foyer. Lorsqu’il s’agit de ces derniers, il est souvent utile de compléter l’avertisseur par un interrupteur automatique évitant que les courants d’une durée trop faible passent par la sonnerie. Sans cette précaution, en raison même de l’extrême sensibilité de l’appareil, l’ouverture ou la fermeture des portes ou fenêtres pourrait amener de courts arrêts de tirage qui feraient tinter la sonnerie sans qu’il y ait aucun danger. Pour obtenir ce résultat, MM. Richard-Paraire intercalent dans le circuit, convenablement divisé, un électro-aimant qui attire un barreau de fer doux actionnant un moulinet d’horlogerie dont le total des révolutions ne dépasse pas la durée minima que l’on s’est fixée. Arrivé à fond de course, ce barreau ferme le circuit de la sonnerie; un ressort ramène ensuite l’ensemble du mécanisme dans sa position primitive.
- La figure 1 ci-dessus représente l’avertisseur adapté à un poêle mobile. En avant le l’avertisseur on voit une manette au-dessus de laquelle est l’étiquette timbre arrêt disque . Ce petit appareil nous paraît ingénieux et capable de rendre des services au moment où nous allons entrer en novembre, époque classique de l’allumage des poêles. G. T
- Fig. 1 et 2. — Avertisseur d'iusufiisaticc de tirage de MM. Richard-Paraire. — Fig. 1. Vue d’ensemble de l’appareil adapté à un poêle mobile. — Fig. 2. Détail du mécanisme représenté à une plus grande échelle.
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- LA NATURE.
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- LE LAMINAGE DES MÉTAUX
- a l’état fluide
- Les procédés de la métallurgie se transforment avec une surprenante rapidité, et, si la nature un peu spéciale de la question nous interdit de les signaler tous à nos lecteurs, du moins avons-nous le devoir de mentionner les plus importants d’entre eux, ceux qui ont apporté ou semblent devoir apporter, dans un temps plus ou moins éloigné, une véritable révolution dans la production des métaux, leur purification, leur façonnage, ou la fabrication des objets employés dans l’industrie sur une grande échelle.
- C’est ainsi qu’après avoir parlé de la fabrication des tubes sans soudure par le procédé Mannesmann, nous devons aujourd’hui résumer une communication des plus intéressantes faite par sir Henry Bes-semer sur le laminage des métaux à l’état fluide, devant Ylron and Steel Institute.
- Pour faire comprendre l’importance de la révolution industrielle qu’amènerait le procédé préconisé par sir Henry Bessemer, nous lui emprunterons d’abord une comparaison frappante, celle de la fabrication du papier. Aujourd’hui la fabrication mécanique du papier, sous forme de rouleau continu d’une longueur indéfinie, a remplacé presque complètement, sauf pour quelques papiers de luxe, la
- Procédé de M. Bessemer pour le laminage des métaux à l’état fluide.
- 1. Vue d’ensemble. — 2. Caisse de coulée.©— 3. Détail des ajutages de coulée.
- fabrication dite à la forme. On y a gagné en rapidité, en économie de main-d’œuvre, en qualité et en homogénéité de fabrication, dans des proportions telles, que l’invention de Fourdrinier a révolutionné l’industrie du papier, et développé ses applications dans des proportions inespérées.
- Ne pourrait-on pas fabriquer de même la feuille de fer ou d’acier d’une façon continue, d’une manière analogue, en partant du métal fluide ou semi-fluide? Telle est la question que se posait sir Henry Bessemer, et qu’il résolvait dès 1846 pour la fabrication des feuilles d’étain et de plomb, et du verre en feuilles.
- En 1856, après être parvenu à produire le fer malléable a l’état liquide, par des procédés bien connus et qui ont rendu son nom célèbre, sir Henry
- Bessemer pensa à appliquer ce procédé à la fabrication des feuilles de tôle, et même à des barres minces de longueur indéfinie. Des premières tentatives couronnées de succès furent faites à cette époque, et Ylron and Steel Institute conserve encore comme relique un morceau de tôle produite par M. Bessemer dans ses expériences. Mais, à cette époque, les procédés métallurgiques Bessemer étaient généralement considérés dans le monde des affaires commeun complet insuccès ; il n’est donc pas étonnant qu’on n’ait attaché qu’une médiocre attention au procédé proposé par le même inventeur pour la fabrication continue des feuilles de tôle.
- Après trente-cinq ans, sir Henry Bessemer remet a jour cet ancien procédé, avec de nouveaux perfectionnements, dans l’espoir que cette fois, eu égard
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- aux connaissances acquises dans la fabrication de l’acier doux, un procédé permettant la fabrication continue des tôles en partant du métal liquide, saura attirer l’attention des industriels qui font leur spécialité de cette industrie.
- Voici, en laissant de côté la description des premiers appareils, ainsi que l’analyse de leurs inconvénients, inconvénients auxquels il a été remédié, la dernière forme sous laquelle se présente, en principe, le procédé de fabrication continue des tôles d’acier. Deux rouleaux de laminoir creux L et M (fîg. 1) sont montés sur des axes en acier creux qui permettent d’y faire une abondante injection d’eau et de les maintenir froids pendant le travail. Les paliers qui supportent l’un des rouleaux sont fixes, tandis que les paliers du second sont maintenus à distance par la pression d’un petit bélier hydraulique (non représenté sur notre gravure), de façon à pouvoir s’écarter légèrement dans le cas d’un afflux excessif accidentel de matière fluide ou semi-fluide entre les deux cylindres des laminoirs.
- Ces cylindres, de 90 à 120 centimètres de diamètre, portent un rebord qui maintient le métal liquide. Ce métal arrive sur le laminoir à l’aide d’une caisse prismatique allongée dont le fond est percé d’une vingtaine de trous d’environ 6 millimètres de diamètre. Une poche roulante R sert à amener le métal fondu dans la boîte en tôle garnie d’argile qui le déverse sur les rouleaux.
- ' On règle l’ouverture de la poche pour que la boîte reste toujours remplie au meme niveau, et que l’écoulement soit ainsi bien régulier.
- La feuille de métal sortant de la première paire de cylindres est reçue sur les guides courbes S, où elle est périodiquement et automatiquement coupée par des cisailles U. Les feuilles de tôle passent ensuite entre les deux paires de cylindres V et W, puis sont dirigées sur une table où elles s’emmagasinent, ou dans une citerne remplie d’eau où elles se refroidissent.
- Les dimensions des feuilles de tôle ainsi obtenues dépendent beaucoup des dimensions des laminoirs. Avec des cylindres de 10 à 12 pieds de diamètre, on pourrait certainement fabriquer des tôles de 18 millimètres d’épaisseur, et même davantage.
- En produisant des tôles dont l’épaisseur initiale ne dépasse pas 2mm,5, il semblerait que ce laminage initial et les deux passes ultérieures ne soient pas suffisantes pour donner au métal une douceur et une cohésion convenables, équivalentes à celles obtenues par les nombreux laminages des procédés actuels. Mais un examen plus attentif permet de comprendre qu’il n’en est rien, eu égard aux conditions si différentes dans lesquelles sont produites les tôles par l’un et l’autre procédé.
- L’acier doux fondu est une substance cristalline et suit inévitablement les lois de toutes les substances cristallines, en ce sens que les dimensions des cristaux formés dépendent du volume de la masse en cristallisation, et du temps accordé «à leur
- formation. Plus la masse est volumineuse et le temps long, plus les cristaux obtenus sont gros ; leurs plans de clivage sont également mieux définis, ils sont mieux séparés les uns des autres, et présentent, en résumé, moins de cohésion. Un lingot fondu ayant un pied carré, reposant tranquillement sur un lour à réchauffer, peut se refroidir en deux ou trois heures et développer une structure cristalline bien nette ; mais si, au lieu de cela, nous employons une feuille cent fois moins épaisse, et que nous laminions cette feuille sur des rouleaux de 4 pieds de diamètre (lm,2) faisant quatre tours par minute, la transition entre l’état de fluidité parfaite et celui de solidité absolue durera juste une demi-seconde, dans une masse dont l’épaisseur ne dépassera pas 2mm,5. S’il se forme des cristaux pendant ce court espace de temps, ils devront être microscopiques et ne posséderont que dans une bien faible mesure les propriétés des masses d’acier soumises à une cristallisation lente. Il semble donc certain, ou du moins très probable, que le métal soumis par son traitement métallurgique à des changements rapides d’état développera, au maximum, les qualités de résistance mécanique, de cohésion et de douceur dont il est susceptible.
- En amenant ainsi directement l’acier fondu sous le laminoir, on économisera l’usure des moules de coulée, les frais de démoulage et de réinstallation de ces moules après chaque opération, les fours de réchauffage et les frais de combustible qu’ils entraînent, ainsi que les déchets résultant des bouts perdus des lingots. Les feuilles d’acier laminé ainsi obtenues n’auront pas le temps de s’écailler ni de s’oxyder bien profondément dans la minute qui séparera leur sortie du laminoir de leur immersion dans l’eau, tous avantages et simplifications de procédés de fabrication qui se traduiront, en résumé, par de sérieuses économies de combustible et de main-d’œuvre.
- En ce qui concerne la rapidité de production, considérons un train de laminoirs composé de deux cylindres de lm,2 de diamètre faisant 4 tours par minute produisant une feuille d’une épaisseur initiale de un dixième de pouce (2,um,5) réduite à la moitié de son épaisseur après son troisième laminage. Dans ces conditions, la production atteindrait le chiffre de une tonne en sept minutes et demie, ou huit tonnes par heure.
- On peut se demander, dit en terminant M. Besse-mer, quel sera en pratique le mode de fabrication de la tôle d’acier le plus économique. Vaudra-t-il mieux la produire en partant de massifs lingots obtenus par coulée, ou la fabriquer directement en partant du métal liquide provenant des convertisseurs ?
- La question ainsi posée par le savant et célèbre métallurgiste anglais ne comporte qu’une réponse, et nous avons la conviction qu’avant peu, la fabrication de la tôle d’acier ne comptera pas d’autre procédé industriel que celui sur lequel nous venons
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- d’appeler l’attention de nos lecteurs, après lecture de la si attachante communication faite par sir Henry Ressemer au meeting d’automne de Ylron and Steel lnstitute. X..., ingénieur.
- LE NOUVEAU YACHT
- DE M. LE PRINCE DE MONACO
- La Princesse Alice, le nouveau yacht que le prince Albert de Monaco a fait construire tout spécialement pour les nécessités de ses voyages scientifiques d’exploration, est un superbe bateau d’environ 600 tonneaux dont les plans dressés sur ses indications par M. H. T. Clarke, architecte naval, ont été exécutés dans les chantiers de MM. R. et H. Green, de Rlackwall-Yard, près de Londres.
- De 52m,60 de longueur totale, le yacht mesure 51n*,07 à la flottaison; sa largeur au grand bau est de 8IU,20; son creux sur quille au centre est de 5m,10 et son tirant d’eau moyen de 5m,75. Il est gréé en trois-màts goélette à voiles carrées, et, en dehors de sa voilure qui est considérable, — elle atteint 1200 mètres carrés et doit fournir une marche rapide sous l’action des moindres brises, — il possède encore une machine auxiliaire à triple expansion, de 550 chevaux de puissance, suffisante pour imprimer au navire une marche de neuf nœuds à l’heure.
- Le batiment est entièrement bordé en bois de teak sur membrure en acier, ce qui lui assure une solidité parfaite ; de plus, en prévision du poids des treuils, des câbles et des fils d’acier destinés au maniement des engins de pêche et de sonde, le pont a été renforcé de plaques métalliques. Enfin, en cas d’accident, cinq cloisons étanches garantissent au navire une résistance considérable.
- En raison de sa destination essentiellement scientifique, les dispositions intérieures du yacht sont absolument différentes de toutes celles réalisées à l’ordinaire; ici, en effet, la plus grande et la meilleure place est réservée aux installations scientifiques.
- A bord de la Princesse Alice, on compte trois laboratoires auxquels il convient encore d’ajouter une grande chambre frigorifique installée au centre Me la cale et qui est destinée à la conservation des pièces anatomiques ou des animaux vivants. Cette chambre froide correspond, au moyen d’un petit ascenseur monte-charge, avec les deux laboratoires principaux situés à peu près au milieu du bateau et qui lui sont partiellement superposés.
- Le premier de ces deux laboratoires, qui a reçu le nom de laboratoire central, prend jour sur le côté de bâbord au moyen de quatre grands hublots. C’est une pièce rectangulaire large de 4m,90, longue de 5m,70 et ayant 2m,35 de hauteur maximum. Son entrée est sur la paroi arrière qui fait face à la porte de la cloison étanche avant de la machine. L’installation de cette pièce est une merveille d’ingéniosité; aucun espace n’a été perdu et les
- moindres recoins ont été habilement utilisés*
- Sous les hublots, d’une extrémité à l’autre de la paroi, court, à une hauteur de 80 centimètres, une table transformée près de la porte en évier, toilette et séchoir. De cette table, et perpendiculairement à elle, un peu au delà de l’évier, s’en détache une seconde dégagée de trois côtés et qui est presque entièrement à roulis, la partie faisant face au jour restant fixe, cependant. Un peu plus loin, s’avance encore dans la pièce une autre table analogue, de même dimension, mais ne portant de surface 'à roulis que vers son extrémité libre, si bien que l’on peut s’appuyer sur trois côtés du cadre solide rectangulaire entourant la partie mobile.
- Entre ces deux tables spéciales, repose, sur la longue table de la paroi, un coffre métallique destiné à conserver des objets volumineux dans la vapeur d’alcool, et, immédiatement au-dessous, se trouve installée une grande armoire, métallique également, et s’ouvrant seulement à la partie antérieure, dans laquelle sont déposés quatre réservoirs, toujours en métal, et contenant la provision courante d’alcool à 70 degrés et à 90 degrés nécessaire aux besoins des préparations diverses.
- Le second laboratoire, dit laboratoire du roof, est installé sur le pont, à l’extrémité arrière du roof, et surmonte dans une grande partie le laboratoire central. C’est une grande pièce longue de 5m,ll, large deo,u,15, haute de 2 mètres au milieu, qu’éclairent et aèrent merveilleusement seize fenêtres. Ce laboratoire communique avec le pont au moyen de deux portes entre lesquelles ont été installés un établi, .la cage de l’ascenseur et une grande armoire.
- Sous les fenêtres, tout près de chacune des portes, se trouve une très grande table, moitié fixe, moitié à roulis, dont la disposition toute nouvelle et particulièrement ingénieuse est due entièrement à l’invention de M. le baron Jules de Guerne.
- Dans ces tables, le cadre central mobile au lieu d’être composé d’une simple tablette en bois plein forme lui-même un cadre muni d’une large, feuillure permettant de fixer à volonté des fonds de diverses natures, colorés au gré de chacun, des cuvettes si l’on veut, des tamis, des glaces, etc., ce qui permet d’employer des éclairages du dessous infiniment commodes, comme l’on sait, pour la recherche et l’isolement des animaux recueillis dans les pêches pélagiques.
- L’horizontalité constante de la partie mobile de ces tables est assurée au moyen de lourds contrepoids maintenus par des tiges de fer en Y partant des bords mêmes de la partie mobile. C’est du reste, ce même système qui est employé pour toutes les tables à roulis des divers laboratoires.
- Enfin, le long de la paroi arrière, sont disposés un évier et un grand réservoir d’eau douce pour les cabines inférieures.
- Le troisième et dernier laboratoire, qui est installé à l’arrière du bateau, est spécialement réservé aux besoins de l’océanographie et de la photographie.
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- Son plancher a la forme d’un trapèze dont les côtés parallèles mesurent respectivement 5 mètres et lm,15; il a pour hauteur 2m,10 et4m,50 de longueur. En raison des formes fuyantes du navire en cette région, il est beaucoup plus large au plafond qu’à la base. Ce laboratoire prend jour sur le côté de tribord par trois hublots au-dessous desquels circule d’un bout à l’autre une table de largeur variable selon la concavité de la paroi. En face de la porte, près du côté le plus court du trapèze, cette table est remplacée par un évier disposé pour les besoins spéciaux de la photographie.
- Dans ce laboratoire, comme du reste dans toutes les autres parties du bâtiment, l’on peut obtenir l’obscurité complète au moyen d’ob-turateurs métalliques garnis de caoutchouc et qui s’appliquent sur les hublots. De plus, en raison des besoins particuliers de la photographie, le hublot voisin de l’évier est muni d’un verre rouge.
- Telle est l’installation véritablement remarquable et assurément unique aujourd’hui des laboratoires aménagés sur la Princesse Alice.
- Le matériel scientifique, machines et appareils, n’est pas moins perfectionné ni moins intéressant. En dehors, en effet, des instruments de pêche, il comprend des machines nouvelle’^, spécialement construites par MM. Leblanc et Eudes, constructeurs à Paris. Ceux-ci, du reste, n’en sont point à leurs débuts en pareille matière; ce sont eux, en effet, qui fournirent jadis au Talisman et à l'Hirondelle, le précédent yacht du prince Albert, la majeure partie des appareils utilisés au cours de leurs croisières scientifiques.
- En tète de ces machines, il faut d’abord noter un
- trçuil à vapeur à double poulie, installé à l’avant du bateau, devant le mât de misaine, et qui est destiné à relever les dragues, les chaluts et les divers appareils manœuvrés à des profondeurs diverses au moyen des cables d’acier d’une solidité extrême et fabriqués en France aux forges de Commentry.
- Dans ce treuil, qui tourne toujours dans un seul sens, les poulies sont folles à la descente et l’embrayage n’en a lieu qu’à la montée au moyen d’un dispositif fort simple. Les poids relevés par cette machine sont considérables et atteignent parfois six tonnes ; la montée s’effectue avec une vitesse maximum de 1 mètre par seconde ; elle peut exiger une force motrice atteignant quatre-vingt-dix chevaux.
- Au sortir du treuil, les câbles d’acier vont s’enrouler sur une bobine particulière portant quatre tambours pouvant fonctionner ensemble ou séparément. Cette bobine à laquelle est adjointe un appareil nouveau, dit guide automatique du câble et dont l’objet est d’exercer l’enroulement régulier du fin câble d’acier sur les tambours, est installée dans la cale avant du yacht, en arrière du poste de l’équipage.
- La manœuvre du treuil, ainsi du reste que celle des divers services accessoires, — machine à glace, dynamos, machine à sonder, etc., — est assurée par une petite chaudière particulière qui peut du reste, à l’occasion, être employée à actionner l’hélice et qui imprime alors au bateau une vitesse très faible de un à deux nœuds à l’heure.
- Passons maintenant aux appareils d’étude.
- En tôle de c,eux-ci, il convient tout particulièrement de citer la nouvelle machine à sonder (fig. 2) construite tout spécialement pour la Princesse Alice
- Fig. 1. — Grande nasse triangulaire en filet fin destinée aux grands fonds océaniques. — 1 et 2. Détails du filet.
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- Fig. 2.
- — Machine à sonder de la Princesse Alice, nouveau yacht d’exploration océanique de M. le prince de Monaco.
- par MM. Leblanc et Eudes, sur les indications précises du prince Albert.
- Voici, emprunte' au beau livre que vient de publier, à la librairie Masson, M. le Dr Paul Regnard, sous ce titre :
- Recherches expérimentales sur les conditions physiques de la vie dans les eaux, une excellente description de cet intéressant appareil qui comporte les derniers perfectionnements connus aujourd’hui.
- « Le fil d’acier — le fil supportant le poids de sonde — est enroulé sur un grand tambour, qui peut être mis en mouvement par un moteur à vapeur. Le câble passe de là sur une première poulie en rapport avec un fort ressort à boudin. Cette poulie, par une tige articulée, est en rapport avec le frein du tambour qu’elle peut serrer sur la gorge. Quand le déroulement cesse, le ressort, n’étant
- Fig. 3. — Appareil avertisseur des tensions. — A. Détail de l’accumulateur. — B. Emboîtement des ressorts de l’accumulateur. — C. Vue d’ensemble de l’avertisseur avec sa sonnerie.
- plus comprimé, agit sur la poulie qui serre d’un
- coup le frein et il arrête le système. Or, le déroulement cesse quand le poids touche le fond : l’appareil est donc automatique, il s’arrête de lui-même quand le sondage est achevé.
- « Ce seul système suffirait à compenser le roulis du navire, comme dans le sondeur Thibau-dier. Pour plus de sûreté, le câble, avant de gagner la mer, passe sur une poulie spéciale qui l’envoie sur une moufle attachée à un fort ressort à boudin qui supplée le chariot de la machine Thi-baudier. Ce ressort se tend et se détend en suivant le roulis. Il se détend aussi d’un seul coup au moment où le plomb touche le fond. Il'va sans dire qu’un compteur indique à chaque instant la longueur du câble qu’on a filé. »
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- Le poids de sonde de cette machine peut atteindre jusqu’à 100 kilogrammes. Le fil d’acier qui le supporte présente une section de 1 millimètre carré ; il provient des forges de Gommentry.
- A côté de cette importante machine, la Princesse Alice emporte plusieurs petits appareils dits sondeurs Belloc, pour les sondages par faibles profondeurs effectués à bord des embarcations, et une série de sondeurs bien connus des hydrographes, parmi lesquels il faut citer le sondeur à clef de l'Hirondelle et le sondeur Belknap-Sigsbée, dont les inventeurs sont deux officiers de la marine américaine.
- Comme instruments de pêche, le yacht possède des filets, des dragues, des nasses, des chaluts des modèles les plus variés et, parmi lesquels le filet à rideau du prince de Monaco déjà employé sur YHi-rondelle pour les pêches pélagiques à des profondeurs déterminées, le filet à hélice de M. Petersen modifié au cours de la campagne de 1887 de Y Hirondelle, le filet imaginé par M. de Guerne et celui de M. Dumaize fonctionnant par la chute successive de deux poids, les superbes nasses cylindriques et triangulaires (fig. 1) pour les pêches de grands fonds et qui ont été construites sur les indications directes du prince, et enfin les nasses éclairées de M. le Dr P. Regnard.
- A ces appareils, il faut aussi adjoindre Yappareil avertisseur des tensions (fig. 5) destiné à indiquer à tout instant la valeur des tractions exercées sur les cables des filets immergés et qui n’est autre chose que le dynamomètre à ressort de YHirondelle.
- Enfin, comme instruments nouveaux, il faut encore noter un appareil enregistreur pour l’étude des courants, imaginé par le commandant Pilsbry du Coasl Survey de la marine des États-Unis, et une bouteille à eau particulièrement simple et ingénieuse construite par MM. Leblanc et Eudes d’après les instructions du prince. Cette bouteille, qui se présente sous la forme d’un fort obus allongé, est traversée de part en part par une tige d’acier munie de deux rendements qui peuvent venir s’appliquer contre deux cuirs emboutis et boucher ainsi hermétiquement les deux goulots de cette bouteille.
- A la descente, sous la pression de l’eau, la tige est soulevée et maintenue écartée de l’embouti, si bien que la bouteille est traversée par un courant liquide. Aussitôt, par exemple, que la descente s’arrête, la tige de fer retombe en venant s’appliquer fortement contre le cuir embouti et enferme solidement une certaine quantité d’eau puisée de la sorte à la profondeur où a été immergé le système.
- On le voit, par ces détails circonstanciés que nous venons de donner, la Princesse Alice est équipée d’une façon aussi complète que possible.
- Aussi, n’est-il point douteux que sa croisière prochaine qui aura pour champ d’action l’Atlantique, dans les parages voisins des Açores, notamment, sera des plus fécondes en découvertes de toutes sortes. U. "Vrroux.
- —*<>«—
- DÉCOUVERTE D’ABRIS SOUS ROCHE
- PRÈS PONTGIBAUD (PUY-DE-DÔME)
- Sur la rive gauche de la rivière de Sioule, à 7 kilomètres environ de Pontgibaud, se trouvent les mines argentifères de Pranal. Le bord de la rivière est taillé presque à pic sur une grande longueur et sur une hauteur de 20 mètres à peu près. C’est le long de ce talus que se trouve une série d’excavations creusées en plein basalte, au nombre de neuf. L’ouverture de ces excavations est située à l’est ; leur profondeur varie de 5 à 7 mètres, leur largeur de G à 40 mètres et leur hauteur de 4 à 8 mètres. Elles sont situées à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer.
- La seule de ces grottes que M. Brihat ait fouillée, la neuvième, a son sol constitué de la sorte : 1° schiste chloriteux ; 2° lit de cailloux roulés ; 5° débris basaltiques tombés de l’abri, le tout formant environ 10 centimètres d’épaisseur ; enfin une autre couche de débris basaltiques de près de 50 centimètres d’épaisseur recouvre la première et c’est dans celle-ci que les objets suivants ont été trouvés : trois grattoirs de 50, 38 et 55 millimètres de longueur ; deux lames de couteaux (45 millimètres sur 11 millimètres et 60 millimètres sur 18 millimètres); enfin une série de fragments de silex, racloirs et éclats, ces derniers portant tous le cône de percussion. M. Brihat a également ramassé deux dents de cerf polies et percées d’un trou et quelques fragments de bois de cerf ; des mâchoires, des dents, des os brisés en long comme si l’on en avait extrait la moelle, des coquillages et des fragments de poterie se trouvaient mêlés aux autres objets.
- Le docteur Pommerol a cru reconnaître, dans les différentes pièces en os, les restes des animaux suivants : bœuf, cerf, mouton, sanglier, castor, blaireau et des coquillages du genre hélix. M. Gaudrv, du Muséum, a reconnu une mâchoire de panthère, et le docteur Girod attribue quelques os de poisson au saumon (salmo salar).
- Les coquillages ont été retirés de la couche de cendres restant de deux foyers encore visibles.
- L’auteur de cette découverte ne se prononce pas sur l’époque ou la période à laquelle on peut rapporter ces objets, c’est une question qu’il pose aux archéologues.
- Si cet abri n’est pas remanié ou ne renferme pas une superposition d’objets, il serait possible, croyons-nous, de le rapprocher de ceux déjà connus, et par conséquent, par analogie avec les objets découverts, de lui fixer une période chronologique. Albert Maire.
- LES JEUX A L’ÉCOLE1
- JEUX AVEC INSTRUMENTS OU ACCESSOIRES
- Nous laissons de côté certains jeux tels que Colin-Maillard, Cache-tampon, YOurs, notre intention étant d’indiquer surtout ceux qui conviennent plus particulièrement à l’école primaire pour plusieurs motifs, les uns parce' qu’ils occupent un grand nombre d’enfants, les autres parce qu’ils exigent des efforts et de l’exercice, d’autres enfin, parce qu’ils sont à leur place dans une cour d’école, seul lieu où l’on puisse jouer à l’école. Les mêmes raisons nous font écarter, parmi les jeux avec instruments ou accessoires, les billes, le croquet, le volant, les grâces, le diable, le bilboquet, la marelle, etc. Les lecteurs désireux de se renseigner sur ces divers jeux consulteront utilement certains ouvrages spéciaux2.
- 1 Suite et fin. — Voy. n“ 942, du 20 juin 1891, p. 43.
- 2 Jeux des adolescents, par Belèze, chez Hachette.
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- LA NATURE.
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- Nous nous bornerons à parler des quilles, de la balle, de la paume, du ballon.
- Les quilles. — Si les quilles sont surtout un jeu d’adresse, ce jeu n’en exige pas moins beaucoup de mouvement, tant pour ramasser les quilles tombées que pour aller chercher les boules qui ont couru au loin. 11 est d’ailleurs des plus élémentaires, et nous ne nous y attarderons pas. Ün dispose les quilles sur trois rangs parallèles, comprenant chacun trois quilles également distantes. L’ensemble forme un carré. Chaque joueur, placé à la même distance du groupe des quilles, lance successivement deux boules, de manière à renverser le plus grand nombre de quilles, ou celles qui ont le plus de valeur, car on attribue aux quilles des nombres de points différents selon la position qu’elles occupent. Pour gagner la partie, il faut faire un certain nombre de points.
- Si, au lieu d’une boule, le joueur emploie un disque, en le faisant rouler sur la jante, comme une roue légèrement inclinée, c’est alors le jeu de Siam.
- La balle. — Ce jeu se joue de diverses manières, parmi lesquelles nous faisons un choix, pour les motifs que nous avons énoncés plus haut.
- La balle au mur. — Le mur doit être assez élevé ; le mieux est d’en construire un exprès pour le jeu, à moins qu’on n’ait à sa disposition celui de derrière d’une maison, plein, c’est-à-dire sans aucune ouverture jusqu’à cinq mètres de hauteur environ. Il doit être aussi uni que possible, car les aspérités font dévier la balle. A une hauteur de un mètre et demi à peu près, on trace sur le mur une ligne horizontale bien visible. C’est la ligne de visée. On en trace une seconde par terre, parallèlement au mur et à deux ou trois mètres de celui-ci, cela dépend de la vigueur des joueurs. Toute balle lancée contre le mur et qui tombe entre cette ligne et le mur vaut quinze points à l’adversaire; elle est, comme on dit, trop courte; d’ou le nom de ligne des courtes donné à cette ligne. Deux autres lignes, tracées sur le sol, perpendiculairement au mur, et distantes de quatre mètres environ, marquent les limites du jeu à droite et à gauche. La balle lancée contre le mur, ou livrée, et qui tombe en dehors des limites, vaut quinze points à l’adversaire ; cela s’appelle faute.
- La partie se joue habituellement en soixante points. Les limites se prolongent au delà de la ligne des courtes, mais elles ne restent pas parallèles; elles s’écartent en obliquant, l’une à gauche, l’autre à droite.
- Le sort décide quel est celui qui doit livrer le premier. S’il n’y a que deux joueurs, ils se renvoient mutuellement la halle en la lançant contre le mur plus ou moins obliquement, de manière qu’après avoir rebondi, l’adversaire la reçoive, soit à la volée, c’est-à-dire avant qu’elle ait touché terre, soit au premier bond, après qu’elle a touché le sol ; de là le dicton : prendre la bâtie au bond, pour exprimer qu’on profite d’une occasion. L’adversaire lance à son tour la balle, et les choses continuent ainsi. Le jeu admet plus de deux joueurs, mais on comprend que le nombre n’en saurait être très grand. On peut regarder dix comme un maximum. Dans tous les cas, il doit être pair, car il se forme deux camps d’un même nombre de joueurs. Ceux-ci se disposent parallèlement au mur, sensiblement à égale distance les uns des autres. Les choses se. passent comme précédemment, mais chaque joueur prend la balle qui se présente à lui dans de bonnes conditions pour être relancée, c’est-à-dire qui lui est livrée belle, selon l’expression convenue.
- A voir la balle belle est encore un dicton pour indiquer une occasion propice. Se renvoyer la balle en est un
- autre bien connu. Tous ces dictons montrent combien ce jeu a été populaire ; il l’est encore dans le midi de la France. C’est d’ailleurs un excellent jeu qui exerce l’attention, le coup d’œil, l’adresse, l’agilité, la souplesse; comme on peut se servir de l’une ou l’autre main, même des pieds, la respiration, la circulation sont accélérées, les sens et l’esprit sont tenus en éveil, et la dépense de forces n’est pas trop grande.
- La balle cavalière. — Les joueurs sont partagés en deux groupes égaux, et par conséquent doivent être en nombre pair. Les uns jouent le rôle de chevaux, les autres de cavaliers. Ils sont enfermés dans une circonférence qui est la limite du camp. Les chevaux se courbent en avant, arrondissant le dos, pour recevoir sur leur dos leur cavalier. Ils forment une circonférence; tous les cavaliers ont la face en dedans. L’un d’eux, qui a la balle en main de par le sort, la lance trois fois en l’air, en la rattrapant chaque fois, puis la lance à son voisin qui, après l’avoir reçue, fait de même, et la balle passe ainsi de main en main. Tombe-t-elle à terre, aussitôt tous les cavaliers sautent à bas de leur monture et s’enfuient, tandis que les chevaux deviennent libres. Un quelconque de ces derniers s’empare de la balle, et, sans sortir du camp, la lance sur un des cavaliers. S’il l’atteint, tous les cavaliers deviennent chevaux, et réciproquement, et le jeu recommence. Ce mode est loin de valoir le précédent à tous les points de vue.
- La balle aux pots. — On appelle pot un trou de forme hémisphérique, assez grand pour contenir la balle. Neuf pots sont ainsi creusés sur trois lignes parallèles équidistantes, chacune de trois pots, distants les uns des autres de la longueur de l’avant-bras, à peu près. Les neuf trous doivent former un carré. Le nombre des joueurs est de neuf comme celui des pots, chaque joueur ayant le sien désigné, comme de coutume, par le sort. Les pots sont creusés au pied d’un mur ou d’une clôture. Autour du carré de pots, et à la distance de quelques pas, on trace une ligne qui est la limite du camp. Enfin, à quelques pas de la limite, est tracée une ligne droite qu’on nomme le but. Celui à qui est échu le dernier trou se nomme le rouleur, parce qu’il fait rouler la balle comme il va être dit.
- Le jeu commence : les joueurs se placent hors du camp, un pied sur la limite. Le rouleur est au but, la balle à la main. 11 fait rouler la balle vers les pots. Tous les joueurs sont attentifs, pour savoir dans quel pot la balle doit tomber et rester. Car celui dans le pot duquel elle tombe, doit s’en emparer pour la lancer sur un des joueurs, et les autres doivent se hâter de s’enfuir pour ne pas être atteints. Si le premier est assez agile et adroit, il atteint un des joueurs, le cale, et celui-ci devient rouleur. En outre, il est marqué d’un point, ce qu’on indique en plaçant un petit caillou dans son pot. Le caleur n’est pas forcé de lancer la balle dès qu’il la tient en main. Il a le droit d’attendre que les joueurs reviennent sur leurs pas et se rapprochent de lui. S’il tarde trop, ceux-ci le provoquent, le narguent, le défient jusqu’à ce qu’il se décide. S’il manque son coup, c’est-à-dire s’il n’atteint personne, il est marqué d’un point et devient rouleur. Le rouleur qui, après trois tentatives, n’arrive pas à mettre la balle dans un pot, est marqué d’un point. Peu à peu, les points deviennent plus nombreux. Dès qu’un joueur est marqué de trois points, il a perdu et sort du jeu. Il arrive un moment où il ne reste qu’un joueur, n’ayant dans son pot que deux points au plus î c’est le gagnant. Il a le droit de fusiller le premier perdant ou tous les perdants, à son
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- choix. Voici en quoi consiste la fusillade : un perdant se place face au mur et jette la halle derrière lui, aussi loin qu’il le peut. Le gagnant ramasse la balle à l’endroit où elle s’arrête, et, de cet endroit, doit la lancer sur un point déterminé du corps du perdant, dos, bras ou jambe, à trois reprises. S’il manque le but, c’est lui qui est fusillé par les autres joueurs. Ce jeu n’est pas très usité.
- La paume. — La longue paume ne peut être jouée dans une cour d’école ; il faut un vaste emplacement, un sol uni, non planté d’arbres; or, les arbres sont nécessaires, nous dirons même indispensables, pour abriter les écoliers pendant les chaudes journées ensoleillées. En outre, leur verdure réjouit la vue et repose les yeux fatigués de lecture. Quant au jeu de la courte paume, il exige
- Les jeux à l’école. — 1. Les quilles. —2. La balle cavalière. — 3. La balle au pot. — 4. Le ballon.
- une salle spéciale, construite exprès, la salle du jeu de paume. Il ne convient pas davantage à l’école. La longue paume et le ballon sont des jeux fort intéressants et des exercices très utiles, mais de plein air. Ils constituent une excellente gymnastique, surtout parce qu’ils ont lieu hors de l’école, à l'air libre, dans des terrains environnés d’arbres, comme les carrés des Tuileries, et, autrefois, le carré Marignv, aux Champs-Elysées, où les enfants respirent un air moins mélangé de poussières diverses que celui des locaux fermés.
- Toutefois, on peut, en simplifiant le jeu, en faire un jeu d’école : les élèves se placent sur les divers points d’une circonférence ou au contour d’un carré et se lancent la paume ou le ballon de l’un à l’autre, en établissant un règlement du jeu *. Félix IIément.
- 1 Nous terminons aujourd’hui la série des Jeux à l’école : c’est le dernier article que nous avait envoyé notre collaborateur et ami, peu de temps avant sa mort. (Voy. Nécrologie, n° 958, du 10 octobre 1891, p. 302).
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- Fi''. 1.
- LE PMOGRAPHE PARISE
- De nombreuses tentatives ont déjà été faites pour inscrire la musique au moyen des touches du piano même sur lequel on joue, et il y a quelques années1, La Nature a donné la description de l’appareil de M. Carpentier fonctionnant suivant ce principe; l’appareil est destiné à préparer la musique des cartons de son mé-lotrope, il n’imprime pas en caractères ordinaires, mais en traits plus ou moins allongés, destinés à indiquer le découpage des cartons.
- M. Parise, dont nous décrivons aujourd’hui le
- système, s’est proposé un autre but. Il veut que le piano écrive en caractères usuels, c’est-à-dire avec des notes placées sur les cinq lignes de la portée musicale, et cela pour toutes les octaves que comporte l’instrument ; de sorte qu’un compositeur puisse lire son improvisation aussitôt qu’il l’a jouée, ou même la faire lire par une personne un peu exercée.
- Sans vouloir discuter sur la nécessité d’un pareil instrument, nous ferons remarquer cependant que la solution du problème doit présenter un certain intérêt, si l’on en juge par les tentatives nombreuses faites dans cet ordre d’idées depuis l’invention du clavecin. Nous en rappellerons quelques-unes à titre de curiosité. Un ecclésiastique anglais, Creed, en parlait déjà en 1747 dans les Transactions philosophiques, mais il ne décrit aucun appareil. Deux ans plus tard,
- 1 Yoy. n° 734, du 25 juin 1887, p. 49.
- en 1749, un savant allemand, Unger, donne le plan d’un appareil qu’il présente à l’Académie de Berlin, et, vers la même époque, un autre Allemand, Hohl-feld, essaye, mais sans résultat, d’exécuter une machine analogue. En 1770, un mécanicien de
- Londres, Merlin, construit une machine à écrire la musique, qui fut vendue au prince Galitzine. En 1773, le père En-gramel, auteur d’un ouvrage sur l'Art de noter les boites à musique, paraît avoir résolu la question, mais il n’est pas resté de traces de son invention. A plusieurs reprises, les feuilles publiques signalèrent des essais du
- Pianographe Parise adapte à un piano ordinaire.
- Fig. 2. — Détails du mécanisme du pianographe.
- meme genre, notamment par
- Gattog (1783), Heilfer (1801), Guérin (1844), Mazzolo (1861), mais aucun ne donna de résultat pratique. Ce n’est qu’à l’Exposition de Vienne en
- 1873 qu’on vit fonctionner pour la première fois un pianographe méritant véritablement ce nom. Inventé par un ingénieur italien, le comte Roncalli, de Bergame, il mettait à profit les réactions électro-chimiques, et imprimait en signes de couleurs différentes les tons, demi-tons, valeurs, etc.; c’était une merveille d ’ ingéniosité, mais par là même l’instrument était trop compliqué et trop coûteux pour être mis entre les mains de tout le monde, et il"n’eut pas de succès. D’autres appareils furent encore faits depuis, ou tout au moins annoncés dans les journaux; mais, à part celui de M. Carpentier, dont nous parlons plus haut, qui fonctionne très bien pour le but spécial en vue duquel il est construit, aucun n’a donné de résultats pratiques. Celui de M. Parise, qu’on peut voir fonctionner
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- en ce moment à l’exposition du Palais de l’Industrie, s’adapte à un piano ordinaire (fig. 1). C’est une série de leviers B réunis sur deux tringles ; ils viennent s’appuyer sur l’extrémité des touches noires et blanches du clavier. A la partie supérieure, c’est-à-dire au haut du piano, ces leviers sont coudés horizontalement et s’engagent dans la boîte C où leurs extrémités viennent s’aligner sur un très petit espace. Au-dessus de ces extrémités viennent reposer de petites tiges verticales très rapprochées les unes des autres et aboutissant toutes sous le cylindre E (fig. 2). En résumé, on a reporté en un plus petit espace l’ensemble des tiges B, de manière à les faire tenir sous le cylindre E. Il résulte des dispositions prises dans l’agencement des leviers que, dès qu’on appuie sur une touche du piano, l’une des petites tiges vient frapper le cylindre E, puis retombe aussitôt. Du papier blanc en rouleau est placé dans l’appareil et entraîné d’un mouvement uniforme par deux cylindres commandés par un mouvement d’horlogerie H et une série d’engrenages 1). Ce papier (non représenté sur la figure) vient passer entre le cylindre E et les leviers qui y aboutissent. On comprend dès lors que si l’extrémité de ceux-ci est encrée d’une façon convenable, ils marqueront un point sur le papier à chaque note touchée. Ces extrémités sont terminées par un point pour les touchesblanches, par un petit trait pour les touches noires; l’encrage est obtenu, comme dans les machines à écrire, au moyen d’une petite toile sans fin chargée de couleur d’aniline.
- Examinons maintenant ce qui va se passer lorsqu’on se servira du piano. Supposons le papier immobile. Si nous passons le doigt sur les touches blanches d’un bout à l’autre de l’instrument, nous aurons une série de points (de notes, devrions-nous dire) occupant toute la largeur de la bande et formant une ligne perpendiculaire à ses bords. Mais si le papier marche d’urt mouvement uniforme et que nous recommencions le même exercice, notre série de notes va s’inscrire en prenant, par rapport aux bords du papier, une inclinaison qui sera inversement proportionnelle à la vitesse avec laquelle nous aurons promené notre doigt sur le clavier. En même temps, l’espace entre chaque note ira en augmentant
- d’autant plus que nous aurons été plus lentement. On voit par là qu’il est possible de se rendre compte de la valeur des notes par l’espace plus ou moins grand qui les sépare. Les rondes seront suivies d’un blanc assez large, les blanches moins; les noires, les croches de moins en moins ; les triples-croches se touchent presque. L’exemple que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs leur permettra de se rendre compte du fonctionnement de l’appareil ; la figure 5 représente le papier tel qu’il est sorti après l’exécution de quelques mesures de la Marche de Faust; dans la figure 4 nous avons ajouté les queues aux notes et indiqué les blanches, croches, barres de mesure en écriture ordinaire.
- Pour compléter notre description, nous devons
- ajouter que le papier, après avoir reçu en noir l’im-pression des notes, passe sous un rouleau V (fig. 2), qui y trace en rouge les portées musicales. Il s’agit maintenant de pouvoir écrire en
- dièse ou en bémol. A cet effet, l’appareil porte un levier A qu’on peut déplacer à droite ou à gauche et placer soit sur le signe b, soit sur le signe S, suivant qu’on écrit en bémol ou en dièse. Les notes noires, comme nous l’avons dit, s’impriment en un petit trait vertical; il se trouvera toujours à la place de
- la note diésée ou bémolisée, suivant que la flèche du pianographe sera sur % ou sur t>. Ainsi mi dièse, si dièse s’inscrivent en trait vertical à la ligne du fa naturel et du do
- naturel, de même que fa bémol et do bémol seront inscrits mi naturel et si naturel, mais en trait vertical au lieu de point rond. Les pédales sont aussi indiquées ; la pédale piano par une ligne continue sur un des bords du papier, la pédale forte sur l’autre bord. — L’appareil peut servir aussi à transposer un morceau une fois pour toutes et à en conserver la trace dans les différents tons où on veut l’avoir.
- Nous ne prétendons pas qu’à première vue une personne, même musicienne, jouerait le manuscrit (ou plutôt la pianoscrit) qui sort du pianographe ; il faut, comme pour toute chose, un peu d’étude, mais nous pensons que cette étude serait facile à faire et utile à une personne qui désirerait conserver trace de ses improvisations.
- G. Maisesciial.
- Fig. 3. — Spécimen de l'enregistrement obtenu par le pianographe (réduit).
- m
- Set bémôf
- tîSezFâ dièse
- i. Sol bémol
- rlge? Fa d[ese
- Fig. i. — La même figure annotée par le compositeur.
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- CHRONIQUE
- 1/Uxposition de Francfort. — L’Exposition internationale d’électricité de Francfort-sur-le-Mein est close depuis le 19 octobre, après avoir reçu environ 1 200 000 visiteurs. Des expériences se poursuivent actuellement, sous la direction et le contrôle de la Commission des essais, sur la ligne de Laufl'en-Francfort. On se propose, en vue de limiter expérimentalement les potentiels qu'une ligne aérienne montée sur isolateurs au pétrole peut efficacement supporter, d’élever graduellement le potentiel jusqu’à destruction complète de l’isolement de la ligne. Il sera intéressant d’observer la nature des accidents ainsi volontairement occasionnés, en vue d’v porter remède, et de pouvoir aller au delà dans des expériences ultérieures. Dans le même ordre d’idées, la maison Siemens et Jlalske, qui faisait chaque jour des expériences d’arc voltaïque et de percement de verre avec des potentiels de 20 000 volts, expériences dont nous avons rendu compte ici même, a, la veille de la fermeture de l’Exposition, le 18 octobre, porté le potentiel à 40 000 volts. Ce résultat a été obtenu en employant deux transformateurs dont les circuits secondaires étaient montés en tension. Le potentiel de 40 000 volts était vérifié par l’alimentation par les transformateurs de 400 lampes à incandescence de 100 volts montées en tension, et poussées à leur intensité normale par les deux transformateurs. Les câbles isolés au caoutchouc ont résisté à cette tension, meme dans une expérience où le potentiel a atteint 48 000 volts. 11 ne faudrait pas conclure de ces expériences que des potentiels de 20 000 à 50 000 volts entreront bientôt dans la pratique industrielle courante, mais on peut considérer comme pratique, dès à présent, l’emploi de potentiels atteignant 10000 volts, soit avec des lignes aériennes à fils montées sur des isolateurs au pétrole, soit avec des câbles Ferranti (expériences de Deptford), soit, enfin, avec des câbles fortement isolés au caoutchouc. La démonstration de l'emploi industriel des potentiels élevés et l’application industrielle des courants alternatifs polyphasés au transport et à la distribution de l’énergie électrique, seront les deux points caractéristiques et mémorables de l’Exposition d’électricité de Francfort.
- Nouvelle matière pour accumulateurs. — Le
- plomb ordinaire du commerce sert rarement à la confection des plaques d’accumulateurs. On emploie plus souvent des plombs antimonieux beaucoup moins altérables. Un nouvel alliage de plomb très malléable et très peu altérable dans les acides est proposé pour la fabrication des plaques d’accumulateurs. M. Worms le prépare en prenant 945 parties de plomb, 22 d’antimoine et 15 de mercure. Le plomb est d’abord fondu ; on y ajoute l’antimoine et l’on introduit le mercure au moment de la coulée dans la lingotière. On obtient ainsi une sorte de plomb amalgamé qui peut se laminer en feuilles assez minces.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 oct. 1891. — Présidence de M. Duchartke.
- La boléite. — Les célèbres mines de Boléo viennent de fournir en abondance un minéral où les savantes études de M. Mallard conduisent à reconnaître une espèce nouvelle. Ce sont des cristaux d’un beau bleu, ayant la forme de cubes et qui se trouvent disséminés dans des argiles
- au voisinage du cuivre carbonaté qui fait l’objet principal de l’exploitation. L’analyse y montre la présence simultanée du plomb, du cuivre, de l’argent, du chlore et de l’eau, et les dosages conduisent presque exactement à la 2 2 1
- formule PbCl -f CuII O-f ^ AgCl. Pour l’aspect, cette
- belle substance qui, désormais, s’appellera la boléite rappelle la percylite que Brooke a découverte au Mexique, mais où cependant on ne paraît pas avoir constaté la présence de l’argent. En tous cas, et c’est ici le point le plus intéressant, le nouveau minéral, malgré la forme de ses cristaux, est, en réalité, pseudo-cubique et cristallise dans le système quadratique. Si, comme l’a fait M. Mallard, on examine au microscope polarisant une lame mince taillée parallèlement à l’une des faces cubiques, on constate que si le centre est uniréfringent, les marges, sur une largeur plus ou moins grande, sont biréfringentes et polarisent aussi énergiquement que la calcite. D’ailleurs, parmi les petits cristaux, on en trouve qui consistent en six octaèdres groupés à angle droit. Les faces du solide résultant peuvent être considérées comme appartenant à un hexa-
- létraèdre b j, notation relativement simple,
- O
- Atrophie musculaire artificielle. —C’est une question de la plus haute importance pour la pathogénie des maladies du système nerveux que de savoir comment se produisent les lésions anatomiques qui les accompagnent. Par exemple, on ne sait pas jusqu’ici par quelle cause est déterminée l’atrophie musculaire progressive si fréquente chez les enfants. M. le Dr Roger, dans un travail présenté par M. Bouchard, vient aujourd’hui combler cette lacune. Il a reconnu, en effet, qu’une inoculation de streptocoque détermine chez les animaux une maladie spéciale qui en peu de jours amène le-dépérissement des muscles du train postérieur. A l’autopsie, on rencontre avec précision toutes les lésions qui chez l'homme se rencontrent dans les cas d’atrophie.
- Mécanisme de Tinflammation. — M. Bouchard a repris l’étude des phénomènes vasculaires de l’inflammation. Il conteste l’opinion que les leucocytes sortent des vaisseaux par suite de l’attraction qu’exerceront sur eux les liquides extravasés nourrissant des bactéries, et il persiste à voir, dans la congestion des vaisseaux, un effet dérivant avant tout de l’innervation.
- Truffe nouvelle. — Poursuivant ses laborieuses études sur les truffes, M. Chatin signale une nouvelle espèce de ces cryptogames qui lui a été adressée de Bagdad. Elle a des analogies avec le Terfezia leonis, mais elle ne contient que six spores par thèque au lieu de huit.
- Le salicylate de bismuth. — M. Moissan analyse une Note de M. Causse d’où il résulte que le prétendu salicylate de bismuth des pharmaciens est en réalité très impur : il renferme, outre un excès d’acide, une certaine quantité d’oxyde de bismuth et parfois même de l’oxychlorure de ce métal. Un procédé décrit par l’auteur permet d’avoir le salicylate pur et cristallisé.
- Varia. — Les chiffons de laine enduits d’huile lourde chasseraient tous les parasites de la terre végétale où on les enfouit, d’après les observations de M. Decaux. — Une nouvelle théorie des causes des cyclones est adressée par M. Le tiouran de Trommelin, lieutenant de vaisseau. — M. Mascart communique une Note de M. Gassard sur un nouveau procédé d’examen du titre des alcools.
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- LA NATURE.
- M. Desvallières adresse des études sur le climat du midi de la France et sur les conditions météorologiques qui ont amené les inondations qui, en ce moment même, désolent la Provence. — Les éthylènes monobromés occupent M. Reboul, et les isomères de l’essence de térébenthine, M. Bouchardat. — Un nouveau système de lampe pour les essences minérales est soumis par M. Grousset.
- Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE1 VOYAGE INVISIBLE d’un VERRE DE VIN
- Etant donnés un verre ordinaire à moitié rempli de vin, que tout le monde peut examiner de près, et un chapeau placé à distance, il s’agit de recouvrir le verre d’un morceau de papier, et, de là, l’envoyer invisiblement dans le chapeau.
- Un petit fragment de bois ou de papier qu’un spectateur aura mis dans le vin, une marque quelconque faite sur le verre, permettront de constater que c’est bien le verre même qui a été présenté d’abord, que l’on retrouve ensuite dans le chapeau.
- Pour l’exécution de ce tour, il faut avoir un de ces verres doubles (fig. 4, A), que l’on se procure facilement dans les bazars, et qui renferment entre leurs parois un liquide rouge que l’on y a introduit par le pied du verre qui est creux ; un petit bouchon de liège b, qui est absolument invisible si l’on n’y regarde de bien près, se met et s’ôte à volonté pour changer le liquide ; mais pour notre tour il n’y a pas lieu de s’occuper de ces détails. Ce verre double est tenu caché jusqu’à ce que vienne le moment de s’en servir.
- Un second verre, simple celui-là, (fig. 4 B), et de même apparence que le premier, est garni de vin, en présence des spectateurs, jusqu’à une hauteur égale à celle atteinte par le liquide rouge dans le verre double.
- Le prestidigitateur, après avoir laissé voir l’intérieur du chapeau pour permettre de constater qu’il est vide, y introduit, pendant qu’il tourne le dos aux spectateurs, le verre double qu’il cachait sous son
- bras et qui peut être manié impunément sans que l’on ait à craindre de répandre le liquide qu’il contient. Le chapeau est alors posé sur une table.
- Prenant ensuite en main le verre simple, le physicien demande aux assistants s’il doit le faire passer visiblement ou invisiblement dans le chapeau. Ordinairement les avis sont partagés, et, pour contenter tout le monde, le verre est d’abord mis ostensiblement dans le chapeau, puis retiré aussitôt. C’est du moins ce que croient les spectateurs qui rient très volontiers de la petite mystification faite à ceux qui s’attendaient peut-être à voir le verre transporté à travers les airs sur les ailes du vent. Mais le prestidigitateur a eu soin de laisser dans le chapeau le verre simple et de retirer à sa place le verre double qu’il escamotera facilement tout à l’heure par le procédé suivant. Ce verre est posé sur la table; l’opérateur le recouvre d’un carré de fort papier qu’il replie tout autour du verre dont il dessine les contours et qu’il cache complètement (fig. 1). Ce papier qui, nous l’avons dit, doit être fort et rigide, conserve ensuite la forme sur laquelle on l’a pour ainsi dire moulé, alors même qu’il n!est plus supporté par le verre qu’on laisse tomber derrière la table dans une espèce de petite poche en toile qu’on nomme servante, ou dans une boîte capitonnée disposée à cet effet
- (fig- 2).
- Le physicien, s’étant ainsi débarrassé du verre, s’avance vers les spectateurs, serrant délicatement le haut du papier entre le pouce et l’index de la main gauche (fig. 3) comme s’il tenait encore, à travers le papier, le verre, dont la main droite étendue au point voulu, paraît soutenir le pied. Un spectateur alors est invité à prendre le verre — absent — avec le papier, et l’on a bien soin de lui recommander de ne pas laisser couler le vin dans ses manches ; il tend donc les mains.... mais, au même instant, le papier froissé brusquement en boule est lancé en l’air, et le verre de vin a passé invisiblement dans le chapeau.
- — A suivre. — MaGUS.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieh.
- 1 Suilc. — Voy. n» 959, du 17 octobre 1891, p. 319.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9
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- N° 962. — 7 NOVEMBRE 1891. LA NATURE
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- LES COURSES DE TAUREAUX DANS L’ANTIQUITÉ
- Nous avons donné dans La Nature une description pratiquent soit en Espagne, la terre classique actu
- complète des courses de taureaux telles qu’elles se
- de ce spectacle, soit dans le midi de la France;
- A Y P O K A © A Y i Q\A
- H M E P A
- Bas-relief de Pompéi, représentant des courses de taureaux dans l'antiquité. (D’après Magois.
- Médaillé eontorniate relative aux courses de taureaux dans l’antiquité. (D’après Sabatier.)
- Médaille eontorniate relative aux courses de taureaux dans l’antiquité. (D'après Sabatier.)
- Bas-reliet de Pompéi figurant un taureau percé d’un trait. (D’après Millin. Magasin encyclopédique.)
- Médaille eontorniate. (D après Sabatier.)
- Bas-relief de Tirynthe. (D’après Scbliemann.)
- pour compléter les renseignements que nous avons donnés, et au moment où ces courses semblent prendre droit de cité en France et à Paris, il 49° année. — 2e semestre.
- peut être intéressant de chercher et de montrer rapidement, en quelques mots, l’origine de ce divertissement dans les jeux du cirque antique. Nous
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- LA NATURE.
- trouverons tous renseignements à ce sujet dans une étude très curieuse de M. l’abbé E. Beurlier, associé de la Société des antiquaires de France.
- Au dire des Grecs et des Romains, ces combats étaient originaires de Thessalie; c’est ce qu’affirme Pline le naturaliste : la jeunesse aimait à s’y livrer comme aujourd’hui la jeunesse espagnole ou basque. Il y a une relation à établir entre ce fait et les traditions de combats de héros mythologiques, Jason, Thésée ou autres, contre le taureau. La vigueur et l’adresse des Thessaliens dans cet exercice avaient produit une grande impression sur les Grecs ; les médailles d’un certain nombre de villes, les monnaies de Larisse, de Pélinna, font allusion a ces combats et montrent qu’ils furent en honneur dans le pays même sous la domination romaine. Tout naturellement cet usage se répandit en Asie Mineure et en Grèce; aux fêtes d’Eleusis, à Ephèse, des jeunes gens luttaient contre le taureau, l’homme qui se livrait à cet exercice recevait le nom de Taupa?ctY)c, {tauraphetès). Tout naturellement, en cela comme en bien d’autres choses, les Romains vainqueurs, admirant les Grecs vaincus, les imitèrent, et les combats de taureaux passèrent à Rome : César fut le premier à les introduire, et tous ses successeurs s’empressèrent de faire de même; les auteurs de l’époque impériale mentionnent ce divertissement parmi ceux qu’on offrait au peuple romain pour lui faire oublier la liberté perdue. Gordien Ier fit paraître 100 taureaux de Chypre au sixième jour des jeux qu’il donna; une inscription de Sinope, une autre d’An-cyre, rappellent des courses de cette sorte; de même à Pompéi, la foule se pressait pour voir ce spectacle qui la charmait; il y avait notamment une grande affluence à l’amphithéâtre de Pergame pour les jeux provinciaux de l’Asie en l’honneur des Empereurs.
- Les jeux où figurait le taureau étaient de deux sortes. Tantôt c’était une tauromachia : c’est le combat proprement dit, qui a les plus grandes analogies avec les courses espagnoles actuelles. On en trouve une représentation sculptée sur le monument de Scaurus, gladiateur de Pompéi. Voici le taureau : en face de lui est un bestiaire, un taurarius, tenant deux piques à la main, jouant le rôle du picador espagnol ; derrière le taureau est un autre personnage tenant une longue pique et cherchant à détourner l’attention de l’animal, comme le fait le toréador actuel quand la bête se présente mal au picador ou s’acharne trop. Dans un autre bas-relief, voici le taureau transpercé d’une pique, mais courant encore en perdant son sang; le taurarius le poursuit, l’appelle, les bras étendus, pour le recevoir de pied ferme et l’écarter exactement comme nos écarteurs landais (Voy. la gravure, p. 553). Nous pourrions, avec M. Beurlier, citer un médaillon contorniate reproduisant cette double scène A'écarteur et de picador, en notant qu’ici le picador est aussi matador, puisqu’il peut donner la mort avec sa pique. Jadis, comme aujourd’hui, c’était parfois le taureau qui tuait le taurarius.
- La seconde espèce de combats de taureaux était la taurocathapsia, qui est aujourd’hui complètement disparue en tant que divertissement populaire et qui ne pourrait que se présenter accidentellement dans une ferme. Ici le taurarius n’avait d’autres armes que ses mains. « Les Thessaliens, dit le poète grec Philippe, montaient sur leurs chevaux, fatiguaient le taureau à la course, entrelaçaient ensuite leurs mains sur le front de la bête et. arrivaient à la renverser par un effort vigoureux. » On juge si l’effort devait l’être ! Pline donne une légère modification, en disant que le taurarius ù cheval courbe la tête du taureau et le tue; il est vrai que les bas-reliefs expliquent la chose et montrent les taurarii quittant leur cheval, suspendus aux cornes du taureau et arrivant à le fatiguer seulement après s’être laissé tramer assez longtemps. On a prétendu qu’ils employaient des filets; mais les sculptures antiques ne montrent rien de tel.
- Quand nous aurons ajouté qu’on agrémentait parfois ces courses de taureaux en exposant à la fureur de ces animaux les malheureux, condamnés aux bêtes, nous en aurons dit assez sur l’origine des courses actuelles et sur leur analogie avec les combats entre taureaux et taurarii armés. Comme bizarrerie, nous pourrons remarquer que presque aucun texte en France, aucun en Espagne, ne mentionne les combats de taureaux à l’époque romaine. Daniel Bellet.
- LES EXPLOSIONS ET LES CHUTES DE PLUIE
- C’est une question toujours en suspens, et dans laquelle on n’a point encore apporté d’argument décisif, que celle d’une relation possible entre les explosions et les chutes de pluie; les observations alternent, pour ou contre; si l’on a remarqué des coïncidences nombreuses et très exactes, on n’en a pas moins enregistré beaucoup de cas où les explosions paraissaient n’avoir aucune action sur les nuages ou le brouillard. On peut tout au moins tirer de là une première conclusion, c’est que les ébranlements de l’air ne provoquent une condensation que dans des circonstances favorables. Comme nous le faisions remarquer à propos d’une observation personnelle *, on n’arrivera à résoudre cette importante question qu’en enregistrant avec le plus grand soin toutes les circonstances qui accompagnent le phénomène : température, nature des nuages, nature des explosions, intervalle entre la première explosion et le commencement de la pluie, étendue et durée de celle-ci.
- Mentionnons d’abord deux observations récentes, dont la première a été communiquée par W. R. Pidgeon à l’excellente revue anglaise Nature :
- « Le 1er octobre, à 5 heures du soir, dans les carrières de Penrhyn, on a déblayé une grande quantité de roches inutiles au moyen d’une seule explosion de cinq tonnes de poudre. Pendant toute la journée, un vent violent avait soufflé, et les nuages, bien que lourds, étaient hauts ; il n’y avait pas eu de pluie, et peu de soleil, et la température était assez basse.
- « Immédiatement après l’explosion, le vent tomba, un
- 1 Voy. n° 822, du 2 mars 1889, p. 211.
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- calme absolu s’établit, dura cinq ou six minutes, et, vingt minutes après, une pluie fine se mit à tomber, devint graduellement plus forte, elle ne cessa qu’après une heure et demie. A 7 heures, toutes les perturbations produites par l’explosion avaient apparemment cessé et le temps redevint semblable à ce qu’il avait été tout le jour. La pluie avait été entièrement locale, elle ne s’était pas étendue au delà de 6 ou 7 milles de la carrière. »
- La seconde observation vient de nous être communiquée par un de nos lecteurs de Bordeaux :
- « Une explosion de coton-poudre s’est produite, il y a environ un mois, à une poudrière située dans la banlieue de la ville ; la commotion a été ressentie fort loin ; le ciel était nuageux ce jour-là, mais sans pluie. Trois minutes après l’explosion, une pluie abondante tomba. Le fait est très caractéristique, et j’ai pensé qu’un document si net pouvait prendre place auprès des précédents. »
- Avant même que la relation supposée soit bien prouvée, il est permis de chercher à la justifier, quitte à renouveler l’exploit des académiciens dans l’histoire du poisson de Frédéric II. Cette facétie, spirituel jeu de prince, est trop connue pour que nous la racontions; en voici une variante authentique : un physicien avait quelques amis à déjeuner ; à l’heure du londrès on se promenait au jardin, lorsque l’un d’eux, passant une main distraite sur un globe de verre étamé, remarqua avec surprise qu’il était plus chaud du côté de l’ombre que sur la face éclairée. On se rassembla pour examiner ce singulier phénomène et en discuter; les raisons plausibles ne manquèrent pas, bref, l’observation allait passer pour très explicable lorsque le jardinier, devinant de quoi il s’agissait, s’approcha du groupe et dit : « Mais, messieurs, c’est moi qui viens de retourner cette boule, a
- Les exemples de ce genre fourmillent; nous allons montrer comment on peut s’expliquer l’action des ébranlements de l’air sur la condensation de la vapeur d’eau.
- Remarquons d’abord que l’effet d’une explosion peut être ressentie à une grande distance, sans même que l’oreille nous en avertisse. L’exemple grandiose du Kra-katau restera mémorable. On n’a point oublié que l’onde de compression produite par cette formidable perturbation, a été observée à Paris par une dénivellation du baromètre qui s’est manifestée deux fois, pour le passage le plus court, puis, quelques heures après, pour le passage sur l’autre partie du grand cercle passant par Paris et le Kra-katau. A l’autre extrémité de l’échelle, nous rappellerons aussi que M. Violle, dans ses belles expériences sur la propagation du son, a inscrit sans aucune difficulté, après un parcours de 50 kilomètres, la perturbation produite par la détonation d’un petit pistolet tiré à l’entrée d’un tuyau de 0m,70 de diamètre. En interpolant, nous voyons qu’il est parfaitement légitime d’admettre que l’onde frontale d’un coup de canon est sensible à quelques kilomètres, par une compression de l’air, suivie vraisemblablement d’une dilatation.
- D’un autre côté, on sait, par les belles expériences de M. Aitken et de R. von Helmholtz, que l’air peut être fortement sursaturé de vapeur, notamment s’il est bien privé de poussières; mais, aussitôt que la plus petite goutte se forme, elle grossit en un clin d’œil, et l’équilibre, d’instable qu’il était, devient stable par la condensation brusque de toute la vapeur qui dépasse l’état de saturation. Ce fait d’expérience confirme d’une manière éclatante ce théorème démontré intuitivement par Sir W. Thomson, que la tension de vapeur au voisinage d’un liquide, dépend de la courbure superficielle de celui-ci.
- Ce que l’on demande à la perturbation, ce n’est point de produire un travail, mais seulement de déterminer un déclenchement, à la façon d’une amorce qui fait éclater une cartouche.
- Or nous savons, par l’expérience classique du briquet pneumatique, qu’une compression de l’air, produit une élévation de température, tandis qu’une dilatation, a un refroidissement pour effet. Assurément, les variations de température dues ainsi à une explosion, sont faibles, mais rien ne nous empêche d’admettre que le refroidissement suffise pour faire monter la saturation à une valeur qu’elle ne peut plus avoir. Une rosée se forme en un endroit quelconque d’une onde de dilatation, et la rupture d’équilibre ainsi commencée ne peut qu’augmenter.
- Cette hypothèse n’est pas la seule que l’on puisse faire ; en tous cas, elle rendrait compte du fait que les explosions agissent très inégalement. Lorsqu’on peut invoquer l’action des poussières, comme dans le cas des explosions dégageant de la fumée au sein même du mdieu en équilibre instable, l’efièt, confirmé par des expériences de laboratoire, est indéniable; mais dans la plupart des cas, il est impossible d’admettre que les poussières ont agi et il faut chercher l’explication des faits dans l’ébranlement de l’air. 11 est bien difficile d’apprécier l’efficacité des diverses actions que l’on peut attribuer à cet ébranlement; comme nous le disions au début, ce qu’il faut avant tout, ce sont de bonnes observations. Nous croyons avoir montré qu’il n’est pas oiseux de les faire sans parti pris; espérons que, dans quelques années, la question sera résolue par l’affirmative, ou définitivement enterrée. Ch.-Ed. Guillaume.
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- LES RÉGLETTES MULTIPLIG4TRICES
- Nous parlions dernièrement1 des baguettes inventées par Napier dans le but de faciliter les opérations d’arithmétique. Nous en décrirons aujourd’hui un important perfectionnement dù à M. Genaille et au regretté E. Lucas. On se souvient que les baguettes de Napier, sous la forme que leur a donnée M. Joseph Blater, consistent en petits bâtonnets de bois à section carrée, sur les quatre faces desquelles sont collées des bandes de papier donnant tous les multiples de 2 à 9 du chiffre inscrit au haut de la baguette. Le premier, qui forme la retenue, est placé 'a gauche d’une diagonale, et doit être additionné au second chiffre du nombre inscrit sur la baguette précédente.
- ~ Le perfectionnement dont nous parlons consiste à supprimer le petit travail mental de l’addition, en disposant les baguettes de telle sorte que les sommes s’y trouvent inscrites.
- Reprenons la description ab ovo. Dans une petite boîte en carton (fig. 1) se trouve, à gauche, un index divisé en cases correspondant aux chiffres de 2 à 9; chacune d’elles est subdivisée comme le montre la figure. Les autres baguettes mobiles donnent respectivement les multiples des chiffres inscrits sur les quatre faces, et répétés, comme renseignement, au pied de chaque face de la baguette. Ces multiples
- 1 Voy. n° 916, du 20 décembre 1890.
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- LA NATURE.
- sont disposés d’une façon particulière, très ingénieuse; on le comprendra immédiatement par un exemple : prenons la baguette portant le numéro 9. Au haut de chacune des cases correspondant sur cette baguette aux chiffres de 2 à 9, se trouve e second chiffre du produit de 9 par chacun de ces nombres ; à la suite, est inscrit ce chiffre augmenté de 1,
- 2, 3, jusqu’à 8 dans la dernière case; ainsi, dans la case 2, on rencontre, du haut en bas, les chiffres 8 et 9 ; dans la case 3 : 7, 8 et 9, et ainsi de suite. On comprend que le premier de ces chiffres donnera le chiffre correspondant du produit lorsqu’il n’y aura pas de retenues, tandis qu’il faudra inscrire les chiffres suivants lorsque la retenue venant de la droite sera 1, 2 ou plus; la plus forte retenue qui puisse se rencontrer est 8. Du reste, dans le produit par 2,1e report ne peut jamais excéder l’unité, et ainsi de suite.
- Or la difficulté consistait à faire voir d’un coup d’œil la retenue h reporter, c’est-à-dire le chiffre de la case auquel il faut s’arrêter. Supposons (fig. 2) que, à droite de la baguette de 9, nous placions celles de 4, 7 et 5 et que nous cherchions le produit par 6.
- Sur la baguette 5, en haut de la case 6, nous trouvons le chiffre 0. La retenue est 3; il faudra donc ajouter ce nombre au produit partiel du chiffre suivant, c’est-à-dire prendre le quatrième chiffre de la case 6 sur la baguette 7 ; cela nous est indiqué par le triangle noir dont la pointe arrive en face du chiffre 5,second chiffre de l’opération 6x7-4-3=45.
- La retenue suivante est 4, et le triangle nous amène au cinquième chiffre de la case 6 sur la baguette 4; l’opération est ainsi 6 X 4 4- 4 = 28; la retenue suivante est 2 et nous sommes guidés sur le 6 provenant de 6 X 9 4- 2 = 56. Enfin, le dernier triangle nous porte
- sur le 5 de l’index. Le produit est ainsi 56 850. On remarque, sur la fig 1, des doubles triangles de certaines cases; ils correspondent aux deux retenues possibles d’un produit partiel augmenté lui-même d’une retenue qui a pu le faire passer dans une autre dizaine. La règle alors est de suivre le triangle dans lequel conduit le précédent. Un petit exercice sur la figure 1 fera parfaitement comprendre l’usage de ces baguettes, et les services qu’elles peuvent rendre. Le même principe, celui qui consiste à guider l’opérateur d’une baguette à l’autre par un traita été appliqué par les auteurs des baguettes qu’ils nomment multisectrices (fig. 3), et qui permettent d’exécuter, de la même manière, des divisions par les nombres de 2 à 9 ; leur usage pour les divisions ordinaires est évidemment fort restreint, puisqu’on ne peut pas composer une division comme une multiplication par des opérations partielles; mais grâce au diviseur 36 000 qui intervient dans les calculs d’intérêts (par jour) la division par les premiers chiffres correspond aux intérêts de 9, 6, 4 1/2, et4 pour 100, en laissant de coté les taux par trop usuraires de 18 et 12 ; en ajoutant aux baguettes une case de 1/12, on a, enfin, l’intérêt à 3 pour 100; les multisectrices deviennent ainsi des baguettes d’intérêt, ou des financières. L’usage de ces baguettes est analogue à celui que nous venons de décrire. L’intérêt à 4 pour 100 qui correspond à la division par 9, se calculera, pour le capital 5341, en suivant, à partir de la gauche, les lignes qui conduisent successivement aux chiffres 0; 5, 9,3; en ajoutant la baguette de 0, on est conduit sur le 4 ; l’intérêt cherché est ainsi de 0fr,5954. Le calcul pour un nombre quelconque de jours se fera au moyen des multiplicatrices. C. E. G.
- Fig. 1. — Aspect de la boîte contenant les réglettes multiplicatrices de MM. II. Genaille et Ed. Lucas.
- 9 4 7 5
- Fig. 2. — Mode d’emploi des réglettes multiplicatrices.
- 5 3 4 10
- Fig. 3. — Baguettes multisectrices.
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- LES AUTOMATES1
- l’industrie des automates
- Les automates dont nous avons parlé jusqu’ici étaient des pièces uniques, par cela même revenant très cher ; mais aussi leur prix élevé et leur rareté en faisaient des objets de haute curiosité.
- Maintenant, la construction des automates est devenue une industrie et il est possible de les livrer à des prix très abordables. En effet, une fois le modèle type fabriqué, c’est-à-dire quand les difficultés qui peuvent se présenter sont tournées ou vaincues, quand l’effet cherché est obtenu, il ne s’agit plus, pour les modèles suivants, que d’employer le même mécanisme.
- Ce nouveau genre de fabrication des automates, en les multipliant et en les vulgarisant, ne doit pas cependant les faire confondre avec les simples jouets mécaniques toujours plus primitifs, et fabriqués à la machine, en ce qui concerne le mouvement. Pour bien préciser ce qu’on peut qualifier d’automate, citons simplement les automates suivants qui ont été vus par tout le monde dans toutes les grandes maisons de jouets ou de fantaisies : la Femme qui escamote, Pier-' rot chantant à la lune, le Jongleur, l’Equilibriste, les Oiseaux chanteurs et voltigeurs en cage, sur une branche, sur un perchoir, etc.
- Nous allons plus spécialement parler de quelques autres pièces que nous avons été à même d’examiner de près et qui méritent une description.
- Ce sont toujours les sujets comiques qui plaisent le plus ; aussi en rencontre-t-on un grand nombre. Parmi les plus amusants, la Lune fin de siècle est remarquable; la tête, en forme de lune, d’un personnage fantaisiste, se balance et roule les yeux tout en fumant avec conviction. Le personnage, bien que traité en charge un peu forcée, a des
- 1 Suite. — Voy. n° 953, du 5 septembre 1891, p. 217.
- airs tout à fait naturels et balance sa canne entre les doigts comme un mortel ordinaire.
- La palette de Cabrion est aussi bien amusante. D’une palette posée sur un chevalet émergent à mi-corps deux personnages superposés : l’un, avec des favoris et des lunettes, le crâne légèrement dégarni, (le type classique de M. Pipelet des vaudevilles) lit son journal tout en relevant de temps en temps ses lunettes d’un coup de pouce; l’autre, qui est un superbe clown à mine réjouie, agite sa perruque et de temps en temps clignant de l’œil d’un air narquois, tape sur la tête de son compagnon de petits coups
- légers. De plus, la
- ------------------------- -j tête inférieure est
- | munie d’une pipe;
- I lorsqu’on l’allume,
- le tabac se consume, mais c’est le clown qui fume!
- ; ! Signalons encore
- dans les sujets comiques un petit Japonais assis sur le coin d’une potiche pleine de fleurs représentant un masque japonais grimaçant. Le masque ouvre la bouche et tire la langue pendant que le petit personnage exécute quelques mouvements. — Un grand nombre d’automates représentent des sujets de genre, et ont été inspirés par un tableau, par une actualité. Dans cet ordre d’idées, une Japonaise à la figure expressive, mais peut-être trop occidentale, vêtue de riches étotfesbrochées, tient devant elle un éventaire contenant des masques. Elle a, d’une main, un immense parasol qui lui fait fond et de l’autre un masque. Elle tourne la tête, lève et abaisse les paupières, pendant que le parasol tourne entre ses doigts et qu’elle se couvre de temps en temps la figure avec le masque.
- Signalons aussi l’élégante fileuse Watteau (fig. 1) assise derrière son rouet, qui semble très appliquée à son ouvrage, et qui est fort gracieuse dans ses mouvements.
- Un autre automate très réussi représente une dame en costume fantaisie genre Louis XIII. Elle tourne la tête, remue les yeux, comme la précédente, la poitrine se soulève pour marquer la respiration et de temps en temps, elle porte à ses yeux une jumelle
- Fig. 1. — Automate moderne. La fileuse.
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- LÀ NATURE.
- de théâtre, ou s’évente gracieusement. Une autre dame assise sur un banc, et revêtue d’une toilette moderne dernier genre, fait à peu près les mêmes mouvements, mais la jumelle est remplacée par un lorgnon.
- Les musiciens ont fourni beaucoup de sujets, parmi lesquels nous remarquons une femme éthiopienne qui, élégamment, promène ses doigts sur une sorte de harpe, et cela, en mesure avec le morceau qui se joue en même temps. Le costume, très riche et très élégant, plaît k l’œil et est relevé par différents accessoires (fût de colonne, vase) placés près du personnage. Une musicienne, du même genre, a été faite en buste posé sur un socle.
- Signalons encore un musicien vénitien assis, les jambes croisées sur un piédestal, et jouant d’une sorte de mandoline.
- Les clowns ont été reproduits souvent, et presque toujours d’une façon heureuse. Retenons spéciale-
- Fi". 2. — Schéma du mécanisme d’un automate.
- ment le clown dresseur de cochon. Ce clown, habillé en satin rouge et noir avec perruque de même couleur faisant ressortir sa figure blanchie, remue les yeux. Il hausse les épaules et joue de la cravache quand le petit cochon, placé sur le cornet, ne tourne pas lorsqu’il lui abaisse le cerceau. Enfin pour terminer cette longue énumération qui pourrait être prolongée longtemps, citons encore un jeune clown assis sur une pile d’énormes dés et dominos ; il jongle avec une boule posée sur une baguette.
- Tous ces automates sont généralement pourvus d’une musique, jouant des airs appropriés au personnage et au sujet représentés; sans cette addition, l’effet ne serait pas complet : la musique ajoute toujours à l’intérêt en dégageant pour ainsi dire des objets mouvementés, une nouvelle sensation de vie.
- Tous les mouvements possibles ont été donnés aux automates, et l’illusion de la réalité est presque obtenue; il n’y a guère qu’un regret à exprimer, c’est qu’il soit impossible de faire fonctionner la bouche dans les figures de femme. En effet, rien ne pouvant dissimuler les raccords nécessaires, il a fallu y renoncer, et se contenter de mouvementer la mâchoire inférieure lorsqu’il s’agit d’une tête d’homme dans laquelle la barbe cache les coupures
- indispensables. A part cette légère critique due à une impossibilité d’exécution, dans tous ces automates les mouvements sont parfaits et rappellent les gestes humains, très arrondis, sans rien de la raideur de la marionnette ; mais, ce qui est aussi remarquable, c’est le goût avec lequel ils sont habillés et le caractère artistique donné aux formes apparentes du corps et aux physionomies.
- La confection d’un de ces automates nécessite de nombreux travaux préliminaires. Une fois l’idée trouvée et arrêtée, le sujet est modelé en terre ou en cire suivant sa grandeur, et un moule à bon creux en est pris; c’est dans ce moule que sont faits les cartonnages qui donneront la forme au corps et qui représenteront les parties apparentes de ce corps.
- La peinture des têtes, les perruques et leur coiffure, les nombreux accessoires, sont l’objet de recherches et de soins particuliers. Le costume surtout est spécialement soigné et le choix des étoffes, leur style, leur coloris est fait non seulement avec goût, mais souvent avec la science des époques et des modes anciennes. Et cela se comprend, car rien, dans un objet de ce genre, qui est, sinon une œuvre d’art, tout au moins une pièce artistique, ne doit être un anachronisme.
- Quant au mécanisme, toujours très compliqué, il nécessite un génie inventif tout spécial, d’autant plus que les effets sont produits pour tous les automates à peu près de la même façon. Il est donc indispensable d’avoir une assez grande imagination pour innover et trouver de nouvelles combinaisons. Ces combinaisons que nous avons été à même d’étudier, grâce k l’obligeance de M. Vichy, l’artiste-con-structeur d’automates, variant dans chaque sujet, ne peuvent être décrites en détail, mais il est possible de rendre compte du principe général moteur de toutes les pièces automatiques. Le mécanisme se compose d’abord d’un mouvement d’horlogerie comprenant notamment un ressort dans un barilletE(fig. 2) et un régulateur G absolument comme dans un vulgaire tournebroche, dans un miroir k alouettes ou dans une lampe modérateur. Ce barillet se remonte de l’extérieur, au moyen d’une clef, et comme dans toute horloge, se met à tourner. Sa vitesse est diminuée suivant l’effet désiré, au m'oyen du petit régulateur qui plus ou moins grand, oppose sa résistance au déroulement plus ou moins rapide du ressort. Le barillet, cerclé par un engrenage F, fait tourner une roue II, et un pignon denté qui correspond k la musique. Cette musique, plus ou moins forte, suivant la grosseur du* sujet, est celle que l’on voit dans toutes les boîtes k musique.
- Le barillet et la roue portent chacun un axe très prolongé. Celui du barillet, beaucoup plus puissant que l’autre, sert à actionner les parties qui demandent une certaine force, celui de la seconde roue plus faible donne le mouvement aux parties légères telles que les paupières. Ces axes portent chacun, au lieu de roues comme dans toute autre machine, un nombre suffisant d’étoiles. Ce qu’on appelle
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- étoile, en terme de métier, est une plaque de cuivre de figure irrégulière, qui à chaque tour du barillet et de son axe, vient heurter une fois ou plusieurs fois, suivant le nombre de ses pointes, et plus ou moins longtemps d’après la largeur des mêmes pointes, des leviers qui eux, soit en tirant, soit en poussant suivant le cas, font remuer les membres du personriage, poussent ou tirent les soufflets qui les font fumer ou siffler. La figure 2 donne l’aspect de quelques-unes de ces étoiles : A est l’axe, D l’étoile, C le levier. Une fois le levier mis en mouvement, le reste est une question de tirages contre-balancés par de petits ressorts à boudin ou par le poids de l’objet à soulever. Le levier soulève l’objet qui retombe par son poids ou par l’action d’un petit ressort, puis reprend sa position première, attendant un nouveau choc de l’étoile.
- Dans certains automates, l’appareil moteur est placé dans le corps, mais quand cela est impossible, soit à cause de l’exiguïté de l’espace disponible, soit pour toute autre cause, la difficulté est tournée en installant cet appareil dans un accessoire placé près du personnage, soit dans une table, une colonne, un banc, soit même dans le socle. Dans ce cas, les leviers sont prolongés, et passent de l’objet accessoire dans le corps, au point de contact de l’automate avec cet objet, mais leur manière d’agir est la même.
- Tel est le principe du mouvement des automates. La grande difficulté consiste, comme nous le disions plus haut, à combiner l’action des leviers, à la répercuter par d’autres, à la faire travailler dans différents sens, et à différentes vitesses, la force venant toujours du levier primitif soulevé de temps en temps par l’étoile.
- Quelquefois dans une série de mouvements identiques, un seul mouvement, à un moment donné, doit être supprimé; dans ce cas, une deuxième roue est engrenée sur le barillet et elle porte sur son axe une étoile qui au moment précis fait agir un petit levier qui, lui, soulève le levier dont le mouvement ne doit pas exister et l’empêche de recevoir l’impulsion de son étoile propre.
- La confection des automates nécessite beaucoup d’habileté et d’ingéniosité d’esprit.
- Le prestidigitateur Albeu.
- MADAGASCAR ET SES HABITANTS
- On a beaucoup parlé et écrit sur Madagascar, surtout dans ces derniers temps, mais cette île reste encore fort peu connue sous plusieurs rapports. Si sa configuration générale, sa flore et sa faune ont été étudiées avec soin par (^s savants de premier ordre, son orographie détaillée, sa géologie et surtout son ethnographie sont à peine ébauchées ; et cela malgré le nombre considérable de voyageurs courageux qui ont exploré cette terre insulaire, et parmi lesquels les Français occupent une place proéminente. En effet, depuis Flacourt (1636) jusqu’à Grandidier
- (1865-70), on pourrait citer une longue liste de voyageurs qui ont maintenu pour ainsi dire la tradition de l’exploration de Madagascar par les Français. Et cette tradition dure toujours. Un voyage récent, accompli par nos compatriotes, MM. leDrL. Catat, C. Maistre et G. Foucart, vient s’ajouter à tant d’autres, et augmenter considérablement nos connaissances sur cette terre insulaire plus grande que la France.
- M. Gâtât et ses compagnons ont traversé Madagascar dans tous les sens en visitant de préférence les endroits encore peu ou point connus. Us ont fait plus de 8000 kilomètres de chemin, pour la plupart dans un véhicule qui n'a rien de commun avec les sleeping-cars : le fameux planzana (fig. 5), sorte de palanquin porté par quatre hommes. Nous ne pouvons que mentionner ici leurs travaux géographiques, la reconnaissance delà ligne de partage des eaux dans le sud de l’île, la réunion par une triangulation de Fort-Dauphin (côte Sud) à Fianarantsoa, ville de l’intérieur visitée déjà par Grandidier et autres explorateurs. La photographie que nous reproduisons donne une idée suffisante de la simplicité de cette ville (fig. 4). Nous préférons résumer ici l’état de nos connaissances sur les populations de Madagascar autant que le permettent les données existantes rectifiées d’après les quelques notes, malheureusement trop succinctes qui ont été publiées par MM. Catat et Maistre.
- Les habitants de la grande île, que l’on appelle communément Malgaches ou Madékasses, sont loin de former un groupe ethnique homogène. Sauf la langue, qui est à peu près la même dans tout le pays, les différentes tribus et peuplades de Madagascar n’ont souvent rien de commun entre elles, et diffèrent l’une de l’autre, comme type et comme mœurs.
- Au point de vue physique, deux types principaux sont à distinguer : le type nègre et le type malais. Le premier prédomine chez les Sakalaves de la côte Ouest, le second chez les Hovas ou Merinas du centre de l’île (plateau de l’Imerina) et de la partie moyenne de la côte Est. Mais à côté de ces deux peuples qui ont disputé assez longtemps l’un à l’autre la prépondérance politique, il en existe un grand nombre d’autres, formés de mélanges à des degrés divers de ces deux éléments, ou bien dans lesquels on peut déceler la présence du type primitif, peut-être aborigène, de l’île (Vazimba), ou encore l’adjonction du sang des étrangers qui firent des incursions plus ou moins prolongées ou se sont fixés sur quelques points de l’île : Arabes, Hindous, Chinois, Européens. Le type nègre de Madagascar se rapproche le plus, selon la plupart les auteurs, de celui des nègres de l’Afrique orientale, c’est-à-dire des Bantous de l’Est, dont les Caffres et les Zoulous sont les meilleurs représentants. Cependant on y rencontre aussi les types éthiopiens, analogues à ceux de Gallas et de Somalis. Quelques savants pensent que les populations mélangées de la côte est de Madagascar, entre autres les Betzimisa-raka, sont issues d’un mélange de Malais avec les
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- LA NATURE.
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- Fig. 1. — Type de Madagascar. Uoiiime Betsileo.
- (D'après une photographie de M. le D' Catat.)
- « nègres oce'aniens » autrement dits les Mélanésiens ; mais le fait est rien moins que prouvé.
- Quant au type malais, on doit y admettre plu- f
- sieurs variations. 11 est |
- fort probable qu’avant 1
- l’arrivée des Hovas,évé- 1
- nement que l’on est à peu près d’accord de placer entre le neuvième et le j
- douzième siècle de l’ère j
- chrétienne, d’autres peu- J
- pies de souche malaise étaient établis à Madagascar. M. Leclerc et ;
- quelques autres savants
- pensent même, d’après (
- les données linguisti- >
- ques, que les Malayo- j
- Polynésiens vinrent à Madagascar avant leur *
- séparation en deux branches, parlant l’une les idiomes malais, l’autre ;
- les langues polynésien- j
- nés. Sans aller aussi loin, on doit cependant admettre que certaines populations de Pile, à type malais assez pur, se rapprochent, les unes desTagales des Philippines, les autres des Dayaks de Bornéo, des Batta de Sumatra, tandis que les données Ianguistiques in-
- Fig. 2. — Types de Madagascar. Femmes Iietsileo en deuil. (I)'après une photographie de M. le Dr Catat.)
- diquent une parenté entre la langue Hova et celle que l’on parle dans l’ile de Madura (sur la côte nord de Java). Il est fort probable que si les Ilovas sont des descendants plus ou moins métissés des Malais, les Betsileo, que l’on appelle à tort les Ilovas du Sud, sont des descendants de quelques Indonésiens (peut-être des Battas) également métissés de sang nègre (lig. 1 et 2). Quoi qu’il en soit, l’élément hova devenu proéminent à cause de son influence politique représente aussi, du moins dans ses classes supérieures (An-driana), le type malais le moins mélangé, à cause de sa venue relativement récente dans l’ile.
- Nous avons parlé plus haut d’un élément aborigène de la population malgache : les Vazimba, dont il est question dans les légendes locales et dont parlent les voyageurs anciens. Aujourd’hui encore une partie de Sakalaves habitant la vallée du Manambolo (côte Ouest), portent le nom de
- Fig. 5. — Type de Madagascar. Femme Monambia et son enfant. (D’après une photographie de M. le D' Catat.)
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- Fig. 4. — La ville île Fianarantsoa dans la partie sud de Madagascar, reliée par triangulation à Fort-Dauphin lors de la mission scientifique
- de MM. le Dr Catat, C. Maistre, et G. Foucart.
- (D'après une photographie de M. le D' Catat.)
- Fig. 5. — Manière de voyager à Madagascar. Le D' Catat en Planzana. (D’après une photographie exécutée pendant la mission scientifique à Madagascar.)
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- Yazimba et représentent peut-être les débris de cette peuplade aborigène qui selon toutes les probabilités devait être nègre. Quant aux pygmées (Kimo) qui d’après Modave (1768) et autres écrivains anciens vivraient dans le sud de l’île, au milieu des Bora, les voyageurs modernes n’en ont trouvé aucune trace. L’élément arabe est très appréciable, soit dans le type physique, soit dans les institutions et mœurs sur la côte Sud-Est, parmi les Antanosy et les Antaïsaka de même que sur la côle Nord-Ouest, parmi les Sakalaves du Nord. Le gros de la migration arabe est venu dans l’ile entre le quinzième et le seizième siècle. Les Hindous ont abordé la côte Sud-Est de Madagascar à peu près à la même époque, et ont imprégné de leur sang surtout les Antaïsaka. Quant à la migration chinoise, on peut la poursuivre, d’après certains auteurs, beaucoup plus loin, jusqu’au treizième siècle. On trouve les traces de l’influence des Chinois parmi les Antandroys et les Mahafales de la partie méridionale de l’ile. Enfin de nombreux Européens, depuis les forbans, aventuriers et pirates du dix- septième siècle jusqu’aux marchands, marins et soldats de nos jours, ont fait souche sur un grand nombre de points de l’ile.
- On peut s’imaginer, d’après cette énumération de tous les éléments qui concourent à former la popu-tion-malgache, quelle est la diversité du type physique de cette population. Les deux types extrêmes que l’on peut observer chez les Sakalaves et les Hovas sont bien tranchés : le premier est caractérisé par le teint delà peau, les cheveux crépus, la tête allongée, le nez aplati, très large, les lèvres lippues et proéminentes, la taille élevée; le second présente le teint olivâtre, souvent plus clair que celui de certains habitants du sud de l’Europe, les cheveux lisses, droits, la tête globuleuse, les lèvres assez fortes et légèrement proéminentes, le nez droit, assez saillant et peu large, la taille petite. Mais, entre ces deux extrêmes, que de transitions ! que de variations suivant la prédominence de l’un ou de l’autre élément ! que de modifications par l’infusion du sang arabe, chinois ou européen ! Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil sur la figure 3, représentant une femme Monambia du sud-est de l’ile.
- Et cependant, chose étrange, presque tous ces peuples divers parlent une seule et même langue, sauf quelques légères modifications locales. C’est une langue souple, harmonieuse et poétique; elle appartient à la famille linguistique Malayo-Polynésienne caractérisée entre autres par son pouvoir agglutina-tif et la longueur de ses mots composés ; ainsi le nom d’un des ancêtres du fameux Radama, roi des Hovas, était Andriantsimitoviaminandriandihebe; le fondateur de la dynastie actuelle s’appelait Andrianampoinimerina (le seigneur qui est dans le cœur d’Imerina), etc.
- Au point de vue ethnographique, les mœurs et les coutumes, ainsi que la civilisation des Malgaches présentent un mélange d’éléments est-africains avec les éléments asiatiques, malayo-polynésiens. Ainsi la
- race du bétail de l’ile est presque la même que celle de la côte est de l’Afrique et le mode d’élevage est emprunté aux peuples bantous; tandis que les plantes cultivées, le riz, la canne à sucre, le taro {Colocasia esculenta), de même que les méthodes de l’agriculture rappellent celles de l’Asie méridionale et de l’Archipel asiatique. L’organisation politique, telle qu’elle était avant l’arrivée des Hovas au pouvoir et les innovations à l’européenne qu’ils ont introduites, présentait beaucoup d’analogie avec celle des États africains : ainsi les kabary encore en vigueur aujourd’hui, ne sont autre chose que les palabres des Nègres. Les idées religieuses primitives sont d’origine malaise ou polynésienne : il suffira de signaler l’analogie entre le fady des Malgaches et le tabou polynésien. Dans le Nord, les fétiches-amulettes (Ody) rappellent ceux de la Malaisie : ils sont faits ordinairement d’une corne de bœuf remplie de terre pétrie avec du miel et des huiles végétales, le tout renfermant de menus objets, pierres, osselets, etc., qui jouissent d’une propriété magique. Dans le Sud, au contraire ils représentent, comme chez les nègres, des figures d’homme et d’animaux. Quant à la culture matérielle, la technologie, elle est plutôt malaise, La manière de forger le fer, de préparer la nourriture, sont les mêmes qu’en Malaisie. Entre mille comparaisons, rappelons la pirogue à balancier analogue à celle des Océaniens, utilisée encore sur certains points de la côte nord-ouest ; le mortier carré analogue à celui de Java ; les instruments de musique semblables à ceux que l’on rencontre à Célèbes et au Laos, etc.
- Toutes ces analogies, toutes ces indications de l’influence et du mélange des éléments malais et nègres sont du plus haut intérêt, et l’étude attentive des peuplades de Madagascar promet encore mainte surprise aux ethnologistes. J. Dejnikek.
- LA MORUE ROUGE
- Les exemples d’intoxication par la morue sont extrêmement rares, eu égard à l’énorme consommation qui se fait de ce poisson. A plusieurs reprises, on les a attribués à l’ingestion de morue rouge ; c’est ainsi qu’il y a quel ques années, cent vingt hommes d’un régiment furent empoisonnés à la suite d’un repas où figurait de la morue; tous eurent une indigestion plus ou moins grave, tous guérirent. Au premier moment, on crut à une intoxication par la morue rouge; une enquête fut ouverte et l’on constata qu’il s’agissait simplement d’une morue altérée, d’une viande qui avait déjà subi un commencement de putréfaction.
- La morue rouge n’est, pas toxique par elle-même, mais comme c’est une viande déjà avariée, elle peut s’altérer plus rapidement. Cette coloration rouge est en effet caractéristique d’une altération. Les morues restent blanches quand elles ont été salées, préparées convenablement. Depuis une dizaine d’années, les armateurs constatent que cette altération est plus fréquente et leur cause, de ce fait, des pertes élevées.
- En quoi consiste-t-elle? les recherches scientifiques ont
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- eu des résultats assez disparates. Farlow qui, le premier, étudia la morue rouge aux États-Unis, reconnut que la cause du rouge était la Clalhrocystis roseo-persicina et l’attribua au sel de Cadix qui renfermait cet organisme. Le professeur Heckel, de Marseille, admit également cette opinion. D’autres auteurs reconnurent dans le rouge la présence d’une algue, d’autres d’un pénicillium, d’une sarcine, etc. Un médecin de la marine, M. le Dr Le Dan-tec, vient de reprendre cette étude et a constaté dans la morue rouge la présence, tantôt d’algues, tantôt du cla-throcystis, tantôt d’une foule d’autres organismes. Mais aucun de ces organismes n’est pour lui l’agent colorant. Cet agent est un petit bacille de 4 à 12 g, dont il a pu suivre le développement en colonies, reproduire les cultures et qu’il a isolé d’une façon tout à fait démonstrative. Il a pu, du reste, rendre rouge de la morue au moyen d’une culture pure. 11 place des fragments de morue, pris dans le filet, où la chair est très blanche, dans des tubes à culture. La morue est maintenue à une température de 15 à 20° dans une atmosphère humide et, en peu de temps, la morue prend la coloration suspecte. M. Le Dantec propose pour ce bacille le nom de bacille rouge de Terre-Neuve.
- Pourquoi cette altération est-elle depuis quelques années plus fréquente? cela tiendrait-il à la qualité du sel, à l’inoculation du bacille par la salure? Il n’en est rien, car des expériences entreprises pour vérifier ce détail, ont été absolument négatives. Voici comment l’explique M. Le Dantec. La morue, pêchée sur les bancs et sur la côte de Terre-Neuve, arrive en France sous deux formes différentes : 1° comme morue sèche, c’est-à-dire après avoir été salée et desséchée au soleil, sur les graves de la côte ou de Saint-Pierre; 2° comme morue verte, incomplètement préparée, plongée seulement dans le sel, depuis le moment où elle est tranchée. L’opération terminale du séchage est pratiquée dans les sécheries de notre littoral. La morue verte est devenue plus abondante parce que le poisson a fui la côte et s’est réfugié sur le banc où le dessèchement immédiat du poisson est impossible. On part des bancs et on arrive à Saint-Pierre; là, au lieu de dessécher le poisson, on l’empile dans les cales des navires chasseurs qui sont chargés de l’apporter en Europe. Or, d’après ses expériences, M. Le Dantec a vu que la morue sèche prend difficilement le rouge ; la morue humide, au contraire, rougit facilement. La morue dite verte *se trouve dans les conditions d’humidité pour subir cette altération.
- En tout cas, cette morue rouge n’est pas toxique par elle-même; la population nègre de Cayenne la recherchait, à cause de son bon marché, quand la marine la refusait. Les animaux, nourris avec de la morue rouge, n’ont rien éprouvé. Ce qu’il faut retenir, c’est que, dans cet état, la morue s’altère plus vite et subit une putréfaction assez rapide.
- Une fois le rouge sur la morue, de nouveaux microbes viennent s’y installer, donner alors à la chair une consistance gluante, déterminer une altération 'qui pourrait, elle, donner lieu à des accidents, si l’odeur infecte qu’elle dégage ne suffisait à les prévenir.
- Peut-on empêcher cette altération? M. Heckel conseille le badigeonnage avec une solution de chlorobenzoate de soude à 5 ou 10 pour 100. Le borax serait, d’après M. Le Dantec, infiniment plus efficace; mais l’emploi de ce sel étant interdit par le Comité d’hygiène, il conseille l’emploi du nitrate de potasse ou mieux encore du bisulfite de soude mélangé au sel dans la proportion de 15 pour 100.
- Dr A. Cartaz.
- LE SYSTÈME MÉTRIQUE
- ET L’ANGLETERRE
- On sait avec quelle ténacité digne d’une meilleure cause les Anglais conservent leur système suranné de poids et mesures. Toutes les considérations basées sur la science et la raison, toutes les critiques faites par les plus grands savanls du monde entier, y compris les savants de l’Angleterre, ont échoué devant une volonté qui confine à l’entêtement. Cependant, cette volonté paraît devoir fléchir devant une considération à laquelle les Anglais ne sont généralement que médiocrement étrangers, celle de l’intérêt. Une petite Note publiée dans Iron nous montre une fois de plus que nos voisins d’outre-Manche ne sont pas insensibles à ces arguments. Des rapports consulaires d’Italie et du Japon nous apprennent que bien des affaires que les Anglais pourraient faire dans ces pays, échouent, simplement parce que les circulaires et les prix courants sont établis d’après le système des poids et mesures anglais.
- Le système métrique ayant cours officiel en Italie et au Japon, les Français et les Allemands s’en servent naturellement dans toutes leurs transactions commerciales, tandis que les firmes anglaises se contentent d’interloquer leurs clients par un système de mesures ennuyeux et que ceux-ci ne parviennent pas toujours à saisir. Des doléances de même nature sont exprimées dans un autre rapport consulaire venant d’Égypte. Les unités anglaises, dit en substance ce rapport, sont parfaitement inintelligibles au plus grand nombre des habitants d’Alexandrie et du Caire, auxquels les maisons anglaises envoient leurs prospectus. Le système métrique ayant force de loi en Égypte, il faut que les négociants anglais l’adoptent dans toutes leurs transactions avec ces différents pays. Telles sont les conclusions du consul égyptien et de notre confrère Iron. La situation commerciale doit être bien compromise pour que notre confrère conseille un pareil sacrifice de l’amour-propre national, car lorsque les commerçants anglais auront goûté au système métrique, et apprécié toute sa simplicité, ils n’en voudront plus d’autre et ils seront les premiers à demander son emploi exclusif. Qui vivra verra.
- LES DISTRIBUTEURS AUTOMATIQUES
- DE LIQUIDES
- DES FONTAINES POPULAIRES ET BARS
- S’il est un moyen simple et pratique de supprimer le plus grand nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur, c’est sans contredit l’institution des fontaines automatiques et des bars populaires qui fonctionnent depuis environ un an à Paris et dans quelques autres grandes villes de France et de l’étranger, et que nous allons présenter à nos lecteurs.
- Au moyen des distributeurs dont nous parlons et dont notre figure 1 représente un spécimen, il suffit de jeter une pièce de monnaie dans une tire-lire, 10 centimes par exemple; aussitôt l’ajutage placé au-dessous de la tire-lire, laisse écouler un petit verre de malaga, un grand verre de bière, etc. L’appareil fonctionne avec une régularité parfaite, et la quantité de liquide est toujours rigoureusement mesurée, son volume variant avec sa nature, spiri-
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- tueux, bières, café, etc. Il y a des distributeurs de ce genre qui vous servent des liqueurs chaudes, comme le café, ou des liqueurs à la glace. Une série de types différents est en ce moment installée à l’Exposition du travail, au Palais de l’Industrie. Nos lecteurs parisiens pourront, là, se rendre compte de la régularité de fonctionnement de ces distributeurs automatiques. Plusieurs bars de ce genre sont d’ailleurs installés en différents points de Paris. Nous représentons notamment l’aspect de celui qui fonctionne, n° 52, rue Montmartre, où est distribuée automatiquement une grande variété de liqueurs (fig. 2).
- Avant de décrire avec quelques détails les procédés ingénieux qui ont permis de résoudre le problème au point de vue mécanique, il n’est pas sans intérêt de faire ressortir les avantages réciproques qu’une semblable combinaison offre aux deux principaux groupes d’intéressés, consommateurs et producteurs.
- Pour le consommateur, le distributeur automatique offre l’avantage de livrer immédiatement pour une somme modique, sans aucune perte de temps, une quantité de liquide exactement mesurée d’un breuvage chaud ou froid fourni directement par le producteur. Ce dernier vendant directement sa marchandise, peut la livrer à un prix très bas, mais rémunérateur, et fait à l’aide de l’appareil, avec des étiquettes, des affiches, des prospectus mis à la disposition du consommateur, la meilleure des publicités, la publicité par le fait, la publicité par la dégustation. C’est dire que les distributeurs automatiques de liquides ont déjà pour ennemis naturels tous les fabricants dont les produits médiocres ou malfaisants ne sauraient supporter l’épreuve décisive de la dégustation préalable. Nous ne saurions insister sur les nombreuses applications que peuvent recevoir les distributeurs automatiques de liquides en dehors des simples établissements de consommation. Dans les gares de chemins de fer, les fêtes foraines, les jardins publics, les chantiers, etc., il
- sera possible d’utiliser ces appareils, tantôt en se plaçant au point de vue de la charité publique, dans le but de fournir aux malheureux des consommations saines et réconfortantes à un prix réduit, lait, bouillon, etc., tantôt en ayant pour simple mobile le désir de faire connaître et apprécier un produit nouveau.
- Les fonctions de ces distributeurs automatiques sont très variables, aussi leurs formes et leurs dispositions sont-elles également très variées, suivant qu’il s’agit de distribuer un liquide à la température ambiante, chaud, froid, sous pression comme la bière, facilement fermentescible comme le lait, etc.
- Nous considérerons d’abord le cas le plus simple, celui où il s’agit de distribuer un liquide non fermentescible à la température ambiante, et sans pression.
- Le type de distributeur automatique que nous avons choisi pour illustrer notre description(fig.l) présente l’aspect extérieur de deux tonneaux superposés. Le tonneau supérieur protège une bouteille en verre renfermant la provision de liquide ; le tonneau inférieur dissimule tout le mécanisme. La hauteur totale de ces deux tonneaux est inférieure à lm,20. Le mécanisme est des plus simples et des plus sûrs, car il utilise la force la plus constante et la plus infaillible dont nous disposions : la force de la pesanteur.
- Le travail produit par la chute de la pièce de monnaie en tombant de l’ouverture dans le sac, effectue le déclenchement du mécanisme et l’ouverture du robinet : le liquide tombant dans un auget fait basculer celui-ci et en même temps qu’il ferme le robinet et renelenche le système, il fait avancer d’une unité un compteur vérificateur du nombre de consommations versées ; l’appareil est alors prêt à fonctionner de nouveau.
- La perception de la monnaie se fait par une ouverture rectangulaire réglable à volonté, suivant le prix à percevoir. Les pièces trop grandes ne peuvent
- Fig. 1. — Distributeur automatique de vin de Malaga.
- Vue de face, et coupe montrant l’intérieur de l’appareil.
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- pas y entrer, les pièces trop petites sont rejetées au dehors sans faire déclencher l’appareil, et préviennent ainsi le consommateur en expectative de son erreur... ou de sa mauvaise foi. Les pièces de calibre, tombent sur une palette A (fig. 3) qui bascule et produit le déclenchement.
- Après ce basculage, la monnaie arrive dans une tirelire plombée d’où il est impossible de la retirer sans rompre les cachets. Le levier équilibré supportant la palette A a produit, pendant son mouvement, un déclenchement qui libère, à l’aide de la came G, d’un levier 1) et de l’excentrique E, la commande du clapet F maintenant le liquide dans le réservoir. A ce moment, le liquide s’écoule avec une vitesse que
- l’on peut régler à volonté, une fois pour toutes, au moment de l’installation de l’appareil. Le clapet étant soulevé, le liquide s’écoule et tombe par le tuyau C dans une petite auge formant trébuchet, et dont la chute est réglée par un contrepoids P monté à vis sur un bras de levier OP. En écartant plus ou moins ce contrepoids de l’axe, on modifie à volonté le volume de liquide livré avant le basculage qui produit le renclenchement de l’appareil et la fermeture du clapet de retenue du liquide. Le basculage de l’auget II se produit en deux temps. Dans le premier temps, dès qu’un peu de liquide est venu tomber en II, il se produit un premier mouvement qui applique et appuie la pièce L sur la came M oscillant
- Fig. 2. — Vue d’ensemble d’un bar avec distributeurs automatiques installé rue Montmartre, à Paris.
- autour du point N, et montée sur le levier NOP. Le second basculage se produit seulement lorsque le poids croissant du liquide dans l’auget II est assez grand pour soulever le contrepoids P. Ce basculage est réglé avec une grande précision par déplacement du contrepoids P. L’auget H vient alors dans la position représentée en pointillé, le levier Q remonte le levier D, tourne l’excentrique E et ferme la soupape F, ce qui arrête l’écoulement du liquide. Dès que l’auget est vidé, il se relève et arme de nouveau le levier de mesurage MNOP en faisant replier la came M autour du point N pour laisser passer la pièce recourbée L. Comme le levier 1) a, pendant le second mouvement de basculage, armé la came C, tout est prêt pour une nouvelle opération, dès qu’une nouvelle pièce de monnaie
- déposée par un autre client viendra tomber sur le plateau A.
- Le même appareil peut servir à verser des volumes de liquide variant entre 2 centilitres (spiritueux) et 10 centilitres (café). On peut d’ailleurs, par une modification convenable des' dimensions de l’auget et du contrepoids, verser un volume quelconque. Le liquide tombe dans un bassinet en fonte émaillée terminé par un petit tube recourbé au-dessous duquel on a préalablement disposé le verre qui doit le recevoir. On voit que, dans ces conditions, l’appareil est toujours remonté et toujours prêt à servir une consommation, tant qu’il reste quelque chose dans le réservoir. Les indications du compteur de consommations versées sont d’ailleurs fort utiles pour faire connaître au surveillant, sans démonter l’appa-
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- reil, si le réservoir a besoin d’être rempli à nouveau. Il suffit de noter le chiffre marqué par le compteur au moment du dernier remplissage, la contenance du réservoir et le volume occupé par chaque consommation. Un calcul très simple permet alors de déterminer ce que marquera le compteur lorsque le réservoir sera vide, et il est alors possible de prendre des précautions pour le remplir à nouveau avant son épuisement.
- Telles sont les principales dispositions du distributeur automatique de liquides a la température
- Fig. 3. — Mécanisme du distributeur automatique réduit à ses pièces essentielles, les supports des axes enlevés. — A. Plateau sur lequel tombe la monnaie. — B. Levier de déclenchement de la soupape. C. Came de déclenchement. — D. Levier de commande de l’excentrique ouvrant la soupape. — E. Excentrique commandant la soupape. — F. Soupape. — G. Sortie du liquide. — II. Auget basculant. — L. Butoir appuyant sur le levier de réglage du débit. — M. Came montée sur le levier N oscillant autour de l’axe 0. —
- P. Poids réglant le volume de liquide débité par l’appareil. —
- Q. Levier relevant le levier D commandant l’excentrique E pour arrêter l’écoulement du liquide.
- ambiante. Lorsque le liquide doit être versé chaud ou froid, il traverse au préalable un serpentin plongeant dans un bain-marie ou placé dans un récipient rempli de morceaux de glace. Le simple passage à travers le serpentin suffit pour lui communiquer la température convenable, température que l’on règle par un robinet placé sur la bouteille et qui permet au liquide de traverser le serpentin avec plus ou moins de rapidité.
- Des modifications sur lesquelles il nous parait inutile d’insister, permettent de distribuer avec la même facilité des liquides sous pression tels que la bière et les boissons gazeuses. Nous avons surtout tenu à montrer par un exemple la simplicité des
- procédés mis en œuvre pour résoudre un problème assez complexe par le nombre de fonctions spéciales à remplir automatiquement. X..., ingénieur.
- LES PROGRÈS DE LA. TÉLÉPHONIE
- Dans un précédent article *, nous avons rappelé sommairement l’installation des téléphones à Paris, nous avons également parlé du prix des abonnements et des modifications survenues dans ces dernières années. Nous avons aussi annoncé les nouvelles constructions que la direction des Postes et Télégraphes fait élever à côté de l’IIôtel des Postes pour établir un service téléphonique desservant 30 000 abonnés. Nous ajoutions enfin que la téléphonie interurbaine prenait de plus en plus de l’extension. Nous reviendrons aujourd’hui sur ce dernier sujet, en indiquant les moyens de communication.
- Considérons d’abord la capitale. A certains mois de l’année, le plus grand nombre des commerçants quittent leurs affaires et se retirent à la campagne. Mais il est nécessaire qu’ils puissent être rapidement en relations avec leurs établissements. Le téléphone ne pourrait mieux leur convenir. Aussi le département de la Seine, et deux autres départements limitrophes, les départements de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne, sont-ils en communication téléphonique avec Paris. La taxe de conversation est de 50 centimes par unité de cinq minutes. Les principales localités qui possèdent le téléphone sont les suivantes : Argenteuil, Asnières, Aubervilliers, Bellevue, Bois-de-Colombes, Charenton, Choisy-le-Roi, Clichy-la-Garenne, Colombes, Corbeil, Courbevoie, Créteil, Enghien, Fontainebleau, Fontenay-sous - Bois , Gonesse , Issy-sur-Seine , Ivrv-sur-Seine , Juvisy , Meudon, Montmorency , Montreuil-sous-Bois , Nogent-sur-Marne, Puteaux, le Raincy, Rueil, Saint-Cloud, Suresnes, Saint-Denis, Saint-Germain-en-Laye , Saint-Mandé , Saint-Maur-les-Fossés , Saint-Ouen, Sèvres, Thiais, Le Yésinet.
- On comprend d’après ce qui précède de quelle importance serait la communication téléphonique des différentes villes de France entre elles.
- Le travail est commencé, et d’après le Btilletin des téléphoties, nous pouvons mentionner un grand nombre de villes déjà pourvues de réseaux téléphoniques. Nous trouvons ainsi la ville du Havre, qui est reliée à Paris, Elbeuf, Rouen, Honfleur, Trouville, Ilolbec, Lou-viers, Dieppe, Etretat et Fécamp. La taxe maxiina pour cinq minutes de conversation’est de lfr,50 pour Paris, de 1 franc pour quelques localités, et de 50 centimes pour les autres. Trouville est en communication avec les mêmes villes, et les prix sont les mêmes que ceux indiqués plus haut ; de même pour les villes de Honfleur, Etretat, Fécamp et Dieppe qui ont les mêmes communications. Signalons encore les villes de Dunkerque et Calais qui sont en relation avec Douai, Tourcoing, Yalenciennes, Bergues, Roubaix, Halluin, Arras, Lille, Armentières et Paris. Le prix de la conversation entre Paris et Calais ou Dunkerque est de 2 francs pour cinq minutes; les taxes des autres villes varient entre 50 centimes et 1 franc pour le même temps.
- Nous sommes heureux de signaler ici ces nouvelles installations parce qu’elles nous montrent les progrès de la téléphonie industrielle, une des branches les plus importantes et les plus intéressantes de l’électricité appliquée.
- J. L.
- 1 Voy. n° 946. du 18 juillet 1891, p. 102.
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- CHRONIQUE
- Les dangers de l’acide fluorhydrique dans les verreries. — Les inspecteurs des manufactures signalent un fait assez intéressant au sujet des dangers que présente l’emploi de l’acide fluorhydrique. Dans certaines verreries, les ouvriers chargés d’appliquer les acides sur les verres, se plaignaient fréquemment que ce travail était dangereux pour leur santé. Ils éprouvaient des vertiges, des malaises, de la dyspepsie. Leur pâleur semblait du reste confirmer leurs idées. Ils ont coutume de toucher légèrement les verres avec une solution d’acide fluor-hydrique. Us se servent pour cela de brosses en poil de chameau. Le travail se fait à la main sous une sorte de boîte en bois placée sur un établi. Cette boîte, réunie à une cheminée d’appel par un tuyau de 8 centimètres de circonférence, est censée entraîner les gaz et les vapeurs qui se produisent pendant le travail. En outre, on fournit aux ouvriers des gants de gutta-percha avec ordre de s’en servir. Or les inspecteurs du Gouvernement ont constaté que la boîte ne constitue qu’une mesure de protection tout à fait insuffisante. Le poids spécifique du gaz, plus considérable que celui de l’air, lui permet de s’amasser dans l’atelier en dépit de la cheminée d’appel, et il devient très dangereux pour la santé des ouvriers ; il y a là une situation à laquelle il faudra s’efforcer de remédier.
- l'n chemin de fer avec repos dominical. —On
- va tenter en Suisse une innovation, en ce qui concerne le trafic sur les chemins de fer. Il y a dans le Jura un gros village ou une petite ville de 6000 habitants appelée Sainte-Croix, et située à 800 mètres au-dessus de la plaine; elle fait un important commerce de montres et de boîtes à musique, et voici longtemps qu’elle désire avoir une ligne de fer la réunissant au système du Jura-Simplon à Yverdon dans la plaine. Or un riche philanthrope, nommé William Barbey, a offert de faire construire la ligne à ses propres frais, sans aucun subside, à la seule condition que pendant une période de vingt-cinq années, le trafic serait entièrement suspendu sur cette ligne le dimanche, ou plus exactement du samedi à minuit au dimanche même heure. Les conditions ont été acceptées, les habitants de Sainte-Croix se contentant d’avoir un chemin de fer six jours sur sept, et M. Barbey fournira les 92 000 livres sterling nécessaires, chacun des 15 milles de cette voie devant coûter à peu près 6130 livres (ou 155000 francs.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 novembre 1891. — Présidence de M.Düchartre.
- Le dernier Congrès de géologie. — C’est avec un véritable bonheur que nous voyons aujourd’hui M. Albert Gau-dry reprendre sa place à l’Académie. Tout le monde sait que l’illustre paléontologiste est allé représenter la France dans le Congrès international qui a réuni les géologues du monde entier à Washington, et c’est avec le plus vif chagrin qu’on avait appris que, pendant la traversée du retour, un accident était arrivé à notre compatriote. Violemment heurté contre une cloison par un coup de roulis, M. Gaudry a dû, à son retour à Paris, garder la chambre durant plusieurs semaines. Heureusement, il est aujourd’hui complètement remis et c’est ce dont témoigne la très intéressante communication que nous venons d’entendre. Le Congrès a réuni 89 personnes dont les deux
- tiers venaient d’Europe ; il s’est terminé par une exeur sion aux Montagnes Rocheuses, au grand lac Salé, aux canons du Colorado et au Parc national. Un train spécial arrêtait les excursionnistes à chaque localité intéressante et l’on fit ainsi 2500 lieues par une voie ferrée qui s’élève jusqu’à 4300 mètres au-dessus du niveau de la mer! Avec la traversée, c’est 5500 lieues que représente toute la promenade. Les Montagnes Rocheuses sont spécialement instructives pour le paléontologiste à cause des merveilles qu’elles ont fournies particulièrement à la collection de M. Cope et à celle de M. Marsh. M. Marsh a remis à M. Gaudry des dessins représentant les bêtes fossiles les plus étranges parmi celles qu’il a découvertes, et l’Académie les a regardés avec l’attention la plus captivée. C’est d’abord le Brontosaurus ou lézard-tonnerre, de 15 mètres de longueur, qui frappe avant tout par la petitesse tout à fait disproportionnée de sa tète ; c’est ensuite YAtlantosaurus, qui ne mesure pas moins de 24 mètres de la tête à la queue : il tiendrait à peine dans toute la longueur de la salle des séances de l’Institut, et dépasse singulièrement la dimension des plus gros animaux terrestres jusqu’ici connus, comme l’Éléphant de llurfort qui est si imposant avec ses 7 mètres de hauteur, le Mastodonte qui a 4 mètres, le Mégathérium, qui a 4m,50, etc. On reste confondu devant la constitution vraiment fantastique du Stegosaurus qui a sur le dos une série de gigantesques pièces osseuses disposées à la manière d’un toit. M. Marsh en a moulé l’encéphale qui se trouve beaucoup plus petit que la moelle, d’où il faut conclure que l’animal devait être particulièrement dépourvu des facultés intellectuelles. A côté de ces fossiles qui datent de la fin des temps jurassiques, M. Albert Gaudry signale le Trice-ratops qui est crétacé et dont le crâne se prolonge en arrière sous la forme d’un énorme capuchon au-dessus des vertèbres cervicales soudées ensemble, et comme ankylosé. Ce monstre, dont la tète portait trois grandes cornes, avait les mandibules garnies d’un véritable bec d’oiseau. Enfin, dans le miocène, le Brontops devait continuer la tradition du singulier mammifère décrit naguère sous le nom expressif de Dinoceras et paraît avoir été tout aussi cornu que lui.
- Vobservatoire du Mont-Blanc. — On se rappelle qu’un peu avant l’époque des vacances, M. Janssen faisait part à l’Académie de son projet de sonder les régions les plus élevées du Mont-Blanc pour rechercher sous la neige le roc en place afin d’y asseoir les fondations de son futur observatoire. A la première idée de creuser un puits vertical partant du sommet, on a substitué celle du tunnel horizontal établi 12 mètres plus bas et partant du versant qui descend vers Chamonix. Après 23 mètres de parcours, on était toujours dans la neige. La direction première fut alors modifiée et on continua encore 23 mètres sans rencontrer le rocher jusqu’au moment où la saison trop avancée força de remettre à l’an prochain la suite de l’entreprise. M. Janssen se propose de continuer en zigzag sa galerie de recherche au-dessous de la crête de la montagne. Si la roche en place continue à se dérober, on fondera la construction sur la neige, malgré ce que cette détermination peut avoir d’extraordinaire à première vue. Il résulte en effet des expériences de l’illustre et intrépide académicien que la neige peut fournir un appui suffisamment solide. D’ailleurs des dispositions seraient prises pour lutter contre les déplacements horizontaux de l’observatoire et même contre son enfoncement, telles que l’emploi de vérins, convenablement disposés. Malgré les conditions spéciales du travail, il n’est arrivé aucun
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- accident au personnel employé ; les catastrophes de cette année ont fait exclusivement leurs victimes parmi des visiteurs attirés par le plaisir et l’intérêt du voyage. M. Janssen se plaît d’ailleurs à rendre hommage à la bonne volonté des ouvriers qui se sont réunis autour de lui et il remercie en termes très sentis les généreux donateurs grâce auxquels l’œuvre a pu être commencée, MM. Bischoflsheiin, le prince Roland Bonaparte, Rothschild et Eiffel. Dès que la saison redeviendra favorable, à partir de l’été prochain, l’auteur reprendra, suivant sa très heureuse expression, la conquête méthodique du Mont-Blanc.
- Le laboratoire Arago. — Beaucoup de journaux ont prétendu qu’un coup de vent a, pendant une récente tempête, détruit complètement le laboratoire Arago. M. de Lacaze-Duthiers annonce que, fort heureusement, il n’en est rien du tout. Le laboratoire incomparable, à la fondation et aux perfectionnements duquel il a consacré tant de soins, est établi derrière le promontoire de Frontaulé à l’abri de toutes les entreprises possibles des flots. La seule avarie survenue intéresse le mur d’un très grand vivier qu’on venait à peine de terminer et qui longe la mer ; une photographie prise pendant la tempête donne,à cet égard, un renseignement très précis. Les nombreux savants qui se proposaient d’aller cet hiver poursuivre leurs travaux au laboratoire de Banyuls, n’ont donc rien à changer à leurs projets. Ils y trouveront les moyens d’étude que nous avons antérieurement fait connaître.
- Mécanisme des mouvements chez l'homme. — Au nom de M. Demeny, M. Marev dépose de nombreuses photographies qui font saisir le mécanisme des contractions musculaires par les modifications de la forme extérieure. Par exemple, on voit que la jambe du coureur n’a pas la forme de la jambe du marcheur. La jambe qui soutient le poids du corps pendant l’appui du pied ne ressemble en rien à celle qui oscille. Ces constatations, des plus curieuses, suffisent pour nous convaincre que l’on peut faire une étude de la physiologie des mouvements de l’homme par la forme extérieure et éclairer ainsi des points délicats du mécanisme des associations musculaires.
- Varia. — Un travail sur les galets colorés des alluvions de Montfort est adressé par M. Piette. — M. Mascart a fait sur l’aberration, des remarques fort importantes. — La chronologie des roches éruptives de Jersey, occupe M. de Lapparent. — M. Blanchard présente avec beaucoup d’éloges la belle étude de M. Bapst sur les panoramas, dont les lecteurs de La Nature ont eu la primeur. '
- Stanislas Meunier.
- LES ÉCL4IRS
- REPRODUITS PAR LA PHOTOGRAPHIE
- Nous avons souvent publié des photographies d’éclairs obtenues pendant les nuits orageuses1; ce mode d’enregistrement du phénomène électrique a été très fréquemment usité depuis quelques années et a donné lieu à des observations multiples et intéressantes. Un de nos lecteurs, M. Planté, nous a adressé une nouvelle photographie de ce genre ; elle est remarquable par le nombre considérable d’éclairs jaillissant en un seul point du ciel. Cette photographie, que nous reproduisons ci-dessous, a été exécutée au bord de la mer, lors d’un violent orage, qui sévissait pendant la nuit du 26 juillet 1891, à Saint-Palais-sur-Mer, à l’embouchure de la Gironde.
- L’objectif de l’appareil photographique a été démasqué 10 minutes i Pendant ce laps de temps, l’orage était circonscrit dans l’espace éclairé par un faisceau d’éclairs qui se pro-duisaient sans discontinuer. Les décharges avaient toujours lieu entre la nuée et la mer, ainsi que l’indique la ligne de mer, que l’on devine sur l’épreuve.
- Les photographies d’éclairs, qui enregistrent les phénomènes et nous permettent de les étudier, nous montrent des détails que l’œil serait absolument impuissant à reconnaître. Nous avons déjà dit, à ce sujet, que jadis un grand nombre de météorologistes affirmaient que les éclairs en zigzags étaient rarement ramifiés; nous avons présenté à nos lecteurs des reproductions de photographies d’éclairs de ce genre, qui contredisent cette assertion et dans lesquelles les ramifications sont innombrables; ces ramifications étaient sans doute peu visibles à l’œil nu. — Nous recommandons au lecteur de comparer entre elles les différentes photographies d’éclairs qui se trouvent reproduites dans la collection de La Nature; ils y trouveront beaucoup d’intérêt, en observant l’étonnante variété d’aspect que présente le phénomène. G. T.
- 1 Yoy. n° 810, du 8 décembre 1888, p. 17.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fac-similé d’uiie photographie d’éclairs, obtenue pendant la nuit à Saint-I’alais-sur-Mer (Charente-Inférieure.) Orage du 26 juillet 1891.
- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- N0 965. — 14 NOVEMBRE 1891.
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- LES GORILLES VIVANTS A PARIS
- Dans les premiers jours d’octobre, beaucoup de Parisiens, alléchés par la vue des affiches représentant deux énormes gorilles, se rendaient à la salle des Conférences du boulevard des Capucines, pour voir ces singes anthropoïdes.
- La plupart des visiteurs éprouvaient cependant un certain désappointement, ne voyant derrière une vitrine qu’un petit paquet de poils noirs qui paraissait remuer de temps en temps. Ceux qui n’avaient pas la patience d’attendre j usqu’à ce que l’animal montrât sa tête ou se redressât un peu sur ses pattes, s’en allaient en protestant.
- Les persévérants stationnaient plus courageusement, mais ils entendaient dire par les sceptiques que l’être derrière la vitrine n’était point un gorille, mais « tout au plus un macaque ». Certains visiteurs, qui avaient dù lire quelques relations de voyages dans les Indes néerlandaises, prétendaient que « la pauvre bête rêvait à scs forêts de Bornéo »..., croyant probablement que le Gorille et l’Orang-Outang, c’est tout un. Il nous semble donc qu’il n’est pas inutile de donner, dans une Revue aussi répandue que La Nature, quelques indications précises sur le Gorille et les autres singes anthropoïdes; ces indications permettront aux curieux qui ont visité une exhibition, actuellement disparue à Paris et reportée à Nice, de n’avoir plus de doutes relatifs à l’authenticité des singes exposés.
- Les animaux que M. le directeur du Jardin zoolo-19" année. — 2e semestre.
- gique de Nice avait amenés à Paris sont bel et bien des Gorilles, seulement clés Gorilles jeunes et point
- des adultes comme les montrent les affiches. Le plus grand de ces Gorilles vint à mourir malheureusement peu de temps après son arrivée à Paris ; nous avons eu occasion de l’observer vivant et de le disséquer après sa mort, grâce à l’obligeance de M. Pouehet, professeur au Muséum. C’était un mâle, qui répondait au nom poétique de Roméo , haut de 60 à 65 centimètres, ayant sa dentition de lait au complet (avec les incisives déjà assez usées) et pouvant, par conséquent, être âgé de 2 â 3 ans. La femelle (appelée Juliette), qui a pu donner pendant un mois aux visiteurs parisiens l’idée de ce que c’est'qu’un Gorille, est un peu plus petite et probablement plus jeune que le
- mâle; elle a de 50 à 55 centimètres de taille.
- Il est très facile de distinguer un Gorille d’un Orang-Outang. On a pu faire cet te diagnose, pour ainsi dire, séance tenante â la salle des Capucines; en effet M. le directeur a eu l'idée de faire venir du Jardin de Nice un jeune Orang, qui se promenait en liberté dans la salle et se mêlait indiscrètement à la foule parisienne. Le pelage roux, la forme de la tête avec le museau très proéminent, la lèvre inférieure excessivement protraclile, les narines très petites, l’espace naso-labial très grand, les oreilles fines et petites, les bras très longs de l’Orang, le font distinguer a
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- Fig. 1. — Le petit gorille récemment exhibé à la Salle îles Conférences du boulevard des Capucines, à Paris. (D’après une photographie à la poudre-éclair, spécialement exécutée pour La Nature.)
- Fig. 2. — Le même. — Détail de la tète.
- (D’après une photographie à la poudre-éclair, spécialement exécutée pour La Nature.)
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- LÀ NAT U UE.
- coup sùr du Gorille, qui a le pelage noir ou grisâtre, le museau peu proéminent, les lèvres très peu protractiles, les narines excessivement larges, l’espace naso-labial presque nul, les oreilles assez grandes et les bras relativement courts. La différence entre le Gorille et le troisième anthropoïde, le Chimpanzé, est un peu plus difficile à saisir (nous ne parlons ici naturellement que des différences dans l’extérieur de ces animaux, que l’on peut percevoir du premier coup d’œil, sans un examen plus minutieux et sans le secours de données anatomiques). Cependant, le pelage, presque toujours moins foncé que celui du Gorille, les bras un peu plus longs, les narines moins larges, la lèvre plus protractile et surtout les énormes oreilles trahissent de suite le Chimpanzé, à part plusieurs autres caractères secondaires. Quant au quatrième singe que l’on rattache aux anthropoïdes et qui, par certains caractères, se rapproche déjà des Semnopithèques, le Gibbon, sa petite taille et ses bras démesurément longs suffisent pour le distinguer des trois autres. D’ailleurs, comme l’Orang, il habite l’Asie (Archipel asiatique et Indo-Chiné), tandis que le Gorille et le Chimpanzé sont des singes africains et il leur serait fort difficile de « rêver aux forêts de Bornéo ».
- Parmi tous les singes anthropoïdes, le Gorille est celui que l’on voit le moins facilement vivant, soit en liberté, soit en captivité. D’abord on ne le connaît que depuis 1846, époque à laquelle le missionnaire américain Wilson donna la première nouvelle de cet animal. Depuis, plusieurs voyageurs et naturalistes, surtout Du Chaillu, Mis de Compïègne, Reads, Koppenfels et Falkenstein, ont donné maints détails sur sa vie et ses mœurs, mais il reste avéré qu’aucun d’eux n’a pu observer qu’un ou deux Gorilles adultes à l’état sauvage ; ils en ont élevé quelques jeunes en captivité, en Afrique. C’est que le Gorille habite les fourrés les plus impénétrables du Gabon et il est fort difficile de le dénicher. D’ailleurs, le fait que l’on ne rencontre cet animal nulle part en dehors de l’étroite zone de forêts qui s’étend dans le Congo français, à quelque distance de la côte comprise entre le cap Saint-Jean et l’embouchure du Congo, prouve déjà qu’il est en voie de disparition. La difficulté de plus en plus grande de se procurer même par les chasseurs nègres des peaux des Gorilles adultes ne fait que confirmer cette supposition. Quant aux Gorilles vivants amenés en Europe, il n’y en a eu, en comptant ceux du Jardin de Nice, qu’un bien petit nombre, six en tout.
- Le premier des Gorilles vivants fut montré à Londres en 1860, dans la ménagerie ambulante de M. Wombwell, oùila vécujtendant sept mois. Beaucoup plus tard, en 1876, M. Falkenstein vendit moyennant 25000 francs à « l’aquarium » de Berlin, un jeune Gorille mâle, qui a véeu dans cet établissement quinze mois, après une captivité de neuf mois en Afrique. Un autre Gorille plus jeune (du moins d’après la photographie en notre possession), fut exhibé pendant quatorze mois dans le même aquarium (en
- 1883-84). A peu près à la même époque (1884), un jeune Gorille mâle fut acheté pour la ménagerie de notre Muséum d’histoire naturelle, mais malheureusement il n’a vécu que fort peu de temps, trois mois à peine.
- M. Milne-Edwards, professeur au Muséum, a donné sur lui des détails dans une Note lue à l’Académie, le 24 avril 1884 ; La Nature a reproduit cette Note en l’accompagnant d’un dessin fort réussi, fait d’après une photographie instantanée1. Ce Gorille que nous avons eu occasion de voir de près, était un peu plus grand que ceux du boulevard des Capucines. Quant à ces derniers, ils ont été amenés en Europe un mois seulement avant leur arrivée à Paris et, comme nous l’avons vu, l’un d’eux a déjà succombé à une maladie qu’il paraît avoir contractée à bord, pendant son trajet. L’autre vit encore à Nice, et son portrait, fait d’après une photographie, que nous présentons à nos lecteurs (fig. 1), le montre accroupi, les bras croisés, les mains sur les épaules, dans sa position favorite après celle d’être enroulé en boule ; la figure 2 donne une bonne idée de l’expression habituelle de physionomie de cette bête mélancolique, sauvage et un peu stupide, dont il est de plus en plus difficile de rencontrer les spécimens2. J. Dekiker.
- LA N0M0GRÀPHIE
- Sous le nom de Homographie, M. d’Oeagne, ingénieur des ponts et chaussées, vient de jeter les hases d’un nouveau corps de doctrine dont l’importance est telle, croyons-nous, qu’il ne tardera pas à constituer une branche spéciale des mathématiques appliquées au même titre que la géométrie descriptive, la stéréotomie, la statique graphique, etc. La nomographie (du grec vopo;, loi; ypcicpto, j'écris) a pour but, comme son nom l’indique, de représenter graphiquement la loi qui, dans une formule quelconque, unit les quantités quisont simultanément variables, de manière à remplacer le calcul numérique des formule» par une simple lecture.
- Toutes les personnes qui ont à faire journellement l’application des formules, souvent complexes, ayant un objet pratique, savent combien les calculs nécessaires à la détermination du résultat sont longs, fastidieux et sujets à erreurs. Aussi n’est-il pas étonnant que ces personnes — ingénieurs, géomètres, navigateurs, artilleurs, financiers, etc, — aient essayé, dans certains cas particuliers, d’abréger et de faciliter leur travail en construisant des tables graphiques, dites abaques, qui suppriment tout calcul direct. Sans parler des premiers essais de calcul graphique, qui remontent au début de ce siècle, nous citerons parmi les travaux les plus remarquables de cette nature, les abaques imaginés par M. Lalanne, inspecteur général des ponts et chaussées, dont l’application au calcul des profils des terrassements a rendu des services très appréciables au moment de l’exécution des grands travaux pu-
- 1 Yoy. n° 571, du 10 mai 1884, p. 584.
- 2 Le petit gorille dont nous venons de parler a été exhibé à Paris depuis le 4 octobre jusqu’au 4 novembre : il a été transporté à Nice où il vit encore au Jardin zoologique de cette ville. — Yoy. Notices sur le Gorille, n° 144, du 4 mai 1876, p. 209 ; et n° 219, du 11 août 1877, p. 161.
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- blics, notamment lors de l’établissement de notre réseau de chemins de fer. Plus récemment, M. Lallemand, ingénieur en chef des mines, a imaginé un nouveau système d’abaques dits, à cause de leur forme, abaques hexagonaux; ces graphiques et quelques autres, de forme particulière, sont employés couramment sous nos yeux, depuis 1884, pour l’exécution de la plupart des calculs des opérations du nivellement général de la France. Grâce à eux, la durée de certains calculs de correction a pu être réduite au dixième de celle que nécessiterait la résolution nurnéi’ique delà formule correspondante. Enfin,M. d’Oca-gne a lui-même conçu un système d’abaques dont la théorie diffère complètement de la théorie des abaques de M. La-lanne et de celle des abaques de M. Lallemand.
- En résumé, les différents auteurs qui ont cherché à substituer le calcul graphique au calcul numérique, se plaçant chacun à un point de vue spécial, ont créé un certain nombre de méthodes en apparence très dissemblables. Toutefois, en comparant ces méthodes entre elles, M. d’Oea-gne a pu mettre en relief certains traits généraux qui leur sont communs et trouver un lien qui les fait dériver toutes de certains principes fondamentaux. Il est arrivé ainsi à établir une méthode générale et unique d’où il est facile de faire découler tous les procédés particuliers de représentation graphique des équations ; c’est cette méthode qu’il expose sous le nom de Homographie, dans une brochure des plus substantielles qui vient de paraître chez Gauthier-Villars *.
- L’auteur, après avoir établi les principes fondamentaux sur lesquels repose sa Homographie, donne plusieurs exemples de traduction graphique d’équations à 3 variables. 11 montre comment les abaques de M. Lalannc, les abaques hexagonaux de M. Lallemand et les abaques, dits à points isoplèthes, de M. d’Ocagne, dérivent tout naturellement de la nouvelle méthode. 11 passe ensuite à l’extension de la méthode aux formules renfermant plus de 5 variables et donne de nouveaux exemples d’applications qui, tous sont puisés dans la pratique courante des diverses spécialités où intervient le calcul. La brochure est complétée, en outre, par huit planches gravées avec assez de soin pour que les abaques qu’elles représentent puissent se prêter eux-mèmes à des calculs pratiques.
- Le nouvel ouvrage de M. d’Ocagne contribuera dans une large mesure, nous en sommes convaincu, à généraliser l’emploi des abaques dans toutes les branches des sciences et de l’industrie. Les services considérables que ces graphiques ont déjà rendus, permettent d’affirmer que la création de la Homographie répondait à un besoin réel ; il nous semble même que cette nouvelle branche des sciences mathématiques, qui ramène au plan les faits du nombre comme la géométrie descriptive y ramène ceux de l'espace, est appelée à jouer un rôle si considérable qu’elle devrait faire partie dorénavant de tout enseignement technique.
- Nous terminerons cette courte analyse en nous associant au vœu formulé par M. d’Ocagne, qui souhaite que les auteurs ayant à faire connaître quelque formule nouvelle, produisent en même temps sa traduction graphique sous forme d’abaque, et que les recueils de formules relatifs aux différentes professions soient remplacés ou complétés par les atlas des abaques correspondants. E. Prévôt.
- 1 Homographie. Les calculs usuels effectués au moyen des abaques. Un vol. grand in-8 avec 8 planches, 1891. — Librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris.
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- LES MACHINES DYNAMOS
- S’il est des appareils qui ont particulièrement exercé l’imagination des inventeurs, ce sont assurément les lampes à arc, les commutateurs et les machines dynamos. Ces dernières surtout ont été fort nombreuses dans les années qui viennent de s’écouler.
- Il est cependant facile d’établir une classification entre les divers modèles. Toute machine dynamo comprend deux parties principales : l’induit et l’inducteur. Les divers modes d’induits à courants continus peuvent tous se rapporter à trois types bien connus d’enroulements : 1° l’enroulement Gramme; 2° l’enroulement Siemens ; 3° l’enroulement Edison.
- A coté de ceux-là, il est encore d’autres enroulements que nous devons considérer et en particulier l’enroulement Resroziers. Nous n’insisterons pas sur les détails ni sur les avantages et inconvénients de ces divers induits ; ils ont été présentés, il y a déjà quelques années aux lecteurs de La Nature.
- Pour les inducteurs, il n’en est plus de même. 11 y a à peine quelques années que les travaux des électriciens indiquaient les conditions auxquelles devaient satisfaire ces organes. Entre toutes ces conditions, nous en signalerons une en particulier : il fallait autant que possible réduire la résistance magnétique du circuit, ou résistance offerte au passage du flux de force par le fer des électros, et l’air qui se trouvait entre le fer des électros et le fer de l’anneau. On sait que le llux de force est le produit de l’intensité du champ magnétique créé, par la surface embrassée. De plus il ne faut pas oublier qu’un fil entourant une pièce de fer et étant traversé lui-même par un courant aimante cette pièce de fer en créant à l’intérieur un champ magnétique d’une certaine intensité. Si l’on prend le produit de cette intensité par la surface de la pièce de fer, on obtient le llux de force dont la considération est des plus importantes dans la construction des machines dynamos.Ces quelques notions suffisent pour montrer que dans une bonne machine dynamo, le llux de force doit avoir la valeur maxima possible. Il convient donc, pour un nombre de tours de fil donné, de choisir la nature du métal des inducteurs, d’employer du fer de perméabilité magnétique très grande, et ensuite de réduire autant (|ue possible la résistance de l’air nécessairement interposé entre les pôles inducteurs et l’induit. Cette dernière condition imposait l’obligation, pour les inducteurs, d’être rapprochés le plus possible de l’induit, en laissant juste l’espace nécessaire pour le mouvement de l’induit, et ensuite d’embrasser ce dernier sur la plus grande surface possible.
- La deuxième partie d’une machine dynamo, les inducteurs, prête, comme on le voit, à de plus nombreuses inventions que les induits. En effet,* les modèles n’ont pas manqué. Un de nos plus savants électriciens a eu l’heureuse et originale idée de réunir en un tableau les divers types d’inducteurs de machines à courants continus ; nous
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- les reproduisons dans la ligure ci-dessous. Le n° 1 représente la machine Gramme bien connue à pôles conséquents, le n° 2 la machine dynamo Edison-llopkinson. Le n° 5 nous montre la disposition de la dynamo Siemens, à induit en tambour et à inducteurs horizontaux. Cette machine porte aussi le nom d’Hefner Alteneck, l’ingénieur en chef de la maison Siemens. Dans le n° 4 nous trouvons le type Schuc-kert à induit en disque, et dans le n° 5 la forme des machines Weston à induit en tambour, des machines Rürgin à anneau et des machines Crompton, Patersoon et Coopcr. Le n° G donne l’image de la grande machine dynamo Edison de 1880 qui fut adoptée par toutes les stations centrales américaines et par la station de Milan. La figure 7 représente un troisième type de dynamo Edison à 4 ou à 8 bobines. C’est h ce type que se rapporte la machine anglaise du Vhœnir. Le n° 8 donne l’aspect d’un des premiers types de machines Gramme. MM. Biirgin et Crompton avaient autrefois imaginé une dynamo représentée par le n° 9; ce modèle est aujourd’hui abandonné. On retrouve en lui les premiers principes des machines Méritons et Jackson. Le n° 10 figure le schéma de la machine Künimer et C°, machine semblable a la dynamo Jones et au moteur Gramme. Dans le n° 11 se trouve représenté un des premiers modèles de machine Gramme à plusieurs pôles, modèle (qui a été ensuite construit avec plus ou moins de modifications par les Compagnies d’Œrlikon et YAllge-rneine Gesellschafl de Berlin. Dans toutes ces machines, se trouve un grand anneau extérieur polygonal, sur lequel viennent se raccorder suivant des rayons des bras en fer, laissant entre eux au milieu un espace annulaire dans lequel se meut la bobine induite. Le n012est un moteur imaginé par Silvanus Thomson; le n° 15 est une modification des inducteurs de la dynamo n° 9 proposée par M. Kapp pour réduire la résistance magnétique du circuit; len° 14 est une coupe du moteur bien connu Griscom. Le n° 15 est une forme nouvelle de moteur pour chemin de fer électrique construite par Thomson-Houston. Dans le n° 16 est figurée une coupe de la machine américaine Eddy et Mather. Le dessin du n° 17
- se rapporte à une dynamo Fürgerscn ; le dessin du n° 18, a une des formes les plus usitées de la dynamo Goolden et Trotter. La dynamo de la Société des Téléphones de Ziïrich est représentée dans le n° 19 ; les dynamos Guzze-Bavizza et Ironsides, dans le n° 20; et la dynamo Tyne de E. Scott et Moutain, dans le il0 21. Le n° 22 nous montre la coupe et le profil d’une dynamo Gramme type supérieur, imaginé par Kapp et imité ensuite par une série de constructeurs. Le n° 25 représente la dynamo Ilochausen, le n° 24 les dynamos Elwell Parker et Crompton, le n° 25 le type Manchester dù à llopkinson. C’est à ce dernier type qu’appartiennent les machines Brown d’Œrlikon, Mather et Platt, Sautter et Lemonnier, M. Ti-ghe, Joël, Clark-Muirhead, Blakey, Emmot, Immiseh et Sprague. Dans les dessins 26, 27, 28, 29, 50 et 51, nous trouvons respectivement les machines Lalmicyer, Thomson-Houston à induit sphérique, Wenstrôm et Andrews Eic-kemeyer, Continental dynamo, Mordey et Jones. Le n° 52 représente une forme commune à plusieurs moteurs américains, notamment aux mo-t e u r s P a 11 e n, United States rnotors, Jenney. Sylvanus Thomson avait imaginé la dynamo du n° 55, M. Fein la dynamo du n° 54. Le n° 55 donne la forme de la machine Iron clad dynamo de M. Kennedy. Enfin les machines Ilelvetia de la maison Aliotli, Elwell, Siemens à pôles intérieurs, Thury à tambour, Rester, Brush ou Schuckert-Mordey ou dynamo Victoria sont représentées par les figures des n°s 56, 57, 38, 59, 40 et 41.
- Cette énumération ne comprend que quelques-uns des principaux types de machines à courants continus déjà anciens. Sans doute parmi toutes ces dynamos, il y en a plusieurs supérieures aux autres, mais encore bien des fois les mêmes qualités sont atteintes par des moyens divers et des formes différentes, et il est souvent difficile de fixer son choix entre plusieurs modèles; la question de prix seule doit intervenir. Le court historique qui précède établit tout le chemin qu’a parcouru la machine dynamo depuis son invention ; il prouve que l’esprit des électriciens n’est pas resté inactif. J- Laffargue.
- Formes principales des inducteurs des machines dynamos électriques.
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- régions plus anciennement explorées scientifiquement, et qui ont été le siège d’empires puissants et plus civilisés qu’on ne le croit généralement. Il est donc intéressant de présenter des documents inédits sur les populations indigènes du Salvador. C’est par des études semblables qu’on pourra peut-être un
- ARCHÉOLOGIE PRÉCOLOMBIENNE
- AU SALVADOR
- L’archéologie précolombienne au Centre-Amérique est encore moins avancée qu’au Pérou et au Mexique,
- Fig. 1 à 9. — Spécimens de poteries préhistoriques du Salvador. (Dessins réduits.)
- jour éclaircir le mystérieux problème de l’origine des habitants du Nouveau-Monde.
- Les civilisations mexicaine et péruvienne ont des points communs, encore mal délimités, mais indéniables. En outre, les noms de lieux montrent une fréquente analogie sur d immenses étendues de l’Amérique tropicale. 11 y a donc eu influence réciproque soit par des invasions du nord au sud, ou
- du sud au nord, comme le prétendent seulement de rares américanistes, soit par une diffusion progressive au contact des régions interposées des arts et de la langue de l'un et l’autre empire. On ne sait trop encore quel mode a prévalu, peut-être tous deux ont-ils joué leur rôle. En tout cas le Centre-Amérique, ou cette série d’isthmes qui s’étend du Téhuantepec au Parien, a constitué une route lata-
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- lement suivie par des peuples non navigateurs dans les migrations qui n’ont pas manqué de se produire entre les deux masses continentales et ont laissé des traces profondes dans les traditions indigènes recueillies à l’époque de la conquête espagnole.
- Le Salvador, habité en partie par une population aztèque, a profondément reçu l’intluence mexicaine; mais celle du Pérou semble n’y avoir pas été négligeable; c’est ce que prouverait l’existence bien authentique des vases doubles appelés « silvadores », classiques de ce pays (fig. 7), et du buveur de « chi-cha» (fig. 2). Mais il vaut mieux poser les problèmes que les éluder et dire tout de suite que ces deux objets sont contestés en tant qu’origine salvadoré-nienne. C’est que dans ces pays on ne peut faire de fouilles vraiment scientifiques. Les Indiens s’y opposent par la force, croyant les étrangers qui s’y livrent poussés par la cupidité à la recherche de trésors imaginaires. L’analyse chimique invoquée n’a pas donné de réponse catégorique. On n’a rencontré ni l’identité absolue de composition des terres à céramique du Salvador et du Pérou, ce qui aurait fait conclure à un transport plus ou moins accidentel des objets incriminés, ni une dissimilitude suffisante pour faire accepter de piano une fabrication autochtone.
- Le vase à tribut de baume (fig. 6) est intéressant, car il donne peut-être la clef du problème précédemment posé. Ce précieux vulnéraire, extrait bien avant la conquête de l’écorce du Nyroxylon pubescens ou balsamiferum par les Indiens Nahuatls de la Costa del balsano au Salvador, était dès longtemps un important objet de tribut qu’ils payaient à leurs dominateurs toltèques et aztèques. Les Espagnols avaient bien vite appris à l’apprécier, aussi en lircnt-ils l’importation en Europe. Mais pour déjouer les convoitises des flibustiers en les trompant sur le pays d’origine, ils le transportaient au Callao, puis le faisaient arriver par Panama et Nombre de Bios, d’où le nom de Baume du Pérou sous lequel il est connu.
- Le fragment (fig. 4) attire l’attention, car le personnage représenté semble tatoué. Or cette coutume n’a peut-être pas été connue dans ces régions de l’Amérique. Aussi des savants, comme M. Hamy, n’y voient que des traits de peinture corporelle.
- La tête en relief du vase (fig. 8) paraît recouverte d’un masque en peau humaine. On sait en effet que les prêtres mexicains endossaient de pied en cap la peau des victimes et conservaient cet horrible vêtement jusqu’à ce qu’il tombât en pourriture. Cette coutume spéciale aux Aztèques aurait donc pénétré au Salvador.
- Le personnage du vase (fig. 9) est barbu, fait remarquable, les Indiens étant imberbes. Les partisans d’émigrations accidentelles d’Européens en Amérique avant Christophe Colomb (n’est-on pas remonté jusqu’aux Phéniciens?) et même saint Thomas s’en appuieront peut-être. Rappelons à ce propos Cortès mettant habilement à profit certaines tra-
- ditions vagues des prêtres de Mexico d’après lesquelles des descendants barbus des premiers fondateurs de l’empire d’Anahuac devaient revenir du pays du soleil levant. C’étaient naturellement les Espagnols.
- La facture du vase (fig. 5) rappelle des objets péruviens. Il est orné de grecques, fait intéressant qui atteste l’unité des procédés de l’industrie humaine dans les régions les plus éloignées.
- Le type de la statue en lave (fig. 5) est fréquent au Centre-Amérique. L’attitude est oratoire. On en rencontre de toutes dimensions, depuis quelques pouces jusqu’à des 7 et 8 mètres.
- Le vase polychrome (fig. 9), est de grandes dimensions, 45 centimètres de haut. Il représente quelque divinité indéterminée, de type nettement mexicain. F. de Ballore.
- TRANSPORT DES VOYAGEURS
- PAR TUBES PNEUMATIQUES
- Si l’on en croit notre confrère Iran, à qui nous laissons d’ailleurs toute la responsabilité de la nouvelle, il vient de se former à Hambourg une Société dont le but est de mettre en application et en exploitation un procédé de transport pneumatique des voyageurs, à l’instar des dépêches à trente et à cinquante centimes, connus sous le nom abrégé de tubes. On construirait tout d’abord Une ligne de 24 kilomètres entre Hambourg et Buchen, et la distance serait franchie en 11 minutes, ce qui correspond à une vitesse moyenne de 110 kilomètres par heure, en attendant mieux. Le cylindre dans lequel les voyageurs prendraient place aurait un mètre de diamètre et deux mètres de longueur ; on y logerait trois voyageurs seulement. Ce cylindre serait fermé dès que les voyageurs auraient pris place, et l’espace assez restreint dans lequel ils seraient renfermés recevrait de l’air pur emmagasiné dans un réservoir spécial. Les tubes cylindriques en fer seraient fabriqués par le procédé Mannesmann, et la vitesse maxima serait atteinte en trente secondes. On espère que le mouvement sera des plus doux, malgré l’énorme vitesse communiquée au véhicule, dont l’intérieur sera éclairé par une petite lampe à incandescence. Une fois la vitesse acquise, comm# le voyageur sera enfermé dans une capacité close, sans aucun point de repère fixe, il n’aura aucune conscience de sa vitesse, si ce n’est au moment de l’arrêt. On autoriserait le voyageur à emporter un léger bagage, mais, par contre, il lui serait absolument interdit de fumer, privation parfaitement acceptable pour un voyage d’une durée de moins d’un quart d’heure. Nous ignorons s’il sera jamais donné réellement suite à çe projet, mais il nous a paru tout au moins assez original pour être signalé à nos lecteurs. D’une façon ou d’une autre, nous avons l’intime conviction qu’avant la fin du siècle, on aura atteint, sinon dépassé, des vitesses de 200 kilomètres par heure. Toute la question est de savoir qui arrivera bon premier dans ce struggle for speed, et comment on y arrivera.
- L’OBSERVATOIRE DU MONT-BLANC
- Nous avons annoncé dans notre précédente livraison que M. Janssen avait donné communication à l’Académie des soiences du résultat des travaux exécutés cette année
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- au sommet du Mont-Blanc, pour l’étude nécessaire à l'exécution de son importante entreprise1. Nous reproduisons in extenso cet intéressant mémoire :
- Je pense que l’Académie recevra avec interet des nouvelles des travaux entrepris au Mont-Blanc en vue d'y ériger un observatoire destiné principalement à des études d’astronomie physique. Dans une Note du 27 juillet18912, j’informai l’Académie de notre projet de faire procéder près du sommet de la montagne à des travaux de sondage en vue de déterminer l’épaisseur de la croûte de neige qui recouvre la roche et de se renseigner sur l’importance des fondations nécessaires pour asseoir la construction.
- Ces travaux ont été commencés au mois d’août dernier. M. Eiffel a bien voulu s’en charger et a commis M, Imfeld, ingénieur suisse distingué, à leur exécution. On a attaqué le sommet du côté de Cha-monix à 12 mètres environ en distance verticale et on a creusé une galerie horizontale dirigée du nord vers le sud et qui a atteint 25 mètres environ de longueur (fig. 1). En ce moment le fond de la galerie correspondait à peu près au sommet du Mont-Blanc.
- On n’avait pas cessé de trouver la neige de plus en plus durcie, il est vrai, mais non constituée en glace véritable.
- Pour assurer la sécurité de nos travailleurs, nous jugeâmes prudent, M. Eiffel et moi, de faire placer à l’entrée de la galerie une cabane enfoncée dans la neige et formant tête de galerie (fig. 1 et 2). Cette cabane offre un abri aux travailleurs en cas de mauvais temps et protège le tunnel contre l’envahissement des neiges. En outre, elle nous renseignera sur les mouvements des neiges vers le sommet.
- Ces travaux occupèrent une grande partie du mois d’août. Malheureusement ils ont été contrariés par le mauvais temps. Alors M. Imfeld, rappelé chez lui par des affaires urgentes, me demanda à quitter le travail et j’en pris la direction.
- J’ai dit que, au moment où M. Imfeld quittait Cha-monix, la tête de la galerie atteignait l’aplomb de la tête est du Mont-Blanc. Cette tête est fort étroite dans la direction nord-sud, mais très allongée au contraire dans celle de l’est à l’ouest.
- 1 Voy. na 962, du 7 novembre 1891, p. 367 ; voy. aussi Ascension du Mont-Blanc par M. Janssen, n° 904, du 27 septembre 1890, p. 257.
- a Voy. n° 948, du 1er août 1891, p. 143.
- Nous avions toujours eu le projet, dès que la galerie aurait atteint la verticale du sommet, de pousser des galeries latérales dans le sens de l’arête allongée qui forme la tête du Mont-Blanc, c’est-à-dire de l’est à l’ouest. C’est dans cette direction, en effet, qu’on a le plus de chances de trouver les têtes des rochers, s’il en existe, qui s’élèvent jusqu’à la faible distance de 12 mètres de la surface.
- La nouvelle galerie que je fis creuser fut donc dirigée de l’est à l’ouest avec inclinaison vers le côté qui regarde l’Italie, côté où se montrent les roches les plus voisines de la cime. Elle a 25 mètres de longueur comme la première et les deux réunies offrent un parcours total de 46 mètres. Ces galeries n’ont rencontré aucune roche sur leur parcours. Ce résultat n’a rien qui doive surprendre si on réfléchit que la tête du Mont-Blanc a une centaine de mètres de longueur et qu’une galerie de 1 mètre de large a bien des chances de passer entre deux aiguilles C
- En outre il est fort possible que la croûte glacée qui recouvre le paquet d’aiguilles formant suivant toutes les probabilités la tête du Mont-Blanc, ait plus de 12 mètres d’épaisseur. Aussi tout en poursuivant cette recherche des rochers au sommet , recherche qui devra être continuée, ai-je songé en même temps à une solution de la question dans des conditions toutes nouvelles. Je ne regarde pas en effet l’établissement d’une construction assise sur la neige dure et permanente qui forme la cime du Mont-Blanc, comme impossible. Mais il est évident qu’une construction faite dans des conditions si nouvelles doit pouvoir satisfaire à des exigences toutes spéciales. Il faut tout d’abord prévoir des mouvements dans la croûte glacée qui forme le sommet, mouvements qui peuvent se produire soit dans le sens vertical, soit dans les sens latéraux.
- 1 J’ai fait prendre de distance en distance, dans la galerie, des échantillons de neige qu’on a placés dans des flacons et dont le contenu sera examiné au point de vue de la nature des poussières minérales qu’ils pourraient contenir.
- Un phénomène intéressant d’acoustique s’est manifesté dans ces galeries. La voix s’y éteint très rapidement avec la distance : à 20 mètres, nos travailleurs avaient beaucoup de peine à se parler. D’un autre côté, on a constaté que le son traverse très facilement d’assez grandes épaisseurs de cette neige compacte ; ainsi pendant qu’on érigeait l’édicule au sommet, les ouvriers entendaient distinctement les coups de pic des travailleurs de I la galerie, située à 12 mètres de profondeur sous leurs pieds.
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- Fig. 1. —La galerie d’exploration au sommet du Mont-Blanc creusée à 4796 mètres d’altitude et détails de la cabane construite à l’entrée du tunnel. (D’après un dessin communiqué à La Nature par M. G. Eiffel.)
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- La construction qui sera place'e dans ces conditions devra donc être munie d’organes spéciaux qui lui permettront des déplacements rectificateurs destinés à lui faire reprendre sa position primitive et normale si elle venait à en être écartée. J’ai déjà étudié la question, et sans entrer ici dans les détails, je dirai que je me suis assuré, par des études sur la résistance de la neige durcie, que des plans rigides placés sous la construction et sur lesquels s’appuieraient des vis formant vérins, offriraient une résistance allant au delà de 5000 kilogrammes par mètre carré, résistance beaucoup plus grande qu’il n’est nécessaire pour relever une construction de ce genre.
- L’édifice relevé, on foulerait de la neige dans le vide produit, on relèverait les vérins et on scrajt prêt pour une nouvelle opération. Par des moyens analogues on pourrait obtenir des mouvements latéraux en faisant, bien entendu, une tranchée dans la neige du côté vers lequel on voudrait se déplacer. Il est évident qu’une construction de ce genre doit avoir toutes ses parties liées de manière qu’elle puisse subir sans danger pour elle-même ces déplacements d’ensemble nécessaires à prévoir ici; en outre, et pour lui permettre de résister aux vents si violents qui régnent quelquefois au sommet du Mont-Blanc, il serait indispensable de l’enfouir profondément dans la croûte glacée. On obtiendrait ce résultat en lui donnant deux étages dont l’inférieur et même une partie du supérieur, seraient placés sous le niveau de la neige. Les pièces en sous-sol, éclairées par des dalles de verre, servi-
- raient de dortoirs, de magasins, etc. Munies de doubles parois, elles seraient très habitables et beaucoup moins exposées que les pièces du haut, à l’action des intempéries. Telles sont les lignes générales du projet que je propose. Pour marcher de suite
- dans la voie que je viens d’indiquer, j’ai voulu ériger dès cette année, au som-met du Mont-Blanc, un édicule destiné à passer l’hiver et à nous renseigner sur les mouvements avec lesquels nous aurions à compter. Mais la saison était déjà avancée et ’avis général étaitque l’époque des travaux au sommet était passée.
- Cependant, en exposant l’intérêt de cette petite entreprise à mes travailleurs, je les déterminais à la tenter. Nous fîmes rapidement la petite cabane et
- heureusement favorisés par un beau temps d’arrière-saison, l’édicule put êlre érigé (fig. 3). Il est muni, aux arêtes latérales, de madriers se prolongeant dans la neige et reliés à un fort cadre de planches épaisses sur lequel on a foulé la neige afin d’intéresser un fort bloc glacé à sa stabilité. Avant mon départ de Chamo-nix, Pédicule était en place depuis une vingtaine de jours et rien n’indiquait qu’il eût subi un déplacement sensible. Je me suis arrangé pour recevoir de temps en temps de ses nouvelles.
- L’année prochaine je compte placer au sommet une construction plus importante et avec laquelle on pourra déjà, je l’espère, se rendre compte des éléments du problème et commencer les observations.
- Je tiens à constater ici que ces travaux n’ont coûté heureusemenent la vie à personne et que nos tra-
- Fig. 2. — Cabane construite à l’entrée de la galerie d’exploration du Mont-Blanc. (D’après un dessin communiqué à La Nature par M. G. Eiffel.)
- Fig. 3. — Edicule de bois construit au sommet du Mont-Blanc, 4811 mètres d’altitude.
- (D’apres un dessin communiqué à La Nature par M. Janssen.)
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- Fig. 4. — Vue du Mont-Blanc; d'après une photographie exécutée au sommet du Brévent à 11 ^kilomètres de distance, par M. Tairraz, de Ghnève, sous la direction et avec l'appareil de M. Jaussen. — 1. Place de l’édicule de M. Janssen au sommet du Mont-Blanc. — 2. Rochers des Petits-Mulets. — 3. Grand-Rocher-Rouge. — 4. Régions avoisinant l’observatoire de M. Vallot (les Bosses). — 5. Auberge des Grands-Mulets (50a0 mètres). — 6. Glacier laisaut lace au nouvel abri construit par le Club A Ipin français près de l’auhergerie des Grands-Mulets.
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- vaillcurs sont tous en bonne santé. Il y a eu malheureusement a déplorer une mort bien regrettable, celle du médecin Jacottet, si aimé à Chamonix et plein d’avenir. M. Jacottet avait demandé à M. Imfeld à l’accompagner dans une de ses ascensions, désirant vivement aller au sommet qu’il voulait voir depuis longtemps. C’est Là qu’il contracta, paraît-il, la maladie qui l’a emporté d’une manière foudroyante. Il n’était pas attaché à l’expédition.
- En terminant, je tiens à remercier M. Eiffel, le grand ingénieur, de son généreux concours ainsi que ceux qui ont été sous ses ordres ; aussi M. Yallot qui a voulu mettre son clialet-observatoire des Bosses à la disposition de nos travailleurs ; et enfin ces travailleurs eux-mêmes, parmi lesquels j’aime à distinguer M. Frédéric Payot, de leur courageuse persévérance. J. Janssen, de l’Institut.
- Nous joignons au Mémoire que l’on vient de lire quelques gravures qui en forment le complément. Nous devons à l’obligeance de M. Eiffel la communication des dessins reproduits en réduction (fig. 1 et 2) : ils font partie d’un important dossier de toute une étude spéciale du Mont-Blanc. La figure 5 montre l’aspect de la cabane construite par M. Janssen au sommet du géant des Alpes, et donne la disposition de sa construction ; notre grande gravure (fig. 4) est la reproduction en fac-similé d’une magnifique photographie qui montre l’aspect du Mont-Blanc depuis la cabane des Grands-Mulets jusqu’au sommet, et qui nous a été communiquée par M. Janssen.
- LES MATHÉMATIQUES AU SEIZIÈME SIÈCLE
- Le seizième siècle, cette grande époque d’émancipation intellectuelle, avait été admirablement préparé par l’invention de l’imprimerie, ce merveilleux véhicule de la pensée humaine qui allait propager par le monde les œuvres des maîtres.
- Les mathématiques, comme les lettres et les arts, se retrempèrent d’abord aux sources pures de l’antiquité. Rejetant les mauvaises traductions latines, versions de seconde main faites sur l’arabe, dont s’était nourri le moyen âge, les géomètres rivalisèrent de zèle pour apprendre la langue grecque, afin de “pouvoir lire dans le texte original les œuvres d’Euclide, d’Archimède, de Ptolémée ou de Diophante. La plupart des ouvrages publiés à cette époque ne sont le plus souvent que des traductions des auteurs grecs.
- « Il s’agissait alors seulement, dit Montucla, de dégrossir les esprits et de leur faire goûter une science presque inconnue jusqu’alors. Cela ne pouvait se faire tout à coup, et l’esprit humain, semblable à un estomac faible que fatiguerait une nourriture trop solide, avait besoin d’être amené par degré à des considérations d’un ordre plus relevé. »
- Une des premières traductions latines d’Euclide se trouve dans la Margarita philosophica, de G. Reisch, prieur de la Chartreuse de Fribourg, ou-
- vrage latin imprimé en caractères gothiques (Heidelberg, 1496). C’est une sorte d’encyclopédie des sciences au commencement du seizième siècle, qui témoigne des connaissances très étendues de Fauteur. Chacune des sciences <jui y sont traitées est ornée de naïves gravures très curieuses, ainsi que nos lecteurs peuvent en juger par celle qui accompagne notre étude et qui sert de frontispice à la géométrie (p. 580).
- Memmius, noble de Venise, a fait une traduction des œuvres d’Apollonius qui fut publiée après sa mort, par les soins de son. fils (1557). On y trouve un exemple de l’ignorance de l’éditeur. On y voit, à côté des figures, des calculs algébriques qui n’ont aucun rapport avec le sujet traité. Memmius s’était sans doute servi du blanc de ses papiers pour y faire des calculs, et son fils, croyant qu’ils appartenaient à la traduction, les y avait joints !
- Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps à ces copies des œuvres des anciens; nous avons hâte de parler des travaux plus importants et de savants qui ont vraiment fait progresser les mathématiques.
- Ces sciences furent d’abord cultivées en France avec moins de succès qu’en Italie, et si François ïpr allait chercher au delà des Alpes des architectes, des peintres et des sculpteurs pour construire et orner les magnifiques châteaux de Chambord et de Che-nonceaux, il eût pu aussi.y demander, pour ses collèges, des algébristes qui étaient certainement les premiers mathématiciens de l’Europe.
- L’algèbre n’était pas alors ce qu’elle est aujourd’hui : une science n’employant que des lettres, des signes ou symboles qui tous ont une signification bien définie et qui sont les caractères d’une la figue très claire, en même temps que très précise, que les initiés comprennent aussi aisément que leur langue maternelle.
- L’inconnue s’appelait alors la chose (res, cosa), ce qui fit donner pendant quelque temps à l’algèbre le nom d'art de la chose, et on la représentait souvent par R/. Le carré de l’inconnue s’appelait cen-s us ©.On ne connaissait pas les signes -h et = ; on les représentait par les initiales de ces mots. Quant au signe —, on évitait de l’employer, car la théorie si féconde des quantités négatives n’était pas encore connue.
- Dans les équations, les coefficients de l’inconnue étaient toujours des chiffres qui, naturellement, se combinaient entre eux pendant la série des opérations et dont on ne retrouvait plus trace dans le résultat final.
- « On conçoit, dit M. Chasles dans son Histoire des méthodes géométriques, que cet état restreint d’imperfection ne constituait pas la science algébrique de nos jours, dont la puissance réside dans ces combinaisons de signes eux-mêmes, qui suppléent aux raisonnements d’intuition et conduisent par une voie mystérieuse aux résultats cherchés. »
- Tartaglia Nicolo joua un rôle illustre parmi les mathématiciens d’Italie. Né à Brescia, en 1500, il fut
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- affreusement mutilé à l’âge de douze ans, lors de la prise de sa ville natale, par Gaston de Foix. Son crâne fut brisé en trois endroits et le cerveau laissé à découvert; il reçut à travers la figure un coup qui lui fendit les deux mâchoires ; il ne pouvait ni parler ni manger. 11 guérit néanmoins et resta bègue (d’où son surnom de Tartaglia). Il fut k lui-même son maître et dès qu’il sut lire et écrire il s’adonna k l’étude des géomètres anciens. A trente-cinq ans il professait les mathématiques à Venise. C’est là qu’il accepta un défi que lui avait porté Fiori ; il s’agissait de résoudre trente questions qui toutes se ramenaient k un cas particulier des équations cubiques. Tartaglia les résolut en moins de deux heures. Pour célébrer son triomphe, il composa des vers mnémotechniques qui contiennent la solution du cas indiqué. C’est k lui aussi que l’on doit l’ingénieuse formule qui permet de trouver directement l’aire d’un triangle dont on connaît les trois côtés.
- Cardan Jérôme, qui naquit k Paris le 24 septembre 4 501 de parents italiens, fut un des hommes les plus extraordinaires de son temps. A vingt-deux ans, venant k peine de terminer ses études à l’Université de Pavic, il y enseigna publiquement Eu-clide. Il professa aussi la médecine, voyagea en Ecosse, en Allemagne et dans les Pays-Bas et revint se fixer k Rome où il fut pensionnaire du pape Grégoire XIII, et où il mourut en 1576. Scaliger et de Thou prétendent qu’ayant fixé, d’après des calculs astrologiques, le jour de sa mort, il se laissa mourir de faim pour que l’événement justifiât ses prévisions 1.
- Ce fut la dernière excentricité de ce mathématicien qui croyait fermement k l’astrologie et qui avait des visions; il était averti en songe de tout ce qui devait lui arriver. Son costume, sa démarche, se ressentaient de ce caractère bizarre; il se promenait tantôt en haillons, tantôt splendidement vêtu, courait les rues pendant la nuit et le lendemain se faisait traîner dans un carrosse k trois roues. Et pourtant il publia un traité de mathématiques, Ars magna, qui est remarquable pour l’époque. C’est k propos de la publication de cet ouvrage qu’il eut avec Tartaglia des démêlés dont nous devons dire quelques mots, parce qu’ils nous offrent un curieux tableau des mœurs du monde savant au seizième siècle.
- Tartaglia, nous l’avons dit, avait trouvé la solution des équations cubiques. Cardan employa auprès de ce savant tous les moyens de séduction en son pouvoir pour obtenir communication de la fameuse découverte. « Je vous jure sur les Saints Évangiles, lui disait-il, que si vous m’enseignez vos découvertes, non seulement je ne les publierai jamais, mais encore je les noterai pour moi en chiffres, de façon
- 1 A un de ses voyages en Angleterre, il fit l’horoscope du roi Édouard VI à qui il prédit une longue vie. Malheureusement le roi mourut l’année suivante. Habitué à de telles mésaventures, Cardan ne se troubla pas, revit ses calculs, rectifia quelques chiffres et il se trouva que le roi était mort suivant toutes les règles de l’astrologie.
- qu’après ma mort personne ne pourra le comprendre. »
- Tartaglia, confiant dans la bonne foi de Cardan, lui communiqua ses Règles résumées en vingt-sept vers mnémotechniques, composés de trois strophes de neuf vers chacune. Cardan, aidé de son élève Ferrari, parvint k donner de l’extension aux règles qui lui avaient été communiquées, résolut de même les équations du quatrième degré et publia le tout dans Y Ars magna.
- Tartaglia, irrité du manque de parole de l’algé-briste astrologue, entra dans une violente colère. Il envoya à son ennemi, suivant la mode du temps, différents cartels et, dans l’un d’eux, il s’emportait jusqu’à le menacer, lui et son élève « de leur laver « la tête ensemble et d’un même coup, ce que ne « pourrait faire aucun barbier d’Italie ».
- Fig. 1. — Le maître et l’élève.
- (Gravure extraite de la Margarita philosophica.)
- Cardan accepta enfin d’assister k un débat contradictoire. Le rendez-vous était fixé au 10 août 1548 dans une église de Milan. Cardan n’y vint pas et envoya son élève Ferrari. Celui-ci soutint seul la lutte qui eût tourné à l’avantage de Tartaglia si l’attitude hostile des amis de Cardan ne l’avait décidé à quitter Milan par un chemin détourné.
- « Ces joutes mathématiques, dit M. Y. Sardou, ces cartels proclamés par les hérauts et les trompettes k grands renforts de paroles pompeuses et d’éloges ampoulés, convenaient plutôt à des charlatans qu’a de véritables savants; mais ce charlatanisme était alors k la mode; une découverte était alors le secret de son inventeur et l’on exploitait une méthode de calcul, comme une recette nouvelle de poudre médicinale. »
- Nous ne partageons pas entièrement l’avis de M. Victorien Sardou. Nous voyons un exemple de l’activité intellectuelle, et nous trouvons une preuve
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- de l’importance qu’on attachait aux découvertes algébriques, dans ces luttes scientifiques auxquelles s’intéressaient toutes les classes de la société, comme autrefois dans l’ancienne Grèce on applaudissait aux défis des poètes et aux combats des athlètes.
- Mais nous avons assez parlé, — trop peut-être — des mathématiciens italiens. Passons les Alpes et venons retrouver a Paris Pierre la Ramée (plus connu sous le nom latinisé de Bamus) qui occupe au collège Saint-Gervais une chaire de mathématiques qu’il a fondée et qui fut plus tard illustrée par Roberval. Ramus était né en 1515 à Cutry, petit village du Ver-mandois. Simple domestique au collège de Navarre, il trouva le temps d’étudier tout seul. 11 eut l’audace à vingt et un ans de soutenir en pleine Sorbonne, qui ne jurait que par Aristote, que tout ce que le philosophe d'e Stagyre avait dit n’était que fausseté. Etchoseplus étrange encore, il parvint à convaincre ses juges qui se trouvèrent forcés de conférer le grade de maître ès arts au hardi novateur.
- En professant la philosophie, il continua à combattre Aristote. LaSorbonne s’émut et il fut déféré à un tribunal qui le déclara « téméraire, arrogant et impudent, pour avoir osé condamner le train et art de logique reçu de toutes les nations ». Il lui fut fait défense d’écrire et d’enseigner contrairement à la doctrine d’Aristote « sous peine de punition corporelle ».
- Il traduisit Enclitle, et scs Scholæ mathematicæ, en trente et un livres, servirent longtemps de guide pour l’enseignement des mathématiques.
- Un savant d’un mérite bien supérieur aux mathématiciens dont nous venons de parler, ce fut Viète qui exposa pour la première fois une des théories les plus profondes et les plus abstraites que l’esprit humain ait jamais inventées.
- Né en 1540, dans le Poitou, il fut en 1580 nommé maître des requêtes à Paris. Son temps est alors partagé entre les devoirs de sa charge et l’étude des mathématiques.
- Viète était doué d’une puissance de travail extraordinaire. De Thon, son historien, rapporte qu’il passait quelquefois trois jours dans son cabinet, ne prenant de nourriture et de repos que ce qui lui était absolument nécessaire, sans quitter pour cela ni son fauteuil ni son bureau. Il fut chargé par Henri IV de déchiffrer des dépêches que la Cour de Madrid
- envoyait au gouverneur des Pays-Bas. Il s’acquitta très bien de cette tache difficile, si bien même que les Espagnols crièrent à la sorcellerie. Il résolut aussi en quelques instants et en présence de Henri IV un problème proposé par Adrien Romain à tous les • mathématiciens du monde. Il s’agissait d’un problème fait à plaisir : d’une équation du 45e degré. Le grand analyste démontra que l’équation se ramenait à la division d’un arc en quarante-cinq parties.
- Ce fut lui qui, le premier, représenta dans les équations, toutes les quantités par des lettres, sur lesquelles on fit toutes les opérations qu’on était habitué à faire sur les nombres.
- Viète publia des tables trigonométriques dans lesquelles il énonça, pour la première fois, la loi suivant laquelle croissent les sinus des arcs multiples ou sous-multiples. Il serait trop long d’énumérer tous ses travaux.
- Par ses savants travaux d’analyse, le créateur de l’algèbre moderne prépara la voie que devaient parcourir à pas de géant et dans laquelle devaient s’illustrer Descartes, Fermât, Pascal, Leibniz et enfin Newton, le plus grand génie du dix-septième siècle.
- V. Riîandicoup.t.
- Fig. 2. — Frontispice de la géométrie dans la Margarita pliilosophica.
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- BAROMETRES A AIR ANCIENS ET MODERNES
- Le premier instrument que nous allons décrire est bien simple; tout le monde en a entendu parler et en connaît le principe; l’exemplaire que nous avons sous les yeux (fîg. 1), et qui appartient à M. G. Tissandier, est fort curieux par la forme et F âge que révèlent ses particularités. C’est un baromètre, si l’on peut s’exprimer ainsi, car il n’a jamais servi à mesurer une pression atmosphérique; il n’était consulté que pour connaître le temps qu’il allait faire.
- Ainsi qu’on le voit dans la ligure, l’appareil est une sorte de bouteille, analogue à celles dans lesquelles boivent les serins en cage, mais avec un tube ouvert recourbé vers le haut, et portant une série de saillies figurant une graduation. Les personnes qui élèvent des oiseaux ont sans doute remarqué que, lorsque la bouteille déborde, le temps se met à la pluie; lorsque, au contraire, le temps redevient beau, l’air rentre dans la bouteille. Quelque chose d’analogue, par un mécanisme évident, se passe pour notre baromètre, qui baisse et monte lorsque le temps change. Malheureusement, les mêmes mouvements se produisent lorsque la température se modifie, et se superposent aux premiers, laissant ainsi l’observateur dans l’embarras, s’il n’a pas eu le soin de soustraire l’instrument aux variations de la température.
- Ce naïf appareil, issu d’une science encore dans l’enfance, est cependant susceptible de perfectionnements; il peut donner des indications parfaitement utilisables, si l’on supprime les mouvements dus à la température ; et, sous cette forme, il est encore utilisé dans les campagnes, où la simplicité de sa construction le met a la portée de tous.
- Faisons passer, au travers d’un bouchon, un tube
- de verre étroit, de 1 mètre de longueur environ; fixons le bouchon sur une bouteille, de telle sorte (pie le tube vienne jusqu’au fond, et cachelons-le soigneusement. Aspirons ensuite l’air à l’extrémité du tube et plongeons rapidement son extrémité dans l’eau(fig.2). La bouteille se remplira en partie, et le tout sera, en principe, identique à notre baromètre; mais ce nouvel appareil en diffère, en pratique, en ce qu’il peut être enterré de telle sorte que le tube n’émerge que de la partie utile. Les variations diurnes de la température seront négligeables, et les déplacements de la surface de l’eau dans le tube seront dus aux variations de la pression atmosphérique; on remontera ainsi à coup sûr de l’effet à la cause.
- Un principe identique, singulièrement perfectionné, est employé dans l’appareil de MM. Richard frères, décrit dernièrement ici même, appareil qui permet, paraît-il, d’enregistrer des variations très faibles1 de la pression extérieure. Ce principe est, du resfe,
- très fécond ; en le mo difiant encore un peu, un physicien allemand, M. Melde, et un savant anglais, M. Blakesley, en ont fait un baromètre transportable, que ce dernier a nommé am-phisboena, d’après le nom grec de ses propriétés. 11 consiste en un tube de verre de 1 à 2 millimètres de diamètre intérieur, fermé à une extrémité, et dans lequel on introduit une colonne de mercure de 50 centimètres environ, qui enferme une certaine quantité d’air dans le tube. Celui-ci est fixé sur une planchette divisée, que l’on suspend successivement dans deux positions inverses, de manière à placer l’ouverture du tube une fois en haut, une fois en bas (fig. 2, A et B). Dans le premier cas, la pression de la colonne de mercure s’ajoute a
- 1 Yoy. n°915, du 29 novembre 1890, p. 411.
- Fig. 2. — Baromètre à air confectionné avec un tube et une bouteille. A et B. Baromètre à air de construction moderne.
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- LA NATURE.
- celle de l’atmosphère; la seconde fois, elle s’en retranche. Par un calcul élémentaire, on déduit, des deux positions de la colonne, d’abord la pression atmosphérique, ensuite, si l’on veut, la température de l’instrument l. On évite, du reste, tout calcul, par l’emploi d’une table. Il est clair qu’il est avantageux de terminer le tube par une boule, dont on détermine préalablement le volume par un jaugeage au mercure; l’extrémité ouverte est légèrement rétrécie à la lampe. L’instrument est d’autant plus précis que la colonne de mercure est plus longue; mais on ne peut guère dépasser 60 centimètres.
- Pour finir, une nouvelle à la main. On connaît un peu en France ces pâtés aux fruits d’origine britannique, dans lesquels on introduit une tasse renversée, qui a pour mission d’aspirer et de retenir le jus, pour conserver à la pâte plus de fermeté. Un élève d’une école anglaise, auquel on demandait d’en expliquer le fonctionnement, détailla fort bien la dilatation de l’air, son remplacement par des vapeurs, puis la condensation par le refroidissement, et l’ascension du liquide par l’effet de la pression extérieure. Puis il ajouta en terminant : « Il faut remarquer, du reste, que cet appareil cesse de fonctionner lorsque le jus atteint une hauteur de 55 pieds environ. » Ch.-Ed. Guillaume.
- LE SYSTÈME MÉTRIQUE
- DANS LE PAYS DU SYSTÈME MÉTRIQUE
- Bien que le système métrique soit légal en France depuis près d’un siècle, il ne s’ensuit pas que son emploi soit général, et les exceptions que nous pourrions citer sont nombreuses. La question est remise à l’ordre du jour, dans le nord de la France, par un document adressé au préfet du département du Nord par M. Chaudron, vérificateur du bureau de Lille du service des poids et mesures. Bans ce document, que reproduit notre confrère le Moniteur industriel, on voit que la bière y est encore vendue en rondelles et en demi-rondelles, mesures anciennes de capacité, très variables selon les localités et légalement interdites dans les annonces et registres du commerce. Aujourd’hui encore, ces mesures varient selon les localités, selon les maisons d’une même localité, et comportent même des différences sensibles dans une même maison. A Lille, la capacité de la rondelle varie entre 157 et 166 litres, la demi-rondelle varie, dans le département, entre 68 et 80 litres. Inutile d’insister sur les contestations amenées par un semblable état de choses, les brasseurs se retranchant derrière cet invariable argument qu’ils vendent leur bière par rondelles et demi-rondelles,
- 1 En désignant par H la hauteur barométrique, par l la longueur de la colonne, par c une constante (lorsque la température ne varie pas), le volume du gaz enfermé à l’extrémité
- du tube sera, dans un cas, Y^ jjqrp dans l’autre cas,
- Q
- Ya = j-—- V4 et V2 sont lus sur la planchette. On en tire : V 4- Y
- H — /—!----2. En remplaçant c par V0 (1 + ut), l’une des
- m —
- équations précédentes servira à calculer t.
- sans garantie de contenance, et non à la mesure. Pour faire disparaître ces contestations et ces usages surannés, M. le vérificateur Chaudron propose de faire appliquer la loi du 4 juillet 1857 qui interdit toutes dénominations illégales des poids et mesures dans les registres de commerce, et d’étendre cette interdiction aux factures. 11 ne faut pas songer à marquer les tonneaux dont la capacité varie, à cause du retrait des douves chaque fois qu’ils restent vides dans un endroit sec.
- Notre confrère trouve cette proposition insuffisante, et réclame, avec raison, Y interdiction absolue de toute mesure et même de toute dénomination de mesure n’appartenant pas au système légal, car, dans la matière, toute tolérance appelle l’abus. Il trouve exorbitant qu’en 1891, dans le pays d’origine du système métrique, on ne soit pas encore débarrassé des rondelles, boisseaux, setiers, chopines, livres, et même, comme il a pu le constater il y a moins de deux ans, dans une étude de notaire, des arpents !
- Nous craignons cependant que le vœu de notre confrère ne reste purement platonique. Ne nous a-t-il pas montré que, dans un vote récent de la Chambre des députés, on avait imposé les verres à vitres dont la surface est supérieure à 50 centimètres de côté, tandis qu’il s’agissait, en toute évidence, de vitres dont les dimensions hauteur et largeur, dépassaient 50 centimètres?
- Mais, sans aller aussi loin, l’imprimerie nationale et tous les documents officiels ne s’ohstinent-ils pas à écrire les nombres entiers suivis d’une fraction décimale en mettant des virgules pour séparer les nombres entiers, et un blanc pour séparer la partie entière de la partie décimale? Lorsque l’administration aura réformé son arithmétique, on pourra peut-être, mais seulement alors, lui demander de s’élever dans ses réformes jusqu’au niveau du système métrique. Ce ne sera pas demain....
- E. Hospitalier.
- CHRONIQUE
- £<e sable artificiel. — On a pu réaliser des économies importantes en se servant de sable artificiel dans quelques travaux de fortification. Les détails suivants montrent que depuis plusieurs années déjà cet avantage a été obtenu dans les travaux de la place de Nice. Lors de la construction du fort du Barbonnet, en 1883, le gisement de sable le plus voisin était à 11 kilomètres du chantier et à 500 mètres en dessous. Dans ces conditions, il eût fallu compter sur un prix d’environ 14 francs le mètre cube. L’emploi du sable broyé a permis d’inscrire au bordereau le prix de 4 francs. L’appareil employé par l’entrepreneur était du système Yapartl, et la pierre, de couleur bleu noirâtre et très dure, provenait des déblais du fort. Il en fallait lm%44 pour fournir 1 mètre cube de sable, avec une consommation d’environ 50 kilogrammes de houille. Quelques années après, on obtint le sable au même prix, lors de la construction du Mont-Chauve ; la pierre était de nature calcaire et le broyeur du système Loiseau. Le sable ainsi produit était moins cher que la terre qu’il eût fallu aller chercher au pied de la montagne, de sorte qu’on s’en est servi avec avantage pour former les remblais des parapets.
- 1 Dans ce système, un arbre vertical, portant des plateaux étagés, est animé d’une vitesse de rotation de 300 à 400 tours par minute. La pierre arrivant sur le plateau supérieur est violemment lancee contre la paroi, d’où elle retombe par une trémie sur le plateau suivant, et ainsi de suite.
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- LA NATURE.
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- L‘éclairage électrique des omnilms A Londres. — Les rues de la grande cité londonienne sont sillonnées par une quantité d’omnibus, beaucoup plus petits d’ailleurs que nos omnibus parisiens, et appartenant à plusieurs compagnies rivales. La plupart, pour ne pas dire l’universalité de ces omnibus, ont été jusqu’à présent éclairés au moyen de lampes à l’huile; et, par une bizarrerie assez singulière, toutes ces lampes sont fournies et entretenues, d’après un contrat général avec toutes les compagnies d’omnibus, par une seule entreprise, qui a en main cette affaire depuis bien des années. 11 y a quelque temps, cette entreprise résolut d’expérimenter la lumière électrique pour l'éclairage des véhicules de la métropole, et, dans ce but, on disposa des accumulateurs et des lampes à incandescence dans soixante omnibus. Il paraît que les résultats ont été satisfaisants, et l’on étendra sans doute le système à un plus grand nombre de voitures. C’est assurément un résultat fort désirable pour Jes Anglais qui ont l’habitude de lire partout et toujours leurs journaux. D’après eux, jusqu’à présent les lampes à huile n’avaient qu’un pouvoir éclairant très minime, les cahots du véhicule rendant la lumière encore plus insuffisante. D’ailleurs il n’y avait par voiture qu’une seule lampe suffisant seulement, comme disent nos confrères de la presse anglaise, à rendre l'obscurité visible. Il est évident que les lampes à incandescence auront du moins l’avantage de ne pas être soumises aux cahots. En outre, on en disposerait probablement deux dans chaque omnibus, une à chacune des extrémités. Nous attendons impatiemment qu’on en fasse autant à Paris.
- Le transport du bétail par mer. — Le steamer Loch Lomond, qui est arrivé à Dundee le samedi 23 août avec une cargaison de 600 bœufs venant de Montréal (Canada), avait fait la traversée par un temps épouvantable, et samedi soir un ouragan régnait encore sur la côte. Il fut impossible d’approcher du bétail pendant deux jours, et la tempête calmée, on constata que 67 de ces animaux étaient, soit morts, soit tellement épuisés, qu’il fallut les abattre et les jeter à la mer. Le déchargement des autres animaux offrit, dit le Mark-Lane-Express, une scène horrible. 11 n’y avait pas un seul animal qui n’eût quelque blessure, et quantité de bouchers furent occupés pendant plusieurs heures à abattre ces bœufs sur le navire et sur le quai.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 nov. 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- Nouveaux composés du bore. — Grâce au triiodure de bore qu’il a récemment découvert, M. Moissan parvient à préparer toute une série de composés non soupçonnés jusqu’ici. Sous l’influence du phosphore, le triiodure donne lieu à une réaction si énergique qu’elle s’accompagne d’un dégagement de lumière; mais si le phosphore intervient en solution sulfo-carbonée, il se fait à froid un phospho-iodure parfaitement cristallisé de couleur brune et dont la composition est représentée par la formule PhBo I2. Ce corps soumis aux agents réducteurs et particulièrement aux métaux tels que le sodium ou l’aluminium devient rouge en perdant la moitié de son iode et cristallise avec la composition PhBoI2. Enfin, ce dernier phospho-iodure, chauffé dans l’hydrogène, devient un simple phosphure de bore PliBo qui, à une température très élevée, toujours dans le gaz réducteur, devient Ph5Bos. L’infatigable chimiste poursuit l’exploration de la voie qu’il vient ainsi d’ouvrir.
- Déperdition de la lumière par les corps phosphorescents. — Reprenant qn sujet d’étude déjà si fructueusement poursuivi par son illustre père, M. Henri Becquerel montre qu’aucune des formules proposées pour exprimer la vitesse de déperdition de lumière par les corps phosphorescents, n’est satisfaisante dans tous les cas. En représentant l’intensité lumineuse par i et le temps par t, l’expression
- 1
- 1 (a-j-bt)3'
- où a et b sont des constantes, rend bien compte du phénomène pour toute une catégorie de substances dont le sulfure de baryum à lueur bleue peut èlre considéré comme le type. Toutefois, d’autres corps, et le sulfure de calciumavec traces de bismuth est dans ce cas, donnent des résultats que la formule ne représente pas. M. Henri Becquerel s’inspirant de l’idée même qui l’a conduit à établir cette formule, et qui consiste à considérer la déperdition de lumière comme un amortissement du mouvement vibratoire des molécules constituantes du corps étudié, M. Becquerel, dis-je, s’est demandé si, en réalité, le sulfure de calcium et ses congénères ne sont pas des mélanges de deux ou de plusieurs composés différents agissant chacun pour son compte. Dans ces conditions, il y a lieu de substituer à la première expression une formule connue :
- {a+bt)*+ (a’+ b'if
- a et b étant les constantes relatives à l’un des constituants et a'b' celles qui concernent l’autre. La concordance entre les intensités observées en différents temps, et celle que fournit le calcul est extrêmement remarquable. Pour le cas du sulfure de calcium la formule devient
- (5,7 +0,091)* +
- 1
- (7,97 + 0,65l)2*
- On trouve : t Valeurs de i observées. Valeurs de i calculées.
- 0 7,90 7,90
- 55" 28,60 27,54
- 75" 42,50 42,57
- 265" 72,90 75,07
- 420" 89,6 89,8
- 700" 116,7 116,1
- 1725" 204,0 208,0
- Élude chronopholoyraphique des machines à voler. — Une nouvelle et très importante application de la chrono-photographie est exposée aujourd’hui par M. Marey. Il s’agit de l’allure des machines volantes dites aéroplanes. Une planche mise par l’auteur sur le bureau montre à des intervalles de temps extrêmement courts les positions successives de l’appareil, et donne la raison des ondulations auxquelles elle se livre au-dessus et au-dessous de sa trajectoire moyenne. La Nature reviendra sur ce sujet qui pourrait bien ouvrir une ère nouvelle à l’étude expérimentale du vol.
- La digitalèine. — Il paraît que les chimistes s’étaient trompés sur la constitution de la digitalèine. M. Oudart la dédouble aujourd’hui par l’acide sulfurique en deux glucosides parfaitement cristallisés. Il fait voir, en outre, que cet alcaloïde contracte des combinaisons définies et cristallines avec les alcools, et M. Moissan répète devant l’Académie cette expérience très frappante : Un petit bal-
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- ]on renfermant une solution aqueuse de digitaléine, on y verse une petite quantité d’alcool. Immédiatement le liquide se trouble et le précipité est si abondant qu’on peut retourner le vase sans que rien s’en écoule.
- Nouvelles ptomaïnes. — Par l’intermédiaire de M. Gautier, M. Griffith annonce que les urines infectieuses des scarlatineux, des diphtériques et des oreillonneux renferment des ptomaïnes cristallisables. Bans le dernier cas, la composition exprimée parla formule CdBAz^O2 est celle d’une propyl-glyco-cyanine. C’est de la créatine où le radical méthyle est remplacé par le propyle, et cette substitution suffit pour que le composé soit extraordinairement vénéneux.
- L’injection d’une faible quantité détermine des spasmes, le coma et la mort, même chez des animaux relativement très résistants, comme le chat.
- Dosage du beurre dans le lait. —
- MM. Lézé et Allard, étudiantun procédé d’analyse imaginé par M. Lézé, ont trouvé que ce procédé pouvait servir au dosage de la matière grasse dans tous les produits du lait, fromages, crèmes, etc. L’analyse est des plus faciles: la substance à analyser, fromage par exemple, est traitée d’abord à froid par quatre ou cinq fois son poids d’acide chlorhydrique pur et concentré. A chaud, le beurre s’isole et se rassemble et on mesure son volume dans le col même du ballon qui a servi à l’expérience. En quelques minutes, l’opération est terminée ; les résultats qu’elle donne, sont exacts.
- Cette méthode si simple et si rapide, rendra de grands services dans l’industrie.
- Varia.— M.Zeuger continue ses relevés comparatifs des taches solaires, des perturbations magnétiques et des aurores boréales qui s’v rattachent. — Une œuvre posthume de Garet (de Genève) est signalée par M. le secrétaire perpétuel sous le titre de Conditions physiques de la perception du Beau.
- .— Un chlorure double de cuivre et de lithium est signalé - par M.Chasseran. — M. Leroy applique à la vérification du centrage des verres dans le microscope, un procédé inspiré par la pratique ophtalmoscopique. —La castration androgène par M. Giard dans l'histoire du Lychnis didica est énergiquement contestée par M. Vuillemin. —M. le Dr de Pietra Santa adresse, comme dernière publication de la Société française d’hygiène, un élégant tableau résumant des conseils pratiques pour les cas d’accidents de tout genre. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE 1 LA MAIN MAGIQUE
- L’expérience que nous allons faire connaître aujourd’hui produit beaucoup d’effet, quand elle est bien exécutée. Voici en quoi elle consiste. Le prestidigitateur apporte sur la scène de son théâtre deux chaises, sur le dos desquelles il place une glace transparente. Sur cette glace, il pose une main en carton, munie d’une petite manchette ; cette main est montrée aux spectateurs, elle n’est nullement mécanisée. Dès que la main est mise au milieu de la glace transparente, l’opérateur s’éloigne puis il interroge cette main. Aussitôt, elle oscille autour du poignet, et les doigts soulevés par ce mouvement, frappent quelques coups sur la glace. En comptant le nombre de coups, et en rapportant chaque nombre à la série des lettres de l’alphabet, la main répond à la question. On peut encore faire frapper quatre ou cinq coups à la main magique; donnant des dés à un spectateur on lui dit de les jeter sur une table ; le point amené par les dés correspond â celui qu’a frappé la main
- magique. Il est inutile de dire que les dés sont pipés, et que l’opérateur sait à l’avance le point qu’ils amèneront.
- La figure 2 explique le mystère de cette expérience, qui est une application du fil invisible dont nous avons antérieurement parlé2. Un fil très mince est attaché contre le mur de la scène en A, il traverse la scène et vient jusque dans la coulisse opposée en B. Là un opérateur caché tire le fil et, l’abaissant légèrement, il le fait appuyer sur le poignet relevé de la main placée en M, et la faisant osciller, il la fait frapper sur la glace. En relevant ce fil, que les spectateurs ne voient pas à distance, la main reste absolument isolée sur la glace transparente.
- 1 Suite. —Yoy. n° 961, du 31 octobre 1891, p. 352.
- * Yoy. n° 923, du 7 février 1891, p. 159.
- I.e Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie I.allure, rue (le Fleurus, 9.
- jA
- —i K
- Fig. 2. — Schéma explicatif de l’expérience.
- M. Main. — AB. Fil invisible la faisant osciller.
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- N° 964. — 21 NOVEMBRE 1891.
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- insuffisantes sur la végétation de cette terre voisine du continent et sur les animaux, peut-être assez nombreux, qu’elle renferme. Nous savons cependant aujourd’hui que Phu-quoc nourrit une race de Chiens sauvages ou plutôt de Chiens marrons fort remarquables, dont M. F. Doceul, administrateur des affaires indigènes en Cochinchine, a donné récemment au Muséum trois beaux spécimens, deux mâles et une femelle. Ces Chiens, de taille moyenne, sont un peu plus petits qu’un Chien d’arrêt ordinaire et un peu plus grands que les Chiens anglais dits Fox-Terriers auxquels ils ressemblent par leurs formes élancées, leur tête effilée, leur poil presque ras, mais dont ils different essentiellement par leurs
- Chiens sauvages cocliiudiiuois vivant actuellement au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
- LES CHIENS DE LUE PHU-QUOC
- AU JARDIN DES PLANTES DE PARIS
- L’ile Phu-quoc ou Fou-kouoc, appelée aussi île Trône, est située dans le golfe de Siam, presque en face de Ilatien, ville de la côte occidentale de l’In-do-Chine près de laquelle vient aboutir la limite du Cambodge et de la Cochinchine. Elle s’étend du sud au nord sur une longueur de 50 kilomètres environ et présente un relief accidenté dont le point culminant, le mont Bay-doc, s’élève à 60o mètres. Depuis quelques années un poste français y est établi et cependant nous ne possédons encore que des notions
- oreilles dressées et non tombantes. Leur couleur varie du fauve au brun rougeâtre, la robe de la iemelle étant beaucoup plus claire que celle des mâles qui ne sont pas d’ailleurs de la même nuance et dont l’un parait plus robuste que l’autre, quoique, à ce qu’on m’a affirmé, tous ces animaux soient de la même portée. Chez l’un des mâles, le plus robuste, le pelage est d’un brun rougeâtre, qui va en s’éclaircissant vers les parties inférieures et sur les côtés du cou et passe au noirâtre sur le museau ; au milieu du front et entre les yeux, on aperçoit plusieurs lignes foncées qui divergent légèrement vers le haut et qui rappellent les raies et les plis de la peau que l’on voit sur le front de quelques-uns de nos Chiens domestiques et entre autres des Bull-Terriers. D’autre part, le long de l’échine, entre le
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- garrot et la croupe, s’étend une autre bande foncée le long de laquelle les poils paraissent un peu hirsutes ou même rebroussés. Cette bande est naturellement plus apparente chez l’autre mâle qui est d’un brun plus pâle et surtout chez la femelle qui est d’un fauve isabelle. Je ne connais rien de pareil dans aucune de nos races canines domestiques et je pourrais tout au plus signaler une analogie lointaine entre cette bande foncée et la raie sombre, d’ailleurs beaucoup plus allongée et moins tranchée, qui va de la tête à la queue en suivant le milieu du dos chez les Chiens à robe bringée. Peut-être est-ce là un caractère atavique, une particularité que les Chiens de Phu-quoc ont héritée de leurs ancêtres, comme les taches claires qui surmontent les yeux de nos Épagneuls ou le cinquième doigt rudimentaire, la griffe
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- * r,t.
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- de Loup, que l’on observe non seulement aux pattes de devant, mais aux pattes de derrière chez beaucoup de Chiens domestiques. En tout cas on peut constater que chez certains Canidés sauvages le milieu de la région dorsale est de teinte plus foncée que le reste du corps : c’est ainsi que chez le Loup à crinière (Canis jubatus) ou Loup rouge des pampas de l’Amérique du Sud le poil s’allonge un peu en crinière sur la nuque et entre les épaules en prenant une couleur noirâtre, que chez le Loup de l’Inde (Canis pallipes) ou Bheria la robe d’un rouge brunâtre ou fauve est tachetée de noirâtre sur l’échine, et que chez le Loup du Japon (Canis hodo-phylax) ou Jamainu les poils du dos sont colorés en noir â l’extrémité et tranchent par leur couleur sur la nuance grise du reste du pelage. On sait d’ailleurs que la raie de mulet qui existe chez la plupart des Equidés sauvages se retrouve chez certains Chevaux domestiques à robe claire.
- Les oreilles, comme je le disais tout à l’heure, sont dressées chez les Chiens de Phu-quoc comme chez les Canidés sauvages; elles se terminent en pointe un peu obtuse et dirigent leur conque en avant; le museau est assez fin, les pattes sont nerveuses, les extrémités élégantes, et la queue de longueur moyenne, garnie de poils à peine plus allongés que ceux du corps, est portée tantôt légèrement tombante, tantôt un peu relevée au-dessus de la ligne du dos et recourbée dans sa portion terminale. C’est môme ce dernier caractère qui me conduit à penser que les Chiens de Phu-quoc sont des Chiens marrons ou que, si leurs ancêtres n’ont jamais été réduits en captivité, ils ont du moins subi quelque croisement avec des Chiens domestiques. On sait que Linné considérait l’enroulement de la queue du côté gauche (cauda sinistrorsum recurvata) comme le signe distinctif et l’apanage exclusif du Canis familiaris ou Chien domestique. Ce n’était pas tout à fait exact, car il suffit d’observer un certain nombre de Chiens domestiques, de différentes races, pour se convaincre d’abord que tous n’ont pas la queue enroulée du côté gauche, beaucoup d’entre eux l’ayant recourbée du côté droit, par rapport à l’axe du corps, et ensuite que quelques-uns, notamment parmi les Chiens de berger, ont la queue plutôt tombante, avec l’extrémité seule un peu recourbée. Il n’en est pas moins vrai que ce dernier cas est l’exception parmi les Chiens domestiques, tandis que chez les Chiens sauvages la queue, qui est d’ailleurs toujours plus ou moins touffue, pend d’ordinaire mollement à l’arrière du corps et ne se relève que lorsque l’animal court ou est excité, mais ne s’enroule jamais sur elle-même, comme chez nos Spitz ou Chiens de diligences. Cette particularité avait été parfaitement saisie par les anciens Egyptiens qui ayant à représenter sur leurs monuments certains Chiens courants, plus ou moins analogues à des Lévriers, leur ont donné une queue fortement enroulée en même temps qu’ils leur mettaient autour du cou un collier, signe de domesticité. On a vu quelquefois, je
- le sais, en Europe des Dingos qui avaient la queue assez grêle et légèrement recourbée, mais, de l’avis de juges compétents, ces animaux n’étaient pas de race pure et résultaient certainement du croisement de Chiens sauvages d’Australie ou des Collies ou Chiens de berger écossais.
- Puisque je parle du Dingo, je ne dois pas omettre de signaler la ressemblance, vraiment étonnante, qui existe entre ce Canidé, représentant peut-être une espèce sauvage, et les Chiens de l’ile Phu-quoc. De même que ceux-ci, les Dingos, dont on peut voir en ce moment un très beau spécimen au Jardin zoologique d’Acclimatation, sont des Chiens de taille moyenne, avec pattes solides, mais assez fines, à la tête conique, au museau effilé, â la robe généralement de couleur claire, fauve ou rougeâtre ; mais ils ont la queue touffue et le pelage bien fourni, comme il convient à des animaux vivant sous un climat beaucoup moins chaud que celui de la Cochin-chine. Si l’on tient compte de la différence d’habitat et de la possibilité d’un croisement des ancêtres des Chiens de Phu-quoc avec quelque Chien domestique, on ne voit pas de difficulté sérieuse à rapporter les Chiens de Cochinchine et ceux d’Australie à un seul et même type originel. Toutefois, pour être fixé à cet égard, il serait nécessaire d’étudier comparativement les caractères du squelette et de la dentition dans ces deux sortes de Canidés.
- Si cette parenté de la race de Phu-quoc et du Dingo était constituée, le problème encore si obscur de l’origine des Chiens sauvages d’Australie serait bien près d’être résolu. L’existence dans une île voisine de l’extrémité méridionale de l’Indo-Chine d’une forme de Canidés alliée de près à celle de la Nouvelle-Hollande fournirait en etfet de sérieux arguments en faveur de la théorie de l’origine asiatique du Dingo qui est construit sur le modèle des Chiens de l’Ancien-Monde et qui semble égaré au milieu des Mammifères appartenant tous, ou presque tous, à la catégorie des Marsupiaux. Peut-être serait-il possible alors de rattacher, plus sûrement que ne l’a fait M. de Pelzeln, le Dingo au Canis pallipes ou Bheria, en la considérant soit comme le descendant direct du Loup indien, soit comme une espèce très voisine, détachée depuis longtemps du tronc primitif. Dans cette dernière hypothèse, adoptée par M. le Dr Trouessart, le Dingo aurait émigré, a la suite de quelques Rongeurs d’Asie en Australie, vers la fin de la période tertiaire, alors que la Nouvelle-Hollande était encore en partie rattachée à la Nouvelle-Guinée et sans doute au continent asiatique ; dans l’autre hypothèse, au contraire, le Dingo, réduit en domesticité, aurait été importé à une époque fort reculée, et peut-être dès les temps préhistoriques, par des peuples qui auraient envahi l’Australie, et serait, plus tard, revenu à l’état sauvage dans sa nouvelle patrie. A son tour il aurait donné naissance à diverses races de Chiens qui se trouvent aux îles Salomon, aux îles Fidji et dans d’autres îles de l’Océanie et qui, d’après M. Ch. Morris Voodford, offrent, en
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- dépit de quelques variations de taille, les plus grandes analogies avec les Chiens d’Australie.
- M. Jeitteles a déjà signalé le Bheria comme étant la souche probable non seulement des Chiens de certaines peuplades de l’àge du bronze, mais encore de quelques-uns des Chiens qui errent autour des villages de l’Inde et qui sont connus vulgairement sous le nom de Chiens pariahs. Pourquoi ne ferait-on pas dériver du meme type les Chiens de Phu-quoc qui semblent avoir conservé quelques signes distinctifs du Loup indien et notamment la raie dorsale? Ces Chiens ne se montrent pas d’ailleurs, à beaucoup près, aussi familiers que nos Chiens domestiques et meme que certains Chacals, et si la lemelle s’approche des visiteurs, si' même elle se laisse parfois caresser à travers les barreaux de sa cage, les males conservent une attitude défiante et presque farouche. Leur aboiement est plus bref que celui des Chiens ordinaires, c’est plutôt une sorte de jappement qu ils ne font entendre d’ailleurs qu’à de rares intervalles.
- En terminant cette Notice, je ne dois pas omettre de rappeler qu’il y a déjà plusieurs années un amateur anglais, M. W. K. Taunton avait reçu directement du Céleste Empire un Chien dont M. Yero Shaw a donné le portrait dans son Itlustrated Book of the Dog et qui, à en juger par la description et la figure, devait offrir de grandes analogies avec les Chiens de Phu-quoc, quoiqu’il eut le poil plus ras, plus velouté et le nez de couleur rose. Ce Chien, d’abord très hargneux, ne s’était apprivoisé qu’à la longue. 11 paràit donc probable que la race n’est pas coniinée sur un seul point de l’Indo-Chine, mais se trouve aussi dans la Chine méridionale.
- E. Oüstalet.
- OUVRAGES DE TOUR
- « Lorsque, par goût, ou dans lçs loisirs d’une douce retraite, on veut s’adonner aux ouvrages des mains, pour se délasser de ceux de l’esprit, il semble qu’on devrait choisir l’art du tour. Il est un des plus nobles, devenant tous les jours l’agréable amusement de plusieurs personnes distinguées par leur rang et par leur mérite. D ailleurs, il a encore un avantage particulier, en ce qu’il est le seul dont les principes n’ont rien de difficile ni de rebutant. On y goûte d’abord du plaisir; on en trouve dans les premiers ouvrages qu’il fait former; et lorsque, par des dispositions heureuses, on y est une fois perfectionné, on y peut également faire briller son génie et son adresse. »
- Ainsi débute un livre fort remarquable, intitulé : Recueil d'ouvrages curieux de mathématique et de mécanique ou description du cabinet de M. de Servière, par M. Grollier de Servière, son petit-fils, 1719, avec approbation et privilège du Roi.
- Quiconque a travaillé sur le tour, ou a passé des heures à voir un habile ouvrier se servir de ce mer-
- veilleux outil, comprend l’enthousiasme de l’auteur et y souscrit pleinement; aucun instrument ne permet de faire tant de choses diverses, et de les amener à une si grande perfection.
- « Les curieux, dit M. de Servière, recherchent particulièrement deux perfections dans les ouvrages de tour. Ils les estiment ou par rapport à leur délicatesse, ou par rapport à la singularité de leurs figures. Toutes sortes de personnes, pourvu qu’elles aient le goût bon, peuvent juger des ouvrages qui ont cette première beauté; mais pour connaître le mérite de ceux dont les figures sont extraordinaires, il faut avoir quelque teinture de l’art, et sçavoir au moins que le tour ne forme naturellement que des ronds parfaits, qu’il ne les forme que sur un même centre.... On voit, par cette petite définition, que les ouvrages de tour sont plus ou moins curieux, suivant qu’ils sont délicatement travaillés, suivant que leur superficie est opposée à la figure ronde, et suivant que cette superficie a plusieurs centres. »
- M. de Servière, qui était un fort habile praticien, en même temps qu’ingénieux inventeur (nous reviendrons sur ce point à une autre occasion), a laissé un grand nombre d’ouvrages de tour fort curieux; les uns sont extrêmement gracieux ; d’autres remarquables par les difficultés rencontrées et vaincues dans leur confection; la figure 1 nous montre, parmi beaucoup d’autres, quelques-uns de ces ouvrages, de qualités très diverses. On y voit (n" 1) un ensemble de cinq boules concentriques, contenant une urne prise du même morceau ; une gracieuse fleur de lis dans une boule délicatement ajourée (n° 5), enfin « une autre urne, qui, étant faite dans un globe qui n’a qu’une seule ouverture, sert elle-même d’enveloppe à deux carrés ou cubes semblables à deux dés à jouer, qui sont faits l’un dans l’autre (n° 2). Tout cet ouvrage est, comme les précédents, d’une seule boule d’yvoire, sans pièces colées ni raportées. » Ce dernier ouvrage, qui n’a rien de» gracieux, est remarquable surtout par le fait que tout a été travaillé par une seule ouverture. Nous insistons sur le fait que ces boules sont en ivoire, pour le jugement relatif que nous aurons à porter sur des ouvrages en bois, matière moins homogène et beaucoup plus délicate à travailler.
- Tout le monde connaît les boules libres, travaillées les unes dans les autres, qui nous viennent de Chine; nous admirons la patience et l’habileté du peuple jaune, mais on ne sait pas, en général, que des ouvrages certainement plus beaux ont été faits en Europe, à une époque où la patience et le soin étaient encore des qualités courantes; après M. de Servière, plusieurs tourneurs célèbres ont laissé de merveilleuses productions ; celles de Barreaux, et de Petrus Liesen, le maître tourneur de Louis XYI, ont une grande réputation; le premier a confectionné soixante-cinq pièces, qui, de l’avis des connaisseurs, représentent à peu près le travail d’une vie d’homme. Elles font aujourd’hui partie de la collection du Conservatoire des arts et métiers.
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- Petrus Liescn avait du génie; malheureusement il aimait à boire, et prenait rarement la peine de parachever son œuvre, en sorte que scs pièces de tour, quoique fort belles, manquent un peu de fini.
- Cet art des pièces de tour n’est pas perdu. La
- tradition s’en est perpétuée en France, et on trouve encore un petit nombre d’ouvriers-artistes, capables de faire aussi bien qu’en n’importe quel temps, et possédant la dose de persévérance nécessaire pour mener a bien ces travaux.
- Fig. 1. •— Spécimens d’objets en ivoire exécutés avec le tour. (D’après l’ouvrage de M. de Servière de 1719.)
- Nous avons eu la bonne fortune de rencontrer un des rares représentants de cet art qui se perd. M. Boiteux, ouvrier de l’excellente maison Carpentier, très enthousiaste de l’art du tour, a consacré, depuis quarante ans, tous ses loisirs au travail artistique des pièces difficiles; il en a fait de fort belles que nous décrirons tout à l’heure ; mais, ce qui est plus intéressant que l’œuvre achevée, c’est, la manière dont on s’y prend pour la parfaire.
- Nous avons vu M. Boiteux à son travail (fig. 2), et nous allons montrer à l’aide de quels moyens d’une élémentaire simplicité on arrive à faire les travaux les plus curieux.
- Disons d’abord que, parmi les bois qui conviennent aux travaux de tour, le poirier, le buis, l’alisier sont au premier rang. L’acacia est bon aussi, mais il donne plus souvent des coups de Jarnac, c’est-à-dire que le bois est sujet à éclater lorsque la pièce est avancée.
- Prenons un exemple simple, dans lequel on rencontre des difficultés très diverses, la boîte dans la boule. Il s’agit de travailler, à l’intérieur d’une boule, une boîte dont le couvercle soit parfaitement ajusté sur le fond.
- On fixe un cylindre de bois sur le mandrin du tour; on le dégrossit en forme sphéroïdale, et, après avoir tourné exactement l’endroit le plus saillant,
- on y marque, sur le tour, lin cercle au crayon. On détache la pièce, et on la retourne, de telle sorte que l’axe de rotation devienne un diamètre du cercle que l’on a ainsi tracé ; on recommence à tourner, jusqu’à venir aflleurcr exactement la ligne au crayon. On a ainsi une boule pleine. Cette boule est fixée sur un mandrin, au moyen d’une plaque maintenue par quatre vis à bois (fig. 3, n° 1); puis elle est évidée n° 2, à l’aide d’un outil dont le tranchant est un peu plus fortement courbé que ne le sera l’intérieur achevé de la boule; cela, pour que l’outil ne prenne pas sur une trop grande largeur à la fois. On commence les fonds de la boîte, en laissant de chaque côté un fort moyeu dans lequel on pratique, au peigne, des filets de vis. On retourne (n° 3) la boule de 90 degrés, et on vient pratiquer les quatre nouvelles ouvertures marquées au crayon (n° 1 ) ; on emploie encore pour cela l’instrument courbé, de telle sorte que le dégagement d’une ouverture vienne rencontrer celui des trous voisins. La
- Fig. 2. — Portrait de M. Boiteux, artiste tourneur.
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- pièce intérieure est portée (n° A), par son moyeu, immobilisée sur la contre-pointe1. La première sur le nez du tour, tandis que la boule creuse est tourne à l’intérieur de la boule sans l’entraîner. Au
- Fig. 3. — Figures explicatives du travail du tourneur daus la confection des boules concentriques.
- moyen d’une espèce de ciseau, nommé bédane, que l’on introduit par une ouverture latérale, on coupe la pièce intérieure en deux parties, après l’avoir tournée exactement. Tandis que l’une des moitiés est portée en même temps que la boule sur une contre-pointe filetée (n° 5), on travaille, à l’aide d’un outil crochu, l’intérieur de la boîte, puis celui du couvercle, et on les ajuste exactement l’un sur l’autre. Enfin (n° G) la boule est remise sur le premier mandrin ; la boîte est maintenue fortement par des goujons passant dans les ouvertures de la boule; on coupe les moyeux, et l’on achève l’extérieur L’ouvrage entier demande vingt-huit heures de travail.
- On comprend aisément, maintenant, comment on peut travailler plusieurs boules les unes dans les autres; on immobilise celles qui sont à l’extérieur, et on fait tourner celle que l’on évide; bien que le principe soit simple, il n’en faut pas
- moins une grande habileté et beaucoup de patience pour réussir. La figure A représente diverses pièces
- complexes exécutées par M. Boiteux. On voit, dans le milieu du dessin, une clochette comme celle qui est suspendue dans le monument de gauche. Le tout est d’une seule pièce. La tige, extrêmement grêle, n’a guère que 1 millimètre de diamètre, pour une longueur de 20 centimètres . Cette pièce, comme les aiguilles que l’on voit aux angles des monuments, a été faite en partant d’une tige ayant le diamètre de la fleurette, et en l’amenant, d’une seule passe, en partant des bouts, au diamètre voulu. La tige, une fois travaillée sur une certaine longueur, est supportée en lunette, c’est-à-dire dans une carte percée, collée avec de la cire molle sur le hanc du tour.
- 1 On nomme nez d’un lour une tige portant la pièce qui doit être tournée; la contre-pointe est une tige iixe, coaxiale à la première, et qui peut en être placée à une distance quelconque.
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- On voit, sur l’un des monuments, un cube évidé, contenant un autre cube, de chacune des faces duquel part une pointe prise au même morceau ; sur l’autre, une tige grêle, très ouvragée, et portant un anneau libre, que l’on ne peut enlever ni d’un côté ni de l’autre. La boule que l’on voit au pied contient un dodécaèdre pentagonal, qui, lui-même en renferme un autre portant une pointe sur chaque face. Enfin, la pièce la plus remarquable est le calice de droite ; il est en deux morceaux seulement : l’un est formé par le pied, la tige inférieure et la base de l’urne; l’autre part du couvercle de celle-ci. Mais la principale beauté de cette pièce est de celles dont le dessin ne peut aucunement rendre compte ; elle consiste en ce que le calice lui-même a été amené a l’épaisseur d’un papier fort.
- Un de nos lecteurs élèvera peut-être un doute sur l’utilité de ces travaux. Le plaisir des yeux, le plaisir même qu’on trouve a les imaginer et à les faire, ne serait-il pas une raison suffisante à leur exécution? Il y a plus; les difficultés vaincues, par amour de l’art dans la combinaison des pièces, l'habileté gagnée à leur exécution, rendent l’ouvrier apte à aborder les travaux les plus délicats; l’industrie qui dispose de pareils éléments peut créer bien d’autres chefs-d’œuvre qui, sans cela, seraient demeurés inabordables. Ch.-En. Guillaume.
- PRIX I)E REYIEXT
- DE L’ALUMINIUM ÉLECTROLYTIQUE1
- Dans son traité d’électro-métallurgie théorique et appliquée, M. Ponthière établit, comme suit, l'intéressante question du prix de revient du kilogramme d’aluminium, par les différents procédés électro-chimiques actuellement usités dans de récentes usines.
- Procédé Covvles. — Consommation par kilogramme d’aluminium allié, charbon de bois, 5kB,5 ; charbon d’électrodes 0kB,5, chevaux-heure électriques 40 ; minerai, 3 kilogrammes. Chaque four produit par charge de deux heures 10 kilogrammes de bronze à 10 pour 100.
- Capital et frais de premier établissement, pour la production journalière de 100 tonnes de bronze à 10 pour 100 : 420 800 francs.
- Prix de revient de 1 kilogramme d’aluminium allié : 8fr,60.
- Procédé Iléroult. — La consommation est ainsi établie : charbon d’électrodes 1 kilogramme : chevaux-heure électriques 29 ; minerai 4 kilogrammes.
- Capital et frais de premier établissement pour la fabrication quotidienne de 100 tonnes de bronze à 10 pour 100 : 420 800 francs.
- Prix de revient de 1 kilogramme d’aluminium allié :
- 8",20.
- Procédé Minet. — La consommation est de GH’,200 de cryolithe, 1 kilogramme d’alumine, chevaux-heure électriques, 46; charbon d’électrodes...?
- Capital et frais de premier établissement pour la production quotidienne de 100 kilogrammes d'aluminium : 525 000 francs.
- 1 Voy. Description des procédés de fabrication de l’aluminium, n° 938, du 23 mai 1891, p. 387.
- Prix de revient de l kilogramme d’aluminium isolé : 10 francs.
- Le cours moyen de l’aluminium en lingots est de 20 francs le kilogramme et en tubes de 40 francs le kilogramme.
- S0UYENIRS D’UN YOYÀGE AUTOUR DU MONDE1
- l’océan pacifique et vancouver,
- MONTRÉAL ET QUÉBEC
- Les touristes quittent toujours à regret le Japon, délicieux pays où tout semble avoir été créé pour leur plaisir, tant il est joli et pittoresque. J’avais parcouru avec bonheur une partie des riches provinces japonaises pendant près de trois mois ; rentré au commencement de l’hiver à Yokohama, il fallait songer a mon retour en Europe. Je pris le navire anglais le Batavia qui accomplissait une dernière fois sa traversée de l’océan Pacifique pour gagner Vancouver.
- Le Batavia est un vieux steamer, dont la marche était assez lente, mais actuellement la Compagnie canadienne a construit de nombreux navires semblables à nos transatlantiques; ils font le service depuis le printemps dernier.
- Nous quittons Yokohama pendant la nuit, la mer est calme comme un lac. Nous entendons longtemps, du navire, les sons de la musique qu’on fait tous les soirs a l’hôtel que je viens de quitter; les lumières de ses salons se reflètent dans la mer ainsi que celles de quelques maisons du quartier Européen de la ville. Tout s’éloigne et s’éteint peu à peu, mais la pleine lune éclaire les neiges éternelles du Fuji Yama qui resplendit dans le ciel à 5778 mètres au-dessus des eaux ; son cône immense se détache sur des millions d’étoiles, formant un spectacle majestueux dont l’aspect reste à jamais gravé dans l’esprit. On le contemple jusqu’au dernier moment où il disparaît h l’horizon; il faut dire enfin adieu au Japon.
- Le premier jour de traversée, le Batavia longe les côtes et de nombreux bateaux de pêche japonais viennent charmer nos yeux. Cet agréable spectacle ne tarde pas à changer et dès que nous dépassons le fameux Kuro-Sivo ou courant noir, une solitude absolue règne autour de notre navire. Le froid ne tarde pas à se foire sentir, au lieu de 20 à 22 degrés au-dessus de zéro que nous avions à Yokohama, le thermomètre marque 8 à 10 degrés seulement, puis nous arrivons graduellement à 0 degré. Pendant deux journées entières, des centaines de phoques suivent le Batavia, leur nombre augmente surtout à l’heure du coucher du soleil et les jeunes officiers du bord en tuent quelques-uns.
- Le temps, relativement calme depuis plusieurs jours, ne tarde pas à changer, et la mer devient mauvaise. Le capitaine a l’heureuse idée d’employer le moyen de l’huile sur les vagues, et il faut avouer qu’aussitôt ses ordres exécutés, nous avons senti une
- 1 Suite et fin. — Voy. n° 958, du 10 octobre 1891, p. 295.
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- différence sensible dans les mouvements du Batavia. Ce navire a 103 mètres de longueur; une corde est tendue le long de ses flancs, sur laquelle on attache de distance en distance des sacs de toile percés de trous et dans lesquels on a placé des éponges imbibées d’huile. Ces sacs, de 40 centimètres de diamètre environ, peuvent servir cinq heures et pendent le long des flancs du navire, étant en contact fréquent avec les vagues. L’huile s’égoutte peu à peu répandant sur la mer des œils nombreux au fur et à mesure de la marche du Batavia, adoucissant les secousses violentes et les mouvements des flots.
- Avec la tempête la neige et les brumes nous assaillent bientôt et pendant les six derniers jours de la traversée, il faut rester prisonnier dans l’intérieur du navire. Tout est hermétiquement fermé et barricadé sur le pont ; à peine voit-on clair dans les cabines et les salons. Aux heures de nos repas, les Chinois, domestiques du bord, ne peuvent se tenir debout pour nous servir. Il faut se cramponner à la table et manger cependant s’il est possible. A chaque instant pendant la nuit, d’immenses vagues viennent se jeter sur notre pauvre navire et le bruit sinistre qu’elles produisent sur le pont empêche tout sommeil. Je voyais souvent le capitaine, jeune Anglais de vingt-six ans, et nous causions ensemble lorsqu’il rentrait grelottant de froid de son poste d’observation; exténué de fatigue, il nous dirigeait toujours cependant au travers des vagues furieuses de plus de 10 mètres de hauteur, menant son navire avec une énergie remarquable. Nous arrivons enfin après dix-neuf jours de traversée dans le port de Vancouver, la ville la plus extraordinaire peut-être qu’on puisse voir actuellement dans tout le Canada (fig. 1).
- Vancouver, il y a six années, n’existait pas, on ne voyait, dans d’épaisses forêts vierges, que quelques maisons bâties en planches; et leurs habitants, venus de Victoria, capitale insulaire de la Colombie anglaise, séduits par la beauté du pays et par sa situation exceptionnelle au fond d’un golfe, tentèrent de s’y établir.
- Les travaux du Canadian Pacific Bailway, commencés depuis quelques années, s’achevaient. Vancouver à peine né fut le lieu choisi par la Compagnie du chemin de fer et par le Gouvernement comme station terminus et comme port donnant entrée à l’océan Pacifique.
- Les émigrants accoururent aussitôt en foule dès que la décision officielle de la création de la ville nouvelle fut connue. On se mit à l’œuvre. La forêt est reculée comme par enchantement par une véritable armée d’ouvriers venus de toutes parts. Les maisons s’élèvent, remplaçant des arbres de 3 et 4 mètres de diamètre, les lumières électriques brillent là où le soleil pouvait à peine pénétrer au travers des feuillages épais, et 15000 colons de tous les pays sont installés aujourd’hui à Vancouver à la place des oiseaux et des bêtes sauvages qui y vivaient auparavant. L’hôtel où je suis descendu est superbe, on y a tout le confort désirable. Dans la ville, les trottoirs
- sont tous en bois ainsi que les passerelles nécessaires pour la traversée des voies souvent boueuses qu’on n’a pas encore eu le temps de bien établir, mais les tramways électriques vous conduisent dans tous les quartiers nouveaux et de belles maisons construites en pierre et en marbre commencent à s’élever. La première date de 1886, lorsque Vancouver n’avait encore que 600 habitants; elles se construisent à vue d’œil et remplacent peu 'a peu les cahutes de bois qui formaient la ville en 1885. Un incendie de la forêt avait détruit auparavant les quelques cabanes des premiers colons ; une seule échappa par miracle, c’est celle qu’on remarque avec intérêt aujourd’hui dans la grande rue de Cordovva (fig. 2); elle est habitée par un horloger suisse et un agent d’affaires. Tout auprès d’elle, de vastes terrains sont à vendre; leurs propriétaires, habiles spéculateurs, ne se pressent point, ils ne s’en débarrasseront qu’à des prix invraisemblables, tant ces lots à bâtir augmentent de jour en jour par suite de l’affluence des nouveaux arrivants. En attendant les palais dont ils seront bientôt ornés, ces terrains nous montrent encore l’origine première de la cité, par les immenses troncs d’arbres sciés à la base et les racines enchevêtrées qui les recouvrent entièrement. Ce sont des contrastes saisissants, dans ces rues où l’on voit des boutiques élégantes qui commencent à s’établir à côté de ces anciens vestiges de forêts vierges.
- Le port, à peine construit, renferme un nombre considérable de beaux navires qui viennent chargés de marchandises de Chine, du Japon, de San-Francisco et d’autres pays. Les industries se fondent également : des scieries sont en pleine activité, et les environs défrichés de plus en plus, sont exploités par les agriculteurs qui apportent déjà dans la ville leurs bestiaux et leurs céréales.
- Les environs de cette ville naissante sont admirables au point de vue pittoresque, les montagnes et les forêts qui les couvrent en partie sont grandioses; on y rencontre des arbres merveilleux qui seraient dignes d’être comparés à ceux de Mariposa ou de Calaveras près de San-Francisco1.
- Le chemin de fer quitte Vancouver, en longeant quelque temps la belle rivière Fraser. Les bords sont intéressants, mais peu à peu le paysage s’agrandit et d’immenses lacets construits pour le chemin de fer se dessinent dans la montagne. — Delà plate-forme de notre wagon, nous admirons tous les sites de cet étrange pays des Montagnes Rocheuses, presque aussi beau peut-être que les Alpes tant vantées. La neige recouvre les forêts des monts Selkirk; nous montons toujours, ayant devant nos yeux les spectacles superbes des hautes régions. On arrive à Glacier House, l’un des plus beaux points du pays. Un hôtel est installé pour les voyageurs à 1254 mètres d’altitude, le chemin de fer nous accorde trente minutes pour admirer les glaciers et les alentours. On remonte en wagon pour gagner
- 1 Voy. n° 525, du 23 juin 1883, p. 54.
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- Banff, 15G8 mètres, le point culminant du voyage. I tagne un parc national immense dont les paysages — Le Gouvernement a su conserver dans la mon- | ont tous un aspect intéressant. Ces lieux ne tarderont
- Fig. 1. — La ville de Vancouver, vue du côté sud. (D’après une photographie.)
- pas à être le rendez-vous de tous les touristes du pays, qui voudront admirer la haute cime du mont Cascade (5000 mètres) qu’on voit de la station, les lacs et les sources sulfureuses avec les forets magnifiques contenues dans un espace de 26 milles de longueur nord-est sur 10 milles de largeur sud-ouest .
- Nous redescendons pendant la nuit les Montagnes Rocheuses, les voyageurs ont dormi confortablement dans leur beau wagon et le matin au réveil, les scènes magiques des glaciers, des neiges et des forêts séculaires ont disparu pour faire place à d’autres paysages. — Nous entrons dans la région inter-
- minable des prairies.— Voici la station de Medicine Hat, petite ville bâtie en bois, éclairée avec le gaz
- naturel et arrosée par la rivière Saskatchewan. Çmel-ques mines de charbon se trouvent dans ses environs et de nom-breux colons viennent s’établir dans les immenses ranchos du pays pour entretenir des bestiaux ou établir des fermes. Pendant nos trente minutes d’arrêt quelques Indiens des deux sexes viennent vendre aux voyageurs des cornes de Buffalo et d’autres objets brodés par eux. Ces malheureux Indiens sont curieux à observer ; le type de leur physionomie est énergique et beau. Ils sont presque tous peints :
- (Dessin d’après nature de M. Albert Tissandier.)
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- ayant le front teinté (l’ocre jaune et une teinte tous la pitié, car la fatalité pèse sur eux. Ne pou-de rouge vermillon sous les yeux. Ils inspirent à vant s’assujettir à la civilisation canadienne, ils
- Fi". 3. — Le Tobogan slide, montagne russe (lu parc de Montréal, au Canada. (D'après une photographie.)
- mourront ^ tous dans une misère de plus en plus noire sans renoncer à leur existence nomade et sauvage. Le train marche assez lentement dans les prairies, s’arrêtant souvent à des stations composées de quelques maisonnettes de bois qui forment sans doute les premiers éléments de quelque grande ville nouvelle qu’on verra dans peu d’années. Presque toutes ont été fondées par suite des travaux du chemin de fer et elles ont pris souvent un développement incroyable. — Nous passons près la ville de Brandon; construite seulement depuis six années, elle possède 5400 habitants et ses rues sont déjà presque co-
- quettes, toutes bordées de jolies maisons de bois. C’est un centre important pour les fermes des environs, aussi les moulins et les élévateurs à grains abondent-ils en ce lieu. Depuis quelques heures déjà nous avons quitté la région des ran-chos et des solitudes pour entrer dans celle des prairies qui contiennent des fermes nombreuses. Les terres fertiles ne sont plus mamelo nnées comme précédemment, mais unies comme les eaux d’un lac et couvertes de champs de culture. — Les yeux ne sont arrêtés nulle part, la monotonie du tableau commence à devenir désespérante. Nous arrivons à Winnipeg,
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- qui en 1871 n’avait que 100 habitants, elle se nommait alors le fort Garry et personne ne songeait a ce lieu désert. Aujourd’hui, c’est-à-dire en vingt années, Winnipeg est devenue la capitale de la province du Manitoba et sa population ne compte pas moins de 28 000 âmes.
- La civilisation commence bientôt à se montrer de tous côtés avec un plus grand nombre de stations et des paysages plus agréables. Notre train s’arrête enfin et nous arrivons à Montréal après avoir fait à travers les montagnes et les prairies 2906 milles en 5 journées et 22 heures.
- Le froid était vif à Montréal, à la fin de décembre 1890, 20° au-dessous de zéro, et partout la neige cachait les chaussées de la ville. Pour un touriste venu du Japon, où il pouvait voir les camélias en fleur dans les haies et les buissons delà campagne, le contraste semblait étrange. La gare de Montréal est encombrée de traîneaux ornés de belles fourrures qui attendent les voyageurs. Je choisis l’un d’eux et m’enveloppe aussitôt, ne laissant que juste ce qu’il faut pour respirer, et les chevaux m’entraînent rapidement jusqu’à l’hôtel. Le soleil brillant atténue le froid, une foule élégante toute fourrée jusqu’aux yeux remplit les rues pleines de boutiques aux riches étalages, et les maisons sont parées de longues stalactites de glace qui se forment sous les cheneaux et les gouttières. L’hôtel Windsor est un palais splendide dont le confort dépasse de beaucoup, il faut l’avouer, celui que nous avons dans les hôtels parisiens, et le voyageur est heureux de se trouver dans ces locaux luxueux, où tout est admirablement compris pour son bien-être.
- Quelques monuments importants ornent la ville; construits avec un grand luxe de matériaux, le palais de justice, la poste et des églises de sectes diverses sont à remarquer, mais leur architecture laisse bien à désirer. Il en est de même d’ailleurs dans presque toutes les villes d’Amérique ; il semble que ceux qui ont construit ces monuments n’ont eu qu’une seule préoccupation, celle de faire comprendre qu’il a fallu dépenser une quantité de dollars pour les élever; les proportions artistiques ne comptent pas pour eux. Dans les avenues plus lointaines de la ville, toutes plantées d’arbres, on peut admirer le véritable bon goût canadien, en passant en revue les jolies et riches villas des particuliers. Presque toutes sont charmantes d’aspect et pittoresques, quelques-unes sont de véritables palais, où régnent un luxe bien compris dans les intérieurs et des arrangements toujours ingénieux. Elles ressemblent, en leurs détails, au charmant home anglais. Montréal est placé d’une façon admirable entre les deux rivières Ottawa et Saint-Laurent, et du haut des collines qui dominent la ville, le panorama est superbe.
- La société élégante de la ville vient souvent sur ces collines, se promener à l’ombre des beaux arbres qui ornent le parc admirablement dessiné qui s’y trouve, et, en cette saison, où la neige et les glaces recouvrent toutes choses, l’aspect
- n’en était que plus curieux encore. I)e nombreux jeux sont installés dans ce^parc, et la jeunesse de Montréal était à ce moment attirée par l’un des plus attrayants, c’est le Tobogan slide (montagne russe) (fig. 5). Tout y est bien compris pour éviter le moindre danger. La neige épaisse recouvre un fond formé de planches et nul choc sérieux ne pourrait avoir lieu. Jeunes filles et jeunes gens vont joyeusement prendre place dans d’élégants petits traîneaux pour glisser jusqu’en bas de la pente et remontent à l’envi la montagne, pour recommencer encore cette course folle. Ce sont les plaisirs de l’hiver canadien.
- Avant de revenir en France, je ne pouvais manquer de me rendre à Québec, la vieille capitale française du Canada, et malgré le froid intense qui régnait sur les hautes falaises (25° au-dessous de zéro), sur lesquelles elle est construite et qui dominent le Saint-Laurent, je désirais la visiter en détail. Dans plusieurs de ses petites rues pittoresques, la circulation était interrompue souvent par des amoncellements de neige énormes; d’étroits sentiers taillés le long des maisons en permettaient l’accès (fig. 4). Mon traîneau est conduit par un cocher français qui semble heureux de mener un compatriote. Je vais ainsi au château fort, pour jouir de la vue d’un des plus beaux panoramas qu’on puisse voir, celui du Saint-Laurent et de la rivière Saint-Charles charriant des glaçons, ayant pour cadre les campagnes grandioses couvertes de plus de deux mètres de neige ; puis sortant de la ville, je suis conduit à 8 milles de distance, aux chutes célèbres de Montmorency qui, à ce moment de l’année, ne forment plus qu’un superbe amas de glaçons superposés. Une partie des eaux de cette cascade est utilisée comme force motrice pour une scierie et en même temps pour donner la lumière électrique à la ville de Québec. Un petit restaurant est installé auprès des chutes, c’est un rendez-vous permanent en toutes saisons pour les promeneurs. Le jour de ma promenade était Noël, aussi un grand nombre de jeunes Canadiens s’y trouvaient-ils en fête. Beaucoup de ces messieurs parlaient français, leur gaieté et leur entrain m’auraient prouvé d’ailleurs leur origine française et nous ne tardons pas à causer ensemble. Malgré les années passées, l’influence anglaise n’a rien pu modifier ni détruire dans le caractère du Canadien français. Le souvenir de la patrie mère reste au cœur de l’habitant qui conserve avec le même culte toutes ses idées et ses grands sentiments. Il ne ressemble guère au Canadien anglais.
- Deux journées entières passées à Québec réconfortent un Français qui depuis onze mois était privé, sauf de rares exceptions, de la compagnie de personnes véritablement sympathiques à son pays, mais on ne peut toujours errer par le monde, et le retour s’impose. Je devais gagner New-York, rester plusieurs jours encore auprès de quelques bons amis américains et revenir enfin en France par le beau navire la Bretagne. Albert Tissamuer.
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- LÀ NATURE.
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- LE PAPIER
- ET SES NOUVELLES APPLICATIONS
- L’année 1891 est certainement une de celles où les nouvelles applications industrielles du papier ont été les plus nombreuses.
- Le papier remplaçant la pierre dans la construction des maisons, c’est déjà une vieille idée 1 : mais le papier remplaçant le verre pour les vitres, la terre pour les vases à fleurs, le fer dans la confection des rails, des roues de wagons et des fers à cheval, la porcelaine dans la fabrication des ustensiles de laboratoire, le bois dans la construction des tonneaux comme il l’avait remplacé déjà dans celle des petites embarcations, le papier employé pour les poulies de transmission, ce sont là des applications aussi neuves que hardies. C’est aux Etats-Unis que la fabrication des vitres en papier a été essayée pour la première fois. Ces vitres ont l’apparence du verre laiteux et la faculté d'intercepter les rayons lumineux tout en laissant passer les rayons calorifiques, ce qui permet d’en tirer un parti fort avantageux pour les serres.
- On a calculé que le prix d’une vitre de 94 X 65 centimètres, montée sur châssis de bois avec ferrures, est de 4fr,35, et que la durée moyenne est de quatre ans. Mais une des applications les plus ingénieuses parmi les nouveaux essais qui ont été faits, c’est celle qui a pour objet les poulies de transmission.
- Ces poulies, dont M. Burot a eu l’idée, ont un moyeu en fonte et des bras en fer portant une armature sur laquelle repose la jante en papier. Cette armature maintient la jante pendant la fabrication et lui donne plus de solidité ensuite. Le papier, d’une qualité spéciale, est collé, enroulé, comprimé en une seule opération sur l’armature. On doit ensuite sécher la couronne et la tremper dans un mélange d’huile de lin et de résine. Ces poulies, beaucoup plus légères que celles en fer et en fonte, sont d’un prix sensiblement inférieur. Elles sont employées pour transmettre des puissances de un demi à quatre chevaux, et comme elles chargent peu les arbres elles permettent d’en employer d’un diamètre relativement faible4.
- Les vases en papier, dont M. Maurice Ponnnarède a été l’intelligent protagoniste, sont, croyons-nous, appelés à un certain avenir. Ils ont, en effet, sur les vases de terre l’avantage d’être incassables et beaucoup plus légers. Si le prix de revient de ces vases était notablement inférieur à ces derniers, ils pourraient les remplacer dans la consommation très grande qui en est faite par les horticulteurs et par les sylviculteurs landais. Le pot de fer qui se débarrassait si aisément du pot de terre ne pourrait rien contre ce nouveau rival. Ces vases sont imputrescibles, imperméables et hydrofuges. Comme les produits similaires en terre cuite, ils se prêtent à l’ornementation. Revêtus d’une couche d’émail, ou peints, ils ont sur les vases de luxe en terre l’avantage de subir beaucoup mieux toutes les formes qu’il plaît à la fantaisie du fabricant de leur donner.
- Un ingénieur, M. A. Petit, nous a fait connaître à l’aide de quels procédés on obtenait des ustensiles de laboratoire en papier durci.
- On prend de la pâte à papier composée de 85 parties de pâte de bois et 15 parties de pâte de chiffons, on confectionne avec elle les ustensiles désirés en leur donnant la
- 1 Voy. Maisons de papier, n° 877, du 22 mars 1890, p. 254-
- 2 Voy. Roues de papier, n° 810, du 8 décembre 1888, p. 30.
- forme au moyen de moules convenablement appropriés. On se sert du moulage pneumatique ou centrifuge suivant les cas.; ces opérations ne diffèrent pas de celles usitées dans les fabriques de porcelaine. Les objets sont séchés d’abord à l’air, puis dans un courant d’air chaud jusqu’à complète dessiccation. Ils sont ensuite placés dans un cylindre en fer, d’une capacité de 1 mètre cube que l’on peut fermer hermétiquement. On fait le vide dans ce cylindre pour purger d’air les objets qui y sont placés; on maintient le vide pendant quatre heures, après quoi on fait pénétrer dans l’appareil un liquide avant pour composition : essence de pétrole, 1000 litres; colophane, 250 kilogrammes; huile de lin, 500; paraffine, 25.
- Ce liquide est chauffé à la température de 75 degrés avant son introduction dans le cylindre. Les objets sont laissés immergés pendant un quart d’heure, on les retire et on les place dans un cylindre semblable chauffé à 100° pour chasser l’essence de pétrole qui les imprègne et récupérer le dissolvant pour le faire servir à une nouvelle opération. Les objets étant secs, on les place dans une étuve pendant cinq heures à l’action d’un courant d’air électrisé, c’est-à-dire renfermant une certaine quantité d’ozone, pour oxyder l’huile de lin qui remplit les pores de la pâte ; l’étuve est chauffée à 75 degrés.
- Les ustensiles sont plongés pendant une heure dans un bain formé de : huile de lin, 100 parties ; huile de ricin, 5 ; colophane, 15. Lorsque l’on a repasséles objets àl’étuve dans le courant d’air ozoné à 75 degrés, ils sont complètement imperméables, flexibles et inattaquables par les acides.
- La construction des canots de papier a déjà fait ses preuves. Un explorateur nous a laissé le récit d’un voyage au long cours entrepris dans une de ces embarcations. On pouvait la voir, il y a deux ans, amarrée sur les berges de la Seine et encore en assez.bon état malgré ses bons et loyaux services.
- Mais à tort ou à raison cet essai fort intéressant cependant, de la fabrication des embarcations légères en papier, n’a pas produit tout ce que l’industrie paraissait devoir en attendre.
- Par contre, l’application du papier dans l’industrie du bâtiment a été couronnée de succès.
- Dans l’Est, une maison de construction, fondée il y a quelques années déjà, a pris pour devise : ni bois, ni fer, et ses maisons bâties presque exclusivement avec du carton comprimé sont de curieux spécimens de ce qu’on peut obtenir avec un pareil élément.
- L’élément de la construction, dit un de nos confrères, est un panneau de 5 mètres sur lm,60, généralement, véritable poutre tubulaire de 10 centimètres d’épaisseur, et composée de deux parois de carton comprimé, de 4 millimètres d’épaisseur fixées sur un châssis également en carton.
- Les pièces qui composent ce châssis affectent un profil en V ou en U, et ce n’est pas une des conceptions les moins originales du système que ces longerons susceptibles de donner des solives ou des poutres extrêmement légères.
- Les panneaux élémentaires ne pèsent pas plus de 40 kilogrammes chacun ; ils sont d’un maniement facile et s’emboîtent par leur tranche de manière à constituer la muraille.
- La toiture est composée de panneaux analogues assemblés deux par deux au faîtage au moyen de charnières. On les fait reposer simplement sur les murailles, contre lesquelles butent les cornières en carton. Quoique la poussée soit assez faible, on réunit les deux murs parai-
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- lètes au moyen d’un certain nombre de tirants constitués par de minces cordelettes de fer galvanisé, surtout si la construction se compose d’une longue salle sans mur de refend.
- Grâce aux doubles parois qui ménagent en tout point un matelas d’air autour de la construction, on obtient ainsi des maisonnettes à peu près insensibles aux variations de température et très habitables par conséquent. Le plancher est composé de panneaux de lm,50 de côté environ, comprenant une paroi de carton de G millimètres clouée sur les ailes solives en forme de V.
- C’est pour les constructions temporaires surtout que l’emploi de ces maisons doit être préconisée. Elles conviennent à merveille aux locaux servant aux expositions, aux ambulances militaires mobiles, etc.
- Les ambulances construites d’après ce système paraissent avoir donné des résultats très satisfaisants. Outre les avantages généraux qui résultent d’une construction rapide, il convient de tenir compte de ce détail que le carton servant à la composition des murailles peut être fabriqué avec des eaux antiseptiques, ce qui lui communique la qualité précieuse de ne point recevoir de germes infectieux.
- Notre cadre ne nous permet pas de passer en revue toutes les nouvelles applications qu’on a faites du papier. Nous nous sommes borné à en signaler les principales et à appeler l’attention sur les perfectionnements apportés aux applications de date plus ancienne. Nous parlions, au début de cet article, des roues de wagon, des tonneaux, des fers à cheval, dans la fabrication desquels le papier avait remplacé le fer. Nous pourrions ajouter que dans la fabrication de certains meubles on a essayé de substituer le papier au bois et que l’on confectionne des tables en papier et jusqu’à des chaises pliantes, dont le principal avantage est évidemment la légèreté. Ce ne sont là que des essais timides ! mais une année ne s’achèvera pas sans que le papier, qui a déjà ses maçons et ses charpentiers, n’ait ses ébénistes. Ceux-ci, pour ne pas être en reste, sont bien capables d’imaginer des salons Louis XVI, des boudoirs Louis XV et des salles à manger gothiques exclusivement en papier. Emmanuel Uatoin.
- UNE MANIVELLE SANS POINT MORT
- La principale objection que l’on peut faire aux moteurs à vapeur à un seul cylindre est l’existence de deux points morts correspondant aux deux positions extrêmes de la course du piston. Si l’arrêt du moteur s’est produit dans cette position, il est indispensable de franchir ce point mort en agissant à la main sur le volant, et si la machine présente de grandes dimensions, il faut avoir recours à des dis-
- positions mécaniques plus ou moins compliquées et souvent coûteuses. Pour éviter cet inconvénient et obtenir un démarrage certain dans toutes les positions, on a construit des machines à deux cylindres dont les manivelles sont calées a 90 degrés. Cette solution présente l’inconvénient d’élever sensiblement le prix d’une machine de puissance donnée, puisqu’il faut deux cylindres, deux pistons, deux bielles, deux manivelles, deux tiroirs, etc. La difficulté a été ingénieusement levée par M. Y. de Michèle au moyen d’une disposition très simple qui résout élégamment le problème. Cette disposition consiste à monter le bouton de la manivelle, non plus dans une position fixe, mais en lui permettant de glisser dans une coulisse rectiligne dirigée suivant l’un des côtés du carré inscrit à la circonférence que trace le bouton de maniv elle dans la marche normale. Un ressort convenablement réglé presse la coulisse
- portant le bouton et la maintient en place. Si la machine est arrêtée au point mort, et que l’on veuille mettre en marche, la vapeur admise à pleine pression fera glisser le bouton de la manivelle dans la coulisse, ce qui correspond à un déplacement virtuel du bouton, c’est-a-dire à une rotation qui supprime le point mort. L’action est identiquement la même aux deux bouts de la course, qui se trouve limitée par le bout de la rainure le plus rapproché du bord du disque. Le ressort fixé dans le disque, et maintenant le bouton de manivelle pressé contre sa position normale, est proportionné et ajusté à l’aide d’une vis de réglage de façon à ne pas jouer avant que le piston ne soit soumis à la pression totale de la vapeur, pression égale à celle que fournit la chaudière. Comme, en marche normale, la pression effective s’exerçant sur le piston, est d’au moins 15 pour 100 plus faible que celle de la chaudière, on a ainsi une marge suffisante pour assurer le fonctionnement normal du moteur sans déplacement du bouton de manivelle. Ce déplacement ne se produit qu’au moment du démarrage, et si la manivelle s’est accidentellement arrêtée au point mort. Pour le reste, la machine fonctionne comme à l’ordinaire. Cette disposition très intéressante pour les petits moteurs soûmis à des arrêts et des mises en marche fréquents, rendra de très grands services, et le principe sur lequel elle est fondée pourra recevoir de nombreuses applications, même en dehors des machines à vapeur. X..., ingénieur.
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- ÉRUPTION SOUS-MARINE
- PRÈS DE L’iLE PANTELLARIA
- Dans la deuxième moitié du mois d’octobre 1891 une éruption sous-marine a eu lieu dans la Méditerranée, entre la Sicile et l’Afrique, près de l’île Pantellaria. Quoique cette éruption ait été de courte durée, elle a pu être observée et étudiée dans de bonnes conditions, et je crois intéressant de donner ici quelques détails sur ce récent phénomène volcanique.
- L’île Pantellaria (l’ancienne Cossyra), près de laquelle l’éruption s’est manifestée, est située au sud-ouest delà Sicile.
- Elle est formée par des roches volcaniques, et on peut observer dans celte île les derniers
- vestiges de manifestations volcaniques : des fumerolles sont encore actives dans quelques-uns des anciens cratères, des sources d’eau minérale jaillissent dans certaines localités.
- Plusieurs fois la mer, aux environs de l’île, a été le siège d’éruptions sous-marines. Une éruption de ce genre, celle qui forma l’ile Julia, en 1851, est restée célèbre pour les études de Gemmellaro,
- Hoffmann et Constant Prévost, envoyé par l’Académie des sciences de Paris ; ce phénomène est décrit dans tous les traités de géologie. Nous reproduisons ci-dessus (Fig. 1) l’aspect que présentait cette nouvelle île quelques semaines après sa formation, d’après un dessin original de Join qui accompagnait Constant Prévost.
- L’éruption qui s’est manifestée, dans la même localité, trente-deux ans plus tard, en 1865, est beaucoup moins connue.
- La récente éruption sous-marine, dont nous allons nous occuper, a eu lieu dans une région maritime
- 1. — L’ile Julia anciennement produite par une éruption sous-marine; son aspect le 29 septembre 1851.
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- plus voisine de l’île Pantellaria (fig. 2). Une période sismique assez remarquable se détermina d’abord dans l’ile même; elle eut un faible contre-coup sur la côte voisine, en Sicile. Les tremblements de terre commencèrent le 14 octobre : de 5h,50m du soir jusqu’à 9 heures du matin, on a compté plus de dix secousses assez fortes. Les habitants de l’île,
- frappés d’épouvante, abandonnèrent leurs maisons, et une grande partie d’entre eux n’y rentrèrent pas de la nuit. Les mouvements sismiques continuèrent pendant les journées du 16 et du 17, mais avec une intensité décroissante. Un autre tremblement de terre assez violent fut ressenti a ih,50"* du matin le 17, et ensuite
- on n eut à enregistrer que de très faibles secousses.
- Tous ces ébranlements du sol ont été très sensibles dans la partie nord-ouest de l’île Pantellaria, et presque inappréciables dans la partie opposée. Quelques-unes des
- maisons ont été
- lézardées par ces secousses et il fallut abattre une maison plus endommagée que les autres; mais heureusement personne n’a été blessé.
- Le matin du
- 17, du côté ouest-nord-ouest de la petite ville de
- Pantellaria, à
- 5 kilomètres, on voyait la mer s’agiter, comme bouillonnante; des colonnes de vapeurs s’élevaient, de la surface, sur une
- étendue de presque 1 kilomètre, et on voyait des blocs de lave flotter en cet endroit. Ces phénomènes étaient accompagnés quelquefois par de sourds mugissements, tandis que les tremblements de terre cessèrent presque complètement. Le lendemain (18 octobre), la surface de la mer, sur laquelle on observait les manifestations éruptives, s’était accrue vers le nord. Ce jour-là, M. le l)r Giuseppe Errera, directeur de l’Observatoire géodynamique de Pantel-
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- Carte de l’ile Pantellaria montrant le lieu de l’éruption sous-marine du 17 octobre 1891.
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- laria, s’approcha, avec une barque, du lieu de l’e'-ruption; il mesura, au moyen du loch, la longueur de la zone, où se concentrait l’action volcanique; elle était de 850 mètres, et sa direction était de sud-ouest à nord-est ; il observa une grande quantité de blocs de lave noire qui flottaient sur cette étendue. Le même jour, à 8h,20m du soir, on ressentit une autre secousse.
- Dès le lendemain, l’éruption commença à diminuer d’intensité. Le 21 octobre, M. le professeur A. Ricco, directeur des observatoires de l’Etna et de Catane, envoyé par le gouvernement italien, alla visiter de près le théâtre de l’éruption. Il y recueillit une ample moisson d’observations et y fit de précieuses études; le savant professeur a le projet de publier une relation détaillée de son exploration qui aura un grand intérêt au point de vue de la volcanologie. Je dois à l’obligeance de cet observateur les renseignements qui suivent.
- La zone maritime sur laquelle s’observaient les phénomènes de l’éruption, le 25 octobre, formait une bande d’une longueur de 200 mètres environ ; sa largeur a pu être évaluée à 50 mètres. Sur cette étendue venaient flotter, du fond de la mer, plusieurs blocs de lave spongieuse noire, qui avaient un diamètre de 50 centimètres à 2 mètres. Ces blocs étaient, en général, de forme à peu près ovoïdalc; ils éclataient, à la surface de l’eau, en lançant des jets de vapeur et quelquefois des fragments de lave; peu après ils disparaissaient en s’abîmant dans les Ilots. Quelquefois, en crevant, ils s’élevaient à quelques mètres au-dessus de la surface de l’eau. Le professeur Ricco recueillit plusieurs de ces blocs avec les précautions nécessaires pour en éviter leur éclatement entre ses mains. Ces blocs, qui étaient à l’extérieur de couleur noire brillante, étaient incandescents à l’intérieur ; ils étaient creux, leur enveloppe variait d’épaisseur.
- Des sondages exécutés dans la mer, sur le lieu de l’éruption, ont fait reconnaître que la profondeur de la mer, qu’on évaluait avant l’éruption à environ 160 mètres en cet endroit, n’avait pas changé. Un autre fait, observé par le savant professeur, est relatif au soulèvement de la côte nord-est de l’île Pan-tellaria. Un premier soulèvement a eu lieu, d’après le témoignage des habitants, à la suite d’un tremblement de terre, le 24 mai 1890. Un deuxième soulèvement a été constaté, au moment des secousses qui ont précédé l’éruption actuelle; il a été de 80 centimètres à 1 mètre.
- Le 25 octobre, les manifestations éruptives avaient cessé; on n’observait aucun phénomène à la surface de la mer.
- Cette éruption éphémère a duré environ une semaine; mais elle n’a pas eu lieu sans émouvoir le public; les premières nouvelles, exagérées, publiées par les journaux politiques, ont fait croire à la formation d’un îlot, et on a comparé cette éruption à celle de 1831 qui donna naissance à l’île Julia. D'après ce que nous avons dit, cette éruption n’a
- pas formé de cratère à la surface de la mer : les blocs dont j’ai parlé n’étaient pas réunis l’un à l’autre ; ils flottaient isolés çà et là à la surface de l’eau.
- D’après les sondages, il semble que le foyer éruptif se trouvait à plus de 150 mètres de profondeur. On n’a pas observé d’émissions gazeuses violentes, la température de l’eau environnante n’était pas sensiblement augmentée au moment du phénomène, et il n’y eut aucune production de matériaux fragmentaires. Cette éruption sous-marine est caractérisée par la formation des blocs ovoïdaux, creux, qui s’élevaient jusqu’à la surface de la mer.
- Les phénomènes éruptifs sous-marins ne sont pas aussi rares qu’on le croit généralement; mais ils offrent pour la science un grand intérêt, les occasions de les observer étant peu fréquentes. J’ai parlé ici même1 des phénomènes éruptifs qui ont eu lieu récemment dans le fond de la mer, près de l’île Yulcano, pendant la longue éruption 1888-1890.
- Jean Platania.
- Aciréale (Sicile), 10 novembre 1891.
- NÉCROLOGIE
- I<e Dr Henri Roger. — Nous avons appris au commencement de cette semaine et non sans un vif regret, la mort de M. le I)r Henri Roger, ancien président de l’Académie de médecine, commandeur de la Légion d’honneur, décédé à Paris, à l’âge de quatre-vingt-trois ans. C’était un homme du plus grand mérite et d’une haute distinction. Nommé médecin de l’hôpital Sainte-Eugénie en 1800, le docteur Roger s’était presque exclusivement consacré aux maladies des enfants, affections sur lesquelles il a écrit de nombreux travaux et communiqué à l’Académie de savants Mémoires justement estimés dans la science. Il avait pris sa retraite en 1875 avec le titre de médecin honoraire. D’une affabilité extrême et savant de grande valeur, le docteur Roger sera vivement regretté par ses collègues de l’Académie, par tous ses confrères, et par tous ses amis.
- —»<>«—
- CHRONIQUE
- La station centrale de distribution d’énergie électrique de Boston. — On peut se faire une idée du développement absolument inouï de la traction électrique des tramways en Amérique, par ce fait qu’à la tin de l’année 1888, année dans laquelle commencèrent les installations vraiment industrielles de ce mode de traction, il y avait seulement une douzaine de lignes équipées, ayant 50 milles (80 kilomètres) de longueur et 100 voitures, tandis que l’on compte à ce jour 350 lignes, 3000 milles (4800 kilomètres) de lignes et 4500 voitures. Mais ces chiffres paraîtront bientôt bien mesquins devant ce qui se prépare actuellement pour la traction électrique des tramways dans la ville de Boston, par la West End Railway Company. La station centrale qui doit distribuer à Boston l’énergie électrique nécessaire à la traction de tous ses tramways, sera incontestablement la plus
- 1 Voy. n° 927, du 7 mars 1891, p. 214.
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- puissante du inonde entier, car elle ne renfermera pas moins de treize moteurs à vapeur de 2000 chevaux chacun, soit une puissance mécanique totale de 26 000 chevaux. Chaque moteur à vapeur actionnera quatre dynamos Thomson à courant continu de 600 volts et 600 ampères, soit 560 kilowatts. Il y a actuellement deux moteurs de 2000 chevaux et huit dynamos Thomson installés, fournissant le courant à près de 400 voitures. Dans quelques mois, il y aura 250 voitures de plus en fonction, et les installations seront augmentées au fur et à mesure des besoins jusqu’à concurrence des 26 000 chevaux actuellement prévus.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 novembre 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- Recherches thermochimiques sur Vhydrasine. — À côté de l’ammoniaque Azll3, la théorie indiquait l’existence de deux composés moins hydrogénés Azll- et Azll qui ont, en effet, été préparés : l’hydroxylamine et l’hy-drasinc. M. Curtius qui a découvert ce dernier corps en a adressé des échantillons à M. Berthelot et celui-ci expose aujourd’hui les résultats de l’examen qu’il vient d’en faire en collaboration avec M. Matignon. Au point de vue thermochimique, l’hvdrasine se signale par la grande quantité de chaleur absorbée durant sa formation : elle représente 50 calories. Aussi est-ce un corps très instable. L’hydroxylamine AzID absorbe 4 calories en se formant et, au contraire, la production de l’ammoniaque dégage 21 calories. Il résulte de ces mesures, qu’au fur et à mesure de la saturation de l’azote par une quantité croissante d’hydrogène, il se dégage de plus en plus de chaleur, le premier terme de la série étant un corps qui, dès l’abord, en a absorbé beaucoup. Ce qui ajoute beaucoup d’intérêt à ces remarques, c’est qu’on peut les répéter sur d’autres séries de composés, par exemple, à l’égard des oxydes de l’azote. La chaleur de formation de l'acide hypo-azoteux est égale à —57°,4; celle de l’acide azoteux à — 4°,2 et celle de l’acide azotique à‘+ 14e,5. De même si on compare les hydrures de carbone on trouve :
- pour Cil................—50e,2
- — CH*................— 7e,4
- — CIU................+ 12e,6
- — Cil4................. + 18e, 8
- Il s’agit d’un fait tout à fait général et M. Berthelot en tire des conclusions dont le caractère philosophique n’échappera à personne. Ainsi que le fait remarquer l’illustre chimiste, quand nous sommes en présence d’une série du genre des précédentes, ce que nous appelons les corps simples, ne constituent pas les vrais radicaux. Le radical est un composé qui s’est fait d’abord avec absorption de chaleur et qui contracte ensuite des combinaisons successives dont chacune, au contraire, est exothermique. 11 y a là, évidemment, un point de vue des plus fructueux et qui justifie une fois de plus l’importance capitale accordée maintenant par tout le monde aux résultats de la thermo-chimie.
- Sur la greffe osseuse. — Dans un intéressant travail présenté avec détail par M. Verneuil, M. Le Dentu signale de nouveaux services que peut rendre à la chirurgie conservatrice la pratique de l’implantation d’os décalcifiés. L’auteur demande surtout à ceux-ci un support prononcé au périoste dont les propriétés ostéogènes sont mises à contribution, et il a spécialement en vue la reproduction
- des os longs dont l’extraction a été nécessaire. S’agit-il, par exemple, de reproduire une portion de 6 ou 7 centimètres du tibia l'éséqué, il taille dans un os de bœuf décalcifié un fragment de 6 ou 7 centimètres de diamètre convenable, et (avec toutes les précautions les plus minutieuses de l’antiseptie) il l’introduit dans la gaine périostique conservée Au iur et à mesure de la production de l’os nouveau, le fragment de support est résorbé et la reconstitution se fait normalement sans altération aucune de la forme.
- La reproduction des balanes. — Il suffit d’une simple promenade à marée basse sur des rochers découverts pour faire la connaissance des balanes, petits crustacés cirrhi-pèdes dont les coquilles coniques hérissent le sol d’aspérités dont le contact est parfois bien douloureux aux pieds nus. M. de Lacaze-Duthiers présente, de la part d’un des préparateurs du laboratoire de Roscoff, une Note qui jette le plus grand jour sur le mode de reproduction de ces curieux animaux qui, bien que fixés et hermaphrodites, doivent se réunir deux à deux. C’est l’occasion de répéter qu’il n’est aucunement besoin d’aller bien loin ni de s’adresser aux animaux les plus rares pour faire en zoologie des découvertes d’un très haut intérêt.
- La Société d'histoire naturelle d'Autun. —Nos lecteurs savent déjà que mon savant collègue, M. Bernard Renault, aide-naturaliste au Muséum, a fondé, il V a quatre ans, à Autun, une Société d’histoire naturelle qui très rapidement a pris une très grande autorité. La quatrième année de son Bulletin est adressée aujourd’hui. C’est un magnifique volume, grand in-8°, de plus de 600 pages, accompagné de dix planches dont plusieurs sont doubles et qui renferme une foule de Mémoires de très haute valeur. Ne pouvant tout citer, je mentionnerai, outre des Notes importantes de M. Renault sur la botanique fossile et spécialement sur la famille des botrvoptéridées, un très volumineux catalogue des mollusques terrestres, fluviatiles et marins d’une partie de l’Indo-Chine par M. le Dr P. Fischer, aide-naturaliste au Muséum; — des recherches sur les poissons du lias supérieur de l’Yonne, par M. le Dr Sauvage, aide-naturaliste honoraire au Muséum ; — une Notice sur les lis comestibles par MM. Pailleux et Bois, aide-naturaliste au Muséum; —une description poléoethnologique des vallées de la Loire, de la Bourbince et de l’Arroux, par M. Pérot, etc. Cette activité et le nombre si rapidement croissant de ses membres, font dès maintenant, de la Société d’histoire naturelle d’Autun, l’une des associations les plus puissantes de la France entière.
- Varia. — L’Académie ayant hâte de se réunir en un Comité secret qui d’après ce qu’a dit M. le Président, doit être très long, un grand nombre de membres déposent des Notes sur le bureau sans même en indiquer le contenu. —M. Vignon étudie la matière à laquelle donne naissance l’immersion de la laine et de la soie dans l’acide azotique. — L’accélération séculaire de la lune occupe M. Tisserant. Stanislas Meunier.
- LA CHUTE D’EAU LUMINEUSE
- DE L’EXPOSITION DE FRANCFORT-SUR-LE-MEIN
- On sait tout l’intérêt et toute la vive curiosité qu’ont excités les fontaines lumineuses à l’Exposition universelle de 1889. Une exposition d’électricité ne
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- LA NATURE
- Vue d’ensemble de la chute d’eau lumineuse de l’Exposition d'électricité de Francfort.
- pouvait manquer de renouveler un semblable spectacle. Aussi l’Exposition de Francfort a-t-elle eu une chute d’eau lumineuse. Nous allons en faire connaître succinctement les principales dispositions1.
- La figure 1 donne la vue d’ensemble de la grotte et de la chute d’eau spécialement établie dans l’Exposition. Sur le sol de la grotte, se trouve un dragon qui lance l’eau à grands Ilots. Près de la grotte sont établiesdes tours: la première est un ornement; la seconde visible sur notre gravure abrite les appareils d’éclairage.
- Cette dernière est élevée dans un étang qui a une surface de 1000 mètres carrés et une profondeur de 2m,50. L’étang est alimenté par l’eau du Mein à l’aide de pompes. Cette eau, remontée dans un réservoir placé sur le haut de la grotte, alimente la chute d’eau et retombe en cascades, comme le montre notre figure.
- Les appareils d’éclairage servant a produire les effets lumineux sont des plus intéressants. Les différents appareils ont été disséminés autant que possible dans les roches.
- La figure 2 nous donne le principe des dispositions adoptées. Elle représente le mode d’illumination par en dessous des eaux retombant sur les roches.
- Au foyer d’un miroir parabolique est une lampe à arc autorégulatrice, qui jette ses rayons sur des miroirs inclinés, et ces derniers les renvoient à travers des verres colorés, tantôt sur des miroirs où s’opèrent de nouvelles
- 1 Officielle Zeitung der internat ionalen elektrotechnis-chen Auslellung, et Eleklrotechnische Zeitschrift.
- Fig. 2. — Système d’éclairage de la chute d’eau. — L. Lampe électrique. — F. Arc voltaïque. — M. Miroir parabolique. — V. Verre blanc placé devant les verres de couleurs.
- réflexions, tantôt à travers des prismes. Ces dispositions ont pour but de forcer les rayons lumineux à suivre autant que possible les ondes dans leurs
- détours. Il convenait également d’éclairer par devant la surface de l’eau, au moment de sa chute. Un mode analogue d’éclairage a été employé ; on y retrouve un miroir parabolique, une lampe à arc placée au foyer de ce dernier, et sur le parcours des rayons lumineux parallèles des verres colorés pouvant se changer a volonté. Tous les rayons viennent tomber sur un deuxième miroir courbe légèrement incliné de façon à renvoyer les rayons réfléchis en divers points. Pour les parties les plus petites de la chute d’eau, un éclairage direct à l’aide de miroirs plans a pu suffire. Les rayons parallèles venant du miroir parabolique tombent sur un miroir plan incliné et se réfléchissent parallèlement, en traversant des verres de colorations diverses. Après une deuxième réflexion, les rayons passent directement à travers l’eau.
- L’eau qui sort de la gueule du dragon, dont nous avons parlé au commencement de cet article, traverse également des rayons de lumière, de sorte que le monstre semble vomir des gerbes de feu. — Cette intéressante installation employait 275 ampères pour les diverses lampes à arc dont il était fait usage. L’énergie électriqiïe était fournie par une station centrale spéciale. J. Laffargue.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tjssandieu. l’aris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 965. — ‘28 NOVEMBRE 1891.
- LA NATURE.
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- TRANSFORMATION DES COURANTS ALTERNATIFS POLYPHASÉS EN COURANT CONTINU
- En parlant des expériences de Lauffen-Francfort1, nous avons dù laisser de côté un point intéressant de ces expériences, et qui présente la plus grande importance au point de vue du développement industriel possible des courants alternatifs polyphasés : nous voulons parler des procédés qui permettent la transformation facile de ces courants en courants continus, en vue des applications qui exigent abso-lument que l’énergie électrique soit livrée sous cette forme, les applications électrochimiques, par exemple.
- L’appareil de transformation, que représente schématiquement la figure 1, permettra de saisir facilement le principe de l’appareil qui. remplit cette fonction, en même temps que cinq autres que nous allons énumérer. Considérons une poulie A montée sur le même axe qu’un anneau Gramme muni de son collecteur B tournant dans un champ magnétique constant produit par deux inducteurs excités en dérivation.Sur trois points de cet anneau, distants l'un de l’autre de 120 degrés, sont attachés trois fils reliés à trois bagues conductrices isolées entre elles, et sur lesquelles viennent appuyer en C, trois balais reliés à trois conducteurs a, b, c. Un semblable appareil auquel, à défaut d’un vocable court, on pourrait donner le nom de : Générateur-moteur à courants continus et alternatifs polyphasés, peut remplir et remplit en réalité, suivant les besoins, six fonctions distinctes :
- 1° En fournissant de la puissance mécanique sur
- 1 Voy. u° 969, du 24 octobre 1891, p. 525.
- 19" anntff. — ?e semestre.
- la poulie A, on recueille de la puissance électrique en B sous forme de courant continu. C’est un simple générateur à courant continu. 2° En fournissant
- du courant continu aux balais A, on obtient de la puissance mécanique sur la poulie B. C’est un moteur à courant continu. o° En fournissant de la puissance mécanique à la poulie A, on recueille en C des courants alternatifs triphasés. C’est un générateur à courants alternatifs triphasés. 4° En fournissant des courants triphasés en C, on obtient de la puissance mécanique sur la poulie A. C’est un moteur synchrone à courants triphasés. 5° En fournissant du courant continu aux balais B, on recueille du courant triphasé en C. C’est un transformateur de courants continus en courants alternatifs triphasés. 6U Enfin, en fournissant en C des courants
- alternatifs Biphasés, on obtient en B des courants continus. C’est un transformateur de courants triphasés en courant continu.
- Il n’y a aucune difficulté technique à comprendre comment ces six fonctions différentes peuvent être remplies par un seul et même appareil. En effet, en ce qui concerne les deux premières, nous n’avons pas autre chose qu’une dynamo à courant continu réversible. La troisième fonction s’explique non moins facilement : le système tournant est une simple machine dynamoélectrique s'excitant elle-même, et comme chacun des trois tiers de l’enroulement développe, par sa rotation dans le champ inducteur, des forces électromotrices alternatives décalées de un tiers de période, rien n'est plus facile que de les recueillir
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- Fig. 1. — Appareil démontrant le principe des générateurs-moteurs à courants continus et alternatifs triphasés.
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- en reliant les trois points de l’anneau aux trois bagues collectrices. Nous obtiendrons le même résultat en faisant tourner l’anneau, non plus mécaniquement, mais à l’aide d’un courant continu, qui se trouve ainsi transformé en courants alternatifs triphasés.
- Enlin, les courants triphasés arrivant dans l’anneau par les fils C font tourner l’anneau dans le champ magnétique, synchroniquement avec la fréquence du courant alternatif, la vitesse angulaire correspondant à une période par tour. On peut donc recueillir, soit de la puissance mécanique sur la poulie A (quatrième fonction), soit enfin, du courant continu sur les balais R (sixième fonction). Dans ce dernier cas, on transforme les courants alternatifs polyphasés en courant continu, directement applicable à l’éclairage, à la force motrice, aux opérations électrochimiques, etc.
- Cet appareil, dont nous venons d’indiquer le principe général, et dont il nous serait difficile de fixer historiquement les origines, était représenté, à l’Exposition internationale d’électricité de Francfort, par deux types bien distincts: la machine de M. Dolivo-Dobrowolsky et celle de M. Schuckert.
- La machine de M. Rolivo-Dobrowolsky remplissait la cinquième fonction et permettait ainsi à son inventeur de répéter, à n’importe quel moment de la journée, les expériences de transformation de la puissance électrique des courants alternatifs triphasés en puissance mécanique. On fournissait à la machine des courants continus qu’elle transformait en courants alternatifs triphasés. L’enroulement de l'induit était non pas à anneau, mais à tambour, genre Siemens, ce qui ne change rien au principe général de fonctionnement. Ces courants triphasés servaient à actionner les moteurs à champ tournant dont nous avons précédemment donné la description.
- La machine de M. Schuckert, représentée figure 2, et identique en principe à celle représentée figure 1, produisait des courants alternatifs diphasés, c’est-à-dire deux courants alternatifs décalés de un quart de période. Ces courants envoyés dans un transformateur, étaient portés au potentiel de 2000 volts, puis transportés à distance sur une ligne à trois fils. A l’arrivée, ces courants de haute tension étaient ramenés une seconde fois à une tension de 100 volts environ dans un second transformateur, puis traversaient un générateur-moteur identique à la machine génératrice du départ qui les transformait en courants continus. Ces courants continus desservaient une série de moteurs à courant continu de faible puissance, distribués dans la galerie du travail, où ils actionnaient des machines à coudre, des presses, des scies, etc.
- L’exposition de M. Schuckert réalisait donc, dans son ensemble, la production de courants alternatifs diphasés de basse tension, leur transformation au départ en courants de haute tension, leur transport à distance, leur transformation à l’arrivée en courants de basse tension, leur transformation en cou-
- rant continu, leur distribution sous cette forme, et, enfin, leur application à la mise en marche de petits moteurs à courant continu.
- Nous avons tenu à signaler ces expériences, pour montrer avec quelle facilité on peut aujourd’hui mettre à profit, dans les conditions les plus diverses, les courants alternatifs et les courants continus, utiliser les hautes et les basses tensions, et combien l’énergie électrique se prête à affecter les qualités qui lui sont nécessaires en vue de telle ou telle application.
- E. Hospitalier.
- LÀ PERTE DE POIDS DES MONNAIES
- L’usage et les frottements de toutes sortes font subir aux monnaies une perte de poids et des altérations qu’on a désignées sous le nom de frai. M. Maurice Peligot a récemment publié dans le Bulletin de la Société d'encouragement, sur le frai, ou perte de poids des monnaies, une très intéressante Note que nous résumerons ici.
- Il peut être intéressant de réunir les quelques expériences faites depyis un siècle pour rechercher les alliages les plus convenables assurant la plus longue durée possible aux espèces en circulation. Les expériences les plus anciennes datent de la grande réforme monétaire qui nous a donné le système actuel. L’Académie des sciences, consultée en 1790 sur les meilleures mesures à prendre pour le titre, le poids et les divisions des monnaies qu’il s’agissait d’émettre, nomma uneCommission composée de Borda, Lagrange, Lavoisier, Tillct et Condorcet. Parmi les questions soumises au jugement de l’Académie, se trouvait celle-ci : s’il y avait avantage à employer des métaux purs, ne faudrait-il pas craindre l’usure trop rapide des pièces?
- La Commission fit des expériences et trouva que fes monnaies d’argent pur, perdent moins que les monnaies en alliage, lorsque le frottement a lieu entre pièces semblables, mais elles perdent plus lorsqu’il a lieu entre des pièces d’argent pur et des pièces en alliage. À la fin de ce rapport, la Commission préconise le système décimal dont l’adoption a été certainement un des plus grands bienfaits du siècle dernier.
- En 1798, d’autres expériences furent faites en Angleterre par Hachett et Cavendish ; elles n’eurent pour objet que l’or et ses alliages les plus divers, elles donnèrent les mêmes résultats que la Commission de l’Académie avait trouvés pour l’argent quelques années avant. Si nous nous reportons en 1846, les monnaies de bronze françaises se composaient de tous les sous émis dans le siècle précédent. Il y en avait de différents alliages et ils étaient tous de poids non décimaux. Une Commission, nommée en vue d’une refonte, trouva un alliage suffisamment doux en mettant au creuset des pièces à refondre prises dans certaines proportions et. en y ajoutant un peu de zinc. Il restait à comparer cet alliage aux autres au point de vue du frai ; on mit les différentes pièces dans un tonneau monté sur un axe et divisé en quatre compartiments.
- Après vingt heures de rotation à raison de 50 tours par minute, on repesa les pièces.
- Des sous royaux formés de cuivre éprouvèrent une perle de 0,660; des pièces proposées (cuivre 90, étain 5, zinc 5) éprouvèrent une perte de 0,980 ; des pièces de bronze (cuivre 95, étain 5) éprouvèrent une perte de 1,000.
- Les résultats trouvés pour les alliages d’or, d’argent et de cuivre ont montré qu’on doit préférer pour les mon-
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- riaies un métal doux et éviter de faire circuler ensemble des pièces de ductilités trop différentes.
- En 1888, M. Ruau, directeur général des monnaies et médailles, entreprit des expériences qui avaient pour but de vérifier si l’usure des pièces est proportionnelle à leur poids ou à leur surface.
- Des pièces faites avec notre bronze monétaire (cuivre 95, étain 4, zinc 1 ) étaient posées sur une table de 2 mètres de long dont une des extrémités s’abaissait neuf fois par minute, de sorte que les pièces entraînées par leur propre poids parcouraient 50 mètres par minute.
- En comparant des pièces de même poids et de surface différente et d’autres de même surface, mais de poids différents, on est arrivé à démontrer (ainsi que le faisaient prévoir les lois de Coulomb sur le frottement) que l’usure est proportionnelle au poids et non à la surface.
- En dehors de ces expériences théoriques, celle que fait journellement le temps sur les pièces en circulation mérite de fixer l’attention.
- De nombreuses expériences de pesées ont été faites sur d’anciennes pièces de monnaie d’or et d’argent de la tin du siècle dernier, et sur des pièces plus modernes, de la France et de l’étranger.
- Voici l’usure annuelle des diverses sortes de pièces :
- Pièces de 20 francs or POUR 100 . . . 0,29
- — 10 — . . . 0,71
- — 5 . . . . 1,21
- — 5 francs argent. . . . . . . 0,05
- — 2 — ... . . . . 1,12
- — 1 — . . . . . . 1,88
- — 0,50 — . . . . . . . 3.10
- Pour les pièces de 50 centimes, il y en a un dixième en dehors des limites de circulation, mais la dépense qu'entraînerait leur refonte serait une si lourde charge pour les Etals qui les ont émises, que l'hésitation est permise.
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- EXCURSION
- DANS LES MONTAGNES ROCHEUSES
- Un Congrès international de géologie vient d’avoir lieu à Washington. À la suite du Congrès, une excursion géologique dans les Montagnes Rocheuses a été organisée ; quatre-vingt-neuf personnes ont pris part à cette excursion ; les deux tiers étaient des savants venus de différents points de l’Europe. C’est la première fois qu’une réunion aussi considérable d’hommes de science visite une région éloignée.
- Un train spécial est resté tout le temps à notre disposition. Lorsqu’il passait devant une place intéressante, il s’arrêtait; les géologues descendaient armés de leur marteau, puis on remontait, et ainsi de suite. Nous avons été de Washington à Chicago, puis à Saint-Paul, où on nous a montré des faits intéressants pour l’histoire des périodes glaciaire et postglaciaire. Ensuite nous sommes arrivés dans les Montagnes Rocheuses, au Parc national; nous avons visité ses curiosités géologiques : les terrasses de travertin de Mammoth Hot Springs, la falaise d’obsidienne, les nombreux geysers, dont plusieurs s’élèvent à de grandes hauteurs et déposent de toute part des concrétions siliceuses-, le lac et le canon de
- Yellowstone, dont la formation est encore un problème. Puis nous avons été au delà des Montagnes Rocheuses, sur le versant du Pacifique, voir les mines d’argent de Butte-City; de là, nous nous sommes dirigés vers la Ville du Grand-Lac-Salé, la capitale des Mormons. Après avoir étudié l’ancienne extension du Grand-Lac-Salé, nous avons longé les escarpements des plateaux crétacés où les érosions ont produit une succession indéfinie de découpures étranges qui simulent des tours, des remparts, des châteaux ruinés. Nous avons retraversé les Montagnes Rocheuses vers le 39e de latitude, passant par Newcastle, où l’on exploite le charbon de terre dans le crétacé, par Glenwood, par Canon-Gity, où nous avons vu les vestiges des plus anciens Vertébrés (poissons siluriens de l’horizon de Trenton), et les couches à Atlantosaurus, par Leadville, centre de grandes mines, par Manitou, où nous avons visité le Jardin des Dieux et pris un chemin de fer qui nous a conduits jusqu’au sommet du Pike’s Peak, à 4300 mètres d’altitude. A Denver, les excursionnistes se sont séparés ; les uns ont été voir le grand canon du Colorado, les autres sont revenus à New-York en passant par le Niagara. Nous avons ainsi fait 2500 lieues sur la terre américaine; avec les deux traversées de l’Atlantique, c’est un total de 5500 lieues. Si, dans nos réunions géologiques, il y a une trentaine d’années, on eût parlé d’une sem-bluble excursion, cela eut paru très extraordinaire. Des habitudes nouvelles s’introduisent dans la science pour son grand profit, car les échanges d’idées avec les hommes des différents pays du monde ne peuvent qu’élargir nos esprits.
- Les Montagnes Rocheuses ont un intérêt spécial pour les paléontologistes. Lorsque les Américains ont fait les chemins de fer qui les traversent, ils ont rencontré sur des espaces immenses des débris de créatures fossiles très extraordinaires. Parmi les collections qui en renferment des spécimens, il y en a deux qui sont particulièrement importantes : celle du professeur Marsh à New-Haven et celle du professeur Cope à Philadelphie. En ce moment, les découvertes se pressent plus nombreuses que jamais. M. Marsh m’a donné les dessins de quelques restaurations des plus curieux fossiles des Montagnes Rocheuses qu'il étudie en ce moment. Je les mets sous les yeux des lecteurs.
- Voici d’abord (fig. 1) la restauration du Dinosaurien qu’il appelle le Brontosaurus, c’est-à-dire le Saurien du tonnerre. La petitesse de la tête contraste avec la grandeur du corps qui, dit-on, aurait eu 15 mètres de long. U Atlantosaurus associé avec lui dans le même terrain était encore plus grand ; on a prétendu qu’il avait 24 mètres de long. Même en diminuant un peu ce chiffre, nous pouvons croire que c’est le plus puissant animal qui ait jamais vécu sur les continents. Le squelette de l’éléphant de Durfort, qui impressionne par ses dimensions tous les visiteurs de notre galerie de paléontologie, n’a pas tout à fait 7 mètres de long, le Mégathérium a 5m,50,
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- le Mastodonte de Sansan a environ 4 mètres. — Voici maintenant (fig.2) la restauration du Stegosnn-rus,nommé ainsi à eausedes grandes pièces qu’il porte sur le dos; sa queue est surmonte'e de fortes opines.
- Aucune bète actuelle ne peut nous donner une idée d’une telle disposition. Comme chez le Brontosaurus, on s’étonne de la petitesse de la tète. M. Marsh a pris le moulage de l’encéphale et celui de la moelle épi-
- Fig. 1. — UronlomuruH excelsut, Marsh. — Jurassique supérieur des Montagnes Rocheuses.
- nière dans la région sacrée; ce dernier est beaucoup vitale est en proportion du développement de la p'us volumineux; si donc on suppose que l’énergie substance nerveuse, il faut croire que, chez ces ani-
- Fig. 2. — ülegosaums ungulatus, Marsh. —Jurassique' supérieur des Montagnes Rocheuses.
- maux, elle était plus grande dans la partie postérieure du corps que dans la tète. Le Brontosaurus et le Stegosaurus étaient sans doute très stupides. Ces animaux ont vécu à la fin du jurassique.
- Le Triceralops de la fin du crétacé est plus étrange encore, ainsi qu’on en peut juger par l’essai
- de restauration représenté ligure 5. Sou nom provient de ce qu’il a trois cornes : une médiane formée par les os nasaux et deux latérales placées au-dessus des yeux comme dans plusieurs Ruminants. La tête a environ 2 mètres de long. Un os est ajouté à l’intcr-maxillairc; M. Marsh l'appelle le rosira!. Il devait y
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- avoir en avant un bec corné comme chez les oiseaux, et en arrière des dents ainsi que chez la plupart des
- reptiles; mais ces dents ont une double racine comme chez les Mammifères. C’est dans sa partie
- Fig. 3. — Tnceraiops prônais, Marsh. —Crétacé supérieur des Montagnes Rocheuses.
- postérieure que le crâne présente le plus de bizarrerie; les os pariétaux et squameux s’amincissent
- (Yov. la gravure ci-dessus) et se prolongent très loin pour constituer une sorte de capuchon au-dessus du
- Fig. 4. — Bronlops robustus, Marsh. — Miocène des Montagues Rocheuses. (Reproductions réduites des dessins communiqués par M. Marsh à M. Albert Gaudry, de l'Institut. Des personnages ont été ajoutés aux dessins pour donner approximativement l’échelle.)
- cou, dont les premières vertèbres, sans doute immobilisées, se sont ankylosées. Les bords postérieurs du capuchon portent des épines. M. Marsh
- range le Triceratops parmi les reptiles dinosauriens.
- Les mammifères tertiaires des Montagnes Ro-cheuses ont aussi offert des'singularités.'J’ai, dans
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- une précédente occasion, parlé du Dinoceras éocène dont M. Marsh a fait une restauration qu’il a donnée au Muséum de Paris. Je présente ici (fig. 4) le dessin d’une restauration du Brontops miocène; c’est un animal cornu comme le Dinoceras, mais il est très différent du genre éocène.
- Je pourrais citer encore d’autres créatures mises en lumière par M. Marsh et les autres savants américains. Les restaurations que je viens de reproduire, suffiront pour donner une idée de l’importance des découvertes qui ont été faites, soit dans les Montagnes Rocheuses, soit dans leur voisinage; ces découvertes obtenues, au prix des plus grands sacrifices, indiquent une rare énergie chez leurs vaillants auteurs. Albert Gmjdry, de l’Institut.
- HISTORIQUE
- DE LA PHOTOGRAPHIE DES COULEURS
- Goethe, dans sa théorie des couleurs, nous dit que le professeur Seebech d’Iéna, reconnut en 1810 que le chlorure d’argent exposé au spectre solaire y prend des nuances correspondant à peu près à celles du spectre. En 1848, M. E. Becquerel annonça qu’il avait réussi à photographier les couleurs d’un spectre prismatique reçues sur une plaque d’argent, soumise au préalable à l’action du chlore. Ces couleurs étaient malheureusement fugitives, elles disparaissaient après quelques minutes. En 1850, Niepce de Saint-Victor obtint des photographies coloriées qui durèrent plusieurs heures.
- Après Niepce, Poitevin en France, Zencker en Allemagne, Simpson en Angleterre, reprirent le problème sans y apporter un grand progrès. Enfin, dans ces derniers temps M. Lippmann a présenté à l’Académie des sciences une photographie du spectre où les diverses couleurs sont reproduites d’une façon tout à fait stable, mais aucun de ces opérateurs n’est arrivé jusqu’à présent à une solution pratique.
- A côté de ces travaux des savants, il convient de citer les recherches de praticiens qui ont cherché à tourner le problème en s’efforçant d’obtenir des épreuves colorées obtenues indirectement. En 1865, le baron Ransonnet, en Autriche, eut l’idée de produire des photographies coloriées ; il proposait de prendre trois négatifs du même objet colorié, l’un à travers un verre rouge, l’autre à travers un verre bleu, le troisième à travers un verre jaune, puis de les transporter sur pierre par la photographie ; de la sorte on aurait obtenu trois pierres correspondant : la première à l’action des rayons rouges, la seconde à celle des rayons bleus, la troisième à celle# des rayons jaunes, on les aurait recouvertes de couleurs convenables et l’on aurait superposé sur une même feuille les trois épreuves successives comme dans le tirage des chromolithographies; on aurait obtenu de la sorte une image présentant toutes les couleurs de l’original.
- L’année 1869 est une date qui doit être inscrite spécialement dans l’histoire que nous résumons ici : deux chercheurs éminents, M. Cros d’une part, et M. Ifucos du Hau-ron d’autre part, apportaient une nouvelle solution du problème. M. Ducos du Hauron, grâce à une rare persévérance, est arrivé à des résultats pratiques, en prenant trois clichés des couleurs primitives, rouge, jaune et bleue, en interposant, entre les plaques sensibles douées de pro-
- priétés orthochromatiques et l’original, des milieux colorés qui séparent les couleurs. L’analyse des trois couleurs, rouge, jaune, bleue, étant faite, c’est-à-dire leurs négatifs monochromes étant obtenus, on procède à la synthèse et l’on fait les trois couleurs positives, rouge, jaune et bleue, dont la superposition rend l’illusion des couleurs.
- La méthode de M. Ducos du Hauron constitue un procédé de photochromie composite.
- M. Léon Vidal, plus tard (1875), a été chargé d’installer sur le quai Voltaire des ateliers, pour fournir des épreuves en couleurs par un procédé de photochromie simple. Autant de couleurs à reproduire, autant de pierres lithographiques ; les teintes ont été tirées successivement sur le papier et ensuite une épreuve positive photographique pelliculaire a été posée sur les teintes locales plates ou modelées. Celte épreuve donna alors toutes les demi-teintes et les ombres qui manquaient, et, en somme, ce fut un bon résultat; les sujets métalliques surtout étaient rendus mieux qu’ils ne l’ont été jamais par aucun autre moyen. Pour une cause ou l’autre, indépendante du procédé, l’entreprise n’a pas eu de suite. MM. Albert, de Munich, et Bierstad, de New-York, ont ajouté une pierre à l’édifice. La maison Orell Fiissli, de Zurich, Eckstein à La Haye et plusieurs autres établissements ont entrepris l’impression de photographies en couleurs.
- Les travaux exécutés par la deuxième catégorie de chercheurs pour résoudre, par une voie indirecte, le problème de la photographie en couleurs, a donné lieu à des expériences d’un grand intérêt au point de vue pratique. Il ne s’agit plus ici des couleurs dans la chambre noire, mais de la production multiple des épreuves sur le papier aidée par le puissant appoint de la photographie.
- Grâce à la découverte des plaques sensibles orthochromatiques donnant la gamme des couleurs véritables, les couleurs en photographie ont fait un progrès considérable. Elles furent d’abord préparées au collodion, puis en 1885, Clayton et Attout Tailfer préparèrent les premières plaques isochromatiques à la gélatine. Le professeur \V. Vogel, MM. Lohse, Eder et Léon Vidal ont fait faire de grands pas à l’orthochromatisme et maintenant la gamme des teintes peut être fidèlement rendue, ce qui ouvre un vaste champ aux chercheurs.
- M. Vidal vient de reprendre en la simplifiant, grâce aux plaques orthochromatiques nouvelles, la méthode de M. Ducos du Hauron et il en obtient de belles épreuves de photochromie composite.
- C’est dans cet ordre d’idées qu’un opérateur très habile de Paris, M. Stebbing, exploite un procédé plus simple de mise en couleurs, qui, joint à un judicieux emploi des plaques orthochromatiques, nous paraît appelé à obtenir un succès mérité. Nous avons vu des épreuves où la couleur de la chair, et celles du costume du modèle, étaient très nettement venues. Voici comment M. Léon Vidal a apprécié cette nouvelle méthode dans le Moniteur de la photographie :
- a Nous savons qu’à la lumière seule (dans ce procédé) appartiendra le soin de modeler et dessiner directement les couleurs, ce qui est une garantie sérieuse de l’exactitude du rendu. Quant à l’œuvre photographique proprement dite, il est bien entendu que ce n’est pas la lumière qui produira directement les couleurs ; il s’agit ici simplement d’un procédé pigmentaire dont la mise en pratique, artistiquement dirigée, peut conduire, en attendant une action plus directe, à de charmants résultats. C’est là une voie des plus heureuses où M. Stebbing a bien fait de s’engager. » G. T.
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- LES DIVISIONS DE L’ARC DE CERCLE
- ET LEURS NOTATIONS
- Nous avons toujours énergiquement réclamé, avec plus de persévérance que de succès, hâtons-nous de le reconnaître, une entente internationale sur les expressions, symboles et définitions des quantités mathématiques et physiques, afin d’éviter des confusions dont les conséquences peuvent être parfois très graves.
- La question se présente à nouveau sous une forme aiguë à propos de la division des arcs de cercle en grades et en degrés. Dans le premier système, le quadrant est divisé en 100 parties, appelées grades, le grade est subdivisé lui-même en 100 parties appelées, à tort, minutes, et la minute en 100 parties appelées, non moins à tort, secondes. Dans le second système, le quadrant est divisé en 90 degrés, le degré en 60 minutes et la minute en 60 secondes. Il y a là un premier vîce originel de dénomination, vice qui consiste à appeler minute et seconde deux subdivisions absolument différentes d’une même grandeur. Mais cet inconvénient n’est encore que secondaire devant les confusions entraînées par les notations adoptées par les différents auteurs qui ont publié des tables en grades. Il en existe, à ce jour, cinq différentes dont nous trouvons l’énumération dans Industries; ces notations ne tiennent pas, en général, un compte suffisant des notations antérieurement établies pour désigner la division du quadrant en 90 degrés et ses subdivisions en minutes et secondes, comme on peut s’en rendre compte en exami-
- nant le tableau ci-dessous.
- ORIGINE NOTATION
- 1. Tables d’Hubert et Ideler (Berlin, 1799). 0,24865
- 2. — de Borda (Paris, 1801) . . . 24° 86'50"
- 3. — de Granelius (Berlin, 1886). . 24°86”50
- 4. _ de Paris (1891).... 24e 86' 50’*
- 5. Professeur Jordan.................... 24e 86e 50°°
- On voit, à la simple inspection du tableau, les inconvénients de ces notations. Nous mentionnerons en particulier l’inconvénient offert par la notation de Borda, qui n’établit aucune distinction entre les divisions en grades et les divisions en degrés.
- La question, d’une importance capitale pour les arpenteurs, géomètres, agents du cadastre, ingénieurs du service géodésique et cartographique, etc., a fait l’objet d’une discussion sérieuse devant l’Institut du service cadastral de Hanovre, et, dans le but d’éviter les confusions, cinq autres notations ont été proposées. Nous les reproduisons ici à titre de document :
- 6. 24-8650°
- 7. 24°e 8650
- 8. 24°° 86e' 50°"
- 9. 24 - 86;50!
- 10. 24x86 — 50 =
- Parmi les dix solutions actuellement existantes ou proposées il en est quelques-unes d’ultra-fantaisistes, d’autres sont presque typographiquement irréalisables pour le travail courant; celle qui a paru recueillir le plus d’adhérents est celle du professeur Jordan (n° 5), sans que cependant aucune de ces notations n’ait reçu d’approbation officielle.
- Nous n’avons pas à prendre parti dans, ni à émettre une opinion sur une question discutée par des spécialistes aussi compétents, mais il nous est agréable de constater que si, à propos de l’unification des notations et symboles, nous avons levé le lièvre un peu trop tôt, nous avions tout au moins raison de commencer la chasse. Grades ou
- degrés, notation 5 ou notation», peu nous chaut, pourvu qu’on adopte une notation unique, claire, et ne prêtant à aucune confusion, ce qui semble loin d’être le cas, du moins en ce qui concerne les divisions de l’arc de cercle.
- E. If.
- L’OZONE
- Quaûd on soumet l’oxygène renfermé dans un tube aux décharges d’une batterie électrique ou à l’action d’un courant, on constate que ce gaz a acquis une odeur un peu spéciale et possède des propriétés nouvelles. On a donné à l’oxygène ainsi transformé le nom d’ozone.
- Un très grand nombre de chimistes, Schœnbein le premier, ont étudié l’ozone, ses caractères. On le trouve en effet dans l’air, mais il y existe dans des proportions fort minimes ; il provient soit des manifestations électriques incessantes dans les couches de l’atmosphère, soit des oxydations, de sources multiples, qui se produisent à la surface du sol. Suivant qu’on analyse l’air aux différentes époques de l’année, on en trouve des proportions variables, bien quelles restent toujours infinitésimales. M. Marié-Davy a fait, à l’Observatoire de Montsouris, de nombreux dosages et les résultats de ces analyses délicates ont été les suivants : 100 mètres cubes d’air contiennent en milligrammes, en moyenne :
- Janvier . . . 2,5 Juillet. . . . 1,8
- Février . . . 5 » Août .... 1,3
- Mars . . . . 2,8 Septembre. . » »
- Avril . . . . 2 » Octobre. . . 1,4
- Mai. . . . . 1,5 Novembre. . 2 »
- Juin . . . . 1,5 Décembre. . 2,4
- La production de l’ozone dans l’air atmosphérique est donc plus grande en hiver; elle décroît au printemps pour atteindre le minimum en été.
- La direction des vents semble exercer une influence sur cette proportion d’ozone. Les vents du nord, de l’est, n’apportent qu’une petite quantité d’ozone; la proportion augmente très notablement par les vents du sud et de l’ouest, vents de pluie et d’orage.
- D’autre part, l’ozone est moins abondant dans Landes villes que dans l’air recueilli à la campagne, au sein des forêts, dans celui des plaines que dans l’air pris à des altitudes élevées. Cette diminution de l’ozone dans les grands centres tient au contact des matières organiques; l’ozone diminue ou disparaît et la présence de ce gaz dans un point peut renseigner sur la pureté de l’atmosphère.
- L’air contient, d’une façon générale, environ 1/700 000 en volume d’ozone; dans une atmosphère plus chargée de ce gaz, la respiration se fait sans difficulté, mais au delà de certaines doses, son in-iluence se fait sentir désagréablement et il peut exercer une action irritante. A petites doses, ce serait donc un stimulant; c’est, de plus, un agent désinfectant. Nous trouvons, dans le Dictionnaire de thérapeutique de Dujardin-Beaumetz, les dé-
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- tails suivants sur son action thérapeutique.
- « L’air ozonisé est désodorant, antiputride. Il arrête ou empêche la putréfaction des matières végétales ou animales et enlève toute mauvaise odeur résultant de la décomposition des matières organiques. A la condition d’être très chargé en ozone, l’air devient même un bactéricide puissant. Mais il en est de ce gaz comme des autres désinfectants. 11 n’est microbicide qu’à la condition d’être si abondant dans l’atmosphère que celle-ci deviendrait dès lors un milieu délétère et irrespirable. A dose tolérable pour les organes respiratoires, l’ozone n’a plus que des propriétés désinfectantes et non plus germi-cides. »
- C’est en tenant compte de ces propriétés stimulantes et désinfectantes qu’on a tenté de l’appliquer, à diverses reprises, au traitement de la diphtérie, de la phtisie pulmonaire, etc. Tout dernièrement ces expériences ont été reprises, et l’ozone, sous forme d’air ozonisé, a été appliqué au traitement d’un certain nombre d’anémiques et tuberculeux.
- L’appareil imaginé par M. Gi-rerd permet d’obtenir, sous un volume très réduit, un air chargé d’ozone et chargé en même temps de vapeurs métalliques. Partant de ce principe que la quantité d’ozone est en rapport direct de l’étendue des effluves, c’est-à-dire de la surface des électrodes et de la facilité d’écoulement du fluide électrique, l’inventeur a employé, pour atteindre ce but, des feuilles de métal battu, or, aluminium, etc. Ces feuilles laminées, modérément tassées, présentent ainsi une vaste surface dans un espace restreint.
- L’appareil (fig. 1) se compose de deux tubes concentriques parfaitement cylindrés. Les feuilles de métal, tassées dans le tube central t (fig. 2), sont mises en communication avec un fil conducteur et constituent l’un des pôles; l’autre est formé par l’amoncellement des feuilles métalliques placées dans l’espace annulaire réservé entre les deux tubes T et /. Le système est actionné par une petite bobine Ruhm-korff donnant 6 millimètres d’étincelle et alimentée par trois petits éléments au sel ammoniac. L’appareil n’a que 20 centimètres carrés et est rendu ainsi très portatif et très pratique. Dr Z....
- L’UNE DES CAUSES DES CRUES SUBITES
- Les crues subites, au commencement de l’année, et celles qui viennent d’avoir lieu plus récemment en octobre dernier, ont produit en diverses régions des désastres considérables. Nous joignons à cet article quelques dessins exécutés d’après M. Dony, ingénieur-architecte (p. 409); ils représentent les inondations qui ont eu lieu à Louvain en Belgique, à la fin de l’hiver dernier, et pourront donner une idée de l’état lamentable dans lequel s’est trouvée la ville universitaire.
- Ces inondations ont remis au jour une théorie que M. le professeur Yan der Mensbrugghe a fait connaître il y a plus de dix ans. Le savant physicien l’a rappelée dans un remarquable travail publié au bulletin de mars de l’Académie royale de Belgique.
- Dans tous les cas de ce genre, les eaux descendent en nappe ou par une infinité de petits canaux artificiels vers les ruisseaux et les rivières. Lors de la réunion de toutes ces eaux entre des rives étroites, une grande quantité de surface libre disparaît en très peu de temps; or, la surface libre d’un liquide possède une énergie potentielle ; M. Van der Mensbrugghe calcule que, dans la disparition d’un mètre carré de surface libre, cette énergie potentielle est transformée en énergie cinétique capable de donner à une couche superficielle d’un mètre carré de surface et de 1/20000 de millimètre d’épaisseur, une vitesse de 54m,2 par seconde. Ainsi une couche d’eau, ayant un millimètre d’épaisseur seulement, contient 20 000 tranches capables d’effectuer ensemble, par mètre carré, un travail total de 150 kilogrammètres.
- « Lorsque plusieurs cours d’eau se déversent dans un seul et même bassin, il se perd aussi un nombre extrêmement grand de mètres carrés de surface libre, et à chaque annulation d’un mètre carré de surface libre correspond, nous venons de le voir, une quantité relativement notable d’énergie de mouvement; de là, la naissance du régime torrentiel des cours d’eau, où les couches voisines du niveau ont une vitesse notablement plus grande que celles des autres points de la section droite. Le glissement des couches libres les unes sur les autres produit une
- Fig. i et 2. — Appareil à production de l’ozone de M. le D' Girerd.
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- Les inondations de Louvain eu Belgique (février 1891). — 1. Vue générale. — 2. Rue de la Laie. — 3. Hue des Héeollets. 1. Montagne Kwade lloll Iterg. — a. Demi-Rue. (Composition de M. G. Fraipont, d’après les dessins de M. Dony.)
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- accélération dans les tranches qui ont perdu leur énergie potentielle.
- « Le torrent, dit M. Van der Mensbrugghe, se précipite vers la vallée; mais, dans celte course furieuse, les couches superficielles sont culbutées les unes au-dessus des autres, et, chose étonnante, elles acquièrent plus de force a mesure qu’elles perdent leurs armes, c’est-à-dire leur énergie virtuelle. Rencontrent-elles un obstacle sur leur passage, aussitôt les couches se superposent avec une effrayante rapidité, elles écument de fureur devant la barrière et bien souvent finissent par emporter celle-ci dans l’abîme. La transformation de l’énergie virtuelle en énergie cinétique dans les grandes masses d’eau qui descendent subitement des montagnes, ne serait-elle pas l’une des causes des ravages qu’elles exercent, et qui semblent devenir d’autant plus désastreux (ju’elles ont à vaincre plus d’obstacles sur leur trajet? »
- Il se produit, dans le mouvement désordonné des particules liquides cherchant à s’écouler rapidement par une ouverture trop étroite pour elles, le même effet que pour le Ilot humain se précipitant vers la sortie des théâtres en feu. La salle, aussi vaste qu’on puisse l’imaginer, se viderait sans encombre si la foule avait assez de sang-froid pour s’écouler en bon ordre. La rivière quoique grossie, coulerait régulièrement si le calme pouvait s’établir dans son régime, si l’on pouvait faire rentrer dans les rangs les flots impétueux qui, en surgissant de la masse, augmentent le caractère torrentiel de l’écoulement.
- Mais quel artifice pouvait produire cet effet inespéré? — Il appartenait à M. Van der Mensbrugghe, l’ardent défenseur de l’emploi de l’huile pour calmer les Ilots de la mer, de l’indiquer d’une manière irréfutable : il suffirait, pour supprimer le régime torrentiel dans les crues subites, d’établir à demeure, dans le voisinage des sources et en amont des confluents, de grands sacs de toile goudronnée contenant de l’étoupe imbibée de pétrole ou d’une autre huile quelconque ; ces sacs débiteraient, par trois ou quatre orifices amenés au niveau de l’eau, de petites quantités d’huile s’étalant constamment en couches très minces sur l’eau en mouvement : l’eau ne présentant plus de surface libre, la cause de perturbation signalée disparaît.
- M. Van der Mensbrugghe termine son intéressante étude en proposant aux administrations compétentes des expériences directes; espérons que ses vœux seront favorablement accueillis. F. Leconte.
- LE CHEMIN DE FER ÉLECTRIQUE
- SYSTÈME J.-J. HEILMANN
- Il y a quelques mois, M. J.-J. Heilrnann présentait à la Société internationale des électriciens et à la Société des ingénieurs civils, un système de chemins de fer tout à fait original, et s’écartant absolument, tant dans son en* semble que dans ses détails, des errements suivis jusqu’à
- ce jour en matière de traction de chemin de fer. Nous n’en avons rien dit lors de son apparition, car il ne s’agissait que d’un simple projet. Certaines objections soulevées à cette époque ne laissaient entrevoir la réalisation probable du système que dans un avenir très éloigné, si éloigné qu’il nous avait paru prudent d’attendre. Mais aujourd’hui, grâce aux progrès récents de l’industrie électrique, grâce aussi à des changements apportés à la conception primitive, ce projet est en voie d’exécution : il nous a donc paru utile de donner à nos lecteurs un aperçu du principe du système conçu parM. Heilrnann, en attendant que nous décrivions le premier locomoteur de ce système : il sera prochainement expérimenté.
- Dans ce système, au lieu d’envoyer aux véhicules l’énergie électrique produite par des machines fixes, à l’aide de conducteurs aériens ou souterrains, ou à l’aide d’accumulateurs, cette énergie électrique est produite sur le train même, au fur et à mesure des besoins, par une machine à vapeur et une dynamo constituant une véritable usine roulante qui accompagne le train. Dans le projet primitif de M. Heilrnann, toutes les voitures du train devaient être automobiles, c’est-à-dire que chacune d’elles devait être munie de moteurs électriques auxquels le courant aurait été envoyé par des conducteurs raccordés entre les voitures, en vue d’utiliser l’adhérence totale du train. Dans le projet actuel, la locomotive, ou plutôt, le locomoteur, remorque des voitures ordinaires : c’est le seul automoteur du train, mais comme il pèse 80 tonnes et que ses 'huit essieux sont moteurs, l’adhérence ainsi obtenue est bien supérieure à celle qui est nécessaire pour remorquer un train ordinaire. Ce locomoteur se compose de deux; boggies à quatre essieux chacun, constituant une voiture; de 15 mètres de longueur terminée en pointe, en vue dei diminuer la résistance de l’air.
- La chaudière de ce véhicule est placée à l’arrière et comporte des dispositions analogues à celles des locomotives ordinaires, avec espace pour le chauffeur. La machinerie proprement dite est placée à l’avant et comprend une machine à vapeur compound de fîOO chevaux actionnant un alternateur à courants triphasés système C. E. L. Brown, et un second moteur plus petit actionnant une dynamo à courants continus. A l’avant, dans la pointe, est placé le pilote avec tous les appareils de commande et de contrôle, les manœuvres se faisant, soit en variant la vitesse de la machine à vapeur, soit en agissant sur l’excitation de la génératrice. Les provisions d’eau et de charbon nécessaires à un long trajet sont disposées dans des réservoirs et. des soutes ménagés de chaque côté du corps de la chaudière, de sorte que le véhicule moteur constitue en même temps le tender. Le courant fourni par la dynamo génératrice alimente huit moteurs à champ tournant du système C. E. L. Brown de 60 à 80 chevaux chacun, montés sur chacun des huit essieux.
- Il semble incomparablement plus simple, a priori, de commander directement ces essieux par les bielles de la machine à vapeur, comme dans les locomotives ordinaires, au lieu d’avoir recours à une double transformation d’énergie et à huit moteurs distincts, au lieu de deux. Pour comprendre l’intérêt de la disposition préconisée par M. Heilrnann, et qui constitue la base de son invention, il ne faut pas perdre de vue que les essieux d’une locomotive ordinaire sont en même temps les axes de la machine à vapeur. À titre d’essieux ils doivent pouvoir suivre toutes les inégalités de la voie ; à titre d’axes des moteurs, ils doivent être absolument rigides. Ces deux fonctions sont inconciliables et incompatibles, et toutes les
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- combinaisons imaginées dans le but d’y satisfaire n’ont été jusqu’ici que des compromis entre deux exigences également impérieuses. Le moteur électrique résout le problème, car il suit l’essieu dans tous ses mouvements, lui permet de s’inscrire dans des courbes, de franchir les inégalités de la voie sans produire de coincement ni d’effort anormal. Enfin, propriété non moins précieuse, le couple moteur exercé par le moteur électrique sur les roues est constant tandis qu’il est très variable avec le système ordinaire, ce qui produit les mouvements de lacets bien connus des voyageurs. Le roulement du locomoteur Heil-mann sera donc plus doux que celui de la locomotive à vapeur ordinaire. Le confort s’en trouvera accru, en même temps que la conservation des voies, très malmenées actuellement par le passage des locomotives. Il serait impossible, avant expériences, de chiffrer l’économie qui en résultera, mais il est facile de prévoir que, malgré les pertes dues à la double transformation, la consommation de charbon pourra être moindre qu’avec les locomotives ordinaires, par suite de l’emploi sur le locomoteur d’un moteur com-pound économique.
- A défaut d’économie de combustible, il restera toujours celles du matériel roulant et du matériel fixe, suffisantes pour justifier l’emploi du système, sans parle des grandes vitesses qu’il permettra d’atteindre. Nous ne tarderons pas d'ailleurs à être fixé sur tous ces points, car un locomoteur d’essai est actuellement en construction. Les Forges et chantiers de la Méditerranée construisent la chaudière et le moteur à vapeur. Le générateur électrique et les moteurs, du système Brown de la maison Brown, Boverie et Cie, sont construits par la Société de l'Eclairage électrique. Le locomoteur une fois terminé sera expérimenté et soumis à des mesures précises sur les lignes des chemins de fer de l’Etat.
- Nous suivrons ces expériences avec le plus grand intérêt, car elles nous montreront la première application, en France, des moteurs à courants polyphasés de M. Brown, dont M. Heilmann s’est assuré la concession exclusive, ainsi que la première application d’un système de traction auquel on ne saurait refuser, dès à présent, un caractère très net d’originalité et de nouveauté. E. II.
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- LA SCIENCE AU THEATRE
- SOURDINE POUR INSTRUMENTS DE CUIVRE
- Dans la scène de la montagne sacrée au troisième acte du Mage, l’opéra de M. Massenet, il existe une combinaison instrumentale qui, chaque soir, provoque les applaudissements. Il s’agit d’une prière écrite pour trompettes et
- Nouvelle sourdine Sax pour instruments de cuivre. — Aspect d’un cornet à pistons muni de la sourdine et détail de l’appareil. — A, vis et partie d’amadou réglant la sonorité. — B, chambre acoustique en cuivre. — C, feutre isolateur. — D, clef fixant la sourdine au pavillon. — E, pavillon.
- trombones d’un effet tout nouveau. £our l’exécution de cette partie, le compositeur voulait, avec cette orchestration, obtenir un effet d’éloignement en même temps que mystérieux.
- M. Gaillard, chargé de mener à bonne fin l’idée de Massenet, s’adressa à M. Adolphe Sax, fils du célèbre inventeur, et quelques jours suffirent pour donner satisfaction au compositeur.
- L’effet obtenu est dû à l’emploi d’une nouvelle sourdine que notre gravure explique suffisamment.
- Jusqu’alors les sourdines ou échos dénaturaient le son de l’instrument et en modifiaient la tonalité; ces défauts n’existent plus avec le nouveau système. Le mécanisme fort simple de l’appareil adopté permet de fixer instantanément la sourdine sur le pavillon de l’instrument.
- Indépendamment des ressources nouvelles que ces appareils donnent aux compositeurs, aux chefs d’harmonie ou de fanfare, ils sont d’un très grand secours pour l’étude des instruments de cuivre n’obligeant pas l’élève à changer sa façon d’émettre le son.
- DISTRIBUTEUR AUTOMATIQUE
- POUR LETTRES ET PAQUETS
- Le distributeur monte-charge automatique pour lettres ou colis est, comme son nom l’indique, un appareil principalement destiné à distribuer automatiquement les lettres et paquets tà chaque étage ou à chaque locataire de l’étage lorsque les étages comportent plusieurs appartements.
- Les lettres sont jetées dans une boîte mobile placée sur rails, dans un couloir vertical. La figure 1 représente la boîte de distribution au rez-de-chaussée de la maison, au moment où la main du facteur y introduit une lettre; la boîte est divisée en huit cases séparées, très inclinées, et correspond au cas de huit locataires d’une maison de quatre étages, avec deux appartements à chaque étage. L’introduction d’un objet dans la boîte détermine, au sommet de la maison, la fermeture d’un circuit électrique. Le contact est établi comme le représente la figure 1 au moment où la main du facteur passe par la petite portière a fermant chaque ouverture. Chacune de ces petites portières est en contact, lorsqu'on l’ouvre, avec la sonnerie du locataire chez lequel on désire envoyer quelque chose. Lorsque toutes les lettres ont été mises dans les divers compartiments et les intéressés respectifs prévenus, un bouton spécial ferme le circuit de la pile sur un petit électro-aimant qui ouvre le robinet d’une prise d’eau placée au haut de la maison, et qui introduit de l’eau dans le réservoir-contrepoids placé au sommet de l’appareil. Ce contrepoids est suspendu à une chaîne passant sur une poulie, et dont l’autre extrémité supporte la boîte qui se trouve à ce moment au rez-de-chaussée.
- Dès que le poids de l’eau est suffisant, le robinet se referme automatiquement, et le contrepoids descend entraînant la boîte qui monte à son tour au sommet de la maison.
- La figure 2 représente la boîte en marche passant au troisième étage, versant son contenu dans une ouverture b pratiquée dans le mur et dont le fond est une petite porte fermant à clef placée chez le
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- Fig. — Distributeur monte-charges automatique. Fig. 2. — Coupe montrant le fonctionnement
- Poste du rez-de-chaussée. du distrihuteux-.
- locataire qui vient d’ètre averti de l’arrivée de son courrier par la sonnerie dont nous avons parlé plus haut. Pendant l’ascension, toutes les cases sont ainsi ouvertes successivement par un déclenchement qui ouvre le fond du compartiment c correspondant à la hoîte fixe du locataire pour y déverser leur contenu s’il y a lieu. Les leviers d servant à ouvrir le fond de chaque case sont de longueurs échelonnées afin que le pied de biche placé dans le mur du premier étage, par exemple, soit exactement en regard du levier de la case du premier étage, et ne puisse accrocher celui de la seconde ou de la troisième ; chaque case n'est donc ouverte qu’à son étage respectif, et se relèrme automatiquement immédiatement après la distribution terminée, en venant buter contre un petit galet placé au haut de la boîte fixe du locataire.
- Les compartimentsvides, n’ayant pas été ouverts par le facteur, n’ont pas fait tinter la sonnerie chez le destinataire qui n’a rien à recevoir. Lorsque la boîte est arrivée au dernier étage, le réservoir-contrepoids se trouve au niveau du sol, il se vide automatiquement par une soupape placée au fond et, entraîné par le poids de la boîte, retourne à son point de départ
- pendant que la boîte vient reprendre sa position normale d’attente à la partie inférieure. Quand la boîte est en place, elle fait apparaître le signal ouvert; dès qu’elle est en mouvement, l’écriteau indique fermé pour empêcher l’introduction d’objets pendant la fonction de l’appareil. Le monte-lettres supprime tout retard et tout intermédiaire entre la livraison d’une lettre ou d’un paquet par le facteur ou Je commissionnaire et son arrivée au destinataire ; celui-ci trouvant ses lettres chez lui, dans une hoîte dont il a la clef, n’a plus à redouter aucune indiscrétion, surtout depuis que les cartes postales mettent si facilement les concierges au courant de nos petites affaires.
- L’inventeur de cet ingénieux système, M. J. Golaz-Sénac, de Genève, a longuement étudié tous les détails de cet appareil en vue d’en faire un distributeur réellement pratique, et susceptible de nombreuses applications, surtout dans les villes bienheureuses où le concierge est encore inconnu, soit par insuffisance, soit par raffinement de civilisation.
- X..., ingénieur
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- Fig. 3. — Vue (l'ensemble du distributeur automatique de M. J. Golaz-Sénac.
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- LES ROCHERS DE FONTAINEBLEAU
- La foret de Fontainebleau, si connue des promeneurs et des excursionnistes parisiens, est parseme'e partout de roches énormes à formes bizarres, auxquelles Déne-eourt, surnommé le Sylvain de la Forêt, l'homme auquel nous devons tous de pouvoir y circuler facilement, adonné les noms les plus en rapport avec les formes que ces roches affectent. Si nous ouvrons son Guide de la forêt, nous y voyons successivement: la Koch': du bénitier, le Fauteuil
- dore Bonheur, la Tête de mort, la Boire des druides, le Rocher de Biquet à la houppe, le Binocle du Chasseur noir, le Cheval marin, le Bilboquet du Diable, le Chicot du Diable, la Lorgnette d’Alexandre Dumas, la Boche Eponge, la Niche à Fidèle, l’Ava-loire de Gargantua, la Casquette du Jockey,la Boîte aux lettres, la Boche à deux têtes, la Boche qui bâille, la Boche qui pleure et en-lin la Boche qui remue.
- Nous nous proposons de faire passer, sous les yeux des lecteurs les reproductions des photographies que nous avons faites de deux de ces monolithes: la Roche qui remue et la Roche qui pleure; elles constituent les roches les plus connues de la vallée de la Solle et des Gorges de Franchart.
- La Boche qui remue (fig. I)1 se trouve en haut de la
- 1 Yoy. Les pierres branlantes, n° 928, du 14 mars 1891, p. 237.
- vallée de la Solle, à deux pas du champ de courses de Fontainebleau et tout à côté de la Fontaine du Mont Chauvet, qui date, dit-on, du dix-septième siècle. Celte Boche qui est située à mi-côte de la vallée, est un immense bloc de grès, de forme légèrement
- arrondie à sa hase, (pii semble avoir été posé sur une autre roche ou s’y être arrêté dans sa chute, en roulant du haut de la vallée, de telle manière qu’elle s’y lient en équilibre. Ces deux rochers constituent le Char des Fées et sont marqués par la lettre X sur le Guide de Déne-court.
- Si l’on se place à l'endroit où se trouve, sur la photographie, le promeneur que nous y avons fait poser et qu’on saute à plusieurs reprises sur la pointe des pieds, on voit parfaitement la Boche se déplacer et se
- mouvoir de quelques centimètres dans le sens vertical.
- Cette expérience a été tellement renouvelée par les promeneurs que le grès est usé à l’endroit où l’on saute.
- La Boche qui pleure (fig. 2) est située dans un des plus charmants sites de la forêt de Fontainebleau, au milieu des Gorges de Franchart, à deux pas de l’Ermitage; cette Boche, ainsi qu’on peut le voir sur la photographie ci-jointe, est, comme la Boche qui remue, du reste, toute maculée de noms que les visiteurs ne manquent pas d’y écrire, comme souvenir de leur passage. Son nom lui vient de ce que sa partie supérieure étant légèrement concave, il s’y forme, lorsqu’il pleut, un petit lac dont les eaux se déversent lentement
- Fig. 1. — l.a roche qui remue, à Fontainebleau. (D’après une photographie de l’auteur.)
- Fig. 2. — La roche qui pleure, à Fontainebleau. (D'après une photographie de l'auteur.)
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- jusqu a sa base et s’y écoulent goutte à goutte en se filtrant au travers du grès blanc qui la compose.
- Cette eau a joui pendant longtemps d’une certaine popularité, et on lui attribuait la propriété de guérir les maux d’yeux. Ajoutons qu’elle est d’une limpidité parfaite à la base, bien qu’il en soit souvent tout autrement au sommet.
- Aujourd’hui encore,—mais assez rarement, disons-le —lorsque la Roche pleure..., c’est-à-dire lorsque son réservoir supérieur a été rempli d’eau, soit par la nature, soit par les soins de la brave femme qui s’installe au-dessous, on voit des promeneurs confiants tremper leur mouchoir dans le verre dans lequel l’eau s’écoule et se laver consciencieusement les yeux avec ce collyre d’un nouveau genre.
- J. Dujardin.
- CHRONIQUE
- Effets d’une explosion sur les indications du baromètre. — M. Tacchini, Directeur de l’Observatoire du Collège romain, a rendu compte récemment, à l’Académie des Lincei (c’est-à-dire des Lynx) de Rome, des indications données par les appareils enregistreurs de l’Observatoire, lors de l’explosion, relatée par tous les journaux, d’un dépôt de poudre près de la Ville éternelle. L’énorme quantité de gaz développée par la combustion de presque 205 tonnes de poudre, en augmentant la pression atmosphérique, a causé dans le barographe, situé à 4 kilomètres de la poudrière, un saut de llmm,4 sur la courbe normale, et un abaissement consécutif de 8mra,8 au-dessous de cette courbe. A Monlecavo, distant de 22 kilomètres, le barographe a encore accusé une oscillation de -f- lmm,7 et — lmm,3, tandis qu’à Velletri, éloigné de 32 kilomètres, on n’a relevé aucune irrégularité sur le barographe. A Artena (40 kilomètres), un grand nombre de fenêtres dirigées vers Rome s’ouvrirent. A ischia (177 kilomètres), on entendit comme le bruit d’une canonnade; enfin, à Pesaro et à Forli (225 et 250 kilomètres), la perturbation se lit sentir par un bruit prolongé. L’ébranlement du sol a été très fort et il s’est propagé avec une vitesse plus grande que celle du son. Des indications fournies par les sismographes, qui ont commencé à marcher avant que le bruit de l’explosion et la vague atmosphérique arrivassent à l’Observatoire, M. Tacchini déduit que cette vitesse de propagation de la secousse dans le sol, a été double de celle du son dans l’air. Au Collège romain, la tour contenant les enregistreurs subit une vingtaine d’oscillations d’une période de O’eo,3, dues au mouvement propagé par le sol. A l’arrivée de fonde atmosphérique, la tour subit une secousse telle que les sismographes, complètement déréglés, cessèrent de donner des indications utiles. A Velletri, le sismoscope donna une indication que l’on est tenté d’attribuer à l’onde atmosphérique. On peut ajouter à ces observations les remarques suivantes : la diminution d’intensité de l’onde aérienne, entre Rome et Montecavo a eu lieu proportionnellement à la distance, comme dans un milieu à deux dimensions. L’onde terrestre s’est dissipée plus rapidement, en partie par suite de la propagation dans un espace à trois dimensions.
- Ea consommation d’huile de foie de morue.
- — Dans un article sur l’huile de foie de morue, M. Riche donne les détails statistiques suivants sur la fabrication
- de ce produit. En 1889, la pêche de la morue a donné en Norvège les chiffres ci-dessous :
- POISSONS
- A Sondmôr. . 5 500 000 ANordmôr. . 2 000 000 À Romsdalën. 1 200 000
- FOIES
- 15 000 hectolitres. 5 000 —
- 3 000 —
- Cette pêche occupe 15 000 hommes et 140 bateaux couverts, 0 bateaux à vapeur et 1070 bateaux ouverts. Aux îles de Lofoten : 18 000 000 de poissons, 25 500 hectolitres de foies, 12 000 hectolitres d’huile; à l’extérieur de, ces îles : 4000 000 de poissons, 8500 hectolitres de foies, 1800 hectolitres d’huile. A Finmark : 21 000 000 de poissons, 58 000 hectolitres de foies, 4500 hectolitres d’huile. Bergen a exporté, en 1889, 0100 barils de 110 litres huile blanche; 18 400 huile ambrée; 11 700 huile jaune; 10 000 huile blanche brune; 57 000 huile brune pour la corroierie. A Terre-Neuve, les pêcheries anglaises ont expédié, en 1884, 5087 tonnes d’huile de foie de morue commerciale pour une valeur de 11 800 000 francs et 255 tonnes d’huile médicinale, valant 1 189 775 francs. Pendant ce temps, Saint-Pierre et Miquelon (productions françaises), _ ne donnaient en 1887 que 513 tonnes pour une valeur de 205 225 francs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 novembre 1891.— Présidence de M. Duchabtre.
- Les arts mécaniques au moyen âge. — De bien curieux dessins sont mis sous les yeux de l’Académie par M. Berthelot. Ce sont des reproductions par la photogravure d’estampes datant des premières années du quinzième siècle et représentant une foule d’appareils et d'instruments qu’on croyait généralement d’invention beaucoup plus récente. On y voit, par exemple, un scaphandrier avec son casque en tète, son tuyau respiratoire et ses armatures. Une autre planche représente un canon blindé d’une solide cuirasse. Plus loin, une soufflerie alimente un four et on peut signaler aussi une roue à aubes dont la disposition est bien curieuse. Ces documents, au nombre de plusieurs centaines, ont été découverts par M. Bertlie-lot dans des manuscrits conservés dans les bibliothèques de Munich, de Venise et de Paris. L’auteur en a choisi une soixantaine qui paraîtront avec le texte explicatif dans la prochaine livraison des Annales de physique et de chimie.
- Théorie de l'électricité. — M. Cornu analyse de la manière la plus intéressante un Mémoire dans lequel M. Blondlot discute et conteste les conclusions que M. Ilerz tirait de ses expériences si remarquées sur les interférences électriques. Aux faits déjà publiés par MM. Sarrazin et Delarive et qui montraient que la distance des prétendus ventres et des prétendus nœuds dépend des dimensions de l’explorateur circulaire employé à leur recherche, M. Blondlot ajoute un argument encore plus décisif. Il consiste dans l’inaltérabilité de la situation des ventres et des nœuds bien que l’un des deux conducteurs parallèles de l’appareil classique ait reçu l’addition d’un long circuit supplémentaire de longueur quelconque. Comme l’a dit très justement M. Cornu, la question de l’assimilation de deux mécanismes, électrique et acoustique, reste entière comme avant le très ingénieux travail de M. Ilerz.
- Electioti. — Le décès de M. Edmond Becquerel ayant laissé vacante une place dans la section de Physique, la section a présenté dans le dernier Comité secret une liste
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- de candidats comprenant : en première ligne, M. A. Potier, et en deuxième ligne ex equo et par ordre alphabétique, MM. lîouty, Gernez, Mercadier, Pellat et Yiolle. Les votants étant au nombre de 58, M. Potier est élu par 49 suffrages contre 8 donnés à M. Violle et 1 à M. Bouty.
- L'île de Pantellaria. — Au nom de M.Ricco, M. Paye présente, sur la récente éruption volcanique sous-marine de Pantellaria, une Note dont nos lecteurs ont eu la primeur dans la précédente livraison. Le savant académicien met sous les yeux de l’Académie plusieurs photographies prises sur le théâtre du phénomène et dont l’une représente de curieux sphéroïdes de lave flottant à la surface de la mer jusqu’au moment où ils ont fait explosion ainsi qu’il a été raconté précédemment (p. 597).
- La dernière éclipse de lune. — Le fait le plus intéressant procuré par la dernière éclipse de lune paraît être relatif au pouvoir photographique de notre satellite même pendant qu’il était plongé dans le cône d’ombre : M. Wolf présente des photographies obtenues à Bordeaux par M. Ray et et qui ne laissent aucun doute à cet égard. Quant à l’origine des rayons relevés par la plaque, M. Gautier se demande si on ne peut la rechercher dans la lumière solaire emmagasinée par la surface lunaire, tandis que M. Janssen incline à croire qu’elle provient de la lumière terrestre réfléchie par notre satellite.
- Phosphure de bore. — M. Moissan a obtenu un phosphure de bore répondant à la formule Ph Bo qui se signale par l’activité de ses réactions. A 200 degrés, dans l’oxygène ou à l’air, il brûle avec une flamme très éclairante avec production d'une combinaison d’acide borique et d’acide phos-phorique. A froid, il brûle dans le chlore avec éclat et se dissout dans l’acide azotique hydraté. Si on le chauffe à 1000 degrés dans un gaz inerte comme Pazote ou l’hydrogène, ce phosphure perd un peu de phosphore qui se volatilise et acquiert la composition Pli5 Bo3. C’est alors un composé très stable et qui n’a plus à froid d’affinité pour le chlore et pour l’acide azotique.
- Le sucre des champignons. — 11 résulte des recherches de M. Bourquelot que le champignon de couche ( Agaricus esculenlus) renferme en abondance le tréhalose, sucre découvert par M. Berlhelot et considéré jusqu’ici comme fort rare. Dans le pied du champignon, il y a jusqu’à 24er,5 de tréhalose par kilogramme de matière, ce qui correspond à 25 pour 100 du champignon supposé sec. Cela explique pourquoi les gourmets ont un appétit spécial pour le pied du champignon et pourquoi c’est dans cette partie que les larves de diptères se réunissent de préférence.
- Nouveau calcidateur. — Sous le nom de totaliseur, M. L. Troncet soumet un instrument qui paraît capable de rendre beaucoup de services aux personnes qui ont à faire beaucoup d’additions en peu de temps. Il se compose d’un cercle à calcul fixé sur une tablette. Une découpure dentée partage le cercle en deux parties concentriques dont l’une est fixe, et l’autre mobile. Chaque mouvement amène, au bout d’une aiguille convenablement disposée, le total des nombres qui doivent se faire vis-à-vis. L’appareil peut fournir deux cents résultats. D’ailleurs, la graduation peut s’appliquer aux nombres complexes du système décimal, et à ceux des divers systèmes de numération; elle peut aussi s’adapter aux besoins spéciaux de la vie pratique ; par exemple, un cercle gradué pour les monnaies donne en un seul mouvement, les sommes et les différences des nombres de trois chiffres qui ne dépassent pas 5 francs.
- La mission du cap Horn. — M. de Quatrefages présente le septième volume de la « Mission scientifique du cap Horn », publié par les Ministères de la marine et de l’instruction publique. Ce volume, de 460 pages in-4° avec 34 planches, est entièrement consacré à l’anthropologie et à l’ethnographie. Il est dû à la collaboration de MM. les Dr‘ Hyades et Deniker. C’est une monographie complète des Fuégiens, peuplade des plus primitives, refoulée dans l’extrême Sud du continent américain et réduite aujourd’hui à deux cents ou trois cents individus.
- Varia. — Le mouvement radial des astres a été étudié par M. Dcslandres à l’aide du sidérostat de l’Observatoire de Paris. — Le pouvoir glycolytique du sang occupe M. Lé-pine. —M. Ilinrich revient sur l’intéressante question des araignées aériennes et de la production des fils de la Vierge. — M. Wolf présente, au nom de M. le prince Tourquestanof une Note sur un calendrier vérificateur et au nom de M. de Cohorn la description d’un régleur solaire. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE1 CARTES A JOUER MÉCANIQUES
- Les tours de cartes (à part ceux fort peu intéressants qui reposent sur des combinaisons et qui ne demandent qu’un peu de mémoire) exigent une grande dextérité que les prestidigitateurs obtiennent par un travail continu et des elforts constants. 11 y a cependant quelques expériences assez curieuses de ce genre, qui sont faites au moyen de cartes préparées et même mécanisées et que tout le monde peut réussir. Ce sont trois de ces intéressantes petites machines combinées sur un simple morceau de carton, que nous allons décrire.
- Nous parlerons d’abord d’une carte truquée, intéressante, qui change à volonté de huit en sept et réciproquement (fig. 1, n° 1 A et B). La couleur choisie pour la fabrication de cette carte est généralement le pique. Le point formant le huit est mobile, comme le montre la ligure ü (fig. 1, n° 1); il suffit de pousser avec le doigt une petite tige I), passant à la partie inférieure de la carte, pour transporter à l’aide d’un fil invisible, formé par un cheveu ou un crin, un des points sur un autre point angulaire, avec lequel il se confond quand il y est superposé. Cette manoeuvre se fait quand la carte est baissée contre le sol, et que les spectateurs n’en voient que le dos. Le point mobile est monté sur un double crin blanc qui, au moyen d’un levier intérieur, le conduit très exactement. Le mécanisme est contenu dans deux cartes collées l’une contre l’autre et qui ne paraissent plus qu’en faire une seule. Le mécanisme contenu entre les deux cartes collées est représenté en C (fig. 1). Le point mobile, suivant le chemin tracé par les crins et entraîné par eux, se déplace de façon à se superposer sur le point de côté en haut pour former un sept. Si ensuite le levier est manœuvré de l’autre côté, le point se déplace de nou-
- 1 Suite. — Voy. n° 965, du 14 novembre 1891, p. 584.
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- LA NATURE.
- veau et reprend sa position au milieu pour faire un huit. L’extrémité du levier que l’on doit pousser, soit a droite, soit à gauche, pour obtenir la transformation est visible au bas de la carte. En outre notre dessin C montrant l’intérieur de la carte représente le point mobile quittant sa place pour aller se poser sur le point de côté et former un sept.
- La carte ainsi construite est une merveille de patience et d’ingéniosité. En outre elle a l’avantage de pouvoir être présentée de très près sans qu’il soit possible de voir le a truc ».
- Une autre curieuse carte mécanisée est celle qui se raccommode (fig. 1, n°
- 2). L’opérateur
- prend une carte dont le coin manque et en passant la main devant, la carte se trouve complétée. Pour obtenir ce résultat, on emploie une carte à jouer composée, comme la précédente, de deux cartes collées l’une derrière l’autre parles bords et déchirées ensuite par l’un des coins. Entre ces deux cartes se meut une petite tige de métal K montée sur un petit pivot et fixée de manière à dépasser un peu les deux cartes par le bas.
- Par le haut, cette tige supporte le coin manquant de la carte du dessus. Il est bon de dire que le petit pivot est soutenu par une plaque de métal collée sur la carte de dessous.
- En appuyant sur la partie de la tige qui dépasse les cartes, on la fait tourner sur l’axe et elle prend alors la position indiquée par la ligne pointée, remettant en place le coin déchiré. Ce coin, à une petite distance, paraît taire partie de la carte elle-même.
- Un troisième appareil est celui qui sert à présenter une carte changeant trois fois et grandissant ensuite. I
- Cette carte est composée de trois cartes différentes que nous supposons être la dame de pique, l’as de cœur et le sept de carreau. La figure 2 (n° 1) fait voir ces deux dernières cartes.
- Les trois cartes sont placées l’une au-dessus de
- l’autre par le côté. Elles sont reliées l’une à l’autre comme une charnière par une bande de caoutchouc qui permet en les repliant de montrer tour a tour l’une des trois cartes et en les" retournant dépliées en entier de présenter le dos sur lequel est peint une seule carte grande comme trois (fig. 2, n° 2). Dans notre dessin cette carte est un sept de trèfle.
- Le changement de pli pour être invisible demande un peu d’adresse; il se fait en tenant la carte dans la main
- gauche, et, tout en ayant l’air de la frotter avec la main droite, on change la carte primitivement présentée. Lorsque les trois cartes ont été montrées on retourne le tout, toujours dans la main, tenant par le bout des doigts la carte du milieu et on laisse aller : les bandes de caoutchouc se redressent et des trois cartes ne forment plus qu’une plaque sur laquelle est peinte la grande carte unique.
- Cet appareil ainsi construit donne donc quatre transformations.
- Avant de connaître les différents mécanismes que nous venons d’expliquer, nous avons vu présenter ces différentes cartes en famille par des amateurs et nous avons supposé alors que ces expérimentateurs avaient une adresse surprenante qu’ils étaient loin de posséder.
- Le Proprictaire-Gérant : G. Tissakmer.
- Fig. 1. — Cartes mécanisées. — 1. Huit de pique, dont un point est mobile à l’aide d’un crin et peut être déplacé pour transformer la carte en un sept. — 2. Valet de carreau dont un coin coupé peut être remis en place.
- Fig. 2. — Carte changeant trois fois. — 1. Carte triple. — 2. Le dos de la carte triple, ligurant une carte trois lois plus grande qu’une carte ordinaire.
- l’aris.
- Imprimerie Lalturc, rue de Flcurus, 9.
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- LA NATURE
- DIX-NEUVIÈME ANNÉE — 1891
- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abaque (Nouvel), 335.
- Abeilles (Les), 151.
- Abris sous roche près Pontgibaud (Puy-de-Dôme) (Découverte d’), 346.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de 1’), 15, 31, 47, 63, 79, 95, 111, 126, 143, 158, 175, 191, 207, 223, 259, 255, 272, 287, 303, 318, 334, 351, 567, 383, 599, 414.
- Accidents de chemins de fer (Statistique des), 206.
- Accommodation télescopique (L’), 52.
- Accumulateur multitubulaire, 319.
- Accumulateur (Nouvelle matière pour', 351.
- Accumulateurs d’énergie à poids et les petites installations d’éclairage électrique (Les), 310.
- Aciers-nickels (Propriétés élastiques des), 95.
- Aluminium éleclrolylique (Prix de revient de 1’), 590.
- Ambulances en carton aux grandes manœuvres (Les), 305.
- Amidon dans les feuilles des végétaux (Formation de 1’), 93.
- Anémis (La carte d’), 95.
- Anguillule des betteraves (L’), 79.
- Animaux des temps secondaires d’après les découvertes de M. A. Gaudry (Les), 114.
- Animaux sauvages (Une troupe d’), 73.
- Aoûtat, 191.
- Apiculture (Les progrès de 1’), 539.
- Arbres extraordinaires, 96.
- Arc de cercle et leurs notations (Les divisions de P), 407.
- Arc-en-ciel observé le 9 octobre 1891 (Un singulier), 331.
- Archéologie précolombienne au Salvador, 373.
- Archer et le chelmon (L’), 7.
- Arches naturelles et pyramides, 87.
- Argent à couleur d’or, 334.
- Arithmétique hindoue (L’), 42.
- Arrosement des villes (L’), 115.
- Artillerie de la marine française (L’), 27U.
- Arts mécaniques au moyen âge, 414.
- Association française pour l’avancement des sciences. Congrès de Marseille, 254, 286.
- Astronomie, 272.
- Astronomie physique à Taschkend (L’), 143.
- Atmosphère solaire (L’), 191.
- Atrophie musculaire artificielle, 351.
- Auditorium de Chicago (L’), 187.
- Automates (Les), 129, 217, 357.
- Avertisseur électrique d’insuffisance de tirage, 310.
- B
- Balance de précision à chaîne, 15.
- Balanes (La reproduction des), 599.
- Baleines (Grande chasse aux), 255.
- Ballons libres (L’étude des courants aériens par les), 259.
- Ballons lumineux du 14juillet (Les), 142.
- Baromètre (Effets d’une explosion sur les indications du), 414.
- Baromètres à air anciens et modernes, 581.
- Bâton de chef d’orchestre (Le), 235.
- Bétail (Commerce du), 303.
- Bétail par mer (Transport du), 583.
- Biologie végétale de Fontainebleau (Le laboratoire de), 171.
- Bismuth (Le salicylale de), 351.
- Boileau, 288.
- Bois (Étoffe de), 255.
- Bois en forêt (Transport des). Chemin de fer monorail, 533.
- Boléite (La), 351.
- Bolide d’Ensisheim (La trajectoire du), 143.
- Bonvalot et du prince Henri d’Orléans (Collections rapportées du Turkestan oriental et du Tibet par l’expédition de M.), 97, 154, 177.
- Bore (Phosphure de), 415.
- Botrytis du hanneton (Le), 159.
- Bourdon de la basilique de Montmartre (Le), 50.
- Brest en vélocipède (Course de Paris à), 257.
- c
- Câble télégraphique sous-marin (Ce que dure un), 30.
- Câbles métalliques (Préservation des), 142.
- Calculateur (Nouveau), 415.
- Cale ou slip en travers au port de Rouen, 17.
- Canalisations électriques à Paris (Les),
- 14.
- Canards en Chine, 174.
- Canaux maritimes (Les), 179.
- Caoutchouc minéral (Un), 534.
- Cap Horn (La mission du), 415.
- Caravane égyptienne au Jardin d’Accli-matation de Paris (La), 195.
- Cartes magnétiques du bassin de Paris, 19.
- Cartogramme à transformations du Conservatoire des arts et métiers (Le), 26.
- Cartographique de la Grande-Bretagne (Le service), 131.
- Cerf-volant (La photographie en), 261.
- Céruse par 1’éleclrolyse (Fabrication de la), 238.
- Chalumeau à essence minérale et thermocautère, 191, 301.
- Champignon des criquets (Le), 63, 270.
- Champignons (Le sucre des), 415.
- Champignons entomophytes et leur application à la destruction des insectes nuisibles (Les), 186.
- Champignons insecticides (Les cultures artificielles des), 202.
- Champignons parasites des acridiens (Les),
- Chasse en Allemagne au dix-huitième siècle (Une grande), 24.
- Chaussure à talons élastiques (La), 271.
- Chemin de fer avec repos dominical (Un), 367.
- Chemin de fer électrique, système Ileil-mann (Le), 410.
- Chemin de fer monorail. Transport des bois en forêt, 333.,
- Chemins de fer à voie étroite (Les), 161.
- Chemins de fer et les tramways électriques dans le monde entier (Les), 90.
- Chenille végétale (Une), 299.
- 27
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Chevaux (Le poids des), 223.
- Chien dans l’ancienne Égypte (Le), 53.
- Chien de Terre-Neuve (Le), 245.
- Chiens de guerre (Les), 35.
- Chiens de File Phu-quoc au Jardin des Plantes de Paris (Les), 385.
- Chiffons (L’industrie des vieux). Le triage, 99.
- Chimie de l’amateur (La). Préparation de l’hydrogène, 208.
- Chlorure d’argent (Action de la lumière sur le), G2.
- Chlorure de zinc et la tuberculose (Le), 90.
- Chute d’eau lumineuse de Francfort-sur-le-Mein (La), 599.
- Chutes d’eau (Les), 271.
- Cidres en France (La production des), 55.
- Clémandot (Louis), 142.
- Cofferdam à l’amiante (Le), 47.
- Collections rapportées du Turkestan oriental et du Tibet par l’expédition de M. Bonvalot et du prince Henri d’Orléans, 97, 134, 177.
- Colombiers militaires en Europe (Le réseau de), 27, 90, 158.
- Comores (Archipel des), 67.
- Concours de compteurs d’énergie électrique de la ville de Paris, 14, 21.
- Congrès de Marseille. Association française pour l’avancement des sciences, 254.
- Congrès international des électriciens de Francfort-sur-le-Mein, 242.
- Congrès polaire international (Le), 240.
- Corbeaux sont-ils utiles ou nuisibles à l’agriculture? (Les), 263-
- Conservatoire des arts et métiers à Paris (Les nouvelles galeries du), 39.
- Couleurs (Historique de la photographie des), 406.
- Courants aériens par les ballons libres (L’étude des), 259.
- Courants alternatifs à haute tension (Expériences avec les), 231.
- Courants alternatifs de grande fréquence (Expériences de M. Tesla sur les), 162.
- Courants alternatifs polyphasés (Transmission et distribution de l’énergie électrique à grande distance par), 274.
- Courants électriques polyphasés (Transformations des), 401.
- Courroie de sûreté, 48.
- Courses de taureaux dans l’antiquité (Les), 553.
- Courses et les chevaux de course (Les), 289, 327.
- Craie (Les minéraux insolubles de la), 15.
- Criquets (Destruction des), 51.
- Criquets (Développement des), 272.
- Crues subites (L’une des causes des), 408.
- Cryogène de M. Cailletet (Le), 69.
- Cyclone de La Martinique (Le), 273, 287, 307.
- Cyclones (La cause des), 255.
- Cyclostat (Le), 241.
- D
- Datholithc (Synthèse de la), 126.
- Dérivation des sources de la Yigné et de Verncuil (Projet de), 310.
- Diamants (La falsification des), 26.
- Diathèse rhumatismale (Cause de la), 535.
- Diatrèmcs (Les), 79.
- Dicotvlées (Les plus anciennes), 159.
- Distributeur automatique des lettres, 174.
- Distributeur automatique pour lettres et paquets, 411.
- Distributeurs automatiques de liquides des fontaines populaires et bars (Les), 363.
- Division cuirassée du Nord à Cronstadl (La). La marine française, 168.
- Dromographe de M. de la Roullc (Le), 181.
- Dynamos (Les machines), 571.
- E
- Eau de Scltz (I/), 159.
- Eaux à Londres (Le service des), 223.
- Eaux d’abreuvoir (Les), 110.
- Eaux de Paris (Les), 510.
- Eaux-de-vie de vin en Algérie (Les), 15.
- Eaux minérales japonaises, 39.
- Échasses (Les), 65, 253.
- Éclairage de la Bibliothèque nationale de Paris et du Brilish Muséum de Londres, 138.
- Éclairage électrique des omnibus à Lon-
- , dres (L’), 582.
- Éclairs reproduits par la photographie (Les), 568.
- Éclipse de lune (La dernière), 415.
- Eclogæ geologicæ Helvetiæ, 48.
- Écriture (Altérations de papiers et d’), 174.
- Écriture dévoilée (L’), 127.
- Écriture musicale, 319.
- Élasticité (Expérience sur F), 272.
- Élection à l’Académie des sciences, 52,414.
- Électricité (Le coût de F), 334.
- Électricité (Théorie de 1’), 414.
- Électricité à la fabrication du phosphore (Application de F), 66.
- Électrique (Voy. Énergie).
- Énergie à poids et les petites installations d’éclairage électrique. (Les accumulateurs d’), 310.
- Énergie de combustion du charbon (Gaspillage de F), 14.
- Énergie électrique par courants alternatifs à 30 000 volts (Transmission d’), 37.
- Engrais sur les récoltes (Influence des), 303.
- Entrainement musculaire (L’), 65.
- Éphémérides (Les), 246.
- Épuration de l’eau d’alimentation des locomotives (L’), 117.
- Équation personnelle (L’), 319.
- Éruption sous-marine près de File Pan-tellaria, 397.
- Esclavage au Maroc (L’), 95
- Esprit des bêtes (L’), 247.
- Étoffe de bois, 255.
- Étoiles (Distance des), 179.
- Étoiles (Le mouvement propre des), 238.
- Étoiles doubles invisibles, 265.
- Excitation et excitabilité dans le règne végétal, 2.
- Excursion dans les Montagnes Rocheuses, 403.
- Excursion en Corse, 127.
- Expériences de Lauffen-Francfort, 274, 323.
- Expériences de M. Tesla sur les courants alternatifs de grande fréquence, 162.
- Explosif (Un nouvel), 334.
- Explosion sur les indications du baromètre (Effets d’une), 414.
- Explosions et les chutes de pluie (Les), 554.
- Exposition d’électricité de Francfort-sur-le-Mein (L’), 3, 242, 351.
- Exposition française de Moscou (L’), 35.
- F
- Faraday Jœ centenaire de la naissance de), 62.
- Femme escamotée (La), 176.
- Fer (Sur la passivité du), 63.
- Fer avec l’oxyde de carbone (Combinaison du), 48.
- Fer natif de Bérezowsk (Le), 127.
- Ferme-porte automatique, 336.
- Ferment nitrique (Le), 219.
- Fils télégraphiques souterrains en Chine (Les), 507.
- Foie (Le rôle physiologique du), 208.
- Fondation sous l’eau (Nouveau procédé de), 271.
- Fonte des glaces (L’énergie nécessaire à la), 170.
- Fontaine lumineuse de table et de salon, 308.
- Force motrice à l’Exposition de Chicago (La), 287.
- Forges en 1789 (Le maître de), 155.
- Foudre et les navires (La), 239.
- Fouilles en Égypte, 79.
- Foyers de lumière (Le rendement des
- 119.
- Froid et la fonction chlorophyllienne (Le), 64.
- Fromages de Gruyère (L’industrie des), 247.
- Furieux [Le], 168.
- Fusil de guerre italien, 303.
- Fusils de chasse (Les). Les armes anciennes, 515.
- G
- Gaz à Paris (La consommation du), 67.
- Gazomètre du monde (Le plus grand),
- 222.
- Géologie (Le dernier Congrès de), 567.
- Géologie sur le terrain, 79.
- Glaces (L’énergie nécessaire à la fonte dçs), 170.
- Gobius minutus (Les mœurs du), 175.
- Gomme arabique (L’adultération de la), 255.
- Gorilles vivants à Paris (Les)-, 369.
- Greffe osseuse (Sur la), 599.
- Greffe souterraine des plantes (La), 272.
- Grêlons (Les), 1.
- Guillemin (L’œuvre d’Amédée), 226.
- Gutta-percha (L’importation de la), 79.
- Gypsomètrc de M. A. Boulier (Le), 351.
- II
- Halo photographique (Suppression du) 95.
- Hanneton (Le Botrytis du), 159.
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-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 419
- Hamidou et de sa larve par le Botrylis tenella (La destruction du), ‘202.
- Ilément (Félix), 302.
- Hêtre tortillard de Dain, près de Metz, 90.
- Ilippophagie (Les progrès de 1’), 198.
- Houille en Transylvanie (La), 207.
- Huile de l'oie de morue (La consommation d’), 414.
- Huîtres et leur reproduction (L'accroissement des), 175.
- llydrasine (Recherches lhermométriijues sur T), 599.
- Hydrogène et de l’oxygène par lcleclro-lyse de l’eau (La production industrielle de T), 100.
- I
- Ichtyosaure de Sainte-Colombe (L’), 143.
- Iles Baléares (Aux). La Lonja (Bourse du commerce), à Palma, 153.
- Incendies de pétrole (Les), 23.
- Indicateur optique permanent de M. John Perry, 51.
- Indicateur permanent et continu du diagramme des moteurs à vapeur et à gaz (Un), 7.
- Inflammation (Mécanisme de F), 351.
- Insectes (Le vol des), 95.
- Insectes frappeurs (Les), 64.
- Interrupteur à mercure (Un nouvel), 143.
- Iodure de bore et iodure de carbone, 95.
- Iridium (L’), 31.
- Isolateurs électriques du monde (Les plus grands), 126.
- J
- Jet d’eau atmosphérique, 159.
- Jeux à l'école (Les), 45, 340.
- K
- Kœppclin (Rodolphe), 78.
- Kronstadt et Portsmouth, 193.
- L
- Laboratoire Arago, 308.
- Laboratoire de Banyuls (Le), 51.
- Laboratoire de biologie végétale de Fontainebleau (Le), 171.
- Lait à New-York (Le), 15.
- Lames océaniques (Les grandes), 238.
- Laminage des métaux à l’état fluide, 341.
- Lampes à incandescence aux États-Unis (La fabrication des), 190.
- Lampes à incandescence (L’avenir des), 58.
- La I'Iata (La nouvelle). Son port et son musée, 103.
- Laque comme enduit des carènes de navires (La), 62.
- Laullcn-Francfort (Les expériences de), 274, 523.
- Legs (Nouveau), 319.
- Lettres (Distributeur automatique des), 174.
- Lettres au Japon (Le port des), 63.
- Levure du vin (La), 255.
- Liaison continentale de l’Asie et de l’Amérique (Récente), 127, 145.
- Lichens des mûriers (Les), 15.
- Locomotion animale (Études sur la). Travaux de M. Muybridge, 136.
- Lucas (Edouard), 502.
- Lumière dans les phénomènes de végétation (Influence de la), 46.
- Lune sur les orages (Influence de la) 182.
- M
- Machines marines (Les progrès des), 214.
- Madagascar et ses habitants, 559.
- Manivelle sans point mort (Une), 596.
- Marengo (Le), 168.
- Marine française (La), 168.
- Maroc (L’esclavage au), 95.
- Marsupiaux fouisseurs originaire du désert australien (Nouveautype de), 290.
- Mastodonte tunisien (Un), 51.
- Mathématiques au seizième siècle (Les), 378.
- Mécanique (Les laboratoires de), 207.
- Mécanisme des mouvements chez l’homme, 568.
- Métalloehrome (Le), 243.
- Métaux à l’état fluide (Le laminage des), 341.
- Métaux rares dans les alliages (Le rôle des), 522.
- Météorite d’Ensisheim (La), 254.
- Mètre international (Le), 223, 287.
- Microbe acridiophage (Le), 47.
- Microbes du sol (Les), 5.
- Microbes et la cataracte (Les), 32.
- Microcidine (La), 47.
- Miel artificiel (Le), 318.
- Mines d’or du Transvaal (Les), 285.
- Minières de la Nouvelle-Calédonie (Richesses), 535.
- Mistral préhistorique (Le), 6.
- Mœnchenstein en Suisse (Catastrophe de). 40, 49, 94.
- Moissonneuse gauloise (Une), 125.
- Mollusques (La croissance des), 48.
- Monnaies (La perte de poids des), 402.
- Montagnes Rocheuses (Excursion dam les), 405.
- Mont-Blanc du 21 août 1891 (La catastrophe du), 209.
- Mont-Blanc (L’observatoire du), 567.
- Monument préhistorique de Stonehangc et son rôle astronomique, 225.
- Monuments mégalithiques (Les), 78.
- Morsure d’un perroquet (Mort de la), 15.
- Morue rouge (La), 502.
- N
- Navigation de la Seine antérieurement à l’état actuel (La), 229.
- Navigation électrique, 223.
- Navire cuirassé allemand, 219.
- Navire cuirassé anglais (Un nouveau), 190.
- Navires à hélice (Un nouveau mode de propulsion des), 295.
- Navires et la foudre (Les), 239.
- Nécrologie, 30, 78, 142, 286, 302, 398.
- Nitrification (Mécanisme de la), 126. Nomographie (La), 50.
- Notorycles Typhlops (Le), 290.
- 0
- Observatoires de montagne (Les), 219.
- Observatoire du Mont-Blanc (L’), 143, 206, 567, 374.
- Oiseaux de proie (Attaque des), 63.
- Oiseaux par les locomotives (Destruction des), 19.
- Omnibus à Londres (L’éclairage électrique des), 382.
- Or dans le monde (La production de F),
- 222.
- Orage du 21 mai 1891 en Auvergne, 1.
- Orages (Les), 33.
- Orages (Influence de la lune sur les) 182.
- Orages du 18 août 1891 (Les), 207.
- Orchestre à canon, 190.
- Ouragans (Action mécanique du vent dans les), 309.
- Oxygène par l’électrolyse de l’eau (La production industrielle de l’hydrogène et de F), 106.
- Ozone (L’), 407.
- P
- Pan b llaria (Éruption sous-marine près de File), 397, 415.
- Papier (Résistance et constitution du), 239.
- Papier et ses nouvelles applications (Le). 593.
- Papiers et d’écriture (Altérations de), 174.
- Paquebot transatlantique la Touraine (Le nouveau), 55.
- Paris à Brest en vélocipède (Course de), 257.
- Paris à Londres par Dieppe et Newhaven (Nouveau service rapide de). La Seine. 215.
- Parmapliores (Métamorphose des), 127.
- Parole (La photographie de la), 158.
- Pêche au saumon dans les affluents torrentiels de l’Adour, 145.
- Phares du cap Fréhel (Les deux), 267.
- Phonographe dans la famille (Le), 318.
- Phosphure de bore, 415.
- Photographie des couleurs (Historique de la), 406.
- Photographie en cerf-volant (La), 261.
- Photographie instantanée (La). Les conditions d’un bon appareil sans pied, 149.
- Photographie sur fond noir sans fond noir (La), 70, 122.
- Photographie sur fond noir (La), 240.
- Photographies timbres-poste, 16.
- Photographies (La reproduction typographique des), 204.
- Photomélriqucs (Questions), 298.
- Physique amusante, 127,176. — La prestidigitation dévoilée, 304, 319, 552, 384, 415.
- Physique sans appareils, 223, 272, 288.
- Pianographc Parise (Le), 349.
- Pièce de monnaie escamotée (Une), 127.
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-
- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Pile à oxyde de cuivre de M. de Lalande (La nouvelle), 83.
- Pile électrique (Une nouvelle), 13.
- Pile thermo-électrique de M. Gülclier (La), 318.
- Planètes (Communication avec les), 227.
- Planètes et les idées de Le Verrier (Les petites), 337.
- Plantes (La protection des), 198.
- Plata (La nouvelle ville de La). Son port et son musée, 103.
- Pluie de pierres de Pel-et-Der (La), 127.
- Poids des monnaies (La perte de), 402.
- Poissons et la germination (Les), 159.
- Pôle nord (La conquête du), 78, 210.
- Pont en fer (Le premier), 32.
- Ponts métalliques de chemins de fer (Epreuves des), 70.
- Ponts suspendus français (Nouveaux), 250.
- Port chinois de VYei-hai-Wei (Le), 23.
- Porte-cigarettes magique, 112.
- Poste en France (La), 318.
- Poteaux télégraphiques (Conservation des), 303.
- Poule de Dorkings (La), 228.
- Poussins en Égypte (L’industrie des), 75.
- Pressions ondulatoires produites par la combustion des explosifs en vase clos, 314.
- Propulsion des navires à hélice (Un nouveau mode de), 295.
- Protubérances solaires (Régime des), 159.
- Puces (Une invasion de), 79.
- Pullmann-Cars et Pullmann-City (La compagnie des), 83.
- Pyramide d’Égypte (La grande). Monument mathématique, 243.
- Pyramides et arches naturelles, 87.
- R
- Race et pur sang, 158.
- Radiation solaire (Les unités de la), 238.
- Rage et le froid (Le virus de la), 159.
- Ramie (La), 294.
- Ilaz-de-maréc à Biarritz, 338-
- Récréations scientifiques. Porte-cigarettes magique, 112. La photographie sur fond noir, 240.
- RégLettcs multiplicalrices (Les), 355.
- Régulateur-obturateur à mouvement louvoyant de M. Raffard, 300.
- Remparts de neige aux grandes manœuvres russes (Les), 238.
- Roches (Plasticité des), 158.
- Roches à ligures animées (Les), 285.
- Rochers de Fontainebleau (Les), 413.
- Roger (Dr Henri), 398.
- Rouget (Le), 191.
- ! S
- Sable artificiel (Le), 382.
- Sable? phosphatés (Les), 147.
- Sahara (Comment on se nourrit au), 47.
- Sardines américaines (Les), 158.
- Saumon dans les affluents torrentiels de l Adour (La pêche au), 145.
- Science au théâtre (La). Sourdine Sax,
- 411. •
- Science pratique (La), 48, 80, 256, 336.
- Sécrétions microbiennes, 303.
- Seine (La). Nouveau service rapide de Paris à Londres par Dieppe et Newhaven, 215.
- Serrure électrique (Une), 144.
- Singes (Maladies osseuses des), 63.
- Slip en travers au port de Rouen (Cale ou), 17.
- Société d’histoire naturelle d’Autun (La), 399.
- Sol (Les microbes du), 5.
- Sol (Nouveau mode de consolidation du', 14.
- Soleil en Russie (Culture du grand), 334-
- Sommeil (La durée du), 110.
- Sondage intéressant (Un), 63.
- Sources de la Vigne et de Verneuil (Projet de dérivation des), 310.
- Sourdine Sax, 411.
- Station centrale de distribution d’énergie électrique de Boston, 398.
- Statuette gauloise (Une), 131.
- Stonehange et son rôle astronomique (Le monument préhistorique de), 225.
- Stoppeur-démarreur automatique des tramways, 167.
- Sucre de betterave en Sibérie (Le), 155.
- Sucre des champignons (Le), 415.
- Sulfurique (Source française d’acide), 126.
- Synthèse en minéralogie (Les méthodes de), 303.
- Système métrique et l’Angleterre (Le), 563.
- T
- Taureaux dans l’antiquité (Les courses de), 353.
- Télégraphes en Chine (Les), 118.
- Téléphonie (Les progrès de la), 366.
- Téléphonie à Paris (La), 102.
- Températures dans les fours industriels et les essais de laboratoires (Mesure des hautes), 50.
- Températures souterraines, 535.
- Templier (Émile), 30.
- Terre (La carte de la), 223.
- Terre au point de vue électrique (La), 191.
- Thé chinois (Décadence du), 271.
- Thermo-cautère automatique, 175.
- Timbres-poste (Les collectionneurs de), 85.
- Tirage (Avertisseur électrique d’insulfi-sancc de), 340.
- Tirage des valeurs financières par l’appareil de M. Casanova, 10.
- Tornado aux États-Unis (Un), 221.
- Torpilles, 90.
- Tour (Ouvrages de), 387.
- Trains de luxe de la Compagnie des wagons-lits (Le matériel des), 182.
- Trains express (Grandes vitesses des), 299.
- Tramways électriques dans le monde entier (Les chemins de fer et les), 90.
- Transatlantique (Nouvelle route), 254.
- Transformateurs à courant continu, 559.
- Transvaal (Les mines d’or du), 283.
- Travail d’une semaine à Birmingham, 51.
- Trirèmes antiques (Les), 239.
- Truffes nouvelles, 351.
- Truffes du désert (Les), 259.
- Tuberculose (Le chlorure de zinc et la), 96.
- Tubes pneumatiques (Transport des voyageurs par), 382,
- Turbine de petite puissance, 173.
- Turkestan oriental et du Tibet par l'expédition de M. Bonvalot et du prince Henri d’Orléans (Collections rapportées du), 97, 134.
- U
- Unités de la radiation solaire (Les), 238.
- V
- Vallées et lacs (Origine des), 334.
- Vapeur d’eau (La force élastique de la), 207.
- Veddas de Ceylan (Les), 81.
- Végétaux à l’eau de mer (Arrosage des), 240.
- Vélocipédie, 59, 211, 257.
- Vendangeur (Le), 191.
- Vent dans les ouragans (Action mécanique du), 309.
- Ventilateur monstre (Un), 126.
- Verreries (Les dangers de l'acide fluor-hydrique dans les), 567.
- Vésuve (Englouti dans le), 95.
- Vésuve (L’éruption du). Visites d’exploration au volcan, 152.
- Vin (La levure du), 255.
- Vision (Mécanisme de la), 518.
- Voie ferrée luxueuse (Une), 318.
- Voiture à pétrole, 521.
- Voyage autour du monde (Souvenirs d’un), 75, 119, 235, 295, 390.
- w
- Wagons de chemin de fer (Aération des), 79.
- Weber, 127.
- Wolfram de la Nouvelle-Zélande (Le), 195.
- Y
- Yacht de M. le prince de Monaco (Le nouveau), 343.
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-
- LISTE DES AUTEURS
- P A K ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Alber (Le prestidigitateur). — Les automates, 129, 217, 557.
- Bâclé (L.).— Le maître de forges en 1789, 155. — Le matériel des trains de luxe de la Compagnie des wagons-lits, 182.
- — La grande pyramide d’Egypte. Monument mathématique, 245.
- Bali.ore (F. de). — Archéologie précolombienne au Salvador, 373.
- Batut (Arthur). — La chimie de l’amateur. Préparation de l’hydrogène, 208.
- Bellet (D.). — Le premier pont en fer, 52. — Épreuves des ponts métalliques de chemins de fer, 70. — La compagnie des Pullmann-Cars et Pullmann-City, 83. — La nouvelle ville de La Plata. Son port et son musée, 103. — Le service cartographique de la Grande-Bretagne, 151. — Statistique des accidents de chemins de fer, 206. — Le monument préhistorique de Stonehange et son rôle astronomique, 225.
- — Les courses de taureaux dans l’antiquité, 353.
- Bergeret (A.). — Récréations scientifiques. Porte-cigarettes magique, 112.
- Brandicourt (V.). — La production des cidres en France, 35.
- — La protection des plantes, 198. — Une chenille végétale, 299. — Les mathématiques au seizième siècle, 378.
- Brongniart (Cii.). — Les champignons enlomophytes et leur application à la destruction des insectes nuisibles, 186.
- Cartaz (Dr A.). — La morue rouge, 362.
- Camarasa (Marquis de).—La pêche au saumon dans les affluents torrentiels de l’Adour, 145.
- Comportey (J.). — Les ambulances en carton aux grandes manœuvres, 305.
- Cornié (Gaston). — Yélocipédie. Course de Paris à Brest, 257.
- Danysz (J.). — Les cultures artificielles des champignons insecticides. La destruction du hanneton et de sa larve par le Botrylis tenella, 202.
- Delaporte (Paul). — Les accumulateurs d’énergie à poids et les petites installations d’éclairage électrique, 510.
- Deniker (J.). — La caravane égyptienne au Jardin d’Acclima-talion de Paris, 195. — Madagascar et ses habitants, 359.— Les gorilles vivants à Paris, 369.
- Deschamps (Émile). — Les veddas de Ceylan, 81.
- Dujardin. — Les rochers de Fontainebleau, 413.
- Faverney (Gontban de). — La catastrophe du Mont-Blanc du 21 août 1891, 209.
- Fonvielle (\V. de). — L’auditorium de Chicago, 187. — Lis petites planètes et les idées de Le Verrier, 537.
- Fourtier (II.). — Les deux phares du cap Fréhel, 267.
- Gahéry (Paul). — L’industrie des vieux chiffons. Le triage, 99.
- Gauury (A). — Excursion dans les Montagnes Rocheuses, 405.
- Giard (A.). — Le champignon parasite des criquets, 270.
- Gobix (A.). — L’industrie des fromages de Gruyère, 247.
- Good (Arthur). — Vélocipédie, 59, 211, 257.
- Grignard (Géo P.). — Les collectionneurs de timbrOs-postei Ce que l’on voit sur les timbres, 85.
- Guébhard (Adrien). — La photographie sur fond noir sans fond noir, 70, 122.
- Guédon (Yves). — Jet d’eau atmosphérique, 159. — La Seine. Nouveau service rapi le de Paris à Londres par Dieppe et Newhaven, 215.
- Guillaume (Ch.-Ed.). — La production industrielle de l’hydrogène et de l’oxygène par 1 electrolyse de l’eau, 106. — Les unités de la radiation solaire, 238. — Le cyclostat, 241. — Un singulier arc-en-ciel observé le 9 octobre 1891, 331. — Les explosions et les chutes de pluie, 354. — Los réglettes multiplicatrices, 355. — Baromètres à air anciens et modernes, 381.— Ouvrages de tour, 387.
- Gcillemin (Amédée). — Communication avec les planètes, 227.
- Guyot-Daebès. — Les échasses, 65, 233.
- IIébert (A.). — Les microbes du sol, 5. — L’épuration de l’eau d’alimentation des locomotives, 117. — Le ferment nitrique, 219.
- IIément (Félix). — Les jeux à l’école, 45, 346.
- IIennebert (lieutenant-colonel). — Kronstadt et. Portsmouth, 193.
- Hospitalier (E.). — Un indicateur permanent et continu du diagramme des moteurs à vapeur et à gaz, 7. — Gaspillage de l’énergie de combustion du charbon, 14. — Concours de compteurs d’énergie électrique. Les appareils primés, 21.— Indicateur optique permanent de M. John Perrÿ, 51. — La consommation du gaz à Paris, 67. — Expériences de M. Te.-la sur les courants alternatifs de grande fréquence, 162. — L’Exposition internationale d’électricité, et le Congrès international des électriciens de Francfort-sur-Ie-Mein, 242. — Les expériences de Laulfen-Francfort. Transmission et distribution de l’énergie électrique à grande distance par iou-rants alternatifs polyphasés, 274, 323. — Questions photométriques, 298. — Transformateurs à courant continu, 539.
- — Transformation des courants électriques polyphasés. 401.
- — Les divisions de l’arc de cercle et leurs notations, 407.
- Janssen. — L’observatoire du Mont-Blanc, 374.
- Johnston-Lavis (J.-IL). — L’éruption du Vésuve. Visites d'exploration au volcan, 152.
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-
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPIIARÉTIQUE.
- m
- Kunckel d’Hercui.ais (J.). — Les champignons parasites des acridiens, 110.
- Laffargue (J ). — L’Exposition d’électricité de Francfort-sur-le-Mcin, 5. — Transmission d’énergie électrique par courants alternatifs à 30 000 volts, 57. — La nouvelle pile à oxyde de cuivre de M. de Lalande, 83. — La téléphonie à Paris, 102. — Expériences avec les courants alternatifs à haute tension, 231. — Chemin de fer monorail. Transport des bois en forêt, 333. — Les progrès de la téléphonie, 366. — Les machines dynamos, 371. — La chute d’eau lumineuse de l’exposition de Francfort-sur-le-Mein, 399.
- Landrin (F.). — Les fusils de chasse. Les armes anciennes, 315.
- Langlois (Ch.). — Les champignons parasites des acridiens, 110.
- Larbalétrier (Albert). — Influence de la lumière dans les phénomènes de la végétation, 46. — Les sables phosphatés, 147. — La poule de Dorkings, 228. — Les corbeaux sont-ils utiles ou nuisibles à l’agriculture ? 263.
- Larchey (Lorédan). — L’esprit des bêtes, 247.
- Lartigue. — Formation de l’amidon dans les feuilles des végétaux, 95.
- Launay (L. de). — Les mines d’or du Transvaal, 283.
- Leconte (Félix). — Altérations de papiers et d’écriture, 174.— Physique sans appareils. Expériences sur la force centrifuge, 225. — L’une des causes des crues subites, 408.
- Lei.eux (Léon). — Aux îles Baléares. La Lonja (Bourse de commerce) à Palma, 133.
- Léotard (Jacques). — La conquête du pôle nord, 78, 210. — Les canaux maritimes, 179. — Association française pour l’avancement des sciences. Congrès de Marseille, 286.
- Lcnde (Albert). — La photographie instantanée. Les conditions d’un bon appareil sans pied, 149. — La photographie en cerf-volant, 261.
- Magus. — Physique amusante. La prestidigitation dévoilée. Les ardoises spirites, 304. — Le chapeau percé. Le ruban de papier, 319. —Voyage invisible d’un verre de vin, 352. — La main magique, 381. — Cartes mécanisées, 415.
- Maire (Albert). — Découverte d’abris sous roche près Pont-gibaud (Puy-de-Dôme), 346.
- Malpeaux. — Formation de l’amidon dans les feuilles des végétaux, 93.
- Marcel (Gabriel). — Archipel des Comores, 67.
- Mareschal (G.). — Photographies timbres-poste, 16. — Les nouvelles galeries du Conservatoire des arts et métiers, à Paris, 39. — Science pratique. Bevolver pour cannes et guidons de vélocipèdes, 80. — Le pianographe Parise, 349.
- Maspéro (G ). — Le chien dans l’ancienne Égypte, 53.
- Mégnin (P.). — Une grande chasse en Allemagne au dix-huitième siècle, 24. — Le rouget, aoûtat ou vendangeur, 191. — Le chien de Terre-Neuve, 245. — Les courses et les chevaux de course, 289, 327.
- Meunier (Stanislas). — Séances hebdomadaires de l’Académie des sciences, 15, 31, 47, 63, 79, 95, 111, 126, 143, 158, 175, 191, 207, 223, 239, 255, 272, 287, 303, 518, 334, 551, 367, 383,399,414. — Pyramides et arches naturelles, 87.—Les animaux des temps secondaires d’après les découvertes de M. Albert Gaudry, 114.
- Mocquard (F.). — L’archer et le chelmon, 7.
- Moureaux (Th ).— Cartes magnétiques du bassin de Paris, 19. Nansouty (Max de). — L’Exposition française de Moscou, 35.
- Oustalet (E.). — Collections rapportées du Turkestan oriental et du Tibet par l’expédition de M. Bonvalot et du prince Henri d’Orléans, 97, 134, 177. — Les chiens de l’ile Phu-quoe au Jardin des Plantés de Paris, 385.
- Platania (Jean). — Eruption sous-marine près de File Pan-tellaria, 597.
- Prévôt (E.). — La Homographie, 570.
- Batoin (Emmanuel). — Le papier et ses nouvelles applications, 595.
- Bénard (L.). — L’artillerie de la marine française, 278.
- Iîichou (G.).— Cale ou slip en travers au port de Rouen, 17.
- — Les eaux de Paris. Projet de dérivation des sources de la Vigne et de Verneuil, 510.
- Bochas (lieutenant-colonel de). — Le réseau de colombiers militaires en Europe, 27, 90, 158.
- Tissandier (Albert). — Souvenirs d’un voyage autour du monde. Shang-haï et Zi-ka-wei. Ile de Tsiao-chan, Pagode et Pailoo. Temples shintoïstes et bouddhistes au Japon. Les grimaciers japonais. Arbres travaillés dans les jardins. L’océan Pacifique et Vancouver, Montréal et Québec, 75,119, 235, 295, 390.
- Tissandier (Gaston). — Les grêlons. Orage du 21 mai 1891 en Auvergne, 1. — Les incendies de pétrole, 23. — Émile Templier, 30. — Les orages, 35. —La catastrophe de Mœn-chenstein. Un pont de chemin de fer écroulé, 49, 94. — Le cryogène de M. Cailletet, 69. — Études sur la locomotion animale. Travaux de M. Muybridge, 136. — La marine française. La division cuirassée du Nord à Cronstadt. Le Marengo. Le Furieux, 168. —Influence de la lune sur les orages, 182. — La reproduction typographique des photographies, 204. — Un tornado aux États-Unis, 221.— L’œuvre d’Amédée Guillemin, 226. — L’étude des courants aériens par les ballons libres, 259. — Le cyclone de la Martinique, 273.—
- — Les roches à figures animées, 285. — Nécrologie. Édouard Lucas. Félix Dément, 302. — Action mécanique du vent dans les ouragans, 309. — Voiture à pétrole, 321. — Avertisseur électrique d’insuffisance de tirage, 340. — Les éclairs reproduits par la photographie, 368. — Historique de la photographie des couleurs, 406.
- Trouessart (Dr E.). — Le Notoryctes typhlops. Nouveau type de marsupiaux fouisseurs originaire du désert australien, 290.
- Vesque (J.). — Excitation et excitabilité dans le règne végétal, 2.
- ViELi.ivRD (Edme). — Les chemins de fer à voie étroite, 161.
- Yitoux (G.). — Le nouveau yacht de M. le prince de Monaco, 343.
- Vuillaume (Maxime). — Le tirage des valeurs financières par l’appareil de M. Casanova, 10. — Le plâtrage des vins. Le gvpsomètre de M. A. Boulier, 331.
- X..., ingénieur. — Le nouveau transatlantique la Touraine, 55. — Application de l’électricité à la fabrication du phosphore, 66. — Application des moteurs à puissance vive à la mise en marche des torpilles, 90. — L’arrosement des villes. 113. — Un nouvel interrupteur à mercure, 143. — Une serrure électrique, 144. — Turbine de petite puissance, 175.
- — La navigation de la Seine antérieurement à l’état actuel, 229. — Bégulateur-obturateur à mouvement louvoyant de M. Baffard, 300. — Fontaine lumineuse de table et de salon. 308. — Le laminage des métaux à l’état fluide, 341. — Les distributeurs automatiques de liquides des fontaines populaires et bars, 363. — Une manivelle sans point mort, 596.
- — Distributeur automatique pour lettres et paquets. 411.
- Z.... (Dr).— Les insectes frappeurs, 64. — Arbres extraordinaires. Hêtre tortillard de Dain, près de Metz, 96. — Physique amusante. L’écriture dévoilée. Une pièce de monnaie escamotée. La femme escamotée, 127, 176. — Physique sans appareils. La dilatation des corps mauvais conducteurs de la chaleur, 288. — Chalumeau à essence minérale c thermo-cautère, 501. — L’ozone, 407.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table ea lettres italiques.
- Astronomie.
- Distance des étoiles................................. 179
- Le monument préhistorique de Stonehange et son rôle
- astronomique (Daniel Bellet).......................225
- Communication avec les planètes (Amédée Guihemin). . 227
- La grande pyramide d’Egypte. Monument mathématique
- , (L. B.)........................................... 243
- Étoiles doubles invisibles............................263
- Les petites planètes et les idées de le Verrier (W. de
- Fonvielle).........................................337
- La trajectoire du bolide d’Ensisheim................. 143
- L'Observatoire du Mont-Blanc. . . . ,.................143
- L’astronomie physique à Tasckkend.....................143
- Régime des protubérances solaires.....................159
- L’atmosphère solaire..................................191
- Le mouvement propre des étoiles.......................238
- Le Congrès polaire international......................240
- Astronomie............................................272
- Nouvelles planètes....................................288
- Inéquation personnelle................................319
- La dernière éclipse de lune. ... 415
- Physique générale.
- Mesure des hautes températures dans les fours industriels et les essais de laboratoires.................. 50
- Le cryogène de M. Cailletet (G. T.)................. 69
- Le rendement des foyers de lumière....................119
- Jet d’eau atmosphérique (Yves Guédon).................159
- L’énergie nécessaire à la fonte des glaces (G. E. G.).. . 170
- Les unités de la radiation solaire (Ch.-Ed. Guillaume!.. 238
- Le cyclostat (Cii.-Ed. Guillaume).....................241
- Questions photométriques (E. II.).....................298
- Chalumeau à essence minérale et thermo-cautère (Dr Z.). 301 Pressions ondulatoires produites par la combustion des
- explosifs en vase clos.............................314
- Baromètres à air anciens et modernes (Ch.-Ed. Guillaume) . 581 Action de la lumière sur le chlorure d’argent.... 62
- Propriétés élastiques des aciers-nickels.............. 95
- Chalumeau à essence minérale..........................191
- La force élastique de la vapeur d’eau.................207
- Les mètres internationaux.................... 223, 287
- Mécanisme de la vision................................518
- Effets d’une explosion sur les indications du baromètre.................................................414
- Électricité théorique et appliquée.
- Concours i'.c compteurs d’énergie électrique. Les appareils primés (E. Hospitalier).............................. 21
- Transmission d’énergie électrique parcourants alternatifs
- à 30000 volts (J. Laffargue)............................ 37
- L’avenir des lampes à incandescence........................ 58
- Application de l’électricité à la fabrication du phosphore
- (X..., ingénieur)....................................... 66
- La nouvelle pile à oxyde de cuivre de M. de Lalande
- (J. Laffargue).......................................... 83
- Les chemins de fer et les tramways électriques dans le
- monde entier............................................ 90
- La téléphonie à Paris (J. L.)..............................402
- La production industrielle de l’hydrogène et de l’oxygène par l’électrolyse de l’eau (Ch.-Ed. Guillaume). . . 106
- Les télégraphes en Chine...................................448
- Éclairage de la bibliothèque nationale de Paris et du
- British Muséum de Londres...............................138
- Électricité pratique. Un nouvel interrupteur à mercure
- Une serrure électrique (X..., ingénieur)................443
- Expériences de M. Tesla sur les courants alternatifs de
- grande fréquence (E. Hospitalier).......................162
- Expériences avec les courants alternatifs à haute tension
- J. Laffargue)...........................................251
- L’Exposition internationale d’électricité et le Congrès international des électriciens de Francfort-sur-le-Mein
- (E. II.)................................................242
- Les expériences de Lauffen-Francfort. Transmission et distribution de l’énergie électrique à grande distance par courants alternatifs polyphasés (fl- Hospitalier) ............................................ 274, 325
- Les fils télégraphiques souterrains en Chine. ..... 307
- Les accumulateurs d’énergie à poids et les petites installations d’éclairage électrique (Paul Delaporte).. . . 510
- Transformateurs à courant continu (E. IL)..................359
- Avertisseur électrique d’insuffisance de tirage (G. T.). . 340
- Les progrès de la téléphonie (J. L.).......................366
- Les machines dynamos (J. Laffargue)........................371
- Prix de revient de l’aluminium électrolytique..............590
- La chute d’eau lumineuse de l’Exposition de Francfort-
- sur-le-Mein (J. Laffargue)..............................399
- Transformation des courants électriques polyphasés (E.
- Hospitalier)............................................401
- Le chemin de fer électrique, système Ileilmann (E. IL). 410 Les canalisations électriques à Paris................... . 14
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-
-
-
- 421
- TABLE DES MATIÈRES.
- Concours de compteurs, d’énergie électrique de la
- ville de Paris...................................
- Une nouvelle pile électrique........................
- Ce que dure un câble télégraphique sous-marin.. . Les plus grands isolateurs électriques du monde . . La fabrication des lampes à incandescence aux
- Etats-Unis.......................................
- La terreau point de vue élect> ique.................
- Navigation électrique......................
- Fabrication de la céruse par l'élei tr., y.se . . . , Conservation des poteaux télégraphiques. . . . L .
- La pile thermo électrique de M. Gülcher.............
- Le phonographe dans la famille......................
- Accumulateur multitubulaire.........................
- Le coût de l’électricité............................
- L’Exposition de Francfort...........................
- Nouvelle matière pour accumulaient s................
- L’éclairage électrique des omnibus à Londres . . . La station centrale de distribution d'énergie é/echi-
- que de Boston.....................'..............
- Théorie de l’électricité.........................
- Photographie.
- Photographies timbres-poste (G. Maresciial).........
- La photographie sur fond noir sans fond noir (A. Gukr-
- hard) ............................... 70,
- La photographie instantanée. Les (onditions d'u:i lion
- appareil sans pied (Albert Londe)................
- La reproduction typographique des photographies (Gaston Tissandier) ...................................
- La photographie sur fond noir.......................
- Là photographie en cerf-volant (A. Londej...........
- Les éclairs reproduits par la photographie (G. T.). . . . Historique de la photographie des couleurs (G. T.). . . .
- Suppression du halo photographique..................
- La photographie de la parole........................
- >' Chimie générale.
- La falsification des diamants (A. G.)...............
- Eaux minérales japonaises...........................
- Formation de l’amidon dans les feuilles des végétaux
- (Lartigue et Malpeaux)...........................
- I,'épuration de l’eau d’alimentation des locomotives (A.
- Hébert) .........................................
- Le sucre do betterave en Sibérie....................
- Altérations de papiers et d’écriture (Félix Leconte). . .
- Le wolfram de la Nouvelle-Zélande...................
- La chimie de l’amateur. Préparation de l’hydrogène (A.
- Batut)...........................................
- Le ferment nitrique (A. Hébert).....................
- Le rôlè des métaux rares dans les alliages..........
- Le plâtrage des vins. Le gypsomètre de M. A. Boulier
- (M. Vuillaume).................:.................
- L’ozone (Dr Z.). . . . .............................
- Les minéraux insolubles de la craie.................
- L’iridium............................ ................
- La microcidine......................................
- Le coffcrdam à l’amiante............................
- Combinaison du fer avec l’oxyde de carbone. . . .
- Sur la passivité du fer.............................
- Iodure de bore et iodure de carbone.................
- Les eaux d’abreuvoir................................
- Mécanisme de la nitrification. . ................
- Synthèse de la datholilhe. . ..................
- Source française d'acide sulfurique.................
- Le fer natif de Bérézowsk...........................
- La production de l’or dans le monde.................
- Résistance et constitution du papier................
- L’adultération de la gomme arabique.................
- Étoffe de bois......................................
- Le miel artificiel.................................518
- Un caoutchouc minéral.............................. 334
- bn nouvel explosif.................................33 L
- Argent à couleur d’or..............................334
- Le salicylate de bismuth...........................551
- Recherches thermochimiques sur l'hydrasinc. . . . 590
- Pltosphurc de b'orc................................415
- Le sucre des champignons.................... , , 415
- Météorologie. — Physique du glohe. Géologie. — Minéralogie.
- Les grêlons. Orage du 21 mai 1891 en Auvergne (Gaston Tissandier).......................................... 1
- Le mistral préhistorique (A. G.)...................... G
- Cartes magnétiques du bassin de Paris (Tu. Moureaux). . 19
- Les orages (Gaston Tissandier).. ..................... 53
- Pyramides et arches naturelles (Stanislas Meunier). . . 87
- L’éruption du Vésuve. Visites d’exploration au volcan
- (II.-J. Johnston-Lavis).............................152
- Inllucnce de la lune sur les orages (G. T.).. ..... 182
- Les observatoires de montagne (.1. L.)................218
- Un tornade aux États-Unis (Gaston Tissandier)...........221
- L’œuvre d’Amédéc Guillemin (Gaston Tissandier) ... 226
- L’étude des courants aériens par les ballons libres (Gaston
- Tissandier)....................................... 259
- Le cyclone de La Martinique (Gaston Tissandier). 273, 507
- Les mines d’or du Transvaal (L. de Launay)............285
- Les roches à figures animées (G. T.).............285
- Action mécanique du vent dans les ouragans (Gaston Tissandier) . • ...........................................309
- Un singulier arc-en-ciel observe le 9 octobre 1891 (Cii.-
- ’ Ed. Guillaume) .......................................331
- Bichesses minières de la Nouvelle-Calédonie.. ... 355
- Baz de marée à Biarritz.................................338
- Découverte d’abris sous roche près Pontgibaud (Puy-de-
- Dôme) (Albert Maire).............................. 546
- Les explosions et les chutes de pluie (Ch.-Ed. Guillaume). 554
- L’Observatoire du Mont-Blanc (Janssen)..................374
- Éruption sous-marine de l'ile Pantellaria (Jean Plata-
- nia).......................................... 397, 415
- L’une des causes des crues subites (F. Leconte) .... 408
- Les rochers de Fontainebleau (J. Dujardin)............415
- Eclogæ geologicæ Helvetiæ.............................. 48
- Un sondage intéressant.. . . ................. 63
- Les diatrèmes......................................... 79
- Géologie sur le terrain................................. 79
- La carte d’Ancenis..................................... 95
- La pluie de pierres de Pel-et-Der.......................127
- Récente liaison continentale de l’Europe, de l’Asie et
- de l’Amérique................................. 127, 143
- Le fer natif de Bérézowsk............................. 127
- Plasticité des roches. ............................. . 158
- L'Observatoire du Mont-Blanc.............. 145, 206, 367
- Les orages du 18 août 1891............................. 207
- La houille en Transylvanie..............................207
- Les grandes lames océaniques.......................... 238
- Les navires et la foudre........ ....... 259
- Météorite d’Ensisheim...................................254
- La cause des cyclones...................................255
- Les méthodes de synthèse en minéralogie.................503
- Origine des vallées et des lacs....................... 334
- Températures souterraines...............................335
- La boléite............................................ 351
- Le dernier Congrès de géologie..........................567
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Excitation et excitabilité dans le règne végétal (J. Vesque). 2
- L’archer et le chelmon (F. Mocquard)..................... 7
- Destruction des oiseaux par les locomotives. ..... 19
- 11
- 15
- 50
- 126
- 193
- 191
- 223
- 238
- 303
- 318
- 318
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- 554
- 551
- 551
- 382
- 598
- 411
- 16
- 122
- 119
- 204
- 240
- 261
- 568
- 406
- 95
- 158
- 26
- 39
- 93
- 117
- 155
- 174
- 195
- 208
- 219
- 322
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- 15
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-
- TABLE DES'MATIERES.
- 425
- Les insectes frappeurs (Dr Z.)...................... 64 !
- Une troupe d'animaux sauvages.......................... 73
- L’industrie des poussins en Égypte.,................ 73
- Arbres extraordinaires. Hêtre tortillard de Dain, près de ‘
- Metz (Dr Z.)....................................... 90
- Collections rapportées du Turkcstan oriental et du Tibet par l’expédition de M. Bonvalot. et du. prince Henri
- d'Orléans (E. Oustalet)............... 97, 134, 177
- Les champignons parasites des acridiens (J. Kunckf.l
- d’Herculais et Ch. Langlois)........................111
- Les animaux des temps secondaires d’après les découvertes de M. Aldert Gaudry (Stanislas Meunier)...........114
- Études sur la locomotion animale. Travaux de M. Muy-
- bridge (Gaston Tissandier).. . .....................156
- Le laboratoire de biologie végétale de Fontainebleau. . 171
- l.cs champignons entomophytes et leur application à la destruction îles insectes nuisibles (Charles Bron-
- gniart)..........................................ISO
- Le rouget, aoûtat ou vendangeur (P. Mégnin). .... 192
- La protection des plantes (V. Brandicoürt)..........198
- Les cultures artificielles des champignons insecticides.
- La destruction du hanneton cl de sa larve par le Botry-
- tis lenella (J. Danysz).............................202
- Le chien de Terre-Neuve (P. Mégnin).................245
- L’esprit des bêtes (Lorédan Larciiey)...............247
- Les truffes du désert..................................259
- Le champignon parasite des criquets (A. Giard). ... 270
- Les courses et les chevaux de course (P. Mégnin). 289, 527 Le Notoryctes lyphlops. Nouveau type de marsupiaux fouisseurs originaire du désert australien (Dr E. Tloues-
- sart).............................................. 290
- Une chenille végétale (V. Brandicoürt).................299
- Les courses de taureaux dans l’antiquité (Daniel Bellet). 555
- Les gorilles vivants à Paris (J. Deniker)...........569
- Les chiens de l'ile de Phu-quoc au -Jardin'"des Plantes
- de Paris (E.Oustalei)...............................585
- Mort de la morsure d'un perroquet................... 15
- Les lichens des mûriers............................... 15
- Un mastodonte tunisien................................ 51
- Le laboratoire de Banyuls.............................. 51
- Destruction des criquets.. ............ 31
- La croissance des mollusques.......................... 48
- Attaque des oiséaUx de proie.......................... 63
- Maladies osseuses des singes.......................... 63
- Le champignon des criquets............................ 65
- Le froid et la fonction chlorophyllienne.............. 64
- Le vol des insectes................................... 95
- Métamorphose des parmaphores...........................127
- L’ichtyosaure de Sainte-Colombe....................... 143
- Bace et pur sang.......................................158
- Le botrytis du hanneton................................159
- Les plus anciennes dicotylécs..........................159
- Canards en Chine.. . ................................. 174
- Les mœurs du Gobius minutus........................... 175
- Le poids des chevaux...................................223
- L’arrosage des végétaux à l’eau de mer................ 240
- Grande chasse aux baleines.............................255
- Le développement des criquets.. ......... 272
- La greffe souterraine des plantes......................272
- Culture du grand soleil en Russie..................... 334
- Truffe nouvelle........................................351
- Le transport du bétail par mer.........................383
- La reproduction des balanes. . . . .................399
- Le sucre des champignons ..............................415
- * Géographie. — Voyages d’exploration.
- Caries magnétiques du bassin de Paris (Th. Moureaux). 19 Le eartogramme à trafisformations du Conservatoire des
- arts et métiers ..................................... 20
- Archipel des Comores (Gabriel Marcel). . ................ 07
- Souvenirs d’un voyage autour du monde." Shang-haï et
- Zi ka-wei. Ile de Tsiao-Chan, Pagode et Pailoo. Tem-
- ples shintoïstes et bouddhistes au Japon. Les grimaciers japonais. Arbres travaillés dans les jardins. L'océan Pacifique et Vancouver, Montréal et Québec.
- (Albert Tissandier)......... 75, 119, 235, 295, 390
- La conquête du pôle nord (Jacques Léotard). . . 78, 210
- Le service cartographique de la Grande-Bretagne (Daniel
- Bellet).............................................131
- Aux îles Baléares. La Lonja (Bourse du commerce), à
- Palma (Léon Leleüx)...................................133
- Les canaux maritimes (Jacques Léotard)...................179
- La catastrophe du Mont-Blanc du 21 août 1891 (Contran
- de Faverney)..........................................210
- Nouvelle route transatlantique...........................254
- Le nouveau yacht de M. le prince de Monaco (G. Vitoux). 343
- Madagascar et ses habitants (J. Deniker).................559
- Excursion dans les Montagnes Rocheuses (À. Gaudry). . . 403
- Excursion en Corse...................................... 127
- La carte de la terre.....................................225
- La mission du cap llorn..................................415
- Anthropologie. — Ethnographie. — Selences préhistoriques.
- Le chien dans l’ancienne Egypte (G. Maspero)........ 53
- Les échasses (Guyot-Daubès)................. 65, 233
- Les veddas de Ceylan (lmile Deschamrs)................ 81
- Une statuette gauloise................................131
- La caravane égyptienne au Jardin d’Aeelimatalion de
- Paris (J. Deniker).................................195
- Le monument préhistorique de Stonchange et son rôle
- astronomique (Daniel Bellet).......................225
- Archéologie précolombienne au Salvador (F. de Ballore). 375 Fouilles en Égypte.................................. 79
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. — Arts industriels.
- Un indicateur permanent et continu du diagramme des
- moteurs à vapeur et à gaz (E. H.)................... 7
- Le tirage des valeurs financières par l’appareil de M. Casanova (Maxime Vuillaume)................................ 14
- Gaspillage de l’énergie de combustion du charbon (E. IL). 14 Gale ou slip en travers au port de Rouen (G. Bicnou).. 17
- Le premier pont en fer (D. Bellet)..................... 52
- La catastrophe de Mœnchenstein. Un pont de chemin de
- fer écroulé (Gaston Tissandier)................49, 94
- Indicateur optique permanent de M. John Perry (E. Hospitalier) ............................................... 51
- Épreuves des ponts métalliques de chemins de fer (Daniel Bellet)............................................ 70
- Applicalion des moteurs à puissance vive à la mise en
- marche des torpilles (X..., ingénieur).............. . 90
- La nouvelle ville de La Plata. Son port et son musée
- (D. Bellet)...........................................105
- L’arrosement des villes (X..., ingénieur).............. 113
- Les automates (Le prestidigitateur àlber). 129, 217, 357
- Le maître de forges en 1789 (L. B.).............. . . • 155
- Les chemins de fer à voie étroite (Erme Yielliard) . . . 161
- Stoppeur-démarreur automatique des tramways............. 167
- Turbine de petite puissance (X..., ingénieur)............173
- Le dromographe de M. de la Roulle........................181
- Le matériel des trains de luxe de la Compagnie des wagons-lits (L. B.)........................................182 —
- L’auditorium de Chicago (W. de Fonvielle)................187
- Statistique des accidents de chemin de fer (Daniel Bellet) ....................................................206
- Les progrès des machines marines.........................214
- La Seine. Nouveau service rapide de Paris à Londres par Dieppe et Newhaven (Yves Guédon).....................215
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 4L26
- Le métallochrome........................................ 243
- Nouveaux ponts suspendus français (P. L.).............250
- ' Grandes vitesses des trains express...................299
- Régulateur-obturateur à mouvement louvoyant de M. Raf-
- fard (X..., ingénieur).. .........................500
- Les accumulateurs d’énergie à poids, et les petites installations d’éclairage électrique (P. Delaporte). . . 510
- Les eaux de Paris. Projet de dérivation des sources de
- la Vigne et de Verncuil (G. Iticiiou)..............510
- Les fusils de chasse. Les armes anciennes (P. Landrin).. 515
- Voiture à pétrole (Gaston Tissandier).....................321
- Chemin de fer monorail. Transport des bois en forêt
- (.1. L.)...............................................ooo
- Avertisseur électrique d’insuftisancc de tirage (G. T.).. 340
- Le laminage des métaux à l’état fluide (X..., ingénieur). 541
- Le pianographe Parise (G. Mareschal)..................349
- Les réglettes multiplicatrices (C. E. G.).............355
- Le système métrique et l’Angleterre.......................563
- Les distributeurs automatiques de liquides des fontaines
- populaires et bars (X..., ingénieur)...................563
- Le nomographie (E. Prévôt)................. ..........370
- Ouvrages de tour (Ch.-Ed. Guillaume)......................587
- Le papier et ses nouvelles applications (E. Ratoin) . . 596
- Une manivelle sans point mort (X..., ingénieur). . . . 596
- Les divisions de l’arc de cercle et leurs notations (E. 11.). 407
- Distributeur automatique pour lettres et paquets (X
- ingénieur).............................................411
- Nouveau mode de consolidation du sol...................... 14
- Balance de précision à chaîne............................. 15
- Aération des wagons de chemins de fer..................... 79
- Un ventilateur monstre....................................126
- Préservation des câbles métalliques.......................142
- Distributeur automatique de lettres...................... 175
- Les laboratoires de mécanique............................ 207
- Le plus grand gazomètre du monde..........................222
- Le service des eaux à Londres.............................222
- Nouveau procédé de fondation sous l'eau...................271
- Les chutes d’eau..........................................271
- La force motrice à l’Exposition de Chicago................287
- Une voie ferrée luxueuse..................................518
- Nouvel abaque.............................................335
- Transport des voyageurs par tubes pneumatiques. . 382
- Le sable artificiel..................................... 382
- Les arts mécaniques au moyen âge..........................414
- Nouveau calculateur.......................................415
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Eaux minérales japonaises............................ 59
- Les jeux à l’école. A l’école primaire. Jeux sans accessoires. Jeux avec instruments ou accessoires (Félix
- Hément)................................... 43, 516
- Chalumeau à essence minérale et thermo-cautère (Dr Z.). 301
- La morue rouge (Dr A. Cartaz)........................362
- Les microbes et la cataracte......................... 52
- L’accommodation télescopique......................... 52
- Le microbe acridiophage.............................. 47
- L’entrainement musculaire............................ 63
- Le chlorure de zinc et la tuberculose................ 96
- La durée du sommeil..................................110
- Le virus de la rage et le froid..................... 159
- L’eau de Sellz.......................................159
- Thermo-cautère automatique...........................175
- Le rôle physiologique du foie,.......................208
- La superposition des sensations visuelles............240
- Sécrétions microbiennes..............................503
- Cause de la diathèse rhumatismale................... 335
- Atrophie musculaire artificielle.....................551
- Mécanisme de l’inflammation..........................551
- Les dangers de l’acide fluorhydrique dans les verreries ............................................367
- Mécanisme des mouvements chez l’homme................568
- Sur la greffe osseuse................................399
- Agriculture. — Acclimatation.. — Pisciculture.
- Les microbes du sol (A. Hébert).......................
- Influence de la lumière dans les phénomènes de la végétation (Albert Larbalétrier)..........................
- L’industrie des poussins en Égypte....................
- Formation de l’amidon dans les feuilles des végétaux
- (Lartigue et Malpeaux).............................
- line moissonneuse gauloise (Daniel Beu.et)............
- La pèche au saumon dans les affluents torrentiels de
- l’Adour (Mu de Camaiiasa)..........................
- Les sables phosphatés (Albert Larbalétrier)...........
- Les abeilles..........................................
- La poule de Dorkings (Albert Larbalétrier) ......
- L’industrie des fromages de gruyère (A. Gobi.n).......
- Les corbeaux sont-ils utiles ou nuisibles à l'agriculture 7
- (A. Larbalétrier)..................................
- La ramie..............................................
- Les progrès de l’apiculture...........................
- Les eaux-de-vie de vin en Algérie.....................
- L’anguillule des betteraves....................... . . .
- Les poissons et la germination........................
- L’accroissement des huîtres et leur reproduction .. .
- Les mœurs du Gobius minutas...........................
- La levure de vin......................................
- Influence des engrais sur les iccollis................
- 46
- 75
- 95
- 125
- J 45 147 151 223 247
- 265
- 294
- 539
- 15
- 79
- 159
- 175
- 175
- 255
- 505
- Art militaire. — Marine.
- Cale ou slip en travers au port de Rouen (G. Ricnou). . 17
- Le port chinois de Wei-hai-Wei....................... . 25
- Le réseau de colombiers militaires en Europe (Lt-colonel
- deRochas)................................. 27, 91, 138
- Les chiens de guerre.................................. 55
- Le nouveau paquebot transatlantique la Touraine
- X..., ingénieur)...................................... 55
- La marine française. La division cuirassée du Nord à Cronstadt. Le Marengo, Le Furieux (Gaston Tissanimer).................................................168
- Cronstadt et Portsmouth (Lt colonel IIennebert). . . . 195
- Les progrès des machines marines.........................214
- La Seine. Nouveau service rapide de Paris à Londres par
- Dieppe et Newhaven (Yves Güédon)......................215
- Navire cuirassé allemand (1). B.)........................219
- La navigation de la Seine antérieurement à l’état actuel
- (X..., ingénieur).....................................229
- Les deux phares du cap Fréhel (II. Fourtier). .... 267
- L’artillerie de la marine française (L. Renard)......... 278
- Un nouveau mode de propulsion des navires à hélice. . 293
- Les ambulances en carton aux grandes manœuvres (J.
- Comportée)............................................505
- Le nouveau yacht de M. le prince de Monaco (G. Viraux). 543 La laque comme enduit des carènes de navires... 62
- Un nouveau navire cuirassé anglais.......................190
- Les remparts de neige aux grandes mai.œutrcs
- russes................................................238
- Les trirèmes antiques....................................239
- Fusil de guerre italien..................................503
- Aéronautique.
- L’étude des courants aériens par les ballons libres (Gas-
- ton Tissandier)....................................259
- Les ballons lumineux du 14 juillet..................142
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Une grande chasse en Allemagne au dix-huitième sièclej (P. Mégnin)..................................
- 24
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 427
- Emile Templier......................................... 50
- Rodolphe lvœppelin............................ . . 78
- Louis Clémandot (G. T.)................................142
- Paul Lecœuvre..........................................286
- Édouard Lucas (G. T.)..................................502
- Félix llément (G. T.)..................................502
- Les courses de taureaux dans l’antiquité (Daniel Bellet). 555
- Le l)r Henri Roger.....................................598
- Le centenaire de la naissance de Faraday............... 02
- Weber................................................. 127
- Boileau................................................288
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- L’Exposition d’électricité de Francfort-sur-le-Mein (.1.
- Liffargue)....................................... 3
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de F) (Stanislas Meunier). 15, 51, 47, 63, 79, 95, 111,
- 126, 143, 158, 175, 191, 207, 223, 239, 255, 272,
- 287, 303, 318, 334, 351, 367, 583, 599, 414
- L’Exposition française de Moscou (Max de Nansoutï). . . 55
- Les nouvelles galeries du Conservatoire des arts et métiers à Paris (G. Mareschal).......................... 39
- Association française pour l’avancement des sciences. Congrès de Marseille, 17-24 septembre 1891 (Jacques
- Léotard)...............................................287
- Association française pour /'avancement des sciences
- [L’). Congrès de Marseille.............................254
- Le dernier Congrès de géologie...........................367
- La Société d'histoire naturelle d’Aidun..................599
- Science pratique et récréative.
- Récréations scientifiques. Porte-cigarettes magique. La
- photographie sur fond noir...................112, 240
- Physique amusante. L’écriture dévoilée. Une pièce de monnaie escamotée. La femme escamotée (Dr Z.). 127, 176
- Physique amusante. La prestidigitation dévoilée. — Les ardoises spirites. Le chapeau percé. Le ruban de papier. Voyage invisible d’un verre de vin. La main magique. Cartes mécanisées (Magus), 304, 319, 552, 584, 415 Électricité pratique. Un nouvel interrupteur à mercure.
- Une serrure électrique (X..., ingénieur)...........143
- Jet d’eau atmosphérique (Yves Guédon).................160
- Physique sans appareils. Expériences sur la force centrifuge. Expérience sur l’élasticité. La dilatation des corps mauvais conducteurs de la chaleur.. 224, 272, 288 Science pratique. Courroie de sûreté. Revolver pour cannes et guidons de vélocipèdes. Serrure de sûreté de M. Isaachsen. Ferme-porte automatique, 48, 80, 256, 536
- i
- Fontaine lumineuse de table et de salon (X..., ingénieur). 508 La science au théâtre. Sourdine Sax....................411
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Les incendies de pétrole (Gaston Tissandier)......... 23
- La production des cidres en France (V. Brandicourt). . 55
- L’arithmétique hindoue............................... 42
- Les jeux à l’école. A l’école primaire. Jeux sans accessoires.
- Jeux avec instruments ou accessoires (Félix Dément) .
- 45, 546
- Vélocipédic. Course de Paris à Brest (Arthur Good). 59,
- 211, 257
- La consommation du gaz à Paris (E. Il )............. 67
- La Compagnie des Pullmann-Cars et l'ullmann-Citv
- (D.B.)............................................. 83
- Les collectionneurs de timbres-poste. Ce que l’on voit sur
- les timbres (Géo P. Grignard)....................... 85
- L’industrie des vieux chiffons. Le triage (Paul Gaiiéry). 99
- L’arrosement des villes (X..., ingénieur).............115
- Les automates (Le prestidigitateur Alder). . 129, 217, 357
- Les progrès de l’hippophagie..........................198
- Statistique des accidents de chemins de fer (Daniel Bellet)................................................. 206
- L’œuvre d’Amédée Guillemin (Gaston Tissandier). . . . 226
- Le bâton de chef d’orchestre (A. G.)................235
- Les éphémérides.......................................246
- Les courses et les chevaux de course (P. Mégnin). . 289, 527
- Le système métrique et l’Angleterre...................563
- Les mathématiques au seizième siècle (V. Bavd3k;ol'dt). 578
- La perte de poids des monnaies........................402
- L’une des causes des crues subites (Leconte)........408
- Le lait à New-York.................................... 15
- Le bourdon de la basilique de Montmartre............... 50
- Le travail d’une semaine à Birmingham.................. 31
- Catastrophe de Mœnchenstein en Suisse................. 46
- Comment on se nourrit au Sahara....................... 47
- Le port des lettres au Japon.......................... 63
- Les monuments mégalithiques........................... 78
- Une invasion de puces................................. 79
- L’importance de la gutta-percha....................... 79
- Englouti dans le Vésuve................................ 95
- L’esclavage au Maroc.................................. 95
- Les sardines américaines..............................158
- Orchestre à canon.....................................190
- La production de l’or dans le monde...................222
- Décadence du thé chinois...............................271
- La chaussure à talons élastiques.......................271
- Commerce du bétail....................................503
- La poste en France.....................................518
- Écriture musicale.....................................319
- Nouveau legs........................................ 319
- Un chemin de fer avec repos dominical..................567
- Le laboratoire Arago..................................368
- La consommation d’huile de foie de morue...............414
- FIN DES TABLES.
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- ERRATA
- P. 89, à la légende de la fig.2. Au heu de: Les pierres deStermis II faut : Les pierres de Stennis. Page 103, col. 2, ligne 20. Au lieu de : 2 kilomètres.
- Il faut : 12 kilomètres, ligne 32. Il faut ajouter : et qui est actuellement livre en partie au service, ligne 33. Au lieu de: 500 mètres.
- Il faut : 5000 mètres.
- Page 202, col. 2, ligne 10. Au lieu de : À Fionnay, au pied
- du Mont Pleureur, sur les bords
- de la tumultueuse Dranse (altitude 1690 mètres).
- H faut : à Bourg-Saint-Pierre sur la route du Saint-Bernard.
- Page 255, col. 2, ligne 37. Au lieu de: M. Dernaineau.
- Il faut : M. de Mcynot.
- Page 318, col. 1, ligne 51. Au lieu de : 20 volts aux bornes.
- Il faut 40 volts aux bornes.
- Page 382, col. 2, ligne 24. Au lieu de: 50 centimètres de côté.
- Il faut : 50 centimètres carrés.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- AUX LECTEURS
- Il y a douze ans, en avril 1879, nous avons eu l’idée de publier sur la couverture de La Nature, le résumé des documents que nous envoyaient nos lecteurs, et de répondre succinctement aux questions qu’ils nous adressaient. Cet échange de renseignements insérés sous le titre de Boîtes aux lettres, a pris d’année en année une extension toujours croissante. Il y a là une grosse besogne pour la Rédaction, mais cette besogne est utile à nos fidèles lecteurs; aussi, bien loin de penser à la réduire, nous l’accroissons aujourd’hui, dans l’espérance que nos efforts tendront à améliorer La Nature.
- Les informations qui n’avaient pas leur place dans la livraison, se trouveront chaque semaine en tête de nos Nouvelles scientifiques, qui comprendront quatre pages de texte sur papier blanc, et qui formeront comme un petit journal dans un journal.
- La Boîte aux lettres continuera à être publiée comme par le passé, ainsi que nos Bulletins météorologiques et astronomiques. Mais nous ajouterons à nos Recettes utiles, à nos formules <1'Hygiène et de santé, aux Notices bibliographiques, la description de Petites inventions essentiellement pratiques, que nous choisirons de notre mieux, et que nous accompagnerons de figures et de dessins.
- Nous n’oublierons pas non plus dans notre Supplément la partie récréative et attrayante de la science : ce sera l’objet de la Physique amusante. Nous espérons que nos lecteurs voudront bien nous aider dans la nouvelle tâche que nous avons entreprise, et qu’ils nous enverront de tous les points de la France et de l’Étranger, où ils nous lisent, les nouvelles et les faits qu’ils auront eu l’occasion d’apprendre ou de recueillir.
- Nous continuerons à leur offrir, pour leur être utile, toute notre bonne volonté en échange. G. T.
- LA SEMAINE*
- Les amateurs de photographie. — La Société d'excursions des amateurs de photographie a exécuté, les 27 et 28 mai, une grande excursion particulièrement intéressante. M. E. Mors, membre de la Société, a mis son beau bateau à vapeur, l’Ondine, à la disposition de ses collègues, qui au nombre de trente ont répondu à son aimable invitation. Le départ a eu lieu de Paris le mercredi 27 à 8 heures du matin. On s’est embarqué à Mantes et les excursionnistes ont descendu la Seine, admirant et photographiant ses rivages verdoyants. Les voyageurs, dont quelques-uns étaient munis de trois appareils distincts, à pied ou à main, avaient, à eux tous, plus de 1100 plaques à impressionner. La première journée a été consacrée à visiterVetheuil, La Roche-Guyon, Vernon : on a passé la nuit dans cette dernière localité. Le lendemain, YOndine reprenait sa navigation. Les touristes ont fait un séjour de plusieurs heures aux Andelys, et à la fin de la journée ils arrivaient à Saint-Pierre, pour rentrer le soir à Paris par train express. Il n’est pas jusqu’à la gare du chemin de fer, où des photographies de la salle d’attente n’aient été
- faites à la poudre-éclair. Le nombre des plaques impressionnées pendant les deux jours d’excursion a dépassé 780.—La Société des amateurs de photographie offre à la suite de chaque excur sion une médaille d’honneur à l’auteur de la plus belle épreuve. L’expédition que nous venons de résumer avait été organisée par M. Molteni et par le secrétaire de la Société, M. G. Rolland. M. Mors avait installé à bord de YOndine un cabinet noir pour le changement des plaques G
- INFORMATIONS
- —$é— Le deuxième Congrès pour l’étude de la tuberculose aura lieu à Paris, du 27 juillet au 2 août 1891, sous la présidence de M. Villemin. Voici les questions mises à l’ordre du jour :
- 1° De l’identité de la tuberculose de l’homme et de la tuberculose des bovidés, des gallinacés et autres animaux ;
- 2° Des associations bactériennes et morbides de la tuberculose ;
- 3° De l’hospitalisation des tuberculeux ;
- 4° Prophylaxie de la tuberculose humaine et animale ;
- 5° Des agents capables de détruire le bacille dé Koch, non nuisibles pour l’organisme, au point de vue de la prophylaxie et de la thérapeutique de la tuberculose humaine et animale.
- —— Le musée de Berlin a récemment fait l’acquisition dé deux fort belles sculptures en bois de l’Egypte ancienne. La plus importante représente le jardinier du roi, et est datée de l’an 2000 avant l’ère chrétienne ; l’autre est celle de la femme d'un grand prêtre ayant vécu vers l’an 1200 avant Jésus-Christ.
- —— Notre collaborateur et ami, M. le Dr F. Garrigou, l’hydrologue bien connu, à qui l’on doit de remarquables travaux sur les eaux de la chaîne pyrénéenne, vient d’être nommé professeur d’hydrologie médicale à la nouvelle Faculté de médecine de Toulouse.
- —^— II. le Dr Fol est chargé d’une mission scientifique à l’effet d’étudier les éponges du bassin de la Méditerranée.
- —On nous écrit d’Oran : « Les nouvelles de l’invasion des criquets ou acridiens sont toujours alarmantes. Sur différents points, notamment à Saint-Louis, à Perregaux, à Lourmel, les efforts pour combattre les acridiens demeurent infructueux. La commune de Sidi-Chami est infestée ; le maire a demandé des troupes pour combattre le fléau : elles ont été accordées. »
- —££— La Tour Eiffel est saisie!... Il s’agit de la Tour Eiffel en diamants, haute d’un mètre, qui fut exposée rue de Sèze en 1889 et exhibée à Londres l’année suivante, après que le Shah de Perse eut été sur le point de Tacheter comme souvenir de voyage. Celle-ci n’a pas eu, paraît-il, le même succès que sa gigantesque sœur de fer, et son constructeur a été déclaré en faillite. Cette riche curiosité va être vendue aux enchères.
- —%— On prépare à Rotterdam une exposition internationale du jouet, où Ton réunira tout ce qui, dans le passé ou le présent, a servi et sert à amuser les enfants; on évoquera enfin, d’une façon visible, toute l’histoire du joujou.
- 1 Pour ce qui concerne la Société des amateurs de photographie, on peut s'adresser au secrétaire, M. G. Rolland, 2, rue de Sfax, à Paris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le spécimen de photographies timhres-poste a été fait par MM. Francis et C°, (29,Ludgate Hill, London, EC,) auxquels on peut s’adresser.
- Communications. — Un multicyclisle, à Paris, nous écrit qu’il met en doute, avec plusieurs cyclistes compétents, la performance annoncée dans notre dernière livraison sous le titre Pi •ouesses vèlocipédiques et consistant à courir en six heures la distance de Paris à Rouen. C’est à M. Louis Masi, qui a accompli ce tour de force, à faire ses preuves. Nous nous sommes borné à enregistrer ses affirmations.
- M. Maurice Bucquet, président du Photo-Club, nous fait observer que dans une de nos précédentes Boîtes aux lettres nous avons désigné son nom, par erreur, comme directeur du Photo-Journal. C’est M. A. Buguet qu’il faut lire.
- Un abonné, à Dijon, nous signale le cas extraordinaire de fécondité d’une vache qui a mis bas six veaux, dont quatre sont vivants.
- M. Vabbé G. Chambeaudière, à Paris, à propos de l’expérience d’un chapeau plein de ouate dans un verre d’alcool, signalée dans le n° 939, nous indique qu’une expérience analogue peut être faite avec de l’huile d’olives.
- Renseignements. — M. L. Sandoz, àLausanne. — Pour les bateaux de plaisance, à vapeur, adressez-vous à M. Mors, 8, avenue de l’Opéra. Vous trouverez la description de bateaux de ce genre dans le volume du deuxième semestre de La Nature 1890; les adresses des constructeurs sont données en tête des Boîtes aux lettres correspondantes.
- M. M. Fouletier, à Saint-Chamond. — Le vingtième siècle commencera le 1er janvier 1901. Cela est incontestable.
- M. A. Joostens, à Paris. — Le tournevis américain décrit dans le n° 735, du 2 juillet 1887, est en vente chez M. Ch. Paschoud, 1, rue du Stand, à Genève.
- M. A. C., à Paris. — 1° Pâte de phosphore amorphe. — 2° Ne se trouve pas dans le commerce.
- M. Chavanat, à Clermont-Ferrand. — Nous ne savons si on fabrique des récipients de ce genre en aluminium ; on pourrait y laisser séjourner du vin.
- M. F. Branco, à Lisbonne. — L’adresse à laquelle on peut se procurer le spirographe est donnée en tête de la 629e Boîte aux lettres (n° 937, du 16 mai 1891).
- Bibliothèque des officiers, à Rochefort. — Baromètres à mercure à la maison Alvergniat, 22, rue de la Sorbonne, Paris.
- M. J. Escoffier, à Lyon. — Pour ce qui concerne la potée d’étain, vous pouvez vous adresser à tous les marchands de produits chimiques : M. P. Rousseau, 17, rue Soufflot; M. Bil-lault, rue de la Sorbonne, à Paris.
- M. P. Leturque, à Orléans. — Aluminium en tubes : M. E. Gascon, dépositaire de la Société électro-métallurgique française de Froges, 30, rue Réaumur, à Paris.
- M. Amiel, à Paulhan. — La machine à écrire permet d’obtenir plusieurs épreuves à la fois, à l’aide d’un papier à copier spécial interposé entre des feuilles de papier blanc. Le même procédé peut aussi donner plusieurs exemplaires avec l’écriture tracée à la main.
- M. P. Vandenviele, à Troyes. — Il faut vous adresser aux divers constructeurs d’appareils téléphoniques.
- M. A. G., h Calais. — La résistance dépend des dimensions des électrodes, et de la nature du liquide interposé. Voyez le Formulaire pratique de Vélectricien. (G. Masson, éditeur.)
- M. E. Lafosse, à Bergerac. — Le carnet à visites imprimeur se trouvait autrefois au comptoir commercial et industriel, 35, rue des Eperonniers, à Bruxelles ; nous ne savons s’il est toujours en vente, et s’il se fabrique encore.
- M. C. P., à Paris. — La densité d’une solution d'acide sulfurique marquant 60° degrés Baumé est égale à 1,711.
- M. .4. Avice, à Rouen. — Nous croyons qu’il doit exister
- des écoles de ce genre dans le .nord de la France; adressez-vous à la Société industrielle du nord de la France, à Lille.
- M. J. P., a Paris. — Vases poreux pour piles : M. Thierré, 47, rue Vieille-du-Temple.
- M. F. Lacaze, à Bordeaux. — Pour rendre la souplesse à un vêtement en caoutchouc, il faut le soumettre à l’action des vapeurs ammoniacales.
- Un abonné, à Bucharest. — Nous avons consacré un article aux fontaines lumineuses dans le n° 834, du 25 mai 1889, p. 406.
- M. P. Darcy, à Sèvres. — On produit des éclaira au théâtre en insufflant de la poudre de lycopode dans une flamme.
- M. Manier, à Paris. — L’adresse est donnée en tête de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la description.
- M. H. Reeb, à Neuilly. — Vous pouvez employer, pour tuer les cafards, une pâte phosphorée préparée avec du sucre en poudre, de la farine et du phosphore.
- M. B. F., k Douai. — Adressez-vous à la maison Richard frères, 8, impasse Fessart, à Paris.
- M. 0. B., à Cugand. — Il faut vous adresser à un marchand de bicycles.
- M. F. Dupin, à Bourges. — Pas d’ouvrage de ce genre.
- M. M. /., à D. — 1° Annuaire du Bureau des longitudes, à la librairie Gauthier-Villars, à Paris. — 2° L’Astronomie, Revue mensuelle d’astronomie populaire : M. C. Flammarion, 40, avenue de l’Observatoire, à Paris.
- M. R. D., à Paris. — Il a été question de la production des nuages artificiels pour prévenir les effets de la gelée dans lé n° 821, du 23 février 1889, p. 205.
- M. E. M., a Jolibert. — R suffit d’ajouter une solution d’un sel de soude dans une dissolution de bichlorure de platine pour avoir le chloroplatinate.
- Réponses. — N° 1311. — Mise en bouteilles du vin. — « L’Almanach du parfait vigneron » conseille de faire la mise en bouteilles du vin pendant les mois * dé janvier, mars et juin. « Si, dit-il, le vigneron a des vins à mettre en bouteilles, il doit donner la préférence au mois de janvier. La chaleur de l’atmosphère étant l’une des causes qui déterminent la fermentation, il est évident que si la mise en bouteilles a lieu par un temps clair, sec et froid, accompagné d’un vent du nord, le vin sera plus limpide et moins sujet à déposer en bouteilles que celui que l’on tire par un temps humide et un vent du midi. Mars et septembre sont les deux mois par excellence pour la mise en bouteilles du vin, car, en mars, le vin n’a encore éprouvé aucun mouvement fermentescible, et en septembre les vins ne réclament ni autant de soin ni autant de surveillance que pendant les mois chauds. (Communiqué par M. J. D., a Paris.)
- N° 1310. — M. Félix Tourrel, ingénieur, directeur de l’usine à gaz de Ville-Evrard (Seine), est inventeur d’un appareil automatique pour contrôler l’entrée et la sortie des ouvriers dans une usine. (Communiqué par M. J. Couderchon.)
- N° 1312. — M. Damin, à Mériel (Seine-et-Oise), a inventé un système d’entraves qui permet d’élever dans la basse-cour des faisans, perdrix, etc. (Communiqué par M. Paul Dive, à Ustaritz).
- Accusés de réception. — Avis divers : M. J. Beher, à X. Remerciements pour votre communication. — M. E. G., au Soudan; M. K. Peuvrier, à Thiais; M. E Demenye, à Montluçon; M. B. IL, à Paris. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — M. Tour-toutou, à Saint-Cernin. Le nom de l’éditeur est indiqué dans la Notice : Veuve Dunod, à Paris. — M. L. P. D., à Paris; M. Four-man-Piot, à Dormans; M. H. B., h Paris; M. A. M., à Bordeaux: M. X., à Rome. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. L. Benet, à Béziers. La formule que vous demandez est donnée dans La Science pratique. (Même éditeur.) — M. L. P., à Chalo; M. C. M., à Chauxdefonds. Nous ne connaissons pas de procédé de ce genre. — M. Melkior, à Cayenne; M. F. Alcaide, à Aleca. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. X., à Dole. Pas de machine semblable à celle que vous demandez. — M. E. V., à Chalon. L’adresse nous est inconnue. — L’abonné 2141, à Paris. La composition de ce vernis n’est pas publiée. — M. A. Mathieu, à Reims. Il nous est impossible de juger un appareil de ce genre sans avoir des résultats d’expériences. — M. le lieutenant Kin Zué, à Paris Ces procédés sont tenus secrets ; nous ne pouvons vous les faire connaître. — M. Des-marest, à Montreuil-sur-Mer. Il n’existe pas de moyen pratique bien connu. — M. F. de Flores, à Moquer. Pour vous répondre, il faudrait examiner sur place votre fabrication. — Mme Marie B., à Paris. Renseignement purement commercial que nous ignorons. — M. le Dr A. Angelby, à la Ferté-Gaucher. Le petit livre Recettes et procédés utiles, indiqué plus haut, vous renseignera.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les' questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS1
- Classeur de bureau. — Cet appareil est d’un emploi très commode pour le bureau. Il se compose d’une planchette à cannelures latérales, dans lesquelles on peut fixer à des places
- vient de faire, on introduit une petite quantité de magnésium dans le tube central O par l’entonnoir, on allume les mèches, et il ne reste plus qu’à souffler le magnésium dans la flamme, à l’aide d’une poire ou de la bouche, par le tube de caoutchouc adapté en D. Pour introduire une quantité connue de magnésium dans le tube central, un moyen simple consiste à se servir d’un petit tube de verre fermé à un bout et que l’on remplit, par exemple, de 1 gramme de magnésium. On trace un trait, et on divise en deux ou en quatre parties égales, ce qui donne à peu près les demies ou les quarts de gramme de métal à employer. A l’aide de cette lampe, si simple à fabriquer, on obtient d’excellents clichés; la lumière est brillante, et le magnésium étant lancé au centre de la flamme, est brûlé en entier.
- J. Maldinev,
- Préparateur de physique à la Faculté des sciences de Besançon.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- différentes des pièces métalliques nickelées formant supports verticaux. La figure 1 représente la planchette avec trois supports, mais on peut en placer un plus grand nombre comme
- Fig. 2.
- le montre la figure 2. Des livres, cartons, papiers, sont rangés dans ce classeur, au lieu d’encombrer en désordre le bureau du travailleur. Ce petit objet se trouve chez M. Néal, libraire, 248, rue de Rivoli, à Paris.
- Lampe an magnésium pour la photographie. —
- La lampe au magnésium que j’ai confectionnée pour mon usage est d’une construction facile pour tous les amateurs. Voici sa description : un récipient, soit en verre, soit en métal A (fiole à large goulot, pot à pommade, boîte en fer ou cuivre) est fermé par un bouchon en liège B. On perce ce bouchon d’abord au centre 0; par cette ouverture passe un tube, soit en verre, soit un petit tube de plomb que Ton évase en entonnoir, et que l’on recourbe en Ü, comme l’indique la figure, de manière à le faire ressortir sur le pourtour supérieur du bouchon en C. Ce
- |M /O ;( N C
- tube est destiné au magnésium, et on y adapte en D un tube de caoutchouc. Autour de l’ouverture centrale 0, on perce une série de petits trous, cinq ou six, concentriques et dans lesquels on introduit des petits tubes de verre ; dans ces tubes on passe des mèches de coton ou d’amiante. Cela fait, on met de l’alcool à brûler dans la fiole A, on ferme avec le bouchon que l’on
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Les petites valseuses. — Découpez une rondelle en carton c (fig. I) et placez à l’envers six moreeaux de bouchons fixés chacun par une épingle dont la pointe sort un peu de l’autre côté. Prenez trois aiguilles aimantées (fig. 3) et faites-en trois autres semblables mais en cuivre, fixez sur chacune de ces six aiguilles une danseuse en papier très léger (fig. 3 bis) et placez les aiguilles sur les six épingles. Par un procédé quelconque, imprimez au disque un mouvement de rotation* Il sé produira l’effet suivant : les trois danseuses 1, 3, 5 des aiguilles aimantées conserveront la direction du Nord, tourneront sur
- elles-mêmes par suite du mouvement du carton, tandis que celles en cuivre 2, 4, 6, resteront dans la direction des rayons. Le contraste est très amusant et récompense l’opérateur du petit travail de précision qu’il doit faire pour confectionner cëtte récréation. F. Bergmann, à Lyon.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Lotions contre l'alopécie. — Nous recommandons la formule suivante contre l’alopécie (chute des cheveux.)
- 80 grammes aa 5 grammes
- aa 5 gouttes
- 50 centigrammes.
- Faire, avec ce mélange, une friction légère sur le cuir chevelu, une fois par jour, pour combattre l’alopécie qui survient pendant la convalescence des maladies graves. Pour prévenir la dessiccation des cheveux, mettre de temps à autre un peu de pommade ou d’huile parfumée. Dr X...
- Alcool à 80°..............
- Alcool camphré...........
- Rhum.....................
- Teinture de cantharides. .
- Glycérine................
- Essence de santal. . . .
- — de Wintergreen. .
- — de roses. .... Chlorhydrate de pilocarpine
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Moulage au plâtre. — Le moulage des petits objets, tels que plantes, feuilles, etc., peut se faire de la façon suivante. — On humecte d’huile l’objet, pour empêcher le plâtre d’adhérer et ensuite on passe dessus une couche légère déplâtré très liquide. On laisse prendre, puis on verse, sur la première couche, une
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- dans la proportion de moitié essence et moitié goudron, donne une peinture d’un beau noir brillant, très fluide même à froid et séchant en quelques heures. Le mélange avec l’essence minérale sèche un peu moins vite, mais très vite avec l’essence de térébenthine. Le prix de revient fait préférer la première essence. Cette peinture doit être étendue avec une brosse assez dure et par couches aussi minces que possible. Sur le bois elle pénètre assez profondément et le préserve de toute décomposition; sur les métaux, où elle adhère parfaitement, elle empêche toute oxydation. Le goudron provenant des usines à gaz étant de qualité très variable, le meilleur à employer est encore celui que l’on trouve le plus communément dans le commerce.
- D’après les observations de M. Renou (Parc-Saint-Maur, altitude 49”,30)
- seconde couche de plâtre plus forte et on démoule aussitôt que le1 durcissement est arrivé au degré voulu.
- Dènickelage.— Pour enlever le dépôt de nickel lorsque la couche n’est pas bien adhérente ou qu’il est nécessaire de refaire ce dépôt, voici une formule qui nous a été donnée par M. Pierre Oronier, et qui réussit parfaitement, : Plonger les pièces dans pne liqueur oxydante composée de;,b'ichromate de potasse, acide sulfurique et eau, dans les proportions- employées ordinairement pour les piles ; les sortir plus ou-inpkis vivement, suivant l’épaisseur du dépôt, laver, puis repolir si besoin est.
- ‘Peinture au goudron. — Le mélange du goudron de houille avec l’essence de térébenthine ou avec l’essence minérale,
- OBSERVATIONS a 7 heures du matin THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 25 mai 8",4 S. S. W. 2 Couvert. 5,3 Très nuageuxjusq. 1811.; quelq. nuages ensuite; tonn. entre 13 h. 1/4 et 16 h. 20, plusieurs averses.
- Mardi 26 7",8 S. S. W. 3 Peu nuageux. 4,0 Quelq. nuages jusq. 6 h. ; nuageux ensuite; quelq. fois des gouttes.
- Mercredi 27 7°,9 S. 3 , Couvert. 0,1 Presq. couv. jusq. 16 h., nuageux ensuite; éclairs au N. à 21 h. quelques averses.
- Jeudi 28 8°,1 S. 3 Peu nuageux. 3,0 Très nuageux; plusieurs fois de la pluie de 14 à 18 h.
- Vendredi 29 ll“,l S. S. E. 2 Couvert. 7,3 Couv. ; tonnerre à 14 h. et à 19 h. 1/2; averses l’ap.-midi.
- Samedi 30 12°,5 S. S. W. 2 Nuageux. 9,8 Très nuageux jusq. 15 h., peu nuageux ensuite; pluie fine avant le jour.
- Dimanche 31 li',1 N. E. 1 Beau. 0,0 Peu nuag. de 12 à 16 h. et à 24 h. ; beau le reste du temps.
- MAI 1891. - SEMAINE DU LUNDI 25 AU DIMANCHE 31 MAI 18S1
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent' courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tuée par la foudre. — On nous écrit de Nevers, à la date du 29 mai, qu’un violent orage s’est abattu sur cette ville entre 3 et 4 heures de l’après-midi. A 1 kilomètre de Nevers, une petite fille de treize ans, nommée Marillier, a été tuée par la foudre.
- Tremblement de terre sous-murin. — Un tremblement de terre sous marin a eu lieu le 13 mars, à 8 heures du soir, dans la région de l’océan Atlantique située entre les Antilles du vent et l'ile Saint-Paul. Une observation du phénomène a pu être faite par le capitaine Peters, commandant le trois-mâts suédois l’Eléonora. A ce moment, le navire se trouvant par 3° 47’ de latitude nord et 44° 23’ de longitude ouest, par une mer calme et une légère brise d’est, le navire courant au nord-ouest, on entendit pat le travers, à bâbord, un bruit semblable à celui d’une lame
- qui déferle, et aussitôt la mer commença à bouillonner, l’eau s’élevant dans ses mouvements jusqu’à la dunette. Aucun choc distinct ne fut perçu, mais, pendant toute la durée du phénomène, et quelque temps apres sa lin, le navire ne cessa de trembler. Le bouillonnement dura une heure, s’interrompit pendant à peu près le même temps, pour recommencer avec la même intensité. On n’entendit d’autre bruit que celui produit par le bouillonnement de la mer, qui était couverte d’écume. En raison de l’obscurité, on ne put reconnaître si l’eau était devenue trouble.
- Tremblement de terre en Arménie. — Le 3 avril, un tremblement de terre a détruit Adil-Djevas près de Van, en Arménie : cent quarante-six maisons ont été renversées, et deux cent quarante bâtiments ont plus ou moins souffert; les victimes seraient très nombreuses, plusieurs centaines, dit-on.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 30, à 7 h. 4 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris,
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- IA SEMAINE
- INFORMATIONS
- Collections recueillies par M. Bonvalot et le prince Henri d'Orléans. — Nous avons visité cette semaine au Muséum d’histoire naturelle, l’Exposition des collections recueillies dans leur exploration en Asie centrale et au Thibet par M. Bonvalot et le prince Henri d’Orléans. Depuis longtemps, les galeries du Muséum ne s’étaient enrichies de si précieux échantillons : il y a là une quantité considérable d’animaux empaillés faisant honneur aux explorateurs qui les ont rapportés de leur long et rude voyage. Nous citerons notamment un Yack sauvage (Poephagus grunniens) de toute beauté, des sortes d’Hémiones du Lob-Nor (Èquus Kiang) des plus remarquables. Des llémiones semblables avaient été vus jadis par Marco Polo, mais le Muséum n’en avait aucun spécimen. Nous mentionnerons aussi une Antilope à cornes longues et aiguës, à peine divergentes et au mufle très épais. (Panlelops Hodçjsoni).
- Les animaux rapportés p?r MM. Bonvalot et le prince d’Orléans se diyisent en deux groupes distincts, animaux de Lob-Nor et animaux du Thibet, qui diffèrent notablement entre eux.
- A côté des mammifères montés que nous venons de citer, on remarque de magnifiques peaux de Panthères fort rares, de Lynx du Thibet, très curieux en ce sens qu’ils sont les mêmes que ceux du Nord. La collection d’oiseaux est très digne d’attirer l’attention du visiteur; on voit là de superbes Gypaètes, une Grue de grande dimension (Gnis Przevalskii) qui ne figurait pas encore dans les collections du Muséum, une espèce nouvelle de Gros Bec (Carpodacus Henrici), des passereaux nouveaux (Babax Bonvaloti), (Pomalorhinus Armandi), et quelques autres beaux spécimens du monde ornithologique de ces contrées lointaines.
- Nous publierons prochainement, dans La Nature, une Notice que veut bien écrire pour nos lecteurs notre savant collaborateur M. E. Oustalet; il nous aura donc suffi de mentionner ici les pièces les plus saillantes de la collection.
- Les échantillons relatifs à l’anthropologie ne sont pas moins intéressants que ceux qui se rattachent à la zoologie. On voit dans la collection des explorateurs français, des costumes complets de lama, des spécimens de monuments religieux du Thibet, des tètes moulées de Thibétains, des armes, des ornements de costumes, des parures et des bijoux, de nombreuses photographies représentant les types et les habitations des régions parcourues. Si l’on joint à toutes ces curiosités une série ae roches et de minéraux, une abondante collection de plantes, réunies en volumineux herbiers, on se fera une juste idée de l’importance que présente, au point de vue des sciences naturelles, une des belles explorations modernes.
- Nous conseillons à ceux de nos lecteurs qui habitent Paris, de visiter l’instructive collection de MM. Bonvalot et Henri d’Orléans, au premier étage de la galerie de zoologie du Jardin des Plantes. I' collection est visible tous les jours de 4 heure à 4 heures, avec des cartes délivrées à l’administration du Muséum, jusqu’au 50 juin. G. T.
- —L’éclipse de soleil qui a eu lieu samedi dernier, 6 juin, a commencé pour Paris à 5 h. 19 m. Elle n’a pu être observée, le ciel étant resté couvert.
- —Le dernier recensement de la population de Londres a donné le chiffre considérable de 4221452 habitants, contre 3815544 en 1881.
- —^— La Société de géographie vient de prendre l’heureuse initiative d’une souscription pour la restauration du tombeau de Dumont-d’Urville au cimetière Montparnasse. Cette sépulture a subi des détériorations dont il est urgent d’arrêter la marche.
- —%— D’après la Chemiker Zeilung, il existerait, en Allemagne, dans le voisinage de Duderstadt, des gisements salins, analogues à ceux de Stassfurt. Depuis un certain temps, la région voisine est explorée sous prétexte de recherches de mines de houille. Des sondages très profonds doivent être très prochainement entrepris entre Duderstadt et Langenhagen, village situé à 6 kilomètres nord-ouest de cette ville.
- —On écrit de Suisse que le passage de la Gemmi a été franchi pour la première fois cette année, la semaine dernière, par un Anglais domicilié à Lausanne, M. Thomas Lawton Kilham. La contrée étant fort exposée en ce moment aux avalanches, l’excursionniste a dû être accompagné par deux guides. -
- —On parle souvent de la diminution du gibier en France. Il en reste encore dans des localités privilégiées; depuis quelques années M. Ephrussi est arrivé à prendre, dans la seule forêt de Fontainebleau, 445 cerfs.
- —¥£— Jusqu’où peut conduire la passion des timbres-poste! On lit dans le Moniteur, de file Maurice : « Un collectionneur de timbres-poste, possesseur d’une collection de 12 544 timbres, voudrait épouser une dame, ardente collectionneuse egalement, et qui posséderait le timbre bleu d’un penny de Maurice de 1847. »
- PETITES INVENTIONS
- Le dessinateur. — Quand on n’est pas artiste ou quand on débute, on éprouve de la difficulté, en reproduisant un paysage d’après nature, pour conserver les proportions des objets entre eux. Voici un moyen facile de se tirer d’embarras.
- Prenez un cadre en carton auquel vous fixez quatre fils dans la longueur et huit dans la largeur, comme vous l’indique la figure ci-contre.
- Tracez légèrement au crayon le même nombre de divisions sur votre album. Regardez votre paysage à tra-
- versvotre carton (placé devant vous) en prenant un point de repère, le premier croisement c, par exemple, au sommet d’un arbre ; les divisions de votre paysage correspondant à celles de votre album vous permettront de faire une esquisse, avec toutes proportions gardées, sans aucune difficulté. F. Bergmann.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. le vicomte de Dampierre, à Bueil (Eure), nous écrit que le 1er juin, vers 4 heures et demie de l’après-midi, il est survenu dans cette localité une chute de grêlons dont quelques-uns atteignaient la grosseur d’un œuf de pigeon, d’autres étaient gros comme des noix. En quelques minutes, la température est tombée de 23° à 13° C.; les jardins ont été dévastés.
- Un abonné, à Poitiers, nous signale l'averse de grêle tombée dans cette ville et aux environs le 29 mai, à 1 h. 35 m. de l’après-midi. En cinq minutes, elle a donné 4m”,2 au pluviomètre. Les grêlons, hérissés d’aiguilles de glace, avaient jusqu’à 25 millimètres de diamètre.
- M. Edmond Marchai nous informe que l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique l’a élu secrétaire perpétuel en remplacement de M. J.-B.-J. Liagre, décédé.
- Renseignements. — M. Fontaine, à Tours. •— Vous nous avez demandé dernièrement où l’on pouvait se procurer le grammophone de M. E. Berliner. Cet appareil se trouve chez M. H. Hennig, 84, Charlottenstrasse, Berlin.S.W.
- M. À. Peschard, à Argentan. —• Nous avons publié sur les nuages artificiels des articles qui vous renseigneront; voyez le n° 23, du 8 novembre 1873; le n° 49, du 9 mai 1874, et le n° 821, du 23 février 1889.
- M. Manzoni, à Maroggia. — Comme nous l’avons déjà dit à plusieurs reprises, le phonographe Edison ne se trouve pas en Europe. Il faut s’adresser à la Compagnie Edison, à New-York.
- M. L. Bertrand-Belval, à Nîmes. — Les vieilles armes se nettoient très bien en les frottant avec de la vaseline.
- M. G. Falletti, à Lierna. — Il n’est possible de régler ce baromètre que par comparaison avec un baromètre étalon, un baromètre à mercure, par exemple.
- M. M. H., à Poitiers. — Les montres en nickel se trouvent dans tous les grands magasins, notamment au Bazar de l’Hôtel-de-Ville, à Paris.
- M. C. Bleunard, à Bruxelles. — Il n’y a pas d’autre édition que celle de M. Gauthier-Villars.
- Un employé, à X. — 1° Non. — 2° Un catalogue a été publié par le Ministère des travaux publics.
- M. J. de C., à Nice. — Vous trouverez dans La Nature un article sur l’utilisation des fruits et des graines dans la passementerie et la lingerie (n° 651, du 21 novembre 1885).
- Un abonné, à Saint-Quentin. — Ces mouvements des fumées d’usine tendant à les ramener au centre de la ville étaient évidemment dus à un courant d’air en tourbillon.
- M. P. Dubois, à Rouen. — Il suffit de connaître la résis-
- Er
- tance intérieure de la machine r: vous avez alors ------------>
- R + r
- e étant la différence de potentiel aux bornes de la résistance extérieure R, et E la force électromotrice.
- M. B. M. C. de Castro, à Petropolis. — Le temps de pose varie avec l’état du ciel. Quand le soleil brille, vous pouvez toujours réussir les instantanés. Employez pour le développement des produits de bonne qualité.
- M. E. J., h Amiens. — 11 serait nécessaire de faire l’analyse chimique de l’eau pour être bien renseigné.
- Un abonné, à Vilvorde. — L’action de l’alun n’aura plus d’efficacité.
- M. A. de Saint-Laurent, à Bordeaux. — On peut distinguer la rouille produite par l’eau de mer de la rouille produite par l’eau de pluie par la présence, dans la première, d’une notable quantité de chlorure de sodium.
- M. L. D. A., à Couliner. — Pour conserver les viandes pendant l’été, il faut les soumettre à l’action du froid.
- M. G. Blech, au Havre. — La Société géologique de France, 7, rue des Grands-Augustins, publie un bulletin périodique.
- Un abonné, à Paris. — Vous dites que les relieurs jettent
- les Boîtes aux lettres; ils ont tort, il faut leur recommander de relier notre Supplément à la fin des volumes, ou à part.
- M. J. P., à Paris. — Le nitrate d’ammoniaque et l’eau produisent un bon mélange réfrigérant.
- Un abonné, à Poitiers. — Il ne faut pas tenir compte des indications données par le thermomètre enchemisé quand il n’est pas mouillé.
- M. A. Reverchon, à Paris. — Faire chauffer l’objet, et le recoller à l’aide de bitume de Judée.
- M. G. de Guiroz, à Paredes-de-Couza. — Il n’y a pas d’autre moyen que d’employer des éprouvettes graduées.
- M. Dolmans, à Charleroi. — Nous ne croyons pas qu’il y ait un sel de palladium sensible à l'action de la lumière, comme les sels d’argent.
- M. P. Barré, à Paris. — Adressez-vous, pour ce qui concerne ces aimants, à M. Clémandot, 13, rue du Landy, à Clichv (Seine).
- Réponses. — N° 1312. — Moyen d'empêcher les oiseaux de voler sans leur couper les ailes. — Il suffit de réunir ensemble par un fil trois ou quatre rémiges voisines d’une aile. Les deux ailes n’exerçant plus sur l’air des actions symétriques, l’équilibre et le vol deviennent impossibles. Ce procédé réussit surtout très bien pour apprivoiser des oiseaux, pigeons, tourterelles, etc. (Communiqué par M. G. Droit, à l’Ecole normale de Saint-Cloud.)
- Accusés de réception. — Avis divers : M. F. Chassant, à Billom. Remerciements pour votre communication qui sera insérée prochainement. — M. le baron de W., à Brasscbaet. Ces procédés se trouvent décrits dans tous les traités d’astronomie pratique. — M. G. Ziéger, à Sainte-Foy. Eolipyle Paquelin : M. Gillet, 32, boulevard Henri IV, à Paris. — M. M. D., à Paris. Piles à oxyde de cuivre : M. de Branville, 25, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève.
- — M. A. F., à Nîmes. Les traités de photographie vous renseigneront. — M. A. Hillaire, à Paris. Les faits que vous signalez sont connus. — Un abonné, à Reuilly; M. le Dr Ch. M., à Paris. Vous trouverez la recette que vous demandez dans le petit livre Les Nouvelles Recettes utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. P. J. D., à Houilles. Consultez les Recettes et procédés utiles, à la même librairie. — M. Ch. Despicht, à Pans. Voyez renseignements dans Y Electricité dans la maison. (Même éditeur.) — M. Armagnat, à Paris. Les Champignons, par J. Moyen, à la librairie Rothschild, rue des Saints-Pères. — Un abonné, à Mâcon. L’adresse nous est inconnue. — M. A. Deck, à Saint-Michel-lès-Bruges. Notice trop spéciale pour La Nature. — Un abonné, à Pau ; M. C. Vinsac, à iséville. Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — AI. Braquet, à Paris. Nous avons reçu votre communication. Remerciements.
- — MM. H. Klein et G. Dethan, à Paris. Nous utiliserons la Notice que vous nous envoyez. — M. A. Verrière, au Câtelct. Nous ne trouvons la description d’aucun appareil de ce genre. — M. E. Herz-feld, à Paris. Ces procédés peuvent être employés par tout le monde ; il n’y a pas de spécialiste. — M. A. Daufès, à Givors. Nous vous répondrons dans une prochaine livraison. — M. A. G , à Sedan. Consultez le petit livre des Recettes et procédés utiles, indiqué dus haut. — M. H. de Bécordel, à Grasse. Dans le même petit ivre (p. 268) se trouve une méthode pour masquer les soudures. — M. B., à ,Oran. 1° Même réponse; 2° dissoudre dans l’alcool. — M. P. Noët, à Arcachon. L’adresse a été donnée en tète de la Boite aux lettres du numéro qui en contient la description. — M. H. V., à Paris. Pas de procédé à vous indiquer.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Lotion contre les puces de chiens. — Les puces infligent aux chiens des tourments sans nom, surtout lorsqu’elles peuvent pulluler en toute liberté. C’est ainsi que les malheureux animaux, à force de se secouer, de se gratter, finissent par perdre l’appétit et tomber dans le marasme. Nous allons dire comment on peut en débarrasser les animaux. Prenez :
- Feuilles de tabac......................... 5 grammes
- Essence de térébenthine................. 2 —
- Jaune d’œuf................................ 1 —
- Eau........................................ 2 litres.
- Faites d’abord bouillir les feuilles de tabac dans l’eau ; incorporez, ensuite, l’essence au jaune d’œuf, et ajoutez, enfin, au mélange, la décoction. Employer en lotions. 11 faut éviter que le chien se lèche avec cette lotion.
- Durcissement du plâtre. — Pour durcir fortement les moules en plâtre, on les imbibe d’essence de térébenthine mêlée avec de la cire fondue et on les passe au four et à l’étuve.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son ïlieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date çle la livraison.
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- NOÜVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PHYSIQUE AMUSANTE
- Le bateau magique. — Prenez un petit bateau B (un bateau de bois que l’on trouve pour quelques sous chez les marchands de jouets, convient très bien) ; prenez d’autre part une pipe en terre d’un sou, P. Mettez dans le fourneau de la pipe du bicarbonate de soude et de l’acide tartrique mélangés en poudre; fermez le fourneau avec un morceau de toile fine que vous serrez avec un fil à la partie inférieure du fourneau.
- Au moyen de fils de fer assujettissez la pipe sous le bateau comme l’indique la figure. Cela fait, placez le bateau dans l’eau. L’eau pénètre par la toile dans le fourneau de la pipe et fait dégager de l’acide carbonique, par l’action des cristaux d’acide qu’elle dissout, le gaz s’échappe par le tuyau de la
- pipe, dans la direction de la flèche; par son écoulement, ih imprime au bateau un mouvement de translation opposé à celui de la sortie du gaz, comme l’indique la flèche supérieure. Voilà un bateau à moteur chimique improvisé à bon marché. F. B.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les fêtes du VI° centenaire de VUniversité de Montpellier, par Henri Roüzaud, maître de conférences à la Faculté des sciences de Montpellier, avec Préface de M. Lionel Daüriac. 1 vol. in-4° avec de nombreuses gravures dans le texte. — Montpellier, Camille Coulet, et Paris, G. Masson, 1891.
- « Ce livre, comme le dit M. Lionel Dauriac dans la préface, sera pour Montpellier comme le renouvellement de ses titres de noblesse universitaire. x> Nous ajouterons qu’il constitue pour tous un ouvrage de bibliothèque des plus estimables, qui retrace l’histoire complète d’une de nos premières universités, et résume les mémorables fêtes du centenaire, dont tout le monde se rappelle les intéressants souvenirs. D’excellentes gravures et de nombreux portraits font de ce livre un véritable album.
- (Gravures extraites du livre Mesdames nos aïeules, par A. Robida.)
- Mesdames nos aïeules, dix siècles d’élégance. Texte et dessins, par A. Robida. 1 vol. in-18. — Paris, Librairie illas trée, 1891. Prix, 3 fr. 50.
- C’est toute l'histoire des modes et des costumes féminins de notre pays que raconte Robida avec sa plufne et son crayon. Le texte est très agréable à lire, les très nombreux dessins, dont plusieurs hors texte et en couleur, sont remplis de grâce et de charme : talent, bonne humeur et bon goût, voilà les qualités qui caractérisent l’écrivain et le dessinateur. Nous reproduisons ci-dessus trois vignettes empruntées à l’ouvrage.
- L’escrime et le duel, par C. Prévost et G, Jollivet, ouvrage contenant 21 héliogravures tirées en taille-douce et 25 vignettes. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque du Sport. — Paris. Librairie Hachette et Cie, 1891.
- Aujourd’hui que les exercices physiques sont l’objet d’une si grande vogue de la part de notre jeunesse, l’œuvre de MM. Prévost et Jollivet sera favorablement accueillie. Le livre, très clair, très nettement écrit, est publié avec un luxe et un art qui font honneur aux éditeurs. Les attitudes de l’escrime reproduites en photogravures sont absolument parfaites. Les vignettes qui accompagnent le texte sont charmantes. L’œuvre en elle-même, écrite par un maître et un gentleman, se recommande à tous les amateurs.
- Nos grands médecins d’aujourd’hui, par Horace Bianchon.
- 1 vol. in 8°. — Paris, Société d'éditions scientifiques, 4, rue Antoine-Dubois, 1891.
- Ce volume, imprimé sur beau papier, orné de portraits en
- sanguine, est une sorte de Panthéon des célébrités médicales contemporaines. Les maîtres les plus illustres de la médecine moderne y sont étudiés avec une haute compétence et d’une manière fort piquante par le Dr Horace Bianchon, que ses chroniques médicales au Temps et au Figaro ont fait connaître et apprécier du grand public.
- Une excursion en Corse, par le prince Roland Bonaparte. 1 vol. in-4°, avec des planches en photogravure. — Paris, imprimé pour l’auteur, 1891.
- L’auteur de ce livre est un ami passionné de la science; sa bibliothèque et ses collections anthropologiques sont remarquables ; toujours en quête de documents et d’études, le prince Roland Bonaparte se plaît dans les voyages intelligemment exécutés ; photographe, naturaliste, géologue, anthropologiste, il observe partout la nature et les hommes et recueille d’innombrables documents, qui lui permettent d’écrire de beaux et bons livres tels que celui que nous recevons aujourd’hui. L’ouvrage que nous annonçons ici et que l’auteur appelle trop modestement Une excursion est le récit d’un voyage d’études historiques, ethnographiques, géologiques sur la Corse. Le livre est édité par l’auteur avec un très grand luxe. I) contient de superbes planches en héliogravure faites d’après des photographies.
- Assemblées démocratiques en Suisse, par le prince Roland Bonaparte. 1 brochure in-18. — Paris, imprimé pour l’auteur, 1891.
- Démocratie suisse, par le prince Roland Bonaparte. 1 brô chure in-18. —1 Paris, imprimé pour l’auteur, 1891.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- Crispi, Bismarck et la triple alliance en caricatures, par John Grand-Carteret, avec 140 reproductions de caricatures italiennes, françaises et autres dont 2 coloriées. Dessins originaux de J. Blass, Moloch, de Sta, Tiret-Bognet, Pilotelle. 1 vol. in-18. — Paris, Librairie Ch. Delagrave, 1801. .
- Nous ne nous occupons pas de politique dans La Nalui'e, mais nous ferons exception pour la politique de M. Grand-Carteret qui rallie toutes les opinions et ne connaît pas les controverses. Chercheur infatigable, collectionneur passionné, compilateur d’une haute érudition, l’auteur reproduit toutes les caricatures italiennes, allemandes, françaises, dont le célèbre ministre italien a été l’objet. Tous ceux qui aiment à se récréer l’esprit, trouveront un grand plaisir à feuilleter ce livre, comme tous les autres ouvrages que l'on doit à M. Grand-Carteret; on y rencontre beaucoup d’esprit, et souvent dans les dessins reproduits de caricaturistes célèbres, beaucoup de bon sens et de philosophie.
- Atlas de statistique financière, publié' par le Ministère des finances. Cabinet du Ministre. Bureau dë statistique. 1 atlas in-folio cartonné. — Paris, Armand Colin et C1*.
- Cours de physique et de météorologie professé a l'Institut agronomique, par M. E. Duclaçx, membre de l’Académie des sciences, professeur à la Sorbonne. Avec 175 figures dont 44 en deux couleurs. 1 vol. in-8°. — Paris, A. Hermann, Librairie scientifique, 1891.
- L'hydrogène et ses applications en aéronautique. L'électrolyse de l'eau, par le commandant G. Espitallier. 1 vol. in-18 de la Petite Bibliothèque aéronautique. — Paris, G. Masson, éditeur.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN thermomètre VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 1" juin 18»,8 E. 2 Beau. o . Beau matin, tr. nuag. soir ; orage de 5 h. à 7 li.
- Mardi 2 12», 8 0 Couvert. 10,3 Couv. avec quelques éclaircies.
- Mercredi 3 13»,9 W. S. W. 2 Beau. 0 Beau jusq. 9 h., tr. nuag. ensuite; halo; gouttes.
- Jeudi 4 15»,9 S. E. 2 Couvert. 0 Tr. nuag.; orage de 13 h. à 13 h. 3/4; éclairs à 24 h.
- Vendredi 5 14»,t W. N. W. 1 Beau. 4,0 Beau jusq. 8 h.; nuag. ensuite; halo.
- Samedi 6 15°,1 N. 1 Couvert. 0 Presq. couv., tonn. faible à 5 h.-6 h., orage zénithal à partir de 23 h. 45 m.
- Dimanche 7.. . . . . 11»,9 N. E. 2. Couvert. 33,5 Orage zénithal jusq. minuit 45 m.
- JUIN 1891.--SEMAINE DU LUNDI 1er AU DIMANCHE 7 JUIN 18t 1
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)’, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au parc de 8aint-Maur en mai 1891
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 753"",28; minimum, le 21, à 11 heures du matin, 743““,27 ; maximum, le 12, à 11 heures du soir, 761”“,25.
- Moyennes thermométriques: des minima, 7°,73; des maxima, 17°,66; du mois, 12°,70; moyenne vraie des vingt-quatre heures, 12°,01. Minimum, le 4 au matin, 3°,3; autre minimum peu différent, 5°,3 le 17. Maximum, le 13, dans la journée, 25°,6.
- Tension moyenne de la vapeur, 7““,87; la moindre, 2“",7, le 15, à 3 heures du soir; la plus grande, 13”“,4, le 13, à 10 heures du matin.
- Humidité relative moyenne, 65; la moindre, 21, le 15, à 3 heures du soir; la plus grande, 100, le 31, à 4 heures du matin.
- Pluie, 83“”,7 en quatre-vingt-cinq heures et demie réparties en vingt-trois jours, dont quinze consécutifs, du 16 au 50. Il n y a eu de pluie un peu abondante que le 29. 11 est tombé des flocons de neige le 17.
- Nébulosité moyenne, 66. 11 n’y a eu que les 13 et 31 qui aient été à peu près clairs. Pas de brouillard.
- Il y a eu six jours de tonnerre, les 10, 12, 13, 21, 25, 29 et un jour d’éclairs, le 27.
- Température moyenne de la Marne, 14®,09; elle a varié de 12°,70 le ' 1**, à 15°,95 le 15. Son niveau, presque constant jusqu’au 20, s’est élevé un peu jusqu’à la fin du mois eu devenant assez trouble.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de mai 1891 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 3““,36; thermomètre plus bas de 1°,30 ; tension de la vapeur plus grande de 0””,41 ; humidité relative moindre de 4 ; pluie plus forte de 32““,7; nébulosité plus grande de 9.
- Moyennes températures des six premiers mois de l’année météorologique 1891 avec leurs écarts des valeurs normales :
- Moyennes Ecarts \
- Décembre — 3,42 — 6,20
- Janvier — 0,83 — 2,40
- Février 2,52 — 1,05
- Mars 5,72 -+- 0,03
- Avril 8,19 — 1,31
- Mai 12,01 —1,30
- Ecart moyen des six mois — 2®,04.
- Ainsi la température des six premiers mois, c’est-à-dire de l’hiver et du printemps se trouve en déficit de plus de 2 degrés.
- Nous avons noté les dates suivantes de floraison : le 3, Pommier, grande Chélidoine; 4, Dielytra spectabilis. Lilas commun; 8, Marronnier; 12, Rhubarbe; 27, Hémérocalle jaune; 30, Julienne simple.
- Nous avons vu les premiers Hannetons le 1" mai et les premiers Martinets le 3. Les Hannetons ont été très rares, les Martinets sont, au contraire, très nombreux.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 6, à 4 h. 36 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres a doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
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- LA. SEMAINE
- Le kinétographe d’Edison. — Les journaux quotidiens d’Amérique ont fait beaucoup de bruit à propos d’une nouvelle invention d’Edison; l’écho en a retenti dans les publications d’Europe, et plusieurs de nos lecteurs nous demandent de les renseigner à ce sujet. Il ne s’agirait point, d’après tout ce que nous avons lu sur le kinétographe, d’aucun principe nouveau, mais simplement d’une sorte de combinaison de la phonographie et de la photographie. La machine est combinée de telle façon, paraît-il, qu’une personne assise dans sa chambre peut entendre dans le phonographe la voix des acteurs qui jouent une scène, et voir dans une sorte de zootrope photographique la scène théâtrale elle-même avec le mouvement des acteurs recueillis par la photographie instantanée. Il ne nous semble pas, à vrai dire, qu’il y ait là rien de bien nouveau, et rien qui puisse exciter l’étonnement. Il y a longtemps déjà que M. le professeur Marey nous a montré, à son laboratoire de la station physiologique du Parc aux Princes, des zootropes, figurant, au moyen de ses belles photographies instantanées du mouvement, des chevaux qui trottent ou qui galopent, des hommes qui courent, des oiseaux qui volent. Au point de vue photographique, l’appareil d’Edison ne ferait qu’appliquer le zootrope déjà connu, qu’il combinerait, non sans l’ingéniosité qui caractérise toutes ses œuvres, avec son merveilleux phonographe. Nous attendrons d’ailleurs, pour bien juger, que nous ayons reçu quelque description sérieuse de l’appareil, et nous nous empresserons alors de le faire connaître à nos lecteurs. Nous dirons, toutefois,
- 3u’il y a loin, d’un tel système, avec le problème dont on parle epuis plusieurs années, sans le résoudre, de la vision à distance, à travers l’espace et à travers les obstacles, vision obtenue par l’intermédiaire d’un fil conducteur, de la même façon que l’audition est obtenue au moyen du téléphone. Ce grand problème, du transport par l’électricité ou par tout autre moyen, de l’image d’une chambre noire, est-il soluble? Nous n’oserons pas le nier, après les merveilles de la téléphonie. Quand on songe que nous pouvons entendre aujourd’hui à Paris, et cela instantanément, et par la seule union d’un simple fil, la voix de l’interlocuteur, qui nous parle à Londres, on est en droit d’espérer que la physique de l’avenir nous permettra de réaliser pour le sens de la vue, ce que l’on a pu faire pour le sens de l'ouïe. Un jour viendra peut-être où nous pourrons voir ce qui se passe au loin, en dehors de nos habitations, en dehors de nos villes, et peut-être même au delà de nos frontières. Ce sera une grande étape de plus qui aura été franchie par la science dans l’inépuisable domaine des découvertes. G. T.
- INFORMATIONS
- —— Samedi dernier, à 2 heures, le Président de la République a visité, à la Tour Eiffel, l’installation du manomètre de M. Caiiletct, et des instruments météorologiques du sommet. M. Car-
- not a été reçu par MM. Mascart et Cailletet, de l’Institut, par M. Eiffel et les administrateurs de la Tour. Le Président a terminé sa visite en allant au Bureau central météorologique, rue de l’Université, 176, où il a assisté aux belles expériences de M. YVeyher sur la formation des trombes, et où il a vu les instruments qui enregistrent, à la surface du sol, les phénomènes météorologiques du sommet de la Tour Eiffel. Ces différentes installations ont vivement intéressé M. Carnot ; elles sont connues de nos lecteurs, qui pourront se reporter à nos Notices descriptives.
- —îlt— La Société de géographie a ouvert, mercredi dernier, l’intéressante exposition des nombreux dessins exécutés par M. Albert Tissandier pendant son dernier voyage dans l’Inde, la Chine et le Japon. M. A. Tissandier, chargé d’une mission du Ministre de l’instruction publique, a exécuté plus de 200 compositions qui représentent les merveilles peu connues des anciens monuments de l’extrême Orient. L’Exposition est ouverte, à l’hôtel de la Société de géographie, 184, boulevard Saint-Germain, de 1 h. à 5 h. jusqu’au 24 juin.
- —— Notre collaborateur et ami, M. J. Dybowski, chef d’une importante mission au Congo, est parti de Loango, le 12 mai, à destination de Brazzaville où son matériel, composé de 520 charges d’hommes, l’attendait.
- —— La semaine dernière, on a encore constaté de nombreux décès occasionnés par l’influenza à Londres. La mortalité, par suite des maladies des voies respiratoires, a été double de la moyenne à cause de l’épidémie.
- — Une trouvaille archéologique très importante vient d etre faite par un charretier à Lcsgcs, canton de Braisnc (Aisne). Trois bagues, dont deux en or et une en argent, plus de deux mille médailles romaines à l’ef/igie des empereurs Antonio, Gordien, Yalérien, Pos-tumius, Philippe, etc., étaient enfermées dans un vase. Une charrue a brisé ce vase et mis le trésor à découvert.
- —^— Le président supérieur de police de Berlin, ayant constaté que des phonographes, placés dans des restaurants de Berlin, se permettaient de réciter l’oraison dominicale, a exprimé l’avis que cet exercice devait être considéré comme froissant des sentiments religieux respectables. La police a reçu l’ordre de faire enlever ces phonographes et de dresser procès-verbal contre leurs propriétaires.
- —Une large coulée de lave est sortie le 8 juin d’une nouvelle bouche du Yésuve au bas du cône central.
- —La Société générale des Téléphones..., à Stockholm, vient de réduire considérablement le coût de l’abonnement annuel. Il était jusqu’ici de 80 à 125 couronnes (120 à 175 francs); il sera dorénavant de 10 couronnes seulement, ou de quatorze francs. Autant dire que le téléphone est mis à la portée de toutes les bourses.
- —?é— On a découvert, dans les environs de Thann, près Mulhouse, à Steinbach, des mines de plomb d’une richesse extraordinaire. Ce plomb est argentifère et contient le métal précieux en assez grande quantité.
- —i'é— On a signalé l’arrivée, à Amiens, d’un commis voyageur anglais qui est venu faire dans la région, des achats de crapauds. Ceux-ci, qui se sont vendus l’an dernier 8 francs le cent, valent aujourd’hui jusqu’à 5 francs la douzaine. Les crapauds sont utilisés en Angleterre pour la destruction des limaces.
- —Un habitant des environs de Québec, nommé Charles King, est mort récemment à l’âge de cent dix ans.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Courroie de sûreté : M. Chevillard, 28, rue des Trois-Frères, à Paris. — La microcidinè se trouve chez MM. Fribourg et Hesse* 26, rue des Ecoles, Paris.
- Communications. — M. F. de Chapel, à Cardat, nous adresse la description du régulateur qu’il a employé pour maintenir la température constante dans une couveuse artificielle. Le principe de ce régulateur est le suivant : si la température augmente, l'air contenu dans un tube se dilate, chasse du mercure du côté opposé, et fait basculer un balancier. Ce dernier ferme le circuit d’une pile, qui actionne un électro-aimant : les ailettes d’un tourne-broche sont alors rendues libres, et le tourne-broche, à l’aide d’une bielle, peut hausser ou baisser la mèche de la lampe qui chauffe la couveuse.
- M. E. Barrère, à Bayonne, à propos de notre article sur la répartition de la pluie en France paru dans le n° 939, du 30 mai 1891, nous écrit que s’il tombe beaucoup d’eau dans le pays qu’il habite, ce n’est pas la région où il pleut le plus souvent. Le nombre des jours de pluie par an est inférieur de moitié à ce qu’il est en Bretagne. Les averses sont très fortes, espacées ; le vent d’ouest balaye les nuages vers les montagnes, où tombe cette grande quantité d’eau. 11 y a souvent des bourrasques venues du large; mais il y a beaucoup d’éclaircies.
- M. Emile Belloc, à Paris, nous écrit : « Dans l’article fort intéressant que vous a donné, la semaine dernière, M. le colonel de Rochas, on lit : « Un pigeon peut pai-courir une distance « de 50 à 150 kilomètres en une seule traite et en un temps qui « varie entre une heure et quatre heures. » Permettez-moi de rappeler mon expérience de la Pena Blanca (La Nature, n° 676, du 15 mai 1886, p. 369), où nos pigeons ont atteint des moyennes plus élevées, le parcours ayant été de 200 kilomètres environ, et la vitesse, des premiers arrivants, de 113 kilomètres à l’heure. Dans une autre expérience que je fis à Luchon, le 14 septembre 1890, expérience fort curieuse, étant donné lage des pigeonneaux, qui n’avaient pas trois mois d’existence, la distance, qui les séparait de Toulouse, fut franchie à raison de 74 kilomètres à l’heure, et, cela, malgré le temps défavorable, car le brouillard avait envahi la plaine qu’ils ont dû traverser.
- M. A. G., ingénieur en chef des ponts et chaussées, à Paris, nous adresse une intéressante photographie d’éclair, obtenue pendant la nuit du 6 au 7 juin ; cette photographie a été prise à II h. 30 m. du soir d’un cinquième étage de la rue de Rennes ; l’éclair s’est produit au sud. Sur l’épreuve, très nette, il semblerait que le sillon de l’éclair forme des boules. 11 y a là, évidemment, un effet de perspective; l’étincelle s’échangeant entre des couches de nuages très distantes, les sinuosités de son trajet sinueux se superposent en figurant une espèce de nœud. Nous avons reproduit dans La Nature plusieurs photographies de ce genre.
- Un lecteur, à Isle-Aumont (Aube), nous écrit qu’une mésange a établi son nid dans une boîte aux lettres de cette localité. Nous avons déjà antérieurement signalé un fait analogue.
- Renseignements. — M. Gille B., à Paris. — Vous nous demandez si une poignée de sel jetée sur le feu peut l’activer ou l’éteindre. L’expérience prouve que la combustion est activée. Ce phénomène est dû à l’eau d’interposition qui se trouve dans le sel. Au contact du charbon porté au rouge, l’eau se décompose, donne de l’hydrogène, de l’oxyde de carbone et de l’acide carbonique. L’hydrogène et l’oxyde* de carbone s’enflamment, brûlent et ravivent ainsi le feu.
- M. E. Bonant, à Soissons. — Le conducteur du paratonnerre doit arriver directement au fond du puits, et être isolé de toutes les parties métalliques voisines.
- M. Gio Maresca, à Livorno. — Il s’agit d’une gravure en aquatinte, planche de cuivre gravée par les procédés d’eau-forte au moyen de la résine en poudre.
- M. Graülot, à Vendôme. — 1° et 2°. Faire des recherches
- de laboratoire. — 3® Calculer^ la quantité de chaux nécessaire pour donner un poids déterminé de carbonate de chaux, avec un poids connu a’acide carbonique.
- M. B., à Paris. •— Nous avons publié sur la matière radiante une série d’articles qui pourront vous renseigner; voyez la Table des matières des dix premières années.
- M. Bouvart, au Quesnoy. — Il faut essayer de chauffer le thermomètre, et la bulle d’air remontera à la partie supérieure.
- M. A. Van der Haeghen, à Gand. — L’Exposition d’électricité de Francfort, dont il a été question précédemment, doit durer jusqu’à la fin de septembre.
- M. C. B., à Paris. — Adressez-vous à ffes laboratoires Axs. chimie, au Collège de France, à l’Ecole des mines, à l’Ecole de physique et de chimie, et à des laboratoires d’analyses industrielles.
- M. Hyérard, à Paris. — Nous ne parlons pas de l'instrument que vous citez, parce qu’il ne donne aucune indication sérieuse.
- M. L. de Fisenne, à Meersen. — Pour mesurer les hauteurs et largeurs des monuments à distance, il serait facile d’imaginer un appareil'analogue au compas des photographes que, nous avons décrit dans la 614e Boîte aux lettres\, du n“ 922,", du 31 janvier 1891 ; il suffirait de connaître la distance approxi-; mative à laquelle se trouverait le monument à mesurer. Un calcul très simple déterminé par les relations des triangles semblables donnerait les résultats cherchés. . r
- M. E. H., h Gand. — Nous avons entendu des vélocipédistes se plaindre des déchirures produites par les cailloux dans les caoutchoucs pneumatiques. :r
- M. L. Déluyré, à Paris. — On a annoncé dans les journaux que M. Ader avait réussi à s’élever avec un appareil d’àviatioÎK Nous croyons que les résultats sont loin d’étre aussi complets qu’il a été dit.
- Réponses. — N° 1342: — Moyen d’empêcher les oiseaux de voler sans leur couper les ailes. — M. Voitellier, 4, place du Théâtre-Français, à Paris, fabrique un petit appareil qui empêche les oiseaux de voler; je m’en sers depuis longtemps et en suis très content. (Communiqué par M. Pierre Lebel, à Auteuil.)
- Accusés de réception. — Avis divers : M. O. de Bast, à Liège. Le problème ne nous paraît pas impossible à résoudre; il faut faire des essais. — M. J. P-, à Paris. Adressez-vous à la Société des mines de zinc de la Vieille-Montagne, 19, rue Richcr. — M. E. de Fumel, à Toulouse. Voici l’adresse que vous demandez : M. le directeur du journal Le Bien public, 9, place Darcy, à Dijon. — M. Benard-Boitel, à Epernay. Société d accumulateurs Julien, à Bruxelles. — M. E. Hubert, à Châteauroux. Il s’agit probablement d’un mastic à base de sulfure de carbone et de gutta-percha.— M. F. Teisserenc, à Ceilhes. 1° Pas de spécialiste; 2° les piles Leclanché conviennent bien. — M. P., à Saint-Honoré. Le vernis noir du Japon prend bien sur les métaux et les protège. Voyez aussi différentes formules de vernis dans le petit livre des Recettes et procédés utiles, à la librairie Masson. — M. G. L., à A. P. Consultez le même petit livre. — M. E. Opul, à Naples. Le Papier Cètluloïde se trouve dans la maison du Crislallos, 4, rue Pastourelle, à Paris. — M. P. C., à Paris; Un abonné dauphinois. II n’existe pas d’ouvrage de ce genre. — M. H. Legros, à Paris. Pour ce qui concerne les brevets d’invention, vous pouvez vous adresser à M. Arthur Good, ingénieur, 70, rue de Rivoli. — M. le Br A. Grajon, à Vierzon; M. P. Bertrand, à Paris; M. E. Bertaux, à Paris; M. E. Passeur, à Pons; M. Bourg, à Saint-Quentin. Remerciements pour vos communications. — M. D. Augé, à Paris. L’adresse demandée est : M. le Dr Giraud, à Chantilly. — M. L. B., h Beau-préau. Le plomb du commerce peut être employé. — M. E. Sau-vaire, à Marseille. Adresse inconnue. — M. le Dr A. Jaquet, à Strasbourg. Le sujet nous semble bien spécial pour nos lecteurs. Remerciements. — M. Fayolle-Lussac, à Neuvic-sur-l’Isle. 11 faudrait nous désigner le nom de l’appareil. — M. E. L., à P. Se méfier des objets bon marché sur lesquels on fait tant de réclame. — Un employé, à Bordeaux. Voyez dans la collection des manuels Roret le livre intitulé le Forestier praticien. —M. J. Tramois, à Lyon. Nous n’avons pu nous procurer l’adresse du fabricant. — M. Baraul, à Orléans. Consultez le livre des Recettes et procédés utiles indiqué plus haut. — M. K. F., à Paris; M. D. Sausset, à Paris; M. L. L. C.. à Lisbonne; M. G. L., à Fontainebleau. Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — M. A. L., à Nantes, Voyez le petit livre ues Nouvelles recettes utiles, et les Recettes et procédés utiles désigné plus haut. — M. K. V., à Saint-Etienne; M. E. D., à Bordeaux. Le deuxième des mêmes petits livres vous renseignera.
- — M. J. S. Muiïoz, à Cordoue. Impossible de vous renseigner à distance; il faudrait examiner votre installation. — Un lecteur, à Paris. Adressez-vous à une agence de brevets. — M. F. de Florez, à Moquer. Nous ne pouvons rien ajouter à notre réponse précédente.
- — M. L., h Gand. Nous vous renseignerons prochainement. — M. Constant David, à Compïègne. Le fait annoncé par nous est exact.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- PETITES INVENTIONS'
- Toise hygiénique. — C'est sous ce nom qu’un ingénieux inventeur nous a adressé la charmante toise représentée ci-dessous; elle constitue un utile objet de famille.il est rare que des parents ne prennent plaisir à mesurer la taille sans cesse croissante de leurs jeunes enfants : il y a là un double intérêt
- de curiosité et d’hygiène. On a l’habitude de prendre les points de repère sur un mur, mais un coup de peinture détruit un jour les souvenirs du passé. Si l’on déménage, on ne pense pas à recueillir les mesures données par les anciennes traces et il n’en reste plus rien. La toise ci-contre consiste en un tableau qui se plie en deux pour le transport et qui se fixe contre un-mur pour l’usage. Une équerre glisse au centre pour toiser la croissance des enfants. Le tableau imprimé sur la
- ; porte trois colonnes où ligurent : le nom, l’âge, la taille, le poids, la date de contrôle. — La toise hygiénique, ainsi nommée parce qu’il peut être utile de se rendre compte de l’augmentation de poids et de dimension des enfants, comprend trois modèles differents qui répondent aux exigences des différentes bourses. Notre figure représente le mode d’emploi : un jiapa mesure sa petite fille. À gauche, en haut de la gravure, le dessinateur, a représenté à une plus grande échelle, le détail du tableau à sa partie supérieure. On peut se procurer l’appareil chez M. Edmond Foucault, 77, rue de Rambuteau, à Paris.
- (aide pneumatique pour arrêter les chevaux.
- -r Un habitant de Bergerac, M. Binard, vient d’imaginer un système de guide très ingénieux, qui, d’après des expériences réalisées à plusieurs reprises, arrête subitement, sans secousse et sans danger, un cheval lancé à toute vitesse. On obtient
- toise porte trois colonnes où figurent
- l’arrêt en exerçant sur le larynx du cheval une pression qui coupe la respiration. Notre gravure montre le dispositif de la guide, et son mode d’action sur le larynx. M. Maurice Faure, médecin vétérinaire à Bergerac, nous écrit à ce sujet la lettre suivante : « J’ai expérimenté la guide pneumatique sur mes chevaux, et l’effet produit dépasse tout ce qu’on peut espérer. Je lançais mes chevaux à fond de train et les arrêtais à une distance de 4 mètres environ sans le secours du mors ni des
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces. ;
- guides ordinaires. La plus simple pression, 5 kilogrammes1 environ, suffit pour obtenir ce phénomène qui s’explique très' facilement lorsqu’on considère que l’appareil s’applique directement sur les premiers cerceaux de la trachée et intercepte le passage de l’air dans les poumons. L’animal se trouve suffoqué1 et comme il n’est pas habitué à ce genre de traction, ne sentant plus la pression du mors, s’arrête comme hypnotisé sans faire aucun mouvement. » — Pour tout ce qui concerne l’appareil, on: peut s’adresser directement à M. V. Binard, rue du Marché, à Bergerac. 2
- Lunette astronomique. — Dans le supplément au» n° 829 de La Nature, du 20 avril 1889, il a été publié la manière de construire une lunette astronomique pour 75 centimes en prenant comme objectif un verre de bésicle n° 15> ou 18. A la suite de cette communication, je me suis construit successivement des lunettes plus puissantes pour le même prix, en employant comme objectifs les n°‘ 30, 72,
- 96,144, dont les distances focales sont de plus en plus grandes.
- Avec le n° 144, la longueur totale de la lunette est de près de 4 mètres, aussi ai-je dû abandonner les tubes en carton et me faire faire des tubes en zinc.
- Comme oculaires, j’emploie des lentilles biconvexes de 8,
- 4, 2 centimètres de foyer suivant le grossisse ment. Voici les résultats que j’ai obtenus avec les étoiles doubles : avec le n° 72 (2 mètres de longueur) je dédouble facilement Castor et Ç Cancer à 5",5 et même a Hercule à 4",7. Avec le n° 144, je dédouble facilement jusqu’à 3 secondes (36 A Ophiuchus, 8 Serpent, y Baleine) ; par une soirée exception-nellement
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de la lunette.
- nette, j’ai même pu dédoubler E, Lvre à 3",3 et e* à 2",5.
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- Fig. 2. — Détails de la construction.
- J’ai observé aussi les phases de Vénus, Saturne avec son anneau et un satellite, les bandes de Jupiter, les phases de Mars, mais sans distinguer nettement la tache polaire, la Lune, le Soleil, les nébuleuses. Je vous envoie ci-joint le croquis de la lunette munie de l’objectif n° 144 (fig. 1). Ce croquis donne une idée de la grandeur de l’instrument. Dans l’embrasure d’une fenêtre on ne peut installer le n° 144, qui est trop long, mais on peut encore établir le n° 96. Les grands déplacements latéraux sont obtenus dans le pied photographié en déplaçant le pied lui-même ; les petits par une crémaillère C (fig. 2) faisant pivoter le tube contenu dans une gouttière en bois, sur une planche P. Les déplacements verticaux sont obtenus par le moyen d’une ficelle F attachée au bas du pied et s’enroulant en A.
- Japon, à Tours.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- La suppression du maillot. — Le Dr Hue, de Rouen, a fait connaître récemment un système d’élevage sans maillot qu’il est intéressant de répandre "dans le public. L’enfant, sans langes ni maillot, est élevé dans le son; voici comment : ^
- Le berceau, doublé de toile, est rempli de son sur une épaisseur de 40 à 50 centimètres, H faut prendre du son de froment, bien bluté, bien nettoyé et débarrassé de tout parasite par un séchage prolongé au jour. L’enfant, vêtu d’une chemisette, ou d’un petit tricot, est couché dans cette litière de son, la tête et les épaules reposant seules sur un petit oreiller de crin. Le reste du corps, nu.ù partir de l’ombilic, est couché
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- fiirectement Sur le son. La couverture, jetée par-dessus, doit être fixée au pourtour du lit pour éviter que l’enfant ne sorte de son nid ; en hiver, une boule chaude peut être enfouie vers les pieds du bébé. L’enfant ne s’enfonce pas dans le son comme on pourrait le craindre, il reste à la surface.
- Pour les tétées on enlève le bébé et on le roule dans un lange pour éviter le brusque changement de température, aussitôt après on le remet dans le son.
- Les avantages de ce système sont la liberté laissée à tous- les mouvements, une chaleur égale et constante sous la couverture avec renouvellement de la couche d’air ambiante, la sécheresse constante de la peau. Les déjections, liquides et solides, se roulent en boulettes ou en plaques que l’on peut enlever facilement; elles ne laissent ainsi aucune odeur désagréable. Le son doit être rèneuvelé en totalité tous les quinze jours, ce qui ne
- constitue pas une bien grosse dépense, car on économise du blanchissage.
- En revanche, ce système nécessite une toilette quotidienne à grande eau, ce qui est, en somme, un avantage et un bien au point de vue de la propreté et de la santé de l’enfant. Les grains de son s’attachent un peu à la peau, au siège et dans le dos et il faut une large ablution ou mieux un bain tous le» matins.
- Crème boro-glycérinée. — Faire dissoudre 1 partie d’acide borique dans, 24 parties de glycérine, ajouter à ce mélange 5 parties de lanoline anhydre et 70 de vaseline, colorer avec une faible quantité de carmin et parfumer, suivant les goûts.
- Bonne préparation contre les gerçures des lèvres, les crevasses des mains. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30j. — Bureau central météorologique do France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU Matin THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLOIE EN MILLIMÈTRES t ' OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 8 juin 16*,5 E. 2 Nuageux. M Couvert, orage de 15 h. 1/2 à 17 h., pluie soirée.
- Mardi 9 1 14-,0 W. N. W. 2 Couvert. 13,8 Couv. jusq. 20 h., p. nuag. eus.; pl. jusq. 6 h., averses.
- Mercredi 10 12*,1 N. 2 Nuageux. U Nuag., brouill. sur Marne à 5 h.
- Jeudi 11 10*,8 N. N. W. 1 Quelq. nuages. 0,0 Peu nuag.; brumeux, \ •
- Vendredi 12 10*,7 N. N. E. 2 Presq. couv. 0,0 Presq. couv. jusq. 16 h., quelq. nuages ensuite.
- Samedi 13 9*,7 N. N. E. 0 Beau. 0,0 Beau jusq. 17 h., tr. p. nuag. ensuite.
- Dimanche 14 13*,8 W. 2 Couvert. 0,0 Couv. j.lOh.Nuag.ens.p.beau ap.18 h.; unp.de pi.fine la n.
- JUIN 1891. — SEMAINE DU LUNDI 8 AO DIMANCHE 14 JUIN 1861
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de O à 10; les (lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Les tremblements de terre en Italie. — Des secousses de tremblements de terre ont eu lieu en Italie dans la nuit du 6 au 7 juin. Elles ont été fortes à Vérone, où elles ont produit une grande panique. A Treguano, beaucoup de maisons ont été endommagées. A Badicalavena, dix-sept personnes ont été retirées vivantes des décombres. A Pavie, le tremblement de terre a été ressenti à 2 h. 5 m. A 2 h. 7 m. du matin, une secousse a eu lieu à Ferrare, dans la direction du sud-ouest au nord-est. A Venise et à Milan, une forte secousse a été ressentie à 2 h. 8 m. du matin, mais n’a causé aucun dégât. A 2 h. 10 m., une très forte secousse de tremblement de terre s’est fait sentir à Mantoue et dans tout le nord de l’Italie. Une deuxième secousse a eu lieu à 6 heures du matin et a causé de nombreux dégâts dans toute la province. A Marcenigo, trois maisons se sont écroulées et ont fait trois victimes.
- I.a foudre et le téléphone. — Un accident, qui aurait pu avoir de graves conséquences, est arrivé, au commencement du mois de juin, à l’employé du téléphone de Paris-Londres, au palais de la Bourse, à Paris. 11 se disposait à correspondre avec le bureau de Londres, et saisissait déjà les appareils récepteurs, quand il fut renversé par une décharge électrique et se fît, en tombant, quelques légères blessures. Ce phénomène est attribué à la foudre qui a dû tomber sur la ligne en un point quelconque de son parcours. D’après les renseignements recueillis, pareil accident serait déjà arrivé plusieurs fois. Aussi l’administration des postes et télégraphes va-t-elle faire installer des paratonnerres sur la ligne.
- Gelée» en Allemagne. — La température a baissé, dans les premiers jours de juin, d’une façon extraordinaire, dans certaines parties de l’empire d’Allemagne. Les récoltes, y compris les pommes de terre, ont été gelées par le froid dans la Prusse occidentale tout entière.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q., le 14, à 0 h. 43 m. du soir.
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- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- (Jne excursion géologique dans les Montagnes Rocheuses. — Le Comité d’organisation du Congrès géologique international, dont la cinquième session aura lieu à Washington (Etats-Unis) du 26 août au 2 septembre prochain, nous communique le programme détaillé de 1 excursion spéciale dans les Montagnes Rocheuses projetée pour la clôture du Congrès. Cette excursion promet d’offrir le plus vif intérêt .pour les géologues venus d’Europe : ils pourront ainsi faire connaissance de visu; et dans des conditions scientifiques et financières exceptionnelles, avec quelques-unes des merveilles que les tra-’ vaux des savants américains ont rendues justement célèbres dans le monde entier.
- Le départ de Washington aura lieu le 3 septembre, par train spécial composé exclusivement de Pullman cars, formant un véritable hôtel ambulant, pourvu de tout le confort nécessaire (restaurant, lits, cabinets de toilette, fumoir, salle de lecture, salle de bains, salon de coiffure), tous les wagons communiquant d’une manière permanente. Ce train promènera les voyageurs dans toutes les parties de l’itinéraire où existent des voies ferrées, sa marche étant réglée de manière que les principaux passages soient franchis de jour, avec arrêt partout où il y aura intérêt à le faire. Ceux d’entre les géologues américains qui ont fait des régions parcourues, l’objet spécial de leurs études, notamment MM. Chamberlin, Hague, Iddings, Gilbert, Emmons, Powell et Rutton accompagneront leurs congressistes et leur expliqueront eux-mêmes, sur place, la structure du terrain. L’itinéraire, sans compter les crochets, mesure près de 10 000 kilomètres, et s’étend sur 58 degrés en longitude et 12 degrés en latitude. La durée de l’excursion est fixée à vingt-cinq jours et la dépense à 265 dollars (1525 francs) par tête, ce chiffre comprenant tous les frais de nourriture et de voyage.
- Voici l’énumération des localités les plus intéressantes qui doivent être visitées :
- Traversée des monts Appalaches, dont les plissements sont classiques, Prairies de l’indiana et de l’Illinois, ancien canal d’écoulement du lac Michigan dans le Mississipi, grandes moraines quaternaires, chutes de Saint-Anthony, plaines du Dakota et Mauvaises Terres du Haut-Missouri, Parc national de la Yellowstone (geysers, lacs d’eau chaude, falaises d’obsidienne, volcans de boue, etc.), traversée du faîte des Montagnes Rocheuses, célèbres gîtes minéraux de Butte (Montana), laves du Snake River, avec pointe éventuelle sur les Shoslione Falls, grand Lac Salé, berges de l’ancien lac Bonneville, séjour dans la capitale des Mormons, chaîne des monts Wahratch, l’une des plus belles du Far-West, plateau du Colorado, passage du Green River, vue des Laccolilhes, retour par les Montagnes Rocheuses du Colorado, arrêt aux gisements métallifères de Leadville, haute vallée de l’Arkansas, Manitou et le Jardin des Dieux, ascension du Pike’s Peak, l’un des principaux sommets des Rocheuses (4357 mètres) en chemin de fer, Denvér.
- A Denver, les excursionnistes se sépareront en plusieurs
- groupes : le^ uns visiteront en détail les districts miniers si nombreux dans la région adjacente ; les plus hardis repartiront pour une nouvelle excursion d’une dizaine de jours dans T Arizona, au fameux grand canon du Colorado; d'autres enfin regagneront directement New-York par train spécial, en touchant successivement Chicago, les grands lacs canadiens, les chutes du Niagara et la vallée de l’Hudson. L’arrivée à New-York aura lieu le 26 septembre avant midi.
- Le Comité d’organisation espère que de nombreux géologues étrangers voudront profiter de cette occasion unique qui s’offre à eux pour parcourir l’une des parties du globe les plus inté-‘ cessantes, et se rendront à son appel. Les personnes qui désireraient prendre part à l’excursion n’ont qu’à faire parvenir à M. S. F. Emmons, trésorier du Congrès, 1550 F. Street. Washington, D. C. (Etats-Unis) le montant de leur cotisation de. membre, fixée à 2 dollars et demi (I2fl,50), en notifiant leur' intention de se joindre à la course. G. T.
- INFORMATIONS
- —G?— La présence des criquets en Algérie se trouve avoir exercé une action inattendue sur la pèche. Voici ce qu’on écrit de Philip-pcville. « I/invasion du littoral par les acridiens produit un effet désastreux sur la pêche des sardines, qui est très importante dans la baie de Stora, où existent de nombreuses usines. La campagne paraît manquée, car les bancs de poissons, au lieu de se tenir sur la côte, ne quittent plus le large, où les attirent les sauterelles, que les vents du sud jettent en quantité à la mer.
- —De nouvelles expériences du bateau sous-marin le Goubet ont eu lieu à Cherbourg la semaine dernière en présence de la Commission. Le bateau est sorti de l’arsenal, accompagné d’une chaloupe à vapeur. Il a mis le cap sur le Marengo, qui était en rade. Arrivé près de ce navire, il en a fait le tour, tenant ses tubes optiques hors de l’eau. Muni de bouées de liège qui indiquaient son immersion à 4 mètres, il a évolué sur une distance de 5 à 10 mètres. 11 a mis ensuite le cap sur le Solide, a passé dessous et est rentré à l’arsenal.
- —Sous le titre de Déclame posthume, un de nos confrères raconte une bien curieuse aventure survenue au corps de Barnum qui repose dans un cimetière américain. A peine le célèbre Barnum était-il enterré à Mountain Grove, à Bridgeport (Connecticut), que des impresarii de musées ambulants ont tenté d’enlever son cadavre pour en faire une « grcat exhibition » aux quatre coins du monde. Le gardien du cimetière, éveillé par les aboiements d’un chien, s'opposa à cet enlèvement.
- —Nous recevons des renseignements sur des études qui ont été faites lors des ravages causés, au printemps dernier, par les hannetons dans la Silésie et la Haute-I’osnanie. Les arbres fruitiers ont été complètement dépouillés; on a détruit les insectes par quintaux.
- —î]i— D’après les derniers recensements les établissements français de l’Inde, Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Mahé et Yanaon, comptent 283 000 habitants.
- —Un chien du Saint-Bernard a été récemment vendu, à Londres, la somme de 32 500 francs. Cette bête merveilleuse mesure 0m,89 de hauteur aux épaules, et pèse 100 kilogrammes.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. F. Pigis, à Mantes, nous écrit à la date du 16 juin. « Depuis trois jours que la pêche est ouverte, les amateurs sont dans la joie. Ils prennent des anguilles en quantité. On cite des pêcheurs en ayant pris plus de quarante dans leur journée. Ce sont de petites anguilles, mesurant de 30 à 50 centimètres au plus. La Seine est en pleine crue, roulant des eaux limoneuses. Jamais, de mémoire de pêcheurs, on n’a
- S ris d'anguilles à la ligne flottante. D’où viennent ces anguilles? » ous avons publié un article sur l’origine des anguilles dans le n° 103 de La Nature, du 22 mai 1875.
- Renseignements. — M. Th. Magny, à Paris. — Pour purifier le gaz ordinaire d’éclairage, tel qu’il est livré, on a fait en Angleterre des essais qui ont consisté à faire passer le gaz sur des briques poreuses chauffées. Il paraîtrait qu’il se faisait un dépôt de charbon, et que le gaz devenait plus pur et plus léger; ces essais, qui avaient été faits au point de vue du gonflement des ballons, n’ont pas été continués, et nous ne saurions vous renseigner davantage.
- M. J. Blot, à Paris. — Pour distiller les fleurs d’orangers, nous vous conseillons de prendre une cornue en verre avec un fourneau à gaz recouvert d’une toile métallique.
- M. L., à Gand. — Vous nous demandez comment se prépare le sulfo-carbonate de potasse. On obtient ce produit en agitant, en vase clos, du sulfure de carbone avec une solution concentrée de sulfure de potassium et en chauffant le mélange vers 50°. La solution de sulfo-carbonate de potasse ainsi préparée peut renfermer jusqu’à 15 pour 100 de sulfure de carbone.
- M. le Dr Christy, à Brive. — L’appareil ne nous semble pas devoir rendre de grands services.
- M. J. Richema, à Angers. — Il est facile de faire soi-même de l’encre sympathique : il suffit de dissoudre dans l’eau du chlorure de cobalt, ou encore de prendre du jus d’oignon.
- M. P. Couard, à Paris. — Pour éviter les cristallisations dans les accumulateurs, il faut ajouter une solution concentrée de sulfate de soude, environ 3 à 4 pour 100 en volume.
- M. A. D., à Paris. — Le tableau synoptique pour la prévision du temps décrit dans le n° 830, du 27 avril 1889, se trouve chez MM. Richard frères, 9, impasse Fessart, à Paris.
- Un lecteur, à X. — Vous trouverez des sacs pour le gaz oxygène chez M. Molteni, 44, rue de Château-d’Eau, à Paris.
- M. H. de Coninck, à Bondeville. — Pour rendre imputrescible un tissu de chanvre ou de jute, vous pourriez essayer de le tremper dans une solution étendue de tanin.
- M. Fontaine, à Tours. — 1° Un procès est, dit-on, survenu entre la Compagnie Edison et une Compagnie anglaise au sujet du phonographe; c’est ce qui explique qu’on ne peut pas actuellement se procurer le nouvel appareil. — 2° Nous avons eu l’occasion d’entendre dernièrement le grammophone de M. Berliner, qui a été décrit dans le n° 786, du 23 juin 1888. Le système laisse encore à désirer ; mais l’inventeur y apporte en ce moment des perfectionnements sérieux que nous ferons connaître à nos lecteurs.
- M. P. G. C., à N. — 1° Cet appareil n’offre pas d’intérêt. — 2° On a déjà signalé des dispositions analogues. — 5° Ce distributeur est un peu compliqué. — 4° Nous ne pouvons nous occuper de cette affaire.
- M. G. Duchesne, à Ludon. — Il s’agit d’une petite machine électrostatique, qui sc trouve dans les allumoirs électriques; vous en trouverez la description dans L'électricité dans la maison, par E. Hospitalier, à la librairie Masson.
- M. A. Meyer, à Saint-Mauricè-lès-Lille. —Le Tour du monde a publié un récit de voyage en Corse ; adressez-vous à ce sujet à la librairie Hachette.
- M. J. Exibard, à Nice. — 1° Nous avons donné un article sur la Phosphorescence (Table des matières des dix premières années). — 2° Essayez la vaseline blanche.
- M. M. G. L., à Reims. — 1° Prenez des piles ordinaires au
- bichromate. — 2° H faut trois éléments en tension sur les deux accumulateurs également en tension.
- M. L. T., à Moulins. — La Chimie industrielle, de Paven (Hachette éditeur) vous conviendra,
- M. H. B., à Paris. — 1° Pour enlever les taches d’acide pyrogallique sur les doigts, il faut les laver avec une solution saturée d’acide oxalique. — 2® Consultez le Formulaire de l'électricien, par E. Hospitalier, à la librairie Masson, et les ouvrages de M. E. Reynier sur les accumulateurs, à la librairie Baudry, 15, rue des Saints-Pères, à Paris.
- M. J. L. Breton, à Courrières. — L’appareil que vous mentionnez ne donnerait que des indications plus ou moins précises, mais ne résoudrait nullement le problème de la vision à distance. Il serait, en outre, nécessaire de vérifier expérimentalement les faits annoncés.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Ch. Meyer, à Strasbourg. Nous avons reçu votre intéressante photographie que nous utiliserons; nous avons omis de vous en accuser réception. Remerciements. — M. le Ür Fontaine-Atgier, à Fontainebleau, nous adresse la brochure qu’il vient de publier sur une machine électrique, appelée Volta- Gramme, et qui permet de rendre ondulatoires les courants des bobines genre Runmkorff. — M. A. Durand, à Beaucaire, nous envoie une communication sur Funification des heures, extrait des Mémoires de l’Académie de Vaucluse. — M. À. Deck, à Saint-Michel-lès-Bruges. Les manuscrits ne sont pas conservés. Nous n’avons plus celui que vous nous réclamez; tous nos regrets. — M. Fayolle-Lussac, à Neuvic-sur-l’Isle. Pas de renseignement à cet égard : cet appareil nous est inconnu. — M. A. Fer-zian, à Argheni; M. Philippon, à Paris. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — M. P. Loizeau, à Paris; M. Poiret, à Arras; M. P. Couchet, à Périgueux. Voiture à vapeur de M. Serpollet, 27, rue des Cloys, à Paris. — M. L. Germain, à Mios. Cette production de glace doit .être obtenue au moyen du nitrate d’ammoniaque. — M. Prudent, à Chalon-sur-Saône. Les bureaux de tabac vous achèteront les timbres neufs dont vous disposez. — M. J. Botte, à Gorz. Adresse inconnue. — M. R. L., à Baume-les-Dames; Un chimiste, à Alfortville; M. E. L., à Saint-F.; M. F. Garnier, à Aumale. Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — M. J. Reirabel, à Tolède. 11 faudrait examiner votre appareil pour vous répondre. — M. G Théret, à Ozouer; L’abonné n° 3051 ; M. L. B., à Paris; M,le Pellechet, à Louvceiennes; M. Ch. Desolu, à Reims. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles, à la librairie Masson. — M. G. M., à Paris. Le livre de la Science pratique vous renseignera (à la même librairie). — Mmo C. Gaudet, à Magneux. Vous pourrez vous procurer ce produit chez les marchands de produits chimiques; il s’agit d’un dérivé du pétrole. — Un amateur, à Paris. Nous n’avons pas encore entendu parler de cette pile. — M. T., à Nice. S’adresser à M. E. Deyrollc, naturaliste, 40, rue du Bac, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Hypnotisme, suggestion et lecture des pensées, par Jean de Tarchanoff, professeur de physiologie à l’Académie impériale dé médecine de Saint-Pétersbourg. Traduit du russe par Ernest Jaubert. 1 vol. in-16. G. Masson, éditeur. — Paris, 1891.
- Les chemins de fer de T Algérie-Tunisie. Leur état actuel, leur histoire et leur avenir, par J. Godrau, ancien élève de l’Ecole polytechnique. 1 vol. in-8°. Librairie centrale des sciences. J. Michelet. — Paris, 1891.
- Fabrication et emploi des filets de pêche, par le commandant L. Vannetelle. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque des actualités industrielles. Bernard Tignol, éditeur. — Paris, 1891.
- Manuel pratique de meunerie. Meules et cylindres, par MM. L. de Belfort et A. Larbalétrier. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque des actualités industrielles. Bernard Tignol, éditeur. — Paris, 1891.
- Traité pratique de comptabilité industrielle. Monographie appliquée au tissage, par II. Edom. 1 vol. in-8°. Librairie centrale des sciences. J. Michelet. —Paris, 1891.
- Etude complète sur le développement et les développateurs. Guide pratique de leur emploi avec les surfaces sensibles au gélatino-bromure d’argent, par L. Mathet. 1 vol. in-16. Société générale d’éditions. — Paris, 1891.
- Renseignements divers aux amateurs photographes. Conseils pratiques aux touristes et aux officiers en campagne, par Georges Lanquest. 1 brochure in-8°. En vente chez l’auteur, 1, rue Gay-Lussac. — Paris, 1891.
- Indicateur commercial des postes et télégraphes 1891, par MM. Bouguet et Rouland, attachés à l’administration centrale des postes et télégraphes. 1 brochure in-8®. Librairie centrale des sciences. J. Michelet. — Paris, 1891.
- Dam la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1891. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES
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- Occultations des satellites de Juniter. visibles à Paris
- PRINCIPAUX PHENOMENES ASTRONOMIQUES 1891. Satellites Immersions Émersions.
- ÏÏC4-' ; Juillet 30 I 15 h. 16 ni.
- Août 6 I 15 h. 2 m.
- Occultations des Etoiles par la Lune, visibles à Paris. — 8 I 9 h. 28 m.
- — 9 IV ’i 11 h. 33 m.
- 1891. Nom de l’astre. Grandeur. Immersions. Émersions. * — 15 I 11 h. 13 m.
- Juillet 2 u4 Taureau. 5-6 14 h. 42 m, 5 15 h. 29 m, 1 — 16 II 9 h. 31 m.
- — 26 f Poissons. 5 11 h. 11 m, 2 ippulse i 3’î du bord. — 16 III 11 h. 28 m.
- Août 14 26 Ophiuchus. 6 8 h. 46 m, 4 9 h. 43 m, 4 — 22 I 12 h. 58 m.
- — 21 50 Poissons. 4-5 *8 h. 13 m, 0 8 h. 49 m, 8 — 25 III 11 h. 29 m.
- Sept. 16 t* Verseau. 6 12 h. 57 m, 4 13 h. 27 m, 8 — 23 II 11 h. 45 m.
- — 16 t* Verseau. 4 13 h. 55 m, 1 14 h. 52 m, 9 — 23 111 15 h. 46 m.
- — 22 51 Taureau. 6 10 h. 51 m, 4 ippulse 1 5’,6 du bord. — 29 1 14 h. 42 m.
- — 23 118 Taureau. 5-6 16 h. 27 m, 8 17 h. 6 m, 5 — 30 II 13 h. 58 m.
- — 23 >• Ecrevisse. 6 16 h. 52 m, 2 17 h. 38 m, 6 — 50 III 14 h. 44 m.
- * L’étoile est sous l’horizon. — 51 I 9 h. 8 m.
- Sept. 5 I 16 h. 25 m.
- Occultations des satellites de Jupiter, visibles à Paris. — 6 11 13 h. 20 m.
- — 7 1 8 h. 54 m.
- 1891. Satellites. Immersion. Emersions. — 11 IV 12 h. 32 m.
- Juillet 4 III 14 h. 27 m. — 12 i 15 h. 52 m.
- — 7 I 13 h. 23 m. — 13 n 15 h. 33 m.
- — 11 III 14 h. 49 m. — 14 i 10 h. 18 m.
- — 14 1 15 h. 14 m. — 21 i 12 h. 2 m.
- — 15 II 11 h. 9 m. — 25 i 6 h. 28 m.
- — 22 II 13 h. 30 ni. — 24 n 6 h. 31 m.
- — 23 I 11 h. 29 m. — 28 i 13 h. 47 ni.
- — 29 11 15 h. 50 m. — 30 i 8 h. 14 m.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Éclipses des satellites de Jupiter, visibles à Paris. Eclipses des satellites de Jupiter, visibles à Paris,
- 1891. Satellites. Commencement. Fin. 1891. Satellites. Commencement. Fin.
- Juillet 4 Il 14 h. 13 m. 47 s. Août 23 III 10 h. 06 m. 46 s. 13 h. 24 m. 45 s.
- — 5 I 15 h. 26 m. 35 s. — 29 I 12 h. 14 m. 38 s.
- — 6 IV 15 h. 00 m. 40 s. —. 30 11 10 h. 51 iq. 18 s.
- — 11 III 13 h. 22 m. 51 s. — 30 III 14 h. 08 m. 18 s.
- — 14 I 11 h. 19 m. 28 s. Sept. 5 I 16 h. 24 m. 08 s
- — 18 III 14 h. 1 m. 47 s. — 6 II 16 h. 12 m. 42 s.
- —. 21 I 13 h. 43 m. 49 s. — 7 I 10 h. 52 m. 50 s.
- — 23 IV 11 h. 20 m. 59 s. — 11 IV 13 h. 58 m. 58 s.
- — 28 1 15 h. 38 m. 16 s. — 14 I 12 h. 47 m. 57 s.
- — 29 II 11 h. 14 m. 59 s. — 16 1 7 h. 16 m. 47 s.
- — 30 I 10 h. 06 m. 52 s. — 17 II 8 h. 05 m. 35 s.
- Août 5 II 13 h. 49 m. 16 s. — 21 I 14 h. 43 m. 09 s.
- — 6 I 12 h. 01 m. 26 s. — 23 I 9 h. 12 m. 01 s.
- — 12 II 16 h. 23 m. 59 s. — 24 II 10 h. 41 m. 06 s.
- — 13 I 13 h. 56 m. 07 s. — 28 IV 8 h. 16 m. 20 s. 11 h. 57 m. 40 s.
- — 20 I 15 h. 50 m. 55 s. — 28 III 9 h. 29 m. 37 s.
- — 22 I 10 h. 19 m. 42 s. — 30 I 11 h. 07 m. 22 s.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- k OBSERVATIONS A 7 HEURES BU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 15 juin 14”,5 W. 2 Très nuageux. 0 Couvert; très brumeux matin ; gouttes.
- Mardi 16 14°,6 N. N. W. 3 Nuageux. 0 Très nuageux ; brumeux ; gouttes.
- Mercredi 17 12°,9 S. W. 0 Beau. 0 N'uag. de 11 h. à 17 h.; beau le reste; brouill. bas à 4 h.
- Jeudi 18 14°,6 N. N. E. 1 Beau. 0 Beau ; très brumeux matin.
- Vendredi 19 16°,5 N. E. 1 Beau. 0 Nuageux de 13 h. à 19 h., beau le reste; brumeux.
- Samedi 20 15°,9 N. 3 Très nuageux. 0 Nuageux jusqu’à 18 h., beau après.
- Dimanche 21 13°,5 N. 3 Couvert. 0 Couvert; pluie de 16 h. à 17 h. et après 8 h. it
- JUIN 1891. — SEMAINE DU LUNDI 15 AU DIMANCHE 21 JUIN 18S1
- Dimanche |
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- D
- t-
- La courbe supérieure indique la nébulosité de On 10; les (lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- l.e8 chutes de neige en mai. — On est toujours étonne, lorsqu’il survient une chute de neige en mai. Cependant le phénomène n’est pas aussi rare qu’on le croit. Notre confrère Ciel et Terre prétend qu’on l’observe, en moyenne, au moins une fois tous les quatre ans. 11 dit, à ce propos, que depuis soixante ans, il est tombé seize fois de la neige en mai à Bruxelles, aux dates et époques suivantes : en 1839, le 15, à 10 h.
- 20 m. du matin, un peu de neige ; en 1850, le 2, flocons de neige à
- 9 heures un quart du matin; en 1851, le 5, pluie mêlée de neige abondante à 1 heure du soir; en 1851, nuit du 5 au 6, pluie et neige; en 1853, le 8, neige abondante pendant toute la matinée; les toits en sont couverts; flocons de neige encore l’après-midi; en 1855, le 9, un peu avant midi,
- petite pluie avec neige fondante; en 1861, le 4, à midi un quart et à
- différentes reprises ensuite, pluie mêlée de neige; en 1867, le 23, à 2 h. 20 m. du soir, pluie mêlée de neige; on 1874, le 2, à 1 heure et demie du soir, pluie mêlée de neige; en 1876, le 13, à 8 heures du matin, pluie;
- à partir de 8 heures et demie, elle est mêlée de quelques flocons de neige ; à 9 heures, il ne tombe plus que de la neige ; en 1877, le 1", à 6 h. 15 m. du matin, rares flocons de neige fondante; en 1879, le 7, à 11 heures du matin, grains de neige; en 1885, le 11, à 10heures et demie et à 11 heures du matin, pluie mêlée de neige; en 1887, le 13, neige fondante de 7 h. 50 m. à 8 heures du matin; en 1887, le 21, neige fondante à midi; en 1891, le 17, un peu de neige, à diverses reprises, le matin et le soir. La neige, qu’on observe en mai, est le plus souvent de la neige mêlée à de la pluie. Une seule fois, en 1853, la neige a été assez abondante à Bruxelles pour blanchir les toits. Trois fois seulement, on a noté de la neige après le 15 ; la date extrême est le 23. Toutes ces chutes de neige ont eu lieu par vent d’entre nord-ouest et nord-est, et par température fort basse. Le 3 mai 1850, le thermomètre descendit à -+ 0°,8 ; le 3 mai 1874, à + 0°,9; le 5 mai 1877, à -f- 0°,2; le 9 mai 1879, à +• 0°,7. Il est intéressant de remarquer que les cas de neige en mai ont été aussi fréquents de 1873 à 1891, soit pendant dix-neuf ans seulement, que de 1833 a 1872, soit pendant quarante ans.
- PHASES DE LA LUNE : Néant.'
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- Supplément à « LA NATURE » du 4 juillet 1891 (7r 944)
- Publié sous la direction de M. GASTON T1SSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
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- IA SEMAINE
- La photographie et l’espionnage. — 11 y a quelques mois, deux Anglais de la meilleure société de Londres, MM. Edward Andreac et Charles Cooper, après avoir traversé la Belgique, résolurent de se rendre de la frontière française à Lyon, au moyen d’un petit bateau à très faible tirant d’eau, pourvu d’un moteur à pétrole. Les deux yachtmen étaient en même temps des amateurs passionnés de photographie. Munis d’une autorisation de navigation qui leur avait été délivrée par le Ministre des travaux publics, ils accomplirent sans encombre la première partie de leur voyage. Arrivés à Toul, leur embarcation nécessita quelques réparations; ils furent contraints de stationner là, beaucoup plus longtemps qu’ils ne l’avaient pensé, et se livrèrent avec ardeur à la photographie. Mais Toul est un camp retranché de premier ordre, à quelques kilomètres de la nouvelle frontière allemande ; les sentinelles sont vigilantes. Nos deux touristes ne tardèrent pas à être signalés comme espions, et, désormais, tout en les laissant continuer leur voyage, ordre fut donné de filer les deux étrangers et de ne plus les perdre de vue. A Flavigny-sur-Moselle, on les vit prendre des photographies.... c’est ce que l’on attendait. De Toul une dépêche est envoyée au Ministre de la guerre qui lui-même en lance une autre au parquet général de Nancy, avec demande d’ouverture d’une action judiciaire contre les deux étrangers. Le parquet du procureur de la République fut saisi de l’affaire par le procureur général, et un mandat d’amener lancé contre MM. Andreac et Cooper. Ceux-ci n’en continuaient pas moins très tranquillement à naviguer, et à photographier, avec la douce sérénité d’âme qui caractérise le touriste. Arrivés à Epinal, les deux Anglais descendent à l’hôtel de la Poste : ils reçoivent la visite du commissaire central qui fait une perquisition dans leur chambre, saisit appareils et clichés, et fait développer par un photographe expert les plaques impressionnées qui se trouvaient dans les châssis.
- Les relations des deux Anglais avec l’ambassadeur d’Angleterre, leur éducation, leur genre de vie, tout prouva qu’ils n’étaient nullement des espions; cependant les poursuites furent continuées, en vertu de la loi du 18 avril 1886.
- M. Victor Riston, docteur en droit, qui raconte cette curieuse histoire dans une très intéressante brochure, La photographie et l'espionnage devant ta loi, ajoute à ce récit : « Cette fameuse loi sur l’espionnage, combien de Français la connaissent-ils, alors qu’elle intéresse tous au premier chef? » L’article G de ladite loi s’exprime ainsi : « Celui qui, sans autorisation de l’autorité militaire ou maritime, aura exécuté des levés ou opérations de topographie dans un rayon d’un mvriamètre autour d’une place forte, d’un poste ou d’un établissement militaire ou maritime, à partir des ouvrages avancés, sera puni d’un emprisonnement de un mois à un an, et d’une amende de 100 à 1000 francs. »
- On fut indulgent pour les Anglais; en faisant la plus large application des circonstances atténuantes, ils furent condamnés
- à 1 franc d’amende et aux frais, mais ils auraient pu avoir une condamnation plus grave, et ils n’en ont pas moins en France un casier judiciaire î
- A toute histoire il faut une conclusion : nous en tirerons deux de l’étude de M. Riston : 1° la loi d’espionnage est nécessaire, mais ce qui est non moins nécessaire, c’est d’en assurer une application intelligente, et non tracassière pour le touriste; 2° nous dirons, d’autre part, au photographe amateur : « Méfiez-vous de la proximité des forts, et assurez-vous, quand vous voudrez opérer dans leur voisinage, des autorisations de l’autorité militaire ou maritime. » G. T.
- INFORMATIONS
- —%— Le Comité d’organisation du Congrès pour l’étude de la tuberculose ayant mis à l’ordre du jour de ses séances les questions de prophylaxie de la tuberculose et de l’hospitalisation des tuberculeux, réunira à la Faculté de médecine les appareils, projets, dessins, plans, maquettes, etc., se rapportant à ces questions. Les demandes d’admission avec les noms des auteurs et l’indication des objets doivent être adressés à M. le Ur L.-1I. Petit, 11, rue Monge, avant le 10 juillet 1801, dernier délai.
- —— Des expériences d’aérostation militaire ont eu lieu à Iléli-goland. Un détachement d’aérostiers venu de Berlin avec son parc s’est installé sur le plateau supérieur de l’île où il expérimente un service de signaux avec les navires de l’escadre.
- —M. Héron de Yillefosse a récemment annoncé à l’Académie des inscriptions, de la part de M. Lat'aye, professeur à la Faculté des lettres de Lyon, la découverte récemment faite près de Vienne (Isère) d’une très belle mosaïque représentant les saisons et les différents travaux champêtres se rapportant à chacune d’elles. C’est, dit M. Héron de Yillefosse, une sorte de calendrier figuré qui rappelle ceux qui décorent les portes de nos églises du moyen âge.
- —%— Dimanche dernier, un singulier accident est arrivé au Parc Monceau, à Paris. Au moment où la musique militaire se faisait entendre, un grand frêne est tombé sur les assistants dont la plupart ont pu, heureusement, s’échapper. Quelques personnes ont cependant été blessées. L’arbre avait extérieurement un très bon aspect, mais le tronc était pourri à l’intérieur.
- —— Une nouvelle application du phonographe vient d’avoir lieu aux Etats-Unis. Le colonel Gouraud a employé l’instrument aux dernières grandes manœuvres; il confiait des ordres au phonographe, et le remettait à un officier d’Etat-major qui le portait aux commandants. Ceux-ci entendaient directement les ordres qui ne risquaient point ainsi d’être inexactement rapportés.
- —Nous avons parlé récemment de la tombe de Dumont d’Urvillc qui exige des réparations. En envoyant sa souscription pour la restauration de ce tombeau, au cimetière Montparnasse, M. A. Kœcblin a rappelé à la Société de géographie qu’il y avait un autre monument funèbre qui doit être également cher à la société et qui est également délabré, celui de Victor Jacquemont. Lors de son séjour à Bombay, en 1855, M. Kœcldin a eu beaucoup de peine à trouver, enfoui qu’il était au milieu des herbes, le modeste monument, qui rappelait la date de la mort de cet illustre voyageur.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne le revolver pour cannes et vélocipèdes, s’adresser à M. A. Joubert, 26, rue du Pressoir, à Paris.
- Communications. — M. Martin, à Paris. —Vous attachez selon nous, beaucoup trop d’importance à la défaite, par les Anglais, de nos vélocipédistes. Les vélocipédistes anglais ont triomphé, et nous applaudissons à leur succès, mais ne croyez pas qu’il y ait là une différence appréciable de force physique ; nous avons en France une grande supériorité sur nos voisins, en ce qui concerne d’autres exercices. Nos professeurs d’escrime de l’Ecole de Joinville ont obtenu à Londres un succès complet dans leurs assauts contre des maîtres militaires anglais, et leur incontestable victoire a été reconnue par Iles Anglais eux-mêmes. Nous ajouterons en outre que les vélocipédistes anglais qui ont concouru sont des praticiens de profession, entraînés comme ne l’étaient pas les Français, qui étaient de simples amateurs.
- M. C. A. Philippin, à Neuchâtel, nous fait observer que, dans une récente Notice de M. Moëssard (n° 938), sur la mesure de la vitesse des astres dans la direction du rayon visuel, on lit que Sirius se rapproche à la vitesse de 11 kilomètres par seconde. Notre correspondant ajoute que, dans VAstronomie populaire de M. Flammarion, on lit (p. 486) que Sirius s’éloigne de 35 kilomètres par seconde. Nous répondrons à ce sujet ; c’est M. A. Cornu qui, dans son article de Y Annuaire du Bureau des longitudes {page D. 31) indique que Sirius, d’après les observations de Potsdam, se rapproche de 11 kilomètres et, d’après les observations de Greenwich, se rapprocherait de 23 kilomètres. Dans ces mesures si délicates et si nouvelles, il n’est pas étonnant que des divergences se soient produites entre les résultats de divers observateurs. Le résultat donné par M. Flammarion se rattache sans doute à la première période de tâtonnement de la méthode Fizeau.
- Renseignements. — M. de Gastel, à Nogent-le-Roy. — Les feux de la Saint-Jean sont des feux que l’on allume le jour de la fête de la Saint-Jean dans certains pays. Il est probable u’ils sont un vestige des coutumes païennes de l’adoration es éléments.
- Un abonné, à Paris. — La formule que nous avons indiquée peut également servir si l’on connaît la résistance intérieure de ia dynamo, dans le cas d’une machine série, et la résistance réduite du shunt et de la résistance intérieure dans le cas d’une machine shunt. Il est cependant plus simple de prendre la formule que vous mentionnez.
- L'abonné 2062, à Paris. — 1° Nous publierons prochainement ici une Notice sur la noix de Kola ; vous serez renseigné. — 2° Non. — 5° Nous avons donné la description des princi-aux types de transformateurs électriques actuellement employés ans les n°‘ 666, du 6 mars 1886; 896, du 2 août 1890; 840, du 6 juillet 1889.
- M. J. D., à Compiègne. — Les termes techniques, dont il est question, sont définis dans tous les traités élémentaires d’électricité.
- M. J. Fric, à Prague. — Le fil de quartz que nous avons fait connaître n’est pas un produit industriel ; il faut le préparer soi-mème. La méthode est indiquée dans l’article que nous avons consacré à ce sujet (n° 899, du 23 août 1890). /
- M. A. G., h Iléricourt. — Il y a dans vos remarques une simple coïncidence; rien n’est régulier dans la direction des orages.
- M. Delamare, à Paris. — Il n’existe pas de traité aussi général que vous le désirez; voyez cependant L'air comprimé, par M. J. Costa, à la librairie Baudry, 15, rue des Saints-Pères, à Paris.
- M. G. Gempp, à Lunel. — Nous ne croyons pas que la détermination, dont vous parlez, soit possible par l’analyse chimique. M. Picot, à Bordeaux. — Les marchands de timbres-poste
- pour collections à Paris sont trop nombreux pour que nous puissions vous donner ici leurs adresses ; voyez le Dictionnaire de Bottin,
- M. M. M., à Alais. — 1° Pour ce qui concerne le pulvérisateur cyclone, adressez-vous à M. P. Meyer, à Lille. — 2° Il n’existe pas d’appareil de ce genre.
- M. A. T., à Metz. — Appareils à gaz atmosphérique ou instantané : MM. Beau, 226, rue Saint-Denis; Boutet, 170, rue Saint-Antoine; L. Monier, 17, rue Condorcet, à Paris.
- Un abonné, à Vianna. — 1° Il s’agit d’un appareil permettant de préparer une petite quantité de glace. — 2° Société de la Carbonique française, 112, rue de Richelieu, à Paris.
- M. P. Tyr, à Saint-Etienne. — 1° La machine, pour la fabrication de la laine de bols, est construite par M. Arbey, 21, cours de Yincennes, à Paris. — 2° Pas d’adresse spéciale à vous indiquer.
- Un abonné, à Paris. — 1° La Commission ne s’est prononcée qu’après des essais de huit mois consécutifs. — 2° On n’a jugé que l’appareil présenté au concours. — 3° Vous êtes dans l’erreur. '
- M, J. Balta, à Villafranca. — Tous les graveurs sur bois. peuvent faire des diagrammes analogues à ceux de nos clichés) météorologiques ; les courbes sont gravées en creux directement sur les clichés de cuivre préparés à l’avance.
- M. L. Neulat, à Paris. — Vous trouverez la méthode de sténographie de M. Prévost-Delaunay chez M. Picard, libraire, 37, boulevard Saint-Michel, à Paris.
- M. G. L., à Reims. — Il n’existe pas d’ouvrage de ce genre;' voyez les articles que nous avons publiés sur l’éclairage électrique domestique par piles et accumulateurs? ~ ~~
- M. E. Mataigne, à Paris. — Il faut soumettre l’armoire, pour y détruire les insectes, à l’action de l’acide sulfureux ; il suffit de brûler du soufre dans une pièce où l’armoire sera enfermée.
- Un abonné, à Paris. — La pile, que vous citez, n’a pas encore été décrite par l’inventeur; nous attendons qu’il en fasse Connaître le principe.
- M. A. R., à Forges. — 1° Nous renseignerons prochainement nos lecteurs sur l’invention que vous mentionnez. — 2° Aucune expérience semblable n’a été faite à notre connaissance.
- — 3° Adressez votre lettre à l'Institution royale, à Londres.
- M. L. G., à Caudebec. — Vous trouverez des renseignements complets sur l’art de tourner dans Le Tourneur, par M. de Yalicourt (collection des manuels Roret, à la librairie encyclopédique, 12, rue Ilautefeuille, à Paris).
- M. G. Maresca, à Livorno. — Consultez le traité du Graveur, par MM. Perrot et Malepeyre, à même librairie.
- M. G. T., à Vitry. —Vous trouverez des vases en verre de-toutes dimensions chez tous les grands marchands de verrerie.
- M. J. Ferra, à Charly. — L’analyse chimique est absolument nécessaire. 1
- M. H. de P., a Paris. — Nous n’avons pas encore de renseignements précis sur l’installation que vous signalez.
- M. L. üeveccy, à Paris. — Il est probable qu’il va un défaut dans la ligne de votre sonnerie.
- M. H. G., à Toulouse. — Le fait de la phosphorescence du sucre est très connu. Quand on casse un morceau de sucre dans l’obscurité, il émet une lueur. Le phénomène n’est pas expliqué.
- Accusés de réception. —Avis divers : M. L. T., à Lorient. Nous vous remercions de votre communication ; mais nous vous avions déjà dit que le sujet nous paraissait un peu spécial pour La Nature.
- — 31. J. Gacquet, à Paris. 1° Le Dictionnaire de Bottin des départements vous donnera ces adresses; 2°oui. — M. Marchai, à Paris. Nous n’avons pas d'adresse plus complète que celle indiquée précédemment; nous pensons qu’elle suffit. — M. H. D., à Dunkerque. Nous ne connaissons pas d’autre produit que la pâte phosphorée. — M. G. C., à Lyon. Il n’y a rien de bien certain dans l’explication que vous nous donnez. — M. J. Gréban, à Branchon. Adressez-vous directement à M. Serpollet, 27, rue des Cloys, à Paris. — M. J. G., à D. La librairie Flammarion, 26, rue Racine, pourra vous répondre à ce sujet.— M. le comte Z. de C., à Florence; 31. Laporte, au Mans; M. E. Didot, à Lille ; M. E. Gurdjian, à Constantinople ; 31. F. Cha-puis, à Besançon. Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — 31. C. S-, à Sannois; 31. Delaurier, à Paris. Remerciements pour vos communications. — 31. A. Bieffel, à Forges. Aucune expérience de ce genre n’a encore été faite. — AL G. Gastineau, à Neauphle-le-Châtcau. Vous devez faire erreur : La Nature n’a pas parlé de ce sujet; tous nos regrets. — Un abonné, à Sarrance. Nous adressons votre lettre à l’auteur qui fera une petite rectification. Remerciements. — 31. Sydney, à Nanteuil. Veuillez vous adresser directement à l’auteur, à Tours. — M. F. Tkienpont, à Etichove. Nous ne croyons pas que cos travaux aient été publiés. — Ai. Nzéro, à Manyanga. Nous vous remercions pour vos intéressantes communications que nous utiliserons.
- Dam la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES’
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- . PETITES INVENTIONS1
- Le photo-alhum. — Après la jumelle photographique, le chapeau photographique, la cravate photographique, et tous les petits appareils de photographie instantanée, voici le photoalbum de M. Cadot. C’est une petite chambre qui se présente sous l’aspect d’un album (fig. 1), elle s’ouvre et se ferme
- comme un album. L’appareil est muni d’un objectif rectiligne, d’un obturateur rapide à guillotine placé entre les lentilles, d’un viseur rotatif unique, qui permet à l’opérateur d’apercevoir l’image, aussi bien lorsque la plaque est pla-cée en hauteur .qu’en largeur. Très léger, le châssis Fig. 1. — Le photo-album fermé. double à rideau, est
- ’j à fermeture auto-
- matiqueil présefttê'plusieurs avantages sur ceux en usagé, et particulièrement celui de ne jamais pouvoir S’ouvrir seul lorsqu’il est chargé- Voici comment on fait fonctionner l'appareil, Après avoir dégrafé le fermoir, on ouyre l’album. Dans1 ce mouvement, les deux branches métalliques qui consti-
- Fig. 2. — Le même, ouvert pour l’opération.
- tuent, avec les joues, le Cadre qui reçoit le châssis, se redressent et viennent se placer dans le prolongement l’une de l’autre. On achève de les redresser à la main, afin qu’elles soient bien agrafées. En appuyant sur le même bouton qui sert à accrocher le fermoir, la moitié de la tranche qui est de ce côté s’ouvre d’elle-même. On place le châssis en introduisant le bas d’abord et en appliquant le haut ensuite ; puis on referme la branche qui maintient le châssis. Pour fermer l’album, on soulève, avec l’index de chaque main, les petits ressorts placés dans le milieu des branches qui rentrent l’une dans l’autre de chaque côté de l’appareil, et l’on appuie le pouce sur l’articulation du milieu des branches pliantes. Ce petit appareil se trouve chez M. Cadot, 350, rue Saint-Jacques, à Paris.
- Nouveau système de bouchage et de débouchage
- des bouteilles. — Rien n’est plus facile que de déboucher une bouteille, grande ou petite, quand on a un tire-bouchon sous la main, un bon tire-bouchon s’entend. Il peut arriver pourtant que ce petit instrument, si ingénieux et si commode, ait été oublié ou égaré dans une partie de campagne, par exemple, en chemin de fer, etc. Force est alors d’avoir recours à des moyens violents et incommodes, il faut : ou enfoncer le bouchon en se faisant éclabousser, ou le détériorer et il en reste des morceaux dans la bouteille, ou bien encore casser le goulot au risque de se blesser avec les éclats de verre.
- MM. Legras et Cie, négociants en liqueurs à Bordeaux, ont inventé un système de bouchage ou plutôt de débouchage qui met les consommateurs à l’abri de ces petits inconvénients. Les quatre figures ci-contre expliquent clairement l’économie de leur système.
- (Fig. 1) Un fil de fer mince, galvanisé, très résistant, est passé dans le milieu du bquehon au quart de sa hauteur, les deux brins repliés ensuite. .......
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- (Fig. 2) On enfonce le bouchon à la main ou mécaniquement, les fils sont tordus et passés dans un capuchon métallique.
- (Fig. 3) La bouteille est capsulée, un anneau en fer passé dans les fils et ceux-ci venant se noyer dans une petite pièce en plomb.
- (Fig. 4) Le débouchage se fait en passant dans l’anneau une clé, un bout de bois ou de fer et en tirant comme avec un tire-
- Avant //
- Fig. 1. Bouchage. Fig. 2. Bouchée. Fig. 3. Capsulée. Fi g. i.—Débouchée.
- bouchon. On a ainsi un débouchage propre et commode, le! bouchon sort intact, c’est tout ce que demande le. consomma-! teur ordinaire. ‘ j
- Pour le fabricant dé liqueurs, le négociant en liquides, le svs-j terne Legras a de plus'Davantage de conserver intacte sa marque imprimée sur le bouchon et de le garantir des contrefacteurs par un plomb à sa marque. Y. Guédon. ..
- Lampe à arc E. Lœwenbrnck. — Le nombre des lampes à arc est déjà considérable; il est cependant intéressant de signaler les nouveaux modèles qui se produisent et qui peuvent amener des perfectionnements. M. E. Lœwenbruck, à; Maromme (Seine-Inférieure), nous a envoyé la description de lai lampe à arc qu’il construit, , ' !
- et qui offrirait un fonc- ,------:--*§<—--------------è
- tionnement régulier, ainsi qu’une construction simple et économique. Cette lampe se compose d’un support A pouvant basculer autour d’un axe O, et relié au noyau mobile B d’un solé-noïde S, d’un volant V pouvant tourner autour d’un axe XX', qui porte deux rouleaux M et M' sur lesquels s’enroulent les rubans des’' deux porte-charbons. Un frein F permet de limiter le mouvement de bascule du volant; un ressort antagoniste C sert pour le réglage. Au
- repos, les charbons sont au contact par suite du poids prédominant du charbon supérieur. Dès que le courant passe, le noyau B est attiré, et avec lui l’axe XX', les deux charbons s’écartent. En même temps, le volant Y vient buter contre le frein F jusqu’à ce que l’intensité du courant diminue. Par un réglage successif à l’aide du ressort C et du frein F on arrive à obtenir un arc très fixe.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Moyen de reconnaître les bonnes huiles d'olive. — M. R. Brullé a présenté, il y a déjà quelque temps, à l’Académie des sciences, un moyen permettant de reconnaître les bonnes huiles d’olive. Ce procédé est fondé sur l’emploi du nitrate d’argent dissous dans la proportion de 25 pour 100 dans de l’alcool éthylique à 00°. On opère de la façon suivante : Dans un tube; à essai, on verse 10 centimètres cubes de l’huile à essayer, avec 5 centimètres cubes de la solution alcoolique de nitrate d’argent, et on laisse environ une demi-heure au bain-marie, puis on observe la teinte des huiles : 1° l’huile d’olive pure conserve sa transparence et prend une teinte d’un beau vert pré ; 2° l’arachide pure prend une teinte brun-rougeâtre ; 3° le sésame prend la coloration du rhum très foncé en couleur; 4° le colza devient noir, puis vert sale; 5° le lin prend une teinte rougeâtre foncée ; 0° le coton devient noir ; 7° l’œillette devient noir-verdâtre; 8° la cameline devient noire; au jour, en inclinant le tube, elle présente une teinte rouge brique.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Conservation des plumes d’acier. — On a employé diverses méthodes pour garantir les plumes métalliques de la corrosion par les encres à base de tanin : les essuie-plumes, le lavage à l’eau, la grenaille de plomb fine humectée, etc.; mais ces moyens sont peu efficaces. On a proposé à cet eflet l’emploi de la pomme de terre dans laquelle on pique la plume après chaque emploi. Le suc alcalin de ce tubercule neutraliserait 1 acidité de l’encre adhérente à la plume et assurerait une conservation plus sûre et plus durable que par les autres procédés.
- Piqûres d’abeilles. — Le BiStfpfleger du Wurtemberg indique comme un excellent spécifique pour le traitement des piqûres d’abeilles le suc des alliacés, oignon, poireau, etc. Il aurait la vertu d’enlever instantanément la douleur et d’éviter complètement l’enflure. Ce moyen si simple est du nombre des
- remèdes qui ont au moins une qualité, c’est qu’on peut les essayer sans craindre qu’il en résulte une complication quelconque.
- Inscriptions sur verre. — Voici, d’après M. A. Daum, une nouvelle formule, traduite du Sprechsaal, pour obtenir sur verre des inscriptions mates : Faites dissoudre dans 500 grammes d’eau, environ 56 grammes de fluorure de sodium et 7 grammes de sulfate de potasse. D’autre part faites dissoudre dans 500 grammes d’eau 14 grammes de chlorure de zinc et ajoutez à la solution 65 grammes d’acide chlorhydrique. Lorsque vous voulez faire usage de ces deux solutions, mélangez-les en parties égales, et appliquez le mélange sur le verre, soit à la plume, soit au pinceau. Après une demi-heure, l’inscription tracée est mate.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- * OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN thermomètre VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 22 juin 14°,5 N. E. 2 Couvert. 0,5 Couv. le m.; nuag. ens. jusq. 19 h., puis beau.
- Mardi 23 16% 7 N. E. 2 Beau. 0,0 Quelq. nuages jusq. 9 11.; nuag. ens.; qq. coups de tonn. dans la soirée.
- Mercredi 24 19%1 E. S. E. 2 Nuageux. 0,0 Nuag. le m., tr. nuag. le s.; tonn. à 14 h. 1/2 et 15 h. avec gouttes.
- Jeudi 25.. ...... 19*,7 S. E. 1 Couvert. 0,0 Presq. couv. jusq. 19 h., beau ens.; qq. éclairs dans soirée.
- Vendredi 26 18%2 S. S. W. 1 P. nuageux. 0,0 Peu nuag. le m., tr. nuag. le s.; gouttes à 18 h. 20.
- Samedi 27 16% 8 W. N. W. 2 Couvert. 9,8 Couv. jusq. 9 h.; nuag. ens. jusq. 19 h.; beau ap.; tonn. à 4 h. et 9 b.
- Dimanche 28 17%6 S. 0. Nuageux. 0,0 Peu nuag.-jusq. 14 h., beau ens.; atmosp. très claire.
- JUIN 1891. — SEMAINE DD LUNDI 2? AD DIMANCHE 28 JUIN 1891
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche |
- n/
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boute sèche : courbe en pointillé, theimomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages et coups de foudre. — Une série d’orages ont eu lieu dans plusieurs villes où ils ont causé de nombreux dégâts.
- Le 24 juin, vers 3 trois heures de l’après-midi, un orage a éclaté à Cahors et aux environs. Le tonnerre, la pluie et la grêle ont duré pendant plusieurs heures. De tous côtés on a signalé des dommages considérables. A Puy-l’Evêque, un ' mur de la caserne de gendarmerie s’est écroulé ; une autre maison, située sur le bord du Lot, s’est également écroulée; tout le mobilier et les marchandises ont été jetés dans la rivière, la voie du chemin de fer a été enlevée. A Moulin-llaut et au-dessous de Castelfrane, un éboulement considérable s’est produit; la marche des trains sur la ligne de Cahors à Libos a été interrompue. A Lalbenque, deux bœufs ont été foudroyés. — Le même jour, vers 5 heures de l’après-midi, une trombe d’eau, accompagnée de coups de tonnerre, s'est abattue sur Périgueux. En quelques instants la plupart des rues ont
- été inondées, et la circulation a été interrompue pendant une demi-heure.
- La foudre est tombée aussi en de nombreux endroits, et a produit quelques accidents. — A Steenwerck (Nord), la foudre est tombée sur une ferme pendant la nuit du 23 au 24 juin. La fei me a été complètement détruite. — Le 23 juin, dans la matinée, un vigneron du hameau de Champcol, à Selles-sur-Cher, âgé de quatre-vingt-deux ans, a été tué par la foudre au moment où il sortait de sa maison. — Pendant un orage, qui a éclaté sur Baugy, le 25 juin, la foudre est tombée sur une écurie, tuant deux chevaux d’ofliciers. Deux soldats, qui se trouvaient près d’eux, ont eu leurs vêtements brûlés et ont été relevés évanouis. La foudre est tombée également sur une ferme, et a tué une vache. — Un violent orage a également éclaté à Belfort le 25 juin ; au cours de cet orage, la foudre est tombée sur une maison du faubourg des Vosges et a tout renversé sur son passage, meubles, vaisselle, etc., mais n’a causé aucun accident sérieux.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 22, à 5 h. 21 m. du matin. D. Q. le 28, à 11 h. 25 m. du soir.
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- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Ghâteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
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- LÀ SEMAINE
- L’oiseau mécanique de M. Ader. — Il y a line quinzaine de jours, plusieurs de nos journaux politiques les plus répandus ont annoncé que M. Clément Ader, le savant et sympathique ingénieur-électricien, avait construit un merveilleux appareil d’aviation qui allait apporter dans le domaine de la science la découverte tant cherchée de la navigation aérienne. On a affirmé que l’on avait vu, dans une propriété des environs de Paris, M. Ader s’élever dans un oiseau mécanique, muni d’un puissant propulseur; et depuis, la nouvelle continue de courir le monde, quelque peu amplifiée par les échos. Nous avons voulu savoir ce qu’il y avait de vrai dans ces récits, et nous avons été voir M. Clément Ader, dont nous avons jadis décrit le téléphone et les rails sans fin.
- A notre regret, il ne nous a pas été possible de recueillir les renseignements précis que nous aurions désiré. M. Ader nous a affirmé que le récit de l’expérience annoncée par les journaux était fort exagéré, mais que le fait de la construction d’un appareil d’aviation était vrai. L’ingénieux physicien affirme avoir trouvé un appareil d’aviation pratique; il se refuse à donner la description du moteur qui l’anime, et il n’a pas l’intention de le soumettre à de nouveaux essais, quant à présent. M. Clément Ader, sur nos interrogations pressantes, nous a dit qu’il avait fait, en réalité, une expérience décisive. Son oiseau mécanique, construit à la suite de dix années d’expériences et de travaux, a la forme d’une grande chauve-souris aux ailes étendues. L’appareil est construit en bois creux et en soie; quand les ailes sont étendues, elles ont 16 mètres d’envergure. Le corps de l’animal est creux et abrite l’aviateur avec le moteur. Ce moteur, très léger et très puissant, fait agir une hélice qui imprime le mouvement à l’appareil. Les ailes ne battent pas et restent étendues. Quand l’hehce commence à fonctionner, l’oiseau mécanique, monté sur des roues ou des patins, court sur un terrain uni, avec une assez grande vitesse, puis peu à peu il trouve son point d’appui dans l’air, et il arrive à se soulever du sol et à continuer son ascension. Voilà ce que nous a raconté M. Ader. — Mais, avons-nous demandé, à quelle hauteur l’appareil peut-il s’élever?— IciM. Ader ne donne pas de renseignements précis; comme nous insistions cependant, l’inventeur nous a dit qu’il s’élevait à une faible hauteur, et, pour nous donner une idée de l’élévation, il étendait sa main à 50 centimètres ou 1 mètre au-dessus du sol. — L’appareil fonctionne-t-il pendant un temps d’une durée appréciable? — M. Ader nous a répondu que ce temps était court, mais qu’il se proposait de confectionner un appareil qui s’élèverait plus haut et fonctionnerait pendant une durée plus considérable. L’inventeur se propose de monter son oiseau mécanique et de le faire voir, non pas au public, mais à des hommes de science et à des amis; il a ajouté qu’il le montrerait à l’état inerte, qu’il n’avait pas le projet de le faire fonctionner, qu’il avait dépensé des sommes considérables pour ses études et qu’il lui fallait des capitaux pour continuer et développer ses constructions.
- M. Ader est trop bon physicien pour ne pas savoir que, dans le domaine de la science expérimentale, les démonstrations doivent se faire par l’expérience ; les hommes de science comme les capitalistes la lui demanderont tous, et quelque bonne opinion que nous puissions avoir du mérite de l’inventeur, c’est de l’expérience seule, quand il nous sera donné de la voir, que nous tirerons notre jugement. G. T.
- INFORMATIONS
- —— La station de zoologie marine d’Endoume, à Marseille, dont nous avons fait la description dans notre numéro du 22 novembre dernier, et qui est en plein fonctionnement depuis plusieurs mois, est ouverte au public tous les dimanches après midi depuis le 17 mai. Les aquariums sont alimentés d’une façon continue par une machine à gaz actionnant une pompe aspirante et foulante. L’eau de mer, prise au fond de la calanque des cuivres, est refoulée jusqu’au sommet de la tour annexée à l’établissement et contenant six réservoirs, d’où l’eau est distribuée aux aquariums, après avoir passé dans des tubes capillaires, de façon à déterminer des bulles d’air qui constituent l’aération des bacs. La nourriture des poissons déposés dans les aquariums consiste en petits crustacés pris à la côte. Les naturalistes du laboratoire continuent leurs études sur la faune marine et sur les moyens de repeupler le golfe de Marseille.
- — On a fait à Washington, vers la fin du mois de juin, des essais dans le but de produire de la pluie artificiellement au moyen de ballons faisant éclater dans les régions élevées de l’air des bombes explosibles. Les observateurs disent qu’il a plu dans la soirée après les explosions; mais nous croyons bien qu’il aurait plu sans les explosions. Il ne nous semble pas qu’il y ait rien à attendre d’un procédé dont le mode d’action est d’une faiblesse dérisoire si on le compare aux phénomènes naturels.
- —D’immenses bandes de sauterelles ont passé, il y a quelques semaines, sur Hazaree-Bagh et sur Chola-Nagpore, province du Bengale dans les Indes anglaises. Cette dernière ville a été plongée dans une demi-obscurité. Les sauterelles se sont abattues dans tout le district. Les pertes sont considérables.
- —îjs— On a pu voir, à l’Exposition navale de Londres, une lampe électrique colossale, construite par l’amirauté; elle a une intensité lumineuse de 5 000 000 de bougies et est placée dans un modèle de phare, à 56 mètres au-dessus du sol.
- —— La fabrique de poudre de Hoersholm (île de Seeland, Danemark), a fait explosion la semaine dernière. Le directeur a été légèrement blessé ; plusieurs ouvriers ont été tués.
- —— On a récemment découvert, dans l’Etat de Minas Geraes (Brésil), une miné de mercure excessivement riche, située dans la réo-ion de Tripuhy, à 4 kilomètres de distance de cette ville. C’est la première mine de mercure découverte au Brésil.
- —En novembre prochain, s’ouvrira au Palais de Cristal, à Londres, une Exposition internationale d’électricité, dont la durée sera de plusieurs mois. Cette Exposition, projetée à la suite des succès qu’obtinrent celles de Vienne et de Paris, sera installée dans les mêmes conditions. Les objets exposés seront reçus du 12 octobre au 3 novembre et toutes les installations devront être complètement terminées pour le 6 novembre.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La pile de M. de Lalande se trouve chez M. de Branville, constructeur, 25, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, à Paris.
- Communications. — M. le marquis de Camarasa, au château de Carresse (Basses-Pyrénées), nous envoie une étude lon-ue et détaillée sur les effets des pressions transmises à l’intérieur es liquides. Cette étude est accompagnée des résultats d’un grand nombre d’expériences fort intéressantes. Nous en résumerons -ici les principaux points. D’une manière générale ces expériences ont consisté à disposer des récipients cylindriques en verre ou en Ter-blanc, vides ou remplis d’eau, et à les frapper par des balles de fusil. Dans chaque cas les effets observés ont été consignés exactement. La carabine employée est une carabine Winchester d’un calibre de 6 millimètres ; la balle, cylindro-conique, est en plomb et a un poids de 2er,75. Si l’on fait feu sur une bouteille en verre vide, placée sur un tabouret, elle se brise en morceaux assez grands. Si la bouteille est pleine d’eau, le verre est réduit en petits fragments qui sont projetés à plusieurs mètres de distance. Dans le cas des boîtes en fer-blanc, on peut examiner les effets du tir horizontal et les effets du tir vertical. Avec le premier tir, si la boîte en fer-blanc est vide, la balle fait deux trous, un d’entrée et l’autre de sortie, mais la boîte ne subit aucune déformation. Si au contraire, elle est pleine d’eau, il se produit un grand nombre de déchirures, par lesquelles l’eau s’échappe en abondance. Si le tir a lieu verticalement, la boîte de fer-blanc se distend vers son centre, et prend la forme d’un tonneau Les mêmes expériences, effectuées sur des ballons ou des vessies, ont donné des résultats analogues. Notre correspondant indique le moyen d’utiliser ces effets : si l’on interpose, dit-il, une feuille de plomb entre le fond de la boîte en fer-blanc, et une pièce de monnaie ou une médaille placée sur un corps dur, on obtient sur le plomb une reproduction en creux très nette de l’objet par l’effet de la pression exercée, quand la balle vient frapper horizontalement la boîte. Gomme, conclusions de ses nombreuses expériences, l’auteur indique divers procédés qui pourraient être mis à profit pour essayer les qualités des différents armes par les pressions exercées. Ces expériences, que nous ne pouvons que résumer ici, sont très curieuses, et offrent parfois des résultats inattendus ; nous félicitons l’auteur d’avoir mené à bonne fin un aussi long travail.
- M. Camille Flammarion nous écrit de son observatoire de Juvisy : « Les divergences que vous signalez dans les mesures du mouvement de Sirius (Boîte aux lettres du 4 juillet 1891) ne sont pas seulement dues aux méthodes d’observations encore fort imparfaites pour des appréciations aussi difficiles et aussi délicates, mais aussi à ce fait que Sirius est une étoile double et, qu’en réalité, après s’être éloignée de la Terre, elle s’en est rapprochée par suite de son mouvement orbital. »
- M. Haton de la Goupillière, à Paris, nous adresse son remarquable Mémoire sur la durée de l’évaporation dans les générateurs non alimentés. On sait que l’une des causes les plus fréquentes d’explosion des générateurs est l’abaissement de l’eau au-dessous d un certain niveau, si le foyer cesse d’être alimenté. On peut chercher à déterminer la plus ou moins grande rapidité de cet abaissement. Le problème avait déjà été traité par M. Guchez, ingénieur au corps des mines de Belgique pour ce qui concerne un corps cylindrique horizontal. M. Haton de la Goupillière a repris le sujet en l’étendant à des formes quelconques de chaudières et en le complétant sur de nombreux points.
- M. R. L., à Saint-Pétersbourg, nous envoie la description d’un arc-en-ciel double, qu’il a observé le 8 juin, à 8 heures du soir. Le phénomène de l’arc-en-ciel double est assez fréquent.
- M. E. R., à Alençon, à propos de la couveuse artificielle que nous avons mentionnée dans la Boîte aux lettres du n° 942, du 20 juin 1891, nous écrit qu’il a construit, l’année dernière, un appareil analogue. Il emploie un vase à air d’une capacité assez
- grande, et le liquide chassé ou aspiré est un mélange d’eau et de glycérine. Le chauffage se fait par thermosiphon. La température obtenue est toujours voisine de 40°.
- Renseignements. — M. H. P., à Gevrey. — Le mélange, dont vous indiquez la composition, constituerait certainement un explosif dangereux; mais il faudrait savoir s’il est facile à préparer.
- M. Dameric, à Montevideo. — Il n’existe pas de brochure spéciale sur l’emploi de ces appareils; leurs principes et leurs usages sont décrits dans les différents traités de physique.
- M. L. Bertrand, à Nîmes. — Pour nettoyer les vieilles armes, prenez de la terre pourrie humectée d’huile; la terre pourrie se trouve chez les marchands de couleurs.
- M. E. de Blic, à Grasse. — Nous vous conseillons de préférence les piles au bichromate avec moteur Trouvé.
- M. B. È., à Paris. — 1° Vous trouverez plusieurs ouvrages élémentaires d’électricité à la librairie Michelet, quai des Grands-Augustins. — 2° Pas de société de ce genre.
- M. F. Couland, à Bergerac. — L’abonné qui a écrit, a signé simplement sa lettre Un lecteur, à X. Nous n’avons pas son adresse.
- M. A. Eymard, à Grenoble. — Vous aurez du zinc allié au mercure aux Mines de la Vieille-Montagne, 19, rue Richer; ou chez MM. Bidault et Gruel, 17, rue Lakanal, à Paris.
- M. E. Roux, à Bordeaux. — Vous trouverez des renseignements sur la photographie pratique dans le n° 877, du 22 mars 1890, p. 250; n° 894, du 19 juillet 1890, p. 107; n° 926, du 28 février 1891, p. 195.
- M. H. Bally, à Paris. — Le manuel : Distillation des vins, marcs, fruits, etc., par F. Malepeyre, de la collection Roret, vous conviendra.
- M. Lottin-Sagnier, à Abbeville. — La manière de calculer le chemin parcouru par une bicyclette, connaissant le nombre de tours de pédale par minute, a été indiquée dans la 622e Boîte aux lettres \n° 950, du 28 mars 1891).
- Questions. — N° 1313. — M. E. Fournol, à Breteml, nous écrit : « Les numéros de votre journal sont pliés pour le transport par la poste. Ils conservent la marque du pli quand on les réunit en volumes. Vous me rendriez un grand service et probablement aussi à beaucoup de vos lecteurs en indiquant le meilleur moyen à employer pour faire disparaître les traces du pliage. »
- Accusés de réception. — Avis divers : M. J. Pirmez, à Châtelineau. Nous avons essayé de faire votre expérience; mais nous ne trouvons pas que les résultats obtenus soient bien nets. — M. J. C. R., à Montevideo. Photographies de Paris et de l’Exposition de 1889 : MM. Neurdein frères, éditeurs de photographie, 52, avenue de Breteuil, à Paris. — M. J Jessé, à Maastricht. Machines à faire la glace en blocs : MM. Mignon et Rouart, boulevard Richard-Lenoir, à Paris. — Un abonné, à Neuilly. Par ce procédé, on ne peut vérifier l’impression; c’est un grave inconvénient. — M. L. Gaumont, à Paris. Nous regrettons de ne pas connaître le nom du fabricant. — M. T., à Rome. Il n’existe pas de produit semblable à celui que vous demandez. — Un abonné, à Genève. S’adresser directement aux constructeurs de turbines et de dynamos. — L’abonné 692, à Valence. Pas d’autre ouvrage à vous indiquer. — M. P. A. Colombo, à Montevideo. Nous ne pouvons ajouter d’autres renseignements à ceux que nous avons déjà publiés. — M. P. De-langle, à Quintin. Pour vous répondre, il faudrait faire des recherches que nous ne saurions entreprendre. Tous nos regrets. — M. P. Baudot, à Paris. Sels dénaturés : Comptoir de vente des sels de l’Est, Daguin et Cie, 44, rue Château-Landou. — M. J. J. Graf, à Guebwiller. Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — Un abonné, à Paris. Société des accumulateurs Tudor, porte d’Arras, à Lille. — M. Pierre, à Mâcon; M. P. R., à Pau. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. E. Smith, à Michigan. Nous ferons une rectification dans l’Erratum. — M. E. Clulier, à Valence. Le moyen de reporter sur verre une gravure imprimée est donné dans le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. E. Mach, à Lausanne. Nous ne croyons pas que d’autres recherches aient été effectuées à ce sujet. — M. A. Rieffel, à Forges-Ics-Bains. Consultez le Formulaire pratique de l’électricien (G. Masson, éditeur), à l’article : Influence de la température sur l’aimantation, p. 216. —
- M. Thers, à Nice. 1° M. Deyrolle, naturaliste, 46, rue du Bac, à Paris; 2° aucun inconvénient. — M. V. O-, à X... (République argentine). Nous ne pensons pas que le procédé dont il est question soit appliqué industriellement, — M. A. B., à Bruxelles. Auressez-vous directement à la maison Lumière, à Lyon. — M. R. Delaborde, à Paris. M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire ; ou M. H. Serrin, 13, boulevard du Temple. — M. Ilervieu, à Paris. S'adresser au maire de la localité. — M. Guillon, à Nantes. L’action de l’amidon sur l’iode est bien connue ; remerciements. — Un abonné, à Paris, La pile dont vous parlez, après renseignements pris, n’offre pas l’importance qu’on lui attribue.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- LA. PHYSIQUE DE L’ÉCOLIER
- Le télégraphe Morse. — Nous allons faire connaître, en vue de l’enseignement dans les écoles primaires, le moyen de construire de petits appareils destinés à faire comprendre des principes de physique intéressants. Nous commencerons par le télégraphe Morse.
- Manipulateur. — Sur une planchette de 15 centimètres environ de longueur sur 8 de largeur, on dispose un morceau de gros fil de fer (2 à 3 millimètres de diamètre) plié comme l’indique la figure. L’extrémité C (fig. 1) s’enfonce dans la planchette, elle est rabattue au marteau par-dessous ; en B le fil est courbé en une spirale à un ou deux tours pour faire ressort; l’extrémité A est engagée dans un bouchon de liège qui forme poignée. Au-dessous est placée une vis à large tête ; un intervalle de 2 à 3 millimètres est laissé entre la vis et le fil. En appuyant sur la poignée on fait toucher le fil à la vis. Dès qu’on cesse de presser, le fil s’éloigne.
- Récepteur. — Un petit électro-aimant (fig. 2) est fixé au milieu d’une planchette de 25 centimètres de longueur sur 8 à 10 de largeur. Il est fait d’un morceau de gros fil de fer, ou d’un faisceau de fil de fer fin courbé suivant la forme ordinaire ; du fil conducteur est enroulé sur les deux branches; trois à cinq rangs suffisent, ce qui représente une longueur d’environ 10 à 12 mètres de fil. L’électro-aimant est assujetti au moyen d’une petite réglette en bois qu’une vis pénétrant dans la planchette serre contre les bobines. À l’électro-aimant est présenté line tige rectiligne de fer (gros fil de 2 à 3 millimètres de diamètre) qui s’enfonce par l’un des bouts dans un bouchon de
- Fig. 1, 2, 3 et 4. — Télégraphe Morse facile à construire.
- liège vissé sur la planchette. En M, c’est-à-dire près du point de fixation, la tige est amincie à la lime et réduite à une lame élastique de moins d’un demi-millimètre d’épaisseur. Cette partie est destinée à former ressort. L’autre bout de la tige est muni d’un morceau de liège taillé en parallélépipède et portant un crayon noir tendre (crayon à dessin). Devant le crayon est fixé, sur la planchette, un bouchon de liège.
- Fonctionnement. — On joint par des fils conducteurs l’un des
- Soles de la pile à la vis du manipulateur et l’autre pôle à l’une es extrémités du tilde l’électro-aimant(fig. 3); la partie de la tige du manipulateur située au-dessous du ressort au dixième fil de l’électro-aimant. On règle en agissant sur les vis de fixation la position des organes du récepteur, tige de fer, crayon, électroaimant, de manière que la tige ne soit qu’à 1 ou 2 millimètres de l’électro-aimant et que, quand elle vient en contact avec ce dernier, le crayon appuie sur le bouchon placé en regard. On passe entre le crayon et le bouchon une bandelette de papier. Si l’on presse la poignée du manipulateur, l’électro-aimant attire la tige, le crayon appuie sur la bande de papier et y produit un point si la bande est immobile, un trait si elle est en mouvement (fig. 4). On déplace à la main la bande d’un mouvement lent et régulier; par une série de contacts au manipulateur, les uns courts, les autres longs, on obtient sur la bande une série de traits et de points, comme dans le télégraphe Morse ordinaire. Une petite pile au bichromate de potasse, construite avec un verre à boire, du vieux zinc et un morceau de charbon de cornue demandé à une usine à gaz suffit pour alimenter l’instrument. (On amincit la partie ressort de la tige du récepteur jusqu’à ce qu’elle cède facilement sous l’action de l’élec-tro-aimant.) On a compris que le fil de fer du manipulateur forme levier et ressort, le fil du récepteur levier, ressort et armature, que le mouvement d’horlogerie ordinaire est remplacé par le déplacement à la main de la bande de papier.
- Le pyromètre à cadran. — On forme avec du gros fil de fer (2 millimètres de diamètre environ) un support trian-
- Fig. 1. — Fabrication du support.
- gulaire allongé (8 à 10 centimètres de base et 25 à 30 de hauteur). On se sert d’une seule longueur de fil que l’on recourbe successivement suivant les extrémités des pieds et les sommets du triangle (fig. 1). On laisse à l’un des angles le pied se poursuivre par une longueur rectiligne de fil d’environ 20 centimètres. On passe sur la base un tube de verre de 3 à 4 centimètres de longueur portant un disque de liège à l’un de ses bouts.
- On réunit les deux fils parallèles formant les pieds, vers le haut, par une ligature de fil de fer fin. Au sommet du triangle, on fixe l’extrémité d’un morceau de fil de fer ou de cuivre fin (trois quarts de millimètre à 1 millimètre de diamètre) aboutissant à l’autre bout vers la base; on le prolonge là par du gros fil à coudre que l’on enroule une fois sur le tube de verre et à l’extrémité libre on suspend un corps lourd, caillou à défaut d’autre poids. Dans le disque de liège on plante, suivant un rayon, un morceau de fil de fer bien dressé, ou mieux une aiguille de bas.
- On agit sur le disque de liège, de manière à diriger l’aiguille parallèlement au fil vertical Fig. 2. du support. L’appareil étant ainsi disposé, on chauffe le fil tendu avec une lampe à alcool, une bougie ou un brûleur à gaz : on voit l’aiguille tourner, la tige du support sert de repère (fig. 2). L’écart devient de plus en plus sensible. Il est naturellement d’autant plus accusé que la source calorifique employée est plus intense et la longueur de fil chauffée plus grande ; il peut atteindre l’angle droit. Par le refroidissement l’aiguille revient à sa position primitive.
- -Vued’ensemble du pyromètre.
- Principe de la machine à vapeur. — On peut mettre en évidence la possibilité de la production d’un mouvement de va-et-vient avec la vapeur d’eau, au moyen de l’expérience suivante. Dans un tube d’essai, on introduit un peu d’eau; on découpe dans une tranche de pomme de terre de 10 à 15 millimètres d’épaisseur (fig. 1), et avec le tube lui-même fonctionnant comme emporte-pièce, une rondelle destinée à former piston(fig.2).On porte l’eau à l’é-bullition; on ferme le tube avec la rondelle et on laisse refroidir (fig. 3).
- La rondelle descend sous l'influence de la
- pression atmosphérique et arrive jusqu’au fond, si, par une ébullition de quelques minutes, tout l’air a été chassé et remplacé par la vapeur. Si l’on chauffe, la rondelle remonte ; un nouveau refroidissement la fait redescendre et ainsi de suite ; par des alternatives de chauffage et de refroidissement, on communique à la rondelle un mouvement de va-et-vient. On accélère le refroidissement et, par suite, la descente de la rondelle en plongeant le tube dans de l’eau froide. Simiano*,'
- Directeur de l’École normale de Bonneville. Licencié ès science*:
- Principe de la machine à vapeur.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement de l’orgelet. — L’orgelet ou compère-loriot n’est autre qu’une inflammation d’une des glandes du bord libre de la paupière, c’est une sorte de petit furoncle, d’abcès.
- Au début, quand se produit la démangeaison, l’irritation du bord de la paupière avec le point rouge, premier embryon de l’orgelet, il faut appliquer sur l’œil des compresses trein-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- pées dans la solution suivante aussi chaude que possible.
- Acide borique......................... 15 grammes
- Eau distillée.........................400 —
- Ap rès quelques heures, faire un lavage soigneux des bords des paupières avec cette même solution, au moyen d’un tampon d’ouate hydrophile. Pendant la nuit, compresses boriquécs ou cataplasme de fécule de pommes de terre préparée à l’eau boriquée.
- Dès que l’orgelet est mûr, qu’il survient un point blanc, de l'amollissement au centre, inciser avec une fine lancette bien aseptique (parle flambage sur une flamme de lampe à alcool), et lotionner avec une solution de sublimé au 5000e.
- Se méfier des onguents ou pommades dits abortifs qui ne font qu’aggraver le mal au détriment de l’irritation de la conjonctive ou des parties constituantes de l’œil.
- La poudre de pistoia. — Les goutteux connaissent tous, au moins de nom, ce remède secret qui se vend dans une maison religieuse d’Italie. Suivant les uns, c’est un remède sans rival; pour d’autres, il ne fait ni mieux ni plus mal que bien des médicaments réputés antigoutteux; pour certains encore, il ne vaut rien du tout. Nous nous garderons de nous prononcer sur ce point. Il nous suffit de faire connaître la composition approximative de cette fameuse panacée, d’après une analyse récente.
- Bulbes de colchique Racine de bryone..
- Bétoine...........
- Gentiane..........
- Camomille ....
- 20 grammes 10 —
- 50 —
- 10 —
- 10 —
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- observations A 7 HEURES DU MATIN thermomètre DIRECTION ET FORGE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUfE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 29 juin 18”,6 E. N. E. 2 Couvert. 0 Couv. de 5 h. à 15h.; tr. nuag. av. etap.; beau ap. 21 h. ; orag.à5h,18-30m., à 8h.-9h.30,àl4h.20-15h.20etmin.
- Mardi 30 18°,3 S. W. 2 Nuageux. 5,6 Nuag., écl. à TE. et au S. à 23 h.; halo.
- Mercredi 1" juillet.. 20°,1 E. 0 Nuageux. 18,2 Nuag.; fort orage de 2 h. 30 à 4 h. 30; éclairs le s.; halo.
- Jeudi 2 16°,1 S. W. 0 Nuageux. 0 Nuag.; pluie à 23 h. 50; halo.
- Vendredi 3 16°,8 S. W. 2 Couvert. 13,1 Couv. jusq. 11 h.; très nuageux ens.; pluie jusq. 6 h.
- Samedi 4 16°,1 W. 2 Très nuageux. 0 Nuageux.
- Dimanche 5 14°,6 N. E. 1 Très nuageux. 0 Nuageux jusq. 11 h., couv. ensuite; gouttes la soirée.
- JUIN-JUILLET 1891. — SEMAINE DU LUNDI 29 JUIN AU DIMANCHE 5 JUILLET 1891
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)\ courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre dans les Basses-Pyrénées. — M“* T.... nous écrit des Eaux-Chaudes qu’une secousse de tremblement de terre a été ressentie dans cette localité le dimanche 28, à 7h,40" du soir. « Le ciel était limpide et bleu; tout à coup, nous écrit notre lectrice, nous entendons un fort et long roulement, analogue au bruit du tonnerre, puis nous avons ressenti une secousse qui allait du nord au sud ; les fenêtres ont été ébranlées, les lits ont remué ; au-dessus de nos tètes nous avons entendu, à l’étage supérieur, les meubles se déplacer légèrement. Il m’a semblé que la chambre où je me trouvais penchait d’un côté, et j’ai éprouvé à ce moment une sensation douloureuse. Nos voisins ont observé les mêmes phénomènes; la secousse a été ressentie à Laruns et dans les environs. Le tremblement de terre a été de très courte durée. Il
- paraît que pareil fait s’est manifesté il y a deux ans à peu près dans les mêmes localités. »
- Tremblement de terre aux îles Lipari. — Le directeur de l’Observatoire des Stromboli, d’une des îles Lipari, a fait savoir que les appareils sismographiques ont signalé, mardi soir 30 juin, à 6b,45“, un tremblement de terre suivi de deux très fortes éruptions volcaniques.
- Orages en Belgique. — De violents orages ont sévi toute la journée du mardi 1" juillet à Bruxelles et dans les environs; ces orages ont apporté une grande perturbation dans les communications téléphoniques et télégraphiques. Un orage, d’une intensité rare, accompagné d’une pluie diluvienne et de grêlons, a interrompu toutes les communications. La Chambre a dû suspendre sa séance à Bruxelles vu la chaleur accablante.
- PHASES DE LA LUNE : Néant.
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- ! Supplément à « LA NATURE » du 18 juillet 189 / (n 946)
- * Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
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- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DD JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- A propos de la Fête nationale du 14 Juillet.— Tout peut être sujet d’étude, de recherches et d’observations pour le curieux. En songeant à l’incomparable agitation produite par notre f ête nationale dans notre pays tout entier, il m’est venu à l’idée de prendre dans ma bibliothèque le célèbre livre de Dezobry, Home au siècle d'Auguste, et d’y relire quelques passages relatifs aux grandes fêtes de l’ancienne Rome. — On se croirait à Paris le 14 juillet : « Toute la ville est en mouvement, dit Dezobry (il s’agit de Rome sous Auguste), en aucun temps, à aucune époque de l’année, pas même auxkalen-des de janvier, on ne la voit si vivante et si bruyante. Les légions d’esclaves qu’elle renferme, remplissent ses rues et ses places... on les voit courir nuit et jour par bandes joyeuses, faisant résonner les airs de cris et de chants d’allégresse. — Il s’agit ici des fameuses Saturnales qui constituaient en réalité les véritables fêtes populaires de l’ancienne Rome. — L’empereur distribuait des présents; il y avait des banquets publics. Nous nous figurons, en lisant ce curieux passage, que la Ville éternelle devait singulièrement ressembler, pendant ces jours fériés, au Paris moderne du 14 juillet. Il n’y a plus d’esclaves, mais les habitants de Paris sont encore plus' nombreux.
- Voulez-vous trouver une analogie de plus des anciens Romains avec les Parisiens modernes ? Voici ce que dit un peu plus loin Dezobry (tome II, p. 5G8), d’après Pline et Sénèque : « D’après la manière d’être habituelle des Romains avec les esclaves, on n’aura pas de peine à croire que cette fête n’est pas du goût de bien des maîtres; aussi, beaucoup s’y dérobent-ils en se réfugiant à la campagne. D’autres, en demeurant à la ville, se réunissent seulement entre eux pour passer le temps dans des festins qu’ils se donnent mutuellement. » Ne croirait-on pas voir les bourgeois de Paris qui fuient l’agitation populaire et se hâtent de gagner les bords de l’Océan ou l’ombre des bois ?
- Les fêtes publiques ont eu lieu chez tous les peuples et dans tous les temps ; mais aucune fête ne se prolongea si longtemps que celle qui fut célébrée à Paris sous Henri II, en 1549. Ce roi, à l’occasion du couronnement de la reine à Saint-Denis, fit une entrée triomphale à Paris ; la cérémonie fut suivie d’un tournoi qui se prolongea quinze jours ; il y eut des combats en champ clos, et Paris fut en liesse pendant six semaines.
- C’est à dater de 1789 que les fêtes publiques prirent le nom de Fêles nationales. — Inutile de rappeler la Fête de la Fédération (14 juillet 1790), et la Fête de l’Être suprême (9 juin 1794). Elles sont restées célèbres dans notre histoire.
- Nos Fêtes nationales se sont beaucoup améliorées, par rapport à celles de l’antiquité : on n’y signale plus les abus d’autrefois et la Fête nationale peut être considérée en quelque sorte comme une fête patriotique , puisqu’une des solennités les plus émouvantes qui l’accompagnent, est celle du défilé, si bien accueilli
- Ear la foule, d’un de nos beaux corps d’armée dans la plaine de ongchamp. G. T.
- INFORMATIONS
- —%— Le 7 juin dernier, jour de la fête du Statut, pendant qu’un tremblement de terre ébranlait une partie de la haute Italie, le Vésuve est entré en activité. D’un cratère nouveau ouvert au nord-ouest, un peu au-dessous de la bouche principale, la lave coulait dans VA trio ciel Caval/o, gorge escarpée séparant le cône central du mont Somma. L éruption proprement dite a duré dix jours. Le 14 juin, au plus fort de cette période, un aéronaute suisse bien connu, M. Edouard Spelterini, membre de l’Académie d’aérostation de Paris, est parti du palais royal de Portici avec son ballon l’Ura-nia, jaugeant 1600 mètres cubes, accompagné de M. Marcellin Pellet, consul général de France à Naples, qui l’avait déjà suivi dans une précédente ascension, et de trois autres passagers, dans l’espoir de traverser le Vésuve. Mais, au dernier moment, le vent ayant changé, 1 ’Urania s’est élevée à 2500 mètres, sans parvenir à s’engager dans le courant qui portait vers Pompéi l’énorme colonne de cendres vomies par le Vésuve. Cette colonne, haute de 400 mètres, large de 50, formait un pin gigantesque, comme celui dont Pline le Jeune parle dans une lettre célèbre. Des photographies instantanées de
- I éruption et de la coulée de laves, prises à 1000 mètres du cratère environ, ont donné un mauvais résultat, le soleil étant couché. A la tombée de la nuit, YUrania a été poussée du côté de Capri par un vent assez violent. Pour y échapper, M. Spelterini, par une manœuvre aussi habile que hardie, a ouvert à fond la soupape et fait descendre l’aérostat de 1800 mètres en une minute, pour l’arrêter en équilibre à 100 .pieds au-dessus des vagues, sans même avoir besoin de se servir du cône-ancre. L ’Urania est restée immobile à cette hauteur, grâce au jet lent et continu de plusieurs sacs de lest (300 kilogrammes de sable avaient été pris pour le cas où on aurait dû, en passant trop près du cratère, gagner brusquement une grande altitude) jusqu’à ce qu’un petit vapeur soit venu la prendre à la remorque pour la ramener, à 9 heures et demie du soir, sur la plage de la Favorite, où le dégonflement s’est effectué sans difficultés.
- —$!?— Une pétition revêtue de nombreuses signatures a été récemment déposée à la sous-préfecture d’Etampes par les cultivateurs des environs, qui se plaignent d’être envahis par les corbeaux.
- II paraît que plusieurs milliers de ces oiseaux se sont abattus sur la région et ont commis des dégâts incalculables. Ils s’attaquaient aux récoltes, dévoraient les jeunes poussins dans les fermes et détruisaient les œufs qui se trouvaient à leur portée.
- —Le Congrès annuel des médecins aliénistes de France et des pays de la langue française se tiendra, à Lyon, du lundi 5 août au samedi 8 août 1891. Le’samedi 8 août, excursion finale à l’asile des aliénés de Saint-Robert (station de Saint-Egrève, près Grenoble). M. le Dr Dufour, médecin directeur de cet établissement, et son personnel, se mettent à la disposition de MM. les membres du Congrès pour organiser des excursions à la Grande-Chartreuse et dans d’autres parties des Alpes dauphinoises. Les lettres et tous autres documents concernant le Congrès devront être adressés à M. le Dr Albert Carrier, médecin des hôpitaux, 13, rue Laurcncin, à Lyon.
- pc lord-maire de Londres a posé la première pierre de la station principale où se réunissent les conducteurs des deux compagnies chargées d’installer l’éclairage électrique dans la Cité. Les rues de la Cité, à Londres, seront éclairées par 400 lampes à arc de 2000 bougies anglaises et 1000 lampes à incandescence. Le eoût est estimé à 500 000 francs par an, et la quantité de lumière sera vingt fois plus considérable que celle obtenue avec l’éclairage au gaz.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Aux Lecteurs — En raison de la Fête nationale du 14 Juillet, nous ajournons à la semaine prochaine les réponses à quelques lettres que nous avons reçues.
- Communications. — M. Eug. de Beîleud, à Castelnau-de-Montratier, nous adresse la Note suivante sur un très curieux tumulus ; « Le tumulus de Maurelès, nous dit notre correspondant, se trouve à 2 kilomètres au nord de Castelnau-de-Montra-tier (Lot, arrondissement de Cahors); son nom s’est conservé à travers les âges : il porte le nom de Truco de Maourelis (Butte de Maurelis) ; s’il a échappé à la destruction, cela vient de sa position sur l’arête escarpée d’une colline qui domine la belle vallée de la Barguelonne. Ce tumulus a 18 mètres de hauteur
- Le tumulus (le Maurelès (D'après une photographie.)
- sur 150 de circonférence; sa forme est conique et il est entouré du côté du midi et du côté du couchant de trois fossés juxtaposés de 80 mètres de longueur. Le fossé le plus rapproché de la hutte a 10 mètres de largeur sur 5 mètres de profondeur ; les deux autres fossés ont 5 mètres de largeur sur 1 mètre de profondeur. Du côté nord-est une pierre druidique triangulaire est à la base de la butte et repose sur les rochers de la colline. Il y a peu d’années qu’une partie du premier fossé a été comblée pour planter une vigne. D’après l’historien Henri Martin, ce tumulus est un des plus remarquables que l’on connaisse et recouvre les restes d’un personnage ayant un caractère religieux.
- M. le Dr Gustave Tardieu, pharmacien de première classe à Sisteron, nous adressé un intéressant travail sur l'action physiologique comparée de la caféine et du kola, au point de vue de la marche. M. le Dr Tardieu proteste contre l’assertion de M. Vigné qui attribue à la caféine seule tous les effets essentiellement propres au kola, « Voici, nous dit notre correspondant, les principales conditions et les résultats exacts des expériences auxquelles je me suis livré en compagnie de quelques amis aujourd’hui fermement convaincus dans le même sens que moi-même. J’ai d’abord effectué une série de courses en montagnes dans un pays très accidenté, m’appliquant à franchir en aussi peu de temps que possible des distances relativement considérables; étant données les inégalités du terrain et les différences de niveau, nous avons fait ainsi des matinées de 25 à 50 kilomètres à travers vallons abrupts, marnes ravinées, montant et descendant à tout instant, parfois dans de très mauvais passages. C’était dans le courant de juin, par un soleil déjà piquant ; nous partions le matin à l’aube sans prendre aucune nourriture. Seulement, toutes les heures environ, jamais plus souvent, quelquefois moins, chacun de nous ingérait une ration au kola. Quand on avait la chance de rencontrer de l’eau, on en buvait en mangeant cette galette peu substantielle, mais très active. Avec ce produit, l’essoufflement était nul et la fatigue tellement atténuée que dans l’après-midi qui suivait ces courses, je pouvais, sans effort, m’occuper de ma clientèle, faire ma correspondance, lire les journaux de science que je reçois, me promener de 5 heures à 7 heures et travailler durant une veillée qui se prolongeait souvent jusqu’à 11 heures, le tout sans fatigue aucune. Le résultat fut tout différent avec la caféine. Lorsque je remplaçai chaque biscuit au kola par une dose de
- 15 milligrammes de caféine, et ie l’ai fait dans deux courses à itinéraire en tous points semblable à deux des précédentes, j’éprouvai la fatigue que j’avais connue avant de me servir du kolar et je n’hésite pas à dire que j’étais même plus fatigué qu’au-trefois. »
- Après avoir énuméré d’autres expériences du même genre, M. le Dr Tardieu termine par les lignes suivantes en parlant du kola : « Voilà donc un produit précieux à juste titre, puisqu’il supprime l’essoufflement, accélère l’allure du marcheur au point de lui faire parcourir gaiement jusqu’aux derniers kilomètres d’une course en montagne de 45 à 50 kilomètres, et supprime la fatigue ordinairement inhérente à ces longues marches; et cela, si complètement, que l’excursionniste peut, au retour, reprendre ses occupations professionnelles ou un travail d’esprit quelconque tout comme s’il n’avait pas quitté son officine ou son cabinet. Ajoutons à ces propriétés incontestables celle d’atténuer notablement le vertige, ce qu’il m’a été donné d’observer deux fois au moins, et j’aurai résumé, en les étayant de preuves que j’espère devoir être convaincantes, les impressions de quelques marcheurs, dont le témoignage ne saurait être suspect : alpinistes, officiers de l’armée, gardes généraux et inspecteurs des forêts, docteurs en médecine, conducteurs des ponts et chaussées, etc. J’espère avoir, par ce qui précède, apporté des arguments sérieux en faveur du kola, et bien montré toute l’infériorité, je dirai même l’inefficacité de la caféine comme adjuvant et accélérateur dans la marche. Ces deux produits n’ont rien de comparable. C’est donc certainement à d’autres principes et non à la caféine que le kola doit son action toujours-sûre. »
- M. E. Heinemann, à Puteaux, nous adresse la photographie du bouquet du feu d’artifice tiré à la fête du pays, au mois de mai dernier. Cette épreuve bien réussie a été obtenue avec un objectif rapide rectiligne Derogy n° 5, sans diaphragme. Nous avons déjà donné, à plusieurs reprises, la reproduction de semblables photographies.
- Renseignements. — M. G. H., h Ponts-de-Cé. — Voyez l’article publié récemment sur les moustiques (n° 955, du 2 mai 1891, p. 542).
- M. A. B., a La Flèche. — 1° Les appareils doivent être dans des vases séparés. — 2° 11 faut des éléments de 20 à 25 centimètres de hauteur.
- M. Ch. L., à Paris. — 1° Le phonotélémètre est construit par M. Droz, à Saint-Imier (Suisse). — 2° Employer l’alcool ou l’éther.
- Un abonné, à Grasse. — Les expériences de Foucault sont très remarquables et ne prêtent pas aux objections. 11 faudrait, pour vous répondre, entrer dans de trop longs développements.
- M. E. D., à Paris. — Vous pourrez trouver, croyons-nous, des croquis de ce genre à la librairie d’architecture André, Daly [fils et Cie, 51, rue des Ecoles.
- M. F. Irvin, au Cap-Haïtien. — 1° Il est préférable de prendre des piles et des accumulateurs. — 2° Adressez-vous directement aux fabricants de lampes à incandescence.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Décoloration des clichés photographiques jaunes. — Si la coloration n’est pas intense, on la fait disparaître de la manière
- suivante. On plonge dans :
- Eau................................. 1000 c.c.
- Alun................................... 50 gr.
- Bichromate de potasse................ 10 gr.
- Acide chlorhydrique................... 20 c.c.
- On lave. On expose au soleil quelques minutes. On traite par le révélateur ordinaire à l’oxalate de fer. Si la coloration à enlever est forte, on laisse tremper vingt-quatre heures dans un bain à l’hyposulfite de soude acide. ^
- Nettoyage des flacons gras. — Les flacons qui ont OTÎitenu de l’huile ou des matières grasses peuvent être aisément nettoyés avec de la benzine ; on peut se servir encore d’une solution de permanganate de potasse. 11 se forme un peroxyde de manganèse hydraté; on ajoute alors de l’acide chlorhydrique fort ; cette addition produit un dégagement de chlore qui décompose la matière organique et permet le lavage à l’eau. Lorsque les flacons ont contenu des solutions résineuses, il faut les laver avec une lessive caustique et les rincer ensuite à l’alcool. Lorsqu’ils ont contenu des essences, on les lave à l’acide sulfurique et on les rince ensuite abondamment à l’eau.
- Dans la « Boite aux lettres » ta Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sotit signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Le palsiphone, on avertisseur chantant.— On sait le brait désagréable et strident du timbre électrique. Ici, rien de semblable. Le timbre rend sa note fondamentale, une belle note agréable, et quand on l’enferme dans sa caisse résonnante, le son s’atténue. En combinant plusieurs timbres, on produit la
- gamme. Les invén-M teurs de l’appareil
- =1^1--------------->^1 >------------- que nous faisons
- connaître aujourd’hui, MM. Guerre et Martin, ont construit un petit appa-reil d’appartement et qui est, croyons-nous, destiné à obtenir du succès. Au lieu de la sonnerie électrique, c’est un son agréable et mélodieux qui se produit. La ligure ci-contre donne l’aspect du dispositif adopté. Au-dessous du timbre d’acier fixé sur une [flaque de métal, se trouve l’électro-aimant que le dessinateur a rendu visible par un arrachement ; au-dessus, on voit le contact de platine
- et la petite lame également en platine fixée à une équerre de cuivre. Une boîte, que nous ne figurons pas, peut recouvrir le timbre; cette boîte a pour propriété d’en renforcer le son. Aussitôt que le courant est lancé, l’électro-aimant fait vibrer le timbre; les interruptions successives du courant ont pour effet de porter rapidement l’gmplitude des vibrations jusqu’à un maximum. Ce système pourra probablement avoir des applications musicales intéressantes, dont nous parlerons s’il y a lieu. Quoi qu’il en soit, l’avertisseur chantant, tel que nous le représentons, se trouve chez M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, Paris.
- Le palsiphone ou timbre chantant.
- Appareil à fabriquer les sirops à froid. — Cet appareil se compose de deux cylindres, dont l’un extérieur A (fig. 1 ) est muni intérieurement de deux diaphragmes C, entre lesquels on interpose de la pâte de papier. L’autre cylindre B, percé de trous sur toutes ses parois, s’appuie sur la partie supérieure du
- premier. Un tube à niveau D, muni d’un flotteur de densité E, se trouve d’un côté de l’appareil, et de l’autre côté est disposé un siphon F.
- On introduit le sucre dans le cylindre perforé, puis on verse l’eau. Aussitôt le sirop commence à se former; il traverse les diaphragmes de filtration, se concentre en très peu de temps à la partie inférieure de l’appareil, et dès qu’il atteint le degré nécessaire, par exemple les 35 degrés du Codex, vient influencer le flotteur de densité. La hauteur de celui-ci dans le tube à niveau indiquera naturellement la quantité de sirop dont on peut disposer. — Tant que le flotteur sera soulevé, on pourra tirer le sirop; on s’arrêtera dès qu’il sera baissé. En ajoutant constamment du sucre et de l’eau, sans même s inquiéter des quantités ni des proportions, l’appareil fonctionnera sans interruption en donnant, selon sa dimension, un débit très considérable.
- Cet appareil se trouve chez les inventeurs, MM. II. Klein et G. Dethan, 26, rue Baudin, à Paris.
- Fig. I et 2. — Appareil à fabriquer les sirops à froid. — Vue extérieure et coupe.
- Breloque-calendrier perpétuel. — Cette breloque-calendrier perpétuel est formée d’une médaille dont la partie centrale ou disque peut se déplacer circulairement dans le
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- cordon ou couronne pour effectuer les combinaisons. La breloque porte sur une face les mois de l’année, et sur le côté opposé les quantièmes. Enfin, sur le cordon ou couronne se trouvent des nombres qui servent à trouver la clef de l’instrument. La clef de cet instrument consiste à trouver le premier jour de l’année. Afin de connaître le premier jour de l’an d’une année quelconque, on doit avoir recours aux trois nombres qui se trouvent sur la face où sont inscrits les mois : 20, 48, 76. Vous soustrairez le nombre le plus rapproché des deux derniers chiffres de l’année que vous cherchez; le restant se trouvera sur le cercle au-dessus d’un des jours de la semaine, et ce jour sera le premier de l’année désirée pour le siècle actuel. Pour les premières années de ce siècle jusqu’en 1820, il est nécessaire d’employer la division par 28. (Cette division peut servir également pour toute la durée du siècle). Exemple pour 1891 : 76 ôté de 91 égale 15, qui se trouve sur le cercle au-dessus du jour jeudi, qui est bien le premier jour de l’année 1891. Pour ies années bissextiles, une modification s’impose ; si, parfois,
- Breloque-calendrier perpétuel.
- en opérant la soustraction indiquée plus haut, le chiffre du restant se répétait sur le cercle, cela prouverait que l’année est bissextile. Alors, un simple changement devient nécessaire. Pour les mois de janvier et février, la clef sera le jour qui se trouve sous le premier chiffre à droite sur le cercle, et, à partir du mois de mars, ce sera le jour qui se trouve sous le deuxième chiffre à gauche. Exemple : on trouve que l’année 1892 est bissextile, parce qu’en soustrayant le nombre le plus rapproché (76) des deux derniers chiffres 92, on a comme restant 16, qui se trouve répété deux fois sur le cercle. Sous le 16 de droite se trouve le jour vendredi, lequel vendredi servira de clef pour les mois de janvier et de février; sous le 16 de gauche se trouve samedi qui servira de clef, de mars à la fin de l’année. Connaissant le premier jour de l’année, si vous voulez savoir le jour d’un quantième quelconque, placez le mois désigné sous le premier jour de l’an, regardez la face contraire, cherchez le quantième sur cette face, regardez le jour au-dessus et vous aurez trouvé ce que vous désirez savoir. Exemple : quel jour se trouve être le 21 mars 1891? Sachant que jeudi est le premier jour de l’an 1891, je place mars en face du jour jeudi, je cherche sur l’autre face le quantième 21 qui se trouve sous le jour samedi, donc le 21 mars 1891 est un samedi. Quel est le deuxième samedi d’octobre 1891? Je place octobre sous jeudi (premier jour de 1891), sur la face contraire, je regarde quel est le deuxième quantième qui se trouve au-dessous du jour samedi, et je trouve 10. — La breloque-calendrier perpétuel que nous venons de décrire se trouve chez M. H. Martineau, 23, rue du Louvi'e, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Recherches expérimentales sur les conditions physiques de la vie dans les eaux, par le D1' Paul Regnard, professeur de physiologie générale à l’Institut national agronomique, etc. 1 vol. in-8°, avec de nombreuses figures. — Paris, G. Masson, 1891.
- Le but que s’est proposé l’auteur en publiant ce bel ouvrage a été d’étmiier les moaifications physiologiques qu’introduit dans l'appareil animal le fait de vivre dans l’eau. ,
- C’est un grand et important travail que M. le Dr Paul Regnard a entrepris et qu’il a mené à bonne fin. Nous donnerons ici, l’énumération des différents chapitres du livre, et le lecteur en comprendra la portée :
- La vie à la surface de la mer. — La vie dans les profondeurs
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- dés mers. —Biologie du fond des mers. — La vie dans les eaux douces. — La pression. — Influence de la pression sur la vie aquatique. — La lumière. — La photo-chimie dans les eaux. — La vision dans les eaux. — La chaleur. — Inlluence de la température sur la vie aquatique. — Le milieu respirable. — La respiration aquatique ; mécanisme et chimie. — La salinité. — La loco-
- Dispositif destiné à mesurer la différence de température entre un animal aquatique et l’eau dans laquelle il vit.
- motion dans l’eau. — Sur quelques conditions particulières à la vie aquatique.
- M. le Dr Paul Regnard a entrepris de nouvelles et importantes expériences, et nous reproduisons l’une d’elles dans la figure ci-dessus, dont la légende explique le but. — L’ouvrage que nous annonçons est fort bien édité : c’est un livre de science qui a grande valeur et apporte un grand nombre de faits nouveaux. G. T.
- Rinconète et Cortadillo, nouvelle, par De Cervantes. Soixante-sept compositions, par II. Atalaya, traduction et notes de Louis Yiardot. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie artistique. H. Launettte et Cie. G. Boudet, successeur, 1891.
- Nous avons eu souvent l’occasion de signaler les beaux livres de la Librairie artistique. En voici encore un qui ne le cède en rien à ses devanciers. Les Nouvelles de Cervantès, l’immortel auteur espagnol, sont beaucoup moins connues du public français que le Don Quichotte. Elles n en ont pas moins des qualités remarquables. Les directeurs de la Librairie artistique ont choisi, parmi ces Nouvelles, celles de Rinconète et Cortadillo, dont les aventures sont restées populaires de l’autre côté des Pyrénées. C’est l’histoire de deux jeunes bandits comme il y en avait en Espagne au temps de Cervantès. Ils volent, détroussent les voyageurs, et deviennent les affiliés d’une bande célèbre dont les chefs, véritables chenapans, n’en ont pas moins de grandes manières et se traitent de seigneurs. Le livre est illustré d’une façon délicieuse par un artiste espagnol de grand talent, M. Atalaya. On en jugera par la gravure ci-des-
- sous, que nous empruntons à l’ouvrage. Elle représente nos deux jeunes brigands qui vendent à bas prix du linge dont ils ont dé-
- barrassé les malles d’un voyageur. C’est dessiné avec beaucoup d’esprit et beaucoup d’art. G. T.
- Cours complet de viticulture, par G. Foëx, directeur et professeur de viticulture à l’Ecole nationale d’agriculture de Montpellier. 5e édition revue et considérablement augmentée, avec G cartes en chromo hors texte et 575 gravures dans le texte. 1 vol. in-8°.— Montpellier, Camille Goulet; et Paris, Georges Masson, éditeur, 1891.
- Le darwinisme. Exposé de la théorie de la sélection naturelle avec quelques-unes de ses applications, par Alfred Russel Wallace. Traduction française, avec figures, par Henry de Varigny, docteur ès sciences. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque évolutionniste. —Paris, Lecrosnier et Babé, 1891.
- Manuel pratique d’analyse bactériologique des eaux, par le Dr Miquel, docteur ès sciences et en médecine, chef du service micrographique de l’Observatoire municipal de Montsou-ris. 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Villars et fils, 1891.
- La poste, le télégraphe, le téléphone : notions usuelles à la portée de tous, par MM. I. Rolland et Maxime Mabyre. Ouvrage orné de 141 gravures. 1 vol. in-18. — Paris, librairie Fir-min-Didot et Cie.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- JUILLET 1891. - SEMAINE DU LUNDI 6 AU DIMANCHE 12 JUILLET 1891
- En raison de la Fête nationale du 14 Juillet, l’imprimerie Lahure ayant été fermée lundi, mardi et mercredi, le Bulletin de la Semaine sera publié dans le prochain numéro.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Résumé des observations météorologiques faites au parc de Saint-Maur en Juin 1891
- par M. E. Renoo.
- Moyenne barométrique à midi, 758"“,10; minimum, le 7, à 5 heures du matin, 749"",54; maximum, le 13, à 8 heures du matin, 769"",58; le plus grand depuis 1874 en juin.
- Moyennes thermométriques: des minima, 11°,42; des maxima, 22°,20; du mois, 16°,81 ; moyenne vraie des vingt-quatre heures, 16°,49. Minimum, le 13, vers 4 heures du matin, 4°,0; maximum, le 1er, vers 3 heures du soir, 26°,9.
- Tension moyenne de la vapeur, 10”“,6l ; la moindre, le 13, à 4 heures du matin, 6“",1; la plus grande, le 29, à 7 heures du soir, 18““,5. Humidité relative, 76; la moindre, le 1", à 1 heure du soir, 37; la plus grande, 100. en sept jours.
- Pluie, 80““,2 en trente heures un quart réparties en neuf jours; la pluie du 7 au 8 a fourni 33"“,5 en quelques heures; cette même nuit, M. Emile Raymond n’a recueilli que 8“”,5 d’eau à Achères et M. Georges Raymond, 52‘n“,3 à Ablon. A Montmartre, à l’Observatoire Gruby, M. Bon-naud a mesuré 51“”,1 d’eau dans les journées du 6 au 9, et 104“”.7 dans tout le mois.
- Neuf jours d’orage le 1", de 5 à 6 heures du soir, orage modéré,
- pluie 10““,3 en deux heures; le 4, de 1 à 2 heures du soir, petit orage; le 6, quelques coups de tonnerre à 5-6 heures du matin, éclairs le soir dès la nuit, puis tonnerre jusqu’à 1 heure du matin; le 7, quelques coups de tonnerre au sud-ouest, à 6 heures du soir; le 8, orage de 4 à 5 heures du soir, pluie toute la soirée, donnant 14 millimètres d’eau jusqu’à 5 heures du matin; le 23, tonnerre à 7-8 heures du soir; le 24, tonnerre au sud-est à 2 h. 30-5 heures du soir ; le 27, quelques coups de tonnerre à 4 heures et 9 heures du matin; le 29, tonnerre presque toute la journée et dans la nuit. Deux jours d’éclairs, le 25 au soir, et le 30 au soir.
- Nébulosité moyenne, 55.
- Température moyenne de la Marne, 17°,79; elle a varié de 15°,00 le 1", à 2l°,50 le 30. Elle est restée à son niveau moyen et assez trouble.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de juin 1891 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 0““,27 ; thermomètre plus haut de 0°,15 ; tension de la vapeur moindre de 0““,41 ; humidité relative plus grande de 1 ; pluie plus forte de 26““,7; nébulosité moindre de 3.
- Nous avons noté les dates suivantes de floraison.
- Le 1", Eglantier capucine, Tradescantia virgiuica; 2, Seringat odorant; 4, Sauge ofiieinale; 5, Acacia (Robinia pseudo-acacia); 6, Œillet mignardise, Collinsia bicolor, Geum urbanum; 10, Sureau commun; 11, Seringat inodore; 12, Baguenaudier, Iris jaune des marais, Jasmin jaune; 13, Ortie vivace; 20, Rose des quatre saisons; 21, Tilleul à large feuille; 22, Hémérocalle fauve. 6
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 6, à 4 h. 8 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- L’abbé Fortin et la prévision du temps. — On doit avoir a priori beaucoup de scepticisme à l’égard du problème de la prévision du temps; nous avons connu jadis Mathieu de la Drôme qui annonçait à jour fixe la pluie, le beau temps et les tempêtes, « suivant les régions », ajoutait prudemment le prophète ; et comme la surface terrestre est grande, il y avait toujours bien quelque point du globe où les phénomènes météorologiques donnaient raison au célèbre vendeur d’almanachs. Malgré la puérilité de ses pronostics, le public avait beaucoup d’engouement pour Mathieu de la Drôme, qui se fit une réputation universelle.
- Depuis quelque temps, c’est l’abbé Fortin qui annonce les tempêtes. Un certain nombre des prévisions de cet observateur ont paru se réaliser, et plusieurs de nos journaux quotidiens ont vanté sa méthode. Nous avons cru qu’il était prudent d’attendre que les résultats des procédés préconisés par le savant abbé fussent plus certains, pour y consacrer une Notice dans le corps de notre publication, et nous attendrons peut-être longtemps encore ; mais puisque nos lecteurs nous demandent de leur dire ce qu’il faut penser des découvertes de l’abbé Fortin, nous donnerons ici notre opinion en toute sincérité.
- L’abbé Fortin a construit un petit appareil qu’il a désigné sous le nom de magnélomètre terrestre. Cet appareil, qui n’oifre d’ailleurs rien de nouveau, indique les variations du magnétisme de notre globe, et c’est de ces indications que l’observateur doit tirer ses conclusions pour la prévision du temps. La théorie de l’abbé Fortin est basée sur l’influence exercée par les taches solaires sur la terre et les phénomènes météorologiques qui s’y accomplissent. « On ne saurait nier que les taches solaires n’aient une action sur notre globe, leur effet sur le magnétisme terrestre est démontré par de longues observations. Nous ne dirons pas autre chose, écrit l’abbé Fortin; cela nous suffit. Cela est la relation du soleil à la terre ; cela a été établi depuis trente ans par le Père Secchi, et depuis deux cent cinquante par Succi. Il y a donc certitude entre les taches solaires actives et le magnétisme terrestre. » II n’est pas douteux d’autre part, qu’il y a une relation entre les agitations du magnétisme terrestre et les tempêtes terrestres. « C’est encore acquis à la science. »
- Yoilà qui est fort bien, et jusqu’ici nous partageons les opinions de l’abbé Fortin, mais où nous cessons absolument d’être d’accord avec lui, c’est quand il affirme « qu’il pèse en quelque sorte au moyen de son magnétomètre la tempête future ».
- La science sait qu’il y a une relation entre les taches solaires et le magnétisme terrestre ; le magnétisme terrestre n’est pas sans influence sur les perturbations atmosphériques. Mais de ces notions encore vagues, déduire le moyen de prédire, à tel jour, à telle heure, qu’il y aura une tempête en tel ou tel point de la surface du globe, dans le nord ou dans le midi de la France, par exemple, voilà ce que nul aujourd’hui ne saurait faire. C’est ici que l’abbé Fortin s’illusionne; ses prévisions,
- quand il veut les préciser, n’ont aucune base. Elles peuvent amuser certains lecteurs des petits journaux, mais elles ne sauraient satisfaire les hommes de science. G. T.
- INFORMATIONS
- —Quatre assassins condamnés à mort aux Etats-Unis ont été exécutés à l’électricité le 7 juillet dans la prison de Sin-Sin près de New-York. D'après les renseignements qui nous sont parvenus, ces exécutions auraient parfaitement réussi, et on n’aurait pas eu à regretter les incidents qui marquèrent l’exécution de Kemmler. Il faut ajouter que les personnes qui ont assisté à la lugubre expérience avec les jures ont dû prêter le serment de ne révéler aucun des détails de l’exécution.
- —— Une nouvelle ligne de chemin de fer local destinée à relier la plage de Berck-sur-Mer à la grande ligne de Paris-Calais a été inaugurée récemment. Cette ligne a une longueur d’environ 22 kilomètres, et appartient à une compagnie spéciale distincte de la Compagnie du Nord.
- —^— L’amirauté anglaise a fait expérimenter une lampe électrique de grande dimension. Cette lampe électrique a une intensité de 5 millions de bougies et se trouve placée au sommet d’un phare haut de 56 mètres. Ce véritable soleil artificiel est contenu dans une lanterne de 4”,80 de diamètre.
- —%— Au commencement du mois, un touriste français, M. Maurice Letellier, a fait l’ascension d’une des plus hautes montagnes des Carpathes. U est le premier qui ait, cette année, accompli ce hardi voyage. M. Letellier a été félicité et fêté par le Club des Carpathes, à Budapest.
- —$5$— Le 13 juillet, à Auch, ont eu lieu les obsèques de MIle Be-noitte, décédée à l’âge de cent deux ans. Malgré son âge très avancé, cette personne avait conservé une santé excellente et aimait à fredonner les chansons qu’elle avait entendues dans son enfance.
- —%— La ville d’Amiens a été récemment mise en émoi par l’évasion de l’ours écuyer d’un cirque forain installé dans cette ville. L’ours a parcouru une partie de la ville au grand effroi des habitants, et a été arrêté sur l’esplanade de Noyon.
- —$1$— On a découvert récemment dans l’île de Milo, là même où fut trouvée la fameuse Vénus, une statue représentant un athlète armé d’un ceste. Celte œuvre de l’art antique, qui est admirablement conservée, a été transportée à Athènes avec de grandes précautions. Un navire spécial a été envoyé à Milo pour chercher la statue qui, depuis le Pirée jusqu’à Athènes, a été placée sous la garde d’une escorte militaire.
- —Il vient de paraître à Londres un livre qui constitue une des plus grandes curiosités de l’imprimerie moderne. Il s’agit d’un ouvrage qui renferme le Pater noster, traduit en trois cents langues différentes et imprimé avec les caractères typographiques propres à chacune de ces langues. Ce livre est notablement supérieur à un volume semblable édité à Vienne il y a une cinquantaine d’années par l’Imprimerie impériale et qui contenait également \e Pater, mais reproduit seulement en deux cents langues. Parmi les idiomes représentés dans la nouvelle édition on trouve le yoruba, dialecte de la côte des Esclaves, le yao, langage des riverains du lac Nyanza,
- I’aneitennièse, parler des habitants des Nouvelles-Hébrides.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M1,e A. de /..., à Cabourg, nous écrit qu’un pigeon voyageur s’est posé sur une des pelouses de son jardin, tombant de fatigue et de faim. On lui a donné à manger, mais le malheureux pigeon est mort presque subitement. Voici l’inscription qu’il portait sur une aile : Societyt de Duif, Beve-ren (Waas). 38 A. Beveren est une ville de la Flandre orientale. Nous espérons que cet avis arrivera au propriétaire de l’infortuné pigeon.
- M. A. Mermet, à Joinville-le-Pont, à propos de la chute d’un ai'bre au parc Monceau que nous avons mentionnée dans notre Supplément du 4 juillet (n° 944), nous écrit que pareil accident est arrivé à un arbre de son jardin, il y a quelques mois. Cet arbre, sain d’aspect, magnifique, s’est abattu pendant la nuit. L’intérieur était complètement rongé, et le cœur tombait en poudre. Notre correspondant nous adresse un échantillon d’une branche de cet arbre.
- M. Pittercanton, à Lausanne, nous écrit que le 11 juillet, vers midi et demi, à 9 kilomètres de Lausanne, il a aperçu tout à coup, au milieu d’un champ de foin fauché la veille, les brins de foin prendre un mouvement giratoire qui s’est accentué de plus en plus jusqu’à atteindre un diamètre de 5 mètres et une hauteur d’environ 20 mètres. Le baromètre indiquait 714 millimètres, le thermomètre 23° C., le vent soufflait du nord-est.
- M. L. Brochet, à Landrecies, nous adresse deux petites brochures très intéressantes sur une série d’observations météorologiques qu’il a faites dans le pays. L’une constitue une Notice sur les températures hivernales pendant une période de quarante-trois années, et l’autre une Notice sur les quantités de pluie tombée dans le même pays pendant quarante-huit ans. Ces deux opuscules renferment des chiffres statistiques très importants pour le département du Nord.
- M. V. Brandicourt, à Amiens, nous envoie un extrait de VAuxiliaire de l’apiculteur dans lequel se trouve rapportée la conférence qu’il a faite, le 26 avril 1891, à la Société d’horticulture de Picardie sur Yutilité des abeilles en horticulture. Notre savant collaborateur fait ressortir, en quelques mots, tous les services que rendent les abeilles pour la fécondation des fleurs et pour la production des fruits.
- M. Luciani, à Bastia, à propos de l’article que nous avons consacré à l’amiante dans notre n° 942, du 20 juin 1891, nous écrit que le poids spécifique de l’amiante varie de 0,9 à 2,98 et non de 2,1 à 2,8 comme nous l’avons dit précédemment par erreur.
- M. H. Corpet, au Pré-Saint-Gervais, nous informe qu’il avait l’habitude d’envelopper chacun de ses clichés photographiques dans une feuille de papier et d’écrire sur ce papier la nature du cliché. Il y a quelques mois, cette inscription a été faite à l’aide d’un crayon bleu. Les clichés sont aujourd’hui détruits au-dessous de l’inscription; la gélatine a disparu en partie.
- Renseignements. — M. P. M., h Perpignan. — Appareils à glace : Compagnie industrielle des procédés Raoul Pictet, 19, rue de Grammont; machines Carré, 29, rue de l’Estrapade, MM. Rouart frères, boulevard Richard-Lenoir, à Paris.
- M. E. Stahl, à Clermont-Ferrand. — 1° Le meilleur tissu pour les ballons est la soie de Chine (ponghée) qui se trouve aux magasins du Louvre ou du Bon Marché. — 2° Vernis pour ballons chez M. Camille Arnoul, à Saint-Ouen-1’Aumône (Seine-et-Oise).
- M. A. Henry, à Longuyon. — La théorie que vous énoncez offre des remarques intéressantes ; mais il est nécessaire qu’une théorie soit appuyée par des résultats d’expérience indiscutables.
- M. B. de Rollière, à Paris. — Pas de carte ni de travail spécial à ce sujet. Vous trouverez cependant quelques rensei-
- fnements dans l'Annuaire de la Société météorologique de 'rance, à la librairie Gauthier-Villars.
- M. A. D., à Grenoble. — Vous nous demandez des rensei-
- gnements pour*détruire les taupes dans les jardins. Différents pièges ont été imaginés ; on se contente parfois de surveiller le travail des taupes, et de les mettre à découvert en ce moment par un coup de bêche. Il est dit aussi que des pieds de ricin placés en terre suffisent pour les éloigner. (
- M. K. R., h Paris. — Plusieurs types de lampes sont employés
- {>our les mines; nous en avons décrit quelques modèles dans e journal. !
- M. R. A., h Arles. — Renseignez-vous auprès de M. Andri-veau-Goüjon, 4, rue du Bac, à Paris, pour ce qui concerne les cartes routières de la France. ;
- Un lecteur, à Paris. — 1° Vous pouvez imbiber la feuille de papier d’éther ou d’alcool. — 2° Chez tous les marchands de produits chimiques. i
- Un lecteur, à Constantinople. — Les indications du tableau conviennent au climat de la France. ‘
- M. le Dr /. Piquot, à Tiaret. — .La fabrication des plaques au gélatino-bromure présente de nombreuses difficultés; nous doutons fort que vous réussissiez. Les formules sont indiquées dans la plupart des traités,
- M. M. D., h Levallois. — Demander à la gendarmerie la plus voisine l’autorisation de faire des. photographies autour des places fortes. Il n’y a pas de règle à préciser pour ces permissions.
- M. le Dc Grognot, à Milly. — Les deux voitures ont leurs avantages et leurs inconvénients; nous ne pouvons vous répondre.
- M. Pallas, à Sabre. — Il serait difficile de rien affirmer, dans l’état actuel des connaissances acquises.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. M. O-, à Paris. 1° Plusieurs difficultés pratiques se présentent; 2° il y a des conditions de transport qu’il faut également examiner. — M. R. B-, à Lons-le-Saunier. Cet appareil peut donner de bons résultats. —
- ' MM. Michel et Bergmcmn, à X. Il existe des commutateurs à bascule qui sont plus commodes. Remerciements. — M. P. Lyotard, au Puy. 1° Pas de modèle de devis de ce genre; 2° pas d’ouvrage à ce sujet; La Nature a souvent donné des comparaisons des prix de revient de l’éclairage au gaz et de l’éclairage électrique. — M. Montaner y Simon, à Barcelone. L’auteur est en retara; nous ne saurions vous dire quand la suite sera donnée. —M. H. Wintsch, à Kennelbach. L’adresse indiquée dans notre article suffit. — M. J. L., à Paris. Veuillez vous adresser au journal le Yacht, 55, rue de Châteaudun. — M. A. Van Lerberghe, à Cour Irai. 1° Pas de machine de ce genre; 2° remerciements. — M. T., au Vigan; M. P. Dite, à Ustaritz; M. Moudet, à Mantes; M. J. M., à Samt-Amand; M. J. Bouffard, à Barcelone ; M. de Brandner, à Bruxelles. Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — M. Ch. Andisi, à Milan. M. Serpollet, 27, rue des Cloys, à Paris.— M. Bieux, à Mâcon. Remerciements pour vos communications. — Jlf. C. 0., à Commercy; M. le Dt Piguet, à Orange; M. G. B., à L.; M. M. R., à P. L. M.; Un abonné, à Gilly; M. Combler, à Privas. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. L-, à Dunkerque. Adressez-vous directement au constructeur. — M. S. Busquel, à Pornic. Il est bien difficile dc faire disparaître complètement cette marque. — M. Graillot, à Vendôme. Il vous a été répondu dans le Supplément du n° 942, du 20 juin 1891. — M. Le Tellier, à Paris. 1° On pourrait essayer la fibre ; mais le caoutchouc est préférable ; 2* une série de recettes ont été données dans le petit livre mentionné plus haut. — M. A. Blanc, à Paris. II serait nécessaire de faire des expériences. — M. A. Lebreton, à Nantes. Tous les ouvrages élémentaires d’électricité expliquent ces termes. — M. H. D., à Paris. Pas de moyen simple à vous indiquer. — M. A. M. de la Barca, à Cordoba. La question présente bien des difficultés pratiques. — M. E. Berlhe, à Jonchery. 1° Nous décrirons ces travaux, quand ils seront terminés, s’il y a lieu ; 2° nous allons prendre des informations ; 5° nous avons déjà parlé à plusieurs reprises des transatlantiques. — M. Vlad, à Nancy. Consultez le Distillateur-liquoriste, de la collection des manuels Roret. — M. le C. de F., à Orléans. Le Vinaigrier de la même collection vous conviendra. — M. P. Nijsh, à Liège. Nous allons nous renseigner au sujet de la découverte en question, et nous en parlerons, s’il y a lieu. — M. E. Pécarrère, au Tinant. Vous trouverez des renseignements dans la Physique industrielle, production et utilisation de la chaleur, par L. Ser, à la librairie Masson. — M. S. D. A., à X. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — L’abonné 2385, à Monsures. Un grand nombre de fabriques emploient déjà l’aluminium pour la confection de divers objets; nous ne saurions les mentionner ici. — M. G. C. Alhanasiu, à Jassy. Cet ouvrage est édité par la librairie Gauthier-Yillars, à Paris. — M. Gudefm, à Montpont. Nous utiliserons la description que vous nous envoyez. Remerciements.
- — Un abonné, à Nice. 1° Nous croyons que la valvoline convient bien; 2° non; 3° cette huile serait excellente. — M. R. K., à Paris. S’adresser aux marchands de produits photographiques. — M. H. G., à Paris. Nous ne pensons pas que la description ae cet appareil ait été publiée par d’autres journaux. — M. R. C., à Culoz. L’adresse demandée est : à Pierre (Saône-et-Loire).
- (La suite au prochain numéro.)
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Appareils à. souder. — On sait de quelle utilité sont les appareils commodes et pratiques pour la soudure. Nous signalerons à cet égard les nouveaux appareils de M. Max Sievert de Stockholm, appareils qui peuvent rendre de grands services. La lampe à souder (fig. 1), sans présenter rien de nouveau au point dé vue du principe, se distingue par le détail. En a se trouve une ouverture pour l’introduction du combustible liquide ; en b est l’arrivée de la mèche, le robinet c permet de régler l’accès des gaz développés, la douille c sert à régler
- Fig. t, 2 et 3. — Nouveaux appareils à souder
- l’entrée de l’air. La lampe, marchant à grand feu, consomme environ 1 décilitre de liquide par heure. Une forme spéciale de lampe est construite pour l’usage des laboratoires. Dans ce dernier modèle (fig. 2), les gaz s’échappent par une série de trous d disposés latéralement. Un litre d’eau peut être chauffé en cinq à six minutes, avec une dépense de 1,5 centime. Le fer à souder de M. Max Sievert présente ceci de remarquable qu’il se chauffe lui-même. Une lampe à alcool est placée dans le manche de l’appareil, avec dès dispositions analogues à celles que nous venons de mentionner. La flamme est amenée sur le bloc par une languette. Le fer à souder peut être prêt en cinq minutes environ. Une heure et demie de soudure revient à près de 12 centimes.
- Nouveau jeu de courses de chevaux. — Voici un charmant petit jouet que nous nous empressons de faire connaître. Les chevaux, au nombre de deux, sont fixés à l’extré-
- Le jeu des petits chevaux
- mité de deux tiges coudées de longueurs inégales et montées sur un même axe. La tige passe, de plus, dans un collier fixé sur la circonférence d’une roue dont la jante vient frotter le long de l’axe. Le mouvement est donné au système par une
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- toupie sur l’axe de laquelle on enroule une ficelle que l’on retire ensuite brusquement pour obtenir un mouvement de rotation rapide. La pointe de la toupie se déplace sur une piste circulaire et détermine ainsi la rotation de l’axe et, par suite, l’entraînement des deux chevaux. Mais, en même temps, la rotation de l’axe produit, par frottement, celle de la roue. Le collier, en tournant, fait varier le rayon de la circonférence décrite par un des chevaux et lui imprime des vitesses tantôt supérieures, tantôt inférieures à celles du cheval. Il résulte des changements continuels dans la position relative des deux chevaux qui se dépassent alternativement sans que l’on puisse dire, avant l’arrêt de la toupie, quel est celui des deux qui restera en tête et gagnera la course. Ce petit objet est construit par M. P. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Pans. !
- La machine dynamo Bébé. — Tous les amateurs d’électricité désirent une machine dynamo dè petites dimensions, de faible puissance, d’un modèle peu encombrant et facile à manier. Nous leur signalerons la machine dynamo Bébé, de M. H. Austin (M. II. Cadiot, représentant, A4, rue Taitbout, à Paris). Dans cette dynamo, les inducteurs sont constitués par deux noyaux d’électro-aimants horizontaux en fer de Suède recuit avec des pièces polaires épanouies pour recevoir l’armature. La base, les noyaux et les paliers sont fondus d’une seule pièce et constituent un bâti très robuste. L’armature est formée par une série de disques de fer très minces superposés, isolés les uns des autres, sur lesquels sont placées les bobines disposées d’après l’enroule ment Gramme. Le collecteur est placé en porte-à-faux, avec des balais sur les côtés ; ce qui Petite machine dynamo,
- permet de surveiller facilement l’état du collecteur et de régler les balais. Un graisseur se trouve à la partie supérieure, et déverse des gouttes d’huile sur les paliers. Le plus petit modèle de ces dynamos a une puissance de 50 watts, représentée par une intensité de 1 à 5 ampères, et par une différence de potentiel de 10 à 50 volts; la vitesse angulaire est de 2500 tours par minute, le prix de la machine shunt de 117 francs. D’autres tvpes sont également établis pour des puissances de 100, 200, 400, 700, 1000, 2000 et 5000 watts, avec des intensités variant de 2 à 10, 4 à 10, 8 à 20, 10 à 20, 10 à 40, 25 à 100 ampères, et des différences de potentiel variant de 10 à 50, 20 à 50, 50 à 100 et 50 à 2000 volts. La vitesse angulaire est comprise entre 2500 et 1200 tours par minute. Les prix varient entre 175 et 1310 francs.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement de la tourniole. — On donne le nom de tour-niole à ces petits abcès qui surviennent à la racine de l’ongle, à la suite de l’arrachement d’un petit lambeau d’épiderme qui se soulève à l’extrémité du dos des doigts, une écharde ayant pénétré sous l’ongle. Une légère excoriation mal soignée, en contact avec de la poussière, de la terre, en un mot, irritée ou envenimée par la pénétration de microbes, peut être suivie de ce panaris sous-épidermique, dit tourniole, laquelle peut être le point de départ d’un véritable panaris profond, grave et dangereux.
- Il faut soigner ce petit mal avec grand soin; inciser d’abord la phlyctène, faire écouler le pus, puis enlever (avec les ciseaux) la partie d’épiderme décollée par le pus.
- Si la tourniole a envahi la matrice unguéale, déchirer la sertissure épidermique au niveau de la lunule, bien nettoyer la région périunguéale. Après cette petite opération, placpr le doigt dans un verre de solution tiède d’acide phénique à 2 pour 100; laisser bien baigner la partie malade pendant un quart d’heure. Panser alors avec la pommade à l’iodoforme, 5 parties d’iodoforme pour 30 de vaseline, envelopper de gaze phéniquée.
- Renouveler le pansement tous les jours; la cicatrisation se fera en peu de temps. l)r X....
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- PRESSION BAROMÉTRIQUE
- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 6 juillet. . . . 17",6 S. S. VV. 2 Couvert. 0,0 Couv., gouttes le in.; pluie l'après-midi.
- Mardi 7 15°,1 W. S. W. 2 Tr. peu nuageux. 15,5 Tr. nuag. dans le jour; peu nuag. m. et s.
- Mercredi 8 13°,1 S. W. 2 Couvert. 0,0 Couv. gouttes ap. midi, pluie le s.
- Jeudi 9 13*,8 W. S. VV. 2 Presque couvert. 1,8 Tr. nuag.; gouttes à 18 h.
- Vendredi 10 13",4 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Tr. nuag. de 8 h. à 14 h.; qq. nuages av. et ap.
- Samedi 11 14",5 S. S. VV. 0. Couvert 0,0 Couv. jusq. 9 h., nuag. jusq. 17 h.; beau apr.
- Dimanche 12 15", 7 M Beau. 0,0 Peu nuageux de 8 h. à 20 h.; beau av. et ap.
- Lundi 13 15°,6 N. E. 1 Beau. 0,0 Nuag. de 10 h. à 17 h.; beau av. et apr.
- Mardi 14 16",9 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Nuag. de 11 h. à 15 h.; beau av. et ap.
- Mercredi 15 16",1 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Nuag. de 7 b. à 8 h.; beau av. et apr.
- Jeudi 16 15",0 N. N. E. 1 Nuageux. 0,0 Nuag. toute la journée.
- Vendredi 17 16" ,9 S. S. E. 2 Nuageux. 0,0 Nuag. jusqu’à 17 h.; beau ensuite.
- Samedi 18 19",1 S. 1 Nuageux. 0,0 Beau de 1 h. à 6 h ,;nuag.ens.,couv.ap.l 5 h.,éclairs s.av.pl.
- Dimanche 19 16",2 VV. 2 Peu nuageux. 9,0 Nuag. toute la journée; pluie jusqu’à 2 h.
- JUILLET 1891. — SEMAINE DU LUNDI 6 AU DIMANCHE 12 JUILLET 1891
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boute sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- JUILLET I89I. - SEMAINE DU LUNDI 13 AU DIMANCHE 19 JUILLET 1891
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mery, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- et sur les communes voisines. Poussés par un vent violent, ces grêlons ont saccagé toutes les récoltes et brisé des milliers de carreaux. Les dégâts ont été assez importants. ________________
- I*a grêle à Joigny. — Une trombe de grêlons pesant de 20 à 50 grammes s’est abattue le 2 juillet surtout le territoire de Joiguy (Yonne)
- PHASES DE LA LUNE :
- N. L. le 6, à 4 h. 8 m. matin. — P. Q. le li, à 5 h. 58 matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées " à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
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- IA SEMAINE
- Le monument de La Fontaine. — Le grand fabuliste aimait tant les animaux qu’on nous permettra de le considérer un peu comme un naturaliste, ce qui nous permettra de rendre hommage à son impérissable mémoire.
- Croirait-on que l'immortel poète n’avait pas de statue à Paris ? -Alors qu’on en est si prodigue, on oubliait l’une des plus grandes gloires de notre génie national. II a fallu que le successeur de La Fontaine, à l’Académie française, M. Sully Pradhomme, s'occupât du monument du fabuliste, et ce n’a pas été besogne facile que de trouver les capitaux, avoir le terrain, élaborer et achever l’œuvre. Un sculpteur de grand talent, M. Dumilâtre, l’auteur du célèbre tombeau de Crocé-Spinelli et Sivel, a réussi à faire un groupe des plus remarquables par sa grâce et son élégance : le monument a été inauguré dimanche dernier, sous la présidence de M. Gréard, vice-recteur de l’Académie.
- M. Sully Prudhomme a fait l’éloge de celui qui, d’après son heureuse expression, «est, par l’accent et l’allure, le plus Français de tous nos poètes, il est de son pays plus que tous les autres : voilà son originalité. Ses écrits ont une saveur de terroir qui dénonce le cru et défie toute contrefaçon. Aussi est-il pour les étrangers le plus intraduisible de tous. 11 ne leur est même pas entièrement intelligible ; le sens littéral de sa phrase ne leur en livre pas le sens purement français, que les mots tiennent non pas de la convention, mais du mouvement vif et gracieux qui les rapproche. Par contre, ce qui le rend inimitable l’empêche de pouvoir imiter. Ses emprunts à l’antiquité grecque ou latine s’ajustent d’eux-mêmes à son humeur, qui est foncièrement gauloise. »
- Nous disions un peu plus haut que La Fontaine devait avoir l’âme d’un naturaliste, et il y aurait assurément une intéressante étude à faire sur ce point délicat. Nous n’avons jamais rien lu concernant l’aptitude du poète à l’observation de la nature. Taine a seulement indiqué le sujet, dans la remarquable Notice qu’il a écrite sur l’auteur des Fables : « La Fontaine peint rarement, dit Taine, et toujours en deux mots, l’extérieur des animaux; c’est au caractère seul qu’il s'attache. Il est l’historien de Pâme, et non du corps. Pour représenter aux yeux cette âme, il lui donne les sentiments et les conditions de l’homme ; ce mélange de la nature humaine, loin d’effacer la nature animale, la met en relief, et le chapitre de zoologie n’est exact que parce qu’il est une comédie de mœurs. La poésie montre ici toute sa vertu. En transformant les êtres, elle en donne une idée plus exacte; c'est parce qu’elle les dénature, qu’elle les exprime ; et elle est le plus fidèle des peintres, parce qu’elle est le plus libre des inventeurs. Elle dépasse ainsi la science et l’éloquence, et j’ose dire que les portraits de La Fontaine sont plus exacts et plus complets que ceux de Buffon. Tantôt Buffon décrit minutieusement en naturaliste les mœurs et les organes de chaque animal : La Fontaine anime et résume tous ces détails dans une épithète plaisante.... »
- Quoi qu’on pense de La Fontaine au point de vue de la zoo-
- logie, il est et restera inimitable, et, puisque nous sommes dans les citations, nous rappellerons ce que Mme de Sévigné disait des Fables, éternellement belles : « c’est un panier de cerises, on veut choisir les plus belles et le panier reste vide. »
- G. T.
- INFORMATIONS
- —^— La semaine s’est tristement signalée par l’un des plus effroyables accidents de chemin de fer que l’on puisse imaginer. Un train chargé de voyageurs, arrêté à la gare de Saint-Mandé, a été tamponné par un autre train arrivant à toute vitesse. La locomotive renversée a mis le feu aux wagons broyés avec les voyageurs. Rien ne peut se décrire de plus lamentable. Plus de quarante-cinq morts et plus de 100 blessés! La catastrophe a eu lieu dimanche dernier 26, à 9\50 du soir.
- —$!«— La marine allemande continue à se signaler par d’importantes constructions. Il a été procédé à Brême, à la lin de juillet, au lancement d’un navire cuirassé construit dans les chantiers de la Société Weser, et désigné sous le nom de Frithjof.
- —%— Il se tiendra à Berne, du 10 au 14 août, un Congrès international des sciences géographiques. Plusieurs voyageurs sont inscrits pour des conférences; mentionnons, entre autres, le prince Henri d’Orléans et M. Bonvalot; les explorateurs de l’Afrique, comte Pf'eil et de Ilohncl; M. Coudreau, qui revient d’un long voyage scientifique dans la Guyane; le général Annenkoff parlera du chemin de fer transsibérien, et l’Américain Stout du canal du Nicaragua. L’exposition internationale annexée au Congrès sera ouverte du 1er au 18 août; elle occupe soixante pièces du nouveau palais Fédéral.
- —Dimanche 26 juillet a eu lieu, à Bernay, l’inauguration du monument élevé, par souscription, à la mémoire du célèbre oculiste Jacques llaviel, l’inventeur de l’opération de la cataracte, né à la Barre (Eure), en 1695, mort à Genève le 50 septembre 1762.
- —Les réseaux téléphoniques augmentent tous tes jours. Depuis le 1er juillet le public est admis à utiliser les réseaux suivants : Epernay, Reims, Paris, Fécamp, Elretat, le Havre, Angers, Roanne. Depuis le 8 juillet la ligne téléphonique Dunkerque, Lille, est ouverte à l’exploitation : depuis le 15 juillet le réseau d’Orléans est mis en service, et le 1er août le service public de la ligne Paris-Fontainebleau sera inauguré.
- —?!$— Nous avons appris que le choléra faisait des victimes à la Mecque, où l’on compte de nombreux décès.
- —— On a récemment inauguré à Sens un musée qui, outre une très belle collection de pierres sculptées gallo-romaines, contient un certain nombre de tableaux précieux.
- —$— L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux publie une intéressante Notice sous le titre : Les descendants des grands hommes. Plusieurs descendants de Pierre Schœffer, un des inventeurs de l'imprimerie, habitent toujours la petite ville de Gernsheim, sur le Rhin, qui a donné naissance au célèbre collaborateur de Gutenberg. Ils se trouvent dans une situation des plus malheureuses. L’un d’eux a même été obligé d’entrer à l’hospice. Une lettre publiée par là Francfurter Zeitung conjure l’Union générale des typographes de venir en aide à cette intéressante famille.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — L’interrupteur à mercure et la serrure électrique se trouvent chez M. Ulmann, 46, boulevard Saint-Denis, à Paris.
- Communications. — M. Ch. F. Kettner, à Adélia (département d’Alger), nous adresse la photographie d’un rocher dont le sommet représente la tête d’un lion. Ce rocher se trouve dans le domaine de la Société viticole d’Adélia, par Changarnier, dans le département d’Alger.
- M. B. M. C. de Castro, àPétropolis, Etats de Rio-de-Janeiro, nous informe que le 24 juin il a observé dans le ciel de grandes lueurs qui s’étendaient à l’horizon comme les feux d’un incendie. La lueur avait une intensité variable et intermittente, elle ressemblait à celle des tubes de Geissler. 11 s’agit très vraisemblablement ici d’un phénomène de lueurs électriques, analogue aux aurores boréales.
- M. Mark Stirrup, à Bowdon-Chishire, nous fait remarquer ue dans l’article sur les pyramides et arches naturelles paru ans le n° 945, du 11 juillet 1891, de La Nature, c’est par erreur que la légende de la figure 2 porte la mention : les pierres de Stermis. Il faudrait lire : tes pierres de Stennis : la pierre verticale s’appelle The old man.
- M. le Dt Tarrius, à Paris, au sujet de la recette sur la suppression du maillot, que nous avons publiée dans Hygiène et santé (Nouvelles scientifiques du n° 942, du 20 juin 1891), nous écrit que, dès le 1er avril 1887, il a fait une conférence publique à la Bibliothèque populaire du XIXe arrondissement sur le système d’élevage sans maillot préconisé par notre correspondant
- M. J. Forest, à Paris, nous adresse une brochure très intéressante sur l'élevage des autruches en Algérie. L’auteur donne de précieux renseignements pour importer dans notre colonie une production qui lui fait défaut et qui peut lui être très utile. (Imprimerie Ch. Schlæber, rue Saint-Honoré, 257, Paris.)
- M. J.-J. Bourcard, à Enge-Zürich, nous écrit à propos de la Notice que nous avons publiée sur l’oiseau mécanique de M .Ader, qu’il a obtenu en 1869 un résultat analogue, au moyen de deux ades faites en bambou et papier, et posées au-dessus de sa tête à un bâti formant charnière. Les ailes, qui avaient chacune 4 mètres de longueur, étaient mues par les bras. L’opérateur fut une fois soulevé par le vent et parcourut un espace de 10 mètres environ à 0m,60 de hauteur.
- Renseignements. — M. A. Doneux, à Liège. — 1° Nous avons parlé des applications de l’électricité à l’agriculture dans le n° 322, du 2 août 1879, et dans le n° 605, du 5 janvier 1885. — 2° Les mesures de la température de l’Océan ont été décrites dans le n° 45, du 11 avril 1874.
- M. A. L., à Péra. — Pour avoir de la teinture de jus de noix, il suffit d’écraser l’écorce verte de la noix et d’en extraire le jus par compression.
- M. J. Thomas, à Gannord. — Verrerie d’optique : M. Derogv, 33, quai de l’Horloge; MM. Benoist et Berthiot, 207, rue Saint-Martin, à Paris.
- M. E. H. B., h Compiègne. — La pile au chlore B. Upward a été décrite dans tous les journaux scientifiques au moment de son apparition; voyez le n° 691 de La Nature, du 28 août 1886, p. 205.
- M. leDr V. Chinsol, à Bologne. — Nous réunissons en volume les recettes et formules les plus intéressantes ; la table que vous demandez n’a donc plus d’intérêt.
- JW. E. Closset, à Bruxelles. — Il va eu des ballons captifs foudroyés pendant qu’ils étaient arrimés à terre, mais jamais un ballon n’a été foudroyé en l’air; cela ne veut pas dire qu’il ne puisse l’être.
- M. Félix Martin à Gand. — Une aquarelle ne doit jamais être collée pour l’encadrement, la colle peut perdre les couleurs.
- Il faut simplement çoser l’aquarelle sur le carton sans la coller.
- M. E. Jenier, à baint-Aignan. — Vous trouverez à la librairie
- Hachetté des livres qui conviennent aux amateurs de faïences, Nous vous signalerons, en outre, le Manuel du collectionneur des faïences anciennes, par Ris-Paquot, à la librairie Raphaël Simon, 9, quai Voltaire, a Paris.
- 31. X..., à Versailles, nous demande où l’on peut se procurer les fleurs en coquillages que nous avons décrites dans le n° 937, du 16 mai 1891. Ces fleurs se vendent au magasin de l'Hospitalité universelle, 11, rue Paul-Louis-Courrier, à Paris. Nous sommes heureux de recommander à nos lecteurs cette œuvre charitable,
- M. B. G. Nagelmackers, à Villepreux. — Vous nous demandez de vous indiquer un appareil photographique sans pied pour opérer pendant un grand voyage : nous croyons qu’il vous faut un appareil à clichés pellicullaires. Le kodak de Nadar vous conviendra puisque vous désirez faire des instantanés 9x12.
- M. Louis G..., à Paris. — Si vous allez dans les Alpes, chemise de flanelle et vêtements de laine vous seront utiles pour les excursions en glacier. Quand il y a du soleil, mettez la lu* nette et le masque des alpinistes, ou gare aux coups de soleilf
- M. H. A., à M. — Pour désaimanter votre montre, il suffit de l’approcher d’une dynamo en la tournant et retournant dans, tous les sens.
- Accusés de réception. — Avis divers : JW. Paget, à Vienne. Votre lettre a été envoyée à destination. — M. L. Mondet, à Chambéry. 1° Le béton de ciment est préférable; 2° il faut goudronner la partie inférieure des poteaux. — L'abonné 2676, à Lisbonne. Nous publierons prochainement une Notice à ce sujet. — M. A. Prielo, au Chili, Filtrer Fluiile sur du charbon d’os et l’exposer à la lumière. — JW. E. B., à Arras; Un abonne, à Constantinople. L’adresse nous est inconnue. — M. E. Keck, à Lyon. Il s’agit d’une solution d’acide tluorhydrique. — 31. D. R., à X. Renseignez-vous à la librairie Gauthier-Villars. — M. Decker, à Paris. Pas d’autre adresse à vous donner que celle indiquée dans l’article,
- — M. A. Hawsky, à Leipzig. 11 nous a été impossible de retrouver l’adresse du fabricant. — M. G. du Marlet, à Dijon. Les résultats obtenus jusqu’ici ne sont pas très concluants. — Un lecteur, à Nantes. Nous examinerons de nouveau la question, et publierons un article s’il y a lieu. — Un abonné, à Sarrance. 1" Pas d'ouvrage à ce sujet; 2° adressez-vous au Ministère du commerce. — 31. F. Lade, à Paris. Le sujet nous paraît un peu spécial pour La Nature. Remerciements. — 31. Ch. D., à Draguignan; M. L. P. B., à Bez, Nous avons indiqué plusieurs appareils à glace dans nos précédents numéros. — 31. L. De taire, h Vilvorde. Félicitations pour votre excellente épreuve. — Une abonnée, à Buenos-Ayres ; 31. C. 3leyer, à Strasbourg; 31. F. Van Dooren, à Turnhoux; 31. L. D., à Lille; 31. Dunoyer, à La Chapelle-sur-Brancion ; 31. A. E. Tournay, à Paris ; 31. J. B. 3Ierle, à Bordeaux. Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — 31. Golendorf, à Maisons-Laffitte; 31. A. Labastille, aux Cayes; 31. E. Berthe, à Jonchery; L’abonné 2651, à Saint-Julien-lès-Metz; 31. 3laréchal, à Charleroi; 31. Y. S., à Andrinople. Remerciements pour vos communications. — 31. P., à X. C’est M. Martincourt au lieu de M. Martineau qu'il faut lire dans notre Supplément du n° 946 pour le fabricant de la breloque-calendrier perpétuel.— 31. G. L-, à Caen; JW. 31. Nicolas, à Epinal; 31. 11. 31., à Paris. Pour vous procurer des produits à base de kola, adressez-vous à M. Nalton, pharmacien, 55, rue Coquillière, à Paris.
- — 31. X., à Nancy. Impossible de faire breveter cet appareil. — 31. Ch. Leclerc, à Toussus-le-Noble. Renseignez-vous à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris. — 31. C. IL, à B. Ces appareils ne sont plus construits; l’inventeur est décédé.
- — 31. E. Le Petit, à Paris. 1° Remerciements; 2° cela est inexact.
- — 31. J. Dubois, à fleauregard. Le nettoyage au savon noir convient très bien. — 31. P. D., à Cahors. Il faudrait examiner vos expériences en détail pour vous répondre. — 31. V. D., a X. Il y a top-jours une perte d’énergie dans la transmission ; le mouvement n'ést pas perpétuel. — 31. S. Donnaelieu, à Mexico. Nous avons bien reçu votre communication; mais nous attendrons de plus amples renseignements avant de parler de cette découverte. — 31. G. Mingaud, à Nîmes. Ces parasites ne sont connus que des naturalistes spécialistes: nous ne pouvons vous renseigner. — W. Y. S., à Andrinople. Il faudrait adresser cet échantillon à un laboratoire de botanique; nous ne saurions nous charger de ces déterminations.— 31. Franceschini, à Tunis. Il nous est impossible de revenir sur cette disposition, dont nous avons indiqué le principe. — M. N. G., à Bordeaux. Nous ferons un erratum. Remerciements. — 31. C. Fonsset, à Pithiviers. Cela se
- roduit généralement par une longue pose, mais le cliché peut être on. — 31. A. Aquarone, à Bessan. Le moyen le plus efficace consiste à entretenir les poulaillers dans le plus grand état de propreté,
- — 31. J. C., à E. Aucun ouvrage à vous signaler sur cette question.
- — 31. Borel, à Lyon. Vous trouverez les actions réciproques de deux courants électriques parallèles dans tous les traités élémentaires de physique. — 31. P. Ganiclol, à Vaison. Nous avons précédemment indiqué les divers journaux photographiques; voyez la 650e Boite aux lettres, du n° 958, du 25 mai 1891. — 31. Le fort, à Saint-Didier. Une bonne couche de'pèinturc à l’huile suffira pour protéger le bois. — M. J. Fardel, à Lille. Il s’agit incontestablement de pierres naturelles. — JW.- E. Fergeau, à la Tranchée. A été décrit dans La Nature. Remerciements.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre A toutes les questions, m à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu gu’aux lettres reçues avant lé lundi qui précède la date de là livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Nouveau filtre-presse de laboratoire. — Les filtres-presses dont l’emploi est si répandu dans l’industrie peuvent aussi rendre de grands services dans les laboratoires; un
- modèle récent dû à MM. L. Lefranc et J. Fribourg se recommande par sa simplicité (fig. 1). La matière filtrante (tissu, papier) est placée dans une boîte construite en ébonite pour résister aux acides. Cette boîte est formée de trois parties, les fonds À et B (fig. 2) sont munis de rainures permettant au liquide filtré de se rassembler pour s’écouler par les ajutages a et b. La couronne D — où pénètre une tubulure amenant la matière à traiter — est fermée des deux côtés par la matière filtrante, qu’on a le soin de découper à la forme appropriée avec un gabarit : elle constitue ainsi la chambre de filtration. L’étanchéité de la boîte est obtenue au moyen de rondelles en caoutchouc fixées aux plateaux A et B et appliquées contre la couronne D par trois écrans à oreilles. Au-dessus de l’appareil. est un entonnoir par où l’on verse la matière à filtrer. On a ainsi la pression d’une colonne liquide de lm,50 à 2 mètres; elle suffit le plus souvent pour réunir rapidement le précipité et en former un gâteau
- facile à recueillir, une fois l’appareil démonté. Dans les cas où l’on voudrait une pression plus forte, on pourrait la produire au moyen d’une petite pompe de laboratoire, comprimant la matière à filtrer, ou bien au moyen d’une pompe à eau aspirant le liquide filtré. Ces derniers dispositifs sont surtout employés pour se rendre compte de ce que peut donner industriellement l’emploi du filtre-presse sur un produit nouveau ou de ce que vaudra une matière filtrante pour une pression déterminée. Ce petit filtre peut donc rendre aux chimistes, aux inventeurs, de réels services ; c’est de plus, pour les cours de chimie et de technologie, un appareil de démonstration à la fois simple et complet.
- P. Jannetatz,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- . I. — Filtre-presse de laboratoire.
- Fig, t. — Détails du iiltre proprement dit.
- microscope facile à construire. — Pans les Suppléments des n°* 829 et 942, il a été publié la manière de construire des lunettes astronomiques, peu coûteuses, et donnant des résultats satisfaisants, pour l’exploration de l’infiniment grand. J’ai pensé qu'il serait peut-être intéressant pour certains lecteurs de La Nature de leur fournir les mêmes moyens d’explorer l’infiniment petit. Avec une boîte ronde en carton, une lentille de loupe à lire et un de ces petits morceaux de cristal taillés en lentille qui servent à grossir les vues micros-copiqhes de différents breloques, porte-plume, clefs de montre,
- etc., j’ai construit un microscope solaire ayant un pouvoir grossissant considérable et dont voici la description. Le croquis ci-contre représente l’instrument grandeur naturelle. B, boîte en carton dont le fond est remplacé par la grande lentille L dont le foyer va tomber en 0. C couvercle de la boîte au milieu duquel est introduit le cristal taillé en lentille et dont la partie plate sert de porte-objet. Pour opérer on fixe l’instrument au volet d’une chambre noire. Un miroir placé hors de la chambre reçoit les rayons
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est etrangère-aux annonces.-
- Coupe du microscope facile à construire.
- solaires et les réfléchit sur la grande lentille L qui les concentre en 0 sur l’objet à observer et dont l’image très amplifiée et très nette va se projeter sur le mur opposé ou sur un écran convenablement éloigné. En enfonçant plus ou moins le couvercle C, on a la faculté d’éclairer plus ou moins l’objet soumis à l’observation. Pour fixer l’instrument au volet, je l’introduis dans une plaque en carton épais que je fixe au moyen de deux clous à l’ouverture pratiquée dans le volet.
- Gudefin,
- Horloger à Montpont (Saône-et-Loire).
- La petite Montagne russe. — Le nouveau petit jouet que nous allons faire connaître se compose principalement d’une règle plate en bois de 0m,50 environ de long se haussant^ au moyen d’un pied pliant, de façon à former un plan incliné.
- Ce pied est maintenu ouvert à l’angle voulu avec la règle, au moyen d’un fit de fer soutenu lui-même dans un anneau. Le long de cette règle se trouve une encoche ou pour mieux dire une gouttière traversée par des arrêts en fil de fer placés à des distances insensiblement irrégulières. Une graduation allant de 5 en 5, puis de 100 en 100 jusqu’à 500, puis à 1000, est notée le long de cette encoche et au delà un petit drapeau couché le long de la règle marque la fin des chiffres et le but final.
- La jdite montagne russe.
- Un petit bonhomme en plomb est assis sur une glissière fonctionnant le long de la règle. A l’intérieur du bonhomme se trouve une roue dentée qui s’engrène dans les arrêts de fil de fer. Le personnage étant poussé en haut du plan incliné s’appuie par sa roue sur un petit ressort bombé, et il suffit d’une légère secousse pour le faire quitter ce point d’appui. Il glisse alors le long de la règle et la roue dentée le retient tantôt à un point, tantôt à un autre, et le plus souvent près du point de départ, c’est-à-dire aux chiffres bas de l’échelle. Lorsqu’il parvient à 500 ou à 1000, cela est excessivement rai*e ou alors il franchit tous les arrêts, arrive jusqu’au bas et heurte en passant le petit drapeau qui se relève; la partie est alors gagnée. On comprend facilement que ce jeu si simple amuse beaucoup les enfants qui ont avec lui l’attrait du plus fort point à obtenir et l’amusement de faire glisser le personnage sur sa montagne russe. On peut se procurer ce petit jouet chez MM. Marchai et Buffard, marchands de jouets, passage de l’Opéra, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le Transsaharien. Un an après, par Georges Rolland. Lettres et articles publiés depuis un an par G. Rolland et A. Fock. 1 vol. in-8° avec une carte de l’Afrique française. A. Chal-lamel, éditeur. — Paris, 1891.
- Dans l'Inde, par A. Chevrillon. 1 vol. in-16. Librairie Hachette et C‘\ 1891.
- Trois mois de captivité au Dahomey, par E. Chaudoin. 1 vol. in-16 de la Collection des voyages illustrés. Librairie Hachette et Cie. — Paris, 1891.
- Eléments de phologrammctre. Application élémentaire de la photographie, à l’architecture, à la topographie, aux observations scientifiques et aux opérations militaires, par le commandant Y. Legros. 1 vol. in-16, à la Société d’éditions scientifiques. — Paris, 1891.
- Les historiens latins César, Salluste, Tile Lire, Tacite, par H. Lantoine. Choix de traductions et Notices. I vol. in-18. G. Masson, éditeur. — Paris, 1891.
- Aide-mémoire de Vingénieur-électricien, troisième année. 1 vol. in-18. Bernard Tignol, éditeur. — Paris, 1891.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Manuel pratique de l'installation de la lumière électrique, par J.-P. Anney. Stations centrales. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque des actualités industrielles. Bernard Tignol, éditeur. — Paris, 1891.
- Guide pratique pour l’emploi du papier albuminé, par L. Ma-s thet. 1 vol. in-18 de la Collection de l’amateur photographe. Société générale d’éditions. — Paris, 1891.
- Manuel pratique d’orthochromatisme, par Léon Vidal. 1 vol. in-18. Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires. — Paris, 1891.
- „Guide pratique de télégraphie sous-marine, par E. Bonel. 1 brochure in-8° avec 79 figures dans le texte. J. Michelet, éditeur. — Paris, 1891.
- Carnet du photographe-amateur à l’usage des voyageurs et des touristes pour l'année 1891, par Ch. Jacob. J. Michelet, éditeur. — Paris, 1891.
- Essai sur l’histoire des panoramas et des dioramas, par Germain Bapst. Extrait des Rapports du Jury international de l’Exposition universelle de 1889, avec illustrations inédites de M. Edouard Détaillé. 1 brochure in-4°. Imprimerie nationale. — Paris, 1891.
- Annual report of the Board of regents of the Smithsonian institution, showing the operations, expenditures, and condition of the institution io July 1889. 1 vol. in-8°. Government printing Office, — Washington, 1890.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS a 7 heures du matin thermomètre DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 20 juillet.. . . 15», 6 S. W. 0 Nuageux. 0,0 Couv. de h. à 15 h. Nuag. av. et apr.
- Mardi 21 la»,8 S. W. 0 Couvert. 0,1 Presq. couv., tonnerre au N. W., à 16 h.; pl. fine le m.
- Mercredi 22 15», 9 S. 0 Couvert. 1,0 Couv. jusq. 16 h.; nuag. ensuite, averses jusq. 8 h.
- Jeudi 23 12»,8 W. S. W. 2 Couvert. 0,0 Tr. nuag.; qq. averses l’apr.-midi.
- Vendredi 24. 13»,6 W. 2 Couvert. 1,3 Tr. nuageux.
- Samedi 25.. ..... 14»,8 S. W. 2 Couvert. 0,0 Couv. jusq. 15 b., nuag. ensuite.
- Dimanche 26 14»,0 N. E. 1 Peu nuageux. 0,0 Peu nuag. le m., beau le s.
- JUILLET 1891. - SEMAINE DO LUNDI 20 AO DIMANCHE 26 JUILLET 1891
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les (lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent. courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche: courbe en pointillé, theimomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre en Californie. — Une sérac de secousses de tremblement de terre ont été ressenties à San José, en Californie, dans la matinée du 29 juin. Le premier choc fut si violent que la tour d’un fanal électrique, élevé de 73 mètres, s’inclina de plus de 3 mètres. Une vraie panique s’est emparée des habitants, et dans les principaux hôtels, remplis à cette époque de touristes des Etats de l’Est, hommes et femmes affolés se précipitèrent dans les couloirs, à moitié vêtus. Au moment du second choc, les maisons s’élevèrent et s’abaissèrent avec un léger mouvement ondulatoire. Les petits accidents, chutes de cheminées, vitres brisées, objets renversés et rompus, sont nombreux et représentent une somme considérable de dégâts.
- Tremblement de terre h la Martinique. — Le 4 juillet, au lever du soleil, l’IIe de la Martinique a été ébranlée par une très forte secousse de tremblement de terre, suivie, un instant après, d’une secousse plus faible. Plusieurs horloges ont été subitement arrêtées ; celle de l’hôpital militaire marquait 4‘,55“. La violence de la première secousse a été telle que, daus le premier moment d’émotion, on a cru à des désastres. Fort heureusement, les dégâts ont été peu importants. Uue vieille maison inhabitée, près du cimetière du fort, s’est écroulée; le mur de soutènement de ce cimetière et une partie de celui de la batterie Viliaret ont pris une inclinaison très forte. Plusieurs maisons dans le quartier du port ont été lézardées. Les îles voisines ont aussi ressenti la secousse, mais sans avoir subi de dégâts importants.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 21, à 2 h. 3 du soir.
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- IA SEMAINE
- Exposition de botanique, d'horticulture et de microscopie à Anvers. — Nous signalerons aujourd’hui à nos lecteurs une importante Exposition internationale qui est organisée sous le patronnage et avec le concours du Gouvernement belge de la province et de la ville d’Anvers. Cette Exposition aura lieu dans les •vastes locaux de l’Athénée royal, un des plus beaux et des plus vastes monuments d'Anvers, qui a été édifié sur les plans de M. G. Royers, l’ingénieur en chef de la ville.
- L’Exposition comprend trois sections : la Botanique commerciale, dont nous ne parlerons pas en ce moment, Y Horticulture et la Microscopie. L’horticulture est organisée sur un plan tout différent de ce que l’on fait habituellement. La première cour intérieure de l’Athénée, qui a 60 mètres de longueur sur à peu près 30 mètres de largeur, sera transformée en un vaste jardin où des groupes de plantes représenteront, pendant toute la durée de l’Exposition, les ilores des régions tempérées exotiques : Californie, Australie, etc., etc. Des expositions temporaires, organisées dans la « Salle des fêtes », montreront la végétation des régions tropicales : Brésil, etc.
- . L’Exposition de microscopie, la première qui ait été organisée jusqu’ici et qui est destinée à fêter le 300° anniversaire de la merveilleuse invention de Zaccharie Janssen, promet d’être remarquable.
- Cette Exposition comprend la microscopie rétrospective où l’on verra une collection complète de tous les microscopes anciens. Outre le microscope de Z. Janssen, on y verra les microscopes authentiques de Leeuwenhoeek, de V. Mussehenbroeck, de Lyonnet, de Cantzius, etc., etc. On y verra aussi le rarissime microscope de Selligue, les essais de Ch. Chevalier, ses lentilles en pierres précieuses, etc., etc. La salle d’honneur montrera les portraits de Z. Janssen et de Ch. Chevalier, les deux fondateurs de la micrographie.
- Quant à la microscopie générale, elle sera bien représentée, car tous les constructeurs ont envoyé leurs instruments. Citons parmi eux MM. Nachet, de Paris, Zeiss, d’Iéna, Reiehert, de Vienne, Seibert, Leitz, de Wetzlar, Powell et Lealand, AV a t son et Sons, de Londres, etc.
- Les préparateurs, MM. Jempère, de Paris, Thum, de Leipzig et le fameux J.-D. Moller, de Wedel, qui montrera lui-même, entre autres choses, sa non moins fameuse préparation universum Diatoma-cearum. On sait que cette préparation, qui a coûté cinq ans de travaux à son auteur et qui, dit-on, est cotée par lui 30 000 francs, renferme, sur l’espace d’un centimètre carré, 4030 diatomées différentes, classées systématiquement et rangées par classes, genres et e spèces.
- M. Trouvé démontrera les applications de la lumière électrique à la microscopie. On sait que l’emploi de cet éclairage a été fait, en premier lieu, par M. le Dr Henri Van Heurek en 1881, et a permis de réaliser des progrès considérables, surtout en pbotomicrographie.
- Inutile de dire que les appareils de photomicrographie et des .photomicrogrammes abonderont à l’Exposition. Des fabricants et des amateurs de toutes les parties du monde sont inscrits.
- La bactériologie occupera un rang important. Outre les grands fabricants d’appareils, tels que MM. Wiessnegg et Adnet, de Paris, Siebert, de Vienne, etc., le public pourra examiner de près tous les .appareils intéressants imaginés par M. le Dr Miquel pour l’Observatoire de Montsouris. La ville de Paris a fait g l’Exposition une installation complète de ces appareils.^ _____
- . Pour tout ce qui concerne cette intéressante Exposition, on peut s’adresser à M. le Dr Henri Vans Hcurck> directeur du Jardin botanique à Anvers, • i.iyj'ay», a:. ' n _ ..G, T...
- INFORMATIONS
- —J9&— La ville de New-York aura prochainement une nouvelle ligne de chemin de fer métropolitain. Cette ligne, d’une longueur totale de 65 kilomètres, sera souterraine et située à 33 mètres au-dessous du niveau de la rue. Les stations auront 100 mètres de longueur, 20 de largeur et 10 de hauteur. Le transbordement des voyageurs se fera à l’aide d’ascenseurs pouvant monter ou descendre 340 personnes par minute. Le tunnel aura 9 mètres de largeur et 7 mètres de hauteur, et la ventilation sera assurée par de puissantes machines et des prises d’air. Les dépenses totales sont évaluées à 300 millions de francs.
- —Des expériences de télégraphie optique ont été effectuées récemment à Maisons-Laffitte entre des vélocipédistes et les aéro-nautes du ballon ha ville de Maisons-Laffitte. L’aérostat, parti à 5 heures du soir, a atterri heureusement à 6 heures un quart. L’altitude maxima a été de 1450 mètres au-dessus des carrières de Saint-Denis, où l’aérostat a plané une demi-heure.
- —"%— Le Congrès international de photographie tenu à Paris, en 1889, a décidé qu’un second Congrès destiné à compléter son œuvre et à assurer l’application internationale des règles qu’il a posées, serait tenu à Bruxelles, à l’occasion de l’Exposition de photographie qui devait avoir lieu dans cette capitale. Ce nouveau Congrès s’ouvrira le 23 août prochain. M. A. Davanne, président du Comité d’administration de la Société française de photographie, s’occupe de centraliser les décisions des délégués qui représenteront la France à ce Congrès.
- —i’é— La Faculté de médecine de Paris compte une doctoresse de plus. Une jeune Russe, M"8 Dobrowskine, a soutenu brillamment sa thèse et a été reçue à l’unanimité. M"8 Dobrowskine est née le 26 décembre 1866, à Rogatchelf, près de liiew.
- —— A la fin du mois dernier, on a embarqué au Havre un torpilleur démonté pièce par pièce. Ce torpilleur a été construit par l’usine de M. Normand pour le compte du gouvernement japonais. Le torpilleur démonté formait d’énormes colis, dont la plupart pesaient plus de dix tonnes; ils ont été mis à bord avec une grande facilité, grâce à l’emploi des nouveaux engins de la chambre du commerce.
- —%— Les essais qui viennent detre faits à la Spezzia, pour la substitution du pétrole au charbon, comme combustible destiné aux machines des navires de guerre, ont parfaitement réussi. Plusieurs navires de guerre vont être, dit-on, immédiatement approvisionnés de ce nouveau combustible.
- —%— M. Mari Andreïs, banquier, faisait l’ascension du rocher qui porte la « Sacra San-Michele » ancien monastère de Bénédictins qui domine la voie ferrée de Modane à Turin, lorsque s’écartant du chemin à lacets qui permet de s’y rendre, il a fait une chute dans un précipice où il a trouvé la mort.
- —— Le dernier des trois grands navires à voiles qui avaient été commandés à la Société dès ateliers et chantiers de la Loire par la maison Prentout-Leblond et Boniface, de Rouen, a été lancé avec succès le 25 juillet à Saint-Nazaire. Il se nomme Pierre Corneille et est semblable à la Ville de Rouen et à la Jeanne d’Arc lancés le mois dernier. Ces trois navires ont 75 mètres de longueur totale et porteront 1950 tonnes en lourd avec un tirant d’eau de 6 mètres, ce
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le jet d’eau atmosphérique se trouve chez M. Conrad Altwegg, 34, rue Saint-Marc, à Paris. — L’appareil de photographie instantanée de MM. Londe et Dessoudeix, se trouve chez M. Dessoudeix, 31, rue du Rocher, Paris.
- Communications. — M. Vannaire, docteur en médecine, â Gannat (Allier), nous adresse le document suivant qui intéresse l’histoire de l’aéronautique : dans la séance du 22 fructidor an II, le Conseil municipal de la ville de Gannat inscrit au procès-verbal de ses délibérations les lignes suivantes : « Lecture faite de la lettre du 17 du présent, par laquelle l’Administration du district invite la commune à mettre en préhension les boyaux de bœuf appelés, baudruche. Le Conseil, considérant que cette marchandise lui est absolument inconnue, nomme le citoyen Valude à l’effet de s’informer près des bouchers de cette commune, ce que veut dire le mot « baudruche » et quels sont les boyaux de bœuf que l’on désigne sous ce nom. » II me paraît, nous dit notre correspondant, que cette réquisition était faite par suite des recherches des aérostiers militaires d’un tissu pour la confection des aérostats.
- M. Paul Lesourd, avocat, à Tours, nous envoie les statuts d’une nouvelle société d’ainateurs photographes dont il est le vice-président. La Société photographique de Touraine offre à ses membres une bibliothèque spéciale, un atelier et deux laboratoires. Nous souhaitons bon succès à la nouvelle Société qui a pour président M. J. Deslis.
- M. Gotendorf, à Maisons-Laffitte, nous fait connaître une curieuse illusion d’optique empruntée à un journal anglais. Prenez une rangée de lettres capitales et de chiffres :
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- Ils paraissent faits en deux parties égales. Regardez-les avec soin et vous verrez que la moitié supérieure des caractères est un peu plus petite que la moitié inférieure, mais si peu que cela est presque inappréciable. Maintenant, si vous retournez le papier, de manière que le texte soit à l’envers, vous verrez facilement que cette différence de grandeur est très exagérée, et que la vraie partie supérieure de la lettre est beaucoup plus petite que la moitié inférieure.
- M. de Sanderval, à Paris, nous écrit au sujet des appareils d’aviation dont il a été question récemment, et nous rappelle l’appareil qu’il a expérimenté, il y a quelques années, et dont nous avons donné la description (n° 704, du 27 novembre 1886, p. 404). « Je suspendais mon appareil, nous écrit notre correspondant, par une corde de sûreté au milieu d’un câble tendu entre deux collines, ou entre deux mâtures élevées, sur le bord de la mer. Enlevé par le vent je me balançais, oscillant en tous sens à mon gré, porté sur l’air à une hauteur quelconqne au-dessus du sol (10 mètres environ dans mon expérience), pendant un temps illimité; la corde de sûreté restait flottante, n’ayant à se tendre qu’en cas de fausse manœuvre. Aujourd’hui les grands arcs du pied de la Tour Eiflel nous offrent des points d’attache suffisamment élevés et un large vide où l’expérience pourrait être facilement installée. ))
- Renseignements. — M. P. Lyotard, au Puv. — Vous nous demandez des renseignements sur la comparaison du prix de revient entre l’éclairage au gaz et l’éclairage électrique. Cette question a été traitée dans le n° 829, du 20 avril 1889 ; n° 896, du 2 août 1890; n° 897, du 9 août 1890; et le n° 943, du 27 juin 1891.
- M. H. Lacombe, à Rouen. — 1° Il faudrait une dynamo de 100 volts et 10 ampères. — 2° 50 accumulateurs de 40 ampères-heure. — 5° Cette machine peut convenir en choisissant le modèle de la puissance nécessaire.
- M. L. Kaufmann, à Fleurier. — La montre-observateur décrite dans le n° 740, du 6 août 1887, est construite par M. A. Schwob, 19, boulevard Ronne-Nouvelle, à Paris.
- M. R. Cuculoze, à X. — Vous trouverez des moyens pour
- mesurer la vitesse des obturateurs photographiques dans un article de M. A. Londe (n° 728, du 14 mai 1887, et n° 730, du 28 mai 1887).
- M. H. H., à X. — On peut obtenir la guérison de certains cas de surdité ; il en est d’autres auxquels il n’est pas possible de remédier.
- Un lecteur, à Paris. — Le papier-parchemin, utilisé dans les piles, est en vente chez tous les marchands de produits chimiques.
- M. Geo, à Montpellier. — Il n’y a guère que l’encre d’imprimerie qui soit indestructible.
- M. A. Golembiowski, à Constantine. — Sources artificielles : M. Rouby, 28, rue d’Alésia, à Paris.
- M. A. de N., à Penafiel (Portugal). — Vous désirez savoir ce que signifie le nom de Sedang que vous avez vu sur un timbre-poste. Voici la réponse que nous a faite à ce sujet notre collaborateur M. Grignard, fort compétent en cette matière : « Sedang, contrée au sud de la Chine, limitrophe de l’Indo-Chine ; c’était le fameux royaume de de Mayréna, dit Marie Ier, d’aventureuse mémoire. Les timbres de Sedang sont une vulgaire imposture, créés dans un but spéculatif. Pas un seul de ces timbres, usés ou neufs, n’a passé par la poste. Ils n’ont aucune valeur. »
- M. J. Daguerre, à Tardets. — Couveuses artificielles : MM. Ar-noult et Roullier, à Gambais, près Houdan (Seine-et-Oise); M. Voitellier, 4, place du Théâtre-Français, à Paris.
- M. P. Dhamèlincourt, à Louviers. — 1° La lune n’exercé aucune influence sur les bois, au moment de la coupe ; il s’agit là d’une fausse croyance très répandue. — 2° Les distances sont comptées à partir de la cathédrale de Paris.
- M. G. L., à Reims. — Avec 3 éléments de Lalande, le voltage serait un peu faible. Il faudrait au moins monter 10 éléments en tension. Vous pourriez alors avoir une lampe de 6 volts et 6 ampères, soit de 36 watts, ou de 8 à 10 bougies.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. E. Barbier, à J. L’ouvrage que vous mentionnez se trouve à la librairie veuve Dunod, 49, quai des Grands-Augustins, à Paris. — M. L. de Arriaga, à Bilbao. Il faut vous adresser aux grands libraires de Paris. — M. K. Persky, à Saint-Pétersbourg. 1° Nous avons indiqué plusieurs constructeurs dans nos précédentes Boites aux lettres ; 2° informez-vous auprès du fabricant. — M. J. Olielti, à Asti. L’adresse demandée est : M. Bocandé, ingénieur à la Compagnie Edison, 8, rue Caumartin, à Paris. — M. G. Feray, à Essonnes. Nous publierons prochainement un article sur le sujet. — M. G. Goury, à Villers-sur-Mer. Pas d’autres renseignements à vous indiquer que ceux donnés par M. Landrin. Les poissons de mer se conservent généralement dans l’eau de mer. — M. A. Renaud, à Saint-Cloud. Il n’existe pas de traité spécial; mais il y a eu autrefois des articles publiés dans le Moniteur scientifique du Dr Quesneville. — M. Fustégueras, à Cognac; M. A., à Gray. Quand le journal n’est pas plié, il arrive souvent très chiffonné. — Un lecteur, a Saint-Germain. Adressez-vous à M. Scliæffner, 2, rue de Châteaudun, à Paris. — M. L. Schætzen, à Tongres. Vous trouverez divers produits chez tous les marchands d’accessoires pour photographies. — M. E. B., à Gif. L’ammoniaque liquide pourrait convenir. — M. S. M. G., à Santiago de Cuba. Consultez les traités de physiologie ; nous ne pouvons aborder cette question dans la Boite aux lettres. — M. H. Claisse, à Mazatlan. Il faudrait essayer d’interposer entre deux cuirs une poudre quelconque (farine, résine, etc.) pour les empêcher de se coller. — M. Lacombe, à Alfortville. Les appareils que vous proposez présenteraient de grandes difficultés pratiques; il existe, du reste, une série d’autres dispositions répondant au même but. — M. A. Mandausch, à Batavia. Pas de fabricant spécial; mais il est facile de faire confectionner, par un ébéniste, ùn siège comme vous le désirez. — M. L. Quentin, à Péronne. Il suffit d’écrire à M. Max Sievert, à Stockholm; la lettre parviendra certainement. — M. Gaelano-Nessi, à Locarno. Nous avons déjà décrit plusieurs appareils de ce genre. — M. G. F., à L. Vous nous demandez un bon appareil photographique ; il nous est impossible de vous renseigner. Tous les appareils ont des avantages et des inconvénients; voyez aux Annonces. — M. G. Dupona, à Monpazier. Tous les traites d’électricité donnent les définitions des termes usités dans cette science. — M. J. Plassard, à Villers-sur-Mer. Nous avons donné, dans notre précédent supplément, une adresse qui vous conviendra. — Ai11” U. Louy, à Condom. Nous ne connaissons pas d’ouvrage de ce genre ; tous nos regrets. — M. P. Lacau, à Cuba. Les fabricants ont été indiqués dans les Boites aux lettres des numéros que vous mentionnez — M. E. Duché, à Souppcs; M. U. T., à X.; M. L. Hirigoyen, à Bayonne; M. B. J. Martinet, à Marseille. Remerciements pour vos communications. — M. Toe, à Montpellier. Voyez le petit livre de la Science pratique. (G. Masson, éditeur.). — L’abonné2457, à Villersexel. Consultez le petit livre des Recettes et procédés utiles, à la même librairie. — M. Quenauft, à Scnones. Vous trouverez la formule du développement à l’iconogènc dans les Noiivelles Recettes utiles, chez le même éditeur. — M. Dameric, à Montevideo; M. E. Duval, à Stépanofka ; Un abonné, à Nancy. Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la # Boite aux lettres » ta Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- AU BORD DE LA MER. *— Croquis inédits de À. Robida.
- Notre collaborateur A. Robida, nous montrait récemment un charmant album de croquis faits par lui au bord de la mer. Par ce temps de villégiature océanique, il nous a semblé que ces croquis remplaceraient avantageusement pour une fois, nos Petites inventions; nous avons demandé à l’artiste d’en offrir une page â nos lecteurs. II l’a faite aussitôt pour La Nature et nous l’envoie de Grandcamp, où il continue ses explorations maritimes : « Le croquis du haut, nous écrit Robida, représente des Pêcheuses nature. Nous avons pour les autres sujets ; Un parc à marée basse; les pêcheurs recueillent le poisson pris dans les filets suspendus aux perches; Le coup de vent et le photographe en détresse; Petite pêcherie, autre piège à poissons ; Pêche aux crevettes, sur le sable et dans les roches. Ce sont des croquis d’Yport et de Tréport. »
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Colle imperméable. — Quand on a besoin de colle imperméable, on fait tremper dans l’eau de la colle forte ordinaire jusqu’à ce qu’elle se ramollisse ; on la retire avant qu elle ait perdu sa forme primitive ; après quoi on la met à dissoudre dans de l’huile de lin ordinaire, sur un teu très doux, jusqu à ce qu elle se prenne comme une gelée. Cette colle sert pour assembler toute espèce de matière. Outre sa force et sa dureté, elle a l’avantage de résister à l’action de l’eau.
- Moyen de colorer en noir mat le fer et l’acier. — Al. Alazure a indiqué un liquide propre à colorer en noir mat le fer et l’acier par oxydation ; ce liquide convient pour le bronzage des
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- canons de fusil, des armes de luxe, fourreaux de sabre, etc. Dans l’horlogerie, il servira à bronzer les boîtiers de montre, les chaînes, médaillons, bracelets; dans la quincaillerie, on l’emploiera pour les outils et toutes les autres destinations. Il contient : chlorure de bismuth, 10 grammes; bicblorure de mercure, 20; chlorure de cuivre, 10; acide chlorhydrique, 00; alcool, 50; eau, 500. On ajoute à ce mélange de la teinture de fuchsine en quantité suffisante pour masquer la couleur. Pour appliquer ce liquide, on l’étend au pinceau ou on y trempe l’objet dépoli et dégraissé. On laisse sécher, on passe ensuite à l’eau bouillante pendant une demi-heure. On répète l’opération jusqu’à la couleur voulue, puis on passe l’objet au bain d’huile ou on chauffe au feu après l’avoir imprégné d’une couche d’huile.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49-,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIBECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 27 juillet.. . . 19”,9 S. 4 Presq. eouv. 0,0 Tr. nuageux jusq. 21 h., beau ensuite; tonnerre au N. W. à 6 h. 1/4-7 h., quelq. petites averses.
- Mardi 28 15*, 0 S. S. W. 2 Couvert. 0,0 Couv. ; un peu de pluie le m., puis de 14 à 21 h.
- Mercredi 29 11%8 S. S. W. 2 Beau. 11,8 Beau jusq. 7 h., nuageux puis couv. ap. midi ; un peu de pluie à 22 h.
- Jeudi 30 14*,3 S. W. 2 Couvert. 0,2 Couv. le m., presq. couv. le s.; beau ap. 22 h. quelq. averses.
- Vendredi 31 11*,9 S. VV. 2 Couvert. 0,7 Presq. couv. jusq. 17 h., peu nuageux ensuite ; tonnerre faible de 12 à 16 h., quelq. averses. Presq. couv., quelquefois des gouttes.
- Samedi 1" août.. . . 11*,9 S. W. 0 Couvert. 1,8
- Dimanche 2...... . 14»,7 W. S. W. 0 Couvert. 0,0 Quelq, éclaircies av. 7 h., couv. ap.; pl. de 20 à 23 h
- AOUT 1891. — SEMAINE Dü LUNDI 27 AU DIMANCHE 2 AOUT 1891
- Lundi | Mardi I Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent. courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l'abri d boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée:
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Résumé des observations météorologiques faites au parc de Saint-Maur en juillet 1M1
- par M. E. Renoo.
- j Moyenne barométrique à midi, 758",05; minimum, le 27, à 2 heures du soir, 749”,60; maximum, le 19, à 11 heures du matin, 763”,77.
- Moyennes thermométriques : des minima, 12°,20; des maxima, 22°,61 ; du mois, 17°,40; moyenne vraie des vingt-quatre heures, 16°,82. Minimum, le 29, au matin, 7°,8; maximum, le 18, dans la journée, 29°,3 ( 29°,1 le 1").
- Tension moyenne de la vapeur, 11"",05; la moindre, le 29, à 5 heures du matin, 7““,8; la plus grande, le 1", à 10 heures du matin, 17”,3. Humidité relative, 78; la moindre, le 12, à 3 heures du soir, 43; la plus grande, 100, le 26, à 5 heures du matin.
- Pluie, 74",1 en quarante heures réparties en quinze jours. Nébulosité moyenne, 59. • . '
- Tonnerre, le 1", de minuit à 5 heures du matin; fort orage. Le 21, orage lointain de 4 heures à 5 heures du soir. Le 27, cinq ou six coups de tonnerre au nord-ouest. Le 31, orage de midi à 4 heures; faible orage. Eclairs dans la nuit, du 1" au 2, et le 18 au soir.
- Température moyenne de la Marne, 20°,27, variant de 17°,96 le 10 au matin, à 22°,15 le 2, vers 3 heures et demie du soir.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de juillet 1891 présente les résultats suivants : Baromètre égal à 0”,01 près. Thermomètre plus bas de 1°,28. Tension de la vapeur plus forte de 0”,06. Humidité relative plus forte de 4. Pluie plus forte de 23"“,0. Nébulosité plus forte de 3.
- Nous avons noté la date du commencement de la floraison des plantes suivantes : le 4, Lis blanc, Œnothère odorante; 6, Rhus tiphynum; 12, Dahlia; 13, Monarde; 17, Soleil annuel; 18, Origan commun, 22, Catalpa, Echinops; 25, Phlox commun; 26, exfoliation des Platanes; 2i9, pleine floraison de la Saponaire.
- PHASES DE LA1 LUNE : D. Q. le 28,'à 4 h. 42 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
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- LA. SEMAINE
- Le massacre de la mission Crampel. — Il y a une
- dizaine d’années, à propos du lugubre dénouement de la mission du colonel Flatters qui périt assassiné au milieu du désert du Sahara qu’il voulait traverser, nous donnions dans La Nature une carte de l'Afrique nécrologique (n° 423, du 9 juillet 1881, p. 84). On y voit la surface du grand continent, couverte du nord au sud et de 1 est à l’ouest, des noms de tous les héros qui sont morts pour en faire la conquête. Celui de Crampel vient aujourd’hui grossir la liste, déjà si longue, hélas ! des martyrs de l’exploration. — En attendant
- ue des détails précis nous permettent de retracer l’histoire complète
- e la mission Crampel, nous enregistrerons ici la nouvelle telle que l’a fait connaître un triste télégramme de M. Savorgnan de Brazza.
- « D’après les dernières nouvelles données le 15 juillet par M. Do-lisie, administrateur de Brazzaville, dit M. de Brazza, Crampel, qui se serait porté en avant, aurait été assassiné, le 9 avril, avec Mohammed-Ben-Saïd, l’interprète arabe, et deux tirailleurs sénégalais. Le chef d’escorte Biscarrat, demeuré au quartier général, aurait été également assassiné. L’arrière-garde a battu en retraite, sous la direction de M. Nebout, chef de caravane. Elle est arrivée au poste de Bangui, d’où la canonnière Oubangui l’a transportée à Brazzaville. Elle a dû arriver en ce point le 16 juillet. »
- ' Paul Crampel n’était âgé que de vingt-sept ans; en février 1887, il partit une première fois avec M. de Brazza pour le Congo français. L’année suivante, il entreprenait de nouvelles et brillantes explorations en Afrique, où il fut blessé par les Pahouins. Crampel, toujours prêt au sacrifice et au dévouement, voulait s’ouvrir une route du Congo au lac Tchad, à travers une région inconnue, et rendre accessibles à notre commerce les riches pays du Baghirmi, du Bornou et du Sokoto. C’est au moment où il entreprenait si vaillamment cette conquête du Tchad qu’il trouva la mort avec plusieurs de ses compagnons.
- Le Comité de l’Afrique française avait lancé il y a cinq mois, sur les traces de la mission Crampel, une seconde expédition, commandée par M. Jean Dybowski, maître de conférences à l’Ecole d’agriculture de Grignon et l’un de nos jeunes collaborateurs et amis. M. Jean Dybowski, qu’accompagnent trois Français et quarante laplots sénégalais, armés de fusils à tir rapide, attend actuellement des renforts à Brazzaville. Souhaitons qu’il les reçoive promptement et qu’il lui soit donné de venger Crampel et de poursuivre l’œuvre de ce brave qui vient de tomber au champ d’honneur. „ G. T.
- lia Fontaine naturaliste. — Nous recevons la lettre suivante de M. D. L. B., à Boulogne; elle complète la Notice que nous avons publiée à propos du monument de La Fontaine (Supplément du 1er août 1891). « Je me permets de vous rappeler que la question de La Fontaine naturaliste est traitée pour quelques animaux dans le charmant ouvrage de Toussenel, L’Esprit des Bêtes. Taine a montré très ingénieusement (chap. n de la 2° partie, page 195, 7e édition) la supériorité de La Fontaine sur Florian au point de vue de la connaissance des bêtes; mais il résulte des remarques de Toussenel que le caractère attribué par le fabuliste à chaque animal est moins conforme à la réalité qu’à la tradition des Esope, Pilpay, etc. »
- INFORMATIONS
- —L’Exposition du travail a été ouverte au Palais de l’Industrie, à Paris, la semaine dernière. On la visitera cette année avec un intérêt particulier, en raison du développement et des amélio-
- rations que les organisateurs ont apportés à son installation. L’Exposition du travail, inaugurée le 23 juillet, durera quatre mois, jusqu’au 23 novembre.
- —M. Dines a récemment étudié au microscope les gouttelettes de brouillard, il a reconnu que leur diamètre varie entre 16 et 127 millièmes de millimètre.
- —— D’après les calculs d’un astronome distingué, M. Bossert, la comète Tempel-Swift (1869, III) dont la période est de cinq ans et qui est passée à son périhélie le 9 mai 1886, doit revenir cette année et y passer de nouveau le 15 novembre prochain.
- —On vient de voir naître aux Etats-Unis une nouvelle industrie qui, en cas de réussite, peut être exploitée également dans nos régions. Il s’agit de l’élevage en grand des grenouilles pour l’approvisionnement des tables de gourmets. Jusqu’ici, on se bornait à mettre en vente les pattes de grenouilles prises dans les marais. Dorénavant, on va les engraisser, comme cela se pratique pour les volailles et les huîtres. On vient de se pourvoir de près de deux mille grenouilles femelles; chaque femelle pond six cents à mille œufs à la fois. On juge, d’après ce chiffre, à quelle production stupéfiante on peut arriver. Les œufs éclosent au bout de quatre-vingt-onze jours. Les petits batraciens prennent la forme d’un têtard et, trois mois après, la grenouille prend sa forme définitive.
- —— A l’occasion d’un lâcher de pigeons, 429 pigeons étaient expédiés, le 23 juillet., par les sociétés colombophiles de Tours à la Bohalle (Maine-et-Loire), où ils étaient lâchés. 40 seulement sont rentrés à Tours, harassés et ne conservant plus aucun souvenir de leurs colombiers respectifs. De l’enquête faite par les soins des sociétés, il résulte que, à la station de Port-Boulet, le service du chemin de fer avait eu la maladresse de mettre un chargement de cassis en grains dans le même fourgon que les pigeons. Les petits voyageurs ont dù s’enivrer, et, au moment du lâcher, il n’y a eu que les plus sobres qui ont eu la force de prendre la direction de leur colombier. .
- —La population de Londres est maintenant de 4 211 000 habitants, ayant augmenté depuis le dernier recensement de 595 000, soit 10,4 pour 100. On remarque qu’elle diminue au centre de la métropole et se porte à la périphérie. Si l’on ajoute, en effet^PoM-terring, c’est-à-dire la banlieue, on arrive au chiffre de 5 635.332. La capitale de l’Angleterre compte à l’heure qu’il est 5 633 332 habitants, c’est-à-dire presque autant que la Belgique tout entière. Londres est plus peuplée que la Suède (4 800000), que le Portugal 4 500000), que la Suisse (5 000 000), la Bulgarie (3 000000), la Saxe (3 200 000), le Danemark (2 200 000), la Grèce (2 000 000) et la Norwège (2 000 000). De plus, Londres a deux fois plus d’habitants que le Canada, qui est grand comme PEurope tout entière, et un million d’habitants de plus que l’Australie!
- —^— pc nombre de nos conscrits admis au tirage au sort en 1890 a été de 310 275 contre 295 701 en 1889. Le degré d’instruction des conscrits ne s’élève guère et on est en droit de s’en étonner. Il y avait encore, dans la classé 1889, 32 689 conscrits ne sachant pas écrire et 26051 ne sachant ni lire ni écrire. Autre fait à constater : la moyenne de la taille baisse sensiblement, elle est de lm,044 pour les conscrits de la classe 1889; soit 1 millimètre de moins que la classe de 1888 et 4 de moins que la classe 1887.
- —— Le Dock commission Board, du port de Glascow, vient d’approuver un projet de construction d’une digue qui permettra de gagner un peu plus de 20 hectares de terrain et de construire un nouveau bassin. Celui-ci aurait 20™ ,12 de largeur à l’entrée et son seuil 4 piètres de profondeur au-dessous du niveau des basses mers de vive eau.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La turbine de petite puissance se trouve chez MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des Ecoles, à Paris.
- Communications. — M. E. Fergeau, à La Tranchée, par Tours, nous écrit que le 4 août, vers 8 heures et demie du soir, il a aperçu un bolide se dirigeant du sud au nord. Ce météore est apparu près de Vénus et s’est éteint dans le voisinage de la Grande-Ourse, sans laisser derrière lui de traînée lumineuse.
- M. Georges Ville nous adresse une lettre dans laquelle il exprime sa reconnaissance à l’égard de la presse qui apporte un utile concours aux intérêts agricoles. L’honorable agronome rappelle que ses méthodes permettent d’accroître les récoltes du vin à l’hectare, et de préserver la vigne des parasites, et il préconise l’emploi des engrais chimiques. M. Georges Ville a
- Îiublié une nouvelle édition de ses ouvrages. Nous annonçons ’un d’eux dans notre bibliographie (p. 43).
- M. D. L. B., à Boulogne. — Nous avons transmis votre lettre à notre collaborateur M. A. Larbalétrier. Voici ce qu’il nous prie de vous répondre au sujet des observations que vous faites sur son article publié sur la culture des fraises (n° 891, du 28 juin 1890). « Il est vrai que si on cultive des variétés qui s’étendent peu, telles que le fraisier des quatre saisons, il faut mettre des touffes composées ; mais si on cultive des espèces très envahissantes, on peut mettre et on met généralement des pieds simples. Donc tout dépend de la variété adoptée et, comme je l’ai dit dans ma Notice, les variétés cultivées aux environs de Paris sont fort nombreuses. » En ce qui concerne les plantes d’appartement, voici la réponse : « Quant au suintement de certaines plantes vertes, c’est probablement le miellat causé par les pucerons qui sont sur ces plantes ou sur des plantes voisines probablement situées au-dessus, c’est la seule hypothèse admissible, car, à l’état normal, les plantes vertes ne pleurent pas continuellement, à moins qu’elles ne soient blessées. Le remède consiste donc à détruire les pucerons pour éviter leur sécrétion. »
- Renseignements. — M. 0. Demenlumeister, à Bruxelles. — Il existe une série de traités de manipulations de chimie et de physique élémentaires qui pourraient vous convenir; informez-vous auprès des libraires de Paris.
- M. L. B., à. Abbeville. — Le copie de lettres n’a pas d’influence; c’est surtout la qualité de l’encre qu’il importe de considérer.
- M. A. Bonnaud, à Paris. — 1° La pile dont vous parlez peut parfaitement s’appliquer à un petit éclairage ; il suffit d’en mettre un certain nombre en tension, suivant le voltage des lampes à alimenter. — 2° Pour les prix, renseignez-vous auprès du constructeur que nous avons précédemment indiqué.
- M. H., à Poitiers. — Il serait nécessaire d’examiner votre installation pour vous répondre complètement. Cependant, nous vous conseillons de nettoyer les piles et de les remonter à neuf.
- M. X. X., à Paris. —Nous ne voyons pas d’autre moyen que d’appliquer à la boîte à musique des tuyaux résonnateurs transmettant les sons à distance. Pour rendre l’illusion complète, il faut avoir soin de dissimuler les tuyaux.
- M. le Dr P. Chéron, à Paris. — Il nous est bien difficile de vous désigner un appareil photographique en particulier; le choix dépend d’un grand nombre de conditions spéciales. Nous avons décrit une série d’appareils dans La Nature, et les Annonces donnent les adresses de plusieurs fabricants chez lesquels vous trouverez ce qui vous convient.
- M. A. Barriol, à Paris. — 1° On ne saurait se procurer le collier de sauvetage; l’inventeur est parti sans laisser d’adresse; 2° Pour le bateau démontable décrit dans le n° 813, du 29 décembre 1888, s’adresser à M. N. A. Osgood, à Battle-Creek, Michigan (Etats-Unis).
- M. J. Jemain, à Lyon. — Nous vous conseillons de revoir nos différents articles de bibliographie publiés dans le supplé-
- ment ; nous y avons indiqué une série d’ouvrages qui pourront vous être utiles. '
- Un abonné, à Châtillon. — Vous trouverez plusieurs postes téléphoniques domestiques pour petite distance chez M. Henri Serrin, 13, boulevard du Temple, à Paris. Nous décrirons prochainement un petit appareil très ingénieux que fabrique le même constructeur, et qui remplira votre but.
- Questions. — N° 1314. — M. F. de Chapel, à Cardet, par Lédignan (Gard), demande où l’on peut trouver des renseignements pour faire des fourmilières artificielles, afin de se procurer des œufs à donner en nourriture à de jeunes faisans.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Pieire Leprînce, à Paris. Nous avons reçu votre photographie; elle est charmante et nous allons la reproduire. Voudriez-vous nous envoyer quelques détails sur votre mode d’opérer? Vous parlez d’un simple carton percé d'un trou. N’aviez-vous pas d’objectif? — M. Premier, à Romans. Cette question n’a pas été traitée dans La Nature; il y a erreur de votre part. — Un abonné, à Philippeville. M. Armengaud, 45, rue Saint-Sébastien; M. A. Good, 70, rue de Rivoli, à Pans.— M. J. Guimet, à Marseille. 1° L’action d’une chaleur modérée doit suffire; 2° il faudrait effectuer des expériences. :— M. F. de V., à Lyon. Nous avons mentionné dans notre précédent numéro le remèdei' dont il est question. — M. le Dr Dunoyer, à Le Dorât. Adressez-vous à M1,e Jacquot, à Remiremont (Vosges). — Un lecteur, à Nîmes. Les traités sur ces différents sujets sont très nombreux ; nous ne pouvons en indiquer un plutôt qu’un autre. Voyez les libraires de Paris. — M. R. Fouësnel, à Alger; M. F. E., h Passy. Il n’existe pas d’ouvrage de ce genre. — M. J. de Tinguy, à Pouzanges. Vous trouverez quelques traités d’apiculture à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris. Nous vous recommandons aussi les journaux suivants : Le Rucher, organe de la Société d’apiculture de la région du Nord (Imprimerie nouvelle, 13, rue Gresset, à Amiens), et L'Auxiliaire ae l'apiculteur (M. J.-B. Lcriche, 23, rue Allart, à Amiens). — Mwc C. 0. K., à Saint-Louis. Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — M. G. Gouville, à Caren-tan ; Un abonné, à Saint-Dié. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — Un abonné. à Grenoble. Vous trouverez quelques procédés pour nettoyer les vieilles gravures dans le même ouvrage. — Un jeune abonné, à Paris. Nous publierons prochainement un article sur ce puceron. — M. J. Philippe, à lloudan. Remerciements pour votre communication ; nous tiendrons compte de votre observation. — Un lecteur assidu, à Genève. Vous êtes mille fois aimable de nous envoyer l’intéressant ouvrage de M. Bachelin, L'horlogerie neuchateloise; [nous y trouvons des renseignements fort intéressants que nous utiliserons. — M. Freddy F. Vos observations peuvent être justes, mais nous ne pouvons que les enregistrer. — M. J. Morin, à Paris. Tous nos remerciements, nous mettrons à profit votre Notice. ,
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Destruction des pucerons du rosier. — Le procédé consiste à prendre des cendres de bois tamisées et bien sèches œt à saupoudrer les rameaux des rosiers envahis par les pucerons, après les avoir préalablement arrosés, pour que la cendre adhère aux feuilles et aux boutons. II paraît que les pucerons ne résistent pas à ce traitement, qui non seulement ne fatigue pas les rosiers, mais leur donne une vigueur nouvelle.
- Le verre dépoli des photographes. — On a indiqué le moyen de remplacer une glace dépolie brisée, au moyen de l’empois d’amidon : M. le professeur Rietschel recommande une émulsion de lait, c’est-à-dire du lait mélangé à de la gélatine. Ce procédé donne, paraît-il, une excellente couche, et les éléments s’en trouvent partout. C’est donc pour les excursionnistes photographes une ressource qu’il est bon de signaler.
- Encre indélébile. — Voici une formule qui donne, paraît-il, une encre indélébile capable de résister au temps et à tous agents chimiques. On prend ; noix de galle, 20 pour 100; noix d’Alep, 5 pour 100; noir de fumée, 10 pour 100; vanadium, 1 pour 100; encre de Chine, 10 pour 100; acide oxalique, 3 pour 100; couleur d’aniline, 1 pour 100; eau de pluie, 50 pour 100. On fait bouillir le tout, on passe et on filtre.
- Moyen de calmer les coqs dans une basse-cour. — Pour empêcher deux coqs habitant la même basse-cour de se battre, il suffit d’appliquer, au plus grand des deux coqs, une sorte d’entrave faite d’un petit cordon de laine, juste assez long pour lui permettre de marcher, mais non de courir. L’animal se sentant maîtrisé se calme. Si, après quelques jours, le coq vient à briser le lien, plus n’est besoin de le renouveler. L’effet désiré est obtenu : le coq est devenu tellement pacifique que l’autre, le plus petit, peut l’approcher en toute sécurité et lancer impunément ses cocoricos à ses oreilles.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITES INVENTIONS1
- Album de photographie A feuillets démontables.
- — Les amateure de photographie qui ont l’habitude de coller leurs épreuves sur les feuilles de bristol d’un album, savent combien ils regrettent parfois de ne pouvoir intercaler dans leur album une épreuve oubliée, ou intervertir l'ordre des épreuves collées. Nous signalerons aujourd’hui un album très ingénieux et fort bien conçu ; il est formé de feuilles de bristol montées sur des onglets munis de trous; ces feuilles sont
- r Album à feuillet démontable.
- superposées sur des tiges adaptées à la reliure. L’album monte constitue un livre ordinaire, mais en tirant jusqu’à son point d’arrêt une petite griffe T qui se trouve dissimulée dans le bas du dos, à proximité de la charnière, la reliure se démonte aussitôt, et chaque feuillet peut être enlevé comme le montre notre figure. On reconstitue la reliure en fermant l’album et en repoussant la griffe qui a pour but de fixer le cartonnage aux tiges verticales. Cet ingénieux album se trouve chez MM. Derepas frères, 99, rue Saint-Honoré, à Paris.
- Moteur et ventilateur électriques. — Personne n’ignore tous les services que rendent les ventilateurs dans des salles chaudes ou mal aérées; mais le plus souvent l’installation de ventilateurs est coûteuse et peu facile. M. E. II. Cadiot, à Paris, dont nous signalions ici même dernièrement la dynamo domestique, construit une série de petits ventilateurs électriques qui
- peuvent être très intéressants pour nos lecteurs ayant déjà chez eux des installations électriques. Ces appareils consistent en de petits ventilateurs montés sur des moteurs, pouvant s’adapter sur des circuits de 110 volts et au-dessous. Les différents types sont nombreux et comprennent des appa-reils depuis 1/8 de cheval jusqu’à 40 chevaux. Poulie plus petit modèle, que représente le moteur-ventilateur en éventail de la figure ci-dessus, le poids est de 10 kilogrammes; ses dimensions sont les suivantes: longueur, 15“m,2; largeur, 22om,8; hauteur, 22°“,8. La poulie a un diamètre de 3“m,8. La vitesse angulaire est de 2200 tours par minute. Il existe aussi une série de moteurs électriques et ventilateurs combinés d’une plus grande puissance permettant d’enlever jusqu’à 1600 mètres cubes d’air par minute sans contre-pression. Dans un avenir plus ou moins éloigné, les petits moteurs électriques, adaptés à diverses applications, nous semblent appelés à rendre de grands services. S’adresser à M. Cadiot, 44, rue Taitbout.
- Ellipsogrnphe. — Les appareils à tracer les ellipses sont déjà fort nombreux; nous en signalerons cependant un nouveau modèle remarquable par sa simplicité. L’appareil se compose
- Ellipsographe de M. Miniszewski.
- Petit ventilateur électrique.
- d’une règle à rainure horizontale que l’on place sur l’axe qui passe par les centres de l’ellipse que l’on veut construire. Dans cette rainure vient glisser une coulisse qui supporte une tige
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces. * - - •*
- rectangulaire. Cette tige est munie à une de ses extrémités d’un porte-crayon et de l’autre vient s’articuler avec une règle horizontale qui repose sur un support dans le prolongement de la rainure dont il a été question plus haut. Il suffit de choisir convenablement le grand axe et le petit axe de l’ellipse à construire, de placer le point d’articulation en un point choisi sur le petit axe, de fixer les supports sur le papier, et de déplacer le porte-crayon. On obtient alors très facilement le tracé de l’ellipse demandée. Pour ce qui concerne l’ellipsographe, s’adresser à l’inventeur, M. de Miniszewski, 43, rue de Jussieu, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les marines de guerre de l'antiquité et du moyen âge, par M. le contre-amiral Serre, 2e partie. Etude d’architecture navale. 1 vol. in-8°. Librairie militaire de L. Baudoin. — Paris, 1891.
- Les engrais chimiques. Entretiens agricoles donnés au champ d’expériences de Vincennes, par M. Georges Ville. Tome Ier. Les principes et la théorie. 1 vol. in-18. Librairie G. Masson. — Paris, 1891.
- Détermination des vitesses des projectiles au moyen des phénomènes sonores, par le capitaine Gossor. 1 brochure in-8°. Librairie militaire Berger-Levrault et Cie. — Paris, 1891.
- Recettes photographiques, par A. Büguet. 1 vol. in-16 de la’ Bibliothèque générale de photographie, V° série. Société d’éditions scientifiques.—Paris, 1891.
- Manuel du menuisier-modeleur, par A. Poutiers. 1 vol. in-18'. de la Bibliothèque pour tous, avec 300 figures. Librairie Marpon et Flammarion. — Paris, 1891.
- Description d’un nouveau théodolite boussole et Note sur un nouveau pendule compensé des variations de la température, par M. G. Raymond. 1 brochure in-8°. Imprimerie ' Veuve E. Aubert. — Versailles, 1891.
- Les plus anciens vestiges de l’homme en Amérique, par M. le Mis de Nadaillac. 1 brochure in-8°. Imprimerie Polleunis et Ceuterick. — Bruxelles, 1891.
- Méthode simplifiée de comptabilité à portée de tous, par un commerçant. 1 petite brochure in-8°, 3e édition. A. Jeandé, éditeur, 16, rue Cassette, à Paris. — Librairie Petit, à Poiit-Sainte-Maxence (Oise), 1891.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Accidents de la dentition. — Les accidents causés par la dentition difficile ou anormale sont très variés. On impute souvent aux dents des désordres qui n’en dépendent pas du tout, mais il est certain que l’évolution des dents est l’origine assez fréquente de troubles plus ou moins graves.
- Rappelons en quelques mots l’ordre d’apparition des dents. Les premières dents, dites dents de lait, dents primitives, se montrent dans l’ordre suivant :
- de 6 à 8 mois, les 4 incisives internes
- de 7 à 12 mois, les 4 incisives externes
- de 12 à 18 mois, les 4 premières molaires
- de 16 à 24 mois, les 4 canines
- de 24 à 36 mois, les 4 secondes molaires.
- Cet ordre est loin (d’être rigoureux; bien des enfants percent une dent avant le sixième mois; d’autres sont en retard. Il n’y a là rien d’absolument fixe.
- Les dents permanentes, qui remplacent les dents de lait et qui comptent en plus les grosses molaires, pour compléter le chiffre normal de 32 dents, se succèdent ainsi :
- Vers l’âge de 5 à 6 ans, apparition des premières grosses molaires.
- de 6 à 8 ans, les 2 incisives internes inférieures
- de 7 à 8 ans, les 2 incisives internes supérieures
- de 8 à 9 ans, les 4 incisives externes
- de 9 à 10 ans, les 4 premières petites molaires
- de 10 à 11 ans, les 4 canines
- de 12 à 13 ans, les 4 secondes petites molaires
- de 12 à 14 ans, les 4 secondes grosses molaires.
- Quant aux dernières molaires, dites dents de sagesse, elles sortent de 20 à 30 ans; quelquefois elles restent entièrement cachées et ne percent pas.
- Les accidents auxquels peut donner lieu la sortie des pre- , mières dents sont tantôt des troubles digestifs, diarrhée, nutrition incomplète ; tantôt des phénomènes nerveux, causés par la
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- douleur, le gonflement, et se caractérisent par de l’insomnie, de l’agitation, de la fièvre, parfois même des convulsions.
- Localement, la gencive, sur le point où doit percer la dent, devient rouge, gonflée, tendue, douloureuse au toucher.
- On calmera cette douleur locale et partant les troubles qui en dépendent par des frictions sur la gencive avec le collutoire suivant :
- Chlorhydrate de cocaïne. . . Bromure de potassium. . .
- Glycérine pure ...............
- Eau distillée.................
- 10 centigrammes 1 gramme
- aa 20 grammes
- Frictionner les gencives avec la pulpe du doigt trempée dans cette solution.
- Le miel rosat convient encore dans le même but, mais il a
- l’inconvénient de fermenter facilement au contact de la salive.
- Pour combattre l’insomnie, l’agitation, donner de une à deux cuillerées à soupe, pour la nuit, de la potion :
- Bromure de potassium. ... 50 centigrammes. _
- Hydrolat de fleur d’oranger. . 30 grammes.
- Sirop simple..................30 grammes.
- Combattre la diarrhée, quand il s’agit des premières dents,
- Sar conséquent d’un tout jeune enfant, par l’administration 'un peu de lait coupé d’une cuillerée à café d’eau de chaux. S’il y a, au contraire, de la constipation, donner un léger laxatif, une pincée de magnésie anglaise dans un peu de lait ou une petite cuillerée à café de sirop de chicorée composé.
- Pour les convulsions, le sujet sera traité ultérieurement.
- Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN thermomètre VENT direction et force DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 5 août 14”, 5 S. S. W. 3 Couvert. 3,7 Cotiv., éclaircies dans la soirée, pi. l’ap.-midi ; éclairs dans soirée.
- Mardi 4 12”,1 S. S. W. 3 Couvert. 5,2 Tr. nuag.; tonnerre de 14 à 15 h; 1/2; averses et grêle.
- Mercredi 5 12”,1 [S. S. W. 2 Nuageux. M Nuag. jusqu’à 17 h., beau ensuite.
- Jeudi 6 15”,1 N. W. 0 Beau. 0,0 Beau jusqu'à 8 h.; tr. nuag.. puis couv. apr. 20 h.; brouill. de 500 m. à 5 h., pl. fine à 2 h. 1/2.
- Vendredi 1. ^ ... . 14”,3 W. 2 Très nuageux. 0,1 Tr. nuag. jusqu’à 20 h.; beau ensuite.
- "Samedi 8 15”,2 S. S. W. 2 Très nuageux. 0,0 Presq. couv.
- Dimanche 9 13”,4 S. 2 Peu nuageux. 0,0 Tr. nuag. de 10 à 16h.; peu nuag. av. et après.
- AOUT 1891. - SEMAINE DO LUNDI 3 Aü DIMANCHE 9 AOÛT 1891
- La courbe super cure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent. courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau delà merp courbe .plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Tremblement de terre à F. vans ville (Etats-Unis). — Un
- tremblement de terre a été ressenti le 28 juillet à Evansville, dans ITn-diana, et a causé une véritable panique. Dans une église baptisle, les enfants sont tombés d’un escalier et se sont blessés.
- Les orages en Belgique pendant les mois de juin et
- juillet 1SB1. — Les orages ont été fort nombreux en Belgique pendant les mois de juin et de juillet. Ils ont causé des dégâts considérables aux récoltes et à diverses industries; la foudre a fait également de nombreuses victimes. Nous allons indiquer dans ce qui va suivre les principaux orages d’après notre confrère Ciel et Terre : à Stravelot, dans la province de Liège, le 2 juin, on recueillait 55 millimètres d'eau en quarante minutes. Le 24 juin, la foudre tombait sur un peuplier à Alost et incendiait des fermes à Londerzeel et à Willebrocck. Le lendemain, à Gand, on constatait cinq chutes de la foudre sur des maisons ou des bâtiments trois personnes étaient foudroyées, deux à Renaix et une à
- Wanterghem. Le 1" juillet, des chutes de grêlons énormes ont ravagé les champs et les vergers au nord de Bruges. Les grêlons atteignaient 3 et 4 centimètres de diamètre. La pluie tombe en abondance à Menin, où elle atteint 18 millimètres en dix minutes, à Selzaete (22 millimètres en quatorze minutes) et à Malines (12 millimètres en huit minutes). De nombreux coups de foudre sont également signalés à Bruxelles et aux environs. Le même jour, à Aartselaar (Anvers), vers 3 heures et demie, une trombe s’élève du sud, et arrache beaucoup d’arbres de grande taille. Les branches cassées et les arbres endommagés sont en nombre incalculable. Tous les arbres sont couchés du sud au nord, avec inclinaison de 5°30’à 10° degrés vers l’est. Une forte grêle survient ensuite; les grêlons ont la grosseur d’une noisette ; ils sont mêlés de morceaux de glace. La trombe, qui n’a pas duré plus de trois minutes, avait une largeur de.400 mètres environ. A peu près à la même heure, il grêle environ pendant dix minutes à Louvain. Les grêlons avaient en moyenne 4 centimètres de diamètre; beaucoup étaient plus gros encore.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 4 août, à 5 1). 22 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres b doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS OUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LÀ SEMAINE
- Les voyages autrefois et aujourd’hui. — J’ai dans ma Bibliothèque, où je me plais à recueillir des vieux livres, un Almanach royal de l’année 1785, fort richement relié en maro-uin rouge. Comme je feuilletais ce respectable volume qui a plus 'un siècle d’existence, le hasard me fit tomber sur un chapitre intitulé Service général des diligences et messageries royales de France, rue Notre-Dame-des-Victoires. Ce chapitre constituait
- Sour nos grands-pères l’indicateur des voyages. A cette époque-ci e l’année qui est essentiellement celle des touristes et des voyageurs, puisqu’elle est consacrée aux vacances, il m’a paru curieux et instructif de mettre en parallèle la rapidité des voyages à la fin du - dix-huitième siècle et à la fin du nôtre.
- Reportons-nous en 1785. Un Parisien veut aller à Fontainebleau où la Cour est installée. Il ouvre son Almanach royal qu’il a acheté à la Teste Noire, rue de la Verrerie, près l’hôtel de Pomponne ; et page 068, il lit l’indication suivante : « Dü quai de la Tournelle. *Le coche royal de Fontainebleau part de Paris tous les jours à 7 heures précisés du matin, et arrive le même jour à 7 heures du soir à Valvin ; 2 livres 10 sols. On le prend quai hors Tournelle à l’enseigne du Coche Royal. Il a été établi un nombre de voitures , couvertes pour conduire journellement de Valvin à Fontainebleau et de Fontainebleau à Valvin. Ce service se fait exactement tant que la Cour est à Fontainebleau. » Valvin est fort près de Fontainebleau, mais on peut admettre, d’après ce qui précède, que de Paris à Fontainebleau même, il fallait environ treize heures de voyage.
- Revenons en 1891. Un Parisien veut aller à Fontainebleau où le Président est installé. Il ouvre l'Indicateur des chemins de fer et il voit qu’en partant de la gare de Lyon par l’express de 9h,10m du matin, il arrive à Fontainebleau à 10h,14m du matin, soit une heure quatre minutes, au lieu de treize heures. Coût : 7fr,25 en première classe et 5fr,40 en seconde classe. Le prix équivaut à peu près, en moyénne, aux 2 livres 10 sols (6fr,50) au siècle passé.
- Citons encore un ou deux exemples de notre Almanach royal de 1785 ;
- c Bordeaux. Quatre diligences qui partent de Paris les dimanche, lundi, mardi et mercredi à 11 heures du soir, et repartent les mercredi, jeudi, vendredi et samedi, et arrivent dans le même délai à 7 heures du soir à Paris, sont cinq jours et demi en route. »
- « Lton. Il part une diligence tous les jours de Paris, en été à minuit, en hiver à 4 heures du matin, va en six jours, repart de Lyon tous les jours à 5 heures du matin, arrive à Paris, l’été en cinq jours, l’hiver en six jours ».
- Avant les chemins de fer, il fallait cinq ou six jours pour aller de Paris à Bordeaux ou à Lyon. Nous pouvons y aller aujourd’hui en dix ou onze heures ; et nous trouvons que nos trains ne marchent pas assez vite.
- Qui pourra nous dire quelle sera la durée du trajet, à la fin du vingtième siècle? G. T.
- INFORMATIONS
- —Le Jardin zoologique d’Acclimatation de Paris offre actuellement à ses visiteurs une exposition ethnographique d’un grand intérêt. C’est une caravane égyptienne qui comprend cent vingt personnes (hommes, femmes et enfants), bédouins, fellahs, berbe-rins, souahélis, et plus de quatre-vingts animaux amenés de la région : chevaux du désert, ânes blancs ae La Mecque, dromadaires,
- buffles, chèvres, moutons et chiens. A côté de la grande pelouse où ont lieu ordinairement les exhibitions ethnographiques et sur laquelle se font les exercices (simulacres de combats, fantasias, danses, processions), une sorte de petit village égyptien a été installé. Dans le bazar oriental qui a été improvisé, on trouve : menuisiers et tourneurs, confiseurs, sculpteurs sur ivoire, potiers, barbiers, marchands de curiosités égyptiennes, marchands d’étoffes, etc. Dans un café maure, à l’ameublement authentique, les visiteurs peuvent se faire servir par les cafedji berberins, pendant que sur l’estrade, des aimées, au son d’une musique au rythme bizarre, se livrent aux danses caractéristiques de leur pays.
- —%— On inaugurera prochainement l’Observatoire du mont Aigoual. La construction de cet établissement, destiné à devenir l’un des principaux centres d’observation météorologique du midi de la France, a été commencée dans le courant de l’année 1887, par le service forestier. Une route a été établie reliant l’Observatoire aux routes des départements du Gard et de la Lozère.
- —M. Pasteur habite, l’été, une partie de l’ancien domaine de la Malmaison. Dimanche 2 août, le maire de Garehes, accompagné d’une délégation de conseillers municipaux, s’est rendu chez l’illustre savant pour l’informer que le Conseil municipal de cette commune venait, à l’unanimité, de donner son nom à l’une des rues qui aboutissent à la Malmaison, l’ancienne rue des Sablons.
- —On a récemment découvert, dans un champ de labour, à Martres-Tolosane (Haute-Garonne), un vase en terre renfermant trois mille pièces en argent et bronze de l’époque gallo-romaine. La plupart des empereurs de la décadence romaine se trouvent représentés. Des cippes et divers fragments de sculpture funéraire laissent croire qu’on se trouve en présence d’un cimetière gallo-romain.
- —— On annonce la construction, par la maison Escher Wyss, de Zurich, d’un bateau en aluminium pouvant contenir huit personnes et muni d’un moteur à pétrole de deux chevaux. Son poids est la moitié de celui d’un bateau en acier du même modèle. L’aluminium est fourni par les ateliers de Schaffhouse, où il est fabriqué au moyen d’un procédé électrique. Les dynamos de ces ateliers, au lieu d’être actionnées par des moteurs à vapeur, le sont au moyen de turbines mises en mouvement par les eaux de la chute du Rhin. Les essais de ce bateau ayant été très satisfaisants, on prévoit que l’emploi de l’aluminium, léger et inoxydable, se généralisera graduel-' lement, d'abord pour les embarcations de plaisance, puis pour des navires plus grands, au fur et à mesure que l’industrie arrivera à fournir ce métal à des prix moins élevés. La question de la construction des navires en aluminium a déjà été étudiée par M. Hauser, ingénieur de la marine, dans un travail qui a été publié dans le Bulletin de l’Association technique maritime de Paris.
- — %— Une installation électrique des plus originales sera prochainement établie à Bruxelles. La Grande-Place sera éclairée électriquement; mais afin de ne pas en dénaturer l’aspect architectural, les lampes électriques seront portées sur des mâts en acier qui, au moyen d’une installation hydraulique, s’enfonceront en terre et n’en ressortiront que le soir pour l’éclairage.
- —^— L’aiguille de Cléopâtre, l’obélisque placé sur une des prin-.cipales places de Londres, s’effrite et menace de n’être bientôt plus qu’une pierre informe. On assure que c’est l’atmosphère de Londres qui est ainsi parvenu â désagréger en quelques années ce monolithe, qui avait résisté à Faction des siècles sur les bords du Nil.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. E. Hoorickx, à Bruxelles, nous écrit au sujet du Componium, dont il est question dans notre article sur les automates (n° 948, du 1er août 1891), qu’il existe à Bruxelles, au Musée du Conservatoire de musique un appareil du même genre. Cet instrument joue d’abord le thème, puis une série de variations toujours différentes. Il y a là des détails de mécanique extrêmement intéressants et réellement admirables. L’appareil que nous signale notre correspondant pourrait bien être celui dont nous avons parlé ; nous serions heureux d’avoir des renseignements précis à cet égard.
- M. le Dr L. Couyba, conseiller général de Lot-et-Garonne, à Sainte-Livrade, à propos de notre article sur la pêche au saumon, paru dans le n° 949, du 8 août 1891, nous adresse des renseignements complémentaires sur le baro dont il a été fait usage dans son département. « Le baro était employé autrefois partout sur la Garonne ; il servait à la pêche du saumon, de l’alose et, exceptionnellement, de la truite saumonée. L’ouverture des mailles du filet était de 40 millimètres carrés; les parois du réservoir devaient porter des ouvertures de 4 centimètres de côté. II ne devait pas y avoir plus d’un baro par kilomètre. Les baros étaient interdits pendant l’interdiction de la pêche au saumon et permis le restant de l’année, sauf pendant trente-six heures, du samedi 6 heures du soir au lundi 6 heures du matin. Cet état de choâes dura jusqu’au 17 juin 1889, époque à laquelle une décision ministérielle supprima le baro dans les sept derniers cantonnements sur neuf dont se compose la pêche en Garonne. Cette suppression a amené la résiliation de divers traités passés avec les pêcheurs et un déficit de 14000 francs dans les droits de fermage sur les années précédentes. Ces mesures ministérielles ont eu pour but d’assurer le repeuplement de la Garonne. »
- Renseignements. — M. H. D., à Toulouse. — Vous nous demandez le moyen pratique d’adapter à une pendule ordinaire un réveille-matin à sonnerie électrique. Il suffit de disposer un circuit avec une pile, une sonnerie et deux fils aboutissant à deux lames de ressort métalliques et très légères. Ces deux lames sont placées de telle sorte que l’aiguille de la pendule, en passant, les fasse mettre au contact, et la sonnerie marchera à l’heure choisie. Nous n’indiquons là que le principe fondamental; les dispositions pratiques peuvent varier à l’infini.
- M. Petit, à Pont-Sainte-Maxence. — La colle de dextrine pourrait être essayée.
- M. J. P., h Paris. — Adressez-vous à M. Andriveau-Goujon, 4, rue du Bac, à Paris; il vous renseignera probablement.
- M. E. G. À., à Issv. — Voici la seule adresse que nous ayons pu avoir : Dépôt de savon minéral, M. Girault jeune, 8, rue du Cloître-Saint-Merri.
- Un abonné, à Paris. — 1° Nous n’avons pas sur les panoramas d’autres renseignements que ceux publiés dans nos articles précédents (n° 930, du 28 mars 1891; et n° 932, du 11 avril 1891). 2° Il n’y a rien d’exact dans cette affirmation. *
- M. A. Z)., à Saint-Quentin. — Les ouvrages que vous nous demandez sont déjà anciens; ils peuvent se trouver d’occasion. Adressez-vous à un libraire pour vous les procurer.
- M. Barbier, à Marseille. — Aucune adresse particulière à vous indiquer. Tous les constructeurs peuvent se charger d’exécuter les plans qu’on leur soumet.
- M. R. Moral, à Saint-Fulgent. — Vous trouverez des semences de Botrytis pour la destruction des hannetons d’après le procédé de M. Lemoult chez MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des Écoles, à Paris.
- M. E. C., à Bayonne. — Nous avons précédemment mentionné un procédé qui consiste à baigner la plaque dans une solution de bichromate de potasse.
- M. G. Sursock, à Beyrouth. — Pour bien se rendre compte de la qualité d’un lait, il est nécessaire d’en faire l’analyse chimique. Nous avons donné plusieurs méthodes dans La Nature;
- voyez len° 501, du 6 janvier 1883; n° 878, du 29 mars 1890; n° 928, du 14 mars 1891.
- M. G. Guéroult, à Paramé. — Le stoppeur-démarreur dont il est question dans notre numéro du 15 août a été décrit dans le journal Iron du 17 juillet 1891 ; pour tous autres renseignements, vous pourriez vous adresser au directeur, 161, Fleet Street, E. C., London.
- M. P.,de Moissac, au Bois Drousset. — L’article de journal que vous nous envoyez n’est pas exact dans toutes ses parties.
- M. F. G., à Paris. — Vous nous demandez des renseignements sur le mode d’éclairage électrique des microscopes, dont nous avons parlé à propos de l’Exposition de microscopie d’Anvers. M. le Dr Henri Van Heurck a publié, dans le Bulletin de la Société belge de microscopie (t. XV) une très intéressante Notice à ce sujet; le savant micrographe s’est servi, dans son installation, des piles Radiguet qui pourront vous convenir. '
- Accusés de réception. — Avis divers : M. le comte du Chayla, à Cannes. On ne construit pas des moteurs à vapeur d’aussi faible puissance. — M. P. G., à Sainte-Menehould. 1° Employez uqe caisse fermée en y mettant du chlorure de calcium; 2° oui ; 3* le Photosphère convient. — M. Geo, à Montpellier. Les recettes utiles du précédent supplément vous renseigneront. — M. G. Schmalxer, au Raincy. Voyez l’article que nous avons publié sur le moustique (n° 935, du 2 mai 1891). — M. J. Plassard, à Yillers-sur-Mer. 1° Il est nécessaire de passer une première couche de peinture pour former le fond; 2° laver et bien sécher le galet. — M. J. Cerexhen, à Battice. II existe une,quantité de filtres industriels; il nous serait bien difficile de vous en désigner un en particulier. — M. J. /,., à Fontainebleau. Nous n’avons pas l’adresse du fabricant; tous nos regrets. — Plusieurs membres du Cercle agricole à Fontainebleau. Il vous sera donné satisfaction.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Destruction des fourmis. — Pour les faire disparaître des pelouses qu’elles détruisent, il faut arroser les terrains de pétrole : c’est un moyen très efficace. — Un sériciculteur espagnol a employé un moyen très simple et très économique pour éloigner les fourmis ; il consiste à répandre sur les fourmilières et sur les endroits que les fourmis fréquentent le plus, de la sciure de bois qu’on arrose avec de l’eau putréfiée après qu’elle a servi au lavage du poisson. Les fourmis disparaissent comme par enchantement. — Quelques gouttes d’acide phénique versées sur le passage de ces envahissants ennemis les refoulent promptement. Pour les empêcher de grimper aux arbres fruitiers, on a vu employer avec succès un fil de laine roulé en bague autour des arbres et légèrement huilé. — L’acide phénique, répandant une odeur insupportable pour certaines per sonnes, peut être remplacé par au sel de cuisine ; on répand sur le sol une traînée de sel, les fourmis, non seulement ne franchissent pas ce petit rempart, mais elles quittent leurs nids si on jette du sel dans le voisinage de ceux-ci. — Pour les arbres fruitiers, entourer le tronc à 10 centimètres du sol d’une espèce de corde de laine de la grosseur du pouce ; verser doucement de l’eau de tabac sur la laine jusqu’à ce qu’elle en soit bien imbibée. Les fourmis meurent toutes sur le bourrelet de laine, et celles qui sont au pied de l’arbre s’éloignent. — Dans les appartements, outre l’emploi de l’acide phénique, on conseille également d’envelopper un morceau de camphre dans un linge ou du papier, de le mouiller et de le placer dans l’endroit dont on veut éloigner les fourmis.
- Conservation des sirops. — MUe Popelin a publié dans le Bulletin de la Société royale de pharmacie de Bruxelles, d’avril 1891, d’après The British and colonial Druggist, le moyen suivant de conserver les sirops pharmaceutiques : Ceux-ci sont enfermés, lorsqu’ils sont chauds, dans des fioles d’une capacité de 60 à 125 centimètres cubes au plus ; ces fioles sont remplies sans laisser d’espace pour l’introduction du bouchon ; sur le goulot de chaque fiole, on place une rondelle de papier à filtre très épais, ayant un diamètre légèrement plus grand que le bord extérieur du sommet du goulot. Ces rondelles s’imprègnent de liquide; le sirop se refroidissant, son volume se contracte légèrement, et les rondelles de papier sont attirées à l’intérieur du goulot. La partie aqueuse du sirop qui mouille les rondelles s’évapore rapidement, et la fiole se trouve fermée par une croûte de sucre cristallisé, qui est imperméable à l’air extérieur et au sirop contenu dans le flacon; les germes atmosphériques ne pouvant pénétrer dans les fioles, toute fermentation est impossible. Pour employer le sirop, il suffit d’enlever, avec un couteau, la rondelle obturatrice.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- Nouvelles scientifiques.
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- PETITES INTENTIONS1
- Manche A gigot A pression élastique. — Tous ceux qui ont eu l’occasion de jouer le rôle de découpeurs, ont souvent reconnu les inconvénients des manches [à gigot ordinaires dont la vis brise l’os du gigot, et ne permet plus de tenir à la main la pièce à découper. Voici un manche à gigot perfectionné des plus pratiques. Il est représenté dans la figure ci-dessous (n° 1). Son manche est en bois. Son armature supérieure, mé-
- Nouveau'manclie à gigot.
- tallique, est formée de trois parties a, b, c, représentées au milieu de la figure (n° 2). La pièce b, formée de tiges métalliques flexibles, est introduité dans l’armature.c, et enveloppée par l’anneau a. Il suffit d’introduire l’os du gigot dans l’orifice supérieur et de tourner le manche de bois pour Je visser. A mesure qu’il se visse dans l’armature, il serre les tiges métalliques flexibles de la pièce b contre l’os, qui se trouve maintenu avec une grande solidité. La figure n° 3 représente la coupe du système. —- Le nouveau manche à gigot se trouve chez M. Mathieu Martain, 19, rue d’Enghien, à Paris.
- Aération des chambres. — L’aération des locaux habités est un point des plus importants et des plus essentiels; et cependant elle est souvent bien imparfaite à cause des difficultés qui se présentent pour la réaliser. M. Cas-taing, médecin-major à La Rochelle, vient d’imaginer un mode d’aération très ingénieux, qu’il a appliqué pour les chambres des casernes, et qui peut convenir à une foule d’autres applications. Le système consiste essentiellement en deux vitres parallèles laissant entre elles un espace de 8 à 10 millimètres. La vitre extérieure d ne repose pas sur la feuillure inférieure, mais sur toute la longueur laisse libre un espace de 4 centimètres. De même la vitre intérieure E n’est pas fixée à la feuillure supérieure de la fenêtre, comme le montre la figure ci-jointe. L’air extérieur plus froid que l’air intérieur arrive entre les deux vitres, s’échauffe au contact de la vitre intérieure, qui est plus chaude, et pénètre dans la chambre par la partie supérieure. Ce dispositif très simple a été expérimenté pendant plus d’un an, et a donné les meilleurs résultats. Il réalise parfaitement, comme le dit M. Castaing, le desideratum des hygiénistes : l’aération sans courant d’air.
- Robinet pneumatique.—Ce nouveau robinet pneumatique est en bois, comme toutes les cannelles ordinaires; il supprime le débondage des tonneaux, l’emploi du fausset, et, par contre, assure la conservation des liquides, étant donné que l’air ne
- {>eut pénétrer dans les fûts qu’à mesure que le vide se fait par e soutirage. Ce robinet est utile à tous ceux qui tirent leurs boissons journalières à même -les tonneaux. Il évite les fleurs, les évaporations et les moisissures. La figure ci-dessus en explique le mécanisme. Le canal d’écoulement du liquide est repré-
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiquès est étrangère aux annonces^'
- Coupe verticale de carreaux disposés pour l’aération. A A' feuillures, b c, circulation de l’air.
- senté en CC, le canal d’entrée de l’air en EE. Ce robinet s’adapte non seulement aux fûts et aux tonneaux, mais il peut être encore employé pour vider les bouteilles en grès et les bon-
- Robinet pneumatique.
- bonnes de verre qu’il suffit de pencher sur le côté : le robinet est adapté dans la tubulure. Cet objet se trouve chez M. Mathieu Martain, dont nous avons donné l’adresse un peu plus haut.
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- Porte-plume A pompe. — Ce porte-plume à pompe est en caoutchouc vulcanisé ; il contient une provision d’encre qui permet à la plume d’être toujours prête à écrire. Pour le remplir, avant d’y avoir placé la plume, on tourne à gauche la partie supérieure du manche (n° 2) jusqu’à ce que l'on éprouve
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- Porte-plume à pompe. j
- une résistance qui-indique que le piston est arrivé au bas de sa course. On trempe la pointe du tube dans l’encre, et on tourne à droite la capsule jusqu’à ce que l’on sente un arrêt qui indique que le réservoir est plein d’encre par suite de l’aspiration du piston Y monté à vis (n° 2). On place la plume, qui est sans cesse humectée d’encre à la partie inférieure du tube T. (Même adresse que l’objet précédemment décrit.)
- BIBLIOGRAPHIE
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- Instructions météorologiques, par XArgot,; 3“ édition, entièrement refondue. 1 vol. in-8°, ayeenombreuses figures darts le texte. — Paris, Gauthier-Villars et fils, 1R91. Prix : 3 fr. 50.
- Essai sur Vhistoire des panoramas et des dioramas, par Germain Bapst, avec illustrations inédites de M. Edouard. De-taille. 1 brochure in-4°. — Paris, Imprimerie nationale.
- Librairie G. Masson, 1891. Sri
- ’ '
- Traité d'aérostation théorique et pratique, par Henry de Graf-figny. 1 vol. in-12, avec 77 figures dans le texte. — Paris, Baudry et Cie, éditeurs. Prix : 4 francs. ,j ,i
- Union vélocipédique de France. Annuaire 1891, 4a année, publié par le journal le Vélocè-Sport. 1 vol. in-32. — A Parié, au siège de l’Union vélocipédique de France, 36, rue dv Louvre. Prix : 1 fr. 50. St*
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Taches de rousseur. — Contre les taches de rousseur ou éphélides, le Dr Besnier, de l’hôpital Saint-Louis, conseille le moyen suivant : - . - ^
- Placer le soir sur les taches un petit fragment de mousseline sur laquelle on aura étendu, la pommade, /
- Onguent de Vigo. - • ) aa 15 mes >
- Vaseline.............^ 0 ; . i
- Recouvrir de taffetas gommé. »
- Comme ces taches occupent en général la face, il sera utile de découper d’avance dans la mousseline une toile de masque que l’on maintiendra à l’aide de mentonnières ou d’un bonnet.
- Le matin, enlever la mousseline, laver avec soin à l’eau très
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- « chaude et appliquer, pour la journée, directement sur la peau,.
- et sans recouvrir d’une mousseline ou d’un pansement quelconque, la pommade suivante :
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- Carbonate de bismuth. Vaseline.............
- | aa 10 grammes 40 grammes.
- Le lait de chaux. — Le lait de chaux est, à défaut d’agents plus énergiques qu’on n’a pas toujours sous la main, un assez bon désinfectant ; il convient très bien pour la désinfection des selles des malades atteints de dysenterie, d’autres maladies infectieuses, avant de les jeter au cabinet et dans la fosse d’aisances.
- Pour préparer ce lait de chaux, on prend de la chaux de bonne qualité, on la fait se déliter en l’arrosant petit à petit
- avec la moitié 4e son poids d’eau. Il faut avoir soin de procéder bien doucement, car en voulant aller trop vite, on noie la chaux qui ne se délite plus. Quand la délitescence est effectuée, on met la poudre ainsi obtenue dans un récipient' soigneusement bouché qu’on conserve dans un endroit sec et exempt d’acide carbonique ; les caves ne conviennent pas à cet effet. On prépare alors le lait de chaux au fur et à mesure des besoins.
- Comme 1 kilogramme de chaux qui a absorbé 500 grammes d’eau pour se déliter a acquis un volume de 2‘,200, il suffit de délayer cette quantité d’hydrate de chaux dans le double de son volume d’eau, soit 4',400 pour avoir un lait de chaux qui soit à 10 pour 100.
- Le lait de chaux doit être fraîchement préparé ; on l’ajoute aux liquides à désinfecter dans la proportion de 2 pour 100 en volume. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES • OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 10 août.... 14°,4 14°,4 S. S. W. 2 Couvert. 0,5 Couv. ou tr. nuageux jusq. 20 h.; beau ap.; pluie à plus, reprises.
- Mardi 11...... . W. S. W. 1 Presq. couvert. 2,1 Couv. ou tr. nuageux, halo.
- Mercredi 12 .... . 15°,0 S. S. W. 2 Couvert. 0,0 Couv. jusq. 21 h., peu nuageux ensuite; pluie à div-
- Jeudi 13...... - 14°,9 S. W. 2 Couvert. 2,2 Quelq. nuages jusq. 5 h., couv. ensuite; un peu de pluie de 13 à 14 h.
- Vendredi 14 17°,9 S. W. 1 Presq. couvert. 0,2 Presq. couv. jusq. 10 h., nuageux puis beau ap. 16 h.
- Samedi 15 16°,1 Calme. Peu nuageux. 0,0 Couv. de 20 à 23 h. nuageux av. et ap. : tonnerre au N.-E. de 15 à 16 li.
- Dimanche 16 15°,5 W. N W. 2 Presq. couvert. 0,0 Très nuageux; halo.
- AOUT 1891. — SEMAINE DD LUNDI 10 AD DIMANCHE 16 AOUT 18S1
- La com be supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les /lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée-
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Influence du brouillard sur les plantes de serre. — La
- Société d’horticulture de Londres s’est occupée, dans ces derniers temps, de l’effet que peuvent produire sur la culture des plantes les brouillards des villes, et M. le professeur F.-W. Qliver a présenté au Comité un Rapport spécialement consacré aux plantes de serre. Des renseignements recueillis de tous côtés ont constaté que le brouillard de3 champs, comparé à celui des villes, est presque inoffensif pour les plantes de serre, bien qu’il rende nécessaire d’augmenter la chaleur de celles-ci. Le cas est très différent lorsque le brouillard des villes atteint directement les plantes, ainsi qu’on l'a vu à Kew, à Chiswick et dans quelques grands
- jardins particuliers des environs de Londres. A Kew et à Chelsea, on a recueilli les dépôts amassés sur 20 mètres carrés de toiture de serre, parfaitement nets avant l’arrivée du brouillard. Dans les deux endroits, le poids du dépôt fut trouvé à peu près le même, 2 grammes par mètre carré ou 20 kilogrammes par hectare. L’analyse du dépôt de Chelsea a donné environ 40 pour 100 de matières minérales, 36 pour 100 de carbone et 13 pour 100 d’hydrocarbone. On trouve aussi 5 pour 100 d’acide sulfurique et 1 et demi pour 100 d’acide hydrochlorique. De petites parcelles contenaient 2 à 3 pour 100 de fer métallique. Le professeur Oliver indique comme remède de placer une simple toile sur le toit de la serre; elle mitige le mal en fdtrant, pour ainsi parler, le brouillard.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 12 août, à 9 h. 21 m. du soir.
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- Supplément à «LA NATURE» du 29 août 189/ (n° 952)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) BOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- IA SEMAINE
- L’Exposition des insectes. — La dixième Exposition des insectes utiles et des insectes nuisibles, organisée par les «oins de la Société centrale d’agriculture et d’insectologie, a été ouverte dimanche dernier dans l’Orangerie des Tuileries à Paris. L’Exposition, dont l’installation a été faite sous les auspices de M. Heredia, ancien Ministre des travaux publics, restera ouverte jusqu’au 27 septembre. Elle ne manque pas d’intérêt •et mérite d’être visitée.
- Parmi les dévastations causées par certains insectes nuisibles on voit quelques curieux échantillons de bois, coupés longitudinalement. A l’extérieur, le bois paraît intact; intérieurement on y observe les cavités ouvertes par l’insecte. Nous avons particulièrement remarqué les dégâts du Cossus ronge-bois, de Y Ano-biurn tresselatum, du Taret, ou de Y Abeille ronge-bois, qui creuse intérieurement un tronc d’arbre en véritables galeries ; à citer encore les spécimens de bois de cerisier attaqué par le Cerambyx, ou de bois de chêne dévoré par le Clylus arcua-tris.
- A côté des nuisibles, voici les insectes utiles, par exemple, les Staphilins, Boucliers et Nécrophores, qui remplissent ici-bas un rôle éminemment hygiénique en faisant disparaître les cadavres. L’apiculture et la sériciculture sont représentées, d’autre part, par les intéressants travaux des abeilles et dés vers à soie,
- La salle de l’Orangerie des Tuileries comprend, en outre, quelques belles collections de coléoptères et de lépidoptères. M. Moncomble dispose ses papillons de manière à leur donner l’aspect général d’un vase d’ornement multicolore : l’effet en est original. D’autres collections offrent un intérêt particulier; elles sont faites par les élèves d’écoles communales. On ne saurait , trop féliciter les maîtres, qui savent donner ainsi à leurs élèves l’amour des sciences naturelles; il y a là un fécond moyen d’enseigner la méthode et l’esprit d’observation.
- Que citerons-nous encore? De beaux dessins de notre collaborateur M. Clément, dont les lecteurs de La Nature connaissent les œuvres artistiques ; des produits et des engins destinés à combattre les insectes nuisibles ; des loupes et des microscopes pour faciliter au naturaliste l’étude du monde dés insectes, sans compter d’autres objets que nous ne saurions énumérer tous et qui se rattachent au programme de l’Exposition. G. T.
- INFORMATIONS
- —%— Une dépêche de la Martinique au Lloyd a annoncé, la semaine dernière, que tous les bateaux du port ont été détruits par un ouragan. La plupart des navires, dont le nombre est de douze, semblent porter des noms français parmi lesquels : YAlphon-sine, la Zélie, Y Emmanuel-Auger, le Souverain, de Nantes, la Berthe-Collet, le Bienfaiteur, le Saphir et le Persévérant. C'est dans la soirée du 19 août, entre 7 et 10 heures, que le cyclone s’est
- abattu sur l’île, renversant les maisons, détruisant les récoltes et causant sur son passage de graves accidents de personnes. D’après la dépêche officielle parvenue au sous-secrétariat des colonies, il y aurait à Fort-de-France douze personnes tuées. Un pavillon de l’hôpital a été renversé, écrasant dans sa chute deux artilleurs. Le camp ae Balata a été détruit, sept soldats ont été blessés, les toitures des casernes ont été enlevées. Les troupes sont logées au Fort-Saint-Louis. Au Lamentin, on compte dix tués et beaucoup de blessés ; à Saint-Pierre, cinq morts, plusieurs blessés ; à la Rivière-Pilote, deux morts ; au François, seize morts ; à la Trinité, dix morts. Un navire de la Compagnie Gérard a été perdu; ceux qui étaient en rade de Saint-Pierre sont tous à la côte; les pertes matérielles sont considérables. Le gouverneur ajoute que, depuis 1817, on n’avait pas eu à la Martinique un désastre aussi lamentable.
- —Une terrible catastrophe a eu lieu au Mont-Blanc le 21 de ce mois. MM. Hermann Rotlie, le comte de Tavernay, faisaient l’ascension avec cinq guides. Après être parvenus au sommet, ils effectuaient la descente, et, jeudi, ils couchaient au pied des Bossons, dans le refuge Yallot; ils partaient vendredi matin, à 9 heures, pour continuer la descente avec les cinq guides et porteurs employés par M. Imfeld, l'ingénieur suisse, sur les travaux duquel nous donnons quelques détails dans la présente livraison. Tous les membres de la caravane s’attachèrent les uns aux autres comme il est d’usage. A 1 heure, ils arrivèrent au Petit-Plateau et poursuivaient leur route, lorsqu’une avalanche subite les entraîna.... Cinq d’entre eux tombèrent dans une crevasse et s’enfoncèrent soiis la neige et la glace; ce sont : le comte de Tavernay, M. Rotlie, Michel Simon, Michel Comte, guides, et un porteur. Les guides Simon,et Comte furent retirés vivants, grâce au courage des porteurs. Un peu plus tard, le comte de Tavernay put être sauvé à son tour, mais assez grièvement blessé. Quant à M. Rotlie et au porteur, il fut impossible de les retrouver. Us avaient roulé au fond de l’abîme. Après une heure de recherches, la caravane dut s’enfuir en toute hâte pour échapper à d’autres avalanches, plus formidables encore que la première.
- —L’Engineer du 15 mai donne des détails sur l’explosion, dans le port de Newporl (Monmoutshire), du navire à vapeur Tan-carville, arrivé dans ce port depuis trois semaines, après avoir débarqué un chargement de pétrole dans un port de France. Ce navire était en réparation, se préparant à prendre un chargement de saumons d’étain. C’était un navire en fer, spécialement construit avec des soutes étanches pour le transport du pétrole non logé. Il était resté assez d’huile adhérente aux parois de ces soutes pour dégager de la vapeur en quantité suffisante pour produire un mélange explosif avec l’air. On suppose que l’inflammation a été déterminée par réchauffement des rivets que les ouvriers frappaient pour l’exécution des réparations. Il y avait près de soixante-dix hommes travaillant à bord lorsque l’explosion s’est produite, à l’ayant du navire, défonçant le pont, les murailles, et en projetant les débris à une grande distance avec une force extraordinaire. Les maisons ont été ébranlées jusqu’à un mille de distance. Un apprenti et quatre hommes ont été tués sur le coup ; le nombre des blessés est considérable. Un homme a été projeté, horriblement mutilé, par une ouverture faite dans la muraille du navire; un autre a été lancé sur le toit d’un atelier. Cette catastrophe, survenue si longtemps après que les soutes avaient été vidées, prouve qu’il y a des mesures de précaution à prendre après l’opération.
- —Un naturaliste, bien placé pour observer un nid de moineaux contenant des petits, a calculé qu’en un mois leurs parents leur avaient apporté 7500 chenilles.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne le Dromographe précédemment décrit, s’adresser à M. de la Roulle, conseiller de préfecture, 70, rue d’Annonay, à Saint-Etienne.
- Communications. — M. H. Rosset, à La Comballaz (Suisse), nous écrit qu’il a eu l’occasion d’observer un arc-en-ciel double le l*r août, à 4h,45m du soir, au pic de Chaussy (Alpes). Les deux arcs-en-ciel étaient complets et présentaient de belles couleurs très nettement marquées.
- M. L. River, à Langrune (Calvados), nous signale un arc-en-ciel lunaire qu’il a observé dans cette localité.
- M. G. Cavaillé-Coll, à Paris, à propos du Componium, que nous avons mentionné dans notre dernière Boîte aux lettres et qui existe au musée du Conservatoire de musique à Bruxelles, nous écrit pour nous assurer qu’il s’agit bien du même instrument qui a figuré à Paris. Après avoir été entendu à Paris à diverses reprises, l’appareil fut vendu aux enchères ; M. A. Tol-becq, violoncelliste et collectionneur émérite en devint propriétaire. Il le remonta et le répara entièrement lui-même; le Componium figura dans sa collection jusqu’en 1879, époque à laquelle toute la collection fut vendue au musée de Bruxelles.
- Renseignements. — L’abonné 604, à X. — Vous pourrez vous procurer des petits téléphones portatifs en vous adressant à la Société générale des téléphones, 41, rue Caumartin; à M. de Branville, 25, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève; à M. Mildé, 26, rue Laugier; ou à M. Serrin, 13, boulevard du Temple, à Paris.
- M. M. Dupont, à Amiens. — 1° Pour amalgamer les zincs des piles, il n’y a pas d’autre moyen que de les frotter avec une brosse ou un chiffon que l’on trempe dans le mercure. On a soin de répandre quelques gouttes d’acide sulfurique sur ce dernier. — 2° Il faut retirer les zincs du liquide. — 3° Voyez le Formulaire pratique de l’électricien. (G. Masson, éditeyr.) — 4° Le liquide restant renferme de l’alun de chrome.
- M. R., à Castres. — Dans notre supplément du n° 949, du 8 août 1891, nous avons indiqué deux constructeurs de couveuses artificielles; nous en ajouterons un troisième, M. Philippe, à Houdan (Seine-et-Oise).
- L’abonnée 57 117, à Montmorency. — En laissant le papier exposé à la lumière du jour, il finira par prendre l’aspect ancien ; mais les couleurs seront altérées.
- M. Ch. Petit, à Dinard. — Les appareils décrits, sont bien construits par le fabricant que nous avons indiqué. Nous avons reçu les dessins et la description de l’inventeur lui-même, et nous avons vu les modèles signalés.
- M. H. G., à Nancy. — Pour vous répondre, il serait nécessaire d’expérimenter les qualités de fer et de fonte que vous avez employées. Nous vous conseillons de faire varier les longueurs et les sections des fils sur les inducteurs et l’induit, et de comparer les résultats obtenus.
- M. A. S., à Grasse. — 1° La décomposition a lieu quand il y a un peu d’acide. — 2° Suivant les qualités et les milieux, l’acide que l’on trouve est l’acide acétique, tartrique ou malique et quelquefois un mélange des trois.
- M. L. Colliard, à Paris. — 1° Ce journal se trouve à la librairie Masson. — 2° La pile dont il est question, a été décrite dans le n° 743, du 27 août 1887, de' La Nature. — 5° Nous ne croyons pas que l’appareil se trouve dans le commerce.
- M. P. L., h Lyon. — Pour déposer un pli cacheté à l’Académie des sciences, il suffit de l’envoyer au Secrétariat.
- M. P. Barré, à X. — 1° Le procédé de fabrication n’a pas été décrit; nous ne pouvons vous le faire connaître. — 2°Vous trouverez quelques renseignements sommaires dans divers traités d’électricité.
- M. J. Simon, à Vouziers. — Il y a eu des essais, mais rien de décisif. Le problème présente de grandes difficultés.
- M. E. Haray, à Forges-les-Eaux. — Pour obtenir une bou-
- teille de champagne frappée, il suffit de la mettre dans un seau et de l’entourer d’un mélange formé de glace pilée et de sel de cuisine.
- M. Royer-Foucaud, à Paris. — Le moyen de construire soi-même une petite dynamo a été donné dans le n° 745, du 10 septembre 1887, et dans le n° 750, du 15 octobre 1887.
- M. L. Florimond, à Paris. — Nous croyons que les taches proviennent de la mauvaise qualité de votre papier sensible.
- M. R. de la Morinerie, à Reims. — Les phénomènes de phosphorescence produits par les plaques photographiques au gélatino-bromure d’argent, ont souvent été observés, dans des circonstances analogues à celles que vous mentionnez. Il y a là une étude très curieuse à entreprendre.
- M. Becquet, à Farciennes. — Vous trouverez des machines de ce genre chez M. Bouhey fils, 43, avenue Daumesnil, Paris.
- M. H. Pontus, à Cherbourg. — Le fait que vous citez des anneaux de fumée pendant le tir du canon a souvent été observé ; veuillez vous reporter à l’article que nous avons publié sur les tourbillons annulaires des liquides et des gaz (n° 427, du 6 août 1881, p. 149).
- M. M. Nourisson, à Roubaix. — Ce livre est facile à trouver chez les marchands de livres anciens, mais nous ne pourrions vous donner d’adresse spéciale.
- M. M. Collet, à Londres. — Les traités sur ces diverses questions sont très nombreux; renseignez-vous à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. A. Pascalin, à Tain. —Veuillez vous adresser à M. le Dr Cartaz, 18, rue Daunou, à Paris.
- M. Kosiki, à X. — Voitures à vapeur : MM. Serpollet, 27, rue des Cloys, à Paris.
- M. J. B., à Bruxelles. — Le filtre-presse se trouve chez MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des Ecoles, à Paris.
- M. Vadon D., à Comba. — La personne qui se trouverait au centre d’une glace circulaire non interrompue verrait une quantité d’images plus ou moins nettes, suivant la courbure de la glace et la distance du centre à la glace.
- M. S. Arozena, à Canarias. — Nous ne pouvons vous dire quel est le meilleur système d’éclairage électrique; chaque système a ses avantages et ses inconvénients.
- M. E. Vanlaethem, à Calais.— 1° La Nature a décrit un grand nombre de piles thermo-électriques; voyez la Table des matières des dix premières années. — 2° Constructeurs : M. Chaudron, 43, rue Berzelius; M. Noé, 8, rue Bertholet, Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. F. Peralta, à New-York. Pour publier la Notice que vous nous envoyez, il serait nécessaire de donner une description complète de la pile mentionnée.
- — M. H. Leclerc, à Vire. Il faudrait examiner les taches que vous mentionnez pour vous répondre. — M. M. L-, à D. L’appareil, dont vous nous envoyez la description, est intéressant; mais il en existe déjà un certain nombre fondés sur le même principe. — M. E. Stei-ner, à Mulhouse. Agréez tous nos remerciements pour votre photographie que nous utiliserons. — M. J. P., h Paris. Pas d’ouvrage spécial sur cette question. — M. Deshayes, à Paris; M. le Dr A., à Yalence. Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — M. Lœwel, à Paris; M. L. D. H., à Evreux; M. H. Foulon, à Vil-lers-Bretonneux. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — Un abonné, à Rouen. Votre lettre a été envoyée à destination. — M. Fleurot, à Philippeville ; M. V. Selb, à Anvers. L’adresse du fabricant a été donnée en tête de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la description de l’appareil. — M. E. Gaymy, à Godet. Pas d'adresse à vous indiquer. — M. C. B., à Paris. Les renseignements que vous demandez ont déjà été donnés dans divers articles sur les prix de revient de l’éclairage. — M. E. Anadyr. Il n’y a pas eu d’expériences de ce genre. — Un lecteur des plus assidus, à Marseille. Il n’y a rien de sérieux dans ce projet. — M. E. Potier, à Boulogne. Il n’est pas question d’organiser de nouvelle expédition; on a d’ailleurs un nombreux personnel. — M. E. D. Brunei, à Rouen. On ne saurait pratiquement faire soi-même un appareil de ce genre. — M. II. Couplet, à Bousies. Remerciements pour votre communication; on a songé déjà à ce dispositif. — M. Polvin, à Jeumont. Vous trouverez des traites d’analyses chimiques à la librairie Savy, à Paris. — M. Edouard Vernct, à Genève. 1° 11 faut que la stéarine ait eu le temps d’imbiber la mèche; 2° plaques spéciales; 3° il ne faut pas incliner l’appareil, vous auriez des déformations. — Un abonné, à Lisieux. Pas de livre de ce genre à vous indiquer.
- — M. H. Flament, à Paris. Nous allons prendre des informations; si l’appareil est pratique, nous le décrirons. — M. Louis Vernin, à Bonc. Remerciements pour votre intéressante photographie. — M. le marquis d’Avrain, à Bressey. Nous vous répondrons dans notre prochaine livraison. — M. Paul Bouffay. Nous croyons que l’idée n’est pas nouvelle; elle offrirait, en outre, des difficultés de réalisation pratique. — M. Balmont. 1° C’est le seul procédé satisfaisant, et le plus usité; 2° traité de Photographie instantanée (Gauthier-Villars, éditeur) ; 5° écrire à l’auteur, aux soins du secrétariat de l’Académie.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS1
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Lanterne de photographie. — M. J. Decoudun nous a récemment envoyé une petite lanterne à verre rouge pour les opérations photographiques; nous l’avons expérimentée et le système nous a paru très bien conçu et très habilement exécuté. Le modèle que nous avons expérimenté est la lanterne de voyage; elle est représentée fermée, en A, dans la partie gauche de la figure ci-dessus. Quand cette lanterne est ouverte et prête A fonctionner, elle offre l’aspect de notre second dessin CRLB. L’enveloppe de fermeture B, sert de socle, le couvercle C peut être
- Lanterne à verre rouge pour photographie,
- levé ou baissé à volonté. Une lampe spéciale L produit l’éclairage entre les verres rouges. Cette lampe constitue la nouveauté de l’invention, elle est formée d’une mèche alimentée de paraffine que l’on met en petits morceaux dans le récipient R. La lampe, en brûlant, fait fondre la paraffine qui tombe goutte à goutte, et alimente le réservoir de la lampe. Il faut allumer cette lampe d’une façon spéciale, la tenir inclinée comme on le voit dans notre figure de droite afin de chauffer une tige métallique parallèle à la mèche, et de commencer à faire fondre la paraffine. Le constructeur a imaginé un second modèle qui sert dans le laboratoire, et qui n’est plus destiné au transport. S’adresser, pour ce qui concerne cette lampe, à M. J. Decoudun, 8, rue Saint-Quentin, à Paris.
- Nouveau compteur électrique. — Bien que les compteurs d’énergie électrique soient déjà très nombreux, et existent sous les formes les plus variées, nous signalerons un nouvel appareil de ce genre dû à M. E. Grassot. Ce compteur consiste essentiellement en un fil d’argent a placé à l’intérieur d’un tube de verre A, plongeant à sa partie inférieure dans une cuve électrolytique B, remplie d’une solution d’azotate d’argent. Ce fil d’argent repose à sa partie inférieure sur un support C en verre ou autre matière isolante. Dans ce même liquide plonge une lame de zinc D formant le pôle négatif. Le pôle positif est constitué par le fil d’argent. Sous l’influence du passage du courant, le fil d’argent se dissout, et le métal est transporté sur la cathode. Un fait remarquable, c’est que le fil d’argent s’use en pointe. A mesure qu’il s’use il descend, et cette descente est proportionnelle à l’intensité du courant. L’enregistreur est alors constitué de la façon suivante : entre les points M et N le fil d’argent a passe hors du tube de verre et glisse entre deux tambours 0 et P; à l’aide d’une vis de pression, il est légèrement appuyé en P, ae sorte que par la descente du fil le tambour P est entraîné par le mouvement. Une aiguille placée sur ce tambour donne des indications sur un cadran. Un autre tambour R placé à côté, indique les unités de mille. La solution d’azotate d’argent Schéma du compteur est formée d’environ 100 grammes électrique de M. Grassot. d’azotate d’argent par litre ; le fil d’argent a un diamètre de 0mm,5. Quelques essais ont été faits avec ce compteur d’une simplicité remarquable, dans lequel n’entre aucun mouvement d’horlogerie, et ces essais ont donné de bons résultats. S’adresser, pour ce qui concerne cet appareil, àj M. E. Grassot, 53, rue Saint-Placide, Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Moyen de noircir le laiton à froid. — Beaucoup de pièces en laiton faisant partie d’instruments de physique sont noircies à l’acide ; le procédé habituel nécessite une élévation de température que les soudures ne supportent pas. L’Institut physicotechnique de t’empire d’Allemagne communique la recette suivante qui permet d’opérer à froid. Dans un vase fermé (bouteille), on secoue ensemble 10 parties de carbonate de cuivre avec 75 parties d’ammoniaque, jusqu’à dissolution du sel; on ajoute 15 parties d’eau distillée. La solution doit être conservée dans un endroit frais dans des bouteilles bien bouchées. Après quelque temps, on peut ajouter un peu d’ammoniaque. Les objets à noircir, préalablement nettoyés et bien dégraissés, sont plongés pendant deux à trois minutes dans le liquide. Ce procédé ne s’applique pas au bronze.
- Attaches de corde. — On se trouve souvent embarrassé, dans un déménagement, un transport, une installation provisoire, etc., pour lier convenablement, rapidement et solidement certaines pièces qui doivent être montées ou descendues à l’aide de cordes. Voici quelques figures qui nous ont été communiquées par un praticien, et qui pourront servir de guide dans les cas les plus ordinaires de la pratique. S’il s’agit d’un simple poteau de faibles dimensions et relativement léger, le nœud représenté n° 1 présente une solidité suffisante, mais il faut lui préférer le n* 2 ou le n° 3 dès que le poids devient un peu important. Le n° 4 s’applique également aux sapines dé toutes dimensions, et présente sur les modes d’attache n08 2 et 3
- Attaches île cordes.
- Davantage d’une plus grande simplicité. S’agit-il de monter ou de descendre un tonneau, deux solutions se présentent suivant que l’axe du tonneau doit être maintenu horizontal (n° 5) ou vertical (n° 6). S’il s’agit d’un sac, d’un matelas, ou de tout autre colis ne présentant qu’une médiocre rigidité, l’attache doit alors affecter la forme d’un filet enveloppant plus ou moins le corps à suspendre, on dispose alors la corde comme le montre le n° 7. S’il s’agit d’un grand nombre de colis semblables, une corde sans fin disposée comme le montre le n° 8, suspendue par l’anneau formé à la partie supérieure de la corde sans fin constitue le mode de suspension le plus simple et le plus rapide que l’on puisse imaginer. Les figures représentant ces différents modes d’attache, sont si claires, que toute explication sur la manière de les effectuer, nous paraît superflue.
- Verre dépoli des photographes. — Voici un procédé encore plus simple que celui dont nous avons donné précédemment la description (Nouvelles scientifiques du 15 août 1891, p. 42). « Il consiste à sacrifier une de ses glaces au gélatino-bromure ou autre dont la pellicule blanchâtre et demi transparente forme un écran très satisfaisant pour la mise au point. Naturellement, les différentes marques de plaques donnent des résultats un peu différents; mais toujours très suffisamment satisfaisants, car il ne s’agit ici que d’une solution (( de fortune » en attendant que l’on puisse remplacer le verre dépoli brisé. Ce procédé m’a déjà rendu d’inappréciables services dans une tournée en montagne à l’origine de laquelle j’avais brisé mon verre dépoli. » (Communiqué par M. P. V.)
- Soudure du verre et des métaux. — Voici un alliage qui permet de souder facilement le verre aux métaux, opération qui présente une grande importance dans les laboratoires et dans un grand nombre d’industries. L’alliage est composé de 95 parties d’étain et de 5 parties de cuivre. Cet alliage est préparé en introduisant le cuivre fondu à part dans de l’étain
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- fondu à part, en mélangeant à l’aide d’un morceau de bois. L’alliage ainsi obtenu est ensuite fondu en bâtonnets ou granulé. La propriété spéciale de cet alliage est d’adhérer fortement aux surfaces de verre propres. Il fond à la température relativement basse de 360 degrés centigrades, et a sensiblement le même coefficient de dilatation que le verre. En l’employant, on n’a donc pas à craindre de ruptures provenant de dilatations inégales. En y ajoutant de un demi pour 100 à 1 pour 100 de lomb ou de zinc, on peut rendre cet alliage plus doux ou plus ur, ou changer son point de fusion, suivant les applications auxquelles on le destine.
- Mànière de conserver les écrevisses vivantes. — Pour conserver les écrevisses vivantes pendant plusieurs jours, il faut avant tout vérifier si elles sont toutes vivantes et bien fraîches ;
- puis les mettre dans un panier ou une caisse percée de trous, les saupoudrer de son de froment et les couvrir d’orties. On les met ensuite dans un endroit frais, une cave, par exemple.
- L'hyaline. — On désigne ainsi une nouvelle substance propre à remplacer le celluloïd. Elle a été découverte par M. J. Ecks-tein, chimiste autrichien. Le celluloïd étant composé de coton-poudre et de camphre est, comme on le voit, extrêmement inflammable. M. Erckstein compose son hyaline avec du coton-poudre, de la colophane, de la laque, du copal, de la résine domar, de la thérébenthine, ou d’un mélange de ces différentes substances. Il assure qu’il peut dénitrer son produit et le rendre incombustible. L’hyaline est fort tenace, demi-transparente, sans odeur, très élastique et bien moins dangereuse que le celluloïd.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49*,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS a 7 heures du matin THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 17 août.... 15°,0 N. E. 0 Presq. couvert. 0,0 Tr. nuag. jusq. 15 h., puis peu nuag., beau ap. 17 h.
- Mardi 18 14",8 S. 1 Couvert. 0,0 Couv. jusq. 17 h.; nuag. ens., gouttes le m., pluie de 11 h. à 13 h. 1/2.
- Mercredi 19 14*,7 S. W. 2 Peu nuageux. 2,0 Nuag.; coup de tonnerre à 10 h. 55; plus, coups à 18 h. 10-15, avec pluies.
- Jeudi 20 12*,1 S. 1 Beau. 1,6 Beau jusq. 7 h.; tr. nuag., puis couv. apr. 11 h.; éclairs à E. à 22 h., pluies l’apr.-midi et la soirée. Presq. couv. jusq. 21 h.; beau ap. Orage à W. S. W. à 17 h.; finit à É. N. E. à 17 h., pluies.
- Vendredi 21 15”,8 S. W. 4 Couvert. 8,4
- Samedi 22 . . . . . . 12",8 S. S. W. 2 Couvert. 2,3 Tr. nuag. jusq. 20 h.; beau eus.; tonnerre de 16 h. 45 à 18 h. 20, pluie de 17 à 17 h. 30.
- Dimanche 23 10",2 S. o Beau. 4,6 Quelq. nuag. jusq. 8 h. et apr. 21 h.; nuag. de 9 h. à 15 h.; couv. de 16 h. à 21 h.;pl. de 16 h.3/4àl91i.
- AOUT 1891. — SEMAINE DU LUNDI 17 AU DIMANCHE 23 AOUT 1891
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, theimomètre à l’abri à boule mouillée.
- !
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orage de grêle. — En qualité de lecteur assidu du journal La Nature, je viens vous signaler une chute de grêle que j’ai observée à Condé-en-Brie (Aisne) et comme jamais aucun des habitants du pays, même les plus âgés, n’en ont vu. Samedi 15 août, de 4 à 5 heures, un orage venant du nord s’est abattu sur les communes de Condé-en-Brie, Celles-lès-Condé, Baulne, Montigny (canton de Condé-en-Brie) (Aisne), et sur la commune du Brcuil et autres du département de la Marne. Le tonnerre ne cessait de gronder, mais sans éclats, quand tout à coup la grêle s’est mise à tomber avec force. La grosseur des grêlons variait d’un œuf de pigeon à un œuf de poule, ceux-ci en majorité en certains endroits. A Baulne,-beaucoup de grêlons ont atteint un volume incroyable, on en a pesé qui dépassaient 400 grammes !
- J'ai remarqué trois formes de grêlons: les plus petits étaient sphéri-
- ques ou ovoïdes et opaques, les plus gros avaient la forme de cristaux, on aurait dit du sucre candi ; la troisième forme affectait celle de tranches de citron. Ces deux dernières sortes étaient transparentes, on aurait dit de la glace ordinaire.
- Les dégâts sont considérables, toutes les récoltes sont perdues et ce qui ne s’est probablement jamais vu c’est que dans le village de Baulne seul, comptant 500 à 600 habitants, pas une toiture n’a résisté à la violence de la grêle. Toutes les maisons et bâtiments ruraux sont découverts, on compte qu’il va falloir plus de 2 millions et demi de tuiles pour remettre les choses en état, dans ce village seul.
- Les habitants sont dans la consternation, les magasins et fabriques de tuiles des environs sont vides, il va falloir aller chercher des tuiles au loin. Si le temps se mettait à la pluie il leur serait impossible de rester dans leurs maisons. C’est une misère poignante.
- G. Todcuard, notaire, à Condé-en-Brie (Aisne).
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 19, à 9 h. 38 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres a doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
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- IA SEMAINE
- La célébration du quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique. — C’est le 3 août 1492 <jue Colomb, avec une infatigable lutte contre l’ignorance, la routine et les préjugés, put enfin s’élancer à la conquête du nouveau inonde dont son génie lui avait révélé l’existence. Le grand navigateur avait cinquante-six ans, il commençait ses campagnes à l’âge où tant d’hommes finissent leur carrière. Il quitta le port de Palos avec trois caravelles. C’étaient de petits navires surélevés à la poupe et à la proue; ils n’étaient pas pontés, à l’exception de celui de l’amiral. On considérerait aujourd’hui comme une folie de traverser l’Atlantique avec un si pauvre matériel. Le 12 octobre 1492, après soixante-dix jours de navigation et d’obstacles de tous genres, Colomb aperçut pour la première fois une île sur laquelle il débarqua. Il lui donna le nom de San-Salvador. L’amiral et ses matelots furent reçus par les naturels qui les accueillirent avec joie. Un nouveau continent était découvert.
- On se prépare à célébrer dans les deux mondes l’anniversaire de ce voyage à jamais mémorable. Un lieutenant de la marine américaine, M. Mac Carty-Little, vient de se rendre en Espagne our recueillir tous les documents nécessaires à la construction ’une caravelle tout à fait semblable à celle que montait Christophe Colomb et dont les Espagnols conservent pieusement un modèle authentique. Ce fac-similé est destiné à figurer à la grande revue navale qui aura lieu dans le port de New-York en 1895. Le petit bâtiment aura à son bord des matelots espagnols, portant le costume des marins du quinzième siècle. Ce sera une restitution des plus instructives, et la comparaison de ce navire qui mit soixante-dix jours à traverser l’Atlantique, avec nos paquebots modernes qui en mettent sept, ne manquera pas d’être curieuse.
- On ne saurait trop se disposer à rendre hommage à la mémoire de Christophe Colomb, l’un des plus grands découvreurs qui aient brillé dans l’histoire, et aussi, ne l’oublions pas, à la honte des hommes, l’un des plus touchants martyrs de la science. Celui qui avait tant fait pour le bien de l’humanité fut emprisonné comme un malfaiteur, chargé de chaînes comme un criminel. Après son quatrième voyage en Amérique, il mourut à soixante-neuf ans, abandonné de tous, abreuvé de malheurs et de dégoûts. Christophe Colomb voulut conserver les chaînes qui avaient servi à l’attacher : « Ces fers, nous dit le fils du grand navigateur dans les écrits qui sont restés de lui, je les vis toujours suspendus dans le cabinet de mon père; et il ordonna qu’à sa mort ils fussent enfermés avec lui dans son cercueil ». G. T.
- INFORMATIONS
- —¥&— Le Congrès photographique international de Bruxelles a été ouvert à l’Hôtel de Ville sous la présidence de M. Maes, président de l’Association belge de photographie, qui a remercié les mem-
- bres présents et cédé la place à la Commission permanente. M. Jans-sen, président de cette Commission, a prononcé un discours des plus intéressants et des plus applaudis. Le bureau du Congrès s’est ensuite constitué et l’ordre des travaux a été arrêté. Il comprend deux excursions : l’une à l’abbaye de Villers et l’autre à Anvers. La France compte onze représentants au Congrès photographique.
- —— Deux cas de longévité remarquables ont été récemment publiés par un journal de la Guyane. Il s’agit de deux centenaires habitant ce pays. M“0 Pauliawski,.sans état civil, avait treize ans en 1794, lorsque les décrets de la Convention nationale pour l’abolition de l’esclavage furent publiés dans la colonie. Cette brave femme, âgée de cent dix ans, a encore bon pied, bon œil, et se rappelle admirablement les événements qui se sont succédé pendant toute la période de première liberté. Mmo Nollot, née le 11 mars 1791, quoique moins valide que la première, promet de vivre longtemps encore.
- —Un chiffre qui intéressera les gourmets est celui de la
- roduction annuelle ae la truffe. On en récolte chaque année
- 600 000 kilogrammes. Cinquante-trois départements entrent en ligne pour la production de ce tubercule. Le Vaucluse vient en tète, avec un apport de 580 000 kilogrammes, puis viennent les Basses-Alpes et le Lot avec 500 000 kilogrammes, la Dordogne et la Drôme avec 150 000 kilogrammes.
- —%— La Société des ingénieurs civils qui, presque chaque année, fait hors de France une excursion pour étudier les questions intéressant l’art de l’ingénieur, visite cette année la Hollande dont les travaux, comme on le sait, ont une importance exceptionnelle pour tout ce qui touche l’hydraulique.
- —%— Le phylloxéra, étendant toujours Faire de ses ravages, a récemment fait son apparition dans les vignobes de la province d’Auckland (Nouvelle-Zélande), où l’industrie viticole prenait une certaine extension.
- —?!$— Ceux de nos lecteurs un peu au courant des travaux et recherches qui se poursuivent incessamment en microbiologie, connaissent le Dr Elias Metehnikoff, chef de service à l’Institut Pasteur, l’auteur de la théorie de la phagocytose. Nous sommes heureux d’annoncer que ce savant vient de recevoir le titre de docteur ès sciences honoraire de l’Université de Cambridge.
- —^— On vient de découvrir à Zimbabye, dans l’Afrique australe, les ruines d’une ville qui paraît être phénicienne. L’explorateur, M. Bent, a retrouvé les restes d’un temple dont les murs sont couverts d’emblèmes phalliques. Le temple est entouré de débris de constructions. Un autel phallique a été également mis au jour. Il est décoré d’oiseaux et d’une scène de chasse où figurent des quaggas et des éléphants. Des fragments de poteries bleues et vertes trahissent une origine orientale.
- —Stuttgard, dans le Wurtemberg, est la première ville où l’on ait installé une. piscine pour les chiens. L’espace est assez grand pour leur permettre de nager, et les soins sont donnés aux intéressants baigneurs par des garçons de bains attachés à l’établissement.
- —Une violente tempête, accompagnée d’orages, a éclaté le mardi 18 août sur une partie de la France; la grêle a exercé de terribles ravages dans les environs de Belfort, de Besançon, du Puv, de Chambéry, de Neufchâteau, de Marseille, d’Amiens, etc. A la fin du mois, d’août, dimanche 30, des dégâts considérables ont été occasionnés par des orages dans le nord de l’Italie.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Arthur Maury, à Jullouville (Manche), nous adresse l’intéressante observation qui suit aune trombe marine : « Vendredi 21 août 1891, de 5\30m à 6 heures environ, j’ai vu, étant sur la plage de Jullouville (près Granville), par temps de pluie et d’orage, un fort nuage noir qui se dirigeait peu à peu vers la droite (il semblait être sur les îles Chausey et aller vers Granville) ; il avait une queue verticale que je suppose être une trombe, elle ne touchait pas la mer (n° 1), mais elle y avait certainement une influence y produisant
- une sorte de vapeur qui marchait en même temps. Une seconde trombe, moins longue, s’est formée à côté de la première (n° 2), elle provoquait également une vapeur à la surface correspondante de la mer. » Nous reproduisons ci-dessus les croquis de M. Maury.
- M. Rambaud, à Charnay, près Mâcon, nous signale, à propos de l’article publié sur le haro, un appareil de pêche semblable employé sur le Rhône entre Valence et Arles. On le nomme Alosier parce qu’il est destiné à prendre les aloses.
- Un abonné, à Paris, au sujet du fait de pigeons enivrés par le cassis que nous avons reproduit dans nos informations (n°950, du 15 août 1891), nous fait remarquer que les grains de cassis frais, pas plus que les grains de raisin, n’ont rien d’alcoolique. Il existe peut-être dans le cassis une huile essentielle qui lui donne son odeur et à laquelle il faudrait attribuer les propriétés enivrantes. Notre correspondant ajoute qu’il a souvent donné des grains de cassis frais à ses poules et qu’il n’a jamais constaté qu’elles en aient été incommodées.
- M. J. Rolez, à Manchester, nous adresse quelques renseignements sur la Tour Eiffel qui sera prochainement élevée à Blackpool, en Angleterre. Elle sera construite au centre d’un vaste emplacement de 6000 mètres carrés. La base de la Tour sera bordée de boutiques; au centre un cirque sera installé. Cette tour aura pour base un carré de 32 mètres de côté; la hauteur du monument sera de 160 mètres. Le premier étage s’élèvera à 25 mètres au-dessus du sol, le second à 100 mètres. Au sommet, se trouveront une lanterne et une coupole dans laquelle sera placé un puissant foyer électrique. La construction sera faite en fer et en acier. On voit, d’après ce qui précède, que cette nouvelle Tour fait honneur à M. Eiffel, puisqu’il s’agit, en quelque sorte, d’une copie en réduction du chef-d’œuvre de l’Exposition de 1889.
- M. Ch. Metxier, à Charenton, nous écrit qu’au col du Lau-taret, près Briançon, les bergers ramassent dans les anfractuosités des rochers une plante appelée Génepy, dont on fait une liqueur excellente. Notre correspondant désirerait savoir s’il est possible de se procurer cette liqueur à Paris.
- M. L. Guichard, à Ribiers (Hautes-Alpes), nous signale la chute d’un bolide survenue le 14 août à 9h,15m du soir. L’aé-l'olithe produisit, en tombant, une lumière intense. La matière de cet aérolithe fut trouvée; elle ressemble à de l’anthracite très dense et paraît de la grosseur d’un œuf. Deux des fragments qui ont été recueillis se rejoignent parfaitement; un autre fragment tombé à 50 mètres des premiers, a été brisé complètement dans sa chute.
- M. P. Guégan, membre de la Commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise, nous communique une brochure intitulée Etude rétrospective sur rhabitat de l'homme le long des rives de la Seine et de l'Oise depuis les temps géologiques
- jusques et y compris la période franque-mérovingienne. (In-8°. Versailles, imprimerie Cerf et fils, 1891.)
- M. Galien Mingaud, secrétaire de la Société d’étude des sciences naturelles de Nîmes, nous adresse un intéressant document géologique : c’est le tableau des mammifères vivant dans le département du Gard à l’époque quaternaire. (In-8°, Nîmes. Librairie A. Catélan, 1891.)
- Renseignements. — M. Roger-Réchet, à Bois-Bertrand. — M. Trouvé, 14, rue Vivienne, à Paris, pourra vous fournir cette installation : il est difficile de vous fixer sur le prix, le constructeur vous renseignera.
- Un abonné curieux, à Paris. — L’eau est maintenue dans le verre par une feuille de mica placée au-dessous de la feuille de papier. Nous décrirons prochainement la deuxième expérience que vous signalez.
- M. Marcel Le Tourneau, à Naunet. — On blanchit l’ivoire en le laissant immergé dans l’eau oxygénée.
- M. A. G., n° 1904, à Nice. — Les micrographes se servent habituellement de baume de Judée pour leurs préparations^ Nous ne connaissons pas de produit insoluble dans l’alcool.
- M. E. P. C., à Arras. — Vous trouverez cette substancè chez les fournisseurs de produits chimiques pour laboratoires.
- M. G. R., à Valence. — Tout arbre sera détruit par l’arrosage ou l’injection d’eau additionnée de 25 à 30 pour 100 d’acide sulfurique.
- M. le marquis d'Agrain, à Bressey. — Pour tout ce qui concerne la mise en œuvre du procédé de M. Londe pour la photographie à la lumière de magnésium, s’adresser à MM. Dela-perrière et Dida, rue d’Amsterdam, à Paris.
- M. Rollinckx, à Bruxelles. — Vous trouverez, croyons-nous, les éléments de ce calcul dans Y Aide-mémoire de l'ingénieur.
- Accusés de réception. — Avis divers : La librairie où vous trouverez cet ouvrage est, 118, rue d’Assas, à Paris. — M. Mertza-noff, à Constantinople. Il existe un enseignement de ce genre dans la ville de Troyes en Champagne. — M. E. P., à Arras. Veuillez écrire au secrétariat de l’Académie des sciences, on vous donnera l’adresse de l’inventeur. — jlf. P. C. A. T., à Lyon. M. Langley a ublié son Mémoire in extenso dans les Comptes rendus de l’Aca-émie des sciences, séance du 13 juillet 1891. — M. Domingos Car-dozo, à Aveiro (Portugal). Voici les adresses que vous nous demandez : M. Trouvé, 14, rue Vivienne, à Paris; M. Cloris Baudet, 14, rue Saint-Victor, à Paris. — M. Piat Derviat, à Romans. L’emploi des éponges frites pour détruire les animaux est très connu et est fréquemment employé. — M. L. H. Frentz, à Bruxelles ; M. P. Schos-tak, à Alouchta. Remerciements pour vos communications. — M. X. (signature illisible). Le nombre des systèmes de calorifères est considérable, nous ne saurions vous en indiquer un en particulier. — M. Léo Dufau, à la Guadeloupe. Vous trouverez des appareils de ce genre chez M. Paulin Arrault, 69, rue Rochechouart, à Paris. — M. le marquis Bogaraya, à Madrid. Nous regrettons de ne pas connaître le système de four dont vous parlez ; nous ne croyons pas qu’il ait été décrit. — M. Weber, à Saint-Claude (Jura). Remerciements pour votre envoi : nous signalerons le système à l’occasion. — Mma Beaumont, au pré Saint-Gervais. Vous trouverez la description de ce petit appareil dans le n° 828, du 15 avril 1889, p. 308. — M. V. Eclairage électrique de Nogent-le-Rotrou. S’adresser au préfet et au maire. — Un ami lecteur, à Rouen. Le phosphate d’ammoniaque rend les matières organiques incombustibles. — Un abonné, à Neuilly. Les petits oiseaux ont pu mourir naturellement; ce cas d'empoisonnement nous paraît peu vraisemblable. — M. Ledoux, à Genève. Aucun journal ne donne spécialement ces indications. — M. Eugène W. Nous regrettons de ne connaître, comme vous, que le dépositaire parisien. — M. Marcq, à Saint-Brieue. Il y a eu erreur, l’enveloppe a passé inaperçue.
- RECETTES ET PROCÈDES UTILES
- Peinture sur fer. — D’après notre confrère de Londres, Iron, pour éviter les bouffies et les écailles que forme souvent la peinture appliquée sur le fer, il faut d’abord commencer par le laver avec de l’eau avant de le peindre. On le frotte ensuite avec de l’huile de lin très chaude. Si les objets en fer sont petits, il sera facile de les faire chauffer jusqu’à ce que l’huile de lin avec laquelle ils sont en contact, commence à-se vaporiser. On les frotte avec de l’huile en les laissant refroidir. Ils sont alors prêts à recevoir la peinture. Si les objets sont trop grands pour pouvoir être chauffés, on y appliquera de l’huile très chaude. Celle-ci pénètre dans les pores du métal en en chassant l’humidité et elle adhère au fer avec une force telle qu’elle ne s’en détache pas sous l’action du froid, de la pluie et de l’air. La peinture adhère très bien sur la superficie du fer imprégnée d’huile de cette façon; le.procédé est également efficace pour le bois exposé aux intempéries.
- Dans la «Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est, répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS1
- Poire - Téléphone - Sonnerie. — Dans ces dernières années, les téléphones ont subi de nombreuses modifications. On a construit un grand nombre de petits téléphones domestiques des plus pratiques; entre autres le bouton-téléphone. Il semblait difficile de faire plus simple. Voici cependant qu’un inventeur a eu l’ingénieuse idée de placer un téléphone dans une poire de sonnerie électrique. La figure ci-jointe représente l’appareil dont il est question. Quand la poire est fermée, elle forme le contact ordinaire dans une installation de sonnerie. Il suffit d’appuyer sur le bouton P pour appeler à distance. Mais si
- Poire de sonnerie électrique lormant téléphone.
- l’on ouvre la poire en déclenchant un petit crochet, elle se sépare en deux parties A et B. Une moitié de la poire constitue un microphone transmetteur, l’autre moitié est un téléphoné récepteur. Comme le montre notre gravure, on voit que ces appareils sont très bien disposés à portée de la bouche et de l’oreille. Dans cette position, ils sont prêts à fonctionner. Les dimensions de la poire-téléphone ne sont guère plus grandes que celles d’une poire ordinaire à contact. Deux éléments de piles sèches, comme pour les sonneries ordinaires, suffisent à la faire fonctionner à une distance de 300 mètres. Le constructeur de ce nouvel appareil, bien utile et bien simple, est M. Henri Serrin, 15, boulevard du Temple, à Paris.
- Commutateur-coupe-circuit multiple. — Dans les installations d’éclairage électrique, on a l’habitude d’employer des coupe-circuits ou fils de plomb fusibles, qui fondent lorsque l’intensité du courant dépasse, dans une certaine mesure, la valeur normale. 11 faut aussitôt remettre un nouveau plomb au coupe-circuit, et rallumer les lampes qui ont pu être éteintes. Mais, dans la plupart des cas, l’électricien n’a pas de fil de plomb sous la main pour remplacer celui qui a fondu, et il lui faut aller en chercher. Pendant ce temps, l’éclairage n’a pas lieu. Pour obvier à cet inconvénient, M. Ch. Mildé a construit un modèle de coupe-circuit multiple que nous représentons par la figure ci-contre. Cet appareil consiste en un petit cylindre mobile autour d’un axe; suivant les génératrices de ce cylindre sont disposés six fils de plomb (on voit trois d’entre eux en PPP en avant de notre figure) que l’on peut intercaler successivement dans le circuit par un mouvement de la manette. Si un fil
- Commutateur coupe-circuit. (|e plomb vient à fon(lre, il suffit
- d’un quart de tour pour avoir un autre fil de plomb. Cet appareil sera prochainement complété par une série de petits crans intermédiaires, de telle sorte qu’il pourra servir a la fois de commutateur et de coupe-circuit multiple. Cette heureuse disposition a le grand avantage de réunir en une même pièce deux importants appareils d’une installation intérieure. M. Ch. Mildé, 26, rue Laugier, à Paris, construit des modèles pour les faibles et les grandes intensités.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Obturateur photographique fonctionnant h distance. — Quand le touriste photographe est en promenade avec des amis, il recueille sur ses clichés les paysages et les
- Îiortraits de ses amis, mais il a le regret de ne jamais se voir ui-même sur ses photographies. Nous ferons connaître aujourd’hui un petit obturateur qui lui permettra de se photographier lui-même. Cet obturateur que l’on voit figurer à droite de notre figure s’adapte au moyen de trois vis à tous les objectifs. Il est formé d’une planchette à mouvement de guillotine percée d’un trou. Cette planchette est maintenue fixe par un levier de déclenchement D. Une ficelle F étant tirée, le déclenchement
- Obturateur photographique fonctionnant à distance, et permettant de faire son portrait soi-même.
- fonctionne, dégage la planchette qui est soulevée par les caoutchoucs C. Le cliché est impressionné. La cordelette peut avoir une grande longueur, et passer au bas de l’appareil à travers un piton vissé dans un petit piquet que l’on fixe en terre. L’opérateur à distance peut attacher la ficelle à son pied et faire fonctionner son obturateur. On peut faire du posé en joignant à la planchette qui forme coulisse un petit cran d’arrêt qui arrête la guillotine de telle façon que la fenêtre soit en regard de l’objectif. Dans ce cas, la ficelle est attachée au bas de la guillotine qui est tirée directement. Cet appareil se trouve chez M. G. Renaut, 86, rue du Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Les règles et remploi du massage. — Trop longtemps laissé à la pratique des rebouteurs, le massage, autrefois assez répandu, a repris faveur parmi les médecins et chirurgiens qui ne dédaignent pas de le faire eux-mêmes. C’est, en effet, un excellent moyen de soulager et même de guérir rapidement certaines contusions, certains épanchements. L’entorse est le véritable triomphe du massage. Mais pour que ce procédé de traitement donne tout ce qu’on est en droit d’en attendre, il faut l’employer avec discernement, suivre, dans son application, certaines règles.
- Nous nous contenterons de donner ici des indications générales d’après un résumé très complet de cette question passée dans la Normandie médicale sous la signature du Dr Auger, de Bolbec.
- Le massage doit être absolument indolore, et ce résultat peut être facilement obtenu avec un peu de patience. Toute séance de massage se divise, par suite, en deux parties : 1° insensibilisation de la région à masser; 2° massage proprement dit.
- 1° Il faut commencer par recouvrir d’huile d’olive la région à masser, et cela très abondamment, et puis avec la face palmaire du pouce ou des doigts rapprochés les uns des autres, quand la région contuse présente une plus grande surface plane, on effleure, aussi légèrement que possible, les points douloureux, en ayant soin de diriger le mouvement de la main dans' le sens de la circulation veineuse, de bas en haut, par exemple, pour les membres, et toujours dans le même sens.
- Si un muscle ou une masse musculaire sont contus, il y a tout intérêt à suivre la direction des fibres, mais toujours -par un mouvement centripète et jamais avec un mouvement de va-et-vient, comme on a une certaine tendance à le faire.
- Au bout d’un temps plus ou moins long, dix minutes, un quart d’heure, parfois plus, suivant le degré de sensibilité du point contus, on voit la douleur s’atténuer, puis disparaître. La pression peut devenir énergique sans incommoder le patient. Il est utile d’huiler très souvent les points effleurés.
- 2° Une fois l’insensibilité obtenue, il faut passer à la deuxième partie, le massage proprement dit. Le moment où le massage commence, c’est-à-dire où la pression s’exerce assez fort au lieu d’un simple effleurement, est indiqué par l’habitude du masseur et surtout par la réaction à la douleur, par le degré d’insensi-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- Lilité du malade. On emploie-toujours la-face palmaire du pouce ou des doitgs, d’une ou des deux mains, quelquefois même de la paume des mains, suivant l’étendue de la région à ' masser. On doit toujours employer largement l’huile, et les mouvements doivent toujours suivre la direction du sang veineux.
- Le massage doit commencer bien au-dessous des parties atteintes et s’étendre bien au delà. Quant à la force à employer, cela dépend de la région à masser; sur la région lombaire, le dos, la cuisse (lumbago, sciatique), il faut une pression plus forte, une énergie plus grande que pour une entorse du poignet, un torticolis; c’est une affaire d’appréciation intelligente.
- La durée ne doit guère dépasser, en général, dix minutes, un quart d’heure ; mais les séances peuvent être répétées deux !
- et trois fois par jour, pour être éloignées peu à peu à mesure que disparaît le mal. La séance de massage finie, il faut essuyer légèrement la région pour enlever l’huile, mettre, s’il s’agit d’un membre, un bandage roulé sur une couche assez épaisse d’ouate. Sur la région lombaire, sur les côtés du cou (torticolis), sur la cuisse (sciatique) un bandage tient assez difficilement. Il suffit de laisser, après le massage, pendant une demi-heure ou une heure, une compresse d’eau-de-vie camphrée.
- Avec ces manœuvres qui ne sont pas bien compliquées, il sera facile de soulager beaucoup un malade, sans l’aide d’un charlatan. Se méfier, au poignet et au cou-de-pied des fractures qui ne diffèrent pas beaucoup, comme signes, de l’entorse, mais qui demandent, après le massage, une immobilisation bien faite, l’application d’un appareil approprié. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 24 août.... 11*,1 S. W. 0 Beau. 0,0 Quelq. nuag. jusq. 8 h.; nuageux jusq. 19h. beau ens.
- Mardi 25 12*,9 S. S. W. 2 Couvert. 0,0 Presq. couv. jusq. 19 h. ; couv. après ; halo.
- Mercredi 26 17*,0 S. S. W. 4 Presq. couvert. 0,0 Couv. jusq. 18 h.; beau après.
- Jeudi 27 16* ,9 S. 2 Presq. couvert. • 0,0 Peu nuag. jusq. 14 h., couv. ens. ; gouttes dans soirée.
- Vendredi 28 15",5 S. W. 3 Nuageux. 0,0 Nuag, jusq. 11 h., beau ap. ; pluie de 10 h. 45 à 11 h. ; éclairs dans la soirée.
- Samedi 29 12*,1 W. S. W. 2 Couvert. 3,3 Beau jusq. 6 h.; nuageux jusq. 18 h., couv. après.
- Dimanche 30 14*,7 N. E. 1 Presq. couvert. 0,0 Couv. de 13 à 18 h., nuageux av. et ap.; halo.
- AOUT 1891. — SEMAINE DD LUNDI 24 AD DIMANCHE 30 AODT 189l’
- La courbe super.cure indique la nébulosité de 0 à 10; les /léchés inferieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent' courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mery, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
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- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- I,es tempêtes. — La semaine du 24 au 30 a été riche en mauvais temps et en tempêtes; nous citerons notamment la journée du 27 pendant laquelle un vent d’une intensité rare a régné sur un grand nombre de localités, accompagné, dans l’après-midi, de ploies d’orage et de grains. La tempête a surtout fait sentir son action sur les côtes du nord de la France, à Boulogne et à Calais notamment. Sur la route de Calais à Marck, quarante grands arbres ont été arrachés; des enfants ont été jetés à terre; toutes les marchandises des étalages volaient dans tous les sens. Sur la plage, les tentes ont été enlevées, et des baigneurs, à leur sortie de l’eau, n’ont plus retrouvé ni leurs tentes ni leurs effets. La campagne a beaucoup souffert. De Poitiers, de Tours, on a signalé également des bourrasques violentes ; très peu de pluie, mais un vent terrible qui abattait les fruits dans les vergers.
- A Paris, la chaleur a été intolérable dans la matinée du 27. Vers 4 heures, la pluie est tombée, et, un peu plus tard, une véritable bourrasque s’est abattue dans certains quartiers. Un coup de vent a causé de nombreux incidents. Tout d’abord, il a décoiffé quantité de passants et surtout beaucoup de voyageurs qui se trouvaient sur les impériales des omnibus et des tramways. Le désarroi a été grand. Dans les promenades publiques, les arbres ont passablement souffert. Naturellement, plusieurs cheminées, tuiles et pots de fleurs sont tombés sur la chaussée.
- L’avant-veille on a signalé à Grenoble et dans les environs une tempête de grêle qui a jeté la consternation dans les communes de Huez, La Garde, Villard, Reymond, Ouïtes, Ornon, situées à des altitudes de 1000 et 1400 mètres sur les flancs des montagnes de l’Oisans. Tout a été saccagé. La couche de grêle atteignait, sur certains points, près de 10 centimètres.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 26, à 0 h. 19 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la c Boîte aux lettres * doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LÀ SEMAINE
- Livres et journaux. — Dans ces derniers temps, un certain •nombre de publicistes ont appelé l’attention du public sur l’énorme stock de livres accumulés depuis des années chez les éditeurs, •chez les libraires, et dont l’écoulement devient, en général, de plus en plus difficile. Il y a là, selon nous, un fait curieux à •examiner. 11 est certain que la fabrication des livres a pris une extension énorme, et que leur nombre a atteint des chiffres prodigieux ; mais les journaux ne sont pas restés en arrière des livres. Voici une statistique que nous avons recueillie et qui donne quelques chiffres concernant les publications parues, en France seulement, pendant le mois de juillet 1891. 1455 livres de science, d’art, d’histoire ou de littérature ont été publiés, on compte 155 gravures, lithographies ou cartes; 505 morceaux de musique ont été édités; enfin, 142 journaux ou revues, politiques ou autres, ont été lancés durant le mois de juillet, parmi lesquels 68 ont paru à Paris et 74 en province. En présence de tels chiffres, qui se renbuvellent chaque mois, on reconnaîtra qu’il est impossible au lecteur le plus zélé de se tenir au courant de ce qui se publie. Cela était facile, il y a une quarantaine d'années. Il n’y avait, à Paris, que quelques journaux politiques, il ne paraissait qu’un nombre de livres assez restreint; le curieux pouvait les connaître, ou tout au moins les feuilleter à la devanture des libraires. Aujourd’hui, c’est par centaines que les livres paraissent chaque semaine, et, d’autre part, le nombre des journaux est si considérable qu’on n’a plus le temps, si l’on veut seulement jeter les yeux sur ce qu’ils publient, de lire des livres. En outre, les livres de science, et les traités principalement, deviennent difficiles à écrire, car la science marche si vite, que l’auteur, au moment où il termine son œuvre, aurait besoin de la recommencer pour la tenir au courant des nouvelles découvertes. Un de mes éminents collaborateurs, écrivait, il y a quelques années, un traité de physique; il allait le terminer quand apparut le téléphone, puis le phonographe, puis les expériences sur la liquéfaction des gaz considérés comme permanents; il était navré de voir que son œuvre allait passer sous silence de si importants chapitres de la science contemporaine.
- Nous croyons que les journaux, quotidiens ou périodiques, font actuellement beaucoup de tort aux livres ; ils se publient au jour le jour, et peuvent renseigner le lecteur comme ne saurait le faire un traité. A notre époque un peu fiévreuse de télégraphie, de téléphonie et de lumière électrique, on veut aller vite et être bien éclairé. G. T.
- INFORMATIONS __
- —Nous avons le regret d’enregistrer une nouvelle catastrophe dont le Mont-Blanc a encoreté le théâtre. M. le Dr Jaeot-tet, de Chamonix, après avoir fait l’ascension au sommet du géant des Alpes, le 1er septembre dernier, s’est trouvé tout à coup indis-
- posé et est redescendu aussitôt à la cabane Yallot : pris d’une congestion pulmonaire, il y est mort.
- —— A cette époque, où la vélocipédie est à l’ordre du jour par la course de Paris à Brest organisée avec tant de succès par le Petit Journal, il est de circonstance d’annoncer l’apparition d’un important organe de vélocipédie, Le Cycle, publié sous la direction de M. Louis Minart, à l’imprimerie Lahure. Nous avons reçu les deux premières livraisons de ce recueil, qui est élégamment édité, orné de figures, et auquel nous croyons pouvoir prédire un bon accueil de la part des amateurs de vélocipédie.
- —Sfc— Le Congrès météorologique, qui a été ouvert le 26 août dernier à Munich, a été des plus utiles à la science. Les directeurs des services météorologiques du monde entier se sont réunis pour discuter certaines questions relatives à l’organisation de ces services, aux méthodes d’observation et de réduction des observations, d’installation des stations climatologiques, etc. Des réunions du même genre avaient déjà été tenues en 1872 à Vienne et en 1880 à Rome.
- —Le vendredi 10 juillet, à llh,45m du soir, le journal Ciel et Terre nous apprend qu’on a observé, à Arbre-sur-Brunot (province de Namur), un bolide d’un éclat exceptionnel, se dirigeant des Chevreaux vers la Chèvre. Son éclat était comparable à celui d’un éclair de grande étendue; une traînée lumineuse a persisté pendant plus d'une minute.
- —¥&— Pendant un violent orage qui éclata sur Vienne, à 5 heures du soir, le 5 juillet, le ciel se couvrit d’une nuée si épaissè qu’il fallut allumer les lampes de l’hôtel de la Cour de Styrie. Le circuit électrique ne larda pas à être foudroyé. On vit les lampes pâlir comme si le mouvement de la machine s’était ralenti. Quelques-unes furent mises hors de service. En les examinant avec attention, on trouva que les fils de platine des attaches avaient été fondus et les filaments volatilisés. Le carbone s’était déposé sur le verre et l’avait noirci.
- —Un rapport présenté récemment aux actionnaires de la Compagnie du Canal maritime de Manchester constate qu’au l,r août il a été dépensé en travaux de construction de ce canal, destiné à relier à la mer l’une des villes manufacturières les plus importantes du monde, un total de 258 990 000 francs.
- —Une des curiosités de l’Exposition de Chicago sera une montagne constituée par une charpente en acier recouverte d# tôle. Sur cette carcasse on mettrait de la terre, du gazon, des fleurs et des arbustes. La cavité située au-dessous servirait à diverses exhibitions; un chemin de fer électrique conduirait les visiteurs du pied au sommet de la montagne. On annonce d’autre part la confection d’une autre merveille. Ce sera une pièce mécanique représentant Mme Patti, en cire, grandeur naturelle. Les mouvements des bras seront obtenus par l’électricité; de plus, un phonographe ayant enregistré la voix delà grande cantatrice, sera dissimulé dans la tête de l’automate et permettra d’entendre la diva à toute heure de la journée.
- —: Depuis que l’État du Congo est sous l’influence européenne, il s’est forme à Anvers un marché d’ivoire dont l’importance ne tardera pas à contre-balancer celle du marché de Liverpool. Il s’y est fait des ventes comprenant 3090 défenses d’un poids total de 35 tonnes. L’ivoire de premier choix valant environ 3300 fr. les 100 kilogrammes, on peut se faire une idée de l’importance de ce commerce.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — M. Charles Fama, à Saxon. — Vous trouverez les spores de Botrytis tenella, pour la destruction du ver blanc, chez MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des Ecoles, à Paris.
- M. F. G., à Reims. — Pour tout ce qui concerne le stoppeur-démarreur des tramways, s’adresser directement à la Tram,-way's automatic stopping and stariing Company, à Londres. Cette adresse suffit.
- Communications. — M. P. Gay, à Clamart, nous écrit au sujet de la Note que nous avons récemment publiée sur l’adaptation, à une pendule ordinaire, d’un réveille-matin à sonnerie électrique. « 11 y a six ans, nous dit notre correspondant, j’ai établi une installation de ce genre avec un réveil ordinaire que je renfermais dans une armoire pour éviter d’en entendre le bruit qui m’empêchait de prendre le sommeil. Une sonnerie électrique était posée à la tête de mon lit et résonnait à la minute précise ». Tous les amateure d’électricité pourront facilement organiser un système analogue, susceptible de rendre des services.
- M. G. H. Niewenglowski, à Portrieux, nous envoie le prospectus d’une nouvelle Société des jeunes amateurs photographes, qui se fonde à Paris; s’adresser à M. Hippolyte Laedlein, 7, rue Faustin-IIelie, à Paris.
- M. J. L., au château de Bailly (Seine-et-Oise), nous informe qu’on a attrapé dans sa propriété un merle, dont le plumage est entièrement blanc et les yeux rouges. 11 est jeune; quand on l’a pris, deux merles noirs volaient autour de lui. Nous rappellerons que La Nature a traité l’intéressant sujet des modifications de couleur chez ' les animaux et a décrit le merle blanc (Notice de M. E. Oustalet, n° 915, du 29 novembre 1890, p. 407).
- Renseignements. — M. H. Hua, au château de Luat. — L’exposition est actuellement ouverte.
- M. Houdry, à Bondv. — 11 s’agit probablement de spores de petits champignons qui ont recouvert le sol. Vos dessins faits au microscope semblent indiquer la présence de diatomées. Il y aurait là un phénomène analogue à celui de la formation des algues microscopiques qui se forment parfois sur la neige (phénomène de la neige rouge).
- M. A. Barrey, au Havre. — L’ouvrage que nous avons indiqué dans notre précédent Bulletin de Bibliographie (Nouvelles scientifiques du 22 août 1891, p. 47) : Instructions météorologiques, est tout à fait ce qui vous convient.
- M. Louis Carloman Capdeville, à Elvas (Portugal). — Le problème de la trisection de l’angle, comme celui de la quadrature du cercle, a été reconnu insoluble. Il n’existe que des méthodes graphiques d’approximation, d’ailleurs suffisantes dans les usages du dessin et autres. Nous avons publié plusieurs systèmes, permettant de diviser un angle en trois parties.
- M. Ch. Mercier, à Gharenton. —Dans notre précédente Boîte aux lettres vous avez demandé si le Gencpy se trouvait à Paris. Un de nos lecteurs, M. L. Florimond, nous en donne l’adresse suivante : chez M. Dubonnet, 121, boulevard Saint-Germain, à Paris ; M. Monier, à Malakoff, nous donne d’autre part l’adresse de M. Lecat, 99, boulevard Magenta, à Paris.
- M. R. Eycken, h Lille. — M. Paul Giffard, 7, rue Laborde, à Paris, a publié jadis une brochure descriptive de son fusil. Cette brochure ne se trouve pas dans le commerce. Il faudrait s’adresser à l’auteur.
- M. E. Viel, à Saint-Jacques. — Si le pastel a de la valeur, il faudrait le donner à retoucher et à nettoyer à un praticien habile ; nous vous citerons M. E. Briotet, 8, rue Saint-Simond, à Paris. C’est un des restaurateurs de nos musées nationaux.
- Un abonné, à Sarrance. — Nous croyons qu’il a déjà été fait des bouées de ce système.
- Un lecteur, à Paris. — Les cérémonies du centenaire com-
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- menceront aux Etats-Unis en octobre 1892. L’Exposition de Chicago ne sera réellement ouverte qu’au commencement de 1893.
- M. Fourman, à Dormans. — L’auteur de la recette d’émaillage n’en publie pas plus long que ce que nous avons donné. Il faudrait assurément faire soi-même quelques essais pour réussir. Regrets de ne pouvoir vous mieux renseigner.
- M. L. le Payen, à Nancy. — Le blanc d’œuf coagulé au moyen d’un fer chaud que vous passerez sur les collures, pourra vous convenir.
- M. Weinmann, à Epernay. — Pas d’autre procédé pratique que le procédé par la pile. (Voyez notre article publié sur la Nickelure des métaux, n° 439, du 29 octobre 1881, p. 342.)
- M. Jacotot, à Vouges. — Nous répondons à vos questions.
- — 1° Non; il faut un objectif spécial. — 2° Les pellicules ne
- seraient pas assez transparentes. — 3° Il faudrait faire des essais. ?
- M. Mousnergue, à Orléans. — Vous pouvez vous adresser à la Chambre de commerce de votre ville pour vous inscrire comme exposant à l’Exposition de Chicago.
- M. J. /., à Bruxelles. — Il s’agit de photographies au col-lodion faites sur une plaque noire. Le fond noir donne au cliché l’aspect d’un positif.
- M. Grignon, au Mans. — Le tube du storm-glass doit avoir environ 0m,02 de diamètre et 0”,25 de hauteur.
- M. L. N., à Malakoff. — La confection d’un aérostat de ce genre ne nous paraît pas possible.
- Questions. —N° 1315. — M. E. Ozanne, à Paris, demande, le procédé employé pour obtenir des roses bleues.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Ricaille, à Paris. Nous avons reçu votre lettre, mais on ne peut opérer que sur place dans le laboratoire même. — M. Lattoz, à Madrid. L’abat-jour de Parville se trouve chez M. Legrand, 38, rue de la Folie-Méricourt, à Paris ; cette adresse a déjà été publiée dans La Nature. — M. Âbèl Foréau, à Nantes. La rédaction de La Nature est étrangère au service des annonces. Veuillez vous adresser à l’Office de publicité, 9, rue de Fleuras, à Paris. — M. V. T. A., à Paris. — Le traité des feux d’artifice, de M. A. Denisse, se trouve chez l’auteur à Bry-sur-Marne (Seine). C’est un excellent ouvrage. — M. X. Y. Z. Adresse inconnue, l’éditeur se refuse à donner l’adresse de l’auteur.
- — M. A. Dailly, à Lodelinsart. M. L. Bonetti, constructeur-électricien, 10, rue Moulon-Duvernet, à Paris. — M. P. L., & Marseille. Voyez la composition des mastics données dans les petits livres Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. S. S., à Aix, en Provence. Même réponse pour ce qui concerne la peinture sur mousseline. — M. Legrand, à Avesnes. Remerciements pour la description de votre intéressant appareil; le sujet nous parait un peu spécial pour La Nature. — M. L. Gervais, à Caudebec (Seme-Inférieure). La recette que vous demandez a été publiée antérieurement; voyez la formule de Brillant pour le linge, dans le petit livre La Science pratique. (G. Masson, éditeur.) — M. Paul Delaporte, à Paris. Nous vous adressons nos remerciements pour votre excellente communication que nous publierons prochainement. — M. Abel Parrot, à Bethancourt. Les procédés employés dans l’industrie sont tenus secrets ; nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — M. T., à Rome. Cette maison américaine n’a pas de représentant à Paris. —M. Pierre Foulelier, à Saint-Chamond. Les phénomènes de réflexion de ce genre ne sont pas rares. Votre observation paraît exacte. — M. Theodoro Antunes Maciel, à Saint-Paul. Remerciements pour votre aimable lettre; votre appareil est intéressant, mais on en a déjà construit d’analogues. — M. Almerico, à Scbio. Votre observation est exacte, l’auteur publie dans le présent numéro une Notice qui vous donnera satisfaction. — A/. Victor Chuisol, à Bologne. Nous avons le projet de publier un article qui vous renseignera. — Un vieil abonné, à Paris. Nous ne connaissons pas d’ouvrage spécial à vous indiquer sur la fabrication de la pâte de bois. — M. H. Flamenl, à Paris. Remerciements pour votre lettre ; nous avons entendu dire que le système ne donnait pas toujours de bons résultats. — M. IL L. R., n° 1915. Vous trouverez les piles que vous demandez chez M. Trouvé, 14, rue Vivienne, à Paris. — M. S. D. H. Alfaropoulos, à Zurich.* Ces taches comme celles de l’encre ne sont pas faciles à enlever ; il faut gratter le parquet. — M. L. L., à Saint-Paul. Vos produits ont été probablement exposés à la lumière ; il est bon de ne pas préparer le mélange trop à l’avance. — M. J. P., à Saint-Léger-sous-la-Bussièrc. Ce calcul est compliqué : il ne suffit pas de connaître le poids de l’individu, il faudrait avoir son volume. — M. P. Y., à Strasbourg. Adressez-vous à MM. Fribourg et Hesse. (Adresse indiquée entête de la Boite aux lettres.) — M. D. V. E., à Angra. Remerciements pour votre intéressante photographie. — M. W., à Gand. Pas de livre spécial sur le sujet ; consultez les traités de métallurgie. — M. Gotendorf, à Maisous-Laffitte. Vous trouverez l'appareil 13x18 que vous désirez chez M. Enjalbert, 4, rue Saint-Martin, à Paris. — M. B. G., à Meschers. Nous acceptons la Notice que vous nous proposez avec des photographies. — M. 0. Le, M. Francisco Aragunae, à Montevideo. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les reii~ seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Précis de botanique médicale, par L. Trabüt, professeur d’histoire naturelle médicale, avec 830 figures dans le texfee. 1 vol. in-8\ — Paris, G. Masson, éditeur, 1891.
- L’étude des végétaux faite en vue d’en retirer les données applicables à la médecine, constitue la Botanique médicale; un autre côté, non moins intéressant de cette science bien ancienne, est l’étude des végétaux qui sont cause des maladies, des plantes vénéneuses, des végétaux microscopiques qui vivent en parasites sur la peau de l’homme, et qui constitue la microbiologie et la bactériologie. M. L. Trabut a divisé son remarquable traité en uatre parties : 1° plantes médicinales pour la thérapeutique; 4 plantes alimentaires; 3° plantes vénéneuses; 4° parasites végé-
- La Vieille France. Texte, dessms et lithographies, par A. Robidà. Bretagne. 1 vol. in-4°. — Paris, à la Librairie illustrée.
- Nous avons annoncé précédemment, en signalant le livre La Normandie, que M. A. Robida avait entrepris une œuvre considérable et digne de son talent, celle de décrire tout ce qu’il y avait de vieux monuments et d’anciens souvenirs archéologiques dans notre beau pays de France. Après La Normandie, voici La Bretagne qui se présente sous la forme d’un magnifique volume, tout rempli de gravures dans le texte, et de planches hors texte publiées en remarquables lithographiesi Texte et dessins sont delà main de M. Robida qui retrace ainsi peu à peu une histoire toute particulière et des.plus attrayantes de la Vieille France. Nous empruntons à ce beau livre le dessin de la place de Henri IV à Vannes; « extrêmement pittoresque de lignes et de couleur, qui pousse dans toutes les directions des rues et des ruelles non moins colorées, aux façades de bois en encorbellement, a
- Récréations mathématiques, par Edouard Lucas, 2e édition. 1 vol. in-8“. Paris,. Gauthier-Villars et fils, 1891.
- taux capables de déterminer la maladie et dont la connaissance éclaire la pathogénie. Le texte, exposé avec une grande précision et beaucoup de méthode, est accompagné de nombreuses et utiles ligures.
- Histoire générale de la vélocipédie, par Baudrt de Saunier, contenant plus de 150 gravures. Estampes anciennes, caricatures, etc. Préface de Jean Richepin. 1 vol. in-18. — Paris, Paul Ollendorfï, éditeur, 1891. Prix : 3 fr. 50.
- Depuis la rudimentaire voiture d’Ozanam au dix-septième siècle, l’auteur conduit son lecteur au célérifère du Directoire, à la drai-sienne de la Restauration, aux inventions du second empire, etc., jusqu’à la bicyclette contemporaine, en lui mettant sous les yeux plus de 150 gravures anciennes, caricatures anglaises et françaises de 1818, etc. L’ouvrage, qui porte en tête une excellente préface de Jean Richepin, est de plus écrit de main de lettré.
- Théorie des nombres, par Edouard Lucas. Tome Ier. Le calcul des nombres entiers. Le calcul des nombres rationnels. La divisibilité arithmétique. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier Villars et fils, 1891.
- Aide-mémoire du vélocipédisle militaire aux manœuvres et en campagne, par un membre de l’Union vélocipédique de France. 1 broch. in-18. Aux bureaux du Veloce-Spori, 3, rue du Château-Trompette à Bordeaux. Prix ; 60 centimes franco.
- Réunion du Comité international permanent pour l’exécution de la carte photographique du ciel à l'Observatoire de Paris en 1891. 1 vol. in-4°. —Paris, Gauthier-Villars et fils, 1891.
- Bulletin of the United States first Commission. Vol. VIII, for 1888. 1 vol. in-4° avec planches. — Washington. Government printing office, 1890.
- La Place Henri IV à Vannes. (Gravure extraite de la Vieille France (Bretagne), par À. Robida. Librairie illustrée.)
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- « HYGIÈNE ET SANTÉ
- Remède contre les brûlures. — Le Dr Grégorescu recommande contre les brûlures l’emploi de la glycérine neutre. On Jmmecte la partie avec ce corps et on applique une compresse imbibée de glycérine. Cette application détermine un sentiment jde cuisson modéré qui disparaît presque immédiatement, et il ne reste plus qu’une sorte d’anesthésie locale, d’engourdissement. L’inflammation, causée par la brûlure, reste très modérée ét la cicatrice est à peine marquée.
- Préservatif pour les chevaux contre les piqûres de mouches. — Une décoction de feuilles de noyer, préparation bien simple, ,est un préservatif certain contre les mouches qui, en été, font le tourment des chevaux. Il suffit, pour éloigner ces insectes,
- de laver les chevaux avec de l’eau saturée du suc caustique
- et fortement odorant de noyer. Ce moyen est employé avec
- succès dans les haras d’Angleterre.
- Limonade vineuse. — Cette boisson, agréable et tonique à la fois, est fréquemment prescrite dans les hôpitaux. Chez les fiévreux, elle rafraîchit la bouche, soutient les forces par la roportion de vin qu’elle contient, en un mot elle constitue un reuvage réconfortant.
- La formule en est très diversement donnée ; en voici une qui est parfaite et facile à exécuter.
- Sirop citrique,..........., . 60 grammes.
- Alcoolat de zestes de citrons, , 2 —
- Vin rouge de Bordeaux. . . . 300 —
- Eau, quantité suffisante pour compléter un litre. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES f»0 MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 31 août.... 13-,5 S. 1 Tr. nuageux. 0,0 Tr. uuag. le m., couv. le soir; petite averse à 17 h.50.
- Mardi l,r septembre. 16*,8 S. S. W. 4 Couvert. 0,0 Couv. le m., tr. nuag. le s.; gouttes çà et là.
- Mercredi 2 15",1 S. 2 Couvert. 1,1 Couv. ou tr. nuag. jusqu’à 17 h. ; quelq. nuages ensuite ; pluie de 1 h. à 8 h.
- Jeudi 3 15*,3 N. 0 Nuageux. 0,1 Nuag. le m., couv. le s.; orage de 13 h. 1/2 à 18 h. 1/2, avec pluie.
- Vendredi 4 13*,1 0 Couvert. 17,4 Couv. jusqu’à 20 h.; beau ensuite ; très brumeux.
- Samedi 5 10*,1 S. 0 Beau. 0,0 Nuag. de 11 h. à 18 h.; beau avant et après.
- Dimanche 6 10",2 0 Quelques nuages. 0,0 Nuag.de 10h. à 18h.; beau avant et après.; brouill. à 5h.
- AOUT-SEPTEMBRE 1891. — SEMAINE DO LUNDI 31 AOÛT AO DIMANCHE 6 SEPTEMBRE 1891
- La courbe supérieure indique la nébulosité de ü à K); les fléebes inférieures, lu direction du vent. Les courbes du milieu iinnquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer-); courbe plus mince, thermomètre à~l'abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au parc de Saint-Maur en août 1891
- par M. E. Renoo.
- Moyenne barométrique à midi, 756“",59: minimum, le 21, à 5 heures du matin, 745““,17; maximum, le 8, à 11 heures du matin, 764““,68.
- Moyennes thermométriques: des minima, 11°,12; des maxima, 22®,31 ; du mois, 16°,71 ; moyenne vraie des vingt-quatre heures, 16°,06. Minimum, le 23, vers 5 li. 30 m. du matin, 7°,1 ; maximum, le 27, vers 2 heures du soir, 29°,5.
- Tension moyenne de la vapeur, 10““,47 ; la moindre, le 5, à 10 heures du soir, 7"“,4 ; la plus grande, le 15, à 2 heures du soir, 16"",4. Humidité relative moyenne, 78 ; la moindre, le 27, à 2 heures du soir, 33 ; la plus grande, 100, en six jours. Nébulosité moyenne, 63.
- • Pluie, 41““,6 en trente heures réparties en quatorze jours.
- Brouillard de 500 mètres, le 6, à 5 heures du matin, et sur la vallée de la Marne, les 23 et 34 au matin ; le premier seul a atteint l’Observatoire pendant peu de temps.
- Orages : le 4, zénithal de force médiocre ; le 15, tonnerre lointain au nord-est à 3 heures et demie du soir; le 19, à 11 heures du matin et 6_heures du soir; le 21, de 5 heures à 5 heures et demie du soir, orage zénithal et forte pluie; le 22, à 5 heures du soir, faible orage.
- Le 3, toute la soirée, éclairs au nord. Le 20, éclairs à l’est, à 10 heures du soir. Le 28, toute la soirée, vifs éclairs au nord-est. Le 50, éclairs faibles et très éloignés au sud.
- Sauf le 30, où le vent a été tout le jour à la région du nord-est, le vent a été constamment au voisinage du sud-ouest depuis le 26 juillet. Le vent de sud-ouest a été fort les 21, 26 et 27.
- Température de la Marne, le matin, 18®,25, le soir, 19®,25; moyenne, 18®,75; elle a varié de 17°,47 le 5 à 20®,40 le 16; elle s’est eclaircie et abaissée lentement pendant tout le mois.
- Relativement aux moyennes normales, le mois d’août 1891 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 1““,44; thermomètre plus bas de 1®,76; tension de la vapeur moindre de 0““,85; humidité relative plus grande de 2; pluie moindre de 7““,7 ; nébulosité plus grande de 9.
- Ce mois d’août est un peu plus froid que ceux de 1882, 1885, 1888 ; de 0®,1 à 0®,2 plus chaud que celui de 1865; il faut remonter à 1844 et 1845 pour rencontrer des mois d’août notablement plus froids.
- La moyenne de l’été 16°,45 est de 1®,02 au-dessous de la normale; la nébulosité plus grande de 3.
- Floraison, le 5, du Polygonum orientale (la grande Renouée), le 15, de l’Hibiscus cyriacus (vulgairement Althæa).
- On a vu les Martinets jusqu'au 3 août.
- PHASES DE LA LUNE: N. L. le 3, à 8 h. 25 m. du matin.
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- ———^ Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la < Boite aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE 8ERVICB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 130, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LÀ SEMAINE
- Paris port de mer. — Que devient le fameux projet de Paris port de mer, pour la réalisation, duquel M. Bouquet de la Grye a lutté avec tant de conviction, tant d’énergie, tant de persévérance? On s’est adressé aux Chambres de Commerce pour avoir l’avis de chacune d’elles au sujet d’une question qui intéresse particulièrement le commerce national. Sur 125 Chambres de Commerce consultées, 114 ont'fourniune réponse: -59 ont été favorables, 59 défavorables, 3 indifférentes; 25 ont adhéré au projet à certaines conditions. Les assemblées délibérantes se trouvent ainsi partagées en deux groupes d’avis contraire et à peu près égaux en nombre. Les dires individuels •nt apporté une grande majorité à l’adoption du projet : ils ont donné environ 393 000 adhésions contre 38 000 oppositions.
- Le Conseil général des Ponts et Chaussées, appelé à se prononcer sur l’enquête relative au projet du canal maritime de Paris à la mer, a récemment terminé son examen, et il a conclu comme il l’avait déjà fait précédemment, à ce que l’utilité publique ne soit pas déclarée. Sa Commission trouve insuffisante la largeur prévue pour le canal de M. Bouquet de la Grye, à cause des nombreuses courbes qu’il présente ; elle regarde comme impossible d’admettre sur la Seine le régime des ponts tournants, elle redoute le trouble dont les riverains auraient à souffrir par la modification des rives de la Seine, la suppression de certaines îles, et l’abaissement du niveau du fleuve.
- Le Conseil général des Ponts et Chaussées, examinant ensuite le côté commercial de l’opération, conteste que le canal maritime puisse apporter aucune économie dans le fret des marchandises.
- Nous n’avons ni l’autorité, ni la compétence nécessaires pour discuter les motifs qui ont déterminé la résolution du Conseil général des Ponts et Chaussées; mais nous ne saurions nous empêcher d’espérer que malgré cette résolution, le projet de M. Bouquet de la Grye n’est pas encore absolument condamné. L’histoire des grands travaux publics est là, pour nous montrer que les œuvres les plus importantes et les plus utiles, ont souvent été dépréciées à leur origine par les hommes que l’on était en droit de considérer comme les plus compétents. Il suffirait de rappeler dans le passé, l’histoire de Riquet et de son canal du Languedoc, et dans le présent, l’hostilité avec laquelle a été accueilli par un grand nombre d’ingénieurs éminents le projet du canal de Suez.
- Au moment où l’Angleterre exécute l’immense travail du canal maritime de Manchester, il nous paraîtrait regrettable d’abandonner en France, d’une façon définitive, le grand projet de Paris port de mer. G. T.
- métallique. Ce tunnel, formé d’anneaux en acier ou en fer, reposerait, par l’intermédiaire d’une couche de béton, au fond de la mer ; les anneaux, d’un diamètre de 6 mètres, auraient 90 mètres de longueur. Le coût de l’ouvrage est estimé à 400 millions de fraftcs.
- —%— Le fonctionnement de l’Ecole de Cluny a pris fin a&ec l'année scolaire, la Chambre des députés ayant supprimé l’Ecole normale d’enseignement secondaire spécial qui y était organisé. Le Ministre du commerce a installé dans les locaux qu’elle occupe, une Ecole pratique de contremaîtres et d’ouvriers.
- —L’un des plus grands édifices de la ville de Chicago, cQDjiu sous le nom de Fair-Building, va être pourvu d’une cheminée de 76“,20 de hauteur. Elle sera construite en acier : l'épaisseur sera de 9 millimètres et demi dans le bas et elle ira en diminuant jusqu’à 4 millimètres à son extrémité. Un autre édifice en construction à Chicago, le Leither Building, aura aussi une cheminée en acier de 61 mètres de hauteur et de 3m,07 de diamètre extérieur.,
- —$1$— Le Conseil municipal de Besançon a accepté le projet de convention avec l’Etat au sujet de la nationalisation de l’école d’horlogerie. L’Etat administrera l’école, dirigera l’enseignement, nommera le personnel. La ville, qui garde la propriété des bâtiments et du matériel, conservera aussi les recettes, soit 20000 francs, mais elle devra donner à l’Etat la somme dépensée actuellement pour l’école, soit 40 000 francs.
- —— Une importante découverte de charbon a été faite récemment près de Middlesbrough. Là Société Newcastle Chemical C°, dont les usines sont entre Port Clarence et liillingbam, à Haverton Bill, a, en effet, en sondant dans l’espoir de trouver du gaz naturel, rencontré un gisement de houille de 0m,60 d’épaisseur, à 600 mètres environ du sol. Le coût de l’exploitation d’une mine de houille placée à cette profondeur sera peut-être trop élevée pour pouvoir utiliser cette découverte. Celle-ci n’en reste pas moins intéressante par ce fait que, contrairement à ce qui était admis généralement par les géologues, la couche de charbon en question est placée sous des gisements de sel.
- —-Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, une pluie de chenilles s’est abattue sur une partie de la ville de Coonoor, Nilgiris (Indes). Le matin, d’abondantes chenilles couvraient le sol. Il est à remarquer que la pluie a été accompagnée d’un vent violent qui s’est fait sentir à plusieurs reprises.
- —Un amateur américain, M. Schillcock, vient de payer 10 00Û francs un chien du Saint-Bernard, Sir Marvel, 111s du champion Pouf. D’un autre côté, il vient de vendre à M. Chopman son magnifique Saint-Bernard Sir Hcrward, pour 30 000 francs.
- —Le phoque du Jardin d’Acclimatation a récemment mis bas un petit qui mesurait, à sa naissance, 25 centimètres de longueur. La mère phoque allaite son bébé avec une grande sollicitude. C’èst la première fois que pareil fait se produit au Jardin d’Acclimatation.
- INFORMATIONS
- . —Sir Edward Reed a présenté aux membres de la British Association une étude sur un projet de construction d’un chemin de fer entre Douvres et Folkestone qui seraient reliés par un tunnel
- —Il sera créé à Paris, cette année, une piscine municipale dont l’entrée sera gratuite. Cette piscine sera construite sur un terrain communal situé à l’angle de la rue Bouvet et du quai de la Gironde. Une somme de 6000 francs suffit à en assurer le fonctionnement.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le eyclostat se- trouve à la Société genevoise pour la construction des instruments de physique, 5, chemin Gourgas, à Genève.
- Communications. — M. A. Livache, à Paris, nous adresse l’ifftéressante Note qui suit : « Depuis que les arches des ponts sont signalés par des becs de gaz à verre rouge sur la face extérieure du pont, et à verre blanc sur la face intérieure, on peut faire une expérience curieuse démontrant l’absorption des rayons lumineux par le verre rouge, ce que connaissent bien tous les photographes. Vous avez sans doute observé le fait suivait ; je vous le signale à tout hasard. Si un observateur, suivant, par exemple, le soir, le pont des Saints-Pères, regarde du côté du pont des Arts, il voit d’abord, bien séparés, le verre rouge du bec de gaz À et le verre blanc du bec de gaz B, mais
- quand il arrive en 1, les deux triangles correspondant au verre rouge et au verre blanc se touchant, il voit la lumière rouge disparaître complètement, il a l’illusion absolue d’un unique bec de gaz à lumière blanche. Quand l’observateur arrive en 2, il voit alors uniquement le bec de gaz à lumière rouge A qui, à ce moment, masque complètement le bec de gaz B ; enfin quand il est arrivé en 3, le même phénomène qu’en 1 se reproduit, et il voit disparaître la lumière rouge qui est remplacée de la façon la plus absolue par le bec de gaz à lumière blanche. Ce fait physique, facile à expliquer, conduit à mon avis à des considérations intéressantes. Sur les navires, on a, en certains points, des lanternes réglementaires à verre rouge; dans les chemins de fer, on a des disques à verre rouge, or, que ce foyer de lumière à verre rouge se trouve par hasard placé en avant d’un foyer de lumière à verre blanc (ce dernier servant à l’éclairage du salon du navire, à l’éclairage d’une gare protégée par le disque, etc.), un observateur pourra avoir, à un certain moment, l’illusion absolue d’un seul foyer de lumière blanche; le foyer de lumière rouge sera complètement éteint pour lui, quoiqu’il en soit plus rapproché et qu’il l’ait précisément en face de lui. »
- M. Thadée Estseicher de Rozbievski, à Cracovie, nous écrit au sujet de l’article intitulé Jet d’eau atmosphérique (n* 949, du 8 août 1891, p. 160) : «Vers la fin de l’article, l’auteur dit que l’eau peut être colorée. J’ajouterai que l’effet est charmant quand on se sert d’eau additionnée d’une substance fluorescente, telle que la fluorescine. Cette matière ne colore que faiblement l’eau en jaune et donne une magnifique fluorescence verte au jet et aux gouttes qui tombent du sol. Si l’on ajoute à l’eau des traces d’éosine, on obtient un jet rose avec fluorescence verte. L’éosine et la fluorescine se trouvent chez les marchands de produits chimiques. 11 faut employer de l’eau distillée. »
- M. Dupont, dessinateur à l’état-major du génie, à Dunkerque, nous adresse la lettre suivante : « J’ai l’honneur de vous envoyer la photographie d’une rose, véritable phénomène, cueillie dans un des jardins militaires de la place de Dunkerque, et occupé par le portier-consigne Chipot. Cette rose, bien épanouie, porte en son centre un bouton parfaitement venu et qui se serait certainement ouvert si cette fleur était restée trois ou quatre jours de plus sur l’arbuste. La chose m’a paru être rare et devoir intéresser les personnes s’occupant d’horticulture. » La photographie montre, en effet, une belle rose formée à la base d’un bouton. Ce phénomène des fleurs doubles, comme celui des fruits doubles, a souvent été signalé dans La Nature, M. Er. Lemoine, à l’ermitage de Pontusval, Plounéour-Trez (Finistère), nous adresse au sujet de l’article publié précédem-
- ment sur la Poule de Dorking, une très intéressante Nbtîce imprimée sur l’étude comparative des races de poule. Cette Notice, d’où proviennent les chiffres qui ont été publiés dans La Nature, donne d’excellentes indications sur les principales races : elle pourra être utile à tous ceux qui font l’élevage industriel.
- Renseignements. — M. G. G., à Auxerre. — La poudre de pyrèthre est absolument efficace, mais il faut qu’elle soit fraîche et de bonne qualité.
- M. G. C.B., à Nantes. — Vous pourriez essayer de couler de la cire à cacheter les bouteilles dans votre vase de grès bien séché au four : la cire étalée sur toute la surface intérieure boucherait peut-être les pores, et permettrait au vase de contenir de l’eau.
- M. Peralta, à New-York. — Si le livre est épuisé en librairie, il est possible de le trouver d’occasion, il n’y a pas dans ce cas d’adresse spéciale à vous indiquer.
- M. G. F., à Semur. — Réduisez les dimensions de l’appareil, mais conservez le même fil et les mêmes proportions.
- MM. Debailleul, à Marcq-en-Barœul. — Vous trouverez chez les fournisseurs de produits chimiques pour laboratoire, des encres spéciales pour écrire sur le verre ou sur la porcelaine. Cela pourra convenir à vos étiquettes de cave.
- M. S. S., abonné, à Venise. — R faudrait faire faire un semblable miroir sur commande ; vous pourriez vous adresser à M. Pellin, constructeur d’instruments d’optique, 21, rue de l’Odéon, à Paris.
- M. Ch. de Noseda, à Pochuta (République de Guatémala).
- — Beaucoup de lecteurs nous demandent, comme vous, de leur indiquer un bon appareil photographique. La réponse n’est pas possible. Quel prix voulez-vous mettre à l’appareil? Il en existe à 40 francs ; il en est d’autres qui coûtent 500 francs et plus. Quel format des plaques? Voyez aux annonces et choisissez ce qui paraît vous convenir.
- Accusés de réception. — Avis divers : M, D. E. Marquet, à Redon ; M. Jaume, à Paris. Remerciements pour vos communications que nous utiliserons. — M. Frossard, à Ronchamp. II y a eu des articles de journaux publiés en grand nombre sur la noix de Kola, mais il n existe pas de livre spécial sur le sujet. — Un vieil abonné, à Paris. On ne connaît pas encore de procédé pour nickeler •ces métaux. — Un abonné de Chambéry. Nous ne croyons pas qu’il se fabrique de papier de ce genre; vous pourriez préserver vos étiquettes par un vernis analogue à celui dont §e servent les photographes pour leurs clichés. — M. Gotendorf, à Maisons-Laffitte. Le fabricant tient sa formule secrète ; le produit ne saurait être préparé.
- — M. Gustave Guillot, à Saint-Gobain. Ecrivez au Directeur de l’Ecole municipale de physique et de chimie à Paris, en lui demandant un programme des études; il vous l’enverra. — M. P. C., à Paris. Il n’existe pas de mastic ayant toutes ces propriétés. — M. C. P. E., h Bordeaux. Les travaux de l’auteur ont été publiés dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences. Yous pourriez vous adresser directement à lui, aux soins du secrétariat de l’Académie des sciences. — M. Lro K., à Bruxelles. Voy. Destruction des limaces, dans le livre Recettes et procédés utiles, extraits de La Nature. — M. Jeanneret, à Orléans. Regrets de ne pouvoir vous donner satisfaction d’une façon efficace. — M. A. Voguet, à Paris, nous donne 1 adresse d’une maison où l’on trouve le genepy : M. J. Gallifet, à Lyon. S’adresser directement à M. Yoguet, représentant, 57, Faubourg-Montmartre, à Paris. (En réponse à une demande d’un lecteur). — M. Behy. Le tube de caoutchouc n’est pas très pratique pour de grandes distances ; le petit appareil que nous avons signalé est très bon marché; quelques francs. — M. Delhalt, à Metz. Nous vous remercions de votre intéressante communication; nous avons publié une récréation analogue, exécutée avec des dés à jouer. — M. Almenco de Schio. Regrets de ne pas connaître l’adresse du constructeur. — Un abonné. Adressez-vous aux fournisseurs de produits chimiques pour laboratoire. — M. C. T. M., à Laeken (Belgique). Yous pouvez vous adresser directement à M. Muntz, à l’Institut agronomique, Paris. — M. Gilbert, à Nantes. Yous aurez ce renseignement en vous adressant au directeur de la Carbonique française, rue de Richelieu, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Confitures de noix vertes. — On cueille les jeunes noix au moment où on peut les traverser de part en part avec une épingle. On les pèle, ou les blanchit à l’eau bouillante, puis on les sort pour les jeter dans l’eau froide et les y laisser pendant quarante-huit heures. Au bout de ce temps, on retire les noix et on les recouvre d’un sirop de sucre. Pour faire le sirop de sucre, il suffit de mettre du sucre par morceaux dans un poêlon sur le feu avec un demi-verre d’eau par livre de sucre et de faire.réduire.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren~ seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES MENTIONS1
- Petite chambre noire pour dessinateurs. <•— Depuis que Porta a'pour la première fois construit une chambre noire, le nombre Je modèles qui ont été façonnés, est considérable. Avant que la chambre noire ait été utilisée dans les appareils de photographie, les physiciens avaient construit depuis longtemps des chambres noires composées, dans lesquelles l’image est reçue par une lentille de verre convergente. L’image formée au foyer de la lentille est renversée et d’autant plus éclatante qu’il y a plus de rayons concentrés en chaque point, c’est-à-dire que le diamètre de la lentille est plus grand. L’écran blanc sur lequel on reçoit cette image doit être placé à une distance déterminée qui dépend de celle de l’objet. Le renversement de
- Petite chambre noire portative pour les amateurs de dessins
- l’image formée dans la chambre noire, était un inconvénient des premiers appareils ; il peut être évité de diverses manières, et notamment par les chambres noires dans lesquelles l’image est reçue par un miroir plan incliné à 45 degrés qui réfléchit sur une lame de verre horizontale les rayons ayant traversé l’objectif. Le petit appareil représenté ci-dessus est de ce genre; on voit un opérateur qui se dispose à braquer sur un objet qu’il veut étudier, sa petite chambre noire. L’objectif mobile lui permet de faire une mise au point ; l’image, réfléchie par le miroir intérieur, va se produire sous les yeux de l’observateur, derrière un écran mobile qui produit une ombre. Ce petit appareil est en somme la classique chambre noire des traités de physique, mais il est très bon marché, ne coûte que 6 francs, et peut rendre service aux dessinateurs et aux amateurs d’expériences de physique (même adresse que le cerf-volant étoile décrit ci-contre).
- Couteau de chasse. — Il est remarquable de voir combien des objets aussi usuels qu’un couteau, et qui sont fabriqués depuis des temps immémoriaux, sont encore susceptibles de recevoir des modifications, de forme, et de détails de construction, importantes. Nos lecteurs connaissent les couteaux et les
- Couteau à lame variable.
- canifs à lames tombantes, qui sont aujourd’hui si fréquemment usités et qui offrent, entre autres avantages, celui de pouvoir être ouverts et fermés d’une seule main. Nous allons faire connaître à nos lecteurs un dispositif très habilement concu. Il s’agit d’un couteau de chasse qui est figuré ci-dessus en À; sa lame est de grande dimension et la longueur de cette lame est à peu près deux fois plus considérable que celle du manche, comme cela a lieu pour les objets de ce genre. Dans un grand nombre de cas, cette longueur de la lame est nécessaire, mais dans d’autres cas, elle est embarrassante. Le couteau de chasse A peut alors se transformer en un couteau ordinaire B, dont la
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- lame n’est pas plus longue que le manche; il suffit de tirer l’anneau placé à l’extrémité du manche, la grande lame peut alors se plier en sens inverse, comme on le voit dans la figure C ; sa moitié inférieure rentre dans le manche, et elle se trouve ainsi dédoublée. Pour le transport, le) couteau figuré en B est contenu dans un étui, comme cela est représenté en D. (Même adresse pour le couteau que pour le cerf-volant décrit ci-dessous. )
- Le cerf-volant étoile. — C’est sous ce nom qu’un ingénieux inventeur, ami de l’enfance, nous a présenté un nouveau cerf-volant qui offre de grands avantages sur les anciens systèmes, et qui, nous en avons la persuasion, sera apprécié de la jeunesse. L’antique cerf-volant, avait cet ennui d’être embarrassant à transporter au lieu où il devait fonctionner. Le nouveau cerf-volant, dont la forme est hexagonale, est monté sur trois tiges de bois qui tournent autour a’un pivot central, de telle sorte que l’appareil se replie sur lui-même et peut être enfermé dans une petite boîte ae bois blanc, qui se porte très facilement sous le bras à la façon d’un petit carton.
- Arrivé sur place, l’amateur sort son cerf-volant de sa boîte et
- Nouveau cerf-volant démontable et rotatif.
- l’ouvre avec la plus grande facilité. Il offre alors l’aspect quç représente notre figure. Mais le cerf-volant étoile ne fonctionne pas à la façon des cerfs-volants ordinaires, il est muni de trois goussets, disposés de manière à recevoir le vent, et il tourne sur son axe à la manière des ailes de moulin. Comme il est orné de couleurs vives et de dorures, quand il tourne dans l’atmosphère, éclairé par les rayons solaires, il offre des phénomènes d’irradiation très intéressants. Notre gravure présente le cerf-volant étoile, yu d’en dessous, quand il fonctionne. On le voit, d’autre part, représenté à terre quand il est plié dans sa boîte de transport. — On peut se procurer le cerf-volant étoile au Comptoir de spécialités brevetées, 86, rue du Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement de la transpiration des pieds et des mains.— Cette infirmité, fort pénible pour .le sujet qui en est atteint, encore plus pénible pour les personnes qui vivent dans son intimité ou dans son voisinage, en raison de l’odeur suffocante exhalée, cette infirmité peut être guérie.
- Entre tous les moyens, celui qui semble donner les meilleurs résultats est l’acide chromique en solution aqueuse à 5 pour 100. Mais il faut faire attention que cet acide est un corrosif violent et doit être manié avec les plus grandes précautions. II faut notamment s’en abstenir toutes les fois que l’épiderme est par trop macéré ou s’il existe la moindre excoriation. On pourrait s’exposer à des accidents inflammatoires locaux graves et même à des intoxications.
- Le pied doit être bien lavé, sans le frotter, bien essuyé ; on fait alors avec un pinceau un badigeonnage léger. L’excès de solution est enlevé avec un tampon d’ouate et le pied laissé à l’air pendant cinq à six minutes. Il ne faut pas renouveler le badigeonnage avant dix à quinze jours.
- La sueur est, dès la première application, rapidement dimi-( nuée, et, dans tous les cas, l’odeur est supprimée.
- Ce traitement a été expérimenté en grand dans l’armée allemande. Sur 36 240 cas, on a compté, par ce moyen, 59,4 pour 100 de guérisons, 33,1 pour 100 d’améliorations et seulement 7,5 pour 100 d’insuccès. Encore faut-il remarquer que tous les insuccès se trouvent parmi les cas graves de cette maladie et
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- que cès cas graves représentaient environ un quart dû total des malades.
- Les accidents que l’on a constatés sont : une sensation de brûlure ou des démangeaisons persistantes. Il est facile de les calmer avec une pommade salicyliée au vingtième. Dans quelques cas où le caustique avait été malencontreusement appliqué sur des points privés d’épiderme, il y a eu quelques ulcérations et une inflammation assez vive.
- Ce traitement s’applique aux cas où l'excès de sueur constitue une véritable infirmité; dans les cas simples, où le pied sue plus que d’habitude, mais sans donner lieu à ces odeurs fétides, on y remédiera par des lavages biquotidiens, au lever et au coucher avec de l’eau salée ou mieux de l’eau légèrement additionnée d’alun.
- , Contre les sueurs exagérées des mains, qui, celles-là, n’ont
- toujours humide
- que l’inconvénieht de laisser la peau moite,’ toujoi et de ramollir l’épiderme, mais sans occasionner d’odeur, voici une formule qui a donné a l’auteur, Frank Scott, les ufeitléurs résultats :
- > Borate de soude Àeide salicylique Àeide borique .
- aa
- 7fr,50
- grammes.
- Glycérine neutre...........) „
- 1 aa 5U —
- Alcool.....................J
- Se frotter les mains trois fois par jour avec ce Uniment.
- Le savon suivant donne encore de bons résultats dans ces
- hyperhydroses des extrémités : savon à l’axonge, li parties.
- Faire fondre au bain-marie et ajouter : tanin, 1 partie; amidon,
- quantité suffisante pour donner la consistance du savon en pain.
- S’en servir comme d’un savon ordinaire. Dr X...
- y '
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES Dü MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 7 septembre.. 9*,0 S. 0 Beau. 0,0 Beau, brouillard de 4 h. m. à 6 h. m., trouble.
- Mardi 8 10*,4 Calme. Beau. 0,0 Beau.
- Mercredi 9 11*,1 N. N. W. 0 Beau. 0,0 Beau ; brumeux.
- Jeudi 10., 14*,5 E. N. E. 1 Beau. 0,0 Beau; léger brouillard, magnifique crépuscule.
- Vendredi 11, .... 12*, 6 N. E. 0 Beau. 0,0 Beau; léger brouillard., atm. trouble. 1
- Samedi 12 14',3 N. 0 Beau. 0,0 Beau; magnifique crépuscule.
- Dimanche 13 14*,6 E. 1 Beau. 0,0 Beau.
- SEPTEMBRE 1891. — SEMAINE DD LUNDI 7 AD DIMANCHE 13 SEPTEMBRE 1891
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- La courût: super cure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, ta direction du cent. Ijcs courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques <baromètre ramené à 0. au niveau de la merp, courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule serbe : courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Tremblement de terre à San-Salvndor. — Le. Neui-York Herald a reçu de San-Salvador, à Ja dafe du 10 septembre, un télégramme apprenant qu'un tremblement de terre qui a occasionné pour 23 millions de dégâts et a fait Dcrdre la vie à un grand nombre de personnes, s’est produit à San-Salvador et a été ressenti à de grandes distances. Depuis quelques jours, les volcans de San-Salvador, de San-Miguel et d’Izalco étaient dans une période d’agitation extraordinaire; on entendait des roulements souterrains venant des entrailles du sol. Le 9 septembre, à lk,53“, la terre s’ébranla violemment; la secousse dura à peine vingt secondes, mais les habitants, saisis de panique, se précipitèrent en chemise dans les rues et s’enfuirent éperdus dans la campagne. Hommes, femmes, enfants poussaient des cris affolés. Pendant toute la durée de la secousse, le sol s’élevait et s’abaissait en longues vagues ; il était impos-
- sible de se tenir debout. Les localités des environs ont plus souffert encore ue la capitale : Anaquilto, Comasvagua sont détruites; Cojutepeque, anta-Tecla, San-Pedro, Masahuet sont presque ruinées. Le tremblement de terre a été ressenti à Santa-Anna et Susimtepeque, à 60 milles de San-Salvador. La malheureuse ville du. Centre Amérique, a été déjà presque entièrement détruite par des tremblements de terre, en 1834 et en 1873.
- Tempête à la Nouvelle-Ecosse.— Une tempête a sévi sur tout le littoral de la Nouvelle-Ecosse le 8 septembre 1891. Elle a causé de très grands ravages, détruisant les récoltes, les habitations et nombre de vaisseaux. Le vent soufflait avec une vitesse considérable. Six vaisseaux, qui se trouvaient dans le port, ont été jetés à la côte. Le pont du chemin de fer qui passait au-dessus du port a été emporté, .ainsi que plusieurs autres ponts dans les provinces voisines du littoral. On estime les dommages résultant de la tempête à 120 000 livres sterling.
- PHASES DE LA LUNE : ,P. Q. le 11, à 11 h. 17 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la s Boîte aux lettres b doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- COUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’àDRESSE, ETC.)' DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LÀ SEMAINE
- La pluie artificielle. — On parle beaucoup, depuis quelque temps, des expériences qui auraient été faites au Texas pour déterminer la formation de la pluie au moyen de détonations, produites dans les régions élevées de l’atmosphère, à l’aide de ballons captifs. Les journaux américains ont donné à ce sujet un grand nombre de Notices, mais aucune d’elles ne nous a offert le caractère de précision scientifique qui convient à des expérimentations de ce genre. Il paraît que des ballons captifs chargés de cartouches de dynamite, munies de mèches à temps, ont produit, à quelques centaines de mètres au-dessus du niveau terrestre, des détonations qui, en ébranlant l’atmosphère, auraient déterminé la formation d’une pluie artificielle. D’autres témoins des expériences affirment que les pluies se seraient formées après coup, et dans des localités éloignées du centre d’ébranlement. Jusqu’à plus complète information, il nous paraît prudent de s’abstenir de toute appréciation au sujet de tentatives aussi vaguement décrites. A défaut de renseignements satisfaisants, il peut être intéressant toutefois, d’envisager le problème en lui-même. — Est-il admissible que la science dispose un jour de procédés qui puissent avoir quelque influence sur la formation de la pluie? Ce serait précieux pendant les sécheresses, mais nous croyons que les ressources dont la mécanique et la physique disposent, toutes puissantes qu’elles sont au point de vue humain, seront toujours bien faibles et bien minimes, si on les compare aux forces naturelles. On a dit que le tir de canons avait parfois déterminé la formation de la pluie, mais il peut y avoir de simples coïncidences entre le fait de la canonnade et celui de la chute de la pluie. Nous avons précédemment consacré quelques articles contradictoires à ce sujet. Nos lecteurs pourront s’y reporter. (Voy.1889, 1er semestre, p. 211, 294, 550.)
- Nous croyons que ceux qui s’efforcent d’agir pratiquement sur les causes de formation de météores, poursuivent une chimère. Les efforts de l’humanité tout entière ne sont rien en comparaison de la puissance des moyens dont dispose la nature. Qu’est-ce qu’une cartouche de dynamite à côté des phénomènes et des manifestations que nous offrent les orages, les ouragans et les cyclones? Nous rappellerons que pendant les journées des canonnades du siège de Belfort, il y a eu des brouillards continus, sans qu’aucune pluie ne se soit manifestée. Ces brouillards sans pluie se sont prolongés du 11 au 14 décembre, au plus fort de l’action. Cependant les Allemands lançaient sur la ville jusqu’à 5000 obus par jour et les Français répondaient avec non moins d’entrain. Voilà qui eût dû produire la condensation du brouillard! G. T.
- "".. ''gg' ' ............. ==
- INFORMATIONS
- —%— Le journal le Brasseur nous apprend que M. F. Kubi-galtz, à Einbeck, connu comme distillateur expérimenté, fabrique depuis quelque temps, au moyen de la betterave, un vin d’un goût
- excellent et qui, comme force, ne reste nullement en arrière du vin de raisins, absolument sans arrière-goût, et ne conservant aucune trace du goût de la betterave. Ce nouveau vin aurait le goût des vins d’Espagne. Nous laissons la responsabilité de ces affirmations à notre confrère.
- —%— On estime celte année à 80 millions d’hectolitres le rendement probable de la récolte de blé en France : le déficit serait de 40 millions d’hectolitres, d’après les moyennes de la production des récoltes, calculées depuis un grand nombre d’années.
- —— Il paraîtrait que la viande de chien n’est pas aussi coriace qu’on l’admet communément. Il vient de s’établir à Munich des boucheries de chien et la chair des pauvres cabots de la fourrière ou volés à leur maître sert à la fabrication des saucisses. On nous écrit qu’à Francfort cette industrie commence à prospérer. Nous doutons qu’elle ait du succès de ce côté du Rhin.
- —— L’influenza s’étend dans la province de Cacerès en Espagne où 1200 personnes sont atteintes. Dans la province de Jaen, 5000 personnes sont malades. — Des nouvelles récentes sont moins alarmantes.
- —Deux petits enfants, de deux et quatre ans, se promenaient récemment dans les environs d’Ostcndc, cueillant aux haies des pommes épineuses (Dalura stramonium). Les p.elits en mangèrent, et bientôt éprouvèrent les symptômes de l'empoisonnement, car ces fruits sont un poison violent. Ils purent être sauvés; mais il y a là un avis à donner aux parents et aux maîtres d’école en ce qui concerne les plantes vénéneuses. ‘
- —La Société industrielle de Mulhouse vient de publier le programme des prix quelle propose pour l’année 1891-1892. Ce programme étant très étendu et contenant les détails relatifs à plus de cent cinquante prix, nous devons nous borner à indiquer qu'il est à la disposition de toute personne qui en fera la demande au secrétariat de la Société.
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- —— L’institut l'œller, de Munich, construit, pour l’Exposition de Chicago, un énorme microscope destiné à donner, dans les conditions normales, un grossissement de 11 000 diamètres, qui pourra, au besoin, être porté à 16 000; un foyer électrique, d’une puissance de 11 000 bougies, sera employé pour projeter l’image agrandie sur un écran.
- —Un torpilleur à grande vitesse, le Mousquetaire, Ae 47 mètres de longueur, commandé par la marine française, va être mis en chantiers, au Havre, par la Société des chantiers de la Méditerranée, et sera livré à Cherbourg l’année prochaine.
- —Le 6 septembre, un hippopotame est né au Jardin zoologique d’Anvers. C’est le quatrième que le couple, acquis bien jeune en 1881, a produit; deux petits hippopotames ont été élevés et vendus. Le dernier venu est en excellente santé et très vigoureux ; il est allaité par la mère.
- —Il est question de créer à Constantinople une Faculté de médecine. Le sultan a envoyé dans ce but, à Paris, un haut fonctionnaire de la Porte, Nafiliam Andan-Pacha. Notre nouvel hôte, fort instruit, vient demander à plusieurs médecins et chirurgiens français de l'accompagner à Constantinople pour jeter les bases d’une Faculté de médecine, la première que possédera la Turquie.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — M. Piver, à Pornic; M. Audibert, à Lyon. — Pour vous procurer des poules de Dorking et avoir tous renseignements à leur sujet, vous pouvez vous adresser à M. E. Lemoine, à Crosnes (Seme-et-Oise). '
- Communications. — M. Fama, à Saxon-les-Bains (Suisse), nous écrit au sujet de l’article publié précédemment sur la Protection des plantes (n° 952, du 29 août 1891, p. 198). « Le jardin alpin la Linnœa, fondé par l’Association de la protection des plantes, est situé dans le village Bourg-Saint-Pierre, sur la route du Saint-Bernard et non pas à Fionnay, comme l’indique M. Brandicourt. Il existe bien à Fionnay un jardin des plantes alpines qui a été créé par le propriétaire de l’hôtel de Fionnay. » Notre correspondant nous signale, en effet, une erreur de localité que nous rectifions. Nous ajouterons que, pour tout ce qui concerne l’Association pour la protection des plantes, on peut s’adresser à M. Correvon, président, 2, chemin Dancet, Plain-palais, à Genève.
- M. Courtois, à Houlgate, nous signale un arc-en-ciel lunaire u’il a observé le 13 septembre 1891, .à KP^O” du soir. La urée de l’arc-en-ciel lunaire a été de quinze minutes environ.
- M. Jouan, capitaine de vaisseau en retraite, ancien commandant particulier aux îles Marquises, à Cherbourg, nous adresse une intéressante communication au sujet de la Notice que nous avons publiée sur les Échasses (n° 954, du 12 septembre 1891, p. 233). Le sol des îles Marquises, contrairement à ce que dit l’auteur de l’article, est très accidenté, leur intérieur présente un véritable chaos de montagnes, et les routes sont déplorables. « Je n’ai jamais pu comprendre comment l’idée de se servir d’échasses avait pu venir dans un pareil pays. Pendant trois ans je n’ai jamais vu que des enfants et encore très rarement, s’en servir pour s’amuser. En usait-on plus souvent autrefois? C’est possible. » M. Jouan fait observer que l’erreur ci-dessus a été répandue par le livre très remarquable d’ailleurs de MM. Vincendon-Dumoulin et Desgraz sur les îles Marquises ou Nouka-Hiva. En résumé, il n’y a pas d’endroits marécageux aux îles Marquises ; le sol y est des plus accidentés, on peut dire chaotique.
- M. Victor de la Hesbaye, rédacteur en chef de la Chronique, à Bruxelles, nous adresse un article qu’il a publié sur les échasses, et dans lequel il nous fait savoir que les échasses ne sont plus usitées à Namur. Les anciennes coutumes de jeux d’échasses ont tout à fait disparu.
- Renseignements. — M. T. J. G., à Arnay-le-Duc. — Vous trouverez assurément des creusets en grès qui résisteront mieux, la fonte est trop fusible. Adressez-vous aux fournisseurs d’appareils pour laboratoires.
- Un Galilée n° 2, à Lahaye. — Nous connaissons plusieurs lecteurs qui ont construit des lunettes à bon marché sur nos indications. Nous vous conseillons de vous reporter au dispositif indiqué dans le supplément du 20 juin 1891 (n° 942). Impossible de vous renseigner exactement à distance : il faudrait voir votre appareil.
- Un abonné, à Albertville. — La puissance mécanique qu’un homme peut développer d’une façon continue est évaluée à 7 ou 8 kilogrammètres par seconde.
- M, Pierre, à Mâcon. — Il est difficile à un amateur de faire lui-même l’analyse des terres arables. C’est une opération délicate); nous vous conseillons d’envoyer des échantillons à un chimiste.
- Un lecteur, à Tours. — Vélocipède à vapeur de M. Serpollet, 27, rue des Cloys, Paris-Montmartre. On n’a encore rien fait de pratique en fait de vélocipède'au pétrole.
- Un abonné gantois. — Cet établissement a été construit et a fonctionné quelques jours seulement.
- M. A. M., à Lille. — Le poivre saupoudré dans le fond des rayons d’une bibliothèque est assez efficace contre l’attaque dfes vers.
- M. J. P., h Paris. — Nous pensons que trois éléments de ile suffiront, peut-être cependant en faudra-t-il quatre; tout épend de la résistance de la ligne.
- M. K. L., à Sedan. — Il convient de disposer les porte-balais de telle sorte que la machine, en fonctionnant, tire sur les balais et n’aille pas à l’encontre de ces derniers. Un léger changement dans les supports des balais vous permettra d’obtenir ce résultat.
- M. M. Schall, à Chambéry. — Vous trouverez une machine élévatoire pouvant fonctionner sous la pression d’eau que vous mentionnez, chez MM. Bemier, 12, rue Corbeau, à Paris, ou chez MM. Charles et Babillot, à Saint-Denis.
- M. J. C. P., à Cestellar. — Plusieurs traités ont été publiés sur la question ; adressez-vous à la librairie Baudry.
- Réponses. — En réponse à la question n° 1315, posée par M. Ozanne, pour obtenir des roses bleues, je crois pouvoir indiquer les procédés suivants avec lequel j’ai déjà obtenu des. hortensias bleus : 1° je mélangeais à la terre une certaine quantité d’ardoise pulvérisée; 2° j’ai arrosé d’autres arbustes avec une eau chargée de sulfate ferreux (10 grammes environ de sulfate par litre d’eau), cinq ou six arrosages avec cette solution suffisent généralement. Ces deux recettes pourraient peut-être convenir pour la production des roses bleues. (Communiqué par M. E. Fergeau fils, à Paris.) — M. G. M. nous écrit d’autre part : « On opère sur des rosiers blancs que l’on arrose pendant tout l’hiver avec une solution de bleu de Prusse et l’on obtient une nuance bleue. On peut aussi obtenir des roses vertes en arrosant avec du sulfate de cuivre. » Nous publions cette recette sous toutes réserves.
- N° 1314. — Dans la Boîte aux lettres du 15 août 1891, M. F. de Chapel demande où l’on peut trouver des renseignements pour faire des fourmilières artificielles afin de se procurer des œufs à donner en nourriture aux jeunes faisans. J’ai fait, il y a environ dix ans, une conférence à la Société d’acclimatation sur cette question. Cette conférence a été reproduite en quelques mots dans le bulletin de ladite Société. J’y donnais un moyen très simple, très pratique et assez original pour se procurer à volonté des œufs de fourmis, sans toucher à la fourmilière et sans détruire une seule fourmi : ce sont les fourmis elles-mêmes qui viennent déposer leurs œufs à l’endroit voulu, c’est-à-dire dans des pots disposés à cet effet autour de la fourmilière. Au fur et à mesure des besoins on enlève les pots contenant des œufs et on les remplace par des pots vides. M. F. de Chapel pourrait peut-être faire faire des recherches dans les bulletins de la Société d’acclimatation. (Communiqué par M. le comte d'Esterno, à Champ-Rosé, par Autun (Saône-et-Loire).
- Accusés de réception. — Avis divers : M. J. J., à Besançon. Il n’y a pas de livre spécial à vous indiquer sur ce sujet. — M. H. S., à Paris. Il n’y a pas eu de nouvelles expériences depuis celle de 1885 que nous avons décrite. — M. X. B. C., à Paris. Vous avez eu une réponse dans notre précédente Boite aux lettres. — M. J. C., à Lyon. Vous trouverez un livre de ce genre à la librairie Dunod, quai des Augustins, à Paris. — M. L. B., à Abbeville. Aucune description détaillée n’a été publiée. — M. Joseph Salzani, à Constantinople. Adressez-vous à M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris. — M. J. Solirène, à Audi. MM. Trépardoux et C**, 20, rue des Pavillons, à Puteaux (Seine) ; l’autre appareil ne se construit plus. — M. Accordato, Portugal. Problème absolument insoluble ; voyez les articles que nous avons publiés à ce sujet. — Un lecteur de Turin. Nous avons publié précédemment plusieurs adresses. — M. Henri Bosset, à Yaud (Suisse). Nous avons reçu votre communication. Remerciements. — M. A. de M. La liste des maisons de ce genre, à Paris, est innombrable ; il nous serait impossible de la publier ici; tous nos regrets. — M. J. de Aldecoa, à Cherbourg. Voyez aux Annonces les marchands de produits photographiques.; nous ne saurions vous indiquer telle ou telle maison. — M- L. Philippe, à Paris. Nous publierons des détails quand le projet sera mis à exécution ; il s’agit encore d'un simple projet. — M. Rieffel, à Forges-les-Bains. Comme vous, cela ne nous paraît pas très clair. — M. H. Taillefer, à Châteauneuf. Le système sur lequel vous voudriez être renseigné n’est pas encore très pratique; nous décrirons prochainement un nouvel appareil. — Un abonné, à Vianna du Castello. Vous trouverez des renseignements dans les traités de chimie industrielle ; il n’y a pas de livres spéciaux publiés à ce sujet. — M. L. Morin. L’otarie appartient à un groupe du genre des Phoques. —M. P. Lievens, à Paris. Remerciements pour votre communication que nous utiliserons. — M. V. Shmurlo, à Tchelabinsk (Russie). Nous ne connaissons pas l’appareil dont vous nous parlez. Tous nos regrets.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE |
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d'après les publications du Bureau des longitudes 4;
- OCTOBRE-NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1891. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES
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- Petit Chien
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- Baleine
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- Poissons
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- Verse
- Serpent
- JUPITER
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- Cap ri coj'ne
- Posson Austral
- PRINCIPAUX PHENOMENES ASTRONOMIQUES
- Occultations des Etoiles par la Lnne, visibles à Paris.
- 1891. Nom de l’astre. Grandeur. Immersions. Emersions.
- Octobre 15 30 Poissons. 4,5 5 h. 59 m, 0 6 h. 31 m, 4
- — 20 103 Taureau. 6 17 h. 9 m, 9 18 h. 18 m, 5
- — 21 139 Taureau. 5-6 12 h. 11 m, 6 ippolse i t'J du bord.
- — 26 i Lion. 6 16 h. 2 m, 7 Ippolse b i'I do bord.
- Novem. 4 26 Ophiuchus. 6 5 h. 10 m, 2 ippolse à S'7 do bord.
- — 7 oj Sagittaire. 5 5 h. 34 m, 4 6 h. 48 m, 7
- — 7 A Sagittaire. 5-6 7 h. 21 m, 5 8 h. 16 m, 7
- —. 10 t* Verseau. 6 6 h. 39 m, 1 7 h. 46 m, 6
- — 10 t* Verseau. 4 8 h. 25 m, 9 8 h. 50 m, 4
- — 16 51 Taureau. 6 6 h. 33 m, 1 7 h. 11 m, 1
- — 16 56 Taureau. 6 7 h. 22 m, 1 7 h. 50 m, 3
- — 16 *’ Taureau. 6 9 h. 50 m, 2 10 h. 25 m, 0
- — 16 x Taureau. 4-5 18 h. 1 m, 0 18 h. 51 m, 0
- — 17 118 Taureau. 5-6 10 h. 41 m, 4 11 h. 45 m, 3
- — 22 »i Lion. 3-4 ’9 h. 55 m, 4 10 h. 48 m, 2
- — 24 v Vierge. 4 14 h. 56 m, 1 15 h. 18 m, 7
- Décem. 14 103 Taureau. 6 13 h. 55 m, 1 14 h. 59 m, 5
- — 15 139 Taureau. 5-6 8 h. 26 m, 8 ippolse ii'2 do bord.
- — 23 46 Vierge. 6 18 h. 6 m, 5 19 h. 28 m, 4
- * L’étoile est sous l’horizon.
- Satellites de Jupiter.
- ÉCLIPSES. OCCULTATIONS^
- 1891. Satellites. Commencement. Fin. Immersions. Emersions.
- Oct. II 13h. I6m. 49 s. 9 h. 10 m.
- — 5 III 10 h. 17 m. 46 s. 13h.30m.31s. 7 h. 13 m.
- — 7 I 13 h. 2 m. 47 s. lOh.OOm.
- — 8 II 11 h. 28 m.
- — 9 I 7 h. 51m. 37 s.
- — 12 - III 10h.39m.
- — 14 I 11 h. 47 m.
- — 15 IV 6h. 8m. 12s.
- — 16 I 9 h. 27 m. 7 s. 6h.l4m.
- — 19 II 7h.47m. 4s.
- — 23 I 11 h. 22 m. 42 s. 8 h. 2 m.
- — 25 I 5 h. 51m. 40 s.
- — 26 II 10 h. 23 m. 33 s. 5h.22m.
- — 30 I 9h,52m.
- — 31 IV 9 h. 50 m.
- Nov. 1" I 7 h. 47 m. 17 s.
- — 2 II 7h.48m.
- — 3 III 5 h. 36 m. 55 s.
- — 6 1 11 h. 43 m.
- — 8 I 9 h. 42 m. 56 s. 6h. 11m.
- — 9 II 10 h. 17 m.
- — 10 III 6h. 30m.34s. 9 h. 38 m. 25 s.
- — 13 II 4 h. 55 m. 33 s.
- — 15 I 8 h. 4 m.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Satellites de Jupiter.
- Satellites de Jupiter.
- ÉCLIPSES. OCCULTATIONS,
- ÉCLIPSES.
- OCCULTATIONS.
- isei. Satellites. Commencement. Fin. Immersions. Emersions. 1891 Satellites. Commencement. Fin. Immersions. Emersions.
- Nov. 17 III 10h.,32m.48s. S h. 2 m. 8 h. 30 m. Déc. 8 I 8h.l8m.
- 17 I 6h. 7m.28s. — 10 I 6 h. 23 m. 17 s.
- 17 IV 6h. 33m. — 11 II . 9 h. 55 m.
- 20 II 7 h. 32 m. 41 s. — 15 II 4h.44 m.15s.
- 22 I 9 h. 58 m. — 17 I 8h. 18m. 50s. 4 h. 45 m.
- _ 24 I 8h. 3m. 7s. — 21 IV 6h.51 m. 8s.
- 24 III 8h. 57 m. — 22 II 7 h. 22 m. 6 s.
- _ 27 II lOh.lOm. Os. 4 h. 39 m. — 23 III 6 h. 46m. 18s. .. 4b. 52m.
- Déc. 1„ I 9 h. 58 tn.45s. 6h.22m. — 24 I 6h. 43m.
- 3 I 4 h. 27 m. 41s. ' — 29 II 4 h. 43 m.
- _ 4 II 7 h.16m. — 30 III 5 h.40 m.
- ; — 4 IV 9 h. 34 m. 39 s. — 31 I 8 h. 42 m.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 14 septembre. 18*,6 S. E. 2 Couvert. 0,0 Couvert ; gouttes à plusieurs reprises.
- Mardi 15 13*,0 W. S. W. 1 Nuageux. 0,8 Très nuag.; pluie de minuit 45 à 2 h. environ
- Mercredi 16 12*,9 N. W. 2 Couvert. 0,0 Couv. jusq. 10 h. puis nuag.; beau après 19 h.
- Jeudi 17 10*,9 S. E. 1 Couvert. 0,0 Couvert.
- Vendredi 18 13*,5 S. S. W. 2 Couvert. 0,0 Presq. couv.; quelq. averses de pluie fine.
- Samedi 19 17*,1 S. W. 2 Couvert. 0,0 Couv. jusq. 16 h., puis nuag., beau apr. 19 h., gouttes fines à 10 h.
- Dimanche 20 14%7 S. E. 2. Tr. peu nuageux. 0,0 Tr. peu nuag. jusq. 14 h., nuag. jusq. 19 h., couv. ens.
- SEPTEMBRE 1891. — SEMAINE Dü LUNDI 14 AU DIMANCHE 20 SEPTEMBRE 1891
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE .
- *<« cyclone de la Martinique. — On a actuellement les détails complets sur le terrible ouragan qui a dévasté notre malheureuse colonie si souvent éprouvée par les catastrophes. La tempête a commencé le 18 août vers 7\30” du soir, et l’ouragan s’est abattu avec rage sur le Morne Rouge et sur Saint-Pierre pour se prolonger toute la nuit du 18 au 19. Aux renseignements que nous avons publiés dans nos Informations du 29 août 1891 (n° 932), nous ajouterons quelques lignes d’un Rapport publié par le capitaine Pasquier, commandant le navire Nantes perdu dans ce désastre.
- « Voici, en quelques mots, comment les faits se sont passés : à 4 heures du soir, le port nous fit prévenir que le baromètre baissait, ce que j'avais remarqué dès le matin, mais d’une façon assez lente; à 6 heures, le baromètre baissant toujours et les rafales'devenant plus fortes, toutes les 'précautions furent prises à bord. A 7 heures et demie du soir, le cyclone était sur nous et rien ne put lui résister. Le navire, quoique bien lesté, donnait énormément de gîte et commençait à chasser. Nous
- tombâmes sur un navire chaviré, où nous restantes environ vingt minutes ; tout le côté de tribord du Nantes fut crevé et l’eau entra de toutes parts. Il était impossible de faire aucune manœuvre. Après avoir paré cette épave, nous étions tous prêts à nous jeter à la mer, sentant le navire couler; le pont s’ouvrait sous nos pieds, lorsque nous crûmes apercevoir la terre. C’était encore un navire chaviré sur lequel le Nantes resta, et, dix minutes après, tout était fini, il était coupé par son milieu. Ce n’est qu’à ce moment seulement que le mât de misaine tomba et nous servit de pont pour descendre sur la quille de la Berthe-Collet. Nous étions sauvés. Jamais, dans ma longue carrière maritime, je n’ai éprouvé de cyclone semblable. »
- Pendant la durée du cyclone, tous les navires en rade de Fort-de-France ont été jetés à la côte; la malheureuse ville a été en partie détruite par la puissance de l’ouragan et par les incendies qui s’étaient allumés. Il y a eu, en outre, plusieurs secousses de tremblement de terre pendant cette épouvantable catastrophe qui a jeté sur le pays la désolation, la ruine et la misère.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 18, h 5 h. 13 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au ntoment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la < Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’àDRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- U SEMAINE
- A propos de la statue du général Faidherbe. — Le
- général Faidherbe dont on a inauguré la statue à Bapaume dimanche dernier, appartient à l’armée par ses campagnes mémorables, par son courage stoïque, et par la confiance cju’il n’a jamais cessé d’avoir dans les destinées de la Patrie ; mais il appartient aussi à la science, par ses études et par ses travaux. Au point de vue de l’anthropologie et de l’ethnographie, les Mémoires et ouvrages qu’il a publiés, sur le Sénégal, sur la géographie du nord-ouest de l’Afrique, sur les inscriptions numidiques, sur les dolmens d’Afrique, sur l’épigraphie phénicienne, sur la langue Poul et sur nombre d’autres sujets analogues, ont une valeur de premier ordre, et auraient suffi à lui assurer la plus haute notoriété. Mais Faidherbe a fait pâlir son œuvre scientifique par l’importance du rôle qu’il a joué dans notre histoire. Le savant a été effacé par le vainqueur de Bapaume.
- . Notre Ministre des affaires étrangères a prononcé, devant le monument élevé à Faidherbe, un discours tout vibrant de patriotisme, et qui a soulevé l’émotion des assistants. Dans le plus noble langage, M. Ribot a su rendre hommage à l’éminent ingénieur et à la simplicité de caractère du grand soldat.
- La statue du général Faidherbe vient augmenter la liste de ces nombreux monuments patriotiques qui depuis vingt ans se dressent de toutes parts sur notre sol national.
- Ces mausolées et ces tombes héroïques, tout en nous rappelant le passé, doivent nous préparer aux devoirs et aux exigences de l’avenir. G. T.
- INFORMATIONS
- —®— La Faculté de médecine de Paris a récemment inauguré un musée physiologique médical comprenant deux vitrines des instruments de laboratoire et de chirurgie dont on se sert actuellement, et qui avaient figuré à l’Exposhion universelle de 1889. M. Verdin, le donateur de ce musée, s’occupe d’organiser quatre nouvelles vitrines, comprenant les anciens instruments hors d’usage, qui seront ajoutées aux premières et qui constitueront ainsi une exposition rétrospective de l’histoire de la médecine physiologique.
- —%— Plusieurs journaux des États-Unis consacrent des articles spéciaux à un projet de grande conférence internationale des électriciens, qui aurait lieu à Chicago en 1893, lors de l’Exposition.
- —H?— On sait que le Gouvernement péruvien a ordonné la translation des restes mortels de François Pizarre dans la chapelle du vice-roi à Lima. 11 est intéressant de dire à ce sujet que le seul descendant vivant de l’illustre Conquistador, habite Menton, où il est consul du Pérou. En effet, la Revue diplomatique nous apprend que M. le Dr C. de la Roche descend de François Pizarre par sa grand’mère, dona Josepha Pizarre y Bouligni, mariée à don Pedro de la Roche, son grand’père, Corregidor de la Nouvelle-Orléans, alors que cette ville était sous la domination espagnole.
- —%— On a inauguré à la fin du mois dernier, à Tarare, dans le Rhône, une statue en bronze élevée à la mémoire de Georges-
- Antoine Simonnet, fondateur de la première fabrique de mousseline de cette ville. Simonnet, né à Tarare, en 1710, fit la fortune de sa ville natale en y introduisant le premier l’industrie de la mousseline, mais personnellement il ne récolta que déboires et misère. Après une vie de labeur, il mourut en 1778, dans la plus grande pauvreté, mais ayant toujours une confiance absolue dans l’avenir de l’industrie qu’il avait créée. Ce qu’avait prévu Simonnet, s’est réalisé, et dès 1830 la fabrique de mousseline de Tarare occupait 40000 ouvriers répartis dans un périmètre de 40 kilomètres. Tarare a donc payé, en élevant une statue à Simonnet, un tribut de reconnaissance qui était bien dû à l’homme qui l’a enrichi.
- Il s’est fondé à Bruxelles un cercle d’amateurs de la race féline, le Chat Club bruxellois, dans le but de réunir et d’exposer périodiquement les plus beaux spécimens de chats. La première exposition de chats aura lieu dans le courant d’octobre et durera trois jours. Plusieurs expositions de ce genre ont déjà eu lieu à Londres ; on y a vu des spécimens de la race féline dont le prix s’élevait jusqu’à 25 000 et 30 000 francs.
- —— L’administration des contributions directes a publié les résultats de la dernière campagne sucrière, commençant le 1er septembre 1890 et se terminant le 31 août 1891. La quantité de betteraves mises en œuvre a été de 6473 944 000 kilogrammes, ayant produit 500 millions de kilogrammes de sucre, chiffre inférieur seulement de 2 782 000 kilogrammes sur la production de la campagne 1889-1890. Dans celte campagne, on avait travaillé 6 665 801 000 kilogrammes de betteraves.
- —%— On a écrit d’Annecy, à la date du 23 septembre : la neige a l'ait cette nuit son apparition dans notre région : elle couvre ce matin toutes les montagnes qui avoisinent le lac. La pluie dure depuis plusieurs jours et la température a notablement baissé. On craint des gelées si le temps s’éclaircit; ce serait un désastre pour nos campagnes.
- —Une exposition d’électricité sera ouverte, le 8 novembre, à Glascow. Les machines, appareils, produits, etc., exposés, seront répartis dans les sections suivantes : production de l’électricité ; conducteurs électriques; mesures, applications de 1 électricité ; ouvrages traitant de l’électricité, plans, dessins; collections historiques. L’exposition de Glascow comportera, en outre, plusieurs sections destinées aux industries et aux inventions en général.
- —— On va faire de l’île d’Héligoland, l’acquisition récente de l’Allemagne, un poste d’observations scientifiques. En même temps on y installera un musée zoologique et botanique. Il est probable que son point de départ sera la belle collection d’oiseaux du médecin de l’île.
- _____^4__ h'Allgemeine Sc/nveitzerische Militær-Zeitung a découvert, dans les archives de la ville de Genève, un document qui prouve qu’on avait connu, au seizième siècle, un spécimen de fusil à répétition. La pièce en question est le procès-verbal d’une séance qui a eu lieu en 1564, au Conseil municipal de Genève. Il y est question de fusils qui peuvent lancer successivement onze balles sans qu’ils aient besoin d’être rechargés.
- —Le 23 septembre, à 4 heures du matin, une assez forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Messine et a jeté l’alarme parmi les habitants.
- —Deux secousses de tremblement de terre ont été ressenties la semaine dernière dans les environs de Douai.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Thienponl, à Etichove, nous envoie la description d’un procédé très simple qui permet de se photographier soi-même. Il consiste à disposer une lame de ressort appuyant fortement sur le bouton déclencheur. On interpose entre la chambre et le ressort un petit cylindre de bois, muni en son milieu d’une petite ficelle que l’opérateur peut manœuvrer à distance. Nous avons reçu quelques épreuves obtenues par ce procédé ; elles sont bien réussies. — Le même correspondant nous fait parvenir les photographies de sa petite installation électrique, qui consiste en un minuscule moteur à vapeur Corliss, dont le piston a 35 millimètres de diamètre, et en une dynamo Edison-Hopkinson donnant 6 ampères et 20 volts. Cette machine alimente quatre ’ampes à incandescence de 8 bougies.
- M. P. Caron, à Saint-Nazaire, nous donne quelques détails sur l’installation d’éclairage électrique faite à l’Église paroissiale de Saint-Nazaire. L’éclairage se compose de seize lampes à incandescence de dix bougies, de cinquante-deux lampes de seize bougies et de deux grandes lampes à arc pour l’éclairage du chœur. Le courant est fourni par une dynamo de la maison Sautter et Le-monnier ; cette dynamo est actionnée par un moteur à gaz système Niel.
- M. P. L., au château de Carqueleo, au sujet du renseignement que nous avons publié dans nos /..formatons du n° 956, relativement à la viande de chien, nous écrit que cette viande est très mangeable. Elle ressemble à celle du mouton comme goût. Pendant le siège de Paris, on en ?va;t fait des conserves, et notre correspondant a eu l’occasion d en goûter fin mai 1871.
- M. le Dt Delineau, à Paris, nous adresse une intéressante brochure écrite par lui sur Rosa-Josepha, la femme double, phénomène qui a été exhibé à Paris.
- M. A. A. Lambert, ingénieur aux établissements Kuhlmann, nous communique un remarquable travail qu’il a présenté à la Société industrielle du Nord de la France, sur l'Extraction du chlorure de potassium des eaux de la mer.
- M. Paul Bayard, à Paris, nous fait l’envoi d’une description de l’Avertisseur de grisou Thomas Shaw. Note extraite des Annales des mines. (Livraisons de mars-avril 189ï).
- Renseignements. — M. D. Courtois, à Laon. — Votre lettre nous prouve encore une fois qu’on ne peut répondre en quelques lignes relativement au choix d’un appareil photographique. Nous reviendrons sur 1? question. Remerciements.
- M. d. V., à Windsor. — Le fusil Mannlicher est fabriqué dans les manufactures d’armes de l’Etat allemand, qui ne donneront probablement pas les renseignements que vous demandez.
- M. Gotendorf, à Maisons-Laffitte. — Compagnies d’assurances contre le bris des glaces : La Capitale, 45, rue des Vinaigriers; La Célérité, 17, rue de Grammont, à Paris.
- M. A. Bouloumoist, à Paris. — Le fait de la phosphorescence du sucre, quand on le casse dans l’obscurité, est déjà bien connu; il a été signalé plusieurs fois.
- M. Debailleul, à Marcq-en-Barœul. — Dans notre avant-dernière Boîte aux lettres, nous vous avons parlé d’une encre spéciale pour écrire sur des étiquettes de cave en verre ou en porcelaine. Un de nos abonnés, M. A. F., à Saint-Jean, nous écrit qu’il est de beaucoup préférable d’employer certaines étiquettes en carton, sur lesquelles on peut écrire avec n’importe quelle encre. Ces étiquettes se trouvent chez MM. Blake et Mackenzie, à Liverpool. Notre correspondant emploie ces étiquettes depuis plus de treize ans, même dans sa cave, et est très satisfait des résultats obtenus.
- M. Gélaz, à Bienne. — Les procédés les plus récents de fabrication de l’aluminium ont été décrits dans les divers journaux, au fur et à mesure de leur apparition ; vous trouverez plusieurs articles dans la collection de La Nature.
- M. M. L., à X. — L’orvet vit de petits insectes : la viande conviendrait sans doute comme nourriture.
- M. A. Gireaudeau, à Bouffémon*. — L’explication du phénomène n’a pas encore été donnée d’une façon complète.
- M. L. M., à Montpellier. — Les proportions à employer ne sont pas indiquées ; il faudrait faire quelques expériences pour les déterminer.
- Un lecteur, à Tulle. — Comme corps diamagnétiques nous pouvons vous citer le bismuth, l’antimoine, le soufre, le phosphore, etc.
- M. J. Solirène, à Àucl. — 1° M. Daimler, à Stuttgart. — 2° Pas de représentant en France.
- M. J. Thibault, à Meung-sur-Loire. — L’adresse demandée est : M. Martel, 60, rue de Richelieu, à Paris.
- M. E. de Favereau, à Tongres. — Il suffit d’écrire à M. Max Sievert, à Stockholm.
- Un lecteur, à Nantes. — La peinture ordinaire à la colle vous conviendra.
- Réponses. — N° 1315. — En réponse à l’intéressante question relative aux roses bleues, //. P. L., au château de Car-queleu (Seine-Inférieure), nous adresse la Note suivante : « On obtient facilement l’hortensia bleu par les sels de fer ou même à l’aide de simples morceaux de fer placés dans la terre de l’hortensia. Mais il est absolument douteux d’obtenir une rose bleue par le même procédé et surtout par le bleu de Prusse. Quant à la rose verte, elle existe très couramment dans le commerce. C’est une rose doi^ les pétales sont verts, sans odeur. Le bouton est particulièrement joli, et une rose verte placée au milieu de roses thé jaunes, dans un vase, produit un joli effet de contraste. Il existe un dahlia vert parfaitement tuyauté, et un œillet vert, qui a été obtenu en Perse. »
- N° 1313. — M. A. L., à Péra, nous fait connaître le moyen d’enlever les plis de La Nature avant de la donner à relier. On retire d’abord les couvertures bleues et le supplément, et on passe légèrement sur la première et la dernière feuille de chaque fascicule une éponge imbibée d’eau, de manière à ne mouiller ces deux feuilles que sur une largeur d’environ 0Œ,05 de chaque côté du pli. On emp*le ensuite toutes les livraisons l’une sur l’autre de façon qu’elles se recouvrent toutes bien exactement, et on soumet tout le volume à la presse : au bout de huit jours le papier est sec, et tous les plis ont disparu.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. J. G. P., à Laval. Cet outil ne se fabrique plus. — M. A. F in, un, à Nîmes. Nous ne connaissons p; s u’école de ce genre à Paris. — M. L. Voirin, à Nancy. Nous avons indiqué plusieurs adresses ée marchands dans les suppléments des numéros qui contiennent les articles sur le sujet.
- — M. Bardot, à Paris. Nous ne pensons pas que le piocédé ait encore été appliqué industriellement. — Un lecteur, à Privas. Il serait nécessaire d’examiner les fruits et les boîtes qu; les contiennent, pour vous répondre. —M. Kammerer, à Thann. Ou a souvent indiqué des dispositions analogues. Remerciements. — M. L. Ri-gaut, à Paris. Chez tous les marchands d’accessoires pour photographie. — M. J. F., à Phil’ppefille. 1° Nous avons déjà mentionné un grand nombre d’ouvrages sur la pboiOgraDV’e ; •ouou' ez nos diverses bibliographies. — 2° Il existe une série de traités sur ta chimie; adressez-vous à la librairie Masson, à la librairie Cauthier-Vil-lars, etc.
- — M. H. Freundter, à Paris. Remeiciemeuis pour votre communication ; le sujet nous semble un peu trop spécial pour La Nature.— M. 0. Gauthier, à Paris; M. A. A., è Rouen. Voyez le petit livre des Nouvelles Recettes utiles, à la librairie Masson. —
- M. P. F. B., à Paris. Nous avons publié des articles sur le tir; nous ne. croyons pas que le livre que vous désirez, existe. — Un abonné, à Üued-Amizour. 1° Nous ne pouvons vous renseigner;
- 2° adressez-vous à la Librairie agricole de la maison rustique,
- 26, rue Jacob, à Paris. — M. L. D., au Mans. 1° L’adresse demandée est : 44, rue Boursault, à Paris; 2“ ces pièces n’existent, ras dans le commerce. — M. Guédon, à Paris. Vous trouverez, dans le petit livre de la Science pratique, à la libraire Masson, qu lques recettes pour combattre les diverses maladies du cidre. — M. Audibert, à Marseille. Avez-vous vu la réponse qre l’auteur du premier article, qui a une grande compétence, vous a faite dans la 630° Boite aux lettres? — M. A. Neclemans, à G^nd. L’appareil que vous mentionnez, nous est inconnu. —.M. Guyon, à Albigny. Un nettoyage à l’acide réussit généralement ; noos ne saurions vous indiquer d’autre procédé. — M. L. Robiliart, à Druxelles. 1° On désigne sous ce nom l’irritation de la peau; 2° employer la poudre d amidon. —
- M. A. da Paz dos Reis, à Porto. Ce renseignement ne saurait vous être donné; tout dépend de l’artiste auquel vous vois adresserez.
- — Un abonné, à X. Nous ne voyons d’autre procédé que la confection d’un plafond. — M. P. Carré, à Paris. Il serait nécessaire d'expérimenter la disposition que vous mentionnez; 'a pratique ferait peut-être ressortir quelques inconvénients.—M. G. Le Corsu, à Paris. 1° Il faut employer un système électrique, commandant à distance le pêne d’une serrure à l’aide d’un électro-aimant; 2° à la librairie Masson. — M. J. P. à Paris. Les projets, dont vous nous parlez, ne nous paraissent pas dignes d’être pris en considération.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- LA CHASSE EN FRANCE. — Croquis inédits de A. Robida.
- Les chasseurs se plaignent que le gibier tend à disparaître dans notre beau pays de France; assurément la guerre acharnée qui lui est laite n’est pas de nature à le multiplier, mais il y a encore, du midi au nord, quelques belles chasses, et des plus variées. La charmante composition ci-dessus en reproduit quelques principaux types. Dans le haut de la page, voici un chasseur qui poursuit le lapin dans les dunes ; au-dessous, c’est la chasse à courre sous les vieilles futaies ; à côté, la chasse des Pyrénées, l’izard ou l’ours à volonté. Dans le bas de la page, on voit figurées, la cln sse aux canards sauvages, et celle des oiseaux de passage dans les marais de l’embouchure de la Somme.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Imperméabilité des bouchons de liège. — Les bouchons, trempés deux ou trois fois dans une mixture de deux tiers de cire vierge et un tiers de suif de bœuf, et placés ensuite, le gros bout en bas, sur une pierre ou sur une plaque de fer qu’on met dans un four chaud jusqu’à ce qu’ils soient secs, acquièrent la propriété de ne laisser aucun passage aux parties subtiles des liquides les plus denses ou les plus mobiles. Ces bouchons garantissent parfaitement les vins et ne leur communiquent aucune odeur.
- Une nouvelle laque. — Faites chauffer environ 50 kilogrammes de vernis gras dans un premier récipient, et, dans un second, mettez 15 kilogrammes de chaux vive et 20 kilogrammes
- d’eau. Dès que l’on voit l’effervescence se produire, on ajoute à la chaux, en remuant, 50 kilogrammes de caoutchouc fondu, et l’on verse le mélange dans le vernis chauffé. On remue bien le tout, pour en faire une masse homogène, on filtre et on laisse refroidir. Refroidie, cette laque ressemble à du plomb. On l’étend avec la quantité convenable de vernis, et on l’applique, à chaud ou à froid, au moyen d’un pinceau.
- Eau de cuivre. — On peut préparer soi-même l’eau de cur vre, qui est destinée à nettoyer tous les objets de ce métal. Pour un litre d’eau, on fait fondre 30 grammes d’acide oxalique, et on ajoute trois cuillerées d’espnt-de-vin et deux cuillerées d’essence de térébenthine. On met le liquide en bouteilles et on cachette. Pour s’en servir, on frotte légèrement le cuivre avec cette préparation, et on essuie vigoureusement avec un linge sec ; le brillant apparaît tout de suite.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Salnt-Maur, altitude 49a,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 21 septembre. 10%9 W. S. W. 2 Couvert. 0,0 Nuageux; tonnerre de 13 à 16 h.; pluie dans la soirée.
- Mardi 22. ..... . 9-,9 S. W. 3 Couvert. 4,6 Couvert; pluie à diverses reprises.
- Mercredi 23 8%8 N. N. W. 1 Beau. 2,2 Couvert de 1 h. à 4 h., nuag. de 12 h. à 15 h.; beau avant et après.
- Jeudi 24 3-,4 Calme. Beau. 0,0 Beau; brouillard de 200 mètres à 5 h.; brumeux dans la journée. Très beau.
- Vendredi 23 7*,1 Calme. Très beau. 0,0
- Samedi 26 8*,1 S. E. 1 Nuageux. 0,0 Beau jusq. 8 h.; nuag. jusq. 15 h., couvert ensuite; pluie de 21 h. à 22 h. et demie.
- Dimanche 27 12*,6 W. S. W. 1 Nuageux. 3,6 Couv. jusq. 10 h.; nuag. jusq. 15 h., beau apr.; pluie de 1 li,a 3 h. environ.
- SEPTEMBRE 1891. — SEMAINE DD LONDI 21 AD DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 1891
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- Lu courbe supér.eure indique la nébulosité de Où 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la merf, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- lies inondations e« Espajçne. — De grandes inondations ont ravagé le Sud de l’Espagne à la date du 13 septembre; les désastres sont considérables. Parmi les villages les plus éprouvés, on cite particulièrement Consuegra. Cette localité est située dans la province de Tolède, à 60 kilomètres au sud-est de cette ville. Sa populaiion était d’un peu ftlus de 7000 habitants. C’est un petit centre assez actif d’un commerce de vins, de laines et de céréales. Les ponts ont élé submergés; quatre cents maisons ont été totalement détruites, et un grand nombre menacent ruine. Alméria, qui a aussi particulièrement souffert, est une ville beaucoup plus importante que Consuegra : elle est la capitale de la province de ce nom, un des poris les plus commerçants de l’Espagne sur la Méditerranée; on n’y compte pas moins de 3*1 000 habitants. Le fléau s’est également étendu à l’Andalousie. Dans cette province, la ville de Ubeda, d une population de 18 000 habitants et qui est située entre le Guadal-quivir et le Guadalimar, à 43 kilomètres de Jaen, a été totalement ravagée. Ou mentionne aussi un grand nombre de dégâts dans des localités de moindre importance, à Villarubia, Villafranca, Herencia, Puerto Real et autres villes de la province de Tolède, au sud de l’Espagne.
- En Iiêtre foudroyé. — Nous avons déjà dit, dans La Nature, qu’il y avait certaines espèces d’arbres qui semblaient être à l’abri des coups de la foudre. Le hêtre paraissait, entre tous, être un des plus privilégiés. M. G. de Rocquigny Adanson, dans le journal Ciel et Terre, raconte que le 30 juin dernier, au cours d’une excursion botanique dans la forêt de Crécy (Somme), il y a rencontré, pour la première fois, un hêtre foudroyé. Cet arbre, d’une hauteur de 20 mètres environ et de 2“,15 de circonférence, à 1 mètre au-dessus du sol, appartient au canton forestier de la Croix-Hurette. Il se dresse au Lord sud de la route forestière de Forest-Montiers à Canchy, à 1300 mètres environ à l’est de la route nationale n* 1, qui va de Montreuil sur-Mer à Abbeville. Horriblement mutilé par la foudre, pendant l’orage du 10 août 1890, ce hêtre offre un aspect vraiment lamentable. On ne se trouve plus en présence des phénomènes habituels, que l’on est accoutumé à constater sur les arbres foudroyés, les peupiers, par exemple, qui présentent presque toujours un sillon large et profond, creusé aux dépens de l’écorce et de l'aubier. Sur cet arbre, il y a eu à la fois un travail superficiel de décortication et un travail interne d’éclatement, de rupture.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 24, à 11 h. 17 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la a Boite aux lettres a doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE 8ERVIOB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, RTC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- Là SEMAINE
- Société des conférences populaires. — Un de nos
- philosophes philanthropes disait que dans notre société, l’individu qui ne savait ni lire ni écrire pouvait être comparé, au point de vue moral, à celui qui au physique serait privé d’un bras ou d’une jambe. Il en est -à peu près de même de celui qui n’a pas d’instruction, qui ne possède aucune notion de science élémentaire. Les hommes qui apportent les bienfaits de l’instruction aux ouvriers de nos villes et de nos campagnes, qui ouvrent l’intelligence des travailleurs aux grandes lois de la nature, et aux merveilleux résultats de la science appliquée, font œuvre éminemment salutaire et pour ainsi dire charitable. Tel est le but que poursuit la nouvelle Société des conférences populaires fondée par M. Guérin Catelain, sous le patronage de nos plus éminents savants. Cette société à pour but spécial d’instruire les ouvriers des campagnes ou des villes dans toutes les régions de notre pays. Elle s’est déjà mise à l’œuvre. Nous avons reçu les trois premières conférences qui ont été faites cette année. Ce sont les suivantes qui sont imprimées par la Société des conférences populaires : 1° L'hygiène physique et morale, par M. Félix Hément, conférence faite à la Sorbonne à Paris sous la présidence d’honneur de M. le Ministre de l’instruction publique ; 2° La vie des paysans sous le régime féodal, par M. Charles Forget, conférence faite à Longueil-Sainte-Marie (Oise); 5° Les phénomènes de Vatmosphère, par M. Max de Nansouty, conférence faite en la salle de l’École des métaux précieux, rue de Malte, à Paris.
- La Société des conférences populaires a son siège à Paris, 15, place de la Bourse. L’ambition de ses fondateurs est de propager gratuitement l’instruction dans toutes les communes de France. Elle nous a paru digne d’être signalée à nos lecteurs.
- G. T.
- INFORMATIONS
- Le Journal de la Chambre de commerce de Constantinople annonce que le Gouvernement russe a décidé qu’une grande Exposition nationale se tiendrait à Odessa, dans le but de favoriser le développement du commerce des Balkans, qui trouve son principal débouché au port d’Odessa. On a résolu également de faire en sorte que les produits fournis par le commerce de la Russie soient connus et appréciés par les populations slaves des Balkans. L’ouverture de cette Exposition coïnciderait avec les fêtes du Centenaire de la ville d’Odessa, qui seront célébrées en 1894.
- —&— Une compagnie financière vient de se former à Philadelphie pour la fondation de villages spécialement destinés au traitement des tuberculeux de toutes les classes de la société. Le premier village de ce genre sera créé en Floride, dans la presqu île des Pinellas, près des bords du golfe du Mexique, sur un plateau élevé couvert de sapins; il portera le nom de Nouvelle-Florence. Il se composera de villas particulières pouvant être mises à la disposition des malades riches, et de chalets comprenant |des appartements de une ou plusieurs pièces, suivant le désir et la fortune des malades;
- villas et chalets auront chacun leur jardin qui pourra être, au besoin, subdivisé en autant de parties que le chalet comprendra de locataires.
- —— On a récemment installé, dans une usine de Raismes, près d’Anzin, un torréfacteur qui, sans aucun doute, est le plus grand qui soit au monde. Il produit par journée de dix'heures 5000 kilogrammes de café torréfié, soit près de 2 millions de kilogrammes par an.
- —^— Nous avons cité quelques-unes des curiosités que nous promet l’Exposition de Chicago. En voici une autre qui mérite d’être mentionnée. Un inventeur américain se propose d’y établir une balançoire colossale. Elle aura un pilier de 183 mètres de hauteur, surmonté d’une statue de Christophe Colomb. La pièce de bois ou plutôt la planche mise en équilibre, aura 335 mètres de longueur, et, à chacun des bouts, sera terminée par une sphère de 30 mètres de diamètre disposée intérieurement comme un wagon. On aura le
- Elaisir de faire une ascension dans les airs d’au moins 330 mètres., n système de poids et de contrepoids remédiera à l’inégalité de pesanteur possible entre les deux sphères.
- —i'é— L’excellent journal le Petit Chasseur nous apprend qu’un empoisonnement par les champignons s’est produit, à Aurillac, dans la famille Cordier-Charpentier. Le père et la mère, malgré les soins les plus énergiques, ont passé une épouvantable soirée. Ce grave accident est attribué à de fausses oronges vendues en plein marché. L’état des victimes s'est un peu amélioré après quarante-huit heures de souffrances. »
- —•Sfé— La Société de pêcheurs à la ligne la Loutre, de Seurre (Côte-d’Or), a l’inlention d’organiser, pour l’année prochaine, un Congrès composé de délégués des Sociétés de pêcheurs à la ligne, de pisciculteurs, de conseillers généraux, de députés et de sénateurs. Le but de ce Congrès serait l’organisation d’un service de pisciculture en France, la révision du système et des lois en vigueur, la vulgarisation de l’aquiculture et la répression du braconnage.
- —La ville d'Epinal va prochainement faire exécuter de vastes travaux pour mettre à découvert les ruines de l’ancien château d’Epinal, enfouies sous des amoncellements de terres rapportées. On possède à Epinal un dessin représentant ces ruines curieuses et pittoresques, telles qu’elles seront après les fouilles; ce dessin est daté de 1804.
- —— On vient d’arrêter, sur les bords du lac de Constance (rive allemande), une bande de gens qui avaient pour spécialité de fabriquer de faux objets de l’époque préhistorique. Us ont, paraît-il, vendu à un musée — malheureusement on ne dit pas lequel — tout un mobilier lacustre qui a été fabriqué l’an dernier.
- — Conformément aux conclusions d’un rapport présenté par M. Ogier, le Comité consultatif d’hygiène a donne un avis favorable sur la question de savoir si la fabrication de la saccharine devait être autorisée.
- —Un vieillard bien connu à Bordeaux, nommé Cyprien Kaleski, vient de mourir dans cette ville à l’âge de cent douze ans.
- —La semaine dernière, une bande de phoques a pris ses ébats en rade de Dunkerque ; l’un d’eux a failli être harponné par un pêcheur.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les appareils de M. le Dr Paquelin, chalumeau et thermo-cautère, se trouvent chez le constructeur, M. Gillet, ingénieur, 32 boulevard Henri IV, Paris.
- Communications. — M. Jaume, à Paris, nous adresse la description d’une pompe-scaphandre de son invention, qui a pour but de capter l’eau à toutes les profondeurs. Le bulletin au mois de juillet de l’Union syndicale des architectes français de Paris a publié un Rapport détaillé sur cet intéressant appareil.
- M. F. Martial, à Ploërmel, nous signale un bolide, de forme ovale et de couleur rouge intense, apparu le 27 septembre à 9 heures et demie du soir dans le voisinage de Wéga. Le météore s’est dirigé vers le sud-ouest, et a parcouru un arc d’environ 60 degrés dans l’espace de six minutes.
- Renseignements. — M. F. Camus, à Paris. — Dans notre 61b ‘Boîte aux lettres, du 3 janvier 1891, nous avons décrit la clef mobile de cryptographie Kronberg, qui offre de grandes analogies avec le système que vous nous faites connaître. Remerciements.
- M. P. Maurin, à Salto Oriental. — Nous croyons que le chlorate de potasse pourrait remplacer avantageusement le permanganate dont vous vous servez.
- M. Y. d’A., à Bracieux. — Il faut agglomérer les poussières de charbon en y mélangeant une petite quantité de goudron.
- M. J. C., à Paris. — Il n’existe pas de ciment remplissant le but que vous vous proposez, n est préférable d’employer une pince qui serre le charbon et à laquelle s’adapte le fil conducteur.
- M. L., à Saint-Hippolyte. — Vous pourriez essayer de laisser le manteau de peau à l’air en le saupoudrant de sel pilé ou d’alun. R est bien difficile de faire disparaître complètement l’odeur.
- M. E. Coulon, à Blaton. — L’adresse demandée est : Ein-beck (Hildesheim), en Allemagne.
- M. Aumêran, à Marseille. —Un léger vernis noir conviendra parfaitement.
- M. A. Robin, à Marans. — Vous trouverez dans le dictionnaire de Bottin une série d’adresses relatives à des constructeurs d’appareils de chauffage, qui vous donneront satisfaction.
- M. G. Gillard, à Paris. — Cette substance n’est pas un produit commercial ; il faut la faire soi-même, et nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux que nous avons publiés.
- M. Pavard, au Mans. — Nous ne comprenons pas bien le rôle du papier d’étain dans votre expérience. Il nous semble que l’acide sulfurique seul a une action.
- M. Ch. V. S., à Bruxelles. — Tubes en acier sans soudure : M. Chaffm Paul, 37, rue des Vinaigriers, et MM. Monier, Curtit et C‘% 44, rue Saint-Maur, à Paris.
- Un abonné, à X. — Il n’existe pas, à notre connaissance, de dictionnaire de ce genre.
- M. Gaboreau, à Paris. — La librairie E. Bernard, 53 ter, uai des Grands-Àugustins, a édité plusieurs traités sur ces iverses questions.
- Un lecteur, à Tours. — Nous vous avons dit qu’on n’avait pas encore de vélocipède à moteur de pétrole ; mais il y a des petites voitures, construites notamment par MM. Panhard et Levassor, 19, avenue d’Ivry, à Paris (moteur à pétrole Daimler que nous avons décrit), et par MM. les fils de Peugeot, avenue de la Grande-Armée, à Pans. Nous nous proposons de décrire prochainement ce dernier système.
- M. P. F., à Maubeuge. — Essayez une dissolution d’ammoniaque ou une teinture de bois de Panama.
- M. T. de C., h Arras. — 1° Les procédés de fabrication industrielle des huiles, sont peu connus; nous ne pensons pas que vous puissiez trouver des renseignements complets à cet égard.
- — 2° Adressez-vous directement à la régie.
- Un abonné, à Lisbonne. — 1° Maison Clément, 31, rue du Quatre-Septembre, à Paris. — 2° Maison Ilumber, 19, même rue.
- M. Louis Martin, à Paris. —L’automne est une saison excellente pour exécuter des ascensions aérostatiques; les voyages aériens sont d’ailleurs intéressants en toute saison.
- M. Emile G., à Bordeaux. — Vous avez fait votre photographie à contre-jour, il faut, autant que possible, avoir le soleil derrière soi pour obtenir un bon effet de paysage.
- M. Camille L., à Paris. — Oui; les accumulateurs pourront vous convenir.
- M. P. B., à Paris. —Les tonneaux et les baquets de bois laissent passer les liquides qu’ils contiennent lorsqu’ils sont secs; il faut les tenir remplis pour qu’ils ne fuient pas. Il suffit de les laisser séjourner dans l’eau pour remédier à l’inconvénient précité.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. H. C. Z., à Paris. Nous ne nous occupons en aucune façon de ce genre d’expériences; regrets de ne pouvoir vous renseigner. — Un abonné, à Pont-Croix. Il n’y a pas de publication récente sur le sujet. — M. L. B.,~ à Abbeville. Pas d’ouvrage spécial ; ces descriptions ont été données dans les divers journaux. — M. L Troussier, à Noirmoutier. 1° Nous ne connaissons pas de livre sur ce sujet autre que celui de la collection Roret; 2° l’appareil donne de bons résultats. — M. Go-lendorf, à Maisons-Laffitte. Remerciements pour Jvotre communication. — M. Blanchet, à Grenoble. Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — M. Philippe Lauth, à Carcasso»ue. Nous avons publié, dans La Nature, plusieurs recettes pour imperméabiliser les tissus; vous les trouverez réunies dans les petits livres des Recettes utiles et Science pratique. (G. Masson, éditeur.)
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Nettoyage des appareils en verre. — La Nature a donné dernièrement une recette pour le nettoyage des objets en verre. Voici le procédé qui nous a été enseigné par un chimiste norvégien, M. H. Tornoe, et que nous employons avec succès au Bureau international des poids et mesures, pour le nettoyage des pompes à mercure, des grands tubes de baromètres, etc., qui doivent être d’une propreté absolue. On fait dissoudre à saturation du permanganate de potasse dans de l’acide sulfurique concentré. Cette solution visqueuse est introduite dans le tube à nettoyer, et étalée sur toute sa surface intérieure ; l’excès ayant été vidé, on lave le tube avec une grande quantité d’eau distillée dans un appareil en platine ; on recommence le lavage jusqu’à ce que l’eau distillée n’ait plus aucune teinte rosée. Le tube est ensuite séché à l’aide d’un courant d’air chaud et privé de poussières. La solution de permanganate dans l’acide sulfurique est tellement oxydante que, versée sur du papier ou de la ouate, elle produit de vives lueurs. C. E. G.
- Le blanc du rosier. — Le blanc du rosier est une de ces maladies qui paraissent régulièrement tous les ans, au grand désespoir des amateurs de belles roses. Cette maladie est occasionnée, comme on le sait, par une végétation cryptogamique : M. de Buisson, dans l’Ailier, est parvenu à guérir ses rosiers de la maladie du blanc, en mouillant les feuilles avec de l’eau salée, 2 à 3 grammes de sel par litre d’eau. Au bout de quelques jours de ce traitement, le blanc avait disparu. L’eau salée doit être appliquée aussitôt que la maladie apparaît, sans cela les feuilles restent recoquillées.
- Colle liquide. — Faites dissoudre 30 grammes environ de borax dans un demi-litre d’eau bouillante, ajoutez alors 60 grammes de gomme laque et faites bouillir dans un vase couvert, jusqu’à ce que la gomme laque soit dissoute. On a ainsi un bon ciment qui coûte très bon marché.
- Contre la morsure des vipères. — M. Kauffmann, professeur à l’école d’Alfort, après des essais et des expériences, entrepris sur les effets du venin de la vipère, a révélé que l’ammoniaque ou alcali volatil n’a aucun pouvoir antivenimeux. Au contraire, le permanganate de potasse ou l’acide chromique, en solution à 1 pour 100, neutralise parfaitement l’effet du venin. Il recommande donc l’injection de quelques gouttes de l’un ou de l’autre liquide exactement au point de pénétration des crochets. Des compresses du même liquide assurent l’efficacité du traitement, ainsi que l’administration à l’intérieur, de liqueur alcoolique additionnée de 2 ou 3 gouttes d’ammoniaque.
- Dans la « Boite aux leitres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS*
- Siphon vide-bonteille. — Différents appareils ont été imaginés pour permettre de faire sortir l’eau d’une bouteille, tout en la maintenant bouchée. On a, par exemple, mis deux tubes dans un bouchon en caoutchouc : un court, pour laisser passer l’eau, l’autre long, destiné à porter l’air, qui fera pression au-dessus du liquide, contenu dans ce flacon renversé. Le Dr Budin a modifié ces appareils d’une façon ingénieuse en se fondant sur les principes suivants : le tube qui doit laisser passer l’air plus fluide n’a pas besoin d’être aussi gros que celui
- destiné à l’écoulement de l’eau. Si le tube à air a un calibre plus petit et si, au lieu d’être long, il est court, quand on renversera la bouteille, l’eau tendra à le traverser, mais elle rencontrera plus d’obstacles que pour franchir le gros tube. L’eau s’écoulera donc facilement par le gros tube et, en sortant, elle fera le vide dans la bouteille. L’eau qui a commencé à pénétrer dans le petit tube est aspirée avant d’avoir pu sortir; elle est entraînée Siphon vide-bouteilles. du dehors en de-
- dans et de bas en
- haut; l’eau envahit la bouteille dans le même sens et s’élève au-dessus du liquide.
- Le siphon est amorcé et l’eau coule abondamment. Dans l’ap-
- Sareil représenté ci-dessus, le gros tube EE' a un calibre extérieur e 9 millimètres, le petit tube AA'a 2mm,7. La longueur totale de l’instrument est de 10 centimètres. Si on fixe sur le conduit à eau un tube de caoutchouc ayant une longueur de 1 mètre, 1 litre est vidé en vingt secondes, ce qui donne un débit de 3 litres par minute. L’appareil est simple, peu volumineux, et, par conséquent, transportable, peu coûteux, nullement fragile et facile à tenir propre. Comme on trouve partout un litre, une bouteille ou une carafe, il est facile d’obtenir un bon laveur avec ce siphon.
- Le bouchon casse-gouttes et les ciseaux mécanisés. — Deux curieux petits objets que nous avons remarqués dans les bazars parisiens : 10 Le bouchon casse-gouttes s’adapte sur toutes les bouteilles. Avec ce petit appareil, il est tout à fait impossible qu’une goutte de vin se répande autour du goulot, comme cela arrive si souvent, et, par suite, tache la nappe ; la
- Bouchon casse-gouttes.
- Ciseaux mécanisés.
- partie supérieure, qui est mobile, bouche la bouteille comme le meilleur bouchon. La partie du bouchon qui est fixe, est surmontée d’une couronne métallique creusée en rigole, qui coupe
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- la goutte, et la maintient dans la gouttière d’où elle retourne dans la bouteille quand on relève celle-ci. — 2° Le ciseau mécanisé s’explique de lui-même par notre gravure; une de ses branches porte un canif et un tire-bouchon ; une de ses branches inférieures, un crochet. (Même adresse pour ces deux objets, que pour la canne de secours décrite ci-dessous.)
- La canne de secours. — En promenade, en voyage, le touriste peut se blesser, être piqué par une mouche, mordu par un chien, l’amateur peut aussi attraper une contusion ou une coupure dans son atelier. On a rarement sous la main les objets ou les produits nécessaires aux premiers secours. Sous l’aspect d’une canne ordinaire, la canne de secours imaginée par M. de Grandmont est appelée à rendre les mêmes services qu’une lourde et encombrante trousse.
- Sans renfermer une collection complète d’instruments chirurgicaux et produits pharmaceutiques, elle contient juste le nécessaire en cas de blessures, coupures, morsures, piqûres, empoisonnements ou malaises. La figure ci-dessous représente la canne de secours en coupe et en vue extérieure.
- Cette canne est faite d’un tube en cuivre, émaillé, couleur
- La canne de secours. Coupe et vue extérieure.
- jonc; ce tube est divisé en 10 parties, y compris la pomme, s’ajustant au moyen d’un long pas de vis. Notre dessin indique-la proportion des chambres réservées à chaque flacon renfermant soit produit pharmaceutique, soit instrument ou accessoire de secours.
- La canne de secours contient les produits et les accessoires-suivants, que nous comptons à partir de la pomme, placée à-gauche de notre figure : 1° dans la pomme, éponge et amadou;; 2° ammoniaque; 3° acide phénique; 4° éther; 5° collodiony. 6° perchlorure de fer; 7° arnica; 8° pinces et crayon de nitrate d’argent; 9° ciseaux, spatule, pinceau, épingles; 10“ bande de toile (2 mètres), baudruche.
- La canne de secours ne dépasse pas de beaucoup le poids et le volume d’une canne ordinaire. On peut se procurer cet objet au Comptoir des spécialités brevetées, 86, rue du Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Remèdes contre les brûlures. — Quel que soit l’agent caustique ou thermique qui ait causé la brûlure, celle-ci varie de profondeur, et partant, de gravité, suivant la durée et l’intensité d’action de l’agent destructeur. On admet, à cet égard, depuis longtemps en clinique, cinq degrés correspondant aux modifications plus ou moins étendues des tissus à là suite des brûlures.
- Au premier degré, il s’agit d’un simple érythème, d’une rougeur persistante de la peau avec cuisson, comme à la suite d’une insolation.
- Au second degré, il y a vésication : l’épiderme est soulevé, décollé du derme sous-jacent. Il existe une phlyctène, vulgairement une cloque.
- Au troisième degré, le derme est atteint et la brûlure, une fois guérie, laissera une cicatrice plus ou moins marquée.
- Les quatrième et cinquième degrés comportent la lésion et la destruction des tissus sous-jacents, muscles, aponévroses : ce sont là des lésions graves, auxquelles les remèdes que nous allons indiquer ne peuvent s’appliquer qu’à titre de pansement temporaire.
- Que la brûlure soit produite par l’eau bouillante, le feu ou tout autre agent, la première recommandation est d’éviter avec le plus grand soin d’enlever brusquement les vêtements ou pièces de linge qui recouvrent la partie blessée. Plus on respectera l’épiderme, soulevé par la sérosité, plus on atténuera la douleur qui s’exaspère par la mise à nu du derme, et plus on facilitera la guérison rapide. Donc, il faut détacher lentement à coups de ciseaux, le bas, la manche ou toute autre partie du vêtement; puis, en attendant mieux, couvrir la brûlure d’une compresse d’eau froide, d’eau boriquée si on en a sous la main.
- Voici tout d’abord quelques moyens simples, à la portée de tous ; ils n’ont pas l’avantage de constituer des moyens antiseptiques, comme le veut la chirurgie actuelle, mais si l’épiderme n’est pas enlevé, ils pourront être utilisés sans inconvénients et soulageront rapidement.
- Prenez du blanc d’Espagne, mélangez-le à de l’huile d’olive
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- fraîche, de façon à former une pâte fluide que l’on étend en larges couches sur la partie brûlée. Enveloppez de gaze fine ou d’un linge de mousseline.
- On peut faire extemporanément une sorte de pommade très simple avec du savon blanc que l’on râpe dans l’eau ; à un feu doux, le savon fond et constitue une pâte qui, appliquée sur la brûlure, la calme rapidement. En renouvelant de temps en temps le pansement, on soulage rapidement la douleur.
- Le liniment oléo-calcaire, remède classique des pharmaco-ées, est constitué par un mélange d’eau de chaux et d’huile 'olive. Si la douleur est très vive, on peut y ajouter quelques gouttes de laudanum qui donnent une action bien calmante.
- À défaut de ces moyens simples, prenez de la pomme de terre que l’on râpe; cette pulpe forme une couche protectrice qui est fraîche et bien sédative.
- L’enveloppement de la partie brûlée dans la ouate, est bien indiqué s’il y a arrachement, destruction de l’épiderme; elle forme une matière isolante qui empêche l’irritation du derme. Mais il faut avoir soin de mettre auparavant un corps gras, huile d’olive, beurre frais, cérat, sur la plaie, pour empêcher l’adhérence du coton et les difficultés de l’enlever dans un pansement ultérieur. Si la lésion est très étendue, très profonde, ce pansement est un des meilleurs. Il peut même être recommandé comme pansement définitif, si l’on a pu faire, au préalable, un lavage antiseptique de la plaie.
- A défaut d’ouate, si la brûlure est profonde, et a détruit les tissus, prenez du charbon de bois réduit en poudre fine et saupoudrez sur la plaie jusqu’à ce qu’il y ait une couche d’un bon centimètre. Vous aurez ainsi, en attendant mieux, un pansement protecteur et, jusqu’à un certain point, antiseptique. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MaTIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION BT FORCE DE 0 A 9 ÉTAT Dü CIEL
- Lundi 28 septembre. 6%7 S. 1 Beau.
- Mardi 29 VA S. 0 Beau.
- Mercredi 30 11",8 S. S. E. 1 Quelq. nuages.
- Jeudi 1" octobre. . . 15",1 S. S. E. 2 Couvert.
- Vendredi 2 11*,1 S. 2 Eclaircies.
- Samedi 3 5”,9 S. W. 0 Beau.
- Bimanche 4 4",t N. N. E. 1 Beau.
- PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 0,0 Beau.
- 0,0 Beau.
- 0,0 Nuageux jusq. 7 h., et de 18 à 19 h., beau le reste.
- 0,0 Presq. couv. Un coup de tonnerre à l’W. à 8 h., éclairs dans la soirée avec un peu de pluie.
- 1,5 Couvert jusqu’à 7 h., puis nuageux jusqu’à 15 h.; beau ensuite, couvert de 1 h. à 3 h.
- 0,0 Peu nuageux jusqu’à 15 h., beau ensuite.
- 0,0 Beau jusq. 12 h., peu nuageux jusq. 16 h., couv. eus. Première gelée blanche.
- SEPTEMBRE-OCTOBRE 1891. — SEMAINE DD LUNDI 28 SEPTEMBRE AD DIMANCHE 4 OCTOBRE 1891
- La courbe supér,cure indique la nébulosité de 0 à 10; les /lèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent.' courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en poin tillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites an parc de Saint-Maur en septembre 1891
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 760"",41. Minimum, le 22, à 6 heures du matin, 750““,43. Maximum, le 16, à 10 heures du matin, 766“",93.
- Moyennes thermométriques : des minima, 10°,10; des maxima, 22°,31 ; du mois, 16°,20; moyenne vraie des vingt-quatre heures, 15°,40. Minimum, le 24, vers 5 heures du matin, 4°,5. Maximum, le 13, entre 2 heures et 3 heures du soir, 28°,9.
- Tension moyenne de la vapeur, 10”“,21. Minimum, le 24, à 5 heures du matin, 6““,4. Maximum, le 19, à 4 heures du soir, 15““,3.
- Humidité relative moyenne, 80. Minimum, le 12, à 4 heures du soir, 38. Maximum, 100, en seize jours.
- Nébulosité moyenne, 40. il y a eu onze jours de ciel clair ou à peu près clair.
- Pluie, 29"“,8 en vingt-une heures et quart, réparties en huit jours. Le 3, ii est tombé 17““,4 d’eau en 2 heures, pendant un orage, dont 17 millimètres en moins d’une demi-heure.
- Trois jours de brouillard : le 6, de 600 mètres à 6 heures du matin; le 7, de 2 )0 mètres à la même heure et le 24, de 200 mètres, également à la même heure. Il y a eu aussi huit jours de brouillard partiel.
- Fort orage le 3, qui dure de 2 heures à 6 heures et demie du soir; temps extraordinairement sombre à 4 heures du soir, peu de temps avant la grosse pluie. Le 21, faible orage, de 1 heure à 4 heures du soir.
- Le veut, généralement faible, a soufflé de presque toutes les directions, sauf du nord-est ; la prédominance a éle cependant le sud-ouest.
- Température de la Marne, le matin, 18°,18 , le soir, 19°,17 ; moyenne, 18°,67. Elle a varié de 15°,64 le 29 à 21°,34 le 13. La rivière a été basse et très claire tout le mois, sauf le 4, où elle se troubla un peu.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de septembre 1891 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 2“",63. Thermomètre plus haut de 0°,47. Tension de la vapeur plus forte de 0““,3. Humidité relative plus faible de 4. Nébulosité moindre de 13. Pluie plus faible de 22““,8.
- Le 30, floraison du Topinambour.
- PHASES DE U L0NE: N. L. le 3, à 1 h. 7 m. du matin.
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- Supplément à « LA NATURE » du /7 octobre 1891 (n° 959)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à. la < Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES IBS COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVIOB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, RTC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIB «. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA. SEMAINE
- Un jeune gorille à Paris. — Le directeur du Jardin zoologique de Nice a eu récemment l’occasion de faire une acquisition rare : il a acheté à Marseille, à un capitaine anglais qui revenait du Gabon, deux petits gorilles vivants, un mâle et une femelle, qui avaient été capturés par des naturels. Il a payé 10 000 francs ces deux animaux.
- On a souvent vu à Paris des Chimpanzés et des Orangs-Outangs, mais un Gorille vivant est une véritable curiosité; une seule fois, en 1884, un jeune gorille a vécu quelques semaines au Jardin des Plantes. Le directeur du Jardin zoologique de Nice a cru devoir offrir le spectacle de ses deux gorilles au public parisien, il les a installés au milieu d’une cage vitrée dans la salle du boulevard des Capucines : ils ont été exhibés dès le 0 octobre dernier. Les deux gorilles ont vécu pendant quelques jours en bonne santé. M. Huet, du Muséum d’histoire naturelle, les a examinés et il a estimé que la femelle devait avoir six ou sept ans et le mâle quatre ou cinq ans. La femelle a environ 1 mètre de hauteur, le mâle a une demi-tête de moins. Tous deux paraissaient avoir l’un pour l’autre une grande affection. La femelle était sans cesse accroupie à côté du mâle, sa tête appuyée sur son épaule; c’était un spectacle touchant que de voir ces deux figures noires à l’œil humain jeter un regard mélancolique sur les spectateurs. Les deux gorilles avaient été nommés Paul et Virginie; mais Paul est mort de convulsions d’entrailles à la fin de la semaine dernière, et Virginie est inconsolable. Je l’ai vue lundi dernier, assise |sur le lit de foin qui lui est préparé dans sa cage ; elle passe ses deux mains sur son front et paraît affligée d’un profond chagrin. On lui a donné pour compagnon, depuis quelques jours, un jeune orang-outang qui paraît moins abattu que sa compagne. Il est vêtu d’une petite jaquette de flanelle, et mange avec appétit les morceaux de pain qui lui sont donnés.
- C’est une exhibition peu commune à Paris, que celle de ces deux infortunés captifs. G. T.
- INFORMATIONS
- —$— Les pluies abondantes qui ont eu lieu dans les environs de Lyon ont occasionné plusieurs éboulements sur les chemins de fer. Le 12, sur la ligne de Lyon à Trévoux, un bloc de rochers de 50 mètres cubes est tombé sur la voie qu’il a complètement obstruée : un train qui venait quelques minutes après l’accident, a pu être arrêté à temps.
- —#— Parmi les poules exposées à Londres, au Palais de cristal, il y a une quinzaine de jours, on en a primé une qui s’est vendue 1125 francs.
- —îfc— M. Allotte de la Füye, chef de bataillon au 4° génie, et M. le capitaine Zobel, commandant la compagnie d’aérostation du parc militaire de Grenoble, ont fait, le 10 octobre dernier, une intéressante ascension. Partis de Grenoble avec YObion, ballon du génie,
- 8h,30 du matin, ils se sont élevés à une altitude de 3200 mètres.
- A cette hauteur, les aéronautes ont éprouvé un froid très vif. Après avoir franchi le col de Veynes et les contreforts des Alpes, ils ont atterri à Manosque (Basses-Alpes) avec l’aide de quelques habitants.
- —%— À Epinal ont eu lieu, le 10 octobre, les premières expériences des ascensions du ballon captif du parc de la place d’Epinal, sous la direction d’un officier du parc de Meudon. Beaucoup d’officiers sont montés deux par deux jusqu’à une hauteur de 300 mètres.
- —L’explorateur Eloi Pino, capitaine au long cours, est récemment arrivé à Perpignan, venant d’Abyssinie, après avoir échappé au désastre de Djibouti. M. Pino, dont les journaux anglais avaient plusieurs fois annoncé la mort, a réussi à établir plusieurs comptoirs en Abyssinie. M. Pino repartira prochainement pour cette contrée.
- —La Compagnie des wagons-lits Pullmann vient de construire, dans ses ateliers de New-York, un wagon d’un genre entièrement nouveau. Cette voiture servira d’église. Elle a été commandée par l’évêque de Dakotah, et elle est destinée à l’usage des petits villages situés le long des lignes de chemin de fer. Dans l’intérieur, se trouve un petit compartiment pour l’usage de l’évêque et un compartiment plus grand constituant l’église proprement dite, dans lequel sont placés un autel, une chaire, des fonts baptismaux et un orgue. 11 y a, en outre, de la place pour,soixante-dix fidèles environ.
- — Le Petit Moniteur des postes et des télégraphes publie la curieuse statistique des chemins de fer du monde. Le monde entier possède environ 545 000 kilomètres de voies ferrées. Les Etats-Unis ont à eux seuls 242 000 kilomètres, c’est-à-dire les 44 centièmes du total énoncé. En Europe, le dernier recensement donne les chiffres suivants en kilomètres pour les cinq plus grandes puissances : Allemagne, 39570; France, 54234; Grande-Bretagne et Irlande, 31 698; Russie, 28 518; Autriche, 24 708. La France est donc la deuxième nation en Europe/possédant un grand réseau de voies ferrées.
- —Le Gouvernement, belge a ouvert un concours international qui a pour objet la composition d’un ouvrage dans lequel devront être exposées, au point de vue sanitaire, les conditions météorologiques, hydrologiques et géologiques des contrées de l’Afrique équatoriale, en tenant compte plus particulièrement des conditions d’existence des Européens dans les diverses parties du bassin du Congo. Un prix de 25 000 francs est attribué à ce concours. '
- —M. Augst, consul anglais à Zurich, vient de faire don au Musée national suisse d’une importante collection de poêles des seizième et dix-septièmé siècles provenant, en majeure partie, de la célèbre fabrique de Pfau, à Winterthur. Outre un grand nombre de spécimens complets, cette collection comprend une nombreuse et magnifique série de fragments montrant tous les genres de décorations.
- —On tue beaucoup de loutres en Allemagne. Du 1er octobre 1887 au 1er décembre 1890, il en a été détruit 554 dans la Haute-Souabe ; une prime de 6fr,15 était donnée par tête. Dans le Neckar, 110 loutres ont été tuées en 1890 : 193 dans la forêt Noire et 158 dans les districts du Danube.
- —Le bureau d’essai des fusils et pistolets fabriqués à Liège, qui est l’équivalent du contrôle de Saint-Etienne, a récemment publié le résultat de ses opérations. Pendant l’année 1890,
- 1 990 748 armes de toutes sortes ont été soumises aux essais régie- mentaires, soit 364 542 fusils simples, 276 017 fusils douilles, 435 452 revolvers, etc.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le petit doigt en bois ou en carton, et les objets nécessaires au tour du chapeau percé, se trouvent chez M. Cestrières, 40, rue La Fontaine, Paris-Auteuil. L’amateur peut d’ailleurs faire ces objets lui-même. Le ruban de papier télégraphique se trouve chez M. Mors, 8, avenue de l’Opera, à Paris. — Pour tout ce qui concerne la petite fontaine luminineuse de salon, s’adresser à M. Trouvé, 14, rue Yivienne, à Paris.
- Communications. — M. C. Leprevost, à Paris, au sujet du document datant de 1564 et relatif à un spécimen de fusil à répétition, que nous avons mentionné dans nos Informations du n6 957, du 3 octobre, nous écrit qu’en 1867, à l’Exposition universelle, se trouvait exposé, dans la partie rétrospective, un fusil qui était annoncé comme datant du seizième siècle. Cet engin présentait un système de barillet analogue à ceux de nos revolvers modernes; il était à dix coups, à rouet et à pierre.
- M. N. du Pré, à Bruxelles, à propos du hêtre foudroyé dont il. a été question dans la Chronique météorologique du n° 957, du 5 octobre 1891, nous informe qu’il a été témoin du même fait le 25 juin dernier à Poppel (province d’Anvers).
- M. C. Petit, h Sillery, nous signale un commencement d’incendie arrivé chez lui le 8 octobre, à 3 heures et demie du soir. Cet incendie est dû à l’inflammation d’une tenture placée derrière une carafe remplie d’eau de forme à peu près sphérique. Cette dernière se trouvait sur une commode en face d'une fenêtre ouverte, par laquelle pénétraient les rayons du soleil. La tenture s’est trouvée à la distance focale de la lentille ainsi formée, et s’est enflammée. Nous avons déjà antérieurement cité des faits analogues.
- Un de nos lecteurs nous fait remarquer que deux erreurs se sont glissées dans l’article sur « l’artillerie de la marine française » que nous avons publié dans notre numéro du 3 octobre. 1° Ce n’est pas 28 pièces de 14 centimètres que possède le Hoche, mais 18; 2° la figure 3 ne représente pas un canon à tir rapide, mais une pièce d’embarcation de 65 millimètres. On nous fait remarquer, en outre, que presque tout le contingent du vaisseau-école d’artillerie la Couroma provient du dépôt d’instruction des apprentis-marins la Bretagne.
- Renseignements. — M. A. J., à Paris. — 1° Votre lettre a été envoyée à destination. — 2° Il existe une série d’appareils de ce genre qu’il faudrait examiner pour vous répondre.
- M. Z. Lahaye, à Nicolet (Canada). — Nous mettons les prix des livres dans nos bibliographies, quand ce prix est mentionné sur la couverture, ce que ne font pas toujours les éditeurs.
- M. Ch. Willaume-Dartois, à Dun-sur-Meuse. — Nous regrettons de ne pas avoir examiné l’appareil dont vous nous parlez.
- M. E. Fergeau, à Paris. — 1° Nous ne croyons pas que le satinage réussisse bien dans le cas indiqué. — 2° L’opium est toujours un produit dangereux.
- M. de Neck, à Bruxelles. — 1° Nous ne connaissons aucune application de ce système. — 2° Pas d’adresse spéciale.
- M. F. Muller, à Mulhouse. — Il y a déjà plusieurs appareils proposés pour arrêter les chevaux emportés, les uns fonctionnent par l’électricité, et d’autres par courroie spéciale (décrit dans les Nouvelles scientifiques au n° 942, du 20 juin 1891).
- Agence commerciale, à Paris. — S’adresser directement à l’inventeur, à Stockholm.
- M. J. L., au Kroubs. — Dans nos bibliographies, nous avons mentionné plusieurs ouvrages de ce savant agronome.
- M. L. M., à Paris. — L’appareil a été décrit dans le n° 828, dq 13 avril 1889.
- M. F. M., à Paris. — Nous avons parlé de diverses machines à calculer dans les numéros suivants : n° 699, du 25 octobre 1886; n° 884, du 10 mai 1890; n° 896, du 2 août 1890; n° 907, du 18 octobre 1890.
- M. Ch. de Mesmaeker, à Mons. — Essence de pétrole.
- M. Madel, à Bordeaux. — Nous n’avons pas d’autre adresse que celle indiquée précédemment.
- Cercle militaire de Tunis. — 1° et 2° L’ammoniaque peut être employée. — 3" Il n’existe pas de pile de ce genre, — 4° Vous pouvez atténuer la couleur de la lampe en la trempant dans une solution de gouache.
- M. Lafforet, à Salonique. — 1° L’éclairage électrique est l’éclairage qui conviendrait le mieux pour votre application. — 2° Il faut avoir recours à des dynamos. — 3° Adressez-vous au fabricant, M. E. Bloch, 2, rue de l’Entrepôt, à Paris.
- M. A. D., à Jemappes. — Les pyrites de fer sont employées
- four la production de l’acide sulfureux dans la préparation de acide sulftirique.
- M. E. Coulon, à Blaton. — Il vous a été répondu dans la Boîte aux lettres du n° 958, du 10 octobre 1891.
- M. L. de Place, à Angers. — Etes-vous bien certain que votre observation soit exacte?
- M. E. Wartelle, à Arras. — Le sel, jeté sur le feu, bien loin de l’éteindre, ne fait que l’activer ; voyez la théorie que nous avons donnée dans les Nouvelles scientifiques, du n® 942.
- M. G. Legs, à Londres. — 1° L’adresse du journal Nature est : MM. Macmillan and C°, 29, Bedford Street, London \Y. G. — 2° Pas de journal analogue.
- M. L, Pointez, à Nully. — Nous décrirons prochainement une voiture à pétrole.
- M. Chantareau, à Longueil-Sainte-Marie. — Nous n'avons pas d’autre adresse que celle donnée précédemment.
- M. Beaufils, à Beaulieu. — Il faut soumettre les manteaux de caoutchouc à l’action de vapeurs ammoniacales.
- M. L. de Longoria, à Palencia. — Adressez-vous pour ces albums de dessin à M"“ Jacquot, à Remiremont.
- M. X., h la Ferté-Alais. — Nous ne pensons pas que cette huile soit plus inflammable et plus dangereuse que le pétrole.
- M. Thoré, à Mussidan. — Cet appareil ne peut servir que dans certains cas de surdité.
- M. H. de Soisy, à Terrans. — Employez la colle formée de blanc d’œuf et de. chaux pulvérisée.
- M. E. S., à Paris. — 11 serait nécessaire d’avoir de plus amples renseignements sur le chauffage dont vous parlez, afin de pouvoir vous répondre.
- M. J. D., h S. — Nous ne pouvons vous conseiller dans cette circonstance.
- Un abonné, à Paris. — 1° Il serait bon de passer sur le zinc une couche d’un vernis quelconque, de sulfate d’alumine, par exemple. — 2° Nous ne connaissons pas de société de ce genre.
- Questions. — N° 1316. — Un amateur, à Paris, demande s’il y a un établissement à Paris où l’on pourrait apprendre les procédés de la gravure chimique (Gillotage).
- Accusés de réception. — Avis divers : M. J. Binard, à B. Regrets de ne pouvoir accepter vos propositions. — M. Nitofjf, à Maisons-Laffitte. Pas d’autre procédé de ce genre. — M. F. Pinto, à X.; M. A. L., à S. Adressez-vous aux grands libraires de Paris; une série d’ouvrages ont été publiés sur ces questions. — M. J. Du-fau, à Bordeaux. La librairie Gauthier-Villars a édité plusieurs traités ui vous conviendront. — M. H. Barrère, à Nérac. Vous trouverez es recettes pour le nettoyage des fûts dans le petit livre les Nouvelles Beceltes utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. B. Le Paisant, à Grandcamp-les-Bains. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles (même éditeur). — M. Courty, à Tulle. Il est difficile de faire fondre celte substance; mais on peut la ramollir. Un procédé est indiqué dans la Science pratique, (même éditeur). — MmeS., à Paris; M. A. Henniger, à Beauvais. Remerciements pour vos communications.— M. A. Le Banneur, à Douai. 11 faudrait faire des expériences pour vous renseigner. — Un abonné, à Sarrance. Nous ne crovons pas que l’ouvrage que vous citez ait été remanié. — M. A. Ô., à Montpellier. Voyez le chapitre Héraldique, du manuel de Bibliographie universelle (librairie Roret) ; une quantité d’ouvrages sur cette question y sont indiqués. — M. E. de Montour, à Dunedin. Votre lettre a été envoyée à l’adresse qui nous a été donnée au moment de la publication de notre article. — M. F. Leconte, à Gand. Regrets de ne pas connaître l’adresse du fabricant ; nous allons prendre des informations.— M. G. Paboudjian, à Constantinople. Remerciements pour vos intéressantes photographies. — M. H. M., à Saintes. L’adresse du constructeur est donnée en tête de notre dernière Boite aux lettres (n° 958, du 10 octobre 1891). — M. J. de Suret, à Riom. M. G. Dreyfus, 32, rue de Paradis, à Paris. — M. C. G. K., à Paris. Adressez-vous à la Société électro-métallurgique française à Froges (Isère). — M. A. R., à Paris. Remerciements ; ce portrait n’offrirait aucunement le caractère de l’actualité, nous ne saurions le publier. — M. F. Soukup, à Vienne (Autriche). Un grand nombre d’expériences semblables ont déjà été faites. — Un abonné, à Bordeaux. Les procédés sont analogues à ceux de la sensibilisation du papier ; mais il y a des tours de main de fabrication qui ne sont pas connus.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- TÏÜUVEELES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Chambre photographique de poehe. — Le modèle de chambre photographique, que représente notrer figure, est certainement extrêmement répandu parmi les amateurs. Il n’est pas nouveau. On le trouvait, il y a plus de vingt ans, chez certains constructeurs français, et pourtant il a fallu qu’un industriel adroit nous le rendît, retour d’Angleterre, pour qu’il jouît de la vogue qu’il a aujourd’hui. Son peu de volume, une fois plié, permet de mettre facilement dans la poche un appareil 9x 12, le poids laissant encore à désirer. Sur les indications d’un praticien amateur connu de nos lecteurs, M. Jacques Du-
- Petite chambre photographique en aluminium pesant 150 grammes ouverte et fermée.
- com, M. Gillon, habile constructeur mécanicien, vient de créer le modèle que nous représentons; tout en aluminium, d’un transport des plus faciles, l’appareil ne pèse que 150 grammes, avec une épaisseur de 20 à 22 millimètres au plus.
- Un autre appareil, également en aluminium, permettant de faire facilement la mise au point et le décentrage de l’objectif, est en fabrication chez le même constructeur. Les amateurs sauront apprécier ces avantages de légèreté que donne l’emploi de l’aluminium pour toutes les ferrures des chambres photographiques quelles qu’en soient les grandeurs. S’adresser, pour ce qui’ concerne la chambre que nous venons de faire connaître, à M. Gillon, 22, rue Beautreillis, à Paris.
- Appareil pour couper les œufs. — Aimez-vous les œufs à la coque? Quand vous les ouvrez soit par le gros bout, soit par le petit, et que vous vous servez d’un simple couteau, comme cela a lieu habituellement, il arrive souvent que l’œuf est brisé dans tous les sens, que le jaune s’en échappe et que votre manger ne se présente plus sous un aspect agréable.
- Appareil pour couper les œufs cuits.
- L’appareil que nous représentons ci-dessus (isolé à droite de la figure, et en fonctionnement à gauche) est en métal, il se pose sur l’œuf de manière à en faire sortir la partie supérieure à travers son orifice circulaire. Le couteau trouvant un point d’appui sur l’appareil, détache, avec une régularité parfaite, la partie de la coquille qu’il s’agit d’enlever. (Se trouve à la Ménagère, boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris, et dans tous les bazars).
- Boite pour serrer les cartes ù. jouer. — Le petit objet représenté ci-après a été baptisé du nom de l'indispensable, il se recommande surtout aux établissements tels que cafés et cercles où l’on se sert de cartes à jouer, mais il peut être également utile à l’amateur.
- Ce récipient, d’après l’inventeur, économise 50 pour 100 par
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- an sur la dépense des cartes, car, avec sa corbeille à jetons, il porte en dessous un tiroir dans lequel on loge le jeu quand on ne s’en sert pas. De cette façon les cartes ne se mélangent pas
- Boîte de cartes et de jetons.
- avec celles des autres jeux et elles se conservent sans souillures à l’abri de la poussière. Le petit objet que nous signalons est confectionné en vieux cuivre, nickel, métal doré ou argenté. Pour tout ce qui concerne l'indispensable, s’adresser à M. J. Weber, bulfet de la gare, à Saint-Claude (Jura).
- BIBLIOGRAPHIE
- Rapport général sur l'Exposition universelle internationale de 1889, par M. A. Picabd, inspecteur général des ponts et chaussées, président de section au Conseil d’Etat. Tomes I, II et III. 3 vol. in-4°, publiés par le Ministère du commerce, de l’industrie et des colonies. Imprimerie nationale. — Paris, 1891.
- C’est une magnifique publication que celle dont nous venons de mentionner le titre, enrichie de superbes gravures reproduites d’après des photographies, elle donne l’histoire complète de notre magnifique exposition de 1889, qui restera comme un des grands événements de notre temps, et qui marquera la date de notre véritable relèvement national.
- L'année cartographique, supplément annuel à toutes les publications de géographie et de cartographie, dressé et rédigé sous la direction de F. Schrader. Premier supplément, octobre 1891. — Paris, Hachette et Cle. Prix : 3 francs.
- L’astronomie et ses fondateurs. Copernic et le système du monde, par C. Flammarion. 1 volume in-18. E. Flammarion, éditeur. — Paris, 1891. — Prix 00 centimes.
- Revue technique de l'Exposition universelle de 1889, par un comité d’ingénieurs, de professeurs, d’architectes et de constructeurs, Ch. Vigreox, secrétaire. N0' 27, 28, 29, 30, 31,32. 5 brochures in-4° et 2 atlas. E. Bernard et C‘% imprimeurs-éditeurs. — Paris, 1891.
- Annuaire de l’Observatoire municipal de Montsouris pour l'an 1891. 1 vol. in-18. Gauthier-Yillars et fils, éditeurs. — Paris, 1891.
- Guide pratique pour Tcmploi des surfaces ortho-chromatiques, leurs applications à la photographie des objets colorés, par L. Mathet, chimiste. 1 vol. in-18 de la Collection de l’amateur photographe. Société générale d’éditions. — Pains, 1891. — Prix 2fr. 50.
- Manuel de l'architecte-maçon, par MM. Christie et Chareyre.
- 1 vol. in-18 de la Bibliothèque pour tous. Librairie E. Flammarion. — Paris* 1891. — Prix 1 fr. 25.
- Mouture du blé. Appareils de blutage et de sassage. Bluteries planes multiples à plateaux et à tamis à VExposition française de Moscou, par A. Béthouart. 1 brochure in-8°. Imprimerie Garnier. — Chartres, 1891.
- Annales de l'Institut météorologique de Roumanie, par Stefan C. Hepites, directeur de l’Institut météorologique. 1 brochure grand in-4°. Imprimerie Statului. — Bucharest, 1891.
- Examen sommaire de la distribution d’eau de la ville de' Bucharest. Rapport présenté à M. le maire de la ville de Bucharest, par M. C. T. Moulan, ingénieur-hydrologue à Laeken. — Bruxelles, 1891.
- Recherches sur les cuirs employés aux chaussures de l’armée, par A. Balland. 1 brochure in-8°. Veuve Rozier, éditeur, — Paris, 1891.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUEST
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Trempe de l'acier. — Yoici un procédé fort employé en Suisse pour la trempe de l’acier destiné à faire des outils. On mélange intimement, dans un récipient d’une certaine capacité, 4 parties de résine et 2 parties d’huile de baleine, et on y incorpore ensuite 1 partie de suif chaud. On introduit dans cette masse les corps à tremper portés préalablement à la température du rouge cerise, et on les y laisse jusqu’à complet refroidissement ; ôn les remet ensuite, sans les essuyer, dans un feu tempéré à la manière ordinaire. Si l’on brise des lames trempées de cette façon, on constate que la trempe est plus profonde et plus égale qu’avec tout autre procédé, et que l’acier est moins cassant. Le tranchant des outils fabriqués avec cet acier présente une finesse et une dureté remarquables.
- Recuit électrique des fils d'acier. — On emploie depuis deux ans, à la manufacture d’armes de Saint-Etienne, le courant électrique pour le recuit du fil d’acier servant à faire les ressorts du fusil modèle 1886. Ces ressorts sont en fil d’acier de 0mm,7 coupés en tronçons de 3m,20 de longueur. Le fil est enroulé en ressort à boudin et l’on y fait passer un courant de 45 volts et 23 ampères ; réchauffement est rapide ; lorsqu’il est jugé suffisant, on interrompt le circuit et on laisse tomber le ressort dans un bac d'eau. Le recuit est obtenu de la même manière; il se fait au jaune. Un ouvrier met deux ou trois minutes pour recuire 20 ressorts et en fait 2400 par jour. Il semble que le recuit par l’électricité, grâce à sa propreté et à son prix de l’evient très faible, puisse s’appliquer à bien des cas analogues à celui qui vient d’être indiqué. Ce procédé pourra peut être rendre des services à certaines industries.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSURVATIONS A 7 HEURMS DU MATIN THERMOMÈTRE YENT DIRECTION BT FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL FLVlt KM MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 5 octobre. . . 12°,1 E. 1 Couvert. 0,0 Couv. jusq. 10 b. ; beau ensuite.
- Mardi 6.. il °,0 S. S. E. 3 Très peu nuageux. 0,0 Beaujusq. 6 h. ; nuageux ensuite.
- Mercredi 7 11°,4 W. S. W. 2 Couvert. 6,3 Couv. le mat.; nuageux le soir; beau ap. 20 li. : pluie de 4 h. 3/4 à 0 h. 1/4 et de 16 à 17 b. 13.
- Jeudi 8 10°,6 S. 2 Très nuageux. 7,6 Beau de 17 à 19 b.; nuageux le reste du temps.
- Vendredi 9. 13°,2 S. S. E. 3 Couvert. 0,0 Couv. jusq. 19 h. et à 22 h.; quelq. nuages le reste; quelquefois des gouttes.
- Samedi 10 14°,7 S. S. E. 2 Couvert. 0,0 Nuag. de 10 à 18 h.; couv. avant, irrégut. après; gouttes à 14 h.; brouillard de 500 m. à 6 h.
- Dimanche 11 13*4» S. 2 Couvert. 0,0 Nuag. de 12 à 16 h. ; presq. couv. av. et ap. ; un peu de pl. à 5-6 b. ; pl. de 22 à 23 h. 50; faib. écl. i 21 b. 45.
- OCTOBRE 1891. — SEMAINE DU LUNDI 5 AU DIMANCHE 11 OCTOBRE 1891
- Iji courbe super.eure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, tes pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la met'); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boitte sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Ue grisou et les phénomènes célestes. — Le Dr Wagner a présenté récemment à la Société météorologique de Berlin un Mémoire dans lequel il étudie les relations pouvant exister entre les conditions météorologiques et les explosions de grisou. Suivant lui, il y a un rapport entre la pression barométrique et la fréquence des explosions. Le D' Wagner recherche d’autre part s’il existe un rapport entre certains •phénomènes célestes et la fréquence des coups de grisou. Il s’est d’abord occupé des phases lunaires et de la durée de la rotation du Soleil ; dans les deux cas, le résultat a été négatif. Mais en employant la période de 27j,9, qui constitue, d’après Buys-Baliot, la période de variation de la température, le résultat aurait été tout autre. En elfel, les courbes de comparaison obtenues dans ce cas sont uniformes et régulières. Elles présentent deux maxima dans chaque période : le premier, le troisième jour ; le second, le vingt et unième jour de la période. Les recherches du D' Wagner ont porté principalement sur le district minier de Dorlraund ;
- elles embrassent une période de vingt et une années, pendant lesquelles environ 7000 explosions se sont produites. Nous citons ees observations à titre de document, mais nous croyons qu’il est prématuré de tirer encore des conclusions des faits qui précèdent.
- Un orage en Algérie. — Un violent orage a éclaté, le 6 octobre dernier, en Algérie, dans la région de Batna. La pluie est tombée en abondance de 3 à 9 heures du soir. En quelques instants, le lit des rivières, complètement à sec en cette saison, a été rempli et l’inondation a provoqué, par sa rapidité, de très grands dégâts et fait de nombreuses victimes parmi les riverains. Les jardins ont été envahis, la digue du chemin de fer enlevée, la ligne coupée en plusieurs endroits. Un grand nombre de personnes, parties vers midi de la ville pour passer la journée à la campagne, ont été surprises par l’orage et ont dû se réfugier dans des fermes ; quelques-unes n’ont pu se sauver à temps et ont péri, englouties sous les torrents d’eau.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 10, à 11 h. 6 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres s doivent être adressée*
- à M. Gaston Tissandibr, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVIGB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LÀ SEMAINE
- A propos du navire cuirassé « le Brennns )). — On
- a lancé à Lorient, samedi dernier 17 octobre, le nouveau navire cuirassé français le Brennns. Ce bâtiment, qui dépasse tous ses devanciers, porte trois canons de 34 centimètres répartis en deux tourelles, dix canons de 16 centimètres protégés par un blindage de 10 centimètres. Il a 114 mètres de longueur totale, déplace 11000 tonneaux, et file 17 nœuds à l’heure. La puissance de ses machines est de 13 500 chevaux. Une telle forteresse flottante coûte environ 23 millions de francs !
- On a mis en chantier, cette année même, trois autres grands cuirassés qui atteindront la vitesse de 18 nœuds, auront des machines de 15000 chevaux de puissance, et coûteront plus de 26 millions de francs !
- Il y a trente ans, en août 1860, on armait le premier navire cuirassé la Gloire, construit d’après les plans de Dupuy de Lôme. Ce navire, pour cette époque, paraissait une conception des
- Îlus grandioses. Il filait à une vitesse de 13 nœuds à l’heure, et a puissance de sa machine était de 900 chevaux seulement. Le Magenta et le Solférino, construits après la Gloire, avaient des machines d’une puissance de 1000 chevaux.
- On peut juger par ces chiffres quels ont été les progrès réalisés en trente ans ! Nous dirons à ce sujet ce que nous disions ici-même à propos de la vitesse des chemins de fer : Que verra-t-on dans trente années d’ici? Et dans un siècle? G. T.
- INFORMATIONS
- —^— Le Ministre de la guerre va créer trois parcs aérostatiques sur les Alpes. Ces parcs seront établis dans les trois principaux forts alpins.
- —Le 22 août dernier, une forte secousse de tremblement de terre a été ressentie dans diverses localités de Mozambique.
- —— Une Exposition de l’imprimerie aura lieu, l'été prochain, À Vienne en Autriche. Elle sera organisée par les principaux imprimeurs de la ville.
- —5^— Une épizootie, qui tue le bétail en quelques heures, s’est tout récemment déclarée en Catalogne, dans la région appelée a les Vallées ». Beaucoup de bêtes sont mortes.
- —— D’après William Matlews, le nombre des suicides par an serait de 180 000. Ce chitfre irait en augmentant d’année en année. On observe le maximum des suicides au mois de juin et le minimum •en décembre. Ce sont les Allemands qui se suicident le plus et les Slaves le moins souvent. La France vient en deuxième ligne et l’Angleterre en troisième ligne.
- —Quoi que fassent les Anglais au Canada, l’élément français y domine toujours et tend à augmenter encore. C’est ce qui ressort du dernier recensement de Montréal. Sur 208 000 habitants, on compte 120121 Franco-Canadiens. En 1851, il n’y en avait que 26 020 sur une population de 57 715. La proportion est donc montée de 451 par 1000 à 576 par 1000.
- — On annonce la découverte, sur la concession de El Galayo, près de Pueblo de los Infantes, province de Séville (Espagne), de minerai de plomb très riche en argent. La concession, sur laquelle on a rencontré les traces d’une exploitation minière très ancienne, a une étendue de 80 hectares.
- —— Le plus long chemin de fer électrique sera construit, paraît-il, en Russie. On étudie en ce moment dans ce pays un projet électrique, le plus audacieux qui ait encore été suggéré. C’est la construction d’une ligne de Saint-Pétersbourg à Arkhangel, port de la mer Blanche, sur une distance de plus de 800 kilomètres; Le courant électrique serait fourni par une série de stations génératrices distribuées le long de la ligne.
- —— D’après la Reichswehr, une Commission d’officiers chinois va sc rendre en Angleterre pour examiner les fusils Lee-Metford et Mannlicher. Après des expériences comparatives, cette Commission choisira l’une de ces deux armes pour en armer l’infanterie. La commande sera de 500 000 fusils ; la première livraison aura lieu dans les trois mois qui suivront.
- —îjj— Un riche trésor composé de pièces d’or de la dimension des pièces de 20 marks, a été trouvé à Beuthen, en Silésie. Les pièces, que l’on dit être au nombre d’un million environ, sont frappées à l’effigie du roi Otho de Bohême et portent le millésime de 1508.
- —gj— Une découverte archéologique intéressante vient d’être faite dans la partie de la forêt d’Eawy qui avoisine Saint-Sagns (Seine-Inférieure). Des fouilles entreprises par M. Gaston Le Breton, directeur du musée des antiquités de la Seine-Inférieure, ont mis à jour les murs d’un édifice qui semble pouvoir être les restes d’un petit temple antique dont la construction doit remonter au deuxième ou troisième siècle. Il est de forme quadrangulaire et complètement isolé. Dans ses débris, ont été trouvées des statuettes en terre cuite de Vénus Anadyomène.
- —On pouvait admirer récemment au château de Boterlaer, à Deurne (Belgique), une orchidée extraordinaire (Oncidium dim-ricaium) portant une hampe de 2m,50 de longueur et 784 fleurs. M. Florent Pauwels, le propriétaire, possède beaucoup d’autres exemplaires curieux de plantes rares.
- Les campagnes de pêche d’Islande et de Terre-Neuve sont
- terminées depuis peu. La pêche d’Islande a fourni 20 000 tonnes de morue et 2600 barils d’huile de foie de morue. Sur 1200 marins qui formaient les équipages réunis, 17 ont péri. Le port de Dunkerque seul avait envoyé 72 goélettes, dont deux se sont malheureusement perdues.
- au nombre des minerais récemment découverts dans les montagnes Noires, aux Etats-Unis, il faut en compter un précieux et rare, celui d’uranium. Bien qu’on ne l’ait trouvé qu’en un point situé dans la Bald Mountain (montagne chauve), le gisement est assez considérable pour permettre de prévoir la fabrication prochaine, aux Etats-Unis, des sels d’uranium et de l’urane. Jusqu ici, on n’extrait l’uranium qu'en deux endroits du globe : à Annaberg, en Saxe, et à Redruth, dans le comté de Cornouailles.
- Dix-sept momies de rois et de reines d’Egypte exposées au Musée royal de Berlin viennent d’être reconnues fausses; elles auraient été fabriquées à Alexandrie par d'habiles faussaires.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne la voiture à pétrole, s’adresser à MM. Peugeot, à Valentigney (Doubs), ou 32, avenue de la Grande-Armée, à Paris. — Nouveau ferme-porte : fabricant, M. Minier, 83 bis, rue de Rivoli, à Paris.
- Communications. — M. le DT A. Cordes, à Genève, à propos des remèdes contre les brûlures que nous avons mentionnés récemment, nous signale encore un très simple procédé : il consiste à recouvrir la surface brûlée d’une couche de gomme arabique en solution épaisse dans l’eau. Si l’application a lieu immédiatement, d’après notre correspondant la phlyctène ne se produit pas, et le soulagement est instantané.
- M. A. Ribette, à Brive, nous a adressé, à la date du 14 octobre, une branche de poirier pourvue en abondance de fleurs remarquables. L’arbre se trouve à Angoulême et a déjà produit des fleurs au mois d’avril dernier, ainsi que des fruits d’une grosseur normale qui n’ont pu parvenir à maturité.
- M. E. Grandmangin, à Mulhouse, au sujet de la solution oxydante pour nettoyer les appareils en verre (Les Nouvelles scientifiques du n° 958, du 10 octobre 1891), nous fait remar-uer que cette solution est dangereuse et peut causer des acci-ents. Notre correspondant conseille de préférence une solution concentrée d’acide chromique, que l’on obtient facilement à l’aide du bichromate de potasse et de l’acide sulfurique. Cette solution sert non seulement pour le nettoyage des pipettes, burettes, etc., mais enlève aussi très bien les goudrons formés dans certaines réactions de chimie organique.
- Un abonné, à Comba, dans le Congo français, nous communique des renseignements sur le nombre de journées pluvieuses et le climat dans cette contrée depuis le mois de septembre 1890 jusqu’à la fin du mois d’août 1891. Il a compté deux jours de pluie en septembre 1890, sept en octobre, neuf en novembre, quatre en décembre, quatre en janvier 1891, six en février, huit en mars, seize en avril et six en mai. Les trois mois de juin, » juillet et août sont sans pluie. La saison des orages se trouve dans le mois d’avril. La température maxima à 3 heures du soir et à l’intérieur des cases a été de 27° en juin, 24° en juillet et 25° en août. La plus forte température observée a été de 38° sous les vérandas dans la dernière quinzaine de mai; et la plus faible de 18°, à l’intérieur, dans le courant du mois de juillet.
- M. Henry Courtois, à Muges' (Lot-et-Garonne), nous écrit : « Les lecteurs de La Nature habitant le département de Lot-et-Garonne sont invités à venir observer chez moi, au télescope Foucault, l’éclipse de Lune du 15 novembre prochain. Je suis à 3 kilomètres de la gare d’Aiguillon (Lot-et-Garonne) ; demander le château de Muges. »
- M. de Place, à Angers, nous écrit qu’il a observé le fait suivant : les satellites de Jupiter. Il ne peut voir directement à l’œil nu, mais il les aperçoit très nettement en considérant la planète par réflexion dans un miroir. II semblerait, d’après ce fait, que le miroir réfléchit mieux que nos yeux.
- Renseignements. — M. P. T., à B. — Il faut agglomérer les poussières et morceaux de charbon concassé avec une petite quantité de goudron, soumettre le mélange à une forte pression, et faire cuire à température élevée.
- M. Kammerer, à Vincennes. — Nous vous conseillons l’application de la poudre de pyrèthre et de nombreux lavages au savon.
- M. E. ûzanne, à Paris. — L’expérience, dont vous parlez, consistait à colorer artificiellement en rouge des roses blanches au moyen des couleurs d’aniline et de l’alcool; elle a été décrite dans le n° 790, du 21 juillet 1888, p. 128.
- M. G. P., à Rouen. — Essayez de passer sur le bois une couche de dissolution pyroligneuse de plomb (oxyde de plomb dans acide pyroligneux), et quelque temps après une solution d’alun (750 grammes dans 4 litres d’eau).
- M. le comte Q. de B., h Brides-les-Bains. — Plusieurs essais
- ont été faits sur ce traitement par l’électrolyse, mais ils n’ont pas donné encore des résultats bien pratiques.
- M. F. Lambert, à Paris. — 1° Les définitions que vous donnez sont exactes. — 2° Pas de marchand spécial.
- M. le Dt Lernuyez, à Paris. — Vous trouverez la composition des divers engrais de M. Georges Ville, dans le livre qu’il a publié, Les engrais chimiques. (Librairie G. Masson.)
- M. L. Sckutowicz, à Rouen. — 1° Cette construction présente des difficultés pratiques. — 2° Petites machines dynamos : M. A. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire.
- Un abonné breton. — Les diplômes universitaires n’accordent pas les droits dont vous parlez.
- M. G. Rouvre, à Piney. — Adressez-vous directement à M. Balagny, 11, rue Salneuve, à Paris.
- M. P. C., à Nantes.' — Vous pourriez essayer l’action de l’acide chlorhydrique ou de l’acide sulfurique dilués.
- M. P. L., à Paris. — Laver les vitres avec de l’essence de térébenthine.
- M. L. Simon, à Châtonnay. — Il faut vous adresser à un chimiste-conseil, et lui soumettre un échantillon.
- M. R. Délié, à Paris. — L’auteur énonce un fait d’expérience qu’il a constaté.
- M. X., à Paris. — L’expérience de la double vue, faite par les prestidigitateurs, s’exécute au moyen d’une clé de mné-monie spéciale, obtenue par la différence des questions : Qu'est-ce que je tiens dans la main veut dire une bague; dites-moi ce que je tiens veut dire une montre ; veuillez me dire ce que je tiens signifie un autre objet ; et ainsi de suite. Cet exercice exige de la part des opérateurs une grande mémoire.
- M. J. L. T., à Pans. — Les piles au bichromate sont celles qui conviennent le mieux; il faudrait également y ajouter des accumulateurs. Nous vous conseillons aussi de prendre un des moteurs à gaz de faible puissance de la Compagnie du gaz, 6, rue Condorcet, et d’adapter une petite dynamo.
- M. Ch. Despicht, à Paris. — Vous pourrez obtenir cette différence de potentiel en chargeant successivement trois groupes de deux accumulateurs chacun à l’aide de vos éléments de piles.
- M. B. P., h Reims. — 1° Il suffit de prendre le titre alca-limétrique de chaque solution, vous aurez ainsi des proportions de potasse. — 2°Non; pas de moyen pratique.
- M. E. Lenoble, à Lille. — Le mélange d’acide sulfurique et de permanganate de potasse peut en effet être dangereux, mais ces opérations ne sont habituellement faites que dans des laboratoires par des chimistes habitués aux précautions à prendre.
- M. Félix Courtois, à Paris. — Vos clichés ne sont assurément pas assez développés.
- Erratum. — Dans notre dernière livraison (n° 959, du 17 octobre 1891), page 318, ligne 26, au lieu de : 10 ampères et 20 volts aux bornes, il faut : 10 ampères et 40 volts.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. A. Meyer, à Saint-Maurice-Lille. 1° Votre question ne touche en rien à la science; nous n’y avons aucune compétence; 2° non.— Un abonné, à Lisbonne. Pas d’autre adresse que celle donnée dans notre article. — M. C. Pondurand, à Pont-Château. Entomologie de M. Maurice Girard, à la librairie J.-B. Baillière, à Paris. — M. P. Dumée, à Meaux. Il existe plusieurs traités sur les applications industrielles de l’électrolyse, à la librairie Baudry, rue des Saints-Pères, à Paris. — Un abonné, à Soignies. Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris. — M. A. B., à Constantine. 1° Pas de recette de ce genre à vous indiquer ; 2° adressez-vous aux différents libraires de médecine de Paris. — M. H. Neck, à Bruxelles. Le livre Médecine et chirurgie domestiques de la collection des manuels Roret vous conviendra. (Librairie Roret, 12, rue Hautefeuille, à Paris.) — M. L. G., à Colmar. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. P. Leturque, à X. Remerciements pour votre communication.
- — M. B. Q., à Tergnier; M- J. Vincent, à Thiers. Consultez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.)
- — M. G. de Maindreville, au château d’Aramont. 1° Pas de modèle de ce genre ; 2° oui ; 3° il serait nécessaire de faire une étude spéciale pour vous répondre. — M. Dubreuil, à Isigny. 1° Cette pile ne se construit plus; 2° Société anonyme d’électricité, 39, avenue Marceau, à Courbevoie (Seine). — M. P. Meyer, à Lille. Machines à rincer les bouteilles : M. A. llerlin, 56, rue Kéaumur, à Paris. — M. A. P., à X. Nous avons publié des articles sur les jongleurs Aïssaouas et les fakirs dans le n°537, du 15 septembre 1883,p.245 et dans le n° 544, du 3 novembre 1883, p. 355. — M. J. Tylor, à Valence. Le sturm-glass ou pronostic a été décrit dans le n° 182, du 25 novembre 1876, p. 409. — M. G. de P., à Valence. L’analyse chimique seule peut donner quelque renseignement à cet égard. —' M.E. Laudw, à Vienne. Adressez-vous aux grands libraires de Paris.
- — M. E. Schwcitzer, à Passy, Yoyez le petit livre de la Science pratique. (G. Masson, éditeur.)
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS1
- Une Innette & bon marché. — Un de nos confrères qui, depuis plus d’un quart de siècle, vulgarise la science astronomique, M. Joseph Vinot, dont le Journal du Ciel est bien connu de tous les amateurs d’astronomie, vient d’imaginer un nouvel oculaire de lunettes destiné à regarder les objets célestes.
- Cet oculaire a, sur les anciens, deux avantages, d’abord celui de ne point renverser les images, ensuite celui d’être susceptible de puissances différentes à volonté. Il peut s’adapter à toutes les lunettes. Il suffit d’envoyer les deux premiers tirages du côté de l’oculaire, si la lunette a plusieurs tirages; l’oculaire et le coulant dans lequel il glisse, si la lunette n’a qu’un tirage. Dans la quinzaine, on reçoit intacts les deux tirages que
- Lunette astronomique Vinot.
- l’on a envoyés et l’oculaire Vinot qui s’y adapte, et qui donne un grossissement quadruple environ de celui de l’oculaire terrestre de la même lunette. Des pièces de rechange, se vissant à la place de la pièce semblable qui termine l’oculaire donnent des grossissements supérieurs à volonté.
- La lunette qui fait le titre de cet article consiste en une lunette terrestre et astronomique de 43 millimètres à l’objectif, 75 centimètres de longueur ouverte, dans une boîte, avec un pied, à mouvements horizontal et vertical sur ce pied, puis un oculaire Vinot, permettant de voir les montagnes de la Lune, les satellites de Jupiter, l’anneau de Saturne, les phases de Vénus, les taches du Soleil, etc., pour le prix de 40 francs. Pour plus amples renseignements, s’adresser à M. Joseph Vinot, cour de Rohan, à Paris.
- te pyrographe. — Nous avons décrit les procédés de pyrogravure de M. Manuel Perier (n° 905, du 4 octobre 1890, p. 276) ; nous ferons connaître aujourd’hui un petit pyrogra-phe qui se présente sous une forme très réduite et très prati-
- Nouveau pyrographe.
- 3ue. L’appareil offre l’aspect d’un crayon ordinaire terminé ’un bout par une pointe creuse en platine, et relié de l’autre par un tube de caoutchouc à une poire formant soufflet. Ce tube est interrompu en son milieu par un bouchon à deux ouvertures fermant hermétiquement l’orifice d’un flacon d’essence minérale : par une des branches de ce tuyau l’air est
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces. "
- insufflé dans la bouteille ; par l’autre, il ressort chargé de vapeurs et va aboutir au platine qu’il maintient incandescent si ce dernier a été préalablement chauffé au rouge sur la flamme d’une lampe à alcool.
- Le dessinateur tenant la poire de la main gauche et son crayon de la main droite, commence par présenter le bec de platine à la lampe à alcool : au bout de quelques secondes, ce métal est porté au rouge cerise; à ce moment, donner une première pression sur la poire, retirer le platine de la flamme (que l’on peut dès lors éteindre), et continuer à presser sur le ventilateur pour entretenir l’incandescence du platine.
- Promenant la pointe ainsi chauffée sur du bois, de la corne, du cuir, de la grosse toile écrue, l’amateur exécute tout ornement qu’il imagine, sans plus de difficulté qu’il n’en éprouverait à écrire, à dessiner sur du papier; la substance est brûlée sur le passage du feu, et il reste des traits creusés plus ou moins larges et profonds, suivant la rapidité ou la pression imprimée à la pointe. Ces traits, loin d’etre durs de ton comme ceux de la plume ou du crayon, sont, au contraire, très doux à l’œil ; ils sont en quelque sorte estompés, offrant une gradation régulière de nuance d’autant plus claire qu’on s’éloigne du point touché par le platine incandescent.
- L’effet produit tient à la fois du dessin et de la gravure : ce nouveau mode de travail ornemental rendra des services aux amateurs d’arts manuels, qui se créeront ainsi de jolis panneaux ou tableaux artistiques d’un caractère particulier. Il complète aussi à merveille les diverses industries du bois ; découpure, marqueterie, sculpture, etc.
- Le pyrographe est, comme on voit, un instrument simple et pratique, convenant à tous les amateurs, quelles que soient leurs aptitudes. L’appareil se trouve chez M. Le Melle, fabricant, 3, rue de la Fidélité, à Paris.
- Bourrelet automatique pour le bas des portes.
- Les courants d’air venant par le bas des portes mal jointes sont insupportables et souvent dangereux. Voici un petit appareil très ingénieux qui produit une fermeture complète : il s agit du bourrelet automatique.
- Cet appareil, d’une grande simplicité, ferme hermétiquement le dessous des portes tout en laissant la porte s’ouvrir librement. La pièce la plus importante du bourrelet automatique est une lame mobile en bois, supportant une bande de feutre qui vient boucher hermétiquement le vide existant sous la porte,
- Bas de porte entrouverte munie du bourrelet automatique. A et B. Coupe du système. — A. Ouvert. — B. Fermé.
- quand celle-ci est fermée. Quand, au contraire, on l’ouvre, la lame de bois soulève le feutre, qui ainsi ne s’use pas, et laisse la porte fonctionner librement. Ce résultat est obtenu à l’aide d’un levier métallique solidaire de la lame de bois, s’appuyant sur le chambranle et dont les deux figures ci-dessus expliquent le fonctionnement. La pose du bourrelet automatique est des plus simples. Les trous percés d’avance dans la moulure fixe, servant de support et de protection aux diverses pièces de l’appareil, permettent de le fixer soi-même à l’aide de trois vis, après l’avoir ajusté comme longueur, s’il y a lieu, au bas de la porte où on veut le fixer. Le feutre, pour le bon fonctionnement, doit affleurer seulement le sol dans la position fermée. S’adresser à M. E. Poirson, rue Jean-Durand, n° 50, à Stains (Seine).
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Liqueur génépi des Alpes. — Voici une excellente recette pour préparer soi-même le génépi avec des plantes sèches. Feuilles de génépi, 4 grammes; de menthe poivrée, 2; semences de fenouil, 1 ; d’anis vert, 1 ; d’angélique, 1 ; carvi, 1 ;
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- coriandre, 1 ; noix muscade, 20 centigrammes ; girofles, 20 ; myrrhe, 20. Faire macérer les substances fortement contusées dans 1 litre d’alcool fin à 90 degrés pendant quatre à cinq jours /pas plus) en agitant de temps en temps. D’autre part, faire fondre 600 grammes de sucre blanc dans 600 grammes d’eau ; mélanger les liqueurs et les plantes ; laisser en contact jusqu’au lendemain ; filtrer au papier. On peut aussi préparer cette liqueur instantanément avec les Parfums concentrés de M. Charles Bureau, chimiste à Arras. (Yov. La Nature, n° 915.)
- Verre dépoli des photographes. — Un de nos abonnés, M. P. Lievens, à Paris, nous communique la formule de Bernois d’amidon qu’il emploie pour la confection d’un verre époli. Il prend 1 partie d’amidon pour 9 parties d’eau, et fait
- cuire le tout. Quand le mélange est encore chaud, il en enduit un verre ordinaire à l’aide d’un large pinceau. On peut encore répandre le liquide sur le verre de la même manière que l’on collodionne une plaque.
- Isolant pour câbles électriques. — M. E. Legrand fabrique un isolant composé de déchets de cuirs réduits en poudre impalpable, puis agglomérés à l’aide de produits spéciaux et soumis à une pression considérable. Le cuir ainsi traité ne serait plus spongieux et posséderait une imperméabilité absolue lui donnant un pouvoir isolant très remarquable. Ce produit, d’après les essais faits, serait, en outre, incombustible et résisterait aux plus grandes intensités que puissent écouler les fils sans se fondre ni brûler.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49-,30). —^Bureau central météorologique de France.
- observations A 7 HEURES DU MATIN VENT
- THERMOMÈTRE DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT Dü CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 12 octobre . . 12% 4 W. 1 Couvert. 99 Couv. jusq. 18 h., nuag. ensuite; beau après 22 h.;
- Mardi 13 9%2 S. 3 Peu nuageux. 0,3 pluie de 3 à 7 h. Peu nuag. de 7 à 10 h. ; goût. av. et ap. quelq. averses.
- Mercredi 14 13*,6 S. S. W. 4 Couvert. 2,1 Tr. nuag. jusq. 2) h.; beau ens. ; pet. pi. jusq. 7 h.
- Jeudi 15 11*,8 S. S. E. 2 Couvert. Ci 7 Couv. de 2 h. environ à 10 h. ; puis nuageux, beau ap.
- v» *
- Vendredi 16 11*,6 S. E. 2 Couvert. 0,6 13 h. ; quelq. averses. Beau à 1 h. et de 19 à 21 h. ; très nuageux le reste;
- Samedi 17 7',9 S. 2 Très peu nuageux. 4,3 écl. dans la rég. S. W.-S.-W. av. le jour; plus. av. Très peu nuageux jusque 15 h. ; beau ensuite.
- Dimanche 18 2*,1 S. 1 Beau. 0,0 Beau ; sauf quelq. nuages à l’horiz. l’après-midi.
- OCTOBRE 1891. — SEMAINE DU LUNDI 12 AU DIMANCHE 18 OCTOBRE 1891
- La courbe super eure indique In nébulosité de U à 10; les flèches inférieures, la direction du rent- Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la merf, courbe plus mince, thermomètre à l’abri » boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tempêtes sur les côtes de France et d’Angleterre. — De
- violentes tempêtes se sont déchaînées sur les côtes de France et d’Angleterre le 13 et le 14 octobre. Au Havre, le vent a soufflé avec rage pendant que tombait une pluie diluvienne. Des hauteurs de .Sainte-Adresse et d’Iugouville, on a craint un moment qu’un cyclone ne se déchainât sur le Havre. Dans la matinée du 14 octobre, par suite de la tempête, les steamers faisant le service quotidien entre le Havre, Trouville, Ronfleur et Caen n’ont pu effectuer leur départ. La tempête a régné avec autant de violence tout le long des côtes. Le bateau qui fait le service du club-train de Calais à Douvres a pu, avec beaucoup de peine, débarquer ses passagers, en arrivant dans ce dernier port. Mais les bagages sont restés à bord, et le bateau a dû reprendre immédiatement la mer.
- Par suite du mauvais état persistant de la mer, le paquebot qui fait le service de Douvres à Calais est arrivé le 13 octobre avec deux heures de retard. Les communications toutefois n’ont pas été- interrompues.
- Le service des bateaux entre Boulogne et Folkestone a dû être suspendu. Les côtes anglaises ont été très éprouvées par la tempête. Sur la côte du sud, beaucoup de barques de pêche ont été renversées. De nombreux cadavres ont été jetés sur la côte. Les villes du littoral ont eu beaucoup à souffrir. Il y a longtemps que pareilles tempêtes n’avaient eu lieu sur la Manche, et n’avaient causé autant de désastres.
- Tremblement de terre aux Etats-Unis. — Plusieurs secousses de tremblement de terre ont été ressenties à San-Francisco dans la matinée du 14 octobre. D'autres secousses se sont également produites à Petaluma, en Californie et à Calla ; elles n’ont causé aucun dommage.
- PHASES DE LA LUNE : Lune périgée le 16, P. L. le 17, à 1 h. 34 m. du s.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- VARIÉTÉS
- Fontaine lumineuse d’amateur. — M. L. Blanchard, à Grenoble, nous écrit : « En lisant votre article sur les fontaines lumineuses de salon de M. G. Trouvé, dans La Nature, du 17 octobre, j’ai pensé à vous envoyer le croquis ci-joint de celles que j’ai construites, il y a quelques six mois. Elles fonctionnent avec l’eau de la fontaine de mon jardin, à peu près sans pression. J’ai à peine une chute de 1 mètre. J’emploie pour l’éclairage une pile Radiguet (4 éléments au bichromate et acide sulfurique à vase poreux) actionnant une lampe de 5 volts et 0,5 ampère. Pour actionner le moteur à anneau,
- M’emploie une ou deux piles Grenet à 2 zincs et 3 charbons, a gerbe centrale a 25 à 30 centimètres de haut. Le jet du milieu dépasse un peu. Les dix jets du pourtour s’infléchissent et vont tomber dans les dix angles du bassin de zinc. Au-dessous de. l’orifice de chacun d’eux, se trouve un petit verre de couleur fixe. Ils gardent donc leur couleur constamment, tandis
- M oteur
- Plateau portant les verre» de couleur/
- WMWimk
- Fontaine lumineuse de jardin.
- que celle de la gerbe du milieu, varie au fur et à mesure que le moteur fait tourner le plateau où sont fixés les verres de couleur. Ces verres sont au nombre de sept dont un formé de quatre couleurs : bleu, blanc dépoli, rouge, vert. Un autre est blanc dépoli tout entier, ce qui donne un très joli effet de neige tombante. Le récipient décagonal a 90 centimètres de diamètre d’angle à angle. Le rebord a 7 centimètres. Le tout est vissé sur un plateau rond en bois sous lequel se trouve la caisse contenant le mouvement et le réflecteur. Au milieu est une ouverture garnie d’un verre mastiqué de 16 centimètres de diamètre au-dessous duquel se trouve, à 2 ou 3 centimètres, le réflecteur muni de sa lampe. Le plateau à verres de couleur
- Sasse entre les deux. La plaque du dessus, la gerbe, est percée e cent six trous presque microscopiques ; elle a 2 millimètres d’épaisseur et 9 centimètres et demi de diamètre. Tous les orifices sont fraisés, coniques, en dessous, ce qui détermine un jet franc, comme par un ajutage conique. Il en est de même
- pour le jet du milieu et la couronne de la base. Le moteur donne le mouvement au plateau au moyen d’une vis sans fin et d’une roue dont les dents ont l’inclinaison du pas et qui est fixée à l’axe de rotation. »
- INFORMATIONS
- —Au commencement de ce mois le Jardin zoologique d’Acclimatation a organisé, dans la serre spécialement affectée à cet usage, sa troisième exposition florale de 1891. Elle a été visitée par un très nombreux public. La collection d'œillets présentée par M. Ho-chard (de Pierrefitte) réunissait trois cents plantes magnifiques, des coloris les plus variés et parfaitement cultivées. Les Bégonias tubé-reux et les Reines-Marguerites, présentés par la maison Vilmorin (de Paris), ont été remarqués. Le choix et la variété des plantes réunies ne laissaient rien à désirer. M. Lesueur (quai de Saint-Cloud, à Suresnes) a fait un apport d’orchidées superbes, parmi lesquelles il faut citer des Odontoglossum grande ayant quarante fleurs et un Cypripedium Sanderianum en portant trois tout à fait magnifiques. Egalement à remarquer, un beau massif de Cyclamens hybrides appartenant à M. Fonteneau (de Neuilly), la collection de fleurs de Cannas coupées, exposée par M. Crozy (de Lyon) et les Zinnias éclatants de M. Férard (marchand graimer à Paris). Citons aussi l’apport de légumes fait par la maison Vilmorin (de Paris) ; le public lui a fait le meilleur accueil et s’est longuement arrêté devant ces produits variés et remarquables. La prochaine exposition florale (la quatrième de l’année) aura lieu en novembre, elle réunira une collection considérable de Chrysanthèmes.
- —L’Espagne, qui était tributaire de l’étranger pour la fabrication de la plus grande partie de son artillerie de marine, à l’exception des pièces du système Ilontaria, qui étaient construites dans l’établissement de Trubia (la Société des forges et chantiers de la Méditerranée lui en fabriquant cependant quelques-unes), paraît en situation de pourvoir directement à tous ses besoins. Des essais viennent d’être faits à Gijon a'vec des pièces de 12, 14 et 24 centimètres construites à Trubia, et les résultats de ces essais ont été si satisfaisants, que le comité d’artillerie a décidé qu’on n’achèterait plus à Essen de canons de ces divers calibres. Le canon de 24 centimètres, en particulier, qui pèse plus de 24 tonnes, a pu lancer un projectile de 112k,901, avec une charge de 69k823 de poudre, en lui donnant une vitesse initiale de 539m,79 par seconde et une portée de 12 kilomètres. Une plaque d’acier de 17cm,78 a été traversée par ce projectile.. Des essais satisfaisants ont été faits aussi avec des obus et des shrapnels de la même provenance.
- —Le colonel Waterhouse a récemment lu à la Société photographique de Londres une Note très curieuse où l’auteur essaye de démontrer, par de nombreuses expériences, que l’action de la lumière sur la plaque sensible donne lieu à la production d’un courant électrique qui peut être mis en évidence par le galvanomètre. Le sujet n’est pas neuf, puisque le fait en question fut connu de Becquerel et de Grove, il y a environ quarante ans. Mais M. Waterhouse y a ajouté quelque chose ; il pense que cette action électrique est, pour une plaque donnée, quelquefois positive et d’autres fois négative, selon les circonstances; et il expliqué ainsi la production de ces curieux effets de renversage de l’image qu’il a observés dans ces derniers temps,- en ajoutant un peu de sulfo-urée (thio-carbamide) au révélateur ordinaire à l’iconogène.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le gypso-mètre décrit dans le n° 960, du 24 octobre 1891, p. 332, se trouve chez M. G. Fontaine, 24, rue Racine, à Paris. — Pour tout ce qui concerne l’avertisseur d’insuffisance de tirage, s’adressera M. Richard-Paraire, 129, rue du Ranelagh, à Paris. — Pianographe : M. Parise, 24, rue du Quatre-Septembre, à Paris. — Verre à double paroi pour la prestidigitation : M. Yoi-soin (physique amusante), 83, rue Vieille-du-Temple, à Paris.
- Communications. — M. Gudefin à Montpont (Saône-et-Loire) nous écrit : « Dans votre dernière Boite aux Lettres (24 octobre), un de vos correspondants dit avoir aperçu les satellites de Jupiter en regardant par réflexion dans un miroir. J’ai voulu répéter l’expérience ; mais je remarque que les prétendus satellites ne sont que des images secondaires de la planète elle-même. Phénomène qui s’explique par les deux surfaces réfléchissantes des miroirs de verre. »
- M. E. de Neyremand, à Mmes, nous écrit au sujet de la Notice publiée sur l’influence du tir du canon sur la production de la pluie. (Nouvelles scientifiques, du n° 956, du 26 septembre 1891.) Il confirme notre appréciation en citant les faits observés pendant le siège de Strasbourg en 1870. Le temps a été magnifique et sans pluie pendant toute la durée de l’abominable bombardement infligé par les Allemands à la malheureuse cité ; il n’y a eu qu’un seul orage court et violent.
- M. G. Frontera, à Paris, nous adresse une intéressante étude qu’il a publiée sur les arguments de Zénon d’Elée contre le mouvement (Hachette et Cle). On sait que les arguments de Zénon ne sont que des sophismes, mais il est curieux de voir qu’ils ont préoccupé des esprits sérieux et d’apprendre comment il est facile de les réfuter.
- Renseignements. — M. G. S., à Anvers. — Cet appareil a été fait par le génie militaire ; pas de fabricant spécial.
- M. S. R., à Avignon. — Nous avons déjà dit, à plusieurs reprises, que, pour enlever la rigidité à un pardessus de caoutchouc, il faut le soumettre à des vapeurs ammoniacales ; l’exposition à l’atmosphère des écuries peut convenir.
- M. J. Rodrigues, à Barcelone. — Les piles de Lalande (n° 945, du H juillet, p. 83) peuvent être employées.
- M. J. Alsberge, à Gand. — Vous pourrez vous procurer des plants de ramie en vous adressant à la Société agricole de la ramie, 7, rue de Londres, à Paris.
- M. J. Gotendorf, à Maisons-Laffitte. — Nous avons publié un article complet sur les plantes carnivores ; voyez la Table des matières des dix premières années.
- M. A. de Lory, à Nantes. — Nous ne connaissons pas l’adresse du fabricant; mais nous pensons qu’il s’agit simplement de violet d’aniline en pâte déposé dans la plume.
- M. E. Honinckx, à Wygmael. — Demandez-vous le catalogue de la librairie Masson, ou la liste* des ouvrages de M. Gaston Tissandier?
- M. P. Liesse, à Paris. — Nous avons donné des articles complets sur les marcheurs dans le n° 564, du 22 mars 1884, p. 259; dans le n° 572, du 17 mai 1884, p. 586; et dans le n° 574, du 31 mai 1884, p. 427.
- M. L. Fremy, à Chalonnes. — Il n’y a pas d’ouvrage traitant des chaudières à vapeur, tel que vous le désirez. Les divers générateurs ont été décrits dans les journaux techniques. Il serait préférable de vous adresser à un ingénieur spécialiste.
- M. H. Frantz, à Marseille. — Vous trouverez des traités d’optique photographique ou des livres spéciaux sur les stéréoscopes, à la librairie Gauthier-Villars.
- M. È. Lhomrne, à Paris. — Le journal américain ne donnait pas d’autres détails que ceux que nous avons mentionnés ; nous regrettons de ne pas l’avoir conservé.
- M. A. Lejay, à Charleville. — 1° Ce procédé nous est inconnu. — 2° Le projet mérite d’être examiné; voyez la des-
- cription de la turbine Chicago dans le n° 950, du 15 août 1891).
- On lecteur, à Noisy-Ie-Sec. — II faudrait faire l’analyse complète de l’eau, pour connaître les moyens de la purifier.
- M. E. B., à Caen. — Nous avons publié une petite Notice sur le fusil à gaz liquéfié dans le n° 894, du 19 juillet 1890.
- M. P. J., à Saint-Quentin. — Le borate ferreux et le borate ferrique ont déjà été obtenus par double décomposition ; le premier des deux sels est très instable.
- Un abonné, à X. — Cette expérience de prestidigitation *se fait au moyen de chaises mécanisées qui permettent à l’opérateur de se défaire de ses liens et de se remettre dans sa position primitive.
- Une fidèle abonnée, à Paris. — La phosphorescence de la mer est due à des noctiluques, animalcules phosphorescents.
- Un abonné, à Paris. — Un article sur le service géographique de l’armée a été publié dans le n° 726, du 30 avril 1887.
- M. L. Viûlet-Cnabraud, à La Ciotat. — 1° Nous croyons qu’il est possible d’obtenir la courbure que vous indiquez. — 2° Le mica se trouve chez les marchands de produits chimiques. — 3° Pas de maison spéciale.
- M. le Dr R, B,, à Paris. — 1° Le procédé peut être employé, mais ne sera pas très économique. — 2° Moteurs à air comprimé : M. Blanchod, 32, place Saint-Georges, et MM. Burton et fils, 62, rue Chariot, à Paris.
- M. A. Nilhard, à Lyon. — La sciure de bois donnerait un produit qui brûlerait trop vite.
- M, G. M. R., à Paris. — 1° La dynamo pourra fournir 6 volts et 40 ampères environ. — 2° Oui.
- M. A. Leroy, à Cuesmes. — Le hérisson détruit des insectes nuisibles et des reptiles, mais il détruit aussi les couvées des oiseaux qui pondent à terre.
- M. P. F. B., à Clermont-Ferrand. — Consultez les articles sur la récolte et la préparation des plantes dans le n° 827, du 6 avril 1889, p. 298 ; dans le n° 830, du 27 avril 1889, p. 346 ; et dans le n° 834, du 25 mai 1889, p. 411.
- M. A. C., à Toulouse. — Les fleurs dont vous parlez sont faites comme le caméléon de M. Lenoir (voyez n° 194, du 17 février 1877, p. 189).
- Accusés de réception. — Avis divers : JH. Milée, à Marseille. Il s’agit d’un calcul de barrage à établir; nous ne pouvons vous donner ici les renseignements que vous demandez. — Un abonné, à Sarrance. Nous croyons que l’adresse est la suivante : 3, place Daumesnil, à Paris. — M. S. C-, h Troyes. Société des ardoisières d’Angers : M. Fouinât, représentant, 170, quai de Jem-mapes, à Paris. — M. L. B., à C. S’adresser au secrétariat de l’Académie des sciences, à Paris. — M. F. Bonnefoy, à Toulon; M. Meunier, à Philippeville. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — M. A. Beer, à Paris. Consultez le chapitre sur-la construction des machines dynamos dans le Formulaire pratique de l’électricien à la librairie Masson. — MM. Chalaux, à Barcelone. Ces procédés industriels sont généralement tenus secrets ; nous ne les connaissons pas. — M. F. Jouannin, à Paris. Il doit y avoir erreur; cet appareil nous a échappé. — Un abonné, à Quin-tin. Nous ne pensons pas que vous trouviez directement ces objets dans le commerce. — M. E. Remet, à Paris ; M. E. Vuil-laume, à Nancy; M. A. Sachi, à Paris; M. P. Vettau, à Rome; M. E. P., à Turin. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. E. Ducos, à Pons ; M. Hennequin, à Beauvais ; M. Pavard, au Mans. Remerciements pour vos communications. — M. B. A., à Arles; M. H. Gautié, à Montauban. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) —- M. H. de B., à X. 1° et 2°. Vous trouverez dans le petit livre indiqué ci-dessus quelques formules qui vous conviendront. 3° Jumelles : se trouvent chez tous les bons opticiens. — M. E. F., h Douai. 1° Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux publiés précédemment; 2° pour les annonces, s’adresser à l’Office de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris. — M. E. Blot, à Clermont. Vos appréciations sont exactes, et nous les approuvons. — M. E. de Loriol, à Genève. Consultez les traités de chimie industrielle; ils expliquent les diverses phases de ces opérations. — M. Durafort, à Paris. Il ne s’agit pas, dans la question, de gravure sur verre, mais de gillo-tage (illustration des livres). — M. L. T., a. Moulins. 1° Adressez-vous à la Société chimique, 41, rue de Rennes, à Paris; 2° non. — Un abonné, à Cagliari. Vous trouverez ces ouvrages à la Librairie agricole, 26, rue Jacob, à Paris. — M. A, Louis, à Liège. Les renseignements pratiques sur ce mode de fabrication n’ont pas été publiés. — M. L. L., à Nersac. Il y aurait de grandes difficultés pratiques. — M. P. R., à Montdidier. 1® Ce produit se trouve chez tous les épiciers; 2“ pas de moyen bien simple pour reconnaître cette essence. — M. Ch. Nielsen, à Paris. Remerciements pour vos curieuses photographies que nous signalerons prochainement. — M. le comte H. de Chazelles, à Moule (Guadeloupe). Recevez tous nos remerciements pour les photographies que vous nous adressez du cyclone de la Martinique ; mais elles font double emploi avec celles que nous avons publiées précédemment.
- Dans la < Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS1
- Lampe porte-réchaud. — Les figures que nous publions ci-dessous suffisent à elles seules à faire comprendre l’intérêt pratique de la petite invention que nous signalons, et qui convient dans les ménages modestes, dans les ménages de garçon, etc. L’appâreil consiste en un support pour une lampe. En À, il sert pour utiliser la chaleur perdue de la lampe, et
- Support porte-réchaud pour lampe.
- faire chauffer le lait, le café et la tisane ; en B, le même support devient un foyer de lumière pour éclairer le miroir où l’on peut se coiffer ou se faire la barbe ; en C, la lampe est tenue dans le support de telle façon qu’elle ne puisse ni tomber, ni être renversée. Le support de lampe que nous décrivons s’accroche au mur; il peut servir à lire au lit, etc. S’adresser, pour ce qui le concerne, à M. L. Roussan, 5, rue Rochebrune (square Parmentier), à Paris.
- Panier A salade. — Le panier à salade d’osier que l’on agite à la main n’est pas un système très pratique ; quand on y a placé les feuilles mouillées, il faut l’agiter avec force au bout du bras, et l'eau projetée par la force centrifuge inonde
- tout le parquet. Le panier à salade que nous représentons ci-contre fonctionne aussi par l’action de la force centrifuge, mais il est enfermé dans une boîte métallique tournant autour de son axe et se met en action, sans fatigue de
- la part de l’opérateur. L’appareil a l’avantage de ne pas répandre une goutte d’eau au dehors. Le petit panier à salade parisien, c’est le nom que lui a donné l’inventeur, est en fer-blanc ; il est enfermé dans un cylindre métallique muni d’un couvercle; la salade à égoutter y est placée, et la rotation s’obtient au moyen d’une cordelette, enroulée sur l’axe du système. Se trouve au Comptoir des spécialités brevetées, 86, rue du Faubourg-Saint-Denis.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Conservation du raisin frais en Russie. — Voici une recette très pratique sur la conservation du raisin frais, telle qu’elle se pratique en Russie. Ce procédé consiste, après avoir enlevé de chaque grappe tous les grains avariés, cela avec des ciseaux, afin de ne pas froisser les grains sains qui seuls doivent être laissés, à prendre ensuite de petits tonneaux, à déposer au fond une couche de liège en poudre, puis poser dessus un lit de rappes de raisins, ensuite saupoudrer de poussière de liège, e façon à combler tous les vides entre les grains et empêcher le contact entre eux, puis remettre du raisin et saupoudrer de nouveau, et enfin emplir ainsi le tonneau, qui se conservera en cet état pendant une année au besoin. C’est par milliers,
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- paraît-il, que de semblables petits tonnelets de raisins se vendent dans toute la Russie. En les retirant du tonneau, il suffit de secouer les grappes ou de les plonger dans l’eau pour les débarrasser des grains de poussière du liège.
- Moyen de reconnaître si un objet a été doré au mercure ou a la pile. — On en plonge un fragment dans l’acide nitrique étendu. Après dissolution, il reste une pellicule d’or; si cette pellicule est brillante sur ses deux faces, la dorure a été faite par les procédés électro-chimiques ; si elle est noire sur la surface interne, c’est qu’il y a alliage de l’or déposé avec le cuivre et, par conséquent, la dorure a été obtenue par le procédé au mercure.
- La poudre d’acier comme agent de polissage. — La poudre d’acier est très appropriée au polissage des pierres précieuses, et elle peut remplacer l’émeri avec avantage. On l’obtient en pulvérisant de l’eau sur un barreau d’acier porté à une haute température. Le métal devient friable et se réduit facilement en poudre dans un mortier. Cette poudre se distingue de l’émeri par ses propriétés mordantes et son prix moins élevé ; elle produit, de plus, un poli plus fin et, partant, plus durable.
- BIBLIOGRAPHIE
- L'homme aux yeux de verre; aventures au Dahomey, par Am. Rossi et F. Méaulle. 1 vol. grand in-4° avec de nombreuses illustrations. — Tours, Alfred Marne etCic, 1892.
- Voici déjà les livres du jour de l’an qui commencent à faire leur apparition : ce sont les précurseurs de l’année nouvelle. Celui que nous annonçons sous le titre ci-dessus est édité avec grand luxe, enrichi de fort belles gravures qui en font un superbe album. Le roman d’aventures, écrit par MM. Rossi et MéauIIe, est très attachant et tout à la fois fort instructif pour la jeunesse. 6e beau livre est très digne d’être recommandé.
- Les méthodes de synthèse en minéralogie. Cours professé au Muséum, par Stanislas Meunier. 1 vol. grand in-8°. Librairie ’ polytechnique Baudry et Gie, éditeurs. — Paris, 1891. Prix : 12 fr. 50.
- Il n’est pas nécessaire de faire l’éloge du cours professé par M. Stanislas Meunier au Muséum : tous ses auditeurs en ont depuis longtemps fait valoir le mérite par leur assiduité. Ce cours, que M. Stanislas Meunier a professé comme suppléant de M. Daubrée, titulaire de la chaire de géologie, est résumé dans le livre que nous annonçons : l’intérêt que l’auditeur a prêté à Y Exposé des méthodes de synthèse en minéralogie est un garant de l’accueil réservé par les lecteurs à la rédaction du nouvel et important ouvrage de notre collaborateur.
- Le travail collectif en France. Ses intérêts. Ses besoins. Notes et Conférences de M. Th. Villard, président de la Société centrale du travail professionnel. 1 vol. in-8°. Typographie Gaston Née. — Paris, 1891.
- Ce livre est une étude très consciencieuse, où l’économie politique et la statistique jouent un grand rôle, mais il intéresse aussi au plus haut point l’industriel, et c’est à ce titre que nous le recommanderons surtout à nos lecteurs. L’ouvrage est formé de Notes rédigées par l’auteur et d’excellentes Conférences prononcées par lui, avec un véritable esprit de recherche, beaucoup d’indépendance et de bonne foi.
- Les Républiques hispano-américaines, par Théodore Child. Ouvrage illustré de 151 gravures et de 8 cartes. — Paris, à la Librairie illustrée.
- Le lecteur trouvera dans ce bel ouvrage, édité avec beaucoup de goût, et enrichi de nombreuses et bonnes gravures, le récit sincère d’un voyage accompli dans les régions les plus accessibles des cinq Républiques importantes de l’Amérique espagnole du Sud : Chili, Pérou, République argentine, Paraguay et Uruguay. L’auteur a écrit un livre donnant l’état des populations, les conditions commerciale et sociale des villes et des ports de mer. Son œuvre est un véritable tableau moderne des progrès de la civilisation au sud de l’équateur.
- Deuxième livre d'Histoire de France (Cours du certificat d’études), par Claude Augé et Maxime Petit. 590 gravures, 12 tableaux synthétiques, 20 cartes dont 15 en couleurs.
- 1 vol. in-18. — Paris, librairie Larousse.
- Traité d'horticulture pratique. Culture maraîchère. Arboriculture fruitière. Floriculture. Arboriculture d’ornement, etc., par Georges Bellair, avec 540 figures dans le texte. 1 vol. m-18. — Paris, Octave Doin, 1892. Prix, 6 francs.
- Fragments d’une vie inédite de Camoëns. Catherine d’Atayde, par le comte Adolphe de Circourt. 1 vol. in-16 de la Collection camoënsienne française. Librairie ancienne de S. Pi-trat. — Paris, 1891.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Manuel général des vins, 2e partie. Vins mousseux, par Edouard Robinet, d’Epernay. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque des actualités industrielles. 4e édition, entièrement refondue. B. Tignol, éditeur. — Paris, 1891. Prix : 5 francs.
- Observations météorologiques faites à Tananarive, par le R. P. E. Colin S. J. Observatoire royal de Madagascar. 1 vol. in-8°. — Tananarive. Imprimerie de la mission catholique, 1891.
- Dictionnaire d'agriculture. Encyclopédie agricole complète, par J.-A. Barral, continué sous la direction de Henry Sa-
- gnier. 1 vol. in-4°. 25® fascicule. Librairie Hachette et C‘*. — Paris, 1891.
- Lait. Extrait des Richesses de la France, revu, corrigé et augmenté, par le marquis Chappuis de Maubou. 1 petite brochure in-18. Lamulle et Poisson, éditeurs. — Paris, 1891. Prix : 50 centimes.
- Relatorio das trabalhos feitos na fazenda do gandarella e ante-projecto de installaçâo d'uma usina siderurgica neste logar pelos engenheiros de minas Arthur Guimarâes e J. P. Calogeras. 1 brochure in-8°. Typographia do J ornai de Minas. — Ouro Preto, 1891.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Salnt-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France. "
- - OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 19 oetobre . . 5*,9 S. 3 Couvert. 0.0 Nuag. jusq. 8 h. couv. ens. ; gelée blanche; gouttes, pluie après 21 h.
- Mardi 20 ii‘,o S. S. E. 1 Couvert. 5,2 Pluie ou gouttes jusq. 10 h. ; peu de pl. à 2i h.; couv.
- Mercredi 21 12*,3 S. S. E. 2 Couvert. 1,6 Couv. jusq. 16 h.; peu nuageux; puis beau ap. 18 h.’ quelq. petites averses; atmosphère très claire.
- Jeudi 22 10*,8 S. S. E. 4 Presq. couvert. 0,1 Gouttes à 9-10 h.; très nuageux.
- Vendredi 23 12*,8 S. 4 Très nuageux. 0,0 Brume à 17 h.; très nuageux.
- Samedi 24 9,9 N. W. 2 Couvert. 1,8 Pluie à 1 h., gouttes après; pluie ensuite presq. toute la journée; couvert.
- Dimanche 25 10%1 N. N. E. 3 Couvert. 3,4 Pluie fine de 1 h. à 4 h., et de 13 h. 45 à 15 h.; couv.
- OCTOBRE 1891. -- SEMAINE DU LUNDI 19 AU DIMANCHE 25 OCTOBRE 1891
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- ' Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent, courbe épaisse, les pressions baromêtriquès (baromètre ramené à 0, au niveau de la merj; courbe pl boule sèche : courbe mi pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Les courbes du milieu indiquent • us mince, thermomètre à l'abn d
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- l<es orages et les inondations en province. — Des orages ui ont éclaté le 20 et le 21 octobre dans les régions du Rhône ont causé es inondations et de nombreux dégâts dans plusieurs localités. A Lyon, la Saône a subi une crue assez forte, mais le Rhône est resté stationnaire et n’a fait qu’affleurer aux bas ports. Le département de l’Ardèche a été ravement éprouvé par la crue subite de l’Ardèche et de ses affluents. A anarce, plusieurs maisons ont été emportées. A Saint-Etienne-de-Lug-darès, quatre maisons ont été entraînées. Quatre ponts ont été coupés entre le Bez et Saint-Etienne.
- Un grave accident, qui est attribué aux fortes pluies qui.ont détrempé le terrain de la voie, a eu lieu, le 21 octobre, à 6 heures du matin, sur la ligne de l’Ouest lyonnais. Un affaissement de terrain s’est produit après la gare de la Pillardière, et la locomotive a été précipitée dans un trou de 1“,70 de profondeur. Le chauffeur et le mécanicien ont été écrasés par le choc qui a suivi le brusque arrêt; mais on n’a eu à déplorer aucun autre accident de voyageur.
- A Nîmes, les dégâts causéê par les inondations et les orages ont été considérables. Par suite de la crue du Gardon, la voie du cliemiu de fer a été coupée entre Nozières et Moussac, entre Cavillargues et l’Ardoise et près de Prévenchère.
- La route de Pont-Saint-Esprit (Gard) à Saiut-Just (Ardèche) a été
- emportée par les eaux sur une longueur de 500 mètres. A Anduze, certains quartiers sont restés plusieurs jours sous l’eau.
- La Cèze a également débordé et a causé de grands dégâts à Besseges, A Alais, le Gardon a charrié des arbres et des matériaux de toutes sortes. Toutes les propriétés riveraines, les moulins, les filatures ont été inondés. Le chemin de fer de la Grand’Combe à Trescol a été emporté par les eaux sur une longueur de 50 mètres.
- A Avignon, l’ile de la Barthelasse a été complètement inondee. Le Miallan a charrié des arbres énormes. Le Doux et l’Ardèche ont également subi de fortes crues. La route de Saint-Péray a été envahie par les eaux.
- A Tarascon, le Rhône, grossi par l’Ardèche, a cru rapidement. Le 22 octobre, à 8 heures du matin, il a atteint 5“,95 à l’étiage. Une grande partie des territoires de Roquemaure et des communes voisines ont été inondés. Les routes de Bagnols et d’Orauge ont été couvertes par plus de 2 mètres d’eau. Les environs de Marseille ont été aussi très éprouvés par les orages et les crues qui en sont résultées. La Durance, l’Ouvèze, la Sorgue et la Seille ont subi des crues. Plusieurs inondations se sont aussi produites dans la région de la Loire ; à Saint-Etienne, on a signalé une crue exceptionnelle de la Loire et de ses affluents; à Firminy, la gare, les scieries mécaniques, l’usine Verdie ont été envahies par les eaux; des buanderies ont été emportées. La ligne de tramways de Saint-Etienne à Firminy a été coupée près de Chambon.
- PHASES DE LA LUNE ; D. Q. le 24, à 2 h. 6 m. du soir,
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- Supplément à « LA MATURE » du 7 novembre 1891 (n° 962)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées'1
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOOTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVIŒ DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LÀ SEMAINE
- Les accidents de chemin de fer.—Un certain nombre de personnes s’émeuvent à l’excès des accidents de chemin de fer qui se sont produits successivement dans ces derniers temps. Nous pouvons leur déclarer qu’il n’y a rien de changé dans le service des chemins de fer français et que tout mode de locomotion ne saurait être exempt de péril; il arrive des accidents de voitures, et les piétons eux-mêmes peuvent faire des faux pas, se casser la jambe en descendant un trottoir, ou recevoir, en se promenant, une cheminée sur la tète. Nous sommes, pour les accidents de chemin de fer, dans une série à la noire, comme disent les joueurs de roulette, mais à bien considérer les faits, il ne se passe chez nous absolument rien d’anormal. La statistique de nos voisins va nous montrer que notre service n’est point défectueux. En Allemagne, pendant le mois d’août dernier, il s’est produit 19 déraillements, et 15 rencontres de trains en gare. La direction générale des chemins de fer avoue 239 victimes dont 2 voyageurs et 53 employés tués. Aux États-Unis, il y a eu pour le même mois, 111 rencontres de train et 110 déraillements avec 91 tués et 341 blessés. Il faut assurément que les accidents conduisent sans cesse à augmenter les précautions, mais les accidents—on doit en prendre son parti — sont inévitables ; et quand on songe au nombre de voyageurs transportés, par rapport au nombre des victimes, on reconnaîtra qu’il n’y a guère plus de danger à aller en chemin de fer qu’il n’y en a à traverser la place de l’Opéra. Il y aurait puérilité à insister sur ces faits que la généralité du public admet, mais nous avons reçu cette semaine, au sujet des accidents de chemin de fer, plusieurs lettres de correspondants alarmés que nous avons voulu rassurer. G. T.
- INFORMATIONS
- —Sfc— Le Comité de l’Afrique française a reçu, la semaine dernière, des nouvelles de la mission Dybowski. Malgré les difficultés que cette mission a rencontrées pour le recrutement des porteurs, elle continue rapidement sa marche en avant. Le 14 août, le chef de l’expédition se préparait à quitter Brazzaville pour rejoindre, au poste extrême de Bangui, ses lieutenants, Brunacne, Nebout et Bri-uez, occupés jusque-là à des reconnaissances préliminaires. A cette ate, M. Dybowski n’avait pas encore connaissance des nouvelles instructions qui lui ont été envoyées par le Comité à la suite de l’échec de la mission Crampel. Si. Dybowski a expédié du Congo beaucoup de pièces d’histoire naturelle : 400 pièces d’ethnographie, 150 oiseaux, etc.
- —— La Dépêche de Toulouse raconte qu’on vient de découvrir une station préhistorique importante au bas de la colline qui domine le vieux château de Montpezat, situé entre Saint-Martory et Man-cioux (Haute-Garonne). Les fouilles faites dans une antique caverne, qui donne accès dans un souterrain reliant une tour encore existante au donjon féodal, ont mis à jour des objets appartenant à l’âge du renne. Quelques spécimens ont été soumis à MM. de Quatrefages, Fischer et Boule, attachés au laboratoire de paléontologie. On remarque, entre autres objets trouvés, une pointe de harpon en os,
- un poinçon en os, un bout de flèche en os de cerf, un couteau en silex, etc., ainsi que des restes d’animaux, de castor, de cerf et de cheval, et plusieurs crânes humains.
- —Jjf— On a récemment signalé de La Rochelle la mort d’un centenaire, M. Louis Routurier, ancien soldat, décédé à Matha (Charente-Inférieure). Né à Matha, le 7 mars 1791, ce vieux brave était avec les armées impériales à Magdebourg, à Lutzen, à Dresde, à Leipzig, à Champaubert, à Montmirail, à Montereau, etc., etc. Fait prisonnier à Ligny avec une blessure, il s’échappa à la nage et se battit plus tard à Waterloo, où il recevait une nouvelle blessure à l’épaule.
- — On a annoncé, il y a quelques jours, qu’une effroyable trombe s’est abattue sur les villes de Kobe et Osaka (Japon). Plusieurs propriétés ont été entièrement détruites. On assure, en outre, que ce terrible cyclone a fait de nombreuses victimes. On parle de 450 à 500 morts et de plusieurs centaines de blessés.
- —^— Plusieurs cas d’empoisonnement ont été dus à la production de phénomènes électrolytiques pendant la préparation des mets. Le Dr IIull, qui s’est particulièrement occupé de cette question, a constaté que le plus grand nombre était consécutif à l’absorption de glaces ou de plats acidulés. Quand toutes les parties métalliques de l’appareil culinaire ne sont pas composées du même métal, un couple se forme et, si les liquides peuvent avoir une action chimique sur l’un d’eux, des sels prennent naissance. On évitera facilement ces accidents en employant des récipients formés d’un seul métal.
- —$1$— U y a environ I 500 000 000 d’habitants sur terre. Il en meurt chaque année 55 055 000. Le nombre des hommes et des femmes est à peu près égal, et la moyenne de la durée de la vie est d’environ 55 ans. Un quart des hommes meurent avant d avoir atteint leur quinzième année. 55 055 000 personnes mourant chaque année, cela fait un total de 91 501 par jour, 5770 par heure, 62 par minute et environ 1 par seconde.
- —%— Un croiseur chinois protégé, portant le nom de Kuang-Ping, a été lancé, le 11 avril dernier, à l’arsenal de Fou-Cheou, où il a été construit pour le gouvernement provincial de Canton. L’opération a eu lieu à la suite des sacrifices d’usage à la Reine du Ciel, aux Esprits de la rivière, de la terre et des navires. Le Kuûng-Ping a 68m,88 de longueur sur 7m,95 de largeur, avec un tirant d’eau de 3m,46. Il aura une force motrice de 2400 chevaux, fournie par deux machines compound horizontales. Son armement sera composé de trois canons à tir rapide de 12 centimètres, placés, deux sur les flancs, et le troisième à l’arrière ; huit canons Hotchkiss et quatre tubes pour le lancement des torpilles. La flotte de Fou-Cheou compte deux autres bâtiments semblables : le Kuang-hi et le Kuang-Kuong-Ken-
- —^— Un coureur russe, M. Galowsk, avait parié de faire le trajet de Bordeaux à Angoulême et de revenir à Bordeaux à pied, soit de parcourir 232 kilomètres en vingt-quatre heures; M. Galowsk a réussi avec une avance de quarante minutes, gagnant ainsi un pari de 2000 francs.
- —$$— On vient de découvrir, dans l’Asie centrale russe, les restes d’une ville importante qui était composée entièrement de cavernes taillées dans le roc. Cette ville était située sur la rive droite de l’Amou-Daria (Oxus), dans le voisinage de la ville bokhare de Harki. La ville souterraine paraît, à en juger par les inscriptions, monnaies, etc., qu’on y a trouvées, avoir existé au deuxième siècle avant notre ère. Certaines habitations sont à plusieurs étages. Il y a des rues et des places dont quelques-unes seulement sont obstruées par.les ruines.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- Adresses relatives aux appareils décrits.— Les réglettes multiplicalrices et multisectrices se trouvent à la librairie classique E. Belin, 52, rue de Vaugirard, à Paris. — On peut trouver les automates que nous avons décrits chez MM. Marchai et Buf-fard, marchands de jouets, 8, passage de l’Opéra, à Paris. On peut s’adresser aussi à M. G. Vichy, fabricant de jouets mécaniques, 56, rue Montmorency, à Paris. —Pour ce qui concerne les distributeurs automatiques de liquides, s’adresser à M. P. Leoni, administrateur de la Société, française des Fontaines populaires, 40, rue du Rocher, à Paris.
- M. Fouilliand, professeur de physique, à Lyon; M. Hérard, à Paris; M. F. F. D., à Reims. Vous pourrez avoir les transformateurs à courant continu, décrits dans une précédente livraison, en vous adressant à MM. Austin et Myers, electrical engineers à Armley, Leyds, England.
- Communications. — M. Bertrand Belval, à Nîmes, nous signale un curieux fossile qu’il a trouvé dans un terrain sablonneux près Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme); il le considère comme provenant d’une sorte d'oursin à lunettes (?)
- M. le Dr Guslavus Hinrichs, à Saint-Louis (Etats-Unis) nous écrit qu’il exécute depuis fort longtemps dans ses cours publics l’expérience, que nous avons décrite, de la chaîne
- [tendue à une cordelette, et formant un cercle par l’action de a force centrifuge (Voyez n° 955, du 5 septembre 1891, p. 224). — Le même correspondant nous adresse une belle photogravure des météorites d’Amana, dont il a été question dans une note présentée à l’Académie des sciences.
- M. E. Lenoble, à Lille, à propos de nos articles sur les figures animées, nous fait remarquer que quelquefois les cristallisations présentent des phénomènes analogues. Il nous envoie la photographie d’un groupe de cristaux de prussiate jaune, où on peut distinguer une tête.
- M. Léonce Campion, à Tourcoing, nous adresse une brochure intitulée Maximum de renseignements et minimum de travail, qui donne les notions les plus élémentaires de comptabilité.
- M. Audibert, à Marseille, nous écrit au sujet des deux articles qui ont été publiés successivement sur la grande pyramide (n° 952 du 11 avril 1891, p. 291, et n° 955 du 19 septembre 1891, p. 245), et nous fait remarquer que les deux auteurs ont laissé supposer que le couloir intérieur se trouvait actuellement dirigé sur a du Dragon, tandis que si réellement, comme cela ne semble pas douteux, la direction du couloir était, il y a 4000 ans, celle de a du Dragon, elle doit être aujourd’hui celle de la Polaire actuelle, a Petite Ourse. En d’autres termes, le couloir dirigé suivant l’axe du monde à l’époque de la construction de la pyramide est nécessairement resté dirigé suivant cet axe, variable par rapport aux étoiles, mais fixe dans la terre.
- M. Florent Chassant, directeur des études à l’École pratique d’agriculture du Puy-de-Dôme, nous adresse une rectification à propos de l’article récemment publié sur les corbeaux (n° 956, du 26 septembre 1891, p. 265). Le procédé pour éloigner les corbeaux, qu’il a préconisé, consiste à placer les corbeaux morts par terre, les ailes étendues sur le champ à protéger, et non à les pendre à un piquet comme on l’a indiqué par erreur.
- M. le capitaine de Place, à Angers, nous écrit : « Je vois dans les Communications du n° 961, du 51 octobre 1891, une réponse de M. Gudefin, à Montpont, à mon observation des satellites de Jupiter dans une glace. Votre correspondant prétend que les images données par la glace sont des images secondaires de la planète fournies par les deux surfaces réfléchissantes du verre. Cette remarque est inexacte, car : 1° toutes les planètes auraient donné dans la glace des satellites ou plutôt des pseudo-satellites, or il n’en est rien ; 2° je vois quand le temps est très clair, et cela avec mes yeux, non pas deux, mais trois satellites de Jupiter dans la glace; 5° si M. Gudefin avait regardé dans la glace avec une lorgnette de spectacle, il aurait vu les quatre satellites, dont les deux premiers (vus avec les yeux seuls) toujours au même endroit; 4° il eût pu observer,
- en regardant directement Jupiter avec sa lorgnette, que la glace renversait la position des satellites par rapport à Jupiter. Il est donc hors de doute qu’en regardant Jupiter dans une glace, on voit ses satellites. »
- Renseignements. — M. K., h Montreux. — Les journaux et ouvrages spéciaux d’électricité ont publié la description d’un grand nombre d’appareils de ce genre.
- M. Santos Lima, à Cruz-Atla. — Le diamètre des hémisphères ne peut pas être quelconque, il faut prendre le modèle des observatoires.
- M. Balland, à La Bridoire. — Poules de Dorking et autres chez M. Lemoine, à Crosnes (Seine-et-Oise).
- M. P. Morand, à Paris. —Ce produit existe à l’état naturel.
- M. H. T., à G. — 1° Turbine Victor : M. Clifford Smith, 8, rue de Trévise, à Paris. — 2° Pour faire disparaître ces herbes, il faut y répandre du tan.
- M. A. Dupont, à Bouchain. — Employez de petites ventouses qui se trouvent chez tous les quincailliers.
- M. J. P., h Paris. — Oui, les algues peuvent aussi jeter des lueurs phosphorescentes, mais cette lueur provient d’organismes animaux ou végétaux adhérents aux algues.
- M. le Dr Chambau, à Beauregard. — Il convient de mouiller fortement le plateau de caoutchouc, et de le laisser sécher sous presse, pour le forcer à reprendre la forme normale.
- M. P. Baralaud, à Limoges. — Ce système est pratique et n’offre pas de grands dangers.
- M. Monier, à Malakoff. — Vous aurez les renseignements demandés, en vous adressant aux journaux suivants : Le Bu-vcher, organe de la Société d’apiculture du Nord, 15, rue Gres-set, à Amiens; L’Auxiliaire de l’apiculteur, 25, rue Allart, à Amiens.
- M. B., à Aigues-Mortes. — Machines à tricoter les bas : M. A. Ricbourg, 20, boulevard Sébastopol, à Paris.
- M. Baylac, à Paris. — Le poisson dont vous parlez est probablement VAnabas, qui peut vivre hors de l’eau. Nous l’avons décrit jadis. (Voyez la Table des matières des dix premières années.)
- M. Saulenct, à Besançon. — L’adresse se trouve dans le numéro même où vous avez lu la description : en tète de la Boîte aux lettres.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. A. Tardif, à Aix. Chez l’inventeur, à Stockholm. — M. le Dr Loisel, à Tergnier. 1° Votre lettre a été envoyée à destination; 2° pas d’adresse spéciale. — M. H. Courtois, à Muges. 11 faudrait voir l’appareil pour pouvoir vous répondre, la réparation nous paraît difficile sans le concours du fabricant. — M. Ch. Lacroix, à Paris. 1° Les distances sont très variables suivant les cas; 2° veuillez nous indiquer de quelle lampe il s’agit. — M. N., à Gard. M. Raffard. 5, avenue d’Orléans, à Paris. — M. de Jonge, à Douaville. MM. Richard frères, 9, impasse Fessart, à Paris. — M. le Dr Sloeber, à Nancy. Les constructeurs ont été indiqués à la fin des articles. — Brossault, à Paris. La formule donnée nous paraît exacte. — M. Loussert, à Herment. Consultez les Annonces. — Un abonné, à Mulhouse; M. A. Meyer, à Lille; Un abonné, à Caudebec; il/. A. B. Pètion, à Paris; M. A. Gravier, à l’Isle; M. P. Grooters, à Paris; M. J. Boillot, à Neufchâtel. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. Ch. Lihureau. Les diverses recettes ont été réunies dans les ouvrages mentionnés ci-après. — Un collégien, à Paris. Ces renseignements sont donnés dans le petit livre de la Science pratique, à la librairie G. Masson. — Un abonné, à Saint-Cloud ; M.H. T oint, à Anvers. Voyez le petit livre des Becettes et procédés utiles, à la même librairie. — M. d’Ersec, à Paris. Nous avons reçu votre intéressante photographie; nous la ferons connaître prochainement. — M. J. de Benedetti, à Rome. 1° Impossible d’augmenter notre service d’échange qui est complet ; 2°M. Léon Bollée, au Mans (Sarthe). —M. Desnos, à Nancy. Remerciements; nous avons une Notice en préparation sur ces nouvelles machines. — M.A. G., à Tours. Nous avons reçu votre lettre et votre aimable envoi. — M. Vasset, à Donchéry. Grenades Harden et Dick : 22, rue des Capucines, à Paris. — M. A. Battan-dier, à Rome; M. L. Mouline, à Vals-les-Bains; M. E. Dimanche, à Ilautmont. Remerciements pour vos communications. — M. le Dr B., à Saumur. Il faudrait connaître la nature de la tache pour vous répondre. — M. F. Peralta, à Boston. Vous trouverez plusieurs traités de ce genre à la librairie Masson. — M. A. Delaunay, à Paris. L’appareil est en vente chez M. Fontaine, 24, rue Racine. — M. M. L., à Paris. Vous pourrez vous procurer ces matières chez les marchands de produits chimiques. — M. G. S., à Nîmes. 1° Pas d’adresse à faire connaître; 2° le constructeur est indiqué en tête de notre 620e Boite aux lettres (n° 928, du 14 mars 1891). — M. Bis-son, à Bourges. Quelques formules sont données dans le petit livre de la Science pratique. (G. Masson, éditeur.) — M. J. E. Delau-rier, à Paris, nous adresse une Notice sur un nouveau moulin universel, qui, d’après lui, peut fonctionner comme moulin à vent ou à eau. — Un abonné rural, à Paris. Nous n’avons aucune compétence sur ce sujet trop spécial, nous ne saurions vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction, accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Nouvelle lampe à gaz. — Les brûleurs à gaz, depuis la concurrence de la lumière électrique, se sont singulièrement perfectionnés. Notre figure représente, en vue extérieure et en coupe, une nouvelle lampe qui produit un très bel éclairage, de lumière blanche, grâce à un appel d’air fort bien conçu. Dans cet appareil, l’introduction de l’air extérieur a lieu à la partie supérieure de la flamme, et non au-dessous, comme cela a lieu d’habitude. Il en résulte qu’on n’a plus alors besoin de grandes cheminées d’appel, la cheminée ne servant plus qu’à
- Nouvelle lampe à gaz. Vue extérieure et coupe.
- l’écoulement à l’extérieur des gaz très chauds et par suite très légers. Le disque d’épanouissement écrase la flamme sur elle-même, la force à brûler plus complètement le carbone qu’elle contient, et lui impose en même temps une plus grande régularité de combustion et de fixité. Il en résulte, d’après l’inventeur, une économie très sensible dans la consommation du gaz. — S’adresser pour ce qui concerne cet appareil à M. F. Men-necke, 22, rue Baudin, Paris.
- Le jeu de* « crickets ». — Tout le monde connaît l’expérience suivante basée sur l’élasticité des corps : vous posez un jeton d’os ou d’ivoire sur le tapis d’une table, avec un autre jeton vous appuyez sur le premier et vous faites sauter celui-ci. Un inventeur anglais a combiné sur ce principe le petit jouet représenté ci-dessous en A. Une rondelle de drap est fixée à la partie antérieure du jeu; on y pose un petit jeton, avec un
- Le jeu de crickets.
- jeton un peu plus fort on fait sauter le petit jeton ; s’il passe à travers l’orifice circulaire de la planchette verticale, le joueur a gagné le point 100; s’il tombe sur la planche horizontale, le joueur a le point 75; s’il tombe dans deux cases inférieures, le joueur a le point 10 ou 20. Il y a là un amusant jeu de société. Le petit appareil se démonte et se replie comme on le voit en B, les jetons sont contenus dans un sacC. — Le jeu des crickets se trouve chez M. A. Normand, papetier, 32, passage du Havre, à Paris.
- Nettoie-glaces. — Ce petit appareil permet de nettoyer à distance, sans être obligé de monter sur une échelle, carreaux, laces, vitres, avec la même facilité qu’à portée de la main, 'appareil se compose : 1° d’une planchette formant plateforme, montée sur genouillère mobile, destinée à recevoir la
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- « Serviette Prodigieuse » (tissu bien connu de nos lecteurs, qui a la propriété de nettoyer à sec); 2° de deux pinces fixant la serviette. Au moyen de la genouillère, on donne à l’appareil l’inclinaison la plus favorable selon la hauteur des glaces ou carreaux à nettoyer. Si les carreaux ont besoin d’être lavés, on peut facilement mettre une éponge dans l’appareil et l’on nettoie comme avec la main. La légèreté du nettoie-glace tout en
- Nettoie-glaces de ménage.
- bois (750 grammes), la solidité de la genouillère,comprimée au moyen d’un écrou facile à serrer avec la main, en rendent l’emploi des plus commodes. On peut encore utiliser ce système pour essuyer le parquet avec les « Serviettes Prodigieuses » ayant subi le lavage.
- Notre gravure représente une bonne se servant du nettoâe-glaces pour nettoyer des vitres d’une fenêtre. Au bas de, la figure, en cartouche, on voit le détail du système. — Se trouve dans les bazars, au Comptoir des spécialités, 86, Faubourg-Saint-Denis et à la Ménaç/ère à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Préservation des plantes deserre contre les insectes. — On sait que la nicotine du tabac agit d’une manière efficace dans les serres pour préserver les plantes des insectes : un procédé dont M. Boizard est l’inventeur consiste à vaporiser la nicotine au lieu de l’employer en aspersion sur les végétaux, ce qui lui donne une puissance insecticide beaucoup plus considérable. L’invention trouvée, restait l’application, qui est variable suivant les cas, les conditions dans lesquelles on se trouve et les' végétaux sur lesquels on doit agir. M. Bergman, de Ferrières-en-Brie, a eu l’ingénieuse idée de faire construire des sortes de récipients en fer s’adaptant parfaitement aux tuyaux de* chauffage et dans lesquels il verse de la nicotine, qui, sous l’action de la chaleur que dégagent les tuyaux, se vaporise,! pénètre partout dans la serre, jusque dans les moindres anfractuosités et fait périr tous les insectes qui s’y trouvent. De cette manière, on n’a pas à s’occuper du moment où l’on doit opérer, la vaporisation étant lente et continue.
- Vin de pommes. — On prépare aux États-Unis une liqueur alcoolique de pommes qui, lorsqu’elle est un peu ancienne, se rapproche singulièrement du vin du Rhin. Elle se prépare de la façon suivante : on choisit des pommes bien saines, on les presse, on recueille le jus et on l’évapore à moitié; avant que le refroidissement soit complet, on délaye dans ce liquide une quantité de levure de bière suffisante pour y développer une vive fermentation; après vingt-quatre heures, on soutire et on introduit le liquide dans des barils, ou mieux, dans des bouteilles très fortes que l’on bouche soigneusement. Ce cidre cuit, alcoolisé par la fermentation, forme un vin de dessert.
- Colle pour faire adhérer au verre le papier ou le coton. — Un mucilage qui est fort propre à attacher au verre les bandes de coton, ou le papier, etc., est décrit dans le Journal de la Société photographique de l'Inde, de la manière suivante : on prend deux cuillerées à thé de farine, 120 centimètres cubes d’eau et 5 décigrammes de bichromate de potasse. On malaxe
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- .NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- bien la farine et l’eau afin d’avoir un mélange bien homogène ©t on chauffe le mélange en le remuant jusqu’au point d’ébullition. Alors on ajoute peu à peu le bichromate de potasse, en remuant sans cesse. Enfin on laisse refroidir. Ce mucilage bichromaté doit être gardé à l’obscurité, et l’on fera bien de s’en servir peu de temps après sa préparation. Voici comment on l’emploie : on y laisse tremper les bandes de papier, on les attache ensuite au verre et on place les plaques dans un endroit où elles peuvent recevoir l’action directe de la lumière solaire pendant l’espace d’une journée.
- Mastic inaltérable. — Ce mastic est formé de 93 parties de brique pilée ou d’argile bien cuite, de 7 parties de litharge et d’huile de lin. On pulvérise d’abord séparément la brique et la litharge, ces deux substances devant être réduites en poudre bien fine. Puis on les mêle ensemble et on y ajoute assez d’huile
- de lin pour donner au mélange la consistance du plâtre gâché. Alors, après avoir mouillé avec une éponge la partie à enduire, on l’applique à la manière du plâtre. Si, parfois, sur les grandes surfaces, il se forme quelques gerçures, il faut les boucher avec la même préparation. Au bout de trois ou quatre jours, l’enduit devient solide. Ce mastic peut être employé avec succès pour couvrir les terrasses, revêtir les bassins, souder les pierres et s’opposer partout à l’infiltration des eaux; il est si dur qu’il raye le fer.
- Destruction des limaces. — M. Duboscq, de Caen, fait connaître un procédé simple pour capturer les limaces : il suffit d’étaler du son sur une ou plusieurs briques, les limaces ne tardent pas à venir en grand nombre sur le son. On détruit ces animaux capturés en les jetant dans l’eau bouillante. (Communiqué par M. Clouty, 16, rue Nollet, à Paris.)
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- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Salnt-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 26 octobre . . 10”,8 N. E. 2 Couvert. 0,3 Couv. le m., peu nuag. le s., éclairs dans, la soirée à l’E. ; pluie ae 7 h. 1/2 à 9 h. 1/4.
- Mardi 27 9”,5 E. N. E. 2 Beau. 2,1 Quelq. nuages (à et là.
- Mercredi 28 6”,5 N. E. 3 Nuageux. 0,0 Couv. jusq. 6 h., puis peu nuageux ; beau après 9 h.
- Jeudi 29 . 1*,2 N. E. 3 Beau. 0,0 Beau ; gelée blanche.
- Vendredi 30 — 0*,8 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau ; première gelée à glace.
- Samedi 31 — 1*,9 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau.
- Dimanche 1" nov.. . — 2”,9 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Beau jusq. 8 h. ; presq. couv. ensuite.
- OCTOBRE-NOVEMBRE (891. - SEMAINE DU LUNDI 26 OCTOBRE AU DIMANCHE 1er NOVEMBRE 1891
- La courbe super enre indique La nébulosité de On 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la merf, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boute seche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Oraces et inondations. — Les orages, que nous signalions dans notre dernier numéro, et les inondations qui en ont résulté, se sont encore prolongés pendant la dernière semaine d’otobre.
- De forts orages, accompagnés d’éclairs et de tonnerres, ont éclaté dans la journée du 27 octobre sur la ville de Perpignan et le département. A partir de 5 heures du soir, une pluie diluvienne n’a cessé de tomber toute la nuit, grossissant les cours d’eau. La Tet a démoli la galerie de captation servant à alimenter Perpignan en eau potable.
- Au hameau de Sirach, près Prades, les pluies ont produit un curieux phénomène : la montagne s’est affaissée; le plateau sur lequel se trouvaient les maisons de Sirach a glissé d’une vingtaine de mètres; de forts éboulements se sont produits qui ont détérioré la voie du chemin de fer en construction de Villefrànche à Prades.
- A Serdinya, canton d’Olelte, une véritable trombe d’eau a fait irruption, avec une violence extraordinaire, dans le moulin Catala, renversant les meubles, emportant les marchandises; le canal servant à amener les eaux au moulin a été coupé ; les champs ont été dévastés.
- A Castres; une abondante trombe d’eau est tombée le 28 octobre sur ville et les environs. Le pluviomètre a accusé une hauteur de 0,078 d’eau, tombée en douze heures. L’Agout a subi une crue de 3 mètres.
- L’Aude a subi également une crue très forte. La plaine de Narbonne a été pendant plusieurs jours complètement inondée, et les communications ont été interrompues entre les diverses communes. Le canal du Midi a aussi débordé. A Limoux, il y a eu 6 mètres d’eau dans la partie basse de la ville ; à Carcassonne, l’etiage marquait 8 mètres.
- Une catastrophe épouvantable est arrivée, le 27 octobre, dans le quartier arabe, à Tunis, au dépôt des tramways, à la suite des derniers orages. Un énorme mur en construction s’est écroulé pendant un gros orage et a écrasé une maison arabe en contrebas du mur. Trente-cinq personnes, femmes et enfants, étaieut réunies, pendant l’orage, dans la même chambre quand le mur s’effondra. Toutes ces femmes et enfants ont été écrasés complètement.
- Les inondations se sont également fait sentir sur les bords de la Tamise, en amont de Londres. A Datchet, près Windsor, la voie du chemin de fer a été inondée.
- PHASES DE LA LUNE: N. L. le 1", à 6 h. 42 m. du soir.
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- Réservé au abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- AVIS DE li’ADMIA'ISTBATIOV. — L'échéance du 3‘) novembre étant une des plus chargées de l’aunée, nous prions instamment MM. les abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 28 novembre (n“ 9,53) de nous faire parvenir soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement avant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l’abonnement précédent sera, à Paris et dans les départements, présentée dès les premiers jours de décembre aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n’auront pas avant le 30 novembre renouvelé ou donné ordre contraire.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- LÀ SEMAINE
- Tremblement de terre an «lapon. — Un épouvantable tremblement de terre a eu lieu au Japon, et, d’après les télégrammes reçus au commencement de cette semaine, les désastres atteindraient des proportions aussi extraordinaires que navrantes. L’ébranlement au sol s’est fait sentir sur un espace considérable. On estime à 7000 le nombre des morts et à 9000 celui des blessés; 75 000 maisons ont été détruites ; 12 000 ont été endommagées. On dit que plusieurs grandes villes sont en ruines. En outre, le choléra se répand à Nagasaki ainsi que la dysenterie et le typhus. Il y a eu, depuis le 1er novembre, une centaine de cas de choléra. — Nous avons voulu enregistrer ici ce terrible phénomène géologique, en attendant que nous puissions en donner une description plus complète.
- INFORMATIONS
- —— Le cuirassé anglais le Hood a été mis à flot récemment dans le bassin où il a été construit, à Chatham. Ce sera, d'après Y United Service Gazette, le plus beau et le plus grand cuirassé à tourelles fermées existant au monde; il aura 14150 tonnes de déplacement et 13000 chevaux de force motrice. Il y a moins de deux ans qu’il a été commencé et, cependant, il est dans un état d’avancement plus grand que ne le sont d’ordinaire les bâtiments au moment de leur mise à l’eau; on évalue le poids actuel de sa coque à 7500 tonnes. Son armement comprendra 4 canons de 13 pouces et demi en tourelles, ‘29 canons à tir rapide, dont 10 de 6 pouces et 9 de 5 pouces, non compris les torpilles et les mitrailleuses.
- —Les chasses sont productives à Arcaclion. Nous lisons dans YAvenir que dans les journées de mardi et de mercredi de la semaine dernière, après deux heures de chasse, chaque jour, à Cazeaux, M. S..., président de la chasse du Broust, a rapporté un sanglier, quatre bécasses, Irente-six grives et dix douzaines de becs-fins, ces derniers pris aux cédasses. Mardi, à 11 heures du matin, M. S..., qui était devant sa villa du Lac, vit un sanglier qui nageait. Il monta en barque et le servit de deux coups de fusil, avec du 8. L’animal blessé rougit l’eau de son sang, poussa un grognement et se dirigea sur l’embarcation. Un dernier coup dans l’oreille le tua. Il fut alors embarqué. C’était une laie de trois ans, pesant 80 livres.
- —Une nouvelle substance explosive désignée sous le nom d'Ecrasite a été inventée par deux ingénieurs autrichiens ; le secret de sa composition est sérieusement gardé au Ministère austro-hongrois de la guerre. D’après les expériences faites, l’écrasiU?est avec la dynamite dans le rapport de 10 à 7, et peut être employée aussi bien dans les fusils que dans les canons. Un obus chargé de cette substance peut détruire une ligne de 500 hommes. L'Army and Navy Gazette annonce immédiatement, après cette première invention, que l’armée autrichienne va être pourvue d’une cuirasse d’acier couvrant seulement la poitrine. Cette cuirasse a été reconnue impé-
- nétrable par 'les balles de toute carabine connue. Elle peut se loger facilement dans un havresac ordinaire. Les armées de la triple alliance seront pourvues de cette cuirasse.
- —$îî— MM. les Ministres de la guerre et de l’intérieur ont soumis à la signature du Président de la République un projet de loi tendant au recensement des pigeons-voyageurs. Ce recensement sera fait par les soins des maires. On exigerait des propriétaires* une déclaration obligatoire et, à son défaut, une déclaration d’office. L’importation des pigeons étrangers en France pourrait être interdite sur la proposition des Ministres de l’intérieur et de la guerre.
- —Nous avons signalé déjà quelques curiosités que les Américains préparent pour leur Exposition de Chicago : une montagne artificielle, la Patti mécanique et phonographique, etc. Voici encore un objet qui ne manquera pas d’originalité. La ville de Tulare, en Californie, se propose d’envoyer à l’Exposition quelque chose de nouveau. On va transformer en wagons, grandeur naturelle, un arbre Redwood gigantesque, mesurant 120 mètres de haut, et ayant 8 mètres de diamètre. On laissera l’écorce sur le toit, les extrémités et les côtés seront dépolis. L’intérieur sera construit sur le modèle des wagons Pullmann. I/un des wagons aura un buffet, salle de bains et salon de coiffure, l’autre un sleeping car. On aura d’autre part des wagons de transport ordinaire, et les habitants de Tulare arriveront de cette façon à Chicago.
- —%— Par arrêté du 1er octobre 1891, pris après avis du Directeur de l’école et de la Commission permanenle du Conseil supérieur de l’enseignement technique, le Ministre du commerce, de l’industrie et des colonies a décidé que la langue grecque moderne serait comprise au nombre des langues sur lesquelles peut porter l’épreuve écrite et orale lors des concours d’admission à l’Ecole supérieure de commerce de Marseille.
- —%— La section des aérostiers militaires allemands, qui fait à Strasbourg des expériences en vue de la création d’un parc semblable à celui de Metz, a établi son champ d’opérations sur la plaine des manœuvres hors de la porte des Pierres- La semaine dernière, elle a fait monter un ballon captif dont l’ascension avait été empêchée la veille par un vent trop violent.
- —%— Un boutiquier de Richmond, ne sachant comment se débarrasser des mouches, a imaginé la combinaison suivante : des fils métalliques fins sont tendus sur un cadre en bois et reliés de deux en deux aux bornes d’une bobine de Ruhmkorff pouvant donner une étincelle de 6 millimètres. Les fils sont suffisamment espacés pour que l’étincelle ne jaillisse pas entre eux, mais lorsqu’une mouche ignorante vient s’y poser, elle est soumise ipso facto à une électrocution irrésistible.
- —Les cours de l’Association pour l’instruction complémen-laire des 'membres de l’enseignement primaire reprendront le mardi, 3 novembre, à l’Ecole communale, 40, rue des Ecluses-Saint-Martin, à Paris. Pour suivre les cours, qui sont absolument gratuits, il suffit d’écrire à M. Varenne, directeur des cours, à l’Ecole. Iœs cours ont pour but de préparer les instituteurs et institutrices — ainsi que ceux qui se destinent à l’enseignement — au brevet supérieur, au professorat des Ecoles normales et à la licence ès sciences. Le programme est affiché à l’école.
- —M. G. Pouchet, professeur d'anatomie comparée au Muséum d’histoire naturelle, a commencé son cours le 3 novembre à 10 heure# du matin. Ce cours sera continué (55, rue de Buffon, laboratoire d’anatomie) les mardis, jeudis, samedis à 9h,45m au matin.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- SC.
- Communications. — M. J. Merhlin, à Paris, nous fait
- savoir qu’il a récemment exposé, dans son atelier de la rue Delambre, un grand orgue électrique de sa construction, destiné à l’église de Guadalajara, au Mexique. Cet orgue est un remarquable objet qui a été admiré par un grand nombre de visiteurs.
- M. Sidney-Moulun, à Paris, nous écrit au sujet de l’observation des satellites de Jupiter faite avec une glace, et croit qu’il y a là une illusion d’optique.
- Renseignements. — M. P. Gauthier, à Orléans. — Il suffit d’une très petite quantité, 5 centigrammes environ.
- Un abonné, à L. — Ce produit n’a pas eu le succès qu’on en attendait et ne se trouve pas dans le commerce. Il est analogue à la morphine.
- M. A. G., h Tours. — 1° La Nature a publié une série d’articles sur les recherches du Travailleur ; voyez la Table des matières des dix premières années. — 2° Le bateau-torpille Nordenfelt a été décrit dans le n° 645, du 10 octobre 1885, p. 290, et dans le n° 670, du 3 avril 1886, p. 272; le Goubet, dans le n° 675, du 8 mai 1886, p. 353; et le Gymnote, dans le n° 801, du 6 octobre 1888, p. 290.
- M. P. Dauzat, à Billom. — Votre système nous paraît intéressant, mais on a breveté récemment un système analogue.
- M. L., à Clermont-Ferrand. — Essayez le jus de citron.
- M. G. D., à Versailles. — 1° Il conviendrait d’établir une petite transmission par courroies. — 2° Il serait préférable de prendre des accumulateurs.
- M. C. Berger, à Mulhouse. — Il existe des appareils pour apprécier la viscosité des huiles, l’ixiomètre Barbey, par exemple.
- M. le D’ F., à Nantes. — Nous croyons que les renseignements donnés sont exacts.
- M. O. Reilhe, à Paris. — Le moyen le plus pratique est de faire rebronzer l'objet; on peut cependant essayer des lavages au chlorure de chaux étendu.
- M. E. Billet, à Paris. — Nous avons traité, d’une façon complète, le sujet du voyage d’une lettre autour du monde ; voyez notre 611e Boîte aux lettres du n° 919.
- M. F. M., à Valenciennes. — 1° Non; les charges électriques sur la courroie proviennent du frottement exercé sur la poulie. — 2° Tout dépend de la construction de la machine, il faut demander au fabricant.
- M. Georges de Ryckman, à Gand. — Votre croquis semble indiquer le baromètre de Morland, construit au siècle dernier.
- M. le Dr Teissier, à Bernay. — Il s’agit de l’appareil fumi-vore-ventilateur Becker décrit dans le n° 757, du 5 décembre 1887, p. 16.
- M. A. B., àl *aris. — Il faut prendre une colle un peu étendue, et ne présentant pas de grumeaux.
- M. Charmeteau, à. Saint-Dizier. — L’analyse chimique seule peut déceler la présence de ces gaz dans l’atmosphère.
- M. G. F., à Nîmes. — Nous avons publié la description complète du frein Westinghouse, dans le n* 323, du 9 août 1879, p. 151 ; et dans le n° 371, du 10 juillet 1880, p. 91.
- Un lecteur, à Paris. — Nous avons décrit précédemment le nouveau baromètre enregistreur de M. Redier qui pourra vous convenir. (Voy. n° 918, du 3 janvier 1891, p. 80.) M. Redier a complété son modèle par l’addition d’une pendule qui fait corps avec l’instrument.
- M. Pathan, à Paris. — 1° Il faudrait faire l’analyse quantitative de la substance. — 2e Compagnie française du celluloïd, 11, rue Bailly, à Paris.
- M. F. P. H., à La Rochelle. — Des lampes au pétrole de grande puissance lumineuse vous conviendraient.
- M. J. Ricaille, à Paris. — 1° et 2° Il n’y a pas de procédés répondant à vos deux premières questions. — 3° Il existe un autocopiste pour la photographie.
- Questions. — N° 1317. — Un lecteur, à Paris, nous demande quels sont les moyens d’empêcher des bois poreux destinés à la tonnellerie de laisser fuir le liquide qu’ils doivent contenir.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Pruvot-le-Guay, à Paris. Nous allons examiner votre envoi et nous vous répondrons prochainement. — M. F. Peralta, à Cambridge. La pile en question n’offre aucune particularité. Remerciements. — M. Ol., à Paris. Nous ne comprenons pas vos observations ; il n’y a pas d’autre moyen d’utiliser l’énergie électrique. — M. Aubry, à Paris. Adressez-vous directement à l’inventeur, M. E. Belloc, 105, rue de Rennes, à Paris. — M. A. Cardot, à Constantine. Nous publierons bientôt un article qui vous renseignera. — M. C. Porget, à Neaufles. Vous trouverez à la librairie Baudfy, à Paris, plusieurs traités sur les machines dynamos, mais non sur la construction. — M. C. Dhoi, à Gand. Voire lettre a été envoyée à destination. — M. le Dr Boyé, à Poitiers; fi. Q. Couvert, à Bourg. Consultez notre dernière Boîte aux lettres; cette adresse est indiquée. — M. J. de Neck, à Bruxelles. Oui; votre observation est exacte. —M. A. Planté, à Concremiers. 1° Plusieurs ouvrages ont été publiés par les librairies Masson et Baudry; 2° à la librairie Masson. — M. J. Hartmann, à Mulhouse; M. Mazer^n, à Nevers. Il n’existe pas d’ouvrage de ce genre. — M. P. Godbille, à Paris ; M. Massé, à Frogcs. L’adresse du constructeur a été donnée en tète de la Boite aux lettres du numéro qui contient la description de l’appareil. — M. E. J., à Epernay; M. E. H., à Argentan: M. le Dr N., à Noyers ; M. C. D., à Pans; M. E. Barrié, à Buenos-Ayres. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — Un abonné, à X. Vos calculs nous paraissent exacts; mais il y aurait lieu d’examiner la question à beaucoup d’autres points de vue. — M. H. B., à Paris. Votre communication est intéressante, mais les appareils de ce genre sont bien connus. — M. d'Ersu, à Paris. Nous notons votre rectification. — M. E. P., à Paris. Vous pourriez essayer le moyen que nous avons indiqué, pour nettoyer les statuettes en plâtre, dans le petit livre de la Science pratique. (G- Masson, éditeur.) — M. G., à Beauchastel. Nous ne pouvons vous donner ici tous les renseignements demandés ; consultez les traités spéciaux.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Conservatoire national des arts et métiers
- COURS PUBLICS ET GRATUITS DE SCIENCES APPLIQUÉS AUX ARTS
- Année 1891-1892. (Les cours sont ouverts depuis le 5 novembre).
- Géométrie appliquée aux arts. — Les lundis et jeudis, à 9 heures du soir. — M. A. Laussedat, professeur. M. Ch* Brisse, professeur suppléant.
- Géométrie descriptive. — Les lundis et jeudis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. E. Rouché, professeur.
- Mécanique appliquée aux arts. — Les lundis et jeudis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. J. Hirsch, professeur.
- Constructions civiles. —Les mercredis et samedis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. Emile Trélat, professeur. En cas d’empêchement, M. Trélat sera remplacé par M. J. Pillet.
- Physique appliquée aux arts. — Les mardis et vendredis, à 9 heures du soir. — M. N., professeur. — Une affiche spéciale annoncera l’ouverture du cours.
- Electricité industrielle. — Les lundis et jeudis, à 9 heures du soir. — M. Marcel Deprez, professeur.
- Chimie générale dans ses rapports avec l'industrie. —• Les mercredis et samedis, à 9 heures du soir. — M. E. Jüng-fleisch, professeur.
- Chimie industrielle. — Les lundis et jeudis, à 9 heures du soir. — M.Aimé Girard, professeur.
- Métallurgie et travail des métaux. — Les mardis et vendredis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. U. Le Verrier, professeur.
- Chimie appliquée aux industries de la teinture, de la céramique et de la verrerie. — Les lundis et jeudis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. V. de Luïnes, professeur.
- Chimie agricole et analyse chimique. — Les mercredis et samedis, à 9 heures du soir. — M. Th. Schlœsing, professeur.
- Agriculture. — Les mardis et vendredis, à 9 heures du soir. — M. E. Lecouteux, professeur; M. L. Grandeau, professeur suppléant.
- Travaux agricoles et génie rural. — Les mercredis et samedis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. Ch. de Combe-rousse, professeur.
- Filature et tissage. — Les mardis et vendredis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. J. Imbs, professeur.
- Economie politique et législation industrielle. — Les mardis et vendredis, à 7 heures trois quarts du soir. — M. E. Levasseur, professeur.
- Economie industrielle et statistique. — Les mardis et vendredis, à 9 heures du soir. — M. A. de Foville, professeur.
- Dans ta « Boite aux lettres » la Rédaction accueille tes faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes le* eommunien tinns — Il n’est rènondu Qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS1
- Escalier pliant. — Il est souvent nécessaire dans les ménages de prendre un objet placé en haut d’une armoire, un livre rangé dans les rayons non accessibles d’une bibliothèque, etc. ; les escabeaux dont on se sert à cet effet ont l’inconvénient d’être encombrants et de ne pas trouver facilement place dans un appartement. — Notre figure représente le nouvel escalier pliant de M. Chaillet; il est formé de deux montants
- Escalier pliant.
- métalliques qui se replient, les marches se pliant d’autre part le long des montants. — A gauche de la figure, on voit l’escalier plié ; à côté, au milieu, on voit le système ouvert, tandis qu’une petite fille l’utilise pour aller chercher des pots de confiture placés en haut de l’armoire de la lingerie. Cet appareil est précieux dans les bureaux et dans les bibliothèques ; il est très léger, très maniable, et quand il est plié il ne dépasse guère l’épaisseur d’un carton à dessin. — L’escalier pliant se trouve dans les bazars, et au Comptoir des spécialités brevetées, 86, rue du Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- Veilleuse & deux lumières. — Cette petite veilleuse, que son inventeur désigne sous le nom de veilleuse magique, est très ingénieuse. Tout en restant allumée, quand elle est
- Veilleuse à deux lumières, avec son bidon de remplissage et son éteignoir.
- posée sur une table, la flamme est à peine visible, et ne donne qu’une faible lueur qui ne gêne en aucune façon pendant la nuit. En levant la lampe comme cela est représenté à droite de notre figure, la flamme monte haute et claire ; en la reposant sur la table, la lumière disparaît ou du moins s’affaiblit pour
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- ne plus donner qu’une faible lueur. Cet effet est obtenu par une tige qui dépasse le fond du socle de la lampe et en se relevant quand on pose celle-ci sur une table, fait baisser la mèche. Par un simple mouvement (en tournant le pied de la veilleuse) on obtient la clarté au degré voulu et on transforme la veilleuse en lampe. La mèche, en amiante, ne s’use jamais et, une fois réglée, il n’y a plus à y toucher. Cette veilleuse est économique : elle ne consomme que 4 centimes d’essence de pétrole en vingt-quatre heures. — La lampe magique se trouve chez M. Mathieu-Mar tain, 19, rue d’Enghien, à Paris.
- Clepsydre à siphon.— Ci-dessous, un charmant petit appareil que nous recommandons aux amateurs de constructions ingénieuses. Voici la description de ses organes : en À, un arbre reposant sur deux supports S'S (une aiguille à tricoter convient très bien, à condition qu’elle soit droite) est relié à son extrémité à une aiguille à heures (une petite aiguille de pendule), se mouvant autour d’un cadran C. Au centre de l’arbre A, est fixée une poulie B, à gorge profonde sur laquelle s’enroule un fil D aux extrémités duquel on attache, d’une part, un flotteur F en liège, et de l’autre un contrepoids P; en M,unemèche de coton ordinaire, partant du fond d’un verre cvlindro-conique, retombe dans un récipient très voisin. Après avoir rempli d’eau le grand verre, on met l’aiguille à l’heure, le coton siphone | l’eau, la fait écouler peu à peu, et le flotteur s’a-baissant graduellement détermine la rotation de l’aiguille. Il faut régler l’horloge ainsi obtenue ; si elle avance, on diminue l’épais-
- Clepsydre à siphon que l’on peut construire soi-même.
- seur du siphon formé par la mèche de coton, si elle-retarde, on l’augmente. La forme du verre cylindro-conique, sur laquelle la marche régulière de cette horloge est basée, a été déterminée par M. Pellat, agrégé de l’université, docteur ès sciences, maître de conférences à la Faculté des sciences de Paris; mais avec quelques tâtonnements on peut réussir la construction, au moyen d’un verre ordinaire. L’appareil que nous représentons a été construit pour nos lecteurs, par notre graveur, M. Dietrich.
- HYGIÈNE ET SiNTÉ
- Remède contre la coqueluche. — Un médecin chilien, le Dr Bravo, dit avoir obtenu des résultats remarquables par le moyen suivant. Il imbibe les vêtements et le linge de literie des enfants atteints de coqueluche avec l’essence provenant des feuilles de cyprès. II se produit ainsi une sorte d’inhalation continue du médicament. L’odeur de l’essence de cyprès n’a rien de désagréable et les enfants la supportent facilement.
- Moyens d'administrer l'huile de foie de monte. — L’huile de foie de morue est un agent des- plus employés, et à juste raison, dans les états lymphatiques, chez les enfants délicats, rachitiques. C’est à la fois un aliment par l’huile, un médicament par les principes iodés et autres qu’elle contient. Mais la saveur n’en est pas des plus agréables et plus d’un bébé ne prend sa cuillerée d’huile qu’en rechignant, en pleurant ; il faut que la maman, bon gré, mal gré, la fasse avaler de force.
- Bien des moyens sont employés pour masquer ce mauvais goût. On la mélange avec un peu de sirop de café, avec du vin de Malaga, avec du jus d’orange; on fait prendre aussitôt après une pastille de menthe, un peu de liquide aromatisé.
- Un petit procédé assez efficace, mais difficile à réaliser pour un enfant, consiste à humecter la bouche avec un peu de vin liquoreux, à avaler d’un trait l’huile qui glisse dessus et finir par un verre à liqueur du même vin qui emporte les derniers résidus d’huile.
- La Médecine moderne donne un moyen qui me paraît très bon et qui, je crois, a été utilisé par les pharmaciens pour faire des émulsions d’huile de foie de morue. On mélange, à parties égales, l’huile avec de l’eau de chaux médicinale. On obtient ainsi un liquide laiteux, inodore, de consistance sirupeuse, auquel on peut ajouter des essences aromatiques, menthe-,
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- citron, anis, à titre de correctif. L’huile de foie de morue, saponifiée de la sorte, a un goût presque agréable ; elle n’adhère pas aux parois de la bouche, ne développe pas cet arrière-goût rance et répugnant qui suit l’ingestion de l’huile en nature. Le mélange se conserve pendant très longtemps; il est d’une assimilation très facile, même chez les persones qui ont un estomac délicat. Enfin le prix de revient du mélange est relativement peu élevé, détail qui a bien son importance.
- Je n’ai pas parlé de l’huile mise en capsules gélatineuses; l’ingestion de ces capsules est fort difficile pour les enfants, et, en raison des hautes doses auxquelles on prend ce médicament, ce moyen est un peu dispendieux.
- Nettoyage des éponges. — Voici un procédé, publié par M. Rœser, pharmacien militaire, qui donne les résultats les
- plus parfaits au point de vue de l’antisepsie. On lave les éponges dans de l’eau bouillie chaude additionnée de 20 gouttes par litre d’une solution de soude caustique au dixième. Après les avoir bien pressées, on les plonge dans de l’eau bromée obtenue en versant dans un litre d’eau distillée 50 grammes d’eau saturée de brome. Les éponges doivent y rester jusqu’à décoloration de l’eau bromée qu’on renouvelle deux ou trois fois jusqu’à ce qu’elles soient devenues complètement blanches. Elles sont alors exprimées, puis bien lavées dans de l’eau alcaline faible comme ci-dessus. On les garde ensuite dans la liqueur de Van Swieten (solution de sublimé) additionnée de trois gouttes d’acide chlorhydrique. Les éponges sont rendues de la sorte absolument aseptiques ; les ensemencements pratiqués avec des fragments ainsi préparés sont toujours restés stériles. D’après M. Rœser, ce procédé n’altère en rien les éponges. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Salnt-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS k 7 heures du matin THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DD CIEL
- Lundi 2 novembre. . 5*,5 N. E. 3 Beau.
- Mardi 3 0*,7 N. E. 3 Beau.
- Mercredi 4 — 3*,1 N. N. E. 2 Beau.
- Jeudi 5 1*,3 N. E. 3 Couvert.
- Vendredi 6 - 4*,0 N. N. E. 2 Beau.
- Samedi 7 — 4*,2 N. 1 Beau.
- Dimanche 8 — 4*,7 N. 1 Couvert.
- PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 0,0 Gelée bl.; très peu nuageux; lumière zodiacale.
- 0,0 Peu nuag. de 14 h. à 18 h.; beau av. et ap.; gelée blanche ; lumière zodiacale.
- 0,0 Reau avant 8 h. et à 14-15 h.; couv. le reste du temps; lumière zodiacale.
- 0,0 Nuageux le m., beau le s.; gelée bl.; lum. zodiacale.'
- 0,0 Reau ; horizon brumeux ; lumière zodiacale.
- 0,0 Beau; horizon brumeux; lumière zodiacale.
- 0,0 Brouil. épais toute la journée de 40 m. à 19 h.; beau de 12 à 15 h.
- NOVEMBRE !89l. - SEMAINE Dü LUNDI 2 AU DIMANCHE 8 NOVEMBRE 1891
- gMBSBBBBB^g^SBggggBBBggg^BBjMBBBBBBBB jjBBBBBBBBwBEBgy^BBBS^BBBBBgBjBBBfeBB^BBBBB jî^BB^B
- La courue super e.ure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courties ilu milieu indiquent ' courbe épaisse, les pressions barométriques {baromètre ramené à 0, au niveau de la merf, courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe en poin tillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- Résumé «les observations météorologiques faites au parc de Saint-Maur en octobre h SOi
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 754““,73 ; minimum, le 21, à 1 heure du soir, 743“",09; maximum, le 31, à 10 heures du matin, 771““,83.
- Moyennes thermométriques : des minima, 7°,99; des maxima, 16°,54; du mois, 12°,26; moyenne vraie des vingt-quatre heures, 11°,63. Minimum, le 31 au matin, —2°,5; maximum, le 6, vers 4 heures du soir, 24°,9. Il y a eu deux jours de gelée, les 30 et 51, et quatre jours de gelée blanche, les 4, 18,19 et 29.
- Tension moyenne de la vapeur, 8““,40; la moindre, le 31, à 2 heures du soir, 2““,5; la plus grande, le 10, à 9 et 10 heures du matin, 13““,3. Humidité relative moyenne, 80; la moindre, le 31, à 2 heures du soir, 35 ; la plus grande, 100, en dix jours.
- Pluie, 48““,3 en cinquante-une heures quarante-cinq minutes, réparties en quinze jours.
- . Utl j°qr d’orage, le 1", un seul coup de tonnerre loin à l’ouest. Trois jours d’éclairs ; le 11, un éclair isolé à 9 heures du soir, le 16, éclairs
- de 4 à 5 heures du matin, à l’ouest-sud-ouest ; le 26, éclairs fréquents à l’est, de 8 heures à 10 heures du soir.
- Deux jours de brouillard peu intense, les 10 et 18 au matin.
- Nébulosité moyenne, 52.
- Température de la Marne, le matin, 13°,92, le soir, 14°,27 ; en moyenne, 14°,10; la plus haute température, le 1", 17°,22; la plus basse, le 51, 9°,37. Elle a été basse et claire tout le mois.
- Le vent dominaut a été le sud-ouest, ensuite le nord-est; ce dernier a été fort le 28 dans la journée.
- Relativement aux moyennes normales, le mois d’octobre 1891 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 2"",27. Thermomètre plus haut de 1°,15 Tension de la vapeur plus forte de 0““,40. Humidité relative plus faible de 6 à 7. Pluie moindre de 3““,7. Nébulosité moindre de 9.
- Les parterres de fleurs sont restés superbes jusqu’aux derniers jours du mois où la gelée a presque tout détruit.
- Nous avons vu les dernières hirondelles le 18.
- PHASES DE LA LUNE : Pas de changement de quartier.
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- Supplément à « LA MATURE » du 2/ nooemPre 1891(n°964)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- AVIS DE Ii’ADMIVISTRATIOV. — L’échéance du 30 novembre étant une des plus chargées de l’année, nous prions instamment MM. les abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 28 novembre (n“ 965) de nous faire parvenir soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement avant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l’abonnement précédent sera, à Paris et dans les départements, présentée dès les premiers jours de décembre aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n’auront pas avant le 30 novembre renouvelé ou donné ordre contraire.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- LA SEMAINE
- Les amis de la seienee aux États-Unis. — En
- France, quand il siagit de subvenir aux frais que nécessitent les recherches scientifiques, ou les entreprises qui intéressent les progrès de l’industrie, on s’adresse à l’Etat pour lui demander des ressources. L’Etat, dont le budget est toujours trop restreint, ne peut souvent rien, et ne fait rien. De l’autre côté de l’Atlantique, quand la Science ou l’Art ont besoin d’argent pour donner de l’extension aux collections publiques, pour encourager les travaux des savants, pour favoriser les entreprises dignes d’intérêt, il se trouve toujours quelque généreux donateur, pour répondre aux appels qui sont faits au nom de l’Intelligence et du Progrès.
- Tout le monde connaît de nom la Smithsonian Institution dont les ressources sont déjà considérables, mais dont les besoins sont multiples puisqu’ils touchent à toutes les manifestations de la science. Un richissime Américain, dont le nom mérite d’être retenu, M. Thomas Hodgkins, résidant à Letauket (Long Island), et sachant que la Smithsonian Institution avait besoin d’argent, vient d’offrir à cette Société la somme de 200000 dollars (un million de francs), pour encourager ses travaux. M. Thomas Hodgkins a fait ce don princier à une condition,— « qui n’a rien d’onéreux », ajoute plaisamment le New-York Tribune, — c’est qu’il se réserve dans le courant de l’année prochaine de compléter son premier don par l’apport d’un complément de 100 000 dollars (500 000 francs).
- Les faits de ce genre ne sont pas rares aux Etats-Unis. Il faut féliciter un pays qui compte, parmi les citoyens que la Fortune a favorisés, des hommes aussi généreux que M. Thomas Hodgkins. G. T.
- INFORMATIONS
- —Quelques amis de notre regretté collaborateur Charles Grad ont songé à élever un monument à Colmar, à la mémoire du -sympathique et vaillant député alsacien. Un Comité s’est formé sous la présidence de M. le baron de Schauenbourg, maire de Hochfeden et de M. André Scherb, maire de Turckheim, et a ouvert une liste de souscription : « Nous faisons appel à tous nos concitoyens, disent les membres du Comité. Tous les amis de l’Alsace-Lorraine, tous ceux qui ont aimé et apprécié Charles Grad, tous ceux qui n’oublient pas le concours de sa plume et de sa parole si largement accordé, voudront'., nous n’en doutons point, nous envoyer leur otfrande reconnaissante et patriotique. » La Nature a fait parvenir sa souscription au Coraité. On peut adresser les offrandes à Colmar, au Directeur du Jt urnal de Colmar.
- ‘ —JJ 5— L’éclipse de Lune qui s’est produite dans la nuit de diman che à lundi dernier, n’a pu être observée à Paris, en raison
- du temps couvert et pluvieux. Cependant il y a eu plusieurs éclaircies, notamment dimanche soir, à llh,30m; à ce moment la Lune était à plus des trois quarts cachée par le cône d’ombre de la Terre. L’éclipse de Lune a pu être parfaitement étudiée à l’Observatoire de Madrid, où le ciel est resté pur.
- —vlr— L’Administration des postes vient d’organiser un nouveau service de lettres-express. Yoici quel est l’avantage de ce système : Une lettre pressée est affranchie, surchargée d’un timbre de 25 centimes et déposée au bureau de poste dans une boîte spéciale. La « lettre-express » suit la voie du chemin de fer comme les autres, mais dans un sac à part. Arrivée à destination, elle est immédiatement portée à son adresse, sans avoir eu à subir les lenteurs de la manipulation. On évite ainsi une grande perte de temps.
- —%— La magnifique cale sèche du port de Calais qui peut recevoir des navires de 152 mètres de longueur, a été inaugurée la semaine dernière par l’entrée du vapeur anglais Lady Clarc. Cette forme de radoub, qui a 21 mètres de largeur à l’entrée et 8m,75 de hauteur d’eau, sur le seuil, complète l’outillage perfectionné dont le port de Calais vient d’être pourvu et qui en fait un des mieux aménagés du littoral. Le bateau-porte qui en forme l’entrée est d’un type nouveau. De puissantes pompes à vapeur permettent d’assécher la cale sèche en 3 heures au plus.
- —Un renseignement qui intéressera les collectionneurs de timbres-poste. Le service des postes à Madagascar a mis en circulation 75000 timbres-poste imprimés par les soins de la résidence générale à Tananarive. Les timbres ont les couleurs suivantes : vert clair les 5 centimes, vert d’eau les 10 centimes, bleu de ciel les 15 centimes, bulle les 25 centimes, jaune les 1 franc, lilas les 5 francs.
- —— Yoici une curieuse application des vélocipèdes à la contrebande. Ce sont les pneumatiques des bicyclettes qui sont coupables. Les vides dans les caoutchoucs et dans les tubes des machines, ont donné l’idée à un contrebandier, sur la frontière espagnole, de les remplir d’alcool. Notre homme se fit faire une machine spéciale et depuis trois mois se livrait à son habile pratique, lorsqu’un beau jour, un chien se jeta dans ses roues; il tomba et la machine fêlée laissa filtrer un liquide que ne portent guère, dans leur carcasse, les bicyclettes ordinaires. Un douanier était là. Aujourd’hui notre homme est sous clefs.
- —Une expédition au pôle Nord. Le Daily News apprend qu’un Norvégien, M. Ekroll, a l’intention d’entreprendre, durant l’été 1892, une expédition au pôle Nord conçue d’après un plan totalement différent de celui de M. Nensen. M. Ekroll commencera par établir un dépôt au cap Mohn sur la côte orientale de l’île de Spitzbergen. Il se rendra ensuite par mer au Petermann Land qui, on le sait, forme la partie la plus septentrionale du Franz-Josef Land. De là, l’expédition partira pour le pôle Nord. M. Ekroll ne sera accompagné que de cinq hommes : il aura six petits traîneaux attelés de chiens. Dans le cas où l’expédition rencontrerait de la mer sans glace, elle pourra, à l’aide de ses traîneaux, construire une embarcation. M. Ekroll se propose, après avoir atteint le pôle, de retourner par le Groenland.
- —$1$— Des tempêtes de neige, d’une intensité rare, ont eu lieu en Bulgarie dans les premiers jours de novembre. On a mentionné la mort de plusieurs personnes et la perte de beaucoup de bétail. Dans certains endroits, la neige a atteint 3 mètres d’épaisseur.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne les vases en papier, s’adresser à l’inventeur, M. Pommarède, ,'au château de Fontdouce, par Réalville (Tarn-et-Garonne). — Les vitres en papier sont fabriquées aux Etats-Unis ; pas de représentants en France. — Les maisons de pa-ier sont faites par MM. Adt frères, à Pont-à-Mousson. — Poulies e papier : M. Burot, constructeur à Angoulême.
- Communications. — M. A. Radigtiet, à Paris, à propos de notre article Les voyages autrefois et aujourd'hui, paru dans les Nouvelles scientifiques du n° 951, du 22 août 1891, nous écrit qu’il possède une vieille lettre de famille qui, mise à la poste de Moscou le 28 septembre 1826, n’est arrivée à Paris que le 15 janvier 1827, après un voyage de 110 jours. Si l’on tient compte de l’avance de notre calendrier, il s’agirait donc d’un voyage de 98 jours. Aujourd’hui le même trajet s’effectue en 5 jours au maximum. Notre correspondant ajoute qu’il n’a
- Su savoir le prix du port de cette lettre ; mais il serait curieux e le connaître, afin de le comparer au prix de 0 fr. 25 demandé aujourd’hui par le service des postes.
- M. Defour, 49, rue de la Corre, à Saint-Etienne, nous adresse la description de la nouvelle méthode démonstrative de lecture qu’il a imaginée. Cette méthode a pour hase la construction des mots et des phrases au moyen de lettres mobiles que l’on fixe sur des planchettes disposées sur un tableau. L’appareil nous paraît ingénieux et pratique pour l’enseignement.
- AL E. Roger, ingénieur à Paris; M. le capitaine Livon, à Montauban; M. Gudefin, à Montpont; L. Dumas, à|Tournai, M. Albert Vuaflart à Paris, nous écrivent au sujet de l’observation de la planète Jupiter faite avec une glace, et attribuent le phénomène à la double surface réfléchissante du miroir. Nous donnerons prochainement une Note explicative à ce sujet. — M. Irion, à Forges-les-Eaux, nous écrit qu’il est de ceux qui voient les satellites de Jupiter à l’œil nu.
- Renseignements. — M. J. Kolb, à Moscou. — 1° Soude ou potasse. 2° La solution doit renfermer 30 à 40 pour 100 de potasse ou de soude caustique.
- M. Liet, à Rouen. — Les chaudières et voitures à vapeur Serpolet ont été décrites dans le n° 794, du 18 août 1888, p. 177 ; dans le n° 845, du 10 août 1889, p. 173; et'dans le n° 918, du 3 janvier 1891, p. 65.
- M. J. Cochet, à Orchies. — Chaufferettes à l’acétate de soude : MM. Ancelin et Gillet, 32, boulevard Henri IV, à Paris.
- M. F. Robert, à Saint-Mars. — L’alcool est un excellent dissolvant de la cire.
- M. le DT Guillaume, à Chaumont. — Société la Carbonique Française, 112, rue de Richelieu, à Paris.
- M. P. Dubreuil, à Lille. — Renseignez-vous directement auprès de MM. Delton frères, 260, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. A. D., à Marseille. — Le constructeur de l’appareil cosmographique de M. Girod, est M. Ducretet, 75, rue Claude-Bernard, à Paris.
- L'abonné 604, à la Grand’Combe. — Le charbon Berzelius pour couper le verre se trouve chez les fournisseurs de produits chimiques pour laboratoires.
- M. P. L., à Orléans. — 1° Nous ne croyons pas que ces lampes existent; mais on peut les faire fabriquer. — 2° Lampes Gabriel : M. Felsenberg, 28, boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris.
- M. G., à Maisons-Laffitte. — Il est difficile de répondre à votre question ; les différents appareils ont leurs avantages et leurs inconvénients.
- M. P. Godard, à Billancourt. — Le réactif que vous mentionnez est intéressant ; mais il est déjà bien connu, et employé dans les laboratoires d’analyse.
- M. E. L., à Verdun. — 1° Les ouvrages d’électricité sont nombreux; il nous serait difficile de vous renseigner. — 2° Voyez les chaleurs de vaporisation et les chaleurs spécifiques dans
- Y Annuaire du Bureau des longitudes. (Gauthier-Villars, éditeur.)
- M. P. U., à Cambrai. — 1° Il faudrait employer 3 lampes de 0,3 ampère. — 2° Il y a une action locale très faible. — 5° Les constantes de la pile seraient diminuées.
- M. R. M. Romand, à Guryz, — L’adresse demandée est la suivante : MM. Desmarais, 29, rue de Londres, à Paris.
- M. A. Nicolas, àMontcourt, —Essayez un chauffage modéré,
- M. Ch. Broyer, à Paris. — 1° Non. — 2° Cet appareil est satisfaisant. — 3° Nous ne pouvons répondre qu’à une ou deux questions à la fois.
- M. L. C., à Eclaron. — 1° Les coefficients à placer dans les équations chimiques sont déterminés par la nature des réac-r tions qui s’opèrent ; les traités de chimie donnent ces explications. — 2° Vous trouverez ces ouvrages chez les grands éditeurs de livres de science, à Paris.
- M. L. Hirigoyen, à Bayonne. — Nous avons déjà donné la description d’un miroir à trois glaces (n°846, du 17 août 4889, p. 191), et nous avons en préparation une Notice sur le petit appareil que vous nous signalez. Tous nos remerciements.
- M.A, Monpillard, à Paris. — Nous connaissons le procédé que vous voulez bien nous indiquer ; mais nous craignons qu’il ne puisse s’appliquer à la tonnellerie, à cause du goût qu’il pourrait communiquer aux liquides.
- M. A. G., à Lyon. — Le phonographe n’est pas encore dans le commerce en France; nous le regrettons comme vous.
- M. P. Delaporte, à Senlis. — Nous ne croyons pas qu’il y ait de remède pratique à cet accident.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. G. Tessier, à 1 Saint-Aignan ; Un lecteur, à Mulhouse. Il existe de nombreux fabricants d’appareils de ce genre; voyez les adresses dans le dictionnaire de Bottin. — M. le Dr Bleeknov, à La Haye. Cette adresse est mentionnée dans la Boite aux lettres du n° 962, du 7 novembre. — M. J. B., & Bruxelles. Nous n’avons jamais entendu parler des particularités que vous indiquez. — M. L. de B., à Paris. 11 faut consulter un médecin. — M. P. Meyer, à Lille ; M. A. Golder, à Ostende. Nous avons indiqué le constructeur en tète de la Botte aux lettres du numéro même qui contient la description de l’appareil. — M. H. T., à G. Le tan conviendrait peut-être; il faudrait essayer. — M. P. M., à Gray. Il n'existe pas, croyons-nous, d’ouvrage de ce genre. — M. D. V- H., à Bruxelles. Chez MM. I ribourg et Hesse, 26, rue des Ecoles, à Paris ; l’adresse a été donnée en tête de la Botte aux lettres dun° 954, du 12 septembre 1891. — M. F. H. G., à Cay. S’adresser directement au Ministère du commerce.— M. Pel-loquin, àX. Votre lettre a été envoyée à destination; Etichove est en Belgique. — M. Ch. Lacroix, à Paris. 1° Non. 2° Votre question peut être résolue par des calculs de mathématiques élémentaires. — M. L. Courmont, à Lille. Il est difficile d’enlever ces taches sans altérer la nature du caoutchouc. — M. Vapdeville, à Pau. 1° Pas de vernis spécial à vous faire connaître. 2° Questions de droit qui ne sont pas de notre compétence. — MM. Leroi, à Paris; M J. M. Nà Maisons-Laffitte; M. N. Brayer, à Citry. Remerciements pour vos communications. — M. J. Atsberge, à Gand; M. E. L., à Paris. Consultez le volume.des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. A. Vincent, à Saint-Gaudens. Vous trouverez le moyen de faire un papier autographique dans le petit livre indiqué ci-dessus. — M. II. Danon, à Paris. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — M. L. Heller, à Paris; M. Groachino Sertorio, à Albenga. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Trempe de l'acier. — MM. Redeman et Tillfard appliquent, aux États-Unis, à la trempe de l’acier, un procédé particulier. C’est au moyen de la glycérine et de l’ammoniaque qu’ils transforment l’acier doux en acier dur et qu’ils donnent à l’acier Bessemer de qualité inférieure toutes les propriétés du meilleur acier fondu. Ils affirment que des plaques d’acier soumises à ce traitement, peuvent conserver d’un côté les propriétés de l’acier doux et acquérir de l’autre une dureté égale à celle du veiTe. Cette trempe est probablement due à la cémentation du fer, et si l’on parvient, sans grande dépense, à durcir ainsi le mctal à une profondeur suffisante, on aura réalisé un véritable progrès dans la fabrication des plaques de blindage, la couche durcie obtenue par la cémentation devant avoir avec la couche de métal doux une liaison plus intime que dans les plaq ues compound. 9
- Les lampes qui fument. — Le meilleur moven d'empêcher les lampes de fumer est de tremper les mèches dans du vina igre fort et de les bien sécher avant de s’en servir. On sera > tout étonné de voir quelle flamme claire et brillante on obtien t par ce procédé simple. J
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux l es ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre et toutep les questions. ni. à insérer toutes le.s communications. — Il n’est, répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la lixtraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- BIBLIOGRAPHIE
- Traité de physique industrielle. Production et utilisation de la chaleur, par L. Ser, ingénieur, professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures, etc., avec la collaboration de MM. L. Carette et E. Herscher, ingénieur des arts et manufactures. Tome II, 2e partie. Chauffage et ventilation des lieux habités, 1 vol. in-8°. G. Masson, éditeur. — Paris, 1892.
- Le magnifique traité de Physique industrielle, dont nous avons annoncé la publication du premier volume, se continue aujourd’hui par l’apparition de la 2° partie du tome II. L’œuvre de M. L. Ser et de ses collaborateurs est une des plus complètes et des
- mieux exposées que l’on puisse citer. Le nouveau volume qui ne comprend pas moins de 2U2 figures dans le texte et 12 modèles d’installation, traite du chauffage des gaz, des liquides et des solides, du refroidissement et des machines à produire le froid, de la ventilation et du chauffage des lieux habités. Cette dernière partie offre un intérêt pratique de premier ordre, et nous lui emprunterons quelques details relatifs à des moyens de chauffage qui ont actuellement un grand succès. Voici le poêle Choubersky (fig. 1), qui se compose d’un cylindre C en tôle, muni d’une grille à sa base, et dans lequel on charge le combustible. Autour de ce cylindre s’en trouve un second D, qui l’enveloppe. La réserve de combustible étant considérable, on peut se contenter de charger deux ou trois fois seulement en vingt-quatre heures. Quand le tuyau du poêle est placé dans une cheminée tirant bien, le fonctionnement n’est pas dangereux. Voici le nouveau poêle mobile Cadé, à
- Fig. 1, 2, 3. — Poêle Choubersky (fig. 1). — Poêle Cadé (fig. 2). — Poêle-calorifère Musgrave (fig. 3). (Gravures extraites du Traité de physique industrielle de M. L. Ser. — G. Masson, éditeur.)
- rayonnement direct (fig. 2). En marche, la combustion s’effectue sur toute la hauteur des grilles que montre la gravure et la surface rayonnante directe est assez importante. Voi<‘i enfin le poêle calorifère Musgrave, en fonte, muni d’ailettes et entouré d’une enveloppe métallique ou céramique (fig. 3). L’air extérieur arrive à la base du poêle, s’élève en s’échauffant au contact des ailettes, rencontre un vase de saturation rempli d’eau, s’humidifie et se répand dans la pièce à chauffer. — Si le traité de M. Ser est complet au point de vue de la science pratique, il ne l’est pas moins en ce qui concerne la science industrielle.
- Mémorial des poudres et salpêtres, publié par les soins du service des poudres et salpêtres, avec l’approbation 1 ,du Ministre de la guerre. Mémoire sur le tir des fusils de chasse par
- Leçons sur les métaux, professées à la Faculté des sciences de Paris, par Alfred Ditte, professeur de chimie à la Faculté, second fascicule, 1 vol. in-4°. Veuve Dunod. — Paris, 1891.
- Album de statistique graphique, de 1890-1891, publié par le Ministère des travaux publics. Imp. nationale. —Paris, 1891.
- Histoire naturelle de la France. 3e Partie, Oiseaux, avec 152 figures dans le texte et 27 planches en couleur par Emile Dey-rolle.I vol. in-18. Emile Deyrolle. — Paris.
- Fig. 4. — Schéma du mouvement d’une charge de plomb sortant d’un canon choke-hored. (Gravure extraite du Mémoire sur le tir des fusils de chasse, par le capitaine Journée.)
- le capitaine Journée. Extrait des tomes III et IV, 1 vol. m-8°.Gauthier-Villars et fils. — Paris, 1891.
- ques, par Emile Gautier (du Figaro) Oudin et Cie. — Paris, 1892.
- Une révolution agricole. Comme quoi la France pourrait nourrir cent rnilr lions d’habitants. — Georges Ville et les Engrais chimi-1 vol. in-18. Lecène,
- Nos lecteurs connaissent les beaux travaux de M. le capitaine Journée, instructeur à l’Ecole normale du tir du camp de Châlons; le Mémoire que nous annonçons et qui ne forme* pas moins d’un important volume, donne le résumé d’expériences très remarquables, exécutées avec des poudres de chasse des nouveaux types. La gravure ci-dessus (fig. 4), empruntée au livre de M. le capitaine Journée, indique le mode de dispersion du plomb dans un canon choke-bored.— Renseignements sur lesarmeset les munitions, ' vitesse des projectiles, pression pendant le tir, recul des armes à • feu, portée des armes de chasse, effets produits par les plombs, dispersion du tir à plomb, réglage du tir, puissance des fusils de chasse, chargement des cartoiiches à plomb, tir à balle des armes .de chasse, tels sont les sujets des études magistralement entreprises et menées à bien par l’auteur. ' .....
- Dessinateur et imprimeur lithographe, traitant de toutes les. opérations lithographiques sur pierre et sur zinc, parM. A.M.! Villon. 2 vol. in-18 et un atlas de 11 planches, de la collection des manuels Roret. Librairie encyclopédique de Roret. — Paris, 1891.
- Note sur la métallurgie de l'aluminium et sur ses applications, par M. U. Le Verrier, ingénieur en chef au corps des mines. 1 brochure in-8°. Baudry et Ci0,. — Paris, 1891.
- La Comète, almanach populaire 1892, par J. Vincent, météorologiste à l’observatoire de Bruxelles. P vol. in-16. E. Gilon., éditeur. — Paris, 1891.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Algérie, Sahara, Tchad. Réponse à M. Camille Sabatier, par M. A,-Fock, ingénieur civil. Introduction de M. Georges Rolland avec 1 carte de l’Afrique française. 1 brochure in-8°. Augustin Challamel. — Paris, 1891.
- Report on the meteorology of India, in 1889, by John Eliot. M. A. meteorological reporter to the government of India.— Fifteenth year. 1 vol. in-4°. — Calcutta, 1891.
- Le Salvador précolombien. Etudes archéologiques, par F. de Montessus de Iîalloue, capitaine d’artillerie, inspecteur des études à l’Ecole polytechnique. Préface de M. le marquis de Nadaillac, correspondant de l’Institut. 1 album in-folio, texte et planches. Dufossé, éditeur, 27, rue Guénégaud, à Paris.
- Etude médico-légale sur la submersion, par le Dr PIdl Bar-lerin. Documents de criminologie et de médecine légale. 1 vol. in-8\ — Paris, G. Masson, 1891.
- Etude historique et critique des embaumements, par le Dr Par-celly. Documents de criminologie et de médecine légale, publiés sous la direction de M. le Dr Lacassagne. 1 vol. in-8°. — Paris, G. Masson, 1891.
- Des accidents de chemin de fer et de leurs conséquences médico-judiciaires, par le Dr Claude Guillemand. Documents de criminologie et ae médecine légale publiés sous la direction de M. le Dr Lacassagne. 1 vol. in-8". — Paris, G. Masson, 1891.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Salnt-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- observations k 7 heures du matin thermomètre VENT . DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 9 novembre.. — 5*,3 S. 3 Nuageux. 0,0 Nuageux jusq. 8 h.; couv. ensuite; pi. dans la soirée.
- Mardi 10 3%4 S. W. 2 Beau. 2,5 Beau le m. couvert le soir ; gel. bl. ; pl. dans la soirée.
- Mercredi 11 12*,5 S. W. 6 Presq. couvert. 9,1 Tr. nuageux jusq. 17 h.; couv. ensuite; vitesse du vent, 27",8 par seconde à 13 h. ; pluie avant le jour.
- Jeudi 12 1*,8 S. 2 Beau. 0,0 Beau le matin, puis nuageux; couv. ap. 17 h.; gel. bl.
- Vendredi 13 11-,5 S. S. W. 3 Couvert. 0,1 Couv. jusq. 18 h., beau ens.; 2 coups de tonnerre à 15 h. 30-40 avec grêle ; pluie à diverses reprises.
- Samedi 14 5',0 S. E. 2 Peu nuageux 8,1 Nuag. de 7 à 14 h.; couv. av. et ap.; pluie av. le jour et dans la soirée.
- Dimanche 15 9%3 S. S. W. 5 Couvert. 2,8 Couv.; pl. dans la mat. et la soirée; goût, l’ap.-midi.
- NOVEMBRE «891. — SEMAINE Dü LUNDI 9 AU DIMANCHE 15 NOVEMBRE 1891
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mery, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- La tempête du IM novembre à Paris. — Un ouragan d’une grande violence s'est abattu sur Paris le 11 novembre dans la matinée. Le vent a soufflé avec une vitesse moyenne de 12 mètres par seconde et l’on a constaté dans les observatoires des coups de vent d’une vitesse double ; d’après les observations du Bureau central météorologique, sur la Tour Eiffel, cette vitesse a dépassé 35 mètres par seconde. Le baromètre a subi une baisse énorme vers 9 heures ; au moment du passage du centre de la tempête, il a marqué 738 millimètres. Dans la région de Paris, la pression barométrique n’est descendue que rarement depuis un siqcle au-dessous de 730 millimètres. Cet ouragan a causé de nombreux accidents. Des cheminées ont été renversées et sont tombées dans les rues sur des personnes qui ont été tuées sur le coup. Des feuilles Vie zinc se sont également détachées des toitures et ont été jetées sur les voies publiques. La Galerie des Machines et la Tour Eiffel au Champ de Mars
- ont particulièrement souffert; des ardoises, des plaques de zinc, des vitres, des lanternes ont été arrachées. Dans le jardin, tous les abris qu’on avait installés sur des arbustes pour les garantir de la gelée et qui lormaieut comme une sorte de gaine, en toile, soutenue par des cerceaux en bois, ont été enlevés par le vent et emportés au loin. Une des conséquences les plus graves de cette tempête a été l’interruption côm-plète, pendant plusieurs heures, des communications télégraphiques et téléphoniques avec les départements et avec l’Angleterre et l’Espagne. Depuis le terrible hiver de 1879, au cours duquel les communications furent suspendues pendant trois jours, pareil fait ne s’était pas produit. Dès 1du matin, une grande quantité de câbles téléphoniques des régions du Nord-Ouest et du Nord étaient rompus.
- La tempête s’est également étendue aux départements; les villes du Havre, de Brest, de Nantes, du Mans, de Calais, de Cherbourg, de Fé-camp, de Dijon, de Lyon, de Marseille, ont eu à supporter de violentes bourrasques.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 9, à 8 h. 56 m. du matin. Périgée le 14.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres a doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOJJTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVIOB DD JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA UBRAIRIB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- VARIÉTÉS
- Arbres fruitiers sur les grandes routes. — Dans la plupart des pays d’Europe, les routes sont bordées d’arbres forestiers, qui, assurément, sont d’un certain rapport, mais combien le revenu ne serait-il pas accru, si l’on cultivait sur les routes des arbres fruitiers? Cette idée si simple a été mise à exécution par les Allemands, en Hanovre, notamment, et depuis peu en Alsace-Lorraine. Le résultat obtenu est des plus avantageux et des plus fructueux. La Revue des sciences naturelles appliquées nous fournit à ce sujet quelques intéressants détails statistiques. Les arbres plantés le long des routes en Hanovre, ont donné, en 1890, un revenu brut de 270 000 francs, dont 187 000 francs sont représentés par les fruits. Cette récolte n’a cependant pas été fort abondante ; mais les arbres fruitiers de l’AUemagne du Sud avaient peu de produit, les fruits du Hanovre se sont vendus à des prix fort élevés, doubles de ceux obtenus en moyenne. En 1877, l’année où l’on eut le plus de fruits, l’ensemble de ces arbres n’avait rapporté que 145 000 francs, soit 42000 francs de moins qu’en 1890. La région d’Hildesheim a fourni pour 64 000 francs de fruits et celle de Gôttingue, qui vient ensuite, pour 41000 francs. D’après le Gartenflora, le district de Reutlingen a tiré, en 1885, un produit brut de 335 000 francs de la vente des fruits des arbres plantés le long des routes qui le traversent. Dans le district de Monheim, on tirait de la même source, en 1868, un revenu brut de 9500 fr. Le rapport a été de 22 000 francs pour 1878, et d’environ 36 000 francs en 1888. Les plantations dataient de 1858. — Des plantations de poiriers, pommiers, cerisiers, pruniers, etc., réussiraient incontestablement sur les routes d’un grand nombre de nos départements : il y a là une source de revenu facile à exploiter. Le résultat obtenu par les Allemands en démontre l'efficacité.
- j ‘ INFORMATIONS
- —%— Un de nos correspondants de Québec nous écrit que l’abondance des récoltes a été tout à fait exceptionnelle au Canada. Cinq cents fourgons, formant seize trains, ont transporté, à la fin de la saison, 300000 minots de blé (le minot vaut 39 litres) à Fort William.
- —^— On a récemment achevé la démolition du plus grand navire qui ait existé jusqu’à ce jour. Le Great Eastern avait été construit, d’après les plans de l’ingénieur Brunei, par Scott Russell, de Milwall, et sa construction avait duré de 1853 à 1859. Son lan-cèment en travers a eu lieu le 31 janvier 1858. Il a été vendu aux enchères en 1888, sa démolition, sur les bancs de la Mersey, a eu lieu du mois de mai 1889 au mois de septembre 1891.
- —— Le docteur Billroth, célèbre professeur de chirurgie de l’Université de Vienne, a fait récemment une leçon qui a attiré l’attention des cercles militaires en Autriche. Cette leçon portait sur les blessures que font les nouvelles armes de tir dont sont munies lès armées européennes. M. Billroth a appuyé sur ce fait que la
- force de pénétration des balles lancées par les fusils est telle que trois, quatre hommes au moins pourraient être successivement transpercés et tués par un seul de ces projectiles si ces hommes étaient placés^ l’un derrière l’autre. Le professeur a conclu que, dans la prochaine guerre, le personnel sanitaire actuel serait d’une insuffisance désastreuse.
- — Le journal Engineering News annonce qu’un puits artésien de 943 mètres de profondeur vient d’être foré par M. S. Swanson, pour la Compagnie des fers et aciers d’Ashland (Wisconsin).^ Le forage de ce puits a été commencé le 8 juin 1890 et terminé le 29 septembre 1891. Il a coûté plus de 70Ô00 francs. A partir de la profondeur de 53m,30, le puits traverse une couche de grès brun. L’eau jaillit jusqu’à la surface.
- —— II existe aux embouchures communes de la Meuse et du Rhin, à Maessluis, une fabrique de Zeeblik à l’huile. Le Zeeblik est le nom que l’on donne aux jeunes harengs qui n’ont qu’une valeur relative, presque nulle. Le Zeeblik est mis dans des boîtes analogues à celles qui servent pour la conservation des sardines et portant les mêmes inscriptions; ces boîtes sont expédiées toutes préparées, avec leur cachet spécial de Nantes. Le principal débouché de ces conserves de qualité inférieure est Buenos-Ayres, où les Italiens les recherchent et les mangent avec leur polenta (plat dans le genre du vermicelle et du macaroni). Mais il paraît que beaucoup de ces expéditions sont dévoyées et arrivent en droite ligne en Belgique, où on débite couramment en grande quantité, comme sardines, ces conserves de harengs sans valeur. Il s'agit ici d’une véritable fraude qui tend à prendre de l’extension, au grand détriment du public, car la sardine est d’une consommation courante très importante; elle constitue une nourriture saine et riche, tandis que le jeune hareng n’ayant que la taille de la sardine est presque sans valeur nutritive et est vendu comme déchet par les pêcheurs.
- —On remarque, depuis quelques semaines, sur les côtes de l’Adriatique, un phénomène naturel qui rend la pêche très pénible, voire même impossible, aux pêcheurs de Trieste. Ce phénomène a été remarqué pour la première fois en 1872 (du 20 juin à la fin d’août) mais ne s’était pas reproduit depuis. Aussitôt que les filets sont jetés ils restent embarrassés à 2 mètres à peu près au-dessous du niveau de la mer, par une masse gélatineuse qui ressemble à une crème jaunâtre remplissant les filets jusqu’à les rompre. En 1872, toute la mer de l’Adriatique était remplie de cette masse jaunâtre et l’Institut Veneto chargea une Commission de savants d’étudier le phénomène inquiétant. Ceux-ci constatèrent qu’il s’agissait d’une agglomération d’algues d’un groupe particulier qui, toutefois, n’avaient jamais été vues en si grande quantité ni dans l’Adriatique ni même dans la Méditerranée. Ils appelèrent cette algue Dermoglea limi. Cette algue s’élève sous l’influence de la lumière et de la chaleur du fond de la mer, comme on peut le voir dans les flaques d’eau, les petits lacs, et, d’une manière plus considérable, dans la mer Rouge où une petite plante microscopique (Trichodesmium Ehrenbergi) remplit tellement l’eau qu’à certains moments elle donne à la mer une coloration rougeâtre. Le Dermoglea limi n’est pas, comme on l’a supposé, nuisible aux poissons; au contraire, ils s’en nourrissent avec avidité.
- —Le 14 et le 15 novembre, des pluies torrentielles ont littéralement inondé la ville de Vienne, en Isère, et depuis, on a cité de tous côtés, dans les environs, des éboulements de terrains.
- —— M. L. de Jassy a signalé récemment le cas d’une chatte qui est née avec deux pattes seulement ; celles de devant manquent complètement.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — L’ozoneur Girerd se trouve à la Société l'Ozone, 21, Faubourg-Montmartre, Paris. — Les photographies en couleur de M. Stebbing s’exécutent, 30, rue de Grammont, Paris. — La sourdine pour instruments de cuivre se trouve chez M. Adolphe Sax fils, 22, rue Milton, Paris.— Pour tout ce qui concerne le distributeur automatique pour lettres, s’adresser à M. Jules Gonaz-Sénac, 11, rue Levrier, à Genève, Suisse. —Pour ce qui concerne les courants polyphasés j Générateur-moteur de M. Schuckert : M. Schuckert à Kuremberg; M. Dolivo Drobowolsky, ingénieur en chef de YAllgemeine Elektricitats Gesellschaft à Berlin ; M. Brown de la maison Brown, Boverie et Cie, à Baden (Suisse). — Chemin de fer électrique : M. Heilmann, représentant de M. Brown pour la France, 30, rue de Grammont, Paris. — Les cartes mécanisées se trouvent chez M. Voisin (appareils de Physique amusante), 83, rue Vieille-du-Temple, Pans.
- Communications. — M. A. Jeannon, à Paris, nous écrit, à propos de l’article Baromètres à air libre anciens et modernes paru dans le n° 963, du 14 novembre 1891, p. 381, que vers 1865, M. Salleron avait construit un modèle spécial imaginé par M. l’abbé L. Jeannon. Ce modèle se composait d’un.tube à deux boules et d’un second tube coudé se soudant à la boule inférieure. Ce baromètre, d’une hauteur de 20 à 25 centimètres, pouvait en même temps servir de thermomètre à l’aide de certains procédés de lecture.
- M. C. H., à N., nous envoie la description d’un appareil pour agiter automatiquement les clichés photographiques quand ils se trouvent dans les différents bains. Cet appareil consiste essentiellement en un levier de verre coudé ayant son point d’appui sur le bord de la cuvette. D’un côté, ce levier touche le fond du bain, la plaque photographique étant simplement posée dessus; à l’autre extrémité du levier est pendu un poids pour obtenir l’équilibre. L’extrémité inférieure est reliée par un lien flexible à la manivelle d’un moteur approprié, un tourne-broche par exemple. Chaque fois que la manivelle arrive à la partie supérieure, le levier est soulevé et, par suite, le cliché est plongé dans le bain ; quand la manivelle retombe, c’est le contraire qui a lieu. Nous avons déjà publié, dans La Nature, la description d’appareils analogues.
- M. Lambinet, à Tunis, nous adresse l’œuvre poétique suivante que nous recommandons à ceux de nos lecteurs qui aiment cultiver à la fois l’-art de Daguerre et les Muses.
- LES VINGT COMMANDEMENTS du photographe amateur
- Ton appareil tu choisiras Solide et bon, tout simplement.
- Treize dix-huit préféreras Pour opérer pratiquement.
- Bon objectif achèteras Rapide extra, pas autrement.
- Marque de plaque adopteras Et l’emploieras continûment.
- Lorsque tu photographieras Tu te hâteras lentement.
- Sujets et vues tu choisiras Toujours avec discernement.
- De bon matin opéreras Pour les vues préférablement.
- Du soleil tu rechercheras L’éclairage latéral’ment.
- Trop de clichés tu ne feras Au dehors simultanément.
- Sitôt que tu t’énerveras Tu boucleras ton instrument.
- Cabinet noir disposeras Sans aucun jour absolument.
- Tous les produits achèteras Toujours très pur chimiquement.
- Révélateur tu choisiras Pour l’employer pertinemment.
- A nul autre ne confieras Le soin du développement.
- Chaque cliché tu passeras Au bain d’alun suffisamment
- Clichés, épreuves laveras A l’eau courante abondamment.
- Des insuccès que tu auras Tu chercheras le traitement.
- Des portraits tu retireras Peu de profits probablement.
- Ton appareil ne prêteras Ni tes clichés aucunement.
- Tous ces conseils observeras Pour t’en trouver parfaitement.
- M. Ch. Horel, à Argelès, nous écrit, à propos des articles que nous avons récemment publiés, et nous adresse une commu-
- nication sur les explosions et les chutes de pluie, dans laquelle il donne une théorie sur les brouillards, les nuages et la formation de la pluie. « Trois principaux facteurs sont à considérer dans l’étude du phénomène, nous écrit notre correspondant : la densité du brouillard ou du nuage, la hauteur du son émis dans les explosions et son intensité. Certains sons peuvent ébranler l’atmosphère, rompre l’équilibre des gouttelettes en suspension dans les brouillards ou les nuages, faciliter leur rapprochement, et, par suite, former la pluie. »
- if. Ch. Nielsen, à Paris, nous transmet une Note sur un effet de mirage photographique. Le 26 août, à Interlaken, notrœ correspondant a photographié un paysage représentant, dans le-fond, une église et le petit village de Matten au pied de deux montagnes, A la partie antérieure se trouvent des paysans ramassant et réunissant en tas les herbes fauchées dans les prés. Sur l’épreuve positive, on croit voir un petit lac baignant le pied de Matten et dans lequel se reflètent les maisons, Ce-lac n’existait pas en réalité ; il s’agit donc d’un effet peut-être produit par des brumes peu visibles à l’œil et que la plaque sensible a fixées.
- Renseignements. — M. C., à X. — Les traités élémen- -taires de mécanique vous donneront ces explications; nous ne saurions les exposer ici.
- M. A. Augier, à Paris. — Pour faire un noir adhérent, il faut opérer un mélange de noir de fumée délayé dans de l’essence de térébenthine et de la cire. Ce noir doit être appliqué sur le papier à la brosse.
- M. A. Manncssier, à Maccagno. — Nous ne croyons pas qu:il! soit possible d’obtenir cette nuance autrement que par l’action' de la température.
- M. E. M., à Jolibert. — Vous trouverez du fil et de la toile d’amiante chez MM. Albasini, Allard et Cie, 11, rue de la Cerisaie ; ou chez MM. Bruant et Cu, 91, boulevard Sébastopol, à Paris.
- M. U. M., à Châteauroux. — Veuillez nous envoyer un-exemplaire de votre Guide pratique; nous l’apprécierons.
- M. 0. B., h Cugand. — Nous n’avons indiqué que les bases premières d’un projet; le mode d’arrêt n’est pas déterminé.
- M. A. Guilhermin, à Paris. — 1° Nous avons déjà décrit plusieurs appareils de ce genre. Remerciements. —2° Adressez-vous à des marchands de fournitures pour électriciens.
- M. J. W., à Malines. — 1° Pas d’adresse spéciale. — 2° Le fait nous a été signalé par un correspondant; regrets de ne pouvoir vous fournir le renseignement demandé.
- M. Hambourgeois, à Lausanne. — Il peut y avoir erreur de localité, mais le projet n’en existe pas moins.
- Un lecteur, à Beauvais. — Pour empêcher l’encre de s’étaler et de brouiller l’écriture sous l’effet de la pluie, il suffit de recouvrir le papier d’un vernis transparent. Cette opération peut se faire de la même façon qu’on collodionne les plaques photographiques.
- M. P. P., à Reims. — 1° Voyez les articles que nous avons publiés sur la photographie à la poudre-éclair (n° 828, du> 13 avril 1889, p. 306, et numéros antérieurs). — 2° On peut» laisser le gaz allumé pendant l’expérience.
- M. Noël, à Lyon. — On emploie ordinairement la terre à» modeler que l’on trouve chez les potiers.
- M. G. L., à Rouen. — Nous avons mentionné, dans nos diverses bibliographies, plusieurs traités qui pourraient vous convenir (ouvrages de MM. E. Hospitalier, Eric Gérard, Vas-chy, etc.).
- M. F. Flamman, à Bédarieux. — Société des filtres Cham-berland : 58, rue Notre-Dame-de-Lorette, à Paris.
- M. J. Ferra, à Charly. — Vous pourrez vous procurer ces téléphones chez M. de Branville, 25, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, ou à l’ancienne Société générale des téléphones, 41, rue Caumartin, à Paris.
- M. L. Paradis, à Québec. — 1° L’adresse du constructeur est donnée en tète de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la description de l’appareil. — 2° L’expérience seule pourra fournir les renseignements que vous demandez.
- Réponses. — N° 1317. — M. P. Tavoine, à Paris, nous fait savoir que la Société générale du ciment tachéolampe, 152, Faubourg-Saint-Martin, à Paris, fabrique un enduit obturateur qui rend imperméables tous les fûts d’huiles, et un ciment tachéolampe qui bouche toutes fuites de fûts et récipients.
- Accusés de réception. — Avis divers : Seront publiés dans la prochaine livraison.
- Dans la * Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES MENTIONS1
- Classeur parisien. —Un grand nombre de lecteurs nous ont demandé à plusieurs reprises de leur donner le moyen de relier eux-mêmes les livraisons de La Nature. Des cartonnages tout faits sont fabriqués à ce sujet, et notre figure en indique le mode d’emploi. Le Classeur, c’est le nom {lu cartonnage, est muni de deux lacets terminés par des aiguilles au moyen desquelles on perce chaque livraison comme le montre notre gravure. On
- Cartonnage pour relier soi-même les livraisons des journaux illustrés.
- passe le lacet à travers les trous percés, et au milieu de la livraison, de telle façon à ce qu’il forme une boucle à travers laquelle on passe une petite tige de fer ou barrette. Chaque livraison est successivement reliée à côté de la précédente, et maintenue par des barrettes dont on aune provision. Il y a des cartonnages de ce genre, fabriqués avec le titre de La Nature et des principaux journaux illustrés, Ce mode de cartonnage est très avantageux, car il permet de conserver les couvertures avec la livraison même de chaque journal, et souvent il arrive que l’on regrette d’avoir jeté une couverture contenant une annonce recherchée. Pour se procurer l’outillage nécessaire s’adresser au Directeur du Classeur parisien, 74, rue de Rennes, Paris.
- Un siège portatif et invisible pour les dames. —
- Nous avons trouvé dans les journaux américains une perle, que nous voulons offrir à nos lecteurs : c’est une invention à
- laquelle on ne saurait refuser le mérite de l’originalité, et qui est annoncée depuis longtemps déjà sous le titre : Com-fort for the fair sex. L’appareil, breveté aux Etats-Unis, consiste en un petit pliant qui est dissimulé sous la robe des dames et qui pend librement pendant la marche. La dame est-elle fatiguée, arrive-t-elle dans un magasin, où elle veut faire des achats? elle se baisse, et la voilà assise sans que les assistants puissent se douter quel est le siège invisible qui la soutient. _ Notre figure exactement reproduite d’après le dessin original américain, Une petite invention américaine. montre, à droite, le secret
- de l’appareil; et à gauche, le mode d'emploi du système, les lignes pointillées montrant la disposition du siège, pendant l’attitude assise. Voilà certes, une invention pratique, qui pourra être placée à côté du briquet phosphorique, contenu dans le talon de botte du fumeur, et qui est également dû à l’imagination d’un inventeur américain.
- Chaufferette à veilleuse à huile inversabie. —
- Notre figure représente une très ingénieuse petite chaufferette qui est en métal, fort coquette et très pratique. Une veilleuse est au centre de la chaufferette ; elle contient de l’huile et une mèche, et son mode de suspension au centre de l’appareil la rend inversabie quand on retourne la chaufferette. La température obtenue est de 40° et se maintient pendant douze heures. Si l’on craint l’usage de l’huile on peut se procurer de petites bougies à réchauds qui fonctionnent aussi dans l’appareil. Pendant la nuit, la petite chaufferette peut être placée sur une table, son couvercle relevé forme écran pour que la lumière n’incom-
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces
- mode pas le dormeur. Sa veilleuse est entourée d’un support cylindrique que l’on voit représenté à droite de notre figure,
- Chaufferette-veilleuse ouverte et fermée.
- et ce support sert à chauffer de la tisane ou de l’eau. — Cet objet se trouve au Comptoir des spécialités brevetées, 86, rue du Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Dictionnaire des arts et manufactures et de l'agriculture, par Ch. Laboulaye, 7° édition, 5 grands volumes in-4°, comprenant plus de 5000 pages et plus de 5000 gravures, 120 francs. — Paris, G. Masson, éditeur.
- Le Dictionnaire des arts et manufactures est devenu, par son grand et légitime succès, un ouvrage classique parmi les ingénieurs et tous ceux qui s’intéressent aux progrès de l’industrie. Get important ouvrage encyclopédique, dû à M. Ch. Laboulaye et consacré à la description des procédés industriels, a été rédigé sur un plan parfaitement méthodique et d’après les principes suivants : La science est la base de l’industrie, la théorie doit toujours être mise à côté de la pratique pour guider l’inventeur et pour rendre fécondes les recherches dans la voie des perfectionnements à apporter aux procédés techniques. Le succès constant qu’a obtenu le Dictionnaire des arts et manufactures depuis sa première édition, auprès des ingénieurs, des mécaniciens, des agriculteurs, des industriels, prouve bien l’excellence de ces principes. Parvenu aujourd’hui à sa septième édition et enrichi de nombreux articles qui le mettent au courant des progrès de la science et de la pratique industrielle, ce dictionnaire constitue XEncyclopédie technologique la plus complète. C’est un ouvrage de recherches et d’étude que l’on consulte, non seulement pour y trouver des renseignements sur sa propre industrie, mais souvent aussi sur les procédés des industries connexes, et sur les questions générales qui intéressent toute entreprise industrielle.LfExposition de 1889 a fourni une abondante récolte d’indications précieuses, mises à profit par les collaborateurs de M. Ch. Laboulaye qui continuent son œuvre. Parmi les sujets remaniés ou traites à nouveau dans leur entier, nous citerons : l’électricité, (installation d’éclairage, projets de machine, transport de la force,etc. ) le verre, le sucre, les constructions métalliques, l’éclairage, la métallurgie, les canaux, le matériel des chemins de fer, les instruments d’agriculture, la statique graphique, la statistique industrielle et agricole, les institutions de prévoyances (caisses de retraites, assurances, sociétés coopératives, règlementation du travail, syndicats professionnels, etc.). La nouvelle édition du Dictionnaire des arts et manufactures est tenue au courant des progrès, et nous avons lu avec grand intérêt, parmi les articles nouveaux, ceux qui se rapportent à la statistique et aux institutions de prévoyance. Cette nouvelle édition aura le succès de ses devancières. G. T,
- Du Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, parle capitaine Binger (1887-1889). 2 magnifiques volumes in-8° jésus, contenant 200 gravures d’après les dessins de Riou, et 30 cartes et plans. Brochés, 30 francs. Reliés tranches dorées, 40 francs. — Paris, Hachette et C‘% 1892.
- Chargé par le gouverneur du Soudan français d’explorer les pays compris, au delà des postes les plus avancés, dans la boucle du Niger, le capitaine Binger a accompli, du Niger au golfe de Guinée, et vice versa, le voyage le plus curieux et le plus fertile en renseignements de toute nature utiles à notre politique et à notre commerce, qu’il soit possible de faire. On se rappelle encore l’intérêt passionné que son retour en France et les renseignements communiqués à la presse éveillèrent dans le public. On retrouvera dans le présent ouvrage les mêmes causes de puissant intérêt, augmentées par l’attrait de magnifiques illustrations dessinées par Riou, qui est tellement familiarisé, depuis longtemps, par les récits des voyageurs, avec toutes les contrées du continent noir, qu’il les peint d’après leurs croquis, avec un réel sentiment de vérité et d’exactitude.
- Les vingt-deux années du père Tasse à Chamrousse, par Henri Vincent, avec plus de 100 illustrations d’EMii.E Gui- ’ gués. 1 vol. in-18. — Grenoble, Baratier frères, éditeurs, place Victor-Hugo, 1891.
- Qu’est-ce que Chamrousse? C’est une des plus belles montagnes
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- du beau Dauphiné. Qu’est-ce que le père Tasse? C’est un maître aubergiste logeant à 2000 mètres d’altitude, aubergiste comme on ' n’en‘ fait plus guère, dont les aventures et les réceptions sont racontées dans ce charmant petit livre qui sera lu par tous les touristes et les amis des montagnes.
- Pt 'écis de botanique médicale, par L. Trabut, professeur d’histoire naturelle médicale à l’Ecole de plein exercice de médecine et de pharmacie d’Alger, avec 830 figures dans le texte. 1 vol. in-8°. — Paris, G. Masson, 1891.
- Cours complet d'histoire naturelle, par Gaston Bonnier, professeur à la Sorbonne. Ouvrage rédigé suivant les nouveaux programmes de 1891, avec 767 figures dans le texte. 1 vol. m-18 de de 607 pages. Collection Paul Dupont. — Paris, Paul Dupont, éditeur, 4, rue du Bouloi, 1892.
- Manuel pratique de l'électricien. Guide pour le montage et l’entretien des installations électriques, par Ernest Cadiat, ingénieur des arts et manufactures. 1 fort volume in-18 avec \ figures. —Paris, librairie polytechnique Baudry et Cie, 1892.
- Bibliothèque pour tous. Collection de la librairie E. Flammarion, 26, rue Racine, à Paris. Nouveaux volumes parus : Manuel du menuisier-modeleur, par Aristide PoütIers, illustré de 300 figures; Manuel de l'architecte maçon, par Christie et Chareyre, illustré de 150 figures; Manuel du serrurier, par L. Therrode, illustré de 300 figures. Volumes in-18 à 75 centimes.
- Les graveurs du dix-neuvième siècle. Guide de l'amateur d'estampes modernes, par Henri Beraldi. Tome XI. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie L. Conquet, 1891.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Paro Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS k 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 16 novembre. 8%2 S. S. W. 3 Couvert. i,i Nuageux de 10 à 15 h.; couv. av. et ap.; pluie avant le jour; gouttes à 22 h.; alm. claire.
- Mardi 17 5-,2 S. 2 Nuageux. 0,0 Tr. nuag. av. 8 h.; couv. ensuite; pluie fine de 17 à 22h. br. atm. 10 à 12 km à 11 h.
- Mercredi 18 7-,4 S. S. E. 2 Couvert. 2,3 Couv.; un peu de bruine.
- Jeudi 19 11*,1 S. 2 Couvert. 0,0 Nuag. à 11 h.; beau de 12 à 17 h.; couv. av. et ap. brd. 150 m. à 7 h.; puis d. la s. brume; atm. br. cl. a 15 h. PL fine de 19 h. 35 à 24 h.; br. toute la j. sauf à 9 h.
- Vendredi 20 7%5 S. 1 Couvert. 0,1
- Samedi 21 8*,0 N. N. W. 1 Couvert. 5,5 Brouil. épais sur les pi. basses ; pl. de 4 à 6 h. et de 14 à 17 h.; gouttes dans la matinée.
- Dimanche 22 3 M S. W. 2 Nuageux. 1,7 Gelée LL; lioriz. tr. brumeux; goût, à 20 h.; tr. uuag. le mat.; couv. le soir.
- NOVEMBRE 1891. - SEMAINE DU LUNDI 16 AU DIMANCHE 22 NOVEMBRE 1891
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les ptessions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mincet thermomètre à Vabri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à Vabri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Observation de foudre en boule. — Il est toujours intéressant d’enregistrer des observations de phénomènes d’électricité atmosphérique et, en particulier, de celui de la foudre en houle, phénomène encore peu connu jusqu’à ce jour. Une observation de ce genre a été faite récemment à Ealing (comté de Middlesex), en Angleterre. Nous laissons la responsabilité du récit au journal qui le reproduit.
- Dans un jardin, une grosse branche d’un noyer avait été abattue par le vent. Un jardinier, sous la surveillance de ses maîtres, était occupé à retirer cette branche et à débarrasser les arbres voisins. Tout à coup une boule de feu vint frapper l’arbre à 2 ou 3 mètres de hauteur, et tout près des spectateurs. Celle boule rebondit et éclata avec fracas. Le jardinier et les personnes présentes furent violemment renversées. Aucune n’a été blessée, mais l’une d’elles n’a repris complètement ses sens que plusieurs heures après l’accident. Tous attestent qu’ils ont parfaitement vu une boule de feu parcourir sur l’arbre un certain tracé et éclater
- ensuite. Le tronc de l’arbre frappé porte des traces de brûlure en zigzag sur une longueur de 6 à 9 mètres.
- Vitesse des orages en Russie. — Nous trouvons, dans Ciel et Terre, le résumé d’une Notice sur la vitesse des orages en Russie. En 1888, on a noté en Russie la vitesse de marche de 197 orages. M. Schôn-roek a constaté une vitesse moyenne d’environ 46 kilomètres à l’heure, avec des variations allant de 21 à 80 kilomètres. La rapidité s’est trouvée moindre pendant la saison des chaleurs que pendant l’hiver (45 kilomètres — 51 kilomètres). Elle était moindre aussi le matin de bonne heure; elle augmentait peu à peu et atteignait son maximum entre 9 et 10 heures. Les orages les plus rapides sont ceux qui viennent du sud-ouest, de l’ouest et du nord-ouest. On a remarqué une particularité géographique intéressante : de l’ouest à l’est, la vitesse augmente d’abord; mais à environ 30° ou 35° de longitude, elle atteint son maximum, et, en allant toujours plus à l’est, elle diminue. Cette diminution présente cependant un maximum secondaire entre 45 et 50°.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 16 à 0 h. 25 m. du matin.
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