La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- 15T DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
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- ET DE LEIJDS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- ABONNEMENTS
- Taris. Un an. . — Six mois.
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- AVEC LE VOLUME DES TABLES DES DIX PREMIÈRES ANNEES
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- VINGTIEME ANNÉE
- 1892
- PREMIER SEMESTRE
- PARIS
- 6. MASSON, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, boulevard saint-sermaix, 120
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- 20* ANNÉE. — N° 966.
- 5 DÉCEMBRE 1891.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- SOUDURE DYNAMO-THERMIQUE
- DES MÉTAUX DUCTILES
- Si les nombreuses ressources mises par l’Electricité au service de l’industrie nous font marcher de
- surprise en surprise, et transforment rapidement les procédés actuels de fabrication, nous devons reconnaître cependant que ces transformations industrielles ne restent pas exclusivement le privilège de la fée du dix-neuvième siècle, et que l’évolution
- Fig. 1, 2, 3 et 4. — Appareils de soudure dynamo-thermique.
- Fig. 1. Soudure de deux fils bout à bout. —- Fig. 2. Vue des lîls. — Fig. 3. Fabrication continue d’un tube avec une lame. Fig. 4. Vue du tube montrant les différentes phases de la transformation.
- se poursuit, non moins remarquable et féconde, dans un certain nombre d’autres branches de l’activité scientifique et industrielle.
- Nous en trouvons aujourd’hui un exemple, des plus intéressants, à propos d’un nouveau procédé de façonnage, laminage et soudure autogène des métaux ductiles, procédé- essentiellement original, inattendu, presque invraisemblable, mais qui, selon
- 20e année. — ior semestre.
- nous, pourrait bien, à bref délai, changer les procédés de fabrication d’un grand nombre de produits manufacturés. Ce procédé, comme toute chose vraiment géniale, est d’une extrême simplicité, et comme il nous est présenté par le Comité des arts et des sciences du Franklin Imtitute, de l’État de Pensylvanie, qui vient de lui décerner la médaille Elliot Creison, nous n’avons aucune raison de douter
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- de sa valeur. La description qui va suivre permettra d’ailleurs de s’en faire une idée. Le procédé dont il s’agit, est dû à M. James H. Bevington; ce procédé est aujourd’hui exploité par une puissante Société établie à Chicago. Il consiste, en principe, à forcer des bandes, des tiges ou des tubes d’un métal ductile dans des formes coniques ou convergentes en métal beaucoup plus dur, animées d’une rapide rotation.
- Le métal s’y échauffe par frottement, jusqu’à l’état pâteux, il y devient compact et prend la forme de l’intérieur du mandrin rotatif. En employant un guide convergent, par exemple, on arrive à replier une bande sous forme de tube, et à la souder de telle façon que le joint soit aussi solide que le reste, et qu’on ne puisse apercevoir la soudure qu’en observant avec attention l’intérieur de ce tube. Deux fils de cuivre taillés en biseau peuvent être soudés de la même façon, sans employer aucune soudure ni aucun fondant. Le même procédé permet de laminer des tûbes, de façon à les allonger et à diminuer leur diamètre, sans que, chose curieuse et remarquable, l’épaisseur du métal se trouve sensiblement modifiée. La figure 1, reproduite d’après les brevets de l’inventeur, montre l’application du procédé à la soudure bout à bout de deux fils, à l’aide d’un tour spécial disposé pour obtenir ce résultat. Comme pour le laminage des métaux à l’état fluide, dont nous avons récemment donné la description, les dessins géométriques du brevet ont été mis en perspective par notre habile dessinateur, M. Poyet.
- Les arbres des deux poupées de tour sont creux. Une forme conique est montée sur la poulie fixe et tourne avec l’arbre. Elle est en métal très dur et porte un trou central, avec évasement conique, tourné du côté de la poupée mobile. L’arbre creux de cette poupée mobile est fileté extérieurement, de façon à pouvoir être déplacé longitudinalement sur la poupée ; la pièce à travailler est solidement maintenue sur cet arbre par une bague de serrage, ce qui l'empêche de tourner, d’avancer ou de reculer. Les deux fils à souder bout à bout sont tout d’abord préparés en coupant leurs extrémités en forme de biseaux très allongés. L’un des fils est introduit dans la poupée fixe et solidement maintenu en place par un collier de serrage placé à l’arrière de la poupée. L’autre fil est introduit dans le trou de l’arbre creux de la seconde poupée et fixé par un second écrou de serrage monté sur le nez de cette poupée, en laissant toutefois dépasser la longueur nécessaire au travail. Une fois les pièces fixées, on tourne le volant de la poupée mobile à la main jusqu’à amener en regard les deux biseaux dans la forme conique montée sur la poupée fixe. On imprime alors à la poulie et au mandrin conique un rapide mouvement de rotation tandis que les fils sont maintenus en place et fermement pressés l’un contre l’autre. Le frottement du mandrin contre le fil l’échauffe fortement et la température devient bientôt assez élevée pour produire une soudure autogène parfaite des fils ainsi rapprochés. La sou-
- dure est imperceptible, et le fil soudé présente l’aspect d'un fil nu à surface polie de section cylindrique. Une fois la soudure faite, il faut naturellement dérouler l’un des fils à travers le tour, pour n’en former qu’une seule botte, et le dégager de la machine dynamo-thermique à souder. La soudure de deux tiges s’effectue de la même façon, en prenant des mandrins en métal dur de section appropriée à celles des tiges à souder.
- Le procédé a été mis en expérience et a parfaitement réussi sur des barres dont le diamètre atteignait 25 millimètres ; il est probable que l’on pourra aller au delà lorsque l’on connaîtra mieux les conditions de fonctionnement qui assurent les meilleurs résultats.
- La figure 2 montre le procédé dynamo-thermique de soudure appliqué à la fabrication d’un tube en partant d’une lame plate. La poupée mobile est creuse et porte un mécanisme d’avancement de la lame à la main. A la partie arrière de la poupée mobile, est un mandrin cylindrique dont la grosseur est proportionnée à celle du tube que l’on veut obtenir. En manœuvrant la manivelle montée sur la poulie mobile, on exerce une traction de droite à gauche sur la bande, et oh refoule en même temps dans le même sens le tube replié sur la poupée fixe portant la forme tournante en métal dur. La traction exercée sur la lame la force à se replier en forme de tube cylindrique, et le frottement du mandrin tournant soude les deux bords rapprochés, par suite de la haute température développée dans le métal ductile par la rotation rapide du mandrin. La fabrication est intermittente, en ce sens qu’il faut ramener l’arbre de la poupée en arrière lorsque sa course est terminée, et reculer le point d’attache du tube sur la poupée pour pouvoir faire avancer le tube d’une longueur égale à celle du pas de vis ménagé sur l’arbre creux de la poupée mobile. Il n’est pas difficile de concevoir des dispositions qui, en exerçant une traction continue sur le tube une fois terminé, rendront la fabrication continue. Des sections faites sur des échantillons ont montré que le joint présentait une solidité parfaite et égale à celle des autres parties du tube.
- L’application de ce procédé paraît en quelque sorte illimitée, en tant qu’il s’agit de formes cylindriques et de métaux ductiles. Un des spécimens les plus curieux des résultats déjà obtenus avec cette nouvelle invention est, sans contredit, la soudure d’un toron de fils en un seul bout. Il a été utilisé aussi avec succès à la fabrication des étuis, des cartouches, des projectiles lancés à la dynamite. Par sa nouveauté, sa simplicité, son installation simple ef économique, le procédé de M. Bevington a paru mériter la médaille Elliot Creison. Nous avons la' conviction, si nous sommes parvenus à bien faire comprendre le procédé à nos lecteurs, qu’ils partageront avec nous l’opinion favorable émise par le Comité des sciences et des arts du Franklin Insti-lute. . X..., ingénieur.
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- LES TREMBLEMENTS DE TERRE AU JAPON
- A PROPOS DE LA CATASTROPHE DU 28 OCTOBRE 1891
- Au moment où nous nous préparions à publier l’intéressant article que l’on va lire, nous recevions d’un de nos correspondants de Yokohama, M. J. F., quelques détails sur le tremblement de terre du 28 octobre 1891 qui a dévasté une partie du Japon, qui a causé la mort de milliers d’habitants dans plusieurs provinces, en particulier celle d’Owan. Notre correspondant s’est hâté d’envoyer, à l’intention des lecteurs de La Nature, une photographie de la grande cheminée de la Société électrique de Yokohama, qui est tombée comme une masse, au premier choc violent du tremblement de terre (fig. 3). Nous recevrons, par le prochain courrier du Japon, d’autres détails qui nous permettront de retracer l’histoire de ce terrible phénomène géologique. G. T.
- Le télégraphe nous a informé que le Japon a été récemment ravagé par les tremblements de terre, et justement nous venons de recevoir un Mémoire que M. le professeur Berson, de la Faculté des sciences de Toulouse, a communiqué récemment à l’Académie des sciences de cette ville. M. Berson a séjourné quatre années au Japon, en qualité de professeur à l’université de Tokio. Il a étudié les anciens auteurs indigènes et plusieurs longs voyages dans l’intérieur du pays lui ont révélé l’aspect de son sol tourmenté et lui ont fait mieux comprendre son caractère accidenté. Aussi la dissertation que nos lecteurs nous sauront gré de résumer ici offre-t-elle un réel intérêt. Nous l’illustrerons avec quelques dessins japonais pris dans notre collection personnelle (fig. 1 et 2).
- Il n’est personne qui, ayant sous les yeux une collection de dessins de paysages japonais, n’ait vu se profiler dans quelques-uns d’entre eux la silhouette d’une montagne ressemblant à un immense cône, très obtus, tronqué vers son sommet. C’est la montagne sainte, le mont Foudji, volcan aujourd’hui éteint, qui a semé au loin la désolation et la ruine pendant une longue suite de siècles. Chaque année, lorsque les rayons du soleil d’été ont débarrassé presque complètement son sommet des neiges qui je recouvrent pendant un grand nombre de .mois,
- J d’innombrables pèlerins, auxquels la tradition a légué t la terreur des cataclysmes dus au volcan, vont y faire leurs dévotions pour qu’il continue à sommeiller.
- Mais l’île de Nippon possède encore plusieurs volcans dont l’activité s’exaspère à des intervalles assez rapprochés : tel,T’Asamaya, les monts Bandai.
- | Naturellement les tremblements de terre y sont très fréquents, plus de cinquante par an, la plupart ! l’une parfaite innocuité, produisant ça et là quel-! mes légers affaissements ou de faibles élévations de •rain. Si on est dehors on ne s’aperçoit de rien, ns une maison japonaise, on entend des craquements rythmés dus au choc des pièces de bois qui Arment la carcasse de la maison et auxquelles on aisse un certain jeu pour éviter un ébranlement l’ensemble; l’attention éveillée par ces bruits permet alors de percevoir les oscillations du sol. Aujourd’hui l’Observatoire de Tokio enregistre les
- moindres oscillations ; mais des âges passés, les habitants n’ont gardé mémoire que des plus grandes catastrophes. On en cite cinquante-quatre dont on précise l’année, depuis le septième siècle. La plupart de ces tremblements de terre produisirent d’énormes fissures du sol, des écroulements de montagnes, de formidables envahissements de la mer, des torrents d’eau chaude faisant déborder les rivières, des pluies de cendres amoncelées jusqu’au faîte des maisons. Ainsi celui du 15 juillet 1888 s’annonce par l’explosion des monts Bandai, situés à 241 kilomètres nord de Tokio, sur les bords du lac Inawachiro. Les Bandaï-zan étaient constitués par trois pics d’environ 1500 mètres de hauteur. La. partie médiane, y compris le pic central, fut projetée obliquement, comblant ainsi les vallées voisines sur une superficie de 60 kilomètres carrés. Nulle part trace de feu ou de lave : l’explosion fut due uniquement à la vapeur d’eau qui avait acquis une force élastique énorme; le cratère ne vomit que des nuages immenses de poussières brûlantes et des torrents de boue coulant au loin et ensevelissant des villages entiers. L’épaisseur des débris amoncelés par le volcan varie de 3 à 50. mètres suivant le lieu ; elle atteint exceptionnellement 500 mètres en quelques points. On évalue à 500 le nombre des morts; mais souvent dans les anciens tremblements de terre le chiffre des victimes fut beaucoup plus considérable, plusieurs fois plus de dix mille.
- Les Japonais d’autrefois s’imaginaient que leur pays était le centre et la partie la plus importante de la surface de la Terre. Ils croyaient que le Japon reposait sur le dos d’un immense poisson de l’espèce appelée Namadzou. Lorsque ce poisson remuait la queuq ou une partie quelconque de son corps, la province située au-dessus était secouée et ressentait un tremblement de terre. A sa tête était fixée une pierre nommée kanamè ichi, qu’une divinité bienfaisante, Kachimamyôzin, tenait à la main pour maintenir le Namadzou au repos.
- Sous le règne de Soui-co-ten-no, à la suite de grands désastres, le culte d’une divinité spéciale aux tremblements de terre fut ordonné dans tout le Japon. Maintenant, ajoute l’auteur du Nilton-ki (histoire du Japon) il ne reste aucune trace de ce Dieu.
- De nos jours le Japonais Ut nos livres de science et le peuple croit de moins en moins à toutes les vieilles légendes. Il ne tire plus de ces pronostics de la connaissance de l’heure d’un tremblement de terre qui à tel moment du jour, était le présage de la maladie, à tel autre celui de la pluie ou du vent.
- La science japonaise avait cependant proposé des théories de ces phénomènes ; l’une suppose que la Terre est poreuse, percée de trous comme un rayon d’abeille, mais communiquant. Au contact de l'eau l’air s’échautfe, se met en mouvement, et, s’il rencontre de l’air froid, produit des trépidations comme lorsque l’on plonge un corps enflammé dans de l’eau froide. Le tremblement cesse lorsque l’air chaud, suffisamment condensé, s’est transformé cri feu et
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- Fig. 1. — Maison détruite par un tremblement do terre. Fig. 2. — Vague de fond formée par un tremblement de terre.
- (Fac-similé de gravures provenant d’un ouvrage japonais sur les tremblements de terre.)
- s’est échappé dans l’atmosphère. Une seconde théorie est basée sur l’action des deux fluides universels l’eau et le ftu (m et yo) répandus uniformément partout. Si, en un endroit donné, pour un motif quelconque, ces deux fluides perdent leur répartition naturelle et que in s’oppose it la libre circulation de yo, la terre se gonfle sous l'effort de yo et l’on constate que le niveau de l’eau dans les puits semble descendre. Si l’accumulation de yo continue, il se produit une explosion qui ébranle le sol et le déchire pour laisser échapper le feu souterrain; les secousses plus faibles qui succèdent à la'première sont dues au reste du feu qui s’échappe de la terre peu a peu et par soubresaut. Il s’ensuit un affaissement du sol, ce qui explique pour • quoi les tremblements de terre amènent souvent d énormes flots sur le rivage ou même dans l’intérieur des terres et produisent des inondations.
- Nous regrettons que l’espace forcément restreint dont nous pouvons disposer ici ne nous permette pas
- de donner d’autres extraits de la notice de M. Berson qui remercie, en terminant, M. Nobou-tani, de l’Observatoire météorologique de To-kio, et M. Hirano, préparateur à l’université de la même ville, qui l’ont aidé à rassembler les matériaux de son travail.
- La nouvelle du dernier tremblement de terre nous arrive par San-Francisco, elle est très laconique. Les secousses se sont succédé du 28 octobre au 5 novembre et les appareils enregistreurs (ceux du célèbre professeur italien Palmieri), en ont compté 6600, 4000 personnes tuées, autant de blessées, 42 000 maisons détruites, la population de deux provinces sans aucun abri, tel serait le bilan du désastre comparable à celui de 1854 qui se produisit à la même époque.
- Emile Cartailhac.
- Fig. 3. — Cheminée de la Société électrique à Yokohama, au Japon, renversée par le tremblement de terre du 28 octobre 1891.
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- LOCOMOTIVES À GRANDE VITESSE
- A CHAUDIÈRE FLAMAN
- La Nature1 avait annoncé que M. Salomon, ingénieur en chef du matériel et de la traction des chemins de fer de l’Est, satisfait des résultats de l’ap-
- plication à une machine Crampton d’un nouveau type de chaudière à deux corps, imaginé par M. Flaman, ingénieur des études, avait obtenu du Conseil d’administration de la Compagnie l’autorisation de construire douze locomotives pour le service des trains chargés à très grande vitesse, dans lesquelles les organes du mouvement seraient mis en rapport
- Fig. 1. —Nouvelle locomotive à chaudière Flaman de la Compagnie de l'Est. (D’après une photographie.)
- de puissance avec cette nouvelle chaudière.
- La première de ces nouvelles machines (fig. 1) sortie des ateliers de construction de la Compagnie de l’Est, à Epernay, le 15 juin dernier, a été
- mise en service depuis, et a exécuté une première série d’essais destinés à donner la mesure de sa puissance.
- Comme type de moteur, cette locomotive ne dif-
- Fig. 2. — Coupe de la nouvelle locomotive à chaudière Flaman.
- fère pas des machines à grande vitesse nos 501 à 5622, en service depuis 1878, qui ont obtenu un très bon rang dans les essais de vitesse sur les voies Paris-Lyon-Méditerranée, en 1889 et 1890.
- Elle répond, comme sa devancière, par la simplicité de ses organes moteurs, aux desiderata exprimés avec une parfaite netteté par M. l’ingénieur en chef
- 1 Voy. n° 902, du 15 septembre 1890, p. 234.
- * Construites par MM. Flaman et Gerhardt, ingénieurs.
- Salomon, lors d’une conférence faite à l’Exposition de 1889 : « Pour la sécurité des trains de voyageurs, il importe de distraire, le moins possible, l’attention du mécanicien de l’examen de la voie et des signaux ; pour l’exactitude de leur marche, à laquelle le public tient à juste titre, il convient d’éviter toute cause d’avarie. ». Or, « tout nouvel organe est une complication qui réclame une part de l’attention du mécanicien et apporte une cause nouvelle d’avarie
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- et par suite de détresse ». Aux qualités de stabilité etdeminimum de perturbations, conservées par suite du maintien des cylindres moteurs dans le voisinage du centre de gravité de la machine et de la position de l’essieu moteur tout à l’arrière, la nouvelle machine ajoute l’avantage d’une douceur parfaite à l’entrée dans les courbes par l’emploi du « boggie ».
- On sait avec quelle facilité quelques hommes armés de pinces déplacent une voie de chemin de fer. La résistance au ripement est due au frottement des traverses sur le ballast et elle est très faible lorsque la voie n’est pas chargée. Il faut donc que l’essieu d’avant d’une locomotive, qui le premier attaque les rails, ait assez de mobilité pour suivre les inflexions de la voie, sans soumettre celle-ci à des chocs latéraux ou même à des pressions latérales auxquels elle serait incapable de résister par suite d’un calage insuffisant.
- De tous les dispositifs connus, le boggie1 est celui qui résout le mieux le problème, en offrant la plus grande sécurité. Il se compose d’un petit véhicule à
- quatre roues qui supporte l’avant de la locomotive sur une cheville ouvrière. Sa paire de roues d’avant cale la voie, pour ainsi dire, à la plus grande distance possible du point d’attaque par les essieux fixes du reste de la locomotive, et possède, par le moyen de la cheville ouvrière, toute la mobilité voulue pour suivre les inflexions ou les sinuosités de la voie.
- Aussi rien de plus stable que l’allure de cette locomotive aux plus grandes vitesses et de plus doux que son entrée dans les courbes, malgré sa masse énorme qui, augmentée encore parcelle de son tender approvisionné de 20 tonnes d’eau, ne mesure pas moins de 100 tonnes. Lors du retour de l’inauguration de la ligne de Saint-Maurice à Bussang, M. le Ministre des travaux publics a bien voulu se montrer satisfait des « performances » de cette machine.
- On peut se faire théoriquement une idée de la puissance de cette locomotive par les dimensions principales suivantes de ses organes moteurs : diamètre des cylindres, O11* 500; course des pistons, 0m 660 ; diamètre des roues motrices, 2m 090 ; timbre
- Poids adhérent (en kilogrammes).............................
- Effort de traction (en kilogrammes pour adhérence =1/6). . Effort de traction (la machine Crampton prise pour unité).. .
- Volume d’eau en ordre de marche (en litres).................
- Timbre de la chaudière (en kilogrammes).....................
- Chaleur totale disponible, d’après Zeuner1 (en mille calories). Rapport du nombre de calories aux efforts...................
- MACHINES
- CRAMPTON EST 1853 GP.ANDE VITESSE EST 1878 GRANDE VITESSE P. O. 1889 GRANDE VITESSE EST 1891
- 13.460 29.000 31.400 32.200
- 2.240 4.710 5.230 5.330
- 1.000 2.100 2.330 2.380
- 3.310 3.600 4.620 5.970
- 9 10 13 12
- 2.067 2.253 2.907 3.751
- 2.067 1.070 1.249 1.576
- * En se servant de la formule C = V [606,5 -+- 0,305 (T — 0)] ou V est le volume, T et 0 les températures de la vapeur aux deux limites de son emploi.
- de la chaudière, 12 kilogrammes, poids adhérent, 52 200 kilogrammes. Ces dimensions conduisent à un effort calculé moyen à la jante des roues motrices, de 6160 kilogrammes, alors que des calculs analogues, pour la machine de type semblable la plus puissante qui existe, celle de la Compagnie d’Orléans, ne donnent que 5570 kilogrammes.
- Il n’y a évidemment rien de particulier ni de nouveau à remarquer sur ces résultats, et il doit sembler naturel à ceux qui ne sont pas familiers avec l’usage des locomotives, de s’imaginer qu’il est très simple, lorsqu’on veut obtenir un moteur plus puissant, d’augmenter les dimensions de celui qui sert de modèle. Il n’en est rien : le travail que peut développer une locomotive dépend surtout du magasin d’énergie que renferme son générateur et de la faculté laissée à celui qui la conduit de puiser largement dans la réserve de puissance qu’elle possède, lorsqu’il faut à un moment donné, et pour une durée plus ou moins longue, dépenser dans un temps donné plus
- 1 C’est en 4832 que fut inaugurée la première locomotive à boggie en Amérique, par M. John B. Jervis, ingénieur en chef de la ligne de Mohanck à Hudson.
- que la machine ne peut produire dans le même temps.
- Le fonctionnement de la locomotive est en quelque sorte une lutte entre la production de vapeur et la dépense de cette vapeur: le bon mécanicien arrive, par la pratique et l’expérience des qualités de sa machine, à maintenir ces deux opérations dans un juste équilibre, dont la sanction est une prime d’économie pour le travail produit. Tant que les efforts demandés aux locomotives n’ont pas dépassé les limites de charges de trains et de vitesses de marohes réalisées en France, il y a vingt ans, il a été relativement facile de construire des machines résolvant les problèmes nouveaux dans le même ordre d’idées émises par les premiers constructeurs. Mais aujourd’hui, les ingénieurs de traction reconnaissent que les machines actuelles sont insuffisantes pour répondre aux besoins nés d’un accroissement considérable des relations nationales et internationales; cette insuffisance se manifeste par l’impossibilité de produire la vapeur en quantité suffisante pour suffire à la dépense.
- Or, jusqu’au type imaginé et réalisé par M. Flaman, il était presque impossible d’obtenir une capacité de chaudière supérieure à celle que comporte le corps
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- cylindrique unique inscriptible dans l’espace laissé I libre entre les grandes roues motrices de la locomotive, et limité en longueur à environ 5 mètres, puisqu’il est reconnu qu’au delà de cette longueur, les gaz chauds n’ont pas assez d’efficacité pour fournir la chaleur nécessaire à l’eau de la chaudière.
- Le générateur de M. Flaman recule considérablement les limites auxquelles on était condamné par l’emploi du type usuel et l’on peut espérer de rétablir l’harmonie nécessaire entre les dimensions du générateur et celles du moteur, et par suite l’équilibre nécessaire entre la production et la dépense de vapeur.
- Comparons, en effet, d’une part les efforts théoriques que peuvent produire certaines machines locomotives de types bien connus, à la même adhérence sur la voie et, d’autre part, les quantités de chaleur totales disponibles renfermées dans leurs chaudières en ordre de marche, qu’on peut considérer avec une approximation très suffisante comme mesure de leur puissance. Nous prendrons comme unité de comparaison la machine Crampton, ce prototype excellent de locomotives à grande vitesse, qui n’est délaissé que parce qu’il ne répond plus aux exigences toujours grandissantes du service. ' «
- Le tableau ci-contre (p. 6) résume la comparaison.
- Ce qui se dégage des nombres de ce tableau, c’est combien la machine Crampton avait une puissante chaudière relativement à l’effort à fournir et combien est faible la chaudière des locomotives à grande vitesse actuelles : pour rester dans la même proportion, il faudrait pouvoir mettre deux chaudières ensemble sur le mécanisme moteur de ces dernières. Le type deM. Flaman ne donne pas ce résultat complètement, mais on voit qu’il en est très voisin. Sans la considération importante du poids à ne pas dépasser sur la voie, il eut été facile de réaliser le doublement de la chaudière.
- Le diagramme de la figure 2 montre d’une façon assez explicite la construction de la chaudière de cette nouvelle machine, pour nous dispenser d’entrer dans de grands détails. Rappelons seulement que ce qui la distingue des chaudières ordinaires, c’est que le corps cylindrique inférieur est entièrement rempli d’eau traversée par le faisceau des tubes à fumée et que de plus, l’eau occupe environ la moitié du corps cylindrique supérieur, en ordre de marche : il en'résulte un volume d’eau de près de 30 pour 100 plus grand que celui des plus puissantes locomotives similaires actuelles.
- La surface de chauffe atteint 180 mètres carrés, dont 13m n, 6 pour le foyer seul, et la section des tubes pour le passage des gaz chauds est de 0in(i, 3168.
- Comme détail intéressant pour les constructeurs, le ciel du foyer de cette chaudière est en tôle ondulée d’acier du système Fox, disposition imitée des chaudières marines, qui facilite les effets de la dilatation et supprime le poids encombrant des fermes ou même des entretoises.
- - a suivre. — C. G..., ingénieur.
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- LES PHOSPHATES DU DEKMA EN ALGÉRIE
- Dans le magistral et éloquent Rapport qu’il vient de déposer à la Chambre des députés sur le budget de l’Algérie, M. Burdeau fait un tableau de l’état actuel de notre grande colonie africaine où tout le monde lira avec un patriotique plaisir le passage suivant : « Lorsque Prévost-Paradol, dans des pages qui, sur bien des points furent prophétiques, se demandait si nous saurions mettre à profit cette chance suprême qui nous était présentée par le destin, de multiplier le nombre des Français et de nous maintenir en quantité respectable sur la terre, cette chance « qui s’appelle d’un nom qui devait être plus « populaire en France, l’Algérie », notre colonie alors ne comptait guère plus de 200 000 Européens dont H0 000 Français, possédant à eux tous 600 000 à 700 000 hectares de terre; sa production agricole essentielle se chiffrait par 8 à 10 milfions de quintaux de céréales et quelque 100 000 hectolitres de vin; son exportation n’atteignait pas 80 millions, elle avait à peu près 400 kilomètres de chemin de fer. Si Paradol pouvait aujourd’hui, après vingt-trois ans écoulés, voir l’Algérie telle que l’ont faite les efforts réunis de la métropole et des colons, il y trouverait- une population européenne et française plus que doublée, et possédant deux fois plus de terre ; une récolte presque double en céréales et une récolte trente fois plus considérable en vins; une exportation presque triplée, tous les signes enfin de vigueur et de rapide croissance auxquels dans l’histoire on reconnaît les colonies approchant de l’âge adulte, et déjà presque sûres de leur avenir. Peut-être en face de ces faits jugerait-il que les années écoulées et l’argent dépensé n’ont pas été perdus, et que le jour n’est plus aussi lointain où l’Algérie pourra « peser de notre côté dans l’arrangement « des affaires humaines », et contribuer à « maintenir « un certain équilibre entre notre puissance et celle « des autres grandes nations de la terre. » -*
- Parmi les éléments de richesses les plus immédiatement sensibles, il faut faire une place à part à celles qui résultent de l’exploitation de plus en plus active et de plus en plus rationnelle du sol. L’eau, les mines métalliques, les marbres tels que l’onyx, sont des exemples des substances qu’on a su tirer de terre en Algérie. Parmi les métaux, les minerais de fer des environs de Bône et de Philippeville, les galènes argentifères de Kef-OumThéboul près de La Calle et Celle de Gar Rouban, dans le département d’Oran, sur la frontière marocaine méritent une mention spéciale.
- Le phosphate de chaux, dont la valeur commerciale atteint un chiffre si élevé et que les agriculteurs recherchent avec une si fiévreuse activité, doit, lui aussi, figurer parmi les trésors dont notre belle colonie est si largement dotée. C’est ce qui résulte d’une série de découvertes dont on est redevable à M. G. Le Mesle, à M. Pomel, à M. AVetterlé, à M. Thomas, à M- le Dr Bleicher. " , —
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- L’un des gisements de phosphate sur lequel l’attention a été appelée dans ces derniers temps est situé dans la province de Constantine sur les confins de la Tunisie, dans le massif du Dekma, qui se développe entre la vallée de la Medjerdah et celle de l’Oued Chouk ou Oued Ilamra. Le phosphate de chaux y imprègne des lits de roches très différents les uns des autres et d’àges évidemment très divers ; on le retrouve en débris parmi les fragments de tous genres que les eaux sauvages ont abandonnés sur les pentes du terrain.
- Bien que par son aspect général le phosphate du Dekma rappelle beaucoup les nodules bien connus du terrain crétacé exploités dans les Ardennes, sous le nom pittoresque de coquins, il est associé en Algérie à des dépôts beaucoup moins anciens.
- Les assises les plus âgées du Dekma, celles qui en font la base, ne sont pas plus vieilles que les sables si célèbres aux environs de Compiègne par leur richesse considérable en fossiles et qu’on désigne d’habitude sous le nom de sables de Cuise : on y trouve en effet une huître bien reconnaissable (Ostrea multicostata) et les masses qui viennent plus haut sont pétries de nummulites, petits fossiles en forme de disques circulaires qui ont exclusivement vécu vers l’époque où notre calcaire gros-sier commençait à se déposer dans la mer. Le Dekma est donc d’âge tertiaire et même d’âge éocène. Sur les flancs du massif on reconnaît aisément que les roches n’ont plus maintenant leurs caractères originels. Le sol a laissé sortir des profondeurs, en quantités considérables et sans doute à des reprises multipliées, une foule d’émissions boueuses, gypseuses et calcaires, ces dernières sous forme de travertin.
- M. le Dr Bleicher, professeur d’histoire naturelle à l’École supérieure de pharmacie de Nancy, qui a déjà enrichi les sciences d’une foule de découvertes importantes, a eu l’idée de soumettre les phosphates du Dekma à une étude microscopiquè. Il a réduit ces roches en lames n’ayant plus environ que le centième d’un millimètre d’épaisseur et rendues ainsi parfaitement transparentes, et il les a examinées à un grossissement suffisant.
- La figure jointe à cet article et qui reproduit une photographie de l’auteur, montre la structure d’une variété spécialement intéressante et qui provient du point des environs de Taya, où affleure un niveau de gypse. C’est un minerai phosphaté plus ou moins
- nettement noduleux, rappelant, comme on le disait tout à l’heure, les coquins des' Ardennes, et comme eux très lourd, grenu, verdâtre, ferrugineux. Cependant il s’en distingue par la présence, surtout sensible à la loupe, de très petites dents de poissons.
- Au microscope on voit, au milieu d’un ciment général à la fois calcaire et ocracé, d’ailleurs peu abondant, des grains quartzeux montrant parfois des indices de formes cristallines, des lamelles vertes d’un minéral analogue à la chlorite et enfin, chose importante, des débris d’os et d’émail à différents degrés de minéralisation, mais reconnaissable à l'œil exercé du micrographe. On reconnaît les premiers à leurs cellules étoilées ou ostéoplastes, les autres à leur couleur ambrée et surtout aux stries fines et parallèles dont leur surface est chargée.
- Tous les échantillons ne sont pas identiques à celui-ci et M. Bleicher a distingué plusieurs variétés très distinctes. Parfois elles proviennent d’une simple différence dans la proportion des éléments constituants, dans celle du calcaire, par exemple, qui peut devenir plus abondant. Parfois aussi, elles sont caractérisées par une structure tout à fait spéciale. C’est ainsi que le savant auteur signale un calcaire marneux riche en foramini-fères dans lesquels le phosphate s’est surtout concentré. Cette roche remarquable, qui provient d’un petit affleurement situé entre la route et le Dekma, à 11 kilomètres de Souk Ahras et qui a été découvert par M. G. Le Mesle, paraît avoir, malgré son autre âge, de l’analogie avec les craies brunes dont les lecteurs de La Nature ont eu naguère la description.
- Évidemment dans les gisements qui viennent de nous occuper, le phosphate dérive des fossiles animaux contenus dans les couches : il a donc une origine organique et c’est un point fort intéressant. Une autre catégorie de masses minérales, plus ordinairement désignées sous le nom d'apatites, appar-liennent aux terrains primitifs comme au Canada et en Scandinavie, où le phosphate constitue d’énormes filons, ou bien aux terrains volcaniques comme à Jumilla, en Espagne.
- Ces approvisionnements constituent au propre la source même où le règne animal a d’abord puisé avant de se livrer aux transports incessants d’un être à l’autre auxquels nous assistons aujourd’hui.
- Stanislas Meunier.
- Vue microscopique ü’une lame miuce taillée au travers d’un échantillon de phosphate du Dekma, eu Algérie. (D’après une photographie microscopique de M. le D' Bleicher.)
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- PHOTOGRAPHIES INSTANTANÉES1
- LE TIR DU CANON
- Les photographies instantanées offrent à la science et à l’art les plus précieux documents ; nous n’avons
- jamais manqué, depuis plusieurs années, de publier les épreuves intéressantes qui nous ont été adressées a maintes reprises par nos lecteurs. Nous continuons aujourd’hui notre série d’instantanées, en reproduisant deux excellentes photographies qui représentent le tir du canon : ces épreuves ont été obtenues
- Fig. 1. — Tir du canon. (Fac-similé d’une photographie instantanée de M. A. Lemaire.)
- Fig. 2. — Batterie d’artillerie pendant le tir. (Fac-similé d’une photographie instantanée de M. Ch. Maindron.)
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- le 44 juillet dernier lors de notre Fête nationale; la première h Bordeaux, la deuxième à Paris au moment de la Revue.
- L’attitude de l’artilleur qui vient de tirer, et qui 1 Yoy. n° 909, du l*r novembre 1890, p. 552.
- a encore autour de la main la cordelette de l'étou-pille (fig. 1), est remarquable; c’est la nature prise sur le fait. Cette photographie, d’un canon ordinaire de 90, a été exécutée pendant les salves d’artillerie, h Bordeaux, par M. A. Lemaire.
- La deuxième photographie (fig. 2) a été exécutée
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- par M. Ch. Maindron. Elle repre'sente un coup de canon tiré sur le bord de la Seine, près des tribunes de Longchamp au bois de Boulogne, au moment de l’arrivée pour la revue de M. Carnot. Cette épreuve est fort curieuse par la reproduction à l’avant de la pièce, des traînées de feu, dues aux grains de poudre en excès et brûlant dans l’air; nous avons déjà antérieurement publié une photographie de ce genre exécutée aux Etats-Unis1 ; celle que nous offrons à nos lecteurs, ne laisse rien à désirer pour la netteté. Notre illustre peintre militaire, M. E. Retaille, a eu l’occasion de l’examiner au moment même où notre graveur la reproduisait, et il a déclaré que de tels documents avaient un grand intérêt pour les artistes : nous sommes heureux d’enregistrer ici, à l’honneur de la photographie, l’opinion d’un si grand maître.
- Gaston Tissàndier.
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- RAFFINAGE DE L’ACIER
- DEUX NOUVEAUX PROCÉDÉS
- Au point de vue spéculatif, il est admis que la lonte, l’acier et le fer sont des corps parfaitement déterminés dont la teneur en carbone établit nettement la différence ; mais il n’en est plus de même si on se place au point de vue pratique, notamment en ce qui concerne l’acier dont la nature varie avec chaque forge ou haut fourneau.
- On ne peut pas dire catégoriquement où commence et où finit l’acier pour lequel on a fait des tentatives de classification sans qu’aucune ait encore été adoptée d’une façon définitive.
- Industriellement on a créé des catégories spéciales basées sur les propriétés physiques du métal, c’est-à-dire sur la résistance sous un poids déterminé, la résistance à l’allongement par la traction, sur la limite d’élasticité, etc.
- Il ne faut pas inférer de ce qui vient d’être dit que nos métallurgistes opèrent empiriquement; au contraire, car ils sont arrivés à une précision telle, qu’ils peuvent satisfaire aux nombreuses conditions imposées par les cahiers des charges qui leur sont soumis.
- On sait que dans le convertisseur Bessemer, la fonte, d’abord décarburée, donne du fer fondu contenant de l’oxyde de fer en dissolution ; il s’agit ensuite de procéder 1° à la recarburation, 2° au raffinage qui consiste dans la réduction de l’oxyde de fer. Ces deux réactions s’obtiennent simultanément en introduisant dans la masse du manganèse métallique allié à de la fonte dans la proportion de 15 à 20 pour 100, alliage que l’on appelle Spiegel-eisen (fonte miroitante) ; le résultat est de l’acier fondu.
- Si l’on veut obtenir un autre produit, de l’acier doux par exemple, renfermant moins de carbone, on ajoute un alliage portant le nom de ferro-manganèse contenant jusqu’à 80 pour 100 de ce dernier métal; or, sachant d’une part qu’il faut 1 pour 100 de manganèse pour réduire l’oxyde de fer, et que d’autre part 100 kilogrammes de spiegel ou de ferro-manganèse renferment la même quantité de carbone, 6 pour 100 environ, il est clair qu’on ajoutera d’autant moins de carbone que l’alliage contiendra plus de manganèse. Un exemple fera mieux comprendre : pour mettre 1 pour 100 de manganèse en employant du spiegel à 20 pour 100 de manganèse et 6 pour 100 decar-
- 1 Yoy. n° 714, du 5 février 1887, p. 149.
- bone, il faudra 5 pour 100 de spiegel qui apporteront 1 de manganèse et 0,3 de carbone ; mais si l’on emploie du ferro-manganèse à 80 pour 100 de manganèse et 6 pour 100 de carbone, il faudra 1,25 pour 100 de ferro-manganèse qui donnera 1 de manganèse et 0,075 de carbone.
- Cela étant, on voit que le raffinage et la recarburation sont des opérations simultanées dans lesquelles on ne peut introduire beaucoup de carbone et peu de manganèse, ce qui est un désavantage surtout si l’on veut obtenir des aciers durs.
- Le moyen d’obvier à cet inconvénient était d’opérer séparément, en un mot, de procéder au raffinage au moyen de ferro-manganèse, puis d’ajouter la quantité de carbone nécessaire à la constitution de l’acier. Cette idée mise en pratique par Bessemer fut abandonnée aussitôt comme irréalisable, les résultats n’ayant pas été ceux qu’on attendait; —il est vrai de dire que dans cette tentative, Bessemer n’emplova'que du carbone auquel il demandait la double action de raffinage et de carburation, or, dans l’espèce, le carbone seul ne réduit pas suffisamment l’oxyde de fer.
- Cette méthode de carburation séparée vient d’être reprise par un ingénieur anglais,!. Darby, qui, a priori, pensa qu’il fallait un contact prolongé du carbone et du fer pour faciliter la combinaison, de là, une installation compliquée ; — c’était une erreur, car il reconnut par la suite qu’il suffisait, au moment de verser le métal fondu dans la poche de coulée, d’introduire dans celle-ci le carbone en poudre sous forme de graphite, de charbon de bois, d’anthracite et même de coke, mais exempt autant qu’il est possible de matières volatiles et de cendres. La carburation s’effectue parfaitement, à la condition toutefois d’avoir préalablement réduit l’oxyde de fer à l’aide d’un peu de manganèse sous forme de ferro ou de spiegel riche, que l’on ajoute en quantité strictement suffisante, de façon qu’après son action il n’en reste plus que des traces dans le bain; on arrive ainsi à une teneur en manganèse limitée à 3 pour 1000, c’est-à-dire entièrement inoffensive.
- Ap rès bien des incertitudes, ce nouveau procédé a fini par s’imposer et vaincre l’indécision de nos métallurgistes qui commencent à l’adopter.
- Une autre méthode repose sur la substitution de l’aluminium au silicium dans le traitement de l’acier ; voici dans quelle circonstance. Lorsqu’on ajoute le spiegel à la fonte, il se produit un bouillonnement dont les causes ont été diversement interprétées. Ce bouillonnement est toujours produit par un dégagement gazeux dû, pour les uns à l’hydrogène, pour les autres à l’oxyde de carbone (sans vouloir entrer dans le débat, nous adopterions plutôt cette dernière hypothèse). Quelle que soit leur nature, au fur et à mesure que la masse se refroidit, ces gaz restent emprisonnés dans celle-ci et produisent des soufflures qui ne disparaissent ultérieurement que sous l’action d’un forgeage prolongé. On est arrivé à obtenir un métal exempt de soufflures en faisant intervenir le silicium, sous forme de silico-spiegel, qui possède pour l’oxygène une affinité supérieure à celle du manganèse ; en ajoutant au bain une fonte fortement siliceuse, on supprime totalement le bouillonnement dont il s’agit ; seulement il y a beaucoup de précautions à prendre dans l’addition de ce métalloïde dont la présence, en quantité infinitésime, possède une action préjudiciable à l’acier; il faut donc une grande expérience et une appréciation très exacte de l’état d’oxydation du bain pour évaluer la dose convenable.
- Suivant M, U. Le Verrier, professeur de métallurgie au
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- Conservatoire des arts et métiers, l’aluminium présente trois avantages sur les réactifs employés jusqu’ici : 1° c’est un désoxydant énergique à raison de son affinité plus grande pour l’oxvgène; 2° il augmente la fluidité de l’acier doux en éliminant plus complètement l’oxyde de fer dont des traces rendent le métal pâteux ; 3° il prévient mieux que tout autre corps la production des soufflures. Il y a quelque temps son prix eût été un obstacle sérieux à son emploi, mais grâce aux nouveaux procédés électriques, l’aluminium a vu son prix notablement s’abaisser.
- Il serait intéressant de citer les expériences du Dr Mul-‘ 1er, de MM. Troost, Ilautefeuille et Hadfield, mais nous sommes obligé de conclure et nous ne saurions mieux le faire qu’en rappelant l’opinion de l’éminent professeur mentionné plus haut qui pense que l’emploi de l’aluminium est appelé à se généraliser pour toutes les variétés d’acier, de même que le procédé Darbv doit devenir une application courante pour les aciers durs. Bien compris et bien maniés, ces deux procédés permettront sans doute à l’industrie de sortir du cercle des aciers manganésés, et de fabriquer en grand, au Bessemer ou au Martin, les aciers supérieurs exclusivement carburés, qui, jusqu’à présent, ne pouvaient se faire qu’au creuset. Paul Gahéry.
- HISTOIRE DES SCIENCES
- SUR DES MANUSCRITS A FIGURES INTÉRESSANT l’hISTOIRE DE l’aRTILLERIE ET DES ARTS MÉCANIQUES VERS LA FIN DU MOYEN AGE
- Les recherches que j’ai faites récemment sur les compositions incendiaires des anciens, le feu grégeois et les origines de la poudre à canon1 m’ont conduit à examiner divers manuscrits à figures, écrits dans la première partie du quinzième siècle, et qui donnent de précieux renseignements sur l’histoire des arts mécaniques et de l’artillerie. J’ai fait reproduire 66 pages de ces manuscrits en photogravures, comprenant environ 445dessins; le tout doit paraître le 4er décembre dans les Annales de chimie et de physique; il semblç utile de signaler cette étude en en donnant un aperçu sommaire.
- Les manuscrits dont ces dessins ont été tirés, sont au nombre de quatre, ou plutôt de cinq, l’un d’eux étant formé par deux autres juxtaposés ; quatre dérivent d’une même origine, l’un paraissant le brouillon, et trois les copies. Le plus ancien appartient à la Bibliothèque royale de Munich ; il m’a été signalé et adressé obligeamment par le Directeur, M. le Dr Laubmann. Un autre se trouve à la Bibliothèque de Saint-Marc, à Venise; un autre à Vienne. Enfin, il en est un qui existe à la Bibliothèque nationale de Paris.
- Le manuscrit de Munich (in-folio) (latin, n° 497) est formé de deux cahiers, l’un allemand, l’autre de provenance italienne, qui n’ont de commun que la reliure qui les réunit.
- I. Le premier cahier, dù à un ingénieur allemand anonyme, est composé de 48 folios, couverts des deux côtés de figures coloriées d’appareils, destinés
- 1 Revue des Deux Mondes, août 1891.
- principalement à l’artillerie et aux arsenaux, et accompagnés, dans certains cas, de légendes en vieil allemand. Elles font mention de Munich et de Nuremberg, et d’événements qui se sont passés en 4421 et vers 1430 (guerre des Hussites). J’en ai reproduit 25 pages (réduction au quart) figurant, entre autres, des moufles et appareils élévatoires, un bateau à roues, un canon blindé, des canonnières armées de canons blindés, un moulin à poudre à pilons, un scaphandrier avec ses armatures, etc. ; inventions réputées pour la plupart beaucoup plus modernes, mais que les figures exactes du manuscrit font remonter au commencement du quinzième siècle.
- Je me borne à reproduire ici les dessins relatifs au scaphandrier (fig. 1). On le voit au fond de l’eau, enfermé dans son vêtement de cuir gonflé d’air, avec ses yeux garnis de verre et le tube respiratoire qui flotte à la surface. Les autres figures (2 et 5) représentent les souliers métalliques, destinés à descendre au fond de l’eau, et les ceintures et les armatures, susceptibles d’être insufflées d’air, comme il va être dit.
- Ces dessins sont significatifs. Sans remonter jusqu’au souvenir lointain des Problèmes d’Aristote (XXXII), où l’auteur expose comment on alimente la respiration du plongeur au fond de l’eau, au moyen de l’air enfermé dans un vase retourné, il suffira de dire que la tradition du scaphandre, à partir du quinzième siècle, est attestée d’une façon ininterrompue par des documents authentiques. Dans certaines éditions de Végèce, telles que celles de 4532 et de 4ooo (toutes deux de Paris), on voit aux pages 406-407,476-477 et 480-484, des dessins de scaphandriers et de plongeurs, semblables à ceux des manuscrits dont je vais parler, et qui en paraissent les prototypes. Par suite d’une erreur singulière, quelques personnes ont attribué ces dessins à Végèce lui-même qui n’en dit pas un mot : ils sont, en réa-f lité, l’œuvre des éditeurs du seizième siècle, comme l’aspect seul des personnages le montre à première vue. J’ai retrouvé des dessins semblables dans lé manuscrit français n° 44 727 de la Bibliothèque na^ tionale, manuscrit de petit format (in-48), écrit dans la première moitié du dix-septième siècle et qui a été le carnet d’un ingénieur français. Au recto du cinquième avant-dernier folio, on voit un scaphandrier tout armé, avec son costume et son tube à air, à côté d’un grand réservoir d’air, qui semble destiné à alimenter sa respiration. Au verso, une autre figure de scaphandrier tout à fait analogue à celle du manuscrit de Munich; et, à côté, un homme muni d’une sorte de ceinture de natation ; au folio suivant, un homme nu sous l’eau, respirant l’air contenu dans une vessie, ou plutôt dans une outre : ce qui représente un type beaucoup plus primitif et analogue 'a celui des Problèmes d’Aristote.
- Les armatures mêmes du scaphandrier reproduit ci-contre étaient garnies de cuir et susceptibles d’être insufflées, de façon à jouer le rôle de ceintures de natation, ainsi qu’il résulte de figures qui se trouvent
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- vers le milieu du volume 14 727 figures semblables à celles du manuscrit de Munich, mais pourvues d’une le'gende explicative ainsi formulée : « Diverses manières de ceinture de cuir qui se souffle pleine
- de vent pour passer rivière. » Au-dessous, une outre gonflée, destinée à y être adaptée. Si j’entre dans ces détails explicatifs, c’est afin de bien préciser le caractère ancien de cette importante
- Fig. 1, 2 et 3. — Reproduction de dessins d’un manuscrit de Munich (quinzième siècle) relatifs à un scaphandrier et à ses armatures.
- invention, parfois réputée moderne, bien à tort. Je tirerai encore du manuscrit de Munich la figure
- d’un canon blindé du quinzième siècle (fig. 4). II. Le second cahier du manuscrit de Munich n’est
- Fig. 4, 5 et 6. — Reproduction de dessins d’un manuscrit de Munich (quinzième siècle.) — Fig. 4. Canon blindé.
- Fig. 5. Bombarde lançant un carreair incendiaire. — Fig. 6. Soufflerie d’un fourneau mue par une roue à augetfes.
- pas moins curieux; il est également in-folio. C’est le carnet ou cahier de Notes d’un ingénieur italien, relatif à la construction et aux arts mécaniques et militaires. J’en ai reproduit 24 pages, concernant
- 1 II n’y a pas de pagination.
- des machines élévaloires, treuils, souffleries, systèmes pour faire monter l’eau à l’aide de roues à aubes, projections par bombardes de carreaux et grands traits à feu, répondant à des engins usités vers la fin du quinzième siècle, une sorte de mitrailleuse rotative, etc. Il y a de nombreuses légendes,
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- écrites en latin et en italien, dont quelques-unes donnent des dates précises, 1438 et 1441, ainsi que le nom de l’auteur, parlant en son nom propre : Marianus Jacobus de Sienne1, personnage célèbre de son temps et qui fut nommé l’Archimède de Sienne. Ce manuscrit, écrit de sa main, rappelle les célèbres carnets de Léonard de Vinci, que publie en ce moment M. Ravais-son.
- Entre les nombreux dessins de ce cahier, que j ’ai reproduits (en réduction), je donnerai ici la ligure d’une bombarde (fig. 5) lançant un carreau incendiaire à la façon des anciennes balis-tes, celle d’une arme à feu portative, et celle de la souf-llerie d’un fourneau, mue par une roue à eau (fig. G).
- L’histoire du manuscrit de Munich se rattache à celle de trois autres manuscrits beaucoup plus accomplis, dus au même auteur, et dont il paraît avoir
- été le brouillon; car un grand nombre des figures en sont reproduites dans ces manuscrits.
- III. En effet, la bibliothèque de Saint-Marc à Venise renferme un traité de Machinis, contenant de nombreuses figures coloriées, dues principale-
- ment au même auteur ; quoique certaines aient été empruntées à un autre écrivain appelé Val-turius dont le traité de Re militari, écrit vers le milieu du quinzième siècle, a été imprimé en 1472 et réimprimé plusieurs fois aux quinzième et seizième siècles. Le général Favé, dans son Histoire des progrès de l’artillerie (t.III, 1862), a donné un certain nombre de dessins, imités d’après le manuscrit de Venise. Ce manuscrit, écrit en 1449, a été dédié par un certain Pau-lus Sanctinus (copiste, dessinateur, ou plagiaire?) à Barthélémy Coleoni, grand condottière du quinzième siècle, qui fut au service de la répu-
- Fig. 7. — Reproduction d'une figure d’un manuscrit du quinzième siècle, montrant des souflets pour aspirer l’eau.
- Fig. 8. — Bombarde à queue et chariot incendiaire.
- Fig. 9. — Cavalier se servant d’une arme à feu
- (Reproduction de figures d’un manuscrit du quinzième siècle, de la Bibliothèque nationale, à Paris.)
- blique de Venise et j lui légua une partie de ses biens : sa statue est célèbre.
- IV. Il existe à Vienne un exemplaire de ce traité appartenantau comte Vilczek, étudié parM. Goldmann, tout à fait semblable à celui de Paris, paraît-il ; je ne le connais que par ouï-dire.
- V. Nous possédons à la Bibliothèque nationale de
- 1 Dit Taccola, dans le manuscrit de Venise.
- Paris un magnifique manuscrit (latin 7239) acheté à Constantinople par Louis XV, et que son titre a fait attribuer à Paulus Sanctinus, avec cette fausse indication qu’il aurait été écrit en 1330 et 1340. Il renferme une carte antérieure à la prise de Constantinople (1453) ; mais il a été écrit après le manuscrit de Munich, qui renferme la date 1441. Dès lors, la date ^réelle du manuscrit de Paris doit être assignée vers 1450, comme celle des deux précé-
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- dents; l’auteur ou le copiste multipliait les exemplaires illustrés, afin de les offrir aux princes de son temps. Le n° 7239 aura été peut-être envoyé par lui au sultan Mahomet II, allié des petits princes italiens de l’époque. Le général Favé a reproduit quelques-unes des figures de ce manuscrit en fac-similé, dans son ouvrage sur le Feu grégois (1845) et Lorédan Larchey, dans les Origines de l'artillerie française (1863), en a aussi donné quelques-unes.
- Elles représentent en réalité l’état de l’artillerie à une époque antérieure d’un demi-siècle environ à celle des manuscrits, à en juger d’après des objets authentiques conservés au musée d’artillerie de Paris, ainsi que je l’ai vérifié. Au contraire, le premier cahier de Munich donne réellement des dessins contemporains de sa date.
- j’ai reproduit dix-sept pages du manuscrit de Paris en photogravure (réduites), je donnerai ici trois figures seulement : l’une (fig. 7) est relative à un système de soufflets qui représente l’une des formes primitives d’une pompe à monter l’eau.
- Une autre (fig. 8) montre l’emploi de l’artillerie, simultanément avec celui des procédés incendiaires du moyen âge.
- Enfin la dernière figure (fig. 9), représente l’emploi des armes à feu portatives au quinzième siècle.
- Le manuscrit de Paris et celui de Munich se terminent par deux figures semblables, représentant la Terre, entourée d’eau, avec le feu central et une inscription latine non identique, quant aux paroles, mais d’une signification toute pareille. La voici d’après le manuscrit de Munich dont la rédaction est plus ferme
- Vers le centre de la Terre existe un feu naturel, qui est l’àme de toute la Terre ; c’est là que tous les éléments ont leur origine, par exemple, les métaux, le soufre ; de là viennent les eaux chaudes. J’ai vu de mes propres yeux la montagne de Gatane (l’Etna) vomir du feu à grand bruit. Le feu et l’air renfermés dans les cavités et les pores de la Terre la soulèvent, parce que la flamme, du feu et l’air tendent naturellement à monter vers la région supérieure.
- Ces lignes portent la trace des théories physicochimiques de l’époque, théories renouvelées en partie des Météorologiques d’Aristote; elles confirment en même temps les relations d’origine des deux manuscrits et l’on peut en tirer, aussi bien que des détails qui précèdent, un jour plus complet sur l’histoire des idées et des pratiques relatives aux sciences mécaniques et militaires vers la fin du moyen âge1.
- M. Berthelot, de l’Institut.
- DES ARCS-EN-CIEL
- SURNUMÉRAIRES OU MULTIPLES
- Nous recevons de M. Ritter, de Genève, la lettre suivante :
- « Le phénomène décrit dans le n° 960 de La Nature, 1 D’après les Comptes rendus de l’Académie des sciences.
- sous le titre Un singulier arc-en-ciel, est depuis longtemps connu et expliqué d’une manière satisfaisante. Il se produit toutes les fois que les gouttelettes du nuage qui se résout en pluie ont le même diamètre. Voici à ce sujet ce que mon frère, Charles Ritter, a écrit dans son savant et remarquable Mémoire sur les Particules aqueuses non congelées qui constituent les nuages et les vapeurs dites vésiculaires 1.
- « Arcs-en-ciel surnuméraires.— Young,dès 1804, avait apporté à la théorie géométrique de l’arc-en-ciel, où l'on ne se préoccupait que de la forme des gouttes, un complément d’une importance capitale, en introduisant dans l’étude du phénomène la considération de la grandeur des gouttes. II s'agissait de montrer l’origine des arcs-en-ciel surnuméraires, de ces arcs qui, sous l’apparence de plusieurs bandes alternativement violettes, vertes et rouges, apparaissent souvent au dedans de l’arc-en-ciel ordinaire.
- « Young fit voir que ces arcs sont dus aux interférences résultées de la différence du trajet, dans l’intérieur de la goutte, de ces rayons à déviation moindre que la déviation maxima et qui engendrent, au dedans de l’arc, la lueur blanche, la zone lumineuse dont nous avons déjà parlé à l’occasion de la théorie de Bravais.
- « Ces interférences donnent lieu, pour les diverses couleurs, à des maxima et des minima d’éclats alternatifs. Si les gouttes sont de diamètres différents, les maxima d’une même couleur cessent de coïncider et ils reproduisent, à l’intérieur de l’arc, par leur superposition avec les maxima d’autres couleurs, la lueur blanche ordinaire.
- Mais si toutes les gouttes sont de grosseur uniforme, les maxima et les minima engendrent précisément, par leur juxtaposition, les bandes colorées des arcs surnuméraires. » F. Ritter.
- Notre collaborateur, M. Ch.-Ed. Guillaume, à qui nous avons communiqué ce qu’on vient de lire, nous envoie les lignes qui suivent : « J’allais précisément vous prier de rectifier l’erreur que j’ai commise au sujet de l’arc-en-ciel multiple. Désirant ne pas retarder la description de ce merveilleux phénomène, et privé alors de tout moyen d’information, j’étais parti du fait que, dans la théorie cartésienne, l’arc intérieur ne peut se produire que pour un faisceau convergent, et j’avais cherché à montrer comment on pourrait, dans certains cas, se figurer la production naturelle de ce faisceau. Les difficultés, les quasi-impossibilités même rencontrées dans celte explication, montrent bien l’insuffisance de la théorie élémentaire. Cette conclusion, du moins, est bonne à retenir. Je n’ajouterai que quelques mots à la rectification envoyée par M. Ritter. La théorie ébauchée par l’illustre Young, développée par M. Airy au moyen d’intégrales analogues à celles de Fresnel, rend compte de tous les phénomènes observés, soit dans la nature, soit dans le laboratoire, sur la réfraction et la diffraction dans les gouttes d’eau. Dans ses admirables Leçons d’optique physique, Yerdet dit, à propos de ces arcs singuliers : « Il est à remarquer que « les arcs surnuméraires ne sont visibles, en général, que « dans leurs parties culminantes. Bien que ces arcs soient « depuis longtemps connus, le phénomène que j’ai eu l’oc-« casion d’observer, et qui consistait en cinq arcs complets « et formant presque le demi-cercle, doit donc être d’une « extrême rareté. » C. E. Guillaume.
- 1 Annuaire de la Société météorologique de France Tome XXXIII. Novembre-décembre 1885.
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- CHRONIQUE
- La gustation colorée. — Nos lecteurs connaissent, par les articles de M. de Rochas, le phénomène bizarre de l’audition colorée1. Un jeune médecin, M. Sollier, vient d’observer un phénomène analogue, mais se rapportant au goût. Le malade, chez lequel il a observé de la gustation colorée, présentait aussi de l’audition colorée, ce qui implique entre les deux genres de sensations quelque chose d’analogue. Cet homme était de plus un névropathe avec hypocondrie, tous désordres propres à éveiller les sensations les plus étranges. Cet homme se figurait ne pas sentir le goût des .aliments qu’il mangeait; mais par contre, divers mets provoquaient une sensation de couleur; de même les éructations. C’est ainsi qu’il avait des éructations vertes qui lui rappelaient comme nuance la coloration des cadavres en putréfaction, ce qui éveillait en même temps chez lui un goût cadavéroïde. Il avait aussi des éructations violettes, jaunes.
- L'n nouveau bois pour les constructions maritimes. — Lorsque nous disons nouveau bois, c’est une façon de parler ; il s’agit en réalité d’un bois très apprécié en Angleterre, mais pour ainsi dire inconnu en France. Nous voulons parler du green heart. Le green heart (littéralement, cœur vert) est un bois exotique, dont le principal pays d’exportation est la Guyane hollandaise ; non seulement il est très compact, très résistant, mais encore il a le don précieux de ne pas être attaqué par les tarets, qui font de terribles ravages, comme on le sait, dans nos ports de mer, et qui ne respectent nullement le chêne le plus dur. D’ailleurs il présente quelques inconvénients, mais qui sont négligeables à côté de cet avantage si rare ; il se fend assez facilement, ce qui le rend malaisé à travaille’r ; les pièces qu’on importe sont toujours du reste grossièrement équarries, et on estime qu’il faut compter sur un déduit de 40 pour 100 pour tailler et obtenir les pièces de charpente de grosses dimensions. Toutes les écluses qu’il y a eu récemment à renouveler au port de Liverpool l’ont été en green heart, et c’est pour ces diverses raisons qu’on vient de décider l’emploi de ce même bois, au lieu du chêne et du sapin, pour la réparation et le renouvellement de portes d’écluses au port du Havre. Le green heart coûte 250 francs le mètre cube rendu au Havre. D. B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 50 novembre 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- Amélioration d,e la Camargue. — Tout le monde connaît la Camargue, région triangulaire comprise entre le littoral méditerranéen et les deux bras du Rhône divergeant à partir d’Arles. C’est une surface de 72 000 hectares récemment sortie des eaux qui l’ont édifiée et soumise il y a peu de temps encore aux inondations fréquentes du fleuve et aux invasions de la mer (salivades).. M. Chambrelent annonce aujourd’hui que la conquête au profit de l’agriculture de toute cette vaste surface, est maintenant chose faite. On a commencé par construire une digue de 40 kilomètres le long de la Méditerranée depuis Faraman jusqu’aux Saintes et on a complété les bourrelets déposés le long des rives des deux Rhônes afin de prévenir aussi leur incursion. Une fois la Camargue ainsi isolée, M. Chambrelent et ses collaborateurs l’ont asséchée et ils ont utilisé pour cela, de la façon la plus
- 1 Voy. n° G58, du 9 janvier 1886, p. 91.
- ingénieuse, le vaste étang de Yalcarès qui n’a pas moins de 6000 hectares et dont le niveau descend en été à 50 centimètres au-dessous de celui de la mer. Des prises dans le Rhône, assurent une irrigation qu’on a complétée si efficacement en certains points par la submersion anti-phylloxérique, que 6000 hectares de vignes sont dès maintenant en pleine prospérité et contribuent pour une bonne part à la richesse de la région. D’autres cultures se sont également établies avec succès et spécialement celles d’un fourrage d’Australie introduit par M. Prillieux et de plusieurs espèces de plantes diverses procurées par M. Nau-din qui déjà les avait acclimatées à la villa Thuret. M. Chambrelent ajoute à ce tableau si satisfaisant, la description de deux lignes de chemin de fer parlant de chacune des embouchures du fleuve pour se réunir à Arles et dont les frais sont faits par le syndicat des propriétaires : on voit qu’il y a là un exemple, de nature à frapper l’attention, de ce que nous pouvons faire sur notre propre sol pour augmenter considérablement les revenus agricoles de la France.
- Perfectionnement à la bombe calorimétrique. — Tout le monde connaît l’amas de découvertes procuré à M. Ber-thelot par l’emploi de l’appareil qu’il a inventé sous le nom de bombe calorimétrique. C’est un récipient en acier, platiné intérieurement, dans lequel ont lieu les combustions des corps à l’étude. Le seul inconvénient de cet ingénieux outil, est de revenir à 2000 ou 2500 francs à cause du platinage. On apprendra avec plaisir que M. Mal-her vient d’arriver, tout en laissant à la bombe l’intégrité de ses qualités, à en faire tomber le prix à 100 francs par la substitution au platine d’une couche d’émail convenablement établie. Ce progrès a une grande importance en ce sens que l’industrie pourra maintenant user largement d’un procédé analytique apte à rendre les plus sérieux services, pour estimer, par exemple, la valeur des combustibles ou du gaz d’éclairage.
- Assimilation de Vazote atmosphérique par les plantes.
- .— En appliquant, à l’étude du rôle de l’azote de l’air dans la végétation, un procédé décrit antérieurement à propos des légumineuses, MM. Schlœsing fils et Laurent ont reconnu que les végétaux ordinaires ne savent pas prendre dans l’air l’azote dont ils ont besoin. Les plantes vertes inférieures, comme les algues ou les mousses, jouissent, au contraire, à cet égard d’une activité très grande. MM. Gautier et Drouin avaient déjà constaté un résultat analogue.
- Vencyclopédie chimique. — Cinq nouveaux fascicules viennent encore s’ajouter à l’innombrable série des volumes qui composent la monumentale Encyclopédie chimique publiée par M. Frémy à la librairie de madame veuve Ch. Dunod. Le tome Y (application de chimie inorganique) s’enrichit d’une étude de M. Wickersheimer, ingénieur en chef des mines, sur l’aluminium et ses alliages, et d’un travail de M. Yillon sur le nickel et le cobalt. Le tome VII (chimie organique) est augmenté d’un volume de 700 pages consacré par M. Bourgoin, professeur à l’École de pharmacie, aux acides à six équivalents d’oxygène. Le tome IX (chimie physiologique) s'augmente d’un volume de 400 pages de MM. Gai’nier, Lambling et Schlagdenhauf-fen sur les liquides et les tissus de l’organisme. Le tome X (application de chimie organique) est accru par MM. Girard et Pabst d’un volume de 720 pages, avec 14 planches hors texte sur les matières colorantes de la sève aromatique .
- Varia. — D’après M. Heurlault, le niveau moyen de la mer à Saint-Servan s’abaisse d’une manière régulière
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- LA NATURE!
- depuis 1874. — M. Tacchini adresse les observations du Soleil faites à Rome durant le dernier trimestre. — Le 216“ volume de la Connaissance des temps est déposé par M. Paye au nom du Bureau des longitudes. — Il résulte des observations de M. Martenon que les rayons du soleil ont une influence décisive sur l’abondance de la levùre déposée à la surface des grains de raisin. — Par l’intermédiaire de M. Schlœsing, MM. Marcano et Muntz font connaître les dosages d’ammoniaque dans l’atmosphère et dans la pluie du Vénézuela. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LA MONTGOLFIÈRE BULLE DE SAVON
- Chaque année on voit paraître, a l’occasion des étrennes, quelque nouveauté. Celle-ci vient à son tour se présenter pour l’amusement des enfants. Mais, par son originalité et la beauté des effets qu’elle produit, elle intéressera aussi les grands, et ne serait certainement pas déplacée dans un cabinet de physique.
- Le petit appareil que nous allons faire connaître et qui sert à obtenir facilement des bulles de savon, peut entrer en effet, dans la classe des objets qui touchent à l’étude de la cohésion; il permet enfin de réaliser la plus jolie démonstration de la théorie des aérostats.
- Notre gravure représente, en même temps que l’appareil, une montgolfière aussi délicate que l’on puisse imaginer, et capable cependant d’emporter sa nacelle et son aéronaute. Une bulle de savon, accomplit cette petite merveille.
- Le ventilateur en zinc nickelé, mis en mouvement par une roue à manivelle, engrenant par friction sur l’axe des ailettes, gonfle la bulle à l’extrémité de son embouchure que l’on aura plongée dans l’eau de savon. Il n’y a donc aucune fatigue, pour la gonfler comme par le soufflage à la bouche, considération importante, car il s’agit de bulles de 50 a 40 centimètres de diamètre, c’est-à-dire contenant de 20 à 50 litres d’air. Il serait non seulement fatigant de faire sortir un pareil volume d’air de scs poumons, mais la bulle éclaterait avant d’être formée.
- Pour faire de cette bulle une montgolfière, on adapte au ventilateur une petite lampe à essence. L’air qui y pénètre s’échauffe à la flamme et la bulle
- gonflée d’air chaud devient une véritable montgolfière et s’enlèvera dans l’espace quand on l’aura détachée. Pour lui donner sa nacelle, on dispose sur une petite potence, visible sur notre figure, un disque de gutta supportant par un fil une nacelle, un pantin, etc. On pose la bulle sur le disque, celui-ci y reste adhérent et se trouve emporté par la bulle avec le pantin1.
- On peut encore gonfler deux bulles accolées l’une à l’autre, en plaçant verticalement, sur le milieu de l’embouchure, un fil de fer. Par un léger mouvement de côté, l’une se détache et l’on a deux bulles superposées.
- En plaçant une statuette, un oiseau, une fleur sur une soucoupe, on peut y déposer une bulle qui enfermera ainsi ces objets sous un globe paré des plus brillantes couleurs.
- Si l’on ajoute a ces expériences celles déjà connues : suspendre à un anneau, au moyen d’un chalumeau de paille ou d'un petit tube, une série de petites bulles, en former une guirlande, leur donner l’aspect d’un lustre, faire un cylindre, des lentilles concaves et convexes, un tronc de cône, des bulles concentriques, etc., et enfin combiner toutes cesformes, on obtiendra des effets variés à l’infini qui pourront charmer et remplir les longues soirées d’hiver.
- La composition de l’eau de savon est capitale pour le succès des expériences.
- Le liquide de Plateau (solution d’oléatc de soude et glycérine) réussit très bien, mais l’oléate de soude ne se trouvant que dans quelques maisons de produits chimiques, l’inventeur de l’ingénieux appareil que nous faisons connaître, M. Munier, préfère donner avec son appareil une formule que chacun peut exécuter. Dr Z...
- 1 Les premières huiles de savon gonflées d’hydrogène ont été produites en 1783 par Tibère Cavallo, un peu avant la découverte des ballons. M. Delon a réussi à faire l'expérience avec du gaz d’éclairage, et il a eu, le premier, l’idée d’attacher un petit aéronaute de papier à la bulle de savon aérostatique. L’expérience décrite dans un supplément de La Nature a été reproduite dans les Recettes et procédés utiles de M. G. Tis-sandier. (G. Masson, éditeur.)
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- Luc moiilgolhere exécutée au moyeu d’uu ventilateur à bulles de savon.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9
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- N« 9C7. — 12 DÉCEMBRE 1891.
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- L’EMPEREUR DU BRÉSIL
- DOM PEDRO II DALCANTARA
- 11 ne nous appartient pas de retracer ici l’histoire de Pedro II d’Alcan tara, empereur du Brésil, mais il est de notre devoir de saluer en lui le philosophe et l’homme de science, que les responsabilités et les charges du pouvoir, pas plus que les douleurs et les amertumes de l’exil, n’ont jamais éloigné du domaine de l’in-telligence, du culte du bien et de la vérité, et des intérêts de l’enseignement populaire. Après une jeunesse agitée et militante,
- I)om Pedro parvint, en 1842, à gouverner en paix ses États. Il ne tarda pas à attirer à lui de toutes parts le respect et l’estime de ses concitoyens ; il ne cessa de faire les plus louables efforts pour développer la prospérité commerciale du Brésil et pour accroître son influence dans l’Amérique du Sud. Les progrès de l’industrie dans son pays, la création complète et mûrement étudiée d’un enseignement populaire, l’abolition progressive de l’esclavage, précédée de la suppression de la traite des noirs, sont l’œuvre de l’esprit libéral de Pedro II. « Depuis 1867, comme l’a dit un biographe de l’empereur brésilien, pour mettre en valeur les territoires de ce vaste pays, grand comme les deux tiers de l’Europe, le gouvernement de dom Pedro a attiré les émigrants européens et fondé sur tous les points du Brésil de nombreuses colonies. Pour faciliter le commerce et rapprocher les différents membres de ce vaste empire, dont la cohésion était toujours instable, dom Pedro II mit tous ses soins au développement des voies de ÎO6 année. — 1er semestre
- communication, surtout des chemins de fer. » L’empereur du Brésil, doué d’une extraordinaire activité de travail, avait, par ses connaissances étendues et par son amour de l’étude, pris depuis longtemps une place importante dans le monde scientifique et littéraire. On lui doit, entre autres ouvrages remarquables, une traduction de Dante en langue portugaise. Ses connaissances en linguistique, en grec et dans les langues orientales étaient très étendues.
- En 1871, dom Pedro d’Alcantara quitta ses États, dans le but d’accroître le domaine de ses con-naissances; il était insatiable dans ledésir d’apprendre et il avait résolu de visiter l’Europe. Arrivé à Paris, au mois de décembre, il y séjourna pendant plus de deux mois, ne se lassant pas d’admirer les merveilles de la métropole, prenant goût surtout à parcourir ses musées, à étudier les établissements scientifiques et à se tenir au courant de tout ce qui touchait à l’enseignement. Il assistait régulièrement aux séances de l’Académie des sciences, et à celles de la Société de géographie, dont il était membre depuis deux ans. Après avoir traversé l’Espagne et le Portugal, dom Pedro revint au Brésil le 13 mars 1872, et il ne cessa de faire les plus grands efforts pour doter son pays de toutes les idées de progrès qu’avait pu lui inspirer son séjour dans l’ancien continent.
- L’empereur du Brésil, toujours avide de connaître et de s’instruire, entreprit un nouveau voyage en .1876; il parcourut les États-Unis, puis se rendit encore en France, en Italie, et visita Constantinople.
- Dom Pedro, pendant ses séjours à Paris, avait voulu connaître les savants français, et il se lia d’amitié avec quelques-uns des membres de l’In-
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- Dom Pedro II d’Alcantara, empereur du Brésil, ué à Uio-de-Jauciro le 2 décembre 1825, mort à Paris le 5 décembre 1891. (D’après une photographie de Nadar.)
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- LA NATURE.
- stitut, tout particulièrement avec M. Daubrée de l’Académie des sciences, avec lequel il ne cessa d’entretenir une correspondance dans laquelle les sujets scientifiques tenaient une place prépondérante ; il a été élu correspondant de l’Académie des sciences le 1er mars 1875, en remplacement du célèbre navigateur russe dcWrangel, et le 25 juin 1877, il fut nommé associé étranger en remplacement tl’Er-benberg.
- L’empereur du Brésil avait une prédilection pour l’astronomie et l’étude du monde sidéral ; il a fondé ou doté de nombreux observatoires, et il se plaisait à observer les astres. Il lit des études approfondies de la mécanique céleste. 11 s’était plu jadis à enseigner lui-même l’astronomie à scs deux filles, et il avait écrit à leur intention un traité, qui resta manuscrit, mais que des hommes compétents ont déclaré cire un modèle de clarté et de concision. Il avait au plus haut point, l’intuition des grandes choses; ce fut un des premiers et des plus importants souscripteurs de l’Institut Pasteur, et il fonda à Rio-dc-Janciro le premier établissement similaire de celui de Paris.
- L’érudition de Pedro II d’Alcantcra était étonnante; sa mémoire était prodigieuse, et il se rappelait tout ce qu’il avait appris. Un jour qu’il visitait à Paris les serres du Muséum d’histoire naturelle, il désigna la plupart des plantes qu’il voyait, par leurs noms botaniques. Les Lettres et les Arts ne l’attiraient pas moins que les Sciences; il aimait aussi la musique avec passion, et avait des dispositions pour la composition. La physique, la mécanique appliquée, avaient pour son intelligence absolument universelle le don de séduction ; il s’intéressait au plus haut point au grand problème de la navigation aérienne, et il croyait fermement à sa solution.
- L’empereur du Brésil avait beaucoup voyagé et beaucoup vu, mais, après son pays, il affectionnait par-dessus tout la France et Paris. Il était fier de son titre de membre étranger de l’Institut, et quand il assistait à quelques-unes des séances des Acadœ mies, il se plaisait à s’entretenir avec scs collègues ; souvent il les étonnait par l’étendue de ses connaissances et la clarté de son esprit. Il lisait chaque semaine les Comptes rendus de l'Académie des sciences avec un soin minutieux; il en annotait chaque Mémoire, et transmettait ses observations à M. Daubrée, qui était son fidèle ami et son confident. « Mon cher Daubrée, lui disait-il dans une lettre tout intime, qu’il écrivait après avoir été retenu par une courte maladie, je n’ai pas de nouvelles scientifiques, mais aujourd’hui je serai heureusement au foyer de lumières. » Il s’agissait pour l’empereur du Brésil d’assister à une séance de l’Institut U
- 1 C’est à l’obligeance de M. Daubrée que nous devons les renseignements que nous publions ici; M. Daubrée nous a montré plusieurs centaines de lettres de l’Empereur du Brésil, elles offrent pour la plupart un réel intérêt scientifique. Nous nous empressons de transmettre au savant académicien l’expression de nos remerciements et de notre gratitude.
- Le caractère élevé de l’empereur du Brésil, sa haute intelligence et la noblesse de ses sentiments, ne lui évitèrent pas les épreuves de l’injustice et de l’iniquité. Ce souverain philosophe, ce véritable philanthrope, devait perdre son trône et être contraint de fuir sa patrie; mais dans ces dramatiques circonstances, il fit mieux connaître que jamais avec sa grandeur d’àmci l’élévation de son esprit et la générosité de son cœur. On le vit pardonner à ceux qui l’avaient trahi, cherchant à excuser leur conduite. 11 disait avec raison que sa chute élaitle résultat des intrigues, et que son peuple l’aimait toujours.
- 11 quitta le pouvoir avec la simplicité et la dignité qui ont guidé toutes ses actions ; il s’éloigna de son pays, non sans jamais cesser de lui donner tout son dévouement, tout son amour, et le souverain d’un des plus grands empires du monde est mort à Paris, dans une chambre modeste, au milieu de ses livres et de ses notes.de travail. Gaston Tissandier.
- LIMITATION DES
- APPLICATIONS DE L’ALUMINIUM
- On sait que les nouveaux procédés de fabrication de l’aluminium ont fait baisser le prix de ce métal dans des proportions considérables. Suivant les pays et le degré de pureté du métal, l’aluminium vaut actuellement de 6 à 20 francs le kilogramme1, et ces prix s’abaisseraient encore si la demande de ce métal justifiait l’installation d’usines plus importantes que celles actuellement en fonction. En présence de cette situation, on cherche donc naturellement, au point de vue commercial et industriel, plutôt des débouchés au nouveau métal que des procédés de fabrication plus économiques. Malheureusement, des expériences récentes semblent indiquer que ce débouché est fermé pour certaines applications qui laissaient entrevoir des consommations abondantes. On avait admis jusqu’ici, sur l’affirmation de chimistes autorisés, que l’aluminium était peu attaqué par certains acides, l’acide sulfurique et l’acide azotique, én particulier. Il résulte d’expériences récentes faites par M. Le Roy, expériences dont les résultats ont été présentés au mois de juin dernier à la Société industrielle de Rouen, que l’aluminium pur, à 99,5 pour 100, est attaqué, même à froid, par les acides sulfurique et azotique, purs ou commerciaux, avec une énergie qui rend impraticable l’emploi de ce métal pour la confection de divers appareils (récipients, tuyautages, bacs, cuvettes de concentration, etc.), usités dans la fabrication de ces deux acides.
- D’autre part, deux chimistes allemands, MM. Lübbert et Roscher, ont examiné la possibilité de l’application de l’aluminium aux objets courants, et ont trouvé que cet emploi est également fort limité. L’aluminium, en particulier, ne doit jamais être employé pour des articles qui viennent en contact avec de l’eau bouillante, ni pour envelopper des conserves, car il s’introduirait par cet emploi dans l’économie en se dissolvant dans les substances alimentaires mises en contact avec lui. Les expériences ont aussi montré qu’un grand nombre de substances, telles que les acides en présence du sel de cuisine, les conserves au vinaigre, etc., exercent une action dissolvante sur l’alumi-
- 1 Voy. n° 7G4, du 21 novembre 1891, p. 598.
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- nium. Les récipients très légers construits en aluminium ne doivent pas être utilisés au service de l’armée, car l’acide acétique, l’acide citrique, et l’acide tartrique, à 1 pour 100 seulement, attaquent le métal. Les vins de Bordeaux et de la Moselle, sans doute à cause du tanin qu’ils renferment, les infusions de thé et de café elles-mêmes ont également une tendance à dissoudre le métal de l’avenir.
- Enfin, dernière objection, l’aluminium ne convient, ni à la fabrication des objets qui doivent être nettoyés au carbonate de soude ou au savon, ni à la fabrication des ustensiles ordinaires de la chimie, car il est attaqué par le phénol, l’acide salicylique et l’acide borique.
- Après toutes ces critiques, il est juste d’ajouter qu’une bonne dorure ou une bonne argenture feraient, dans la plupart des cas, disparaître les inconvénients signalés, mais nous ne croyons pas que l’on dispose actuellement d’un bon procédé industriel de dorure et d’argenture de l’aluminium. Les jeunes chimistes et les jeunes électriciens ont là un problème intéressant à résoudre, car cette solution leur rapporterait, sans doute, à la fois gloire et profit.
- NOUVELLE TRAVERSÉE DE L’ATLANTIQUE
- ' PAR M. LAWLOR ET ANDREWS
- Nous avons présenté, aux lecteurs de La Nature, le Neversink *, ce tout petit bateau qui, après avoir fait la traversée de Boston au Havre, figura à notre grande Exposition de 1889. Son capitaine M. Josiah W. Lawlor jouit dans sa patrie d’une estime méritée. Bien qu’il n’ait que trente-cinq ans, il a doublé quatre fois le cap llorn et autant de fois celui de Bonne-Espérance. Il était sur Y Archer, quand ce navire fit naufrage dans l’océan Indien; sa traversée de l’Atlantique a mis le sceau à sa réputation.
- Rien d’étonnant donc à ce que plus d’un de ses compatriotes songe à conquérir une renommée pareille. L’un d’eux, que nos lecteurs connaissent également, le capitaine Andrews, dont nous avons fait connaître le périlleux voyage entrepris par lui et son frère sur le Nautilus, en 18781 2, est allé trouver son concurrent, et lui a proposé de traverser encore une fois l’Atlantique. Ce qui, de sa part, ne manquait pas de témérité, car depuis sa première et heureuse entreprise, une seconde tentative avait failli lui coûter la vie. Il y a un an ou deux, il s’était embarqué pour l’Angleterre sur une dorisde 5 mètres, le Üark-Secret (nom qui peut se traduire, croyons-nous, par « Mystérieux Inconnu ») et avait dû s’arrêter en route où, par bonheur, il fut rencontré par un navire qui le recueillit.
- Les deux marins s’entendirent facilement. Il fut stipulé que chacun d’eux se procurerait un bateau et l’équiperait à sa guise, mais que ce bateau ne pourrait avoir plus de 4m,57 de longueur totale ; que le départ aurait lieu du phare de Boston pour attérir en Angleterre. Chaque bateau devait être monté par son propriétaire seul. Enfin le premier arrivé recevrait comme prix une coupe d’argent portant une inscription commémorative, et de plus, — si nous ajoutons foi à certaines informations, — une somme de 5000 dollars.
- Le 17 juin, les deux navigateurs mettaient à la voile, M. Lawlor sur le Sea-Serpent et M. Andrews sur la Mer-maid; et bientôt ils disparaissaient aux yeux des nom-
- 1 Voy. n° 902, du 15 septembre, 1890, p. 229.
- 2 Voy. n° 278, du 28 septembre, 1878, p. 288.
- breux spectateurs venus pour les saluer de leurs acclamations.
- Le chemin que se proposaient de suivre les concurrents n’était pas le même, le plan de M. Lawlor était de faire route au nord des bancs Georges et de suivre ensuite les courants qui les longent. M. Andrews avait décidé de pousser au sud, jusqu’au Gulf-Stream, et de profiter dé ce courant puissant.
- Depuis leur disparition, personne n’avait plus entendu reparler des deux capitaines, lorsque les journaux anglais nous apprirent que le Sea-Serpent était arrivé le 4 août à Land’s End, gagnant le pari. Quelques jours après, c’étaient les journaux belges qui nous donnaient des nouvelles de M. Andrews. Ils nous faisaient connaître que le 28 août, le steamer anglais Elhruz, qui venait d’arriver à Anvers, avait à son bord le capitaine Andrews. Son commandant l’avait rencontré par 47 degrés de latitude nord et 25 degrés de longitude ouest, c’est-à-dire à un peu plus de la moitié de la route.
- « Il était alors dans une triste situation, dit cet officier; il avait passé cinquante-neuf jours à combattre continuellement une mer démontée et des ouragans. Il donna sur ses aventures des renseignements terrifiants : à la fin de son premier mois de navigation, son bâtiment fut subitement chaviré pendant une forte tempête. Andrews parvint à monter sur la quille de son bateau et resta trois jours dans cette position, éprouvant les plus grandes difficultés à se préserver des attaques des requins. Ce n’est que le quatrième jour qu’il réussit à remettre son bateau dans la position normale. Quand je le recueillis, il était sur le point de mourir de faim.
- « Malgré cette épouvantable aventure, Andrews se montre plein de courage et déclare qu’il est prêt à recommencer une nouvelle course contre le Sea-Serpent. «
- C’est la vérité. Les dernières nouvelles de New-York signalent un nouveau match transatlantique entre les deux capitaines. Cette fois ils se proposent d'accomplir le vovage avec des bateaux pliants en toile et insubmersible* ne dépassant pas 5m,G5 de longueur. Celui de M. Lawlor s’appellera le Christopher-Columbus et mesurera lm,05 de largeur et 55 centimètres de profondeur. Celui de M. Andrews portera le nom de The Flying- Dulchman (le Hollandais volant). Il aura lm,22 de largeur et 45 centimètres de profondeur. Chacun de ces bateaux sera gréé d’une grand’voile, d’un flèche et d’un foc, et sera muni d’une quille en fer. Puissent-ils n’avoir, ni l’un ni l’autre, le sort de la Mennaid ! Tel est le vœu que forment tous les Américains, bien que plusieurs aient cru devoir jugei le nouveau pari avec quelque sévérité. Il est certain que si le projet de MM. Lawlor et Andrews donne une très haute idée de leur courage, on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’il est absolument déraisonnable, et il est naturel de regretter que deux hommes de leur valeur gaspillent leur savoir, leur inteUigence et peut-être leui vie dans une inutile aventure, alors que tant d’autres n’hésitent pas à sacrifier la leur pour arracher, ne fût-ce qu’un lambeau de secret au « Mystérieux Inconnu ». L. R.
- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- UN OUTIL MULTIPLE
- La petite industrie parisienne excelle à produire ces divers outils multiples que nous offrent les marchands de la rue; ici, c’est l'ami de la cuisinière
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- qui sert de marteau, d’arraclie-clou, de clef pour ouvrir un robinet ou desserrer un écrou, de pince pour saisir un plat chaud sans se brider, d’affùtoir pour les couteaux, etc., etc. ; là, on nous offre pour vingt sous un couteau-pro-tée pouvant servir à douze ou treize opérations différentes, et contenant, outre les nombreuses lames, une molette pour couper le verre et même un peson à ressort pouvant peser jusqu’à iO kilogrammes. Mais le public n’accueille plus qu’avec défiance ces ustensiles mirifiques, sachant bien qu’ils sont plus ingénieux que solides; aussi leur vogue semble-t-elle aujourd’hui disparue. C’est dans une tout autre catégorie qu’il faut placer la clef multiple représentée sur nos dessins ci-contre. Imaginée par un habile ouvrier parisien, elle est destinée non seulement aux amateurs à la recherche d’outils sérieux et pratiques, mais encore aux ouvrierscux-mêmesqui, pour travailler au dehors, cherchent à n’emporter que le nombre d’outils le plus restreint possible. La première forme est une sorte de clef anglaise servant à la manœuvre des écrous de toutes les dimensions.
- C’est entre la mâchoire fixe et la mâchoire mobile que l’on peut adapter successivement, et en un clin d’œil, toute une série d’outils les plus variés, dont notre figure ne donne que quelques spécimens. Les lames sont solidaires d’un prolongement s’engageant entre es deux mâchoires de la clef; une échancrure permet le passage de la vis, et un petit ergot en saillie
- sur ce prolongement pénètre dans un trou pratiqué sous la mâchoire mobile. Une fois la clef serrée sur l’outil, l’ergot assure sa fixité absolue. C’est ainsi
- que l’on obtient à volonté une hache, une liermi-nette, une scie à main, etc., outils qui seront fort appréciés par le personnel forestier. Un étau est bien souvent utile, mais les étaux ordinaires ne sont pas des appareils portatifs; ils sont au contraire lourds et encombrants, notre clef d’aujourd’hui peut, comme l’indiquent les figures, être transformée en un excellent étau, de la manière suivante: on assujettit, sur les deux mâchoires de la clef, les deux mors mobiles
- C, D de l’étau, munis de leurs mordaches ; on fixe le mors C par une vis de pression et le mors I) par une goupille E, puis on place l'appareil sur un coin de table quelconque, en le maintenant au moyen de l’agrafe B munie d’une vis de pression.
- La figure 2 représente l'ensemble de la clef transformée en hache ; au-dessus on la voit fixée à un établi, et transformée en étau. Tous ces changements se font sans l’aide d’aucun outil et en un instant. Comme on le voit, rien n’est plus simple. Nous avons pu examiner attentivement le premier modèle construit de l’outil multiple que nous venons de décrire à nos lecteurs, parmi lesquels se trouvent assurément un grand nombre d’amateurs de travaux manuels ; cet ingénieux système nous a semblé digne de leur être présenté. Arthur Good.
- Fig. 1. — Détails de la clef multiple : A. Clef anglaise.
- B, C, D, E. Pièces pour la transformation de la clef en étau. — F. Herminette. G. Hache. — H. Scie à main.
- Fig. 2. — Ciel multiple : vue d’ensemble de la clef transformée en hache et en étau.
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- U PHOTOGRAPHIE ET LES COULEURS
- S’il est un problème qui a exercé, à maintes reprises, la sagacité des chercheurs, c’est bien celui de la reproduction photographique des couleurs de la nature. Comme on l’a rappelé ici même dans un résumé historique1, les uns, comme Cros, Ducos do Ilauron, Léon Vidal, pour ne citer que nos compatriotes, ont cherché à tourner la difficulté : par un triage convenable des rayons colorés, ils ont obtenu des négatifs d’un même sujet ne contenant chacun que l’impression donnée par une couleur : ils en ont tiré des positifs pelliculaires monochromes con-v e n a b lement choisis, qui, par superposition, ont fourni les teintes, sinon toujours justes, au moins très rapprochées de celles du modèle. Dès 1848, Becquerel avait reproduit, par des moyens chimiques, le spectre solaire entier, mais l’épreuve ne supportait pas la lumière blanche et aucun moyen de fixage n’avait permis de conserver au grand jour les magnifiques résultats obtenus.
- Tout récemment,
- M. Lippmann reprenait cette étude et, se basant sur des conceptions théoriques, a résolu de nouveau le problème, et ses spectres solaires vivement colorés supportent sans altération la lumière solaire. Je n’ai pas à revenir sur ce procédé qui a été décrit de la façon la plus complète, dans La Nature, par M. G. Tissan-dier2; je retiendrai ce seul fait que, le premier, M. Lippmann a indiqué que, par les interférences, on pouvait arriver à la solution.
- Or, c’est par un moyen qui procédé d’un principe de même ordre qu’un artiste graveur versaillais, M. Baudran, avait depuis quelque vingt ans pu re-
- 1 Voy. n° 965, du 28 novembre 1891, p. 406.
- 1 Voy. n° 921, du 14 lévrier 1891, p. 161.
- trouver, dans les positives à l’argent sur papier albuminé, la trace des couleurs naturelles; mais, avant de décrire la curieuse expérience réalisée par l’opérateur, qu’il me soit permis de rappeler brièvement les observations déjà faites, qui sont comme un acheminement vers cette découverte.
- Il est hors de doute, à l’heure actuelle, que les objets n’ont pas une couleur propre, et que celle-ci
- réside essentiellement dans la sensation subjective du mode vibratoire ou plutôt de la longueur d’onde de la vibration de l’éther, réfléchie par ces objets; aux longueurs d’onde les plus grandes, correspond la sensation du rouge, aux pluscourtes celle du violet. La réunion de tous les rayons de longueur d’on-de différents produit la lumière blanche. Si, d’autre part, celle-ci vient se briser sur une surface finement striée, elle se décompose, et la surface semble se revêtir de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, en vertu d’un phénomène connu en physique sous le nom de diffraction. Si nous considérons, par exemple, la nacre, vue normalement, elle a une couleur laiteuse, tandis que, sous une certaine incidence, elle se pare tour à tour de nuances les plus vives et les plus variées ; il est très facile de prouver que ces colorations n’appartiennent pas à la nacre, mais proviennent de la disposition même des aspérités de la surface, puisque, si par un,.procédé physique ou chimique, nous détruisons la couche superficielle, les chatoyantes couleurs disparaissent; inversement, appliquons, sur de la cire à cacheter noire en fusion, un fragment de nacre irisée que nous détacherons après refroidissement ; grâce à sa plasticité la cire aura épousé exactement les stries infiniment fines de la surface du coquillage et se revêtira à son tour des plus "merveilleuses colorations. Cette observation, qui est due à Brevvster,
- Fig. 1. — Expérience faisant apparaître des couleurs dans la projection d’une épreuve photographique positive.
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- l' a / li *0 l ~ -J B
- Fig. 2. — Schéma de l’expérience représentée ci-dessus pour la vision des couleurs. — ab. Photographie. — AB. Image agrandie et renversée sur un écran. — MM’. Miroirs réflecteurs. — 0. Objectif. — l'V. Marche des rayons.
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- réussit, ainsi qu’il Ta démontré, avec toutes les matières susceptibles de se mouler fidèlement sur la nacre, telles que le plomb, le réalgar, l’étain, etc. Du reste, une application assez originale de cette observation fut faite à cette époque par un Anglais, John Barton, qui, en striant convenablement les facettes de boutons d’acier, les colora de toutes les nuances du prisme; ces petits bijoux eurent, il y a quelque trente ans, le plus grand succès.
- Or, ces colorations par diffraction sont nettement perçues sur les images daguerriennes. En etfet, si on les considère sous un certain angle d’incidence, on les voit se revêtir de couleurs, faibles, il est vrai, mais faciles à distinguer1. Il semblerait que le dépôt d’argent métallique ou de mercure a dû se former avec une finesse proportionnelle à la longueur d’onde qui a amené sa précipitation. M. Baudran, ayant fait cette constatation de son côté, s’est demandé si, dans le phototype aux sels d’argent sur albumine, le dépôt de métal ne suivait pas la même loi, et il s’est servi, pour élucider ce point, d’un appareil qui n’est autre qu’une modification du mégascope du physicien Charles.
- Une photographie aux sels d’argent, un portrait-carte, par exemple, est mise au foyer d’un objectif double à portrait; elle est éclairée de chaque côté par deux miroirs à 45° qui reflètent à sa surface la lumière du jour; tout cet appareil est installé dans une ouverture pratiquée sur la paroi d’une chambre obscure et dirigé vers le ciel pour avoir une lumière bien pure (fig. 1).
- L’image agrandie est reçue normalement sur une feuille de papier blanc. Si on considère attentivement cette image, après que les yeux se sont un peu reposés de la lumière du jour, on ne tarde pas à voir paraître les couleurs ; elles sont alors très faibles et mélangées de lumière blanche diffusée; si on diaphragme l’objectif, l’intensité générale du sujet diminue, mais les couleurs, quoique toujours très faibles, sont plus franches : la projection prend alors l’aspect d’un pastel vu dans un demi-jour. Pour que les couleurs paraissent, il est essentiel que l’image soit bien modelée, sans être trop poussée, car, dans ce dernier cas, l’accumulation des particules d’argent empêche la diffraction de se produire nettement. Les épreuves sulfurées et jaunies par le temps, non plus que celles qui ont été émaillées ou produites par les procédés au gélatino-chlorure ne donnent de bons effets : les couleurs qui viennent le mieux sont celles qui impressionnent le moins la plaque négative, les rouges, par exemple, effet qui se comprend puisque spr les positives ces couleurs sont rendues par une plus grande quantité d’argent réduit.
- Tel est l’esprit des recherches de M. Baudran;
- * Nous n’ignorons pas que quelques daguerréotypies ont été peintes, mais nous parlons ici d’épreuves sans retouche faciles à distinguer des premières par les tonalités légères et fuyamtes de la couleur par diffraction.
- l’opérateur donne à son travail le titre significatif de : La couleur dans la photographie. 11 suppose que l’argent, dans la plaque négative, se dépose dans un état moléculaire en rapport avec la longueur d'onde du rayon lumineux qui Ta frappé : il en résulte une sorte de réseau à mailles plus ou moins espacées dont l’écartement correspond à cette même longueur d’onde et qui, triant les rayons colorés qui constituent la lumière blanche, donnent sur le phototype un dépôt de même nature. Dans le négatif, le métal étant noyé dans la gélatine, il est impossible de retrouver sa couleur, tandis que, dans le positif, l’argent réduit n’est retenu que par la mince couche d’albumine et peut diffracter la lumière. Cette théorie demanderait quelques expériences contradictoires pour en démontrer la valeur ; en tous cas l’expérience directe montre nettement des couleurs dans la projection du positif; c’est là un point expérimental acquis, et des plus curieux.
- Dans un Mémoire, adressé à l’Académie des sciences, M. Baudran a exposé cette découverte ; il y a joint l’indication d’un procédé particulier pour la reproduction des clichés avec les couleurs du modèle. Mais comme il tient encore secret son mode opératoire, La Nature, fidèle à ses habitudes de n’exposer que les découvertes dûment constatées et contrôlées, se contentera de signaler le fait et, malgré des copies de tableaux très réussies, que l’inventeur nous a montrées, nous croyons devoir attendre, pour en parler plus en détail, que M. Baudran juge à propos de divulguer complètement son invention. Quoi qu’il en soit, sa première découverte, que tout le monde peut vérifier, suffit déjà à prouver que nous avons affaire à un observateur et à un chercheur duquel nous pouvons attendre, dans le même ordre d’idées, des résultats inespérés jusqu’à présent.
- H. Fourtier.
- HÏSTOIRES DE BALEINES
- Le journal anglais The Times raconte en détails un curieux incident du dernier voyage de YEthiopia, de l’Anchor Line. Ce paquebot faisait route le 15 novembre dernier, à 700 milles environ dans Test de Sandy Hook, et le capitaine et le second se trouvaient ensemble sur la passerelle, lorsqu’une énorme baleine émergea à quelques mètres seulement à l’avant du navire qui fdait alors environ 16 milles à l’heure. Avant que les deux officiers eussent fait un mouvement pour modifier leur route, le steamer pénétrait dans le cétacé qui fut presque coupé en deux. Un choc formidable se produisit qui ébranla tout le navire de l’avant à l’arrière et jeta l’émoi parmi les passagers, très surpris de cette collision imprévue. La baleine s’enfonça immédiatement dans la mer, laissant derrière elle un long sillon rougeâtre pour reparaître peu après, complètement inanimée, à l’arrière du navire. Le capitaine se précipita immédiatement dans le rouf pour rassurer les passagers dont l’émotion était à son comble et évita la panique qui était sur le point de se produire. — Les journaux anglais nous rapportent, d’autre part, l’histoire d’un marin qui, nouveau Jonas, aurait séjourné dans le corps d’une baleine. Voici le récit qui a été publié à ce sujet.
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- Le baleinier Star of the East, se trouvant sur les côtes des îles Falkland, envoya des pêcheurs sur deux baleinières pour attraper ur.e superbe baleine qu’ils avaient distinguée à l’horizon.L’énorme cétacé fut bientôt rejoint et blessé à mort; pendant qu’il se tordait dans les dernières convulsions, une des baleinières fut atteinte d’un coup de queue et renversée ; les pécheurs tombèrent à l’eau, mais tous, à l’exception de deux, purent être recueillis sur les autres canots dé pêche. On se mit à la recherche des deux marins disparus, le corps de l’un ne tarda pas à être retrouvé, mais il fut impossible de découvrir celui de James Bartley. Quand la baleine cessa de se débattre et que les pêcheurs eurent acquis la certitude que le monstre était bien mort, ils la hissèrent sur le baleinier et se mirent en devoir de la dépecer ; une journée et une nuit entière passèrent à cette occupation. Le lendemain les pécheurs se remirent au travail; lorsqu’ils fendirent l’estomac de la baleine, quelle ne fut pas leur surprise en trouvant ïëur camarade disparu, James Bartley, encore vivant, bien qu’évanoui, dans le ventre du mammifère! — Le fait est-il bien authentique? Nous reproduisons le récit, sous toutes réserves.
- LE PASSAGE DES RIVIÈRES
- PAR LA CAVALERIE
- ïls sont nombreux les exemples de soldats ou de cavaliers isolés, et même de corps de troupes qui ont dû leur salut ou la victoire à leur habileté dans l’art de nager. On en ferait un gros volume, s’il n’avait été fait déjà par un savant et fanatique partisan de la natation, le vicomte de Courtivron, « officier supérieur et membre de l’Athénée des arts 1 ». Ces exemples, ce sont les anciens qui nous en fournissent le plus grand nombre. C’est que chez les Egyptiens, les Grecs et les Romains, la natation n’était pas seulement préconisée par les hygiénistes, elle figurait sur les programmes de l’éducation des deux sexes. Nec natat, nec legit, était, à Rome, on s’en souvient, une des formes du mépris; mais on sait aussi qu’on n’en usait guère, car tous les Romains d’une certaine époque savaient lire et savaient nager, depuis le plus humble jusqu’au plus élevé. Les nageurs de profession composaient même à Rome une corporation assez nombreuse, qui avait ses statuts, ses règlements. Dans la saison rigoureuse, alors que les eaux du Tibre étaient trop froides, des piscines publiques suppléaient le fleuve.
- La natation n’était pas moins en honneur chez les Gaulois, les Francs et les Espagnols. De là tant de prouesses recueillies par les historiens de ces peuples, et dont les narrations n’auraient pas à nous charmer aujourd’hui si les auteurs de ces actes héroïques n’y eussent été préparés dès l’enfance, entraînés méthodiquement à se mouvoir dans l’eau, à y vivre en quelque sorte.
- 1 Traité complet de natation ; essai sur son application à l’art de la guerre, 38 édition, ornée de lithographies par MM. Théodore et Louis Gudin. Paris, Pihan de la Forest, 1836; in-8° de 588 pages.
- L’histoire moderne ne contient pas moins que l’ancienne des récits de passages de rivières plus ou moins heureux. Elle nous représente également l’embarras où se sont trouvés tant de corps d’armée en présence de fleuves qu’il fallait traverser à tout prix, soit pour atteindre l’ennemi, soit pour le fuir. M. de Courtivron en a énuméré un très grand nombre, non pour étaler son érudition, mais pour démontrer la nécessité qu’il y a pour un soldat de savoir nager, ne fût-ce que pour sauver sa vie.
- Son argumentation n’a rien perdu de sa précision et de sa force. Il est certain qu’on ne saurait trop exiger que les soldats sachent nager, les soldats d’aujourd’hui et ceux de demain, et aussi les marins, car, ce qui surprendra peut-être, beaucoup de ces derniers qui vivent cependant sur l’eau, qu’ils proviennent de l’inscription maritime ou du recrutement, ignorent cet art utile, ainsi qu’en témoignent trop souvent les faits divers des journaux. Hâtons-nous de reconnaître que nos généraux et nos amiraux font le nécessaire pour maintenir, dans une certaine mesure, la natation au nombre des exercices courants, mais nous ne croyons pas qu’il suffise de simples encouragements. Il y aurait peut-être lieu d’en faire un exercice obligatoire. Nous n’appuierons pas notre opinion, comme l’a fait M. de Courtivron pour la sienne, sur les faits nombreux que fournit l’histoire. Un seul suffira, parce qu’il est récent, et se rattache à une époque très voisine de nous, à cette guerre franco-allemande dont nul de nous n’a oublié les principaux épisodes.
- Le 50 août 1870, à la fin de la bataille de Beaumont, le 6e régiment de cuirassiers trouvait le pont de Mouzon occupé par l’ennemi. De nombreux cavaliers, bien que ne sachant pas nager, mais comptant sur leurs chevaux, se précipitent dans la Meuse; presque tous ces braves, qui venaient de fournir la charge qui a rendu leur régiment si célèbre, périrent noyés, comme leur ancêtre Poniatowski.
- Cet événement regrettable se serait-il produit si l’on s’était montré moins dédaigneux des exhortations deM. de Courtivron?
- Pour expliquer cette indifférence, on a prétendu qu’il existait un corps de pontonniers depuis 1795 et que dès lors on avait sous la main les moyens de se passer de soldats-nageurs. Cette assertion, juste pour des corps d’armée, cesse de l’être pour des troupes agissant isolément, et, en particulier, pour des corps de cavalerie dont le rôle est de se porter le plus loin possible en avant, par petits détachements, pour observer les mouvements de l’ennemi et les signaler au grand état-major.
- Il n’est que juste de constater qu’avant M. de Courtivron et après lui bien des officiers supérieurs et généraux de notre armée ont pensé comme lui. Bonaparte, qui sentait combien il serait avantageux d’avoir une cavalerie en état de passer les rivières à la nage, fit exécuter différents essais par celle de sa garde. Ils eurent lieu dans la Seine, près du Champ de Mars, mais furent infructueux, ayant été faits
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- sans préparation et sans méthode. Notre auteur, qui nous fournit ce renseignement, en cite d’autres qui ont également échoué pour des motifs analogues.
- M. de Courtivron, qui a étudié tous les systèmes, a pris à chacun ce qu’il avait de hon, et de tous il a composé un ensemble de conseils qui. mérite un examen aussi sérieux que l’intérêt qui se trouve enjeu.
- Il demande d’abord que chaque régiment ait sa
- compagnie de soldats-nageurs, l’infanterie comme la cavalerie. Son projet les organise, les habille et les arme. Pour le fantassin la tâche est assez aisée. Elle l’est moins pour le cavalier. Le cheval est toujours l’animal dont Buffon a fait un portrait si exact.
- « L’action du cheval, a dit Bossuet, est tellement unie à celle de celui qui le mène, qu’il ne s’ensuit qu’une seule et même action. » — « C’est cette
- Fig. 1.— Fantassin à la nage. Fig. 2. — Cavalier à la nage.
- (D’après les dessins de Th. et L. Gudin publiés en 1836. Traité de natation de M. de Courtivron.)
- même obéissance, dit à son tour M. de Courtivron, c’est cette espèce d’abnégation, qui font le danger du cavalier et de son compagnon de fatigues. Si le cheval était abandonné à lui-même, j’aurais bien moins d’inquiétude sur son sort, il nage naturelle-ment, et son instinct le guiderait mieux que ne ferait l’homme aidé de la réflexion et de l’expérience. »
- Suit la meilleure méthode, suivant notre auteur, d’entraîner l’homme et l’animal. Elle mérite l’attention, car elle est l’œuvre d'un homme du métier, d’un esprit pratique et réfléchi, qui a étudié son sujet longuement et à fond.
- Nous sommes heureux de pouvoir ajouter que les chefs de notre armée ont aujourd’hui un sentiment plus juste des nécessités dont M. de Courtivron s’était fait l’ardent avocat; non pas qu’ils aient lu ses éloquents plaidoyers, son livre étant fort ignoré, mais ils ont l’exemple de ce qui se passe en Allemagne, en Italie et surtout en Russie.
- Dans cette dernière contrée où les corps d’armée manœuvrent sur un territoire immense et relati-
- vement désert, ou guerroient dans les provinces de l’Asie occidentale, encore moins peuplées, ces troupes qui ont de longs espaces à parcourir, ne
- sauraient emporter avec elles tous les impedimenta sans lesquels. il n’y a plus désormais d’armée bien constituée : services de la télégraphie électrique, des chemins de fer, des signaux optiques, des vélocipèdes, des aérostats, des colombiers, des chiens de guerre, etc., sans parler de celui des pontonniers.Les Busses, tout au moins d’une façon générale, se servent peu d’équipages de pont. Chaque fois que cela n’est pas impossible, le passage des rivières par l’infanterie s’opère avec les moyens trouvés sur les lieux. Quant à la cavalerie, elle traverse communément les cours d’eau a la nage.
- On comprend tout ce que ces habitudes ont d’excellent, et combien elles aident aux marches rapides, à ces apparitions soudaines qui surprennent l’ennemi, le déconcertent et jettent le désordre dans ses rangs. Si lors de la guerre de Sécession les Américains n’eussent procédé de même, ces raids fou-
- Fig. 5. — Cheval nageant avec sou cavalier sur le dos.
- Expérience du 22“ dragons, sur la Meuse. (D’après une photographie instantanée.)
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- Fig. 4. — Six chevaux à la nage, tirés par leurs longes par un cavalier à l’arrière d’un bateau. (D’après une photographie instantanée.)
- Fig. 5. —Autre mode de passage d’uue rivière par des chevaux à la nage. Expériences militaires exécutées sur la Meuse par le 22* régiment de dragons. (D'après une photographie instantanée.)
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- drovants, qui ont illustré leur cavalerie, seraient-ils présentés aujourd’hui dans les cours de toutes les écoles militaires comme des exemples à suivre?
- Nous savons que plusieurs colonels de cavalerie font depuis quelque temps exécuter à leurs hommes des passages de rivière qui aboutiront infailliblement à une réglementation pratique de cette manœuvre. C’est ainsi que nous avons, pris sur le vif, grâce au Photo-Journal dont l’objectif est braqué un peu partout, le tableau des exercices auxquels s’est livré récemment le 22e régiment de dragons sur cette même Meuse, il y a vingt ans si funeste au 6e régiment de cuirassiers.
- La première photographie (fig. 3) nous montre un cheval qui nage avec son cavalier sur le dos. La seconde et la troisième (fig. 4 et 5) représentent six chevaux à la nage que tire avec leurs longes un cavalier placé à l’arrière d’un bateau; l’avant de ce bateau est relié à chaque rive par une corde ; on peut ainsi le haler rapidement d’un bord à l’autre et faire de nouveaux voyages sans perte de temps. Quand on emploie ce moyen, les hommes passent dans le bateau avec leurs armes, et les harnachements en même temps que leurs chevaux suivent en nageant.
- Le groupe de soldats et de chevaux qui figurent au second plan de la troisième épreuve montre une autre manière de procéder. Des cordes à fourrage sont nouées bout à bout de manière à donner une longueur triple de la largeur de la rivière ; quelques cavaliers bons nageurs emportent une des extrémités sur l’autre rive, pendant ce temps on attache de deux en deux mètres un certain nombre de chevaux le long de cette corde que les premiers cavaliers passés n’ont plus qu’à tirer à eux. Les cavaliers ne sachant pas nager passent en se soutenant à la corde qu’on tient tendue d’un bord à l’autre.
- Ces deux dernières opérations auraient été, si nous en croyons le texte qui accompagne ces photographies, très satisfaisantes. Il permet de passer six ou huit chevaux à la fois. Les Allemands et les Italiens emploient le même procédé; mais l’homme qui tient les chevaux est remplacé par une perche fixée transversalement à l’arrière du bateau et à laquelle les chevaux sont attachés par leur longe. Le moyen est avantageux au point de vue du nombre des chevaux qu’on peut remorquer à la fois et de l’aisance qu’ils conservent en nageant.
- L’exercice qui fait l’objet de la première photographie est le plus difficile, ainsi que l’avait déjà reconnu M. de Courtivron, quoiqu’il paraisse le plus simple. Le poids du cavalier pèse trop lourdement sur le cheval qui prend peur et se cabre ainsi que le montre la photographie. On conseille alors au cavalier « de se tenir d’une main à la crinière et de l’autre de diriger son cheval avec le filet, mais avec la plus grande douceur, pour ne pas le gêner, ou, mieux encore, en lui jetant de l’eau sur la tête du côté opposé à celui vers lequel il veut le conduire ». Aussi M. de Courtivron préférait-il que le cavalier nageât à côté de son cheval. C’était, d’après lui, le
- meilleur moyen d’éviter l'insuccès qui avait marqué les expériences de la cavalerie de la garde. C’est également l’avis de l’auteur de la Note du Photo-Journal qui constate que les deux procédés demandent beaucoup de sang-froid de la part des cavaliers et exigent des chevaux très francs. « Ils offrent, dit-il, de sérieux dangers surtout lorsque les chevaux restent sellés et que les hommes conservent leurs vêtements et leurs armes. Dans tous les cas ils ne sont praticables qu’à des cavaliers isolés ou à de petites fractions comme en patrouilles et lorsqu’il est impossible de faire autrement. »
- Quoi qu’il en soit de l’appréciation que l’on puisse émettre de ces expériences, il est incontestable qu’elles offrent un très sérieux intérêt. L. Renard.
- LA CONSERVATION
- DES OBJETS D’HISTOIRE NATURELLE1
- La conservation des objets d’étude en histoire naturelle a une importance qui n’a pas besoin d’être discutée. Les zoologistes et les botanistes ont à chaque instant recours les uns à des pièces anatomiques, les autres à des herbiers ou à des fleurs et des fruits conservés dans l’alcool, pour faire en temps utile des recherches auxquelles ils n’ont pu se livrer sur le vivant.
- Les botanistes ont la ressource des plantes sèches que l’on peut ramollir par des procédés connus et en faire l’analyse ; ils ont aussi des collections de graines et de fruits complémentaires de l’herbier. Ceux-ci, dont la consistance est variable, présentent leurs véritables caractères s’ils sont secs, mais s’ils sont charnus on ne peut leur maintenir leur réel intérêt qu’en les conservant dans l’alcool. Les fleurs elles-mêmes, conservées dans ce liquide, sont plus faciles à étudier et les organogénistes en connaissent bien la valeur. Enfin les anatomistes pour l’étude des tissus recherchent fréquemment des matériaux conservés de la sorte.
- On demande invariablement aux explorateurs qui ont mission de faire des collections d’histoire naturelle, de rapporter le plus possible d’objets dans cet état de conservation, et jusqu’à présent, c’est l’alcool qui est l’agent par excellence et auquel on a eu recours.
- Des essais nombreux ont été faits avec de l’eau salée, de l’eau phéniquée ou bien de l’eau contenant des traces de bichlorure de mercure ; mais dans aucun de ces cas, la conservation n’a pu être assurée d’une façon satisfaisante et surtout durable.
- Depuis longtemps je cherchais le moyen de supprimer l’emploi de l’alcool, toujours cher et pas facile à se procurer en voyage, et de lui substituer un antiseptique dissous dans l’eau, n’ayant pas, si possible, d’odeur, et pouvant se transporter aisément.
- J’ai eu recours aux antiseptiques déjà très connus afin de faire une étude comparative de chacun d’eux. L’eau phéniquée brunit habituellement les objets qui y sont plongés. Le bichlorure de mercure en présence des matières végétales se décompose et vient bientôt flotter à la surface du liquide en minces paillettes de protochlorure, puis les échantillons se détériorent au bout de quelques semaines. Même insuccès avec 5 ou 10 grammes desul-
- 1 Note présentée à la Société botanique de France.
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- fate de zinc, de même avec 10 grammes d’alun par litre d’eau.
- Je ne me suis pas adressé aux liquides composés : liqueur d’Awen, liqueur de ltarrois, non plus qu’à l’acide arsénieux dont se servent les zoologistes. C’est sans la moindre confiance que je me hasardai à mettre en 1877 une Orobanche fraîche dans un bocal d’eau dans laquelle j’avais fait dissoudre quelques pincées d’acide salicylique. Deux ou trois ans après, j’étais très surpris de voir que la conservation de celte Orobanche ne laissait rien à désirer.
- Je recommençai l’expérience avec deux autres plantes entières et qui depuis 1885, restèrent jusqu’à ce jour en bon état. L’une d’elles, un Saxifraga crassifolia, avec rhizome, feuilles et fleurs, avait conservé la couleur rose des pétales pendant deux ans. Alors je mis le bocal au soleil durant un mois, je le laissai couvert seulement d’un papier, pendant que les moisissures se montreraient. Je ne réussis qu’à décolorer en partie la plante, mais au point de vue de la conservation, elle est restée parfaite. Le second bocal d’épreuve ayant été brisé, je le passe sous silence.
- J’ai recommencé cette année avec le même succès en mettant en expérience une jeune Gourde (Lagenaria) avec un rameau ayant feuilles et fleurs; puis un second bocal contenant des fruits d’Epine-vinette et un rameau chargé de fruits à'Hippophaæ rhamnoides. Depuis les mois d’aoùt et septembre, ces échantillons sont en parfait état et la coloration des fruits s’est maintenue.
- Les doses qui m’ont donné les meilleurs résultats sont 2 grammes d’acide salicylique par litre d’eau douce ordinaire. Je n’ai pu réussir à dissoudre plus de 3 grammes d’acide entièrement; il y avait saturation et une partie restait en dépôt au fond du récipient. Avec 1 gramme par litre j’ai réussi parfois, mais d’autres fois les moisissures se montraient après une huitaine de jours. — Lorsqu’on fait intervenir une quantité, même minime, d’alcool, alors la dissolution se fait promptement et l’on peut, par ce moyen, augmenter la dose d’acide. La dissolution même des 2 grammes, qui me paraissent suffisants, ne se fait pas immédiatement dans l’eau pure; il faut agiter pendant quelque temps la bouteille ou la carafe, et entre cinq et dix minutes il y a dissolution complète.
- J’ai toujours employé de l’eau prise directement au robinet d’une conduite, ou de l’eau filtrée et enfin de l’eau distillée. Je n'ai vu aucune différence sensible entre elles dans les essais que j’ai faits. Si j’ai persisté à vouloir me priver du concours absolu de l’alcool, c’est que je me plaçais toujours comme étant un voyageur éloigné de tout centre habité et ne pouvant en aucune façon se procurer le liquide en question.
- Au point de vue économique, d’une part *, et de la facilité d’emploi de cet antiseptique, d’autre part, je pense qu’il est bon d’en encourager l’usage aussi bien pour les collections d’un musée que pour les envois faits par les naturalistes voyageurs.
- Je n’ai pas terminé des essais pratiqués avec les fcham-pignons et les matières animales, mais je pense pouvoir en donner les résultats prochainement. Si j’en parle cependant dans cette Note, c’est que j’augure déjà que mes tentatives ne seront pas infructueuses.
- Jules Poisson,
- Aide-naturaliste au Muséum d’histoire naturelle.
- 1 Le kilogramme d’acide salicylique vaut en moyenne 25 fr., c’est donc un antiseptique qui reviendrait à 5 centimes le litre. Cet acide est en poudre blanche et d’une grande légèreté
- LES PÊCHERIES MODERNES
- LE CHALUTAGE A VAPEUR
- Suivant la nature de la pèche à laquelle ils se livrent et suivant les parages qu’ils fréquentent, les pêcheurs ont adopté une forme de bateau et une voilure spéciales, en quelque sorte, à chaque pays et 'a chaque port. Durant de longues années, du reste, coupe et gréement sont restées immuables, si bien qu’à l’Exposition universelle de \ 889, un bateau de pêche norvégien exhibé dans le bassin à flot a été trouvé à peu près identique à une barque de Viborg, datant de 801 et reconstituée d’après des documents authentiques.
- Aussi bien, de nos jours — et particulièrement à l’étranger — les pêcheries prennent un développement considérable et l’on voit leur outillage se perfectionner, en même temps que l’attention des hommes de science et des pouvoirs publics se porte sur cette branche d’industrie à laquelle est liée la vie d’une population éminemment courageuse et intéressante. Je ne saurais oublier de mentionner avec quels soins l’Angleterre, l’Ecosse, les États Scandinaves, l’Allemagne et surtout les États-Unis s’occupent des recherches fauniques, géologiques, océanographiques qui se relient à la capture des poissons comestibles. Tributaire de sciences exactes, l’industrie des pêcheries doit devenir scientifique et, par conséquent, précise elle-même.
- Si nous voyons se dessiner un mouvement très accentué vers l’étude méthodique et sérieuse des pêcheries, nous voyons en même temps s’accomplir une transformation du matériel des pêcheurs.
- La récolte du poisson frais, surtout, acquiert aujourd’hui, à l’étranger, une importance extrême. Les États-Unis, l’Angleterre, la Hollande ont particulièrement modifié leurs installations dans ce but, adaptant à leurs bateaux des viviers qui leur permettent d’amener vivants sur les marchés les poissons capturés en plein Atlantique ou au milieu de la mer du Nord; installant aussi sur leurs navires-transports des sortes d’appareils frigorifiques. Cette pêche du poisson frais promet d’avoir une importance considérable aux dépens de beaucoup de nos industriels et de nos armateurs, il est vrai, mais au bénéfice des consommateurs.
- En France, où la pêche de la morue et celle de la sardine, jadis si florissantes, subissent à l’heure actuelle, pour des causes différentes, une crise douloureuse, il ne semble pas que nous ayons réalisé les progrès accomplis à l’étranger. Nos ports ne sont pas aménagés, du reste, en vue de ce genre de commerce; quant à nos moyens de transport, ils ne répondent en rien aux besoins d’une pareille industrie. Enfin l’étude précise des pêcheries, bien qu’entreprise par des hommes d’un rare mérite, est laissée chez nous sans direction scientifique, sans matériel approprié et spécial et presque sans subsides.
- Cependant, depuis quelques années, certains de
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- LA NATURE.
- nos armateurs ont eu l’idée de modifier leur outillage en vue de cette récolte du poisson frais, et c’est ainsi qu’en 1881 et 1882 ont été construits, aux Forges et Chantiers de la Méditerranée, deux chalutiers à vapeur, Y Elisabeth et la Pauline, pour un armateur dieppois.
- Les dimensions en sont les suivantes : longueur entre perpendiculaires, 21m,50; largeur, 5m,50; creux sur quille, 2m,80; tirant d’eau moyen, lm,90.
- L’appareil moteur du type compound à condensation par surface est d’une force de 100 chevaux indiqués. La chaudière cylindrique à retour de flamme est timbrée à 5 kilogrammes, elle a 33 mètres de surface de chauffe.
- Aux essais, la vitesse a été de 9 nœuds et la consommation de 823 grammes par cheval et par heure. (Revue technique de l'Exposition universelle de 1889.)
- Dans la Méditerranée, les quatre vapeurs P lu tus, The'mis, le Grondin et le Turbot se livrent à la pêche au chalut dans les eaux d’Alger et de Bone. Un navire outillé pour le transport,la Ville de Cannes, établit un service régulier entre les pêcheurs et les courriers de France. Le poisson, provenant de cette région, est amené à Marseille, conservé à une température voisine de 0°, dans des caisses doublées de zinc, à compartiments superposés et garnis de glace. Mais ces installations modernes ont été précédées, en France même, par la remarquable industrie que pratique, dans le golfe de Gascogne, la Société des pêcheries de l'Océan, dont le siège est à Arcachon.
- Il y a vingt-cinq ans, en effet, que prirent la mer les deux premiers chalutiers de cette compagnie aujourd’hui florissante et dont six vapeurs jaugeant de 60 à 80 tonneaux composent la flottille de pêche (1 e Héron, le Cormoran, Y Albatros, le Pingouin, le Pétrel, le Courlis). Chaque navire est monté par un
- équipage de douze hommes et est parfaitement aménagé pour le travail qu’il doit accomplir (fig. 1). L’engin de pêche, le chalut, est de construction particulière et de taille considérable. La branche longitudinale de l’armature qui doit racler le sol est constituée par une chaîne à demi tendue et entourée de filin. L’autre branche longitudinale (ayant 12 mètres de longueur) est formée par une perche en acacia (de 50 centimètres d’épaisseur), constituée par deux pièces ajustées en bec de flûte. Les deux branches
- latérales de l’armature sont ici constituées par des patins de fer forgé, en forme d’S, renforcés par d’épais barreaux de fer et mainte-nant les deux extrémités de la perche et de la chaîne à une distance de lm,50.Le filet est analogue à tous ceux de ce genre, mais il a de 15 à 18 mètres de longueur. Pour traîner cet appareil volumineux, les navires sont munis d’une fune en câble métallique analogue à celle qui fut employée lors de l’expédition du Talisman. Ce câble est enroulé sur l’axe d’un treuil a vapeur, à deux cylindres (muni de deux poupées et d’un frein) placé un peu en arrière du mât de misaine. Avant d’être relié à la patte d’oie, qui est frappée sur les patins du chalut, il doit venir passer sur une bobine verticale, mobile sur un pivot, placée au pied de la passerelle et, de là, repasser sur deux galets situés à bâbord, dans une échancrure du bastingage (fig. 1). Il suit alors, extérieurement, la muraille du navire jusqu’à l’arrière où il s’engage dans un stoppeur, sorte de mâchoire puissante qui, dans le dragage, supporte tout le poids de l’appareil. De fait, la fune ne doit pas être tendue entre ce stoppeur et le treuil.
- Je ne saurais entrer ici dans la description des manœuvres qu’il faut faire pour immerger ce volumineux appareil ou pour l’amener sur le pont alors qu’il a accompli son travail sous les eaux. Je ne puis que me borner à dire que les six navires dra-
- Fig. 1, — Plan de l’uu des chalutiers des pêcheries de l’Océan. — F. Fune métallique. T. Treuil. — E. Espars. — B, G. Bohine et galets de renvoi. — S. Stoppeur. — P. Poste. Ca. Cale. — P. Passerelle. — M. Machine — Ch. Chambre. — M. Misaine. — A. Artimon.
- Fig: 2. —Manœuvre du levage du chalut. (D’après une photographie prise de l’avant.)
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- LA NATURE.
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- guent avec une vitesse de 2 nœuds à 2 nœuds et demi et que, depuis le large du pertuis de Mau-musson, au nord, jusqu’au large de l’étang de Léon, au sud, dans un perpétuel mouvement de va-et-vient, ils écrément la surface du plateau continental.
- Les six navires travaillent toujours en vue les uns des autres a des brasseyages sensiblement identiques et qu’ils abandonnent, ensemble, pour aller plus au large ou plus à terre, à la recherche d’une récolte meilleure. Cependant, la Société interdit à ses pêcheurs de chalu-ter à moins de 40 brasses de profondeur; constatant que si, au-dessous de cette limite, le poisson est abondant, il est aussi de petite taille et estimant que le pêcher serait détruire le germe des récoltes à venir. L’appareil n’est levé que trois fois en vingt-quatre heures.
- Avec les équipages aguerris et habiles dont dispose la société, le levage du chalut et sas remise à la mer ne demande pas plus de trente minutes, et, cependant deux opérations ont lieu la nuit, à la lueur des torches et par des temps souvent déplorables (fig. 2).
- Après la dernière opération, le matin, à une heure variable suivant la saison, les six vapeurs se réunissent et l’on transborde sur l’un d’entre eux — qui varié chaque jour — le produit de la pêche de toute la flottille. Celui-ci fait alors route à toute vapeur, vers Arcachon; les autres se dispersent de nouveau et recommencent leur travail.
- L’enlrée du bassin d’Arcachon, qui est si difficilement praticable aux voiliers, est fort rarement
- inaccessible aux vapeurs de la Société des pêcheries de l’Océan qui peut ainsi compter sur une heure a peu près fixe pour l’arrivée du poisson en ses magasins. En même temps qu’il rapporte le produit de la pêche, le vapeur qui rentre vient faire son plein de
- charbon (fig. 3). Cette opération terminée, il reprend immédiatement la mer et, dans la soirée même, occupe son poste de travail auprès des autres navires. En été, le poisson recueilli par les pêcheurs est surtout la sole ; en hiver, le merlu. Bien qu’il ne m’appartienne pas d’entrer dans de longs détails sur l’organisation et les résultats de cette remarquable entreprise, je ne puis m’empêcher de dire que la flottille récolte, par vingt-quatre heures, une moyenne de trois cents douzaines de soles, a 5 kilogrammes la douzaine, outre les grondins, les raies, etc. Cette récolte est passée du transport, arrivée au mouillage, dans une grande pinasse qui gagne la plage. Là un petit wagonnet Decau-ville permet d’en opérer rapidement le déchargement (fig. 4).
- A Arcachon, la Société possède aussi, outre ses vastes magasins, des ateliers pour la réparation des engins de pêche ou de navigation. A la Teste, elle a construit des viviers qui lui permettent de faire face à la consommation lorsque le gros temps empêche le travail de ses pêcheurs.
- Bien qu’il y ait encore beaucoup à dire sur cette considérable industrie dirigée avec une si haute intelligence par M. H. Johnston, je ne puis que me borner ici ?i tracer ces lignes essentielles. La Société
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- LA NATüHE.
- des pêcheries de l’Océan constitue aussi un foyer d’études pour la science des pêcheries en général, et offre gracieusement l’hospitalité h bord de ses navires aux travailleurs de la vaillante station zoologique d’Arcachon que dirige l’éminent Dr H. Yial-lanes1.
- Dans le golfe de Gascogne, encore, des vapeurs espagnols pratiquent la pêche au bœuf et deux vapeurs de Biarritz la pêche au chalut.
- Dr Georges Hoché.
- NÉCROLOGIE
- C.-A. Alpliand. — L’éminent ingénieur, l’illustre directeur des travaux de Paris, est mort la semaine dernière après une courte maladie, à l’âge de soixante-quatorze ans. Il était né à Grenoble, le 26 octobre 1817. C’était un enfant robuste, énergique et travailleur. Il entra à l’École polytechnique en 1825 et en sortit dans les ponts et chaussées. Envoyé à Bordeaux en 1839, il eut à diriger pendant quinze années consécutives les travaux des ponts, des chemins de fer et des landes, et le 22 octobre 1843 il fut nommé ingénieur ordinaire des ponts et chaussées. C’est en 1854 seulement que M. Alphand fut appelé à Paris où il ne tarda pas à se faire remarquer par l’activité de ses travaux, et la hardiesse de ses conceptions; il reçut le titre d’ingénieur des embellissements de la Ville, que le préfet de la Seine, M. Haussmann, transformait en une cité nouvelle. Les bois de Boulogne et de Vincennes furent métamorphosés en parcs, les buttes Chaumont reçurent des parures de jardins et de chutes d’eau, les Champs Élysées se couvrirent de parterres de fleurs et les squares prirent naissance de toutes parts ; les serres de la ville de Paris, les pépinières furent créées, les grands boulevards furent de toutes parts plantés d’arbres et le vieux Paris disparut.
- Lors de l’Exposition universelle de 1867, M. Alphand fut chargé de l’importante opération du nivellement du Trocadéro, dont il utilisa les terres à remblayer le Champ de Mars; il conduisit ces grands travaux avec une étonnante rapidité. En sa qualité de directeur des travaux de Paris, Alphand - contribua aussi à l’exécution de l’Exposition universelle de 1878 et cette même année, il recueillit après la mort de Belgrand le lour d fardeau de la direction du service des eaux et égouts que ce savant ingénieur avait porté à un si remarquable état de perfection. Enfin, M. Alphand donna une nouvelle preuve de son énergie, de son ardeur, dans l’exécution des travaux de l’Exposition universelle de 1889. Cette dernière Exposition fut sa dernière et sa plus belle œuvre ; il y montra la plénitude de ses mérites. L’immense succès a répondu aux grands efforts de l’ingénieur, et le gouvernement a voulu le reconnaître en accordant au directeur général des travaux de l’Exposition la haute dignité de grand-croix de la Légion d’honneur.
- Alphand avait su prendre comme ingénieur une place absolument à part ; l’importance de ses attributions administratives, l’ancienneté de ses services, l’énergie de son travail, lui permirent d’acquérir une situation exceptionnelle dans les travaux de la ville de Paris. Il ne cessa d’ailleurs jamais de faire briller dans ses fonctions les ressources de son immense talent, et de montrer son
- * Les photographies qui accompagnent cet article sont dues à l’obligeance et au talent de M. Maurice Mercier.
- absolu dévouement aux intérêts de l’administration qu’il dirigeait avec autant d’autorité que de compétence.
- CHRONIQUE
- Consommation des moteurs à gaz. — Dans l’état actuel des moteurs à gaz, on peut admettre comme résultant des expériences les chiffres suivants relatifs à la consommation de gaz des moteurs usuels, dont la puissance effective varie entre un quart de cheval (20 kilo-grammètres par seconde), et 16 chevaux (12 poncelets ou kilowatts).
- Puissance Consommation Consommation
- Chevaux Poncelets ou kilowatts en litres par cheval-heure en litres par kilowalt-heurc
- 0,25 0,20 2000 2700
- 0,50 0,58 1500 2000
- 1 0,75 1200 1600
- 4 3 1000 1550
- 8 6 900 1200
- 16 12 800 1070
- Ces chiffres se rapportent à la marche normale à pleine charge. A demi-charge, la consommation est bien plus élevée, et dans la marche à vide, il résulte d’expériences faites par M. D. Monnier sur un moteur Ravel qu’un moteur de 8 chevaux effectifs dépensant, à pleine charge,
- 8 mètres cubes par heure, consomme 5800 litres par heure en produisant 4 chevaux, et 4188 litres par heure dans la marche à vide, soit plus de la moitié de sa dépense à pleine charge. On voit par ces chiffres, combien il est intéressant de ne faire fonctionner les moteurs à gaz qu’à pleine charge, de ne leur demander qu’exception-nelleinent de marcher à demi-charge, et d’éviter avec le plus grand soin la marche à vide. A ce point de vue le moteur électrique est bien supérieur au moteur à gaz, car il dépense, à vide, moins du dixième de la puissance électrique absorbée à pleine charge, et ses facilités de mise en marche et d’arrêt permettent de réduire sa dépense à néant en arrêtant le moteur chaque fois que cette marche à vide dépasserait une durée de quelques minutes, ce qui n’est pas possible avec un moteur à gaz. Malgré le prix plus élevé de l’énergie électrique, il sera donc plus économique d’avoir recours à un moteur électrique qu’à un moteur à gaz chaque fois que le travail sera intermit- -tent ou soumis à de fréquentes variations. !
- Applications nouvelles des températures basses. — M. Raoul Pictet a entrepris dernièrement, à l’aide de son appareil réfrigérant, des recherches, limitées encore aux expériences de laboratoire, mais qui, dans un avenir prochain, pourront avoir une importance industrielle considérable. On se souvient que la méthode employée par l’ingénieux physicien de Genève consiste à procéder par échelons, et à opérer, d’une manière continue, sur des corps qu’on liquéfie par pression dans un réfrigérant, et que l’on détend dans le réfrigérant suivant. Le premier liquide est un mélangé d’acide sulfureux et d’acide carbonique (liquide Pictet) ; le second est le protoxyde d’azote, maintenu à — 80° par le premier circuit. Le troisième circuit est intermittent ; if est constitué par l’air, liquéfié sous 75 atmosphères, à la température de — 135°. La détente de l’air fournit alors une température inférieure à — 200°. Parmi les nombreuses recherches effectuées dans le laboratoire de M. Pictet, nous citerons la détermination du module d’élasticité du mercure solide,
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- faite par M. Paalzow, à l’aide d’un diapason de ce métal, coule dans un moule ; la purification de la glycérine et de l’éther par cristallisation; enfin, la plus importante peut-être, la purification du chloroforme par le même procédé. Ce liquide commence à cristalliser à —68°; une fois la masse prise aux quatre cinquièmes, on décante le liquide restant, et on n’a plus qu’à laisser fondre les cristaux à l’abri de l’air pour éviter la condensation de l’eau. Le chloroforme ainsi obtenu n’éprouve aucune trace de décomposition à la lumière du soleil. Comme il est très' important, pour éviter les accidents produits dans l’anesthésie, de posséder du chloroforme pur, on peut prédire un bel avenir à ce nouveau procédé.
- Une araignée électricienne. — Un de nos lecteurs nous envoie la Note suivante qui a été adressée de Lausanne par M. A. R. à la Tribune de Genève :
- « J’ai été témoin, ce soir, d’un fait si étrange, que je ne puis résister au désir de vous le communiquer. Nous étions réunis, en famille, au salon, à six heures et demie. On avait annoncé le souper depuis quelques instants, et nous hésitions, regrettant le bon feu de cheminée, à nous rendre à la salle à manger, lorsque tout à coup le timbre électrique en communication avec toutes les chambres de la maison et indépendant de la porte d’entrée, se met à résonner par intervalles réguliers de la valeur d’une ou deux secondes à peu près. Nous nous demandions avec terreur : « Oui peut bien sonner de cette façon ? » Nous faisons le tour des chambres, examinons chaque bouton, rien ne nous révèle la cause mystérieuse ! Et naturellement tous de s’écrier : « C’est un avertissement ! Un signe (( de mort ! » Remplis d’effroi, nous allions prendre notre repas aux sons de celte lugubre musique, lorsque par hasard, en tiraillant le cordon qui descend le long de la lampe à suspension, je remarquai que cela dérangeait quelque peu la mesure régulière observée par ce musicien d’un nouveau genre. C’était un indice et supposant de suite qu’un contact quelconque s’était établi au point où les fils du cordon et ceux de la pile sont reliés à la hauteur du plafond et où le métal est à nu, j’introduisis mon doigt entre les deux fils dans la pensée de les éloigner l’un de l’autre, et qu'est-ce que nous vîmes? Une énorme araignée, à corps noir, longues pattes, qui détala prestement. Je la descendis, au moyen de son fil, sur la table où elle fut saisie par la cuisinière et jetée au feu. C’était la coupable. En effet, la sonnerie s’arrêta irnrné-diatemeftt et nous fûmes heureux de constater qu’il n’y avait, en somme, rien d’un « esprit ». Il faut admettre que les longues pattes de cet aptère, imposant sur les deux fils, faisaient le service d’un corps bon conducteur ouvrant le circuit, tel qu’on l’obtient en pressant sur le bouton. Mais comment obtenait-il ce résultat avec une alternance si régulière, pendant dix ou quinze minutes? C’est à quoi pourraient répondre ceux qui sont plus compétents que moi. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 décembre 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- La séance a été des plus courtes : le dépouillement de la correspondance a consisté dans l’énumération rapide des pièces parvenues et qui comprenait l’annonce du décès de dom Pedro. L’Académie s’est hâtée, en signe de deuil, de se former en comité secret. Une autre mort est d’ailleurs annoncée en même temps, celle de M. Palasciano (de Naples), correspondant de la section de médecine.
- Histoire de la science. — L’illustre M. Nordenskjold annonce qu’il a découvert de nouveaux documents concernant Scheele et spécialement des papiers autographes du chimiste suédois. Il se propose d’en faire très prochainement l’objet d’une publication spéciale.
- L'ammoniaque atmosphérique. — A propos d’un récent Mémoire de MM. Marcano et Muntz, M. Albert Lévy présente de très intéressantes considérations sur le dosage de l’ammoniaque dans les eaux météoriques.
- Cause de la disparition des anciens glaciers dans les Vosges et dans les régions analogues. — Je suis persuadé que, malgré l’opinion si souvent professée, on arrivera à rendre compte de toutes les singularités apparentes de l’époque quaternaire par une nouvelle application de la doctrine déjà si féconde des Causes actuelles. Par exemple, j’ai eu bien souvent l’occasion de faire remarquer que la zone des roches mentionnées au-dessus de la glace dans les glaciers des Alpes et d’autres localités, correspond à des points où la glace n’atteint plus, justement parce que (grâce à son action érosive) elle a pénétré verticalement dans la masse rocheuse sous-jacente. Elle s’est vraiment comportée comme une scie entrant dans une pièce de bois et qui, bientôt, se meut au-dessous de points qu’elle a sciés précédemment et qui ne date cependant pas d’un temps où sa lame aurait été plus large. Cela posé, et poussant les choses à l’extrême, on peut se demander ce que, sous une latitude moyenne comme celle des Vosges, deviendra, après un temps suffisant, un massif montagneux pourvu de glaciers. L’active dénudation réalisée n’étant en rien compensée par un apport de roche, le massif s’abaissera constamment : à part des oscillations d’ordre purement météorologique et qui ne troublent pas la marche générale du phénomène, l’appareil condensateur diminuera d’énergie et les glaciers alimentés diminueront de longueur. Progressivement, la montagne, en s’abaissant sans cesse, n’atteindra plus l’altitude nécessaire à la persistance de la neige et, dès lors, les glaciers cesseront, mais, par transition insensible et seulement après que tout ce qui reste de massif aura subi des frottements qui, si sa substance est favorable, le marqueront au sceau des phénomènes glaciaires. Si un observateur survenait alors, il serait naturellement porté à conclure de la présence des traces glaciaires, dans une région dépourvue de glaciers, que les conditions météorologiques, en changeant, ont déterminé la disparition de ceux-ci, tandis que, comme on voit, ce sont tout au contraire ceux-ci qui, en disparaissant; en conséquence même de la dénudation qu’ils ont produite, ont modifié le climat du pays.
- Varia. — MM. Pouchet et Reauregard continuent leur statistique des échouements de cétacés sur les côtes de France. — Le déplâtrage des vins occupe M. Garnier. — M. Giard poursuit l’étude des champignons parasites du Criquet. — Un nouveau système de torpilles automobiles est proposé par M. Dantigny. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE1 BOULE, BAGUES ET TRINGLE
- L’appareil qui servira pour notre récréation se compose d’une tringle A (fig. I ) terminée à l’un de ses bouts par un bouton b qui est soudé, et, à l’au-
- 1 Suite. — Voy. n° 9(35, du 28 novembre 1891, p. 415.
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- LA NATURE.
- tre extrémité, par un bouton semblable c qui peut se dévisser à volonté.
- Une boule B en bois massif, percée d’un trou suivant son axe, est enfdée dans la tringle.
- Chacun de ces objets ayant été examiné séparément par les spectateurs, le physicien emprunte trois bagues qu’il enveloppe dans un morceau de papier, et le petit paquet est déposé aux yeux de tous sur le pied d’un verre renversé..
- La boule est enfilée dans la tringle à laquelle on fixe ensuite le bouton mobile c, et les extrémités de celle-ci sont tenues par deux spectateurs (fig. 2) de telle sorte qu’il paraisse impossible de retirer la boule sans leur permission.
- Et cependant le prestidigitateur enlève, en un tour de main, la boule qu’il a recouverte du foulard, et à la place de laquelle on voit les trois bagues qui ont été empruntées, enfilées dans la tringle. Quant au papier placé sur le verre V, il est absolument vide.
- Le prodige se réduit a bien peu de chose, comme dans toutes les expériences de physique amusante dont on connaît la clef, pour qui aura jeté un coup d’oeil sur notre dessin.
- Le physicien cachait dans sa main gauche, en allant emprunter les bagues, une seconde boule ü, semblable en apparence à la première, mais creuse et s’ouvrant quand on appuie le doigt sur le petit bouton n (lig.l )• En tournant le dos aux spectateurs pour aller a sa table, il a glissé rapidement les trois bagues dans trois entailles disposées pour cela et il a refermé la boule qui s’est de nouveau cachée dans la main gauche armée de la baguette magique qui, dans cette circonstance et dans beaucoup d’autres analogues, rend service en motivant la fermeture de la main.
- Aussitôt après cette opération, exécutée en un court instant, la main droite s’est écartée de nouveau doucement, le pouce appuyé sur l’extrémité des deux premiers doigts, absolument comme s’il tenait encore les bagues.
- Le paquet de papier n’enveloppe donc que des bagues imaginaires — qui oserait soupçonner une audace pareille ! — et la boule préparée est jetée invisiblement dans la servante en même temps que l’on pose la baguette magique sur la table où se trouvent déjà
- la tringle et son bouton, ainsi que la boule massive.
- Il s’agit maintenant d’échanger la boule que l’on vient d’examiner contre celle qui a été préparée et qui renferme les bagues.
- Rien de plus facile à l’aide de l’escamotage suivant :
- Debout derrière la table, on jette, de la main droite, la boule en l’air, en ayant bien soin de la suivre des yeux, car les spectateurs fixent toujours leurs regards dans la même direction que ceux de l’opérateur; pendant ce temps la main gauche de celui-ci saisit la houle cachée dans la servante; la main droite reçoit la première boule, et, se baissant comme si elle fléchissait sous le poids, elle l’abandonne dans la servante. En même temps les deux mains se réunissent; et, dans ce mouvement, la houle préparée est apportée par la main gauche, et ainsi substituée à la première. Cette petite opération, si longue à
- décrire, se fait en deux secondes et le plus facilement du monde après quelques minutes d’exercice. Pourvu que l’on agisse avec calme, les plus clairvoyants n’y verront rien.
- La boule D est donc enfilée dans la tringle qui traverse en même temps les trois bagues. La main gauche cachée par le foulard ouvre la houle, la retire, la referme, et la montre (fig. 2) aux spectateurs qui pensent que c’est toujours celle qu’il ont examinée d’abord.
- Il ne serait pas difficile, avec un peu d’adresse et d’imagination, d’opérer ici une seconde substitution afin de donner encore une fois la boule à examiner.
- Nous avons vu exécuter ce tour sans aucun appareil spécial, au moyen d’une simple tringle de fer et de deux charmantes pommes de terre exactement pareilles.
- Un petit morceau de toile fixé par deux épingles et recouvert par de la pelure de pomme de terre collée par-dessus, remplaçait la charnière de notre boule creuse; une épingle recourbée en U et dont la tête avait été changée en pointe à l’aide de la lime, était enfoncée à l’endroit voulu pour réunir les deux moitiés du précieux tubercule et tenir ainsi lieu de fermoir.
- — A suivre. — MaGUS.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissahdier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- Fig. 1 et 2. — Curieuse expérience de physique amusante.
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- 19 DÉCEMBRE 1891.
- N° 968.
- LA LAITERIE MODERNE
- LAITERIE DE ROCHE-SUR-LOUE (DOUBS)
- C’est une industrie récente que celle de ces grandes laiteries qui traitent par jour jusqu’à 10 00Q litres de lait pour le transformer en beurre, en fromages et... en porcs gras. Jusqu’alors cette fabrication se faisait uniquement en petit dans chaque ferme. Le
- lait mis dans de grandes jattes reposait vingt-quatre à quarante-huit heures, la montée de la crème s’opérait; la crème enlevée avec une spatule en bois était barattée à la main, et le beurre était pétri et lavé à la main : le lait écrémé déjà aigre était donné aux porcs ou transformé en fromages de qualité inférieure.
- L’invention de l’écrémeuse centrifuge qui permet d’écrémer, aussitôt après la traite de grandes quan-
- Fig. 1. — Laiterie de IIoche-sur-Loue à Arc-et-Senaus (Doubs). — A, entrée du lait. — B, pèse-lait. — C, bidons de 20 litres. — D, tamis. — E, réservoir bain-marie. — F, distributeur de lait dans les écrémeuses.— G, écrémeuses.— II, intermédiaires.— I, réservoir de crème à courant d’eau. — K, barattes. — L, délaiteuse. — M, auge à beurre. — N, malaxeur. — S, bac de lavage. — T, conduit de lait écrémé. U, chaudière à fromage. — V, presses. — a, laboratoire : essai des laits. — p, tuyau de chauffage. — Yi cau courante. — i, lampes.
- tités de lait, a révolutionné cette industrie en tendant à la concentrer dans de véritables usines, où tout est combiné en vue d’upe^fabrication irréprochable et où l’on obtient des beurres de qualité supérieure, quand la contrée fournit de bons fourrages et des eaux fraîches et pures.'*
- Toutes les écrémeuses sont basées sur le même principe : utilisation de la force centrifuge développée par une vitesse angulaire considérable pour opérer instantanément la séparation des globules de beurre plus légers que le lait maigre dans lequel ils sont en suspension. Dans la formation naturelle de
- ÎO" année. — t" semestre.
- la crème, les globules butyreux se séparent de même sous l’action de la pesanteur, mais très lentement.
- L’écrémeuse de Laval (fig. 2) employée à la laiterie de Roche-sur-Loue1 se compose d’un bol en acier monté sur une tige et tournant dans le bâti auquel il est relie par l’intermédiaire d’une bague en caoutchouc. Le lait gras arrivé dans l’appareil prend la même vitesse que le bol (100 tours par seconde) et par suite de l’action de la force centrifuge occupe une position moyenne, tandis que le
- 1 Voy. l’Écrémcuse Johnston, n° 886, du 24 mai 1890, p. 386.
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- LA N A TU LE.
- lait maigre (b), plus lourd, est rejeté à la périphérie et que les globules butyreux {e) plus légers, viennent au centre. Ces diverses couches sont verticales et non horizontales, car l’action de la pesanteur est négligeable en regard de la force centrifuge qui s’exerce horizontalement. Le lait écrémé passe par le conduit b, et sort par un trou très petit c, il est projeté dans un récipient annulaire qui le laisse échapper en b%. La crème sort en el puis e.2. Chaque écrémcuse peut débiter 500 a 500 litres a l’heure.
- On peut ainsi avoir du lait écrémé frais, et très propre à l’alimentation des classes ouvrières ; il est aussi nourrissant que le lait gras, car il contient toute la çaséine et bien des estomacs délicats le digèrent plus facilement; de plus I’écrémeuse purifie le lait; toutes les impuretés et beaucoup d’organismes sont projetés contre la paroi du bol et forment une sorte de peau parfois très épaisse.
- C’est aux pieds des derniers contreforts du Jura dans un pays de beaux pâturages et de sources abondantes, que nous avons suivi les diverses phases de la fabrication du beurre, du fromage de Gruyère maigre, et vu l’utilisation complète des résidus dans la porcherie.
- Mais suivons la goutte de lait dès sa sortie du pis de la vache.
- Le jour paraît a peine et déjà tout est en rumeur dans le village entouré de sapins et dominant la vallée de la Loue dont les sites ont été si souvent reproduits par Courbet. Les femmes portant de chaque main un seau plein de lait mousseux, les garçons pliant sous le poids de la bouille (hotte en sapin destinée au transport du lait), tous se hâtent; le voiturier est là qui va partir pour amener à la laiterie, au grand trot de ses chevaux, le lait reçu dans les villages et les fermes voisines. On a vérifié chez le paysan la propreté des seaux à traire, qui toute la journée doivent être exposés à l’air devant la porte ; on surveille la propreté des étables, la santé des vaches laitières; on éprouve la qualité du lait à l’arrivée; on va le travailler.
- Après plusieurs tamisages, le lait est mis dans un bac qui le chauffe doucement au bain-marie et le déverse dans une batterie de trois écrémeuses Laval débitant ensemble 1000 litres à l’heure. La crème tombe dans un chéneau qui la mène à la beurrerie, le lait écrémé va à la fromagerie.
- Entrons dans la beurrerie; la pièce est haute, adossée à la montagne et exposée au nord, une rangée de sapins l’abrite du côté du midi. Elle est percée de grandes baies où circule largement l’air frais de la nuit, et pendant les journées d’été, l’eau fraîche ruisselle le long des murs et forme nappe au milieu de la pièce; aussi n’y pénètre-t-on qu’après avoir chaussé d’énormes sabots de bouleau. On doit laisser à la porte les cigares et cigarettes, car le beurre et la crème s’incorporent avec une facilité déplorable toutes les odeurs, les mauvaises surtout.
- La crème repose vingt-quatre heures dans un bac entouré d’eau fraîche (pii en retarde la fermentation, et lui conserve le parfum du lait fraîchement trait. On la verse dans de grandes barattes, qui mues mécaniquement battent le beurre, et le lavent à grande eau. Au sortir de la baratte, le beurre, couleur paille d’avoine et couvert de gouttelettes d’eau qui font la perle, est mis dans des auges en bois pleines d’eau fraîche ;
- 11 s’y raffermit, puis passe au malaxeur qui en exprime toute l’eau; enfin une dernière machine le met en petits pains pour les envois par colis postal ; pour les ex-péditions aux halles, on le met en mottes de
- 12 kilogrammes ; l’empaquetage et la mise en boîtes se font éga-lementdans la
- beurrerie sur de grandes tables de marbre. Dans cette suite d’opérations, l’ouvrier n’a fait que tourner des robinets, embrayer et basculer des machines sans toucher au beurre; il peut ainsi fabriquer 500 kilogrammes de beurre dans la matinée. La régularité de la fabrication donne des produits de qualité toujours identique; le délaitage du beurre et son lavage minutieux lui assurent une conservation si longue, qu’on peut l’expédier en Algérie, en Égypte, sans le saler, et qu’il garde toute sa finesse pendant un mois.
- En été, le travail se fait en partie de nuit, des lampes à incandescence éclairent chaque machine. En hiver, les pièces sont chauffées à la vapeur.
- Le lait écrémé est transformé en fromages de Gruyère maigres, fabriqués de la façon qui a été si bien décrite dans un récent article1. Trois chaudières de 500 litres, chauffées par la vapeur, permettent de fabriquer environ 300 kilogrammes de fromage par
- 1 Yoy. n° 055, du 10 septembre 1801, p. 247.
- Fig. 2. — Écrémcuse centriluge de Laval. — F. Bol mobile (6000 tours). — D. Bâti iixe. — Lt. Lait gras arrivant en LL. — bb. Lait maigre sortant en bi puis b2. — e. Crème sortant en e,, puis e2. — BC. Chapeau en fer-blanc. — II. Mouvement intermédiaire.
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- jour. Ce fromage assez maigre et sec est destiné au râpage et à l’alimentation ouvrière à bon marché.
- Le petit-lait, résidu de cette dernière fabrication, est envoyé par une canalisation à 600 mètres de là, dans la porcherie, vaste balle abritant 250 porcs répartis en 48 cases. Un chemin de fer Decauville, circulant partout, facilite le travail à ce point qu’un seul homme peut aisément distribuer la nourriture, et laver chaque case à grande eau. Les porcs couchent sur un lit de sciure de bois. Les fumiers et le purin donnent un engrais très puissant.
- Dans cette industrie le beurre occupe la première place, c’est en vue de sa parfaite fabrication que tout est combiné; le lait écrémé, les fromages, le petit-lait sont considérés comme des résidus.
- C. Y..., ingénieur.
- EMPLOI DES LAMPES ÉLECTRIQUES
- A INCANDESCENCE
- M. Félix Leconte vient de publier, dans le Bulletin de la Société belge d'Electriciens, une Note sur l’emploi des lampes à incandescence pour l’explosion des mélanges détonants. Nous en publions ici un résumé.
- Le volume intérieur moyen d’une lampe de seize bougies est de 75 centimètres cubes, donc le poids de mélange tonnant qu’on peut y loger est de 4 centigrammes ; l’énergie mécanique qui serait développée par la déflagration de cette masse peut être évaluée à 55 kilogrammètres. L’expérience est facile à réaliser : on laisse rentrer l’air dans l’ampoule en y pratiquant une ouverture en a, par exemple, ou mieux au bout de la lampe; on brise le filament de charbon, on rapproche les bouts de platine b à environ un millimètre, et on remplit l’ampoule de mélange détonant. Pour boucher hermétiquemeut la petite ouverture, M. Leconte emploie, d’après les conseils de M. l’abbé Coupé, le procédé suivant: dans une feuille de bristol ou
- Induit
- RuhmkorP
- Commutateur
- ____Fils de phuineyci j nuru de/ distance/.
- ____Treillis erv toile mctalhfur.
- Explosion de mélange détonant.
- de laiton mince, couverte d’une couche de un millimètre de cire à cacheter, il découpe des rondelles de 1 centimètre de diamètre; il les chauffe sur un petit disque métallique (une pièce de monnaie), et les applique sur les ouvertures des lampes, comme en a. Elles constituent une clôture étanche.
- On sait combien l'hydrogène trouve facilement à s’échapper à travers les interstices les plus étroits, les fentes invisibles des appareils ; des lampes préparées depuis plus de trois mois, dit M. Leconte, attestent l’excellente conservation du mélange par une explosion formidable.
- On peut construire un petit appareil représenté sur la figure qui permet d’expérimenter en peu de temps un grand nombre de lampes. Sur un disque en bois AB por-
- tant deux bornes m et n, on ajuste une douille ordinaire I) employée dans l’éclairage industriel, et ayant un bon isolement. On fixe dans cette douille la lampe préparée L, et on relie les bornes au circuit induit d’une petite bobine de Ruhmkorff.
- Pour éviter les projections d’éclats de verre au moment de l’explosion, on entoure la lampe d’un treillis T en toile métallique de fer peint ou de cuivre. On retrouve après la déflagration une vraie poussière de verre au fond du cylindre. Ce petit appareil peut servir à faire dans les cours de physique et de chimie la brillante expérience de la recomposition de l’eau.
- Dans le Bulletin de l'Association belge de photographie (juillet 1891), M. Félix Leconte indique un autre emploi des lampes à incandescence.
- Tout le monde a observé l’extrême mobilité du filament de ces lampes ; cette mobilité est plus grande encore lorsqu’il existe dans le filament une solution de continuité ; on peut alors employer ce petit appareil, qui n’a plus qu’une valeur industrielle très minime, pour montrer les vibrations des supports. En observant à travers une lunette placée sur un support stable le mouvement du filament, M. Leconte a été amené à conclure que ce dispositif est plus sensible que la classique cuvette à mercure.
- LES SILEX TAILLÉS DU LAOS
- Une mission scientifique dirigée par un savant d’une haute compétence, M. Pavie, vient de parcourir les frontières de nos possessions de l’extrême Orient. Elle est rentrée en France rapportant une riche moisson de faits qui, nous l’espérons, seront bientôt publiés. Un jeune diplomate attaché à cette mission, M. Pierre Lel'èvre-Pontalis, d’une famille où la science et le talent sont héréditaires, a recueilli un certain nombre d’instruments ou de haches taillés et polis par l’homme. (Voyez la gravure ci-après). Ces pièces, déposées aujourd’hui au musée de Saint-Germain, ont été pour la plupart trouvées auprès d’un affluent du Mékhong, dans les environs de Luang-Prabang où dans des temps qui nous sont inconnus, il a dû exister une agglomération d’hommes, une véritable station. D’autres, parmi lesquelles il en est plusieurs en bronze, proviennent du Tuan-Giao-Chau, pays aujourd’hui pauvre et peu peuplé; elles ont été ramassées dans le bassin de la rivière Noire, un des affluents du fleuve Rouge, au milieu des montagnes qui forment la ligne de partage des eaux se dirigeant les unes vers le golfe du Tonkin, les autres vers la mer de Chine. Un autre membre de la mission, le capitaine Cogniard, a obtenu de son côté une précieuse récolte dans le bassin secondaire du Haut-Bla, région située au point de contact des frontières du Laos, du Cambodge1 et du royaume de Siam.
- Toutes ces pierres admirablement polies appartiennent à ce que nous sommes convenus d’appeler la période néolithique. Elles frappent par leur curieuse ressemblance avec les formes connues en Europe et en Amérique; sauf de bien légères diffé-
- 1 Rappelons que de nombreux silex taillés ont clé trouvés dans le Cambodge. Le musée de Toulouse notamment possède une collection importante provenant de ce pays.
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- rences, les mêmes types se rencontrent dans toutes les régions du globe où des recherches ont pu être tentées ; et pour ajouter à notre étonnement, les hommes ignorent leur origine, les regardent comme des talismans tombes du ciel et c’est sous le nom de pierres du tonnerre que les désignent les Laotiens, comme nos paysans de la Bretagne qui les voient, prétendent-ils, osciller, quand l’orage menace. Les femmes de Toula (Russie) les disent les flèches de la foudre ; elles sont, pour les sorcières du pays, d’un prix inestimable ; elles les emploient dans leurs pratiques superstitieuses, comme dans leurs cures, soit en piquant le patient avec la pointe de ces pierres, soit en lui faisant boire l’eau où elles ont trempé.
- Bette même superstition sous des formes diverses existe en Irlande, en Écosse, en Scandinavie, en Allemagne, en Hongrie, en Portugal comme en Asie Mineure, au Japon, en Chine et en Birmanie, à Java et chez les insulaires de Bahama comme chez les nègres du Soudan ou de la côte occidentale d’Afrique. Ces nègres barbares croient comme leurs contemporains européens, que ces pierres sont les éclats de la foudre que Sango, le dieu du tonnerre, lance du haut de la voûte éthérée.
- Leur nom dans l’antiquité rappelle l’origine que les hommes leur attribuaient. Les Romains les nommaient cerannia, deXépauvoç, tonnerre et dans le catalogue d’un noble Véronais du dix-septième
- Silex taillés du Laos.
- siècle, elles portent ce même nom. Nous voyons les Donnerkeile en Allemagne, les Donnerbeitels en Hollande, les Teordensteen en Danemark, les Thor-soggar en Suède ; Thor, on le sait, était chez les nations Scandinaves le dieu du tonnerre. Les Men-gurun des Celtes, les Piedras de rayo des Espagnols, les îlderim-tachi des habitants de l’AsieMineure, les Rai-fu-seki-no-rui des Japonais, les Ram-lhea des Cochinchinois, les Seci-tam-sec des Annamites n’ont pas une autre signification. Les Malais, qui cependant en fabriquent! eux-mêmes tous les jours de semblables, donnent aux silex qu’ils ramassent dans leurs champs le nom de Batou-gontour, pierres de la foudre, et les Birmans celui de Muninua, pierres tombées du ciel. Dans le même ordre d’idées, les Brésiliens et les Portugais les appellent Corisco, éclairs, et
- je ne sais qu’une seule exception à cette unanimité frappante, c’est en Italie où ces silex ont reçu le nom passablement étrange de lingue de San Paolo.
- Ces pierres encore si mystérieuses pour nous quant à leur origine et a leur date, forment donc par leur travail comme par leur nom, un lien que nous ne savons expliquer entre les différentes races qui ont successivement ou simultanément peuplé notre globe ; celles que nous devons à M. Lcfèvre-Pontalis viennent compléter la série. De là leur importance. En continuant avec persévérance les recherches, peut-être sera-t-il donné un jour, à ceux qui nous remplaceront, de percer le mystère qui les entoure et de suivre dans leurs migrations les hommes qui les ont façonnées. Mis de Nadaillac.
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- LES TORPILLES AUTOMOBILES
- IA TORPILLE WHITEHEAD
- Pondant longtemps, le mécanisme de la torpille Whitehcad est resté secret pour le public, et connu seulement d’un petit nombre de spécialistes de toutes les marines navales du globe. Ce secret, qui a nui dans une certaine mesure à son développement, a été levé depuis deux ou trois années, par suite de la découverte d’un nouvel engin non moins puissant, et fondé sur des principes absolument différents : la torpille Ilowell. Pour donner satisfaction à la curio-
- sité légitime de nos lecteurs qui, bien souvent, nous ont demandé de leur faire connaître ces appareils, nous résumerons ici une description détaillée publiée par M. John M. Ellicott, de la marine des Etats-Unis, dans YAnnual of the U. S. Office of Naval Intelligence, en complétant ces descriptions par celles des engins qui servent à opérer leur lancement.
- Une torpille automobile est un appareil lancé par un navire ou une défense fixée, contre un navire ennemi, capable de parcourir une certaine distance avec une vitesse bien supérieure à celle du but mobile qu’il poursuit ; il fait explosion sous les œuvres vives du navire, au moment même où se produit le
- Fig. 1. — Torpille automobile Whitehead. — 1. Magasin. — 2. Chambre à secret. — 3. Réservoir d’air comprimé. — 4. Chambre des moteurs à air comprimé. — 5. Flotteur ou chambre de flottaison. — 6. Mécanisme de commande de rotation des hélices. — 7. Hélices et gouvernails.
- choc de la torpille automobile et du but visé.
- La force motrice est tantôt empruntée à de l’air comprimé renfermé dans un réservoir que porte la torpille ( Whitehead), tantôt à un volant animé d’une grande vitesse angulaire initiale qui lui est communiquée au moment du lancement (Howell), tantôt enfin, fournie électriquement par le poste de lancement à l’aide d’un câble qui se déroule (Sims-Edison) *.
- Torpille Whitehead. — La torpille Whitehead est constituée par une carcasse en acier ou en bronze phosphoreux présentant l’aspect extérieur d’un cigare, et divisé en six compartiments respectivement consacrés au logement des mécanismes de propulsion, de direction et d’explosion.
- 1 Voy. n° 937, du 16 mai 1891, p. 369.
- La force motrice est produite par de l’air comprimé; le propulseur proprement dit est composé de deux hélices à deux ailes tournant en sens inverse, en vue de détruire leur tendance individuelle à la production d’une déviation latérale; des gouvernails horizontaux maintiennent une profondeur constante, et des ailes verticales assurent un cheminement en ligne droite. Les modèles les plus récents, et, partant, les plus perfectionnés, ont permis d’atteindre une vitesse de 50 knots (55 kilomètres par heure), sur un parcours de 425 yards (400 mètres), et une vitesse de 24 knots (44km,4 par heure), sur un parcours de 875 yards (800 mètres). Nous décrirons successivement le magasin, la chambre du secret, le réservoir, la chambre du mécanisme, la chambre de flottaison, la chambre de direction et l’arrière.
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- Magasin. — Le magasin ou cône de charge placé à l’avant de la torpille renferme 13 galettes P de fulmi coton comprimé ; le poids total de ces galettes est de 54 kilogrammes. Ces disques ou galettes sont percés au centre pour recevoir la boîte d’amorce, t renfermant du fulminate de mercure. Cette amorce détonante est enflammée par un percuteur y vissé à l’avant du magasin.
- La torpille est absolument inoffensive tant que 'le percuteur n’est pas en place. Il porte à sa partie antérieure une hélice à quatre ailes L dont le but est de rapprocher le percuteur de la cartouche d’inflammation au moment seulement où, par l’avancement
- de la torpille, elle se met en mouvement par la réaction de l’eau. Il ne peut y avoir percussion que si la torpille a déjà parcouru une trajectoire d’une certaine longueur. 11 suffit alors d’un choc pour la faire détoner.
- Chambre secrète. —Cette chambre (fig. 2, n° 2) renferme les régulateurs d’immersion, et a pour but de maintenir la profondeur d’immersion constante t pendant tout le trajet. Voici comment ce résultat est pratiquement obtenu. Le petit compartiment d’avant de la torpille est en libre communication avec l’eau dans laquelle la torpille navigue, par une série de petits trous ménagés dans la paroi. La pression de cette
- Fig. 2. —Détail des principales parties de la torpille automobile Whitehead. — 1. Magasin. P, galettes de fulmi-coton. t, boîte d’arnorce. y, percuteur. L, hélice de sûreté. — 2. Chambre secrète. — 3. Moteur à air comprimé. — 4. Queue de la torpille.
- eau agit sur un piston sans que l’eau puisse passer de l’autre côté de ce piston, grâce à un diaphragme en caoutchouc. Les mouvements de ce piston se communiquent à des gouvernails par une série de leviers, de sorte que si la torpille est trop profonde, l’excès de pression sur sa face antérieure élève les gouvernails et produit au contraire leur abaissement si cette pression est trop faible. La profondeur d’immersion se règle à l’avance en agissant sur des ressorts qui contrebalancent la pression de l’eau sur le piston. Une graduation marquée sur l’appareil de réglage permet d’amener la tension des ressorts à la valeur correspondant à la profondeur désirée dans chaque lancement. Avant d’atteindre son niveau normal d’immersion, et à partir du moment du lancement, la torpille décrit une série de lacets décroissants. La
- brusquerie du réglage et les oscillations qui pourraient en résulter sont amorties en disposant à l’intérieur de la chambre à secret un lourd pendule W suspendu à la partie supérieure de la chambre à secret et qui, par conséquent, tend à rester vertical et n’obéit pas aux inclinaisons que prend l’axe de la torpille dans ses mouvements de lacet. Son action combinée avec celle du piston régulateur d’immersion modifie l’action des leviefs commandant les gouvernails, et réduit ainsi la durée et le nombre des oscillations à longue période. Nous avons supposé, dans cette explication sommaire du rôle de la chambre à secret, que la commande des gouvernails se faisait directement par des leviers. Il ne pourrait en être ainsi en pratique, car les forces mises enjeu par les différences de pression exercées entre les deux faces du
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- régulateur d’immersion sont beaucoup trop petites. Les déplacements du piston agissent sur un servomoteur à air comprimé, et l’énergie mécanique nécessaire au mouvement des ailes est empruntée à l’air comprimé que renferme le réservoir. C’est donc une commande par servo-moteur à air comprimé qui règle la direction horizontale de la torpille Whi-tehead.
- Réservoir, — Le* réservoir d’air comprimé qui occupe la plus grande longueur de la torpille est en acier forgé sur mandrin. Les fonds sont fixés a chaud, et les écrous de serrage parfaitement étamés. La communication avec les pompes de compression se fait par une tuyère ménagée sur le fond postérieur du réservoir. Ce réservoir est essayé à une pression de 105 atmosphères en y comprimant de l’huile de lin renfermant de la lit barge. Ce mélange pénètre dans les pores distendus du métal. Après avoir été vidé, le réservoir se trouve rendu très étanche, et est recouvert à l’intérieur d’une couche d’enduit très adhérente. Il est ensuite rempli d’air à la pression de 70 atmosphères. Il doit tenir cette pression d’air pendant quatre heures sans la laisser tomber de plus de 6 atmosphères. Dans ces dernières années, des progrès réalisés dans la qualité de l’acier ont permis de charger le réservoir à une pression beaucoup plus élevée, et par suite d’augmenter la réserve d’énergie accumulée, au profit de la longueur du parcours.
- Moteur. —Le moteur à air comprimé (fig. 2, n° o) est constitué par trois cylindres à simple effet A, recevant la pression par l’extrémité fermée de chacun d’eux, et la transmettant par des tiges-bielles agissant sur un bouton de manivelle unique. La distribution se faiUi l’aide de tiroirs cylindriques commandés par des eames. Après avoir agi sur les pistons, l’air s’échappe parla queue de la torpille, à travers l’arbre creux des hélices, et produit un bouillonnement qui permet de suivre la trace de la torpille dans sa course. Entre le réservoir d’air comprimé et le tube qui fournit l’air comprimé au moteur est intercalé un régulateur de pression qui a pour effet de maintenir celle-ci à 24 atmosphères, tant que la pression dans le réservoir est supérieure à ce chiffre. La distribution est réglée, d’autre part, pour n’admettre l’air à cette pression dans les cylindres que pendant une fraction de la course, les quatre dixièmes environ, de sorte que, 'a chaque instant, un des cylindres travaille à pleine pression, le deuxième en détente, et le troisième laisse échapper l’air qui s’y est détendu l’instant auparavant.
- Flotteur. — Ce compartiment a pour but, soit de permettre à la torpille de venir flotter à la surface et de pouvoir être recueillie, lorsqu’elle est lancée à titre d’étude et d’expérience, soit, au contraire, en lestant le flotteur, de noyer la torpille dans le cas où elle manquerait le but ou n’aurait pas fait accidentellement explosion en le touchant. On dispose ainsi dans cette chambre un morceau de plomb dont on règle la masse et la position pour qu’il équilibre
- la torpille horizontalement-et latéralement, dans le cas où, malgré les précautions prises dans la construction pour assurer la symétrie, il y aurait tendance à un déplacement horizontal ou vertical.-'
- Compartiment des engrenages. — Nous avons dit que la torpille est actionnée par deux hélices tournant en sens inverses. Il est bien évident que, sans cette précaution fondamentale, la torpille tournerait sur elle-même sans avancer, à la façon d’un toton. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la figure 1 (n° 6) et la figure 2 (n° 4) pour comprendre comment le mouvement communiqué à l’un des arbres produit un mouvement de l’autre en sens inverse, les vitesses angulaires des deux arbres restant toujours rigoureusement égales.
- Queue de la torpille. — La queue de la torpille est occupée par les gouvernails, les propulseurs et le mécanisme de réglage de la distance que la torpille doit parcourir avant detre submergée. Le détail de ces mécanismes nous entraînerait trop loin.
- Ces dispositions complexes sont cependant indispensables, car l’hélice du percuteur ayant tourné, lorsque la torpille est arrêtée, il suffirait d’un choc pour la faire sauter. Elle serait donc également dangereuse pour les amis et pour les ennemis. Le mécanisme de submersion a pour but de faire disparaître ce danger. En temps de paix, pour ne pas perdre la torpille à chaque lancement, on n’enclenche pas le système de submersion. Lorsque l’air est épuisé, la machine stoppe, et la torpille vient affleurer à la surface et briller au- soleil. On la remorque alors jusqu’à bord, pour y comprimer de l’air et la relancer à nouveau.
- Telles sont, dans leurs grandes lignes, les principales dispositions actuelles de la torpille White-head. C’est une pièce mécanique des plus remarquables, mais des plus compliquées : il a fallu plusieurs années d’un travail assidu pour l’amener a son état, actuel de perfection, si tant est que le mot perfection se puisse appliquer à un engin de destruction, à la fois si formidable et si délicat.
- — a suivre. — X..., ingénieur.
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- LES GROTTES DE MESCHERS
- (charente-inféjueure)
- A côté des curiosités naturelles décrites par La Nature, après la découverte des causses souterraines dont elle nous a donné les plans détaillés, il sera peut-être intéressant de parler d’autres grottes qui, pour être plus modestes et connues de longtemps, offrent cependant aujourd’hui un intérêt particulier : elles sont encore en effet habitées par des troglodytes parfaitement civilisés. Mais avant quelques années la plupart seront devenues impraticables; hâtons-nous donc de relever leur configuration actuelle.
- Ces grottes, réunies dans un espace d’un kilomètre tout au plus, s’étendent sous Meschers, bourg de la Charente-Inférieure, assis sur la rive droite- de la
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- LA NATURE.
- Gironde, à 10 kilomètres dans le sud-est de Royan. (fig. 4).
- On arrive de Royan au village par un Decauville qui s’arrête à Saint-Georges, au tiers du chemin ; les 6 kilomètres restant à faire se succèdent à travers un pays fertile, et la route assez accidentée s’étend en grande partie à l’ombre des pins et des peupliers d’Italie.
- Meschers, qu’on aperçoit en contrebas de la route, est # en réalité à quelque vingt mètres au-dessus du niveau de la Gironde. A droite cinq moulins à vent dont quelques-uns n’ont plus leurs ailes sont alignés sur la rive et dominent une haute falaise qu’on ne soupçonne pas d’abord. Us indiquent à celui qui veut bien nous suivre dans cette promenade le gisement des grottes. De leur pied, nous voyons dans toute sa largeur le fleuve aux flots jaunâtres mêlés d’eau de mer ; sa majestueuse étendue est limitée seulement par l’horizon de la mer du côté de l’ouest, et la fameuse tour de Cordouan veille au large les vapeurs arrivant de toutes les parties du monde pour remonter à Bordeaux.
- La falaise, haute de 25 mètres, est à pic sous les moulins parce que c’est sur cette rive que régnent les plus forts courants; peu à peu la berge est rongée et l’on peut prévoir qu’ils s’écrouleront l’un après l’autre dans les profondeurs du fleuve en même temps que les grottes creusées sous leurs fondations; mais, à cette époque, ils auront depuis longtemps moulu leur dernier grain de blé. Le terrain est uniquement composé de coquillages fossiles plus ou moins comprimés; quelques-
- uns sont fort rares et des bancs entiers sont intacts. ! C’est dans l’épaisseur de ces couches que les grottes i ont été creusées à moitié par la nature, à moitié | par les mains de l’homme. Du haut de la falaise on
- ne devine pas leur existence ; cngageons-noüs donc pour les visiter dans un des nombreux sentiers de chèvres qui descendent des moulins et disparaissent presque aussitôt dans les corniches superposées formant la haute muraille.
- Les femmes, les enfants surtout, feront bien de ne pas s’aventurer seuls dans ces lacets collés au flanc de la berge; en maint endroit il a fallu creuser la pierre pour y former l’empreinte du pied, et les bords de
- ces sentiers suspendus \ sont garnis d’herbes
- sèches et glissantes. Toutes les grottes ne sont pas aussi difficiles à atteindre ; mais par /' contre, certains chemins
- menant seulement à des postes de pêcheurs de crevettes, se terminent par un bâton de perroquet vertical en guise d’échelle de descente au bord de l’eau.
- Vers le tiers de la hauteur de la falaise, le sentier suivi aboutira infailliblemen ta quelque excavation qu’en pourrait prendre pour le nid d’un oiseau de mer gigantesque contemporain des premières couches des coquillages fossiles, dans l’épaisseur desquelles ces trouS sont creusés. Cependant on remarque bientôt que le fond des grottes, le sol, le plafond ont été aplanis par la main de l’homme. Seule la grande ouverture donnant vue sur la mer est toute déchiquetée par les vents et les pluies du sud-ouest. La plupart de ces trous, il
- Fig. 2. — Entrée de la grotte de la Femme veuve.
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- y a cinquante ans à peine, étaient encore habités; mais les éboulements, le besoin de bien-être, le
- progrès, sont les causes de leur abandon. Trois seulement restent encore occupées, et ceux qui
- Fig. 3. — Vue intérieure de la grotte de la Femme neuve à Meschers. (Charente-Inférieure.)
- y vivent déclarent volontiers qu’on y est fort bien, chaudement l’hiver, étant exposé au plein midi,
- et complètement abrité du nord; et fraîchement l’été, en fermant porte et fenêtre. Ces grottes ne sont
- imposée par le propriétaire du toit, c’est-à-dire du champ supérieur à l’excavation.
- en aucune façon' humides comme on pourrait le croire et le loyer ne conte que la faible redevance
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- Du côté de la mer, la trouée naturelle est fermée tant bien que mal par des planches ou des pierres sèches. Une ou deux petites fenêtres donnent un jour suffisant. Généralement l’habitation se compose de deux pièces séparées par une cloison ménagée pendant le creusement de la grotte. Un mobilier, aussi confortable que celui de beaucoup de paysans, com-v plète l’installation. Dehors, d’autres trous moins profonds abritent quelques maigres fagots destinés à U faire cuire, dans la marmite de terre, la soupe au \ poisson et aux huîtres portugaises ramassées en abon-dance au pied de la falaise. Ailleurs, des pêcheurs ont transformé certaines cavités d’un difficile accès, en abri pour leurs engins de pêche à la crevette. Ils laissent tomber de là leurs trulottes, petits filets ronds ‘ garnis de débris de crabes, le meilleur appât pour ce genre de pêche.
- Le visiteur qui parcourt toutes ces cavités étagées les unes au-dessus des autres éprouve en visitant , celles encore habitées une quasi-déception. Il s’atten-
- LA GIRONDE
- Fig. 5. — Plan de la grotte de la Femme neuve. — a, lits et armoires. b, cuvier à lessive, c, cheminée, f, fenêtres, g, planches verticales formant cloison du côté du large, h, bord des rochers à pic
- à 20 mètres au-dessus de la mer., bord du plafond, p, porte.
- r, escalier montant au sommet de la falaise. I, trou d’eau.
- dait à y rencontrer la dernière expression de la misère sans asile et il ne voit que gens satisfaits comme Diogène dans son tonneau.
- Allons rendre visite à ces philosophes avant que les derniers occupants actuels aient été chassés des sous-sols par les menaces de l’éboulement. Après avoir rejoint le moulin à vent le plus à l’ouest et marchant encore pendant 50 mètres environ, vers l’embouchure du fleuve, au bord de la falaise, on descend par un lacet chez la « Femme neuve » (fig. 2), ainsi nommée parce qu’elle est relativement nouvelle dans le pays. Ce surnom ne lui plaît qu’à moitié. Pour le touriste, l’habitante de la grotte est fort accueillante et les petits bénéfices qui en résultent joints à un maigre commerce de légumes, lui font une existence presque aisée. Sa fillette l’aide de son mieux. Quand nous entrons, les deux troglodytes sont en train de couler la lessive (fig. 5), la fumée s’échappe sans peine à travers les planches qui servent de mur sur la mer ; et tout à côté un second trou est transformé en chambre, on y voit deux lits, une commode supportant quelques bibelots de foire, et en face des lits, la cheminée tournant le dos à la mer entre deux petites fenêtres vitrées (fig. 5).
- Dans les grands coups de vent du sud-ouest l’em-
- brun bondit jusqu’à ces hauteurs, la tempête jette en plein l’averse sur la façade de planches qui cède sous l’effort et l’inondation intérieure des deux eham-brettes les rend inhabitables. II est même impossible de descendre le sentier qui mène du sommet de la falaise jusqu’à la porte; il faut alors aller chercher un gîte dans quelque grange du village. C’est ainsi que l’hiver dernier on a dû évacuer les trous pendant trois jours consécutifs.
- Le sentier qui s’amorce entre les deux premiers moulins de l’ouest mène à la deuxième grotte. Celle-ci abrite un vieillard de quatre-vingts ans bientôt, le père Lavigne, qui va encore faire chaque semaine sa tournée à Royan et rentre le soir dans son trou, le pied léger et la poche lourde de quelques gros sous. Il est comme tous les gens du pays, c’est une justice à rendre aux Charentais, accueillant et poli; il nous reçoit le chapeau à la main, fait visiter ses deux chambres très nues, mais celle du fond a une vue magnifique sur l’abîme et sur la mer. Le mobilier du père Lavigne est simple, mais fort propre, et ce vieillard isolé, sans famille, qui habite là depuis plus de quarante ans, se déclare presque heureux, car la santé lui reste. Le séjour de la grotte ne lui a jamais infligé de douleurs rhumatismales si fréquentes à son âge et dans sa condition.
- Enfin la dernière grotte intéressante se voit à l’est de tous les moulins; le sentier qui y descend commence à 150 mètres environ du moulin le plus éloigné de l’embouchure du fleuve; c’est un serrurier-rémouleur qui s’est fixé récemment dans ce gîte, et il a pour son trou un amour d’ermite (fig. 1).
- La porte, la fenêtre sont ouvertes, une seule chambre, un pauvre lit de paille sur quatre piquets, une table-établi, quelques ustensiles et une chaise, forment tout le mobilier ; dans un coin une meule et un fourneau de forge en construction, indiquent par leur disposition qu’un homme ingénieux a su arranger tout cela avec des matériaux primitifs.
- Devant ce réduit très clair, très ensoleillé, s’étend une petite terrasse qui tient au troglodyte lieu de jardin suspendu. De belles giroflées ouvrent leurs fleurs sous la petite fenêtre, et quelques pieds de tomates mûrissent vite leurs fruits rouges à ce soleil ardent. Le seigneur du lieu nous raconte son histoire tout en ajustant avec de vieilles tôles le tuyau extérieur de sa forge.
- Il est né à Angoulême, il a parcouru la France, l’Angleterre, l’Espagne, allant à l’aventure, travaillant de ci, de là; pourtant les bonnes journées des grands ateliers l’ont fixé quelque temps à Paris, à Saint-Nazaire, etc. Après avoir erré volontairement, à peine âgé aujourd’hui de quarante ans, il n’aspire plus qu’au repos ; les embellissements de son « chez soi » sont sa préoccupation dominante, et il en fait part avec enthousiasme à ses visiteurs. Il réunira des giroflées blanches sous les fossiles qui surplombent la fenêtre. « C’est, dit-il, la seule variété capable de supporter le vent de la mer. Je ne l’ai trouvée qu’ici et à Quimper. L’an prochain, je planterai une treille
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- près de ma porte sans lui permettre de jeter les sarments à plus d’un mètre, car l’air salin qui brûle le tournant de ce rocher la grillerait sans merci. Et puis j’installerai sur ma terrasse uqc petite tente en paille, vous voyez que le soleil nous chaude un peu trop en été. Il est vrai que l’hiver je n’aurai jamais besoin de feu. Le travail au village suffit à mes besoins, je fais de menues réparations d’ustensiles de ménage. 11 ne m’en faut pas plus pour jouir tranquille du repos que je trouve enfin. »
- Serait-oe au fond de ces trous perdus, sous ces couches séculaires de fossiles amoncelés que le bonheur a fait son nid? Ce rémouleur ambulant a-t-il su le saisir après tant de courses à travers l’Europe?
- D’autres grottes acquises par des personnes aisées ont été modifiées de fond en comble, cloisonnées, meublées et, ô horreur ! tendues de papier à ramages. Ce sont de petits observatoires bourgeois' dont la visite est sans intérêt. Puis tout au pied de la falaise du côté Est, existent de grandes cavités régulières où quelques habitants veulent voir le refuge des protestants pendant les guerres de religion; mais en réalité elles sont devenues, depuis cette époque au moins, des carrières donnant une belle pierre tendre qui n’est, elle aussi, qu’une couche de tests coquillers réduits en poudre par la pression supérieure. On voit encore la place où les chalands accostaient l’entrée de la carrière, et les anciens du pays se souviennent de leur exploitation,
- Quant aux fossiles, bien que leur nombre soit infini, le collectionneur aura besoin d’un œil exercé pour recueillir les plus intéressants. Des espèces rares, des oursins, des bivalves de toutes sortes s’y trouvent intacts; et si l’on veut se rendre un compte très curieux de leurs variétés, il faudra visiter le « Musée paléontologique » de la place de Meschers. Là, dans une chambre encombrée de tous les fossiles de la région, un savant modeste et vénérable, monsieur Gagneux, vous accueillera avec empressement et sera tout heureux de voir ses collections appréciées à leur valeur. Lui n’en tire qu’un mince profit, ses fossiles sont trop peu connus, mais ce collectionneur érudit est un artiste, un passionné pour qui le vivre et le coucher ne valent pas l’incomparable trouvaille d’un bel exemplaire du Badiolite Semani ou du Siphosum magnificum!
- M. Brossard de Corbigny.
- PRODUCTION DE L’ALCOOL EN FRANCE
- Jadis l’alcool était considéré, au point de vue de l’alimentation, comme une substance médicamenteuse ; on çn donnait à boire une gorgée au blessé sur le champ de bataille. Les temps ont changé, et ce breuvage, dont on se contentait de donner quelques gouttes à un malade, est devenu un produit de consommation, universelle, souvent malheureusement trop abondante! L’alcool, il est vrai, est employé aussi dans un grand nombre d’industries ; il sert comme dissolvant des résines et des huiles essentielles dans la fabrication des
- vernis; la parfumerie en consomme de grandes quantités.
- Il est intéressant de se rendre compte de l’importance de la production de l’alcool, et c’est à ce sujet que nous allons aujourd’hui renseigner nos lecteurs.
- Le Ministère des finances a récemment dressé des tableaux très détaillés et très précis sur la production annuelle de l’alcool en France, les quantités fabriquées à l’aide de diverses substances mises habituellement en œuvre, les quantités importées de l’étranger ou exportées à l’étranger, etc. Nous relevons dans ce travail considérable quelques renseignements intéressants pour la généralité des lecteurs.
- La quantité d’alcool produite en 1890, en France, s’est élevée à 2 214 527 hectolitres. Il y a 5576 distillateurs ou bouilleurs de profession qui ont fabriqué sur la quantité indiquée ci-dessus 1 171 290 hectolitres. La production des bouilleurs de cru, c’est-à-dire la fabrication directe du cultivateur pour sa consommation personnelle est évaluée, en effet, seulement à 43 257 hectolitres. Sur les 3576 distillateurs ou bouilleurs de profession, 515 ont mis en œuvre des substances farineuses, 45 des.pommes de terre, 416 des mélasses et des betteraves, 1 des glucoses, 1017 des vins, 280 des cidres et poirés, 1037 des marcs etdes lies, 202 des fruits, 63 des substances diverses.
- Malgré le nombre considérable des distillateurs, la fabrication proprement dite se trouvé concentrée dans 250 établissements environ, parmi lesquels 190 n’ont même qu’une importance restreinte. De ces 250 distilleries, 53 ont, à elles seules, produit, en 1890, un million et demi d’hectolitres d’alcool.
- Un dernier détail qui n’est pas le moins intéressant à connaître au point de vue hygiénique. Voici comment se répartissent les quantités d’alcool fabriquées en 1890, par nature de substances employées : betteraves 800 982 hectolitres, mélasses 683 573, substances farineuses 645 255, vins 59 799, marcs 34374, cidres 4803, fruits 1160, substances diverses 6581.
- On voit par ces statistique^ à quel faible chiffre est restreinte la fabrication d’alcools de vin.
- LA FARRICATI0N PARISIENNE DES JOUETS
- Voici venir le jour de l’An ; une activité fiévreuse règne dans les ateliers des fabricants de jouets parisiens, et c’est le moment, si vous voulez bien me suivre, d’aller leur faire une petite visite. Cette visite sera, je l’espère, amusante et instructive, car elle nous montrera quelles merveilles d’ingéniosité nos fabricants français ont su déployer pour donner à leur industrie la supériorité qu’elle a aujourd’hui dans le monde entier, et lutter efficacement contre le concurrence étrangère.
- Qui de nous ne s’est arrêté un instant malgré le froid, au jour de l’An dernier, devant la petite locomotive qu’un marchand ambulant faisait rouler sur l’asphalte du trottoir1 ?
- Le mécanisme de son mouvement est bien simple ; c’est, comme pour la locomotive routière qui eut tant de succès il y a quelques années, une transmission de mouvement obtenue par la friction d’un axe horizontal en fil de fer sur les roues principales ; cet axe
- 1 Voy. précédemment : La locomotive routière, n° 552, du 29 décembre 1883, p. 80.
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- est animé d’un mouvement de rotation rapide au moyen d’une ficelle que l’on enroule autour de la petite poulie qui le termine, poulie visible surlen°l de notre dessin (fig. 1). Un volant en fonte, monté sur l’axe et dissimulé sous le corps de la chaudière, sert à maintenir le mouvement pendant un temps assez long. Admi-
- ilÉipptÉiip
- Fig. 1. — Les jouets du premier de l’An. — Locomotive (u* 1) et locomobile (n“ 2).
- rons le cachet vraiment artistique de ce jouet aux proportions gracieuses ; lorsque la locomotive roule, deux boutons de manivelles placés sur les roues principales entraînent deux bielles articulées faisant mouvoir les tiges horizontales que nous voyons pénétrer dans les cylindres à vapeur, puis en ressortir ; il semble vraiment que ce soient ces deux tiges de piston qui mettent la machine en marche. La locomobile (n° 2) a un mouvement encore plus
- compliqué. Non __________________________________
- seulement l’axe horizontal, mû par la ficelle, frotte sur les jantes des deux roues antérieures qui produisentle roulement sur le sol, mais encore le constructeur a fait reposer sur cet axe une grande roue figurant le volant de la locomobile ; un arbre coudé, mû par cette roue, met en mouvement la bielle reliée à la tige du piston, puis, de part et
- d’autre de celte bielle, deux excentriques commandant l’un la tige du tiroir, l’autre celle de la pompe qui se meuvent ainsi alternativement comme dans les machines véritables; ce n’est pas tout, car vous voyez sur notre dessin les deux plateaux coniques à friction, l’un vertical, monté sur l’arbre coudé, l’autre horizontal, et ce dernier fait tourner un charmant petit régulateur à boules, de sorte qu’à l’aide
- de ce jouet vous pouvez donner à un enfant une nomenclature des principaux organes d’une machine à vapeur, et lui expliquer les rapports de ces organes entre eux. On reste confondu en songeant à la quantité de pièces de formes diverses qui entrent dans un pareil ensemble, et qu’il faut pouvoir livrer à très
- bas prix sous peine d’insuccès. La fonte de toutes ces pièces, roues, volant, bielle, régulateur, cylindre, bâti, le coupage des fils de fer re-présentant les axes, leur aplatissement, l’ajustage, la soudure, le découpage, le montage, le vernissage, la peinture, la dorure, etc., sont autant d’opérations nécessitant des passes multiples, et le lecteur ne sera
- Fig. 2. — Revolver à 6 coups (A)
- plus étonné quand je lui dirai que la locomobile, par exemple, passe par environ quatre-vingt-dix mains
- avant d’être terminée.
- Pour quelques sous, nos jeunes amateurs de tir au pistolet pourront se procurer te revolver dont nous donnons ci-contre le dessin en A (fig. 2). Ce revolver est à six coups ; le barillet tourne exactement d’un sixième de tour chaque fois que vous appuyez le doigt sur la gâchette ;
- ___________________________le chien vient
- et canon (B) à culasse mobile. alors faire écla-
- ter successivement les petites amorces inoffensives de fulminate que l’on voit sur la figure, et qu’on a placées dans les cavités du barillet, tout comme des cartouches dans un revolver véritable ; le dessin montre également que notre revolver possède une baguette de sûreté, comble de la prévoyance en matière d’accidents !
- Si nous ne savions qu’il s’agit ici de jouets, le
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- dessin du canon B (iig. 2) ne vous semblerait-il pas représenter un ve'ritable canon de campagne monté sur son affût, avec les deux Basques sur lesquelles repose la pièce par ses deux tourillons, avec sa vis de pointage et sa culasse mobile? Cette culasse a été enlevée, sur notre figure, et vous la voyez à part ainsi que les obus, petits morceaux de bois cylindriques que vous mettez dans les pièces à l’arrière ; remettez la culasse mobile, donnez le tour de vis traditionnel, et le coup est prêt à partir. Yisez bien le but, faites le pointage en hauteur à l’aide du petit volant, qui commande un secteur de cercle excentré et soulève plus ou moins l’arrière de la pièce ; enfin laites feu, je veux dire : appuyez le doigt sur le levier de détente qui bandait le ressort de la culasse mobile; l’obus va frapper droit au but, à 5 ou fi mètres de distance.
- Les locomotives et les armes que je viens de décrire ont été créées par l’une de nos plus importantes fabriques de jouets de Paris, la maison Rossignol qui a à son actif, entre autres joujoux célèbres, le cricri, la machine à coudre, le « Pst! intrigant », etc.
- Voici maintenant la toupie éolienne d’un autre fabricant, M. Blanchon (fig. 5). Ce n’est pas avec une ficelle que marche cette toupie; elle est mise en rotation par le souffle et l’enfant peut la faire fonctionner les mains dans les poches. La figure de droite de notre dessin montre’^Tw,le système est à peu près celui d’une turbine, l’air sortant par des orifices obliques sur l’axe. Dès que la toupie tourne assez rapidement, l’enfant desserre les lèvres et la laisse tomber
- sur la table, où elle tourne pendant assez longtemps.
- Nous voici arrivés à deux jouets qui ont eu l’année dernière un très grand succès : ce sont le lapin vivant et le diable en boite (fig. 4). Nous avons choisi ces deux modèles si distincts pour montrer à combien de différentes applications se prête l’ingénieux mécanisme imaginé par l’inventeur, M. Fernand Martin.
- Le lapin, qui fait le beau, roule sur la table dès que nous avons remonté un mouvement d’horlogerie bien simple, très clairement expliqué sur notre dessin. En tournant la manivelle A,nous tordons le caoutchouc B qui représente le grand ressort; en se détordant, ce caoutchouc fait tourner la roueàrochets horizontale C, celle-ci engrène avec une roue à rochcts verticale D qui sert d’ancre
- d’échappement et est montée sur l’arbre horizontal portant les roues motrices, ce qui donne au lapin son mouvement de roulement sur le sol. Une palette oscillant entre les dents de la roue C donne le va-et-vient aune bielle verticale E qui fait osciller les deux traverses portant l’une les pattes, l’autre les oreilles. Le lapin agite ainsi ses pattes et ses oreilles d’une façon très réjouissante. Le mécanisme du diable en boîte est disposé horizontalement ; la question délicate, pour ce genre de mouvements, c’est qu’ils doivent être équilibrés aussi exactement que pos-, sible, de façon à fonctionner aussi régulièrement qu’un pendule. On voit, sur notre dessin, le contrepoids E qui sert a cet équilibrage, et le balancier oscillant 1) qui manœuvre à chacune de ses extré-
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- mités une tige verticale. L’une de ces tiges F, passant entre les jambes du bonhomme, le fait incliner en avant pour battre le diable dès qu’il apparaît : l’autre tige sert a ouvrir et à fermer alternativement le couvercle de la boîte auquel le diable est relié par une lame métallique.
- Pour la main-d’œuvre, voici deux chiffres intéressants : le lapin a 162 passes, c’est-à-dire qu’il donne lieu à 162 opérations différentes; le diable en botte en exige 150 environ. Ces opérations sont le découpage, l'estampage, le détourrage, l’ajourage, le cambrage, l’agrafage et le montage. Pour ce qui est de la fonte, galets, roues, boutons ainsi que le balai servant à battre le diable (ce balai est un contrepoids destiné à équilibrer le buste mobile du per-sonnage), etc., on les obtient à l’aide de moules dans lesquels on coule du caractère en fusion.
- Dans les passes signalées plus haut, il faut compter aussi la soudure de plusieurs parties, le décor et le vernissage, la fabrication des yeux pour le lapin, le graissage des axes, le montage du caoutchouc, le réglage, l’essayage et l’emballage ; vient enfin la fabrication des boîtes qui, bien que données pardessus le marché, doivent avoir, elles aussi, leur petit cachet d’élégance.
- Après ce coup d’œil d’ensemble, il m’a semblé intéressant d’étudier de plus près encore la question et de mettre sous les yeux du lecteur, détachées l’une de l’autre, toutes les pièces sans exception d’un jouet mécanique, afin de mieux faire sentir encore la prodigieuse complication de cette fabrication parisienne : ce sera l’objet d’un prochain article.
- — a suivre. — Arthur Good.
- LA PHOTOGRAPHIE ET LES COULEURS
- Nous recevons de M. Léon Vidal la lettre suivante que nous nous empressons de publier :
- « Je viens de lire avec un vif intérêt l’article de M. Four-tier sur la photographie et les couleursL
- Le savant auteur de cet article admet comme exactes les assertions de M. Baudran; il a, d’ailleurs, été en état de les vérifier et il a constaté la présence de traces de couleurs mélangées de lumière blanche ; il attribue ce fait à un phénomène de diffraction. Il n’y aurait là rien d’extraordinaire, car il se peut bien que la théorie inter-férentielle qui sert de base à la photographie des couleurs de M. Lippmann, se trouvât justifiée ou confirmée encore par des faits analogues. Seulement, dans le cas de M. Baudran, il y aurait à remarquer que ce n’est plus l’action directe de telle ou telle couleur sur le pigment sensible qui produirait la sensation de la couleur, mais bien l’action de la lumière blanche traversant un négatif, dont chaque couche de métal réduit, aurait conservé la propriété de communiquer, par translucidité, à un autre produit sensible, des effets dus aux mêmes longueurs d’onde que celles qui correspondent aux couleurs originales dont la réflexion a produit le négatif. Il y aurait donc là un effet de seconde main, un deuxième moulage.
- Mais, notons tout d’abord que le négatif peut ne pas
- 1 Voy. n° 967, du 12 décembre 1891, p. 21.
- contenir de zones interférentielles4s’il est traversé par les rayons incidents, sans que se produisent des rayons réfléchis; c’est là un fait très fréquent. En pareil cas, la théorie qui pourrait servir à expliquer le fait observé par M. Baudran se trouverait en défaut.
- D’autre part, suivant la nature du produit sensible, il se peut, ainsi que cela est dans les deux épreuves ci-jointes1, qu’une partie très rouge de l’original vienne très noire sur un négatif et très blanche sur un autre.
- L’introduction dans le corps sensible de quelques traces d’une matière colorante, suffit, on le sait (c’est ce qui se passe dans les plaques orthochromatiques), pour modifier la nature du résultat; grâce à de la cyanine, par exemple, on arrive à rendre une plaque très sensible au rouge, l’épreuve positive tirée d’un semblable cliché montrera blanche une partie qui, sur le cliché dù à une plaque ordinaire, sera noire. Il conviendrait de vérifier si, placées dans l’appareil de M. Baudran, ces deux épreuves si différentes, quoique résultant de l’action des mêmes rayons colorés, donneront, quant aux couleurs devenues visibles, la même sensation.
- M. Fourtier dit avec raison que cette théorie demanderait quelques expériences contradictoires pour en démontrer la valeur.
- Nous croyons devoir suggérer l’expérience que nous venons d’indiquer : soit exposer dans l’appareil décrit plusieurs positifs tirés de négatifs du même sujet, mais différents entre eux quant aux valeurs des couleurs, suivant la nature des substances colorantes incorporées aux plaques sensibles. 1
- Si, quelle que soit la nature des valeurs, l’œil perçoit aux mêmes points la même coloration, on pourra admettre qu’il y a là un principe des plus intéressants et dont l’étude approfondie s’imposera.
- Nous serions heureux de voir tenter des expériences dans ce sens. 11 arriverait alors que deux teintes plates, de valeurs absolument égales dans les deux épreuves, affecteraient dans l’appareil des colorations différentes : l’une paraîtrait rouge, par exemple, et l’autre jaune, si telles étaient les couleurs originales.
- Un drapeau tricolore, bleu, jaune, rouge, peut être reproduit de telle façon que le négatif ne montre qu’une seule valeur, sans distinction des trois couleurs ; le positif donnera de son côté une teinte uniforme.
- L’appareil Baudran devra nous révéler l’état de nature, soit les trois bandes de couleurs diverses et les vraies couleurs. Ce résultat serait évidemment fort curieux. »
- Léon Vidal.
- CHRONIQUE
- Régulateur de la résistance des touches de piano. — On sait que les maîtres qui enseignent les premiers éléments du piano font travailler, de préférence, leurs élèves sur des instruments offrant une certaine résistance au toucher afin d’habituer les commençants à développer un effort musculaire qui, plus tard, rend leur jeu solide et brillant. D’autre part, il est peu agréable aux personnes qui ont surmonté les premières difficultés de se servir d’un instrument dur sous le doigt et d’être ainsi astreintes à une fatigue inutile. Il serait donc désirable
- 1 L’auteur nous adresse deux épreuves différentes d’un même sujet polychrome (fleurs); les fleurs rouges, venues en noir sur l’épreuve n° 1, sont blanches dans l’épreuve n° 2. On pourrait multiplier et varier ces exemples à l’infini.
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- que les pianos pussent, volonté, être doux ou résistants et que l'effort à faire par le pianiste pût être, dans de certaines limites, réglé suivant sa convenance. Tel est le problème que s’est posé M. Barrouin. L’appareil qu’il a soumis à la Société d'encouragement en donne une solution curieuse et intéressante. Les touches d’un piano constituent les extrémités de leviers en bois qui actionnent les marteaux. M. Barrouin a considéré que, si l’on plaçait sur ces leviers un corps lourd susceptible de cheminer à volonté en s’éloignant du point d’appui, l’on créerait une résistance qui serait d’autant plus grande que le poids exercerait son action sur un point plus éloigné de l'appui du levier. Mais il serait compliqué et coûteux d’avoir un corps lourd pour chacune des touches. M. Barrouin a eu l’idée ingénieuse de se servir d’un poids unique. A cet effet, il dispose transversalement à la direction des leviers une règle en bois de section à peu près carrée et dont la face inférieure est maintenue à quelques millimètres au-dessus du plan formé par l’ensemble des faces supérieures des leviers. Le mouvement de cette règle est commandé par deux boutons en métal placés aux deux extrémités du clavier, et se mouvant dans des glissières pourvues de crans d’arrêt. Lorsque les boutons sont au cran de départ, la règle se trouve au-dessus de l’appui des leviers; lorsque l’on pousse les boutons simultanément, la règle s’avance parallèlement à elle-même jusqu’à une position extrême déterminée par le dernier cran, en passant par les situations intermédiaires correspondantes aux autres crans. La règle dont nous venons de parler est évidée à sa partie inférieure de manière à présenter, dans toute son étendue, une gorge de section demi-circulaire dans laquelle se trouve emprisonné un tube en caoutchouc rempli de petits plombs de chasse et fermé par un bouchon de liège à chacune de ses extrémités. Le fonctionnement de ce petit appareil est fort simple. Le tuyau de caoutchouc est entraîné par la règle et, n’étant pas serré dans la gorge qui l’emprisonne, il vient se poser sur les leviers des touches à la place choisie par l’exécutant. La résistance à vaincre est ainsi sensiblement pareille pour toutes les notes du clavier et elle est graduée à volonté. L’installation du système est peu coûteuse et la suppression de l’appareil peut s’opérer rapidement et sans frais. L’invention de M. Barrouin a paru au Comité des arts économiques de la Société d'encouragement, présenter assez d’intérêt et assez d’avantages pour être signalée à son attention et à celle du public, d’autant mieux que son auteur est privé de la vue, ce qui a rendu ses recherches plus laborieuses, et, partant, plus méritoires.
- Un nouvel appareil distillateur pour l’eau de nier. — Plusieurs bâtiments de guerre anglais vont recevoir, pour y être mis à l’épreuve, un nouvel appareil distillateur qui porte le nom de « Yarian ». Ce qui distingue cet appareil de ceux employés jusqu’à ce jour, c’est que l’eau de mer, au lieu d’y être constamment en repos, y est introduite dans un état de mouvement rapide. On prétend que, par suite de ce système d’introduction de l’eau sous la forme d’un nuage léger, l’évaporation est beaucoup plus rapide et que, par conséquent, la puissance relative de l’appareil pour la quantité de vapeur employée est plus considérable que dans les autres machines. Pour la même quantité d’eau distillée les dimensions et le poids de l’appareil Yarian sont donc moindres. De plus, dans les plus grands appareils de ce type, il n’y a jamais qu’une petite quantité d’eau y séjournant, ce qui fait encore une grande économie de poids par rapport aux autres appareils.
- Ainsi, par exemple, un appareil Yarian pouvant produire 50 tonnes d’eau distillée par jour est un cylindre de 2m,128 de long, sur lm,604 de diamètre. Enfin, par suite de l’agitation constante de l’eau, les matières déposées sont très peu adhérentes et sont facilement enlevées.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 44 décembre 1891. — Présidence de M.Duchartre.
- Fixation de l'azote de l'air par le sol arable. —
- À propos de la récente communication de MM. Théophile Schlœsing fils et Laurent, M. Armand Gautier rappelle qu’il a déjà, dans ses Mémoires publiés en 1886 et 1888, reconnu l’influence des algues vertes sur l’absorption de l’azote de l’air par le sol arable. Tout en reconnaissant que les nouveaux expérimentateurs ont rendu plus précise encore la démonstration qu’il avait donnée lui-même, il ajoute que dans son esprit, l’interprétation du phénomène doit être cherchée, conformément à l’opinion de M. Berthelot, dans l’intervention des microbes qui habitent le sol.
- Constitution de l'acide camphorique. — Dans un Mémoire capital, trop savant pour que nous osions en tenter le résumé après l’audition d’une exposition très rapide, M. Friedel fait voir qu’on n’a pas compris jusqu’ici la con-titution de l’acide camphorique. Pour lui, ce corps est à la fois acide, acétone et alcool tertiaire : un schéma tracé rapidement au tableau montre comment les éléments, disposés suivant cette conception, manifestent une dissymétrie qui est bien de nature à rendre compte des réactions si complexes et des dérivés si nombreux de l’acide étudié.
- La chaire de physique du Conservatoire. — Le décès de M. Edmond Becquerel ayant laissé vacante la chaire de Physique du Conservatoire, cet établissement a dressé une liste de candidats qui comprend i : en première ligne M. Violle, et en seconde ligne M/Pellat. L’Académie par deux scrutins successifs dresse de son côté une liste qui concorde avec la précédente et qui sera transmise comme elle, au Ministre du commerce.
- Théorie des vents. — M. Duponchel, ingénieur en chef des ponts et chaussées, expose une série de principes météorologiques qu’il conclut de très nombreuses observations. Suivant lui, tous les vents sont curvilignes et font partie d’un courant giratoire continu. Sauf celui de l’est et celui de l’ouest, ils sont déviés par le mouvement de rotation de la terre. Les courants giratoires, réguliers et permanents, sont les résultantes de vents locaux; ils se produisent de préférence au voisinage des rivages et des chaînes de montagnes. Les surfaces intérieures, maritimes ou terrestres englobées par les courants giratoires, n’ent pas de vents par elles-mêmes, mais la dilatation ou la condensation de l’air, y donne naissance à ses pôles de pression, positifs ou négatifs. Le sens de rotation des courants, est déterminé par le signe de ces pôles intérieurs.
- La vaccine et la variole. — Reprenant avec des expériences nouvelles, un sujet qu’il a traité déjà il y a vingt-cinq ans, M. Chauveau défend cette opinion que la vaccine n’est aucunement une atténuation du virus varioleux ; c’en est simplement une transformation réalisée d’ailleurs dans des conditions que nous ne savons pas actuellement définir. Jusqu’ici, on peut affirmer que le
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- LA NATURE.
- premier virus atténué est toujours celui que M. Pasteur a découvert et décrit comme la cause du choléra des poules.
- Le tuf tertiaire de Lembourg. — M. le Dr Bleicher a découvert dans le duché de Bade au voisinage du Kaisers-tliul un tuf intercalé dans des roches volcaniques et qui contient en même temps que des plantes fossiles, des coquilles d’eau douce en partie silicifiées. On y distingue surtout des Strophosloma d’ailleurs écrasées.
- La solubilité du sulfate de soude. — Il résulte d’un
- nouveau Mémoire de M. Etard, analysé par M. Moissan,
- qu’à partir de 250 degrés, la solubilité du sulfate de soude
- dans l’eau va en diminuant. A 350 degrés elle n’est plus
- que de 12 pour 100 et jusqu’ici il est bien difficile de se
- faire une idée de la cause de cette circonstance singulière.
- )
- Géodésie de la Russie. — Deux intéressantes cartes de l’empire russe, sont présentées à l’Académie par M. Bouquet de la Grye au nom de M. le général Venukof. Elles expriment l’état d’avancement actuel des travaux géodé-siqucs et topographiques, et on y remarque entre autres, à côté de la perfection obtenue en Europe et dans l’Asie occidentale, une percée qui relie, par un réseau de triangles, Saint-Pétersbourg à la mer de Chine.
- Hydrographie argentine. —
- M. Araucena donne un travail hydrographique sur le rio de la Plata avec une carte qui montre dans ce fleuve le développement delà marée diurne.
- On y verra avec un vif intérêt que le phénomène ne met pas moins de douze heures pour se transmettre de Montevideo à l’embouchure du rio Negro.
- Le pied comme organe de préhension.^—On sait que les Hindous se servent de leur pied1 dans line foule de cas où nous avons recours à la main. M. le D1 Begnault vient d’étudier cette faculté dont les principaux résultats sont exposés de sa part par M. dé Quatrefages. L’auteur étudie le mécanisme de cet usage en considérant successivement le mouvement de la hanche, celui du pied et celui des orteils. 11 constate que le gros orteil peut s’écarter des autres de 45 millimètres, mais sans être opposable dans aucun cas.
- Varia. — M. Gaudry présente, avec beaucoup d’éloge, le tome IV du Bulletin de la Société d'histoire naturelle d’Autun dont le président et fondateur est M. le I)r Bernard Renault, bien connu par ses importants travaux de paléontologie végétale. — L’acide bismuthique est étudié par M. André. — M. Garroz propose de faire une sorte,de terre cuite avec de l’amianté très finement divisé, et soumet des spécimens intéressants de cette fabrication nouvelle. Stanislas Meunier.
- PHOTOGRAPHIES INSTANTANÉES1
- EXPLOSION DE TORPILLES SÈCHES
- Nous avons publié précédemment la reproduction de photographies instantanées représentant le tir du canon ; ces photographies donnent l’attitude des artilleurs et l’aspect de la fumée avec les grains de poudre brûlant à l’air1. Nous allons présenter à nos lecteurs un document plus curieux encore. Il s’agit d’une photographie exécutée pendant l’explosion de torpilles sèches placées en terre; l’épreuve a été laite par un habile opérateur de Bruxelles, M. Alexandre.
- Voici ce que nous dit a ce sujet notre correspondant : « Suivant tous les ans les grandes manœuvres de Belgique, j’ai eu l’occasion de faire cette année la photographie ci-jointe(fig. ci-dessous). Le génie ayant établi, en avant d’une grande redoute, des fourneaux
- de mine (Torpédos) et, étant prévenu par le commandant, j’ai pu obtenir un cliché satisfaisant, comme netteté, quoique mon appareil ait fortement vibré par l’effet de l’explosion. L’épreuve a été obtenue sur plaque Lumière : l’objectif était muni d’un obturateur Thury et Amey, armé au 500e de seconde.' Je me trouvais à 100 mètres environ du lieu de l’explosion, dans de bonnes conditions de lumière. »
- Nous croyons que c’est la première fois qu’une photographie de ce genre a été obtenue; on jugera par la masse du sol soulevé, de l’intensité des effets produits par les torpilles souterraines et de l’efficacité de leur action pour la défense des frontières ou du voisinage des forts. Nous avons d’ailleurs donné jadis des notices détaillées sur la nature et le mode d’emploi de ces engins?; nous n’avons pas à y revenir. La photographie que nous reproduisons complète les renseignements que nous avons publiés jadis sur les torpilles sèches et les mines militaires.
- 1 Voy. n° 966, du 5 décembre 1891, p. 9.
- 2 Voy. Machines infernales et torpilles sèches, n° 577, du 21 juin 1884, p. 33; et Mines militaires, n° 648, du 31 octobre 1885, p. 337.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- Explosion de torpilles sèches ou mines militaires.
- (Fac-similé d’une photographie instantanée de M. Alexandre, de Bruxelles.)
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
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- K« 969. — 26 DÉCEMBRE 1891.
- LA NATURE.
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- LES TREMBLEMENTS DE TERRE AU JAPON1
- Fig. 1. — Une rue de la ville de Gitu, au Japon, après le tremblement de terre du 28 octobre 1891. (D'après une photographie.)
- Tous les journaux ont parlé de la terrible catastrophe qui a jeté la ruine et la désolation sur une grande partie de la surface du Japon.
- Nous avons déjà signalé le tremblement de terre du 28 octobre 1891, qui marquera une date importantedansl’his-toire des cataclysmes géologiques1.
- Notre correspondant de Yokohama nous adresse, par l’un des derniers courriers, une série de documents et plusieurs photographies (nous reproduisons l’une d’elles, fig. 1) qui nous permettront derésumer l'histoire de ce triste phénomène sismique.
- Le 28 octobre 1891, à 6h,40m du matin, les habitants de Yokohama subissaient tout à coup l’action d’un tremblement de terre prolongé et
- d’une grande intensité. Toutes les maisons se trouvèrent ébranlées, les objets placés sur les meubles
- 1 Suite. — Voy. n° 936, du 5 décembre 1891, p. 3.
- !0’ année. — 1er semestre.
- tombaient par terre, et la grande cheminée de l’Usine électrique (Union Electric Light C°) était renversée, comme l’a montré la gravure que nous avons reproduite précédemment. Plusieursmai-sons dans la ville ont été plus ou moins sérieusem ent endommagées . Mais ce tremblement de terre ressenti à Yokohama n’était que l’ondulation atténuée d’un phénomène beaucoup plus intense qui ruinait une partie des villes de l’intérieur, causant la mortdemilliersd’ha-bitants, et prenant les proportions d’une calamité publique.
- Le nombre des provinces du Japon qui ont subi l’action du tremblement de terre est de 5i. Quelques villes ont été en partie détruites, et parmi celles-ci,Gifu, cité industrielle qui compte environ 30 000 habitants.
- Plus de 80 000 maisons furent entièrement renversées, et des milliers d’habitants se trouvèrent
- 4
- C/F/QUE
- & Centrerprola&ie, du- iremèlerAcnt de- terre*
- Kilomètres
- Les ports ouverts ccrmnojx’e sont soulignés.
- Fig. 2. — Carte montrant le centre du tremblement de terre.
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- LA NATURE.
- ensevelis sous les débris. La photographie que nous reproduisons ci-avant (fig. 1), donne l’aspect navrant d’une des rues de Gifu, après la catastrophe. Nogoya et Ogaki après Gifu, doivent être citées parmi les villes les plus éprouvées et les désastres n’y ont été guère moins^considérables.
- Le tremblement du 28 octobre, d’après les faits recueillis à l’observatoire de Tokio, semble avoir eu son centre d’intensité dans les régions formées par les provinces de Mino et d’Owari, c’est-à-dire autour de Nogoya et de Gifu (voy. la carte fig. 2). Dans les cercles d’action secondaire, on doit citer parmi les provinces les plus éprouvées celles qui portent les noms suivants : Mikavva, Totomi, Shinano, Hida, Etchiu, Kaga, Echizen, • Wakasa, Omi, Yamashiro, Lettsu, Kawachi, Iga et Ise. Puis viennent en seconde ligne Suruga, Izu, Sagami, Musashi, Kai, Échigo, Noto, Tango, Tanba, Yamato, Kii, Harima, Tajima et Awaji, où les secousses furent moins intenses et produisirent des effets moins désastreux ; un grand nombre de petites villes qu’il serait trop long d’énumérer n’ont ressenti que de faibles oscillations.
- La plus grande partie du Japon a subi les effets de ce tremblement de terre qui a été suivi par de nombreux ébranlements du sol. Ces ébranlements se sont produits successivement jusqu’au 9 novembre. Aux environs de Gifu, les grondements souterrains produisaient un vacarme terrifiant ; ça et là des crevasses se sont ouvertes dans le sol, et l’une d’elles se forma dans le voisinage d’un train de chemin de fer dont on comprendra l’elfroi des voyageurs.
- On affirme que des modifications géologiques importantes ont transformé l’aspect de certaines régions volcaniques du Japon. Un lac tout entier se serait formé au pied du llukusan, et le célèbre volcan Fu-siyama aurait été ouvert par une large crevasse.
- Le tremblement de terre du 28 octobre s’est fait sentir également en mer à une notable distance des côtes du Japon. Le navire anglais ÏHesperus, venant de Kobé, a été surpris à 120 kilomètres du rivage par une tempête locale formée d’immenses vagues de fond, qui se soulevaient avec impétuosité et balayaient le pont du navire ; de grosses bulles de gaz acide sulfureux se formaient çà et là à la surface de l’eau, et crevaient en cmpestantl’atmosphère. L’équipage courut le risque d’être asphyxié. Ce phénomène se prolongea pendant plusieurs jours.
- Dans la plupart des villes endommagées par le tremblement de terre, les incendies -n’ont pas tardé à succéder à l'effondrement des maisons. Dans les 51 provinces éprouvées par le cataclysme, plus de 5000 maisons auraient été brûlées. Les fabriques de porcelaine de Mino et d’Owari ont été détruites, ainsi que d’innombrables routes, ponts et voies de chemins de fer. On estime à 8000 le nombre de tués, à 10 000 les blessés, à 400 000, les malheureux qui se sont trouvés sans abri.
- Les ondulations du sol pendant le tremblement de terre du 28 octobre paraissent avoir eu lieu successivement dans le sens vertical et dans le sens horizon-
- tal. Quelques secousses se sont prolongées pendant plus de dix minutes, avec une violence indescriptible.
- Depuis l’année 1855, aucun tremblement de terre analogue à celui que nous venons de décrire, n’avait ébranlé le territoire du Japon.
- Gaston Tissandier.
- LE FILAGE DE L’HUILE
- ET LES CANOTS DE SAUVETAGE
- 11 a déjà été question plus d’une fois, dans La Nature, du filage de l’huile, en cas de tempêtes1. Nous croyons devoir signaler à l’attention de nos lecteurs un système de filage de l’huile dans les embarcations de sauvetage, système préconisé par M. Etnm. Debrosse, capitaine au long cours et officier du paquebot la. Touraine.
- Dans sa brochure sur Le filage de l’huile et son action sur les brisants de la mer, l’amiral Cloué préconisait, pour les embarcations marchant à l’encontre d’une grosse mer, l’emploi d’un sac d’étoupe imbibée d’huile, suspendu au bout d’un espar dont l’extrémité déborde à un mètre et demi ou deux en avant de l’étrave. Si la mer vient en travers, on place l’espar à 45 degrés du plan de la quille et du côté du vent. Or, cette disposition laisse à désirer sous certains rapports et serait difficile à appliquer sur un canot de sauvetage de paquebot, à cause de l’encombrement résultant de l’espar.
- Quand il s’agira d’accoster un navire en détresse, l’espar sera le plus souvent gênant et très susceptible d’être brisé. De plus, les sacs à l’huile ne sont pas toujours sous la main et prêts à fonctionner.
- Le système préconisé par M. Emm. Debrosse peut s’appliquer à toutes les embarcations de sauvetage pourvues à l’avant et à l’arrière de tambours en dos d’âne. Un modèle d’embarcation de ce type, avec fausse quille en fer, gouvernail démontable, armant à dix avirons de couple et ayant un aviron de queue à chaque extrémité, a été construit au Havre pour servir à la démonstration.
- Ce modèle projette l’huile à 4 mètres avec 2 kilogrammes de pression. Les caisses à air comprimé peuvent se charger à une pression de 4 kilogrammes.
- Les tambours en dos d’âne, au lieu de recevoir de simples caissons à air, comme dans les embarcations ordinaires, contiennent des réservoirs en tôle galvanisée reproduisant exactement les formes du canot. On les remplit par des orifices placés à leur partie supérieure, après quoi, ils sont hermétiquement fermés par des bouchons en cuivre et à vis. La communication entre les réservoirs d’air et les récipients à huile se fait au moyen d’un robinet.
- Dans le milieu de l’embarcation, sous un banc, se trouvent une pompe à air qui sert à refouler l’air dans les réservoirs, et un manomètre qui, placé à l’avant et à gauche du tambour, indique la pression à laquelle l’air y est comprimé. La projection ou le suintement de l’huile s’obtient à volonté par douze ouvertures, six de chaque bord. Les tuyaux qui amènent l’huile à ces orifices, sont placés à l’intérieur et suivent la muraille en passant sous les bancs. Ce tuyautage de distribution forme quatre groupes, chacun se composant d’un tube projecteur sur l’avant et sur l’arrière et de deux orifices qui débouchent en dehors à travers la muraille. La projection ou le suintement de l’huile s’obtient par l’introduction de l’air
- 1 Voy. n° 885, du 17 mai 1890, p. 580.
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- dans les récipients à l’huile, introduction qui se règle à volonté par un robinet ad hoc et ensuite par l’ouverture des robinets d’échappement.
- Quand les robinets sont ouverts en grand, l’huile est projetée à plusieurs mètres par la pression exercée dans les récipients par l’air comprimé des réservoirs. Une ingénieuse disposition des robinets permet de faire suinter ou de projeter l’huile, soit par les orifices de l’avant ou de l’arrière, soit par ceux du travers, selon la direction des lames par rapport à l’embarcation et cela en ouvrant plus ou moins les robinets. Les robinets de l’arrière sont manœuvres par le patron et ceux de l’avant par le brigadier de l’embarcation, sans qu’ils aient à quitter leurs postes respectifs.
- On comprend qu’avec cette installation, un canot de sauvetage soit toujours prêt à faire usage de l’huile et que, dans bien des circonstances, il pourra opérer des sauvetages avec beaucoup plus de chances de réussite que les autres. En France, la « Société centrale de sauvetage »; en Angleterre, la (( Royal National life-boat Institution », font exercer leur personnel en obligeant les embarcations à sortir par gros temps, ce qui donne certainement de bons résultats, mais les nombreux patrons, consultés à ce sujet, déclarent que tous les moyens ou engins employés jusqu’à ce jour sont trop insuffisants et par trop primitifs.
- Le système préconisé par M. Ernrn. Debrosse permettant d’opérer automatiquement le filage de l’huile, d’avoir une installation toujours prête à fonctionner et d’utiliser pratiquement les caisses à air que comportent les canots de sauvetage, pour les faire servir à emmagasiner l’air comprimé qui projette l’huile en dehors, semble réunir toutes les conditions nécessaires pour être adopté par les sociétés de sauvetage, ainsi que par les grandes compagnies de navigation.
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- LES FORÊTS DES ÉTATS-UNIS
- Les forêts des États-Unis s’étendent sur une superficie de 182 115000 hectares entre l’Atlantique et le Pacifique. Ôn opère chaque année une coupe portant sur 1011J500 hectares qui fournit 679 560 000 mètres cubes de bois valant plus de 5 milliards de francs. Sur cette masse de bois, 14157 000 mètres cubes sont affectés à l’établissement des chemins de fer et à la construction de leur matériel, 4247500 mètres cubes servent aux travaux des mines; plus de 14 millions de mètres cubes sont employés à l’établissement de barrières et de clôtures, plus de 4 millions de mètres cubes sont exportés. Les forêts américaines rapporteraient donc un rendement brut plus considérable que celui des champs de Blé, d’Avoine, de Seigle, de Pommes de terre, de Cotonniers et de Tabac des États-Unis, et plus de 35 pour 100 en sus de tout leur commerce d’exportation. Chicago, un des principaux marchés pour le bois, en vend 1000 wagons par jour. On admet que si les produits annuels des forêts des États-Unis étaient chargés sur wagons de chemin de fer, on obtiendrait un train faisant onze fois le tour du globe terrestre à l’équateur. Les États du Nord produisent plus des deux tiers de celte énorme masse de bois ou 508 millions de tonnes métriques, qui, pour être transportées par eau, exigeraient 500 000 navires de 1000 tonneaux, c’est-à-dire un nombre de navires double des marines réunies du monde entier. On cite aux États-Unis une scierie qui débite chaque jour 14158 stères de bois, et l’ensemble de ces usines existant dans les différents États pourrait débiter annuellement 1 700 000 000 de stères.
- LES GRANDS CHASSE-NEIGE ROTATIFS
- EN AMÉRIQUE
- Les lignes de chemins de 1er qui traversent le continent américain, ont à franchir dans les Montagnes Rocheuses des passages difficiles où se rencontrent parfois des amoncellements de neige, dont nous avons peine à nous faire une idée.
- Il arrive souvent, en effet, que la voie disparaît sous une couche de neige de plusieurs mètres d’épaisseur amenée par de véritables avalanches, après lesquelles toute circulation devient impossible pendant de longs mois, si on ne trouve pas le moyen de débarrasser la voie;
- Ces régions montagneuses sont tout à fait désertes, et il n’y a donc pas à compter sur la main-d’œuvre extérieure pour le déblaiement : il faut que le train seul puisse enlever la neige et se frayer la voie.
- Nos chasse-neige, en forme de simples versoirs, deviennent tout à fait insuffisants lorsque la couche de neige atteint une hauteur un peu appréciable; car, en s’accumulant sur les côtés, celle-ci exerce bientôt une réaction supérieure à la poussée de la machine qui se trouve alors dans l’impossibilité d’avancer, et quelquefois même de reculer. Il arrive, en effet, que la muraille de neige retombe souvent sur la voie derrière le train, et forme un obstacle infranchissable. Il faut trouver le moyen de rejeter la neige à une certaine distance afin de l’empêcher de s’accumuler sur les bas côtés, et on se trouve amené ainsi à recourir aux chasse-neige rotatifs, actionnés par une machine à vapeur spéciale. Ceux-ci découpent la neige par des palettes tournantes et la projettent au loin sous l’action de la force centrifuge.
- Le premier chasse-neige rotatif à vapeur figurait à l’Exposition des chemins de fer de Chicago, en 18831. C’était une énorme vis d’Archimède, verticale, actionnée par deux moteurs qui lui communiquaient une vitesse de 350 tours à la minute. Cette vis était montée sur un truck spécial avec ses deux moteurs ; elle tournait à l’intérieur d’une boîte en fer, de 5m 60 de diamètre, dont les parois s’évasaient pour faciliter l’entrée de la neige, et celle-ci était projetée à 18 mètres environ de chaque côté de la voie1. Cet appareil pouvait déblayer des couches de neige de 2 mètres de hauteur, mais il ne paraît pas avoir donné en pratique des résultats satisfaisants, car le type en a été promptement abandonné.
- En mars 1890, la Compagnie du Pacific Sud essayait sur les lignes de la Sierra Nevada un autre appareil à vis, désigné sous le nom de Cyclone. La vis a lames concaves et tranchantes est disposée en forme de spirale, sur un cône dont l’axe est légèrement incliné sur la voie, et placé diagonalement entre les rails. Le cône est animé d’une vitesse de 100 tours à la minute. Les essais pratiqués ne don-
- 1 Voy. n° 553, du 5 janvier 1884, p. 88. —Voy. d’autre :
- Chasse-neige pneumatique, n° 505, du 5 février 1885, p. 145.
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- nèrent pas non plus des résultats bien satisfaisants, car la mise en marche du cyclone exigeait une puissance motrice très considérable, atteignant 800 chevaux ; d autre part, il se produisait de fréquents déraillements tenant à ce que le poids du cône était reporté à l’avant à une grande distance du boggie qui le supportait.
- A côté de ces excavateurs, les appareils rotatifs à lames tournantes se sont montrés plus efficaces. L’idée première de ce type de chasse-neige, comme celle des excavateurs eux-mêmes d’ailleurs, est due à M. Jull d’Oran-geville (Canada), qui s’est fait une sorte de spécialité de cette question.
- Les chasse-neige rotatifs ont reçu aujourd’hui en Amérique une très grande extension, et on les
- trouve employés sous des formes diverses sur un grand nombre de réseaux, sur la Sierra Nevada, sur les chemins de fer de l’Union Pacifique à l’est d’Ogden, sur les lignes de l’Orégon, du Nord Pacifique, du Canadien Pacifique. L’un des premiers
- types de chasse-neige rotatifs comportait à l’avant une roue verticale porte-lames, derrière laquelle était disposé un ventilateur à lame, installé dans une boîte circulaire ouverte à la partie supérieure, et par où s’opérait l’évacuation de la neige projetée.
- L’ensemble constitue un véhicule porté sur deux boggies a quatre roues cha-cun, qui renferme en même temps une chaudière avec le mécanisme moteur. Le tout pèse environ 50000 kilogrammes.
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du nouveau chasse-neige américain Rotary.
- Fig. 2. — Mécanisme du chasse-neige Rolary.
- Nous n’insisterons pas sur ce chasse-neige rotatif, dont la Revue générale de.s' chemins de fer1 a donné d’ailleurs la description; nous nous attacherons plus spécialement à un chasse-neige d’un type un peu différent, désigné sous le nom de Rotary;
- 1 Yoy. n° de mai 1889, p. ,>42.
- cette nouvelle machine parait avoir donné des résultats tout à fait satisfaisants, dans des essais récemment pratiqués sur les lignes de l’Union Pacifique et du Sud Pacifique.
- La figure 1 présente la vue d’ensemble de cet appareil, la figure 2 donne la coupe du mécanisme ; on y retrouve la roue verticale porte-lames de l’ap-
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- pareil Jull, seulement les lames sont reportées sur des palettes en forme d’entonnoirs qui rayonnent autour du centre de la roue. Ces palettes détachent la neige et la renvoient directement au dehors par leur mouvement même de rotation, sans l’intervention d’un ventilateur. Elles sont formées à cet effet de feuilles de tôle enroulées en cornets constituant des cônes droits dont l’axe est incliné sur la verticale d’un angle égal à la demi-ouverture. La génératrice d’arrière qui est fixée sur le disque tournant offre une inclinaison double, et la génératrice d’avant est presque verticale. Chaque entonnoir présente le long de cette génératrice avant une fente d’une certaine largeur, et celle-ci peut être fermée par deux lames
- taillées en biseau, et mobiles à charnières autour des lèvres de la fente. Les lames voisines de deux palettes successives sont conjuguées deux à deux par des tiges de connexion, de manière à ce que l’une des deux lames d’une même palette se présente ouverte avec son tranchant disposé pour découper, par suite du mouvement de rotation, tandis que la lame opposée est fermée. Pour soulager les charnières, les lames reposent d’ailleurs sur des butoirs qui supportent ainsi l’effort transmis par la réaction de Ta masse de neige.
- On comprend dès lors comment s’effectue le travail de ces palettes : lorsque le disque se met en mouvement, les lames en biseau qui se présentent
- par leur côté tranchant, découpent la masse d’un mouvement héliçoïdal et forcent la neige à pénétrer dans les palettes par la fente ouverte. La roue à palettes est contenue d’ailleurs elle-même dans une cage ouverte à l’avant avec les parois évasées.
- La neige s’accumule ainsi dans les palettes, et se trouve expulsée par l’action de la force centrifuge, lorsque celles-ci arrivent en haut du disque dans leur mouvement de rotation. Une ouverture est ménagée dans le haut de la cage avec un dispositif de renversement permettant de jeter la neige à volonté d’un côté ou de l’autre de la voie.
- En raison de la forme inclinée des parois des palettes, les flocons qui ne seraient pas expulsés par le mouvement même de rotation tombent naturellement sur la voie, sans nuire au fonctionnement,
- et en évitant ainsi tout engorgement des palettes.
- Le pilote est placé dans une cabine enveloppant l’ensemble du mécanisme, comme l’indique la figure 2, il surveille la voie qu’il domine, et il a à sa disposition un levier de changement de marche qui lui permet de régler le sens de rotation de la roue, et de diriger la neige évacuée, d’un côté ou de l’autre de la voie, suivant le relief du terrain.
- La cabine du pilote est munie de regards à doubles vitres ayant pour but d’éviter les congélations qui gêneraient la vue.
- L’impulsion donnée par la rotation de l’appareil est telle, que la neige est projetée à grande hauteur, et elle va retomber en moyenne à une distance de 15à20 mètres. La figure 3 donne l’aspect du courant de flocons de neige ainsi déterminé.
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- LA NATURE.
- Le chasse-neige rotatif débarrasse bien la voie, mais il ne peut pas dégager les rails eux-mêmes, aussi l’appareil est-il complété par un brise-glace et un grattoir à neige, qui suivent continuellement pour ainsi dire le champignon du rail, et en assurent le nettoyage.
- Le brise-glace est placé devant la première roue du boggie d’avant, le grattoir à neige immédiatement après la seconde roue de ce boggie; ces deux organes sont commandés eux-mêmes par un piston à vapeur spécial, que le mécanicien met en marche de sa plate-forme. Des ressorts, interposés sur les tiges de suspension, leur permettent d’ailleurs de se soulever lorsqu’ils viennent à rencontrer un obstacle rigide; mais il convient que le mécanicien ait la précaution de les soulever lui-même lorsqu’il approche d’une aiguille ou d’un croisement, aün de ne pas endommager la voie.
- Ainsi que nous le disions plus haut, le Rotary dont nous venons de décrire le dispositif, paraît avoir donné des résultats fort satisfaisants dans les essais comparatifs dont il a été l’objet.
- En avril 1890,1a Compagnie de l’Union Pacifique l’expérimenta aux approches du tunnel de l’Alpine, entre Denver et Saint-Elmo, dans des parties de voies en courbe de plusieurs kilomètres de longueur qui étaient recouvertes d’une couche de neige de 2 mètres d’épaisseur. Ajoutons que cette neige, accumulée déjà depuis plusieurs mois, était devenue fort compacte, au point de former sur la voie une' couche de glace de près de 10 centimètres d’épaisseur.
- Le chasse-neige était refoulé par deux et même en certains points par quatre machines, mais la traversée put s’effectuer cependant dans des conditions satisfaisantes et sans déraillement.
- Un essai analogue pratiqué en mars sur le Pacific Sud dans la Sierra Névada confirma ces résultats.
- Ce grand chasse-neige paraît donc bien approprié aux conditions atmosphériques exceptionnelles pour lesquelles il est établi ; mais, malgré tout l’intérêt de cette solution mécanique, nous ne pouvons en terminant qu’exprimer le désir de ne jamais le voir fonctionner en France, espérant que la rigueur de la température ne forcera pas nos compagnies de chemins de fer à se départir du modeste versoir qu'elles emploient habituellement pour cet usage. L. B.
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- IA PROTECTION DES ANIMAUX SAUVAGES
- AUX ÉTATS-UNIS
- Les États-Unis possèdent dans l’angle nord-ouest du Wyoming, sur le cours de la rivière Yellowstone, une immense réserve à gibier, le Parc de la Yel-lovvstone, où l’on a rassemblé des échantillons des différentes espèces de gros gibier de l’Amérique septentrionale, qu’on ne trouve plus à l’état sauvage comme les Bisons, ou menacés de l’extinction par les chasseurs blancs ou Indiens. Cette création a éveillé un grand intérêt aux Etats-Unis, et il est ques-
- tion d’établir de nouvelles réserves dans les Montagnes Rocheuses et sur la côte de l’océan Pacifique. Ces réserves seraient affectées aux grands mammifères marins, aux Phoques, aux Morses, aux Otaries. Ces amphibies, en effet, et principalement ceux dont on peut tirer de l’huile ou des fourrures, sont actuellement poursuivis d’une façon si impitoyable, que leur destruction radicale est à peine une question de temps. Ils vivent habituellement loin des côtes, ce qui multiplie plutôt leurs chances de destruction ; mais ils s’habitueraient parfaitement à séjourner sur les terrains où on ne les troublerait pas, et, se voyant respectés, deviendraient doux et sociables à la façon des Élans, des Caribous, des Daims et des Antilopes du Parc national de la Yellowstone. Un rapport, à ce sujet, a été adressé au Ministre de l’intérieur des États-Unis, par M. Lan-gley, secrétaire de la Smithsonian Institution, Société propriétaire du magnifique Parc zoologique de Washington. Dans son mémoire, M. Langley demande que les réserves soient créées sur deux points différents : sur les îles Amak, îlots rocheux, dépourvus d’arbres et traversés par le 55e degré de latitude nord, non loin des côtes méridionales de l’Alaska, et sur les îles Forallones, situées dans le Pacifique, à 56 kilomètres du continent, à l’ouest de San-Francisco, par le 58e degré de latitude nord.
- La station septentrionale servirait de refuge aux Wabrus, Odobenus romanus, et aux Phoques* Phoca vitulina, et on pourrait y introduire quelques Loutres de mer, Enhydia marina, de la côte nord-ouest du territoire d’Alaska et du Canada, dont le nombre diminue de plus en plus.
- La station californienne recevrait des individus des deux espèces de Lions de mer; celui du nord ou Enmetopias Stelleri, Otarie de Steller, et le Lion de mer californien, Zalophus yillipsii. Quant à l’Éléphant de mer, Macrorhinus ursinus, il est, paraît-il, inutile de s’en occuper, cette espèce étant totalement éteinte.
- En attendant la réalisation de ces magnifiques projets, le Congrès a voté une somme d’un'million de francs à la Smithsonian Institution pour qu’elle installe, sous le nom de Parc national zoologique, dans le district de Colombie, un immense jardin peuplé d’animaux divers.
- L’endroit choisi occupe une étendue de 67 hectares, sur le ruisseau du Rocher, le Rock Crueck, entre l’avenue du Massachusetts et le point où la route militaire, passant à l’ouest de Brightwood, traverse le Rock Crueck. Sur les 67 hectares, 43 ont été donnés en pur don par leurs propriétaires ou achetés moyennant 812 000 francs. Les hectares restants, qui doivent être achetés par expropriation, sont estimés 97 300 francs. 190000 francs seront votés, chaque année, par le Congrès, pour les appointements des employés, la nourriture des animaux et l’entretien du parc1.
- 1 D’après la Revue des sciences naturelles appliquées.
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- INFLUENCE DES LUMIÈRES ARTIFICIELLES
- SUR LES INSECTES.
- LES TAPILLONS SANS AILES
- Tout le monde connaît l’attraction qu’exercent, les lumières sur certains animaux et notamment sur les insectes nocturnes, c’est même au moyen de feux auxquels ils venaient se brûler que l’on a tenté de détruire les papillons dont les chenilles font des ravages à nos cultures, par exemple la fameuse Pyrale de la vigne [Tortrix pilleriana). Les entomologistes amateurs de papillons se servent depuis fort longtemps des appareils d’éclairage comme de pièges pour attirer nombre d’espèces qu’ils se procurent difficilement par d’autres moyens. Les. uns se servent de lampes munies de réflecteurs qui augmentent. la lumière, d’autres profitent tout simplement des lanternes à gaz de nos promenades forestières.
- Il existe au bois de Boulogne, près Paris, des avenues ainsi éclairées qui, du temps où ce bois n’était pas entièrement remanié par les embellissements actuels, donnaient d’excellentes occasions pour faire de bonnes captures, d’autant plus que les candélabres à gaz n’étaient pas aussi nombreux qu’aujour-d’Iiui et cpie les papillons ne se trouvaient pas ainsi disséminés. Cette chasse n’est productive que par une nuit obscure ; si la lune brille, rien ne vient, les insectes sont probablement attirés par la clarté de cet astre qui est plus éclatante que celle du gaz. Mais les meilleurs pièges en ce genre sont les appareils de lumière électrique, surtout ces grands foyers donnant une lumière blanche, par exemple ceux dits à arc. On sait que nos phares, ainsi éclairés attirent des quantités d’oiseaux qui viennent s’assommer sur les glaces des lanternes; les poissons, paraît-il, ont aussi,une tendance à se diriger vers les points vivement illuminés par cette belle clarté.
- Lorsqu’un ou plusieurs appareils donnant de la lumière électrique blanche, sont installés à un endroit propice, bien en vue d’un bois, par exemple, toutes les autres lumières jaunes, gaz, pétrole, etc., qui se trouvent dans le même endroit, n’attirent à peu près rien. Il est évident que plus la lumière est vive, plus l’attraction est forte ; même par un clair de lune, la lumière ^électrique blanche, qui est plus éclatante que celle .aecnotre satellite, attire encore quelques papillons.
- Nous avons vu ainsi arriver, précisément dans le voisinage du bois de Boulogne, des Coléoptères : hannetons hydrophiles dytiscides, harpales, dermes-tes; des Névroptères : fourmilion (Myrmeleo tetra-grammicus), Ephémères, Phryganes, un Orthoptèrc (.Locusta viridissima) ; des Diptères (Chironomus), et, parmi les Lépidoptères, des Sphinx, des Bomby-cides, des Noctuélides, des Phalénides, des Botydes, puis des Microlépidoptères, Crambus, Ypono-meuta, etc.
- Pendant les mois de juillet et d’août, les papillons ne viennent guère avant 10 heures du soir et arri-
- vent encore fort avant dans la nuit; les sphinx, dont les habitudes crépusculaires sont bien connues, ne se montrent pas avant 11 heures et demie ou minuit; ils sont donc plus nocturnes que les autres dans cette circonstance. Les sphinx font de grands circuits,,autour des lumières, mais ne se posent guère, ou pendant fort peu de temps, puis s’en retournent, tandis que les autres, après avoir tournoyé plus ou moins rapidement, s’abattent, épuisés, autour des appareils lumineux, surtout aux places vivement éclairées et y restent tranquillement pendant une bonne partie de la nuit.
- Généralement, ce sont les males qui viennent aux lumières, c’est ce que nous avons constaté pour les Sphinx ligustri, Sphinx pinastri, Deilephila euphorbiæ, Lasiocampa pruni, Lasiocampa po-pulifolia, Liparis V nigrum, Bombyx neustria, Attacus cynthia, Hepialus sylvinus, Cossus ligni-perda, Notodonta tritophus, Dicranura ernünea, bijîda et furcula, Uraptéryx sambucaria, Amphi-dasis betularia, etc. Nous avons cependant constaté la présence des deux sexes pour les espèces suivantes : Lithosia quadra, Lasiocampa quercifolia, Liparis salieis, Liparis chrysorrhæa, Zeuzera æs-culi, Notodonta dictæa, Notodonta dictæoides, Dicranura vinula, Plalypteryx falcula, la plupart des Noctuelles et des Phalènes. Parmi ces dernières, il existe les genres Hybernia et Cheimatobia dont les femelles sont à peu près aptères, c’est-à-dire ayant de courts moignons d’ailes qui ne leur permettent pas de voler. Les entomologistes, chassant autour des lanternes du bois de Boulogne1 (fîg. 4) pendant les nuits tempérées de novembre et décembre, prenaient sur les vitres des réverbères un certain nombre de ces femelles qui, ainsi que les mâles, couraient en tous sens avec rapidité. Il est probable que celles-là, qui sont très tranquilles pendant le jour et qui, la nuit venue, se mettent à circuler vivement de tous côtés, grimpent sur les arbres, sur les murs ou même sur le pied des candélabres, arrivant ainsi jusqu’à la lumière où les mâles, en volant, viennent les y rejoindre. N’ayant pas eu nous-même l’occasion d’observer ces apparitions, nous ne pouvons donner notre opinion à cet égard.
- C’est ici le cas de parler des Lépidoptères à femelles non ailées.
- l Parmi les Phalénides citons Y Hybernia progeni-maria qui paraît à la fin de l’hiver ; les mâles sont d’un jaune ocracé très pâle tandis que les femelles présentent des ailerons, grisâtres ornés de deux lignes brunes s’élargissant parfois et donnant ainsi un fond médian d’un brun très foncé, d’un joli aspect ; c’est dire quelles sont très variables et tellement différentes de l’autre sexe qu’il faut les avoir pris ensemble pour savoir qu’ils appartiennent à la même espèce. L'Hybernia aurantiaria de novembre, plus rare ou du moins plus localisée aux environs de Paris, présente une femelle brune avec des
- 1 Maurice Girard. Note sur les femelles aptères du genre Hibernia. Ann. Soc. eut. France, 1865, p. 105,
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- ailerons bien plus petits encore, tandis que le mâle possède de belles et larges ailes d’un orangé pâle ornées de lignes et de mouchetures brunâtres. La femelle de 17///-
- bernia leuco-phæaria,une des plus communes en février, mars, possède d’insignifiants moignons d’ailes, de même que celle de la Cheimato-bia brumala. Ces organes atrophiés sont-ils des témoins d’a ]> pareils locomoteurs aériens qui jadis auraient existé bien conformés et qui, par suite de leur inaction (les femelles se servant plutôt de leurs pattes pour se transporter l'a où l’instinct leur commande), auraient diminué graduellement de génération en géné-
- ration ? Ce qui donnerait de la vraisemblance à cette hypothèse, c’est l’exemple cité par M. P. Chrétien1 d’une femelle de Cheimatobia brumata, espèce
- excessivement commune en novembre et décembre, et dont la chenille est parfois un fléau pour nos arbres fruitiers. Cet individu possède des ailerons bien plus grands que d’ordinaire et l’aile supérieure gauche ainsi que l’inférieure droite sont allongées en pointe atteignant ainsi la dimension des ailes d’un mâle de moyenne taille. Chez sa congénère, Cheimatobia borea-ta, la grandeur des ailerons de la femelle est très variable ; tantôt ils atteignent presque la longueur
- Fig. 1. —1. Helerogynis penella, femelle. —2. Trichosoma corsica, mâle. —3. Tri-chosoma corsica, femelle. — i. Liparis tnorio, femelle. — 5. Nijssia zonaria, mâle.—6. Nyssia zonaria, femelle. — 7. H y ber nia defoliaria, mâle. — 8. Hybernia defoliaria, femelle.
- Fig. 2. — Orgya antigua, mâle et femelle avec sa ponte sur ie cocon.
- Fig. 6. — Psyché graminella, chenille, mâle et femelle.
- du corps et tantôt ils sont tellement courts que, pour peu qu’ils soient usés, il est presque impossible de la distinguer de la Cheimatobia brumata. La chrysalide des femelles de ces espèces montre
- nettement en relief les enveloppes des ailes, dites ptéropthèques, aussi bien apparentes que si elles
- 1 Note sur la Cheimatobia brumata, et sur une monstruosité femelle. Le Naturaliste. Ier juin 1890, p. 127.
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- devaient avoir ces organes entiers comme les mâles.
- Les Nyssia femelles ne possèdent, en fuit d’ailes, fjue des moignons linéaires et frangés. La Nyssia zonaria (fig. 1, nos 5 et C) se trouve à la fin de mars dans les prairies sujettes à être inondées, elle est très localisée. Les entomologistes allaient la chercher
- autrefois dans les prairies d’Alfort, aux portes de Paris; mais les constructionst et les cultures ont à peu près anéanti cette localité et il faut aller bien plus loin en remontant la Seine pour la trouver.
- Le mâle, qui est un joli papillon blanc et noir ayant l'aspect d’un petit bombyx, ne paraît guère
- Fig. 4. — Phalènes du genre Hybernia autour d’un.réverbère au bois de Boulogne de Paris.
- voler; on le rencontre posé sur les plantes basses ou accroché aux herbes; la femelle a la même livrée que lui, c’est-à-dire le corps noir annelé de blanc ou de rose lorsqu’elle est fraîchement éclose; elle pond à l’aide de son oviducte qui est très extensible, dans l’intérieur des chaumes et, pour cette opération, elle se tient généralement la tête en bas, à l’extrémité du fétu. Elle ressemble ainsi assez bien
- à un bouton de marguerite (Bellis perennis).
- D’autres Nyssia (N. pomonaria, N. hispidaria) vivent sur les arbres, les femelles de la dernière ont leurs ailerons encore moins développés, réduits à l’état d’écailles à peine distinctes, de même que chez Phigalia pilosaria, assez grande Phalène rayée et mouchetée d’olivâtre, qui paraît dans nos bois en février, mars et commencement d’avril.
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- Les Phalènes citées plus haut ont des femelles à ailerons plus ou moins courts; en voici maintenant qui ont des femelles absolument aptères ; Ilybernia defoliaria({]ig. I,nos 7 et 8) dont le mâle, assez joli, est très variable, passant des teintes orangées mouchetées aux tons brunâtres, et dont l’autre sexe, à corps blanchâtre ponctué de noir, avec de longues pattes, a plutôt l’air d’une araignée que d’un papillon. La chenille de cette espèce, qui est dite arpenteuse comme toutes celles de la famille des Phalénides (parce qu’elles marchent en formant une boucle par suite de la grande distance des six pattes antérieures aux quatre pattes membraneuses situées à l’autre extrémité du corps), est quelquefois très nuisible aux arbres fruitiers et forestiers. Anisopteryx æscularia et aceraria; la première paraissant en février-mars, et la seconde fin novembre, comme l’Ilybernia defoliaria. Elles ont des femelles à couleurs tristes comme les mâles : l’une brunâtre et l’autre jaunâtre livide, à forme allongée et possédant une touffe de poils a l’extrémité anale.
- La famille des Bombycides renferme aussi des exemples d’espèces à sexes également disparates.
- Le Liparis rnorio se rencontre en Allemagne, en Hongrie, en Italie, elc. ; le mâle, de 0m,027 d’envergure, a ses ailes diaphanes peu garnies d’é-caillcs noires sur lesquelles se détachent les nervures et les franges en plus foncé ; la femelle (lîg. 1, n° 4) est petite, d’un jaune terreux avec des ailes très courtes, les supérieures aiguës.
- Les femelles des Orgya, dont nous avons deux représentants aux environs de Paris, Orgya gono-stigrna et antigua (fig. 2) à deux générations, juin et octobre, ont, comme les phalènes déjà citées, des soupçons d’ailerons ; aussitôt écloses, elles ne s’écartent guère de leur cocon, et les mâles volant avec ardeur en plein jour viennent les visiter, puis la ponte s’effectue le plus souvent sur le cocon même.
- „ Les Trichosoma sont de petites espèces qui habitent principalement la péninsule ibérique et l’Algérie ; on en trouve aussi en Corse et en Sardaigne (Trichosoma corsicum, fig. 1, nos 2 et 3) ; les mâles rappellent en diminutif nos Chelonia caja et vîllica, les femelles sont tantôt très velues avec des moignons d’ailes aux couleurs du mâle et tantôt sim-plement écailleuses avec des sortes d’épaulettes pointues rappelant un peu les ailes ridicules des oiseaux du genre Manchot. Tel est le cas de Trichosoma Pierreti, espèce algérienne, dont la femelle, connue bien avant le mâle, a été figurée (Ann. soc. ent. Fr., 1851) comme « insecte dont l’ordre est incertain ».
- Les femelles atrophiées que nous venons de voir sont revêtues d’écailles comme tous les lépidoptères, celles dont nous allons nous occuper en sont totalement dépourvues. V Heterogynis penella, petit Lépidoptère à ailes très oblongues d’un noir léger transparent, qui paraît en juin et août dans les montagnes de Provence, en Espagne et en Italie, a pour femelle une bête dodue (fig. 1, n° 1), épaisse, absolument nue, qui n’a de membres que ses six pattes très
- courtes qui lui servent à s’accrocher au cocon dès qu’elle est éclose, car il est probable qu’elle ne doit pas le quitter et pondre dessus comme les Orgya. Son aspect et sa couleur jaune pâle avec des bandes longitudinales noirâtres rappellent les chenilles lourdes et paresseuses des Z y gènes.
- Les Psyché (Psyché graminella, fig. 5) sont d’élégants petits papillons noirs plus ou moins diaphanes dont les chenilles, vivant de graminées ou de mousses, ne cheminent que renfermées dans un fourreau qu’elles construisent avec les plantes dont elles se nourrissent. Elles ne montrent au dehors que la tête, et les trois premiers anneaux portant les pattes ; le reste du corps, qui est très mou et incolore, est ainsi protégé. Lorsqu’elles reposent, elles rentrent entièrement dans leur étui et fixent l’entrée de ce dernier aux plantes, arbres, rochers, etc., à l’aide d’un peu de soie. Elles agissent à peu près de la même façon que les larves aquatiques des névro-ptères de la famille des Phryganides.
- Lorsque le moment de la métamorphose est arrivé, ces chenilles fixent solidement leur fourreau avec de la soie, puis se retournent, lorsqu’elles doivent donner des'mâles, afin de faciliter la sortie de ceux-ci par l’autre extrémité du fourreau. Les femelles des Psyché, au moins pour un certain nombre d’espèces, ne sortent même pas de leur fourreau, attendant la visite des mâles qui souvent allongent l’extrémité de leur abdomen afin de les atteindre. Ces dernières sont pour ainsi dire restées à l’état de chenilles informes et décolorées, véritables sacs à œufs. Elles pondent dans l’enveloppe même de la chrysalide, puis se dessèchent et se réduisent à rien.
- Il est à remarquer que tous les mâles des Lépidoptères à femelles atrophiées ont les antennes pec-tinées, et cela se comprend aisément d’après la remarque faite par plusieurs entomologistes, que ces organes semblent être d’autant plus développés chez les mâles des Lépidoptères nocturnes, « que ceux-ci sont appelés à obéir avec plus d’ardeur aux lois de l’amour » et qu’ils doivent sentir et trouver leurs femelles à de très grandes distances, ce qui est précisément le cas de ceux qui nous occupent, celles-ci ne pouvant guère se déplacer. G.-A. Poujade,
- Préparateur au laboratoire d’entomologie du Muséum.
- UN CURIEUX TEMPLE PÉRUVIEN
- Il y a quelques mois, dans les environs de Huaraz, au Pérou, on découvrit un singulier édifice qui nous semble mériter d’être signalé à nos lecteurs. Il s’agit d’un temple dont l’âge n’a pu être déterminé d’une façon satisfaisante, mais qui pourrait fort bien être antérieur à la période des Incas. Le monument est entièrement construit en pierres, les voûtes aussi bien que les murs. Il renferme, au centre, un autel à sacrifices, sous lequel se trouve un grand bassin en pierre, placé lui-même au-dessus d’un caveau.
- Sur l’autel, on a rencontré deux grandes coquilles marines recouvertes de minces feuilles d’or et réunies par une chaîne de même métal. On dirait, écrit à El Nacional un habitant de Huaraz, « deux tourterelles
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- couvertes d’un plumage d’or ». Outre la chaîne dont nous venons de parler, plusieurs petites chaînettes en or, en argent ou en cuivre, reliaient une coquille à l’autre,‘en passant dans des tubes d’or. Auprès des coquilles se voyaient deux petits bœufs en or. Un petit drap d’or, souple comme une toile cirée, recouvrait l’autel.
- Ce qui a le plus frappé les auteurs de la découverte, c’est l'habileté avec laquelle les métaux avaient été travaillés. Les feuilles d’or qui recouvraient les deux coquilles, affectaient la forme de feuilles de laurier ; « elles étaient laminées avec toute la perfection imaginable et avaient été coupées probablement à l’aide de ciseaux, à en juger par la netteté et la forme de la coupure ». On voyait des soudures faites les unes à l’or, les autres à l’argent, les dernières à l’étain. Tout cela assurément indique des connaissances métallurgiques avancées, mais nous savons que les Quichuas et les Aymaras travaillaient les métaux d'une façon remarquable. Néanmoins il est permis de se demander si c’est bien à l’un ou à l’autre de ces deux peuples qu’il faut attribuer les objets trouvés sur l’autel du temple de Huaraz et le temple lui-mèine. Le bassin placé au-dessous de la table des sacrifices, les coquilles reliées par des chaînes métalliques, les bœufs en or, tout cela ne se comprend guère, avec ce que nous savons du culte religieux des Quichuas et des Aymaras. Ne faudrait-il pas plutôt attribuer ces restes aux tribus qui, à une époque plus ancienne, semblent avoir atteint jusqu’à la Patagonie ? Les découvertes de M. Morono tendent chaque jour à faire admettre de plus en plus l’existence de ces vieilles races, dont la civilisation était plus avancée que celle des gens des Pueblos de l’Amérique du Nord. Certes, il serait téméraire de vouloir trancher la question à l’heure actuelle ; mais des horizons nouveaux s’ouvrent devant nous, de nouvelles idées se font jour sur le passé de l’Amérique méridionale, et il est bon de recueillir avec soin tous les faits qui permettront peut-être un jour de résoudre des points encore fort obscurs. R. Veuneau.
- LA PRODUCTION DU PLOMB
- La production du plomb s’est accrue proportionnellement à l’extension de la consommation ; celle du monde entier est aujourd’hui estimée à 500 000 tonnes par an. D’autre part, des gisements d’une grande richesse ont encore été récemment découverts dans le nord de l’Amérique.
- Un point intéressant à noter, c’est le déplacement des centres de fabrication, dont les États-Unis ont été les premiers à profiter. Quand le gouvernement américain a vu, en effet, que la production des États-Unis suffisait en grande partie aux besoins du pays, il a établi aux frontières des droits d’entrée élevés, mettant ainsi une entrave sérieuse à l’importation du métal.
- La production des États-Unis s’est développée d’une façon vraiment extraordinaire : de 8000 tonnes qu’elle était en 1850, elle atteignit 17 830 tonnes en 1870 et se trouva portée en 1880 à 97 825 tonnes ; aujourd’hui elle se chiffre à 170 000 tonnes au minimum.
- En Europe, la production en est arrivée à son point culminant. L’Allemagne vient en premier lieu avec environ 100 000 tonnes, puis l’Espagne, la Grande-Bretagne, 1 Italie, U Autriche-Hongrie, la Belgique, etc.
- Depuis trente ans la production en Allemagne s’est développée de la façon suivante.
- L’année 1861-65 a donné 37 200 tonnes; l’année 1881 eri a produit 91 200 ; l’année 1889 a donné 104 525 tonnes, et l’année 1890, 101 781.
- LE MÉTRONOME
- C’est à l’àge de dix-huit ans seulement que l’immortel Galilée, observant une lampe qui se balançait suspendue à la voûte de la cathédrale de Pise, sa ville natale, découvrit la loi de l’isochronisme des petites oscillations d’un pendule. On sait quelles ont été, depuis cette époque (1582), les innombrables applications du pendule à l’horlogerie et 'a la mécanique générale. Sans entrer ici dans des développements inutiles, rappelons seulement les quatre lois fondamentales des oscillations du pendule simple, c’est-à-dire du pendule idéal qui serait formé d’un point matériel pesant, suspendu par un fil rigide, inextensible et sans pesanteur, à un point fixe autour duquel il pourrait librement osciller.
- 1° Pour un même pendule, les petites oscillations sont isochrones; c’est la loi découverte par Galilée; tant que l’amplitude des oscillations ne dépasse pas un angle de deux ou trois degrés, les oscillations se font dans des temps égaux.
- 2° Pour des pendules de même longueur, la durée des oscillations est la même, quelle que soit la substance dont le pendule est formé, c'est-à-dire que des pendules simples, dont le point matériel serait en liège ou en plomb, exécuteront le même nombre d’oscillations dans le même temps, s’ils sont d'égale longueur.
- 5° Pour des pendules inégaux, la durée des oscillations est proportionnelle à la racine carrée de la longueur, c’est-à-dire que, si la longueur du pendule devient quatre fois, neuf fois, seize fois plus grande, la durée des oscillations sera seulement deux fois, trois fois, quatre fois plus grande.
- 4° En différents lieux de la terre, la durée des oscillations, pour des pendules de même longueur, est en raison inverse de la racine carrée de l’intensité de la pesanteur.
- Ces lois dérivent de la formule : l =
- laquelle t représente la durée d’une oscillation, l la longueur du pendule, g l’accélération due à la pesanteur, qui croît de l’équateur au pôle et est, à Paris, égale à 9m,8088 par seconde, par seconde.
- Cette formule s’applique également au pendule composé, qui est formé d’une tige pesante terminée par une masse plus ou moins considérable ; les divers points de ce système décrivent leurs oscillations dans des temps d’autant plus longs qu’ils sont plus éloignés du point de suspension. Or, tous ces points étant reliés entre eux, leurs oscillations se font dans le même temps. Le mouvement des points les plus rapprochés de l’axe de suspension se trouve donc retardé, tandis que celui des points les plus éloignés se trouve accéléré. Entre ces positions extrêmes, il y a donc des points qui ne sont ni accélérés, ni retardés, et qui oscillent comme s’ils n’étaient pas liés au reste du système. Ces points étant équidistants de
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- l’axe de suspension, leur ensemble constitue un axe d’oscillation parallèle au premier. C’est la distance de l’axe de suspension à l’axe d’oscillation qu’on nomme longueur du pendule composé, c’est-à-dire que la longueur d’un pendule composé est celle du pendule simple qui ferait ses oscillations dans le même temps.
- La longueur du pendule qui bat la seconde varie avec l’intensité de la pesanteur, elle est : sous l’équateur de 0m,990925; à Paris de 0m,9938-46; à 10° du pôle, de 0m,995924.
- 11 était utile de rappeler ces principes de mécanique pour montrer comment on a pu appliquer le pendule à la construction d’un petit appareil bien connu des musiciens : j’ai nommé le métronome.
- Cet instrument, ainsi nommé de deux mots grecs (oirpov, mesure, et vouoç, loi), est en effet destiné à faire respecter les lois de la mesure, au moyen de battements d’une durée rigoureusement égale.
- En réglant l’instrument d’après le numéro placé par le compositeur en tête d’un morceau de musique, l’exécutant sera certain d’observer le caractère du mouvement général du morceau. En faisant marcher le métronome à des vitesses de plus en plus grandes, le virtuose pourra s’exercer à jouer de plus en plus vite.
- Maisjen’ai pas à prouver ici l’utilité de l’appareil. Un mot seulement sur son, ou plutôt ses inventeurs. — Le premier métronome fut un simple pendule libre, dont on pouvait faire varier la longueur. 11 fut inventé par un chanteur allemand, Stoeckel, à la fin du dix-huitième siècle. Un autre constructeur, Balamier, construisit un métronome donnant des oscillations d’une rapidité variable, au moyen d’un déplacement du centre de gravité du pendule. Le Hollandais Winkel apporta à l’appareil de nombreux perfectionnements. Maëlzel, fabricant allemand, s’appropria les découvertes de ses prédécesseurs, et le métronome se répandit dans le monde entier, sous le nom de métronome de Maëlzel, rapportant à ce dernier une immense fortune, tandis que les inventeurs véritables mouraient dans la misère. Le métronome de Maëlzel se compose d’un mouvement d’horlogerie relié à une tige oscillante, formant pendule. Sur cette tige, qui porte les divisions indiquant le nombre de battements à la seconde, se meut
- un curseur destiné à faire varier la longueur du pendule lorsqu’on écarte ou que l’on rapproche le curseur de l’axe d’oscillation. Un tic tac ou, dans certains appareils, une sonnette annonce à l’oreille du musicien chaque battement du pendule.
- Un fabricant anglais, M. Pinfold, vient d’avoir l’idée de simplifier cet instrument qui, par suite de la délicatesse du mouvement d’horlogerie, était coûteux et sujet à se détraquer. Il est revenu à l’idée du pendule sans mécanisme, tout en conservant à l’appareil sa tige graduée et son curseur mobile. Le tic tac bruyant est supprimé; mais ce bruit n’est pas nécessaire, puisque le bâton du chef d’orchestre, véritable métronome vivant, reste silencieux. Notre ( dessin représente le métronome du système Pinfold,
- et en fait voir clairement la disposition : une lentille pesante à la partie inférieure abaisse le centre de gravité de façon à rendre l’équilibre stable; la tige graduée et le curseur sont en haut. Quant au mode de suspension, il est constitué par deux pointes reposant dans deux petites cavités creusées dans le support en forme de trépied. Ces cavités peuvent être garnies de deux petits morceaux d’agate, légèrement évi-dés, pour rendre le frottement plus doux. La tige et le contrepoids sont reliés par une arcade métallique en forme de croissant, afin de permettre la liberté des oscillations sans que l’instrument, en se balançant, vienne choquer le support. Ce support n’est pas du reste indispensable, et bien des musiciens font osciller le métronome Pinfold sur le bord de leur pupitre. On peut le placer aussi sur le doigt, sur un livre, etc., etc. Dépourvu de tout mécanisme, l’instrument est par conséquent, indéréglable, et la simplicité de sa construction va le rendre rapidement populaire en France, comme il l’est déjà chez nos voisins les Anglais. Un de nos confrères de la Presse musicale a dit de ce.; métronome : « Il donne la même précision que le métronome à ressort, et est à lui ce que le cadran solaire est à une horloge. » Tels sont les quelques renseignements que nous avons pu nous procurer sur cet appareil silencieux, (ce que quelques parents apprécieront), bon marché et exact, qui est un nouveau venu parmi nous; nous lui ferons bon accueil. Arthur Good. ,
- Un nouveau métronome de M. Pinfold.
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- CURIEUX AUTOMATE
- Les automates dont nous avons parlé dans de pré-ce'dents articles 1 étaient mus par des mouvements d’horlogerie. Celui que nous allons décrire a ceci de particulier qu’il est actionne par une simple chute de sable, et, ce qui le rend encore plus curieux, c’est que l’époque de sa fabrication remonte à la première moitié du dix-huitième siècle. Cette pièce unique appartient a M. Gaston Tissandier et nous avons été à même de l’étudier en détail en la démontant pour la réparer.
- Le personnage,en costume oriental de couleurs vives, placé derrière une petite table, est adossé à un batiment de style Louis XY, briques et pierres, peint sur la façade en blanc avec filets bleus et or.
- Ce bâtiment, soutenu par deux angles de même décoration, est terminé par un toit a ardoises couronné lui-même d’une sorte de belvédère. Tout cela est en carton et chaque objet accessoire, tel que les deux tabourets que l’on peut voir à droite et à gâu-chc de l’automate, les appliques avec leurs bougies, la petite lanterne suspendue au centre, sont de petits chefs-d'œuvre de patience et d’exactitude (fig. 1).
- Lorsque l’automate est en mouvement, il fait de l’escamotage; les bras se soulèvent alternativement ou tous deux ensemble, enlevant les gobelets et découvrant sur la table, à chaque mou-
- 1 \oy. n° 902, (lu 7 novembre 1891, p. 557.
- Fig. 1. — Automate Louis XV figurant un escamoteur soulevant et abaissant ses gobelets, au-dessous desquels apparaissent et disparaissent successivement des balles blanches et rouges.
- Fig. 2. — Vue intérieure du mécanisme de l’automate représenté ci-dessus.
- vement, d’abord à droite une boule blanche qui disparaît pour passer à gauche; ensuite à gauche cette boule
- blanche se change en boule rouge qui, elle, passe à droite et finit par disparaître. Alors ce sont deux boules blanches qui apparaissent au nouveau mouvement des gobelets et qui sont changées en deux rouges au mouvement suivant.
- Quand on ne connaît pas le moyen employé pour faire ces échanges et qu’on sait seulement qu’un simple jet de sable suffit ii provoquer les mouvements nécessaires, on est très étonné en voyant cette séance d’escamotage donnée par le petit bonhomme. Nous allons expliquer comment ce résultat a été obtenu :
- Commençons par retirer le petit belvédère qui couronne le tout et remplissons de sable fin le récipient que nous apercevons alors dans l’édifice; cela fait, reportons-nous a la gravure explicative (fig. 2) du mouvement et laissons tomber le sable en tirant à droite une petite lame de métal visible sur le dessin d’ensemble et qui bouchait l’ouverture au bas de la trémie F. Le sable tombe en jet continu faisant tourner la roue G avec une assez grande rapidité. A cette roue sont fixées six ailettes s’engrenant sur une roue J dentée qui diminue ainsi la rapidité. Cette roue elle-même, munie derrière d’une série de six ailettes, communique, par ces dernières, un mouvement assez lent, mais continu au cylindre H
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- LA NATURE.
- et c’est ce cylindre qui, véritablement, fait agir l’automate de la façon suivante : en face du cylindre en question se trouvent deux séries de quatre leviers chacune, dont on aperçoit les extrémités et que nous supposons marqués des lettres A,B,C,D et A',B',C',I)'. Les deux leviers I) et D' soulèvent les bras L,L, et chacun des six autres a son extrémité visible dans le dessin placé sous une petite lamelle de carton. Chacune des lamelles est fixée à charnière par l’un de ses bouts à la table ; l’autre bout, se soulevant, vient se placer juste sous la petite ouverture pratiquée dans la table E.
- Si nous examinons maintenant le cylindre H, nous voyons qu’il supporte, sur des tracés réguliers circulaires, de petites élévations ABC, A'B'C' assez longues, et en face de chacune de ces élévations d'autres plus petites D et D'. Chaque élévation, lorsque le cylindre tourne, vient à son tour heurter un des leviers. Les grandes saillies soulèvent alternativement les leviers et, par suite, les cartons à charnière avec les boules de couleurs différentes pendant un temps assez long, et au milieu de ce temps les petites font agir les leviers des bras tenant les gobelets. De cette façon les boules sont montées et en place quand les bras se lèvent, et elles ne s’en vont, pour être remplacées par d’autres, que quand les bras sont retombés. Les saillies A et A' font agir les boules rouges, les boules blanches sont élevées par les saillies C et (7. Quant aux, saillies B et B, elles font agir des cartons ne supportant que des obturateurs pour les ouvertures de la table.
- Tel est le mécanisme ingénieux de cette petite œuvre d’art qu’il ne serait pas impossible de construire d’après les indications ci-dessus. Nous rappelons de nouveau que toutes les parties du mécanisme sont en carton et que les leviers sont formés avec du fil de fer très mince employé dans la fabrication des fleurs artificielles.
- Le prestidigitateur Albeii.
- NÉCROLOGIE
- C.-X. Vaussenat. — Nous avons appris la semaine dernière, et non sans de profonds regrets, la mort de M. Vaussenat, ingénieur, l’intrépide et dévoué directeur de l’Observatoire du pic du Midi. Il y a deux mois à peine, la Société nationale d'agriculture de France accordait à M. Yaussenat sa grande médaille d’or pour les éminents services rendus à l’agriculture par l’Observatoire du pic du Midi. Bien que le nom du général de Nansouty soit plus particulièrement attaché à ce bel établissement, M. Yaussenat fut aussi l’artisan de cette œuvre. S’effaçant avec modestie, il a laissé à son vaillant collaborateur la gloire de l’œuvre commune pour travailler au succès matériel. Quand, en 1875, le général de Nansouty eut l’idée de créer l’Observatoire, M. Vaussenat fut un collaborateur actif et dévoué qui se consacra avec intelligence à l’œuvre commune ; tous deux allèrent s’installer au sommet du pic, sous un abri provisoire, pour préparer les travaux. Le général se fit météorologiste, entreprit les premières observations avec une énergie et une abnégation sans pareilles.
- Pendant ce temps, M. Yaussenat, par ses conférences, sollicitait les concours, vérifiait les plans, ouvrait les chantiers, et, au prix de peines énormes, contribuait aussi à construire l’Observatoire dont le général devenait le directeur pour la société Ramon. Lorsque l’Etat fut mis en possession de l’établissement, M. de Nansouty fut nommé directeur honoraire, et M. Vaussenat prit la direction effective.
- Yaussenat était né à Vizille (Isère). Après des études spéciales il devint ingénieur et se consacra à son pays natal. Une grande partie des découvertes géologiques dans les Alpes dauphinoises et savoisiennes lui sont dues. Nul ne connut mieux que lui l’Oisans, le Briançonnais et la Maurienne. Appelé dans les Pyrénées, pour des travaux autour de Bagnères, il s’était fixé dans cette ville, pouç laquelle il a fait de beaux travaux de canalisation. Les Pyrénées furent pour lui un nouveau champ qu’il a étudié avec passion. On lui doit la mise en valeur de bien des richesses. Sa mort est une perte pour la science ; elle nef sera pas moins déplorée à Paris, où il avait de nombreux amis, que dans son pays natal et son pays d’adoption.
- VARIÉTÉS ASTRONOMIQUES
- Les Éclipses en 1892. — L’année 1892 présentera quatre éclipses, deux éclipses de Soleil et deux éclipses de Lune : 1° Du 26 avril à 7h,56m du soir au 27 avril à 14 minutes du matin, éclipse totale de Soleil, visible seulement sur la côte occidentale du Pérou, du Chili et de la Patagonie, dans les îles orientales de l’océan Pacifique et à la Nouvelle-Zélande. 2° Du 11 mai à 9h,20m du soir au 12 mai à 46 minutes du matin, éclipse presque totale de Lune, visible à Paris. ô° Le 20 octobre, de 4h,25m à 9h,7m du soir, éclipse partielle de Soleil, visible seulement aux Antilles, dans presque toute l’Amérique du Nord, sauf la côte occidentale, y compris le Mexique, et dans le Nord de l’Amérique du Sud. 4° Le 4 novembre, de, 2h,19m à 5\50m du soir, éclipse totale de Lune, en partie visible à Paris, ou la Lune se lève à 4h 29m.
- Les Années bissextiles. — L’année 1892 est bissextile, c’est-à-dire est une année de 566 jours; son mois de février aura 29 jours au lieu de 28 qu’il a en année ordinaire de 565 jours. Ces années bissextiles reviennent ordinairement tous les quatre ans, mais par exception, nous n’en aurons plus qu’une dans ce siècle, ce sera l’année 1896. Ensuite on sera huit ans, jusqu’en 1904, sans avoir d’année bissextile, et le mois de février 1900 n’aura que 28 jours. Il en a été de même en 1800 et en 1700, mais la dernière année du vingtième siècle, l’an 2000, sera bissextile, de même que tous les 400 ans, comme 1600, 2000, 2400, etc. Toutes ces règles et exceptions ont pour but de conserver les saisons astronomiques sensiblement aux mêmes dates de l’année.
- La Lune en janvier. — La Lune éclairera de plus en plus le soir du 1er au 14 janvier, puis de moins en moins jusqu’au 19, pour reprendre le 50. Le matin, elle éclaire de plus en plus à partir du 7, puis de moins en moins du 22 au 27, pour ne reprendre que le 5 février.
- Reconnaître Vénus. — Les personnes qui ne connaîtraient oas la belle planète Yénusne pourront pas manquer d’y arriver en remarquant que le 1er janvier à 5 heures du soir, elle se trouve à environ dix fois la largeur de la pleine Lune à gauche du mince croissant lunaire, au couchant, et que la Lune se sera transportée, le 2 à 6 heures du soir, à douze fois la même largeur à gauche de Vénus.
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- LA NATUllE.
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- Distance de la Terre au Soleil. — C’est le samedi 2 janvier à 11 heures du soir que notre Terre sera le plus près du Soleil de 1891 à 1895. Elle va s’en éloigner jusqu'au 1°' juillet pour s’en rapprocher ensuite. Cette plus petite distance sera 14(3 006 100 kilomètres. Le 5 janvier à midi, elle en sera déjà plus loin de 200 kilomètres, et le 10, de 19 400 kilomètres de plus encore.
- Les Marées. — Grandes marées d’hiver le 1er janvier au soir et le 2, matin et soir, peu dangereuses. — Faibles marées le 8 au soir et le 9 au matin, d'un quart seulement plus faibles que les grandes marées des 1er et 2. — Grandes marées le 14 au soir, le la, matin et soir, et le 10 au matin, un peu moins fortes que celles du 1er et j 2 janvier. — Faibles marées le 25 au soir et le 24 au matin, bien plus faibles, d’un bon tiers, que celle des 8 et 9.
- Distance de la Lune à la Terre. — Mardi 5 janvier, le diamètre Nord-Sud du croissant lunaire prendra sa plus forte grandeur apparente vers 9 heures du soir, pour diminuer ensuite d’une manière sensible jusqu’au mardi 19 vers 11 heures du soir. Ce fait vient tout simplement de ce que le 5 janvier, la Lune est plus près, et le 19, plus loin de nous.
- Étoiles filantes. — La nuit du samedi 2 janvier, on verra quelques étoiles filantes de plus que d’ordinaire, mais on pourra en voir tous les jours du mois, et principalement du 7 au 12, puis le 18 et le 28.
- Retrouver Jupiter. — Yoici une occasion de reconnaître la belle planète Jupiter, qui a été prise l’an dernier pour l’étoile de Bethléem, puis pour l’étoile temporaire de Tycho-Brahé, à son premier retour depuis 1572. Lundi 4 janvier, vers 9h 20m du soir, la Lune, près de se coucher, aura près d’elle, au nord, c’est-à-dire de notre côté, la planète Jupiter. Le lendemain mardi, Jupiter se couchera plus d’une heure avant la Lune.
- Jostru Yinot.
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- CHRONIQUE
- La ligne télégraphique souterraine de Berlin à Munich. — C’est le 21 août dernier que Berlin et Munich ont été reliés souterrainement par le télégraphe. Ce n’est pas d’ailleurs sans difficultés que l’opération a pu être menée à bien ; de longs pourparlers avaient été nécessaires entre les autorités impériales et celles des pays traversés par le câble. Après un accord intervenu entre les gouvernements badois et wurtembergeois, les villes de Karlsruhe et de Stuttgart avaient été reliées entre elles et au réseau de l’Empire par un télégraphe souterrain. Aujourd’hui la capitale de la Prusse est reliée souterrainement avec les capitales de tous les États de l’Allemagne du Sud (15e, 14e corps, 1er et 2e Bavarois). Le câble est formé de sept fils de communication, ce qui, tant au point de vue commercial qu’à celui de la défense du pays, est d’une importance capitale. La nouvelle ligne a une longueur de 741 kilomètres avec 5187 kilomètres de fil, dont : 415 kilomètres, soit 2891 kilomètres de fil appartenant au réseau d’empire; 528 kilomètres de fil en territoire bavarois. Des embranchements souterrains permettent à Berlin et Munich la communication avec les points intermédiaires de Dresde, Chemnitz, Nuremberg, Ingol-stadt. Les frais d’installation s’élèvent à 4 millions et demi de marks (mark = lf‘,25), dont 2 millions et demi au compte de l’administration des télégraphes d’empire et
- 2 millions à celui de la Bavière. La nouvelle ligne traversant le Fichtelgebirge et l’Erzgebirge saxon a nécessité; au passage de ces montagnes, de grands travaux de déro-chement qui ont présenté de sérieuses difficultés. Strasbourg (et ses forts) et Mulhouse (avec Neuf-Brisach) sont aussi en ce moment reliés par une ligne télégraphique souterraine. Les travaux sont en cours d’exécution.
- Emploi «les écorces de mimosa. — On commence à importer d’Adélaïde (Australie) à Marseille des écorces d’une espèce de mimosa connue sous le nom de inagnosa. Par sa grande richesse en tanin, l’écorce de mimosa (nom adopté dans le commerce) est appelée à rendre des services spéciaux pour la tannerie. Déjà, en Angleterre et dans le nord de la France, elle est recherchée pour les cuirs destinés à la maroquinerie, le mimosa ayant la propriété de donner aux peaux une légère teinte rouge. En raison même de la forte proportion de tanin qu’elle contient, M. Gaillard, de Marseille, a eu l’idée de l’employer comme anti-incrustant. En effet, les composés lanniques donnant de bons résultats pour prévenir les incrustations, l’écorce de mimosa peut rendre de réels services. Sous son influence, les incrustations se désagrègent et les précipités se présentent sous forme de poudre fine facile à expulser par les robinets de purge. L’écorce de mimosa vaut de 40 à 45 francs les 100 kilogrammes sur le marché de Marseille, car elle est exempte des droits de douane lorsqu’elle est importée directement des pays hors d’Europe.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance publique annuelle du 21 décembre fl 801
- Présidence de M. Dcchaiitrc
- La séance annuelle a été ouverte par M. Duchartre, président, qui a pi'ononcé un très remarquable discours consacré en entier à la mémoire des hommes illustres que l'Académie a perdus pendant l’année : Cahours et Edmond Becquerel parmi les membres ; Ibanez, Ledieu, Boileau et de Andrade Corvo parmi les correspondants. « Heureusement,, conclut éloquemment l’orateur, la science dans son ensemble peut être comparée à l’Hydre de la Fable, qui reproduisait immédiatement ses tètes perdues : sans cesse, en effet, de nouveaux savants succèdent à ceux que la mort a enlevés et peuvent continuer, parfois même, à élargir l’œuvre que les premiers avaient poursuivie. »
- La proclamation des prix décernés a eu lieu ensuite. MM. Chabaud-Arnaud, M. Pollard, M. Dudebout et M. Guyon se partagent le prix extraordinaire de mécanique. Le prix Montyon (mécanique) est décerné à M. Caméré ; le prix Plumey, à M. de Maupéou; le prix Dalmont, à M. Considère; le prix Fourneyron, à M. Leloutre. M. Bigourdan reçoit le prix Lalande; MM. Gaillot, Cal-landreau et Schulhof reçoivent trois prix Damoizeau; M. Vogel, le prix Valz, etM. Rayet, le prix Janssen.—Le prix Lacaze (physique) est décerné à M. Yiolle; le prix Montyon (statistique), à MM. Cheysson et Toqué. — Le prix Jecker (chimie organique) est partagé entre MM. Béhal et Meunier; le prix Lacaze (chimie), à M. Joly. M. Bar-rois reçoit le prix Delesse; M. Guignard, leprix Bordin (botanique); M. Berlese, le prixDesmazières; M. Jumelle, le prix Montagne; MM. Costantin et Dufour, le prix Thore. — Le grand prix des sciences physiques, àM. Jourdan; leprix Bordin (zoologie), à M. Beauregard; le prix Savigny, à M. Lionel-Faurot. En médecine et chirurgie, MM. Bastre, Duroziez et Lannelongue reçoivent des prix
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- Montyon; M. Tscherning, le prix Barbier; M. Poirier, le prix Godard; M. Brouardel, le prix Chaussier; MM. Car-lier et Mireur, le prix Bellion; M. Courmont, le prix Mège; MM. de la Tourette et Cathelineau, le prix Lallemand. — Le prix Monlyon (physiologie) est donné à MM. Bloch et Charpentier ; le prix Lacaze (physiologie), à M. Arloing; le prix Pourat, à M. Glev, qui reçoit en même temps le prix Damourette. MM. Grehant, Bay et Broussct se partagent le prix Montyon (arts insalubres). Le Geological Survey des Etats-Unis reçoit le prix Cuvier; M. Rivière, le prix Trémont; M. Serret, le prix Gegner ; M. Ilalphcn, le prix Jean Beynaud. Le prix Petit d'Ormoy (sciences mathématiques) revient à M. Goursat; le prix Petit d'Ormoy (sciences naturelles), à M. Léon Vaillant. M. Douliot reçoit le prix Leconte, et M. Champy, le prix Laplace.
- La séance s’est terminée parla lecture d’une Notice historique sur Henri Milne-Edwards, par M. Berlhelot, secrétaire perpétuel. C’est un morceau de haute éloquence dont se sont délectés les auditeurs et que les lecteurs s’arracheront. La biographie, faite de main de maître, remplie de traits touchants et frappants, est complétée par une haute discussion de l’œuvre scientifique de Milne-Edwards, où se trouve exposé avec une autorité sans égale le célèbre principe de la division du travail.
- « C’est l’honneur de Milne-Edwards, ajoute M. Berthelot, d’avoir montré toute la portée de ce principe et d’en avoir suivi les applications avec une finesse d’aperçus, une logique de méthode, une force de déduction incomparables. Quelque étendue que soit l’œuvre d’un savant, quelque autorité personnelle qu’il ait pu avoir de son temps, son nom ne demeure devant la postérité que s’il est attaché soit à la découverte ou a la démonstration de quelque fait éclatant, soit a la mise en lumière de quelque idée générale et au développement de ses conséquences dans l’ensemble d une science. Milne-Edwards a eu cette bonne fortune, ce talent, cette gloire durable : c’est par là que son nom restera parmi ceux des premiers naturalistes français du dix-neuvième siècle.)) SrxMSLAS Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- EXPÉRIENCES AVEC DES BULLES DE SAVON
- L’air enfermé dans une bulle de savon est soumis à une pression qui, soit dit en passant, est proportionnelle à la courbure de la bulle, c’est-à-dire inversement proportionnelle à son rayon lorsqu’elle est sphérique. Cette pression a été fréquemment me-
- surée, mais sa détermination exacte exige quelques appareils et une certaine habileté. En revanche, il est très facile de démontrer son existence et meme de la rendre visible à tout un auditoire ; il suffit, pour cela, de souffler une bulle sur un petit entonnoir, à large tubulure, comme l’embouchure d’un cornet à piston, puis de diriger le courant d’air sortant de l’orifice sur la flamme d’une bougie, qui se couche, et peut même s’éteindre au moment où la bulle, avant de rentrer entièrement dans l’entonnoir, exerce son maximum de pression. La figure ci-dessous reproduit une photographie obligeamment communiquée par C.-Y. Boys, membre de la Société royale de Londres, et montre l’arrangement de l’expérience.
- Nous en décrirons une autre due également à M. Boys. Les phénomènes de diffusion des gaz à travers les membranes sont rarement démontrés expérimentalement dans les cours élémentaires; on peut
- le faire bien simplement :
- On verse, dans une cloche de verre, dont l’ou-vertureestdirigée en haut quelques gouttes d’éther, qui se volatilisent en remplissant la cloche d’une vapeur lourde ; on peut d’abord rendre évidente l’existence de cette vapeur en laissant descendre dans la cloche une bulle de savon, qui s’arrête, et flotte à un certain niveau. Puis, après avoir crevé cette bulle, on en souille une autre, que l’on plonge dans la vapeur. Lorsqu’on l’en retire après une demi-minute environ, on remarque qu’elle a perdu sa forme gracieuse, et quelle pend tristement au-dessous de l’entonnoir. Si, maintenant on approche une bougie du col de celui-ci, on voit s’allumer une flamme longue de plusieurs centimètres, qui brûle tant quelle est alimentée par le mélange d’air et d’éther remplissant la bulle. En préparant cette expérience, il faut reboucher immédiatement la bouteille d’éther, et ne verser que la quantité de liquide nécessaire à l'effet que l’on veut produire. La bougie doit être à un niveau supérieur au bord de la cloche ; si l’on négligeait ces précautions, on s’exposerait à une explosion, qui pourrait offrir un certain danger.
- C.-E. G.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TiSsaxdied.
- Expérience d’une bougie éteinte au moyen d’une bulle de savon.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9
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- N* 1)7 0
- 2 JANVIER 1892
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- L’INDUSTRIE DES YIEUX CHIFFONS1
- « LA LAINE RENAISSANCE »
- Jusqu’en 1840, les chiffons de laine n’avaient en France qu’un emploi : l’engrais, qu’un débouché :
- l’agriculture. On raconte qu’un soir de l’hiver de 1858, un paysan de Maine-et-Loire s’amusait à effilocher les bas tricotés qu’il portait, et dont les trous attestaient un usage immodéré. Lorsqu’il eut réuni un certain nombre de brindillons, l’idée lui vint de les carder et, ainsi qu'il l’avait vu faire, il
- Atelier d’effilochage des chiffons de laine de l’usine de M. G. Dcffaux, à Paris, et détail de la machine à effilocher les chiffons.
- ensima son produit pour le mieux détricoter et surtout pour en éloigner tout soupçon sur l’origine; puis, muni de la laine obtenue, il alla trouver un petit filateur et lui demanda s’il en pouvait tirer parti. Sur la réponse affirmative de ce dernier, un marché fut conclu, et aussitôt notre paysan acheta tous les vieux bas bleus qu’il put trouver, cette cou-
- 1 Suite et fin. — Voy. n° 946, du 18 juillet 1891, p. 99. î(l° année. — 1er semestre.
- leur lui ayant été imposée par le filateur qui y trouvait une économie de teinture d’au moins 2 francs par kilogramme. — A partir de ce moment, le commerce des chiffons de laine et l’industrie de la laine régénérée, ou Laine renaissance, entraient dans la période embryonnaire (nous disons embryonnaire), car pour arriver en l’état où cette industrie se trouve actuellement, que de déboires éprouvés, que de difficultés aplanies! A côté des obstacles matériels
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- LA NATURE.
- venait se placer le mauvais vouloir du filateur, du foulonnier, du marchand, qui refusaient de travailler ou de vendre le nouveau produit; néanmoins cette mauvaise volonté disparut en présence du bénéfice à attendre, en même temps que s’évanouissaient les obstacles sous les efforts du progrès. La nouvelle industrie préparait l’instauration d’une autre industrie dont le développement a élé si rapide : nous voulons parler de la Confection qui doit son succès à la laine renaissance, grâce à laquelle aujourd’hui les classes peu aisées peuvent substituer le vêtement de laine à celui de coton.
- Au début de l’industrie de l’effilochage, l’état rudimentaire des machines ne permettait de travailler que certaines catégories de chiffons, telles que les tricots ; au fur et k mesure des perfectionnements, on effilocha les molletons, puis les flanelles vieilles, les mérinos; les progrès s’accentuant toujours, on traita les étoffes drapées, voire les feutres ; enfin le dernier mot fut dit, lorsqu’on utilisa les déchets de chiffons. Ces diverses sortes de produits ont donné lieu k la création de deux qualités bien distinctes, le Mungo et le Shoddy.
- Ces appellations d’origine anglaise nous amènent k dire que l’on est redevable k l’Angleterre, bien qu’arrivée la dernière, du véritable processus de l’industrie qui nous occupe, et dont le centre actuel est k Dewsbury, où pendant longtemps, avant la découverte de l’effilochage, il existait des machines qui déchiquetaient les couvertures de laine; le produit, vendu aux tapissiers et aux selliers, servait k remplacera laine dans les matelas, au garnissage des meubles ou des objets de harnachement. Lorsque l’inventeur de la première machine k effilocher, M. Parr, eut produit sa première balle de laine, il n’entrevit pas, tout d’abord, la possibilité de la vendre pour en faire du drap. On lui conseillait même de renoncer k faire marcher sa machine, ce k quoi il répondait dans le dialecte du Yorkshire : A mun go, ou en bon anglais, It must go (elle doit marcher). Le mot est resté; en terme de métier, Mungo désigne tout ce qui se fait en draps foulés ; quant au mot Shoddy, il s’applique k tout ce qui est effiloché en laine peignée, tricotée, couverture, tapis, molleton, etc.
- Maintenant que voilà nos lecteurs superficiellement initiés, nous allons pénétrer dans un atelier d’effilochage dont notre gravure représente une partie; mais voyons d’abord le traitement que subit a matière première. A leur arrivée, les chiffons sont l’objet d’un battage mécanique destiné k éliminer les dernières traces de poussière que le triage a pu laisser; on procède, après le battage, k un classement minutieux par nature (drap, fantaisie, mérinos, bas, tricot, etc.), auquel succède une classification par couleur et par nuances de couleur (c’est ainsi que les bleus donnent dix nuances, les marrons quatre, les verts trois, etc.); ce triage terminé, chaque nuance est reprise et soumise k un examen attentif au cours duquel toute trace de coton
- doit disparaître (fils, ourlets, couture, droguet, c'est-à-dire les chiffons appelés « chaîne-coton » ; ceux-ci sont traités d’une façon spéciale appelée « Carbonisation », dont nous parlons plus loin.) Après ces différentes manutentions, on passe k l'ensimage ou lubrification des chiffons, destinée k faciliter une partie des transformations mécaniques ultérieures ; la matière grasse employée est l’huile d’olive ou l’acide oléique, ce dernier de préférence, parce que le dégraissage se fait plus facilement et plus rapidement que si l’on employait un corps de nature végétale. L’opération de l’ensimage consiste à étendre les chiffons en couches peu épaisses, qu’on arrose d’oléine dans une proportion qui varie avec la nature et le poids des chiffons ; dans cet état, ceux-ci sont prêts à l’effilochage qui s’effectue avec les machines que l’on voit sur le dessin, et dont le détail est indiqué d’une façon plus complète dans l’angle supérieur de notre planche.
- L’organe principal de ces machines est un tambour d’un diamètre variant entre 50 centimètres et 1 mètre, et garni, sur sa surface externe, de pointes en acier au nombre de 8000 à 12 000. Les chiffons sont étalés par l’ouvrière sur une toile sans fin, et viennent s’engager entre deux cylindres cannelés appelés alimentaires, tournant avec une vitesse de 5 k 12 tours k la minute, suivant la plus ou moins grande dureté de la matière traitée. Les pointes d’acier passent k 1 ou 2 millimètres des alimentaires. On devine ce qui se passe : aussitôt que le chiffon se présente, il est en quelque sorte déchiqueté par les pointes d’acier du tambour qui tourne k raison de 800 k 1000 tours. La laine effilochée reste sous forme de duvet entre les pointes et en est détachée, et entraînée dans la caisse placée sous la machine, par l’action énergique du courant d’air engendré par le rapide mouvement de rotation du système. Mais il arrive que des morceaux de chiffon sont arrachés sans être effilochés; ils sont alors projetés tangentiellement au tambour, en vertu de leur poids et de la force centrifuge, contre les parois du chapiteau ; ils tombent dans une sorte d’auge placée à l’extrémité de chaque machine ; lk ils sont repris et remis sur la toile sans fin. (Cette séparation des morceaux est indiquée sur notre gravure par l’échancrure figurée k cet effet.) Toutes les machines sont recouvertes d’un chapiteau ou caisse en bois, afin d’éviter que les produits de Tune ne se mélangent avec ceux d’une autre dont la nuance n’est pas la même. Des contre-poids, placés k l’extrémité de bras de levier, agissent sur les alimentaires augmentant ou diminuant la pression des cylindres, selon qu’on a affaire à du « Mungo » ou k du « Shoddy ».
- La laine effilochée en duvet est ensuite soumise k l’action d’une cardeuse k hérissons ; celle-ci la transforme en une nappe légère et continue, d’un mètre de large environ ; dans cet état, la « laine renaissance » est prête pour la filature.
- L’art de l’effilocheur ne consiste pas seulement dans la conduite des opérations précitées, il lui faut
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- résoudre certains problèmes qui nécessitent une connaissance approfondie de la combinaison des couleurs ; quand il effiloche des chiffons bleus, marrons ou blancs, il obtient de la laine renaissance bleue, marron ou blanche, cela va sans dire; mais le fila-teur a souvent besoin de nuances intermédiaires, il envoie un échantillon a l’effilochcur qui est obligé de livrer un produit semblable. Nous avons été à même de voir une nuance bleue obtenue en mélangeant à Y effilochage des chiffons provenant de capotes de soldats, avec des chiffons fournis par les tuniques de facteurs : le résultat en laine renaissance était identique à l’échantillon. A côté de la question de couleur, vient se placer celle non moins difficile du prix. Pour y satisfaire, notre industriel a recours 'a des mélanges de différentes qualités : des chiffons vieux et neufs, par exemple, et dame ! il faut être du métier pour découvrir le stratagème qui est décelé par les connaisseurs, grâce à un phénomène de dichroïsme peu facile à percevoir. De son côté le filateur fait des mélanges de laine mère et de laine renaissance qui lui sont dictés par le prix de vente. Il s’ensuit que certaines étoffes sont fabriquées entièrement avec de la laine régénérée.
- Ce que nous venons de dire suffit amplement pour se faire une idée de l’énorme développement qu’a pris l’industrie de la laine renaissance, développement dont l’influence s’est fait sentir sur le prix des chiffons qu’on payait au début 5 et 4 francs les 100 kilogrammes, et qui valent aujourd’hui 25 et 50 francs la même quantité ; les rognures de flanelle blanche valant 20 à 50 centimes le kilogramme, il y a quarante ans, coûtent actuellement 550 à 400 francs les 100 kilogrammes. Aussi ce commerce, ainsi que les industries s’y rattachant, représente un mouvement d’affaires considérable; on peut admettre qu’annuellement chaque habitant, en France, met au rebut au moins 8 kilogrammes de diverses étoffes de laine, représentant, pour 56 millions d’individus, un chiffre de 288 millions de kilogrammes dont la valeur peut être évaluée à 150 millions de francs.
- D’un autre côté, en admettant qu’un mouton de petite taille donne lks,50 à 2k&,50 de laine et qu’un de grande taille fournit 5 à 8 kilogrammes, cela fait une moyenne de 4 kilogrammes par tête, sur lesquels il faut retrancher environ 40 pour 100 de perte; après nettoyage, désuintage, désurgeage, etc., on a 2ks,40 de laine utilisable; un calcul très simple montrera qu’il faudrait plus de 100 millions de moutons pour remplacer la laine artificielle, quantité qui est loin d’exister en France.
- 11 nous reste quelques mots à dire sur le traitement des chiffons appelés « Chaîne-Coton » dans lesquels la trame seule est en laine qu’il faut séparer. Ce traitement que l’on nomme Carbonisation, consiste à soumettre, dans des chambres ou appareils ad hoc, les chiffons dont s’agit, à l’action d’un courant de gaz chlorhydrique ; celui-ci attaque la partie végétale de l’étoffe, qu’un simple battage et brossage
- suffit à éliminer, laissant intacts les filaments de laine qui sont prêts ainsi à subir l’effilochage. Différents appareils rotatifs perfectionnés ont été imaginés, mais le principe reste le même; c’est d’ailleurs celui qui est connu sous le nom d’épaillage dans l’industrie du tissage.
- Nous ne croyons pas devoir terminer cette notice, sans remercier M. G. Deffaux, auprès duquel nous avons trouvé un accueil des plus sympathiques et qui, en mettant son usine à notre disposition, nous a initié aux différents détails de la fabrication de la laine renaissance, aidé dans cette tâche par M. E. Michel, qui nous avait déjà été d’un grand secours dans une autre circonstance.
- Paul Gahéry.
- LÀ TRÜFFITTE
- BOIS FOSSILE A ODEUR DE TRUFFE
- Au moment où les premières gelées vont nous ramener les truffes et remettre a l’ordre du jour ce précieux champignon, il nous paraît intéressant de faire connaître aux lecteurs de La Nature une curiosité géologique de notre pays : la Truffitte, variété de bois fossile à odeur de truffe. Dans le département du Gard, près de la ville de Pont-Saint-Esprit, il existe sur les bords du Rhône des dépôts de lignite d’origine lacustre, au milieu des terrains secondaires de la région. Cette assise est même assez importante pour donner lieu à une exploitation aux environs de Pont-Saint-Esprit, mais en arrivant vers le Rhône, les affleurements diminuent d’épaisseur et perdent toute valeur. C’est dans ces dernières couches que l’on rencontre, sur la berge même du fleuve et sur une longueur d’environ 60 mètres, des filons de lignite, au milieu desquels se trouvent les rognons calcaires, cristallisés, à structure fibreuse, qui nous intéressent. Ils se disposent en masses irrégulières, les unes arrondies, les autres aplaties, au milieu des zones de lignite qui les engainent. Ils sont de coloration grisâtre et ils présentent, suivant l’échantillon que l’on examine, quelques particularités. Sur les rognons arrondis, la cristallisation s est faite à la périphérie où l’on aperçoit de fines aiguilles perpendiculaires à l’axe du rognon. Le centre est tantôt cristallisé, tantôt seulement infiltré de matière calcaire sans cristaux; tantôt enfin, il présente à la fois le calcaire grenu et cristallisé, mais toujours séparé des cristallisations de la périphérie par une petite bordure de couleur brun noirâtre. Sur les échantillons aplatis, on aperçoit deux rangées, d’épaisseur variable, de ces fines aiguilles cristallines séparées comme sur les rognons arrondis par un minuscule interligne. Sur quelques points, on trouve de petites géodes tapissées des mêmes cristaux.
- Si l’on frappe, avec un corps dur, les parties cristallines de l’un de ces rognons, mais les parties cristallines seulement, ou mieux encore, si l’on frotte l’un contre l’autre deux fragments de cetfe
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- truffitte, on en de'tache aussitôt une poussière blanche formée de petits cristaux microscopiques et qui exhale une odeur de truffes très prononcée. On croirait avoir dans la main l’un de ces végétaux, mais le parfum se dissipant avec une grande rapidité, il faut, après quelques secondes, frapper la roche à nouveau, pour en dégager les particules odorantes. Cette particularité donne lieu à des surprises amusantes lorsqu’on fait sentir à une personne non prévenue cette odeur de truffes, et qu’au lieu d’une truffe on lui présente ensuite une pierre. Ajoutons que ces particules si odorantes n’ont aucune saveur et que leur parfum acquiert son maximum d’intensité lorsqu’on pulvérise une certaine quantité de cette matière cristalline.
- Qu’est-ce donc que cette pierre truffière? E. Dumas, l’éminent géologue qui a consacré à la géologie du Gard un livre du plus haut intérêt, et qui avait étudié le banc que nous signalons, avait parfaitement vu qu’il s’agissait d’un bois fossile. « Nous pensons, dit-il dans son ouvrage, que cette singulière substance que nous nommerons truffitte, est un bois fossile qui paraît avoir flotté dans la mer où se sont déposées les couches qui le renferment,parce qu’on le voit très souvent percé par des taretsdont les trous sont remplis d’un dépôt calcaire. »
- Voici l’explication que l’on peut donner du phénomène. Les eaux chargées de carbonate de chaux se sont infiltrées dans l’épaisseur des branches de ces bois, dans la moelle notamment, où elles ont ensuite cristallisé pour former les rognons arrondis. Elles ont pénétré entre les branches, entre les divers fragments de ces mêmes bois où elles ont formé les rognons irréguliers et aplatis que nous avons signalés; mais le phénomène est plus complexe, et il y a autre chose qu’une simple cristallisation de carbonate de chaux. Ces eaux ont entraîné des matières animales provenant de la décomposition des êtres qui y vivaient, et ce sont précisément ces matières animales infdtrées et comme emprisonnées au milieu de la matière cristalline qui donnent, lorsqu’on les frotte, ce parfum de truffe. Telle était bien l’opinion d’Emilien Dumas, qui rappelle à ce propos une analyse faite par Vauquelin, d’un madrépore analogue à notre truffitte. Tel est aussi l’avis de M. Sta-
- nislas Meunier, qui a bien voulu examiner nos échantillons, et qui a eu l’extrême obligeance de nous montrer, dans la collection du Muséum, une pierre truffitte présentant avec la nôtre les plus grandes analogies et provenant du département de l’Orne.
- La truffitte offre donc au point de vue géologique un réel intérêt; mais on pouvait se demander s’il n’était pas possible d’utiliser ses curieuses propriétés. Si l’on place, en effet, une truffe dans une caisse renfermant des œufs, le parfum de la truffe pénètre à travers les coquilles, et l’on peut ainsi se passer le luxe de manger à bon compte des œufs aux truffes. Nous avons pu de cette façon conserver le parfum de la truffe, pendant plus de trois semaines, à des œufs qui avaient été en contact avec deux truffes de moyenne grosseur pendant trente-six heures seulement. Guidé par cette petite expérience culinaire, nous avons essayé de faire jouer à la
- truffitte le rôle d’une truffe du Périgord : nous avons donc pulvérisé quelques fragments et nous en avons recouvert un œuf placé lui-même dans une boîte bien fermée. Au début, le parfum était très prononcé, mais, lorsque, après trois jours, nous ouvrîmes la boîte, il s’était notablement affaibli et cependant l’œuf n’en avait guère bénéficié, car nous n’avons pu, avec la meilleure volonté du monde, lui trouver le moindre goût de truffe. Nous avons essayé alors d’isoler le principe volatil en traitant les fragments finement pulvérisés et très odorants, par l’alcool, par l’huile, mais ces expériences n’ont pas été plus heureuses que les précédentes. Nous eûmes alors la pensée de dissoudre ces fragments par l’acide chlorhydrique qui décompose le carbonate de chaux et met en liberté la matière organique, puis de reprendre ce liquide par l’alcool absolu. Nous avons obtenu ainsi un liquide de consistance semi-sirupeuse qui possède bien une faible odeur, mais, à vrai dire, ce n’est plus là la truffe. La truffitte reste donc, en dernière analyse, une curiosité naturelle qui méritait d’être signalée, mais, en cas de disette de truffes, les gastronomes feront bien de ne pas trop compter sur elle, car, malgré tout notre désir, nous ne pourrions répondre à leur attente et farcir de truffitte le moindre pâté de foie gras. Dr Paul Raymoad.
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- Truflilte. — A. Zone périphérique cristallisée et à structure fibreuse des rognons arrondis. — B. Partie centrale cristallisée ou non. — G. Fragments de lignite engainant les rognons. — D. Masse calcaire au centre de laquelle se trouve la truffitte. — E. Rognon aplati : mêmes cristallisations en aiguilles.
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- TENTE DE MARCHE ET DE VOYAGE
- De tout temps la tente a été une espèce de pavillon en grosse toile, que l’on dresse en pleine campagne pour se garantir du soleil et des injures du temps.
- Les anciens patriarches vivaient sous la tente ; c’est encore la seule habitation des peuples nomades.
- Les armées grecques et romaines se faisaient suivre de tentes qu’on dressait chaque fois que le besoin d’un repos un peu prolongé se faisait sentir. Nos ancêtres les Gaulois, dont M. Charles Garnier nous a si bien reconstitué l’habitation à l’Exposition universelle de 1889, employaient la tente montée sur chariot (fig. 1).
- Fig. 1. — Une tente du temps des Gaulois.
- L’usage des tentes se perdit au moyen âge parce qu’on ne faisait pas la guerre pendant l’hiver. Sous Louis XIV on en munit à nouveau les troupes.
- Pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, à Valmy comme à Waterloo, les soldats campaient en plein air ; la Révolution n’était pas assez riche pour offrir des abris mobiles à ses soldats, et l’Empereur faisait si souvent pivoter ses grenadiers, qu’ils n’avaient pas le loisir de camper.
- Depuis, les sentiments d’humanité ont fait leur chemin, dans l’armée comme ailleurs, et on ne voit plus, en aucun cas, les soldats s’endormir à la belle étoile ; il n'y a pas jusqu’aux ponts des navires qui ne soient garantis et protégés par de fortes toiles tendues, solidement accrochées aux mâts et aux cordages.
- Fig. 2. — Nouvelle tente de marche et de campagne, système Picot. — 1. Vue d’ensemble de la tente. — 2. Monture de la tente en acier creux. — A, B. Emboîtements. — C. Cordes à tendeur dites Croix de Saint-André. — D. Brisures. — E. Crochets fixant la toile. — F. Pitons d’attache des cordes C. — G. Crochets pour vêtements, revolver, etc. — 3. Fixation du pied de la tente.
- Malgré cela, on peut dire que presque tous les systèmes de tentes employées sont défectueux ; c’est toujours le même mode enfantin de fixation à l’aide d’un mât central sur lequel on s’appuie, des arbalétriers pour former l’écartement du haut et tenir la tente ouverte, puis au moyen de piquets on tend
- la toile, et l’ensemble du système tient, ou à peu près, quand les éléments sont calmes.
- Mais vienne le gros temps, que le vent prenne la tente de face ou par un angle, il tend à déraciner les piquets, et si ceux-ci sont enfoncés dans un sol ferme, c’est la toile qui cède et se déchire au droit
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- de l’œillet, car à cet endroit la chaîne et la trame de la toile sont perforées pour laisser passer l’œillet : le tirage a lieu tout entier en regard des fils coupés. Quelle que soit la solidité de la toile, elle finira par se déchirer.
- Cet inconvénient se présente aussi bien pour les tentes carrées que pour celles qui sont rondes, et toutes ont l’embarras, l’ennui de ce mat central qui prend le meilleur de l’emplacement et empêche d’en disposer d’une façon rationnelle.
- Quant aux autres formes de tentes dont on a vu tant d’échantillons à l’Esplanade des Invalides pendant l’Exposition universelle, leur construction ne les mettait à l’abri de l’arrachement que grâce a leur charpente massive, d’un poids qui leur enlevait toute mobilité.
- L'idéal était d’avoir des tentes légères, solides, d’un montage instantané, se fixant dans tous les terrains et ne devant pas leur adhérence au sol par le seul fait de la fixation du piquet.
- M. Picot y est arrivé très simplement, en appliquant le fameux principe du levier d’Archimède. Considérons en effet un pied d’attache F (lig. 2, n° 5). Nous y voyons une embase en tôle d’acier embouti dans laquelle vient se fixer un montant d’angle dont la partie inférieure terminée en pointe, II se fixe dans le sol. Un levier articulé prenant à l’embase et ayant une longueur variable suivant l’importance de la tente, se rabat sur le sol. On le fixe par un piquet à crochet comme l’indiquent les numéros 1 et 2 de la figure 2, ou bien avec un poids mort, pavé, sac de terre, servant de contrepoids. On a ainsi un point absolument fixe, d’autant plus fixe que le levier est plus long et la charge plus lourde. Avec quatre montants ainsi fixés et reliés par la barre transversale A (fig. 2, n° 2) on peut dire que la monture de la tente est rivée au sol. La tente n’est plus retenue comme dans tous les autres modèles, par des piquets liés à la toile, mais bien par sa monture proprement dite, ce qui lui donne une solidité considérable.
- La monture, la toile et le crochet qui est fixe, forment un ensemble indissoluble, et pour assurer la rigidité du sommet on y accroche des cordes à tendeurs, dites croix de Saint-André, prises d une part aux arbalétriers ËB, et de l’autre au point fixe F.
- De sorte que si le vent attaque là tente sur une de ses faces, les deux parallèles BB sont poussées, et tout l’elfort se porte sur les points I) et F où la toile est attachée et ne peut ni céder, ni s’arracher, ni ripper. Les montants et les arbalétriers sont en acier creux, ceux-ci sont articulés pour permettre le repliage comme l’indique la légende de la figure 2. Le poids de la monture est de 7k«,500 pour une tente de 2m,50 X lm,50 comme celle représentée figure 2. Le poids de la toile, variable suivant la nature de celle-ci, est de 8 à 10 kilogrammes, et peut descendre à 6 kilogrammes si c’est de la ramie. Impossible de rien imaginer de plus léger et de plus solide.
- Notre figure 2 (n° 1) représente une tente, type officier, semblable à celles qu’ont emportées le commandant de génie Marmier et les officiers d’état-major qui l’accompagnent au Soudan. Elle a trois ouvertures dont une pouvant former véranda avec l’aide de deux piquets ou de deux fusils placés sur .Me sol.
- Pour les pays équatoriaux il est indispensable de doubler la toile avec de la satinette verte pour atténuer les rigueurs du soleil et la fraîcheur des nuits. Cette tente rend également les plus grands services au bord de la mer. Deux personnes peuvent la déplacer facilement.
- Le lit qui figure sous la tente, en forme de chaise longue, et dont aucun mat central ni autre entrave ne vient gêner le développement, a été créé spécialement pour les longs voyages; il se plie facilement et peut être ramené à un volume de 7 décimètres cubes ; son poids varie de 6 à 8 kilogrammes, suivant qu’il est en acier creux ou plein.
- "Un sac en toile spéciale, imperméable, de dm,20 de longueur, permet de loger ensemble la tente et le lit qui forment en tout le poids d’environ 22 kilogrammes.
- Des officiers, faisant partie de l’expédition Archi-nard, ont rapporté leur lit pour en faire changer la toile ; la monture n’avait aucunement souffert après deux années et demie de service. 11 en est de même des tentes qui supportent sous tous les climats les températures les plus variables, sans détérioration apparente, après plusieurs années d’emploi.
- Yves GuÉnox.
- ACCLIMATATION EN EUROPE
- DU « IUIUS VERNICIFERA ))
- Le professeur Khein, à son retour du Japon, il y a six ans, planta, dans le jardin botanique de Francfort, quelques pieds de l’arbre à laque (Rhus vernicifera), d’où les Japonais tirent le suc dont ils se servent pour façonner leurs fameux ouvrages en laque. Il y a maintenant à Francfort trente-quatre spécimens en bonne santé de l’arbre à laque, qui ont 50 pieds de haut et 2 pieds de large, en comptant un mètre environ b partir du sol. Les jeunes arbrisseaux, issus des graines fournies par les premiers arbres, sont dans une condition resplendissante. La preuve semble donc faite, par là, de la possibilité de cultiver l’arbre à laque en Europe, et il ne reste plus à examiner que le point de savoir si le suc se trouve modifié par les conditions différentes d’habitat. Afin de s’en assurer, le professeur Hhein a incisé les arbres du jardin de Francfort, et a envoyé une certaine quantité du suc au Japon, où il sera mis en œuvre par des artisans japonais, qui dresseront un rapport sur sa manière de se conduire dans l’exécution des travaux en laque. En attendant, quelques-uns des plus habiles chimistes de l’Allemagne s’occupent à analyser comparativement des échantillons du suc fourni par les arbres de Francfort et de celui envoyé du Japon. Dans le cas où les résultats qu’ils obtiendront concorderaient favorablement avec les conclusions du rapport qui sera envoyé du Japon, il est de toute probabilité que le Rhus vernicifera sera largement planté dans les jardins publics
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- de l’Allemagne et dans d’autres endroits encore. Plus tard, il faudra faire venir du Japon un ouvrier habile dans l’art de laquer le bois, pour former des élèves, et, de cette façon, on pourra espérer introduire en Europe un art et un métier nouveaux. Le professeur Rhein a déjà conféré avec les autorités de Kew au sujet des résultats possibles de son expérience1.
- LES INSTITUTIONS SANITAIRES
- DE LA AILLE DE I'ARIS I. --- REFUGES DE NUIT
- Parmi les services publics de la Ville de Paris, qui concernent l’hygiène et l’assistance publiques, il en est, d’installation récente, qui présentent un intérêt manifeste au point de vue de la charité publique, de l’état sanitaire de la cité et aussi au point de vue scientifique. Ce sont les refuges de nuit, les stations de désinfection et les stations d’ambulances, qui sont du ressort de la Préfecture de la Seine. Nous allons successivement les passer en revue, en nous efforçant de justifier l’intérêt que ces institutions nous semblent mériter.
- liefuges de nuit. — Il suffit d’avoir vu, fùt-ce une fois, les longues files de malheureux qui attendaient autrefois l’heure de l’entrée auprès des refuges municipaux de nuit, pour se rendre compte de la nécessité d’avoir de tels établissements dans une agglomération aussi considérable que celle de notre capitale. De tout temps le droit d’asile a été l’apanage des détenteurs de la puissance publique; dans une démocratie comme la nôtre, ce droit doit s’exercer dans sa plénitude, mais il peut alors être légitimement tempéré par des garanties nécessaires contre l’abus qu’on en pourrait faire. Nous n’avons pas à étudier ici ce problème, à la fois difficile et complexe; ce n’est pas le lieu. Qu’il nous suffise de dire que l’asile offert à un malheureux ne saurait être que momentané, si celui-ci n’est ni infirme ni malade, s’il est encore valide; la charité qu’on lui fait doit toujours être considérée comme un secours passager, lui permettant de se tirer de peine. Une assistance prévoyante ne doit pas revêtir le caractère d’une aumône.
- Trois refuges municipaux existent actuellement à Paris : deux pour les hommes, quaide Valmy et rue du Chàteau-des-Rentiers, et un pour les femmes, rue Fessart. D’autres sont en projet, qui ne tarderont pas, sans doute, à être construits, car ceux qui fonctionnent ont peine à satisfaire aux demandes, à certaines époques de l’année. On se rappelle que l’an dernier, au cours de l’hiver alors très rigoureux, il fallut multiplier le nombre de ces asiles provisoires et même y affecter une partie des galeries inoccupées du Champ de Mars.
- L’aÿle de la rue Fessart est un refuge-ouvroir exclusivement destiné aux femmes sans travail. La durée du séjour y est, au maximum, de trois mois; pendant ce temps, les femmes sont logées, nourries,
- 1 D après le Moniteur scientifique.
- vêtues et blanchies, mais elles doivent s’employer à divers travaux de couture, blanchissage, etc. A tour de rôle, des heures de sortie leur sont accordées pour leur permettre de trouver du travail. Parmi elles sont des filles-mères, enceintes ou ayant de jeunes bébés; on sait, en effet, combien celles-ci éprouvent de difficultés à se procurer de l’ouvrage, soit qu’elles aient abandonné la province pour venir accoucher dans la grande ville ou qu’elles aient été renvoyées de la place qu’elles occupaient.
- Les deux refuges pour les hommes ne sont occupés que la nuit et seulement trois nuits consécutives par chacun de ceux qui viennent y demander l’hospitalité. On n’y peut revenir que deux mois après cette période de trois jours. Il n’est plus nécessaire d’y attendre au dehors son tour d’entrée ; les cartes d’admission, valables pour la nuit, sont délivrées toute la journée, pour autant que l’asile renferme de places. Chacun de ces établissements met ainsi, tous les soirs, deux cents lits à la disposition des malheureux, sans asile et sans ressources; mais la population quotidiennement recueillie s’élève, en réalité, à 240 personnes en moyenne.
- Ils se composent essentiellement d’un bureau de réception, de salles de nettoyage, de réfectoires et de dortoirs, non compris diverses salles annexes. La figure 3 montre la disposition générale de l’un de ces établissements, celui du quai de Valmy, auquel est également adjoint, comme dans la rue du Châ-teau-des-Rentiers, une station de désinfection figurée à gauche sur le plan et dont nous reparlerons dans ' notre prochain article.
- Après avoir franchi le seuil de la porte qui s’ouvre à la nuit tombante et traversé la cour 1, le réfugié attend son tour d’entrée sous un abri placé en 2, puis il passe dans le couloir qui longe le bureau de réception 3. L'a il doit donner ses nom, adresse, profession et autres renseignements propres à justifier son identité, tels que livret d’ouvrier ou livret militaire, puis il se rend immédiatement par le corridor 4 dans la salle de nettoyage 7 où il se dépouille de ses vêtements (fig. 1). Après avoir laissé ceux-ci sur un banc, il doit enduire toutes les parties de son corps avec du savon phéniqué ou crésylé, mis à sa disposition par les agents qui surveillent avec le plus grand soin toutes ces opérations ; puis il se rend sous un appareil à ablutions d’eau chaude, appareil formé de grosses pommes d’arrosoir; les pieds sont dans un baquet également plein d’eau. Le nettoyage et l’arrosage de toutes les parties du corps ayant été ainsi pratiqués, l’homme revêt une chemise, un pantalon et une veste fournis par l’établissement. Pendant ce temps ses vêtements et linges de toute sorte ont été portés à la station de désinfection, annexée à l’établissement ; le lendemain matin, a son lever et pour sortir du refuge, l’homme échange ces effets prêtés contre les siens, propres, assainis et purifiés.
- Cela fait, l’homme passe par le corridor 6 et reçoit, devant le guichet de la cuisine 5, sa part
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- d’aliments qu’il va consommer dans le réfectoire (8) aux tables qui y sont disposées (fig. 2). Les rations sont : pour chaque homme, le soir, un litre de
- soupe au pain et aux légumes; le matin, au moment de son départ, un morceau de pain de 550 grammes environ. Comme boisson, de l’eau
- Fig. 1. — Salle de nettoyage du refuge municipal de nuit du quai de Valniy, 107, à Paris.
- légèrement additionnée de gentiane et de réglisse. Ainsi nettoyé et alimenté, le réfugié se rend dans
- l’un des dortoirs 9 (fîg. 5) où il s’étend sur l’un des lits, disposés par longues files de 25 dans de grands
- Fig. 2. — Réfectoire du refuge municipal de nuit.
- hangars chauffés en hiver et aérés en été. Il y trouve un lit de fer muni d’un matelas, d’un traversin, de draps et d’une couverture, qui sont également maintenus dans un parfait état d’assainissement et de propreté. Les sommiers de ces lilfe présentent une
- disposition nouvelle et qui offre un grand intérêt : ils sont formés d’un cadre métallique dans lequel est tendue une grosse corde roulée plusieurs fois, de façon à présenter un treillis losangique. L’élasticité d’un pareil système est excellente, sa propreté faci-
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- Fip. 3. — Refuge municipal de nuit, quai de Valmy, 107, et station municipale de désinfection, 6, rue des Récollets, à Paris. — Vue générale.
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- lement assurée et son prix de revient extrêmement faible.
- Si on ajoute, à ces divers locaux, les postes (n°12)des gardiens, le logement (11) du directeur et des latrines (10) qui devront être bien aménagées, on a, avec les magasins, parcouru toutes les parties de ces établissements tenus avec une propreté parfaite et très soigneusement dirigés, où tout a été combiné en vue de l’utilité bien plus que pour un luxe architectural qui serait assez déplacé ; car ici toutes les ressources doivent être employées au but à atteindre, à savoir l’assistance la plus large possible aux déshérités du sort.
- Un peu de statistique témoignera de l’importance de tels établissements.
- En 1886, fut fondé le refuge de la rue de la Bù-clterie, aujourd’hui détruit pour la percée de la rue Monge; jusqu’à sa fermeture, en trois ans et demi, t il avait recueilli 45 680 personnes.
- Le refuge de la rue du Château-des-Rentiers a reçu, en trois ans, 50 569 personnes. Celui du quai de Valmy, que nous venons de décrire, a donné asile à 125752 réfugiés, soit 24 017 en 1887, 30 452 en 1888, 25 094 en 1889, 24 435 en 1890 et 21 776 déjà en 1891. Le total général donne 221 801 personnes ainsi recueillies, lesquelles représentent 665405 nuits passées dans ces établissements, depuis leur création.
- Ajoutons que l’an dernier, 181 457 personnes ont été admises dans les refuges provisoires installés pendant la partie la plus rigoureuse de cet hiver exceptionnel.
- Le nombre des réfugiés varie très peu chaque mois dans chacun de ces asiles ; car ils sont presque toujours pleins.
- On est singulièrement étonné, lorsqu’on parcourt la liste des professions des personnes qui frappent à la porte de ces établissements, de voir combien, en dehors des journaliers, des hommes de peine, des manœuvres qui en forment la majeure partie, on y trouve de gens qui étaient dans une situation relativement favorable et même plusieurs, en trop grand nombre, ayant exercé des professions libérales, plus ou moins lucratives. La population cosmopolite qui les fréquente est généralement besogneuse ; les criminels fuient de pareils rassemblements; les déclassés les évitent le plus possible. Les purotins, les pilonneurs à la lettre ou au pied de biche, les trimardeurs y sont maintenant à titre tout à fait exceptionnel. Ce n’est pas l’un des moins douloureux tableaux de la lutte pour l’existence que l’on voit ainsi se dérouler dans ces asiles où s’entassent tant de malheureux. Il faut surtout les plaindre, en effet ; car on n’a pas tardé à reconnaître que s’il en est quelques-uns parmi eux qui paraissent spéculer, au profit de leur paresse, sur la charité municipale, ce sont là des exceptions, et la très grande majorité a réellement besoin de cet asile momentané ; ceux-là n’y restent même pas toujours les trois nuits réglementaires et ont pu, grâce à ce secours, retrouver la force nécessaire
- pour obtenir l’ouvrage qui venait de manquer, ou recueillir les ressources qui leur permettent de retourner au pays qu’ils n’auraient pas dit quitter. Au refuge du quai de Valmy, il y a eu 1165 rapatriements en 1890.
- L’une des particularités qui frappe dès l’abord, le visiteur de ces asiles, c’est de voir le nombre assez grand de lettres qui tapissent les vitres du bureau d’admission, attendant leur propriétaire, qui n’a pas craint d’y donner son adresse comme s’il s’était agi de quelque hôtel meublé. Les destinataires de ces lettres sont généralement des malheureux qui y sont depuis un jour ou deux déjà, et s’y font envoyer des correspondances en réponse à leurs demandes d’emploi, ou d’autres qui ont déjà quitté le refuge ; rarement il s’agit d’individus qui poussent la précaution jusqu’à prévoir, longtemps à l’avance, qu’ils useront à tel jour de l’hospitalité de la Ville de Paris. Quoi qu’il en soit, la Municipalité rend, par ces refuges, des services signalés à une partie nombreuse de la population; elle y est aidée par l’habile et intelligente direction donnée à ces établissements par M. Menant. Il y avait lieu d’agir en cette circonstance avec discrétion, simplement et avec dévouement; on y a parfaitement réussi.
- I)r A.-J. Martin.
- — A suivre. —
- LA PHOTOGRAPHIE ET LES FALSIFICATIONS
- Les applications de la photographie, au point de vue judiciaire, ne sont pas encore très nombreuses, mais elles ont déjà une importance qu’on ne saurait méconnaître : le relèvement de l’état des lieux après un crime, de la position de la victime, constituent des documents de grande valeur : la multiplication des portraits d’un inculpé en fuite et leur envoi immédiat à la police a permis souvent des arrestations rapides : enfin la photographie obligatoirement prise de tout prévenu qui passe au Dépôt, rend de grands services pour éviter les fausses déclarations et établir l’identité d’un individu qui a déjà passé par les mains de la justice. Mais ce n’est pas encore tout. La photographie est appelée à rendre des services encore plus grands dans le cours de certaines expertises. On connaît les beaux travaux de M. Gobert, l’habile expert des tribunaux qui, sur un billet à ordre gratté et surchargé, vint apporter, au moyen d’une épreuve agrandie, la preuve indéniable du faux ; qui, dans une autre affaire, montrait à grande échelle deux signatures paraissant identiques sur les originaux et offrant, cependant, à l’agrandissement des différences indiscutables. Dans le même ordre d’idées la comparaison de deux pièces de monnaie, l’une vraie et l’autre fausse, met immédiatement en lumière, même pour le moins exercé, l’écart qui sépare la pièce authentique de la pièce fausse1.
- 1 Voir A. Ponde, La photographie moderne, Paris, Masson, 1888, p. 167 et suivantes.
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- Dans le premier cas, c’est grâce à la merveilleuse faculté de la plaque sensible de distinguer certaines colorations que notre œil ne saurait apercevoir, que l’écriture ancienne faite avec une encre différente a pu être distinguée sous la nouvelle. Dans les autres, la photographie est intervenue pour grossir des objets trop petits ou des détails de ces objets, et en montrer, par l’agrandissement, d’une façon tout à fait maniteste, les différences si faibles qu’elles fussent.
- Étant données, d’autre part, l’impartialité et la sincérité de la photographie, on comprend comment, en justice, elle peut avoir un poids considérable pour apporter la preuve écrite du faux et la rendre facilement visible pour tous. C’est pourquoi, si elle peut être appréciée à un haut degré par l’accusation, elle est vivement combattue par la défense qui voudrait contester l’exactitude de cette arme dangereuse.
- Dans un récent procès qui vient d’être jugé aux assises de la Seine, on a pu se convaincre de l’avantage que la photographie peut apporter dans certaines affaires délicates, et de l’opposition qu’elle peut rencontrer dans la bouche d’un avocat habile, désireux avant tout d’écarter les preuves les plus graves de la culpabilité de son client.
- U s’agissait d’un procès intenté par l’Etat à un industriel soupçonné d’avoir fait usage de faux poinçons appliqués sur des alliances. On sait que tout bijou est contrôlé par des agents de l’État et que cette marque n’est apposée que si le titre est légal. Pour faire l’insculptation du poinçon, on place la bague sur une enclume spéciale que l’on nomme la bigorne. Celle-ci n’est pas lisse, mais porte, gravés avec une finesse extrême, une série d’insectes tous différents les uns des autres, de sorte qu’outre la marque l’objet portera à l’intérieur une seconde empreinte que l’on nomme la contremarque. Suivant l’endroit de l’enclume sur lequel la bague aura porté, on obtiendra la reproduction de tels ou tels insectes.
- Les poinçons sont, eux aussi, des merveilles de gravure et ils ne peuvent être exécutés que par quelques artistes de premier ordre : leur dimension est de 2 millimètres seulement. Ils représentent une tête d’animal et portent, en plus, une marque particulière spéciale à chaque bureau de garantie. L’intérêt qu’il peut y avoir à éviter le contrôle de l'État est de permettre la vente de bijoux qui n’ont pas le titre légal, ou lorsque le titre est légal de réaliser un bénéfice illicite en évitant de payer les droits de poinçonnage.
- Dans l’affaire dont nous parlons, les nombreux bijoux saisis furent confiés à M. Riche, l’habile directeur des essais de la Monnaie. Le titre en fut reconnu légal, mais la plupart présentaient des marques et des contremarques suspectes. L’examen le plus minutieux en fut fait par deux habiles graveurs, MM. Lagrange et Dubois, et, étant donné le nombre des pièces, dura de longs mois. Les con-
- clusions des trois experts furent que les marques incriminées n’avaient pu être obtenues avec le poinçon de l’État et qu’elles étaient dues à l’usage de poinçons faux. En effet, non seulement l’aspect général de la marque fausse était différent de celui de la marque authentique, mais encore dans aucune des contremarques on ne trouvait trace d’un détail quelconque ressemblant même de loin aux gravures si fines de la bigorne.
- Dans l’intention d’apporter à la cour d’assises des documents confirmant les résultats obtenus par les hommes du métier, M. Riche nous fit demander si l’on pourrait procéder par la photographie à des agrandissements des pièces inculpées. Les jurés, de cette manière, pourraient avoir sous les yeux les marques bonnes et mauvaises, et cela sans être obligés de faire l’examen au microscope dont l’emploi exige une certaine expérience et une habitude souvent longue à acquérir; de plus, les épreuves des différentes pièces étant disposées les unes à côté des autres, la comparaison en devient singulièrement facile.
- Nous acceptâmes de faire ce travail et, après de nombreux essais, nous sommes arrivé à des résultats absolument satisfaisants dont nous donnons la reproduction dans cet article.
- Les difficultés que nous avons rencontrées tiennent principalement aux reflets du métal qu’il faut éviter d’une manière absolue. D’autre part, il est Fig. 1. — Une baguedor nécessaire d’avoir un éclairage aTec la raa™iue du
- . u, poinçon. — (Grandeur
- particulièrement intense, et dWcuiion.)
- dirigé d’une façon toute spéciale pour bien mettre en lumière la partie à reproduire.
- Voici, en quelques mots,- le dispositif que nous avons employé. Nous montons sur la platine d’un microscope horizontal la bague à examiner. Un dispositif spécial nous permet de la centrer exactement, et de placer rigoureusement le plan de l’empreinte dans un plan perpendiculaire à l’axe optique de l’objectif. On sait, du reste, que ces conditions sont nécessaires pour obtenir une image exempte de déformations. La bague était éclairée par un faisceau de lumière oxhydrique concentrée au moyen d’une lentille sur la partie à reproduire. La direction de la lumière faisait avec l’axe optique de l’objectif un angle aussi aigu que possible. Le microscope portait un objectif de très faible grossissement, dont l’image était reprise par un oculaire de fort grossissement.
- Une chambre noire horizontale également s’adaptait au tube du microscope et permettait de recevoir l’image sur la plaque sensible. Les temps de pose ont varié de cinq à dix minutes pour un grossissement de 12 diamètres.
- Pour les contremarques, la bague était coupée et le fragment portant l’empreinte de la bigorne monté comme précédemment. Les pièces qui nous ont été
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- Fig. 2. — Poinçon pour les bijoux en or (marque (lu Havre). Fac-similés d’agrandissements photographiques. — N° 1. Poinçon de l’Etat. — N0* 2 et 3. Poinçons faux.
- confiées en grand nombre étaient soit des empreintes de poinçons vrais, soit des empreintes de poinçons soupçonnés. Nous en donnons ici quelques reproductions i. Le numéro 1 de la figure 2 représente une tête de cheval portant la marque du Havre, c’est l’empreinte du poinçon vrai de l’État; les numéros 2 et 5 représentent les empreintes de deux poinçons faux qui ont été retrouvées sur toute une série de bagues. La différence, à l’échelle du grandissement, est énorme et il n’y a aucune confusion possible. Nous avons d’ailleurs fait reproduire à taille égale une bague sur laquelle on aperçoit la marque en grandeur tout à fait exacte (fig. 1).
- De même pour les contremarques, la figure o .représente deux empreintes authentiques dans deux régions différentes de la bigorne, dans l’une on voit le mormolis (n° 1) et dans l’autre le clairon (n° 2), deux insectes parfaitement reconnaissables. Au contraire, dans la figure 4 qui est la reproduction de deux contre-marques fausses, on ne rencontre rien qui ressemble, en quoi que ce soit, aux gravures si fines de la bigorne.
- Les différences sont telles, sont si évidentes, qu’aucun doute n’est possible. La défense a bien essayé de faire dévier la question lors de notre déposition et de faire écarter cette preuve éclatante du faux, en prétendant que la photographie était incapable de reproduire les vraies dimensions des objets et que, par suite, dans l’espèce, elle devait être suspecte.
- Mais si de pareilles objections peuvent être faites devant la justice et dans l’intérêt d’un client compromis, nous ne saurions trop, cependant, nous éle—
- 1 Les reproductions de nos clichés en ce qui concerne la marque et les contremarques authentiques, n’ont été laites
- Fig. 4. — Contremarques fausses. Fac-similés d’agrandissements photographiques.
- ver contre des arguments qui ne tendraient rien moins qu’a rabaisser la photographie dont l’une des qualités les plus indéniables est précisément celle de la sincérité et de l’impartialité de l’exécution.
- Pour donner des preuves de l’exactitude que l’on
- peut obtenir dans ces études, nous avons eu, par erreur, à reproduire, à un mois d’intervalle, la même pièce. A la simple inspection du cliché, nous
- avons immédiatement reconnu que le bijou en question avait déj'a été photographié par nous. Si la photographie pouvait apporter par elle-même des causes
- de déformation, il eût été difficile d’obtenir deux épreuves qui étaient identiques au point de se superposer rigoureusement l’une à l’autre. M. Riche avait fait exécuter également des recherches du même genre par le Laboratoire municipal. Le dispositif employé n’a pas été le même que celui qui nous a servi, mais néanmoins les résultats obtenus sur les mêmes pièces sont absolument concordants.
- Du reste, nous l’avons déjà dit, la photographie
- n’est intervenue dans cette affaire que pour matérialiser en quelque sorte la conviction absolue des experts compétents ; le procès s’est terminé par la condamnation de l’accusé.
- Dans toutes les affaires du genre de celle dont nous avons parlé, la photographie pourra seule apporter la preuve indiscutable du fait reconnu par les experts et contribuer ainsi, pour une part indéniable, à la recherche de la vérité.
- Albert Lovde.
- qu’avec approximation relative par le dessinateur, alin de bien donner leur aspect, mais non le dessin exact : le lecteur comprendra facilement que nous n’avons pas cru devoir en donner le fac-similé rigoureux. Au contraire les marques et contre-marques fausses sont reproduites littéralement.
- DIETqiCH)
- . 3. — Contremarques (le hijoux d’or. — Fac-similés d’agrandissements photographiques. — N“* 1 et 2. Empreintes des poinçons de l’Etat.
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- CULTURE ARTIFICIELLE DU RAISIN
- Les statistiques des douanes donnent les chiffres d’importation des fruits frais provenant de la Belgique et de l’Allemagne, de Jersey, etc. Ces différents pays nous envoient par an pour 28 à 29 millions de francs de fruits, non compris les oranges, les caroubes, citrons, etc.
- La plupart de ces fruits proviennent de la culture artificielle en serre. Rien ne s’oppose à ce que nous produisions nous-mêmes de la même 'façon, surtout en ce qui concerne le raisin, ce que nous empruntons à l’étranger. 11 y aurait là une importante source de bénéfices pour notre industrie. Il existe déjà en
- France des installations importantes et nous avons fait connaître à nos lecteurs les grandes serres de Bailleul et de Roubaix pour la culture de la vigne1. Mais on ne saurait trop encourager ce mode de culture particulièrement intéressante et productive.
- Nous sommes à même de donner à ce sujet, à nos lecteurs, quelques renseignements pratiques peu connus.
- Pour produire 1 kilogramme de raisin (culture artificielle en serre), il faut environ 50 kilogrammes de houille. Cette culture devient donc une industrie indiquée aux pays riches en production de houille ; de là, l’adoption de cette industrie rémunératrice2, en Belgique, en Allemagne, en Angleterre. Depuis
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- Samedi matin ,30 Mai 1891.
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- Samedi 13 Juin.. Ces demicrstSjowrs ont'été trcs-mauoair, pas de soleil, pas de lumière, pas de' chaleur.
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- Samedi, 11 Juillet.
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- Samedi, 27 Juin.
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- Samedi, 1erAoût. _ La çdloratwnsecontàme^
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- Mardi, \\hovt.-Ji?/J a un degré de maturitéplus avancé que lc2)f0 2.
- Lundi, 17 grains des grappes
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- Lundi,22 Août. _ bas raisins ont maente nant leur grosseur et la coloration.^ est devenue, uniforme/ ; lesS?sKset2. sont bien murs, ce sont des chasselas ____F.HmsV.Si,
- Grandeurs comparatives de grains de raisin obtenus en culture forcée. (Réduit au tiers de la grandeur naturelle.) — Expériences comparatives. — Les n°* 1 et 1 bis représentent des grains de raisins obtenus sous verres coulés et-sur deux grappes différentes (la grappe 1 bis est moins avancée au début de l’essai.) — Les n°* 2 et 2 bis représentent des grains obtenus sous verre à vitre et sur deux grappes différentes.
- quelques mois, la hausse énorme des charbons, de plus de 50 pour 100, a changé ces conditions, et puisqu’il faut maintenant 100 kilogrammes de houille pour obtenir un kilogramme de raisin, une très forte partie du bénéfice disparaît.
- Cette industrie spéciale aurait les chances les plus favorables de développement dans le nord, dans l’est de la France, pays industriels (à proximité de Paris), là où on consomme des quantités considérables de houille, là où on produit le verre et la fonte nécessaires à la construction de ces serres.
- Comme engins de production de la chaleur nécessaire à la culture, les foyers à dalles perforées dans lesquels on brûle et on utilise tous les résidus des loyers industriels peuvent être spécialement recommandés. La poussière noire, grenue des usines, était un embarras pour les villes, et en encombrant les
- routes, les allées des jardins, etc., donnait à ces pays déjà assombris par les fumées locales un aspect désagréable et quasi funèbre. Cette poussière, contenant encore de 25 à 30 pour 100 de carbone, est utilisée avantageusement dans les foyers dont nous parlons et qui sont construits par MM. Michel Perret.
- On peut arriver au moyen de ces foyers à chauffer les serres, avec des dépenses insignifiantes de combustible résidu. Grâce à leur emploi, la culture du raisin, d’autres fruits et de primeurs quelconques, est indiquée dans tout pays industriel.
- Dans nos pays du Nord trop souvent privés des rayons du soleil et où les changements brusques et
- 1 Voy. n° 921, du 24 janvier 1891, p. 120.
- 2 Le prix des raisins varie actuellement de 6 à 10 francs le kilogramme de janvier à mai. Eu 1891, il varie de 15 à 20 francs exceptionnellement.
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- fréquents de la température amènent des perturbations incessantes dans la végétation, il faut suppléer à l’insuffisance de la chaleur solaire par un chauffage aussi économique que possible. Mais il ne suffit pas de chauffer économiquement une serre pour la culture des fruits, il faut encore conserver cette chaleur, tout en permettant à la lumière d’accomplir son œuvre physiologique. Il y a donc là des recommandations à faire au sujet du vitrage, comme il y en avait pour le chauffage.
- Théoriquement, on devrait superposer deux feuilles de verre laissant entre chacune d’elles une couche d’air isolante de quelques centimètres, mais ce moyen amènerait des complications de construction dont la conséquence serait une augmentation dans la dépense de premier établissement. Pratiquement, on ne peut songer à vitrer les serres qu’à l’aide d’une seule feuille de verre, et pour atténuer la déperdition de chaleur interne, il convient de donner à la feuille de verre une plus forte épaisseur. Cette épaisseur ne doit pas être exagérée, car elle nécessiterait l’emploi de fers spéciaux et compliquerait considérablement — tout en augmentant le prix de revient — l’ossature de la serre.
- Les verres que les Anglais fabriquent sous le nom de Rolledplate, verres que l’on fabrique en France depuis longtemps et dont l’aspect, la résistance (à cause de la cuisson plus parfaite) sont tout à l’avantage de la fabrication française, paraissent tout indiqués pour cet usage. La résistance de ce verre aux agents atmosphériques (orages, grêle, neige, etc.) est considérable, et quoique la dépense de premier établissement puisse paraître plus élevée qu’en employant le verre à vitres, il est incontestable que cette différence de prix sera bien vite compensée par les avantages qui viennent d’être énumérés.
- Un savant industriel qui a fait des expériences très sérieuses sur le mode de culture du raisin en serre, que nous venons de faire connaître, nous a communiqué le curieux diagramme que nous reproduisons (p. 77) ; il donne les résultats obtenus avec l’emploi des verres à vitre ordinaires et des verres coulés. Gaston Tissandier.
- TREMBLEMENTS DE TERRE DU SALVADOR
- DES 8 ET 9 SEPTEMBRE 1891
- Le territoire de la République du Salvador a été ébranlé par de fortes secousses de tremblements de terre, qui se sont fait sentir avec une terrible intensité les 8 et 9 septembre 1891.
- La République du Salvador est située sur le Pacifique entre 15° 12' et 14° 28' de latitude nord et 87° 57' et 90° 6' de longitude occidentale du méridien de Greenwich; les États qui l’avoisinent sont le Honduras et le Guatémala.
- Le système orographique du Salvador rend bien compte des crises périodiques qui ébranlent son sol. On y connaît plus de douze volcans voisins de la mer, sur une ligne montagneuse, dirigée du nord à l’ouest et du sud à l’ouest, qui se joint aux chaînes volcaniques de Honduras et de
- Guatémala, pour aller reconstruire, un peu plus loin, le majestueux système des Andes, interrompu par l’isthme de Panama. Les plus célèbres volcans sont : le haleo, qui surgit en 1770; le Saint-Michel, d’une hauteur de plus de 2000 mètres; le volcan Saint-Vincent, magnifique cône de 7852 pieds de hauteur, celui du San-Salvador qui atteint à 8225 pieds au-dessus du niveau de la mer.
- Avec un pareil système de fractures sur une faible étendue, avec un sol dont les assises souterraines ne sont ni bien tassées, ni bien consolidées, les sismes sont fréquents et terribles. En effet, la ville de San-Salvador, capitale de la République, a été détruite différentes fois; les dates des années 1575, 1595, 1025, 1050, 1798, sont célèbres par les catastrophes qu’elles rappellent ; mais les plus récentes sont celles de 1859, 1854 et surtout celle de 1875, la plus terrible et la plus complète des catastrophes. C’est la troisième fois que San-Salvador a été détruite par des tremblements de terre dans le cours de ce siècle. En avril 1854, il ne resta pas une seule maison debout; dans le tremblement de terre du 9 septembre 1891, outre la capitale qui a été fortement secouée et ruinée, les villes de Analquito, Comasagua, Cojutepèque, Santa-Tecla, San-Pedro-Masahuit, etc., ont été détruites et d’autres fortement éprouvées. Les pertes matérielles sont énormes.
- Carie schématique des systèmes volcaniques du Centre-Amérique.
- (D’après M. de Moutessus de lîallorp.)
- Les premières secousses commencèrent à se faire sentir au 8 septembre; cependant quelques jours avant on avait des indices de perturbations sismiques. Les volcans de San-Michel et d’Izaleo entrèrent brusquement en éruption ; on entendit dès lors de profonds bruits souterrains et les secousses devinrent d’autant plus fortes que ces bruits se répétaient plus fréquemment.
- Les secousses étaient assez fortes à San-Salvador dans la nuit du 8 septembre ; mais ce fut dans la matinée du 9 que l’ébranlement le plus intense secoua la ville et la contrée.
- Le 9 septembre, à deux heures cinq minutes du matin, un mouvement oscillatoire et vertical très fort fit trembler la ville ; sa durée fut d’environ 20 secondes ; les effets de destruction en furent terribles. Les murs des maisons se fendent et tombent avec bruit ; le sol qui tremble fait entendre comme d’horribles détonations, comparables aux coups de terre répétés et successifs d’un violent orage ou au bruit d’un feu soutenu d’artillerie, dans une bataille fortement engagée. En outre, le ciel était noir et l’air imprégné d’une fine poussière chaude et pénétrante ; la panique était générale et les dégâts ont été considérables, tant à San-Salvador qu’aux environs, jusqu’à 110 kilomètres. Les mouvements sismiques durèrent cependant toute la matinée du 9 septembre, mais avec une intensité beaucoup moindre que celui de 2 heures 5 minutes qui fut le principal.
- Les secousses se sont propagées à une distance considérable de la capitale, dans l’Amérique méridionale et en particulier au Chili ; j’ai observé cette année des mouvements sismiques en relation avec les perturbations atino-
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- sphériques. La météorologie endogène, comparée à la météorologie extérieure, laisse un vaste champ ouvert aux recherches et aux observations. Au Chili, depuis le mois de juin dernier, j’ai'observé plusieurs tremblements de terre assez intenses : 29 juin, 5 juillet, 20 juillet,
- 8 août; mais celui du 12 septembre, trois jours après celui du Salvador, à l'autre extrémité de la chaîne andine, a été surtout intense; à 7 heures 5/4 du matin (heure de Santiago), deux fortes secousses se firent sentir : les cloisons bruissent et les lampes oscillent.
- A.-F. Nogcès,
- Ingénieur civil des mines en mission temporaire en Amérique.
- CHRONIQUE
- Le Haïs dans la fabrication de la bière. —
- Le Hendels Muséum signale l’apparition d’un nouveau produit de brasserie, à savoir : la bière faite avec du mais, dont la fabrication et la consommation en France prennent une extension toujours croissante. Le prix de revient de cette bière est bien au-dessous du coût d’établissement de la bière d’orge, sans compter qu'elle ne le cède en rien à cette dernière, au point de vue de la qualité. On n’a pas recours, dans la préparation de cette nouvelle boisson, à l’intervention d’un procédé de perfectionnement ; elle est le produit pur d’un malt fabriqué avec le maïs, et non (comme cela se pratique dans certaines contrées) le résultat d’un mélange de la farine de mais avec le moût d’orge. En considération du prix élevé de ces moûts, les brasseurs ont été pendant longtemps poussés à tenter le maltage d’une autre céréale, pour les besoins de la brasserie. Des essais ont été tentés avec le blé, le maïs, le riz, etc. Dans beaucoup de cas, il se produisait un développement insuffisant du principe saccharin, et l’absence de substances azotées solubles nuisait à la marche de la fermentation. 11 arrivait alors que la bière se gâtait par une fermentation subséquente et de plus qu’elle se trouvait dépourvue des matières albuminoïdes et des phosphates auxquels elle doit ses propriétés nutritives. Il paraît que l’emploi du malt de maïs donne un produit qui échappe à toutes ces défectuosités.
- Une église sur roues. — La Pullmann Company, de New-York, vient de construire une voiture de chemins de fer assez originale, et probablement la première de son espèce. Il s’agit d’une véritable église sur roues, construite sur les ordres de l’évêque de Dakota, et destinée à évangéliser les peuplades des villages et des hameaux établis dans le voisinage de la ligne de chemin de fer traversant le territoire. L’intérieur du wagon est divisé en deux compartiments, dont l’un est réservé au service personnel de l’évêque ; le second compartiment, consacré aux fidèles, renferme, outre une vingtaine de sièges pour les assistants, un autel, un pupitre, des fonds baptismaux, un orgue, etc.
- Conférence (( Scientia )). — Le dix-septième dîner de la conférence Scientia a eu lieu le jeudi 24 décembre 1891 à l’Hôtel Continental. Le dîner était offert à M. Janssen, de l’Institut, sous la présidence de M. Gaston Tissandier. Yoici la liste des membres présents à cette réunion : MM. A. Abadie, lieutenant-colonel Bassot, H. Bé-raldi, Dr Raphaël Blanchard, prince Roland Bonaparte, l'aul Bouchez, Bréhon, Paul Buquet, Dr Chambrelent, Dr Chauveau, IL Cordier, G. Eiffel, capitaine Fourtier, J. de Guerne, C.-E. Guillaume, E. Janssen, J. Janssen, de l’In-
- stitut, Laffargue, colonel Laussedat, Ch. Lauth, L. l’IIôte, Loiseau, D' Luys, Georges Masson, Pierre Masson, Du Mesnil, Stanislas Meunier, A. Moreau, L. Olivier, J. Poisson, Poyet, Dr Pozzi, Ch. Richet, E. Rivière, lieutenant-colonel de Rochas d’Aiglun, Alfred, Albert et Gaston Tissandier, Dr Topinard, J. Yallot, M. Yenukoff, Léon Yidal.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 décembre 1891. — Présidence de M. Duchartre.
- Le peigne des scorpions. — Au nom de MM. Charles Brongniart et Gaubert, M. Blanchard analyse une très curieuse découverte. Il s’agit des fonctions de l’organe pectiniforme des scorpions, considéré jusqu’ici comme tout à fait énigmatique, et que M. Blanchard, en 1855, avait supposé pouvoir jouer un rôle durant l’accouplement. Des observations directes de M. André Mares ayant fortifié cette hypothèse, MM. Brongniart et Gaubert ont procédé à l’anatomie du peigne qui s’est révélé alors comme constituant en outre un organe excitateur. En effet, du nerf qui parcourt le peigne, partent des rameaux qui se rendent dans chaque dent du peigne : arrivé à l’extrémité de celle-ci, le nerf se complète par un ganglion formé de cellules en chapelet et pourvues chacune d’un gros noyau. Les fibrilles nerveuses passent entre ces cellules et se terminent chacune dans une éminence conique. Elles sont munies d’une grosse cellule nerveuse avant d’arriver au bord externe de la couche chitinogène qui est fort épaisse à cet endroit. D’après les auteurs, il résulte de cette constitution que les peignes du scorpion servent aussi d’organe du tact. Tout en marchant, l’animal peut les faire mouvoir et il s’en sert pour apprécier les qualités du sol. Suivant eux, on peut supposer que les raquettes coxales des Galéodes ont les mêmes fonctions.
- Nouveaux sels doubles. — Une méthode générale de préparations des sels doubles de cuivre et d’ammoniaque est décrite par M. Fleurent dans un Mémoire présenté par M. Schützenberger. Elle consiste à soumettre en tubes scellés des sels de potassium tels que l’iodure, le bromure, le cyanure, etc., à l’action du chlorure de cuivre ammoniacal à différents degrés de concentration.
- Comme premier résultat de ce mode opératoire, l’auteur signale un cyanure double répondant à la formule : CuaCy2-l- AzIl4Cy + oAzH5 qui cristallise en lamelles hexagonales incolores et qui jouit d’une grande stabilité.
- Utilisation physiologique des courants électriques. — On sait que les courants électriques continus décomposent les substances placées au contact des électrodes, et il peut en résulter des combinaisons nouvelles et des transformations plus ou moins profondes. Partant de là, M. le Dr Foveau de Courmelles décrit des expériences qui paraissent de nature à fournir des applications physiologiques et même thérapeutiques. Ainsi, d’après l’auteur, si on enveloppe des cristaux d’oxalate de chaux d’une membrane dialytique animale et qu’on les plonge dans une solution saturée de carbonate de lithine, que parcourt un courant électrique continu, on ne trouve bientôt plus qu’extérieurement les substances insolubles. De même, si on injecte au sein d’une masse graisseuse de l’iodure de potassium et que l’on y fasse passer un courant continu, on entend un grésillement et peu à peu la masse se réduit en grumeaux.
- L'Annuaire du Bureau des longitudes. — Dans le nouveau volume de Y Annuaire, déposé par M. Faye sur
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- le bureau de l’Académie, on remarquera une série de Notices d’un haut intérêt. Par exemple, M. Tisserant a exposé tout ce qui concerne l’accélération séculaire du mouvement de la Lune et est parvenu, malgré la difficulté du sujet, à le mettre à la portée de tous les lecteurs. M. Bouquet a donné le compte rendu du Congrès géodésique tenu à Florence ; on y verra que l’ensemble des nivellements qui ont fixé le niveau des mers, représente trois fois le tour du globe. L’histoire des tentatives qu’il a récemment faites au sommet du Mont-Blanc a fourni à M. Janssen un chapitre hors ligne. M. Cornu décrit le nouveau système de mires lointaines qu’il a construites à Nice pour l’Observatoire de M. Bischoffsheim. Enfin on retrouvera avec plaisir dans le volume, les discours prononcés à Dax par M. l’amiral Paris et par M. Bouquet de la Grye à l’inauguration du monument de Borda.
- L'qnguillule de l'œillet. — 11 résulte des recherches de M. Jo-hannès Chatin que la chlorose des œillets est causée par la présence d’un parasite qui se trouve être précisément le terrible Heterodera Schachlii qui a exercé de si grands ravages sur la betterave.
- Varia. — Au nom de M. de Saporta, M. Gaudry fait hommage d’une très belle étude sur la flore tertiaire de Manosque (Basses-Alpes) et spécialement sur les palmiers et les nymphéacées de cette époque reculée. — D’après M. Lacroix, les roches stratifiées modifiées par l’incendie des houillères renferment, outre le pyroxène et l’anorthite déjà connus, des cristaux microscopiques de cordiérite. — M. Gernez étudie l’action des molybdates acides de soude et d’ammoniaque sur la sorbite. — Un nouvel examen des boi'ates métalliques est transmis par M. Daubrée au nom de M. Le Chatelier. — De nouvelles observations sur la membrane cellulosique occupent M. Mangin.
- — L’anatomie et la détermination de la rhizoctone violette, parasite qui s’attaque aux racines de la betterave, de la luzerne et d’autres plantes, sont définitivement fixées par M. Prillieux.— Comme conséquence d’observations physiologiques sur le gui,M. Bonnier arrive à conclure qu’à certains moments de l’année ce parasite fait réellement l’office de nourricier pour l’arbre, alors dépourvu de feuilles, sur lequel il s’est établi. — Le régime de la sardine océanique, en 1890, occupeM. Georges Pouchel. — M. Mascart décrit un phénomène optique qu’on n’avait pas encore observé. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- SINGULIÈRE EXPÉRIENCE DACOUSTIQUE
- A l’époque de réminiscence de fêtes de Noël et de jouets de jour de l’An, où nous sommes actuellement, nous sera-t-il permis de présenter à nos lecteurs une expérience de Physique, que nous ne conseillerons pas aux professeurs d’exécuter dans leurs cours, mais qui est peut-être de nature à divertir les élèves quand ils sont entre eux.
- Vous prenez un jeune homme, un peu naïf et bon enfant ; vous lui demandez de vous aider à faire une expérience d’acoustique, et le faisant asseoir devant une table, vous lui faites tenir entre les dents un verre à pied comme l’indique la figure 1. Pour démontrer la résonance des cloches, vous demandez au jeune patient de pousser des gémissements, des grognements, des cris gutturaux qui se répercutent dans l’espace confiné du verre. — « Laissez-vous couvrir la tête d’une serviette, mon ami, l’expérience sera bien plus saisissante ; » et vous enveloppez la tête, tenant toujours le verre entre les dents, d’une serviette sur laquelle vous avez fait à l’avance deux points au charbon. Que voient alors les spectateurs ? Une tête de cochon. — Vous priez l’expérimentateur de continuer ainsi à pousser ses hurlements plaintifs, dans le verre qui amplifie les sons; il exécute vos prescriptions avec complaisance, sans se douter du curieux aspect extérieur qu’offre sa personne, et si les assistants ne sont pas charmés de ce mode d’enseignement de l’acoustique, c’est qu’ils sont difficiles à satisfaire.
- Les gravures que nous reproduisons de cette amusante mystification, sont faitesd’après des photographies que nous a communiquées notre collaborateur M. A. Bergeret. Cette expérience n’est pas absolument nouvelle; mais nous ne croyons pas qu’elle ait jamais été si bien figurée. DrZ...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanrier.
- Fig. 2. — Le même expérimentateur enveloppé d’une serviette.
- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- LES INSTITUTIONS SANITAIRES DE LA MLLE DE PARIS1
- II. - STATIONS DE DÉSINFECTION
- Fig. 1. — Déchargement et désinfection de la voiture chargée du transport des objets contaminés aux stations municipales de désinfection
- de la Ville de Paris.
- Stations de désinfection. — Lorsque furent installés les refuges municipaux de nuit de la Ville de Paris, l’administration se préoccupa d’assurer la désinfection des vêtements abandonnés chaque soir par les réfugiés. Elle dut donner à ce service tonte l’extension indispensable ; aussi l’idée lui vint-elle, ainsi qu’à un grand nombre d’hygiénistes, de faire des installations ainsi annexées -aux refuges des établissements également ouverts au public.
- La station de désinfection, située rue des Récollets, G bis, et qui est en communication avec le refuge municipal de nuit du quai de Valmy, 107, que nous avons décrit dans notre précédent article, est actuellement le plus remarquable établissement de ce genre qui existe à Paris. Nos lecteurs trouveront d’autant plus d’intérêt, nous osons l’espérer, à en connaître la description, que nous leur avons déjà
- exposé 1 l'importance de la désinfection pour assurer la prophylaxie des maladies transmissibles. À l’aide
- du plan représenté dans notre précédente livraison, p. 75, on peut aisément se rendre compte de l’installation et du fonctionnement de ces établissements, édifiés avec une grande simplicité et beaucoup d’habileté par M. Bouvard.
- Ce plan général indique nettement l’ensemble de l’établissement, divisé en deux parties distinctes, et séparées par un mur continu : à gauche, le quartier d’arrivée des objets à désinfecter; à droite, le quartier des objets désinfectés; puis, à cheval sur l’axe, en bordure sur la rue des Récollets, un pavillon spécial réservé à l’administration, ayant accès spécial sur chacun de ces deux quartiers. Lorsque les voitures remisées en À reviennent du domicile pour lequel elles ont été demandées, elles rentrent par la cour
- Fig. 2. — Désinfection à domicile par les désinlecteurs de la Ville de Paris.
- 1 Suite. — Voy. n0 970, du 2 janvier 1892, p. 71 20e année. — 1er semestre.
- 1 Voy. n° 751, du 22 octobre 1887, p. 322.
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- B, et, après que l’un des désinfecteurs qui les accompagne a sonné à la porte extérieure, elles pénètrent sous le porche de déchargement C ; les objets sont déposés dans le magasin H ; puis les voitures passent dans la cour 1) où elles sont désinfectées ainsi que leurs attelages (fig. 5, p.75). Les chevaux dételéset désinfectés sont reçus dans l’écurie ménagée en S au fond de la cour à droite, et les voitures placées à l’abri dans la remise A. Entre cette remise et le porche de déchargement sont disposés en E et G, outre le magasin, des vestiaires, des lavabos et des privés à l’usage des employés chargés de la conduite des voitures; mêmes accessoires sont établis pour le personnel chargé de la désinfection des voitures, avec réfectoire attenant et logement du cocher au-dessus.
- Les objets contaminés sont reçus dans la salle H ; s’il est nécessaire, ils sont soumis, les linges particulièrement, à un rinçage dans un bac spécial ; puis on les place dans le chariot de l’une des étuves à vapeur sous pression encastrées dans le mur médian. Sortis par les portes situées en N, les objets désinfectés sont ensuite déposés sur les claies qui longent une partie des murailles de cette salle. Un incinérateur pour les objets sans valeur et des pulvérisateurs complètent le matériel de la désinfection. Une installation I, J, K, de vestiaires, lavabos et appareils de nettoyage sert au personnel qui manie les objets infectés, lorsqu’il veut sortir au dehors, par un corridor spécial donnant sur la rue. De plus, la communication entre la partie qui reçoit les objets contaminés et celle où sont déposés les objets après désinfection ne peut se faire qu’au moyen d’un passage M, divisé en trois parties avec un lavabo au centre, et dont les portes ne peuvent jamais être ouvertes à la fois. Le surveillant général a son bureau en 0 et son logement en L.
- Le départ des objets contaminés se fait à l’aide des voitures remisées en T, auxquelles on attelle l’un des chevaux dont l’écurie est en R, et qui viennent prendre livraison à une des portes de la salle N. Le personnel de cette partie de l’établissement a son réfectoire en P.
- Les objets du refuge de nuit qui en sortent chaque soir pour être désinfectés sont reçus en U dans la cour I) par un sas spécial ; après étuvage ou nettoyage antiseptique, ils reviennent au refuge par la porte Y.
- Cette description suffit pour se rendre compte de la séparation soigneusement établie entre les deux parties de la station de désinfection qui reçoivent, l’une, les objets infectés, et l’autre, les objets désinfectés. Les seules communications possibles entre la première et la seconde partie ont lieu par l’intérieur des étuves et par des couloirs à sas où l’on ne peut pénétrer qu’à la demande, après s’être nettoyé antiseptiquement et avoir abandonné les vêtements spéciaux qui sont obligatoires pour séjourner dans les locaux contaminés.
- Les procédés de désinfection en usage dans cet
- établissement sont : le passage par l’étuve à vapeur sous pression et le nettoyage à l’aide d’un pulvérisateur renfermant une solution de sublimé (bichlo-rure de mercure) de 1/1000 additionnée d’acide tar-trique à 5 grammes par litre et de quelques gouttes de teinture alcoolique de carmin d’indigo.
- Nous avons eu l’occasion de montrer ici même que la désinfection par la vapeur sous pression constituait le procédé le plus efficace, le plus rapide et le plus pratique qu’on connaisse aujourd’hui pour détruire tous les micro-organismes pathogènes et tous les germes des maladies transmissibles renfermés dans les tissus, les étoffes, les vêtements, effets à usage, matelas, objets de literie, etc. Les appareils usités sont ceux de la maison Geneste et Ilers-clier qui sont aujourd’hui employés par l’État et un grand nombre de villes et administrations publiques, françaises et étrangères; après quinze minutes d’étuvage et quinze minutes de séchage, la désinfection est complète.
- Quant aux pulvérisateurs, également dus aux mêmes constructeurs, ils ont pour effet de projeter à l’état de très fines gouttelettes, comme en un brouillard, le liquide antiseptique sur tous les objets qui ne peuvent passer à l’étuve, tels que les cuirs, les fourrures, etc., et aussi de pouvoir pratiquer à domicile la désinfection des locaux et de leur contenu, murs, plancher, plafond, meubles, etc. Avec la solution indiquée plus haut, ce mode de désinfection est fait rapidement, sans détérioration aucune même pour des objets de grand prix, pour peu qu’elle soit pratiquée avec quelque soin ; l’événement a maintes fois montré la parfaite efficacité de ce procédé. Il doit remplacer la désinfection par le gaz acide sulfureux, celle-ci étant difficile, toujours incomplète, illusoire dans les conditions de la pratique courante et d’une longueur qui en rend l’usage beaucoup plus nuisible qu’utile au point de vue de la généralisation de la désinfection.
- Les stations municipales de désinfection de la Ville de Paris sont ouvertes au public, gratuitement, soit qu’on y porte directement des objets contaminés, soit qu’on prie le personnel de venir chercher à domicile ces objets et, ce qui est indispensable, de pratiquer en même temps la désinfection de ce domicile. Le service est fait par des hommes spéciaux, dont l’expérience a été éprouvée, et il est surveillé avec beaucoup de soin par M. Menant, le directeur des affaires municipales, dans les attributions duquel il a été justement placé.
- Voici quelles sont les diverses opérations qu’il y a lieu de pratiquer pour opérer la désinfection en cas de maladie transmissible. Leur énumération peut paraître longue, mais pour peu qu’on se les représente avec quelque attention, on voit aisément combien elles sont simples et peuvent être rapidement bûtes.
- Au départ de la voiture, les désinfecteurs doivent s’assurer qu’elle contient le matériel ci-après : 1° la pompe à pulvériser et plusieurs flacons renfermant
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- le liquide désinfectant, lesquels llacons sont confiés à leurs soins et à leur responsabilité et ne doivent jamais être remis par eux à qui que ce soit ; 2° un flacon de permanganate de potasse renfermant 1 litre de solution à 0«r,80 pour 1000; 3° un sac de toile renfermant le costume de travail, soit pour chaque homme une calotte de toile, une blouse de toile ajustée au cou et aux poignets pour empêcher la blouse de flotter, un pantalon ou cotte de toile, des chaussures ; 4° plusieurs enveloppes fermées par n’importe quel moyen à l’exception des cordons de cuir; ces enveloppes doivent être de formes différentes pour les matelas, les oreillers, les traversins, les édredons et les effets ; elles sont marquées au coton rouge de numéros ou de lettres de très gros caractères ; elles seront ouvertes avant leur entrée dans l’étuve; 5° des chiffons destinés à l’essuyage;
- 6° deux grosses éponges, une brosse à main, une brosse montée; 7° un sac à outils; 8° une échelle articulée et munie de tampons en caoutchouc.
- Dès leur arrivée au domicile, les de'sinfecteurs doivent transporter leur matériel auprès du logement à désinfecter et se revêtir du costume de travail avant d’y pénétrer. Us laveront d’abord à la brosse les linges tachés de sang a l’aide de la solution de permanganate de potasse ; ils mettront ensuite dans leurs enveloppes tous les objets destinés à être portés à l’étuve (matelas, rideaux, couvertures, literie, vêtements, tissus et étoffes). Puis, après avoir versé le contenu de l’un des llacons dans la pompe à pulvériser et avoir rempli d’eau celle-ci, ils projetteront ( fig. 2) un jet de liquide désinfectant pulvérisé sur les murs, le plafond, les boiseries, le parquet ou carrelage, les grands tapis conservés au domicile, les meubles et notamment les lits, l’intérieur des tables de nuit et tous autres objets laissés dans les pièces.
- Aucune partie des pièces a désinfecter, ni aucun des objets qu’elles renferment ne doivent être négligés. Les glaces et leurs cadres, les tableaux et objets d’art seront frottés avec des chiffons légèrement imbibés de la solution désinfectante. Les grands tapis et étoffes laissés à domicile en raison de leurs grandes dimensions seront décloués, et recevront sur les deux faces un jet prolongé de liquide désinfectant pulvérisé; le parquet ou les murs qu’ils recouvraient seront également désinfectés. Les vases et ustensiles ayant servi au malade, ainsi que les water-closets, les cabinets d’aisances et les tables de toilette seront lavés avec l’aide de la solution désinfectante.
- Lorsque ces opérations sont terminées, les désin-fecteurs doivent enlever leur costume de travail et le mettre dans le sac qui leur est affecté pour le porter à l’étuve de désinfection; puis ils descendent les sacs renfermant les objets également destinés à l’étuve et chargent le tout avec leur matériel dans la voiture.
- Dès que celle-ci, renfermant les objets à désin-iccter, arrive à l’établissement, elle est aussitôt dé-
- barrassée de ces objets ainsi que du matériel et le tout doit être, dans le plus bref délai, désinfecté comme nous l’avons expliqué ci-dessus (fig. 1). Après désinfection, les objets sont reportés, le plus tôt possible, au domicile de leur propriétaire, par la voiture spécialement affectée à cet usage.
- Tel est le programme qui est en très grande partie suivi par le service de la désinfection de la station municipale. Tous les détails de ce programme ont leur importance, et c’est parce qu’ils peuvent être soigneusement exécutés par ce service que celui-ci est le seul qui puisse, actuellement à Paris, inspirer confiance aux particuliers. Sous peine d’être une mesure inutile, sans effet réel et même dangereuse, la désinfection doit être pratiquée avec toutes ces précautions. Il n’en est malheureusement pas ainsi lorsqu’on s’adresse à certains industriels qui, bénéficiant du silence de la loi et de l’absence de surveillance de la police, ne craignent pas de décorer, à grands frais pour leurs clients, leurs procédés illusoires, du nom de désinfection ; c’est aussi ce qui arrive avec toute autre administration que celle des stations municipales qui dépendent de la Préfecture de la Seine.
- Ces stations heureusement commencent à être de plus en plus appréciées par les services publics, les mairies, les médecins et le public ; car le nombre de leurs opérations ne cesse de s’accroître et s’élève à une moyenne de près de vingt-cinq par jour, dont quinze dans la station de la rue des Récollets, représentée précédemment, page 75. C’est encore trop peu pour assurer la prophylaxie de tous les cas de maladies transmissibles à Paris; aussi ne saurait-on trop les faire connaître, car la désinfection est de toutes les mesures sanitaires la plus efficace; grâce à de tels services, elle peut être pratiquée, dans tous les cas, proprement et radicalement.
- Il n’est pas sans intérêt d’ajouter que déjà un certain nombre de villes françaises ont organisé des services semblables ; plusieurs y ont même trouvé une source appréciable de revenus, en pratiquant la désinfection gratuitement pour les malheureux et moyennant une certaine redevance pour les personnes aisées.
- — a suivre. — IP A.-J. Martin.
- HISTOIRE DES SCIENCES
- SUR DES MANUSCRITS A FIGURES INTÉRESSANT l’hISTOIRE DE L’ARTILLERIE ET DES ARTS MÉCANIQUES VERS LA FIN DU MOYEN AGE1
- Recherches de M. BERTHELOT
- Nous avons reproduit la note que M. Berthelot a présentée à l’Académie des sciences, sur les intéressantes études qu’il a faites de manuscrits à figures de la première moitié du quinzième siècle.
- Le savant secrétaire perpétuel de l’Académie des
- 1 Suite et fin. — Yoy. n° 906, du 5 décembre 1891, p. IL
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- sciences a complété ce premier mémoire, par un travail très étendu, publié dans les Annales de physique et de chimie. 11 y reproduit par la photogravure plus de soixante-six ligures. Nous croyons intéresser nos lecteurs, en donnant ici quelques extraits de cette remarquable étude qui est toute une révélation pour l’histoire des sciences. Nous commencerons par quelques figures du manuscrit de Munich, premier cahier, dont nous rappellerons que l’origine paraît remonter à une date voisine de 1450.
- Voici d’abord un curieux bateau à roues (lig. 1). Le dessin porte la légende suivante :
- « Ceci est un bateau qui va sur des eaux tranquilles, avec quatre roues a aubes desservies par quatre hommes, deux derrière et deux devant. Ce navire peut porter vingt hommes d’armes, plus les quatre hommes qui
- mettent le bateau en mouvement ; les roues plongent dans l’eau, et chaque roue a une manivelle que l’on tourne dans l’intérieur du bateau, de manière que l’on puisse naviguer à volonté sur l’eau. Le vaisseau doit être couvert, pour que l’on ne puisse voir les hommes. Sur le devant, il aura un éperon de bataille
- et de chaque côté une pointe secondaire et un canon. Cela s’appelle un vaisseau de combat, et les gens de Catalogne s’en servent pour être les maîtres des autres vaisseaux. » Ce sujet préoccupait fort les esprits : Roger Bacon en parle déjà dans des termes vagues. Dans Yalturius, De re militari (1472), à l’article De bello navali, CXI, on voit des ligures de bateaux avec un couple de roues, et même avec cinq couples. Dans le ms. 7259 de Paris, il y a une ligure analogue.
- Trois ligures du manuscrit donnent des modèles
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- Fig. 1. — Bateau à roues au quinzième siècle.
- Fig. 2. — Cheval porte-teu et chariot incendiaire.
- Fig. 5. — Tour munie d'artillerie avec hunes.
- (Fac-similé de ligures d’un manuscrit de la Bibliothèque royale de Munich du quinzième siècle.)
- d’alfùts. Le premier et le deuxième sont fixes, le troisième sur roues. La queue de l’affût peut être soulevée à diverses hauteurs au moyen d’un arc de pointage, muni de trous à cheville. Dans le deuxième modèle, la pièce est portée sur tourillons.
- Les ligures que nous reproduisons (fig. 2) représentent des brûlots, déjà usités au temps des croisades. Favé et Rainaud en ont donné d’analogues.
- Leur reproduction dans le cahier tout pratique de l’ingénieur allemand paraît indiquer qu’ils étaient encore employés au quinzième siècle.
- La figure 5 reproduit une très curieuse tour munie d’artillerie avec hunes. M. Berthelot fait remarquer que l’aspect général rappelle celui de quelques engins de notre temps, tels que les hunes militaires du navire cuirassé le Hoche.
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- Le second cahier du manuscrit latin de Munich porte sur chaque folio une double indication ; il donne l’image
- de bombardes disposées en mortier, des formules de poudre à canon, des dessins de canons sur affûts,
- Fig. 4. — Bombarde disposée en mortier Fig. b. — Homme dans une barque avec deux roues
- et transport d’une bombarde au-dessus d’une rivière. et un câble amarré qui fait tourner les roues.
- Fig. 6. — Pont de bateaux, Fig- 7. — Transport d’armes à feu.
- (Fac-similé de ligures d’un manuscrit latin du quinzième siècle de la Bibliothèque nationale de Paris.)
- des machines élévatoires, des engins mécaniques ou militaires tels que cabestans, banc à vis, souffleries de fourneaux, roues pour élever l’eau, modèles de
- cheminées, arbalètes, pont volant, siphon pour inonder les ennemis, leurs villes ou châteaux forts, pontons pour le passage d’un fleuve. Ces figures ont
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- un caractère analogue à celui des dessins précédents ; nous nous bornons ici à les signaler.
- Mais nous arriverons avec M. Berthelot à l’autre manuscrit latin de la môme époque, qui se trouve à la Bibliothèque nationale de Paris, et nous reproduirons quelques-unes des figures que le savant chimiste a spécialement signalées.
- La figure 4 représente, à la partie supérieure, une bombarde disposée en mortier. La chambre à poudre B est ajustée au milieu de la volée à angle droit, ce qui diminuait les chances de rupture de l’affût. Deux modèles sont dessinés. L’affût A est pourvu à la fois de roues pleines et de jambes mobiles ainsi que d’un pieu de pointage, avec trous à cheville. A côté de la bombarde, on voit, figurée en E, une échelle d’assaut poussée par un cheval, protégé par un man-telet fixé sur le chariot. Au-dessous, en F, est une échelle d’assaut portée par deux hommes, avec man-telet. Dans le bas de la figure 4, on voit, dessinée en C, la scène du transport d’une bombarde au-dessus d’une rivière; en I), est une bombarde à queue. « Elle envoie ses projectiles au loin, dit l’auteur du vieux manuscrit, parce que la puissance (de la poudre) étant plus concentrée, a plus de force que si elle se disperse; en effet cette bombarde a un long tube. »
- La figure 5 est des plus intéressantes ; elle donne l’image d’une barque à roues; en voici la légende telle qu’elle est formulée dans le manuscrit :
- « Homme dans une barque avec deux roues et un câble (amarré) qui attire la barque et fait tourner l'axe des roues. On la fait avancer contre le courant.»
- La figure 6 est relative à un pont de bateaux. Le dessin s’explique de lui-même ; on ajoutait des planches pour le passage des troupes.
- La figure 7 montre, à la partie supérieure, le transport d’armes à feu manuelles dans une montagne, et à la partie inférieure, le transport d’armes à feu et de leurs munitions dans des barques à roues. Ces barques pouvaient être sorties de l’eau et les roues dont elles étaient munies servaient à les traîner sur terre au moyen de buffles.
- Ces documents sont d’un puissant intérêt ; ils jettent une lumière nouvelle sur l’histoire des sciences mécaniques et militaires vers la fin du moyen âge.
- CONTROLEUR AUTOMATIQUE DE DÉDIT
- POUR LA VENTE DE l’ÉNERC.IE ÉLECTRIQUE A FORFAIT
- I)oit-on vendre l’énergie électrique au compteur ou à forfait? Au point de vue absolu, il est bien évident que la vente au compteur est la seule logique, la seule acceptable dans une installation de quelque importance; mais lorsqu’il s’agit de desservir un grand nombre de petits clients dont la consommation maxima est bien limitée et connue par avance, le contrat à forfait présente bien des avantages, surtout si l’usine centrale de distribution est actionnée par une chute d’eau, auquel cas la dépense afférente à la production est à peu près indépendante du débit.
- L’abonnement à forfait, dans ce cas particulier tout au moins, simplifierait le service, en supprimant les comp-
- teurs et leur contrôle; mais il y aurait aloi’s à craindre qu’un client peu scrupuleux (il s’en trouve) ne prît un abonnement pour un nombre de lampes inférieur à celui qui lui est strictement nécessaire, et n’en allumât en réalité un plus grand nombre, ou bien, un même nombre de lampes plus puissantes, sans payer davantage, frustrant ainsi la compagnie des recettes correspondant à cet excès de consommation, recettes sur lesquelles elle comptait dans l’établissement de l’usine et la fixation du prix du forfait. C’est dans le but de remédier efficacement à cette difficulté que M. Maxime Laille a imaginé et construit un coupe-cii’cuit contrôleur automatique de débit permettant d’installer chez un abonné autant de lampes qu’il le désire, sans qu’il puisse en alimenter à la fois un nombre supérieur à celui fixé par sa police d’abonnement.
- Le principe de l’appareil de M. Laille consiste à intercaler automatiquement dans le circuit une résistance addi tionnelle dès que l’intensité dépasse un maximum, et à la retirer dès que la résistance du circuit est revenue à la valeur qui correspond au régime prévu. Cette résistance additionnelle a pour effet de maintenir l’intensité au-dessous de sa valeur normale, bien que la résistance du circuit d’éclairage soit diminuée, ou, dans d’autres cas, de la réduire à tel point que toutes les lampes du circuit soient éteintes. Dans ce dernier cas, la résistance additionnelle est constituée par une lampe à incandescence qui s’allume dès que le circuit général s’éteint. Cette disposition a l’avantage d’ètre très économique, mais elle a l’inconvénient de plonger le reste de l’installation dans l’obscurité jusqu’à ce que le circuit soit remis dans son état normal. Au contraire, avec l’emploi d’une résistance assez faible, la différence de potentiel aux bornes des lampes est légèrement réduite, de sorte que, pendant le court instant nécessaire au fonctionnement de l’appareil, l’obscurité n’est pas complète.
- L’appareil fonctionne avec une variation de 10 pour 100 environ, c’est-à-dire qu’étant réglé pour dix lampes, il intercalera la résistance dès qu’une onzième lampe sera mise en service, et il suffira de supprimer une quelconque des onze lampes pour que le circuit soit rétabli dans son état normal.
- L’appareil se compose d’un électro-aimant recourbé, formé par une bobine à trois enroulements entre les pôles duquel se meut une armature oscillante montée sur pointe. Cette armature porte deux petites liges de cuivre qui viennent plonger, suivant la position qu’elle occupe, dans l’un ou l’autre des deux godets à mercure placés de chaque côté, dans son plan d’oscillation.
- La disposition des enroulements de la bobine est telle qu’une augmentation de l’intensité dans le circuit général fait basculer l’armature dans un sens, alors qu’une augmentation de résistance du circuit survenant ensuite, la fait revenir dans sa première position.
- L’abonnement à forfait étant celui qui permet de bien connaître à l’avance la consommation maxima et la recette correspondante, permet de limiter le matériel en activité et les frais généraux d’exploitation proportionnellement aux prévisions. Le contrôleur automatique de débit supprime les seules causes qui empêchaient d’avoir recours au forfait qui constitue le mode le plus élémentaire de règlement de comptes entre le consommateur et le producteur : il permettra d’étendre l’emploi des abonnements à forfait à un grand nombre d’installations d’usines centrales pour lesquelles la détermination de la consommation réelle d’énergie n’est que secondaire devant la nécessité' vitale d’assurer un minimum de recettes.
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- TRAVAIL DE L’HOMME SUR UNE MANIVELLE
- Le travail que l’homme peut fournir dans un court espace de temps est bien supérieur à ce qu’on suppose généralement d’après le travail moyen. Le Bulletin de la Société des ingénieurs civils cite à ce propos d’inté-rossants détails fournis par VAmerican Society of mecha-nical engineers. Le travail de l’homme agissant sur une manivelle dépend, non seulement du temps pendant lequel il est fourni, mais de bien d’autres conditions dont quelques-unes sont inhérentes au sujet. L’auteur a constaté qu’un vigoureux manœuvre, travaillant pendant un court espace de temps, peut produire bien près d'un cheval-vapeur. Un homme, qui travaille avec de fréquents intervalles de repos, développe facilement un demi-cheval. Dans le travail courant, on obtient de 10 à 50 pour 100.
- Le fait suivant, rapporté par O’Neill de New-York, est intéressant. Dans l’atelier de cet ingénieur, la réparation d’une chaudière arrêtait la marche du moteur. On ajusta à chaque extrémité de l’arbre de la machine une manivelle de 580 millimètres de rayon. Avec un homme à chaque manivelle, à raison de 100 tours par minute, on obtint 5 chevaux-vapeur. Les hommes travaillaient trois minutes et se reposaient autant et les quatre manœuvres ont travaillé ainsi douze heures par jour pendant les douze jours qu’a exigés la réparation de la chaudière. Il est vrai qu’à la fin de cette période, les hommes étaient absolument éreintés, rapporte M. O’Neil, mais il croit que si la journée avait été de dix heures seulement, ils auraient pu continuer indéfiniment. Le travail ressort ainsi pour chaque homme et pour la journée entière à 5/4 de cheval-heure. Dans la discussion qui a suivi la communication, un membre a cité des expériences faites par lui sur le travail déployé par deux hommes, agissant sur les manivelles d’une grue. Ces manivelles avaient 555 millimètres de rayon, un poids de 906 kilogrammes (2000 livres) était élevé à 505 millimètres en vingt secondes, ce qui représente 15k%8 élevés à 1 mètre par seconde, soit 1/5 de cheval-vapeur pour les deux ouvriers. Il faut ajouter que la transmission s’opérait par une vis sans fin, une roue dentée, un tambour de 28 centimètres de diamètre et un câble en fil de fer, ce qui absorbait une notable partie du travail. L’effort exercé sur chaque manivelle a été mesuré par une balance à ressort et trouvé égal à 50 livres, soit 1.5‘g,6.
- LES ROCHERS DE SABLE
- d’évenos (var)
- La variété de composition des terrains qui constituent le département du Yar, et qui appartiennent à la série presque complète des couches géologiques, la diversité climatérique des régions qui s’étagent à des altitudes très différentes entre sa zone littorale et sa partie montagneuse, la complication et l’importance des reliefs du sol, font de cette portion de la Provence un pays des plus riches en curiosités scientifiques et pittoresques.
- Parmi les sites renommés de cette belle région, un des plus célèbres est le défilé des gorges d’Ol-lioules, qui s’étend sur près de quatre kilomètres au nord du village de ce nom.
- La route qui traverse ce passage, et relie Marseille à Toulon, était fréquentée avant la construc-
- tion du chemin de fer. Actuellement on n’y rencontre plus que d’assez rares voitures quand on va admirer les masses rocheuses grandioses que domine le pittoresque château d’Évenos, construit au sommet d’un piton basaltique.
- Au sortir des gorges vers le Nord, un peu avant d’arriver au hameau de Sainte-Anne d’Évenos, on aperçoit à gauche de la route des roches d’un aspect tout à fait remarquable, formant des monticules aux contours arrondis dont les uns présentent un mamelonné d’une régularité curieuse, rappelant la disposition des écailles d’une carapace de tortue, tandis que les autres montrent des excavations dont la variété de forme offre l’image de la plus capricieuse fantaisie. Le coup d’œil est rendu d’ailleurs très pittoresque par la végétation abondante qui garnit tous les coins du paysage, et en particulier par de gracieux pins maritimes, dont la forme en parasol et la couleur sombre tranchent sur le vert clair et le port moins régulier des pins d’Alep qui poussent sur les coteaux environnants.
- Cet aspect est dù à un phénomène géologique du plus haut intérêt : si l’on se rapproche en effet des monticules dont nous venons de décrire l’apparence, on y voit de grandes carrières dans lesquelles on exploite un sable siliceux très pur, et l’on reconnaît que la roche est constituée par un grès friable, composé de particules quartzeuses dont les unes sont très ténues, et dont les autres, d’une certaine dimension, sont de petits cailloux roulés. Malgré cette diversité de volume des éléments qui le composent, ce grès est en somme très homogène, et c’est cette homogénéité, en même temps que la facile action érosive des agents atmosphériques, qui sont les causes de l’arrangement des surfaces exposées à l’air.
- C’est, d’autre part, la nature quartzeuse de ces grès qui a favorisé, dans leurs détritus, la croissance des pins maritimes, éminemment silicicolcs, au lieu des pins d’Alep qui s’accommodent bien des terrains calcaires.
- Ces grès forment, dans la région de Toulon, une longue bande que les mouvements géologiques ont rendue, en plan, légèrement tortueuse, et, en certains points, discontinue. Cette bande prend origine, près de la route du BeaussetàBandol, dans un vallon qui porte le nom caractéristique de Yal d’Aren, et dont le prolongement vient aboutir à Sainte-Anne d’Évenos, l'a où se trouvent les roches curieuses dont nous avons parlé. La couche de sable va ensuite sans discontinuité se montrer dans le fond du pittoresque vallon de Cimay, et remonte ainsi jusqu’à peu de distance du hameau du Broussan. Là, elle s’interrompt, et il faut, pour retrouver les sables, s'avancer vers l’Est et se diriger vers le Revest, où ils donnent lieu à une exploitation importante, et, plus loin, jusqu’au château de Tourris, où ils servaient autrefois d’aliments à une verrerie.
- Le niveau géologique de ces dépôts siliceux comprend à l’étage de la craie de Touraine, ou étage turonien, c’est-à-dire à peu près à la partie moyenne
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- LA NATURE.
- des terrains crétacés. Au-dessous comme au-dessus, les sédiments sont constitués en grande partie par du calcaire, et c’est un fait remarquable que de
- voir surgir tout à coup ainsi une formation exclusivement quartzeusc.
- 11 est possible de donner une explication de ce
- fait curieux en faisant remarquer le voisinage immédiat du massif des Maures, composé de terrains cristallins très riches en silice, et observant que maintenant encore, là où la mer baigne ce massif, c’est-à-dire entre la ville d’Hyères et celle de Cannes, les rivages sont abondamment garnis, dans presque toutes les baies, de plages formées par du sable siliceux très pur. Les grès de Sainte-Anne d’É-venos sont donc les vestiges d’une ancienne plage de la mer crétacée, un dépôt littoral succédant, par suite d’une diminution de la profondeur de la mer, aux sédiments d’origine va-
- seuse, marneux et calcaires, des époques précédentes. Un nouveau mouvement du sol, survenant ensuite,
- mais probablement de faible amplitude, a donné lieu, au-dessus des sables, à la formation de nouveaux bancs calcaires, non plus vaseux, mais présentant à l’évidence, tant à cause de la nature spéciale des corps organisés qui les constituent, que par suite de leur extrême abondance, les caractères des récifs coralli- gènes. On sait que ces récifs n’existent plus, à l’époque actuelle, que sous les climats tropicaux. Ph. Zurcher.
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- LA FABRICATION PARISIENNE DES JOUETS1
- La revue rétrospective des jouets, que nous avons faite ensemble dernièrement, va nous permettre
- d’aborder maintenant la question de détails, en prenant pour exemple, non plus un jouet connu, mais* le jouet d’actualité; et, comme tout est maintenant à la Russie, et que les jouets n’ont pas échappé non plus à cette loi, c’est un traîneau russe que je vais
- Fig. 1. — Détails de la fabrication d’un jouet en métal.
- vous présenter aujourd’hui. Ce traîneau roule sur le sol, portant un voyageur chaudement enveloppé de fourrures qui conduit un cheval lancé au galop; d’une main il tire sur les rênes pour modérer l’ardeur de son fringant coursier; de l’autre il manœuvre un fouet au long manche. Ce jouet nouveau, mécanique et automatique, fonctionne non plus au moyen d’un caoutchouc tordu, comme ceux que nous avons étudiés précédemment, mais bien à l’aide d’un véritable mouvement d’horlogerie, plus pratique lorsqu’on ne dispose que d'un petit espace, mais aussi un peu plus coûteux. Grâce a l’obligeance de M. Fernand Martin, l’inventeur des jouets : la locomotive routière, le livreur, les scieurs de long, les valseurs, le sonneur de cloche, le pousse-pousse Annamite, etc., nous avons pu suivre dans ses ate-
- 1 Suite et ('m. — Voy. n° 968, du 19 décembre 1891, p. 33.
- liers toutes les phases de la fabrication du traîneau russe, sans oublier un seul détail, et faire composer, à l'intention des lecteurs de La Nature, le tableau ci-dessus(fig. 1 ), destiné à faciliter l’intelligence de notre description.
- Nous allons étudier successivement le traîneau, le cheval, le voyageur et enfin le mécanisme qui met le jouet en mouvement.
- Les fers-blancs employés à la fabrication du traîneau passent d’abord à la cisaille, puis au dé-coupoir, qui lui donne la forme n° 1 de notre dessin (fig.l); on y remarque, de chaque*côté, cinq petites saillies qui serviront à agrafer cette pièce, formant le dessus, contre les lianes. La grande ouverture rectangulaire du centre, t cachée par le corps du voyageur, est destinée au passage du ressort du mécanisme, lorsqu’il se développera ; les deux petites fentes serviront au passage des agrafes de la boîte contenant le mouve-
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- ment; quant au trou circulaire situé à l’extrémité arrière, il est destiné au fixage du contrepoids (2a) qui équilibrera le corps du cheval, dont les pieds ne doivent faire que le simulacre de toucher le sol. Une seconde passe au découpoir, vient frapper sur cette pièce qui, prise entre la matrice et sa contre-partie, prend les diverses courbures qu’elle doit avoir, et forme le siège, l’arrière et l’avant du traîneau (2).
- Les flancs 5 et 4 (droit et gauche) sont découpés au découpoir, puis estampés et ajourés sous un autre outil (5 et 6). Les cinq fentes qu’ils portent latéralement sont destinées à livrer passage aux cinq agrafes dont j’ai parlé plus haut; chacun des deux trous qui est à la partie inférieure recevra l’extrémité de l’arbre horizontal portant les galets de roulement (22) qui empêchent l’arrière du traîneau de frotter sur le sol. L’agrafage se fait à la main, à l’aide de petits marteaux légers. Sauf pour la manœuvre des moutons et des cisailles circulaires ainsi que pour la fonte, toutes ces opérations et celles qui vont suivre sont exécutées par des femmes.
- Le cheval constitue la partie vraiment artistique du jouet. Il est relié au traîneau par un brancard en fil de fer formant le cintre au-dessus de lui, d’après la mode russe (21), et rien n’empêche d’admirer la grâce de ses formes. Aussi le modelage de cette pièce a-t-il été confié a un sculpteur animalier bien connu, M. Yalton. L’artiste fait, avec de la cire, le modèle de chaquo^moitié du corps en le fixant de part et d’autre d’une feuille de verre, afin de pouvoir exactement les repérer l’une avec l’autre. Ces deux modèles permettront de faire deux moules en plâtre d’après lesquels on grave des matrices en creux. Ces matrices étant fixées sur l’enclume et les contre-parties sur le marteau du mouton, il suffira de poser un morceau de fer-blanc sur la matrice, et de laisser tomber le mouton. Une première passe donnera une des moitiés du cheval (8), une deuxième passe au découpoir donnera cette même moitié détourée (9), c’est-à-dire débarrassée de la portion inutile, avec un trou au centre pour l’arbre horizontal traversant le cheval et reliant les deux tiges du brancard ; le trou à la bouche servira au passage des rênes, le trou au bas de la sous-ventrière servira d’axe d’articulation à la bielle (41) dont l’autre bout, articulé sur la roue motrice, donne au cheval le mouvement d’oscillation rapide imitant le galop. On fait de même pour la moitié (7 et 10), et les deux moitiés du cheval sont réunies par quelques points de soudure. Le voyageur russe est soudé sur le siège du traîneau ; lui aussi est en deux parties, que nous voyons après le passage au mouton (11 et 12), puis, après le passage au découpoir ( 15 et 14) ; on remarquera aux épaules deux échancrures triangulaires qui limitent le mouvement de la traverse (17) reliant entre eux les deux bras (15 et 16). Les extrémités de cette traverse sont repliées et agrafées sur le haut des bras (20) ; à la main droite est soudée la tige figurant le manche du fouet (19); la main gauche est percée d’un trou par lequel passe le
- cordon représentant les rênes, et dont l’on attache ensuite les deux bouts en tendant les rênes suffisamment pour que, dans le mouvement de galop, la tête du cheval tire sur le bras gauche qui tient les rênes. Ce bras se soulève, fait osciller la traverse dans l’échancrure triangulaire, et mouvoir par suite le bras qui manœuvre le fouet. C’est le cheval, mû par la bielle venant de la roue motrice, qui fait mouvoir les deux bras du conducteur.
- Il serait fastidieux de décrire par le menu toutes les pièces du mouvement d’horlogerie; tout le mécanisme est contenu dans la boîte formée par les pièces 24 à 27 ; le grand ressort est à lui seul l’objet de trois passes : le recuit (28), l’encoche (29) et le trou (50). Le mouvement d’horlogerie est un mouvement ordinaire très simplifié, avec roues dentées, pignons, rochets et cliquet d’arrêt (58). Il se re-‘ monte en tournant la petite manette (57); l’arbre 55 met en mouvement les deux roues motrices (59 et 40) qui font rouler le traîneau sur le sol. Comme les roues sont presque entièrement cachées à son intérieur, le traîneau semble glisser comme il le ferait sur la neige. Ce jouet demande 118 passes; je cite ce chiffre sans insister sur le montage, la peinture, l’essayage, l’emballage qui n’offreut rien de spécial, sinon le spectacle très intéressant d’une ruche animée de travailleuses aux doigts agiles ; les ouvrières sont en général payées aux pièces, et leur salaire varie de 2 à 5 francs par jour. Et maintenant, lorsque vous verrez le traîneau russe courir gracieusement sur le sol, vous saurez tous les mystères de sa fabrication et vous pourrez admirer les prodiges d’économie dans le bon emploi des matériaux grâce auxquels l’habile fabricant peut le livrer, malgré la cherté de la matière première, de la main-d’œuvre et de l’outillage, à un prix qui permet de le vendre de 95 centimes à 1 fr,45 la pièce, tout en laissant aux détaillants un bénéfice rémunérateur.
- - Séduits par les combinaisons ingénieuses dont cette étude n’a pu donner qu’un aperçu, nos enfants pourront puiser, dansl’examende leurs jouets, le goût de la mécanique; ils deviendront ainsi des Yaucanson en herbe, de futurs Edison. Arthur Good.
- L’INDUSTRIE VÏNIC0LE EN TUNISIE
- D’après les rapports adressés au gouvernement par M. Paul Bourde, directeur des renseignements et des contrôles civils dans la Régence de Tunisie, on constate que la culture de la vigne a pris une grande extension en Tunisie. Les surfaces en production, qui étaient de 2123 hectares en 1890, sont actuellement de 3159; la récolte en vin rouge, qui avait été de 47 946 hectolitres en 1890, s’est élevée à 98 064 en 1891 ; la récolte en vin blanc a passé, de 5051 hectolitres en 1890, à 7078 en 1891, et le rendement moyen à l’hectare a été de 28hl,94 en 1890, et de 55h',16 en 1891.La plupart des quantités produites l’année dernière ont été exportées ou consommées.
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- LES PHARES ÉLECTRIQUES
- DES COTES DE FRANCE
- Nous avons, il y a quelque temps, donné un coup d’œil général sur l’ensemble de l’éclairage des côtes de la France; mais, ainsi que nous l’avions promis, nous voulons aborder aujourd’hui une partie plus spéciale de cette grande question, nous voulons parler de l’introduction de l’éclairage électrique dans les phares de nos côtes.
- L’application de la lumière électrique à l’éclairage des phares en France, remonte à 1864, et c’est la date que portait la médaille commémorative frappée en 1878 par le service des phares et balises avec cette mention: « 1864, Éclairage électrique des phares de la Hève ». C’est en effet aux deux phares de la Ilève que la première application en fut faite, et le nouveau système ne se répandit que bien lentement, puisque, en 1878, il n’y avait que trois phares électriques : ceux de la Hève et celui du cap Gris-. Nez. On constatait cette lenteur à l’occasion de l’Exposition de 1878. « Ce n’est point, disait-on, que les machines destinées à produire les courants électriques aient présenté des imperfections ou aient donné lieu à des accidents; elles ont fonctionné avec toute la régularité désirable. Mais tous les phares importants des côtes de France sont depuis longtemps installés avec les appareils optiques destinés à recevoir un éclairage à l’huile. » On se trouvait en présence d’une objection d’économie; pour y introduire la lumière électrique, il fallait commencer par sacrifier le capital représenté par les appareils à l’huile et ensuite consacrer une dépense sensiblement équivalente pour installer le nouveau mode d’éclairage.
- Cependant les appareils lenticulaires établis dans les premières années qui suivirent la découverte de Fresnel, dont nous avons antérieurement parlé, commençaient à présenter d’importantes dégradations qui nuisaient à la concentration de la lumière: les miroirs étaient altérés, les formes polygonales des lentilles étaient peu favorables au bon éclairage, et, en songeant au remplacement imminent de certains de ces vieux appareils, on pouvait se demander si l’on n’aurait pas recours, pour les remplacer, à l’éclairage électrique.
- Dès cette année 1878, la question se posa et fut résolue dans le sens de l’emploi de l’électricité pour le phare de Planier, situé en face du port de Marseille, dont on décida de reconstruire la tour, et dont le vieil appareil avait été jugé hors de service. Nous reviendrons d’ailleurs sur le détail de cette installation aujourd’hui bien terminée, et que nous pourrons étudier comme un type des installations électriques de cette sorte.
- Mais la décision qu’on venait de prendre en faveur du phare de Planier, n’était que le commencement d’un mouvement beaucoup plus général, et qui devait tendre à multiplier considérablement,
- ainsi que nous allons le voir, le nombre des phares électriques de nos côtes. Et c’est dans ce but qu’au commencement de 1880 M. Allard, inspecteur général, directeur du service des phares, avait présenté au Ministre des travaux publics un rapport général sur l’amélioration de l’éclairage des côtes de France par l’emploi des phares électriques. C’est qu’en effet, en 1880, époque où était rédigé ce rapport, on s’apercevait bien des imperfections que présentait cet éclairage. Grâce aux nouveaux moyens fournis par l’admirable découverte de Fresnel, moyens qui paraissaient si puissants en 1825, la commission des phares avait pu faire respecter ce principe protecteur, que les cercles de portée moyenne de deux phares consécutifs doivent se couper à une distance déterminée du rivage; cette condition était remplie, on peut le dire, mais seulement pour ce qu’on nomme les « temps ordinaires » ou pour l’état moyen de transparence atmosphérique. L’éclairage n’était donc satisfaisant que pendant une moitié de l’année. Mais avec la lumière électrique, qui augmente beaucoup la portée des phares, on pouvait faire beaucoup mieux, et obtenir que les cercles de portée de deux grands phares voisins, se coupassent pendant la plus grande partie de l’année. Et, dès le commencement de son rapport, M. Allard signalait l’électricité comme pouvant rendre les plus grands services dans ce but spécial. Entre l’Exposition de 1878 et le commencement de l’année 1880* on avait résolu d’installer l’éclairage électrique au phare de la Palmyre, sur la rive droite de l’embouchure de la Gironde, phare qui ne remplissait plus son office quand la transparence de l’atmosphère descendait au-dessous d’une certaine limite, et enfin au phare des Baleines, dans l’ile de Ré, dont les parages sont dangereux (fig. 4).
- On se lançait donc dans une transformation générale des phares à l’huile, en phares électriques. Dès 1880, l’Angleterre possédait six phares électriques. Le premier, fut établi en 1862, à Dungeness, avec des machines magnéto-électriques de Holmes semblables à celles de la compagnie l’Alliance qui éclairèrent les feux de la Hève; en 1871, le phare de Sonter Point reçut deux machines de Holmes perfectionnées; en 1872 vint le tour des deux feux fixes de South Foreland; enfin en 1878 les deux feux fixes du cap Lizard furent éclairés au moyen de machines dynamo-électriques de Siemens actionnées par des machines à air chaud de Brown. A la même époque, le reste du monde, hormis la France, ne possédait que deux autres phares électriques, celui d’Odessa et celui de Port-Saïd.
- Voyons un peu maintenant ce que coûte en France l’installationd’un phare électrique. Aux deuxfeux de la Hève, il a fallu construire une grande salle pour les quatre machines électriques et les deux locomobiles, un atelier, un magasin de charbon, une citerne pour l’eau de pluie, des logements pour les chauffeurs mécaniciens, et enfin modifier les appareils optiques. La dépense a été de 95 000 francs. Au cap Gris-Nez, la salle où l’on a installé les machines existait
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- déjà au pied de la tour; on s’est contenté de l’approprier, de construire des logements, une citerne, et la dépense n’a été que de 30 000 francs. Mais à ces sommes, il faut ajouter l’achat des machines et appareils, ce qui a coûté 111 000 francs pour la Hève, et 61 000 à Gris-Nez. Quant aux dépenses annuelles pour fournitures, entretien, salaires, elles ont été de 22 000 francs pour les phares de la ilève et de 13 000 pour celui de Gris-Nez. La place nous manque, autrement nous eussions montré qu’en Angleterre le prix de revient est beaucoup plus considérable. Mais nous pouvons dire du moins que le prix de l’unité de lumière pour un phare électrique de premier ordre, est de 110 francs au maximum, tandis qu’il est de 406 francs à l’éclairage à l’huile.
- Pour ce même rapport de M. Allard, des études comparatives très étendues avaient été faites des machines magnéto-électriques de la compagnie l’Alliance et des machines dynamo-électriques de Gramme; la conséquence principale tirée, avait été que les machines Gramme donnent plus d’intensité lumineuse pour la même dépense de puissance mécanique. On rédigea un programme de l’éclairage électrique des côtes, en tenant compte des différents états de transparence atmosphérique des quatre régions des côtes, étant donné, par exemple, que dans la région de la Méditerranée la transparence est beaucoup plus grande.
- Les phares à huile qu’il s’agissait de remplacer, portaient à 22 milles dans l’Océan pendant la moitié seulement de l’année, tandis qu’avec la lumière électrique ils devaient satisfaire aux meilleures conditions pendant 10 mois de l’année. On peut dire que le système des phares électriques éloigne les navigateurs pendant 10 mois de l’année à 16 1/2 milles environ du polygone des feux. Le nombre des phares de tout le programme était de 46 (fig. 1). Dans la rapide étude que nous résumons ici, nous ne pouvons énumérer tous les travaux ; nous allons
- nous contenter de citer dans un instant les parties du programme qui ont été mises à exécution. Quant à la dépense, il fallait compter environ 125 000 francs par phare. Le rapport, auquel avait été ajoutée à la dernière heure une appréciation très favorable des machines de Méritens, avait été entièrement approuvé par la Commission des phares.
- Mais d’importantes modifications ont été apportées à la mise à exécution du programme général d’éclairage électrique de notre littoral. Au lieu des 46 phares qu’on devait installer d’après ce système, on a décidé qu’on se bornerait à appliquer ce mode d’éclairage aux phares les plus importants servant au grand atterrage. On en compte treize : neuf sont actuellement en service, ce sont ceux de Dunkerque, Calais, Gris-Nez, la Candie, la Hève, Créac’h, les Baleines, Planier et Belle-Ile ; quatre sont en voie d’établissement, ce sont ceux de Bailleur, Penmarc’h, l’île d’Yeu et la Coubre.
- Nous pouvons faire connaître brièvement la disposition générale et l’installation des feux électriques.
- Les appareils optiques ont de très petites dimensions, 0m,60 de diamètre; on n’admet plus les feux fixes avec éclats groupés, mais seulement les feux scintillants avec groupes de 2, 3 ou 4 éclats. Il est d’ailleurs un certain nombre de dispositions des appareils optiques sur lesquelles nous n’insisterons pas.
- Les machines de rotation du feu ont reçu tous les derniers perfectionnements; notons un frein à friction formant régulateur, un avertisseur automatique des ralentissements et des arrêts de la machine, un dispositif spécial permettant de remonter le poids moteur sans arrêter la marche du mécanisme. Pour actionner les machines électriques, on a substitué aux locomo-biles employées antérieurement des moteurs à air chaud du système Bénier; chaque phare en possède 5 de 9 chevaux chacun; ils servent égale-
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- Fig. 1. — Portée des nouveaux phares électriques comparée à leur ancienne portée avec l’éclairage à l'huile.
- Fig. 2. — Avertisseur électrique de la marche des machines (u° 1) et modification au régulateur de lumière électrique (n* 2).
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- ment aux signaux sonores associés aux feux électriques; la mise en marche des machines électriques peut être faite par un seul homme de garde au moyen d’un embrayage du système Mégy. Un moteur suffit en temps ordinaire, pouvant marcher sans chômage ; on en met deux pour les temps de hrume; le troisième sert de rechange. Pour la production de la lumière, on emploie les machines magnéto-électriques de M. Méritons; les bobines sont groupées en tension au nombre de huit, par moitié dans chacun des cinq disques composant un magnéto; et on a réuni en quantité les cinq demi-disques, décomposant chaque machine en deux demi-machines. D’ailleurs quand on fait fonctionner ensemble deux machines, on les laisse indépendantes, en les commandant
- Fig. 5.— La vieille tour Henri IV de l'ancien phare des Ilaleiues (île de Hé). (D’après une photographie de M. 11. Bouché;)
- des pôles de l’électro-aimant par un levier coudé actionné par une vis et muni de deux ressorts antagonistes. Les variations de résistance de l’arc voltaïque et du courant, font osciller le fer doux, déter-mirïant le déclenchement du cliquet et le rapprochement des charbons. Quand il faut employer pour l’éclairage plus d’une demi-magnéto, le circuit des demi-machines supplémentaires se rend directement aux charbons, le régulateur fonctionnant toujours comme s’il n’y avait qu’une demi-magnéto. Pour compléter brièvement, nous citerons certains instruments de contrôle, et d’a»ord un électro-dynamomètre Siemens indiquant l’intensité des courants; puis un avertisseur électrique d’extinction de la ^ampe combiné par M. Meurs; il est constitué en principe d’un électro-aimant avec bobines à fil fin eu dérivation sur le circuit du régulateur : quand le courant principal s’an-
- chacune par. une courroie leur donnant môme vitesse. — On peut faire varier l’intensité lumineuse suivant les circonstances atmosphériques, toutes indications étant fournies par la visibilité des feux voisins. En temps clair et moyen, la partie lumineuse de ces nouveaux feux, dépasse 27 milles marins (de 1852m).
- Ce sont les régulateurs inventés par M. Serrin que l’on emploie, mais modifiés et appropriés à ce service spécial. Le courant d’une demi-magnéto, avant de se rendre au charbon inférieur, passe dans un électro-aimant (fig. 2) agissant sur une tige en fer doux portant le cliquet destiné à produire le déclenchement de la roue étoilée du régulateur; cette tige peut osciller au tour de l’axe horizontal auquel elle est suspendue.; elle est maintenue à distance convenable
- Fig. 4. — Le nouveau phare électrique des Baleines (île de lié). (D’après une photographie de M. B. Bouché.)
- nule, le courant dérivé provoque avec l’électro le mouvement d’une tige en fer doux mettant une sonnerie en mouvement. Enfin un avertisseur électrique des arrêts et des ralentissements des magnétos imaginé par M. Ciolina indique par une sonnerie, au maître de phare, les manques de soins des chauffeurs. Il se compose essentiellement d’un curseur se mouvant par la force centrifuge le long d’une tige normale à l’arbre des magnétos et pressant sur un ressort en \ raison de la vitesse de rotation ; si celle-ci est insuffisante, il est ramené dans une position où il ferme le courant d’une sonnerie. Nous citerons seulement un contrôleur à mouvement d’horlogerie pour tenir en éveil le gardien de la lanterne.
- Pour compléter ces notions forcément très sommaires, il ne nous reste plus qu’à indiquer l’installation d’un phare électrique installé d’après les nou-
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- Telles dispositions : nous prendrons celui de Planier, qui a été le premier installé sur ces bases. Planier est sur un îlot de 200 mètres de long sur 100 mètres de large. L’entrée de notre port méditerranéen était de la plus grande importance à signaler; une vieille tour avait suffi jusqu’en 1829; à cette époque on décida d’établir un phare de grand atterrage, et on édifia dans l’ouest de Pile une tour de 36 mètres. Mais la navigation à vapeur entraînant la grande rapidité de marche, nécessite des phares ayant une plus grande portée, et c’est pourquoi l’on a placé sur Planier un feu scintillant avec un éclat rouge succédant à 3 éclats blancs et ayant une portée de 23,4 milles marins pour les de l’année,
- au lieu des 15,3 milles de l’ancien feu. On a construit une nouvelle tour de 40 mètres et un bâtiment spécial pour les machines.
- Nous n’insisterons point sur le système optique, qui est simplement un appareil dioptrique de feu fixe avec tambour mobile de lentilles verticales. Quant aux appareils pour la production de l’électricité, ils sont doubles, formant deux groupes distincts dans le bâtiment spécial dont nous avons parlé, l’une quelconque des machines pouvant actionner indistinctement l’une ou l’autre des magnétos. Les machines à vapeur sont horizontales, à détente variable et à condensation par surface, munies chacune d’une chaudière ; mais chaque chaudière est munie de deux prises de vapeur pour alimenter l’une quelconque des machines. Il faut en effet prévoir tous accidents dans un service aussi important que celui des phares. Les chaudières sont timbrées â 5 kilogrammes; chaque machine est de 5 chevaux, pouvant monter jusqu’à 10. Les magnétos employées peuvent fournir 85 becs Carcel par cheval. Le distributeur transmettant le courant permet de coupler les machines en tension ou en quantité et de les employer successivement et isolément. La lumière normale est de 400 becs Carcel et peut atteindre 800; quant à la portée lumineuse, elle est de 48,2 milles. Pour finir, nous dirons que la dépense a été de 474 000 francs environ, étant donné
- d’ailleurs qu’il a fallu procéder à une installation complète. La gravure ci-contre (fig. 5) donne d’autre part le plan d’installation pour l’éclairage électrique du nouveau phare de Belle-Isle-en-Mer.
- Avant peu, grâce aux efforts de notre service des phares, sous l’éminente direction de M. l’inspecteur général Bernard et de M. l’ingénieur en chef Bourdellcs, la France va être la première à posséder un réseau remarquable et complet de feux électriques. Il est du reste de circonstance de parler des phares électriques, au moment où l’on va doter le cap de la llève d’un foyer électrique d’une remarquable puissance, à la place de ses deux petits feux actuels.
- Daniel Bellet.
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- NÉCROLOGIE
- A. Richet.— La science médicale française a perdu un de ses plus illustres représentants en la personne de M. le professeur Richet, l’éminent chirurgien, membre de l’Académie de médecine et de l’Académie des sciences, décédé le 50 décembre 1891 dans son château de Carqueiranne (Var) à l’âge de soixante-quinze ans. M. le professeur Richet, qui fut une des gloires de la chirurgie française, était né à Dijon en 1810.\enu à Paris en 1855 pour étudier la médecine, il devint agrégé de la Faculté de médecine en 1847 et professeur de clinique chirurgicale à l’Ilôtel-Dieu en 1872. Savant clinicien dans l’acception rigoureuse du terme, et praticien de premier ordre, M. le professeur Richet laisse après lui un bagage scientifique important et universellement apprécié. Il avait été nommé membre de l’Académie de médecine en 1866, président de cette compagnie en 1879 et membre de l’Académie des sciences en 1885, en remplacement de Sédillot. A. Richet avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1848; il fut promu commandeur le 9 avril 1872, pour services dans les ambulances pendant le siège de Paris. L’éminent professeur et le célèbre chirurgien emporte les regrets de tous ses collègues de l’Institut et de ses nombreux élèves, qui tous avaient voué une afî'ection sincère au maître vénéré. Son nom n’est pas perdu pour la science, et son fils, M. Charles Richet, le savant professeur à la Faculté de médecine, notre sympathique confrère de la Revue scientifique, saura se montrer digne des traditions paternelles.
- G. T.
- CHRONIQUE
- Le cyclone de I’(( Enéide ». — Sous ce titre, M. Eré-maud, médecin principal de la marine, à Brest, a fait paraître récemment une curieuse brochure, qui est la reproduction d’un travail présenté au dernier Congrès des sociétés savantes de France. Tout le monde connaît le magnifique récit de tempête qui ouvre le premier livre de FÉnéide, et qui a toujours été cité comme un modèle de belle poésie. Cependant, il paraît que certains commentateurs y avaient, à ce que dit M. firômaud, trouvé quelques inexactitudes ainsi que des mots qu’ils ne comprenaient pas. Ces commentateurs n’étaient pas des météorologistes, et M. Jrémaud s’est chargé de le leur faire voir. 11 a compulsé avec le plus grand soin tous les documents publiés dans ces dernières années au sujet des tempêtes tournantes, et, en comparant ces descriptions
- r QA
- dYd
- Fig. S. — Plan d’installation du phare électrique de Belle-Isle-en-Mer. —A, A, A. Moteurs à air chaud Bénier. — B. Compresseur d’air. — C. Sirène. — D,D. Réservoirs accumulateurs d’air.— E,E. Réservoirs distributeurs. — I. Moteur oscillant Mégy. —
- K. Dynamo Gramme. —
- L. Transmission principale. —• M, M, M, M. Quatre embrayages Mégy.— P. Réservoirs en tôle. — R. Tuyauterie et robinetterie. — S,S. Machines magnéto-électriques de Méritens.
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- liÀ NATURE.
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- avec le premier livre de YÉnéide, il a trouvé le demi-cercle dangereux, le demi-cercle maniable, les vents plongeants, les colonnes d’eau qui s’élèvent comme une muraille et qui tombent sur les navires en les démolissant, etc. Bref, l’auteur établit une analogie absolue entre les descriptions de Virgile et les constatations de la science.
- 11 en résulte que Virgile n’était pas seulement un poète, mais qu’il était encore un des grands savants de son temps. Sans prendre la responsabilité de toutes les explications que donne M. Jfrémaud, il ressort néanmoins de son travail que Virgile avait des notions très précises sùir la météorologie et qu’il les exprimait en fort beau langage. Cette opinion est aussi celle de M. le vice-amiral Vignes, président de la Société de géographie de Paris, à laquelle la brochure de M. Srémaud a été soumise. M. Vignes a tenu à faire remarquer qu’il avait, lui aussi, été étonné de retrouver dans Virgile les règles absolues des cyclones, qui n’ont été apprises aux marins que depuis un temps relativement moderne.
- Plaques de blindage aux États-Unis. — Le
- résultat des expériences récemment faites par la Commission d’artillerie des États-Unis, dit YArmy and Navij Gazette du 8 août, a prouvé que les plaques en acier nickelé sont décidément supérieures, à conditions égales d’épaisseur, à toutes autres en acier autrement traité. Il a été constaté qu’une plaque d’acier nickelé, de 5 pouces d’épaisseur, placée sous un angle de 22 degrés, repousserait probablement tout projectile de G pouces tiré contre elle. De son côté, Y United Service Gazette, de même date, nous apprend que de plus récentes expériences, faites également à Annapolis par la Commission américaine d'artillerie, ont prouvé que des plaques d'acier, contenant 0,25 pour 100 de carbone, et traitées ensuite par le procédé Harvey à l’arsenal de Washington, ont donné des résultats aussi favorables que les plaques en acier nickelé précédemment éprouvées. Deux de ces plaques légèrement carburées, ayant 5 pouces d’épaisseur et traitées par le procédé Harvey, ont été attaquées avec un canon Hotchkiss de 6 livres, lançant les meilleurs projectiles d’acier forgé avec une vitesse initiale de 1811 pieds, leur donnant l’énergie nécessaire pour percer des plaques d’acier ordinaire de 4 pouces d’épaisseur; 14 projectiles de cette nature ont été tirés successivement contre chacune des plaques en question, et tous ces projectiles se sont brisés contre les plaques, celles-ci n’ayant subi aucun dommage. Dans les expériences antérieures, il avait été reconnu que les plaques d’acier contenant une plus grande quantité de carbone avaient une tendance à se fendre sous le choc des projectiles, quoiqu’elles eussent été traitées parle procédé Harvey.
- Talons de chaussures en caoutchouc. — Un
- médecin militaire, M. H.-I.-A. Collin, a essayé : 1° d’amortir par un talon de caoutchouc l’ébranlement trop sensible des organes; 2° d’emmagasiner par la compression du caoutchouc la force qui se stérilise dans le choc du talon et de l’utiliser pour la progression, au moment où le talon se détache du sol, de la même manière que le vélocipédiste évite une trépidation insupportable et augmente sa vitesse en garnissant les roues de son bicycle d’une couronne de caoutchouc. L’auteur propose l’emploi d’un talon complètement en caoutchouc. L’on peut obtenir déjà un bon résultat en enlevant par l’intérieur du talon, comme à l’emporte-pièce, un disque central de trois centimètres de largenr et de deux à quatre centimètres d’épaisseur. Cette cavité intérieure dans le talon est comblée par un disque en caoutchouc de semblable dimension,
- dont la face supérieure fait légèrement saillie dans la chaussure et sur laquelle appuie directement la peau du talon. Nous ne pouvons dire si l’idée est réellement pratique, mais elle relève d’une saine théorie. Le choc sur le sol communique à l’homme une vibration de tout le corps et particulièrement de l’encéphale, ce qui, à la suite de marches prolongées, est une cause de mal de tête très pénible. Les gens fatigués s’efforcent de diminuer ce choc douloureux en fléchissant le corps, en traînant les pieds et en recherchant les bas côtés de la route, où la terre est molle et garnie d’un tapis d’herbe moelleuse. La contusion du talon et la céphalée de trépidation sont certainement un facteur sérieux de cet élément complexe appelé la « fatigue ».
- Éclairage des trains par accumulateurs. —
- L’éclairage électrique des wagons de chemins de fer a pris une grande extension en Suisse et se développe de plus en plus. La Compagnie du Jura-Simplon emploie ce mode pour toutes ses nouvelles voitures qui ne possèdent d’ailleurs pas d’autre moyen d’éclairage. Une bonne partie des anciens wagons ont aussi été munis de batteries d’accumulateurs et de lampes électriques. Le chargement des accumulateurs se fait à Fribourg au moyen de dynamos actionnées par le transport de force électrique de cette dernière ville. Chaque matin il part de Fribourg un certain nombre de fourgons pleins d’accumulateurs fraîchement chargés. Ces fourgons, à destination des principales gares du réseau, échangent à leur point d’arrivée leurs accumulateurs chargés contre ceux qur ont servi pendant la nuit précédente dans les différents trains. Proportionnellement, on trouve en Suisse plus de wagons éclairés à la lumière électrique que de wagons éclairés au gaz en France. Le gaz est du reste absolument proscrit des wagons suisses, tandis qu’il semble en France que ce soit la lumière électrique qui soit frappée de proscription.
- Une courroie de mille eliemaux. — On peut voir actuellement, dans les ateliers de M. Domange-Scellos, boulevard Voltaire à Paris, une courroie monstre et telle qu’il n’en a jamais été fait de pareille. Elle est destinée à transmettre mille chevaux de puissance. M. Cosserat, grand manufacturier à Amiens, à qui elle est destinée, possédait déjà une courroie puissante, sortie de la même maison. Celle que nous signalcns aujourd’hui est du système dit homogène, elle est composée d’une multitude de bandes de cuir posées de champ et réunies entre elles par de forts cordeaux passant dans toute la largeur de la courroie. Sa longueur est de 57 mètres, sa largeur de 2m,10, et son épaisseur de 0m,02, elle pèse 1400 kilogrammes. Elle mettra en communication un volant de Gm,75 avec une poulie de 2m,54. Sa vitesse en marche normale sera de 20 mètres par seconde, elle supportera un effort de 75 000 kilogrammes de tension. La machine à vapeur qui doit utiliser cette courroie sort des ateliers de M. Dujardin, constructeur à Lille. 11 serait intéressant d’avoir des renseignements précis sur la mise en service de cette courroie et sur les observations auxquelles elle donnera forcément lieu les premiers jours de sa mise en marche.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 janvier 1892. — Présidence de M. Duchartre.
- A. Richet. — La séance a été levée en signe de deuil à la suite du décès de M. Richet, membre de l’Académie, section de médecine et de chirurgie. On lira plus haut le
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- LA NATURE.
- résumé de la carrière si brillante et si bien remplie du grand chirurgien qui sera vivement regretté de tous ses collègues, de tous ses élèves, comme de tous ceux qui l’ont connu. Avant de lever la séance, quelques pièces de la correspondance ont été signalées par M. Berthelot, secrétaire perpétuel.
- Travail des roches par le diamant. — M. Fromholt présente un Mémoire très complot sur les améliorations qu’il a apportées dans la perforation mécanique des roches, et dans les appareils destinés à travailler les pierres dures. M. Fromholt, dans l’un et dans l’autre cas, se sert du diamant, mais la perforatrice qu'il a imaginée est tellement perfectionnée qu’elle permettrait, d’après l’auteur, de creuser en cinq ans le tunnel du Simplon. Les appareils destinés à la taille et au polissage des pierres dures ont
- été aussi l’objet d’améliorations notables de la part de l’auteur.
- Election. — L’Académie procède à l’élection d’un vice-président pour 1892, en remplacement de M. d’Abbadie, qui devient président selon l’usage. M. de Lncaze-Duthiers a été, à l'unanimité, élu par 40 votants. MM. Fizeau et Fremv ont été ensuite réélus membres de la Commission administrative. Stanislas Meunier.
- IIE LA CRINIÈRE ET DE LA QUEUE dT'N CHEVAL
- 11 y a quelques annéesl, nous avons publié le portrait d’un ouvrier mécanicien'de la Nièvre qui
- Etalon percheron à longue queue et longue crinière élevé dans le Connecticut, aux Etats-Unis. (D’après une photographie.)
- avait une barbe de 2m,52 de longueur. Ce brave homme était obligé, pour ne pas être gêné dans sa marche, de faire passer deux fois sa barbe autour de son cou. Il est regrettable que le propriétaire d’une si belle barbe, ne soit pas aussi le possesseur du cheval dont nous reproduisons l’aspect ci-dessus, d’après une photographie publiée par le Scientific American. Quel effet imposant produirait l’ouvrier barbu de la Nièvre, s’il était monté sur le cheval à longue crinière dont nos lecteurs ont le portrait sous les yeux. Ce cheval, d’une beauté étonnante, est un étalon français, un Percheron. Il est de couleur noisette; actuellement âgé de huit ans, il a été élevé dans le Connecticut, aux Etats-Unis. Sa crinière et sa queue ont la même couleur. La crinière n’a pas moins de 4 mètres de longueur, et la queue en a
- plus de o. Quand le cheval est debout et que ses crins sont étendus, il offre un aspect imposant qui excite l’admiration des connaisseurs. Quand ce bel étalon est en promenade ou qu’il reste à l’écurie, ses crins sont soigneusement attachés, et passés à travers des anneaux qui se replient. Son propriétaire a de lui le plus grand soin ; il est traité en cheval de luxe et chaque jour, on le mène à la promenade ou au manège. Dans le cours des deux dernières années, sa queue et sa crinière ont poussé de plus de 60 centimètres. Dr Z...
- 1 Voy. n° 814, du a janvier 1889, p. 85.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier. Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- 10 JANVIER 18 92.
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- LES CANONS A TIR RAPIDE
- Une évolution se prépare dans la constitution du matériel d’artillerie des armées. J’ignore si ceux qui président aux destinées de 1 artillerie en France se sont, dès le début, prêtés de bonne grâce à la transformation dont il s’agit : elle se fera néanmoins par la seule force des choses, comme s’est faite la transformation du fusil avec laquelle elle a, du reste, bien des points communs.
- Ce qui distingue le fusil moderne, c’est la réduction du calibre qui a permis, par la réduction du poids de la balle, d’augmenter la vitesse initiale. Ce
- seul fait a suffi pour tendre la trajectoire, accroître la portée utile et la force de pénétration, eette force diminuant avec le poids du projectile, mais augmentant comme le carré de la vitesse.
- Ce sont bien là les propriétés caractéristiques du fusil. La rapidité du tir, pour utile qu’elle soit ou puisse paraître, ne vient qu’en second lieu. Or, les mêmes nécessités amèneront les mêmes transformations dans le matériel d’artillerie, avec les variantes, bien entendu, qu’entraîne le rôle différent des bouches à feu et des armes portatives.
- Les canons de l’avenir seront ce qu’on est convenu d’appeler des « canons à tir rapide », en se servant pour les désigner d'une de leurs propriétés, et non
- iXouvüuu canon à lie rapide, et détail de la culasse.
- pas peut-être de la plus indispensable, dans la plupart des cas du moins.
- Les canons à tir rapide sont nés des exigences particulières de la tactique navale, comme il est arrivé pour les blindages et les tourelles qu’on a d’abord appliqués sur les navires, avant de songer à s’en servir dans la fortification terrestre. À la mer, les buts sont essentiellement fugitifs; l’occasion de tirer sur l’ennemi se présente à peine, qu’elle est déjà passée, et l’on sait bien que l’une des qualités essentielles d"un bon commandant de navire, est précisément la promptitude de la décision. Il n’en est pas moins vrai que cette qualité ne servirait à rien si le matériel ne permettait pas une exécution pour ainsi dire instantanée, avec toute l’intensité désirable de l’action.
- On voit donc qu’à bord, la rapidité du tir a une influence considérable sur son efficacité, puisqu’elle permet, pendant le court moment favorable, d’accumuler sur le but un nombre aussi considérable que possible de projectiles avec un nombre forcément limité de bouches à feu.
- C’est l’introduction dans la guerre navale des canots porte-torpilles et des torpilleurs qui a fait sentir tout d’abord la nécessité d’un matériel à tir rapide. L’équipage d’un gros cuirassé n’aperçoit ces infiniment petits que lorsqu’ils sont déjà à courte distance, arrivant à toute vitesse pour poser ou lancer leur engin de destruction. 11 faut les arrêter en toute hâte, les couler sur place. La tâche est, du reste, relativement facile, pourvu que l’on fasse vite : le moindre projectile perçant les tôles de la carène, au-
- ÏO’ imb. — 1er semestre.
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- dessous de la flottaison, suffit à ouvrir une voie d’eau; une grêle de grosses balles crevant le pont, paralyse aisément la manœuvre des machines. Aussi les canons à tir rapide, créés pour cet usage, sont à peine plus puissants qu’une mitrailleuse. Leur calibre varie de 37 à 57 millimètres, et l’on cherche, avant tout, à réaliser un canon léger, facile à poster même dans les hunes où il a un grand commandement sur la mer.
- Mais les idées s’enchaînent; peu à peu, on a cherché à appliquer les avantages des canons à tir rapide, non seulement contre les torpilleurs, mais dans le combat entre navires de force égale. Il s agit, dans ce cas, de percer autre chose que des bordages en tôle mince ; c’est alors qu’intervient une autre qualité de ce genre de canons : l’accroissement de puissance créé par l'accroissement de vitesse du projectile. Et c’est ainsi que se dessine la tendance nouvelle : pendant longtemps, on allait toujours augmentant le calibre des bouches à feu, à mesure que s’épaississaient les blindages, et les marines — les marines étrangères tout au moins — ne reculaient pas devant les dépenses énormes qu’entraînent la création de canons de 100 tonnes et le tir de leurs coûteux projectiles. Arrêtons les frais; changeons de tactique, et cherchons plutôt s’il n’est pas possible de donner à un projectile plus petit une torce de pénétration aussi grande en accroissant convenablement sa vitesse.
- Voilà quel ordre d’idées a donné naissance aux canons de gros calibre à tir rapide. Le terme de « gros calibre » est tout relatif; l’essai a été jusqu’ici, je dirais presque timide. On a commencé par des canons de 12 centimètres; on pousse aujourd’hui jusqu’à 15 centimètres, — à peu près la moitié du calibre des canons dont les cuirassés sont couramment armés sous tourelle; et pourtant les canons de 15 centimètres nouveaux montrent ce dont ils sont capables en perçant des cuirasses de 50 centimètres d’épaisseur, et rien n’empêche de prévoir un nouveau pas en avant.
- Pendant que notre marine s’attardait à la recherche du meilleur modèle à adopter, la marine anglaise s’outillait, et l’on sait, par une récente discussion parlementaire, qu’elle possède aujourd’hui un approvisionnement déjà considérable de pièces de 12 centimètres et même de 15 centimètres, sorties de la maison Armstrong, Mitchell and C°. Il est à espérer que nous saurons rattraper le temps perdu et nous pourvoir sans sortir de chez nous, car les Forges et Chantiers de la Méditerranée et la maison Hotchkiss — le Creusot vient aussi de se mettre de la partie — sont en mesure de nous fournir un matériel certainement meilleur que celui de la célèbre usine anglaise.
- Et maintenant, on peut se demander si ce qui est excellent, ce qui est reconnu nécessaire dans la guerre navale, ne le serait pas à un égal degré dans la guerre à terre; s’il ne conviendrait pas de substituer au matériel d’artillerie de nos armées et de
- nos places fortes, un matériel basé sur les principes féconds que nous venons d’esquisser.
- Je ne dis pas que la rapidité du tir soit la qualité maîtresse qu’il faille alors rechercher à tout prix, et j’en ferais bon marché si elle n’était pas accompagnée d’autres avantages. Il existe des gens compétents pour regarder d’un œil inquiet la dangereuse consommation de cartouches qu’entraînera le fusil actuel : la même crainte peut se manifester — et à un degré plus vif encore — lorsqu’il s’agit des projectiles d’artillerie dont le réapprovisionnement est d’autant plus difficile que le poids de chaque obus ou de chaque charge, est relativement considérable. Cependant la discipline du feu étant plus aisée avec le canon qu’avec le fusil, on peut admettre qu’on saura n’utiliser la rapidité du tir que dans les circonstances où elle est précisément indispensable. S'il s’agit d’artillerie de campagne, ce sera au moment du déploiement, lorsque toute l’artillerie n’a pas encore eu le temps d’arriver en ligne ; les premières batteries prennent position et ouvrent le feu : il faut immédiatement prendre l’ascendant par un tir plus puissant que celui de l’adversaire ; si ce n’est par le nombre des pièces, ce sera par l’intensité du feu, en dehors de la précision du tir que je suppose égale des deux côtés.
- Dans la guerre de siège, les pièces sous tourelle, dont le nombre est forcément limité, et qui doivent faire tête souvent à des batteries entières, utiliseront également la faculté de tirer vite : elles se trouvent dans une situation analogue aux pièces sous tourelle d’un navire.
- Mais en dehors de ces cas particuliers où la rapidité de manœuvre doit être atteinte à tout prix, les autres qualités des canons à tir rapide s’imposent, comme se sont imposées celles du fusil actuel. On les définit en deux mots, en disant qu’il nous faut aujourd’hui des canons légers et à grande vitesse initiale.
- Une courte description permettra d’examiner comment on peut réaliser ce programme.
- La légèreté est obtenue par une réduction du calibre; non seulement la légèreté de la bouche à feu, mais aussi celle des munitions; toutes choses également utiles, car si la pièce devient plus maniable, — ce qui a son prix sur un champ de bataille, — il n’est pas indifférent de l’approvisionner en munitions plus ou moins lourdes.
- L’accroissement de vitesse initiale, que permettent d’obtenir les poudres lentes d’aujourd’hui, exige, d’une part, une charge suffisante de poudre, et, d’autre part, une longueur d’àme assez grande pour que toute la charge ait le temps de brûler avant l’expulsion du projectile. Les nouveaux canons sont donc tous très longs. On a l’habitude d’apprécier la longueur d’une bouche à feu en la comparant au calibre ; les canons à tir rapide ont 42, 45 et même 48 calibres de longueur. Il en résulte évidemment une augmentation de poids par rapport au calibre, mais le poids total est encore inférieur
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- à celui d’un canon de même puissance construit dans l’ancien système.
- Pour accélérer le tir le plus possible, les constructeurs ont recours aux principaux artifices suivants : 1° le projectile et la charge sont réunis en une seule cartouche, analogue a la cartouche des armes portatives, la poudre étant enfermée dans une douille métallique qu’un extracteur expulse du canon, le coup parti; 2° grâce à un affût spécial et à un frein, le recul est très limité et la pièce revient automatiquement en batterie ; 5° enfin le mécanisme de culasse est combiné de manière à abréger les opérations d’ouverture et de fermeture.
- L’emploi de la douille métallique n’est pas sans inconvénient, surtout pour les gros calibres; aussi semble-t-on l’avoir abandonnée en Angleterre. Outre son prix élevé, elle constitue un alourdissement considérable des approvisionnements; c’est ainsi que, pour le canon Canet1 de 15 centimètres, la douille pèse 14k°,800. iV bord d’un navire, on peut négliger ce côté de la question ; il n’en est pas de même à terre, et surtout pour l’artillerie de campagne, où l’on devra, croyons-nous, sacrifier, s’il le faut, un peu de la rapidité du tir, mais ne pas s’encombrer de douilles métalliques.
- On sait en quoi consistent les freins hydrauliques ou hydro-pneumatiques employés dans la grosse artillerie : le canon entraîne, en reculant, un piston qui comprime de l’air dans un cylindre, ou bande des ressorts, — une pile de rondelles Belleville par exemple. Aussitôt que l’effet du recul a cessé, l’élasticité de l’air ou des ressorts récupérateurs tend a ramener d’elle-même la bouche à feu à sa position première, et, pour qu’il ne soit pas nécessaire de recourir à un nouveau pointage, il suffit que l’affût lui-même n’ait point bougé.
- Dans les grosses pièces de bord ou de côte, — et le même système pourrait être appliqué à l’artillerie de place ou de siège, — on emploie un affût à pivot central prenant appui sur le sol par une large sellette qui peut être boulonnée sur le pont d’un navire. Le pivot porte sur le fond de la cra-paudine au moyen de couronnes de billes sphériques, et supporte l’affût proprement dit par l’intermédiaire de rondelles Belleville; au moment du tir, la réaction écrase les rondelles et l’affût porte alors sur toute la surface de la sellette.
- Quant au mode de fermeture de la culasse, il varie suivant les constructeurs, mais il repose généralement sur le principe français de la vis à filets interrompus. Dans ce système, l’ouverture peut se décomposer en trois mouvements : rotation de la vis d’un sixième de tour pour dégager les filets ; mouvement en arrière du noyau fdeté dans la lunette ; enfin rotation de tout l’ensemble autour de la charnière latérale. La fermeture s’effectue par les moyens inverses. Dans les pièces anciennes, ces trois opérations se font séparément par des mouvements
- 1 Construit par rétablissement des Forges et Chantiers de la Méditerranée.
- distincts; on cherche, au contraire aujourd’hui, à les combiner de manière à les réaliser d’un seul coup : par exemple — dans les canons Canet — en ramenant le levier de fermeture de droite à gauche, ce seul mouvement effectuant les opérations successives par des enclenchements bien combinés.
- Pour les canons de campagne, on ne peut songer à généraliser l’emploi des affûts à pivot central, qui ne sont pas munis de roues; mais on peut tout au moins se débarrasser en grande partie des inconvénients du recul au moyen de freins qui le limitent au minimum. Dans ces conditions, il serait possible d’obtenir» un canon de 75 millimètres qui aurait autant de puissance que le 90 actuel. Or, tandis que celui-ci pèse 4210 kilogrammes avec son affût, l’examen des spécimens créés par l’industrie civile montre qu’on- pourrait abaisser à 850 ou 900 kilogrammes le poids de la nouvelle pièce.
- Mais l’évolution, dont nous parlions au début de cet article, n’a pas encore atteint l’artillerie de campagne: la discussion se maintient jusqu’ici dans les régions de la grosse artillerie, et les expériences sont dès aujourd’hui assez nombreuses pour permettre de se faire une opinion sur les différents systèmes proposés et parmi lesquels ceux de la maison Armstrong, en Angleterre, et en France, des Forges et Chantiers de la Méditerranée, tiennent la tête. Il ne nous déplaît pas que ce dernier système se montre supérieur au premier et que ce soient des puissances étrangères, telles que la Russie, qui le proclament en l’adoptant.
- Quelques chiffres comparatifs suffiront, du reste, pour établir cette supériorité.
- Le canon anglais de 15 centimètres pèse 5842 kilogrammes, et le français 5700 kilogrammes; l’affût anglais, sans masque, pèse 6095, et le français 5550. On voit de quel côté est l’avantage.
- Le canon Canet ne lance, il est vrai, qu’un projectile de 40 kilogrammes, mais avec une vitesse de 750 mètres; tandis que le canon Armstrong ne projette son obus de 45 kilogrammes qu’avec une vitesse de 675 mètres sous une charge de 6ks,804 de poudre sans fumée appelée cordite. Or, faites le calcul de la force de pénétration et vous pourrez constater qu’elle est bien plus grande pour le premier que pour le second. Ajoutons enfin, pour terminer notre parallèle, que le canon Canet tire dix coups pendant que son concurrent n’en tire que six.
- Cette comparaison est, comme on le voit, tout à l’honneur de notre industrie nationale. II nous reste donc à souhaiter qu’on ne s’endorme pas, et que, puisqu’une transformation s’impose, on la fasse, radicale, aussi bien pour notre artillerie de campagne que pour nos pièces de côte, et sans perdre un temps précieux1. G. Béthuys.
- 1 Yoy. précédemment, description de canons, dans la Notice sur Y Artillerie de la marine française, n° 957, du 3 octobre 1891, p. 281.
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- LA NATURE.
- DÉCLIVOMÈTRE
- Dans toutes les opérations qui entraînent des modifications dans la forme du terrain: constructions de routes, de chemins de fer, élévation de bâtiments industriels ou autres, il est souvent nécessaire de procéder h l’opération du nivellement. Elle permet de calculer le volume des terres à enlever, de voir s’il compense celui de vides à combler, enfin, d'évaluer la dépense probable des travaux à exécuter. Lorsqu’il s’agit d’opérations très précises, on emploie des instruments assez délicats munis de lunettes à réticules, de boussoles et de niveaux. Pour les opérations moins précises, qui sont souvent très suffisantes dans la pratique, on se sert du niveau d’eau que tout le monde connaît et qui se compose de deux petites bouteilles réunies par un long tube. Mais cet appareil est peu portatif et encombrant, et c’est pour remédier à cet inconvénient que M. Cornié a fait construire celui que représente notre dessin. Lorsqu’il est déplié, il n’a que 50 centimètres de longueur, et replié 25 centimètres; on peut donc le loger facilement dans une poche comme un mètre pliant; malgré ces petites dimensions il donne des indications très précises. La ligure 1 montre l’appareil replié ; la figure 2 le^ représente en station mesurant une pente de 51 centimètres par mètre. On voit qu’il se compose essentiellement de trois règles principales AB, DE et 0, chacune des deux premières se repliant en deux parties alin de tenir moins de place. Un verrou assure la solidité du joint de la règle supérieure. La règle inférieure porte trois saillies par lesquelles elle repose sur le sol, et la règle G qui est k son extrémité porte une graduation qui correspond à 1 élévation de un centimètre par mètre. Vers l’extrémité de la règle supérieure se trouve un niveau a bulle d’air N (fig. 5) et aussitôt après ce niveau, au bout même de la règle, est fixée une pointe de cuivre F, ou indicateur, dont on voit le détail figure 4. Cette pointe, recourbée en G, perpendiculairement k la surface de la règle, vient s’engager dans les petits trous qui terminent chaque division de la règle G. Cette disposition a pour but de bien assurer la position respective des différentes parties de
- l’appareil au moment où doit se faire la lecture.
- Pour se servir du déclivomètre on commence par développer A * et B en les mettant sensiblement en ligne droite; on relève la ligne graduée G et on fixe 1) et E au moyen du verrou. Gela fait, ayant choisi un endroit uni du terrain, on y pose l’instrument de manière qu’il touche le sol par les trois points d’appui faisant saillie et on a soin que la règle portant la graduation, soit sensiblement verticale dans le sens du plan de l’appareil. On relève alors la règle DE jusqu’à ce que la bulle du niveau N dépasse le trait gravé au milieu du tube de verre (lig. 5). On enfonce alors l’indicateur G dans le trou de la graduation correspondant k cette position. Supposons qu’il sc trouve k la division 50 et que la bulle d’air du niveau occupe une position k droite du trait; on relève la règle au trou 51, la bulle va passer de l’autre côté du trait. On en conclut que la pente est
- entre 50 et 51 centimètres par mètre. On répétera alors l’expérience à 1 ou 2 mètres de distance et en prenant une moyenne on aura une très grande approximation . La disposition du niveau avec un trait le séparant en deux parties est très intéressante, en ce sens qu’elle permet des lectures rapides sans tâtonnement; la pointe recourbée G de l’indicateur assure une lecture très précise.
- En résumé, le petit appareil de M. Gornié est très ingénieusement combiné et rendra service aux ingénieurs, architectes, conducteurs des ponts et chaussées, etc. 11 est très portatif et sera le vade mecunt de tous ceux qui s’occupent de nivellement ou de topographie. 11 servira même aux vélocipédistes.
- l'ar ces temps de vélocipédie k outrance, combien ne serait-il pas souvent utile de pouvoir constater exactement la pente d’un chemin ou d’une route afin de le noter sur sa carte et de la signaler a l’occasion aux confrères en cycle. Il est reconnu en effet, que par ce mode de locomotion, au delà d’une certaine pente, il est préférable d’aller k pied en poussant devant soi sa machine. Il est donc utile d’être, avant le départ, renseigné aussi exactement que possible pour choisir le meilleur chemin k suivre, et si la carte est muette k cet égard, le déclivomètre sera 1k pour réparer l’omission. G. Makescual.
- Fig. 1,2, 5 et 4. —Déclivomètre de M. Cornié pour lu mesure des pentes.
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- LA NATURE.
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- LES DEMITES
- C’est une tendance universelle que de chercher et souvent de voir dans la forme des objets qui nous entourent, la représentation de l’homme, et presque aussi souvent celle des animaux ou des plantes. La Nature a publié d’intéressants exemples de roches et de montagnes à formes animées ; nous voyons aisément dans les nuages des personnages de tous genres, et aux époques superstitieuses et terrifiées on a enregistré des apparitions résidant tout entières dans de simples ressemblances extérieures mal interprétées.
- A ce point de vue, les pierres ont toujours été considérées comme très dignes d’attention : dans les tubercules de grès comme dans les rognons de silex il est facile de trouver des traits d’analogie avec les objets les plus variés.
- On montre dans la forêt de Fontainebleau un bloc de grès, où, avec de la bonne volonté, on reconnaît avec sa grandeur naturelle, un cavalier pétrifié sur sa monture; on m’a apporté, au laboratoire de géologie du Muséum, un petit tubercule gréseux, où son propriétaire voyait le portrait de « Notre-'
- Seigneur sur sa croix ». Certaines personnes ont la spécialité des silex et Boucher de Perthes a admis dans l’atlas de son capital ouvrage sur les Antiquités celtiques et antédiluviennes, une série de figures empruntées à des silex à formes imitatives.
- Dans cette direction, il n’y a pas de limite; tous les sujets peuvent se rencontrer, depuis des « têtes de veau », d’ailleurs fréquentes, avec les yeux, les oreilles, les rides de la peau ; — les profils de l’homme : à Meudon on a conservé très longtemps un gros silex où tout le monde reconnaissait le buste de Louis XIV ; — des oiseaux, des poissons, — jusqu’à des mains, des pieds, des oreilles détachées, etc.; — c’est-à-dire jusqu’à ces accidents auxquels J.-B. Robinet a consacré en 1778 une partie de ses ingénieuses Con-
- sidérations sur les essais de la Nature qui apprend à faire l'homme. En feuilletant ce curieux ouvrage, on verra, décrits en des paragraphes distincts, les anthropocardites qui représentent le cœur de l’homme, les encéphalites ou cerveaux, les cra-nioïdes ou crânes, les anthropodites ou pieds, les otites ou pierres auriculaires, les leucophthalrnos ou
- yeux blancs, les chirites ou mains, les pierres qui représentent un muscle, et jusqu’au « nerf olfac-toire », etc., etc.
- Une circonstance qui a rendu le départ long et difficile entre les ressemblances tout à fait fortuites et les fossiles véritables, c’est qu’ils sont souvent mêlés ensemble, associés jusque dans le même échantillon, ou originaires de gisements ayant en commun les caractères les plus essentiels.
- Souvent, par exemple, des fossiles sont réduits à l’état d’empi ointes pincées entre deux bancs rocheux ou entre deux feuillets constitutifs d’une roche plus ou moins schisteuse. En cette condition se rencontrent des poissons, des insectes, des plantes et celles-ci parfois en prodigieuse abondance. Or, dans une situation tout à fait pareille peuvent se manifester des accidents de couleur ou de structure qui ont avec les précédents certains rapports extérieurs : ce sont des dessins plus ou moins compliqués, dans lesquels il sera souvent facile de retrouver les mêmes ressemblances que nous procurent les nuages ou les arabesques d’une tenture. La figure o ci-jointe en est un exemple, emprunté à la Saxonia suhterranea de Mylius (Leipzig, 1709); il s’agit d’une pierre dont la cassure montre des taches qui dessinent la figure d’une poule avec son plumage, la huppe de sa tête et les scutelles de ses tarses.
- 11 est d’ailleurs une autre catégorie d’accidents, qui est spécialement féconde en méprises du genre de celles qui nous occupent. Je veux parler des dendrites si fréquentes dans les joints des roches de tous les âges et dont la figure 1 donne une idée très exacte. Qu’on aille près de Paris, à Romainville, à Argenteuil, dans une carrière de gypse, on verra que
- Fig. 1. •—Dendrite composée de petits cristaux d’oxyde de manganèse ferrifère (acerdèse des minéralogistes) ; dans les fissures d’un calcaire lithographique. Echantillon du Muséum d’histoire naturelle de Paris (moitié de la grandeur naturelle).
- Fig. 2. — Agate arborisée, c’est-à-dire renfermant dans sa masse une dendrite profonde. Echantillon du Muséum (moitié de la grandeurnaturelle).
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- toutes les fissures planes qui traversent les bancs de marnes de toutes couleurs, blanches ou blanchâtres, vertes, jaunes ou grises, dont la série des bancs de pierre à plâtre est entrecoupée, sont noircies de dendrites parfois fort élégantes et de toutes les dimensions. On rencontrera encore des dendrites dans les joints des calcaires, pierres à chaux, pierre à bâtir, pierres lithographiques, marbres compacts ; dans ceux des grès et jusque dans ceux des granits et des autres roches cristallines les plus variées.
- Pierre dont la cassure offre l’apparence d’une poule couverte de ses plumes. (D’après Mylius.)
- Elles ne sont pas toujours noires ; il en est d’ocra-cées, c’est-à-dire offrant la couleur de la rouille; certaines sont métalliques et consistent soit en pyrite commune entre les feuillets des ardoises, soit en cuivre ou en argent natif, soit même en or. Enfin,
- Fig. 4. — Schiste présentant des dendrites où l’on voyait au siècle dernier la représentation d’un paysage.
- outre les dendrites superficielles on en connaît de profondes, qui se développent au travers de la masse des pierres, et les plus connues dans ce genre sont celles qui ont valu sa dénomination spéciale à l’agate arborise'e (fig. 2).
- Ce nom, comme celui même de dendrites, suffit à montrer qu’on a d’abord attribué à ces accidents une origine végétale. Parfois on est allé plus loin et la figure 4 reproduit, d’après Mylius déjà cité, le dessin d’une dendrite où l’auteur voyait tout un paysage ; une plaine traversée par un fleuve et bordée d’une chaîne de collines boisées et percées
- de cavernes. 11 est facile de reconnaître que les dendrites n’ont aucun des caractères des ramifications végétales avec lesquelles on a tendance tout d’abord à les comparer, et, quand on les étudie avec un grossissement suffisant, la structure cristalline de la plupart d’entre elles apparaît nettement. C’est ce qui a lieu avant tout pour les dendrites noires les plus fréquentes, comme en présentent les figures 1 et 4 que j’ai spécialement étudiées, et que je suis parvenu à reproduire artificiellement1.
- A première vue, il est clair que les dendrites dont il s’agit, et qui consistent en oxyde hydraté de manganèse de l’espèce acerdèse des minéralogistes, résultent d’une action précipitante exercée par les roches calcaires sur des eaux renfermant des traces de sels métalliques. Aussi peut-on espérer en obtenir une imitation, en plaçant des fragments de marbre ou de pierre lithographique, dans une solution étendue de chlorure ou de sulfate de manganèse. L’espoir du succès est d'autant plus légitime que le carbonate de chaux a permis déjà d’imiter de cette façon plusieurs minéraux naturels et spécialement la limonite ou minerai de fer et la bauxite ou minerai d’aluminium.
- Cependant l’expérience ne réussit pas et au lieu du dépôt noir désiré, on n’obtient que des flocons d’un brun de chocolat n’ayant aucune analogie avec la substance des dendrites.
- En cherchant la cause de cet insuccès, j’ai reconnu, par l’analyse, que les dendrites dites de manganèse contiennent toujours de l’oxyde de fer, en quantité très faible, il est vrai, mais en quantité qui paraît nécessaire. En effet, l’addition de traces de sels ferriques à la solution du sel manganique a déterminé le dépôt sur le calcaire immergé, d’un composé parfaitement noir, présentant en bien des circonstances l’allure exacte des dendrites de la nature. Je conserve au Muséum des échantillons qui ne laissent aucun doute à cet égard et dont toute l’infériorité, par rapport aux modèles qu’il s’agissait de reproduire, tient sans aucun doute à la moindre lenteur de leur production.
- Stanislas Meuinieh.
- QUELQUES FALSIFICATIONS
- On sait que l’Administration des douanes pour sauvegarder les intérêts du fisc soumet à une Commission d’experts les objets de consommation qui entrent sur le territoire français, lorsqu’elle craint que les déclarations des importateurs, ce qui arrive parfois, ne soient pas conformes à la nature ou à la valeur des marchandises déclarées.
- Parmi les objets qui sont présentés à l’expertise se trouvent souvent des matières de consommation courante, dont l’intérêt est secondaire. D’autres fois ce sont des denrées ou produits industriels peu connus. Certains même sont tout à fait nouveaux; ils représentent des
- 1 Pour les détails, voyez mon récent volume intitulé : Les méthodes de synthèse en minéralogie, p. 527.
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- médicaments exotiques, des bois, des extraits, des huiles, etc., etc., dont on désire faire l’essai, et, s’ils sont agréés, la publicité aidant, ils deviennent bientôt l’objet d’un commerce fructueux.
- Au nombre des matières à examiner, il faut comprendre des falsifications habilement préparées, et, chose remarquable, c’est l’art avec lequel les sophistications sont d’ordinaire confectionnées. C’est ainsi que l’on imite parfaitement le quinquina au moyen d’écorces teintes de différents arbres ; le poivre en poudre est, on le sait, une des marchandises les plus frelatées. La liste serait longue si l’on relevait tout ce qui est cité dans les traités des falsifications.
- Au commencement de cette année, j’avais été à même
- Fig. 1. — Pistil de Chardon (n° 1). — Pistil de Safran (n* 2). Fleuron de Carthame (n° 3) (grossis). -
- d’expertiser deux produits qui étaient déclarés, l’un comme safran, et l’autre comme chicorée destinée à remonter la couleur du café.
- Les falsifications du safran sont déjà connues, mais celle-ci était certainement le modèle du genre.
- Le safran, on le sait, est formé des styles et stigmates
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- Fig. 2. — Fragment de sou d’orge montrant les cellules à gluten et les cellules à amidon (n° 1). — Portion de féverole montrant le tégument épais de la graine et les cellules de l’embryon contenant amidon et légumine (n* 2) (vus au microscope).
- du Crocus sativus. Il est employé en médecine à titre de stimulant, emménagogue, antispasmodique et comme matière colorante de plusieurs produits comestibles, enfin à certains usages industriels. Sa valeur étant importante, 180 à 200 francs le kilogramme1, on a intérêt à l’imiter et à en augmenter le poids pour en tirer un plus sérieux bénéfice.
- Il serait trop long d’énumérer les nombreux agents de falsification du safran ; qu’il suffise de dire que les fleurons de Carthame, de Chardons, de Soucis, sont les plus fréquemment usités. Le miel, le plâtre, la craie et le sulfate de baryte servent le plus communément pour en accroître le poids. Le tout habilement teint et toujours associé à une certaine quantité de vrai safran pour en donner l’aspect et l’odeur.
- 1 II faut plus de 150000 stigmates de safran pour faire 1 kilogramme.
- Un procédé qui m’a bien réussi et qui, vraisemblablement, a dû être mis en pratique avant moi, pour reconnaître rapidement la nature d’un safran était le suivait : On prend une assiette creuse de porcelaine ou de faïence blanche que l’on emplit ou à peu près d’eau, puis on y laisse tomber doucement quelques pincées du safran à reconnaître. Celui que j’examinai donnait les résultats qui suivent. Tout ce qui était du vrai safran restait flottant à la surface et bientôt l’eau faisait apparaître une auréole jaune entourant chaque brin de safran. D’autres brins, d’une teinte plus claiie, se conduisaient de même avec cette différence qu’il ne se formait pas de cercle jaune, c’étaient des fleurons de Carthame (fig. 1). Enfin les troisièmes, après quelques secondes d’imbibition, descendaient brusquement au fond de l’assiette, puis une coloration rouge se dégageait et peu de temps après chaque brin se montrait enveloppé d’une gangue de matière blanche. Ces derniers brins étaient des fleurons de Chardon enrobés d’une couche de sulfate de baryte puis teintés par l’éosine.
- A l’aspect, pour un œil peu exercé, cette marchandise ne faisait rien soupçonner d’illégal, mais le poids était presque triplé par la baryte et la proportion de vrai safran était à peine d’un tiers pour l’ensemble du produit.
- Le second objet à examiner était une chicorée dont la douane se défiait avec raison, en ce que sa forme était tout à fait nouvelle. En place d’être en poudre ou en tablettes, cette chicorée avait exactement la figure de grains de café torréfiés. A l’examen microscopique on pouvait constater que la pâte qui avait été ainsi moulée était entièrement formée de féveroles et d’orge grillées et moulues (fig. 2).
- La douane admet que d’autres matières que la racine de chicorée sauvage puissent servir à faire de la chicorée ; mais évidemment le but, en donnant à celle qui nous occupe la forme de grains de café, était d’inciter le débitant qui achetait cette marchandise à en ajouter à son vrai café. Ce nouvel artifice, pour tromper l’acheteur, est fort ingénieux. On achète son café en grains pour être certain d’avoir du café sans mélange, et vendre de la chicorée, qui n’est même pas de la chicorée, et qu’il n’est pas possible de distinguer du café en grain est le comble du génie commercial.
- Après renseignements pris, j’ai su que deux maisons allemandes se livraient à la confection de cette nouvelle denrée, et il serait bien étonnant qu’elles ne fissent pas de brillantes affaires.
- Les amateurs de vrai café feront bien de se tenir sur leurs gardes et je pense qu’ils me sauront gré de ce petit avertissement. Jules Poisson.
- L’EXPOSITION DE CHRYSANTHÈMES
- DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE d’hORTICULTURE
- .Depuis une trentaine d’années deux genres de plantes ont attiré l’attention des horticulteurs et du public : ce sont les Orchidées et les Chrysanthèmes. Cette fois, si la mode les a pris sous sa protection, il y a bien des motifs pour justifier l’engouement des amateurs.
- Dans les Orchidées, la variété infinie des formes et des couleurs, l’élégance de la fleur, la durée de la floraison, la facilité relative de la culture, la finesse des plantes, qui les ont fait surnommer les Filles de l'air, justifient amplement la faveur dont jouissent
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- ces fleurs merveilleuses pour les corbeilles de nos fleuristes parisiens.
- De leur côté, les Chrysanthèmes jouent un rôle non moins considérable dans la faveur publique, et il n’est pas de ville, où l'horticulture est en honneur, qui ne fasse aujourd'hui une exposition spéciale de la fleur à la mode. On a même fondé à Londres une Société spéciale, la Chrysantemum National Society, qui a pour but unique la culture et l’étude de ce qu’on a appelé la Fleur d'or ou Reine de l'automne.
- La Nature a publié1 une intéressante Note sur le sujet qui nous occupe. Depuis ce moment, la faveur publique n’a fait qu’augmenter; la culture s’est perfectionnée,des variétés nouvelles produites parles semiset
- Fig. 1. — Chrysanthèmes. Trois nouveautés. — i. Mistres
- Robert Fortune introduisit en Europe le Chrysanthème japonais. A partir de ce moment, la vogue s’empara de la fleur nouvelle et ne fit qu’augmenter sur le continent.
- Ce qui contribue à vulgariser le Chrysanthème, c’est que non seulement il nous donne la fleur à l’arrière-saison, quand il reste presque seul l’ornement de nos parterres, mais c’est que sa culture est des plus faciles. Prenez n’importe quel autre genre, jamais vous n’aurez autant de variétés de formes et de couleurs. C’est une plante rustique, vivace, de pleine terre ou de serre, réussissant dans presque tous les terrains. Si l’on veut prolonger la floraison jusqu’en janvier, on n’a qu’à la mettre en
- 1 Voy. n° 764, du 21 janvier 1888. p. 119.
- par une savante hybridation, ont été exposées; on a étudié, non pas seulement la variété dans les couleurs, mais les floraisons précoces et tardives, en sorte qu’aujourd’hui, grâce aux procédés de culture en serre ou en pleine terre, on prolonge l’utilité et l’ornementation par la plante pendant plusieurs mois, de juin à fin novembre.
- Rien que le Chrysanthème ait été connu en Europe depuis longtemps, surtout par les dessins de la céramique japonaise, ce n’est qu’en 1789 que Rlancard, capitaine du port de Marseille, apporta la première fleur; elle resta oubliée jusqu’en 1827, où M. Remet, amateur de Toulouse, fit des semis intelligents et mit la plante en faveur. En 18(51,
- A. Blanc. — 2. Lilian B. Bird. — 3. M“‘ Eug. Puvrez.
- pots, lorsqu’elle est en boutons, et à la rentrer en serre. On sait que pour avoir de ces inflorescences qui atteignent jusqu’à 15, 20 et môme 25 centimètres, on ne laisse qu’une ou deux tiges par plante et une fleur sur chaque tige sans toucher aux feuilles; ces énormes fleurs sont toujours présentées seules dans les expositions : la variété Etoile de Lyon se prête très bien à cette culture.
- La quantité inépuisable de formes et de couleurs que présentent les Chrysanthèmes les a fait diviser en plusieurs classes, dont une partie est représentée dans notre gravure de page entière (fig. 2 ).
- Le n° 1 est un hybride, 1 ’Edwin Molineux; le n° 2 un incurvé, Y Automne; le n° 5 un récurvé, Y Alcyon; le n° 4 un alvéolé, le Cœur de Marie; le n° 5 un semis double, Y Amiral sir T. Simomh; le
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- I'ip.2. — Quelques spécimens de Chrysanthèmes. — I. Etltoin Mtdineu.r. — 2. IAutomne. — ô. Alcyon. — -i. Cœur de Marie. d Amiral Simonds. — (i. M'“° Darquier. — 1. Master Gantant. — S. .1/" Illancard. — '.I. Pompon. — 10. Toussaint Morissot.
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- n° 6 une spirale, Mme Darquier; len° 7 un japonais, Master Garnard; le n° 8 une pivoine, Mme P. L. Blancard; le n° 9 un pompon; enfin le n° 10 Toussaint Morissot.
- A côté de ces divers types ou formes variées, la figure 1 représente trois nouveautés : le n° 1, Mistress A. Blanc; le n° 2, Lilian B. Bird; et le n° 5, Mme Eug. P livrez.
- Inutile d’ajouter que, tous les ans, le nombre des nouveautés mises au commerce est considérable : c’est à l’envi que les Chantrier, les Lévêque, les Grozy, les Pbatzer, les Dupanloup, les Yvon, les Delaux, les Reydellet, etc., nous montrent chaque année les coloris et les formes les plus variées, au point qu’aujourd’hui les catalogues comptent plus de 600 variétés.
- Parmi les plus nouvelles remarquées à l’Exposition d’horticulture de Paris, il faut citer ; Sénateur Bocher, Louis Bœhmer, Louise Chantrier et Mistress Alphens Hardy.
- Il y a évidemment, dans toutes les variétés présentées, un choix à faire; autrement, on tomberait comme pour les fruits, dans un chaos qu’il faut éviter à tout prix. Ici, comme dans d’autres choses, la qualité doit primer la quantité, et c’est là le but que doivent encourager les jurys dans les expositions d’horticulture. Ch. Joly.
- MESURE DES VITESSES DES PROJECTILES
- AU MOYEN DES PHÉNOMÈNES SONORES PAR LE CAPITAINE GOSSOT DE L’ARTILLERIE DE MARINE1
- En 1888, La Nature a rendu compte des expériences du capitaine Journée sur le son produit par des balles lancées à grandes vitesses (de 500 à 800 mètres par seconde). Le docteur Mach, de Prague, a donné la véritable explication de ces phénomènes et l’a appuyée de photographies saisissantes. En résumé, le projectile, animé
- d’une vitesse supérieure à celle de la propagation du son, comprime l’air qui le précède. L’onde comprimée est stationnaire ; lorsqu’elle passe par l’oreille, on entend, une seule fois, le bruit sec d’explosion. Il existe en outre une onde sphérique, due à la décharge, qui se propage avec la vitesse ordinaire. Les deux bruits, provenant des deux ondes ainsi définies, sont séparés par un silence absolu. Le capitaine Gossot utilise l’onde stationnaire pour signaler en un point le passage du projectile et par suite permettre la mesure de sa vitesse. Supposons que l’on dispose dans le plan de tir deux appareils susceptibles de fonctionner, et d’interrompre un circuit électrique, sous l’influence d’une brusque variation de la pression atmosphérique ; imaginons un projectile tiré sous un
- Fac-similé de la photographie d’un projectile de fusil pendant le tir.
- angle quelconque. L’onde condensée, représentée ci-contre, interrompra le circuit lorsqu’elle frappera l’appareil et signalera le projectile en un certain point de sa trajectoire. La mesure du temps qui sépare les deux signaux, la connaissance de l’angle du tir, de la vitesse normale du son, des positions des appareils, conduiront à l’aide d’une série de déductions analytiques à la vitesse cherchée. Cette méthode présente les avantages suivants : permettre la mesure des vitesses, sous des angles quelconques pour les vitesses initiales, à des distances quelconques pour les vitesses restantes. Après chaque coup, les appareils sont prêts à fonctionner de nouveau, ils peuvent donc être complètement abandonnés à eux-mêmes. Cette méthode permet la mesure, avec une précision inconnue jusqu’ici, des durées de trajet des projectiles et des durées de combustion dans le tir fusant.
- Les appareils interrupteurs imaginés et construits par M. Cousin, garde d’artillerie, sont d’une extrême simplicité ainsi que d’une sensibilité et d’une précision remarquables. Le capitaine Gossot a d’autre part rendu très facile et expéditive l’application de sa méthode aux données expérimentales. Le Mémoire renferme un grand nombre de résultats dont la précision est un gage de la confiance que l’on est en droit d’accorder à la méthode qui y conduit.
- (MRLA.TÀNS ET PSEUDO-MÉDECINS
- Connaissez-vous l’histoire de ce bouffon de la cour du duc de Ferrare qui soutint un jour que de tous les métiers le plus couru était celui de médecin? Vous la trouverez dans un chapitre d’un curieux ouvrage sur « les erreurs populaires touchant la médecine1 ». En deux mots la voici : Gonelle, c’est le nom du bouffon, soutenait que le métier (cela s’appelait ainsi dans ce temps-là et c’en est un en effet) qui comptait le plus d’adeptes était la médecine. Pour le prouver, Gonelle sort le lendemain de son logis, son bonnet de nuit sur la tête, le menton entortillé, pour se rendre au palais. Le premier passant qui le rencontre l’arrête : « Qu’as-tu donc, Gonelle? — Une douleur enragée de dents. — Ce n’est que cela, voici un remède. » Et de sa demeure au palais, chacun de lui donner un avis. Le bouffon arrive dans la chambre du duc : même question, même réponse. — Eh bien, dit le prince, je sais une chose qui te fera incontinent passer la douleur. » Aussitôt Gonelle de faire sauter son couvre-chef, s’écriant : « Et vous aussi, monseigneur, vous êtes médecin; pour venir de mon logis chez vous, je n’ai passé que par une rue et j’en ai compté plus de deux cents. Je jure d’en trouver dix mille dans cette ville. »
- Vraie ou fausse, l’histoire pourrait se rééditer de nos jours et Gonelle gagnerait encore son pari sans conteste. Il n’est personne qui n’en ait pu faire l’expérience; il n’est peut-être personne qui ne se soit permis de donner un avis pour une maladie, en ami, en passant; mais c’était un bon conseil. On a vu tel malade guérir par tel remède, usez-en donc ;
- 1 Joubert, Erreurs populaires touchant la médecine. Bordeaux, 1579.
- 1 Paris. — Berger-Levrault, 1891.
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- et de dauber sur les médecins qui n’y connaissent rien.
- Quoi d’étonnant, après cette tendance instinctive à compatir aux souffrances d’autrui et à collaborer, s’il se peut, à la guérison, quoi d’étonnant que, à toutes les époques, dans tous les coins du monde, la vogue ne soit allée, du moins pour un moment, aux pseudo-médecins, aux charlatans.
- Si haut qu’on veuille remonter dans l’histoire, on en trouverait des exemples ; mais les charlatans types datent de la fin du seizième siècle. C’est à partir de cette époque que l’on voit grandir des renommées dont le souvenir s’esl transmis jusqu’à nous. Célébrés dans les chroniques du temps, les charlatans ont eu aussi leurs heures d’infortune, mais de génération en génération, de siècle en siècle, l’espèce s’est perpétuée, s’est conservée et elle fleurit encore de nos jours. Comme Tabarin, le charlatan s’affuble encore de manteaux brodés, de perruques et de casques invraisemblables et vend sa marchandise, propre à guérir tous les maux, grâce au boniment le plus étourdissant. Ce n’est pas chose facile que d’arriver à savoir capter l’oreille des badauds ; les camelots parisiens s’y entendent à merveille; cependant, au dire de Mengin, qui s’y connaissait, bien qu’il ne vendît pas des drogues, il faut vingt ans pour faire un bon charlatan. Assurément il est peu de ses confrères qui doivent partager l’avis de Mengin, sans cela ce serait à faire renoncer les plus audacieux.
- Parmi les charlatans, les uns se livrent exclusivement à la pratique de « l’art dentaire », tout en vendant un petit élixir incomparable destiné à éviter ou à guérir les caries les plus rebelles, à calmer les rages de dents les plus affreuses; les autres vendent un baume souverain contre toutes les maladies que vous voudrez. Je me souviens qu’en mon enfance, un certain Zozo passait régulièrement de village en village, à l’époque de la fête du pays, et vendait par centaines un sirop contre les vers. Ce n’était pas cher et c’était infaillible. Je serais bien surpris si tous les enfants de la région, dans ce temps-là, n’avaient pas avalé quelques cuillerées du sirop. Il me serait difficile, vous en conviendrez, de reproduire le boniment de cet artiste célèbre, mais voici un chef-d’œuvre du genre dù à l’inventeur du baume vermifugo-panaceti.
- « Le ver, cet ennemi de l’espèce humaine, le ver, ce destructeur de tout ce qui porte existence, le ver, ce rongeur acharné des morts et des vivants, est enfin vaincu par ma science. Une goutte, un atome de cette précieuse liqueur suffit pour chasser à jamais cet affreux parasite. Avez-vous des vers longs, des vers plats, des vers ronds, peu m’importe la forme, je vous en délivrerai. Avez-vous encore le ver macaque, qui se place entre cuir et chair, le ver coquin, qui s’engendre dans la tète de l’homme, le tænia, vulgairement appelé le ver solitaire, venez à moi, sans crainte, je vous les extirperai sans douleur. Et, messieurs, telle est la vertu de mon baume merveilleux que non seulement il délivre l’homme de cette affreuse calamité pendant la vie, mais que son corps n’a plus rien » craindre après sa mort. Prendre mon baume, c’est
- s’embaumer par anticipation ; l’homme alors devient immortel. Ah ! messieurs, si vous connaissiez toutes les vertus de ma sublime découverte, vous vous précipiteriez sur moi pour me l’arracher, en me jetant des poignées d’or.... ce ne serait plus une distribution, ce serait un pillage1.... ))
- Et le boniment continue, avec gestes à l’appui, jusqu’à ce que les badauds allongent leur pièce de monnaie. J’ai entendu pas mal de ces harangues de carrefours ; ce bagout me plaît et je m’arrête volontiers à assister, pendant quelques instants, à ce spectacle dans les fêtes foraines. Jamais, je l’assure, je n’ai trouvé orateur de la force de l’inventeur du baume vermifugo-panaceti. Son baume, embaumant par anticipation, est une vraie trouvaille. La tradition a dù s’en conserver dans la corporation.
- Faut-il rappeler ces types célèbres du doctor Na-politano qui pérorait, en 1815, sur la place du Louvre, revêtu d’un magnifique habit écarlate à brandebourgs dorés? de Duchesne, qui s’enfermait dans un sac, arrachait une dent de la main droite et tirait de l’autre un coup de pistolet? de Lartaud, le chirurgien pédicure de l’empereur du Maroc, etc.?
- Le type de ce charlatan empanaché tel que l’ont représenté Gérard Dov (musée de Munich) et Du Jardin (musée du Louvre) tend à disparaître, ou du moins ne se rencontre plus aussi fréquemment dans les grandes villes. Il a fait place à un autre, d’allures plus modestes, moins tapageuses, en apparence tout au moins. C’est l’empirique, le pseudomédecin. Celui-là aussi vivait dans les siècles précédents; vous en avez la preuve dans cette gravure du dix-huitième siècle qui représente un chirurgien de rencontre torturant un malheureux pour quelque plaie de l’épaule (lig. 1). L’autre gravure que nous reproduisons (fig. 2) est tirée de la belle collection de notre rédacteur en chef. Dans une chambre rustique, vraie boutique d’apothicaire, Michel Schuppach, connu sous le nom de médecin de la montagne, donne une consultation à une belle dame de la cour, accompagnée de deux seigneurs. Ventripotent, la figure placide, notre homme examine un flacon, la potion qu’il prépare, tandis qu’une jeune servante se dispose à donner les flacons pour compléter le mystérieux remède.
- C’est par centaines qu’on pourrait citer les histoires de ces empiriques au dix-septième et au dix-huitième siècle; plusieurs, parmi eux, ont eu une vogue étonnante. Les Mémoires du temps sont pleins des récits de leurs prouesses et souvent aussi de leurs insuccès. C’était Ducerf qui avec une huile de gaïae, prise intérieurement ou employée en frictions, faisait disparaître n’importe quelle maladie. C’était Caretto, un Italien qui se faisait traiter de marquis et qui vendait un remède merveilleux à deux louis d’or la goutte ; si celui-là ne fit pas fortune, c’est à désespérer du métier. Encore le médecin de Chaudrais, près de Mantes ; un paysan, de
- 1 R. Hounix. Encyclopédie universelle.
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- gros lion sens, qui vendait des simples et des racines. Tendant quelques anne'es, ce fut une vogue inouïe, puis la foule peu à peu désabusée disparut; et tant d’autres encore.
- L’année 179o donna l’essor à tout un monde de charlatans et d’empiriques, les facultés de médecine avaient été supprimées, et puis, dans ces temps troublés, allait-on s’inquiéter que tel ou tel vendît des drogues et soignât les malades sans diplôme. Cet état de choses dura jusqu’en Tan XI où fut promulguée une loi réglant l’exercice de la médecine.
- Sans remonter si loin, de nos jours, desempiriques ont eu la meme célébrité.
- Chaque région a eu son grand homme de ce genre. Le zouave Jacob, à Paris, a fait fureur sous l’empire et son cabinet ne désemplissait pas du matin au soir. Si vous avez passé à Alger il y a quelques années, on a dù vous parler du médecin maure du Frais Vallon. Vit-il cl exerce-t-il encore? je ne sais; mais il avait, il n’y a pas longtemps, une vogue incroyable, et non pas seulement parmi ses compatriotes, mais parmi les Européens résidant à Alger. C’est dans un joli coin du Frais Vallon qu’Àbderrhaman donnait ses consultations. Les remèdes n’étaient pas nombreux, quelques herbes, des purgatifs, du jus de cresson; mais aussi des conseils de vrai philosophe, et souvent le médicastre arahe faisait preuve d’une finesse des plus intelligentes.
- Vous lisiez, il y a quelques jours, l’histoire de ces farceurs qui débarquent au Havre, descendent dans le meilleur hôtel et annoncent par toutes les voies de la réclame les merveilles de Tlnstitut dynamo-thérapique. Toutes les maladies étaient guéries par l’application de plaques. Les naïfs affluèrent, mais quand ils s’aperçurent qu’on s’était moqué d’eux, le dupeur était déjà loin.
- A côté de ces pseudo-médecins, de ces chirurgiens non patentés, comme les rebouteurs, il y a toute cette classe de pseudo-médecins amateurs, ceux que rencontrait Gonelle sur son chemin, prêts à donner un conseil, les uns par pure philanthropie, les autres avec moins de désintéressement. Les membres de l’Académie de médecine passent chaque année un moment de douce gaieté à la lecture du rapport sur les remèdes secrets. Un de ces inventeurs se croit en possession d’un remède merveilleux, une véritable panacée; vite la recette est envoyée à l’Académie, parfois irrive d’une façon indirecte, transmise par un Ministère. Je ne gagerais pas que souvent la formule n’ait été apostillée; une recommandation coûte si peu. Parmi ces guérisseurs, on rencontre de tout, des gens illettrés, des bergers, des maréchaux-ferrants, des curés de campagne, des instituteurs, que sais-je, bien des gardes-malades; elles ont une telle pratique. C’est un document inconnu tiré d’un vieux bouquin ; c’est un remède transmis de père en fils et dont la composition est gardée depuis des générations dans la famille. Celui-ci guérit toutes les maladies; celui-là, plus discret, ne vise que telle ou telle affection, généralement les plus incurables. Un huissier préconise pour l’épilepsie un remède infaillible, une peau de chat dans le dos, des frictions avec un onguent sur le ventre, avec du vieux cognac dans les reins. Et voilà. Et tous sont à peu près calqués sur ce moule. Vous pouvez, par cet exemple, juger du reste. Que d’erreurs populaires sont édifiées sur les conseils de ces prétendus guérisseurs. Lisez les ouvrages écrits sur la rage, vous y trouverez l’inventaire d’une série de médications plus invraisemblables les unes que les autres. N’allez pas nier, disent les auteurs; les faits sont Ta pour vous prou-
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- ver la véracité du médicastre, l’efficacité du remède.
- Ce qu’il y a de certain, c’est que, quoi qu’on dise et qu’on lasse, on ne changera rien à cette tendance et à ces superstitions. La diffusion de l’instruction, des notions d’hygiène, a peine à lutter contre des préjugés invétérés au point de vue des principes les plus élémentaires de la propreté et de la santé. C’est bien pis quand il s’agit de médecine proprement dite.
- Je n’irai pas, pour expliquer cette vogue constante des charlatans et des empiriques, vous rappeler cette histoire d’un médecin qui reconnaît dans un
- charlatan faisant largement ses affaires, son ancien domestique et qui lui demande comment il peut à ce point réussir : « Voyez ces cinquante personnes qui passent, combien en admettez-vous de sensées? — Six ou sept. — Je vous en passe dix, ce sont vos clients, le reste forme ma pratique ». Le trait est un peu irrévérencieux pour les quatre cinquièmes du genre humain. Mais on peut, je crois, expliquer comment, meme chez des gens instruits, intelligents, on peut se laisser aller à croire à la vertu de remèdes bizarres, à la science de gens absolument
- Fiji. 2. — La pharmacie rustique ou représentation exacte de la chambre où Michel Sehuppach, connu sous le nom de Médecin de In montagne, tient ses consultations. Dessiné d'après nature par G. Loeber en 1774.
- Gravé à Basle par Barthélémy Hubner en 1775. Reproduction réduite. (D’après une gravure de la collection de M. Gaston Tissaudier.)
- ignorants. La médecine n’est pas, comme on le dit vulgairement, l’art de guérir; c’est l’art de soulager souvent et de guérir quelquefois. Il est trop de maladies incurables ou devenues telles par Page, les fatigues de tous genres, les excès, pour qu’un médecin puisse prétendre autre chose que calmer, adoucir ces peines. Eh bien, un malade, affligé d’une de ces affections, ne peut se résoudre à se croire condamné sans retour ; c’est à tout prix qu’on tentera le possible et l’impossible pour se guérir. L’impuissance de la médecine conduit le malheureux à se jeter peu à peu dans les bras du premier charlatan qui saura capter sa confiance. Mon remède est
- infaillible, vous dit-il; essayons-en. Devant la souffrance, le mal qui torture et qui ne cède pas, l’esprit faiblit et cède ; la bète, comme on dit, reprend ses droits et l’on s’abandonne à celui qui vous promet, sans tenir, une cure merveilleuse. C’est qu’il y en a eu, de ces cures merveilleuses. A l’époque où on ne connaissait pas, ou tout au moins on connaissait mal les affections névropathiques, si bizarres d’allures, à manifestations si multiples, on a pu voir de véritables résurrections, de vrais miracles. Aujourd’hui ces faits sont bien expliqués, mais ils ont étonné et surpris. La foule a crié au prodige, la confiance a été absolue; il ne pouvait en être
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- LA NATURE.
- autrement. Il n’importe, vous rencontrerez toujours des gens crédules et vous trouverez dès lors toujours des gens disposés à les duper. Et puis, c’est comme pour la femme dans le Médecin malgré lui, il y a bien des gens à qui il plaît d’être battu et qui ne permettent pas qu’on se mêle de leurs affaires.
- I)rA. Cartaz.
- NÉCROLOGIE
- Mort de M. de Quatrefages. — Au moment de mettre sous presse, nous apprenons la mort de SI. de Quatrefages,. de l'Institut, décédé dans sa quatre-vingt-deuxième année. SI. de Quatrefages est une des grandes figures scientifiques de notre siècle, c’est une des gloires de la France qui disparaît. Nous consacrerons une Notice biographique à l’illustre savant dans notre prochaine livraison.
- CHRONIQUE
- La construction des locomotives aux États-Lnis. — Plus que partout ailleurs, les chemins de fer prennent aux États-Unis un développement considérable. Durant l’année 1882, il avait été construit 18 665 kilomètres de voies ferrées; 10 971 en 1885; 14 482 en 1886. Aussi la longueur totale construite des chemins de fer, qui n’était en 1882 que de 184 168 kilomètres, atteignait 214 972 en 1886. Aussi l’on comprend quel important matériel il faut pour suffire à toutes ces voies, locomotives et wagons de toutes sortes. En 1886, on comptait en service 26 415 locomotives, 19 252 voitures à voyageurs, 6525 fourgons à bagages ou wagons-poste, enfin le chiffre formidable de 845 914 wagons à marchandises, ce qui donnait le total fort respectable de 871 491 voitures et wagons de toutes sortes. Spécialement, en ce qui concerne les locomotives, ces machines qui semblent faites pour durer longtemps, il fallait en construire de 1300 à 1400 chaque année. Durant l’année 1888, cette construction a pris un bien autre développement. Des sociétés de construction mécanique, au nombre de 70, ont produit 2180 locomotives; en outre, 66 compagnies de chemins de fer n’ont construit elles-mêmes que 382 de ces machines ; ce qui donne un total général de 2562 pour les nouvelles locomotives mises en circulation. La société, de beaucoup la plus importante, est celle qui est connue sous le nom de Baldwin Locomotives Ror/cs, de Philadelphie ; pendant l’année elle a vu sortir de ses ateliers 737 locomotives, ce qui fait plus de 2 machines par jour, et cela tous les jours de l’année, y compris les dimanches ; sur ces 737 machines, 188 étaient du type ordinaire américain à 8 roues, dont 2 paires de roues motrices accouplées ; 275 du type Mogul, avec 5 paires de roues motrices; enfin 272 du type Consolidation, avec 4 paires de roues motrices. D’ailleurs 95 des engins sortant de cette usine ont pris le chemin de l’étranger : Australie, Brésil, Cuba, Canada, Amérique centrale, Mexique et Nouvelle-Zélande. — Une autre usine fort importante est la Compagnie Scheneclady, qui fournit presque exclusivement les lignes Vanderbilt; pendant 1888, elle a construit 301 machines, dont la majorité était du type américain ordinaire. D. B.
- Le Caviar. — Le Caviar, qui est fait avec les œufs de l’Esturgeon, est un important article d’exportation pour beaucoup de villes de Russie et d’Astrakan et princi-
- palement Taganrok. On en estime le chiffre annuel à 40 000 pouds (le poud = 16 kilogrammes). La majeure partie va en Turquie, en Grèce et jusqu’en Italie et en Allemagne, très peu en Angleterre, encore moins en France. Les pêcheries sont situées à la bouche du Volga, et sur les rivages s’élèvent de vastes magasins avec caves et sous-sol, où se trouvent les cuves contenant la saumure employée dans la préparation du Caviar. Ce travail se fait au printemps, en automne et en hiver. Les meilleures pêches se font en automne; ce sont celles qui produisent la plus grande quantité d’œufs. En hiver les pêcheurs pratiquent de larges trous dans la glace et pèchent au harpon. En dehors de ce temps, ils se servent de filets d’environ 100 mètres de long, auxquels sont attachées des cordes garnies de hameçons. Chacun est de force à retenir un poisson de très grande taille. Chaque établissement a sa flotte de bateaux. Les poissons amenés à bord sont étendus sur des planches et couverts de sel, puis on les ouvre et on en extrait les œufs et les entrailles dont les Russes sont très friands et qu’ils consomment à l’état frais. Pour l’exportation, le Caviar est préparé de deux manières différentes ; les œufs sont lavés, puis plongés dans une forte saumure pendant trois quarts d’heure et enfin mis à égoutter; on obtient de la sorte le Caviar grénu. Pour le Caviar compact, on procède de la même façon : après avoir nettoyé les œufs, on les sale, puis on les sort de la saumure, on les laisse sécher lentement, enfin on les serre dans des sacs en toile qu’on enferme dans des barils en bois; la préparation est alors en état d’ètre expédiée. Un procédé plus grossier, mais très usité par le commerce, consiste à plonger les œufs, aussitôt après la récolte, dans la saumure où on les laisse pendant plusieurs mois pour les faire sécher ensuite au soleil. On utilise encore la vessie natatoire de l’Esturgeon pour la fabrication d’une colle dite colle de poisson, très en usage en Europe. Enfin, la graisse fraîche de l’Esturgeon remplace l’huile et le beurre pour les habitants des districts méridionaux de la Russie.
- Le port de Coatzacoaleos au Mexique. — Le
- projet de construction d’un port à l’embouchure de la rivière de Coatzacoaleos (golfe du Mexique) vient d’ètre approuvé. Le nouveau port sera sûr et commode : c’est là qu’aboutit le chemin de fer de l'État qui va d’un océan à l’autre en traversant le Mexique et c’est de là que partirait le chemin de fer à navires proposé par le capitaine Eads dont la concession existe toujours. Les jetées seront construites d’après le système Eads, comme celles de l’embouchure du Mississipi. L’étendue et la profondeur de la rivière de Coatzacoaleos sont telles que la construction de ces jetées permettra d’avoir un excellent port sur le golfe et capable de recevoir les plus grands navires. Les plans sont soumis à l’approbation du gouvernement mexicain, et les travaux commenceront dans huit mois. Une profondeur maximum de 7m,93 aura dû être donnée au chenal trois ans et demi après le commencement des travaux et ceux-ci devront être terminés au bout de cinq ans et demi. Outre la construction des jetées, les concessionnaires devront faire une jetée de 500 mètres de longueur et construire les bâtiments de la douane moyennant un prix qui ne dépassera pas 25000 dollars. Le montant des sommes à payer par le Gouvernement mexicain est de 4 300 000 dollars et la Compagnie fournit une garantie de 200 000 dollars.
- Nombre de particules d’eau du brouillard. — Une intéressante communication a été faite parM. J. Aitken à la Société royale d’Edimbourg ; ce savant a- exposé une
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- méthode pour observer et compter le nombre des particules d’eau qui se trouvent dans un brouillard. On pouvait songer à faire déposer l’humidité sur une glace polie, mais l’auteur a prouvé qu’on peut avoir ainsi des surfaces parfaitement sèches, tout en ayant une grande quantité de gouttelettes d’eau dans l’air ; le brouillard étant formé par la condensation de la vapeur d’eau autour des poussières de l’air, c’est seulement quand cette condensation atteint une certaine limite qu’elle donne lieu à la bruine. L'instrument dont il se sert est analogue au compte-poussières de poche : il consiste en un micromètre de verre divisé en carrés de côté connu ; un miroir envoie la lumière sur ce carrelage et une lentille puissante ou un microscope permet de l’examiner. Dans un brouillard qui a été étudié, les objets étaient invisibles à 100 yards (91 mètres environ), et les surfaces polies exposées restaient sèches. Le nombre de gouttes tombées par minute a varié de 500 à 5000 par centimètre carré. Un autre jour, les conditions extérieures restant les mêmes en apparence, on a trouvé 1500 gouttes par centimètre carré et par minute. Pour éviter la cause d’erreur qui provient de réchauffement et de la vaporisation des gouttes dans la couche d’air qui est au contact du micromètre, avant l’arrivée sur ce micromètre, l’auteur entoure le microscope concentriquement d’un tube de 5 centimètres de long et de 4 centimètres de diamètre, dont le fond et le haut peuvent être simultanément fermés par des couvercles mobiles autour d’un axe parallèle à l’axe du tube. Un micromètre éclairé est tixé au centre de la base inférieure, et au centre de la base supérieure est une petite ouverture correspondant à la lentille du microscope. L’instrument peut servir à observer les moindres poussières de l’atmosphère.
- L'électricité î\ Pontrésina. —L’Eletlricità publie la description de la station centrale de Pontrésina, localité du canton des Grisons, perchée à 1800 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une vallée latérale à celle de l’Inn, sur la route qui mène au col célèbre de la Bernina. La force motrice est empruntée au torrent du même nom, dont la cascade fait la fortune du pays. Les habitants se sont cotisés et ont formé une société coopérative, de sorte que chacun d’eux possède actuellement dans sa maison la lumière électrique et la force motrice presque gratuites. L’eau tombe d’une hauteur de 150 mètres, lia suffi d’emprunter 500 litres à la chute d’eau pour avoir à sa disposition une source d’énergie donnant théoriquement, sans aucune perte, 520 chevaux.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 janvier 1892. — Présidence de M. Duchartre.
- Le langage sifflé des Guanches. — M. Bouquet de la Grye, dans une lecture faite à la séance solennelle des cinq Académies en 1888, avait signalé l’usage d’un véritable langage sifflé parmi les bergers qui mènent paître leurs troupeaux sur les flancs du pic de Ténériffe. Il émettait l’avis que les modulations représentaient les idées ou les objets et rapportait cette circonstance extraordinaire que l’intensité du son produit est telle qu’un Anglais s’étant placé près d’un des siffleurs resta sourd pendant quinze jours. Un voyageur, M. Logeard, vient de se livrer à une étude complète de ces faits singuliers. Dans ce but, d n’a pas cru pouvoir rien imaginer de mieux que d’apprendre à siffler suivant le mode des bergers de Gomera. U a pu constater ainsi que les sons musicaux ne jouaient
- aucun rôle dans ce moyen de communication, et, qu’en réalité, tout l’artifice consistait à reproduire par la succession des sons les articulations du langage ordinaire. Les bergers de Gomera sifflent donc l’espagnol; encore faut-il que les phrases ne soient trop longues et ne contiennent de mots nouveaux, car l’oreille n’effectue qu’au prix de grands efforts la perception des articulations. L’habileté de l’auditeur n’est, en effet, pas moins remarquable que celle du parleur. M. Logeard déclare que ces hommes conversent ainsi aisément par-dessus les vallées, à des distances qui peuvent atteindre 5 kilomètres. Il est difficile d’imaginer comment ils peuvent produire des sons assez intenses pour permettre cette transmission; mais l’histoire de l’Anglais assourdi cesse d’étre invraisemblable.
- La mesure des températures sous-marines. — Le prince de Monaco expose les inconvénients des appareils employés jusqu’à ce jour pour déterminer la température des mers, à de grandes profondeurs. Il résulte de ses remarques qu’il ne faut avoir qu’une confiance médiocre dans l’exactitude des observations recueillies. Le thermomètre à réversion, construit par M. Chabot, offre des garanties de certitude bien supérieures. Cet instrument a été expérimenté l’été dernier, pendant une campagne sur la Méditerranée, par le prince et M. le professeur Thoulet.
- Paris, port de mer. — M. Bouquet de la Grye présente un ouvrage dans lequel il s’est appliqué à traiter la célèbre question de Paris port de mer, avec les seules ressources de la statistique et de l’arithmétique. L’auteur a entrepris d’appuyer chacune de ses conclusions sur des chiffres. Il démontre, au moyen des prix de transport par voie ferrée, que faute d’avoir su faire de Paris une place maritime au moyen de canaux de pénétration, la France perd une part énorme du commerce de l’Atlantique.
- Varia. — M. G. Pellissier donne une traduction du livre de J. Gray, sur les machines électriques à influence. — M. Branly a opéré des recherches sur la déperdition de l’électricité sous l’influence de la lumière. — M. Fabre compare l’emploi des plaques préparées au collodion ou à la gélatine, pour la photographie sidérale.
- Stanislas Meunier.
- LES PHOTOGRAPHIES COMPOSITES SUR FOND NOIR
- Les nombreux articles que nous avons publiés sur les photographies composites exécutées sur une même plaque au moyen du judicieux emploi des fonds noirs, ont encouragé plusieurs de nos lecteurs à rivaliser d’adresse et d'ingéniosité pour exécuter des épreuves intéressantes. Nous reproduisons aujourd’hui deux photographies dont les épreuves sont absolument parfaites. La première (fig. 1) est due à un habile amateur, M. E. d’Ersu, qui, suivant les instructions données dans un précédent article 1, trouve le fond noir dans une fenêtre ou une porte ouverte, mais place très heureusement les écrans dans la chambre noire elle-même :
- Toute fenêtre ouvrant sur une pièce où règne une obscurité relative, dit notre correspondant, toute porte donnant sur une remise, une grange peu éclairée, offriront
- 1 Voy. n° 954, du 12 septembre 1891, et Tables des malières des précédents volumes.
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- un fond noir très suffisant. Et point n’est besoin à l’intérieur d’une obscurité véritable, le contraste avec la lumière du dehors, la pose rapide d’un instantané tiré en plein air, permettront de négliger le demi-jour très atténué qui tombe par l’ouverture de la porte, et dont l’action aetinique devient nulle eu fait.
- Mais si l’obscurité du fond s’obtient facilement par le contraste, il n’en va pas de même pour les [écrans, qui, interposés entre l’objectif et le modèle, reçoivent comme ce dernier a pleine lumière du jour. Si noirs qu’on les suppose, ils réfléchiront la vive lumière qui les frappe, et le seul moyen pratique, celui que l'expérience nous a fait adopter à l’exclusion des autres, c’est de placer l’écran dans la chambre noire elie-mème. Rien, du reste, de plus facile que cette manœuvre : un carton noirci est percé d’une ouverture correspondant à peu près à la place qu’on réserve dans le tableau définitif à l’objet qu’on veut isoler, buste, tète, etc. On glisse cet écran dans le premier pli du soufflet de la chambre noire, c’est-à-dire tout près delà plaque sensible, et, lors de la mise au point, on règle la position de l’appareil de façon à faire apparaître l’image du sujet par l’ouverture de l’écran et dans la position convenable. Ce procédé est le plus rapide, et il est surtout le plus sùr, aucun reflet n’est plus possible, et la préservation de la plaque est absolue ; mais, ce qui n’est pas moins précieux, c’est la suppression du flou, c’est la netteté du silhouettage qui permettra les raccords les plus délicats. Cette netteté étant inversement proportionnelle à la distance qui sépare l’écran de la plaque sensible, il suffît, dans la pratique, d’un écartement de 5 ou 4 centimètres pour obtenir le résultat désiré. On en peut juger par
- l’épreuve ci-jointe (fig. 1) où le convive effrayé aperçoit sa tête dans un plat. On remarquera que le raccord est naturel, et qu’il s’est produit sans aucun artifice dans l'épaisseur du plat recouvert d’une serviette.
- La seconde photographie que nous reproduisons (lig. 2) est non moins réussie que la première. Elle nous vient du fond du Mexique, de No-gales, Arizona, et nous est envoyée par un autre habile amateur, M. F.-A! Labadie, consul.' Elle représente un petit Mexicain qui se porte sur lui-mème sur un plateau fixé au bout d’une perche. Cette photographie a été faite
- d’après les indications de l’article du 25 juillet 1891, publié par M. Guébhard1.
- M. Labadie a fait, en outre, d’autres photographies composites, oii le fond noir est formé d’un drap noir, et dans lesquelles on ne se sert pas d’écran. Une d’elles représente une table avec trois convives : les trois convives sont une môme personne, photographiée trois fois sur la même plaque à trois places différentes. La table et le couvert étant restés absolument immobiles, ont été, sans inconvénient, photographiés trois fois, les images s’étant exactement superposées. L’effet obtenu est très réussi. Il y a là, une riche mine de récréations ingénieuses à exploiter pour le photographe amateur. G. T.
- 1 Yoy. n° 947, du 25 juillet 1891, p. 122.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissammcr. l’aiis. — Imprimerie Lahure, y, rue Je Fleurus.
- Fig. 1. — Fac-similé d'une photographie composite de M. F. d'Ersu. Un convive auquel on sert sa propre tète.
- Fig. 2.— Fac-similé d’une photographie composite de M. F.-A. Labadie. Un jeune homme se portant lui-mème au bout d’une perche.
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- N° 9 75. — 25 JANVIER 1892.
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- n,Z2,
- A. DE QUATREFAGES
- La science française, très éprouvée depuis quelques années par la mort d’un grand nombre de ses représentants les plus éminents, a fait une nouvelle et cruelle perte en la personne de M. de Quatrefages.
- Le célèbre naturaliste, dont les recherches auront contribué à tant de progrès, a su faire briller son nom pen-dant presque toute la durée du dix- neuvième siècle. — De Quatrefages est né à Berthézene, près de Yalleraugue, dans le Gard, le 10 février 1810; la mort Ta presque subitement enlevé à ses travaux,le 12 janvier 1802, au Muséum d’histoire naturelle de Paris, où il habitait. 11 était âgé de quatre-vingt-un ans et onze mois, mais les années n’avaient rien enlevé de l’activité d’esprit de l’illustre savant qui, quinze jours avant de rendre le dernier soupir, prenait part, plein d’énergie et de vigueur, à une séance de l’Académie des sciences.
- Quand on considère tout ce <pie celui que nous venons de perdre a fait pour la science, on doit reconnaître qu’il est peu de carrière plus belle que la sienne. Ardent au travail, passionné pour l’observation de la nature, il se prépara dès sa jeunesse aux plus solides études. A l’âge de vingt ans, presque au sortir du collège, de Quatrefages, qui s’était rendu à Strasbourg pour se consacrer à la médecine, fut reçu docteur ès sciences mathématiques; deux ans après, le laborieux étudiant passait son doctorat en médecine et il devenait préparateur de chimie à la Faculté de Strasbourg. Plus tard, en 1840, il recevait le diplôme de docteur ès sciences naturelles. 11 y tfl" anale — l“r oiiiP'lri'
- avait, dans l’esprit de cette intelligence d’élite, l’étoffe de trois savants, le mathématicien, le médecin, le naturaliste. Ce fut le médecin qui prévalut d’abord, et pendant dix années consécutives le jeune docteur exerça la médecine à Toulouse, tout en menant de front l’étude des sciences naturelles.
- A la fin de 1838, de Quatrefages, qui avait été remarqué par ses mérites personnels, tout aussi bien que par ses Mémoires déjà publiés dans des
- recueils scientifiques, fut appelé à la chaire de zoologie de la Faculté de Toulouse ; mais Paris attirait le naturaliste curieux de tout connaître, et le professeur de zoologie ne tarda pas à venir se fixer dans la capitale où il trouva en Milne-Edwards un protecteur bienveillant et un ami dévoué.
- C’est à partir de cette époque que de Quatrefages se fit connaître comme zoologiste ; il entreprit des voyages d’exploration scientifique, parcourut les côtes du midi de la France, de la Sicile et du nord de l’Espagne; il découvrit des espèces et des types nouveaux et les décrivit bientôt dans des publications restées célèbres. — Après la zoologie, l’embryogénie et la tératologie durent, peu de temps après, de nouveaux progrès au naturaliste dont le nom ne tarda pas à prendre place à côté de ceux des grands savants do son époque.
- En 1850, de Quatrefages fut nommé professeur d’histoire naturelle au Lycée Napoléon et le 26 avril 1852, l’Académie des sciences lui ouvrit ses portes, après la mort de M. de Savigny qu’il remplaça. Enfin, en août 1855, de Quatrefages fut appelé à la chaire d’anthropologie au Muséum d’histoire naturelle de Paris, où le nouvel élu devait, dans la suite
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- des années, contribuer si puissamment aux progrès de la science a l’enseignement de laquelle il allait se consacrer, qu’on peut l’en considérer comme l’un des fondateurs. L’anthropologie, qui touche aux plus grands problèmes, et qui doit intéresser tous ceux qui se préoccupent de l’histoire de l'humanité, a trouvé, dans le créateur de la chaire du Muséum et des collections qui s’y rattachent, son maître le plus illustre.
- De Quatrefages a professé avec un rare talent, beaucoup de conviction,une grande éloquence, lia formé de nombreux élèves ; il a écrit des Mémoires très variés, et publié une série d’articles dans les revues et les recueils scientifiques ; on lui doit ses délicieux Souvenirs d'un naturaliste et sa remarquable Histoire des races humaines, sans compter une multitude d’autres publications dont nous ne saurions donner une énumération complète.
- Nous mentionnerons cependant son curieux ouvrage la Race prussienne, où l’ethnographe démontre que la nation prussienne n’est pas allemande, mais qu’elle en a reçu le langage. Pour les mœurs, les idées, le caractère, la race prussienne est restée différente de la race allemande, ce qui fait qu’il est permis de considérer l’Allemagne comme la vassale de la Prusse. L’Allemand, d’après l’écrivain, a toujours été dominé; il l’est actuellement par la race prussienne.
- De Quatrefages avait épousé une Alsacienne qui fut la digne compagne d’une partie de sa vie ; nul cœur français ne saignait 'plus que le sien au souvenir des provinces perdues. Il considérait l’Alsace comme une seconde patrie. Pendant les deux sièges de Paris, le vaillant patriote demeura au Muséum, prêt à tout, pour défendre ses collections auxquelles il était si attaché. A la fin de nos désastres, il ressentit la plus cruelle douleur; sa blessure ne se cicatrisa jamais complètement, elle était si profonde que malgré les souvenirs qui Punissaient à l’Alsace, il ne voulut plus y retourner.
- L’étendue des recherches de Quatrefages dans tous les domaines de la science, lui avait valu les plus grands honneurs. Il était membre de l’Académie de médecine, et de la Société nationale d’agriculture de France, membre de la Société royale de Londres, de la Société impériale des naturalistes de Moscou, commandeur de la Légion d’honneur.
- Les travaux multiples du célèbre naturaliste ne l’ont jamais empêché de consacrer, en tout temps et en toutes circonstances, tous ses efforts et toutes ses facultés au bien de la science. Il présidait la Société de géographie, attachant une importance capitale aux progrès de l’exploration du globe, et aux connaissances nouvelles que la civilisation en retire; il dirigeait les Sociétés savantes, prenait part aux Expositions universelles et aux Congrès scientifiques ; on le voyait partout où il avait à encourager l’étude, partout où il pouvait aider de sa sollicitude et de ses conseils la jeunesse laborieuse.
- De Quatrefages aura été une des plus belles figures
- de notre temps ; son caractère était plein de dignité et de noblesse; il était affable et bienveillant, d’une bonne grâce et d’une courtoisie parfaites. Comme l’a si bien dit M. Alphonse Milne-Edwards le jour de ses obsèques, « il avait hérité de ses pères une âme droite et loyale, un grand désintéressement et une simplicité de mœurs qui devient chaque jour plus rare. » Tous ceux qui le connaissaient appréciaient à leur valeur l’élévation de ses idées, l’indulgence de ses jugements et se trouvaient séduits par sa bonté. Il eut dans sa longue carrière à soutenir des luttes scientifiques avec quelques-uns des grands hommes de notre siècle, tels que Agassiz et Darwin, mais ses adversaires avaient pour lui l’estime que méritaient ses convictions. Le grand philosophe anglais se plaisait à dire qu’il aimait mieux être critiqué par de Quatrefages que loué par bien d’autres. C’était un bel éloge venant de la bouche d’un Darwin. Le professeur d’anthropologie du Muséum avait toujours, en effet, défendu la théorie de l’unité de l’espèce humaine; c’était un spiritualiste qui tirait ses opinions des raisons les plus élevées.
- De Quatrefages avait au plus haut point le respect de la vérité, et comme on faisait l’apologie de son œuvre, dans une réunion qui avait lieu en son honneur, le naturaliste répondit : « Il est un de ces éloges que j’accepte sans restriction, parce que j’ai la conscience de l’avoir mérité. C’est d’avoir toujours aimé passionnément la vérité et de l’avoir cherchée constamment par la voie scientifique, c’est-à-dire en prenant pour seuls guides l’expérience et l’observation. »
- En terminant, nous rappellerons encore cette belle parole du savant qui était en même temps un philosophe et un penseur ; « La science doit élargir les intelligences et rapprocher les esprits et les cœurs. »
- Fidèle à cette noble devise, de Quatrefages a toujours été prêt à tout sacrifier, quand il s’agissait de défendre ce qu’il croyait être le vrai et le bien.
- Gaston Tissandier.
- L’INDUSTRIE DU BROME
- DANS LES ÉTATS-UNIS
- L’industrie du brome prit naissance, en 1846, à Free-port, sous la direction du docteur David Alter. Après avoir été abandonnée, puis reprise en même temps à Tarentum, on a abandonné, depuis 1874, la fabrication du brome dans ces deux villes. En 1871, une usine fut montée à Canal Dovert-Ont ; elle est encore en activité.
- Le brome est aussi produit commercialement à Pomeroy et Tuscawaras-Yalley, Ohio, et dans les provinces de la Pensylvanie occidentale, West-Yirginia et Michigan.
- Le brome est un sous-pro*duit important dans l’industrie du sel; il se trouve à l’état de bromure dans les eaux mères. On le prépara en traitant ces eaux mères par l’acide sulfurique et un agent oxydant : bioxyde de manganèse ou chlorate de potasse. A Canal Dovert, dans le district de Tuscawaras-Yalley, la proportion de brome que l’on retire est de 2kg,7 de brome pour 7 barils de sel; à Pomeroy de 450 grammes pour 1 baril de sel.
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- Plus des deux tiers du brome produit est employé à la fabrication des bromures de potassium et de sodium dont on se sert en médecine et pour la photographie ; le reste est utilisé dans l’industrie des matières colorantes. La grande elficacité du brome, comme désinfectant, commence aussi à le faire rechercher pour cet usage. C’est ainsi qu’a Johnstown après l’inondation qui fit des ravages dans cette ville en 1881), on employa plus de trois tonnes de brome comme désinfectant.
- L’industrie du brome commença dans le district de Michigan, en 1885, à .Midland (Midland County), où on traitait des eaux mères contenant 4,2pour 100 de brome. La production de l’usine de Midland atteignait en 181)0 le 1/8 de la production totale du brome dans les États-Unis d Amérique. Ciàce à une entente entre les producteurs, le prix du brome s’est accru sensiblement depuis 1885, où il était tombé à 5 francs le kilogramme, pour atteindre, en 181)0, 4fr,50 et 4fl',55. La production peut se répartir ainsi à l’heure actuelle : Michigan, 18 tonnes, Pen-sylvanie, 51,5 tonnes, Ohio et Virginia, 1)0,5 tonnes, ensemble 140 tonnes environ représentant une valeur de plus de 800 000 francs.
- La consommation delapyrolusite (bioxyde de manganèse naturel) est de 180 tonnes pour une production annuelle de 140 tonnes de brome, soit environ 700 à 900 grammes de bioxyde de manganèse pour 450 grammes de brome. Sauf dans les usines de Michigan où on emploie le chlorate de potasse, c’est surtout le bioxyde de manganèse qui soi t d’agent oxydant. La richesse en chlorure de calcium des eaux mères, traitées dans les usines de Michigan, a rendu nécessaire l’emploi du chlorate de potasse ; ayant moins d’acide sulfurique à ajouter, il se précipite aussi moins de sulfate de calcium.
- En 1887, on a encore importé en Amérique environ 50 tonnes de brome ayant une valeur de 90000 francs; depuis cette époque le pays se suffit à lui-mème et les importations de brome ont cessé.
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- LES RÉCOLTES DES CÉRÉALES EN RUSSIE
- Voilà plusieurs mois que l’on parle de la famine en Russie : elle n’est que trop réelle, et c’est précisément pour cela qu’il est intéressant de noter quel est d’habitude le montant des récoltes en Russie, et quel il a été en l’année 1891, c est-à-dire l’année même où se fait sentir si cruellement la disette. Disons d’abord que l’alimentation, dans l’Empire russe, est assurée par trois sortes de céréales, le froment et le seigle (ce qui est ordinaire) et l’avoine, ce qui semble étrange, mais ce qui l’est moins quand on se iappelle les renseignements que La Natuve même a donnés sur la consommation de l’avoine et sur sa valeur alimentaire dans la cuisine. Jetons un coup d’œil sur le tableau des récoltes en Russie depuis dix années. En 1882, on avait pu recueillir 84 560 000 hectolitres de fi ornent, 220 854 000 de seigle et 196 587 000 d’avoine; en 1885, il se produit une légère dépression sur le froment, une assez forte sur le seigle, dont il ne se produit que 188 888 000 hectolitres; mais le chiffre de l’avoine reste identique. En somme le chiffre total de la récolte avait atteint 502 millions d’hectolitres à peu près en 1882, et était encore de 442 millions en 1885. L’année 1885 est excessivement mauvaise pour l’avoine, qui ne donne que 157 022 000 hectolitres, etassez mauvaise pour le froment, dont la récolte ne dépasse point 58 557 000 hectolitres ; mais comme le seigle a beaucoup donné
- (247 417 000 hectolitres), en somme l’alimentation est assurée par 445 millions d’hectolitres. En 1887 et en 1888, on peut noter des chiffres extraordinaires : pour la première année, 100 054 000 hectolitres de froment, 262 498 000 de seigle, 217 109 000 d’avoine; en 1888, le froment a donné jusqu’à MO 647 000; si bien que, de l’une à l’autre année, le total a oscillé de 572 à 579 millions. Pendant l’année 1890, qui n’avait pourtant pas été extraordinairement fertile, la récolte totale avait atteint encore 505 millions d’hectolitres, dont 75 pour le froment, 257 pour le seigle. Pour la dernière récolte, pour 1891, on n’a pu récolter que 64 470 000 hectolitres de froment, 189 210 000 de seigle et enfin 155 950 000 d’avoine, ce qui fait en somme un total d’à peine 40/ millions d’hectolitres, à peu près 40 millions de moins que dans les plus mauvaises années, 170 de moins que dans les années exceptionnelles. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. R. p.
- LES INSTITUTIONS SANITAIRES
- . DE LA AILLE DE DAMS
- III. -- STATIONS D’AMBULANCES1
- Stations d'ambulances. — Les institutions sanitaires de la Ville de Paris, que nous avons précédemment décrites, sont complétées par deux stations d ambulances, situées rue de Staël, 6, et rue de Chaligny, 21. Ces stations sont destinées à permettre le transport des malades de leur domicile à l'hôpital, spécialement en cas d’affections transmissibles. Déjà la Prélecture de police avait organisé et possède encore des voitures assez incommodes pour ce même service et 1 on sait qu’une société particulière dispose aussi de voitures ayant une semblable destination. Les etablissements sur lesquels nous appelons 1 attention dépendent, comme les refuges de nuit et les stations de désinfection, de la direction des affaires municipales à la Préfecture de la Seine; ils présentent des garanties et des avantages incomparablement supérieurs aux services de transport que nous avons dû rappeler.
- La station de la rue de Staël est uniquement destinée a ce service ; celle de la rue Chaligny comprend, en outre, une station de désinfection. L’une et 1 autre renferment un bâtiment séparé pour le bureau, le logement du chef de station et ceux des infirmières; puis des remises et écuries avec logements des hommes de service, disposées de telle sorte que la désinfection des voitures puisse se faire dans une cour et une remise spéciales. Les voitures sortent par une porte et rentrent par une porte différente.
- Les voitures de ces établissements sont destinées au transport de tous les malades, soit à l’hôpital, soit à leur domicile, soit dans tout autre endroit préalablement désigné. Les unes, au nombre de cinq dans chaque station, servent à une affection transmissible : diphtérie, rougeole, scarlatine, variole ou fièvre typhoïde ; une autre est utilisée pour les mala-
- 1 Suite et fin. — Voy. n“ 970, du 2 janvier 1892, p. 71 et n° 971, du 9 janvier 1892, p. 81.
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- des atteints d’une maladie non infectieuse. Elles sont à quatre roues, et devraient être garnies d’un fort bandage en caoutchouc; elles sont traînées par un cheval (lig. 1). Les angles à l’intérieur sont arrondis, les parois en tôle peinte et vernie, les vasistas à glissières horizontales. Elles renferment un siège en métal flexible, destiné à l’infirmière, et le brancard [tour le malade ; un avertisseur en caoutchouc lui permet d’entrer en correspondance avec le cocher. Elles ne comportent aucun tiroir pour le transport des vêtements et de la literie du malade, ce service incombant à la station de désinfection. En hiver, elles sont chauffées avec des bouillottes.
- Chacune des voitures peut transporter soit un
- malade adulte, ou deux enfants atteints de la même affection transmissible.
- La voiture est fermée par le cocher qui doit garder la clef dans sa poche; mais la portière peut être ouverte de l’intérieur; ainsi, aucune personne étrangère ne peut l’ouvrir par mégarde.
- Pour le transport des malades, il s’agissait d’avoir un brancard aisément désinfectable, qui puisse prendre le malade à la sortie de son lit dans sa chambre; et le conduire sans transbordement jusqu’à son lit d’hôpital. Dans la pratique, il n’en est pas ainsi d'ordinaire; les brancards généralement en usage ne peuvent monter dans les étages et le malade est changé plusieurs fois, porté tantôt sur une chaise, tantôt sur
- Fig. 1. — Voiture des nouvelles stations d’ambulances da la Ville ds Paris, pour le transport des malades.
- 1. Vue d’ensemble delà voiture. — 2. Vue intérieure. Détail du brancard plié formant lit. — 3. Brancard formant fauteuil.
- des brancards diiférents dans les rues ou à l’hôpital. De plus, s’il s’agit d’une maladie infectieuse, la chaise et le brancard peuvent devenir des objets de transmission.
- Ces difficultés ont été très heureusement vaincues par la disposition suivante, réalisée par M. Herbet sur les indications du jury spécial chargé de l’examen et du choix des voitures.
- Le brancard, mis en usage dans les stations d'ambulances de la Ville de Paris (fig. 5), est articidé de telle sorte que le malade puisse être assis ou couché, sans qu’on ait à le déranger ; il est disposé en fauteuil-brancard pour descendre les escaliers et en brancard-lit dans la voiture. Le malade repose sur un coussin en crin animal pur qui peut passer indéfiniment à l'étuve.
- Le malade une fois descendu, on conduit les pieds du brancard sur des roulettes destinées à en faciliter l'introduction ou l’extraction au moyen de rails disposés dans la voiture.
- Ce brancard est en tôle peinte et vernie ; son tablier en métal est évidé par des trous à l’emporte-pièce pour lui donner plus de légèreté. Pour les enfants, on se sert d’un brancard en forme de brouette (fig. 2). 11 est facile de se rendre compte que ces appareils sont des plus faciles à désinfecter.
- Voici comment les transports sont effectués
- Chaque station comprend un chef, deux infirmières, deux cochers et un palefrenier. Les infirmières, qui sont diplômées, revêtent pour le transport une longue blouse de coton écru, bien ajustée au cou et aux poignets, descendant jusqu’aux talons et se bou-
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- m
- costume de route une
- tonnant très bas; la tête est recouverte d’une capeline de coton qui enserre bien les cheveux et retombe sur le cou.
- Les cochers ont comme blouse et un pantalon de toile de coton, portés pardessus leurs effets ordinaires et une casquette en toile cirée pouvant se laver aisément avec une solution désinfectante.
- Les voitures peuvent être demandées directement par le public, de vive voix, par lettre, par le télégraphe ou le téléphone.
- Dès que l’avertissement est reçu, le chef de station prévient électriquement le cocher et l’infirmière; le nombre de coups sonnés indique le numéro de la voiture à atteler. Les voitures sont d’ailleurs toujours prêtes à partir et un cheval reste constamment harnaché. Dans le bureau est affichée une liste indiquant sur quel hôpital devra être dirigé le malade, suivant la nature de son affec-lion.
- En trois minutes au plus, le départ est effectué. Arrivée au domicile, l’infirmière ne doit se charger du transport qu’au tant qu'un certificat médical lui aura permis de s’assurer du caractère contagieux de la maladie; si le diagnostic est en suspens, le malade est dirigé sur les services destinés à cette catégorie de malades.
- La voiture ne doit s’arrêter en aucun point de
- son parcours, sous quelque prétexte que ce soit. Dès qu’elle a déposé le malade à l’hôpital, elle doit retourner à la station, où elle pénètre d’abord dans la cour réservée à la désinfection. Celle-ci est opérée à l’aide d’un liquide désinfectant projeté avec le pulvérisateur dont nous avons parlé précé-
- Fig. 2. — Brancard destiné à transporter les enfants malades dans les voitures spéciales de la Ville de Paris (Préferture de la Seine).
- demment1 ; les vêtements de dessus de l’infirmière et du cocher sont portés à l'étuve à désinfection. La voiture avec son brancard va ensuite reprendre sa place dans la remise. L’infirmière, avant de pénétrer
- dans son logement, passe dans un cabinet de toilette où elle procède à sa toilette avec des liquides désinfectants, sublimé à 1 pour 1000, ou eau phéni-quée à 2 pour 100, et en ayant soin de ne pas négliger de se brosser avec soin les mains et les ongles.
- Ces services, comme on pouvait s’y attendre, sont de plus en plus appréciés.
- En 1889, les stations d'ambulances de la Ville de Paris ont transporté parmi lesquels se trouvaient 48 con-1890, le nombre de leurs transports
- 66 malades, t agi eux. En
- a été de 1850, parmi lesquels 577
- Fig. 5. — Brancard pour le transport des malades dans les voitures spéciales de la Ville de Paris (Préfecture de la Seine).
- En haut, brancard plié formant fauteuil ; en bas, le même brancard étendu, formant lit.
- pour des contagieux. En 1891, jusqu’au 1er décembre, elles ont déjà transporté 6902 malades, dont 1105 contagieux.
- On voit combien ces stations d ’ ambulances complètent heureusement les institutions sanitaires que la Ville de Paris a pu en si peu de temps organiser, avec l'aide empressée du Conseil municipal et de l’administration de la Préfecture de la Seine. Peu de villes présentent aujourd’hui des moyens aussi ingénieux et aussi pratiques pour la prophylaxie des maladies transmissibles ; il n’en est que plus regrettable que la législation et certains conflits d’attributions administratives en empêchent suffisamment la généralisation, bien plus que les moeurs de la popu-
- 1 Voy. n°971, du 9 janvier 1892, p. 82.
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- lation; cclle-ci, dès qu’elle en est informée, s’empresse de les utiliser, car elle sait toujours reconnaître les services qu’on lui rend avec intelligence et dévouement. Dr A.-J. Martin.
- LE PÉRONOSPORA. DES ROSIERS
- « Il suffira de citer encore une fois l’affection qui menace la vigne (Peronospora viiicola, Berk. et Curt.) et sur laquelle j’insiste de nouveau; un jour ou l’autre elle envahira nos vignobles déjà dévastés. Quant aux horticulteurs, ils recevront la visite du Peronospora sparsa, Berk., qui a ravagé les pépinières de rosiers en Allemagne, comme il les avait ravagées en Angleterre plusieurs années auparavant. »
- Ainsi s’exprimait M. M. Cornu, en 1879, avant que l’Europe ne fût complètement envahie par le inildew.
- Cette triste prophétie ne s’est malheureusement que trop réalisée pour la vigne ; elle s’est aussi réalisée pour les rosiers. Chose curieuse, ce sont les variétés les plus
- Peronospora sparsa. — A. Rameau conidiophore. — B. Conidies en germination. — C. Mycélium et suçoirs dans le tissu d’un sépale. — D. Oospores (très grossies).
- fines, les plus recherchées des amateurs, qui sont sujettes aux attaques du parasite.
- Le Peronospora sparsa, Berk., a été décrit pour la première fois, en 1862, par Berkeley, qui le découvrit à Londres sur un rosier cultivé en pot; il s’est répandu ensuite dans diverses provinces de l’Angleterre, en Allemagne, en Autriche, et, finalement, en France et en Italie.
- Quels sont les caractères extérieurs de cette maladie des rosiers?
- Elle se manifeste tout d’abord par la présence de petites lâches de sécheresse, lisérées de brun, sur la face supérieure des feuilles. Ces taches, de dimensions et de formes très différentes, sont le plus souvent circulaires; elles ne sont irrégulières que sur le bord des folioles. Observées à la lumière, elles sont plus transparentes que le reste du parenchyme encore sain. Enfin, avec les progrès de la maladie, elles s’étendent, deviennent confluentes ; les folioles se dessèchent, s’enroulent en cornet, et tombent.
- Les rameaux conidiophores, gris pâle, très ténus, épars, apparaissent à la face inférieure des feuilles, directement
- sur le pourtour des taches sèches. Ces rameaux conidiophores s’observent difficilement à l’œil nu; en cela, ils diffèrent sensiblement des efflorescences blanches constituées par les fructifications des autres péronosporas, de celui de la vigne par exemple. C’est ce qui explique pourquoi la maladie qui nous occupe a échappé à l’observation des horticulteurs, et pourquoi elle a pu être confondue avec d’autres maladies des rosiers1.
- Les rameaux conidiophores se développent également sur le pétiole, le rachis, les pédoncules floraux, où, à l’aide d’une loupe, ils s’observent plus facilement que sur les feuilles; on en rencontre aussi sur les boutons floraux.
- Les rosiers atteints du Péronospora ont une végétation languissante. Le pédoncule n’a pas la force de soutenir le bouton floral, qui s’incurve en bas à la manière des fleurs de pavot, se dessèche et tombe. Les feuilles se dessèchent aussi et les plantes, incapables d’élaborer des substances nutritives, ne tardent pas à périr.
- Quels sont maintenant les caractères botaniques du JP. sparsa?
- Rameaux conidiophores. — Si l’on prend une portion d’épiderme sur un point où la feuille est envahie et qu’on l'observe au microscope, on voit les rameaux conidiophores sortir des stomates, à raison de un par stomate. La hauteur de ces rameaux est d’autant plus grande que le mil ieu dans lequel se développe le parasite est plus humide et plus obscur; elle peut varier de 150 à 500 p.. A mi-hauteur, le rameau principal donne naissance à un premier rameau latéral et successivement à cinq ou six plus petits, qui se ramifient à leur tour pour former une sorte de grappe composée. Les dernières ramifications, les plus fines, les plus jeunes, se terminent directement par une conidie comme le montre la figure ci-contre (A).
- Conidies. — Très petites à leur 'naissance, les conidies acquièrent à leur maturité un diamètre de 12 à 16 p. Elles sont toujours parfaitement sphériques et germent directement, en formant un tube mycélien (B).
- Mycélium. — Que l’on exécute des coupes transversales dans les feuilles, pétioles ou pédoncules malades, ou bien que l’on fasse macérer ces organes dans une solution de potasse pour en examiner plus tard une portion quelconque au microscope, le mycélium apparaîtra toujours très abondant, serpentant entre les cellules, et formé de filaments continus de diamètre variable. Ces filaments, alternativement larges et étroits, ne donnent jamais naissance à des procès flabelliformes, mais à de petits filaments latéraux, qui perforent les cellules et fonctionnent comme suçoirs (C). Ceux-ci sont donc bien différents des suçoirs à bouton du Péronospora de la vigne..
- Le mycélium se rencontre encore dans les tissus mous des branches de rosier. Sa présence, en certains points, est trahie par la couleur brune, plus ou moins intense, qu’il fait prendre à ces points primitivement verts.
- Oospores. — Les oospores du P. sparsa n’avaient pas été observées avant 1888. M. Cuboni, de Rome, les a trouvées dans les sépales des fleurs en boutons (desséchées par la maladie), où elles sont très nombreuses. Elles sont
- 1 Les rosiers sont assez souvent attaqués par le Sphæ-rotheca pannosa, Lév. [blanc des rosiers). Ce champignon se distingue facilement du Peronospora sparsa : comme l'Oïdium Tuckeri de la vigne, il recouvre les feuilles, les pétioles, les pédoncules et les sépales d’une poussière blanche. Le Phragmidium rosarum, Rabenh., envahit aussi très fré quemment les rosiers; ses spores produisent la rouille des rosiers. Le liotrytis cinerea, le Fumago salicina, le Sep-toria rosæ et YActionema rosæ sont des parasites plus rares que les deux précédents, niais néanmoins assez fréquents.
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- sphériques; leur diamètre varie de 14 à 18 p.. Leur membrane, lisse et dense, réfracte fortement la lumière ; aussi, sous le microscope, apparaissent-elles comme de petits anneaux clairs, qui entourent un contenu plus sombre, le protoplasma de l’oospore. Notre ligure donne en I), l’aspect très exact de ces oospores. On ignore encore le mode de germination des oospores.
- Le Peronospora spursa est un parasite très pernicieux pour les roses, qui sont et l’esteront les reines des fleurs de nos jardins. Si l’on songe que, dans certains pays, on fait un commerce très important d’exportation de ces Heurs et que celles-ci sont souvent cultivées pour leur essence, on comprendra sans peine que les pertes subies par les cultivateurs sont parfois considérables. Aussi s’est-on déjà occupé des moyens propres à prévenir et à combattre le Péronospora des rosiers.
- Le fait que le P. sparsa peut former des oospores, implique la nécessité de débarrasser les rosiers de toute partie qui pourrait contenir le germe d’une invasion prochaine. Il faut donc détruire les feuilles et surtout les boutons floraux desséchés. Mais le mycélium peut très bien hiverner1 dans les tissus sous-corticaux; il serait donc bon d’opérer la taille très courte.
- Le meilleur remède pour combattre le parasite consiste à asperger les feuilles avec une solution de sulfate de cuivre à 1 pour 1000. L’aspersion devra être répétée assez souvent pour que les plus jeunes folioles reçoivent aussi l’application du remède. A. Picaud,
- Maître-répétiteur au Lycée de Grenoble.
- LA PLUIE AUX BARBADES
- La constitution particulière du sol dans les Barbades a pour conséquence une étrange bizarrerie du régime hydrographique : bien qu’il y tombe annuellement lm,80 de pluie, on n’v trouve pas une seule rivière, pas le moindre cours d’eau. Le roc qui forme le sol est tellement poreux que l’eau qui tombe à la surface passe au travers comme à travers un tamis ; puis elle s’évacue par des canaux souterrains qui souvent n’ont leur point d’émergence de la masse poreuse qu’au-dessous du niveau de la basse mer. En un certain point, à Bridgetown-Harbour, un courant d’eau douce, provenant d’un de ces canaux, sort du fond de la mer avec une telle violence, qu’on peut rapidement remplir un vase de cette eau à l’endroit où elle atteint la surface de la mer. Cette constitution étrange rend l’île particulièrement inhabitable ; c’est pour cela que les Caraïbes, qui ont laissé des traces irrécusables de leur passage sous la forme de pierres levées, et qui avaient abandonné l’archipel bien avant l’occupation anglaise, en avaient été chassés très probablement par le manque d’eau. Mais aujourd’hui la science est intervenue, pour rendre parfaitement habitable une région qui ne l’était plus depuis bien longtemps. En somme les habitants ont à leur disposition des cours d’eau souterrains, où l’on a du moins cet avantage que l’eau, filtrée du reste, est absolument à l’abri de l’évaporation : on n’a eu qu’à faire une coupure en un point judicieusement choisi de ces canaux souterrains, pour obtenir des citernes où s’accumule d’elle-mème une eau abondante et salubre. D. B.
- 1 Hiverner, c’est-à-dire vivre pendant la période durant laquelle les plantes sont dépourvues de feuilles (l’été pour les plantes en serre chaude).
- LETTRES DU CONGO
- LA ROUTE DE BRAZZAVILLE
- Essayer de décrire, point par point, étape par étape, tout ce long chemin qui sépare notre port d’atterrissement à la côte, Loango, de notre poste d’intérieur, la clef de tout le haut Congo, Brazzaville, ce serait long, car la route est longue, elle aussi, et remplie de difficultés telles que, pour qui la fait pour la première fois, c’est comme une nouvelle exploration du pays qu’il entreprend.
- Nouvelle exploration, au fond cela l’est bien, car rien n’est connu encore sur ce parcours. Rien, ni au point de vue botanique ou zoologique, ni même sous le rapport de l’ethnographie. Écartez-vous d’un kilomètre à droite ou à gauche et vous serez sûr de parcourir un terrain neuf; votre pied foulera une terre qui jamais encore n’aura porté l’empreinte d’une chaussure; seules les foulées des indigènes s’y seront mêlées à celles des buffles et des grands pachydermes. Et ceux-là mêmes qui ont suivi le sentier, préoccupés sans doute de vaincre les difficultés de l’âpre chemin qu’il fallait parcourir n’ont pas détaché leurs yeux du sol, tour à tour dur et mordant, glissant ou marécageux, et n’oût pas vu les richesses qu’offre mie flore splendide.
- C’est ainsi que pendant des années on est passé à côté des pieds de vanille qui tapissent le tronc des gros arbres de la forêt de Mayomba, aussi abondante et plus robuste que le lierre dans la forêt de Fontainebleau, sans seulement en signaler la présence. Si bien qu’on importait des jeunes pieds pour en faire de timides essais de culture. C’est ainsi qu’on laissait pendre aux arbres de longues stalactites de gomme sans se douter que dans sa récolte pouvait résider une partie du moins de la richesse future du pays; qu’on a laissé croître à l’état sauvage le coton, la vigne et tant d’autres plantes dont je n’entreprendrai pas la trop longue énumération.
- Et si ce long parcours que l’on estime à près de 600 kilomètres est resté ainsi vierge de toute exploration utile, de toute étude sérieuse, malheureusement on ne peut dire que la raison en est dans ce que tous les efforts se sont concentrés sur les améliorations matérielles de la route qui relie ces deux points si importants pour l’avenir de notre colonie : Loango et Brazzaville (fig. 1).
- La route ! on appelle cela la route !
- On part de Loango avec une longue file de noirs vêtus seulement d’un mauvais pagne loqueteux qui leur ceint les reins (fig. 5). Ils portent sur la tète, ficelée dans deux feuilles de palmiers grossièrement tressées, formant cette sorte de panier long que les indigènes appellent montète, une charge de 50 kilogrammes à laquelle il faut ajouter encore la ration de route du porteur. Deux bons jours de marche dans un pays superbe : plateaux herbeux, coupés de vallées qu’emplit une végétation vigoureuse et au fond desquelles coulent des ruisseaux dont l’eau
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- LA NATURE.
- claire cascade entre les pierres et nous voilà h l’entrée de la forêt de Mayombe. Les porteurs vous annoncent : « D’ici à huit jours tu ne verras ni la plaine ni le soleil ». Et la marche à la file indienne commence dans des sentiers à peine tracés, barrés
- de troncs d’arbres immenses par l’orage abattus, enlacés de lianes dont les câbles les retiennent trop bas pour que l’on puisse passer dessous, trop haut pour qu’il soit possible de les enjamber. Des montagnes se présentent : péniblement on en escalade
- (Loadima.
- Ba.ka.mba.
- Fig. 1. — Mission J. Dybowski. — Tracé dft l’itinéraire iln Loango à Brazzaville.
- le liane au milieu de l’enlacement de mille racines énormes que les pluies torrentielles ont dégagées d’un sol raviné. Puis lorsque la caravane fatiguée est arrivée au sommet d’une de ces montées de 500 à 600 mètres, il en faut redescendre l’autre pente détrempée, gluante, savonneuse, où les hommes glissent et tombent, laissant rouler leur charge au fond de quelque ravin; et lorsque enfin on est en bas, vingt fois devant vous se présentent les méandres de la même rivière et il la faut traverser ayant de l’eau jusqu’à mi-corps, heureux encore lorsqu’il ne devient pas nécessaire de suivre le lit du torrent sur une longueur de quelques kilomètres.
- Lorsque après un nombre variable de jours, suivant l’énergie dont on est capable et l’activité que l’on a mise à triompher de tant de difficultés réelles, on arrive enfin à l’autre bord de la forêt, ce n’est pas sans joie qu’on salue le grand jour et le soleil. Mais cette joie est de courte durée. A peine sorti des tribulations variées de la forêt, qui du moins otfre la compensation d’un spectacle souvent splendide, on tombe dans la monotonie que rien ne vient rompre des plaines de hautes herbes. Dépassant souvent 5 mètres, aux chaumes épais et so-
- Fig. 2. — Femmes chargées de montêtes à Loango. (D'après une photographie instantanée deM. J. Dybowski.)
- lides entre-croisés dans tous les sens, elles ne livrent qu’à regret passage à la longue caravane qui y chemine péniblement et y disparaît complètement,
- si bien que, la troupe dont on dispose serait-elle composée de cent hommes, on ne voit jamais qu’un ou deux des porteurs qui vous précèdent. Les yeux brûlés par la poussière des herbes, la figure meurtrie, les mains abîmées par les feuilles coupantes, on est heureux quand enfin quelque hutte se présente et que, sur la place du village, on peut prendre un peu de repos chèrement gagné.
- Tel qu’il est, ce chemin n’en est pas moins parcouru chaque année par des milliers de porteurs transportant des marchandises d’échange à l’aller et de l’ivoire au retour. Pour l’année 1890, le nombre total des porteurs a été de près de dix mille, et les Belges eux-mêmes qui, cependant, détiennent l’embouchure du Congo, et une voie par suite plus courte pour atteindre Léopoldville etrles falls, nous demandent de laisser leur caravane suivre la voie de Loango à Brazzaville. La raison en est dans ce que le Congo n’étant pas navigable dans toute sa partie basse, il n’y a que la voie de terre qui puisse donner accès à l’intérieur. On a proposé de remonter le
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- Quillou (qui prend plus haut le nom de Niari) et de Ce projet, qui avait été étudié par M. l’ingénieur le relier au N’Djoué; on abordait ainsi l’intérieur. Jacob, n’a malheureusement pas été mis à exécution.
- Fig. 7). — Mission J. Dybowski. — Caravane (le quatre-vingts porteurs au moment du départ. (D’après une photographie instantanée de M. J. Dvhowski.)
- U ne s’agissait cependant que de quelques millions.
- Actuellement, il est tard déjà et il faut nous presser si nous ne voulons être dépassés par nos voisins les Belges.
- Leur chemin de fer, qui doit relier Kinchasse à 1 a côte, a déjà reçu un commencement d’exécution; néanmoins, quatre ou cinq années s’écouleront au moins avant qu’il ne puisse être livré à la circulation.
- Dès ce jour tout le courant passera de l’autre côté du Congo.
- Malheureusement le Congo
- est loin de la France, aussi ne s’occupe-t-on pas de cette colonie superbe, nos vraies Indes noires,
- Fig. 4. — Les bâtiments de ([la station Brazzaville (D’après une photographie de M. J. Dybowski.)
- pour me servir d’une expression qui mérite d etre consacrée. On préfère discuter la question d’un
- transsaharien et tâcher de savoir si on enfouira les 150 millions qui, avoue-t-on, sont nécessaires à sa construction, dans les dunes du Sud oranais ou dans celles du Sud constanti-nois. Avant de cherchera traverser le Sahara, dont je puis me permettre de parler, l’ayant visité, et d’atteindre le Congo par le Nord, on ferait mieux de diriger
- ses efforts vers l’exploitation de territoires fertiles qui payeront au centuple toutes les avances qu’on voudra bien leur faire.
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- P. S. — Je viens de terminer cette lettre à bord de la canonnière l'Oubanghi qui m’a transporté, mon personnel et moi avec mes bagages, de Brazzaville à Bangui, notre dernier poste ; — je vous l’adresse par cette même canonnière.
- Enfin nous voici à Bangui ! après une traversée de 45 jours au lieu de 26 qu’elle aurait du durer, par suite d’avaries survenues à la chaufferie. Je n’ai qu’un demi-regret de ce retard, car d’une part, j’ai pu étudier la région, faire d’importantes collections; et d’autre part, un de mes lieutenants, M. Brunache, qui a quitté Brazzaville six semaines avant moi, sur un autre bateau, avec le tiers environ de mon escorte, n’a pu partir que très tard de Bangui, pour faire une reconnaissance dont je l’ai chargé ; il ne sera de retour ici qu’à la tin du mois. M. Nebout, avec le deuxième tiers de l’escorte, est déjà de retour du voyage d’exploration des environs dont je lui ai confié l’exécution.
- Lorsque les graves nouvelles sont venues du nord, j’ai dû modifier mon premier projet. Il est de mon devoir, en effet, d’aller m’assurer par moi-même de ce qu’est devenu l’infortuné Crampel. Les crédits dont je disposais et que j’ai économisés le plus possible m’ont permis de renforcer ma mission : j’ai avec moi 9 blancs, 70 tirailleurs, 160 porteurs.
- Je vais donc partir vers la fin du mois avec peu de porteurs, mais avec tous mes laptots jusqu’à El-Kouti où Crampel a disparu.
- Vous n’ignorez pas qu’un de mes buts, en acceptant la mission qui m’a été confiée, était de faire de l’histoire naturelle et d’étudier avec détails toute la région. J’ai pu déjà recueillir de très importantes collections : 480 pièces ethnographiques, 550 botaniques, 280 oiseaux, 100 mammifères, reptiles, poissons, insectes, champignons, etc. Toutes ces collections sont en dépôt, au Muséum, ou vont l’être, car une partie est encore en route. Elles ne seront exposées qu’à mon retour.
- Bangui, 6 octobre 1891.
- — A suivre. — JfiAN RyBOWSKI.
- LES ACCIDENTS DU TRAYAIL
- Le Gouvernement allemand vient de publier la statistique des accidents survenus dans l’empire pendant l’année 1889. C’est le compte rendu de l’application de la loi sur les accidents du travail votée par le Reichstag en 1884.
- Ce document contient quelques chiffres instructifs, qui peuvent servir d’indication, au moment où le Parlement français va être appelé à se prononcer sur la loi des accidents du travail qui lui a été soumise par le Ministre de l’industrie.
- Ün a constaté, dans l’année 1889, 5260 morts et 55 592 blessures graves, ouvrant droit à une pension ou à une indemnité. Ces pertes ne varient pas beaucoup d’une année à l’autre, et se chiffrent par les mêmes nombres de morts et de blessés, à quelques centaines près. La bataille de Gravelotte, une des plus meurtrières du siècle, coûta à l’Allemagne 4449 tués et 20 977 blessés, d’après la statistique du I)r Engel. On peut dire que le travail in-
- dustriel fait chaque année plus de victimes que la bataille rangée la plus sanglante.
- La loi des accidents a réparti toutes les industries de l’empire entre soixante-quatre corporations, dont chacune comprend tous les métiers similaires ; on compte à l’heure qu’il est au delà de quatre millions et demi d’ouvriers assurés. Chaque association fonctionne comme compagnie d’assurance mutuelle et indemnise les sinistres qui lui incombent : le total des indemnités distribuées en 1889 s’élève à 12 278 000 marks, qui ont servi à payer des pensions aux veuves, orphelins et ascendants des ouvriers tués, aux ouvriers atteints d’incapacité, enfin des indemnités temporaires aux victimes moins gravement atteintes.
- Il est bon de noter que chaque année apportant son contingent d’accidents, de morts, d’invalides, de veuves, etc., qui vient s’ajouter au contingent des années précédentes, le chiffre des indemnités va sans cesse en grandissant dans des proportions inquiétantes; il s’accroît en moyenne de six millions par an, en sorte que quand la loi atteindra son plein effet, c’est-à-dire quand il y aura équilibre entre les extinctions et les constitutions de pensions aux ayants droit, le montant des indemnités à servir chaque année s’élèvera à bien près de deux cents millions. La loi allemande a institué, pour chaque caisse de corporation industrielle, un fonds de réserve annuel, qui jouera le rôle de fonds d’amortissement et viendra atténuer la dépense.
- Les industries qui comptent le plus d’accidents sont les suivantes :
- Les mines 816 tués, 5165 blessés.
- Les chemins de fer. . . . 557 — 1479 —
- Les carrières 198 — 1561 —
- Les travaux souterrains . . 159 — 990 —
- L’industrie du bâtiment ) de l’Allemague du Nord.) 109 — 880 —
- La brasserie 92 — 717 —
- Chaque industrie, bien entendu, est taxée en raison de son risque professionnel, du nombre des tués et des blessés. La corporation des patrons mineurs a payé, en 1889, 2 578 700 marks d’indemnités; celle des chemins de fer (Etat et compagnies privées) 1 295 500 marks, etc.
- Au point de vue de la nature des lésions, les plaies et fractures sont de beaucoup l’accident le plus fréquent de l’industrie. La durée du traitement est très variable et tend à augmenter chaque année, par suite d’une disposition singulière de la loi. La loi alloue une indemnité, quand" l’incapacité de travail dépasse treize semaines : on s’était basé sur ce fait d’observation médicale, qu’en général les fractures sont guéries après treize semaines. Mais depuis que la loi est appliquée, le traitement des fractures dépasse toujours cette limite, ce qui accroît la charge des pensions et indemnités.
- Les causes d’accidents les plus fréquentes sont : les monte-charges, qui occasionnent un quart des accidents, les transmissions un quart, les moteurs fournissent 18 pour 100 d’accidents, les machines-outils 5 et demi pour 100, etc.
- Il y a constamment plus d’accidents en hiver qu’en élé, les lundis et samedis que les autres jours de la semaine ; enfin il y a deux fois plus d’accidents de 9 heures à midi et de 5 heures à 6 heures que le matin de 6 à 9 et le soir de 12 à 5. L’éclairement naturel des ateliers plus complet en été qu’en hiver, et la fatigue plus grande de l’ouvrier à la fin de chaque demi-journée de six heures, fournissent une explication assez plausible de ces écarts dans la proportion des accidents. L. Vacher.
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- La Lune et Vénus. — Vénus est magnifique le soir, et peut être saisie par les bons yeux dès le coucher du Soleil. Dimanche 51 janvier, le mince croissant lunaire se couchera à 7h,10m du soir, et l’étincelante planète Vénus se verra au Nord et un peu à gauche de la Lune, se couchant 59 minutes plus tard. La distance entre les deux astres sera d’environ 10 fois le diamètre de la Lune. C’est vers minuit que la Lune passera directement au Sud de Vénus, et le lendemain 1er février, la planète se couchera 40 minutes avant la Lune.
- Pourquoi février n'a que 28 jours. — Autrefois, du temps de Jules César, les mois de l’année étaient alternativement de 51 et de 50 jours, sauf février qui n’avait que 29 jours en année commune et qui en prenait 50 les années bissextiles, pour faire les 566 jours de ces années. Ainsi on avait, en année commune :
- Janvier. . . 51 jours Février . . . 29 jours
- Mars.... 51 » Avril. . . . 50 »
- Mai 51 » Juin.. . . . 50 ))
- Juillet.. . . 51 » Août . . . . 50 »
- Septembre. . 51 )) Octobre. . . 50 » _
- Novembre. . 51 » Décembre. . 50 »
- Ce partage était mieux fait que le nôtre
- qui, paraît-il,
- a l’origine suivante : Jules César, qui venait de réformer le calendrier et de décider que chaque quatrième année aurait 566 jours, sans exception, ce que les llusses et les Grecs admettent encore aujourd’hui, accepta, pour consacrer sa gloire, de donner son nom, Julius, devenu Juillet, au septième mois de l’année. Son successeur, Auguste, jaloux de cette gloire, voulut aussi donner son nom à un mois de l’année et choisit le huitième mois qui fut nommé Augustus, devenu Août; on dit encore Agout en patois toulousain. En outre, il ne voulut pas que son mois fût plus court que celui de César, il lui donna 51 jours, ce qui amena la disposition que nous avons aujourd’hui, et prit ce jour additionnel au malheureux mois de février qui était le plus pauvre, le réduisant ainsi à 28 jours en année commune.
- La Lune en février.— Nous serons éclairés par la Lune de plus en plus le soir jusqu’au 5, puis tout le soir jusqu’au 15, et de moins en moins jusqu’au 18 pour recommencer un peu le 29. Le matin, nous aurons de plus en plus de Lune du 5 au H, elle éclairera tout le malin ensuite jusqu’au 18, puis de moins en moins jusqu’au 26 pour ne reprendre que le 5 mars. Regarder le lundi 8 février, vers 8 heures du soir, combien la Lune est élevée dans le ciel, à près de 68 degrés au-dessus de l’horizon Sud de Paris, et le lundi 22 février, vers 6 heures du matin, combien elle est basse, à 14 degrés seulement au-dessus du même point de l’horizon.
- Les marées en février. — Grandes marées le 1er février matin et soir, de force presque égale à la moyenne des grandes marées. Plus faible marée le 7 au soir, de moins de moitié des grandes marées précédentes. Grandes marées dans la journée du 14 et le matin du 15, notablement moins fortes que celles du 1er. Plus faible marée le 22 au soir du tiers seulement des grandes marées du 1er. Grandes marées bien dangereuses du 28 février au soir au 2 mars au soir ; commencement des grandes marés d’équinoxe de printemps, barres et mascarets violents dans les fleuves qui ont sur l’Océan une large embouchure.
- La Lune, Vénus et Jupiter. —Du 51 janvier au 1er février, la Lune va se trouver entre nos deux belles planètes Vénus et Jupiter, mais plus au Sud; en sorte que leurs couchers, le 51 janvier, ont lieu dans l’ordre suivant : la Lune, Vénus, Jupiter. Le 1er février, l’ordre des couchers sera : Vénus, Jupiter, la Lune, et à partir du 6, ce sera : Jupiter, Vénus et la Lune ; mais celle-ci beaucoup plus tard que les deux premiers qui disparaissent presque ensemble le 6.
- Distance de la Lune a Terre. — C’est le mardi 2 février que la Lune sera le plus près de nous, et que son diamètre, distance des deux cornes, observable le soir, paraîtra le plus grand. C’est le mercredi 17 qu’elle sera le plus loin, à 40 000 kilomètres de plus environ, et que son diamètre, observable le matin, semblera plus petit de un dixième de sa grandeur. Le lundi 29 février, la Lune se sera rapprochée de la Terre de 6000 kilomètres de plus que le 2 février, et aura repris sa .plus grande largeur apparente d’une corne à l’autre ; la regarder le soir au couchant, sous la forme d’un mince croissant à peine perceptible, dès la disparition du Soleil.
- Etoiles filantes. — Pendant tout le mois de février, il y a peu d’étoiles filantes, il n’y a guère que les nuits du 15 au 16 et du 16 au 17 qui pourront en laisser voir un peu plus que d’ordinaire, du côté de la belle étoile la Chèvre surtout. Observer le soir, dès le crépuscule, à cause de la Lune qui va se lever, la Chèvre se trouvera presque au-dessus de nos tètes.
- Vénus et Jupiter. — C’est le mercredi 5 février, du coucher du Soleil à un peu plus de 8 heures du soir, qu’on aura le curieux spectacle des deux brillantes planètes Jupiter et Vénus tout près l’une de l’autre, Vénus à notre droite, Jupiter plus à gauche. Le jeudi 6, le même spectacle recommencera, plus intéressant encore, c’est Vénus alors qui sera passée à gauche de Jupiter, à une moindre distance que la veille à droite.
- Courtes matinées, longues soirées. — Remarquer que le 7 février, le Soleil se lève à Paris, à 7\25m et se couche à 5\5m. Or, de 7h,25m à midi, il y a 4h,55m tandis que la soirée dure 5h,5m, soit 50 minutes de plus. U en -est sensiblement de même du 5 au 20 février. Gela tient à ce que nos montres ne marquent pas midi au milieu de la journée à cette époque de l’année, et que le milieu du jour, ou midi du Soleil, n’arrive que plus de 14 minutes après le midi des montres. C’est la même cause qui fait que d’après nos montres, les jours semblent quelquefois moins augmenter le matin que le soir. Cette irrégularité est nécessaire pour que nos montres puissent suivre leur marche : sinon il faudrait tantôt les mettre à l’avance, tantôt au retard, et les déranger tout le long de l’année ; c’est le Soleil, ou plutôt notre Terre, qui ne marche pas régulièrement. Joseph Vixot.
- SINGULIÈRE HORLOGE
- La « description du cabinet de M. Grollier de Servière », dont nous parlions dernièrement1, à propos des ouvrages de tour, contient un chapitre entier consacré aux horloges ; plusieurs d’entre elles sont remarquables par l’ingéniosité déployée dans la construction de l’échappement; celle que
- 1 Suite. — Voy. n° 969, du 26 décembre 1891, p. 62.
- 1 Voy. n° 964, du 21 novembre 1891. p. 387.
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- nous allons décrire, au contraire, se distingue par la simplicité de son moteur, qui n’est autre que le poids de l’horloge elle-même. La figure 1 est un fac-similé de la gravure accompagnée de la description suivante:
- « Cette horloge consiste en une Boette cylindrique, qui étant posée du côté de sa surface curviligne, sur un plan incliné, semble s’y tenir immobile contre la nature des figures rondes qui roulent ordinairement avec précipitation tant qu’elles trouvent de la pente. Celle-ci, je veux dire la Boette en question, descend sur son plan incliné imperce ptiblem e n t, et avec mesure.
- Les heures sont décrites sur l’épaisse
- plan incliné et sur la circonférence de la Boëttè, laquelle a une aiguille a deux pointes qui se tient toujours perpendiculairement et qui marque l’heure courante en deux endroits différents... »
- Le mécanisme de cette ancienne horloge n’est pas décrit, mais il est aisé de le reconstituer. Un cylindre homogène posé sur un plan incliné est sollicité par une force OA (fig.
- la projection du poids OP du cylindre sur une parallèle au plan, et appliquée au milieu de l’axe du cylindre qu’elle tend à faire tourner autour du point B; mais il n’en est plus de même si le corps est lesté d'un côté ou de l’autre. Si, en particulier, on fixe au cylindre un poids suffisant en amont, celui-ci peut forcer le rouleau à remonter jusqu’à ce qu’il prenne sa position d’équilibre, qui sera atteinte lorsque le centre de gravité du cylindre se trouvera dans la verticale du point de contact.
- Soit encore (fig. 2, n° 2) OP le poids du cylindre, O'Q le poids additionnel fixé en 0' ; reportons O'Q sur la ligne OP, et vice versa, puis joignons O'Q', OP'; le point d’intersection de ces lignes nous donne évidemment un point de la verticale RS qui dans la position d’équilibre passe par le point de sustentation.
- Supposons maintenant que le poids Q s’abaisse en décrivant un arc de cercle autour deO; il se rappro-
- chera de la verticale passant par le centre, et la ligne R S se déplacera vers la droite ; elle tombera en aval du point de contact, et le cylindre roulera jusqu’à ce que le poids soit revenu à sa première position. Appliquons ce principe à notre horloge. Nous fixons (fig. 2, n°5),à l’axe qui supporte l’aiguille, une tringle qui lui est perpendiculaire, et à l’extrémité de laquelle se trouve un poids convenable. Celui-ci tend à faire tourner l’axe dans le sens O'T; mais l’axe 0 porte un engrenage, qui, par diverses transmissions, aboutit _____ | un échappe-
- ment, et ne peut tourner qu’avec une vitesse parfaitement déterminée; le cylindre descendainsi, entraînant le cadran, tandis que l’aiguille, lestée, le décrit au rebours de son mouvement 1. L’échappement de cette horloge est, de fait, du genre de ceux que l’on nomme à tourbillon, c’est-à-dire dont le support lui-même tourne, afin d’annuler les petites irrégularités de sa construction; une fois de plus, rien de
- nouveau sous le soleil. Il est très facile, du reste, de transformer cette horloge de manière à ce que le cadran soit fixe, et l’aiguille des heures mobile; l’aiguille des mi-nutes reçoit son mouvement de l’axe de la première, à l’aide d’une minuterie à rebours. Pour remonter l’horloge, il suffit de la remettre au haut de son plan. Comme M simplicité, il est impossible de désirer mieux\ Ch.-En. Guillaume.
- 1 Ceci est en désaccord avec la figure i, que nous avons lenu à reproduire identique à l’original; mais nous croyons que le dessinateur de ce dernier a commis une erreur dans le sens de la rotation des heures, qui, s’il était exact, ferait supposer que le cadrap tournait indépendamment de son support, hypothèse fort improbable. «
- 2 Ce qu’on vient de lire était à l’imprimerie, lorsque notre attention a été attirée sur une fort habile restauration de l’horloge de M. de Servière, faite par M. Planchon au Palais-Royal (galerie Montpensier). La solution qu'il a adoptée, plus parfaite, mais aussi plus compliquée que le mécanisme décrit ici, consiste à faire agir sur l’axe du cylindre un levier armé d’une molette, et s’appuyant en aval du cylindre sur le plan incliné. Ce levier joue exactement le rôle de la tringle 00 (fig. 2) ; il donne au système beaucoup de stabilité.
- Fig. 2. — Diagrammes explicatifs du mécanisme de l'horloge représentée ci-dessus.
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- LA N ATU DE.
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- LA SCIENCE PRATIQUE
- APPAREIL A CUIRE LES ŒUFS. - SERRURE^DE SURETE
- Appareil A cuire les œufs. — Voici UIl système que nous avons trouvé merveilleux au point de vue de l'ingéniosité du mécanisme. Vous y placez des œufs dans l’eau dont le récipient est plein (lig. l,n° l).Vous faites bouillir l’eau au moyen d'un réchaud à esprit-de-vin.
- Quand les œufs sont bien cuits et mollets, tout à coup, un ressort agit, et fait sortir du vase les œufs et leur support (lig. 1, n° 2).
- Avant de décrire le mécanisme de ce très curieux appareil, donnons quelques détails sur la cuisson des œufs. — Les principaux facteurs de la cuisson des œufs a la coque sont la température et la durée. Cette vérité qui semble un peu naïve a été jusqu’à présent méconnue.
- Dans tous les systèmes préconisés par les ménagères, nous trouvons l’eau bouillante, soit au début, soit à la lin de l'opération, jouant le rôle d'indicateur de température. Ur, sa rature, d’ailleurs variable, qui convient parfaitement à la cuisson des œufs durs est par ce seul fait absolument impropre à la cuisson des œufs mollets. Nous savons, du reste, que l’albumine commence à se coaguler vers 70°. Pour remédier à cet inconvénient, on a du réduire la durée de la cuisson à des proportions ridicules variant de 3 minutes à 50 secondes. L’albumine étant un très mauvais conducteur de la chaleur, on obtient un œuf dont la
- partie périphérique est absolument dure et adhère à la coquille sur une épaisseur proportionnelle à la
- durée de la cuisson, la partie moyenne est glai-•reuse, surtout près du jaune, et ce dernier demeure non seulement cru, mais absolument froid, au moins à son centre. En réalité, ce qu’on appelait jusqu'à ce jour un œuf mollet était strictement un œuf dur inachevé ; encore fallait-il une attention soutenue pour l’obtenir.
- C’est pour parer aux imperfections fondamentales de ces procédés et de leurs innombrables variantes, et obtenir une
- cuisson rationnelle, constante et homogène des œufs à la coque, sam nécessiter aucune surveillance, que l’appareil dont nous parlons a été construit. Ce système présenté par son inventeur, M. J. Mes-dran, sous lenomd’œu-frier automatique à cuisson réglable, se compose d’un plateau muni de cavité et d’anneaux destinés à recevoir les œufs. 11 est traversé perpendiculairement, à son centre, par un tube ou manche creux T (fig. I, n° 5), dont l’extrémité inférieure le dépasse d’environ un centimètre. Ce manche contient un ressort à boudin et, au niveau du plateau, un bourrelet intérieur de 25 millimètres de haut, destiné à limiter la course du ressort, Le manche creux T est mis en relation par l’intermédiaire d’une tige articulée, comme
- Fig. 2. — Serrure de sûreté.
- 1. Vue d’ensemble du système. — 2. Détail du mécanisme; A. Clef, montrant ses cylindres perforés. B, B, C, C. Broches.
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- LA NATURE.
- l’indique le numéro 5 de la ligure 1, avec une petite boîte métallique A, contenant un liquide (eau et alcool) dont la température d’ébullition est de 80°. Le manche creux et la boite métallique, montés dans le récipient à cuisson, se trouvent plongés dans l’eau quand ce récipient en est rempli. Pour faire fonctionner le système, l'axe qui glisse dans le manche est descendu au fond du vase, et le support des œufs est entraîné avec lui. Le couvercle étant placé et la lampe allumée, l’eau s’échauffe graduellement ainsi que les œufs jusqu’à 80°. A ce moment précis, le liquide contenu dans la petite boite métallique A entre en ébullition; les parois de cette boite se dilatent, la petite tige adhérente en A, se soulève ; elle fait agir aussitôt le levier de déclenchement. Le ressort se détend alors, soulevant sans secousse, à cause de la résistance du milieu, le couvercle, le plateau et les œufs, qui se trouvent, à p.ortée de la main des convives, au-dessus de la surface de l’eau.
- La température étant ainsi réglée, comme la durée, et d’une façon très précise, la cuisson est irréprochable; toutes les parties de l’œuf sont également cuites; aucune n'est dure ou glaireuse et rien n’adhère à la coque.
- Le déclenchement se produit en douze minutes et demi environ avec de l’eau froide et en sept minutes avec de l’eau à 50° ; dans les deux cas et quelle que soit la température initiale, si elle ne dépasse pas o0°, la cuisson sera toujours identique.
- Le réglage s’obtient par le foyer. Si son intensité augmente, l’œuf est moins cuit et vice versa.
- Serrure de sûreté. — Il en est des serrures et des voleurs comme des plaques de blindages et des boulets de canon. De même que la puissance du boulet augmente, au fur et à mesure que s’accroît l’épaisseur de la cuirasse, l’adresse du voleur se perfectionne au fur et à mesure des progrès de la confection des serrures. Les serrures jadis réputées incrochetables sont crochetées par les pickpockets de notre époque. — Nous allons mentionner aujourd’hui une nouvelle serrure qui, jusqu’à nouvel ordre, défie l’adresse des plus habiles crocheteurs de serrure. La clef de la serrure (fig. 2, A) est formée d’un cylindre d’acier, percé de trous; ces trous ont des profondeurs variables et, dans chacun d’eux, s’introduit une des broches de la serrure. Le nombre des combinaisons que permet l’emploi de ce système varie à l’infini, par les rayons divers, les profondeurs et les distances des trous dans la clef. Pour ouvrir la porte, on introduit la clef A dans le canon en repoussant les broches D,C, jusqu’à leur intersection avec celle des cylindres extérieurs. On tourne alors la clef autour de l’axe central. Un ergot agit sur une pièce métallique qui actionne le pêne. — Cette serrure est incrochetable parce que les broches pour fonctionner, n’arrivent pas au fond de leurs trous et que rien n’indique le moment où les broches sont en mesure de fonctionner. Il est, en outre, impossible de prendre une empreinte de la clef.
- X..., ingénieur.
- CHRONIQUE
- Croissance extraordinaire de la crinière d’un eliexal. — A la suite de la Notice que nous avons publiée sous ce titre (p. 96), M. de Barrau de Muratel, à La Sabastasié (Tarn), nous écrit : « Le fait de croissance extraordinaire de la crinière et de la queue d’un cheval en Amérique n’est pas sans précédent. Je nie souviens fort bien d’avoir vu dans les galeries de Dresde un cheval (empaillé) ayant appartenu à l’électeur de Saxe, Auguste II, dit le Fort, devenu plus tard roi de Pologne, créateur du magnifique musée de Dresde où il cherchait à imiter Louis XlV. La crinière de ce cheval mesurait 12 pieds et sa queue 6 ; il servait, dit-on, de monture à l’Electeur les jours de cérémonie et des pages soutenaient la queue et la crinière. Coïncidence assez curieuse, la couleur de ce cheval, autant que je puis me le rappeler, car mes souvenirs datent de fort loin (c’est en 1847 que j’étais à Dresde) aurait été à peu près la même que celle du cheval américain : il était isahelle un peu foncé avec les crins plus clairs, d’un blanc jaunâtre. Je suppose que ce phénomène existe toujours au musée de Dresde. »
- Le ehien de garde à la campagne. — Une coutume générale et, de l’avis des hommes compétents, détestable à la campagne, c’est de tenir les chiens à l’attache pendant tout le jour, et de ne leur rendre la liberté qu’après la nuit close. Seul moyen, dit-on, de les rendre aptes à leur fonction de chien de garde. C’est là un préjugé barbare, que les amis des animaux devraient combattre de toute leur force. Le journal l'Aviculteur donne à ses lecteurs le conseil suivant, que nous approuvons de tout point : « Pour rendre le chien de bonne garde, il suffit de l’exciter, chaque fois que l’occasion se présente, contre quelqu’un de mal mis qu’on envoie heurter la porte au dehors et qui fait semblant de se sauver dès que le chien accourt excité par son maître. En recommençant plusieurs fois ce manège, le chien prendra vite l’habitude d’abover après tous les inconnus qui heurtent la porte. Inutile dès lors de le tenir à la chaîne, il se portera beaucoup mieux en liberté et sera tout aussi bon de garde. » Pour nous, nous l’avouons, nous ne voyons jamais un pauvre chien attaché sans un sentiment de compassion pour la victime, et d’antipathie pour son geôlier. Quand on connaît les instincts du chien qui le poussent à tous les genres de dévouement envers son maître, comment ne pas haïr le maître qui récompense son chien par un supplice de tous les instants? Ce que nous disons du chien s’applique aussi au cheval, cet autre serviteur inappréciable de l’homme et trop souvent victime d’une tyrannie brutale et stupide. Tous les habiles dresseurs de chiens et de chevaux réussissent par des procédés encourageants, par l’attrait d’une caresse, d’une friandise ; très rarement et exceptionnellement par la crainte d’une punition corporelle. On ne saurait trop corriger, dans nos campagnes, les détestables habitudes des charretiers et des propriétaires de chiens. En effet, leur barbarie envers les animaux est toujours la compagne de leur brutalité envers leurs semblables.
- LTn chemin de fer sans deuxièmes classes. —
- On est tellement habitué, depuis que les chemins de fer existent, à voir les convois de voyageurs partagés en 5 sortes de wagons, ceux-ci correspondant à 5 classes différentes, lro, 2e et 3e, qu’on n’imagine point qu’il en puisse être différemment. Cette distinction était d’autant plus importante jadis, qu’il y avait une énorme différence
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- etilrc l’aménagement des wagons des diverses classes, et que notamment les 5" classes étaient des sortes de wagons à bestiaux : les bourses modestes qui voulaient cependant éviter de trop grandes fatigues recouraient tout naturellement aux secondes. — Or on a pu remarquer depuis un certain temps, les wagons de 5e s’étant considérablement modifiés, que la clientèle des chemins de fer a une tendance de plus en plus prononcée à abandonner les 2os au profit des 5e’, qui présentent un réel confortable ; en Angleterre, ce mouvement est bien plus sensible qu’en France. Déjà il y a une vingtaine d’années le réseau anglais Midland Railway avait imaginé la suppression des 2e’ ; le Great Northern Railway vient d’imiter cette innovation : depuis le 1er novembre, il n’y a plus sur cette ligne que des lrc8 et 5e’ classes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES *
- Séance du 18 janvier 1892. — Présidence de M. Ddchartke.
- .1/. de Quatrefages. — La perle que les sciences naturelles viennent de faire dans la personne de M. de Qua-trefages est exceptionnellement sensible. L’illustre défunt était une des personnalités les plus hautes dont notre pays puisse s’enorgueillir, offrant à la fois l’exemple d’une activité jamais découragée pour la recherche et pour l’étude, et d’une noblesse de caractère que rien n’a jamais pu détourner du but poursuivi. L’œuvre de M. de Quatre-l'ages est exposée dans une autre partie de la présente livraison de La Nature et nous devons seulement ici mentionner le deuil qui vient frapper l’Académie et qui a justifié pleinement la mesure prise par la Compagnie de lever sa séance après un dépouillement des plus rapides de la correspondance.
- Géologie russe. — Un des géologues des plus savants et des plus actifs de la Russie, M. S. Nikitin, adresse de Saint-Pétersbourg le septième volume d’une très utile publication. C’est l’analyse raisonnée de toutes les publications faites en 1890 sur la géologie, la lithologie et la minéralogie de la Russie. Le nombre des Mémoires résumés par M. Nikitin n’est pas inférieur à 467, et les Notices qui les concernent sont toutes en russe et en français de sorte que cette importante publication a sa place marquée dans la bibliothèque de ceux de nos compatriotes qui s’intéressent aux progrès des sciences.
- Constitution du sol de l’Espagne. — I)e très intéressantes contributions à la géologie espagnole sont fournies par M. René Nicklès, qui a étudié d’une manière spéciale les terrains secondaires et les terrains tertiaires de la province d’Alicante et du sud de la province de Valence. Diverses localités sont signalées, soit pour des particularités stratigraphiques, soit à cause de leurs gisements de fossiles. A ce dernier égard, l’auteur fait connaître un certain nombre d’espèces nouvelles et spécialement des céphalopodes et des crinoïdes.
- Le Desman des Pyrénées. — Il s’agit d’un petit mammifère insectivore qui diffère à première vue de la musaraigne par le singulier prolongement de son nez en une petite trompe très mobile, par ses pattes largement palmées et par sa queue écailleuse et comprimée. Le savant directeur du Musée d’histoire naturelle de Toulouse, M. Eugène Trutat, consacre à cette singulière petite bête une monographie du plus vif intérêt. On peut signaler spécialement le chapitre relatif à l’anatomie et à la physiologie de l’appareil où le musc est sécrété.
- Varia. — M. Gustave Chauveaud adresse un volume où sont exposées d’importantes recherches embryogéniques de l’appareil laticifère des euphorbiacées, des urticées, des apocynées et des asclépiadées. — Une étude sur le commerce et l’industrie des populations primitives de l’Alsace et de la Lorraine occupe M. le D1' Bleicher. — M. Bachelard décrit la structure microscopique de quelques roches fossilifères des environs de Digne. Stanislas Meunier.
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- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA (IIISLE HUMAINE
- On sait que les jongleurs japonais sont d'une adresse tout à fait extraordinaire. Il y a déjà quelques années, deux d’entre eux présentaient l’expérience suivante qui exigeait une prodigieuse habileté. L’un d’entre eux se tenait les bras étendus, debout devant une planche épaisse posée verticalement et l’autre armé d’une série de couteaux à large lame se plaçait à environ 6 mètres de la planche; de là ce dernier lançait ses couteaux d’une main sûre et les piquait, l'un rasant le dessus de la tète du patient, deux autres très serrés à droite et à gauche du cou, d’autres autour des bras ; en un mot, il dessinait la forme de son compagnon avec les couteaux piqués très profondément dans la planche. Cette expérience eut un succès énorme et aussitôt on essaya de la reproduire; mais, comme une pareille adresse n’est pas à la portée de tout le monde et qu’en outre l’opération est dangereuse, le truc suivant fut inventé par M. Voisin à l’usage des prestidigitateurs.
- La planche que l’on emploie dans ce cas, au lieu d’être comme dans l’expérience véritable une simple planche, est une pièce d’ébénisterie renfermant un vrai mécanisme : sur cette planche, l’emplacement où s’appliquera le patient est soigneusement repéré et les couteaux qui doivent l’un après l’autre se piquer autour de cet emplacement sont contenus dans la planche qui, à première vue et à une petite distance, semble absolument sans préparation.
- Chacun de ces couteaux est fixé par sa pointe sur un pivot; il est, en outre, commandé par un ressort et caché dans la planche par une sorte de fenêtre à double volet très finement ajustée qui, au moment voulu, s’ouvre et le laisse apparaître, puis se referme ; le ressort fait abattre ou redresser le couteau, suivant la place que ce dernier doit occuper. Le n° 2 de notre figure montre la fenêtre s’ouvrant pour laisser s’abattre le couteau qui semblera piqué au-dessus du cou-de-pied. Dans chacun des volets les angles qui se rencontrent sont échancrés soit en bas, soit en haut, suivant que le couteau s’abat ou se redresse, et cela, pour ménager la place de la lame quand ces volets sont refermés; avant la sortie du couteau l’échancrure est masquée par de la cire à modeler de la couleur du bois. Sur notre gravure (n° 2), l’échancrure est au bas.
- Naturellement les couteaux sont couchés dans la
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- planche de façon à ce qu’en sortant, le champ soit libre et qu’ils ne viennent pas heurter l’un des membres du patient. Chacun des couteaux avec sa porte forme un appareil distinct qui est commandé par une tige venant aboutir au bord de la planche juste à l’endroit où les doigts du patient, qui a les bras en croix, peuvent arriver; c’est lui qui, en appuyant sur le bout des tiges comme sur un piano, fait sortir les lames de leurs cachettes les unes après les autres comme si elles venaient de se piquer. Le bruit du ressort en se détendant, l’apparition brusque du couteau combinée avec le mouvement de celui qui le lance, donnent une illusion complète. Ajoutons que chaque couteau monté à pivot par sa pointe, comme nous l'avons expliqué, peut être dégagé facilement de son axe lorsque, après l’opéra-
- tion, celui qui a lancé les armes semble les arracher de force du bois où ils paraissent piqués.
- Une fois la planche inventée, il fallait trouver un moyen de lancer les couteaux ou de les faire disparaître; pour cela, la planche est dressée d’un côté de la scène près des coulisses et celui qui lance les couteaux est placé de l’autre côté de la scène, près des coulisses opposées; il peut alors agir de deux manières : dans la première, en faisant le geste de balancer le bras pour lui donner du ressort, il envoie au dernier moment le couteau derrière lui dans la coulisse et fait un demi-pas en avant, le couteau soi-disant lancé disparaît ainsi complètement au moment voulu, mais le public 11e voit pas passer l’éclair de la lame traversant la scène, et il est préférable d’employer le second moyen ; celui-ci
- Exercice des couleaux japonais exécuté au moyen d’un appareil de prestidigitation. — 'i. Détail du mécanisme faisant sortir le couteau.
- consiste à lancer véritablement le couteau, mais en le faisant passer a côté de la planche, de manière a ce qu’il aille tomber dans la coulisse où le bruit est amorti par une étoffe épaisse; c’est au patient, dans l’une où l’autre des deux manières employées, à presser le ressort du couteau qu’il veut faire apparaître juste au moment précis, pour que le claquement du ressort qui se détend puisse être pris par les spectateurs pour le bruit de l’arme qui se pique.
- Ce tour bien exécuté est d’un grand etfet et souvent a trompé les spectateurs les plus clairvoyants, et cela avec d’autant plus de facilité, que bien des personnes avaient vu>les véritables créateurs opérer au milieu d’un cirque où il était impossible de dissimuler le couteau, car il pouvait être suivi dans sa course par l’œil du' spectateur, de la main du Japonais au point où il se piquait.
- Pour être précis et n’omettre aucun renseignement, disons pour terminer qu’il existe des planches
- où le déclenchement des couteaux se fait au moyen du tirage d’un fil tenu dans la coulisse par un tiers. Ce procédé a cela d’avantageux, que le danger de laisser voir au public les doigts du patient appuyer sur les touches n’existe pas; mais d’autre part, le tirage a des inconvénients : dans un endroit où la communication ne peut pas être établie entre le tiers invisible et la planche mécanique, dans un salon par exemple, son emploi est impossible et il faut faire usage de l’autre appareil.
- Depuis la présentation primitive de l’expérience véritable par les jongleurs japonais, les imitateurs se sont costumés en Persans, en Peaux-Rouges, ou même simplement en Espagnols, mais si le costume changeait, le moyen restait le même.
- Le prestidigitateur Aldeiï.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tjssaxdieh-Paris. — Inlprimcric Ealiure, rue de Fletmus, 0
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- LA NATURE.
- 50 JANVIER 1892.
- LES TORPILLES AUTOMOBILES1
- LA TORPILLE 1IOWELL
- Forme extérieure. — La torpille Howell a la forme d’un cylindre terminé en cône à sa partie postérieure, et en ellipsoïde de révolution à l’avant. La force motrice qui l’actionne est, comme nous l’avons dit, empruntée à la puissance vive d’un volant animé d’une grande vitesse angulaire qui lui est communiquée à l’instant du lancement, ce qui simplifie considérablement le mécanisme moteur automobile. Aussi la torpille n’est-elle, en pratique, formée que
- de quatre parties : le nez, renfermant la charge explosive et le système d’inllammation, la tête, por-1 tant la charge explosive et le détonateur, la section moyenne, dans laquelle sont logés le volant et le mécanisme de commande des hélices, et enfin l’arrière, portant les mécanismes d’immersion (fig. 1 et 2).
- Nez. — Pour éviter tout accident, le nez de la torpille est mobile et ne se fixe qu’au dernier moment, avant d’introduire l’engin dans le tube de lancement. Ce nez est fixé a l’aide d’une monture à baïonnette, ce qui permet d’effectuer la manœuvre d’ajustement en quelques secondes (fig. 2, n° 1).
- Tout un mécanisme de verrouillage est disposé à
- Fig. 1. — Torpille automatique Ilowell. — 1. Nez de la torpille, mécanisme d’inllammation et charge. — 2. Volant moteur, coupe transversale. — 3. Volant moteur, coupe verticale montrant la commande des deux hélices. — T. Mécanisme d’immersion et hélices. — 5. Vue d'cnsemhie et en plan, de la torpille, avec coupe au droit du moteur.
- la partie antérieure pour que le percuteur monté sur le nez de la torpille ne puisse frapper le détonateur et, par suite, faire exploser la charge que si la torpille est en marche dans l’eau. Des trous percés très obliquement sont ménagés dans la chambre où se loge le mécanisme déflagrateur. Tant que la vitesse de l’engin est suffisante, l’eau ne peut pénétrer dans cette chambre, à cause de la vitesse et de 1 obliquité des trous, mais dès que la torpille ralentit son mouvement ou s’arrête, l’eau pénètre dans cette chambre et vient noyer le détonateur et la charge, rendant ainsi la torpille absolument inoffensive.
- Tète. — La torpille Howell comporte deux têtes,
- 1 Suite. — Voy. n° 968, du 19 décembre 1891, p. 37. — Voy. aussi n° 875, du 8 mars 1890, p. 219.
- 2û8 année. — 1er semestre.
- qui se substituent l’une à l’autre suivant les circonstances : la tête morte ou tète d’exercice, et la tête de combat. La tête d’exercice est presque entièrement remplie par un bloc de bois B (fig. 2, n° 3) percé longitudinalement d’un grand trou de section carrée dans lequel est logée une vis sur laquelle peut se déplacer un bloc de plomb P. La vis permet de déplacer le bloc de plomb, et d’équilibrer ainsi la torpille dans le sens longitudinal. La nécessité de l’emploi de ce plomb mobile est la suivante. La tête de combat est plus lourde que la tête d’exercice, car dans le premier cas, la torpille doit finalement sombrer afin de ne pas être facilement recueillie, et remise en état de service par l’ennemi, tandis que, pendant les exercices, elle doit au contraire venir flotter après l’arrêt
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- LA NAT URL.
- et resservir indéfiniment. Le contrepoids mobile permet, soit que l’on emploie la tête d’exercice, soit que l’on fasse usage de la tête de combat, de placer le centre de gravité et le centre de poussée dans la même position relative pour les deux expériences, en vue d’obtenir les mêmes résultats. Si cette précaution n’était pas prise, il y aurait des différences d’action des mécanismes de réglage dans les deux opérations, ce qui enlèverait toute précision et toute utilité à l’engin. La tête de combat est entièrement remplie de fulmi-coton F (tîg. 2, n° 5) et présente
- des dispositions analogues à celles déjà décrites à propos delà torpille Whitehead. La partie antérieure dans laquelle vient se loger ledétonateur au moment de l’explosion, est facilement démontable, de façon à permettre l’emmagasinement séparé, des têtes de combat d’un côté, des détonateurs d’un autre côté, et enfin des nez d’un troisième côté, toutes les parties ainsi séparées devenant à peu près inoffensives. Les pièces de raccord, soigneusement construites au calibre, sont d’ailleurs parfaitement interchangeables, montablcs, démontables et remplaçables en
- Z.Jtpiirsi/, Sc-f
- Fig. 2. — Torpille automatique Howell. Dessins explicatifs. — 1. Nez et mécanisme d'inflammation de la torpille. — 2. Volant d’énergie cinématique attelé au moteur de lancement. —o. Tète d'exercice.— 1. Arrière de la torpille montrant le mécanisme d’immersion. —5. Coupe longitudinale et verticale de la torpille.
- un temps très court, quelques minutes à peine.
- Partie moyenne. — La partie moyenne de la torpille comprend toute la partie cylindrique et les amorces des deux parties coniques des deux extrémités. Cette partie, la plus volumineuse, est soigneusement étanche et est utilisée pour la flottaison; elle comprend le moteur, les vides nécessaires à l’obtention d’une poussée suffisante, le mécanisme de commande des hélices et les paliers de butée.
- Le moteur proprement dit est constitué par un volant massif V (lig. 2, n° 2) en acier forgé, tournant dans un plan vertical, autour d’un axe horizontal perpendiculaire au grand axe de la torpille. De chaque côté du volant sont disposées deux roues
- d’angles U en commandant deux autres, calées sur les arbres des deux hélices montées dans un même plan horizontal. Les engrenages sont calculés pour réduire la vitesse angulaire des hélices aux quatre cinquièmes de celle du volant. Avant le lancement, ce volant est animé d’un rapide mouvement de rotation à l’aide d’un moteur à grande vitesse M et de combinaisons spéciales dont nous parlerons à propos du lancement des torpilles. Connue, à cause des dispositions d’embrayage nécessaires pour lancer le volant, les deux extrémités de l’arbre ne sont pas symétriques et pourraient détruire l’équilibre parfait de l’engin, on a ménagé, du côté opposé au manchon d’accouplement avec le moteur, une
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- masse de plomb montée à vis et que l’on peut écarter ou éloigner de l’axe à volonté, à l’aide d’une clef. On assure ainsi un équilibre parfait du système, et on supprime en même temps les déplacements latéraux qui seraient la conséquence inévitable de ce manque d’équilibre.
- Arrière. — La partie arrière (lig. 2, n° 4) de la torpille Howell est divisée en deux parties distinctes par une cloison étanche. La partie antérieure sert seulement de chambre d’air et contribue à la flottaison de la torpille; la partie postérieure est celle qui renferme le mécanisme d’immersion. Cette immersion est commandée par l’action d’un gouvernail horizontal placé à l’arrière, entre les deux hélices. Ce gouvernail, qui reste horizontal dans la marche normale, se relève ou s’abaisse sous l’action des organes qui le commandent, lorsque l’immersion n’est pas celle pour laquelle l’ensemble a été primitivement réglé. Ces organes sont, d’une part, un ressort II préalablement tendu pour une profondeur déterminée, et la pression de l’eau sur un piston P. Lorsque la pression de l’eau est insuffisante pour faire équilibre à la tension du ressort, le gouvernail horizontal s’incline de façon à faire immerger la torpille. 11 s’incline en sens inverse, si, pour une cause quelconque, la torpille ayant atteint une trop grande profondeur, la pression de la colonne d’eau qui est au-dessus exerce une action supérieure à celle du ressort. Mais ce réglage ainsi réalisé ne serait pas suffisant, car si le mécanisme dont nous venons d’indiquer le principe a amené la torpille au niveau voulu, sous un certain angle, le mouvement des hélices tendra à faire avancer la torpille dans la même direction, sous le même angle; elle continuera donc à s’enfoncer, si la pointe était plus liasse que l’avant, ou, au contraire, elle tendra à sortir de l’eau si l’avant était plus haut que l’arrière; l’équilibre ainsi obtenu serait essentiellement instable, et la torpille avancerait par longues ondulations dans un plan vertical, au lieu de se mouvoir suivant une ligne droite très rapidement définie à partir du moment de l’immersion. C’est dans le but de compenser ce défaut de réglage que I on a disposé à l’arrière, dans la chambre d’immersion, un lourd pendule à axe horizontal A, qui, par sa construction même, tend à rester vertical, malgré les inclinaisons de l’axe de la torpille. Par une combinaison convenable de leviers, combinaison dans le détail de laquelle il nous paraît inutile d’entrer, les déplacements du pendule agissent aussi sur le gouvernail qui opère alors sous l’action combinée du piston, d’une part, et du pendule, d’autre part. Mais tandis que les deux actions de réglage s’ajoutent aux moments où l’écart est. le plus grand, elles se contrarient dès que l’état d’équilibre tend à être dépassé, de sorte que les oscillations se trouvent considérablement réduites d’amplitude, et même pratiquement annulées. Le pendule tend à rendre laxe de la torpille horizontal, le piston agit pour maintenir la profondeur d’immersion constante : les
- deux réglages combinés assurent le déplacement horizontal de l’engin meurtrier, et suppriment les oscillations à longue période.
- Telles sont, dans leurs lignes essentielles, les dis-' positions des deux principales torpilles automobiles actuellement en faveur : la première, la torpille Whitehead dans la marine de guerre du monde entier; la seconde, la torpille Howell principale-, ment appréciée par la marine de guerre américaine.. Il ne nous appartient pas de juger leurs qualités respectives, et nous souhaitons vivement que le moment où ces qualités se manifesteront efficacement n’arrive jamais. L’une et l’autre, à l’encontre de la torpille dirigeable Sims-Edison, ont besoin d’être lancées contre le but qu’elles visent. ’ '
- Les procédés de lancement de ces deux torpilles feront l’objet d’un dernier article.
- — a suivre. — A..., ingénieur.
- BALLONS FOUDROYÉS
- On a plusieurs fois signalé le fait de ballons foudroyés, alors qu’ils étaient arrimés à terre : des ballons captifs reliés au sol par un câble ont aussi parfois été frappés par la foudre. On n’a jusqu’ici jamais mentionné le cas d’un ballon libre atteint par l’étincelle électrique. Cela ne veut pas dire que le fait ne puisse se présenter, mais il n’a pas encore été observé, et les théories ne sauraient indiquer si le ballon libre peut être ou non f foudroyé dans l’air1. Quoi qu’il en soit, voici un nouvel et dramatique exemple d’un ballon captif à gaz hydrogène atteint par la foudre.
- Le fait s’est passé en Italie, dans un des forts du voisinage de Rome ; il a été signalé à notre confrère Cosmos par le Dr A. B. Le ballon, que l’on expéiùmentait récemment dans un de ces forts, cubait 540 mètres d’hydrogène et était retenu à terre par un câble qui s’enroulait sur un treuil manœuvré à la main. On avait fait dans la matinée, diverses ascensions que la pluie avait forcé d’interrompre, mais le temps s’étant éclairci vers midi, on les recommença. Il faut remarquer que, par suite des averses nombreuses, le fdet et le câble de retenue avaient été fortement mouillés, devenant ainsi de bons conducteurs électriques. A midi et demi, le ballon se balançait à 150 mètres de hauteur; le ciel était nuageux, mais l’air calme, et rien ne faisait prévoir un orage. Tout à coup, sans rien apercevoir, les deux soldats qui étaient de garde au treuil avertirent le lieutenant qu’ils avaient éprouvé une foi’te secousse. Celui-ci, soupçonnant le danger sans toutefois se rendre compte de son intensité, donna l’ordre de redescendre le ballon : la manœuvre commença, mais à peine le ballon était-il à 50 mètres, que l’on vit une flamme bleuâtre à sa partie inférieure vers la soupape de décharge. Le lieutenant fit accélérer la descente et au moment où le ballon allait atterrir, les deux personnes qui le montaient sautaient à terre et l’aérostat s’enflammait.
- Les deux ascensionnistes ne s’étaient nullement rendu compte du danger qui les menaçait, et, sans l’inter-
- 1 Les aéronautes ont, dans différentes circonstances, observé des éclairs lors de leurs voyages aériens. Nous avons constaté à plusieurs reprises des manifestations électriques au sein de l’atmosphère. Feu notre ami Gaston Planté, le célèbre électricien, croyait que, dans ce cas, le ballon court de grands risques d’être foudroyé. -G. T.
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- ver.lion du lieutenant de garde, il leur aurait été difficile de 1 éviter. C’est, en effet, l’officier qui est dans le ballon qui en dirige la manœuvre, et celui-ci, dans l’ignorance du péril, aurait continué l’ascension.
- On a pu se rendre compte à peu près de la marche du phénomène. La foudre a frappé d’abord le ballon à sa partie supérieure, près de la soupape, puis, passant par le filet dont les mailles étaient mouillées, il se dirigea vers la soupape inférieure. Mais là, il dut se trouver une solution de continuité, d’où production d’étincelles qui enflammèrent le gaz qui sort automatiquement de celle soupape pendant l’ascension. La combustion fut d’abord lente, mais la descente du ballon augmentant la pression, l’appel d’air se faisant plus énergique, le gaz enflammé consumait l’enveloppe de soie sur le pourtour de la soupape, et finalement, le feu se communiquait au ballon, au moment où celui-ci touchait terre.
- NOUVELLE HORLOGE ÉLECTRIQUE
- Le principe de la distribution de l’heure par l’électricité est déjà connu depuis longtemps. Un distributeur convenablement disposé envoie périodiquement des courants qui agissent sur diverses récepteurs et font avancer les aiguilles d’une quantité fixe et déterminée. Tel est le principe fort simple, mais qui rencontre en pratique de grandes difficultés. Un constructeur émérite, M. A. Ilenncquin, a imaginé un système d’horloge électrique qui semble apporter une nouvelle solution à la question. Nous donnerons une description succincte du procédé.
- L’horloge électrique, qui doit servir de distributeur, renferme un moteur électrique formé de deux électro-aimants verticaux et qui s’adapte très
- l' ig. 1 à o. — Distribution Je l'heure par l’électricité. — 1. Horloge distributrice. — 2. Piles Scrriii. — 3. Récepteur du salon.
- 4. Récepteur de l’ofüce. — S. Récepteur de la cour.
- facilement sur toute sorte d’horloge. Par une série de combinaisons très ingénieuses, sur lesquelles nous ne pouvons nous étendre ici, le moteur fournit la force motrice empruntée a une batterie de piles à l’aide d’attractions périodiques se produisant un nombre exact de fois par heure. Ces courants sont utilisés pour transmettre le mouvement à plusieurs horloges réceptrices qui ont à leur rochet du centre un nombre de dents égal à celui des courants de transmission.
- La figure ci-dessus montre l'horloge distributrice et en même temps les horloges récepfrices. On peut voir dans le dessin le détail des pièces de transmission et de réception. Nous signalerons en particulier deux dispositions particulièrement avantageuses. Dans les horloges jusqu’ici existantes, les courants sont transmis à l’aide de contacts établis plus ou moins longtemps par des rouages. Mais ces contacts nécessitent un temps assez considérable pourun bon fonctionnement.
- Pour éviter cet inconvénient dans la nouvelle horloge, l’armature porte une masse qui pivote autour d’un axe et qui est munie d’un bras venant former contact par frottement sur une borne isolée. Dès que l’armature est attirée, la masse est mise en mouvement, et par son oscillation maintient le contact pendant un certain temps. Cet ingénieux artifice permet d’obtenir une attraction suffisante pour que les aiguilles reçoivent une impulsion. Mentionnons aussi un mode particulier d’enroulement des bobines des moteurs, qui permet de supprimer les étincelles de rupture, et par suite de mettre en service à la fois un grand nombre de circuits.
- En résumé l’invention que nous venons de décrire a son mérite, car elle fonctionne très régulièrement. Nous avons eu l’occasion d’examiner une horloge électrique de ce système, dont le fonctionnement n’a rien laissé à désirer. J. Laffargüe.
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- LES LIONS DU CHOA
- U y a une dixaine d’années, à propos de la naissance de deux lionceaux au Jardin des Plantes1, nous avons fait allusion aux variations que l’on observe dans la couleur du pelage des Lions et dans le développement de leur crinière, suivant l’âge de ces animaux et suivant le pays d’où ils proviennent. Ces modifications extérieures, d’après quelques auteurs, correspondraient à des particularités osléologiques et pourraient, par conséquent, servir à distinguer, dans le genre Lion, plusieurs espèces ou permettre, tout
- au moins, de subdiviser le Felis leo de Linné en plusieurs races. On sait que dans l’Europe occidentale, durant une partie de la période quaternaire, vivait un Carnassier de grande taille que l’on désigne souvent sous le nom de Lion des cavernes; mais, cet animal qui, à en juger par ses restes fossiles, offrait aussi certains caractères du Tigre, disparut bien avant la période historique. En revanche, à une date beaucoup moins reculée, du temps d’Ilérodote, d’Aristote et de Pausanias, de véritables Lions, analogues aux nôtres, habitaient encore le, sud-est de l’Europe, et particulièrement la Macédoine, la Thrace et la Tliessalie. Us y étaient même assez communs,
- Jeunes lions offerts par S. M. Ménélik, roi du Choa, à M. Carnot, Président de la République française.
- (D’après une photographie à la poudre-éclair, spécialement exécutée pour La Nature à la Ménagerie du Jardin des Plantes de Paris.)
- si bien que l’armée de Xerxès, traversant la Péonie, eut ses bêtes de somme attaquées par plusieurs de ces Félins descendus des montagnes voisines. D’après l’Écriture Sainte, des Lions existaient jadis en Syrie et en Babylonie, mais aujourd’hui on n’en trouve plus guère en Asie que dans l’Afghanistan, le Tur-kestan, la Perse et sur quelques points de l’Arabie. Dans le nord de l’Afrique, les Lions sont également devenus fort rares et l’on aurait beaucoup de peine aujourd’hui à rassembler, dans toute cette région, les six cents Lions que les Romains faisaient paraître à la fois dans le cirque ; cependant, il y a une douzaine d’années, le Gouvernement français a encore payé des primes pour la destruction de 53 lions,
- 1 Voy. n° 549, du 7 février 1880, p. 145.
- 49 lionnes et 9 lionceaux tués dans diverses localités de l’Algérie. Ces grands Carnassiers sont, au contraire, fort répandus au Sénégal, dans le Soudan, en Abyssinie, dans le Choa et dans le pays des Ço-malis. Il y a une trentaine d’années, à l’époque ou le D1- Livingstone effectuait son voyage du Cap à Loango, à travers les contrées de l’intérieur de l’Afrique australe, les Lions pullulaient encore dans le pays des Makololos aussi bien que dans le pays des Rakouains où ils atteignaient le bétail même en plein jour, et où l’un d’eux faillit même un jour dévorer le célèbre voyageur. On peut donc supposer qu’ils existent en grand nombre dans les régions encore inexplorées de l’Afrique équatoriale où d’immenses troupeaux de Ruminants leur fournissent des proies faciles.
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- Dans de semblables conditions, c’est-à-dire partout où ils peuvent se développer librement en trouvant autour d’eux une nourriture abondante, les Lions atteignent une taille beaucoup plus forte que dans les contrées où ils font maigre chère et sont traqués de toutes parts. Leur longueur totale, mesurée du bout du museau à l’extrémité de la queue, s’élève parfois alors à 2m,60 ou même 2m,90, tandis que d’ordinaire elle ne dépasse pas 2m,30 et que, dans certains cas, elle descend à 2in,10. Les conditions extérieures, le climat et la nature du sol doivent aussi influer sur l’abondance de la crinière, la nature et la nuance du pelage, et il ne serait pas étonnant que les Lions des déserts sablonneux ou parsemés de rochers arides participassent de cette livrée fauve qui est l’apanage des animaux des steppes, tandis que les Lions des montagnes ou des vallées boisées et traversées par un cours d’eau présenteraient une coloration plus foncée, des teintes rougeâtres ou brunâtres plus ou moins tiquetées de noir. Mais, pour être-fixé à cet égard, il faudrait entreprendre une étude monographique du genre Lion et comparer entre eux les termes d’une longue série de spécimens dont la provenance serait rigoureusement déterminée. En effet, chose curieuse, quoique toute ménagerie qui se respecte possède plusieurs de ces animaux, quoique tous les grands musées en exhibent quelques-uns dans leurs vitrines, on ne possède sur les Lions de certaines contrées que des renseignements contradictoires. Ainsi, à l’heure actuelle, les Lions du Guszerat qui se trouvent, paraît-il, non seulement dans la province de ce nom, mais le long du golfe Persique et même jusqu’en Arabie, sont encore mal connus et se trouvent indiqués, dans certains ouvrages classiques, comme les plus petits des Lions, tandis que dans d’autres ouvrages ils sont classés, sous le rapport des dimensions, immédiatement après les Lions du Cap, les plus robustes de tous.
- D’après Smee et quelques autres auteurs plus récents, ces Lions sont d’un fauve rougeâtre assez foncé chez les jeunes individus, plus clair et plus uniforme chez les vieux, et se distinguent immédiatement par leur crinière courte et frisée, formant un simple capuchon qui couvre la tête et la gorge et s’arrête brusquement sur la nuque; la disposition qu’on observe chez un spécimen conservé dans les galeries du Muséum et indiqué, peut-être par erreur, comme originaire de Zanzibar, ne se rencontre pas chez d’autres Lions qui habitent dans le voisinage immédiat des Lions du Guzzerat et que l’on désigne vulgairement sous le nom de Lions de Perse. Chez ceux-ci la crinière est toujours un peu plus développée que chez les Lions du Guzzerat, sans se prolonger néanmoins aussi loin du côté des épaules que chez les Lions d’Algérie; elle est formée de longues mèches qui retombent sur les côtés de la tète et du cou et qui sont fortement mélangées de poils noirs. Une frange de poils noirs garnit la partie inférieure de l’abdomen et la queue se termine par une grosse
- touffe de même couleur. La teinte générale du pelage est, dans les deux sexes, d’un jaune rougeâtre clair, tirant au gris ou à l’isabelle, et la taille des individus adultes reste toujours au-dessous de celle des Lions africains. C’est certainement à cette variété, confinée aujourd’hui en Perse et dans plusieurs régions de l'Afghanistan, qu’appartenaient les Lions qui vivaient jadis dans le nord de la Grèce, en Syrie et en Mésopotamie.
- Suivant quelques auteurs il y aurait, dans l’Afrique australe, deux sortes de Lions, des Lions jaunes, assez semblables à ceux du Sénégal, et des Lions bruns, rappelant ceux de l'Afrique septentrionale et beaucoup plus redoutables que les autres. Il est fort possible, en effet, il est même, probable que des Lions du même type que ceux du Sénégal s’avance»I à travers le centre de l'Afrique jusque dans la contré»' occupée par les Lions du Cap <[ui ont de l’analogie avec ceux de la Barbarie, mais qui sont de taille plus forte. Toutefois Delegorgueet Livingstone ne parlent »|ue de Lions à crinière foncée, et c’est à ce dernier type que se rapporte un spécimen des galeries du Muséum qui se fait remarquer par ses fortes dimensions, sa crinière abondamment mélangée de poils noirs, son ventre garni en dessous d’une frange de poils foncés et son pelage d’un fauve rougeâtre, zébré sur les membres de raies peu distinctes.
- La plupart de ces caractères se retrouvent, avec des dimensions plus faibles, chez un Lion d’Algérie, qui fait partie de la même collection et qui a toute la tête, le cou et la partie antérieure du corps couverts d’une crinière souple et touffue, s’avançant en arrière au delà des épaules, rejoignant inférieurement la frange abdominale et présentant une double bande sombre formée par l’extrémité des poils noirs mélangés aux poils fauves. Cet animal peut être considéré comme le type du Lion de Barbarie qui, d’après M. Fitzinger et M. de Rochebrune, n’appartient pas à la même espèce que le Lion de Sénégambie (Léo gambianus, Gr.).Dans l’Afrique occidentale en effet, les Lions mâles n’atteignent jamais une taille aussi imposante que dans l’Afrique septentrionale et dans l’Afrique australe; leur robe, d’une teinte plus jaune et plus brillante, est marquée, sur les flancs et sur le train de derrière, de quelques taches de forme arrondie ; leur crinière, d’une nuance fauve uniforme, est moins longue et moins fournie que chez les Lions d’Algérie et de Tunisie; elle ne se prolonge pas jusque sur le dos et ne se continue pas inférieurement par une frange de poils passant entre les membres. Enfin, selon M. de Rochebrune, le crâne n’offrirait pas chez les Lions de Sénégambie la même conformation que chez les Lions d’Algérie; car au-dessus il offrirait chez les premiers la forme ovale, chez les seconds une formelosangique, et fa boite encéphalique serait chez ces derniers beaucoup plus étroite, la crête occipitale bien plus accusée, le front plus aplati, etc.
- Dans sa Monographie des Félins, M. Fitzinger admet que le même type de Lions sé retrouve depuis
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- le Sénégal jusque dans le Sennaar, l’Abyssinie, le Choa et le pays des Çomalis, en passant par le Soudan; cependant un spécimen qui est originaire de cette dernière contrée et qui figure dans les galeries du Muséum d’histoire naturelle, tout en se rapprochant des Lions du Sénégal par l’absence de frange sous la région abdominale, en diffère assez nettement par la disposition et la couleur de sa crinière qui est hirsute entre les oreilles et fortement mélangée de poils noirs, dessinant une double bande foncée. Cet individu ressemble au contraire absolument aux Lions du Sennaar décrits et figurés par M. Paul Gervais dans son Histoire naturelle des mammifères et aux Lions du Choa dont la Ménagerie du Jardin des Plantes possède actuellement quatre individus. Deux de ces animaux, un mâle âgé de cinq ans, répondant au nom de Jean Bart, et une lionne appelée Fatma, ont été donnés il y a quelques années au Muséum d’histoire naturelle par feu M. Grévy; les deux autres, deux jeunes Lions âgés de deux ans environ, Larco et Resta, viennent d’être gracieusement offerts au même établissement par M. Carnot, Président de la République, qui les avait reçus en présent de S. M. Ménélik, roi du Choa (Voy. la gravure, p. 155).
- Le lion Jean Bart est vraiment superbe ; avec sa tète coiffée d’une sorte de perruque dont les mèches se relèvent fièrement sur le front, encadrent la face et retombent majestueusement sur la nuque, il a si grand air que nul ne serait tenté de se livrer à son egard à quelque familiarité intempestive. Fatma au contraire a la physionomie débonnaire et se laisse assez volontiers caresser par son gardien. Quant aux deux jeunes lions, ils ont Pair de gros dogues allemands avec leurs formes sveltes, leur tête à peine ornée d’un rudiment de crinière et leur cou enserré dans un collier de cuir ; mais d’ici à quelque temps il ne faudra plus avoir en eux qu’une médiocre confiance, et au bout de deux ou trois ans ils pourront bien devenir des animaux dangereux à manier. On prétend cependant que l’ancien Négus Tliéodoros, lorsqu’il donnait audience à un ambassadeur étranger, avait toujours à ses cotés quelques Lions sur lesquels il s’appuyait négligemment et qui n’étaient maintenus par aucune chaîne. Ces Lions appartiennent à la même race ou plutôt à la même variété que ceux du Choa, variété qui se trouve déjà représentée dans diverses scènes de chasse qui décorent les parois d’anciens tombeaux égyptiens à Saqqarah et à Béni Hassan. 11 me serait facile d’ailleurs de citer ici de nombreux exemples de Lions, asiatiques ou africains, qui ont vécu dans des palais ou même dans des maisons particulières aussi librement que des Chiens, qui se montraient parfaitement obéissants envers leurs maîtres et qui les suivaient même à la promenade ; mais je crois inutile de rééditer des anecdotes qui ont été maintes et maintes fois reproduites et qui sont connues de la plupart de nos lecteurs.
- E. OüSTALET.
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- LE YOL DES INSECTES
- ÉTUDIÉ PAR LA CHRONOPHOTOGRAPHIE
- Le chronophotographe, dont on a vu la description dans ce journal *, se prête à l’analyse de toutes sortes de mouvements : nos lecteurs connaissent déjà ces séries d’images par lesquelles la photographie instantanée retrace toutes les allures de l’homme et des animaux, La marche, la course, le saut, les différentes sortes d’escrimes ont été ainsi, étudiées ; le vol des oiseaux a été analysé aussi par cette méthode, et chaque battement d’aile décomposé en ses phases successives.
- Nous avons essayé d’étudier de la même façon le vol des insectes, mais ce problème présentait des difficultés particulières. En effet, plus l’objet dont la photographie doit saisir l’image se meut avec rapidité, plus le temps de pose doit être court. C’est ainsi que l’aile d’un Pigeon qui vole ne peut être nettement représentée que si l’on réduit la pose à
- Disposition de l'appareil four l’étude du vol d'un insecte.
- 4/4000 ou même à 4/2000 de seconde; mais le Li-geon ne donne pas plus de huit coups d’ailes par seconde, tandis que les insectes en donnent un bien plus grand nombre : la Guêpe, 440; le Bourdon, 240; la Mouche commune, 550. Pour saisir nettement l’image de ces organes en vibration, il faudrait abréger le temps de pose en raison même de la rapidité de leur mouvement, c’est-à-dire que les poses devraient être réduites à 4/20000, 4/50000,4/40000 de seconde, en chiffres ronds.
- La difficulté n’était pas d’obtenir ces courtes durées d’éclairement avec l’obturateur rotatif du chronophotographe ; il suffisait pour cela de réduire à des fentes extrêmement étroites les ouvertures dont la coïncidence produit l’admission de la lumière. Mais avec une si courte impression lumineuse il était bien à craindre que, malgré la sensibilité des plaques, et malgré la puissance des agents révélateurs, aucune image ne se formât.
- Pour avoir des chances de succès, il fallait recourir à un très puissant éclairage et racheter par son extrême intensité l’extrême brièveté de l’impression lumineuse. Or, comme la lumière solaire est la plus intense que l’on connaisse, nous avons disposé l’expérience de telle sorte qu’un insecte au vol se détachât en silhouette sur le disque même du soleil.
- 1 Voy. n° 011,Y du 15 novembre 1890, p. 575.
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- La figure 1 représente les conditions essentielles de l’expérience; nous allons en suivre les détails en commençant par la droite.
- Un faisceau de rayons solaires, réfléchis par le miroir d’un hé-liostat, tombe sur la lentille C qui les concentre à l’intérieur de l’objectif photographique, sur les disques de l’obturateur 0. Quand les fenêtres de ces disques sont en coïncidence, le faisceau lumineux condensé les traverse; puis, s’épanouissant de nouveau, s’étale sur la plaque sensible S. Or, derrière la lentille C, un insecte est tenu par une patte au moyen d’une pince ; l’image de cet insecte se peint sur la plaque sensible, sous forme d’une
- silhouette où les plus fins détails des nervures des ailes sont parfaitement apparents.
- Ce procédé, qui se prête à l’observation du vol captif, présente certains avantages; il permet d’orienter l’insecte de différentes manières, et d’observer ses ailes sous différents aspects. Toutefois, comme il donne naissance à des efforts exagérés de ranimai qui cherche à se dégager, il vaut mieux recourir à une autre méthode qui réalise les conditions du vol naturel.
- A cet effet, on place au devant de l’objectif photographique (fig. 2) une boîte formée de deux tubes rectangulaires qui glissent l’une dans l’autre, suivant
- Cette figure est un fragment d’une longue bande pellioulaire.
- Fig. 3, montrant deux Tipules, dont l’une est immobile et posée contre une vitre, pendant que l'autre vole au-dessous d’elle, en agitant ses pattes de diverses manières et en donnant à son corps des inclinaisons variées.
- que la boîte doit s’allonger ou se raccourcir pour les besoins de la mise au point. Cette boîte est fermée en avant par une glace contre laquelle on place la lentille condensante qui concentrera les rayons de l’héliostat comme dans l’expérience ci-dessus (un arrachement pratiqué dans la paroi de la boîte laisse voir, à son intérieur, l’objectif photographique). En
- ce même endroit de la caisse se trouvait une ouverture par laquelle on introduit l’insecte en expérience. Un instinct naturel porte l’animal du côté de la lumière; il vole donc contre la vitre qui a été préalablement mise au foyer de l’appareil. Quand on constate que le vol de l’insecte s’elfectue bien contre la vitre, on presse la détente qui met en marche
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- la pellicule sensible, et les images se lorment aussitôt. C’est de cette manière qu’a été obtenue la figure 5 montrant deux Tipules, dont l’une est immobile et posée contre la vitre, tandis qu’au-dessous une seconde Tipule vole en agitant ses pattes de di-
- verses manières, et en donnant à son corps des inclinaisons variées.
- Or, si l’on compare l’aspect de ces deux insectes, on voit que celui qui ne vole pas tient ses ailes dans un plan vertical, de sorte qu’on en aperçoit l’extré-
- Fig. 4. — Vol de VAbeille.
- mité arrondie et que toutes les nervures en sont visibles. Sur l’insecte qui vole, il semble au contraire que l’aile soit pointue, ce qui tient à ce que le bord
- postérieur en est soulevé, de sorte qu’il se présente obliquement; la môme raison empêche de voir distinctement les nervures. On aperçoit également que
- Fig. S. — Cerceris battant des ailes sans se détacher du sol.
- les ailes se meuvent dans un plan perpendiculaire à l’axe du corps,de sorte que, dans les mouvements du vol, elles ne se portent ni du côté de la tète, ni du
- Fig. 6. — T^niles au vol présent (Reproductions directes par l’héliogravure
- qu’il en soit autrement, mais nous avons pu nous assurer que ce n’est qu’une apparence. Le corps, en elïet, n’était point vertical; l’insecte s’aidait de scs pattes pour se soulever, tout en battant des ailes ; et sa tête touchait la vitre, tandis que son abdomen en était fort éloigné. Dans cette attitude, les ailes, se portant en arrière, semblaient s’élever; elles parais-
- côté de l’abdomen. Le môme fait s’observe aussi dans le vol de l’Abeille (fig. 4).
- Sur un insecte du genre Cerceris (fig. 5), il semble
- uit différentes attitudes des ailes.
- des clichés photographiques de M. Marey.)
- saient s’abaisser quand elles se portaient en avant.
- Lorsqu’on tient l’insecte au bout d’une pince, on voit, en l’orientant convenablement, que le mouvement des ailes se passe, en grande partie, du côté dorsal, de sorte que les ailes se touchent presque à la fin de leur mouvement en arrière, tandis qu’elles forment entre elles un angle de plus de 100 degrés
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- du côté ventral. Il faudra multiplier beaucoup ces expériences pour arriver à déterminer complètement les caractères du vol dans les différentes espèces ; mais déjà ce que montre la chronophotographie confirme et complète ce que nous avaient appris d'autres méthodes, relativement au mécanisme du vol.
- Dans un ouvrage antérieur, la Machine animale, nous avons montré que l’aile de l’insecte fonctionne dans l’air comme une godille dans l’eau, c’est-à-dire qu’elle agit comme un plan incliné, à chaque phase de son mouvement de va-et-vient. Nous ajoutions alors que cette inclinaison du plan de l’aile est toute passive, qu’elle n’est pas l’effet de l’action de quelque muscle, mais qu’elle est produite par la résistance de l’air elle-même. A l’appui de cette théorie, nous montrions un insecte factice dont les ailes, simplement flexibles en arrière et rigides en avant, s’inclinaient par la résistance de l’air dans leur mouvement de va-et-vient et produisaient la propulsion de la machine.
- La chronophotographie vient prouver que, sur l’insecte véritable, la résistance de l’air produit réellement des effets semblables, sans qu’on puisse attribuer ces changements d’inclinaison à quelque action musculaire. La figure 6 donne, à cet égard, des renseignements instructifs. On y voit rassemblées une série d’attitudes assez curieuses des ailes.
- L’image 1 (en partant de la gauche) montre une autre espèce de Tipule avec ses ailes verticalement étalées, c’est-à-dire dans le plan de l’axe du corps. L’insecte volait à ce moment, mais ses ailes se trouvent représentées à l’instant ot'i elles changent de direction et où, ayant fini la phase de leur oscillation qui va du dos au ventre, elles vont se porter du ventre au dos. A cet instant l’aile n’est sollicitée, ni d’un côté ni de l’autre, par la résistance de l’air, aussi, sa surface est-elle plane. Sur l’image 2, l’insecte a les ailes portées en arrière. L’image 5 correspond au milieu de la phase d’oscillation des ailes; celles-ci, fortement inclinées par la résistance de l’air, semblent se terminer en pointe, apparence qui a déjà été signalée plus haut. Enfin sur l’image 4, l’aile gauche présente une véritable torsion par l’effet de laquelle le voile flexible est surtout relevé du côté de l’extrémité de l’aile, à l’endroit qui a la vitesse la plus grande. En ce point, on aperçoit la face inférieure de l’aile, tandis que, plus en dedans, on n’en voit que la tranche, et plus en dedans encore, la face supérieure. Sur l’aile droite, le même effet, moins visible, s’arrête au degré qui donne au bout de l’aile l’aspect d’une pointe. Cette dissymétrie apparente de l’action des deux ailes tient à l’orientation de l’animal.
- Ajoutons que, dans ces photographies, on voit très bien la position des balanciers, ces petits organes formés d’une boule à l’extrémité d’un fil, qui chez les diptères correspondent à la seconde paire d’ailes avortée. Le rôle de ces organes, dont l’ablation abolit la fonction du vol, a été très controversé ; on voit sur nos figures qu’ils participent aux mouve-
- ments des ailes, et tout porte à croire qu’en étudiant un grand nombre de diptères convenablement orientés, on arrivera à déterminer la vraie nature des mouvements des balanciers.
- Ces quelques exemples montrent tout le parti qu’on peut tirer de la chronophotographie dans l’étude de mouvements qui, par leur rapidité extraordinaire, semblaient devoir toujours nous échapper.
- J. Marey, de l’Institut.
- FABRICATION ÉLECTRIQUE
- DE LA SOUDE CAUSTIQUE ET DU CHLORE
- Le passage d’un courant électrique à travers une sol11 -lion de sel marin décompose celui-ci en soude caustique et en chlore, mais la principale difficulté rencontrée jusqu’ici pour rendre le procédé industriel a été d’empêcher la recombinaison des éléments produits par l’élec-trolyse. Cette difficulté paraît aujourd’hui vaincue dans le procédé J. Greenwood, exploité parle Caustic soda and chlorine Syndicate.
- Les cuves dans lesquelles s’elfectue la décomposition de l’eau salée sont à circulation : les anodes sont formées de plaques de charbon avec noyau en cuivre, dans le but d’en accroître la conductibilité. Ce charbon est traité de façon à supprimer sa porosité et à le rendre inattaquable par le gaz chlore qui se dégage à sa surface pendant l’opération. Les cathodes, sur lesquelles se forment la soude caustique, sont des plaques de fer. Les cloisons poreuses sont formées par des plaques d’ardoises montées dans un châssis et inclinées à 45°. Les vides entre les plaques d’ardoises ainsi montées sont remplis d’amiante.
- L’opération est des plus simples : les réservoirs étant remplis d’une solution de sel marin ordinaire, celui-ci est décomposé en ses éléments, chlore et sodium, mais ce dernier est aussitôt transformé en soude caustique. Après avoir traversé la série des cuves, les liquides sont remontés à l’aide de pompes dans des réservoirs. La solution de sel marin appauvrie par l’électrolyse est enrichie à nouveau. Le gaz chlore produit aux anodes arrive par des tuyaux dans des réservoirs renfermant de l’eau et de la chaux en état d’agitation : il y forme des hypochlorites. On peut d’ailleurs, en supprimant la chaux, se contenter de produire une solution de chlore.
- La lessive de soude formée aux anodes est concentrée au degré exigé par les opérations auxquelles on la destine.
- Le procédé est, d’après la compagnie qui l’exploite, appelé à un grand avenir dans la fabrication du papier, du savon et du blanchiment ; il est aussi applicable à la production de l’amalgame de sodium, du chlore pour l’extraction de l’or et d’autres métaux de leurs minerais, de la potasse caustique, du chlorate de potasse et d’un certain nombre d’autres produits chimiques.
- LES ARTS DESCRIPTIFS
- ET LES SCIENCES EXACTES
- L’artiste copie, exprime ou interprète la nature : ou bien aussi, il fait œuvre de pure fantaisie; le poète peut décrire, le peintre peut représenter des êtres qui n’ont jamais existé que dans leur
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- imagination; ils peuvent inventer des phénomè-nes qu’aucune science n’explique. Le lecteur ou le spectateur est prévenu ; il ne cherche point la réalité, il suit l’artiste dans le développement de son idée, met son imagination à l’unisson, et demeure pour un instant dans le domaine du rêve.
- « L’aventure mystérieuse d’un certain Hans Pfaal », d’Edgar Poë, n’induira personne en erreur, et, quoique, du commencement à la lin, toutes les suppositions ne soient qu’un tissu d’absurdités, tout est si bien présenté, tout s’enchaîne si logiquement que l’on est entraîné par la verve de l’écrivain, et que, pour un instant, on pourra croire a la réalité des descriptions. Aucun homme de science ne songera à critiquer une œuvre de ce genre pour ses prémisses.
- Mais tout autres sont les exigences que l’on peut avoir vis-à-vis des artistes qui ont eu l’intention de représenter un objet réel, un paysage tel qu’il existe. L’on doit tenir compte de l’intention, et désirer que la représentation soit exacte, dans la mesure des moyens dont dispose l’artiste. Rarement un peintre voit, jusque dans ses derniers détails, le sujet de son tableau. Soit que le temps lui manque pour l’achever sur place, soit qu’après coup il s’avise d’une retouche qui en complète l’harmonie, il est souvent conduit à travailler un peu de mémoire ou de sentiment. C’est le fait des artistes les plus consciencieux, les plus fidèles à la nature telle qu’elle est.
- Faisons un pas de plus, nous rencontrons la catégorie des peintres (ou des littérateurs) qui cherchent des documents épars, font, dans l’atelier, des études de personnages, en plein air, des études de paysages, et rassemblent enfin le tout dans un tableau. Or il arrive parfois que, quoique chaque morceau pris à part soit rigoureusement exact, l’ensemble est incompatible ; la lumière est différemment distribuée, les dimensions relatives s’enchaînent mal, les phénomènes sont impossibles. Nous en donnerons plus loin des exemples ; rappelons d’abord quelques erreurs littéraires.
- Un journaliste descriptif, rendant compte du malheureux incendie des Tuileries, imagina, pour compléter le tableau, de faire intervenir la lune dans le paysage. D’Auteuil où il était, il voyait soi-disant l’astre se lever derrière les tours de Notre-Dame. Or, à l’heure et au jour dont il s’agissait, la lune était à un tout autre endroit du j ciel. Méfions-nous de cet astre; il joue bien d’autres tours aux artistes.
- H est rare, parait-il, de trouver des erreurs scientifiques chez les poètes de l’antiquité. Les prophètes eux-mêmes nous ont laissé, dans un langage imagé sans doute, et qui a besoin d’être interprété, des descriptions fidèles des phénomènes naturels. Nous avons essayé démontrer, d’après les travaux de divers astronomes, comment la chronologie peut tirer parti de ces observations C II est fort heureux que la science moderne soit enseignée dans des ouvrages qui ont quelque chance de durer au moins autant
- que les œuvres des poètes; s’il en était autrement, nos descendants ne seraient-ils point induits en erreur sur nos connaissances par ces vers du grand poète qui a créé tant d’admirables harmonies ?
- Le soir ramène le silence ;
- Assis sur ce rocher désert,
- Je suis, dans le vague désert.
- Le char de la Nuit qui s’avance.
- Vénus se lève à l’iiorizon....
- Revenons à la peinture. Nous avons rassemblé les quelques observations qui suivent, après avoir lu le compte rendu d’une fort intéressante Conférence de M. Norman Lockyer'; l’éminent astronome cherchant, dans la peinture, quelques documents dont il avait besoin, a trouvé, au lieu de cela, une quantité considérable d’erreurs qu’il met au jour; nous lui en emprunterons quelques-unes qui sont typiques.
- Nous avons dit plus haut qu’on peut exiger de l’artiste une représentation exacte, dans la mesure de ses moyens. Cette restriction demande un mot d’explication; il est absolument hors des moyens dont un peintre peut disposer, de représenter la luminosité des divers objets en vraie valeur. Si, par le grand soleil, nous passons, de la rue dans une pièce dont les persiennes sont closes, nous pensons nous trouver dans la plus complète obscurité ; cependant, au bout d’un instant, la clarté reparaît. Si, ensuite, nous traversons un couloir complètement fermé et éclairé seulement par un lampion, nous percevons une nouvelle chute de clarté. Or, si l’artiste voulait représenter en valeurs relatives la rue au grand soleil, et les deux aspects d’intérieur, en donnant au premier tableau les plus grandes luminosités , dont il dispose, les deux derniers seraient d’un noir profond, à l’exception de la petite tache formée par la flamme du lampion.
- M. Helmholtz cite des exemples concluants de ce principe. Le rapport entre la clarté du soleil et celle de la lune est d’environ 800000. Le pouvoir réflecteur du noir de fumée est à peu près 100 fois moindre que celui du papier blanc: par conséquent, ce dernier, éclairé par la lune est 8000 fois moins lumineux que le noir de fumée exposé au soleil. Mais la sensibilité de notre œil varie dans une mesure telle que, à la moindre lumière, le papier blanc nous paraîtra blanc, tandis que le noir de fumée nous semblera toujours sombre. Il y a plus ; dans un même tableau, les parties voisines d’une plage lumineuse sont assombries par contraste, et vice versa. C’est de ce principe, plutôt que de celui des luminosités relatives que doit s’inspirer l’artiste, et, de fait, nous ne serions point choqués en voyant, l’un à côté de l’autre, les trois tableaux dont nous parlions tout à l’heure, peints avec des valeurs telles que le premier ne soit pas éblouissant, et que les deux autres soient parfaitement visibles. Nous nous figurerons simplement que, en passant d’un tableau à l’autre, la sensibilité de notre œil se sera modifiée ; bien que
- 1 Voy. n° 80i, du 21 décembre 1889, p. 42.
- Voy. Physical science for artiste [Nature).
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- physiquement moins exacte, la représentation sera beaucoup plus réelle.
- Mais on peut aller plus loin. Le papier blanc éclairé par le soleil est 100 000 lois moins lumineux que le disque de l’astre ; or, si l’artiste prend soin seulement de donner au soleil un éclat trois ou quatre lois plus considérable que celui de toutes les autres parties du tableau, nous nous déclarons satisfaits. Le pouvoir réflecteur de la lune n’est guère qu’un cinquième de celui du blanc pur; par conséquent, le soleil et la lune étant simultanément au ciel, auront un éclat dans le rapport de 500 000 à 1.
- Le spectateur est très indulgent sous ce rapport, car il serait fort gêné, si le soleil l’éblouissait. Il ne faudrait cependant pas pousser trop loin les facilités que la bonne volonté de notre organe visuel accorde aux artistes ; bien que les exemples n’en soient pas rares, il est difficile d’admettre que le soleil soit moins lumineux que diverses parties du tableau.
- Dans son admirable tableau du Désert (Musée du Luxembourg), plein d’une si chaude lumière,
- Guillaumet a résolu toutes les difficultés des luminosités relatives par un trait de génie, tour de force véritable, mais qui perdrait toute sa valeur s’il était trop souvent répété; le soleil est masqué par une caravane, noyée dans un ciel extraordinairement lumineux.
- Passons à la géométrie du tableau.
- La lumière se propage en ligne droite dans un milieu homogène ; dans le cas d’une réflexion, l’angle de réflexion est égal à l’angle d’incidence ; deux lois que chacun connaît, mais que l’on transgresse souvent.
- Examinons d’abord, à ce double point de vue de la géométrie et des valeurs, le célèbre tableau de Rubens, le Christ en croix (Musée du Louvre). Les personnages du premier plan sont éclairés vivement, et de haut, tandis qu’un astre rouge et terne disparaît dans le fond, derrière d’épais nuages.
- Il paraît évident que cet astre n’est autre que le soleil « obscurci » d’après saint Luc (chap. xxm,
- v. 45). Mais d'où vient la mystérieuse lumière du premier plan, que rien, dans les Évangiles eux-mêmes, n’autorise à admettre?
- La physique et la géométrie, appliquées strictement, donneraient donc tort à l’artiste; mais il n’a pas prétendu travailler d’après nature, ni laisser un document exact sur un paysage réel; et le physicien endurci, cherchant dans cette entorse aux lois naturelles l’occasion d’une critique de cette œuvre magistrale et poignante, ferait preuve d’incurable pédanterie.
- En revanche, dans une étude d’après nature, une erreur d’optique constitue un indiscutable défaut.
- Un petit tableau de van der Neer, Village hollandais (Musée du Louvre), nous en donne un exemple parmi beaucoup d’autres. Le spectateur aperçoit la lune (fig. 1) qui va disparaître derrière le toit d’une maison, devant laquelle se trouve une flaque d’eau. On distingue vaguement l’image renversée du batiment, et, juste au bord de cette image, un vif reflet de l’astre un peu moins apparent, il est vrai, qu'il ne l’est dans notre figure. Or rétablissons (fig. 2) l’optique du tableau, par une coupe du paysage, perpendiculaire à la toile. La lune est totalement cachée pour la flaque d’eau, et le point L, où se trouve, pour le spectateur 0, l’image du pignon, ne peut être aperçu que d’un point du ciel fort éloigné de l’astre. On voit ici le danger d’une retouche après coup.
- Une pareille erreur provient, sans doute, de cette règle trop simple donnée pour le tracé des images sur miroir plan: l’image reproduit l’objet symétriquement par rapport au miroir. Ce principe, vrai objectivement, cesse de l’être en perspective, et on commet les plus grosses erreurs en l’appliquant. On ne saurait donner de meilleure règle au peintre qui, faute de temps, ne pourrait achever l’image d’un paysage dans une nappe d’eau, que de faire un rapide croquis en coupe de la rive opposée, et d’appliquer ensuite les lois de la réflexion. Ch.-Ed. Guillaume,
- — A suivre. - Docteur ès sciences.
- Fig. 2. — Diagramme explicatif.
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- LES MMES DE CHRISTOPHE COLOMB
- Au moment où Ton se prépare en Europe et en Amérique à célébrer avec éclat le quatrième centenaire de la découverte du Nouveau Monde, tout ce qui se rapporte à Christophe Colomb et a ses mémorables voyages, prend un grand intérêt d’actualité et a le privilège d’attirer l’attention publique. Nous signalerons aujourd’hui des études récentes laites sur les petits navires, les Caravelles, au moyen desquels l’un des plus grands navigateurs que compte le génie humain a découvert le nouveau continent.
- La Revue maritime autrichienne, de Pola, a récemment publié un article très intéressant, donnant le résultat de toutes les investigations faites récemment, particulièrement en Espagne, pour arriver à connaître quels étaient exactement le type et la valeur maritime des trois navires que l’illustre amiral de Castille conduisit à la recherche du Nouveau Monde, partant du mouillage de lluelvas, le 5 août 4492.
- Nous savons qu’on appelait ces navires caravelles; mais le résultat des dernières recherches a été précisément de nous faire connaître que cette dénomination ne s’appliquait à aucune classe particulière
- Fig. 1. — Les trois navires de Christophe Colomb lors de sa première expédition au Nouveau Monde (août 1492).
- (D’après le tableau de M. Rafael Manléon.)
- de navires. Les Espagnols employaient le mot cara-hela, emprunté à la langue franque et venant du mot grec karati, pour désigner des navires très dissemblables les uns des autres par leur construction et leur voilure. Les investigations ont réuni tous les renseignements que pouvaient fournir les écrits de l’amiral, particulièrement son journal de bord; les esquisses mises sur les cartes qu’il a publiées par Juan de la Cosa, pilote de l’amiral; du tin les anciennes publications faites sur ce sujet. Us en sont arrivés à fournir au peintre de marine Rafael Manleon, les moyens de faire une aquarelle représentant les trois navires de Christophe Colomb, tels qu’on est autorisé, par le caractère sérieux de ces recherches, a se les imaginer (fig. 1).
- Les trois navires de Christophe Colomb s’appe-
- laient : Santa-Maria, Nina et Pinta. Le premier de ces navires avait les dimensions suivantes : longueur de quille, 19 mètres; entre perpendiculaires, 23 mètres; plus grande largeur, 6m,90; creux, 4m,50; capacité de charge, de 420 à 430 tonneaux. L’équipage n’ayant jamais dépassé 90 hommes, le navire pouvait porter un approvisionnement assez considérable en vivres et en eau. Le journal de l’amiral mentionne que son grand canot avait 5 brasses de longueur; mais le même document ne parle que superficiellement de l’armement ; il mentionne, par exemple, que, le 26 décembre, l’amiral fit tirer una lomharda y una espingarda. La dernière de ces armes est bien connue; la première était un canon de petit calibre, originaire de Lombardie.
- La voilure de la Santa-Maria était celle d’un
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- petit trois-mâts, avec cinq voiles seulement : le foc, la misaine, la grand’voile surmontée d’un hunier, et une voile latine pour foc d’artimon. Le grand mât avait une hune, que l’esquisse représente ronde en forme de corbeille, et qui pouvait abriter des tireurs ou des lanceurs de grenades (fig. 2). La forme générale de la coque était celle des navires ronds de l’époque : il y avait un grand château derrière, un plus petit devant. Le franc-bord était très lias au milieu et le pont y était ouvert. Le grand canot ne pouvait cependant pas être embarqué; aussi le tableau de M. Manleon le représente-t-il, comme on peut le voir, à la remorque du navire sous voiles.
- Les qualités nautiques de la Santa-Maria étaient excellentes; le journal de l’amiral en fait foi : ce navire se comportait très bien par mauvais temps, il avait la vitesse d’un tin voilier. 11 en était de même des deux autres navires, et le journal précité constate souvent une vitesse de 15 milles italiens à l’heure, ce qui équivaut'a 11 milles marins : très belle vitesse pour des navires naviguant de conserve. La Revue autrichienne cite d’ailleurs,comme exemple des grandes vitesses qu’atteignaient les navires de cette époque, un parcours de 600 milles italiens, exécuté en 36 heures, par une caravelle que commandait Vincente Lago et qui avait visité successivement les Canaries, Madère, Porto-Santo et la Gambie en 1444. C’était une vitesse moyenne de 12n,5, d’après l’écrivain autrichien.
- Les dimensions des deux autres navires que conduisait Christophe Colomb ne sont pas indiquées : les esquisses et le tableau les représentent beaucoup plus petits, et il n’y a pas à s’en étonner : la Victoria, célèbre pour avoir accompli le tour du monde pour la première fois, n’avait qu’une portée de 85 tonneaux.
- La Nina était semblable à la Santa-Maria; la Pinta avait des voiles latines à ses trois mâts, du moins au commencement du voyage. Mais le jour-
- nal de l’amiral fait connaître que, dès la première relâche, aux Canaries, cette voilure fut remplacée par des voiles carrées, afin que le navire se trouvât dans les mêmes conditions que les deux autres.
- Ces trois navires, naviguant de conserve, portaient au grand mât le pavillon de Castille, et, au mât de misaine, celui de l’amiral. Le premier était divisé en quatre cases, comme un damier, deux rouges et deux blanches. Celles-ci présentaient chacune un lion, les autres, un château. C’étaient les armes de Castille; celles d’Aragon étaient exclues, par ordre de la reine Isabelle, le gouvernement de ce pays ayant refusé de participer aux frais de l’expédition.
- Le pavillon de l’amiral était un guidon blanc avec une croix verte entre deux lettres couronnées F et 1, initiales des noms de Ferdinand et d’Isabelle, qui avaient donné ces armes à Christophe Colomb. La croix était peinte sur les voiles des navires, suivant l’usage adopte par les Espagnols et les Portugais pour distinguer leurs bâtiments de ceux des infidèles.
- Tel est le résumé des renseignements fournis par l’article de la Revue mar itime, dePola. Nous reproduisons ici les esquisses des navires dessinées par le pilote de Christophe Colomb, Juan de la Cosa (lig. 2). Ces esquisses, comme nous l’avons dit précédemment, se trouvent sur les cartes publiées à cette époque1. Elles nous fournissent des renseignements d’un intérêt de premier ordre, sur •l’histoire de la découverte du Nouveau Monde.
- Il existe encore, au Musée de Madrid, un autre tableau du premier voyage de Christophe Colomb.
- 11 est du au peintre Brugada et représente la flotte de l’amiral arrivant en vue de San Salvador le
- 12 octobre 1492. L’aspect des navires est analogue à celui de nos figures.
- 1 II nous a été donné d’en prendre copie à la Bibliothèque du Ministère de la marine, d’après les documents mentionnés dans la Revue maritime et coloniale.
- Fig. 2. — Fac-similé îles dessins de navires du quinzième siècle publiés sur les caries de Juan de. la Casa, pilote de Christophe Colomb.
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- CHRONIQUE
- Le Mastodonte du Chericliira. — M, Albert Gau-dry (de l’Institut), a récemment communiqué à la Société géologique de France, un Mémoire intéressant à propos de la découverte de quadrupèdes fossiles dans la régence de Tunisie. Au cours de travaux exécutés par les ingénieurs français à Cheriehira pour ramener ses eaux à Kairouan, le colonel Jiuot découvrit une belle mâchoire de mastodonte qu’il envoya au Muséum. Quelques explorateurs ont fait encore de nouvelles découvertes du même genre et M. Gaudrv a cherché à déterminer l’espèce animale à laquelle ces débris ont appartenu. Le savant paléontologiste arrive à cette conclusion qu’ils sont les restes du Maslo-don anguslidens du miocène moyen de Sanson et de Si-morre. Une particularité tout à fait étrange de cet animal est l’allongement de son menton ; il est tel qu’on a de la peine à concevoir comment ce monstre pouvait prendre sa nourriture. Il devait avoir une langue colossalement longue comme celle des fourmiliers. Cette détermination spécifique ne laissait pas que de présenter certaines difficultés, les couches miocènes et pliocènes se touchant dans ces régions et les différences dentaires entre les divers mastodontes étant peu accentuées. Le Mémoire de M. Gau-dry est accompagné de planches qui représentent la mandibule direôtc d’un mastodonte du Cheriehira, et les arrière-molaires inférieures de plusieurs espèces de mammifères.
- Le personnel des mines de charbon aux É(a(s-Lnis. — Voici quelques chiffres extraits d’un recensement sur les mines de charbon aux Etats-Unis. Le nombre total des employés est de 296 625, dont 229 480 dans la mine. Les 67 157 employés occupés à l’extérieur comprennent : 2285 surveillants touchant des salaires de 10 francs par jour dans la Virginie et de 20 francs à Montana; 8005mécaniciens, avec des salaires de 8fr,75 à 17r,',50; 17 856 journaliers, dont le salaire moyen varie entre 4fr,75à 12fr,50, et 17 850 enfants au-dessous de seize ans, dont le salaire descend a moins de 2fl,50 dans quelques États du Sud. Parmi les 229 486 travailleurs du fond, on trouve 2859 surveillants ou chefs gagnant de 8fr,10 à 21fr,65; 158 000 mineurs gagnant environ 10fr,25 par jour sur les territoires indiens, dans l’Ctah et dans le Washington, mais dont le salaire descend jusqu’à 7fr,50 dans la Virginie, la Géorgie et la Nouvelle-Caroline ; 58 771 journaliers, gagnant de 5 francs à 12fr,80, et enfin, 9797 enfants de moins de seize ans gagnant de 5fl',50 à 7fr,50 par jour.
- Les clichés photographiques en mica. — Il existe quelques localités en Suisse où l’on rencontre du mica en plaques très grandes, ainsi que cela a lieu depuis longtemps en Russie (d’où vient le nom de Moscovite donné à ce mica). MM. Oswald Moh et C‘% de Gorlilz, ont envoyé dernièrement en Angleterre quelques échantillons de plaques de ce mica, recouvertes d’une couche de gélatine bromurée. On peut avoir ainsi des plaques photographiques en mica, de grandeurs variées, jusqu’à un pied carré, et cela, dit-on, à des prix fort modérés. Étant très minces, ces plaques sont à peu près incolores; et elles sont si légères qu’il en faut de 20 à 40 pour peser autant qu’une plaque de verre de mêmes dimensions et de l’épaisseur qu’on emploie le plus souvent en photographie. Les plaques au mica, préparées à la gélatine bromurée, sont de douze à vingt fois plus légères que les plaques correspondantes en verre, et beaucoup plus résistantes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 janvier 1892. — Présidence de M. Duchàrtre
- Les vers de terre et la tuberculose. — Tout le monde se rappelle le magistral travail par lequel M. Pasteur a révélé le rôle des vers de terre dans la propagation de la pustule maligne. MM. Lortet et Despeigne, dans un Mémoire présenté par M. Chauveau, se demandent aujourd’hui si les lombrics ne peuvent pas jouer un rôle analogue vis-à-vis de la tuberculose. Us ont rempli de terre végétale de grands pots à fleurs, et, les conditions d’humidité étant convenables, ils y ont placé un certain nombre de vers, puis ils ont arrosé le tout avec des cultures du bacille de Koch. Après quelques mois de séjour dans les pots ainsi préparés, les animaux ont été incisés, le tube digestif en a été extrait, et le reste de leur corps, après avoir été soigneusement lavé à l’eau, puis à l’alcool, et stérilisé a été réduit en pulpe par écrasement. Cette pulpe, inoculée à des cobayes, a donné à ces rongeurs, et sans aucune exception, une tuberculose généralisée et mortelle. D’ailleurs, l’examen microscopique des tissus des vers de terre y a montré partout des collections de bacilles qui, d’ailleurs, paraissent s’y comporter en simples commensaux et ne déterminent aucun trouble autour d’eux. Les auteurs ont naturellement recherché le microbe de la tuberculose dans les excréments terreux des lombrics et ils l’y ont trouvé; mais, quand ils ont essayé avec ces substances de provoquer la tuberculose chez des animaux, ils n’ont aucunement réussi. Leur insuccès est d’ailleurs facile à comprendre : le bacille de Koch est mélangé d’une grande quantité de vibrions septiques et ceux-ci déterminent une septicémie à laquelle succombent les animaux en expérience avant que le microbe de la tuberculose ait eu le temps de se développer.
- Une maladie des chevaux.— La nomme est une maladie qui, fréquemment, s’attaque en Orient et en Algérie aux solipèdes en général et spécialement aux chevaux; on a pu jusqu’ici en préserver les haras français. On connaît bien sa symptomatologie et son mode de contagion, mais, jusqu’ici, sa pathogénie était restée mystérieuse. M. Locart comble la lacune en montrant que la moelle des animaux atteints, contient une matière spéciale dont l’inc-culation transmet à coup sûr la maladie. On a pu ainsi la donner à des chiens ; c’est une condition favorable à son étude ultérieure qui conduira certainement les observateurs à des conclusions précises.
- Vins plâtrés. — Certains industriels ont cru très légitime de déplâtrer les vins en y ajoutant du tartrate de strontiane. Or il résulte d’une lecture de M. Duclàux que cette pratique présente des dangers et doit être tout à fait prohibée. 11 reste toujours de la strontiane dans les vins traités, et cette terre détermine progressivement des troubles de la santé, par exemple, une dégénérescence rénale qui a été directement constatée sur des animaux mis en expérience.
- Varia. — M. Minet adresse sur la métallurgie de l’aluminium un petit volume sur lequel nous reviendrons. — Un halo elliptique circonscrit est décrit au nom de M. Ha-my, parM. Cornu qui fait remarquer que cette fois encore le météore a précédé de deux jours de très fortes bourrasques. — M. Broca a imaginé de représenter graphiquement les conditions auxquelles doivent satisfaire les systèmes de lentilles entrant dans la constitution des microscopes.
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- — La constitution de l’acide diacétique tartrique a fourni des faits remarquables à M. Colson. — Un recensement des végétations microscopiques qui prennent naissance dans les eaux médicinales qui s’altèrent, est présenté par M. Moissan au nom de M. Véron. — M. André est parvenu à une détermination expérimentale de l’équation personnelle dite équation décimale. — Un nouveau procédé de dosage de l’acide molybdiquc est décrit par M. Troost. — M. Georges Puuchet étudie la faune pélagique d’un fjord d’Islande. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE1 LA MONTRE DANS UN PETIT PAIN
- Emprunter une montre, la faire enfermer dans un colfrct dont un spectateur conservera la clef, et faire retrouver finalement cette montre dans un petit pain qu’on vous désignera, voilà, n’est-il pas vrai, un tour d’escamotage qui paraît assez surprenant?
- Il faut avoir, pour l’exccuter, un petit coffret c (fig. 1) qui, à première vue, ne présente rien de particulier, et qu’on peut laisser sans crainte, pendant quelques instants, entre les mains de la personne qui y déposera elle-même sa montre, fermera la serrure à double tour, et en conservera la clef tandis que le coffret sera rendu au prestidigitateur.
- Celui-ci, tout en s’en retournant auprès de sa table, appuie fortement son pouce sous le coffret, au point A (flg. 1). Aussitôt, l’un des petits côtés de la boîte, chassé par les deux ressorts que l’on voit de chaque côté du crochet, s’ouvre, et laisse tomber la montre dans la main du prestidigitateur qui aussitôt referme cette porte secrète, place le coffret en évidence sur sa table, et va chercher dans un coin de la scène une assiette contenant deux petits pains, dans l’un desquels, tout en saisissant l’assiette de la main restée libre, il introduit la montre par une ouverture pratiquée dans la croûte sous le petit pain (fig. 3). Cette ouverture, pour être peu visible, doit être semi-circulaire et se faire en tenant le couteau presque horizontalement.
- I
- 1 Suite. —Voy. n° 965, du 28 novembre 1891, p. 415.
- Ici on pose aux spectateurs une question tout à fait équivoque.
- « Pour vous prouver, dit le physicien, que ces pains n’ont subi aucune préparation, je prendrai celui que l’on choisira et qu’une personne de la société va toucher du doigt. »
- Résigne-t-on le pain qui ne contient pas la montre?
- u Voyez, dit le physicien, tout en rompant ce pain en cent morceaux, ces objets ne contiennent absolument rien de suspect ; vous avez choisi librement vous-même celui qui devait me servir à vous donner cette nouvelle preuve de ma sincérité. »
- À-t-on désigné, au contraire, le pain qui contenait la montre?
- « C’est donc celui-ci que je dois prendre pour l’exécution de mon expérience ? Eh bien, je vais sacrifier l’autre pour vous prouver..., etc.
- Une autre question du même genre est posée souvent par les prestidigitateurs quand l’un des objets qu’ils présentent a dû subir préalablement quelque préparation ; ils demandent si l’on désire qu’ils emploient l’objet de droite ou bien celui de gauche, et, suivant les circonstances, ils entendent la chose de leur droite, ou de celle des. spectateurs qui leur font face; ainsi, de toutes manières, ils conservent leur pleine et entière liberté, tout en paraissant suivre la volonté des autres. Les procédés de ce genre sont souvent usités en prestidigitation sans que la plupart des spectateurs ne s’aperçoivent en aucune façon de l’expédient.
- Mais revenons à notre récréation. Que l’on ait eu recours ou non aux passes magiques pour donner au prestige plus de solennité, le petit pain restant est finalement ouvert par le dessus, comme le montre notre gravure (fig. 2); on en voit sortir la montre et l’on constate que le coffret est vide.
- Maintenant, voulez-vous un conseil pour ne pas égarer la clef minuscule de ce petit meuble? Fermez la boîte à double tour et faites jouer le ressort pour introduire et loger la clef à l’intérieur. Vous la retrouverez ainsi au moment voulu.
- — A suivre. — MaGUS.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieu.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- Fig. 1, 2 et 3. — Exercice de prestidigitation. La montre dans un petit pain.
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- LE RÉSEAU DES CHEMINS DE FER DE L’ÉTAT À SUMATRA. !
- La Revue générale des chemins de fer a publié récemment une curieuse étude de M. Post, célèbre ingénieur hollandais, sur le nouveau réseau des
- chemins de 1er de l’Etat, dans Pile de Sumatra.
- Ce réseau, non encore entièrement achevé, et dont la longueur atteindra 177 kilomètres, ellèclue des
- transports importants de marchandises, car il sert à l’exportation des produits indigènes connue le café et le riz, au transport des houilles extraites des gisements voisins du lac Singkarah ; il permettra plus tard l’importation des pétroles à l’intérieur de l’ile. Ce qui en fait l’intérêt particulier au point de vue de l’ingénieur des chemins de fer, c’est qu’il comporte des sections à forte rampe munies de crémaillères qui sont desservies par les trains ordinaires dans les mômes conditions que les sections de ligne à simple adhérence. C’est la première fois, croyons-nous, que les lignes à crémaillère sont intercalées dans un réseau aussi important, et nous avons cru intéressant de donner quelques détails à ce sujet, d’après la note de M. Post; nous y ajoutent0 »nnée. — ier lemestre.
- rons certains renseignements que M. Riggenhach a bien voulu nous communiquer d’autre part.
- La carte que nous reproduisons (fi g. 5) donne la vue d’ensemble du réseau : les gisements houillers qu’il s’agit de desservir sont situés à l’est du lac Singkarah,dans la vallée étroite de Lounto ; leur importance est très considérable, car elle atteint 570 millions de mètres cubes d’après l’évaluation de M. de Grève. Nos lecteurs peuvent suivre le tracé de la voie ferrée sur la carte : partant à Lounto de l’altitude d’environ 250 mètres, le chemin de fer remonte la vallée au moyen de rampes de 17 millimètres par mètre au maximum, et de courbes de 150 mètres de rayon au minimum, jusqu’à un tunnel de 826 mètres de longueur. 11 pénètre ensuite
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- Fig. 2. — Traverses employées pour le chemin de fer à crémaillère de Sumatra.
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- dans la vallée de la Lassi qu'il remonte avec des pentes de 20 millimètres, jusqu’au laite secondaire de Solok, à l’altitude de 416. La ligne suit ensuite le bord du lac avec des pentes moyennes de 8 millimètres, en évitant autant que possible les cônes de déjection provenant de l’érosion des roches qu’on rencontre en grand nombre dans la plaine. À partir de Batou-Tabal jusqu’à Padang-Pandjang, le terrain présentait une pente très accentuée qui aurait obligé à donner un développement excessif à une ligne à simple adhérence, et on s’est donc décidé, après une étude minutieuse, à admettre une rampe de 50 millimètres en la munissant d’une crémaillère.
- Il faut observer, du reste, que cette solution qui a permis de diminuer, dans une mesure considérable, les frais du premier établissement, n’introduisait, pour ainsi dire, aucune difficulté pour l’exploitation,
- Ch’?de fkr (adhérence), wttm n » n (crémau/lère). ----Chaussée. V. Vo/c&n.
- Le 7U)inbre qui précéda le nom, indique leu distance &u kilomètres depuis RmùdÙnmct* Le. nombre qui suit' le nom, ù\diquela.-7iocuÙDur&wmBtres‘ ou dessus dunioccuv moyen, delcvmer.
- i Co/ Soubasig+n23
- ZI '>— sMfe
- Jang+2228
- échelle
- Fig. 3. — Carte du chemin de fer de Sumatra.
- car les locomotives mixtes employées peuvent remorquer, sur cette rampe de 50 millimètres en crémaillère, la meme charge que sur la rampe de 15 millimètres admise pour la voie lisse. On conçoit d’ailleurs immédiatement que la vitesse de marche des organes est diminuée dans le rapport inverse des efforts ainsi développés.
- A Padang-Pandjang, qui est à l’altitude de 773, se détache un embranchement allant à Fort de Kock. Ce centre militaire est le principal lieu de garnison des troupes hollandaises d’occupation. Le tracé s’élève à l’altitude de 1154 mètres au-dessus du niveau de la mer pour franchir à Kota-barou le col qui sépare le volcan redouté de Merapi, Moro-Api ou Feu Destructeur, de celui de Singalang. De là, il descend au fort situé à l’altitude de 020 mètres. Cette section présente des pentes atteignant 80 millimètres par mètre, et elle est presque tout entière en crémaillère.
- Jusqu’à Padang-Pandjang, la voie se maintient
- sur le haut plateau populeux et salubre de Menang-Kabreo, qui est en quelque sorte le sanatorium des officiers et fonctionnaires convalescents. M. Post observe que ces pays fort riches ont une population aussi dense que celle des pays les plus peuplés de l’Europe. Padang-Pandjang, qui est la résidence des fonctionnaires et le chef-lieu de la province des « Quatre Kota », occupe le rebord de ce plateau.
- En quittant cette ville, la voie ferrée descend le liane du plateau par une pente abrupte allant jusqu’à Ivaiou-tanam, et elle se dirige ensuite vers le port de Padang sur l’Océan qui forme l’un des marchés les plus actifs de Sumatra. La section de Padang-Pandjang à ivaiou-tanam reste presque tout entière en crémaillère avec des pentes de 70 millimètres par mètre. En voie lisse, la pente atteint 25 mil-
- limètres.
- Au delà de Kaiou-tanam, la ligne se poursuit, au contraire, en voie lisse : la rampe est limitée à 6 millimètres par mètre en allant vers Padang, mais elle atteint 8 et 12 millimètres en sens inverse. En arrivant à Padang, la ligne se bifurque : un embranchement se dirige vers Poulou-Ayer, et un autre vers Port-Emma, qui est le terminus; mais ces deux points doivent être considérés plutôt comme des dépendances de Padang qui, en dehors du quartier central, présente l’aspect d’un grand parc avec ses maisons isolées, entourées de jardins, et disséminées sur une superficie considérable.
- L’établissement de l’infrastructure de cette ligne importante de 177 kilomètres exigea des terrassements importants sur lesquels nous n’insisterons pas; nous signalerons seulement la curieuse application qu’on y a faite vie la propriété que possède l’eau courante d’entraîner la terre et de la déposer à l’endroit où la vitesse du courant diminue.
- «On amène l’eau, dit M. Post, par de petits canaux dont la longueur atteint parfois plusieurs kilomètres. Les ouvriers piochent la terre, et l’eau la charrie à de grandes distances grâce aux fortes pentes. A l’endroit où l’on désire établir le remblai, on applique des barrages en bambou qui laissent l’eau et la vase s’écouler, tandis que les terres solides, le gravier et le sable se déposent. Ces remblais, pour ainsi dire lavés, sont fort solides, et l’on peut même, pendant l’exécution des travaux, les parcourir à pied et à cheval. La perte de matière atteint 25 à 50 pour 100. »
- La ligne comporte, d’autre part, un grand nombre de travaux d’art, surtout des conduites d’eau, aqueducs en tôle, ou siphons en fonte, dont l’installation a été nécessitée pour ne pas troubler le régime d’irrigation des rizières traversées.
- Parmi les ponts métalliques, nous représentons, dans la figure 1, le viaduc qui franchit la rivière Anéi à son confluent, avec la Pouti entre Padang-Pandjang et Kaiou-tanam. Ce viaduc, situé dans un paysage des plus pittoresques, présente un fort bel aspect, comme on peut en juger sur la gravure; il est en rampe de 68 millimètres et supporte une
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- crémaillère. Pour soulager le pont, la crémaillère est amarrée sur les piliers extrêmes qui reçoivent ainsi l’effort latéral transmis par la réaction de la roue dentée de la locomotive, le pont ne supporte, au contraire, que le poids vertical. Pour résister à cet effort longitudinal, les montanls sont disposés perpendiculairement à la voie, et présentent, par suite, une inclinaison sur la verticale.
- En ce qui concerne la superstructure, nous signalerons particulièrement les traverses métalliques dont l’usage s’impose dans les pays chauds, car le bois s’y décompose trop rapidement.
- Les traverses sont à profil variable calculé d’après l’effort théorique supporté en chaque point. Ce type bien connu et justement apprécié est dù à M. Post; il a reçu de nombreuses applications en Europe, et il est essayé aussi en France sur certaines sections des chemins de fer de l’État. Avec des tracés convenables de cylindres, ce type s’obtient directement au laminage.
- La figure 2 donne la vue des deux types de traverses employées : celles de la voie courante comportent un étranglement au milieu (n° 1); celles des sections à crémaillère sont, au contraire, entièrement droites, et portent au milieu deux trous servant à lixer la crémaillère (n° 2). Les traverses pèsent 59 kilogrammes l’une, et la voie ordinaire pèse 105 kilogrammes le mètre courant.
- La crémaillère Riggenbach est constituée, comme on sait, par une sorte d’échelle métallique dont nous avons eu déjà souvent, du reste, l’occasion de donner des spécimens. Les échelons sont rivés sur deux montants verticaux en U fixés sur les traverses.
- A l’entrée des sections en crémaillère, celle-ci présente une partie mobile en biseau reposant sur un ressort qui doit céder graduellement sous l’action de la roue dentée motrice de la locomotive, pour faciliter l’engrenage.
- La traction est opérée au moyen de deux types de locomotives. L’un comporte des machines tenders à simple adhérence à deux essieux couplés qui ne peuvent aller que sur les sections en plaine, leur poids total en service atteint 26 tonnes environ.
- Le second type comporte des machines mixtes d’un poids total de 26 tonnes susceptibles d’aller à la lois en plaine et sur les sections en crémaillère. Ces machines ont trois essieux accouplés, avec un essieu porteur à l’avant, susceptible d’un certain déplacement à cause des courbes. Deux de ces essieux sont seuls munis de roues à simple adhérence, et le troisième porte la roue dentée, ce qui a permis de confondre en quelque sorte les deux mécanismes moteurs. Dans les dispositions de machines mixtes les plus récentes que nous avons déjà décrites, on rencontre, au contraire, de préférence deux mécanismes et même deux paires de cylindres moteurs complètement indépendants; mais à Sumatra, où l’on dispose de mécaniciens peu expérimentés, on a préféré avec raison les dispositions les plus simples.
- La machine est munie de trois types de freins
- habituels, frein à lames, frein à échappement d’air dans les cylindres moteurs, et une roue dentée auxiliaire qui est susceptible de caler le mécanisme. La locomotive est toujours attelée au-dessous du train, elle le pousse à la montée et le retient à la descente. Les wagons sont du type américain sur boggies avec attelage à tampon central, ils comportent deux classes de voyageurs. Les wagons à marchandises peuvent recevoir chacun 20 tonnes de charbon.
- Les travaux de construction de la ligne sont effectués en grande partie par des travailleurs chinois, et aussi par les forçats déportés, et M. Post signale à cette occasion que, grâce à la vigilance, au tact et au courage des ingénieurs et surveillants, on arrive à obtenir de ces condamnés un travail régulier et satisfaisant.
- La section de Poulou-Àyer à Padang-Pandjang est déjà livrée à l’exploitation depuis le 1er juillet dernier, et la ligne doit atteindre actuellement la station de Fort de Kock.
- Les résultats de l’exploitation soift très satisfaisants pour un délai aussi court; les indigènes eux-mêmes n’ont pas montré, dit M. Post, l’hésitation qu’on redoutait à recourir au transport par les wagons à feu : carrela api.
- Un horaire décoratif polychrome portant des inscriptions en hollandais, malais, javanais et chinois donne l’indication des heures d’arrivée et de départ des trains, la hauteur et la température des principales stations de convalescence, et montre en jolis paysages, le pays traversé, avec ses produits, ainsi que les travaux d’art de la ligne. L. B.
- DU BOUCHAGE DES YINS MOUSSEUX
- Dans la fabrication des vins de Champagne, et après leur expédition, il arrive souvent — trop souvent même — que les bouchons laissent échapper le vin que les bouteilles renferment, objet de tant de sollicitude, et pour lequel tant de sacrifices ont été faits.
- Quand il s'agit de vins d’expédition, parvenus chez leurs destinataires, ayant subi et supporté de lourds frais de transport et de douane, le désastre est des plus sérieux.
- Assurément, la mauvaise qualité des bouchons est un des facteurs importants de ces ennuis ; mais le mauvais bouchage, c’est-à-dire le système défectueux de maintien des bouchons sur la bouteille est un autre facteur, non moins sérieux, des déchets que cette fabrication des champagnes doit subir.*
- Pour les bouteilles d’expédition, on a longtemps employé à la fois la ficelle en chanvre et le fil de fer ; mais on avait vite reconnu que ce moyen de bouchage était défectueux, parce que si le fil de fer ne pourrit pas comme la ficelle, il entre comme elle dans le liège si compressible et si élastique. Le bouchon, qui a une tendance à s’échapper de la bou-
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- teille par suite de la pression intérieure de cinq à huit atmosphères qui s’y trouve, n’est plus suffisamment maintenu.
- Ce fut une véritable révolution que l’invention de la ligature dite Muselet, qui, maintenant sur le bouchon, par trois ou quatre fils de fer, une calotte en tôle étamée, au moment où la machine à boucher le comprime au maximum, oblige le bouchon à conserver, invariablement et pour toujours, cet état de compression dans lequel toutes ses cellules sont serrées aussi bien les unes contre les autres dans le sens vertical, (pie contre l’intérieur du goulot.
- Aujourd’hui, toutes les maisons de la Champagne et du Saumurois, ainsi que tous les fabricants de liquides mousseux, emploient le bouchage définitif au moyen des muselet s. La ligure 1 représente ce système : A, calotte en fer-blanc ; B, bouchon comprimé; c,c,c, lils de fer galvanisés ou étamés, assemblés et maintenus ensemble au-dessous de la collerette de la bouteille C. La figure 2 représente l’ancien mode de bouchage au moyen de ficelles de chanvre h, h, placées sur un diamètre, et de lils de fer croisés g, g, placés sur l’autre diamètre.
- Les ailes m, n, relevées, montrent l'insuffisance de ce bouchage.
- Par le nouveau système aux mu-selets, non seulement on n'a plus de bouteilles d’expédition recouleuses, mais les fabricants de champagne peuvent préparer à 1 avance les bouteilles d’expédition, les conserver en magasin sans aucune crainte de déperdition de gaz on de liquide. Des économies considérables ont été ainsi réalisées.
- Une révolution du même genre vient de s’opérer dans le travail en cave des vins mousseux.
- On sait qu’entre le tirage des vins, c’est-à-dire leur mise e 1 bouteilles, et le dégorgeage (opération qui consiste à faire sortir rapidement de chaque bouteille inclinée à 45 degrés sur des pupitres uu dépôt qui se forme sur le fond du bouchon), s’écoule un temps plus ou moins long. Pendant quelques mois le gaz d’abord, le liquide mousseux ensuite, tendent à sortir de la bouteille et par leur propre poids et par la pression intérieure, variant de cinq à huit atmosphères, qui s’exerce sur le vin.
- Sous cette énorme pression, beaucoup de bouteilles, dites alors recouleuses, laissent sortir du
- liquide saturé de gaz acide carbonique; et dans le cas même où le liquide ne s’écoule pas complètement, le gaz qu’il renferme en dissolution, entraîné avec lui, diminue d’autant la pression intérieure. Le dégorgeage se fait alors dans de mauvaises conditions; d’autre part, le vin mousseux a perdu quelques-unes de ses qualités. Le nombre de ces bouteilles recouleuses, dans le travail des caves, varie de 15 à 40 pour 100; la fabrication des vins de Champagne étant de 50 millions de bouteilles par an, on comprend combien la perte occasionnée par ces déchets pèse sur le prix de revient.
- Ces pertes considérables ont lieu parce que, jusqu’à ce jour, on ne maintenait le bouchon sur la bouteille qu’au moyen d’une agrafe en fil d’acier, ayant au plus 5 millimètres d’épaisseur, comme l’indique la figure 5. Cette agrafe, ou bien pénétrait dans le bouchon qu’elle rongeait, ou bien son peu
- de largeur n’opposait qu’une résistance relativement très faible à la poussée qu’éprouve le bouchon.
- Il en résultait que maintenu à peine par son milieu, le bouchon pouvait, par une action lente, sortir de la bouteille et que les parties latérales du bouchon ne servant à rien, se recourbaient en deux ailes R, S. Le bouchon ne se trouvant plus comprimé sur le goulot de la bouteille laissait une issue au liquide gazeux ; le bouchon, n’étant plus comprimé dans le sens vertical, perdait ainsi une partie de ses avantages.
- On a fait de nombreux essais pour éviter ces pertes considérables; aucun d’eux n’avait réussi; mais dans ces derniers temps une maison de Sauniur, Ch. Perraut et Ci3, a habilement résolu le problème.
- Elle a imaginé de recouvrir le bouchon B (fig. 4 et 5) avec une agrafe métallique en acier de ressorts 11, de façon que cette agrafe, mise rapidement, se maintient toute seule sur le bouchon, sans avoir recours à aucun autre lien.
- Le problème présentait certaines difficultés; car il ne fallait pas rompre avec les habitudes des ouvriers qui devenus très habiles dans le placement des anciennes agrafes, arrivent à boucher 5000 bouteilles par jour.
- Actuellement, grâce à l’excellence de l’acier em-| ployé, et à une modification très simple apportée à
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- l’ancienne machine à agrafer, la nouvelle agrafe se place aussi facilement que l'ancienne. L’année dernière, 2 millions d’agrafes ont été utilisés par divers champaniseurs : ils ont reconnu qu'ils n avaient plus de bouteilles recouleuses.
- Cela tient à ce que le bouchon est sérieusement maintenu sur la bouteille par la calotte bombée B de la nouvelle agrafe, et que ce bouchon est comprimé sur le goulot de la bouteille et empêche toute déperdition de gaz par cette issue.
- En un mot, de même que le bouchon de o2 millimètres de diamètre a toutes ses cellules comprimées dans le sens transversal, quand, au moyen d’une machine énergique à boucher, on l’oblige à
- entrer dans un goulot de bouteille de 10 millimètres; de même par l’action de la calotte sphérique mise et maintenue sous une pression considérable, le bouchon a toutes ses cellules comprimées dans le sens vertical de l’axe.
- Il en résulte que dans un sens et dans l’autre, le bouchon offre un obstacle bien mesuré à la déperdition du liquide et du gaz.
- Avec l'ancienne agrafe il n’en pouvait être ainsi : de là le succès considérable de la nouvelle agrafe, entrée de suite dans la consommation parce qu’elle a amené et amènera des économies se chiffrant par des millions de francs. G. de Capol.
- Le volcan Fouzi-Yama au Japon. (Dessin de M. Albert Tissandier, d’après nature.)
- LE TREMBLEMENT DE TERRE DD JAPON
- DU 28 OCTOBRE 1891 1
- Nous avons publié précédemment les détails qui nous avaient été envoyés du Japon, sur la terrible catastrophe du 28 octobre 1891. M. le P. Chevalier, le savant directeur de l’observatoire de Zi-ka-Wci, en Chine, nous adresse, au sujet du tremblement de terre du Japon, une lettre très intéressante que nous nous empressons de publier :
- Quand celte lettre vous parviendra, vous aurez dépi sans doute reçu, par la voie des journaux, de nombreux details sur le tremblement de terre du Japon au 28 octobre dernier. Je crois pourtant les quelques renseignements
- 1 \oy. n° 969, du 26 décembre 1891, p. 49.
- précis que je puis vous transmettre, de nature à intéresser vos lecteurs. Voici ce que m’écrivait à la date du 21 novembre, M. Wada, météorologiste titulaire à l’Observatoire de Tokio : « La courbe épicentrique du sisme embrasse plusieurs départements tels que Aiti (chef-lieu Nagoya), Gifu (chef-lieu Gifu), Mivé (chef-lieu Tsou), Fukui (chef-lieu Fukui) et occupe une superficie de 11 500 kilomètres carrés, distribuée en forme d’ellipse dont le grand axe est dirigé du nord au sud. Les autres courbes homosistes sont presque homocentriques et ont l’étendue suivante :
- Région épicentrique.........U 500 kilomètres carrés
- Région de très forte intensité. 46500 kilomètres carrés Région de forte intensité. . . 51200 kilomètres carrés Région de faible intensité. . . 39 700 kilomètres carrés
- Vingt-six stations météorologiques ont observé le phénomène avec beaucoup de détails ; parmi elles il y en a
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- plusieurs qui sont pourvues du sismographe Milne. Voici quelques-unes des données principales :
- STATIONS T6MPS ?0I,MAL DE LA CREMIERE SECOUSSE DORÉE MOUVEMENT ET DIRECTION
- Gilu. . . . 6h,37m,1l8 du matin. 5”,008 IN-S et ondulatoire.
- Osaka. . . 6l',58“1,lc.8 — t)'”,268 ESE-WNW horizontal.
- Nagano . . 6",38",20 — 2",308 SW-NE —
- Kioto. . . 6\38'", 118 4“',2< « SW-NE —
- iNogoya. . 6\38'",50s — y SSE-NNW ondulatoire.
- Tokio. . . 6h,39™,118 — 7"' (M)8 E-W —
- Hiroshima. 6\i0Mo8 — 2,n ,()38 N-S horizontal.
- Kagoshiina. 68,i7,",358 — 1"',008 SE-NW —
- L’origine même de ce tremblement de tei’re est encore inconnue, mais on est d’accord à l’admettre comme effet d’une dislocation produite dans le système orogénique. Cette catastrophe a coûté la vie à 7000 personnes, le nombre des blessés monte à 10 000 et les bâtiments endommagés à 150 000. «
- M. Wada ajoute que le magnétographe n’a donné aucun indice du tremblement de terre, sauf une interruption produite par l’effet mécanique.
- Ce dernier point mérite d’autant plus d’être remarqué que le magnétographe de Zi-ka-Wei ne porte également aucun indice magnétique du tremblement de terre, mais seulement l’indice manifeste d’une secousse mécanique imprimée aux boussoles. A 5\52m,59 temps de Zi-ka-Wei, les trois boussoles ont été ébranlées»de manière à laisser sur leur courbe une trace parfaitement nette de l’ébranlement. Des traces, laissées sur les courbes, on peut même conclure que les secousses, ou mieux les vibrations du sol, ont duré environ 5m,5. En effet l’enregistrement n’a pas totalement été interrompu, mais les aimants, qui jusque-là étaient au repos et donnaient une courbe très nette, ont commencé à osciller autour de leur position d’équilibre. Les oscillations, très faibles d’abord, ont été en augmentant durant environ 5m,5 et se sont ensuite amorties peu à peu durant le meme laps de temps, ce qui donne à la courbe en cet endroit l’aspect d’un fer de lance. Or une seule secousse n’eût pu produire cet effet; car alors, l’aimant brusquement dévié de sa position d’équilibre, eût atteint du premier coup son amplitude maximum d’oscillation. Seule une série de vibrations très faibles et dont les effets vont se superposant durant environ 5 minutes, suffit à l’expliquer. Que cet ébranlement des boussoles ne puisse être attribué qu’à un ébranlement du sol, ou les circonstances de temps et de lieu, je crois pouvoir l’affirmer. Que cet ébranlement du sol ne puisse être attribué à des causes purement locales, comme passage de grosses charrettes, etc., etc., je crois pouvoir l’affirmer également. Il est donc bien naturel de le rapporter au tremblement de terre si terrible qui venait de se produire au Japon environ 13 minutes plus tôt. Mais ne pourrait-on pas attribuer ces vibrations de l’aimant à des courants électriques? Je ne le crois pas, et cette assertion peut être confirmée par un phénomène tout à fait disparate et dont la coïncidence avec l’agitation des boussoles est complète.
- L’Qbservatoire possède deux pendules astronomiques excellentes, construites par Fenon (Paris), installées sur le même pilier, l’une faisant face à l’ouest et l’autre au nord. Les deux pendules, nettoyées l’année dernière, avaient marché avec une régularité bien satisfaisante jusqu’au 27 octobre au soir. Or, le 28 au malin, celle qui fait face au nord était arrêtée. Je négligeai alors de noter l’heure exacte, mais je suis certain qu’elle s’était arrêtée entre 5h,52in et 5h,55”, c’est-à-dire durant la période d’accroissement dans l’agitation des aimants. Si l’on remarque que,
- les vibrations ayant été très faibles, la pendule ne dut pas s’arrêter à la première vibration, on verra que la concordance des heures est aussi parfaite que possible. Pour éviter toute crainte d’exagérer les faits, je dois dire que quinze jours plus tard je trouvai de nouveau cette même pendule arrêtée sans cause apparente. Mais, outre que la pendule a pu être dérangée par le premier arrêt, le second n’infirme pas les conclusions qu’on peut tirer du premier. La coïncidence entre celui-ci et les oscillations des boussoles est trop singulière pour que les deux faits ne soient pas attribués à la même cause. Et l’occurrence de ces deux phénomènes, treize minutes environ après les terribles secousses de tremblement de terre du Japon, ne saurait également être attribuée au hasard. Les vibrations du sol se sont donc transmises du centre du Japon jusqu’à Shang-haï dans l’espace de treize minutes environ. Une étude de la rapidité de transmission de ces vibrations ne peut manquer d’intérêt. Elle ne présente, du reste, aucune difficulté, si on veut se contenter d’une certaine approximation. J’ai indiqué plus haut, d’après les renseignements très autorisés de M. Wada, l’heure de la première secousse à Gifu : 6h,37m, l ls du matin, temps normal du Japon, c’est-à-dire temps du 155e méridien à l’est de Greenwich. Or, 6h,37n,,'M’ (temps normal du Japon) correspond à 5h,58n\549 temps moyen de Zi-ka-Wei. La première secousse avait donc lieu à Gifu (Guifou, suivant la prononciation française) 15m,5 avant le moment où les aimants de Zi-ka-Wei ont commencé à osciller. Les vibrations du sol auraient donc mis 15“,5 à parcourir la distance qui sépare ces deux points. Or, cette distance comptée sur l’arc de grand cercle de la sphère terrestre est égale à 14°,9 et, par conséquent, 1055 kilomètres; ce qui donne aux vibrations du sol une vitesse de propagation égale à 123 kilomètres à la minute et approximativement 2 kilomètres à la seconde. S. Chevalier.
- D’après d’autres nouvelles que nous avons reçues du Japon, il se confirmerait que le célèbre volcan Fouzi-Yama, la montagne sainte, aurait subi des modifications sensibles surtout dans les régions qui avoisinent son sommet. En attendant que nous puissions renseigner complètement nos lecteurs sur les phénomènes géologiques qui se sont produits en ces localités, nous publions précédemment une vue du volcan japonais d’après un dessin exécuté sur place par M. Albert Tissandier. La vue du Fouzi-Yama que représente notre gravure a été prise de File de Enoshima située près du rivage dans la mer de Sagami. Les phénomènes volcaniques au Japon ont été fréquents, et d’après la tradition, le mont, Enoshima aurait jailli tout à coup du sol en l’an 252 avant l’ère chrétienne.
- PAYAGE EN LIÈGE
- La nouvelle Société anglaise Patent Cork Pavement C° a entrepris le pavage en liège de Gresham Street, près de la gare de Liverpool Street, à Londres. La matière employée est formée de liège et de bitume pressés en blocs analogues aux pavés de bois. Ce pavage est très doux au roulement et donne de la prise aux chevaux. Il a été appliqué avec succès en Australie, mais il reste à observer comment il se comportera avec le trafic considérable d’une rue de Londres. Actuellement la plupart des rues de Londres sont pavées, comme celles de Paris, au
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- moyen de blocs de chêne créosote de 225 millimètres de longueur, 75 millimètres de largeur et 125 d’épaisseur, reposant sur une couche de béton en ciment de Portland de 150 millimètres. Les blocs sont séparés l’un de l’autre par un intervalle de 9 millimètres rempli d’asphalte sur une hauteur de 17 millimètres et de ciment de Portland jus-<pi’à la surface de la chaussée.
- LE LANGAGE DES SINGES
- Pourquoi l’homme parle-t-il? Depuis quand parle-t-il? En réalité, il y a peu de problèmes plus dignes d’être étudiés. On s’accorde à reconnaître que la faculté du langage articulé est la seule caractéristique de l’homme, que c’est la grande ligne de démarcation entre lui et les autres animaux; mais cette démarcation est-elle incontestable, creuse-t-elle un abîme, ou même un fossé entre l’homme et la bête? Ce fossé n’est-il pas comblé par des ébauches de langage articulé, qui conduisent insensiblement du langage des animaux à la langue d’un Démosthène?
- 11 faut d’abord s’entendre sur ce qu’on appelle un langage. Dans son sens le plus général, c’est un ensemble de gestes, vocaux ou non, exécutés par un animal sous l’influence de certaines pensées, gestes toujours les mêmes pour la même pensée et capables de faire naître chez un second animal la pensée dont ils traduisent l’existence chez le premier. Lorsque le lapin frappe brusquement de ses pattes et fait résonner le sol de son terrier, il communique aux autres lapins l’idée de peur et de fuite qui le domine, c’est son langage; le chasseur, assez habile pour imiter ce bruit et le faire comprendre aux lapins, détermine chez eux la même idée. On peut dire qu’il s’est servi avec succès de ce langage des lapins.
- D’autres animaux font à leurs semblables de véritables signes perçus par l’organe de la vision ; la fourmi et beaucoup d’autres hyménoptères semblent transmettre leurs pensées par les mouvements des antennes ou des pattes; beaucoup d’autres insectes avertissent de leur présence par le bruit de leurs élytres; mais ce sont là des formes de langage qui ne sauraient exprimer beaucoup d’idées.
- Sous l’empire d’une émotion vive, beaucoup d’animaux émettent des sons vocaux, c’est-à-dire produits par la vibration de l’air chassé par les poumons à travers la trachée, le larynx et l’orifice buccal, où se rencontrent la langue et les lèvres, tous organes qui modifient le son suivant leur état de relâchement ou de contraction: le lapin, le lièvre, animaux généralement muets, poussent des cris sous l’influence d’une émotion vive. Cela devient chez certains animaux une habitude, surtout chez ceux qui vivant en société, cpmmuniquent ainsi leurs émotions à leurs semblables, comme le cheval, le bœuf, la brebis... Le son vocal ainsi produit est, en réalité, un geste supplémentaire fait par l’animal pour traduire son émotion au dehors; ce geste supplémentaire nécessite même un certain degré d’excitation ou au moins d’activité cérébrale, indispensable à sa pro-
- duction : ainsi le chien sauvage n’aboie pas; il ne joint l’aboiement à ses autres gestes que dans l’état intellectuel surélevé, où le place la domestication ; redevenu sauvage, il perd la faculté d’aboyer.
- Le geste vocal, comme tous les autres gestes, est en somme le résultat d’une action musculaire, elle-même consécutive à une stimulation intellectuelle. Herbert Spencer a, du reste, démontré que tout sentiment est un stimulus incitateur d’une action musculaire; ce geste vocal apparaît chez le singe, toutes les fois qu’il éprouve une émotion quelque peu vive.
- D’ailleurs la série des gestes qui se produisent ensemble ou successivement chez un animal, depuis le geste qui se traduit par la contraction des muscles de la face et produit les expressions de physionomie, jusqu’à ceux qui se manifestent par la contraction des appareils respiratoires et vocaux, est liée intimement à la conformation des muscles et des nerfs, depuis ceux de la face jusqu’à ceux qui dépendent des appareils respiratoires et vocaux. Or, chez l’homme et chez le singe, cette conformation étant identique ou au moins très semblable, il s’ensuit que la série des gestes, depuis ceux de la face jusqu’aux gestes vocaux, doit être chez le singe et chez l’homme identique ou du moins très semblable.
- Au surplus, l’observation des singes nous a depuis longtemps renseignés sur ce point : lorsqu’on chatouille un Chimpanzé sous l’aisselle, il est pris d’un rire caractéristique et articule des sons joyeux; il en est da même de YOrang. Sous l’influence d’un grand nombre d’émotions, le Cebus, le Babouin présentent le même jeu de physionomie, qu’on observerait chez l’homme en pareille circonstance, ce qui tient à la similitude organique des régions mises en cause; le Ghrille fronce les sourcils lorsqu’il est en colère.
- D’un autre côté, les contractions du visage précèdent et entraînent toujours certaines contractions des muscles phonateurs, la production de la voix n’étant qu’une conséquence de l’attitude musculaire du corps ou de la face. Il résulte donc, de l’analogie de conformation des muscles de la face et des muscles vocaux chez l’homme et chez le singe, que la même émotion, qui se traduit chez l’un et chez l’autre par des jeux de physionomie identiques, doit se manifester également par des gestes vocaux, des sons, des cris identiques.
- Si, chez un animal, pour chaque idée existe un geste vocal correspondant, capable de faire naître chez son semblable l’idée même qui lui a donné naissance, cela constitue chez lui un véritable langage vocal, très comparable à celui de l’homme et n’en différant que par un degré d’évolution moins avancé; or tous les observateurs d’animaux savent que le cri d’un grand nombre d’oiseaux varie suivant leurs émotions et leurs besoins : le Pinson, d’après Bechstein, traduit la joie par Fink; la colère par Fink-Fink-Fink ; la tendresse ou le chagrin par Trif-Trif; M. Houzeau a compté, chez la Poule domestique, une douzaine d’exclamations distinctes, susceptibles d’être interprétées par les autres poules. Les singes ont été, à cet égard,
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- l’objet d'observations varices : chez le Cebns azaræ, Rengger a reconnu, au Paraguay, que l’étonnement se traduisait par un bruit qui tenait le milieu entre le sifflement et le grognement; l’impatience parla répétition du son hou-hou ; enfin la crainte ou la douleur par des cris. Le Cebus azaræ, dit Danvin, fait entendre, lorsqu’il est excité, au moins six sons distincts, qui provoquent chez leu antres sinqes de son espèce, des émotions semblables, llrchm dit que les Cercopithèques avertissent du danger par des cris particuliers.
- Un naturaliste américain, Garner, vient de compléter ces observations d’une manière fort ingénieuse, assurément nouvelle et plus remarquable par les
- horizons qu’elle ouvre sur l’avenir que par les résultats curieux, mais encore à confirmer, qu’elle lui a donnés. Il a employé, à cet effet, une méthode dont l’application à l’étude du langage des animaux semble destinée à un grand avenir; il a eu recours au phonographe ; l’instrument, placé dans la cage d’un singe, enregistrait les différents gestes vocaux dont se servait l’animal pour manifester les diverses émotions produites chez lui. Il était ensuite placé dans la cage d’un antre singe. Celui-ci parut fort surpris, fixant le phonographe, tournant autour de lui. montrant d’une façon non douteuse, que reconnaissant la voix d’un de ses camarades, il était encore plus surpris de ne pas le
- Fig. 1. — Singe examinant le phonographe qui
- reproduit les sons enregistrés sur un autre singe.
- voir. La figure 1 reproduit l’étonnement d’un singe capucin devant le phonographe dans lequel il essaye de plonger sa main.
- Garner ne se contenta pas de faire entendre son phonographe aux singes ; il passait de longues heures à étudier les sons enregistrés et reproduits par l’instrument, les analysant et les fixant assez bien dans son oreille, pour parvenir à les imiter. Cette analyse, au moyen du phonographe, des sons produits par ces animaux, est comparable à l’emploi de la photographie par les astronomes : la plaque sensible fixe ici l’image d’astres trop peu lumineux vu leur éloignement pour être appréciés par notre rétine, et l’étude des photographies célestes a permis de voir, pour la première lois, un nombre considérable d’étoiles tellement éloignées, que l’œil humain ne les
- avait jamais vues directement. Avec le phonographe, l’oreille humaine pourra de même analyser les sons produits par les animaux et y découvrir des nuances, des intonations, des articulations, que nous ne percevons pas, lorsque nous entendons directement et brusquement la voix même de l’animal. C’est là, je le répète, une méthode qui devra, désormais, être appliquée à l’étude du langage vocal de tous les animaux et qui donnera des résultats aussi curieux qu’imprévus. Ne devrait-on à M. Garner que cette innovation, qu’il aurait déjà bien mérité de la science : ceux qui lui apportent un nouveau moyen d’investigation font, en effet, plus pour elle, que ceux qui, avec les méthodes courantes, découvrent un lait nouveau.
- Garner, avec le secours de son phonographe, réus-
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- sil ainsi à imiter et à reproduire avec sa propre voix les sons émis par les singes; ayant alors annoncé
- d’avance à quelques amis quel était le mot du langage simien qu’il allait prononcer, et quel était,
- Fig. 4. — Attitude de jeunes gorilles. (D’après des photographies instantanées de Al. Ottomar Anschutz.)
- d après ses observations antérieures, le sens de ce m°t, il s’enferma dans la cage d’un singe Capucin
- et reproduisit le bruit auquel il croyait pouvoir attribuer le sens de lait : « Mon premier effort frappa,
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- LA NATURE.
- dit-il, l’oreille du singe, lui fit tourner la tête ; il me regarda; je lui répétai le mot trois ou quatre fois et il me répondit très distinctement par le même mot dont je m’étais servi, puis il se tourna vers une petite casserole qu’on lui donnait pour boire. Je répétai le mot, puis il plaça la casserole près des barreaux, s’approcha autant que possible et fit entendre le même mot que moi. Le gardien apporta alors du lait, que le singe but avec avidité (les figures 2 et 3 représentent un singe mangeant et buvant, elles sont dues à un habile faiseur d’instantanées, M. Ottomar Anschutz et datées de Lissa (Posen) 1888); puis il tendit sa casserole vidée et répéta encore le mot trois ou quatre fois, je lui en redonnai plusieurs fois. Toujours il prononçait le même mot toutes les fois qu’il voulait du lait. Je fis entendre ensuite, en le prononçant moi-même aux amis qui m’accompagnaient, un autre mot que je croyais représenter l’idée de manger (mais sans le prononcer devant le singe). Je lui tendis une banane et il fit aussitôt entendre le mot que j’avais décrit et annoncé. Des expériences répétées me prouvèrent qu’il se servait du même mot, pour la pomme, le pain, d’où je conclus que ce mot signifiait nourriture, faim, manger. »
- Un autre jour, à Cincinnati, « j’entrai dans la cage d’un autre Capucin et je prononçai le mot auquel je donnais le sens de lait, le singe se leva, me répondit par le même mot et me regarda, comme s’il ne pouvait en croire ses oreilles; je répétai le mot, lui aussi; il se tourna alors vers une petite casserole, la ramassa et me la tendit en prononçant le même mot. Le gardien apporta de l’eau, que le singe but avec plaisir et dont il redemanda en prononçant le même mot. » Notre auteur conclut que le mot en question signifiait à la fois eau, lait, boisson et soif. Garner connaît un autre mot, qui a le don de provoquer la terreur chez tous les singes, une sorte de Manè Thécel Pharès, dont l’effet est immanquable, Il connaît actuellement huit ou neuf sons qu’il regarde comme huit ou neuf mots de la langue simienne. D’après lui, ce sont bien des mots et même des mots articulés, puisqu’il les reproduit par l’écriture en syllabes composées de voyelles et de consonnes.
- S’il n’était pas un peu prématuré de prendre tout à fait à la lettre les curieuses expériences de M. Garner, on pourrait donc dire que les singes ont non seulement un langage vocal, ce qui n’a rien de très hardi, mais même une langue articulée.
- Le fait même d’émettre des sons articulés ne me semble d’ailleurs pas aussi capital que le pourraient penser ceux qui croient que l’homme seul possède un pareil langage. Il y a des hommes qui ont un langage à peine articulé, et au contraire, il existe des animaux dont le langage est articulé : les Boschi-mans ont pour langage une sorte de gloussement à peine articulé; ce geste vocal est même tellement rudimentaire, il traduit d’une manière si incomplète la pensée de ces sauvages, que pour se faire comprendre entre eux, ils doivent ajouter le geste des
- mains et que l’obscurité rend leur conversation très difficile. Au contraire le corbeau, le merle, l’oiseau moqueur (Turdus polyglottus), l’étourneau, le loriot (qui dit lo-ri-ot), émettent pour traduire leurs impressions des sons très articulés ; le perroquet articule à merveille; il est vrai qu’il ne comprend pas le sens des mots qu’il articule ; mais enfin il les articule et cela montre que d’aytres animaux que l’homme possèdent le matériel nécessaire à l’articulation des sons.
- Mais les singes de M. Garner semblent, d’après lui, avoir de véritables mots articulés. Vous me direz qu’ils en ont bien peu! Les populations humaines sauvages en ont elles-mêmes extrêmement peu; les civilisées n’en n’ont pas autant qu’on pourrait le penser. On dit que l’Ancien Testament n’en emploie que 5642, que Milton n’en emploie que 8000, Voltaire 20 000 et Skakespeare 15 000 ; un singe qui en aurait 20 n’a donc pas à se plaindre !
- Les recherches de M. Garner ont évidemment besoin d’être répétées et poursuivies. 11 importe d’ailleurs de savoir sur quelle famille de singes porteront les observations. Si, en effet, les expériences de Garner portent à penser qu’on rencontre chez certaines familles de singes l’ébauche du langage articulé, il est utile également de faire marcher l’observation anatomique parallèlement à ces expérimentations physiologiques. Or, tout le monde sait que les recherches de Broca ont fixé, d’une façon irréfutable, le siège cérébral de la faculté si éminemment humaine du langage articulé dans la troisième circonvolution frontale, spécialement dans celle du côté gauche. Il est donc utile de voir si l’ébauche de la fonction correspond à une ébauche visible de l’organe ; je dis visible, car il est certain que, s’il y a ébauche de la fonction, il y a ébauche de l’organe; mais il se pourrait que, alors que l’observation par le phonographe permet de constater cette ébauche de la fonction, l’observation anatomique fût encore impuissante à constater l’ébauche de l’organe.
- Broca accordait lui-même aux singes, et même aux singes inférieurs, une troisième circonvolution frontale rudimentaire, mais il en admettait réellement l’existence. « Tout en constatant, disait-il, que la troisième circonvolution frontale est beaucoup plus développée chez l’homme, je suis obligé de reconnaître qu’elle existe aussi chez les singes. » Dans un travail récent, M. Hervé, mon savant collègue de l’Ecole d’anthropologie, émet au contraire l’opinion que la troisième circonvolution, celle du langage articulé, absente chez les singes des deux dernières familles, apparaît seulement chez les anthropoïdes et n’acquiert que chez l’homme son entier développement. Les anthropoïdes comprennent le gorille, que nous reproduisons d’après une photographie instantanée de M. Ottomar Anschutz (fig. 4), le chimpanzé, l’orang et le gibbon. Or, parmi les singes qui ont servi de professeur de langue à Garner, figurent seulement deux chimpanzés; la plupart des autres sont des
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- Celtiens et autres singes du nouveau continent.
- M. Garner a du reste parfaitement compris que ses recherches, pour avoir chance d’être fructueuses, devaient porter sur les grands singes anthropoïdes, pourvus de Y organe du langage articulé, la troisième circonvolution, dite circonvolution de Broca, et non plus sur les singes non anthropoïdes. S’il faut en croire un journal américain, M. Garner compléterait bientôt ses recherches d’une manière à coup sur originale : il partirait pour le pays des gorilles.
- « Atin de faciliter ses études, dit le journal en question, il s’est fait faire une cage en fils d’acier d’un peu plus de 2 mètres carrés, qui sera retenue au sol par trois chaînes de fer, de sorte que les gorilles, dont la force extraordinaire est connue, ne pourront l’enlever. La distance entre les barreaux est suffisamment petite pour empêcher les singes d’y passer les bras. M. Garner restera assis dans cette cage à une distance considérable de ses compagnons de voyage, mais un téléphone et une sonnette électrique le mettront en communication avec eux. Il sera muni, en outre, d’un phonographe, au moyen duquel il conservera les sons proférés par les singes, et d’un appareil photographique.
- Après tout, pourquoi pas ?...
- Se transporter en Afrique pour étudier le langage des gorilles nous semble aussi étrange que l’idée de se transporter aux antipodes pour observer le passage de Vénus eût semblé étrange aux pâtres chal-déens.
- Quoi qu’il en soit, quelque part qu’on fasse à l’exagération, et quelque doute qu’on puisse encore émettre sur les conclusions de M. Garner, on peut dire cependant que, si elles ne sont pas encore absolument exactes, elles nous mettent certainement sur le chemin de la vérité. C’est dans cette direction qu’il faut le chercher et qu’on le trouvera. Il est certain qu’il y a, dans l’emploi du phonographe, pour l’étude du langage des animaux, une méthode très nouvelle, fort ingénieuse et qui, à la façon du microscope, nous initiant à l’embryologie de l’homme et le rattachant par elle aux autres animaux, nous permettra d’analyser les gestes vocaux des animaux et de constituer ainsi l’embryologie de notre langage humain. Dr A. Bordier.
- LES ARTS DESCRIPTIFS
- ET LES SCIENCES EXACTES 1
- L'arc-en-ciel. — Étant enfant, j’ai souvent désiré me trouver dans un arc-en-ciel, complètement entouré de ses admirables couleurs; mais j’eus beau guetter les pluies d’orage au soleil couchant, et courir à l’endroit où j’étais certain de voir l’extrémité de 1 arc rejoindre le sol, il s’enfuyait toujours devant moi. J’ai compris plus tard la raison de ces insuccès répétés; un arc-en-ciel n’existe pas en un endroit
- 1 Suite et lin. — Voy. n° 974, du 30 janvier 1892, p. 158.
- déterminé; il est partout et nulle part, et chaque spectateur voit son arc-en-ciel particulier, qui brille pour lui seul, autour d’un axe passant par son œil et le soleil placé derrière lui; bien plus, chacun de nos yeux en voit un, et la singulière combinaison de ces deux images différentes contribue à nous donner, par la vue stéréoscopique qu’elle engendre, une idée de l'endroit où nous croyons le voir. Pour tout spectateur, un arc-en-ciel est toujours et forcément circulaire, et s’il occupe le milieu d’un tableau, celui-ci doit être éclairé en face par le soleil. A ce point de vue, ce beau tableau du Printemps, de Millet, acquis récemment par le Musée du Louvre, est absolument exact. M. Norman Lockyer cite en revanche divers tableaux dans lesquels l’arc-en-ciel, dessiné sans doute après coup, est visible en même temps que le soleil; dans l’un d’eux même, il est vu en perspective, c’est-à-dire en forme d’ellipse.
- Une question d’un intérêt particulier, même pour le physicien, se pose à propos de l’arc-en-ciel, c’est celle de son image dans l’eau. Nous trouverions ici, dans une peinture exacte, une faute flagrante en apparence contre les lois de la réflexion; en effet, l’image d’un arc-en-ciel n’est pas symétrique de l’arc visible. Le problème de la réflexion de l’arc, complètement élucidé par M. Henri Dufour, de Lausanne, peut être traité en quelques lignes.
- Dans la figure 1, l’observateur aperçoit les couleurs dans le manteau d’un cône, dont l’axe passe par le soleil et son œil, et dont l’ouverture intérieure est de 40 degrés environ, tandis que l’arc réfléchi est vu des points de la surface de l’eau pour lesquels la même condition est satisfaite, et qui, de plus, sont situés de telle sorte que l’angle d’incidence et l’angle de réflexion soient égaux pour l’observateur. Traçons, par l’œil de l’observateur, une droite OB symétrique de OA par rapport à l’horizontale 01); cette ligne, réfléchie sur l’eau, indique la direction BC de l’arc visible par réflexion et dont l’image passe par G', symétrique de C par rapport à P; le lecteur en trouvera aisément la démonstration. Quant à l’arc A lui-même, il ne pourrait se réfléchir sur l’eau qu’au point F.
- L’arc réfléchi est à l’intérieur du premier qu’il rejoint au point de contact avec l’eau. La figure 2 représente un arc-en-ciel et celui que l’on pourrait prendre pour son image, mais qui est symétrique de l’arc pointillé à l’intérieur du premier. Dans le cas supposé ici, on voit encore parfois d’autres arcs très élevés produits par la dispersion de la lumière préalablement réfléchie dans l’eau.
- Si l’on considère, comme on le fait en théorie, un tableau comme une image projetée sur la toile, et devant donner au spectateur l’impression de la réalité, celui-ci devra se placer à une distance telle que les objets paraissent en vraie grandeur à l’endroit où le peintre les a vus. Dans la plupart des tableaux dans lesquels la perspective n’est pas donnée par des corps géométriquement réguliers, des bâtiments par exemple, il reste une grande indétermination sur la
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- distance d’oh le spectateur doit considérer la toile ; cependant dans quelques cas très rares, cette distance est absolument fixée par un détail du tableau. Un arc-en-ciel détermine exactement la position du spectateur, qui doit être placé de façon à le voir parfaitement circulaire, et sous un angle total intérieur de 80 degrés. Nous reviendrons sur ce point.
- Le soleil et la lune. — Dans les campagnes, et aussi dans les villes, on se méfie beaucoup de la lune, à laquelle on prête toutes sortes de mauvaises intentions, et de néfastes influences. Ues peintres, au contraire, ne s’en méfient pas assez, car elle leur joue de singuliers tours. Un reflet de cet astre nous a déjà permis de conclure qu’un petit tableau du Louvre qui paraît absolument sincère, avait été retouché après coup.
- Tout d’abord, la question des dimensions absolues est importante à considérer. Le soleil, comme la lune, est vu, de chaque point de la terre, sous un angle à peu près constant de un demi-degré, ou de 1/114; aucun peintre n’a jamais vu l’un de ces astres sous un angle sensiblement différent ; ils peuvent donc servir d’échelle d’angle très exacte, autrement dit, ils fixent la position du spectateur par rapport au tableau. Supposons qu’un peintre représente Paris vu des hauteurs de Saint-Cloud. La Tour Eiffel, située à 6kilomètres, apparaîtra sous un anglede300/6000—1 /20, et si la lune figure sur la même toile, elle devra nécessairement être cinq à six fois plus petite que la tour. Un astronome américain a fait un relevé des hauteurs de diverses mon-tagnes, représentées comme vues d’un endroit déterminé ; un traître croissant de lune donnant souvent l’échelle du tableau, il n’était pas difficile de mesurer l’angle de vision, et d’en déduire la hauteur desdites montagnes. Toutes, sans exception, étaient d’une invraisemblable hauteur; l’une d'elles atteignait 105 milles, soit 169 kilomètres, ou plus de trente-cinq fois la hauteur du Mont-Blanc !
- Le Môle de Naples (musée du Luxembourg), un des seuls tableaux sur lesquels nous ayons pu faire
- des mesures précises, donne une proportion très correcte entre le soleil couchant et le Vésuve, vu de 12 kilomètres environ.
- L’apparence de la lune, combinée avec sa position par rapport au soleil, est fort peu respectée ; on ne peut voir la pleine lune qu’en un lieu diamétralement opposé au soleil; un mince filet de lune ne peut, au contraire, être observé que dans le voisinage immédiat du soleil, dont la position peut fréquemment être précisée par l’éclairage du tableau, lors même que le disque lui-même est invisible. Il n’est pas rare, cependant, de voir un croissant ténu haut dans le ciel, tandis que le soleil est couché depuis longtemps. Le tableau si calme, si reposant et si lumineux de Chintreuil, l'Espace (Musée du Louvre) contient, à ce point de vue, une notoire incorrection. Toutes les ombres indiquent un soleil couchant, à angle droit de la ligne de visée, tandis que, presque en face du spectateur, la pleine lune se lève. Les deux aspects sont vrais, mais ils sont évidemment incompatibles.
- Mais il y a pis. Dans un tableau d’un des derniers Salons, le rouge caractéristique du couchant marque l’endroit où le soleil vient de disparaître. Haut dans le ciel, la lune dirige vers cet endroit ses deux cornes.
- Un jeune peintre à qui je faisais part de cette observation, me répondit avec une candeur charmante : « Qu’est-ce que cela fait, si le tableau plaît à l’œil? » Je compris que nous ne nous entendrions jamais, et je n’insistai pas, voyant venir le fatal ne sutor...
- Un anatomiste serait écouté s’il relevait, dans un tableau, une monstruosité de son domaine; bien plus, aucun peintre sérieux ne s’exposerait à ce genre de critique, et ne s’aventurerait à dessiner des animaux simplement disproportionnés; et cependant, on admet sans la moindre hésitation des monstruosités physiques que personne ne verra jamais.... parce qu’elles ne déplaisent pas à l’œil. Ch.-En. Guillaume,
- Docteur os sciences.
- Fig. 2. — Arc-en-ciel, avec arc réfléchi.
- Schéma de la réflexion d’un arc-en-ciel.
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- LE MIME RUINIFORME
- Toutes les personnes qui ont passé à Florence ont été séduites par de petits tableaux très singuliers ipi'on offre aux touristes et dont la ligure 1 reproduit l’aspect le plus ordinaire. Ce sont des plaques peu épaisses d’un marbre gris un peu jaunâtre qu’on a entourées d’un cadre en bois très simple. En re-
- gardant de près on voit que le tableau est formé de deux morceaux, et il est facile de s’apercevoir que la symétrie de l’ensemble provient de ce que les deux moitiés ont été séparées l’une de l'autre par un trait de scie parallèle au plan général, puis rabattues comme les feuilles de placage (pie les ébénistes rabattent sur les deux moitiés d’un meuble et qui pro-vienent de la recoupe d’une même planchette d’acajou ou d’autre bois veiné. Quoi qu’il en soit et sur-
- Fig. 1.— Plaque (le marbre ruiniforme de Florence entourée d’un cadre de bois. — Echantillon du Muséum. 1/4 de la dimension naturelle.
- tout d’un peu loin, il semble qu’on ait affaire à quelque peinture un peu confuse représentant une vaste cité avec des maisons et de grands monuments, d’ailleurs complètement ruinés comme à la suite de quelque siège épouvantable. Il ne s’agit là bien entendu que d’une ressemblance vague, comme celle qu’on trouve dans les nuages, et cependant les anciens n’hésitaient pas à y voir une tentative de la Nature cherchant à re-présenter des constructions humaines.
- C’est ainsi qu’on lit dans le Mundus subterrcineus d’Athanase Kircher,t. Il, p. 52 (in-folio, Amsterdam, 1678) : « Unde vidcas et in altero quodam lapide marmoreo dcpictas urbes, montes, nubes cujusmodi in meo Museo, urbem turritam cumdomibus fenestris instructis, uti figura mox sequens docet. » Et voici (fig. 2) l’exacte reproduction de cette figure (insérée à la page 55) et où l’on voit en effet une ville pourvue de tours avec des maisons percées de fenêtres.
- La comparaison de ces deux figures, la nôtre et celle de Kircher, représentant sans nul doute le
- même sujet, est bien plus intéressant encore qu’il ne paraît à première vue : elle suffit à donner la clef de toutes les assertions des anciens au sujet des apparitions fantastiques ou miraculeuses dont
- leurs histoires sont remplies en même temps que des prodiges du genre de ceux que prétendent avoir vus, de notre temps encore, les gens insuffisamment préparés. On apprécie dans le dessin de Kircher avec quelle naïve bonne foi le « coup de pouce » est donné aux marbrures de la roche florentine pour en faire avec précision une « urbs turrita ». C’est qu’il ne suffit pas d’avoir des yeux pour bien voir ; il faut avoir appris à regarder, à observer, et malgré l’apparence première c’est une des choses les plus difficiles à acquérir.
- Mais à quoi est-on autorisé à attribuer les singulières apparences du marbre ruiniforme? La chose est assez intéressante pour nous arrêter un moment.
- La roche qui nous occupe est un peu marneuse, c'est-à-dire formée par un mélange de calcaire avec
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- un peu d’argile. Les Italiens la désignent sous le nom d’Alberese. et les géologues ont reconnu quelle appartient par son niveau à l’époque dite éocène, par laquelle ont débuté les temps tertiaires et dont nous avons tant de représentants près de Paris, spécialement la pierre à plâtre ou gypse. Mais ce qui rend l’alberese remarquable au point de vue où nous sommes placés, c’est avant tout la trace qu’y ont laissée certains phénomènes mécaniques, puis, sur un second plan le dépôt de matières étrangères apportées par des infdtrations.
- Les actions mécaniques dérivent des pressions verticales exercées sur les couches de l’alberese par les masses pierreuses qui s’y sont successivement superposées dans le cours du temps. On sait par expérience que certaines pierres comprimées ainsi se débitent en prismes plus ou moins réguliers dont l’axe est parallèle au sens de la pression ; de telle sorte qu’un cube de marbre se réduit en un faisceau de baguettes. Celles-ci en glissant les unes sur les autres ont disloqué les bandes horizontales diversement colorées dont la roche était veinée à l’origine et amené ainsi les contours accidentés du dessin où noqs voyons maintenant les toits anguleux de constructions pressées les unes contre les autres.
- Toutes les petites fissures ainsi ouvertes ont naturellement livré un passage facile à des eaux charriant des principes colorants en quantités plus ou moins grandes, et ceux-ci, en même temps qu’ils ont cimenté les fragments marneux déplacés, de ftiçonà reconstituer une roche cohérente, ont accentué toutes sortes de contrastes entre des points voisins dont l’effet final a singulièrement bénéficié.
- Tout ceci est moins merveilleux que la manière de voir de Kircher, mais plus sur, contrôlable à la fois par l’observation la plus minutieuse, même au microscope, et par l’expérimentation. Le marbre ruini-forme ne peut que gagner dans l’esprit de nos lecteurs à être ainsi mieux connu.
- Stanislas Meunieu.
- TRANSMISSION ÉLECTRIQUE DES IMAGES
- A DISTANCE
- LÉLECTRO-AUTOGRAPHE DE M; N. S. AMSTUTZ
- Depuis que l’on transmet à distance par l’électricité la pensée sous forme conventionnelle (télégraphes divers), l’écriture (appareil Covvper), les dessins (Caselli, Lenoir, Edison) et la parole (téléphone), on a rêvé d’aller plus loin encore et de réaliser la vision à distance. Les télé-photes et les télectroscopes dont on a fait périodiquement mention, depuis une quinzaine d’années, dans les publications scientifiques et politiques, avaient tous la prétention de résoudre ce difficile problème, mais hâtons-nous de dire qu’il n’y avait là qu’une prétention et que le problème reste entier, sans que l’on puisse prévoir encore sur quel principe sera fondé l’appareil qui en donnera la solution.
- Quoi qu’il en soit, M. Amstutz, dont l’invention a fait quelque bruit dans la presse politique, a singulièrement
- perfectionné l’appareil de Caselli, et nous croyons qu’il n’est pas sans intérêt de donner une idée générale de ce perfectionnement, ne fùt-ce que pour dégager, inventeur et invention, des exagérations qui accueillent tout nouveau système lors de son apparition.
- L'éleclro-artographe de M. Amstutz, comme son nom l’indique presque suffisamment, est un appareil qui a pour objet de transmettre à distance, les dessins, les photographies, œuvres d’art, en faisant appel à la fois à la photographie, à l’électricité, etc.; et c’est ce qui a pu, dans une certaine mesure, créer une confusion, et lui faire attribuer la propriété, qu’il n’a pas, de transmettre la vision à distance.
- Pour transmettre à distance un dessin, une photographie ou une œuvre d’art quelconque, on commence païen prendre la photographie sur une couche sensible de gélatine bichromatée, soit par exposition directe, soit par impression photographique, en passant par un objectif. On sait que la gélatine bichromatée jouit de la propriété de devenir insoluble par une exposition à la lumière. La couche sensible, ainsi traitée, est lavée à l’eau tiède, qui dissout les parties non influencées par la lumière et laisse les autres parties en relief.
- On obtient alors une matrice ou cliché en relief avec des épaisseurs différentes, correspondant aux tons et aux deini-tons de l’épreuve photographique.
- La couche bichromatée ainsi préparée, est retirée de la glace sur laquelle elle avait-été mise pour faire le cliché, fixée sur une feuille de celluloïd et roulée sur un cylindre bien régulier monté sur pivot, pouvant être animé d’un mouvement de rotation régulier. En face de ce cylindre est placée une barre sur laquelle peut glisser un chariot portant une pointe traçante qui appuie légèrement sur l’épreuve en gélatine, comme le fait le style du phonographe sur le cylindre de cire, ou le style du télégraphe Caselli sur la feuille d’étain.
- Les inégalités du relief sur lequel appuie le style, lorsque le cylindre tourne pendant que le chariot se déplace longitudinalement de façon à ce que le style décrive une spirale à pas très serré, produisent des mouvements de ce style qui sont utilisés, par un procédé mécanique imparfaitement décrit, pour faire varier la valeur de résistances électriques introduites dans un circuit comprenant un générateur électrique constant, la ligne et le poste récepteur. Ces résistances variables produisent donc un courant variable à l’arrivée, où se trouve un cylindre identique tournant avec la même vitesse angulaire. Ce cylindre est enduit d’une couche de cire sur laquelle se promène en spirale, par le procédé déjà décrit, une pointe traçante commandée par un électro-aimant dans lequel passe le courant du poste transmetteur.
- Plus le courant est intense, plus la pointe du traceur s’enfonce dans la cire et y trace un sillon profond. On reproduit donc ainsi, à l’arrivée, une matrice en cuivre portant des creux et des reliefs sensiblement identiques à ceux de la gélatine bichromatée du poste de départ. Les effets de teintes et de demi-teintes sont en partie obtenus par la profondeur de la gravure. Il suffit de métalliseret de porter au bain de cuivrage électrolytique, pour obtenir une matrice en cuivre permettant l’impression.
- M. Amstutz a réussi à reproduire les impressions en papier mâché en partant directement de la matrice en cire, de sorte que la gravure transmise peut être aussitôt stéréotypée par les procédés ordinaires.
- Il suffit de changer les dimensions des cylindres et des vitesses de déplacement des chariots au départ ou à Par-
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- rivée, pour pantograpliier et même pour anamorphoscr l’épreuve photographique originale.
- Notre confrère de New-York, Electricity, à qui nous avons emprunté, en la résumant, la description que l’on vient de lire, reproduit les premières épreuves obtenues avec l’électro-artographe sur une ligne de 52 kilomètres de longueur, avec une force électromotrice initiale de MO volts.
- Bien que fort grossiers, ces clichés présentent un intérêt qui s’accroîtra avec le temps, lorsque le procédé de M. Ainstutz se sera perfectionné; mais ce que nous en avons dit suffit pour montrer qu’il n’y a aucun lien entre l’électro-artographe et l’appareil qui doit permettre la vision à distance, si tant est qu’on puisse un jour voir à distance autrement que par des procédés de transmission optiques.
- Le progrès réalisé par M. Ainstutz sur le télégraphe de l’abbé Caselli, réside principalement dans le fait que la transmission n’est pas limitée à l’écriture ou au dessin, mais qu’elle peut s’appliquer à un dessin quelconque, et même à un objet en nature quelconque sans intervention autre que des actions photographiques, électriques et mécaniques. Espérons que nous aurons l’occasion de voir l’ingénieux appareil de M. Amstutz, très perfectionné, à l’Exposition universelle de Chicago. E. II.
- CHRONIQUE
- Un compteur téléphonique. — Les abonnés au téléphone se plaignent, en Angleterre, du système actuel d’abonnement au téléphone à l’année et trouvent injuste que ceux qui emploient rarement le téléphone payent aussi cher que ceux qui y sont attachés toute la journée. On a donc proposé, pour trancher la difficulté, un compteur téléphonique qui ferait payer l’abonné au temps passé, au lieu de lui demander une somme annuelle. Le système à ses objections et indique une tendance inverse de celle constatée dans l’exploitation d’autres services publics : chemin de fer, omnibus, etc. Le prix de chaque conversation devra naturellement être payé par l’appelant, et c’est souvent l’appelé qui aura tout le bénéfice de la conversation. Nous n’avons pas l’intention de discuter tous les avantages et les inconvénients de la combinaison proposée, — non encore adoptée, d’ailleurs. —Nous croyons pouvoir affirmer qu'un semblable mode d’exploitation aurait, à Paris, le grand avantage de restreindre le nombre et la durée des communications téléphoniques, au plus grand profit de ceux qui considèrent le téléphone comme une aide indispensable aux affaires, et dont ils ne peuvent profiter le plus souvent qu’au prix d’une patience évangélique par suite de l’encombrement des lignes et du nombre de communications inutiles qui produisent cet encombrement.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er février 1892. — Présidence de M. D’Aiibadie.
- L'Observatoire du Mont-Blanc. — On se rappelle qu’au mois de septembre dernier, M. Janssen a fait ériger au sommet du Mont-Blanc une cabane destinée à montrer comment se comporterait une construction fondée dans la neige. Un officier plein de courage et de dévouement, M. le lieutenant Dunod, est venu il y a quelques semaines proposer à l’illustre promoteur de l’Observatoire de faire le premier l’ascension de la montagne afin de constater, de visu, l’état des choses. La tentative pouvait sembler
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- téméraire, mais le voyageur connaissait assez les sommets glacés pour qu’on fût autorisé à compter sur son adresse ; et M. Janssen, loin de le décourager, lui traça tout un programme d’observations à faire. Arrivé à Chamonix, M. Dunod s’assura de deux guides dont il avait déjà eu l’occasion d’apprécier la solidité, auxquels sur la demande directe de M. Janssen se joignit Payot, qui a pris part à l’ascension, historique désormais, dont nos lecteurs ont eu le récit. L’ascension se fit en deux jours dans des conditions parfaites et M. Dunod est maintenant revenu enchanté de son voyage. A l’abri Vallot, la température au matin était de
- — 17°, et au sommet, à 2 heures après midi, de — 21e à — 22°. Dans la cabane, aucune neige n’avait pénétré et l’observation des niveaux montre qu’elle avait sensiblement conservé sa situation initiale. De telle sorte que la conclusion est des plus encourageantes. A I mètre de profondeur, la densité de la neige est égale à 0,45, c’est-à-dire inférieure à la moitié de la densité de l’eau.
- Contribution à l'étude de la fonction chlorophyllienne.
- — C’est avec le véritable talent d’exposition, dont il donne des preuves à chaque occasion, que M. Moissan analyse une très intéressante découverte de M. Etard sur les réactions chimiques qui prennent naissance dans les cellules végétales renfermant la matière verte. Tout le monde sait que la chlorophylle jouit de la propriété de déterminer, sous l’influence excitatrice de la lumière, une réaction entre l’acide carbonique et l’eau, d’où résulte à la fois une excrétion d’ox-ygène et la constitution d’hydrate de carbone. Mais si ce fait est hors de discussion, on ne sait rien du mécanisme qui lui donne naissance. Or, M. Etard, étudiant les cellules à chlorophylle de la coque du raisin blanc, y a découvert un corps nouveau qu’il appelle œno-carbol et qui représente une glycérine à molécule élevée pouvant prendre trois molécules d’eau et se prêtant ainsi par conséquent avec beaucoup de facilité aux transformations de la vie organique. En même temps, la chlorophylle est accompagnée dans sa cellule, d’une forte quantité d’acide palmitique, élément constant des graisses des animaux.
- Le criquet pèlerin et ses changements de coloration.
- — Tel est le titre d’un très savant Mémoire présenté par M. Blanchard au nom de M. Kunckel d’Herculais. On avait attribué à des variétés locales distinctes les colorations variées que présentent les criquets : l’auteur fait voir qu’elles sont successivement présentées par un même individu aux divers moments de son développement, et qu’elles se succèdent en même temps que les mues. Elles tiennent aux propriétés de substances pigmentaires spéciales (zoœ-nérythrine, etc.) qui se modifient sous l’influence de la lumière et d’autres causes extérieures. Les jeunes sont blanc-verdâtre, mais, sous l’influence de la lumière, ils brunissent et passent au noir. A la deuxième mue, des colorations roses apparaissent notamment sur les côtés du corps; à la troisième, les teintes roses augmentent; à la quatrième, elles prédominent, mais elles font place à des teintes jaunes. 11 en est de même après la cinquième et la sixième mue, et l’insecte adulte apparaît avec une livrée du rose le plus tendre, « En résumé, dit le savant auteur, on peut constater que, dans les moments qui précèdent et qui suivent la mue, les insectes ont leur pigment coloré en rose et que ce pigment change de ton en passant successivement par des nuances diverses pour arriver au jaune en un temps plus ou moins long. L’apparition des teintes jaunes des jeunes et des insectes adultes, est donc en réalité, une conséquence du vieillissement. » Chose digne de remarque et qui indique bien que ces modifications de
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- coloration dos pigments sont l’expression des phénomènes d'histolvse et d’histogenèse s’accomplissant lors des mues et de la métamorphose, c’est qu’après chacune de ces phases, les acridiens rejettent des excréments colorés en rose. Les dépouilles tégumentaires abandonnées à la suite de chaque mue sont incolores sur toutes les parties qui ne sont pas noires; les taches ou les dessins noirs sont seuls indiqués. L’action de la lumière est manifeste, de jeunes criquets pèlerins élevés à l’ombre n’acquièrent jamais les teintes vives d'un jaune citron de leurs frères élevés en plein soleil. Il est à observer que les acridiens jeunes ou adultes soumis à la dessiccation rapide par le feu ou plongés dans l’alcool, redeviennent rouges ; il y a là un phénomène de déshydratation qui fait reparaître les teintes primordiales.
- Varia. — Il résulte d'observations très précises de M. Aimé Girard que la bouillie bordelaise est enlevée des cultures très aisément par la pluie, tandis que la bouillie additionnée de mélasse résiste très bien à la dissolution. — Des recherches spéciales ont montré à M. Mer que le réveil de l’activité cambiale se fait à partir de l’extrémité des rameaux vers les branches déplus en plus grosses, et, à partir du collet, vers les racines et les radicelles de plus en plus ténues. — M. Dehérain dépose le volume de l'Association française pour l’avancement des sciences où sont résumées les conférences de l’hiver dernier et les séances de la session de Marseille. — Une pince de correspondant étant vacante dans la section de mécanique, M. Considère est appelé à la remplir. Stanislas Meunier.
- Fig. 1. — Explosion d'une torpille sèche.
- Première phase.'(Fac-similé d’une photographie instantanée.)
- PHOTOGRAPHIES INSTANTANÉES
- EXPLOSION I)E TORPILLES SÈCHES 1
- Nos lecteurs n’ont sans doute pas oublié la remarquable photographie que nous avons publiée, des effets de l’explosion de quatre torpilles sèches, soulevant des gerbes de terre au sein de l’air. Nous recevons à,ce sujet une intéressante communication d'un habile amateur photographe, M. Emile Chris-tiacn qui nous écrit de Passchendaele-lez-Roulers (Belgique) :
- J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article sur l’explosion de torpilles sèches, dans votre estimable journal La Nature. Je prends la liberté de vous faire parvenir deux épreuves de mes photographies de ces mêmes torpédos, que j'ai prises, comme M. Alexandre, de Bruxelles, lors des grandes manœuvres qui ont eu lieu ici même en
- 1 Yoy. n° 9G8, du 19 décembre 1891, p. 48.
- Fig. 2. — Explosion d'une torpille sèche. Deuxième phase. (Fac-similé d’une photographie instantanée.)
- notre commune de Passchcndaele. Ces photographies ont été faites au moyen d’un anliplanat de Steinheil et d’un obturateur armé au 150e de seconde, à une distance d’environ quatre-vingts mètres, par un temps splendide. La première épreuve (lig. 1) a été obtenue au moment de l’explosion, alors que les terres soulevées étaient dans leur mouvement ascensionnel. La deuxième épreuve (lig. ‘2) représente une deuxième explosion alors que les terres soulevées commencent leur chute.
- Nous félicitons notre correspondant des intéressants résultats qu’il a obtenus. Les belles photographies que nous reproduisons ci-dessus forment le complément de celles que nous avons données antérieurement. Ce sont là des documents originaux qui, à notre connaissance, n’avaient jamais été publiés jusqu’ici. G. T.
- l.e Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N* 97 6. — 15 FÉVRIER 1892.
- LA NATURE.
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- L’ORIGINE DES GRANDES BIBLIOTHÈQUES SCIENTIFIQUES DE PARIS
- La plupart des bibliothèques dépendant des grands établissements seientifiques de Paris eontiennent des
- ouvrages anciens ornés de magnifiques reliures dont il est difficile d’expliquer la provenance quand on
- Fig. 1. — Reliure d’un exemplaire de Vilruve de 1511. Bibliothèque de l’Ecole polytechnique à Paris.
- ignore comment ces bibliothèques ont été formées.
- Un des premiers actes de la Révolution française avait été de mettre tous les biens ecclésiastiques à la disposition de l’Etat (décret du 2 novembre 1789). Parmi ces biens, se trouvaient les riches bibliothèques des couvents qui, pour lit France entière, contenaient six millions de volumes, suivant les uns, dix millions, suivant les autres.
- L'Assemblée constituante nomma, pour l’inventaire et la distribution des richesses ecclésiastiques, un certain nombre de Comités, dont l’un, dit des Quatre-Nalions parce qu’il tenait ses séances au palais des Quatre-Nations (l’Institut actuel), devait s’occuper plus spécialement des livres ; mais ces Comités disparurent le 30 septembre 1791 avec l’Assemblée constituante sans avoir rien produit.
- 208 année — 1er semestre.
- Un an après, la Convention nationale remplaçait le Comité des Quatre-Nations par la Commission temporaire des mis qui confia à trois bibliophiles (le savant abbé Mercier de Saint-Léger, Ameilhon, bibliothécaire de la ville de Paris, et le libraire de Bure) le soin de rassembler et de classer les livres provenant des bibliothèques ecclésiastiques de Paris et de scs environs immédiats.
- La Commission commença par créer trois dépôts comprenant ensemble 250 000 volumes provenant d’une vingtaine de bibliothèques. Ces trois dépôts étaient : 1° le dépôt des Capucins-Saint-Uonoré à l’emplacement occupé actuellement par l’IIôtel Continental ; 2Ü le dépôt de Saint*Louis-la-Cullure, actuellement église Saint-Paul; 5° le dépôt des Petits-Augustins, actuellement École des beaux-arts.
- il
- EyifojfrZ’J Se.
- Fig. 2. — Archimède pesant la couronne de Iliéron, d’après l’ouvrage indiqué ci-dessus.
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- Mais ccs dépôts ne tardèrent pas à devenir insuf-iisanls. En effet, aux bibliothèques ecclésiastiques vinrent s’adjoindre, par décrets du 27 juillet et du 2 septembre 1792, les bibliothèques des émigrés et celles des anciennes institutions scientifiques, artistiques ou littéraires. Les unes et les autres, réunies, atteignaient lî; chiffre-de 1100 et renfermaient [dus de 1 800 000 volumes.
- On créa alors huit autres dépôts, de telle sorte qu’en nivôse de l’an II, il y avait dans Paris et la banlieue onze dépôts dirigés chacun par un conservateur spécial. C’étaient : 1° le dépôt des Capucins-Saint-Honoré porté à 200 000 volumes ; 2° le dépôt de Saint-Louis-la-Culture porté à 600 000 volumes; 5° celui des Petits-Augustins sur lequel on trouvera d’intéressants détails dans le livre publié en 1880 par M. Labiche sous le titre : Notice sur les dépôts littéraires et la Révolution bibliographique de la fin du dernier siècle; 4° le dépôt des Cordeliers qui reçut, outre les livres des couvents des Cordeliers et de l’abbaye de Saint-Germain, ceux de l’ancienne Société de médecine, des Breteuil, des Larochefoucauld, des d’Aligre, des de Croy, des de Bougé, des Montmorency-Laval, des de Juigné, des Monaco, etc. ; 5° le dépôt de la rue de Lille, fourni surtout par les bibliothèques des émigrés de Gramont, de Broglie,de Yergennes, de Caraman, de Condé, de Boisgelin, de Burfort, de Cénac, de Dou-dcauville, de Noailles, de Castries, de la Fayette, etc., qui reçut aussi celle du garde-meuble et plus tard les livres de Robespierre; 6° le dépôt de la rue Saint-Marc, établi dans l’ancien hôtel des ducs de Montmorency-Luxembourg, à l’emplacement du [tassage des Panoramas, contenant 100 000 volumes provenant des bibliothèques des émigrés Montmorency-Luxembourg, Penthièvre, d’Orléans, Maupeou, Saint-Simon, Grimm, Lowendal, etc., et plus tard celles de Danton et de Saint-Just; 7° le dépôt de la rue de Thorigny, établi dans l’ancien hôtel de Juigné devenu l’Ecole centrale, renfermait 66 000 volumes parmi lesquels on remarquait ceux des émigrés, Polignac, d’Espagnac, La Luzerne, Villedcuil ; 8° le dépôt des Enfants de la Patrie, aujourd’hui l’hôpital de la Pitié, avait 60 000 volumes dont 51 000 provenant de l’abbaye de Saint-Victor ; 9° le dépôt de P Arsenal, le seul resté constitué en bibliothèque, se composait de 120 000 volumes pris en très grande partie au comte d’Artois; 10° et 11° deux dépôts de banlieue, l’un à Versailles, l’autre a l’abbaye de Saint-Denis.
- La première bibliothèque, sortie de ces dépôts, fut celle du Muséum fondée par décret du 22 prairial an 1(17 juin 1795); puis vinrent celles de l’Ecole des ponts et chaussées, de l’Ecole des mines et de l’Ecole centrale des travaux publics.
- Cette dernière, qui un peu plus tard prit le nom d’Écolc polytechnique, fut fondée par décret du 21 ventôse an II (il mars 1794) et autorisée, par décret du 7 prairial an 111 (26 mai 1795) à prendre dans les dépôts, après le choix des bibliothèques pu-
- bliques, les livres dont elle aurait besoin1. Elle y puisa pendant dix ans et en tira [dus de 10 000 volumes parmi lesquels on peut citer une partie des bibliothèques de Mesdames de France, tilles de Louis XV, dont les livres étaient reliés en maroquin vert ou rouge par Dasdeloup, la magnifique suite des gravures, dite le Cabinet du Roy, offerte par Louis XVI à M. de Vergcnnes, son Ministre des affaires étrangères, de beaux livres militaires provenant des Condé, une histoire de Pologne aux armes du roi Stanislas, une grande partie des fonds de l’ancienne Académie des sciences et de l’ancienne Académie royale d’architecture, des éditions très rares d’anciens mathématiciens, et quelques bijoux comme édition et reliure ayant appartenu au grand historien de Thou ou à madame du Barry.
- Mais ses plus beaux ouvrages proviennent de nos conquêtes en Italie.
- En vertu du traité de Tolentino passé le 19 février 1797 entre le pape Pie VI et la République française représentée par le général Bonaparte, le pape s’était engagé à payer une contribution de guerre considérable dont une partie pouvait être soldée en objets d’art, livres et manuscrits.
- Une Commission de savants et d’artistes français fut alors envoyée à Rome pour choisir ccs trophées destinés à orner nos bibliothèques et nos musées. Monge, un des membres du Conseil de l’Ecole polytechnique, en faisait partie2, et il choisit pour l’École une centaine d’ouvrages du plus haut prix provenant presque tous des bibliothèques particulières de Pie VI et du cardinal Albani et comprenant de grands livres d’architecture et d’archéologie romaine, en exemplaires de dédicace offerts au pape par les dessinateurs et les graveurs, presque tous gouaches a la main et ornés de splendides reliures.
- L’une des plus remarquables reliures est celle d’un Vitruve de 1511 dont nous donnons la reproduction (fig. 1). Elle est en maroquin vert et a été exécutée au petit fer pour le célèbre bibliophile Thomas Maïoli dont elle porte la marque si fameuse :
- Tuo. Maïoli et amicorum avec la devise,
- IiSGRATIS SER VIRE A EF AS
- qu’on pourrait traduire,
- Il est fâcheux de servir à des profanes.
- L’édition elle-même n’est point sans intérêt, car elle est ornée de nombreuses gravures sur bois nous montrant l’antiquité sous un aspect assez imprévu, ainsi qu’on peut en juger par la figure 2, qui représente Archimède pesant la couronne de lliéron.
- Albert de Rochas.
- 1 Tous les documents relatifs à la’formation des bibliothèques de Paris à l’aide des dépôts littéraires, ont été recueillis et classés à la bibliothèque de l’Arsenal sous le litre : Archives des dépôts littéraires (manuscrits).
- 2 La bibliothèque de l’Ecole polytechnique possède la liste originale des Manuscrits du Vatican qui furent livrés aux commissaires français.
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- TRACTION MÉCANIQUE DES TRAMWAYS
- PAR MOTEUR A AMMONIAQUE, SYSTÈME MC-MAHON
- Le problème de la traction mécanique des tramways est un de ceux qui présentent la plus grande importance dans les villes, et qui sollicitent l’attention constante des ingénieurs chargés d’assurer le service des voies publiques, et de faciliter la circulation dans les grandes agglomérations. On pourra ‘ se rendre compte de l’importance de ce problème par le fait qu'a l’heure actuelle, en Amérique, pays v dans lequel les tramways se sont le plus développés, la traction animale, presque unique il y a une dizaine d’années, n’est plus employée aujourd’hui que sur moins de 50 pour 100 de l’ensemble des lignes, et se trouve appelée à disparaître presque complètement dans un petit nombre d’années. En effet, en une seule année (1800), la cavalerie des compagnies de tramways est tombée de 117 000 chb-vaux a 88 000.
- Voici, d’ailleurs, l’état actuel des différents systèmes de traction.
- Lignes à traction animale, 8708 kilomètres; à traction électrique, 4814; à traction a vapeur, 5069; à traction par câbles, 1060. La longueur totale des lignes est de 17 651 kilomètres.
- Ces chiffres montrent que la traction électrique tiendra la tète à bref déiai, et qu’elle est appelée à supplanter la traction animale ; mais il ne faut pas perdre de vue que nous sommes en Amérique; la traction électrique s’y fait exclusivement par lils aériens, avec prises de courant sur le fil à l’aide de trolleys (poulies roulantes), et retour par la terre.
- Cette solution ne s’accepte que très difficilement en Europe, et notre prévention, peut-être exagérée, contre les iils aériens, justifie cet état de choses regrettable, ou, tout au moins, explique pourquoi les tramways électriques se sont encore si peu répandus dans l’ancien monde.
- Les tramways à conducteurs souterrains demandent des travaux de voirie assez considérables, et pour lesquels, eu égard aux obstacles que ces travaux apportent à la circulation normale, les autorisations deviendront de plus en plus rares.
- Il reste enfin les chemins de fer aériens et souterrains à traction électrique et voie indépendante, mais des considérations d’ordre esthétique, technique, financier et autres, retardent indéfiniment leur réalisation, si tant est qu’ils doivent être construits un jour.
- Il semble donc que l’avenir soit réservé, en Europe tout au moins, à un système de tramways a traction mécanique autonome, sans aucun lien direct et immédiat entre la voiture et la source d’énergie fixe amenant cette énergie au véhicule sous une forme quelconque.
- On a expérimenté ou appliqué dans ce but, sans parler des tramways à vapeur, qui transportent le charbon nécesaire à leur mise en mouvement et produisent de toutes pièces la puissance mécanique
- qui leur est nécessaire : l’eau cbaude sous pression, l’air comprimé, avec ou sans réchauffeur, et les accumulateurs électriques. L’acide carbonique a aussi été proposé, mais nous ne croyons pas qu'il ait jamais été expérimenté. 11 en est de même des moteurs à ressorts qui, eux, n’ont aucune! valeur pratique.
- Nous voulons présenter aujourd’hui à nos lecteurs un véhicule qui vient de faire son apparition pour la première fois sous forme expérimentale, et dont le Scientific American nous donne une description sommaire : il s’agit d’un tramway dans lequel l’énergie est emmagasinée dans de l’ammoniaque liquéfiée; ce véhicule a été mis à l’élude à Chicago, sur les terrains mêmes de l’Exposition future, entre la 57e et la 67e avenue. Ce système tout nouveau, sinon comme idée générale, du moins comme application pratique, a été construit en vue de faire le service dans l’intérieur de l’Exposition, et de servir ultérieurement, après étude, comme système général de traction mécanique pour les tramways urbains et suburbains.
- Voici sur quels principes il est basé ;
- On sait que l’ammoniaque se condense sous la forme liquide à la température de —58n,5 F. (—59° C.) sous la pression atmosphérique, et que sa pression augmente rapidement avec la température.
- Elle atteint de 10 à 12 kilogrammes par centimètre carré a la température de 70® F. (—f- 21°, 1 C.). En laissant la vapeur se détendre, on oblicnt un refroidissement considérable ; les machines à fabriquer la glace et à produire le froid ne font qu’utiliser celte propriété bien connue de la détente des gaz et des vapeurs. Dans le moteur à ammoniaque employé pour la traction du tramway dont nous parlons, la pression des vapeurs qui se dégagent a la surface de l’ammoniaque liquide pendant sa vaporisation, actionne le piston du moteur, l’arrivée du gaz étant réglée par le conducteur à l’aide d’une valve ordinaire. Dans ces conditions, cette évdporation serait suivie d’un refroidissement considérable qui aurait pour effet de réduire la pression, et auquel on s’oppose par le moyen que nous allons indiquer. A cet effet, un cylindre en feuilles de tôle, muni de tubes comme le corps de chaudière d’une locomotive, est renfermé dans un cylindre plus long et de plus grand diamètre, laissant entre les deux cylindres un large espace pour loger une certaine quantité d’eau ou de solution ammoniacale qui peut librement y circuler et faire échange de chaleur avec l’ammoniaque liquéfiée pendant sa vaporisation.
- Lorsque le cylindre intérieur est rempli aux deux tiers de l’ammoniaque anhydre et que la température de l’ensemble est de 80° F. (H- 26°,6 C. ), le liquide bout et la pression est de 147liT,5 par pouce carré (10 kilogrammes par centimètre carré), pression disponible pour actionner le piston du moteur. Le cylindre dans lequel se meut ce piston, est entouré d’une enveloppe parfaitement étanche en communication avec le grand cylindre extérieur, de sorte que les vapeurs de l’échappement, après avoir agi sur le
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- piston, sont absorbées par l’eau qui possède une grande affinité pour l’ammoniaque. Mais cette absorption se fait avec dégagement de chaleur, et la chaleur ainsi dégagée tend à augmenter la température de l’eau; elle s’oppose, par suite, au refroidissement de l’ammoniaque liqué-liée, dont elle maintient constante la température , et, par suite, la pression.
- Cette chaleur de dissolution se traduit par un échauffe ment sensible, et, après quelque temps de marche, par un accroissement de pression. Après un certain temps d’arrêt, la pression tombe a 150 livres par pouce carré, mais elle remonte a 100 ou 170 livres par pouce carré après quelques minutes de fonctionnement, montrant ainsi qu’il s’est produit finalement un accroissement de température ayant pour cause la dissolution du gaz après son travail sur le piston. La quantité de gaz que l’eau peut dissoudre est énorme, car elle atteint sept cents fois le volume de l’eau à la température ordinaire et à la pression atmosphérique.
- Lorsque la quantité d’ammoniaque liquéfiée dans le petit cylindre est si faible qu’elle ne donne plus une pression suffisante, le tramway est ramené à la station génératrice, la solution ammoniacale est retirée du grand réservoir, et le réservoir intérieur ou petit cylindre est rempli à nouveau d’ammoniaque liquéfiée. La quantité d’ammoniaque représentant une charge, est suffisante pour effectuer un parcours de 18 milles (29 kilomètres). A la station, le gaz ammoniac est séparé de sa solution par la chaleur, refroidi dans un condenseur, et liquéfié pour servir à nouveau, et cela indéfiniment, de telle sorte que le procédé est continu. Le chargement et le déchargement d’une voiture à la station, ne demandent que deux minutes, et la charge ainsi emmagasinée est disponible à volonté pendant
- un long intervalle de temps, car il ne se produit ni fuites ni diminution de pression, les joints d’appareils à ammoniaque ne présentant aucune difficulté.
- Les procédés employés par la compagnie qui exploite ce système, pour se rendre compte des dépenses qu’il entraîne, sont d'une simplicité rudimentaire. Ils consistent à peser avec soin le charbon consommé à la station de régénération pour séparer une quantité donnée d’ammoniaque liquéfiée. On mesure également la quantité d’ammoniaque fournie pour chaque charge du véhicule, ainsi que le chemin parcouru sous l’action de chaque charge. Dans les conditions actuelles de fonctionnement, et pendant les temps les plus froids, circonstance défavorable au fonctionnement économique du système, il faut dépenser 1,1 livre (500 gr.) de charbon pour produire un gallon (4,5 litres) d’ammoniaque liquéfiée. Une voiture pesant 5 tonnes, dépense, d’autre part, 5 gallons d’ammoniaque liquéfiée pour parcourir 1 mille (1G09 mètres). Cela correspond à 0 livres (2,7 kilogrammes) de Charbon par voiture-mille (1,0 kilogramme par voilure-kilomètre).
- Ce moteur que les gravures ci-jointes représentent en vue extérieure (fig. 1) et en vue de face (fig. 2), a été inventé et réalisé par M. P. J. Mc-Mahon, de Louisiana. Il sollicite en ce moment les études des ingénieurs qui s’occupent de traction mécanique des tramways, et c’est ce qui nous a décidé a le présenter à nos lecteurs, sinon comme une solution définitive, du moins comme première tentative originale, intéressante et nouvelle qui mérite, à tous égards, d’attirer l’attention. Nous serons fixé dans quelques mois sur sa valeur pratique, industrielle et économique. K. H.
- Fig. 1.— Nouveau^ ramway à moteur à ammoniaque, expérimenté à Chicago.
- Fig. 2. •— Vue de face du tramway à moteur à ammoniaque montrant les dispositions des réservoirs échangeurs sous les banquettes.
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- UNE COLONIE DE COTYLES
- Les hirondelles domestiques sont d’habiles architectes : on connaît les nids qu’elles construisent, avec
- un peu de terre gâchée, sur la façade de nos maisons, dans les écuries et dans les étables.
- Tel n’est pas le cas de l’hirondelle de rivage (Cotyle riparia). Son nid est un amas informe de
- Fig. 1. — Le mont des Récollets à Casscl (Nord). Colonie de Cotvles.
- brindilles de foin, de plumes et de duvet sur lequel Hle dépose ses œufs (fig. 5).
- Pour abriter sa progéniture, cet oiseau, le plus
- petit parmi les hirondelles, creuse un terrier profond a l’extrémité duquel il dispose son nid.
- « On s’explique difficilement, dit Naumann, com-
- Fig. 2. — Cotyle riparii.
- ment un oiseau, si faiblement organisé, peut arriver à exécuter un travail aussi gigantesque et en aussi peu de temps. En deux ou trois jours, un couple se creuse une galerie d’un mètre de profondeur. » J’ai eu l’occasion, l’été dernier, d’observer une colonie de ces charmants oiseaux et j’ai pensé qu’il
- Fig. 5. — Nid do Cotyle.
- pourrait être intéressant de les rappeler au souvenir des lecteurs de La Nature.
- A Cassel (Nord), au sommet d'un monticule que dans les plaines de Flandre on appelle pompeusement le mont des Rc collets, sont exploitées des carrières de sables éocènes. Dans l’une d’elles, à parois
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- taillées à pie, une colonie d’hirondelles de rivage s’est établie depuis nombre d’années (fig. 1).
- Le fait est d’autant plus étonnant que dans leur voisinage immédiat, elles ne trouvent ni les étangs, ni les rivières qu’elles aiïèctionnent. Trente kilomètres les séparent de la mer du Nord, quinze ou dix-huit de la Lys et des fossés de Clairmarais.
- Bien plus, très sauvages de leur nature, elles abandonnent, dit-on, à la moindre alerte le domicile de leur choix pour s’établir dans une autre localité. Or, de nombreux ouvriers sont employés au mont des Récollets ; on y a meme établi des voies ferrées pour le transport du sable au lieu de chargement, et les hirondelles sont restées. Elles y étaient déjà en 1875; la carrière était alors, comme aujourd’hui, en pleine exploitation. Quelles modifications a-t-elle subies depuis cette époque? Je n’en sais rien : toujours est-il qu’elles ont été impuissantes à faire fuir des animaux réputés si craintifs.
- On y compte une centaine de terriers, creusés suides lignes assez régulièrement parallèles. Presque tous, dans les derniers jours du mois d’aoùt, sont encore habités et rien n’est plus intéressant que de suivre les évolutions de la nuée d’oiseaux entrant et sortant sans cesse des trous creusés dans la muraille de sable : c’est une véritable ruche d'abeilles.
- J’ai fait ouvrir quelques-uns des terriers, les plus rapprochés du sommet de la carrière. Ils sont les uns rectilignes, les autres coudés et mesurent de 80 centimètres à 1 mètre de profondeur. L’orifice d’entrée, de 12 centimètres à 15 centimètres de diamètre, permet l’introduction de la main et du bras.
- En France, les Cotyles se trouvent fréquemment sur les bords de la Seine, de la Marne, de la Sar-the, de la Loire et du Rhône et sur les côtes de Normandie et de Bretagne (I)egland et Gerbe).
- Rr P. Bernaud.
- LOCOMOTIVES A. GRANDE VITESSE
- A CHAUDIÈRE FLAMAN 1
- Lorsqu’une machine nouvelle est mise entre les mains d’un ouvrier, il faut un temps parfois assez long pour que ce dernier en tire le meilleur parti possible. Il lui faut se familiariser avec tous ses organes, en bien comprendre le fonctionnement, et ces organes eux-mêmes nécessitent une sorte d’apprentissage de service : les pièces frottantes ont besoin de faire leur siège, les pièces qui fléchissent d’une manière à peine sensible doivent trouver leur liberté. Peu à peu, la machine et l’homme arrivent à un état de rendement maximum, et alors seulement l’ingénieur peut porter un jugement sérieux sur les perfectionnements nouveaux de la machine qu’il a créée.
- Cela est surtout vrai pour la locomotive et en particulier pour celle qui est destinée aux services de vitesse, parce que pour assurer la ponctualité de la circulation des trains à marche rapide, il faut que le
- 1 Suite. — Vov. n” 966, du 5 décembre 1891, p. 5.
- mécanicien n’ait aucune préoccupation autre que la surveillance de la voie, et qu’il possède à fond sa machine, la maniant avec aisance et sûreté.
- Cette période d’essais, de rodage, comme on dit en termes de métier, a été utilisée dans la machine nouvelle pour mettre en évidence les qualités de production de la chaudière Flaman, précisément au moment oii la locomotive, en tant que moteur ou véhicule, donne lieu encore à des résistances anormales qui disparaîtront peu à peu avec la mise en train, et où cette machine ne fonctionne pas encore dans les conditions requises par les dimensions de ses organes.
- Je m’explique : tout le monde a remarqué que les machines locomotives ont des roues d’autant plus grandes qu’elles sont destinées à courir plus vite. Chaque tour de roue donne lieu à quatre émissions de cylindrées de vapeur. Or, ces cylindrées, projetées dans la cheminée, produisent l’effet d’une forte soufflerie sur le tirage du foyer, activent la combustion comme par saccades et agissent par conséquent, d’autant plus sur la production de vapeur qu’elles sont plus nombreuses dans le même temps, et plus énergiques individuellement.
- D’après un savant allemand, M. Zeuner, le tirage produit par la soufflerie de l’échappement est, lorsque l’écoulement de vapeur est continu et toutes conditions égales d’ailleurs, proportionnel au poids de vapeur dépensé par l’échappement.
- D’autre part cependant, si ces émissions de vapeur sont trop actives et trop énergiques, la force du courant d’air appelé à travers la grille du foyer devient suffisante pour soulever le combustible, l’emporter à l’état de grosses escarbilles non brûlées dans la boîte à fumée qu’elles remplissent; il se produit des trous dans le feu déterminant un courant d'air froid à travers les tubes, la pression dans le générateur baisse rapidement et l’équilibre entre la dépense et la production de vapeur est rompu. La machine marche dans de mauvaises conditions et pour peu que le mécanicien perde la tête, elle ne tarde pas à refuser le service.
- Il y a donc un régime de nombre de coups d’échappement, nécessaire pour que des accidents de ce genre ne se produisent pas : ce régime est un nombre de coups par seconde que l’on obtiendra évidemment, semblable pour des locomotives appropriées à des services différents en leur donnant des roues dont les diamètres seront à peu près inversement proportionnels1 à leur vitesse habituelle de marche.
- Comme conséquence, si nous prenons une locomotive dont l’allure normale convenable à la bonne marche du tirage et par conséquent de la production serait celle des trains de vitesse, 80 kilomètres à l’heure, il est clair que si nous la faisons courir à très petite vitesse, à 20 kilomètres à l’heure, par exemple, le fonctionnement du tirage sera sensiblement réduit, à cause de l’intermittence trop pro-
- 1 D’autres considérations interviennent pour altérer cette proportionnalité exacte, mais seraient beaucoup trop longues à développer ici.
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- longée des coups d'échappement et bien que l’on puisse dépenser dans l’unité de temps autant de vapeur que dans le cas de la grande vitesse. Ainsi donc, en faisant des essais à vitesse très réduite sur une machine à grande vitesse, même en lui faisant développer une puissance de travail supérieure à celle qu’elle produira en vitesse, on place cette machine dans les conditions les plus défectueuses pour son fonctionnement.
- Par suite, si le générateur de cette machine est capable de produire largement la vapeur nécessaire à une telle épreuve, on peut juger comme acquis les progrès qu’on espérait réaliser en en créant le type.
- Ces considérations fournissent le motif scientifique qui a présidé aux expériences que nous allons rapporter. Nous ajouterons qu’un autre motif, d’un ordre tout spécial et non moins important, militait en leur faveur. En raison de sa position en sentinelle avancée contre les frontières de 1871, la Compagnie de l’Est s’est toujours fait un devoir d’accroître scs moyens de traction et de s’assurer de la puissance de ses nouvelles machines à remorquer des trains dont le tonnage équivaut à ceux des unités de transports militaires. On a donc pris pour programme de remorquer sur la section de Châlons à Nancy, où existe une rampe continue de 8 millimètres par mètre entre Nançois-le-Petit et Loxéville, un train d’un tonnage supérieur à celui des transports stratégiques, suivant l’horaire adopté pour ces trains. Les expériences ont eu lieu du 17 au 50 juillet dernier : le wagon dynamométrique de la Compagnie de l’Est, qui a figuré à l’Exposition universelle de 1878. était placé derrière la machine et notait par un tracé, dont la figure 1 donne un spécimen réduit, la courbe des efforts de traction, les temps de dix en dix secondes et les distances kilométriques parcourues.
- Parmi ces trains d’essai, les plus intéressants ont été ceux du 21 et du 24 juillet. Le premier, dont nous donnons le graphique complet entre Châlons ef Loxéville (fig. 2) a pu franchir la rampe de 8 millimètres malgré une charge de 607 tonnes ; le second s’est arreté à 50 mètres du faîte, avec 650 tonnes de charge, il est vrai par un temps brumeux et très humide, où l’emploi des sablières à vapeur n’a pu vaincre le patinage.
- Dans le train du 21, les dépenses d’eau vaporisée ont été :
- I)e Châlons à Yitry—la-Yille 114’,4, par kilom.
- — Vitry-la-Ville à Yitry-Ie-François 1871,!) —
- — Vitry-le-François à Blesme 218'.1, —
- — Blesme à Révigny 185',5, —
- — Révigny à Bar-le-Duc 192',2, —
- — Bar-le-Duc à Nançois-le-I’elit 357',4, —
- — Nançois-le-Petit à Loxéville 475',4, —
- La dépense totale de combustible a été de 672 kilogrammes pour l’allumage et 25521 kilogrammes pour la route, soit, par kilomètre parcouru, allu-
- 1 Ce combustible se composait de 980 kilogrammes de bouilles menues de Bascoup, et de 1572 kilogrammes de briquettes de Mariemont, soit 38 pour 100 de menues.
- mage non compris, 24k«, 54 correspondant à une vaporisation de 9ks, 20 d’eau par kilogramme de charbon consommé dans la route.
- Malgré des efforts de traction atteignant d’une façon continue 6000 kilogrammes en moyenne, produits par une pleine admission de vapeur dans les cylindres, atteignant 50 pour 100 delà course, provoquant par conséquent une dépense énorme de vapeur et malgré une vitesse de marche de 1*6 à 17 kilomètres à l’heure — si lente pour ce type de machine, qu’elle donnait 2, 68 coups d’échappement par seconde, au lieu de 15,40 qu’elle donne à son allure normale de 80 kilomètres à l’heure, — la production de vapeur n’a cessé detre abondante, le niveau de l’eau se maintenant dans la chaudière d’une manière à peu près fixç à la partie supérieure du tube, et la pression restant constante, dans le voisinage du timbre, c’est-à-dire à 11 kilogrammes.
- La même figure 2 montre les variations de la puissance en chevaux-vapeur de 75 kilogrammètres dépensés par seconde sur l’attelage du train. Cette puissance a atteint des chiffres considérables, en moyenne de 550 chevaux pendant 8 kilomètres, avec maxima voisin de 600; de 500 chevaux pendant 15 kilomètres, sans, nous le répétons, qu’il y ait eu à observer de baisse dans le niveau de l’eau dans la chaudière ou dans le degré de pression de la vapeur. Si l’on admet, comme applicables à ces machines, les rendements que de pombreuses expériences ont permis de reconnaître pour d’autres machines à moteurs semblables, c’est-à-dire un taux de 70 pour 100, on voit que la machine a produit jusqu’à 715 chevaux par seconde.
- En totalisant le travail accompli entre deux stations où l’on a constaté la consommation d’eau, on déduit des observations, la dépense d’eau par cheval et par heure. C’est ainsi qu’on trouve entre Blesme et Révigny 15‘,968, et entre Révigny et Bar-le-Duc 12‘,95, nombres qui classent la machine en question parmi les meilleures machines à vapeur sans condensation.
- Dans la journée du 24 juillet, l’expérience qui constatait la limite extrême de la puissance de la machine locomotive, en raison de l’adhérence devenue insuffisante, le générateur se montrait aussi puissant que dans les essais précédents et rien n’indiquait encore que l’on fut près d’en épuiser la capacité de vaporisation. C’est ainsi que le générateur a pu vaporiser jusqu’à 142 litres d’eau parminute, soit 557 litres par kilomètre de parcours, en brûlant 51kM6 de combustible.
- Ces expériences, dont nous n’avons pu forcément donner qu’un aperçu sommaire, classent nettement le générateur Flaman comme le plus puissant de tous ceux qui ont été construits dans les données actuelles du problème en France, c’est-à-dire avec l’obligation d’insérer le corps cylindrique de la chaudière entre les faces intérieures des grandes roues motrices. Incidemment, elles nous ont fait connaître que l’application de ce genre de chaudières à des
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- LA NATURE.
- machines à voyageurs permet à celles-ci de remorquer seules des trains d’un tonnage même supérieur aux trains de transports stratégiques, sur des lignes où deux locomotives accouplées sont nécessaires pour leur faire franchir des faîtes en rampe de 8 millimètres par mètre. 11 nous reste à exposer les expériences
- qui ont été faites à l’allure pour laquelle elles ont été prévues, c'est-à-dire pour le service des trains de voyageurs chargés à très grande vitesse : c’est ce qui fera l’ohjct d’un prochain article.
- — A suivre. — C. C.., ingénieur.
- k ai
- 5500
- ÔOOû
- 5500
- 5000
- 4500
- 4000
- 3500
- 3000
- 2500
- 2000
- 1500
- 1000
- 500
- 650 _
- 600 :
- 350 7.
- 300 a.
- 250 = .
- 150=.
- 265 270 275
- I15 220 225 230 235 240 245 250 255 260
- Indication des Kilomètres.
- Fig. 1. — Essais dynamométriques d’un train remorqué par la locomotive à chaudière Flaman.
- 171 175
- Fig. 2. — Spécimen (réduit) de la courbe des efforts de traction de la locomotive à chaudière Flaman, de la Compagnie des chemins de fer de l’Est.
- NOS SAVANTS CHEZ EUX
- M. PASTEUR
- La photographie est si utile aux sciences physiques et naturelles comme procédé d’enregistrement, qu’il devient banal d’insister sur les services qui sont dus à cet art merveilleux. Un de nos habiles praticiens, M. Dornac, a réussi à étendre à l’histoire, la nature de ccs services. Tl s’est dit : « Nous avons, parmi nos
- contemporains, des hommes illustres, des célébrités de tout genre qui sont la gloire des lettres, des sciences et des arts ; la photographie enregistre bien jusqu’ici leurs portraits, mais ces portraits, exécutés dans l’ateliérde pose, sont souvent raides et guindés, manquant de naturel, et enveloppés de l’accessoire du photographe; rideaux peints sur toile ou colonnes décoratives en carton ; je vais essayer de prendre la photographie de nos grands hommes, chez eux, dans
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- M. Pasteur dans son cabinet de travail. (D’après une photographie de M. ITornac.)
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- LA NATURE.
- l’attitude qui leur est familière, dans le milieu où ils travaillent, à côte' des objets qui sont les te'moins de leurs pense'eset de leurs travaux. » Et M. Dornac s’est mis à l’œuvre ; aidé d’un opérateur habile, muni d’une chambre de grand format avec objectif grand angulaire, il fait les portraits de nos célébrités dans leur cabinet de travail ou dans leur salon ; non pas à la lumière du magnésium, mais en plein jour, et grâce à une pose de longue durée, trente secondes environ, il obtient d’excellents résultats, qui nous paraissent appelés à être appréciés à leur valeur, tout à la fois par les praticiens, au point de vue photographique, et par le public, au point de vue historique1. La collection de Nos contemporains chez eux compte déjà une trentaine de photographies du plus haut intérêt et que nos descendants consulteront assurément pour quelques-unes, comme des reliques de l’histoire. Nous voyons assis à leur bureau, les Gounod, les Sardou, les Alexandre Dumas, les «Daudet, les Renan, les Coppée et les Jules Simon. Nous trouvons dans leur salon les Ohnet, les Paille-ron, les Meilhac et les Massenet; parmi les artistes, les Mounet-Sullv et les Coquelin.
- M. Dornac a l’intention de réserver dans sa collection une belle place aux hommes de science, et nous avons pensé que rien ne pouvait mieux faire valoir le mérite des photographies dont nous parlons, que d’en publier quelques spécimens.
- Nous reproduisons aujourd’hui le portrait de M. Pasteur, dans son cabinet de travail de l’Institut qui porte son nom.
- Voici le grand découvreur, assis au coin de sa cheminée, au milieu de laquelle est le beau motif de Chapu, la Jeunesse, qui pare le tombeau d’Henri Régnault. Ce bronze est un présent offert à l’illustre chimiste par des. éleveurs de Pithiviers en souvenir de la decouverte des vaccinations charbonneuses. Au fond du cabinet, près de la fenêtre, on aperçoit, au-dessus d’un cartonnier, le buste de J.-R. Dumas, qui fut le maître de Pasteur.; ce beau buste est un don du célèbre sculpteur Guillaume. Il y a, sur un des murs de la pièce, le portrait d’Henri Sainte-Claire Deville, qui était un des meilleurs amis de M. Pasteur, et de l’autre côté, les portraits des petits enfants de l’illustre savant; enfin la gravure de l’Alsace par Henner. Deux bibliothèques complètent l’ameublement; elles contiennent des livres et d’innombrables cahiers d’étude. Tout l’appartement occupé par M. Pasteur est rempli de souvenirs qui sont le témoignage de la juste admiration de ses contemporains. Dans le salon, le visiteur a sous lçs yeux toute une série d’objets qui rappellent les études sur le vin, le vinaigre, les vers à soie, le charbon, la rage. Ce sont, soit une coupe représentant autour de son pied des enfants qui portent des grappes de raisin, soit une autre coupe avec des
- 1 Les épreuves photographiques de M. Dornac mesurent 0m,20 X 0m,20. Une série de plus petit format 0“,18 X 0m,15 est livrée au commerce, et se trouve chez la plupart des marchands de photographies.
- moutons et des bœufs, et enfin sur un petit socle, une branche de bruyère couverte de cocons d’or. Le portrait de M. Pasteur, par Donnât, offert par un riche brasseur hollandais, des albums couverts de milliers de signatures des personnages et des célébrités de la France et de l’étranger, forment les archives de cet intérieur, où tout rappelle au maître l’expression des louanges et de la reconnaissance universelles.
- M. Pasteur, dans la photographie que nous reproduisons, est assis en face de la porte d’entrée de son cabinet de travail : cette porte ouvre l’accès d’une longue galerie qui conduit le grand travailleur à ses laboratoires et aux différents services de son Institut h
- — A suivre. — GASTON TlSSANDIER.
- L’ÀLUIINIUM
- SON PRIX DE REVIENT ACTUEL. ---- SON AVENIR
- Nous avons entretenu récemment nos lecteurs du prix de revient de l’aluminium électrolytique2, soit à l’état d’alliage, comme on l’obtient au moyen des procédés Cowles et Iléroult, soit à l’état pur obtenu par le procédé de M. Minet.
- Nous voulons aujourd’hui compléter cette intéressante question en indiquant les prix de revient, auxquels on peut actuellement obtenir ce métal isolé par les procédés lléroult-Kiliani et Hall; le premier exploité en France et en Suisse dans les usines de Froges et de Neuhausen, le second, en Amérique et en Angleterre, dans celles de Pittsburg et de Patricroft. Nous dirons ensuite quelques mots de l’avenir réservé à ce nouveau métal.
- Procédé Héroult-Kiliani. — Relevé du compte de fabrication pour 1 kilogramme d’aluminium produit. (Pur à 98-99 1/2 pour 100.)
- Alumine, 2k«,2ü0 à 0rr,65........................ !f',43
- Cryolithe, 0k«,900 à 0,r,75.......................0fr,68
- Charbon d’électrode, lke,600 à 0fr,35. . . .’ . 0fr,5d
- Main-d’œuvre et direction.........................0fr,56
- Force motrice, 56 chevaux électriques-heure. . 0ft,47 Frais généraux pour 100 tonnes par an. . . . 0fr,30
- Prix de revient du kilogramme d’aluminium
- 4fr,00
- Procédé Hall. — Relevé du compte de fabrication pour 1 kilogramme d’aluminium produit. (Pur à 98-99 1/2 pour 100.)
- Alumine, 2 kilogrammes à 0tr,65................lfr,30
- Charbon, lks,400 à 0fr,56......................0fr,775
- Bain électrolyte, 0ke,375 à 0fr,47..............0fr,175
- Main-d’œuvre et direction......................0(r,56
- Force motrice, 48 chevaux électriques-heure. . 0f,',40 Frais généraux pour 100 tonnes par an. . . . 0tr,39
- Prix de revient du kilogramme d’aluminium
- 3fr,60
- Dans les prix de revient ci-dessus, nous admettons, comme tout le monde aujourd’hui, que la force motrice hydraulique revient à 50 francs par an et par cheval industriel de 7500 heures minimum, pris sur l’arbre de la turbine et logé.
- Nous admettons également que le rendement des dyna-
- 1 Voy. l’Institut Pasteur, n° 808, du 24 novembre 1888, p. 402.
- 8 Voy. n° 964, du 21 novembre 1891, p. 390.
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- LA NATURE.
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- mos en chevaux électriques est environ de 75 pour 100.
- D’après les prix de revient précédents, nous voyons que l’on peut obtenir actuellement l’aluminium au prix de 4 francs le kilogramme, tout en le fabriquant par petites quantités de 100 tonnes par année. 11 serait même très facile de prouver que l’on arriverait aisément au prix de revient de 5 francs au moyen d’une fabrication importante, cela par suite de la diminution de la main-d’œuvre, des frais généraux et même des matières premières, achetées alors en grande quantité. Nous pouvons donc dire dès à présent que l’aluminium vaudra dans peu de temps, à volume égal, le même prix que le cuivre, c’est-à-dire 4fr,75 le kilogramme. 11 n’en est, du reste, pas bien loin, puisque les derniers cours de Neuhausen nous l’offrent aujourd’hui à ()'r,50.
- A prix égal avec le cuivre, nous n’avons pas besoin d’insister sur les nombreux usages que trouvera immédiatement ce nouveau métal, soit à l’état pur, soit à l’état de bronzes ou de laitons. Outre son emploi dans la métallurgie des fontes et des aciers, qui est bien connu de tout le monde et qui ne tardera pas à se généraliser au fur et à mesure que son prix de vente baissera davantage, l’aluminium pourra encore remplacer avantageusement le cuivre et l’étain dans un très grand nombre d’applications industrielles et domestiques. De plus, à cause de sa grande légèreté, il trouvera facilement son emploi dans les constructions aéronautiques et dans toutes celles qui réclament cette qualité. Il est vrai que pur, il n’aurait que la légèreté, et il lui manquerait la seconde qualité indispensable en aéronautique qui est la résistance; mais on obtient facilement celle-ci au moyen d’un faible alliage de 2 à 8 pour 100 de cuivre, qui, tout en laissant au métal une grande légèreté, lui donne une résistance de 52 à 58 kilogrammes par millimètre carré, comme nous l’a fait connaître le capitaine du génie, M. Julien, qui a fait l’année dernière à Chalais de savantes recherches sur ces alliages.
- D’un autre côté, il est vrai que l’aluminium ne possède pas toutes les qualités qu’on lui avait attribuées tout d’abord dans un premier moment d’engouement ; on vient de prouver, en effet, qu’il était attaqué par les acides azotique et sulfurique, de même que par les acides acétique, citrique et tartrique, ce qui rend son emploi impraticable pour la fabrication des appareils destinés à obtenir ces acides, ainsi que pour les appareils culinaires en général b Mais cela est bien peu de chose comme consommation, et les usages auxquels il peut prétendre sont assez nombreux encore, comme on vient de le voir, pour justifier son titre de métal de l’avenir, qu’on lui a donné sans hésitation dès le premier jour de son apparition.
- Mais c’est surtout pour la France que l’aluminium est le métal de l’avenir, car il est tout indiqué pour remplacer, dans une certaine mesure, les métaux usuels dont nous manquons, tels que le cuivre et l’étain, et pour lesquels nous sommes tributaires de l’étranger.
- Nous avons, en effet, en France même, les deux éléments indispensables pour la fabrication de l’aluminium bon marché, c’est-à-dire des forces naturelles hydrauliques considérables et non encore utilisées en plus grande partie, et d’importants gisements de bauxite, qui est le minerai de ce métal.
- Le jour donc où l’on fabriquera dans notre pays de l’aluminium en grande quantité, non seulement on pourra diminuer d’autant les importations des autres métaux dont notre industrie ne peut se passer en ce moment, mais
- 1 Voy. n° 967, du 12 décembre 1891, p. 18.
- encore on tirera un très bon parti des deux sources de richesses naturelles dont nous venons de parler et qui sont actuellement stériles.
- Comme on vient de le voir, cette question de l’aluminium a pour la France une importance réelle, et doit intéresser toute personne vraiment soucieuse du développement industriel de notre pays.
- Henry Thivel, ingénieur.
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- LA JEUNE FILLE « ÉLECTRIQUE »
- ET LES LOIS DE L’ÉQUILIBRE
- « L’électricité est un agent mystérieux, donc tout « ce qui est mystérieux est électrique. » Telle est la logique des masses, observe avec juste raison M. Nelson W. Perry dans un article où il expose les procédés, en somme assez grossiers, employés dans une exhibition faite récemment, à Londres et à Paris, d’une jeune fille dite magnétique ou électrique, possédant, au dire du barnum qui la présente, une force surnaturelle, inexplicable et inconnue, alors qu’il s’agit de simples applications des principes élémentaires des lois de la mécanique, chapitre de l’équilibre.
- Cette logique des masses a déjà donné naissance aux courroies électriques, aux brosses à cheveux, aux brosses à dents électriques, au tripoli électrique, et jusqu’à la reliure électrique. A cette logique des masses, celle du savant répond, presque sous la mêmé*forme, — c’est M. Perry qui parle : — « Toutes les vaches ont des queues, mais tous les animaux ayant des queues ne sont pas des vaches. » La conclusion, c’est que la jeune fille électrique n’a d’électrique que le nom ; si les exercices auxquels elle se livre provoquent l’étonnement d’une certaine partie du public, c’est que ce public n’est pas, à distance, en situation d’observer les, artifices employés dans chacun de ces exercices, et d’en trouver l’explication naturelle dans les lois connues de la mécanique. Nous nous proposons d’indiquer ici un certain nombre de ces artifices et de mentionner quelques-unes de ces expériences en utilisant les renseignements fournis par M. Nelson Perry, ainsi que ceux résultant de nos observations personnelles.
- C’est en 1885 que commencèrent les premiers exercices du genre de ceux dont nous voulons entretenir nos lecteurs : ils furent présentés par Lulu Hurst, de Géorgie, et firent l’objet d’une description du professeur Simon Newcomb dans Science du 6 février 1885. Le succès de ces exercices, alors inexpliqués, fut prodigieux, et Lulu Hurst ne tarda pas à rencontrer de nombreuses imitatrices ; miss Abbott, de Londres, miss Abbett, de Paris, sont les plus récentes et, croyons-nous, les premières en Europe : elles font les mêmes exercices, elles ont même considérablement perfectionné et varié les expériences de leur initiatrice Lulu Hurst. Tous ces exercices tendent à un même but ; faire croire à une force surnaturelle et incompréhensible, électrique ou magnétique, en mettant en lutte ou en
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- J 72
- LA NATURE.
- opposition, dans des conditions égales ou équivalentes en apparence, des athlètes ou des hommes très robustes, et une jeune tille frêle et délicate qui triomphe d’eux dans chacune de ces expériences.
- L’une d’elles consiste a faire tenir horizontalement, à un ou plusieurs hommes, un bâton ou une queue de billard, les bras élevés au-dessus de la tète, comme le représente la Ligure 1. En exerçant une poussée avec une seule main, la jeune tille fait reculer les deux ou trois hommes qui, en équilibre instable et sous l’action oblique de la poussée exercée, sont obligés de reculer pour ne pas tomber en arrière. Cette première expérience est trop élémentaire et trop enfantine pour qu’il soit nécessaire d’insister. Pour la vraisemblance et 1’unité de gran-
- Fig- 1.
- hommes sont invités â faire glisser le bâton verticalement dans la main de la jeune fille, ce qu’ils ne parviennent pas à accomplir, malgré leurs efforts consciencieux et réitérés.
- Voici comment M. Nelson Perry explique cet exercice. Les deux hommes sont invités à se placer parallèlement l’un à l’autre, par côté, et la jeune tille, en face, dispose la paume de sa main contre le bâton, la paume tournée vers elle-même. Elle a soin de placer sa main aussi loin que possible de celles des deux hommes, de façon à se donner un certain bras de levier. Elle commence alors à faire glisser sa main le long du bâton, légèrement d’abord, puis avec une pression croissante, comme si elle voulait améliorer et assurer le contact entre le bâton et sa main. Elle l’écarte ainsi de la perpendiculaire et invite les deux hommes à le maintenir vertical, ce qu’ils font dans des conditions très désavantageuses, eu égard aux dif-
- deur des personnages, le dessinateur a supposé la petite fille juchée sur une estrade dans cette première expérience. Dans les expériences auxquelles nous avons assisté, cette estrade est rendue inutile par le fait que la jeune fdle qui les répète est d’une bonne taille moyenne, suffisante pour atteindre le bâton en allongeant le bras et en se dressant sur la pointe des pieds.
- Voici une deuxième expérience plus complexe et moins facilement explicable au premier abord.
- Deux hommes (fig. 2) prennent un solide bâton d’environ lm,20 de longueur et doivent le maintenir solidement dans une position verticale. La jeune fille place sa main ouverte contre le bout inférieur du bâton, dans la position représentée, et les deux
- Fig. 2.
- férences de longueur des bras du levier. L’effort exercé par la jeune fille est très faible parce que, d'une part, elle a le bras de levier pour elle, et que, d’autre part, l’action sur son bras est une simple traction. Lorsqu’elle sent que la pression exercée est assez grande, elle dit aux hommes d’exercer un effort vertical aussi grand que possible pour faire descendre le bâton. Ils s’imaginent alors exercer une force verticale considérable, tandis qu’en réalité, leurs efforts sont horizontaux et tendent â maintenir le bâton dans la position verticale pour réagir contre la pression exercée à la partie inférieure du bâton. Il y a bien évidemment une certaine composante verticale qui tend à faire descendre le bâton, mais la pression latérale produit un frottement suffisant- entre la main et le bâton pour supporler celte force verticale sans difficulté. M. Perry a fait l’expérience en se plaçant sur une balance à ressort et en prenant le
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- LÀ N AT ü ItE.
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- r(Me de la jeune fille, avec deux hommes très robustes comme adversaires. Tous les efforts faits pour faire glisser le bâton dans la main ouverte ont échoué, et l’excès de poids du à la force verticale est toujours resté inférieur à 12 kilogrammes, malgré les efforts très sé-rieux et très sincères des deux hommes qui, à leur insu, exerçaient leurs efforts dans une direction horizontale.
- Dans l’expérience représentée ligure 3, et qui rappelle assez bien la première (fig. 1), les deux hommes sont invités à maintenir le bâton rigide et immobile, mais il suffit de la plus légère pression sur l’extrémité pour déplacer le bras et le corps du sujet. Cette pression est tout d’abord exercée légèrement et les e ffo r t s graduellement augmentés ; puis, tout d’un coup lorsque la force exercée horizontalement est la plus grande possible, et que les hommes font leurs efforts dans une direction opposée pour y résister, la jeune fille cesse brusquement cette force sans prévenir et l’exerce en sens inverse. Non préparés à ce changement, les victimes perdent l’équilibre et se trouvent à la merci de la faible tille, d’autant plus que les victimes sont plus vigoureuses et que leurs efforts sont plus grands.
- L’expérience réussit encore mieux avec trois hommes qu’avec deux ou un seul, bans l’expérience représentée figure 4, où il s’agit de soulever facilement et sans effort un homme très lourd, le truc est non moins simple. Sur cent personnes soumises a l’expérience, quatre-vingt-dix-neuf, sachant que l’expérimentateur veut les soulever et les taire tomber en avant, saisissent le fond de la
- chaise ou les bras du fauteuil et, en s’efforçant de résister, font porter tout le poids de leur corps sur leurs pieds. S’ils ne le font pas dès le premier instant, ils arrivent à le faire lorsqu’ils ont conscience des efforts faits par la jeune fille pour soulever le siège, et ils y aident inconsciemment. L’expérimentateur n’a donc besoin que d’exercer une poussée horizontale, sansproduire aucun soulèvement, et cette poussée norizontale est facilitée en prenant les genoux pour points d’appui de ses coudes. Dès qu’un petit mouvemeut est obtenu, le plus dur est fait, car il suffit qu’elle cesse d’exercer ses efforts pour que la chaise retombe ou reçoive un mouvement latéral d’un côté ou de l’autre. En tout cas, l’équilibre est détruit, et il suffit d’un peu d’habileté avant que l’équilibre ne soit rétabli pour faire déplacer le sujet dans toutes les directions sans grande dépense d’énergie. La difficulté n’est pas accrue en mettant deux hommes
- ou même trois hommes sur les genoux l’un de l’autre, comme le représente la figure 4, car dans ce dernier cas, le troisième agit comme un véritable contrepoids au premier, et le système ressemble assez bien à un appareil à équilibre instable dont le centre de gravité est très élevé, et, par suite d’autant plus facile à mouvoir.
- Toutes ces expériences demandent un peu d’habileté et d’exercices, mais ne présentent aucune difficulté, et ne méritent [tas, à tout prendre, les articles dithyrambiques qui ont valu à la jeune fille « électrique » ou « magnétique » sa réputation européenne. Dr Z.
- Fig. 5.
- Fig. 4.
- Exercices Je la jeune fille « électrique ».
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Le magnétisme de l'oxygène. — On sait que l’oxygène est de beaucoup le plus magnétique de tous les gaz ; l’atmosphère, composée pour un cinquième d’oxygène agit, au point de vue magnétique, comme une couche de fer de un dixième de millimètre qui entourerait la terre. Cette propriété subsiste-t-elle à l’état liquide ? On ne pouvait l’affirmer a priori, mais le professeur Denar vient de le montrer par une expérience directe, hardie et très frappante. Ayant versé une petite quantité d’oxygène liquide, bouillant à la température de — 181°, dans une capsule de sel gemme, il plaça celle-ci au-dessous de l’élec-tro-aimant qui avait servi à Faraday dans ses célèbres recherches; aussitôt, l’oxygène se souleva, et resta suspendu à l’aimant jusqu’à sa complète évaporation. La discussion des résultats numériques auxquels conduisent les mesures basées sur cette expérience, nous promet des données qui nous feront mieux comprendre les actions magnétiques.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 février 1892. — Présidence de M. d’Abbadie.
- Un prodige. — L’événement de la séance, à en juger par les applaudissements qu’il a provoqués, a été l’exhibition, par M. Darboux, d’un jeune homme, M. Inaudi, qui réalise mentalement et avec une rapidité vertigineuse les calculs numériques les plus compliqués. D’après les gens qui peuvent comparer, il dépasserait de beaucoup le célèbre Henri Mondeux que l’illustre Cauchy a présenté à l’Académie en 1840. Ce calculateur tournant le dos au tibleau, M. Darboux y écrit les deux nombres suivants qu’il énonce tout haut :
- 4.125.547.258.445.525.851
- 1.248.126.158.254.128.910
- et il en demande la différence. M. Inaudi qui, sans les regarder, les répète de mémoire, invite les assistants à causer entre eux et avec lui pendant qu’il fera l’opération de tête ; on parle d’IIenri Mondeux, on retrouve la date d’événements anciens, le jour de la semaine du 4 août 1840, etc., puis tout à coup le « sujet » déclare que la différence demandée par M. Darboux est :
- 2.875.421.100.211.594.924.
- Un demande ensuite quel est le nombre dont le cube ajouté au carré donne 5600 et la réponse qui est exacte est immédiatement donnée : 15. M. Poincaré a préparé tout un problème : « Prenez, dit-il, le nombre 4801, élevez-le au carré, et de ce carré retranchez 1 puis divisez la différence par 6 ; quelle est la racine carrée du nombre ainsi trouvé. )) Après avoir déclaré que l’opération sera un peu longue, c’est-à-dire trois ou quatre minutes, M. Inaudi saisit l’occasion pour expliquer la méthode qui lui a fait réussir la soustraction de tout à l’heure et, toujours sans se retourner vers le tableau, il rappelle les nombres formidables écrits plus haut et le reste de la soustraction. Puis : «J’ai trouvé la solution du problème, le nombre demandé par M. Poincaré est I960 ». Ce qui est juste. Enfin, M. Darboux propose la multiplication de 452 par 558. Elle est faite instantanément et la preuve par 9 montre que 245 176 qui est indiqué, est bien le produit cherché. Comme conclusion le jeune calculateur est renvoyé à une Commission qui comprendra MM. Darboux, Poincaré, Tisserant et Charcot.
- Mesure optique des températures élevées. — A l’occasion d’une Note présentée tout récemment sur ce sujet par M. Le Chàtelier, M. Henri Becquerel rappelle qu’il y a trente ans, en 1862, son illustre père, M. Edmond Becquerel, a publié un Mémoire très étendu contenant la plupart des résultats obtenus par M. Le Chàtelier. Ceux-ci n’ont donc, en aucune façon, le caractère de nouveauté que leur attribue ce physicien.
- Les courants océaniqties. •— Revenant sur un sujet qu’il a déjà traité, M. le prince de Monaco présente trois cartes résumant les travaux de son yacht l'Hirondelle, et, en particulier, une carte qui exprime la circulation superficielle des eaux dans l’océan Atlantique Nord. On voit aussi sur la table le flotteur type employé par l’auteur et le flotteur retrouvé le dernier et que l’action chimique de la mer a dépouillé en partie de sa carapace de cuivre. Du reste, la nouvelle communication n’ajoute aucun fait à ceux que l’auteur a déjà annoncés, et confirme son opinion d’une circulation tourbillonnaire de l’Océan dont le centre de rotation serait placé au‘voisinage des Açores. Des 1775 flotteurs lancés, 228 ont maintenant été retrouvés et la rapidité de leur échouement conduit à diviser l’Atlantique en deux zones dont la plus méridionale est animée d’un mouvement de translation notablement plus rapide que l’autre.
- L'asphyxie par l’oxyde de carbone. — Par l’intermédiaire de M. Alphonse Milne-Edwards, notre savant col lègue, M. N. Gréhanl, assistant de physiologie au Muséum, décrit une méthode qui permet le dosage très exact de l’oxyde de carbone dans le sang d’un animal vivant. Comme l’application aura nécessairement son contrecoup dans la question toujours pendante du chauffage des voitures, l’auteur a enfermé un chien dans une caisse hermétiquement close où brûlait une briquette à chaufferette. Après trois quarts d’heure de séjour dans ce milieu, il procéda à un examen qui ne rév?la dans le sang du chien qu’une très faible proportion d’oxyde de carbone, évidemment inférieure à celles qui pourraient nuire.
- Zoologie islandaise. — Grâce à des matériaux rapportés par M. Ch. Rabot, M. Jules de Guerne et M. Richard ont dressé le plan de la faune d’eau douce de l’Islande. M. Alphonse Milne-Edwards, qui présente ce travail, fait remarquer que les animaux décrits et spécialement les crustacés, ont des caractères mixtes qui rappellent à la fois leurs congénères d’Europe et leurs congénères d’Amérique. Cette circonstance peut s’expliquer peut-être par les conditions climatériques quelque peu ambiguës de l’Islande.
- Varia. — Des études spectroscopiques portent M. Deslandes a admettre que des étoiles jaunes comme est notre Soleil peuvent présenter dans certaines parties de leur ravonnement des caractères identiques à ceux qui sont propres aux étoiles blanches. — Par 44 suffrages sur 48 votants, M. Manen est nommé correspondant de la section de géographie et navigation. — On annonce la mort, survenue le 4 février à Louvain, de M. Gilbert, correspondant de la section de mécanique. — M. Passv cherche à déterminer le minimum de perceptibilité des odeurs. — La préparation de l’isopropylate de sodium a été réalisée par M. de Forcrand qui en étudie les propriétés. — Selon M. Parmentier, les enduits rouges que produit d’abord l’acide sulfhydrique dans les solutions de sels de plomb consistent en chlorosulfure, bromosulfure et composés analogues dont l’auteur donne l’analyse. — Le sesquichlo-rure de ruthénium anhydre a été obtenu par M. Joly. —
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- M. Rousseau traitant le nitrate d'argent par la silice en tube scellé, a préparé un azotosilieate d’argent d’où il a retiré l’acide azotosilicique analogue à l’acide phos-phosilicique et que l’on ne connaissait pas encore. — La constitution de l’ovule des asclépiadés occupe M. Chauvcaud. — M. Chapuis a'déterminé l’indice de réfraction de quelques gaz liquéfiés tels que l’acide sulfureux et le chlorure de méthyle. — On entend M. le général Derrécagaix sur la nouvelle mesure de la hase géodé-sique dé Perpignan. Stanislas Meunier.
- LES FRANÇAIS PEINTS PAR LES CHINOIS
- La Nature a reproduit, il y a quelques années1, une gravure du journal chinois illustré de Shanghaï. Il s’agissait de ballons captifs qui furent d’une si grande utilité à notre vaillante petite armée du Ton-kin. Voici quelques gravures d’un numéro du même journal chinois (fig. 1,2 et o) : elles viennent de tomber par hasard entre mes mains. Bien que l’impression porte la date peu récente de la 14e année de Kou-kouang-shu, 10e lune, il y a quelques indications utiles à relever. Les lecteurs de La Nature voudront bien voir dans ces illustrations, un peu réalistes, autre chose que des caricatures. Elles sont l’oeuvre d’un publiciste chinois qui se donne la mission de vulgariser la science européenne et scs applications à l’industrie, parmi ses compatriotes.
- On expose sous forme de Faits divers le suicide de deux Français, dont l’un, habitant des environs de Paris, fait de l’aérostatique une application qui n’est certes point banale. La tète, attachée a un ballon, a été transportée, après décapitation complète, à une distance de 200 lys, où on l’a trouvée, accrochée a un arbre. Le corps en retombant dans la chambre, a fermé les fenêtres au moyen des chaînes attachées aux pieds. Par surcroît de précautions, le pauvre homme tenait à la main un écrit pour avertir la justice qu’elle se trouvait en présence d’un suicide et non d’un assassinat (fig. 1).
- Tout cela est fort possible, continue l’écrivain qui sans autre transition passe au suicide d’un autre Français. Celui-ci abandonne, par écrit, son cadavre pour être dévoré par les fauves de la ménagerie. Je vous envoie les réflexions que ces récits suggèrent au publiciste chinois :
- « 11 n’v a en tout ceci, pour les Européens, rien qui puisse exciter la répulsion, rien qui soit contre nature. N’auraient-ils pas mieux fait, ces deux individus, de livrer leur cadavre à un chimiste qui en aurait tiré meilleur parti, et les aurait utilisés sous forme de savon et d’engrais (fig. 2 et 5). La science européenne est arrivée, en effet, à des résultats étonnants; elle ne laisse rien se perdre; il n’y a rien qu’elle ne puisse utiliser.
- « Un chimiste anglais a trouvé le moyen d’extraire du corps humain du savon et un engrais pour l’agriculture. »
- Le dessinateur complète le texte qui, cette fois, laisse une lacune regrettable. Il sera difficile, faute
- 1 Voy. W>92, du 4 octobre 1884, p. 288.
- de renseignements précis, de pouvoir se rendre à cette usine en pleine exploitation, d’après la gravure. On aurait pourtant suivi avec intérêt les phases diverses de la saponification ; l’activité des pilons et des meules actionnées par la vapeur, aurait permis d’apprécier la quantité d’engrais en poudre fournie dans un temps donné.
- Essayons, malgré la difficulté, de faire apprécier la saveur (pie cette littérature a dans l’original.
- « L’humanité et notre législation nous prescrivent d’ensevelir au plus tôt nos morts, et de respecter leur repos. Toute violation de sépulture est, d’après nos lois, un crime
- S 'T &
- 'f ï *
- Fig. 1. — Le suicide d’un Parisien aéronaute. Fac-similé d’une gravure chinoise publiée à Shanghaï.
- puni de mort. Les Européens considèrent la plus grande utilité publique. Ont-ils raison? je l’affirme. L’agriculture bénéficiera des terrains qui ne seront plus nécessaires aux sépultures. Et pour les gens peu fortunés : plus de frais de funérailles ; bien plus, un gain appréciable provenant de la vente des cadavres de leurs proches; les champs rendus plus fertiles par un engrais plus abondant, le prix du savon subira une baisse considérable. »
- Et c’est ainsi qu’un folliculaire entretient et propage dans les masses, des préjugés qui rendent les Européens odieux et leurs inventions abominables.
- Le Gouvernement chinois voit autrement les choses; il sait apprécier en se les appropriant nos inventions modernes.
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- LA NATURE.
- Nous sommes loin du temps où le prince Régent, Président du Tsoung-ly-yamcn s’excusait assez dédaigneusement auprès du baron Gros, Ministre de France à Pékin, sur ses occupations qui ne lui permettaient pas de se déranger pour aller voir un wan-i-cul, un joujou. Il s’agissait d’une station complète télégraphique, don de l’Administration des postes à son Excellence. Ce joujou est devenu un réseau qui met le Gouvernement central en communication directe avec les vice-rois de chaque province. Bien plus, au moment des discussions les
- plus vives au sujet du Tonkin, le Ministre chinois télégraphiait de Paris à son Gouvernement toute une séance de la Chambre, in extenso.
- Le télégraphe fonctionne assez régulièrement entre les mains d’employés indigènes. Le bureau, installé hors de la ville tartare, reçoit et transmet les dépêches en toutes langues. Pour les dépêches chinoises, il fournit un livret de 8000 caractères numérotés. Ce nombre suffit amplement à toute sorte de communications qui sont transmises promptement et facilement au moyen des numéros corres*
- Fig. 2. — Fabrique d’engrais confectionné Fig. 3. — Fabrique de savon confectionné
- avec des cadavres lmriiains. (Fac-similé d’un dessin chinois.) avec de la graisse humaine. (Fac-similé d’un dessin chinois.)
- pondants à chacun de ces caractères. Le télégraphe aura été ici l’avant-garde des chemins de fer qui relient maintenant Takou, Tien-Tsin et les mines de charbon de Tan-Chan exploitées avec tout l’outillage moderne. Cette voie ferrée sera continuée jusqu’aux frontières de la Russie.
- La Nature a donné récemment un exposé exact des forces maritimes de l’escadre du Nord montée uniquement et dirigée par des indigènes. Tien-Tsin est en possession de tout le matériel nécessaire aux ballons captifs; La Nature en a fait également mention.
- Des travaux considérables de défense, arsenaux entrepris pour le Gouvernement chinois, ont rendu
- célèbres les noms d’un bon nombre de nos officiers et ingénieurs les plus distingués.
- L’éclairage électrique fonctionne depuis quatre ans à la Cour. Une petite machine à vapeur de douze chevaux alimente les lampes de plusieurs lustres qui éclairent les salles du Palais impérial.
- Cette brève et incomplète énumération démontre suffisamment que la Chine est entrée résolument dans la voie du progrès malgré les préjugés répandus dans les populations. X..., à Pékin.
- Pékin, le 11 novembre 18‘J1.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleuras, 0.
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- N'° 977. — 20 FÉVRIER 1892. LA. NATURE.
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- LES ÀGÂVES
- Un donne comniunëment le nom d’Aloès à des plantes ayant un port spécial, à feuilles longues et charnues, plus ou moins garnies d’aiguillons à l'extrémité et sur les bords, et dont une espèce est très répandue dans les jardins, en été. Toutefois, on ne s’explique guère pourquoi ce nom d’Aloès a prévalu, pour des végétaux qui ne devraient pas s’appeler ainsi. Les vrais Aloès, ceux dont on tire le suc purgatif bien connu, ont bien un peu le port des plantes qui nous occupent, mais dans des proportions beaucoup plus restreintes et leur valeur ornementale est
- tout autre. C’est Agave qu’il faudrait dire et non Aloès.
- En Amérique centrale, d’où les Agaves sont originaires, on leur donne le nom collectif de Pita, Ozal, Istle, Me 11, Maguey, etc., et c’est là, la vraie patrie de ces plantes et où elles sont cultivées en grand depuis les temps les plus reculés.
- A une époque qui, vraisemblablement, doit remonter à la découverte de l’Amérique, une espèce d’Agave a été introduite aux Antilles, sur la côte d’Afrique et dans le midi de l’Europe, et elle s’y est naturalisée à ce point qu’on la croirait chez elle. C’est YAg. cimericana, la première connue de nous et à laquelle Linné a donné ce qualificatif, ignorant
- Etude d’aloès. — Agave américaine. Route du ravin Raz-el-Aïn (Oran). (D’après une photographie de 1IM. Neurdciu.)
- que toutes les Agaves étaient américaines. Aujourd’hui le nombre des espèces est relativement considérable, puisque les catalogues des horticulteurs en mentionnent plus de cent. Mais, rigoureusement, on estime que c’est à peine le quart de ce nombre d’espèces bien distinctes qu’il faut attribuer à ce genre d’Amaryllidées, famille à laquelle appartiennent les Agaves. Est-il bien certain même que ce chiffre soit exact? Comme pour toutes les plantes qui ont varié par la culture, qui ont formé des hybrides entre espèces d’abord bien définies, celles-ci ont été introduites par les horticulteurs et baptisées suivant l’aspect du feuillage, le port de la plante, et, comme chez nous, elles ne fleurissent qu’après de longues années, les caractères fournis par l’inflorescence et les fleurs manquent. De là un chaos dont on a peine Î0e anaée. — ter semestre.
- à sortir malgré les beaux travaux d’Engelmann qui a étudié ces plantes en Louisiane et là où il lui était facile de les cultiver.
- Ce qui doit nous occuper ici, c’est l’usage important qui est fait des Agaves et qui va croissant depuis quelques années. Chez nous, elles sont ornementales, et sur les bords de la Méditerranée, soit sur le littoral, soit dans les jardins féeriques que les amateurs de belles plantes ont créés, on peut voir des spécimens d’Agaves en pleine terre et dont les dimensions et la splendeur de végétation sont inoubliables pour le touriste.
- Transportons-nous par la pensée au Mexique dont le territoire est presque quatre fois grand comme la France et voyons un peu le rôle du Maguey dans ce
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- LA N AT U R K.
- L’Exposition de 1881) nous a révélé que la nation mexicaine avait fait des progrès considérables, que ses habitants étaient d’une activité et d’une intelligence remarquables et que les Français en étaient particulièrement aimés. Parmi les richesses qui étaient représentées à l’Exposition du Mexique, le Maguey tenait une place énorme.
- Les Agaves jouent au Mexique le rôle de plantes vinileres et de plantes textiles de premier ordre. Elles fournissent, par les faisceaux libreux de leurs feuilles une matière filamenteuse répandue maintenant dans le monde entier sous le nom de libres d’Aloès.Ces filtres, de grosseur et de longueur variables, suivant les races auxquelles on a affaire et les provinces qui les fournissent, ont un mérite d’élasticité et de durée qui les font rechercher pour la corderie, la brosserie, le harnachement ou pour faire des tissus grossiers et d’un usage courant dans ces contrées. Gomme plantes vinifères, on sait que les Agaves produisent une boisson nationale consommée à l’égal du vin, du cidre en Europe et qui porte le nom mexicain de Pulque. Enfin si ce pulque non encore totalement fermenté, et qui est ce que l’on nomme l’Aguamiel ou sève de Maguey, est distillé suivant certains procédés, on obtient un alcool qui prend le nom de Mescal et qui est bu au Mexique, comme chez nous on boit de l'eau-de-vic.
- C’est principalement dans les régions basses et moyennes que viennent les Agaves à l’état sauvage, et que les cultures importantes ont été faites depuis que la consommation et surtout l’importation ont pris un développement dont on n’a pas idée1.
- Le Maguey a l’avantage de pouvoir venir dans des terrains où rien autre ne pourrait croître ; aussi des étendues immenses de sol stérile sur le littoral se sont vues, par l’appàt du gain, sous l’impulsion de puissantes compagnies, couvertes de Maguey qui y vient à merveille et donne d’excellents produits. Toutefois il ne faudrait‘pas croire que cetle plante dédaigne les engrais, et quand les ressources le permettent on fume le sol avec avantage. Les engrais potassiques sont préférés à tout autre, et ce sont souvent les cendres des feuilles non utilisées qui servent à cet usage. Chaque province ayant, dans un pays aussi accidenté, une altitude différente et conséquemment une température distincte, cultive telles variétés de Maguey qui s’accommodent au climat, et que l’habitude a consacrées depuis longtemps. Aussi les noms locaux les plus variés, astecs ou espagnols, leur sont-ils appliqués.
- Suivant que le Maguey est destiné à fournir des libres, soit Henequen, ou Istle, ou bien a faire du Pulque ou du Mescal, la culture est pratiquée en conséquence et avec des sortes que l’expérience a reconnues préférables à d’autres. On connaît environ
- 1 On m’a cité une compagnie, entre autres, qui, au Yuca-tan, province qui, à elle seule, produit plus de libres d’Aloès que tout le reste du Mexique, s’était formée avec un nombre de millions comme capital vraiment extraordinaire, et que, en peu d’années, elle avait remboursé ce capital.
- une dizaine de variétés fournissant plus particulièrement les fibres de henequen : Y Agave rigida, les variétés mexicana et lurida, YAg. Houlletiana ou Sisalana et quelques autres sont les principales. On donne souvent le nom de Sisal au henequen, parce que du port de Sisal, dans le Yucatan, on exporte de grandes quantités de ces libres.
- Ce sont ces sortes d'Agaves qui donnent de longues et soyeuses libres servant surtout pour la corderie ou les tissus grossiers. Leur principal avantage, ai-je dit, est d’être élastique et de résister longtemps à la putrescence.
- L’exploitation de ces Agaves étant très fructueuse, elle s’est étendue avec un résultat inattendu aux îles Bahama. 11 résulte de rapports circonstanciés adressés par le consul anglais au Gouvernement britannique en 1890, que des espaces considérables de terrain perdu et ne pouvant recevoir aucune autre culture sont consacrés maintenant à la production du Sisal.
- D’autres Agaves appelées au Mexique Lcchuguilla (petite laitue) et dont la principale a été rapportée par les botanistes compétents à YAg. heteracantha, donnent des fibres moins longues mais plus grosses, et à cause de leur rigidité servent à remplacer les soies de porc dans la brosserie bon marché. C’est à ces sortes de fibres que l’on donne le nom générique d’istle ou bien encore de Tampico, à cause des chargements qui s’en font dans ce port1.
- Ne serait-il pas à désirer, avant que le marché soit trop encombré, que l’Algérie se mit à faire sérieusement l’exploitation des fibres d’Agave en choisissant les meilleures espèces recherchées par l’industrie, et en utilisant pour cet objet des terrains abandonnés et considérés jusqu’ici comme impropres à la culture?
- Un débouché auquel on ne se serait pas attendu pour les produits de l’Agave est l’emploi de liens servant à botteler la moisson et les foins. On sait que le lien dont on se sert d’habitude est une poignée de paille, surmontée des épis, qui est tordue sur le champ même par les moissonneurs. Pour cette besogne il faut des hommes ou des femmes vigoureuses, indépendamment de la perte en paille et en grains. Or, avec des liens tout faits de fibres d’Agave, et qui se vendent à un bon marché inouï, des femmes et même des enfants peuvent, sans fatigue, botteler parfaitement et en beaucoup moins de temps qu’avec le lien de paille. Il paraît que la consommation qui en est faite dans l’Amérique du Nord est inimaginable. Cette pratique est même arrivée jusqu’à nous et, dans nos campagnes, on lie la moisson, en beaucoup d’endroits, avec des liens de la sorte, mais faits de fibres de Jute dont l’Angleterre nous inonde. Plusieurs machines sont employées au Mexique pour k décortication des feuilles d’Agave.
- Quant à la culture des Agaves pour le Pulque dont
- 1 La partie épaisse et charnue de la racine de quelques-unes de ces Agaves appelée Amole sert de savon et, quand elle est rôtie, elle est alimentaire et considérée comme « savory food ».
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- l'usage est encore très répandu au centre du Mexique, il est probable quelle cédera le pas peu à peu à la Vigne, dont la culture, au temps de la domination espagnole, était expressément défendue, les conquérants se réservant le droit d’écouler leur vin du continent européen dans leurs colonies américaines. La Vigne vient merveilleusement dans ce pays et on compte actuellement plus de cent cinquante plantations importantes. Cependant les statistiques mentionnées dans l’intéressant ouvrage de M. Segura, sur le Maguey, prouvent que, bien que le Pulque ne soit plus consommé que par la classe pauvre des grandes villes et dans les campagnes, la production se maintient dans des proportions énormes.
- On sait que pour la fabrication du Pulque on cultive avec soin des races d’Agaves de préférence comme nous le faisons pour la Vigne. L'Ag. Sal-miana, mitræfolia, latifolia, etc., sont au nombre des trente et quelques sortes connues pour cet usage. C’est dans les régions élevées et relativement froides, 2000 à 2800 mètres, que le Pulque est de meilleure qualité. Dans ces conditions, c’est entre douze et quinze ans que les pieds de Maguey se préparent à fleurir. Alors, quand la hampe florale s’annonce et a atteint 1 mètre environ au-dessus des feuilles., on pratique la castration. Elle consiste à couper, à hauteur d’homme, cette hampe naissante et la section inférieure est maintenue en cuvette afin que la sève s’y accumule. Quelques heures après la cuvette est pleine de sève et, au moyen d’une pipette à réservoir, un homme la vide en passant ainsi à tous les pieds d’Agave en rapport. Chaque cuvette est recouverte de feuilles puis le lendemain on repasse et ainsi pendant toute la durée d’émission, c’est-à-dire de deux à cinq mois suivant les races et les localités.
- Une outre en peau ou autre récipient reçoit la sève ou Aguamiel recueillie et qui, bientôt, fermentera et formera le Pulque. Il serait trop long d’entrer dans des détails de fabrication ou de soins à donner à cette boisson à laquelle l’Européen ne se fait pas d’emblée, à cause de sa saveur nauséeuse due surtout aux outres qui la contiennent ordinairement; mais bientôt on s’y habitue et même on se passionne pour ce breuvage qui passe pour avoir des propriétés merveilleuses et réconfortantes, et sur lesquelles des médecins se sont longuement étendus1.
- On retire du Pulque par distillation un alcool qui prend le nom deMescal, quoique, à proprement parler, le Mescal soit l’objet d’une préparation spéciale.
- On emploie de préférence pour cela des races particulières d’Agaves qui ne sont pas les mêmes que pour le Pulque. On cite, entre autres, le Maguey verde; mais, au demeurant, les sortes appelées Le-chuguilla sont celles que l’on recherche plus particulièrement. La sève ou Aguamiel recueilli, on prend des feuilles de la plante que l’on fait cuire à l’étuvée ou en barbocoa pour quelles n’évaporent pas trop, puis ces feuilles sont ajoutées à la sève en fermen-
- 1 Voy. l)r Yalen’züela. — Bull. Soc. Acclimat., 1876, p. 75.
- tation et l'on distille. Un a alors le Mescal, alcool à saveur empyreumatique et estimé des amateurs.
- Il ne faut pas oublier que la portion épidermique des feuilles d’Agave contient un principe irritant et qui rubéfie la peau, quand on l’y applique, et cet agent est peut-être véhiculé par la distillation donnant alors au Mescal un bouquet qui n’est pas sans valeur pour un palais mexicqin.
- L’Agave americana, qui prospère en Algérie) Voy; la gravure p. 177), sert, dans notre colonie, à faire des clôtures ; les blessures que font les aiguillons des feuilles ne sont pas sans danger.
- Des hampes sèches on fait des bâtis pour constructions légères et de la moelle souple on confectionne des fonds de boites à insectes et des cuirs à rasoirs fort estimés des Figaros de marque.
- Jules Poisson.
- RECENSEMENT DES PIGEONS Y0YAGEURS
- A PARIS1
- Le recensement des pigeons voyageurs, prescrit par la loi de 1877 sur les réquisitions militaires, a été opéré à Paris du 1er au 15 janvier 1890; les chiffres qui ont été recueillis montrent l’importance que l’élevage des pigeons voyageurs a prise depuis la guerre de 1870. Voici les conclusions auxquelles on est arrivé, elles se traduisent par les résultats suivants :
- Le nombre des propriétaires et des pigeons voyageurs augmente tous les ans dans une proportion très sensible. En 1890, le recensement des pigeons voyageurs avait donné les chiffres suivants :
- Propriétaires, 608; pigeons entraînés, 6619; pigeons non entraînés, 6658; soit au total, 12 277.
- En 1891, le recensement donne :
- Propriétaires, 697 ; pigeons entraînés, 7012 ; pigeons non entraînés, 6977 ; soit au total, 15 989.
- Ces chiffres, mis en comparaison avec ceux de l’année précédente, représentent une augmentation de 89 propriétaires et de 1712 pigeons. Le recensement des pigeons voyageurs ne porte pas seulement, comme pour les chevaux, sur le chiffre brut des pigeons ; il est complété par une enquête sérieuse faite sur la moralité et la situation militaire de chaque propriétaire de pigeons voyageurs et aussi sur la direction d’entraînement de ses pigeons, de façon qu’au moment d’une déclaration de guerre, l’autorité militaire, prenant possession des colombiers, puisse de suite utiliser les pigeons. Cette enquête permet aussi de découvrir les propriétaires qui sont en contravention pour déclarations fausses ou manque d’autorisation. La grande majorité des éleveurs est de nationalité française ; on compte cependant un certain nombre d’étrangers se décomposant comme il suit : vingt-sept Belges, un Busse, un Espagnol, un Suisse, un Autrichien, quatre Allemands.
- L’arrondissement de Paris où il y a le plus de propriétaires de pigeons, est le vingtième ; après, viennent les onzième, dix-neuvième et treizième. Celui qui en a le moins est le troisième arrondissement. Il n’y a dans cet arrondissement que trois propriétaires qui ont, en tout, vingt-quatre pigeons.
- 1 Voy. Colombiers militaires en Europe, n° 948, du 1er août 1891, p. 158.
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- LA NATURE.
- BAGUETTES CALCULATRICES
- DE M. I'KUVOST LE GUAY
- Le principe des baguettes calculatrices, imaginé par Napier, puis tombé dans l'oubli, enfin, repris et modifié par M. .1. Bla-ter, avait subi, de la part de MM. Genaillc et Lucas, un premier perfectionnement dont nous avons eu l’occasion de parler.
- M. PruvostLeGuay, qui a consacré de longues années à des recherches concernant le calcul mécanique, vient encore de les transformer de manière à rendre beaucoup plus rapide la composition du multiplicande, le point faible des anciennes baguettes ; un perfectionnement de détail permet, en outre, dans une multiplication, de faire l’addition sans poser les produits partiels, et d’inscrire le résultat d’un seul coup.
- Les baguettes,qui sont de petites lattes, portent, sur deux de leurs faces, deux nombres consécutifs de deux chiffres, et leurs neuf produits partiels ; elles sont rangées debout dans une boîte (lig. 1, n° 5), où l’on peut les prendre sans aucune hésitation ; pour faciliter la composition, on a, du reste, marqué, au sommet de chaque baguette, le nombre pair qui se trouve sur func des faces; sur l’autre, est inscrit le nombre impair qui lui fait suite.
- Supposons maintenant que l’on veuille multiplier le nombre 296 891 par 5687 ; on prendra dans le casier les baguettes 29,
- 68 et 91, que l’on placera côte à côte dans le composteur (lig. 1, n° 1). Les quatre produits partiels se trouveront alors, aux lignes 5, 6, 8, 7, comme le montre la figure 2. Le premier de ces produits est 8 72 0 42 7 5; on comprend immédiatement que, dans le nombre de ces produits, le 2 de la baguette de droite s’ajoute, comme retenue, au 4 de la baguette du milieu ; de môme, le 2 de celle-ci s’ajoute au 7 de la première ; le produit de 296 891 par 5 se lira donc 890 675 ; il en est de même pour les autres, et les lattes
- donnent immédiatement les quatre produits partiels.
- On pourrait les inscrire, comme nous venons de le faire, et il ne resterait plus qu’à en chercher la somme. Mais l’inventeur a eu l’idée de munir le composteur d’un verre dépoli, au travers duquel on
- distingue avec peine les nombres, à moins que le verre ne soit mouillé; si, donc, on humecte à l’aide d’un pinceau quatre cases du verre, convenablement échelonnées sur les lignes 5, 6, 8, 7, on apercevra distinctement à la fois les quatre chiffres qui doivent être additionnés pour obtenir l’un des chiffres du produit total. Dans la ligure 1, n° 2, on voit distinctement les chiffres 7, 85, 4, 54, qu’on lira 7, 15, 4, 7, correspondant à la colonne 7557 de l’opération représentée ligure 5, le 4 ayant été augmenté d’une unité par la retenue provenant du nombre 47, c’est-à-dire 11. 11 est clair que cette retenue • se retrouve dans la somme. L’opération parait compliquée ; elle est très simple, en réalité, et se fait très rapidement, comme nos lecteurs pourront s’en convaincre en la répétant sur la figure 2, à l’aide d'un papier percé de fenêtres convenables.
- On objectera, sans doute, que le casier ne contient chaque nombre qu’une fois, et que l’on se trouvera fréquemment embarrassé, lorsque le môme chiffre se répétera trop fréquemment dans un nombre. Remarquons d’abord que la même combinaison, 25, par exemple, se trouve une première fois toute faite dans une baguette, puisqu’on peut la composer avec deux baguettes consécutives ; enfin, que l’on peut s’aider des unités, et, pour le dernier chiffre, avoir recours à une dizaine; 252 525 se composera, par exemple, de la manière suivante : 25 2 52 5, ou encore 2 52 5 25; enfin, si l’on est décidément a court, on peut renverser l’opération ; le verre dépoli permet des combinaisons en nombre illimité.
- C.-E. G.
- 2 9 6 8 9 1 1
- 5 81 5 61 8 2 2
- 8 72 0 42 7 5 3
- 1 1 62 7 25 6 4 4
- 1 4 55 1 (H 5 5 5
- 1 7 41 0 85 4 6 6
- 0 0 54 7 66 5 7 7
- 0 5 25 4 47 2 8 8
- 2 6 16 1 28 1 9 9
- Fig. 2.
- 8 9 0 6 7 5
- 1 7 8 1 5 4 6
- 2 5 7 5 1 2 8
- 2 0 7 8 2 5 7
- Fig. 3.
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- LA NATURE.
- 181
- LE DOSAGE OFFICIEL DE L’ALCOOL DANS LES VINS
- A PROPOS DES NOUVEAUX TARIFS DE DOUANE
- Le nouveau tarif des Douanes, voté récemment par la Chambre et par le Sénat, et qui est appliqué depuis le lpr lévrier, est le suivant en ce qui concerne les vins.
- N° 171. — Vins provenant exclusivement de la fermentation des raisins frais ; jusqu’à 1 1 degrés exclusivement, c’est-à-dire jusqu’à 10°, 9.
- Tarif général. — lfr,20 par degré alcoolique et par hectolitre de liquide.
- Tarif m i ni ni u m. —
- 70 centimes par degré alcoolique et par hectolitre de liquide. A partir de 11 degrés inclusivement.
- Tarif général. — Même droit pour les 10 premiers degrés et payement, par chaque degré en sus, d’une taxe de douane égale au montant du droit de consommation de l’alcool.
- Tarif minimum. —
- Même droit pour les 10 premiers degrés et payement, par chaque degré en sus, d’une taxe de douane égale au montant du droit de consommation de l’alcool.
- Comme on le voit, un vin contenant 11 degrés d’alcool par exemple, est susceptible d’être taxé à un tarif plus élevé qu’un vin en contenant 10ft, 9 dixièmes ; et ainsi de suite, à 11°,9, 12°,9,15°,9, etc. Quel est l’instrument assez précis qui va permettre à la Direction générale des douanes, de taxer les vins suivant leur degré alcoolique avec une aussi grande précision?
- En 1887, la Commission extra-parlementaire des alcools, présidée par M. Léon Say, voulant se rendre compte de l’exactitude des différents appareils employés par le commerce et par les laboratoires pour doser l’alcool dans les vins et les liquides alcooliques, fit faire, de concert avec l’Administration centrale des contributions indirectes et en prévision de l’impôt au degré, des essais comparatifs avec les instruments les plus connus à cette époque.
- L’alambic Sallcron étant employé officiellement depuis 1855 par toutes les administrations fiscales
- et le nouvel alcoomètre légal venant d’être rendu obligatoire, c’est à M. Salleron, le vulgarisateur
- bien connu de la chimie œnologique, que la Commission s’adressa pour obtenir un instrument type qui puisse donner avec le nouvel alcoomètre, d’une manière rigoureusement exacte, la richesse alcoolique qui devait être prise connue terme de comparaison.
- Les essais furent faits au Laboratoire central de la rue Cambon, sous la surveillance des membres de la Commission et par les constructeurs eux-mêmes.
- Voici, d’après le rapport officiel, quelles furent les résultats obtenus (tableau p. 182) :
- L’ébulliomètre Salleron, l’ébullioscopc Malligand, l’ébullioscope Amagat, sont des instruments qui ont pour principe la température d’ébullition des liquides. Chacun sait que l’eau entre en ébullition entre 99 et 101 degrés suivant la pression barométrique; l’alcool pur, à 78 degrés environ.
- Il existe donc, entre ces deux températures, un espace de 22 degrés qui comprend les températures auxquelles entrent en ébullition les mélanges d’eau et d’alcool pur, de richesses variables entre 0 et 100 degrés de l’alcoomètre. Partant de là, étant donné un thermomètre très sensible et la température d’ébullition de l’eau déterminée avec ce thermomètre, au moment de l’expérience, il est facile, connaissant la température d’ébullition d’un liquide alcoolique, d’en évaluer la richesse en alcool.
- Cependant il faut tenir compte que le vin n’est pas un simple mélange d’eau et d’alcool et qu’il renferme en dissolution 50 à 55 grammes par litre de sels (tar-trates, sulfates, etc...) et quelquefois du Sucre, dont l’action sur sa température d’ébullition est impor-
- Fig. 1. — Alambic pour le dosage de l’alcool dans les vins, employé dans le laboratoire*!^, M. Riche, au Ministère du commerce.
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- tante et ne saurait être négligée. Dans la graduation de son ébulliomètre *, M. Salleron s’est préoccupé de cet important détail; aussi voyons-nous, dans le tableau qui suit, les instruments dans lesquels cette action a été négligée, accuser des différences en plus, variant entre 2 et 7 dixièmes de degré alcoolique, comparativement avec l’alambic pris comme type. Cette différence est précisément produite par l’action des sels du vin (extrait sec) sur sa température d’ébullition.
- L’appareil Malligand, assez employé par le commerce et qui sert parfois de base dans les transactions commerciales, force donc généralement le degré alcoolique de 5 à 4 dixièmes ; cette particularité est du reste généralement connue du commerce des vins, mais disons que cette différence est elle-même variable avec la nature du vin essayé et sa richesse extractive et saccharine; c’est pourquoi, dans le tableau publié par la Commission, ces deux chiffres ont été soigneusement indiqués.
- Différents appareils employés pour le dosage de l’alcool dans les vins. Vin de l'Aude Jarlaud Extrait sec, 22 gr. Sucre, 2°,5 par litre SA 03 «T tfto a ? Sr bcr^ 03 — (XI 03 -2 W O 73 2 - 3 s 55 u t/3 > * w
- Distillation par le grand alambic Salleron, degré déterminé par l’alcoomètre poinçonné (nouvelle échelle alcoométrique). 9.075 14.50
- Ebulliomètre Salleron 9.05 9.20 14.50 14.70
- Lunette Amagnt 9 58 9.20 14.70 H. 70
- Ebulliomètre Amagnt. ... 9.S0 9.70 15.20 14.20
- Ebullioseope Malligaud 9.50 9.50 14 80 14.85
- Cette différence de 2 à 7 dixièmes d’alcool en plus, des résultats fournis par la distillation, qui parait insignifiante lorsqu’il s’agit de quelques hectolitres de vin, devient elle-même des hectolitres d’alcool lorsqu’il s’agit de l’achat de toute une récolte, de 1200 à 1500 hectolitres, par exemple! A plus forte raison va-t-elle devenir intéressante lorsqu’il s’agira pour le négociant de déclarer à la douane, à l’entrée en France, le degré du vin auquel il voudra faire passer la frontière. L’approximation donnée par l’ébullioscope Malligand, qui était suffisante en 1874, devient donc absolument insuffisante en 1892, en présence de l’application du nouveau tarif douanier.
- L’alambic qui a servi à la Commission extra-parlementaire des alcools et que nous reproduisons ci-contre (fig. 1) a été adopté depuis par les Laboratoires des Contributions indirectes, par la plupart des stations agronomiques et des Laboratoires municipaux. Les résultats qu’il donne, obtenus avec l’alcoomètre légal divisé en fractions de degrés,
- 1 Etude sur le dosage de l’alcool au moyen de l’ébullio-m'eire, par J. Su.lkhon. 1880.
- peuvent donc être considérés comme officiels. Notre ligure 2 montre qu’il faut bien avoir l’œil à la hauteur du ménisque liquide quand on fait la lecture de l’alcoomètre. Mais il faut pour faire cette lecture (pie l’éprouvette soit placée sur une table afin d’éviter les oscillations de la main. L’instrument que nous décrivons est appelé, à la suite de l’application des nouveaux tarifs douaniers, à être employé par tous les négociants qui importent des vins en France, pour déclarer à la Douane leur richesse alcoolique à un dixième de degré près.
- Cet appareil, grâce au dispositif de son système de construction, peut être chauffé à volonté à l’alcool ou au gaz; on peut opérer très facilement sur un litre de liquide, la chaudière ayant une capacité totale de 2 litres. M. Dujardin, le successeur de M. Salleron, l’a modifié de telle manière que la manipulation en est des plus simples et à la portée des négociants les moins expérimentés.
- Pour résumer, c’est donc à la distillation seule qu’on peut demander la précision rigoureuse exigée par le nouveau tarif des Douanes appliqué aux vins; quels qu’ils soient, la distillation élimine les matières extractives qu’ils contiennent et permet d’opérer en toute certitude sur un mélange d’eau et d’alcool pur, tandis que les instruments ayant pour principe la température d’ébullition du vin, sont faussés, pour la plupart, par la présence du sucre ou d’un excès d’extrait sec en dissolution dans le vin.
- Mars. — Pendant la matinée du lundi 22 février, à partir de 5 heures du matin, suivre la Lune et Mars, la première, de plus en plus exactement au sud de Mars, à cinq fois sa largeur de distance environ. La position exacte de la Lune au sud de Mars, la conjonction des deux astres en ascension droite, pour employer les termes scientifiques, arrivera à 7 heures du matin. Le 22, Mars et ta Lune se lèvent presque en même temps, vers 5 heures du matin; le lendemain, Mars se lèvera une heure vingt minutes avant la Lune.
- Jupiter. — Bien que visible encore à l’œil nu jusque vers le milieu de mars, Jupiter s’est trop rapproché du Soleil au milieu de février pour qu’on puisse aisément suivre la marche de ses satellites. Lorsque Jupiter est au milieu du ciel vers minuit, presque toutes les lunettes d'approche, du moins celles qui grossissent au moins dix fois en diamètre, sont suffisantes pour observer les quatre curieuses lunes de la planète, qui changent de place les unes par rapport aux autres, de dix en dix minutes, d’une façon sensible. Un grossissement de 50 à 40 diamètres est naturellement bien préférable à celui de 10 à 15, et parfaitement suffisant alors. Le. lundi, 29 février, la Lune, qui sera passée au sud de Jupiter vers 5 heures du matin, se couchera le soir une demi-heure après la planète et, pendant un peu plus d’une heure après le coucher du Soleil, pourra servir à la reconnaître.
- Le Calendrier russe. — Jules César ayant établi, en l’année 708 de Rome, quarante-six ans avant notre ère,
- 1 Suite. — Yoy. n° 975, du 23 janvier 1892, p. 123.
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- que chaque quatrième année aurait trois cent soixante-six jours, le nom de Calendrier julien a été donné à cette manière de compter les années. Les Russes et les Grecs ont continué à compter ainsi, tandis que les peuples de l’occident d’Europe ont supprimé trois années bissextiles tous les quatre cents ans, ne conservant, comme année de siècle de trois cent soixante-six jours, que les années 1600, 2000, 2400, etc., de quatre cents en quatre cents ans. Il en est résulté que de 1600 à 1700, les dates russes étaient en retard de dix jours sur les nôtres, et qu’en 1700, les Russes disaient 18 février en même temps que nous 28 février, et 28 février quand nous disions 10 mars, puis 29 février à notre 11 mars, et 1er mars à notre 12 mars, se trouvant ainsi en retard de onze jours, parce que le mois de février 1700 n’a eu chez nous que vingt-huit jours. Le même fait s’est renouvelé au 12 mars 1800, où ils ont dit : 28 février 1800, et le lendemain s’est appelé 1er mars chez eux et 13 mars chez nous. En sorte que, pendant tout le dix-neuvième siècle, les Russes ont eu leurs dates de douze jours en retard sur les nôtres, que le 51 décembre dernier en France . a été le 19 décembre en Russie, notre 1er janvier 1892 a été le 19 décembre 1891 russe, et le 1er janvier 1892 des Russes a été notre 13 janvier. Ceci va encore recommencer en 1900, et à partir de notre 15 mars 1900 qui sera le 29 février chez les Russes pendant que nous n’aurons pas eu de 29 février, la différence de dates chez les deux peuples, de 1900 à 2100, sera de treize jours. Il serait bien temps de faire disparaître cette différence, qui va mettre chez les Russes le printemps en hiver dans quelques siècles. Il y est déjà bien assez aujourd’hui, au point de vue météorologique. Le moyen bien simple est le suivant : les Russes n’ont qu’à ne pas compter comme années bissextiles 1900, 1904 et les onze bissextiles suivantes, jusqu’en 1948, alors leurs dates seront les mêmes que les nôtres. Naturellement, s’ils commençaient en 1892, ce serait en 1940 que l’accord serait établi.
- Les époques des tremblements de terre. — On a maintes fois voulu établir que les culminations et phases de la Lune, les circonstances de nuit et de jour, les saisons, etc., avaient une influence sur ces terribles phénomènes. Le capitaine de Montessus, qui a, avec une patience inouïe, accumulé tous les renseignements possibles concernant ces catastrophes, se présente avec un catalogue de plus de 60 000 sismes, discutés à ce point de vue, et conclut à leur non-coïncidence avec les causes qu’on a essayé de leur attribuer.
- Vénus et la Lune. — Observer, le lundi 29 février, la Lune qui se couche bien avant la brillante planète Ténus. Le mardi 1er mars, elle se couchera encore un peu avant, parce qu’à 8 heures du soir elle sera directement au sud de Vénus, à environ cinq fois le diamètre lunaire de distance. Mais le mercredi 2 mars, ce sera Vénus qui se couchera plus d’une heure avant la Lune, celle-ci s’étant transportée bien à gauche de la planète.
- Le Soleil en mars. — La direction de notre équateur passe par le centre du Soleil et l’équinoxe a lieu le 20 mars à 3 heures du matin, en avance de près d’un jour sur l’an dernier où l’équinoxe a eu lieu le 20 mars à 10 heures du soir. Cela tient à ce que, dans cette année 1892, le mois de février a un jour de plus. Ce n’est pas le jour précis de l’équinoxe que la durée de la nuit est égale à celle du jour, comme on le croit généralement. Cela n’arriverait que si la Terre n’avait point d’atmosphère. L’air qui nous environne relève un peu les astres
- dans le ciel, en sorte que le Soleil apparaît un peu plus tôt et disparaît un peu plus tard que si nous n’avions pas d’atmosphère. Réellement, le 20 mars 1892, on aura le Soleil en vue depuis 6h,4m du matin jusqu’à 6h,12m du soir, c’est-à-dire pendant douze heures huit minutes, et ce sera déjà le 18 mars que nous aurons le Soleil sur l’horizon de 6h,8m du matin à 0h,9m du soir, c’est-à-dire pendant à peu près douze heures. Ainsi la nuit du 20 mars ne durera que onze heures cinquante-deux minutes, ou seize minutes de moins que la journée. J. Vinot.
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- LE TREMBLEMENT DE TERRE DU JAPON
- DU 28 OCTOBRE 1891 1
- Nous avons reçu de Yokohama de nouveaux renseignements sur la terrible catastrophe dont une grande partie du Japon a été le théâtre. M. G. Beau, attaché aux Messageries maritimes à Yokohama, a eu l’obligeance de nous envoyer tout un Mémoire2 qui confirme, en les complétant par des détails inédits que nous allons faire connaître, nos précédentes Notices. Notre correspondant joint à son envoi quelques photographies que nous reproduisons; elles donnent une juste idée de l’intensité de l’épouvantable bouleversement géologique. La figure 4 offre l’aspect d’un pont métallique écroulé au moment de la plus forte secousse, le 28 octobre 1891. Ce pont est situé sur la rivière Nagara dans la province d’Ai-chi. La figure 2 représente les immenses crevasses qui se sont ouvertes le long du lit de cette rivière. La terre est d’ailleurs de toutes parts déchiquetée, et des fissures gigantesques y forment de profondes entailles. D’autres déchirements du sol ont eu lieu de la même façon dans la province deGifu, l’une des p(lus éprouvées. Notre figure 5 donne le tableau des ruines du village de Kasamatsu. Des crevasses se voient au premier plan de la gravure ; la figure 4 montre enfin les ruines du village de Biwajima qui a été presque entièrement détruit.
- D’après M. John Milne, professeur de géologie à l’Université de Tokio, le dernier tremblement de terre du Japon, est caractérisé par ses chocs verticaux, combinés avec des secousses ondulatoires qui ont transformé le sol en une véritable masse mobile, à la façon d’une mer houleuse. On peut dire que les ondulations de la surface terrestre ressemblaient aux vagues de l’Océan ; pendant le moment terrible de la grande secousse, les couches de terrain se courbaient et se redressaient successivement. Il s’est ainsi formé de toutes parts des fissures et des crevasses analogues à celles que nous venons de signaler ; tantôt on voyait jaillir de ces gouffres béants des masses de sable gris, tantôt ils vomissaient des torrents d’une boue blanchâtre essentiellement formée d’argile plastique.
- Après la grande secousse du 28 octobre, la terre, dans les provinces de Nagoya, d’Aichi et deGifu, n’a
- 1 Suite. — Voy. n° 975, du 6 février 1892, p. 149.
- 2 The great Earthquake of 1891 in Japan, conteningthc fullest detailed accounts.
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- LA NATURE
- pas cessé de se mouvoir ; c’étaient des oscillations continuelles et souvent des mouvements désordonnés qui faisaient fuir dans les campagnes les habitants
- que la première catastrophe avait ménagés. Chaque jour jusqu’au 7 novembre, on ne comptait pas moins de 15 à 20 secousses, la plupart du temps
- Fig. 1. — Le tremblement de terre du Japon du 28 octobre 1891. — Pont métallique écroulé sur la rivière Nagara (province d’Aicbi.)
- verticales, très brusques et très rapides; elles étaient terraines, ou d’un grondement sourd et prolongé, accompagnées du bruit de lugubres détonations sou- Le 9 novembre, en vingt heures de temps, on a
- compté aux environs de Nagoya, 750 chocs. L’observatoire de cette malheureuse ville, a enregistré, pendant les onze jours qui ont suivi le premier tremblement de terre, plus de 6600 secousses violentes.
- Le volcan Asama est entré en éruption le 29 octo-
- bre ; le Fouzi-Yama n’a pas manifesté d’action éruptive, mais il a perdu sa forme conique si régulière; un gouffre immense s’est ouvert sur un de ses versants et y forme une échancrure visible à distance.
- Le caractère des grands tremblements de terre du
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- LA NATURE.
- g BIBLIOTHEQUE
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- Japon semble être toujours le même, le sol est ouvert de crevasses et de fissures qui atteignent parfois des dimensions prodigieuses. Lors de la catastrophe
- tristement célèbre du 1er août 178,r>, des gouffres s’ouvrirent dans quelques provinces, plusieurs d’entre eux atteignaient des proportions telles que
- Fig. 3. — Village de Kasamatsu au Japon (province de Gifu) après le tremblement de terre du 28 octobre 1891 •
- des villages entiers y furent engloutis. Lors de ce tre d’une éruption, l’eau des rivières, notamment tremblement de terre, le volcan Asama fut le théà- de l’Yonegava, était en ébullition et inondait les
- Fig. 4. — Village de Biwajima (province de Gifu) après le tremblement de terre du 28 octobre 1891. (D’après des photographies envoyées de Yokohama pour La Nature.)
- campagnes de torrents d’eau bouillante; les calamités ne devaient pas en rester là. Des villages disparurent, ensevelis sous la lave du volcan.
- Les Japonais qui ont été nourris du récit de ces désastres et qui en ont souvent ressenti les effets, ne
- semblent pas éprouver à leur égard les mêmes sentiments que les Européens. Quand le désastre est passé, on dirait qu’ils n’y songent plus qu’avec indifférence. Gaston Tissandier.
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- LA nature,
- LE MICROBE DE L’INFLUENZA
- Au moment où se répandit sur toute l’Europe cette terrible épidémie d’influenza, dont nous avons eu une réédition cette année, les bactériologistes s’empressèrent de chercher le microbe caractéristique de cette maladie. Tout en effet révélait son origine microbienne : expansion rapide, contagieuse, signes d’infection grave, généralisée, etc. Les premiers résultats obtenus furent peu satisfaisants ; on trouvait dans les sécrétions, dans le sang, des quantités de microbes, mais tous déjà bien connus, bien spécifiés, et appartenant pour la plupart aux variétés de staphylocoque, de pneumocoque, de streptocoque, microbes de la supputation et de la pneumonie, aboutissant final de bien descas d’influenza. Cependant en 1890, M. Babes, professeur à l’école de Bucharest, découvrait un microbe particulier, qu’il appelait microbe transparent, en raison de ses réactions spéciales et qui semblait bien être l’agent spécifique de la maladie. Un peu plus tard, Teis-sier de Lyon trouvait dans les eaux de la Néva un streptobacille analogue à celui découvert par des observateurs allemands et dont l’inoculation aux animaux semblait reproduire les signes principaux de la maladie.
- Ces recherches, faites de divers côtés, ne sont pasi’estées infructueuses : guidés par les premiers insuccès, éliminant les causes d’erreur qui avaient pu égarer les premiers observateurs, deux médecins allemands, Pfeiffer et Canon, sont arrivés, chacun isolément, à trouver soit dans les crachats, soit dans le sang des sujets contaminés, un microbe qui paraît bien être le véritable microbe de l’in-fluenza. Chez trente et un malades, Pfeiffer a examiné les sécrétions bronchiques et a reconnu un bacille, se présentant sous la forme d’un petit bâtonnet, très fin et d’autant plus difficile à découvrir qu’il se colore mal par les réactifs ordinaires employés en histologie. Canon, examinant d’autre part le sang de malades grippés, trouva un microbe, constamment identique, et qu’on ne trouvait jamais dans le sang de sujets sains ou atteints d’autres maladies. Ce microbe présentait les mêmes caractères que celui uecrit par Pfeiffer. U y a donc concordance complète entre les recherches des deux observateurs. Ces faits viennent du reste d’être confirmés par des recherches personnelles d’un de nos savants les plus distingués, le professeur Cornil. Du sang est recueilli, par piqûre du doigt, chez un malade atteint d’influenza; ce sang est inoculé dans une veine de l’oreille d’un lapin. Au bout de quelques jours le sang de ce lapin contient des quantités d’un- microbe très petit ; pour montrer les difficultés de ces examens, disons que la longueur de ce bacille est environ le vingtième du diamètre d’un globule rouge du sang. Transporte-t-on ce bacille sur de la gélose, on obtient des cultures des plus nettes.
- Un singe, inoculé dans les fosses nasales, avec les produits de ces cultures, a eu des symptômes de fièvre avec abattement, tendance au sommeil, diarrhée, un-état général ressemblant aux symptômes de l’influenza.
- Ce qu’il faut retenir de la communication de M. Cornil à l’Académie, c’est que ce microbe paraît absolument identique à celui qu’avait décrit M. Babes et que c’est en somme à ce savant que reviendrait la priorité de la découverte.
- Quels avantages pourra retirer la médecine de la connaissance de ce bacille au point de vue de la prophylaxie et du traitement de l’influenza; il serait difficile de l’établir actuellement. Mais c’est déjà beaucoup, pour le combattre, que de connaître l’ennemi et il est à présumer
- que nous pourrons éviter dans une large mesure, pour les années qui vont suivre, la réapparition d’un fléau quia fait autant de victimes que de graves épidémies de choléra. A. C.
- SUR L’INTENTION DU SCAPHANDRE
- Dans la publication faite au mois de décembre 1 sur l’histoire des Arts mécaniques, l’un des groupes de figures qui ont le plus frappé les lecteurs est celui relatif au scaphandre, qui atteste l’existence de cet engin dès le commencement du quinzième siècle. Ayant trouvé depuis divers renseignements nouveaux sur cet engin, il me paraît utile de les reproduire brièvement.
- L’idée de fournir de l’air aux plongeurs immergés sous l’eau est fort ancienne. Déjà on lit dans les Problèmes attribués à Aristote (Section XXXII, § 5) le passage suivant :
- (( Lorsqu’on descend aux plongeurs un vase renversé, il facilite leur respiration. Le vase ne se remplit pas d’eau, mais il retient l’air. D’ailleurs, ce n’est que par force qu’on le fait descendre dans l’eau; car, comme le vase est tenu tout droit, pour peu qu’on l’incline, l’eau y entre et s’y précipite. ))
- Bien des essais ont dû être faits dans le cours des temps pour alimenter d’air les plongeurs, quoique la trace n’en ait pas été signalée jusqu’ici. L’appareil dessiné dans le Mémoire de Munich est le plus ancien qui soit connu; mais la tradition du scaphandre, à partir du quinzième siècle, est attestée d’une façon ininterrompue par des documents authentiques. Dans certaines éditions de Vé-gèce, telles que celles de 1552 et de 1553 (toutes deux de Paris), on voit aux pages 106-107, 176-177 et 180-181, des dessins de scaphandriers et de plongeurs, semblables à ceux des manuscrits dont je vais parler, et qui en paraissent les prototypes. Par suite d’une erreur singulière, quelques personnes ont attribué ces dessins à Végèce lui-mèine, qui n’en dit pas un mot : ils sont en réalité l’œuvre des éditeurs du seizième siècle, comme l’aspect seul des personnages le montre à première vue. J’ai retrouvé des dessins semblables dans le manuscrit français n° 14 727 de la Bibliothèque nationale, manuscrit de pelit format (in-18), écrit dans la première moitié du dix-septième siècle et qui a été le carnet d’un ingénieur français. Au recto du cinquième avant-dernier folio, on voit un scaphandrier, tout armé, avec son costume et son tube à air, à côté d’un grand réservoir d’air, qui semble destiné à alimenter sa respiration. Au verso, une autre figure de scaphandrier, tout à fait analogue à celle du manuscrit de Munich ; et à côté, un homme muni d’une sorte de ceinture de natation ; au folio suivant, un homme nu sous l’eau, respirant l’air contenu dans une vessie, ou plutôt dans une outre : ce qui représente un type beaucoup plus primitif et analogue à celui des Problèmes d’Aristote. Les armatures mêmes du scaphandrier étaient garnies de cuir et susceptibles d’être insufflées, de façon à jouer le rôle de ceintures de natation, ainsi qu’il résulte de figures qui se trouvent vers le milieu du volume 44 727 ; figures semblables à celles du manuscrit de Munich, mais pourvues d’une légende explicative : « Diverses manières de ceinture de cuir qui se souffle pleine de vent pour passer rivière. » Au-dessous, une outre gonflée, destinée à y être adaptée. M. Bertiielot,
- de l’Institut.
- 1 Yoy. n° 966, du 5 décembre 1891, p. 12.
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- LA NATURE.
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- L’ORIGINE
- DU CHASSELAS DE FONTAINEBLEAU
- Les pièces comptables ont fourni aux historiens les renseignements les plus inattendus et les plus précieux sur la vie des artistes et des savants, sur les mœurs et les modes, sur les livres et les objets d’art, enfin sur mille incidents de la vie de chaque jour. C’est pour cela qu’on doit accueillir avec reconnaissance la publication de ces registres fastidieux ; ils ne prennent tout leur intérêt et leur valeur qu’au moyen des index et des tables alphabétiques qui réunissent sous la meme notation un grand nombre de pièces éparses qu’on n’aurait pas, sans cela, la patience d’aller quêter dans des milliers d’articles de comptes. La publication non encore terminée par l’Académie des sciences morales et politiques des Actes de François 1er, nous a fourni quelques pièces relatives à la plantation des vignes à Fontainebleau, à Thomery, à Samoreau et dans les environs. Nous les publions ici parce qu’il ne nous semble pas qu’on ait encore cherché à retrouver l’époque des premières plantations, leur étendue, la nature des plants employés et les frais de ces travaux de premier établissement.
- Déjà, dans l’excellente préface dont M. d’Héricault a enrichi l’édition de Marot (publiée en 1807 chez Garnier frères), nous avions vu que le poète avait accompagné en 1533 François Ier qui se rendait à Marseille, au-devant du pape ; il avait fait au roi les honneurs de sa ville natale, Cahors, et lui avait sans doute fait goûter quelques bouteilles de crus estimés qu’il était allé chercher derrière les fagots.
- (( En 1531, raconte M. d’Héricault, François Ier ayant trouvé le vin de Cahors excellent, avait, peut-être sur les suggestions de Marot, demandé aux consuls un bon vigneron. Le nommé Rivols fut choisi comme le meilleur travailleur; on l’envoya à Fontainebleau d’où il revint à Cahors au mois de décembre avec trente mulets du roi qu’il fit charger des meilleurs plants pour Fontainebleau1. »
- Par malheur, M. d’Héricault ne nous a pas dit où il avait recueilli ces curieux renseignements; il est probable que les pièces qui lui sont passées sous les yeux, renfermaient d’autres détails qu’il aura négligés, car ils importaient peu à son sujet, et ce n’est que par curiosité qu’il aura noté ceux que nous venons de reproduire.
- Il faut croire que le roi tenait à implanter à Fontaine-bleau la culture de la vigne, car, le 20 décembre 1552, il était fait mandement au trésorier de l’épargne de payer 1105 livres 10 sous tournois pour le défrichement de 55 arpents de terre sis dans la paroisse de Champagne-en-Brie, afin d’y planter des vignes que le roi avait fait venir de Mireval, de Languedoc, de Cahors et de Chalosse.
- Ces indications de provenance ont leur prix pour ceux qui tiennent à savoir ce que sont devenus ces plants d’origines si diverses, alors qu’ils ont été transplantés dans le même, sol et soumis au même mode de culture. Non moins intéressants sont les détails qui suivent.
- A la même date, nous relevons un mandement de payer 980 livres tournois à six vignerons qui sont venus planter des vignes de leur pays à Thomery dans la paroisse de Champagne-en-Brie et y ont séjourné quatorze mois, soit 210 livres à Jean Maigné de Mireval près Montpellier, 210 livres à Pierre Cousinet, vigneron du Languedoc, 210 livres à Jehan Rivartde Cahors (c’est probablement le
- 1 Vov. Préface, p. 94.
- Rivols dont parle M. d’Héricault), 210 livres à Pierre de La Mothe de Chalosse et 70 livres chacun à Pierre Rivart et Jean de La Mothe qui ont aidé les autres dans leur travail.
- Encore sous la même date, nous voyons que le sommelier ordinaire de l’échansonnerie, Johannot Le Bouthillier reçoit 500 livres tournois pour défricher et labourer quelques pièces de terre à Thomery afin d"y planter des vignes cï’Espagne etde Guyenne.il recevait encore, le 5 mars 1535, 000 livres pour le défrichement de terres près de Fontainebleau destinées à être plantées de vignes étrangères. Le même personnage touchait, le 2 février de l’année suivante, 1000 livres tournois destinées à l’achat de 160 milliers de ceps d’Espagne et d’Arbois destinés au clos de vigne dont il avait la surveillance. Enfin le 27 février 1555, il ne recevait pas moins de 1929 livres 14 sous tournois pour les frais de labourage et de culture des vignes plantées près de Fontainebleau au terroir des Andoches paroisse de Champmoreau (aujourd’hui Samoreau).
- Comme on le verra par ces quelques Notes, c’est au seizième siècle qu’il faut faire remonter la culture de la vigne à Thomery, et c’est François Ier qui fut le promoteur de cette culture. Combien en est-il parmi nous qui pensent à remercier le roi chevaleresque lorsqu’ils savourent les grains ambrés des raisins de Fontainebleau?
- Gabriel Marcel.
- LES CRÈCHES
- On se préoccupe, à juste titre, de la diminution progressive de la natalité dans notre pays. Comme il est difficile d’indiquer un remède efficace à cette cause de dépopulation et de déchéance sociale, on s’ingénie à garantir, dans les plus larges mesures, la vie des petits êtres qui doivent devenir un jour des citoyens et des soldats. La loi Roussel a été un grand progrès dans ce sens, mais elle ne remédie pas à tout ; de là, ces œuvres nombreuses de charité destinées à assurer aux petits enfants les soins, la nourriture convenable au jeune âge.
- Parmi ces œuvres philanthropiques, il en est une dont l’existence ne remonte pas encore à de longues années; qui a grandi lentement et qui réclame encore une plus large extension. Les mères de famille, appartenant aux classes ouvrières, sont obligées, pour apporter un léger appoint au salaire quotidien, subvenir aux frais du ménage, de travailler et de se séparer de leurs nourrissons. A qui les confier pendant les heures qu’elles passent à l’atelier, comment assurer l’allaitement? Jadis, et cela se pratique encore sur une trop grande échelle, les enfants étaient confiés, au nombre de dix, quinze et plus à des garderies, à des maisons de sevrage. Les soins y étaient donnés d’une façon plus ou moins bien entendue. Frappé de ces inconvénients, un philanthrope bien connu, M. Firmin Marbeau, eut l’idée de fonder un petit asile destiné à recueillir pendant la journée les enfants des mères occupées dans l’industrie ; son idée fut rapidement mise à exécution et en 1844, la première crèche était créée.
- L’œuvre de Marbeau a prospéré. Deux ans après, douze crèches existaient dans le département de la
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- LA NATURE.
- Seine. Aujourd’hui ces asiles existent dans tous les pays; on en trouve un en Chine, à Hong-Kong. En France, il en existe actuellement près de deux cents : la carte ci-dessous (fig. 1) en indique la répartition par departement. Paris, à lui seul, en compte quarante-six, réparties dans tous les arrondissements, sauf un, le quatorzième.
- Des villes de province, comme Rordeaux, Lyon,
- Marseille, Rouen, en ont do quatre à sept. C’est encore peu, eu égard à l’augmentation croissante de la population ouvrière dans ces grandes villes.
- Créés souvent par l’initiative privée, installés tant bien que mal, au début, dans les locaux qu’on trouvait libres, ces établissements sont loin de répondre dans bien des cas aux exigences de l’hygiène. Ici, le cube d’air est insuffisant ; là, les soins sont donnés d’une façon peu éclairée, l’alimentation n’est pas ce qu’elle devrait être pour des enfants de quelques mois, de deux ans au plus. C’est, à ces défauts
- Grand préau découvert
- Vé ran d ah
- Ch&uéFée l'hiver, aérée !
- Lavabo
- L i ngerie
- Cuisine
- publique
- Plan de la crèche Sainte-Marguerite de Grenelle à Paris.
- Voie
- des, mal éclairés. Dans cette autre, pas de baignoires, pas de lavabos. J’ai vu, dit le Dr Napias, une crèche où les enfants n’ont pour leur toilette qu’une seule éponge et l’eau d’un seul seau. Dans une autre, le biberon règne en maître et le lait est pris à la crémerie la plus voisine ; on sait ce que cela veut dire.
- Comment s’étonner que ces établissements si utiles
- d’organisation que sont dues les objections formulées contre l’établissement des crèches. C’est pour y remédier dans la mesure du possible, qu’un hygiéniste distingué, le Dr Napias, vient d’étudier très complètement 1 ce que sont les crèches, ce
- qu’elles devraient être et comment on devrait les organiser. Rien de plus instructif que ces documents ; j’engage ceux de, mes lecteurs qui s’intéressent à ces questions, à se reporter au travail de notre aimable et savant confrère. Installation souvent défectueuse, moyens d’assurer la propreté des enfants tout à fait insuffisants, alimentation donnée d’une façon irrationnelle, tels sont les principaux griefs à relever pour quelques crèches. En voulez-vous la preuve ? Des crèches situées dans des centres industriels sont à des distances telles qu’il est presque impossible pour la mère de venir allaiter son enfant; d’autres sont situées à des étages élevés ou dans des rez-de-chaussée humi-
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- Galerie 's
- promenoir
- Parloir
- ooooooqooool: c
- Pouponnière
- Cuisine
- ooociopqooüQi
- Fig. 3. — Nursery municipale de Grenoble.
- n’aient pas trouvé faveur auprès de bien des médecins, qu’ils soient même vus d’un mauvais œil par les mères de famille ? Ce serait là qu’on devrait trouver les soins les mieux entendus, que l’enfant, baigné, lavé, approprié, devrait être rendu chaque soir pimpant et propret à la mère. C’est dans ces
- 1 Communication à la Société de médecine publique du U juillet 1891.
- Fig. 1. — llépartition des crèches en France par département.
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- LA NATURE.
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- Fig. 4. — Nourrieerie cl pouponnai de Guise. Vue intérieure de la salle principale.
- établissements qu’il faudrait pouvoir en quelque sorte | ponnat de Guise (fig. T) et un projet dressé par prendre une idée des soins à donner dans la famille. | M. Bouhon, architecte (lig. 5). Comme on peut le
- voir par ces différents dessins, une crèche doit comprendre une ou deux salles pour les berceaux et lits (enfants sevrés et non sevrés) une petite salle d’isolement en cas de maladie contagieuse dont on ne s’est pas aperçu à l’entrée le malin, une salle de toilette, bains et lavabos, une salle d’allaitement, une s.dlc de jeux, véranda fermée l’hiver, jardin et les accessoires (cuisine, logements des surveillants, water-closets, etc.).
- Leprojetde M. Bouhon (fig.5) vise un effectif de 100 enfants, 00 berceaux, 40 lits; il est, on le voit, bien conçu et répond à toutes les exigences de l’hygiène.
- Voilà pour l’installation de la crèche ; reste la question du | mobilier, lits, toilettes, chaises,
- _______________________________ voitures. M. Napias a tout
- crèches installées depuis assez pig< 5 _ 1>rojct dc crèchc pour 100 enfants. Prt5vu ct dc concert avec un longtemps : la crèche Sainte jeune ingénieur, M. lieront, a
- Marguerite de Grenelle, de M. Cacheux (fig. 2); la I combiné tout un matériel solide, facile à nettoyer, nursery municipale de Grenoble (fig. 3); le pou- | ce qui est important, et relativement peu coûteux.
- Aussi M. Napias ne s’esl-il pas contenté de formuler des critiques. 11 a pu citer des exemples de crèches bien aménagées, bien dirigées, où la mère peut confier son enfant, sans crainte de le voir exposé à la contagion, ou de recevoir une nourriture plus mauvaise que celle qu’elle peut lui assurer.
- Il faut d’abord une bonne installation. Quelques-uns de ses collègues de la Société de médecine publique et d’hygiène, se sont fait un plaisir de dresser des plans de crèches, parfois un peu trop luxueux et partant trop coûteux, mais où l’air circule librement, où l’enfant serait bien gardé, bien nourri, bien pom- .. ponné. Je me borne à mettre ^ sous les yeux du lecteur quel- ^ nues figures représentant trois
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- LA NATURE.
- 11 ne m’est pas possible de donner ici la nomenclature et le dessin de tous ces meubles variés ; ce qu’on peut dire, c’est que, s’ils sont sujets à modification et à perfection, ils constituent un progrès réel sur l'ameublement actuel. J’omettais de mentionner un des meubles les plus indispensables, l’étuve pour la désinfection des vêtements. Aussitôt arrivés, les enfants doivent être déshabillés dans le vestiaire où se trouve l’étuve, revêtus d’un uniforme pris dans le panier métallique de l’étuve qui porte le numéro de l’enfant ; on replace dans ce panier les vêtements qu’il avait sur lui en arrivant. Pendant la journée, les vêtements sont désinfectés, séchés, et le soir, au départ, l’enfant trouve un habillement propre et assaini. De même pour la nourriture: le lait doit être stérilisé au bain-marie d’eau bouillante. Chaque enfant doit avoir sa bouteille numérotée. Enfin, suivant l’exemple du Dr Gallois, le directeur de la nursery de Grenoble, l’alimentation doit être réglée d’une façon exacte suivant l’àge du bébé.
- J’en ai dit assez pour montrer combien il reste à iaire si l'on veut que ces institutions charitables remplissent le but que l’on se propose. J’appuierai de tous mes vœux la conclusion du I)1' Napias qui demande que les crèches, qu’elles soient laïques, qu’elles appartiennent aux diverses confessions religieuses, n’apportent aucune entrave à l’admission de tous les enfants, sans s’inquiéter des conditions sociales et civiles de la mère; qu’il ne soit exigé qu un seul document, un certificat de vaccine. On fera ainsi le bien dans la plus large acception, et on arrivera à réaliser le vœu du fondateur des crèches : sauver la vie des enfants. Dr A. Cartaz.
- CHRONIQUE
- Curiosité arithmétique à propos des modèles de la Tour Eiffel. — À-t-on assez devisé sur la Tour du Centenaire ! Elle a donné lieu à bien des calculs intéressants, fournissant des idées concrètes des grandeurs, chose des plus estimables au point de vue pédagogique.
- Voici à son sujet une remarque que je crois inédite.
- Un modèle au 1 /1000, de la Tour Eiffel aurait 50 centimètres de hauteur. Son poids serait
- 7 000 000 kilog. ou 7 000 000 000 grammes
- ---=7 grammes.
- 1 000"
- ou 1 000 000 000
- Les innombrables modèles qui en ont été faits sont incomparablement plus massifs et l’on croirait volontiers à une erreur dans notre calcul. Considérons cependant qu’une des fortes pièces de fer entrant dans la construction de cette merveille, ayant 25 centimètres de largeur, sur 25 millimètres d’épaisseur, serait représenté dans le modèle réduit par une lame de un quart de millimètre de largeur, ayant l’apparence d’un fil de fer très fin, et un quarantième de millimètre d’épaisseur. Ces barres n’auraient pas la largeur du plein des lettres qui servent à imprimer ceci, et comme épaisseur, pas le quart de celle de ce papier. Les câbles puissants qui font mouvoir les ascenseurs seraient très grossièrement représentés par un fil de cocon de soie. Une foule de 2000 visiteurs se promenant sur la tour serait représentée, à (30 kilo-
- grammes en moyenne par tète, par un poids total de
- 2 000 X (50 000 grammes 12 grammes
- -------:--------------=-------------, soit environ un
- 1 000 000 000 100
- huitième de gramme, le poids de deux grains de blé !
- Les pêches maritimes en Tunisie. — On a récemment heaucoup parlé des pécheurs bretons que la Société de géographie commerciale vient d’envoyer en Tunisie, dans l’île de Tabarka, pour y exercer leur métier. C’est qu’ 'en effet les côtes de la Régence sont excessivement riches en poissons; jusqu’à présent, cependant, les Italiens et les Maltais avaient été à peu près seuls à exercer cette industrie lucrative et à profiter des richesses qu’offriraient à nos colons les rivages de la Tunisie. Il est assez malaisé d’avoir des chiffres complets pour la Tunisie, mais en Algérie du moins, où la mer est aussi poissonneuse, les quantités pêchées en 1888 se sont élevées au chiffre de 7 005 075 kilogrammes représentant une valeur de 5 546 000 francs. Il faut ajouter, du reste, que la pêche des éponges et du corail pourra aussi être exploitée utilement. Ce n’est pas le premier essai qu’on fasse pour attirer des pêcheurs français sur les côtes africaines. En 1848, douze familles de pêcheurs de Paimpol et de Douarnenez furent installées dans la presqu’île de Sidi-Ferruch : un industriel français les avait chargés de pécher la sardine pour son compte. La tentative échoua, et on dut rapatrier ces pêcheurs. A un autre moment, des armateurs de Phi-lippeville ont tenté dlattirer des marins corses; mais le succès ne fut pas meilleur. Et cependant la tentative serait d’autant plus intéressante que cela pourrait amener des constructeurs de navires français, tandis qu’actuelle-ment tous les bateaux de pèche sont de construction étrangère.
- Chaleur spécifique «le l'aluminium. — M. J.-
- W. Richards, de Lehigli University (U. S. A.) vient de déterminer avec soin la chaleur spécifique de l'aluminium pur obtenu par le procédé Ilall et présentant la composition suivante :
- Aluminium.............................09,95
- Silicium.............................. 0,07
- Fer..................................traces
- 11 résulte de ces expériences que la chaleur spécifique de l’aluminium augmente avec la température
- Température
- 0" U 20°
- 100"
- 625° (point de fusion)
- Chaleur spécifique. 0,222 0,224 0,252 0,2845
- Ces chiffres correspondent à une chaleur spécifique moyenne, entre 0° C et 625° G, égale à 0,2555. La chaleur totale renfermée dans 1 kilogramme d’aluminium amené à son point de fusion est égale à 158,5 calories (Kg-d). Ces chiffres confirment les résultats obtenus par Mallet, en ce qui concerne la valeur vraie de la chaleur spécifique, et les observations de Naccari en ce qui concerne l’accroissement avec la température:
- ( il nouveau wagon-palais sur les chemins de fer canadiens. — Un wagon d’un nouveau modèle, un vrai palais, renfermant des merveilles de bien-être, supérieur même aux fameux Pullmann Cars, va être mis en service sur une ligne ferrée du Canada : il a été construit a Massachusetts pour la ligne Montréal-Toronto du Canadian Pacific Railway. Il est long au total de 66 pieds (21 mètres environ); le salon central, qui se transforme pendant la nuit en dortoir, est long de 52 pieds, sur 9 de
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- LÀ NATURE.
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- large et 10 1/2 de haut, il est meublé d’une douzaine de fauteuils très confortables. Le plafond de ce magnifique salon est peint à fresque de tableaux représentant les quatre saisons : une des améliorations les plus remarquables consiste en six énormes baies vitrées, qui remplacent les fenêtres. — A l’avant et à l’arrière du wagon sont respectivement disposés des'lavabos, où une simple pression sur un bouton fait tomber dans les cuvettes une quantité suffisante de poudre de savon ; puis une cuisine; un coffre pour les objets de valeur que les voyageurs veulent déposer. Ajoutez-y une « chambre d’observation », pour ceux qui veulent admirer le paysage ; un cabinet particulier, une bibliothèque, où l'on trouve à sa disposition un bureau et de quoi écrire; enfin, en n’a point oublié une boîte de médicaments et tout ce qui peut être utile ou agréable pour faire un long voyage. Le wagon est ventilé à l’air comprimé, et chauffé à l’aide de vapeur venant de la machine.
- La vigne en Russie. — Le Ministre des domaines de l’Empire de Russie a publié récemment un rapport où nous trouvons quelques renseignements très intéressants sur la vigne en Russie. La surface occupée par cette culture est d’environ 458 250 acres (environ 18 000 000 ares), produisant une récolte moyenne annuelle de 55 500 000 gallons (ou 249 000 000 litres). Plus de la moitié de cet ensemble pousse au Caucase; les districts de Bessarabie, de Chersonèse et de Podolie ont environ 150 000 acres, et récoltent 10 580 gallons seulement, car il y a dans ce total des plants non encore producteurs; tandis que la Crimée, avec 120 000 acres seulement, en produit 2 800 000. Le reste est fourni par la province de Ber-diansk, la Tauride, les provinces des Cosaques du Don, le district d’Astrakan, l’Oural et le Turkestan. La récolte moyenne pour les vingt dernières années a été de 180 gallons à peu près par acre avec d’énormes variations suivant
- les terres.
- 1). B.
- Mesures de capacité en nickel. — Par décret en date du 50 janvier 1892, l’emploi du nickel pur est autorisé pour la construction des mesures de capacité destinées au mesurage des liquides. Trois mois à partir de la promulgation de ce décret, les mesures en étain présentées à la vérification ne pourront être fabriquées avec un alliage renfermant plus de 100 pour 100 de plomb ou des autres métaux qui se trouvent ordinairement alliés à l’étain du commerce. 11 n’est pas dérogé aux prescriptions de l’ordonnance du 10 juin 1859 en ce qui concerne la forme, les dimensions et les autres garanties que doivent présenter les mesures de capacité.
- lin riche minerai d’argent. — On vient de découvrir, dans la mine Sylvester, à Zeelian (Tasmanie), une colonne de minerai de chlorure d’argent d’une richesse fabuleuse. La gangue consiste en kaolin et silice. L’ingénieur a enlevé les parties les plus riches d’un échantillon de quelques livres, puis a soumis ce qui restait à l’analyse. La teneur relevée était de 255kg,94 d’argent à la tonne et 18 pour 100 de plomb.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 février 1892. — Présidence de M. d’Abbadie.
- Perturbation magnétique. — Il résulte des graphiques inis sous les yeux de l’Académie par M. Mascart que les appareils magnétiques enregistreurs ont subi, dans la nuit
- de samedi à dimanche, une telle perturbation que les tracés sont sortis des papiers destinés à les recevoir. La déclinaison a changé de plus de 1 degré et demi, et il y a bien longtemps qu’un pareil phénomène n’avait été observé. Tout naturellement on s’est demandé quelle est la cause d'une allure si singulière, et tout d’abord il a semblé qu'on pourrait la trouver dans l’apparition d’une tache solaire qui vient de se montrer et dont les dimensions sont vraiment extraordinaires. Toutefois, il n’y a pas concordance assez parfaite entre l’apparition de la tache et l’arrivée de la perturbation pour qu’on puisse s'arrêter à cette manière de voir, d’autant plus que bien des faits ont déjà montré que les prétendues relations entre l’état de la surface solaire et les indications de la boussole, sont purement imaginaires. D’un autre coté, on a remarqué qu’au moment de la perturbation le baromètre a subitement baissé à Brest de deux centimètres environ, ce qui est tout à fait exceptionnel. Mais le rapport des deux phénomènes est encore fortuit, car, pendant que la pression baisse ainsi à la pointe de Bretagne, elle reste stationnaire ou s’élève en d’autres lieux. L’irrégularité magnétique intéresse le globe entier et n’est pas locale comme la pression atmosphérique : on l’a observé à Perpignan où le baromètre monte. Il est bien plus probable que les effets observés à Saint-Maur doivent se rattacher à une splendide aurore boréale qui, d’après un journal transmis par M. de Fonvielle, s’est montrée samedi à New-York avec un éclat incomparable. On attendra avec intérêt de nouvelles observations de ces phénomènes.
- Recherches sur le bore. — On sait que la première tentative d’isolement du bore est due à Ilumphry Davy qui a soumis l’acide borique à l’action d’un courant électrique :1e produit est une matière noire très légère. Gay-Lussac et Thénard firent plus tard réagir sur l’acide borique, un métal, et leur procédé fut perfectionné par Henri Sainte-Claire Deville et Wœhler qui annoncèrent la préparation du bore amorphe. M. Moissan a repris toutes ces expériences, et a soumis les résultats qu’elles fournissent à des analyses attentives. Sa conclusion est qu’aucune ne fournit du bore pur. Celui-ci ne représente même jamais la moitié de la substance étudiée ; on y trouve en même temps des borures, des métaux alcalins employés comme réducteurs, des borures des métaux constituant les vases dans lesquels on opère, de l’hydrure de bore, de l'azoture de bore et de l’acide borique qui ne manque jamais. Le savant auteur se propose dans un prochain Mémoire d’indiquer comment on peut obtenir le bore à un état de pureté inconnu jusqu’ici.
- Carbure défini du baryum. — On sait que les métaux contractent volontiers des combinaisons avec le carbone, à la température rouge, mais il est rare d’obtenir ainsi des composés définis, répondant à une formule déterminée. M. Maquenne a réussi à préparer un carbure de baryum, par combinaison directe du métal avec le carbone, qui répond à la formule BaC2 et appartient par conséquent à la classe des acétylures décrits par M. Berthelot. Ce produit est décomposé par l’eau avec dégagement d’acétylène : si l’on se rappelle la facilité avec laquelle l’acétylène se change en benzine, on peut par cette réaction expliquer avec M. Berthelot la synthèse naturelle des pétroles de Russie, qui, comme on le sait, appartiennent pour la plupart à la série aromatique.
- Assimilation des hydrates de carbone. — Il résulte d’un important travail de M. Hanriot que tout l’acide carbonique exhalé par la respiration ne provient pas d’oxyda-
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- l,A NATO UE.
- lions. On constate en ell'et en certaines circonstances que Je quotient respiratoire est plus grand que l’unité. Dans ce cas, cet acide carbonique surabondant provient d’une décomposition intra-cellulaire des sucres qui sans aucun con cours d'oxygène se scindent en graisse, en eau et en acide carbonique. Ce fait est d’autant plus important qu’il vient fournir l’appui de constatations précises à des vues formulées d’abord par M. Pasteur, et développées par M. Gau-tier, et qu’on peut exprimer en disant que la vie cellulaire des animaux supérieurs est en partie anaérobie.
- Spedroscopie stellaire. — D’après M. Rayet, directeur de l’Observatoire de Bordeaux, le spectre de l’étoile variable de 1871) a subi des changements très rapides. Son spectre continu s’est éteint le premier, puis les raies brillantes ont disparu les unes après les autres. Il ne reste plus aujourd’hui que la ligne verte : l’étoile fournissant à l’analyse spectrale le même résultat qu’une nébuleuse planétaire. C’est, comme on voit, un fait du plus haut intérêt
- et qui continue les célèbres idées d’ilerschel sur l'évolution des astres.
- Varia. — M. le général de Tillo est nommé correspondant pour la section de géographie et navigation. — Cn calcaire jurassique fossilifère des Pyrénées a fourni à M. Lacroix des zéolitbes nombreuses et variées : c’est la reproduction pour l’époque secondaire de l’association constatée pour les vases actuelles des abîmes océaniques par la Commission du Challenger. — D’après M. Cayeux, les gaizes crétacées renferment des carapaces de diatomacées. — M. Colteau termine l’examen des éebinides réguliers de l’éocène. — Les cellules à chlorophylle des feuilles de vignes, fournissent à M. Ltard un alcool monoatomique parfaitement cristallisé. —• L’emploi d’un ballon permet à M. Semmola l’étude de l’électricité atmosphérique. — M. Aimé Girard continue ses études sur la pomme de terre industrielle. Stanislas Meunier.
- L’u livre à ligures changeantes du dix-huitième siècle.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LIVRES A FIGURES CHANGEANTES
- Le curieux petit livre que nous allons signaler est formé de gravures peintes disposées de telle sorte qu’en feuilletant ce livre à différentes hauteurs des pages, en mettant le pouce à des points superposés et indiqués sur notre figure par les numéros 5,4, 5, 2 et 1, on fait passer sous ses yeux des figures différentes qui se succèdent par séries. Feuillette-t-on le livre en plaçant son pouce au bas de la page, au numéro 5, on ne voit passer que des • pages blanches ; si l’on recommence la môme opération en plaçant le pouce un peu plus haut, en 4, on ne voit se'succéder aux pages qui s’ouvrent que des femmes en toilettes élégantes; le pouce tournant les pages un peu plus haut, au n° 5, on ne voit passer que des figures de souris et de chats; en feuilletant encore un peu plus haut, ce sont des oiseaux, puis des
- bandes colorées décoratives. En retournant le livre et en le feuilletant dans l’autre sens, on obtient encore quatre nouvelles séries de dessins différents.
- Ce résultat est obtenu par une combinaison de brochage facile à se représenter. Le livre ayant 48 feuillets, les pages blanches sont disposées en regard, de 8 en 8 pages, de môme pour les figures de dames. Quelques-unes des figures sont retournées de manière à correspondre au feuilletage dans l’autre sens. Le bord des pages est convenablement coupé [tour que le pouce ne puisse saisir que les séries des pages correspondantes. Les numéros que nous avons indiqués sur notre figure, n’existent pas en réalité, nous les avons ajoutés pour l’explication. On a souvent confectionné des livres de ce genre; celui que nous décrivons est de l’époque Louis XVI. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- y D7 8. _ *2 7 FÉVRIER 1892.
- LA NATURE.
- 197»
- LA. PHOTOGRAPHIE DES NUAGES
- Lu photographie des beaux effets de nuages (pic l'on admire dans l’atmosphère a bien souvent tenté les opérateurs. Elle offre un double intérêt : au point de vue de l’art, elle produit des scènes remarquables; au point de vue météorologique, elle fournit des documents d'un grand prix. Mais l’opération faite dans les conditions normales, ne réussit que très difficilement. 11 faut, pour obtenir de bons résultats en se servant d'un appareil ordinaire, opérer de la manière suivante : braquer l'objectif à contre-jour, c’est-à-dire le diriger du côté du soleil, à l’inverse
- de ce qui se fait habituellement pour l’obtention des paysages, et, après avoir déterminé la mise au point, làirc fonctionner un obturateur très rapide. Quand le soleil est bas à l’horizon, et quand on opère au bord de la mer, on réussit parfois à bien impressionner la plaque avec les détails des nuages.
- Mais ce mode d’opérer ne permet de produire de bons clichés qu’au moment du coucher du Soleil, et sur les rivages de l’Océan; dans les circonstances habituelles, plusieurs obstacles s’opposent à la réussite de la photographie des nuages. L’un des plus importants provient de la lumière polarisée du ciel bleu. On peut l’éviter par l’emploi d’un miroir noir dont nous avons précédemment signalé l’em-
- Fac-similé (le la photographie (l’une nappe de images, obtcuue au I’ic du Midi, par M. Jacques Ducom, le 19 août 1891.
- ploi1, mais la disposition d’un miroir noir parallèle exige une installation toute spéciale sur la chambre noire. On obtient toutefois de bons résultats par ce procédé.
- L’inconvénient que présente d’ailleurs la couleur bleue du ciel, peut être évité par un autre procédé que nous allons faire connaître. On sait que le bleu du firmament et le blanc des nuages impressionnent presque également le gélatino-bromure d’argent. Ces deux couleurs sont très photogéniques : le nuage et le ciel, dans l’épreuve positive obtenue, se confondent en une grande nappe blanche.
- On a été conduit, pour obtenir le contraste nécessaire entre ces deux teintes, à interposer dans l’ob-
- jectif un écran coloré jaune qui forme avec le bleu du ciel une couleur verte. Cette couleur verte se distingue alors tout à fait de la couleur blanche des nuages.
- Un de nos- praticiens les plus habiles, M. Jacques Ducom, notre collaborateur dans l’ascension aéronautique photographique de 1885 l, a employé ce procédé pour une série d’études qu il a entreprises l’an dernier et qui lui ont permis d’arriver à d-excellents résultats. M. Ducom a exécuté, au sommet du Pic du tMidi, où il avait trouvé l’hospitalité à l’Observatoire, une série de bonnes photographies de cumulus mamelonnés vus à leur surface supérieure. Nous reproduisons ci-dessus l’une des meilleures épreuves de la série. ;
- 1 Voy. n° C5I, du i juillet 1885, p. 05.
- 1 O
- Voy. n° 862, du 7 décembre 1889, p. 10. 20e annoo. — 1er semesln*.
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- 1-9:4
- LA NATURE.
- Voici la Note que l’opérateur nous a communiquée à ce sujet :
- Celte photographie a été faite le 11) août à 7 heures du matin, à l’Observatoire du Pic du Midi, à une altitude de 2877 mètres, la couche des nuages étant à environ 1800 mètres. L’objectif que nous avons employé était un rectiligne de 27 centimètres de foyer, construit par M. Iial-breck; la grandeur du diaphragme était d’environ 1 centimètre et celui-ci était protégé par un écran jaune à faces parallèles serti directement sur l’obturateur G il Ion placé au centre de l’objectif ; nous avons fait donner à cet obturateur son maximum de rapidité. À ces altitudes élevées la pureté du ciel et la grande quantité de lumière réfléchie par les nuages, permettent au photographe toute la vitesse possible. La seule crainte qu’il doit avoir, est celle de toujours trop poser.
- Le développement a été fait de la façon ordinaire, à l’hydroquinone.
- Pour les amateurs qui ne désirent avoir que des épreuves artistiques, les moyens que nous venons d’indiquer sont suffisants; mais, pour les météorologistes qui cherchent à recueillir de vrais documents scientifiques, ils laisseraient à désirer.
- Voici une manière d’obtenir des photographies de nuages qui permet d’enregistrer les formes des plus faibles Vapeurs et même la plupart des fins et délicats cirrlms.
- Nous avons pu réussir de belles épreuves à l’observatoire de M. Cassé, à la butte Montmartre, en opérant de la manière suivante :
- Notre chambre noire était munie, comme pour l’épreuve faite au Pic du Midi, de son verre jaune parallèle, mais, au lieu d’employer des glaces ordinaires, nous nous sommes servi de plaques isochromatiques de M. Lumière ; elles sont encore suffisamment rapides pour obtenir de bonnes épreuves instantanées, malgré l’écran jaune que Pon a interposé dans l’objectif.
- 1 Ce procédé a malheureusement un défaut capital, il ne donne pas l’aspect exact du ciel ; le fond bleu de la voûte céleste, devient absolument noir, et les nuages s’v dessinent en blanc, mais ils sont très nets et tous leurs détails siont bien reproduits.
- M. Vaussenat, le directeur de l’Observatoire du Pic du Midi, que la mort a récemment enlevé à la science, 'avait exécuté une série de photographies de nuages au sommet du Pic; il croyait avoir trouvé dans ces documents le moyen de faire des prévisions du temps à courte échéance. U avait remarqué que le temps, dans la plaine, variait, suivant que la surface supérieure des nuages qu’il photographiait de haut, était lisse ou moutonneuse. Ces observations n’ont pas été prolongées assez longtemps pour qu’il soit possible d’en tirer encore aucune conclusion certaine; mais il est incontestable que la photographie des nuages offre une importance de premier ordre au point de vue météorologique.
- Gaston Tissandier.
- : CULTURE DE L’OLIVIER EN PERSE
- In rapport sur la culture de l’olivier dans le nord de la Perse a été présenté au Foreign Office par le consul anglais de Téhéran; il ressort de ce travail que le district, compris
- entre Kuslemabâd au nord, et Mangeli au sud, renferme 45 villages possédant 80 000 à 100 000 arbres, qui rapportent chacun 5 à 4 kilogrammes d’olives par an; cette moyenne a été prise en tenant compte de ce fait, que l’olivier ne donne une pleine récolte que tous les deux ans. La récolte moyenne totale peut être estimée à 540 000 kilogrammes d’olives donnant environ 58 000 kilogrammes d’huile de bonne qualité. Après l’extraction de l’huile de première qualité, les fruits sont de nouveau soumis à la pression, et l’on en retire une huile de qualité inferieure employée dans les fabriques de savon. Le résidu est utilisé comme engrais pour les oliviers eux-mémes.
- Après une bonne récolte, l’huile revient à lfr,50 environ par bouteille de 000 grammes, à llesht ou à Téhéran. La valeur moyenne des olives d’une récolte annuelle est estimée à environ 07 000 francs; ce chiffre ne comprend pas d’une part l’huile de seconde expression, ni d’autre part les frais de main-d’œuvre. L’huile est obtenue par un procédé primitif et très long : les olives, récoltées à la fin de l’automne, sont mises à fermenter dans un grand récipient jusqu’au commencement de l’été, puis on les fait sécher sur les toits des maisons, et on les remet de nouveau à fermenter, après quoi on les exprime, à peu près de la même façon qu’on exprime le raisin pour faire le vin; enfin, on les fait bouillir et on les comprime entre deux grosses pierres plates, l’huile est recueillie dans un récipient placé entre les pierres. Le Shah a dernièrement donné à une compagnie russe le monopole de l’extraction de l’huile dans le nord de la Perse; cette compagnie a l’intention d’y introduire les procédés et les appareils employés en Europe.
- LA FRANCE SISMIQUE
- Ou croit généralement que les tremblements de terre sont pour ainsi dire inconnus en France. Outre que la grande secousse ligurienne de 1887 est venue donner un vif démenti à cette opinion, et que les annales historiques ne manquent pas de faits aussi graves, on peut trouver dans les travaux des sismologues et les recueils météorologiques un très grand nombre de secousses terrestres ayant alfeclé notre pays.
- De patients chercheurs sc sont donné la tâche de réunir les sismes qui ont ébranlé le sol sur toute la surface du globe. 11 faut en première ligne citer Al. Perre y qui chaque année, de 1845 à 1871, a publié le catalogue des faits venus à sa connaissance. L’Autrichien Fuchs R suivi son exemple de 1865 à 1885, et Détaillé en France de 1885 à 1888. Je ne cite là que les sismologues les plus connus. En Suisse, en Italie et au Japon se sont formées de puissantes associations, qui, rayonnant par leurs membres sur tout le territoire de leurs nations respectives, ne laissent échapper aucun fait, et s’aident pour leurs observations de sismographes enregistreurs ; les illusions des sens se trouvent ainsi évitées. Il y a bien un point faible dans l’emploi de ces instruments : c’est que, trop sensibles et placés le plus souvent trop près des villes, on a pu les soupçonner d’enregistrer beaucoup de vibrations terrestres ducs à l’activité humaine, provenant par exemple du roulement des voitures lourdement chargées ou des trains de chemins de fer, des explosions de mines, etc., etc. Quoi qu’il en soit, la sismologie est entrée dans une période de progrès sous la direction des Milne au Japon ; de Rossi, Tacchini, Pa’mieri, etc., enltalie ; Forel et Heim en Suisse.
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- LA NATURE.
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- Ou commence à entrevoir quelques lueurs dans le'mystérieux et terrible phénomène. 1*1 us on va, plus on tend à écarter comme tenant les sismes sous leur dépendance, les phénomènes extérieurs à la planète, et ceux qui ont leur siège dans l’atmosphère. On arrive à penser que nés dans l’intérieur du globe, ils ont leur cause là où ils se produisent, en un mot qu’ils sont d’ordre géologique. Aussi les Italiens ont-ils adopté le terme de météorologie endogène.
- Si les sismes prennent naissance dans les couches plus ou moins profondes, il ne faut pas espérer qu’il suffise pour en établir la théorie de dresser des cartes « sismiques », où l’on porterait les points signalés par des tremblements de terre, et de voir si certains terrains y sont plus sujets que d’autres. Ce serait déjà un grand point que de savoir si par exemple les terrains tertiaires sont [dus souvent ébranlés que ceux de la série paléozoïque. Et en effet on a trouvé que toutes les régions à tremblements de terre sont faillées, mais comme toutes les régions faillées ne sont pas forcément rie lie,s en sismes, il s’ensuit que la relation entre les deux phénomènes n’est pas évidente; les failles paraissent être nécessaires, mais non suffisantes. Dans cet ordre d’idées, les uns disent qu’il tremble plus dans les terrains anciens que dans ceux plus modernes, parce que ces derniers sont en général moins failles ; à quoi leurs adversaires répondent que si les terrains anciens sont plus fracturés, il y tremble cependant moins parce que les solutions de continuité ont eu le temps de se consolider, et leurs parois de se cimenter au moyen de dépôts adventifs venus de l’extérieur ou de l’intérieur. Ce projet, que l’ancienneté d’un terrain soit ou non favorable à la production des sismes, n’a peut-être pas de solution, car ils se produisent dans la profondeur.Yirlet d’Aoust a bien émis l’opinion qu’ils constituent un mouvement très superficiel puisque en certains cas, des secousses bien définies à la surface n’ont pas été perçues dans les mines. Malheureusement des cas inverses sont tout aussi communs, de secousses senties au fond de mines et non à la surface.
- Il ne faut pas confondre l’influence du terrain sur la fréquence des secousses et sur leur propagation. On sait très bien dans certaines villes comme Tokio, Lisbonne, San Salvador, que tels quartiers souffrent moins que d’autres parce qu’ils sont construits sur des terrains plus solides. Qu’il me soit permis de rappeler un fait curieux. En 1887, a Nîmes, on a pu reconnaître que la secousse de Nice n’a ete bien sentie que dans la vieille ville, limitée à l'enceinte romaine. Les quartiers neufs, moins coupés de fondations, ont transmis de longues et douces ondulations qui sont passées inaperçues.
- Il paraît fort probable que la forme extérieure du terrain, ou l’aspect géographique et topographique, intervient puissamment dans la fréquence des secousses. Bien des raisons le font supposer. Mais jusqu’à présent on n’a pu rien préciser. On sait par exemple qu’en Amérique la côte occidentale, abrupte du cap llorn au détroit de Behring, est constamment ébranlée, tandis que les rivages de l’Atlantique ignorent ces phénomènes. Les grandes surfaces à peu près planes du Sahara, du Gobi, du bord de l’océan Glacial, ne sont jamais ébranlées comme les chaînes à grand relief, Alpes, Pyrénées, Caucase, Himalaya.... Ces remarques montrent la voie «qu’il faut suivre; fixer les régions sismiques et chercher dans la géologie, la géographie et la topographie, leurs caractères communs. C’est là qu’on voit l'importance des petites secousses à aire restreinte, tandis que les grandes seules frappent l’imagination des peuples.
- Les cartes sismiques sont de deux espèces : celles qu
- accompagnent la monographie de tel ou tel tremblement de terre particulier, et celles qui, soit pour une année (on en fait au Japon, aux Philippines, en Suisse, etc ,) soit pour de longues périodes de temps, portent toutes les stations affectées par des secousses locales. Pour ces dernières, se présente une difficulté : c’est que les localités importantes seules sont signalées, en Fiance par exemple les préfectures et sous-préfee-tures. Une telle carte n’aura donc de sens que par l'accumulation des points atteints par les petites secousses isolées et le nombre des chocs correspondants. C’est ce qui a été fait pour la carte ci-jointe de la France. On y remarque de nombreuses localités sporadiques sans lien entre elles et sans aucune signification. Mais à côté de cela, on remarque nettement des régions où les points sont très serrés et ou des hachures montrent la fréquence relativement à la surface. Ce sont les Basses-Pyrénées, le Rhône moyen et la basse Durance, le Niçois, la Savoie et la haute Isère, la Vendée et la basse Loire, le Douaisis.
- Cette carte sismique de la France a été établie sur le même plan que celle des Iles Britanniques de O’Reilly, avec cette différence qu’on n’a point cherché à relier des points par les lignes du fameux système pentagonal d’Élie de Beaumont, bien démodé maintenant. Comprenant environ 400 localités, elle a pour base 1500 sismes à peu près, dont 250 pour la Provence et le bassin du Rhône depuis Valence, 250 pour les Pyrénées, 550 pour la Savoie. En France on peut tabler annuellement sur 0 ou 10 tremblements de terre. F. de Baliore.
- Carte île la France sismique.
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- LÀ NATURE.
- CHAUFFAGE DES VOITURES
- La question du chauffage des wagons de chemin de fer a pris depuis quelques années une grande importance. Les bouillottes qui étaient réservées aux seuls voyageurs des premières classes se sont étendues peu à peu aux secondes et aux troisièmes, et c’est avec raison, ce nous semble, qu’on a pris ces mesures humanitaires.
- Plus récemment la Compagnie des omnibus de Paris a été également mise à même de mettre un moyen de chauffage à la disposition de ses voyageurs ; cela ne s’est pas lait sans dilïiculté et la solution n’est encore (pie médiocre.
- Si la question du chauffage des trains de chemin de 1èr et des omnibus présente une grande complication, il parait beaucoup plus facile de trouver une solation pour le chauffage des voitures particulières. Cependant on n’a pas beaucoup cherché jusqu’à présent à remplacer la bouillotte ou la chaufferette à charbon, bien qu’elles présentent l’une et l’autre des inconvénients : la première, en ce qu’elle se refroidit assez rapidement ; la seconde, en ce qu’elle présente des dangers d’asphyxie. M. Morel a eu l’idée de combiner les deux systèmes en construisant une sorte de thermosiphon, qui permet à l’eau d’ètre toujours chaude et au foyer de ne présenter aucun danger puisqu’il est à l’extérieur de la voiture.
- Son appareil se compose d’une bouillotte très mince AB (lîg. 1 et 2) entre les parois de laquelle circule l’eau chaude ; son épaisseur qui n’est que de 15 à 20 millimètres permet de la loger facilement dans le fond de la voiture sans qu’elle forme saillie. Au milieu de cette bouillotte et à sa partie inférieure se trouve placé le foyer C (fig. 1 et 2) qui s’engage dans le plancher de la voiture de manière à se trouver complètement en dehors; de cette façon le dégagement des gaz de la combustion a lieu à l’air libre et ne peut incommoder le voyageur. On voit (lig. 1 et 2) que les parois qui forment la boite AB se prolongent en un cylindre vertical entourant le foyer de manière à permettre à l’eau de circuler
- qu’il émet, l’eau chauffée dans les parois verticales du cylindre remonte vers la partie horizontale de la bouillotte tandis que l’eau refroidie descend par l’effet de sa plus grande densité: il y a donc un va-et-vient continuel tant qu’il y a du feu dans le foyer.
- Avec du coke de tourbe il peut être chargé pour douze ou quinze heures sans qu’il soit nécessaire de s’en occuper, grâce à un système de régulateur ingénieux dont on voit la pièce principale en B (lig. 1). C’est une spirale composée de deux lames de métaux différents, cuivre et acier, juxtaposées et soudées l’une à l’autre. Les gaz de la combustion venant du foyer traversent la partie supérieure où le combustible n’est pas encore allumé et se répandent dans l’air par une cheminée placée en E. Lorsque, par suite de l’élévation de température, la spire B s’est échauffée, les deux métaux qui la composent
- se dilatent inégalement, le cuivre placé à l’intérieur se dilate plus (pic l’acier et la spire tend à s’ouvrir. Bans ce mouvement son extrémité libre presse sur un levier agissant sur un obturateur qui vient fermer plus ou moins l’ouverture E, et la fermeture est d’autant plus complète que la température est plus élevée.Ce système permet d’abandonner le loyer à lui-même {tendant toute la journée sans aucune surveillance.
- Quant au liquide renfermé dans la bouillotte, il n'a pas besoin d’ètre renouvelé ; tous les huit ou dix jours on complète seulement les pertes qui auraient [tu se faire ; il est composé d’eau additionnée d’un peu de glycérine afin de retarder le point de congélation et de permettre à la voiture d’ètre abandonnée à elle-même sans que le foyer soit allumé. En employant de l’eau [turc il arriverait, en effet, que, [tendant l’hiver, si on n’avait pas soin de vider la bouillotte quand l'appareil ne sert pas, l’eau, en se congelant, pourrait la faire éclater. Le poids total de l’appareil est d’environ 7 kilogrammes, il peut se. placer très rapidement dans toutes les voitures. Pour dissimuler la vue du foyer à l’extérieur, on peut adapter autour de ce dernier un motif d’ornementation en fonte qui est fabriqué spécialement pour cet usage et qui en rend l’aspect plus agréable à l’œil dans le cas où il s’agit d’une voiture de luxe. Br Z... •
- Système do cliautlage des voilures. — l. Coupe longitudinale de l’appareil.
- 2. Coupc transversale. — 5. Vue de la plaque de cliaullage dans l'intérieur de la voiture.
- tout autour de celui-ci; sous l’action de la chaleur
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- L ’ IN ST A LL VT ION ÉLECTRIQUE
- DE M. A. MENIER
- C’est une sensation agréable de trouver l’industrie électrique sous le vêtement élégant et riche que M. Albert Menier lui a donné dans l’installation qu’il a faite à sa propriété de Neuilly.
- Cette installation mérite d’être décrite. Une salle haute, largement éclairée à travers une face entièrement garnie d’un vitrail, toute revêtue de lambris de chêne; autour, une galerie courante dominant les appareils conduisant aux tableaux qui couvrent le mur du fond et y forment un ensemble de points
- brillants d’un aspect très décoratif; au milieu, les machines, acier, cuivre et nickel polis, assez d’espace pour (pic tout soit à l’aise, pas assez pour qu’on sente le vide; tout cela donne un aspect calme et ricin', bien fait pour réjouir un coeur d’électricien.
- Au point de vue technique, on ne trouvera pas là une installation d’ensemble projetée d'un seul coup pour un but déterminé; elle offre au contraire la figure intéressante et assez rare d’une installation (pii a été toujours grandissant, mais dans laquelle on a introduit les progrès et marché en avant sans jamais faire disparaître le passé.
- La machinerie générale forme trois groupes ; les deux premiers, tout à fait symétriques, ont pour mo-
- Usine électrique de M. Albert Menier à Neuilly-sur-Seine.
- tours deux machines Weyher horizontales de 100 chevaux chacune, marchant à une vitesse de 100 tours par minute. Elles actionnent un arbre de transmission disposé dans le sous-sol et qui transmet le mouvement à deux groupes de machines comprenant ensemble deux machines Gramme du type dit d’atelier; la première machine dynamo, je crois, qui soit réellement entrée dans l’usage pratique; deux machines Gramme à électro-aimants plats dites type Raflard, deux autres à électro-aimants verticaux ; deux machines Edison à tambour inférieur; une machine Resroziers ; enfin trois machines Gramme alternatives, deux de dix foyers, une de vingt foyers.
- Les générateurs sont répartis en deux groupes dont les forces ont été bien équilibrées et qui présentent un aspect de symétrie satisfaisant.
- Au fond de la salle est un groupe d’arrangement plus moderne; une machine Weyher et Richemond à pilon tournant à 225 tours et donnant 150 chevaux, conduit directement sur son axe deux machines Desroziers. Toutes les machines dynamos, à l’exception des alternatives, viennent de la maison Rréguet.
- Les appareils à lumière sont de trois espèces: des régulateurs Cance, au nombre de 90, 00 bougies Jablochkoff et environ 600 lampes à incandescence, le tout marchant sous une tension de 70 volts.
- Ces divers foyers sont reliés à des tableaux spéciaux disposés symétriquement sur les deux côtés de la paroi, au fond de la salle; au milieu de cette paroi, se trouve un tableau de combinaisons, nécessité par le mode d’excitation des machines; celles-ci portent l’enroulement compound ; elles ne peuvent donc
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- LA NATURE.
- travailler en quantité et doivent recevoir chacune un certain nombre de circuits distincts. Le tableau de combinaisons permet de faire, suivant les cas, alimenter les divers groupes lumineux par les machines que l’on veut mettre en marche.
- Pour les moments où le service est très réduit, on a disposé une batterie d’accumulateurs de 65 éléments, possédant chacun 50 kilogrammes de plaques : on a môme voulu pouvoir charger cette batterie sans mettre en action les gros moteurs, et on a dans ce but installé une petite dynamo avec moteur à pilon grande vitesse, qui suffit dans les jours où l’éclairage se réduit au minimum.
- La canalisation est faite avec des cables isolés disposés dans des caniveaux de brique sur des crémaillères de bois goudronné. L’ensemble a été très bien disposé parle chef de cette jolie usine, M. Alberli.
- Les appareils dont nous avons donné le nombre, forment tout le système éclairant de la propriété de M. A. Menier, à Ncuilly; propriété comprenant l’hôtel, de vastes communs, un ensemble d’écuries et de remises, un manège et une salle de théâtre. Chacun de ces locaux a été pourvu du foyer adapté à sa destination; les bougies Jablochkoff éclairent le jardin, les cours des écuries; les régulateurs sont dans les grandes salles, hall des machines, manège ; les lampes à incandescence font le reste. La salle de théâtre, possède des jeux de lumière très variés. Enfin, dans le jardin, on a établi de belles fontaines lumineuses, à l’instar de celles de l’Exposition. La chambre souterraine où se fait leur illumination, éclairée elle-même et ventilée par l’électricité, est un petit modèle du genre; éloge qu'on pourrait, du reste, appliquer à tout l’ensemble de cette belle application de l’éclairage électrique.
- Fr.vxck G en ami y.
- LES MOUVEMENTS DES YEUX
- L’œil est apte à se mouvoir dans la direction verticale, haut et bas, horizontale, droite et gauche; il subit même, dans certains cas, un léger mouvement de rotation sur son -axe. Ces divers mouvements sont commandés par une série do muscles qui, partant de divers points de la cavité orbitaire, viennent s’insérer sur le globe de l’œil ; ils donnent à l’œil la faculté de voir un champ relativement assez étendu. L’étendue de ce champ visuel est facile à calculer; il fournit des données intéressantes pour l’élude de certains faits pathologiques. Mais s’il est facile de mesurer ces limites extrêmes, il n’en est pas de même du mouvement minimum.
- Si vous regardez, par exemple, une série d’objets semblables placés sur une même ligne, les lames d’une persienne, les marches d’un escalier, une enfilade de perles, vous remarquerez que vous pourrez d’autant mieux les compter que vous êtes plus rapproché de ces objets. A partir d’une certaine distance, la numération n’est guère possible qu’en les prenant par groupes de deux ou trois, fie fait semble prouver que l’œil se plie mal à un mouvement trop restreint.
- Le I)1 Landolt a cherché à élucider par une série d’expé-
- riences ingénieuses ce petit problème de physiologie. Voici comment: on trace sur un carton blanc deux échelles, l’une formée de 12 points, l’autre de 12 traits noirs, équidistants, placés les uns à coté des autres en ligne droite. Les points ont 5 millimètres de diamètre, les traits 2 millimètres d’épaisseur. La distance entre deux points ou deux traits est de 13 millimètres.
- Je passe sur les difficultés d’interprétation de l'expérience résultant de l’acuité visuelle, de la réfraction de tel ou tel sujet. Prenons-la dans ses termes les plus simples. Si l’on regarde cette échelle, on s’apercevra qu’il est beaucoup plus facile, dans la ligne horizontale, de compter de gauche à droite que de droite à gauche. C’est là vraisemblablement une habitude de lecture. Si l’on met l’échelle dans la direction verticale, les résultats varient; les uns comptant mieux de bas en haut; les autres de haut en bas. Mais si l’on compte, sur celte échelle verticale, dans un sens oblique, tout le monde ou à peu près comptera mieux de gauche en bas à droite en haut qu’in-versement.
- En calculant l’angle résultant de ces diverses expériences, M. Landolt est arrivé à montrer que l’œil n’est pas capable, en général, bien entendu, de mesurer un angle inférieur à 5 minutes. On comprend dès lors qu’il faille, à une certaine distance, compter ces objets par groupes pour en avoir une numération exacte.
- Un autre détail de ces mouvements limités des veux est encore bien intéressant. Si l’on suit de l’œil une ligne imprimée, il semble que l’œil doive suivre pour ainsi dire, en glissant d’un bout à l’autre d’un mouvement régulier. C’est en effet ce qu’on constate à une observation sommaire; bien des personnes ont même un léger mouvement de translation de la tête. Mais si l’on analyse ce mouvement de l’œil en marche, si je puis dire, pour la lecture d’une ligne, on verra qu’il se décompose en une série de saccades qui semblent d’autant plus nombreuses que le mouvement d’ensemble est plus lent. Qu’il s’agisse de points, de lettres, ou d’un trait ininterrompu, il y a toujours ces oscillations.
- Si l’on applique ces recherches physiologiques à la lecture, on comprendra comment cet exercice peut devenir une cause de fatigue énorme de la vue. Outre la fatigue résultant de la convergence des axes, de l’accommodation du cristallin, de l’impressionnabilité répétée sur un même point de la rétine, il y a la fatigue résultant de ces mouvements par saccades, répétés des milliers et des milliers de fois pour un travail prolongé. Lisez un texte facile, où la pensée devine pour ainsi dire le mot par avance, les saccades seront moins fréquentes que si vous lisez une phrase bourrée de noms propres, de chiffres qui retiennent l’œil, ou une langue étrangère qui ne vous est pas familière. M. Landolt a constaté ces faits expérimentalement. On s’explique dès lors les troubles de la vue chez des sujets obligés à de longues heures de travail. Si l’on se rapproche trop du livre, pour éviter à l’œil des excursions trop petites, on fatigue l’accommodation et inversement. Les enfants, chez lesquels l’accommodation et la convergence s’établissent de la façon appropriée sans grande fatigue, ont de la tendance à mettre le nez sur leur livre quand ils commencent à apprendre à lire. M. Landolt se demande avec raison si ce ne serait pas là une tendance instinctive qui les porterait à supprimer la fatigue résultant de ces mouvements saccadés de l’œil. On pourrait, d’autre part, se demander si le changement dans l’habitude des excursions de l’œil ne serait pas la cause de la gène des lunettes, les mieux adaptées au trouble visuel,
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- dans les premiers temps où les personnes d’un certain âse ou à vue fatiguée viennent à s’en servir. Habituées à donner à l’œil une excursion d’une certaine étendue, elles ont de la peine à changer et rejettent sur le mauvais choix des verres ce qui n’est qu’un défaut personnel qui se corrige du reste assez vite. On voit que la question soulevée jadis par M. Javal et étudiée actuellement par M. Landolt présente un certain intérêt pratique.
- I)r A. Cartaz.
- L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE
- ET I.A COMPOSITION LITTÉRAIRE'
- M. Ayrton, président de l'Institution of Eleclrical En-qineers, a prononcé récemment un discours qui fait le tour de la presse industrielle anglaise. 11 y est uniquement question des connaissances nécessaires à un électricien, et ce sujet prête à de longs développements. Il existe en France assez de cours d’électricité, à l’Ecole centrale des arts et manufactures, à l’Ecole municipale de physique et de chimie, au Conservatoire des arts et métiers, et même à l’École de télégraphie, pour que nous n’ayons pas à nous préoccuper des idées de M. Ayrton relatives à l’enseignement technique : les méthodes peuvent varier, suivant les professeurs, mais le fond est partout le même, et les résultats dépendent surtout des aptitudes des élèves. Le passage le plus original du discours est, à notre avis, celui où l’orateur insiste sur Futilité des langues étrangères et surtout de la composition littéraire.
- « Une connaissance pratique (working knowledge) du fiançais et de l’allemand peut s’obtenir sans qu’il soit nécessaire de posséder toutes les finesses de l’esprit français, ni toutes les combinaisons de la synthèse allemande, et cette connaissance suffit à la moyenne des étudiants. Mais, en ce qui concerne sa propre langue, il faut à l’électricien quelque chose de mieux, et nos élèves doivent s’exercer à écrire et aussi à parler un solide anglais. L’autre jour, le professeur Nichols, de l’Université Cornell, déplorait avec moi la rareté des élèves-électricicns capables de rédiger décemment un rapport. On peut, dans un travail, employer d’excellentes méthodes expérimentales, bien appliquer l’analyse mathématique et faire des calculs exacts; mais la description de l’appareil et les détails des résultats obtenus sont jetés pêle-mêle sur le papier, comme si l’auteur ignorait que la manière de présenter un plat est presque aussi importante que la qualité de ses ingrédients. »
- Ces sages réflexions ne s’adressent pas seulement à l’Angleterre; les professeurs de tous les pays doivent les méditer, car partout on développe les enseignements spéciaux et on relègue au second plan l’élément purement littéraire. Avant même qu’un bonhomme sache mettre l’orthographe, on lui bourre la tête de mathématiques, de physique, de chimie, d’histoire naturelle, sans s’inquiéter de lui apprendre à mettre en valeur ce fatras de connaissances. Tout le monde n’est pas né oratuir ou écrivain; mais tout le monde peut apprendre à coordonner ses idées, à les exposer clairement, en un mot, à composer, à parler ou à écrire avec méthode. Il est vrai qu’on n’y parvient pas du premier coup, et les programmes sont déjà terriblement chargés. Peut-être finira-t-on par s’apercevoir qu’on abuse des études positives et qu’il y a, dans l’ancien système d’éducation, des choses à conserver.
- Pu. Delahaye.
- LES TORPILLES AUTOMOBILES1
- Les torpilles automobiles Whitehead et Ilowcll sont des torpilles lancées, mais non des torpilles dirigeables, comme l’appareil Sims-Edison : cela veut dire1 qu’il faut, pour qu’elles atteignent le but visé, sous l’impulsion de l’énergie emmagasinée quelles renferment, qu’elles soient, au préalable, lancées dans la direction de ce but, leur mécanisme intérieur ayant seulement pour objet de maintenir a la trajectoire une direction toujours la même et une profondeur constante. Les procédés de lancement de ces torpilles font l’objet de ce troisième et dernier article.
- Lancement de la torpille Whitehead. — Le système de lancement de la torpille Whitehead, étudié par les Forges et Chantiers de la Méditerranée depuis une dizaine d’années, sous la direction de M. Canet,-a subi de nombreux et incessants perfectionnements, de sorte que les premiers types créés en 1885 n’ont plus que des rapports assez éloignés avec les modèles plus récents, tels que ceux qui figurèrent a l’Exposition de 1889, par exemple. Le problème posé par le lancement de la torpille n’est d’ailleurs pas simple en lui-même, car de nombreuses causes de perturbation inlluent sur la direction à donner à la torpille, et, il faut les reconnaître, les combattre et les vaincre. Le principe général du mode de lancement est, identique à celui du lancement d’un projectile quelconque, par explosion d une charge de poudre à la partie postérieure du canon, ou tube; lance-torpille dans lequel elle est préalablement, j ilacée.
- Le tube lance-torpille se compose toujours, essentiellement, d’un long tube en bronze ou en acier, portant a la partie supérieure, sur toute sa longueur, une rainure en forme de T dans laquelle s’engage une pièce de même forme vissée sur la torpille et lui servant de guide pendant son déplacement longitudinal, pour l’empêcher de tourner en avançant sous la poussée de la charge.
- La partie postérieure du tube est terminée par, une culasse à charnière sur laquelle on vient fixer la gargousse de lancement à l’aide de trois crochets. A l’avant de la torpille est une sorte de longue cuillère dont le but est de guider la torpille après qu’elle a quitté le tube de lancement, de retarder le moment, auquel l'air est donné au moteur, et d’obliger la, torpille à tomber à l’eau horizontalement, au lieu de tomber à l’eau sous un certain angle, comme dans les premiers types de 1885. L’infiammation, qui est électrique, se produit par la manœuvre d’une ma-j nette qui, en même temps qu elle produit l’inïlam-. mation, dégage un verrou qui l’empêchait de glisser, au roulis et de s’échapper du tube avant le moment du lancement..
- La torpille supposée réglée, le lancement demande,
- 1 Suite et fin. — Voy. n° 971, du 50 janvier 1892, p. 129,,
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- la série d’opérations suivantes : 1° charger le réservoir d’air comprimé à la pression de 85 kilogrammes par centimètre carré; 2° régler son immersion par le compartiment des régulateurs; 5° régler sa portée par le mécanisme spécial placé à l’arrière; 4° introduire la torpille dans le tube et s’assurer que la queue touche le verrou et le levier de prise d’air, le doigt placé dans le tube et faisant saillie dans la rainure ; 5° attacher la gargousse par ses trois croche! s sur la porte du tube qu’on referme; 6° faire les épreuves et amorcer ; 7° mettre le feu au moment voulu en agissant sur la manette.
- La gargousse s’en-
- 11 a mine en même temps que le verrou se retire du tube, rendant la torpille à elle-même. Le doigt ouvre le levier de prise d’air et la machine se met .à tourner. La torpille tombe à l’eau horizontalement et se dirige vers son but avec une vitesse de 27 nœuds (50 kilomètres à l’heure).
- Elle l’atteint en faisant détoner son cône, ou elle le manque. Dans ce second cas, arrivée h la distance indiquée et prévue lors du réglage n° 3, elle stoppe et se coule elle-même par la soupape de submersion. Nous reproduisons ci-contre deux photographies instantanées des plus remarquables qui nous montrent une dernière Whitehead au moment où elle s’échappe du tube de lancement (fig. Iet2). Ces tubes de lancement dans les navires cuirassés, se trouvent à côté des pièces de canon, à l’entrepont; dans les bateaux torpilleurs, ils sont placés à l’avant (lig. 2). Parfois ils ne sont pas visibles au-dessus du navire et se trouvent au-dessous du
- 1. — Torpille Whilchead au moment de son lancement d'un navire cuirassé. (D’après une photographie instantanée de M. X..., lieutenant de vaisseau.)
- Fig. 2. — La même vue dans l’espace au moment où elle va entrer dans l’eau. (D’après une photographie instantanée de M. X..., lieutenant de vaisseau.)
- pont. La figure 5 montre un des tubes de lancement du modèle le plus récent.
- Lancement de la torpille Ilowell. — Le lancement de la torpille Ilowell se fait dans un tube de bronze d’un diamètre légèrement supérieur à celui
- du milieu du corps de la torpille, et d’une charge de poudre placéeà l’arrière. Il suffit de moins de 250 grammes de poudre pour communiquer à une torpille pesant 500 livres (225 kilogrammes) une vitesse de 55 nœuds (64 kilomètres par heure). A cette vitesse, une torpille lancée à une hauteurde 5 pieds (lm,5) est entièrement immergée à 50 pieds (0 mètres) des lianes du navire. Sur le côté du tube est disposé le moteur qui doit imprimer au volant sa vitesse angulaire initiale qui est, au moment du
- lancement, d’environ 10000 tours par minute. « Nous reproduisons ici quelques lignes d’un article précédemment publié ici même1, et qui fournit des chiffres précis sur
- jeu dans le volant de la torpille ainsi que sur la puissance du moteur qui lui communique sa vitesse. Sa masse est de 155 livres (59k«,4), et, comme le rayon de giration est de 5,57 pouces (0m,14), sa puissance vive est égale à
- M /2r,rnx 2
- 9\
- t
- kilogrammètres=77 502 kilogrammètres,
- soit 1288 kilogrammètres par kilogramme de volant. Malgré toutes les précautions prises dans la fabrication pour obtenir un centrage parfait du système
- 1 Voy. n° 915, du 11 juillet 1891, p. CO.
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- I.A NATURE.
- ninltile et une surface parfaitement lisse se mouvant toujours dans le même volume d’air, il se produit une ventilation intense et une perte d’énergie qui est loin d’être négligeable ; aussi faut-il, pour profiter de toute l’énergie ainsi emmagasinée, entretenir
- »l-IOTHi(/tieÿ
- .à-
- 201
- constante la vitesse du système jusqu’au moment précis où on abandonne la torpille à elle-même; ce résultat est obtenu à l’aide d’un moteur à vapeur système Dow tournant à la même vitesse angulaire.
- « Ce moteur est non moins remarquable que le vo-
- lant moteur de la torpille elle-même par sa grande puissance spécifique. En effet, le poids total de ce moteur à vapeur est de 150 livres (68 kilogrammes).
- Il développe, à la vitesse moyenne de 9000 tours par minute, une puissance de 26 chevaux avec de la vapeur à la pression de 100 livres par pouce
- Fig. I. — Tube lance-torpille nouveau modî
- carré (7 kilogrammes par centimètre carré). En montant la pression a 150 livres par pouce carré (10ke,5 par centimètre carré), et en modifiant certaines parties du moteur manifestement trop massives, le poids pourrait être réduit à 100 livres (45 kilogrammes) et sa puissance atteindrait, à la même vitesse angulaire, 40 chevaux effectifs. On pourrait donc produire ainsi une puissance de 1 che-
- !, pour le lancement des torpilles Whitehead.
- val-vapeur pour un poids de 2,5 livres (lk8,125). » Un indicateur de vitesse angulaire fondé sur la force centrifuge permet de lire directement à chaque instant la vitesse angulaire imprimée au système et de la maintenir constante jusqu’au moment du lancement.
- On voit par ces descriptions sommaires des torpilles Whitehead et llowell, et de leurs modes res-
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- LÀ NATURE.
- pectifs de lancement, que chacune d’elles présente des avantages et des inconvénients. La torpille Ilowell est moins lourde, d’un système plus simple, d’un prix moins élevé, et elle peut être confiée à des mains relativement peu exercées. Par contre, sa portée est moins grande et sa vitesse moyenne beaucoup moindre que celle de la torpille Wliitehcad. Celle-ci est, de plus, toujours prête au lancement, une fois le réservoir chargé, tandis qu’avec la torpille Ilowell, il faut, ou bien communiquer au volant moteur sa vitesse angulaire normale de 9000 tours par minute, ce qui prend deux minutes à un moment où les secondes sont comptées, ou bien, lancer le volant avant le moment décisif et entretenir son mouvement jusqu’à ce que la torpille soit lancée. Nous ne voulons pas discuter plus longuement les qualités qui militent en faveur de l’un ou l’autre de ces deux engins meurtriers; il nous a suffi de signaler l’intérêt scientifique qu’ils présentent, car ils font appel dans leur construction à toutes les ressources de la mécanique, de la physique, de la chimie et de l’art de la construction que les progrès modernes ont mises entre nos mains dans des buts ordinairement plus pacifiques. Puissions-nous, longtemps encore, n’avoir qu’une admiration toute platonique pour ces ingénieux et formidables engins des futures guerres navales. X..., ingénieur.
- COLORATION ARTIFICIELLE DES FLEURS
- LES ŒILLETS VERTS
- Au moment du premier jour de l’an, on a vu exposées aux devantures de magasins de Heurs à Paris, des fleurs vertes d’un aspect tout particulier : c’étaient principalement des œillets. Cette nouveauté a vivement excité la curiosité du public, et nous allons donner aujourd’hui le moyen d’obtenir ces curieux résultats.
- ! Avant de faire connaître les nouveaux procédés, nous rappellerons que l’on peut rendre les violettes blanches, en leur faisant subir l’action de la vapeur de soufre; l’acide sulfureux, formé par la combustion du soufre, décolore les violettes, les roses, les pervenches et la plupart des fleurs à couleurs vives. En 1875, M. Filhol a fait connaître une méthode de coloration des fleurs en vert. Il suffit de les immerger dans de l’éther sulfurique additionné d’une petite quantité d’ammoniaque, un dixième du volume environ. Le géranium, la pervenche, les roses rouges et roses, plongées dans ce liquide, prennent aussitôt une couleur vert de cuivre très foncée. Nous avons publié jadis une Notice détaillée à ce sujet; nous y renverrons nos lecteurs1.
- Les fleurs ainsi traitées se fanaient presque aussitôt, elles ne pouvaient être conservées en bouquets. Il n’en est plus de même des œillets verts que vendent actuellement la plupart des marchands de fleurs naturelles à Paris. Ces œillets sont colorés par la tige, en faisant monter par capillarité dans les vaisseaux, des couleurs d’aniline solubles dans l’eau.
- Il suffit de se procurer le vert d’aniline connu dans le commerce sous le nom de vert malachite; on en jette
- 1 Voy. n° 121, du 25 septembre 1875, p. 257.
- quelques pincées dans de l’eau qui, par l’agitation, prend aussitôt une coloration très intense. On plonge dans le bain de teinture ainsi formé les tiges des œillets, en ayant soin d’v pratiquer quelques incisions qui facilitentla pénétration du liquide; au bout de douze heures, on voit déjà les pétales blancs de la fleur, colorés en vert; en quarante-huit heures la fleur est devenue complètement verte. La coloration se produit plus vite avec le lilas blanc qui devient vert dans l’espace d’une nuit.
- Ce procédé est très intéressant au point de vue scientifique; il y a dans le fait de l'ascension du liquide coloré dans la tige, et dans les pétales de la fleur, une démonstration manifeste de l’ascension de la sève par la capillarité des vaisseaux. — Ce mode de coloration artificiel a été découvert fortuitement : une fleuriste, confectionnant des fleurs artificielles, avait sur sa cheminée un bouquet d'œillets blancs nat urels, elle jeta par hasard dans l’eau oii baignaient ces fleurs, de la couleur verte d’aniline dont elle se servait dans sa fabrication pour teindre des corolles. Le lendemain elle s’aperçut, non sans surprise, que les pétales des œillets naturels étaient teints de taches vertes.
- M. Ch. Girard, le savant directeur du Laboratoire de chimie municipal, a étudié les nouveaux œillets verts qui avaient tout à coup apparu dans le commerce, et il a dévoilé le moyen de les produire. L’industrie a pris possession de la nouvelle méthode, et l’on colore aujourd’hui en vert, non seulement les œillets, mais les lilas et les narcisses.
- On peut obtenir, par des procédés semblables, des fleurs bleues et des fleurs roses d’un très joli aspect. J’ai fait, à ce sujet, quelques expériences qui m’ont donné de très curieux résultats.
- Une tige de lilas blanc a été plongée dans une dissolution aqueuse d’éosine, contenue dans un vase de verre ; après douze heures, le lilas blanc avait pris une teinte rose pale d’un aspect charmant. Les jacinthes et les narcisses se colorent de la même façon.
- J’ai réussi à obtenir des lilas bleus, en employant une solution aqueuse de bleu de méthylène.
- Quand la fleur est teinte, on la retire de son bain de teinture, on en lave la lige, et on la conserve dans l’eau, comme on le ferait pour les fleurs d’un bouquet ordinaire. Les lilas blancs sont d’une coloration très facile, et l’on peut s’offrir à peu de frais, avec le bleu de méthylène et Féosinc, un joli bouquet tricolore. Le vert malachite est la couleur d’aniline qui donne les meilleurs résultats. Il teint non seulement les fleurs blanches, mais aussi les fleurs colorées. J’ai pu, au moyen du vert, malachite, transformer des jonquilles jaunes, en jonquilles jaune-verdâtre d’un aspect étrange ; les anémones violettes deviennent bleues.
- Il serait intéressant d’injecter les teintures dont nous avons parlé, dans les plants mêmes des fleurs, lorsqu’ils sont en terre ; on arriverait peut-être à colorer les fleurs sur pied. Enfin en essayant d’ajouter des couleurs bleues aux roses, on réussirait peut-être aussi à produire des roses violettes. 11 y a là toute une série de recherches à entreprendre, et un très amusant sujet de récréation pour l’amateur. Gaston Tissandier.
- VITESSE DE CHUTE
- DES GOUTTES DE PLUIE ET DES GRÊLONS
- Lorsqu’un corps tombe dans l’air, sa vitesse va en s’accélérant jusqu’à une certaine limite qui dépend de son poids, de son volume et de la densité de l’air. La vitesse
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- LA NATURE.
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- cesse de s’accroître et le mouvement devient uniforme lorsque la résistance opposée par l’air au mouvement de chute devient égale au poids du corps tombant.
- Les lois actuellement assez bien connues de la résistance de l’air, permettent de calculer la vitesse de chute des gouttes d’eau ou des gréions supposés sphériques.
- On trouve ainsi que, dans un air à la température de 15 degrés et à la pression de 750 millimètres, la vitesse de chute des gouttes d’eau ou des grêlons arrivant à terre est donnée par la formule ci-après, dans laquelle V est la vitesse en mètres par seconde et a le diamètre en millimètres de sphères à la densité de 1,0 V = ^32,7 i
- La force vive F de chaque sphère exprimée en kilogramme très est donnée par la formule
- 0,875 a4 F~ 1ÜS "
- Nous donnons ci-après le tableau des vitesses de chute des gouttes d’eau (Tableau n° 1).
- Au delà d’un certain diamètre, les gouttes d’eau en tombant constituent un péril ou tout au moins un fort désagrément pour les insectes en train de voler. Une mouche
- ordinaire pesant 0gr,01 doit être en effet très gênée en recevant une goutte de pluie de 4 millimètres de diamètre dont le poids et le volume sont supérieurs à celui de la mouche.
- La connaissance des dangers que leur ferait courir la pluie conduit les insectes ailés à se rapprocher du sol pour y chercher un refuge lorsque la pluie se prépare à tomber. C’est la connaissance de cette habitude des insectes qui conduit également dans ce cas les hirondelles à raser le sol pour y trouver les insectes ailés dont elles font leur nourriture.
- Les grêlons, lorsqu'ils dépassent un certain poids, constituent par leur chute un danger réel, non seulement pour les insectes, mais aussi pour les petits animaux vertébrés. A l’approche d’un orage à grêle, tous les oiseaux cherchent un abri contre les grêlons et malgré cela on sait que souvent ils en sont victimes. On a cité souvent le cas d’orages à grêle ayant causé la mort de petits oiseaux et même de perdrix et de lièvres. Toutefois nous n’avons pas connaissance que Ton ait noté avec quelque exactitude la grosseur de grêlons dont la chute ait entraîné la mort d’animaux d’espèce déterminée.
- Diamètre des gouttes 0 ,5 1 2 5 4 6 8
- Poids des gouttes (b",0000065 0,000523 0,00419 0,01414 0,0535 0,113 0,268
- Vitesse de chute des gouttes en mètres par seconde 3'" ,98 5,72 8,10 9,91 11,45 14,0 16,2
- Tableau n" 1. — Vitesse (le chute des gouttes de pluie.
- Diamètre des grêlons................. 8"'"1
- Poids des grêlons................... 0sr,161
- Vitesse de chute des grêlons en
- mètres par seconde............ 16”,3
- Force vive au choc des grêlons. 0k«”',00337 Poids des animaux assommés par la chute des grêlons................ 0ke,025
- 10 12 14 16 18 20
- 0,524 0,904 1,44 2,14 5,05 4,19
- 18,1 19,8 21,4 22,9 24,3 23,6
- 0,00873 0,0181 0,0355 0,0572 0,0917 0,140
- 0,061 0127 0,234 0,400 0,642 0,980
- 30 40 50 60 70 80 100
- 14,14 33,3 65,5 113 180 268 523
- 31,3 56,2 40,4 44,3 47,9 51,2 57,2
- 0,708 2,24 5,46 11,3 21,0 35,7 87,3
- 4,95 15,7 38 79 147 250 610
- Tableau n° 2. — Vitesse de chute et action des grêlons sur le sol.
- 11 nous a paru intéressant de déterminer quelles sont les grosseurs de grêlons qui sont dangereux pour les différentes espèces d’animaux.
- Le diamètre des grêlons dépasse assez rarement 1 centimètre et leur poid st)gr,5 ; toutefois La Nature a cité à plusieurs reprises des chutes de grêlons dont le poids atteignait plusieurs décagrammes. Le tome XXXVII, page 612, des Comptes rendus de l’Académie des sciences parle d’une chute de grêlons dont le poids était de plusieurs kilogrammes. Le lotne LXXX1I1 du même Recueil parle d’une chute de grêle à Grotla Ferrata dans laquelle on a recueilli des grêlons du poids de 40 à 00 grammes, et quelques-uns du poids de 500 grammes.
- M. le commandant Journée a fait paraître dans le Mémorial des poudres et salpêtres un Mémoire sur le tir du fusil de chasse dans lequel il indique la relation qui existe entre la force vive des projectiles, le poids de l’animal frappé et la nature des lésions produites; mais il ne s’est occupé que des plaies pénétrantes et il n’a pas donné de renseignements sur la valeur de la force vive nécessaire pour produire l’assommcment par contusion sur la tête. Il paraît toutefois rationnel d’admettre, ainsi que Ta fait M. Journée pour les plaies pénétrantes, que la force vive nécessaire à un projectile pour produire Tassommement par contusion, est, pour les différentes espèces d’animaux
- vertébrés, proportionnelle au poids de l’animal frappé.
- Il semble résulter de quelques observations que nous avons pu recueillir, qu’une sphère ayant la densité de 1 et une dureté assez grande, amène par son choc sur la tête, Tassommement d’un animal lorsque le nombre de kilograrnmèlres qui mesurent la force vive du choc est à peu près égal au 1/7 du nombre de kilogrammes qui mesurent le poids de l’animal.
- C’est en appliquant cette règle que nous avons déterminé le poids des animaux pour lesquels un grêlon de grosseur déterminée devient dangereux (Tableau n° 2).
- Des grêlons de 10 millimètres sont dangereux pour les petits oiseaux, de 15 pour les perdrix, de 25 pour les lièvres, et de 60 pour les hommes.
- Nous devons avouer que les quelques faits qui nous ont servi de base pour établir le rapport entre la force vive des grêlons et le poids des animaux pour lesquels ces grêlons sont dangereux, sont trop peu nombreux et trop peu précis pour que nous attribuions à ce rapport une autre valeur que celle d’une première «approximation.
- Mais nous pensons que l’exposé que nous avons fait de la question attirera sur elle l’attention des nombreux lecteurs de La Nature, et que ceux-ci voudront bien publier les observations qu’ils ont pu faire sur ce sujet. X...
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- LA NATURE.
- LES FEMMES A BARBE
- La dame dont nous donnons le portrait offre nn très remarquable exemple d’une femme à barbe; c’est une espagnole Agée de trentc-lmit ans, et les sept enfants qu’elle a eus, sont d’après Le naturaliste, aussi bien disposés à avoir large duvet au menton. Ces curiosités de barbe chez les personnes du sexe féminin ne sont pas extrêmement rares ; de temps à autre, les fêtes foraines en donnent des exhibitions.
- On peut remonter loin dans l’histoire et l’on trouve que ces bizarres anomalies ont été signalées par les auteurs les plus anciens. Hippocrate raconte en effet que Phae'tuse, femme de Pythéas, et Namysica, femme de Gorgippus, avaient une barbe fort respectable.
- Riolan, un des premiers anatomistes, dit avoir vu à Paris une jeune Allemande de quatre ans et demi qui avait de la barbe et qui de plus était couverte de poils sur tout le corps.
- Dans son Traité (le V Anthropographie, il mentionne le fait d’une des dames de la cour de l’archiduchesse d’Autriche, Antonia Helena, qui dès son bas Age avait de la moustache et une barbe complète.
- Charles XII avait dans son armée un soldat femme qui fut pris à la bataille de Pultawa, emmené en Russie et montré au tsar ; d’après les chroniqueurs de l’époque, la barbe de cette femme avait plus d’une aune et demie de longueur. Le cabinet de curiosités de Stuttgart a possédé longtemps, peut-être le possède-t-il encore, le portrait d’une femme nommée Bartel Graetje, dont le menton était orné d’une volumineuse barbe ; le portrait avait été fait à l’Age de vingt-cinq ans. Dans ce même cabinet existe un portrait de cette femme plus Agée et ayant toujours sa longue barbe.
- En fouillant dans les chroniques, on pourrait certainement retrouver une assez longue liste de femmes a harbe. Ce que je veux en retenir, c’est que le fait n’est pas d’une rareté exceptionnelle et qu’il a attiré l’attention. Les Grecs avaient représenté la Vénus de Cypris avec une épaisse barbe. Alexandre d’Alexandrie raconte que lorsqu’il devait arriver quelque grand malheur à Amphitis, localité dans le voisinage d’Halicarnassc, une longue harbe poussait sou-
- dain à la prêtresse et avertissait ainsi le peuple de prendre ses précautions. La barbe était, cela va sans dire, une barbe postiche; mais cette idée de transformation avait probablement été suggérée à la prêtresse par la vue de quelque anomalie de ce genre.
- La légende s’est emparée de la chose et un auteur du moyen Age conte (pie sainte Paule, vierge d’Avila en Espagne, en butte à la poursuite d’un jeune seigneur, se précipita dans une église et implora le Seigneur en sa faveur, en lui demandant de lui changer le visage. Aussitôt une barbe énorme lui pousse au menton et le jeune poursuivant passe auprès d’elle sans l’apercevoir.
- Les femmes à barbe de nos jours, ou vivent tranquillement, chez elles comme l’Espagnole de notre gravure, ou viennent faire les affaires de quelque Barnum de foire. Elles ont eu, dans ces dernières années, une rude concurrence à soutenir contre les hommes velus, l’hommc-cliien. Les uns et les autres ne sont cependant que des spécimens de bizarreries de la nature dont on a vainement recherché une explication plausible. Pour les femmes à barbe, il est un fait, c’est qu’arrivées a un certain Age, dit critique, les poils ont une tendance à devenir plus marqués au visage. La chose est loin d’être constante et générale, sans cela toutes nos grand’mères porteraient moustache; mais l’observation attentive démontre l’exactitude de cette croissance du poil au menton. Un médecin de New-York a publié un fait assez étrange d’une mère de famille, jeune et jolie, qui avait eu trois enfants. Au cours des trois grossesses, on voyait le menton se couvrir de poils soyeux, plus fins que les cheveux, d’un gris doré et atteignant une longueur d’un pouce et demi. La grossesse terminée, les poils tombaient rapidement et la peau reprenait son aspect primitif. Il y aurait donc une certaine corrélation, rare dans ses manifestations, entre des troubles physiologiques spéciaux à la femme et la croissance de l’élément pileux.
- L’explication de ces anomalies est difficile à trouver; question d’hérédité, troubles trophiques, autant dire que nous ne savons rien à cet égard.
- l)r A. Cartaz.
- Lue femme a barbe, Espagnole de la Catalogne, âgée de trente-huit ans. (D’après une photographie.)
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- LA NATURE.
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- FOUR ROULANT MÉTALLIQUE
- a l’usage des corps de troupe
- U n’est personne qui n’ait souvent assisté, en passant, à certain spectacle bizarre que donnent périodiquement les villes de garnison. Aux jours dits de rata, on y rencontre par les rues des hommes de corvée qui, sous la conduite d’un brigadier ou caporal, portent mélancoliquement des civières sur lesquelles sont posés quelques récipients de terre cuite. Et dans ces plats sui c/eneris on voit étalées de savantes préparations culinaires ducs à la main habile des cuisiniers du régiment.
- Ces mets variés qui, en l’état, ne sont pas encore mangeables, s’en vont chez le boulanger à l’effet d’y subir une transformation nécessaire, celle qui résultera du fait de la cuisson. Ils s’en vont... mais, durant leur trajet de la caserne au four, on les voit exposés à toutes les intempéries des saisons, notamment h la pluie et au vent, soulevant fréquemment, celui-ci, d’épais nuages de poussière. Les voilà soumis à tous les caprices d’une atmosphère souvent inclémente, à tous les accidents de la rue ! Tant bien que mal, enfin, ils arrivent à destination, plus ou moins additionnés de corps étrangers et saturés d’impuretés quelconques. En quelque état qu’ils soient arrivés, le boulanger les met au four — où il les cuit ou brûle — et les remet ultérieurement aux hommes de corvée qui doivent les rapporter aux consommateurs. Point n’est besoin de dire que les conditions du voyage d’aller, s’imposent nécessairement au voyage de retour. Il convient d’observer, en outre, que, lors de ce retour à la caserne, les plats de rata sont absolument froids et font assez piteuse figure.
- Tels sont les principaux inconvénients du régime actuellement en vigueur, inconvénients auxquels l’invention d’un heureux dispositif vient d’apporter un remède efficace. Nous entendons parler du nouveau four Chappée actuellement en usage, et fort
- apprécié dans bon nombre de corps de troupe.
- Cet ingénieux appareil se compose essentiellement d’un coffre métallique renfermant deux soles grillagées, étagées l’une au-dessus de l’autre, montées sur un meme arbre et pouvant prendre toutes deux un mouvement de rotation moyennant le jeu d’un volant de manœuvre placé à hauteur de main d’homme. Chacune des soles tournantes porte huit plats de forme appropriée et disposés comme l’indique la figure ci-dessousl.
- Au-dessous du coffre métallique ainsi meublé, se trouve un foyer qui peut fonctionner soit au bois, soit à la houille ou même au coke. Le tout se met sur roues et peut, par conséquent, se transporter facilement d’un point à un autre (voy. la gravure).
- Voici comment il est procédé à a cuisson des viandes : les huit plats de chaque sole étant chargés des morceaux qu’ils sont appelés à contenir 2, le cuisinier-rôtisseur les enfourne successivement et leur assigne à chacun sa place en faisant, à l’aide du volant de manœuvre, tourner les soles par devant la bouche du four. La porte de cette bouche une fois fermée, la cuisson demande un temps qui peut varier de quarante-cinq à soixante minutes suivant la puis-3, la nature de la viande et l’épaisseur des morceaux. Durant l’opération, le cuisinier-rôtisseur doit constamment avoir la main à son volant de manœuvre et faire méthodiquement tourner l’arbre des soles afin de bien égaliser l’action du feu; il peut, d’ailleurs, modérer convenablement cette action en manœuvrant la clef de réglage de la cheminée. En tout cas, il est indispensable que le feu marche d’un même train jusqu’en fin de rôtissage de la viande.
- Le four Chappée peut, d’ailleurs, servir à cuire le pain ou tout autre aliment.
- 1 Le système comprend deux plats centraux semi-circulaires et six plats trapézoïdaux disposes autour des deux plats centraux. Ces récipients sont tous de même superficie.
- a Ces seize plats comportent une contenance totale de 100 kilogrammes de viande.
- Four métallique démontable et roulant, en usage dans les corps de troupe pour la cuisson de la viande.
- sanee du combustible employt
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- LA NATURE.
- Essentiellement démontable, on le remonte faci-lement sans le secours d’aucun boulon. Les corps de troupe en station peuvent l’enlever de ses roues et lui donner une position fixe en le faisant poser sur quatre colonnettes-supports.
- D'une série d’expériences laites à Tours il appert que, en dix mois d’usage, c’est-à-dire en ne payant plus, pendant ce temps, de redevance aux boulangers de la ville, une compagnie gagne le prix d’achat de son four. Voilà assurément de l’économie bien entendue. Ll~eolonel IIekxehert.
- PERTURBATION MAGNÉTIQUE
- ET AURORE HORËALE1
- J’apprends par le compte rendu de l’Académie des sciences du lundi 15 février, inséré dans le dernier numéro de La Nature (p. 191), qu’une perturbation magnétique d’une rare énergie a été constatée au Parc de Saint-Maur dans la nuit du samedi au dimanche précédent.
- Tout en signalant la coïncidence de ces irrégularités magnétiques avec l’apparition, à New-York, d’une splendide aurore boréale, l’auteur du compte rendu ajoute : « On attendra avec intérêt de nouvelles observations de ces phénomènes. »
- j’ai donc l’honneur de vous faire connaître sans retard qu’une aurore boréale a été vue au Parc de Baleine (Allier) dans la nuit du 15 au 14 février.
- C'est le 14, à 1 heure du matin, que le premier garde-chasse du château, M. Richard,.a observé le phénomène. Toute la région nord du ciel, où l’on distinguait des bandes horizontales de nuages, apparaissait teinte de sang. Par endroits, la teinte était d’un rouge noirâtre, d’un rouge sang de bœuf, pour me servir de l’expression de M. Richard.
- D’après la position occupée par cet observateur, les points de repère qu’il m’a indiqués dans la matinée même du 14 et les mesures angulaires que j’ai pu prendre, les lueurs dégradées, affaiblies de l’aurore, s’élevaient à 15° ou 14° au-dessus de l’horizon.
- Elles étaient, en effet, nettement . visibles au-dessus d’une rangée d’épicéas masquant les régions nord et d’une hauteur telle que le rayon visuel mené do l’œil de l’observateur au sommet de ces conifères, faisait avec le plan horizontal un angle de 10°.
- L’aurore s’étendait à peu près du N.-O. 1/4 N. sur N. au N.-E. 1/4 sur N., embrassant ainsi un arc d’environ 7(1°.
- Son intensité lumineuse, comparable à celle d’un vaste incendie au début de l’observation, diminua bientôt progressivement et les dernières lueurs s’évanouirent à
- O
- 1 heure 50.
- On n’a, du reste, constaté aucun de ces jets de lumière, aucun de ces mouvements ondulants de draperies flottantes qui donnent parfois à l’aurore boréale un aspect si grandiose. G. de Rocquigsy-Adasson.
- Une étoile nouvelle. —- A la fin de janvier, M. A. Co-peland, directeur de l’Observatoire d’Edimbourg, reçut d’un anonyme une carte postale lui annonçant la décou-
- 1 Voy. n° 977, du 20 février 1892, p. 191.
- verte, à 2 degrés au sud de y Aurigæ, dans la voie lactée, d’une étoile nouvelle. Vérifiée immédiatement à l’Observatoire et reconnue exacte, cette découverte fut télégraphiée le lor février, dans la matinée, aux Observatoires du monde entier. Le même jour, dans la soirée, le nouvel astre était photographié à l’Observatoire royal de Greenwich, et sa position déterminée avec soin. Le 5, un télégramme de M. Pickering, directeur de l’Observatoire de Cambridge, aux Etats-Unis, faisait savoir que l’étoile se trouvait indiquée depuis le Ie' décembre sur les photographies du ciel qui sont prises à cet Observatoire chaque fois que le ciel est clair. A cette date du 1er, l’étoile était d'un faible éclat; le 10, elle était brillante; et le 20 elle atteignait son éclat maximum. Elle précède 20 Aurigæ de 0m,58s. Au moment de sa découverte, le 1er février, elle était de 0e grandeur et d’une teinte jaunâtre. Son spectre était identique à celui de l’étoile nouvelle de 1800. La ligne C était très brillante, et une ligne jaune près de D était bien marquée; quatre lignes ou bandes brillantes étaient visibles dans le vert; enfin, une belle ligne dans le violet pouvait se remarquer facilement. D’après les dernières nouvelles, dit le journal Ciel et Terre, l’étoile a été observée dans plusieurs Observatoires depuis le 2 février, entre autres à Bonn, à Upsal, à Turin, à Kiel, etc. Nous reviendrons sur ce fait astronomique important quand de nouvelles observations auront été effectuées.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 février 1892. — Présidence de M. d’Abbadie.
- Le bore pur. — L’événement de la séance, c’est, sans hésitation, la présentation par M. Henri Moissan du premier échantillon de bore pur qu’on ait jamais vu et que l’habile et laborieux chimiste vient d’obtenir par un procédé tout à fait nouveau. L’éleclrolyse de l’acide borique n’a rien donné et le résultat n’a pas été meilleur en substituant à l’acide seul son sel de soude ou son sel de potasse. Cependant la décomposition par un très fort courant n’est pas tout à fait inefficace à l’égard d’acide borique mélangé de 20 pour 100 de borate de soude et maintenu à la température de 1200 degrés. Il se fait une très vive incandescence qui est due à la combustion de la plus grande partie du bore isolé, mais ou retrouve un peu de ce corps non oxydé et reconnaissable à sa couleur brun-marron. Toutefois, le rendement de l’expérience est trop faible pour qu’on puisse faire du produit une élude sérieuse. M. Moissan a alors renoncé à la collaboration de l’électrolyse et il a soumis l’acide borique en fusion à l’action réductrice du magnésium métallique. Au rouge sombre il se fait une réaction des plus vives qui dure environ cinq minutes et qui porte le creuset au rouge blanc. Après refroidissement, le culot, qui est très noir, cède à l’eau du borate de magnésie et du bromure de magnésium et des lavages à l’acide chlorhydrique, méthodiquement conduits, procurent enfin une poudre brune qui renferme de 99,2 à 100 pour 100 de bore. Un petit flacon rempli de l’intéressant métalloïde passe de main en main. M. Moissan annonce pour une séance très prochaine l’exposé des propriétés du corps qu’il aura été le premier à manipuler et qui sont naturellement bien différentes de celles qu’on attribue au bore bien qu’elles appartiennent à un mélange très complexe de corps où le bore n’intervient guère à l’état libre.
- La perturbation magnétique du 15.— Nos lecteurs n’ont pas oublié la perturbation signalée dans notre précédent
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- article comme ayant été révélée pur les appareils enregistreurs de l'Observatoire de Saint-Maur. M. Mascart
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- ajoute aujourd’hui que l’aurore boréale observée au moment à New-York a été constatée dans une foule d’autres régions et, par conséquent, avait une importance considérable. On l’a vue à Morges, où l’employé du lélégiaphe a été réveillé par une sonnerie spontanée de l'appareil ; à Troyes, où des rayons pourpres ont été notés malgré l’éclat de la lune; dans l’Ailier, à Londres, à Bruxelles, au Canada, etc. De façon que la cause n’est pas douteuse et appartient au chapitre déjà traité avec tant de méthode par Arago. On lira un peu plus haut mm lettre relative à l’observation du l’aurore boréale faite au centre de la France dans le département de l’Ailier (p. 20fi).
- La dernière lâche solaire. — C’est à l’occasion des rapprochements que certaines personnes ont voulu taire entre îa perturbation magnétique dont nous venons de parler et l’apparition d’une grande tache sur le soleil, rapprochement renouvelé encore aujourd’hui par M. Marchand (de Lyon), que M. Janssen met sous les yeux de l’Académie, de magnifiques photographies prises à Meudon du disque du soleil. On y voit un groupe de taches exceptionnel par la surface qu’il recouvre, en meme temps que par la coexistence de 15 à 20 noyaux extrêmement voisins les uns des autres, et dont deux ont une dimension gigantesque. A cause même de cette énorme étendue, la tache n'a pas tourné autour de l’axe du soleil en restant tout d’une pièce ; appartenant à la fois à des zones dont la vitesse de translation n’est pas la meme, elle a tourné sur elle-même d’une quantité très sensible.
- L'effeuillage de la vigne. —M. le professeur P.-P. lle-liérain signale des recherches de M. Müutz sur la valeur rationnelle de la pratique bordelaise, d’eilêuiller partiellement la vigne au moment de la maturation. D’après les analyses comparatives de moûts fournis par des vignes normales et par des vignes soumises au traitement dont il s’agit, il semble que celui-ci ne doive pas être encouragé. Toutefois, avec une prudence dont on le louera, l'auteur pense qu’une nouvelle expérience est nécessaire pour asseoir des conclusions définitives, l’action directe du soleil pouvant avoir une influence qu’il ne faut pas négliger. On s’est assuré, en effet, que sous l’influence solaire le grain de raisin se chauflè beaucoup et dégage une surabondance d’acide carbonique qui témoigne de l’énergie des phénomènes respiratoires. Par ce processus, peuvent être brûlés des acides dont la disparition entraîne des qualités spéciales du vin.
- Les microbes des sédiments aqueux. — Déjà M. Cerf a signalé la vitalité de certains organismes marins et spécialement des œufs de l’Arlhemisia salina qui peuvent après trois ans de dessiccation, subir avec succès toutes les phases de l’incubation ordinaire. Aujourd’hui, par l’intermédiaire de M. Alphonse Milne-Edwards, l’auteur annonce que les sédiments marins ou lacustres, mis en culture, fournissent des microbes variés. Dans les dépôts de la mer, apparaît normalement le Spirobacillus gigas, mais jamais ne se montrent d’infusoires ciliés. Au contraire, les dépôts saumâtres et les dépôts d’càu douce, produisent des flagellés et des ciliés, parfois des rotifères.
- Varia. — Comme suite a ses recherches sur le quotient respiratoire, M. Henriot annonce que les diabétiques conservent un quotient constant, ce qui signifie que le sucre u est pas chez eux transformé en graisse. — M. Marcel Bertrand étudie la déformation spontanée de l’écorce terrestre,
- qui, suivaatlui, est un phénomène continu. — L’enveloppe des ganglions nerveux des diptères, fournità M. Henneguv la notion d’un élément anatomique qui n’avait pas encore été signalé. — La segmentation de l’œuf des Oniscus et des Porcellio, occupe M. Jourdain. — On a observé au Vatican l’étoile nouvelle du Cocher, et on a pu la photographier malgré la lumière de la lune. Elle est de cinquième grandeur. Stanislas Meunier.
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- PHYSIQUE SANS APPAREILS1
- QUELQUES EXPÉRIENCES SUR LA FLAMME
- Bappelons les diverses expériences qui servent à montrer la région froide de la flamme.
- 1. On amène dans la flamme un carré de ce papier épais et percé de petites ouvertures régulières dit papier à canevas. Après quelques instants se montre une magnifique couronne circulaire brune, suivant laquelle le papier est brûlé ; le centre de ce cercle est blanc, comme les bords du papier. Les dimensions du cercle dépendent de l’ouverture du bec de Bunsen employé. On obtient, avec un bec de Bunsen de 2 centimètres d’ouverture, de splendides résultats. Avec ce même papier on peut montrer aussi la section longitudinale de la flamme.
- 2. On plonge dans la flamme une allumette phospho-rique de telle manière que l’extrémité se trouve dans lé cône froid. 11 se produit alors un phénomène curieux : l’extrémité par laquelle on voit généralement commencer la combustion de l’allumette ne s’enflamme pas, et la partie située à 1 centimètre de distance environ est devenue charbonneuse : cette portion est léchée par l’enveloppe extérieure de la flamme dans laquelle la combustion et, par suite, la chaleur est très vive.
- o. Sur une toile métallique, on dépose un petit cône de poudre sèche, à bords bien limités, et on introduit rapidement la petite masse de poudre à l’intérieur de la flamme. On peut la maintenir dans la région froide pendant assez longtemps; elle finit par flamber sous l’influence de la température élevée que prend la toile métallique. 11 est élégant de la retirer avant ce moment, et de la faire flamber ensuite.
- A. On introduit dans la flamme, au milieu et horizontalement, un fil do platine. A la partie inférieure, les deux portions du fil qui traversent la zone extérieure sont portées au rougi1, tandis que le milieu reste invisible. A mesure qu’on s’élève dans la flamme, la portion médiane obscure devient plus petite; elle finit par disparaître.
- 5. J’ai montré cette zone d’une manière frappante récemment, dans une conférence publique. J’ai glissé sur mon doigt deux rondelles longues de 5cm,5 que j’avais sciées dans un tuyau à gaz de 2 centimètres de diamètre intérieur, et j’ai laissé entre les deux rondelles la chair à nu sur une longueur de 5 à fi millimètres. Ainsi armé, j’ai pu plonger la partie nue de mon doigt au centre de la flamme, et l’y maintenir pendant environ dix secondes. Il faut employer pour cette expérience un Bunsen à large ouverture, et avoir soin de boucher avec du papier le vide qui pourrait exister entre la rondelle de fer et le doigt : sinon, le courant de gaz se glisserait dans cet intervalle, et ne manquerait pas de brûler l’expérimentateur. Les rondelles de fer s’échauffent rapidement : c’est la seule cause qui puisse mettre fin à l’expérience.
- Profitons de cette occasion pour rappeler une expérience
- * Voy. n° 970, du 2 janvier 1892, p. 80.
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- LA NATURE.
- assez jolie destinée à « montrer » les gaz inflammables de la bougie. Quand on souffle une chandelle — ou une bougie — il s’en échappe une longue colonne de fumée blanchâtre. Ce sont les gaz de la bougie qui se développent encore sous l’influence de la chaleur de la mèche. Gomment montrer que ce sont bien les gaz inflammables? On introduit dans cette colonne de fumée, le plus vite possible après avoir soufflé, une allumette enflammée. La colonne de gaz se consume instantanément, et la flamme se trouve transportée sur la mèche. On peut ainsi rallumer une bougie à 7 ou 8 centimètres de distance.
- Félix Legonte.
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- LA. SCIENCE PRATIQUE
- UN PHONOGRAPHE DAMATEl'R
- Nous avons déjà fourni aux amateurs le moyen de construire eux-mêmes un grand nombre de petits appareils utiles, intéressants ou curieux, mais il ne leur avait pas été donné jusqu’ici le moyen de confectionner un phonographe. Cette lacune est aujourd'hui comblée, grâce à notre con-frère America cientifica, à qui nous empruntons la description suivante :
- Le phonographe d’amateur se compose de deux parties essentielles : une embouchure et une règle recevant l’impression phonographique. L’embouchure A (lig. 2) porte à sa partie inférieure une mince lame de tôle ou de fer-blanc découpée en forme de disque, et maintenue en place par du ciment, ou de la gomme laque. Sous la face inférieure de l’embouchure, sont montés deux guides qui reçoivent une règle en hois F. Ces guides sont évidés en leur milieu pour laisser passer la lame E fixée sur l’un d’eux à l’aide de deux petites vis. Par suite de la forme arrondie de l’échancrure ménagée en U, arrondi insuffisamment accentué sur notre dessin, il est possible, en serrant plus ou moins l’une ou l’autre des deux vis, d’exercer une pression variable de la lame E contre le diaphragme vibrant, en ayant'soin d’interposer cependant un petit morceau de caoutchouc entre la lame et le disque pour rendre la pression exercée plus élastique.
- Un bout d’aiguille, effilé comme celui d’une aiguille à coudre, est soudé sur la lame E. Le milieu
- de l’aiguille doit être en lace du milieu du diaphragme, mais les guides de la règle sont disposés de telle façon que le milieu du disque ne coïncide pas avec le milieu de la règle, de sorte qu’en change ant la règle de côté ou de position par rapport aux guides, l’aiguille décrive quatre sillons distincts, deux sur chaque face. A l’aide d’une gouge ordinaire de menuisier, on évide quatre rainures au droit des quatre lignes tracées par la pointe lorsque l’on déplace l'embouchure longitudinalement sur la règle.
- Les faces de la règle sont munies de cire d’abeille, pour les rendre collantes, et l’on y applique par pression et frottement les feuilles d’étain destinées à recevoir l’impression phonographique. Les leuilles de métal destinées à recevoir cette impression sont, au préalable, découpées en bandes de largeur un peu supérieure à la distance des deux lignes tracées par la pointe glissant le long de la règle. Le papier
- d’étain étant ainsi collé sur la règle, on introduit celle-ci dans les rainures, et on règle la saillie de la pointe, en agissant sur les deux vis pour que cette aiguille ne marque qu’un légère trace sur la feuille. On fait alors glisser la règle d’un mouvement aussi uniforme que possible en meme temps que l’on parle dans l’embouchure. On obtient ainsi une inscription phonographique qui est aussitôt reproduite en faisant glisser une seconde fois la règle dans le même sens et avec la même vitesse. Il est bien évident qu’en changeant les vitesses de déplacement de l’embouchure, pendant la période d’inscription et de répétition, on peut modifier la hauteur des paroles prononcées, transformer urfe voix de ténor en une voix de basse et réaliser ainsi les mille et une fantaisies auxquelles se prête le phonographe le plus perfectionné. On augmente l’intensité des sons reproduits en munissant l’embouchure d’un entonnoir en papier. Les dessins que nous reproduisons sont suffisants pour permettre aux amateurs un peu habiles de construire cet ingénieux petit appareil qui pourra rendre des services signalés pour l’enseignement élémentaire de l’acoustique. L’échelle de l’instrument est donnée par la grandeur des mains de l’opérateur. DrZ...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissampiel-_'
- Caris. — Imprimerie l.ahure, rue de Fleurus, 9.
- Fig. I et 2.— Détails du phonographe d’umaleur. Au dessous, vue d'ensemble de l’appareil
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- N» 97U. — 5 MARS 1892.
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- Fig. 1. — Conférence de M. Tesla devant la Société de physique et a Société internationale des électriciens, le 20 février 1892.
- M. Nikola Tesla, à qui le public scientifique anglais et français vient de faire un accueil des plus chaleureux, est un pionnier de la science électrique, l’un de ceux qui auront amorcé les progrès futurs par une transformation presque radicale des anciens procédés et des anciens errements.
- Nous aurons l’occasion de décrire quelque Jour les moteurs à courants alternatifs simples et à courants alternatifs polyphasés imaginés et réalisés dès 1888 par M. Tesla; nous nous contenterons aujour-d hui de revenir sur ses magnifiques expériences sur les hauts potentiels et les courants alternatifs de grande fréquence, dont nous avons déjà donné 20e année — Ier semestre.
- Fig. 2. — Alternateur à grande fréquence de M. Tesla.
- une idée assez complète en résumant la communication faite par l’auteur le 20 mai 1891 devant
- Y American Ins-tilute of Electri-cal Enyineers1.
- A la suite de celte communication, dont le retentissement fut très grand dans le monde scientifique, répondant aux pressantes sollicitations de ses admirateurs et amis, M. Tesla vint en Europe et présenta à Londres, le 5 février, et à Paris le 19 février dernier, de vaut la Société française de physique et la Société internationale des électriciens réunies pour la circonstance dans l’hôtel de la Société
- 1 Yoy. n° 950, du 15 août 1891, p. 162.
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- d'encouragement, les remarquables expériences auxquelles nous avons assisté, et dont nous allons essayer de donner une idée, malgré l’aridité du sujet, son caractère tout spécial et notre insuffisance à l’exposer clairement. M. Tesla ne s’est pas contenté, d’ailleurs, d’une simple répétition des expériences laites en Amérique. Il les a développées, complétées, et les communications faites en Europe peuvent être considérées comme la deuxième partie d’une longue et remarquable étude dont la première partie a été présentée au Nouveau Monde l’an dernier.
- Rappelons brièvement tout d’abord les procédés employés par M. Tesla pour produire des courants alternatifs de grande fréquence : le plus simple consiste à faire usage d’un alternateur de forme spéciale représenté ci-avant figure 2. Cet alternateur se compose d’un disque d’acier de 80 centimètres de diamètre sur lequel sont montées 584 petites bobines, ou, plus exactement, 584 petits enroulements en zigzag : ce disque tourne à l’intérieur d’une couronne fixe portant 584 pôles inducteurs. Il en résulte que la fréquence des courants alternatifs engendrés dar la rotation de l’induit devant les inducteurs, produit 192 périodes par tour, et qu’à la vitesse maxima normale de 5000 tours par minute, ou 50 tours par seconde, on obtient une fréquence de 9600 périodes par seconde, au lieu d’une centaine seulement que donnent les alternateurs ordinaires. Le courant alternatif ainsi engendré, est recueilli à l’aide de deux bagues sur lesquelles frottent deux balais, comme dans tous les alternateurs à induit mobile. Une excitation séparée permet de faire varier à volonté la force électromotrice de l’alternateur qui peut, à pleine excitation, atteindre 200 volts.
- Le second procédé employé par M. Tesla pour obtenir des fréquences beaucoup plus élevées, fréquences qui peuvent atteindre et môme dépasser un million par seconde, utilise un alternateur ordinaire. Dans les expériences du 19 février, il employait un alternateur Siemens dont la fréquence ne dépassait pas 50 périodes par seconde.
- Le courant alternatif ainsi produit, est envoyé dans une bobine d'induction, en établissant en dérivation sur le circuit primaire un appareil à décharge disrup-tive, constitué par un condensateur et deux boules polies dont on peut faire varier l’écartement. Cet écartement règle la fréquence des décharges et, par suite, la fréquence des courants traversant l’inducteur de la bobine. Les étincelles de décharges dis-ruptives éclatent dans un champ magnétique puissant qui les souffle et facilite leur production rapide, ainsi que le refroidissement de l’espace où elles se produisent avec une si grande rapidité. Quel que soit le procédé employé pour obtenir les grandes fréquences, le potentiel est toujours insuffisant, et on l’augmente en transformant le courant alternatif à l’aide d’une bobine appropriée.
- Cette bobine se compose d’un enroulement inducteur intérieur et d’un enroulement induit extérieur formés de fil relativement gros, et d’un nombre
- de spires assez petit, car il ne faut pas perdre de vue que, eu égard à la grande fréquence des courants, la force électromotrice développée pour une longueur de fil donnée, est incomparablement plus élevée qu’avec les bobines ordinaires. Ces bobines sont également sans noyau de fer, et sont complètement noyées dans de l’huile de lin cuite. Cette huile a pour but d’assurer un bon isolement et de s’opposer à la présence de l’air qui, dans le cas particulier, serait tout à fait nuisible, par réchauffement considérable qu’il produirait sous l’action des tensions électrostatiques énorrîics et fréquemment inversées, auxquelles il serait soumis.
- Pour obtenir des effets puissants, et c’est principalement la puissance et la grandeur des effets qui caractérisent ses expériences, M. Tesla combat les effets nuisibles de la self-induction de chacune des parties du circuit, en utilisant les propriétés des condensateurs intercalés à propos, dans le circuit de l’alternateur, ou en dérivation sur les bornes de l’appareil à décharges disruptives.
- Un certain nombre des expériences faites par M. Tesla dans la séance du 19 février, ne sont que la reproduction de celles dont nous avons parlé dans notre numéro du 15 août dernier.
- Nous nous dispenserons donc de les reproduire, et nous insisterons plus spécialement sur celles qui présentent un caractère de nouveauté.
- Les premières expériences ont été faites avec l’appareil à décharges disruptives, celui qui donne les plus grandes fréquences actuellement réalisables pâlies moyens dont nous disposons. Dans ces conditions, les décharges électrostatiques traversent l’air sous forme de décharges lumineuses, comme si l’air était raréfié. En intercalant une plaque d’ébonite, la capacité électrostatique du système formé par les deux boules entre lesquelles jaillit la décharge et la plaque d’ébonite, se trouve accrue par l’interposition d’un diélectrique dont la capacité inductive spécifique est plus grande que celle de l’air, et l’éclat de ces décharges en devient plus vif. Ces décharges traversent facilement de longs tubes renfermant des gaz raréfiés qu’elles illuminent d’une vive lueur,-chaque gaz raréfié donnant à la lueur sa couleur propre ; ces décharges se produisent également entre deux fils recouverts de coton, isolés entre eux et mis en rapport avec les deux bornes de la bobine. Ces fils émettent des lueurs violettes sur toute leur longueur, et rendent meme lumineux l’espace compris entre eux.
- Toutes les autres expériences ont été faites avec l’alternateur représenté figure 2 et donnant de 9000 à 10 000 périodes par seconde. M. Tesla a d’abord montré les décharges en forme de flamme que nous avons précédemment décrites. Pour prouver que ces décharges à haut potentiel et à grande fréquence, ne sont pas dangereuses, il a pu, prenant dans les mains deux boules métalliques destinées à éviter la brûlure par l’étincelle, recevoir la décharge de toute la bobine en la faisant passer par son corps inter-
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- posé entre les deux boules. M. Tesla a ensuite montré que le fil de retour est absolument inutile pour faire passer le courant de décharge. Celui-ci peut s’établir par l’air, et passe plus facilement si l’on a soin de relier l’une des extrémités du fil de la bobine à une plaque conductrice isolée dans l’espace. Le bombardement moléculaire chauffe la partie qui présente peu de surface, mise en communication avec le second pôle de la bobine, et c’est ainsi que M. Tesla nous montre l’incandescence d’un mince fil de platine ou d’un filament de charbon enfermé dans un globe d’air raréfié.
- Tout accroissement de capacité du système, augmente le courant de décharge, et, par suite, l’incandescence. Il suffit, par exemple, d’approcher la main du globe renfermant le corps incandescent, de placer au-dessus de celui-ci un abat-jour en métal, ou môme, effet paradoxal en apparence, de placer cet abat-jour à côté du globe, pour produire l’augmentation d’éclat résultant de l’accroissement de capacité électrostatique.
- Le fil auquel le filament est attaché est relié, avons-nous dit, à l’un des fils du secondaire de la bobine dont l’autre fil communique avec une plaque métallique isolée. Cette communication métallique n’est pas indispensable. En effet, si ce fil est couvert de plomb, une couche de gutta-percha isolant entièrement le fil de cuivre et le tube de plomb qui l’enveloppe, la lampe à filament unique s’illumine aussi vivement lorsque l’on met celui-ci en communication avec le fil de cuivre ou avec le tube en plomb.
- M. Tesla actionne ainsi un radiomètre électrique de Crookes et meme un moteur spécial à fil unique dont la description nous entraînerait trop loin. 11 illumine ensuite certains corps médiocrement conducteurs, tels (pie de l’alumine, du charbon, de la chaux, du carborundum, et quelques corps phosphorescents tels que le sulfure de calcium, l’yttria, le sulfure de zinc et le rubis dont les effets merveilleux ont soulevé à plusieurs reprises les applaudissements unanimes de l’auditoire. M. Tesla termine enfin par quelques expériences d’illumination de tubes à gaz raréfié sans fils ni électrodes, les tubes étant simplement placés dans le champ électrostatique périodique produit entre l’un des pôles isolés de la bobine d’une part, et une plaque métallique isolée placée au-dessus de l’expérimentateur communiquant avec l’autre pôle de la. bobine, d’autre part.
- La figure 1 montre précisément l’une de ces expériences dans laquelle M. Tesla réalise l’illumination de deux tubes à la fois. Pour produire l’extinction d’un de ces tubes, il suffit d’interposer dans le champ électrostatique un écran médiocrement conducteur, ou de placer le tube dans une direction sensiblement perpendiculaire au flux d’induction du champ. Le même tube reste obscur dans toutes les positions s’il est tenu par ses deux extrémités à la fois, le corps formant écran. En faisant glisser la main le long du tube, on peut rendre une de ses extrémités lumineuses; rien n’est plus curieux que de voir ainsi essuyer, éteindre et
- rallumer à volonté la lueur produite par ce procédé.
- Telles sont, très sommairement résumées, les principales expériences qui, pendant plus de deux heures, ont si vivement intéressé les membres de la Société française de physique et de la Société internationale des électriciens qui ont eu la bonne fortune d’assister à la conférence de M. Tesla.
- Il serait encore bien difficile de dire l’avenir qui leur est réservé au point de vue industriel, utilitaire et pratique d’un nouveau mode de production de la lumière. Aussi bien, le rêve de l’inventeur est plus large et ses vues plus hautes que les expériences qu’il nous a présentées ne les laissent entrevoir. Son ambition finale paraît être de transformer l’énergie du milieu qui nous environne, énergie bien évidente par ses nombreuses manifestations, en lumière, ou tout au moins d’en obtenir des radiations de même longueur d’onde et de même fréquence que celles qui produisent les sensations lumineuses. Déjà le radio-mètre de Crookes a prouvé qu’il était possible de transformer directement l’énergie radiante d’un milieu en énergie mécanique, et bien qu’au point de vue du rendement, le radiomètre de Crookes soit le plus détestable de tous les appareils de transformation, il n’en est pas moins le plus admirable de tous par ce fait qu’il nous apporte la démonstration tangible de la possibilité de cette transformation.
- M. Tesla, d’autre part, dans ses mémorables expériences, nous a montré qu’en faisant varier périodiquement, avec une très grande fréquence, un champ électrostatique, il est possible de placer dans ce champ, des appareils d’une très grande simplicité, des tubes à gaz raréfiés, qui recueillent une partie de cette énergie et la rendent lumineuse. Pour le philosophe et le savant, il n’en faut pas davantage pour établir la possibilité, sinon la probabilité,, de réalisation des vues finales de M. Tesla. Pour lui, la lumière de l’avenir est dans l'incandescence des solides, des gaz et des corps phosphorescents, excités, qu’on nous pardonne cette expression un peu vague, par des hauts potentiels variant avec une très grande fréquence. •
- Le jeune savant en est convaincu comme un précurseur, presque comme un apôtre. Il apporte tant de chaleur et de sincérité dans ses explications et ses expériences, que la foi vous gagne, et que, malgré soi, on croit assister à l’aurore d’une révolution prochaine dans les procédés actuels d’illumination.
- Les applaudissements nourris qui ont accueilli ses communications en Angleterre et en France, lui prouvent qu’il a su faire partager son enthousiasme, sinon sa conviction, aux hommes les plus capables d’apprécier la grandeur et l’importance de son œuvre. Nous souhaitons tout succès à l’habile expérimentateur dans la voie nouvelle où il s’est engagé ; espérons qu’à son prochain voyage en Europe, la lumière de l’avenir sera devenue, pour lui tout au moins, la lumière du présent. E. IIospitalieii.
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- LA NATURE.
- LES TRAVAUX DE DÉROCHE MENT
- DU DANUBE AUX (( PORTES-DE-FER ))
- Après avoir traverse les plaines hongroises du nord au sud, le Danube se dirige brusquement vers l’Orient et n’atteint les confins de la Roumanie et de
- la Bulgarie, près d’Orsova, qu’après s’ètre livré passage dans une trouée des plus pittoresques à travers les Carpathes (tig.l). Rien de plus imposant que ces défilés sinueux où ces masses d’eau, dont le débit moyen dépasse 10 000 mètres cubes, se trouvent enserrées entre des murailles à pic, distantes de 150 à 500 mètres, dont les cimes ne sont fréquentées que
- Fig 1. —Aspect du Danube aux Portes-de-Fer, à Waskapu non loin d’Orsova. (D’après une photographie.)
- par l’aigle, et dont les méandres sont tellement capricieux que, par moments, le fleuve donne l’illusion d’un lac tumultueux entouré d’une ceinturecon-tinue de montagnes. Le Danube, habitué a s’étaler à l’aise sur une largeur de 1000 à 2000 mètres prend parfois des allures vertigineuses, laminé par une série d’écueils, les uns émergeant franchement, les autres reconnaissables seulement aux tourbillons auxquels ils donnent naissance.
- Il n’est donc pas étonnant que, dans l'antiquité, cette partie du Danube ait été une barrière infranchissable entre la civilisation méridionale de l’Europe et les barbares du Nord.
- Cependant, il y aura bientôt dix-huit siècles, Tra-an réussit à creuser, le long de la rive gauche de ces défilés, un chemin [tour scs légions, comme le témoignent les vestiges de ces travaux et une inscription signée du Vainqueur desrnontagneset (lu fleuve.
- La route moderne, établie sur la rive droite, admiration de tous les touristes, fait le plus grand honneur aux ingénieurs hongrois; mais jusqu’à présent les quelques travaux relatifs au fleuve lui-même s’étaient bornés aux sautages de quelques écueils. Le projet de canalisation, étudié et proposé par l’ingénieur Vasarhelyi, ne pouvait d’ailleurs être pris en sérieuse considération qu’une fois aplanies les difficultés diplomatiques résultant des intérêts divers des peuples riverains ; les derniers incidents de la question d’Orient ont singulièrement facilité cette tâche.
- Le projet définitivement adopté, et actuellement en cours d’exécution, consiste dans le creusement d’un chenal de 60 mètres de largeur, et présentant en tous temps un mouillage minimum de 2 mètres. Le volume total des déblais à effectuer dans la roche (calcaire, gneiss ou granit) est de 400 000 mètres
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- S E R B l
- Nord.
- Fig. 2. — Travaux du Danube. — Les chantiers sont figurés par des points noirs les traits noirs continus indiquent les digues à construire.
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- cubes environ, et celui des dignes protectrices (fig. 3), constituées par des jets de pierres à fond perdu, est de 900 000 mètres cubes environ ; ces dernières
- comportent en outre 200 000 mètres cubes de revêtement en maçonnerie. Ces cubes de dérochements se repartissent sur une longueur d’une centaine de
- kilomètres par sections portant les noms des loca- 63000 mètres cubes à Kozla, 47 000 mètres cubes lités riveraines, savoir : 7500 mètres cubes a Stenka, à Greben, 33 000 mètres cubes à Juez, 10 000 mè-
- Fig. 4. — Chantier de dérochement à Jucz, — Dérocheuse Lobmtz et appareil américain. (D’après une photographie.)
- très cubes en divers points de moindre importance. Le dernier chantier, celui de Waskapu, répond à celui des Portes-de-Fer proprement dites ; il comporte 246 000 mètres cubes de déblais dont une grande partie, en tranchée ouverte sur la rive, peut être
- extraite à sec, ce qui facilite considérablement le travail. Ces divers chantiers sont indiqués sur notre carte (lîg. 2). Le montant de tous les travaux s’élève approximativement à 25 millions de francs.
- Il y aura bientôt deux ans que l’ensemble des tra-
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- vaux aura été adjugé à un entrepreneur hongrois qui s’est assuré la coopération d’un groupe d’ingénieurs et de capitalistes allemands. Le gouvernement hongrois avait eu primitivement l’intention de faire exécuter ces travaux en régie ; désirant s’éclairer sur le choix des meilleurs procédés, appareils et explosifs, il avait établi un concours international auquel des ingénieurs français prirent part et où ils présentèrent un appareil qui fut fort apprécié. Mais au dernier moment, le Ministère compétent (Handels ministerium) reçut des offres à forfait tellement réduites, qu’il se décida à confier l’ensemble des travaux a un entrepreneur général.
- Quelques-uns de nos entrepreneurs ont fait des tentatives pour être chargés de ces travaux, mais ils se sont prudemment retirés quand ils se sont assurés que les prix accordés n’étaient pas en rapport avec l’importance des aléas. Les difficultés d’ailleurs sont réelles; l’art de dérocher sous l’eau est une branche du génie civil généralement peu connue. Il n’y a guère qu’en France, en Angleterre et aux États-Unis où l’on ait exécuté des travaux importants de ce genre, et il faut le dire, dans des conditions autrement favorables que celles qui se présentent sur le Danube; ces difficultés ressortiront de la description que nous allons faire des divers procédés adoptés par l’Entreprise générale des travaux de régularisation des cataractes du Danube.
- Procédé du major Lauer. — Ce procédé, qui a été employé pour la première fois d’une façon méthodique en Autriche et en Allemagne, repose sur le principe suivant : si l’on dépose à même sur une roche submergée sous une colonne d’eau de 1 à 2 mètres une cartouche renfermant de 250 à 500 grammes de dynamite, et qu’on fasse partir cette charge, elle produit une petite excavation conique dont le sommet a pénétré de 15 à 50 centimètres dans le rocher et dont la base a environ 0m,80à 1 mètre de diamètre. La cartouche est descendue avec son amorce et son fil excitateur à l’intérieur d’un tube guide, et, dès qu’elle a touché le sol, on fait passer dans le circuit un courant qui détermine l’explosion de l’amorce. Un petit cube de roche, variant de 20 'a 80 litres, suivant la charge, se trouve pulvérisé, émulsionné par l’agitation de l’eau, et entraîné par le courant, s’il est assez fort. L’appareil du major Lauer consiste dans l’installation sur un chaland d’un grand nombre de tubes de charges disposés à des distances convenables pour que les excavations coniques, successivement produites, constituent un dérasement continu sur 10 à 20 centimètres de profondeur.
- Ce procédé est des plus simples, mais lent et assez coûteux. On comprend, en effet, que la force d’expansion des gaz produits par la déflagration de l’explosif n’est utilisée que dans un seul sens, et qu’il faut consommer 5 à 10 fois plus d’explosif que si ce dernier était emprisonné dans un trou de mine. D’autre part, il faut employer autant d’amorces, de fils, et autres accessoires pour les quelques litres
- désagrégés que pour 5 ou 4 mètres cubes donnés par une mine normale. Par contre, cette méthode supprime l’opération du dragage qui s’effectue sous l’action des eaux courantes ; elle s’applique à la destruction des pointes isolées de peu d’importance.
- Dérocheuse Lobnitz. — En peu de mots, la dérocheuse Lobnitz est une drague robuste, dont les godets sont établis de manière à mordre dans la roche, préalablement fissurée par le choc d’un mouton, d’une sorte d’immense trépan qu’on laisse tomber librement et qu’on relève ensuite à l’aide d’un treuil à vapeur. On peut produire une vingtaine de chutes par heure et chaque coup de trépan peut préparer environ 1 mètre cube de roche attaquable au godet. Cette addition à la drague est assez simple en principe, et permet dans de bonnes conditions de draguer 200 mètres cubes de roches par journée de travail. Mais naturellement, cctfe méthode ne produit toute son efficacité, que si la roche est bien brisante et que si le trépan n’est pas contrarié par des courants trop violents absorbant une partie de sa force vive, et le faisant dévier de sa trajectoire normale. Aussi cet appareil est-il loin de fonctionner aussi bien dans un rapide que dans une eau tranquille comme au canal de Suez, par exemple, où il est appliqué avec succès.
- Nous reviendrons prochainement sur la description de la dérocheuse Lobnitz et de l’appareil américain, dont nous représentons le chantier d’installation de Jucz (fig. 4).
- - A suivre. - N. DE ÏEDESCO.
- VARIÉTÉS ASTRONOMIQUES1
- Vénus. — Cette magnifique planète fait en ce moment le plus bel ornement du ciel chaque soir. Elle ne se couche que quatre heures environ après le Soleil. Les personnes qui voudront bien la chercher pourront la voir facilement aussitôt le Soleil couché. En outre, comme nous l’avons déjà dit à propos de Jupiter, si on repère sa position vis-à-vis d’un coin de mur ou de tout autre objet terrestre, en y revenant le lendemain dix ou quinze minutes plus tôt, on trouvera facilement la planète et on la repérera de nouveau, et ainsi de suite. Ceux qui feront cette petite recherche amusante arriveront bientôt à voir Vénus dans le ciel en plein jour, même à midi, et cela jusqu’en mai prochain au moins. La Lune va passer, le jeudi 31 mars prochain, à moins de trois fois son diamètre au Sud de Vénus, à 5 heures de l’après-midi, et ne sera pas bien loin de cette position à la nuit tombante, se couchant douze minutes après Vénus. La veille, la Lune est franchement à droite de la planète et se couche l\lora avant elle; le lendemain 1er avril, elle sera franchement à gauche et se couchera lh,32m après Vénus.
- Nouvelle étoile jaune du Cocher. — Pour se faire une idée de la position dans laquelle est apparue cette nouvelle étoile, prendre la première feuille de papier quadrille venue et faire la disposition suivante : Numéroter la première ligne verticale à droite 4h,40m, la suivante, 4h,41m et ainsi de suite jusqu’à 5h,50ra. Numéroter la première
- 1 Vov. n° 977, du 20 février 1892, p. 182.
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- ligne horizontale du haut 42 degrés, la suivante 42°15', puis les suivantes 42°,50', 42°,45', 45 degrés, 45”,15', etc., jusqua 62 degrés.
- Ensuite, dessiner sur cette carte aux rencontres des lignes verticales et horizontales que nous allons indiquer, les étoiles du Cocher : 5h, 10m, 44° a (la Chèvre), — 4h,56”, 46°,15 e. — 4h,55m, 49° Ç (les Chevreaux). — 5\ 49° »]. — 5h,15m, 48o,15' p. — 5\14", 50° 1. — 5h,7m, 51°,50 g. — 5Ü,18", 52°,45 a. — 5\21ra, 55°,15' f. — 5h,27m, 57°,45' y. — 5h,25m, 59",59 (Nouvelle étoile).
- Vitesses radiales des astres. — On nomme ainsi les vitesses avec lesquelles les étoiles s’approchent ou s’éloignent du Soleil ou de la Terre, dans la direction du rayon visuel. 11 semble pourtant que ces vitesses auraient dù nous échapper complètement, car le déplacement d’une étoile vers nous, ou dans la direction opposée, ne change en rien sa position dans le ciel, et il est même assez difficile de comprendre comment on a pu le découvrir et le mesurer. Nous allons essayer le l’expliquer. Lorsqu’une personne, tant soit peu musicienne, se trouve près des rails d’un chemin de fer, elle peut, à 2 ou 5 kilomètres de distance, lorsqu’une locomotive siffle, dire si cette locomotive s’approche ou s’éloigne. Quand le son du sifflet, du commencement à la fin d’une de ses émissions, devient plus aigu, le convoi s’approche ; si dans le même intervalle, le son devient plus grave, la locomotive s’éloigne. Nous ne percevons en effet un son que par les ondulations ou vibrations qu’il produit. Le son devient plus aigu quand le nombre des vibrations augmente, plus grave quand ce nombre diminue. Or, si une locomotive s’avance vers nous en sifflant, notre oreille recevra, outre les vibrations qu’elle aurait reçues si la locomotive était restée en place, toutes celles que le sifflet produira pendant qu’elle s’avance vers nous, c’est-à-dire un nombre plus considérable de vibrations, d’où un son plus aigu à la fin qu’au commencement. L’inverse a lieu si la locomotive s’éloigne, et le son devient plus grave. La lumière, comme le son, se propage par ondulations ou vibrations. Si une étoile s’approche de nous, le nombre des vibrations de sa lumière augmente, si l’étoile s’éloigne, ce nombre diminue, et pour les mêmes raisons que tout à l’heure les vibrations sonores. Lorsque cette lumière est décomposée par un prisme, ses vibrations s’étendent tout le long de l’arc-en-ciel de décomposition, du rouge au violet, dans ce qu’on appelle le spectre de la lumière. Que le nombre des vibrations lumineuses augmente, et les couleurs de l’arc-en-ciel vont s’allonger vers le violet. Elles se raccourciront vers le rouge si le nombre des vibrations diminue. Mais il y a autre chose que des couleurs dans l’arc-en-ciel, dans le spectre d’une lumière, il y a les raies qui caractérisent les différents corps qui brûlent dans cette lumière. Ces raies suivent les couleurs dans leurs déplacements, marchent vers le violet si la lumière s’approche, vers le rouge si la lumière s’éloigne. Il n’y a donc plus qu’à se procurer deux lumières, celle d’une étoile, et celle de substances terrestres, et leur faire former, à travers un prisme, leurs spectres à côté l’un de l’autre pour comparer la lumière terrestre qui ne marche pas à celle de l’étoile qui peut se mouvoir. Les raies du fer, faciles à obtenir sur terre dans l’arc de la lumière électrique, et qui se retrouvent dans la lumière de presque toutes les étoiles, sont les meilleures, à cause de leur nombre et de leur finesse, et on a pu établir que d’une lumière à l’autre, un déplacement de un deux-centième de millimètre indique une vitesse de 5 kilomètres par
- seconde dans la lumière mobile. Ce déplacement est sans doute insensible à l’œil nu, mais on peut photographier les deux lumières décomposées l’une à côté de l’autre sur la même plaque, et un microscope grandissant mille fois vient donner, pour une vitesse de 5 kilomètres par seconde, un déplacement de 5 millimètres, parfaitement mesurable, pouvant même facilement se fractionner. On voit que nous sommes en possession du moyen de déterminer la vitesse en question, par un procédé qui tient du prodige et qu’on n’aurait pas pu soupçonner il y a cinquante ans. Joseph Yinot.
- OBUS CALORIMÉTRIQUE1
- POUR I.A DÉTERMINATION INDUSTRIELLE DU POUVOIR CALORIFIQUE DES COMRUSTIRLES
- La physique industrielle ne présente pas de problème plus intéressant que la détermination de la capacité calorifique des combustibles.
- Cette détermination se fait actuellement soit par le procédé de Berthier, qui est inexact, soit au moyen de l’analyse élémentaire qui est délicate et longue à exécuter. On arrive facilement à des résultats précis en employant la bombe calorimétrique de M. Berthelot. Mais l’appareil du Collège de France est d’un prix trop élevé pour le budget des laboratoires industriels, à cause de la grande quantité de platine qui entre dans sa construction. L’obus calorimétrique, récemment présenté par M. Mahler à la Société d’encouragement, est une modification de l’appareil de M. Berthelot; il est né de cette préoccupation :
- Mettre entre les mains des ingénieurs une machine relativement peu coûteuse, vraie éprouvette à charbon qui leur permette d’apprécier aisément les combustibles solides, liquides et gazeux, avec toute la rigueur d’un procédé scientifique.
- Avant de décrire le nouvel appareil, nous rappellerons le principe de la bombe calorimétrique. Dans une capacité à parois résistantes, on place le combustible; on introduit ensuite de l’oxygène sous une pression convenable, et on ferme exactement l’enceinte. Si l’on immerge ensuite l’appareil dans l’eau d’un calorimètre et que l’on enflamme le combustible par un artifice quelconque, celui-ci, grâce à la grande quantité d’oxygène, brûle complètement et presque instantanément. Sa chaleur dégagée se transmet alors, sans aucune déperdition, à l’eau du calorimètre et aux diverses pièces de l’appareil, et il est facile de l’estimer comme dans toutes les opérations calorimétriques. Seulement, dans le cas présent, eu égard à la rapidité de l’expérience, la plupart des corrections en usage dans les cabinets de physique deviennent négligeables, par exemple, celles qui proviennent de l’évaporation de l’eau.
- On enflamme le combustible en le mettant en contact avec une spirale de fer qu’un courant électrique brûle au moment voulu. L’expérience com-
- 1 Vov. n" 966, du 5 décembre 1891, p. 15.
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- plète avec le temps nécessaire à sa préparation demande trois quarts d’heure.
- L’obus calorimétrique se compose :
- l3 D'un obus en acier supérieur demi-doux, forgé sur mandrin. L’obus a 654 centimètres cubes de capacité, ses parois ont 8 millimètres d’épaisseur. L’obus est nickelé extérieurement. Intérieurement, il est préservé par une couche d’émail contre l’action corrosive de l’acide azotique qui se forme toujours pendant la combustion. Cette couche d’émail, nécessaire à la conservation de l’appareil, remplace la chemise de plusieurs milliers de francs de platine qui garnit l’appareil du Collège de France. L’obturation de l’obus se fait par un bouchon à vis qui vient serrer une rondelle de plomb. Le bouchon porte un robinet à vis conique qui sert à l’intro-
- duction de l’oxygène. 11 est traversé par une électrode bien isolée, prolongée, à l’intérieur, par une tige de platine. Une autre tige de platine également fixée au bouchon soutient la capsule plate où l’on place le combustible. La figure ci-contre montre nettement ces détails. Le dessinateur n’a pas oublié le petit fil de fer qui joue le rôle d’amorce.
- 2° Les autres pièces de l’appareil sont le calorimètre, l’enveloppe isolatrice et l’agitateur. Elles ditfèrent par des détails qui en ont diminué le prix de revient de celles en usage dans le laboratoire de M. Berthelot. L’agitateur héliçoïdal de M. Berthelot est ici commandé par une combinaison cinématique très simple et très douce qui permet à l’opérateur d’imprimer, sans fatigue, au système un mouvement régulier.
- Obus calorimétrique de M. Mailler. — Vue d’ensemble de l’appareil, hélicoïdal. — A. Enveloppe isolatrice. — T. Thermomètre. — P. C. Capsule où l’on place le combustible. — E, F. Electrodes.
- 5° Nous devons signaler le thermomètre qui indique les centièmes de degré, le générateur d’électricité : magnéto, ou pile au bichromate de 10 volts, un compteur de minutes, montre ou sablier.
- 4° L’oxygène nécessaire à l’expérimentation est emprunté à un tube fourni par la Compagnie continentale d’oxygène. Comme la pression convenable pour la combustion (Je 1 gramme de bouille est de 25 atmosphères au plus, et que le tube de modèle courant renferme 1200 litres (120 atmosphères), on a donc ainsi une provision pour près de 100 expériences.
- L’appareil donne sans difficulté le pouvoir calorifique des combustibles solides tels que la bouille, ou liquides tels que les huiles minérales. Il sert également à déterminer la puissance calorifique des divers gaz. Dans ce cas, on fait le vide dans l’obus, on le remplit une première fois de gaz. On fait le
- — A droite, détail de l’obus. — B. Obus d’acier. — G, K, S. Agitateur . Pile au bichromate. — O. Tube à oxygène. — M. Manomètre. —
- vide une seconde fois, et on introduit définitivement le gaz sous la pression barométrique et à la température du laboratoire. On ajoute alors l’oxygène et on procède comme pour les solides et les liquides.
- La détermination du pouvoir calorifique des gaz offre une difficulté particulière. Il faut se garder de diluer le gaz dans une quantité telle d’oxygène que le mélange cesserait d’être combustible. Pour le gaz d’éclairage 5 atmosphères d’oxygène suffisent. Pour le gaz des gazogènes industriels, on ne dépassera pas une demi-atmosphère.
- L’appareil qui a été présenté à la Société d’encouragement a déjà servi à M. Mailler à effectuer 400 combustions. Sa précision ne laisse rien à désirer. 11 est si facile à manier que le premier garçon de laboratoire venu, pourvu qu’il soit soigneux, en tire des résultats exacts.
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- LE CALCULATEUR INAUDI
- Il y a quelques années nous parlions ici même d’un enfant de douze ans qui avait été présenté à la Société d" anthropologie comme un prodige d’un nouveau genre; il faisait de tête les calculs les plus longs et les plus compliquésh Cet enfant se nommait Jacques Inaudi; après avoir couru les cafés de province, où il parvenait à gagner son pain en amusant les curieux par ses tours de force de calculs, Inaudi, aujourd’hui âgé de vingt-quatre ans, s’est engagé sous la direction d’un imprésario qui lui fait donner des représentations publiques dans
- un café-concert de Paris. Les facultés de ce jeune homme sont extraordinaires; il nous a paru que son histoire méritait une étude détaillée. Nous aurons recours en grande partie à un travail très complet que vient de publier M. le Dr Marcel Baudoin sur le calculateur Inaudi.
- Jacques Inaudi est né le 15 octobre 18G7 à Ono-rato, dans le Piémont. A son pays natal, comme Henri Mondeux, autre calculateur célèbre, dont nous parlerons plus loin, il commença à garder les troupeaux. Il suivit bientôt son père qui jouait de l’orgue dans les villes du midi de la France, et c’est par instinct, et sans que personne lui ait rien appris, que naquit dans son esprit la faculté de faire
- Le calculateur Jacques Inaudi, à Paris.
- des calculs de tête. Il commença à Marseille à s’exhiber dans un café. La réputation d’Inaudi ne tarda pas à grandir et il vint à Paris en 1880. Il avait alors douze ans et demi. Il fut soumis à l’examen de Broca dans la séance du 4 mars de la Société d'anthropologie. Après cette époque, il courut la province comme nous venons de le dire, et c’est depuis peu que le prodigieux calculateur est revenu 'a Paris. Nous avons vu qu’il avait été présenté à l’Académie des sciences dans sa séance du 8 février 1892. On peut l’entendre chaque soir au Concert parisien.
- M. le D1 Marcel Baudoin, qui a soumis Jacques Inaudi à un examen spécial, décrit dans les termes
- 1 Voy. n° 559, du 17 avril 1880, p. 318.
- (Dessin d’après nature de M. C. Gilbert.)
- suivants les étonnantes opérations du calculateur :
- Il nous faut signaler maintenant quels tours de force peut exécuter Inaudi. Placé, sur la scène, près du trou du souffleur, il tourne le dos aux tableaux noirs placés derrière lui et sur lesquels l’imprésario écrit les données des problèmes posés, pour permettre au public de bien se rendre compte des calculs effectués. Les mains croisées sur la poitrine, il écoute avec une extrême attention la question qu’on lui adresse, la répète, la fait répéter s’il le faut, jusqu’au moment où il l’a bien comprise. Presque immédiatement il fournit une solution juste, sans cesser de regarder bien en face les spectateurs, sans écrire quoi que ce soit — il n’écrit jamais en calculant, — sans être susceptible d’être troublé, quelque bruit que l’on fasse. Voulez-vous un exemple? Il additionne, en quelques secondes, sept nombres de 8 à 10 chiffres : tout cela de têle, grâce à des moyens à lui particuliers. Il termine une
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- soustraction de deux nombres de 21 chiffres en quelques minutes à peine, trouve aussi rapidement la racine carrée, la racine cubique d’un nombre de 8 à 12 chiffres, si ce nombre est un carré parfait; il met un peu plus de temps quand, à cette extraction de racines carrée ou cubique, il y a un reste. Il trouve, de même, avec une célérité incroyable, la racine sixième, la racine septième d’un nombre de plusieurs chiffres. Il fait une division, une multiplication en moins de temps qu’il ne faut pour l’énoncer. Chose encore plus étonnante, une heure après avoir fait toutes ces opérations de tête, après avoir trouvé la solution de problèmes très difficiles à résoudre par l’arithmétique, il se rappelle, avec une précision des plus remarquables, tous les chiffres sur lesquels il a eu à opérer.
- Notre gravure représente Inaudi au moment de ses expériences ; pendant que les calculateurs placés derrière lui font sur le tableau les calculs posés par le public, Inaudi, sans jamais voir ces tableaux, cause avec les spectateurs, et résout immédiatement d’autres petits problèmes. On lui dit, par exemple : « Quel jour était le 11 janvier 1787 ? » Il répond presque immédiatement : « Un jeudi » ; et le fait est exact, comme le vérifie le spectateur qui a posé la question et qui a apporté avec lui un vieil almanach. Par moments, Inaudi s’arrête dans la conversation ; les bras croisés, on le voit compter avec ses doigts sur un de ses bras, comme l'indique notre gravure. Il demande alors quelques minutes de silence pour vérifier le calcul qu’il a pu faire au milieu du bruit, et pendant qu’il conversait. Les erreurs de sa part, ne sont pas fréquentes. C’est ce que fait remarquer M. Marcel Baudoin.
- Il se trompe rarement, et quand il avance un résultat, celui-ci a bien des chances d’être exact. S’il se trompe, il reconnaît vite son erreur, car il dit qu’il fait toujours la preuve des opérations qu’il a dù exécuter.
- P. Broca, en 1880, n’avait pu se rendre compte de ses procédés de multiplication : il l’avouait sans ambages. Aujourd’hui qu’Inaudi possède une intelligence bien développée, il les explique sans peine. Tandis que nous commençons à compter de droite à gauche, pour la multiplication il procède au contraire de gauche à droite.
- Soit à multiplier 545 par 527. La série d’opérations que fait Inaudi est la suivante :
- 1° 500 x 500 = 150 000
- 2° 500 x 27 = 8100
- 5° 527 X 40 = 21 080
- 4° 527 X 5 = 2 655
- Total... 181 815 "
- En somme, quatre multiplications et une addition : tout cela est terminé en quelques secondes, bien plus rapidement que si un praticien exercé avait pris la plume.
- Mais Inaudi, fait extrêmement important, n’est pas seulement une machine à calculer. Il peut aussi faire œuvre véritable de mathématicien et trouver par l’arithmétique et la méthode des tâtonnements successifs la solution de problèmes qu’on ne résout d’ordinaire que par l’algèbre. L’impresario insiste sur ce point et il a raison ; il ajoute même qu’il n’en est ainsi que depuis deux ans. A ce point de vue, Inaudi a exécuté devant
- nous des problèmes assez complexes qui, résolus de la sorte, lui ont demandé plus d’une soixantaine d’opérations successives, paraissant défiler devant ses yeux avec une rapidité vertigineuse, comme les images d’un kaléidoscope sans cesse en mouvement. Et les difficultés qu’il a récemment surmontées dans ce genre d’exercices à l’Académie des sciences sous les yeux de MM. Darboux, Bertrand et Poincaré, à la Sorbonne, au Ministère, en présence du Ministre de l’instruction publique, M. Bourgeois, sont vraiment colossales. Les plus forts mathématiciens de notre temps, même M. Poincaré, dont on connaît la compétence en pareille matière, ont dù en convenir.
- Ajoutons encore qu’il peut retenir des chiffres pendant des mois, à condition qu’il y ait utilité à le faire ou qu’il le veuille, pour une raison quelconque. Alors « il les classe » d’une façon spéciale. Il met une minute à retenir un nombre de vingt-quatre chiffres.
- Inaudi a eu plusieurs prédécesseurs, et ce n’est pas la première fois que les membres de l’Académie des sciences ont étudié des prodiges analogues. Déjà en 1840, un jeune calculateur, Henri Mondeux, leur avait été présenté. Comme Inaudi, Mondeux était un jeune pâtre. Né aux environs de Tours, de parents misérables, Mondeux dès sa plus tendre enfance s’amusait à compter les cailloux en gardant les troupeaux; il combinait entre eux les nombres qu’il représentait de cette manière, mais il ne connaissait pas les chiffres. Après s’être longtemps exercé seul, dans les champs, il offrait aux personnes qu’il rencontrait de résoudre des problèmes divers. IJn instituteur, M. Jacoby, le remarqua, et le fit instruire; peu de temps après, il le conduisit à Paris et le présenta à l’Académie des sciences. Le mathématicien Cauchy fit à son sujet un rapport, où il exprimait au plus haut point son admiration. Henri Mondeux était exhibé au public avec son costume de berger; il avait une blouse bleue, un chapeau mou et des sabots. Un peu avant Mondeux, l’Académie des sciences avait examiné un jeune enfant d’une dizaine d’années, Yito Mangiamel, né en Sicile. Arago posa des problèmes difficiles à l’enfant qui les résolut de tête avec la plus grande facilité.
- Les calculateurs prodiges peuvent revendiquer, comme ancêtre, l’Anglais J. Buxton qui vers le milieu du siècle dernier, avait une grande célébrité en Angleterre. C’était aussi un illettré, qui depuis son enfance avait commencé sa réputation. Il faisait les comptes d’intérêt les plus longs et les plus compliqués.
- M. le professeur Charcot, qui a soumis Inaudi à un examen minutieux, a été frappé de l’identité presque absolue des conditions de naissance et de développement précoce que présentent les calculateurs prodiges. Presque tous ont tiré d’eux-mêmes leurs aptitudes extraordinaires, ils sont illettrés et n’ont pas reçu d instruction. Il y a là un don naturel, comme l’est en quelque sorte ce don merveilleux que nous appelons le génie, et qui inspire les grands artistes ou les grands mathématiciens.
- Gaston Tissandier.
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- EXPÉRIENCES DE CiPILIÂRITÉ
- Jusqu’à ces dernières années, on avait coutume de considérer les phénomènes capillaires comme d’une intelligence difficile, et, somme toute, d’une médiocre importance; mais aujourd’hui, un mouvement se produit en leur faveur ; la diversité d’action de ces forces mystérieuses, leur participation à la plupart des phénomènes naturels, les lointaines conclusions auxquelles elles conduisent, enfin les brillantes expériences auxquelles elles donnent lieu commencent à leur conquérir un peu plus que l’estime du public ami de la physique. Je n’ai pas l’intention de rappeler les mémorables travaux éclos dans cette science, depuis que le grand Laplace, à la suite de Newton, en a posé les bases solides. En tous pays, les expériences relatives à la capillarité ont été nombreuses; mais la véritable direction expérimentale des recherches modernes a été donnée par Plateau, dont les belles expériences, complétées par M. van der Mensbrugghe forment aujourd’hui un tout compact et ordonné. En Angleterre, les maîtres de la physique, sir William Thomson, lord Rayleigh s’en sont emparés, et, tout en l’enrichissant, l’ont marqué au coin du sens pratique de la race anglo-saxonne; ils ont fait école en pays de langue anglaise, où les expériences de MM. Reinold et Riicker, les applications quasi industrielles de M. Chichester Bell en font foi. Aux mains'd’un des plus jeunes membres de la Société royale, M. C.-Y. Boys, les résultats acquis, complétés et mis en expériences de cours, ont fait l’objet de conférences à la Boyal Institution. Réunies en volume sous le titre Soap-bubbles, ces conférences offrent une si riche moisson de faits peu connus, qu’elles m’ont paru dignes d’être répandues en France. La traduction de ce petit ouvrage de science amusante, quoique rigoureuse, paraîtra prochainement1; j’en extrairai quelques expériences qui m’ont semblé particulièrement attrayantes.
- Je commencerai par décrire une expérience qui réussit à coup sùr, sans grande préparation; nous en chercherons ensuite la théorie. Assujettissons, à l’extrémité d’un caoutchouc, un tube de verre terminé par un orifice ayant un diamètre de 1 à 2 millimètres; puis, après avoir mis le caoutchouc en communication avec la conduite d’eau, ouvrons le robinet de manière à produire un jet ascendant de 1 mètre de hauteur environ (fig. 1). Il se passe un phénomène bien connu : à une petite distance de l’orifice, le jet se résout en gouttes de diverses grosseurs, qui s’éparpillent sur un large espace, et qui, tombant sur une feuille de papier, engendrent un bruit sourd et continu. Si, maintenant, nous approchons du jet un bâton de cire électrisé, immédiatement l’aspect se modifie; le jet se rassemble et se forme en grosses gouttes qui suivent la même
- 1 Bulles de savon. Quatre Conférences sur la capillarité. (Gauthier-Villars, éditeur à Paris.)
- piste (fig. 2). Le bruit quelles font en tombant sur du papier imite les pluies d’orage auxquelles, comme résultat et comme cause secondaire, on ne peut s’empêcher de les comparer.
- On obtient un effet analogue en appuyant un bâton de bois, d’une part, sur le tube de verre, d’autre part, sur la caisse de résonance d’un diapason maintenu en vibration1. En s’y prenant convenablement, on peut même, dans ce dernier cas, obtenir plusieurs jets distincts de grosses gouttes.
- J’ai promis d’expliquer ces singuliers phénomènes;* la chose n’est pas difficile, mais il faut reprendre la théorie d’un peu haut; en chemin nous rencontrerons, du reste, d’autres expériences non moins curieuses, qui reposeront nos lecteurs d’un raisonnement dans lequel il serait difficile d’éviter les longueurs.
- Nous disions dernièrement2 que l’air contenu dans une bulle de savon est soumis à une pression qui dépend de la courbure de la bulle. On le montre aisément : si l’on souffle, aux deux extrémités libres d’un tube en II, deux bulles sphériques de diverses grosseurs, la plus petite se vide dans la plus grosse. En intercalant des robinets dans les branches de l’H, on peut arrêter les bulles à une certaine grosseur, puis les reprendre, vis-à-vis de l’orifice des tubes, à l’aide de deux anneaux de même diamètre, et les étirer en soulevant le tube; on obtient, de cette manière, des bulles qui prennent successivement la forme d’un tonneau, puis celle d’un cylindre. La figureS (nos I et 2) montre l’arrangement de l’expérience. La bulle de gauche est déjà creuse, tandis que celle de droite, plus grosse au début, est encore bombée, et enfin se creuserait en s’allongeant. Si l’on ouvre alors les robinets de manière à mettre les bulles en communication par le tube, l’une d’elles chasse généralement de l’air dans l’autre. Or, voici ce qu’on observe : si les bulles ont même diamètre et même longueur, mais que l’une soit rebondie et l’autre étranglée, la première envoie de l’air dans la seconde si leur longueur est inférieure à la moitié de leur pourtour à l’endroit du raccord avec le tube; le contraire a lieu lorsque la longueur excède la moitié du pourtour; la figure 5 (nos 1 et 2, dans lesquelles les flèches indiquent le sens du mouvement de l’air) rend compte de ce phénomène.
- Or, une bulle cylindrique isolée et fermée à ses extrémités, et dont la longueur excède le demi-pourtour en restant inférieure au pourtour entier, peut être envisagée comme l’ensemble de deux bulles de première espèce mises bout à bout; si la longueur excède le pourtour, les deux bulles cylindriques figurées sont de seconde espèce. Si donc, pour une cause quelconque, le cylindre subit une déformation, s’étranglant à un bout, se gonflant à l’autre, l’équilibre se rétablira dans la première
- 1 A défaut de diapason, on peut tendre une corde à boyau entre le tube et un appui fixe, et la mettre en -vibration avec un archet.
- 2 Voy. n° 969, du 26 décembre 1891, p. 64.
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- bulle, et se rompra complètement dans la seconde, qui, au bout d’un instant très court, se sera sépare'e en deux bulles inégales (fig. 5, n°3).
- La même chose se produit dans une veine liquide sortant d’un orifice circulaire. Pendant une partie de son parcours, elle peut être considérée comme la réunion de cylindres placés bout à bout, et dans lesquels la moindre déformation tendra à s’accentuer, par l’effet de la membrane su-perliciellc de l’eau, agissant sur le liquide intérieur comme la membrane d’eau de savon comprime l’air qu’elle contient. Les moindres irrégularités du jet augmentent avec une rapidité extrême ; par exemple, lord Rayleigh a démontré que si, sur une veine aqueuse de 1 millimètre de diamètre, on pratique une dépression, celle-ci devient mille fois plus forte en un quarantième de seconde. Or, le tube le mieux assujetti éprouve toujours de petites trépidations, qui se communiquent à la veine, et s’accentuent d’elles-mêmes.
- Dans les circonstances ordinaires, les empreintes que le jet reçoit à l’origine, sont très irrégulières et déterminent la rupture en un grand nombre de cylindres inégaux qui se contracten t en gouttes; au moment où une goutte va se séparer, elle est retenue par le col qui la réunit à la suivante encore en formation; chacune d’elles tire de son côté, et la vitesse de chaque goutte est une résultante de ces diverses actions. 11 est donc évident que les gouttes partent sensiblement dans la même direction, mais avec des vitesses ditïércntes; elles prennent, dès l’origine, des trajectoires diverses, et se choquent obliquement. Or, dans les circonstances ordinaires, deux gouttes d’eau arrivant au contact ne se réunissent pas, mais rebondissent l’une sur l’autre. Il est difficile de le démontrer directement sur des gouttes
- d’eau, mais rien n’est plus facile que de réaliser l’expérience soit avec des bulles de savon, soit avec des jets d’eau, ainsi que lord Rayleigh l’a fait pour la première fois.
- On fait arriver l’un contre l’autre (fig. 4), sous un angle aigu, deux jets liquides, dont l’un a été coloré à l’aniline; ils rebondissent, et aucune trace de couleur ne passe de l’un à l’autre, montrant ainsi
- qu’ils ne sont pas arrivés réellement au contact ; mais si l’on produit un champ électrique simplement en amenant un bâton de cire électrisé à quelques mètres de l’appareil, instantanément les deux jets se réunissent. Le même phénomène se produit pour les gouttes d’eau qui se choquent, et qui se réunissent lorsqu’elles sont électrisées, sans doute parce que les pôles de noms contraires se trouvent en regard, et l’attraction électrique suffit pour forcer les gouttes à arriver au contact. M. Boys a répété cette expérience avec deux bulles de savon, qui, suspendues a des anneaux métalliques et appliquées l’une contre l’autre, ne se réunissent que lorsqu’on les soumet à une action électrique.; elles constituent un élec-troscope d’une extrême sensibilité.
- Le reste delà première expérience se comprend de lui-même. Les gouttes qui, en se choquant sous des directions peu différentes, rebondissaient en s’éparpillant, se réunissent au contraire, et suivent un chemin intermédiaire.
- L’expérience du diapason devient aussi d’une explication facile. I)u moment où l’on communique, à l’orifice, une vibration régulière, les dépressions se succèdent sur le jet à intervalles égaux, les gouttes de même grosseur suivent la même piste avec la même vitesse, et la cause de leur dispersion a disparu.
- 11 peut aussi se faire que le diapason communique
- Fig. 1 et 2. — Jet d’eau composé de gouttelettes éparpillées (fig. 1), rassemblées en grosses gouttes par l’électricité (fig. 2).
- Fig. 3. — Expérience des bulles de savon.
- N°sl et 2. Bulles de savon se vidant l’une dans l’autre. N” 3. Bulle cylindrique instable. (B, B, B, B, B, figurent les bulles).
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- à l'orifice une vibration complexe, se composant, par exemple, de deux secousses inégalement espacées; le jet se rompt alors en deux séries de gouttes, alternativement grosses et petites, et il se produit, entre les deux systèmes, les actions qui se manifestent irrégulièrement entre les gouttes d’un jet quelconque. Le résultat en est que les deux séries ne tardent pas a se séparer, les gouttes rebondissant deux à deux au môme endroit, et l’on voit deux chapelets distincts des gouttes, qui pendant un instant, paraissent former deux lignes continues, comme si le tube possédait deux orifices.
- Mais on peut voir les gouttes séparées, on peut môme les montrer à un grand nombre de personnes à la fois, en projetant le jet sur un écran, et en le
- Fig. 4. — Réflexion (le deux jets liquides se reucontraut sous un angle aigu.
- munication avec la conduite d’eau, ou avec un récipient placé a 4 ou 5 mètres au-dessus de l’orifice, on produit un jet qui doit ôtre absolument propre et privé de bulles. Ge jet est dirigé sur une membrane de caoutchouc tendue à l’extrémité d’un tube de 1 centimètre de diamètre, de telle sorte que la veine liquide soit coupée par la membrane un peu avant l’endroit où elle se résout en gouttes. Chaque secousse communiquée à l’orifice précipite la formation des gouttes, dont l’origine se trouve reculée. Si l’on applique alors une montre a ancre contre le tube d’où sort ce filet d’eau, le jet, primitivement continu à l’endroit de la membrane, s’y trouve coupé au moment des secousses (fig. 5). On obtient, de cette manière, un servo-moteur d’une singulière puissance, qui produit une formidable amplification du son ; et si l’expérience est convenablement réglée, le tic tac,
- coupant régulièrement au moyen d’un disque percé de trous, et dont on règle la vitesse de manière que le passage d’un trou à l’autre soit exactement égal à la durée d’une demi-oscillation du diapason; on y arrive approximativement en soufflant sur le disque, et en modifiant sa vitesse jusqu’à ce qu’il rende le môme son que le diapason. Cette expérience, qui peut ôtre représentée de bien des manières, nécessite les ressources d’un laboratoire; mais en voici une autre que l’on répétera sans peine, et dont l'effet est saisissant :
- On ajuste, à l’extrémité d’un caoutchouc, un tube de verre terminé par une ouverture de un tiers de millimètre environ, pratiquée, de préférence en parois minces 1 Le caoutchouc étant mis en corn-
- Fig. S. — Microphone hydraulique, de M. Chichester Bell.
- renforcé par le jet et la membrane, produit un bruit que l’on serait tenté de prendre pour celui d’un marteau frappant sur une enclume. Cette belle expérience, du microphone hydraulique, est due à M. Chichester Bell, cousin de M. Graham Bell, l’illustre inventeur du téléphone. Nos lecteurs ne conviendront-ils pas avec nous quelle est merveilleuse de simplicité?
- Nous voilà bien éloignés de notre point de départ que nos lecteurs ont peut-être oublié; rappelons-le en deux mots.
- 1 Pour obtenir un orifice approprié à celle expérience, on prend un tube de verre de 4 à G millimètres de diamètre, dont on ramollit une extrémité à la lampe, en faisant rouler entre ses doigts le tube maintenu verticalement. Au moment où le tube va se fermer, on souffle fortement par l’extrémité froide, de manière à produire un rendement à l’autre bout.
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- LA NATURE.
- ')') "2
- Tous les effets dont il a été question dans cet article, tous les appareils dont on vient de lire la description, reposent sur une judicieuse mise en jeu d’une force qui nous paraît Lien insignifiante, la tension superficielle de l’eau, dont la valeur n’est que de 7 à 8 milligrammes par millimètre courant de la surface. Ch.-Ed. Guillaume,
- Docteur ès sciences.
- CHRONIQUE
- Comment éteindre l’huile en combustion. —
- On ne peut trop donner de conseils pour faciliter l’extinction des commencements d’incendie; en présence des flammes, même à leur début, les gens les plus calmes d’ordinaire perdent toute présence d’esprit. Les indications sont surtout nécessaires quand il s’agit d’inflammation de matières spéciales, huileuses ou autres, pour lesquelles des procédés tout particuliers sont nécessaires si l’on ne veut point augmenter le danger au lieu de le faire disparaître. A ce propos, notre confrère M. E. Atkinson vient précisément, dans Y Engineering Magazine, de donner une sorte de recette pour les inflammations d’huile et pour les commencements d'incendie analogue. Quand dans un atelier de l’huile ou des déchets de coton prennent feu, le premier mouvement est de jeter de l’eau dessus : or M. Atkinson fait remarquer que les plus grosses pertes que les Compagnies d’assurance aient à payer proviennent le plus souvent du mauvais usage qu’on peut faire d’un seau d’eau, et il cite un exemple typique. Un soir, un mécanicien, travaillant seul, la journée finie, laissa tomber sa lanterne dans une boîte contenant des résidus de graisse, de la filasse ; le tout prit feu et se mit à brûler avec peu de flammes, mais beaucoup de fumée, fieux ou trois pelletées de cendre et un linge humide seraient venus à bout de ce commencement d’incendie ; mais pensant bien faire, l’ouvrier s’empressa de jeter un seau d’eau sur la graisse en combustion. Instantanément une grande flamme monta jusqu’au toit de l’atelier, mettant le feu à la fabrique qui fut complètement détruite. M. Atkinson cite aussi un exemple qui lui est tout personnel : étant à la campagne, il voulut faire le cuisinier, et fit tomber sur le feu une nappe de graisse, qui, naturellement prit feu ; pour l’éteindre, il ne trouva rien de mieux que d’y jeter quelques cuillerées d’eau, et le résultat fut qu’une flamme très haute s’élança du fourneau et vint lui brûler les cheveux. Il est donc payé pour conseiller la prudence et pour la pratiquer lui-inème, et c’est pour cela qu’il émet l’avis qu’on devrait toujours, spécialement dans les usines et manufactures, avoir à sa portée des récipients pleins de sable pour jeter, en cas de feu, sur les graisses, les huiles ou les déchets huileux en combustion.
- Éclairage des trains par le gaz. — Dans une Note intitulée Éclairage des trains par accumulateurs, parue dans la Chronique de La Nature du 9 janvier dernier (p. 95), nous avons dit que le gaz est proscrit des wagons suisses. Nous avons involontairement commis une erreur que nous rectifions. 11 y a actuellement en Suisse 548 voitures éclairées par le gaz, et 120 voitures éclairées par l’électricité, sur lesquelles 110, la presque totalité, appartiennent au Jura-Simplon. Le nombre de voitures à voyageurs, étant en Suisse de 1992, la proportion des voitures ayant l’éclairage électrique est de 6 pour 100. En France, il y a 21 200 voitures’à voyageurs, dont 5800 sont
- éclairées par le gaz, soit une proportion de 18 pour 100. Les renseignements qui nous avaient été communiqués s’appliquaient exclusivement à la ligne du Jura-Simplon et nous les avons généralisés, à tort. Ce que nous demandons d’ailleurs au nom du public, quel que soit le système adopté, c’est d’avoir des wagons bien éclairés.
- Le commerce des noisettes & Trébizonde. —
- Il est toujours curieux de voir comment les différents commerces se centralisent en certains points, en certains marchés déterminés, soit parce que la région environnante se consacre exclusivement à une culture, soit pour une autre cause. Dans cet ordre d’idées, on ne s’attendait guère à voir un grand marché presque réservé au commerce des noisettes : tel est pourtant le cas pour Trébizonde. Dans tout le district environnant qui porte ce nom, la récolte des noisettes est des plus importantes : pour la seule année 1891, on peut l’évaluer à 512 000 quintaux turcs, autrement dit, au total énorme de 17 472 000 kilogrammes. Les principaux centres de production sont Tré-bizonde, fournissant 2 800 000 kilogrammes, Kerassonde, 10 080 000, Lazistan, 1 680 000, Elegus, 1 120 000, enfin Tireboli, 1 792 000. On classe les noisettes recueillies dans le pays en trois qualités bien distinctes : les noisettes rondes, les oblongues et celles qui ont forme d’amandes ; ces dernières se vendent fort cher, à cause de leur rareté. D’ailleurs, ce qui paraîtra singulier au premier abord, on n’exporte presque jamais les noisettes que cassées et écorcées, ce qui s’explique par le besoin de réduire les chargements à leur plus faible volume : le cassage et le décortiquage entraînent un déchet de 58 à 40 pour 100 sur le poids. Ajoutons qu’on colore les noisettes artificiellement : la préparation qu’on leur fait subir leur donne une belle couleur claire sans laquelle on ne les accepte nulle part en Europe. Le courant principal d’exportation va vers Marseille, vers Trieste et en Italie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 février 1892. — Présidence de M. d’âbbadie.
- Ptomaïnes. — On sait que sous ce nom M. Gautier a désigné des alcaloïdes qui prennent naissance dans les matières organiques comme conséquence de leur altération, soit après la mort, soit dans les tissus malades. M. Griffiths annonce aujourd’hui qu’il a isolé la ptomaïne caractéristique de la rougeole et celle de la coqueluche. Cette dernière répond à la formule C5II19AzÜ2. Toutes deux sont retirées des urines. Injectées à des chats, elles déterminent la mort en quelques heures. Le même auteur fait connaître les résultats de l’analyse qu’il vient de terminer de la matière colorante bleue du sang des crustacés. D’après M. Frédéricq à qui on en doit la découverte, cette matière, qui porte le nom d’hémocyanine, doit sa couleur à du cuivre. Celui-ci y joue, du reste, le même rôle que le fer dans l’hémoglobine au point de vue de l’alimentation en oxygène des éléments anatomiques. Jusqu’ici on n’en connaissait pas la composition chimique. En la précipitant à l’aide de sulfate de magnésie en solution aqueuse, on a pu l’obtenir très pure. Elle renferme 867 atomes de carbone pour 1 atome de cuivre et son poids moléculaire s’élèverait à 18 000 environ. Bien que ces résultats ne puissent pas être repoussés à priori, il faut attendre de nouvelles recherches pour les interpréter complètement.
- Maladie du champignon de couche. — La culture du champignon de couche constitue à Paris une industrie des
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- plus importantes représentant en moyenne chaque année 18 millions de francs. Or l’agaric est sujet à une maladie due à l’invasion d’un champignon particulier et qui, parfois, détruit le quart ou même la moitié de la récolte. Celle maladie, désignée par les praticiens sous le nom de molle à cause de la perte de consistance qui en est le résultat, se complique parfois de l’apparition sur le chapeau d’une protubérance qualifiée de chancre. M. Cos-tantin qui vient d’étudier ce sujet, a reconnu que la molle et le chancre sont simplement deux stades dans l’évolution d’une même entité morbide. Le remède sera sans doute bien difficile à trouver à cause des analogies physiologiques intimes du parasite et du malade.
- Régime des eaux souterraines dans le Sahara. —-Très récemment, M. le gouverneur général de l’Algérie et M. le général Thomassin étant allés visiter le haut Sahara entre Lagouat et El Goléah, les indigènes du M’Zab ont sollicité de ces autorités des sondages artésiens qui augmenteront la quantité des eaux utilisables. Un syndicat s’est formé et des crédits spéciaux sont demandés. Or, à cette occasion, M. G. Rolland fait remarquer que les conditions du sol dans la région dont il s’agit, sont bien différentes de celles qui se rencontrent dans l’Oued R’hir et à Ouargla où les puits artésiens ont, comme on le sait, déterminé une vraie révolution agricole. Conclure de l’une à l'autre de ces régions, serait courir certainement à de graves déceptions.
- La trombe du Lot-et-Garonne. — R y a eu, le 8 juin dernier, dans le Lot-et-Garonne une trombe sur laquelle M. Fayc appelle l’attention à cause de ses caractères exceptionnels. On l’a vue nettement descendre des nuages, se diriger vers le sud-est au lieu de la direction nord-est qui est ordinaire et la giration s’y faisait dans le sens du mouvement des aiguilles d’une montre, contrairement à la rotation ordinaire.
- Nouveaux sels. — M. Recoura signale toute une série de sels dont l’acide mérite le nom de chromosulfurique. Ces sels, obtenus par la conjonction des chromâtes et des sulfates, ne laissent pas reconnaître l’acide sulfurique dans leur substance; celui-ci y est complètement dissimulé et les sels de baryte, par exemple, ne donnent pas lieu au précipité classique. Plusieurs chromosulfates ont été dès à présent obtenus par l’auteur à l’état cristallisé.
- Varia. — M. Emile Rivière annonce la découverte, dans les célèbres grottes des Raoussé-Roussé auprès de Menton, de trois Nouveaux squelettes avec des parures et des silex taillés. — La chaleur de formation des carballylates est déterminée par M. Massol. — Des procédés pour diminuer la vibration dans les navires à très grande vitesse sont proposés par M. Normand, constructeur au Havre. — Un magnifique atlas offert par M. Rischoffsheim représente les plans de l’Observatoire de Nice et les appareils qui y sont employés. — Une très longue lecture sur l’anatomie du pissenlit ( Taraxacum dens leonis) est faite par M. Trecul. — M. Le Chatelier est arrivé à la mesure précise des températures développées dans les foyers industriels. — En présentant un mémoire de M. Kolskousky sur l’embryogénie de la blatte, M. Alphonse Milne Edwards émet l’opinion qu’avant peu les naturalistes seront obligés de savoir la langue russe à cause des importants travaux qui y sont publiés chaque jour. — D’intéressantes particularités sur la structure des grains dans les asclépiadés occupent M. Chauveaud. Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE AU THEATRE
- TRAVERSÉE DU NIAGARA EN BICYCLETTE
- Dans la pièce à grand spectacle Le Pays de l'or qu’on joue actuellement au théâtre de la Gaîté, à Paris, les auteurs ont eu l’idée d’introduire dans une scène la traversée du Niagara en bicyclette sur une corde raide. Cette périlleuse traversée doit être effectuée par l’actrice principale de la pièce, Mlle Cassive, qui n’est nullement acrobate; il fallait donc trouver un moyen de lui faire accomplir ce tour de force sans qu’elle éprouvât ni danger, ni difficulté.
- Il ne sera peut-être pas inutile d’indiquer ici en quelques lignes quel est le prétexte imaginé pour en arriver là. Une jeune Américaine enfermée dans un couvent anglais, où les sentiments d’indépendance naturels à sa nationalité sont par trop comprimés, trouve moyen de s’échapper et de se rendre en Amérique. Par une de ces coïncidences bizarres, qu’on rencontre rarement ailleurs qu’au théâtre, cette jeune fille se trouve être, sans s’en douter, l’héritière d’une des principales mines d’or de la Californie. La direction de l’agence Truck, s’en trouve informée et afin d’avoir une large part dans le magot jure de retrouver l’héritière.
- Les fils Truck se font passer pour des détectives chargés de ramener la jeune fille au couvent. Ils la poursuivent et la rejoignent aux chutes du Niagara, juste au moment où va se donner une fête foraine. Parmi les attractions annoncées, la fille du fameux Blondin doit effectuer la traversée en question entraînant sous sa bicyclette un amateur suspendu à un trapèze. Mais Blondin n’a pas de fille et il cherche une acrobate qui lui en tienne lieu. Notre jeune fugitive voit là un moyen de passer sur la rive canadienne où les détectives n’ont pas le droit de l’arrêter ; elle s’offre à faire la périlleuse traversée, elle en profitera même pour enlever son fiancé qui prendra sur le trapèze la place de l’amateur annoncé (fîg. 1).
- Tout cela n’est peut-être pas très vraisemblable, mais au théâtre on n’y regarde pas de si près. Au moment où l’on voit apparaître Mlle Cassive pédalant sur le cable tendu en travers de la scène, on ne peut se défendre d’émotion.
- C’est M. Vincent, fabricant de vélocipèdes, qui a été chargé de construire le truc et il s’en est fort bien tiré. 11 s’est inspiré en cela d’un jouet qu’on a vu dans les baraques du jour de l’an. Le câble qui traverse la scène, à 6 mètres au-dessus du plancher, a 23 mètres de long ; il est composé de 48 fils d’acier entourés de chanvre et tressés. On l’a fixé d’un côté directement au mur du théâtre, de l’autre côté à une moufle qui est attachée au mur opposé et qui permet de le tenir très tendu. Eprouvé à 20 000 kilogrammes, il ne supporte pas plus de 5000 kilogrammes. Il est essentiel que la tension soit aussi parfaite que possible pour éviter que sous le poids du vélocipède et de son équipage, la flexion
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- ne soit trop accentuée parce qu’alors, à partir du milieu, il se présenterait une rampe difficile à remonter pour la bicyclette ; car ici il n’y a aucun truc, la machine est entraînée par le seul effort produit sur les pédales comme dans une machine ordinaire ; le seul truc consiste à faire tenir le tout dans un équilibre parfaitement stable. Cela est obtenu par le trapèze dont nous avons parlé. Il est formé de deux montants verticaux en acier creux de 25 millimètres de diamètre, boulonnés directement sur le cadre de la bicyclette, et d’une traverse également en acier creux qui réunit ces deux montants, le tout formant un ensemble rigide et indéformable. Le vélocipède et son trapèze ne pèsent que 55 kilogrammes. Afin de reporter le centre de gravité bien
- Fig. 1. — La traversée du Niagara en bicyclette.
- Pour ajouter encore à l’effet produit, la scène représente les chutes du Niagara. Nous ne pouvons pas dire que l’illusion soit complète ; il est impossible d’imiter même de très loin le grandiose spectacle de la nature. Mais la direction de la Gaîté a fait tout ce qu’il est possible de faire pour donner une idée de la réalité et, c’est, croyons-nous, la chute d’eau la plus importante qu’on ait jamais installée sur un théâtre. Elle a 5 mètres de haut et 16 mètres de large. Notre gravure (fig. 2) fera comprendre le moyen employé, qui est du reste très simple. Un réservoir de 16 mètres de long reçoit l’eau qui arrive des conduites de la Ville au moyen des tuyaux dont un est représenté sur le dessin ; ils sont recouverts d’un capuchon destinés a briser le jet à son arrivée. Le débit est de 8000 litres à la minute et la cuve déborde, laissant tomber l’eau d’une hauteur de 5 mètres dans un réservoir en métal placé dans les
- au-dessous du centre de suspension du système, on a attaché deux poids en fonte aux extrémités de la base inférieure du trapèze; en outre, lorsque les deux artistes sont à leurs places respectives, la différence de poids est sensiblement en faveur de la partie inférieure de l’appareil. Au point de vue de la stabilité il n’y a donc rien à craindre ; quant à la direction, il n’y a pas a s’en occuper, le guidon est calé et les roues sont à jantes concaves épousant la forme du câble qu'elles suivent comme un rail.
- L’impression produite sur le spectateur s’explique facilement ; elle tient a ce que le système est bien isolé dans l’espace et qu’en outre il est bien visible que c’est l’artiste qui fait avancer la machine en pédalant ; elle a bien l’air de courir un danger réel.
- Fig. 2. — Appareil pour imiter les chutes du Niagara.
- dessous et qui la conduit à 1 egout: une toile peinte, imitant elle-même les bouillonnements d’une chute d’eau, est placée immédiatement derrière la nappe liquide ; notre dessin la représente en partie enlevée pour laisser voir le reste de l’installation. Enfin pour ajouter encore à l’illusion et imiter la buée qui s’élève d’une masse d’eau aussi considérable que celle qu’on cherche à représenter, on a placé sous la scène deux tubes reliés à la chaudière à vapeur de l’usine électrique du théâtre. Ces tubes sbnt percés d’une grande quantité de petits trous et un robinet placé près du plancher permet de régler l’échappement de la vapeur de façon à ce quelle s’élève lentement sans sifflement, comme une buée.
- G. Mar esc iial.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissàndier.
- Paris. — Imprimerie Lohure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 981). — 12 MARS 1892.
- LA NATURE.
- LA CRISTALLOGRAPHIE
- ET SES MOYENS d’ÉTUDE
- L’étude de la cristallographie comprend deux parties : l’une géométrique, l’autre physique. Consi-
- dérée au premier de ces points de vue, c’est un chapitre spécial de la géométrie dans l’espace, traitant de la symétrie dans les polyèdres. La symétrie est, en effet, le principe qui domine la cristallographie ; c’est sur lui que cette science a été édifiée il y a un siècle par le génie d’Haüy. En partant de ce
- Fig. 1 à 9. — Spécimens des modèles de verre de quelques formes cristallines.
- principe, Haüy a expliqué comment les différentes formes d’un meme système peuvent se métamorphoser les unes dans les autres et a constitué la célèbre Théorie des décroissements. Plus récemment, Bravais a considéré les molécules comme placées sur des lignes droites équidistantes et se coupant pour former des parallélogrammes dont les molé-
- Î0e année. — i" semestre
- Cules occupent le sommet. Sur cette hypothèse, il a fondé la théorie des réseaux que M. Mallard a développée et vulgarisée avec une si grande compétence.
- Quant aux systèmes de représentation des formes cristallines, ils sont nombreux. On peut, comme on le fait ordinairement en géométrie, représenter les polyèdres par leurs images, c’est-à-dire se servir de
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- LA NATURE.
- la perspective cavalière. Mais il est des systèmes de projections plus susceptibles de permettre l’exécution d’épures faciles et précises, particulièrement utiles dans le cas de cristaux complexes ou groupés; le plus employé est le système stéréographique. Malgré leurs avantages, ces systèmes ne peuvent suppléer à l’emploi des dessins réalisés par la perspective cavalière : les cristaux, en effet, ne sont pas seulement des abstractions mathématiques; ce sont des êtres concrets que la nature nous présente en abondance, et il faut, pour reconnaître les minéraux, en avoir vu une représentation aussi rapprochée que possible. Mais le dessin est insuffisant, et c’est pour le compléter et habituer plus rapidement l’œil à des formes complexes que depuis longtemps les minéralogistes ont eu recours aux modèles. Ceux-ci s’exécutent en diverses matières. On s’est servi de l’argile ou terre à modeler, et c’est ainsi qu’on peut voir dans les galeries du Muséum une remarquable collection de formes cristallines en terre cuite exécutée sous la direction de Romé de l’Isle. Le liège, si facile à couper, a l’avantage qu’on peut, sans apprentissage, y réaliser soi-même les différentes modifications qui permettent de passer d’une forme à une autre. Les modèles les plus répandus, et il est inutile d’en expliquer les motifs, sont les modèles en bois. Mais toutes les substances opaques ont un inconvénient; c’est qu’on n’y voit pas les axes qui sont les éléments primordiaux des cristaux. C’est pourquoi on a eu recours au verre.
- Notre dessin représente quelques-uns des modèles de la collection de MM. Fribourg et Hesse qui nous paraît capable de rendre des services dans l’enseignement de la cristallographie. Dans la figure 1, on voit un cube présentant sous son enveloppe une série de facettes : les huit troncatures exécutées sur les sommets du cube donnent, en les supposant prolongées, un solide à huit faces ou un octaèdre régulier. Cet octaèdre régulier est représenté dans la figure 2, montrant par transparence ses trois axes identiques (axes quaternaires) L
- L’octaèdre de la figure 5 n’a plus ses trois axes égaux; c’est Y octaèdre quadratique (avec son axe quaternaire vertical et ses deux axes horizontaux).
- La figure 4 est Y octaèdre droit à base rhombe (trois axes binaires). 11 diffère du précédent en ce que sa base est un losange ou rhombe au lieu d’être un carré. On remarquera que cette différence n’est pas sensible sur le dessin ; c’est que la perspective d’un carré est un parallélogramme. Constatons, en passant, que c’est la précisément la preuve de la... nécessité des modèles.
- Dans la figure 5 la base n’est plus horizontale, mais oblique ; c’est Yoctaèdre oblique à base rhombe (un seul axe binaire). Pour une raison identique à la précédente, cette figure peut être considérée comme représentant aussi un octaèdre dont la base
- 1 On dit qu’un axe est binaire, ternaire, quaternaire ou senaire quand en tournant, de 1/2, 1/3, 1/4, 1/6 de circonférence on retrouve des éléments identiques.
- serait inclinée dans deux directions, c’est-à-dire de gauche à droite et d’arrière en avant; ce qui constitue un octaèdre sans axe de symétrie (octaèdre asymétrique)l.
- La double pyramide hexagonale de la figure fi ou dihexaèdre appartient au système hexagonal ; elle est caractérisée par son axe senaire vertical et ses trois axes binaires horizontaux.
- Les figures 7 et 8 se rapportent à un même cristal du système asymétrique portant des facettes sur ses arêtes et sur ses angles. Le cristal de la figure 7 est divisé en deux par un plan passant par son centre de symétrie, plan constitué sur le modèle par une double lame de verre ; faisons tourner à la main de 180° l’une des moitiés du cristal autour d’une normale au plan précédent, normale figurée par la tige horizontale, nous obtenons la figure 8, composée de deux demi-cristaux, placés dans la même position relative qu’un objet et son image vue dans un miroir, c’est ce qu’on appelle en cristallographie le groupement par hémitropie.
- La figure 9 représente un autre groupement ; c’est une pénétration de deux cristaux du système ortlio-rhombique. Cette forme est fournie dans la nature, parla staurotide qui en tire son nom (orTaucbç, croix).
- La cristallographie est une science encore peu répandue; elle présente cependant un double intérêt : ses résultats pratiques ne sont pas à dédaigner, car elle facilite singulièrement la détermination des minéraux et même des produits chimiques ; sa théorie, en établissant les relations entre les propriétés géométriques et les propriétés physiques des cristaux, aborde un des problèmes les plus importants, l’état de la matière dans les corps solides.
- P. Jakxf.ttaz,
- Ingénieur des arts cl manufactures.
- LE LABORATOIRE MUNICIPAL DE CHIMIE
- DE PORTO
- Le Laboratoire municipal de Porto, dont La Nature a déjà donné une description 2, a été soumis l’année dernière à des modifications importantes, et a été considérablement augmenté.
- Les nouvelles dépendances"compreiment quatre salles, faisant suite à l’ancien laboratoire ; le sous-sol et une pièce annexée. Une des salles sert de chambre de travail; à droite de cette pièce se trouve le cabinet des balances qui a aussi une armoire pour les étuves de dessécation et des tablettes pour quelques ustensiles.
- L’autre salle est une grande chambre mire, toute peinte en noir mat, et qu’on peut facilement mettre en complète obscurité. Dans une partie de cette salle, on a installé le photomètre bien connu de Dumas et Régnault, modèle usité à Paris et dans un grand nombre de villes, pour définir le pouvoir éclairant du gaz d’éclairage. On y trouve aussi un photomètre de Dumas et Régnault modifié,
- 1 On remédie à l’impuissance du "dessin en mettant des lettres conventionnelles aux angles ; c’est ainsi que le parallélogramme noté A, E, E, O indique un degré de symétrie supérieur à celui du parallélogramme noté^A,‘E, 1,0.
- 2 Yoy. n° 654, du 12 décembre 1885, p. 22.
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- LA N AT U UE.
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- servant à faire des expériences photométriques, un photomètre Bunsen, un vérificateur Giroud, qui donne rapidement, d'une manière approchée, le pouvoir éclairant du gaz, un indicateur enregistreur de la pression du gaz, et une rampe pour l’essai des becs employés dans l’éclairage. Cette grande chambre noire sert, au besoin, pour les expériences d’analyse spectrale et polarimétrique, les sac-clrarimètres et les spectroscopes pouvant s’installer commodément dans une table munie de robinets à gaz.
- La troisième pièce, qui communique avec la salle de travail, sert spécialement pour les analyses des gaz. En lace de la fenêtre située vers le nord, se trouve une table avec la cuve à mercure de Bunsen, et le baromètre ; on y a installé la grande cuve à mercure et une cuve à eau, profonde, pour les essais avec l’uréomètre d’ivon. Des armoires à verreries et des vitrines pour appareils sont adossées aux murs.
- De cette salle on descend au sous-sol ; c’est une large pièce qui sert de magasin.
- Dans une seconde annexe, il y a trois pièces, une pour les distillations et les filtrations de l'eau ; elle contient un grand alambic à gaz, une batterie filtrante de Chamber-land, pour filtrer l’eau de la distribution publique.
- La seconde pièce constitue le laboratoire des opérations parle feu et des analyses organiques. En fourneau à vent à charbon, un fourneau d’incinération ordinaire, un fourneau Courtonne, le grand fourneau à incinération de M. Dupré, le fourneau Perrot, une table spéciale pour l’analyse organique, avec la grille à combustion de Glaner, et les appareils dépurateurs, doseurs et aspirateurs nécessaires, et un fourneau à huile de Berthelot. Des tablettes fixées aux murs contiennent les diverses lampes à gaz, les moufles, les creusets, les bains de sable, les autoclaves, quelques grandes étuves, etc.
- La troisième pièce est le cabinet pour les lavages et les opérations avec l’acide sulfhydrique.
- Le nouveau laboratoire municipal de Porto, dont l’installation est remarquable, est dirigé par un savant chimiste portugais, M. À.-J. Ferreira de Silva ; le personnel, outre le directeur, se compose de deux préparateurs, de deux aides-chimistes et de deux garçons de laboratoire.
- RÉUNION DE LA CASPIENNE A LA MER NOIRE
- Depuis plus d’un siècle on parle de la possibilité d’unir la Caspienne à la mer d’Azov et à la mer Noire, mais jusqu’à ce jour, tous les projets n’ont jamais obtenu même un commencement d’exécution. Aujourd’hui, on annonce que la question a fait un pas de plus en avant. M. l’ingénieur M. A. Danilov, membre de la Direction de la Société de protection de la navigation commerciale russe, a étudié tous les projets antérieurs, et il est arrivé à la persuasion que ce projet est réalisable, sans de trop grandes difficultés. Il propose de se servir de la rivière Manytch, en la renforçant des eaux des rivières voisines, au moyen de canaux d’irrigation navigables. Il suffit de jeter les yeux sur une carte pour se faire une idée générale de l’importance que présenterait, pour le commerce de tout le sud de la Russie, une voie fluviale pareille. La Perse, l’Inde, l’Asie centrale seraient mises en communication directe avec les provinces du Sud, sans parler de la facilité de transport qui en résulterait pour le pétrole, le naphte et tous ses dérivés. Sans vouloir .préjuger du plus ou moins de probabilité de réaliser ce projet grandiose, nous nous bornerons à le signaler à nos lecteurs.
- DU SIFFLET CHEZ LES PEUPLES PRIMITIFS
- Dans une communication faite à la Société d’anthropologie, M. Lajard a remis à l’ordre du jour un fait déjà signalé par la plupart des voyageurs : l’usage d’un langage sifflé chez un certain nombre d’habitants de l’archipel des Canaries.
- C’est un Normand, Jean de Béthencourt, baron de Saint-Martin-le-Gaillard, dans le comté d’Eu, chambellan du roi Charles VI, qui, au quatorzième siècle, parti de Granville, lit la découverte de l’archipel canarien; il était accompagné de deux chapelains qui se sont faits les historiographes de ses voyages, Pierre Bontier, franciscain, et un prêtre, Jean Le Verrier. Dès ce premier voyage le langage tout spécial des habitants frappa les navigateurs : « Ils parlaient, nous 'disent les deux chapelains historiographes, ainsi que si fussent sans langue et, dit-on, par deçà que, un grand prince, pour aucun méfait, leur fit tailler leur langue, et, selon la manière de leur parler, on pourrait le croire ».
- En 1470, Garcia de la Jlerrera, qui s’empara de Ténériffe, fut frappé aussi, lui, de leur manière de parler, qui était surtout caractérisée par le sifflet; il s’exprime ainsi : « Les habitants se présentèrent armés de grosses lances et de pierres tranchantes, donnant de la voix et du sifflet en signal de guerre ».
- Depuis lors, tous les voyageurs parlent plus ou moins de ce sifflet. Charles Edwards, entre autres, raconte, qu’à la Gomère, les montagnards accouraient en foule, connaissant déjà son arrivée, son but et ses occupations, renseignements qui avaient été répandus dans le pays à l'aide du sifflet.
- Cette remarque sur la rapidité des communications a, du reste, été faite un peu partout. Nous avons peine à comprendre, nous qui ne connaissons cette rapidité qu’avec nos moyens télégraphiques, aériens ou électriques, comment, par des coureurs, des signaux de feu ou des cris reproduits de distance en distance, les nouvelles se propagent chez les populations à l’état encore primitif, incomparablement plus vite que nous le pourrions supposer.
- Le Dr Verneau, le Dr Chil, tous parlent du sifflet :
- « Les sifflements partaient de tous côtés, si terribles, que les plus braves étaient émus ». Plus récemment, M. Bouquet de la Grye, envoyé à Téné-riffe pour déterminer des coordonnées géographiques, s’exprime ainsi : « Les bergers de Gomera ont un langage sifflé, qui leur vient des Guanches; les modulations représentent des idées et des articulations ; les sons qu’ils émettent s’entendent à des distances prodigieuses.... J’estime qu’il serait digne des philosophes d’étudier ce langage préhistorique conservé sur un sommet qui a pu appartenir à l’antique Atlantide. »
- Il n’est pas inutile, pour la direction de ces recherches, de dire ici ce que sont ces Guanches, habitants aborigènes des îles Canaries. Sans prendre ici parti pour l’existence très problématique d’une
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- Atlantide, il est admis, aujourd’hui, par les anthropologistes, en vertu des caractères anatomiques très connus, grâce à la momification de leurs morts, des anciens Guanches, qu’ils doivent être rattachés à une race préhistorique qu’on suit, en remontant, dans la péninsule hispanique, et au delà des Pyrénées, dans le sud-ouest de laFrance, notamment dans la vallée de la Vé-zère ; cette ra'Ge préhistorique est connue sous le nom de race de Cro-Magnon, en souvenir de la localité delaVézère, où ont pu être étudiés les principaux crânes.
- Chez les Guanches, comme sur cette race delaVézère, le crâne est sous-dolichocéphale (indice céphalique, 75,55), la face large, peu élevée; les orbites bas, larges, d’aspect rectangulaire; le nez droit, court, large; les pommettes saillantes, les fémurs sont souvent à colonnes, les tibias platyc-némiques ; un type identique a pu être retrouvé jusqu’en Afrique, dans les tribus Kabyles des Leni-Masse r et du Djurjura.
- Il semble donc que la race de Cro-Magnon se soit étendue de la Yézère aux Canaries et à la Kaby-lieactuelle;mais, depuis l’époque historique, cette race divisée, séparée en tronçons, peut-être par des modifications géographiques de son aire d’habitation, à coup sur par des invasions, n’a plus compté pour représentants que les quelques tribus Kabyles restées pures et les Guanches des Canaries; encore ceux-ci, envahis eux-mêmes à une époque relativement moderne par des immigrants syro-arabes venus de l’est à l’ouest, du continent africain, se sont réfugiés dans
- les montagnes et sur les îles de l’archipel les plus éloignées delà côte d’Afrique, la Gomère, file de Fer.
- C’est là, dans ce lieu de refuge des anciens Guanches, que vivent les pâtres, leurs descendants plus ou moins purs, parfois vêtus comme leurs pères, de la peau des animaux qu’ils font paître, habitués
- comme eux à courir au milieu des précipices, sur les pentes de leurs montagnes; c’est récemment, M.Lajard a pu étudier le langage sifflé qui semble être le vieil héritage des Guanches.
- M.Lajard a constaté que ce langage sifflé a sans doute progressivement rétréci son aire d’extension, suivant parallèlement, dans son retrait, le type guanche dont la pureté est progressivement altérée à la circonférence par l’élément sémite. Il ne se rencontre
- plus à Ténérifle; on ne le trouve plus répandu qu’à la Gomère et à l’ile de Fer. Son usage est limité aux gens pauvres, aux bergers ; beaucoup d’insulaires ignorent même son existence.
- Voici, au surplus, ce qu’en dit M. Lajard : « Le son est fort et perçant, il arrive à parcourir une grande distance. M. Yerncau l'a entendu à 5 kilomètres. » A Las Palmas plusieurs Ilcrrefios lui ont assuré que le sifflet pouvait s’entendre à plus de 5 kilomètres. « Les sons courent du grave à l’aigu pour redescendre souvent au grave très rapidement à la fin de la phrase. » Le siflleur peut traduire une foule de mots, et, un grand nombre d’idées.
- Le sifflet s’obtient de diverses façons ; le plus souvent avec l’aide de la main. Voici d’ailleurs les atti-
- Fig. 4, 5 et 6. — Autres manières de siffler avec les doigts.
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- tudes les plus fréquentes,, telles que les décrit M. Lajard.
- « À. Avec une main. — 1° Le petit doigt (fig. 1). Celui-ci est porté dans la bouche tout entier et plié sur lui-même, la face palmaire de la main dirigée en haut, le pouce étendu. Ce doigt forme une anse horizontale, qui vient se placer entre les dents, la partie ouverte de la courbe est fermée par la langue, qui s’appuie au-dessous, laissant seulement au milieu un orifice étroit pour l’échappement de l’air. 2° Avec l’index plié. On se sert également de ce doigt (fig. 2). 5° Avec l’index étendu (fig. 3). Le bout s’applique sur la langue, la pulpe au-dessous ; l’air sort par un léger vide ménagé d’un coté entre les incisives supérieures, la phalangette et la masse
- Fig. 7. — Guanche des îles Canaries. (D’après une photographie.)
- supérieure participe, dans une certaine mesure, à ce travail; elle s’étire transversalement et s’abaisse jusqu’au voisinage de l’orifice réservé à la sortie de l’air. »
- M. Lajard se borne à dire : « Ce procédé s’applique aux faibles distances, il me semble moins employé que les précédents ».
- Je serais tenté, pour ma part, de voir là la véritable , et antique langue sifflée des anciens Guanches; le sifflet serait surtout usité au jourd’hui pour les grandes distances; mais peut-être les anciens Guanches sifflaient-ils habituellement pour parler, même à petite distance, peut-être même les compagnons de Jean de Béthencourt avaient-ils observé ce modelage de la langue en gouttière, et, dans ce cas, à l’explication près, la description donnée par les deux chapelains serait exacte, lorsqu’ils disent : « Ils parlent ainsi que si fussent sans langue et, dit-on, par deçà, que
- de la langue, qui forme le reste. 4° Avec le deuxième et le quatrième doigt (fig. 4). Ils viennent se toucher par l’extrémité, au milieu de la bouche ; le vent trouve sa voie entre ces doigts et la langue, qui est en dessous.
- IL Avec les deux mains. — 1° Avec un seul doigt de chaque main. L’un et l’autre sont étendus, rectilignes et forment un angle plus ou moins aigu. Ce sont ordinairement les index (fig. 5) ou les petits doigts (fig. 6). 2° Avec deux doigts de chaque main, le deuxième et le troisième.
- C. Enfin on peut encore siffler sans le secours des doigts. « La langue se creuse en forme de gouttière, les bords relevés latéralement et s’applique ainsi sous les incisives delà mâchoire supérieure; la lèvre
- Fig. 8. — Femme des îles Canaries. (D’après une photographie.)
- un grand prince, pour aucun meffait, leur fit tailler leur langue ». Cette supposition est d’autant plus légitime que Hérodote parlant des Troglodytes éthiopiens, ancêtres des Kabyles et par conséquent, frères des Guanches, fait sur leur langage étrange une remarque que celle des compagnons de Béthencourt rappellera plus tard : « Ils parlent, dit-il, une langue qui na rien de commun avec celles des autres nations ; on croit entendre le cri des chauves-souris. »
- Aujourd’hui les siffleurs se servent surtout des doigts et usent du sifflet à distance, mais selon M. Lajard, qui donne le premier cette nouvelle interprétation, ce langage sifflé n’est plus que de l’espagnol sifflé. « Il suffit de parler et de siffler en même temps, on s’aperçoit alors que les muscles, tout gênés qu’ils sont par la présence des doigts et l’émission du sifflet, conservent néanmoins une eer-
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- taine indépendance. Tout mouvement n’est pas devenu impossible. Il se produit certaines contractions, tracé de celles qui correspondent aux mots ; quoique impuissants à les produire, elles modifient suffisamment la note générale pour être sensibles à l'oreille. Le Gomérien saisit au passage ces touches fuyantes qui se perdent dans la note fondamentale du sifflet, et, sous ce voile, l’habitude distingue la parole. »
- Après cette explication, M. Lajard ajoute : « Tout en maintenant ce langage dans les limites où nous l’avons placé, on peut dire qu’il étend, dans une certaine mesure, la notion du langage; à côté du cri et de la parole, on trouve quelque chose de distinct, le sifflet ».
- Nous joignons à cet article la reproduction de deux photographies de M. Lajard (fig. 7 et 8); elles représentent un homme et une femme guanches ; l’homme porte une blouse qui dénote la civilisation européenne, la femme avec son amphore sur la lête rappelle l’envahissement tyro-arabe.
- Après ce résumé de l’intéressante enquête de M. Lajard, nous exposerons les conséquences, qu’il est légitime d’en tirer.
- — A suivre.— Dr A. BoRDIER.
- L’OBUS DE M. CARRON
- POUR LES CHUTES UE 500 MÈTRES1
- Lorsque, par hasard, on se pèse, on peut se livrer à quelques exercices de mécanique expérimentale, bien propres à fixer dans l’esprit les diverses conséquences du principe de d’Alembert. Si l’on se baisse subitement, la balance indique une forte diminution de poids, tandis qu’au contraire le poids remonte beaucoup au moment de l’arrêt. Il suffit même de lever un bras pour provoquer une forte oscillation de la balance; le bras s’appuie sur son attache pendant son mouvement d’ascension; au moment où il s’arrête, il soulève au contraire l’épaule ; lorsqu’on l’abaisse en faisant un effort, l’épaule s’appuie sur la masse mobile du bras qui descend, et le poids est momentanément diminué.
- Du même genre, mais bien plus variés sont les exercices auxquels on pourrait se livrer dans l’obus d’une hardiesse plus qu’américaine, que M. Ch. Carron avait projeté de construire à l’usage des personnes avides d’émotions rares. On se souvient que, dans un projet sérieux, en apparence du moins, et parfaitement étudié dans ses détails, l’inventeur avait proposé de construire une cage cylindro-ogivale en acier, dans laquelle on enfermerait un certain nombre de personnes et qu’on laisserait ensuite tomber, d’une hauteur de 500 mètres, dans un puits de 55 mètres de profondeur2.
- Quelles seraient les sensations perçues par les personnes qui, pendant la chute, resteraient sur leurs sièges? Aussitôt l’obus lâché, la sensation de
- 1 Voy. n° 016, du 20 décembre 1800, p. 47.
- 2 Voy. la livraison indiquée ci-dessus.
- la pesanteur, provenant de l’action réciproque des diverses parties de notre corps, cesserait subitement; on sentirait, à l’estomac, ce vide particulier, précurseur du mal de mer, si pénible déjà lorsqu’on tombe dans le creux de la houle, avec des réactions simplement diminuées ; on serait sans doute très mal à son aise pendant les sept à huit secondes que durerait la première partie de la chute; mais, au moment où l’on atteindrait le puits, toute l’action qui semblait annulée pendant les 500 mètres de chute libre se concentrerait sur les 55 mètres de descente amortie.
- Supposons, pour arrondir les nombres, que l’on ait gardé une certaine sûreté afin d’éviter un choc de la pointe de l’obus dans le fond du puits, et que l’arrêt s’effectue normalement sur 50 mètres. Si le retard du mouvement est uniforme, l’obus vient, pour ainsi dire, à la rencontre des voyageurs, qu’il presse avec une force constante, pour annuler la vitesse acquise.
- 8 9 Sec.
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- Le travail de chute effectué sur un parcours de 550 mètres devra être restitué sur 50 mètres, c’est-à-dire que chaque voyageur pèsera, pendant ces 50 mètres, sept fois plus qu’à l’ordinaire. Ce poids, se répartissant sur les pieds, les avant-bras et le siège, serait facilement supporté par les os et les muscles des personnes vigoureuses, mais on pourrait avoir quelques craintes pour les viscères et pour les effets de la pression du sang.
- Pendant la descente, les voyageurs, allégés de
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- tout leur poids, se livreraient sans peine aux plus singulières acrobaties, marchant sur les mains et se tenant dans les positions les plus bizarres. Mais, par exemple, à supposer qu’ils en eussent envie, il leur serait bien impossible de boire, car le liquide ne descendrait ni plus ni moins vite qu’eux-mêmes. Cela n’est pas absolument vrai, car, en secouant une bouteille et en l’arrêtant brusquement, on verrait le^ liquide en sortir; mais, le voyageur qui aurait tenté cette expérience, ayant communiqué une partie de sa force vive au liquide, prendrait pied, et remonterait lentement dans l’obus.
- Supposons qu’au départ un voyageur ait fait un
- 1
- saut de 0m,20 (c’est-à-dire ^<7, en supposant g
- = 10 m/s2); au bout de 0,2 seconde,il arrivera au repos par rapport à la terre, et il tombera en chute libre; mais, pendant ce temps, l’obus aura acquis une vitesse de 2 m/s; l’accélération étant dès lors la même, le voyageur remontera dans l’obus avec cette vitesse relative, et butera de la tête au sommet du projectile, comme s’il était tombé de 0m,2 sur la tête ; si le choc est amorti et non élastique, il prendra immédiatement la vitesse du projectile et restera appuyé au plafond. Pendant l’arrêt, le retard que nous avons supposé est de tig, ou 60 mètres par seconde par seconde1 en nombres ronds. La hauteur de la chambre est supposée de 4 mètres ; le choc est amorti par les ressorts de la carcasse et du matelas, qui s’écrasent un peu, en sorte que le voyageur resté en l’air gagnera le plancher par une chute de 5 mètres. Le contact avec le plancher, bien que désagréable, ne serait pas dangereux, si la différence des vitesses, à cet instant, était celle qui correspond à cette hauteur de chute; mais, pendant le temps très court, 0,5 seconde environ, que le voyageur a effectué en chute libre, l’obus a subi un énorme retard, qui a diminué sa vitesse de 18 mètres par seconde; le voyageur en a gagné 5, en sorte que la différence de vitesse est de 21 mètres par seconde, correspondant à une chute de 22 mètres, c’est-à-dire à la hauteur d’un sixième étage, et cela pour un saut qui, dans les circonstances ordinaires, se serait limité à 0m,2 de hauteur. Mais l’imprudent voyageur évitera ces désastreux effets si, au moment où il touche le plafond, il le repousse vigoureusement de manière à regagner le plancher avant que le retard de l’obus ait commencé à se produire. Ces résultats surprennent, à première vue, à la manière d’un calcul faux; la représentation graphique aide à les comprendre. Dans la figure 1, on a porté les temps en abscisses, la position du projectile et du voyageur en ordonnées; la parabole inférieure donne les distances de l’origine auxquelles se trouve le plancher aux instants marqués sur l’axe horizontal ; la courbe pleine supérieure fournit les mêmes indications pour les pieds du voyageur; le déplacement horizontal des
- 1 Le mot seconde répété n’est pas une faute d’impression, comme on pourrait le croire ; c’est l’expression logique de l’accélération, introduite dans le langage par M. Hospitalier.
- deux courbes est de 0,2 seconde. Les courbes poin-tillées correspondent au sommet de l’obus ; le contact se produit après 6 mètres de chute de l’obus, c’est-à-dire après 1,1 seconde.
- La figure 2 rend compte de l’arrivée. Le temps est encore porté en abscisses, tandis que les ordonnées représentent les vitesses. Abstraction faite de la première seconde, pendant laquelle le voyageur tombe librement en remontant en apparence dans l’obus, il suit, en même temps que son véhicule, la ligne OA des vitesses; mais, au bout de 7,7 secondes, l’obus change brusquement de régime, et, comme il doit revenir au repos en un temps six fois plus court que sa chute libre, sa vitesse revient à zéro par la ligne BC; au bout de 0,5 seconde, la différence des vitesses est donnée par le tronçon de ligne ab dont la longueur, reportée en Ob' sur l’axe des ordonnées, accuse la différence de vitesse indiquée ci-dessus. La parabole tracée à la même échelle donne en même temps la hauteur de chute correspondante1. C.-E. Guillaume,
- Docteur ès-sciences.
- LE CHIMPANZÉ DU JARDIN DES PLANTES
- Il y a quelques années, nous avons consacré aux Singes anthropomorphes un assez long article2 dans lequel nous avons indiqué sommairement les caractères distinctifs et la distribution géographique du Gorille, du Chimpanzé et de l’Orang. Nous avons montré que de ces trois espèces, les deux premières, qui vivent dans les régions tropicales de l’Afrique, peuvent, sans inconvénient, être placées dans un seul et même genre, tandis que la troisième qui habite file de Bornéo mérite d’être rangée dans un genre distinct, et nous avons rappelé qu’autour d’elles gravitent un certain nombre de formes secondaires, peu connues, mal définies, qui ont été considérées tour à tour comme des espèces, comme de simples races, ou même comme des modifications individuelles. Aujourd’hui, sauf peut-être en ce qui concerne l’Orang, l’état de nos connaissances n’est guère plus avancé qu’en 1876, car nos grands musées ne possèdent pas encore d’assez nombreuses séries de Gorilles et de Chimpanzés d’âges et de sexes différents, provenant de localités diverses, et les jardins zoologiques, comme les ménageries ambulantes, ne peuvent guère montrer de ces deux types que des individus jeunes ou ado-
- 1 A l’arrivée, l’obus et le voyageur possèdent une vitesse égale à s/’igh = \J6000 = 77 m/s, en supposant g = 10 m/ss; le voyageur continue à descendre avec une vitesse de 77 -J- 10/, en désignant par t le temps exprimé en secondes; le retard de 3 mètres fait que sa position, par rapport à celle qu’occupait le plancher au moment de l’entrée de l’obus dans l’eau, est donnée par (77 + 5/)/— 3; d'autre'part, le plancher descend avec une vitesse 67 — 60/, et occupe à l’instant Z la position (77 — 30/)/; égalant ces deux quantités, il ne reste plus qu’à résoudre l’équation pour connaître Z; remplaçant alors dans l’expression des vitesses, on arrive aux résultats indiqués.
- 2 Yov. na 223. du 22 septembre 1877. p. 263.
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- LA NATURE.
- lescents qui meurent toujours avant d’avoir pris une physionomie bien accentuée. On reste donc toujours dans l’incertitude au sujet de certaines formes du groupe des Chimpanzés. Que faut-il penser du Troglodytes calvus ou Chimpanzé chauve et du T. kulu-kamba ou koolo-kamba du voyageur Du Chaillu, du T. Aubryi de Gratiolet, du T. Ischego de Duvernoy, du T. Schweinfurthi de Giglioli, du T. niger var. marungensis de Noack? M. le professeur R. Hartmann, de Rerlin, admet, non sans quelque hésitation, l’existence de trois variétés, savoir : 1° le vrai Chimpanzé (Troglodytes niger d’Et. Geoffroy-Saint-Hilaire), ayant la tête arrondie, les arcades orbitaires plus fortement développées chez le mâle que chez la femelle, l’angle facial de 70 degrés, les oreilles longues de 75 à 78 millimètres, le pelage d’un noir uniforme ou d’un noir à reflets rougeâtres, la face, la paume des mains et la plante des pieds d’une couleur de chair terne et foncée ; 2° le Bam ou Mandjaruma (Troglodytes niger var. Sclnvein-furthi de Giglioli), différant du précédent par sa tête allongée, son angle facial moins ouvert, ses arcades orbitaires moins saillantes, sa lèvre supérieure un peu moins haute, son nez plus épaté, ses oreilles plus petites, ses membres un peu moins robustes, son poil d’un noir nuancé de brun ou de rouge-brun, ou d’un brun rougeâtre varié de fauve et de gris jaunâtre, et sa peau d’un ton chair chez les jeunes individus et d’un brun rouge, puis d’un brun noirâtre chez les individus adultes; 3° une forme intermédiaire offrant même certains traits de Gorille pour lesquels M. Hartmann conserverait volontiers le nom de Troglodytes tschego. Il paraît disposé à assimiler le Chimpanzé koolo-kamba de Du Chaillu, à cette dernière forme à laquelle il rapporte aussi les Chimpanzés observés par Livingstone dans le Manyema, à l’ouest du lac Tanganyka, et une femelle de Chimpanzé qui a vécu au Jardin zoologique de Dresde et qui a été l’objet de vives controverses dans les journaux scientifiques en 1875 et en 1876. Cette femelle, appelée Mafuca, était déjà d’une forte taille et mesurait lm,20 de haut. Par son prognathisme très accusé, par la petitesse et l’écartement de ses oreilles, la saillie de ses arcades sus-orbitaires, par la présence de bourrelets de graisse sur les joues et par la force de ses extrémités, elle rappelait tellement le Gorille que plusieurs naturalistes la prirent pour une femelle de cette espèce. Plus tard, M. Hartmann fut porté à la considérer comme un métis de Gorille et de Chimpanzé, tandis que M. leDr Meyer soutint que c’était un véritable Chimpanzé. En tous cas, il existait, paraît-il, des différences très notables entre Mafuca et une autre femelle, Paulina, qui fut amenée en 1876 à Berlin par Falkenstein et qui avait été capturée dans le cours de l’expédition de Gussfeld au Loango. M. Hartmann, qui a eu l’occasion de voir plusieurs spécimens analoges à cette Paulina, déclare qu’ils appartiennent peut-être à une variété qu’on pourrait désigner à tout hasard sous le nom de Troglo-
- dytes koolo-kamba. Cependant, un peu plus loin, comme nous le disions tout à l’heure, il identifie la race Koolo-kamba à la race Tschego, à laquelle il attribue cette Mafuca, qui, d’après lui, ne ressemblait pas à Paulina. En même temps, il rapproche cette dernière du Chimpanzé d’Aubry décrit par Alix et Gratiolet et des Chimpanzés que M. A. de Malzac et le Dr Schweinfurth ont rencontrés dans le pays des Niams-Niams. Tout cela manque évidemment de clarté ; mais ces incertitudes sont excusables quand on songe à l’insuffisance des descriptions de Du Chaillu, de Wyman et d’autres auteurs et à l’inexactitude des figures qui accompagnent ces descriptions et qui ont été souvent exécutées d’après des spécimens détériorés, décolorés ou privés d’une partie de leurs poils, voire même d’après des exemplaires de jeunes Gorilles.
- D’un autre côté, en compulsant les travaux de ses devanciers et en étudiant des crânes et des exemplaires empaillés de cette espèce, M. le Dr A. T. de Rochebrune est arrivé à distinguer deux sortes de Chimpanzés, le Chimpanzé ordinaire ou Troglodytes niger qui se trouvait au Gabon, à la côte d’Or, à la côte de Loango et chez les Ashantis et le Chimpanzé de Schweinfurth, qui ne serait autre chose que le Tschego de Duvernoy, et qui, tout en se trouvant aussi sur la côte occidentale, se rencontrerait de préférence dans le pays des Niams-Niams et dans d’autres contrées de l’Afrique intérieure. Il y a en effet, dans les galeries du Muséum, deux Chimpanzés presque adultes, provenant du Gabon, qui diffèrent des Chimpanzés ordinaires par leur taille plus forte, par leur face moins prognathe et d’un brun très foncé, tirant au noir et par leur pelage passant au gris roussâtre sur le train de derrière. Toutefois depuis la publication de la Faune de la Séne'gambie de M. de Rochebrune, le Muséum a reçu de M. de Brazza deux autres spécimens qui ont été pris dans la région s’étendant à l’est du Loango, entre le Gabon et le Congo et qui ne se rapportent exactement ni au type du Chimpanzé ordinaire, ni au type du Tschego. Ces spécimens, qui sont désignés dans la collection publique sous le nom de Troglodytes niger calvus, ont, en effet, la face et les extrémités noires du Tschego avec le pelage noir uniforme d’un Chimpanzé ordinaire parvenu à l’âge adulte.
- On voit donc qu’il sera nécessaire de reprendre l’étude du genre Troglodytes aussitôt que de nouveaux matériaux seront parvenus en Europe, ce qui ne tardera probablement pas beaucoup, la France, l’Angleterre et l’Allemagne ayant en ce moment plusieurs expéditions scientifiques qui s’efforcent de pénétrer dans les régions du continent noir où vivent les Gorilles et les Chimpanzés. Espérons que la mission de M. J. Dybovvski, qui s’avance à travers la région située au nord du Congo, sera la première à doter le Muséum de nouveaux spécimens de ces Anthropomorphes dont la chasse présente d’assez grandes difficultés et n’est pas exempte de dangers.
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- Edgarcl, le Chimpanzé du Jardin des Plantes à Paris, figuré dans ses différentes attitudes, (Dessins d’après nature de M. E. Juillerat.)
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- En attendant, on peut affirmer que les Chimpanzés que l’on voit de temps en temps en Europe dans les ménageries appartiennent, pour la plupart, à la forme typique, au Troglodytes niger. Tel était le cas de Jocko qui fut exhibé à Paris dans l’été de 1740 et dont Buffon a retracé l’histoire; de Jacqueline et de Bettina qui vécurent à la ménagerie du Muséum d’histoire naturelle de Paris en 4837-1838 et en 1875; de Juliette qui fut conservée pendant plusieurs années à la ménagerie Bidel en compagnie d’un Orang nommé Roméo et sur le compte de laquelle M. le I)1' Trouessart nous a fourni d’intéressants détails. Il n’y a pas d’hésitation non plus à avoir au sujet d’un autre Chimpanzé vivant qui est arrivé il y a peu de jours au Muséum, et auquel, à peine débarqué, plusieurs journaux ont consacré des notices, les unes exactes, les autres agrémentées de détails fantaisistes;
- Ce Chimpanzé, qu’on est convenu de désigner sous le nom romantique d’Edgard,a été rapporté de la côte de Guinée par M. Bricard. Il paraît âgé de deux à trois ans et non de cinq ans comme on l’a dit, et il ne mesure pas, lorsqu’il est debout, lm,40 ainsi qu’on l’a prétendu, mais seulement environ 1 mètre, du sommet du crâne à la plante des pieds. Son pelage est d’un noir uniforme, et présente sur les bras la disposition curieuse qui a été signalée par H. Milne Edwards et par d’autos auteurs, et qui consiste dans une direction en sens inverse des poils du bras et des poils de l’avant-bras. Sur le bras ces poils sont inclinés-'vers le bas, tandis qu’ils vont en remontant vers le coude sur l’avant-bras, et l’on a fait remarquer que cette disposition, qu’on retrouve chez d’autres Anthropomorphes, a pour effet de protéger plus efficacement l’animal contre la pluie lorsqu’il se tient accroupi, les bras repliés et serrés contre le corps. Le dessus des pieds et la face dorsale des mains sont velus jusqu a la base des doigts. Sur le dessus de la tête les poils s’allongent et forment une véritable chevelure qui retombe de chaque côté et se trouve partagée par une raie irrégulièrement tracée. La nuque paraît un peu dénudée, sans doute par suite d’un frottement contre les parois de la cage, car d’ordinaire cette partie est couverte, de même que les épaules, le dos et les hanches, de poils très développés et beaucoup plus abondants que sur la poitrine et l’abdomen. Le haut de la face, le menton et les oreilles n’offrent, en 'général, que des poils courts et clairsemés ; toutefois, sur les arcades orbitaires on remarque quelques poils raides figurant des sourcils. Les paupières sont aussi pourvues de cils. La région nasale et les lèvres, ainsi que le bout des doigts et la face interne des mains et des pieds sont entièrement dénudés, la peau offrant une couleur rougeâtre terne et étant sillonnée de rides nombreuses.
- Quoique cet individu n’ait pas encore atteint la taille à laquelle son espèce est en droit de prétendre, puisque les Chimpanzés, parvenus au terme de leur croissance, mesurent plus de lm,20, parfois même
- lm,52, sa livrée est déjà celle d’un adulte, car les jeunes ont un pelage d’un brun plus ou moins clair, tirant plus ou moins au roussâtre. Il eut été certainement très intéressant de le suivre durant la dernière période de son développement, d’observer les modifications que l’âge eût apportées dans la conformation de sa face et dans la coloration de ses parties nues; de voir si la teinte du tour des yeux, des lèvres, de la paume des mains et de la plante des pieds se serait rapprochée de la teinte noire de ces mêmes parties chez le Troglodytes calvus; il eût été plus curieux encore d’étudier les changements que l’éducation aurait apportés dans son caractère et dans ses allures; mais il faut renoncer à cet espoir, car, au moment où nous corrigeons les épreuves de cet article, nous apprenons que le pauvre Edgard vient de succomber à une de ces affections des voies respiratoires qui sont presque toujours fatales pour les Singes de nos ménageries. Lorsqu’il est arrivé au Muséum, où l’on ne s’attendait pas à le recevoir, il était déjà atteint du mal qui devait l’emporter, ayant eu à subir, outre les fatigues d’un long voyage, les rigueurs d’une température hivernale à laquelle il devait être particulièrement sensible, en sa qualité d’habitant des contrées tropicales. Quand nous l’avons vu, peu de temps après son arrivée, il semblait déjà fortement enrhumé; néanmoins il mangeait encore volontiers non seulement des légumes et des fruits, mais encore des biftecks cuits à point; lorsqu’on lui ouvrait les portes de sa prison, il allait faire des agaceries aux autres Singes, courait à la poursuite de son gardien, ou jouait à cache-cache avec lui autour d’une cage; mais bientôt cette gaîté a disparu; en dépit d’une température de près de 50 degrés, la pauvre bête, pelotonnée sous sa couverture, ne parvenait plus à se réchauffer et était à chaque instant secouée par une toux violente. Une bronchite s’était déclarée et les soins les plus empressés ne sont point parvenus à enrayer la marche de la maladie. Ceci démontre qu’il ne faudrait jamais faire voyager les Chimpanzés et les Gorilles que pendant la saison chaude, et encore en les entourant d’autant de soins qu’une personne délicate et en les préservant des moindres variations de température. Il faudrait en outre pouvoir, à leur arrivée au Muséum, leur offrir l’installation que M. Milne Edwards réclame en vain depuis plusieurs années, c’est-à-dire une vaste serre, maintenue à une température constante et garnie de plantes vertes qui donneraient à ces grands Singes l’illusion de leurs forêts natales et qui entretiendraient dans l’air ambiant une certaine humidité. Rien en effet ne saurait être plus funeste à nos animaux que la chaleur sèche à laquelle ils sont soumis dans un milieu confiné et riche en microbes.
- Nous avons dit tout à l’heure qu’Edgard jouait volontiers avec son gardien. Lorsqu’on ne le contrariait pas, il se montrait en effet d’humeur aimable; mais aussitôt qu’on résistait à ses caprices, qu’on voulait le faire rentrer ou qu’on essayait de le saisir un peu
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- brusquement, il se fâchait, et devenait peu commode. Si au lieu de le traiter, comme on le faisait, avec une grande douceur, on l’eût rudoyé, il fût assurément devenu un animal dangereux, car il était doué d’une force extraordinaire. Quelques visiteurs avaient pu déjà ressentir des elfets de sa mauvaise humeur, et le dessinateur qui a exécuté les croquis si lidèles qui accompagnent cet article a eu un doigt cruellement mordu par le Singe qui, tout en badinant, lui avait saisi la main et ne voulait plus lâcher prise.
- Quand on lui ouvrait la porte de sa cage, son premier soin était de passer l’inspection des cages voisines, contre le grillage desquelles il se tenait accroché, tout debout, à la grande colère des autres Singes qui manifestaient leur indignation par des cris assourdissants. Une fois par terre, il reprenait l’allure quadrupède, le corps oblique, les membres postérieurs fortement fléchis, les membres antérieurs presque droits et reposant sur le sol par la face supérieure des doigts repliés ou par la lace externe de la main. Une des figures ci-jointes représente d’ailleurs très exactement son attitude. Il courait à quatre pattes avec une rapidité extraordinaire, frappant vigoureusement le sol avec la plante de ses pieds. Nous insistons sur ce point parce qu’on a dit souvent que le Chimpanzé s’avançait gauchement en s’appuyant sur la face externe des pieds. Si telle est parfois son allure, il l’abandonne en tous cas quand il est excité, et quand Edgard galopait sur les dalles il faisait presque autant de bruit qu’en ferait en courant un homme chaussé de sandales. Lorsqu’on lui donnait un bâton, il le saisissait à pleines mains, mais ne s’en servait jamais en guise de canne, à la façon des Singes anthropomorphes représentés dans les anciens ouvrages. 11 épluchait avec beaucoup d’adresse les fruits qu’on lui donnait, et, au repos, passait fréquemment la main sur son visage et dans scs cheveux, avec des gestes vraiment humains. I)u reste tous ceux qui ont pu observer des Chimpanzés en captivité sont d’avis qu’ils montrent plus de vivacité et souvent même plus d’intelligence que les Orangs qui, sous le rapport anatomique, offrent plus d’analogies avec l’espèce humaine.
- L’individu dont nous parlons n’a jamais fait entendre aucun son, même lorsqu’il était effrayé ou en colère. Cependant il paraît qu’à l’état sauvage, les Chimpanzés manifestent leur irritation par des aboiements et qu’ils saluent par des cris perçants le lever et le coucher du soleil. Ils vivent dans les fourrés épais ou au milieu des broussailles et ne grimpent sur les arbres que pour cueillir des fruits qui constituent leur principale nourriture. Leur aire d’habitat comprend la plus grande partie de l’Afrique tropicale ; elle s’étend depuis la Sénégambie, où ils sont fort rares, jusqu’au Congo suivant les uns, ou à la Coenza suivant d’autres, sur la côte occidentale, et depuis l’Abyssinie jusqu’au Sofala sur la côte orientale, en embrassant certainement de vastes contrées dans l’Afrique centrale. E. Oustalet.
- LES GRANDS NAVIRES A VOILES
- LE CINQ-MATS (( FRANCE ))
- Malgré l’accroissement considérable de notre marine à vapeur, les voiliers continueront longtemps encore à subvenir aux besoins des transports économiques. Les nouveaux navires à voiles, en fer et en acier, atteignent actuellement des dimensions considérables, et nous allons faire connaître aujourd’hui à nos lecteurs le plus grand navire à voiles du monde, le cinq-màts France, qui appartient à la grande maison d’armement A.-I). Bordes et fils de Paris et de Bordeaux. Ce magnifique navire vient d’exécuter son premier voyage; parti d’Iquique (Pérou), il est récemment arrivé à Dunkerque, son port de destination, après une traversée de 105 jours de mer. Il avait en cales 154000 quintaux espagnols, c’est-à-dire environ 6 000 tonneaux de nitrate.
- Le cinq-màts France est un des plus beaux spécimens de l’architecture navale de notre temps. C’est le premier qui ait été maté avec cinq mâts, dont quatre portent des vergues. Nous allons en donner la description d’après une excellente Notice anonyme publiée dans le Nord maritime de Dunkerque :
- Construit clans les chantiers de MAI. 0. W. Ilenderson and C°, à Glascow, ce navire a été lancé le 2 septembre 1890. Il est construit en acier dans toutes ses parties. Ses dimensions principales sont : longueur de tète, 115 mètres; largeur extrême, 15"“,05; profondeur, 9m,45; sa jauge nette est de 5445 tonneaux, il porte 6160 tonneaux et a pris 154 000 quintaux espagnols nitrate à Iquique en destination de Dunkerque.
- Le beaupré est d’une seule pièce et mesure 15 mètres en dehors du navire. Les bas mâts et mâts de hune sont aussi construits d’une même pièce, mesurant, aux quatre mâts carrés, 42m,90 de longueur et ayant un diamètre de 0m,762 au ras du pont. La hauteur totale des mâts au-defesus du pont est de 51 mètres, c’est-à-dire à peu près la hauteur de quatre maisons à trois étages. Le mât d’artimon a une longueur de 45 mètres. Il y a 6 vergues à chaque mât carré. Les bassçs vergues ont.24ra,70 de.lon-gueur et celles des cacatois 12'“,20. L’ensemble des 6 vergues donne une longueur de 124 mètres pour chaque mât. Toute la mâture, mâts et vergues, depuis le pied jusqu’à la pomme du mât, est en tôle d’acier.
- La distance qui sépare les cinq mâts les uns des autres est d’environ 21 mètres. Le gréement est fait exclusivement avec du fil d’acier dont il a fallu environ 55 000 kilogrammes. La voilure qui a été faite à Dunkerque par MM. Lembrpuck frères, se divise en 42 voiles — sans compter les voiles de cape — et offre au vent une surface de plus de 4500 mètres carrés. Pour manœuvrer cette immense voilure, il n’y a pas moins de 590 manœuvres de cordes différentes, pour lesquelles il a fallu employer environ 120 pièces de filin (plus de 26 kilomètres) et 1050 poulies.
- A l’avant du navire, un gaillard s’élève sur le pont ; puis quatre roufles qui contiennent les. logements de l’équipage, la cuisine et les chaudières actionnant les treuils à vapeur. A l’arrière, une dunette surmontée d’une chambre de veille pour le capitaine. Cette dunette eon-
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- tient à tribord (droite) les appartements du capitaine, et à bâbord (gauche) les cabines des deux principaux officiers, ainsi que deux cabines pour passagers. Au milieu, est le grand salon richement garni. Le tout, du reste, admirablement approprié aux exigences de la navigation, offre un confortable et un luxe qu’on ne rencontre pas souvent à bord des navires à voiles. De l’avant à l’arrière, une passerelle volante, reposant sur les roufles, assure la circulation sans descendre sur le pont. Elle se raccorde avec une passerelle transversale placée au milieu, innovation toute récente pour un voilier du commerce, et qui permet au capitaine ainsi qu’aux officiers de quart de commander la manœuvre beaucoup plus facilement. Du reste, des tubes acoustiques, fort bien disposés, lient les extrémités du navire et font communiquer facilement la roue du navire avec la chambre du capitaine.
- Un des roufles du pont contient deux petites chaudières verticales qui donnent la vapeur aux cinq treuils placés sur le pont, ainsi qu’au guideau servant à lever les ancres, qui sont retenus par des chaînes de 0ra,062 ne pesant pas moins de cinq tonneaux.
- Le nombre des panneaux débouchant sur le pont est de six. Il y a, de plus, quatre sabords dont les préceintes donnent dans le faux pont. Un chemin de fer Decauville avec ses chariots et un immense matériel de chargement permettent d’assurer, par des moyens mécaniques puissants, l’embarquement et le débarquement d’énormes cargaisons.
- Une des particularités les plus remarquables du cinq-mâts France est sa disposition intérieure qui lui permet de naviguer avec un lest d’eau complet;
- Fig. 1. — Navire à voiles à trois mâts. (D’après une photographie de MM. Neurdein.)
- nous appelons sur cette innovation l’attention de nos lecteurs;
- A fond de cale, au-dessus des membrures, se trouve un plancher en tôle s’étendant de l’avant à l’arrière, et qui forme un double fond. Ce double fond, divisé en quatre compartiments, contient 1000 tonneaux d’eau. En plus, au milieu du navire, entre le double fond et le faux pont, entièrement bordé en acier, se trouvent quatre cales à eau, disposées en huit compartiments, dans lesquelles on loge de la marchandise; mais quand le navire est vide, ces cales se ferment à joints parfaitement étanches, et reçoivent ensemble 1200 tonnes d’eau, de sorte que la quantité de lest que peut prendre le navire est de 2200 tonneaux. Grâce à ce système, il a un tirant d’eau absolument suffisant pour faire n’importe quelle traversée. La France a accompli ainsi le voyage de Rio de Janeiro à Yalparaiso et Newcastle (N. S. W.) ainsi que celui de
- Valparaiso à Iquique, et le capitaine a assuré que, vu la répartition convenable du poids du lest, le navire, tout en ayant une stabilité parfaite, se comportait admirablement, avec des mouvements de tangage et de roulis à peine sensibles.
- L'honneur d’être l’armateur du plus grand navire à voiles revient, ainsi que nous l’avons dit, à MM. A.-I). Bordes et fils qui possèdent la plus belle flotte de navires à voiles du monde entier. Le tonnage effectif de cette flotte atteignait récemment 69000 tonneaux de jauge; il s’est abaissé à la suite de malheureux sinistres qui ont fait disparaître deux quatre-mâts et deux trois-mâts. C’est en 1882 que MM. Bordes firent construire leur premier quatre-mâts, l'Union, qui était déjà un navire très remarquable pour son époque. Il a 94 mètres de
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- long, 12"', 18 de large et 7 mètres de creux; ses quatre bas mâts et quinze de ses vergues sont en acier, et son double fond, divisé en trois compartiments étanches, peut contenir environ 500 tonnes d’eau.
- Depuis cette époque l’importance des navires à
- voiles n’a lait que s’accroître jusqu’à la construction du cinq-mâts France.
- Les nouveaux navires à voiles, du genre de ceux que nous faisons connaître, sont munis d’un double fond pour le lest à eau semblable à celui que nous avons décrit. Cette nouvelle disposition, nouslerépé-
- Fig. 2. — Le cinq-mâts France. (D’après une photographie exécutée dans le port de Dunkerque, par M. Luzzatto.)
- tons, otfre une importance considérable. On va en juger par les chiffres suivants. Pour lester un navire comme la France, il eut fallu, le lest étant monté pendant son séjour à Rio-Janciro à huit francs le tonneau, dépenser 16 000 francs pour les 2000 tonneaux de lest qui lui étaient nécessaires, et le chargement eût nécessité une perte de temps de 50 jours. Grâce au nouveau système des cales ballast pour lest complet en eau, le remplissage par une simple manœuvre de pompes se fait en quelques heures. Ces considérations offrent de l’avis des hommes compétents un grand intérêt au point de vue maritime.
- A la proue du navire que nous représentons, une magnifique sculpture représente la France, notre chère Patrie; la statue est recouverte d’une cuirasse,
- emblème delà protection que lui assure le dévouement de ses enfants. Elle tient d’une main un rameau d’olivier, et de l’autre elle s’appuie sur un
- bouclier où sont représentés les emblèmes de la Marine et du Commerce.
- L’équipage de la France se compose de 42 hommes, tous Français, dont 4 officiers et 5 maîtres d’équipage ; cet équipage est sous les ordres d’un officier de marine expérimenté, le capitaine Voisin.
- Nous accompagnons notre Notice de trois gravures qui en forment le complément. La première (fig. 1) donne l'aspect d’un navire à trois mâts, marchant à pleines voiles, elle servira de terme de comparaison entre un voilier de type connu et le nouveau bâtiment ; la seconde (fig. 2) est la reproduction
- Fig. 3. — Plan de voilure du cinq-mâts France.
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- d’une photographie du cinq-nuits France. Cette photographie a été faite par un habile praticien de Dunkerque, M. Luzzatto, qui a eu l’obligeance de nous l’envoyer pour La Nature. Le cliché a été exécuté en nier, une heure avant que le navire fit son entrée dans les "bassins de Dunkerque. L’opérateur se trouvait à bord d’un remorqueur et il a pu réussir, malgré la neige qui tombait en tourmente. La figure o donne le plan de voilure du bâtiment.
- Le cinq-màts France fait honneur à l’esprit d’initiative de notre haut commerce ; nous avons la persuasion (pie nos lecteurs apprécieront comme nous l’importance de ce magnilique navire que l’on peut appeler le plus beau voilier du monde.
- Gaston Tissandiek.
- Comment faut-il donc opérer l’assainis, ement d’une pièce contaminée par le séjour ou le décès d’un malade?
- Beaucoup de personnes, confondant désinfection avec désodorisation, s’imaginent que laver la chambre avec de l’eau de Javel, du phénol dilué ou des liquides aromatiques quelconques, puis y brûler des pastilles du Sérail ou des* papiers odorants, constituent une opération suffisante ; ce sont là des procédés enfantins, doublement dangereux, en ce’qu’ils laissent intacts tous les germes morbides et inspirent une trompeuse sécurité.
- La désinfection d’une chambre comporte la destruction complète, scientifique, de tous les microbes qui l’habitent et qu’il faut aller chercher aussi bien dans le fond des crevasses des murs et des parquets que dans les meubles, les tapis et jusqu’au milieu des matelas.
- Trois procédés sont en usage aujourd’hui.
- 1° La vapeur surchauffée ; 2° les lavages et pulvérisations de liquides antiseptiques (sublimé corrosif, sulfate de cuivre); 5“ l’acide sulfureux (combustion du soufre).
- Les étuves à vapeur surchauffée rendent d’importants services dans les hôpitaux et grands établissements, pour la désinfection de la literie, du linge et des vêtements; c’est un procédé infaillible, mais on ne peut lui demander de chauffer à 115° des meubles ou une chambre entière. Enfin ces étuves n’existent ni dans les petites villes, ni dans les campagnes.
- Les lavages et pulvérisations de liquides antiseptiques, de bichlorure de mercure notamment, très vantés en Allemagne, sont extrêmement dangereux, nécessitent des appareils et des opérateurs spéciaux et enfin ne pénètrent pas partout comme peut le faire un désinfectant gazeux.
- L’emploi du soufre est au contraire à la portée de tous, sans frais, démarches, ni perte de temps; il a Davantage de tuer le mal sur place en désinféeîant à la fois en une seule opération le contenant et le contenu.
- Les propriétés microbicides de l’acide sulfureux ont été définitivement consacrées par un grand nombre de travaux et d’expériences auxquels sont attachés les noms de M. Pasteur, de MM. les D" Dujardin-Beauinetz, Roux, Aubert, de Pietra-Santa, Dubief, Brulh, etc. Il suffit de brûler dans un espace hermétiquement clos 20 grammes de soufre par mètre cube pour y détruire tous les germes infectieux.
- L’acide sulfureux altère-t-il, dans ces conditions, les meubles et les tentures? Les minutieuses expériences de
- M. le l)r Aubert, médecin-major de ir“ classe, viennent répondre à cette appréhension1.
- Le I)r Aubert relate entre autres la désinfection de deux pièces pratiquée par lui personnellement; ccs chambres contenaient : lits de bois et de fer, armoire à glace, sommiers,. matelas, couvertures, édredons de salon bleu et jaune, meubles divers, rideaux, et en outre, à titre d’expérimentation, des échantillons de soie, de laine, de coton, de velours, de satin et de satinette de diverses couleurs ; puis des objets métalliques : chandeliers en cuivre, pièces de ruolz et de bronze doré, etc. Après quatre jours d’exposition aux vapeurs sulfureuses, le I)r Aubert constata ([uc « les différents tissus qui avaient séjourné dans cet appartement n’avaient pas subi la moindre altération pas plus sous le rapport de la couleur que sous celui de la structure » ; et que « les objets métalliques en bronze, cuivre, ruolz, acier avaient été légèrement ternis et brunis, mais reprirent leur aspect normal après une simple friction avec un chiffon de laine ».
- Pour pratiquer la désinfection parle soufre, il faut commencer par calfeutrer soigneusement toutes les issues par lesquelles le gaz sulfureux pourrait s’échapper; on collera donc des bandes de papier autour des fenêtres, des portes et surtout du rideau de cheminée (on humectera le parquet avec une éponge) puis on brûlera autant de fois 20 grammes de soufre que la pièce cubera de mètres. Quoique le chiffre de 20 grammes suffise en général et soit adopté par la Préfecture de police, il vaut mieux se tenir un peu au-dessus et arriver à 50 grammes.
- On peut brûler ce soufre dans un creuset de terre réfractaire, dans un récipient métallique ou sur une plaque de fonte entourée de sable ; cette opération n’est pas toujours très commode pour les personnes non habituées aux manipulations. Outre le danger d’incendie, il arrive quelquefois que par suite d’un agencement défectueux ou d’un mauvais allumage la combustion est incomplète et au bout de 24 heures, quand on croit l’opération finie, tout est à recommencer.
- Pour éviter cet inconvénient, M. Deschiens, ingénieur du Laboratoire d’hvgiène, à l’hôpital Cochin, a fait fabriquer de grosses bougies de soufre pesant 500 grammes, se sé-: parant en deux et correspondant à la désinfection d’une chambre ordinaire.
- Ces bougies, représentées ci-dessus, ont l’aspect de grosses cartouches à douille métallique; elles se posent dans une assiette pleine de cendres et il suffit d’allumer la mèche pour que doucement en trois heures et sans aucun danger la combustion soit complète. Ce petit appareil, employé dans les hôpitaux, est extrêmement pratique, il
- 1 Bulletin général de thérapeutique, 50 janvier 1800.
- Bougie sulfureuse désinfectante. — A. Cylindre de soufre chimiquement jiur de 250 grammes serti dans sa douille métallique B.— C. Events faisant appel d’air et permettant une combustion complète et rapide. — 1). Mèche d’allumage
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- est d’ailleurs prescrit en ville par beaucoup de médecins. Après sulfuration, la pièce doit rester hermétiquement close pendant vingt-quatre heures. l)r Z...
- L’amiral «lurien <Ie la («ravière. — La marine et la science française viennent de faire une grande perte en la personne du vice-amiral Jurien de la Gravière. Cet éminent oflicier était un des doyens de notre Etat-Major naval. 11 était né à Brest, en 1812, d’un père qui fut lni-mëme vice-amiral, préfet maritime et pair de France. La carrière du défunt est des plus brillantes. Nommé aspirant le 11) octobre 1828, il alla en cette qualité, du Brésil au Sénégal pour réprimer la traite des noirs. Nommé enseigne, il fut chargé de diverses missions dans la Méditerranée. Capitaine de corvette, il fit une croisière de quatre années dans les mers de Chine et fut nommé à son retour capitaine de vaisseau. Au 1er décembre 1855 le commandant Jurien était promu contre-amiral. Chargé du blocus de Venise pendant la guerre d’Italie, il reçut plus tard le commandement de l’expédition du Mexique et fut nommé vice-amiral le lor janvier 1862. Après un retour en France, l’énergique marin fut renvoyé au Mexique comme chargé exclusivement du commandement de nos forces navales. A la tète de ses marins, il s’empara d’Alvarado et de Tampico, etc. Revenu dans sa Patrie, l’empereur le choisit comme aide de camp. En 1869, le vice-amiral Jurien de la Gravière était proposé pour le grade d’amiral ; mais l’année terrible arriva, et le brillant marin fut privé de cette suprême satisfaction. Il commanda pendant la guerre l'escadre du Levant, réprima les désordres suscités par les séparatistes de Nice. Ce fut sa dernière campagne.—11 n’a rempli depuis que des fonctions sédentaires. L’amiral Jurien de la Gravière était membre de l’Académie des sciences, dont il fut l’un des présidents; il appartenait aussi depuis 1888 à l’Académie française. Il avait en effet, outre ses actions d’éclat de marin, de nombreux titres littéraires et scientifiques. 11 était l’un des collaborateurs assidus de la Revue des Deux Mondes, et il a présenté des Mémoires à l’Académie des sciences. On lui doit plusieurs ouvrages, notamment, Souvenirs d’un amiral, écrits sur les notes de son père ; la Marine d'autrefois ; la Marine d’aujourd'hui; les Corsaires barbaresques, etc. Ses obsèques ont eu lieu le mardi, 8 mars dernier. L’amiral a voulu qu’aucun discours ne fut prononcé sur sa tombe et que les honneurs militaires ne lui fussent pas rendus.
- CHRONIQUE
- Perturbation magnétique et aurore boréale du 6 mars 189%. — Une forte perturbation magnétique, moins intense pourtant, mais tout aussi intéressante que celle du 15 févi’ier, a été observée par M. Moureaux, le 6 mars au soir, à l’Observatoire du Parc Saint-Maur. Entre 5h,55m et 6 heures du soir, la déclinaison a diminué de 40' ; les barreaux des appareils sont restés très agités pendant toute la nuit. A 9'',10m, tous les éléments magnétiques ont subi une variation brusque coïncidant avec l’apparition d’une aurore boréale. Les écarts extraordinaires constatés à l’aiguille aimantée entre 5 heures et 6 heures du soir, ont conduit les observateurs à porter leur attention sur le ciel, qui était parfaitement pur. Du côté du
- nord, on a vu, toute la soirée, une zone de grande étendue éclairée par une lumière blanche, affaiblie malheureusement par l’éclat de la lune, et qu’un segment obscur dé 5 à 6 degrés de hauteur séparait de l’horizon. Tout à coup, à 9h,10m, un faisceau de rayons lumineux, d’une couleur rouge foncé, apparut au nord magnétique, se développa en éventail très rapidement, traversant le ciel du nord au sud en passant par le zénith; le phénomène ne dura que quelques minutes. A 9^15“, les rayons avaient disparu, et la région nord-ouest du ciel est restée quelques instants empourprée d’une teinte uniforme, dont l’éclat diminuait h vue d’œil; à 9h,20m, on n’apercevait plus aucune trace de colorai ion.
- La plus grande planche du monde. — Notre confrère New Lumberman donne, avec une photographie à l’appui, la description curieuse d’une planche vraiment monumentale de bois rouge de l’Amérique du Nord. Cett.e planche est large de 16 pieds 5 pouces, longue de 12 pieds 9 pouces, et épaisse de 5 pouces. Elle a été prise dans un arbre de 55 pieds de diamètre et de 500 pieds de haut, qui poussait sur les terres de 1’ « Elk river mill and Lumber company » dans le comté de Ilumboldt, en Californie. D’après les cercles concentriques, on estime que cet arbre avait plus de 1500 ans. Il a été coupé à 28 pieds de terre, et la planche tirée du tronçon représente une section prise des environs du cœur de l’écorce. Il fallut une machine à vapeur et des poulies pour la manœuvrer. Pour la débiter on dut employer deux hommes pendant un mois entier; elle fut ensuite transportée par eau à San Francisco : on estime qu’elle a coûté 5000 dollars. Exposée d’abord un certain temps à San Francisco, elle fut transportée par chemin de fer à Chicago. Pour cela, on dut couper la planche d’un truc, où on l’encastra en la retenant par des sortes d’étriers. Cette merveille, qui appartient à MM. Ilarpster d’Euréca et Noyés de San Francisco, est exposée en ce moment à Détroit; elle prendra tout naturellement place, en 1892, à la foire du monde de Chicago.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 mars 1892. — Présidence de M. d’Abbadie.
- L'amiral Jurien de la Gravière. — En présence du nouveau deuil qui frappe doublement l’Institut, dans l’Académie française comme dans l’Académie des sciences, M. le Président ne pouvait que lever la séance après quelques mots de regrets sur l’illustre défunt.
- Littérature géologique. — L’Académie a reçu les trois premiers fascicules des Mémoires de paléontologie de la Société géologique de France, édités par la librairie Baudrv. On y trouvera des remarques sur les Mastodontes par M. Gaudrv qui, à propos d’un gros fossile du Cherichira, ajoute des faits nouveaux à l’histoire des pro-boscidiens fossiles : deux planches accompagnent ce beau Mémoire. M. G. de Saporta décrit une série de nymphéi-nées appartenant à la flore aquitanienne de Manosque, et M. Ch. Depéret accroît beaucoup par ses découvertes la liste des animaux vertébrés qui vivaient dans le Roussillon à l’époque pliocène. Citons enfin un Mémoire de M. Seu-nes sur les céphalopodes du crétacé supérieur en France. On voit par ces quelques indications que la belle publication dont il s’agit acquiert chaque jour des titres nouveaux à l’attention des amis des sciences. — Le troisième fascicule du tome VII de l'Annuaire géologique universel,
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- LA NATURE.
- fondé par le Dr Dagincourt, débute par une étude de M. Gustave Dollfus sur les publications qui ont traité en 1890 du groupe quatèrnaire : l’auteur y fait preuve d’une haute érudition, de qualités critiques très supérieures et a réussi à rendre son œuvre très intéressante. La partie de l'Annuaire qui concerne la géologie régionale est divisée en plusieurs parties. M. Garez s’est chargé de la France et des Iles Britanniques. C’est M. A. Pavlow qui a résumé les publications relatives à la Russie. La géologie de la Pologne et de la Galicie est rédigée par M. de Siemiradzki; celle de l’Italie par M. G. Aichino; celle de l’Espagne et du Portugal par M. Paul Choffat ; celle de l’Afrique septentrionale par M. A. Pérou; enfin celle de l’Asie et de l’Océanie par M. G. Ramond. Le nom de ces auteurs est un sûr garant de l’autorité avec laquelle leur compilation a été exécutée. — D’Angleterre est arrivée la quatrième édition du magnifique ouvrage de M. Dawson sur la géologie de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de l’île du Prince-Édouard. C’est un volume de 094 pages avec plus de 230 figures dans le texte, une carte géologique coloriée et qui comprend, en outre, un supplément de plus de 130 pages avec figures. L’illustre auteur a résumé, dans cette étude d’une des régions les plus intéressantes du Canada, une partie des grandes découvertes qui ont assuré sa gloire et dont quelques-unes furent faites en collaboration avec Ch.
- Lycll. Une attention spéciale est due à la paléontologie du terrain carbonifère. Le professeur Louis Bombicci envoie, de Bologne, un très important Mémoire de minéralogie, où, après avoir étudié les propriétés de la mélanoflogiste, — qu’il considère comme formée de silice rhomboédrique se présentant avec la forme pseudo-cubique et admettant 5 pour 100 d’acide sulfurique dans sa constitution, — il étudie très savamment les gradations de la sphéroédrie dans les cristaux et décrit de nouveaux exemples de contorsion hélicoïdale dans les faces et dans les agrégats symétriques des cristaux. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE AJUSÀNTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE1
- ) l
- LA PIECE FONDANTE
- Empruntez une pièce de cinq francs en argent que vous ferez 'marquer afin qu’on puisse la reconnaître. Priez une personne de tenir'cette pièce horizontalement entre le pouce et l’index de la main droite,
- à travers un foulard, et au-dessus d’un verre rempli d’eau qu’elle portera de la main gauche (fig. 1). Les deux mains de votre aide étant ainsi occupées, vous n’aurez à redouter aucune espèce d’indiscrétion.
- Eloignez-vous de quelques pas, et, à votre commandement, on laissera tomber la pièce de cinq francs, dont le choc contre le fond du verre sera entendu de toute l’assistance.
- Qu’on enlève le foulard; la pièce d’argent ne se trouve plus dans le verre, elle s’est envolée dans votre main ou dans la poche d’un spectateur ; on peut l’examiner : c’est bien celle qui a été marquée préalablement d’un trait de poinçon.
- Pour l’exécution de ce tour, il faut avoir un disque de cristal (fig. 2) de la dimension d’une pièce de cinq francs.
- Dans la paume de votre main droite, tournée vers vous, cachez cette pièce de cristal A (fig. 3), ce qui
- ne vous empêche pas de saisir, entre le pouce et l’index de cette même main, la véritable pièce C qui vous est confiée.
- Tandis que votre main est cachée par le foulard dans lequel on croit que vous placez la pièce, vous empalmez celle-ci, et c’est le disque de cristal que vous donnez à tenir, par la tranche, bien entendu, et non par les plats, pour qu’on ne puisse s’apercevoir au toucher de la substitution que vous avez opérée.
- Ne craignez pas, le tour terminé, de laisser la personne qui a tenu la pièce et qui est tout ébahie, examiner à son aise le verre et son contenu ; dans l’eau, le disque de cristal est tout à fait invisible, et si, comme il convient, vous avez eu soin de choisir un verre dont le fond soit parfaitement plan et de même diamètre que la pièce de cristal (fig. 2) celle-ci reste attachée au verre, même quand on le retourne sens dessus dessous pour en vider l’eau, afin de prouver ainsi une fois de plus aux spectateurs qu’il ne contenait absolument rien autre chose que de l’eau claire.
- Allez donc maintenant vous fier aux preuves que vous apportent les escamoteurs !
- — A suivre. — MaGUS.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1, 2 et 3. — Escamotage d’une pièce de cinq francs.
- 1 Suite. — Voy. n° 974, du 30 janvier 1892, p. 144.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9
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- 981. — lü mars 18a2.
- U A NATURE.
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- DU SIFFLET CHEZ LES PEUPLES PRIMITIFS1
- S’il faut en croire M. Lajard, et nous avons toutes les raisons de nous lier à la sagacité de ses obser-
- vations, le langage sifflé des Canaries, aujourd’hui en voie de disparition, n’est plus, en quelque sorte, que de l’espagnol modulé par les lèvres plutôt que par la langue; mais, dans les phénomènes naturels,
- tout est en évolution et il n’est pas de petite coutume, pas de petit usage, aussi restreint, aussi local, aussi insignifiant par lui-même qu’on puisse le sup-
- poser, qui n’aboutisse, lorsqu’on remonte dans le temps, en suivant graduellement le fil de la tradition, à un phénomène de même ordre, mais celui-là
- B1
- Fig. 3. — Sifflets de la collection de M. F. Flamlinettc. — 1. Sifflet gallo-romain. — 2. Sifflet de berger (Var). — 3. Sifflet de Corte (Corse.;
- 4 et 5. Sifflets de voleurs. — 6. Sifflet pahouin. — 7. Sifflet en noyau.
- général, important, qui en est la source véritable.
- Avant de parler espagnol en sifflant, avant même de parler guanche en sifflant, les aborigènes des Ca-
- 1 Suite et (in. — Voy. n° 980, du 12 mars 1892, p. 227 20e année. — 1er semestre.
- naries ont sans doute sifflé, sans ébaucher la moindre parole. Ce n’est donc pas, bien probablement, le sifflet qui s’est superposé à la parole; c’est la parole qui s’est superposée au sifflet, dont elle a emprunté le secours, et qu’elle supplantera peuà peu.
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- LA N ATI) Il K.
- Or il est curieux de remarquer que, tandis que les derniers Guanches contemporains ont encore conservé au sifflet une importance phonétique assez singulière, les hommes de Cro-Magnon qui sont réputés les pères de ces Guanches, qui constituaient le noyau principal d’une race dont les Canariens ne sont qu’une épave, ou pour être plus précis, les hommes magdaléniens, ancêtres de la race de Cro-Magnon, sont précisément les hommes qui nous ont laissé le plus grand nombre d’instruments propres à siffler.
- ÀBruniquel, station magdalénienne de Tarn-et-Ga-ronne, on a trouvé des phalanges de renne percés d’un trou pour siffler ; notre ligure 1 reproduit une de ces phalanges. Cet instrument s’est propagé jusqu’à l’époque des dolmens, ainsi que le prouve cette défense de sanglier trouvée dans le dolmen du Genévrier à Meyrueis (lig. 2). L’art de siffler jouait donc un grand rôle chez les hommes de la Yézère et du sud-ouest de la France, frères aînés de nos Guanches. II y jouait même un si grand rôle, qu’ils avaient inventé des instruments pour mieux siffler. On n’objectera pas, en effet, que l’invention même de l’instrument prouve qu’ils étaient inhabiles à sif-11er sans son secours, avec leurs lèvres seules ; c’est comme si on disait que l’invention du coup de poing chéléen en silex prouve que les hommes de l’époque chéléenne étaient inhabiles à se servir uniquement de leurs propres poings pour frapper. C’était un perfectionnement, voilà tout! Ils frappaient, nous dirions aujourd’hui, à la machine, comme les gens de la Madeleine, siffleurs experts, ont fini par siffler à la machine.
- Ilemarquons même, en passant, que l’organe que l’homme empruntait aux animaux pour siffler, c’était précisément un doigt, comme si l’habitude de siffler déjà avec ses propres doigts lui avait fait attacher, en quelque sorte, une vertu sifflante à cet organe; cela serait bien conforme à l’animisme primitif.
- Les hommes de la Yézère étaient-ils seuls à siffler? cela serait bien surprenant. D’ailleurs, dans l’étude des sociétés humaines, on ne trouve guère de phénomène isolé; la pierre a été taillée successivement de la même manière par tous les hommes, dans tous les pays, parce que l’homme a partout les mêmes besoins et les mêmes moyens de les satisfaire. Le fait de siffler avec la langue et les lèvres est même tellement simple, tellement supérieur en facilité ou fait de parler, qu’il est permis de se demander si le siffler n’a pas précédé le parler.
- On peut croire, en effet, que l’humanité, à ses débuts, dans le langage articulé, causait peu, par la raison que les hommes, à l’état de repos, avaient peu de choses à dire. Lorsque deux hommes étaient rapprochés, le geste des mains, la physionomie devaient suffire, et ce geste qui, aujourd’hui, accompagne la parole, à titre simplement complémentaire, était sans doute alors le principal langage ; la parole ne devait, en quelque sorte, que le souligner et le
- renforcer dans certains cas. Les primitifs actuels gesticulent beaucoup et, chez nous même, le geste semble diminuer d’importance au fur et à mesure que le langage devient de l’éloquence véritable et que l’intelligence s’élève davantage, -le trouve, dans un article paru depuis que ces lignes sont composées1, la confirmation de cette opinion sur la priorité du geste. M. Mazel s’exprime ainsi : « L’enfant, par étymologie, même ne parle pas, — c’est un truisme ; — mais bien avant de disposer de son outil phonateur, il sait exprimer ses idées; — pendant de longs mois, son geste, c’est-à-dire son bras droit, parlera de toute la pétulante éloquence de cet âge ; — plus tard, quand l’articulation phonétique éclora imparfaite,, plus encore peut-être usera-t-il du geste, pour étendre sa surface d’expression et pendant plusieurs années, le geste l’emportera sur la voix, perdant, sans doute, de son importance, au fur et à mesure que la phonation se perfectionnera, mais demeurant toujours le compagnon obligé et parfois exubérant de la parole. »
- C’est surtout à distance que l’honnne avait besoin de se faire entendre par ses semblables, soit pour appeler du secours à la chasse ou à la guerre, soit pour avertir des péripéties de l’une ou de l’autre lutte, comme nos chasseurs ou nos soldats donnent aujourd’hui du cor ou du clairon. Le sifflet répondait mieux que la parole et même que le cri à ce besoin.
- Il est, en outre, digne de remarque qu’on siffle actuellement partout pour appeler le chien; on ne siffle pas pour appeler les autres animaux. Or, le chien est le plus anciennement domestiqué de nos animaux. Ne peut-on pas se demander si les débuts de sa domestication ne sont pas précisément contemporains' d’une époque où le sifflet était un langage répandu. Petit à petit le progrès des langues aurait fait renoncer au sifflet, qui ne serait plus, par tradition, appliqué qu’au chien, témoin à ses débuts dans la domestication de la plus grande période d’extension de ce langage, et alors habitué, comme les hommes qu’il accompagnait, au langage, sifflé de la chasse ou de la guerre.
- Encore aujourd’hui lorsque le soir, dans les carrefours de nos villes, nous entendons le sifflet aigu d’un gavroche, qui se sert pour cela de ses doigts, ou l’appel des voleurs entre eux, pour lequel ils ont des sifflets spéciaux, témoin les sifflets nos 4 et 5 de la figure 5, objets empruntés à la collection de M. Félix Flandinette, préparateur au laboratoire de l’École d’anthropologie, nous devons peut-être reconnaître l’appel de nos pères dans la forêt. N’est-ce pas, en effet, dans les couches sociales les plus inférieures qu’il faut aujourd’hui chercher le vestige des anciennes mœurs de l’humanité? L’argot pittoresque des faubourgs et celui des prisons, les sobriquets que les escarpes se donnent entre eux rappellent dans leurs images le vocabulaire des peuples
- 1 Yov. llevue scientifique du 23 janvier.
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- LA N AT U UE.
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- encore primitifs. (Test ainsi que le tatouage des criminels, des filles de bas étage et des repris de justice, est le dernier vestige des tatouages de nos pères sauvages. I)r A. Bordier.
- AUX ÉTATS-UNIS
- S’il est une contrée où l’extrême rapidité des trains serait amplement justifiée par la longueur des étapes à parcourir pour activer les relations des grandes villes entre elles, c’est bien certainement aux Etats-Unis d’Amérique qu’il faut songer. Il est évident que la population n’y est pas répandue par petits groupes habités avec une densité comparable en moyenne à celle de nos communes, et, qu’au contraire, elle se répartit en de gros centres très denses séparés par des intervalles considérables faiblement habités.
- Si, jusqu’à présent, l’examen des horaires des trains rapides des principaux réseaux de ce pays a montré que les vitesses ne sont en rien supérieures à celles des grands express européens et surtout de ceux de la Grande-Bretagne, il faut se rappeler qu’en général les conditions d’établissement de la voie et de solidité des ouvrages d’art y sont très notablement inférieures à celles adoptées en Europe. Ce n’est que depuis un petit nombre d’années que certaines Compagnies de chemins de fer aux États-Unis se sont mises à améliorer ce qui constitue la base fondamentale d’un bon service de trains, c’est-à-dire la solidité de 1 assiette des voies. Nous pouvons citer entre autres, à cet égard, la grande Compagnie du chemin de fer de Pensylvanie, et celle du New-York Central and Hudson River.
- Le concours de vitesses exécuté en Angleterre dans l’année 1888 et dont La Nature1 a donné le résumé n’avait pas été sans exciter l’émulation du Cousin Jonathan2, et c’est ce qui a donné lieu aux eftorts de l’une des deux compagnies que nous venons de citer, celle de New-York Central and Hudson River Rail-Road, publiés sous une forme tout américaine, c’est-à-dire en lançant un train de vitesse exceptionnelle qui a franchi en sept heures dix-neuf minutes quarante-cinq secondes l’énorme distance de 702km,428, ce qui correspond à une vitesse commerciale de 95km,8 à l’heure. Il faut dire que, dans cette expérience, John Bull a été fortement distancé, car, a cette vitesse, il eût mis trois cent quatre-vingt-dix-huit minutes à parcourir la distante de 637 kilomètres de Londres à Edimbourg, alors que le temps minimum employé a été de quatre cent quarante-sept minutes.
- Nos lecteurs auront une idée plus nette de cette
- * %• R° 813, du 29 décembre 1888, {>. 07.
- Surnom donné par les Anglais à leurs congénères d’Amérique.
- vitesse en leur montrant à quelle distance horaire de la capitale elle mettrait les principales grandes villes de France, comparée avec la situation actuelle :
- PRINCIPALES GRANDES VILLES DE FRANCE. Distance kilométrique. Distance horaire actuelle. Distance horaire à la vitesse de l’expérience américaine.
- Paris-Nice 1088k” 18\i8” Il h,21"
- Paris-Marseille 863k“ 1 i\2G" 9b »
- Paris-Bordeaux S'-J 58b‘“ 8",41” B”, 6"
- Paris-Brest 610’“" 13\ôl“ 6-,21»
- Paris-Havre 228k™ 4\5n" 2h,22“
- Paris-Calais 298"“ i\I5m 3\ 6"
- Paris-Avricourt 4l2km G-,37” 4\18"
- Paris-Belfort 443k" t)b,4o” ib,3t>”
- c’est-à-dire, par exemple, que la distance de Paris à Marseille serait réduite à celle de Paris à Bordeaux, celle de Paris à Avricourt à celle de Paris-Calais, etc., ce qui correspondrait à une réduction d’environ 30 pour 100 du trajet actuel.
- Examinons quels moyens ont été employés par les ingénieurs américains pour obtenir cette vitesse qu’ils qualifient sans pareille.
- La ligne du réseau de l’Hudson-River, sur laquelle la Compagnie désirait accélérer son service de trains rapides est celle qui réunit New-York à Buffalo près de l’issue du lac Erié et non loin des chutes du Niagara.
- La voie remonte jusqu’à Albany la vallée du l’Hud-son, dont la direction générale est du sud au nord, puis celle d’un de ses affluents vers l’ouest, qu’elle quitte pour franchir le faite de séparation des bassins de l’Hudson et du Saint-Laurent un peu avant d'atteindre Syracuse. Elle longe ensuite en obliquant vers le sud le lac Ontario et aboutit à Buffalo. Le profd de cette voie convient d’ailleurs parfaitement à un service de trains rapides par l’absence de déclivités prononcées.
- Les locomotives construites en vue de ce service, et dont nous reproduisons la photographie (lîg. 1), ne diffèrent pas par leur aspect extérieur des autres machines en usage aux États-Unis; les dimensions seules des organes moteurs et de la chaudière sont notablement agrandies.
- Ces machines ont deux paires de roues motrices accouplées vers l’arrière dont le poids adhérent est de 36 320 kilogrammes, un boggie à l’avant sur deux paires de roues de petit diamètre, dont l’ensemble pèse 18 160 kilogrammes, de telle sorte que le poids total de cet engin puissant est, à lui seul, de 54 480 kilogrammes. Ajoutez-y le tender dont la contenance en eau est de 16000 litres environ et en charbon de 6 tonnes, pesant 56320 kilogrammes, et vous aurez un ensemble présentant le poids respectable de 90 800 kilogrammes.
- Pour fixer les idées du lecteur, nous croyons intéressant, en donnant les dimensions des principaux organes de ce type de machines, de rappeler celles
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- de la machine à grande vitesse nouvelle de la Compagnie des chemins de fer de l’Est français1 que nous considérons comme la plus puissante dans notre pays. Voici cette comparaison : nous la donnons dans le tableau de la page 246.
- On voit à cette comparaison que la machine française est plus puissante que la machine américaine et, d’après les facilités de production de vapeur dont elle a fourni la preuve, nous ne faisons aucun doute sur l’aisance avec laquelle elle eût pu réaliser le programme de la Compagnie de l’Hudson.
- Ajoutons, comme détail intéressant, que si cette machine américaine a pu produire le travail qui lui a été demandé, c’est que les conditions d’établisse-
- ment des lignes ont permis de donner à sa chaudière une capacité qu’il est impossible d’obtenir dans notre pays autrement qu’en employant un procédé analogue à celui imaginé par M. l’ingénieur Flarnan [tour la machine de l’Est français. En effet, alors que chez nous le diamètre du corps cylindrique des chaudières ne peut guère dépasser lm,270 parce (|u’il doit s’insérer entre les roues motrices à cause du peu de hauteur dont on dispose depuis les rails jusqu’au-dessous de certains ouvrages d’art, en Amérique il était possible de porter l’axe du corps de chaudière notablement au-dessus du sommet du diamètre vertical des roues motrices et lui donner un diamètre de lm,475, égal à celui que nous em-
- ployons dans nos lortes machines à marchandises dont les roues ont à peine lm,50 de diamètre.
- Le train d’expériences, qui a fait sensation aux États-Unis, a eu lieu le 14 septembre dernier.
- Les hautes autorités de la Compagnie, l'un des vice-présidents, M. Webb; le directeur général, M. Théodore Woorhces, et les chefs supérieurs des services de l’exploitation et du matériel et traction, y avaient pris place.
- Ce train était composé de trois grandes voitures dites palace-car pesant respectivement 40, 55 et 42 tonnes, soit en total 117 tonnes. La ligure 2 en donne l’aspect en ordre de marche.
- Ces voitures, de même profil, sont portées cha-
- 1 Voy. n° 976, du 13 février 1892, p. 106.
- cune sur deux boggies articulés, ce qui rend leur ensemble d’une soiqdesse remarquable dans le passage des courbes.
- Leur forme elle-même est très avantageuse pour olfrir le moins de résistance possible au vent; en outre, pour les douze paires de roues de ce train, nous voyons qu’il n’y a que deux intervalles entre les voitures, alors qu’un train de matériel français présenterait pour le même tonnage neuf intervalles. Or ces intervalles ajoutent beaucoup à la résistance du vent par l’effet de palettes qu’ils produisent.
- Parti de New-York à 7ll,50m,15s, la première étape de New-York à Albany, longue de 229km,956, fut franchie en deux heures dix-neuf minules quarante-cinq secondes, soit une vitesse moyenne de
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- LA NATURE.
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- 98km,7 à l'heure, marche, d’ailleurs, variant très peu entre 100 et 110 kilomètres à l’heure, atteignant exceptionnellement 114 kilomètres pendant 25 kilomètres, ou s’ahaissant à 80 en moyenne dans l’intervalle de deux stations où un ralentissement était nécessaire.
- Le changement de machine ayant pris trois minutes vingt-huit secondes, le train quitta ensuite Alhany et la seconde étape d’Alhuny à Syracuse, longue de 258 kilomètres, fut elfeetuce en deux heures vingt-six minutes quinze secondes a la vitesse moyenne de 97km,6 a l’heure : d’ailleurs, mêmes vitesses réelles que précédemment, uniformément élevée et régulière; c’est ainsi qu’on observe 48 ki-
- lomètres parcourus à une vitesse variant de 105 à 100 kilomètres. A Syracuse, nouveau changement de machine ayant pris deux minutes trente secondes ; étape de Syracuse à Fairport, de 112 kilomètres exécutée en une heure sept minutes quarante-neuf secondes; arrêt pour refroidir une fusée qui chauffait, pendant sept minutes cinquante secondes. Enfin, dernière étape de Fairport à East-Buffalo, 121 kilomètres en une heure onze minutes cinquante-cinq secondes. Dans ces dernières étapes la vitesse s’était d’ailleurs maintenue régulière dans les mêmes limites que dans les précédentes.
- En définitive, la ligne de 702km,428 avait etc parcourue en sept heures dix-neuf minutes quarante-
- Fig. 2. — Train d’expériences américain, ayant parcouru 702 kilomètres 428 mètres en 7 heures 19 minutes.
- cinq secondes, et, si l’on déduit les arrêts, sept heures cinq minutes quarante-quatre secondes, ce qui correspond à une vitesse moyenne générale de pleine marche de 98km,9 à l’heure.
- Il est certain qu’on n’a pas d’exemple de trajets aussi longs, parcourus à une telle vitesse, et les Américains sont les premiers a avoir tenté une pareille épreuve. Mais, autre chose est d’exécuter une expérience et autre chose d’établir un service régulier en se conformant aux résultats exceptionnels de cette épreuve. Il y a, en effet, un élément dont l’action est tout à fait prépondérante à mesure qu’on aug-mentela vitesse : c’est celle de l’état de l’atmosphère. Déjà aujourd’hui, sur des lignes françaises où l’habitude des grandes vitesses est bien établie, au Nord, à l’Est et à l’Orléans, on se rend bien compte qu’il
- suffit d’un peu de vent aux époques où les trains sont chargés de voyageurs pour que toute ponctualité cesse, et naturellement les perturbations des trains de grande ligne se répercutent dans tous les embranchements avec lesquels ils font échange de correspondances. C’est ce qu’ont fort bien compris les Anglais lorsqu’ils ont tiré des conclusions de leurs essais de 1888 : au lieu de tendre la marche de leurs rapides d’Ecosse jusqu’aux limites obtenues — et nous avons vu qu’elles étaient bien au-dessous de celles des Américains — ils ont pris une moyenne entre l’horaire antérieur et celui qui résultait de leurs expériences.
- En France, l’intérêt des très grandes vitesses est restreint au service international et aux relations intérieures sur les deux grandes artères de Paris à
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- LA NATURE.
- Bordeaux et de Paris à Marseille : mais il est clair que pour obtenir un service rapide ce ne sont pas seulement les locomotives qu’il faut considérer, — et on les possède, — mais le matériel roulant et une voie solidement assise et parfaitement entretenue1. Les voies françaises ont évidemment beaucoup à faire avant d’atteindre la perfection du roulement qu’on observe sur les grandes voies anglaises. Quant au matériel roulant, trop souvent nos grands trains sont formés de voitures de tous les gabarits, n’offrant d’homogénéité ni dans la forme extérieure, ni dans la répartition des poids, et n’ayant pas dans les courbes une souplesse uniformément répartie dans
- PRINCIPAUX ORGANES Machine Machine
- DES MACHINES. américaine. de l’Est.
- Surface de grille 2"*,52 2“*,420 1“,200
- Diamètre de la chaudière lm,473 Corps inférieur. j ü“,800
- / Corps supérieur.
- 1 Nombre 268 325
- Tubes ? Diamètre O”,0308 0'\040
- ( Longueur 5m,657 4'", 500
- Foyer 2», «8 2“ ,380
- P",02 1"',0168
- Surface de chauffe totale 171“4,95 180'"*,21
- Timbre de la chaudière 12“*,64 12“ 6
- Piston \ Dia,nètre 0“,482 0",500
- 0"'.600 0“,660
- Diamètre des roues motrices 1"\981 2”,090
- Poids adhérent 56328“* 52200“*
- Poids total 54480“* 55200“*
- Capacité du tender J Combus’(il;lo ; 16000“* 6000“* 20000“* 6000“*
- Poids du tender 56 520“* 43000“*
- Poids de la machine et du tender. . . 90800“* 98200“*
- Poids de train remorqué à la vitesse normale de 100 kilom. à l’heure. . 118 tonnes i 140 tonnes.
- tous ses éléments. L’idéal de la composition d’un train à marche très rapide est évidemment celle dont se rapproche le train de l’expérience américaine. C’est une chaîne de véhicules de même forme, de même longueur et de même poids, présentant en courbe l’image d’un polygone régulier s’inscrivant avec facilité dans cette courbe. Cette inscription est d’ailleurs obtenue par l’adoption d’un type de voitures dont la caisse, fort longue, s’appuie à ses extrémités sur le pivot de deux trucs à quatre roues. Ce matériel offre bien moins de résistance à la traction que le matériel ordinaire français à empattement rigide, et, de plus, comme le même nombre de places est réparti dans un nombre beaucoup plus réduit de véhicules, il y a moins d’intervalles entre les voitures donnant prise au vent. Il serait vivement à souhaiter que ce type de matériel, que le P.-L.-M. a commencé à mettre en vogue, et dont l'emploi est d’ailleurs courant dans les trains de luxe formés du matériel de la Compagnie internationale des wagons-lits, se répondît davantage ; les trains pourraient gagner en poids utile à transporter ce qu’ils perdent
- 1 Voyez la Revue générale des chemins de fer, janvier 1889, où M. Ed. Sauvage, ingénieur des mines, ingénieur principal au chemin de fer du Nord, décrit avec précision le service rapide entre Londres et Edimbourg.
- par des résistances qui proviennent de ce que l’on n’a pas cherché à concilier avec le confort des voyageurs les nécessités techniques de la traction. A ce titre, l’expérience du 14 septembre dernier mérite surtout l’attention des ingénieurs compétents beaucoup plus que la question de puissance des locomotives. C. G., ingénieur.
- LES CÀMIBES
- A PROPOS DES INDIVIDUS EXHIBÉS AU JARDIN D’ACCLIMATATION A PARIS
- Les américanistes n’entendent généralement pas aujourd’hui, quand ils parlent des Caraïbes, désigner par là telle ou telle petite tribu portant encore ce nom soit aux Antilles, soit en terre ferme. Le sens du mot s’est étendu et a pris une acception générique s’appliquant à tout un grand groupe de tribus indiennes. De l’époque de la découverte de l’Amérique au milieu du dix-septième siècle, les Européens, Français, Anglais, Hollandais, Espagnols, prennent possession des Antilles et de la terre ferme. Les Petites-Antilles, de la terre ferme à Porto-Rico, étaient alors occupées par une nation d’indiens qui se donnaient à eux-mêmes, et parfois indifféremment, les noms de Caraïbes, Calinas, Calinagotes. Cette nation indienne commençait à s’établir dans Porto-Rico et les Grandes-Antilles quand la conquête européenne arrêta son invasion. Ces Caraïbes des Petites-Antilles (les Caraïbes insulaires), avaient conquis leur archipel sur une population d’indiens Arroua-gues dont ils massacrèrent les hommes, et gardèrent les femmes qu'ils incorporèrent à leur tribu.
- Les Arrouagues, premiers possesseurs des Petites-Antilles, avaient aussi des branches de leur nation en terre ferme. A côté de ces Arrouagues du continent vivaient quelques tribus de Caraïbes continentaux. Ces Caraïbes du continent s’étendaient entre l’Orénoque et le Maroni. A l’ouest ils avaient pour voisins les Cumanagotes, et à l’est les Galibis. Ces deux tribus parlaient des dialectes apparentés à la langue caraïbe.
- Les Caraïbes insulaires, ayant pour alliés les Caraïbes du continent et les Galibis, firent de fréquentes incursions en terre ferme sur le territoire de leurs ennemis les Arrouagues jusqu’à la fin du dix-septième siècle. Le dix-huitième siècle vit la disparition presque complète des Caraïbes proprement dits, Caraïbes insulaires et Caraïbes du continent. La lutte contre les Européens; les trahisons, les massacres de ces derniers, châtiant les indigènes qui ne voulaient pas accepter l’esclavage ; l’impossibilité où se trouvaient ces fières populations indiennes de s’adapter aux exigences d’une civilisation étrangère, firent disparaître rapidement les Caraïbes du continent et des îles.
- Aujourd’hui les Caraïbes des Petites-Antilles sont presque complètement éteints. Il n’en reste plus que quelques villages, à la Dominique, à Saint-Vincent et
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- LA N AT U H F.
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- à la Trinité. Les Caraïbes du continent ne sont guère plus représentés aujourd’hui que par un petit groupe de Caraïbes ou Calinas dans le ileuve Surinam, et par une petite tribu de Caraïbes dans la Guyane anglaise. Tous ces vestiges, se donnant encore à eux-mêmes le nom de Caraïbes, ne sont probablement pas au nombre de plus de 2000 individus, tant dans les îles qu’en terre ferme. Mais si les primitives tribus Caraïbes se sont presque complètement éteintes, leur nom a survécu en prenant une extension plus grande.
- Au fur et à mesure que s’est, développée la connaissance des divers idiomes américains, on est arrivé à établir des classifications. Les diverses populations, anciennes ou actuelles, vivant à l’est des Andes, depuis le Rio de la Plata, jusqu’à la Floride, ont pu être classées en trois groupes présentant entre eux de grandes affinités ethnologiques. Au nord, le premier groupe s’étend de la Floride à l’Amazone. On la appelé groupe Caraïbe du nom de son ancienne population principale ou la plus connue. De sorte que ce mot de Caraïbes, qui ne désignait primitivement qu’une nation indienne, a pris un sens générique et désigne aujourd’hui tout un ensemble de tribus apparentées par la langue à la grande nation primitive.
- Le groupe du Centre s’étend de l’Amazone à la Plata, c’est le groupe des nations Tupis. Le troisième groupe est dans le bassin de la Plata, c’est le groupe des nations Guaranis. Ces deux derniers groupes, le groupe Tupi et le groupe Guarani, présentent entre eux des affinités plus grandes qu’avec le groupe Caraïbe.
- Il ne faudrait pas croire que ce groupe Caraïbe, c’est-à-dire les quelques petits centres aujourd’hui presque éteints des anciens Caraïbes, les tribus parlant des dialectes de la même famille que la langue caraïbe, il ne faudrait pas croire que ce groupe soit nettement délimité. Au cœur même de la Guyane française, sur les bords de l’Oyapock, vit une population de race Tupi, les Oyampis, parlant une langue à peu près identique à celle que Jean de Léry recueillit en 1557 de la bouche des populations Tupis de la baie de Rio de Janeiro. De même, il vient d etre découvert au cœur du Brésil, dans le haut bassin du Xingu, par von den Steinen, une population indienne, les Bacaïri dont le dialecte est apparenté au galibi et au caraïbe. En même temps, un compagnon de von den Steinen, M. Ehrenreich, constate, non loin de l’Amazone, l’existence d’une tribu d’origine caraïbe, les Apiacus, trait d’union entre les Caraïbes de Guyane et les Caraïbes du Brésil.
- Il s’en faut que toutes les tribus du groupe Caraïbe aient été bien étudiées, surtout au point de vue linguistique. La région des Guyanes et de l’Amazone n’a pas vu encore un nombre suffisant de savants et d’explorateurs. Pour ce qui est de la zone que j’ai plus spécialement parcourue, je puis désigner comme appartenant au groupe Caraïbe : 1° les Caraïbes de la Guyane anglaise; 2° les Caraïbes ou Calinas de la
- Guyane hollandaise ; 3° les Galibis du bas Maroni, de la Mana, du Sinamary et de l’Iracoubo ; 4° les Tairas des sources de la Mana et du bas Maroni; 5° les Roucouyennes, sur les deux versants des Tumuc-Ilumac ; (Mes Trios aux sources du Tapanahoni ; 7° les Aparaïs, dans le moyen Parou; 8° les Oupourouis entre le moyen Yary et le moyen Parou ; 9° les Arouas dans le Ouassa; 10u les Ouayeoués; 11° les Macou-cbis; 12° les Yarécunas, sur les frontières sud-occidentales de la Guyane anglaise.
- Le problème de l’origine des populations Caraïbes a longtemps préoccupé et préoccupe toujours les américanistes. César de Rochefort, en 1660, les faisait venir du Nord, d’un pays situé sur le flanc des Allégbanys, et les rattachait aux migrations des Peaux-Rouges du Nord-Amérique. L’École brésilienne croit que la civilisation indienne a remonté l’Amazone : les populations Tupis-Caraïbes ne seraient peut-être autres que des Atlantes. Des fantaisistes les ont fait descendre des Juifs, d’autres des Cariens d’Asie Mineure.
- La question n’est pas encore éclaircie ; toutefois, pour notre part, l’opinion qui, jusqu’à nouvel ordre, nous parait la plus probable, est celle qui rattache le groupe Guarani-Tupi-Caraïbe à une migration Sud-Nord de populations Sub-Andines, migration qui aurait eu lieu quelques siècles avant la conquête européenne, et qui aurait poussé, par la Plata, le Brésil et les Guyanes, jusqu’à la mer des Antilles, submergeant sur son passage des populations indiennes aborigènes ou plus anciennes, telles que Tapuyas, les Aymorès, les Botocudos du Brésil; et les Arrouagues, les Palicours, les Ouapichianes, les Macus des Guyanes.
- Cette poussée Sud-Nord des populations Guaranis-Tupis-Caraïbes, supposées détachées du groupe des populations Ando-Péruviennes, n’exclurait pas d’ailleurs la possibilité d’une migration plus ancienne d’Atlantes-Gouanches, remontant l’Amazone avec une civilisation déjà avancée. Les nombreux types d’apparence berbero-ibère, ou même indo-européenne, que j’ai rencontrés à travers les Guyanes, au milieu des populations d’aspect sous-mongoloïde incontestablement apparentées aux Indiens des Andes, ces indices, au contraire, ne peuvent que contribuer à justifier l’admission de cette hypothèse.
- Toutefois il ne faut pas négliger de remarquer non plus que les populations submergées, Arrouagues, Palicours, Ouapichianes, Macus, Aymorès, Botocudos, ne présentent au point de vue linguistique, pour la phonétique comme pour les racines, aucune affinité avec la grande famille Guarani-Tupi-Caraïbe.
- Dans la grande race Caraïbe-Tupi-Guarani, dont les idiomes principaux présentent un grand nombre de racines communes et à peu près la même phonétique, dont les mœurs sont à peu près identiques, dont le type est uniforme, quel a été le rôle des Caraïbes?
- On les a présentés comme étant l’avant-garde de la migration, ou encore comme constituant nue
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- Fig. 1.
- espèce de corps sacerdotal ou guerrier. Autant d’hypothèses. On remarquera toutefois que le mot Ccirai, en vieux tupi comme dans plusieurs dialectes des Guy ânes, a le sens de : « blanc, homme blanc, homme plus éclairé ». On remarquera aussi que c’est chez les deux grandes branches des anciens Caraïbes, les Caraïbes et les Calibis (Caraïbes, Caribs, Ca-ribis, Calibis,
- Gai ibis), que le « pagétisme » ou institution des piayes (prêtres-sorciers), avait acquis le plus grand développement.
- La science amérieaniste est encore dans l’enfance. Elle doit se borner, longtemps encore, à récolter des matériaux avant d’essayer d’arriver jusqu’aux idées générales. Mais cette science ne pourra progresser que bien lentement, en raison des difficultés grandes que rencontrent l’anthropologiste et l’ethnologue à poursuivre leurs études au plus profond de la Grande Forêt américaine.
- Aussi, quand ces bons sauvages du Nouveau Monde nous font la gracieuseté de venir transporter leur campement au grand bail du Jardin d’Acclimatation, comme le font les Caraïbes du convoi actuel, ne pouvons-nous que nous en féliciter, pour les investigations et les recherches de nos savants. Les Caraïbes du Jardin d’Ac-climatation (qui sont en réalité un mélange d’Arroua-gues, de Calibis et de Tairas du bas Maroni), avec
- Une famille Caraïbe au Jardin (l'Acclimatation de Paris. Alloniza, Arrouague, sa femme et son enfant.
- Fig. 2. — I’écapé, lille-ehef Arrouaguc, photographiée au Jardin (l'Acclimatation de Paris.
- un ou deux Aramichaux, ne nous donnent que la notion atténuée des mœurs des anciennes tribus
- Caraïbes et de celles des grandes nations de ce groupe vivant encore aujourd’hui dans les déserts de l’intérieur. M. Laveau, qui partit tout d’abord pour recruter sa collection ethnographique jusqu’au cœur même de la Guyane, dut battre en retraite devant la maladie. Toutefois, ses Arroua-gues et ses Calibis, bien que déformés, si l’on peut dire, par le voisinage de notre civilisation, civilisation qui, depuis quelques générations, ne leur est déjà plus complètement étrangère, les Indiens de M. Laveau constituent pourtant, tels qu’ils sont, de curieux spécimens des populations de la grande famille Caraïbe.
- Sans entrer dans des détails ethnographiques, même sommaires, que ne comportent pas les limites de cette Notice, certaines particularités ne peuvent cependant échapper à l’observation la plus superficielle. C’est d’abord l’esprit de famille de ces sauvages. Sur ces trente-deux Indiens, on compte presque la moitié de femmes et d’enfants. La douceur des mœurs conjugales, l’amour véritablement touchant delà mère sauvage pour sa progéniture, semblent s’être encore accusés depuis la cessation de l’état de guerre. La musique et les danses ne sont pas en progrès. Comme instruments, ils en sont toujours à la flûte
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- et au tambour; comme pas, c’est toujours la même les mêmes mélopées banales et un peu tristes. La cadence nonchalante; comme airs, ce sont toujours danse du casse-tête et les autres danses de guerre
- Fig. 3. — Groupe de Caraïbes au Jardin d’Acclimatation de Paris.
- Fig. -i. — Jeunes Caraïbes jouant de la flûte. Fig. 5. — Tiainian, jeune fille galibi.
- (D’après des photographies, spécialement exécutées pour La Nature, au Jardin d’Acclimatation de Paris, par M. Maurice Ducquet.
- ne sont plus, on le voit bien, pour les exécutants du .Jardin d’Acclimatation, que de simples réminiscences.
- Leur industrie a plutôt régressé, les échantillons de hamacs qu’ils nous offrent sont loin de valoir ceux
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- des grandes tribus de l’Amazone. Leurs ouvrages de vannerie, leurs poteries, le tout réparti en manière d’ornements au milieu de leur campement improvisé, sont à peu près identiques à ceux qu’ils fabriquaient il y a trois siècles : leur art semble s’être figé dans un hiératisme sauvage. Ils se peignent toujours le visage et le corps, en rouge avec le rocou, et en noir avec le génipa. Mais ces dessins capricieusement exécutés ne sont nullement des « totems » : la fantaisie de l’Indien en a seule dicté les lignes ou les arabesques. Les femmes se passent toujours une épingle dans la lèvre inférieure et se ligottent toujours la jambe au-dessus du mollet. Elles portent toujours leurs enfants à califourchon sur la hanche.
- Nous avons cependant remarqué, chez ces Indiens du Jardin, une coutume qui n’est guère Caraïbe, mais bien plus spécialement Tupi : celle de se fixer sur le front, sur le visage, ou sur toute autre partie du corps, au moyen de quelque résine, des plumes fines, du duvet, de poule, de coq, de perroquet et d’ara. Tels qu’ils sont, ces Indiens du Jardin d’Ae-climatation ne sauraient manquer d’intéresser les simples curieux. Les spécialistes de la linguistique et de l’anthropologie américaines en sauront- sans doute tirer un plus grand profit.
- Henri Coudreau.
- LES CHEMINS DE FER EN RUSSIE
- La Russie est bien loin encore de posséder un réseau serré de chemins de fer : avec son immense superficie de 5 400 000 kilomètres carrés (en y comprenant la Finlande) elle ne possède en réalité que 50 000 kilomètres de voies ferrées, et on peut dire qu’en moyenne elle ne compte pas plus de 3,2 kilomètres par 10 000 habitants, tandis que le chiffre analogue est de 8 en Belgique, de 8,4 en Grande-Bretagne, de 9,2 en France, de 10,1 en Suisse. Et cependant on ne peut pas dire que l’établissement des chemins de fer coûte très cher en Russie : le pays étant assez peu accidenté, la dépense moyenne d’établissement par kilomètre ne dépasse pas 282 000 francs, tandis qu’elle atteint 402 000 en Belgique, et jusqu'à 677 000 en Grande-Bretagne.
- Cependant il faut bien reconnaître qu’un grand effort a été fait depuis 1870. En effet, si en 1840 l’Empire russe (nous parlons toujours ici de la Russie d’Europe) ne possédait que 27 kilomètres de chemins de fer, si ce chiffre ne montait que péniblement à 498 en 1850, à 1581 en 1860, le réseau atteignait 11 178 kilomètres en 1870, et il progressait rapidement ensuite jusqu’à 28 857 en 1880 et 50 000 actuellement.
- Il faut se rappeler du reste que la Russie est encore dans l’enfance de l’industrie et un peu du commerce : aussi le trafic sur les voies ferrées existantes est très peu intense, et ce n’est que petit à petit qu’on sent le besoin de voies nouvelles, surtout pour l’exploitation et la mise en valeur des mines de houille. Aussi actuellement le réseau ferré russe n’a besoin, pour son exploitation que de 7200 locomotives, ce qui ne représente pas plus de 0,25 locomotive par kilomètre exploité, tandis que la proportion analogue est de 0,49 en Angleterre, de 0,57 dans certaines parties de la Belgique. Quant au trafic proprement dit, si nous considérons le chiffre des voyageurs
- transportés, d’après les statistiques les plus récentes, il ne dépasse pas 45 millions, ce qui est bien peu, eu égard au chiffre total de la population : en Angleterre le mouvement en est de 721 millions, et encore sans compter ce qu’on nomme les season ticket-liolders, autrement dit les billets de bains de mer et de voyages de vacances. En 1879, le trafic des voyageurs en Russie atteignait 54 millions.
- Complétons ces rapides indications en disant que la vitesse sur les voies ferrées de la Russie d’Europe est encore très réduite : c’est à peine si quelques trains marchent à 41 kilomètres à l’heure et la moyenne de la vitesse est en général comprise entre 52 et 26 kilomètres. Ajoutons encore que dans le réseau d’ensemble de 50 000 kilomètres, une bonne part en appartient à des compagnies particulières. Aussi y a-t-il une grande diversité (ce qui est fort regrettable) entre la largeur de différents tronçons : tantôt c’est la voie normale russe, 1“,525; tantôt c’est lm,455 ou lm,067, et cela même en dehors des lignes purement industrielles; enfin on trouve même des voies avec l’énorme écartement de lm,828.
- Quant au chauffage des locomotives, ce qui n’est pas le moins remarquable des chemins de fer de Russie, il est assuré à l’aide de combustibles divers. D’après une des plus récentes statistiques, on avait brûlé, dans une année, 5 950 000 mètres cubes de bois contre 1 206 000 tonnes de combustibles minéraux, comprenant notamment 955 000 tonnes de houilles russes, 58 000 de tourbe et 102 000 de pétrole. De jour en jour les forêts s’épuisent et l’on a une tendance à employer la houille au lieu du bois, d’autant que l’on exploite constamment de nouveaux gisements de charbon. Daniel Rellet.
- LES ALLIGATORS DE LA LOUISIANE
- MM. Smiley et Gopebrivitch ont été chargés, par le gouvernement de la Louisiane, de faire une enquête sur l’état des industries de la pèche et de l’ostréiculture dans les eaux de cet État. Pour s’acquitter de cette mission, les commissaires ont dû faire plus de 1600 kilomètres dans les méandres des bayons, des lacs, des baies qui découpent le sud de la Louisiane, et entrer en relations avec des pêcheurs de races les plus diverses, des Tagals, des Malais venus des îles Philippines, des Chinois, des Indiens, des nègres, des créoles, des Italiens.
- La chasse aux Alligators, qui constituait un des principaux chapitres de cette enquête, car elle occupait plusieurs centaines de chasseurs en Louisiane et fournissait une précieuse matière première à diverses industries transformant les cuirs d’Alligator en chaussures, sacs de voyage, malles, gibecières, etc., est presque entièrement arrêtée après avoir pris un grand développement il y a douze à quinze ans. Les chasseurs ayant à peu près détruit tous les Sauriens de la Louisiane, on n’a plus que quelques lacs et quelques bayons où la chasse soit encore possible. Les Alligators qu’on prend actuellement sont, du reste, beaucoup plus petits que ceux d’autrefois. On a parlé d’Alligators de 15 mètres de long, mais ces dimensions n’ont probablement jamais existé que dans l’imagination des narrateurs, car ces animaux ne dépassaient guère 4 mètres à 4m,85 il y a une dizaine d’années. A l’heure actuelle leur taille s’est réduite de moitié, et il en reste si peu en Louisiane qu’on peut voyager un jour entier à travers les marais sans en découvrir un seul. La plupart des. habitants du sud de la Louisiane n’en ont jamais vu à l’état de nature. Le nombre des individus se reproduisant encore est si faible, que l’Alligator sera certainement éteint en Loui-
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- siane dans une dizaine d’années, excepté les quelques sujets entretenus dans les parcs. Malgré leur redoutable réputation, les Alligators étaient à peu près inotl'ensifs. Ils enlevaient parfois un jeune porc, mais on signalait à peine cinq à six cas d’individus blessés ou dévorés, car ils étaient peu enclins à attaquer l’homme. Leur principal inconvénient était de détruire les poissons des fleuves, qu’ils avaient à peu près dépeuplés, et leur extinction si proche désormais permettra sans doute aux cours d’eau de la Louisiane de se réempoissonner 1.
- L’ÉMIGRATION EUROPÉENNE
- Le Sun, de New-York, a publié un article dans lequel il constate l’accroissement considérable de l’émigration européenne en 1891. Le nombre des individus qui ont quitté l’ancien monde pour les divers pays d’outremer ne s’est pas élevé à moins d’un million, dont environ quatre cent quarante mille à destination des Etats-Unis. Deux cent mille se sont rendus au Brésil, cent mille en Australie, et le reste a été réparti entre les provinces canadiennes, les Etats hispano-américains, et d’autres contrées du globe. En outre, on estime à deux cent mille le nombre des passagers de cabine européens qui ont quitté leurs pays pour aller se fixer à l’étranger. Dans ces chiffres figurent pour la plus grande part, comparés aux émigrants d’autres origines pris séparément, les Italiens et les Juifs russes ou polonais. L’émigration italienne dans les deux Amériques est évaluée à cent mille individus. Sur soixante-six mille débarqués à New-York, douze mille seulement étaient du sexe féminin. Le mouvement hébreu a été plus considérable encore ; il s’est élevé à soixante ou soixante-dix mille individus, dont les deux tiers environ du sexe masculin. La population juive de New-York atteint aujourd’hui le chiffre énorme de deux cent cinquante mille, le plus considérable que renferme aucune ville du monde. Le reste du dénombrement comprend des nationaux de tous les Etats de l’Europe. La France cependant n’y figure que pour mémoire ; tandis que l’émigration augmente sensiblement partout, elle diminue dans une proportion au moins égale en France.
- LA PHOTOGRAPHIE PRATIQUE
- REPRODUCTION DE PETITS ORJETS
- On est appelé souvent, dans la pratique photographique, à reproduire des objets de petites dimensions, qu’il serait utile de placer dans un ordre voulu : par exemple, s’il s’agit de reproduire les différentes pièces d’un mécanisme, il sera bon de ranger celles-ci d’après une disposition et certaines orientations particulières, de manière à faire mieux sentir la connexion des pièces entre elles; on peut avoir aussi à reproduire, dans un même ordre d’idées, des échantillons à comparer, des coquilles, des fleurs, etc. Si, dans ces divers cas, on cherche à opérer d’après les moyens et les données habituels, on est souvent fort embarrassé. Pour maintenir ces pièces sur un fond vertical, il faut employer des clous, des fils, qui paraissent sur l’épreuve et sont du plus désagréable effet.
- Un des procédés les plus ordinaires, pour éviter
- 1 Uevue des sciences naturelles appliquée.
- l’emploi de ces supports, consiste à disposer les objets sur une table horizontale et de soutenir l’appareil verticalement au-dessus d’eux, ou encore de faire usage d’un moyen qui a été indiqué à plusieurs reprises et qui consiste à coiffer la bonnette de l’appareil avec un prisme à 45 degrés (fig. 1): le faisceau lumineux étant réfléchi à angle droit, la chambre demeure dans sa position habituelle. 11 y a lieu avec un tel dispositif de faire attention aux points suivants : la tablette sur laquelle seront disposés les objets devra être absolument horizontale et la glace dépolie de la chambre rigoureusement verticale, sinon il y aurait des déformations et des difficultés de mise au point générale.
- Le prisme a l’inconvénient d’absorber beaucoup de lumière, ce qui allonge la pose; mais ce qui nous a paru plus grave, c’est que, en employant une tablette opaque, il se forme autour des objets à photographier des ombres et des pénombres qui en noient les contours : si ces objets sont percés d’une fente, d’une ouverture quelconque à jour, celle-ci est reproduite dans l’épreuve par une partie noire ne laissant en rien soupçonner l’existence de cette perforation (fig. 5, partie inférieure).
- Ayant dans notre pratique courante à reproduire souvent des objets de ce genre, nous avons été amenés à chercher un dispositif, qui nous permît d’opérer rapidement et que nous décrirons ici, pensant être de quelque utilité à ceux des lecteurs de La Nature qui s’occupent de photographie.
- Sur un bâti à jour, de forme carrée, nous disposons, dans une feuillure pratiquée à la partie supérieure, une feuille de verre qui nous servira de tablette transparente, et sur laquelle nous rangerons les divers objets à photographier (fig. 2 et 5). En dessous est une planchette à 45 degrés recouverte de papier blanc : cette planchette jouera le rôle de réflecteur et la lumière diffuse qu’elle réfléchira, servira à combattre les ombres portées et par suite assurera la netteté des contours.
- De chaque côté de ce bâti sont disposés deux lurges montants de bois fixés verticalement par rapport à la glace de verre. Sur ces montants coulisse de haut en bas une planchette horizontale percée d’une ouverture pour le passage de l’objectif et munie d’un rebord qui embrasse exactement le contour de la partie antérieure de la chambre. Celle-ci se trouve par suite supportée au-dessus de la tablette de verre et la glace dépolie est parallèle à cette dernière. Afin de maintenir horizontale la partie coulissante de la chambre, il est utile de munir la traverse supérieure d’une pièce de métal, percée d’un trou et portant une vis de pression ; dans cette pièce on fait glisser une tige de fer qui venant prendre appui sur l’avant de la chambre soutient la partie coulissante et l’empêche de plonger. Grâce à la vis de pression on fixe la tige à la hauteur voulue, une fois la mise au point faite, et la glace dépolie est ainsi parallèle à la tablette de verre.
- Il a été possible, par une série d’expériences
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- LA NATURE.
- préalables, de marquer sur les montants d’une façon exacte à quels points devait s’arrêter la planchette, qui supporte la chambre noire, pour obtenir sur le verre dépoli tel ou tel agrandissement. Un repérage du même genre a été fait sur la queue de la chambre, de telle sorte, qu’en un très court espace de temps, la mise en station de l’appareil est e liée tuée, pour une reproduction à une échelle donnée.
- La façon d’éclairer la tablette permet d’obtenir toute une série d'effets particuliers. Si on emploie un verre dépoli, le côlé lisse en dessous, et un réflecteur de papier blanc, on obtiendra dans l’épreuve un fond teinté en gris sur lequel se détacheront plus nettement les objets blancs ou brillants, coquilles, pièces d’acier, etc. Il est utile dans ce cas d’avoir un verre dépoli pour éviter le double reflet, et sur le
- verre et sur les cotés des objets (3, partie supérieure).
- Si au contraire les objets sont mats (minéraux, préparations anatomiques, etc.), on devra mettre le côté dépoli de la glace en dessous, ce (pii donnera plus de brillant aiix contours dans l’ombre.
- En garnissant le réflecteur de papier de couleurs, on pourra modifier les fonds a son gré pour obtenir des contrastes qui donneront à l’épreuve plus de cachet. Si on a, par exemple, à photographier une branche de fleurs aux corolles blanches, au feuillage d’un vert doux, on placera sur le réflecteur une feuille de papier rouge : on emploiera de préférence dans ce but les papiers vernis que fournit le commerce. Par un tel dispositif, si on use, bien entendu, de plaques ordinaires, la fleur, dans le positif, se détachera très nettement sur un fond plus ou moins
- Fig. 1 à 3. — Dispositifs pour la photographie des petits objets. — 1. Appareil à prisme. — 2. Appareil à rétlocleur.
- 3. Partie inférieure : épreuve donnée par l'appareil à prisme. Partie supérieure: épreuve donnée par l’appareil à réflecteur.
- noir, ce qui donnera à l’épreuve un aspect très artistique. Une branche de feuillage sombre sera éclairée au contraire par un réflecteur violet ou bleu.
- Il arrive très souvent que les modèles ont une forme ronde, ne leur permettant [tas de rester dans un équilibre parfait, ou bien qu’il est utile de placer l’objet dans une position inclinée pour faire valoir ou mettre en lumière telle particularité qu’ils présentent ; nous nous servons pour arriver à ces divers résultats de petites boules de cire jaune, placées exactement sous l’objet et qui sont par suite invisibles pour l’objectif.
- Cette méthode, en fournissant des épreuves dans lesquelles les ombres portées sont complètement éliminées, permet non seulement de donner une grande netteté aux contours, mais encore de mieux fouiller les détails des objets, et dans les études de fleurs en particulier le résulta' est des plus complets.
- La Nature avait indiqué une façon de faire des menus photographiques, le procédé que nous venons de décrire permet d’obtenir dans ce genre de fort jolies épreuves : une ou deux branches de fleurs seront jetées de manière à encadrer une épreuve et de préférence un positif sur verre; le tout étant convenablement disposé sur la tablette transparente, on obtiendra une très originale bordure de menu et sans avoir besoin d’aucune notion de dessin.
- Nous avons indiqué à grands traits le dispositif que nous employons et qu’il sera facile à tout amateur de construire lui-meme; nous terminerons en donnant les cotes principales de l’appareil. La tablette de verre a 0m,50x0m,50 et elle est soutenue à 00 centimètres au-dessus du sol; les deux montants ont lm,50 de hauteur, ce qui permet avec un objectif de foyer moyen de réduire jusqu’au sixième environ. II. Four.tjeu.
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- LES RATS DRESSÉS
- On a souvent vu des ehicns, des chevaux, des dressés à faire des exercices qui rentrent dans la classe singes, des oiseaux, voire même des lapins et des oies, de ceux qu'exécutent habituellement les animaux sa-
- Fig. 1. — Exercice des rats montant dans une tète de chat en carton. Fig. 2. — Exercice des rats se rendant à l’appel du dresseur.
- Fig. 5. — Les rats de M. Douroff en chemin de fer.
- vanls; mais on n’avait pas encore vu de rats apprivoisés et dressés. Ce spectacle curieux a été donné récemment à Paris par un Russe nommé Douroff. 11 apparaissait sur la scène du théâtre des Folies-Bergère et il tirait des sons aigus d’une tlùte. Aussitôt
- une armée de rats accourait et venait autour du dresseur exécutant à sa volonté toute une série d’exercices. Ils montaient tous à une corde et allaient s’engouffrer dans la bouche béante d’une tète de chat en carton (fig. 1). Douroff appelait ses rats qui
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- venaient à son appel; ils montaient sur ses jambes, sur ses bras et venaient embrasser le maître (lîg. 2). Nous avons été voir M. DouroiF qui nous a autorisé à prendre des photographies a la poudre-éclair de ses principaux exercices ; nous les reproduisons ci-avant. Les ligures 1 et 2 sont relatives aux scènes que nous venons de décrire ; la ligure 5 représente un petit chemin de 1er que M. DouroiF n'exhibe que dans des représentations spéciales. Les rats se précipitent dans de petits wagons fort bien confectionnés, les remplissent, et le train se met en marche avec ces voyageurs d’un nouveau genre.
- M. DouroiF nous a affirmé que les rats sont très intelligents et très dociles a l’égard de ceux qui les soignent et les élèvent : avis aux amateurs de dressage de rats. X...
- NÉCROLOGIE
- Madame Gaston Tissandier. — Il y a quelques années, le 51 mars 1887, un banquet était offert au rédacteur en chef de La Nature par ses collaborateurs et ses amis. Parmi les toasts portés après le repas, celui de M. Janssen, de l’Institut, fut particulièrement applaudi. Le savant astronome termina son allocution en disant que contrairement à Socrate qui trouvait que sa maison devait être très petite pour n’y loger que de vrais amis, M. Gaston Tissandier savait remplir le grand salon de l’Hôtel Continental d’amis sincères. « Et puisque nous en sommes sur Socrate, ajouta M. Janssen, laissez-moi vous dire que vous avez encore une autre supériorité sur lui. Ce philosophe, paraît-il, avait une femme fort désagréable, et vous, vous avez une femme charmante, une jeune et tendre compagne, que la maladie a frappée, hélas ! dans la Heur, qu’elle a clouée sur sa couche depuis bien longtemps, et dont le caractère, malgré tant de souffrances, est resté doux, aimable et gai ; une compagne dont la seule joie est votre présence, et dont le cœur n’a guère d’autres émotions que celles que lui donnent vos succès. Souhaitons, Messieurs, à Mme Tissandier un prompt rétablissement, et vous, mon cher ami, portez-lui l’expression de tous nos vœux. )) —Les souffrances deMm<! Tissandier, ont toujours continué depuis cette époque. À la suite d’une opération chirurgicale que l’état de sa santé avait rendue nécessaire, elle a poussé le dernier soupir le 11) mars dernier à l’àge de 51 ans, laissant éplorés son mari et ses deux jeunes enfants. Les obsèques de Mme Tissandier, qui joignait à une grâce exquise toutes les qualités du cœur et tout le dévouement d’une mère, ont eu lieu à l’église de la Trinité, au milieu de l’émotion et de la sympathie de tous”. Les couronnes et les fleurs étaient si abondantes, qu’il fallut joindre au char mortuaire un brancard pour les porter toutes. — Nous avons remarqué parmi l’assistance, au milieu des parents, des intimes et des dames amies de la défunte, plusieurs membres de l’Académie des sciences, MM. Janssen, Cailletet, Albert Gaudry, P.-P. Dehérain, amiral Mouchez, Bischoffsheim, Léauté, Moissan, un grand nombre de notabilités de la science, des lettres ou de l’art, et la plupart des collaborateurs de La Nature. Nous citerons au hasard des signatures inscrites sur le registre de la maison mortuaire : MM. le vice-amiral baron Roussin, G. Eiffel, Gauthier-Villars, G. Masson, Fouret, Léopold Delisle, Rothschild, Loustaunau, Camille Debans, P. Gahéry, Bou-
- gaud, E.-F. et IL Chauchat, Ducrey, Rihouet, D' Terrillon, Dr Bucquoy, L. Marc, directeur de Y Illustration, Paul Nadar, Robida, Lalauze, Lahure, Bauche, Geoffroy-Sa int-llilaire, Molteni, G. Trouvé, L. L’Hôte, Jacques Bertillon, Alphonse Bertillon, I)r Filhol, Dr Cartaz, marquis de Nadaillac, Vuillaume, de Fonvielle, Ed. Hospitalier, Be-raldi père, Henri Beraldi, Louis Gonse, I). Morgan, Gaston Bozérian, I)r Chauffard, Eugène Paillet, Bonnaffé, Bixio, Em. Benner, Boutard, Deulsch, IL Dreyfus, commandant Fribourg, IL Turner, Vallery-Radot, E. Landrin, Léonce de Quatrefages, Léon Renard, MM. Poyet, Tilly, Thiriat, J. Morieu, Clément, Hietrich, Gilbert, Juillerat, Stœsser, Melot, dessinateurs ou graveurs de La Nature, MM. Emile Belloc, Louis Olivier, E. Pontzen, lieutenant-colonel de Rochas, Camille Dartois, Ch. Rabot, colonel Laussedat, M. et Mme Stanislas Meunier, C.-E. Guillaume, Ch. Ricbet, commandant Renard, Loreau député, M. et Mme Dieulafov, MM. Fraissinel, Paul et Prosper Henri, l)r Bergeron, Arthur Good, E. Guillemin, Léon Doulcet, G. Foltz, vicomte G. de Yilliers, Où, attaché à la Légation de S. M. l’Empereur de la Chine, Yiolle, Germain Bapst, Salles, Albert Londe, Jacques Ducom, C. Gerhardt, P. Garnier, Mou-reaux, G. Mareschal, I). Bellet, M. Dufossé, Henri de Par-ville, Maurice Bucquet, G. Rolland, Boudet, Buron, d’An-decy, Ernest Bergman, P. Rousseau, Deligand, Serpollet, Grand-Carteret, Radiguet, Berthon, Maurice Dreyfous, G. Ricliou, etc., etc. Nous avons cru devoir, au nom des collaborateurs de La Nature, rendre ici un dernier hommage à celle qui était aimée et respectée de tous ceux qui l’ont connue. J. Laffargue.
- CHRONIQUE
- Les perturbations magnétiques et la neige. —
- La période des perturbations magnétiques observées ces temps derniers à l’Observatoire du parc Saint-Maur et sans doute sur tout le globe, a passé par trois phases principales; l’agitation des boussoles a été excessive les 15-14 février, 0-7 mars, 11-15 mai s. Chacun de ces troubles dans l’état magnétique de la terre a été suivi, à un ou deux jours d’intervalle, de chutes de neige, très abondantes pour la saison, sur toute l’Europe occidentale, et particulièrement en France. Dans l’état actuel de la science, l’idée d’une relation entre les phénomènes magnétiques et les accidents météorologiques n’est pas admise sans réserve; néanmoins, et en tout état de cause, il nous a paru intéressant de signaler ce rapprochement.
- Canalisation à ÎOO atmosphères par tubes ülannesmann. — La maison Siemens et llalske possède à Kedabey, dans le Caucase, des fonderies de cuivre pour la production d’un certain cuivre destiné à un raffinage électrolytique ultérieur. Au début, on faisait exclusivement usage de bois comme combustible, mais l’accroissement de consommation devint bientôt si rapide qu’il fallut s’adresser à un autre procédé de chauffage. Les résidus des raffineries de pétrole connus sous le nom de massud pouvaient être obtenus sur place en quantité presque illimitée, mais Kedabey étant à 100 mètres au-dessus des approvisionnements les plus voisins, la question du transport prit une importance très grande et l’on se décida à établir une conduite destinée à la canalisation du combustible liquide ; mais, comme il s’agissait d’atteindre des pressions de 100 kilogrammes par centimètre carré, et que le tube en fer forgé et soudé n’inspiraient qu’une médiocre confiance, on se décida à employer des tubes Mannesmann en acier. La ligne, terminée en avril 1891, a fonctionne
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- depuis cette époque en donnant toute satisfaction. Voici quelques chiffres intéressants empruntés au Dinglers Pohj-technische Journal sur cette installation. La ligne, composée de tubes de 102 millimètres de diamètre intérieur et de 5,5 millimètres d’épaisseur, a 25 kilomètres de développement. Les tubes ont été essayés en fabrique à la pression de 200 kilogrammes par centimètre carré. Les joints sont à vis et légèrement coniques. Le métal est si homogène que les filets ont pu être coupés avec la plus grande précision. Les dilatations sont prévenues à l’aide de spirales de 75 centimètres de diamètre, réparties à raison de 1 spirale par kilomètre. La ligne est très sensiblement droite; elle traverse les montagnes et les rivières sans aucune protection, car l’expérience a montré qu’il était très difficile de détériorer des tuyaux de ce genre, qui n’ont été enfouis en terre qu’à la traversée des voies.
- Une machine à percer unique. — Pour assurer la précision du travail, tous les trous d’un petit diamètre ont été jusqu’ici percés à la main, mais M. John Wennslrom, de New-York, vient d’inventer une machine dont l’axe fait 22 000 tours par minute, et peut, paraît-il, percer un trou de un millième de pouce (0mm,025) de diamètre dans un saphir de un seizième de pouce (lmm,5) d’épaisseur en dix minutes à peine. On considérait autrefois un trou de un cinq-centième de pouce de diamètre (0mm,05) comme tout à fait remarquable, mais aujourd’hui bien des applications exigent que l’on perce dans des pierres dures des trous beaucoup plus petits. Ces trous sont employés dans les filières, et dans un certain nombre d'instruments électriques, mathématiques et de navigation. Edison utilise des pierres percées de trous de un millième à un deux-millième de pouce de diamètre pour étirer des fils de platine. Les fils fins ordinaires sont tirés sur des filières en acier, mais pour un travail un peu minutieux, le trou serait rapidement agrandi, et produirait alors un fil trop gros. On emploie donc des diamants, des saphirs et des rubis pour les trous les plus fins, et lorsqu’il s’agit d’obtenir des fils d’un diamètre uniforme. Le diamant est le meilleur, puis vienncntles saphirs etles rubis. L'agate est inutilisée comme * manquant de dureté. Dans les anciennes méthodes de fabrication de ces filières, le foret était fixe, et on venait l’appliquer contre la pierre animée d’un rapide mouvement de rotation. Dans la machine Wennstrom, c’est la pièce qui est fixe et le foret qui tourne. Le trou est percé cylindrique, et les bords en sont ensuite adoucis. Pour des trous dont le diamètre dépasse 8/1000 de pouce (0mm,2), le foret porte des tranchants en diamant, mais pour les plus petits trous, les forets sont simplement en fer doux. Les particules de diamant viennent s’y incruster pendant le travail. Une disposition automatique soulève périodiquement le foret et le remet en place pour faciliter l’accumulation des poussières de diamant à son extrémité. (Iran.)
- La traction électrique à Leeds. — L’exploitation de la ligne de tramways électriques inaugurée à Leeds le 29 octobre dernier a donné de si bons résultats que le Conseil d’administration de la Compagnie se propose d’augmenter le réseau d’une longueur de ligne moitié environ de la ligne existante. Jusqu’à présent la ligne a une longueur de 5 kilomètres. Le courant est fourni par deux dynamos Thomson-Houston de 500 volts et 200 ampères à enroulement compound et accouplement en séries. Ces dynamos sont mises en mouvement par une machine système Mac-Intosh et Seymon de 200 chevaux indiqués. La vapeur est produite à la pression de 8 kilogrammes par centimètre carré par une chaudière Babcok et Wilcox de 190 chevaux munie d’un appareil automatique de dis-
- tribution de combustible. Les voitures peuvent contenir vingt-deux voyageurs et sont munies de deux moteurs de 15 chevaux du système Thomson-Houston, à enroulement en série; elles comprennent cinq compartiments éclairés par cinq lampes à incandescence.
- Un bateau sous-marin. — Les ateliers de con- ; struction de Détroit viennent de terminer un modèle (de 40 pieds de longueur sur 9 de largeur et 14 de profondeur) du nouveau bateau sous-marin inventé par G. Baker, de Chicago. L’immersion est réglée par des propulseurs renversables travaillant de chaque côté du bateau, avec tous les angles désirables. Le mouvement en avant peut être changé en un mouvement vertical de haut en bas, en donnant aux propulseurs un angle de 90°. La direction latérale du bateau lui est donnée par un gouvernail, placé à l’arrière, qui est manœuvré à l’aide d’une roue fixée dans la tour. L'Army and Navy Journal donne d’amples détails sur la machinerie relativement considérable de ce bateau : bouilleurs, pompes à air, etc. L’intérieur est éclairé à la lumière électrique. Quant à l’expulsion des gaz et vapeurs, elle est assurée par un appareil spécial.
- Le vin de Chypre. — Dans son rapport sur la division navale du Levant, le Dr Trabaud donne les détails suivants sur la fabrication du vin si renommé de Chypre.
- L’île produit toujours beaucoup de vin, entre autres, le fameux vin de la Commandeiie qui a une réputation si méritée. Les procédés employés pour faire le vin sont bien primitifs. Quand les grappes sont mûres, le propriétaire les suspend au-dessus de sa maison, sur les terrasses ou toits plats, et quand les grains commencent à couler, les grappes sont placées dans un vase, pilées avec les pieds et le vin est fait. Ce qui fait la qualité du vin de Chypre, ce sont les fûts destinés à le recevoir et à le contenir pendant un plus ou moins grand nombre d’années. Ces fûts contiennent des lies datant de 50 et 40 ans et c’est en séjournant sur elles que le vin acquiert sa qualité.
- Ainsi quand à Chypre on dit qu’un vin a 50 ou 40 ans, cela ne veut pas dire qu’il est récolté depuis ce nombre d’années, mais bien qu’il a été en contact avec des lies de cette époque.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 mars 1892. — Présidence de M. d’Abbadie.
- M. Lalanne. — Encore aujourd’hui la séance n’a pas lieu, levée en signe de deuil à l’annonce d’une nouvelle perte de la science. Il y a vingt-un mois, M. Lalanne faisait dans son escalier une chute dont les suites furent si malheureuses que le blessé épuisa toutes ses forces et ne put guérir. Il était âgé de quatre-vingts ans et appartenait à l’Académie depuis 1879 au‘titre des membres libres. Quoique son nom soit intimement lié à l’histoire de l’abaque et à l’invention de plusieurs instruments de calcul, M. Lalanne s’est signalé surtout par de grands travaux de génie civil : les uns en France, d’autres à l’étranger, spécialement en Suisse et en Yalachie. Il était sorti de l’Ecole polytechnique en 1851.
- Physique solaire. — La seule pièce de la correspondance qui ait été analysée avec quelque détail, est une Note de M. Deslandres sur une magnifique protubérance solaire apparue le 5 mars et qui a été photographiée. On y a vu, outre les raies de l’hydrogène et de l'hélium, plusieurs raies qui jusqu’ici n’avaient été observées que I dans le spectre des étoiles blanches. L’élargissement de
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- ces raies disposées en éventails témoigne d'une vitesse radiale de 200 kilomètres à la seconde.
- Varia. — Une anomalie du nerf grand hypoglosse est minutieusement décrite par M. le Dr Delmas. — Les acides amidobenzoïques isomériques occupent M. Gîscher de Konink. — M. le secrétaire perpétuel signale des fascicules des Aslronornische Miltlieilumjcn où sont reproduites d’intéressantes lettres écrites par Le Verrier à M. Gautier (de Genève). Stanislas Meunier.
- JOUETS SCIENTIFIQUES
- DISTUIDUTEUR AUTOMATIQUE DE LIQUIDES
- Dans le but de créer un nouveau jouet scientifique, et aussi, il faut bien l’avouer, pour populariser les distributeurs automatiques, et généraliser leur emploi, la Société française des fontaines populaires a combiné et mis en vente, pour les étrennes de la présente année, un ingénieux appareil que nous croyons devoir présenter a nos lecteurs. Bien que les premiers modèles, hâtivement construits, n’aient pas fonc-tinne avec toute la régularité désirable, le principe sur lequel ils sont fondés n’en reste pas moins curieux et capable de donner de bons résultats, avec des appareils mieux construits, pour les étrennes de l’année prochaine. Le jouet présente l’aspect extérieur des appareils précédemment décrits1 et fonctionne comme eux en apparence, mais par un mécanisme très simplifié et fondé sur le principe de la lontaine des oiseaux. A cet effet, le liquide a distribuer, dénommé Élixir des enfants sages, est renfermé dans un réservoir cylindrique dissimulé dans le tonneau. Un l’introduit par le trou G qu’il faut avoir bien soin de reboucher hermétiquement en vissant à fond la clef filetée qui sert de bouchon. Ce réservoir porte à la partie inférieure une ouverture munie d’un robinet F par lequel s écoulera successivement la provision de liquide par portions sensiblement égales. Le robinet F est fermé pendant l’opération du remplissage, et ouvert aussitôt après. Un tube vertical E est soudé dans le réservoir. Son extrémité supérieure débouche dans ce réservoir,
- 1 Voy. n° 962, du 7 novembre 1891, p. 563.
- Petit distributeur automatique de liquidés.
- son extrémité inférieure aboutit dans l’intérieur d’une capsule hémisphérique C pouvant basculer autour d’un diamètre horizontal. Si on dépose un sou dans l’ouverture A, ce sou tombe en B sur un levier fixé sur la capsule G. Cette capsule, en basculant, déverse le liquide qu’elle renferme en I), d’où il sort et retombe par une tubulure dans une petite timbale placée à l’extérieur. Mais, en basculant, la capsule C a ouvert l’extrémité inférieure du tube E qui plongeait dans le liquide : il s’est donc introduit, pendant le basculage, une certaine quantité d’air dans le réservoir cylindrique, ce qui a permis à une certaine quantité de liquide de s’écouler par F et de venir remplir a nouveau la capsule C jusqu’au moment où l’extrémité inférieure du tube E se trouvant bouchée par le liquide, il ne puisse plus s’introduire d’air dans le réservoir, ce qui arrête
- l’écoulement. La capsulercstedonc remplie de liquide jusqu’au moment où une nouvelle pièce de cinq centimes mise dans l’ouverture A produise un nouveau basculage de la capsule \), et provoque ainsi une nouvelle série d’opérations. Le tonneau est posé sur un socle formant tirelire dans lequel viennent tomber les pièces de monnaie.
- On conçoit qu’un semblable appareil demande une immobilité parfaite'pour fonctionner convenablement, et qu’il est impossible d’obtenir des volumes égaux de liquide à chaque opération, car les conditions d’équilibre et la rapidité d’écoulement ne sont pas les memes, suivant que le réservoir est plein ou presque vide. Il est possible d’ailleurs, en réglant le niveau de l’extrémité inférieure du tube E plongeant dans la capsule E, de modifier dans une certaine mesure la quantité de liquide débitée par l’introduction d’une nouvelle pièce de monnaie par l’ouverture A. Nous nous permettrons d’émettre l’avis que cet appareil serait beaucoup plus amusant et instructif si tout le mécanisme, au lieu d’être enfermé dans une enveloppe en fer-blanc close de tous côtés, pouvait être entrevu par une fenêtre ménagée dans la paroi.
- Dr Z...
- Le Proj>riétaire-Gërant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, 9, rue de Fleuras.
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- N° 982.
- 26 MARS 1892.
- LA NATURE.
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- LES COMPTEURS HORO-KILOMÉTRIQUES POUR TOITURES DE PLACE
- En présence des difficultés survenues depuis quelques années dans l’industrie des voitures de place à Paris, le Conseil municipal a repris l’étude du remaniement des
- fonctionnement de l’appareil qui lui est confié. A ce point de vue il semble opportun que, préalablement à l’installation du compteur, loueurs et cochers arrivent à une
- entente sur le rè-
- Fig. 1. — Disposition du compteur dans mie voiture de place. —C. Compteur. —• À. Système de commande de transmission du mouvement de la roue au compteur. —B. Transmission. — D. Lanterne éclairant le compteur.
- tarifs et de l’application des compteurs. Une enquête a été ouverte a la Préfecture de la Seine par une Commission dénommée Commission technique des compteurs, créée par une délibération du 5 juillet 1889 et par un arrêté du 20 août de la même année.
- Le 27 août 1889, une Sous-Commission a été instituée, son rapport a été présenté à la Commission qui l’a approuvé en séance plénière le 12 février. Le règlement portant tarification à la lois métrique et horaire date du 7 juin 1890.
- Voici d’abord un résumé des cons idérations générales développées par la Sous-Commis-sion, et qui justifient les dispositions adoptées.
- Le compteur doit satisfaire les trois intérêts en jeu : du voyageur, du cocheretduloueur.
- l)u voyageur d’abord, car le mé-contentement de celui-ci l’amènerait simplement à délaisser les voitures, une fois le service organisé, et cette
- abstention, cette grève partielle de la clientèle, aurait les conséquences les plus ruineuses et les plus redoutables pour les cochers comme pour les loueurs et les fabricants de compteurs.
- L’intérêt du cocher nous paraît venir en seconde ligne, par cette considération bien simple que le plus parfait compteur placé entre les mains du cocher ne marchera pas si celui-ci n’est pas satisfait et n’a pas intérêt au bon
- 20e année. — 1er semestre.
- Fig. 2. — Lecture du compteur par le voyageur.
- glement de leurs rapports économiques. A quoi bon installer des compteurs pour les confier à des cochers intéressés à les empêcher de fonctionner? Cela n’aboutirait qu’à jeter une grande perturbation dans l’industrie du louage, et à ajouter, par la ruine des fabricants de compteurs, un nouveau désastre à ceux dont le souvenir est encore présent à la mémoire.
- Si nous plaçons en troisième ligne l’intérêt du loueur,
- ce n’est pas qu’il soit moins respectable et nécessite moins d’être sauvegardé; c’est simplement pour observer un ordre chronologique. Les deux premiers intérêts satisfaits,
- il faut que celui du loueur soit entièrement garanti.
- A ce point de vue, nous croyons devoir appeler l’attention des pouvoirs municipaux sur la nécessité de protéger les loueurs, dont l’industrie est déjà si chargée, contre les tentatives de coalition qui pourraient se produire de la part des fabricants de compteurs, en déterminant un maximum que ces fabricants ne pourraient dépasser pour la location journalière des voitures, et
- aussi pour l'entretien et le service d’un compteur. ->
- La Commission a trouvé que le compteur horaire et kilométrique, avec contrôleur,' paraissait seul de nature à satisfaire les trois intérêts' mentionnés ci-dessus.
- 11 permet de donner au voyageur, quelles qu’aient été les diverses natures de services qu’il a réclamées de la
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- LA NATUHE.
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- voiture : course rapide, arrêts, marche lente, une indication unique, nette et uniforme du prix à payer au cocher, d’éviter toute discussion avec celui-ci et de voir donnei suite à ses réclamations contre tout abus révélé pur le système de contrôle.
- Les cochers se sont unanimement prononcés pour ce svstème par l’organe de leur chambre syndicale et de leurs groupes corporatifs. Les loueurs y trouvent un moyen de contrôle des plus précieux sur l’emploi fait par le cocher, d’une part, de son temps et, d’autre part, de la cavalerie, la partie la plus précieuse et la plus fragile de leur capital.
- Le n’est pas qu'il faille voir dans le compteur un juge impartial et souverain proportionnant exactement la rémunération au service rendu. Le compteur n’est qu’un appareil mécanique enregistrant et décomptant le travail fait et non le travail utile : certains cochers apprendront bien vite à eu jouer et, si nous disons que le compteur en indiquant le prix à payer évitera toute contestation entre le cocher et le voyageur, nous n’entendons parler que des contestations sur la voie publique; l'enregistrement détaillé du travail de la voiture permettant de donner suite aux réclamations que le voyageur croirait devoir formuler.
- L’arrêté du 7 juin 1890 lixe, dans son article 2,' la tarilication pour les voitures à deux places, les
- Francs Centimes
- A PAYER (02^ (75)
- yn \v. .i,v " Vl ;r,ôui
- h'ilomrrs Fractions
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- Fig. 3. — Cadran du compteur lioro-kilomclriquc.
- landaus, les voitures à six places, les services de jour et de nuit, le tarit fixe pour transport de colis, les indemnités de retour, etc.
- Nous nous contenterons d’indiquer le tarif relatif à la voiture ordinaire à deux places : 75 centimes [tour le premier kilomètre, 25 centimes pour chacun des kilomètres suivants, 50 centimes de plus-value lixe pour service de nuit dans l’enceinte fortifiée, 50 centimes d’indemnité au passage de fortifications, aller ou retour, et 1 franc d’indemnité de retour pour voitures laissées hors de l’enceinte fortifiée.
- Le compteur devra indiquer au voyageur, à chaque moment de l’occupation, d’une façon nette et uniforme : le nombre de kilomètres parcourus réellement, l’heure de Paris et le prix total à payer. Ce prix résultera de l’application du tarif kilométrique, tel qu’il est fixé à l’article 2 et conformément aux règles suivantes relatives aux périodes de course, d’arrêt et de marche lente commandées par le voyageur.
- Pendant la course, le prix progressera d’après le nombre de kilomètres réellement parcourus, quelle qu’ait pu élre la variation de la vitesse aux divers points du parcours.
- Pendant les attentes, le prix progressera comme s’il
- s’agissait d’une marche fictive, à la vitesse de 8 kilomètres à l’heure, et cela automatiquement, sans intervention du cocher ni du voyageur.
- Pendant la marche lente commandée, le prix progressera comme si la vitesse était de 8 kilomètres à l’heure, et ce, sur une manœuvre spéciale du cocher, effectuée sur la demande du voyageur, à qui l’appareil indiquera nettement l’accomplissement de cette manœuvre.
- Le prix à payer progressera par fractions égales au prix du kilomètre, et toute fraction commencée sera due en entier.
- Outre les renseignements fournis aux voyageurs, le compteur devra enregistrer intérieurement le travail de la voiture et les manœuvres exécutées par le cocher.
- En dehors des manœuvres à effectuer par le cocher pour indiquer, avec signes intérieur et extérieur apparents, que la voiture est libre ou louée, ou marche au pas sur l’ordre du voyageur, le compteur devra marcher automatiquement et fournir tous les renseignements exigés, sans aucune intervention du cocher ni du voyageur.
- Les conditions techniques à imposer aux compteurs sont nettement indiquées dans le programme annexé à l’arrêté, programme dont nous reproduisons les conditions générales, communes à tous les systèmes, agréés ou à agréer.
- Uniformité de l’aspect extérieur. — Les compteurs devront présenter un aspect extérieur uniforme, de telle sorte que le public n’ait pas à s’initier à la lecture d’un grand nombre d’appareils variables. Le croquis ci-annexé (voy. fig. 5) définit cet aspect de la face du compteur; la répartition des indications pourra seule varier selon les exigences du mécanisme.
- Emplacement. — Ils seront placés dans le siège du cocher, le cadran faisant face au voyageur et éclairé par le feu d’une lanterne.
- Forme des indications à donner au voyageur. — Les indications données au voyageur seront très apparentes, de façon à pouvoir être lues le soir comme le jour. Elles seront bien détachées, en chiffres d’au moins 1 centimètre de hauteur, dans des guichets accompagnés d’inscriptions très apparentes, en lettres de même hauteur.
- Sautoir. — Afin d’éviter toute contestation, les indications devront changer par mouvement de sautoir, dès qu’une nouvelle portion de longueur ou de prix sera commencée et acquise.
- Nature des indications au voyageur. — La face du compteur visible pour le voyageur ne donnera que les indications suivantes: 1° l’heure de Paris; 2° dans un premier guichet, la somme à payer en francs et centimes, progressant par fractions égales au prix du kilomètre ; 5° dans un second guichet, le nombre des kilomètres et fractions de kilomètre réellement parcourus depuis la location de la voiture, de façon que le voyageur puisse suivre la progression du parcours et du prix ; 4° Dans un petit guichet spécial, l’état du compteur : loué, libre, au pas. Un coup de timbre signalera à l’attention du voyageur l’apparition de ces signaux.
- Levier du Libre. — Un levier à la disposition du cocher indiquera avec un écriteau très apparent, que la voiture est libre et mettra en marche le compteur dans une seconde position faisant disparaître le signal Libre. Dans la position Libre, ce levier mettra et maintiendra au prix du premier kilomètre le prix à payer indiqué au voyageur, et à 0 le nombre de kilomètres et fractions de kilomètre parcourus ; en même temps, il fera achever dans le rouage
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- les périodes commencées et payées qui sont dues au loueur et qui ne peuvent rester à la charge du voyageur suivant.
- Cran d’arrêt. — Avant de ramener l’appareil à 0 et d’ell’acer le prix à payer par le voyageur, le levier s’arrêtera à un cran d’arrêt qui ne permettra plus de nouvelle progression du prix pendant le payement. Ce n’est qu’en-suite, une fois le prix réglé, que le cocher mettra l’appareil à zéro en arborant le signal Libre.
- Automaticité des fonctions. — Fonctionnement. — En dehors de ces manœuvres du cocher et de celle à effectuer, avec le même levier, pour la marche au pas (marche lente commandée), l’appareil devra fonctionner automatiquement. Le compteur devra être disposé de manière à indiquer et à décompter le nombre exact de kilomètres parcourus. Lorsque la voiture louée sera au repos ou marchera au pas sur l’ordre du voyageur, le compteur devra, automatiquement dans le premier cas, et sur manœuvre du cocher dans le second cas, décompter le prix à raison d’un travail fictif de 8 kilomètres à l’heure.
- Contrôle. — Le. compteur devra enregistrer d’une manière parfaitement distincte sur disque, bande ou rouleau horaire remplacé chaque jour : 1° les kilomètres réels parcourus soit à charge, soit à vide, et les manœuvres successives du levier du cocher ; 2° les périodes d’occupation de la voiture ; 5° les périodes de marche de la voiture. Ces deux dernières indications devront être produites sans aucune intervention du cocher : la première, par la présence d’un voyageur dans la voiture ; la seconde, par le mouvement d’un style treinbleur convenablement disposé.
- Indications spéciales au loueur. — Le compteurdevra donner au loueur, dans un guichet spécial dont il aura la clef, le total de la recette de la journée donné par le compteur, en dehors des produits spéciaux de bagages, voyageurs supplémentaires, indemnités de retour, plus-values de nuit et hors barrière, et, d’autre part, le total des kilomètres réellement parcourus avant le relayage.
- Nous reproduisons à l’appui de ces documents qui présentent la question au point de vue général, l’aspect d’une voiture fermée à deux places (fig. 1) munie de tous les organes additionnels nécessités par l’installation du compteur horo-kilométrique : système de transmission A, indication du Libre ou Loué, compteur proprement dit G installé sous le siège, lanterne 1) éclairant les cadrans pendant la nuit. La figure 2 représente un voyageur observant le compteur avant de solder sa voiture, et la figure 3, une vue d’ensemble de la face du compteur, vue réglementaire commune à tous les systèmes.
- Nous aurons l’occasion de décrire successivement les diverses solutions du problème posé par la ville de Paris, et dont nous nous sommes efforcé, par la reproduction succincte des documents administratifs régissant la matière, de bien faire comprendre la complexité et la difficulté à nos lecteurs.
- Nous examinerons, dans un prochain numéro, l’une des premières solutions appliquée sur un certain nombre de voitures de la Compagnie /’Espérance, et réalisée par M. Santenard, avec l’habile concours de M. Lepaute.
- -a suivre.- X..., ingénieur.
- LES SOURCES DU NIL
- A TRAVERS l’hISTOIRE
- Un grand yombre de personnes, même instruites, s’étonnent de voir, sur des cartes anciennes, le Nil s’échapper de grands lacs placés à peu près dans la situation qu’occupent les lacs Albert et Victoria. Elles se demandent alors si les découvertes qui ont été accomplies de nos jours par Livingstone, Speke, Cameron et tant d’autres voyageurs, en passant par Stanley, sont bien réellement des découvertes; si les régions et les peuples qu’ils nous ont révélés n’avaient pas été explorées et exploités, visitées et connus de longue date par des commerçants et des voyageurs dont les noms seraient aujourd’hui perdus.
- In globo, la réponse est facile : l’intérieur de l’Afrique nous a été absolument inconnu jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, et les sources du Nil, les véritables sources du Nil, ne sont pas encore découvertes, à moins qu’il ne faille voir dans la rivière Kifou, que viennent tout récemment de reconnaître Emin Pacba et le docteur Stuhlmann, la branche la plus méridionale du Nil.
- Mais notre affirmation a besoin d’être appuyée de preuves convaincantes : nous allons procéder à cette démonstration au moyen de documents anciens, tout en la restreignant dans les limites qu’exigent les dimensions de cette Revue.
- Et tout d’abord que savaient les anciens des sources du Nil? Sans doute fort peu de chose, car ils disaient d’une entreprise folle, extravagante, impossible, que c’était chercher les sources du Nil. Cependant si l’on résume les renseignements épars chez les auteurs de l’antiquité, on verra qu’ils se faisaient une idée encore assez exacte de ce fleuve mystérieux dont les crues présentaient un phénomène irritant dont on eut bien de la peine à trouver les causes. En effet, du mois de mai au mois d’aoùt, lorsque les rivières d’Europe, sous l’influence des chaleurs estivales, sont au plus bas de leur étiage, le niveau des eaux du Nil monte jusqu’au point d’envahir les plaines immenses de la basse Egypte, sur lesquelles il dépose, en rentrant dans son lit, un limon extrêmement fertile. « Point de pluies en Égypte, dit Samuel Baker, pas même une goutte de rosée dans ces déserts arides que le fleuve magnifique parcourt sur une étendue de plus de 860 milles en latitude sans être alimenté par un seul tributaire. Malgré toutes les pertes que l’évaporation et l’absorption lui font éprouver, le Nil verse chaque année ses bénédictions sur l’Égypte. Fleuve anomal, débordant pendant la saison la plus sèche de l’année, résistant aux sables du désert, quelle était son origine cachée? où fallait-il chercher ses sources? »
- Telles sont les questions que les anciens se sont posées sans avoir jamais pu les résoudre d’une façon absolue. Le Nil, d’après Ératosthène, reçoit deux rivières qui sortent de certains lacs à l’orient : l’un est l’Astaboras ou Àtbara, important cours d’eau qui
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- LA NATURE.
- prend sa source en Abyssinie, traverse la Nubie et se jette à gauche dans le Nil ; l’autre est l’Astapus, connu de nos jours sous le nom de Babr-el-Azrek, ou fleuve bleu, à cause de la couleur de ses eaux, qui prend sa source dans les plus hautes montagnes de l’Abyssinie et se déverse dans le Nil près de Khar-toum. Quant au géographe d’Alexandrie, Rtolé-mée, qui a emprunté la plupart de ses renseignements à Marin de Tyr dont la géographie est aujourd’hui perdue, il nous apporte un supplément d’informations, car il nous apprend que l’Astapus sort d'un certain lac Colea qui n’est autre que le lac Dcmbea ou Tzana qu’explorèrent le P. Paez au seizième,
- Robert Bruce au dix-huitième siècle et Guillaume Lejcan en 1862.
- Quant à la branche du lleuve connue aujourd’hui sous le nom de Bahr-cl-Abiad, elle a, de tout temps, été considérée comme la tète môme du lleuve. Au livre VI de ses Questions naturelles, Sénèque en parle en ces termes : « Ignorez-vous que parmi les systèmes qui expliquent le débordement du Nil en été, il en est un qui l’attribue non aux pluies mais aux eaux intérieures?
- J’ai entendu raconter ceci à deux centurions que l’empereur Néron, esprit curieux et passionné pour la recherche de la vérité, avait envoyés à la découverte des sources du Nil. Après avoir parcouru une très longue route, grâce à la protection du roi d’Éthiopie et des princes voisins, ils s’étaient vus arrêtés par d’immenses marais.
- (Nous avons lieu de croire que c’est le lac No et que l’embâcle, dont parlent les centurions, est de môme nature que celle qui a été si bien décrite par S. Baker.) Les indigènes, ajoutèrent-ils, n’en connaissaient pas la fin et l’on ne pourra guère l’atteindre tant l’eau disparait sous les herbes et les roseaux enchevêtrés, marais sans gué et impraticable aux navires, à travers lequel une petite barque maniée par un seul homme a peine à se frayer un passage. » Là, entre
- deux rochers, se précipitait un cours d’eau majestueux, venu, suivant Ptolémée, de grands lacs voisins d’une chaîne de montagnes qu’il appelle les monts de la Lune. Ces renseignements se retrouvent sur les cartes qui accompagnent les manuscrits de la géographie de Ptolémée, cartes dues à Agathodæmon
- d’Alexandrie, et qui nous font constater exactement ce que les anciens savaient de cet irritant problème.
- On sait qu’à la suite des invasions des barbares la somme des con-naissancos acquises avait considérablement diminué, que la moyenne de 1 a science avait singulièrement baissé par suite de la destruction et de la perte d’innombrables manuscrits, par la difficulté des communications et par l’extinction des principaux foyers de l’érudition. Si bien que pendant plusieurs siècles les théories cosmogoniques, les connaissances géographiques, comme la plupart des autres sciences d ailleurs, étaient devenues l’apanage presque exclusif des moines. Ces pauvres gens,
- presque sans livres, travaillant seuls, livrés sans contrôle à leurs réflexions, en étaient arrivés à se former de la terre et de l’univers les conceptions les plus singulières et les plus baroques. Un certain nombre de mappemondes dues à leurs travaux nous sontparvenues plus ou moins détériorées par les ravages du temps, mais on peut néanmoins y déchiffrer leurs curieuses théories. La plupart ont été reproduites dans les curieux Atlas de Jomard (fig. 1) ou du vicomte de Santarem.
- De ces nombreuses cartes, nous parlerons surtout de la mappemonde de la cathédrale d’Hereford, due à Richard de Haldigham, et de la mappemonde de Fra Mauro (fig. 2). Sur la première de ces cartes à la hauteur de l’ile Méroé, le Nil se partage en deux branches : l’une, appelée Astabul, n’a qu’un cours très restreint; l’autre, plus longue, traverse les montes Nubise et prend sa source auprès d’une ville désignée sous
- Fig. 1. — Carte tirée (l'un manuscrit du quatorzième siècle de la Bibliothèque nationale, reproduite par Jomard.
- Cetoschamar
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- Fig. 2. — Mappemonde de Fra Mauro, 1159.
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- le nom de Oppidum Nubiæ. Sur la carte de Fra Mauro, le Nil prend sa source en Abyssinie au mont Marora; une branche, a l’ouest, qu’il appelle Abavi sort duGodjamet s’unit, après avoir traversé un lac, à l’autre branche appelée Tagaz.
- Enfin un troisième rameau s’échappe d’un marais auprès duquel se lit cette légende : « Questi sono paludi gran-dissimi dei quali nasce questo fiume elle si chia-ina Nilo. » 11 dit encore : « J’ai
- déjà noté que le Nil naît en Abyssinie dans les provinces de Marora
- que j’ai reçues ne me permettent pas de croire que cette assertion soit absolument exacte, mais j’affirme
- que c’est une branche du Nil parce qu’il s’y rencontre les mêmes animaux que dans le Nil. » Fra Mauro est un
- peu mieux renseigné que Richard de Haldi-gliam, ce qui n’est pas pour surprendre, car il vit dans un milieu bien plus éclairé que l’auteur de la mappemonde d’Here-lord. En somme, les géographes du moyen âge, et nous n’avons rien dit des plus anciens, ne sont que très impar-
- ou Meroa et de Salgu, mais les livres arabes (punici) faitement informés de la question qui nous occupe
- Tropicuj Capÿcorm
- •>
- Efôoxjzu Sc,
- Fig, 3. — D’après la mappemonde de Ptolémée, de 1515.
- disent qu’il naît en Mauritanie. Les informations
- Il faut arriver à la Renaisssance pour voir surgir
- Fig. 4. — Carte d’Afrique du Théâtre du monde, d’Ortélius, de 1631.
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- à nouveau les théories ptoléméennes auxquelles viendront s’ajouter, pour la carte d’Afrique, une multitude d’informations empruntées à des géographes d’inégale valeur, les données précises fournies par les cartes marines, et celles qu’ont recueillies un certain nombre de voyageurs qui se sont enfoncés plus ou moins avant dans l’intérieur si peu connu du continent.
- lien résulte qu’à la fin du seizième siècle et pendant tout le cours du siècle suivant, la carte d’Afrique est couverte d’un tissu de rivières et de lacs, de noms de villes et de royaumes qui lui donnent l’apparence d’un pays parfaitement connu. L’Edrisi et Léon l’Africain, telles sont les sources auxquelles ont puisé les géographes pour le nord de l’Afrique ; les missionnaires portugais ont apporté leur contingent d’informations pour l'Abyssinie et le Congo ; un peu plus tard, ils nous donneront de précieux renseignements sur le Monomotapa; mais il semble qu’on ait étendu beaucoup trop loin les renseignements qu’on leur devait, et si l’on examine avec un peu d’attention ces cartes si chargées de détails de toute nature, on s’aperçoit bien vite que la plupart sont mal placés ou complètement imaginaires. A part les régions que nous venons d’énumérer, tout l’intérieur de l’Afrique aurait dû rester en blanc. C’est d’ailleurs ce qu’on voit sur les cartes publiées dans les premières éditions de Ptolémée.
- A partir de cette époque où le texte grec du géographe d’Alexandrie, jusqu’alors resté fermé au plus grand nombre, devient plus abordable grâce à la version latine, il se produit un mouvement considérable chez tous ceux qui s’occupent de la cosmographie. Le nombre des cartes, d’abord assez restreint parce qu’elles étaient gravées sur bois, devient assez vite considérable lorsqu’on les grave sur cuivre, et la science ne tarde pas à se répandre grâce à la découverte de l’imprimerie.
- Sur l’édition de Ptolémée publiée à Rome en 1478, le Nil sort de deux lacs alimentés par des cours d’eau qui descendent de montagnes élevées ; il en est de même sur la carte publiée par Rerlinghieri, qui, très affirmatif, dit : Palude del Nilo, délia Luna monti. Sur celle de 1486, le fleuve sort de trois lacs, sans parler bien entendu de la branche abyssinienne; sur celles de 1490 et de 1508, le tracé est le même qu’en 1478; enfin en 1515 le fleuve, sur la grande carte moderne de l’Afrique sur laquelle sont enregistrées tou tes les découvertes maritimes, ne s’échappe plus que d’un seul lac, alors que, dans le même atlas, sur le planisphère, ses deux branches servent d’émissaires à deux grands lacs placés à la hauteur de Mombaz (fig. 3).
- Enfin la mappemonde de Juan de la Cosa, le pilote de Christophe Colomb, qui ne dérive pas entièrement de Ptolémée, est la première à indiquer un lac central d’où sortent une branche du Nil et le Zaïre, étrange conception qu’on retrouve sur un grand nombre des cartes du seizième siècle.
- Mais la plus importante des cartes d’Afrique qui
- aient paru au quinzième siècle est celle qu’on trouve dans l'édition de Plolémée1, imprimée à Strasbourg par J. Gricninger, par les soins de Laurent Friese ou Phrisius. Dans un lac arrondi, le Saphat, situé entre les monts de la Lune et le tropique du Capricorne, se déversent trois fleuves importants ; de nombreuses chaînes de montagnes, des villes sont représentées sur cette partie de l’Afrique jusqu’alors restée en blanc sur les cartes. Ces renseignements, nous les retrouvons dans Barros ; il affirme qu’ils lui sont venus par la double voie du Congo et de Sofula, mais sans entrer dans aucun détail. Bien que ces indications soient étrangères à la question des sources du Nil, nous les enregistrons parce que, pendant près de deux siècles, on les retrouvera sur presque toutes les cartes de l’Afrique. La sphère terrestre de Mercator, éditée à Louvain, en 4541, ajoute encore à ces informations fantaisistes; il en est de même d’un globe espagnol dont La Nature a parlé, il y a longtemps déjà2, et d’un certain nombre d’autres cartes et notamment de la fameuse mappemonde de Mercator publiée à Duisbourg, en 1569, qui fait sortir du lac Sachaf la branche la plus occidentale du Nil.
- Il en est encore de même pour la carte d’Afrique publiée en 1654 dans le remarquable ouvrage d’Ortélius Le théâtre du monde (fig. 4). A voir cette carte si précise, ne croirait-on pas avoir affaire à une région de longtemps explorée? Que d’hérésies cependant, qui nous font aujourd’hui bondir! Le Sénégal et le Niger ne faisant qu’un, des fleuves sans écoulement au milieu du Sahara, des chaînes fantaisistes de montagnes et ces immenses lacs d’où s’échappe le Nil !
- Il est pour nous absolument évident que tous les détails que nous voyons s’ajouter aux cartes d'Afrique, en dehors des informations ptoléméennes, ne reposent sur aucune base sérieuse, sur aucune information rapportée par un explorateur quelconque. Au Congo, les Portugais n’ont guère dépassé San Salvador, et au Zambèze ils ne se sont établis à Sana, à Tete, à Manica qu’au commencement du dix-septième siècle. Il nous faut arriver au commencement du dix-huitième siècle, à Guillaume Belisle, pour voir l’intérieur du continent se nettoyer de ces imaginations saugrenues. Belisle n’admet qu’un grand lac : le Nyassa des Maravis, qu’il réunit sans doute avec le Tanganyika, si l’on s’en rapporte à sa longue étendue. Il est certain, d’après des informations qui ne nous sont pas parvenues, que les Portugais ont vu au moins une partie de ces immenses nappes d’eau et qu’ils ont recueilli sur le reste des informations précises. Mais il rejette les données ptoléméennes et n’admet plus que le Nil abyssinien; il y a là, de la part du géographe, un travail critique extrêmement remarquable, et on ne saurait assez le louer d’être
- 1 Sur la topographie de l’Afrique à cette époque, voy. les curieux travaux de MM. Cordeiro et Wauters.
- 2 Voy. n° 257, du 4 mai 1878, p. 564, article de feu Richard Cortambert.
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- sorti de l’ornière où tous ses confrères' se traînaient depuis deux siècles. G. Delisle admet si Lien que ses informations peuvent être contrôlées et complétées, qu’il ne termine pas au nord son lac Nyassa et qu’il a bien soin d’en laisser les contours inachevés. S’il avait eu sur le Nil blanc des informations auxquelles il pût ajouter foi, nul doute qu’il l’eût marqué sur sa carte. Dans l’incertitude il s’est abstenu.
- Par malheur, nombre de ses successeurs ont exagéré son système, à ce point qu’ils ont supprimé ce qu’il avait conservé, qu’ils n’ont pas tenu compte des explorations qui s’étaient faites à la fin du dix-huitième siècle et notamment, de celles des pombeiros portugais au lac Moero et au Lualaba.
- 11 n’est pas douteux que c’est grâce à cette ignorance et à ce parti pris systématique que nous avions entre les mains, vers 1855, des atlas où tout l’intérieur de l’Afrique était en blanc.
- Nous ne croyons pas nécessaire de retracer même succinctement l’histoire des découvertes de Livingstone et des explorateurs qui se sont engagés sur ses traces ; elle est dans toutes les mémoires. Ce que nous avons voulu expliquer dans cet article, c’est que la découverte des sources du Nil est vraiment moderne, ou, pour être encore plus précis, quelle date d'hier, et que les détails qu’on voit sur toutes les cartes d’Afrique aux quinzième, seizième et dix-septième siècles, ne reposent absolument que sur ce que Ptolémée avait emprunté à Marin de Tyr.
- Quant à ces dernières informations, nos explorateurs ont démontré qu’elles étaient exactes, prises dans leur ensemble. En dehors de celles-ci, tous les détails si nombreux et qui paraissent si précis sur les cartes anciennes ne sont le résultat d’aucune exploration vers les sources du Nil.
- Gabriel Marcel.
- LE PERFECTIONNEMENT DERNIER ET FINAL
- DE LA MACHINE A VAPEUR
- Sous ce litre, M. Dwelshauvers-Dery, professeur de mécanique appliquée à l’Université de Liège, publie, dans un récent numéro de la Revue des sciences pures et appliquées, un article des plus intéressants sur cette question récemment agitée par M. Thurston, le célèbre savant américain. Pour M. Thurston, ce perfectionnement consiste à revêtir d’une couche isolante thermiquement, non pas l'extérieur des cylindres, mais P intérieur, la surface métallique qui se trouve en contact direct avec la vapeur, afin d’éviter la perte causée par le contact direct de la fonte et de la vapeur.
- Voici comment s’énonce le principe économique qui doit régir le fonctionnement du moteur à vapeur.
- La condition du maximum de rendement d’une machine à vapeur est que toute la chaleur cédée par la vapeur aux parois métalliques pendant l’admission lui soit restituée par les parois pendant la détente; en d’autres termes, que toute l’eau provenant de la condensation de la vapeur ]tendant, l’admission soit revaporisée pendant la détente, de manière que le métal soit sec à l’intérieur dès le commencement de l’émission.
- Pour satisfaire le mieux possible à ce principe, il reste à supprimer l’action des parois, ou, plus exactement en pratique, à réduire autant que possible la condensation pendant l’admission, en construisant le cylindre en métal mauvais conducteur et présentant une faible capacité calorifique. Comme ce métal n’existe pas, il faut enduire le cylindre, sur toute la surface en contact avec la vapeur, d’une couche superficielle possédant ces qualités et durable.
- Voici la garniture proposée dans ce but par M. Thurston.
- Les surfaces à revêtir sont d’abord, pendant un temps assez long (plusieurs jours), livrées à l’attaque de l’acide nitrique dilué; on obtient ainsi une matière spongieuse, formée probablement d'un mélange de carbone et de silicate, et se prêtant à être imprégnée d’un vernis isolant. Les couches d’huile de lin qu’on y étale ensuite, pour compléter l’isolement, y adhèrent solidement, en remplissant les pores. L’expérience, faite en petit, assure une économie très considérable, même avec un enduit encore éloigné de l’idéal. C’est que la chaleur supplémentaire dévoyée dans le métal par la condensation initiale est diminuée, et qu’ainsi la restitution utile pendant la détente, devient plus efficace, et la restitution en pure perte pendant l’émission est réduite en valeur absolue.
- Déjà, au siècle dernier, Smeaton avait tenté de combattre la condensation initiale par l’emploi d’une garniture( en bois. En 1860, M. Emery proposait la porcelaine ; M. Babcock a essayé le bismuth et d’autres métaux. M. Thurston a été mis sur la voie de son procédé, par l’examen des corrosions qu’on remarque aux environs des condenseurs et des pompes à air et qui sont dues en bonne partie à l’action des acides gras. Il en a fait faire l’analyse par M. Hill, a cherché à en tirer parti pour convertir la masse spongieuse en substance isolante ; il a réussi, aidé par M. Chamberlain, qui a appliqué au procédé les ressources de l’analyse expérimentale, afin de lui donner une base solide.
- En résumé, pourM. Thurston et M. Dwelshauvers-Dery, une machine à vapeur suffisamment surchauffée, avec degré de détente tel que le métal soit sec à la fin, pourvue d’une enveloppe protectrice extérieure et de la couche isolante intérieure préconisée par M. Thurston, réalisera le type de la perfection possible.
- UN NOUVEAU PORT
- LA BAHIA DE LAS PASAJES
- Lorsque, après être sorti de la Bidassoa qui sépare, au fond du golfe de Gascogne, la France de l’Espagne, on suit en yacht les montagnes à pic qui constituent cette partie de la côte nord de la péninsule ibérique, à Ifi kilomètres d’Hendaye, une faille de 120 à 250 mètres de large apparaît subitement. C’est le goulet qui conduit à la Bahia de las Pasajes, située à 1500 mètres de l’Océan.
- Ce port, formé par une vaste dépression au milieu des schistes et des grès de la période de transition du versant nord de la chaîne cantabrique, mesure une superficie de 160 hectares. Si l’on se souvient que les bassins du Havre réunis n’offrent qu’une surface de 55 hectares, on voit que Pasajes présente un développement assez considérable, et l’on com-
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- prend que Napoléon l’ait désigné pour en faire un port de guerre.
- Mais bien avant l'époque où le grand conquérant rêvait pour lui une si brillante destinée, Pasajes avait joui d’une importance réelle au point de vue militaire. C’est de ce port, dit-on, que serait partie l’invincible Armada, en 1588. Dans son délicieux Voyage en Espagne exécuté en 1655, Aarsens de Sommerdyck, après s’être étendu sur San-Sebastian, ajoute : « Les vaisseaux de guerre se tiennent au Pasajes qui est un autre port ou plage à un quart de lieue de cette ville ; c’est où le roi d’Espagne tient son escadre de vaisseaux dans la mer océane ; elle n’est pas à présent en fort bon état. Elle revint de Bordeaux assez délabrée, et on ne travaille point à la raccommoder faute d’argent, etc. » Il y existait un chantier royal dans lequel on construisait des vaisseaux ; il était établi sur une plage qui porte encore le nom d’Ar-tillero del Rey (arsenal du roi), à l’extrémité ouest du quartier de San Pedro ou rive droite. Rappelons enfin que c’est dans ce port que se sont embarqués La Fayette et Rocham-beau allant conduire les volontaires français de la guerre de l’Indépendance.
- Abrité de tous côtés par de hautes montagnes, Pasajes ne connaît point de tempêtes ; la longueur de son goulet assure en outre à scs eaux une inaltérable tranquillité. Toutefois Pasajes avait hier encore un grave défaut : il n’avait pas d’eau, bien que sa cuvette fut très profonde; c’est que le port reçoit une quantité de petits torrents qui lui apportent l’un de la vase, l’autre des cailloux, etc. Si bien qu’avec le temps, ces apports avaient formé une couche épaisse, « assez épaisse, dit l’hydrographe espagnol Tofinô de San Miguel, pour que dans les différents sondages qu’on a faits, on n’ait pu atteindre le fond dur avec une lance de 10 mètres de longueur. »
- D’après le lieutenant de la marine espagnole Don Pedro Riudavets, l’état du port, en 1860, était celui-ci : « On y trouvait 0ra,85 de fond à nier basse, grandes marées, au sud et près des deux faubourgs de Pasajes; de 2,u,85 a 5m,59 entre les mêmes faubourgs, et de 6m,22 a 6m,79 entre le château de Santa-Isabel et la Tour de Pasajes. Dans le reste du canal de l’entrée et au milieu il y avait de 8m,49 à 19,,,,8. »
- En voyant inutilisé un si beau port, les Espagnols et les armateurs étrangers déploraient avec raison que le gouvernement le laissât dans cet abandon. Celui-ci alléguait l’absence de chemins de fer. Mais lorsqu’en 1864, Pasajes se trouva relié au réseau de la péninsule par la ligne du Nord qui se rattache elle-même à celle de notre Midi, le Gouvernement dut chercher une autre excuse. Il en trouva une qui était malheureusement aussi fondée au dix-neuvième siècle qu’au dix-septième : l’état de ses finances. Les Espagnols firent alors ce que font les Anglais en pareil cas ; ils se firent eux-mêmes entrepreneurs de travaux publics. Une société se forma pour exécuter ceux que sollicitait Pasajes; en dédommagement, elle fut autorisée à exploiter l’entreprise quelle allait créer. Elle ne reçut, cela va sans dire, aucune subvention. Elle se nommait la « Sociedad deFo-mento », mais comme elle était pressée, ses travaux
- se ressentirent un peu de la hâte qu’elle mit à les exécuter. Quelques - uns durent être repris. Ce fut l’œuvre de la Compagnie actuelle qui en a exécuté et en projette d’autres capables de faire de Pasajes l’un des plus grands ports de l’Espagne.
- Pour payer l’intérêt des sommes dépensées en travaux et en installations, cette Compagnie perçoit des droits sur le cahotage national, la navigation d’Europe et le grand cahotage, la navigation d’outre-mer et de long cours. Il lui est interdit de prélever aucun droit de tonnage sur les bâtiments vides; le refuge est donc libre pour tout navire en relâche. En 1889, soixante-deux bâtiments ont profité de cette faculté, échappant ainsi a une destruction probable.
- De son côté, la province de Guipuzcoa a concédé à la Société des droits locaux ; elle prélève enfin des droits de quai. Elle pratique en un mot l’exploitation industrielle du port ; c’est-à-dire qu’elle reçoit des navires la marchandise sous palan au moment de son arrivée à quai, l’emmagasine, la charge sur wagons et la remet à la station du chemin de fer, lequel longe le port. Ses quais atteignent déjà 570 mètres, ce qui n’est pas encore assez, ainsi qu’on l’a constaté à la fin de l’année ; on était, il est vrai, à la veille de l’application des nouveaux tarifs de douane et l’on sait peut-être qu’une grande partie des vins destinés à la France avait été dirigée sur Pasajes.
- COLFE DE GASCOGNE
- f*es profondeurs sont ramenées aie dessous cl firplus basses mers cl 'ecfuùtaæe.
- 2c..
- Fig. 1. — Plan du nouveau port espagnol la Bahia de las Pasajes.
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- LA NATURE
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- Fig. 2. — Entrée du port de Pasajes, en Espagne. (D’après une photographie.)
- Fig. 5. — Vue intérieure du port de Pasajes, côté de San-Juan. (D'après une photographie.)
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- LA NATURE.
- Le port qui n’était fréquenté, il y a vingt ans encore, que par quelques barques de pêche, est aujourd’hui en communication avec toute l’Europe. Une ligne régulière le relie à Anvers et une autre à Liverpool. Cardiff, Newport et Newcastle y apportent des monceaux de charbon. Les vapeurs de Hambourg, de Dantzig, de la Norvège y touchent régulièrement. Bordeaux y envoie un bateau chaque semaine. La Rochelle, Rouen et Bercy y ont également établi un service; enfin la ligne de Bordeaux à La Plata, des Messageries maritimes, fait escale à Pasa-jes, le 29 de chaque mois. En résumé, le nombre des navires entrés à Pasajes en 1885 qui était de 559, jaugeant 167 915 tonneaux, a été en 1889, date de la dernière statistique, de 790 navires jaugeant 289118 tonneaux dont 107145 tonneaux pour les vins. L. Renard.
- 46 degrés de hauteur. La Lune remontera ensuite, le 50 avril, à 68 degrés vingt-neuf minutes (de 5 à 4 heures du soir, en croissant bien difficile à voir). La Lune sera, pour cette lunaison, le plus loin de la Terre, le 12 avril, à 406 000 kilomètres; le plus près, le 26 avril, à 558 000 kilomètres. Cette dernière plus petite distance arrivant le jour de la nouvelle Lune, oii l'action de la Lune sur les marées s’ajoute à celle du Soleil, rendra encore cette action de la Lune plus forte et la marée plus considérable qu’elle n’aurait été sans cela. Le 26 avril 1892, à 9h,22m,473 du soir, le centre de la Lune passera à 59' 59" d’arc au sud du centre du Soleil et cachera entièrement le Soleil à une partie de l’hémisphère sud de la Terre, c’est-à-dire produira une éclipse totale dont notre prochaine correspondance donnera les détails. La Lune, avec quelques variations, va encore gagner en hauteur dans notre ciel à chacune de ses révolutious de vingt-sept jours et demi environ. Normalement, c’est en octobre 1894 qu’elle doit atteindre sa plus grande élévation.
- VARIÉTÉS ASTRONOMIQUES1
- La soleil en avril. — La direction de notre équateur, prolongée jusqu’au ciel, passe de plus en plus au sud du S@leil; en conséquence celui-ci semble de jour en jour plus élevé au-dessus de l’horizon des pays qui, comme Paris, sont situés sur l’hémisphère nord du globe. La durée des nuits va donc continuer à diminuer, et celle des journées à augmenter. À la fin du mois, la journée durera quatorze heures vingt-neuf minutes au lieu de douze heures cinquante-une minutes au commencement, soit une augmentation de une heure trente-huit minutes dans le mois pour Paris. C’est dans ce mois que, pour la première fois de l’année, les montres et horloges seront d’accord avec le Soleil. Ce sera le 14 avril, et presque à nos antipodes, à 179 degrés et demi à l’ouest de Paris que le Soleil vrai sera au méridien en même temps que le Soleil moyen qui règle le temps, alors qu’il sera onze heures cinquante-huit minutes du soir à Paris. A la plus occidentale des îles Chatham, dans le grand Océan, on devra marquer douze heures précises sur les montres à midi du cadran solaire. Il en résulte que c’est le jour même du 15 avril le premier de l’année où la matinée est égale sensiblement à la soirée, le Soleil se levant, à Paris, à 5h, 10m du matin, et se couchant à 6\50m du soir. Le 8 avril, il se lève à 5h,24m pour se coucher à 6h,40ra, la matinée dure quatre minutes de moins que la soirée ; le 22 avril, il se lève à 4\57m pour se coucher à 7h,lm, et la matinée dure deux minutes de plus que la soirée.
- La Lune en avril. — Nous serons éclairés par la Lune le soir pendant plus de deux heures, du 1er au 14 et du 28 au 30 ; le matin, pendant plus de deux heures aussi du 4 au 20; presque toute la nuit du 6 au 14. Pendant que le Soleil n’atteindra, à Paris, le 30 avril à 11 h,57m du matin, qu’à une hauteur de 56 degrés dix minutes au-dessus de l’horizon sud, la Lune s’élèvera jusqu’à 68 degrés vingt-quatre minutes le dimanche 5 avril (la regarder à son premier quartier de 5 à 6 heures du soir, au milieu du ciel). Mais le dimanche 17, elle n’est qu’à 13 degrés cinquante-deux minutes au-dessus du même point de l’horizon (de 3 à 4 heures du matin), tandis que le Soleil, le 1er avril, à douze heures quatre minutes, sera déjà à
- 1 Suite. — Voy. n° 979, du 5 mars 1892, p. 214.
- Les marées en avril. — Faibles marées le 5 avril matin et. soir, la mer ne montera pas des cinq huitièmes de la hauteur qu’elle a atteinte le 50 mars précédent. Grandes marées le 12 avril au soir et le 15, matin et soir, peu importantes parce que la Lune se trouve à sa plus grande distance de la Terre; elles resteront de un dixième environ au-dessous d’une grande marée moyenne. Faibles marées le 20 matin et soir et le 21 matin, celle du 20 au soir sera sensiblement la même que celles du 5 avril, les deux autres, un peu plus fortes. Grandes marées du 26 matin au 29 matin, bien fortes et dangereuses, surtout celle du 27 soir et celle du 28 matin, moins fortes pourtant que celles du 30 mars, mais seulement du vingtième environ. La distance de la Lune à la Terre étant l’une des plus petites de cette lunaison et sa position presque en ligne droite avec les centres de la Terre et du Soleil au moment de la nouvelle Lune seront causes de cette énergie de la marée. Forts mascarets encore.
- Mascarets. — Ces mascarets, moins violents que ceux de la fin de mars, mais à peu près de même intensité que ceux du commencement de mars, et, par conséquent, fort respectables, se produiront aux heures suivantes à Caudebec-en-Caux.
- Avril 26............ 8h,12m matin, 8h,50ro soir.
- — 27.............. 8\49m — 9\ 8m —
- — 28............. 9h,28" — 9\49" —
- — 29..............10V10- — ....
- Ceux du 27 au soir et du 28 au matin, seront les plus violents. A Quillebœuf, les heures de mascaret précèdent de quarante-six minutes, et à Villequier, de neuf minutes, les heures de Caudebec.
- Une double Lune. —De savants astronomes ont trouvé, avec de puissants instruments, de forts grossissements et une pureté parfaite de l’air, une définition parfaite, comme ils disent, que le premier des satellites ou lunes de Jupiter paraissait double. L’un d’eux même aurait tenté d’expliquer pourquoi cette duplicité du satellite n’était sensible que.* pendant, le passage de l’astre devant le disque de Jupiter sur lequel il se projette. Ce dernier astronome inclinerait donc vers l’idée que cette duplicité existe réellement. Le premier pense que ce n’est qu’une apparence, et tous deux sont des autorités en astronomie. La parole est à la photographie. J. Vinot.
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- LES ORIGINES DE L’ÉVENTAIL
- ET SA FABRICATION
- Nous ne savons quelle légende historique — d’autant plus accréditée qu’elle est justement moins fondée — attribue l’invention de l’éventail à Cori-sande d’Àndouin, comtesse de Guiclie et de Gram-mont, que sa beauté rendit célèbre sous le règne de Henri IV. L’éventail est beaucoup plus ancien que cela, et ne dut-on en faire remonter l’origine qu’à la sibylle de Cumes dont les historiens disent qu’elle rendait des oracles en se servant d’un éventail, que ceci nous serait une preuve de l’incontestable ancienneté de cet utile objet.
- C’est bien évidemment dans les pays chauds qu’on se servit des premiers éventails, vraisemblablement utilisés pour éventer ou s'éventer; seulement ceux-ci n’étaient pas absolument faits comme le sont les objets modernes de ce nom. Chez les Égyptiens, par exemple, qui paraissent s’en être servis, à en juger par les tombeaux de Thèbes où les rois sont représentés entourés de porteurs d’éventails, leur forme était celle d’un demi-cercle à la partie centrale duquel était adapté un manche ainsi que nous le représentons (lîg. 2,n°l).0nles voit aussi sous cette forme chez les Assyriens, les Perses, les Arabes, en usage dans les cérémonies religieuses et servant encore à préserver les offrandes des souillures de la poussière et des insectes, et l’on a quelques raisons de croire que les pampres le lierre, les sarments et les feuilles de vigne, qu’on voit si fréquemment sur les anciens monuments entrelacés autour du thyrse que portaient les bacchantes et les prêtres de Bac-chus, auraient eu, outre leur destination symbolique, celle de procurer de l’ombre et de la fraîcheur aux prosélytes du dieu du vin échauffés par les orgies de ces jours de désordre. Les Indes les connaissaient aussi, mais elles en auraient, paraît-il, emprunté la mode à la Chine. On rapporte dans ce dernier pays — où l’invention de tout objet utile est généralement relatée sous la forme légendaire — que l’origine en serait due à la fille d’un puissant mandarin, Kan-Si, qui, forcée par la chaleur au moment de la fête des lanternes doter le masque dont elle se couvrait le visage, et voulant se donner de l’air en l’agitant le plus près possible de sa figure que la loi lui ordonnait de voiler, imprima à ce masque des mouvements si rapides que les assistants ne purent rien distinguer de sa physionomie. Toutes les femmes chinoises munies d’un masque imitèrent son exemple et l’éventail se trouva inventé. Des historiens de ce pays font cependant remonter l’emploi de cet objet au règne de Wou-Wang, contemporain de Ramsès II, qui régnait en Egypte au dixième siècle avant J.-C. ; du reste le Tcheou-Li (rite de Tchéou), écrit mille ans avant notre ère, en fait déjà mention. Les éventails chinois étaient faits de plumes, de feuilles de palmier, de bambou, de soie, et le manche en variait de richesse suivant la personne qui
- le portait. On peut voir (fig. 2, n° 2) un type d’éventail chinois antérieur au dixième siècle. — Quoi qu’il en soit, aux Indes les premiers éventails dérivés de ceux-là (fig. 2, n° o) ne furent qu’une simple feuille de palmier ornée de diverses façons (application d’étoffes, de broderies, de plumes aux couleurs vives ou d’élytres de coléoptères) -à laquelle on adapta un manche latéral.
- En Asie, c’est encore autre chose: là l’éventail fut fait de plumes de paon. Le numéro 4 (fig. 2) en représente un type relevé sur un vase peint du Louvre. Ces éventails de plumes furent sans doute ceux qui servirent de modèle aux éventails grecs, composés, d’après Bœttinger, de feuilles de platane ou de rameaux de myrte. Dans l’une des tragédies d’Euripide, un eunuque vient raconter comment il a,
- « selon la coutume phrygienne », agité son éventail auprès des cheveux, des joues et du sein de la belle Hélène. La forme de ces objets est, on le sait, celle que l’on a aujourd’hui adopté pour le panka des pays orientaux et notamment de nos colonies françaises d’Asie, sorte de grand éventail suspendu au plafond des habitations et qu’un jeune domestique agite sans cesse au moment des repas en l’attirant à lui à l’aide d’une longue corde.
- Les éventails furent vite adoptés par les matrones romaines qui en eurent de deux sortes : les uns en plumes de paon ou d’autruche auxquels on donnait le nom de flabella, les autres formés d’une étoffe tendue sur un châssis ou sur une mince planchette que l’on appelait tabellæ. Une dame romaine ne sortait jamais sans son esclave (flabellifera) spécialement chargée du soin d’agiter l’éventail autour d’elle. La figure 1, relevée sur un vase antique,- ne laisse aucun doute sur l’emploi de l’éventail chez les Romains. Il devait cependant y avoir des éventails à manche court, car nous nous rappelons parfaitement en 1878, à l'exposition des arts rétrospectifs du Trocadéro, avoir vu une petite statuette grecque en marbre blanc représentant une femme assise et tenant à la main un éventail de la forme flabella.
- Le mot éventail, appliqué aux objets que nous représentons ici, est évidemment impropre, c’est, écran qu’il faudrait dire. L’invention de l’éventail plié ou plissé, tel qu’on le connaît de nos jours, n’est venue que beaucoup plus tard; en Chine notamment, on n’en parle guère avant le dixième siècle de notre ère et encore le fait-on comme d’une invention étrangère, ce qui laisserait supposer que l’emploi en aurait été fait antérieurement chez un peuple voisin, les Japonais, par exemple.
- Nous ne savons si l’éventail a été employé en Europe pour la toilette des femmes depuis la chute de l’Ëmpire romain en 476 jusqu’au onzième siècle, car les auteurs n’en font nullement mention pour cette destination. Au contraire, on sait avec certitude qu’il était fort usité alors pour les cérémonies du culte catholique : pendant la messe, les diacres et les acolytes l’agitaient au-dessus de l’autel pour en
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- écarter les mouches, usage vraisemblablement fort ancien puisque le P. Bonami le fait remonter aux apôtres. On sait du reste que de nos jours l’usage est encore de porter deux grands éventails en plumes de paon et à manche d’ivoire aux côtés du pape, à Rome, lorsqu’il officie pontificalement. Cela a quelque rapport avec la coutume desv diacres grecs, se tenant à côté du célébrant avant la consécration et agitant sur les offrandes un « ripidion » ou éventail, ressemblant à l’instrument qu’on emploie en été dans quelques villages pour éloigner les cousins et les mouches des chevaux qu’on ferre.
- Dans les manuscrits et sur les monuments du douzième siècle, de même que dans les inventaires du quatorzième, on voit figurer l’éventail, sous les noms d'esmouchoirs, esvenlours et esventoirs, sans ([lie l’usage en soit spécifié : l’une des formes les plus usitées est alors celle de drapeau (fig. 2, n° 5) encore à la mode dans les pays musulmans.
- Au treizième siècle, l’éventail est banni de l’église, mais il reparaît à la suite des croisades comme accessoire de la toilette des femmes. Les pays chauds, notamment l’Espagne et l’Italie, l’adoptent sur une grande échelle, mais nous ne le voyons en France qu’au seizième siècle, époque où des parfumeurs italiens venus à la suite de Catherine de Médicis en généralisent l’usage à la cour. On emploie alors l’éventail plissé moderne en quart de cercle comptant de 4 à 18 brins. Cet objet jouit d’une grande faveur près de Henri II et de ses mignons. Sous Henri III, le nombre des brins varia de 7 à 16: nous en avons représenté un type (fig. 2, n° 6) ; on le porta de 18 à 24 sous Henri IV; puis on le ramena à 20 sous Louis XIV, mais alors ils furent étroits et rapprochés.
- Jusqu’à cette époque, la fabrication des éventails fut comprise tour à tour dans les professions de doreur sur cuir, de mercier et de peintre ; mais comme aucune corporation ne l’avait en propre, il s’éleva souvent à son propos bien des contestations entre les doreurs sur cuir d’une part et les merciers et peintres d’autre part ; à un moment donné, il fut fait défense aux premiers de prendre d’autre qualité que celle de doreurs sur cuir et de troubler les merciers dans la possession où ils étaient de faire pein-
- dre et dorer les éventails par les peintres et doreurs et de les faire monter par qui bon leur semblerait. Ce fut seulement sous Louis XIV, en 1675, que l’on constitua les maîtres évenlaillistes de Paris en corps de jurande : il fallait, d’après l’édit de constitution, pour être reçu maître, justifier de quatre années d’apprentissage et avoir fait le « chef-d’œuvre », mais les fils de maîtres ainsi que les compagnons qui épousaient des veuves ou des filles de maîtres étaient dispensés de cette dernière formalité.
- A cette époque, comme sous Louis XV, l’éventail devint pour les femmes, sous diverses formes, le complément obligé d’une élégante toilette. On en fabriquait dont le prix variait de 15 deniers la pièce jusqu’à 500 et 400 livres : les [teintures les plus
- exquises, le plus beau papier de Chine, le taffetas de Florence le plus élégant, les pierres précieuses, les diamants, furent employés tour à tour pour les orner et en rehausser le prix, et l’on sait qu’encore aujourd’hui les collectionneurs recherchent avidement ces modèles du dix-huitième siècle que peignirent souvent Bouclier, Le Brun et leurs élèves, et dont Martin orna les bois de ses admirables vernis. Sous Louis XVI, le corps des éventaillistes de Paris comptait 150 maîtres, ce qui laisse supposer que cette fabrication avait alors grande importance; les brins étaient alors étroits et espacés, il n’y en eut plus que 12 ou 14.
- Avec le Directoire et l’Empire, on vit apparaître l’éventail en gaze, petit et pailleté d’acier, d’or ou d’argent. En 1810 et 1850, on fit usage de l’éventail brisé sans feuille, celui que maintenant encore, on fabrique à Spa. En 1828, à la première représentation de Corisandre à l’Opéra-Comique, les élégants de l’époque tentèrent de faire adopter l’éventail pour les hommes ; ces éventails masculins reçurent pendant quelques années le nom de « Corisandre ».
- Aujourd’hui l’éventail moderne à 18 ou 20 brins se compose de deux parties préparées par des fabricants différents : la monture et la feuille. On ne saurait se douter de combien de portions diverses se compose un éventail et par combien de mains il passe avant d’arriver à celui qui le monte définitivement. La monture (bois ou pied) se compose des
- Fig. 1. — Esclave (llabellifère) agitant l’éventail (flabella) au service d’une dame romaine. (D’après une peinture de vase antique.)
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- « brins » qui forment lu « gorge » ou partie inférieure de l’éventail et des « maîtres-brins » qui protègent la feuille lorsque l’éventail est fermé. Les brins et les panaches sont d’abord débités à la scie dans l’os, la corne, l’ivoire, l’écaille, le bois, etc., par le « débiteur » qui les passe au « façonneur », lequel leur donne à la lime la forme voulue ; ces deux façons peuvent être données, soit à la main, soit à la machine, et la scie mécanique y est de plus en plus employée. Le bois passe ensuite entre les mains du graveur, du sculpteur, du doreur, du poseur de paillettes, puis il est envoyé à Paris a l’éventail liste. Celui-ci pose d’abord la « rivure »,
- petite tige de métal qui passe dans la « tète » des brins et des panaches et les maintient réunis; les extrémités de la rivure sont munies d’une petite rondelle de métal, ou bien, lorsque l’éventail est suspendu au coté, d’une bélière dont les yeux remplacent la rivure. Quant à la feuille, on la fait simple ou double, en vélin, parchemin, canepin, taffetas, satin, moire, crêpe, gaze, dentelle, etc. ; lorsqu’elle n’est qu’en papier on la double au moyen d'une peau très line appelée cabretille; elle est ensuite ou lithographiée pour être coloriée, ou chro-molithographiée, ou encore peinte à la main par les « feuillistes », profession qui dans ces dernières années
- Kiy. 2. — Eventails de différents pays et de différentes époques. — 1. Eventail égyptien. —2. Ancien éventail chinois. — 3. Eventail indien 4. Eventail asiatique. — 5. Eventail français du quatorzième siècle en forme de drapeau. — 6. Eventail plissé du temps de Henri III.
- a pris beaucouj) d’extension, grâce aux écoles professionnelles de lilles dans lesquelles elle est enseignée. Aussitôt prête, la feuille est plisséc dans un moule en papier fort, ce qui demande assez de temps et de besogne ; puis une ouvrière enduit de colle les deux côtés des « flèches », bouts minces et flexibles des brins ; elle ouvre les plis à l’aide de la « sonde », y introduit l’extrémité des flèches en rcplissant a mesure, fait glisser la feuille sur les flèches : il faut alors faire la bordure. Celle-ci consiste en une étroite bande de papier ou de toile collée à cheval au bord de la feuille ; pour les éventails ordinaires, elle ne porte aucune enjolivure, mais pour ceux de prix elle est imprimée à l’aide d’un mordant et dorée en fin ou en faux. Ce n’est pas tout : il faut encore que le « décorateur » reprenne l’éventail ainsi préparé,
- complète l’enjolivement de la feuille du pied et des panaches par quelque ornement, et le livre à une ouvrière chargée de poser les glands, houppes, marabouts, etc., et d’assortir les étuis. Alors seulement il peut être livré au commerce.
- La fabrication des éventails est aujourd’hui limitée à la France, l’Espagne, la Chine, le Japon et l’Inde.
- En France, c’est principalement à Sainte-Geneviève, Audevillc, Corbeil-Cerf, le Déluge, Coudray et aux environs de Beauvais et de Méru, qu’on donne les premières façons aux éventails : à Sainte-Geneviève, on travaille l’os, la nacre et l’ivoire; au Petit-Fer-court et à Andeeourt, la nacre et le bois des îles; au Déluge et a Corbeil-Cerf, le poirier, le pommier, l’alisier; a la Boissière, l’os; a Paris, l’écaille. C’est presque toujours a Paris qu’est faite la feuille et que
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- l’éventail est monté. L'Espagne ne fabrique l’éventail que depuis soixante ou soixante-dix ans, notamment à Madrid, Barcelone, Valence, Malaga et Cadix. On sait combien les Espagnoles savent manier ce coli-iicbet et quelle grâce il donne à celles qui s’en servent à propos.
- Eu Chine, c’est Canton et E-Moui qui fabriquent le plus d’éventails, mais on en fait et on en vend dans tout le pays, car cet objet fait partie du costume national. Tout Chinois de condition tient son éventail a la main dans les visites de cérémonie, et l’habitude d’écrire sur les éventails s’est en outre répandue dans le Céleste Empire.
- Au Japon, les principaux centres de production sont les villes d’Osaka, Kioto et Nagoia. Là il fait partie du costume des deux sexes et on le voit dans la main du soldat comme dans celle du moine. Dans beaucoup d’endroits, quand un grand seigneur fait l’aumône à un pauvre, il met la pièce de monnaie sur son éventail et l’on voit encore saluer à coups d’éventail comme en Europe à coups de chapeau.
- En dehors de ces contrées de production, on trouve plus ou moins quelques fabriques chez les autres nations : la Belgique a ses éventails en dentelles de Bruxelles et de Grammont; l’Italie, ses éventails en paille tressée de Eiesole et Vicence; Tunis et le Maroc leurs éventails-drapeaux en vétyver tressé et en drap brodé d’or ou d’argent. Mais en somme c’est la France qui tient le premier rang pour les produits de luxe, et la Chine pour les produits à bon marché. Alfred Renouard,
- Ingénieur civil.
- CHRONIQUE
- Un des plus grands charbonnages du monde.
- — Les États-Unis sont par essence le pays des immenses entreprises industrielles. C’est ainsi que la Compagnie de chemin de fer, connue sous le nom de Philadelphia and Reading Railroad, est aussi sans doute le plus grand charbonnage du monde. Bien entendu elle possède un certain nombre de centres d’extraction ; et la production de toutes les houillères dont elle dispose atteint le chiffre énorme de 10 millions de tonnes par an. A la tète de la Compagnie est un directeur général, ayant des sous-directeurs pour chaque mine. L’ensemble du personnel ouvrier employé dans les extractions atteignait, en 1891, 24 754 personnes. Le total des recettes de cette Compagnie monstre dépassait 106 millions et demi de francs, contre un total de dépenses de 104 millions. 1). B.
- Étoiles filantes en avril.—Il y a peu d’étoiles filantes en avril, cependant, le 29 et le 50, trois régions du ciel en fournissent d’ordinaire, dans le sud-ouest du Bouvier, au milieu du ciel vers 11 heures du soir ; dans le milieu d’Hercule, au-dessus de nos têtes, vers 2 heures du matin, et vers a Verseau, près de l’horizon au levant vers 5 heures du matin. Du 19 au 50, les deux premières régions en fournissent aussi, et la première même commence à partir du 16. Enfin, aux environs du 9 avril, la région du ciel vers laquelle le Soleil nous emporte, au-dessus de nos tètes, vers 4 heures du matin, en fournit d’habitude quelques-unes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 mars 1892. — Présidence de M. d’Aubakie.
- Propriétés du bore pur. — Poursuivant les belles études dont nous avons déjà analysé la première partie, M. Moissan substitue aux notions inexactes, acceptées jusqu’ici, un ensemble de découvertes que lui a procuré l’examen des propriétés du bore pur. La densité de ce corps simple est égale à 2,45. A la température de l’arc électrique il est infusible; rapproché par compression très énergique, il forme des baguettes dont la conductibilité électrique est bien plus faible que celle du carbone et à peine moitié de celle du soufre. Dans l’air le bore ne s’enflamme qu’à 700 degrés; chauffé dans un courant d’oxygène, il développe une lumière verte si éblouissante que l’œil ne peut pas en supporter l’éclat. A 620 degrés, le bore s’unit au soufre, et à un degré thermométrique un peu plus élevé au sélénium. C’est à 410 degrés que le chlore agit et le brome est encore moins actif ; l’iode reste complètement inerte. Le carbone et le silicium n’ont pour le bore qu’une affinité très modérée : dans l’arc électrique il se fait du borure de carbone. Les métaux se combinent plus difficilement que les métalloïdes. On peut distiller le potassium et le sodium sur le bore sans provoquer de combinaison. Le fer et l’aluminium ne se borurent qu’à une très haute température; l'argent et le platine ne se combinent pas du tout. A 200 degrés, l’acide sulfurique donne de l’acide sulfureux ; de tous les hydracides, l’acide tluorhydrique seul est actif et seulement à la température du rouge. Les propriétés réductrices du bore vis-à-vis des oxydes métalliques sont notablement plus intenses que celles du carbone. L’oxyde de carbone et la silice fondue donnent du carbone et du silicium. Un mélange de bore et d'oxvde de cuivre chauffé dans un tube de verre développe une chaleur si intense que l’appareil est instantanément fondu. Un simple frottement suffit pour faire détoner un mélange de bore et de fluorure d’argent.
- La matière colorante du raisin. — La soudaineté avec laquelle les grappes de raisin se colorent au moment où elles vont mûrir, a conduit M. Gautier à supposer que le pigment est d’abord élaboré par les feuilles, d’où il passe très vite dans la pelure des grains. Pour contrôler cette manière de voir, l’auteur a d’abord reconnu que l’etfeuil-lage de la vigne empêche le raisin de mûrir et le prédispose à l’envahissement des moisissures. En second lieu, il empêche la matière colorante d’arriver dans le raisin, par exemple, en écrasant un peu le pétiole des grappes, et il constate que les feuilles deviennent rouges. Enfin il extrait et analyse les matières rouges des feuilles, et reconnaît qu’elles constituent des acides ayant les propriétés caractéristiques des tanins et des phénols. Ce sont les acides ampélochroiques ; ils répondent aux formules G19 II16 O19, G17 H16 O10, et G17 H18 O10.
- Physiologie des vaso-moteurs. — On sait depuis longtemps que l’artère auriculaire médiane du lapin bat souvent un rythme qui est tout à fait indépendant des mouvements du cœur : il a lieu de 2 à 6 fois par minute. En examinant sa situation par rapport aux organes voisins, M. Ranvier a reconnu qu’elle est appliquée à la surface externe du cartilage de l’oreille et qu’elle est entourée de très nombreux filets nerveux. En déterminant par l’écrasement la paralysie de ceux-ci à la base de l’oreille, l’auteur a provoqué la congestion de tous les vaisseaux auriculaires
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- et en même temps la congestion de tous les vaisseaux de l'oreille opposée. En'répétant sur un autre sujet l'écrasement au milieu de la hauteur de l’oreille, il a produit la congestion de la partie supérieure et en même temps celle de l’oreille opposée ; mais la hase de l’oreille expérimentée est restée dans son état normal. 11 résulte de ces faits, au sujet des phénomènes réflexes et du croisement des éléments nerveux, une foule de conséquences importantes.
- Synthèse naturelle des hydrocarbures végétaux. — Après avoir rappelé que rien, jusqu’à présent, ne permet de concevoir la production chez les plantes des hydrocarbures tels que le térébenthène ou ses isomères, M. Ma-quenne annonce que le produit qu’il a obtenu antérieurement en réduisant la perséile par l’acide iodhydrique présente tous les caractères de ces hydrocarbures et que par conséquent il doit être rangé parmi les homologues inférieurs des terpènes. L’auteur décrit un de ses dérivés, le nilrosochlorure d'hepline, qui est d’un beau bleu et possède une forte odeur de camphre ; il montre en outre que sa puissance réfractive est du même ordre que celle du térébenthène. M. Maquenne conclut de ses recherches que les terpènes naturels résultent, sans doute, de la réduction de principes sucrés inconnus, homologues supérieurs de la perséite.
- Nouveau ferment réducteur des nitrates. — Différents auteurs ont déjà montré que la réduction des nitrates dans le sol, dans les eaux d’égout, est due à l’action d’un ferment figuré. C’est ainsi qu’il y a une dizaine d’années, MM. Dehérain et Maquenne ont montré que la terre arable renferme un ferment capable de réduire les nitrates avec production de protoxyde d’azote. Aujourd'hui, M. E. Bréal annonce une réduction tout à fait différente puisqu’elle a lieu encore au contact de l’air. Sous l’action d’un nouveau ferment on voit le nitrate se décomposer et son azote se diviser en deux parts. La plus faible se retrouve dans la matière organique, la plus forte se dégage à l’état libre. Le ferment réducteur de M. Dréal se trouve sur les fragments de paille et sur les débris végétaux; il est très actif ; en deux ou trois jours il prive de nitrate une dissolution au 1/10 000.
- Elections. — Une place de correspondant étant vacarue dans la section d’économie rurale, M. flellriegel est appelé à la remplir par 44 voix contre 5 données à M. Wino-gradsky. — L’Académie avait à dresser une liste de deux candidats à la chaire de physique du Muséum d’histoire naturelle : M. Henri Becquerel est porté en première ligne et M. Foussereau en seconde.
- Varia. — M. G. Rolland signale aux environs d’El Goléa des vestiges de gigantesques canaux qui témoignent des préoccupations agricoles des habitants antérieurement à l’invasion des Arabes. — D’après M. Martel, les eaux de sources peuvent être contaminées par des débris animaux entraînés dans les gouffres ou puits naturels. — M. Levasseur présente un tableau qui exprime la superficie et la population des différents États de l’Europe.
- Stanislas Meunier.
- LA SOUPE MJ BLÉ DE VAUBAN
- beaucoup de personnes, qui savent que depuis bien des années je cherche à rassembler les nombreuses
- œuvres inédites de Vauban, m’ont demandé si je ne connaissais pas la recette de sa soupe au bled.
- Cette soupe a été célèbre au siècle dernier et on rapporte qu’elle rendit de grands services à Paris, pendant la disette de 1788 ; je ne vois pas trop comment, car les ingrédients qui la composent n’acquièrent pas une valeur nutritive plus grande par la manière dont ils sont employés. Sa véritable utilité est en campagne, car elle permet alors au soldat de se servir du blé tel qu’il le trouve dans les champs ou dans les granges, sans être obligé de le moudre comme pour du pain.
- Vauban inventa sa soupe, comme il le dit lui-même, en faveur de ses amis du régiment de la Sarre ; la date de cette invention remonte certainement à 1659 et 1660, les deux seules années de sa vie qu’il passa dans le régiment de la Ferté (nommé depuis régiment de la Sarre) où le Roi lui avait donné une Compagnie en 1656 à la suite de services considérables rendus en quelques mois pendant trois sièges successifs.
- En 1659, Vauban avait vingt-six ans et depuis trois ans il possédait son brevet d’ingénieur. Son régiment était alors en garnison a Toul ; c’était la première fois depuis son entrée au service qu’il jouissait de quelques loisirs, et dans une de ses lettres datée de septembre 1698, il écrit qu’il profitait de cette liberté nouvelle pour chasser et courir le pays.
- Je me figure qu’avec la franchise de son caractère, il devait se faire un plaisir de raconter a ses camarades les péripéties de son enfance. Les absences fréquentes de son père, modeste gentilhomme sans fortune qui veuf et passionné pour l’horticulture, employait son temps à soigner les jardins de ses voisins, le laissaient maître de ses actions; il vivait avec les autres enfants du village, passant la journée avec eux dans les champs à garder les troupeaux et préparant lui-même Ses repas. Un peu plus tard il fut recueilli par le curé de la paroisse qui lui apprit a lire et à écrire, et même un peu d’arithmétique; en retour, il prenait soin du cheval, servait la messe et se rendait utile à la cuisine. Quelque jour, on aura plaisanté le jeune ingénieur en lui disant de tirer ses plans pour remédier a la mauvaise qualité du pain des soldats, et il aura inventé sa soupe.
- Voici du reste comment il la décrit dans un de ses manuscrits.
- « Soupe au bled, inventée par M. de Vauban en faveur de ses vieux amis du régiment de la Sarre. — Prenez une livre de bon bled-froment1 ; lavez-la et en ôtez tout ce qui surnagera sur l’eau; après quoi faites chauffer d’autre eau jusqu’à bouillir ; mettez-y tremper le bled couvert d’un linge ou d’autre chose, et, si c’est le soir, Iaissez-le tremper toute la nuit. Le lendemain, il n’y aura qu’à jetter l’eau dans laquelle il aura trempé, y en
- 1 Quand on n’a pas de froment, on peut faire de même avec toute autre sorte de bled, avec la différence qu’il faut monder l’orge et l’épautre alin de les décharger de leur son ou enveloppe.
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- mettre de la nouvelle et le faire bouillir jusqu’à ce qu’il soit crevé.
- « Otez-en le trop d’eau et l’écrasez avec la cuiller à pot comme on fait les pois. Cela fait, prenez un quarteron de lard coupé en petits morceaux, gros comme de gros lardons 1 ; faites-les fondre à part avec un oignon on des poireaux, des ciboules, même de toute autre sorte de bonnes herbes coupées bien menues, avec du sel.
- « Fricassez cela avec le lard fondu; après quoi versez-le dans la marmite; remuez-le bien et laissez derechef bouillir un peu de temps; moyennant quoi la soupe sera en état d’être mangée.
- « Le bled préparé de la sorte peut tenir lieu de pain et de potage et ne saurait manquer de faire une nourriture excellente parce que le bled sera net et purgé de toutes ordures, d’un fort bon goût et à fort bon marché, puisque la livre de bled ne coûtera, le plus souvent, au soldat que la peine de le battre pendant et après la moisson et qu’il
- s'en trouve presque partout. Il n’v a donc que le lard qui pourra coûter quelque six à sept sols la livre, auxquels cas le quarteron leur reviendra à dix-huit deniers, c’est-à-dire à neuf deniers pour chaque homme ; car deux ou trois feront un très bon repas avec une livre de bled et un quarteron de lard ainsi accommodés. Pour lequel lard pouvoir acheter, chaque chambrée pourra vendre la moitié ou le tiers de son pain.
- « Par ce moyen ils trouveront celui d’apaiser leur faim très agréablement, à juste prix, par une bonne nourriture qui ne les exposera pas à toutes les saletés et corruptions des farines des vivres qui sont souvent échauffées et à demi pourries; le pain mal cuit, mal levé, mal pétri avec de méchantes eaux troubles, le plus souvent sales et remplies d’ordures, ce qui cause la plus grande partie des maladies dont ils sont affligés pendant le cours des campagnes.
- « Il est entin constant que cette nourriture les entre-
- Déburqucmciit de provisions dans nos colonies d’Amérique. Dessin à la dume placé en tète d’un Mémoire de Vauban sur Les colonies dans le manuscrit de ses Oisivetés conservé au Dépôt des fortifications.
- tiendra sains et gaillards, leur donnera de l’embonpoint et des forces en leur conservant la santé. ))
- La question si importante de la nourriture du soldat continua, du reste, il préoccuper Vauban, car je trouve dans le catalogue de ses manuscrits conservés au château du Mesnil, chez son arrière-petit-fils, le marquis de Rosambo, les titres des Mémoires suivants : 1° Divers mémoires sur les vivres. Façon du pain; 2° Projet d'un caisson à porter le pain; 5° Avantage de donnerait soldat une livre de pain avec du riz (12 pages).
- Dans une Note également manuscrite laissée par M.-Dez qui, à la fin du siècle dernier, avait cherché
- 1 Cette dose peut être augmentée ou diminuée comme on veut, en suivant la même proportion; comme, par exemple, en mettant deux livres de bled et une demi-livre de lard, ou une demi-livre de bled et un demi-quarteron de lard, le potage aura le même goût et le même degrc de bonté. Le plus de lard ne saurait y rien gaster. On peut mettre aussi d’autre viande quand on en a.
- à sauver de l’oubli et de la destruction les papiers du grand ingénieur, je vois que, parmi ceux qu’il avait recueillis, il s’en trouvait un sur les « Moyens d’cmpecher les grands abus dans la manière de faire subsister les armées et de se passer surtout des grands vivriers dont la fortune scandaleuse et insolente est toujours aux dépens des peuples. »
- La qualité du pain ne donne plus sujet à des abus depuis qu’il est fourni directement aux soldats par l’État au lieu de l’être par des entrepreneurs, mais la quantité et la composition des rations est restée sensiblement la même que du temps de Vauban où le soldat recevait quotidiennement 1 livre et demie de pain de munition, une demi-livre de pain pour la soupe, une demi-livre de viande, des légumes et du sel. Albert de Rochas.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris.
- Imprimerie Lahurc, rue de Fleurus, D.
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- N» 985.
- 2 AVRIL 1892.
- IA NATURE.
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- LES MARINES MILITAIRES
- LE NAVIRE CUIRASSÉ AMÉR1CUN (( MIANT0N0M01I ))
- Nous avons consacré antérieurement de nom- de navires des plus importantes marines du monde!. brcuses Notices à la description des principaux types Nous avons parlé des navires anglais, italiens, russes,
- Û/Sr^/C^ “ "" G/&4SS'/A5
- Le Miantonomoh, nouveau garde-côte cuirassé américain. — Nue en profil. —Nue|dc lace. — Officier de tir dans le blockhaus.
- Pièce de canon dans sa tourelle.
- allemands ; nous continuerons aujourd’hui cette énumération en faisant connaître le type d’un nouveau navire cuirassé américain. C’est un garde-côte désigné sous le nom de Mianlonomoh. 11 est la repro-
- ÎO* «nuée. — 1er semestre.
- duction presque exacte d’un ancien monitor en bois du même nom ; commencé en 1874, il a été seule-
- 1 Yov. n° <J 12, du 22 novembre 1890, p. 585.
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- LA NATURE.
- ment achevé en ces derniers temps. Ce navire est très ras sur l’eau, comme on le voit dans la vignette supérieure de notre gravure. Voici ses principales dimensions d’après le Scienlific American auquel nous empruntons nos renseignements.
- Longueur 76m,25; largeur extrême, 16m,90 ; tirant d’eau moyen, 4n,,50; déplacement, 5815 tonneaux; puissance en chevaux indiqués, 1030; creux extrême, 51U,50 avec un franc bord de 91 centimètres. Les machines sont du système eompound actionnant deux hélices jumelles. La coque est protégée par une ceinture cuirassée de 1 ”',85 de largeur, de 17 centimètres d’épaisseur à la partie supérieure et qui atteint 45 centimètres au-dessous de la flottaison. La section suivante est composée de deux plaques superposées, l’une de 7, l’autre de 5 centimètres et la cuirasse se termine ensuite avec une épaisseur de 76 millimètres. Le pont, presque plat, a très peu de déclivité. Il est formé de deux plaques d’acier d’une épaisseur de 22 millimètres et recouvert d’un plancher en sapin de 10 centimètres.
- Les tourelles sont munies d’un blindage de 28 centimètres renforcé d’un matelas en bois de 25 centimètres que recouvrent encore deux tôles d’acier ayant chacune 15 millimètres. Ces tourelles, qui mesurent 7m,50 de diamètre, s’élèvent d’environ 2 mètres au-dessus du pont et sont surmontées d’un blockhaus ayant a peu près 2m,40 de diamètre a la base et dépassant de 60 à 70 centimètres le sommet des tourelles.
- Dans chaque tourelle sont installés parallèlement deux canons-culasse de 25 centimètres actionnés par un appareil hydraulique. Au-dessous de la plateforme de la tourelle sont logées les munitions. Les obus et les gargousses y sont arrimés et amenés sous le panneau de la plate-forme par un petit chemin de fer circulaire. Un ascenseur les élève sur la plate-forme d’où ils sont transportés par un autre chariot à l’ouverture de la culasse (voy. la gravure).
- Dans le blockhaus qui surmonte les tourelles, l’officier de tir vise par deux petites ouvertures en forme de croix, l’une à l’avant, l’autre à l’arrière, exactement parallèles et dont le plan vertical passe par l’axe des canons. A côté de lui il a un cadran lui indiquant le degré d’inclinaison de chacune des pièces; celles-ci sont pointées par un mouvement de rotation qui entraîne la tourelle.
- Du centre de celle-ci, mais ne faisant pas corps avec elle, une colonne creuse descend jusqu’à la cale et permet de communiquer avec tous les services. Sans quitter sa place, l’officier du blockhaus fait mouvoir sa tourelle de manière à observer dans toutes les directions, il élève ou abaisse à son gré les canons pour le pointage et pour faire feu de l’un ou de l’autre ou des deux simultanément, en pressant simplement un bouton électrique qui communique l’inflammation à l’amorce. Aussitôt après le feu, la tourelle peut être tournée et présenter rapidement à l’ennemi le côté opposé. Le tuyautage, nécessaire à la machinerie hydraulique, suit la colonne
- creuse qui passe par le centre de la tourelle.
- Le Miantonomoh est muni d’un niât militaire en acier. Son armement se compose de 4 canons-culasse de 25 centimètres dont nous venons de parler, pesant chacun environ 28 000 kilogrammes, et mesurant 8m,25 à 9,u,15 de longueur. Ils ont une portée effective de 7 milles avec une charge de 116 kilogrammes. Le projectile, du poids de 226 kilogrammes, est en fonte et enveloppé d’une bande de métal doux ; il contient environ 5 kilogrammes de poudre explosive, renfermée dans 128 petits sacs en coton.
- Enfin le Miantonomoh est muni d’un appareil à gouverner, mis en mouvement, du blockhaus, au moyen de l’électricité. C’est encore l’électricité qui fournit l’éclairage à toutes les parties du bâtiment.
- Le navire à double tourelle que nous venons de décrire représente la dernière acquisition de la marine des États-Unis ; il n’est pas assurément sans présenter des défauts, mais ce nouveau spécimen de l’architecture navale américaine méritait d’être signalé.
- LA. CONSERVATION DES FRUITS FRAIS
- PAU LE FUOID
- Dans le courant de mars, on a pu voir à Paris, aux étalages des marchands de comestibles, des abricots, des pèches, des brugnons, tous fruits d’une fraîcheur ne laissant rien à désirer, dont la présence excitait les convoitises des gourmets et donnait naissance aux commentaires des curieux. Les premiers se réjouissaient de cette précoce apparition de primeurs, les seconds se demandaient d’où pouvaient venir ces envois. Quiconque est un peu au courant des traditions de la culture forcée sait que, pour pouvoir mettre utilement un arbre en végétation, il est nécessaire de lui faire subir un moment de repos. Pas plus sous verre qu’à l’air libre, on ne peut obtenir des essences fruitières une production à jet continu ; il faut que les feuilles des arbres soient tombées normalement, et qu’ils aient subi en quelque sorte un hiver, factice ou non. Or, comme il faut cinq mois de végétation pour obtenir des pèches ou des abricots et que cette période doit succéder à un repos de la plante, cela laisserait supposer que ces essences ont été mises en végétation vers la fin de septembre à la suite d'un repos minimum de trente jours; et comme en septembre les arbres sont encore en pleine sève et ne perdent leurs feuilles qu’en octobre, il en résulte évidemment que les fruits dont il est ici question ont crû sous une autre latitude. Ces fruits viennent tout simplement des antipodes et notamment de la Nouvelle-Zélande, parfois du Cap. Ils ont été apportés de ces contrées lointaines en Angleterre dans des chambres frigorifiques, sur les navires employés pour le transport des viandes fraîches de l’Argentine, par les procédés usités pour l’emmagasinage de ces dernières; et l’Angleterre les a d’autant plus facilement réimportés chez nous, qu’elle ne trouve en ce moment personne pour la concurrencer. Nous ne dirons pas que les journaux anglais, toujours en éveil sur ce qui peut menacer la production du Royaurne-Uni, ont laissé passer inaperçue cette première et toute nouvelle importation de fruits frais, à laquelle certains viticulteurs de ce pays s’essayent depuis cinq ou six ans et qui viennent seulement de réussir à en faire étalage à Covent-Garden. Tout au
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- LA NAT U LE.
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- contraire, les feuilles spécialistes, voire même politiques, ont signalé cette nouveauté et momentanément voient tout en noir. « Où s’arrêtera l’esprit d’initiative de nos commerçants ? dit à ce propos le Daily Teleyraph du 21) janvier dernier. Nous avions déjà sur nos marchés les ananas des Antilles, les tomates des îles Madère et de ïéné-rill'e, les bananes d’Afrique, les pommes du Canada et d’Australie, les raisins du Cap; voici qu’ils parviennent à nous donner des pêches, des abricots et des brugnons de la Nouvelle-Zélande. On a pu les voir en partait état aux étalages des magasins de primeurs dans l’iccadilly et Logent Street. Si nos pères pouvaient revenir parmi nous, ils në pourraient en croire leurs yeux.» Si l’on songe en etîet à la fragilité de ces fruits, au trajet qu’on leur a fait effectuer et qui comporte environ 18 01)0 kilomètres, au voyage de plus de quarante jours qu’on leur a fait supporter, il y a évidemment lieu de s’étonner qu’ils soient encore aussi bien conservés. Nous ne partageons, à notre tour, ni les craintes des journaux anglais, ni la joie des gourmets. Nous avons goûté ces fruits. On ne saurait dire qu’ils sont mauvais, mais ils ont une saveur particulière qui en réalité n’est pas très agréable. Ce n’est pas d’aujourd’hui, du reste, qu’on %saye de faire intervenir le froid pour la conservation des fruits, mais jusque maintenant les expériences en ce sens avaient été faites en pure perte. Avant que les viticulteurs industriels de liailleul et de Roubaix n’aient importé en France et perfectionné sensiblement les procédés des forceries d’Angleterre et de Belgique, M. Salomon, le viticulteur de Thomerv, avait eu l’idée, au moyen des procédés Thellicr, de conserver dans des chambres spéciales les raisins récoltés au début de l’hiver pour les débiter en mars. Ces essais ne furent pas concluants : les fruits conservaient une apparence magnifique, mais perdaient totalement leur goût spécial; de plus, il fallait les consommer de suite, car ils se décomposaient après vingt-quatre ou quarante-huit heures. Si la tentative que nous signalons ici n’a pas absolument réussi au point de vue de la conservation du parfum des fruits, nous nous en réjouissons néanmoins au point de vue de la concurrence qui peut en résulter et de la dépréciation des cours qui en serait la conséquence. Au moins le consommateur en bénéficiera, et à ce titre on ne peut que s’en féliciter.
- Alfred Renouard,
- Ingénieur civil.
- WM FERME A CASTORS
- Un fermier de Bascom, en Géorgie, M. Bick .Kilgore, a créé un établissement, affecté à l’élevage des Castors. M. Bick possède 200 de ces animaux, tant petits que gros. La ferme, nommée Beaver dam hollow, le trou de la ferme aux Castors, est située au milieu des marécages formés par le ruisseau Briar. Le ruisseau est maintenu par une digue retenant l’eau, et de cette nappe privée de courant, émergent les loges demi-ovoïdes de Castors. Les Castors disposent de 454 hectares de terrain sur les deux rives du ruisseau pour se donner de l’exercice. Cet espace n’est pas entouré de barrières, que les animaux rongeraient, ou bien ils creuseraient un chemin en dessous. 11 est donc plus commode do les laisser en liberté que de leur imposer une captivité qu’ils peuvent violer dès qu’ils le désirent. Les Castors, du reste, trouvant à Bascom bon souper, bon gîte et le reste, n’abandonnent jamais leur logis. U y a déjà longtemps que M. Kilgore a créé cet établissement. 11 y a quatre ans, les peaux de Castors valaient 20 francs, elles en valent 50 aujourd’hui. Files sont expé-
- diées à Londres où on les dessèche, et comme elles sont d’un beau brun, on les vend parfois pour de la peau de Phoque, qui n’a qu’un seul marché, Londres.
- Les jeunes naissent en avril et mai. Les femelles, donnant chaque année de deux à six petits, la famille s’accroît rapidement. On nourrit les jeunes d’un mélange d’aliments verts, avec un peu de maïs, le tout leur étant distribué sur la rive. Rien d’aussi singulier que de voir ces animaux, mangeant les épis de maïs comme les porcs, ou les emportant serrés entre leurs dents, pour aller les mettre en sûreté dans leur hutte en traversant la retenue d’eau. Ils paraissent presque être devenus domestiques, mais prennent cependant la fuite si on veut les attraper.
- Outre sa peau, le Castor fournit une essence solide, le Castoreum, employé en médecine G
- FÉCULOMÈTRE POUR POMMES DE TERRE
- DE MM. AIMÉ GIRARD ET E. FLEURENT
- Bariiii les substances alimentaires que l’agriculture met journellement en vente sur le marché, la pomme de terre est, sans contredit, celle qui occupe la place la plus importante. Comment, d’ailleurs, pourrait-il en être autrement? En effet, si ce tubercule se prête, dans la préparation de nos repas, aux façons les plus variées, la faculté qu’il possède, en outre, de s’approprier à tous les sols rend sa culture à peu près générale sur les différents points de notre territoire, et, dès lors, son prix relativement modique achève de l’imposer 'a la table du pauvre comme a celle du riche.
- Mais le rôle nutritif de la pomme de terre ne se borne pas à l’alimentation exclusive ne l’homme : nos animaux domestiques en consomment journellement une quantité notable et l’excédent de la récolte est conduit à la féculerie ou à la distillerie pour, y donner de la fécule ou produire de l’alcool.
- C’est, en effet, à la quantité de fécule qu’elles contiennent principalement que les pommes de terre doivent leur valeur alimentaire et industrielle et, dès lors, il serait naturel de penser que c’est sur cette quantité variable de fécule prise comme base, que le prix de vente en est établi. 11 n’en est rien cependant, en France, du moins. Dans notre pays, c’est toujours au poids de la récolte (pie les tubercules sont vendus, et,- jusqu’ici, la quantité plus ou moins grande de fécule que cette récolte peut contenir, n’est jamais entrée en ligne de compte.
- Dans d’autres contrées, en Allemagne notamment, c’est toujours d’après la richesse en fécule qu’est établi le prix de vente des pommes de terre industrielles et fourragères ; il serait à désirer qu’il en fût ainsi chez nous et qu’on vît enfin se substituer, a la lutte au plus tin, une pratique loyale à l’emploi de laquelle chacun trouverait son compte. L’emploi général de cette pratique aurait certainement une autre conséquence: le relèvement rapide de notre culture de pommes de terre.
- En effet, sous l’impulsion donnée à celte partie
- 1 D'après la Revue des sciences naturelles appliquées.
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- LA NATURE.
- de notre culture par les brillants travaux de M. Aimé Girard, on a vu, dans ces derniers temps, une partie de nos agriculteurs se consacrer au développement de la pomme de terre riche et à grand rendement. Mais n’est-il pas permis de penser que, ainsi qu’il en fut pour la culture de la betterave sous l’in-lluence de la loi salutaire de 1884 qui changea le mode de transactions entre le fabricant de sucre et l’agriculteur en prenant comme base de ces transactions la quantité de sucre meme contenue dans la racine, n’est-il pas permis de penser, disons-nous, que le mouvement commencé se généralisant, nos cultivateurs, intéressés à produire des tubercules riches et à grand rendement à l’hectare, ne soient forcés de se livrer à la recherche des variétés les plus productives?
- N’est-il pas certain que, dans ces conditions, on verrait bientôt noire culture de pommes de terre reprendre son activité comme on a vu notre sucrerie reprendre le rang qu’elle occupait jadis? La question est posée, du reste, et il est permis d’espérer qu’avec la bonne volonté des cultivateurs et des industriels, elle sera résolue par l’affirmative.
- Mais, pour permettre à l’agriculteur et à l’industriel d’opérer leurs transactions en prenant la quantité de fécule comme base, il fallait mettre, entre les mains de l’un et de l’autre, un instrument de mesure facile à manier et d’un prix aussi peu élevé que possible. C’est à quoi sont arrivés MM. Aimé Girard et E. Fleurent, et c'est à l’étude de cet appareil que nous allons consacrer la dernière partie de cet article.
- Toutes les méthodes physiques employées pour déterminer la richesse en fécule des pommes de terre sont basées sur la proposition suivante, suffisamment exacte : il existe un rapport constant entre la quantité de fécule contenue dans un tubercule et sa densité.
- Le problème de la détermination de la richesse moyenne en fécule d’un lot de pommes de terre revient donc à la détermination de la densité de l’échantillon moyen. L’appareil de MM. A. Girard et E. Fleurent permet de déterminer rapidement cette densité avec une exactitude suffisante, par la mesure de la quantité d’eau déplacée par un kilogramme de tubercules. Cet appareil se compose principalement
- de deux parties distinctes : 4° un seau en fer-blanc de cinq litres environ de capacité A dans lequel on peut descendre un panier métallique, léger, R, représenté sur le côté de la figure ; ce seau porte un robinet et, diamétralement opposé, un tube de niveau, en verre a b, de huit millimètres de diamètre intérieur, portant sur un plan, un peu supérieur au plan de l’orifice du robinet, un trait d’afflcuremento; 2° un ballon C dont le col porte une graduation correspondant à des richesses en fécule comprises entre 12 et 27 pour 100.
- La mesure du volume d’eau déplacé parles tubercules est conduite de la façon suivante. On remplit d’eau le seau en fer-blanc, le panier métallique étant à l’intérieur, et, h l’aide du robinet, on rejelte l’excès d’eau jusqu’au moment où 1 affleurement au point o est établi. Les pommes de terre échantillonnées, lavées, sont essuyées^t, lorsqu’elles sont encore légèrement humides, on en pèse un kilogramme. Ces pommes de terre pesées sont introduites une à une dans le panier métallique, celui-ci étant soulevé au-dessus de l’eau dans le seau ; puis le panier, avec son contenu, est descendu doucement à l’intérieur et on l’agite légèrement d’un mouvement circulaire afin de permettre aux bulles d’air entraînées de remonter à la surface.
- On conçoit de suite que l’introduction des pommes de terre dans le seau a pour effet de faire remonter l’eau dans celui-ci d’un volume égal à leur propre volume. Il suffit donc de faire écouler, au moyen du robinet, et de recevoir dans le ballon jaugé une quantité d’eau telle que l’affleurement soit rétabli en o. Cette opération terminée, on lit sur le col du ballon, en centimètres cubes, le volume occupé par l’eau écoulée, et, sur une table à double entrée jointe à l’appareil, on trouve directement en face de cette division qui indique le volume, la quantité correspondante de fécule pour 4 00. l'our donner a l’appareil toute sa sensiblilé, il faut avoir soin d’amener le ménisque du liquide dans le tube de niveau a sa position de tangence avec le trait d’affleurement o.
- Le féculoniètrc de MM. Girard et fleurent est d’une manipulation facile; il peut rendre a 1 agriculteur de réels et utiles services. J- L.
- Féeulométre de MM. Aimé Girard et E. Fleurent.
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- UNE TONDEUSE A AIR COMPRIMÉ
- La tonte mécanique des moutons présente un intérêt industriel considérable, surtout en Australie; aussi n’est-il pas étonnant que les appareils propres à cette opération aient donné lieu à de nombreuses recherches et de nombreux travaux. C’est ainsi que l’on a vu surgir successivement des tondeuses actionnées par des courroies, des cordes, des engrenages, etc.
- L’appareil que nous allons décrire aujourd’hui constitue un sérieux perfectionnement des anciens systèmes; il fonctionne par l’air comprimé. Le mode de production et le mode de réglage de la pression de l’air qui actionne les tondeuses ne présentent aucun intérêt spécial : nous nous contenterons de décrire la tondeuse elle-même
- que représentent les gravures ci-contre. Cet appareil, qui figurait à la dernière Exposition d’agriculture organisée par la Société royale d'agriculture de Londres, à Doncaster, était exposé par VAustra-lian Shearer Company, de Sydney, et a été inventé par Al. Michael Ford.
- La tondeuse se compose d’un moteur à air comprimé recevant un mouvement alternatif à l’aide d’une valve agissant comme tiroir de distribution. Ce piston double actionne un levier dont l’autre extrémité porte le couteau à trois dents qui se trouve ainsi animé d’un rapide mouvement de va-et-vient.
- Le mode d’action de l’appareil est d'ailleurs identique à celui des tondeuses dont on fait aujourd’hui un si fréquent usage dans les salons de coiffure parisiens.
- Grâce à l’emploi de l’air comprimé comme lorce motrice, le mouvement de l’outil s’effectue avec une grande rapidité, et le tondeur n’a plus qu’à promener l’appareil sur le corps de la bête, opération
- rendue facile par suite de la flexibilité des tuyaux amenant l’air comprimé. Les avantages revendiqués en faveur de celte tondeuse sont : un moindre danger pour l’animal qu’avec les ciseaux ordinaires, un appr< ntissage à peu près nul ; production d’une plus grande quantité de laine de, meilleure qualité avec moins de déchets, cette laine plus longue présentant, d’autre part, une plus grande valeur. Enfin, lorsque le mouton a été tondu une première fois à la machine, la tonte suivante donne une laine de longueur bien égale sur toutes les parties de l’animal.
- 11 ne nous appartient pas d’émettre ici une critique sur un système qui a fait ses preuves et qui les fait encore tous les jours, mais on nous permettra peut-être quelques réflexions inspirées par l’application que nous venons de présenter à nos lecteurs. Dans le cas particulier, l’air comprimé résout bien le problème posé et il est difficile de concevoir une disposition plus simple; mais il nous semble cependant que, dans l’état actuel de nos connaissances, nous donnerions la préférence à des tondeuses mues électriquement. En voici les raisons ; en premier lieu, les moteurs électriques de faible puissance, ont un meilleur rendement que les moteurs à air comprimé, et présentent une simplicité au moins égale ; en deuxième lieu, et c’est là l’avantage le plus important, une distributi m électrique permettrait l'éclairage de l’atelier de tondage pendant les opérations, sans canalisation spéciale, ce que ne permet pas l’air comprimé; en troisième lieu, les fils électriques ne demandent pas pour leur installation et leur déplacement le luxe de précautions indiquées sur la figure 1 pour ne pas produire d’étranglement ou de courbure brusque des tuyaux à air; enfin, dernier avantage, si l’atelier est installé, comme cela est probable, dans une grande ville, on pourrait, avec des tondeuses électriques, emprunter
- Fig. 1. — Tondeuse australienne à air comprimé.
- Fig. 2. — Détails de l’outil. — 1. Vue intérieure. 2. Aspect extérieur.
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- le courant à une distribution d'énergie électrique, au lieu d’installer un matériel complet de moteurs et de compresseurs. Pour toutes ces raisons, nous ne désespérons pas de voir un jour figurer les tondeuses parmi les innombrables applications auxquelles se prête si facilement P électricité.
- X..., ingénieur.
- CLASSIFICATION SYSTÉMATIQUE
- DES DIFFÉRENTES QUALITÉS DE FER
- Pendant le développement graduel des procédés métallurgiques, la multiplicité même de ces procédés et leur association fréquente avec le nom de l’inventeur du procédé de fabrication ont occasionné une très grande confusion, et ont donné naissance à une classification plus ou moins artificielle des différentes qualités de composés dont le fer forme la base essentielle. En présence des futurs développements de l’industrie sidérurgique et de l’importance que présente l’uniformité dans les constructions en fer, il est très désirable de voir adopter une classification rationnelle et systématique. Les bases les plus naturelles pour une semblable classification sont la constitution chimique de la matière et ses propriétés physiques. Le fer chimiquement pur, obtenu très difficilement, ne présente aucun intérêt au point de vue des applications, et tous les fers du commerce sont combinés, en proportions très variables, avec d’autres substances. On peut dire, d’une manière générale, que le silicium, le phosphore, le soufre et l’arsenic représentent les principales impuretés qui ne sont pas éliminées par les procédés ordinaires d’extraction, tandis que le carbone, et, à un moindre degré, le manganèse, modifient les propriétés du fer et fournissent différentes qualités de ce métal.
- Ces qualités constituent essentiellement des carbures, et sont divisibles en deux groupes, suivant leur degré de malléabilité. 1° Ceux contenant moins de 1,5 pour 100 de carbone, parfaitement malléables à chaud, et partiellement malléables à froid. 2° Ceux qui ne sont malléables ni à froid ni à chaud, mais qui sont facilement fusibles. Certains produits ferrugineux malléables ont aussi la propriété spéciale de se tremper sensiblement lorsqu’on élève leur température au rouge clair, et qu’on les refroidit subitement. Ce fait se produit lorsque la proportion de carbone dépasse 0,55 pour 100.
- Au point de vue commercial, la série peut se subdiviser en trois groupes principaux : a Fer forgé, contenant moins de 0,55 de carbone. Malléable, peu sensible à la trempe, difficilement fusible, b Acier, contenant de 0,55 à 1,5 pour 100 'de carbone. Malléable, recevant la trempe, et plus facilement fusible que le fer forgé, c Fonte. Renfermant depuis 1,5 pour 100 de carbone, jusqu’à un maximum de 5 à 6 pour 100. Non malléable et facilement fusible. Des procédés récents ont cependant considérablement modifié les anciennes lignes de démarcation. En soumettant le fer à des traitements inconnus il y a quelques années, on a élargi le champ de fusibilité et de malléabilité. De même, en faisant varier les proportions d’impuretés, il a été facile de produire deux ou trois qualités différentes de chaque sorte de fer.
- Le fer forgé peut être considéré comme 1° puddlé et laminé, ou 2° fondu au creuset et laminé. L’acier est aussi puddlé ou produit par cémentation ou au convertisseur, mais il est préférable d’en faire trois classes : 1° acier doux, renfermant de 0,55 à 0,00 pour 100 de carbone,
- susceptible de trempe, mais sans durcissement bien appréciable; 2° acier dur, contenant de 0,(3 à 0,8 pour 100 de carbone, plus dur et plus sensible à la trempe ; 5° acier très dur, contenant de 0,8 à 1,5 pour 100 de carbone, très dur avant et après la trempe.
- La fonte, ou fer fusible, était autrefois subdivisée en fonte grise, fonte blanche et fonte traitée; mais comme chacune de ces trois sortes peut se transformer en l’une des deux autres, il est préférable de les classer d’après leur composition, de la façon suivante : 1° fer de forge, contenant peu de silicium et de manganèse, mais plus de soufre et de phosphore ; 2° fer Spiegel (pour la fabrication de l’acier), contenant principalement du manganèse et du silicium ; 5° fer de fonderie ou gueuse, contenant du silicium et du phosphore; une nouvelle qualité de métal, présentant des qualités intermédiaires, est obtenue en soumettant de la fonte à un procédé de décarburation par lequel la fonte acquiert une certaine malléabilité. Ce produit est connu sous le nom de fonte malléable.
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- I. Malléables
- Semi-malléables
- Non malléables I (Fonte) 1 \
- QUALITES. NOMBRES.
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- [ Puddlé Deuxième. 2
- For | Troisième, i Première . 5 4
- I Fondu Deuxième.. 5
- Troisième. 6
- I Première . 7
- Doux Deuxième.. 8
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- 1 Première . 10
- Acier < Dur Deuxième.. 11
- j Troisième. Première . 12 15
- Très dur Deuxième.. 11
- \ Troisième. 15
- Fonte malléable. 16
- 1. Fer de l'orge. 17
- 2. Fer Spiegel.. 18
- 5. Fer de fonderie 19
- Acier au nickel. 20
- Acier au tungstène, . . 21
- I. Malléables
- ’ Acier à l'aluminium I Acier chromé. . .
- U. Non malléables
- Acier (lamas............
- Ferro-manganèse .... Ferro-silico-manganèsc.. Ferro-aluminium .... Fer au chrome...........
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- Il y a, en outre, plusieurs alliages et composés à base de fer qui forment des produits, les uns malléables, les autres non malléables, dont l’industrie tire aujourd’hui un parti très utile. Le tableau qui accompagne cette Note résume la classification proposée par M. E. Stassano dans les Annali delle Socielà degli Ingcgneri e degli Architetle italiani. M. Stassano demande qu’une semblable classification soit officiellement adoptée par le Gouvernement avec des règles précises et un contrôle effectif, en vue d’assurer des essais comparatifs uniformes pour chaque classe de produits.
- CONCORDANCE DES CALENDRIERS
- Les mois du calendrier russe en 1892 commencent le 15 de chacun des mois de môme nom de notre calendrier, ils ont le même nombre de jours que les nôtres. Les mois du calendrier républicain, pour l’an 100, commencent: Pluviôse, le 21 janvier; Ventôse, le 20 février; Germinal, le 21 mars; l loréal, le 20 avril, ils ont chacun 50 jours.
- 1 Nous avons traduit littéralement les noms fer de forge, fer Spiegel et fer de fonderie, tout en estimant qu’il serait plus logique, dans les trois cas, de substituer le mot fonte au mol fer. (N. du T.)
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- Le mois Tebelli, pour l'an 5(152 du calendrier israélite, commence le 1er janvier 1892, il a 29 jours; Schebnt. de 50 jours, commence le 50 janvier; Adar, de 29 jours, le 29 février; Nissan, de 50 jours, le 29 mars; Iijar, de 29 jours, le 28 avril. Le mois Djoumada II de l’an 1509 du calendrier musulman commence le 2 janvier 1892, il a 29 jours ; Redjeb, avec 50 jours, commence le 51 janvier; Schaban, de 29jours, le 1ermars; Ramadan, de 50 jours, commence le 50 mars; Schoual, de 29 jours, le 29 avril. Le mois Tubeh du calendrier coplite, année 1608, commence le 9 janvier 1892. Amchir commence le 8 février. Rarmhat, le 9 mars. Rarmudeh, le 8 avril. Les mois copliles ont 50 jours.
- SINGES ET CHATS
- Il est difficile de méconnaître l'intelligence des animaux, la véritable faculté d’induction que possèdent de nombreuses espèces parmi eux et que l’on ne saurait confondre avec les facultés instinctives. Le chat et le singe nous fournissent des exemples curieux, attestés par des témoins dignes de foi. Nous en emprunterons un certain nombre à l’excellent travail de M. Romanes1, sur une question qu’il a si complètement élucidée.
- Les espèces sauvages de race féline sont d’une nature insociable, féroce et rapace. Ni les lions, si mal nommés les rois de la création, ni les tigres, ne sont courageux; à moins d’être blessés, ils n’attaquent guère qu’à F improviste. Le chat tient de ces dispositions ; il est lâche, peu sociable, il s’attache plus au logis qu’aux personnes. Par sa taille et sa structure anatomique, il se rapproche du chat sauvage; mais il en diffère par le caractère, car il n’est pas dans la série zoologique, d’animal plus réfractaire que ce dernier à tout essai d’apprivoisement.
- Un trait remarquable chez le chat est sa cruauté vis-à-vis d’une proie tombée en son pouvoir. Qui n’a vu un d’eux jouer avec une souris et jouir avec une satisfaction visible de sa terreur et de ses souffrances? L’homme a-t-il le droit de s’en étonner et ne peut-il puiser dans sa propre histoire de tristes exemples ? C’était au cri des chrétiens aux bêtes, que les Romains se précipitaient aux arènes, pour se repaître des supplices d’hommes comme eux. On sait les odieux traitements que les Mexicains infligeaient à leurs victimes, les tortures que les Indiens font subir aux prisonniers tombés en leur pouvoir, et en dépit de nos progrès si vantés, ne voit-on pas nos populations se presser au pied de la guillotine ? Et les applaudissements frénétiques qui éclatent, quand le taureau blesse un homme ou un cheval, montrent que la cruauté n’est pas l’apanage du seul animal.
- Si le chat est faux et cruel, il est remarquablement doué sous le rapport intellectuel. Romanes rapporte avoir vu, à plusieurs reprises, un chat ouvrir une porte communiquant de ses écuries à son habitation. Il l’observait d’une fenêtre sans être vu. Le
- 1 U Intelligence des animaux, trad. franc, avec une préface de M. Perrier. Paris, 1889.
- chat se dirigeait d’un air nonchalant et dégagé vers la porte ; d’un bond il s’accrochait avec une de ses pattes à la poignée, il pressait de l’autre sur la gâchette, tandis qu’à l’aide de ses deux pattes de derrière, il imprimait à la porte la secousse nécessaire (fig. 1, n° 1). Un homme aurait-il agi autrement? Gouch 1 affirme avoir connu un chat qui, par un procédé à peu près analogue, trouvait moyen d’ouvrir l’armoire où était la provision de lait de la maison et dans un mémoire récemment lu à la Société Lin-néenne de Londres, M. Otto raconte qu’un chat avait été enfermé dans une chambre sans autre issue qu’une fenêtre à charnière fermée au moyen d’une traverse à pivot. Il sautait sur l’appui de la croisée, puis, s’allongeant autant qu’il le pouvait pour l’atteindre, il réussissait à faire prendre à la traverse la position verticale; il pesait ensuite sur la fenêtre qui s’ouvrait sous cette pression. Le même fait se renouvela à plusieurs reprises, sous les yeux des spectateurs appelés à le contrôler et, chaque fois le chat parvint à recouvrer rapidement sa liberté.
- Quand le chat ne peut ouvrir lui-même une porie, il a d’autres tours dans son sac. Un des secrétaires de notre ambassade en Angleterre se promenait dans les rues de Londres. Un chat vint doucement frôler sa jambe; il n’y fit pas tout d’abord attention ; mais le chat ayant renouvelé son manège, il ne put s’empêcher de le regarder. Attentif au geste, l’animal se retourne et semble par l’expression de ses yeux l’inviter à l’accompagner. Très intrigué, notre promeneur suit son étrange conducteur. A quelques pas de là, le chat s’arrête devant une maison, monte rapidement les quelques marches qui la séparent du trottoir et tout en regardant à chaque mouvement si on le suit, il saute après la sonnette, comme pour indiquer son désir (fig. 1, n° 2) : M. X... sonne et conte son histoire au domestique qui vient ouvrir.
- « C’est notre chat, répond tranquillement celui-ci, il a l’habitude de courir; quand il veut rentrer, il se frotte contre les gentlemen qu’il rencontre jusqu’à ce qu’il en trouve un qui consente à le suivre. »
- Il est des actes où le raisonnement éclate plus vivement encore. Une chatte, dont le lait était tari, portait à ses petits des morceaux de pain pour suppléer à la nourriture qui leur faisait défaut. M. J. Stc-vens, juge au Nouveau-Brunswick, se promenait un jour d’hiver dans son jardin, où un pied de neige recouvrait la terre ; il vit un rouge-gorge se poser sur un arbrisseau, à un mètre environ du sol. Un chat qui rôdait s’approcha à pas furtifs et s’arrêta à une petite distance de l’oiseau ; mais la neige offrait trop peu de consistance pour qu’il pût prendre son élan et atteindre la proie convoitée. Sans tenter un essai dont il comprenait l’inutilité, notre chat chercha tout d’abord à faire envoler l’oiseau vers un endroit plus propice à ses projets. Le rouge-gorge engourdi par le froid ne semblait guère disposé à lui donner
- 1 Manifestations de l’instinct, p. 190.
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- satisfaction. Les manœuvres du chat, ses efforts pour effrayer l’oiseau, étaient curieux à observer. Un certain temps s’écoula avant qu’il parvînt à ses fins. Le rouge-gorge alla enfin se poster plus loin, à la grande joie de son ennemi qui guettait chacun de ses mouvements. Le chat s’empressa de le suivre, masquant son approche avec une habileté remarquable derrière chaque buisson. Ayant trouvé un point favorable, il s’élança d’un bond sur l’oiseau. Il manqua son coup, il est vrai; mais comment méconnaître l’intelligence avec laquelle il avait préparé le succès?
- Cette intelligence éclate non moins vivement dans
- l’acte du chat grattant la neige qui recouvrait des miettes de pain, puisse plaçant en embuscade pour saisir les oiseaux qui viendraient les récolter (fîg. I, n° 5). Des traits semblables abondent; nous n’aurions guère que l’embarras du choix, si la place ne nous faisait défaut.
- S’il est impossible d'admettre que le singe puisse être compté parmi nos ancêtres, encore moins parmi nos cousins, il faut bien reconnaître que par sa conformation anatomique et physiologique, il se rapproche de l’homme et que malgré la distance immense qui nous sépare, il est, au point de vue psychologique, le mammifère le plus voisin de nous.
- Fig- 1. — Intelligence des chats. — 1. Chat ouvrant une serrure. — 2. Chat faisant sonner les passants. 5. Chat attirant les oiseaux avec des morceaux de pain.
- Il est très susceptible d’éducation, et quand il est à l’état domestique, il n’est sorte de scènes où il ne ligure avec avantage; nous reproduisons d’après une photographie (fig. 2) une de ces scènes qui a eu dans son temps un grand succès d’hilarité. Mais c’est, en liberté surtout qu’il convient d’étudier les singes, pour mieux apprécier leurs facultés naturelles.
- L’idée de la mort paraît n’être pas étrangère au moins à quelques espèces parmi eux1. Un chasseur tua un jour une femelle et l’emporta sous sa tente. Il fut aussitôt entouré par une quarantaine de mem-
- 1 Cette idée de la mort se retrouve etiez d’autres animaux. M. Piette, dont les belles découvertes préhistoriques ont si largement fait progresser nos connaissances sur ce mystérieux passé, me mandait récemment l’histoire d’un chien qui avait
- lires de la tribu hurlant et gesticulant. Il s’en débarrassa en les couchant en joue avec son fusil, dont ils paraissaient parfaitement comprendre l’effet meurtrier. Un vieux singe, évidemment le chef de la bande, ne recula pas avec les autres; il s’avança jusqu’à l’entrée de la tente et voyant que ses fureurs étaient inutiles, il se prit à pleurer et à gémir d’une façon si lamentable que notre chasseur ému de pitié lui rendit sa victime. Le singe saisit rapidement le cadavre dans ses bras et l’emporta vers ses compagnons qui semblaient l’attendre avec anxiété; puis tous disparurent dans les bois, sans que
- perdu son jeune maître atteint de phtisie. Le chien avait parfaitement compris cette mort. Chaque matin, il se rendait au cimetière, la tète basse, le poil hérissé, la queue entre les jambes. Un jour il ne revint pas; il était mort sur la tombe.
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- l’on put voir la fin de cette scène extraordinaire qui impressionna vivement ceux qui en furent te'moins.
- Si le singe ne paraît pas s’attacher comme le chien à ceux qui lui donnent des soins, il n’est cependant pas dénué de qualités affectives et souvent on le voit plein de compassion pour ses camarades blessés ou malades. Un planteur avait dans son jardin nombre de gibbons vivant sur les arbres et venant recevoir chaque matin les fruits qu’il leur distribuait.
- Un jeune mâle se démit un jour le poignet dans une chute maladroite.
- Les autres avaient grand soin de lui et une vieille guenon se bâtait de lui porter les premières bananes qu’elle recevait.
- Le môme fait se renouvela chaquejourjusqu’à ce que le blessé fût guéri et put reprendre la vie commune. Nous voyons aussi chez les singes des facultés d’ordre supérieur, l’observation et la réflexion, par exemple. Rengger raconte que la première fois qu’il
- donna des œufs à des singes du Paraguay, ils les cassèrent et perdirent ainsi une grande partie du contenu; mais ils eurent bientôt appris à briser la coquille et à l'éplucher aussi adroitement que nous pourrions le faire. Une autre fois, notre naturaliste mit dans un cornet de papier parmi des morceaux de sucre une guêpe; en s’envolant, elle piqua le singe qui avait imprudemment déplié le cornet. Aucun ne s’y laissa plus prendre et chaque singe, avant de défaire son paquet, le portait à son oreille et le secouait fortement, pour être sûr qu’il ne renfermait pas l’insecte malfaisant.
- Les singes savent au besoin se servir de moyens mécaniques pour arriver à leurs fins. Ils brisent avec des cailloux les coquilles de crustacés pour se régaler de leur contenu ; on prétend même qu’ils insèrent des pierres entre les écailles des huîtres qui bâillent, pour s’éviter la peine de les briser. On cite
- Fig. 5. — Singe montant sur une chaise pour atteindre le loquet d’une porte.
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- aussi un singe qui pour empêcher la porte de son cabanon de se refermer, roulait une couverture qui lui avait e'te' donnée pour la nuit, et la plaçait de manière à éviter un inconvénient qui nuisait à ses gambades. L’orang de Cuvier avait l’habitude de traîner une chaise d’un bout de la chambre à l’autre pour atteindre le loquet qu’il voulait ouvrir (fig. 5). Un homme, demanderons-nous encore une fois, aurait-il agi autrement ?
- En résumé, nous voyons, chez les singes comme chez les chats, des actes préparés par un véritable raisonnement, accomplis avec l’intelligence du but à atteindre. C’est au lecteur à décider si ce sont là des actes purement instinctifs, ou s’il ne convient pas plutôt de les attribuer à des facultés que l’on était trop disposé jusqu’ici à regarder comme exclusivement humaines. Mis de Nadaillvc.
- YÉLOCIPÉDIE
- BANDAGE PNEUMATIQUE (( CLOISONNÉ ))
- Les différentes épreuves auxquelles le bandage pneumatique fut soumis au cours de la saison 1891, en même temps qu’elles proclamaient ses mervoilleuses qualités de roulement, mettaient en évidence sa fragilité en tant qu’appareil de touriste.
- Beaucoup de vélocipédistes épris du nouveau venu renonçaient à son emploi après de fréquentes et coûteuses réparations et rétrogradaient du pneumatique, aux fuites aussi intempestives qu’introuvables parfois, au caoutchouc creux d’un usage moins agréable mais plus sûr.
- Malgré cet insuccès relatif, le pneumatique n’en restait pas moins l’appareil captivant, devant fatalement, le jour où il atteindrait sa forme pratique, attirer le public vélocipédique et reléguer comme pièces d’archéologie ses prédécesseurs les caoutchoucs pleins et creux.
- Pour obtenir cette perfection tant désirée, les tentatives furent nombreuses. Une catégorie d’inventeurs entreprit de rendre increvable l’enveloppe extérieure en interposant dans celle-ci une garniture métallique. L’erreur était grossière puisque dans la presque totalité des cas, l’avarie se déclare à l’intérieur du bandage, c’est-à-dire au tube de caoutchouc désigné sous le nom de chambre à air, et n’intéresse que très rarement l’enveloppe de roulement. L’action préventive du blindage extérieur étant nulle ou tout au moins insignifiante, cette méthode offrait de nombreux inconvénients : la partie métallique, en raison même de sa composition, détruisant la plasticité et l’élasticité du caoutchouc, détériorait l’organe au lieu de le protéger.
- Des inventeurs plus éclairés agencent l’enveloppe de roulement sur sa jante, de façon à permettre un dégagement rapide et simple de la chambre à air, au cas où il y a lieu de vérifier l’état de celle-ci et au besoin de la réparer. Malheureusement l’accident à un pneumatique se produit généralement dans des conditions désastreuses pour sa réparation ; si chez soi il est relativement facile de procéder à la réfection de l’organe avarié, il n’en est plus de même sur une route, par la pluie ou la poussière, dans des conditions climatériques variées mais toujours peu propices aux manipulations qu’exigent la recherche de la lésion, sa réparation, la remise en place des organes qui composent un bandage pneumatique et de la roue elle-même.
- L’idéal est donc de réduire la lésion probable à son
- minimum de conséquences graves, et de l’assimiler aulant que possible au plus anodin des accidents, la rupture d’un rayon, par exemple, avarie que l’on répare à loisir et qui dans aucun cas ne met le cavalier hors de selle.
- Pour obtenir ce résultat, cloisonner, rendre étanche la chambre à air est le dispositif tout indiqué, et le problème étant posé, M. G. Lapsolu lui donne la solution suivante :
- On obtient au moulage une cellule de caoutchouc de forme cylindrique C d’environ G centimètres de longueur sur 42 millimètres de diamètre traversée à son centre et dans le sens longitudinal par un tube T en caoutchouc de 8 millimètres de diamètre avec une paroi de 5 millimètres d’épaisseur. Ce canal, dont les deux orifices ont jour hors de la cellule, est percé d’un trou t et revêtu sur un espace de 5 centimètres d’une membrane M, soudée par ses extrémités au canal qu’elle enveloppe. Cette membrane, qui fait office de valve, est ajourée comme il convient en un ou plusieurs endroits.
- La cellule ainsi construite est revêtue d’une chemise en toile déformé cylindrique et cambrée selon un certain diamètre. La fonction se fait ainsi : après avoir bouché l’orifice 0, par exemple, on comprime de l’air par l’extrémité opposée. L’air emplit le canal, s’échappe par le trou t et soulève la membrane valve M ; celle-ci en se dilatant
- Enveloppe____
- Cellule
- Rever.s____
- Bandage pneumatique cloisonné pour vélocipède.
- augmente superficiellement de volume, et les jours s’élargissant proportionnellement l’air s’évacue par ces ouvertures et emplit la cellule. Dès qu’on cesse la compression, la membrane reprend sa position première et les ouvertures se referment, assurant ainsi une parfaite herméticité.
- En reliant une quantité quelconque de cellules, 26, par exemple, par de petites tubulures en métal et en greffant sur l’une d’elles une prise d’air, on aura résolu ce problème de fractionner une chambre à air se gonflant d’une façon uniforme par une seule opération.
- Le pneumatique cloisonné de M. G. Lapsolu se compose de 26 cellules formant un bandage complet pour une roue de bicyclette; ces pièces sont montées sur une lame mince et fixées sur celle-ci par des revers en toile. Un tube de prise d’air est établi à la partie médiane du bandage, prenant et servant de communication entre deux cellules, et une enveloppe de roulement est lacée sous la lame. Ce bandage mobile vient se fixer sur la jante au moyen de deux crochets serrés et maintenus à l’extérieur de la jante par une pièce d’accrochement.
- Ce bandage a extérieurement l’aspect ordinaire d’un pneumatique, son dispositif lui donne les avantages suivants : 1° avaries réduites à l’état insignifiant et pouvant être réparées au besoin quinze jours après l’accident; 2° roulement très doux puisque la pression peut être moitié moindre que dans un pneumatique ordinaire ; 5° réparation facile et sans tâtonnements.
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- CONSTRUCTION DES FORTS DE LU MEUSE
- TÊTES I1E PONT DE LIÈGE ET DE NAMUR
- La Belgique, dont le système de défense prenait autrefois pour pivot la forte place d’Anvers, s’est décidée, il y a peu de temps, à barrer l’accès des vallées de la Meuse et de la Sambre en établissant des tètes de pont à Liège et a Namur. Ces ouvrages comprennent 21 forts dont 12 couvrent la première de ces places et les 0 autres la seconde. Ils ont été construits en trente mois seulement par des entrepreneurs français, MM. Adrien Ilallier, Letellier frères et Jules Baratoux ; mais cette entreprise considérable ne mérite pas seulement d’attirer l’attention par la brièveté des délais dans lesquels elle a été accomplie. Elle tire encore son intérêt de la nature des matériaux mis en œuvre pour l’ossature des forts. On a exclusivement employé en effet, sur l’initiative de M. le général Brialmont, auteur des plans des ouvrages, le béton de ciment qui jusqu’ici n’avait guère été utilisé que pour les fondations des murs de quai, les radiers des formes de radoub, et les remplissages, et nous donnerons une idée de l’importance de ces constructions en disant simplement qu’elles ont nécessité 1150 000 mètres cubes de béton avec 500000 tonnes de ciment, représentant à elles seules le chargement de 50000 wagons1.
- 11 fallait découvrir de véritables carrières à pied d’œuvre pour produire les énormes quantités de sables et galets nécessaires à la confection du béton : les lits de la Meuse et de la Sambre ont fourni des bancs de sables et galets inépuisables et de qualité très homogène, mais qu’il a fallu remonter sur les hauteurs qui commandent chaque rive, et sur lesquelles sont établis les forts. On s’est servi à cet effet soit de plans inclinés aboutissant aux rives, et à l’origine desquels étaient placées des installations de criblage, soit de chemins de fer aériens transportant sur cables les matériaux extraits par les dragues.
- A la tête supérieure des plans inclinés commençait sur chaque rive tant à Liège qu’à Namur une voie ferrée de 1 mètre d’écartement qui reliait la plupart des forts entre eux et avec les lignes de chemins de fer déjà existantes. Le développement total de la voie ainsi créée pour les besoins de l’entreprise a été de 100 kilomètres environ, dont 60 à Liège et 40 à Namur. Elle présentait en des points choisis de véritables gares et permettait d’approvisionner les chantiers aussi bien en matériaux extraits de la Meuse et de la Sambre (sables et galets) qu’en ciments fournis par deux usines françaises et trois usines belges.
- La fourniture et l’approvisionnement des matériaux assurés, le problème le plus difficile à résoudre consistait dans la fabrication et le coulage méthodique
- 1 Notre Ministère de la guerre vient de décider la construction près de Lunéville d’un fort du même type que ceux de la M euse, c’est-à-dire avec coupoles d’artillerie et ossature en Létoiï de ciment.
- de l’énorme cube de béton. On y est parvenu à l’aide d’une organisation consistant à disposer les installations de fabrication de manière à dominer l’ensemble des chantiers, condition essentielle pour obtenir aisément le roulage des wagonnets chargés de béton, à effectuer les fouilles dans lesquelles ils devaient être déchargés d’une manière progressive pour éviter les reprises de déblais, enfin à réemployer économiquement les coffrages qui forment les moules où se coulait le béton.
- La fabrication s’exécutait en plusieurs parties contrairement à l’usage généralement adopté en Amérique et en Angleterre, où l’on mélange directement, dans un cylindre incliné animé d’un mouvement lent de rotation, les pierres cassées ou les galets, le sable et le ciment. On jetait le sable-gravier provenant des criblages et le ciment dans des malaxeurs en tôle où un arbre vertical armé de bras horizontaux disposés en hélice les mélangait intimement. Le mortier ainsi formé était déversé dans des wagonnets jaugés qu’on amenait en même temps que les wagonnets chargés de galets, au-dessus du couvercle d’une bétonnière. Celle-ci consiste en un cylindre vertical en tôle de im,90 de hauteur et de 70 centimètres de diamètre terminé à sa partie inférieure par un tronc de cône. Des barres de fer rond sont placées à l’intérieur et disposées en hélice. L’appareil était fixé sur un apponte-ment et muni de deux couvercles. Les ouvriers opéraient un premier mélange à la pelle sur le couvercle de la bétonnière entre le mortier et les galets, puis on faisait glisser latéralement le couvercle, et le mélange se complétait par la chute des matières.
- Ce système possède une grande capacité de production (150 à 150 mètres cubes par journée de dix heures et par bétonnière) et donne des produits d’une homogénéité supérieure à ceux qu’on obtient par le mélange simultané des matériaux.
- Comme l’indique la figure 1 qui donne la vue des installations de fabrication, chacune d’elles comprenait trois bétonnières qui se déversaient dans des wagonnets très légers à voie de 40 centimètres, et ces derniers étaient roulés à bras jusqu’aux points de décharge.
- Les figures 2, 3 et 4 montrent les phases du coulage du béton dans les différentes parties des ouvrages. On a employé, pour les coffrages dans l’intérieur desquels devait s’opérer la dessiccation de la masse fluide pour quelle prît sa consistance, des madriers de faible équarrissage posés horizontalement sans assemblage, ce qui en permettait le réemploi facile. On les appuyait de distance en distance sur des traverses verticales soutenues elles-mêmes par des étais obliques (fig. 2).
- Pour l’intelligence de nos gravures, nous rappellerons que les forts établis d’après le système bien connu du général Brialmont se composent d’un massif central comprenant une ou plusieurs coupoles armées d’artillerie à éclipse, et réunies par une galerie souterraine à des locaux placés aux angles intérieurs des fossés. Ces locaux dits coffres-flan-
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- qunnts battent de leurs feux les fossés de l’ouvrage et remplacent dans la nouvelle fortification les ca-ponnières et les ailerons du système bastionné.
- Les parapets d’artillerie sont entièrement supprime^ ; les locaux d’entre'e et d’escarpe à la
- gorge assurent le casernement et l’abri des troupes.
- Les wagonnets de la voie de déchargé des bétonnières circulaient au niveau du sol naturel; le départ après chargement s’effectuait par une voie sans fin. Le remplissage des fondations (fig. 2, nos 0 et 18)
- ELEVATION
- COUPE TRANSVERSALE
- (
- E/Ho^inr Sc
- Fig. 1. — Travaux des forts de la Meuse. — Installation pour la fabrication du béton. — Elévation et coupe.
- s’exécutait sans coffrages. Les matériaux y étaient amenés par des plans inclinés taillés dans les talus. On procédait ensuite au coulage des piédroits en
- disposant leurs coffrages sur tout le périmètre à remplir (fig. 2, nos 11 et 12). Pour l’exécution des voûtes qui suivait celle des piédroits, on débutait
- Fig. 2. — Forts de la Meuse. — Installations pour l’exécution du bétonnage des locaux d’escarpe et d’une contrescarpe d’un grand fort dans ses différentes phases. — 1. Voie d’approvisionnement. — 2. Voie des dépôts. — 5. Voie du ciment. — 4. Dépôt de sable. — 5. Dépôt de galet •— 6. Installation pour la fabrication du mortier. — 7. Bétonnières. — 8. Lavage du galet. — 9. Fouilles des fondations exécutées. — 10. Installation pour l’exécution des fondations. — 11. Piédroits coffrés. — 12. Installation pour le bétonnage des piédroits. — 15. Piédroits et murs exécutés. — 14. Voûtes coffrées. — 15. Installation pour le bétonnage des voûtes (première assise). — IG. Voûtes recouvertes (première assise). — 17. Installation pour l’exécution de la deuxième assise. — 18. Exécution des fondations d’un mur de contrescarpe. — 19. Exécution de la première assise de ce mur. — 20. Exécution de la deuxième assise. — 21. Remise à locomotives. — 22. Chemin de desserte.
- par un premier anneau posé sur cintres, et quand il avait fait prise, on opérait le remplissage jusqu’au couronnement (fig. 2, nos 14 et 16). La même figure (nos 18, 19 et 20) donne également les détails d’exécution du bétonnage en trois parties (touille, première et deuxième assises) d’un mur de contrescarpe.
- Dans la période correspondant à la figure 5, le
- fort est représenté avec le coffre flanquant de tête sur la gauche. Cet ouvrage est en cours de travail; les piédroits du rez-de-chaussée sont coulés et en partie décoffrés (n° 8) ; on a installé le coffrage d’une des voûtes de l’étage (n° 9). En même temps on construit le mur de contrescarpe de gauche (n° 11) et la galerie de communication (n,,s 14, 15 et 16) avec le massif des coupoles (nus 18 et 25). Cette
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- LA N A T IJ H K.
- Fig. 5. — Forts de la Meuse. — Installations pour l'exécution du bétonnage de la galerie de communication des coupoles de te te et du coffre llauquant dans un grand fort. — 1. Voie d’approvisionnement. — 2. Voie du ciment. — 3. Dépôt de sable. — 4. Dépôt de galet. — 5. Lavage du galet. — 6. Magasin à ciment, malaxeurs. — 7. Bétonnières. — 8. Coffre flanquant de tète, les piédroits du rez-de-chaussée sont coulés, en partie décoffrés. — 9. Coll rage d’une voûte de l’étage. — 10. Voie ayant servi à amener le béton des piédroits. — 11. Bétonnage de l’amorce du mur de contrescarpe de droite (première assise). — 12. Mur de contrescarpe de droite (première assise). — 13. Mur de contrescarpe de droite, partie terminée. — 14. Galerie de communication, partie terminée. — 15. Galerie de communication, partie en exécution. — 16. Voie servant à amener le béton. — 17. Remblai sur la galerie de communication. — 18. Coupole de tète de droite. — 19. Plan incliné servant à élever le béton pour la coupole de droite. — 20. Treuil, chaudière. — 21. Bétonnage de la coupole de droite. — 22. Voie vers le massif central. — 23. Coupole de tète de gauche
- Fig. 1. — Forts de la Meuse. — Installations pour l’exécution du bétonnage du massif central d’un petit fort dans ses différentes phases. — 1. Voie d’approvisionnement. — 2. Voie des dépôts. — 3. Voie du ciment. — 4. Dépôt de sable. — 5. Dépôt de galet. — 6. Magasin à ciment, malaxeurs, bétonnières. — 7. Voie ayant servi à amener le béton des piédroits. — 8. Coulage du béton de la galerie de communication. — 9. Plan incliné servant à élever le béton. — 10. Treuil du plan incliné. — 11. Voie servant à couler le béton des voûtes (première assise). 12, Voie servant à couler le béton de la deuxième assise. — 13. Locaux d’escarpe terminés. — 14. Coupole de gorge de gauche. — 15. Fossé du flanc de gauche. — 16. Fossé du front de gorge, commencé. — 17. Rempart du flanc gauche. — 18. Rempart du flanc droit. — 19. Fouille de la coupole de tète. — 20. Dépôt de terre végétale. — 21. Abri de la loeomobilc actionuant la pompe du puits. —22. Dépôt de galet cassé.
- l'exécution du bétonnage du massif central dans un petit fort. Ici les locaux d’escarpe (n° 15) sont terminés ainsi que la coupole de gorge de gauche (n° 14).
- îrniere est terminée, la première est en cours d’achèvement.
- La linure 4 renrésente les dilférentes uhases de
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- LA NATURE.
- On procède au coulage du béton des voûtes (nos 11 et 12), etc.
- Les diverses voies d'approvisionnement des matériaux et de coulage du béton sont indiquées dans chaque figure.
- Malgré les rigueurs de l’hiver "'de 1890-1891, qui ont arrêté pendant près de trois mois les travaux sur tous les chantiers, l’Entreprise est parvenue à .livrer tous les ouvrages ;t la lin du 1er semestre de 1891, comme elle s’y était engagée. Ce résultat, dû à la puissante organisation et à l’excellente méthode de fabrication et de coulage du béton adoptées par MM. A. Rallier, Letellier frères et J. Baratoux, leur fait véritablement honneur, et constitue un succès de plus à l’actif du génie civil français. C. Ricnon,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- CONSERVATION
- DES ÉCHANTILLONS MINÉRALOGIQUES
- ET GÉOLOGIQUES
- Les minéraux et les fossiles ne sont pas exposés aux ravages des insectes, comme les collections zoologiques, mais ils ont deux causes ordinaires de destruction : la déliquescence et l'efflorescence.
- La déliquescence est la faculté que possèdent certains corps d’attirer l’humidité de l’atmosphère et de se dissoudre à mesure dans l’eau qui en résulte. Il n’y a d’autres moyens pour prévenir ces accidents que d'enfermer ces échantillons dans des bocaux hermétiquement clos.
- L’efflorescence est la propriété qu’on trouve dans d’autres corps de tomber en poussière. Il existe plusieurs procédés pour garantir les échantillons contre cette destruction. Certains fossiles transformés en pyrite blanche ou dont la substance est imprégnée de sels et non susceptible d’ètre lavée doivent être séchés complètement, puis couverts d’un vernis qui ne s’écaille pas ; on peut encore les plonger dans l'huile. Les empreintes qui ont une tendance à s’effriter peuvent être consolidées en les imprégnant d’une solution légère de gomme arabique un peu sucrée, pour éviter son fendillement à la sécheresse.
- M. Chalande recommande le procédé suivant pour la conservation des roches, fossiles, ossements, etc., qui seraient exposés à se fendiller ou à tomber en efflorescence : leur faire subir un bain d’une heure à vinet-quatre heures, suivant les pièces et leur fragilité, dans uu mélange à parties égales de silicate de soude ou de potasse et d’eau ; après le bain on laisse sécher la pièce qui acquiert au bout de quelque temps une dureté considérable.
- Pour la conservation des fossiles pyriteux, voici le procédé indiqué par M. André Fonville : « Les fossiles pyriteux sont de tous les échantillons de paléontologie les plus difficiles à conserver, le contact de l’air humide les altère rapidement, transformant le sulfure en sulfale à un tel point qu’ils deviennent méconnaissables. Le moyen le plus sur et qui présente le plus davantage, c'est de conserver le fossile dans de la paraffine, substance solide, fondant à 44 degrés et privée d’oxygène. Mais de cette manière on ne peut conserver les échantillons de petite taille ; au contraire pour les fougères, les troncs de sigillaires, les fossiles volumineux, on n’a qu’à les badigeonner dans une solution de silicate de soude, celle substance étant fusible dans l’eau bouillante; »
- Pour consolider les ossements fossiles, M. Lambert indique le procédé suivant : on fait fondre du blanc de baleine dans un vase quelconque, à la chaleur d’une lampe à alcool; lorsque le blanc de baleine est fondu et bien chaud, on en enduit l’osseinent; la matière en ébullition pénètre à travers les pores et en refroidissant le consolide et lui donne la dureté de la pierre. Quelquefois il reste à la surface une légère couche de substance ; il est facile de la faire disparaître en promenant sur tout l’ossement un chiffon de papier enflammé. Quelques personnes emploient la gélatine ou la colle forte ; ces moyens peuvent être bons, mais ils ne valent pas le blanc de baleine C
- NÉCROLOGIE
- F. Barl»edieiinc. — Nous croyons devoir enregistrer ici la nouvelle de la mort, à l’âge de quatre-vingt-un ans, de M. Ferdinand Barbedienne, fondateur delà maison de bronzes bien connue. C’est en 1854 qu’il avait créé cette maison. Né en 1810, dans un petit village du Calvados, à Saint-Martin-du-Fresnay, il était venu, tout jeune garçon, à Paris, pour y apprendre un métier. Ayant fait connaissance, en 1854, d’un ouvrier mécanicien fort intelligent, nommé Achille Collas, qui venait d’inventer un instrument de précision pour réduire mathématiquement et reproduire en bronze, avec une fidélité scrupuleuse, les statues et les bas-reliefs, il s’associa avec lui pour l’exploitation de son brevet. Soixante ans durant, il édita, grâce aux procédés de Collas, les œuvres de nos artistes modernes et un nombre considérable d’objets antiques et de bronzes. Il fonda, comme on le sait, l’une des maisons les plus importantes du monde. Son nom était devenu universel; sou œuvre, au point de vue de l’art et de l’industrie, laissera des traces fécondes en grands résultats.
- • J.-S. Stas. — Le célèbre chimiste belge, Stas, a été récemment enlevé à la science. Né à Louvain, le 20 septembre 1815, il étudia d’abord la médecine et fut reçu docteur. 11 ne tarda pas à s’adonner spécialement à l’étude de la chimie, et devint professeur à l’Ecole militaire de Bruxelles. Président de la Commission des poids et mesures, il fut délégué par son Gouvernement à la Commission internationale du mètre, et prit une part importante à scs travaux. Membre de l’Académie de Bruxelles, depuis 1841, Stas a été élu correspondant de l’Institut de France le 14 juin 1880; il était aussi membre de la Société royale de Londres qui lui avait décerné en 1885 la grande médaille Davy, et membre d’honneur de la Deulsche Chemische Gesellschaft àe BevYm. Le célèbre chimiste belge était un élève de Dumas ; ses laborieuses recherches sur les lois des proportions chimiques, sur les poids atomiques et leurs rapports mutuels, sont devenus l’une des bases les plus solides de la chimie moderne.
- CHRONIQUE
- L,es comètes. — M. Locwy, sous-directeur de l’Observatoire de Paris, a présenté à la séance de l’Académie des sciences du 21 mars, les observations faites à l’Observatoire de Paris, des comètes a 1802 et c 1802, par M. Bigourdan. La comète a 1802, découverte par M. Swift à l’Observatoire Warner (Rochester, Etat de New-York), le G mars 1802, était alors trop australe (— 51°) pour
- 1 I) après une Notice de M. À. Branger dans le Naturaliste.
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- LA NATURE.
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- être observée à Paris. Observée au Cap de Bonne-Espérance le 8 mars, elle était indiquée comme visible à l’œil nu. Actuellement elle ne peut être observée à Paris qu’à une très faible hauteur au-dessus de l’horizon, car le crépuscule du matin l’efface quand elle atteint 10 degrés de hauteur; d'ailleurs la Lune éclaire fortement. Aussi, malgré qu’elle ait atteint à peu près son maximum d’éclat,
- M. Bigourdan n’a pu l'apercevoir à l’œil nu, mais elle est visible dans une jumelle. C’est une nébulosité brillante, de 2 minutes de diamètre, sans queue, avec noyau assez stellaire et dont l’éclat est comparable à celui d’une étoile de 8e-9e grandeur. — La comète c 1892, trouvée par M. Denning, à Bristol, le 18 mars 1892, est circompo-laire, mais n’est observable que vers son passage inférieur au méridien, à une faible hauteur. Yue dans ces conditions, c’est une faible nébulosité sans queue, de 25 secondes à 50 secondes de diamètre, plus brillante vers le centre, sans noyau nettement apparent.- Son éclat est au plus égal à celui des étoiles de la 15e grandeur.
- Machine à vapeur au commencement du dix-liuitième siècle.— M. A. Rubin, ingénieur, nous communique la Notice suivante extraite de la Description de la Chine par le Père Du Halde (La Haye, 4 vol. in-4°, 1750, t. 111, p. 534) : «Les machines pneumatiques ne piquèrent pas moins la curiosité de l’empereur (Kang-Hi). On fit faire d’un bois léger un chariot à quatre roues de la longueur de deux pieds. Au milieu on mit un vase d’airain plein de braise, et au-dessus un éolipyle, dont le vent donnait par un petit canal dans une petite roue à ailes, semblables à celles d’un moulin à vent. Celte petite roue en faisait tourner une seconde avec un essieu, et par leur moyen faisait marcher le chariot pendant deux heures entières. De peur que le terrain ne lui manquât, on le faisait marcher en rond en cette manière. A l’essieu des deux dernières roues, on attacha un timon, et à l’extrémité de ce timon un second essieu qui allait percer le centre d’une autre roue un peu plus grande que celles du chariot, et selon que cette roue était plus ou moins éloignée du chariot, elle décrivait un plus grand ou un plus petit cercle. On appliqua aussi ce principe de mouvement à un petit navire porté sur quatre roues. L’éolipyle était caché au milieu du navire; et le vent sortant par deux autres petits canaux, enflait les petites voiles, et le faisait tourner en rond fort longtemps. L'artifice en était caché, et l’on entendait seulement un bruit semblable à celui du vent, ou à celui que l’eau fait autour d’un vaisseau. » Les jouets cités par le Père Du Halde furent fabriqués à Péking, sous la direction du Père Grimaldi, au commencement du dix-huitième siècle, pendant le règne de Kang-lli.
- Extension des lignes téléphoniques. — Les installations téléphoniques augmentent de jour en jour et s’étendent de toutes parts. Plusieurs grandes villes de France sont en communication avec Paris; d’autres vont l’être incessamment. La banlieue de Paris est reliée à la capitale par le téléphone ; entre toutes les installations récentes, nous mentionnerons les suivantes : Argenteuil, Asnières, Aubcrvillicrs, Bellevue, Billancourt, Bois-de-Colombes, Choisy-le-Roi , Courbevoie , Créteil, Ivry-Port, Meaux, Montmorency, Rueil, Neuilly, Nogent, Meudon, Saint-Mandé, Suresnes, Le Yésinet, Versailles, Villejuif.
- Vitesses de locomotive. — La plus grande vitesse réalisée jusqu'ici par une locomotive paraît être celle d’une locomotive compound du Pennsylvania Railroad qui a parcouru une longueur de 1 mille (lfit)9 mètres) en 59 secondes et un quart. Les observations ont été faites par
- deux physiciens munis de chronographes. Cette vitesse correspond à 91,7 milles par heure (147,5 kilomètres par heure).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 mars 1892. — Présidence de M. d’Abbame
- L'axe de rotation de la Terre.— Depuis quelques années, des doutes avaient été émis au sujet de l’invariabilité de la direction de l’axe terrestre, pendant le mouvement annuel de translation de la Terre autour du Soleil. Si cette variation existe, elle doit se manifester par des effets inverses sur les latitudes des points situés aux extrémités d’un même diamètre terrestre, c’est-à-dire que si la latitude d’un point donné augmente, celle du point antipode diminuera. Le Bureau central de l’Association géodésique internationale annonce que les observations exécutées à Hono-lulu (îles Sandwich) par les soins de la mission allemande révèlent en effet des variations identiques, mais de sens contraire à celles observées en Europe. Ainsi, tandis qu’à Berlin, Potsdam, Prague, de juin à septembre, la latitude croissait de 0",54, elle décroissait de 0",50 à Ilonolulu. M. Faye considère la question comme vidée. H faudra, toutefois, déterminer exactement l’amplitude de la période, car l’axe terrestre ne subit qu’une variation périodique et non point une variation continue qui aurait pour effet, à la longue, de changer complètement le régime des climats à la surface de la Terre.
- Statistique. — M. Levasseur communique un tableau, qui résume les opinions les plus probables sur la superficie des diffférentes parties du monde et leur population.
- À propos de ce tableau, M. Levasseur fait remarquer que la grande cause de discordance est la population de la Chine, fixée en 1848, d’après des registres de dénombrement tenus dans les villages, à 426 millions, non compris une province dont la population atteignait à peu près 60 millions d’habitants. En 1885, d’après un document émanant de l’administration chinoise, ce chiffre a été fixé à 519 millions, plus 60 millions pour diverses provinces de l’empire. D’où un écart de plus de 100 millions d’habitants entre différentes évaluations de la population chinoise, d’après des renseignements qui pourraient être exacts. M. Levasseur remarque, en outre, que le chiffre admis il y a quinze ans pour la population de l’Afrique était de 200 millions, chiffre qui paraît beaucoup trop fort. En réalité on ne possède aucune donnée précise, et, les appréciations reposent sur la densité des populations sur les parcours suivis par les voyageurs. Or, comme ces parcours sont ordinairement des routes commerçantes, où se concentrent les populations, il en résulte que la densité par kilomètre carré est en général trop élevée. M. Levasseur met en garde les lecteurs contre un usage allemand qui consiste à rattacher la Malaisie à l’Asie, tandis que les auteurs français la rattachent à l'Océanie.
- Les galles des feuilles des arbres. — M. Laboulbène a recherché la cause de production des galles sur les feuilles des arbres. II a constaté que ces excroissances singulières ne sont pas susceptibles de se produire sous l’action de piqûres, de coupures, d’introduction de gouttelettes d’acide formique ou d’autres acides, ni par l’effet de la présence de corps étrangers, ou même d’œufs d’insectes non galligènes. Au contraire, il a pu établir que les galles se développent lorsque certains insectes dits galligènes déposent leurs œufs sur la feuille; il existerait deux causes de production dont l’une et la principale serait
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- LA NATURE
- le résultat de l’action vésicanle d’un liquide émis par une glande spéciale et dont l’autre serait la vivification de bactéries analogues à celles cultivées par M. Pasteur.
- Développement de certains crustacés des grands fonds. — Les sondages du Talisman ont permis de capturer des crustacés d’une forme tout à fait analogue à celle des écrevisses, mais de plus grande dimension. Ces crustacés présentent celte particularité curieuse, que leur queue peut se rouler sur elle-même, de manière à former une sorte de boîte qui sert à protéger les œufs. Ceux-ci éclosent et les larves croissent dans cette boîte qui devient ainsi une espèce de poche inarsupiale. Il est à remarquer que les larves s’y développent beaucoup plus que celles des autres crustacés, phénomène analogue à celui observé sur les grenoudles de la Martinique qui naissent à l’état de grenouille et non point à l’état de têtard.
- La température du Soleil. — M. Lcchatelier vient de tenter un nouvel essai pour déterminer la température du Soleil. On sait que les calculs effectués jusqu’ici, conduisent à des résultats fort différents compris entre 1500 et 5 000 000 de degrés. La raison de ces divergences réside dans le choix de l’hypothèse adoptée pour la loi du rayonnement calorifique. On avait, en effet, à choisir entre la loi de Newton, celle de Dulong et celle de Rosctti. La première a été. déterminée d’après .des expériences embrassant un faible intervalle thermique, la deuxième d’après un intervalle calorifique de. 150°, et la troisième d’après un intervalle de 500 degrés.
- M. Lechatelier a fait porter ses recherches sur une étendue de 1100° comprise entre les températures 700 et 1800. Il conclut, de la courbe qui peut graphiquement représenter les résultats, que la température du Soleil serait d’environ 7600°, avec celte restriction que celle de la chromosphère peut être fin peu plus élevée.
- De Caligny. — M. de Caligny, ingénieur des ponts et chaussées, membre correspondant de la section de mécanique, est décédé le 23 mars dernier. M. de Lalignv s’était fait connaître par d’importants travaux d’hydraulique qui ont reçu de nombreuses applications pratiques.
- Varia. — M. Schmidt a construit un chronographe avantageusement applicable à la détermination de la vitesse des projectiles. — M. Cruls a étudié le climat de Rio-de-Janeiro. — M. A. Carnot a imaginé un nouveau procédé de dosage du fluor. — M. Louis Figuier présente le 55e volume de l'Année scientifique. Stanislas Meunier.
- LA. PLANTE DES NEIGES
- La Snow plant of the sierras des Américains ou la plante des neiges des montagnes nous a paru assez curieuse pour en reproduire la gravure. Cette plante, de la famille des Ericacées, appelée en botanique Sarcodes sangninea à cause de la couleur rouge sang de sa fleur, a un aspect général qui rappelle très bien celui d’une Orobancbe, ou mieux encore celui de diverses Balanophorées parasites. Aussi a-t-on cru tout d’abord qu’elle aussi était parasite, mais le physiologiste américain Meelian, qui en a l’ait l’objet d’une étude spéciale, a reconnu que
- c’était là une erreur et que le Sarcodes est'sùn-plement saprophyte, c’est-à-dire se nourrissant de matières organiques mortes. D’après des observations faites sur place, c’est une plante annuelle, qui germe sur des radicelles de conifères, mais qui, plus tard, tire les éléments de sa nutrition de la terre dans laquelle elle s'enfonce profondément. Quant à son développement hors de la neige lorsqu’elle doit fleurir, ce n’est pas un fait aussi exceptionnel qu’on pourrait le croire, ün sait que certaines plantes alpines, notamment la Soldanelle, fleurissent fréquemment sous la neige, sans môme en percer la couche épaisse qui couvre le sol des montagnes, dans les parties élevées où croissent naturellement ces espèces.
- Ne voyons-nous pas aussi dans nos jardins, en décembre et janvier, malgré neige et frimas, Vllelleborus riiger ou Rose de Noël se couvrir de scs belles fleurs, puis, ,à peu près en même temps, le Galanthus nivalis ou Perce-neige à l’odeur si agréable, lancer hors de la neige ses charmantes clochettes? Malheureusement, la couleur blanche des fleurs de ces deux espèces ne se détache pas assez sur la neige.
- Une quantité de Heurs du Sarcodes sanguinea émergeant de la neige doivent vraiment, par leur belle couleur, former un contraste des plus curieux et frappants avec celle-ci. Ernest Bergman.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdieii-l'aris.— Imprimerie Laliure, rue île Fleurus, 9.
- La plante îles neiges eu fleurs.-(D’après une gravure américaine.)
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- LÀ NATURE
- 9 AVRIL 4892
- N" 98 4,
- LA FLORIDE ET
- PHOSPHATES
- La Floride, dont la plupart des lecteurs de La vaille d’immenses gisements de phosphate de chaux. Nature ont certes entendu parler depuis la trou- qui y fut laite il y a quelques années, a été décou-
- Fig. 1. — Exploitation des phosphates de terre en Floride. (D'après une photographie de Fauteur.)
- verte le 29 mars 1512 par l’Espagnol Ponce de Léon la jolie petite ville de Sainte-Augustine, une des sta-qui débarqua à l’endroit môme où s’élève aujourd'hui lions hivernales les plus coquettes et les plus fréquen-
- Fig. 2. — Exploitation des phosphates de rivière en Floride. (D’après une photographie de Fauteur.)
- tées. Tous les riches Américains du Nord viennent y chercher un refuge contre les glaces et les neiges qui les recouvrent durant les quatre ou cinq mois de l’hiver. C’est le Menton ou le Nice de l’Amérique du
- Î0e année. — lor semestre.
- Nord. Les gelées y sont à peu près inconnues et ne se produisent que la nuit : le soleil de la journée en fait vite disparaître les traces. Son nom de Floride vient de ce que le jour de sa découverte fut celui
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- de Pâques lleuries, en espagnol Pascua Florida.
- La Floride est la province la pins méridionale des Etats-Unis d’Amérique, elle est baignée à l’ouest et au sud par le golfe du Mexique, à l’est par l’océan Atlantique et xmfinée au nord par les États d’Ala-bama et de Géorgie. Elle lonne une espèce de longue bande de terre, une sorte de prolongement caudal des États-Unis ayant environ 000 kilomètres de long sur 100 kilomètres de largeur moyenne. C’est un pays absolument plat, constitué par un sous-sol siliceux ou calcaire recouvert partout par une couche de sable plus ou moins épaisse, sur laquelle d’immenses lorêts de pins, de palmiers, chênes-verts, magnolias et autres arbres élevés, ont pris naissance.
- On serait très étonné devoir ces puissants végétaux croître avec une pareille vigueur dans un sable qui parait complètement stérile, si l’on ne savait pas que 1 élément indispensable de toute végétation, le phosphate, se rencontre également disséminé dans toute la surface de ces landes. En certains points formant une zone presque continue qui part de Talla-hassée au nord, pour aboutir au sud à Punta-Rassa, en suivant la côte du golfe du Mexique, ce phosphate existe en agglomérations parfois considérables.
- La découverte de ces gisements a appelé l’attention sur ce pays jusque-là fort peu connu, au moins des Européens. Cette découverte remonte à une dizaine d’années : c’est un ingénieur d’origine française, au service des États-Unis, M. Francis Le Baron, qui a eu l’honneur de reconnaître le premier en 1881 la présence d’amas de phosphate dans le sol lloridien en creusant un canal pour relier la rivière Saint-John à la mer, à Charlotte Uarbor.
- Malgré les efforts qucM. Le Baron fit pour appeler sur sa découverte l’attention des capitalistes américains, ceux-ci ne s’en occupèrent pas jusqu’en 1888.
- A cette époque on commença à draguer un peu les rivières du Sud pour en extraire les cailloux phosphatés qui constituent presque exclusivement leurs lits. En 1887, M. Jones d’Orlando avait rencontré également des phosphates nodulaires dans le sol du comté de Soto.
- En 1889, un cultivateur d’oranges du pays, M. A. Vogt, ayant trouvé dans un puits qu’il creusait dans la terre, près d’Orala, une matière grise dure qu’il prit pour du gypse, et l’ayant fait analyser, la découverte des phosphates de Floride prit une nouvelle impulsion et marcha dès lors à pas de géants.
- A partir de ce moment, tout le monde se mit à acheter des terres en Floride et à faire des sondages qui firent reconnaître dans certains points la présence d’amas plus ou moins considérables de phosphates. Une véritable fièvre de spéculation, à peine calmée aujourd’hui, envahit le pays: quelques heureux s’enrichirent rapidement, d’autres se ruinèrent complètement, ayant acheté cher des terrains sans valeur. Aujourd’hui, la vérité commence à se faire jour : on connaît à peu près tous les gisements susceptibles d'être utilement exploités et l’on a créé dans ce but un très grand nombre de compagnies
- dont quelques-unes travaillent et produisent déjà beaucoup, tandis que d’autres constituées dans le seul but de faire une spéculation, attendent l’arrivée d’acheteurs auxquels elles repasseront leurs propriétés, avec un honnête bénéfice.
- Les phosphates de la Floride sont d’aspects très divers ; en voici l’énumération :
- Phosphates de terre. — On les trouve en roches parfois très dures, parfois plus tendres et faciles à écraser, parfois aussi sous forme de lits analogues à de l’argile. L’exploitation se fait en creusant le sol comme l'indique la reproduction d’une de mes photographies (fig. 1 ) .Tous ces phosphates sont assez riches; on y rencontre de 70 à 82 pour 100 de phosphate de chaux pur, de 1 à 0 pour 100 de fer et d’aîumine; le reste est constitué par du carbonate et du fluorure de calcium, du sable, de l’argile, de la magnésie, et un peü de matière organique. Dans quelques gisements, on rencontre surtout des plaques très dures, ayant de 1 à fi centimètres d’épaisseur et jouissant d’une grande pureté. Elles sont malheureusement souvent mêlées à de l’argile et nécessitent un lavage et un séchage avant de pouvoir être livrées au commerce.
- Cette transformation en plaques de phosphates primitivement organiques, comme tous ceux de lu Floride, fait supposer qu’à un moment donné, les ossements d’animaux qui ont donné naissance aux gisements de ce pays, ont été dissous par des eaux chargées d’acide carbonique qui les ont laissées se déposer en s’évaporant. Tous ces phosphates de terre, cailloux, graviers, plaques, houles et amas compacts sont jaunes ou blanc jaunâtre. Ils reposent sur des lits de calcaire ou de silicates cristallins dans lesquels ils forment des poches plus ou moins profondes et larges.
- Phosphates de rivière. — Dans le lit des rivières de la côte ouest, on trouve également des phosphates en amas souvent considérables et revêtant l’aspect de cailloux noirâtres. Leur richesse est généralement un peu plus faible que celle des phosphates de terre, ils renferment plus de carbonate de chaux et de matières organiques. Leur origine animale se fait reconnaître par la présence de dents et d’ossements de mammifères ou de reptiles et de sauriens.
- Leur extraction se fait facilement et à peu de frais au moyen de grandes dragues à vapeur dont on voit plus haut le modèle d’après une de mes photographies (fig. 2).
- Ces dragues sont chauffées au bois et permettent d’extraire de 20 à 80 tonnes de phosphate par jour suivant les cas. On sèche les phosphates au rouge dans des tambours en fer avant de les expédier. L’extraction des phosphates de terre se fait très aisément aussi, à la pioche et à la pelle. On n’emploie la mine que dans des cas très exceptionnels. La photographie que j'ai prise d’une des principales mines du pays, celle de la Compagnie des phosphates de France, à Anthony, montrera ce travail dans toute sa simplicité.
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- LÀ N A TUBE.
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- Quand les phosphates de terre sont très purs et secs, comme cela a lieu à la mine d’Ocala et Silver Springs C°, on les charge immédiatement sur des wagons qui les transportent dans les ports d’embarquement pour l’Europe, où les 9/10 delà production trouvent leur écoulement.
- Dans le cas où ils sont un peu mélangés de sable et d’argile, on commence par déposer sur le sol un lit de bûches de sapin sur lequel on place les phosphates en blocs en intercalant d’autres bûches de distance en distance. Quand le tas a atteint la hauteur de trois mètres, on met le feu à cet immense bûcher, et on le laissé durer jusqu’à ce que la masse soit refroidie. On jette alors le tout sur des claies : l’argile et le sable se séparent mécaniquement, tombent sous la claie et l’on obtient ainsi des phosphates très secs et ayant un titre et une pureté plus élevés. Quand les phosphates de terre sont trop souillés par l’argile, on les lave à grande eau dans des tambours tournant sur leur axe et percés d’un grand nombre de trous par lesquels s’échappent les impuretés. Puis on les sèche, soit en les calcinant à l’air comme je l’ai dit plus haut, soit dans d’autres tambours de fer à circulation d’air chaud.
- La production de la Floride en phosphate atteint actuellement 200 000 tonnes, elle peut devenir par la suite beaucoup plus élevée et jouer un rôle considérable dans l’industrie des phosphates. Elle peut rendre à l’agriculture de nos vieux pays un service immense en lui permettant d'acheter à bon marché les phosphates et superphosphates qu’elle emploie déjà très abondamment et dont l’usage ne peut que s’étendre par suite de l’abaissement du prix du produit.
- J’espère que ces renseignements intéresseront ceux des lecteurs de La Nature qui s’occupent des questions agricoles et qu’ils apprécieront par là quel parti puissant on peut tirer en Europe des richesses minérales d’un pays où j’ai eu l’honneur de créer la première entreprise française. A. La pureau,
- Ex-directeur de la station agronomique du Nord.
- Ocala (Floride), 23 lévrier 1801.
- LES MOTEURS A PÉTROLE
- M. le professeur W. C. Unwina présenté, à Y Institution of civil engineers de Londres, les résultats d’expériences qu’il a faites sur le fonctionnement des moteurs à pétrole, dont l’emploi est encore bien récent; le résumé de ce travail nous paraît de nature à intéresser nos lecteurs.
- Le combustible liquide a été appliqué jusqu’ici à la production de la force motrice sous quatre formes différentes : 1° au lieu et place du charbon pour produire de la vapeur ; 2° dans des moteurs où l’essence ou le naphte servait à la fois de combustible et de fluide moteur; o° comme vapeur explosible dans des machines à foyer intérieur; 4° comme vapeur explosible, après avoir été amené à l’état de vapeur par élévation de température.
- Dans la généralité des cas, il ne semble pas que la vapeur puisse être produite aussi économiquement avec du pétrole qu’avec du charbon. Les moteurs à essence de pétrole sont coûteux et dangereux. La production du gaz
- ddiuile offre aussi des difficultés économiques. Il en résulte que, pour produire la force motrice, il est préférable de vaporiser le pétrole à basse température, de le mêler à l’air et de le faire exploser dans un moteur à foyer intérieur. Mais la complexité de composition du pétrole rend la vaporisation difficile, car si cette vaporisation se fait sur de grandes masses, on produit un résidu inutile ; en le vaporisant en petites masses sur des surfaces chaudes, on obtient des produits goudronneux qui encrassent rapidement la machine.
- Dans un moteur à pétrole où l’on introduit le combustible dans le cylindre, sans avoir à supporter les pertes occasionnées par l’emploi d’un appareil de vaporisation séparé, on peut espérer atteindre un rendement thermique au moins double de celui que donnent une chaudière à vapeur et un moteur. M. Umvin décrit ensuite le moteur à pétrole système Priestmann, et donne les résultats d’expériences faites sur un type de 5 chevaux nominaux tournant normalement à la vitesse angulaire de 200 tours par minute. Avec un pétrole connu sous le nom de Russolene, le moteur a fourni une puissance, mesurée au frein, de 0,0 chevaux avec un rendement organique de 85 pour 100, et une consommation de 0,988 livre, soit, très sensiblement, 1 livre (455 grammes) de pétrole par cheval-heure disponible sur l’arbre moteur. Au point de vue de la chaleur dégagée, 1 kilogramme de Russolene correspond à 1,25 kilogramme de bon charbon. Le moteur Priestmann de 5 chevaux marchant à pleine charge est donc équivalent, au point de vue thermique, à un moteur à vapeur qui dépenserait seulement 1,25 livre (565 grammes) de charbon par cheval-heure. La plus faible consommation actuellement signalée dans un moteur à vapeur est celle d’un moteur Sulzer à triple expansion qui a dépensé 12,45 livres (5kg,7) de vapeur par cheval-heure indiqué, chiffre qui correspond à 1,0 livre (725 grammes) de charbon par cheval-heure effectif mesuré sur l’arbre.
- Le tableau ci-dessous montre comment, au point de vue de l’énergie thermique, celle-ci se répartit dans le fonctionnement, et comment elle est utilisée.
- Travail utile au frein.........................15,51
- Frottements du moteur.......................... 2,81
- Travail à l’indicateur.........................16,12
- Chaleur dans l’eau de refroidissement.. . . 47,54
- — — les gaz de l’échappement. . . 26,72
- Chaleur rayonnée et causes de perte diverses. 9,02
- Total............100,00
- M. Unwin termine sa communication en passant en revue les différentes applications qui ont été faites jusqu’ici des moteurs à pétrole. 11 signale, en particulier, leur application à la mise en action de pompes d’épuisement ou d'arrosage, de petites dynamos pour l’éclairage électrique, de perforatrices, et surtout des compresseurs employés dans les phares pour produire l’air comprimé actionnant les sirènes en cas de brouillard. Une autre application intéressante est celle qui est faite aux embarcations de plaisance et aux canots de sauvetage. Le faible poids du combustible à transporter, l’alimentation automatique, le peu d’entretien que demande le moteur, et la rapidité avec laquelle il est mis en marche, sont autant d’avantages qui militent en faveur de cette application, appelée à un certain développement, à notre avis, dans les pays où le pétrole n’est pas frappé de droits quasi prohibitifs. E. H.
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- LA NATURE.
- APPAREIL DE SONDAGE PORTATIF
- A FIL D’ACIER DE M. E. RELLOC
- Voici une petite machine à sonder d’un volume restreint et d’un maniement facile qui promet de devenir grandement utile aux navires, aux océanographes et aux naturalistes.
- Son auteur du reste ne paraît pas seulement destiner cet appareil aux seuls sondages, il entend aussi le faire servir comme moyen d’immerger les divers instruments employés dans l’étude du milieu marin aussi bien qu’à la détermination des hauteurs verticales dont le sommet est praticable et la hase difficilement accessible (falaise, puits Je; causses, etc.).
- M. le professeur J. Thoulet, maître en océanographie, a expérimenté avec succès ce nouvel appareil.
- 11 peut servir à bord d’une simple barque, ne nécessite pas de prise de vapeur pour la manœuvre, est facilement transportable et pare assez bien aux difficultés que le roulis suscite dans les sondages en eau profonde.
- Je ne crois pas cependant que, même avec les modifications que son auteur doit lui avoir fait subir il soit d’un emploi bien pratique pour les sondages opérés à plus de 1500 mètres.
- Du reste voici d’après M. Belloc la description de cette petite machine à sonder.
- Un bâti, formé de deux flasques en bronze réunis par des entretoises du même métal, est solidement lixé sur une forte planchette horizontale en bois servant en même temps de socle à la machine et de fonda la caisse d’emballage, destinée à la renfermer pendant le transport. Dimensions de cette caisse : 50, 45 et 50 centimètres. Poids de l’appareil, 20 kilogrammes. Sur un arbre horizontal, aux extrémités duquel peuvent être fixées deux manivelles, est calé un tambour en fonte A servant à l’enroulement d’un fil à sonder. Une roue à rocket fixée à droite de ce tambour et tournant avec lui permet l’arrêt brusque, à n’importe quel moment du plomb de sonde, tandis que grâce à une lame de frein engagée dans une gorge située à gauche de ce tambour la descente du plomb est régularisée et son arrivée sur le substratum marin signalée automatiquement.
- Avant de plonger dans la mer, le (il est engagé sur un système de poulie B, C, D, P1.
- La poulie C est à demi plongée dans un auget C, contenant un liquide lubrifiant, destiné à protéger le fil contre l’oxydation. De plus cette poulie est fixée par son axe sur un levier L relié d’autre part avec un ressort et agissant, en définitive, sur la lame du frein.
- La poulie D est une poulie métrique, — le fil l'enveloppe donc complètement, — elle actionne un compteur au moyen d’une vis sans fui et le fil est guidé dans son enroulement sur sa gorge par deux cylindres en fonte recouverts de feutre épais.
- Enfin la poulie F est placée à l’extrémité d’une bigue démontable et surplombe l’endroit où l’on veut pratiquer un sondage.
- Le renvoi du fil sur la poulie G, l'articulation du levier L et l’adaptation du ressort ont pour but d’amortir les excès de tension que peuvent produire les réactions de la mer sur le bâtiment et d’assurer le
- serrage automatique du frein dès que la sonde touche le fond.
- En effet, lors de la descente du plomb, l’effort exercé sur l’extrémité de la ligne provoque une traction sur la poulie C qui soulève le levier et le fait osciller autour de l’axe I) en comprimant le ressort. Alors que le plomb touche le sol, la ligne étant soulagée de la tension qu’il lui faisait subir, la traction sur la poulie C cesse, le ressort se distend et la lame du frein est serrée automatiquement sur le tambour.
- Les axes de la machine sont d’acier; les poulies de bronze. La descente du plomb peut avoir la vitesse moyenne de 4 à 5 mètres par seconde.
- Telle est, débarrassée de beaucoup de détails qui ne manquent cependant pas d’intérêt, la description de la machine à sonder que M. E. Belloc propose aux explorateurs du milieu océanique après s’en être servi lui-même avec succès dans les relevés topographiques sous-lacustres.
- Très pratique, et réalisant un progrès sur tous les appareils similaires actuellement connus, je crois qu’elle rendra de réels et rapides services dans l’étude de notre plateau continental.
- Cette étude est encore aujourd’hui bien imparfaite sur nos côtes mêmes, et il est à souhaiter que nos naturalistes ne tardent pas à s’y livrer pour le grand bien de la science. Dr Georges Roché.
- Appareil de sondage de M. E. Belloc.
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- LA NATURE.
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- LES LIVRES MINUSCULES
- Un bien instructif journal, Y Intermédiaire des chercheurs et des curieux, publié sous la direction deM. Lucien Faucou, conservateur adjoint au musée Carnavalet, et qui procède par Questions et Réponses, publiait récemment la Note suivante d’un de ses lecteurs, M. le vi-comtedesArdillots:
- L’ouvrage le plus petit que je connaisse est un Petit Paroissien de l'enfance, imprimé à Paris, sans date, par Firmin-Di-dot et qui comprend 27 millimètres de hauteur, sur' 25 millimètres de largeur, marge comprise. Con-naîtrait-on quelque volume de dimensions encore plus restreintes? U y a là une curiosité bibliographique qu’il serait intéressant d’indiquer.
- Dans une des livraisons suivantes, plusieurs amateurs donnaient l’énumération de livres plus petits encore ; nous re -produisons les réponses données par M. delàCoussière :
- Le Nécessaire d’un homme de bien. — Paris, s. d., chez Jaunet, successeur du sieur Joubert; 64 pages ; 21 millimètres sur 17. Il fut imprimé avant 1790, car la dernière page contient une annonce pour les seigneurs de la cour.
- Le mètre dont je me suis servi étant un peu défectueux, les mesures sont exactes à 1 millimètre près.
- Fig. 1.
- Livres minuscules reproduits en vraie grandeur.
- Voici l’indication de quelques petits volumes, plus microscopiques encore que celui indiqué dans la demande :
- Le Petit Fabuliste. — Paris, Firmin-Didot, 56, rue Jacob, sans date : 87 pages, gravures sur bois.
- Les deux exemplaires que je connais ont le dos et les gardes en satin, les plats en ivoire. L’un d’eux
- mesure 25 millimètres sur 19; l’autre, moins rogné à la reliure, a 25 millimètres sur 20.
- Le Joujou amusant, almanach nouveau pour Vannée 1805. — Paris, chez Marcilly, rue Julien-le-Pauvre. 64 pages, gravures, calendrier et chansons; 29 millimètres sur 20.
- Petit Paroissien de l’enfance. — Paris, s. d. ; typographie de Ad. B. Laîné, 19, rue des Saints-Pères ; 92 pages, reliure métal cuivré et fermoir ; 26 millimètres sur 20.
- Fig. 2. — Autres livres minuscules reproduits en vraie grandeur.
- Enffn, un peu plus tard, M. de la Coussière complétait les informations précédentes par la note suivante :
- Quand j’ai répondu à la question, j’avais négligé de regarder dans une de mes vitrines où j’ai deux livres dont l’un est encore plus petit que ceux indiqués, car il ne mesure que 19 millimètres sur 14. 11 est intitulé le Réveil matin, almanach pour 1781. À Paris, chez Boulanger, rue du Petit-Pont, chez le Mercier (sic). 64 pages. Il y a quelques
- gravures et quatrains à chanter s’y rapportant.Le livre a des gardes de soie, et est enchâssédans un charmant petit bre-loquetdoré de 21 millimètres sur 18, que parent de délicieux ornements Louis XVI.
- Je possède aussi un Petit Paroissien de l'enfance, imprimé sans date chez Firmin-Didot, renfermant 5 gravures et mesurant 25 millimètres sur 17. Il est de 98 pages, bien qu’il n’v en ait que 92 de numérotées, et est relié : dos velours et plats en ivoire. Ces minuscules opuscules nous étaient donnés, dans mon enfance, dans des œufs de Pâques.
- Je possède dans ma bibliothèqne un certain nombre de ces petits volumes minuscules; il m’a paru intéressant d’en donner la description.
- Nos lecteurs les verront représentés en grandeur réelle sur les gravures ci-dessus. La figure 1 représente, 1° Le Petit Diablotin, a Paris, chez Marcilly,
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- rue Saint-Jacques, n° 21, sans date. Il contient plusieurs chansons, de petites gravures et un almanach, il mesure avec sa reliure 25 millimètres de hauteur; 2° Valeur et constance, année 1815, à Paris, chez E. Jourdan. Nous donnons la reproduction de sa première page avec la gravure qui l’accompagne, Aux Chasseurs; ce petit livre comprend 64 pages et un almanach ; 5° Petit Chansonnier de l'enfance, 1850. Nous donnons en fac-similé la première page de la chanson la Mère abandonnée ; 4° Notre figure 1 est complétée par l’aspect d’une reliure ; c’est celle du Répertoire des voyageurs dont nous parlons un peu plus loin.
- La figure 2 donne la reproduction de cinq autres de ces petits livres en réelle grandeur : 1° A gauche et en haut de la gravure, on voit figurée la chanson Le saule et le buisson, avec la gravure qui l’accompagne; elle appartient au petit livre intitulé Plaisir de la gaîté, 1824, à Paris, chez E. Jourdan, quai des Augustins. Chansons et Almanach ; 2° A droite de la figure, on voit ouvert à la place d’une gravure qui accompagne une chanson, un autre curieux petit livre intitulé le Télescope des clairvoyants, à Paris, chez Janet, avec almanach pour 1791. Ce livre a été publié sans doute a la fin de 1790; 5° Reliure d’un très curieux petit ouvrage intitulé Paul et Virginie, à Paris, chez Janet. Charmantes petites vignettes relatives au chef-d’œuvre de Bernardin de Saint-Pierre et almanach pour 1795; 4° Le répertoire des voyageurs, à Paris, chez Juhert, ouvert à la chanson Revenant au village un soir, almanach pour 1790; 5° Reliure du petit livre les Curieux précoces, a Paris, chez Janet, chansons et gravures, avec almanach pour 1794.
- La plupart des petits livres que nous venons de faire connailre ne sont pas imprimés typographiquement, mais bien en taille-douce, tirés sur des planches gravées en creux, à la façon de celles qui servent aux cartes de visite. Il en est cependant d’un format analogue qui sont en typographie. Je citerai notamment l'Exercice du Chrétien imprimé à Paris en 1757. Il ne compte pas moins de 192 pages, L’exemplaire que je possède mesure, avec sa reliure du. temps, 55 millimètres de hauteur, et 20 millimètres de largeur, son épaisseur dépasse 10 millimètres. Je mentionnerai encore le Petit Fabuliste, à Paris, sans date; ce petit livre, à peu près du format du précédent, contient des gravures sur bois, et est imprimé en typographie.
- Un grand nombre de livres minuscules sont constitués par des livres de messe, des petits paroissiens ; ils sont souvent enfermés dans des gaines de cuir, ou des étuis de métal, et forment parfois alors des breloques. Il existe des collectionneurs spéciaux de ces objets; M. Salomon, un amateur parisien, en possède environ 200 spécimens.
- Les curieux livres que nous avons fait connaître sont-ils les plus petits qui aient été confectionnés ? Nous n’oserions pas le prétendre. Un libraire de Paris nous a assuré qu’il lui en avait passé un jadis entre
- les mains qui était plus minuscule encore qu’aucun de ceux dont nous avons parlé.
- Un de nos lecteurs nous aidera-t-il à répondre a cette question qui intéressera les bibliophiles et les •curieux : quel est le plus petit livre du monde ?
- Gaston Tissandier.
- PROGRÈS DANS L’UTILISATION DU GAZ
- AU POINT DE VUE DE L’ÉCLAIRAGE
- Les progrès de l’éclairage électrique auront eu au moins l’avantage incontestable, au point de vue des gaziers, de faire réaliser de très sérieux perfectionnements aux appareils d’éclairage à gaz. Quelques chiffres puisés aux sources les plus autorisées permettront de se faire une idée de ces progrès.
- Pour faciliter les comparaisons, nous ramènerons toutes les comparaisons à la bougie décimale définie par le Congrès international des électriciens de 1889; cette unité a une valeur sensiblement égale an dixième du bec Carre], et au vingtième de l’étalon au platine incandescent de M. Viol le.
- Le bec le moins avantageux est le bec à flamme libre, dit bec papillon de la Ville de Paris; il consomme normalement 140 litres par heure, et produit un bec Carcel, ce qui correspond à une consommation spécifique de 14 litres par heure et par bougie décimale.
- Le bec étalon énoncé au cahier des charges de la Compagnie parisienne du gaz, consomme réglementairement 105 litres par heure, soit 10',5 par bougie décimale et par heure. Dans un certain nombre de becs réalisés pendant ces dernières années et expérimentés par le jury de la classe 27 à l’Exposition universelle internationale de 1889, la consommation s’est abaissée à G, 5 et même 4 litres par heure et par bougie décimale. Des perfectionnements récents apportés au bec Auer ont permis de réduire cette consommation spécifique à moins de 5 litres par heure et par bougie décimale.
- Nous trouvons enfin, dans un récent numéro du Journal des usines à gaz, une Note de M. Julius Pintsch indiquant que ces consommations peuvent encore être très réduites lorsqu’il s’agit de foyers un peu puissants. Le procédé qui permet de réaliser ces foyers puissants, consiste à faire arriver le gaz dans un brûleur à incandescence avec une pression de 150 à 200 centimètres d’eau, cent fois plus grande environ que la pression normale de distribution du gaz d’éclairage dans les villes.
- Dans ces conditions, on arrive à produire un foyer de 250 bougies en ne consommant que 265 litres de gaz par heure, soit un peu plus de 1 litre par heure et par bougie décimale. Il est vrai qu’à cette allure forcée, le manchon incandescent ne dure que cinquante heures, et qu’il y a lieu de faire entrer en ligne de compte le renouvellement périodique de ce manchon, ainsi que les frais occasionnés par la compression du gaz.
- Mais l’économie est, malgré tout, encore si grande, qu’elle nous inspire une application possible dans les grandes villes et pour les grandes installations, partout où il existe des distributions de gaz et d’énergie électrique. Celte dernière serait utilisée pour alimenter localement un petit moteur actionnant une pompe qui servirait à la production du gaz comprimé. On utiliserait ainsi l’énergie électrique directement pour les petits foyers, et indirectement pour les gros foyers, remplaçant les petites lampes
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- à nrc et les grosses lampes à incandescence. Nous nous contentons de signaler aujourd’hui cette alliance possible du gaz et de l’électricité en vue d’arriver le plus économiquement possible à un résultat donné.
- Quoi qu’il en soit, les chiffres donnés par M. Julius Pintsch sont tout à fait remarquables, et justifient bien les remarques que nous présentions au début de cette Note à propos de l’influence heureuse de l’électricité sur les progrès de l’éclairage au gaz.
- LES TRAVAUX DE DÉROCHEMENT
- DU DANUBE AUX (( PORTES-DE-FER1 ))
- Méthode par perforation. — Ces méthodes ont pour but de pratiquer des trous de mine sur toute la profondeur de la couche rocheuse à dérocher, distants entre eux de lm,50 environ, et à opérer le sautage simultané de toutes ces mines convenablement chargées de matières explosives.
- Les systèmes de perforatrices, soit à rotation, soit à percussion, ne manquent pas, quoiqu’il y en ait peu de véritablement pratiques ; mais il n’a été construit jusqu’ici qu’un très petit nombre d’appareils, à notre connaissance pas plus de trois, combinés de manière à présenter un véritable chantier flottant du haut duquel toutes les opérations de perforation, de chargement, de sautage s’exécutent mécaniquement sans le secours de scaphandriers. L’un, le plus ancien, est celui qui a été employé par les Anglais pour les dérochements de la Clyde près de Glasgow. Les perforatrices agissant par rotation, étaient armées de couronnes diamantées. Elles étaient établies en porte-à-faux le long du bord extérieur d’un chaland, et suspendues librement par la tête avec leur moteur électrique ou leur moteur à vapeur (type Brotherhood). De cette façon les perforatrices s’enfoncent à peu près verticalement dans la roche et l’avancement est produit par le poids du moteur qu’elles supportent.
- C’est ce système qui a donné naissance aux deux appareils (un américain, l’autre français) qui ont été adoptés pour les dérochements des Portes-de-Fer.
- L’appareil américain ne diffère de l’appareil anglais que par la substitution de perforatrices à percussion, système Ingersoll-Sergeant, aux perforatrices à rotation. L’éloge de ces perforatrices, consacrées par les plus brillants états de service aux Etats-Unis, dans tous les travaux de mines, tunnels, et aux travaux sous-marins de Hell-Gate (New-York), n’est plus à faire; mais nous croyons savoir que leur puissance se trouve quelque peu contrariée par la violence des courants et le peu de fixité de l’appareil flottant qui les porte.
- Notre figure 1 représente l’appareil américain en travail, cet appareil comporte trois perforatrices Ingersoll-Sergeant, à percussion, mues directement par la vapeur.
- 1 Suite; et lin. — Yoy. n° 979, du 5 mars 1892, p. 212.
- Dans l’appareil français on s’est moins préoccupé de la perforatrice elle-même que des installations générales permettant d’obtenir, à volonté, et en très peu de temps, un appareil flottant facilement manœuvrable ou une plate-forme absolument fixe; on s’est donné aussi comme programme de procéder mécaniquement avec méthode à toutes les opérations de chargement, de couplage des fils et de sautage. Ces installations ont été étudiées avec tant de soins, que nécessairement elles servent et serviront de modèles, quel que soit le système de perforatrices adopté.
- La figure 2 représente l’appareil français installé sur le Danube; la figure o en donne une perspective, vue de près. On voit nettement sur notre gravure, les bateaux, les pieux, le chariot des perforatrices et les treuils; les deux cabines que l’on aperçoit, à droite et à gauche, sont destinées, l’une aux opérations de sautage électrique, l’autre au dépôt des approvisionnements.
- L’ensemble flottant est composé de deux chalands, jumelés, sur les bords intérieurs desquels roule le chariot des perforatrices, qui peuvent ainsi percer toute l’aire comprise entre les deux chalands ; au fur et à mesure que les trous de mine d’une même rangée transversale sont pratiqués simultanément, ils sont également chargés et les circuits d’excitation formés mécaniquement viennent se rattacher à un tableau commutateur disposé près de la machine électrique. Quand toute l’aire susmentionnée est minée, on manœuvre les treuils d’avancement et les chalands s’éloignent à une cinquantaine de mètres des trous de mine; diverses bobines, en communication avec ces derniers, se déroulent, et il suffit de mettre la machine électrique en mouvement et de la faire passer du court circuit au circuit général pour obtenir l’explosion instantanée de toutes les mines.
- Les deux chalands, fortement entretoisés, sont munis de quatre pieux très robustes qui servent à transformer l’appareil flottant en estacade provisoire. A cet effet on descend les pieux jusqu’au refus et à l’aide de treuils puissants on soulève hors de l’eau l’ensemble des chalands ; dans ces conditions le courant n’a plus d’action sur la plate-forme des perforatrices.
- L’un ou l’autre de ces appareils, et probablement une combinaison des deux, sont appelés à donner de bons résultats; mais on ne peut affirmer qu’ils s’appliqueront à tous les chantiers du Danube et notamment en temps de crue ou de basses eaux. Il restera en outre à résoudre la question de dragage qui n’est guère plus facile à exécuter dans des conditions si désavantageuses et que l’on n’a pas encore expérimenté. Il ne faut pas oublier, en effet, que toutes les difficultés se trouvent accumulées en certains points de ces chantiers ; le lit est des plus irréguliers et passe brusquement de fonds de 40 centimètres à des trous insondables, à de véritables gouffres de 50 mètres de profondeur. C’est pourquoi aussi il n’était pas possible de songer à la mé-
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- thode si rationnelle employée par M. Hersent, aux travaux de dérochement du port de la Rochelle. Ce procédé consiste à établir les perforatrices sur le fond môme à dérocher, mis à sec à l’aide de l’air comprimé dans un caisson-cloche descendu à cet effet. Les ouvriers peuvent alors choisir l’emplacement du trou de mine, apprécier la profondeur à perforer, la direction et l’intensité de la charge, en un mot ils ne travaillent pas en aveugles, comme dans les systèmes précédents. Dès (pie l’explosion a eu lieu, ils viennent enlever les déblais dans de bien meilleures conditions qu'un outil mécanique qui gratte au hasard.
- On ne pouvait non plus appliquer une autre mé-
- thode de travail à sec qui a donné d’excellents résultats aux travaux sous-marins de llell-Gate, au port de New-York. On avait pratiqué une série de galeries contiguës sous le lit rocheux à approfondir, à l’aide des perforatrices Ingersoll-Sergeant (type tunnel). Quand ces sortes de catacombes furent construites, on y introduisit des quantités considérables de matières explosives, auxquelles on mit le feu à l’aide d’une décharge électrique. Les piliers se sont alors effondrés, entraînant avec eux la voûte générale dont les débris amoncelés n’émergèrent pas au-dessus du niveau prévu. Ce procédé ne s’applique qu’à une roche compacte et à une couche d’allure assez uniforme; il faut encore que les rives se prêtent à
- Fig. 1. — Travaux du Danube. — Appareil à perforer américain.
- l’amorçage des galeries et par leur proximité et par leur configuration topographique.
- Le problème.n’est donc pas facile à résoudre et il y a lieu de se demander si la méthode Lauer modifiée ne donnerait pas d’excellents résultats. 11 s’agirait de combiner cette méthode avec celle de la perforation de manière à en augmenter considérablement leY effets, en pratiquant un trqu.de mine de 20 à 30 centimètres, et en le chargeant d’un explosif extra-brisant.
- Quoi qu’il en soit, les enseignements fournis par l’exécution des travaux de dérochement des Porles-de-Fer seront des plus intéressants, car ils nécessiteront un matériel et des procédés perfectionnés qui constitueront un progrès très important de cette branche spéciale des Travaux publics.
- Ces travaux terminés, la flottille du Danube pourra circuler de tous , temps de la mer Noire à Vienne et aq delà, et développer ainsi dans une large mesure la prospérité de tous les pays riverains ou desservis par les différents affluents de ce roi des fleuves européens. Ces régions sont nombreuses et importantes; elles comprennent la Rosnie, la Croatie, la Serbie, la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie et la Bessarabie.
- Comme le fait si judicieusement remarquer M. E. Reclus dans sa Nouvelle Géographie universelle, il est à regretter (et ce sera vrai plus que jamais) que cette voie naturelle d’une telle importance débouche à l’extrémité orientale de l’Europe. Quelle n’aurait pas été sa destinée si le Danube avait eu son embouchure au cœur même de la Méditerranée !
- Ce regret eût été perpétuellement condamné à
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- rester à l’état platonique sans une conquête nouvelle de l’art de l'ingénieur; nous voulons parler du Ship-railway en construction au Canada, œuvre dont
- l’inauguration sera faite certainement dans le courant de celte année. Nous ne tarderons pas à voir des navires de 5000 tonneaux sortir de l’eau tout
- Fig. 2. — Travaux du Danube. — Appareil à dérochement français installé à Kozla (Hongrie).
- Fig. 5. — Détail'de l’appareil représenté ci-dessus.
- chargés, et traverser les continents pour se replonger dans leur élément a telle distance que l’on voudra et quelque accidenté que soit le terrain qui sépare les
- deux voies navigables. Les plus incrédules comprendront alors toutes les conséquences de ce nouveau mode de transport, sur la direction des futurs
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- courants commerciaux et pour ne citer qu’un exemple, le desideratum de M. E. Reclus pourra être accompli, en mettant la Save et par suite le Danube en correspondance (si ce n’est en communication) avec le port de Fiume, sur l’Adriatique, selon le projet conçu par un de nos compatriotes, le promoteur du chemin de fer à navires.
- N. de Tedesco.
- VARIÉTÉS ASTRONOMIQUES1
- Les comètes de 1891. — Voici les cinq comètes qui appartiennent à l’année dernière : Comète a, ou 1891 I, découverte par M. Barnard au Mont-llamilton le 29 mars, et par M. Denning à Bristol le 50. (Non encore calculée, nouvelle.) — Comète b, ou 1891 II, découverte le 1er mai par M. Spitaler à Vienne, et le 5 par M. Barnard. C’est le premier retour de la comète Wolf (1884 III). Ce retour avait été annoncé par MM. Tharen et L. Struve. Attendons-nous maintenant à la voir revenir tous les six ans et neuf mois. — Comète c, ou 1891III, découverte par M. Barnard le 1er août. C’est la comète de Encke, dont le retour avait été calculé par M. Backlund. Elle a ses réapparitions régulières depuis longtemps tous les trois ans quatre mois. — Comète d, ou 1891 IV, découverte par M. Barnard le 27 septembre. C’est le troisième retour de la comète Tempel-Swift, calculé par M. Bossert. Sa période est de cinq ans et demi. — Comète e, ou 1891 V, découverte par M. Barnard le 2 octobre. (Nouvelle, non encore calculée.)
- Saturne. — Le samedi 9 avril, à 9 heures du soir, la planète Saturne sera directement au sud de la Lune, à un peu plus de trois fois le diamètre de celle-ci de distance. Il faudra donc de mauvais yeux pour ne pas voir briller la planète à cette distance de la Lune, mais alors la moindre lunette, une simple jumelle même suffira. La veille, le vendredi 8 avril, la Lune sera encore bien à droite de Saturne et se lèvera avant lui, à 2\45m du soir, Saturne n’arrivant à l’horizon qu’à 4h,13m. Le jour même du 9, la Lune située un peu au nord de Saturne, se lèvera encore quelques minutes avant lui, à 5h,55m, et Saturne, à 4h,9m. Mais le lendemain dimanche 10 avril, la Lune sera passée bien à gauche de la planète et se lèvera après elle. Saturne arrivera à l’horizon à 4h,5m, et la Lune à 4h,59“ (ces heures sont données pour Paris). Naturellement, les deux astres ne se verront bien qu’à partir du coucher du Soleil, mais la Lune pourra tout de même se distinguer sur le bleu du ciel, au levant (si le ciel est bleu ces soirs-là), et aidera à trouver Saturne d’après ce que nous venons de dire.
- Mercure. — Le mardi 19 avril, cette petite planète va passer entre le Soleil et la Terre, mais à trois fois la largeur du Soleil au nord de cet astre. On ne le verra donc pas, comme le 10 mai 1891, se projeter comme un point noir sur le disque de l’astre du jour. Il faudra attendre au 10 novembre 1894 pour cela. Les bons yeux pourront le voir du 1er au 15 avril, où il se couche plus d’une heure après le Soleil.
- Éclipse totale de Soleil invisible à Paris. — Les 26 et 27 avril 1892. L’éclipse générale commencera, et le premier contact de la Lune et du Soleil aura lieu le 26 avril à 7h,56m du soir de Paris, vers le milieu de la distance entre la pointe sud de la Nouvelle-Zélande et la Terre Victoria où le Soleil se lève, tandis qu’il est au
- 1 Voy. n° 982, du 26 mars 1892, p. 266.
- milieu du ciel pour San Diego de Californie et se couche à Edimbourg. Elle commence à être totale à 9h,15ra, dans les glaces du pôle austral, pendant que le Soleil est au milieu du ciel pour l’ile Narcisse, se lève chez les Papous et à Pékin, se couche en Islande et à Buenos-Ayres. Elle cesse d’être totale à 10h,55m, au large du Chili, à la hauteur de la ville de Talca. Le Soleil est au milieu du ciel à ce moment pour les îles Roxburgh et Atouaï, se couche à Caracas et à Terre-Neuve, se lève à Albany, Hué, Tomsk. L’éclipse générale finit à 0h,i4m du matin du 27 avril, bien au large de Lima du Pérou, le Soleil étant au mdieu du ciel pour les îles Vitu, se couchant au Honduras, se levant à Calcutta. La ligne sur laquelle l’éclipse est totale et centrale ne rencontre point de terres habitées. Le point le plus favorisé de cette ligne verra le Soleil complètement caché pendant quatre minutes vingt secondes. En dehors de cette ligne, l’éclipse est partielle et de moins en moins forte jusque près du pôle Sud d’une part, et d’autre part, jusqu’au nord de la Nouvelle-Zélande, aux îles Raoul, Savage, Roxburgh, Taïti, Marquises, Gallego;en sorte que les îles de la Polynésie et le côté ouest de l’Amérique méridionale verront seides une partie de cette éclipse.
- J. Vinot.
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- LA CHASSE DU LOUP
- Le loup est le seul animal féroce que nous ayons en Europe; — on pourrait encore, il est vrai, lui adjoindre le lynx, dont on tue de temps en temps quelques rares spécimens dans les montagnes de la Suisse et surtout dans celles de la Suède et de la Norvège ; mais sa rareté permet de le prendre pour une quantité négligeable.
- Le loup, bien que beaucoup moins commun qu’autrefois, l’est encore assez dans la plus grande partie de l’Europe, principalement dans les pays méridionaux, la presqu’île balkanique, l’Italie, l’Espagne, la France, l’est de l’Allemagne, la Pologne, la Russie, la Suède et la Norvège. 11 est rare en Suisse, et a complètement disparu du nord et du centre de l’Allemagne. Depuis le neuvième siècle, l’Angleterre s’en est entièrement débarrassée.
- Le loup mange de tout, et, bien que ses préférences soient pour le bétail et le gros gibier (les moutons, les cerfs, les chevreuils), il ne dédaigne pas les petits mammifères (rats, mulots), les oiseaux (oies et dindons), et même les reptiles et les inr sectes (grenouilles, hannetons). Il paraît que la chair de chien a pour lui un attrait tout spécial : « Lorsqu’il aperçoit un chien, dit Louis Esnault ', il brave les plus grands dangers pour se procurer un repas succulent. On a cité des exemples de loups enlevant un pointer au milieu d’un traîneau lancé au galop : l’animal tombe d’un bond au milieu de trois ou quatre personnes, stupéfaites de tant d’audace, saisit son innocente victime et se rejette sous bois ; le tout est fait en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Une autre fois, c’est un jeune terre-neuve que son maître, voyageant à cheval, a placé devant lui, sur le pommeau de sa large selle ;
- 1 Louis Esnault, La Norvège, Paris, 1857. p. 256.
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- le loup le voit, s’élance, le saisit et l’emporte sans toucher l’homme ni le cheval. »
- Lommc on voit, le loup s’attaque à tous les animaux, mais ce n’est que quand la faim le pousse, — ou qu’il est enragé, ce qui, malheureusement, n’est pas rare, —qu’il est dangereux pour l’homme.
- Le loup déploie souvent une très grande intelligence dans la poursuite des autres animaux, c’est un chasseur émérite : il sait très bien s’associer à d’autres individus de son espèce pour chasser de conserve, les uns servant de rabatteurs, pendant que les autres sont à l’affût, et tous partageant ensuite les produits de la chasse commune.
- On a vu un loup, trop faible pour résister à un gros dogue, attirer celui-ci dans une embuscade de plusieurs autres loups sous le nombre desquels le chien succombait forcément. Enfin, dans l’attaque de nuit d’un parc à moutons, gardé par le berger et deux forts chiens, un loup sait très bien se sacrifier, se faire donner la chasse par le berger et ses chiens, pendant que d’autres loups démolissent le parc et emportent les moutons ; c’est ce que représente la figure 1 (p. 500), reproduisant une des gravures de l’ancien livre de La chasse du loup composé par Jean de Clamorgan, seigneur de Soanne, premier capitaine de la marine de Donnant, et dédié au roi de France, Charles neuvième (1598).
- Dès les temps préhistoriques les plus reculés, l’homme a trouvé le loup sur son chemin ; d’abord comme rival, lorsqu’il était simple chasseur armé de haches et de flèches en silex ; puis comme déprédateur lorsqu’il a commencé à se constituer des réserves de gibier vivant, ce qui a été le début de la domestication des animaux. Aussi l’homme et le loup ont-ils été, de toute éternité, des ennemis irréconciliables, et il n’y a pas d’animal contre lequel on ait plus varié les moyens de destruction. On remplirait des volumes a les décrire; nous signalerons ici seulement les principaux.
- Les pouvoirs publics ont toujours prescrit et encouragé la chasse du loup : « Personne ne fera la paix avec les ours et les loups », disaient les capitulaires de Charlemagne. L’ancienne institution de la louveterie, qui avait pour but la destruction des loups, et dont la trace s’est perpétuée jusqu’à nos jours, remonte très haut : « L’origine de cette institution, dit Cabarrus *, remonte au règne de Charles VI, qui l’établit en 1404. Reconstituée sous François Ier, qui fit dépendre de la couronne toutes les charges de louvetiers, elle subsista sans grands changements jusqu’à la Révolution; elle disparut alors avec toutes les charges honorifiques. La grande multiplication des loups à cette époque força bientôt la Convention à confier leur destruction à des particuliers, possesseurs d’équipages propres à cette chasse et à ordonner des battues générales. Napoléon Ier réorganisa la louveterie qu’il plaça dans les attributions du grand veneur. On nomma dans chaque département un ou
- 1 Cabamis, Les animaux des forêts, Paris, 1800, p. 50.
- plusieurs lieutenants de louveterie chargés spécialement de la destruction des loups et qui durent entretenir un équipage à leurs frais. Aujourd’hui les lieutenants de louveterie sont nommés par les préfets, et le droit qu’ils possédaient autrefois, de chasser à courre, deux fois par mois, dans les forets domaniales, se borne à chasser seulement le sanglier pendant que la chasse est ouverte. »
- Le rôle actuel des lieutenants de louveterie est de diriger les battues ordonnées par les préfets et sous-préfets pour la destruction des loups et autres animaux nuisibles (Ord. 20 août 1814, $ 14 ; décret 15 avril 1861, art. 6). Les battues ont lieu sous Ja surveillance des agents forestiers, qui règlent, de concert avec les maires et les lieutenants de louveterie, les jours où elles se feront et le nombre d’hommes qui y seront appelés (même ordonnance déc. Min. fin. 12 sept. 1850). En cas d’absence du lieutenant de louveterie, les battues sont dirigées par les agents forestiers (Circul. adm. for., 2 oct. 1850). Dans le temps où la chasse à courre n’est plus permise, les lieutenants de louveterie doivent particulièrement s’occuper de tendre des pièges avec les précautions d'usage; faire détourner les loups, et, après avoir entouré les enceintes de gardes, les attaquer à trait de limier, sans se servir de l’équipage, qu’il est défendu de découpler; enfin faire rechercher avec grand soin les portées de louves (Ord. 20 mai 1814, § 9). Les lieutenants de louveterie sont tenus de fournir chaque année aux conservateurs des forets, avant le 1er mai, un état général de leur équipage et des animaux qu’ils ontr détruits (Ord. 20 août 1814, § 15, Cire. adm. for., 25 juillet 1859).
- Eu France, la destruction des loups a toujours été encouragée comme nous venons de le voir, mais elle a encore été stimulée par des primes pécuniaires payées par l’administration dès l’époque d’Henri IV.
- Ces primes, autrefois très élevées, avaient été fixées par une loi du 10 messidor, an V, à 40 francs par tête de loup, à 20 francs pour un louveteau, à 50 francs pour une louve pleine, et à 150 francs pour un loup ayant mordu des hommes ou des enfants. En 1807 et 1808, on réduisit ces primes à 18 francs pour une louve pleine, à 15 francs pour une louve non pleine, à 12 francs pour un loup, et à 6 francs pour un louveteau.
- Aujourd’hui le taux de ces primes a été fixé par la loi du 5 août 1882 dont voici le texte :
- Art. 1. — Les primes pour la destruction des loups sont fixées de la manière suivante : 100 francs par tête de loup ou de louve non pleine ; 150 francs par tète de louve pleine; 40 francs par tête de louveteau. Est considéré comme louveteau, l’animal dont le poids est inférieur à 8 kilogrammes. Lorsqu’il sera prouvé qu’un loup se sera jeté sur des êtres humains, celui qui le tuera aura droit à une prime de 200 francs.
- Art. 2. — Le payement des primes pour la destruction des loups est à la charge de l’État. Un crédit spécial est ouvert, à cet effet,au budget du Ministère de l’agriculture.
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- Art. 3. — L’abattage sera constaté par le maire de la commune sur le territoire de laquelle le loup aura été abattu.
- Art. 4. — La prime sera payée, au plus tard, le quinzième jour qui suit la constatation de l’abattage.
- Art. 5. — Un règlement d’administration déterminera les formalités pour la constatation de l’abattage, par l’autorité municipale ainsi que pour le payement des primes.
- Art. 6. — La loi du 10 messidor an V est abrogée.
- Il ressort d’une circulaire ministérielle adressée aux préfets qu’il importe peu, pour toucher la prime, que l’animal ait été tué avec une arme à feu dans une chasse ou qu’il ait été pris dans un piège, ou empoisonné, ou enlevé au liteau si c’est un louveteau. Tous les moyens sont admis et donnent également droit aux primes, lorsqu’ils ont abouti à la mort de l’animal.
- Cette loi est dès à présent appliquée, et les tableaux publiés chaque année en montrent les excellents effets ; ainsi il résulte de l’examen d’un de ces tableaux publiés et donnant le nombre des loups tués en 1883 : 1° que 1508 loups ou louveteaux ont été détruits en une année ; 2° que ce nombre se décompose comme suit : 9 louves ou loups qui s’étaient jetés sur des êtres humains, 52 louves pleines, 774 loups ou louves non pleines, 493 louveteaux ; 5° que les départements où les loups semblent se montrer en plus grand nombre sont : la Dordogne, la Haute-Vienne, La Meuse, la Haute-Marne, les Vosges, la Meurthe-et-Moselle, la Corrèze, etc.
- Les différentes méthodes employées pour la destruction des loups sont : les pièges, Y empoisonnement, Y affût, la battue, et la chasse à courre.
- L’emploi des pièges est très ancien : sur certains monuments de l’antique Egypte on voit représentés des rets ou fdets tendus, servant à prendre des ani-
- maux carnassiers et on retrouve exactement les mêmes engins disposés de la même façon dans la Chasse du loup de Clamorgan. L’usage et le perfectionnement des armes à feu les a rendus inutiles et les a fait abandonner.
- Un des pièges qui a été le plus employé, et qui l’est encore, est la fosse à loup. C’est un trou profond creusé dans le sol dont l’ouverture est dissimulée et dans lequel tombe le loup attiré par un appât. Clamorgan, dans son ouvrage cité, figure une fosse à loup, dont l’ouverture est recouverte
- par une claie circulaire d’un diamètre légèrement plus faible et pivotant sur deux tourillons. De chaque côté de la fosse, deux barrières en clayonnage dessinent un couloir dont une extrémité est fermée. Vers cette extrémité, on place un agneau « ou autre tel bestail », si le loup veut s’en emparer, il est forcé de passer par-dessus la claye qui fait bascule et il tombe dans la fosse « laquelle doit être bien couverte, pour que le loup, qui est l’une des fines et cauteleuses bestes, ne la puisse apercevoir ».
- Voici commen un chasseur moderne, Elzéar Blaze, recommande de construire une fosse à loup :
- « Vous faites creuser une fosse de 12 pieds de profondeur et d’un diamètre à peu près égal ; la fosse doit ressembler à un pain de sucre, aller toujours en diminuant de largeur de bas en haut, et n’avoir à la surface du sol que 6 pieds d’ouverture. Le tout doit être muré. Il faut placer la fosse dans une clairière pour que les loups puissent sentir l’appât que vous aurez choisi pour les attirer. Mettez au centre de l’ouverture une sorte de pelle ronde de 6 pouces de diamètre, le manche sera scellé dans le mur à niveau de terre ; sur cette pelle, vous attacherez un canard vivant, une oie, une poule, ce que vous voudrez ; mais la femelle du canard est préfé-
- Fig. 1. — Attaque d’un parc de moutons par des loups. Fac-similé d’une gravure sur bois du seizième siècle.
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- rable parce que, criant davantage, elle attirera mieux les loups. Dans l’épaisseur de cette pelle supportant votre appât, vous faites un grand nombre de trous qui vous serviront à recevoir des baguettes aboutissant au mur. Aussi la pelle suspendue dans l’espace ressemble au moyeu d’une roue dont les baguettes sont les rayons. Ces baguettes seront choisies légères, Unes et cassantes, de sorte que le loup marchant sur elles, les brise par son propre poids et tombe dans la fosse pour y rester. Tout cela doit être recouvert de paille ; il faut même en répandre en plusieurs endroits, où vous mettrez aussi de la viande morte ou vive. Les loups, après avoir mangé d’un côté, viendront manger d’un autre, a La paille ne recélait aucun piège là-bas, diront-ils, ce doit être la même chose par ici. »
- Ouand le loup est dans la fosse, il ne faut jamais le tuer à coups de fusil, l’odeur de la poudre empêcherait pendant fort longtemps les autres loups d’en approcher. On le tue à coups d’épieu ; ou bien on le prend vivant, on le muselle et on l’entrave pour le donner à chasser aux chiens. »
- Les autres pièges qu’on emploie pour prendre les loups sont, soit de solides traquenards en fer, semblables à ceux qu’on emploie pour les renards et amorcés de même, soit des collets et des lacets en fort fil de laiton.
- On peut aussi les empoisonner par des appâts contenant 20 centigrammes d’un sel de strychnine. Mais c’est au fusil qu’on en détruit le plus, soit à l’affût, soit en temps de neige, soit en battue.
- L’affût du loup se pratique toujours la nuit après avoir disposé un cadavre d’un gros animal crevé au bord d’un bois. Du temps de Clamorgan on le pratiquait déjà de la même façon : la figure 2, extraite de son livre, montre des loups en train de dévorer un cheval mort près d’un arbre aux branches du-
- quel un chasseur est en train de suspendre des quartiers du même animal, afin que l’odeur en soit entraînée au loin par les vents. Un autre chasseur promène à l’aide d’un cheval et à travers bois des entrailles dont la trace, suivie par les loups, les amènera ainsi à l’endroit voulu. Du temps de Clamorgan, c’est à l’arbalète que le chasseur à l’affût tirait les loups, ainsi que le montre la gravure de la page 11 de son livre. Le tireur au fusil, placé dans un arbre, dans une haie, dans un trou ou une loge pratiquée exprès, doit toujours se placer de manière
- à ne pas être sous le vent du loup et avoir soin de se tenir constamment dans l’obscurité.
- Les chasses au loup en battue sont dirigées, comme nous l’avons déjà dit, par le lieutenant de louveterie. Les points importants à observer dans ces chasses sont les suivantes : garder le plus grand silence en plaçant les tra-queurs et les chasseurs ; autrement on ferait fuir le loup avant que l’enceinte lut complètement entourée ; se placer à bon vent car le loup ayant l’odorat très fin, éventerait de loin les tireurs ; bien se rappeler qu’un loup traqué suit ordinairement les fourrés et ne se décide à débucher en plaine que lorsqu’il y est absolument forcé; enfin il est bon d’avoir un ou deux bons chiens goûtant bien la voie du loup afin de pouvoir suivre avec eux les animaux seulement blessés.
- Dans certaines battues on remplace quelquefois les traqueurs par un limier ; le loup ne se sentant poursuivi que par un seul chien, ne prend pas de grand parti et peut être plus facilement tiré par des chasseurs bien postés d’avance.
- En temps de neige, on peut faire la chasse au loup sans chiens et sans traqueurs. En suivant les traces de l’animal on parvient à le détourner assez facilement. Alors on place les chasseurs autour de l’en-
- Fig. 2. — L'affût du loup.
- Fac-similé d’une gravure sur bois du seizième siècle.
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- ceinte, puis celui qui l’a détourne', suivant la voie en sonnant du cornet ou en agitant une sonnette pour indiquer aux chasseurs de se tenir sur leurs gardes, lait lever l’animal qui se fait battre un certain temps avant de franchir la ligne des chasseurs et s’exposer à leurs coups.
- La chasse à courre du loup est plutôt un sport qu’un procédé très efficace de destruction. En effet on ne peut pas forcer plus d’un loup par jour et encore a-t-on vu des loups très vigoureux se faire battre pendant trois et même quatre jours consécutifs et entraîner au loin des équipages de chasse [tendant plusieurs centaines de kilomètres. La chasse à courre est un art qui demande des connaissances toutes spéciales; elle exige encore des chevaux et des chiens très résistants et robustes, qui aient beaucoup de fonds, car le loup, dès qu’il a atteint l’àge de deux ans, devient un animal excessivement vigoureux qui tient longtemps devant les chiens et qu’il est impossible de forcer sans de bons relais bien disposés. Cette manière de chasser n’est pas à la portée de tous et ne peut être décrite dans un simple article. Aux lecteurs désireux de s’initier au sport de la chasse à courre du loup, nous indiquerons les principaux auteurs qui ont écrit sur ce sujet : D’abord un des plus anciens, celui auquel nous avons emprunté les deux gravures qui accompagnent cet article : La Chasse du loup, par J. de Clamorgan; La Noble et Furieuse Chasse du loup, par Robert Monthois; l’école de La Chasse aux chiens courants, de Le Verrier de la Conterie; et enfin, dans les traités modernes, le récent et excellent ouvrage du comte Le Couteulx de Cantcleu. P. Mégnin.
- LES ÉCLIPSES DE SOLEIL
- ET LA PRESSION ATMOSPHERIQUE
- D’après un intéressant travail que M. Steen vient de publier dans les Annalen der Hydrographie, il semblerait que les éclipses de soleil exercent une action sur la pression atmosphérique. M. Steen a étudié l’éclipse du 29 août 1886 à ce point de vue, en se reportant aux observations prises de quart d’heure en quart d’heure, de quatorze navires norvégiens, entre Panama et Madagascar, et parmi lesquels quatre se trouvaient dans la zone de totalité et quatre autres sur sa limite. Après avoir éliminé la période de pression diurne, il a réuni les observations des différents bâtiments et en a établi la moyenne; il a trouvé ainsi des résultats qui, aussi bien que les observations prises séparément, révèlent deux maxima de pression, séparés par un minimum. Dans la zone de la totalité, le premier maximum a eu lieu trente-cinq minutes et le second deux heures quinze minutes après l’éclipse centrale; dans la zone partielle, le premier maximum a eu lieu vingt-cinq minutes avant le milieu de l’éclipse, et le second une heure quarante minutes après. Voici l’explication que M. Steen donne de cette double vague : pendant une éclipse de soleil, le jour fait place à la nuit en quelques instants, et la transition a beaucoup de ressemblance avec celle du passage du jour à la nuit, sous les tropiques où le crépuscule est si court. Or, dans ces pa-
- rages, la courbe du baromètre a régulièrement un maximum vers 10 heures du soir, quelque temps après le coucher du soleil, et un minimum aux environs de 4 heures du matin, un peu avant le lever du soleil; d’autre part, un second maximum se montre vers 1 0 heures du matin ;. il est assez naturel qu’il en soit de même dans une éclipse totale de soleil ; mais la différence des moments des vagues de haute pression, dans la zone partielle et dans la zone de totalité, semble difficile à expliquer.
- CHRONIQUE
- Les tramways électriques à Paris. — 11 n’y a
- pas eu jusqu’ici à Paris de tramways électriques faisant un service régulier. Nous n’avons eu que quelques essais effectués en 1881, en 1888 au Palais de l’Industrie. M. Frank Géraldy a annoncé à la dernière séance de la Société internationale des électriciens que deux lignes allaient être mises prochainement en exploitation à Paris par la Société des tramways du Nord. Ces lignes iront l’une de la Madeleine à Saint-Denis (8418 mètres de longueur), et l’autre de la rue Taitbout à Saint-Denis (8150 mètres). La traction sera effectuée à l’aide d’accumulateurs portés dans les voitures. Les accumulateurs fournis seront les accumulateurs de la Société pour le travail électrique des métaux. Ils seront au nombre de 108 dans chaque voiture et seront répartis en 12 caisses de 9 chacune, formant un poids total d’accumulateurs de 1500 kilogrammes. Ces accumulateurs fourniront l’énergie électrique à deux moteurs type Manchester à induit en tambour d’une puissance de 10 kilowatts, sous 200 volts et à la vitesse angulaire de 1200 tours par minute. Des couplages très variables des moteurs et des accumulateurs pourront être obtenus à l’aide de commutateurs spéciaux. La charge des accumulateurs sera faite à Saint-Denis à une usine spéciale qui comprend 4 moteurs Garnier de 125 chevaux, 1 à 100 tours par minute et 5 à 70 tours. Chacun de ces moteurs actionne une dynamo Desroziers. Les tramways électriques accompliront un trajet journalier de 150 kilomètres, au lieu de 100 kilomètres que font actuellement les voilures à 2 chevaux. Dans Paris la vitesse moyenne sera de 11 kilomètres à l’heure; elle sera de 16 kilomètres en dehors de la ville. 11 s’agit là d’une application très importante qui sera couronnée d’un légitime succès, il n’en faut pas douter.
- Le climat du Mexique et l’Observatoire de Mexico. — L’Observatoire météorologique-inagnétique central de Mexico vient de publier les résultats de ses observations pendant la période 1877-1888. Nous en extrayons quelques chiffres qui donnent une idée des principales conditions météorologiques du Mexique, à Mexico du moins. La moyenne annuelle baroihétrique est de 586,42 ; la plus grande hauteur constatée a été de 594,19, le baromètre étant descendu au minimum de 579,80. Pour les observations thermométriques, elles ont indiqué une moyenne à l’ombre de 15°,5, le maximum a été pendant ces douze années’ d’observation, toujours à l’ombre et au mois d’avril, de 51°,6; la température est descendue jusqu’à 1°,7. — La chute de pluie totale pendant ces douze années 1877-1888 a atteint 7424mm,9; le maximum annuel se manifeste au mois d’août et atteint 65mm,5; nous pouvons ajouter que la direction dominante du vent est le nord-ouest, celle de la nébulosité étant sud-ouest. — Enfin pour donner quelques détails sur l’Observatoire lui-même, nous dirons qu’il est situé par 19°,26' de latitude nord et par 6h,56',27" de longitude
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- LA NAT U HE.
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- ouest de Greenwicli. L;i hauteur de l’Observatoire au-dessus du niveau de la mer est de 2282. La déclinaison moyenne y est de 8°, 10' du nord à l’est, et l’inclinaison moyenne, de 45",Ou ,05",h. D. B. *
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Notre savant collaborateur M. Stanislas Meunier, qui depuis vingt ans a résumé pour nos lecteurs les séances de l’Académie des sciences, avec autant de talent que de dévouement à la science et à notre œuvre, ne pourra plus désormais continuer ce travail hebdomadaire. M. Stanislas Meunier vient d’être nommé professeur de Géologie au Muséum d’histoire naturelle ; la joie que nous cause le succès si mérité de notre ami, efface tous nos regrets. M. Stanislas Meunier n’écrira plus le résumé des séances de l’Académie, mais il a bien voulu nous promettre de rester notre collaborateur, et nos lecteurs liront prochainement un article signé de son nom. M. Stanislas Meunier sera remplacé ici par un jeune savant, M. Ch. deVilledeuil que nous croyons devoir présenter à nos lecteurs.
- M. de Yilledeuil a débuté dans la carrière scientifique à l’Observatoire de Paris, où il exécuta sous les ordres directs de Le Verrier une importante partie du calcul des tables du mouvement de Jupiter et de Saturne. Entré en 1877 au Service géographique de l’armée, lors de la réorganisation des travaux géodésiques en France, il devint le collaborateur de M. le général Pcrricr et dirigea, jusqu’à la mort de ce dernier, le bureau des calculs de la section de géodésie. Il a pris part, en cette qualité, à différentes missions scientifiques, notamment à la jonction des triangulations espagnole et algérienne par-dessus la Méditerranée. Il fut également chargé de la publication de tables logarithmiques à 5 et à 8 décimales dans le système de la division décimale du quart de la circonférence, en exécution d’un vœu émis par l’Association géodésique internationale, dans sa session de Home en 1885. M. de Yilledeuil est en outre l’auteur de nombreux articles de géodésie, de physique, d’astronomie et de cartographie, parus dans la Grande Encyclopédie. G. T.
- Séance du 4 avril 1892. — Présidence de M. d’Abbadie.
- L’inoculation de la tuberculose. — On sait que le chien est réfractaire à l’inoculation de la tuberculose des oiseaux, mais, qu’au contraire, il est fort sensible à l’action de la tuberculose de l’homme. Ainsi, tandis que le lapin résiste à la maladie pendant deux mois, le chien succombe avant le vingt-cinquième jour. MM. Charles Richet et Hé-ricourt, mettant à profit cette résistance du chien au virus de la tuberculose aviaire, ont eu l’idée de se servir de cette substance pour vacciner l’animal. Ils ont pu constater qu’il devenait alors réfractaire à la tuberculose humaine. Deux groupes de quatre chiens ont été soumis à l’expérience, et les bêtes de l’un des groupes, ont reçu l’injection préventive. Les hurtt animaux ont été ensuite inoculés, à l’aide du même virus de tuberculose humaine ; ceux qui avaient subija vaccination ont parfaitement supporté l’épreuve, maisr les quatre autres sont morts le huitième jour. Enfin, MM. Richet et Iléricourt complètent leurs recherches par une expérience qui semble la confirmation des premières. Le pouvoir infectieux du virus de la tuberculose aviaire peut, en effet, être accru d’une manière extraordinaire, et, dans ces conditions, il tue les chiens rapidement et à coup sûr : la vaccination confère à l’animal une immunité parfaite.
- Le mouvement des glaciers, — Le prince Roland Bonaparte a installé, en 1890,un certain nombre de repères sur les glaciers du Dauphiné, et particulièrement dans le massif du mont Pelvoux. 11 a fait ensuite lever très exactement le plan de la surface des glaciers, de manière à rattacher les repères à des points fixes. En comparant les positions des repères déduites cette année des mêmes points fixes, à leurs anciennes positions, il a observé qu’un certain nombre d’entre eux s’étaient déplacés, révélant par là une progression ou un recul du glacier. Ainsi le mouvement général d’avancement constaté dans les Alpes, il y a trente-cinq ans, aurait cessé et la période inverse commencerait ou serait sur le point de commencer. Dans le but d’étendre le champ de ses investigations et de tirer les lois générales de ces phénomènes, M. Roland Bonaparte a fait placer l’année dernière quinze nouveaux repères dans les Alpes et vingt autres dans les Pyrénées.
- Maladie des champignons de couche. — Au cours de ses travaux sur la cause des pertes subies par les cultivateurs de champignons de couche, M. Constantin a relevé et décrit trois maladies différentes de ce végétal. La première, communément appelée vert-de-gris, s’attaque au blanc du champignon, au mycélium qui prend dans ce cas une couleur verte. Celte maladie n’est elle-même qu’une invasion du mycélium par une espèce particulière de champignon. La deuxième maladie est appelée le plâtre; elle s’attaque au fumier que l’on croirait alors saupoudré de plâtre. C’est encore une invasion parasitaire, qui se propage cette fois par filaments. La troisième maladie réside encore dans le fumier, elle est due à la présence de larves provenant de l’éclosion des œufs d’un insecte diptère, lequel a été déterminé par M. Giard. Ces mouches donnent lieu à une prodigieuse quantité de larves; aussi, lorsqu’une culture a été envahie, peut-on la considérer comme perdue. M. Constantin pense néanmoins que l’acide sulfureux qui a donné d’assez bons résultats contre les deux premières maladies, dans les carrières abandonnées, peut encore être essayé avec succès contre le développement des larves.
- La genèse du diamant. — M. Foote a relevé dans la province d’Arizona (Etats-Unis) une série de météorites qui contiennent de fort petits grains de diamant. Ces météorites sont constitués par des masses de fer dans lesquelles on remarque de petites cavités remplies par une matière noirâtre qui renferme les grains de diamant. En réalité il n’est pas du tout certain que ces corps soient des météorites. Ils ont été trouvés sur les flancs d’un cône d’éruption, alignés suivant une certaine direction et cette circonstance peut laisser des doutes sur la provenance de ces matériaux. Mais quelle que soit leur origine, ces échantillons revêtent un très haut intérêt au point de vue du mode de formation du diamant.
- Varia. — M. Lecoq de Boisbaudran signale différents aspects du spectre du gallium, — M. Curtel montre que la transpiration des fleurs subit un minimum lorsque le bouton a pris un certain degré de croissance, pour devenir maximum lors de l’épanouissement. — M. Munier Chal-mas indique la direction des courants marins à l’époque du crétacé supérieur, au moyen de la distribution des fossiles. — M. Bertrand annonce qu’il vient d’être fait don à la Bibliothèque, d’une série de lettres du plus haut intérêt, adressées par Berzélius à Dulong de 1819 à 1857.
- Ch. de Yilledeuil.
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- LA NATURE.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE1 LES CARTES CHANGEANTES
- Après avoir fait tirer une carte à trois personnes différentes, on demande successivement à chacune d’elles, quelle est la carte tirée.
- — Le valet de carreau, répond la première personne, et aussitôt le jeu de cartes étalé en éventail, ne présente plus aux spectateurs que des valets de carreau.
- La seconde personne a tiré la dame de trèlle; voici tout le jeu transformé en dames de trèfle. En-lln, la troisième personne ayant tiré l’as de cœur, on ne voit plus que des as de cœur dans le jeu, et ceux-ci sont posés un à un sur une table afin de bien faire constater que l’opérateur ne cache point d’autres cartes dans ses mains.
- Nos lecteurs n’ayant sans doute pas fait des études spéciales sur la prestidigitation, nous ne leur dirons pas comment les physiciens habiles savent par le saut de coupe et Yem-palmage, substituer invisiblement les uns aux autres des jeux différents. Notre récréation peut être exécutée par un moyen beaucoup plus simple et sans la moindre difficulté avec un jeu magique que l'on a construit soi-même et qui est composé de seize cartes disposées comme nous allons dire.
- On se procurera d’abord seize as de cœur par exemple, ou seize cartons blancs sur lesquels on peindra un as de cœur. Puis, on prendra huit valets de carreau et huit dames de trèfle qui seront coupées en deux à l’aide d’un canif et d une règle, suivant une diagonale (fig. 2, G et D).
- On fixera au dos de l’as de cœur, avec de la colle forte, un morceau C d’un valet de carreau et un morceau D d’une dame de trèfle (fig. 2), de façon à obtenir une carte présentant d’un côté un as de cœur A, et de l’autre côté l’aspect de la carte B (fig. 2), moitié valet de carreau et moitié dame de trèfle. Le jeu ainsi préparé est posé sur une table.
- Si l’on n’est pas de force à faire tirer la carte que l’on veut, d’un jeu ordinaire, on emploie un jeu de
- trente cartes contenant dix fois chacune des trois cartes du jeu préparé. Comme le jeu n’est vu que par derrière, on ne peut soupçonner le subterfuge employé. Devant la personne qui choisit une carte, on étale une seule des trois séries de dix cartes pareilles, laissant les deux autres en paquet ; il est évident qu’on peut hiisscr la première personne prendre où elle voudra, à condition de bien remarquer dans quelle série elle puise et de ne plus étaler les neuf autres cartes de cette même série.
- Ceux qui seraient effrayés par cette petite difficulté, auraient encore la ressource de ne point faire tirer de carte, et de montrer tout simplement que leur jeu se transforme trois fois.
- Les trois cartes ayant été tirées, le physicien pose négligemment, tout en causant, son jeu sur la table ; c’est un moyen comme un autre de le changer contre le jeu préparé, qui, on s’en souvient, a été
- place là d’avance.
- Ce jeu est étalé, comme l’indique la figure 1, de telle sorte que le pouce de la main qui tient les cartes cache la partie inférieure, c’est-à-dire la tête et le trèfle de la carte qui est la première, afin de ne pas laisser voir que cette partie représente autre chose qu’un valet de carreau.
- Le jeu remis en paquet est retourné de haut en has. Développé alors comme précédemment en éventail, il ne présente plus que des dames de trèfle.
- Pour la troisième transformation, le jeu est retourné sans dessus dessous, et ainsi l’on ne peut plus voir que les as de cœur qui sont posés un à un sur la table, tout près d’un jeu non préparé que l’on ramasse avec nonchalance à la place des as de cœur.
- Qu’un indiscret demande alors à voir ce jeu magique, un physicien rusé feindra de se trouver embarrassé et de vouloir dissimuler gauchement le jeu qu’il tient et que l’on croit être encore celui qui a servi pour l’expérience ; mais, se ravisant ensuite, le prestidigitateur se résigne, bien à contre-cœur, à laisser voir ce jeu, et c’est avec le plus gracieux sourire qu’il vient dire à son interlocuteur : « Je ne puis rien vous refuser, monsieur, examinez donc ces cartes magiques, mais gardez-vous de trahir mon secret ! »
- — A suivre. — MaGUS.
- Le Propriétaire-Gérant : G. ITssanuiku. j Paris. — Imprimerie Lahure, 9, rue de Fleuras.
- Fig. 1 et 2. — Le tour des cartes changeantes.
- 1 Suite. — Yoy. n° 980, du 12 inacs 1892, p. 240.
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- N* 985. — 16 AVRIL 1892.
- LA NATURE.
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- LES NOUVEAUX SQUELETTES HUMAINS DES GROTTES DITES DE MENTON
- Les Grottes des Baoussé-Roussé, improprement appelées Grottes de Menton, sont situées en Italie, sur le territoire du hameau de Grimaldi, commune de Ventimiglia, à quelques centaines de mètres seulement du ruisseau-frontière de Saint-Louis, qui sépare la France de lTtalie.
- Elles sont au nombre de neuf, dont sept ont été habitées par l’homme à l’époque quaternaire; quatre d’entre elles ont servi aussi de tombeaux aux peuplades qui y ont vécu. Dans la première1 j'ai trouvé,en 1875, deux squelettes de jeunes enfants, couchés côte à côte et assez rapprochés pour avoir pu les enlever en un seul et même bloc, avec le sol sur lequel ils reposaient à 2m,70 au-dessousdu niveau auquel j’ai commencé mes fouilles dans cette caverne.
- Dans la quatrième grotte ou Barma dou Ca-villou, j’ai découvert, en 1872, à 6m,55 de profondeur, le squelette humain d’adulte qui figure dans la galerie d’anthropologie du Muséum d’histoire naturelle de Paris auquel je l’ai donné.
- Dans la sixième grotte, dont j’ai fait l’entière exploration, la vidant absolument de tout ce qu’elle renfermait — ce qui m’a permis de faire une étude
- Fig. 1. — Entrée de la grotte do Barma grande. (D’après une photographie de M. J. Jackson.)
- Fis.
- leur arrivée dans la région jusqu’à leur départ, depuis leur installation sur la plage de galets qui s’étendait du bord de la mer jusqu’au fond de la grotte — dans la sixième grotte, dis-je, j’ai trouvé successivement, en 1872 et 1875, deux squelettes d’adultes et un squelette d’enfant. Ces trois squelettes reposaient dans le même foyer, assez près les uns des autres, mais non pas tout à fait au même niveau.
- Enfin, c’est dans la cinquième grotte ou Barma grande, représentée par les gravures ci-contre laites d’après deux belles photographies prises par mon ami, M. J. Jackson, en villégiature d’hiver à Cannes et qui a eu l’obligeance de venir tout exprès à Menton pour photographier, au milieu des plus grandes difficultés, caver-n e, squelettes, crânes et parures, c’est dans cette grotte, dis-je, que les nouveaux squelettes en question ont été découverts, en mon absence, le premier, le 7 février , les deux autres, quelques jours plus tard.
- Bien qu’il ne m’ait pas encore été possible d’en faire l’étude complète, cependant l’examen auquel je suis parvenu à me livrer jusqu’à présent me permet de don-
- 2. — Vue intérieure de la grotte de Barma grande avec les squelettes récemment découverts. (D’après une photographie de M. J. Jackson.)
- complète des habitants préhistoriques des Baoussé-Roussé, depuis
- 1 J’ai numérote ces grottes en commençant par celle qui est la plus voisine de la frontière.
- Î0C anofe. — 1er semestre
- ner, dès ce jour, quelques renseignements sur les particularités qui caractérisent cette découverte.
- Ces squelettes sont bien au nombre de trois, ainsi
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- LA NATURE.
- qu’un savant géologue de mes amis, M. d’Ault du Mesnil, me l’avait annoncé, après s’être dévoué avec une obligeance dont je ne saurais trop le remercier ici, pour les sauver de toute destruction et les conserver à la science. Us se trouvent à 18 mètres environ de l’entrée de la grotte, profonde de 51m,50 avant la destruction dont elle a été indûment l’objet de la part d’un carrier de Ventimiglia1. Ils sont couchés côte à côte, en travers de la grotte, la tète appuyée, pour ainsi dire, contre la paroi Est, tandis que les squelettes, découverts en 1872, 1875 et 1875, étaient tous situés dans le sens même de la grotte, mais les uns, la tète regardant l’entrée, les autres, le fond.
- Le premier squelette, celui qui a été découvert le 7 février 1892, et le troisième, celui qui est le plus éloigné de l’entrée de la grotte, étant les seuls, en ce moment, à peu près complètement dégagés de la terre qui les recouvrait, seront aussi les seuls dont je veux parler aujourd’hui. Le premier est celui d’un vieillard, le troisième celui d’un adolescent, d’un sujet de dix-huit ans environ, si j’en juge, du moins, d’après les premières constatations que je viens de faire. En effet, certaines parties du squelette n’avaient pas encore atteint leur parfait développement, les épiphyses de certains os longs n’étaient pas encore soudées à la diaphyse, quand l’individu a succombé, enfui la dernière dent molaire ou dent de sagesse était encore dans son alvéole.
- Les individus, dont ces squelettes sont les restes, appartiennent bien à la race des Hommes fossiles de Menton ou race de Cro-Magnon, dans laquelle mon illustre maître, M. de Quatrefages, les a classés dans le remarquable ouvrage qu’il a publié, il y a déjà quelques années, avec la collaboration de M. Ilamy, les Crania ethnica. ils en présentent d’ailleurs la plupart des caractères et notamment la même forme du crâne, c'est-à-dire une dolichocé-phalie accusée, ainsi que la forme rectangulaire des orbites si particulière aux Hommes de Menton. Ils sont aussi de grande taille; l’un d’eux, le vieillard, mesure, d’après la longueur des fémurs, 1U1,95 environ.
- Toutes les pièces osseuses de ces trois squelettes, sans exception, présentent, comme dans les précédentes découvertes, cette coloration rouge si curieuse, parsemée de points brillants, due au fer oligiste en poudre transformé en peroxyde de fer, dont les cadavres — mais ceux des adultes seulement — ont dù être recouverts aussitôt après la mort des individus.
- Rien que ces squelettes ne soient pas encore dégagés, cependant, j’ai pu constater sur eux la présence de certaines parures consistant en colliers for-
- 1 Je <lis « indûment », car ayant acheté cette grotte ainsi que des grottes voisines, il y a vingt ans, en J872, par actes notariés, enregistrés et passés au Consulat français de Ventimiglia, nul n’avait le droit d’y faire des fouilles sans mon autorisation, encore moins de détruire, comme on l’a fait en partie, une propriété m’appartenant et de' s’approprier les objets qu’elle renferme.
- més non seulement de coquillages marins 1 percés d’un trou pour être entilés et de dents canines de Cerf, également percées, comme sur les squelettes d’adultes précédemment trouvés, mais encore d’un assez grand nombre de vertèbres de poissons appartenant pour la plupart aux genres Salmo et Trutla (Saumon et Truite).
- Jusqu’à présent j’avais bien trouvé en certains points des grottes des Raoussé-Roussé des vertèbres percées de poissons des mêmes espèces, mais je n’avais jamais constaté la présence d’aucune d’elles sur les squelettes de 1872, 1875 et 1875. Tous ces coquillages, toutes ces dents, toutes ces vertèbres de poissons percées, présentent la même teinte rouge que les ossements humains. Je dois ajouter que deux autres coquillages, deux Cyprées, étaient placées sur les tibias du vieillard, Tune à droite, l’autre à gauche, au niveau du tiers inférieur de l’os.
- Quant aux armes ou outils trouvés en contact immédiat avec les squelettes, ils consistent simplement en un silex taillé mesurant 17 centimètres de longueur sur 0m,051 de largeur. Il était posé derrière la tète du vieillard, contre l’occipital, du moins d’après ce que Ton m’a dit, car la pièce ayant été enlevée avec les crânes du vieillard et du jeune homme, je n’ai pas pu constater le fait. Ce silex est un grattoir présentant quelques faibles retouches à son extrémité la plus large.
- J’ai vu aussi un objet en os ou mieux en bois de cerf, assez bizarre, ayant la forme d’un double ovoïde et dont la surface présente de nombreuses stries assez irrégulières et irrégulièrement espacées.
- Le peu de temps qu’il m’a été donné de l’examiner ne me permet pas de garantir l’authenticité de la pièce. Je la garantis d’autant moins que j’ai constaté depuis lors, avec mon savant confrère, M. G. d’Ault du Mesnil, qui est venu expressément de Cannes à Menton le 20 mars, pour cette constatation, que de nombreux objets en os fabriqués tout récemment avaient été vendus par le maître carrier, auteur delà découverte des squelettes, à différentes personnes comme des pendeloques réellement préhistoriques, notamment à M. le baron Rruiningk, désireux de les offrir au Musée de Riga, et qui m’a remis deux de ces pendeloques. Or, ces pièces, je l’affirme hautement ici, sont absolument fausses. 11 en est de même de certains fragments d’os longs, dont la perforation est également des plus récentes, comme j’ai pu m’en assurer, et dont le même individu, ainsi qu’un de ses ouvriers, trafique chaque jour.
- J’ajouterai encore que plusieurs dents canines de cerf, faisant partie des colliers trouvés avec les squelettes, sont également pourvues de stries dont, jusqu’à plus ample examen, je ne saurai affirmer non plus l’antiquité, examen que je vais faire sous peu en même temps que l’éiude complète des squelettes dès que je les aurai entièrement dégagés.
- E. Rivière.
- 1 Ces coquillages sont presque tous de petites ÎSassa nenlea.
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- LE MAXIMUM DE LA PRODUCTIVITE
- CHEZ L’OUVRIER
- Dans un très remarquable discours récemment prononcé à rUniversité de Victoria, un savant Anglais, Sir James Crichton-Browne, a étudié la question de la vieillesse; entre autres points très curieux que l’orateur a dû aborder, nous voudrions citer les chiffres si intéressants qu’il a su fournir sur le moment où un ouvrier arrive à son maximum de productivité, où son organisme peut faire l’effort le plus intense et lui procurer les résultats les plus considérables.
- M. Browne a présenté le résultat de documents reçus de toutes parts; il a recueilli des constatations très nombreuses dans les centres et sur le personnel ouvrier de Birmingham; il a trouvé la preuve que la main et le bras atteignent leur maximum d’aptitude au travail vers la trentième année. Si, par exemple, on étudie un tourneur travaillant dans les boutons d’ivoire pour gilet, on s’aperçoit bientôt que, entré dans la profession à 17 ou 18 ans, il augmente sa production ; il devient de plus en plus habile jusqu’à l’àge de 50 ans : c’est alors le moment de son apogée, et il peut arriver à produire 0240 boutons par jour.
- M. Browne a fuit le même travail pour d’autres professions : il a pu constater que le maximum, l’apogée, se produit uniformément vers la trentaine, notamment pour les tisserands de Bradford, pour les potiers du Staffordshirc. De même c’est encore à 50 ans qu’un scieur, dans celte fabrication des boutons dont nous parlions plus haut, arrive à fabriquer par jour 100 grosses (on compte la grosse ici à 15 douzaines); mais à la suite de cet apogée, l’ouvrier ne garde pas longtemps cette pleine possession de sa vigueur et de son habileté : dès 45 ans la production des ouvriers des manufactures commence à diminuer, et cette diminution va toujours en s’accentuant de plus en plus à mesure que vient la vieillesse.
- C’est ainsi que ce scieur que nous venons de citer, après avoir fabriqué 100 grosses à 50 ans, n’en fait plus que 80 à 45 ans, 60 à 55 ans, et même seulement 40 quand il atteint 65 ans.
- Le lecteur reconnaîtra avec nous que ces observations sont vraiment curieuses ; il serait intéressant d’en faire d’analogues pour différentes sortes de travaux. • 1). B.
- LE FUSIL A RÉPÉTITION EN 4 8921
- Depuis un demi-siècle l’un des progrès les plus considérables qui aient été accomplis dans l’armement des troupes est sans contredit celui que constitue l’invention du fusil à répétition. Alors que le fusil à percussion portait seulement a 200 mètres, l’arme actuelle porte à 2000; nous parlons, bien entendu de la portée efficace. Or 2 est le dixième de 20. En outre à cette portée considérable la précision de l’arme est certaine. Lorsque en une minute l’ancien fusil ne tirait guère que 1 coup, 5, le second en tire 20, soit 1 5 fois plus.
- C’est la Suisse qui a ouvert la voie. Dès 1809, son infanterie était armée d’un fusil à répétition Vct-
- 1 Voy. u° 61), du ‘26 septembre 1874, p. ‘266; n° 607, du 17 janvier 1885, p. 102; n° 665, du 27 février 1886, p. 105.
- terli de 10mm,4. Mais c’est seulement vers 1882 que les autres nations songèrent à la suivre. Certains États, comme l’Italie et la Hollande, se sont contentés par raison d’économie de transformer leurs armes anciennes; d’autres comme l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, après avoir d’abord fait choix d’un fusil à répétition de même calibre que l’arme précédemment en service, n’ont pas tardé à se prononcer pour un fusil de petit calibre; d’autres enlin, et ce sont les plus nombreux, ont admis d’emblée le système à répétition et le calibre réduit. Le calibre des nouvelles armes varie suivant les pays, de 7"im,5 à 8 millimètres, sauf pour l’Italie, la Hollande, la Turquie et la Norvège où les calibres sont respectivement de 10mm,4> 11 millimètres, 9,m“,5 et 10mm,15; la fermeture de culasse est à verrou.
- Au point de vue du mécanisme de répétition, on peut distinguer deux catégories, suivant que le magasin est placé dans le fût ou sous la boîte de culasse.
- À la première catégorie (magasin tubulaire dans le fût) appartiennent le fusil norvégien Jarman de 10mm,15, modèle 1882, le fusil portugais Kropat-schek de 8 millimètres modèle 1886, et le fusil turc Mauser de 9mm,5, modèle 1887.
- La deuxième catégorie (magasin sous la boite de culasse) comprend toutes les armes adoptées depuis 1887 ; on peut les diviser en trois classes : 1° armes à magasin fixe, avec chargeur restant dans le magasin pendant le tir (Autriche-Hongrie et Allemagne); 2° armes à magasin lixe, dont le chargeur ne reste pas dans le magasin pendant le tir (Italie, Hollande, Belgique, Suisse et Danemark); 5° armes à magasin séparable ne s'adaptant sur le fusil qu’au moment du besoin (Angleterre)1.
- C’est par le fusil de son infanterie de marine modèle 1870, système Yetterli-Bertoldo, raccourci de 45 millimètres, que l’Italie a débuté. Cette transformation a été suivie de celle du fusil modèle 1871 qui a été transformé en fusil à répétition par l’addition d’un magasin fixe sous la boite de culasse d’après le système Yitali. La nouvelle arme, du même calibre que l’ancienne, permet de tirer coup par coup ou à répétition.
- Le mousqueton des troupes spéciales a également reçu la transformation Yitali; sa longueur est de lm,10 sans baïonnette et de lm,61 avec baïonnette; il pèse oks,750 et 4k»',530 avec la baïonnette.
- La Hollande avait entrepris, depuis plusieurs années, des expériences en vue de transformer en fusil a répétition son fusil réglementaire de Beaumont, modèle 1871. Deux systèmes avaient été proposés, l’un par Mannlicher, l’autre par Yitali. L’arme adoptée est celle de Vitali ; elle est munie d’un magasin fixe, et le tir peut s’exécuter coup par coup ou a répétition.
- Le fusil adopté par la Turquie est identique au
- 1 Nous ne parlons pas ici du fusil Lebel adopté on Franco. Nous renverrons nos lecteurs aux Notices précédemment publiées sous le titre « le Fusil Le bel et le fusil allemand » (Voy. n° 608, du 25 octobre 1800, p. 551).
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- modèle allemand, modèle 1884, sauf pour le calibre qui est réduit à 9mm,5. Il est fabriqué parles inventeurs MM. Mauscr frères, à Oberndorf (Wurtemberg). Le magasin est placé en longueur sous le canon.
- En Autriche, c’est le fusil Mannlicher qui arme l’infanterie. Son magasin est placé sous la culasse.
- L’Allemagne, après avoir substitué au fusil à un coup modèle 1871, le fusil à répétition modèle 1884 (Mauscr et Commission), a adopté en 1888 le fusil qui porte cette date et que nous avons décrit1.
- En Angleterre, ou le fusil Martini-Henry, de ll,nm,45, qui armait l’infanterie et auquel on reprochait surtout de beaucoup fatiguer le tireur par la violence de son recul, avait été remplacé, en 1885,
- par une arme plus lourde, du calibre de 10mm,16, système Enfield-Martini. Depuis cette époque, l’armée anglaise s’engagea, à la suite des principales puissances européennes, dans la recherche d’un mécanisme à répétition. La difficulté d’adapter un tel mécanisme à une fermeture à bloc, et d’autre part le besoin de réduire encore davantage le calibre pour avoir une trajectoire plus tendue, la forcèrent à renoncer a une simple transformation du fusil en service et à étudier une arme nouvelle. Ces études ont abouti à l’adoption du fusil modèle 1889, du calibre de 7llim,7. Le magasin, tout chargé, se met en place au moment du besoin ; une fois épuisé, il peut être remplacé par un second magasin chargé
- Fusils à répétition de quelques armées européennes. — 1. Italie. — 2. Turquie. — 3. Autriche. — 4. Angleterre. — 5. Suisse.
- que le soldat porte sur lui ; le chargement coup par coup peut d’ailleurs s’exécuter, le magasin étant sur l’arme ou enlevé.
- Le fusil danois modèle 1889 du système Ivrag-Jbrgensens est une arme à verrou permettant de tirer coup par coup ou à répétition ; son magasin est fixé sous la boîte de culasse; sa cartouche est chargée de 5 grammes de poudre comprimée par la méthode Madsen.
- En Belgique, à la suite d’expériences exécutées au camp de Beverloo avec des armes de divers modèles, la Commission chargée de les examiner, et appelée en dernier heu à choisir entre les trois systèmes : Mauser, Mannlicher et Nagant, a préféré le Mauser.
- 1 K» 003, du 20 septembre, et 908, du 25 octobre 1800, p. 251 et 331.
- Un arrêté en date du 25 octobre 1889 a décidé qu'il armerait désormais l’infanterie et le génie en remplacement du fusil Albini-Braendlin. C’est une arme à verrou, avec magasin fixe placé sous la boîte de culasse.
- Il résulte d’expériences faites en avril dernier à Etterbeck, près de Bruxelles, qu’à la distance de 45 mètres, avec une charge de 5 grammes de la poudre belge II. P., la balle traverse 50 à 54 planches de sapin du Canada de 4 centimètres d’épaisseur, placées les unes derrière les autres avec des intervalles de 2 à 5 centimètres. A la même distance elle perfore une plaque en tôle de fer de 11 millimètres, Sa pénétration dans l’argile fortement tassée et détrempée est-de 25 à 50 centimètres. D’autre part, des tirs exécutés par le professeur Paul Bruns, à
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- LONGUEURS ET POIDS DES FUSILS
- DÉTAILS DES CARTOUCHES VITESSES DES PROJECTILES, ETC.
- Rayures
- Longueur du fusil sans l’arme blanche.. . .
- Poids du fusil magasin vide...............
- Cartouches dans le canon et le magasin. . .
- Canon. Longueur totale....................
- Calibre normal...............
- Profil.......................
- Nombre.......................
- Profondeur...................
- Largeur......................
- Genre........................
- Longueur. La lame dépasse le
- canon de.....................
- Longueur.....................
- Poids........................
- Genre........................
- Forme........................
- Poids de la charge...........
- Arme
- blanche
- Cartouche
- Poudre
- Longueur
- Italie. Hollande. Turquie. France. Autriche. Allemagne. Angleterre. Danemark. Belgique. Suisse.
- Vetterli- Beaumont- Mauser. Mannlicher. Lce-Metford. Krag- Mauser.
- Vitali. Vitali. Jôrgensens.
- Modèle Modèle Modèle Modèle Modèle Modèle Modèle Modèle Modèle Modèle
- 1871-1887. 1871-1888. 1887. 1886. 1888. 1888. 1889. 1889. 1889. 1889.
- 1m,550 1“,320 1“,255 1“,510 1”,280 1“,245 1“,250 )) 1“,275 1“,302
- 4“.", 300 4k‘-,520 4^,270 4ks,200 4ks,410 4 4kvl00 4\250 3k?,900 4kl,300
- 5 5 9 9 P-' D 5 9 5 PS O 13
- 865““ 830mm 779mm 800““ 7 6 *)01 m )) 768““ » 779mm 780““
- 10““,4 9““,5 gmm ^mm ^ram 7“”,7 gmm 7““,65 7mm,5
- concentrique. concentrique. concentrique. concentrique. concave. concentrique. arqué. arqué. hélice. concentrique.
- 4 4 4 4 4 4 7 6 4 p* 0
- 0”“, 225 O*””^ 0““,15 0“”,15 0““,2 0““,12 0““ ,1 0““,14 0““,08 0““,l
- 4mm 5 4mm,5 3mm,? 4mm,c2 3“”,5 )) Omm K Md » 4mm, 2 3”“,8
- sabre-baïonnette. baïonnette d’estoc. sabre-baïonnette. épée. poignard. poignard. poignard. » poignard. poignard.
- 505mm 470““ 518“” 250““ 205““ 310““ 350““ O50mm 298””
- 65”“,7 65mm,3 75mm,5 75““ J {jmm a 82“m,5 )) )) 78““ 77mm,5
- 29?r 44gr 36er 29«r 50- 27«r,5 28*r,3 33«r 26er,2 27er,5
- balistite. noire. noire. sans fumée. sans fumée. sans fumée. Pellet. » sans fumée. sans fumée.
- » A moyen, A grossière. lamelles. grains. grains. » » grains. grains.
- 2*r,4 5*r 4sr,5 2gr,7 2»r,75 2«r,5 4.-,5 5*r 5«r,05 2»r
- 25““,7 O 7 m m 26mm,6 31““ 32““ 39 mm » )) 30““,8 28““,7
- 16«r 25«r 18«r,4 14er 156%8 1 i*r,5 14er 15*-,4 14*-,2 13*?r,7
- 015“ 405“ 536“ 610“ 575m 620“ 625“c 540“ 6 604“ 600“
- 9 9 9 9 12 » » )> )) 12
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- 7 7 20 52 j> )) )) y> » 8
- I>roiccli,c ( Poills_.........................
- Vitesse initiale ^25. ........................
- Vitesse du feu normale (Charge successive.
- Coups vises en une minutera répétition. . .
- Feu de vitesse d’une minute de durée. Effet
- mécanique..................................
- _ , . /avec cartouches,
- Temps necessaire au char-\
- . „ nombre. . . .
- cernent du iusii normal / . ,
- ° (en secondes. . .
- a, projet de 1890. — b, on étudie une poudre plus puissante, développant moins de fumée et devant permettre d’atteindre une vitesse initiale de 640 mètres par seconde, mente une poudre sans fumée appelée cordite qui donnerait une vitesse de 686 mètres par seconde.
- c, on experi-
- Tableau comparatif donnant les caractéristiques des principaux fusils à répétition des armées européennes.
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- Tübingen, ont montré que la halle pénètre jusqu’à 70 centimètres en moyenne dans une terre pierreuse et jusqu’à 54 centimètres dans un bloc de hêtre sec.
- Si, maintenant nous passons aux nations qui n’ont pas encore fait de choix, où la question est toujours à l’étude ou posée de nouveau, nous recueillons les informations suivantes.
- En Norvège, c’est le fusil à répétition du calibre de 10mm,15, construction Jarman, qui avait été adopté ; on cherche en ce moment à perfectionner cette arme.
- En Suède où l’on a préféré le Remington (modèle 67-80), on a décidé de pourvoir ce fusil d’un nouveau canon de 8 millimètres ; il recevra d’autres modifications. Son projectile sera doté d’un manteau métallique et sa cartouche de la poudre à faible fumée dite de Skoglund.
- lia Russie n’a encore rien décidé, ou du moins on ne connaît rien de ses décisions. Les Etats-Unis hésitent encore entre un perfectionnement de leur Springfield et les modèles nouveaux qu’on leur présente chaque jour.
- En Espagne, la question du fusil à répétition et de la poudre est toujours pendante. En attendant une solution, le Remington actuel, du calibre de 11 millimètres, modèle 1871, a été doté d’une nouvelle cartouche (modèle 1884)) revêtue d’une chemise de laiton, qui assure au projectile une vitesse initiale de 450 mètres, soit 20 mètres de plus qu’avec l’ancienne. Le maximum de l’espace dangereux est de 450 mètres, calculé à lm,80 de hauteur.
- Le Portugal introduit en ce moment le nouveau fusil à un coup, construction Guèdes (obturateur à bloc bascule) modèle 1885, calibre de 8 millimètres, avec projectile à manteau au lieu du projectile à enveloppe feuille de cuivre. Les qualités de ce fusil se rapprochent de celles des nouveaux modèles, au moins au point de vue balistique.
- La Serbie est encore armée du fusil à un coup dit Mauser-Milanovic, du calibre de 10mm,15 (modèle 1881); mais elle s'occupe de remplacer cette arme démodée par un fusil à répétition.
- En Bulgarie, le fusil autrichien Mannlicher (modèle 1888) sera provisoirement introduit dans l’armée de campagne. C’est la fabrique d’armes de Stcyr (Autriche) qui le fournira.
- La Roumanie se sert toujours du fusil à un coup qu’elle a adopté en 1878, et dont la construction était semblable à celle du fusil anglais Martini-Henry On en a remplacé le canon, et l’on y adaptera un chargeur qu’on suppose devoir augmenter la rapidité du feu. D'autre part on poursuit la recherche d’un fusil national à répétition, à calibre minimum et à faible fumée. Plusieurs types sont en essais.
- En Grèce, l’infanterie est encore pourvue du fusil Gras (modèle 1878), se chargeant coup par coup.
- Enfin les Monténégrins ont toujours le fusil à un coup et à fermeture à clapet, système Krnka.
- Au Japon, jusqu’en 1886, l’infanterie était armée du fusil Enfield-Snider, Elle possède maintenant un j
- fusil du au colonel Mourala, qui s’est inspiré pour sa construction de divers modèles européens, notamment des fusils Mauser et Beaumont. Le Mourata pèse 4k»,500 et 5ks,550 avec son sabre-baïonnette; son calibre est de 10mm,98 ; il porte 5 rayures, larges de 5mm,5, et tournant de droite à gauche; la cartouche est métallique, à percussion centrale, et pèse 45 grammes; la balle, en plomb comprimé, pèse 26g,',77, et reçoit d’une charge de 5«r,5 la vitesse initiale de 458 mètres. La longueur du fusil est de 1m,51.
- On nous permettra de ne pas décrire un à un ces fusils qui ne diffèrent d’ailleurs que par des détails de mécanisme souvent intimes. Les croquis qui accompagnent les articles de La Nature que nous avons cités plus haut nous paraissent donner une idée suffisante du principe sur lequel repose le système du fusil à répétition. Mais nous avons groupé, dans le tableau qui précède, les données connues, officielles, particulières à chaque arme; il complète ce rapide historique. On y verra que si quelques-unes semblent avoir des qualités supérieures à celles de leurs rivales, toutes ont des défauts plus ou moins secrets, d’où il résulte qu’il est fort difficile sinon impossible de porter sur elles un jugement précis. En général elles sont toutes remarquables ; leur supériorité dépendra surtout, non de la bravoure, mais du sang-froid et de l’habileté de ceux qui auront à s’en servir. L. Renard.
- LES PERRUCHES INFECTIEUSES
- Depuis un mois, les journaux mentionnent les progrès d’une épidémie, tout à fait anormale, causée, disait-on, par des oiseaux apportés de l’Amérique. C’est dans le quartier de la Roquette qu’on signalait l’éclosion de cette maladie étrange qui, à l’heure actuelle, a frappé une quarantaine de personnes et fait une douzaine de victimes.
- Aujourd’hui, les enquêtes administratives ont réduit à néant cette histoire effrayante et conclu à la multiplicité de cas de grippe et de pneumonie infectieuse qui eussent passé inaperçus, quelques mois plus tôt ou au moment de la grande épidémie d’influenza. Cependant l’histoire mérite d’être rapportée à titre de document curieux.
- Deux voyageurs, venant de l’Amérique du Sud, avaient emporté avec eux, pour les vendre en Europe, un lot de plusieurs centaines de perruches et d’autres oiseaux des pays chauds. Pendant la traversée, les oiseaux furent décimés; fut-ce le froid, la faim; fut-ce une maladie particulière? La chose sera, je crois, fort difficile à élucider. Toujours est-il qu’à l’arrivée au port, la volière était réduite de plus de moitié. Au Havre, un des deux voyageurs tombe malade, s’alite, et reste plusieurs jours sans pouvoir quitter la chambre. L’autre, M. Marion, emporte avec lui les perruches et s’installe à Yaugirard, chez son frère. Quelques jours après, le premier, M. Dubois, revenu du Havre, va b Vaugirard chercher son lot d’oiseaux et vient le loger dans une pièce de l’appartement d’un de ses amis, rue de la Roquette. La maladie qui avait déjà emporté la moitié de la collection, continuait ses ravages; chaque jour, dans les deux logis, un certain nombre de perruches étaient trouvées mortes. C’est à ce moment que surviennent les premiers accidents chez les habitants de la
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- LA NATURE.
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- maison. À Vaugirard, le frère de M. Marion (ornbe malade et meurt en quelques jours; dans cette même maison de la rue Dutot, un marchand de vin, trois garçons bouchers, puis les parents du voyageur sont successivement pris des mêmes symptômes graves. Plusieurs personnes venues chercher des perruches, tombent à leur tour malades^ et de proche en proche tous’ ceux qui pénètrent dans la maison, donnant asile aux volatiles, sont frappés plus ou moins sérieusement. Un médecin, qui soignait quelques-uns de ces malades, est pris à son tour et obligé de s’aliter.
- Pendant ce temps, les mêmes phénomènes d’infection épidémique se montraient rue de la Roquette dans la famille de l’ami de M. Dubois, puis dans l’entourage et, de même qu’à Vaugirard, à un plus ou moins haut degré, chez toutes les personnes qui, pour acheter des perruches ou pour rendre visite à leurs parents, avaient franchi le seuil de l’appartement.
- Il serait oiseux de décrire par le menu la marche de cette épidémie et de signaler un par un les divers cas observés. Voyons plutôt en quoi elle consistait. La maladie a sévi sur tous les âges: père, mère, parents plus âgés, jeunes filles (rue de la Roquette) tous étaient pris à peu près de la même façon. D’abord un sentiment de malaise, maux de tête, vertiges, puis un frisson violent avec point de côté, une fièvre intense, la température s’élevant à 40 et 41 degrés. Dès le lendemain ou surlendemain, on constatait les signes d’une pneumonie avec des allures graves, de véritables symptômes d’infection générale, la pneumonie dite infectieuse. Si la lésion pulmonaire a constitué le phénomène saillant dans bien des cas, il y a eu d’autres signes qui dénotent une intoxication suraiguë, une infection générale de l’organisme, à savoir, diarrhée, taches rosées, avec suffusions sanguines. En outre, chez quelques-uns des malades, la pneumonie n’a jamais existé ; une autopsie faite à l’hôpital par le professeur Cornil en a donné la preuve. Il s’agissait là d’une septicémie de forme et d’allures anomales, d’une sorte de typhus à symptômes assez particuliers.
- Les personnes les moins frappées en ont été quittes pour une espèce d’embarras gastrique, de fièvre intermittente. Mais en réalité, ce qui a dominé chez tous les malades, à un degré variable suivant les cas, la résistance du sujet ou le degré de contamination, c’est un état infectieux.
- S’agit-il là d’une sorte d’épidémie de pneumonie infectieuse et n’y a-t-il que coïncidence avec l’arrivée des oiseaux? Est-ce au contraire une maladie inconnue ou encore mal définie, d’origine aviaire?
- Les premiers renseignements semblaient absolument en faveur de celte seconde hypothèse. Il n’y avait que les sujets ayant été en contact avec les perruches qui avaient été atteints de ces accidents infectieux; les perruches elles-mêmes étaient décimées par une maladie impitoyable. Un médecin éminent s’était même prononcé d’une façon formelle et avait conclu à une sorte de typhus à rechute, à une maladie vraiment d’origine aviaire.
- Une enquête très sévère poursuivie isolément, d’une part, par les médecins de Saint-Antoine, d’autre part, par le I)r Dujardin-Beaumetz, délégué du Conseil d’hygiène, a montré nettement qu’il n’y avait eu dans l’arrivée des oiseaux qu’une condition d’infection de plus dans un immeuble fort peu recommandable au point de vue de l'hygiène. Il s’agit bien de contagion, mais d’une simple contagion grippale, avec prédominance d’accidents pulmonaires. Les perruches sont mortes de faim, de froid, aucune de maladie infectieuse et les survivantes se portent admirablement. Ces pauvres oiseaux ont donc tout
- au plus joué le rôle passif d’agents de transport et encore n’est-ce vrai que pour certains cas.
- S’il fallait d’autres preuves, on les trouverait dans les recherches bactériologiques faites au laboratoire de M. Ifa-not par son interne, M. Gaslou. Voici quelques détails de ces expériences. Les excréments des oiseaux, recueillis dans le grenier où ils étaient logés, ont été cultivés ; on n’y trouvait que des bâtonnets allongés et des diplocoques. Ces diplocoques, inoculés à la souris, l’ont fait mourir en 48 heures, de septicémie.
- Des ailes de perruche, ensemencées dans des milieux multiples, ont donné des microbes de même nature, tuant également la souris par septicémie. Un cobaye placé dans une cage où avait séjourné une perruche, meurt en 24 heures cl on trouve dans ses viscères le vibrion septique et pas de microbes de la pneumonie. On n’a pas trouvé le microbe de la grippe; mais peut-être ne l’a-t-on pas cherché.
- De plus une des perruches sacrifiées n’a présenté aucun organe malade et les cultures faites avec les viscères n’ont amené aucun accident chez les animaux inoculés. Aussi l’auteur de ces recherches conclut-il que ces perruches n’ont joué qu’un rôle, celui de la diffusion de l’épidémie pneumonique en transportant les germes sur leurs plumes.
- Le Dr Netter, étudiant aussi la question au point de vue bactériologique, a trouvé des pneumocoques et une série d’autres microbes.
- Ce qui avait pu faire croire à l’origine aviaire de ces cas un peu multipliés, c’est qu’on avait décrit jadis une épidémie de ce genre.
- En 1879, Ritter d’Uster a observé une épidémie de pneumonie, à forme insolite, atteignant sept personnes d’une même maison; trois succombèrent avec des symptômes typhiques. L’origine infectieuse de cette maladie ne parut pas douteuse. Les sept personnes avaient séjourné quelques heures dans une pièce renfermant des oiseaux exotiques arrivés de Hambourg quelques jours auparavant.
- Mais en rappelant cette histoire un peu ancienne, on a oublié de dire que la contagion s’était localisée, si l’on peut dire, à ces sept personnes, et que bon nombre de gens qui étaient allés visiter les oiseaux n’avaient rien eu du tout.
- En somme, il semble nettement ressortir de l’enquête dirigée par le Conseil d’hvgiène qu’il ne s’agit, pas là de quelque chose de particulier, et qu’il n’y a pas lieu de songer à une maladie nouvelle d’origine à la fois aviaire et exotique. Dr A. Cartaz. :
- LES PHOTOGRAPHIES PARLANTES
- la Nature a reproduit, il y a quelque temps, une courte Note à l’Académie des sciences dans laquelle je résumais mes premiers essais d’analyse des mouvements de la parole au moyen de séries photographiques obtenues par la méthode de M.Marcy1. J’indiquais aussi que j’avais abordé la synthèse de ces mouvements et que j’étais parvenu à en donner l’illusion.
- Les premiers essais, malgré leur imperfection, me faisaient entrevoir une réussite possible et le résultat à obtenir valait la peine qu’on s’y appliquât. Lo
- 1 Vov. n° 949, du 8 août 1891, p. 158.
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- perfectionnement devait porter sur la qualité des images photographiques et sur l’adaptation meilleure de l’appareil synthétique. Le clioix de l’objectif, l’éclairage mieux dirigé et plus intense ont amélioré sensiblement les images négatives,en permettant de les prendre plus grandes et avec toute la netteté désirable. J’ai pu obtenir ainsi très visiblement l’image de la langue lorsque la bouche est ouverte ; la seule précaution à prendre est de faire en sorte, si l’on emploie plusieurs sources lumineuses, qu’il n’y ait pas plusieurs ombres portées trop différentes, ce qui mènerait à de fausses interprétations.
- Je ne suis pas encore parvenu à obtenir d’épreuves satisfaisantes à la lumière artificielle; la lumière solaire concentrée est la seule qui m’ait réussi. La raison est qu’il faut réduire forcément le temps de pose de
- chaque image si l’on veut, saisir les mouvements rapides de fermeture des lèvres. Si l’on prend un petit nombre d’images successives en une seconde,
- on s’expose à laisser échapper entre deux images une phase intéressante du mouvement des lèvres. Bien que nous ayons pris quinze images environ à la seconde, il est arrivé néanmoins que la fermeture des lèvres s’est trouvée justement dans l’intervalle qui les sépare, et, pour éviter cet inconvénient, il est prudent de prendre de la même phrase plusieurs séries différentes ; il est probable que les images d’une série compléteront l’autre.
- Ces précautions étant observées, j’ai confectionné des disques qui portent sur leur circonférence les images positives du parleur; je les ai placés ensuite dans l'appareil synthétique. Tous les appareils destinés à produire l’illusion
- Fig. 1. — Plionoscope ou appareil destiné à donner l’illusion des mouvements de la parole et des jeux de la physionomie. Appareil ouvert laissant voir les deux disques fenêtres.
- Fig. 2. — N" 1. Sourd-muet regardant dans le plionoscopc et lisant sur les photographies parlantes. — JNT° 2. Projection des photographies parlantes'au moyen de la lanterne oxhydrique.
- d’un mouvement, au moyen d’images représentant les phases successives de ce mouvement, sont basés sur le même principe.
- Ils consistent à faire succéder rapidement devant
- l’œil les images analytiques. Les conditions essentielles à remplir sont la continuité dans l’impression visuelle, un éclairage suffisant et une netteté de 1’impression perçue.
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- Fig. 3. — Spécimen des photographies parlantes. — Photographie des mots: vive la France!
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- L’impression visuelle sera continue si les images sont nombreuses et si elles se substituent l’une à l’autre dans un temps moindre que la durée des impressions rétiniennes. Cette condition exige qu’il y ait au moins dix à douze substitutions par seconde. En réalité, il faut encore plus d’images pour éviter la discontinuité et pour obtenir le moelleux que l’on observe dans les mouvements naturels.
- La grande difficulté est de substituer une image à l’autre, de façon à ce qu’elle occupe une position relative, exactement conforme à la réalité. La moindre erreur de repérage est cause de sautages et de trépidations qui sont extrêmement désagréables à l'œil, et nuisent à l’illusion.
- La netteté de l’impression dépend de la netteté des images et plus encore du mouvement que possède cette image pendant qu’on la regarde. Si l’on se sert de disques à rotation continue, c’est-à-dire de disques où les images sont toujours en mouvement, on est obligé de réduire extrêmement le temps de pose ou d’impression, de façon à réduire le Hou de vitesse.
- En employant des temps de pose variant entre i /500e et 1/i 000e de seconde, on obtient une netteté très suffisante. Mais cette réduction du temps de pose est au détriment de la clarté, aux dépens de l’intensité de l’impression lumineuse. On peut, il est vrai, augmenter l’intensité de l’éclairage, mais, au point de vue de la perception de la sensation lumineuse, une excitation très intense qui agit un temps très court, ne donne pas une impression aussi vive qu’une excitation moins forte mais de plus longue durée. La solution du problème est resserrée dans d’étroites limites entre lesquelles il y a manque de lumière ou discontinuité dans l’impression.
- Le phénakisticope de Plateau est le père de tous les zootropes, nous lui devons tous de bonnes heures de plaisir dans notre enfance; le zootrope cylindrique n’en est qu’une transformation. Dans ces deux instruments, l’œil voit chaque image à travers une fente percée dans le carton sur lequel sont dessinées les images. Le rapport entre le nombre des images et le nombre des fentes, produit l’illusion du déplacement de l’image sur la feuille de papier; dans les mouvements sur place, au contraire, les fenêtres et les images sont en nombre égal et se correspondent. Les images vues dans les zootropes ainsi construits ont les deux grands défauts d’être sombres et déformées.
- Dans le praxinoscope, on regarde les sujets par réflexion dans une série de miroirs formant les faces d’un tronc de pyramide et situés au centre de l’appareil; l’image est alors plus claire, sans déformation, mais le passage de l’une à l’autre ne se fait pas sans sautillement difficile à éviter.
- M. Muybridge et M. Anschutt ont construit également de très beaux appareils éclairés par une lanterne à projection ou par une étincelle électrique.
- J’ai tout récemment exécuté un instrument qui est spécialement destiné à donner l’illusion des mou-
- vements de la parole et des jeux de la physionomie, bien qu’il puisse servir à la synthèse de tous les mouvements. Je l’ai appelé phonoscope dans le premier cas ; il a cette qualité d’être éclairé par transparence et de laisser voir les images dans un temps si court que le flou de vitesse est insensible à l’œil (fig; 1).
- L’artifice employé consiste à donner au disque éclaireur, qui porte une seule fenêtre, une vitesse relative très grande par rapport à la vitesse de l’image. Si l’on regarde dans le phonoscope les photographies successives d’un sujet qui parle, on voit, d’une façon saisissante, le portrait s’animer et remuer les lèvres (lîg. 2, n° 1 ). On peut augmenter l’effet en regardant à travers un verre grossissant ; on peut aussi projeter les images successives sur un écran en adaptant l’appareil à une lanterne à projection ordinaire (fig. 2, n° 2).
- Avec un appareil disposé pour regarder par transparence, nous avons pu répéter les expériences de lecture sur les lèvres devant M. le directeur de l’Institution Nationale des sourds-muets qui nous avait conduit en personne trois de ses élèves. Un de ces enfants a lu immédiatement la phrase photographiée; mais, les épreuves photographiques formant une série continue, le commencement de la phrase suivait immédiatement la fin de cette même phrase; le sourd-muet n’avait ainsi aucune indication précise sur l’endroit oii il devait commencer la lecture, et il pouvait couper la phrase en un point quelconque. C’est ce qui est arrivé à son camarade qui a, pour cette raison, changé un peu le sens de la lecture. Je me propose de remédier à cet inconvénient dans la construction des autres disques.
- La sincérité de la lecture ne peut être mise en doute; l’élève n’avait aucune connaissance préalable de la phrase prononcée et la lecture à haute voix qu’il faisait était absolument réglée avec le mouvement de la manivelle au moyen de laquelle je faisais tourner le disque porte-images. Si je ralentissais la rotation, l’enfant ralentissait sa parole; si je m’arrêtais, il s’arrêtait. Les mêmes mots étaient prononcés aux mêmes positions de la manivelle, on aurait pu les inscrire sur un cadran et constater la coïncidence absolue; en un mot, je jouais du sourd-muet comme on joue d’un orgue de Barbarie. Je lis la mauvaise plaisanterie de tourner la manivelle à l’envers et la lecture fut impossible.
- Cette expérience à laquelle assistaient M. le censeur de l’Ecole des sourds-muets, et M. Maricheile, professeur à la même institution, tous deux parfaitement compétents dans l’enseignement de la lecture sur les lèvres, me donne l’espoir qu’on pourra tirer quelque utilité de ce procédé de lecture.
- Puisque l’illusion produite par l’appareil correspond à une interprétation fixe du son émis, n’y a-t-il pas lieu de penser qu’en choisissant bien les exemples, le professeur de lecture pourra se rendre exactement compte de ce que voit son élève et de la façon dont il interprète des mouvements stéréotypés
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- dans le phonoscope, mouvements qu’il peut étudier lui-même sur les photographies isolées?
- Il est inutile d’insister sur l’attrait de ees recherches, qui sont encore un exemple de l’utilité des appareils zootropiques pour faire l’éducation des perceptions visuelles.
- Ceux-là mêmes qui ne seraient pas convaincus de leur utilité en ce qui concerne la lecture sur les lèvres s’intéresseront peut-être à leurs résultats lorsqu’il s’agira de reproduire l’expression de la physionomie. Si l’on peut faire parler une photographie au point de lire sur ses lèvres, on pourra aussi animer cette photographie et lui donner tous les jeux de la physionomie.
- Combien de gens seraient heureux s’ils pouvaient, un instant, revoir les traits vivants d’une personne disparue !
- L’avenir remplacera la photographie immobile, figée dans son cadre, par le portrait animé auquel on pourra, en un tour de roue, rendre la vie.
- On conservera l’expression de la physionomie comme on conserve la voix dans le phonograplie. On pourra même a jouter ce dernier au phonoscope pour compléter l’illusion ; alors la photographie aura raison de la critique qu’on lui fait souvent d’être froide et de ne saisir qu’un instant précis de la vie.
- L’expression de visage est considérée par quelques-uns comme une chose insaisissable et inaccessible aux procédés exacts de l’analyse. On fera désormais plus que de l’analyser, on la fera revivre1.
- G. Demeny.
- ATLAS STATISTIQUE DE LA AILLE DE PARIS
- Le service statistique de la ville de Paris, dirigé par M. le I)1, Jacques Bertillon, vient de publier un nouvel Atlas de statistique graphique2. Cet ouvrage est composé d’un certain nombre de cartes et de diagrammes dans lesquels les statistiques sont représentées par les ingénieux procédés de statistique graphique dont nous avons souvent entretenu nos lecteurs 3.
- Nous donnons ci-après la reproduction réduite d’un des premiers tableaux de cet Atlas ; il représente le mouvement des livres dans les bibliothèques municipales de prêt gratuit, et indique l’importance du prêt à domicile, et de la lecture sur place, pendant l’année 1888. Le demi-cercle supérieur indique le prêt à domicile, le demi-cercle inférieur plus foncé4, la lecture surplace. Le nombre des volumes
- 1 Notre figure 5 (p. 513), donne un fac-similé des photographies de la parole.
- â Préfecture de la Seine, secrétariat général. Service de la statistique municipale (le I)r Jacques Bertillon, chef des travaux de la statistique). Atlas de statistique graphique de la Ville de Paris. II. Année 1889, Paris, G. Masson, libraire-éditeur.
- 3 Voy. la Statistique graphique au Ministère de l'instruction publique, n° 712, du 22 janvier 1887, p. 115.
- 4 Dans l'Atlas de la ville de Paris, les demi-cercles sont colorés en bleu et en jaune.
- est indiqué dans les demi-cercles. Un tel diagramme parle aux yeux, et est beaucoup plus explicite que des tableaux de chiffres ; il donne une juste idée de la méthode employée.
- Les diverses planches du Nouvel Atlas fournis sent ainsi un grand nombre de renseignements des plus utiles à connaître sur les sujets les plus divers.
- Citons, par exemple, la statistique du Mont-de-Piété : on a représenté en largeur le nombre des objets engagés ; en hauteur la valeur moyenne de ces objets. Aussi voit-on du premier coup d’œil que dans les quartiers pauvres on engage beaucoup d’objets, mais ces objets ont peu de valeur (8 ou 10 francs environ). Si faible que soit cette somme, les pauvres gens ont peine à la retrouver; ils rengagent presque toujours ; ils dégagent les objets qui ont quelque valeur et abandonnent le reste.
- Au contraire, dans le quartier Saint-Georges, on engage peu d’objets, mais ces objets ont une valeur moyenne de 119 francs. Les objets précieux sont (contrairement à ce qui se passe dans les faubourgs) ceux qu’on dégage le plus rarement.
- La proportion des hommes frappés de folie a triplé depuis le commencement du siècle ; cette augmentation a été beaucoup moins forte pour les femmes. — Il est vrai qu’il ne s’agit ici que des aliénés indigents recueillis par les asiles du département de la Seine. — Parmi les maladies dont la fréquence augmente, il faut encore citer l’albuminurie et surtout le diabète. Cette maladie est principalement répandue dans les arrondissements riches.
- Les boissons, alcools et autres liquides, rapportent à l’octroi la moitié de ses recettes ; un bon quart est produit par les comestibles ; enfin le dernier quart des recettes est produit par les combustibles, les fourrages, les matériaux de construction et les bois ouvrés.
- Les employés qui stationnent aux portes de Paris et qui arrêtent les voitures de légumes pour sonder ce qu elles peuvent recéler sous les montagnes de végétaux qu’elles apportent aux Halles, perçoivent relativement bien peu d’argent ; ils servent surtout à prévenir la fraude. Les bureaux de forte recette sont ceux des chemins de fer, des entrepôts, des abattoirs. Chacun d’eux a en quelque sorte sa spécialité. Naturellement ceux des abattoirs ne reçoivent guère que les droits sur la viande ; ceux des entrepôts, les droits sur les liquides. Les bureaux de la gare du Nord et de la gare dé l’Est perçoivent peu de chose sur les boissons, tandis que c’est le revenu le plus clair de celui de la gare d’Orléans. A la gare Montparnasse, les droits sur les comestibles sont de beaucoup les plus productifs, etc.
- L’Exposition universelle a considérablement relevé les produits de l’octroi. Ils se sont élevés à 151 millions, tandis que la moyenne des cinq années précédentes n’avait été que de 138 millions.
- Dans le remarquable travail de M. le Dr Beriillon, j plusieurs cartogrammcs sont consacrés à la statis-
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- LÀ NATURE.
- tique des transports. Presque la moitié des marchandises qu’on apporte a Paris ou qu’on exporte, sont transportées par voie d’eau (plus exactement les 2/5) en sorte que Paris, avant meme d’être port de mer est le plus grand port de la France. Paris consomme un poids de marchandises beaucoup plus considérable que celui qu’il exporte. Sur trois tonnes 1/2 qui entrent dans ses murs, soit par chemin de fer, soit par voie d’eau, il n’en sort qu’une seule tonne. Les vagons et surtout les péniches nous apportant les marchandises de toute nature qui nous sont néces-
- saires, s'en retournent donc le plus souvent vides. Quand on considère attentivement le cartogramme que nous venons de décrire sommairement, on aperçoit deux petits filets roses au sud de Paris ; ils représentent le mouvement des marchandises sur le réseau de Sceaux et Limours et celui de l’Etat.
- La carte de la circulation par omnibus indique l’excédent que chacune d’elles a gagné grâce à l’Exposition de 1889. Le tramway de l’Étoile-Montparnasse et l’omnibus du Trocadéro-Uare de l’Est, ont été parmi les plus favorisés. D’ailleurs, tous les moyens de
- Diagramme des Bibliothèques municipales de prêt gratuit, prêt à domicile et lecture sur place. (D’après le nouvel Atlas de statistique graphique du Service de la statistique municipale à Paris.)
- transport en commun ont reçu en 1889 un surcroît d’activité, excepté Charenton-Louvre et Courbevoie-Madeleine.
- Une série de diagrammes sont consacrés aux cartes postales, lettres et télégrammes. Leur nombre augmente d’année en année, mais l’Exposition a singulièrement activé leur circulation.
- Une série de diagrammes fait connaître la nationalité des étrangers qui sont descendus dans les hôtels pendant les mois d’été : 1° en temps ordinaire ; 2° en 1878; 5° en 1889. On y voit que la majorité des visiteurs étrangers en 1889 comme en 1878 sont des Anglais; puis viennent les Belges et les Américains. Les Allemands sont venus en beaucoup plus grand
- nombre qu’en temps ordinaire. Quant aux Italiens, il semble que l’Exposition les ait effrayés. Us ont été moins nombreux qu’ils ne le sont en temps ordinaire. En général les étrangers ont été rares au mois de mai. C’est en septembre qu’ils ont été le plus nombreux; il en était de même en 1878.
- Cette simple énumération fait comprendre l’inté-rôt des publications de statistique exécutées dans le genre de celle que nous faisons connaître aujourd’hui. Elles sont actuellement fort nombreuses dans nos services publics. Il y a lieu de s’en féliciter, car la science et l’histoire y trouveront assurément le plus grand profit dans l’avenir. Gaston Tissandier.
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- INTELLIGENCE DES PERROQUETS1
- Je possède, depuis vingt-trois années déjà, un perroquet femelle du Gabon, au plumage gris cendré et queue rouge, âgé maintenant de quarante-huit ans environ et dont le lecteur trouvera le portrait ci-joint. Cet oiseau, dont le plumage est fort bien conservé pour son âge, est d’une intelligence si remarquable qu’il m’a paru intéressant de le signaler aux lecteurs.
- Bien qu’il imite et retienne tous les bruits et tous les sons qu’il entend, la caractéristique de cet oiseau est une originalité particulière, qui lui est propre, et qui en fait à la fois un imitateur et un créateur.
- Avant qu’il ne devînt ma propriété, cet oiseau était à Paris, dans une maison possédant un grand nombre de locataires. 11 imitait à s’y méprendre le langage des moineaux qui s’ébattaient sur Tes toits et dans la cour de cette maison,lcursluttes au printemps pour la possession d’un nid, leurs que-relles journalières.
- U imitait aussi tous les cris de Paris et surtout celui du marchand d’habits.
- Combien de fois les habitants de la maison n’ont-ils point été trompés par ce cri si fidèlement reproduit.
- Lorsque mon beau-frère me donna cet oiseau, en 1870, je le plaçai pendant la guerre, à la campagne, chez notre fermier, tandis que je faisais partie de l’armée de Paris.
- Son répertoire s’enrichit alors de tous les bruits de la nature, la caille, la chouette, la pie, la poule et le coq dans toutes leurs manifestations vocales. Il excelle dans la reproduction phonétique de la mort du cochon à laquelle il a certainement assisté.
- 11 reproduit d’abord les cris entrecoupés, graves ou suraigus, d’impatience et d’effroi de l’animal traîné sur le lieu de l’exécution ; puis les hurlements d’angoisse de l’égorgement et de l’agonie ; et tout
- 1 Voy. Singes et Chats, par M. le 11“ de Nadaillac, n° 983, du 2 avril 1892, p. 279.
- cela avec les mêmes nuances, gradation et force que l’animal lui-même. Bien qu’il ne l’ait pas entendue depuis vingt-deux ans, cette fantaisie macabre lui passe encore de temps en temps par la cervelle et il en ébranle à ce point les vitres de ma maison, qu’on est obligé de lui imposer silence.
- Mon perroquet observe tout mouvement préparant une action qui sera accompagnée d’un bruit; et il fait ce bruit à l’avance.
- S’il me voit m’approcher d’une fenêtre ouverte et me disposer à la fermer, il fait aussitôt le bruit occasionné par la fenêtre, avant que je ne l’aie touchée ; même jeu dans le sens contraire pour ouvrir la fenêtre. S’il me voit tenir mon mouchoir, il se mouche ; s’il me voit tenir un pardessus ou une redingote, il
- fait aussitôt et, par avance, avec ses ailes, le mouvement que je vais faire avec mes bras pour endosser ce vêtement.
- Il imite le bruit de l’eau qui coule; s’il me voit tenir un verre contenant un liquide ou seulement m’en approcher, il imite immédiatement, et d’avance, le bruit de déglutition et de descente de ce liquide dans la gorge.
- S’il voit un chat, ou si on appelle un chat, il imite aussitôt les diverses formes de langage des chats ; de même pour les chiens, les chevaux, les ânes.
- Mon perroquet met dans toutes ces imitations, souvent interrompues par ses éclats de rire, une intention, une malice, une volonté intelligentes.
- Mais ce qu’il importe surtout de signaler dans cet oiseau, c’est la faculté de comprendre ce qui se passe autour de lui et de s’y mêler par son langage et ses manières. Lorsqu’on cause devant lui, il prend part à la conversation par des oh ! des ah ! d’étonnement ou d’approbation jetés au bon moment. Il se pâme de rire si on dit avec quelque gaîté quelque chose de risible.
- S’il a besoin de quelque chose, il appelle sa maîtresse par son prénom, Marie; et, si elle tarde à venir, sa voix devient peu à peu impatiente et impérieuse.
- Un certain jour d’hiver, il était placé dans sa
- Portrait de Mademoiselle Jacquot, Perroquet femelle du Gabon, gris cendré à queue rouge appartenant à l’auteur, Châlons-sur-Marne.
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- LA NAT U UE.
- cage près du loyer. Une bûche ayant roulé en avant le couvrit de cendre, d’étincelles et de fumée. Sa maîtresse occupée dans une pièce voisine l’entendit crier et l’appeler : Marie ! Marie ! comme une personne en proie à un danger, à un violent effroi. Elle accourut lui porter secours.
- Lorsqu’on lui sert son repas de midi, composé de trois ou quatre friandises, mon perroquet réserve chaque jour, pour le repas du soir, une petite tartine de conliture.
- 11 n’aime pas les hommes. Ils ne pourraient le toucher qu’en subissant les atteintes d’un bec et de griffes acérés. En revanche toutes ses caresses sont pour les femmes et surtout les petites lilles. 11 suffit d’être du sexe féminin pour pouvoir le toucher et le caresser sans danger. Il aime follement sa maîtresse; lui obéit à la parole, et quand elle le corrige en lui donnant quelques petits coups avec le doigt, sur le bec ou la tête, il lèche le doigt qui le frappe en poussant de petits cris, demandant son pardon.
- Lorsque, étant sorti, je reviens vers ma maison, mon perroquet me sent à travers la muraille; et bien qu’il ne puisse m’apercevoir, il prévient sa maîtresse de mon retour en chantant deux notes, do-do, la seconde à l’octave de la première. Il ne fait cela pour aucune autre personne de la maison.
- Il me dit bonjour de la même manière, chaque fois que j’entre dans la chambre où il est placé. Si je lui donne quelque chose, il me remercie de la voix et du geste, en levant les ailes.
- Mais mon perroquet brille surtout par le don extra -ordinaire d’oiseau mélomane et compositeur.
- S’il voit danser une polka chantée, il en fait l'accompagnement par des notes piquées, et en mesure, avec la même sûreté qu’un joueur de trombone ou de quelque basse.
- Il improvise de véritables morceaux de musique qu’il siffle en les variant sans cesse, sans se répéter jamais dans ses improvisations. Il les dit avec un goût, un style, un brio qu’envierait un élève du Conservatoire. Il linit ses morceaux dans le ton. Il improvise devant la première personne venue quand sa maîtresse lui dit de chanter; lorsque d’autres personnes l’écoutent, il interrompt de temps en temps le trait musical pour faire entendre un éclat de rire mêlé de oh 1 oh! qui indiquent qu’il est heureux d’être écouté.
- Avant d’improviser, il prélude souvent par des gammes trillées et des vocalises semblables à celles auxquelles se livre une chanteuse pour se faire la voix avant d’entrer en scène.
- De temps en temps, il s’arrête pour assécher son organe, pour avaler sa salive par un mouvement de déglutition accompagné d’un coup sec de la langue contre le palais, de manière que le son du sifflet sorte plus pur, je devrais dire de la ilûte, car on croit entendre une ilûte large,souple et bien timbrée. Les notes graves de cet instrument sont vraiment remarquables.
- Lorsque mon perroquet chante en imitant fidèlement la voix humaine, il passe souvent de la basse
- profonde au soprano le plus pur en continuant l’air.
- 11 aime à ouvrir sa cage pour se promener dans les appartements, s’introduire sous les meubles et en lacérer les pieds avec son bec qui débite le bois de chêne avec la même facilité que le bois blanc.
- Après avoir étudié avec soin et patience tous les systèmes de crochets employés pour la fermeture de la cage, il les a tous ouverts.
- On a alors fermé la porte avec un porte-mousqueton. Il en a étudié et reconnu le mécanisme et il a ouvert ce porte-mousqueton en appuyant d’une patte sur le ressort intérieur, pendant qu’il ouvrait la charnière avec son bec.
- Depuis plusieurs mois sa porte est fermée avec un cadenas à clef. 11 a d’abord passé de longues heures à étudier ce nouvel appareil, et à en tourner la clef en tous sens. Il n’a pas encore réussi à l’ouvrir parce que le ressort en est dur.
- Je n’aurais point osé signaler des phénomènes d’intelligence aussi étonnants de la part de cet oiseau, si des centaines de personnes n’en avaient été témoins depuis vingt-trois années, et maintenant encore lorsque, dans les beaux jours, placé auprès d’une fenêtre ouverte et donnant sur la rue, mon perroquet fait se grouper les passants de tout âge, émerveillés de la musique qu’il leur fait entendre.
- Les enfants viennent jouer exprès devant celte fenêtre qui surmonte un large trottoir. L’oiseau participe à leurs jeux en courant rapidement d’un bout à l’autre de sa cage, autant qu’un perroquet peut le faire sur un long bâton, et en prononçant, avec des cris joyeux et des rires, les mêmes paroles que ces enfants.
- J’ai passé des moments fort intéressants à étudier cet oiseau, dont l’intelligence apporte un nouvel élément à la solution de ce problème que mon savant collègue, M. le marquis de Nadaillac, a défini en ces termes dans sa remarquable étude intitulée Intelligence et instinct :
- « Le lecteur pourra ainsi déterminer si l’intelligence est la réelle caractéristique de l’homme ; si elle crée entre lui et l’animal un abîme, et s’il n’existe entre les êtres qu’une question de degré; en d’autres mots, si l’intelligence humaine diffère en essence ou seulement en quantité de celle des autres êtres. » Auguste Nicaise,
- Membre de la Société d’autliropologie, correspondant du Ministère de l’instruction publique.
- CHRONIQUE
- L’Eucalyptus. — M. le baron F. von Mueller a récemment adressé à la Société d’acclimatation, une provision de graines A'Eucalyptus rastrala et leucoxylon provenant de Melbourne, où le bois de l’Eucalyptus est employé pour le pavage des rues. M. Ch. Naudin, de l’Institut, a publié au sujet de cet envoi quelques renseignements intéressants sur l'Eucalyptus, dans la Revue des sciences naturelles appliquées ; nous les reproduisons en partie. (( Ceux qui s’intéresseraient à cet emploi du bois des Eucalyptus apprendront sans doute avec plaisir que les
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- deux espèces recommandées par M. von Muelier sont déjà communes dans la basse Provence, où leur rusticité ne laisse rien à désirer, et qu’elles y produisent beaucoup de graines, le roslraia surtout, qui se ressème de lui-même, et dont la croissance est relativement rapide, sans égaler cependant celle de VE. ylobulus. A tort ou à raison, on le préfère aujourd’hui, en Algérie, à ce dernier, parce que son bois, dit-on, est moins sujet à se fendiller. 11 est d’ailleurs solide, d'une teinte rougeâtre et également propre aux ouvrages de charpente et de menuiserie. Le leucoxylon est peut-être un peu plus lent à croître; cependant nous en avons un sujet, à la Villa Thuret, âgé de huit à neuf ans, dont la hauteur est d’une dizaine de mètres, sur environ (30 centimètres de circonférence à la hase. 11 est dans un terrain sablonneux et léger, en somme assez pauvre, et il commence à produire des graines. Depuis quelques années, on importe à Londres des blocs (VE. mar-<jhuila pour le pavage des rues, mais celte espèce est encore trop rare chez nous pour qu’on puisse espérer l’utiliser avant quelques années. Les Eucalyptus pourront rendre un jour bien des services parles divers emplois de leurs bois, et peut-être plus dans le Sud algérien qu’ailleurs, en fournissant aux voies ferrées, qu’il s’agit déjà de pousser dans le Sahara, les traverses, les poteaux de télégraphe électrique, les bois de charpente pour la construction des gares et le combustible. »
- IiC mercure en Russie. — D’après le Journal de Saint-Pétersbourg, il existe, dans le district de Bakhinoul (province de Catherinoslaw), de riches dépôts de minerais de mercure. Les usines établies en ce point sont arrivées à produire annuellement 52 000 kilogrammes de mercure. D’autres dépôts auraient été découverts dans le Caucase et dans la province de Daghestan. On sait que le mercure est très rare et qu’on ne le trouve guère en quantités plus ou moins considérables qu’en Espagne, en Autriche, aux. Etats-Unis et en Italie.
- Intelligence des Bécasses. — On a observé dernièrement un fait très curieux chez ces migrateurs : à Cloghaneanuller (Rocher de l’Aigle) situé sur le promontoire au sud de Waterville, ces oiseaux arrivent à terre en grand nombre. Or les spectateurs savent bien que chaque Bécasse apporte dans ses pattes une petite branche d’arbre qu’elle laisse tomber en prenant pied sur le sol. Evidemment elle use de cette précaution pour pouvoir se maintenir sur l’eau pendant les tempêtes, ou s’v reposer au cours du long voyage qui la fatigue parfois.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 avril 1892. — Présidence de M. d’àudadie.
- Le littoral français du golfe de Gascogne. — Les patients et persévérants travaux poursuivis depuis longtemps, de l’embouchure de la Gironde au bassin de l’Adour, le long d’une plage de 120 kilomètres, ont eu pour résultat d’arrêter l’envahissement de la terre ferme par les sahles de l’Océan, et de couvrir de forêts de pins en pleine prospérité des espaces désolés et enfin de permettre l’assainissement du pays par le dessèchement des marais qui se formaient par suite de la stagnation des eaux pluviales privées de toute possibilité d’écoulement vers la mer par la ceinture des dunes. Les dunes naturelles se déplacent sous l’action du vent, molécule à molécule, de telle sorte qu’on peut dire qu’elles inarthent. f ile des causes principales de ce mouvement tient à leur
- forme; elles offrent, en effet, du côté de la mer une pente douce, et du côté de la terre une inclinaison presque verticale. Grâce à cette disposition, le vent peut faire glisser le sable le long du plan incliné et le reporter plus loin. On lutte contre l’envahissement des terres en élevant précisément des dunes de profil inverse ; les vents de terre rejettent alors à la mer le sable que les vents du large ont transporté. Ces dunes artificielles sont couronnées de palissades de bois qui contribuent à assurer leur stabilité et les talus sont plantés d’arbres. La surface du sol se couvre d’une croûte de mousses, d’herbes, ou de détritus végétaux, à laquelle les spécialistes attachent la plus grande importance pour la fixation de la dune. Un projet de loi inséré au Bulletin du Ministère de l’agriculture, donnerait au Ministre le droit de concéder des terrains domaniaux des dunes pour y remplacer les plantations de pins par des plantations de vignes. Ce serait, d’après M. Ghambrelent, pour un bénéfice hypothétique fort douteux, compromettre l’œuvre si longuement et si heureusement accomplie, au prix de tant d’efforts.
- La capacité calorifique des métaux. — M. Le Verrier a recherché la chaleur spécifique de divers métaux, à des températures élevées. 11 a expérimenté sur le fer, le cuivre, l’aluminium, le zinc et le plomb. Il a constaté que si l’on représente graphiquement les résultats au moyen d’une courbe ayant pour abscisses les températures, les nombres obtenus sont figurés par deux tronçons de lignes droites, soudées l’une à l’autre, en une certaine région thermique, par une courbe. La remarque importante de M. Le Verrier est précisément relative à ces courbes de suture, qui pour un même métal, ne restent pas identiques, suivant que les expériences ont été faites à la température montante ou à la température descendante, d’où il résulterait que le corps conserve, au point de vue calorifique, la trace de l’état par lequel il a passé antérieurement. M. Berthelot fait observer que si ce résultat est nouveau, en ce qui. concerne les métaux, il ne fait que corroborer ceux qui sont fournis par certains corps de la chimie organique, l’hydrate de chloral, par exemple, dont le calorique de fusion est de 4000 calories, mais qui n’abandonne que 2000 calories en se solidifiant. Les cires présentent des phénomènes du même ordre et on peut les attribuer à un changement moléculaire dans l’état des corps.
- La latitude de l'Observatoire de Paris. — A propos des résultats obtenus par la mission allemande des îles Sandwich, résultats qui conduisent à admettre un mouvement de l’axe terrestre qui a échappé jusqu’ici à l’analyse, M. l’amiral Mouchez annonce qu’il avait dès longtemps fait calculer à l'Observatoire de Paris de très nombreuses séries d’observation de latitude, que ces observations dormaient toujours une latitude plus forte en été qu’en hiver, et que la différence atteignait 0", 5 correspondant à un déplacement linéaire le long du méridien de 15m environ. M. l’amiral Mouchez ne pense pas toutefois que l’on doive chercher l’explication de cette anomalie dans une variation de direction de l’axe terrestre dans l’espace, mais bien dans l’imperfection de notre connaissance du phénomène de la réfraction ou dans d’autres causes essentiellement propres à l’observation.
- Chimie agricole. — M. Dehérain présente son Traité de chimie agricole. Cet ouvrage important est divisé en trois parties. Dans la première, il traite de la germination, de l’assimilation du carbone et des principes minéraux. Dans la seconde, il expose les propriétés des terres arables, leur
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- LA NATURE.
- composition, leur faculté d’absorption, leurs causes de stérilité. Enlin dans la troisième partie, il étudie la question des amendements et des engrais.
- Varia. — M. Dupont, médecin chef de l’hôpital maritime de Rochefort, publie des travaux de statistique relatifs à l’état sanitaire de cette ville. — M. Violle a fait des expériences sur l’absorption de la lumière par les milieux cristallisés. — M. Cornevin a mis en évidence quelques différences anatomiques essentielles entre les espèces ovines et caprines. — M. Toussaint décrit un échinide de la période secondaire. Ch. de Villedeuil.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- PETIT THEATRE OPTIQUE
- La Nature a publié la description d’une chambre limitée par trois glaces1. La disposition des glaces en triangle donnait l’illusion aux quelques personnes pénétrant ensemble dans l'in-térieur de la chambre qu’elles étaient environnées d’une foule nombreuse. Cet effet très simple, mais difficile à obtenir à cause de la grandeur des glaces qu'il faut employer, peut être réalisé dans des dimensions moindres, d’une façon tout aussi curieuse et qui permet de modifier les effets, de les rendre artistiques et par suite moins monotones pour qui les voit plusieurs fois.
- Pour arriver à ce résultat, il suffit de se procurer trois morceaux de glace étamée de même taille, aussi grands que possible ; une bonne dimension est de 25 centimètres de large sur 55 centimètres de haut. Une fois en possession de ces glaces, il faut les fixer bien verticalement l’une près de l’autre sur une planchette servant de terrain de façon que leur base forme un triangle équilatéral.
- Quand l’édifice est ainsi construit on fait alors ce qu’en langage théâtral on appelle une plantation, c’est-à-dire qu’on y dispose des décors quelconques, bois, galeries, cloîtres, jardins, etc.
- Quelques-uns de ces décors très légers comme dessin, sont collés dans les angles et servent de couvre-joints ; d’autres sont peints des deux côtés et placés à des endroits quelconques. Si ces décorations
- sont très découpées et très sobres de dessin de façon à laisser entre elles la réflexion des glaces se produire, on obtient des effets de perspectives infinies répétées un nombre’ incalculable de fois. Avant d’arrêter l’emplacement définitif de chaque pièce de décor, il est bon d’essayer à différents endroits pour trouver celui où le plus grand effet est obtenu. 11 est possible ensuite de faire mouvoir dans le théâtre ainsi construit des pantins soit avec un fil venant de dessus, soit par-dessous. Les personnages étant mobiles ajouteront beaucoup à la variété du coup d’œil et à l’étonnement produit sur les spectateurs, car leurs différents mouvements donnent une animation singulière à la foule produite par leurs rétlexions de face, de dos et de trois quarts.
- Pour qu’il soit possible de regarder dans ce théâtre, on ménage dans le milieu d’une des trois glaces une
- ouverture grande comme une pièce de un franc en grattant simplement le tain qui se trouve à l’extérieur. A l’intérieur, il est bon de dissimuler cette ouverture qui se refléterait et empêcherait l’illusion. Pour cela, on place une partie de décor, colonnette, verdure, guirlande, branche d’arbre, où l’ouverture se perd dans la peinture.
- Rappelons qu’on ne saurait prendre trop de précautions pour que les glaces soient bien perpendiculaires au plancher qui les supporte, car sans cela la réflexion serait faite de biais et l’illusion serait bien moins complète.
- En outre, si le théâtre ainsi construit est dissimulé dans une boîte carrée couverte d’une glace dépolie ou seulement d’un tulle pour laisser passer la lumière sans qu’on puisse voir à l’intérieur de l'appareil, on ne soupçonnera pas la combinaison et ceux qui regarderont seront longtemps avant de se rendre compte des moyens employés pour obtenir des perspectives aussi grandes dans une aussi petite boîte.
- Plus l’éclairage sera vif et plus la lumière qui pénétrera dans la boîte sera puissante, plus Reflet cherché sera obtenu.
- Le prestidigitateur Alber.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1, 2 et 5. — Petit théâtre optique. — 1. Disposition du théâtre avec trois glaces dont on voit deux d’entre elles en A, B. —2. Vue extérieure de la boîte. — 3. Vue intérieure.
- 1 Voy. u° 846, du 17 août 1889, p. 192
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de FJeurus, 9.
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- N# 98G. — 25 AVRIL 1892.
- LA NATURE.
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- LÀ PLUIE ARTIFICIELLE DANS L’INDE
- Fig. 1. — Cérémonie propitiatoire exécutée dans les Indes pour obtenir la pluie pendant les sécheresses.
- 11 semble que les expériences de pluie a volonté | soient tout à fait à l’ordre du jour : les lecteurs de La Nature se rappellent sans doute les essais récents d’une Commission spéciale dans le Texas, et voici qu’il nous vient la nouvelle qu’on a tenté d’amener des chutes de pluie à volonté dans l’Inde.
- Mais, si les expériences du Texas ont le caractère scientifique, il n’en est pas précisément de même parmi les Hindous, que nous voyons tout simplement revenir à l’une de leurs plus sauvages cérémonies propitiatoires. On sait qu’ils ont à leur disposition toute une série de cérémonies religieuses pour s’attirer la bénédiction des dieux, pour apaiser leurs colères, et surtout pour obtenir de la pluie pendant les sécheresses qui désolent parfois l’Inde anglaise et y
- ÏO* «B«f. — 1er semestr».
- entraînent de terribles famines. Une de ces pratiques
- les plus révoltantes consiste dans ce qu’on nomme en anglais lhe hook swinging, autrement dit la balançoire aux crochets. Pendant bien longtemps, le Gouvernement britannique l’avait interdite ; puis, en 1867, on l’avait autorisée à nouveau. Mais alors de nombreuses réclamations avaient été adressées à ce sujet a Lord Napier, qui de nouveau l’avait bientôt prohibée formellement. Pendant vingt-quatre années, on a maintenu cette interdiction ; enfin, en 1891, le Gouvernement a laissé entendre qu’il ne s’opposerait point à la célébration de la cérémonie, qu’il chercherait seulement à la faire passer des mœurs, et les Hindous se sont empressés de la célébrer avec éclat à Madura. Précisément un missionnaire améri-
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- LA NATURE.
- cain dans cette partie de l’Inde, lellév. JohnS. Chan-dler, avait été chargé par sa mission d’insister auprès du Gouvernement pour obtenir l’interdiction de cette cérémonie; et, après avoir échoué, il voulut du moins assister à la scène pour pouvoir en rendre un compte exact. 11 a publié ce compte rendu dans le Missionary Herald avec des gravures fort intéressantes qu’a reproduites notre excellent confrère Scienlifie American, et d’après lesquelles sont faites celles qui accompagnent cet article.
- Il s’agit, quand il se produit une sécheresse opiniâtre, de se rendre favorable la déesse Mariamman : celte divinité est, dit-on, l’àme d’une femme pariah qui mourut abandonnée de tous; on lui attribue en outre le pouvoir de distribuer la pluie. Voici comment on lui consacre une victime pour obtenir d’elle de la pluie.
- Il existe, dans le voisinage de Solavandan, quatre villages habités par des gens de la caste Kellar; dans chacun d’eux il y a une famille qui a le droit de présenter deux candidats pour la cérémonie ; c’est le sort qui désigne ensuite l’élu parmi ces huit candidats. Le 21 octobre 1891, on procéda au tirage au sort, et le hasard désigna un jeune homme de vingt-trois ans, trapu et bien musclé, d’une taille relativement peu élevée. A 3 heures, on prépare la cérémonie, et, pour cela, on commence par accrocher notre homme, c’est-à-dire par lui passer à travers les muscles du dos deux crochets très recourbés, reliés à une double corde qui va servir à suspendre le candidat comme nous allons l’expliquer. 11 paraît que, avant l’insertion de ces crochets de chaque côté de l’épine dorsale, on rend les muscles et la chair insensibles en les pinçant et en les frappant à coups répétés; en outre, on fait certainement avaler au patient un excitant quelconque, comme de l’arack. Les crochets sont de dimensions assez petites, et on les passe sous une faible épaisseur de chair, ce qui montre bien la résistance extraordinaire des muscles du dos.
- Pour accomplir la cérémonie, on dispose un grand char composé d’une plate-forme grossière élevée de lm,80 au-dessus du sol et portant elle-même une charpente de 4m,50 de haut et de 5 mètres de côté. Au milieu de la partie supérieure de la charpente est disposé un énorme pivot de 1 mètre sur lequel est fixée à peu près par son milieu et oscille une énorme poutre de 18 mètres de long. L’homme, lorsque les crochets lui sont passés dans le dos, se précipite dans la rue entouré de constables et de comparses qui repoussent la foule ; le patient s’avance en dansant, et le groupe arrive au char. Aussitôt on abaisse l’extrémité de la poutre pivotante, qui se relève en soulevant l’homme pendu par les crochets : alors commence le jeu de la balançoire. Le patient ne manifeste aucune douleur ; au contraire, il frappe les pieds et les mains en cadence, et cela pendant toute la durée de la cérémonie ; on entend le bruit des grelots qui sont attachés à ses chevilles. 11 est abrité du reste du soleil par une sorte de petit toit disposé sur la poutre.
- On ne l’élève pas immédiatement aussi haut que le permettrait l’appareil, à 10m,50 : on commence par maintenir la poutre horizontale, et on fait décrire au patient une immense circonférence [tendant qu’il se balance au-dessus des maisons. On met ensuite le char en mouvement, et on l’arrête [tour sacrifier un chevreau ; puis le patient amène à lui à l’aide d’une corde pendant à son côté, des Heurs de toutes sortes attachées par ses comparses et qu’il jette ensuite sur la foule. Et il n’y a aucune supercherie, il est bien suspendu par les seuls muscles du dos : la chair, sous l’effort de la tension, fait deux gros bourrelets, les reins sont courbés. Une seule fois, M. Chandler a vu ce malheureux saisir la corde dont nous avons parlé, pour éviter une secousse.
- Le n’est qu’au bout d’une heure et quart que l’on a ramené le char à son point' de départ et que l’homme a été redescendu; et encore les crochets furent maintenus en place pour exciter les libéralités du peuple. D’ailleurs, M. Chandler affirme que le pouls de ce quasi-supplicié était très bon, qu’il semblait dans son état normal; mais les chairs étaient contractées, tirées, et les crochets laissaient deux grands trous. Le patient affectait un air insouciant, il offrait même de se faire suspendre une seconde fois moyennant un bon présent, et il ne ise fit enlever les crochets que dans la soirée. Ce qui fait du reste qu’il y a toujours pléthore de candidats à ce supplice, c’est qu’il rapporte des présents en argent ou autrement à celui qui est désigné, qu’il expose pendant trois mois la corde et les crochets moyennant cadeaux. On sait d’ailleurs quelle endurance à la douleur présentent en général les Hindous; mais cette épreuve est particulièrement extraordinaire. Il faudrait savoir si cette' cérémonie a mieux réussi à produire la pluie que les explosions de dynamite du Texas. Daniel Beller.
- DE MOUVEMENT
- Dans les Transactions of miniruj enyineers of Scol-land, M. Moore décrit un système de commande de pompe d’épuisement de mines dans lequel les bielles et tringles employées habituellement sont remplacées par deux colonnes d’eau. Ces deux colonnes d’eau relient un cylindre moteur à eau, placé à la surface, à un deuxième cylindre hydraulique placé au fond. Le piston du cylindre de la surface est commandé par une machine à vapeur ou autre, tandis que le piston du cylindre du fond est relié à celui de la pompe. Le mémoire de M. Moore décrit deux installations faites suivant ce principe ; d’après les expériences faites, il résulterait que le rendement en eau élevée serait de 66 pour 100 du travail indiqué par les diagrammes du moteur à vapeur de la surface. Un dispositif spécial assurerait automatiquement le remplissage des tuyaux de transmission en cas de fuites, et le fonctionnement en serait satisfaisant. L’emploi de tuyaux, pouvant ctre disposés de manière à n’occuper qu’un espace négligeable, présente un grand avantage sur les tiges, quant à l’encombrement, — tout le mécanisme pouvant d’ailleurs fonctionner noyé.
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- LA NATURE.
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- ÉCOLE NATIONALE PRATIQUE
- D’OUVRIERS ET CONTREMAITRES
- DE CLUNY
- Les récents événements dont l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures vient d’ètre témoin ont ramené l’attention sur les autres Écoles d’ordre scientifique et professionnel de notre pays. Parmi celles-ci il en est une, de création toute récente, dont l’ouverture s’est faite sans bruit et qui fera certainement parler d’elle dans quelques années, car elle répond à un des besoins trop réels de notre industrie mécanique. Nous voulons parler de l’Ecole de Cluny, affectée autrefois à la création de professeurs pour l’enseignement spécial et qui est devenue une Ecole de contremaîtres et chefs d’atelier.
- Cette transformation s’est faite avec une rapidité à laquelle les lenteurs ordinaires de l’Administration ne nous avaient pas habitués. En effet, la loi de sa création a été volée le 21 juillet 181H, le décret en portant règlement a été rendu le 25, les bâtiments ont été cédés au Ministère du commerce le 14 septembre, et le 2 novembre suivant s'effectuait la rentrée de la première promotion, au nombre de quatre-vingt-dix élèves. Disons que la plupart de ces élèves étaient des concurrents malheureux des concours aux Écoles d’arts et métiers où il se présente environ douze cents postulants contre trois cents élus.
- Les difficultés à vaincre par l’Administration de la nouvelle Ecole de Cluny ont été considérables. En premier lieu, l’évacuation des locaux par l’Administration académique, la cession par cette dernière d’une partie du matériel scolaire, la création de nouvelles salles d’étude, de classes, d’amphithéâtres, l’installation d’ateliers pour recevoir les premiers élèves, l’outillage de ces ateliers, l’éclairage général de l’Ecole, l’organisation de tous les services techniques et administratifs, etc....
- Malgré cette énorme besogne, la rentrée s’est opérée dans d’excellentes conditions et les élèves ont pu s'occuper utilement dès le lendemain de leur casernement.
- Disons maintenant le but poursuivi : l’Ecole de Cluny a été créée spécialement pour former un personnel d’ateliers, joignant la théorie à la pratique. Par personnel d’ateliers, nous entendons des hommes spéciaux, intelligents et adroits, munis d’un bon bagage scientifique poussé particulièrement en vue de ses applications à la mécanique, devenant par la suite contremaîtres, chefs d'ateliers, ingénieurs au besoin, mais ne sortant pas des travaux, n’ayant nulle envie de devenir ingénieurs d’études.
- C’est ce personnel qui doit raisonner le travail à l’atelier et l’organiser de façon à tirer le meilleur parti possible de la main-d’œuvre et de l’outillage. Ce personnel manque en France, malgré nos Ecoles d’arts et métiers qui ont dépassé leur but primitif.
- Si l’on étudie la production en machine des États-Unis, d est facile de voir qu’avec une main-d’œuvre beaucoup plus coûteuse, la construction y revient moins cher qu’en France. Cela tient à ce que les Américains, d’un caractère très pratique, étudient mieux leur outillage. Cette remarque est l’indication qui a guidé les proinotëurs de la nouvelle École.
- Les programmes d’entrée et de séjour sont à peu près ceux des Écoles d’arts et métiers avant 1885. En élevant d’une façon très notable les programmes de leur enseignement technique, ces dernières ont changé de caractère.
- Si le duc de La Rochefoucault-Liancourt, créateur de la première École d’arts et métiers, revenait sur la terre, d constaterait avec plaisir que son œuvre a prospéré et
- que ses petits apprentis de la ferme-école de la Faïencerie, près Liancourt (Oise) ont fait place à des ingénieurs distingués, chefs de grandes industries, occupant les plus hautes situations dans la marine de l’État; une demi-douzaine au moins sont mêmes parvenus aux postes d’ingénieurs en chef de nos grandes compagnies de chemin de fer.
- L’École de Cluny nous réservera certainement plus tard des surprises analogues, mais pour le moment elle vise * au programme des anciennes Écoles d’arts et métiers, avec leur hut primitif bien caractérisé et amélioré du côté de l’enseignement pratique. Le règlement en est identique, mais certains cours sont changés, l’atelier et la technologie y tiennent la plus grande place.
- Actuellement trois ateliers fonctionnent : ajustage, forges et menuiserie, ceux de fonderie et chaudronnerie seront installés ultérieurement. Ces ateliers sont déjà aménagés d’une façon rationnelle et ont très bel aspect, un moteur à gaz de 10 chevaux actionne 20 machines-outils. Les ateliers définitifs restent à construire, sauf celui des tours et modèles qui remplacera l'an prochain celui d’ajustage actuel.
- La propriété de Cluny est immense et d’une vue superbe, un de ses jardins va être occupé par deux galeries de 20 mètres de largeur chacune avec fermes métalliques américaines pouvant être allongées quand le nombre des élèves augmentera. Dans deux ans, trois cents jeunes gens y recevront une instruction professionnelle appropriée aux besoins de notre industrie nationale. Comme il s’agit ici surtout de faire des mécaniciens, on a songé à utiliser l’im-inense espace dont on dispose pour y créer ou plutôt y préparer un personnel spécial de chemins de fer qui formerait des mécaniciens pour les locomotives, et des agents pour la création et l’entretien du matériel fixe. Rien ne sera plus facile que d’y organiser une voie ferrée avec tous ses accessoires, signaux, plaques tournantes, aiguillages, saxby, block System. Celle tentative suffirait pour justifier la création de l’Ecole.
- Faut-il rappeler le voisinage du Creusot et la facilité pour tous ces jeunes travailleurs d’y compléter, devant ces usines uniques au monde, les leçons de choses qu’ils recevront journellement aux cours et à l’atelier ?
- La nouvelle Ecole débute sous d’heureux auspices, nous devons reconnaître aussi que l’Administration a eu la main heureuse en mettant à sa tète un praticien habile, M. Chave, qui avait déjà fait ses preuves au poste d’ingénieur de l’École d’Aix. Le reste du personnel, chefs d’atelier, de dessin, de mathématiques, a été également recruté dans le personnel enseignant de nos Écoles nationales, d’arts et métiers, pépinières de travailleurs aussi modestes qu’utiles; espérons que les élèves de Cluny seront dignes de leurs maîtres. Yves Guédon.
- UN NOUVEAU VENTILATEUR ÉLECTRIQUE
- Les distributions d’énergie électrique ont rendu la production de petites forces motrices si facile et si économique qu’il n’est pas étonnant d’en voir multiplier les applications, surtout en Amérique, où cette distribution existe aujourd’hui dans toutes les villes de quelque importance. L’énumération seule de ces applications occuperait plusieurs colonnes de ce journal. Elle devrait comprendre, en effet, tous les petits outils créés depuis un siècle, mus à la manivelle ou a la pédale, et n’exigeant qu’une faible puissance
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- mécanique, depuis la machine a cirer les chaussures, jusqua la brosse mécanique des coiffeurs; depuis la machine à faire les couteaux jusqu’à l’appareil à frotter les parquets; elle comprendrait les machines à coudre, à broder, à tricoter, à repasser et à laver, les moulins à poivre et à café, les pompes à eau, à bière et à pétrole, les tours à bois et les tours de dentistes, etc., etc. Parmi ces innombrables applications déjà réalisées, et celles plus innombrables encore qui seront réalisées par la suite, il en est une cependant qui présente un certain intérêt d’actualité, eu égard à la saison dans laquelle nous entrerons bientôt, et qui mérite d’être signalée : nous voulons parler des petits ventilateurs d'appartement et de bureaux qui se substituent actuellement aux pankas mus à la main ou mécaniquement. Ces ventilateurs consistent essentiellement en une hélice à quatre ailes dont les dimensions varient avec celles du local dont on veut brasser l’air, et d’un moteur électrique actionnant ce ventilateur. Le tout forme un ensemble léger, compact, économique de prix d’achat et d’entretien, et d’un maniement facile, car il suffit de manœuvrer un commutateur pour mettre l’appareil en marche ou l’arrêter. On a fait cependant une objection à ces ingénieux appareils, celle d’envoyer l’air toujours dans la même direction, et de créer, par suite, un courant d’air au lieu d’un brassage du milieu qu’ils doivent ralraîcbir. Cette objection a été levée dans le modèle que représente la figure ci-dessus qui est connu en Amérique sous le nom de Cyclone electric fan.
- Dans cet appareil, il est facile de retrouver le ventilateur et le moteur électrique commun à tous es systèmes, mais l’appareil est ici animé d’un double mouvement : tandis que les ailettes du ventilateur tournent autour de leur axe horizontal à raison de 2000 tours par minute, par exemple, tout le système, moteur et ventilateur, tourne autour d’un axe vertical monté sur le pied de l’appareil à raison de 10 tours par minute. Ces deux mouvements combinés ont pour effet de modifier à chaque instant la direction du courant d’air produit par les ailettes, et de répartir ainsi l’air dans tous les points du milieu, sans lui laisser prendre une direction unique, c’est-à-dire sans créer de courant d’air.
- Ce modèle convient tout spécialement aux cas où le ventilateur est placé au milieu du local à rafraîchir. Lorsque l’appareil est placé à demeure contre un mur, il perdrait, sous cette forme, une partie de son efficacité, à chaque tour de l’arbre vertical, lorsque les ailettes sont en regard du mur. On substitue alors au mouvement de rotation un mouvement oscillatoire périodique. Les ailettes décrivent alors un demi-cercle alternativement de droite à gauche et de gauche à droite autour de l’axe vertical, produisant encore ainsi, par ce procédé, un brassage alternatif de direction variable à chaque instant, et ne présentant pas les inconvénients des ventilateurs ordinaires à axe horizontal fixe.
- Les grands modèles sont établis pour fonctionner directement sur le potentiel normal de distribution, variant ordinairement entre 100 et 110 volts. Pour les plus petits modèles, la construction d’un moteur de faible puissance marchant sur ce potentiel relativement élevé présenterait certaines difficultés et élèverait beaucoup le prix du moteur. On préfère alors sacrifier le rendement et intercaler une résistance dans le circuit pour réduire la différence de potentiel réellement fournie au moteur.
- Cette résistance est constituée par une lampe à incandescence généralement fixée sur le haut du ventilateur, mais qu’il est facile de monter à part, sur une applique ou un pied mobile, de sorte que, pendant la nuit, le ventilateur s’intercale dans le circuit même de la lampe et fonctionne simultanément avec elle. Si, par exemple, le ventilateur absorbe 20 volts, on intercale dans son circuit une lampe de 80 volts qui produit alors un éclairage normal. Dans le cas où on voudrait arrêter le ventilateur sans éteindre la lampe, il suffit, à l’aide d’un commutateur, de substituer au moteur électrique une résistance absorbant les 20 volts en excès. Un interrupteur permet d’arrêter simultanément le fonctionnement des deux appareils d’utilisation, lampe et ventilateur.
- Nous recommandons vivement cette application de l’énergie électrique aux directeurs d’usines de distribution, soucieux de développer l’utilisation de jour, et aux consommateurs que les chaudes journées d’été incommodent. E. IL
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- Ventilateur électrique, dit Cyclone eleclric fan.
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- QUELQUES EXEMPLES DE MIMÉTISME
- CHENILLES ET SERPENTS - ARAIGNÉES ET FOURMIS
- Fig. 1. — Chenille do Chærocampa elpenor, à gauche irrité, à droite en repos. (D’après M. I'oulton.)
- Fig. 2. — Chenille du Dicranura vinula, en haut en rapos, en bas irritée. (D’après M. Poulton.)
- Nous avons déjà eu l’occasion de parler plusieurs fois du mimétisme, cette étude si attachante des changements de formes et des variations de coloration que peuvent subir les insectes et au moyen desquels ils peuvent échapper à leurs ennemis.
- M. Edward Poulton, membre de la Société royale de Londres, a publié, l’année dernière, un bel ouvrage,
- The Colours of animais \ dans lequel, après avoir résumé les travaux de ses prédécesseurs, il fait connaître le résultat des curieuses et patientes recherches qu’il poursuit depuis plusieurs années.
- Nous avons cru intéressant de faire pour La Nature quelques emprunts à cette savante étude et,
- 1 In-8° de 560 pages avec 66 figures et 1 chromolithographie. Kegan, Trench, Triibner and C°, Ed., Londres.
- avec l’autorisation de l’auteur, nous reproduisons quelques-unes des gravures les plus curieuses et dont la plupart ont été dessinées, d’après nature, par M. Poulton lui-mème.
- Un des cas les plus remarquables du mimétisme, c’est celui d'êtres sans défense vivant sur la réputation d’animaux appartenant à une autre classe.
- Bâtes parle d’une chenille de l’Amérique du Sud qui l’a fort étonné ainsi que tous ceux à qui il l’a montrée, par la ressemblance frappante qu’elle offre avec un serpent venimeux.
- Nous pouvons trouver, chez nos chenilles indigènes, des exemples de phénomènes analogues.
- La chenille brune, quelquefois verte, de Chærocampa elpenor se cache généralement dans les feuilles mortes de sa plante de prédilection, Epilo-
- Fig. 3. — Araignées imitant des fourmis.
- A gauche, Sijnageles picata ; à droite, Synemosyna formica. (D’après M. Eg. Pickham.)
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- bium hirsulum. Il est très difficile alors de la distinguer, parce que sa couleur brune se confond avec celle des objets qui l’entourent. Elle possède, de chaque côté du premier et du deuxième segment abdominal, des ocelles, sortes de taches noires pu-pillées; ces marques n’attirent pas l’attention tant que l’animal est en repos (tig. 1). Mais, que les feuilles soient remuées par une cause quelconque, la chenille ramène aussitôt la tète dans les anneaux qui portent les deux ocelles. Ces anneaux augmentent alors de volume et l’animal paraît avoir une tète très grosse surmontée de quatre yeux terribles. L’effet est d’autant plus frappant que la transformation est plus soudaine et qu’elle donne à un animal inofiènsif l’apparence toujours terrifiante d’un serpent (fig. 1, dessin de gauche).
- « Je me rappelle très bien, dit M. Poulton, l’impression produite sur moi par cette chenille et la vivacité avec laquelle je retirai la main lorsque je voulus la récolter pour la première fois. »
- Des expériences ont démontré que des insectivores étaient effrayés par l’attitude agressive des chenilles, et hon nombre de celles-ci ont dû leur salut à l'effroi qu’elles inspiraient à leurs ennemis.
- Le professeur Weissmann offrit une chenille de Chærocampa aux oiseaux de sa hassc-cour. Ils furent d’ahord effrayés; puis un des oiseaux plus hardi s’aventura jusqu’à donner un coup de hcc. L’imposture fut découverte et la chenille fut dévorée.
- Lady Verny a constaté que les petits oiseaux ne venaient pas manger la mie de pain déposée dans une soucoupe sur laquelle elle avait placé une larve de Chærocampa.
- Voici le récit d’une expérience que M. Poulton a faite lui-même sur un lézard.
- « J’offris une chenille de cette espèce à un lézard vert bien développé et j’observai attentivement ce qui se passa. Le lézard ne savait trop s’il devait attaquer la chenille qui avait pris son attitude agressive. Il s'avança bravement; mais, effrayé tout à coup, il revint en arrière. Ce manège se renouvela plusieurs fois; néanmoins, à chaque tentative, il approchait un peu plus de la chenille. Encouragé par l’immobilité de celle-ci, le lézard porta une dent timide dans ce qui paraissait être la tête de la chenille.
- « Epouvanté de son audace, il recula vivement; mais voyant que l’insecte ne répondait pas à ses attaques, il s’avança avec résolution et risqua un coup de dent plus énergique. Après quelques morsures données avec les mêmes précautions, le pusillanime lézard s’aperçut enfin qu’il n’avait rien à craindre et se mit à dévorer la chenille. Depuis j’ai donné au même lézard des larves semblables qu’il a dégustées sans aucune cérémonie. »
- Il est bien évident que ce système d’intimidation, pour produire tout son effet, ne peut être employé que par de grosses chenilles; on ne le voit jamais essayé par de petites espèces. Une forte larve de Chærocampa est presque aussi grosse qu’un petit serpent. Lorsqu’elle est cachée dans les feuilles, on
- peut — l’obscurité aidant — la prendre pour un serpent dont on ne voit que la tète et dont on suppose le corps enroulé autour d’une branche.
- Il n’y a pas (pie les chenilles qui puissent affecter une certaine ressemblance avec le cobra.
- M. llolt, dans le numéro de mars 1891 du Science Gosaip (The mimicry of Mantis), parle en effet d’une Mante de l’Inde qui atteint jusqu’à 8 à 10 centimètres. Son corps et ses ailes sont d’un beau vert, et, au repos, l’insecte peut être pris pour une tige herbacée. Ses pattes de devant portent à la partie postérieure de larges ocelles. Quand l’insecte est alarmé, son aspect change; il ouvre à moitié les ailes, tourne la tète et le thorax du côté où vient le danger; il fait, en outre, entendre un bruit semblable au sifflement d’un serpent irrité; il applique ses pattes de devant contre son thorax avec lequel elles ne semblent plus faire qu’un. Dans cette position, les ocelles sont très visibles, et avec sa petite tète triangulaire, son thorax allongé, la Mante rappelle assez bien un petit cobra avec lequel elle ne peut, cependant, être confondue, à cause de sa petite taille et de sa couleur. Il faut remarquer, toutefois, que le sifflement quelle fait entendre contribue pour beaucoup à l’illusion et peut servir à mettre en fuite des ennemis que n’aurait pas effrayés une mimique silencieuse.
- U nous a paru intéressant de rapprocher ces deux exemples de ressemblance avec un même reptile de deux êtres aussi différents : une larve de lépidoptère et un orthoptère à l’état d’insecte parfait.
- La chenille de Dicranura vinula nous offre aussi un cas de mimétisme assez curieux. Quand la chenille a atteint son développement, elle est d’un vert tendre avec une bande pourpre sur le dos. Cette bande est d’autant moins foncée que la chenille est plus grosse. Dans ces conditions, il est très difficile de découvrir la chenille de D. vinula, bien qu’on soit averti de sa présence par les dégâts qu’elle cause et par les excréments qu’elle laisse tomber.
- Au repos, la large tête de la chenille est retirée dans le premier segment thoracique; celui-ci forme alors autour delà tête un bourrelet, qui est coloré en rouge vif (fig. 2). Au-dessus de ce.bourrelet se trouvent deux taches d’un noir foncé simulant assez bien deux yeux. Quand la chenille est troublée dans son repos, elle gonfle la tète, le bourrelet rouge s’élargit et l’aspect général est celui d’une tête plate avec deux yeux noirs paraissant appartenir à quelque animal vertébré (fig. 2, dessin inférieur). La figure peinte par M. Poulton, d’après nature, a quelque chose de terrifiant, et on comprend qu’à son aspect de petits oiseaux reculent effrayés.
- Non seulement les insectes peuvent imiter des animaux vertébrés, mais ils prennent quelquefois la forme d’insectes d’un ordre tout différent. Le cas le plus frappant que l’on connaisse est celui cité par Richard Wallace (la Sélection naturelle, page 97) d’un orthoptère des îles Philippines qui imite à ce point un coléoptère appartenant au genre des Cicin-dèles qu’un savant entomologiste, le professeur West-
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- wood, l’avait placé parmi ces dernières et l’avait gardé longtemps avant de reconnaître son erreur.
- Les araignées de la zone torride imitent d’autres insectes, et quelques-unes, dit M. Rates, ressemblent aux bourgeons des fleurs et se tiennent immobiles, guettant leur proie dans les aisselles des feuilles.
- M. E.-G. Peckham a décrit deux araignées imitatrices de l’Amérique du Nord. Synageles picata ressemble tout à fait à une fourmi par la forme et par la couleur (fig. 5). Les antennes de la fourmi sont représentées par les deux pattes de devant que l’araignée fait mouvoir d’une façon particulière. En outre, cette simulatrice ne saute pas comme scs congénères : elle zigzague à la façon d’une fourmi en quête de butin.
- L’autre espèce d’araignée, Synemosyna formica, ressemble peut-être davantage encore à une fourmi (lig. 5) et sa manière de marcher diffère aussi beau-coup de celle des autres araignées.
- Y. Brandicourt,
- Bibliothécaire de la Société linnécime du Nord de la France.
- FORMATION RATIONNELLE
- DES MÉLANGES DE LIQUIDES
- Pour obtenir des mélanges de corps fluides de densités différentes et non nuisibles, en vue de réaliser une émulsion plus ou moins stable, une réaction chimique ou un simple contact intime et passager, on amenait généralement ces corps, suivant les proportions requises, dans des récipients* convenables ; on brassait la masse entière au moyen d’agitateurs, pendant que l’on faisait agir les agents physiques ou mécaniques à intervenir.
- Cette méthode ne donne aucune certitude d’obtenir un mélange tout à fait homogène, ni la possibilité de faire agir également les réactifs sur chacune des parties du mélange. Pour arriver au but poursuivi, l’idéal serait de pouvoir grouper les corps, molécule par molécule, rigoureusement dans les proportions voulues ; mais les moyens de division dont nous disposons sont impuissants à nous donner les proportions dans ce fractionnement poussé jusqu’à l’élément des corps, car dans nos opérations usuelles un grand nombre de molécules des constituants échappent au fractionnement. M. Paul Marix est parvenu à résoudre ce problème difficile à l’aide de dispositions très simples, présentées récemment à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale par M. Lczé, professeur à l’Ecole d’agriculture de Grignon.
- Voici l’expérience qu’il a imaginée et le principe sur lequel s’appuie l’élégante solution du problème cherché :
- M. Paul Marix a établi ce principe : Il suppose un vase fermé que l’on remplit des deux liquides à mélanger ; une ouverture placée en un point quelconque du vase est munie d’un robinet : une fois le vase plein, on continue l’alimentation des liquides, en ouvrant le robinet de façon à obtenir un écoulement rigoureusement égal à l’alimentation de la somme totale des deux liquides. Il est facile de voir que, dans ces conditions, le vase restera plein ; la surface de séparation des deux liquides s’établira constamment dans le plan horizontal de l’ouverture ; les proportions à la sortie seront rigoureusement celles de l’alimentation.
- En effet, à l’origine, le liquide seul qui se trouvera en face de l’orifice sortira, tandis que la proportion de l’autre liquide augmentera dans le vase jusqu’à ce que son volume l’amène à affleurer l’orifice. A partir de ce moment, les deux liquides sortiront forcément ensemble; et, comme tout ce qui entre dans le vase doit en sortir, il est évident qu’à partir de ce moment les deux liquides sortiront chacun en quantité égale à celle qui est introduite. Si on vient à changer l’ouverture de place, le régime se modifiera automatiquement, jusqu’à ce que le plan de séparation vienne passer à nouveau par l’orifice. Le résultat restera le même quelles que soient la grandeur de l’orifice et la pression sous laquelle les liquides sont introduits ; d’oîi la conclusion de M. Marix : « Réduire au minimum l’orifice de sortie et porter la pression au maximum ».
- Si, au lieu de deux liquides, on en avait trois ou un plus grand nombre, les liquides de densités extrêmes affleureront aux parties supérieure et inférieure de l’orifice, et les liquides de densité moyenne s’établiront en couches pelliculaires entre les deux extrêmes.
- Signalons maintenant deux applications des plus inté cessantes de cette théorie si nouvelle.
- M. Marix a utilisé la force de compression produite par des pompes, et, dans ce cas, on peut refouler les liquides à la vitesse énorme qui correspond à des pressions de 400 à 500 atmosphères. Les liquides en expérience restant séparés jusqu’à l’prifice de sortie, on obtient par l’écoulement sous pression dans cet orifice capillaire, un fractionnement des deux liquides et une juxtaposition de leurs molécules toujours dans des proportions constantes et mathématiques.
- D’autre part, il a déterminé ce qui se passe dans un vase ouvert tournant avec une grande vitesse. Prenons, par exemple, une turbine consistant en un tambour cylindrique tournant à plusieurs milliers de tours par minute, et supposons que l’écoulement desortie se fasse par un tube fixe. Les liquides introduits dans la proportion voulue rempliront la turbine jusqu’à ce que la surface du plus léger vienne affleurer au tube d’emprise. À partir de ce moment la sortie s’établira égale à l’alimentation.
- En raison de la force centrifuge, les liquides s’étant classés en deux cylindres concentriques, le cylindre intérieur est formé par Je liquide le plus léger : au début, le liquide le plus léger sortant le premier s’écoulera jusqu’à ce que le plus lourd, dont le volume s’est accru, vienne affleurer à son tour ; et à partir de ce moment, le régime d’écoulement est établi et fixé : le liquide le plus lourd formera un cylindre d’épaisseur constante et sensible, tandis que le liquide léger ne restera toujours que sous forme de couche pelliculaire.
- Dans toutes ces opérations, l’ouvrier n’a donc à se préoccuper que de l’alimentation.
- Si au lieu de deux liquides nous en introduisons trois, il sera possible d’en extraire deux par un tube d’emprise en bas et un par le tube du haut. C’est cette dernière propriété qui est appliquée par M. Marix pour la fabrication de la graisse alimentaire. On alimente la turbine avec du lait et de la graisse ; on extrait par le tube du haut le petit-lait, qui se sépare par l’écrémage, tandis que l’on recueille par le bas les proportions exactement dosées de crème et de graisse, et ces deux matières, en pénétrant simultanément dans le tube d’emprise, s’y émulsionnent avec l’aide du brassage actif produit par l’air entraîné.
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- LA NATURE.
- ATTITUDE DES CHEVAUX EN MOUVEMENT
- D APRÈS DES PHOTOGRAPHIES INSTANTANÉES
- Nous avons reçu d’un de nos lecteurs de Dunkerque, M. Clément Malfait, une fort belle série d’études photographiques de chevaux en mouvement, au trot et au galop. Nous avons parlé antérieurement des remarquables résultats obtenus par M. Marey, de l’Institut, avec l’outillage spécial qu’il a créé et dont il se sert à la station physiologique du Parc aux Princes1. Les travaux de M. Marey peuvent être considérés comme ce qui a été fait de plus complet
- Fig. 3.
- Fac-similé île photographies de chevaux au trol,
- jusqu’ici, mais tout le monde ne dispose pas d’un matériel agencé d’une façon aussi complète que celui du savant académicien. Il nous paraît intéressant de signaler, à côté des expériences entreprises à la station physiologique, celles qui peuvent être exécutées par des amateurs ou des praticiens. M. Clément Malfait vient de prouver, comme le montrent les spécimens ci-contre de quelques-unes de ses photographies, qu’on peut faire d’excellente besogne
- Fig. 4.
- obtenues par M. Clément Malfait de Dunkerque.
- avec des appareils ordinaires de bonne qualité.
- M. Clément Malfait, pour photographier les chevaux au trot ou au galop, emploie une chambre jumelle dont la partie supérieure est utilisée pour la mise au point et la détermination du moment où il est opportun de faire l’opération. Il obtient ses instantanés à l’aide d’un objectif Koos demi-plaque, pour portraits carte de visite. L’appareil est placé de façon à ce que le sujet passe à une distance de 8 à 9 mètres; les plaques sont au gélatino-bromure d’argent marquant 22° au sensitomètre Warneck. Les clichés sont développés à l’oxalate ferreux après avoir été passés dans un accélérateur a l’hyposulfite
- 1 Voy. 530, du 29 septembre 1883, p. 275.
- de soude et bromure de potassium. M. Clément Malfait n’emploie donc que le système datant de l’avènement du gélatino-bromure. L’opérateur se sert d’un obturateur spécial construit par lui-même et auquel il attribue une partie de son succès.
- Nous reproduisons quatre photographies de chevaux au trot (fig. 1 à 4) ; dans la figure 4 il est facile de constater que le cheval attelé ne touche pas terre ; il a été saisi au moment où il était complètement détaché du sol comme l’indiquent les ombres portées des quatre jambes. Les figures 2, 3 et 4 sont intéressantes par l’attitude des jambes ; on remarquera l’écartement des deux jambes de devant dans la figure 4. — En regard, le lecteur a la reproduction de chevaux au galop (fig. 5 à 8) et de chevaux fran-
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- classant des obstacles (fig. 9 et 10). Nous appellerons l’attention de nos lecteurs sur la figure 7 ; le cheval lancé au grand galop a les quatre pieds sous le corps. La vitesse de ce cheval était de 16m,50 à la seconde; comme on admet que la vitesse des
- jambes est égale à trois fois celle du corps, on a dès lors une vitesse de 49m,50 pour les jambes et, malgré cela, l’épreuve est d'une grande netteté.
- Les photographies des sauts d’obstacles sont fort curieuses; on remarquera l’allongement des
- Fig. 9. Fig. 10.
- Fac-similé de photographies de chevaux au galop et sautant, obtenues par M. Clément Mallait, de Dunkerque.
- jambes de derrière du cheval représenté figure 9.
- Comme nous l’avons dit antérieurement, la reproduction de ces mouvements que l’œil ne perçoit pas et dont la photographie fixe la trace, finira par nous en rendre l’aspect habituel, et apportera une modification dans l’art du peintre et du dessinateur.
- Les résultats obtenus parM. Clément Malfait mon-
- trent qu’avec un obturateur extra-rapide, le praticien muni d’un appareil ordinaire peut entreprendre des photographies d’objets animés d’une grande vitesse. Ces études de chevaux en mouvement ont un intérêt de premier ordre ; nous nous féliciterons si nous avons pu encourager les amateurs sérieux à les entreprendre. Gaston Tissandier.
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- LA NATURE
- IA LUTTE DANS L’ANTIQUITÉ
- La lutte est un simulacre de combat dans lequel deux adversaires, rivalisant de force et d’adresse, cherchent mutuellement à se renverser. Mais, ce qui caractérise la lutte, c’est que cette rivalité doit être courtoise; après l’épreuve, les deux antagonistes peuvent rester amis comme avant. Les lutteurs, en effet, doivent suivre certaines règles, observer certaines conventions, ayant pour but d’éviter les blessures et les accidents. Ils doivent s’abstenir de toute tromperie, ruse ou traîtrise. La vraie lutte, en un mot, doit être loyale, honnête, exempte de haine, d’animosité.
- La lutte n’est pas un combat; c'est un sport, une sorte d’escrime. Si les deux adversaires cherchaient à se faire du mal, à se nuire, à se blesser, ils arriveraient certainement à se frapper : ce serait la boxe, le pugilat.
- La lutte, considérée comme jeu de force et d’adresse, se retrouve partout dans la nature. C’est le premier jeu de l’enfance; tout petits, les enfants cherchent « à qui sera le plus fort » et essayent de se renverser. La lutte est surtout le jeu favori de ceux qui vivent en plein air. Les petits bergers, dans les champs, jouent à la lutte. Les jeunes gens, sur la place du village, concourent pour la lutte. La lutte est également un sport amusant pour nos jeunes citadins dans les gymnases.
- La lutte se rencontre comme jeu athlétique chez tous les peuples, dans tous les pays. L’homme est fier de sa force, de ses muscles, de sa beauté masculine ; il se croit toujours le plus fort et est prêt à rivaliser avec qui le conteste. La rivalité, la comparaison des forces par le combat ou par la lutte est un des grands moyens de sélection en vue de l’amélioration des races. Ce moyen se constate à tous les degrés de l’échelle des êtres. La lutte, en effet, est le jeu naturel, et le seul qu’ils pratiquent, de tous les animaux arrivés à un certain degré d’évolution. 11 suffit de regarder jouer de jeunes chiens, par exemple, pour se convaincre que leur jeu est un simulacre de combat : les deux adversaires luttent, se mordillent, mais le vainqueur ne cherche pas à nuire au vaincu.
- La lutte excite non seulement l’émotion, le plaisir, l’amour-propre des acteurs, c’est-à-dire des deux lutteurs; mais, en outre, elle intéresse généralement au plus haut point les assistants. Par une sorte d’instinct on aime à suivre les péripéties d’un combat, d’une rivalité entre deux hommes également forts et adroits. On se complaît à voir leurs efforts, à constater les alternatives, à prévoir pour chacun d’eux les probabilités de défaite ou de victoire.
- Il suffit d’avoir assisté à une scène de lutte dans un cirque ou un théâtre pour s’être rendu compte de l’extraordinaire émotion que ce spectacle provoque chez les spectateurs. Dans les baraques foraines où le public est beaucoup plus expansif, cette
- émotion se traduit par des cris, des interpellations. Ces contestations, au sujet d’un coup douteux, se terminent même souvent par un pugilat entre assistants d’opinions différentes.
- L’histoire de la lutte, tant dans l’antiquité que dans les temps modernes, est incontestablement des plus intéressantes. La plus ancienne description qui nous soit parvenue d’une lutte dans l’antiquité est celle qu’Homère a placée dans son poème historique iIliade. Nous la rappellerons en la résumant. Les Grecs sont devant Troie et assistent aux fêtes qui terminent les funérailles de Patrocle. Une course de chars et un combat au ceste viennent d’avoir lieu. « Achille expose alors aux regards des Grecs de nouveaux prix destinés à ceux qui vont s’exercer au pénible combat de la lutte. Le vainqueur possédera un grand et riche- trépied fait pour l’ornement et que l’assemblée estime valoir douze taureaux. Le vaincu emmènera hors du cirque une captive dont les mains sont industrieuses. « Paraissez, dit Achille, « vous qui voulez tenter le sort de ce combat! » A peine a-t-il parlé que se lèvent le grand Ajax, fils de Télamon, et l’adroit Ulysse. Ils se dépouillent de leurs vêtements, et le corps serré d’une ceinture, ils se rendent au milieu du cirque. Bientôt leurs bras nerveux se serrent et s’entrelacent. Ainsi sont jointes étroitement par leurs fronts deux fortes poutres destinées par un savant architecte à garantir le faîte d’un palais contre l’impétuosité des vents. Au choc hardi et violent de leurs mains robustes, on entend retentir avec fracas les os des deux lutteurs ; la sueur coule de tout leur corps. Sous la pression de leurs doigts s’élèvent subitement sur leur liane et sur leurs épaules des tumeurs gonllées de sang. A chaque instant, ils redoublent leurs efforts; mais Ulysse ne peut terrasser Ajax. Ajax ne peut triompher d’Ulysse. Les Grecs commençaient à se lasser de la longueur de ce combat quand .Ajax, s’adressant à son adversaire, lui dit : « Noble et adroit, fils de Laërte, « soulève-moi, ou que ce soit moi qui te soulève, et « abandonnons à Jupiter le soin de la victoire. » En même temps il soulève Ulysse; mais celui-ci, n’oubliant pas la ruse, frappe du pied le jarret d’Ajax, le renverse et tous deux tombent sur le sol. L’intrépide Ulysse essaye à son tour de soulever son adversaire, mais il s’épuise en vains efforts. Ils tombent pour la deuxième fois et ils se relevaient avec précipitation pour recommencer la lutte, lorsque Achille leur dit : « Princes, cessez ce combat qui épuise « vos forces et, tous deux vainqueurs, recevez des « prix égaux! » Ils se rendent à cet arrêt et, essuyant la poussière dont ils sont couverts, ils reprennent leur costume, a
- Ce récit, qui nous fait remonter à une époque bien antérieure à la Grèce historique, vers le douzième siècle avant notre ère, montre cependant ce que furent primitivement les jeux athlétiques en Grèce. C’étaient des combats, des concours « d’amateurs ». À l’appel du directeur des jeux, énumérant et décrivant les prix, les spectateurs qui se croyaient
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- aptes à concourir, des jeunes gens ou des adultes, confiants dans leur force ou leur adresse, descendaient dans l’arène, se dépouillaient de leurs vêtements et luttaient de leur mieux. L’histoire nous a même conservé le nom de plusieurs personnages importants qui avaient concouru dans les jeux gymnastiques. Mais bientôt, en raison de la fréquence de ces fêtes en Grèce, des individus ayant des dispositions pour tel ou tel genre d’exercice, se présentèrent à chacun des concours, acquirent par l'habitude une habileté ou une force supérieure. 11 était bien difficile à un simple amateur de se mesurer contre eux avec quelque chance de succès, ils devinrent, en un mot, des « professionnels » enlevant facilement les prix. Ce fut l’origine des athlètes.
- Dès lors il n’y eut plus à concourir dans les fêtes gymnastiques et, plus tard, dans les jeux olympiques, ([ue des athlètes de profession. Ces athlètes, grâce à une sélection rigoureuse dans leur choix, un régime spécial, des exercices gradués et continus, parvenaient à un degré extraordinaire de force et de vigueur.
- Nous avons eu occasion de parler précédemment des prouesses herculéennes de quelques-uns d’entre eux1. Nous citerons ici seulement les noms d’athlètes vainqueurs à la lutte. Milon de Crotone fut couronné six fois aux jeux olympiques. Une fois même il reçut la palme sans avoir combattu, aucun autre athlète n’ayant osé se mesurer avec lui. Un sculpteur célèbre de l’époque, Damoas, fit sa statue pour être placée au musée olympique parmi celles des athlètes les plus fameux. Milon de Crotone, pour montrer qu’il était digne de cet honneur, porta lui-même cette statue sur ses épaules et l’installa sur son piédestal. Cependant, Milon fut, paraît-il, vaincu une fois à la lutte et cela par un berger nommé Ti-torme qu’il rencontra sur les rives de l'Evénus, fleuve d’Etolie. Ce fait est raconté par Elien, mais les commentateurs supposent ou que Milon était alors dans sa période de déclin ou que Titorme s’est vanté d’un exploit qu’il n’avait pas accompli.
- L’athlète Chilon, de Patras en Achaïe, fut également nombre de fois vainqueur à la lutte et reçut plusieurs couronnes aux jeux olympiques. Ses compatriotes lui élevèrent un magnifique tombeau. La statue de Chilon se trouvait au musée des athlètes à Olympie, elle était l'œuvre du célèbre sculpteur Ly-sippe. L’athlète Théagène avait été, dit-on, douze cents fois vainqueur à la lutte, au dire de Plutarque. On lui éleva également une statue. Eurybate de Lacédémone fut vainqueur de la lutte aux fêtes de la XVIIIe Olympiade.
- Nous avons parlé des exploits de Polydamas, de Thessalie. On raconte notamment que, sur le mont Olympe, un lion énorme s’était jeté sur lui. Polydamas l’avait terrassé et assommé d’un coup de poing. La réputation de Polydamas était universelle. Le roi de Perse, Darius II, voulant s’en rendre
- 1 Voy. Tailles des matières des années précédentes.
- compte, le fit venir à sa cour et là lui opposa trois de ses gardes choisis parmi les plus forts et les plus robustes de l’armée. Polydamas non seulement les vainquit, mais les étouffa dans ses bras. Polydamas, malgré sa force merveilleuse, fut vaincu dans la lutte par un jeune athlète nommé Protomaque dont nous parlerons dans un prochain article.
- On est parfois étonné de l’importance que les anciens auteurs attribuent à tel ou tel athlète, à tel ou tel vainqueur des jeux olympiques. C’est que, en Grèce, la rivalité n’existait pas seulement entre les athlètes considérés individuellement, elle existait entre les villes, les Etats leur ayant donné naissance.
- Chaque athlète, aux grandes fêtes gymnastiques, était le champion de telle ou telle ville et, s’il était vainqueur, sa gloire était collective, ses compatriotes s’en attribuaient le mérite.
- On sait que les divers petits Etats qui constituaient l’ancienne Grèce, se jalousaient, se haïssaient, étaient dans un état de guerre et de dissentiment pour ainsi dire perpétuel. Ils ne se trouvaient unis que s’il s’agissait de repousser un ennemi commun ou dans les fêtes semi-religieuses telles que les jeux gymnastiques donnés tous les quatre ans à Olympie en l’honneur de Jupiter.
- Ces jeux olympiques étaient, pour ainsi dire, des concours de force et d’agilité entre les divers Élats de la Grèce. Aussi, quand un athlète y était proclamé vainqueur, tous ses compatriotes partageaient sa gloire et témoignaient leur joie et leur reconnaissance en le traitant d’une façon extraordinaire en lui faisant un véritable triomphe.
- Ce triomphe variait suivant les localités. Dans certaines villes l’athlète revenait au milieu des siens dans un char traîné par quatre chevaux blancs au milieu d’un splendide cortège ; on démolissait même une partie de la muraille et c’est par cette brèche que passait le vainqueur, « afin de bien montrer, dit Plutarque, que des villes qui enfantent de tels héros n’ont plus besoin de remparts pour assurer leur sécurité ».
- A Athènes, les athlètes vainqueurs aux jeux olympiques étaient entretenus aux frais de l’Etat, et, dans toutes les fêtes, dans toutes les cérémonies publiques, une place d’honneur leur était réservée près des magistrats. A Sparte, parmi les hommages rendus à l’athlète victorieux se trouvait l’honneur héroïque d’être placé dans la prochaine guerre au poste le plus périlleux. Dans la plupart des villes les athlètes vainqueurs recevaient des présents considérables. Quelquefois la munificence des Etats s’appliquait non seulement à l’athlète, mais encore à sa famille. Les familles d’athlètes avaient fini par constituer une sorte d’aristocratie spéciale, une victoire remportée aux jeux olympiques constituant un véritable titre de noblesse. En raison même de ce triomphe et de ces hommages, il arrivait même souvent que les fils d’athlètes embrassaient la profession de leur père et cela avec le même succès.
- D’où il y avait des familles dont les membres
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- étaient vainqueurs héréditaires aux divers concours de gymnastique. C’est ce qui explique la parole du poète : « Ses ancêtres furent dix fois couronnés aux jeux olympiques». Quoique les prix décernés directement à Olympie ne consistassent qu’en une branche d’olivier sauvage, de pin ou de laurier, on comprend que devant les hommages qui étaient rendus aux lauréats, le respect et la gloire dont on les entourait, concourir aux jeux olympiques devait être l’ambition de beaucoup de jeunes gens. Mais avant d’être appelé à cet honneur, avant d’être déclaré champion d’une ville ou d’un État, il fallait naturellement avoir fait ses preuves, avoir été un grand nombre de fois vainqueur dans les fêtes locales ; de plus, enfin, il fallait se soumettre à un long stage dans un gymnase afin d’y subir un entraînement des plus sérieux. Il était même assez difficile d’être admis à suivre l’enseignement professionnel du gymnase.
- Cet enseignement avait lieu aux frais des municipalités et l’on n’y admettait que les jeunes gens qui répondaient à certaines conditions. Le jeune candidat devait, en premier lieu, montrer une prédisposition évidente pour les exercices du corps; sa musculature ou son agilité devait être bien supérieure à celle de la moyenne des jeunes gens de son âge. On se livrait, de plus, à une véritable enquête afin de déterminer ses aptitudes héréditaires.
- On exigeait qu’il fût de parents, non seulement forts et robustes, mais, de plus, d’un âge peu avancé.
- D’après les croyances physiologiques de l’époque, des parents jeunes et vigoureux transmettent plus facilement à leurs enfants la force, l’énergie et la vigueur.
- On s’informait même des diverses maladies qu’avaient pu avoir antérieurement les parents. Les fils d’athlètes étaient reçus de préférence aux autres concurrents comme ayant probablement hérité des aptitudes spéciales de leurs ancêtres. On voit par ces faits quelle importance les Grecs attribuaient à l’hérédité pour déterminer les aptitudes physiques de leurs futurs athlètes.
- Remarquons, d’autre part, que pour qu’ils se montrassent aussi rigoureux dans l’admission des candidats, il fallait que le nombre de ceux-ci fût considérable. Cependant, les jeunes athlètes étaient soumis à un régime très pénible et à des exercices durs et fatigants afin de leur endurcir le corps. Ils devaient
- être habitués à supporter la fatigue, le chaud et le froid. Leur nourriture, surtout au début des jeux olympiques, était des plus frugales ; les figues sèches en étaient la base. On y joignait des noix et un pain dur et grossier. Le vin leur était défendu. Leur continence devait être absolue.
- Plus tard, un physiologiste nommé Pythagore (on a même prétendu que c’était le célèbre philosophe en personne), démontra qu’il était préîérable de donner aux athlètes une nourriture plus succulente et fit introduire l’usage de la viande dans les gymnases.
- Les gymnases publics avaient des maîtres différents pour les cinq sortes de jeux usités dans les fêtes : la course, le saut, le disque, le pugilat et la lutte.
- La lutte était considérée comme la plus noble et le plus beau de tous ces exercices. C’est pour cela que les gymnases étaient le plus souvent appelés palestres (de noCo], paie, lutte). Chaque professeur avait sous ses ordres deux aides; on dirait, de nos jours, deux moniteurs.
- Le régime d’entraînement intensif auquel on soumettait les jeunes athlètes développait non seulement leur éducation spéciale, mais encore donnait à ceux qui se destinaient à la lutte une musculature extrêmement puissante, un poids considérable propre à accabler leur adversaire
- Les athlètes lutteurs devaient être énormes. Nombre de statues antiques semblant représenter le dieu Hercule ne sont, en réalité, que des statues de lutteurs. Hercule était non seulement leur dieu, mais, de plus, le prototype auquel ils s’efforçaient de ressembler.
- La lutte dans les jeux olympiques et même dans les autres fêtes publiques, était bien différente de la lutte de la Grèce primitive, telle que nous l’avons décrite précédemment d’après Homère. Un long espace de temps, du reste, s’était écoulé entre la prise de Troie (1184 av. J.-C.) et l’institution des jeux olympiques (776 av. J.-C.)
- Les jeux étaient devenus une sorte de cérémonie, de solennité. Nous avons vu la simplicité de la lutte primitive, voici un aperçu des formalités de la lutte à Olympie.
- Tout d’abord les athlètes concurrents étaient interrogés par des magistrats, directeurs des jeux; étaient-ils de nationalité grecque? de condition libre?
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- avaient-ils subi la période réglementaire de dix mois d’entraînement dans un gymnase? Puis on leur faisait prêter serment d’observer les règles de la lutte. Après ces formalités, un héraut appelait à haute voix, devant le public, les noms des concurrents.
- Un tirage au sort indiquait la répartition, par paire, des lutteurs et l’ordre dans lequel ils devaient successivement se présenter.
- Avant la lutte chaque atldète était frotté d’huile par son gymnaste, son entraîneur, qui, en même temps, l’encourageait, excitait son zèle, son émulation, l'assurait de la victoire, en un mot, s’efforçait de le mettre dans de bonnes dispositions morales pour combattre. A l’appel de leurs noms, les deux concurrents se présentaient dans l’arène.
- Ordinairement chacun d’eux était acclamé, encouragé par ses compatriotes, ses amis, ses connaissances.
- Ces deux lutteurs s’envoyaient réciproquement du sable sur le corps afin de pouvoir donner de la prise et, dans le même but, se frottaient les mains dans la poussière. Après quelques préliminaires ils s’enlaçaient étroitement, la lutte était commencée.
- Il y avait deux sortes de lutte. Dans la première, dite « lutte debout », les adversaires s’efforçaient de se renverser. Lorsque l’un d’eux était tombé, il se relevait et la lutte reprenait de nouveau. Le vainqueur était celui qui, le premier, qvait par trois lois jeté sur le sol son antagoniste. Dans le second genre de lutte, dite « la lutte couchée », le combat se con-
- tinuait même lorsque les deux adversaires se roulaient sur le sol. Elle ne se terminait que lorsque l’un d’eux, dans l’impossibilité de se relever, était
- maintenu par l’autre et s’avouait vaincu. Le vainqueur proclamé par les juges recevait une couronne de laurier ou un rameau et, conduit par un héraut, faisait le tour du cirque aux acclamations enthousiastes de ses partisans.
- Les diverses phases, procédés et passes de la lutte en Grèce étaient à peu près les mêmes que celles des lutteurs de nos jours. 11 était cependant permis de saisir les jambes de son adversaire ou de pousser celles-ci par
- une sorte de croc-cn-jambes, chose considérée comme déloyale dans la lutte moderne. Mais, dans la lutte des jeux olympiques, le public attachait une haute importance à la beauté des formes et au sentiment esthétique que les athlètes apportaient dans le combat.
- La lutte, en un mot, pour être belle, pour mériter les applaudissements, devait être artistique. Ce côté artistique de la lutte faisait même partie de l’enseignement donné aux jeunes athlètes dans les gymnases.
- Rome, dont une partie de la civilisation fut pendant longtemps calquée sur celle de la Grèce, voulut avoir des concours d’athlètes comme ceux d’Olympie. En l’an 186, il y eut des luttes d’athlètes dans les jeux donnés par Marcus Fulvius pour célébrer la fin de la guerre d’Etolie.
- En l’an 167, Paul-Émile donna des jeux à Amphi-polis où il y eut des luttes d’athlètes. Mais presque
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- Fig. 3. — La lutte en Grèce.
- (D’après un vase antique du Musée du Louvre.)
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- toujours les lutteurs, les combattants à Rome furent des esclaves ou des captifs.
- On vit cependant l’empereur Commode, lils de Marc-Aurèle, descendre dans l’arène et lutter avec les plus robustes de ses soldats.
- G est à sa force colossale et à son talent de lutteur (pie Maximin, Goth d’origine et ancien berger, dut son extraordinaire fortune. Dans le cirque, il avait terrassé successivement seize légionnaires. Cet exploit le fit distinguer de Septime-Sévère. Plus tard, Maximin devint empereur.
- Mais aux jeux gymnastiques, tels qu’on les pratiquait en Grèce, les Romains préférèrent les combats sanglants et cruels. Ce ne furent plus des luttes athlétiques, ce furent des luttes sanguinaires données devant une foule sans pitié. La Grèce avait eu les athlètes, Rome eut les gladiateurs.
- Avant qu’Athènes ne tombât sous la domination romaine, quelqu'un osa proposer, dans une assemblée,d’établir en Grèce des combats comme à Rome. Mais un sage Athénien se leva indigné et s’écria : « Renversez donc auparavant, renversez l’autel que nos pères, il y a plus de mille ans, ont dressé à la Miséricorde. » Guyot€Daubès.
- CHRONIQUE
- Les chemins «le fer dans le Transvaal. —
- Les lîoërs, les anciens colons hollandais qui habitent le Transvaal, n’ont qu’un désir, c’est maintenir leur indépendance vis-à-vis de la race britannique ; à maintes reprises ils ont même, dans ce but, pris les armes. Mais la persévérance britannique triomphe de tout : les Anglais les ont repoussés peu à peu en se faisant place à eux-mêmes. Jusqu’à présent du moins, toujours dans leur désir d’isolement, les colons du Transvaal ne voulaient point voir de chemins de fer pénétrer sur leur territoire ; mais l’année 1892 va être l’époque d’une transformation complète. Les lignes ferrées en projet depuis si longtemps vont enfin s’amorcer sur le territoire du Transvaal et permettre l’exploitation industrielle de cette riche contrée. Le but des Anglais était de mettre le Cap en communication directe par rails avec Johannesburg, qui est à près de 1450 kilomètres. Or, avant la fin de l’année 1892, la ville du Cap et Port-Elisabeth seront reliés à Johannesburg, le grand centre minier; au commencement de 1895, il est probable que le réseau se prolongera jusqu’à Pretoria, siège du gouvernement de la République Sud-Africaine. Enfin on compte qu’en avril 1893 les trains circuleront entre la ville du Cap et le fleuve Yaal, c’est-à-dire que la locomotive ne sera plus qu’à 50 ou 60 kilomètres des immenses champs d’or du Witxvatersrand. En second lieu, le Transvaal possédera aussi la ligne de Leydenorp à la haie de Delagoa ; on va pousser activement les travaux de façon à terminer au moins la moitié de la ligne avant 1895. Il s’agit d’un chemin de fer de 350 kilomètres, ne présentant réellement aucune difficulté technique, qui permettra de se développer à la ville de Leydenorp, la ville principale des champs aurifères de Silati, dans le district de Zontpansberg.
- L'industrie à Constantinople. — Principalement par suite du sentiment qui pousse les Turcs à s’opposer autant que possible à l’établissement d’étrangers sur leur
- territoire, l’industrie est à peu près nulle dans tout l’Empire Ottoman : il faut pour y créer une usine une autorisation administrative, qui n'est obtenue qu’après bien des lenteurs. Cependant il existe autour de Constantinople plusieurs établissements industriels de quelque importance. Nous ne parlons point des fabriques impériales, qui comprennent notamment une tannerie, une fabrique de drap de troupes, une fabrique de toile, une fabrique de fez, et qui coûtent d’ailleurs fort cher à l’Etat; il faudrait ajouter que le Ministère de la guerre possède aussi une fabrique de poudre près de Maki-Kcui, et que la Régie des tabacs a un certain nombre d’usines. Mais parmi les seuls établissements particuliers, on compte un certain nombre de tanneries, dont deux assez importantes installées à Ycdi-Koulé ; sur les bords de la Corne d’Or on aperçoit de beaux moulins à vapeur, construits sur les bords des quais. Citons encore deux importantes fabriques de briques, l’une aux eaux douces d’Europe, l’autre à Buyuk-Déré ; à Beïcos et à Ycdi-Koulé existent deux verreries ne produisant que des articles de qualité inférieure, et il vient d’ètre inauguré une fabrique de tissus de laine et de soie. Enfin il existe à Dohna-Bagtché une usine à gaz éclairant Galata et Péra, et une autre à Yedi-Koulé pour Stamboul ; celle-ci ne date que d’une année et la plupart des magasins de Constantinople sont encore éclairés au pétrole. Du reste le gaz produit par les deux usines est détestable.
- IJne machine à percer unique. — Nous avons publié sous ce titre, d’après le journal anglais Iron, (n° 981, du 19 mars 1892, p. 255), une Notice, qui attribuait l’invention de la machine à percer les pierres dures, saphirs, rubis, diamants, à M. John Wennstrom de New-York. Une machine semblable existe en France depuis au moins quinze ans et est employée par tous les lapidaires de Lyon et du département de l’Ain, pour le perçage des diamants, rubis et saphirs pour filières à tréfiler. Un de nos lecteurs, M. A. Catala, de Sclielestadt, nous écrit : « Nous en avons une série en fonction depuis 1885 ; ces machines nous ont été fournies par la maison Etienne Parouty de Lyon, qui en est le constructeur et l’inventeur. Dans ces machines, c’est aussi le foret qui tourne à la vitesse de 18 à 20 000 tours à la minute et la pièce à percer est fixée sur un chariot à coulisse qu’un mouvement automatique soulève périodiquement pour faciliter faction du foret par l’introduction dans le trou de la poudre de diamant mêlée* à l’huile dont on se sert pour le perçage. Le foret est tout simplement une aiguille à coudre que l’on choisit d’autant plus fine qu’on veut obtenir un trou plus fin. Ce sont les lapidaires du département de l’Ain qui ont les premiers percé les diamants pour filières et c’est M. A. Poulat de Ferney-Voltaire qui a fait la première filière en diamant vers 1865. ))
- Mouvements du sol à Santiago du Chili.
- Dans la dernière séance générale de la Société scientifique du Chili (21 décembre 1891), M. Obrecht, directeur de l’Observatoire de Santiago, a présenté les résultats de curieuses observations sur les mouvements du sol de cette ville. Depuis la création de l’Observatoire, c’est-à-dire depuis quarante ans, quelques-uns de ces mouvements ont pu être vérifiés à maintes reprises. M. Moesta, alors que i’Observatoiro était érigé sur le mont Santa-Lucia, n’avait observé que les variations diurnes et les avait attribuées a l’action de la chaleur sur les roches de la montagne. Cependant, l’Américain Gillis avait pu observer, au même emplacement et avant la construction de l’Observatoire de Santa-Lucia, une variation continue de l’axe de la lunette
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- méridienne et l’avait évaluée à 5 secondes environ par mois. L’Observatoire se trouve actuellement dans une plaine, au sud de la ville. C’est là que M. Obrecht a fait ses observations depuis juillet 1891. Celles-ci montrent que journellement, depuis le milieu du jour jusque vers 9 heures du soir, la partie nord-est du sol se soulève, pour redescendre graduellement jusque vers 7 heures du matin. Ces variations diurnes peuvent atteindre une amplitude de 3 à 4 secondes. De plus, depuis juillet jusqu’en septembre, on a observé un mouvement continu de soulèvement de la partie sud-est, et depuis septembre jusqu’en novembre, un mouvement continu de soulèvement de la partie est. L’amplitude totale s’élève déjà à 55 secondes environ.
- l/imliistric du pétrole aux Etats-Unis depuis trente ans. — Les rapports que vient de publier l'Office du recensement donnent des chiffres très curieux et bien typiques sur le développement de l’industrie pétrolifère aux Etats-Unis depuis 1859. C’est en cette année que, pour la première fois, le pétrole a figuré sur les statistiques commerciales de la confédération américaine. A cette époque, les c//am/M,d7u«7edelaPensylvanic et de New-York produisirent seulement 2000 barils de 42 gallons chacun (ou 190 litres environ) ; dès l’année suivante, la production s’élevait à 1/2 million de barils, et en 1861 elle dépassait 2 millions. En 1870,1a progression avait continué, le nombre des barils extraits étant de plus de 5 250 000; en 1874, il déliassait 11 millions. Enfin, en 1880, on extrayait 26 286 125 barils, et en 1889 (la dernière année pour laquelle on ait une statistique complète) le chiffre prodigieux de 54 820 506 barils, à peu près 55 millions de barils, c’est-à-dire environ 6 milliards 500 militons de litres de pétrole. Ou’on ne s’étonne point d’ailleurs de ces chiffres, quand on songe à la consommation énorme que chacun fait aujourd’hui de ce liquide dans la vie de tous les jours. Ajoutons que, de cette production, 21 486 405 barils proviennent des champs de Pensylvanie et de New-York, et 12 471 965 des champs de l’Ohio qui, depuis cinq années seulement, ont vu leur production augmenter dans la proportion de 1 à 22.
- La longévité des oiseaux. — Les ornithologistes n’ont pas encore résolu définitivement la question de savoir si les oiseaux ne sont pas, de tous les anjmaux, ceux qui ont relativement l’existence la plus longue. Voici cependant quelques exemples de la longévité des oiseaux, qui ont été empruntés à la Revue de l'art vétérinaire publiée en russe. 11 est établi que les Cygnes vivent jusqu’à trois cents ans. Knaucr, dans son ouvrage Naturhislorixer, prétend avoir vu un grand nombre de Faucons ayant l’àge de cent cinquante ans. Les Aigles et les Milans vivent également très longtemps ; le même Knauer raconte la mort, en 1819, à Berlin, d’un Aigle marin pris en 1715, c’est-à-dire cent quatre ans auparavant et âgé déjà alors de quelques années. Le Milan à la tète blanche, pris en Autriche en 1706, mourut à la basse-cour du palais de Schônbrunn, près de Vienne, en 1824, après avoir passé cent dix-huit ans en captivité. Les oiseaux de mer et de marais survivent à plusieurs générations humaines. Les Canards et les Coucous sont également très durables. On. prétend que les Corbeaux atteignent souvent cent ans. Les Pies, qui vivent en liberté jusqu’à un âge très avancé, ne dépassent cependant pas vingt à vingt-cinq ans en cage. Il n’est pas rare de voir des Coqs domestiques de quinze ans; avec des soins, ils vont jusqu’à vingt ans. La limite d’existence des Pigeons est de dix ans, les plus petites espèces vivent de huit à dix-huit ans. Les Rossignols ne
- supportent pas plus de dix ans de captivité; élevés en cage les Canaris peuvent aller jusqu’à douze et quinze ans, et dans leurs îles natales, on en voit qui sont vieux de plusieurs dizaines d’années.
- Le nickel dans l’Orégon. — On signale la découverte d’un important gisement dans l’Orégon, près de Middle, à 250 milles environ de Portland. Celte découverte a été faite dans les montagnes de Klamalh, où l’on avait déjà constaté, il y a quelques années, l’existence de fer ehromique. Le nouveau gisement se présente en veines et en couches en grande abondance. Des échantillons ont révélé une richesse variant entre 12 1/2 pour 100 et 57 pour 100 de métal, teneur exceptionnelle, si l’on considère que la richesse moyenne des minerrais de nickel n’est que de 5 pour 100. Ici le minerai ne contient ni soufre, ni phosphore, ni arsenic. Voici quelle est l’appréciation du Conseil desurveillance géologique de Yashington au sujet de cette découverte : « Ces minerais sont du silicate de nickel ; ils sont semblables, comme caractère et comme association, aux minerais analogues de Webster, de la Caroline du Nord et de la Nouvelle-Calédonie. » Les échantillons analysés ont donné jusqu’à 27 pour 100 d’oxyde de nickel, mélangé avec de la silice. Le gisement s’étend sur une superficie de 1 mille 1/2 de longueur, sur 1/2 mille de largeur, et se manifeste d’abord au milieu de roches de serpentine, absolument dans les mêmes conditions que les dépôts de la Nouvelle-Calédonie, qui, avec ceux-ci, forment les gisements de nickel les plus riches connus.
- Salure des eaux de l’Atlantique Nord. — Un
- spécialiste éminent en océanographie, le docteur Otto Krümmel, qui faisait partie de l’expédition allemande dite du PlanlUon, a résumé, pour les Geographische Mitlhei-lungen de Gotha, l’ensemble des données acquises sur la répartition des eaux de surface de l’Atlantique Nord, selon leur teneur en sel. La carte dont il a accompagné sa Notice permet de voir d’un coup d’œil qu’en moyenne la salure des eaux superficielles de l’Atlantique Nord atteint ou dépasse 37 pour 1000 au centre de l’Océan, pour aller en décroissant jusqu’au voisinage des côtes, par zones sensiblement concentriques mais d’inégale superficie, correspondant à des diminutions d’un en un dans la teneur saline. Les zones les plus étendues sont celles où la proportion est de 56 à 57 pour 1000 et de 55 à 56 pour 1000. .-O*—
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 avril 1892. — Présidence de M. d’Abbauie.
- La photographie du ciel. — M. Faye montre de belles épreuves photographiques, provenant d’Heidelberg. L’une d’elles représente un morceau de la voie lactée ; on y peut distinguer les étoiles jusqu’à la 15e grandeur, ainsi qu’une nébuleuse. Une autre épreuve contient la trajectoire d’un bolide ; enfin une troisième épreuve a précisément révélé l’existence d’une planète inconnue (la planète n° 329), par la présence d’une ligne lumineuse continue qui figure le chemin décrit par l’astre dans le ciel, pendant la durée de l’exposition. M. Bertrand fait observer que la possibilité de découvrir de nouveaux astéroïdes inconnus, par la photographie céleste, avait été dès longtemps signalée par MM. Henry.
- L'étalonnage des mètres internationaux. — On se rappelle dans un précédent travail, M. Bosscha a signalé dans la longueur du mètre des Arts et Métiers, déduite de la longueur du mètre international du Bureau
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- LA NATURE.
- des poids et mesures, un écart de deux microns et demi, par rapport à la longueur fournie par l’étalonnage direct sur le mètre prototype des Archives, erreur correspondant à 1/400 000 de la longueur. Le mètre du Conservatoire des arts et métiers, est un mètre à bouts tandis que celui du Bureau international des poids et mesures est à traits. De là une difficulté particulière dans les opérations d’étalonnage. Il fut alors objecté que cette indétermination du mètre des Arts et Métiers était en elle-même indifférente, attendu que tous les étalons étrangers sont rapportés au mètre international dont l'équation est parfaitement connue. M. Bosscha a recherché quel était le degré de précision que l’on pouvait atteindre dans les mesures de ce genre; il prouve qu’on ne doit point craindre une erreur plus grande que un demi-micron, soit 0m,0000005.
- Un dictionnaire d'agriculture. — M. Dehérain présente un dictionnaire d’agriculture dù à M. Sagnier. Cet ouvrage qui ne comporte pas moins de quatre volumes, a été conçu sur le plan du dictionnaire de chimie de Würtz ; il renferme beaucoup d’articles écrits par des membres de l’Institut. Le premier volume a été composé par Barrai qui est mort sans avoir pu achever son entreprise.
- Varia. — M. Crova répond à une critique de M. Lechatelier, au sujet de la sensibilité de la méthode optique de détermination des hautes températures.
- M. Crova montre que son procédé ne laisse rien à désirer sous ce rapport. —
- M. Brown-Séquard signale une erreur typographique importante dans l’énonciation des questions de physiologie mises au concours.
- Il faut entendre : « Recherches expérimentales et cliniques (au lieu de chimiques) sur les phénomènes inhibitoiies. — On annonce la mort de M. Abria, membre correspondant de l’Académie des sciences, décédé dans sa quatre-vingt-deuxième année.
- Cil. DE VlLLEDEUlL.
- , HALO SOLAIRE
- OBSERVÉ EN SUISSE LE £8 MARS 1892
- Nous avons consacré antérieurement un certain nombre de Notices au phénomène des halos, dont l’étude mérite toujours l’attention dumétéorologistei. Une observation de ce genre a été récemment faite en Suisse; nous reproduisons la description que M. G.-A. Philippin nous a envoyée de Neuchâtel :
- En marchant, lundi 28 mars, entre sept et huit heures du matin, sur la route qui conduit de Steckborn à Con-
- 1 Voy. Tables des matières des dix premières années.
- stance, nous fûmes témoins, mon frère et moi, d’un magni-lique halo solaire, dans la direction E.S.E. En quittant Steckborn, le brouillard, qui régnait à notre gauche sur le lac (Untersee), envahit momentanément la rive suisse et le soleil se trouva voilé à nos regards. Mais bientôt une petite brise qui s’était levée chassa en partie le brouillard et nous permit de voir le soleil entouré d’un cercle possédant toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Nous aperçûmes, peu après, un second cercle concentrique, extérieur au premier, puis un grand arc de cercle très ouvert, tangent à ce cercle extérieur, enfin deux autres arcs de cercles apparurent, ceux-ci tangents au grand arc et dont les branches I)', E' coupaient le cercle BB'. La position de ces deux branches 1)', E' varièrent graduellement en même temps de position. Je joins à cette description un croquis explicatif de la marche du phénomène ; il donne une idée
- de l’effet qu’il présentait vers le milieu de l’apparition. Le cercle AA' fut vi sible le premier, le cercle BB' devint ensuite visible, simultanément avec l’arc CG'. Puis les arcs DD', EE' apparurent les derniers, mais en changeant graduellement et symétriquement de position, à mesure que le soleil s’élevait sur l’horizon ; c’est-à-dire qu’au début de leur apparition, la branche prolongée If était tangente au point A', et la branche E', également prolongée, était tangente au point A ; l’arc de cercle CG' était alors beaucoup plus ouvert et semblait avoir le même rayon que les arcs DI)', EE'. Le point Z se trouvait exactement au zénith et avait une intensité lumineuse remarquable; toutes les couleurs du spectre y étaient parfaitement visibles et ne furent jamais voilées, le brouillard n’atteignant pas cette hauteur. Les points A,A', B, B' étaient aussi très brillants, bien que moins éclatants que le point Z.
- C’était la première fois que j’élais témoin d’un halo semblable aux arcs multiples, et je ne pouvais me lasser d’admirer la beauté et la grandeur du phénomène qui persista, avec des intermittences d’éclat, pendant plus d’une heure. Les arcs DD', EE' disparurent les piemiers, puis le grand cercle et son arc tangent, enfin le cercle intérieur s’évanouit ; cela, dans l’ordre inverse de leurs formations. Les couleurs du prisme restèrent visibles, aussi brillantes que dans le plus bel arc-en-ciel, au point Z jusqu’à 9 heures et demie du matin.
- La gravure ci-dessus a été exécutée d’après l’aquarelle que M. C.-A. Philippin nous a adressée avec son intéressante communication.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmeis.
- Halo solaire observé dans les environs de Neuchâtel en Suisse, le 28 mars 1892. (D’après une aquarelle de M. C.-A. Philippin.)
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus 9.
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- A° 98 7.
- 50 AVRIL 1892.
- LA NATURE.
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- LE CHRONOGRAPHE
- SCIIMIDT
- L’appareil que nous allons faire connaître et dont notre gravure donne l’aspect et le mode d’emploi, a été construit spécialement pour mesurer la vitesse initiale des projectiles.
- Le clironograplie de M. Schmidt, qui peut mesurer jusqu’au dix-millième de seconde, est basé sur ce principe : La régularité et la rapidité du mouvement du balancier d échappement assurent les mesures d’intervalles de temps ayant une durée bien inférieure à celle d’une oscillation.
- Un mécanisme spécial donne une amplitude constante de 560° à ce balancier auquel est fixé l’index qui doit marquer les millièmes ou dix-millièmes de seconde. On amène cet index au zéro de la graduation : le ressort spiral est alors armé d’un demi-tour et le balancier ainsi au repos se trouve dans la même situation que le balancier libre à la fin d’une oscillation. Il est mis en marche et est arrêté par un courant électrique rompu au moment où l’observation commence, et rétabli quand elle prend fin. Le nombre de divisions parcouru sur la graduation par l’index, donne la durée de l’expérience.
- Le balancier destiné à la mesure d’intervalles de temps inférieurs à une oscillation, est rendu absolu-
- Le clironograplie (le M. Schmidt pour la mesure de la vitesse des projectiles. 1. Détail du cadran de l’appareil. — 2. Vue d’ensemble de l’expérience.
- ment indépendant du ressort moteur et de l’échappement. On amène l’index au zéro à l’aide d’un verrou spécial. Le balancier, en fer doux, est main-, tenu dans sa position de départ par l’action d’électroaimants dans lesquels passe un courant qu’on règle à l’intensité voulue. Ces électro-aimants deviennent inactifs et dégagent le balancier au commencement de l’expérience pour entrer de nouveau en fonction et l’arrêter a la fin. Ce dispositif est combiné de façon à éviter les temps perdus qu’on rencontre dans beaucoup d’appareils de ce genre, à l’arrêt et à la mise en marche.
- Ces chronographes ont été appliqués à la mesure de la vitesse initiale d’un projectile. Au moment du départ, celui-ci coupe le courant en traversant un lil tendu sùr un premier cadre placé devant le fusil.
- 20e année. — lor semestre.
- Le clironograplie se met en marche jusqu’à ce que le projectile traverse un deuxième cadre ou touche une cible et marque la fin de l’expérience.
- La graduation de l’appareil en millièmes et dix-millièmes de seconde est facilitée par l’emploi d’un disjoncteur consistant en un corps pesant tombant qui, pendant sa chute, interrompt à différents points fixés d’avance, et à des intervalles bien précis, les courants des électro-aimants.
- Le clironograplie construit spécialement pour mesurer la vitesse initiale des projectiles est représenté en détails au premier plan de notre gravure. Au milieu de l'appareil se trouve le cadran C (voir figure ci-dessus) avec son aiguille. Des deux côtés du cadran sont disposés les rhéostats qui règlent les | deux courants. Le premier est en communication
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- IA NATliHE.
- avec le cadre monté devant le fusil. Quand le coup part, le projectile coupe le premier courant en A (voy. la figure) et le chronographe marche jusqu’au moment où le projectile traverse le deuxième cadre ou touche la cible B. On peut donc lire directement le temps que le projectile a mis pour parcourir la distance entre les deux cadres : si cette distance est de 50 mètres, on a la vitesse en mètres par seconde.
- La division du cadran est faite d’une manière toute particulière avec une espèce de disjoncteur qui donne des coups de courants par intervalles bien précis. Le défaut consistant en retard de mise en marche et arrêtage, etc., sera marqué dans la division même du cadran.
- La manœuvre de ce chronographe est très simple; on règle tout d’abord les deux courants au moyen des rhéostats; il suffit ensuite d’appuyer sur un boulon, de ramener l’aiguille à zéro, et le chronographe est prêt pour fonctionner.
- Le chronographe Schmidt offre des avantages sur ceux employés aujourd’hui. Il est très portatif et n’exige aucune installation de fondation solide, il peut être placé près du fusil, sans que la vibration des coups soit une cause d’erreurs. Il n’exige aucune connaissance spéciale de la part de l’opérateur; l’aiguille du cadran se déplace et s’arrête avec grande netteté. La lecture en est très facile, surtout avec une loupe spéciale montée sur l’appareil. Les résultats comparatifs obtenus dans divers polygones ont donné des résultats en faveur du nouvel appareil.
- LE CHAUFFAGE ÉLECTRIQUE
- Dans quelle mesure est-il rationnel et même économique d’avoir recours à l’énergie électrique comme procédé de chauffage ? C’est ce qu’il nous semble intéressant d’examiner en présence du développement croissant des distributions d’énergie électrique et des débouchés actuellement recherchés pour l’utilisation de jour de cette énergie électrique. 11 est bien évident tout d’abord qu’il serait absurde, au point de vue économique, de vouloir utiliser l’énergie électrique comme agent général de chauffage d’une habitation, par exemple, car en mettant l’énergie électrique au prix très bas de 50 centimes le kilowatt-heure (elle est vendue en France entre 70 centimes et lfr,50 le kilowatt-heure) on arriverait à des prix incomparablement plus élevés que ceux obtenus par combustion directe avec le charbon ou le coke. Mais le prix élevé que nous indiquons n’est pas prohibitif dans tous les cas, eu égard aux qualités toutes spéciales du mode de production de cette chaleur. La chaleur produite par le courant peut, en effet, se régler à volonté comme quantité et comme température atteinte, avec la plus grande facilité. Elle est produite instantanément et à volonté, au sein même de l’enceinte ou du milieu à chauffer, par la simple manœuvre d’un interrupteur; elle ne dégage ni fumée, ni odeur, ni vapeur, ni poussière, etc.
- Ces propriétés précieuses de la chaleur produite par l’énergie électrique, ont été appliquées utilement dans un certain nombre de circonstances. C’est ainsi qu’en Amérique, l’hiver dernier, bon nombre de tramways électriques ont été chauffés par un courant électrique emprunté à la
- canalisation générale actionnant le tramway lui-même. 11 s’est également fondé, dans une ville américaine, un atelier de repassage de linge dont tous les fers sont chauffés, d’une façon continue, par le courant fourni par une usine centrale. Le courant arrive aux fers par des conducteurs souples, et le fer ainsi chauffé conserve, pendant le travail, toujours la même température, ce qui assure un travail plus homogène et plus continu.
- Sans quitter l’Europe, nous pouvons signaler des applications de l’énergie électrique au chauffage domestique et à la cuisine actuellement exposées au Crystal Palace par M. Crompton.
- Nous avons remarqué en particulier, dans une visite récente, des fers à repasser, des fers à friser, des réchauds, des bouillottes à eau chaude, et des poêles à frire d’une disposition originale. Le courant qui porte le fond de la poêle à la température exigée pour l’opération culinaire en vue, traverse un fil de cuivre en zigzag noyé dans l’émail formant le fond de la poêle. A l’aidé d’un rhéostat, il est facile de régler le courant, et de maintenir le fond de l’appareil de cuisson à la température voulue.
- La question de l’application de l’énergie électrique aux usages domestiques est aujourd’hui assez mûre pour que M. le professeur Ayrton, membre de la Société Royale, en ait entretenu tout récemment l’Institution Royale dans une conférence faite le 8 avril dernier sur l’aspect commercial de la distribution de l’énergie électrique.
- M. Ayrton a fait des expériences pour déterminer la consommation d’énergie correspondant à un certain nombre d’opérations culinaires. Il a trouvé, par exemple, qu’il suffisait de moins de 7 watts-heure pour porter une poêle électrique à la température à laquelle le beurre frit, et que la même quantité d’énergie suffisait à la cuisson parfaite d’une omelette, dont le nombre d’œufs n’est malheureusement pas indiqué, mais qui a été cuite en 90 secondes. Le prix afférent à la cuisson de l’omelette par ce procédé non moins électrique qu’expéditif, serait, même à Paris où l’énergie électrique coûte très cher, inférieur à deux centimes. Ce prix peu élevé s’explique par ce fait que si la chaleur produite par le charbon coûte, à quantités égales, moins cher que celle produite par l’énergie électrique, on n’utilise, par contre, qu’une très petite partie de cette chaleur dans chacune des opérations considérées. La meilleure utilisation vient donc presque compenser le prix plus élevé. C’est ce qui a déjà été observé, bien que dans des proportions moindres, pour la cuisine au gaz, qui soulève d’autres objections provenant de la combustion de ce gaz et des produits de cette combustion. 11 résulte de ce que nous venons de dire, qu’il ne faut pas rejeter systématiquement le chauffage électrique dans tous les cas, et qu’il convient au contraire d’en envisager dès à présent les applications possibles et immédiates.
- Dans quelques années, nous trouverons des prises de courant installées dans toutes les pièces d’un appariement un peu confortable, en vue des mille et un petits services que l’énergie électrique pourra rendre : dans la chambre à coucher, l’électricité bassinera le lit l’hiver et ventilera la chambre l’été. Dans le cabinet de toilette, elle servira à faire chauffer l’eau pour la barbe, la toilette, les fers à friser, etc. Dans l’office et la cuisine, elle actionnera la machine à faire les couteaux, à cirer les chaussures, elle moudra le café, battra les œufs, fera cuire les mets. Dans les escaliers, elle actionnera l’ascenseur et le monte-charges, etc. Le chauffage électrique n’est donc qu’une des mille formes de l’énergie électrique domestique dont nous jouirons avant la fin du siècle qui se termine. E. IL
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- PROJECTIONS POLYCHROMES
- A l’aide DE PHOTOGRAPHIES NON COLORÉES
- Depuis plus de deux ans il est lait beaucoup de bruit aux États-Unis d’Amérique au sujet d’une remarquable application de la photographie à la reproduction des couleurs naturelles, invention attribuée à M. Ives de Philadelphie.
- En réalité M. Ives, qui est un savant très ingénieux et un chercheur heureux, n’a fait, à quelques variantes près, que mettre en pratique un procédé publié en France en 1869 par M. Louis Ducos du Ilauron et aussi par M. C. Cros.
- Ces deux inventeurs, sans qu’aucune, relation existât entre eux, — Cros habitait Paris, M. Louis Ducos du Ilauron vivait à Agen, — eurent, presque à la même heure, la même idée géniale. Elle consistait dans l’emploi de la photographie au triage des couleurs essentielles d’un objet polychrome quelconque. La méthode publiée par chacun d’eux est à peu près semblable, elle conduit à l’obtention de trois négatifs d’un même objet, prototypes identiques entre eux quant aux lignes et aux dimensions, mais différents par la façon dont sont rendues les couleurs diverses.
- Ce résultat, obtenu a l’aide de la photographie, est analogue à celui que recherche un chromolithographe quand il exécute sur la pierre les divers monochrojncs' d’un sujet, monochromes correspondant à des couleurs distinctes dont la superposition, lors de l’impression repérée, devra donner une polychromie a peu près semblable à l’original. L’œuvre de sélection due à la photographie peut être assez complète pour que trois négatifs, dont l’impression positive sera faite avec les trois couleurs jaune, rouge et bleu, puissent suffire à l’obtention d’une image polychrome des plus satisfaisantes.
- Comme preuve de l’exactitude de la méthode par eux imaginée, MM. L. Ducos du Ilauron et C. Cros ont publié divers moyens de reconnaître la valeur de leur analyse photographique des couleurs d’un objet ; au nombre des procédés de synthèse qu’ils ont décrits s’en trouve un sur lequel il convient d’appeler plus spécialement l’attention, parce qu’il consiste dans l’emploi de la projection, sur un écran, de l’ensemble des trois épreuves positives éclairées chacune a travers un milieu d’une couleur différente. La reconstitution des couleurs vraies devait s’effectuer sur l’écran.
- Il n’y a pas lieu d’insister sur l’erreur commise par les deux inventeurs quand ils ont dit que les milieux colorés devaient être jaune, rouge et bleu. Ils ont plus tard reconnu cette erreur, et en mars 1879, C. Cros qui, d’ailleurs, s’en était entendu avec M. L. Ducos du Hauron, indiquait nettement l’emploi destrois écrans bleu-violet, vert et rouge.
- Nous tenons à bien établir cette question de priorité en faveur de deux de nos compatriotes, non seulement parce que l’on semble disposé, au delà de
- l’Atlantique, à considérer M. Ives comme étant l’inventeur du procédé que nous allons décrire, mais encore parce que les expériences relatives à ce procédé, actuellement tentées en France, sont de nature à le faire adopter en vue de substituer, dans les cas où la chose sera possible, les projections polychromes aux projections sans couleurs évidemmment bien moins attrayantes.
- Bientôt, il y a lieu de l’espérer, de nombreux conférenciers auront recours à ces sortes de projections d’un effet vraiment prestigieux, et il faut alors qu’on sache quels ont été les vrais inventeurs de cette si curieuse application de la photographie, appelée peut-être à rendre bien des services, imprévus encore, à la science et aux beaux-arts.
- Cet acte de justice accompli, nous allons nous efforcer d’expliquer, aussi clairement que possible, les principes qui servent de base à ces projections photographiques, pour qu’on en comprenne plus aisément la mise en œuvre. Tout d’abord il faut produire les trois négatifs dont il vient d’être question.
- De la bonne qualité de ces épreuves dépendra le succès de la synthèse finale; elles doivent, avons-nous dit, être identiques entre elles quant à leurs dimensions, mais différer quant au rendu des couleurs distinctes de l’original.
- Un exemple fera mieux comprendre le résultat qu’il s’agit de réaliser. Supposons que nous ayons à analyser les couleurs d’un objet polychrome composé des trois couleurs, jaune, rouge et bleu. Nous devrons obtenir un premier négatif contenant les jaunes et combinaisons du jaune, un deuxième contenant les rouges et combinaisons du rouge, et enlin un troisième négatif correspondant aux bleus et aux combinaisons du bleu.
- Il est évident que si ce résultat peut être atteint, nous aurons fait un triage tel que le mélange des radiations correspondant à chacune des trois couleurs, — radiations tamisées chacune par les positifs et dans les rapports voulus, —devra reconstituer la coloration totale de l’objet reproduit.
- Grâce à la propriété qu’ont certaines substances colorantes de modifier la nature des couches sensibles à la lumière, on arrive à pouvoir disposer de plaques sensibles propres à l’impression, soit des radiations bleues et violettes à l’exclusion du vert, du jaune et du rouge, soit des radiations jaunes et vertes à l’exclusion des bleus et rouges, soit enfin des radiations jaunes et rouges à l’exclusion des bleus.
- Les trois prototypes du môme objet devront être reproduits dans la chambre noire du même point, le premier sur la couche sensible, la plus susceptible de recevoir l’impression des radiations bleues. Une plaque dite ordinaire est celle qui convient le mieux ; on sait que ces plaques sont peu sensibles aux radiations vertes, jaunes et rouges. Le deuxième négatif, sur une couche sensible pouvant être impressionnée par les radiations jaunes et vertes et non par les rouges.
- Ge genre de plaques est facile à obtenir en incor-
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- LA NATURE.
- porant à la couche sensible une teinture douée de la propriété d’absorber les rayons jaunes et verts.
- On doit en même temps interposer entre la plaque et l’objectif un écran translucide jaune ayant pour objet de ralentir l’action des rayons bleus.
- Pour obtenir le troisième prototype, on use d’une plaque traitée comme la précédente, mais avec une teinture qui lui donne la sensibilité aux rayons rouges, en plus de celle aux jaunes; quant aux bleus ils doivent être sans action sur cette plaque, résultat que l’on obtient à l’aide d'un écran jaune-orangé.
- Dès que l’on a fait quelques essais d’analyse ou de triage des couleurs dans cette voie, qui n’est absolue que quant au résultat à réaliser, mais qui est susceptible de mod ilication s quant aux moyens à employer, on arrive à être suffisamment maître du procédé pour réussir à tout
- radiations, donnerait des effets de couleurs invraisemblables.
- Cette reconstitution ne se peut réaliser qu’a l’aide des trois couleurs primaires indiquées par Young et Helmholtz qui sont le bleu-violet, le vert et le rouge.
- On remarque, en effet, que si l’on mélange ces trois radiations en les projetant séparément sur le même point d’un écran blanc, on obtient du blanc
- pur, résultat qui ne se produit pas avec le mélange, réalisé dans les mêmes conditions, des radiations, bleues, jaunes et rouges.
- Or, il se trouve que la couleur de chacun des milieux colorés à employer est précisément la complémentaire de la couleur propre à l’impression pigmentaire ; ainsi, le cliché qui fournirait le jaune pigmentaire donnera, en vue de la projection, un diapositif qu'il faudra faire traverser par des radiations violettes —
- Fig. 1. — Projection exécutée au moyen d’une lanterne à trois corps.
- coup.
- Les négatifs obtenus, deux façons de les employer sont à notre disposition.
- On peut en user pour des impressions pigmentaires d’images polychromes analogues à celles de la chromolithographie et en ce cas il faudra superposer les trois monochromes, jaune, bleu et rouge fournis par chaque négatif correspondant à chacune de ces trois couleurs.
- Nous n'avons pas à nous occuper en ce moment de cette application si intéressante qu’elle soit. L’autre application, qui fait l’objet principal de cette Note, est celle relative aux projections polychromes. Il convient seulement de faire remarquer que lorsqu’il s’agit des projections, bien que les négatifs soient les mêmes, les milieux colorés sont autres que dans le cas des impressions pigmentaires.
- Pour ces dernières, il serait absolument impossible d’arriver au but si l’on n’usait du ternaire jaune, rouge et bleu, tandis que l’emploi du même ternaire à la reconstitution des couleurs, à l’aide des
- le violet étant la couleur complémentaire du jaune.
- Le cliché du rouge pigmentaire est celui qui produit le diapositif a éclairer en vert — le vert est bien le ci du rouge.
- Enfin le cliché du bleu pigmentaire est celui qui pour la projection donnera le diapositif du jaune-orangé — le jaune-orangé étant bien la couleur complémentaire du bleu. Grâce à ces explications préliminaires, on est conduit à se rendre mieux compte des faits qui vont suivre et que nous allons expliquer.
- La mise en pratique de la méthode de reconstitution des couleurs, exige l’emploi d’une lanterne à trois corps ou, tout au moins, d’un appareil spécial qui constituerait une seule lanterne munie de trois objectifs projecteurs.
- Pour simplifier, contentons-nous, pour le moment, de l’appareil normal à trois corps, construit chez M. Molteni, qui a servi à nos propres expériences. Cet appareil, que l’on voit avec son aspect extérieur et en action dans la vue pittoresque (fig. 1), est
- Fig. 2. — Diagramme de l’appareil représenté ci-dessus.
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- LA N A TU R K.
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- représente, quant à son dispositif, par le diagramme (tig. 2). Trois foyers lumineux distincts F, K, F, éclairent les lanternes 1, 2 et 3 ; cet éclairage peut être fourni par la lumière oxyhydrique ou par de
- l’électricité, ou bien encore par des lampes à pétrole ou par du gaz de l’éclairage avec becs Auer. Les trois diapositifs noirs sont placés en 1), I), I), et en arrière de chacun d’eux se trouve le milieu coloré
- Fig. 3. — Monochrome 'destiné, à l’état de Fig. 4. — Diapositif qui donne les radiations Fig. 5.— Diapositit qui donne les radia-diapositif, à donner le rouge ; monochrome vertes; monochrome du rouge pour l’im- tions hleues; monochrome du jaune pour
- du îdeu pour l’impression avec des couleurs pression des couleurs pigmentaires. imprimer avec des couleurs pigmentaires,
- pigmentaires.
- (D’après des photographies reproduites en fac-similé.)
- correspondant à la valeur analytique du diapositif propre à ses radiations spéciales. En arrière de 1) on a donc mis un verre de couleur bleu-violet ; en arrière de 1) n° 2 un verre vert, et un verre jaune-orangé en arrière de D n° 3.
- Les projections des trois monochromes non colorés (noirs) I), 1), D, sont exactement confondues en une seule image parfaitement repérée sur l’écran I Y 1" où les projettent les trois objectifs o, o', o".
- Chacune des trois radiations, ainsi que le montre le schéma, atteint toutes les parties de l’image composite projetée ; et des combinaisons entre elles de ces trois sortes de radiations violettes, vertes et rouges, résultent toutes les couleurs possibles que l’on peut obtenir avec l’ensemble des sept couleurs de la gamme spectrale. On en ar la preuve, d’ailleurs, quand on assiste au spectacle vraiment merveilleux de la reconstitution immédiate, sur l’écran, des nuances infinies des couleurs de L original, et cette synthèse est bien une des plus curieuses expériences d’optique qui puissent être
- faites pour démontrer les relations qui existent entre les couleurs dites primaires et la variété illimitée des tons divers qu’elles peuvent produire
- en se combinant entre elles.
- On conçoit que, puisque les radiations violettes, vertes et jaune-orangé donnent du blanc, par leur mélange, il se produira du blanc, dans l’image composite en couleurs, partout où les parties de cette image correspondront à des points des négatifs également traversés par les trois sortes de radiations. Là au contraire où les diapositifs présenteront des espaces également opaques, il se produira du noir sur l’écran, et pour toutes les valeurs intermédiaires, allant du blanc au noir, on aura des combinaisons en proportions variables suivant les opacités respectives des diapositifs et, par suite, des couleurs ou nuances variant à raison de ces proportions.
- Si les radiations vertes et rouges se trouvent absolument arrêtées dans deux points symétriquement correspondants, les radiations bleues, traversant seules
- carmin clair
- Pavot- range
- ftudlf&r vertus
- Fig. 6. — Schéma indiquant les couleurs des fleurs représentées ci-dessus.
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- le dispositif de ces radiations, l’écran recevra la couleur bleue toute seule. Si les radiations vertes sont seules supprimées tandis que sur deux points symétriques passeront des radiations bleues et rouges, il y aura, sur l’écran, une résultante d’un violet plus ou moins rouge, ou plus ou moins bleu, suivant que la dominante se trouvera dans la translucidité plus grande du diapositif des radiations rouges ou des radiations bleues, et ainsi de suite à l’infini.
- I)e prime abord il peut sembler difficile d’atteindre au résultat désiré quand on songe qu’on est en présence de douze variables, qu’il faut amener a l’état d’accord parfait, pour que l’image composite cherchée se trouve réaliser la reproduction exacte d’un objet polychrome donné.
- Ces douze variables sont : les trois négatifs, les trois diapositifs, les trois milieux colorés, et enfin les trois sources de lumière. Si une seule de ces douze unités est modifiée, il peut en résulter une modification de la polychromie projetée au détriment de l’exactitude du rendu. Cela est vrai, mais il ne faut pas s’effrayer en présence d’une pareille difficulté : elle est aisée à surmonter.
- Déjà l’obtention des trois négatifs, dans des conditions convenables, peut être assez régulièrement réalisée. Quant aux diapositifs, on les imprime facilement sur des plaques sensibles au gélatino-chlorure d’argent, et, avec un peu d’hahitude de la méthode, on sait s’arrêter au point de venue qui convient le mieux. On est d’ailleurs toujours libre, après un essai, de faire la correction nécessaire si elle est indiquée par un résultat inexact.
- Les milieux colorés doivent présenter d’abord la condition essentielle de fournir du blanc pur par le mélange de leurs trois radiations. Après quelques essais on aura vite trouvé ceux qui conduisent le mieux à l'effet cherché, et il sera désormais inutile de modifier les trois couleurs adoptées. Elles passeront alors à l’état de constante.
- Quant à l’éclairage, il n’est pas indispensable qu’il soit absolument identique dans les trois lanternes. Il y a même un certain avantage à pouvoir en modifier l’intensité suivant qu’on lient à accentuer une dominante dans les trois radiations. Avec la lumière du gaz, ou la lumière oxyhydrique, ce n’est qu’une question de robinets et l’opérateur arrive à régler ainsi, à sa guise, l'effet delà projection, en graduant l’intensité des sources lumineuses correspondant à chacun des diapositifs.
- À vrai dire, ces douze variables se réduisent à trois, soit aux prototypes de la valeur desquels dépend tout le reste, rien n’étant plus aisé, si un ou plusieurs des diapositifs se trouvent être trop forts ou trop faibles, que d’en refaire d’autres en les arrêtant au degré d’intensité voulu.
- En somme, les trois diapositifs représentent l’ensemble des couleurs d’un objet polychrome quelconque, pourvu qu’ils soient projetés, ainsi qu’il vient d’être dit, à l’aide de trois objectifs et traversés par les trois radiations distinctesquiont été indiquées.
- Ce procédé de synthèse offre ce grand avantage qu’il permet d’obtenir la représentation des couleurs de la nature et des œuvres d’art sans l’intervention du pinceau, sans l’interprétation, si habile fut-elle, d’un traducteur quelconque. Nos premiers essais dans cette voie, susceptible de conduire à de nombreuses applications d’un haut intérêt, nous permettent de croire que l’on peut arriver ainsi à la perfection dans le rendu des couleurs. Les images ainsi projetées sont, il est vrai, fugitives ; ce ne sont pas des images fixées, mais on y arrive d’une façon, moins éclatante, mais exacte aussi, par l’impression pigmentaire à l’aide des mêmes négatifs. De ce côté-là, la méthode du triage photographique des couleurs, combinée avec certaines corrections d’un emploi facile, conduit à des résultats remarquables et bien supérieurs à tout ce qui peut être obtenu de la sorte, en employant les procédés habituels de dessin en vue de la chromolithographie ou de la chromotypographie.
- Les premières expériences publiques, en France, de cette méthode de reconstitution des couleurs par voie de projections ont eu lieu au Conservatoire national des arts et métiers dans notre conférence du 7 février 1892.
- Depuis elles ont été répétées avec des éléments plus complets à la séance du 4 mars de la Société française de photographie, et du 9 mars au Photo-Club de Paris.
- Les trois dessins (fig. 3, 4 et 5) représentent dans scs trois états l’un des sujets projetés, dont le schéma (fig. 6) indique, les couleurs. Ces trois images sont la reproduction du même bouquet de ileurs artificielles dans les conditions spéciales détaillées plus haut.
- Si nous comparons entre eux les coquelicots placés en haut et à gauche, nous trouvons qu’ils se ressemblent à peu près dans les figures 4 et 5, où ils sont rendus par une valeur presque noire, tandis qu’ils sont blancs dans la figure 3. La lleur jaune située en bas et à droite du bouquet est d’une valeur foncée dans la figure 5 et, au contraire, d’une valeur à peu près blanche dans les figures 5 et 4. Les cœurs jaunes des marguerites sont noirs dans la figure 5, d’une valeur claire dans la figure 4 et encore plus claire dans la figure 3.
- Deux des marguerites ont été, à dessein, peintes avec du bleu d’outremer. Dans les deux dernières images, 4 et 5, elles sont à peu près blanches comme la marguerite blanche, tandis que dans la première, 3, d’où l’action des radiations bleues a été exclue, elles ont une vigueur comparable à celle du vert des feuilles.
- Il nous semble inutile de pousser la comparaison plus loin, elle suffit pour montrer la dissemblance qui existe entre ces trois diapositifs, quant au rendu des couleurs, mais identiques dans leurs lignes et dimensions ; on remarquera que le lilas blanc s y trouve partout reproduit avec une valeur égale ; le blanc ayant agi de la même façon sur les trois couches sensibles douées seulement de propriétés différentes quant aux couleurs simples.
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- L’accueil favorable fait par le nombreux public qui a assiste' à ces expériences nous est un sûr garant de l’avenir réservé en France, à l’emploi de cette méthode de projections polychromes ; elle y était à peu près inconnue jusqu’ici, bien que ses inventeurs soient des Français.
- La preuve d’une bonne réalisation possible est faite maintenant, il n’y a plus qu’à construire des appareils propres à cet objet spécial, des chambres noires et des lanternes destinées à l’obtention des clichés et à la projection de leurs diapositifs. Nous savons que, déjà, des constructeurs habiles ont mis la main à l’œuvre.
- Quelle belle application pour nos amateurs intelligents et artistes, que celle qui va leur permettre de rapporter de leurs excursions des images photographiques, qu’il leur suffira de projeter à l’état composite sur un écran, pour montrer à leurs amis, à tonte une assistance charmée, les sites parcourus, d’en faire admirer, non pas seulement la physionomie pittoresque, mais encore les belles couleurs !
- Ce grand progrès’, nous le tenons, et nous ne craignons pas de le dire, il n’est peut-être encore qu’un premier pas vers la réalisation d’applications bien autrement utiles et merveilleuses.
- Nous laissons à l’imagination féconde de nos lecteurs le soin de prévoir un bon nombre de ces applications, nous réservant, d’ailleurs, de revenir plus tard sur ce sujet, d’un intérêt si puissant, lorsqu’il fera ses preuves d’une façon plus complète encore, dans le domaine de la pratique, par des services rendus à tous les arts et à toutes les sciences.
- Léon Vidai..
- L'IVOIRE EN AFRIQUE
- Si l’on consulte les récits des explorateurs qui ont parcouru le centre de l’Afrique, on constate bien vite que les articles de commerce de l’intérieur sont en bien petit nombre, au moins quand il s’agit du commerce d’exportation, et l’on voit qu’en dehors de la poudre d’or, pour certaines régions, des convois d’esclaves, parfois du caoutchouc, du karité, l’ivoire constitue le principal objet du troc pour les caravanes. Il présente, du reste, cet avantage précieux, qu’il représente une grande valeur sous un petit volume, et que rien n’est plus facile que d’en assurer le transport à l’aide des esclaves : combinaison excellente, puisque l’une des deux marchandises sert à transporter l’autre. Les nègres du centre de l’Afrique ne vivent guère que de l’éléphant ; c’est une fête dans un village de noirs quand un des chasseurs de la tribu a pu tuer un de ces pachydermes avec ses armes pourtant si primitives, sagaies et flèches. La viande de la bête est dépecée, distribuée entre tous, et les défenses sont mises de côté jusqu’à ce que passe un de ces trafiquants arabes qui parcourent le continent noir pour former les éléments d’une caravane.
- Voilà du reste bien longtemps que l’ivoire est en
- usage; il parait vraisemblable que ce sont les Phéniciens qui l’ont introduit en Grèce. De là, il passa en Italie, et les Romains l’employaient d’une façon constante. Cette matière est toujours demeurée très en faveur, aussi bien au moyen âge qu’à 1 epoque de la Renaissance, où de nombreux artistes du plus grand mérite se consacraient à la sculpture sur ivoire. Aujourd’hui l’ivoire est employé non plus seulement comme un objet de luxe, mais aussi comme une matière excellente pour la construction d’un grand nombre d’instruments de précision. Aussi la demande de l’ivoire sur les différents marchés augmente chaque jour, en même temps que diminue le nombre des éléphants, et le prix de la précieuse matière s’accroît assez rapidement. On ne doit donc point s’étonner que l’Etat du Congo réalise d’assez gros bénéfices dans son commerce spécial de l’ivoire. C’est par suite de ce haut prix des défenses d’éléphants que l’explorateur Stanley, lors de son expédition à la recherche d’Emin-Pacha, a tenu à se composer à son retour une importante caravane portant des défenses d’éléphants; on sait aussi qu’Emin, reparti pour l’Afrique en 1890, dans son voyage récent au Victoria Nyanza, a réuni sur sa route une énorme quantité d’ivoire. 11 a formé un convoi de porteurs, qui ont apporté à la côte ce chargement d’ivoire pesant au total 7805 livres et représentant une valeur d’au moins 125000 francs. C’est ce convoi que notre gravure représente au repos ; elle permet à nos lecteurs de se rendre compte de la grandeur de certaines défenses.
- Il n’y a pas que l’Afrique pour fournir de l’ivoire. On distingue en effet quatre espèces d’ivoires. La première est l’ivoire de Guinée ou du Gabon, crest le même que celui d’Angola ; il blanchit légèrement en vieillissant, il est un peu verdâtre, ce qui le fait nommer ivoire vert. En deuxième lieu, on connaît l’ivoire dit du Cap, qui est blond mat, un peu jaune. Citons ensuite l’ivoire des Indes ou de Siam, celui-ci étant tout particulièrement rare et excessivement blanc, d’un blanc un peu rosé. Enfin la dernière catégorie est l’ivoire fossile de Sibérie, provenant des mammouths fossiles gelés qu’on rencontre dans ce pays, et par conséquent assez rare. D’ailleurs ce sont là plutôt des désignations marchandes ; mais il est certain que le meilleur ivoire est celui d’Afrique, bien meilleur que l’ivoire ordinaire de l’Inde, et que les défenses des éléphants de la côte occidentale du continent noir sont plus élégantes, moins massives et plus transparentes que celles de la côte orientale. On prétend même que les connaisseurs peuvent aisément, en voyant une dent bien conservée, dire à peu près dans quelle partie, occidentale ou orientale de l’Afrique, au nord ou au sud de l’Équateur, vivait l’animal qui le portait ; l’ivoire de la portion septentrionale de l’habitat de l’éléphant est le plus grossier et a le moins de valeur ; plus un district est élevé et sec, moins l’ivoire est fin ; la finesse et la transparence augmentent au contraire avec la chaleur et l’humidité.
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- LA NATURE.
- à examiner environ un million de défenses en seize années, n’en a jamais vu pesant plus de 94 kilogrammes. Les défenses en provenance d’Angola pèsent environ 55 kilogrammes, celles du Cap et de Natal, de 50 à 55, celles de Coast Castle et de Lagos ne dépassent point 60. Quant au prix de cette matière, il oscille entre 1400 et 1700 francs les 100 kilogrammes, mais avec de fortes variations, puisque, en 1890, une dent de première qualité a été vendue 1657 francs les 50 kilogrammes.
- On estime que de 1879 à 1885 l’exportation moyenne annuelle de l’ivoire africain a été de 848 tonnes, 564 de la côte orientale et 284 de la côte occidentale, correspondant a une valeur de
- Défenses d’éléphants recueillies en Afrique par Einin-Pacha
- Par suite de la chasse constante qu’on fait aujourd’hui a l’éléphant, on détruit ces animaux quand ils sont encore jeunes, et l’on ne trouve plus de belles défenses comme jadis. Autrefois le poids moyen d’une belle dent oscillait entre 50 et 75 kilogrammes, et l’on parle souvent, dans les récits de voyages, de défenses pesant jusqu’à 150 kilogrammes. Sans remonter bien loin, on peut citer une maison américaine qui débita une défense pesant 400 kilogrammes, de 9 pieds et demi (anglais) et de 8 pouces de diamètre; d’après les rapports de l’Exposition de 1851, on a vu une barre d’ivoire de 5 mètres de long. Actuellement une défense pesant 55 kilogrammes est considérée comme de belle venue, et M. \Vestendarn,qui a eu
- 18 à 22 millions. Le principal marché de l’ivoire est Liverpool. D’après une statistique datant, il est vrai, de quelques années, il arrive dans la Grande-Bretagne 650 tonnes d’ivoire, et les seuls fabricants de coutellerie de Sheffield en consomment 200. Il existe aussi à Anvers un marché d’une certaine importance où il arrive par an une centaine de tonnes.
- Le chiffre de l’exportation de l’ivoire africain suppose qu’on tue chaque année au moins 65 000 éléphants : aussi les forets du continent se dépeuplent-elles. Comme conséquence, on fait toutes sortes d’ivoires artificiels : tantôt, c’est l’ivoire végétal, ou semence du tagua du Pérou, ou bien le bois injecté de chlorure de chaux, l’os de mouton qu’on fait macérer avec des déchets de peaux blanches, de la pâte de papier dans de la gélatine, du celluloïd, du caout-
- chouc. On utilise encore, dans ce but, des tubercules de pommes de terre dénaturés; enfin on prétend aujourd’hui faire de l’ivoire en traitant le lait avec certains réactifs. Il est quelques-unes de ces imitations qui déjouent les précautions des plus tins connaisseurs. En tout cas, étant donné le prix qu’atteint l’ivoire, il y aurait grand avantage à établir des fermes d’élevage pour les éléphants, ce qui serait pratique à tous les points de vue. On sait qu’aux Indes on conserve et même on élève en domesticité un grand nombre d’éléphants ; on a en outre l’exemple des fermes d’autruches, où l’on obtient des plumes excellentes. De même les éléphants captifs pourraient fournir de l’ivoire de qualité un peu inférieure, mais en grande quantité.
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- LA COUPOLE OSCILLANTE DE SAINT-
- Dans un précédent article relatif aux coupoles qui doivent armer les forts de la Meuse', nous annoncions en quelques mots que le commandant Mougin, l’éminent ingénieur militaire de la Société de Saint-
- Chamond, avait mis en chantier une coupole d’un genre tout nouveau, destinée à l’armement des fortifications de Bucharest. Cet appareil est aujourd’hui complètement achevé. Les expériences auxquelles il
- Coupole oscillante de M. le commandant Mougiu.
- vient d’ètre soumis, en présence d’une Commission technique déléguée par le Gouvernement roumain, permettent d’apprécier complètement ses qualités et les résultats qu’on peut attendre de son application.
- Il s’agit d’une coupole a éclipse, c’est-à-dire dont
- 1 Yoy. n° 909, du lor novembre 1890, p. 541.
- les embrasures s’abaissent sous l’anneau d’avant-cuirasse qui les protège ainsi efficacement dans les intervalles du tir. Mais tandis que jusqu’ici l’éclipse était produite par un mouvement vertical de toute la tourelle, le commandant Mougin s’est contenté de donner à son nouvel engin un mouvement d’oscillation autour d’un axe horizontal passant par le centre
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- même de courbure de la calotte sphérique qui lui sert de toit. L’amplitude de ce mouvement n’excède pas 10 degrés (5 degrés de part et d’autre de l’horizon), entre la position de tir et la position'd’invulnérabilité. En outre, l’effort qu’il est nécessaire de déployer pour mettre cette énorme masse en branle, est relativement peu considérable, grâce â un artifice de construction qui permet au centre de gravité du système de ne subir que des déplacements horizontaux. Cet artifice est du reste des plus simples. La partie oscillante de la coupole repose, par une surface cylindrique, dans une gouttière également cylindrique, mais de rayon double. Au repos, le plancher de la chambre a canons étant horizontal, le cylindre d’appui porte sur le point le plus bas de la gouttière; le centre de gravité de toute la masse mobile se trouve alors précisément à l’extrémité du diamètre vertical du petit cylindre, autrement dit au centre de courbure de la gouttière. Or, on sait, en géométrie, que ce point décrit une ligne horizontale lorsque les deux cylindres roulent l’un sur l’autre.
- Il suffit donc d’ajouter un poids additionne] à l’avant ou à l’arrière pour produire l’oscillation dans le sens qu’on désire. Dans la pratique, on a donné une prépondérance permanente de 600 kilogrammes a l’arrière, de telle sorte que la position normale de la coupole soit la position de tir. Pour l’éclipser, on charge l’avant d’un poids supplémentaire. Tout le travail consiste donc à relever ce poids relativement restreint. Dans ses deux positions extrêmes, la coupole est calée par des béquilles prenant appui sur des cylindres de butée.
- L’armement de la coupole consiste en deux canons de 15 centimètres, dirigés parallèlement et tirant dans le même sens. Ces canons sont placés au milieu d’une tourelle formée d’une charpente en tôlerie et dont le toit est composé de trois plaques de 24 centimètres d’épaisseur, en fer laminé. Les pièces n’ont pas d’affût ; leur volée traverse une rotule sphérique encastrée et mobile elle-même dans l’embrasure également sphérique qui perce la calotte cuirassée. La culasse est terminée par une vis creuse engagée et maintenue entre deux glissières circulaires placées dans des plans verticaux. Le pointage en hauteur se fait en déplaçant la culasse le long des glissières, la pièce étant du reste équilibrée par un contrepoids. Quand le pointage est assuré, la bouche à feu* se trouve immobilisée entre l’embrasure et les glissières. L’effort de recul se fait donc sentir, non seulement sur le canon, mais sur tout l’ensemble de la coupole dont la masse est assez considérable pour ne pas subir une oscillation de plus de 1 degré, amortie par des tampons de choc à ressort qui s’enfoncent de 5 à 10 centimètres seulement.
- Le pointage en direction se fait par la rotation de la plate-forme qui supporte la chambre à canons et qui est munie d’une couronne de galets à la manière des plaques tournantes de chemin de fer. Cette rotation est opérée par le pourvoyeur qui se tient dans le sous-sol et qui agit sur un simple
- treuil, tandis que les quatre servants placés dans la chambre à canons exécutent toutes les autres manœuvres. Pointage, chargement, amorçage des deux pièces, tout se fait pendant que, la tourelle étant abaissée, les embrasures sont protégées par l’anneau en fonte dure de l’avant-cuirasse, qui sert de margelle, pour ainsi dire, à l’énorme puits que coiffe la coupole.
- Quand tout est prêt, les servants se portent au treuil de relèvement : l’oscillation commence ; en deux secondes, la coupole est à la position de tir ; un bouton électrique qu’on presse met instantanément le feu aux deux pièces ; et les servants, changeant le sens de la rotation, ramènent la coupole à l’éclipse. L’ensemble de ces opérations n’exige pas plus de cinq secondes. C’est seulement pendant ce court laps de temps que les embrasures se trouvent exposées. L’ennemi, 'a la distance où il se trouve, ne s’aperçoit de leur ascension qu’à la lueur de la salve ; fait-il feu lui-même à ce moment précis, ses projectiles mettent à atteindre la coupole plus de temps que celle-ci met à s’éclipser ; ils frappent la carapace et ricochent sans grand effet sur les surfaces refusées d’une calotte très peu saillante.
- L’un des grands avantages du nouvel engin, c’est précisément que, unissant les formes très aplaties de la coupole ordinaire au mouvement d’éclipse qui peut seul abriter efficacement les embrasures, il présente à l’ennemi toujours le même aspect, le même contour apparent, facile à masquer par de la verdure, sans que rien ne permette de distinguer le relèvement des bouches à feu.
- Par la simplicité de sa construction et de sa manœuvre qui n’exige aucun appareil hydraulique ou à vapeur, il répond bien, en outre, aux tendances actuelles qui repoussent tous les mécanismes susceptibles de se détraquer sous les ébranlements du tir et des projectiles ennemis. Cette robustesse n’exclut pas la perfection de détails qu’on est en droit de demander aujourd’hui à un tel appareil ; le dispositif de sûreté assurant contre toute fausse manœuvre, — c’est ainsi que le circuit électrique de mise du feu ne peut se fermer que lorsque les canons sont au-dessus de l’avant-cuirasse; — l’étanchéité complète de la chambre à canons empêchant l’irruption des gaz produits par l’explosion des projectiles-torpilles ; la ventilation, etc.
- Ce dernier venu parmi les engins de guerre marque un progrès d’autant plus sensible sur ceux qui l’ont précédé, qu’il permet de réaliser l’éclipse avec bien moins de dépense que la plupart des tourelles à mouvement vertical. On estime à environ 38 ou 40 pour 100 l’économie ainsi réalisée.
- Les premières expériences de réception qui ont eu lieu les 1er, 2 et 3 décembre 1891, ont consisté dans le tir de 150 coups de canons, à la charge de 9 kilogrammes. Après quelques modifications de détail réclamées par la Commission roumaine, une nouvelle série de 50 coups a été tirée à la même charge, dans les premiers jours du mois de mars et,
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- le 16 mars dernier, la coupole était définitivement reçue par les commissaires.
- Mais elle n’a pas été immédiatement démontée pour être transportée en Roumanie. Les pareilles occasions sont rares, et l’on en a profité pour soumettre le nouvel engin à l’étude des officiers français et des attachés militaires, qui se sont rendus en grand nombre à Saint-Chamond, et devant lesquels de nouvelles salves ont été tirées, sans que les organes de la coupole en paraissent fatigués le moins du monde.
- On doit féliciter Saint-Chamond et son habile ingénieur d’avoir eu l’heureuse initiative d’introduire un principe inédit et particulièrement fécond dans la construction des appareils destinés à protéger l’armement de nos forteresses.
- L’artillerie, il y a quelques années, a réalisé de tels progrès, que certains bons esprits ont pu croire à sa supériorité définitive sur la fortification. À quoi devaient servir, dès lors, tous ces remparts accumulés et que les obus-torpilles devaient si facilement réduire en poudre ?
- A la vérité, ce n’était là qu’une étape dans la lutte du canon et du rempart. L’art de fortifier, après une période de transition qu’expliquent naturellement les progrès réalisés par l’artillerie, commence à se ressaisir. La muraille avait fait place aux remparts terrassés : ceux-ci ne constituent plus une protection suffisante ; mais nos ingénieurs apprennent à manier le béton et le métal; le béton enferme sous sa chemise épaisse et inébranlable la partie passive de nos forts — logements et fnagasins, — le métal enveloppe et abrite l’armement. Il ne faut pas se dissimuler combien est délicat l’emploi judicieux des cuirasses et des coupoles ; mais il faut se dire aussi que nous assistons à l’éclosion du système, et que l’ingéniosité la plus grande ne saurait remplacer la lente expérience acquise avec le temps. Un peu de patience ; les méthodes se perfectionnent et se codifient; et déjà nos ingénieurs savent construire des abris que le canon aurait beaucoup de peine à mettre à mal, quoi qu’en disent certains artilleurs de mes amis. Georges Béthuys.
- Là PÊCHE DES PERLES EN FRANCE
- On ne se figure point d’ordinaire que la France puisse produire quelques perles..., à moins cependant qu’il ne s’agisse de perles fausses, dont les principales fabriques sont précisément installées à Paris; on sait que ces perles fausses sont préparées à l’aide de perles de verre soufflé et recouvertes d’écaillcs d’ablettes. Mais il y a bel et bien des pêcheries de perles sur notre territoire continental, et nous voudrions donner quelques indications à ce sujet, du moins sur des pêcheries que nous avons pu visiter nous-même dans le sud-ouest de la France.
- On sait que les grandes pêcheries de perles, celles dont on parle toujours, sont établies sur les côtes de l’océan Indien : on cite notamment celles de
- Ceylan, de Coromandel, des Comores, des Philippines; il faut y ajouter aussi les établissements du golle Persique, des côtes d’Arabie, de la mer des Antilles, du Pérou. En tous ces points on va chercher à d’assez grandes profondeurs les coquilles marines où l’on trouve les excroissances nacrées qui constituent les perles. Ces précieux petits corps irisés, qui se présentent tantôt adhérents à la coquille, tantôt libres dans la musculature de l’animal, se rencontrent dans une vulgaire congénère de nos huîtres, la mère-perle comme on la nomme communément, YÂvicula margaritifera. Mais, étant donné que l’animal produit la perle simplement pour boucher un trou fait à sa coquille par un de ses ennemis, ou pour enrober quelque grain de sable introduit entre ses valves et risquant de blesser sa chair, il était naturel de penser que d’autres bivalves étaient susceptibles de produire des perles. Effectivement on en trouve parfois dans les moules ordinaires, mais elles n’ont point de valeur, tandis qu’il existe une sorte de moule d’eau douce, la mulette d’après son nom vulgaire, YUnio margaritifera. qui fournit des perles d’un bel orient et qui sont l’objet d’un commerce actif. La mulette est assez abondante dans le lac de Tay en Écosse, et les perles qu’on en tire ont un nom sur le marché spécial. Ce coquillage est un bivalve (classe des Lamellibranches, ordre des Asi-phoniens, famille des Unionidés) d'une forme un peu variable, généralement ovale, à deux valves égales bombées et rongées au sommet ; l’animal lui-même est ovale, muni d’un pied épais. On distingue, du reste, la mulette perlière et la mulette des peintres, habitant toutes deux l’eau douce; la-première seule nous intéresse. Elle est particulièrement épaisse, le bord inférieur des valves est échan-cré et sinueux vers son milieu, la surface en est striée et couverte d’un épiderme brun noirâtre.
- À coup sur, les coquilles perlières étaient jadis très nombreuses dans les rivières d’Europe ; comme nous l’expliquerons plus loin, elles ont presque complètement disparu, et il semble par suite d’autant plus intéressant de les signaler dans divers cours d’eau de France où nous les avons vu pêcher.
- Citons, en premier lieu, la Seugne (ou Sévigne) petit affluent de gauche de la Charente, arrosant Jonzac et Pons. Lorsqu’on se promène dans cette petite rivière, on voit, au travers de l’eau limpide, enfoncées dans la boue molle du fond, des palourdes (c’est le nom local qu’on leur donne) ne présentant que l’extrémité de leurs valves entrouvertes, guettant probablement leur proie. Si l’on se munit d’un bâton taillé en biseau et qu’on l’enfonce entre les deux valves, la palourde se referme brusquement, serre le bâton assez énergiquement pour qu’on puisse ainsi la tirer de la boue et la pêcher, comme le fait l’homme placé à l’avant de l’embarcation que représente la figure ci-après. Il est vrai de dire que ce n’est point là un mode normal de pêche et qu’il
- ; rapporterait peu.
- jj On opère autrement dans la Charente. On y trouve
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- la palourde, la même sans doute que dans le petit affluent, la Seugne. Ici on opère en grand. Jusqu’à une époque récente, voici comment on procédait : à l’aide d’un petit bateau on traînait une drague au fond et on la relirait de temps en temps pour retirer les coquillages qu’on avait pu ramasser. Notre gravure représente cette opération, avec un homme à l'avant retirant une palourde du bout d’un bâton pointu. Aujourd’hui que le scaphandre est d’un usage courant, on va ramasser, parait-il, les palourdes à l’aide d'un de ces appareils: une équipe de sept hommes est employée à l’opération. De temps en temps, on vient décharger les coquilles sur le rivage. Une grande marmite y est disposée au-dessus d’un foyer primitif : on y jette les
- palourdes et on les y but bouillir longtemps, de façon que les chairs se détachent aisément de la coquille. On sort les palourdes quand elles sont bien cuites, on examine les coquilles une à une pour voir s’il n’y a pas de perles adhérentes, puis on écrase la chair des mollusques entre les doigts pour s’assurer qu’il n’y a point de perles dans la masse : ce sont des enfants qui accomplissent ce travail sous la surveillance d’un ouvrier. Il faut dire du reste que la palourde est un excellent animal comestible que l’on rencontre souvent ace titre sur nos marchés du sud-ouestdeJa France ; si bien qu’il arrive parfois qu’un consommateur pèche inopinément une perle dans une assiette. La vulgaire moule elle-môme contient parfois quel-
- La pèche des perles dans la Seugne, petit affluent de la Charente.
- ques perles grossières, sans aucune valeur du reste.
- Les pêcheries dont nous avons parlé, et spécialement celles de la Charente sont assez productives, et les pêcheurs recueillent souvent des perles d’un bel orient. Les frais de l’exploitation sont du reste peu élevés, l’installation étant très primitive, comme le montre notre gravure, et il y aurait certainement là une industrie à exploiter plus scientifiquement.
- D’ailleurs la pêche des coquilles perlières a été très fructueuse autrefois dans toute l’Europe: en Saxe, notamment, elle constituait une prérogative royale. Malheureusement, aujourd’hui, elle devient presque impossible, faute....de coquillages. Aussi, savants et industriels s’efforcent-ils d’arriver à une multiplication artificielle de la mulctte et à une organisation rationnelle de la pêche. D’après un article fort inté-
- ressant publié par M. G. Krantz, dans le Journal de pêche de Saint-Pétersbourg, il faudrait surtout tâcher de sauvegarder la reproduction naturelle de la coquille perlière : chaque animal produit un nombre énorme d’embryons; mais, selon lui, une quantité considérable de ces coquillages périssent précisément à l’état d’embryons, spécialement par suite de l’ensablement des rivières, des crues torrentueuses, et aussi, d’après M. Ilazay de Buda-Pesth, par suite de la diminution des poissons. C’est, en effet, sur la peau des poissons que ces embryons doivent passer leur vie de larves.
- On voit que les perlières n’ont pas encore totalement disparu de France ; mais saura-t-on les préserver d’une destruction totale ? Daniel Bellet.
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- LA NATURE
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- LES AGRANDISSEMENTS SUCCESSIFS
- DE LÀ GARE DE PARIS-NORD
- Le trafic des chemins de fer et des grandes gares de Paris subit un accroissement pour ainsi dire incessant, qui dépasse absolument les prévisions faites à l’origine, et en présence duquel les installations primitives deviennent rapidement insuffisantes.
- On se trouve conduit en effet à augmenter le nombre des voies principales, à installer des quais nouveaux pour lesquels il faut utiliser parcimonieusement l’espace disponible, et on arrive ainsi, tout au moins, à transformer l’installation intérieure des gares, lorsqu’il est impossible d’agrandir l’espace qu’elles occupent.
- Ces modifications s’imposent surtout pour les gares qui ont un mouvement considérable de trains de
- Vue des trois aménagements successifs de la gare de Paris-Nord.
- banlieue, car ce sont ceux dont le nombre et la fréquence vont en augmentant et qui exigent par conséquent des installations appropriées.
- La gare Saint-Lazare a subi, il y a quelques années, une transformation complète, la seconde depuis son origine, et nous en avons donné une étude détaillée dans La Nature L
- La gare du Nord possède le service de banlieue le plus développé après celui de la gare Saint-Lazare,
- 1 Yoy. n° 800, du 29 septembre 1888, p. 277.
- ses trains de grande ligne sont particulièrement fréquents, et en dehors de ceux qu’elle reçoit ou expé^ die sur son réseau par les trois voies principales de Pontoise, Chantilly ou Soissons, elle sert en outre de point d’attache aux grands trains de luxe, qui se dirigent vers le midi de la France, les côtes de la Méditerranée ou l’Italie, les Pyrénées ou l’Espagne.
- En présence d’un pareil développement, l’installation ancienne déjà transformée en 1884 était devenue insuffisante; mais fort heureusement l’édifice avait reçu au moment de sa construction une ampleur telle
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- LA NAT U HE.
- qu’on a pu l’aménager à nouveau sans augmenter la superticie employée, et on a pu réaliser une installation répondant aux besoins récents.
- La grande halle construite en 1804 présente en etfet un développement fort spacieux atteignant 200 mètres de longueur sur 70 mètres de largeur et 58 mètres de hauteur; elle comporte en outre deux halles latérales ayant chacune 50 mètres de largeur sur 15 mètres de hauteur.
- La façade, due à l’architecte llittorf, a des proportions monumentales qui correspondent bien à l’importance et à la destination de l’édifice ; au point de vue architectural, elle réalise l’un des exemples de grandes gares les plus satisfaisantes, puisque notre époque n’a pas su trouver jusqu’à présent de style bien approprié à la destination de ces monuments qui lui sont spéciaux.
- Nous représentons, dans la ligure, la disposition actuelle de la gare, après ses derniers agrandissements et nous donnons en môme temps à titre de comparaison le plan des deux distributions antérieures, qui ont été conservées, l’une, de 1864 à 1884, et l’autre, de 1884 à 1889. Ces plans sont empruntés, de même que les divers renseignements reproduits, à une intéressante étude publiée par M. Zimmermann dans la Hernie générale des chemins de fer.
- Ainsi qu’on le voit sur le plan général, la gare comportait dans la première période, 8 voies seulement : un côté, celui de la gauche, voies 1,2 et même 5 pour les départs; l’autre côté, celui de droite (voies 7 et 8) pour les arrivées, et au centre quelques voies 5, 4, 5 et 6, alfectées au service de banlieue qui était alors peu développé. Pour ces dernières, chaque groupe de deux voies comprenait en outre une voie du milieu par laquelle se faisait l’évacuation des machines : comme les trains de banlieue font le service en navette, il est nécessaire en effet que la machine puisse être dégagée sans refouler le train.
- Cette disposition a été modifiée comme nous le disions plus haut, en 1884; à cette époque, en présence du développement du service de banlieue, on décida d’augmenter le nombre des quais, et on supprima à cet effet la voie intermédiaire. Le dégagement des machines s’opère par la seconde voie principale aussitôt qu’elle est libre.
- Cette disposition portait à 15 le nombre des voies principales sans modifier la superficie occupée.
- Elle fut complétée du reste par l’installation à la sortie de la gare de deux traversées obliques formant bretelle, et assurant la relation réciproque de toutes les voies entre elles.
- En 1889, cette distribution agrandie subit une nouvelle transformation qui par son importance con-titue une véritable reconstruction.
- Celle-ci comporte désormais 18 voies au lieu de 15, comme on le voit sur le plan; elle a été obtenue par la suppression des salles d’attente du côté du départ, et de divers bureaux de messageries à l’arrivée.
- L’ensemble de ces voies est divisé en quatre groupes distincts : le groupe 155, affecté au départ des trains allant dans la direction de Chantilly ; le groupe 6 à 9, affecté au départ et à l’arrivée des trains de la ligne de Pontoise et de ses embranchements (Ermont à Valmondois, ligne de Montsoult, trains circulaires).
- Le groupe 10 à 15 est affecté à la ligne de Sois-sons qui comporte actuellement, comme on sait, ses deux lignes principales distinctes sur tout le parcours, la voie de retour de Soissons ayant été séparée de celle de Chantilly avec laquelle elle se confondait auparavant à partir de la bifurcation du Landy.
- Le groupe 10 à 16 est affecté à la réception des trains de grandes lignes, et les voies 17 et 18 au service des trains-tramways, qui effectuent quatre fois par heure le parcours de Paris à Saint-Denis et Saint-Ouen-les-Docks.
- Malgré cette extension de l’espace occupé par les voies principales, l’aménagement intérieur de la gare assure au public un accès particulièrement facile et commode, tant pour les guichets distributeurs des billets, que pour l’enregistrement des bagages, les salles d’attente, le buffet et les quais même de départ.
- En ce qui concerne l’extension des voies, la distribution actuelle n’est pas considérée encore comme définitive.La Compagnie ne cesse en effet de proportionner ses efforts à l’augmentation de l’importance du trafic, et dans un avenir prochain, elle compte porter à 25 le nombre des voies à quai, et créer une nouvelle voie principale pour dédoubler celle qui sert au service des machines venant de La Chapelle et du matériel vide venant du Landy. Cette nouvelle transformation sera obtenue en utilisant la cour actuelle des arrivées qui sera reportée sur le chemin d’accès aux Messageries.
- Cette extension entraîne d’ailleurs une série de travaux intérieurs facilitant les diverses manœuvres, comme les cabestans électriques, les cabines de concentration de manœuvre des signaux et des aiguilles, destinées à prévenir tout accident dans le mouvement incessant de ces nombreux trains circulant sur des voies (pii se multiplient; nous n’insisterons pas du reste sur la nature et le mode d’exécution de ces travaux en raison de leur caractère trop technique.
- L’accroissement de la gare du Nord a comporté le déplacement du service des Messageries qui est concentré aujourd’hui pour le départ et l’arrivée dans les bureaux reportés le long de la rue du Faubourg-Saint-Denis.
- Ajoutons d’ailleurs que, si les projets de chemin de fer métropolitain actuellement à l’étude reçoivent enfin leur réalisation, les voies de la gare du Nord seront prolongées à l’intérieur de Paris, et il en résultera de nouveaux travaux d’extension qui comporteront en particulier l’installation d’une gare souter raine avec un réseau de voies reliées aux lignes et à la gare actuelles. L. B.
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- CHRONIQUE
- Le nouveau service du temps aux États-Unis. — M. Mark Harrington, directeur du Weather Bureau, à Washington, a récemment publié le sommaire des opérations de ce Bureau pendant les trois mois qui ont suivi son transfert au Département de l’agriculture. On sait qu’autrefois il était rattaché à l’office des signaux de l’année (Army Signal Office) et avait pour chef le général commandant cet office. Ce service météorologique a été réorganisé de façon à pouvoir, ainsi que le désir en avait été exprimé au Parlement, rendre surtout des services à l’agriculture. On l'a partagé en trois divisions principales : le bureau d’exécution, le bureau des renseignements, et un troisième bureau chargé de la publication du Bulletin de météorologie agricole et de la surveillance des services climatologiques régionaux. Des employés, choisis parmi les meilleurs observateurs, ont été placés, hors de Washington, dans les plus grandes villes, avec l’autorisation de prédire le temps pour leurs stations et le voisinage, en y donnant plus de détails qu’on ne peut le faire à Washington. On leur recommande d’observer attentivement la climatologie de leurs sections respectives, tant pour eux-mêmes (afin d’avoir des prédictions exactes) que pour renseigner utilement le public; ensuite, ils doivent porter une attention particulière à l’étude de l'effet du temps sur les blés aux différentes phases de leur développement, de manière à pouvoir comprendre cet important objet dans leurs prévisions. Les cartes météorologiques, publiées dans la plupart des stations importantes, ont reçu de notables améliorations. Elles contiennent non seulement les probabilités émises à Washington et les prévisions locales, mais les données qui servent de base à ces prévisions. Relativement aux stations d’observation, M. Harrington constate un fait important : au 50 juin, on expédiait les prédictions à 650 stations; au 50 septembre, ces stations se sont trouvées au nombre de 1200; il y a donc eu une augmentation de 100 pour 100. Et actuellement de nombreuses stations sont encore sur le point d’ètre établies. 11 est donc évident que le nouveau Bureau météorologique est en voie de prospérité et que l’appui qu’il a trouvé récemment au Congrès américain lui a été fort utile. On sait que de l’autre côté de l’Atlantique, on fait de grands efforts pour favoriser les progrès de la météorologie.
- L'eau plus cliëre que le combustible. — Allala-kany près de Bakou, centre de l’industrie du pétrole en Russie, on observe actuellement ce fait anormal en apparence, que l’eau employée dans les chaudières de certains établissements industriels est payée à un prix plus élevé que le combustible servant à sa vaporisation. En principe, l’eau est détestable et coûte un prix excessif, plus de deux francs le mètre cube, tandis qu’une tonne à'astatki, résidu de la distillation du pétrole brut, qui constitue naturellement le seul combustible employé dans le pays, se vend à un prix correspondant à moins de un franc la tonne de charbon.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 avril 1892. — Présidence de M. u’âbbadie.
- La formation artificielle des orages. — M. Faye montre la genèse des tentatives qui ont été faites récemment en Amérique, dans le but de provoquer artificiellement la
- pluie. L’origine de cette idée est dans les théories exposées par le célèbre météorologiste américain Espy, sur la formation des trombes, il y a déjà un demi-siècle. Ce savant professait que les trombes étaient dues à des colonnes ascendantes d’air surchauffé au contact du sol. Si donc, par un moyen quelconque, on peut déterminer l’existence d’une telle colonne gazeuse, on reproduira une sorte de cyclone de faible intensité, accompagné des phénomènes secondaires qui en dérivent, tonnerre, pluie, etc. Une lettre adressée à Espy en 1857, par un officier américain chargé de travaux topographiques en Floride, contient le récit de circonstances qui semblaient une confirmation de cette hypothèse. Ayant mis le feu aux herbes hautes de la savane, sur une certaine étendue de terrain, on vit un nuage se former au-dessus de la colonne de fumée, et, bientôt après, le tonnerre éclata et la pluie tomba en abondance. Toutefois le bruit des premiers coups de foudre semblait éloigné, aussi M. Faye conclut-il que l’orage venait de fort loin. Le petit nuage qui parut tout à coup aurait été l’analogue de ceux que les marins nomment Y œil de bœuf et qui est le précurseur certain des trombes. Quant à l’extinction de l’incendie de Chicago, en 1871, arrêté par une chute de pluie déterminée sur place par l’ascension de l’air chaud, c’est une légende qu’il faut détruire, attendu que la pluie n’est tombée que le quatrième jour et que l’air n’était pas calme, circonstance absolument nécessaire pour donner quelque valeur à l’hvpothèse. Un inventeur américain a proposé de construire d’immenses cheminées de 1500 pieds de hauteur (soit près de 500 mètres) et de lancer par ce moyen dans l’atmosphère, à une grande hauteur, des masses d’air humide et chaud. Si la question de la pluie artificielle est poursuivie avec tant d’ardeur aux Etats-Unis, c’est qu'une solution heureuse permettrait de mettre en valeur des millions d’acres de terrain situés à l’ouest du continent américain, actuellement improductifs par suite du manque d’eau. On se rappelle les explosions de dynamite dans l’atmosphère, qui avaient fait naître quelques illusions ayant trouvé écho en Europe, mais dont le météorologiste américain, M. Davis, a montré l’insuccès. M. Faye croit à la stérilité des efforts qui seront tentés dans cette voie, parce que l’ascension d’une colonne d’air chaud ne pourra jamais reproduire le mouvement giratoire que l’on observe dans les cyclones, ni celui de translation qui les transporte avec une vitesse de près de 100 kilomètres par heure.
- L'eau des lacs de Suisse. — M. Delebecque, ingénieur des ponts et chaussées, a exécuté, sur la composition des eaux et des vases de divers lacs de Suisse, les recherches qu’il avait déjà entreprises à propos des lacs de Genève et d’Annecy. Il a constaté que les eaux des lacs de Suisse contenaient une quantité plus faible de sels calcaires, à volume égal, que les eaux de leurs affluents. Cette décalcification ne peut s’expliquer que par le développement de la vie végétale et animale qui est beaucoup plus grand dans les lacs, car pour certains lacs au moins, leur encaissement doit retarder l’évaporation.
- La photographie des couleurs L— M. Lippmann a définitivement résolu le problème de la fixation des couleurs. 11 présente des photographies du spectre solaire et de divers objets colorés, un vitrail à quatre couleurs, un groupe de drapeaux, un perroquet. Il convient de relever celte circonstance que la durée de pose est très longue. M. Lippmann montre ensuite que l’on pouvait prévoir, par
- 1 Yoy. la description des premières expériences de M. Lippmann, n° 924, du 14 février 4891, p. 461.
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- LA NATURE. '
- la théorie, la possibilité delà fixation des couleurs composées, et que la complexité de la question avait pu seule donner lieu à une opinion contraire.
- Varia. — M. A. de Tillo a dressé des tableaux statistiques sur la distribution des couches géologiques à la surface de la terre. — M. Terreil donne la composition d’un échantillon d’argile verte provenant du Brésil et signale sa parfaite analogie avec les argiles des environs de Paris. — M. Charlois, de l’Observatoire de Nice, a découvert deux nouvelles petites planètes. Ch. de Villedeuiu.
- JOUETS SCIENTIFIQUES
- LA MEUNIÈRE
- On trouve, dans les cabinets de physique, un petit appareil qui semble contredire les lois de la pesanteur. 11 se compose d’un morceau de bois tourné, ayant la forme de deux cônes droits à bases circulaires dont les bases se confondent, et de deux planchettes inclinées, faisant entre elles un certain angle, le sommet de cet angle se trouvant être à la partie la plus basse du plan incliné formé par les bords supérieurs de ces planchettes. Placez le double cône sur les deux planchettes, près du sommet de l’angle, et vous le verrez rouler vers le haut du pian incliné, ce qui offre le curieux spectacle d’un corps roulant qui remonte le long d’un plan incliné. En réalité, par suite de l’écartement croissant des planchettes, les cônes reposent sur ces planchettes par des points de plus en plus voisins de leurs sommets, et l’axe des cônes (et par suite leur centre de gravité) s’abaisse, conformément aux lois de la pesanteur. Vous pourrez répéter facilement l’expérience sur un billard, à l’aide de deux queues et d’une des billes. Posez les deux queues sur le tapis du billard en les réunissant vers leurs petits bouts et en leur faisant faire un angle assez faible. Posez la bille sur les queues, vers le sommet de l’angle; vous la voyez se mettre à rouler du côté des gros bouts des queues, semblant remonter le long du plan incliné qu’elles forment. Deux cannes et deux abat-jour, dont les bases sont collées ensemble, vous permettront aussi de constater le même fait.
- Un jeu de loterie de salon, sorte de roulette d’un genre inédit, est une variante des appareils que nous
- venons de décrire. Nous y retrouvons les deux planchettes inclinées faisant entre elles un certain angle, ainsi que le double cône qui roule sur leurs deux bords supérieurs. La base commune des deux cônes est garnie d’une couronne dentée, rappelant un peu la roue d’un moulin à eau, d’où le nom de la meunière donné à l’appareil.
- A chaque dent de la couronne correspond un chiffre, peint sur les cônes, en rouge ou en noir, chaque chiffre correspondant aux mêmes chiffres imprimés sur des cartons que les joueurs ont entre les mains. Une fois les cartons distribués, la meunière est posée au bas de sa course, comme l’indique notre dessin, et si on l’abandonne à elle-même, elle roule rapidement vers le haut du plan incliné. Les dents viennent faire osciller un petit trapèze en (il de fer, suspendu à deux montants verticaux, à l’autre extrémité des planchettes, et la rotation de la roue
- ne s’arrête que lorsque la barre horizontale du trapèze a pénétré dans l’intervalle situé entre deux dents. On lit le chiffre correspondant à cette position de la barre, tout comme le numéro de la roulette indiqué par la bille. On peut ainsi jouer soit le numéro, soit la rouge ou la noire. L’appareil roulant arrive contre le trapèze avec une rapidité assez grande : il en résulte un choc qui projette loin de la meunière la barre horizontale ; puis le trapèze retombe contre la roue, qui tourne toujours, et l’anime d’une série d’oscillations. Ces oscillations du trapèze ne cessent que lorsque la barre retombe contre la roue à l’instant exact où se présente devant cette barre l’intervalle vide existant entre deux dents. Cette observation est nécessaire pour faire comprendre que le hasard seul fait accrocher tel numéro plutôt que tel autre. La meunière est un jeu de famillle ou de salon, mais pourrait, agrandie, être adoptée dans les cercles ou les établissements de jeux publics. Par son mode de fonctionnement absolument automatique, la meunière ne peut être soupçonnée de se prêter à aucune tricherie, ce qu’on ne peut malheureusement dire de la plupart des jeux de hasard que nous voyons surgir autour de nous. Arthur Good.
- _£_____________________________________ __________
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissakdier.
- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Flourùs, 9. •
- Le nouveau jouet de la Meunière.
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- N° 988. — 7 MAI 1892.
- LA NATURE.
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- toBUOTHÈQUe^]
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- LES CHEMINS DE FER DU T0NK1N
- La construction de. voies ferrées au Tonkin est appelée à rendre les [dus grands services à notre colonie; notre carte (lig. 2) indi({ue, en trait plein, la partie construite en 1892, elle montre en outre ce qui est, actuellement on construction et ce qui reste à l'aire. Le projet que l'on met. actuellement à exécution a été adopté eu août 1889 d’après les travaux d'une Commission. Il a été décidé que les voies ferrées à établir dans la partie nord-est du Tonkin auraient une largeur de 60 centimètres à l'intérieur
- des rails ; les motifs de cette décision sont les suivants :
- On utilisera, dans beaucoup de cas, les routes existantes ou la plate-forme des digues. La durée des travaux sera réduite au tiers : la dépense sera moitié moindre, la pose sera simplifiée, l’entretien facile. Le trafic, d’ici à longtemps, n’exigera pas un outil plus puissant, et le jour où le besoin d’une plus grande voie, se ferait sentir grâce au développement des échanges (pii sera précisément l’effet du fonctionnement de la voie ferrée, la petite voie dont le capital aura été complètement amorti, servira d’excellente voie de service pour établir, dans l’avenir, le grand chemin de fer définitif.
- Fig. 1. — Chemin (te 1er du Tonkin. — 1. Passerelle provisoire sur le Song-IIoa. — 2. Muraille et porte de Nam-Quua et route 1 de 'Lang-Sou. — 3. Vue de Dong-Dang.
- La ligne actuellement terminée est celle de Phu-Lang-Tlmong à Kep ; elle constitue l’amorce de la ligne de Phu-Lang-Thuong à Lang-Son. Les obstacles les plus sérieux pour la construction et l’exploitation sont compris dans le dernier tronçon près de Lang-Son. Nous représentons ci-dessus (fig. 1, n° 1) la passerelle système Eilïel qui établit actuellement un passage provisoire au-dessus du torrent du Song-lloa, là oîi l’on doit établir un pont. La distance des deux berges est de 75 mètres, la hauteur du tablier au-dessus du niveau des basses eaux sera de 20 mètres.
- Après Song-lloa, on arrive à Thanh-Moï, à 60 kilomètres du Phu-Lang-Thuong, c’est-à-dire un peu plus (pie la moitié du trajet.
- Thanh-Moï est au pied de la grande chaîne de lvai-King, clef des deux grandes voies d’accès vers Lang-
- 20e anucc. — 1er semestre. 2O
- Son : lune, la rampe de lien-lio; 1 autre, la vallée de Pho-Yi sur le col de Cut. On se trouve en plein territoire Thô, peuplade aborigène amie de la France ipii habite des grottes et dont la préoccupation constante est de se cacher pour éviter d’ètre rançonnée. Quand on a dépassé Pho-Yi, et que l’on approche de Lang-Son, on distingue au sommet d’une colline un fort destiné à surveiller et à prévenir, le cas échéant, une incursion des Chinois sur notre territoire. C’est le fort Brière-de-Lisle (pii commande les routes de Nam-Quan par Dong-Dang et Loc-Binh.
- On arrive ensuite à Lang-Son môme, où sera le point terminus du chemin de fer. Lang-Son est sur la rive gauche du Song-Ki-Kung. La ville est le siège d’un commandement de région militaire et d’un gouvernement indigène de province. Tout ce pays est
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- LA NATURE.
- habité par les Thô, par les Chinois et par les Mon, autre population curieuse aussi, qui vit parmi les rochers inaccessibles et escarpés.
- Le Son-Ki-Kung se dégage dans le sud-est de cette chaîne de montagnes et se continue jusqu’à Ban-Trich et Long-Tcheou, où il forme alors avec le fleuve Cao-Bang la rivière de l’ouest qui traverse la Chine méridionale pour se jeter dans la mer à Canton.
- De Lang-Son, la route se plonge sur Dong-Dang et Ky-Lua, futures amorces du chemin de fer de pénétration en pays chinois.
- Dong-Dang se trouve à 14 kilomètres au nord de Lang-Son. C’est une bourgade de 500 âmes, eon-
- Echelle
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- (Bac-Nml
- Goirç'-pu roNMN j
- Carte des chemins de fer du Tonkin.
- struite en briques et centre d’un premier marché important.
- Dong-Dang est à 5 kilomètres de la porte Nam-Quan, dominée à droite et à gauche par ses forts que relient une muraille crénelée qui forme la frontière chinoise. Non loin de là se voient encore les vestiges d’anciens murs en pierres séparant la Chine de l’Annam.
- Le premier réseau du chemin de fer du Tonkin comprendra 212 kilomètres, le deuxième réseau n’aura pas moins de 571 kilomètres.
- La situation centrale du réseau sera à Bac-Ninh : on y réunira les installations principales du matériel et de la traction.
- Les stations de Hanoï (rive gauche du fleuve Bouge, à l’extérieur de la digue insubmersible, c’est-à-dire à 800 mètres environ du fleuve) et des Sept-Pagodes, auront la même importance que celle de Phu-Lang-Thuong.
- On établira des stations intermédiaires défensives à Phu-Tu-Sou (Pins parasols) ; à Dap-Cau ; un point à déterminer entre Bac-Ninh et les Sept-Pagodes ; un point à déterminer entre Dap-Cau et Phu-Lang-Thuong; Dong-Dang, et une station terminus à Nacliam L
- ÉCART ENTRE LE SON ÉMIS PAR EN CORPS EN MOUVEMENT ET LE SON PERÇU PAR UN AUDITEUR QUI SE MEUT LUI-MÊME
- FORMULE RELATIVE A CET ÉCART
- Un son fixe2 étant émis par un corps dont la distance à un auditeur varie, on sait (pie le son perçu par l’auditeur, tout en différant du son émis, sera comme lui fixe si la vitesse avec laquelle l’auditeur et le corps sonore s'approchent ou s’éloignent l’un de l’autre est constante.
- Ce fait a été clairement démontré dans La Nature par M. le commandant Moëssard 3.
- Quant à l’intervalle musical des deux sons (son émis et son perçu) il est, comme on le sait, mesuré par le rapport t
- — ou par son égal - : n t
- n désignant le nombre des vibrations émises, en un temps donné, par le corps sonore; n', le nombre des vibrations perçues dans le même temps par l’auditeur; t, le temps qui s’écoule entre les émissions de deux vibrations; t', le temps qui s’écoule entre leurs perceptions.
- Des formules simples font connaître ces rapports dans le cas où, par un temps calme, l’auditeur et le corps sonore parcourent une même ligne droite. Grâce au peu de distance qui sépare les deux voies d’un chemin de fer, ces formules peuvent s’appliquer, sans erreur sensible, au cas où l’auditeur est monté dans un tram croisant une locomotive qui siffle.
- Soit v la vitesse de la locomotive, v' la vitesse de l’auditeur, Y la vitesse du son dans l’air calme, voici la formule qui convient au cas où la locomotive sifflante et le voyageur marchent l’un vers l’autre :
- n' _ l __ V + v' n ~1~~ V — v
- Je vais le démontrer.
- L NM DA
- X-----•----*------------------•------•-----Y (BA—NM)
- XY est un chemin de fer rectiligne sur lequel la locomotive sifflante s’avance de X vers Y. L’auditeur vient à sa rencontre.
- Il s’agit de déterminer la valeur du rapport j,> t cl l'
- se rapportant à deux vibrations choisies arbitrairement parmi celles qu’émet le sifflet.
- • Soit L la position de la locomotive au moment où se produit la première des deux vibrations considérées. Cette vibration se propage immédiatement en tous sens sous forme d’onde sonore avec la vitesse Y.
- Au moment où se produit la deuxième vibration, c’est-à-dire au bout du temps t, la première onde a donc par-
- 1 D’après la Chronique industrielle.
- 2 C’est-à-dire : dont la hauteur ne varie pas.
- 3 Voy. n° 958, du 25 mai 1891, p. 590.
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- couru sur l;i voie, dans la direction LY, une longueur LM — VL
- À ce même instant la locomotive a parcouru la longueur LN = vt.
- L’est donc au point N que se produit la deuxième vibration, et cela au moment précis où la première onde atteint le point M.
- Lelte deuxième vibration se propageant sous forme d'onde avec la même vitesse que la première, la distance entre les points simultanément atteints par les deux ondes sur la voie dans la direction Y Y se maintiendra constamment, égale à sa valeur primitive NM.
- Sur la ligure on voit aisément que :
- NM = LM — LN —. Y/ — vt — t {Y — »).
- 11 faut maintenant déterminer la valeur du temps t' qui s'écoule entre la perception, par l’auditeur en mouvement, des deux vibrations considérées. 11 les perçoit évidemment aux instants où il croise les ondes qui en proviennent.
- Soit donc A le point où l’auditeur croise la première onde. Au moment où cette rencontre a lieu, la deuxième onde est parvenue en un point B dont la distance au point A est, d’après ce qu’on a dit tout à l’heure, égale à NM et, par conséquent, à l (Yr — v).
- On peut donc écrire : AB = < (V — v).
- Lette deuxième onde s’avance avec la vitesse Y’. L’auditeur vient à sa rencontre avec la vitesse v'. Leur mouvement relatif est donc le même que si, l’auditeur étant immobile, cette onde marchait vers lui avec une vitesse égale à V + vr. Le temps tr nécessaire pour qu’elle l'atteigne est donc donné par l’équation : AB = /' (V + v'). On vient de voir que : AB= l (V — v).
- n , , ^ / - i il \ Y -f- v
- / \ n J Y — v
- qu’il fallait démontrer.
- On démontrerait de même qu’après le croisement des trains la formule précédente doit être remplacée par celle-V — v' t' n V H- v
- Au moyen de conventions do signes, ces deux formules se réduisent à une seule qui s’applique en outre au cas où la locomotive et l’auditeur se meuvent dans le même sens.
- JIkmii nu la Freskaye,
- Ancien officier de marine.
- COMPTEURS HORO-KILOMÉTRIQUES
- POUR VOITURES DE PLACE1 COMPTEUR F. -N. SANTENAR1I
- Dans notre premier article sur les compteurs horo-kilométriques pour voitures de place, nous nous sommes borné à indiquer les prescriptions générales imposées par l’Administration, et les conditions que devaient remplir les appareils pour être agréés — et non imposés, comme l’affirmait un prospectus d’émission de Société qui nous est tombé entre les mains. Les appareils agréés jusqu’à ce jour sont au nombre de quatre, et celui que nous allons décrire est le plus ancien en date, celui qui a fonctionné dès le mois de janvier dernier sur un certain nombre de voitures, et peut être considéré, par suite, comme le véri-
- 1 Suite et lin. — Yoy. u° 982, du 2ti mars 1892, p. 257.
- table pionnier sur ce terrain délicat et difficile d’activité industrielle.
- Le compteur de M. F.-N. Santenard se compose d’une horloge ordinaire donnant l’heure exacte, en meme temps qu’elle actionne les divers rouages du compteur; d’un tambour indicateur de la somme à payer; d’un système enregistreur des chemins parcourus en kilomètres et hectomètres; d’un guichet indiquant si la voiture est libre, louée ou au pas; d’un cylindre enregistreur tournant d’un mouvement uniforme sous l’action du mouvement d’horlogerie, et sur lequel vient se placer une feuille de papier qui reçoit un tracé indiquant le chemin parcouru par la voiture, ses différentes allures, et les manœuvres successives du libre, au pas ou loué ; enfin, d’un système de plateaux gradués indiquant le total de la recette de la journée, d’après le travail fait par la voiture. Tous ces organes sont commandés, tantôt par l’horloge du compteur, et tantôt par la roue de la voiture elle-même, à l’aide de transmissions et d’embrayages appropriés aux fonctions multiples qu’ils doivent remplir.
- Nous allons décrire, aussi succinctement et aussi simplement que possible, les principales fonctions de ces différents organes, en faisant principalement ressortir le principe sur lequel chacun d’eux est fondé.
- Transmission du chemin parcouru par la voiture. — Le mouvement de la voiture (fig. 1) se transmet au compteur à l’aide d’un excentrique monté sur l’une des roues, celle de droite, généralement. Cet excentrique actionne un levier dont le mouvement se transmet à un piston compresseur de liquide relié par un tuyau résistant, mais non rigide, à une seconde pompe à liquide disposée sur le compteur proprement dit (fig. 2), en vue de produire l’entraînement des rouages des prix et du chemin parcouru pendant la marche de la voiture. Pour éviter la congélation pendant les grands froids, le liquide employé pour la transmission est ordinairement de la glycérine. Par suite de la disposition même du mécanisme, il y a un coup de piston produit par tour de roue de la voiture. La figure 2 donne une idée de l’ensemble des mécanismes intérieurs détaillés dans les figures 5, 4, 5 et 6.
- Horloge. — L’horloge qui actionne le compteur pendant les arrêts et la marche au pas commandée, en même temps qu’elle fait connaître à chaque instant l’heure au voyageur, ne présente rien de particulier. C’est un appareil robuste, et disposé pour fonctionner pendant plus de vingt-quatre heures sans arrêt. Le remontage se fait tous les jours, au moment du changement du papier sur lequel s’est enregistrée la marche de la voiture le jour précédent, ou, plus exactement, chaque fois que la voiture rentre au dépôt après avoir fini sa journée.
- Arrivée et transformation du mouvement de la voiture dans le compteur. — Nous avons dit que, pendant la marche de la voiture, la pompe montée sur l’axe donnait un coup de piston par tour de roue.
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- LA NAT Ü LL.
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- Ci; coup de piston se transmet à un second piston I'2 (hg- 5, n° 2) par 1 intermediaire d'un tuyau et d’un cylindre dans lequel se meut le piston récepteur. II commande un cadre métallique O1 sur les cotés verticaux duquel sont disposées deux crémaillères t, t' dont les dents agissent en sens inverse et successivement, lune pendant l’ascension, l’autre pendant la descente du piston, sur une roue à rochet T, à laquelle elles impriment ainsi, pendant la marche de la voiture, une rotation par intermittences, dont la fréquence varie proportionnellement à la vitesse de la voiture. On a donc ainsi, grâce à l’horloge et à la transmission de la voiture, deux axes tournant, l'un avec une vitesse angulaire uniforme, l’autre avec une vitesse moyenne proportionnelle à celle de la voiture, et dont le nombre de tours effectué dans un temps donné est, par conséquent, proportionnel au chemin parcouru pendant le même temps. Cette disposition est représentée en détail ligure 5.
- Tambours indicateurs. —
- Deux tambours cylindriques portant chacun 24 dents peuvent tourner auto u r d’un axe horizontal sur lequel ils sont montés : l'un des tambours a pour but de donner au voyageur l’indication de la somme à payer, l’autre l’indication du chemin que Ton vient de faire.
- A cet effet chacun d'eux soulève (fig. 0), à l'aide des dents ménagées sur sa périphérie, un petit guichet qui se déplace avec la dent e pendant un certain temps, et retombe ensuite brusquement, lorsque la peut l'abandonne, pour être repris, un instant après,
- Fig. 1. — Complcui' Sunii'inml. Excoulriiiue et jiompe à glycérine transmettant le mouvement de la roue au compteur proprement dit.
- Fig. 2. — Vue intérieure du compteur Santeuard montrant l’ensemble du mécanisme.
- par la dent suivante. Comme le tambour entraîne les indications successives de prix et de chemin parcouru avec la même vitesse que lui-même, le guichet ne laisse apercevoir, à chaque instant, qu’une seule
- indication de prix ou de parcours kilométrique, et c’est par la chute brusque du guichet que Tune des indications lait place à la suivante, évitant ainsi toute discussion entre le cocher et le voyageur, discussion qui se produirait inévitablement si deux indications successives se trouvaient à cheval sur la fenêtre du guichet au moment du règlement.
- II nous reste à indiquer comment ces tambours sont commandés, dans chaque cas, par l'horloge ou par la voilure en marche, suivant qu’il s'agit de la marche au pas, de l'arrêt ou de la marche normale à la course, quelle petite que puisse être, d'ailleurs, sa vitesse, marche au pas, le tam-celui de la somme à payer progressent simultanément. Sous Tac-lion de l'horloge, celui de la somme à payer avec une vitesse telle qu'il passe 8 dents par heure, correspondant à la vitesse de 8 kilomètres par heure.
- 11 en est de même pendant les arrêts de la voiture, lorsque le signal libre n’est pas arboré. Lorsque la voiture se met en marche pour une course, et que sa vitesse augmente, les coups de piston correspondant à chaque tour de roue deviennent de plus en plus fréquents, mais ces coups de piston agissent pour comprimer de l'air dans un cylindre renfermant un piston
- Dans la position de bour du chemin parcouru et
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- dont la lige commande un système spécial d’embrayage des tambours avec l’axe du compteur actionne par la roue de la voiture. Dès que la vitesse a atteint quelques hectomètres par heure, la fréquence des coups de piston est suffisante pour maintenir dans le cylindre d’embrayage une pression telle qu’il puisse embrayer les tambours. Dès l’arrêt, l’air comprimé s’échappe par un petit trou convenablement ménagé dans la canalisation et la pendule embrayant avec le tambour des sommes à percevoir, le fait progresser à raison de 2 francs par heure. Dès que la voiture se remet en marche, le tambour du chemin parcouru et celui de la somme à payer avan-
- cent ensemble, sous l’action de la roue de la voiture, et avec une vitesse d’autant plus grande (pic la voiture avance plus vite, tandis que l’horloge, entièrement désembrayée des tambours, ne lait plus tourner (pie ses aiguilles et le cylindre enregistreur E dont nous parlerons tout à l'heure.
- Il faut remarquer que, dès que le signal loué a été arboré, le tambour de la somme à payer se met en marche et que, si le départ effectif est retardé pour une cause quelconque, ce tambour progresse seul, tandis (pie celui du chemin parcouru reste au zéro jusqu’au moment du départ de la voiture.
- La concordance des indications des deux tambours
- Fis- 5. — Détails du compteur horo-kilométrique. Partie placée sous le siège du cocher. — N* 1. Vue de face montrant les indications diverses fournies au client par le compteur (1, somme à payer; 2, chemin parcouru en kilomètres; 5, fraction de kilomètre; 4, guichet de la marche de la voiture : libre, au pas, loué ; 5, nombre total de kilomètres parcourus dans la journée ; 6, total des sommes perçues, chiffres des dizaines de francs; 7, total des sommes perçues, francs et quarts de francs.) — N° 2. Vue intérieure du compteur. — AB. Roue à vis sans fin recevant son mouvement de la roue de la voiture. — A. Tambour des francs. — P. Piston à air recevant la pression de la pompe P lorsque la voiture est en travail (marche au kilomètre). — P2. Pompe réceptrice à glycérine. — B. Tambour des kilomètres. — D. Curseur montrant le chemin parcouru. — II. Embrayage avec l’horloge. — N° 5. Vue du mécanisme enregistreur. — I. conducteur à coulisse. — .1. Crayfln fixé sur 1. ~ E. Cylindre enregistreur. — a, a, a. Engrenages de commande des tambours gradués. — N° 4. Coupe horizontale Position du compteur au loué, voiture eu travail et en marche au kilomètre. — P. Piston à air agissant par le levier f sur le levier Q de la commutation C, 17; la roue C' tourne folle entraînée par l’horloge ; la roue C fixée au tambour des francs A tourne avec le système kilométrique. — U. Tige conique refoulée par le plan incliné X, et séparant entièrement les tambours du rouage kilométrique. — V. Sou pape ouverte dans la marche lente au pas, annulant l'effet de la pompe à air, ce qui laisse les tambours embrayés avec l’horloge, quelle que soit la vitesse de la voiture, et fait avancer les tambours A et B à raison de 8 kilomètres par heure. — Y. Levier de manœuvre commandant la coulise I. —Dimensions du compteur : longueur, 30 centimètres ; hauteur, 15 centimètres ; profondeur, 12,5 centimètres
- est donc détruite, et la discordance s’accentue d’autant plus que la marche est plus intermittente.
- • La seule différence entre la marche au pas commandée et la marche intermittente produite, par un embarras de voitures, par exemple, ou par un arrêt volontaire du voyageur entre deux courses, c’est que, dans la marche au pas commandée, l’embrayage des tambours avec l’horloge est réalisé par la manœuvre d’un levier, tandis que, dans la position du loué, le changement de commande des tambours, soit par l’horloge, soit par la roue de la voiture, se fait automatiquement sous l’action de la pompe à air. La remise au zéro des tambours par la manœuvre du levier à la position libre est effectuée
- à l’aide d’un mécanisme spécial dont le détail nous entraînerait trop loin et qui est représenté sur la coupe transversale figure 6. Dans la position de libre, il n’y a aucun avancement possible, ni du tambour du chemin parcouru, ni de celui de la somme à percevoir.
- Les légendes qui accompagnent les figures 5, 4, 5 et G permettent de comprendre les fonctions des différents organes qui concourent aux effets que nous venons d’indiquer sous une forme générale, sans insister sur le détail des mécanismes, ainsi que les dispositions de principe qui les font agir.
- Ici se terminerait la description du compteur Santenard, si nous ne devions le considérer que dans
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- LA NATURE.
- les dispositions qui intéressent le public ; mais il n’est pas indifférent, au loueur, comme nous l’avons indiqué dans notre premier article, de connaître l’histoire de sa voiture pendant une journée, pendant le temps où elle est confiée à un cocher dont les intérêts ne sont pas évidemment les mêmes que ceux du loueur, et de pouvoir contrôler les affirmations du cocher en cas de contestation avec un voyageur, par exemple. C’est là le luit des organes qu’il nous reste à décrire.
- Totalisateur de la recette du jour. — Cette disposition a pour but de faire connaître au loueur le total des sommes perçues par le cocher entre la sortie et la rentrée de sa voiture, pourboires non compris, bien entendu. Voici comment cette totalisation est réalisée (tig. 4). Chaque fois que le guichet du tambour des sommes perçues L tombe, il vient frapper sur une butée g dont les articulations tirent sur un cliquet agissant sur un disque K divisé en quarante parties correspondant chacune à l’unité indivisible de 25 centimes adoptée comme étalon dérèglements de compte.
- Direction du Compteur
- Fig. i et S. — Fig. i. Totalisateur de la recette du jour. — L. Guichet du tambour des francs tombant sur la butée g et agissant sur le cliquet h par le levier h. — Fig. 5. Commande de l’axe de l’entraînement des roues A et B par la pompe à glycérine. — P*. Pompe à glycérine. — I". Pompe à air. —• t, tl. Crémaillères attaquant alternativement le rochet T. — R1. Ressort de rappel. — W. Bouchon à pas de vis sur lequel se visse le tube venant de la pompe à glycérine montée sur l’essieu.
- Chaque tour de ce disque correspond donc à 10 francs. A chaque tour complet du disque, une petite planchette disposée à l’arrière de ce disque avance d’une certaine quantité, et vient démasquer un numéro, un chiffre formant les dizaines du nombre dont les unités et les fractions de 25 centimes sont indiquées par le disque. On lit ainsi directement, et à chaque instant la somme perçue par le cocher depuis l’instant où la voiture a quitté le dépôt, ou, plus exactement, depuis l’instant où le compteur a été remis au zéro. On voit (fig. 5 et fig. 4) la disposition adoptée pour la lecture des fractions, de franc. Entre deux chiffres successifs correspondant à une différence de 1 franc, il y a un trait et deux points qui se placent successivement devant un index à chaque rotation de un quarantième de tour. Le trait correspond à 50 centimes, les deux points correspondent respectivement à 25 centimes et 75 centimes.
- Totalisateur du chemin parcouru. — Le chemin parcouru par la voiture pendant la marche est indiquée par un curseur (fig. 5, nos 1 et 2) monté sur un
- écrou se déplaçant sur une vis horizontale mise en mouvement seulement lorsque la voiture roule, et tournant avec une vitesse proportionnelle à celle du véhicule. Ce, curseur fait donc connaître le chemin total parcouru et fournit ainsi au loueur d’utiles indications sur le véritable travail effectué par le cheval. Mais il y a plus. La face postérieure de ce curseur porte un style J qui vient appuyer contre un cylindre tournant, sous l’action de l’horloge, d’un mouvement uniforme autour d’un axe horizontal. Ce style trace une courbe continue sur une feuille de papier montée sur le cylindre et fournit un diagramme très précis des conditions de marche, d’arrêt et de vitesse du véhicule à chaque instant.
- (ig. G.— Coupe transversale du compteur montrant le cylindre enregistreur E, la pointe traçante J et ses engrenages de commande b; les dents e agissant sur la fenêtre mobile M par le doigt m fout
- avancer les indications par fractions indivisibles de 25 centimes.— x. Rainure en spirale dans laquelle se déplace l’extréinilé du levier N. — G. Levier qui retient les tambours en place lorsque la voiture est remise au libre et les 'indications ramenées an zéro, afin de pouvoir totaliser les courses de la journée.
- Indications relatives au loué, au libre, ou au pas. — Enfin, pour que le loueur puisse connaître, à la fin de la journée, la durée de chat une des trois conditions de marche de la voiture ainsi que lis heures auxquelles les divers changements de régime de marche se sont produits, l’extrémité du levier de manœuvre de ces trois indications se termine par un style dont l’extrémité vient appuyer sur le cylindre E et y fait une trace continue. Mais cette trace continue vient s’inscrire dans l’une des trois handes correspondant à l’une des trois positions définies que le levier doit occuper ; un simple examen de cette trace en zigzags permet de lire, sur le papier gradué à l’avance, toutes les positions prises par le style et la durée de chacune, les heures auxquelles les changements se sont produits, et le temps pendant, lequel la voiture a fonctionné à chacun de ces trois régimes.
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- LA N A Tlîit F.
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- Le papier sur lequel viennent s’enregistrer toutes ces indications, soigneusement date et conservé, constitue un utile et précieux contrôle automatique et permet de faire droit, ultérieurement, aux réclamations qui pourraient se produire, et de vérifier dans quelle mesure ces réclamations sont fondées.
- Une simple comparaison des sommes totales versées, du chemin total parcouru, des allures du véhicule à chaque instant, et des positions du levier permettront à un loueur intelligent de faire l’historique complet de la journée de sa voiture. 11 saura, par exemple, par l’inclinaison plus ou moins grande de la courhe tracée sur le cylindre par le totalisateur de chemin parcouru, si le cocher, sollicité par un bon pourboire, n’a pas mené son cheval à une allure excessive. Il saura si le cocher n’a pas abusé inutilement de la marche à vide ou maraude, allure favorite actuelle des cochers par temps de pluie, ou les jours de fête, alors qu'ils veulent pouvoir choisir à volonté leur voyageur ou la course qui leur est proposée. 11 saura de même si le cocher n’a pas prolongé outre mesure la durée des repos en station, son mode de travail ^préféré, qui sera, sans nul doute, celui des petites courses fréquemment répétées, car ce sont elles qui feront passer le pourboire par un maximum, etc., etc.
- On voit, en examinant les différents organes que nous venons d’indiquer, et les diagrammes qui les représentent, que le compteur horo-kilométrique de M. Santenard, comme tous ceux, d’ailleurs, agréés jusqu’ici par l’Administration, constitue un appareil complexe, pour ne pas dire compliqué.
- Il a fallu développer beaucoup d’ingéniosité et non moins d’adresse pour faire tenir en un aussi petit espace ({lie celui dont on pouvait disposer, un aussi grand nombre d’organes dont chacun a une fonction distincte et nettement définie, et ne semble pas pouvoir être supprimé sans rendre le fonctionnement du compteur incomplet ou insuffisant.
- Nous ne croyons pas cependant qu’il soit toujours indispensable d’avoir recours, pour résoudre le problème, à des dispositions mécaniques, à des organes aussi nombreux et aussi complexes. L’inventeur, M. Santenard, et les constructeurs, MM. Lepaute, admettent volontiers qu’il sera possible de faire plus simple, et de réduire le nombre des organes, sans réduire dans le même rapport celui des fonctions. Tel qu’il est, le compteur horo-kilométrique que nous venons de décrire présente cependant un très grand intérêt, car c’est la première solution complète du problème posé par la Ville de Paris, la première qui ait reçu une sanction expérimentale par un fonctionnement continu, depuis plus de quatre mois déjà, sur un certain nombre de voitures de place de la Ville de Paris. Cette expérience a conduit naturellement à des modifications et à des améliorations dont nous aurons l’occasion de rendre compte lorsqu’elles auront, à leur tour, reçu la sanction de la pratique. X... ingénieur.
- FILTRE DE CAMPAGNE
- l'OUR LES TROUPES EX MARCHE
- Un problème qui a toujours préoccupé les hygiénistes militaires, a été celui de l’alimentation en eau pure des détachements et troupes en colonnes, lesquels, par leurs déplacements continuels, sont exposés à s’alimenter d’eaux suspectes.
- Disons tout d’abord que, l’eau bouillie, si préconisée, offre cependant des inconvénients. Outre qu’après ébullition, elle ne contient plus, ni les sels dans lesquels l’organisme puise des principes réparateurs, ni les gaz nécessaires à la digestion, sa préparation demande beaucoup de temps. Il faut, en effet, aller puiser l’eau, la transporter au campement, puis la chauffer et surtout la refroidir; aussi voit-on les hommes, trompant la surveillance des chefs, courir au premier ruisseau venu et s’y abreuver sans souci des conséquences, parce que l’eau y est plus fraîche et qu’ils se désaltèrent sans délai.
- Ils sont cependant prévenus des dangers de cette alimentation, mais toutes les réglementations possibles sont impuissantes. Interrogez les médecins militaires et ils vous diront quelle énorme proportion de malades leur fournit cet acte irraisonné.
- En France, le service de santé (7e direction du Ministère de la guerre), après de laborieuses études sur la contagion et la prophylaxie de la fièvre typhoïde, a adopté, pour le service des casernements dépourvus d’eau de source de bonne qualité, le filtre Chamberland, système Pasteur, dont nous avons déjà donné le principe.
- Les nouveaux appareils que nous allons faire connaître purent être construits à temps pour être mis, dès le 4 septembre, à Chaumont, à la disposition de l’autorité militaire. Le 25e chasseurs, puis le 44° de ligne, furent dotés de ces filtres qui fonctionnèrent à toutes les étapes et cantonnements. Plus récemment, le 29 décembre dernier, lors d’une expérience d’évacuation de blessés par un train sanitaire, ces mêmes types de filtres fournirent la totalité de l’eau nécessaire à la cuisine et à la boisson, dans les réfectoires et infirmerie de gare improvisés à Saint-Germain, par la Société de secours aux blessés.
- Le filtre transportable dont nous nous occupons comprend le récipient des bougies qui constitue le filtre proprement dit ; c’est une véritable chaudière ou, plus exactement, un autoclave Chamberland1 ; le récipient monté sur tourillons peut basculer et être vidé instantanément. L’eau impure, refoulée par une pompe aspirante et foulante, y pénètre par l’un des tourillons au moyen d’un raccord d’accouplement spécial* qui suit le filtre dans tous ses mouvements.
- Le système filtrant comporte 21 bougies bb' (fig. 1 ), mais ces bougies diffèrent des bougies courantes en ce qu’elles sont ouvertes aux deux extrémités et ne
- 1 L’autoclave Chamberland est couramment employé dans les laboratoires pour la stérilisation par la vapeur sous pression
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- LA NATURE.
- portent pas d’embase émaillée. Le raccordement au collecteur est fait par des montures spéciales (assujetties sur la bougie par des bagues de serrage mobiles) qui rendent la casse impossible malgré les chocs et les ébranlements inévitables résultant du transport. Deux écrous a,a suffisent à faire les joints : l’un est inférieur, il porte le bouchon de vidange des bougies ; l’autre est supérieur, et se raccorde à la tubulure de sortie de l’eau pure. C’est par cette tubulure (pie l’on peut souffler dans l’intérieur des bougies, afin de s’assurer de leur étanchéité, laquelle se constate par l'absence de bulles d’air dans l’eau où elles sont plongées.
- S’agit-il de remplacer l’une d'elles, on dévisse les deux écrous et on sort d’un bloc les bougies et leur monture. La bougie suspecte est remplacée en un instant grâce au mode de montage adopté.
- Les bougies employées n’ont pas d’embase émaillée, aussi peut-on y introduire les substances susceptibles de fixer ou décomposer les matières solubles qui rendent certaines eaux désagréables. Ajoutons que l’eau, lorsqu’elle arrive à leur contact, a déjà traversé la bougie qui a retenu à sa surface externe toutes les particules solides. Ces substances ne s’encrasseront jamais comme il arrive dans les filtres ordinaires et il deviendra possible d’épuiser toute leur activité chimique.
- Le volume de l’appareil se trouve réduit au minimum par la mobilité des brancards qui se rabattent
- sur les montants de la civière et par le déboîtage du levier de la pompe.
- Quant au nettoyage, il ne demande que quelques instants, car il est facilité par une brosse spéciale, ([ne l’on tient à la main, et tpii s’étale sur trois bougies à la fois. On peut prolonger l’action de la brosse autant que cela est nécessaire.
- Quelques coups de pompe complètent le nettoyage par un rinçage, énergique et comme la rapidité de l’opération permet d’y procéder fréquemment et sans hésitation, le débit moyen est extrêmement voisin du débit initial.
- En une demie heure on obtient couramment la quantité d’eau pure à distribuer à 200 hommes environ.
- Ajoutons que, selon les pays, le filtre peut être installé sur un bàt de mulet ou à dos de chameau. Notre figure 1 montre l’ensemble de l’appareil, la
- pompe d'alimentation étant figu-tvec son tuyau de prise d’eau A ; le réci-pient ou autoclave est représenté en T.
- La figure 2 indique le mode d’emploi du filtre de campagne, tel qu’il a fonctionné lors des dernières grandes manœuvres. L’ensembic du système ne dépasse pas le poids de 50 kilogrammes. Un appareil de ce genre peut donc être très facilement transporté, comme cela a d’ailleurs été expérimenté avec succès dans les essais que nous avons résumés au début de cet article. J. Laffargue.
- Fig. 2. — Emploi (lu filtre de campagne par les troupes.
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- LA NATURE.
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- LES SINGES ARAIGNÉES AU JARDIN DES PLANTES
- LES ATÈLES
- À côte des Chimpanzés et des Orangs que l’on a emportés, avec une désolante rapidité, par les affec-
- à peine le temps d’étudier et qui sont successivement tions des voies respiratoires, à côté des Macaques,
- I/Atèle noir de la ménagerie du Jardin des Piaules, à Paris.
- des Cercopithèques et des Cynocéphales qui résistent mieux à la captivité et aux conditions d’une installation défectueuse, la Singerie du Muséum d’histoire
- naturelle a possédé à diverses reprises et possède encore des Singes fort curieux dont nous n’avons pas jusqu’ici entretenu nos lecteurs. Ces Singes,
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- LA NATURE.
- ce sont les Atèles, vulgairement appele's, de même que les Ériodes, Singes-Araignées, à cause de leur corps velu, généralement de couleur foncée et porté sur de longues pattes grêles, garnies également de poils hirsutes. Us sont tous originaires de cette portion de l’Amérique tropicale qui s’étend du Mexique au nord du Pérou en embrassant la Guate'mala, l’État de Costa-Rica, Panama, la Colombie, les Guyanes, l’Équateur et le Brésil. Ils vivent en troupes d’une douzaine d’individus dans les immenses forêts qui couvrent les plaines et les rives des fleuves et passent la majeure partie, on pourrait même dire la totalité de leur existence, sur les arbres ; c’est là qu’ils dorment, là qu’ils prennent leurs repas, là qu’ils élèvent leurs petits. Pendant le jour, on les voit tantôt paresseusement couchés ou béatement accroupis au soleil, tantôt circulant le long des branches avec des allures de spectres en se tenant suspendus à un rameau par l’extrémité enroulée de leur queue prenante. Cette queue, dont la longueur égale ou dépasse celle de la tête et du corps réunis, est dénudée en dessous dans sa portion terminale et peut jouer le rôle d’une cinquième main. Les mains antérieures, en revanche, semblent moins parfaites que chez les autres Singes, car le pouce fait défaut ou n’est représenté que par un très petit tubercule ; mais cette infirmité, à laquelle fait allusion le nom d’Atèle qui signifie imparfait, se trouve largement compensée par ie développement des autres doigts. Les mains postérieures sont d’ailleurs normalement constituées, avec le pouce opposable. La tête est petite, arrondie en arrière et couverte d’une sorte de perruque, tandis que la face est plus ou moins glabre et, en tous cas, dépourvue de barbiche, les joues seules pouvant être encadrées de favoris blancs qui contrastent avec le reste du pelage. Celui-ci est quelquefois d’un roux brunâtre ou grisâtre, avec des parties d’un roux plus clair ou plus ardent, mais le plus souvent il offre une teinte noire uniforme à reflets bleuâtres. Cette livrée foncée, jointe à la rudesse du pelage, contribue à donner aux Atèles un aspect lugubre et satanique que ne corrige guère l’expression du visage. La face est en effet presque toujours grimaçante et, avec ses rides et sa teinte grise, noire ou rougeâtre, n’offre pas une physionomie des plus agréables. Elle est cependant éclairée par des yeux vifs qui n’ont rien de méchant et qui paraîtraient plutôt curieux et étonnés s’ils n’étaient à demi cachés sous les poils du front, ramenés en avant.
- Les Atèles, de même que les autres Singes américains, -ne dédaignent sans doute pas les insectes, les araignées et les œufs d’oiseaux; mais leur nourriture consiste essentiellement en fruits et en bourgeons. I)’un naturel timide et inoffensif, ils prennent la fuite devant l’homme qui est, du reste, leur plus cruel ennemi et qui leur fait une chasse acharnée. Certaines peuplades indiennes montrent, en effet, un goût particulier, ou plutôt une véritable passion pour la chair de ces Singes qu’ils mangent fraîche ou fumée et qui, sous cette dernière forme, constitue
- un objet de trafic important de tribu à tribu. D’autres peuplades, les Botocudos, par exemple, emploient aussi la peau des Atèles pour confectionner des vêtements et des parures. Enfin, depuis quelques années, on prend vivants un grand nombre de ces animaux pour les expédier en Europe où ils prennent place dans les ménageries des jardins zoologiques.
- Parmi les espèces que l’on voit le plus fréquemment en captivité, nous citerons l’Atèle coaïta (Ateles paniscus) qui est originaire de la Guyane et qui ne mesure que 0m,60 à 0m,70 de longueur, l’Atèle Bel-zébuth (Ateles Belzebuth ou Brissonii), appelé aussi Marimonda, qui se trouve dans les mêmes contrées que le précédent, mais qui s’en distingue par sa taille plus faible, et la coloration moins uniforme de son pelage, les parties supérieures du corps étant seules d’un noir luisant, tandis que les parties inférieures et la face interne des membres passent au blanc jaunâtre. Nous mentionnerons encore l’Atèle aux mains noires (Ateles melanochir Desm.), de l’Amérique centrale, espèce de plus grande taille, à la livrée nuancée de noir et de roux, et l’Atèle noir (Ateles ater F.Cuv.) ou Cagou dont le Pérou oriental est la véritable patrie, mais qui se trouve aussi, dit-on, sous une forme à peine différente, au Véné-zuela et même plus au nord, dans l’isthme de Pa-
- La dernière espèce, le Cayou, a été représentée presque constamment, depuis cinq ou six ans, dans la ménagerie du Jardin des Plantes, par un ou plusieurs individus qui ont été donnés successivement au Muséum d’histoire naturelle par M. Buso, M. Mûrisse et M. Criado, et c’est d’après l’un de ces Atèles noirs qu’ont été exécutés quelques-uns des croquis accompagnant cette Notice. Ce Singe, un mâle parfaitement adulte, mesurait environ lm,55 du museau à l’extrémité de la queue, celle-ci ayant à elle seule près de 75 centimètres. Il avait, comme tous les individus de son espèce parvenus à leur développement complet, le derrière et le sommet de la tête, le tronc, les membres et la queue revêtus de poils un peu rudes, mais bien fournis et d’un noir brillant, la face et les mains dénudées et d’un noir mat. Au repos il se tenait accroupi dans un coin de sa cage, la queue enroulée autour du corps, mais aussitôt que quelque chose éveillait son attention ou qu’il voyait venir son gardien, qu’il avait pris en grande affection, il se dressait en s’accrochant aux grillages et regardait curieusement, les avant-bras relevés formant deux angles droits avec les bras et dessinant les branches d’un U, la queue redressée et simulant, avec son extrémité enroulée, un gigantesque point d’interrogation. Quelquefois son gardien ouvrait la porte de sa cage, l’invitait à sortir et, le prenant par la main, ou plutôt par le poignet, lui faisait faire quelques pas dans le chemin de ronde. Ainsi soutenu, l’Atèle cheminait gauchement, comme un tout petit enfant conduit par sa bonne, mais seul il était parfaitement incapable de conserver l’allure
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- bipède, et, après avoir battu l’air de ses deux bras, il retombait presque aussitôt dans l’allure quadrupède. Du reste, môme a quatre pattes, il ne progressait qu’avec beaucoup de lenteur et l’on voyait aisément que ce n’était pas un animal organisé pour courir sur le sol. Au contraire, c’était avec l’agilité d’un gymnaste de profession qu’il se suspendait à une barre transversale de sa cage, tantôt par les deux bras, tantôt par un seul bras ou par la queue et se balançait dans le vide. Quelquefois môme, les jambes ballantes, le corps soutenu par la queue et par un bras, il allongeait l’autre bras jusqu’à terre, saisissait un fruit dans sa mangeoire et le portait à sa bouche. C’est, en effet, toujours avec leurs mains et jamais avec l’extrémité de leur appendice caudal que les Atèles prennent leur nourriture ; mais comme, lorsqu’ils ne font point usage de leur queue comme instrument de préhension, ils éprouvent le besoin de l’enrouler autour de quelque objet, on peut les voir parfois tenant une carotte ou un autre légume dans cette cinquième main. L’Atèle de la ménagerie du Muséum se servait aussi de sa queue pour enlacer, en jouant, le corps d’un autre Singe, un Macaque, qu’on lui avait donné pour compagnon et avec lequel il faisait d’interminables parties.
- Tous les Atèles se montrent d’ailleurs d’humeur sociable et manifestent des dispositions amicales, non seulement envers les animaux de leur famille, mais encore envers d’autres animaux. Ainsi, une femelle d’Atèle, que possédait un capitaine de la marine royale anglaise et dont M. Wood a raconté l’histoire, avait pris en grande amitié deux petits chiens de Terre-Neuve et s’en montrait môme fort jalouse. Elle se pelotonnait contre eux en les enlaçant tendrement. Il est vrai que cette manière d’agir n’était pas exempte d’égoïsme, carie navire à bord duquel elle se trouvait était alors par le travers de Terre-Neuve, et la pauvre bête, originaire de la Guyane anglaise, c’est-à-dire d’un pays tropical, cherchait par -tous les moyens à se garantir contre les rigueurs d’un climat septentrional. Sally, c’était le nom de cette Atèle, accompagna son maître pendant plus de trois ans dans tous ses voyages et jouissait à bord d’une entière liberté. Lorsque le navire voguait sous des latitudes plus favorables à sa santé, elle grimpait lestement dans les cordages et amusait l'équipage par des exercices de haute voltige. A table, elle se comportait comme une personne bien élevée et ne prenait sa part du repas que lorsque son maître lui en donnait l’autorisation. Un jour cependant qu’elle avait assisté à un grand banquet donné par les officiers du bord, elle se laissa aller à manger toutes sortes de friandises, olives confîtes, amandes, raisins secs et pâtisseries. Cela lui donna grand soif, et, trouvant à sa portée un broc contenant du cognac sucré et additionné d’eau, elle le vida d’un trait. Inutile de dire qu’au bout d’un moment elle était abominablement ivre. Cet excès faillit lui coûter cher, mais lui servit de leçon, car, à dater de ce moment, elle prit en horreur les boissons alcooliques et ne voulut plus même
- toucher aux cerises à l’eau-de-vie, pour lesquelles elle manifestait auparavant un goût des plus prononcés. .,
- Le Muséum d’histoire naturelle possède encore une femelle vivante d’Atèle noir, qui se montre aussi douce que Sally et que le mâle dont nous parlions tout à l’heure. Cette femellle, qui a servi également de modèle au dessinateur, connaît en effet très Lieu son gardien et fait excellent ménage avec un Macaque Rhésus rapporté par le prince d’Orléans de son voyage au Tihet. Aussi, en dépit de leur physionomie peu avenante, n’hésiterions-nous pas à recommander comme animaux d’agrément ces Singes, de préférence aux Macaques et aux Guenons, si leur tempérament frileux ne les rendait peu propres à être élevés sous notre climat. E. Oustalet.
- LE THÉA.TRE D’OMBRES
- SON INSTALLATION, PERSONNAGES, ÉCLAIRAGE, EFFETS ACCESSOIRES, ETC., ETC.
- La Nature a donné jadis une description sommaire des ombres de Caran d’Ache1. En même temps que Caran d’Ache, nous présentions dans les salons parisiens et, par conséquent, avec un matériel portatif, des ombres perfectionnées et, suivant l’exemple du célèbre artiste, nous avons produit les ombres militaires.
- Les lecteurs de La Nature apprendront avec quelque intérêt à connaître les petits mystères de ce genre d’ombres qui n’ont de différences avec leurs devancières, celles de Séraphin, par exemple, que la perfection du dessin et la complication des moyens accessoires employés.
- Le théâtre d’ombres s’établit très facilement; il se compose d’un panneau de 2m,50 de hauteur sur lm,50 de largeur, dans lequel est réservée une ouverture de l mètre de longueur sur 0ra,60 de hauteur; aux deux côtés de ce panneau sont adjoints deux feuillets R et C (fig. 3) se repliant comme les feuilles d’un paravent, du côté des spectateurs. L’appareil tout entier peut être placé dans une porte à deux battants P, P’, les spectateurs étant placés dans une chambre, l’autre étant réservée au théâtre et aux opérateurs.
- L’ouverture A, dont la base doit être à environ lm,35 du sol, est bouchée par une toile fine clouée ou collée du côté des spectateurs; un verre dépoli vaudrait mieux, mais serait trop fragile.
- Le théâtre lui-même est ainsi complet. Il peut être . peint d’une couleur sombre, sauf la toile naturellement et muni devant cette toile d’un rideau R qui, monté sur un simple rouleau comme un store, sert à boucher l’ouverture lumineuse lorsqu’on veut préparer d'avance certains sujets, comme la batterie autrichienne (fig. I). On nous pardonnera ces petits détails, mais on ne saurait être trop minutieux
- 1 Voy. n° 777, du 21 avril 1888, p, 321.
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- dans une description : il est bon de fixer les feuillets B et C, par exemple, aux gonds de la porte pour éviter le renversement en arrière du théâtre quand il supportera des pièces lourdes.
- Le théâtre ainsi monté doit être éclairé. Pour cela, le meilleur éclairage est celui donné par une lanterne à projections alimentée par un chalumeau oxhydrique!) (fig. 5), ou à défaut par une lanterne avec lampe à pétrole munie de plusieurs mèches, ou encore, si ces deux éclairages font défaut, par une simple lampe aussi forte que possible munie d’un réflecteur.
- Si l’on se sert de la lanterne à projections, il faut, autant que possible, placer cette lanterne à une hauteur telle que le milieu de l’objectif soit comme hauteur à moitié de la toile transparente et à une distance telle que le rectangle de cette toile soit inscrit dans la circonférence lumineuse projetée.
- On pourra ainsi, à certains moments , projeter une vue quelconque qui servira de décor et allier ainsi les projections et les ombres.
- Autrefois, pour les ombres dites chinoises, on indiquait le décor au moyen de découpures, mais, ou ces découpures étaient opaques, et elles se confondaient avec les personnages, ou bien elles essayaient d’être transparentes et colorées et ne pouvaient l’être assez, tout en restant suffisamment rigides. Nous avons renoncé à ces moyens primitifs et lorsque nous voulons indiquer une décoration, comme notre toile transparente est éclairée par une lanterne à projections, nous faisons apparaître sur
- cette toile, comme il est dit ci-dessus, au moyen d’une simple vue, soit peinte, soit photographiée, ([ue nous passons dans la lanterne, le décor qui nous est nécessaire L ( fig. 5). Nous engageons les lecteurs de 'La Nature qui voudront construire un théâtre d’ombres à employer ce moyen, soit qu’ils aient à leur disposition un appareil à gaz oxhydrique, soit qu'ils fassent usage d’un simple appareil à lampe pour projections, agrandissements photographiques ou lanterne magique.
- On a aussi essayé de faire dans les personnages des réserves à jour couvertes de papiers de couleurs ou de gélatines colorées, mais l’effet est déplorable, car si on présente des ombres il faut nécessairement les présenter complètes et non percées à jour.
- Les personnages ont, dans un théâtre d’ombres, la plus grande importance, et ceux de notre théâtre personnel dont nous donnons différentes reproductions pourront servir de hase et donner des indications pour en créer de nouveaux sur d’autres dessins (fig. 1 et 2).
- Quelques personnes ne sont pas assez habiles dans l’art du dessin pour créer elles-mêmes des types de personnages, nous allons indiquer pour celles-là un moyen qui n’exige que des connaissances très superficielles : c’est d’abord de choisir dans des gravures, livres, journaux, prospectus, etc., les personnages que l’on veut faire agir dans le théâtre d’ombres; si les dessins sont à la grandeur voulue, ce qui est rare, il suffit de les coller sur métal, cuivre mince, zinc ou tôle douce,
- Fig. 1. — La batterie autrichienne. — Voltigeurs prenant la batterie à la baïonnette.
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- ou encore, à défaut sur un carton et de les découper ou détourer, comme disent les reperceurs en métaux ; s’ils ne sont pas à la grandeur, on les grandit par la méthode du quadrillé. Pour cela, on les recouvre d’un réseau de lignes en croix aussi
- serrées que l’on veut, ce qui forme des carrés, et l’on trace sur le carton définitif d’autres carrés deux fois, trois fois, cinq fois plus grands; il n’y a donc plus qu’à retracer dans chaque grand carré tous les contours extérieurs du personnage qui se trouvent
- dans le petit carré correspondant pour avoir, en fin du travail, le contour parfait du même dessin grandi deux fois, trois fois, cinq fois, etc. (fig. 4).
- Les personnages étant ainsi dessinés et découpés, il faut leur donner du mouvement, sinon à tous, du moins à un certain nombre. Dans un grand tableau de nos ombres dont nous donnons le dessin (fig. 2), les deux angles visibles du carré abaissent à tour de rôle leurs fusils ; pour cela les fusils de Chaque ligne ont été découpés à part sur une bande de métal. Chaque bandeD,D fixée par deux charnières, l’une à la pointe centrale du bataillon carré et l’autre au bord du cadre, est maintenue en l’air au moyen d’un verrou. Lorsque les fusils doivent s’abaisser, le verrou est tiré et la bande de métal tournant sur scs charnières, de verticale qu’elle était, devient horizontale; les hommes qui semblaient avoir l’arme au bras paraissent la baisser puis, après avoir fait feu, la relever.
- 11 est bien entendu que ce mouvement des fusils se fait vers l’appareil d’éclairage et non vers la toile.
- C’est dans ce mouvement que les bruits et effets accessoires doivent se produire pour augmenter l’illusion. Le bruit se fait en criant les commandements successifs de la charge en douze temps et en faisant fonctionner le petit appareil à fusillade que nous décrirons en parlant des bruits accessoires.
- La lueur des coups de fusil s’obtient en enflammant une petite mèche de cotou-poudre qui file invisible le long des corps des hommes du carré CC (fig. 2) et dont la lumière, en se produisant, semble partir des fusils mis en joue. La fumée se fait'en envoyant avec une simple cigarette des bouffées de fumée vers la toile. On simule les bombes au moyen de bouclions qu’on lance dans le sens de la longueur de la toile et en enflammant, à leur point de chute, des petits paquets de coton-poudre. En même temps on fait tonner le canon.
- Fig. 4. — Mode d’agrandissement des dessins.
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- Cette chute des bombes fait surtout un grand effet dans l’autre pièce mouvementée que nous présentons et qui représente une batterie autrichienne; les artilleurs, à leur place de combat, servent les pièces, avancent, reculent, allument les pièces avec une mèche et le coup part pendant que les officiers lèvent le sabre. Tous ces mouvements sont obtenus en plaçant chaque personnage dans une petite coulisse fixée le long du terrain découpé et en attachant aux bras qui doivent remuer un simple fil qui fait levier. C’est alors que les bombes arrivent, renversant les pièces, éclatant, tuant les hommes et, au bruit de la fusillade, apparaît une compagnie de voltigeurs qui monte à l’assaut de la position et l’enlève au son du clairon et du tambour battant la charge pendant que le porte-drapeau apparaît et peu à peu domine tout le groupe.
- D’autres mouvements sont obtenus d’une façon très simple : par exemple, dans le cuirassier donnant du feu a un jeune groom (fîg. EF, fig.l), chacun des personnages est muni d’un tuyau de caoutchouc très fin HH qui, d’un bout, arrive à la bouche et dont l’autre extrémité passeà travers le support et pend au-dessous de la glissière qui sera décrite ci-après; l’opérateur fume dans les tubes et envoie, quand il veut, des jets de fumée. Les personnages semblent alors fumer véritablement. En outre, le grand cuirassier est simplement articulé au-dessus du point K, et, au moyen d’une tige manœuvrée d’en dessous, se plie de façon à approcher son cigare de celui du petit groom et se relève ensuite. On fait passer le cuirassier dans l’une des glissières et le groom dans l’autre, de façon que, marchant en sens contraire, ils puissent, après avoir donné et pris du feu, se croiser et passer l’un devant l’autre en envoyant des bouffées de fumée.
- Pour régulariser le passage des personnages, il faut munir chacun d’eux d’une base (fig. 1), et cette base formée d’une légère planchette comme celles des boîtes à cigare, par exemple, porte une petite règle clouée et collée. Derrière la toile se trouvent deux ou trois réglettes de bois ou de métal (11) plus longues que le châssis et supportées de très bas pour que les planchettes des personnages glissent entre elles en s’appuyant sur la règle collée. Un peut ainsi engager les personnages dans les réglettes, les amener en scène, les retirer en dehors du châssis éclairé, les immobiliser et avoir les mains libres pour les faire fonctionner. Tous ces mouvements se font en saisissant la planchette au-dessous des règles.
- Une chose de très grande importance, ce sont les bruits de coulisses. Ce sont eux qui font vivre les ombres et donnent l’illusion d’une chose réelle à ces simples découpures.
- Le canon s’imite très bien avec une grosse caisse sur laquelle on tape un fort coup suivi d’un petit tremblement du maillet sur la peau. La fusillade se fait avec une série de lamelles de bois fixées sur une corde, comme la clé d’une scie, et qui, bascu-
- lées l’une après l’autre par une roue dentée, produisent en choquant une bande de bois comme une suite de détonations. Le roulement des voitures se simule par le frottement d’une chaise sur le parquet. On obtient le bruit du vent en tendant un morceau de soie sur un châssis et en frottant dessus une baguette flexible. Quant à la pluie on en rend très bien le bruit en laissant tomber d’une boîte dans une autre des haricots ou de petits cailloux. Pour faire le grondement du tonnerre, on emploie le moyen classique et on agite une grande plaque de tôle et mieux encore de cuivre.
- Il faut aussi, dans les sujets militaires, faire entendre les commandements et les hourras. Si le clairon doit sonner et le tambour battre, c’est l’affaire de l’orchestre invisible.
- Outre les effets acoustiques, il y a aussi les effets de lumière et nous avons déjà parlé du fulmi-coton ; ajoutons que pour produire les lueurs d’incendie et autres, on se sert des feux de Bengale; on peut encore colorer le rayon lumineux éclairant la toile, en interposant des verres de couleurs variées ou des gélatines colorées.
- Disons, pour terminer, que pour conserver intacte chacune des pièces découpées, la meilleure manière est d’enfiler ces pièces la tête en bas dans une longue tige de fer plantée dans un mur ou fixée dans une caisse. On ne les décroche de ces tiges qu’au moment de s’en servir et on les replace aussitôt après s’en être servi ; c’est le seul moyen de garder en bon état des personnages fragiles qui, s’ils n’attrapent pas de bronchites comme les vrais acteurs, peuvent se casser facilement la tête, se démettre un fusil ou se tordre une canne.
- Le prestidigitateur Albek.
- NÉCROLOGIE
- Henri Duveyrier. —Le célèbre explorateur, l’ancien président de la Société de géographie, s’est donné la mort fa semaine dernière, dans son domicile à Sèvres, pour une cause restée inconnue. Henri Duvcyrier était né à Paris le 28 février 1840. C’était le fils de CharlesDuveyrier, publiciste saint-simonien et auteur dramatique. 11 n’avait pas vingt ans quand il commençait, en Algérie, une série de voyages des plus intéressants, qui lui ont donné sa réputation. Duveyrier, en mai 1859, après avoir visité le M’zab, poussait jusqu’à El Golea une reconnaissance aventureuse, car jamais un Européen n’avait encore mis le pied dans cette oasis algérienne. Le jeune voyageur explora, à la fin de 1859 et dans les premiers mois de 1860, le sud de la province de Constantine et le Sahara tunisien. Au mois de juin 1860, le gouvernement le chargea d’une mission dans le pays des Touareg. Grâce à sa connaissance de la langue et des mœurs des indigènes, Duveyrier put trouver à Ghadamès, à Tripoli et à Mourzouk des appuis précieux. C’est à Mourzouk qu’il fit la connaissance d’Ikhenoukhen, le chef de la confédération des Touareg orientaux ou Azd jer, avec lequel il parcourut de Mourzouk à Rhât et de lîhât à Ghadamès, les territoires de celte famille des Touareg. C’est sur les indications d’Henri Duveyrier qu’en 1862, le Gouvernement envoya une mission politique
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- dirigée par plusieurs officiers, qui conclut avec Ikhenou-khen une convention ouvrant à notre activité commerciale les routes du Soudan central. On sait qu’il n’a pas été donné suite à ce traité, et qu’on se trouve aujourd’hui beaucoup moins avancé qu’on ne l’était il y a trente ans. Ruveyricr fit, en 1874, une exploration dans les cholts du Sud tunisien et, en 1870, il fut chargé d’une mission au Maroc. Depuis, il se consacra exclusivement à l’élude de la géographie. Il a été président de. la Société de géographie de Paris dont il fut toujours l’un des membres les plus écoutés et les plus aimés. Henri Duveyrier fut nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1807 et, plus tard, officier. L’explorateur était depuis quelque temps d’une grande tristesse, mais on ne saurait expliquer la véritable cause de son suicide.
- CHRONIQUE
- De la transmissilùlité de la tuberculose par la punaise. — Le l)r Dexvèvrc publie un fait de contagion tuberculeuse chez deux enfants d’une même famille, survenue dans des conditions telles qu’on ne pouvait que difficilement expliquer l’apparition successive delà maladie. Après le décès du premier, la désinfection de l’appartement, du linge de literie, avait été faite avec soin. Quelques mois plus tard, le second frère devint à son tour tuberculeux. En recherchant les causes possibles de contagion, M. Pewèvre reconnut que le malade était dévoré par les punaises et il apprit que depuis plus de cinq ans toutes les tentatives pour les détruire avaient été infructueuses. Le linge avait bien été désinfecté, mais le lit n’avait pas été touché. Les punaises avaient donc pu transmettre du premier enfant au second le germe de la maladie ou tout au moins en favoriser le développement par les piqûres et les inoculations multiples qui en résultaient. La preuve, non pas de la transmission dans ce cas, mais bien de la possibilité de cette transmission a été fournie expérimentalement; les punaises ont servi à inoculer des cobayes qui sont tous devenus rapidement tuberculeux, quelle que fût la forme de l’inoculation expérimentale, ingestion de punaises mélangées aux aliments, injection du produit donné par l’écrasement des insectes, inoculation de détritus de cadavres de punaises. Tous les moyens ont réussi et ont déterminé l’éclosion d'une tuberculose des plus nettes. H y a donc là un danger de contamination à joindre à tant d’autres moyens de propagation de cette triste maladie.
- Le tonneau de Diogène. — Diogène dans son tonneau. Rien de plus populaire, n’est-ce pas ? ni de plus accrédité ? Eh bien, rien de plus faux. Non, ce n’est pas du fond d’un tonneau que le philosophe cynique lançait ses quolibets et ses bourrades, — par l’excellente raison qu’à l’époque où vivait Diogène on ne connaissait par les tonneaux. Les tonneaux, en effet, sont d’origine gauloise, et les Grecs et les Latins se servaient, pour mettre leur vin, de grands vases de terre à peu près semblables à ceux qu’on emploie encore en Espagne et qu’on appelle linajas. C’est donc dans une tinaja qu’habitait Diogène, — et les bas-reliefs de la villa Albini montrent qu’il avait même poussé la simplicité jusqu’à prendre un vase fêlé qui, impropre à contenir du liquide, était suffisant pour abriter le philosophe. Toute l’erreur vient de ce que les traducteurs ont jugé à propos de rendre le mot de vase à vin par celui de tonneau. On a beaucoup ri de ce peintre flamand qui avait représenté Ulysse
- avec une pipe à la bouche : on pourrait tout aussi bien rire de tant d’autres artistes qui ont représenté Diogène dans un tonneau cerclé. L’étrange habitation de Diogène était désignée en Grèce sous le nom de utOos.
- Lrèelairage électrique à Londres. — L’assemblée générale ordinaire de la Westminster Electric Supply Corporation a eu lieu dernièrement sous la présidence de lord Suffieid. Cette compagnie a maintenant trois stations centrales à Londres, dont l’une fournit l’éclairage électrique pour les réceptions de la Reine au palais de Saint-James. Elle avait 15140 lampes en février 1891, 57 000 en juin, 48 000 en septembre, et un beaucoup plus grand nombre en décembre, le brouillard à cette époque ayant fait monter les recettes de 20 000 à 504000 francs; ce qui prouve, a dit le président, que le brouillard londonien est le meilleur ami des compagnies d’éclairage électrique. Depuis le commencement de l’année 1892, le nombre a tellement augmenté, qu’il y en a maintenant 75 000, ce qui à 12fr,50 l’une donnera un revenu annuel de 850 000 francs ou une augmentation de 575 000 francs sur l’année passée. Les trois stations centrales pourront bientôt suffire pour un nombre de lampes qui ne sera pas inférieur à 285 000 francs. L’ingénieur en chef, le professeur Kennedy, a dit qu’il serait imprudent de compter la dépréciation par semaine à moins de 2500 francs, et que toutes les charges devraient être payées sur le revenu. pour se mettre à l’abri des effets qu’une nouvelle invention en électricité pourrait avoir sur leur matériel et leurs installations. L’invention la plus importante qui pourrait être faite serait celle qui donnerait un moyen d’utiliser la chaleur perdue dans la production de l’électricité, ce qui réduirait dans des proportions énormes les frais des entreprises électriques.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 mai 1892. — Présidence de M. d’Abbadie.
- La faune ichlyologique du haut Tonkin. — M. Léon A aillant a étudié plusieurs spécimens de poissons provenant des rivières du haut Tonkin. 11 a pu identifier un certain nombre d’espèces avec des types déjà connus et vivant dans les rivières de la Chine, de lTndo-Cliine et de l’IIindoustan, mais il a rencontré et décrit un certain nombre d’espèces inconnues appartenant principalement à la classe des Cyprins. M. lllanchard fait remarquer, à cette occasion, une différence singulière de la distribution de la vie dans les eaux fluviales de l’Asie et de l’Afrique, par rapport à l’Amérique du Sud. Tandis que sur l’ancien continent, les mêmes espèces se rencontrent sur des espaces immenses, en Amérique elles sont souvent localisées, de telle façon qu’un fleuve et ses affluents offrent des types distincts. Cette circonstance a déjà été signalée par Louis Agassiz, lors d’une exploration de l’Amazone, mais elle a passé inaperçue.
- La circulation du sang chez les araignées. — M. Marcel Caussat a repris l’étude de la circulation du sang chez les araignées, en observant par transparence le système de vaisseaux. Dans ce but, il a opéré sur de très jeunes sujets, afin de profiter de la transparence plus grande des téguments. 11 a noté d’abord une circulation vague, c’est-à-dire paraissant s’effectuer sans canaux bien définis; mais avec le développement du sujet, il a vu le système s’endiguer, suivant l’expression de M. lllanchard. Ce savant rappelle qu’il a autrefois abordé la même question au
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- LA NATURE.
- moyen d’injections de liquide coloré, qui lui ont révélé un ensemble de vaisseaux très complexe chez les araignées parvenues au terme de leur croissance.
- Le mouvement des corps microscopiques. — M. Marey a appliqué la photographie à la recherche de la progression des corpuscules du sang et de la chlorophylle dans les vaisseaux. 11 a employé à cette recherche un appareil photographique qu’il se réserve de décrire ultérieurement, sous le nom de chronophotographe, au moyen duquel il obtient quinze épreuves instantanées par seconde. Grâce à une amplification très considérable, on distingue fort nettement les globules dont on peut suivre la marche sur les différentes épreuves successives, par suite de leur forme irrégulière. La progression n’est pas identique dans tous les vaisseaux capillaires. M. Marey se réserve de rechercher les causes qui peuvent faire varier la vitesse, telles que la température, la pression, etc.
- Préparation de corps nouveaux. — M. Meslan a obtenu un fluorure d’acé-tyle par la réaction du fluorure d’arsenic sur le chlorure d’acétyle. Ce corps prend l’état gazeux à — 19 degrés et c’est sous cet état qu'il a été étudié. — De très belles matières colorantes ont été tirées de dérivés ainylés de la sulfobenzine.
- L'Annuaire géologique universel. — Cet ouvrage qui ne compte pas moins de 1150 pages donne le résumé de tous les travaux de géologie et de paléontologie parus dans tous les pays du monde pendant l’année qui vient de s’écouler. 11 fournit l’analyse de 2500 Mémoires imprimés en différentes langues. La partie consacrée à la géologie a été publiée sous la
- Expériences des anneaux de fumée produits par les vibrations.
- direction deM. Garez, celle relative à la paléontologie, sous la direction de M. Douvillé. Les spécialistes les plus connus ont apporté leur part contributive à cet important travail.
- Varia. — M. Ad. Carnot a effectué de très nombreuses analyses de phosphates minéraux, dans le but de doser directement le fluor qui jusqu’ici avait été dosé par différence. Il a trouvé que les phosphates cristallisés tels que l’apatite, -contenaient une plus forte proportion de fluor. — M. Parmentier signale le non-homogénéité des liquides contenant un Corps solide en dissolution et additionnés ultérieurement d’une nouvelle quantité de liquide. — M. Wolf décrit un bolide qui parut dans la soirée du 24 avril dernier, sous l’aspect d’un globe ayant deux à trois fois le diamètre de la lune. — L’Académie désigne M. Ilamy, en première ligne, et M. Verncau en deuxième ligne .pour la chaire d’anthropologie du Muséum, laissée vacante par le décès de M. de Quatrefages.
- Cii. de Yilledeuil.
- PHYSIQUE EXPÉRIMENTALE
- VIBRATIONS ET ANNEAUX DE FUMÉE
- Plusieurs expériences ont déjà été imaginées pour représenter les vibrations, et nos lecteurs pourront se reporter à des Notices qui ont été précédemment publiées ici-mèmc à ce sujet. M. Geo Hopkins signale un nouveau moyen fort simple, qu’il décrit dans le Scienlific American. Aux brandies d’un diapason, ou à l’extrémité d’une tige, comme le représenle notre ligure, est fixée une petite boite ronde de carton présentant sur chaque face une ouverture de quelques millimètres de diamètre. A l’intérieur se trouvent deux petites bandes de papier
- buvard paraffiné. Ces deux bandes sont fixées à leur partie supérieure et restent mobiles h la partie inférieure. Elles sont enduites, l’une d’acide chlorhydrique, et l’autre d’am-moiliaque. Sous l’in-lluence des vibrations du diapason, les deux bandelettes s’agitent et s’entrechoquent; du chlorhydrate d’ammoniaque se forme au contact et se répand en fumée. Par les ouvertures laissées libres, il ne sort que des anneaux de faible diamètre qui sont projetés au dehors, et vont successivement en s'élargissant jusqu’au moment on ils disparaissent. On a ainsi la représentation matérielle des vibrations, chaque anneau en représentant une. Il y a là le principe d’une jolie expérience que nous recommandons aux professeurs et aux amateurs de physique.
- Le n° 2 de la figure montre une disposition spéciale de la boîte génératrice du chlorydratc d’ammoniaque. Une boite cylindrique est divisée en deux parties par un diaphragme de caoutchouc. Sur l’une des faces extérieures est pratiquée une ouverture de 4 à 5 millimètres de diamètre. I)u papier buvard, chargé d’acide chlorhydrique et d’ammoniaque, est placé entre le diaphragme et la face présentant une ouverture. Les vibrations du diaphragme déterminent des émissions très nettes et successives d’anneaux caractéristiques. Cette deuxième méthode présente quelques avantages sur la précédente. J. L.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- Paris
- liiipi-iiueriu Laliure, rue de Flcurus, 9.
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- N” 989. — 14 MAI 1892.
- LA NATURE.
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- SIPHON ÉLÉVATEUR
- Chacun connaît le bélier hydraulique et les services qu’il rend à la campagne pour l’élévation des eaux servant à l’agriculture, au jardinage, au service intérieur des villas, etc.
- 11 semblait difticile de faire plus simple et plus rustique, et cependant le problème a été résolu d'une façon fort élégante par le siphon élévateur de M. Lemichel dont on a pu voir fonctionner un modèle au Concours agricole tenu en février dernier au Palais de l’Industrie à Paris.
- Le siphon élévateur présente sur le bélier l’avantage de dispenser, dans bien des cas, d’une longue canalisation encombrante et de n’occuper qu’une faible surface, comme on peut le voir sur la ligure 1 mon-trantl’appareil monté au Palais de P Industrie. Par contre, la hauteur à laquelle il est possible d’élever les eaux est limitée pratiquement par la pression atmosphérique et ne saurait dépasser 9 à 10 mètres, mais il est rare que l’on ait besoin, dans les appli-
- cations, d’élever l’eau à de plus grandes hauteurs.
- Comme son nom l’indique, l’appareil est fondé sur le principe même du siphon, et pourrait être défini comme un siphon à fuite supérieure. Les ligures 2 et 3 qui le représentent d’ensemble et en coupe permettent d’en saisir facilement le mode de fonctionnement.
- Le siphon élévateur se compose de deux tubes verticaux ou colonnes A et II (tig.2), d’une boîte de distribution B et d’un régulateur G. A l’intérieur de la boîte B se trouve un clapet C qui se meut autour d’un axe horizontal, et à la partie supérieure une soupape ]), maintenue sur son siège par un ressort à boudin. Un levier agit sur le clapet pour le ramener en arrière et supporte, dans ce sens, l’action d’un contrepoids.
- Ces organes très simples, ne demandent presque aucune surveillance ni aucun entretien pour assurer leur fonctionnement continu.
- Les autres organes, en petit nombre d’ailleurs, ne servent qu’au réglage. Toutefois, avant de décrire leur fonctionnement, nous
- Fig. 1. — Siphon élévateur de M. Lemichel. Vue d’ensemble.
- Fig. 2. — Détail de l’appareil.
- croyons utile de donner quelques explications sur le rôle du régulateur, auquel on a donné le nom de poumon, par analogie avec la fonction qu’il remplit. Il est formé d’un tambour venu de fonte et de deux plaques métalliques ondulées, de 2 millimètres d’é-21)' ar.néc. — Ier semi’stn.
- Fig. 5. — Coupe du mécanisme.
- paisseur environ. Ce sont elles qui, par leurs vibrations, entretiennent le mouvement de l’eau et empêchent le siphon de se désamorcer.
- Considérons maintenant le siphon une première fois amorcé en le remplissant d’eau par l’orifice K (lig. 5) et
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- cet orifice fermé par sa vis bouchon. Dès l’instant où les deux colonnes sont remplies, il fonctionne comme un siphon ordinaire. L’eau prise à sa source, puit-ou rivière, subissant l’action de la pression atmos sphérique, monte dans la colonne A, traverse la boîte B (fig. 2), le régulateur G, et s’écoule par la colonne descendante 11 ; dans ce mouvement, elle rencontre le clapet C (fig. 5), l’entraîne et le ferme. Ne trouvant plus d’issue, elle soulève, en raison de sa puissance vive, la soupape D et sort par l’orifice de cette soupape.
- Pendant ce temps, la colonne II s’est partiellement vidée : de ce fait il se produit une dépression dans le poumon G, dont les membranes se rapprochent. Mais aussi, la pression exercée sur la face de droite du clapet G a diminué; ce clapet, ramené en arrière par le levier, s’ouvre, et l’eau, trouvant alors un passage dans le régulateur G, y pénètre de nouveau. Pendant cette aspiration, les membranes ont repris leur position première et la même série de phénomènes recommence, de telle sorte que les pulsations, d’une régularité parfaite, dont la fréquence varie entre 150 et 400 par minute, suivant les hauteurs, produisent un jet continu et un écoulement constant.
- Deux robinets placés, l’un sur la colonne montante, l’autre sur la colonne descendante, permettent d’arrêter l’appareil et de le remettre en fonction à volonté. Le siphon est rempli une fois pour toutes à l’aide d’un orifice disposé en K, que l’on referme une fois le siphon rempli. L’appareil représenté figure 1 élevait l’eau à 4 mètres de hauteur avec une chute de lm,80. Il pouvait ainsi élever 60 mètres cubes environ par vingt-quatre heures, le volume élevé étant égal au tiers de celui écoulé dans le bief supérieur. Ces chiffres font ressortir le rendement du siphon élévateur en eau montée à
- soit soixante-quatorze 'pour cent, ce qui est remarquable pour un appareil d’aussi faible puissance (3 kilo'grammètres par seconde).
- La simplicité du siphon élévateur fonctionnant d’une façon continue sans soin, sans surveillance et presque sans entretien, lui vaudra de nombreuses applications dans les exploitations agricoles et une grande faveur auprès des amateurs, chaque jour plus nombreux, de villégiature. X..., ingénieur.
- LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
- ET M. CH. MAUNOIR
- La Société de Géographie vient de célébrer avec éclat le vingt-cinquième anniversaire de la nomination de M. Charles Maunoir au poste de secrétaire général, qu’il n’a pas cessé d’occuper depuis 1867. Une grande médaille d’or lui a été décernée à cette occasion dans la séance solennelle du 6 mai. Le lendemain, un banquet offert à M. et à Mme Maunoir réunissait, dans un des grands restaurants du boulevard, 90 convives.
- Le Bureau de la Société de Géographie, la Commission
- centrale presque au complet, beaucoup de membres de la Société, français et étrangers, avaient tenu à témoigner ainsi de leur profonde sympathie pour M. Maunoir. Au milieu des applaudissements, M. Levasseur, membre de l’Institut, qui présidait, a rappelé avec beaucoup d’esprit et de tact les grands services rendus à la Société de Géographie et à la Science par son dévoué secrétaire. Puis M. Cheysson a porté la santé de sa digne compagne.
- Lorsque, en 1867, M. Charles Maunoir prit au secrétariat la succession de V.-A. Malte-Brun, la Société de Géographie, après 45 ans d’existence, comptait à peine 500 membres. Leur nombre approche aujourd’hui de 3000. C’est dire combien l'influence de la Société s’est accrue, quelle importance ont acquise ses publications, quel est son rang parmi les institutions analogues. A tous les progrès réalisés par la Société, M. Maunoir a pris la part la plus active, tirant parti des circonstances qui ONt si durement rappelé, en 1870, la nécessité des études géographiques, groupant toutes les bonnes volontés avec un zèle et une ardeur infatigables. En dehors de ses travaux ordinaires, la Société, depuis 25 ans, a assumé la direction de deux Congrès internationaux de Géographie (en 1875 et en 1889), elle s’est installée dans l’immeuble du boulevard Saint-Germain où se trouve maintenant fixé son siège, elle a célébré le centenaire de Cook, celui de La Pérouse, etc. Dans toutes ces circonstances, M. Maunoir, constamment à l’œuvre, suffisait à sa tâche toujours croissante, malgré les fonctions de conservateur des cartes qu’il remplissait au Ministère de la guerre. Servant librement, comme il l’a dit lui-méme, une Institution libre, il trouvait encore le temps de participer aux travaux de la Commission des missions scientifiques au Ministère de l’instruction publique. Enfin il rédigeait ses Rapports annuels sur les progrès des sciences géographiques. Aussi remarquables par l’érudition, par la sûreté et l’impartialité de la critique, par le bon classement des matières que par le charme de la forme, ces Rapports ont conquis dans le monde savant une légitime autorité. Très heureusement inspirée, la Commission centrale de la Société a décidé la réimpression de ces documents, épars dans 25 bulletins.
- M. Charles Maunoir compte du reste beaucoup d’amis. Aucun de ceux qui ont pu apprécier son caractère ne saurait s’en étonner et voici les paroles que dans une réunion intime, acclamaient récemment les voyageurs français.
- « Mais il me tarde d’en arriver à la partie la plus agréable de ma tâche. Ce soir, nous avons le bonheur de pouvoir célébrer, avant que la Société de Géographie ne le fasse plus solennellement, le vingt-cinquième anniversaire de la nomination de notre excellent ami Maunoir au poste de secrétaire général de notre chère Société. Ah ! messieurs, en est-il un seul parmi nous qui ait pu oublier la courtoisie, je dirai plus, le dévouement avec lequel Maunoir lui a facilité sa préparation au départ, les encouragements qu’il lui a prodigués pendant l’absence, l’accueil cordial qu’il lui a fait au retour. Et quelle admirable modestie chez ce vrai savant que les géographes du monde entier estiment et respectent ! A-t-il jamais rien demandé pour lui, si méritant, tandis qu’il était infatigable à solliciter pour les autres ? Nous le savons, messieurs, la seule récompense qu’il ambitionne pour tant de services rendus, c’est notre affection : ne la lui marchandons pas et en célébrant aujourd’hui ses noces d’argent, contractons avec-lui un nouveau bail et buvons de tout cœur à ses noces d’or1. » J. de Guerne.
- 1 Toast de M. de Bizemont, au septième dincr des Voyageurs français, le 30 avril.
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- LA NATURE.
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- COLORATION ARTIFICIELLE DES FLEURS
- Le préfet de la Seine a soumis au Conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, des Heurs colorées artificiellement, si à la mode depuis quelques mois, en lui demandant s’il pouvait résulter de cette pratique quelque danger pour la santé publique. Le Bulletin municipal officiel a publié récemment un rapport de M. G. Planchon, où l'honorable savant expose d’abord les procédés de coloration, par montée à travers la tige ou au trempé. Nous avons publié précédemment1 les procédés au moyen desquels on obtient les Heurs colorées artificiellement, nous n’y reviendrons pas ici. Après l’exposé de M. Planchon vient la réponse à la question importante : Les fleurs ainsi colorées peuvent-elles être dangereuses ? Nous reproduisons in extenso cette réponse :
- « Remarquons tout d’abord qu’un très grand nombre des substances employées sont parfaitement innocentes. Il n’v aurait réellement à craindre que celles qui contiennent une certaine quantité de zinc, comme les verts au chloro-zin-cate — ou encore les dérivés de l’aniline qui ne seraient point purs et auraient retenu une certaine proportion d’arsenic, — ou bien encore l’acide pierique, qui n’est que rarement employé, s’il l’est même jamais. Mais plaçons-nous dans l’hypothèse la plus fâcheuse et admettons la toxicité de ces diverses substances.
- « Aucune n’est réellement dangereuse à très faible dose ; le zinc, l’arsenic ne sont qu’en petite proportion dans la substance elle-même, — l’acide pierique est parfois ordonné à la dose de 51) centigrammes à 1 gramme. — Or, il est facile de voir que dans les plantes colorées il n’y a qu’une très faible quantité de la matière employée.
- « Dans le cas oii l’on a fait monter par la tige la liqueur colorée, on prend la précaution de couper la partie inférieure qui a trempé. 11 ne reste plus que ce qui s’est élevé par les vaisseaux : tout au plus 1 ou 2 milligrammes. On ne court donc aucun risque en mettant la fleur à la bouche ; on n’en courrait même aucun en mangeant la fleur, ce qui est assez invraisemblable.
- « Quand les fleurs ont été soumises au trempé, on n’a pas trace de solution colorée dans la tige, qu’on peut, par conséquent, mettre à la bouche tout à fait impunément. 11 n’y a que la légère couche qui s’est appliquée par places sur les pétales, et, eût-on même la fantaisie de sucer la fleur et d’en enlever toute la substance colorante, que la quantité que l’on en absorberait serait certainement sans action sur l’organisme.
- « Nous croyons que l’industrie en ce moment à la mode dans le commerce des fleurs ne peut avoir de fâcheuses conséquences pour la santé publique, et qu’il n’y a pas de raison sérieuse de l’interdire. »
- L’HOMÉOTROPE
- L’homéotropc est un instrument imaginé tout récemment par M. Emile Gossart, professeur à Caen, pour la recherche des impuretés contenues dans l'alcool du commerce. La nouvelle méthode d’analyse permet de doser dans un alcool quelques millièmes d’impuretés. L’homéotropc a même ceci de particulier, c’est que l’analyse la plus délicate peut s’effec-
- tuer en quelques minutes, car le procédé repose sur des phénomènes physiques et non sur des réactions chimiques, toujours plus ou moins compliquées. Chaque impureté se décèle ici d’elle-même. Ajoutons enfin que cette méthode s’applique non seulement à l’analyse de l’alcool, mais qu’elle permet encore de déceler des traces d’impuretés dans un grand nombre de substances commerciales, telles que les essences végétales, les liquides pharmaceutiques, les vins, etc., en un mot, la plupart des liquides. On conçoit donc quelle est son importance, surtout quand on songe aux difficultés qu’éprouvent les chimistes pour rechercher les impuretés contenues dans des liquides si complexes.
- L’homéotropc est d’une construction fort simple.
- 11 consiste en une petite cuvette d’une capacité de 4 centimètres cubes, et d’une pipette, maintenue verticalement au-dessus de la cuvette. Cette cuvette est d’une construction spéciale. Elle affecte la forme hexagonale, avec des parois d’une courbure hyperbolique aux deux extrémités.
- Si nous versons un liquide quelconque dans la cuvette, nous verrons la surlace libre de ce liquide se relever en pente plane très inclinée et très longue aux deux extrémités, simulant une sorte de montagne russe. Si, maintenant, nous versons goutte à goutte, au moyen de la pipette, un liquide identique à celui de la cuvette, sur Lune des extrémités de la pente, nous verrons les gouttes rouler le long de la montagne russe, sans se mélanger immédiatement avec le liquide sous-jacent. L’extrémité de la pipette doit être à un millimètre au plus au-dessus du niveau du liquide de la cuvette. Ce singulier phénomène est dù à des actions de capillarité. Les vapeurs émises par la goutte soutiennent celles-ci au-dessus du liquide en pente et empêchent le mélange immédiat des deux liquides identiques. Le roulement est facilité par l’augmentation de viscosité du liquide de la cuvette. Il suffit pour obtenir ce résultat d’y dissoudre un dixième de son poids d’acide citrique, par exemple.
- Maintenant que nous connaissons l’instrument et le moyen de s’en servir, voyons comment il va nous permettre de déceler dans un alcool du commerce les impuretés qu’il contient, et de doser à quelques millièmes près ces impuretés. Il nous faut connaître d’abord quelques principes révélés par l’expérience.
- Premier principe. — Un même liquide roule toujours sur lui-même. Cela tient à ce que l’atmosphère de vapeur qui entoure la goutte ne peut pas se dissoudre immédiatement dans l’atmosphère de même composition et de même tension qui surnage au-dessus du liquide de la cuvette.
- Il y a cependant quelques exceptions qu’il faut signaler. L’eau ne roule pas sur elle-même, ni les liquides très peu volatils à la température ordinaire, comme l’acide sulfurique, la glycérine et les huiles fixes. On peut expliquer cette exception pour l’eau en remarquant que ce liquide exige beaucoup de chaleur pour se vaporiser et que l’atmosphère de va [leur ne se renouvelle par conséquent pas assez
- Voy. n° 978, du 27 lévrier 1892, p. 202.
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- vite. L’exception cesse d’ailleurs quand les gouttes sont animées d’un vif mouvement, comme cela s’observe à la surface d'un bassin où jaillit un jet d’eau. Les gouttes d’eau peuvent alors rouler comme les autres liquides volatils. Quant à l’acide sulfurique, à la glycérine et aux huiles fixes, il suffit de les chauffer vers 80 degrés pour les faire rouler.
- Deuxième principe. — Deux liquides purs différents, à la température ordinaire, ne roulent jamais l'un sur l'autre. L’atmosphère qui entoure la goutte est en effet immédiatement dissoute par celle du liquide de la cuvette. Ce principe ne comporte aucune exception.
- Troisième principe fondamental. —Deux mélanges liquides, semblables qualitativement, mais non quantitativement, roulent l'un sur l'autre quand ils se rapprochent de l'identité de composition et font le plongeon l'un dans l'autre quand ils s'en éloignent. La ligne de démarcation des roulements et des plongeons est très nette et se prête à Vanalyse d'un liquide par l'autre.. Ce troisième principe, qui constitue en somme l’essentiel de la nouvelle méthode, demande à être développé par un exemple. Nous prendrons celui d’un mélange d’alcool vinique et d'acétone, qui a été plus parti cul iè rem eut étudié jusqu’ici par M. Gossart, parce que c’est le cas des alcools fraudés ou dénaturés par la régie.
- Mettons dans la cuvette de l’alcool pur. D’un autre coté, mettons dans la pipette un mélange d’alcool et d’acétone. En faisant varier progressivement la proportion d’alcool et d’acétone, il arrivera un moment où nous serons parvenus au point limite où les gouttes cesseront de rouler pour plonger. Ce point limite est très facile à distinguer, car il est caractérisé par desxdternances de plongeons et de roulements. Nous trouverons ainsi que la limite est atteinte pour un mélange à 50 pour T00 d’acétone, c’est-à-dire qu’il y a roulement quand l’acétone n’atteint pas encore 50 pour 100, et qu’il y a plongeon quand cette proportion est dépassée.
- Or, ce réactif à 50 pour 100 d’acétone nous permet de déceler la présence d’un centième d’acétone dans un alcool du commerce. En effet, ce réactif roule sur l’alcool pur, mais il plonge dans un alcool contenant 1 ou 2 pour 100 d’acétone.
- 11 faut l’avouer, cette méthode d’analyse quantitative est véritablement remarquable par sa simplicité et sa rapidité. Elle est indépendante de la température, ce qui est essentiel, et ses résultats pour une impureté sont indépendants de la présence de toutes les autres. Par exemple, les résultats que nous venons d’obtenir avec l’alcool et l’acétone, resteront absolument les mêmes quand le mélange contiendra en outre de l’esprit de bois, de l’alcool amylique, etc. Il y a cependant ici encore exception pour l’eau. Il est de toute rigueur que l’eau entre pour la même proportion dans les liquides de la cuve et de la pipette. Cet inconvénient est d’ailleurs très minime, car il est facile de doser la proportion de l’eau au moyen d’un alcoomètre, puis d’ajouter l’eau nécessaire pour rétablir l’équilibre.
- Nous venons de voir comment on peut reconnaître la présence d’un centième d’impureté dans l’alcool. Il est possible de reconnaître aussi un millième et même un dix-millième d’impureté. Pour reconnaître le millième, il convient de se servir d’un rectificateiir qui concentre les impuretés dans un dixième du liquide primitif. Cet appareil rectificateur sera annexé à l’homéotrope. Pour reconnaître le dix-millième, l’alcool amylique, par exemple, on agitera l’alcool avec un véhicule qui l’absorbe seul, comme l’éther de pétrole, puis on fera une rectification. Il ne restera plus qu’à faire rouler, après étude préalable, bien entendu, un mélange d’éther de pétrole et d’alcool amylique.
- Rappelons enfin, pour terminer, ce que nous avons dit au début, que cette méthode est applicable à la recherche des falsifications introduites dans la plupart des liquides commerciaux. Elle permettra aux pharmaciens de s’assurer si une créosote, un éther, sont bien conformes au type du codex; si un vin est conforme à son échantillon et si on n’y a pas ajouté une certaine quantité d’alcool, car le roulement des deux liquides cesse quand il n’y a plus conformité de composition. La méthode de M. Emile Gossart est donc destinée à rendre de très grands services à l’industrie en permettant de déceler immédiatement et à peu de frais les fraudes commises sur les échantillons-types. A. Rleunard.
- lioméotrope de M. E. Gossart. — A. Vue d’enseuiLle (le l’appareil. B. Détail des gouttes roulantes.
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- LE GRÈS FLEXIBLE
- La gravure ci-dessous (fig. ]) représente un échantillon d’une roche des plus singulières conservée dans la galerie de géologie du Muséum d’histoire naturelle. On lui donne le nom d'Itacolumite, parce qu’elle constitue, en majeure partie, la montagne d’Itacolumi, dans la province de Minas Géraes, au Rrésil ; mais on la retrouve avec tous scs caractères essentiels à Kariana ( Indes anglaises), aux environs de Mexico, en Géorgie, dans la Garoline du Sud, et même, assure-t-on, en Europe, dans la vallée du Rhin et en Galieic.
- C’est une sorte de grès, c’est-à-dire le produit de la cimentation de grains de sahle, mais c’en est une sorte tout à fait exceptionnelle comme on va le voir.
- Les grès ont leur type le plus simple dans la roche cpi’on exploite activement en divers points de la forêt de Fontainebleau, à Orsay, à Marcoussiset dans bien d’autres lieux et qui constitue la substance de nos pavés les plus ordinaires. Si on en met un petit fragment dans un verre contenant un acide, on voit se produire une violente effervescence pendant que du sahle se réunit au fond du liquide. Ce résultat, d’accord avec ce que fournit l’observation du gisement, conduit à voir dans le grès des grains de sable collés ensemble par du carbonate de chaux, et les noms anglais et allemand, sandstone et Sandstein, en français pierre de sable, consacrent cette constitution.
- Suivant les pays, le ciment des grès peut varier beaucoup et parfois même dans les diverses parties d’une même carrière : au lieu de carbonate de chaux, il peut consister en silice, et l’on a alors des grès lustrés; en oxyde de fer, et alors le grès est rouge ou jaune ; en marne qui donne la mollasse ; en
- galène ou sulfure de plomb connue à Rleiberg, près de Commern ; en argent et on cuivre natifs, comme à Coro-Coro (Bolivie), etc.
- A Itacolumi le ciment est un silicate complexe ayant une composition voisine de celle du mica ou de la séricite. C’est ce que montre, au microscope, une lame mince comme celle (pie j’ai dessinée dans
- la figure 2 ci-jointe. On y voit, surtout avec le la lumière polarisée, que les grains de quartz irréguliers dans leur forme et arrondis dans leurs contours, sont exactement enrobés d’une gaine transparente et active.
- C’est à la nature particulière du ciment dont il s’agit que l’itacolumite doit de jouir d’une propriété bien exceptionnelle pour une pierre : la flexibilité. Si, en effet, on dispose une dalle de cette roche sur des supports placés à ses extrémités, on la voit s’infléchir fortement entre ceux-ci comme le montre bien nettement la figure 1. En retournant la dalle on l’infléchit dans le sens opposé et chaque fois le mouvement est accompagné d’un petit craquement caractéristique. Il y a là un effet des plus singuliers et qu’on ne peut bien comprendre que quand on l’a éprouvé soi-même. Quanta sa cause, on l’a interprétée de différentes manières : l’idée simple est qu’il dérive de l’élasticité naturelle des minéraux micacés et, quand il s’agit de belles variétés comme celle que j’ai examinée et dessinée ici (fxg. 2), on doit repousser tout à fait la supposition qu’une décomposition donnerait de la mobilité aux éléments rocheux.
- La même explication paraît devoir s’appliquer à la flexibilité des dalles de marbre phylladifère provenant de la Rome antique et conservées au palais Rorghèse où Brard les a signalées en 1821 dans sa Minéralogie appliquée.
- Peut-être est-elle insuffisante dans d’autres cas.
- Fig. 2. — Grès flexible d’Itacolumi (Brésil). Coupe vue au microscope (Niçois croisés).
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- LA NATURE.
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- C’est ainsi que M. Oldham signale à Ivariana, dans l’Inde, un grès llexible qui ne eontient ni mica, ni minéral analogue, mais seulement du calcaire. Comme c’est seulement dans les parties décomposées de la roche que le phénomène est sensible, l’auteur l’attribue à des particularités de structure.
- Suivant lui, la roche de Kariana examinée au microscope se montre constituée par des agrégations irrégulières de grains de quartz séparés les uns des autres par des tissures et des crevasses et donnant l’impression d’une ramification qui s’étend au loin dans la masse. Touche-t-on avec une aiguille l’une de ces agrégations de grains de quartz, on voit qu’elle ne pourrait être déplacée sans que l’agrégation ou les molécules environnantes ne soient brisées. De fait, ces amas s’entrelaceraient, les aspérités et des parties en crochets se rattacheraient les unes aux autres tandis que l’espace vide entre les grains leur laisserait du jeu pour se mouvoir.
- On peut ajouter que M. Rigaut (d’Alais) a émis une opinion analogue pour le grès llexible dont il s'agit; seulement selon lui, c’est le ciment calcaire et non le quartz qui fournit la matière des crochets engrenant entre eux.
- Cela est bien différent de ce que donne le grès -d’Itacolumi où tous les grains quartzeux sont essentiellement arrondis et n’engrènent nulle part; et, comme il n’y a pas à contester les résultats de M. Oldham, il y a lieu de reconnaître que la flexibilité des roches peut dépendre, suivant les cas, de causes diverses.
- Reste à comprendre comment le grès du Rrésil a pu acquérir son ciment. Le carbonate de chaux, l’oxyde de fer, la silice elle-même sont de nature à être apportés en solution entre les grains de quartz de façon à les cimenter peu à peu ; mais il n’en est évidemment pas de même du mica ou du talc.
- Aussi n’est-ce pas sous cette forme que le ciment a été d’abord introduit, mais vraisemblablement sous celle de quelque argile qui, plus tard, soumise aux actions dites métamorphiques, auxquelles collaborent pour des parts égales la haute température et l’eau, s’est transformée dans le silicate anhydre et cristallin que nous observons aujourd’hui. Le fait est d’autant plus acceptable que l’itacolumite constitue, au Brésil, un des termes d’énormes assises métamorphiques et dont l’àge géologique est extrêmement reculé.
- Le grès flexible est, du reste, a part les considérations qui précèdent, une roche bien remarquable par la présence, à l’état de minéraux accidentels, d’une foule de substances précieuses et, avant tout, de l’or en paillettes et des diamants en cristaux plus ou moins gros. Les célèbres sables aurifères et diamantifères du Rrésil, si riche qu’on en a voulu faire le terrain plusiaque (de Plutus), proviennent, pour une très forte part, de k désagrégation des itacollimites. Stanislas Meunier.
- TROUVER LE JOUR DE LA SEMAINE
- CORRESPONDANT A UNE DATE DONNÉE
- Nous attribuons aux jours de la semaine respectivement les numéros qui suivent :
- Dimanche..........................1
- Lundi.............................2
- Mardi................ ... 5
- Mercredi. ........................4
- Jeudi.............................5
- Vendredi..........................G
- Samedi........................... 0
- Et nous divisons ainsi la question :
- I. — Calendrier julien.
- 1° Trouver le premier jour d’une année dont le millésime a deux zéros à sa droite.
- Règle. — On prend le chiffre 5 pour l’origine de l’ére, on multiplie par G le nombre formé par les centaines du millésime, on ajoute le produit à 5, et retirant du résultat tous les multiples de 7 (jue l’on peut, on a la réponse à la question.
- Exemples. — Soit l’an 1800; on dira 18 ou 4 multiplié par 6 donne 24 ou 3, ajouté à 5 donne 8 ou 1, 1800 a commencé un dimanche chez les Russes et chez les Grecs qui suivent le calendrier julien.
- Soit l’an 1400; on dira 14 ou 0 multiplié par G donne 0; 0 ajouté à 5 donne 5, 1400 a commencé un jeudi pour tout le monde, le calendrier grégorien n’étant pas encore institué.
- Soit l’an 200, on dira 2x6=12 ou 5; 5 + 5=10 ou 5, 200 a commencé un mardi partout.
- 2° Trouver le premier jour d’une année quelconque.
- Règle. — On divise par 4 le nombre formé par les deux premiers chiffres à droite du millésime, en prenant le quotient exact ou par excès, on ajoute ce quotient au dividende, et le résultat au chiffre trouvé précédemment pour les centaines; on retire tous les multiples de 7 que l’on peut et l’on a la réponse.
- Exemples. — Soit l’an 1829. On dira 29 : 4 donne par excès 8 ou 1 ; 1 et 29 donnent 50 ou 2 ; 2 et 1 pour 1800 donnent 5; 1829 a commencé un mardi.
- Soit l’an 1472. On dit 72 : 4 donne exactement 18 ou 4 ; 4 + 72 = 7G ou 6 ; 6 + 5 de 1400 = 11 ou 4 ; 1472 a commencé un mercredi.
- Soit l’an 203. On dit 5 : 4=1 par excès; 5 + 1=4; 4 + 5 de 200 = 7 ou 0, 203 a commencé un samedi.
- 5“ Trouver le jour d’une date quelconque.
- Règle. — On cherche le nombre de jours du trimestre de cette date, et si le trimestre commence de janvier ou d’octobre, on ajoute G ; si le trimestre commence d’avril ou de juillet, on ajoute 5. On ajoute le résultat à celui qu’a fourni le millésime, on retranche tous les multiples de 7 que l’on peut, et on a la réponse à la question.
- Nota. — Si l’année est bissextile et qu’on soit dans les trimestres d’avril, de juillet ou d’octobre, on ajoute encore 1 au résultat.
- Exemples. — 4 septembre 1820. On dira : juillet 31 ou 5; 5 + août 31 ou 3=6; 6 + 4 septembre = 10 ou 5; 5 + 5 de trimestre = 8 ou 1 ; 1 + 5 de 1829 = 4; le 4 septembre 1829 a été un mercredi chez les Russes.
- Soit le 29 février 1472. On dit 6 de trimestre + janvier 51 ou 5 = 9 ou 2; 2 + février 29 ou 1=5;
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- 5 + 4 de 1472 = 7 ou 0, le 29 février 1472 a été un samedi.
- Soit le 31 décembre 203. Nous avons 6 de trimestre + octobre 31 ou 3 = 9 ou 2 ; 2 + novembre 30 ou 2 = 4 ;
- 4 + décembre 31 ou 3 = 7 ou 0; 0 + 0 de 203 = 0, le 31 décembre 203 a été un samedi.
- Soit le 14 juillet 1892.
- 1800 donne 18 ou 4 multiplié par 6 = 24 ou 3;
- 5 + 5 = 8 ou 1 ; 92 divisé par 4 donne 23 ou 2 ; 2 + 92 ou 1=3.
- Juillet 14 ou 0 ; 0 + 5 de trimestre = 5. l+3 + 5 = 9 ou 2; 2 + 1 pour année bissextile = 5, le 14 juillet 1892 est un mardi chez les Russes.
- Soit le 29 mars 1892.
- 1892 donne 4 (problème précédent). .
- 6 de trimestre + janvier 51 ou 5 = 9 ou 2 : 2 + février 29 ou 1 = 3 ; 3 + mars 29 ou 1=4, 4 + 4 de 1892 = 8 ou 1. Le 29 mars 1892 est un dimanche dans 4e calendrier russe.
- II. — Calendrier grégorien.
- On fera les calculs comme pour le calendrier julien, et on ajoutera au résultat, suivant les cas, les nombres suivants :
- du 15 octobre 1582 au 51 décembre 1699, le nombre 4 du 1er janvier 1700 au 31 décembre 1799, — 5
- du 1er — 1800 — 1899, — 2
- du 1er — 1900 — 2099, — 1
- du Ier — 2100 — 2199, — 0
- Ainsi chez nous,
- Le 29 mars 1892 est 1 + 2 = 3 ou mardi.
- Le 14 juillet 1892 est 3 + 2 = 5 ou jeudi.
- Soit encore le 28 octobre 1936.
- Calendrier julien.
- Jour : 6 de trimestre + octobre 28 ou 0 = 6.
- Bissextile : 6 + 1 d’année bissextile = 7 ou 0.
- Années : 36 : 4 = 9 ou 2 ; 2 + 36 ou 1 = 3.
- Siècle : 19 ou 5 x 6 = 30 ou 2 ; 2 + 5 = 7 ou 0.
- 1900 commence un samedi.
- 1936 commence par 0 + 3 = 3, un mardi.
- 28 octobre 1956 sera 3 + 0 = 5, ou mardi.
- Calendrier grégorien.
- 28 octobre 1936 sera 3 + 1 = 4 ou mercredi.
- Joseph Vingt.
- LES BALEINES ET LA NAVIGATION.
- Il est arrivé parfois à des navires de rencontrer et d’éventrer même des baleines qui se présentaient à l’avant du bateau pendant sa marche. Nous avons précédemment cité des aventures de ce genre l. Nous croyons intéressant d’en enregistrer ici un nouvel exemple.
- Le 15 novembre dernier, le steamer Ethiopia, de l’Anchor-line, revenait de New-York à Glasgow, lorsqu’à 800 milles est de « Sandy Ilook », il aborda une baleine. Il était 10h,45m du matin; le capitaine et son second se tenaient sur le pont, quand, tout à coup, l’animal émergeant à la surface, vint directement sur la route du navire, et avant que l’officier stupéfait, se rendît compte de l’apparition, il heurta le bâtiment avec fracas. Puis il disparut en laissant sur la mer une traînée rougeâtre,
- 1 Voy. n° 967, du 12 décembre 1891, p. 22.
- aussi loin que l’œil put la suivre. Cette collision imprima au navire une secousse de l’avant à l’arrière, et produisit une panique parmi les passagers. Cependant, on n’y constata aucune avarie.
- DE LA POSITION DES IMAGES
- DANS LES INSTRUMENTS d’oPTIQUE
- On sait que les instruments à oculaire (loupe, microscope, etc.), ont pour but de remplacer l’observation directe d’un objet, trop petit ou trop éloigné, par celle d’une image, ordinairement virtuelle, et qui soit vue sous un angle plus grand que celui sous lequel on aperçoit l’objet lui-même à l’œil nu. A quelle distance de l’œil se forme cette image ? Est-ce, comme le disent certains ouvrages, à la distance minimum de vision distincte, c’est-à-dire à la distance où l’on place, en regardant à l’œil nu, les petits objets pour mieux apercevoir les détails ? Se forme-t-elle, comme d’autres l’admettent, en un point tel qu’elle soit vue sous le plus grand angle possible ou que l’instrument ait sa puissance maxiina ? Dans ce cas, elle devrait être, suivant les circonstances, tantôt à la distance .minimum, tantôt à la distance maximum de vision distincte.
- J’ai cherché à déterminer cette position de l’image en mesurant la distance p de l’objet à l’instrument, pour des loupes plus ou moins convergentes. La distance p', à laquelle se forme l’image, s’obtient ensuite par la formule connue :
- J________L—_L
- p p' ~ f f étant la distance focale de la loupe.
- Pour cela je place la lentille sur une règle graduée et je mesure d’abord sa distance focale par une méthode nouvelle, plus simple et plus précise que celles qu’on emploie d’ordinaire. Je fais ensuite mouvoir sur cette règle l’objet à examiner et je détermine : 1° les deux positions limites entre lesquelles il est vu nettement; 2° la position qui paraît la plus favorable pour le voir avec le maximum de netteté.
- J’ai constaté ainsi que l’image peut se former entre des limites très étendues, qui correspondent à peu près aux limites de vision distincte de l’observateur, et qui peuvent varier un peu avec la nature de l’objet, l’éclairement et les autres conditions de l’expérience. Lorsqu’on choisit la position la plus favorable, l’image ne se forme jamais ni à la distance minimum de vision distincte, ni en un point tel qu’on ait la puissance maxima, mais dans une position intermédiaire, de façon que la puissance présente à peu près une valeur moyenne.
- Enfin, cette mesure de la position des images m’a permis de déduire quelques conséquences intéressantes relativement à la puissance et au grossissement de la loupe et du microscope, ainsi qu’à la distance oxi il convient de se placer pour dessiner à la chambre claire au moyen de ce dernier instrument. Julien Lefèvre.
- L’ÉBOULEMENT D’ARBIN
- Le village d’Arbin, en Savoie, situé dans la vallée de l’Isère, à 2 kilomètres en amont de Montmélian, est en ce moment le théâtre d’un phénomène qui met en péril son existence même.
- Bâti au pied de la montagne de la Roche du Guet, il abrite une population composée presque exclu si-
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- LA NATURE
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- vcment de vignerons produisant les excellents crus de Montmélian.
- Le vignoble, entièrement détruit par le phylloxéra,
- venait d’ètre reconstitué au prix des plus grands sacrifices, quand, au mois de mai dernier, tout le versant de montagne, situé immédiatement derrière le
- Fig. 1. — L’éboulement d’Arbiu, eu Savoie. — Matériaux déposés par les torrents de boue
- 1 ' U \rn 1 dn 1 <»
- village, s’est effondré (fig. 1), entraînant dim- et toute une foret qui recouvrait sa surface, inenses quantités de terres avec de grands blocs, Cette masse demi-liquide, demi-solide, a recouvert
- Fig. 2. — Coulée de boue le 16 décembre 1891 à l’amont du village d’Arbin. (D’après des photographies de M. Kuss.)
- une grande partie du vignoble et s’est arrêtée fort heureusement à 500 mètres du village. Les habitants, le premier moment d’émotion passé, se crurent désormais à l’abri du danger. L’effondrement avait eu lieu, les terres en mouvement avaient trouvé une
- assiette solide, et le village était épargné. Il suffisait de recommencer à nouveau la reconstitution du vignoble. llélas, cette sécurité était éphémère!
- Le 21 et le 22 août, un violent orage suivi d’une pluie diluvienne vint s’abattre sur la Roche du Guet.
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- Les eaux, rapidement rassemblées au fond de la plaie béante creusée dans les flancs de la montagne, se précipitèrent impétueusement à travers les terres éboulées et le 23, à 10 heures du matin, les habitants virent avec épouvante deux larges ruisseaux de boue s’avancer lentement vers le village. Le plus large, situé à l’est, envahit bientôt les jardins, les cours, les chemins et recouvrit tout sur son passage d’une couche épaisse de matériaux de toute grosseur agglutinés par un mortier de terre et d’argile.
- Continuant sa marche, cette boue vint heurter les premières maisons d’Arbin (fig. 2), renversant les murs de clôture et comblant les caves et les rez-de-chaussée. Elle finit par s’écouler dans le chemin de grande communication menant à Mont-mélian et ne s’arrêta qu’au delà du pont du chemin de 1er du Rhône au mont Gcnis.
- L’émotion était à son comble dans tout le village, chacun se hâtait d’enlever tout le mobilier du rez-de-chaussée le plus exposé, et nombre de familles commençaient à émigrer quand, la pluie cessant, le danger parut conjuré pour le moment. La municipalité d’Arbin, réunie en permanence, adressait, pendant ce temps, les appels les plus pressants aux représentants du Gouvernement pour demander qu’il fût pris d’urgeuce des mesures de protection.
- Les ingénieurs, les agents voyers, les forestiers sous la haute direction du Préfet, étudièrent sans retard les moyens d’éviter une catastrophe. Des projets furent dressés. Mais il faut du temps pour les exécuter et, avant qu’ils aient produit leur effet, il
- est à craindre qu’une partie du village soit engloutie.
- A chaque pluie l’envahissement par les houes fait des progrès.
- Le 18 octobre, puis enfin le 15 décembre, les laves se succèdent. Les rues du village ne sont plus qu’un torrent (fig. 5), une maison s’effondre et les habitants sont obligés de s’expatrier.
- Grâce à l’arrivée de la neige et des gelées, un moment de répit est survenu. Mais la débâcle du printemps est imminente et l’on peut redouter qu’elle ne vienne augmenter les désastres qui ont accablé cette m a 1 h e u r e u s e
- commune. Grâce à
- une
- Fig 3. — Vue de la rue principale d
- large subvention de l’État, accordée par M. le Ministre de l’agriculture par application de la loi du 4 avril 1882 sur la restauration des terrains en montagne, et aux importants contingents fournis par le département et la commune, les agents forestiers viennent d'entreprendre les premiers travaux appelés à conjurer rapidement les dangers actuels.
- Cette tâche leur sera d’autant plus facile que la situation est analogue à celle du
- ’Arbin, envahieçpar les torrents boueux. \illagC noniHlt le
- Rois, vis-à-vis
- d’Aigueblanche, près Moutiers, où le grand éboule-ment de Sècheron ravagea les plus riches cultures en 1868 et compromit môme l’existence de la commune. Les forestiers chargés, en 1886, de la restauration de ces terrains parvinrent en deux années, par une série de drainages suivis d’un reboisement intensif, à arrêter tout mouvement du sol, à lui donner la stabilité qui lui faisait défaut et à rendre à la commune la sécurité complète dont elle jouit aujourd’hui, à la plus grande satisfaction de ses
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- LA. NATURE.
- habitants qui ont reconstitué leurs riches vignobles.
- Les vues ont été photographiées par M. Kuss, inspecteur adjoint des forêts, chef du service du reboisement en Savoie, qui a projeté et exécuté les importants travaux de Sècheron et se trouve aujourd’hui chargé de continuer dans la commune d’Arbin l’œuvre bienfaisante et humanitaire confiée à l’Administration des forêts. P. Demontzey.
- ——
- LA. MOYENNE ANNUELLE DES PLUIES
- Sur quelle période d’observations doivent porter les observations permettant de fixer avec quelque précision la moyenne annuelle des pluies d’une région ? Tel est l’objet d’une communication récente faite par M. Alx. R. Binnie devant The institution of civil Engineers de Londres. Ce travail de statistique patiente et méthodique a porté sur les stations météorologiques du monde entier, pour des pluies variant annuellement entre 9,82 pouces (25 centimètres) et 189,57 pouces (4m,75). Les écarts extrêmes de la moyenne annuelle dans une station donnée dépendent de la période d’observation. Les écarts trouvés sont indiqués ci-dessous.
- Pour une période de 5 années 14,95 pour 100
- — 10 — 8,22 —
- — 15 — 4,75 —
- — 20 — 5,24 —
- — 25 — 2,75 —
- — 50 — 2,26 —
- — 55 — 1,78 —
- La position géographique des stations ne paraissant pis jouer un grand rôle sur les écarts mentionnés, ces écarts peuvent, par suite, s’appliquer à tous les points du globe. On peut, en résumé, admettre, d’après les résultats étudiés par M. Binnie, qu’une statistique êmbrassant 55 années donne la valeur de la moyenne annuelle avec une précision d’environ 2 pour 100.1)e nombreuses tables ont été dressées comprenant 155 points d’observations, s’étendant entre 55 et 97 années, et 6990 observations annuelles. 11 résulte de ce dépouillement que l’année la plus pluvieuse peut dépasser la moyenne de 51 pour 100, tandis que l’année la plus sèche n’est que de 40 pour 100 au-dessous de la moyenne. Si l’on considère deux années' successives, les plus pluvieuses sont de 55 pour 100 au-dessus et les plus sèches 51 pour 100 au-dessous de la moyenne annuelle. Bien d’autres considérations de même ordre font l’objet du travail de M. Binnie, travail auquel nous renvoyons nos lecteurs que la question intéresse plus particulièrement.
- EXPÉRIENCE
- SUR LA PRESSION ATMOSPHÉRIQUE
- J’ai eu l’occasion de réaliser récemment dans une conférence publique l’expérience suivante : on verse dans un ballon à fond plat, de 10 à 14 centimètres de diamètre, une petite quantité d’eau, et l’on y jette des rognures de savon de toilette ordinaire, très mousseux.
- En agitant pendant quelques minutes, on produit une mousse blanche abondante. On place alors le flacon, mis dans une capsule, sous la cloche de la machine pneumatique, et l’on pompe.
- L’air de la cloche se raréfie, et par conséquent sa pression diminue.
- Mais qu’est-ce que la mousse ? Tout le monde sait qu’elle est constituée par des particules d’air emprisonnées entre des cloisons liquides. L’air de la mousse est à la pression atmosphérique extérieure, légèrement augmentée par les effets de la tension des membranes liquides qui l’entourent. A mesure que l’air de la cloche se raréfie, toutes ces bulles d’air augmentent de volume, et la mousse se déverse par le col du ballon en produisant des ondulations qui rappellent le serpent de Pharaon.
- Cette expérience est toujours suivie de succès ; mais pour qu’elle réussisse très bien, il ne faut pas rendre la mousse trop fine, donc ne pas agiter le flacon outre mesure ; il faut chasser l’eau que le flacon contient pour n’v garder que de la mousse ; la cloche employée ne doit pas être trop grande. Je suis parvenu, avec un petit ballon de 10 centimètres de diamètre, à emplir complètement de mousse une cloche de 18 centimètres de diamètre et 25 centimètres de hauteur.
- Cette expérience est une réminiscence de celles qui ont été exécutées par les professeurs Plateau et Van der Mensbrugghe pour étudier les lois de la composition des mousses ; Plateau eut l’idée de placer les mousses très fines sous la cloche pneumatique, pour rendre leurs cloisons plus grandes et les étudier plus facilement. Ces phv-siciens ont ainsi trouvé que les mousses sont composées de lamelles liquides se réunissant d’après les lois suivantes (lois de Plateau) :
- 1° Trois lames se rencontrent suivant une même arête ; elles sont inclinées à 120 degrés de telle sorte que leurs tensions se font équilibre.
- 2° Quatre arêtes au plus se rencontrent en un même point. Félix Leconte.
- UN NOUVEAU XYLOPHONE
- L’instrument dont je vais parler, comme celui qui a fait l’objet d’un article précédent, le Soufflet musical *, se recommande par son originalité et la facilité avec laquelle l’exécutant en tire parti.
- On peut avec un peu de bonne volonté et des outils même primitifs, le fabriquer soi-même. Procurez-vous un morceau de sapin, jaune ou rouge, bien sec, de 1“,80 environ de longueur, de 8 à 10 centimètres de largeur et 15 à 20 d’épaisseur. Si on désire bien façonner l’instrument, il faut, au moyen d’un rabot, lui donner la forme représentée en section dans le n° 2 de la figure.
- Procurez-vous ensuite une vingtaine de montants faits du même bois, exempts de nœuds ou de trous. Ces bâtons devront être bien droits, bien ronds, bien unis et autant que possible, coupés dans le sens du fil du bois. Tout cela se fait facilement au moyen d’un rabot et de quelques feuilles de papier de verre. Donnez à ces bâtons environ 1 centimètre et demi de diamètre et lm,75 ou lm,80 de longueur. Quand nous disons une vingtaine, c’est pour donner un nombre, il est évident qu’on peut en employer davantage ; chaque bâton représentant une note, vingt notes nous donnent près de trois octaves.
- Quand tous vos bâtons sont préparés, faites sur la partie supérieure du petit madrier en sapin dont nous avons parlé une série de trous, en ayant soin de les espacer d’environ 7 à 8 centimètres. Ces trous devront avoir le même diamètre que celui des bâtons, ou, mieux encore, ils seront
- 1 Voy. n* 871, du 8 février 1890, p. 160.
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- LA NATURE.
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- un tantinet plus petit ; les bouts seront légèrement coniques afin de pouvoir s’v fixer et s’y tenir bien ferme. En perçant les trous, il faudra tenir le vilebrequin et la mèche bien droits afin que les bâtons, une fois places, ne s’entrechoquent pas par le haut.
- Tout est maintenant prêt; il ne nous reste plus qu’à monter l’instrument, commençant par la gauche pour les notes les plus graves, comme dans le piano. Coupons d’abord un des bâtons en lui donnant une longueur d’environ lm,70. Il est préférable d’exagérer les longueurs, puisqu’on peut toujours les diminuer. Fixons ce bâton dans le dernier trou à gauche, en l’enfonçant et en le collant en même temps à la colle forte ; celui-là est fixé définitivement, à moins qu’on ne veuille lui faire donner une certaine note fournie par un autre instrument. C’est de ce bâton que vont dépendre toutes les autres notes.
- Pendant que la colle sèche, munissons-nous d’une vieille paire de gants de chevreau. Je dis vieille, car il n’est pas probable qu’ils soient encore mettables, lorsque l’instrument sera terminé. Mettons-les et frottons l’intérieur de la main ainsi gantée, les doigts et la paume, de
- l!n nouveau xylophone. — 1. Vue d’ensemble de l’appareil. 2. Coupe du support avec pieds.
- résine en poudre. Si nous frottons par un mouvement descendant, doucement, le long du bâton, nous entendrons une note qui ne manque pas de mélodieux et qui est d’une sonorité remarquable. On obtiendrait probablement un résultat meilleur avec la main nue, mais la résine en poudre, surtout quand elle est recouverte de poussière, n’est pas chose facile à enlever.
- Il nous reste maintenant à finir l’instrument par tâtonnements en faisant résonner chaque bâton et en en sciant un tout petit bout à la fois, jusqu’à ce qu’on arrive au diapason désiré. On peut toujours commencer par donner au bâton à placer, la longueur de celui qui précède. Nous ferons remarquer qu’on ne doit pas peindre ou vernir les bâtons et qu’ils doivent être maintenus dans un état convenable de propreté et surtout ne pas les toucher avec les doigts gras. Plus on jouera de cet instrument, plus il sera facile à jouer, en ce sens que les vibrations se produisent au moindre attouchement; cela est dû à ce que les'pores du bois se remplissent peu à peu de résine, ce qui dispensera d’en mettre autant sur les doigts. On peut prolonger une note en commençant la pression vers le haut du bâton, ou en reprenant d’une main quand l’autre est presque au bas. Pour produire le crescendo et le decrescendo on augmentera ou on diminuera la pression.
- Léon Marissiaux.
- IA LAINE MINÉRALE
- On parle souvent de la laine minérale, mais ce produit est nouveau et peu de personnes connaissent son origine, son mode de production et les essais relatifs à sa qualité. Nous emprunterons à ce sujet quelques renseignements qui ont été publiés par un chimiste américain, M. C. B. Dudley, dans le Railroad and Engineering Journal.
- La laine minérale, ou laine de laitier, est obtenue par la division en fibres du laitier à sa sortie du haut fourneau par un jet de vapeur à haute pression. Ces fibres ont l’aspect du coton ou de la laine. On sait que les laitiers de hauts fourneaux contiennent des impuretés de diverses natures, notamment des composés sulfureux qui, dans certains cas, peuvent avoir un mauvais effet. Aussi a-t-on quelquefois remplacé les laitiers artificiels par des minéraux fusibles qu’on fond dans des fourneaux spéciaux et qu’on traite également par la vapeur. Ce sont les produits ainsi obtenus qu’on devrait appeler laine minérale, en réservant le nom de laine de laitier à celle qui est obtenue des scories de hauts fourneaux.
- L’emploi assez récent de ces matières s’est répandu avec une très grande rapidité. Les chemins de fer des Etats-Unis les commandent actuellement par 10000 kilogrammes à la fois et on peut citer des ordres montant au double. Il n’est donc pas étonnant que cette fabrication se soit élevée au rang d’une véritable industrie.
- L’application dans les chemins de fer se borne presque uniquement au remplissage des doubles planchers des voitures à voyageurs, dans le but d’amortir le bruit et les vibrations, et des doubles parois des wagons à réfrigération. Les essais faits pour la protection des chaudières et des tuyaux de vapeur contre le refroidissement, n’ont pas eu de succès. L’expérience a démontré que, lorsqu’il se produit une fuite donnant passage à de l’eau ou de la vapeur, l'eau en contact avec les composés sulfureux contenus dans la laine minérale les décompose ; il se forme de l’acide sulfurique, et une attaque très énergique du métal de la chaudière ou des tuyaux en résulte. On a donc renoncé à se servir de cette matière comme isolants de récipients contenant de la vapeur. Nous voulons parler de laine de laitier, car la New-York Steam Company continue à employer avec de très bons résultats des laines minérales exemptes de soufre. On peut d’ailleurs trouver bien d’autres matières à bon marché pour être employées à cet usage.
- Lorsqu’on examine attentivement et au besoin au microscope la laine minérale, on constate qu’elle renferme une proportion plus ou moins considérable de petits globules de laitier qui n’ont pas pris la forme fibreuse. La proportion de ces globules s’élève parfois à 50, à 40 et même, dans certains cas, à 60 pour 100 du poids total. Si l’on considère que l’acheteur qui achète au poids cette matière dans le but d’en remplir un espace, subit un détriment du fait de la présence de ces globules, qui n’ont aucune valeur pour lui et qu’il paye comme les fibres, la laine minérale devenant l’objet de transactions journalières, il était nécessaire de trouver un mode d’essai de cette matière permettant d’en obtenir l’emploi le plus économique. Le problème n’était pas des plus faciles à résoudre. La matière est achetée au poids et on l’emploie au volume. Il faut donc obtenir le poids d’un volume donné dans des conditions identiques et sans que la matière éprouve une compresîHon qui fausserait évidemment la comparaison.
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- LA NATURE.
- On s’est servi dans ce but de l’appareil suivant :
- C’est un récipient cylindrique de 25 à 50 centimètres de diamètre et de 8 à 10 centimètres de hauteur; sa partie supérieure est fermée par une membrane de caoutchouc très mince formant joint étanche avec les parois du cylindre. Sur cette membrane est posé un disque mince en verre. La paroi cylindrique du récipient porte une tubulure à laquelle s’ajustent un tuyau de caoutchouc et un tube vertical eu verre gradué formant niveau; le tuyau en caoutchouc aboutit à un tube en verre de plus gros diamètre, mobile verticalement et divisé en parties représentant des centimètres cubes et des fractions s’il est besoin. On commence par remplir d’eau le bassin et les tubes, en ayant soin que l’air soit complètement expulsé du premier. Cela fait, et la plaque de verre étant fixée sur le récipient par des pinces, on élève le tube mobile jusqu’à ce que l’eau monte dans le tube, de niveau à une hauteur déterminée une fois pour toutes, soit, par exemple,
- 60 centimètres.. Dans cette position, la plaque de verre éprouve une certaine pression de bas en haut de la part de l’eau.
- On baisse ensuite le tube mobile de manière à supprimer la pression ; on enlève la plaque de verre et on introduit entre elle et le caoutchouc une poignée environ de laine minérale pesée avec soin, en l’éparpillant un peu, de manière qu’elle ne reste pas en masse. On repose la plaque de verre et on remonte le tube mobile de façon que la pression de l’eau sous le diaphragme comprime légèrement la laine minérale entre le verre et lui. L’espace occupé par la matière se traduit par un accroissement de hauteur de l’eau dans le tube niveau, lequel donne le volume de la matière, et, comme ce volume est mesuré sous une pression constante, on doit considérer le problème comme résolu, puisqu’on a un tenue de comparaison entre les divers échantillons de laine minérale à poids égal.
- Cet appareil est très simple et très exact ; il peut être employé pour toute espèce de matière dont on a besoin de déterminer le poids sous un volume donné. Néanmoins, la manipulation n’est pas sans exiger quelques précautions. Le point délicat est que la totalité de l’échantillon essayé n’est pas soumise à une pression identique ; la partie centrale est plus comprimée que les bords ; mais l’erreur qui en résulte n’est pas considérable si on opère avec quelque soin.
- La laine minérale a été préconisée pour emballer les œufs, et leur assurer une grande durée de conservation. Elle est connue en Angleterre sous le nom de glass-wool et est utilisée en grande abondance.
- ÉTAT DTN TORPILLEUR JETÉ A LA CÔTE
- Dans le courant de décembre 1891, les deux torpilleurs 120 et 105, faisant une tournée sur la côte entre Toulon et la frontière d’Italie, partaient de Cannes pour Saint-Tropez malgré un vent d’Est assez fort. Trouvant la mer trop grosse des la sortie de la rade, ils prirent le parti d’aller relâcher dans la rade d’Agav, ce charmant enfoncement si pittoresque (pie tous les habitués des stations d’hiver ont remarqué en traversant en chemin de fer le massif de l’Estercl.
- La route directe les faisait passer, près de la rade d’Agav, entre un îlot et un rocher nommé la Doutte, séparés par un espace parfaitement sain de plus de 100 mètres de large. Le 126 qui était en tète passa
- sans aucune difficulté ; le 105, au moment où il allait s’engager dans ce passage, fut soulevé par l’arrière sur la erete d’une énorme lame qui mit hors de l’eau, en grande partie, son hélice et son gouvernail et fit changer sa direction. La vitesse de la lame et celle du torpilleur étant à peu près la môme, cette si tuation dura assez longtemps pour jeter le bâtiment sur la Boutte, sans qu’il put changer sa direction ni modérer sa vitesse à cause du peu d’action du gouvernail et de l’hélice.
- Un choc eut lieu qui enfonça de plus de 4 mètres toutes les tôles de l’avant jusqu’à 1 mètre au-dessus de l’eau, et de 1 mètre environ la partie supérieure ainsi que le tube lance-torpilles. Dégagé rapidement de la roche et maintenu un certain temps sur l’eau par scs cloisons (Tanches, le 105, avec sa machine d’abord, puis remorqué par le 126 quand l’enfoncement de l’avant eut mis son hélice hors de l’eau, put atteindre la rade d’Agay où il coula par 8 mètres d’eau. Son avant touchant le fond ne permit pas de le conduire à une profondeur moindre.
- Notre gravure montre, d’après une photographie, l’état diins lequel se trouve l’avant du torpilleur; des tôles d’acier de 4 millimètres d’épaisseur sont refoulées et repliées comme du simple papier.
- Des opérations délicates à cause de la fragilité de ces petits navires ont permis de retirer cette épave de 40 000 kilogrammes environ qui a été ramenée à Toulon où elle est actuellement en réparation. G. M.
- Vue du torpilleur 103 éventre, après avoir été jeté à la côte. (D’après une photographie exécutée à Toulon.)
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- NOUVEAU
- Si les petits appareils destinés à faciliter la multiplication et les opérations qui en dérivent sont de formes très diverses, en revanche, ils diffèrent peu quant au principe sur lequel ils sont fondés : on retrouve dans presque tous les baguettes de Napier légèrement modifiées, et disposées de manière à rendre aussi rapide que possible la composition du multiplicande.
- M. Eggis a eu l’idée, qui nous paraît heureuse, de les mettre bouta bout et d’inscrire, à la suite l’un de l’autre, sur une longue bandelette de carton (fig. 1), tolis les multiples des nombres de 0 à 9 ; on rencontre, au haut de la bande, les produits par 9, puis ceux par 8 et ainsi de suite ; les nombres lus du haut en bas sont ainsi : 0, 9, 48,27..., 81 ;
- 0, 8, 16,.... 72, etc.
- La bande est divisée du haut en bas par un trait noir ; à droite est inscrit le chiffre des unités, à gauche celui des dizaines ; huit bandes sont placées cote à côte sous une plaque de tôle qui leur permet de glisser dans le sens de leur longueur. A chaque bande correspond au bas de la plaque une fenêtre longitudinale, à travers laquelle la bande montre Tin talon perforé de neuf petits trous. Si, après avoir introduit une aiguille dans l’un de ces trous on pousse de bas en haut, on fait glisser la bande qui remonte sous la plaque (fig. 2).
- Les trous, sont, du resté, numérotés de 1 a 9, par des chiffres marqués sur la tôle.
- Supposons que nous ayons placé l’aiguille au cinquième trou; en poussant jusqu’à buter contre la plaque, on fera apparaître lé chiffre 5 dans la fenêtre infé-
- Fig. 1. — Multiplicateur automatique de M. Eggis.
- Fig. 2. — Mode d’emploi du multiplicateur..
- l’aiguille successivement dans les trous marqués 5, 5 et 7, dans les trois bandes de droite, que l’on poussera jusqu’à l’arrêt; on lira alors les produits partiels dans les fenêtres transversales, sous une forme analogue à celle que nous avons déjà rencontrée dans les baguettes de M. Pru-vost Le Guay1 ; le produit par 2 est par exemple 40, 6, 44 ; on comprend immédiatement que le 4 s’ajoute au 6, de telle sorte qu’on lira 4074. Cette simple opération conduirait à de nombreuses erreurs, si M. Eggis n’avait eu la précaution de colorer en rouge alternativement la moitié droite et gauche des bandes, de telle sorte que les nombres à ajouter aparaissent sur les parties de même couleur.
- Nous ne savons si, dans celte description que nous n’avons pas voulu allonger, de crainte d’abuser de l’indulgence de nos lecteurs, nous avons réussi à être clair; quelques-uns des points que nous passons sous silence ont été décrits à propos de divers appareils similaires, ce qui nous a dispensé d’y revenir. Nous renverrons nos lecteurs à nos notices précédentes, no- . laminent à l’article publié sur les Baguettes calculatrices1.
- Nous n’ajouterons qu’un mot : la combinaison des bandes minces et de la disposition en longueur a permis de réduire beaucoup les ' dimensions de cet appareil de calcul, que l’on peut aisément mettre en poche.
- Le multiplicateur de M. Eggis constitue un appareil pratique qui est susceptible de rendre de nombreux services à tous ceux qui ont à faire des calculs. Les appareils de ce genre de-
- rieure, tandis que les produits par 2, 5..., apparaîtront dans les huit fenêtres pratiquées transversalement dans la tôle. Si l’on veut connaître, par exemple, un mulliple du nombre 557, on introduira
- viennent d’un emploi très rapide, entre les mains de ceux qui ont à s’en servir fréquemment, et
- 1 Voy. ii° 977, du 20 lévrier 1892, p. 180.
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- LA NATURE.
- avec l’usage leur maniement ne nécessite qu’un peu d’attention. Ce nouvel appareil complète la série de ceux dont La Nature a successivement donné la description. C. E. G.
- CHRONIQUE
- Bolide. — Un magnifique bolide a été vil à Paris le 24 avril. M. L. Simon a adressé à ce sujet, à l’Académie des sciences, une lettre intéressante dont nous publions un extrait : « Le 24 avril, à llh,55m du soir, je me trouvais sur la place de l’Europe, ayant devant moi la percée de la rue de Londres. A ce moment je vis paraître dans le ciel un bolide d’une dimension et d’un éclat rares, car je ne me souviens pas d’en avoir jamais vu un pareil. Sa surface représentait environ deux à trois fois la surface apparente de la Lune dans son plein. Sa forme se rapprochait plutôt de celle du carré que de celle d’un cercle. Pendant la durée de son apparition, qui a été d’environ deux à trois secondes, il a brillé d’un éclat très vif, analogue à celui de la lumière électrique, avec des reflets bleuâtres sur les contours. Il laissait derrière lui, dans sa ebute, des étincelles lumineuses d’une teinte moins bleuâtre et qui disparaissaient rapidement. La marche de cet aérolithe était de gauche à droite, par conséquent à peu près de l’est à l’ouest, mais sous un angle très ouvert (70° à 80°) par rapport à l’horizon. Il a traversé ainsi la pins grande partie du champ que laissait devant moi la rue de Londres, mais cessant d’ètre lumineux avant de disparaître derrière les maisons. (Juant à l’espace parcouru, je peux l’estimer à peu près à la longueur occupée par trois à quatre étages des maisons qui se trouvaient à environ 200 mètres. »
- Le carbornndum. — Dans ses mémorables expériences sur les courants alternatifs de haut potentiel et de grande fréquence, M. Tesla a fait usage d’un corps appelé carborundum, et sur lequel nous croyons utile de fournir quelques renseignements, en les empruntant au texte même de sa communication devant Y Institution of Elec-trical Engineers, de Londres, le 3 février dernier. « Le carborundum est un produit nouveau fabriqué par M. E. G. Acheson, de Monongabela City, Pensylvanie (États-Unis), dans le but de remplacer la poudre de diamant dans le polissage des pierres précieuses, application qu’il réalise avec succès. Je ne sais pas pourquoi le nom de carborundum lui a été donné, à moins qu’il n’y ait dans le procédé de fabrication quelque chose qui justifie ce nom. C’est grâce à l’obligeance de l’inventeur que j’ai pu disposer de quelques échantillons, en vue d’étudier les propriétés phosphorescentes de ce corps et son aptitude à supporter de hautes températures. Le carborundum peut être obtenu sous deux formes différentes : en cristaux et en poudre. Les cristaux paraissent noirs à l’œil nu, mais sont très brillants; la poudre ressemble à de la poussière de diamant, mais elle est beaucoup plus fine. Au microscope, les échantillons de cristaux ne paraissent pas avoir de forme bien définie, et ressemblent plutôt à des morceaux de charbon de bonne qualité ; la plupart sont opaques, mais quelques-uns sont transparents et colorés. Les cristaux sont une qualité spéciale de charbon, renfermant un certain nombre d’impuretés ; ils sont .extrêmement durs et résistent longtemps à la température du chalumeau. Aux premiers instants, ils s’agglomèrent sous forme de gâteau, probablement par fusion des impuretés qu’ils contiennent, puis la masse ainsi formée reste longtemps sans éprouver de nouvelle fusion, mais il se produit à la longue
- une désagrégation lente, une sorte de combustion, et il reste finalement un résidu d’aspect vitreux qui doit être, à mon avis, de l’alumine fondue. Le carborundum fortement comprimé conduit très bien, mais moins cependant que le charbon ordinaire. La poudre obtenue des cristaux est pratiquement non conductrice, mais elle constitue une excellente poudre à polir. Le temps m’a manqué pour étudier d’une manière satisfaisante les propriétés de ce produit, mais j’ai, en quelques semaines, obtenu des résultats suffisants pour pouvoir affirmer qu’il doit posséder des propriétés remarquables à plusieurs points de vue. 11 supporte sans détérioration des températures très élevées; il est peu affecté par le bombardement moléculaire ; il ne noircit pas les globes dans lesquels il est enfermé, comme le fait le charbon ordinaire. La seule difficulté que j’aie rencontrée dans son emploi a été de trouver une matière pouvant lui servir de support, et capable de résister aux températures élevées et aux effets du bombardement aussi bien que le carborundum. »
- Cultures fruitières en Californie. —• Le rapport officiel sur la culture fruitière en Californie pour l’année 1890 attribue à cet État 13180 134 arbres fruitiers, mais il ne mentionne pas un certain nombre de comtés où la culture fruitière est excessivement développée : les comtés de Lassen, Los Angeles, San-Francisco et Solano. Le comté de Solano avait, en 1889, 669 774 arbres fruitiers, et Los Angeles un million. La Californie possédait donc au moins 15 millions d’arbres fruitiers à l’été de 1890, arbres plantés depuis une quarantaine d’années et on opère actuellement une plantation moyenne de 1 million d’arbres chaque année. En 1890, la Californie possédait 57 700 hectares de Vignes donnant des Raisins de table, des Raisins secs, et des Raisins de cuve, la superficie affectée aux Raisins de cuve dépassant de beaucoup celle qui est consacrée aux Raisins de table et aux Raisins secs. Pour les Raisins de table, le comté de Tulare vient en tète, puis celui de Placer; pour les Raisins de cuve, c’est le comté de Sonoma qui est le premier, puis celui de Napa et, en troisième ordre, celui de Santa-Clara. Pour les Raisins secs, ce sont les comtés de Fresno, d’abord, puis de San Diego. Un s’occupe également beaucoup en Californie de la culture des Ananas qui serait très rémunératrice d’après les expériences déjà faites. Un propriétaire d’Indian-River cultive des Ananas sur une étendue de 18 hectares 21 dont 10 hectares 11 sont en plein rapport. Un hectare produit pour 11230 francs de fruits et pour 1 550 francs de plants, mais la productivité des pieds diminue à mesure qu’ils prennent de l’âge et le rendement brut se réduit à 2550 francs par hectare. On espère obtenir en Californie, avec la culture des Ananas, des résultats aussi satisfaisants que ceux des horticulteurs floridiens.
- Le wagon-salon d’un rajali indien. — Les souverains indigènes de l’Inde auxquels la Grande-Bretagne fait une rente en les priant de se laisser vivre sans s’occuper de rien, n’ont pas été longs à s’habituer au progrès des sciences occidentales et à en tirer tout le confort possible. C’est ainsi qu’une maison anglaise est en train de construire pour un de ces potentats trois superbes wagons de chemins de fer qui constitueront en réalité un véritable palais sur roues. Un va d’abord utiliser pour la charpente uniquement du bois de teck, le seul qui résiste aux ravages des insectes, et comme ce bois coûte fort cher, on dépensera rien que pour cette seule matière, 1000 francs par voiture. L’ensemble du palais ambulant doit contenir des appartements de jour et de nuit pour le prince et pour les per-
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- sonnes de sa suite ; il y a en outre un quartier séparé pour la cuisine, où l’on peut emporter 2 tonnes d’eau et 2 tonnes de glace. Les décorations des voitures sont magnifiques ; les panneaux sont garnis de glaces, dont une notamment coûte 1000 francs ; le prix de chaque wagon sera d'environ 75 000 francs. L’éclairage sera complètement assuré par l’électricité au moyen de batteries d’accumulateurs chargés avant le départ du train.
- Indicateur de pente pour chemins de fer. —
- Les divers indicateurs actuellement employés le long des voies de chemins de fer, pour indiquer les pentes de la voie, présentent l’inconvénient de pouvoir passer inaperçus en temps de brouillard, ou lorsque les trains marchent avec une très grande vitesse. On a installé récemment un indicateur de pente sur la locomotive même. L’appareil consiste en un tube horizontal de 4 à 5 mètres de longueur, placé le long de la locomotive. Aux deux extrémités de ce tube se trouvent des branches verticales, dont l’une placée sur la plate-forme de la locomotive en face du mécanicien. Cet appareil fonctionnera donc comme un niveau d’eau ordinaire et l’on peut voir à chaque instant l’inclinaison de la locomotive ou autrement dit la pente de la voie au moyen de la position de l’eau dans la branche verticale. On assure que cet appareil indique très bien les différences de pente de 1 pour 100.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 mai 1892. — Présidence de M. d’Abbabie.
- La vie propre des tissus animaux. —M. Gautier s’est proposé d’établir quelles modifications la mort de l’animal peut entraîner dans le fonctionnement des cellules; en d’autres termes, de rechercher si les tissus ont une vie propre qui dure après la mort. On savait que le pancréas détaché d’un animal continuait à donner du suc pancréatique ; d’autre part, la propriété du système nerveux de se contracter, sous l’action de l’électricité, pendant plusieurs jours après la mort, semblait indiquer la persistance de la vitalité et des phénomènes d’élaboration dont les cellules sont le siège. Dans le but de vérifier ces déductions, M. Gautier a soumis aux dosages les plus précis de l’analyse chimique des échantillons de tissus musculaires recueillis aux abattoirs et placés aussitôt dans des milieux rendus aseptiques. Grâce à cette précaution parfaitement réalisée, il a pu conserver pendant fort longtemps ces fragments de viande, sans qu’ils tombassent en putréfaction sous l’action des ferments extérieurs, et laisser ainsi les cellules dans des conditions de fonctionnement possible. Un échantillon a été gardé de cette manière, pendant quatre-vingt-treize jours, à des températures qui ont varié de 2 degrés à 25 degrés ; un autre pendant trente-trois jours dont onze en étuve à la température de 38 degrés. La quantité d’eau est restée constante, ainsi que celles des corps gras et des matières albuminoïdes non solubles. Quant aux matières albuminoïdes solubles, elles ont diminué dans une faible proportion et ont donné lieu, par voie de transformation, à des alcaloïdes, et principalement à de la caséine. L’ammoniaque et l’acide lactique n’ont que très peu ou point paru; en revanche, il y a eu production d’acide carbonique et de très légères quantités d’azote et d’hydrogène.
- Une pluie de poussière. — Une dépêche de M. Nor-denskiold annonce qu’une pluie de poussière s’est abattue sur Stockholm et dans les environs.
- Varia. — M. Georges Ville adresse la 8“ édition de son ouvrage intitulé Les engrais chimiques. — Le Comité berlinois qui s’est occupé de la frappe d’une médaille en l’honneur du professeur Virchow, annonce l’envoi de cette médaille. — M. Rouché, examinateur de sortie à l’Ecole polytechnique et professeur au Conservatoire des arts et métiers, pose sa candidature à la place d’académicien libre. — M. Meslan donne un nouveau travail sur la propriété du fluorure d’acétyle. — M. Gaudry présente un volume sur les travaux du dernier Congrès d’anthropologie et d’archéologie préhistorique. — M. Schutzen-berger a communiqué une note de M. Ch. Lauth sur la préparation et les propriétés de la diamido-sulfobenzide ainsi que sur les matières colorantes qu’il a obtenues avec cette hase. Ch. de Villedeuil.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE*
- MAGIE NOIRE
- Malgré son titre un peu sombre, le sortilège que nous dévoilons aujourd’hui n’a de ténébreux que le théâtre du prestidigitateur qui n’est pas éclairé, et n’a d’autre noirceur que la couleur du drap qui recouvre complètement le fond, les côtés, le plafond et le plancher de la scène.
- Au contraire, tous les objets qui apparaîtront dans cette expérience sont blancs ou tout au moins de couleur claire; le physicien lui-même, vêtu tout de blanc, ne manquera pas de dire que si l’on fait de la magie blanche en habit noir, c’est un habit blanc qui est nécessaire pour faire de la magie noire.
- Voici la représentation qui commence ; la salle est plongée dans une demi-obscurité; deux lampes qui tournent le dos à la scène projettent sur les spectateurs, au moyen de réflecteurs métalliques, une faible lumière, atténuée encore par des verres légèr« ment teintés en rouge.
- Le rideau se lève et ne découvre que les ténèbre-les plus noires au milieu desquelles, au bout d' quelques minutes d’attente, apparaît soudain le prestidigitateur que l’on n’a point vu arriver par les côtés, qui n’est pas sorti de terre et qui n’est pas descendu du plafond. Celui-ci, après avoir salué les spectateurs, appelle sa baguette magique qui, au même instant, se trouve dans sa main, sans qu’on puisse soupçonner par quel chemin elle y est venue. Cette baguette magique, étendue à droite, fait apparaître un guéridon ; à gauche, une chaise ; puis un deuxième guéridon, une deuxième chaise.
- Un simple signe, et sur chacun des guéridons se trouve un vase en porcelaine ; un mouchoir, emprunté aux spectateurs et déposé dans l’un de ces vases, est immédiatement retiré de l’autre; les œufs, les chapeaux en toile cirée des cochers de VUrbaine, tout ce qui est blanc joue un rôle dans cette scène et sert aux escamotages les plus variés.
- C’est ensuite une tête de mort qui arrive lentement du fond du théâtre ; elle s’approche du physi-
- 1 Voy. a0 984, du 9 avi-il 1892, p. 3U4.
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- LA NATURE
- cien épouvanté, l’embrasse, et va se reposer sur une table d’où elle répond aux questions qui lui sont faites. Des ossements, les bras, les jambes, les côtes, viennent de toutes parts se réunir à la tête de mort, le squelette entier se construit, se met à danser, et, tout en dansant, se disloque de nouveau, les jambes valsant d’un côté, le tronc et la tête de l’autre. Puis c’est une course rapide, effrénée, de ces ossements par toute la scène. Sur un signe du physicien, une tête avec de la chair et des cheveux remplace pour un moment la tête de mort et tout s’évanouit.
- C’est alors un violon blanc qui voltige dans le théâtre, avec une main blanche, armée d’un archet blanc, qui le lait grincer d’une manière effrayante.
- Enfin, c’est le physicien lui-même qui s’escamote en présence des spectateurs. Debout, au milieu de la scène, il se recouvre d’un drap blanc, s’agite un peu, le drap tombe a terre, et ce
- prestidigitateur,
- que l’on vient de voir sur la scène, lait bruyamment son entrée dans la salle par une porte du fond.
- Cette scène est certainement une des plus saisissantes que l’on puisse exécuter en fait de physique amusante et dépasse même, comme effet, le fameux truc des spectres1. L’illusion produite est telle, que nombre de spectateurs en sont effrayés, et cependant l’explication en est des plus simples, comme on va le voir.
- Nous avons dit que tout l’éclairage se bornait à deux lampes tournées vers les spectateurs. Cette lainière peu intense est en grande partie absorbée dans la salle, et c’est à peine si de faibles rayons lumineux sont renvoyés sur la scène, réfléchis par les murs, par des objets de couleurs claires, tels que les vêtements de quelques spectateurs, ou par l’atmosphère vaporeuse de la salle. Or, celte faible quantité de lumière ainsi réfléchie est presque totalement absorbée par le drap noir mat dont la scène est tendue; le spectateur ne peut plus alors se rendre compte des distances qui existent dans une obscurité aussi complète, et un fond de drap noir n’impressionnera pas davantage sa rétine, qu’il soit placé à 2 mètres ou à 10 mètres de profondeur
- 1 Yoy. n° 500, du 10 février 1885, p. 107.
- Squelette se mouvant sans liens visibles devant un prestidigitateur.
- sur la scène. Supposons celle-ci remplie d’objets recouverts de drap noir; les yeux des spectateurs, dont la sensibilité pour l’obscurité est diminuée encore par l’éclat relatif des lampes et des réflecteurs métalliques qui les blessent plus ou moins, ne pourront absolument pas distinguer ces paquets noirs qui ne se détachent en aucune façon du fond général, noir et obscur.
- Au contraire, des objets bien blancs, placés dans ces conditions, réfléchiront suffisamment la lumière diffuse de la salle, pour se détacher nettement sur le fond noir qui les entoure, et être perçus distinctement par les spectateurs.
- C’est ainsi qu’au lever du rideau, le prestidigitateur, les guéridons et les autres objets disposés à l’avance sur la scène, seront invisibles, mais apparaîtront soudain au moment où ils seront découverts, ce qui doit être fait très vivement et sans hésitation.
- La tête de mort est fixée au bout d’un bâlon recouvert de drap noir, et mise en mouvement par une personne qui se tient dans les coulisses et qui, complètement recouverte elle-même de drap noir, traverse au besoin la scène aux moments où son intervention est nécessaire pour l’apparition et la disparition des objets, ou pour leur transport d’un lieu à un autre. Sa présence reste absolument invisible.
- Pour s’escamoter lui-même, le prestidigitateur se retire tout simplement derrière un rideau noir, après avoir cédé sa place, sous le drap blanc, au personnage noir qui se tenait invisible a ses côtés, et qui soutient le linge en l’air pendant le temps nécessaire à son compère pour faire le tour du théâtre et gagner la porte du fond.
- A notre connaissance, cette expérience n’avait
- jamais encore été publiée.
- Nos lecteurs éprouveront certainement le désir d’être témoins, à l’occasion, de l’effet produit par une semblable représentation, et ainsi messieurs les magiciens modernes auront un peu moins de peine à nous pardonner d’avoir dévoilé l’un de leurs plus jolis secrets.
- Magus.
- — A suivre.
- Le Pvopriétuirc-Gcvant : G. Tissanbieu.
- Paris.
- Imju-iinerie Laliure, rue de Fleuras, 9.
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- N° 990. — 21 MAI 1892.
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- UNE NOUVELLE DRAGUE
- 11 se poursuit depuis quelques semaines, à Versailles, un travail souvent réclamé', mais plus sou-
- vent encore ajourné à cause de ses difficultés spéciales d’exécution : nous voulons parler du curage du Grand Canal et nous pensons qu’il ne sera point inutile d’appeler sur ce point l’attention des lecteurs, eu égard à la nouveauté des moyens employés.
- Lorsque Louis XIV eut résolu de transformer le modeste rendez-vous de chasse paternel en cette somptueuse résidence (pic nous admirons aujour-
- d’hui, la première critique qui fut faite sur le plan royal, c’est que le lieu était « aride et sec », et Saint-Simon, mauvaise langue avant tout, n’a oublié d’ap-
- T i ! !
- Fig. 2. — Plan de la drague Bony el Duste. — A, A'. Treuils pour le déplacement latéral. — T, T’ Treuils pour le déplacement suivant l’eau.
- — B. L’élinde et sa chèvre. •— C, C. Cuves pour la préparation du liquide désinfectant. — II'. Pompe d’alimentation des cuves. — D. Couronne dentée du tube d’aspiration dont la rotation est assurée par les engrenages à angle droit G. — II. Pompe rotative. — E. Articulation du tube d'aspiration. — F. Arrivée du liquide désinfectant. — P. Conduit de la pompe. — L. Emplacement de la locomobile.
- puyer sur ce point. 11 est inutile de rappeler les énormes travaux qui furent exécutés pour remédier à cet état de choses : captation des rus environnants, construction de cette énorme machine de Marly, objet de tant d’admiration à l’époque, entreprise de l’aqueduc de Maintenon que Saint-Simon, plus caustique que jamais, déclarait construit pour le tiers avec 20e muée. — i*r semestre.
- lés ossements des soldats employés à ce travail.
- Bientôt Versailles était entouré d’eaux vives, et Le Nôtre, l'architecte-jardinier, terminait cette large allée, qui descend de la terrasse du château, par un immense canal en forme de croix, entièrement creusé de main d’homme. Du haut de cette terrasse, où Louis XIV rappelait, avec une pointe d’orgueil, qu’au-
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- LA N AT U HE.
- trefois on ne voyait qu’un moulin à vent, ce à quoi le duc de Grammont répondait, non sans un malin sourire, « le moulin a disparu, mais le vent est resté », bientôt du haut de cette terrasse le roi-Soleil pouvait contempler cette merveilleuse perspective si bien ménagée par le créateur des jardins.
- Les travaux du Grand Canal furent commencés en 1068 : il n’a pas moins de 1558 mètres de longueur sur une largeur de 02 mètres et est recoupé par un bras de même largeur qui s’étend de l’escalier du grand Trianon jusqu’à la porte de la ménagerie sur. une longueur de 1015 mètres, bien qu’exécuté le plus souvent par corvées ou par réquisitions militaires, un compte de 1678 nous apprend qu’il n’a pas été dépensé moins de 482 000 livres pour les travaux de fouille et les transports de terre et cependant la profondeur moyenne était peu considérable, car, dans les points les plus bas, la cote ne dépasse pas 1"\20.
- Nous ne ferons que signaler en passant les fêtes qui se donnèrent sur le Grand Canal, parmi lesquelles il convient de citer celles qui furent célébrées, en 1074, après la réunion de la Franche-Comté. Le Canal était alimenté par les déversoirs des étangs qui entourent Versailles, il servait aussi à la décharge des égouts de la ville ; n’ayant pas un émissaire suf-iisant, les boues ne tardèrent pas à l’envahir et l’on dut, dès 1758, exécuter d’énormes travaux pour détourner les égouts. Dussicux rapporte qu’on fut obligé de construire plus de 5000 toises d’aqueduc dans ce but, et, à la suite de ce travail, on procéda à un premier curage liàtif. En 1780, par suite des odeurs malsaines (pii s’en échappaient, on dut songer à faire un nettoyage complet : l’ordre fut donné d’y procéder dès le départ du roi; ce départ eut lieu, comme on sait, le 11 octobre 1780, et les événements ipii se passèrent alors avaient une telle gravité qu’il ne fut pas donné suite au projet ; le Canal se desséchant peu à peu devint une sorte de prairie fangeuse aux dangereuses exhalaisons. Ce ne fut qu'en 1808, lorsque Napoléon 1er rêva de faire de ce château, plein de souvenirs monarchiques, une sorte de Panthéon de l’empire, qu’on remplit de nouveau le Canal. Plus tard, lorsque Louis-Philippe convertit la résidence royale en un splendide musée dédié, suivant l’inscription placée à son fronton, « à tontes les gloires de la France », de nombreuses fêtes y furent données et même une petite flottille y fut créée, au milieu de laquelle devait bientôt trôner le magnifique canot du second empire.
- Nous avons voulu résumer en ces quelques mots l’histoire de cette pièce d’eau, et montre? surtout qu’en l’absence de tout courant elle devait infailliblement se combler peu à peu et, de fait, depuis quelques années, ses eaux croupissantes, surtout pendant les ardeurs de l’été, devenaient pour Versailles un danger perpétuel. A plusieurs reprises avait été soulevée la question du curage; les avis, les moyens d’exécution les plus divers avaient été proposés; enfin l’Etat et la municipalité, de concert,
- se sont arrêtés à une solution qui permettra d’exécuter avec rapidité l’œuvre entreprise sans que, en remuant ces vases profondes, la ville ne soit exposée à une épidémie infectieuse, sans qu’aucune odeur ne trahisse le travail effectué; c’était là surtout le point capital.
- Il était donc impossible de se servir des anciens procédés de dragages, chaînes à godets et autres ; le moyen adopté consiste essentiellement à former, au fond du canal, avec la vase et l’eau, un semi-liquide (pii est aspiré par une pompe, désinfecté à l’aide d’injections de sulfate de fer et refoulé par une conduite qui le déverse sur de larges espaces, où les matières solides ne tardent pas à se déposer, tandis (pie l’eau retourne au canal après s’être en quelque sorte décantée d’elle-même. “ '
- Avant d’entrer dans la description de la drague spéciale employée à Versailles, il ne sera pas inutile de dire quelques mots sur les dragues à succion dont cet appareil dérive. C est vers 1872 que-l’ingénieur Bazin eut l’idée d’aspirer, à l’aide d’une turbine, les vases qui encombrent les fonds des rivières ou des ports. Cette méthode a été exploitée d’une façon eouf-rantc par les Hollandais et a parfaitement réussi tant qu’il s’est agi de fonds de sable ou de vases molles^ si les terrains à déblayer sont, fortement glaiseux et chargés de gravier, il est utile d'adjoindre au tuyau d’aspiration des appareils désagrégatcurs destinés à ameublir le sol et former le semi-liquide que la turbine devra aspirer. On conçoit que dans les terrains argileux le travail est des'plus pénibles et ne donne qu’un rendement très faible; tel était le cas des fonds vaseux du Grand Canal. Les constructeurs de la nouvelle drague, MM. Bony et Daste1, ingénieurs, entrepreneurs de travaux publics à Asnières, ont tourné la difficulté d’une très ingénieuse façon.
- Le tuyau d’aspiration se termine en forme d’escargot, dont l’hélice est à pas très court, et la section d'ouverture parallèle à l’axe du tuyau ; cette extrémité est en bronze et munie d’un couteau circulaire en acier. La machine qui actionne la pompe fait en même temps tourner sur un axe le tube d’aspiration; la couronne tranchante de l’escargot pénètre dans la vase résistante, en découpe un morceau et le mouvement de rotation continuant, le fragment d’argile pénètre dans le coude où il est divisé par deux autres couteaux, disposés parallèlement au diamètre. L’aspiration de la pompe détermine un fort appel d’eau qui refoule l’argile découpée dans le tube. Ainsi le travail de la drague se subdivise d’une façon continue en deux parties : dans la première portion de sa rotation l’escargot se charge de vase plus ou moins solide, dans la deuxième il n’aspire plus que de l’eau; celle-ci forme en quelque sorte un piston liquide qui pousse devant lui les matières recueillies quelles qu’elles soient, de là le nom de l’appareil, drague piocheuse et suceuse. On conçoit qu’en impri-
- 1 Les appareils sont construits par la maison Pinguely de Lyon.
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- niant à l’appareil un mouvement lent de progression l’escargot creuse dans ‘le tond du canal un profond sillon et il est facile, en modifiant de façon convenable les vitesses d’avancement et de rotation, d’arriver à un maximum de rendement, contrôlé d’une manière très simple au débouché du tuyau d'évacuation.
- Tel est le point principal de la drague qui se compose essentiellement de deux chalands reliés ensemble et échancr-és à l’avant pour le passage du tuyau d’aspiration ; sur le bateau, abritée par une petite maisonnette en planches, est installée une machine loeo-mobile de 40 chevaux (fig. l).Elle agjt sur une forte pompe centrifuge, maintenue toujours amorcée par un ingénieux système d’injection de vapeur. D'un autre côté à l’aide d’une transmission à engrenages, la machine imprime au tuyau son mouvement de rotation. Un presse-étoupe hydraulique assure l’étanchéité du joint du tuyau et de la pompe, sans gêner le mouvement de rotation.
- Le tube d’aspiration est monté sur un châssis (élinde) articulé sur l’axe de la pompe et pouvant prendre toutes les inclinaisons voulues pour assurer le contact de l’escargot avec le sol ; l’élinde est manoeuvrée à bord par un treuil et une chèvre.
- La machine actionne aussi une petite pompe d’alimentation, qui puise l’eau du canal et l’amène dans deux grands bacs d’une contenance d'un mètre cube et dans chacun desquels on verse 25 kilogrammes de sulfate de fer. Pour hâter la dissolution, l’eau est échauffée par un serpentin dans lequel circule de la vapeur empruntée à la chaudière. La cuve remplie est mise en communication avec le tuyau d’aspiration, et le débit en est réglé à l’aide d’un robinet. 11 a été reconnu par le Conseil d’hygiène que pour obtenir une désinfection complète, il suffirait d’une injection de deux litres d’un tel mélange par mètre cube de vase liquide aspirée. Celle-ci est refoulée dans un tuyau de large section (50 centimètres de diamètre), soutenu à la surlace de l’eau par un chapelet de barriques vides. La .première partie de la conduite est maintenue rigide sur une assez grande longueur, puis elle se coude à l’aide d’un ingénieux système d'articulation, composé de parties coniques, reliées les unes aux autres par des joints sphériques, avec garniture en cuir embouti, dans le genre des garnitures de presses hydrauliques, de telle sorte (pie le joint est d’autant plus étanche que la pression intérieure est plus élevée (fig. 2).
- Quatre cordages ancrés au sol, disposés en croix et manœuvras par des treuils à bras suffisent à la progression en tous sens de la drague et.servent à lui faire décrire dans la longueur du canal de grands arcs rapprochés, ayant pour rayon la partie rigide de la conduite (environ 00 mètres).
- La pompe aspire en moyenne . 800 mètres cubes par heure avec un rendement en vases solides qui varie de 8 à 12 pour 100. Non seulement elle extrait les boues et les argiles vertes du fond, mais aussi de nombreuses pierres de toutes grosseurs, dont le pas-
- sage à travers les tubes de fonte est marqué par un sourd grondement continu. On pensait qu’on retirerait du fond de la pièce d’eau des objets précieux, on parlait même d’armes nombreuses jetées au Canal lors des événements qui ont marqué les débuts du siècle : les trouvailles se sont bornées jusqu’ici à des billes d’enfant, quelques décimes, des fragments de chaîne ou des clefs de la machine, tombées au cours du travail.
- A l’heure actuelle, la partie du Canal, proche du Char embourbé, est complètement nettoyée, et on a atteint l’ancien lit : les eaux boueuses refoulées dans la conduite, qui n’a pas moins de 200 mètres de long ont été versées dans un des taillis qui bordent le canal, préalablement entouré d’une levée de terre. Le cube déjà extrait est considérable et forme sur le sol du large déversoir une couche de plusieurs décimètres de haut. A la sortie de la conduite le mélange vaseux n’a aucune odeur appréciable; du reste, comme dernière mesure de précaution, les ingénieurs font répandre de la chaux vive à raison de 200 grammes par mètre cube refoulé. Le dépôt des matières solides se fait rapidement, et se trouve en peu de temps assez compact pour qu’on puisse marcher à sa surface : il est vrai que ces boues contiennent une forte proportion d’argiles vertes, évacuées à l’état de boules ovoïdes à la façon des galets roulés. L’eau retourne au Canal à peine chargée de matières terreuses.
- Le travail sera donc accompli en un laps de temps relativement très court, dans des conditions particulières de salubrité ; il lait le plus grand honneur à l’ingénieur des ponts et chaussées, M. Legouëz, qui le dirige. Ajoutons que cette drague a déjà fait ses preuves sur la Gironde et MM. Bony etDaste emploient quatre de ces appareils d’une façon continue dans leurs chantiers de l’île Cazeau. H. Courtier.
- CHAUFFERETTE A HYDRATATION
- DE CIIAUX
- Considérées au point de vue de leur mode d’action, les chaufferettes actuellement employées pour les usages domestiques : chauffage de voitures, moines de lit, chaufferettes portatives, ou dans l’industrie pour le chauffage des omnibus, tramways et voitures de chemins de 1er, peuvent se subdiviser en deux groupes bien distincts: celles qui engendrent la chaleur, fondées sur le principe de la combustion lente de combustibles appropriés, et celles qui ayant préalablement emmagasiné de la chaleur, la restituent par un refroidissement graduel ; c’est, à ce second groupe (pi'appartiennent les bouillottes à eau chaude et les chaufferettes à l’acétate de soude dont nous avons précédemment donné une description1.
- Le nouveau système de chaufferette que nous allons aujourd’hui présenter à nos lecteurs, bien qu’appartenant au premier groupe, c’est-à-dire aux
- j * Voy. ii° 503, du 13 janvier 188”, p. 101.
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- LA NAT U H L.
- appareils produisant de la chaleur, s’écarte notablement néanmoins des types connus par le fait que cette chaleur est obtenue non plus par la combustion à température plus ou moins élevée d’un combustible produisant des émanations dangereuses, mais par simple hydratation de la chaux grasse.
- Chacun sait (|uc la chaux grasse produit, par son hydratation, une certaine quantité de chaleur, et c’est ce phénomène bien simple et bien connu que M. Loi-sons de Viviers a ingénieusement songé à appliquer à la construction des chaufferettes.
- 11 résulte d’expériences faites au laboratoire de chaleur de Y Ecole de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris, par M. Soulier, que le mélange de chaux grasse et d’eau dans les conditions où l’emploie l’inventeur (1000 grammes d’eau et 1500 grammes de chaux grasse) dégage environ 84 calories (kilogramme-degré) par kilogramme de mélange, soit 140 calories (kilogramme-degré) par kilogramme de chaux grasse. D’autre part, d’après M. Berthelot,
- 28 grammes de chaux vive de bonne qualité donneraient, en se changeant en chaux éteinte,
- 0 calories (kilogramme-degré), soit 520 calories par kilogramme de chaux vive. Sans trop insister sur les dispositions employées, il nous faut dire un mot des avantages spéciaux à cette nouvelle application, on pourrait presque dire à ce nouveau principe de chauffage.
- En première ligne vient danger, l’action chimique
- le petit modèle de chaulferette à chaux hydratée permettra de comprendre comment ces résultats ont été simplement et facilement obtenus. L’appareil se compose d'itn cylindre aplati dans lequel vient se placer la chaux grasse. A l’intérieur de ce cylindre est ménagé un réservoir en forme de cône que l’on remplit d’eau par l'ouverture A. La chaufferette ainsi garnit' est armée et peut rester indéfiniment
- armée. Pour la mettre en action, il suffit de n
- manœu-
- vrer un bouton B qui, ouvrant un petit orifice ménagé au sommet du réservoir conique laisse arriver lentement l’eau sur la chaux. L’hydratation se produit, et, en quelques minutes, la chaufferette atteint une température qui peut aller jusqu’à près
- de des
- 100 degrés centigra-
- Chaufferette à chaux grasse de 31. Loisons de Vivier s. Petit modèle. — i. Vue extérieure. — 2. Coupe montrant le trou de remplissage A, la clef rie mise en marche B, le réservoir d’eau de forme conique et la provision de chaux grasse.
- l'absence absolue de se produisant en vase
- hermétiquement clos, aune température insuffisante pour produire l’inflammation des substances, môme les plus inflammables. En second avantage est 1.’,absence complète de produits extérieurs : meme en cas de fuite de la chaufferette, il ne coulerait que de l’eau pure provenant du réservoir, la chaux hydratée ou en voie d’hydratation formant éponge et retenant l’eau qui serait déjà venue à son contact. Enfin, dernier avantage qui n’avait été obtenu jusqu’ici par aucun autre système, la chaulferette constitue un générateur thermique à production différée à volonté, toujours armé et prêt à servir, pouvant rester plusieurs mois chargé sans rien perdre de ses qualités. Un coiq» d’œil sur la ligure ci-jointe qui représente
- et être maintenue }»codant un certain temps, suivant les dimensions de l’appareil, les réserves d’eau et de chaux, les causes de refroidissement, etc.
- On conçoit à présent les avantages de celte disposition sur la classique bouillotte. Lorsqu'une dame se promène en voiture au milieu de l’hiver, la bouillotte ordinaire est inut ile pendant l'aller; . c’est précisément le moment où elle produit le plus de chaleur et présente la température la plus élevée. Par contre, au retour, au moment où la chaleur serait nécessaire la chaufferette est refroidie et ne rend plus aucun service. Môme observation pour la sortie d’un bal ou d’un spectacle, etc.La chaufferette à hydratation de chaux, au contraire, est prête à fournir son énergie thermique au moment où l’on en a besoin, par la simple manœuvre d’un robinet. Nous n’insisterons pas sur les différentes formes et les différentes applications que peut recevoir la chaufferette dont nous venons d’indiquer le principe et de montrer l'une des dispositions les plus simples. L’idée est encore trop nouvelle pour qu’on ait pu faire des expériences sérieuses et comparatives, expériences qui nous fixeront sur sa valeur au point de vue des applications industrielles projetées par l’inventeur, mais il nous a paru utile de signaler dès à présent une disposition originale, et qui s’éloigne notablement des sentiers battus jusqu’ici, en vue de la résolution d’un intéressant problème d’économie
- domestique.
- X...,
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- U A NATURE
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- U STÉRILISATION DES EAUX PAR LA CHALEUR
- Dans tous les temps les hygiénistes ont recom- quoique raison de suspecter l'eau d'alimentation,
- mandé de faire usage d’eau bouillie, lorsqu’on avait Cette précaution est encore parmi celles que l’on
- Fig. 1. — Stérilisateur d’eau par la chaleur de MM. Rouart, Geneste et llcrscher. — Installation en cas d’épidémie.
- s’empresse de signaler à l’attention publique dès qu’une épidémie de diarrhée, de dysenterie, de lièvre typhoïde, de choléra, etc., menace ou se développe. Mais si une mesure aussi générale est facile à indiquer aux particuliers, elle est plus difficile à appliquer à l’ensemble de la population d’une agglomération habitée.
- C'est à ce but que répond le nouveau stérilisateur d’eau par la chaleur de MM. Rouart, Geneste et Herscher.
- Cet ingénieux
- Rrouardel. 11 n’est pas de semaine que ce Comité ne soit informé de l’existence, sur quelque point de la France, d’une épidémie quelconque,, telle qu’une
- épidémie de lièvre
- Légende.
- ü'. 77-3 l'Jc u ' anpiu v*. CS3 Vhpcur*.
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- zjfoiyzv Sc.
- Fig. 2. — Schéma de l’appareil de MM. Rouart, Geneste et Herscher pour la stérilisation de l’eau par la chaleur en cas d’épidémie.
- appareil fournit la solution d’un problème qui préoccupe depuis de longues années le Comité consultatif d’hygiène publique de France, et, en particulier, son éminent président, M. le professeur
- typhoïde, pour laquelle il y a lieu de recommander à la population éprouvée l’usage d’eau bouillie. Dans l’année, il en est de même à chaque instant.
- Or, l’administration sanitaire française,qui possède un matériel de désinfection des plus remarquables, désirait depuis longtemps y ajouter des appareils destinés à la stérilisation des eaux par la chaleur, appareils qu’elle pourrait engager les villes à se procurer ou qu elle expédierait dans les localités envahies par l’épidémie lorsque la nécessité en serait
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- LA NATURE.
- démontrée. Ce projet vient d'ètre mis à exécution, iiprcs de nombreux tâtonnements, par MM. Rouart, Ceneste et Herscher de la manière suivante :
- L’eau d’alimentation est amenée dans une pompe d’où elle est conduite à la partie inférieure d’un cylindre métallique dans lequel circule un serpentin ; lorsque ce cylindre est rempli, l’eau arrive à la partie inférieure d’un second cylindre construit de la même manière, puis elle est finalement amenée dans un récipient où elle s’échauffe à 120° sous pression au contact de tuyaux de vapeur communiquant avec une chaudière (fig. I). Lorsque l’eau a bouilli pendant un certain temps, elle est refoulée dans les serpentins des deux cylindres destinés à recevoir d'abord l’eau impure, puis elle s’écoule dehors, après refroidissement et filtration, ou mieux clarification, à travers une couche de sable siliceux.
- L’eau bouillie doit être promptement consommée; car elle jouit, comme toutes les eaux pures, du singulier pouvoir de s’auto-infecter rapidement mais passagèrement . Quoi qu’on en ait dit, elle est aisément digestible lorsqu’elle est suffisamment aérée. 11 conviendrait donc de l’obtenir en quantité suffisante pour les besoins alimentaires, tout au moins.
- La figure 2 montre le schéma de cet ingénieux appareil, qui comprend essentiellement ; une chaudière avec réservoir de vapeur indépendant, un ou plusieurs échangeurs et un filtre. Les échangeurs qui sont des cylindres garnis de serpentins, en constituent la partie la plus intéressante et la plus originale; l’eau impure froide, qu’ils reçoivent, s’échauffe par ' la température de l’eau bouillie circulant dans les serpentins de retour, et cette même eau bouillie s’y refroidit en cédant sa chaleur à l’eau qui se rend à la chaudière. De cette façon l’échange de température se fait sans dépense et l’on peut parvenir aisément à fournir, à la sortie de l’appareil, de l’eau suffisamment fraîche pour être consommée immédiatement, ce qui répond à l’un des obstacles jusqu’ici les plus graves à l’usage alimentaire de l’eau bouillie.
- L’expérience a, en effet, prouvé que l’eau qui a été soumise dans cet appareil pendant au moins quinze minutes à une température minimum de 120 degrés, peut en sortir avec une température de 2 degrés seulement supérieure à celle qu’elle avait à l’entrée. Quant aux micro-organismes qu’elle renfermait, il n’en reste plus aucune trace; elle est absolument stérilisée. Les constatations de MM. Miquel, G. Bouchet, Charrin sont très précises et très démonstratives sur ce point.
- Reste à savoir comment un tel appareil peut être mis en usage. MM. Rouart, Geneste et Herscher ont imaginé, à cet effet, plusieurs dispositifs. Dans l’un, c’est à l’aide d’une pompe à liras que l’eau est introduite; dans un autre beaucoup plus considérable, une pompe alimentée par la chaudière permet à l’eau impure de circuler dans les diverses parties.
- Ces divers modèles sont établis sur des chariots portatifs, de façon à pouvoir être installés sur place, dans les agglomérations visitées par les épidémies.
- comme les étuves locomobiles à vapeur sous pression île MM. Geneste et Herscher. La figure 1 représente une installation de ce genre sur la place d’un village, dont les habitants viennent puiser dans leurs divers récipients, de l’eau bouillie, absolument stérilisée, exempte de germes et sans goût désagréable. Ils ont soin de recevoir l’eau à l’extrémité du tuyau, qu’ils relèvent afin de ne pas la souiller.
- Le faible prix de revient de cette eau ainsi bouillie, un ou deux miliimes le litre, favorise l'application de ce procédé industriel, qui vient déjà de rendre de signalés services dans les casernes de la marine à Brest, où sévissait depuis de longues aimées la fièvre typhoïde, presque à l’état endémique.
- Leur usage se répandra assurément de plus en plus, comme formant l'une des parties les plus précieuses de cet arsenal sanitaire que la France a constitué depuis quelques années et qui lui a déjà valu l’économie d’un grand nombre de vies humaines.
- Dr Z...
- LE CYCLONE DE L’ « ENÉIDE »1
- On n’a pas oublié les intéressantes communications faites à l’Académie des sciences par M. Berthelot et relatives à la découverte, dans des manuscrits anciens de figures et de description d’instruments que l’on avait crus jusqu’à présent d’invention moderne 3. Dans un ordre d’idées à peu près semblable, il nous a paru intéressant de résumer le curieux et savant travail publié par M. Brémaud, médecin principal de la marine, dans le Bulletin de la Société académique de Brest (Tome XVI), sur la célèbre tempête si magistralement décrite par Virgile dans l’Enéide et qui n’est autre qu’un ajelone. « Ce n’est pas une médiocre surprise, dit l’auteur, que de reconnaître dans un texte datant de deux mille ans, condensés en quelques vers sus par cœur par des séries de générations, les traits, précis, exacts et complets d’un tableau que les savants du dix-neuvième siècle croyaient être les premiers à présenter aux navigateurs. »
- Reprenons le récit de Virgile d’après la traduction de M. Brémaud.
- « Et les vents, comme en bataillon serré se ruent par la porte qui leur est ouverte et soufflettent la terre de leur tourbillon. Ils se couchent sur la mer et par un même effort l’Ëurus (vent d’est), le Nutus (vent du sud) et l’A-fricus (vent d’ouest), fécond en bourrasques, la troublent tout entière jusque dans ses profondeurs et roulent sur le rivage des vagues énormes. Les hommes crient, les agrès gémissent ; tout à coup les nuages arrachent le ciel et le jour aux yeux des Troyens; une nuit épaisse se couche sur la mer. Le tonnerre gronde et les éclairs mettent le ciel en feu. Tout fait présager aux hommes une mort imminente. Tout à coup le froid paralyse les membres d’Énée, il gémit et tendant les mains vers le ciel : « Trois et quatre « fois heureux, s’écrie-t-il, ceux qui.... » Il parle encore que la rafale se renverse et vient stridente du nord, masque les voiles et porte les vagues jusqu’aux cieux. Les rames sont brisées; le navire abat et vient en travers à la lame.
- 1 Voy. n° 971, du 9 janvier 1892, p. 94. Dans cette Notice, où l’on annonçait le travail de M. Brémaud, on a imprime par erreur Grcmaud au lieu de Brémaud ; nous rectifions ici.
- 3 Voy. n° 9fi6, du 5 décembre 1891, p. 11.
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- LA NATIJKE.
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- Ce sont des montagnes d’eau qui se suivent et s’écroulent. » Le récit est exact et complet comme un rapport de mer. Tops les effets du cyclone et les phénomènes qui l’accompagnent sont soigneusement décrits. C’est d’abord l’imprévu : l’ouragan se déchaîne sans avoir été pressenti : les vents soufflent en tourbillon. Leur direction descendante et l’afl'ouillement des flots sont nettement indiqués. Puis des nuées épaisses couvrent le ciel. Ce n’est pas là le coup •de vent que connaît le matelot qui fréquente ces parages; le coup de vent du nord sec et balayeur de nuages, contre lequel il a eu souvent à lutter. C’est une nuit épaisse à laquelle succède.un froid qui glace les membres d’Enée. Mais l’ouragan sévit sur un diamètre restreint, sa trajectoire passe non loin de la flotte troyennc ; le centre approche, le navire est arrivé dans le demi-cercle dangereux, il y a saute brusque de vent, il passe subitement du sud au nord et masque les voiles. C’est la renverse ; les
- C
- Le cyclone de 1’ « Enéide ». — X, Y. Trajectoire ducyelone. — A, 11, C,I), roule suivie par la flotté troyenne. Celle-ci n’a pu être suivie que parce que les navires disposent d'un élément de propulsion autre que la voilure, les rames, qui ne seront désemparées qu’au moment dn passage des navires dans le demi-cercle dangereux.
- voiles sont arrachées, le navire vient en travers à la lame et ne gouvernant plus, il va être dévoré par la mer comme disent les marins. «Des montagnes d'eau se suivent et s’écroulent, » dit Virgile. Mais le cyclone, d’un diamètre peu considérable, a bientôt franchi la flotte troyenne et subitement le calme se fait : C’est Neptune qui est apparu et a lancé son fameux Quos ego....
- Virgile a décrit ce que verraient et subiraient des navigateurs venant de Sicile et chargés à l’improviste par un cyclone allant du nord-ouest au sud-est, à diamètre restreint et à mouvement modéré de translation.
- Le cyclone les aborde par le côté maniable. Par suite d’une manœuvre presque inévitable pour des marins naviguant deux mille ans avant la naissance de Maury, ils coupent la trajectoire en avant du centre pour passer dans le demi-cercle dangereux et recevoir une renverse venant du nord (Voy. la figure ci-dessus).
- Est-ce le hasard qui produit de telles rencontres? Dans un entraînement d’improvisation poétique, Virgile a-t-il fait manœuvrer les vents, les flots, le froid, les éclairs, une saute de vent cap pour cap, avec une telle chance
- qu’il aurait tracé, sans s’en douter, la description exacte d’un phénomène météorologique dont il n’aurait eu aucune idée et qui ne devait être étudié que deux mille ans plus tard?
- Cela ne nous semble pas possible. Soit que Virgile ait été lui-mème témoin des faits qu’il raconte, soit qu’il ait été renseigné par un ami, il n’en est pas moins certain qu’un navigateur du temps d’Auguste avait remarqué l’existence d’ouragans en tourbillons avec renversement de vent cap pour cap. Bien plus, le poète latin prend parti pour la théorie que devait soutenir, en 1886, M. Faye contre M. Finley et la doctrine du Signal-Office des États-Unis, et il admet d'emblée le mouvement descendant (iu-cubuere mari). V. Brandicoirt,
- Bibliothécaire de la Société Liiméoimc du nord de la France.
- LES EXERCICES PHYSIQUES
- LE CANOTAGE OU l’aVIRON
- Parmi les exercices physiques qui, pour le bien de notre pays, sont depuis quelques années très en faveur parmi notre jeunesse, le canotage ou pour nous servir d’une expression plus technique, le Ttowing est assurément l’un des plus énergiques et des plus fortifiants. Nous avons le projet de passer en revue dans La Nature quelques-uns des exercices physiques les plus en vogue, et sans nous étendre sur chacun d’eux en détidls qui ne sauraient convenir qu’à des traités techniques, nous donnerons à leur sujet des renseignements historiques et pratiques qui, nous l’espérons, seront appréciés de nos lecteurs.
- L’origine du sport à l’aviron et de la construction des embarcations de course nous vient des Anglais, qui ont su en faire un sport très discipliné et très prospère. Le plaisir d’aller en canot date de 1850. Le célèbre Alphonse Karr et quelques-uns de ses amis eurent les premiers l’idée de monter une équipe de rameurs et de faire de longues promenades nautiques; leur voyage au long cours de Paris au Havre eut un grand retentissement.
- Quelques années plus tard, il y avait déjà beaucoup d’équipes de canotiers ; les premières régates eurent lieu en 1854 sur le bassin de la Villette. On ne se servait alors que de canots de mer, lourds et goudronnés.
- Il faut remonter à 1840 pour trouver la création à Paris du métier de constructeur d’embarcations; on construisait sans aucune donnée scientifique et sans nulle expérience de cet art rempli de difficultés. Ceux qui ont commencé les premiers à faire des embarcations à Paris à cette époque, étaient des amateurs qui construisaient les bateaux dans lesquels ils prenaient part aux régates; ce sont MM. Baillet, Hedouinet Dudoyer, qui plus tard, comme d’autres, sont devenus des constructeurs de profession ; leurs installations étaient tout ce qu’il y a de plus rudimentaire, ils construisaient leurs bateaux sous les arches des ponts de Paris, le long des quais sous une mauvaise hache percée.
- Pendant la construction d’un bateau, c’était une affluence continuelle de curieux et d’amateurs, le
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- LA NATURE.
- personnel se composait du patron, de# un ou deux ouvriers. Quand venait l’hiver, il n’y avait plus de travaux, les grandes eaux venant inonder les petits abris. Il y en avait sous les voûtes du Pont-Neuf, du pont Notre-Dame, au milieu des tas de moellons en amont du moulin du l'ont-au-Change, sous le pont
- de la Tournelle dans l’île Saint-Louis, le long des quais. On plantait en terre quelques bûches repêchées au bord de l’eau et l’on installait, tant bien que mal, la quille dessus. Ces ateliers primitifs étaient le repaire des vagabonds qui étaient heureux de se reposer sur quelques rares copeaux la tête doucc-
- Outriggen à 8 rameurs , ( Poids 90 kg.)
- Yole-gig à 6 rameurs . (Poids 75 kg.)
- Yole de mer à 4 rameurs , (Poids 75 kg )
- Ycle-gig à 4- rameurs , (Poids 50 kg.)
- H/fcxpzrSc.
- Fig. i. — Quelques spécimens île canots modernes.
- ment appuyée sur une pierre; aucun d’eux n’aurait jamais touché au travail en voie d’exécution ni touché à quoi que ce soit.
- En 1850, les règlements de police prescrivaient que les canots devaient avoir, comme largeur, le quart de la longueur ; ainsi u il canot de 8 mètres avait 2 mètres de large, il était dénommé canot-yole. On s’efforçait de construire ces canots le plus léger possible; en resserrant la ligne de flottaison on arrivait à produire de grands bateaux qui n’avaient, aucune solidité, c’était à qui tricherait les règlements, allongeant les bateaux, les rétrécissant, baissant la hauteur de bord; on est arrivé enfin à la liberté de construction, c’est-à-dire à la construction des outriggers et des skiffs de course dont l’on se sert actuellement à Paris et dans le département de la Seine; il y a un très grand nombre de chantiers de constructions, dont quelques-uns sont très importants.
- Paris est le berceau du sport nautique en France.
- Voici la date de formation des sociétés nautiques de Paris :
- Société des régates parisiennes Roiuing Club, 1855; Cercle nautique de France, 1870; Société nautique
- de la Marne, 1877; Décimal Bout Club, 1878; Société d'encouragement, 1880; Joinville Bout Club, 1880; Cercle del’aviron de Paris, 1881; Canot concert V Union, 1855; Société nautique de la basse Seine, 1880; cette Société a remporté pendant la saison de 1891 le plus grand nombre de prix des Sociétés duconlinen t; Sport nautique de Paris, 1882; L ’ En Douce, Société de promenade, 1878; Les Pagayeurs parisiens, 1882.
- Il y a, en outre, à Paris, un grand Comité des Régates internationales de Paris, composé de membres des sociétés nautiques parisiennes. Ce Comité reçoit tous les ans 5000 francs de subventions du Conseil municipal de Paris et 1000 francs du Conseil général de la Seine, des objets d’art du Président de
- Fig. 2. — Skiff de course. Longueur 9'”,30, poids 12 kilogrammes.
- M. Emile Lepron champion de France eu 1891 à Paris. (D’après une photographie.)
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- la République pour donner chaque année dans notre capitale de grandes régates internationales.
- Il y a en France quatre-vingt-seize sociétés nau-
- tiques à'avirons réparties en trois fédérations : Fédération des Sociétés nautiques du nord de la France; Union des Sociétés d'aviron du sud-ouest;
- Fig. 3. — Flambant neuf, outrigger de course à 8 rameurs en pointe avec barreur. Longueur 18 mètres, largeur 0",60, poids 90 kilogrammes, du Sport nautique de Gand, Vainqueur du Championnat national Belge à Ostende en 1890 et 1891.
- (D’après une photographie.)
- Fig. 4. — Oté ya. Yole-gig de course à deux rameurs en pointe avec barreur. Longueur 10",50, largeur 0",80, poids 32 kilogrammes au Real Club de Regatas, Barcelona. Vainqueur en 1890 de nombreuses régates en France et en Espagne.
- (D’après une photographie.)
- Union des Sociétés d'aviron du nord-est. Toutes ces fédérations sont réunies sous le nom de : Union des Sociétés d'aviron de France.
- L’on peut évaluer à 1500 le nombre des ouvriers
- employés à la construction ou aux industries qui s’y rattachent.
- Les embarcations de course sont toutes construites à franc bord d’une seule feuille de cédra de chaque
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- LA NATURE
- bord d’une épaisseur de 0m,005, les pontages sont en soie ou en toile vernie, très fine. Voici l’énumération des embarcations en usage dans les régates du continent : Périssoire de course: longueur, 6m,50; largeur, 0m,o8; creux, à l’illoir, 0m,18; poids, 7 kilogrammes. Skiff de course: longueur, 9m,30; largeur, 0m,28; poids, 12 kilogrammes. Outrigger de course à deux rameurs en pointe, avec barreur : longueur, 10,n,70; largeur, 0m,46; creux, 0“,18; poids, 26 kilogrammes. Outrigger de course à quatre rameurs en pointe, avec barreur : longueur, lo mètres; largeur, 0m,50; creux, 0m,21; poids, 45 kilogrammes. Outrigger à huit rameurs en pointe, avec barreur: longueur, 18 mètres; largeur, 0m,60; creux, 0m,21 ; poids, 90 kilogrammes. Yoles de courses de mer à quatre rameurs en pointe, avec barreur. Ces yoles sont construites à clins, elles sont à bord continu, c’est-à-dire sans porte-nage ni exhaussement de nage, elles servent également de bateaux-écoles: longueur, 10,n,50; largeur, lm,06; creux, 0‘n,58 ; leur poids ne doit pas être intérieur à 90 kilogrammes.
- Nous devons tous les renseignements qui précèdent à l’obligeance de l’un de nos constructeurs parisiens les plus appréciés, M. Tellier, qui a bien voulu nous recevoir dans son atelier où nous avons admiré la délicatesse et le fini de ses constructions, dont notre figure 1 représente quelques spécimens.
- Notre figure 2, qui donne l’aspect d’un skiff de course à un rameur, montre d'après un champion de France, M. Emile Lepron, l’attitude de celui qui manie l’aviron : aucun mouvement ne doit se produire, qui ne soit conforme à la destination de chaque muscle de levier employé. Le rameur est assis sur un siège à coulisse adopté pour les bateaux de course. Ce siège est formé d’une petite planchette sur laquelle s’asseoit le rameur, et de lames en acier sur lesquelles glissent les taquets du siège. On se sert aussi très fréquemment de bancs à roulettes qui permettent au rameur de se déplacer facilement en avant ou en arrière suivant que ses jambes sont pliées ou tendues, et cela sans frottement sur le siège mobile qui le supporte. Les pieds du rameur sont passés dans deux courroies fixées sur la barre de pieds que l’on voit à l’avant de la figure 2.
- La figure 5 qui est comme la précédente exécutée d’après une photographie, représente un outrigger (de l’anglais out, en dehors, et rig, gréé) à huit rameurs. Il en existe en Angleterre qui comportent douze rameurs. L’outrigger se monte en pointe, c’est-à-dire quand chaque rameur n’est armé que d’un seul aviron, ou en couple, c’est-à-dire quand chaque rameur est armé de deux avirons.
- A côté de l’outrigger, nous dirons un mot des yoles dont la nage est fixée sur les plats-bords ; ces embarcations diffèrent des outriggers en ce que ceux-ci ont leur nage en dehors. La yole de rivière se construit pour deux, quatre ou six rameurs. Elle est munie de bancs à coulisses. Nous représentons (fig. -4) une yole à deux rameurs en pointe qui ont
- été plusieurs fois vainqueurs dans des régates en France et en Espagne.
- L’exercice de l’aviron est des plus salutaires, il développe au plus liant point les forces musculaires car lorsque le rameur donne son coup d’aviron, bras, épaules, thorax, reins, cuisses et jambes travaillent en même temps ; l’excellence de l’aviron n’a d’ailleurs jamais été contestée. Gaston Tissaniuer.
- PORCELAINE D’AMIANTE
- M. F. Garros a présenté sous ce titre, à l’Académie des sciences, un nouveau produit dont'il est l’inventeur et qui nous parait devoir rendre des services à l’industrie.
- « De toutes les fibres animales, végétales ou minérales, dit M. Garros, dans sa Note à l’Académie, il n’en est pas qui présentent, au microscope, un plus petit diamètre que celles de l’amiante : ces fibres, mises en poudre, devaient facilement produire des particules extrêmement petites. J’ai donc pensé que si, sans addition de corps solides étrangers, j’arrivais ’à agglomérer ces particules, la matière ains.i formée devait posséder des pores extrêmement petits et extrêmement nombreux, à cause de cette petitesse' d’abord et, ensuite, à cause de la facilité que l’on a de se procurer ce minéral pur. La composition chimique de' l’amiante (silicate de magnésie et de chaux) m’a porté à croire qu’une poudre ainsi composée devait former, avec l’eau, une pâte plastique qui, par la cuisson dans des conditions spéciales, devait fournir une matière poreuse ayant une certaine dureté. C’est cette dernière matière que je désigne sous le nom de porcelaine d'amiante. »
- L’amiante, employé jusqu’à ce jour en toiles, fibres, papier, carton, mastic, difficile à pulvériser dans un mortier, est facilement réduit en poudre impalpable au moyen des appareils employés dans l’industrie. La poudre présente, suivant la pureté de l’amiante employé, une couleur très blanche ou légèrement jaunâtre, coloration due à des traces d’oxvde de fer, qu’il est facile de faire disparaître par un lavage à l’acide sulfurique ou chlorhydrique, ou par le contact du lait dilué, fermenté et par un lavage ultérieur. Avec la poudre ainsi préparée, on fait une pâte. Dans ce but, on ajoute suffisamment d’eau pour couvrir la poudre et l’on malaxe fortement de façon à avoir un mélange très homogène, que l’on étend d’eau ensuite en ayant soin d’agiter. Lorsque la consistance est convenable, on malaxe à nouveau et on donne à la pâte par tournassage, moulage ou coulage, la forme des objets que l’on veut façonner; après quoi, on porte ces objets dans des étuves légèrement chauffées, où ils sèchent très lentement. On les cuit ensuite en cazette, pendant dix-sept à dix-huit heures, et l’on chauffe à une température de 1200°. En chauffant à une température très élevée, on obtient une porcelaine d’une translucidité comparable à celle de la porcelaine ordinaire.
- M. Garros a fait des coupes microscopiques dans la porcelaine d’amiante et dans la porcelaine ordinaire dégourdie. « J’ai pu constater, dit-il, que les pores de la porcelaine d’amiante étaient beaucoup plus petits que ceux de la porcelaine ordinaire, de même qu’elle est plus homogène que cette dernière. Une expérience permet de vérifier et fait voir, avec d’autres observations, que les pores de la porcelaine d’amiante, contrairement à ceux de la porcelaine ordinaire, ne se laissent pas pénétrer sur une certaine profondeur par les micro-organismes : lorsque la
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- porcelaine d'amiante a servi à filtrer pendant très longtemps, il suffit, pour lui rendre son débit, primitif, de la laver avec une éponge imbibée d’eau chaude. Ces avantages m’ont fait penser à utiliser cette nouvelle matière pour la filtration et la stérilisation des liquides. Des expériences de MM. les R" Durand-Fardel et Bordas ont démontré qu’une eau, contenant 1200 colonies par centimètre cube, est, après la filtration à travers la porcelaine d’amiante, stérilisée d'une façon absolue. On a constaté, en outre, qu’elle filtre plus rapidement que la porcelaine ordinaire. D’autres expériences comparatives, faites avec le concours de MM. Cousin et Méran, sur la filtration des vins, vinaigres, acides, ont également montré que ces différents liquides, après filtration à travers la porcelaine d’amiante, n’ont pas été modifiés dans leur composition chimique, et que, par suite, cette porcelaine peut servir à la filtration et à la stérilisation des vins, vinaigres, etc,., et à la filtration des acides. »
- On construit actuellement des filtres sphériques en porcelaine d’amiante qui fonctionnent dans de bonnes conditions. La porcelaine d’amiante filtre sans pression appréciable, puisque son débit par centimètre carré « sous une petite colonne d’eau de 10 centimètres de hauteur est de 1 gramme 105 à l'heure.
- La porcelaine d’amiante est encore avantageusement employée pour la fabrication de vases poreux de piles électriques, en raison de sa faible résistance électrique.
- M. le professeur d’Arsonval a fait des expériences sur la résistance électrique de vase poreux en porcelaine d’amiante : cette résistance a été reconnue inférieure à celle des vases poreux en porcelaine ordinaire.
- IA MER DES SARGASSES
- M. Krümmel a communiqué aux Mittheilungen de Pe-termann le résultat de ses recherches sur la mer des Sargasses. Sou opinion sur la forme de celte masse de végétation flottante, diffère tout à fait de celle de Humboldt. Toutes les observations de Humboldt, dit-il, se fondent sur ce que lui ont conté du grand banc « Flores » et « Corvo », les capitaines de navires à voiles qui, de son temps, traversaient la mer des Sargasses en allant d’Europe vers l’hémisphère Sud. Ces vaisseaux suivaient toujours à peu près la même route, de sorte que leur champ d’observation ne variait guère. C’est d’après ces données incomplètes que Humboldt a basé sa théorie sur l’étendue et la forme de la mer des Sargasses ; mais aujourd’hui la navigation à vapeur nous met en état de juger plus exactement des choses. M. Krümmel a dressé une carte sur laquelle sont indiqués le contour de la masse de végétation flottante.
- La mer des Sargasses forme à peu près une ellipse, dont le grand axe coïncide presque avec le tropique du Cancer et dont les deux foyers sont à 45 degrés et 70 degrés de longitude ouest. Autour de cette ellipse principale s’en trouvent d’autres plus étendues, mais où la végétation est beaucoup moins épaisse. Elles subissent, en général d’assez près, dans leurs contours, l’influence des vents régnants. Quant à la provenance des algues, M. Krümmel est fortement porté à penser qu'elles viennent de terre, non seulement du golfe du Mexique et de la Floride, mais des Antilles et des Bahama. Les récentes observations qu’on a faites au sujet du Gulf-Stream viennent à l’appui (le cette opinion et écartent l’hypothèse suivant laquelle les algues viendraient du fond de la mer. Maintenant qu’il est avéré que le Gulf-Stream n’est pas seulement un étroit
- courant sortant du golfe du Mexique, mais qu’il est formé par les nombreux courants qui balayent les côtes des Antilles, il est évident que la quantité d’algues emportée doit être beaucoup plus grande qu’elle ne pourrait l’étre si les anciennes suppositions concernant le Gulf-Stream étaient exactes. M. Krümmel a calculé approximativement le temps qu’il faut aux algues pour atteindre la mer des Sargasses. Une quinzaine de jours après être entrées dans le Gulf-Stream proprement dit, et à raison de deux nœuds par heure, les algues seraient à la hauteur du cap Ilatteras.
- A partir de ce point, leur marche est plus lente et il leur faut environ cinq mois et demi pour arriver aux Açores, Lorsqu’elles ont joint la mer des Sargasses, les algues continuent à avancer lentement jusqu’à ce que, rendues pesantes par la vétusté, elles coulent à fond et laissent la place à de nouveaux arrivants.
- INSTRUMENTS DE MUSIQUE ET DE PHYSIQUE
- EX SAXE
- Nous trouvons, dans un Rapport du consul de Turquie à Leipzig, des renseignements assez curieux sur la fabrication des instruments de musique en Saxe, ainsi que des instruments de physique et de médecine.
- Pour ce qui est des instruments de musique, on peut dire que c’est depuis des temps immémoriaux qu’on s'occupe de cette fabrication dans les villages des montagnes, à Kligenthal, Georgenthal, Ober- et Unter-Lach-senfeld, de même qu’à Géra; l’exportation s’en fait sur tous les pays. C’est à Leipzig même qu’a lieu la fabrication des instruments mécaniques comme les aristons et les orchestrions; il y a dans cette ville six manufactures consacrées à ce commerce et occupant des centaines d’ouvriers. Dans l’ensemble de la Saxe, en général, on trouve en grande quantité des établissements de cette nature qui emploient des milliers d’ouvriers; certains de ces fabricants sont réellement célèbres, comme J. Blüthncr, qui a récemment acheté de vastes forêts en Galieie et en Pologne pour avoir sur ses propres fonds les différents bois qu’il emploie. Les fabriques travaillent beaucoup pour les pays tropicaux, où elles envoient des instruments ayant presque toutes leurs parties intérieures en fer. La fabrication d’orgues d’Allemagne, de petits harmoniums à coulisse et à soufflet, d’accordéons, est une spécialité de Géra.
- Mais ce qui est vraiment curieux, c’est que la fabrication des instruments de physique, d’optique et de médecine constitue une des spécialités de la forêt de Thuringe. C’est ainsi que depuis bien des années les habitants d’Hme-nau, de Manebaeh, de Stützerbach, se livrent à peu près exclusivement à la construction des thermomètres, des baromètres, des baroscopes et des hygromètres. Dans chaque maison, toute la famille se consacre à ce travail peu fatigant, et les enfants eux-mèmes sont mis de très bonne heure au courant de ce métier tout spécial. C’est là un phénomène tout à fait analogue à ce qui se produit en Suisse pour les montres. On est tout surpris quand, en voyageant dans les chemins les plus éloignés des centres, on rencontre toute une suite de chariots chargés d’instruments de physique. Les produits de cette fabrication sont très appréciés en Allemagne, la construction en est pai-faite, et une Commission royale instituée à llmenau en garantit l’exactitude et la bonne construction ; si bien que la plupart des Universités et des médecins se fournissent directement dans le pays. I). B.
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- LES ROCHES A FIGURES ANIMÉES
- Nous avons consacré une série d’articles aux curiosités naturelles que présentent parfois les rochers offrant l’aspect de figures animées, animaux, profils humains, etc. 11 y a quelques mois nous avions cru terminer la série, commencée bien antérieurement, en reproduisant le rocher du Crapaud de Tunbridgc (Angleterre) et le Lévrier des Calanches en Corse; mais l’obligeance de nos lecteurs est inépuisable, quand il s’agit de nous apporter des documents, et, depuis la publication de la Notice que nous venons do rappeler, nous avons encore reçu de nombreuses descriptions de roches à figures animées; quelques-unes d’entre elles sont très curieuses ; nous croyons que nos lecteurs en accueilleront encore favorablement le résumé. Nous parlerons d’abord d’un rocher italien.
- M. A. Ricio, le savant directeur de l’Observatoire de Catane, nous adresse la Notice suivante :
- Le 5 juillet 1891, M. le professeur Mercalli et moi, nous allions de Lipari à S tromb oli pour visiter l’éruption de ce volcan, mais la violence des flots nous obligea à nous réfugier sur l’îlot inhabité de llasilarro (îles Eoliennes). En pénétrant dans une petite baie ouverte au sud-est de Elle, je m’aperçus, non sans une vive surprise, que l’un des rochers présentait à sa partie supérieure l’aspect d’une tète tournée vers le ciel. On voyait le profil de cette tête et jusqu’à la proéminence des sourcils.
- M. Mercalli en fit une photographie que je vous envoie ; l’un de nos jeunes matelots s’était élevé à la base de la tête pour en donner l’échelle (fig. 1). A Stromboli, on nous dit que cette sculpture naturelle était appelée Maslro Cilivrasi.
- 1 Suite. —Voy. n° 957, du 3 octobre 1891, p. 285.
- Un rocher figurant une tète isolée analogue à celle que nous venons de décrire se trouve dans les Vosges
- au sud du village d’Arnould. Nous en donnons l'aspect (fig. 2) d’après une photographie.
- Nous avons reçu de plusieurs autres correspondants quelques autres indications curieuses de roches à figures animées, nous les mentionnerons ici.
- M. C. Drivât, chef de gare a Narbonne, nous adresse une photographie qu’il a faite d’un rocher situé dans le massif du Canigou (Pyrénées-Orientales). Ce rocher présente l’aspect de la tète d’un homme barbu.
- M. E. Rodocanaehi nous écrit la lettre que l’on va lire :
- Je vous citerai le mont Puget qui fait partie de cette chaîne de hauteurs dont Marseille est entourée au nord et à l’est. Cette montagne, vue surtout le matin, représente fort bien le profil d’une tête humaine renversée
- en arrière; le profil de Pierre Puget, disent les Marseillais. Je ne m’en porte pas garant, mais c’est sûrement un profil.
- M. J. Philaire nous écrit d’Hanoi (Tonkin), et nous envoie une photographie représentant une vue des montagnes de marbre de Ke-So, situées sur le bord du Day. Ce massif a reçu le nom de Bénédictin, emprunté- à l’aspect d'une roche donnant en effet la silhouette d’un moine tenant entre ses mains le Saint-Sacrement (fig. o).
- La fameuse baie d’Along, dont les sites si étranges et si fantastiques font l’admiration et l’étonnement de tous ceux qui ont la bonne fortune de la parcourir, est hérissée d’une multitude de roches calcaires, tortueusement tourmentées, dont beaucoup ont le profil de figures ou de corps animés. Les marins phoio-
- Fig. 2. — Autre rocher en forme de tête. (D’après une photographie.)
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- graphes appelés à fréquenter souvent cet immense dédale, y trouveront de nombreux sujets de photographie artistique. 11 y a un an, à mon retour des Aptilles, ju remarquai parmi les rochers qui Dtvo-ouAN ' i
- bordent 1 entree de la rade ;-----------\I7-----
- de Santandcr, et à tri-bord, un petit massif isolé esquissant finement le profil de Louis-Philippe.
- M. Lacombe, à Paris, nous rappelle un autre profil de Louis-Philippe, que l’_oiL~mit, en Suisse, sur la route de Cluses a Chamonix. ,
- H est d’une rare netteté, py Le meme correspondant nous adresse la curieuse photographie, que nousi reproduisons, de la Tor- Or tue de Saint-Pierre, à ^
- Nemours (fig. 4).
- Ce rocher, qui a la forme d’une grosse tortue, est un banc de grès de même nature que les rochers de Fontainebleau qui du reste n’en sont pas très éloignés. Je crois qu’il en 5
- est peu dont la forme se rapproche autant de l’objet imité. Cette épreuve a encore ceci de curieux, c’est que le touriste qui est à côté du rocher est l’opérateur ; en un mot, je me suis photographié irioi-merae étant en co m m u n i c a t i 0 n avec mon appareil à l’aide d’un fil électrique; je préfère le système électrique au système pneumatiquealten-du qu’un fil (j’en ai 40 mètres) et une pile sèche tiennent beaucoup moins de place qu’un tube de caoutchouc. Le fil, étant pris de nuance verte, devient dans certains cas absolument invisible. Voici ce qui. me fait adopter cette manière d’o- Fig pérer qui, je le sais, n’est pas nouvelle. En voyage on rencontre souvent des sites ou objets curieux loin de toute habitation et on n’y trouve pas toujours quelqu’un à faire poser. Or, un personnage dans une vue l’aniine d’abord, et ensuite, et surtout, c’est un point de repère pour la grandeur des
- objets environnants. (C’est le cas pour la tortue de Nemours.) Donc, si je ne trouve personne, je me pose moi-mème. Cela permet aussi de s’intercaler dans quelques
- petites scènes de paysages.
- M. le capitaine Caziot, à Avignon, nous communique des renseignements sur un rocher connu dans cette ville sous le nom de la Femme de Loth ou par Cappella tion provençale de Peyroa plantadou (pierre levée).
- En sortant de Villeneuve-1 e z - Avignon, l’ancienne résidence des cardinaux, des Papes, et prenant la route de Itoquemaure, on se trouve bientôt en présence des roches sableuses de l’helvétien inférieur qui bordent la route du coté du nord : on trouve le chemin de fer qui, à cet endroit, est parallèle à la route et l’on suit l’ancien chemin romain qui conduit à Pujaut. Après avoir franchi une partie encaissée toute bordée de chênes nains et d’oliviers battus par le vent violent du nord, on se trouve bientôt en présence d’une pierre naturelle qui ressemble à une belle
- statue antique quand on] l’aperçoit toutefois de loin (à fi kilomètres); de près, c’est-à-dire à portée de vue, on distingue parfaitement l’allure de la femme se croisant les bras, les seins bien développés, menaçante, semblant marcher avec une résolution calme vers le rocher qui lui a donné le jour, sa longue robe à traîne balayant 1 a surface rugueuse du chemin , son visage déguisé sous u n masque constitué par un noyau siliceux qui lui dérobe
- toute la face. C’est vraiment d’un aspect saisissant. Si l’on s’approche de plus près, on constate que les assises du rocher néocomien dans lequel elle a été façonnée ont la même inclinaison et sont les prolongements des mêmes assises du massif qui lui a donné naissance. La roche
- Le Rocher du Moine dans les montagnes de lie-So au Toiikiu. (D'après une photographie.)
- La Tortue de Saint-Pierre' à Nemours. (D’après une photographie.)
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- LA NATURE.
- néocomienne est littéralement criblée de perforations produites par les oursins de la mer tertiaire sans trace de nnllipores, mais au contact des deux terrains, on peut recueillir de nombreux fossiles de l’helvétien inférieur indiquant un bord et un rivage de la mer de cette époque. Le rocher de la Femme de Loth a 15 mètres de hauteur environ.
- Ces jeux de la nature, on le voit d’après les exemples que nous avons cites, sont répandus eà et là en grand nombre sur tous les points de la surface du globe ; ils ne se trouvent pas seulement dans les rochers, l’observateur peut les remarquer dans les nuages ou dans les arbres ; ils ont souvent attiré l’attention des artistes. Léonard de Vinci conseillait à ses élèves de considérer attentivement les taches des vieux murs et de dessiner les sujets qu’ils pourraient y découvrir.
- Un de nos lecteurs, M. Jules Mommija, de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, nous raconte qu’Ingres découvrit un jour dans les veines et les nœuds d’un vieux hois de noyer de sa commode un ensemble assez distinct, iigurant tant bien que mal l’ascension d’un bienheureux enlevé par les anges. Le grand peintre exécuta un fort beau dessin de ce tableau fantastique. Ce dessin est aujourd’hui conservé au Musée de Montauban. G. T.
- CHRONIQUE
- La destruction des hannetons. — Dans une des dernières séances de la Société nationale d’agriculture, M. Blanchard a fait une intéressante communication sur les services que les enfants des écoles rurales peuvent rendre pour la destruction du ver blanc. « Je viens de recevoir, a dit M. Blanchard, de M. Sabatier, chef des travaux à l’Institut national agronomique, des renseignements recueillis par M. Jouvcncaux, sur les résultats obtenus par M. Bien, instituteur à ChàteauTAbbaye, arrondissement de Valenciennes (Nord). Voici un extrait de la lettre de M. Jouveneaux : (( Je puis vous faire connaître un fait qui m’a permis de constater qu’on peut défendre efficacement l’agriculture contre les ravages des hannetons et des vers blancs en suivant les prescriptions de notre cher maître M. Blanchard. Le ver blanc, ajoute M. Jouveneaux, causait autrefois, dans nos champs de betteraves, des ravages sérieux; aujourd’hui, il a disparu de mon village. C’est que, depuis plus de vingt ans, mon village a le bonheur de posséder un instituteur actif, intelligent, dévoué, qui s’occupe avec beaucoup de succès des questions agricoles. M. Rien a fait procéder au hannetonnage plusieurs années de suite : c’étaient, bien entendu, ses élèves qui étaient chargés de la besogne. Je me rappelle, comme d’hier, mon air de chasse ou de guerre :
- France, belle patrie,
- Ton sol est en danger ;
- Une troupe ennemie Voudrait tout ravager.
- Dès qu’elle sort de terre En nombreux escadrons.
- Ab! faisons tous la guerre,
- La guerre aux hannetons !
- « Et nous allions, chacun de notre côté, dans les jardins, dans les prairies, sur les bords des routes, secouer les jeunes arbres, et les hannetons, engourdis par le froid du matin, tombaient sur le sol. On les ramassait avec
- autant de soin que s’il se lût agi de fruits délicieux; on les plaçait dans des boîtes, en ayant soin de les compter, et on les portait à l’école. Pas un élève qui n’arrivât le matin avec sa boite à hannetons sous le bras. A l’école, quelques grands élèves étaient chargés de les recueillir et de les marquer ; les premières années, on les mesurait : l’unité était le litre; plus tard, on les compta : l’unité fut le hanneton. La récompense? Un prix à la fin de l’année {tour les chasseurs les plus actifs, mais surtout la satisfaction d’entendre le maître dire vis-à-vis de toute la classe : « Un tel, tant de milliers de hannetons : C’,est bien ! » Le hanneton est un insecte presque sédentaire; il dévaste là où il est ; aussi, tandis que notre localité était complètement libérée de cet ennemi dangereux, les villages voisins avaient conservé leur contingent; aujourd’hui, ou en trouve à peine, au mois de mai, de quoi amuser les enfants. J’ignore si le champignon parasite de M. Le Moult produira de bons effets, mais, en tout cas, je suis certain que le procédé n’agira pas plus radicalement que celui que je viens d’indiquer. » La campagne entreprise par l’instituteur a tout d’abord provoqué l’hilarité. Mais, dès la quatrième année du hannetonnage, les résultats obtenus étaient si palpables que les pricipaux cultivateurs ont remis à M. Hien une somme assez ronde pour être distribuée aux plus zélés chasseurs. »
- Le lancement du (( Jemmapes ». — Le cuirassé d’escadre le Jemmapes a été lancé le mois dernier aux Chantiers de la Loire, à Saint-Nazaire. Voici quelques renseignements sur le nouveau navire. Comme le Bouvines, dont le lancement a eu lieu en mars, ce bâtiment a été mis en construction avec les fonds accordés par la loi dite des 58 millions ; toutefois, il diffère du Bouvines par ses dimensions et son armement ; celui-ci est un petit cuirassé, à haute muraille, taudis que le Jemmapes est, en raison du peu d’élévation de ses extrémités, un garde-côte cuirassé. Les plans du Jemmapes ont été inspirés par ceux du Furieux, qui appartient à l’escadre cuirassée du Nord et qui a fait, l’an dernier, le voyage de Cronstadt. Les dimensions du Jemmapes sont les suivantes : longueur, 80”,50; largeur, 17m,48; tirant d’eau arrière, 7m,80; déplacement, 0589 tonneaux. Seize chaudières alimentant deux machines horizontales à triple expansion actionnant chacune une hélice devront imprimer une vitesse de 10 nœuds au tirage naturel avec 7500 chevaux de puissance. Au tirage forcé, elles devront faire 8500 chevaux avec 17 nœuds de vitesse. La coque est protégée par une ceinture cuirassée l’entourant de bout en bout et d’une épaisseur variant de "25 à 40 centimètres, par un pont cuirassé épais de 7 à 10 centimètres. Armement : deux canons de 54 centimètres placés dans deux tourelles fermées, l’une, à l’avant, l’autre à l’arrière ; quatre canons de 10 centimètres à tir rapide, abrités derrière des masques en acier durci ; dix canons-revolvers de 57 millimètres et deux tubes lance-torpilles.
- lTn canot en aluminium. — Un canot, dont le moteur est une machine brûlant du pétrole, et dont la coque est en aluminium, vient d’être mis à Veau sur le lac de Zurich, sortant des ateliers de MM. Escher, Wyss et C°, à Zurich. L’extérieur du bateau est, pour la {dus grande partie, parfaitement lisse, ce qui lui donne une plus grande vitesse que s’il était en bois ou en acier, avec les mêmes dimensions et la même force motrice. L’économie de poids est considérable. Quoique la coque seule soit en aluminium, l’emploi de ce métal a rendu le bateau de 55 pour 100 {dus léger que tout autre de memes di-
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- mentions. J)’un autre coté, le Nantirai Magazine nous apprend qu’un canot de sauvetage en aluminium a été récemment mis à l’eau à Stralsund, dans la Baltique. Les renseignements manquent relativement à la nature de l’alliage d’aluminium employé.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 mai 1892. — Présidence de M. d’Abbadie.
- Le développement de la carapace des insectes. — Le revêtement corné ou mieux chitineux qui protège le corps des insectes, est considéré, d’après l’opinion générale et classique, comme un produit de sécrétion fourni par les glandes cutanées, qui en se concrétant au contact de l’air produit une espèce de cuirasse. M. Joannès Chatin vient de reprendre l’examen de la question et présente des conclusions nouvelles. La carapace ehitineuse ne se trouve nullement produite par voie de sécrétion; elle émane directement dés cellules épidermiques. A la suite de différentiations multiples, cellés-ci se transforment peu à peu en lamelles chitinifiées dans lesquelles se retrouve nettement la structure du protoplasma dont ces faits établissent une fois de plus l’incessante activité fonctionnelle.
- La voile des argonautes.— M. de Lacaze-Duthiers donne de curieuses indications sur le céphalopode connu sous le nom d’argonaute. On peut dire que cet animal est devenu célèbre par les nombreuses représentations que l’on en trouve dans tous les traités de zoologie. On le voit voguant à fleur d’eau et dressant verticalement, hors de sa coquille, deux longs bras armés de tentacules qui soutiennent une membrane faisant l’office de voile. M. de Lacaze-Duthiers a eu, dans son laboratoire méditerranéen, l’occasion d’étudier un de ces animaux qu’il a pu conserver en parfait état de vitalité, pendant quinze jours, dans un bac transparent, et jamais il ne l’a vu prendre la position indiquée par le dessin si répandu. Les faits observés lui permettent, au contraire, d’avancer que cette représentation est une œuvre d’imagination. Il remarque, en effet, que les pieuvres, animaux très voisins des argonautes, ont l’habitude de protéger leur bouche au moyen de leurs bras, excepté dans l’attitude de l’attaque pendant laquelle ces liras se détendent et rayonnent pour saisir la proie et l’amener, au moment voulu, au contact de la bouche cornée et tranchante. Chez les argonautes, pareillement, les deux bras pourvus des prétendues voiles sont habituellement rentrés et les voiles recouvrent l’ouverture de la coquille, ne laissant à découvert qu’un œil très noir et une sorte d’entonnoir qui, en se remplissant d’eau et se vidant alternativement, constitue le véritable organe de propulsion. Afin d’ètre mieux étudié, l’animal a été excité, traqué ; on le nourrissait au moyen d’alevins qu’on lui présentait au bout d’une aiguille. On voyait le petit poisson passer de tentacules en tentacules et arriver à la bouche comme s’il eût été saisi suocessiveinent par des doigts agiles. M. de Lacaze-Duthiers pense que l’argonaute emmagasine au fond de sa coquille une certaine quantité d’air qui lui permet de s’enfoncer et de s’élever à volonté dans l’eau, au moyen d’un mécanisme analogue à celui du ludion, c’est-à-dire par contraction ou par dilatation. Mais il n’a pu vérifier cette hypothèse, parce qu’il n’a point voulu sacrifier un spécimen rare dans la Méditerranée, bien qu’abondant dans les mers des pays chauds. Enfin il a recherché si cet animal n’est point le parasite d’une autre coquille et il conclut négativement. La coquille ne serait qu un produit d élaboration de cette voile qui la recouvre.
- Iaria. — M. Schiitzenberger présente un important travail sur les carbures de silicium. — M. Etard a recherché les produits qui accompagnent la chlorophylle. — M. Delille a disséqué le cadavre de l’un des Caraïbes du Jardin d’Acclimatation ; il signale diverses anomalies musculaires propres à cette race. —M. Guyon est élu membre de l’Académie par 54 voix contre 28 données à M. Lanne-longue. Ch. de Villedeiil.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- l’escamotage des clowns
- Certaines expériences ont, jusqu a un certain point, l’apparence de celles dues aux prestidigitateurs, mais leur dénouement qui dévoile le truc employé et provoque l'hilarité les fait ranger dans les plaisanteries des mimes ou des clowns. Nous allons rappeler quelques-unes de ces farces (car on ne peut guère les appeler autrement) qui sont très bien combinées et qui amènent d’autant plus le rire chez le spectateur qu’elles ont commencé par l’étonner et le surprendre.
- Une de ces plaisanteries, très amusante, est celle qui consiste à escamoter une dame au milieu de la piste d’un cirque. La chose est présentée de la façon suivante : au centre de la piste, par conséquent loin de tout abri et de toute machination, sur une simple table, bien isolée, très mince et sans tapis, dans laquelle, par conséquent, il serait impossible à une personne de se cacher, les clowns construisent devant le public, avec des panneaux peints, très légers, une sorte de maison. Très contents d’eux-mêmes, ils veulent que la maison soit habitée. Alors deux d’entre eux revêtent une livrée et se transforment rapidement en domestiques de bon style. Ils sortent et rentrent bientôt en suivant respectueusement une dame. Ils aident cette dame à monter sur la table, puis à entrer dans la maison qui est ensuite entièrement fermée (lig. I). Ils continuent leur rôle, apportant a la dame un éventail, des fleurs, des rafraîchissements, entrent, sortent, s’animent de plus en plus et finissent par renverser la maison : stupéfaction profonde des domestiques et du public, la maison est vide, la dame a complètement disparu. Voici le truc qui permet de faire réussir l’expérience : les clowns habillés en domestiques sont au nombre de deux et à chaque voyage qu’ils font dans la maison, ils prennent et dissimulent sous leur vêtement une pièce du costume de la dame qui, naturellement, est un de leurs camarades. Ce manège dure jusqu’à ce que ce dernier clown, habillé, sous ses vêtements féminins, en domestique comme ses camarades, se trouve débarrassé de ses vêtements provisoires et sorte au milieu des allées et venues en ayant l’air affairé de ceux qui entrent et sortent continuellement. Personne ne remarque qu’au lieu de deux domestiques primitivement vus, il y en a trois, d’autant plus que l’un d’eux, avant la chute de la maison, sort de la piste. Cette sortie passe complètement inaperçue parmi les promenades habituelles du personnel, autres clowns écuyers et valets d’écurie.
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- LA NATURE.
- Une autre combinaison du môme genre, mais encore plus burlesque, est la suivante qui se l'ait sur une scène et non dans un cirque. Les clowns, généralement au nombre de deux, au milieu de leurs exercices entremêlés d’inventions bizarres, se promettent de jouer au magicien.
- Aussitôt l’un d’eux prend un grand manteau, s’en enveloppe et se coiffe d’un bonnet pointu. Puis il lait asseoir sur une chaise un jeune enfant qui est là. 11 commence par placer sur sa tête un œuf, une pomme, un gobelet ou n’importe quel objet, puis, du bout des doigts pour qu’on ne puisse soupçonner aucun escamotage, coiffe l’enfant d’un chapeau, recouvrant ainsi l’objet. Il soulève le chapeau plusieurs fois pour montrer que l’objet placé y est toujours, puis toutàcoup
- Fi”. 1. — Escamotage d’une dame.
- soulève définitivement le chapeau : l’objet a disparu au grand étonnement du public. Le camarade du magicien improvisé est abasourdi, mais tout à coup il éclate de rire, saisit le bras de l’opérateur et fait voir que le chapeau était percé derrière, ce qui a
- permis, en l’enlevant la dernière fois, de [lasser une des mains par le trou tandis que l’autre main le saisissait par le bord, et d'enlever en même temps l’objet à faire disparaître.
- Le compagnon mystifié prouve alors à l’opérateur, jiar force gifles, qu’il n’est pas suffisamment magicien, s’empare de la robe et du bonnet pointu et promet d’escamoter l’enfant placé sur la chaise. En effet, il prend un châle ou un drap quelconque, se place gravement derrière la chaise, enveloppe l’enfant et la chaise dans le drap
- ^ c/srrr
- Fig. 2. —L’eniant va disparaître.
- et immédiatement le développe ; l’enfant n’est plus là.
- De nouveau le public n’en peut croire ses yeux et le compère non plus. L’opérateur triomphe et s’en va d’un air majestueux; il se retourne alors pour gagner la porte et on aperçoit l’enfant pendu dans son dos, se tenant au col du vêtement. Pendant qu’il semblait l’envelopper, l’enfant, très agile, passait entre les pieds de la chaise, entre les jambes
- Fig. 3. — Il est disparu.
- du magicien, et, caché par la robe, s’accrochait dans son dos. Cette dernière farce bien faite, qui débute comme une expérience sérieuse et qui finit en éclat de rire, a toujours un grand succès.
- Le prestidigitateur Aijjer.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissamiiij!.
- l’aris. — Imprimerie Laliüre, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE
- 28 MAI 181)2
- GLACIERE NATURELLE DU CREUX-PERCE
- CÔTK-n’üH
- Les terrains calcaires du département de la Cote-d'Or, comme ceux de même composition géologique, sont
- percés de grottes incomplètement connues et de puits naturels analogues aux fameux avens des Causses.
- Fig. i. — Vue intérieure de la glacière naturelle du Creux-Perce explorée pour la première fois en mars 1802, par l’auteur et les membres de la section Côte-d’Or du Club alpin.
- A la fin du mois de mars dernier, j’ai fait une première reconnaissance de ce coté : deux ou trois gouffres mystérieux où je comptais descendre et où l’on m'avait annoncé des rivières souterraines se trouvèrent fermés ou voûtés depuis quelque temps îû” aimée. — Ie' semestre.
- par des municipalités prudentes, désireuses d'éviter soit des accidents de personnes, soit la pollution des eaux souterraines et des sources1 ; applaudissant à
- 1 Voy. Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, 21 mars 1802.
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- cette sage mesure, je regrette seulement de ne pas m'être livre' auparavant à l’investigation des trous qui en ont été l’objet.
- Cette fois donc je n’ai pu en scruter qu'un seul qui a présenté une particularité très curieuse, absolument digne d’attention : c’est Yabîme du Creux-Perce, situé sur le plateau de Langres par 475 mètres d’altitude, à 15 kilomètres nord-ouest de. Dijon, et 1500 mètres nord du village de Pasques, entre le val Suzon et la grande ligne du chemin de fer de Lyon près Velars-sur-Ouche.
- M. Thiébaut (de Itouen), membre du Club alpin, avait eu l’obligeance de me le signaler comme inexploré et de m’indiquer que, de l’orifice, on voyait toute l’année, dans la profondeur, une formation de glace qui ne fondaitjamais.
- La géographie départementale de Joanne (Côte-d’Or) cite le Creux-Percé (au mot Pasques) en lui donnant 17 ares d ’ o u v e r-ture ; la carte au 100000e du service vicinal (feuille de Dijon,
- XXII,49),lenom-me aussi et en indique très exactement la place.
- Comme tous ses pareils, il était réputé insondable, parce qu’on n’y était jamais descendu ; d’après la croyance populaire il devait conduire, naturellement, à de vastes cavernes et à de grands lacs intérieurs.
- C’est les 24 et 28 mars 1892 que MM. Party, Dur, Fontaine, Parantière et Lory, membres de la section Côte-d’Or du Club alpin, m’ont aidé à le visiter et à savoir la vérité sur son compte.
- Le Creux-Percé s’ouvre horizontalement en plein champ, dans le calcaire jurassique hathonien; il est profond de 55 mètres seulement, long de 40 mètres et large de 20 à l’orifice (soit 8 ares au lieu de 17) ; les coupes ci-contre suffiront à faire comprendre sa forme de haut en bas; rétréci en entonnoir, il ne mesure plus que 10 mètres sur 5 de largeur aux deux tiers de sa profondeur ; le fond s’évase de nouveau en cône et forme une chambre longue de 15 mè-
- tres, large de 12, dont le milieu est occupé par le talus (commun à tous les gouffres de ce genre) de débris, cailloux, ossements et branchages tombés de la surface du sol ; cette chambre se termine par plusieurs fissures impénétrables à l'homme et ne conduit à aucune des grottes rêvées. J’ai vu le talus et toutes les parois non verticales de l'intérieur de l’abîme couvertes de neige et de verglas; sous l’encorbellement de rochers qui produit le rétrécissement, pend et s’abrite, du côté nord-est, une admirable draperie ou colonnade de stalactites et de stalagmites de glace pure, haute de 10 à 15 mètres, longue de fi à 8, épaisse de 2 à 5; la lumière du jour l’éclaire suffisamment pour qu’il soitpossible, je pense, de la photographier grâce à la verticalité du trou et à la grandeur de l’orifice. Peut-être même les rayons du soleil y arrivent-ils directement au milieu des longs jours d'été. Cependant, M. Lefol, instituteur à Pasques, et les habitants du pays, interrogés par nous, ont confirmé que jamais, en aucune saison, on n’apercevait l’intérieur débarrassé de ces glaces dont, la partie supérieure se distingue très bien du dehors.
- 11 y a donc là une glacière naturelle présentant cette anomalie qu’au lieu d’occuper une caverne obscure comme celles déjà connues dans le Jura, les Alpes, les Carpathes, elle se trouve à ciel ouvert, quoique à 55 mètres sous terre.
- La théorie des glacières naturelles est encore trop indécise, trop mal connue, les hypothèses qui prétendent l’expliquer sont trop nombreuses, controversées et môme contradictoires entre elles1, pour risquer ici aucune explication de l’origine de la glace au Creux-Percé.
- 1 II on a été proposé environ une dizaine. Yoy. IIiiowne, Ice-Caves of France and Switzerland, Cambridge, 1865. — InvR'i,Elude sur les glacières naturelles, Bibliothèque universelle de Genève, 1861. — Fischer, Dobschauer Eishôhle, Annuaire du Club hongrois des Carpathes, Iglo, 1888, etc.
- Fig. 2. — I’ian et coupes de la glacière naturelle du Creux-Percé.
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- Des observations précises et suivies seront nécessaires pour formuler à ce sujet des conclusions sûres : j’ai tenu seulement à signaler l’existence de ce curieux phénomène dont l’étude méthodique présenterait un intérêt indubitable et jetterait sans doute un jour nouveau sur la question des glacières naturelles.
- L’accès du fond du Creux-Percé est relativement aisé avec de lions câbles et deux cordes à nœuds ou échelles de cordes de 15 et 20 mètres de longueur; il n’y est besoin ni de luminaire pour s'y conduire, ni de téléphone pour.s’y faire entendre.
- Le 28 mars, j’ai relevé les températures suivantes :
- 1° au fond, à l’arrivée — 1° 0. (six observations avec deux thermomètres, dans l’air, la neige et la glace) ; au départ — 0°,5 C. (deux observations, après un séjour de trois personnes pendant deux heures); 2° à la surface du sol -f-14°,5 C. (à midi, en sortant du trou).
- Sur la neige du talus de pierres se traînait un crapaud engourdi, venu là je ne sais comment.
- Au pied des colonnes de glace et dans un angle une cuvette rocheuse longue de 2 mètres, large de 1 mètre, était pleine d’eau à demi congelée.
- Enfin, dans le fond du puits, toutes les fissures de la pierre sont remplies de glace.
- Au point de vue géologique, le Creux-Percé est encore une diaclasc élargie par l’érosion extérieure : sa position au confluent de deux larges vallons ou thalwegs de terres labourées aujourd’hui à sec (sauf après les orages exceptionnels) le démontre péremptoirement.
- Telles sont les premières constatations faites à l’abime du Creux-Percé. E.-A. Martel.
- CHEMINS DE FER STRATÉGIQUES
- EX ALLEMAGNE
- Le Gouvernement allemand a soumis au Reichstag une demande de crédits supplémentaires s’élevant à 12 millions de francs environ, pour des travaux de lignes stratégiques à exécuter pendant l'année budgétaire 1892-1893. Le Reichstag a voté ces crédits en seconde lecture. Les 12 millions demandés ne représentent pas le coût total des lignes nouvelles à construire, des secondes voies à poser, etc., mais seulement la première annuité des dépenses totales qui sont évaluées à 40 500 000 francs.
- Les crédits s’appliquent : 1° à une nouvelle ligue à construire entièrement ; 2° à des poses de seconde voie et à l’amélioration des chemins de fer existants; 5° à rétablissement de quais militaires, à des transformations de gares.
- La ligne nouvelle dont on propose la création est celle de Rœschwoog (station de la ligne de Strasbourg à Lau-terbourg), vers Garlsruhe; Rétablissement de cette ligne comporte la construction d’un pont fixe sur le Rhin, près de Roppenheim, non loin de Rastadt.
- Les dépenses totales d’établissement de 6 kilomètres à construire sur le territoire alsacien sont évaluées à 2 millions 560 000 francs ; le pont du Rhin coûtera 5 millions 100 000 francs.
- La nouvelle ligne Carlsruhc-Rocscbwoog n’aurait qu'une
- importance secondaire sans les prolongements que nous allons indiquer. La loi du 1er février 1890 a concédé une ligne Rœschwoog-Itaguenau. Ge chemin de fer était à une voie et d’importance secondaire. La nouvelle loi d’empire la transforme en ligne à deux voies à grand trafic. Comme les travaux préparatoires de la ligne à une voie sont à peine commencés, l’exécution à deux voies ne coûtera que 5 520 000 francs en plus pour 22 kilomètres et demi.
- Une ligne à une voie est en exploitation de llagucnau à Steinbourg. Le projet de loi soumis au Reichstag demande que les 17km,6 de cette ligne situés entre llaguenau et Übermodeen soient établis à deux voies ; coût : 2 millions 660 000 francs.
- Obennodern est le point de jonction de la ligue en exploitation Jlaguenau-Steinbourg avec la ligne concédée et dont les travaux sont commencés, Mourmenhein-Sarrc-guemines (avec embranchement sur Sarralbe). D’après le projet de loi, on construira à deux voies une ligne Ober-modern-Sarralbe ; coût supplémentaire : 6 070 000 francs pour 57 kilomètres et demi.
- De Sarralbe à Benestrolï, il y a une ligne à une.voie en exploitation, avec quais militaires à Insming, Léning et Benestroff. On y établira une seconde voie; coût :
- 2 660 000 pour 16kra,6.
- En définitive, c’est un nouveau chemin de fer stratégique à deux voies que l’on veut établir entre Garlsruhe et Benestroff (ligne de Château-Salins et frontière française vers Aancv). Celte ligne aura une importance stratégique considérable et elle facilitera la concentration des armées allemandes en Lorraine. Le Gouvernement allemand est résolu à conduire avec la plus grande activité les travaux dont nous venons de parler.
- LA. GRIPPE
- Aux premiers rayons du chaud soleil la grippe a disparu et cette fois, cspérons-le, définitivement. A deux reprises, cette triste visiteuse a parcouru l’Europe, semant le deuil sur son passage. La première épidémie de 1889-90 avait été cruellement meurtrière; celle de 1892 a été encore assez grave, si l’on tient compte que bien des gens atteints la première fois en ont été exempts, par une sorte d’im-nnmilé vaccinale. D'après les statistiques, la grippe a enlevé en 1890 environ 40000 personnes en France ; la deuxième épidémie a fait trois fois moins de victimes. Si l’on songe que dans toute l’Europe et dans le Nouveau Monde, la proportion a été partout sensiblement égale, on voit que cette maladie, d’allures si bénignes en apparence, n’a guère été moins grave qu’une maladie beaucoup plus redoutée, le choléra.
- Il semble ressortir dos nombreux documents publiés jusqu’à ce jour, que cette maladie se propage par transmission directe d’homme à homme. La dissémination par l’air ne s’appuie sur aucune démonstration bien nette. Il est certain que les influences atmosphériques, chaleur anormale, pression diminuée, favorisent sa propagation, en affaiblissant l’énergie vitale et mettant les sujets débiles dans des conditions plus propices à la réceptivité. Mais]p’en-quete poursuivie par la commission de l’Académie
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- de médecine ne permet guère, de conclure autrement (ju’en faveur de la transmission directe', de malade à sujet sain. Les anciennes épidémies, dont l'histoire ne diffère pas de ces tendes dernières, donnent une preuve à l'appui de cette opinion.
- La propagation du foyer endémiepie, la Russie, dans les diverses régions de l'Kurope, se faisait lentement; il fallait, des semaines, di's mois pour epie signalée à l’est, on la vît apparaître à l'ouest. Mais à cette; époepie 1<‘S communications étaient difficiles, lentes; aujourd’hui le chemin de 1er transporte en duatre jours un voyageur de l’rest à Moscou.
- Le fait de la propagation par les eaux de boissons dans une région déterminée n’a pas été signalé en dehors des recherches du professeur Teissier. Pen-dant le; cours d'une mission en Russie, il avait pu déceler dans les eaux de la Moskowa un microbe
- analogue à celui epi'em supposait, d’après les premières éludes bactériedogiepies, être le microbe caractéristique de la grippe. Pareille recherche n’a pas été faite, epie je sache, dans notre pays. On peut rappeler, au sujet, de l’exactitude de cette découverte, tpie le personnel de l’ambassade de France en Russie resta absolument, indemne, parce.quel’ambassade est, alimentée par l'eau de Tsarskoe-Selo, eau très pure et peu favorable au développement des organismes. M. Teissier n’est pas éloigné d’admettre la dissémination dans l'atmosphère de l’agent pathogène, sous 1’iniluence de conditions météorologiques favorables.
- Les recherches bactériologiques sur la grippe ont été multipliées; en parlant des découvertes récentes j’ai mentionné les travaux du l)r Teissier et de. ses collaborateurs, MM. G. Roux et Pittion.
- Je dois à l’obligeance du jeune et distingué professeur de Lyon, la communication de belles photographies du microbe qu'ils ont cultivé et dont les dessins ci-dessus donnent une idée très nette (fig. I et 2). Ce sera l’occasion de résumer les recherehes de ces savants, recherches bien antérieures à celles des auteurs allemands (pie j’avais cités.
- En mars 1891, au moment le plus fort de l'épidémie, M. Teissier avait recueilli dans le sang et l'urine des malades un microbe spécial, qui introduit chez le lapin, par injection intra-veineuse, provoquait constamment chez cet, animal une affection ayant avec la grippe les plus grandes ressemblances. Suivant qu’on recueille le microbe dans le sang ou dans l’urine, il présente certains caractères un peu différents, qui semblent n’èlre que l’expression d’un polymorphisme très accentué, car les résultats obtenus par l'injection de l'un ou de l'autre produit sont absolument identiques.
- Prend-on, chez un malade, en plein accès de grippe
- franche, une goutte de sang et la cultive-t-on suivant les procédés ordinaires, on voit la culture donner en quarante-huit heures des éléments groupés en lincs chaînettes, ressemblant à des streptocoques. Parfois on les trouve associés à des organismes isolés en forme de diplobacillcs semblables à ceux (pie l’on peut extraire, quelques jours plus tard, des urines du même malade. Que l’on prenne les cultures de ces microbes en chaînettes ou du diplobacille, les injections chez les animaux donnent les memes résultats, mort plus ou moins rapide; si l’injection est forte, phénomènes fébriles avec congestion de l’arbre respiratoire, parésie des membres postérieurs, un ensemble conforme aux manifestations si variées de i’influenza.
- Ce qui caractérise encore plus nettement ces (déments, comme l’agent probable de la maladie, c'est, qu’on ne les a retrouvés jusqu'ici que chez les malades atteints de grippe. J)1' A. Cautaz.
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- APPAREIL ENREGISTREUR
- DE LA VITESSE DES T MAINS DE LA COMPAGNIE d’oIILKANS
- La vérification de la vitesse de marche des trains présente un intérêt considéra Lie dans l’exploitation des chemins de 1er; il importe de s’assurer, par exemple, que le mécanicien effectue bien en certains points déterminés, comme les bifurcations, etc., le ralentissement prévu par les règlements; de même à la descente des pentes, il faut pouvoir se rendre compte qu’il ne laisse pas aller son train à une vitesse excessive pour regagner un retard antérieur. Ces vérifications sont faites an moyen d’appareils de contrôle
- qui doivent en outre enregistrer automatiquement les résultats, afin d'en laisser une trace permanente.
- Les premiers contrôleurs imaginés à cet effet s’installaient sur la locomotive elle-même ; nous avons reproduit la description d’un de ces types dans La Naturel. Ces appareils donnent un enregistrement continu sur un parcours souvent fort long; ils ne peuvent donc pas indiquer exactement les points précis sur lesquels se sont produits les ralentissements ou accélérations. Pour contrôler la vitesse en un point déterminé, il est préférable d’avoir un appareil fixe posé eu ce point sur la voie. On peut l’installer à demeure s’il y a convenance, mais on peut aussi avoir des appareils mobiles ou semi-fixes
- Appareil enregistreur de la vitesse des trains de chemins de fer.
- que l'on déplace avec facilité; il est facile, dans ce cas de laisser l’appareil quelques jours en un point quelconque à l’insu du mécanicien.
- Le contrôleur dont nous allons parler appartient à cette catégorie d’appareils ; il a été établi par MM. Richard frères sur les indications de la Compagnie d'Orléans qui l’a adopté; il est muni des organes d’enregistrement si ingénieux que ces habiles constructeurs ont su appliquer à l’inscription des phénomènes les plus divers. La description qui va suivre est empruntée à une intéressante Note publiée par M. Sabouret, ingénieur de la Compagnie, dans la Revue générale des chemins de fer.
- Le principe de l’appareil est des plus simples : deux pédales fixes posées sur la voie à une distance arbitraire pour laquelle on a adopté le chiffre do
- 100 millimètres, sont en relation électrique avec l’appareil enregistreur installé à une certaine distance ; le passage du premier essieu du train sur la pédale d'amont détermine l’émission d’un courant qui met en mouvement un style inscripteur. Le trait ainsi obtenu s’interrompt brusquement lorsque le premier essieu arrive à la seconde pédale en aval;son passage détermine en effet la rupture du courant qui vient de s'établir, et arrête en même temps le style ; la longueur du trait obtenu est donc inversement proportionnelle à la vitesse de marche du train, et elle en fournit ainsi la mesure. Le papier enregistreur est enroulé autour d’un tambour portant un mouvement d’horlogerie qui lui fait décrire une révolution en
- 1 Voy. n° 451, du 5 sept ombre 18K1, p. 224.
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- LA NATURE.
- vingt-quatre heures. Grâce à ce mouvement de rotation, on peut laisser l’appareil en place toute la journée sans ([ue les inscriptions successives résultant du passage des trains différents viennent à se recouvrir, et il est facile de rapporter chaque inscription au train correspondant d’après l'heure du passage.
- La figure de la page 405 donne dans le n" I la vue détaillée de cet appareil d’enregistrement.
- Le papier employé a reçu, comme ou voit, un quadrillage dont les lignes verticales correspondent aux heures ; les lignes horizontales indiquent la hauteur du trait correspondant à une vitesse déterminée.
- Le style inscripteur est porté sur une longue aiguille qui est fixée elle-même sur un axe libre monté sur celui d'une roue dentée.
- Dans l’état normal, l’aiguille reste inclinée sous l’action de son poids; le style est au lias du cvlindre, comme c'est le cas sur la figare.
- La roue de droite dont le rehord est dentelé est entraînée elle-même d’une façon permanente par un mouvement d’horlogerie, et elle effectue un tour complet en deux minutes et demie. Lorsqu’il se produit une émission du courant, l’électro-aimant qu’on voit en avant, attire son armature, et celle-ci en se déplaçant repousse l’axe mobile de l’aiguille; elle applique ainsi sur la roue la traverse qui le termine, de manière que l’axe et l’aiguille participent au mouvement de la roue; l’inscription se produit dès lors, et elle s’arrête avec l’interruption du cou-rant,lorsque l’élcctro-aimant abandonne son armature.
- On voit que, dans ces conditions, l’appareil se réduit, en principe, à l’enregistrement d’une émission de courant donnée par la pédale d’entrée, et d’une interruption donnée par la pédale de sortie. En fait, l’installation se complique un peu, en raison des difficultés résultant de l’organisation des pédales dont on peut disposer, car on ne connaît pas encore, jusqu’à présent, une lionne pédale à temps, prenant une position déterminée sous l’action du passage du premier essieu du train sans être affectée par les essieux suivants, et revenant à sa position initiale après le passage du train.
- Les deux électro-aimants qu’on voit à droite de la figure, ont pour but de permettre le fonctionnement avec une pédale quelconque.
- L’un d’eux est en relation avec la pédale d’entrée. Aussitôt qu’il est traversé par le courant venant de cette pédale, il rappelle son armature, et celle-ci, en se déplaçant, agit sur le commutateur qui ouvre le circuit local actionnant le troisième électro-aimant (pii commande l’axe de l’aiguille. Le courant du circuit local reste donc ouvert, jusqu’à ce que l’émission du courant venant de la seconde pédale rappelle l’armature de l’électro-aimant de sortie, et celle-ci, en se déplaçant, agit à son tour sur le commutateur pour fermer le courant, ce qui détermine, comme nous l’avons dit, la chute du style.
- On voit que si le train a une longueur supérieure à l’intervalle des pédales, il se produira encore de
- nouvelles émissions de courant après que le premier essieu aura atteint la sortie, mais l’interruption suivra presque immédiatement, en donnant à l’aiguille des soubresauts insignifiants.
- Pour le cas où le style viendrait atteindre le haut du papier, ce qui se produirait dans une marche à faillie vitesse ou dans le cas d’un raté de la pédale de sortie, un déclic électrique le fait retomber automatiquement au bas du cylindre.
- Cet appareil enregistreur est monté dans une boîte en métal dont le poids ne dépasse pas 7 kilogrammes. Il constitue un appareil tout à fait portatif, en se complétant, ainsi que nous l’avons dit plus haut, d’une pédale portative, comme la trembleuse de M. Coiïard, ou celle de M. Chaperon.
- La Compagnie d’Orléans emploie toutefois, de préférence avec cet enregistreur, la pédale fixe de Rail-lehache, et comme cet appareil donne des résultats satisfaisants, nous l’avons représenté dans les nos 2 et 5 de la gravure.
- Cette pédale comprend un plateau isolé M en acier de O111,66 sur 0m,r>16 avec 5 millimètres d’épaisseur, fixé sur une longrine en bois B posée parallèlement au rail à l’extérieur de la voie.
- Ce plateau a son bord redressé placé à quelques millimètres du rail et légèrement en contre-liant pour que la roue l’atteigne en le faisant fléchir. 11 est en relation, d’autre part, avec le circuit d’une pile dont le courant, interrompu à l’état normal, se trouve rétabli au moment du passage par l'intermédiaire du bandage mobile et du rail qui le supporte.
- Le point essentiel est d’assurer l’isolement du plateau tout en lui donnant une élasticité suffisante; on interpose à cet effet deux plaques en caoutchouc sous le plateau, et deux autres au-dessus, et on les maintient par deux cornières de longueur supérieure fixées à leurs extrémités sur la longrine par des tire-fonds. Un couvercle en tôle galvanisée (n° f>) protège les plaques en caoutchouc et la borne de contact du fil contre la pluie et le soleil. L. B.
- Nous trouvons, dans le compte rendu d’une excursion faite en Hollande par M. Lippmann, et présenté à la Société des ingénieurs civils, quelques détails intéressants sur le fonctionnement d’une bouée sonore automatique dont nous avons jadis donné la description *. Cette bouée, (l’un système vraiment original, est encore très rarement, employée ; il nous paraît intéressant d’en rappeler le principe et d’en montrer l’utilité.
- On sait que les services des pbares et balises des différents pays cherchent des moyens faciles et surs de signaler pendant le jour, et surtout par temps de brume, les divers écueils ou bancs à éviter. L’appareil ordinairement en usage consiste simplement dans la balise classique, qui affecte la forme d’un cône, d’un corps flottant quelconque ou d’une tour en maçonnerie s’élevant plus ou moins au-dessus de l’eau ; quelquefois, comme pour certaines balises
- ' Vov. La bouée qui siffle, n° 170, du 4 novembre 1870, p. 504.
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- flottantes de l’entrée de la Gironde on pour la Tour Richelieu de l'entrée du port de La Rochelle, la halise porte une cloche qui se met en branle sous l’influence de la lame, ou que vient frapper un battant rattaché à un flotteur oscillant. L’appareil dont nous voulons parler est fondé sur un tout autre principe. D’invention américaine, du à M. Gourtenay, il est mouillé à 5 kilomètres au large des jetées du port d’Ymuiden, à l’entrée du canal de la mer du Nord à Amsterdam, et il sert à atterrir en cas de brume.
- Cet appareil se compose essentiellement d’un tube ouvert à ses deux extrémités, disposé pour flotter, immergé verticalement, et fixé au fond de la mer par des ancres affourchées qui le maintiennent plongé à 4 ou 5 mètres au-dessous du niveau superficiel de l’eau. A cette profondeur, le mouvement de la lame ne se fait plus sentir; l’eau du fond du tube y est immobile comme dans un puits, tandis que la mer déferle autour de la partie supérieure du tuyau. Un long .cylindre creux, fermé en haut et, en bas, se meut à la façon d’un piston dans l’intérieur du tube, refoulant l’air qui peut être à la partie inférieure de ce tube ; il est fixé par le haut à une bouée flottante, à un flotteur dont il est solidaire, et qui lui fait suivre les mouvements de descente et de montée de la vague. Les deux fonds du cylindre-piston portent des soupapes combinées de sorte qu’à chaque soulèvement, l’air est appelé du dehors entre le piston et l’eau calme du fond du tube, et qu’à chaque descente l’air introduit au-dessus de ce niveau fixe est refoulé à travers un sifflet disposé au sommet de la bouée.
- Bien «entendu, le poids de la bouée est un facteur d’intensité pour le son du sifflet. Les intervalles entre les coups de sifflet sont inversement proportionnels à la hauteur des vagues : l'instrument se fait entendre, par exemple, quatre fois par minute pour des lames de 6 mètres, (pii déferlent au nombre de quatre dans cet espace de temps, et huit fois pour des lames de 5 mètres. L’appareil est depuis assez longtemps en service, et l’on n’a qu’à s’en louer : le sifflet s’entend jusqu’à 9 milles sous le vent, à 6 milles vent de travers, et à 5 milles au vent, ce qui est considérable.
- IMPORTATION DU BEURRE AUSTRALIEN
- EN ANGLETERRE
- La Nature a signalé récemment l’importation en Europe de fruits d’Australie; antérieurement, et à maintes reprises, on a parlé de l’introduction des bestiaux ou du moins des viandes congelées de la même provenance. Aujourd’hui c’est aux fabriques de beurre européennes que les fermes d’Australie vont faire concurrence : il s’agit surtout de la province de Victoria, si nous en croyons M. Maistre, consul de France à Melbourne.
- Le nombre des fabriques de beurre et crémeries construites actuellement dans la province de Victoria s’élève à 236 ; mais chaque jour, pour ainsi dire, voit s’élever un nouvel établissement de ce genre ; cette industrie prend un essor incroyable. On transforme en crémeries et en fabriques de beurre d’anciennes prisons, des minoteries abandonnées ; les districts ayant de bons pâturages, trouvent ainsi une utilisation des bestiaux qu’ils peuvent nourrir. Le mouvement dont il s’agit est si important, que le gouvernement de la province avait chargé un expert, M. D. Wilson, de surveiller et de diriger la constitution de nouveaux établissements. M. Wilson estime
- qu'on peut compter, occupés à cette industrie, 3600 fermiers, et que les bâtiments et l’outillage qui y sont consacrés représentent une valeur de 5 millions de francs. Actuellement il n’y a en réalité que 180 fabriques ou crémeries en pleine exploitation, produisant 50 295 980 gallons (ce qui revient à 121 185 920 litres) de lait. Le prix moyen du lait est de 4,5 pence(ou 45 centimes) le gallon, ce qui fait à peu près 11 centimes le litre; cette récolte de lait vaut donc au total 14 201 240 francs. La quantité de beurre manufacturée est d’au moins 12118 392 livres anglaises. Aujourd’hui les fermiers australiens obtiennent une qualité de beurre bien supérieure à ce qu’ils produisaient il y a seulement quelques années : aussi l’exportation a-t-elle pris un réel développement. En 1889-1890, elle n’était que de 400 000 kilogrammes, vendus au prix moyen de 9 pence (ou 90 centimes) la livre anglaise ; pendant la saison 1890-1891, le chiffre de l’exportation s’est élevé à 1000 000 de kilogrammes vendus lfr,05 centimes la livre. Enfin les chiffres de la dernière saison présentent un accroissement énorme, le total de l’exportation atteignant 2145 tonnes; on expédie tout ce beurre sur Londres, emballé en caisse et au prix actuel de lfr,25 centimes la livre. D’ailleurs l’Etat victorien donne une prime à l’exportation des beurres.
- Or on sait que le beurre est un des plus importants produits d’exportation de la Normandie et delà Bretagne sur le marché de Londres; et bien qu’il suffise d’une période de sécheresse prolongée comme il s’en produit souvent, pour quire considérablement à cette industrie dans la province de Victoria, il est bon de signaler à nos producteurs cette concurrence menaçante. D. B.
- VOYAGE AUTOUR DU MONDE
- INDE ---- CEYI.AN — CHINE ------ JAPON 1
- Nos lecteurs ont eu la primeur de la description de toutes les curiosités naturelles, ethnographiques ou archéologiques, que M. Albert Tissandier a observées pendant ses longs et beaux voyages dans les Indes, en Chine, au Japon et en Amérique. Mais le voyageur n’a offert aux lecteurs de La Nature que quelques chapitres de ses récits; if vient de publier, sous le titre de Voyage autour du monde, un ouvrage remarquable et des plus complets, qui les contient tous; il décrit spécialement les merveilles de Ceylan, des Indes, de la Chine et du Japon, retracées en un style agréable et familier, et reproduites par un crayon d’une habileté peu commune.
- M. Albert Tissandier donne le récit de son voyage et de son séjour dans les principales régions des Indes, où nous admirons avec lui des temples et des palais incomparables, dénotant les anciennes splendeurs de civilisations d’une somptuosité inouïe. Nous passons à Pondichéry, à Calcutta, à Bénarès, à Agra, à Delhi, à Bombay, à Madras, à Madura ; nous visitons ensuite Ceylan, où les beautés naturelles rivalisent avec les splendeurs des monuments anciens.
- 1 Voyage autour du monde. — Inde et Ceylan, Chine et Japon, 1887, 1890, 1891, Texte et dessins par M. Albert Tissandier, chargé d’une mission par le Ministre de l’instruction publique. 1 vol. in-4° avec 88 gravures et 24 planches. Paris, G. Masson, 1892. — Prix : 25 francs.
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- LA NA TU U K.
- Fi". 1. — Dessins de divinités japonaises. —1. Dieu du tonnerre frappant sur des tambourins. —2. Dieu de la richesse debout sur des sacs de riz.
- 5. Dieu du vent portant une outre gonflée d’air.
- Après Ceylan, Singapour, [mis escale à Saigon où le lecteur pénètre dans un intérieur annamite arrivée en Hong-Kong et voyage à travers la Chine, où M. Albert Tis-sandicr ne se contente pas de visiter les villes,
- Canton, Nankin, Tient-sin, Shanghaï, Pékin et les grands ports, mais pénètre dans l’intérieur, et rapporte de ses parcours des documents du plus haut intérêt, montrant jusqu’à quel degré s’est élevé, dans les siècles passés, l’art chinois.
- Cet art, souvent incomparable, a inspiré l’art japonais (pie nous allons aborder avec les explorations du voyageur à travers le Japon. M. Albert Tissandier, comme architecte, a surtout consacré ses recherches de voyageur à l’étude des monuments des pays qu’il a visités, mais il a su observer aussi les mœurs des habitants, les particularités de toute nature qui se sont offertes à ses yeux, et le lecteur, en le suivant, prend part à toutes les impressions, à tous les étonnements et à toutes les joies du touriste.
- Nous plaçons sous les yeux du lecteur plusieurs
- spécimens des illustrations du beau livre de M. Albert Tissandier. La figure 1 représente quelques dessins de divinités japonaises, telles qu’on les voit souvent gravées sur les monuments. La ligure 2 donne le plan du tombeau d’un grand mandarin, analogue à celui que représente la ligure 4.
- La ligure 5 donne une juste idée des magni-liques constructions dont les Indes sont remplies.
- Elle représente l’un des [dus riches monuments d’Agra ; c'est le Tadj-Mahal, célèbre mausolée de la sultane favorite du chah Jehan 1028). La construction est dans un état de conservation presque parfait et le Gouvernement anglais ne recule pas devant les dépenses que nécessite sa conservation (lig. o). Ce tombeau merveilleux, qui domine la rivière Jum-na, forme un ensemble imposant. « Placé sur une terrasse assez élevée sur laquelle on monte par de grands perrons de marbre, il est au centre d’une vaste plateforme d’allée et forme un carré dont les angles
- Entrée du Tombeau
- Route conduisant à- Foocftovo
- Fig. 2. — Plan d’un tombeau de mandarin situé-aux environs de F'oochow (relevé sur place).— 1. Figures colossales de mandarins; 2, 3, 4, 5. Figures représentant des chevaux, des béliers et des lions fantastiques; 6. Colonne monolithe; 7. Pailoo de granit et de marbre vert ; 8. Ouvertures ajourées dans le mur d’enceinte; 0. Dassin d’ablution; 10. Lions de marbre; 11. Autel abritant les inscriptions gravées; 12. Chemins; 13. Dôme au-dessus du corps ; li, 15, IC. Bas-reliefs et inscriptions.
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- Fig. 3. — Le mausolée de Tadj-Mahal, à Agra ^nde). (Dessin d’après nature de M. Alliert Tissandier.)
- Fig. 4. — Ancien tombeau d’un mandarin à Foochow (Chine). (Dessin d’après nature de M. Albert Tissandier.)
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- sont coupés. Un dôme de 25 mètres de hauteur de proportion parfaite le surmonte. Le mausolée est accompagné de quatre minarets qui contribuent à lui donner une silhouette pleine d’élégance; à sa droite et à sa gauche sont placées deux mosquées. » Le monument se détache au milieu d’un jardin délicieux, orné de bassins de marbre. La décoration intérieure est d’un luxe extraordinaire.
- « Sous le dôme féerique, on ne saurait voir que des marbres rares délicatement travaillés; le tombeau enfin, avec sa clôture de marbre ajouré, rempli de mosaïques, de pierres précieuses, telles que cornaline, lapis-lazuli, etc., formant des arabesques et des rinceaux de Heurs, est un véritable chef-d’œuvre. »
- La Chine en certaines régions n’est pas moins riche que les Indes en eontruetions anciennes.
- Les collines de Foochow en Chine et les campagnes environnantes sont couvertes de tombeaux d’une rare importance; quelques-uns sont ornés de leur monument caractéristique, le païloo. « Après les tombeaux et les temples, ce sont ces constructions qui frappent le plus en Chine les voyageurs ; ils peuvent en remarquer un nombre considérable dans les provinces du Nord, comme dans celles du Sud. Les païloos, primitivement élevés près des tombeaux, accompagnaient autrefois ceux des personnages de distinction. Construits le plus souvent en granit ou en marbre, ils ont un aspect triomphal et dans les motifs de sculpture qui les décorent, sont gravées des inscriptions commémoratives. »
- M. Albert Tissandier a dessiné I’un de ces tombeaux sur les collines de Foochow (fig. 4). Ce monument, unique dans son genre, paraît fort ancien ; il est construit en dalles de granit, sauf la partie du fond qui est en briques enduites de stuc. La composition de l’ensemble offre quelque analogie avec celui dont nous avons reproduit le plan un peu plus haut (fig. 2). Elevé aux environs de Foochow à la mémoire d’un célèbre mandarin, depuis un siècle environ, il a été fait sur les modèles de tombes plus anciennes.
- La transition d’aspect, qu’éprouve le voyageur en passant de la Chine au Japon, est très marquée. Ici nous trouvons tout le mouvement de l’industrie, dans un pays enchanteur, où les beautés naturelles et le luxe de la végétation régnent de toutes parts. Partout aussi des curiosités archéologiques d’un art exquis
- Après le Japon, nous traversons le Pacifique, puis nous allons à Vancouver, et nous circulons dans toute l’Amérique en visitant le Canada.
- L’ouvrage de M. Albert Tissandier intéressera tous ceux qui aiment à connaître les pays comme les Indes, la Chine, où les civilisations anciennes ont brillé de tant d’éclat, et ceux comme le Japon et l’Amérique, où l’activité moderne se signale par tant de manifestations intenses. Cet ouvrage se fait remarquer par une grande sincérité dans le récit ; on voit que l’auteur est un artiste, amoureux de tout ce qui est digne d’être admiré, et qui a toujours le respect de la vérité. Gaston Tissandier.
- LES LIGNES TRANSATLANTIQUES D’EUROPE
- AUX ÉTATS-UNIS
- Ou compte pour tout le nord de l’Europe, en entendant sous cette désignation l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique, la Hollande, le Danemark et la France, 29 lignes régulières expédiant 40 vapeurs par semaine sur les divers ports de la grande confédération. La plupart de ces lignes n’assurent qu’un seul départ par semaine; cependant la Red Star Line (Anvers, New-York et Philadelphie), la compagnie Néerlandaise (Amsterdam, New-York et Baltimore), la White Star Line (Liverpool, New-York), la compagnie Canard (Liverpool, New-York et Boston), la National Line (Liverpool, Londres et New-York) et la Fnrness Line (Liverpool, Baltimore et Norfolk) ont chacune pour leur compte 2 départs par semaine. En outre, on peut en relever 5 pour la Compagnie Hambourgeoise Américaine (Hambourg, New-York et Baltimore) et enfin
- 4 pour le Nônldeustcher Lloyd de Brème (Brème, New-York et Baltimore).
- Yoici comment ces départs se répartissent entre les différents pays et entre les différents ports. L’Angleterre, à elle seule, en a 25, dont 11 à Liverpool, 4 à Londres, 5 à Glasgow , et un dans chacune des villes suivantes : Bristol, Cardiff, Dublin, IIull et Newcastle (sans compter même que 2 lignes font escale à Liverpool avant de partir de Londres). La part de l’Allemagne est de 9 départs, dont
- 5 à Hambourg et 4 à Brème; celle de la Belgique, de 4, tous à Anvers. La Hollande en compte 2 à Amsterdam; enfin le Danemark, 1 à Copenhague. Quant à la France, elle aussi ne compte qu’un départ chaque semaine au Havre ; c’est bien peu, même si l’on note que nous avons certains services réguliers mensuels et bimensuels.
- Complétons ces données en indiquant les points d’arrivée de ces lignes. New-York est le port d’arrivée pour 32 services dont 14 relèvent ensuite pour d’autres ports; Baltimore est le point d’attcrissement de 7 lignes, dont 2 poursuivent sur d’autres escales, et, en outre, cette ville sert de seconde escale à 8 autres services. Philadelphie reçoit 1 service directement et 4 indirectement; enfin Boston et Norfolk sont visitées chaque semaine, comme seconde escale, par 2 lignes chaque semaine.
- Ce sont là des chiffres qui donnent encore une idée plus nette de l’énorme trafic qui se fait entre l’ancien et le nouve.au continent.
- UN PARADOXE HYDROSTATIQUE
- Voici une expérience instructive et amusante que décrit K. W. YVood dans un récent numéro du Scientific American. Elle constitue un problème difficile à résoudre, et présente une solution paradoxale en apparence. Ce problème consiste à faire flotter un entonnoir ouvert à son extrémité inférieure dans un ou des liquides de densité inférieure à celle du verre. L’effet est des plus curieux, et même après l’exposé des conditions dans lesquelles l’expérience est réalisée, on éprouve un certain embarras à en donner l’explication. Pour faire l’expérience, on prend un vase cylindrique de 15 centimètres de hauteur environ et on le remplit d’eau pure jusqu’à 3 centimètres du bord. A l’aide d’un entonnoir de même hauteur que le vase, on verse de l’acide sulfurique concentré dans le fond du vase jusqu’à ce que le vase soit rempli, l’acide occupant le fond de ce vase. Pendant le versage de l’acide, le bout de l’en-
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- tonnoir doit arriver jusqu’au fond du vase, mais il faut, après avoir versé l’acide, agiter légèrement la surface de séparation de l’eau et de l’acide afin que la ligne de séparation des deux liquides soit moins tranchée, et que l’illusion soit complète. 11 suffit alors d’abandonner l'entonnoir à lui-même pour le voir flotter dans le liquide, à la grande surprise des spectateurs non initiés. J1 est facile de comprendre pourquoi il en est ainsi. Lorsque l’entonnoir est introduit dans le vase, le niveau de l’eau est le même à l'extérieur et à l’intérieur de l’entonnoir, mais dès que l’extrémité de l’entonnoir plonge dans l’acide plus dense, il se produit un
- changement de niveau nécessité par l'équilibre de pression dans la tranche horizontale .passant par l’extrémité de l’entonnoir, la colonne d’eau doit être plus élevée que la colonne d’acide remplissant l’entonnoir ; il se produit donc une dénivellation, et comme la partie supérieure de l’entonnoir est remplie d’air, il flotte exactement comme le ferait un navire ou un entonnoir bouché à sa partie inférieure et partiellement rempli d’acide.
- Il faut remarquer que si le vase était plein d’acide, bien que cet acide ait une densité plus grande que l’eau, l’entonnoir abandonné à lui-même coulerait au fond. Cette expérience facile à répéter dans un cours est de nature à faire réfléchir les jeunes élèves, et à leur suggérer bien des réflexions relatives aux densités et à l’équilibre des fluides. On peut remplacer l’entonnoir par une flûte à champagne brisée à sa partie inférieure, et l’acide sulfurique concentré, produit dangereux à manier, par une solution saturée d’hvposulfite de soude. L’expérience se ferait également avec de l’eau et du mercure, mais comme la densité de ce dernier liquide est beaucoup plus grande que celle du verre, l’expérience serait moins probante, et la flottaison pourrait être attribuée, par un observateur superficiel, à la poussée du mercure sur le bas de l’entonnoir plongeant dans ce mercure.
- Il faut remarquer aussi qu’en versant lentement de l’acide dans l’entonnoir, celui-ci au lieu de s’enfoncer, comme on serait tenté de le croire à priori sort de l’eau davantage, car l’acide expulse l’eau qui y avait été introduite pendant l’immersion et diminue, par conséquent, la longueur de la colonne nécessaire pour supporter l’entonnoir. Si, au contraire, on verse de l’eau dans l’entonnoir, celui-ci ne tarde pas à couler, car l’eau ne pouvant sortir de l’entonnoir (il faudrait pour cela qu’elle traversât l’acide plus dense que lui), remplit simplement l’entonnoir jusqu’au bord et le fait couler.
- Ajoutons que nous avons répété nous-même l’expérience, et qu’il n’y a aucun danger à verser franchement et directement l’acide sulfurique dans l’entonnoir. Il vient se placer rapidement au fond du vase sans se mélanger à l’eau, et sans produire le moindre échauffement.
- 1 Le dessin montre l’état de l’expérience dans sa phase intermédiaire, pendant que l’on verse l’acide sulfurique dans l’entonnoir. Celui-ci ne flottera que lorsque le vase sera entièrement rempli.
- COLORATION ARTIFICIELLE DES ORANGES
- Depuis quelque temps on voit circuler et vendre, dans les rues de Paris, des oranges dites sanguines, qui ne le sont que de nom. On remarque, en effet, en les ouvrant, que leur endocarpe renferme une pulpe dépourvue de la coloration rouge qui caractérise cette variété; que ce sont des oranges ordinaires dont le zeste a été coloré artificiellement par le vendeur. L’imitation est assez réussie pour tromper les yeux d’une personne non prévenue.
- En examinant au microscope une coupe du mésocarpe de ces oranges, on constate la présence d'une matière colorante violacée, localisée dans les glandes et ne dépassant pas la cuticule. En certains points où elle s’est accumulée près des glandes, sa couleur est rouge foncé.
- La matière colorante employée dans les échantillons que nous avons examinés est YEcarlaie de Biébrich qui est un dérivé azoïque de l’amidoazohenzol; elle est obtenue en ajoutant du diazoazobenzol à une solution acide de p.-naphtol. Sa formule est C6Jl5Az-, C°H4 Az®, CluIî°011 .Elle est appliquée en solution aqueuse. L’addition d’un acide y détermine un précipité brun floconneux. Chauffée avec de l’ammoniaque et de la poudre de zinc, la solution devient jaune et plus tard incolore; il y a dédoublement de la molécule, en amidonaphtol et acide amidobenzolsulfureux. Cette réaction est caractéristique. L'acide sulfurique concentré dissout le produit en vert pré, la dilution fait varier la couleur en bleu, puis détermine un précipité d’un beau brun. C’est une matière colorante acide.
- Ce rouge de Biébrich ou Roceelline n’est pas toxique. S’il peut être toléré sans danger par l’organisme des enfants qui viendraient à sucer les zestes qui en sont imprégnés et ne présenter aucun inconvénient dans la confiserie, il n’est pas moins à craindre que des matières colorantes nuisibles ne soient concurremment employées, sans discernement, à cet usage. Dans tous les cas, celte singulière industrie constitue une tromperie sur la nature de la chose vendue contre laquelle l’administration devrait prendre des mesures prohibitives. Les oranges sanguines sont, en effet, très estimées tant pour leur saveur spéciale que pour la coloration particulière de leur mésocarpe et de leur pulpe.
- Risso, dans son Histoire naturelle des principales productions de l'Europe méridionale (Édit. 1829), indique 39 variétés de l’espèce Citrus aurantium, parmi lesquelles nous en trouvons cinq, qui par leurs caractères méritent la désignation usuelle d’oranges sanguines, ce sont :
- 1° Citrus aurantium Melitense (orange de Malte) fruits sphériques, à surface chagrinée, d'un jaune foncé qui passe au rouge dans sa maturité ; l’intérieur se divise en 10 à 12 loges pleines de vésicules rouges.
- 2° C. A. hierochunticum (orange à pulpe rouge) fruits lisses, d’un beau jaune, ne rougissant jamais à l’extérieur, quoique sa pulpe prenne une couleur rouge assez foncée.
- 5° C. A. oryza (orange à graine de riz) fruits sphériques, d’un beau jaune, finement granulés en dessus, divisés en dedans en 9 ou 10 loges d’un beau rouge, dont les vésicules, peu adhérentes entre elles, ont la propriété de se détacher, présentent presque la forme d’une graine de riz, sont un peu croquantes.
- 4° C. A. Balearicum (orange de Majorque) fruit sphérique, très lisse, fort luisant, à écorce mince, d’un jaune rougeâtre, pulpe rouge.
- 5° C. A. sigillatum (orange à fruit cacheté) fruits d’un rouge assez foncé. A. Babillé,
- Pharmacien-major de 1ro classe.
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- Disposition de l'expérience du paradoxe hydrostatique1.
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- LÀ NATURE.
- UN INDICATEUR DE VITESSE
- Dans la plupart dos expériences de mécanique l'indication do la vitesse angulaire est dos plus prérieu-ses.Les ingénieurs qui ont à taire des essais sur des machines à vapeur ou électriques, ceux qui ont à surveiller ces machines dans leur fonctionnement ordinaire doivent en connaître la vitesse angulaire qui est certainement un des facteurs les [dus importants de leur action. Le plus souvent, on se contente de relever, à l’aide d’un compteur particulier, le nombre de tours effectué en un temps donné, par minute, par exemple, et l’on répète ces observations aussi souvent que possible ; mais on est loin d’avoir des renseignements bien précis sur la vitesse angulaire continue de la machine expérimentée, l’our avoir des indications exactes, il importe de noter la vitesse à tout instant et d’en conserver une preuve écrite, que l’on peut joindre aux relevés des diagram-mes de la machine à vapeur ou aux relevés des appareils électriques.
- On a déjà construit plusieurs systèmes de ce genre ; nous en ferons connaître aujourd’hui un nouveau qui est fort bien conçu ; c’est l’indicateur de vitesse de MM. Manlove,
- Alliolt et Cie, qui permet de déterminer à 1/5000 de seconde près le temps pendant lequel tourne un arbre et qui donne une trace écrite de la vitesse qu’il enregistre.
- L’appareil se compose d’un cylindre mis en mouvement par l’arbre dont il s’agit de mesurer la vitesse angulaire. Un engrenage spécial actionne un chariot qui porte un diapason déterminé et placé en regard du cylindre. Le diapason est muni à une de ses extrémités d’un petit style qui vient appuyer sur le cylindre et y tracer des caractères. Le diapason mis en mouvement effectue un nombre de vibrations qui reste toujours le môme par seconde ou ne varie que dans des limites fort peu étendues. Dans le cas actuel, le nombre de vibrations est de 512 par seconde. Le diapason est entretenu à l’aide d’un électro-aimant alimenté par une pile. On commence d’abord par poser une feuille de papier un peu fort sur le cylindre. Pour cela, on passe les deux extrémités dans une fente étroite pratiquée sur toute la longueur du cylindre. Puis on tire les bouts à l’aide de rouleaux particuliers placés à l’intérieur du tambour.
- Des vis permettent d'assurer la pression nécessaire pour serrer le papier. Il faut ensuite noircir ce dernier à l’aide d’une lampe à huile à mèche large et plate ([ue l’on place dessous. On fait déplacer légèrement le cylindre sur lequel est la feuille de papier, jusqu’à ce que l’on ait obtenu un dépôt suffisant et régulier. 11 convient de prendre certaines précautions pour éviter que le papier ne soit brûlé.
- Quand le cylindre est ainsi préparé, on dispose le diapason, on le met en vibration, et on fait tourner le cylindre, en ayant soin de noter le point de départ. Le petit style, du diapason, eii se déplaçant, va enregistrer les vibrations successives, et chacune d’elles représente une.valeur de seconde (1/512) bien déterminée. 11 sera donc ainsi très facile de compter le temps mis pour effectuer une révolution complète.
- Cet appareil peut permettre, dans certains cas, des observations d’une grande justesse et d’une
- grande portée. Prenons, par exemple, une installation de machines dynamos. 11 importe que la vitesse angulaire reste constante dans des limites assez rapprochées.
- L’indicateur de vitesse nous permettra d'enregistrer les plus petites variations de vitesse à environ 1/5000 près. Il est, en effet., très facile d'apprécier le dixième de vibration. Des expériences comparatives ont été effectuées sur plusieurs moteurs pour connaître la limite des variations possibles. Ces essais ont indiqué que la variation de vitesse était de 5 pour 100 avec la machine à vapeur et de 6,25 pour 100 avec le moteur à gaz.
- L’appareil de MM. Manlove, Alliott et Cie nous permettra, comme nous le disions plus haut, de conserver des témoignages écrits de diverses expériences. U suffit, en effet, de passer un vernis à la gomme laque sur la feuille de papier noircie pour fixer les inscriptions.
- L’avantage de cet appareil est de donner à tout instant, très exactement, l’indication de la vitesse. Tant que celle-ci demeure normale, le cylindre tourne d’un mouvement régulier, et des vibrations d’une même allure sont enregistrées. Mais quand le nombre de tours augmente ou diminue, sur le papier les vibrations deviennent plus espacées ou se resserrent.. 11 est facile de construire un petit enregistreur de ce genre pour laboratoire. J. Laffargue.
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- LES CYGNES
- Les Cygnes sont les pins grands des Palmipèdes lamellirostres, c’est-à-dire dos oiseaux nageurs à pieds palmes, dont le lier, a les bords internes des mandibules garnis de lames, ce (fui leur rend la préhension des aliments glissants très facile.
- Nous avons en Europe trois espèces de Cygnes :
- lu Le (U/(/ne muet, ou Cygne domestiipie, qui se trouve encore, à l'état sauvage dans le nord de la Russie et en Sibérie, caractérisé par son plumage d'un blanc éclatant, par son cou long et gracieux, tout à fait disproportionné avec la longueur des
- pattes qui sont courtes et noires, et insérées en arrière du corps comme chez les canards; par son bec aussi long que la tète, rouge, surmonté d'une caroncule noire, se prolongeant par une ligne de même couleur se rendant à l’œil et l’entourant. 11 est long de lm,90 et a 2;",75 d'envergure.
- 2° Le Cygne murage ou chanteur, qui diffère du précédent par un corps plus trapu, un cou plus court et plus gros et un bec noir à la pointe, jaune à la base, et privé de caroncules. 11 mesure 1"',()5 de longueur et 2"1,bd d'envergure.
- ô" Le Cygne nain, ou Cygne de lieivick, à part sa taille qui le distingue suffisamment, ressemble assez au précédent.
- Lu Cygne domestique. (D'après une photographie.)
- Il y a encore deux espèces dit cygnes exotiques : le Cygne blanc à cou noir, qui est de l'Amérique du Sud, et le Cygne entièrement noir qui est de la Nouvelle-Hollande.
- C’est au Cygne sauvage, ou chanteur, que se rapportent toutes les légendes que les poètes ont répandues sur cet oiseau. Voici ce que dit un naturaliste du chant du Cygne : « Le cygne chanteur, dit Schilling, cité par Rrehm, charme l'amateur, non seulement par sa beauté, sa grâce, sa prudence, mais encore, par sa voix lorle, riches en notes pures et variées; il la fait entendre en toute occasion : c’est un cri d’appel, d'avertissement. Quand il s’est réuni à ses semblables, il semble, causer avec eux, ou rivalisera à qui chantera le mieux. Lors»pie, par les grands froids, la mer est couverte de glace dans les
- endroits non occupés par les courants, (pic les Cygnes ne peuvent [dus se rendre, là où l'eau peu profonde leur garde une nourriture abondante et facilement accessible, on voit ces oiseaux se rassembler par centaines sur les points où des courants maintiennent la mer libre et leurs cris mélancoliques racontent leur triste sort; souvent alors, dans les longues soirées d'hiver et pondant des nuits entières, j’ai entendu leurs cris plaintifs retentir à plusieurs lieues. On croit entendre, tantôt des sons de cloches, tantôt des sons d'instruments à vent; ces notes sont même plus harmonieuses ; provenant d'êtres animés, elles frappent nos sens bien plus que des sons produits par un métal inerte. C'est bien là la réalisation de la fameuse légende du Cygne; c’est, en cflet, souvent le chant de mort de ces superbes oiseaux.
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- LA NATURE.
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- Dans les eaux profondes où ils vont chercher un refuge, ils ne trouvent plus de nourriture suffisante; allâmes, épuisés, ils n’ont plus la force d’émigrer vers des contrées plus propices, et souvent on les trouve sur la glace, morts ou à moitié morts de faim et de froid. Jusqu’à leur trépas ils poussent leurs cris mélancoliques. »
- Ruant à notre Cygne domestique, il est muet connue son nom l indique, à peine émet-il une sort*' de sifflement; mais il n’en est pas moins, comme on l’a dit, le roi de la volaille agnatique comme le paon est le roi de la volaille terrestre. Il passe la plus grande partie de son existence, sur l’eau; il marche mal, et perd sur la terre la grâce et la distinction qui en font le plus beau des oiseaux nageurs.
- Quoi qu’en ait dit lhiffon, le Cygne ne mange pas de poissons et les petits cyprins dorés qui nagent dans les mêmes eaux que lui ne courent, de sa part, aucun risque; au contraire, ils sont même protégés par lui contre les oiseaux pêcheurs dont il ne tolère pas la présence. Le Cygne vit d’insectes aquatiques, de grenouilles, de mollusques et surtout d’herbes tendres, de végétaux aquatiques; mais il ne faut pas croire que sur nos pièces d’eaux, si Lien ratissées, si bien nettoyées de plantes parasites, il puisse trouver une nourriture suffisante; il faut lui donner chaque jour un supplément de graines, sans cela on s’expose à le voir tromper sa faim avec des mousses aquatiques dont il se bourre le gésier, ce qui entraîne fatalement la mort, ainsi que nous l’ont démontré de nombreuses autopsies.
- La femelle fait un grand nid avec des tiges de jonc, de roseaux et autres plantes, dont elle garnit l’intérieur de plumes arrachées de sa poitrine. Sa ponte est de six à huit œufs blanc-verdàtre qu'elle couve pendant cinq semaines; pendant ce temps, le mâle, toujours près d’elle, écarte et poursuit tout ce qui voudrait s’approcher; il a tant de force dans son aile, qu’un coup bien appliqué pourrait casser, dit-on, la jambe à un homme. Les jeunes sont gris-cendré pendant leur première année, ils deviennent ensuite blancs. On dit que les Cygnes vivent cent ans.
- Le Cygne est passé, en France, à l’état complet d’oiseau d’agrément ; cependant on pourrait en tirer quelque profit en le plumant comme on fait pour les oies deux fois par an, au printemps et vers la fin de l’été, ou en l’engraissant comme on le faisait autrefois; car le Cygne était beaucoup [dus commun dans les siècles derniers que maintenant. Les Cygnes de Valenciennes étaient en grande réputation, et l'on disait de la Charente que c’était une rivière couverte de cygnes, pavée de truites et bordée d'écrevisses. Une île de la Seine, maintenant dans Paris, qui servait de refuge à une grande quantité de ces oiseaux, en a conservé le nom d'lie aux Cygnes. Enfin le fait suivant indique le parti «pie nos pères savaient tirer des Cygnes. Pendant toute la semaine que durèrent les noces de Charles le Téméraire, en li(>8, on vit chaque jour deux cents Cygnes figurer à coté de cent Paons pom-
- peusement recouverts de leur brillant, plumage, orner les tables somptueusement dressées [tour fêter l'épouse du puissant duc de bourgogne.
- En Allemagne, on sait pourtant mieux tirer parti du Cygne que chez nous ; la Lithuanie, la Pologne, la Prusse orientale envoient tous les ans plusieurs quintaux de plumes à la foire de Francfort-sur-I'Oder. On rassemble aussi beaucoup de Cygnes apprivoisés sur la Sprée, autour de Berlin, de Span-dau, de Potsdam, etc., surtout au mois de mai, pour leur enlever leur duvet ; on prépare aussi des peaux avec le duvet pour on faire des pelisses; on en fait aussi des houppes à poudre. P. Mi:;<;mn.
- CHRONIQUE
- La cire Carnanba. — On utilise depuis quelque temps ce produit pour durcir et retarder le point de fusion de la paraffine, on la mêle à la cire d’abeille de qualité inférieure, sa présence dans cette dernière, donne à la cassure un aspect brillant, et donne à la cire une dureté qui lui manque. On l’emploie dans le même but pour la fabrication des bougies, la fabrication des vernis, des encaustiques, etc., et en électricité comme isolant. Ses qualités, dans ce cas, sont parfaites. La cire Carnanba provient d'un palmier connu par les botanistes sous le nom de Copernicia cerifera, qu’on trouve principalement dans le Brésil; c’est pour cette raison qu’on lui donne quelquefois le nom de cire du Brésil. L’origine du mot Carnanba ne paraît pas bien définie, on prétend qu’il dérive du portugais; nous n’avons pu le contrôler. L’arbre qui produit cette cire a une hauteur de 10 à 18 mètres, il est droit et élancé, son diamètre est de 12 à 15 centimètres. La cire forme des espèces de grappes poudreuses sur les jeunes feuilles surtout et tombe sur le sol lorsqu’on secoue Je palmier. On recueille les jeunes feuilles qui sont séchées au soleil, réduites en poudre, puis fondues avec un peu d’eau. On obtient ainsi la cire brute qui a l’aspect brunâtre. C’est un produit très remarquable, d’une durée extraordinaire, il casse au marteau en morceaux à arêtes nettes et tranchantes; il a généralement la couleur de la paille, mais il peut être gris, roux et marron un peu foncé; c'est dans ce cas de la cire de qualité inférieure. J/a cire Carnanba est amorphe, sa densité est 0,900. Elle fond vers 8-4 ou 85" centigrades. Elle est soluble en partie dans l’alcool bouillant et dans l'éther. Elle est composée d’éther et d’alcool mélissique dont on l’extrait par saponification.
- Le Rhin considéré comme voie navigable. —
- Le Bulletin de VAssociation des Ingénieurs allemands a publié un article de M. Gravenstein sur le Rhin considéré comme voie navigable, dont les extraits publiés par VInstitution of Civil Engineers donnent le résumé suivant : Le bassin du Rhin représente une superficie de 205000 kilomètres carrés; ou peut diviser la partie navigable du fleuve en deux grandes sections, de Bâle à Bihgen et de*. Bingcn à la mer du Nord. La plus petite vitesse du courant est de 0m,80 par seconde, la plus grande de 5m,55 ; à Dusseldorf,'elle est de lro,60à2 mètres, avec 5 mètres d’eau à l’échelle de Cologne. La largeur du fleuve n’est que de à 105 mètres à Saint-Goar, avec 50 mètres de profondeur Dusseldorf, elle atteint 250 mètres, avec 22 mètres de profondeur. Ce sont les plus grandes profondeurs. Dans le Rheingau et la partie inférieure du Rhin, la largeur du fleuve atteint 700 mètres. A Wesel, la proportion du
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- LA NAT U HE.
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- volume débité aux basses eaux et aux hautes, est de 1 à 14. Le premier pont fixe sur le Rhin a été établi à Cologne ; il y en a actuellement un grand nombre d’autres, dont cinq sur le territoire prussien, savoir : deux à Coblentz, un àllamm, un à Rheinhausen et un à Wesel. Le premier bateau à vapeur sur le Rhin date de 1827. Les bateaux actuels sont établis pour porter 800 tonneaux. Les premiers travaux d’amélioration du cours du fleuve ont été faits de 1847 à 1850. En 1868, on avait obtenu, aux basses eaux : à l'",50 à l’échelle de Cologne, un tirant d’eau minimum de 2 mètres de Ringen à Coblentz, de 2m,50 de Coblentz à Cologne, et de 5 mètres de Cologne à Rotterdam. En 1874, le tirant d’eau de 2ra,50 s’étendait de Cologne à Saint-Goar. Ces travaux ont rétréci la largeur de la passe à 00 mètres, à 150 mètres en amont de Cologne et à 500 mètres en aval. Les dépenses totales se sont élevées à plus de 61 millions de francs. Au-dessus de Cologne, le IUiin est encaissé par des rives élevées; plus bas, le rivage s’abaisse, et, depuis Dusseldorf, le fleuve est endigué.
- La téléphonie aux États-Unis d’Ainérique. —
- Nous lisons dans un rapport présenté à l’assemblée générale de la Compagnie du téléphone Bell, à Boston, que le nombre des téléphones actuellement en service est de 512407. La totalité des réseaux de conducteurs comporte 426520 kilomètres. Cette longueur correspond à 10 fois et demie la circonférence terrestre.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 mai 1892. — Présidence de M. d’Abbaihe.
- Les basses températures. — M. Raoul Bidet signale une curieuse particularité du refroidissement des corps portés à des températures excessivement froides, 150° au-dessous de 0" environ. Si l’on enveloppe le cylindre qui contient le corps refroidi d’une couche de matière isolante, sciure de bois ou déchets de coton, de manière à ne laisser subsister que l'effet du rayonnement extérieur, on constate que ce corps devient diathermane, c’est-à-dire se laisse traverser par l’onde calorifique sans s'échauffer. M. Bidet fait encore connaître une propriété singulière du chloroforme. Si l’on refroidit cette substance jusqu’à — 120°, on la voit cristalliser rapidement et le thermomètre indique, dans toute la masse, une température constante de — 68° pendant toute la durée de la cristallisation. Mais si l’on abaisse seulement la température jusqu’à — 80°, le chloroforme ne cristallise pas, bien que l’on ait dépassé de beaucoup le point de solidification. M. Bidet crut d’abord à un phénomène de surfusion; il fit donc tomber dans le liquide un fragment de chloroforme cristallisé, afin de provoquer la solidification immédiate. Il observa, au contraire, que le liquide ne changeait point d’état et que le cristal se dissolvait ou plutôt fondait. D’après l’interprétation de M. Bidet, la solidification tend bien à se produire, mais la chaleur dégagée dans cette opération, est assez considérable pour empêcher la cristallisation. Cependant, si l’on atteint une température de —120°, la réaction des forces intérieures est vaincue et la cristallisation peut s’effectuer. M. Bidet annonce encore qu’il étudie la conductibilité des métaux, l’affinité chimique et l’électrolyse des corps à des températures très basses et promet des faits inédits.
- La vie propre des tissus animaux. — MM. Gautier et Landy reviennent sur leur communication présentée en commun il y a quinze jours, et relative aux phénomènes dont les tissus animaux détachés vivants sont le siège. Ils
- donnent aujourd’hui les méthodes servant à l’étude et à la classification des bases organiques qui apparaissent dans la viande conservée à l’abri des ferments de l’extérieur. Ces substances forment cinq types nouveaux. Le procédé d’analyse de MM. Gautier et Landy offre un intérêt particulier en ce qu’il est susceptible de généralisation, et peut s’appliquer très aisément aux matières végétales.
- Guérison de diverses maladies incurables. — M, Brown-Séquard fait connaître une série de cures véritablement fort remarquables obtenues au moyen d’injections hypodermiques d’un liquide qu’il prépare en son laboratoire et dont il a déjà donné la composition. Il établit d’abord la parfaite innocuité de sa méthode qui pour plus de 20000 injections n’a provoqué aucun incident. Buis il passe successivement en revue divers cas pathologiques dans lesquels la guérison a été obtenue. C’est, entre autres, la cure d’une ataxie locomotrice, maladie nerveuse très répandue et rebelle à toute médication ; la guérison d’un malade atteint articula mortis de spasmes dus à un rhumatisme des muscles des côtes et du diaphragme. Ce n’est, pas d’ailleurs le seul exemple de guérison in extremis que cite le savant professeur. Un vieillard de soixante et onze ans, miné par une fièvre pernicieuse, qui n’avait plus selon toute apparence vingt-quatre heures à vivre, a été également sauvé. Ce qu’il y a d’extraordinaire dans ces guérisons de malades sur le point de succomber, c’est leur soudaineté, qui aurait fait crier au miracle. En effet non seulement le mal disparaît, mais l’affaiblissement causé par la maladie s’en va avec elle. D’ailleurs, selon M. Brown-Séquard, l’action du liquit’c injecté est non pas thérapeutique, mais simplement reconstituante, régénératrice; elle augmenterait la puissance cérébrale. 11 cite à l’appui de cette opinion des expériences faites sur des vieillards, expériences où on leur a rendu une force de résistance à la fatigue qu’ils avaient perdue depuis trente ans, et même une vigueur musculaire qui mesurée au dynamomètre égale à celle du meilleur temps de leur vie. 11 mentionne le cas d’un vieillard de quatre-vingt-neuf ans qui a pu reprendre l’habitude de monter à cheval. Toutefois M. Brown-Séquard croit devoir se défendre d’avoir voulu trouver un remède contre la vieillesse. Il établit encore que la suggestion n’est pour rien dans les résultats qu’il a obtenus. À ce sujet il rapporte (pie des malades ont été trompés à dessein, qu’on leur a injecté de l’eau et que l’effet a toujours été nul, tandis qu’au contraire l’accroissement de vitalité s’est toujours montré dès la première injection de liquide. L’expérience a été variée de tant de manières que l’on peut considérer, comme un fait acquis, le rôle négatif de la suggestion dans ces phénomènes. Les travaux de M. Brown-Séquard sur cette question durent depuis treize ans. Il croit qu’ils pourront fournir aux médecins une ressource utile dans le traitement de quelques maladies, la tuberculose et l’épilepsie; d’ailleurs les résultats obtenus sont déjà nombreux.
- Varia. — M. Duponchel adresse un Mémoire sur la théorie des courants de l’Océan. —M.Bomel décrit un Ivpe de rongeurs du terrain quaternaire. — M. Chapelle, ancien manufacturier, a composé un ouvrage sur le caoutchouc et la gutta-percha. — M. Ch. Lauth, présente une nouvelle Note sur la méta-azo-diméthylaniline, très beau corps rouge-orangé obtenu par la réduction en milieu alcalin de la nitro-diméthylaniline, et sur la benzidine téframéthijlée méta-diamidéc. Ces deux nouvelles substances fournissent diverses matières colorantes. Ch. de Villedeuil.
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- LA NATURL
- LE CENTUE DE GliAVITÉ
- Depuis quelques semaines, Jes eameiols vendent dans les rues de Paris un petit jeu qui excite beaucoup l'étonnement, de ceux qui n'en connaissent pas le mécanisme. C'est une boîte plate en carton dont les deux petits cotés sont remplacés par une surface courbe. Cette boîte placée sur un plan incliné, planchette ou autre, se soulève d’elle-mème et bascule, en tournant successivement. Lemarchand, après avoir fait fonctionner son jouet merveilleux qui doit contenir un mécanisme compliqué et ingénieux, annonce que l’objet ne se vend que dix centimes! Ouvrons la petite boite : elle renferme simplement une bille d’enfant comme le montre la ligure <pie nous donnons de l'appareil. (Lig. J, coupe n° 2.)
- Supposons la petite boîte mise à plat sur la planchette que le marchand tient horizontalement, la hille roulera doucement d’un bout à l’autre, mais que le plan horizontal sur lequel la boîte repose vienne à être rendu tant soit peu oblique, la bille suivra la
- Fig. 2. — Paulin avec (ulie contenant un globule de mercure.
- cet appareil tourne sur lui-même par le déplacement du centre de gravité dù au mouvement du mercure. — La petite boîte roulante à bille peut être aussi garnie extérieurement d’une enveloppe hgurant un personnage; on peut simuler, par exemple, un acrobate, comme le montre la ligure ô, et l’appareil de physique prend ainsi l’aspect, d’un jouet plus attrayant. Le petit pantin est facilement, confectionné avec du papier ou des morceaux d'étoffe ;
- pente et arrivée sur la partie courbe de la boîte, continuera sa course, faisant basculer cette, boîte sur la pointe, puis arrivera sur l’autre partie [date, puis sur la deuxième pointe; cette série de sauts périlleux ne s’arrêtera que par la remise à l’étal horizontal du plan de support ou par la mise en oblique inverse de ce même [dan. Dans ce cas, la petite boîte s’arrêtera brusquement et recommencera à faire ses sauts en sens inverse, de façon à revenir au point de départ.
- La forme sous laquelle est présentée cette expérience, est nouvelle par sa simplicité; mais l'expérience en elle-même est très ancienne. On a fait depuis longtemps des pantins qui descendaient un escalier, automatiquement, grâce au mouvement d’une gouttelette de mercure; se déplaçant dans un tube1. On [tout confectionner facilement un petit pantin tournant sur lui-même de la manière suivante. On prend' un tube de verre de o à 4 centimètres de longueur, on y place un globule de mercure et, on ferme le tube à ses deux extrémités. On garnit le tube à scs doux extrémités de demi-roues en carton, et. on y fixe un petit pantin, laeonné en papier on en chiffons, comme le montre la ligure 2. l'osé sur un [dan incliné
- Fig. 5. — Autre forme a donner à la boîte roulante.
- chacun peut s’ingénier à faire à sa guise un modèle del’appan;ilet à en varier l’aspect,. 11 y a là en même temps un mode de démonstration amusante des principes de l'équilibre et, du centre de gravité.
- 1 Voy. n° 563, du 15 mai 1880, p. 580.
- Le Propriétaire-Gérant ; G. Tissandikh.
- Taris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, (J.
- Fig. I. — Petite boîte de carton roulant dVlle-mème à la surface d'un plan incliné. — N° 1. Vue extérieure. — j\° 2. Coupe montrant la bille intérieure.
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- LA NATURE
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de T), 15, 51, 47, 63, 79, 95, 111, 127, 143, 159, 174, 191, 200, 222, 239, 255, 270, 287, 503, ol9, 5o5, 351, o67, 38o, 599, 415.
- Accidents de travail, 122.
- Acier (Raffinage de 1’), 10.
- Acoustique (Problème d’), 354.
- Agaves (Les), 177.
- Agriculture (Un dictionnaire d’), 336.
- Alcool dans les vins, 181.
- Alcool en France (Production de F), 45.
- Alligators de la Louisiane (Les), 250.
- Alphand (C.-A.), 30.
- Aluminium (Limitation des applications de F), 18.
- Aluminium (L’). Son prix de revient actuel, 170, 190.
- Amiante (Porcelaine d’), 394.
- Ammoniaque atmosphérique (L’), 31.
- Anguiliule de l’œillet (L’), 80.
- Animaux sauvages aux États-Unis (La protection des), 54.
- Annuaire du Bureau des longitudes, 79.
- Annuaire géologique universel (L’), 368.
- Araignée électricienne (Une), 31.
- Arbin (Eboulement d’), 375.
- Arcs-en-ciel surnuméraires, 14.
- Artillerie et des arts mécaniques vers la fin du moyen âge (Sur des manuscrits à figures intéressant l’histoire de F). Recherches de M. Berthelot, 83.
- Arts descriptifs et les sciences exactes (Les), 138, 155.
- Asphyxie par l’oxyde de carbone, 174.
- Astronomiques (Variétés), 62, 123, 183, 214, 266, 298.
- Atèles (Les), 561.
- Atlantique par M. Lavvlor et Andrews (Nouvelle traversée de F), 19.
- Aurore boréale (Perturbation magnétique et), 191, 206, 239.
- Automate (Curieux), 61.
- Aviron (L’), 591.
- Axe de rotation de la Terre (L’), 287.
- Azote atmosphérique par les plantes (Assimilation de F), 15.
- Azote de Pair par le sol arable (Fixation de F), 47.
- B
- Baguettes calculatrices de M. Pruvost Le Guay, 180.
- Baleines (Histoires de), 22, 375.
- Ballons foudroyés, 131.
- Barbedienne (F.), 286.
- Baryum (Carbure défini du), 191.
- Bateau sous-marin (Un), 255.
- Bécasses (Intelligence des), 519.
- Beurre australien en Angleterre (Importation du), 407.
- Bibliothèques scientifiques de Paris (L’origine des grandes), 161.
- Bois pour les constructions maritimes (Un nouveau), 15.
- Bolide, 382.
- Bombe calorimétrique (Perfectionnements à la), 15.
- Bore (Recherches sur le), 191, 206, 271.
- Bouchage des vins mousseux (Du), 147.
- Bouée sonore automatique, 406.
- Brazzaville (La route de), 119.
- Brome dans les États-Unis (L’industrie du), 114.
- c
- Calculateur Inaudi (Le), 217.
- Calendriers (Concordance des), 278.
- Caligny (De), 288.
- Calorimétrique (Obus), 215.
- Camargue (Amélioration de la), 15.
- Camphorique (Constitution de l’acide), 47.
- Canons à tir rapide (Les), 97.
- .Canot en aluminium (Un), 398.
- Canotage ou l’aviron (Le), 391.
- Capacité calorifique des métaux (La), 319.
- Capillarité (Expériences de), 219.
- Caraïbes (Les). A propos des individu exhibés au Jardin d Acclimatation, à Paris, 246.
- Carborundum (Le), 382.
- Caspienne à la mer Noire (Réunion de la mer), 227.
- Castors (Une lerme à), 275.
- Cavalerie (Passagedes rivières par la), 23.
- Caviar (Le), 110.
- Céréales en Russie (Les récoltes des), 115.
- Chaire de physique du Conservatoire (La), 47.
- Chalutage à la vapeur (Le), 27.
- Champignon de couche (Maladie du), 222, 503.
- Charbonnages du monde (Un des plus grands), 270.
- Charlatans et pseudo-médecins, 106.
- Chasselas de Fontainebleau L’origine du), 187.
- Chasse-neige rotatifs en Amérique (Les grands), 51.
- Chauffage des voitures, 196.
- Chauffage électrique (Le), 338.
- Chaufferette à hydratation de chaux, 387.
- Chaussures en caoutchouc (Talons de), 95.
- Chemin de fer sans deuxièmes classes (Un), 126.
- Chemins de fer. Expériences de grande vitesse aux États-Unis, 245.
- Chemins de fer dans le Transvaal, 334.
- Chemins de fer de l’État à Sumatra, 145.
- Chemins de fer du Tonkin*(Les), 353.
- Chemins de fer en Russie, 250.
- Chemins de fer stratégiques en Allemagne, 403.
- Chevaux (Une maladie des), 143.
- Chevaux en mouvement cfaprès des photographies instantanées (Attitudes des), 328.
- Chien de garde à la campagne (Le), 126.
- Chiffons (L’industrie des vieux), 65.
- Chimpanzé du Jardin des Plantes (Le) 231.
- Chlore (Fabrication électrique de la soude caustique et du), 138.
- 27
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Chronographc Schmidt (Le), 537.
- Chrysanthèmes de la Société nationale d’horticulture (L’exposition de), 103.
- Chute des gouttes de pluie et des grêlons (Vitesse de), 202.
- Cire Carnanha (La),414.
- Clichés photographiques en mica (Les), 143.
- Climat du Mexique et l’Obscrvaloirc de Mexico (Le), 302.
- Coloration artificielle des fleurs, 202, 571.
- Coloration artificielle des oranges, 411.
- Comètes (Les), 280.
- Compteur pour voitures F.-N. Santenard, 355.
- Compteur téléphonique (Un), 158.
- Compteurs horo-kilométriques pour voitures de place (Les), 257, 555.
- Conférence « Scicntia », 79.
- Conservation des objets d histoire naturelle (La), 20.
- Contrôleur automatique de débit pour la vente de l'énergie électrique à forfait, 86.
- Corps nouveaux (Préparation de), o08.
- Cotylcs (line colonie de), 165.
- Couleurs (La photographie et les), 21, 46, 351.
- Coupole oscillante de Saint-Chamond (La), 345.
- Courants alternatifs de grande fréquence (Expériences de M. Tcsla sur les), 209.
- Courants électriques (Utilisation physiologique des), 79.
- Courants océaniques (Les), 174.
- Courroie de mille chevaux (Une), 95.
- Crèches (Les), 187.
- Crinière et do la queue d un cheval (Croissance extraordinaire de la), 96, 126.
- Cristallographie et scs moyens d élude (La), 225.
- Criquet pèlerin et scs changements de coloration (Le), 159.
- Crustacés des grands fonds (Développement de certains), 288.
- Cultures fruitières en Californie, 582.
- Cyclone de l’« Enéide » (Le), 94, 390.
- Cygnes (Les), 413.
- D
- Déclivomètre, 400.
- Dendrites (Les), 101.
- Dérochement du Danube aux Porles-de-Fer (Les travaux de), 212, 295. Désinfection des appartements (La), 238. Desman des Pyrénées (Le), 127. Diamant (La genèse du), 303. Distillateur pour l’eau de mer (Un nouvel appareil), 47.
- Distributeur automatique de liquides, 256.
- Drague (Une nouvelle), 385.
- Duveyricr (Henri), 566.
- E
- Eau de mer (Un nouvel appareil distillateur pour lj, 47.
- Eau des lacs de Suisse (L’), 351.
- j Eau plus chère que le combustible (L’), 551.
- Eaux par la chaleur (Stérilisation des), 598.
- Eaux souterraines dans le Sahara (Régime des), 223.
- Éboulcment d’Arbin, 375.
- Echantillons minéralogiques et géologiques (Conservation des), 286.
- " .1 ai rage des trains par accumulateurs,
- # 95.
- Éclairage des trains par le gaz, 222.
- Eclairage électrique à Londres, 307.
- Éclipses de soleil et la pression atmosphérique (Les), 502.
- École nationale pratique d’ouvriers et de contremaîtres de Cluny, 523.
- Eglise sur roues (Une), 79.
- Élections à l’Académie des sciences, 96,
- _ 271.
- Électricité à Pontrésiua (L’), 41 L.
- Électro-autographe de M. N.-S. Amsluta,
- # 158.
- Émigration européenne (L’), 251.
- Empereur du Brésil dom Pedro II d’Al-cantara (L’), 17.
- Encyclopédie chimique (L’), 45.
- Enregistreur de la vitesse des trains, 405.
- Enseignement technique et la composition littéraire (L’), 499.
- Étoile nouvelle (Une), 206.
- Étoiles filantes en avril, 270.
- Eucalyptus (L’), 518.
- Éventail et sa fabrication (Les origines de 1’), 267.
- Exercices physiques (Les),591.
- F
- Falsifications (Quelques), 402.
- Faune ichtyologiquo du haut Tonkin (La), 367.
- Féculomètrc pour pommes de terre de MM. Aimé Girard et E. Fleurent, 275.
- Femmes à barbe (Les), 204.
- Fer (Classification systématique des différentes qualités de), 278.
- Filage de l’huile et les canots de sauvetage (Le), 50.
- Filtre de campagne pour les troupes en marche, 559.
- Fleurs (Coloration artificielle des), 202, 371.
- Floride et ses phosphates (La), 289.
- Forets des États-Unis (Les), 51.
- Forts de la Meuse (Construction des), 283.
- Four roulant métallique à l’usage des corps de troupe, 205.
- Français peints par les Chinois (Les), 175.
- France sismique (La), 194.
- Fruits frais par le froid (La conservation des), 274.
- Fusil à répétition en 1892 (Le), 307.
- G
- Galles des feuilles des arbres (Les), 287. Gare de Paris-Nord (Les agrandissements successifs de la), 349.
- Gaz au point de vue de l’éclairage (Progrès dans l’utilisation du), 294.
- Géodésie de la Russie, 48.
- Géologie russe, 127.
- Géologique (Littérature), 239.
- Glacière naturelle du Creux-Percé (Côte-d’Or), 401.
- Glaciers (Le mouvement des), 303.
- Glaciers dans les Vosges, 51.
- Golfe de Gascogne (Le littoral français du), 519.
- Grêlons (Vitesse de chute des gouttes de pluie et des), 202.
- Grès flexible (Le), 375.
- Grippe (La), 403.
- Grottes de Meschers (Les), 59.
- Gustation colorée (La), 15.
- II
- iial„ solaire observé en Suisse le 28 mars 1892, 336.
- Hannetons (La destruction des), 598.
- Histoire des sciences, 11, 83.
- Iloméotrope (L'), 571.
- Horloge (Singulière), 123.
- Horloge électrique (Nouvelle), 132.
- Huile en combustion (Comment éteindre F), 222.
- Hydrates de carbone (Assimilation des),
- 191.
- Hydrocarbures végétaux (Synthèse naturelle des), 271.
- Hydrographie argentine, 48.
- I
- Images à distance (Transmission électrique des), 158.
- Images dans les instruments d’optique (De la position des), 575.
- Industrie à Constantinople (L’), 354.
- lulluenza (Le microbe de F), 186.
- Insectes étudiés parla chronophotographic (Le vol des), 135.
- Installation électrique de M. A. Menier (L*), 197.
- Institutions sanitaires de la ville de Paris (Les). I. Refuges de nuit. II. Stations de désinfection. III. Stations d’ambulances, 71, 81; 115.
- Instruments de musique et de physique en Saxe, 595.
- Ivoire en Afrique (L’), 343.
- J
- Jeune fille « électrique » et les lois de l’équilibre (La), 171.
- Jouets (La fabrication parisienne des), 43, 89.
- Jouets scientifiques. Distributeur automatique de liquides, 256. La meunière, 352.
- Jour de la semaine correspondant à une date donnée (Trouver le), 374.
- Jurien de la Gravicre (L’amiral), 239.
- L
- Laboratoire municipal de chimie de Porto (Le), 226.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 419
- Laine minérale (La), 379.
- Laine renaissance (La), 65.
- Laiterie moderne (La). Laiterie de Roche-sur-Loue (Doubs), 33.
- Lalanne (M.),255.
- Lampes électriques à incandescence (Emploi des), 35.
- Langage sil'flé des Guanchcs (Le), 111.
- Latitude de l’Observatoire de Paris (La), 319.
- Lettres du Congo. La route de Brazzaville, 119.
- Ligne télégraphique souterraine de Berlin à Munich, 63.
- Lions du Clioa (Les), 133.
- Livres minuscules (Les), 293.
- Locomotive (Vitesses de), 287.
- Locomotives à grande vitesse à chaudière Flaman, 5, IGG.
- Locomotives aux États-Unis (La construction des), 110.
- Loup (La chasse du), 298.
- Lumières artificielles sur les insectes (Influence des), 55.
- Lutte dans l’antiquité (La), 330.
- M
- Machine à percer unique, 255, 334.
- Machine à vapeur (Le perfectionnement dernier et final de la), 263.
- Machine à vapeur au commencement du dix-huitième siècle, 287.
- Magnétisme de l’oxygène (Le), 174.
- Maïs dans la fabrication de la bière (Le), 79.
- Maladies incurables (Guérison de), 415.
- Marbre ruiniforme (Le), 157.
- Marines militaires (Les). Le navire cuirassé américain Miantonomoh, 273.
- Mastodonte du Chcrichira (Le), 14.
- Maunoir (M.) 370.
- Mélanges de liquides (Formule rationnelle des), 327.
- Mer des Sargasses (La), 395.
- Mercure en Russie (Le), 319.
- Mesures de capacité en nickel, 19.
- Mètres internationaux (L’étalonnage des), 335.
- Métronome (Le), 59.
- Mica (Les clichés photographiques en),
- 143.
- Microbes de la grippe, 403.
- Mimétisme (Quelques exemples de), 325.
- Mimosa (Emploi des écorces de), 63.
- Minerai d’argent (Un riche), 191.
- Mines de charbon aux États-Unis (Le personnel des), 143.
- Montgolfière bulle de savon (La), 16.
- Moteurs à gaz (Consommation des), 30.
- Moteurs à pétrole (Les), 291.
- Mouvement des corps microscopiques (Le), 368.
- Mouvements des yeux (Les) 198.
- Mouvements du sol à Santiago du Chili, 334.
- Multiplicateur automatique (Nouveau), 381.
- N
- Navires à voiles (Les grands). Le cinq-mâts France, 235.
- Navires de Christophe Colomb (Les), 141.
- Nécrologie, 02, 239, 254, 286.
- Nickel dans l'Orégon (Le), 335.
- Nil (Les sources du) à travers l’histoire, 259.
- Nitrates (Nouveau ferment réducteur des), 271.
- Noisettes à Trébizonde (Le commerce des), 222.
- Nuages (La photographie des), 193.
- O
- Observatoire du Mont-Blanc (L’), 159. Obus calorimétrique, 215.
- Obus de M. Carron pour les chutes de.
- 300 mètres (L’), 230.
- (Eillels verts (Les), 202.
- Oiseaux (La longévité des), 335.
- Olivier en Perse (Culture de F) 194. Orages (La formation artificielle des), 551.
- Oranges (Coloration artificielle des), 411. Œufs (Appareil à cuire les), 125. Oxygène (Le magnétisme de F), 174.
- P
- Papillons sans ailes (Les),55.
- Paradoxe hydrostatique (Un), 410.
- Paris port de mer, 111.
- Particules d’eau du brouillard (Nombre de), 110.
- Pasteur (M.), 168.
- Pavage en liège, 150.
- Pêcheries modernes (Les). Le chalutage à vapeur, 27.
- Pèches maritimes en Tunisie (Les), 190.
- Pente pour chemins de fer (Indicateur de), 382.
- Perles en France (La pêche des), 347.
- Peronospora des rosiers (Le), 118.
- Perroquets (Intelligence des), 317.
- Perruches infectieuses (Les), 510.
- Perse (Culture de l’olivier en), 194.
- Perturbation magnétique, 191, 206, 239, 254.
- Pétrole aux Etats-Unis depuis trente ans (L’industrie du), 535.
- Phares électriques des cotes de France (Les), 91.
- Phonographe d’amateur (Un), 208.
- Phosphates duDekma en Algérie (Les), 7.
- Photographie des nuages (La), 193.
- Photographie du ciel (La),535.
- Photographie et les couleurs (La), 21,46, 351.
- Photographie et les falsifications (La), 74.
- Photographie pratique (La). Reproduction de petits objets, 251.
- Photographies instantanées. Le tir du canon, 9. Explosion de torpilles sèches, 48, 160.
- Photographies parlantes (Les), 311.
- Physique amusante, 31, 127, 144, 240, 304,383, 599.
- Physique expérimentale. Vibrations et anneaux de fumée, 368.
- Physique sans appareils, 64, 80, 207.
- Physique solaire, 255.
- Piano (Régulateur de la résistance des touches de), 46.
- Pied comme organe de préhension (Le), 48.
- Tigcons voyageurs à Paris (Le recensement des), 179.
- Planche du monde (La plus grande), 239.
- Plante des neiges (La), 288.
- Plaques de blindage aux États-Unis, 95.
- Plomb (La production du), 59.
- Pluie artificielle dans l’Inde (La), 321.
- Pluie aux Barbades (La), 119.
- Pluie et des grêlons (Vitesse de chute des gouttes de), 202.
- Pluies (La moyenne annuelle des), 578.
- Porcelaine d’amiante, 594.
- Port (Un nouveau). La Bahia de las Pasajes, 203.
- Port de Coalzacoalcos au Mexique (Le),
- 110.
- Poussière (Une pluie de), 583.
- Pression atmosphérique (Expérience sur la), 378.
- Prodige (Un), 174.
- Productivité chez l’ouvrier (Le maximum de la), 307.
- Projectiles (Mesure des vitesses des), 106.
- Projections polychromes à l’aide de photographies non colorées, 539.
- Ptomaïnes (Les), 222.
- Q
- Quatrefages (A. de), 113.
- R
- Raisin (Culture artificielle du), 77.
- Raisin (La matière colorante du), 270.
- Rats dressés (Les), 253.
- Récréations scientifiques, 16, 192, 520, 416.
- Refuges de nuit, 71.
- Rhin voie navigable (Le), 414.
- Ilhus vernicifera (Acclimatation en Europe du), 70.
- Richet (A.), 94.
- Rivières par la cavalerie (Passage des), 23.
- Rochers de sable d’Evenos (Var) (Les), 87.
- Roches à figures animées (Les), 596.
- Roches par le diamant (Travail des), 96.
- Rosiers (Le peronospora des), 118.
- S
- Salure des eaux do l’Atlantique Nord, 335.
- Sang chez les araignées (La circulation du), 567.
- Sargasses (La mer des), 595.
- Savants chez eux (Nos). M. Pasteur, 168.
- Scaphandre (Sur l’invention du), 186.
- Science au théâtre (La). Traversée du Niagara en bicyclette, 223.
- Science pratique (La). Un outil multiple. Appareil à cuire les œufs. Serrure de sûreté. Un phonographe d’amateur, 19, 125, 208.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 420
- Sciences (Histoire des). Recherches de M. Bcrlhelot, 11, 83.
- Scientia (Conférence), 79.
- Scorpions (Le peigne des), 79.
- Sédiments aqueux (Les microbes des), 207.
- Sels doubles (Nouveaux), 79, 223.
- Service du temps aux États-Unis (Le nouveau), 351.
- Serrure de sûreté, 126.
- Sifflet chez les peuples primitifs (Du), 227, 241.
- Silex taillées du Laos (Les), 35.
- Singes (Le langage des), 151.
- Singes-araignées du Jardin des Plantes (Les). Les Atèlcs, 561.
- Singes et chats, 279.
- Siphon élévateur, 369.
- Sismique (La France), 194.
- Société de géographie et M. Ch. Mau-noir (La), 370.
- Sol de l'Espagne (Constitution du), 127.
- Soleil (La température du), 288.
- Soleil et la pression atmosphérique (Les éclipses de), 302.
- Son émis par un corps en mouvement et le son perçu par un auditeur qui se meut lui-même (Écart entre le), 554.
- Sondage portatif (Appareil de), 292.
- Soude caustique et du chlore (Fabrication de la), 138.
- Soudure dymmo-theimiquc des métaux ductiles, 1.
- Soupe au blé de Vaubm (La), 271.
- Spectroscopie stellaire, 192.
- Squelettes humains des grottes dites de Menton (Les nouveaux), 505.
- Stas (J.-S-), 286.
- Statistique, 287.
- Statistiq e de la Ville de Taris (Allas), 315.
- Sulfate de soude (La solubilité du), 48.
- T
- Tache solaire (La dernière), 207.
- Talons de chaussures en caoutchouc, 95.
- Téléphonie aux États-Unis d’Amérique (La), 415.
- Téléphoniques (Extension des lignes), 287.
- Températures liasses (Applications nouvelles des), 30, 415.
- Températures élevées (Mesure optique des), 174.
- Températures sous-marines (La mesure des), 111.
- Temple péruvien (Un curieux), 58.
- Temps aux États-Unis (Le nouveau service du), 351.
- Tente de marche et de voyage, 69.
- Tesla (Expériences de M.), 209.
- Théâtre d’ombres (Le), 363.
- Tissandier (Mme Gaston), 254.
- Tissus animaux(Yie propre des), 583, 415.
- Tondeuse à air comprimé (Une), 277.
- Tonneau de Diogène (Le), 567.
- Torpilles automobiles. La torpille Whitc-head. La torpille Howell, 57,129, 199.
- Torpilleur jeté à la côte (État d’un), 380.
- Tour Eiffel (Modèles de la), 190.
- Traction électrique à Lecds, 255.
- Traction mécanique des tramways par moteur à ammoniaque, système Mc-Mahon, 163.
- Tramways électriques à Paris (Les), 502.
- Transatlantiques d’Europe aux États-Unis (Les lignes), 410.
- Transmission électrique des images à distance, 158.
- Transmission hydraulique de mouvement, 322.
- Travail de l’homme sur une manivelle, 87.
- Tremblements de terre au Japon. A propos de la catastrophe du 28 octobre 1891 (Les), 5, 49, 149, 183.
- Tremblements de terre du Salvador des 8 et 9 septembre 1891, 78.
- Trombe du Lot-et-Garonne (La), 223.
- Truffitto (La), 67.
- Tubes Mannesmann, 254.
- Tuberculose (Les vers de terre et la), 145.
- Tuberculose (L’inoculation de la), 307.
- Tuberculose par la punaise (De la transmissibilité de la), 367.
- Tuf tertiaire de Lembourg (Le), 48.
- Tunisie (L’industrie vinicolc en), 90.
- Y
- Vaccine et la variole (La), 47.
- Vaso-moteurs (Physiologie des), 270.
- Vaussenat (C.-X.), 62.
- Vélocipédie. Bandage pneumatique cloisonné, 282.
- Ventilateur électrique (Un nouveau), 523.
- Vents (Théorie des), 47.
- Vers de terre et la tuberculose (Les) 143.
- Vie propre des tissus animaux (La), 583.
- Vigne en Russie (La), 191.
- Vigne (L'effeuillage de la), 207.
- Vin de Chypre (Le), 255.
- Vinicole en Tunisie (L’industrie), 90.
- Vins mousseux (Du bouchage des), 147.
- Vins plâtrés, 143.
- Vitesse (Indicateur de), 412.
- Vitesse des trains (Enregistreur de la', 405.
- Vitesses des projectiles (Mesure des), 106.
- Voitures (Chauffage des), 196.
- Vol des insectes étudié par la chronopho-tograpide (Le), 135.
- Voyage autour du monde, 407.
- w
- Wagon-palais sur les chemins de fer canadiens (Un nouveau), 190. Wagon-salon d’un rajah indien (Le), 382.
- X
- Xylophone (Un nouveau), 378.
- Y
- Yeux (Les mouvements des), 198.
- Z
- Zoologie islandaise, 174.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Alber (Le prestidigitateur). — Curieux automate, 61. — La cible humaine, 127. — Petit théâtre optique, 520. — Le théâtre d’ombres, 563. — L’escamotage des clowns, 599.
- Bâclé (L.). — Les grands chasse-neige rotatifs en Amérique, 51. — Le réseau des chemins de fer de l’Etat à Sumatra. 145. — Les agrandissements successifs de la gare de Paris-Nord, 549. — Appareil enregistreur de la vitesse des trains de la Compagnie d’Orléans, 405.
- Ballore (F. de). — La France sismique, 194.
- Iîaiullé (A.). — Coloration artificielle des oranges, 411.
- Blllet (Daniel). — Les phares électriques des côtes de France, 91. — Les récoltes des céréales en Russie, 115. — La pluie aux Barbades, 119. — Les chemins de fer en Russie, 250. — La pluie artilicielle dans l’Inde, 521. — La pèche des perles en France, 547. — Instruments de musique et de physique en Saxe, 595.
- Bergmann (Ernest). — La plante des neiges, 288.
- Bernard (Dr P.). — Une colonie de cotylcs, 105.
- Berthelot, de l’Institut (JL). —Histoire des sciences. Sur des manuscrits à figures intéressant l’histoire de l’artillerie et des arts mécaniques vers la lin du moyen âge, 11. — Sur l’invention du scaphandre, 180.
- Bétiiuys (G.). — Les canons à tir rapide, 97. — La coupole oscillante de Saint-Chamoud, 345.
- Bleünard (A.). — L’homéotrope, 571.
- Bordier (Dr A). — Le langage des singes, 151. — Du sifflet chez les peuples primitifs, 227, 241.
- Brandicourt (V.). — Quelques exemples de mimétisme, 525.
- — Le cyclone de 1’ « Enéide », 590.
- Brossard de Corwgsy (M.). — Les grottes de Meschers (Charente-Inférieure), 39.
- Capol (G. de). — Du bouchage des vins mousseux, 147.
- Cartailiiac (Emile). — Les tremblements de terreau Japon, à propos de la catastrophe du 28 octobre 1891, 5.
- Cartaz (Dr A.). — Charlatans et pseudo-médecins, 100. — Les crèches, 187. — Les mouvements des yeux, 198. — Les femmes à barbe, 204. — Les perruches infectieuses, 310. — La grippe, 403.
- Coudreau (Henri). — Les Caraïbes. A propos des individus exhibés au Jardin d’Acclimatation, à Paris, 246.
- Delahaye (Pu.). — L’enseignement technique et la composition littéraire, 199.
- Demeny (G.). — Les photographies parlantes, 311.
- Demontzey (P.). — L’éboulement d’Arbm, 375.
- Dybowski (Jean). — Lettres du Congo — La roule de Brazzaville, 119.
- Fourtier (H.). — La photographie et les couleurs, 21. — La photographie pratique. Reproduction de petits objets, 251.
- — Une nouvelle drague, 585.
- Fresnaye (Henri de la). — Problème d’acoustique. Ecart entre le son émis par un corps en mouvement et le son perçu par un auditeur qui se meut lui-mème. Formule relative à cet écart, 554.
- G. (G). — Locomotives à grande vitesse à chaudière Fla-man, 5.
- Gaiiéry (Paul). — Raffinage de l'acier. Deux procédés nouveaux, 10. —L’industrie des vieux chiffons. La laine renaissance, 65.
- Géraldy (Frank). — L’installation électrique de M. A. Mcnier, 197.
- Good (Arthur). — La science pratique. Un outil multiple, 19.
- — La fabrication parisienne des jouets, 43, 89. — Le métronome, 59. — La meunière, 352.
- Guédon (Yves). — Tente de marche et de voyage, 69. — Ecole nationale pratique d’ouvriers et de contremaîtres de Clun.v, 323.
- Guerne (J. de). — La Société de géographie et M. Ch. Mau-noir, 370.
- Guillaume (Cii.-Ed.). — Des arcs-en-ciel surnuméraires ou multiples, 14. — Singulière horloge, 123. — Les arts descriptifs et les sciences exactes, 158, 155. — Baguettes calculatri-trices de M. Pruvost Le Guay, 180. — Expériences de capillarité, 219. —L’obus de M. Carron pour les chutes de 500 mètres, 230. — Nouveau multiplicateur automatique, 581.
- Guyot-Daubès. — La lutte dans l’antiquité, 530.
- IIennebert (lieutenant-colonel). — Four roulant métallique à l’usage des corps de troupe, 205.
- Hospitalier (E.). — Transmission électrique des images à distance. L’électro-autographe de M. N.-S. Amstulz, 158. — Traction mécanique des tramways par moteur à ammonia • que, système Mc-Malion, 163. — Expériences de M. Tesla sur les courants alternatifs de grande fréquence, 209. — Les moteurs à pétrole, 291. — Un nouveau ventilateur électrique, 325. — Le chauffage électrique, 338.
- Jannettaz (P.). — La cristallographie et ses moyens d’étude, 225.
- Joly (Cii.). — L’exposition de chrysanthèmes de la Société nationale d’horticulture, 103.
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- Ladureau (A.) — La Floride et ses phosphates, ‘289.
- Laffargue (J.). — Nouvelle horloge électrique, 132. — Madame Gaston Tissandicr, 254. — Filtre de campagne pour les troupes en marche, 559. — Physique expérimentale. Vibrations et anneaux de fumée, 56S. — Un indicateur de vitesse, 412.
- Leconte (F.) — Physique sans appareils. Quelques expériences sur la flamme, 207. — Expérience sur la pression atmosphérique, 578.
- Lefèvre (Jui.ien). —De la position des images dans les instruments d’optique, 575.
- Fonde (Albert). — La photographie et les falsifications, 74.
- Mages. — Physique amusante. La prestidigitation dévoilée.
- — Houle, bagues et tringle. — La montre dans un petit pain. — La pièce fondante. — Les caries changeantes. — Magre noire, 51, 144, 240, 504, 585.
- Marcel (Gabriel). —- L’origine du chasselas de Fontainebleau. 187. — Les sources du Nil à travers l’histoire, 259.
- Maresciial (G.). — Déclivomètre, 100. — La science au théâtre. Traversée du Niagara en bicyclette, 225. — Etat d’un torpilleur jeté à la côte, 580.
- Marey (J.) de l’Institut. Le vol des insectes étudié par la cliro-nopholographie, 155.
- Marissiaux (Léon). — Un nouveau xylophone, 578.
- .Martel (E.-à). — Glacière naturelle du Creux-Percé (Côte-d’Or), 401.
- Martin. (Dr A.-J.) — I.cs institutions sanitaires de la ville de Paris. — I. Refuges de nuit. — 11. Stations de désinfection. — IIP Stations d’ambulances, 71, 81, 115.
- Mégnin (P.). — La chasse du loup, 298. — Les cygnes, 415.
- Meunier (Stanislas). — Comptes rendus' hebdomadaires de l’Académie des sciences, 15, 51, 47,05, 79, 95, 111, 127. 143, 159, 174, 191, 20(5, 222, 259, 255, 270, 287. — Les phosphates du Dekma en Algérie, 7. — Les dcndriles, 101.
- — Le marbre ruiniforme, 157. — Le giès llexible, 573.
- Nadaillac (M’’ de). — Les silex taillés du Laos, 55. — Singes et chats, 279.
- Nicaise (A.). — Intelligence des perroquets, 517.
- Noguès (A.-F.). — Tremblements de terre du Salvador d;s 8 et 9 septembre 1891, 78.
- Oustalet (E.). — Les lions du Clioa, 133. — Le chiinj aricé du Jardin des Plantes, 251. — Les singes-araignées au Jardin des Plantes. Les atèles, 561.
- Ficaud (A). — Le peronospora des rosiers, 118.
- Poisson (Jules). — La conservation des objets d’histoire naturelle, 26.— Quelques falsifications, 102. — Les agaves, 177.
- Poujade (G.-A.). — Influence des lumières artificielles sur les insectes. Les papillons sans ailes, 55.
- Raymond (Dr Paul). — La truffilte, bois fossile à odeur de truffe, 67.
- Renard (L.). — Le passage des rivières par la cavalerie, 25. .
- — Un nouveau port. La Baliia de las I’asajcs, 203. — Le fusil à répétition en 1892, 507.
- Renouard (Alfred). — Les origines de l’éventail et sa fabrication, 207. — La conservation des fruits frais par le froid, 274.
- Richou (G.). — Constructions des forts de la Meuse. Tètes de pont de Liège et de Namur, 283.
- Rivière (E.). — Les nouveaux squelettes humains des grottes dites de Menton, 305.
- P,ocras (Albert de). — L’origine des grandes bibliothèques scientifiques de Paris, 101. — La soupe au blé de Yaubau 271.
- Iîouiié (Dr Georges). — Les pêcheries modernes. Le chalutage à vapeur, 27. — Appareil de sondage portatif à fil d’acier de M. E. Ilelloc, 292.
- IIocquigny-Adansox (G. iie). Perturbation magnétique et aurore boréale, 200.
- Tedesco (N. de). — Les travaux de dérochcmcnt du Danube aux « Portes-dc-Eer », 212, 295.
- Tiuvei. (Henri). L’aluminium. Son prix de revient actuel. Son avenir, 170.
- Tissaxdier (Gaston). — Photographies instantanées. Le tir du canon, 0. — L’empereur du Grésil Don Pedro II d’Alcan-tara, 17. — Les tremblements de terre au Japon, 49, 185
- — Culture artificielle du raisin, 77. — Histoire des sciences. Sur des manuscrits à figures intéressant l’histoire de l’artillerie et des arts mécaniques vers la fin du moyen âge, Recherches de M. Rerlhelot, 11, 83. — A. Richet, 94. — Récréations scientifiques. Les photographies composites sur fond noir. Livres à ligures changeantes, 111, 192. — A. de Quatrcfagcs, 113. — Nos savants chez eux. M. Pasteur, 108. — La photographie des nuages, 193. — Coloration artificielle des (leurs. Les œillets verts, 202. —Le calculateur Inaudi, 217. — Les grands navires à voiles. Le cinq-màts France, 235. — Les livres minuscules, 293. — Atlas statistique, de la ville de Paris, 515. — Attitude des chevaux en mouvement d’après des photographies instantanées, 528
- — Les exercices physiques. Le canotage ou l’aviron, 591. — Les roches à figures animées, 590. — Voyage autour du monde, 497.
- Vacher (L.). — Les accident du travail, 122.
- Yerneau (R.). — Un curieux temple péruvien, 58.
- Vidai. (Léon.) La photographie et les couleurs, 40. — Projections polychromes à l’aide de photographies non coloi’ccs, 339.
- Yu.i.edeuil (Ch. de). — Comptes rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences, 503, 519, 355, 551, 567, 383, 599,
- 415.
- Vinot (Joseph). —Variétés astronomiques, 02, 123, 182, 214, 260, 298. — Trouver le jour de la semaine correspondant à une date donnée, 574.
- X... ingénieur. — Soudure dynamo-llieriniquc des métaux ductiles, 1. — Les torpilles automobiles. La torpille AVliite-head, 57. —La torpille Howell, 129, 199. —La science pratique. Appareil à cuire les œufs. Serrure de sûreté, 125- — Les Français peints par les Chinois, 175.— Vitesse de chute des gouttes de pluie et de grêlons, 202. — Les rats dresses, 253. — Les compteurs horo-kilométriques pour voitures de place, 257, 355. — Une tondeuse à air comprimé, 277. — Siphon élévateur, 509. — Chaufferette à hydratation de chaux, 587.
- Z... (Dr). Récréations scientifique La montgolfière bulle de savon, 10. — Physiques sans appareils. Singulière expérience d’acoustique, 80. — Croissance extraordinaire de la crinière et de la queue d’un cheval, 90. — La jeune fille « électrique », et les lois de l’équilibre, 171. — Chauffage des voitures, 196. — La science pratique. Un phonographe d’amateur, 208. — La désinfection des appartements, 238. — Jouets scientifiques. Distributeur automatique de liquides, 256. — La stérilisation des eaux par la chaleur, 589.
- Zuroier (Pu.). — Les Rochers de sable d’Evenos (Yar), 87.
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-
-
-
- TABLE DES MATIERES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans cette table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Variétés astronomiques (Joseph Yixot). 62,125, T82,*214,
- ............................................. 2G0, 298
- Concordance des calendriers.,............................278
- Les éclipses de soleil et la pression atmosphérique. . . 502
- Trouver le jour de la semaine correspondant à une date
- donnée (Joseph Vinot)............................... 574
- Spectroscopic sldlairc...................................192
- Une étoile nouvelle......................................20G
- La dernière tache solaire.............................. 207
- Physique solaire. ... . ...................255
- Etoiles filantes en avril................................270
- Les comètes..............................................28G
- L’axe de 7'otation de la terre...........................287
- La latitude de l’Observatoire de Paris...................519
- Physique générale.
- Mesure des vitesses des projectiles au moyen des phénomènes sonores par le capitaine Gossol, de l’artillerie de
- marine..............................................100
- Les arts descriptifs et les sciences exactes (Ch.-Ed. Guillaume)............................................ 158, 155
- Obus calorimétrique pour la détermination industrielle
- du pouvoir calorifique des combustibles...............215
- Expériences de capillarité (Ch.-Ed. Guillaume).......... 219
- Formation rationnelle des mélanges de liquides...........527
- Projections polychromes à l’aide de photographies non
- colorécsfhÉox Vidal)..................................559
- Problème u acoustique. Écart entre le son émis par un corps en mouvement et le son perçu par un auditeur qui se meut lui-même. Formule relative à cet egard
- (Henri de la Fresnaïe)................................554
- L’homéolropc (A. Bleunard)...............................571
- I)e la position des images dans les instruments d’optique
- (Julien Lefèvre)......................................575
- Expérience sur la pression atmosphérique (Félix Leconte). 578
- Un nouveau xylophone (Léon Marissiaux)...................578
- Instruments de musique et de physique en Saxe. . . . 595
- Un paradoxe hydrostatique................................410
- Perfectionnement à la bombe calorimétrique............... 15
- Applications nouvelles des températures basses. 50, 415
- La chaire de physique du Conservatoire................... 47
- La mesure des températures sous-marines................. 111
- Mesure optique des températures élevées............ 174
- Chaleur spécifique de Valuminium...................190
- J.a température du soleil..........................288
- La capacité calorifique des métaux................. 519
- Électricité théorique et appliquée.
- Emploi des lampes électriques à incandescence........... 55
- Contrôleur automatique de débit pour la vente de l’énergie électrique à forfait................................ RG
- Les phares électriques des côtes de France (Daniel Bel-
- tET)................................................. 91
- Nouvelle horloge électrique (J. Laffargue). ...... 152
- Fabrication électrique de la soude caustique et du chlore. 158 Transmission électrique des images à distance. L’éleclro-
- autographe de M. N.-S. Amstutz (E. II.)..............158
- L’installation électrique de M. A. Menier (Franck
- Géraldy).............................................197
- Expériences de M. Tcsla sur les courants alternatifs de
- grande fréquence (E. Hospitalier)....................209
- Un nouveau ventilateur électrique (E. II.)..............325
- Le chauffage électrique (E. IL).........................338
- Une araignée électricienne.............................. 31
- La ligne télégraphique souterraine de Berlin à Munich ................................................... 03
- Utilisation physiologique des courants électriques. . 79
- Eclairage des trains par accumulateurs.................. 95
- U électricité ii Ponlrésina...............................m
- Un compteur téléphonique................................159
- Le magnétisme de l’oxygène..............................174
- La traction électrique à Lecds..........................255
- Extension des lignes téléphoniques......................287
- Les tramways électriques à Paris........................502
- L’éclairage électrique à Londres........................567
- La téléphonie aux États-Unis d'Amérique.................415
- Photographie.
- Photographies instantanées. Le tir du canon. Explosion
- de torpilles sèches................... 9, 48, 1G0
- La photographie et les couleurs (II. I'ourtier, Léon Vi-
- DAL)- • • ...........:............................21, 40
- La photographie et les falsifications (Albert Londe). . . 74
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-
-
-
- 424
- TABLE DES MATIÈRES.
- Le vol des insectes étudié par la chronopholographie (J.
- Marey, de l’Institut)................................155
- La photographie des nuages (Gaston Tissandier)......... 103
- La photographie pratique. Reproduction de petits objets
- (H. Foürtier).......................................‘251
- Les photographies parlantes (G. Dejiem)................ 311
- Altitude des chevaux en mouvement d’après des photographies instantanées (Gaston Tissandier)..............328
- Les clichés photographiques en mica.....................145
- La photographie du ciel................................ 553
- La photographie des couleurs............................551
- Chimie générale.
- Raffinage de l’acier. Deux procédés nouveaux (Paul
- Gaiiéry).............................................. 10
- Quelques falsifications (Jules Poisson) .. 102
- L’industrie du brome dans les États-Unis.................114
- L’aluminium. Son prix de revient actuel. Son avenir
- (Henry Tiiivel).......................................170
- Le dosage officiel de l’alcool dansées vins. A propos des
- nouveaux tarifs de douane.............................181
- Coloration artificielle des fleurs. Les œillets verts (Gaston
- Tissandier).................................... 202, 571
- Le Laboratoire municipal de chimie de Porto..............220
- La conservation des fruits frais par le froid (A. Renouaru) 274 Classification systématique des différentes qualités de fer. 278 Filtre de campagne pour les troupes en marche (J. Laf-
- fargue)...............................................559
- L’homéotrope (A. Bleunard).. ............................571
- La laine minérale........................................579
- Chaufferette à hydratation de chaux (X..., ingénieur). . 387
- La stérilisation des eaux par la chaleur (Dr ï.) ... . 589
- Porcelaine d’amiante.....................................594
- Coloration artificielle des oranges (À. Barili.é)........411
- L’Encyclopédie chimique.................................. 15
- Un nouvel appareil distillateur pour l'eau de nier. . 47
- Constitution de l’acide camphorique...................... 47
- La solubilité du sulfate de soude........................ 48
- Emploi des écorces de mimosa............................. 05
- Le maïs dans la fabrication de la bière.................. 79
- Nouveaux sels doubles.............................. 79, 223
- Vins plâtrés.............................................145
- Recherches sur le bore...................................191
- Carbure défini du baryum.................................191
- Assimilation des hydrates de carbone.................... 191
- Le bore pur....................................... 200, 270
- Ptomaïnes................................................222
- La matière colorante du raisin...........................270
- Synthèse naturelle des hydrocarbures végétaux. . . 271
- Nouveau ferment réducteur des nitrates. ..... 271
- La genèse du diamant.....................................503
- Le mercure en Russie.....................................319
- Chimie agricole..........................................319
- Le nickel dans l’Orégon..................................335
- Salure des eaux de l'Atlantique Nord.....................535
- Préparation de corps nouveaux........................... 308
- Le carborundum...........................................582
- La cire Carnanba....................................... 414
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Les tremblements déterre au Japon. A propos de la catastrophe du 28 octobre 1891............. 3, 49, 149, 183
- Les phosphates du Dekma en Algérie (Stanislas Meunier). 7 Des arcs-en-ciel surnuméraires ou multiples (C.-E. Guillaume)........................................... 14
- Les silex taillés du Laos (Marquis de Nadaillac) .... 55
- Les grottes de Meschcrs (Charente-Inférieure) (M. Bnos-
- SARD DE CorBIGNY).................................
- Tremblements de terre du Salvador des 8 et 9 septembre
- 1891 (A.-F. Noguf.s)..............................
- Les rochers de sable d’Evenos (Var) (Pu. Zurciier) . . .
- Les dendrites (Stanislas Meunier)...................
- La pluie aux Barbades (D. B.).......................
- Le marbre ruiniforme (Stanislas Meunier)....... .
- La photographie des nuages (Gaston Tissandier) ....
- La France sismique (F. de Ballore)..................
- Vitesse de chute des gouttes de pluie et des grêlons (X..) Perturbation magnétique et aurore boréale (G. de Iloo
- quigny-Adanson)...................................
- La cristallographie et scs moyens d’étude (P. Jannettaz). Conservation des échantillons minéralogiques et géologiques.............................................. . .
- La Floride et ses phosphates (A. Ladureau)..........
- La pluie artificielle dans l’Inde (Daniel Bellf.t)..
- llalo solaire observé en Suisse, le 28 mars 1892. . . .
- Le grès flexible (Stanislas Meunier)................
- L’éboulement d’Arbin (P. Demontzey).................
- La moyenne annuelle des pluies......................
- ^'Le cyclone de l’Enéide (Y. Brandicourt)..............
- Les roches à figures animées (G. T.)................
- Glacière naturelle du Creux-Pcrcé (Côte-d’Or) (E. A. Martel)................................................
- L’ammoniaque atmosphérique..........................
- Cause de la disparition des anciens glaciers dans
- les Vosges et dans les régions analogues..........
- Théorie des vents.................................
- Le tuf tertiaire de Lembourg........................
- Géodésie de la Russie...............................
- Hydrographie argentine.. ....................... . . .
- Le cyclone de T « Enéide »..........................
- Nombre de particules d’eau du brouillard............
- Géologie russe......................................
- Constitution du sol de l'Espagne....................
- L’observatoire du Mont-Blanc........................
- Les courants océaniques.............................
- Un riche minerai d’argent...........................
- Perturbation magnétique........................191,
- Régime des eaux souterraines dans le Sahara.. . .
- La trombe du Lot-et-Garonne.........................
- Perturbation magnétique et aurore boréale...........
- Littérature géologique..............................
- Les perturbations magnétiques et la neige...........
- Le climat du Mexique et l'Observatoire de Mexico.
- La genèse du diamant................................
- Mouvements du sol à Santiago du Chili...............
- Le nouveau service du temps aux Etats-Unis.. . .
- La formation artificielle des orages................
- L’eau des lacs de Suisse............................ .
- L’Annuaire géologique universel........................
- Rolide..............................................
- Une pluie de poussière..............................
- 59
- 78
- 87
- 101
- 119
- 157
- 195
- 194
- 202
- 200
- 225
- 280
- 289
- 521
- 330
- 573
- 575
- 578
- 390
- 390
- 401
- 51
- 51
- 47
- 48 48 48 94
- 110
- 127
- 127
- 159
- 174
- 191
- 200
- 223
- 223
- 239
- 239
- 254
- 502
- 503 554 351 551 351 508 382 385
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique. Paléontologie.
- La conservation des objets d’histoire naturelle (J. Poisson)................................................... . 20
- La protection des animaux sauvages aux Etats-Unis . . 54
- Influence des lumières artificielles sur les insectes. Les
- papillons sans ailes (G. A. Poujade)................... 55
- La truffitte. Bois à odeur de truffe (Dr Paul Raymond) . 07
- Acclimatation en Europe du Rhus vernicifera'. ... 70
- Croissance extraordinaire de la crinière et de la queue
- d’un cheval (Dr Z-).................................96, 126
- L’exposition de chrysanthèmes de la Société nationale
- d’horticulture (Cu. Joly)..............................103
- Le peronospora des rosiers (A. Picaud)....................118
- Les lions du Clioa (E. Oostalet)..........................133
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 495
- Le vol des insectes étudié par la chronophotographie
- (J. Marey, de l'Institut).............................135
- Le langage des singes (Dr A. Bobdier)................151
- Une colonie de cotylcs ((Dr I*. Bernard).............165
- Les agaves (Jules Poisson)...........................177
- Culture de l’olivier en Perse........................11)4
- Coloration artificielle des Ileurs. Les œillets verts (Gaston Tissandier).......................................202
- Le chimpanzé du Jardin des Plantes (E. Oustalet). . . 231
- Les alligators de la Louisiane.......................250
- Les rats dressés (X...)..............................253
- Singes et chats (Mis de Nadaillac)...................279
- La plantes des neiges (Ernest Bergman)..................288
- La chasse du loup (P. Mégnin)...........................298
- Intelligence des perroquets (A. Nicaise)................317
- Quelques exemples de mimétisme. Chenilles et serpents. Araignées et fourmis (V. Brandicourt) .... 325
- Les singes-araignées au Jardin des Plantes. Les alèles
- (E. Oustalet)........................................ 301
- Les Cygnes (P. Mécnin)...................................413
- Assimilation de l’azote atmosphérique par les
- plantes................................................ 15
- Le peigne des scorpions.................................. 79
- L'anguillule de l'œillet................................. 80
- Le desman des Pyrénées...................................127
- Le mastodonte du Clierichira.............................143
- Les vers de terre et la tuberculose......................143
- Une maladie des chevaux.................................143
- Contribution à l'étude de la fonction chlorophyllienne ...............................................159
- Le criquet pèlerin et ses changements de coloration. 159
- Zoologie islandaise......................................174
- Maladie du champignon de couche................. 222, 503
- Les galles des feuilles des arbres. .....................287
- Développement de certains crustacés des grands fonds 288
- L'eucalyptus .......................................... 518
- Intelligence des bécasses................................319
- La longévité des oiseaux................................555
- La circulation du sang chez les araignées................507
- Le mouvement des corps microscopiques...................308
- La destruction des hannetons.............................598
- Le développement de la carapace des insectes. . . . 399
- La voile des argonautes..................................599
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Lettres du Congo. La roule de Brazzaville (Jean Dybow-
- ski)................................................. 119
- Réunion de la mer Caspienne à la mer Noire............220
- Les sources du Nil à travers l’histoire (Gabriel Marcel). 259 Un nouveau port. La Bahia de las Pasajes (L. Renard). . 205
- La Société de géographie et M. Ch. Maunoir (J. de Gierne). 370
- La mer des Sargasses.....................................395
- Voyage autour du monde. Inde. Ceylan. Chine. Japon
- (Gaston Tissandier)...................................407
- Amélioration de la Camargue............................. 15
- Le littoral français du golfe de Gascogne..............519
- Les Chemins de fer dans le Transvaal.....................534
- *
- Anthropologie. — Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Les silex taillés du Laos (Mu de Nadaillac)........... 55
- Un curieux temple péruvien (R. Yerneau)............... 58
- Du sifflet chez les peuples primitifs (Dr A.Bordier) 227, 241
- Les Caraïbes. A propos des individus exhibés au Jardin
- d’Acelimatalion à Paris (Henri Coudread)..............240
- Les nouveaux squelettes humains des grottes dites de
- Menton (E. Rivière)...................................305
- La lutte dans l’antiquité (Guyot-Daubès)................330
- Le langage sifflé des Guanches..........................111
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. — Arts industriels.
- Soudure dynamo-thermique des métaux ductiles (X...,
- ingénieur)............................................. 1
- Locomotives à grande vitesse à chaudière Maman (C. G-..,
- ingénieur)........................................5, 106
- Raffinage de l’acier. Deux procédés nouveaux (Paul
- Gaiiëry)............................................... 10
- Limitation des applications de l’aluminium................ 18
- La laiterie moderne. Laiterie de Rochc-sur-Loue (Doubs)
- (C. Y.)................................................ 33
- Les torpilles automobiles. La torpille Whitehead. La torpille Hovvcll (X... ingénieur)............... 57, 129 199
- La fabrication parisienne des jouets (A. Good). . . 43, 89 Les grands chasse-neige rotatifs en Amérique (L. B.) . 51
- Le métronome (A. Good).................................... 59
- Curieux automate (Le prestidigitateur Alber).............. Cl
- L’industrie des vieux chiffons. La laine renaissance
- (Paul Gahéry).......................................... 65
- Tente de marche et de voyage (Yves Guédon)................ 69
- Travail de l’homme sur une manivelle...................... 87
- Déclh'omètre (G. Maresciial)..............................100
- Singulière horloge (Cii.-Ed. Guillaume)...................123
- Le réseau des chemins de fer de l’Etat à Sumatra
- (L. B.)................................................145
- Pavage en liège...........................................150
- Traction mécanique des tramways par moteur à ammoniaque, système Me-Mahon (E. H.).......................103
- Baguettes calculatrices de M. Pruvost Le Guay (C. E. G ). 180
- Chauffage des voitures (Dr Z.)............................196 *
- Les travaux de dérochement du Danube aux « Portes-de-
- Fcr » (N. de Tedesco)............................212, 295
- Le calculateur Inaudi (G. Tissandier).....................217
- L’obus de M. Carron pour les chutes de 300 mètres
- (C.-E. Guillaume)......................................250
- Chemins de fer de grande vitesse aux Etats-Unis (C. G...,
- ingénieur.)............................................245
- Les chemins de fer en Russie (Daniel Bellet)..............250
- Les compteurs lioro- kilo métriques pour voitures de place
- (X..., ingénieur). .............................. 257, 355
- Le perfectionnement dernier et final de la machine à
- vapeur..............................................263
- Une tondeuse à air comprimé............................277
- Classification systématique des différentes qualités de
- fer.................................................278
- Vélocipédie. Bandage pneumatique cloisonné.............282
- Les moteurs à pétrole (E. 11.).........................291
- Appareil de sondage portatif à fil d’acier de M. E. Bel-
- loc (Dr Georges Roché)..............................292
- Progrès dans l’utilisation du gaz au point de vue de l’éclairage ..................................................294
- Le maximum delà productivité chez l’ouvrier (D. B.) . 507
- Transmission hydraulique de mouvement..................322
- Ecole nationale pratique d’ouvriers et de contremaîtres
- de Cluny (Yves Guédon)..............................325
- Les agrandissements successifs de la gare de Paris-Nord
- (L. B.)............................................. 549—<
- Les chemins de fer du Tonkin...........................553
- Siphon élévateur (X..., ingénieur)........................569
- Nouveau multiplicateur automatique. (C. E. G.) . . . 581
- Une nouvelle drague (II. Fourtier)........................585
- Chemins de fer stratégiques en Allemagne...............403
- Appareil enregistreur de la vitesse des trains de la Compagnie d’Orléans (L. B.)...............................405
- Un indicateur de vitesse (J. Laffargue)................412
- Consommation des moteurs à gaz......................... 50
- Régulateur de la résistance des touches de piano . . 46
- Plaques de blindage aux Etats-Unis..................... 95
- Une courroie de mille chevaux............................. 95
- Travail des roches par le diamant......................... 96
- La construction des locomotives aux Etats-Unis. . . 110
- Un prodige................................................174
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-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Curiosité arithmétique à propos des modèles de la
- Tour Eiffel......................................
- Un nouveau ivagon-pa'ais sur les chemins de fer
- canadiens........................................
- Eclairage des trains par le gaz.....................
- Canalisation à 100 atmosphères par tubes Mannes-
- mann.............................................
- Une machine à percer unique...................255,
- Vitesses de locomotive..............................
- L'étalonnage des mètres internationaux..............
- L’eau plus chère que le combustible.................
- Le wagon-salon d’un rajah indien....................
- Indicateur de pente pour chemins de fer.............
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Les institutions sanitaires de la ville de Paris. — I. Refuges de nuit. — IL Stations de désinfection. — III. Stations d’ambulances. (Dr A. J.Martin) .... 71, 81,
- Charlatans et pseudo-médecins (Dr A. Cartaz)........
- Le microbe de l’influenza (A. C.)...................
- Les crèches (Dr A. Cartaz)..........................
- Les mouvements des yeux (D' A. Cai-.taz)............
- Les femmes à barbe (Dr A. Cartaz)...................
- La désinfection des appartements (Dr Z.)..............
- Les perruches infectieuses (Dr A. Cartaz)...........
- Coloration artificielle des fleurs..................
- La stérilisation des eaux par la chaleur (Dr Z.) . . . . Les exercices physiques. Le canotage ou l’aviron (G. Tissandier) ...........................................
- La grippe (l)r A. Cartaz)...........................
- La gustation colorée................................
- La vaccine et la variole............................
- Le pied comme organe de préhension..................
- Utilisation physiologique des courants électriques .
- Les vers de terre et la tuberculose.................
- L’asphyxie par l’oxyde de carbone...................
- Les microbes des sédiments aqueux...................
- Ptomaines...........................................
- Physiologie de vaso-moteurs.........................
- L’inoculation de la tuberculose.....................
- De la transmissibilité de la tuberculose par la
- punaise..........................................
- La vie propre des tissus animaux..............583,
- Guérison de diverses maladies incurables .....
- Agriculture. — Acclimatation. Pisciculture.
- Culture artificielle du raisin (Gaston Tissandier). . . .
- L’industrie vinicole en Tunisie.....................
- Les récoltes des céréales en Russie (1). R.)........
- Du bouchage des vins mousseux (G. de Cai>ol)........
- Féculomètre pour pommes de terre de MM. A. Girard
- et E. Fleurent...................................
- La pêche des perles en France (D. Bellet)...........
- Importation du beurre australien en Angleterre. . . . Fixation de l’azote de l'air par le sol arable. . . .
- Les pêches maritimes en Tunisie.....................
- La vigne en Russie..................................
- L'effeuillage de la vigne...........................
- Un dictionnaire d'agriculture.......................
- La faune ichtyologique du haut Tonkin...............
- Cultures fruitières en Californie...................
- Art militaire. — Marine.
- Nouvelle traversée de l’Atlantique par M. Lawlor et Andrews (L. R.)......................................
- Le passage des rivières par la cavalerie (L. Renard). . Les pêcheries modernes. Le chalutage à vapeur (Dr G. Roché)..............................................
- Les torpilles automobiles. La torpille lYhitehead. La torpille Ilowell. (X..., ingénieur)............ 57, 129, 199
- I.e filage de l'huile et les canots de sauvetage .... 50
- Tente de marche et de voyage (Yves Guédü.n)........... 59
- Les phares électriques des côtes de France (Daniee Bellet). 91
- Les canons à tir rapide (G. Béthuys)..................... 97
- Mesures des vitesses des projectiles au moyen des phénomènes sonores par le capitaine Gossot, de l’artillerie
- de marine..............................................106
- Les navires de Christophe Colomb.........................141
- Four roulant métallique à l’usage des corps de troupe
- (Lieutenant-colonel IIennebert)........................205
- Les grands navires à voiles. Le cinq-mâts France (Gaston Tissandier).....................................235
- Les marines militaires. Le navire cuirassé américain
- Mianlonomoh............................................273
- Construction des forts de la Meuse. Têtes de pont de
- Liège et de Namur (G. Richou)..........................283
- Le fusil à répétition en 1892 (L. Renard)................307
- Le chronographc Selnnidt.................................537
- La coupole oscillante de Saint-Chamond (G. Béthdys). . 345
- Filtre de campagne pour les troupes en marche (J. Lai--
- fargde)................................................550
- Bouée sonore automatique.................................406
- Les lignes transatlantiques d’Europe aux États-Unis. . . 410
- Chemins de fer stratégiques en Allemagne.................403
- Un nouveau bois pour les constructions maritimes. . 15
- I.e port de Coalzacoalcos au Mexique.....................110
- Paris port de mer........................................111
- Un bateau sous-marin.....................................255
- Un canot en aluminium....................................598
- Le Rhin considéré comme voie navigable...................414
- Aéronautique.
- Ballons foudroyés.........................131
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Histoire des sciences. Sur des manuscrits à figures intéressant l’histoire de l’artillerie et des arts mécaniques vers la fin du moyen âge. (M. Bkrtiielot) ... 11, 83
- L’empereur du Brésil Dom Pedro II d’Alcantara (Gaston
- Tissandier)............................................ 17
- C. X. Yausscnat.......................................... 62
- A. Richet (G. T.)........................................ 94
- A. de Quatrefages (Gaston Tissandier) ........ 113
- Nos savants chez eux. M. Pasteur (Gaston Tissandier) . . 168
- Sur l’invention du scaphandre (M. Berthelot) .... 186
- L’amiral Jurien de la Gravièrc...........................239
- Madame Gaston Tissandier (J. Lafearc.ue).................254
- F. Barbediennc...........................................286
- J.-B. Stas...............................................286
- Henri Duveyrier..........................................366
- C.-A. Alpharul........................................... 50
- Histoire de la science................................... 31
- M- Lalanne...............................................255
- Machine à vapeur au commencement du dix-huitième
- siècle.................................................287
- De Caligny...............................................288
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de F), par M. Stanislas Meunier. 15, 51,47, 63,79, 95,111,127,
- 143, 159, 174, 191, 206, 222, 259, 255, 270, 287, par M. Ch. de Villedeüil. 503, 319, 335, 367,383, 599, 415 L’exposition de chrysanthèmes de la Société nationale d’horticulture (Ch. Joly).............................103
- 190
- 190
- 222
- 254
- 334
- 287
- 335
- 551
- 382
- 383
- 115
- 106
- 186
- 187
- 198
- 204
- 238
- 310
- 371
- 389
- 391
- 403
- 15
- 47
- 48
- 79
- 143
- 174
- 207
- 222
- 270
- 303
- 367
- 415
- 415
- 77
- 90
- 115
- 147
- 275
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- 382
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- 23
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 427
- Conférence « Scientia »........................... 79
- Elections à VAcadémie des sciences................271
- Science pratique et récréative.
- Récréations scientifiques. La Montgolfière bulle de savon.
- Les photographies composites sur fond noir. Livres à figures changeantes. Petit théâtre optique. Le centre
- de gravité.......................16, 111, 192, 520, 416
- La science pratique. Un outil multiple. Appareil à cuire les œufs. Serrure de sûreté. Un phonographe d’amateur.......................................... 19, 125, 208
- Physique amusante. La prestidigitation dévoilée. Roule, bagues et tringle. La cible humaine. La montre dans un petit pain. La pièce fondante. Les cartes changeantes. Magie noire. L’escamotage des clowns. . .
- ..................... 51, 127, 144, 240, 304, 385, 599
- Physique sans appareils. Expériences avec des bulles de savon. Singulière expérience d’acoustique. Quelques
- expériences sur la flamme.................. 64, 80, 207
- La jeune fille électrique et les lois de l’équilibre (D'Z.). 171
- La science au théâtre. Traversée du Niagara en bicyclette (G. Mareschai.)....................................235
- Jouets scientifiques. Distributeurautomatiquc de liquides.
- La meunière.................................... 256, 552
- Le théâtre d’ombres. Son installation, personnages, éclairage, effets, accessoires (le prestidigitateur Ai.beu). . 563
- Physique expérimentale. Vibrations et amicaux de
- fumée (J. L.)..........................................568
- Chaufferette à hydratation de chaux (X..., ingénieur). . 587
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Histoires de baleines.............................22, 575
- Production de l’alcool en France......................... 43
- La production du plomb.................................... 59
- Les accidents du travail (L. Vacher)...................122
- L’origine des grandes bibliothèques scientifiques de Paris.
- (Albert de Rochas),.................................161
- Les Français peints par les Chinois (X..., à Pékin). . . 176
- Recensement des pigeons voyageurs à Paris..............179
- L’origine du chasselas de Fontainebleau (GabrielMarcel). 187 L’enseignement technique et la composition littéraire
- (Ph. Delahaye).......................................199
- Le calculateur Inaudi (G. Tissandier)...................217
- L’émigration européenne.................................251
- Les rats dressés (X.)...................................253
- Les origines de l’éventail et sa fabrication (A. Renouard). 267 La soupe au blé de Vauban (Albert de Rochas). . . . 272
- Les livres minuscules (Gaston- Tissandier)..............293
- Le maximum de la productivité chez l’ouvrier (I). B.).. 307
- Atlas statistique de la ville de Paris (G. Tissandier). . . 315
- L’ivoire en Afrique.....................................543
- Trouver le jour de la semaine correspondant à une date
- donnée (J. Vinot)....................................574
- Importation du beurre australien en France. ..... 407
- Les forêts des Elas-Unis................................ 51
- Une église sur roues.................................... 79
- L’annuaire du Bureau des lo>igitudes.................... 79
- Talons de chaussure en caoutchouc....................... 95
- Le caviar...............................................110
- Le chien de garde à la campagne.........................126
- Le chemin de fer sans deuxièmes classes.................126
- Le personnel des mines de charbon aux Etats-Unis. 143
- Mesures de capacité en nickel...........................191
- Comment éteindre l’huile en combustion..................222
- Le commerce des noisettes à Trébhonde...................222
- La plus grande planche du monde.........................239
- Le vin de Chypre....................................... 255
- Un des plus grands charbonnages du monde. . . . 270
- Statistique.............................................287
- L’industrie à Constantinople............................534
- L’industrie du pétrole aux Etats-Unis depuis trente
- ans..................................................555
- Le tonneau de Diogène...................................567
- FIN' DES TABLES.
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- ERRATA
- Page 151, col. 1, ligne 1. Au lieu de : blocs de chêne,
- Il faut : blocs de sapin.
- Page 556, à la légende de la
- ligure. Au lieu de : dans les environs de
- Neufehâtel, en Suisse.
- Il faut : sur le territoire de Steckborn, dans le canton de Tburgovie (Suisse).
- Page 567, col. 2, ligne 54. Au lieu de : M. Marcel Caussat.
- Il faut : M. Marcel Causard.
- Page 575, col. 1, ligne 24 et suivantes. Au lien de : du 15 octobre 1582 au 51 décembre 1699, le nombre 4
- du 1er janvier 1700 — 1799, — 5
- — 1800 — 1899, 2
- — 1900 — 2099, — 1
- — 2100 — 2199, — 0
- du 15 octobre 1582 au 1 Il faut : 28 février 1700, ajouter 4
- du 1er mars 1700 — 1800, — 5
- — 1800 — 1900, — 2
- — 1900 — 2100, — 1
- — 2100 — 2200. — 0
- Page 585, à la légende de la
- figure. Au lieu de : déplacement suivant
- l’eau.
- Il faut : déplacement suivant l’axe.
- Page 597, col. 2. ligne 24. Au lieu de : on trouve le chemin
- de fer.
- Il faut : on traverse le chemin de 1er.
- Page 597, col. 2, lignes 56 et 57, effacez quand et loulefois.
- Paris. — Imprimerie J.nliure, rue de Fie iras, 9.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la e Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Asphyxie par les poêles. — Voici la saison d’hiver, la saison •du chauffage en permanence dans les appartements. Les poêles roulants de tous modèles se trouvent aujourd’hui dans presque tous les ménages. C’est un chauffage bon, économique, à la condition que le tirage soit bien réglé, la cheminée dans de bonnes conditions ; sinon le refoulement des gaz, dont un souverainement toxique, l’oxyde de carbone, peut amener des accidents d’asphyxie grave et même mortelle, comme les journaux ont malheureusement trop souvent l’occasion d’en rapporter.
- Supposons que par une condition quelconque, vice de construction, d’installation, vous vous trouviez en présence d’un empoisonnement de ce genre. Que faire ?
- La première chose à faire est d’ouvrir toutes grandes, portes et fenêtres, de ventiler énergiquement la pièce où se sont répandus les gaz méphytiques ; enlever le poêle ou l’éteindre et, mieux encore, transporter, si faire se peut, la personne intoxiquée dans une pièce voisine dont on ouvrira les croisées.
- Puis on l’étendra sur un lit, par terre, on dégagera rapidement les vêtements et aussitôt on pratiquera la respiration artificielle. Cette manœuvre, peu compliquée, se fait de la façon suivante : une personne se place à la tète du malade, saisit les bras à la hauteur du coude, les élève en haut au-dessus de la tète, en les écartant doucement du corps, puis, sans précipitation, les ramène en bas, pendants le long du corps. En même temps et au moment où les bras redescendent, une autre personne comprime les deux côtés du thorax. On simule ainsi les mouvements rythmés d’inspiration et d’expiration. Par l’élévation des bras, on fait entrer dans la poitrine le plus d’air possible et on l’en fait sortir par l’abaissement et la pression.
- Il ne faut pas exécuter ces mouvements trop rapidement ; en en faisant de quinze à vingt par minute, on se place dans les meilleures conditions.
- Ce qui est important, c’est de continuer longtemps ; la respiration artificielle peut ranimer des asphyxiés après une absorption assez considérable de gaz toxiques.
- Pendant qu’on procédera à cette manœuvre, une autre personne fera, avec un linge chaud, des frictions sur les membres, ou appliquera des sinapismes. Un moyen excellent consiste à faire des injections sous-cutanées d’éther sulfurique.
- Dès que la respiration spontanée reprend, faire respirer de l’oxygène; introduire dans la bouche du malade quelques gouttes d’une liqueur stimulante, eau-de-vie, chartreuse ou autre alcool de ce genre.
- Ces moyens sont à la portée de tous ; mais un médecin devra être aussitôt mandé, car les accidents d’asphyxie par l’oxyde de carbone se prolongent, peuvent engendrer, alors même que l'asphyxie a été passagère, des troubles graves. Aussi n’est-ce qu’une indication de premiers secours.
- Il va sans dire que ces mêmes moyens sont applicables aux cas beaucoup plus graves d’empoisonnement, de suicides par les réchauds de charbon, où la proportion de gaz toxique inhalé •est encore bien plus forte. Dr X....
- INFORMATIONS
- —— La direction générale des postes et des télégraphes d’Alsace-Lorraine fait actuellement établir un câble télégraphique souterrain le long de la route nationale de Wissembourg à Bâle entre Strasbourg et Mulhouse. L’importance des travaux est assez grande, car un demi-millier d’ouvriers y sont occupés sur un parcours constant d’une lieue. Détail à noter, le câble en question est relié sur son parcours aux forts qui entourent la ville de Strasbourg. Il le sera également à la hauteur de Colmar à la place de Jieuf-Brisacn, qui reste, comme on sait, une forteresse, par suite de la construction, aux environs, d’ouvrages défensifs destinés à l’appuyer. Des mesures de précaution ont été prises aux environs de Strasbourg, pour empêcher le public de reconnaître les points précis où le câble se ramifie dans la direction des forts.
- —Le port de Banjoevvangle, à l’ile de Java, qui n’était jusqu’à présent qu’un point d’escale, est en passe de devenir uii centre commercial et industriel d’une grande importance. Des usines à sucre s'édifient aux alentours et de grands espaces de terrains vont être cultivés en café.
- —— Le Times rapporte qu’un effet de mirage a causé récemment le naufrage d'un navire dans la mer des Antilles. La barque américaine Steadfast, se rendant de la Trinité à Philadelphie, s'est échouée à l’ile Sainte-Croix (Antilles). L'équipage a pu être sauvé, mais le navire est perdu. On se croyait à bord, à plusieurs milles de l’ile, par suite du mirage, tandis que l’on était déjà sur les récifs.
- —%— La marine des Etats-Unis vient de mettre en armement le premier navire cuirassé qui a été construit dans ce pays, c’est le monitor Miantonomoh, qui avait été mis en chantier à Brooklyn en 1872. D’abord construit en bois, il a été reconstruit en fer en 1883, et depuis il a reçu une cuirasse en fer et en acier. C’est un monitor à deux tourelles avec un mât militaire, qui, avec sou armement actuel, aurait facilement raison des anciens monitors, d’après le modèle desquels il a été construit à l’origine. Voici, d’après le Yacht, scs dimensions : longueur, 76 mètres; largeur extrême, 17 mètres.
- —— U y a un an, la foudre tombait à Kumbakonam (Inde) sur un Tamarinier. Environ quinze jours après avoir été frappé du feu du ciel, cet arbre donnait une floraison extraordinaire. On était alors en octobre. L’arbre était tout chargé de fleurs; chose remarquable : il ne possédait pas de feuilles. Plus tard, il donnait à l’époque normale une. seconde floraison. Puis, épuisé par cette dépense extraordinaire de sève, il succombait. On peut rapprocher ce fait du fait plus commun de ces arbres caducs chez lesquels la floraison est d’autant plus active qu’ils sont plus menacés de dépérir. Et alors, en dehors de l’influence de l’électricité si nettement accusée dans le fait que nous venons de rapporter, on verra que les arbres qui vont mourir subissent une sorte de surexcitation dernière et d’exagération de vitalité, dont le but est de leur procurer des descendants, grâce auxquels ils puissent se survivre.
- —11 vient d’être définitivement décidé, d’après ce que nous apprend Y Engineering, que 1 Exposition universelle de Chicago aurait sa tour. C’est le projet de M. George S. Morison qui a été adopté et les contrats pour la construction ont été passés avec la Keystone Bridge Company pour la somme de 1 500000 dollars tout en prévoyant de fortes amendes pour tous retards apportés à la terminaison de l’éntreprise. Les trois étages de la tour auront des plates-formes circulaires : la première aura 80 mètres de diamètre et sera à 70 mètres du sol; la seconde plate-forme aura 50 mètres de diamètre et sera à 130 mètres du sol, enfin le dernier étage ou lanterne aura 20 mètres de diamètre et sera à 300 mètres au-dessus du sol.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le ventilateur pour la confection des bulles de savon se trouve chez M. T. Hunier, 5, rue Guilhem, à Paris.
- Communications. — M. Baert, à Lille, nous adresse la description d’un arc-en-ciel, visible entre deux nuages, u’il a pu observer, le 19 novembre, à 3 heures et demie e l’après-midi, en chemin de fer, entre Saint-Omer et Ebblinghem, dans la direction sud-sud-ouest. Cet arc-en-ciel formait un angle d’environ 20 à 22 degrés avec le soleil. Le rouge était tourné vers l’astre du jour caché derrière un gros nuage. L’horizon était très chargé de vapeur d’eau. L’auteur joint une aquarelle à sa description.
- M. P. Simonnot, à Eurville (Haute-Marne), nous écrit : « L’article de M. Hospitalier Le système métrique dans le pays du système métrique (n° 963, du 14 novembre 1891, p. 582) est bien vrai, et il faut s’associer entièrement à ses conclusions. Tous les industriels de notre région, font de nombreux achats de planches de toutes sortes aux marchands de bois des Vosges ; non seulement ces derniers se servent de toises, pieds, pouces et lignes dans leurs exploitations et scieries, mais toutes leurs factures sont rédigées avec ces anciennes mesures, ce qui les rend inextricables ; il arrive même que certaines de ces indications varient d’un pays ou d’un marchand à l’autre. »
- M. Jordan Michaïloff, à Sofia (Bulgarie), nous adresse les premières livraisons d’une revue fort bien illustrée (( Svetlina » qu’il publie en langue bulgare.
- M. Raymond Gariel, à Paris, nous fait savoir que MM. Abbott frères, de Londres, ont construit un petit appareil de pyrogravure, analogue à celui que nous avons décrit récemment. Nous ferons observer que nous avons fait connaître l’appareil, sans parler de l’historique de la question.
- M. E. Muller, chimiste à Mulhouse, nous écrit au sujet d’un renseignement donné dans notre Boîte aux lettres du n“ 965 et dans lequel il était dit que, pour empêcher l’encre de brouiller l’écriture par l’effet de la pluie, il suffisait de recouvrir le papier d’un vernis transparent. « La plupart des vernis, dit M. Muller, font tache par la porosité même du papier qui n’est pas spécialement préparé pour cet usage ; mais il est très facile de vernir un papier quelconque en passant sur celui-ci avant le vernissage une couche de collodion normal dilué dans l’alcool. On peut très bien appliquer le collodion au pinceau, de même que le vernis. C’est un procédé très élégant et très rapide d’encollage du papier. »
- M. E. Piaget, à Lyon, nous adresse la note suivante : « Dans un voyage alpestre fait cet été dans le sauvage massif du Pelvoux, j’ai eu l’occasion, en prenant des photographies de ces hauts parages, de me servir du procédé orthochromatique et des écrans colorés. Grâce à eux, j’ai obtenu les plans les plus lointains et cela à une grande distance. » Notre correspondant nous adresse quelques spécimens des photographies qu’il a obtenues, et qui sont des plus remarquables ; elles représentent des chaînes de montagnes où s’aperçoivent çà et là des glaciers dont tous les détails sont d’une rare netteté.
- Renseignements. —M. A. Savary, à Rennes. — Les faits que vous signalez, ne peuvent s’expliquer que par un trouble visuel causé par les rayons du soleil.
- M. A. Wallon, à Vichy. —Nous ne croyons pas qu’il existe de traité spécial sur la chimie du liège ; mais vous trouverez quelques renseignements dans des ouvrages techniques, notamment le Dictionnaire des arts et manufactures et de l'agriculture de M. Ch. Laboulaye.
- M. P. G., à Paris. — Le même ouvrage donne des détails pratiques-sur la vulcanisation du caoutchouc, et sur les moyens d’effectuer cette opération dans les laboratoires.
- M. le comte de Forestier de Coubert, au château de la Bois-nière. — M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris, pourra
- vous fournir Te petit appareil de projection, et les renseignements que vous désirez.
- M. L. Flamant, à Belfort. — Une Notice a été publiée à ce sujet dans le Bulletin de la Société d'encouragement. Adressez-vous au secrétariat de la Société, rue de Rennes, à Paris.
- M. V. F. Plumel, à San-Francisco. — Vous trouverez chez les fournisseurs d’appareils pour laboratoires, des oléomètres. qui vous donneront des renseignements sur la qualité des huiles : mais pour avoir une appréciation certaine, il faut soumettre l’huile à examiner à une analyse méthodique que nous ne saurions indiquer ici. Vous trouverez des méthodes dans les Traités d’analyse des produits industriels.
- M. Henri G., à Valence. — Il s’agit d’une espèce d’acarus il faudrait un spécialiste pour vous indiquer l’espèce.
- M. le comte duChayla, à Cannes. —Le moteur genre Corliss dont il a été question, a été construit par un amateur ; il ne se-trouve pas dans le commerce.
- M. E. F., à Saint-Pierre, Martinique. — Nous reviendrons sur l’histoire du phénomène, et nous vous donnerons l’indication que vous désirez.
- Accusés de réception.,— Avis divers : M. A. Crolard, à Qram. Nous ne trouvons aucun article se rapportant à cette application ; veuillez préciser votre question. — M. G. Veyre, à Saint-Bueil. Nous avons répondu déjà plusieurs fois dans nos Boîtes aux lettres précédentes aux questions que vous nous posez de nouveau.—Un lecteur, à Nantes. Adressez-vous directement à M. Trouvé, 14, rue Vivienne, à Paris. — M. Lambinet, à Tunis. Vos communications seront insérées prochainement. Remerciements. — M. L. Kien, à Thaon. Chaque appareil a ses avantages et ses inconvénients; on ne saurait répondre à votre question.— M. E. d'Avellar, à Lisbonne. 1° Pas de recette spéciale; 2° Traité de photominiature, à la librairie Gauthier-Yillars, à Paris. — M. Vuibert, à Epernay. Pour ce qui concerne les vernis, adressez-vous à M. Bolloré-Sœhnée, 19, rue des Filles-du-Calvaire, à Paris. — M. A. H., à Sair.t-Etienne. Remerciements pour votre appareil qui est d’un emploi un peu spécial. — M. A. Charpenteur, à Vendôme. Nous avons décrit précédemment les appareils de M. de Caligny ; voyez n° 483, du 2 septembre 1882, p. 210. — M G. de R. A., à Baleine. Il s’agit là de simples phénomènes de réflexion. — M. P. T., à B. Il faut que les soufflets pour chambres noires ne laissent pas passer la lumière ; les soufflets de peau donnent de bons résultats. — M. le Br Bosviel, à Arradau. Voyez les Adresses relatives aux appareils décrits dans la Boîte aux lettres du n" 964, du 21 novembre 1891.
- — M. C. P., à Toulouse. L’accident, que vous indiquez, n’est nullement à craindre; il s’agit simplement du démarrage de la machine. — il/. Fleurot, à Philippeville. S’adresser au secrétariat de l’Académie des sciences. — L’abonné 3532, à X. — 1° Pas d’application de ce genre ; 2° le problème n’a pas encore reçu de solution pratique. — M. P. Ginoulhac, à Béziers. Vous trouverez les-foumitures nécessaires chez les différents marchands de vitraux : Mil. Lemal et Baquet, 130, rue du Faubourg-Saint-Denis; M. Levens, 25, avenue Trudaine ; M. Neret, 7, rue Joquelet, à Paris. — M. P. L., à Bordeaux. 1° Marchands de pièges, quai du Louvre, à Paris ; 2° pas-d’adresse spéciale ; 5° ces résultats ne peuvent être fournis que par l’expérience. — M. E. G., à X. Nous ne pensons pas que le procédé mentionné ait une grande valeur pratique. — M. L. P., à. Paris. M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau. — M. P. Robinet, à Epernay. L’aluminium peut être soudé par les procédés de soudure électrique de M. E. Thomson que nous avons décrits dans le n° 713, du 29 janvier 1887, p. 131; et dans le n° 836, du 8 juin 1889, p. 17. — M. Boccara, à Bucharest; M. Lahache, à Philippeville. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — M. II. P-, à Monté-limar. Consultez le petit livre des Nouvelles Recettes utiles, à la librairie Masson. — il/. F. Lavandera, à üvieda ; M. Deisser, à Anvers; Un lecteur, à Dijon. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles à la même librairie. — M. J. D. G., à Gand. Le même ouvrage vous donnera des formules de lotions contre les taches de rousseur. —L’abonné 2012, à Saint-Mandé; M. Faivre, à Aubin; M. P Schienberg, à Guebwiller; M. II. G-, à Grenoble; M. C. Schmidt, à S. Joâo de Rio-Claro; il/. C. Drive!, à Narbonne; M. L. Quentin, à Péronne. Remerciements pour vos communications.
- — il/. B. Vaulterrewegz, à Gand; il/. A. Mesca, à Catania; M. J. V., à Paris; M. L. Labarre, à Rouen; il/. 0. L., à Tulle; M. E. La-noue, à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — |<1/. </. Sonnet, au Fournay. 1° Il s’agit de mastics dont nous ne connaissons pas la composition; 2° environ 30 chevaux; 3° consultez le petit livre des Recettes et procédés utiles mentionné plus haut.
- — M. À. Degoix, à Nancy. Remerciements pour votre lettre; nous donnerons à l’occasion l’indication que vous nous transmettez. — il/. A. Azéma, à Toulouse. Non; pas encore dans la pratique. — il/. F. A. Labadie, à Nogales, Arizona. Nous avons reçu votre lettre et vos photographies ; cela est très intéressant et sera publié prochainement dans La Nature. — M. P. Gay, à Paris. Votre observation est juste, mais une rectification ne nous semble pas utile. — M. F. S. S., à Paris. Pas de livre de ce genre. — M. le Dc Jérôme Mari, à Yiterio. Le sujet nous a paru un peu spécial pour notre recueil, il nécessiterait, en outre, un trop grand développement. — M. Binard, à Bergerac. Remerciements pour votre communication.
- Dans la « Boite aux lettres » ta Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qni précédé lç date de la livraison.
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- BICYCLISME. — Dessins inédits de A. Robida.
- . 1. Le Départ. — 2. Un accident. — 3. Deux passions. — 4. Mauvais temps. — S. Les ennemis de la bicyclette. — 6. Mauvais chemins.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Liqueur pour colorer en noir mat le fer et l'acier. — On opère le mélange suivant : chlorure de bismuth, 10 grammes; bichlorure de mercure, 20; chlorure de cuivre, 10; acide chlorhydrique, 60; alcool, 50; eau, 500. On ajoute à ce mélange de la teinture de fuchsine en quantité suffisante pour masquer la couleur. On applique ce liquide au pinceau ou on y trempe l’objet décapé. On laisse sécher, on passe ensuite à l’eau bouillante pendant une demi-heure et on répète l’opération jusqu’à la couleur voulue, puis on passe l’objet au bain d’huile ou on chauffe au feu après l’avoir imprégné d’une couche d’huile. Cette liqueur, dont la composition est due à M. Mazure,
- convient pour le bronzage des canons de fusils, armes, etc. Dans l’horlogerie, elle peut servir à bronzer les boîtiers de montres, les chaînes, médaillons, etc. Un praticien qui a essayé ce procédé, nous a informé qu’il en avait obtenu de bons résultats.
- Conservation du bois. —- Si nous en croyons M. Chanute, aucun procédé n’est aussi efficace que le procédé Wellhouse au zinc et au tanin pour prolonger la durée des bois. Des traverses de bois tendre, préparées à Saint-Louis, en 1881 et 1882, et employées sur diverses lignes de chemin de fer, sont, après neuf ou dix ans, dans un état complet de conservation. M. Chanute constate, en plus, que les bois préparés par ce procédé, non seulement se conservent bien, mais qu’ils acquièrent encore une plus grande dureté.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49-,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 23 novembre. 2-,9 S. W. 1 Couvert. 1,4 Couvert; petit brouil. av. le jour; pluie jusq. 2 h.
- Mardi 24 . 0“,4 N. E. 3 Couvert. 0,0 Couvert; léger brouil. à 17 h.; gouttes fines à 15 h.
- Mercredi 25 0°,6 N. E. 1 Couvert. 0,0 Beau de 19 à 21 h.; couv. av. et après.
- Jeudi 26 — 2°,0 W. S. W. 2 Couvert. 0,0 Couv. le m.; qq. nuag, le s.; br. le m. de 200 m. à 8 b.
- Vendredi 27 3”,9 S. W. 2 Très nuageux. 3,6 Nuageux; couv. av. le jour; pluie de 2 à 6 h. 1/2.
- Samedi 28 - 1%7 S. E. 2 Quelques nuages. 0,0 Peu nuageux ; brouillard à 1 h.
- Dimanche 29 — 0°,6 S. E. 2 Couvert. 9,0 Couv.; brouil. le m.; bruine de 8 h. à 13 li. et de 18 à 21 b.; pluie fine après 20 h.
- NOVEMBRE 1891. — SEMAINE DU LUNDI 23 AU DIMANCHE 29 NOVEMBRE 1891
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, tes pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la merj; courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Un cyclone aux Etatn-Uni». — A la date du 23 novembre, un violent ouragan de vent et de pluie, remontant le littoral de l’Atlantique, a sévi à Washington et à Baltimore. Toutes les communications avec ces villes ont été coupées depuis la réception d’un télégramme envoyé à New-York et qui avait annoncé que sept personnes avaient été tuées à Washington et que le cyclone avait détruit des maisons à Baltimore.
- Un coup de foudre. — La foudre est tombée le 23 novembre sur une maison de campagne située dans les environs de la Seyne, près de Toulouse. Elle y a produit «les effets extraordinaires. Après être entré par la toiture avec un fracas épouvantable, le fluide pénétrait dans la chambre à coucher où les époux Laugier étaient au lit, et faisait plusieurs fois le tour de l’alcôve à quelques centimètres des deux malheureux dont on comprend l’épouvante L'a foudre traversa ensuite le plancher, alla dans la cuisine où elle bouleversa tous les ustensiles en métal, regagna le
- premier étage en suivant la rampe de l’escalier et finalement s’échappa par une fènêtre. Les époux Laugier n’ont eu aucune blessure, mais ils ont été quelques jours à se remettre de leur terrible émotion.
- Ues hiver» rigoureux. — Un rédacteur du journal anglais Nature a établi, d’après les observations faites depuis soixante-dix-neuf ans, à Greenwich, nu tableau des hivers les plus sévères, où l’on relève une loi assez curieuse dans leur succession. L’examen du tableau permet de voir que la rigueur des grands hivers a été en décroissant, à Greenwich, de 1813 à 1839, tandis qu’elle a été croissant jusqu’en ces derniers temps. Jugeant du futur par le passé, on peut donc supposer que nous n’avous pas encore atteint le terme des hivers rigoureux, quoique nous soyons évidemment sur la branche descendante de la courbe. Il ne faudrait pas trop se hâter de conclure cependant, pour notre pays, de ce qui s’est passé à Greenwich. L’auteur de la Note que nous avons rapidement résumée remarque, en eifet, que les courbes des hivers rigoureux, prises dans différents pays, souvent fort rapprochés, sont loin d’être parallèles.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 23, à 8 h. 35 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETE.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement de Vinfluenza. — L’influenza, qui a sévi d’une façon si grave l’hiver dernier sur presque toute l’Europe et une partie du nouveau monde, semble vouloir reparaître cette année sous forme d’une nouvelle épidémie. Avertis du danger qu’ils courent, en voulant quand même, sortir, aller, venir et vaquer à leurs occupations, les malades prendront cette fois plus de précautions. On peut dire, en effet, que c’est en se soignant dès le début qu’on a chance de faire avorter le mal, d’amoindrir, en tout cas, sa violence et sa durée, et d’éviter, dans la plus large mesure possible, les complications si variées qui se montrent dans cette grave affection.
- L’influenza s’annonce en général par du mal de tête, de la courbature, de légers frissons; il y a dans quelques cas une sorte de prostration, d’abattement hors de proportion avec l’intensité de la fièvre. Avertissez de suite votre médecin. Lui seul est à même de juger s’il s’agit bien là d’une grippe; si, la grippe existant, il y a ou non des complications ; lui seul peut vous indiquer d’une façon efficace le traitement à suivre, lequel peut varier d’un cas à l’autre, suivant, comme on dit vulgairement, tel ou tel tempérament. En attendant, vous pouvez suivre sans inconvénients les préceptes suivants. Se mettre au lit ou, si la fièvre et le malaise sont peu intenses, ne pas sortir. Le lit a le grand avantage d’assurer une chaleur constante, de reposer le corps et de diminuer la sensation de courbature. Ayez soin, avant d’y entrer, de le faire bassiner, pour éviter une impression désagréable de froid.
- La langue est-elle chargée, avalez un verre d’eau purgative, Montmirail, Châteldon ou la vulgaire eau de Sedlitz; pour les délicats, la limonade au citrate de magnésie. Une fois l’effet de la purgation produit, c’est-à-dire trois à quatre heures après l’ingestion de cette verrée, prenez un des cachets suivants :
- Antipyrine.....................50 centigrammes.
- Sulfate de quinine.............20 —
- Faites suivre la prise de ce cachet de l’absorption d’un verre de grog ordinaire un peu chaud (3 cuillerées à café de bonne eau-de-vie ou de kirsch dans un verre d’eau citronée. Quatre fois dans la journée reprenez un cachet semblable.
- Entre temps, gargarisez-vous, pour éviter les complications inflammatoires du côté de la gorge ou des oreilles, avec de l’eau boriquée à 5 pour 100. Yers le soir, prenez dans une infusion pectorale chaude (et la meilleure est, à mon avis, une boisson alcoolique, comme le grog ci-dessus), prenez 2 à 3 grammes d’acétate liquide d’ammoniaque et 10 à 15 gouttes d’alcoola-ture de feuilles d’aconit. L’alcoolature de feuilles a, quoi qu’on Aise, une action réelle et est moins dangereuse que l’alcoolature Ae racines. S’il y a de la toux, ajoutez une cuillerée à café ou deux de sirop de codéine. Les cas simples seront facilement jugulés par ce traitement continué deux ou trois jours.
- On a préconisé bien des remèdes contre l’influenza et beaucoup réussissent, tels la quinine, l’antipyrine, le chlorhydrate A’ammoniaque ; mais, à vrai dire, il n’y a pas de spécifique.
- Dr X...
- INFORMATIONS
- —Une importante découverte vient d’être faite par l’Institut bactériologique de Saigon, dont nous avons plusieurs fois signalé les importants travaux. Le docteur Calmette, médecin de la marine, a réussi à isoler et à reproduire à volonté, dans des bouillons de culture, le ferment de l’opium des fumeurs. La culture rationnelle de cet aspergillus, réduisant de onze mois la fermentation de l’opium, procurera au Trésor une économie considérable; elle offre surtout, au point de vue de l’hygiène publique, l’avantage appréciable d’attenuer les inconvénients quon attribue à l’usage de l’opium.
- —%— Il résulte de la statistique établie par l’administration des contributions indirectes pour 1890 qu’il est consommé en France, annuellement, pour 64 millions et demi de tabac à priser, contre 250 millions de tabac à fumer (cigarettes, cigares et pipes). Quant au tabac à chiquer, il s’en consomme pour 13 millions. Les consommateurs de tabac constituent une minorité relativement au total de la population. Ils constituent un chiffre de 6 à 7 millions. La quantité moyenne de tabac à attribuer à chaque consommateur est u’en-viron 5 kilogrammes. Cette quantité représente pour chacun d’eux une dépense de 60 à 70 francs au minimum.
- —— La construction d’un égout collecteur à Autun a fait découvrir la grande voie romaine qui traversait la ville. Peu d’anti-uités s’y découvrent, mais ce que l’on retrouve, ce sont les traces es sièges que cette ville eut à supporter : l’un par Tçtricus, celui-ci était épouvantable, les traces de destruction et d’incendie y sont profondément marquées ; et l’autre par Constantin, ce dernier était moins violent, du reste, la ville n’avait pas eu le temps de relever ses ruines. Cette voie est à 5 mètres de profondeur du sol actuel.
- —On sait qu’en 1893, lors du 300e anniversaire de la fondation de notre Jardin des Plantes, dit Y Université de Montpellier, la Société botanique de France doit tenir à Montpellier sa réunion générale. On saisira cette occasion pour inaugurer les bustes des trois derniers directeurs du jardin : Dunal, Martins et Planchon. Depuis plusieurs mois déjà sont arrivés les bustes des deux premiers; celui de Planchon vient d’être à son tour reçu par l’administration du jardin. On a procédé à l’ouverture de la caisse mardi dernier à 2 heures, en présence de M. le recteur et de la famille du regretté professeur de notre Université. Le buste rappelle très exactement les traits du savant dont le souvenir mérite à tant de titres de vivre, non seulement dans notre Université, parmi les professeurs et les étudiants, mais aussi dans la mémoire reconnaissante de toute la population viticole de notre province.
- —— Il y a quelques semaines, l’équipage du bateau de pêche Saint-Jean-Baptiste, de Boulogne, a capturé, à 25 milles à l’est de Ramsgate (Angleterre), un monstre marin qui avait causé des avaries considérables aux filets. Le squale a été débarqué à Dunkerque. Les marins lui donnent le nom de Requin-Renard, de la famille des faucheux; il mesure environ 4 mètres de longueur, y compris sa queue.
- —•$&— Notre collaborateur, M. Félix Leconte,,professeur agrégé en sciences physiques et mathématiques, vient d’êtra nommé préparateur du cours d’électricité appliquée à l’Université de Gand. Ce cours est donné par M. F. Van Rysselberghe.
- —Un aigle mesurant 2 mètres d’envergure a été tué dans la forêt des Hallattes, près le Havre, où sans doute il a été porté par la dernière tempête.
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- •A.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Dans une de nos précédentes Boîtes aux lettres nous indiquions la maison Adt, de Pont-à-Mousson, comme construisant des pavillons ^en carton, qui sont en réalité établis par M. Lefort, 6(j, rue Deterville, à Alfortville. — L’outil multiple se trouve chez M. Yàllot, 62, rue Alexandre-Dumas, Paris.
- Communications. — M. P. Bosi, à Lyon, nous communique la description d’un nouveau cadran universel qui donne l’heure exacte, à moins de 2 minutes près, de 300 lieux habités. Ce cadran est une projection de la sphère terrestre sur l’équateur. Les longitudes sont tracées de deux en deux minutes de temps et les villes sont placées sur leur méridien horaire. Une simple lecture permet de connaître l’heure à Sydney, par exemple, suivant l’heure de Bordeaux.
- .. La Compagnie de l'industrie électrique, à Genève, nous envoie les dessins d’un nouveau compteur d’heures. Les nombres d’heures sont enregistrés sur divers cadrans extérieure.
- M. A. Laporte, 8, rue Elzévir, à Paris, nous adresse la description d’une serviette d’ingénieur ou d’avocat, qu’il a imaginée et qui est munie d’une double courroie, l’une fermant la serviette, l’autre permettant de la porter d’une main comme une valise.
- M. H. Beeb, pharmacien à Neuilly-sur-Seine, nous fait parvenir un échantillon d’un nouveau fixo-vireur qu’il prépare pour la photographie, et qui serait inaltérable.
- M. J. Morin, i, rue Oudinot, à Paris, nous adresse la Notice suivante : « J’ai l’honneur de soumettre à votre examen une nouvelle lanterne fumivore qui permet de réduire au minimum la hauteur des tuyaux de cheminée. Elle a la propriété d’assurer l’échappement de la fumée dans la direction du vent, comme une bonne girouette, mais sans aucun mécanisme et, par conséquent, d’une manière durable. Elle se compose : 1° d’une emboîtureE, de même diamètre que le tuyau sur lequel elle s’adapte, mais qu’elle permet de supprimer et en la plaçant directement sur le dosseret des souches comme un mitron; 2° d’un prolongement ou tambour T, de même diamètre et fermé haut et bas par des surfaces coniques; 3° enfin d’une surface cylindrique C, de plus grand diamètre que l’em-boîture et le tambour et qu’elle enveloppe sur une partie de leur hauteur. En voici le fonctionnement, ou plutôt celui qu’elle imprime à tous les vents puisque ses parties en sont fixes. La surface cylindrique enveloppe C abrite l’orifice d’échappement de l’emboîture ou mitron, où le tambour T divise le courant du vent au-dessus de l’enveloppe, où, par conséquent, se produit un vide relatif à l’oppo-site du courant, et dans lequel se précipite la fumée après avoir circulé dans l’espace annulaire en léchant la base conique du tambour. Il est visible que cet effet se produit, quelle que soit la direction du vent. Le vide relatif
- firoduit aussi un courant ascendant de l’air ambiant qui active e tirage des cheminées. Le fonctionnement de cette lanterne étant indépendant de la hauteur à laquelle elle est placée, elle permet de supprimer ces longs tuyaux en tôle, dont l’effet est si fâcheux et, dans ce cas, l’emboîture E fait office de mitron avec sa bavette et la porte de ramonage. L’expérience a montré que, même dans les applications sur des combles en contrebas des maisons voisines, cette lanterne fonctionnait parfaitement en étant placée directement sur les dosserets. »
- Renseignements. — M. B. J., a Lausanne. — Dans votre cas particulier, le moyen le plus simple, est de prendre un petit moteur à gaz pour actionner une dynamo.
- M. Ch. Le'Prince, à Granville. — On peut rendre les tissus ou le bois incombustibles en les imbibant d’une solution de phosphate d’ammoniaque.
- M. A. Lauer, à Nantes. — Pour les fontaines lumineuses, voyez l’article que nous avons publié (n° 959, du 17 octobre 1891, p. 308).
- M. E. Leblanc, à Paris. — Nous avons lu l’article que vous mentionnez ; nous ne saurions, comme vous, indiquer si le récit est authentique.
- M. G. Fauquier, à Nîmes. — La seconde conduite du frein à air comprimé est seulement appliquée par la Compagnie de-Paris-Lyon-Méditerranée; elle a pour Eut de permettre au mécanicien de modérer l’action du frein dans les grandes pentes.
- M. L. S., à Dunkerque. — 1° Neuf heures environ au régime de 11 à 12 ampères. — 2° 100 ampères. — 3° Le courant fourni serait diminué.
- M. H. G., à Courbevoie. —Nous avons publié des articles sur l'expérience du bâton brisé au-dessus de deux verres (voyez le n° 366, du 5 juin 1880, p. 7.)
- M. Gotendorf, à Maisons-Laffitte. — Vous trouverez un livre de pisciculture d’amateur, à la librairie Rothschild, 13, *rue des Saints-Pères, à Paris.
- M. C. Forget, à Neaufles-sur Risle. — 1“ Il s’agit de fil recouvert de trois couches de coton. — 2° Cette précaution est inutile. —3° Ne pas descendre au-dessous de 1 à 2 ohms.— 4° La résistance doit être variable.
- M. B. B., h Paris. — L’adresse demandée est : M. A. Maury, 6, boulevard Montmartre.
- M. L. de M., a Paris. — La bulle crève quand elle arrive au plafond ; en plein air, par temps calme, elle peut monter assez haut.
- M. A. Meyer, à Lille. — Traité d'horlogerie moderne, chez M. Saunier, 154, rue Saint-Honoré, à Paris.
- M. L. Moufflet, à Hyères. — Il nous faudrait connaître le nom de l’auteur du Dictionnaire dont vous parlez.
- M. le DT J. P., & Bône. — Tous ces procédés de détail ont été tenus secrets; nous avons dit tout ce que nous savions.
- M. J. D., à Saint-Didier. — Les barattes pourront vous donner le résultat que vous désirez ; adressez-vous à MM. Allez frères, 1, rue Saint-Martin, ou à M. Charles S., 16, quai du Louvre, à Paris, maisons qui vendent ces appareils.
- M. Fluos, à Bordeaux. — 1° Le procédé a donné de bons résultats. — 3° S’adresser à l’usine Kühlmann, à Lille.
- M. P. Vicher, à Albertville. — Consultez l’article que nous avons publié sur cet appareil (n° 711, du 15 janvier 1887,
- p. 112).
- M. E. D., h L. — 1° Nous ne connaissons pas de traité spécial du patinage. — 2° Renseignez-vous à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris, ou aux bureaux du journal l'Eleveur, 2 ter, avenue Aubert, à Yincennes (Seine).
- M. J. de L., à Paris. — La modification que vous proposez apporterait une amélioration ; mais il serait nécessaire d’expérimenter le système avant de donner une réponse certaine.
- M. L., à Paris. — Il est inutile de vous déranger pour aHer retirer la quittance au bureau de poste. Elle vous sera, dans quelques jours, représentée directement à votre domicile.
- il/. Th. Væssner, à Saint-Pétersbourg. — Votre carte postale est incompréhensible pour nous ; elle a dû être précédée d’une lettre que nous n’avons pas reçue.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Olivetti, à Lyon. Vous trouverez des ouvrages sur l’hypnotisme à la librairie Asselin et Houzeau, place de l’Ecoie-de-Médeeine, à Paris. — M. F. Borelli, à Marseille. Nous publierons prochainement des articles qui vous donneront satisfaction. —M. J. G-, au Brusc. Il nous a été impossible d’avoir des renseignements; le moteur, dont vous parlez, est inconnu à l’adresse que vous indiquez. — M. Ch. Andrieu, à Clermont-Ferrand ; M. Ferra, à Hanoï. Vos lettres ont été transmises aux fabricants. — M. L. B., à La Chaux-de-Fonds. Le dépôt d’aluminium ne peut être obtenu dans ces conditions. — M. J. P., à Paris. Voyez le Formulaire pratique de l'électricien. (G. Masson, éditeur.) — M- Hutinet, à Mâcon. Vous trouverez un livre de manipulations de physique, par A. Witz, à la librairie Gauthier-Yillars, à Paris. — M. A. F., à Vouziers. Non; il n’a pas été fait de tirage de ce genre. M. H. L., à Périgueux. Votre idée nous paraît difficile à réaliser. — M. A. Lair Desvallées, à Laval; M. L., à Fontainebleau; M. L. Mourre, à Paris. Voyez le petit livre des Becettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur). —M. J. B., à B. 1° Nous ne connaissons pas de tels produits; 2° Voyez le même petit livre. — M. F. Parlato, à Zurich. Il n'existe pas d’ouvrage de ce genre. — M. G. Colfs, à Enying. Remerciements pour vos communications. — M. X-, à La Rochelle; M. A. D., à Périgueux; Un lecteur, au Mans; M. J. M. C., à P.; M. L. L., à Reims. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Coupe d’une cheminée munie d’une lanterne fumivore.
- Bans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS1
- Machine pour effiler les haricots verts. — Dans la 5968 Boîte aux lettres, du 27 septembre 1890, nous avons répondu à M. Sillig, à Bellerive : « Nous ne pensons pas qu’il existe de machine spéciale pour effiler les haricots verts. » Nous sommes contraint de faire, au sujet de cette réponse, notre mea culpa. Il existe une machine à effiler les haricots verts; un de nos aimables lecteurs, M. Barth, a l’obligeance de nous
- Machine à effiler les haricots verts.
- envoyer ce petit appareil confectionné en Alsace aux environs de Strasbourg. A droite de notre figure, on voit le détail de l’appareil qui se fixe à une table au moyen d’une vis. Une lamelle d’acier convenablement aiguisée, adhérente au support, est ainsi tenue immobile, on y passe les haricots verts dont le fil est très rapidement enlevé au moyen de ce système. Ce petit appareil se trouve chez M. Ducart, ferblantier, route de Bisch-willer, à Schiltigheim, près Strasbourg (Alsace) ; il ne coûte que l,r,25.
- Tableaux A musique. — Tout le monde connaît ces petites boîtes à musique, munies d’un ressort que l’on peut remonter et qui, pendant quelques minutes, jouent différents airs. Nous signalerons à nos lecteurs des petits tableaux qui, non seulement font de la musique, mais représentent encore différentes scènes parfois fort intéressantes. La figure ci-dessous nous montre une série de petits chats dansants, sous la direction de leur mère qui joue du violon et marque la mesure; trois jeunes petits chats s’exercent à la danse, en ayant bien soin de se conformer à cette mesure. L’effet obtenu est charmant. Le mécanisme est des plus simples. Sur l’arbre du tambour à musique est une roue dentée qui commande par engrenage un
- Tableau à musique. Vue du mécanisme et vue de face.
- disque en bois portant, espacés convenablement sur la circonférence extérieure, des petits clous. L’extrémité d’un levier, mobile autour d’un axe horizontal, vient appuyer successivement sur ces divers clous. Il en résulte des mouvements fort différents sur un autre levier fixé sur le même axe horizontal que le précédent. Une série de cordelettes réunies à ce levier commandent, par différentes combinaisons très ingénieuses, les mouvements des divers personnages. Les dispositions sont des plus simples et des mieux réussies. Il a été possible d’obtenir ainsi une série d’effets très saisissants. Parmi toutes les scènes qui ont été ainsi représentées, nous mentionnerons le pianiste, la leçon de danse, le concert de chiens, etc. Plusieurs autres
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces 1
- tableaux ne sont pas à musique; parmi ees derniers, nous trouvons le cirque, l'apprenti et le cordonnier, le gâteau à surprise, l'atelier d'horlogerie, le botaniste, etc. Signalons, en particulier l'ivrogne à sa porte. Il titube et essaye d’ouvrir sa porte ; du haut de la fenêtre sa femme l’accable d’injures. Ces tableaux se trouvent chez MM. Stransky frères, 20, rue de Paradis, à Paris.
- Une sonnette h bon marché. — J’ai pris une bouteille quelconque. Avec un fil de coton imbibé d’alcool, je l’ai coupée circulairement à la hauteur AB suivant un plan bien horizontal. Au bout d’un fil fort, j'ai attaché un bouton métallique; j’ai passé l’autre extrémité du fil dans un bouchon de liège, vieux
- Sonnette confectionnée avec un bouton et une bouteille.
- ou neuf; descendu le bouton par le goulot; bouché,' réglé la hauteur de mon battant (par un nœud sur le bouchon) de manière que le bouton vienne frapper peu au-dessus de la section. Et voilà la sonnette. Agiter en s’en servant. Au Iiéu d’une vulgaire chopine, prenez un flacon de Baccarat -et -vous serez sûr d’entendre le tintement le plus cristallin. L’abonné 2295.
- BIBLIOGRAPHIE
- La science amusante. Deuxième série. 100 nouvelles expériences, par Tom Tit. 1 vol. in-8°. Librairie Larousse. — Paris, 1892. —Prix broché, 3 francs.
- En 1880, nous avons inauguré dans La Nature, sous le titre de Physique sans appareils, un nouvel enseignement récréatif de physique expérimentale dans lequel les appareils étaient remplacés par des objets usuels; il nous a été donné de passer successivement en revue la série des expériences qui se font dans les cours ; chaleur, optique, électricité, etc., tout cela exécuté avec des bouteilles, un œuf dur, des fourchettes, des carafes, des bouchons, etc. Notre Physique sans appareils et nos Récréations scientifiques, auxquelles nous ne renonçons point d’ailleurs, ont obtenu un grand succès. Ce mode d’enseignement par la récréation a fait école, et nous nous en félicitons puisque le résultat final se traduit par la vulgarisation du goût de la science. Parmi ceux qui ont continué et développé cette méthode, nous mentionnerons, en première ligne, notre collaborateur, M. Arthur Good, qui, sous le nom de Tom Tit, a réuni d’abord 100 expériences originales et instructives, de science amusante. — Tom Tit publie aujourd’hui une nouvelle série, qui n’aura pas moins de succès que la précédente. Assurément, il n’y a plus là les expériences fondamentales des principes de la physique, mais on trouve dans le nouvel ouvrage bien des récréations ingénieuses, instructives, fort bien représentées par les gravures de Poyet. G. T.
- Traité des falsifications et altérations des substances alimentaires et des boissons, par E. Burcker. 1 vol. in-8°, avec 61 figures dans le texte. Octave Doin, libraire-éditeur, 8, place de l’Odéon. — Paris, 1892.
- Leçons de clinique médicale faites à Thôpital de la Pitié et à T Hôtel-Dieu (années 1879-1891), par le Dr E. Lancereaüx. 1 vol. jn-8°, avec figures. Yeuve Babé et Cle, éditeurs, 25, place de* l’Ecole-de-Médecine. — Paris, 1892.
- Annuaire statistique de la ville de Paris, 10* année, 1889. 1 vol. in-4°. G. Masson, éditeur. — Paris, 1891. — Prix if 6 francs. -
- Le ciel pittoresque. Astronomie descriptive, historique et anecdotique, par E. Tournier. Le soleil et les planètes.
- 1 vol. in-16, avec 74 figures. Librairie centrale des sciences, 25, quai des Grands-Augustins. — Paris, 1892. < .
- Galerie des naturalistes. Histoire des sciences naturelles depuis leur origine jusqu’à nos jours, par J. Pizzetta. 1 vol. m-8\ A. Hennuyer, imprimeur-éditeur. —Paris, 1891. .
- Les missionnaires français au Thibet, par le prince Henri d’Orléans. Extrait du Correspondant. 1 brochure in-8°. De Soye et fils, imprimeurs, 48, rue des Fossés-Saint-Jacques. — Paris, 1891. .
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Alliage adhérent au verre. — M. F. Watter a trouvé un alliage qui adhère énergiquement au verre et qui peut servir, ar conséquent, à assembler les tubes de verre, à les fermer ermétiquement, etc. Cet alliage, d’après la Revue de chimie industrielle, se compose de 95 pour 100 d’étain et 5 pour 100 de cuivre. On l’obtient en versant le cuivre dans l’étain préalablement fondu, agitant le mélange avec un agitateur en bois, le coulant ou le granulant, puis le refondant. Il fond à environ 360° degrés. En ajoutant 0,5 à 1 pour 100 de plomb ou de zinc, on peut rendre l’alliage plus ou moins dur, ou plus ou moins fusible. On peut aussi s’en servir pour recouvrir des métaux ou
- pour protéger des fils métalliques, auxquels il donne^ l’apparence à peu près complète de l’argent.
- Papier hydrofuge. — M. C. Lenz rend le papier ou le carton résistant à l’eau, en ajoutant dans la pâte, au moment de l’encollage, du savon de résine, du sulfate d’alumine et de l’alun de chrome. La pâte contenue dans l’épurateur reçoit par chaque 100 kilogrammes de pâte supposée sèche, 4 kilogrammes de savon de résine de la meilleure qualité et 4 kilogrammes de savon d’alumine. On malaxe pendant une demi-heure environ, puis on ajoute 1 à 2 kilogrammes d’alun de chrome dissous dans l’eau chaude et on continue de travailler la pâte pendant une demi-heure. Après quoi on la passe dans la machine à papier ou à carton.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES BU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 30 novembre. 4”,9 S. S. E. 2 Couvert. 5,5 Couvert jusq. 14 h. Beau ensuite. Pluie jusq. 8 h.
- Mardi 1" décembre . 0”,4 S. E. 2 Couvert. 0,2 Couvert. Brouillard le matin.
- Mercredi 2 7”,6 S. 4 Couvert. 2,8 Couv. le m.; nuag. puis beau apr. 20 h.; pl. de 4 à 12 b.
- Jeudi 3 3°,0 S. 2 Couvert. 4,4 Nuag. j. 5 h.; couv. ensuite; bruine l’ap.-midi. Gel. bl.
- Vendredi 4 11 “,8 S. S W. 3 Couvert. 0,5 Tr. nuag. de 11 à 18 h.; couv. av. et ap.; pl. de 1 à 2 h.
- Samedi 5 10”,6 S. 2 Nuageux. 0,0 Couvert de 8 à 16 h.; nuageux avant et après.
- Dimanche 6 9”,7 S. 3 Couvert. 0,0 Presque couvert; un peu de pluie à 14-15 h.
- NOVEMBRE-DECEMBRE 1891
- SEMAINE DU LUNDI 50 NOVEMBRE AU DIMANCHE 6 DÉCEMBRE 1891
- Lundi
- Mardi
- ISSbSSSS!
- isssbssi
- IBS SB!
- La courbe super,cure indique la nébulosité de O A 10; les [lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu, indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boute sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Bétumé des observations météorologiques faites au parc de Saint-Maur en novembre 1991
- par M. E. Renoo.
- Moyenne barométrique à midi, 755““,88; minimum, ie 11, à 9 heures du matin, 735““,53; maximum, le 5, à 10 heures du matin, 770"“,33.
- Moyennes thermométriques : des minima, 1°,70; des maxima, 8°,75; du mois, 5®,23; moyenne vraie des vingt-quatre heures, 4®,75. Minimum, le 9, à 5 heures du matin.' — 7®,0. Maximum, le 19, entre 1 heure et 2 heures du soir, 16®,1. Il y a eu dix jours de gelée et six jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur, 5““,71; la moindre, le 9, à 4 heures et 5 heures du matin, 2",7 ; la plus forte, le 18, à 10 heures et 11 heures du soir, 10““,7.
- Humidité relative, 86; la moindre, le 7, à 1 heure du soir, 40; la plus grande, 100, en quinze jours.
- Pluie, 44““,0 en soixante-dix-huit heures un quart, réparties en quinze jours; pas de neige,
- , Nébulosité, 65. Brouillard neuf jours dont quatre assez épais; de plus, deux jours de brouillard partiel sur la Marne et sa vallée.
- Orage, le 13, à 3 heures et demie du soir, deux coups de tonnerre à peu de distance du zénith avec un peu de pluie et de grêle. C’est le
- deuxième orage qui ait lieu en novembre depuis que l’on observe au Parc. Plusieurs coups de tonnerre ont été entendus dans la nuit du 26 au 27 novembre 1878.
- Vent de sud à sud-ouest d’une extrême violence le 11 novembre, de 4 heures du matin à 4 heures du soir avec une température voisine de 10®.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 6®,78, le soir, 6®,93; en moyenne, 6°,86. La rivière est restée basse 'et claire tout le mois.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de novembre 1891 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 0*“,96. Thermomètre plus bas de 1®,06. Tension de la vapeur moindre de 0““,62. Humidité relative moindre de 1. Pluie moindre de 6““,0. Nébulosité moindre de 5.
- L’année météorologique 1891 se résume ainsi :
- Moyenne barométrique à midi, 758““,12, plus élevé que la normale de 0““,51, Thermomètre, 8®,77, plus bas de 1°,25. Tension de la vapeur, 7““,19, en déficit de 0*“,46. Humidité relative, 79, en déficit de 1. Pluie, 554““,3, plus forte de 2““. Nébulosité, 56, moindre de 6, Nombre de jours d’orage, 30, et d’éclairs, 10. Il n’y a ordinairement que vingt-sept jours de tonnerre. ,
- La Marne a été plus basse et plus claire que d’habitude.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 1", à 11 h. 54 m. dujnatin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 420, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- ; VARIÉTÉS
- i. l’n marteau-pilon de 125 tonnes. — Le marteau-pilon de 125 tonnes des forges de Bethlehem (États-Unis), est achevé et a commencé à travailler pour la fabrication des canons et des plaques de blindage. On peut se rendre compte des dimensions de cet outil, par quelques chiffres. Le puits qui a reçu la fondation a 17m,50 sur 18m,50 de côté et une profondeur de 9 mètres. L’enclume, qui est entièrement séparée du reste de l’appareil, pèse environ 1800 tonnes; elle repose sur une, fondation en maçonnerie et en bois. Le sommet du éylindre est a 27 mètres au-dessus du sol de l’atelier. Le cylindre a lm,93 de diamètre et 5“,03 de course. La tige du piston est en acier et a 0m,4D5 de diamètre et 12 mètres de longueur. La tète du marteau est un bloc de fonte de hm,95 x 5ro,05 x lm,22; la partie frappante est en acier. Le poids de la partie mobile est de 125 tonnes, de sorte que le travail de chaque coup de bélier est supérieur à 625 000 kilograminètres. L’appareil est installé dans un bâtiment construit pour le recevoir, et est muni des fours, grues, etc., nécessaires pour manipuler les énormes lingots qu’il est appelé à travailler.
- INFORMATIONS
- —%— Dans sa dernière séance, le Conseil d’hygiène et de salubrité de la Seine a adopté les conclusions du Rapport de M. Riche sur l’introduction de la strantiane dans les vins et les mélasses. On sait que les sels de strontiane sont employés par les viticulteurs du Midi pour opérer le déplâtrage de leurs vins. D’autre part, les procédés employés pour la précipitation du sucre dans les mélasses ont pour conséquence de faire apparaître une forte proportion de strontiane dans certaines mélasses employées pour la consommation de •bouche et le sucrage du café. Le Conseil d’hygiène, conformément à l’opinion de M. Riche, s’est prononcé pour 1 interdiction absolue de -l’emploi des sels de strontiane dans les vins et les mélasses, à raison de leurs propriétés toxiques.
- —— L’exploitation des terrains carbonifères découverts dans l’Etat de Sonora (Mexique), l’année dernière, se poursuit sur une -étendue d’environ 40 milles à partir d’Ortiz, sur le chemin de fer de la Sonora, entre Hermosillo et Guaymas. La concession, possédée .par une Compagnie mexicaine, couvre une superticie de 4 millions d’acres. On a constaté, par des sondages, la présence de trois veines de houille, l'une de 2 pieds d’épaisseur, l'autre de 4 pieds et la troisième de 7,5 pieds. Dans une quatrième veine, la sonde a déjà traversé une épaisseur de 22 pieds et le. sondage se poursuit en pleine houille. Les veines, partout d’une égale épaisseur, peuvent • être suivies à la surface du sol sur une longueur de plusieurs milles. Le charbon est de première qualité et un chemin de fer de 60 à 65 milles de longueur amènera la houille au port de Guaymas, d’où il pourra être amené à San Diego (Californie) au prix de 5 dollars la tonne.
- —%— M. Tanaka, directeur de la Bibliothèque de Tokio, publie, -dans un journal de New-York, de curieux détails sur la Bibliothèque
- nationale japonaise. Elle a été fondée en 1872. Elle est divisée en trois sections : une pour les hommes munis de cartes, une pour les dames, une troisième pour le public ordinaire. Il existe deux catalogues. La Bibliothèque prête des livres comme il est pratiqué à Berlin. Elle possède plus de 100 000 ouvrages japonais et chinois et environ 26 000 volumes européens. Elle reçoit 540 000 visiteurs par an. On ne peut nier que le Japon progresse.
- —Voici des indications utiles'sur ce qu’on peut faire des vieux journaux. Us sont précieux pour envelopper les lainages et habits d’hiver, parce que l’encre d’imprimerie éloigne les mouches et les vers tout aussi bien que le camphre ou le papier de goudron. On peut de même en placer sous les tapis. Leur imperméabilité à l’air peut être mise à profit pour conserver la glace ou les liqueurs fraîches. De la glace bien enveloppée dans un journal se conserve fort longtemps, et une cruche d’eau glacée, enveloppée dans un journal, en tordant les deux bouts de façon à empêcher toute circulation de l’air, se conserve toute une nuit d’été, la glace ne fondant que d’une façon insensible. On pourrait utiliser ces propriétés plus souvent qu’on ne le fait.
- —^— Plusieurs projets sont soumis en Suisse aux autorités fédérales pour la construction d’un chemin de 1er de Martigny à Chamonix. Voici celui qui semble devoir être adopté : chemin à voie étroite partant de Martigny, franchissant les gorges du Trient sur un pont de 560 mètres avant d’arriver à Salvan; de là, par Finhaut et Chatelard, à Chamonix- Quand la section de Chamonix-Cluses (ligne à voie normale, concédée au P.-L.-M.) sera ouverte, on pourra aller de Genève à Martigny, via Chamonix, par voie ferrée. La station de Vernayaz (ligne du Jura-Simplon) serait reliée à la ligne Martigny-Chamonix par un funiculaire qui aboutirait à la halte de Gueutroz, près Salvan,
- —— La vélocipédie tend à prendre une grande extension en Danemark. On évalue à 10 000, le nombre des cyclistes danois; dans ce chiffre, 5000 appartiennent à des Sociétés, vélocipédiques; la plus importante des Sociétés a son siège à Copenhague ; c’est le Dans B. C-, qui ne possède pas moins de 600 membres.
- —®— On signale dans l’île de Man, comté d’Armagh (Grande-Bretagne), un fuchsia qui dépasserait, en grosseur, ce qu’on aurait vu jusqu’à ce jour. Planté en 1834, il mesurerait actuellement 4m,50 • de hauteur et couvrirait, par son feuillage, environ 25 mètres de circonférence. Quant aux fleurs, c’est par milliers qu’on les compte.
- - Sait-on le nombre de chiens que possède la France? La statistique vient d’en être publiée. Il y a, sur tout le territoire qui va de la Manche à la Méditerranée et des Alpes à l’Océan 788088 chiens de luxe et 2069569 chiens de garde.
- —.Le Board of Trade a publié son Rapport annuel sur les explosions de chaudières à vapeur en Angleterre, pour l’année terminée en juillet 189t. Le nombre total d’explosions est évalué à 72, ayant causé 32 morts et blessé 61 personnes. Parmi ces accidents, trois cas seulement étaient causés par des défauts que l’inspection périodique aurait dû révéler.
- —Un Américain vient d’inventer un nouvel instrument de musique qui, paraît-lt, surpasse en harmonie tous les instruments connus jusqu’à ce jour. Son nom seul, du reste, donne une idée des sons mélodieux qu’on en peut tirer. Il s’appelle le.... Tubalriphas-cophone.
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- §*" ______________________________________________________________________
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- Communications. — M. E.-A. Martel, le savant et sympathique explorateur des causses et des grottes souterraines, nous adresse la lettre suivante que nous nous empressons de publier :
- (C Puisque vous continuez de temps à autre les roches animées dans La Nature, en voici une des plus curieuses rapportée de Montpellier-1 e-Yieux par mon cousin G. Gau-pillat. Je vous cer tifie la ressemblance et l’exactitude du dessin. C’est un ours assis sur son.... siège, au sommet d’un obélisque rocheux d’environ 30 mètres de hauteur.» — M. E.~A. Martel nous adresse en outre deux intéressantes brochures qu’il vient de publier : Sous terre, troisième campagne (Extrait de l’Annuaire du Club alpin) et Grottes et eaux souterraines, par de Launay et Martel (Extrait du Bulletin de la Société géologique de France).
- Mmo Palmyra, Pizarro dame Bernard, à Bizerte, Tunisie, nous écrit au sujet d’un article relatif à la translation des restes de Pizarre et dans lequel on donnait comme descendant du grand navigateur, le Dr C. de La Roche. Notre correspondante nous écrit que l’on a oublié son père : « Mon vieux père, nous dit notre lectrice, est le descendant direct de l’illustre Conques-tador, et porte son nom. » Nous sommes heureux d’enregistrer le fait et de rendre hommage à l’honorable descendant de Pizarre.
- Renseignements. — M. Houdry, à Bondy. — 1° Les chiffres 0 à 9 pour la force du vent représentent 0 vent nul, air absolument calme, et 9 le maximum des tempêtes. — 2° On peut coller deux feuilles de caoutchouc en les appliquant l’une sur l’autre et en ayant soin de les humecter de sulfure de carbone ou de benzine.
- M. J. Escoffier, à Lyon. — 1° Voyez les adresses relatives aux appareils décrits en tête de la Boîte aux lettres du n° 966. — 2° Non. — 5° 11 existe plusieurs types d’accumulateurs industriels; nous vous signalerons notamment les accumulateurs de la Société électrique des métaux, 13, rue Lafayette, à Paris.
- M. C. B., à Crémieu. — Il convient de laisser séjourner plusieurs heures les échalas dans un bain de sulfate de cuivre saturé à froid.
- M. le baron de Contades, h Quintin. — La description des appareils donnée dans les Petites Inventions est bien gratuite ; mais la gratuité n’exclut pas l'examen de notre part. Nous ne publions pas dans la Boîte aux lettres, — pas plus que dans le corps du journal, —tout ce qui nous est adressé. Le système dont vous nous envoyez la description est intéressant, mais le sujet nous paraît un peu spécial.
- M. le Dr P, Bosviel, à Arradon. — Les couvertures de lits en papier ont été décrites dans le n° 733, du 18 juin 1887, p. 46. Le nom de l’inventeur auquel il faut s’adresser se trouve dans la Notice.
- M. L. de Pistoye, à Tarbes. — 1° Il y*nira plus de précau-
- tions à prendre pour éviter l’inflammation. — 2° Remerciements.
- M. L. Pichot, à Felletin. — 1° Il faut faire l’analyse complète. — 2° L’examen au microscope peut donner des indications précieuses.
- M. J. H. Perez, à Bordeaux. — Nous avons publié un article sur la rectification des alcools par l’électricité (n“ 445, du 26 novembre 1881, p. 403).
- M. M. C., à Bar-le-Duc. — La vaseline convient parfaitement pour le lavage des mains noircies par le travail d’atelier.
- M. A. S., à Gaudebec. —Un lavage énergique, accompagné de grattage à la brosse de chiendent, doit suffire pour faire disparaître toute trace de rouille.
- M. Maljean, à Montargis. — Pour tout ce qui concerne le verre métallisé par le platine, s’adresser à MM. Dodé, 99, boulevard de Charonne, à Paris.
- M. Guinlrand, à Jonquerettes. — Vous trouverez les modes de fabrication du sulfate de fer dans les traités de chimie industrielle.
- M. R. Vanvincy, à Audruick. — On nous avait déjà signalé-l’étrange brochure que vous avez l’obligeance de nous envoyer : « La Terre ne tourne pas, par un curé de campagne. » Ce-brave curé n’a sans doute jamais entendu parler d’un nommé Galilée et de ses successeurs.
- M. L. L. D.,À Bruxelles. — Vous trouverez, dans la collection de La Nature, de nombreux articles sur différents modèles-très simples de baroscopes ; voyez la Table des matières des dix premières années.
- Un abonné, à Paris. — Quand on jette du sel sur la neige,, il se forme un mélange réfrigérant liquide, qui ne se congèle qu’à basse température.
- M. A. Huard, à Guatémala. — MM. Marchai et Buffard, 8, passage de l’Opéra, à Paris, tiennent des objets analogues à ceux que vous nous demandez.
- M. Molines, à Nîmes. — Vous pourrez vous procurer fies clefs en aluminium fort bien fabriquées chez M. Fontaine, 19, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. Robert, à Ligny. — 1° Il faut employer un solénoïde formé du plus grand nombre de tours de fils possible, et intercaler dans le circuit une résistance variable, ae façon à obtenir des intensités diverses suivant les barreaux à aimanter.— 2° Nous recevrons avec plaisir votre communication.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. P. Verdet, à Paris. Oui; mais la lumière du magnésium est bien préférable. — M. A. B. Y., à Epinal; M. E. Rouget, à Mustapha; M. C Howe, à Tarbes. L’adresse du fabricant a été donnée en tète de la Boite aux lettres du numéro qui contient la description. — M Ch. Guffroy, à Paris. Remerciements pour votre communication ; mais ces calculs ne reposent sur aucune base. — M. Ch. Grant, à Soulina. L’appareil est fabriqué par MM. Sievert, à Stockholm. — M. P. G. D. B., à Valence. Il est difficile d’aborder des questions de prix dans la Boite aux lettres; veuillez vous adresser directement à l’éditeur. — Un collégien, à Tours. Non; ce procédé n’existe pas.
- — M. J. Goffart, à Tanger. Regrets de ne pouvoir insérer votre demande qui est d’un ordre trop personnel. — M. L. Robert, à Lyon. Il faudrait vous renseigner directement auprès des inventeurs désignés dans notre article. — M. P. Ginoulhac, à Béziers. Avec le sable, la déperdition de chaleur serait moins grande. — M. A. 0., à Besançon. Il est impossible d’indiquer ce résultat à l’avance; l’expérience seule peut le donner. — M. E. S., à Paris. Il faudrait connaître l’odeur dont il est question pour pouvoir vous donner une réponse. — M. P. Norman, à Arras. Appareils à produire le gaz : MM. Gourd et Dubois, 18, rue Dugas-Montbel, à Lyon.
- — M. E. C. A., à Issy. Les renseignements que vous nous demandez sont indiqués dans les ouvrages spéciaux d’électricité. — M. A C-, à Nantes. Piles de Lalande, chez M. de Branville, 25, rue de la Montagne—Sainte-Geneviève, à Paris. — M. H. de Morsier, à Genève. Monte-escalier : M. J. Amiot, ingénieur, 20, rue Choron, à Paris. — M. H. Fleurot, à Hyères. L’adresse demandée est : 59, avenue de Noailles, à Lyon. — M. Capdeville, à Pau. Faire fondre les résidus, et les couler dans des moules spéciaux. — M. J. Vulliamy, à Saint-Lubin. Nous n’avons pas entendu parler de cet appareil; nous allons prendre des renseignements. — Un rhétoricien, à Nancy. 1° Nous ne connaissons pas ce jeu ; 2° adressez-vous à la librairie Masson. — M. A. Valécourt, à Paris. Consultez Y Annuaire du Bureau des longitudes, à la librairie Gauthier-Villars, à Paris. — M. Fortin, à Paris. Il suffit de faire un tracé de la surface totale latérale du cône, de le découper et de le replier. — M. P. G. F., à X.; M. A. W., à Epinal. Il n’existe pas de traité de ce genre. — M. H. Naville, à Zurich. L’appareil se trouve chez M. Dessoudeix, 29, rue du Rocher, à Paris. — M. P. B., à Nantes; M. J. Fardel, à Lille; M. J. Philippe, à Houdan; M. E. Fergeau, à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. A. Van Leclercq, à Courtrai ; M. F. P. Sans, à X. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux déjà publiés. — M. H. de B., à Saint-Giniez. Voyez le petit livre de ia Science pratique, à la librairie Masson. — Un étudiant, à Dijon. Remerciements pour votre communication.
- L’ours de pierre de Montpellier-le-Vieux.
- bans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant, le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Il
- PETITES MENTIONS1
- Extincteur d’incendie. — On a imaginé un grand nombre de systèmes différents pour éteindre le feu d’un incendie naissant; mais quand il s’agit de se servir de la plupart de ces appareils, ils ne fonctionnent plus,parce qu’ils sont restés inactifs pendant des années. L’extincteur que nous allons faire connaître a le mérite de ne contenir que de l’eau : c’est un réservoir d’une forme particulière, dont on voit le détail à
- Extincteur d’incendie.
- gauche de notre figure, le réservoir est muni d’une mince ouverture C; on le saisit par les poignées B, B, et on peut alors projeter l’eau qui jaillit à distance comme le montre le dessin de la droite de la figure. Un guichet A sert au remplissage de l’appareil, dont le poids est de 5 kilogrammes, la quantité qu’il renferme est de 10 litres; le poids total du réservoir plein est donc de 13 kilogrammes. L’appareil peut lancer une colonne d’eau à 10 mètres de distance et à 5 mètres de hauteur. L’extincteur que nous venons de décrire se trouve chez M. F. Mer-mecke, 22, rue Baudin, à Paris.
- Les cannes creuses. — Un industriel, de Yilleneuve-la-Garenne, M. A. Vernon, nous a adressé plusieurs spécimens de cannes creuses, qui sont fort bien façonnées, très légères, et nous ont paru intéressantes à signaler. Le constructeur nous a donné, sur notre demande, quelques renseignements sur cette fabrication de bois creux, très légers, qui pourront rendre service aux constructeurs. Nous reproduisons la Note de M. Vernon : « Voici en quelques mots toute ma fabrication qui est très simple. Les bois découpés à la grandeur voulue sont assouplis par un trempage à l’eau bouillante ou un séjour dans une atmosphère de vapeur, puis ils sont encollés fortement. Le bois encollé est alors enroulé sur un mandrin métallique chauffé ayant la forme de la canne que l’on veut obtenir. L’enroulement est obtenu par une toile sans fin, qui vient entourer presque complètement le mandrin, cette toile guide et entraîne le placage en l’appliquant fortement sur la canne ; une large bande est ensuite enroulée sur le bois pour le maintenir en place. La canne ainsi faite est retirée de dessus les mandrins
- Canne creuse en bois de citronnier vue en coupe et de côté.
- (Grandeur d’exéeutiou.)
- et mise à sécher. La bande enlevée, il ne reste plus qu’à nettoyer la canne, enlever la colle, la racler pour faire disparaître, autant que possible, le joint, ce qui est facile dans les bois foncés, et enfin, la polir et la vernir. Le bois employé est du placage de choix aussi sain et exempt de gerçures que possible. On obtient des cannes extrêmement solides en employant deux ou trois bois, et en contrariant le sens des fibres du bois, le bois intérieur étant placé en biais, le bois extérieur droit. Les usages de mes cannes sont nombreux — on ne peut les prévoir tous — car on peut loger dedans toutes sortes de choses. Actuellement, elles sont employées : pour la canne à pèche, canne de ville très légère, canne à épée, canne-fusil, canne-briquet,
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- sarbacane ; on va s’en servir pour la cueilleuse Dubois ; une canne-parapluie n’a pas eu de succès. Je pourrais faire des tubes coniques, cylindriques, à section ovale, etc., de toutes formes, depuis 8 millimètres de diamètre jusqu’à 20 ou 25 centimètres d’une longueur allant jusqu’à 3 mètres, si besoin était. Je ne suis pas outillé pour faire cela, mais rien ne s’opposerait pratiquement à ce que cela se fît'; question de matériel. Je regrette de ne pas avoir des cannes montées en ces différents genres. » Pour tout ce qui concerne ces tubes de bois, s’adresser à M. A. Vernon, 8, rue du Chemin-Vert, à Villeneuve-la-Garenne.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Moyen pratique de reconnaître à quelle heure de la journée un sujet à photographier sera convenablement éclairé. — Dans les excursions photographiques il arrive fréquemment, au praticien aussi bien qu’à l’amateur, de se trouver en présence d’une vue quelconque qui l’intéresse, mais qu’il ne peut
- Ehotographier par suite d’un éclairage défectueux. Il se propose ien de revenir à un moment plus favorable où l’éclairage sera réellement propice, mais le point difficile est de savoir exactement déterminer quel sera ce moment. Avec une montre, il est un moyen très facile et très approximativement exact de se renseigner si l’on connaît l’orientation du point où l’on se* trouve. Il suffit de tenir la montre horizontalement en dirigeant
- S
- Daus l’exemple ci-dessus le coin à photographier sera éclairé de face vers onze heures.
- l’anneau1 du côté du « nord » ; puis en abaissant (par la pensée naturellement) une ligne droite partant du point à photographier pour tomber au centre du cadran, cette ligne droite coupe précisément l’heure à laquelle le sujet sera convenablement éclairé. Evidemment le point faible de ce système, c’est que pour l’appliquer il faut connaître le (( nord » ; mais nous savons avec quelle facilité il est possible de s’orienter, soit avec une petite boussole (quoique la polarité de l’aiguille soit soumise à de nombreuses variations), soit avec une montre, ou bien en se basant sur les indications placées au-dessus de beaucoup de maisons et de la plupart des édifices, soit encore d’après les mousses qui poussent sur les troncs d’arbres, les rochers, etc. Quoi qu’il en soit, je crois que le moyen est pratique, économique, et peut rendre service dans bien des cas.
- H. Lambinet,
- Officier d'administration de l’intendance militaire à Tunis.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les oiseaux utiles, par E. Trouessart, avec 44 planches en couleur, d’après les aquarelles de Léo-Paul Robert. 1 vol. in-4°, cartonné. Baillière et fils, 1891. Prix : 55 francs.
- La diminution progressive du nombre des oiseaux insectivores dans nos campagnes est une des questions qui intéressent le plus l’agriculture, car celte diminution coïncide avec la constatation, chaque année plus menaçante, des dégâts causés par les insectes
- 1 Je suppose, ce qui est le cas général, que l’anneau se trouve au-dessus du chiffre indiquant 12 heures. En d'autres termes, c’est, le chiffre XII qu’il faut tourner vers le nord.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- „• dans nos champs de céréales et dans nos jardins d’arbres fruitiers. Cette situation a préoccupé les pouvoirs publics, et la nécessité d’une révision de nos lois sur la chasse, considérées comme insufiisantes à protéger lé gibier et les petits oiseaux auxiliaires naturels de l’agriculture, s’impose dans un avenir prochain. En attendant, c’est aux agriculteurs et aux chasseurs éclairés que - s’adresse notre collaborateur dans le nouveau livre qu’il vient de ' publier en les engageant à respecter les petits oiseaux, si utiles pendant leur vie. maigre régal après leur mort. L’auteur montre, par le résultat de plusieurs autopsies, que les petits passereaux^ se nourrissent surtout d'insectes et fort peu de graines et de fruits : le contenu de leur estomac en fait foi. Sur 550 espèces d’oiseaux d’Europe, il n’en est pas 50 de réellement nuisibles : les 500 autres sont à protéger par tous les moyens possibles. Les charmantes aquarelles de Paul Robert nous .montrent 44 types d’oiseaux choisis parmi les plus répandus ou les plus utiles, dans
- leur attitude naturelle au milieu des sites qui leur sont habituels. Chacun de ces tableaux est accompagné d’une monographie qui nous initie aux mœurs et au régime de l’oiseau qu’il représente. Le livre est édité avec luxe et constitue un cadeau d’étrennes, à la fois instructif et agréable aux yeux, que l’on peut mettre sans crainte entre toutes les mains.
- Produits naturels commerçables. Les produits végétaux alimentaires, par Emile Dubois, professeur à l’Ecole professionnelle de Reims, avec figures dans le texte. 1 vol. in-18. — Paris, Octave Doin, 1892.
- Rapport général de la Commission permanente nommée par le Congrès international de photographie tenu à Paris en 1889. Bruxelles, 1891. 1 brochure in 8°. — Paris, Gauthier-Villars, 1891.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES IMJ MATIN THERMOMETRE VENT DIRECTION ET FORCE BE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 7 décembre. . 9”,2 S. 5 Couvert. 0,0 Couv. sauf qq. éclaircies l’ap.-midi; pl. fine de 12 h. 1/2 à 13 b. 3/4 et de 13 à 13 h. 20.
- Mardi 8 5",1 S. W. 3 Quelq. nuages. 0,3 Quelq. images jusq. 13 h.; couv. ensuite.
- Mercredi 9 5”,9 S. 5 Couvert. 0,0 Beau de 16 à 21 h.; couv. av. et ap.; pluie de 7 h.'3/4 à 12 h.
- Jeudi 10 . 10”,1 S. S. W. 5 Couvert. 3,7 Nuag. à 14 et 24 h.; couv. le reste; pl. de 20 à 22 b. 3/4.
- Vendredi 11 6”,7 W. S. W. 3 Beau. Li Beau le m.; nuag. le soir; pluie de 17 à 18 b. 20, et un peu à 19 h.
- Samedi 12 0",5 S. 2 Quelq. nuages. 0,0 Peu nuageux jusq. 16 h.; couv. ensuite. / '
- Dimanche 13 9”,2 S. S. W. 4 Couvert. 0,0 Goût, de 9 à 10 h. m. pl. de midi à 40 min. et à, 17- b. 1/2. Éclaire, à 5-6 h.; nuag. de 17 à 21 b.; couv. le reste.
- DECEMBRE 1891. - SEMAINE D(J LUNDI 7 AU DIMANCHE 13 DECEMBRE 1891
- Lundi
- Mercredi
- Dimanche
- 6 MIDI 6 MIDI 6 «MIN 6 MIDi 6 MIN 6 MIDI 6 MIN 6 MlD1 6 MIN 6 MIDI 6 MIN 6 MIDI 6
- rsasssi
- isass:
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les /lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, tes pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer y, courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages et tempêtes. — Une violente tempête a eu lieu sur la Manche pendant la nuit du dimanche 6 décembre au lundi 7. Un grand nombre de barques de pêche ont eu beaucoup à souffrir. Sur les côtes d’Angleterre, les navires n’ont pu sortir. Le paquebot postal Prince, arti de Calais à 10 heures et demie du soir, le 6 décembre, n’est arrivé Douvres que le lundi 7 décembre dans la matinée.
- La tempête s'est prolongée encore dans la journée de lundi 7 et dans la nuit de lundi à mardi. Dans la soirée de lundi, à Fécainp, au plus fort de la tempête, un bateau de pêche, monté par vingt-deux hommes d’équipage, s’était présenté à l'entrée du port. Le feu rouge du sémaphore défendant l’entrée, le patron du bateau voulut virer de bord; mais, dans la manœuvre, le grand mât se rompit. Pendant plus d’une heure, on aperçut les marins faire tous leurs ett'orts pour installer un mât de fortune. Puis, les chaînes s’étant rompues, on vit le bateau disparaître au large. On le jugea perdu. Pendant toute la nuit le bateau dut lutter contre les flots; le lendemain seulement, dans l’après-midi, il pouvait rentrer au port.
- Le 10 décembre, la tempête s’est de nouveau déchaînée avec violence dans la Manche. Le bateau qui fait la traversée du jour entre Folkestone et Boulogne n’a pu partir. La barque française Léonore, de Nantes, s’est perdue pendant la tempête sur les bas-fonds de Briton-Ferry dans le Cla-morgan sur les côtes de Cornouailles.
- Le même jour, le vent a soufflé sur Paris vers 5 heures de l’après-midi, et la pluie est tombée en grande abondance vers 9 heures du soir.
- La pluie d’orage a continué à tomber à Paris jusqu’à 10 heures, et de nombreux éclairs ont pu être observés à miuuit au nord-ouest.
- La bourrasque a sévi également sur Bruxelles pendant toute la journée du 10 décembre et la nuit suivante.
- De nombreuses lignes téléphoniques et télégraphiques ont été détruites, ainsi qu’un grand nombre de toitures fortement endommagées.
- M. Béliard, ingénieur, nous écrit qu’il a suivi la période orageuse à Anvers, et le 11, entre 5h,50* et 61',30”, il a pu observer des éclairs qui affectaient la forme de globes de feu, et qui éclataient en l’air comme le font certaines pièces d’artifice. Le bruit produit était tout à fait celui d’une explosion.
- PHASES DE LA LUNE ; P. Q. le 8, à 5 h. 23 m. du soir. Périgée le 11.
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- Supplémenta «LA NATURE » du 2 B décembre I89l(n° 969)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la a Boîte aux lettres a doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DD JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC,) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- AVIS ©E L'iDiHIVISTRATIOV. — L’échéance du 31 décembre étant une des plus chargées, nous prions instamment MM. les abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 26 décembre (n* 969) de nous faire parvenir soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement avant cette époque. Prière de joindre une bande imprimée. Une quittance pour une même durée que l’abonnement précédent sera, à Paris et dans les départements, présentée dès les premiers jours de janvier 1892 aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n’auront pas, avant le 31 décembre, renouvelé ou donné ordre contraire.
- VARIÉTÉS
- ftlangeur d« verre. — Je tiens à vous communiquer un fait curieux dont j’ài été témoin ces jours-ci. Me trouvant de passage à Francfort-sur-Mein, j’eus l’occasion de voir sur les murs une affiche représentant un nègre occupé à manger un verre de lampe avec les signes extérieurs de la plus vive satisfaction. Cette affiche m’ayant intrigué, je me rendis le soir même à l’endroit qu’elle indiquait comme étant le lieu de représentation de ce bizarre personnage. Ce nègre, qui se fait appeler Yitreo, se présente sur la scène en habit noir et annonce aux spectateurs qu’il va faire, en leur présence, un repas composé des choses les plus extraordinaires. On apporte alors une table fort bien servie sur laquelle se trouvent des assiettes contenant les matières les plus invraisemblables, telles que : charbon de bois, charbon de terre, coke, morceaux de plâtre, pipes en terre, cuillers d’étain, vieux souliers, etc., etc. Il mange un peu de chacun de ces objets d’un air visiblement satisfait, puis il demande au public de lui donner une tasse à café, et, après avoir brisé celle-ci, il en mange un morceau en le cassant avec ses dents.
- An •ive ensuite l’exercice le plus bizarre, qui consiste à manger une partie d’un verre de lampe, ce qui semble toujours lui causer un plaisir extrême. Chacun de ces « plats » est arrosé d’un petit verre de pétrole. Il n’y a aucune supercherie dans ces « expériénces », car le public est admis sur la scène et peut se convaincre de la bonne qualité des différents « mets » et de la « boisson )>. De plus, lorsque M. Yitreo mange de la porcelaine et du verre, on entend parfaitement dans la salle le bruit caractéristique et agaçant, produit par ces matières lorsqu’elles sont broyées sous les dents. Pour montrer que le verre et la rcelaine ne lui causent aucun dérangement interne ou externe, Yitreo fait ensuite apporter un immense plateau rempli de vieux tessons de bouteilles et de débris de verre de toute espèce, et, api’ès s’ètre déchaussé, il se livre sur ce tapis d’un nouveau genre à une danse absolument surprenante, qui fait frissonner les spectateurs. Je ne sais ce que l’on doit penser d’un pareil phénomène qui sera peut-être exhibé un jour ou l’autre à Paris, mais il n’en est pas moins extraordinaire de constater que ces exercices sont renouvelés tous les soirs et que le sujet a l’air de jouir d’une parfaite santé. Daniel Augé.
- Nous nous rappelons avoir vu à l’Exposition de 1889, à Paris, des Arabes Aïssaouas casser du verre entre leurs dents ! Un de nos lecteurs, médecin ou physiologiste, ayant étudié ces exercices, voudrait-il nous dire s’il y a là un fait réel, possible, ou supercherie? Cette question curieuse ne nous semble jamais avoir été élucidée d’une façon complète. G. T.
- INFORMATIONS
- —— Un médecin allemand, le docteur Krug, a trouvé le moyen de faire du pain ou tout au moins un biscuit comestible et nutritif avec le bois. Ce nouveau système de panification consiste à transformer la cellulose en sucre de raisin, qui peut s’assimiler à l’organisme animal. C’est en se basant sur les propriétés de la glucose obtenue par la transformation de la cellulose que M. Krug a composé son pain ou biscuit en ajoutant à la glucose environ 40 pour 100 de farines de blé, d’avoine, de seigle, etc. Ce biscuit a des qualités nutritives incontestables que l’inventeur a encore complétées en introduisant dans la pâte des phosphates et tous les éléments pour la formation et la constitution des os. Le pain de glucose ligneux est destiné à la nourriture, l’élevage et l’engraissement du bétail. Il est donc appelé à remplacer tous les tourteaux et autres aliments provenant de divers déchets industriels. Ce produit se distingue par des qualités nutritives plus développées que dans les aliments industriels qui ont été donnés jusqu’à présent aux bestiaux.
- —i'é— Le Dr Sauermann, naturaliste distingué, a publié, dans la Gazette de Francfort, une série d’observations fort curieuses touchant la coloration artificielle des oiseaux. Il est reconnu, diÇ-il, que les canaris, nourris de poivre de Cayenne, changent insensiblement de couleur et passent du jaune au rouge. Le poivre de Cayenne contient, outre une matière tinctoriale, un principe irritant et une substance grasse. Quand on extrait ces deux derniers principes à l’aide d’une macération dans l’alcool, le poivre perd ses propriétés colorantes sur le plumage des oiseaux. Mais si l’on additionne d’iluile d’olives le produit de la macération, l’action colorante reparaît. On en conclut que la partie grasse du poivre est le véhicule nécessaire de la couleur. Les expériences faites sur les poulets tout à fait blancs ont donné un résultat identique. Ces poulets jouissent de la propriété de prévenir d’un changement dans la température, par un changement de nuance très marqué. Le jaune des œufsdeces poulets est d’un rouge très vif. On a déjà tenté la même expérience avec de la racine d’Anchusa tinctoria et l’on a obtenu un rouge violacé.
- —Voici une curieuse trouvaille historique faite sur une construction de bateau sans rames et sans voiles en 1789 : On lit dans l’Improvisateur de Salentin, de l’Oise, au mot Galère, cet extrait de Y Almanach littéraire de 1779 : a En 1729, le comte, depuis maréchal de Saxe, s’avisa de faire construire une galère sans rames et sans voiles qui devait remonter la Seine de Rouen à Paris en vingt-quatre heures. Sur le certificat de deux membres de l’Académie des sciences, le comte, qui voulait joindre aux lauriers de Mars le compas d’Uranie, obtint un privilège exclusif pour sa machine, qui lui coûta beaucoup, et ne réussit pas. Quand la célèbre Lecouvreur eut appris cette espèce de défaite, elle s'écria : « Que diable M. le comte allait-il faire dans celte galère? » Un lecteur de la Revue générale de la marine marchande pose à notre confrère cette question : « Connaît-on quelque document donnant des détails précis ou approximatifs sur le mécanisme qui devait mouvoir ce bateau? » (On sait que le marquis de Jouffroy, véritable inventeur de la navigation à vapeur, naquit en 1751, c’est-à-dire vingt-deux ans après l’énigmatique expérience du comte de Saxe.)
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le métronome dont il est question dans la présente livraison, se trouve chez M. C.-A. Horstmann, ingénieur, 5, rue Brochant, às Paris.
- Communications. — M. A. Cadot, à Paris, nous adresse la description d’un nouveau compteur de tours pour bicyclettes <pi’il vient d’imaginer. Ce compteur est placé dans la pédale et se' trouve recouvert d’une bande de caoutchouc sur laquelle le cycliste appuie le pied.
- M. Ei S., à Vincennes, nous envoie un modèle d’allumeur-extincteur automatique pour porte, qu’il a imaginé. Cet appareil est à double contact, de sorte qu’avec un troisième fil il peut être relié avec un appareil semblable, ou avec un bouton, poire ou tirage.
- M. G. Clouzot, à Niort, à la date du 14 décembre, nous a signalé la température presque printanière qui régnait dans le pays. On voyait, paraît-il, deux petites branches de genêt en pleine fleur, et un bourgeon d’un lilas très avancé. Depuis le 1" décembre, la température n’était pas descendue au-dessous de 4°, et avait atteint jusqu’à 9°,5.
- M. le comte de Landreville, au château de Monsures, à propos de la réponse que nous avons donnée dans la Boîte aux lettres du n° 967, sur les traités de patinage, nous fait remarquer que dans la collection des manuels Roret se trouve un livre intitulé Patinage et Récréations sur la glace, par M. Paulin-Désormeaux.
- M. A. Hermann, à Paris, nous envoie une brochure qu’il vient d’éditer sur une Méthode pour chiffrer et déchiffrer les dépêches secrètes. Le nouveau système consiste en clefs particulières et en deux cercles, qui constituent une méthode très perfectionnée au point de vue de la sécurité pour le chiffrage ou le déchiffrage des dépêches. La brochure se trouve chez l’auteur, 8, rue de la Sorbonne, à Paris.
- M. le Dr P. Bernard, nous adresse une épreuve photographique sur laquelle on croit voir au premier plan un lac dans lequel se reflète une maison : c’est un effet de mirage photographique analogue à celui que nous avons cité précédemment.
- « Cet effet, nous dit notre correspondant, s’est présenté sur quatre négatifs exécutés consécutivement par moi,au mois d’août dernier, et il est dû à la plus simple des causes : un ancien trou de vis, mal bouché sur la planchette, laissait filtrer un filet de lumière qui produisait sur la plaque une image supplémentaire, une véritable photographie sans objectif. »
- M. R. Pavon, vérificateur de l’éclairage public à Cordoue, nous fait parvenir les résultats d’essais qu’il vient d’effectuer sur la prétendue influence du vinaigre pour augmenter le pouvoir éclairant des lampes à pétrole dont la mèche aurait été imbibée de ce liquide. Notre correspondant a pris une mèche neuve, qu’il a coupée en deux parties : une de ces parties a été trempée pendant quinze minutes dans du vinaigre fort, puis séchée à l’étuve. Les deux mèches ont ensuite été successivement placées dans la même lampe, brûlant le même pétrole, à la même hauteur, repérée au moyen d’un trait gravé sur la cheminée en verre. L’intensité lumineuse a été la même dans les deux cas, ainsi que la dépense de pétrole.
- Renseignements. — Un abonné, à Paris. — 1° II existe un grand nombre de journaux de médecine ; adressez-vous à la librairie Masson qui en édite plusieurs. — 2° La pièce est dissimulée dans une paroi de glace qui tombe. — 5° Le biclilorure de mercure est bien le sublimé corrosif, et le pro-tochlorure, le calomel. — 4° Nous avons, en effet, ajouté des réserves.
- M. Richon, à Nancy. — Il existe plusieurs ouvrages sur le tour, notamment Y Art du tourneur, par Plumier; Y Art du tourneur mécanicien, par Hulot; le Manuel du tourneur, par L. G. Salivet; mais ces livres sont très anciens, et datent de 1749, 1775 et 1792.
- M. A. Cristin, à Anvers. —Règles à calculs : M. Tavemier-Gravet, 19, rue Mayet, à Paris.
- M. A. de Mëndonça, à Angra do Heroisttto. — Une telle réparation ne pourrait être faite que par un spécialiste habile. Pas de livre à ce sujet.
- M. le Dr J. de M., à Vergara. — Il est bien évident que dans la figure, dont il est question, la partie supérieure C€ de la cheminée, est ouverte ; l’explication donnée le prouve surabondamment.
- M. D. Ytuarle, à Mexico. — Remerciements pour votre communication ; nous avons publié depuis d’autres conchisiOos.
- M. V. Riston, à Malzéville. — 1° Cette adresse bous est inconnue. -—2° De nombreuses maisons spécialistes sont mentionnées dans le Dictionnaire de Bottin. — 3° Il faut mélanger les poussières de houille à du goudron, et soumettre le tout à une pression élevée.
- M. A. Charpentier, à Vendôme. •— 1° Nous allons prendre des informations, et nous décrirons les nouveaux appareils, s’il y a lieu. — 2° Nous pensons que le meilleur moyen d’utiliser cette houille est de la mouiller avant de l’employer, ou d’en faire des agglomérés.
- M. E. B., à la Seauve. — Nous ne croyons pas que des traités aient été publiés sur la culture par l’électricité ; il y a eu un Mémoire publié dans les Annales agronomiques de M. P.-P. Dehérain.
- M. V. E., à Versailles. — Les inconvénients et les avantages des différents appareils photographiques ont été signalés dans les articles que nous avons consacrés à leur description ; voyez les études que nous avons publiées à ce sujet.
- M. A. Lederlieu, à Thaon-les-Vosges. — Nous donnons toujours, en tète de la Boîte aux lettres, les adresses relatives aux appareils décrits dans le numéro du Journal, quand nous connaissons les constructeurs ou les marchands.
- Un abonné rouennais. — Vous nous demandez les adresses de Journaux électriques allemands; nous vous indiquerons Elektrotechnische Zeitschrift, Julius Springer, éditeur, n° 24, Monbijouplatz, 3, à Berlin ; et Zeitschrift f ur Elektrotechnik, 7, Niebelungengasse, à Vienne (Autriche).
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Mikhaïloff, à Viatka. Adressez-vous directement au fabricant, M. Trouvé, 14, rue Vivienne, à Paris. — M. F. Foerster, au Havre. Balais électriques en toile métallique : MM. Houry et Cio, 18, rue Montmartre, à Paris.
- — M. B. J., h Saint-Etienne. La description de tous ces appareils se trouve dans des traités spéciaux ; mais il n’existe pas d’ouvrage tel que vous le désirez. — M. U. C., au Havre. II faut essayer de composer un liquide ; car les densités connues sont toutes notablement inférieures à celle du fer, excepté la densité du mercure. — M. Ch. Legrand, à Paris. Objectifs Darlot, 125, boulevard Voltaire.
- — M"° L. Foulquier, à Vallerangue. L’adresse du fabricant a été donnée en tète de la Boite aux lettres du numéro dans lequel l’appareil est décrit. — M. X., à Champigny. L’auto-accumulateur ne se construit plus. — M. Gabillault, au Caire. Dessins pour découper sur bois : M. A. Maquaire, 5, boulevard de Strasbourg; M. Gausse, 36, avenue de l’Opéra; M. Le Melle, 3, rue de la Fidélité. — M. S. Dubocage, à Roubaix. La Revue horticole, 26, rue Jacob, à Paris. — M. J. Dorel, à Albertville. Consultez le Formulaire pratique de l'électricien. (G. Masson, éditeur.) — M. F. Kluzkowski, à Londres. Les photographies que nous avons publiées proviennent des Compagnies elles-mêmes, et ne se trouvent pas dans le commerce ; il faut vous adresser aux ingénieurs de la traction. — Un abonné des Landes. Cette méthode est exacte ; c’est celle que l’on emploie ordinairement dans les laboratoires. — MM. S. F., i Caudebec-en-Caux. Adressez-vous directement aux dépôts des grandes usines de zinc. — Un lecteur, à Calais. Il n’existe pas de publication de ce genre. — M. Ch. Gramond, à Caen. Vous trouverez des renseignements dans la Chimie industrielle de Girardin. (G. Masson, éditeur.) — M. F. Bergmann, à Lyon. L’accumulateur que vous décrivez a le défaut d’avoir une résistance intérieure très grande. Remerciements. — M. P. L., à Orléans. 1° M. G. Trouvé, (voir adresse ci-dessus) a construit plusieurs moteurs pour embarcations; 2° les accumulateurs nous semblent préférables. — M. L. F., à Marcinellc Vous ne pourrez trouver cet ouvrage que chez les marchands de livres d’occasion. — M. B., à Nantes. Adressez-vous à la maison J. Hautecceur, 172, rue de Rivoli, à Paris. — Un lycéen. à Paris. Cette opération se fait par les procédés de collage ordinaire.
- — Un lecteur, à Sens. Renseignez-vous directement auprès de l’auteur, villa des Pins, parc des Princes, à Boulogne (Seine). —M. Vas set, à Donchéry. Pas d’ouvrage sur celte question. — M. R. Son-zogno, à Milan; M. M. Musy, à Fribourg; M. L. Bonetti, à Paris; M. P. L , à Paris. Adressez-vous aux libraires de Paris. — M. Pitt, à Bruxelles; Un lecteur, à Paris; M. B. de M., à Lyon. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.)
- — M. H. Pervilhac, à Lyon. Consultez le petit livre de la Science pratique, à la même librairie. — M. A. F., h Saint-Jean. Nous ne connaissons pas les adresses demandées; tous nos regrets. — M. L-Jarry. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précédé là date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- HISTOIRE DE LA SCIENCE
- DOCUMENTS ORIGINAUX
- Nous avons reçu de l’un de nos lecteurs et amis, M. L. L’Hôte, le savant chimiste expert, une pièce historique très intéressante ; c’est un autographe de Claude Chappe, qui inventa le fameux télégraphe à signaux en 1790. Cette dépêche télégra-
- {)hique envoyée du Nord est datée du 30 messidor an VIII de a République française. Elle est ainsi conçue : « Le général
- Moreau ayant conclu un armistice le 26 messidor, les hostilités ont aussitôt cessé. » Pour copie conforme, signé : A. Chappb.
- Il s’agit ici de l’armistice conclu à Pansdorff entre les armées françaises et autrichiennes le 15 juillet 1800, après les diverses victoires remportées par le général Moreau sur les Autrichiens le 27 juin et les jours suivants. Cette dépêche est écrite sur un papier spécial dont nous reproduisons YEn-tête. A notre époque de télégraphie électrique, il nous a paru intéressant de placer sous les yeux de nos lecteurs le spécimen d’un des anciens télégraphes de Chappe. G. T.
- LIGNE
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- Qberté~j Sa aliter
- (Du Oy So fa> cR.cpu^ftquc foauçaüo,
- twto eu. twDmiiffo.
- En-tête d’une dépêche télégraphique de Claude Chappe. (Reproduction héliographique.)
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Contusions. — Les contusions varient, on le comprend sans peine, suivant l’intensité du choc, le poids, la dureté de l’agent contondant. Nous n’avons en vue ici que les contusions simples ou compliquées d’un léger épanchement sanguin, telles que les bosses à la tête, au front. La contusion est une plaie des tissus sous-cutanés, une attrition, sans solution de continuité, sans plaie du tégument ; légère, elle détermine simplement de la douleur au point contus, de l’engourdissement passager. A un degré plus élevé, les petits vaisseaux sous-cutanés se déchirent ; le sang s’épanche dans les tissus, s’étale si les tissus sont lâches, se collecte s’ils ssnt serrés, comme dans les bosses sanguines de la tête.
- L’indication est simple : calmer la douleur, empêcher l’épanchement sanguin, favoriser sa résorption et prévenir l’inflammation consécutive. L’eau froide est le meilleur agent pour satisfaire aux deux premières indications; trempez la partie contuse dans un vase rempli d’eau froide. Si la contusion a porté sur la tête, sur le tronc, appliquez une compresse trempée dans l’eau froide et faites aussitôt de la compression, avec la main, avec un mouchoir, avec une bande serrée. Le procédé des nourrices, des mamans, pour les bosses au front des bébés, qui consiste à appliquer une pièce de monnaie, réalise un moyen simple de compression.
- Après les premiers moments, faites un pansement avec des compresses trempées dans la solution suivante :
- Alcool camphré.............100 grammes
- Extrait de Saturne. ... 15 —
- Eau simple.................200
- Pour un adulte, et quand il n’y a pas d’excoriation de la peau, on peut ajouter au mélange un peu de laudanum de Sydenham,. 5 grammes pour la dose ci-dessus.
- Les compresses étant bien appliquées sur toute la partie contuse, mettez un peu de taffetas ciré, une lamelle d’ouate èt serrez le tout avec une bande, un mouchoir. Renouvelez le pansement et mouillez les compresses environ toutes les trois heures.
- Quand l’épanchement tarde à se résoudre, le massage peut en favoriser l’absorption, mais il sera bon de ne le faire qu’a-près avis autorisé. La ponction des bosses sanguines, leur évacuation peut devenir aussi parfois nécessaire.
- Dans les cas simples, les agents résolutifs conseillés plus haut, suffisent; le sang s’étale dans les tissus, la tache ecchy-motique passe comme on dit par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et le sam se résorbe sans autre accident.
- Un remède populaire au Japon. — Le Dr Michaut, ancien interne des hôpitaux de Paris, nous fait connaître un remède populaire du Japon : c’est le Sokkoshi ou remède-papier. Il est, dit-il, certainement plus répandu dans les classes inférieures que la teinture d’arnica ou le sinapisme Rigollot en France. On ne peut traverser une rue de Tokio sans voir une femme dont le front ne soit constellé de deux étoiles de papier noir, ou lin Kurumaya (homme coureur) qui ne porte soit dans le dos soit sur la poitrine un large carré de ce papier.
- D’après les vieux préceptes de la médecine japonaise, ce papier aurait des propriétés antifébriles et antiseptiques. Appliqué sur une plaie, il forme un pansement auquel les Japonais accordent une grande confiance. Il n’est pas de pèlerin qui n’emporte avec lui une certaine quantité de ces feuilles de papier, pas de coureur qui n’en fasse usage quand il est atteint de sokomamé, durillon forcé de la plante des pieds.
- Le prix de la feuille de papier est fort peu élevé. Il se fabrique en étendant sur du papier un enduit de glu et de Wobakou {Pterocarpus flavus) réduit en poudre. L’origine de ce remède remonte au dix-septième siècle. Dr X...
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Bitume artificiel. — En chauffant de la résine avec du soufre à la température de 250“ environ, on obtient un dégagement d’hydrogène sulfuré, et il se forme une substance presque noire qui possède, en grande partie, les propriétés du bitume. Elle est insoluble dans l’alcool, facilement soluble dans le chloroforme et la benzine. Elle est sensible à la lumière eqmme le bitume de Judée, qu’elle est susceptible de remplacer en photographie.
- Isolants pour câbles électriques. — M. E. Legrand fabrique un isolant composé de déchets de cuirs réduits en poudre impalpable, puis agglomérés à l’aide de produits spéciaux et soumis à une pression considérable. Le cuir ainsi traité ne serait plus
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- spongieux et posséderait une imperméabilité absolue lui donnant une résistance spécifique d’environ 1000 mégohms-cm. Ce produit, d’après les essais faits, serait en outre incombustible et résisterait aux plus grandes densités de courant que puissent supporter les fils sans se fondre ni brûler.
- Attaque du zinc par les briques. — On a constaté à Berlin que les feuilles de zinc reposant directement sur des inurs en briques se corrodaient. L’analyse a fait découvrir que ces briques contenaient jusqu’à 1,14 pour 100 de sels solubles dont l’humidité a accru aussi l’effet destructeur sur le métal. La proportion des sels varie avec les diverses espèces de briques. Il est donc prudent d’interposer entre les maçonneries en briques et les parties en zinc des édifices une couche de feutre ou de toute autre matière qui prévienne l'attaque du métal.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 14 décembre.. 9”,5 W. 4 Couvert. 2,6 Pluie ou gouttes à diverses reprises ; presq. couvert.
- Mardi 15 6°,0 S. E. 1 Couvert. 5,1 Pluie de 1 h. à 14 h. et demie; transparence atm. 2 km. à 11 h.; couvert.
- Mercredi 16 2*,1 N. 1 Peu nuageux. 6,0 Nuag. de 7 à 19 h.; couv.; av. et après ; gouttes à 5-6 h. atm. très claire.
- Jeudi 17 2*,1 N. 1 Beau. 0,0 Beau de 5 à 10 b. et ap. 19 h.; nuageux le reste du temps; gelée bi., atm. très claire.
- Vendredi 18 — 3%6 N. N. E. 1 Beau. 0,0 Beau, atm. bien claire.
- Samedi 19 — 6*,8 E. 2 Beau. 0,0 Beau, atm. très claire.
- Dimanche 20 — >,* N. N. E. 1 Beau. 0,0 Beau, atm. un peu brum.
- DECEMBRE 1891. - SEMAINE DU LUNDI 14 AU DIMANCHE 20 DECEMBRE 1891
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau delà mery, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
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- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- La gelée. — Après un commencement de mois de décembre relativement chaud, les gelées ont commencé à Paris le 18 Le dimanche 20, à 5 heures du matin, au centre de Paris, le thermomètre accusait une température de 7 degrés au-dessous de zéro.
- Tempêter.— Une violente tempête a régné sur la Méditerranée le 14 décembre. L’escadre d’évolution, qui se trouvait aux Salins, a dû rentrer à Toulon en toute hâte. Dans l’après-midi, les torpilleurs 93 et 127 étaient sortis pour aller effectuer au large leurs exercices, quand le second a accroché son hélice au câble télégraphique sous-marin de Toulon à Ajaccio, qui avait été soulevé par la grosse mer. —Le 17 décembre,une tempête de mistral a surgi sur le golfe de Marseille. Tous les courriers ont eu des retards; plusieurs steamers, n’osant pas franchir les passes des bassins nord, ont mouillé à l’Estaque, entre autres la Gironde, des Messageries maritimes, qui arrivait de Constantinople.
- Statistique des coups de foudre. — Notre confrère Ciel et Terre donne des renseignements intéressants sur l’augmentation actuelle des coups de foudre : dans le royaume de Saxe, le nombre annuel des coups de foudre, sur un million de bâtiments, s’est élevé, en moyenne,
- à 107 pour la période 1839-1862, à 161 pour la période 1867-1870, à 215 pour 1873-1878, à 318 pour 1883-1884, et à 621 pour 1889, après n’avoir été que de 183 pour 1888. Le professeur Holtz a compulsé les documents de soixante Sociétés d’assurances contre l’incendie, en Allemagne, en Autriche et en Suisse, pour une période s’étendant de 1834 à 1877. Il a pu établir que, pour les contrées précitées prises ensemble, le danger des coups de foudre est en moyenne devenu deux fois et demie plus grand. Pour l'Allemagne seule, toutes les recherches sont concordantes et conduisent à montrer que, durant les trente dernières années, le danger des incendies par la foudre s’est triplé. Le professeur Karsten estime qu'ac-tuellement la perte totale annuelle due aux coups de foudre atteint, en Allemagne, 6 à 8 millions de marks (7 millions et demi à 10 millions de francs). Le danger augmentant à l’avenir dans la même proportion, ce serait annuellement un dommage de 23 à 50 millions de marks que la foudre occasionnerait à la richesse publique. '
- Inondations en Irlande. — Des inondations ont eu lieu à Lime-rick à la date du 16 décembre. Le Shannoa a subi une forte crue. Les routes ont été inondées et les communications entre les faubourgs et la ville, interrompues.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 15, à 1 h. 2 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- Quatrième centenaire de la découverte de l’Amérique. — Le Gouvernement espagnol, désirant célébrer avec éclat le quatrième centenaire de la découverte de l’Amérique, prépare à cet effet diverses fêtes et solennités dont quelques-unes, par leur caractère international, intéressent plus particulièrement la France. Telles sont, notamment : les expositions qui s’ouvriront à Madrid, le 12 septembre 1892, resteront ouvertes jusqu’au 31 décembre suivant; le Congrès des Amêri-canistes, qui se tiendra à ïïuelva du l”r au 6 octobre de la même année; le Congrès international des Orientalistes (X® session) qui se tiendra, en septembre, à Séville; et le Congrès géographique hispano-portugais-américain, qui se réunira à Madrid, au mois d’octobre. L’une des expositions, dite Exposition historique américaine de Madrid, a pour but de présenter de la manière la plus complète l’état où se trouvaient les différentes contrées du Nouveau Continent avant l’arrivée des Européens et, au moment de la conquête, jusqu’au dix-huitième siècle. Elle comprendra tous objets, modèles, reproductions, plans, dessins, etc., se rapportant aux peuples qui habitaient alors l’Amérique, à leurs coutumes et à leur civilisation, et tous ceux ayant trait aux navigateurs, aux premiers colons et à la conquête elle-même. L’autre exposition, dite Exposition historique européenne de Madrid, sera également rétrospective ; elle comprendra les objets d’art appartenant à la période comprise entre le commencement du quinzième siècle et la fin du dix-septième siècle, pouvant donner une idée du degré de civilisation qu’avaient atteint les nations colonisatrices à l’époque de la conquête. Parmi les œuvres d’art admises à cette exposition, ne seront pas compris les travaux d’architecture. Un local sera spécialement disposé pour recevoir les objets d’art liturgique à l’usage du culte catholique.
- La troisième exposition sera une Exposition internationale industrielle.
- La quatrième exposition sera une Exposition internationale des beaux-arts.
- De plus amples détails sont donnés ultérieurement, dans un article spécial, sur cette exposition et sur le Congrès des Américanistes, etc. Pour tous renseignements, s’adresser à M. le marquis de Croizier, délégué général du Comité du Centenaire, à l’ambassade d’Espagne, 34, boulevard de Courcelles, à Paris.
- INFORMATIONS
- -y#— On procède en ce moment en Chine, sur le versant des collines de Hamyang, en face de la ville de Hankow, à la construction de deux hauts fourneaux, type Cleveland, capables de produire 100 tonnes de fonte par jour, avec toutes les applications nécessaires. De plus, un matériel liessemer complet est en route pour la Chine, comprenant deux convertisseurs de 5 tonnes chacun, avec cubilots, grues, machines soufflantes, etc., ainsi que tout le matériel
- d’un grand laminoir à rails, et d’un laminoir à tôles et à fer en barres, avec une vingtaine environ de fourneaux d’affinage. Un personnel technique européen a été engagé, et dans quelques mois la production de rails en acier, d’acier doux pour tôle à navires, de métal spécial pour armes à feu portatives, ainsi que de tôles et barres, sera devenu un fait accompli dans le Céleste Empire. Les usines occuperont un terrain d’environ 20 acres, et les plans et l’exécution ue cette vaste entreprise ont été dressés par The Side Iron and Engine Works Co., de Middlesbrough.
- —— On a calculé, à diverses reprises, la grandeur du recul annuel de la chute du Niagara, par suite de l’action des eaux sur les roches qui dominent le précipice où elles tombent. Les dernières déterminations sont dues à M. Bogart, ingénieur de l’Etat de New-York. Après comparaison des mesures effectuées en 1842 avec celles qu’il a obtenues en 1890, il arrive à cette conclusion que la chute américaine recule annuellement de 19'“,5, et la chute canadienne de 65cm,5. Durant la période 1842-1890, la crête de la chute américaine s’est abaissée de 32c“,4 à 31cm,8, et celle du Canada s’est élevée de 67cm,8 à 9O"11,5. Ces estimations sont beaucoup moindres que celles faites par divers géologues américains, d’après lesquels on aurait dû s’attendre à voir, dans un millier d’années environ, les lacs Erié et Ontario réunis par un long courant d’eau rapide.
- —fô— On commence à être fixé sur le projet de transformation du matériel de l’artillerie allemande. Le nouveau canon est en acier, au calibre de 70 millimètres, plus léger que le canon de 80 millimètres qui arme nos batteries divisionnaires. Depuis longtemps l’Allemagne recherche l’unité des projectiles pour simplifier les approvisionnements de munitions. Tous les modèles de projectiles actuellement en service seront remplacés par un obus réuni à une gargousse métallique. L’obus pèse seulement fi1*,5. Dans la nouvelle artillerie de campagne allemande, les affûts à freins puissants, les avant-trains, les caissons sont entièrement métalliques et d’une grande légèreté de construction. La pièce comporte une fermeture Gruson. Tirant très aisément, elle peut être considérée comme un canon à tir rapide avec portée utile de 4000 mètres. L’ensemble du crédit nécessaire à la transformation de l’artillerie de campagne allemande est de 133 millions de francs.
- —%— Il y a quelques semaines, on à découvert à Bouillaud (Côte-d’Or), vingt-cinq sépultures paraissant remonter à une époque très reculée. Elles ont été examinées par la Société d’histoire et d'archéologie de Bcaune. Il en a été extrait des vases, des plaques de ceinturons avec des traces de damasquinures en argent, des armes et divers autres objets. Les tombes, qui sont creusées à une faible profondeur, étaient formées de pierres posées debout, et les squelettes se sont montrés dans un assez bon état de conservation.
- —$— Une curieuse trouvaille a été faite récemment en Suisse, dans le glacier de Théodule. En fouillant dans la neige, des ouvriers ont découvert un grand nombre de pièces d’or de l’époque romaine, aux effigies d’Auguste et de Dioclétien. Il y a quelques années, on trouva au même endroit un fer à cheval d’une forme particulière et paraissant fort ancien. 11 est permis de supposer, comme le veut une ancienne tradition, qu’il existait autrefois, à la place de ce glacier, une route stratégique importante,
- —%— Les essais qui ont été faits à la Spezzia, pour la substitution du pétrole au charbon, comme combustible destiné aux machines des navires de guerre, ont parfaitement réussi. Plusieurs navires de guerre vont être, dit-on, approvisionnés de ce nouveau combustible.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Tente de marche et de campagne : M. Picot, 81, boulevard Voltaire, Paris.
- Communications. — M. G. Winneberg, à Paris, nous adresse la lettre suivante ; « Je vous envoie, en même temps
- que cettelettre, une pomme d'api. Elle n’offre d’autre particularité qu’un dessin exécuté par 1e' soleil lui-même sur la partie rouge; dessin obtenu au moyen d’une figure découpée dans un papier et collée sur la pomme avant la maturation du fruit. La radiation solaire n’agissant pas sur la partie protégée, donne ainsi une figure blanche sur fond rouge. On peut varier l’expérience à l’infini et obtenir, par exemple, un dessin rouge dans un espace blanc réservé. Tout cela est très simple et facile à saisir. » Notas reproduisons ci-dessus l’aspect offert par la petite pomme que nous a adressée notre correspondant. La silhouette du coq se détachait en blanc sur le fond rouge du fruit.
- Les mangeurs de verre. — M. Baudot fils, à Paris, nous écrit : « En réponse à votre question au sujet du mangeur de verre, je crois intéressant de vous communiquer que j’ai chez moi un employé qui mange du verre; il a souvent mangé entièrement des morceaux de verre à vitre. Avant fait un pari, il a mangé toute la partie mince d’un verre à boire dit mousseline (sauf le pied) ; il y a quelques jours encore il mangeait une lampe à incandescence brûlée, devant ses camarades d’atelier. Il n’y a aucune supercherie sur ce fait qu’il a renouvelé souvent ; il digère très bien le verre, n’en est nullement incommodé et jouit d’une santé parfaite. »
- M. G. Blainville, pharmacien de Ire classe à Paris, nous écrit sur le même sujet : « Un certain nombre de mes amis et moi avons assisté à diverses reprises à un repas qui consistait à manger du verre. L’opérateur étant l’un de nous n’avait aucune espèce de raison de nous tromper; nous l’avons vu plus de dix fois prendre un verre à madère et en trois ou quatre bouchées le réduire en miettes ayant au plus la grosseur des grains de sucre cristallisé. Un verre à liqueur ou un verre mince dit mousseline étaient dévorés en un clin d’œil. A notre demande, l’opérateur avalait ou rendait la poudre de verre. Une seule fois sa salive fut colorée par un peu de sang. J’affirme qu’il n’y avait pas de supercherie : le verre était le premier venu pris sur la table ; et il était broyé devant nous dans l’unique but de nous faire constater une bonne paire de mâchoires. »
- Nous publierons dans notre prochaine livraison d’autres renseignements sur les mangeurs de verre.
- M. T. Chebroult-Favreau. à Niort, nous adresse le croquis d’un nouveau treillage métallique qui nous paraît pratique et économique. Ce treillage est formé de tiges de fer demi-rond creux et de feuillards. Ces derniers sont appliqués sur les tiges de telle sorte que chaque fois que le barreau présente le dos du demi-rond au feuillard, ce barreau reçoit un rivet qui le maintient en place.
- M. le général Alexis de Tillo, à Saint-Pétersbourg, nous adresse une reproduction de sa magnifique carte hypsométrique de la Russie d’Europe. Cette carte représente un travail considérable de quinze années. Elle est à l’échelle de 1/2 520 000; ses limites sont comprises entre 47° et 60° de latitude nord. Les parties septentrionales de la Russie d’Europe et le Câucase en ont été exclus.
- M. A. Marty, à Mende, nous adresse une intéressante brochure de M. le Dr Barandon, Les poisons foudroyants appliqués à la destruction des animaux nuisibles. Cet opuscule renferme les résultats de longues et patientes recherches pour
- l’empoisonnement des renards, fouines, putois, loups, bjai* reaux, etc. Nous le signalons volontiers à nos lecteurs qui pour* ront se le procurer en s’adressant à l’auteur, à Mende (Lozère).
- M. E. François, à Charleville, nous envoie la description d’un petit modèle de boussole solaire fort bien étudié. Cet appareil permet de déterminer la position du soleil sur l’horizon à un moment donné, ses indications sont en rapport avec la marche de la terre sur l’écliptique.
- Renseignements. — M. B., à Nantes. — Les ouvrages d’électricité sont aujourd’hui très nombreux; il est impossible de vous recommander tel ou tel traité,. nous vous conseillons de consulter les catalogues des diverses librairies.
- M. F. A., à Paris. — 1° M. Ch. Mildé, 26, rue Laugier. —* 2° Ce paratonnerre est aussi efficace que celui à haute tige.
- M. P. B., à Paris. — Voyez au Conservatoire des arts et métiers la nouvelle galerie des machines à calculer.
- M. A. Dolmans, à M. — Turbines atmosphériques Dumont; M. Barbier, constructeur, 100, rue de la Folie-Méricourt, Paris,
- M. le Dr G., à Lyon. — On a déjà employé plusieurs substances pour immobiliser les liquides dans les accumulateurs1; vous trouverez des renseignements à ce sujet dans les collections du journal VElectricien, à la librairie Masson.
- M. L. Florimond, h Paris. — Il n’existe pas d’autre moyen que de prendre des voltamètres, c’est-à-dire des appareils formés de lames de plomb dans des solutions d’eau acidulée. Ces derniers peuvent être établis à bas prix.
- M. Ch. Baumgartens, à Saint-Pétersbourg. — Nous ne connaissons pas de publication spéciale sur le sujet, mais vous pourriez être renseigné en vous adressant à M. Mégnin, directeur du journal l'Eleveur, à Vincennes (Seine).
- M. E. P., à Paris. — Les pellicules des plaques au gélatinobromure d’argent peuvent se détacher en plongeant la plaque dans de l’eau tiède légèrement acidulée par de l’acide acétique.
- MM. les fils de Peugeot, à Valentigney. — Il faut employer une grande proportion de glycérine. Pour avoir les limites exactes, des expériences seraient nécessaires.
- M. E. Douillet, à la Garenne-Colombes. — L’emploi des courants aériens superposés à différentes altitudes, et se mouvant dans des directions différentes, a souvent été proposé pour la navigation aérienne, mais ce phénomène des courants superposés, n’est pas général; il arrive très souvent que l’air se déplace dans le même sens jusqu’à de grandes altitudes.
- M. l'abbé L., à Paris. — 1° Le procédé d’attache du lest que vous indiquez, aurait un inconvénient; les sacs pourraient être arrachés pendant le traînage du ballon. — 2° La construction des nacelles circulaires offre des inconvénients pratiques.
- M. A. Vernon, à Villeneuve-la-Garenne.—En disant que vos cannes creuses pouvaient servir aux constructeurs, nous avons voulu dire qu’elles pouvaient être employées dans la construction d’appareils légers.
- M. E. Singer, à Paris. — Il faut enlever le tapis, le placer au sec, et le soumettre à des fumigations d’acide phénique.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. A. M., à Macca-gno. Des essais de laboratoire seraient nécessaires pour vous donner le moyen d’obtenir la couleur que vous demandez. — M. L. Grifyens, à Verviers. Nous avons jadis décrit cette petite construction de papier. Remerciements. — Un lithographe, à Paris. Voir ce qui a été publié sur la photographie des couleurs à la librairie Gauthier-Villars.
- — M. H. Schwary, à Paris. Pas de livre spécial; mais vous pourriez consulter les dictionnaires de botanique. — M. F. Teisserenc, à Ceilhes. Le baromètre donne des indications qui peuvent servir aux prévisions à courte échéance. — Un lecteur, à Gand. M. Boi^ teux, artiste tourneur dont nous avons donné le portrait, est attaché à la maison Carpentier, 20, rue Delambre, à Paris. — M. d'Ersu, à Paris. Veuillez patienter, notre promesse sera tenue. — M. Baillet, à Paris. Il est bien difficile de vous indiquer en particulier un traité de photographie ; voyez les ouvrages que nous avons déjà mentionnés.
- — M. P. L., h Chalo. Nous avons déjà décrit une série de divers appareils avertisseurs; voyez la collection complète du journal. — M. S. Dubocage, à Roubaix; M Burgos, à Castello Branco; M. A. T., à Châleau-Brodow. L’adresse du constructeur est donnée en tête de la Boîte aux lettres du numéro où se trouve la description dp l’appareil. — M. C. Gallon, à Lyon. — 1° Le bateau est entraîné par le courant; 2° et 3° non. — M. J. Lamey, à Paris. Pour ce qui concerne l’aluminium, il faut vous adresser à la Société électrométallurgique française, à Froges (Isère), ou à la Société française de nickel et d’aluminium, 36, rue Lafayette, à Paris. — M. B. Ba-dillo, à Orbigo. 1° MM. Peugeot, à Valentigney (Doubs) ; 2° pas d’adresse spéciale à vous indiquer. — M. X., à Saint-Etienne. Veuillez nous dire dans quel numéro nous avons parlé de ces cartes.
- — M. J. Cohier, à Dourdan. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — M. Eminser, à Versailles; M. L. Leduc à Rouen: M. C-Grin, à Bâle. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.— M. Binard, à Bergerac. Remerciements pour votre communication.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.—, Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- JANVIER-FÉVRIER-MARS 1892. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES
- 1 Janv
- • Cocher
- Passage < lu méridiei i à minuit
- Moue he
- NEPTUN t
- Bélier
- SATURNE
- Petit Chien
- Inon'
- Baleine
- Coupe •
- Granjd/Chien
- xxm
- 1 Avril
- Courorftie
- Hercu!
- Poissons
- ITURNE
- Aigle et A itinoüs
- .Verse sua
- Serpent
- [Mars
- URANIJS
- NI ERG.
- iJanv
- CorgeauJ
- Pbisson Austral
- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- Occultations des Planètes et des Etoiles par la Dune, visibles à Paris.
- 1892. Nom de l'astre. Grandeur. Immersions. Emersions.
- Janvier. 8 a Bélier. S,6 12 h. 51 m, 8 13 h. 43 m, 1
- — 9 13 Taureau. 5,6 10 h. 56 m, 8 11 h. 22 m, 6
- — 9 14 Taureau. 6 11 h. 18 m, 8 12 h. 20 m, 6
- — 10 t Taureau. 4,5 11 h. 53 m, 7 Appalse i 2’8 du bord.
- — il 118 Taureau. 5,6 5 h. 8 m, 3 5 h. 35 m, 4
- — 18 b Vierge. 6 17 h. 25 m, 9 18 h. 12 m, 7
- — 19 ï* Vierge. 5 16 h. 18 m, 3 17 h. 18 m, 1
- — 19 4277 B. A. C. 6 17 h. 21 m, 4 18 h. 41 m, 6
- — 22 a* Balance. 3 13 h. 56 m, 0 15 h. 0 m, 1
- Février. 3 jx Poissons. 5 4 h. 5 m, 5 5 h. 12 m, 1
- X1 Taureau. 6 10 h. 39 m, 3 10 h. 58 m, 7
- u1 Taureau. 4,5 11 h. 10 m, 1 11 h. 49 m, 8
- — 7 118 Taureau. 5,6 13 h. 0 m, 3 13 h. 58 m, 1
- — 10 ). Ecrevisse. 6 10 h. 56 m, 8 12 h. 7 m, 3
- — 16 46 Vierge. 6 *9 h. 13 m, 0 9 h. 53 m, 4
- — 16 0 Vierge. 4,5 17 h. 26 m, 5 Appalse i l'8 do bord.
- — 23 t Sagittaire. 3.4 17 h. 26 m, 3 18 h. 22 m, 4
- Mars. Il i Lion. 6 6 h. 28 m, 0 7 h. 38 m, 6
- — 13 b Vierge. 6 6 h. 39 m, 9 Appalse i 2'4 do bord.
- — • 14 4277 B. A. C. -'6 *6 h. 53 m, 5 7 h. 52 m, 6
- * L’étoile est sous l’horizon.
- Occultations des Planètes et des Etoiles par la Luae, visibles à Paris.
- 1892. Nom de 1’astne. Grandeui Immersions. Émersions.
- Mars. 16 a Vierge. 4,5 12 h. 33 m, 4 13 h. 52 m, 5
- — 16 Uranus. — 12 h. 41 m, 9 13 h. 59 m, 6
- 18 S Scorpion. 2,5 17 h. 50 m, 8 18 h. 48 m, 2 Satellites de Jnpiter. ÉCLIPSES. OCCULTATIONS.
- 1892. Satellites. Commencement. Fin. Immersions. Émersion.
- Janv. 2 I 6h. 58 m. 55 s.
- — 5 H 7 h. 29 m.
- — 9 I 5 h. 12 m.
- — 16 I 7 h. 12 m.
- — 18 T 4h.58m. 4s.
- — 23 IV 7 h. 5 m.
- — 23 U 7 h. 13 m. 7 s.
- — 25 I 6 h. 53 m. 14 s.
- - — 28 111 5 h. 53 m. 34 s.
- — 30 II 5 h. 22 m. i
- Févr. 1 I 5 li. 45 m.
- . — 4 III 7h.0m. 55 s. 7 h. lm.
- ‘ — 24 I 6 h. 21m.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Indication pratique pour colorer le laiton en bleu foncé, en opérant à froid. — On introduit dans un flacon bien bouché 100 grammes de carbonate de cuivre et 750 grammes d’ammoniaque et on agite jusqu’à ce que la dissolution se soit opérée. On ajoute ensuite 150 centimètres cubes d’eau distillée. On agite encore une fois et le mélange peut être employé aussitôt. Il faut conserver la liqueur dans un endroit frais, dans des bouteilles bien fermées ou dans des vases de verre à large ouverture, dont les bords sont usés à l'émeri et recouverts par des plaques de verre graissées. Lorsque le liquide a perdu de
- sa force on peut le régénérer par l’addition d’un peu d’ammoniaque. Les objets que l’on veut colorer doivent être parfaitement propres; il faut avoir soin surtout de les débarrasser de toute trace de graisse. On les suspend ensuite par un fil de laiton dans le liquide, dans lequel on les fait entièrement plonger et on leur communique un mouvement de va-et-vient. Après deux ou trois minutes on les sort du bain, on les lave à 1 eau pure et on les dessèche dans de la sciure de bois. Il faut avoir soin d’opérer autant que possible à l’abri de l’air. On n’obtient de belles colorations que pour le laiton et le tombac, c’est-à-dire pour les alliages de cuivre et de zinc. On ne peut utiliser ce bain pour colorer le bronze (cuivre-étain), l’argentan et les autres alliages métalliques.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49“,30). — Bureau central météorologique de Franoe.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES OU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 21 décembre.. — 7”,3 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Beau.
- Mardi 22 — 9°,2 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau.
- Mercredi 23 — 8*,0 N. E. 2 Beau. 0,0 Quelques nuages avant le jour, beau du reste.
- Jeudi 24 — 9*,7 N. E. 1 Beau. 0,0 Beau ; couvert après 21 h.
- Vendredi 25 3”,0 S. E. 2 Couvert. 0,0 Couv. sauf quelques éclaircies dans la soirée : pluie de 8 à 13 h.
- Samedi 26 3*,9 S. S. E. 2 Couvert. 2,9 Couv. jusqu’à 8 h.; beau ensuite ; gelée blanche.
- -Dimanche 27 3°,9 S. 3 Couvert. 3,8 Couv. jusq. 14 h. ; nuag. jusqu’à 20 h.; beau ensuite; pl. de 4 h. 1/2 à 10 h. 1/2; gelée blanche.
- DECEMBRE 1891. — SEMAINE DU LUNDI 21 AU DIMANCHE 27 DÉCEMBRE 1891
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi I Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les /lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent-courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à O, au niveau de la merf, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Le départ des hirondelles en «801. — Au parc de Baleine 1 (Allier), le départ des hirondelles (H. ruslica) s'est effectué en 1891 dans les conditions les plus ordinaires Les premiers rassemblements et les vols d ensemble ont-eu lieu les 2t et 50 août pour se continuer pendant la première quinzaine du mois suivant. Du 16 au 20 septembre, les hirondelles se sont réunies, chaque jour plus nombreuses; puis, après les rassemblements définitifs des 21 et 22, le gros de la bande a disparu le 23. Jusqu’à la fin du mois, on a vu des fractions de moindre impor-tance, des groupements peu nombreux et des hirondelles de passage, volant en ordre dispersé. Entln, de petits groupes de trois à cinq hirondelles o_nt encoré été observés, mais d’une manière intermittente, du l“au 15 octobre, jour où on les a aperçues pour la dernière fois. Il n’en a pas été de même dans le Nord où des apparitions très tardives ont été constatées en des points différents et suffisamment éloignés pour ne permettre, aucun doute à cet égard. Et cela donne à penser que les Conditions du départ ont été fort probablement anormales.
- Voici d abord deux observations que je dois à l’un de mes frères, M. P. de Roctjuigny qui habite le Pas-de-Calais. « Aujourd’hui, 25 octobre 1891, m’ecrit-il, à 12“,40“ du soir, me trouvant au lieu dit La Posi-
- 1 Coordonnées du Parc de Baleine : longitude : 0°5i'3i"E; latitude : 46° 41'48'N; altitude: 228“,30 (Cuvette du baromètre).
- tion, sur la route du Fayel à Etaples, j ai vu trois hironnelles paraissatu se diriger vers le sud-est. » Par lettre en date du 8 novembre, le même observateur m’avisait de nouveau que « le samedi 7 novembre, étant en chasse dans les garennes de M. de France, près d’EtapIes, il avait encore vu une hirondelle volant çà et là, en quête de mouches et d’insectes, comme en plein été. » Il a’vu celte hirondelle à trois reprises différentes et c’est la première fois qu’il constate pareil fait depuis sept ans qu’il est établi dans le pays. Je m’empressai de communiquer ces deux observations à M. E. Renou. Le savant directeur de l’Observatoire météorologique du Parc de Saint-Maur m’écrivit que « la présence d’hirondelles en novembre était un fait remarquable. » Il m’annonçait en même temps que M. Dumens, à Yebleron, près Yvetot, en avait vu le 12 novembre de cette année. Enfin, en Belgique, M. Lancaster, météorologiste inspecteur à l'Observatoire, vient de faire connaître que « vers le milieu du mois de novembre, des groupes d’hirondelles ont été vus dans différentes localités du pays. » Ces faits sont rares, exceptionnels sans aucun doute ; mais ils. ont été déjà constatés, il y a près d’un demi-siècle, au Parc de Baleine. En compulsant les tables météorologiques de la station, j’ai trouvé les deux observations suivantes écrites de la main même de M“° Aglaé Adanson, fille du grand naturaliste et la créatrice du Parc de Baleine. «2 novembre 1848. Apparition de deux hirondelles. » « 30 novembre 1846. A midi, apparition de deux hirondelles autour du château. » G. de Rocquignï-Adanson.
- Parc de Baleine, 25 décembre 1891.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 23, à 5 h. 48 m. du matin. , Lune apogée le 22 ; solstice à 2 h. 50 m. matm.
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- LA SEMAINE
- Conférences photographiques an Conservatoire des arts et métiers. — On sait quels ont été dans ces dernières années les progrès de la photographie, on sait aussi combien sont importants les services que la photographie rend à toutes les branches de la science, et aux arts industriels; il est étonnant et regrettable qu’il n’existe nulle part à Paris une chaire de photographie, et il semble que cette chaire devrait être fondée au Conservatoire des arts et métiers. Personne ne conteste l’utilité d’un tel enseignement, mais en attendant u’il soit réalisé, M. le colonel Laussedat, le savant directeur u Conservatoire des arts et métiers, d’accord avec M. Davanne dont le nom est attaché à tous les efforts qui peuvent se faire pour développer la photographie, a organisé une série de Conférences qui se font tous les dimanches et qui obtiennent un rand et légitime succès. La première séance a eu lieu le imanche 22 novembre dans le grand amphithéâtre du Conservatoire des arts et métiers. Après une éloquente allocution de M. le colonel Laussedat, M. Davanne a parlé sur l'histoire et les applications de la photographie. Dans la deuxième séance (6 décembre), M. Georges Demeny, le chef du Laboratoire de la station physiologique, a parlé de la phoiochrono-graphie et des travaux si remarquables de M. le professeur Marey. Dans la troisième séance, M. G. Lippmann, de l’Institut, a exposé le résultat de ses recherches sur la photographie des couleurs. M. Janssen, de l’Institut, a consacré la quatrième séance à la photographie astronomique. La cinquième et dernière séance de 1891 (27 décembre) a été consacrée à la Conférence faite par M. Colson sur la photographie sans objectif. Ces intéressantes et instructives séances vont être continuées en janvier 1892, et le public aura à entendre successivement: M. Vallon sur la fabrication de l’objectif, M. le commandant Fribourg sur la photographie militaire, M. Albert Londe sur la photographie pathologique, M. Paul Henri sur la carte du ciel, M. Vidal sur la photographie en creux et en relief, M. Ba-lagny sur les procédés pelliculaires, M. le commandant Moës-sard sur les appareils panoramiques, M. Favre sur la chimie photographique, M. Buguet sur la physique photographique, M. Gravier sur les procédés usuels, etc. On ne saurait trop applaudir à cette tentative de vulgarisation scientifique, si utilement entreprise, et qui conduira infailliblement à fonder l’enseignement photographique qui devient, au point de vue scientifique, une nécessité de notre époque. G. T.
- INFORMATIONS
- —— Les chutes du Rhin près de Rheinfelden (Aargau) équivalent à une puissance de 25 000 chevaux. Les concessions, pour utiliser ces eaux, ont été distribuées aussi bien du côté badois que du côté suisse, et l’achat de terrains pour l’installation d'une station de force motrice a été effectué par une Société. Le commencement de l’exploitation aura lieu selon toute probabilité en l’année 1893.
- Une autre Société d’électricité suisse recherche la concession de la chute des eaux du Rhin près de Laufenburg. Il y aurait là une puissance de 6000 chevaux à employer. L’ingénieur Kretz, de Mannheim, propose la création d’un canal industriel le long du Rhin, de Bâle à Mannheim, dont les eaux ne seraient pas influencées par les débordements du Rhin, afin de rendre possible l’établissement d’importantes turbines, de façon que non seulement les villes riveraines du Rhin, mais même de la Forêt-Noire, etc., puissent recourir à l’énergie électrique pour la production industrielle et agricole.
- —M. Renou a fait, sur la tourelle de l’Observatoire du Parc de Saint-Maur, des observations au thermomètre fronde, comparativement a celles de son abri normal. Il a reconnu que deux observations faites, l’une le matin et l’autre le soir, à l’heure de la moyenne, peuvent présenter, en sens contraire, un degré et demi d’écart avec celles de l’abri normal et, par suite, différer entre elles d’environ 3 degrés ; cela montre combien il est difficile d’utiliser, dans le même travail, des séries qui ne sont pas faites dans les mêmes conditions. Mais comme les erreurs du soir compensent celles du matin, on a tort de dire que chaque point a sa température propre. La vérité, c’est que chaque point a sa marche de température.
- —^— Le Comité d’organisation des Congrès qui doivent avoir lieu au moment de l’Exposition de Chicago annonce qu’il y aura un Congrès météorologique en 1893, à une date qui n’est pas encore fixée, et très probablement en juillet, mois pendant lequel auront lieu la plupart des Congrès scientifiques : Congrès d’astronomie, de géologie, de géographie, etc.
- —%— Le culte du canari a pris, depuis quelque temps, une grande extension en Suisse et en Allemagne. Dans presque toutes les villes i! s’est fondé des sociétés ayant pour objet la protection et la conservation de ce petit chanteur. On le trouve dans toutes les classes de la population : il y a peu de ménages, les plus pauvres soient-ils, qui n’aient un ou plusieurs de ces mignons oiseaux; c’est le compagnon de la mansarde aussi bien que l’hôte des somptueuses demeures. Il n’est pas, à grand’chose près, l’objet d’un pareil culte chez nous. Deux expositions de canaris se sont ouvertes, l’une à Carlsruhe le 6 décembre, l’autre à Berlin, du 4 au 8 courant.
- —$6— H ressort des rapports du Board of Trade relatifs aux accidents de chemins de fer survenus pendant le premier semestre de l’année 1891, que 547 personnes ont été tuées et que 2376 ont été blessées sur les diverses Compagnies du Royaume-Uni ; ces nombres représentent respectivement un accroissement de 70 tués et 380 blessés sur ceux du semestre précédent. A ces chiffres doivent être ajoutés 36 tués et 3280 blessés pour des causes diverses dans les stations, salles d’attente, etc., soit au total 583 tués et 5666 blessés. Ces chiffres montrent surabondamment que nous n’avons rien à envier à nos voisins d’outre-Manche au point de vue de la sécurité sur les voies ferrées.
- —Le Mercure de Souabe annonce la prochaine construction d’un chemin de fer qui relierait directement Carlsruhe à Haguenau ; le rédacteur de l’article publié dans ce journal fait ressortir l’importance stratégique de cette ligne; elle facilitera considérablement le transport des troupes de l’Allemagne centrale en Alsace et à la frontière des Vosges. Le rédacteur du Mercure ajoute que ce chemin de fer aura aussi une grande valeur au point die vue du trafic entre l’Est et l’Ouest.
- —îjj— Les rues d’Honolulu sont éclairées à la lumière électrique, le télégraphe et le téléphone y fonctionnent, et très prochainement les tramways seront mus par une traction électrique. Ces faits montrent les progrès réalisés depuis peu dans la capitale des îles Hawaï.
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- Communications. — M. A. de Dax, nous écrit : « L’un des derniers numéros de La Nature contient une demande de renseignements au sujet de l’expérience faite en 1729 par le maréchal de Saxe avec une galère sans rames ni voiles. Pennet-tez-moi de faire connaître à votre correspondant et à la Revue, générale de la marine marchande que' cette expérience est décrite tout 'aû long dans l’ouvrage de M. Galy Cazalat, intitulé : Mémoires théoriques et pratiques sur les bateaux à vapeur. Cèt ouvrage, édité en 1837 par Mathias, libraire, quai Manquais, 15, contient, page 135, la description de la galère et en donne même Je dessin. Les comptes rendus de l’Académie des sciences à l’article Machines et inventions approuvées par VAcadémie en donnent aussi la description, tome IV, page 37, année 1732. J’ajouterai que le maréchal de Saxe est généralement considéré comme l’inventeur du touage, et, si je ne me trompe, un des bateaux-toueurs à chaîne de la Seine porte son nom. »
- , M. E. Huchet, à Nantes, nous envoie d’autre part les renseignements suivants : « Le système employé par le maréchal de Saxe pour actionner les bateaux en vue de la navigation de la Seine, de Rouen à Paris, n’est autre que le touage à manège mû par des chevaux, système encore en usage aujourd’hui sur plusieurs fleuves de Russie. On trouvera à ce sujet des renseignements complémentaires dans Essai sur les bateaux à vapeur, par Tourasse et Mellet, ingénieurs, à Paris, chez Malher et Cie, librairie scientifique-industrielle, passage Dauphine, 1828.»
- Les mangeurs de verre. — D’après ce que nous avons publié précédemment, nous croyons qu’il n’est pas impossible de croquer du verre, et, quand il est finement pulvérisé, de l’avaler; mais l’expérience peut être dangereuse. Quoi qu’il en soit, il y a souvent des supercheries dans ce mode d’expérience des jongleurs. Un de nos lecteurs, qui signe Un vieux forain, nous écrit qu’il a eu parmi ses ouvriers un des Aïssaouas de l’Exposition de 1889. Cet Aïssaoua était né dans la Garonne : comme ses confrères, il sortait son œil de l’orbite et se perçait les joues; cela est affaire d’habitude, d’exercice et de volonté. Il se passait les bras au-dessus d’une flamme agitée; pour cela, il suffit de se frotter les bras avec de la poudre d’alun. Tout y est dans l’expérience faite, même le crépitement. Quant à manger du verre, dit notre correspondant, il y a deux moyens. Dans le premier cas, on mange réellement du verre mince, dont on cache les débris entre les joues et les gencives jusqu’à la fin de la représentation. Ou bien, ce qui est plus simple, il suffit de prendre un verre de lampe et de substituer habilement au verre cassé un moulage de sucre candi. On croque le sucre et cela fait beaucoup d’effet.
- M. I. Isay, à Saint-Max, nous adresse quelques observations de trombes, et des expériences de laboratoire analogues à celles que nous avons décrites antérieurement.
- Renseignements. — M. de Grammont, à Villersexel. — Nous avons publié, dans notre 626e Boite aux Lettres, du 25 avril 1891, une recette qui vous renseignera.
- Un abonné, à Auteuil. — 1° L’éclairage à la lampe à alcool salé peut convenir. — 2° Les vernis de couleur rouge, jaune, verte peuvent être employés.
- M. L. Reynaud, à Gardaia. — 1° M. Gilon, 41, rue de Seine; et 2° Librairie Roret, 12, rue Hautefeuille, à Paris.
- M. E. Perot, à Amiens. — 1° Le coupleur automatique de Planté a été décrit dans le n° 235, du 1er décembre 1877, p. 13. — 2° Les temps de charge et de décharge dépendent de la capacité des accumulateurs et du débit des piles.
- MM. Lépinette et Rabilloud, à Lyon. — Les accumulateurs les plus usités sont : les accumulateurs de la Société pour le travail électrique des métaux, 13, rue Lafayette, à Paris; et les accumulateurs Tudor, porte d’Arras, à Lille.
- M. J.-C. Gautier, à Viannes. — 1° L’objectif ne doit pas
- être dirigé au-dessous de l’horizontale ; cela produit des déformations, outre l’inconvénient que vous citez. — 2° Votre inté-: ressante expérience a été décrite.
- M. P. Mercouton, à Lausanne. — Adressez-vous à M. La-chambre, aéronaute, 24, passage des Favorites, à Paris.
- M. G. Dumont, à Paris. — Nous vous conseillons des piles à oxyde de cuivre, ainsi que des accumulateurs.
- M. A. Cottenet, à Paris. — Un trou dans le soufflet de votre chambre noire pourrait produire cet effet. Pour retrouver ce trou, il faut rester plusieurs minutes sous votre voile, et en mettant le soufflet en pleine lumière.
- M. L. de Brossard, à Versailles. — Vous trouverez les vernis qui vous conviendront chez M. Bolloré-Sœhnée, 19, rue des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. Z. W., à Reims. — Il faut distinguer entre les différents violets; les uns sont solubles (violet de Perkin), les autres insolubles (mauvaniline), ou en partie insolubles (violets Hofmann).
- M. P. Montet, à Payzac. — Ces vases existent dans le com merce ; adressez-vous à M. Thierré, marchand de faïence et verrerie, 47, rue Vieille-du-Temple, à Paris.
- Un abonné, à Sarrance. — Il existe une quantité de régulateurs de température ; vous en trouverez plusieurs modèles, chez M. Alvergniat, 10, rue de la Sorbonne, ou chez M. Wies-negg, 64, rue Gay-Lussac, à Paris.
- M. Dubois, à Vazilley ; M. H. Loiselet, à Leuze. — Nous ne saurions donner ces explications plus succinctement que dans les traités ; vous aurez tous ces renseignements dans les livres.
- M. P. P., a Reims. — La pose doit être d’autant plus longue que le jour est moins lumineux.
- M. R. Râle, à Bar-sur-Aube. — Pour la formation rapide desaccumulateurs genre Planté, il faut plonger les lames de plomb pendant 48 heures environ dans un bain d’acide azotique étendu de la moitié de son volume d’eau, ensuite mettre en charge et changer souvent le sens du courant.
- Un abonné, à Madrid. — Les statistiques dont vous parlez sont publiées au bureau Veritas, place de la Bourse, à Paris.
- Un abonné, à Mézières. — Ces procédés, annoncés par force réclames, n’ont rien de sérieux.
- M. J. Villars, à Yuscaran. — Béliers hydrauliques : MM. An-ceaux et Kuntzel, 10, boulevard de la Contrescarpe, Société des turbines atmosphériques, 100, rue de la Folie-Méricourt, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. I. Grangier, au Brusc. Nous allons prendre de nouvelles informations. — M. P. D. C., à Saulzais. Le projet est certainement possible. — M. C. C., à Chaumont. Une nouvelle distillation sera nécessaire. — M. P. de Vincent, à Bruxelles. La colle forte ordinaire doit suffire. — Un lecteur, à Amiens; M. A. L., à Luçon. L’adresse est indiquée en tête de la Boite aux lettres du numéro dans1 lequel l’appareil est décrit. — M. F. Alliaume, à Paris. Il vous a été répondu dans notre dernière Boîte aux lettres. — M. Van Maldeghem, à Bruxelles. 1° MM. Dehors et Deslandres, 8, rue des Haudriettes, à Paris; 2° s’adresser au constructeur. — M. Delaurier, à Paris, nous envoie un modèle de la pétition qu’il a adressée à la Chambre des députés au sujet des accidents du grisou. — M. A. C,, à Gand. Adressez-vous directement au constructeur. — M. de Kerchove, à Gand. Nous n’avons pu retrouver le renseignement. — M. P. Ginou-thac, à Béziers. Pas de traité de ce genre. — M. J. P., à Paris. Non; mais on peut éviter cet inconvénient en amalgamant les pinces. — M. H. B., à Paris; M. G. Bautista, à Paris. Adressez-vous aux libraires de Paris. — M. E. de Loriol, à Genève. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles, à la librairie Masson. — M. E. D., à S. Consultez le petit livre des Nouvelles Recettes utiles, à la même librairie. — M. L. Gaulier, à Paris; M. P. Magni, à G. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Manière de reconnaître la bonne avoine. — L’avoine de bonne qualité est propre, dure, pesante, le grain court plutôt qu’allongé, bien nourri et plein de farine. Elle a un certain brillant métallique et ^il le même bruit que la grenaille quand on la manie. Dans un échantillon de bonne avoine, tous les grains doivent être à peu près de la même grosseur, et il v a peu ou point de grains mauvais. La pression de l’ongle sur le grain ne doit laisser qu’une marque insignifiante et le grain serré entre les dents doit s’écraser plutôt que se briser. L’enveloppe doit être fine, car plus il y a de son, moins il y a de farine. La couleur de l’avoine n’est pas chose très importante, cependant la blanche a en général l’épiderme plus fin, tandis que l’avoine foncée pousse dans les sols de qualité inférieure.
- bans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Estampes et Livres, par Henri Béraldi, 1872-1892, 1 vol. in-8°, avec planches hors texte. Librairie Conquet. — Paris, 1892.
- Si vous aimez les beaux livres et si vous voulez savoir ce qu’un bibliophile passionné peut réunir de merveilles, lisez l’ouvrage que nous annonçons ici. M. Henri Béraldi a constitué, depuis plus de vingt ans, une double collection, d’estampes et de livres, qui forment un véritable musée de milliers de pièces rares, incomparablement précieuses et du plus grand prix. Estampes dues aux plus illustres maîtres de la gravure, depuis le xvie siècle jusqu à nos jours, spécimens actuellement introuvables, dans le plus bel état, à pleines marges, absolument intacts, telles sont les ravures qui, au nombre de plus de 12 000, remplissent les cartons e M. Henri Béraldi. Les livres forment une collection peut-être plus admirable, tout est de premier choix; c’est la quintessence du dessus du panier. — Voulez-vous quelques exemples de la rareté des livres de la bibliothèque de M. Béraldi, cueillez, dans ses vitrines, les Contes de la Fontaine, édition des fermiers généraux, 2 vol. in-8°, figures d’Eisen, fleurons de Choffard. C’est un exemplaire avec reliure de Dérome, aux armes de Mmo de Pompadour, et provenant de la Bibliothèque même de la grande favorite. M. Béraldi raconte l’histoire de ce livre incomparable,
- Îu’il n’a pas acheté moins de 17000 francs en vente publique.
- renez les Chansons de La Borde, 1773, 4 vol. in-8°, avec les fameuses gravures de Moreau. L’exemplaire de M. Béraldi provient de la célèbre bibliothèque de M. Paillet; il est magnifiquement relié par Cuzin, et contient les épreuves avant la lettre des figures du premier volume, les eaux-fortes de toutes les gravures, le portrait de La Borde, celui de M“® de La Borde, un portrait rarissime de Marie-Antoinette. Cet exemplaire vaut plus de 25 000 francs ; ainsi de suite pour toute la bibliothèque, contenant d’innombrables dessins originaux, depuis Fragonard jusqu’à Maurice Leloir et Giacomelli. Le catalogue de M. Béraldi n’a pas l’aridité d’une sèche énumération; c’est un récit anecdotique de l’histoire de livres rares, de gravures précieuses, de reliures de grand prix. Il y a là beaucoup d’érudition, et en même temps, ce qui ne gâte rien, beaucoup a’à-propos et d’esprit. L’ouvrage est publié par Conquet, l’éditeur de talent et de goût, que connaissent les amis des livres ; il renferme les fac-similés de superbes reliures, très habilement reproduites en couleur, par des procédés de chromolithographie ou d’héliogravure. — Ce livre sera un régal pour tous les bibliophiles. L’auteur a dédié son beau recueil à son père, M. Béraldi, ancien sénateur, qui possède aussi une collection d’estampes et de portraits, qui est absolument unique au monde.
- LHabitation humaine, par Ch. Garnier, membre de l’Institut, et A. Ammann, agrégé de l’Université. 1 magnifique vol. in-4°,
- illustré de 335 gravures et contenant 24 cartes. Librairie Hachette et Cie. — Paris, 1892. — Broché, 25 francs, cartonné, avec tranches dorées, 30 francs.
- M. Charles Garnier, l’architecte bien connu, et M. Ammann, professeur au lycée Louis-le-Grand, ont passé en revue dans ce savant travail les origines et les transformations de Y Habitation humaine, depuis l’époque préhistorique jusqu’à nos jours. C’est là un ouvrage de vulgarisation essentiellement instructif et intéressant. En reconstituant le cadre matériel dans leqnel s’est déroulée l’existence des peuples, il devient aisé de comprendre leurs mœurs et leur génie, de pénétrer dans leur intimité, de savoir comment ils ont vécu et quelles étaient leurs habitudes domestiques. Les habitations, en effet, peuvent être considérées comme des documents historiques d’une rigoureuse véracité ; par leur forme, leurs dispositions intérieures, leur ornementation même, elles nous révèlent les idées, les goûts et les tendances de ceux qui les ont construites. Cela tient à ce que de tout temps, sauf à notre époque où règne une monotone uniformité, chaque peuple avait adopté un type particulier d’habitation, qui n’était nullement l’expression du caprice et de la mode, mais qui était au contraire inspiré et commandé en quelque sorte par les besoins généraux du pays, ses ressources géologiques, ses mœurs sociales ou domestiques. L’histoire de l’habitation n’est donc pas autre chose que l’histoire réelle, vivante et accessible à tous des progrès de l’humanité. C’est bien ainsi que l’ont compris MM. Garnier et Ammann, qui ont réussi à publier un ouvrage du plus haut intérêt et dont les illustrations sont .remarquables. Dans l’impossibilité de reproduire les grandes planches du livre, nous nous bornons à
- présenter ci - dessus à nos lecteurs une charmante vignette dessinée par l’habile crayon de M. Ch. Garnier.
- De Paris au Tonkin à travers le Tibet inconnu, par Gabriel Bonvalot. 1 vol. in-8° jésus, contenant 1 carte en couleur et 108 illustrations d’après les photographies du prince Henri d’Orléans. Librairie Hachette et Cie. — Paris, 1892. Prix broché : 6 francs.
- M. Gabriel Bonvalot, l’un de nos explorateurs les plus intrépides et les plus justement célèbres, qui avait donné il y a quelques années la mesure de son énergie et de son audace, en parcourant le Pamir, cette région culminante du continent asiatique, réputée inaccessible, a voulu traverser d’un bout à l’autre le vaste plateau qui s’étend des Thien-Chan à l’Himalaya, et qui formait jusqu’ici une des plus mystérieuses contrées du Tibet. Il a trouvé, pour compagnon de route, un jeune homme aventureux, le prince Henri d’Orléans, fils du duc de Chartres, que cette audacieuse entreprise avait séduit, et tous deux firent bravement, au milieu des plus rudes fatigues et de dangers sans cesse renaissants, le chemin par terre De Paris au Tonkin, à travers le Turkestan chinois, les Hauts-Plateaux du Tibet et les vallées des grands fleuves de la Chine et de la presqu’île indo-chinoise. M. Bonvalot vient de publier la relation de ce hardi voyage, qui, en dehors de son intérêt dramatique, offre, au point de vue de la science géographique, des données d’une extrême importance, et. grâce à la collaboration du prince Henri, qui avait exécuté tout le long de la route une ample collection de photographies, il a fait illustrer son ouvrage de magnifiques gravures qui forment, en quelque sorte, un commentaire vivant et pittoresque de ses récits et de ses descriptions.
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- . NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Les grands travaux du siècle, par J.-B. Dumont. 1 vol. in-4% ‘ ouvrage illustré de 256 gravures. Librairie Hachette et Cie. '— Paris, 1891.
- A travers l'industrie française, par Paul Poiré. 1 vol. in 4°, , ouvrage illustré de 414 gravures. Librairie Hachette et Cis. t— Paris, 1891.
- La machine à vapeur, son origine et ses progrès. Recherches sur la distribution de la vapeur dans les machines, par M. F. Castelnau. 1 brochure in-8°. Librairie centrale des sciences J. Michelet. —Pans, 1892. Prix : 6 francs.
- Étude sur le climat de Pau par le Dr Duhourcau. 1 broch. in-8°. — Toulouse, 1891.
- L'électricité dans la nature, par Georges Dary. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque internationale de f électricité et de ses applications. Georges Carré, éditeur. — Paris, 1892.
- Graissage des .machines et du matériel roulant des chemins de fer, par E. Verny. 1 vol. in-8° avec 37 figures dans le texte. Georges Carré, éditeur. — Paris, 1892.
- Annuaire pour l’an 1892, publié par le Bureau des longitudes, avec des notices scientifiques. 1 vol. in-32. — Paris, Gauthier-Villars et fils, 1892. Prix: 1 fr. 50.
- Une campagne au Tonkin, par le Dr Hocquard, médecin-major de lre classe. 1 vol. in-4° avec 247 gravures et deux cartes. Librairie Hachette et Cie. — Paris, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS JL 7 HEURES DU MATIN 1 THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL TLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 28 décembre.. 1*,8 S. 2 Très nuageux. 4,0 Beau jusq. 4 h., puis tr. nuageux ; couv. après 7 h. ; pl. à plusieurs reprises.
- Hardi 29 6* ,5 S. S. W, 3 Couvert. 4,0 Pluie à plus, reprises; atm. tr. cl.; couvert.
- t Mercredi 30 9”,9 S. W. 4 Couvert. 6,3 Pluie jusqu’à 7 h. 1/2 et un peu dans la soirée; atm. tr. cl. ; couvert.
- Jeudi 31 10%0 S. W. 3 Couvert. 0,6 Éclaircies à 24 h. ; couvert le reste du temps ; quelquefois de la pl. fine ; forte averse à 19 h. ; atm. tr. cl.
- Vendredi 1" janvier. 3",8 S. W. 1 Quelq. nuages. 2,9 Un peu de pl. ; gelée bl. ; atm. cl. ; nuageux.
- Samedi 2 1*,0 N. N. E. 1 Presq. couvert. 0,4 Beau de 9 à 12 h. ; tr. nuag. le reste, surtout la soirée; très brumeux.
- Dimanche 3 .... . 3*jO S. W. 2 Couvert. 0,0 Couvert; pluie de temps en temps; assez forte 17 h. 1/2 à 20 h. 35 m.
- DECEMBRE I89I-JANVIER 1892.----- SEMAINE DU LUNDI 28 DÉCEMBRE 1891 AU DIMANCHE 5 JANVIER 1892
- La courbe supérieure indique la nébulosité de On 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques {baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boute sèche: courbe en pointillé, thennomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre en Italie. — Une violente secousse de tremblement de terre a été ressentie le 18 décembre dernier à 7h,30 du matin à Corleone, dans la province de Palerme, en Sicile; la secousse a été suivie d’un mouvement ondulatoire très prononcé dans la direction nord-sud.
- l.es tempêtes. — Les derniers jours du mois de décembre 1891 ont été signalés par des tempêtes et des orages. A la date du 25 décembre, une tempête a régné sur les côtes de Cette; la mer a été démontée. Le vapeur Echo, de la Compagnie Fraissinet, s’est échoué à l’entrée du grau d’Agde. L’équipage a été sauvé, mais le vapeur a été perdu. Le trois-mâts autrichien Bosanna, à destination de Cette, s’est perdu à 8 milles à l’est du phare de l'Espignette. Le 27 décembre, de violents orages ont éclaté dans les provinces de Valence, Grenade et Teruel, en Espagne. Des bourrasques de neige sont tombées dans toute la région montagneuse. A la
- même date, une tourmente de neige a surpris 200 ouvriers qui travaillaient sur la ligne de chemin de fer de Solmona (Abbruzes), à Isernia (province de Naples), en Italie. Ils ont été complètement ensevelis; le nombre des victimes a dépassé quarante.
- Influence de la lune sur le baromètre. — Dans le journal Meteorologische Zeitschrift, M. Bôrnstein a cherché à résoudre la question de savoir s’il existe un rapport entre la pression de l’air et l’angle horaire de la Lune. Cette recherche, basée sur les observations de quatre stations allemandes et autrichiennes, ne tient pas compte des phases de la Lune, ni de sa distance à la Terre,‘mais elle considère seulement le jour lunaire. Les résultats obtenus sont : 1° que l'existence d’une marée atmosphérique ne se découvre pas dans les variations de pression ; 2* que, dans trois des stations, la pression olFre une seule oscillation pendant le jour lunaire. A Berlin et à Hambourg, le maximum se produit peu de temps avant le coucher de la Lune, et à Vienne, au moment de la moindre culmination, tandis que le minimum a lieu dans toutes les stations, au moment du lever de la Lune.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 3i, à 3 -h. 29 m. du matin*
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- Les tremblements de terre en France. — Notre pays est heureusement exempt de ces terribles ébranlements du sol qui détruisent les villes et font des victimes par milliers, comme cela a lieu au Japon ou dans le Centre-Amérique, mais les trépidations de la surface terrestre n’y sont pas rares; il nous arrive très souvent de recevoir des communications au sujet de secousses légères qui no sont assurément pas assez observées, ou tout au moins enregistrées. Voici notamment une lettre que -nous écrit d’Argelès de Bigorre un de nos lecteurs, M. Ch. Morel : « Sept secousses de tremblement de terre ont été ressenties à Àrgelès (Hautes-Pyrénées) dans la nuit du 7 au 8 janvier entre minuit et demi et 2 heures et demie du matin. La
- {iremière a réveillé tous les habitants, la troisième, la plus vio-ente de toutes, a ébranlé les maisons et a été accompagnée d’un grondement souterrain comparable au bruit du tonnerre; il était alors minuit trois quarts (heure de Paris). Le mouvement ondulatoire avait la direction du sud au nord. Les habitants ont remarqué que ces phénomènes assez fréquents dans la région, mais avec moins d’intensité, ont lieu généralement en décembre ou janvier et précèdent un changement de temps. Le 8, la température était de 15° à l'ombre à midi, et le 9 la neige s’est mise à tomber vers 7 heures du soir. V a-t-il une relation entre ces deux phénomènes ou simple coïncidence? » Les Italiens étudient avec beaucoup d’attention les phénomènes sismiques dont leur pays est le théâtre. Ils ont des appareils enregistreurs spéciaux dans la plupart de leurs observatoires; nous n’avons rien de semblable. Les oscillations du sol ne sont cependant pas moins fréquentes que les bourrasques, elles rentrent dans la classe de phénomènes généraux qui se rattachent peut-être aux phénomènes atmosphériques; il y aurait là, selon nous, une lacune à combler dans les observations météorologiques. G.T.
- INFORMATIONS
- —$1$— L’Exposition de Moscou a eu son complément nécessaire dans les récompenses données aux industriels et aux ingénieurs qui ont contribué à son succès. Le Journal officiel du 4 janvier a publié une liste de promotions dans l’ordre de la Légion d’honneur; nous citerons les noms de ceux qui touchent plus spécialement aux intérêts de la science ; parmi Les officiers de la Légion d'honneur nous mentionnerons M. A. Liébauf, ingénieur des arts et manufactures, G. Masson, éditeur, Gaston Menier, II.-S. Rouart, constructeur-mécanicien; parmi les chevaliers, MM. A. Bardou, opticien, J. Boyer, photographe, R. Valadon, éditeur, Verncs, ingénieur de la Compagnie Edison, Darlot opticien, etc.
- —îfc— Par décret, en date du 30 décembre 1891, M. le professeur Miine-Edwards, membre de l’Institut, a été nommé directeur du Muséum.
- —^— Rome va être éclairée par la lumière électrique. L’énergie sera empruntée aux belles chutes du Tcvcronc, voisines de Tivoli. La distance de transmission sera de 28 kilomètres et demi ; les lampes
- pour l’éclairage des rues seront suspendues au milieu des voies, comme cela sc pratique dans les autres cités italiennes.
- —%— Il existe aux environs de Berlin de grands établissements qui livrent au commerce des quantités énormes d’écrevisses cultivées artificiellement. Des centaines de paniers sont expédiés chaque jour en été, aux halles de Bruxelles et de Paris. Cette culture sc fait dans de grands étangs, spéciaux et profonds, alimentés d’eau vive et où les écrevisses sont nourries de débris d’abattoirs et de végétaux, carottes, betteraves à moitié cuites.
- —ÿ— The Optician annonce qu’une fabrique d’optique des plus connues à Londres met en vente des lunettes spécialement construites pour les chevaux. Elles sont en cuir bouilli, entourant complètement l’œil et munies de verres très grands et profondément concaves. Les chevaux qui en sont munis steppent tout naturellement, et les chevaux ombrageux parce qu’ils sont myopes sc corrigent de ce défaut. (Reproduit sous toutes réserves!)
- —Une machine étudiée pour fondre et composer 100 000caractères d’imprimerie par heure vient d’être essayée à Chelsea (Londres), en présence de plusieurs ingénieurs et de journalistes, avec un succès complet. L’emploi de cette machine, 1res simple et peu coûteuse, permet de réaliser une économie de 50 pour 100 sur les frais qu’entraîne la composition et d’augmenter de 20 pour 100 sa rapidité. (Même réserve que précédemment.)
- —îfc— On s’occupe de dresser un Nouvel inventaire des Archives nationales. La statistique des documents conservés aux Archives nationales accuse trois cent mille cartons et registres, et plus de quatre-vingt-dix millions de titres,
- —%— On a découvert il y a quelques mois, dans l’Asie centrale russe, les restes d’une ville importante qui était composée entièrement de cavernes taillées dans le roe. Celte ville était située sur la rive droite de l’Amou-Daria (Oxus), dans le voisinage de la boldiare de Karlii La ville souterraine paraît, à en juger par les inscriptions, monnaies, etc., qu’on y a trouvées, avoir existé au deuxième siècle avant notre ère. Certaines habilations sont à plusieurs étages. 11 y a des rues et des places, dont quelques-unes seulement sont obstruées par des ruines.
- —Le Courrier de Bayonne constate que la région basque est privilégiée pour la longévité de ses habitants, et il donne comme preuves les Irois décès suivants survenus en moins d’un mois ; 1” à Bayonne, MIU Doussy, décédée quatre jours avant d’avoir atteint sa centième année; 2° à Ilasparren, une femme âgée de cent dix ans; 3° à Sare, un homme de cent huit ans. Et ce sont là des chiffres attestés par les registres de 1 état civil.
- —Un lac est un puissant modérateur du climat, par suite de la grande capacité calorifique de l’eau. Ainsi, d’après M. Forel, la quantité de chaleur accumulée dans le Léman pendant l’été est égale à celle que donnerait la combustion de 51 millions de tonnes de charbon, soit le chargement d’un train de houille de 18 000 kilomètres de longueur, presque aussi long que le méridien de la Terre allant d’un pôle à l’autre.
- —?£— Un curieux exemple de l’intelligence des chiens. On a vu, il y a quelques jours à Londres, un relrievcr brun accourir, une lettre tout affranchie à la gueule, vers la boite aux lettres de Diecadilly. Le facteur venait précisément de faire sa levée et s’éloignait rapidement. Le chien l’aperçut, s’élança sur ses traces, le rattrapa, lui mit sa lettre entre ses mains et sc sauva avec l’air satisfait d’un eliien qui vient de remplir son devoir.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Déclivo-mètre : M. Gaston Cornié, à Senlis (Oise).
- Communications. — M. le baron de Conlades, à Quintin (Côtes-du-Nord), nous adresse la description d’un nouvel appa-( reil de chauffage, appelé Thermogène, qui se place dans les . cheminées ordinaires. Cet appareil se compose d’une plaque en fonte horizontale, sous laquelle l’air froid de l’appartement pénètre par une galerie en cuivre découpé. L’air s’échauffe au contact du foyer qui se trouve posé sur cette plaque en fonte, et se répand dans une série de tuyaux qui débouchent dans la pièce à la partie supérieure du foyer.
- - MM. L. Brillié et E. Dupré, à Paris, nous envoient une brochure qui contient les résultats de leurs études sur la nouvelle bière obtenue avec le inaïs malté. Nous avons récemment mentionné cette fabrication dans notre chronique, mais nous n’en connaissions pas l’origine.
- Les mangeurs de Terre. — M. Edouard Galloo, à Bergues (Nord), nous écrit : « Permettez-moi de venir, à mon tour, apporter ma petite contribution à l’étude de la question des mangeurs de verre, le hasard m’ayant fait découvrir à ce sujet un document rétrospectif assez curieux. On peut lire dans le Dictionnaire des sciences médicales, année 1810, n° 1145, sous la signature du Ur Lesauvage, un article dans lequel ce savant, après avoir cité quelques mangeurs de verre, rapporte certaines expériences qu’il fit à ce sujet. « Après avoir soumis « un grand nombre de chiens, de chats et de rats au régime du « verre pilé, dont les fragments avaient deux à trois lignes de « longueur, aucun de ces animaux ne fut malade et grand nombre « d’entre eux ayant été ouverts, l’on ne trouva aucune lésion « dans toute la longueur du canal alimentaire. Bien convaincu « d’ailleurs de l’innocuité du verre avalé, je me déterminai à en « prendre moi-même en présence de M. Gayal, du professeur « Lallemand et de plusieurs autres personnes. Je renouvelai plu-« sieurs fois l’expérience et je n’en éprouvai jamais la moindre « sensation douloureuse. » Cette citation est elle-même empruntée aux Confidences de Robert lloudin, publiées en 1858 : le célèbre prestidigitateur rapporte précisément ce passage afin d’expliquer le tour de force des Aïssaouas d’Afrique, mangeurs de verre. II ajoute qu’il répéta avec succès sur des chats l’expérience du Dr Lesauvage et qu’enfin il se décida à la tenter sur lui-même : « Un jour, en présence d’un ami, je fis cette bravade, si c’en « est une ; j’avalai aussi ma petite boulette (moitié viande, moitié « verre pilé); seulement j’eus soin d’y mettre du verre plus fin « que celui que je donnais à mes chats. Je ne sais si ce fut un « effet de mon imagination, mais il me sembla qu'au dîner je « mangeais avec un plaisir inaccoutumé ; le devais-je au verre « pilé? » Ces deux documents, à défaut d’autre intérêt, prouveraient au moins que ce n’est pas d’aujourd’hui que cette question préoccupe les curieux; en tout cas, ils corroborent vos propres observations sur l’innocuité de cet étrange aliment; je serais charmé s’ils pouvaient vous intéresser quelque peu. »
- — Un abonné, à Laval, nous écrit d’autre part qu’en 1856 il a connu à l'hôpital de Saint-Mandrier, à Toulon, un gardien infirmier qui, pour deux ou trois sous, mangeait un verre de montre en le croquant.
- Renseignements. — M. A. S., à Lille. — Consultez les articles que nous avons publiés sur les télémètres (n° 551, du 4 octobre 1879, p. 277 ; n° 555, du 6 mars 1880, p. 225).
- M. Durai, à Gray. — La densité de l’aluminium varie entre 2,56 et 2,67, suivant que le métal est fondu ou laminé.
- M. G. Vannesson, à Gray. — Vous nous demandez de publier des articles sur les cerfs-volants; la question a déjà été traitée longuement dans le journal (n° 509, du 5 mars 1885, p. 222; n° 695, du 25 septembre 1886, p. 269; n“ 699, du 25 octobre 1886, p. 552; n° 708, du 25 décembre 1886, p. 58; n° 717, du 26 février 1887, p. 202; n° 752, du 11 juin 1887,
- p. 26; n° 757, du 16 juillet 1887, p. 97; n° 759, du 17 décembre 1887, p. 44).
- M. J. Grangier, au Buse. — Nous avons pris de nouvelles informations. Le moteur est encore en construction ; l’inventeur doit nous le soumettre dès qu’il sera terminé.
- M. J. Angelvin, à Marseille. — C’est le pain de gluten qui convient surtout aux diabétiques.
- M. J. Cliovet, à Bourg-de-Péage. — La nouvelle édition du Formulaire de l'électricien, de M. E. Hospitalier vous renseignera ; elle doit paraître prochainement.
- M. L. Yialet-Chabraud, à La Ciotat. — L’exposition de Chicago aura lieu en 1895; la date exacte de l’ouverture n’est pas encore fixée.
- M. G. Ricaille, à Paris. — 10 Non. — 2” Cet article a été rédigé d’après des renseignements empruntés aux journaux des colonies.
- Un instituteur, à Arles. — Il faut laver la fumée, en la faisant passer à travers un vase rempli d’eau.
- Un Français, à Sandwich. — Il est préférable de laisser le charbon à la place du fer.
- M. L. de Vaux, à Nogent-le-Rotrou. — Cette fabrication nécessité une installation industrielle. ^ - t:
- Accusés de réception. — Avis divers : M. E. F. de B., à Paris. Il serait nécessaire de faire l’analyse complète du produit. — M. A. Savary, à Rennes. 1° Oui; 2° notre correspondant nous avait demandé d’autres livres que le manuel Roret. — M. F. Gebhart, à Blois. S’adresser, pour les cartes géologiques, à M. Savy, éditeur, boulevard Saint-Germain, à Paris. — Cercle libéral de Porrenlruy, Renseignez-vous à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris. — MM. Klein frères, à Genève. Des recherches de laboratoire seules pourront vous renseigner. — M. J. D-, à Bruxelles. — M- Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris.
- — M. Picard, à Paris. Nous ne pensons pas que ces clous se trouvent à Paris. — M. L. de Navailles, à Maslaeq. 1° Composition inconnue ; 2° nous avons précédemment indiqué plusieurs adresses.
- — M. II. Laming, à Barcntin. Vous pouvez vous adresser à M. P. Meyer, à Lille. — M. E. Hubert, à Vernon. Adressez-vous à un marchand de piles et d’appareils électriques. — M. Perrin, à Pau. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux publiés précédemment. — M. J. Philippe, à Houdan. Nous vous avons répondu dans la Boite aux lettres du n° 968, du 19 décembre 1891 ; à notre regret, nous ne pouvons pas toujours donner les renseignements qui nous sont demandés. — M. J. P-, à Paris. Vous pourrez consulter les brevets au Conservatoire des arts et métiers. — M. V. Chaste, à Pierre-Brou. Fleuriste artificiel et feuillagisle, de la collection des manuels Roret, à la librairie encyclopédique, 12, rue Hautefeuille, à Paris,— M. E. Verez, à Paris. Non; les conférences du Conservatoire ne sont pas publiées. — M. A. V., à Chalon. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. E. M., aux Sables-d’Olonne. 1° Le petit livre des Nouvelles recettes utiles (à la même librairie) contient plusieurs procédés pour le nettoyage des fûts; 2° adressez-vous à la Librairie agricole indiquée plus haut. — M. J. T.. A Arnay-le-Duc. Il n existe pas d’ouvrage sur cette question. — M. Franck, à Schlestadt. Pas de recueil spécial ; différents procédés sont indiqués dans les petits livres dont il est question ci-dessus. — M. Cuny-Moignet, à Abbeville; M. D. R. Pavon, à Cordoue. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. Z , ingénieur civil. Ie Pas de livre sur le sujet; 2° voyez les guides Joanne. — M. Schaffner, à Chà-tellcrault. 11 faudrait nous donner la description de l’objet dont vous parlez, avec petite figure explicative ; nous jugerions ainsi de sa valeur pratique.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Conférences photographiques au Conservatoire des arts et métiers, à Paris. — Ces conférences ont lieu les dimanches à 2h,50m dans le grand amphithéâtre : 17 janvier. La photographie céleste, par M. A. Cornu, membre de l’Institut, professeur à l’Ecole polytechnique, membre d’honneur de la Société française de photographie. — 24 janvier. La photographie médicale, par M. A. Londe, chef du service photographique de l’hôpital de la Salpétrière, membre du Comité d’administration de la Société française de photographie, vice-président de la Société d’excursions des amateurs de photographie. — 51 janvier. La photographie militaire et ta photo-cartographie, par M. le commandant Fribourg, chef du laboratoire de photographie du Ministère de la guerre, membre de la Société française de photographie. — 7 février. La photogravure en relief et en creux, la photochromographie et leurs applications à l'industrie du livre, par M. L. Vidal, professeur à l’Ecole nationale des arts décoratifs, membre de la Société française de photographie. — A suivre. —
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes tes questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- La canne-encrier. — On connaît la canne à épée, la canne-pliant et la canne à dard. Nous avons décrit récemment la canne-pharmacie qui était formée d’une série de compartiments vissés les uns à la suite des autres et qui contenait tous les médicaments d’un premier usage en cas de blessure ou d’accident. L’esprit des inventeurs n’a pas de bornes. Après
- La canne porte-plume et encrier.
- toutes ces cannes mécanisées, voici la canne-encrier-porte-plume. Elle est représentée en son entier à la partie supérieure du dessin ci-dessus, en A. Sa pomme se dévisse et est formée, comme on le voit en B, d’un porte-plume adhérent à une boule qui n’est autre qu’un encrier. Vous posez à plat la pomme de votre canne ou plutôt votre encrier, et vous dévissez le çorte-plume. L’encrier est ainsi prêt à être utilisé (voir G de la ligure inférieure) et on se sert du porte-plume comme on le voit en D. — S’adresser, pour cet objet, au Comptoir des spécialités brevetées, 86, rue du Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- Péle-pommes. — On a construit un grand nombre de systèmes différents pour peler les pommes, mais la plupart des appareils imaginés ont l’inconvénient de former un couperet spécial, quelquefois encombrant, qui ne peut servir que pour cet usage particulier. Le système que nous représentons ci-dessous en A est beaucoup plus simple. Il se compose d’une
- Pêle-pommes. — A. Détail de l’appareil.
- B. Mode de fonctionnement figuré à une plus petite échelle.
- lame métallique formant un guidage pour la peau de la pomme et monté sur deux écrous à vis dans lesquels on peut fixer un couteau de table ordinaire, comme on le voit figuré en B. Dans cet ingénieux petit appareil qui s’adapte à n’importe quel couteau, c’est le couteau lui-même qui coupe la peau. — S’adresser, pour le pèle-çommes à M. Pérille, constructeur, 100, boulevard Richard-Lenoir, à Paris.
- Transformation des photographies en dessins inaltérables. — Tous les ingénieurs, tous les photographes amateurs connaissent le papier au ferro-prussiate qui permet d’obtenir des épreuves bleues. Ce papier, qui se trouve tout préparé dans le commerce, a le défaut de ne pas se conserver. Depuis quelque temps l’emploi de ce papier s’est généralisé, grâce à un liquide, le Ferro, qui permet de préparer rapidement le papier soi-même. Pour cela, il suffit d’enduire avec un
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- pinceau et de laisser sécher environ une demi-heure dans un endroit peu éclairé, une feuille de bon papier écolier, de carton ou de toile. Après l’exposition au soleil pendant douze à quinze minutes, l’image apparaît violacée ; on lave l’épreuve dans l’eau pure, sans aucun mélange chimique; l’image vire au bleu et' se fixe en séchant. Ce papier, qui permet de se rendre compte de la valeur d’un cliché, de faire des menus (car on peut toujours écrire dessus), revient à peine à quelques centimes. Parmi les diverses applications intéressantes qu’on peut en faire, il en est une particulièrement importante. La photographie en bleu, même après fixage, s’enlève facilement par simple immersion dans les alcalis; or, on trouve dans le commerce
- Transformation d’une photographie (n* 1) en un dessin (n° 2),
- un produit sans odeur, qui ne tache pas les doigts, connu sous le nom d'iconovore. Ce produit, sans doute à base d’acide tar-trique, m’a permis de faire des enlevages partiels sans possibilité de s’apercevoir de la présence préalable de la photographie. On voit donc le parti qu’on peut tirer de ces épreuves photographiques pour obtenir des dessins aux crayons gras ou à l’encre ; il suffit, en effet, de remplacer les parties effacées de la photographie par des hachures (crayon ou encre) ou par du dessin à l’estompe. Le travail achevé, on plonge quelques instants la feuille dans le bain d’iconovore et l’on obtient une très jolie image inaltérable de la couleur de l’encre ou du crayon employé. Le n° 1 représente une épreuve tirée d’après un négatif ordinaire, représentant un fragment de bas-relief sur lequel l’artiste a passé un trait à l’encre de Chine ou au crayon. Le n° 2 représente la même épreuve qui, après avoir été lavée, a perdu toutes ses parties colorées pour ne garder que les traits tracés à l’encre; quand elle est sèche, elle peut recevoir des couleurs : aquarelle, huile, etc. Par ce moyen, il est facile d’avoir rapidement des esquisses d’aquarelles ou des esquisses sur toile qui abrégeront beaucoup le travail de l’artiste. Les architectes aussi trouveront dans son emploi de sérieux avantages : le cliché leur permet de conserver des motifs intéressants et sur l’épreuve bleue, avant le passage au bain, ils pourront transformer telle ou telle partie de leur œuvre qu’il leur conviendra. — Le ferro et l’iconovore se trouvent chez MM. Fribourg et Hesse, fabricants de produits chimiques, 26, rue des Ecoles.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- L’emploi de l’eau chaude. — Il n’est pas toujours besoin d'avoir sous la main toute une pharmacie pour soulager, et même guérir, bon nombre d’affections. L’emploi judicieux de l’eau froide ou chaude peut remplacer, dans bien des cas, un médicament, ou tout au moins apporter un soulagement en attendant une thérapeutique plus active. Citons-en quelques exemples.
- Le mal de tête simple, la céphalalgie, est calmé souvent par une application sur la nuque ou le front de compresses trempées dans l’eau chaude. L’eau chaude a même, dans ces cas, une action plus durable, sinon plus rapide, que l’eau froide. Le bain de pied chaud amène également une diminution de celte tension douloureuse du côté de la tête.
- Les crampes stomacales, les coliques peuvent être calmées par ce cataplasme primitif, une serviette trempée dans l’eau chaude, bien tordue et appliquée sur le creux épigastrique ou sur le ventre.
- Le même moyen réussit bien dans les névralgies intercostales, lombaires ou autres.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- . Trousseau conseillait autrefois, dans les attaques de laryngite ^triduleuse chez les enfants, faux croup, l’application d’une éponge imbibée d’eau chaude sur le devant du cou. Mettre l'eau aussi chaude que possible (en ayant soin d’éviter cependant la brûlure). À défaut d’éponge, un morceau de flanelle formant cravate; un petit paquet d’ouate hydrophile qui prend L’eau comme une éponge.
- On a conseillé avec succès, conti'e les hémorragies nasales ou d’autres cavités, les injections d’eau à 40, 45 degrés. Les lavements d’eau, à une température un peu moindre, 32, 35°, réussissent bien contre les hémorroïdes, contre la constipation. Ùn verre d’eau chaude avant de se coucher amène un soulagement marqué de cette infirmité.
- Les mauvaises digestions sont souvent bien régularisées par
- une infusion chaude aromatique, dans laquelle l’eau agit tout autant par elle-même que par la plante qui y a infusé.
- Remède contre la coqueluche. — Le Dr Chavernac d’Aix préconise contre cette maladie l’emploi de la naphtaline en vaporisation par fusion. On met 15 à 20 grammes de naphtaline (qui est un produit retiré du goudron minéral) dans un récipient en faïence, sur un réchaud, et on chauffe lentement, de peur de brûler le produit, ce qui déterminerait des vapeurs âcres et fatigantes. La naphtaline ne tarde pas à entrer en fusion et inonde l’appartement de ses vapeurs argentines.
- Ce moyen a donné au Dr Chavernac des succès remarquables ; son fils et lui-même avaient dû leur guérison à ce médicament. Ille fit essayer à diverses reprises avec grand succès. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49’",30). — Bureau central météorologique de France.
- observations A 7 HEURES DU MATIN thermomètre: VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 4 janvier.. . . 1”,6 N. 1 Très nuageux. 1,0 Couv. justj. 6 h., puis peu nuageux; beau ap. 16 h. ; se couvre a 24 h., gelée blanche.
- Mardi 5 - 1*,3 W. N. W. 1 Beau. 0,0 Peu miag. de 6 à 17 h., couv. av. et apr. ; pet. neige avant le jour; brouillard de 1500 m. à 11 h.
- Mercredi 6 3**7 S. W. 3 Couvert. 0,4 Presq. couv. ; pluie à plus, reprises avec grêle à 18 h.
- Jeudi 7 3**1 S. W. 3 Couvert. 3,7 Presque couv., gouttes ou pluie de 11 h. à 17 li.
- Vendredi 8 0”,9 S. W. 4 Quelq. nuages. 1,0 P. nuag. jusq. 18 h., couv. ens. ; un p. de grêle à 19 h.
- Samedi 9 — 0”,2 W. 2 Couvert. 2,0 Peu nuageux de 10 à 17 h. ; couv. avant et après; neige de 3 à 7 h.
- ' Dimanche 10 — 6”,2 S. S. E. 2 Couvert. 0,0 Couv. de 5 à 19 h. ; beau avant et après.
- JANVIER 1892. - SEMAINE DU LUNDI 4 AU DIMANCHE 10 JANVIER 1892
- Mardi ( Mercredi ] Jeudi ( Vendredi ! Samedi | Dimanche
- La courbu super,cure indique lu nébulosité de 0 à 1(); les /lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mery courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- I
- j Résumé des observations météorologiques faites an parc de 8aint-Af aur en décembre 1891
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 76l““.27. Minimum, le 10. à 9 heures du soir, 716”“,02; maximum, le 19, à 9 heures du matin, 775”“,52.
- Moyennes thermométriques : des minima, 2°,03; des tnaxima, h°,21 ; du mois, 5°, 12; moyenne vraie des vingt-quatre heures, 4°,85. Minimum, le 24, entre 7'heures et 8 heures du matin,—10°,1; maximum, lé 4, entre 1 heure et 2 heures du soir, 16°,1. Il y a eu dix jours de gelée dont deux petites gelées insigniliantes, les 12 et 28, et huit jours consécutifs de glace dont trois sans dégel, du 18 au 23. De plus, quatre jours de gelée blanche.
- Tension moyenne île la vapeur. 5““,9l: la moindre, le 2>, à 9 heures du matin, l-“,7 ; la plus grande, le 4, à midi, 10““.5.
- Humidité relative, 85,5; la moindre, le 21, à 3 heures du soir, 51; la plus grande, 1U0, en douze jours.
- Pluie, 55’“, 1 en soixante-onze heures, réparties en dix-huit jours. Une seule pluie un peu importante a donné 11 millimètres d’eau en treize heures et demie, le 15, par un temps presque calme après deux journées de vent très fort, du sud à l’ouest.
- On a vu un éclair au nord-est un peu avant 6 heures, le 7 décembre au soir.
- Nébulosité, 60. Le temps a été presque entièrement clair du 17 au 24.
- Le 1", brouillard de 400 mètres; petit brouillard, le24, à 1 heure du matin.
- Température moyenne de la Marne, le malin, 4°,72 ; à 3 heures et demie du soir, 4°,75 ; en moyenne, 4°,75; elle s’est maintenue à 0° les 23 et 24 et le 28 au matin; elle a atteint 7°,66 le 16; elle a charrié des glaçons du 23 au 28; on a patiné plusieurs jours sur les Etangs; elle était assez claire jusqu’au 10; ensuite elle s’est troublée progressivement jusqu’au 29, jour pendant lequel elle cachait les objets à une profondeur de 0“,10.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de décembre 1891 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 2”“,54. Thermomètre plus haut de 2°,05. Tension de la vapeur plus élevée de 0“*,77. Humidité relative moindre de 5. Pluie plus forte de 15“*,8. Nébulosité moindre de 14.
- Le Chimonanthus flagrans a commencé à fleurir le 16.
- PHASES DE LA LUNE ; P. Q. le 7, à 1 h. 22 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE D0 JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- VARIÉTÉS
- La pluie artificielle. — Dans notre supplément du 26 septembre 1891, nous parlions ici même de la pluie artificielle et nous émettions des doutes au sujet des résultats pratiques à obtenir. A plusieurs reprises, des Notices détaillées ont été publiées dans La Nature sur cette question intéressante, et nous partageons l’avis de notre savant collaborateur M. Ch. Guillaume, qui concluait en quelque sorte en disant que lorsque les circonstances atmosphériques sont favorables, c’est-à-dire lorsque la pluie est imminente, un ébranlement de l’air peut en déterminer la formation. Quoi qu’il en soit, les faits sont toujours utiles à enregistrer. En voici un que nous adresse un de nos lecteurs, M. Giordani, de Port-au-Prince (République d’Haïti) : « A dix heures du matin, le 23 décembre 1891, uue explosion a eu lieu à l’arsenal du cap Haïtien. Les tôles de l’arsenal ont été projetées au loin et les caisses de cartouches se sont mises à partir. L'atmosphère qui était un peu chargée a donné immédiatement un peu de pluie. » Tel est le fait que nous signalons d’après le rapport publié sur l’explosion, dans le Moniteur officiel d’Haïti. Le rapporteur dit, ne l’oublions pas, que l’atmosphère était un peu chargée, c’est-à-dire saturée d’humidité ; en outre, il n’est pas bien certain qu’il n’v ait pas simple coïncidence entre la chute de la pluie et l’explosion. Quoique le fait soit en faveur de ceux qui croient à là possibilité de produire la pluie parles explosions, il faudrait un grand nombre d’observations de ce genre pour pouvoir conclure avec certitude ; et nous resterons sur nos prudentes réserves à l’égard de la pluie artificielle. G. T.
- INFORMATIONS
- —— Parmi les constructions récemment élevées au Jardin •d’Acclimatation de Paris, il convient de parler de la nouvelle'galerie du Musée de chasse et de pêche. Dans ce Musée, dont l’installation -est maintenant presque achevée, a été réunie la collection à la fois historique et ethnographique des engins servant ou ayant servi à la -capture des animaux. On peut y voir, à côté des armes et des instruments que nous ont fait connaître les découvertes archéologiques, les engins de toute nature aujourd'hui en usage chez les peuples sauvages et chez les peuples civilisés. Les objets sont répartis en quatre groupes comprenant les armes, les filets, les pièges et les accessoires. La classification adoptée permet les rapprochements les plus curieux; on est tout surpris de constater que telle arme, tel
- Fiège encore en usage de nos jours, étaient connus des hommes de âge de la pierre. Le Musée de chasse et de pêche est le seul de ce genre existant à l’état permanent; il vient donc combler une lacune et répond bien au but que s’est toujours proposé le Jardin -d’Acclimatation, c’est-à-dire l’instruction du public.
- —Nous signalerons à nos lecteurs le premier numéro d’une nouvelle Revue delectricité publiée sous le titre VIndustrie -électrique, et dirigée par M. Ed. Hospitalier, dont nos lecteurs ont souvent apprécié la compétence et l’érudition. L'Industrie électrique parait le 10 et le 25 de chaque mois en livraisons de 24 pages, contenant de nombreuses figures : cette revue est fort bien impri-
- mée et éditée par M. A. Lahure : elle nous paraît destinée à prendre une place importante dans les publications scientifiques et techniques de notre époque.
- —— Nous avons reçu le programme du Concours que la Société industrielle de Mulhouse vient d’ouvrir pour l’installation d’une station centrale de force motrice dans la Haute-Alsace. Cette station devrait pouvoir desservir la contrée entière, qui demande environ une puissance de 20 000 chevaux. Les Mémoires comparatifs doivent être aussi complets que possible, entrer dans les détails de la construction des moteurs et de la distribution de la puissance, établir les dépenses probables avec toute l’exactitude possible, et donner le prix de revient comparatif du cheval-vapeur rendu à l’usine par le nouveau mode de distribution et par les moteurs employés jusqu’à ce jour. La Société offre au meilleur Mémoire une médaille d’honneur et une somme de 2500 francs. Les Mémoires, dessins, pièces justificatives et échantillons devront être marqués d’une devise ou épigraphe choisie par l’auteur et adressés franco de port, avant le 15 mai 1892, au président de la Société industrielle de Mulhouse, en même temps qu’un pli cacheté renfermant le nom exact et l’adresse du concurrent.
- —Au commencement de janvier, de nombreux bateaux venant de la Hollande remontaient le Rhin, chargés de quantités énormes de blés d’Amérique. Ces bateaux s’arrêtaient, soit à Cologne, soit à Coblentz, soit à Mayence, places de guerre auxquelles sont destinés les chargements des navires hollandais. A Mayence, on transbordait sur des wagons de grandes quantités de blés destinées à la place d’Ulm. Cela donne une idée de l'étendue du manque de céréales en Allemagne, le Gouvernement étant obligé de s’approvisionner au dehors, pour faire subsister l’armée. Il est également à noter que précédemment l’approvisionnement se faisait en Russie.
- —Sait-on quel est le nombre de volailles que le port de Honlleur (Calvados) a expédié à l'occasion de Noël dernier à Newhaven et à Southampton? Les steamers des deux lignes régulières anglaises ont emporté 200 000 oies et 10 000 dindes. Ces superbes volailles font prime sur tous les marchés britanniques. Ce trafic représente plus d’un million de francs. L’année dernière, il était plus considérable encore; on avait atteint le chiffre de 281097 oies, et de 12 800 dindes.
- —On annonce que le Gouvernement hollandais se propose de faire exploiter lui-même les riches gisements houillers situés près de Padang, dans file de Sumatra. On espère en extraire de 2 millions à 2 millions et demi de tonnes chaque année. La houille en est d’aussi bonne qualité que celle d’Europe et l’on espère qu il sera possible de livrer ce charbon au commerce au prix de 22 à 23 francs la tonne.
- —sfc— Le chemin de fer le plus septentrional du globe sera celui que l’on construit actuellement en Norvège et en Suède. Il va de Lulea, petite ville au fond du golfe de Bothnie, à Elvegaar, fort placé sur l’Atlantique, fjord d’Ofonten, et coupe le cercle arctique. On espère que la ligne sera inaugurée l’été prochain, malgré les obstacles que rencontrent les entrepreneurs, et la rigueur du climat, qui arrête souvent les travaux.
- —jfr— L’influenza, dont on constate chaque jour les progrès, ne sévit pas seulement sur les hommes; les animaux en sont également victimes, l’ne violente épidémie de cette maladie vient d’éclater parmi les singes au Central-Parc de New-York; tous les animaux frappés succombent.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Appareil à cuire les œufs : M. J. Mesdran, 17, passage Verdeau, à Paris, j— Serrure de sûreté : Dépôt-Machefer, 32, Faubourg-Poissonnière, à Paris. — On pourra voir une curieuse horloge du genre de celle de M. Servière, chez M. Planchony horloger, 66, au Palais-Royal, à Paris. — L’appareil pour l’exercice des . couteaux japonais se trouve chez M. Voisin, 83, rue Vieille-du-Temple, Paris. ' • ' « . ’
- Communications. — M. A. Poulain, à Angers, nous envoie, à titre de complément des indications que nous avons données précédemment, la brochure qu’il vient de faire paraître sur l’Arf de patiner. Cet opuscule, qui donne en quelques lignes les principales règles du patinage, est d’un prix fort modeste et se trouve chez l’auteur, 2, rue Volney, à Angers.
- MM. L. Brune et L. Benet, à Béziers, nous adressent la description d’un nouvel appareil, appelé odotère, destiné à prévenir les collisions sur les voies ferrées.
- M. H. Moulin, à Poitiers, nous communique le résumé des observations météorologiques faites dans cette ville pendant le mois de décembre 1891. La quantité de pluie maxima a été relevée le 2 décembre (1 la température maxima a été
- de 15° le 4, et la température minima de —2° le 21. La moyenne barométrique a été de 767mm,16.
- M. A. Jagot, au Mans, nous rappelle que, le 27 mars 1889, il nous, a envoyé la desci’iption d’une lanterne fumivore comparable comme principe à celle de M. J. Morin, dont nous avons parlé dans notre Boite aux lettres du n° 967, du 12 décembre 1891.
- M. P. S., à Paris, nous écrit au sujet de la Notice de nos précédentes Informations, dans laquelle nous parlions de lunettes pour les chevaux : i( J’ai toujours vu appliquer en Normandie, aux chevaux enclins à franchir les clôtures du pâturage, de grandes lunettes en cuir collées contre les yeux et ne laissant paraître la lumière que par une ouverture centrale d’environ 1 centimètre de diamètre. Résultat : le cheval voyant juste assez pour pouvoir se conduire en marchant avec précaution ne galope plus et ne peut plus sauter les clôtures. »
- M. A. G., à Condé-en-Brie. — 1° C’est par des terrassements que les gisements ont été découverts; il n’y a pas de signes extérieurs. — 2° Ces “coquilles qui renferment des phosphates sont incorporées dans les engrais.
- Mme Paris, à Luxeuil-les-Bains. — Il faudrait faire üne lessive des cendres et se rendre compte de la quantité de soude qu’elle contient par un titrage alcalimétrique. Cela ne peut être fait que par un chimiste. Mais nous croyons que la lessive filtrée pourra servir directement. Vous ne risquez rien en essayant ; si l’alcalinité vous paraît insuffisante*, vous ajouterez1 au liquide un peu de sel de soude. i
- M, A. T. (Indre-et-Loire). — Vous pourriez essayer l’eau oxygénée qui est très employée pour lé nettoyage des gravures.
- M. S. Demoulin, à Farciennes. — Il suffit de passer un vernis isolant (gomme-laque ou bitume de Judée) sur là place que l’on veut conserver sans dépôt. 1
- M. J. P., h Paris?—Si les constantes de la pile sont de 1,4 volts et 5 ampères, soit 4,2 watts utiles en plein régime de décharge, il suffira de 40 éléments environ.
- M. H. B., à Saint-Etienne. — Les positifs sur verre pour lès projections se font au châssis-presse par contact entre le cliché et une glace au gélatino-bromure. Il faut une pose excessivement courte, une demi-seconde à 3 mètres d’un bec dé gaz. * M. P. G., à Sainte-Menehould. — 1° L’emploi du carbonate de soude est tout à fait inutile. — 2° Remerciements pour voire instantané que nous utiliserons.
- Accusés de réception. — Avis divers : Cercle littéraire d'Amberl. Il faut vôus adresser à des marchands de pierres, vous trouverez de nombreuses adresses dans le Dictionnaire de Boltin. — M. H. Radisson, à Privas. Votre lettre a été envoyée à destination. — M. L. Belmont, à Cannes. Nous avons reçu votre lettre, mais non votre photographie. — M. IL Durond, à Moulins. Adressez-vous à M. G. Trouvé, 14, rue Vivienne, à Paris. — M. G. F., à Beaucourl; M. Eminser, à Versailles,. Vous trouverez des ouvrages de ce genre à la librairie E. Bernard, 53, quai des Grands-Augus-tins. à Paris. — Un abonné, à Geny. L’invention, dont il s’agit, n’a aucune valeur. — M. Silkol, à Canet. 1° Votre communication sera utilisée prochainement; 20;la transformation du vin en vinaigre est décrite dans les traités de chimie. — M. P. B-, à Maubeuge. Impossible de vous renseigner à distance ; tous nos regrets. — M. Al. Roger. Nous avons déjà décrit celte curieuse expérience. — M. L. Bes-sou, à Moulins. Nous avons reçu votre communication et votre envoi. Hcmerciements. —M. C. L., à Nancy. Il s’agit d’une recette de métier que nous regrettons de ne pas connaître. — M. E, Du-flos (ils, à Vitry-en-Artois. L’idée est ingénieuse; mais il y aurait des difficultés pratiques dans sa réalisation. — M. Gabriel Rouvre, à Piney. Non; cet appareil n’a pas été décrit.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Conférences photographiques au Conservatoire «les ans et métiers, à Caris. — Les dimanches à 2h,30n>
- Renseignements. — M. J. Fardel, à Lille. — Les résultats obtenus seront bien supérieurs en plaçant les fils qui entourent l’aimant dans le circuit d’une dynamo.
- M. R. B. de .1 andin, à Nancy. — L’encre de ces timbres a souvent pour base des couleurs d’aniline; essayez l’alcool.
- M. F. T., à N. — 1° La grosseur du conducteur dépend du nombre de lampes. — 2° Le montage en dérivation est préférable. — 5° Il faudrait 40 accumulateurs de faible capacité.
- M. A. Cordonnier, à Bailleul. — Nous tenons compte de vos observations ; nos chiffres sont d’accord avec un article de l'Economiste français.
- M. E. B., à Bruxelles. — La solution désinfectante employée par les services de désinfection de la Ville de Paris pour lavages par pulvérisation est composée comme il suit : sublimé,
- 1 gramme; acide tartrique, 5 grammes; eau distillée, 1000 grammes, et quelques gouttes de teinture alcoolique de carmin d’indigo.
- M. A. Basset, à Goncelin; M. II. Streube, à Paris. — M. C. Legrand, constructeur, 58, rue delà Folie-Méricourt, à Paris.
- Un abonné, à Lyon. — Nous ne. pouvons vous indiquer que les sels d’argent, mais ils ne noircissent pas immédiatement.
- M. L. Chenul, à Constantinople. — Vous pourriez essayer le blanc d’œuf, en le coagulant à chaud.
- M. B., àOyonnax. — 1° Voy. le traité de la pile électrique, par Niaudet (1 vol. Baudry, éditeur à Paris). — 2° N’est pas encore sous presse.
- M. F. Parlato, à Zurich. — Adressez-vous directement à l’auteur, membre de l’Académie des sciences, à Paris.
- M. E. P., h Lisbonne. — Agissent comme des oxydants.
- dans le grand amphithéâtre: 14 février. L'histoire d'un objectif pholographique, par M. E. Wallon, professeur de physique au lycée Janson-de-Sailly, membre de la Société française de photographie.— 21 février. L'enregistrement des phénomènes naturels à l’aide de la photographie, par M. E. Trutat, directeur du Musée d’histoire naturelle de Toulouse. — 28 février. L'iconométrie et la métrophotographie, par M. le colonel Laus-sedat, directeur du Conservatoire national des arts et métiers.
- — 6 mars. La microphotographie, par M. L. Duchesxe, membre de la Société française de photographie. — 15 mars. Les appareils panoramiques et les panoramas photographiques, par M. le commandant Moëssard, professeur à l’Ecole supérieure de guerre, membre de la Société française de photographie. — 20 mars. L’héliochromie et les actions chimiques de la lumière, par M. II. Becquerel, membre de l’Institut, répétiteur à l’Ecole polytechnique. — 27 mars. Les procédés usuels de la photographie et leurs applications, par M. Ch. Gravier, inspecteur principal à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, professeur à l’Association philotechnique, membre de la Société française de photographie. — 5 avril. Les pellicules photogra-phiijucs et leurs applications aux impressions mécaniques, par M. G. Balagny, président de la Société d’études photographiques, membre de la Société française de photographie.
- — 10 avril. La physique photographique, par M. A. Buguet, professeur de physique au Prytanée militaire.
- . M. Chauveau, membre de l’Institut, professeur de pathologie comparée au Muséum d’histoire naturelle, a ouvert ce cours le vendredi 15 janvier 1892, à 2 heures, et le continuera les mercredis et vendredis suivants à la même heure.
- Dans la « Boite aux. lettres » ta Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand Us se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer'toutes les communications.— Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Chambre noire du chasseur. — La maison Lechner, de Vienne (Autriche), a imaginé une chambre noire qui se place sous le canon du fusil de chasse, ainsi que l’indique le dessin ci-dessous. En tirant la gâchette du fusil, l’appareil fonctionne aussitôt et, si l’on a visé juste, on doit avoir une épreuve du gibier avant de l’avoir tué. On peut, dans tous les cas, contrôler de la sorte la justesse du tir. Ce très ingénieux appareil est appelé à compléter le matériel du chasseur, et nous ne doutons pas qu’il soit adopté par un très grand nombre de personnes à qui il procurera le double plaisir de la photographie
- Le fusil photographique ou chambre noire du chasseur.
- A. Mode d’emploi de l’appareil. — B. Schéma du mécanisme.
- et de la chasse. Les dispositions de détail de la chambre noire sont indiquées par le dessin en cartouche dans notre gravure. La chambre a environ 18 centimètres de longueur sur 6,6 de largeur. L’image obtenue a un diamètre de 50 millimètres environ.
- Le Moniteur de la photographie, auquel nous empruntons notre description, ignore le poids de cet appareil ; sans doute est-il aussi réduit que possible, condition indispensable pour ne pas entraver la précision du tir.
- Les pianos mécaniques. —Nousavons mentionné, il y a quelques années, les ingénieux appareils de M. J. Carpentier,,de mélographe et le mélotrope, destinés à enregistrer et à reproduire des morceaux de musique (n° 734, du 25 juin 1887, p. 49). Nous signalerons aujourd’hui à nos lecteurs les intéressantes dispositions mécaniques utilisées par MM. Stransky frères pour obtenir le jeu automatique du piano. Le mécanisme se
- Piano mécanique de MM. Stransky.
- trouve placé au-dessous du clavier dans un tiroir correspondant directement avec le mécanisme intérieur placé en bas de l’instrument et agissant sur les cordes du piano. Les morceaux de musique sont inscrits sur des cartons à l’aide de perforations variées. Ces cartons sont placés sur des rouleaux que l’on anime d’un mouvement continu ; ils défilent alors sur un petit clavier métallique composé de soixante et une dents mobiles qui peuvent suivre exactement les perforations existant dans les morceaux. Dès qu’un trou de carton se présente au-dessus de l’une des soixante et une dents, la dent se relève et fait agir le mécanisme intérieur ; ce dernier fait frapper le marteau sur la corde de l’instrument et l’y maintient le temps qui correspond
- à la valeur de la note. Il convient de donner un mouvement régulier de déplacement au rouleau ; ce que l’on peut obtenir très facilement à l’aide d’un petit moteur électrique. Il est à remarquer alors que dans le jeu mécanique, les touches du piano s’abaissent au fur et à mesure du jeu, comme elles le feraient sous l’impulsion du doigté ordinaire. Malgré le jeu mécanique, les pianos restent toujours libres, de sorte que l’on peut à volonté alterner le jeu mécanique et le jeu à la main. Un petit rouleau supplémentaire convenablement disposé permet d’adapter des morceaux sans fin, que l’on peut jouer plusieurs fois de suite, ce qui peut être avantageux et commode pour des airs de danses. Des dispositions analogues ont été imaginées pour des harmoniums. Le seul mouvement des pédales actionnant la soufflerie met en mouvement le mécanisme de l’instrument et le jeu des morceaux de musique qui sont en papier parcheminé. En même temps que le jeu mécanique, on peut faire à volonté un supplément d’accompagnement au doigté ordinaire. — S’adresser, pour ces intéressants instruments, à MM. Stransky frères, 20, rue de Paradis, à Paris
- Lampe au magnésium pour la photographie. —
- Nous présenterons aujourd’hui une nouvelle lampe de M. Goddé. Elle se distingue de ses aînées par sa grande puissance. Elle se compose d’un entonnoir placé verticalement dans lequel on introduit la poudre ; à son extrémité est soudé un tube recourbé se terminant par un appareil de sûreté en toile métallique. Une embouchure où vient s’adapter le tube de caoutchouc muni de sa poire termine cette partie de la lampe. L’entonnoir est entouré d’une couronne ajourée et métallique garnie d’amiante. Un couvercle servant à l’extinction de la flamme vient reposer sur un plateau formant écran. Le tout est monté sur un pied que l’on tiendra à la main ou que l’on placera à l’endroit
- B
- .Nouvelle lampe pour l’éclair au magnésium. ,
- A. Immersion dans l’alcool du cylindre à garniture d’amiante. B. Appareil au moment du fonctionnement.
- choisi. Pour se servir de la lampe on commencera par introduire la poudre dans l’entonnoir, la couronne d’amiante, mise dans le godet qui forme le couvercle, sera imbibée d’alcool, et l’excédent restant sera reversé dans le flacon, La couronne remise en place sera enflammée et, comprimant la poire, la poudre sera projetée violemment dans la fljmme. L’extinction se fera en mettant le couvercle sur la couronne. Le magnésium brûle avec une intensité considérable. Des photographies faites de la flamme ont donné 1 mètre de hauteur sur une largeur de 50 centimètres avec 50 centigrammes de poudre. L’intensité éclairante était telle qu’un intérieur étant photographié la nuit avec une fenêtre ouverte, l’immeuble, sur le côté opposé de la rue, est venu sur le phototype. Une précaution indispensable à prendre pour opérer avec le magnésium, consiste à placer les personnages à photographier dans une position telle que les yeux ne soient pas frappés par l’intensité de,la flamme. Les personnages auraient les yeux fermés. On peut laisser les lumières dans la pièce à la condition d’ouvrir l’objectif seulement quelques instants avant d’opérer et de le refermer après l’éclair. Les clichés devront être développés avec les formules qui s’emploient pour les instantanés. — La lampe que nous venons de décrire se trouve chez MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des Ecoles.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité théorique et pratique des moteurs à gaz, par Aimé Witz. 1 vol. grand in-8°. 3e édition revue et augmentée. E. Bernard et Cie, imprimeurs-éditeurs. — Paris, 1892. Prix : 15 francs.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
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- Séméiologie et diagnostic des maladies nerveuses, par P. Blocq, chef des travaux anatomo-pathologiques à la Salpêtrière, et J. Onanoff. 1 vol. in-18, avec 88 figures dans le texte. G. Masson, éditeur. —Paris, 1892. Prix : 5 francs.
- Manuel d’anatomie microscopique et d'histologie, par P.-E. Laünois et H. Moraü, préparateurs adjoints d’histologie à la Faculté de médecine de Paris. 1 vol. in-18. G. Masson, éditeur. — Paris, 1892. Prix .* 6 francs.
- L'essai commercial des vins et vinaigres, par J. Dujardin. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des connaissances utiles, avec 66 figures. Librairie J.-B. Baillière et fils. — Paris, 1892.
- Annuaire de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 58e année. 1 vol. in-16. F. Hayez, imprimeur. — Bruxelles, 1892.
- An introduction to Chemical theory, by Alexander Scott, late scholar of Trinity College, Cambridge. 1 vol. in-16. Adam et Charles Black. — London and Edinburgh, 1891.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Pour enlever la rouille des objets nickelés. — Par suite de la grande extension qu’a prise le nickelage, il peut y avoir intérêt à connaître un moyen pratique pour enlever la rouille qui se montre sur les objets nickelés. On graisse d’abord la surface rouillée et on la frotte quelques jours plus tard avec un chiffon imbibé d’ammoniaque. Si quelques taches subsistent, on y met avec précaution un peu d’acide chlorhydrique étendu qu’il faut de suite essuyer. Ensuite on lave à l'eau et, une fois la surface sèche, on la polit avec du tripoli.
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- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49™,30). — Bureau central météorologique de France.
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- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION BT FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 11 janvier. . . — 7*,1 N. 1 Beau. 0,0 Quelques nuages cà et là, beau du reste ; bouillard dans la soirée.
- Mardi 12 — 7*,7 N. E. 2 Presq. couvert. 0,0 Nuageux ; transparence atmosphérique 3 kilomètres.
- Mercredi 13 - 3%7 N. E. 3 Nuageux, 0,0 Très nuageux jusqu’à 14 h., couv. ensuite; atmosph. assez claire ; halo.
- Jeudi 11 — 3*,0 N. 3 Presq. couvert. 0,0 Presque couv. ; un peu de neige de 11 h. 1/4 à 12 h. 1/4; halo et arc circonscrit lunaire.
- Vendredi 13 — 0",2 W. S. W. 2 Couvert. 0,0 Eclaircies de 12 à 13 h., couvert du reste; brumeux.
- Samedi 16 — 2°,5 S. E. 3 Couvert. 0,0 Nuageux; halo; atmosph. très claire.
- Dimanche 17 — 1%0 E. 2 Beau. 0,0 Nuageux de i à 9 h. ; couv. jusqu’à 21 h. ; peu nuageux après.
- JANVIER 1892. — SEMAINE DU LUNDI 11 AU DIMANCHE 17 JANVIER 1892
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- lift neige. — Du 13 au 13 janvier il a neigé assez abondamment sur un grand nombre de localités de notre territoire. Le 15, il continuait à neiger sur divers points de la France. A Lyon, il a neigé le 14 janvier encore en abondance ; de nombreux lils télégraphiques ont été rompus. Des arbres des places publiques ont été brisés. Quelques minutes avant le passage d’un train, un sapin s’est abattu sur la voie entre les gares de Saint-Romain et de Collonges empêchant complètement la circulation. Heureusement le mécanicien du convoi, ayant aperçu l’obstacle, a pu arrêter à temps sa machine. Les employés, aidés de voyageurs de bonne volonté, ont rangé l’arbre sur le talus bordant la voie et quelques mi-
- nutes après le train a pu reprendre sa marche dans la direction de Per-rache, où il est arrivé après un court retard. D’ailleurs, la neige et le verglas ont retardé presque tous les trains. A la date du 15 janvier on télégraphiait de Grenoble qu’il tombait de la neige depuis le 13; les trains et les courriers n’arrivaient qu’avec des retards considérables.
- Un correspondant de Perpignan écrivait, à la date du 15 janvier : « Une violente tempete de vent du nord-ouest souffle avec énergie sur tout le département. La température s’est sensiblement refroidie. La neige est tombée en abondance sur les Pyrénées et dans la Cerdagne française et espagnole. En mer, la houle est forte au large du cap Béarn et dans le golfe du Lion. »
- Après cette période de neige et de gelée, le temps s’est radouci pendant quelques jours depuis le 17 janvier.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 14, à 3 h. 36 m. du matin.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la s Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
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- LA. SEMAINE
- Les tremblements de terre en France. — Il y a
- quinze jours, nous parlions ici même (n° 972, du 16 janvier 1892), des tremblements de terre; nous disions que si les catastrophes qui dévastent les pays sont rares, les‘oscillations inoffensives du sol sont fréquentes et mériteraient d’être mieux enregistrées et observées. INous citions, à l’appui, des secousses de tremblement de terre observées dans les Hautes-Pyrénées dans la nuit du 7 au 8 janvier. Nous avons pris soin d’enregistrer cette semaine dans notre Chronique météorologique (voir plus loin, p. 36), des secousses de tremblement de terre ressenties en Algérie le 19 janvier, à Rome le 23, et dans notre département de la Sarthe, dans la nuit du 23 au 24. Au moment de mettre sous presse, nous recevons au sujet de ce dernier phénomène des détails explicites que nous adresse un de nos lecteurs, M. A. Koch, à Château-du-Loir (Sarthe) ; nous les reproduisons dans la persuasion, qu’ils intéresseront nos lecteurs : « Nous venons d’avoir ici, à Cbâteau-du-Loir, un petit tremblement de terre. La première secousse a été ressentie dans la nuit de jeudi à vendredi dernier; la seconde, dans la nuit de vendredi à samedi vers 2h,20m; la troisième, 20 minutes après, vers 2h,40m; la quatrième, à 4 heures du matin. La seconde a été la plus forte, précédée du bruit de roulement ou grondement, elle a duré trois ou quatre secondes et assez forte pour faire tinter les objets placés sur le marbre de la cheminée et secouer les fenêtres et les contrevents, en sorte que les uns ont cru que des malfaiteurs s’étaient attaqués à leur porte, d’autres, qu’une voilure lourdement chargée avait heurté le mur de leur maison, d’autres, que leur toit s’effondrait. Tout cela ne constitue pas des mesures scientifiques ni précises, mais vous pourrez cependant juger, d’après ces détails, de l’intensité dej la chose. » On voit que ces faits viennent comme à point nommé, confirmer nos appréciations, mais nous ne souhaitons pas cependant, malgré notre amour de l’observation des phénomènes naturels, que les tremblements de terre prennent une fréquence et surtout une intensité inusitées.
- G. T.
- INFORMATIONS
- —%— Emin-Pacha et le Dr Stuhlmann, explorant la région inconnue qui s’étend entre les lacs Victoria, Tanganyika et Albert-Edouard, y auraient rencontré un fleuve nouveau nommé Kif'ou. Ce cours d’eau, qui aurait ses sources dans l’Uhlia, district indépendant de l’Ounyamouési, par environ 4° de latitude, coulerait du sud au nord sur un parcours de 350 à 400 kilomètres et déboucherait à la rive méridionale du lac Albert-Edouard. Les explorateurs auraient, d’autre part, constaté que la rivière Kagera, affluent occidental du lac Vietoria, serait loin d’avoir le développement que lui a supposé Stanley et qu’indiqueraient, d’après lui, toutes les cartes d’Afrique, ses sources ne dépassant pas vers le sud le 2° parallèle. Si ces deux nouvelles sont exactes, la carte de la région comprise entre les trois •lacs va devoir être remaniée de fond en comble pour donner place
- au bassin du Kifou, qui constituerait la branche supérieure la plus méridionale du Nil. Ainsi serait complètement résolu l’antique problème des sources du vieux fleuve.
- —— Après avoir, pendant douze années consécutives, dirigé les remarquables et précieuses publications du Livre et du Livre moderne avec le goût et le soin littéraire que l’on sait, notre confrère Octave Uzanne vient de publier un nouveau Recueil mensuel, de format in-B°, sous le titre de l’Art et l’Idée, revue du dilettantisme littéraire et de la curiosité. Si nous en jugeons par la première livraison qui nous parvient, la revue l’Art et l'Idée laissera bien loin derrière elle ses deux aînées, qui n’ont pu cependant se faire oublier. Le programme en est jeune, hardi et plein de promesses déjà tenues. Nous souhaitons à la nouvelle publication tout le succès qu’elle est en droit d’attendre.
- —L’Eldorado d’Anvers exhibe en ce moment un porc parlant qui obtient le plus grand succès. Un porcelet, emmailloté et attifé comme un enfant, est amené sur la scène. Rien ne manque à sa toilette, pas même des bas et des pantoufles. Pour le faire parler, on lui presse le groin avec les doigts, et les grognements qu’il pousse alors ressemblent à s’y méprendre aux cris de « papa » et « maman ». L’illusion est complète et plus d’un spectateur jette des regards attendris sur l’intéressant petit quadrupède, tandis que les dames manifestent leur émotion en sanglotant dans leur mouchoir.
- —M. Newbury, de Californie, est sur le point de fonder une ferme pour l'élevage des éléphants dans cet Etat. M. Newbury affirme, d’après les renseignements publiés par M. d’Abzae dans l'Industrie laitière, que la viande d’éléphant est de beaucoup supérieure à celle de cheval comme nourriture pour l’homme. Un éléphant, parvenu à son extrême grosseur, pèse à peu près 7000 livres, et M. Newbury espère pouvoir tirer 6000 livres de bonne viande de chaque animal.
- —%— Berlin va avoir son chemin de fer électrique souterrain. D’après le projet adopté, la ligne sera construite à 9 mètres sous terre- Elle traversera la ville du nord au sud et de l’ouest à l’est et sera complétée par une voie circulaire. Les trains se suivront de trois minutes en trois minutes et se composeront de trois voitures pouvant transporter ensemble cent vingt personnes, la vitesse moyenne des trains, y compris les arrêts, sera de 25 kilomètres à l’heure.
- —Le Gouvernement et la Compagnie du Canal de Suez sont , tombés d’accord sur les conditions de la construction et du fonctionnement du tramway à vapeur qui doit relier Port-Saïd à Ismaïlia. Ce tramway est destiné à transporter les passagère et leurs bagages. La Compagnie a déjà fait poser 591 kilomètres da» rails ; les 45 qui restent à faire seront terminés l’année prochaine.
- On a saisi à la gare de Belfort, le 7 janvier dernier, un panier renfermant des pigeons voyageurs, provenant de différents colombiers militaires allemands. Ce panier avait été expédié de Strasbourg à l’adresse d un individu habitant le midi de la F rance et déclaré comme renfermant des pigeons d’élevage. L’envoi a été refusé en Alsace.
- Les délégués du Congrès de la paix réunis à Rome, se sont rendus à Pompéi où ils ont assisté à des fouilles qui ont été ordonnées à leur intention. Ces fouilles ont amené la découverte de plusieurs habitations renfermant, entre autres objets, certains ustensiles de cuisine en bronze.
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- 34 ..... ? NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Communications. — M. E. Corniot, à Epernay, nous adresse la description d’un ingénieux système qu’il a construit pour tracer les courbes circulaires d’un très grand rayon. Nous avons déjà décrit jadis plusieurs appareils de ce genre : ils sont très nombreux.
- M. C. Leroy, à Levallois-Perret, nous fait parvenir une brochure sur un appareil de son système préservatif des accidents sur les chemins de fer.
- Photographies snr verre pour projections. —
- M. Léon Vidal, au sujet d’une de nos précédentes réponses, nous indique une méthode pour obtenir les photographies sur verre : « 1° se munir non pas de plaques au gélatino-bromure qui donnent des projections généralement ternes, mais de plaques Ilford de la Britannia C°; elles sont au gélatino-chlorure, très fines quant au grain, et il y en a de deux sortes donnant l’une des tons noirs, l’autre des tons chauds ; 2° avec les dernières on pose à 15 centimètres, et avec les premières, à 45 centimètres d’un bec de gaz papillon. La pose à 15 centimètres est d’environ une minute et„même moins selon les clichés; celle à 45 centimètres, pour les tons noirs, est d’environ dix à vingt secondes. Le développement est indiqué dans l’instruction qui est jointe aux boîtes. M. Molteni est le représentant à Paris de la Britannia C*. Je viens de préparer de la sorte une centaine d’épreuves à projeter dans ma Conférence du 7 février au Conservatoire et j’ai obtenu deux images charmantes, d’une finesse et d’une limpidité parfaites. J’ai donc cru devoir vous communiquer cette méthode dont vous pouvez à l’occasion faire profiter vos abonnés. »
- Renseignements. — M. Max Nola, à Paris. — On pourra peut-être vous donner en location un appareil de ce genre chez les fournisseurs de produits chimiques pour laboratoire.
- M. S., rue des Capucines, à Paris. — L’ouvrage que vous désirez existe : Nouvelle Biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, publiée par Firmin-Didot; 46 volumes in-8°.
- M. Georges Atanassiou, à Jassy (Roumanie). — Nous vous conseillons d’essayer l’emploi de l’eau oxygénée qui blanchit très bien l’ivoire qu’on y laisse immergé.
- M. C. B., à Paris. — Electrical Review, à Londres, 22; Paternoster Row, E. C. : c’est un des journaux d’électricité anglais les plus répandus.
- M. G. H. R., à Bar-le-Duc. — La fabrication du plomb de chasse que vous désirez connaître se trouve décrite dans un grand nombre de traités de chimie ; vous pourrez lire aussi une Notice à ce sujet dans le Dictionnaire des arts et manufactures de Labovdaye.
- M. A. S., à Béthune. — Vous trouverez un petit livre qui donne le procédé de confection des clichés en zinc, à la librairie Gauthier-Villars, à Paris.
- M. G. Bertrand, à Bruxelles. — Vous pourrez vous procurer de ces rouleaux compresseurs pour routes chez M. Albaret, ingénieur-constructeur à Liancourt (Oise).
- M. P. D., à Arcachon. — 1° Oui; il peut y avoir de graves inconvénients à s’occuper de ces recherches : nous vous conseillons de vous abstenir. — 2° Vous pouvez, sans inconvénients, charger vos accumulateurs en quantité.
- M. Juri Listoff, à Smela (Russie). —Vous aurez communication des observations de température faites au sommet de la Tour Eiffel, en vous adressant au Directeur du Bureau météorologique de France à Paris.
- M. Banquier, à Nîmes. — L’observation serait juste si nous disions dans la description que la règle C est graduée en centimètres ; mais nous disons, au contraire, quelle « porte une graduation qui correspond à l’élévation de 1 centimètre par mètre ». Cette graduation a été calculée par le constructeur précisément pour diminuer la longueur de l’appareil.
- M. A. P., à Nice. — 1° L’emploi de cette pile est possible.
- — 2° La pile de Lalande convient également. — 5“ Les deux
- liquides sont mélangés; il est difficile de distinguer le liquide neuf du liquide usé. 1
- M. F. F., à Nîmes. — Un des contacts a probablement été dérangé ; il suffit de le remettre.
- M. A. T., à Paris. — On pourrait arriver par tâtonnement en prenant une position intermédiaire des deux mouvements extrêmes.
- M. Gaumain, à Philippeville. — 1° Cette sonnette peut être employée. — 2° Nous ne saurions vous conseiller cette installation. !
- M. A. Magnin, à P. —Adressez-vous à M. Deyrolle, naturaliste, 46, rue du Bac, à Paris.
- L'abonné 1219, à Angers. — 1° L'adresse demandée est : 9, rue de Fleurus, à Paris. — 2° 24 francs par an.
- M. J. P. C., h Moulins. — Il doit être possible de modifier les machines existantes pour les amener à satisfaire aux conditions exigées.
- M. Ch. Ryder, à Epinal. — Ces plaques ne se trouvent pas toutes préparées dans le commerce ; mais un marchand de fournitures photographiques pourrait vous les préparer.
- M. J. P., à Paris. — Il existe un indicateur spécial de charge d’accumulateurs qui a été décrit dans le n° 919, du 10‘janvier 1890, p. 91.
- Un lecteur, à Sens. — Un filtrage préalable sur du charbon peut être efficace. j
- M. E. J., à Tarbes. —' Compagnie de l’incandescence par le gaz Auer, 67, rue de Richelieu, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. E., à Bruxelles. Nous avons reçu votre communication sur les réactions de la"potas?e caustique et de l’iode. Le sujet est trop spécial pour notre, publication. — M. A. B., à Paris. Regrets de ne pouvoir vous donner la composition de ce produit ; la formule en est tenue secrète.
- — M. Coutelenc, à Reims.. Nous avons déjà donné le moyen- de fabriquer des tableaux noirs de classe ; les procédés décrits se trouvent réunis dans le petit livre des Recettes et procédés utiles’. (G. Masson, éditeur.). — M. Léopold Dellione, à Bruxelles. Le fait que nous avons publié a été emprunté à un journal allemand qui ne donne aucune adresse ; nous n’avons pas d’autre renseignement. — Un abonné, à Nice. Il n’existe pas de journal analogue.
- — M. Chovet, à Bourg-de-Péage. Nous avons publié une série d’articles sur ce sujet; voyez la Table des matières des dix premières années. — M. B. C. A., à Brest. 1° Vous pouvez employer les matières colorantes que vous désirez; 2° ces notions sont élémentaires; consultez les traités d’arithmétique. — M. L. Escrebieux, à X. Les fabricants qui font ces produits ne font généralement pas connaître leurs adresses ; nous ne saurions vous renseigner. — M. B. Dedrye, à Malo-les-Bains. Nous n’avons pas effectué d’expériences sur l’appareil dont vous parlez ; il nous est impossible de vous satisfaire. — M. de la Neuville, à Ponchartrain. Remerciements sincères pour vos justes observations; nous tiendrons compté de votre avis. ;—-M. C. M., à Dijon. L’adresse a été complétée. — Un lecteur, à Colmar; M. C. F. G-, à Millau; M. L. Jasseron, à Clairvaux; M. E. B. Z., à Arras; M. D Gérard, à Bruxelles; M. A. M., à Alais. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. le DT Saurel, à l’isle. Remerciements pour votre communication, un peu spéciale.
- — M. A. D., à Périgueux. Impossible, à notre regret, de trouver la recette que vous demandez. — M. E. P., à Paris. Vous trouverez un procédé pour colorer le cuivre dans le petit livre des Nouvelles Receltes utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. J. Lajard, à Avignon. Nous tiendrons compte de votre observation. — M. E. Mangin, à Sommcdieue. Remerciements pour votre intéressante commutation.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Association française pour l'avancement des sciences. Conférences de Paris. — Les conférences de l’année 1892 ont lieu dans l’amphithéâtre de l’hôtel des Sociétés savantes, 28, rue Serpente, et 14, rue des Poitevins,, les samedis, à 8 heures et demie très précises du soir. Elles ont commencé le 25 janvier. — Samedi, 23 janvier. M. Charles-Normand. La Troie d'Homère, d'après des documents inédits (avec projections). — Samedi, 30 janvier. M. Chaper, ingénieur civil des mines. Les mines de diamant de l'Afrique australe (avec projections). — Samedi, 6 février. M. Uillairet, ingénieur des arts et manufactures. L'avenir de l'électricité (avec projections). — Samedi, 13 février. M. le Dr Gilles de la Tourette. Un essai de Faculté libre au dix-septième siècle (avec projections). — Samedi, 20 février. M. Edouard Blanc. Le plateau central de l’Asie (avec projections). — Samedi^ 27 février. M. Jules Martin, inspecteur général des ponts et chaussées. Les chemins de fer au point de vue de la sécurité (avec projections). — a suivre. —
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PATINAGE ENTRE DEUX DÉGELS. — Dessins inédits de A. Robiba,
- l. Le Cercle des patineurs au bois de Boulogne ; quelque chose comme
- 3. La sortie de la classe. Autre club des
- un petit Trouvillo golc. — 2. Sur le lac, patineurs.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES '
- Teinture de l'amiante. — Les fibres sont mises pendant 2 heures dans une solution froide d’albumine à 10 pour 100; ôn les retire, ou les laisse égoutter, puis sécher incomplètement à l’air. On les plonge ensuite dans un bain colorant aux couleurs naturelles et artificielles dont on élève progressivement la température à 00 degrés. On peut aussi mordancer l’amiante en le trempant dans des bains successifs d’albumine et de tanin.
- Mastic inaltérable. — On forme un excellent mastic avec 95 parties de brique pilée ou d’argile bien cuite, 7 parties de litharge et d’huile de lin. On pulvérise d'abord séparément et très finement la brique et la litharge, puis on les mêle en ajoutant assez d’huile de lin pour donner au mélange la consistance du plâtre gâché. On mouille avec une éponge la partie
- 'à enduire, et Ton"applique le mastic à la manière du plâtre. S’il se forme quelques gerçures sur les grandes surfaces, on les bouche avec la même préparation. Après trois ou quatre jours, l’enduit se solidifie. Ce mastic peut être employé avec succès pour couvrir les terrasses, revêtir les bassins, souder la pierre, empêcher l’infiltration des eaux, etc. Il est si dur après séchage complet, qu’il raye le fer.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Pommade contre les engelures. — Borate de soude, 5 grammes; bichromate de potasse, 1 gramme; huile de bouleau, 20 gouttes; essence de lavande, 20 gouttes; vaseline camphrée, 45 grammes. Pour onctions trois fois par jour; après les onctions, mettre des gants de fil préalablement lavés à l’eau chaude. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES MJ MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 18 janvier. . . 6%4 S. E. 4 Couvert. 0,0 Presq. couv.; un peu de pluie à div. reprises.
- Mardi 19 - 3*,1 N. E. 1 Tr. p. nuageux. 0,3 Très peu nuageux, halo.
- Mercredi 20 — 5“,0 N. E. 1 Beau. 0,0 Tr. peu nuag.; brouill. à 1 h.; tr. brum. dans la journée.
- Jeudi 21 — 5*,0 E.N. E. 2 Couvert. 0,0 Presque couvert; halo.
- Vendredi 22 - 1*,9 S. E 2 Tr. nuageux. 0,0 Nuag. de 6 à 12 h., couv. av. et ap.; brouill. vers 18 h.
- Samedi 23 5-,5 S. S. \V. 2 Couvert. 0,0 Couvert.
- Dimanche 2i 7»,4 S. S. W. 2 Couvert. 0,0 Couv., un peu de pluie et de bruine, brouill. de 10 à 11 h. du matin.
- JANVIER 1892. - SEMAINE DU LUNDI 18 AU DIMANCHE 21 JANVIER 1892
- 1 .vi ml i | Mardi [ Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La court»' supérieure indique la nébulosité de Où 10; les /lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la merj; courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Tremblement» «le terre en Algérie, en Italie et en France. — Le 19 janvier, on a ressenti à Mascara (Algérie) et dans les environs deux secousses de tremblement de terre qui ont duré trois secondes. Il n’y a pas eu d’accident de personne ni de dégâts.
- Une secousse de tremblement de terre a eu lieu à Rome le 23 janvier à ll1‘,23”,10s du soir. Ce mouvement a été indiqué par tous les appareils sismiques de la station expérimentale du Collège Romain.
- Pendant la unit du 25 au 21 janvier, des secousses de tremblement de terre ont été ressenties dans quelques communes du canton de Mayet dans la Sarthe. Elles ont été assez violentes â Sarce.
- La neige. — l.a neige, qui a été peu abondante dans nos régions
- du Nord, est tombée en grande, quantité en Corse. On nous a écrit d’Ajaccio à la date du 20 janvier : « La neige est tombée hier dans l'intérieur de l’île; le transport des dépêches entre Corte et Yizzavona est très difficile. Sur mer, souffle une violente bourrasque du nord-est. Un steamer de la Compagnie transatlantique, venant de Marseille, est resté sous les lames pendant toute la traversée; un paquet de mer a brisé une embarcation sur ses portemanteaux. Ce steamer est arrivé avec six heures de retard.
- Dans un grand nombre de localités du midi de la France, la neige a encore été signalée. On écrivait de Perpignan à la date du 20 janvier : « On télégraphie de Mont-Louis que la neige est tombée en grande quantité, et qu’elle recouvre le sol d’une épaisseur de 50 centimètres. Tous les courriers arrivent avec des retards considérables. »
- PHASES DE LA LUNE :^D. Q. le 22, â 3 h. 52 m. du matin.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la a Boîte aux lettres » doivent être adressées
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- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DD JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE 6. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- La photographie des couleurs. — MM. Auguste et Louis Lumière ont, avec le plus grand succès, répété l'expérience de M. Lippmann. « Nous avons eu la bonne chance, dit M. Léon Vidal dans le Moniteur de la photographie, de voir une de leurs reproductions d’un spectre. Les couleurs y sont éclatantes; on ne saurait obtenir un rendu plus complet. Les plaques sur lesquelles ont opéré MM. Lumière sont préparées au gélatino-bromure d’argent, mais d’une façon spéciale pour que la couche soit translucide à un point tel qu’on se demande si le verre est recouvert d’un enduit quelconque. Cette couche sensible n’est pas rapide, mais elle donne une très grande intensité; Grâce à leur translucidité parfaite et à la finesse du grain de l’émulsion, elles se prêtent admirablement à la photographie interférentielle. Mil. Lumière ont constaté l’impossibilité d’admettre la moindre radiation blanche. Tout est aussitôt compromis, et cela se conçoit aisément. S’il y a un réseau interfé-rentiel résultant de l'aclion d’ondes de longueurs différentes, ce réseau ne saurait subsister en présence de la lumière blanche, qui a pour effet de noircir la couche sensible dans toute son épaisseur. C’est là le point noir de l’horizon de la photographie des couleurs parla méthode interférentielle. Comment, en photographiant des objets polychromes à l’aide de la lumière réfléchie par eux et où se trouve toujours une notable quantité de lumière blanche, se mettra-t-on à l’abri de cette lumière absolument nuisible à l’effet cherché? » Assurément les difficultés-sont grandes, mais nous aimons à croire qu’elles seront résolues. Espérons que notre siècle, qui restera dans l’histoire celui’ des grandes découvertes de la science, ne se terminera pas, sans que le problème de la photographie des couleurs soit résolu.
- G. T.
- INFORMATIONS
- —Une exposition d’électricité est .projetée à Moscou, du 14 avril au 14 octobre 1892. Cette exposition comprendra douze groupes embrassant toutes les branches de l’industrie électro-technique. Les nouvelles inventions installées à l’Exposition ne perdront nas le droit d’être brevetées en Russie. Les objets étrangers admis à l’Exposition ne payeront aucun droit de douane à l’entrée en Russie, à condition, toutefois, qu’ils soient réexportés dans le délai d’un mois à dater du jour de la fermeture de l’Exposition. Les objets vendus à l'Exposition devront acquitter les droits de douane. Pour renseignements complémentaires, on peut s’adresser au Ministère du commerce, de l’industrie et des colonies, bureau du secrétariat, 99, rue de Grenelle.
- —tfc— La conférence faite par M. Alfred Cornu,de l’Institut, au Conservatoire des arts et métiers sur la Photographie céleste a obtenu un grand succès. M. Cornu a projeté les photographies de Saturne et de Jupiter, obtenues par MM. Paul et Prosper Henry, de l’Observatoire de Paris; ces photographies constituent une œuvre des plus remarquables. Nous félicitons M. Alfred Cornu d’avoir rendu hommage aux travaux de photographie stellaire de MM. Paul et Prosper Henry qui honorent la science française avec un si grand mérite et une si rare modestie.
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- —— Lundi 8 février, à 8h,30m du soir, M. Nikola Tesla fera, dans la salle de la Société d'encouragement devant la Société française de physique et la Société internationale des électriciens réunies, une Conférence expérimentale sur les propriétés des courants de grande fréquence. Nous renvoyons à ce sujet nos lecteurs à l’article que notre collaborateur, M. Ed. Hospitalier, a publié précédemment. (N° 950, du 15 août 1891, p. 162.)
- —Le fait que nous allons raconter, d’un chat sauvé par un chien, s’est passé dernièrement dans une paroisse du Mitelland bernois. On voulait à la cure se débarrasser d'un chat, et les enfants chargés de la besogne, mirent la bête dans un sac et la jetèrent dans l’Aar. Le chien de la maison assistait à l’exécution « le cœur navré ». Quelques instants après, on voyait rentrer de compagnie, à la cure, les deux animaux tout trempés. Le chien avait sauté à l’eau, saisi le sac avec les dents, l’avait rapporté au rivage et ouvert en le déchirant, rendant à son compagnon la vie et la liberté.
- —Un grand progrès va être réalisé dans le ferrage des chevaux. La Compagnie des tramways de Paris a appliqué tout récemment à ses chevaux un fer en, acier Bessemer qui se fixe à froid, en quelques minutes, sans un seul clou. La semelle est semblable à celle des fers ordinaires; mais elle possède à l’avant un levier coudé qui s’applique jusqu’à mi-hauteur de la muraille antérieure du sabot, sans le comprimer en aucune façon. Une bride du même acier Bessemer flexible vient ensuite entourer.le sabot en partant des deux talons du fer, pour s'appuyer sur le haut dudit levier, lequel la supporte entièrement et l’empêche, par conséquent, de comprimer aucune des parties de la muraille du sabot. Le fer est muni de trois petits crampons intérieurs qui pénètrent dans la corne du sabot et empêchent le fer de se déplacer sans que la bride ait été préalablement enlevée. Outre les chevaux de la Compagnie des tramways qui, munis de ces fers, font chaque jour leurs 21 kilomètres, un grand camionneur de Paris et un loueur de voitures de luxe expérimentent en plein succès, depuis plusieurs jours, ce fer qui parait, destiné à révolutionner le ferrage et à rendre de grands services' à l’armée, à l’industrie et à l’agriculture.
- —’ Le gouvernement des Etats-Unis vient de faire expérimenter avec succès, à Willèt’s Point (New-York), un bateau-torpilleur électrique, construit pour le service de la flotte. D’après les conditions du marché, une vitesse de 18 milles à l’heure devait être obtenue, avec un câble de 3350 mètres. Ces conditions ont été dépassées, le bateau ayant parcouru 3650 mètres en six minutes, avec un câble de 2 milles et demi de longueur. M. Sims, l’inventeur, dirigeait l’expérience sous la surveillance d’officiers de l’armée et de la marine, et en présence de nombreux invités représentant les gouvernements étrangers.
- —%— L’American Engineer annonce le retour, dans le port de Ilammerfest, de l’expédition allemande aux îles du Spitzberg, sous le commandement du capitaine Bade. L’expédition a visité l’ile Bearen, et, marchant au nord, a suivi la côte occidentale du Spitzberg même jusqu’au 80e degré de latitude nord. A ce point, un débarquement a été opéré, et le pavillon allemand a été arboré, puis salué. On a jugé impossible d’aller plus loin, à cause de l’épaisseur de la glace; on s’est donc résigné au retour. Tous les membres de l’expédition sont ën bonne santé. Le navire et ses machines ont supporté admirablement les épreuves auxquelles ils ont été soumis
- — Le duc de Devonshire qui vient de mourir, possédait 80 000 hectares de terre en sept domaines de la dimension de Chantilly et de Chambord, où se trouvaient des troupeaux de bétail dont certains sujets valent jusqu’à 2600 guinées (65 000 francs).
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne la nouvelle agrafe pour le bouchage des vins mousseux, s’adresser à M. Gustave de Gapol, ingénieur au Syndicat agricole d’Anjou, 5, place de Lorraine, à Angers.
- 4 Communications. — La pluie artificielle. M. C. Ânas-iay, à Lourmarin (Vaucluse), nous écrit : « Permettez à un de vos lecteurs d’apporter sa contribution à l’enquête que vous paraissez établir dans La Nature au sujet des pluies artificielles. Habitant une grande partie de l’année et depuis six ans, le bord de la mer derrière une batterie de canons qui s’exerce au tir pendant plusieurs jours, au moins deux fois par an (la batterie des Catalans, à Marseille), j’ai vu le phénomène en question se produire assez souvent pour que le soupçon d’une relation autre qu’une simple coïncidence ait pu s’établir dans mon esprit avant que je sache que la question était en jeu. Une fois entre autres, le temps étant menaçant depuis le matin, j’ai attendu le premier coup de canon avec impatience, désireux de savoir si je n’étais pas le sujet d’une illusion. La pluie n’a pas manqué de se produire une minute après, changeant mes soupçons en certitude; mais, comme vous le dites fort bien, le temps doit être chargé, car je n’ai jamais vu la pluie se produire par un temps serein. Voici également une autre application. Lors du dernier passage de M. le Président Carnot, l’entrée présidentielle fut accompagnée d’une averse qui a fait époque, averse due, selon moi, aux décharges d’artillerie et à la sonnerie des cloches faites simultanément. J’avais annoncé le phénomène à l’avance à mon entourage quelque peu sceptique, voyant le temps couvert et propice au phénomène. »
- M. Guillebert, nous écrit : « Dans le dernier numéro de La Nature, il est question d’un porc parlant. J’ai eu souvent l’occasion de faire parler une chienne caniche, de la même façon. Lorsque cette bête grogne, on n’a qu’à lui pousser la mâchoire inférieure et le grognement qu’elle fait entendre alors ressemble exactement au mot maman. Nous nous sommes souvent amusés à la faire parler, si bien que maintenant il lui arrive quelquefois de dire maman toute seule et sans que l’on ait besoin de lui toucher la mâchoire.
- Renseignements. — M. C. Galmard, à Dijon. — Vous pouvez doubler environ le diamètre du fil placé sur l’induit et sur l’inducteur, et en mettre une longueur dix fois moins grande. La vitesse pourra être diminuée sensiblement suivant les résultats obtenus.
- M. G. de B., à Brides-les-Bains. — 1° Il n’existe pas d’ouvrage spécial sur cette question. — 2° Un modèle particulier de erforateur est, en effet, construit par cette compagnie. —
- 0 Votre lettre a été envoyée à destination.
- M. A. Vincens, à Saint-Gaudens. — Une installation électrique industrielle comporte des solutions différentes et variées, suivant la nature de l’installation et suivant le cas particulier. Il est impossible d’aborder une question de ce genre dans un journal.
- Un abonné, à Bruxelles. — Voyez l’article sur le soufflage du verre par l’air comprimé, publié dans le n° 527, du 7 juillet 1883, p. 87.
- M. E. Déroché, à Tebessa. — La vitesse de transmission que vous indiquez est notablement dépassée dans les nouveaux appareils télégraphiques.
- M. G. A., à Cozes. — 1° Employez le jus de tabac. — 2° La Bibliographie universelle, publiée par la librairie encyclopédique Roret, 12, rue Hautefeuille, à Paris, indique un grand îiombre de traités sur les échecs.
- Un abonné, à X. — Ce procédé est tenu secret; il n’a pas été publié. Nous croyons que la pulvérisation se fait mécaniquement.
- M. A. F orques, à Béziers. — Il y a peut-être une erreur du graveur; veuillez vous adresser directement à l’auteur.
- M. le DT Fage, à Ambarès. — Pour ce qui concerne ïa ’mé^ thode de dessin de M. Jacquot, renseignez-vous auprès de M,,e Jacquot, à Remiremont (Vosges).
- M. H. J., k G. — Consultez le dictionnaire de chimie de) Wurtz; les réactions dont vous parlez y sont expliquées.
- M. le comte de la Ferté, à Rouen. — Adressez-vous à M. L’Hôte, chimiste-expert, 16, rue Chanoinesse, à Paris. j.
- M. A. Breydel, à Bruxelles. — Appareils d’incubation pour œufs de poule : SL J. Philippe, à Houdan (Seine-et-Oise).
- M. A. T., à Bordeaux. —L’adresse du fabricant est indiquée en tête de la Boîte aux lettres du n# 973, du 23 janvier 1892.’
- M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — M. H. Serrin, 13, boulevard du Temple, à Paris.
- M. Gachet, à Charmes. — Revue internationale de stêno-> graphie : M. A. Chérie, éditeur, 19, boulevard Slontmartre, à Paris; Méthode de sténographie, par M. Prévost-Delaunay, chez M. Picard, 37, boulevard Saint-Michel, à Paris; Le journal des sténographes, par SL E. Duployé, à Montreuil, près Paris, ^ ‘
- M. H. L. F., à X... — Des essais d’une certaine durée peu-*' vent seuls fournir des renseignements sur cette invention.
- M. C. F., h N. — Il nous faudrait examiner votre machine pour pouvoir vous répondre. Nous ne saurions le faire. i
- M. V. J. Jaeschtri, à Munich. — Institut national agronomique, à Paris, et Ecole d’agriculture de Grignon (Seine-et-Oise).
- M. V. G., à Paris. — 1° Nous avons publié dans La Nature des articles très complets, signés G. Kerlus, sur les armoires à disparition et autres trucs de prestidigitation (n° 515, du 14 avril 1883, p. 315). — 2° Pas de traité de ce genre.
- M. G. E., au camp de Chàlons. — 1° Adresse inconnue. — 2° MM. Fribourg et liesse, 26, rue des Ecoles, à Paris.
- M. R. L., à Charleroi. — A. Nachet, constructeur de microscopes, 17, rue Saint-Sêverin, Paris.
- Un lecteur, à Bourg. — Accouplés en tandem, veut dire à la queue leu-leu, comme l’attelage des chevaux en tandem.
- Questions. — N° 1318. — M. Lenillieux, à Conlie (Sarthe), désirerait connaître l’adresse d’un fabricant s’occupant spécialement de platinage électrique.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. C. P., à Beauvais. Nous n’avons pas gardé le souvenir du fait que vous mentionnez. — M. J. Goffart, à Tanger. Vous trouverez probablement des vernis de ce genre chez M. Bolloré-Sœhnée, 19, rue des Filles-du-Calvaire, à Paris. — Un abonné, à Serrance. 1° Nous n’avons pas ces renseignements; 2° adresse inconnue. — Un abonné, à Bruxelles. Consultez les traités de mécanique industrielle. — M. P. Charmoille, à Besançon. Tous les marchands de couleurs pourront vous fournir ces produits. — M. A. Koch, à Chàteau-du-Loir. A notre regret, nous ne pouvons vous donner l’explication que vous demandez. — M. G. Bemelmans, a Louvain. Ce chiffre nous paraît, en effet, bien exagéré. —M. A. Roncalli, à Bergame. II est facile de répéter l’expérience pour vérifier si le fait est exact. — M. L. Palo-poli, à Rossano. La rédaction de La Nature est étrangère au service des annonces; nous envoyons votre réclamation à notre Office de publicité. — Un Landais, à Sabres. Nous ferons connaître ultérieurement cet appareil s’il y a lieu. — M. J. B., à Madrid. Vous pourriez essayer cle passer une légère couche de vaseline blanche. — L'abonné n° 16, à X. Pure supercherie dans les expériences que vous citez. — M. le DT Brard, à La Rochelle. Nous pensons que vous trouverez des livres de ce genre à la librairie Bernard Tignol, 53 bis, quai des Grands-Augustins, à Paris. — M. IL P., à Crest. Le mot que vous indiquez n’est pas français. — M. E. à Turin; Un abonné, à Joigny. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — Un lecteur, à Vernon; M. A. E., à Chambéry; Un abonné, à Caudebec. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Association française pour l’avancement des sciences. Conférences de Paris. — Samedi, 5 mars. MM. Albert Develay et Georges Pisson, chargés de mission scientifique. M. Develay. Autour des lacs de Van et d’Ourmiah (Arménie) ; M. Pisson. Races des hautes vallées du Tigre et de l'Euphrate (avec projections). — Samedi, 12 mars. M. A. de Lap-parent, ancien ingénieur des mines, professeur à l’Institut catholique. La formation de la houille (avec projections). — Samedi, 19 mars. M. Le Verrier, ingénieur en chef des mines. Les progrès récents de l'industrie du fer et de l'acier (avec projections). — Les projections seront faites par M. Mol-teni. — Des cartes d’abonnement seront délivrées aux personnes qui ne sont pas membres de l’Association, au prix de cinq francs, pour la série des conférences de 1892.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- VIEILLES ESTAMPES
- lie Pont-Aeiif & Paris en f ï ï 1. — On trouve souvent parmi les vieilles gravures et les anciennes images populaires des documents d’un certain intérêt historique. Nous avons déjà publié ici l’en-tête d’une dépêche de Chappe ; nous offrons aujourd’hui à nos lecteurs la reproduction réduite d’une gravure anglaise très amusante, intitulée : View of lhe Pont-Neuf at Paris. Cette gravure, due à Bunbury, porte la mention : Pu-blished lrsl october 1771 by John Harris. Elle représente sous un aspect quelque peu grotesque, mais non dépourvu d’exactitude, des passants du Pont-Neuf vus par un Anglais. Les types sont fort instructifs à considérer. Voici un abbé avec son manchon, objet que les hommes portaient aux siècles antérieurs ; à droite est un garçon coiffeur qui va friser et poudrer un de ses clients, il tient d’une main son fer, et de
- l’autre sa boîte à poudre ; à gauche est un pâtissier muni do son parapluie ; il va porter le chocolat chez une de ses pratiques. Au fond, un cocher se fait cirer les bottes à l’enseigne du grand monarque : « Lebrillant va en ville et décrotte joliment », lit-on sur la pancarte du décrotteur. Les deux enseignes de gauche ne sont pas moins plaisantes. Celle du limonadier porte l’inscription suivante : « A la renommée de la bonne limonade. Questqui veut boire. » Voici d’autre part la copie de l’enseigne du personnage assis au premier plan à gauche et qui n’est autre qu’un tondeur de chiens : « Aux quarante lions, Saint Louis décrotte à l’anglaise et tond les chiens proprement Allons, mcsseigneurs, allons. » Cette estampe est assurément fantaisiste, mais les personnages ont été vus; ils sont dessinés avec exactitude et nous donnent la physionomie de types disparus. La gravure que nous signalons nous permet d’avoir une idée exacte d’un coin du centre de Paris il y a plus d’un siècle. G. T.
- La vue du Pont-Neuf à Paris.
- D’après une gravure anglaise de 1771. (Reproduction réduite par l’héliogravure.) Collection de M. Gaston Tissandier.
- BIBLIOGRAPHIE
- Cours de physique, par M. J. Violle, maître de conférences à l’Ecole normale. Tome IL Acoustique et optique. Deuxième partie. Optique géométrique. 1 vol. in-8°, avec 276 figures dans le texte. G. Masson, éditeur. — Paris, 1892.
- L'aluminium. Fabrication, emploi, alliages, par M. Adolphe Minet. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque des actualités industrielles. Bernard Tignol, éditeur. — Paris, 1892.
- Pédalons, par Jehan de la Pédale. 1 vol. in-16 avec une pré^ face de Bichard O’Monroy. Bureaux du Veloce-Sport, 222, boulevard Pereire. — Paris, 1892. Prix : 3 fr. 50.
- Commerce et industrie des populations primitives de l'Alsace et de la Lorraine, par M. le Dr Bleicher, professeur d’histoire naturelle à l’École supérieure de pharmacie de Nancy.
- 1 brochure in-8“. Imprimerie Decker. — Colmar, 1891.
- Führer durch die Baumaterial-Sammlung des K. K. naturhis-torischen Hofmuséums, von Feux Karrer. 1 vol. in-16. Librairie R. Lechner. — Vienne, 1892.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- La soudure de l'aluminium. — Plusieurs de nos lecteurs nous ont souvent demandé les moyens de souder l’aluminium. Nous emprunterons quelques procédés actuellement en pratique à notre confrère le Bulletin international de l’Electricité. — Certaines qualités d’aluminium en feuilles se soudent facilement au moyen d’une soudure ordinaire à base de fer et d’étain ; les parties qui doivent être réunies sont recouvertes d’un mélange de résine, de suif et de chlorure neutre de zinc. Le décapage, s’il est nécessaire, doit être fait avec de l’alcool, ou de l’essence de térébenthine. Lorsqu’on peut superposer les bords des feuilles d'aluminium, une légère couche de cuivre appliquée sur le joint forme une bonne soudure; mais il faut avoir soin de ue pas chauffer trop rapidement, car on s’exposerait à détacher des parcelles de cuivre et à compromettre la résistance du joint. Le bronze d’aluminium, dont la teneur en aluminium ne dépasse pas 5 pour 100, se soude facilement à l’étain, mais la difficulté du soudage augmente avec la proportion d’aluminium, et lorsque celle-ci atteint 10 pour 100, ce soudage devient impossible. Dans ce cas, on peut recourir à l’emploi d’une couche de cuivre indiqué ci-dessus, et, si l’on rencontre quelque difficulté à tremper directement les parties à souder dans
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- une solution cuivrique, on obtiendra un bon résultat par l’emploi de morceaux de papier brouillard bien imprégné d’une solution de sulfate de cuivre. Après avoir établi le contact entre le papier, les parties à souder et un morceau de cuivre, on fait communiquer le pôle positif d’une batterie électrique avec le cuivre et le pôle négatif avec la surface à recouvrir. Après un temps assez court, on obtient le dépôt d’une couche suffisante de cuivre. Si l’on ne peut disposer d’une batterie électrique, on préparera le bronze avec un mélange de résine, de suif, de chlorure neutre de zinc et de sublimé corrosif. La soudure n’offre aucune difficulté, et l’on forme un joint solide avec un mélange de 52 parties de cuivre, 40 de zinc et 2 d’étain, appliqué avec l’aide ordinaire du borax. Dans les
- essais faits à Neuhausen sur de pareilles soudures, la séparation de plaques soudées entre elles bord à bord exigeait un effort de traction de 26 à 28 kilogrammes par millimètre carré, tandis que, pour des soudures à bords superposés, l’effort devait être portée à 55 kilogrammes. Le soudage autogène des pièces de bronze d’aluminium venues de fonte se fait en les plaçant dans des formes de sable et en laissant couler sur le joint un excès de métal en fusion. Lorsque l’opération est conduite avec soin, on ne peut distinguer la soudure, et le corps formé par la réunion des deux parties offre au joint la même résistance qu’en tout autre point. On construit ainsi des cylindres à parois minces en pliant les feuilles de métal et en soudant entre elles les extrémités.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 IIEUBES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION’ ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 25 janvier. . . 5°,0 N. 3 Couvert. 2,9 Couv. jusq. 13 h. et à 21-22 h. ; qq. nuages le reste du temps; un peu de pl. à 1 h.; tr. brum. toute la journ.
- Mardi 26 — l‘,l N. 1 Beau. 0,0 Nuag. jusq. 7 h.; couv. ensuite, brouill. de 7 h. à 23 h.; de 50 mètres à 8 h. 1/2 ; 400 mètres à 16 h.
- Mercredi 27 4*,0 S. W. 2 Couvert. 3,7 Couv.; bruine jusq. 8 h. et de 20 S 22 h ; atmosph. tr. brumeuse le matin, assez claire le soir.
- Jeudi 28 5%4 N. W 4 Beau. 1,9 Quelques nuages de 9 h. à 12 h., tr. nuag. avant et après; atmosphère assez claire.
- Vendredi 29 5°,6 S. S. W. 4 Couvert. 3,0 Couv.; pluie de 4 h. 5/4 à 7 h. 5/4; atmosph. claire.
- Samedi 30 7",9 S. W. 3 Couvert. 0,6 Beau ou peu nuag. de 10 à 18 h., couv. avant et ap.; atmosph. très claire; gouttes à 1 h.
- Dimanche 31 11 7°,4 S. W. 5 Couvert. 0,0 Couvert; atmosphère bien claire.
- JANVIER 1892. — SEMAINE DD LUNDI 25 AD DIMANCHE 51 JANVIER 1892
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les /lèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tempête à Vienne. — Nous apprenons, par un de nos lecteurs, qu’une tourmente de vent a eu lieu à Vienne, en Autriche. Cette tempête a duré trente-six heures et a causé de nombreux dégâts. La violence du vent a été telle que plusieurs personnes ont été blessées.
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- Mouvement de l’axe terrestre. — A propos des variations qui ont été observées dans l’axe de rotation de la Terre,^ on a signalé le fait que des changements dans la distribution de la pression de l’air et dans le mouvement des masses d'eau peuvent produire des différences notables dans le niveau de l’Océan. M. Lamp, dans les Aslronomisch Nachrichten, indique le déplacement vers le nord de la zone de pression maxima de l’air dans la région des vents alizés et des courants océaniques, à mesure
- que le soleil s’élève davantage, en été. Ainsi, une certaine quantité d’eau passe, en été, de l’hémisphère sud à l'hémisphère nord, et il n’est guère probable qu’une compensation s’opère au moyen de courants inférieurs. A mesure que l’année s’avance, les eaux repassent dans l’hémisphère sud et atteignent leur maximum pendant notre hiver. Ce transfert périodique des masses d’eau est la cause, à ce qu’on présume, des variations périodiques de Taxe terrestre. M. Lamp a calculé que, pour produire un changement de latitude de 0”,5, il suflirait que, à 180° de longitude de Berlin, une masse d’eau de 2509 mètres cubes se meuve dans une direction septentrionale, de 30° de latitude sud à 35° de latitude nord ; et que, pour ce qui regarde la surface de l’Océan, il ne faudrait supposer qu’une élévation de 10 centimètres (4 pouces) du niveau de la mer.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 29 janvier, à 4 h. 48 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- L’abbé Fortin et la prévision du temps. — H y a
- quelques mois nous parlions ici même des prévisions de l’abbé Fortin, et nous disions à la fin de notre Notice : « Elles n’ont aucune base et ne sauraient satisfaire les hommes de science. » (Nouvelles scientifiques, du 25 juillet 1891, n° 947.) Depuis cette époque, un certain nombre de journaux n’en ont pas moins continué à célébrer les prophéties de l’abbé Fortin; plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé de revenir sur ce sujet. Nous allons être à même de les renseigner. Pour donner plus de poids à ses affirmations, M. l’abbé Fortin a cru devoir, dans un Almanach dont il est l’auteur, mettre en cause M. Joseph Bertrand, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, et lui attribuer des avis favorables. M. Bertrand a protesté devant l’Académie des sciences dans sa séance du 2 février. Bien que les Comptes rendus n’en aient fait aucune mention, nous trouvons dans le Journal officiel du 6 février un résumé de celte protestation écrit par M. Henri de Parville. Nous le publions ici comme conclusion d’une mystification qui a trop longtemps duré : « M. Bertrand signale un passage d’un almanach publié par M. l’abbé Fortin où il est mis en cause. 11 semblerait, d’après quelques lignes insérées par l’auteur, que M. Bertrand ait considéré comme fondées ses prévisions du temps formulées chaque semaine. Non seulement M. Bertrand n’a jamais donné à entendre à M. l’abbé Fortin qu’il considérait comme exactes ses prévisions; mais encore, comme elles ont été sans cesse démenties par les faits, il a cessé de les transmettre à l’Académie. Il a reçu un jour l’auteur et lui a nettement dit que son système n’avait pas le sens commun. M. Bertrand pense qu’après cet aveu, devant l’Académie, l’auteur n’ignorera plus son opinion. M. Mascart ajoute à ce propos que, en effet, l’appareil de M. Fortin qui devrait, par les mouvements de l’aiguille, révéler le temps, a été étudié minutieusement. M. Moureaux l’a suivi attentivement depuis un an, en se plaçant dans les conditions voulues pour éviter toute méprise. Jamais on n’a pu relever aucun mouvement de l’aiguille, ni le jour, ni la nuit, ni à aucune heure. Je n’avais pas présenté de rapport à cet égard, ajoute M. Mascart, parce que ce n’est pas dans les habitudes de faire de rapport défavorable. »
- • INFORMATIONS '
- —Un concours sera ouvert à Paris, le 15 mars prochain, pour un efnploi d’ingénieur chargé des travaux, vacant à l’Ecole nationale des arts et métiers d’Aix. Aux termes du décret du 4 avril 1885 portant organisation des Ecoles nationales d’arts et métiers, l’ingénieur est chargé, sous l’autorité du Directeur, d’assurer. Inexécution des programmes de l’enseignement théorique et pratique. Il seconde le Directeur dans toutes les parties du service et le remplace, en cas d’absence, de maladie ou de tout autre empêchement., Le traitement minimum _de ce fonctionnaire est fixe à
- 5000 francs, et lé maximum à 7000 francs. En outre, il est logé à l’Ecole, éclairé et chauffé aux frais de l’Etat. Les candidats à cet emploi doivent être âgés de vingt-cinq ans au moins ou quarante ans au plus, à la date du concours, à moins qu’ils ne soient déjà attachés à l’enseignement dans les Ecoles nationales d’arts et métiers, auquel cas la limite d’âge pourra être reculée. Pour de plus amples renseignements, s’adresser au Ministère du commerce, de l’industrie et des colonies (Direction de l’enseignement industriel et commercial).
- —%— On vient de découvrir dans un champ, près de Digoin (Saône-et-Loire), là où l’on avait déjà trouvé une sépulture romaine, divers objets qui ont été recueillis par M. Vellerot, antiquaire. Ce sont des bracelets en bronze, des poteries gallo-romaines, des ferrements, des agrafes, des clefs, de superbes couteaux avec des manches en bronze ciselé, représentant l’un un sphinx, l’autre deux têtes d’animaux, enfin des médailles à l’effigie d’Auguste, de Néron, de Yespasien et d’Antonin.
- —M. Yanderbilt, le richissime Américain, a une ferme de volaille extraordinairement importante. On va en juger. La ferme dont nous parlons est située à Oakdale (Etats-Unis) ; elle possède quatre incubateurs contenant ensemble 1350 œufs, et s’étend, avec les dépendances, sur 850 acres. Indépendamment des œufs frais, elle donne 3000 poulets par an. Aucun n’est vendu; tous sont réservés à la table du milliardaire et à celle de sa famille. Les œufs leur reviennent à 40 cents (‘2 francs) la douzaine ; c’est le prix qu’ils les payeraient sur les marchés des Etats-Unis. Bien que les Vandcrbilt possèdent cinquante vaches Aldernay, sans compter plusieurs étalons et juments de race, ce sont leurs volailles qui les intéressent le plus. Leurs sujets préférés sont les Leghorn, les Pli-mouth Bocks et les Yyandottes. Le poulailler principal a 385 pieds de longueur sur 20 pieds de largeur; mais il y en a d’autres moins importants. Grâce aux soins dont elles sont l’objet, les poules pondent des œufs en abondance.
- —Bernard de Palissy jugé par Réaumur : « Il y a plus de cent quarante ans, écrivait en 1720 M. de Réaumur, qu’un auteur français qui semblait se faire gloire d’ignorer le gree et le latin, a indiqué un grand nombre d’endroits du royaume où des coquilles sont ensevelies. Je veux parler de Bernard de Palissy dont je ne voudrais pas adopter toutes les idées, mais dont j’aime extrêmement l’esprit d’observation et la netteté du style. Je suis peu touché de la littérature qui lui manquait, mais je ne puis m’empêcher de regretter qu’il ait été obligé de faire des pois et de chercher l’art de la Fayenee pour subsister et faire subsister sa famille. » S’il vivait aujourd’hui, Réaumur se consolerait sans doute en voyant le prix qu’on attache aux pots dont il parlait jadis avec dédain.
- —— D’après la Revue maritime et coloniale, d’importantes expériences ont été faites récemment à Portsmouth, relativement à l’emploi de pigeons messagers à la mer. Un dépôt de ces volatiles ayant été établi aux casernes d’Eastney, des pigeons appartenant à ce dépôt ont été emportés par un torpilleur, qui ne les a lâchés, par séries, que quand il a été à une distance à peu près égale à celle de la côte de France, Presque invariablement ces oiseaux ont regagné leur gîte promptement. Dans une circonstancè, il y avait un épais brouillard de l’autre côté de la Manche ; les pigeons lâchés ont tourné pendant quelques minutes autour du bateau, puis ils se sont orientés et ont rejoint Eastney sans tarder.
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- Communications. — Ballons foudroyés. — M. Henri Lecoq, membre de la Société météorologique à Soissons, nous écrit : « A propos de l’intéressant article Ballons foudroyés, paru dans l’un des derniers numéros de La Nature (n° 974, du 30 janvier 1892, p. 131), je prends la liberté de vous rappeler qu’en juin 1887 j’ai fait à Paris, avec M. II. Lachambre, une ascension pendant laquelle nous avons passé vingt-cinq minutes au milieu d’un violent orage, et qui s’est terminée par une descente forcée en plein Paris. J’ai adressé à la Société météorologique de France une relation de ce voyage, dans laquelle je mentionnais les curieux mouvements tourbillonnaires qu’il m’a été donné d’observer au sein du nuage orageux par lequel nous avions été en quelque sorte aspirés. Quant au spectacle qui nous fut offert, sa splendeur sinistre ne sortira jamais de ma mémoire ! Bien que les détonations éclatassent autour de nous avec une violence inouïe et un éclat sec tout particulier, nous n’observâmes qu’un peu d’oppression et l’odeur caractéristique qui accompagne les décharges électriques. Je n’en suis pas moins persuadé qu’en semblable situation un aérostat court le plus grand risque d’être foudroyé, s’il se trouve dans la région du nuage qui échange des décharges, soit avec une couche supérieure, soit avec le sol. Certes, le danger est moins grand que pour un captif qui joue le rôle de paratonnerre, mais il n’en existe pas moins, et j’avoue que je ne m’exposerais pas volontiers, pour ma part, à une seconde expérience du même genre. »
- Un abonné, à Sarrance, nous communique un fait caractéristique de la douceur de l’hiver dans les Basses-Pyrénées. Le 1er février, à 11 heures du matin, notre correspondant a aperçu trois papillons voltigeant. Ajoutons que Sarrance se trouve dans la vallée moyenne d’Aspe, à une hauteur de 370 mètres au-dessus du niveau de la mer.
- Renseignements. — M. P. Gilbert, à Louvain. — Il faut essayer de l’eau de chlore très étendue.
- M. P. B., à Lyon. — Celte formule ne peut être que le résultat d’une erreur.
- M. L. Tirone, à Agnone. — Vous trouverez un grand nombre de livres de ce genre à la librairie Masson, à Paris.
- M. P. Meyère, à Paris. — Adressez-vous à l’inventeur, M. Hennequin, constructeur à Beauvais.
- M. A. Levasseur, à Amiens. — Oui ; on peut recueillir l’argent des bains photographiques; mais pour l’amateur, suivant l’expression vulgaire : le jeu n’en vaut pas la chandelle.
- M. Larré y Bueche. à Concordia. — 1° Les moteurs à pétrole conviennent de préférence. — 2° Toutes les grandes papeteries s’occupent de cette fabrication.
- M. G. Fotiadès, à Smyrne. — 1° Le litharge est un oxyde de plomb, qui se trouve chez tous les marchands de produits chimiques. — 2° Ce mastic ne peut être employé pour le pavage.
- M. F. del Campana, à Florence. — 11 faut vous adresser au Franklin Institute, Etat de Pensylvanie (Etats-Unis d’Amérique).
- M. l'abbé L., à Paris. — 1° et 2° Ces expériences sont déjà bien connues; remerciements. — 5° Le procédé pourrait être dangereux dans la pratique; il faut pour le ballon des arrêts lents (cordes traînantes, etc.)
- M. L. Walelin, à Paris et M. Marcel Berthon, à Versailles. — Il s’agit des planètes Jupiter et Vénus (nous avons parlé du phénomène dans notre n° 975, du 25 janvier 1892, p. 125). Veuillez vous reporter à la Notice.
- M. Siméon, à Saint-Mihiel; M. T. L., à Mâcon. — Nous publierons prochainement un article qui vous renseignera.
- Un abonné, à Lisbonne. — L’explication que vous donnez ne saurait être acceptée.
- M. P. Duflos, à Semur-en-Auxois. — On ne peut réduire les dimensions indiquées dans d’aussi fortes proportions.
- M. G. Moureaux, à Paris. — Vous trouverez l’album que
- vous désirez chez M. Berville, 25, rue de la Chaussée-d’Antin.'
- M. Hervieu, à Paris. — Il faudrait vous adresser à un expert en estampes; M* Dupont, 21, rue de Seine, vous donnerait assurément le renseignement.
- M. J. Hammer, à Lyon. — Dans le cas que vous mentionnez, il serait peut-être nécessaire d’employer un contact à mercure, en disposant un godet dans lequel viendrait plonger le levier C.
- M. A. Fabre, à Castelsarrasin. — Le nom de palombe est donné au pigeon ramier, ou pigeon de passage, qui n’a jamais pu être réduit à la domesticité.
- M. Tack, à Paris. — Revue générale de mécanique appliquée. Publication industrielle d’Armengaud aîné. Bernard Ti-gnol, éditeur; Le Génie civil, 6, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris.
- Jf. A. Serge, à Genève. —Dans le n° 871, du 8 février 1890, p. 155, nous avons fait connaître l’ingénieuse méthode de M. V. Jacquot, de Remiremont sur l’art de dessiner simplement. Quelque temps après l’auteur mourut, et nous lui avons consacré une Notice nécrologique dans Je n° 882, du 26 avril 1890. Il faut maintenant s’adresser à M"a Jacquot, à Remiremont, pour tout ce qui concerne les cahiers pour apprendre facile-. ment à dessiner.
- M. //. //., à Bordeaux. — 1° Nous ne pouvons que vous renvoyer aux articles que nous avons précédemment publiés sur le sujet : n° 712, du 22 janvier 1887, p. 113. — 2° 11 s’agit d’études particulières, dont les résultats sont tenus secrets.
- M. J. Cartier, à Lyon. — Nous pouvons vous signaler les piles au bichromate à écoulement, la pile O’Keenan et les piles de Lalande.
- M. P. Simonnot, à Eurville. — 1° Renseignez-vous auprès des divers libraires de Paris. — 2“ Vous trouverez des pyromètres chez tous les marchands d’appareils de physique.
- M. Desuret, à Blaisle. — Les différents appareils photographiques ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients ; nous ne saurions vous fournir le renseignement que vous nous( demandez.
- M. E. Roux, à Nevers. — Adressez-vous à M. L. Baudry de Saunier, rédacteur en chef du journal le Cycle, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- M. E. Rammaert, à Roubaix. — Le Moniteur scientifique\ du Dr Quesneville, 12, nie de Buci, à Paris, vous conviendra.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. IL Rousseaux, à Paris. Nous ne traitons ici que les questions scientifiques et non littéraires. — M. B. Piver, à Paris. Regrets de ne pouvoir vous donner satisfaction. — Un amateur, à Paris. Nous ne comprenons pas ce que vous entendez par électro-transformateur. — MM. de Iloussay, à Paris. Nous publierons prochainement un article à ce sujet. — L'abonné 1296, à Paris. Moteurs à gaz et à pétrole : M. Forest, 76, quai de la Râpée. — M. J. Thomas, à Roubaix. Eclairage à l'électricité, par H. Fontaine, à la librairie Baudry, 15, rue des Saints-Pères, à Paris. — M. E. R., à Valenciennes. Adressez-vous à M. Trouvé, 14, rue Vivienne, à Paris. — il/. A. Sal-vaing, à Revel. Veuillez nous envoyer une description complète de votre appareil. — il/. F. Libaudière, à Nantes. Nous regrettons vivement de n’avoir pas d’autres renseignements. — MM. Blandin et Ducaslel, à Lille. Nous ne saurions traiter cette question dans le journal. — il/, le comte du Chayla, à Cannes. Aucun journal de ce genre n’est publié. — Un abonné, à Saint-Rrieuc; M. E. Ana-dys, à Cannes; il/. F. J., à Amiens. Il n’existe pas d’ouvrage sur celte question. — il/. P. Lemep, à Paris. Remerciements; nous avons déjà décrit le truc dont vous parlez. — il/. E. Marion, à Buxy. Nous avons indiqué un procédé de destruction des insectes dans les serres par la vaporisation du jus de tabac, dans le petit livre des Nouvelles Beceltes utiles. (G. Masson, éditeur.). — M. Binette, à P. Consultez le petit livre des Recettes et procédés utiles, à la même librairie.— Un lecteur, à Barcelone. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M W. Boullay, à Saint-Sympho-rien. Consultez le dictionnaire de Bottin.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Cours municipal de pisciculture. — M. Jousset de Bellesme, directeur de l’Aquarium de la Ville de Paris, commencera ce cours le vendredi 12 février, à 2 heures, à la mairie du Ier arrondissement (Saint-Germain-l’Auxerrois) et le continuera les lundi, mercredi et vendredi à la même heure. — Objet du cours: Poissons d’eau douce de la France; mœurs, instincts, fonctions, hygiène et maladies; reproduction et culture du poisson ; procédés pratiques de pisciculture ; fécondation artificielle; appareils; repeuplement des cours d’eau et étangs ; pèche fluviale ; législation ; usages alimentaires et industriels; approvisionnement du marché de Paris.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren geignements qui lui *ont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- PETITES INVENTIONS1
- Un piège & souris perpétuel. — Le journal anglais Invention signale un piège perpétuel pour les souris, inventé par un M. Smythies de Southsea ; ce petit appareil que l’on peut confectionner soi-mème, est appelé à rendre des services à ceux que les souris incommodent. Des montants portent, sur un axe, une planchette à peu près équilibrée, et au-dessus, une petite tige destinée à recevoir un appât capable d’exciter la convoitise des souris. La planchette étant horizontale, ce que l’on obtient en faisant porter sa partie prépondérante sur un obstacle
- Piège à souris que l’on peut confectionner soi-même.
- quelconque, livre ou boîte, mais accessible au rongeur, l’appât se trouve placé au-dessus de l’autre partie qui surplombe. La souris se dirige par ce pont vers l’appât. Dès qu’elle a dépassé l’axe qui soutient le système, son poids suffit à le faire basculer et elle tombe de l’autre côté, dans un vase à demi plein d’eau que l’on a eu soin de lui préparer, et d’où elle ne peut sortir. Ses cris de détresse, avant qu’elle soit noyée, attirent aussi ses congénères qui, pour voir ce qui arrive, se précipitent sur ce pont des soupirs et elles sont, à leur tour, victimes de leur curiosité.
- Nouvelle balançoire. — Nous allons présenter à nos lecteurs une balançoire inventée par M. Matière, ingénieur-mécanicien. Cette balançoire diffère de toutes celles en usage, en
- Nouvelle balançoire à rotation.
- ce qu’elle fait la rotation complète en tirant légèrement sur la corde placée dans l’axe ; on s’élève ainsi à 7“,50 du sol. La hauteur de l’appareil peut d’ailleurs être variée. La nouvelle balançoire a, paraît-il, l’avantage de n’occasionner aucun ver-
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- tige, ni malaise, et de permettre son emploi sans aucun danger aux enfants. Sa solidité est garantie par des épreuves que son constructeur lui fait subir après installation, soit : 400 kilogrammes pour les sièges à une place, et 600 kilogrammes pour les sièges à deux places. — S’adresser à M. Georges Biaard, constructeur, 28, rue Philippe-de-Girard, à Paris.
- I/horodictique universel. — Le petit appareil que nous représentons ci-dessous (réduit de moitié environ) indique au moyen d’un disque mobile en carton, l’heure de tous les points du globe au moment où l’on fait la lecture. Il donne aussi la longitude de ces points rapportée à n’importe quel méridien. Son nom horodictique vient du latin hora heure, dictare indiquer. Voici comment on se sert de l’appareil. Soit à trouver la longitude de Paris par rapport à Saint-Pétersbourg. On fera tourner le disque de manière à placer Saint-Pétersbourg en face du O du cadran extérieur, et la correspondance d’une des divisions secondaires du cadran intermédiaire avec le prolongement
- (Dépose HP.) MATHIEU - MAF^TAJN !ô Rue d'Engftien
- L’horodictique universelle.
- de la ligne sur laquelle se trouve Paris donnera le nombre des degrés de longitude de cette dernière ville par rapport à la première : dans l’espèce, 28 degrés de longitude ouest ou occidentale. L’indication des degrés de longitude ne sera pas donnée seulement pour Paris, mais du même coup pour tous les lieux du monde rapportés au méridien de Saint-Pétersbourg. Il n’y aura, pour connaître toutes ces longitudes, qu’à relever les correspondances entre les divisions du cadran extérieur et les lieux incrits sur le disque. De plus l’appareil maintenu dans sa même position donnera, du même coup, non seulement l’heure qu’il est à Paris, mais dans tous les lieux du monde, lorsqu’il est midi à Saint-Pétersbourg. — L’horodictique se trouve chez M. Mathieu Martain, 19, rue d’Enghien, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Rapport de la Commission chargée de rechercher et d'étudier à l'Exposition universelle de 1889 les objets, produits, appareils et procédés pouvant intéresser l'armée. Rapport de la sous-commission du génie et de la sous-commission d’artillerie. 2 vol. in-8°. Librairie militaire Berger-Levrault et C‘\ — Paris, 1892.
- Eléments de navigation et de calcul nautique, par J.-B. Guil-haumon, ancien officier de vaisseau, professeur d’hydrographie. 1 vol. in-8* de la Bibliothèque du marin (lre partie), suivi d’un atlas contenant les types de calculs nautiques (2a partie). Berger-Levrault et Cie, éditeurs. — Paris, 1892.
- Médecine clinique, par MM. G. Sée et le Dr Labadie-Lagrave, tome VI. Traité des maladies du foie, par le Dr Labadie-Lagrave, 1 vol. in-8°. Veuve Babé et Cie, éditeurs. — Paris, 1892.
- L'Evolution du sexe, par P. Geddes et J.-A. Thomson, traduction, française par Henry de Varigny. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque évolutioniste. Veuve Babé et Cia, libraires-éditeurs. — Pans, 1892.
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- L'albuminurie, par Th. Grainger-Stewart. Traduit par le D'Beu-gnies. 1 vol. in-18. Veuve Babé et Gie, libraires-éditeurs. — Paris, 1892.
- Le problème cérébral, par le Dr G. Surbled. 1 vol. in-18. G. Masson, éditeur. — Paris, 1892. Prix : 3 francs.
- Formulaire photographique, à l’usage des amateurs et des photographes, par J. Jouan. 1 vol. in-16, à la Librairie de la science en famille. — Paris, 1891.
- Les étapes de la science. Chroniques documentaires, par Emile Gautier. 1 vol. in-16, avec une préface de M. de La-
- nessan, gouverneur général de I’Indo-Chine française. Lecène, Oudin et Cie, éditeurs. — Paris, 1892.
- Ajax. Les Trachïniennes: Philoctète. Œdipe roi, de Sophocle. Traduction en vers français, par F.-E. Callot. 1 vol. in-16. G. Masson, éditeur. — Paris, 1891. Prix : 4 francs.
- Etudes sur les navires d'aujourd'hui, par R. de Balincourt, lieutenant de vaisseau. 1 vol. in-8". Imprimerie Noizette. — Paris, 1892.
- Report of the commissioner for 1887. United States Commission of fish and fisheries. Part. XV. 1 vol. in-8°. Government printing office. — Washington, 1891.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 * 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 1" février. . . 6°,2 S. S. W. 4 Couvert. 0,0 Couv.; bruine de 21 b. à 22 h.
- Mardi 2 1*,8 S. 2 Quelques nuages. 0,3 Nuag. ; couv. après 19b.; gel. bl.
- Mercredi 3 2*,1 S. W. 2 Beau. 0,1 Couv. jusq. 15 b.; peu nuag. ensuite; quelques averses mêlées de grêle.
- Jeudi 4 0%6 W. S. W. 2 Nuageux. 1,9 Peu nuag. jusq. 15 h.; couv. ensuite; pluie line de 20 h. à 21 h.
- Vendredi 5 7*,7 N. N. W. 2 Couvert. 0,4 Couv. le m.; puis nuag. ; beau ap. 18 h. ; pluie fine le matin et brouillard.
- Samedi 6 4”,8 W. S. W. 2 Couvert. 0,7 . Couv. ; pluie commence à 15 b.
- Dimanche 7 9“,7 W. 2 Couvert. 3,7 Couv. ; un peu de pluie de temps en temps.
- FÉVRIER 1892. — SEMAINE DU LUNDI 1er AU DIMANCHE 7 FÉVRIER 1892
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du jnilieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée. ,
- _ Réaumé des observations météorologiques faites au parc de Saint-Maur en janvier 1 St®*
- par M. E. Renoü.
- Moyenne barométrique à midi, 756'",19. Minimum, le 11, à 6 heures du matin, 710““,90; maximum, le 26, à 10 heures du matin, 771“",00.
- Moyennes thermométriques : des minima, — 0°,51 ; des maxima, 1°,87 ; du mois, 2°,18 Moyenne vraie des vingt-quatre heures, 1°,94. Minimum, le 12, avant le jour, —9“,7 ; maximum, le 30, vers 2 heures, 13°,7. Il y a eu dix-sept jours de gelée dont six sans dégel; parmi ces six jours cinq sont consécutifs, du 10 au 14. De plus, deux jours de gelée planche.
- Tension moyenne de la vapeur, 4"",66; la moindre, le 12, à 4 heures du matin, 2”“,3; la plus grande, le 24, à midi, 8"“,4. Humidité relative, 85,5; la moindre, le 18, à 5 heures du soir, 54; la plus grande, 100, en treize jours. . . ..
- - Pluie, 21““,1 en cinquante-une, heures, réparties en onze jours. Neige de 5 millimètres le 5 janvier au matin; elle disparaît la nuit suivante. Nefge de 3 centimètres le 9 au matin; elle disparaît U ails la' s'ornée du 17. Il est tombé des grains de grêle les 6 et 8 janvier. •
- Cinq jours de brouillard, dont un très intense, le 26. Nébulosité moyenne, 70.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 3°,07 ; dans la soirée, ! 3°,17; en moyenne, 3°,12. La rivière a été trouble presque tout le temps; : elle a éprouvé une crue de peu d’importance le 8, ayant atteint 5",13; le 22, elle était descendue à 2",56. -
- Vents dominants, du sud-sud-ouest à l’ouest-sud-ouest; puis, ceux du nord-nord ouest au nord-est. Vent fort du sud-ouest le 6 janvier et de l’ouest le 28 à 1 heure du matin.-
- Relativement aux moyennes normales, le mois de janvier 1892 présente les résultats suivants t Baromètre plus bas de 2-*",62. Thermomètre plus haut de 0°,37. Tension .de. la vapeur moindre»de Ü“",27. Humidité moindre de 3,5. Pluie plus faible de 19”“. Nébulosité moindre de 2.
- Les vingt-un premiers jours du mois avaient présenté une moyenne de 0°,9, par conséquent plus froide que la normale ; mais les dix derniers jours en ont offert une de 5®,7. ’ '
- PHASES DE LA LUNE : P. 43. le 5, à. 9 h. 48 m. du malin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres a doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE Dü JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA. SEMAINE
- Les conférences .scientifiques à Paris. — Notre métropole que les étrangers accusent souvent d’être la ville du plaisir et de la futilité, ne manque pas d’un public nombreux qui est avide de s’instruire et de se tenir au courant des choses de la science. Chaque soir, les cours du Conservatoire des arts et métiers se font devant un nombreux auditoire et les conférences, quand elles sont dites par des hommes compétents, sont toujours très suivies. La Société centrale du travail professionnel, fondée en 1886, et qui a pour président M.Th. Yillard, a organisé dans le local de son siège social, 58, avenue de l’Opéra, une série de conférences publiques qui nous paraissent dignes d’être signalées. Yoici quels ont été jusqu’ici les sujets traités : Les intérêts français en Amérique, par M. Maurice Wahl ; VElectricité dans la maison, par M. Auguste Lalance ; Des progrès et des applications de la photographie, par M. Paul Nadar ; l'Histoire de la cartographie, par M. le colonel Laussedat. Ces conférences ont lieu tous les mercredis, à 9 heures du soir. Le mercredi 2 mars, M. Aynard parlera Des nouveaux aspects du socialisme, et le mercredi 16 du même mois, M. Caron traitera le sujet suivant : la Vtftrie de Paris et les transports en commun. Nous souhaitons bon succès aux conférences de la Société centrale du travail professionnel.
- G. T.
- INFORMATIONS
- —Dans notre livraison du 6 février 1892, nous avons reproduit ici même quelques renseignements sur un nouveau système de ferrage employé par la Compagnie des tramways de Paris. C’est par erreur qu’un spécimen-échantillon de fer en acier a été pris pour une innovation à l'essai. La Compagnie des tramways de Paris n’a rien changé à ses procédés de ferrage habituel.
- —L’Allemagne ne perd pas de temps pour, fortifier lléligo-Und. Le budget de la marine, pour 1892-1893, prévoit une somme de 1 395000 marks pour premier acompte de travaux dont le total est évalué à 8 895 000 marks: Les fortifications comptent dans ce total pour 5 millions, l’artillerie pour 3 800 000 marks ; le reste est destiné aux constructions et aux installations qui doivent faire de l’île un poste d’observation de lre classe, ayant un dépôt de pigeons messagers. L’ensemble de ces travaux doit être terminé en 1890. Pour former immédiatement une garnison, on vient de créer une quatrième compagnie d’artillerie de marine.
- —La ville de Bergen, dont les eaux présentent une riche faune marine, doit ouvrir, en 1892, un laboratoire de biologie et de zoologie. Cette création, qui doit rendre de grands services à la science, est due à la généreuse initiative de M. Brunchorst et des habitants de Bergen, qui fournissent les fonds nécessaires. Avec une hospitalité caractéristique, les autorités du Muséum, sous la direction desquelles le laboratoire sera placé, ouvrent l’établissement aux savants de tous les pays. Il y aura là une nouvelle occasion d'étudier un grand nombre de questions intéressantes.
- ~Par l’intermédiaire de M. Edmond Bruwaert, consul français à Chicago, le Gouvernement français a demandé pour son emplacement, dans l’Exposition qui se prépare, la surface totale de 150 000 pieds carrés (13 935 mètres carrés) répartis comme suit : palais des Manufactures, 100 000 pieds carrés (9290 mètres carrés) ; palais des Beaux-Arts, 30 000 pieds carrés (2787 mètres carrés); parcs à bestiaux, 10 000 pieds carrés (929 mètres carrés) ; galerie des machines, même espace. M. Bruwaert a donné à entendre que, selon toute probabilité, il sera fait ultérieurement une demande d’un supplément de terrain.
- —ife— Une grue électrique importante vient d’être montée à Hambourg, sur le quai Petersen. Construite à Berlin, elle est destinée à enlever les marchandises dans les cales des navires accostés à quai et à les déposer soit sur les wagons, soit sous les hangars qui bordent les quais. La largeur de la structure de la grue est d’environ 13 mètres avec une hauteur libre de 5 mètres, de sorte que deux wagons chargés peuvent facilement se croiser en passant dessous. Un seul homme suffit pour la conduite de l’électromoteur et la manœuvre de la grue. Dans le cas où une interruption de courant viendrait à se produire pendant le hissage d’un colis, un frein électrique automatique empêcherait le colis de tomber brusquement. Par suite d’une disposition spéciale, le travail produit par le poids des colis qui descendent est transmis A l’électromoteur, ce qui fait agir ce dernier comme une dynamo et développe une énergie électrique qui peut être utilisée comme puissance motrice, ou bien peut être emmagasinée dans les accumulateurs.
- —On sait que les cuirassés se protégeaient jusqu’ici contre les attaques des torpilleurs en s’entourant de filets métalliques. D'après le Daily News, un marin, le capitaine Wilson, aurait inventé une sorte de ciseaux qui se fixent à 1 avant de la torpille et qui permettent à celle-ci de couper le filet et d’atteindre la coque ou navire. Dans des essais faits récemment, les torpilles pourvues de cet appareil auraient, d’après le journal anglais, passé à travers le filet avec une telle facilité que leur vitesse en aurait été à peine réduite.
- — Lusage du système métrique en Finlande sera prochainement obligatoire. Il y a déjà quelque temps qu’on a frappé des monnaies décimales, et le système métrique a été rendu obligatoire pour la douane, les chemins de fer de l’Etat, la poste, les pharmaciens, mais il s’agit maintenant d’étendre cette obligation à tout le reste. Sur les routes, on compte déjà les distances en kilomètres au lieu de verstes.
- —îJS— Nous avons signalé récemment (n° 974, du 50 janvier 1892, p. 139) l’erreur astronomique dans le vers du Soir de Lamartine :
- « Vénus se lève à l’horizon. » Un correspondant de la Société astronomique de France signale une inexactitude analogue dans une nouvelle de M. Alph. Daudet; un berger y montre à une jeune fille, en juillet, un peu après minuit, dans la direction du sud, les trois Rois d’Orion et Sirius, alors qu’à cette saison, ces constellations n’apparaissent qu’au lever du jour, dans la lumière de l’Orient.
- —La Compagnie de New-York Central Railway a récemment fait des essais de vitesse entre New-York et les chutes du Niagara. La distance, qui est de 440 milles (de 1609 mètres, environ 708 kilomètres), a été parcourue en quatre cent trente-trois minutes quarante-quatre secondes, ce qui fait une vitesse moyenne de 98 kilomètres à l’heure. D’après cela, la Compagnie a établi un service régulier, mais en diminuant un peu la vitesse. La distance est parcourue en huit heures quarante minutes, au lieu de sept heures treize minutes.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Baguettes calculatrices : M. Pruvost-le-Guay, 15, rue de la Présentation, à Paris. — Alambic pour le dosage de l’alcool dans les vins : M. Dujardin, 24, rue Pavée-au-Marais à Paris.
- Communications. — MM. E. Desroziers et H. Bonneau nous adressent une brochure sur la traction électrique des trains de chemin de fer. Dans cette étude, les auteurs examinent surtout les avantages des trains électriques pour le service des métropolitains et les vitesses considérables qui pourraient être atteintes.
- M. Ch. Le Maout, à Saint-Brieuc, nous envoie une série de brochures contenant l’exposé de diverses opinions sur les Effets du canon cl du son des cloches sur l'atmosphère, sur les Cuirassés, torpilles et tempêtes, sur la Doctrine des condensations, sur Le canon et la pluie, etc.
- M. le Dr Pestour, secrétaire général de la Société photographique de Lille, nous fait parvenir le premier numéro du Bulletin de cette Société. Cet organe, fort bien édité, renferme une Notice de M. R. Paillot sur la photographie des couleurs, et une intéressante conférence sur l’optique photographique de M. P. Colardeau.
- M. Louis Parisot, à Paris, nous écrit : « Dans le n° 976, du 13 février, M. le Dr Bernard cite une colonie de cotijles établie à Cassel (Nord). Je viens confirmer les observations de votre honorable correspondant. En 1869, — dans une carrière de sable sur les bords du Doubs, — à 1 kilomètre de Dole, existait une colonie de cotvles, composée de 140 domiciles, c’est-à-dire autant de petits couloirs cylindriques. Je pus me rendre maître d’un des oiseaux et lui attachai un tout petit chaînon de cuivre à la patte ; je l’ai revu pendant trois années de suite, et, malgré la guerre franco -prussienne, malgré les coups de mines terribles dont on a fait usage pour construire une ligne ferrée pres-qu’au pied de ces carrières, la colonie existe encore, ou du moins existait encore en 1890; elle était toujours à celte époque sur le bord du chemin conduisant d’Azans au pré Gaudard près Dole. »
- Renseignements. — M. E. Wanhenne, au Pirée. — Nous n’avons pas, à ce sujet, d’autres renseignements que ceux publiés dans notre article.
- M. J. C., à Paris. — Les serpents sont ovipares, excepté la vipère.
- M. G. D., à Mulhouse. — Vous pouvez résoudre ce problème, en appliquant les formules élémentaires de calorimétrie, que vous trouverez dans les traités de physique.
- M. P. Jacqmart, à Fresnes. — Pas d’autres appareils que les télémètres.
- M. L. B., à La Chaux-de-Fonds. — C’est à l’usage surtout que l’on pourra reconnaître les qualités ou les inconvénients de ces dispositions.
- M. P. Dite, à Mont-de-Marsan. — Nous avons déjà indiqué une série de fabricants de moteurs à pétrole ; il faut prendre des informations auprès d’eux.
- M. Charpentier, à Nancy. — Nous avons publié un article sur la pile de Lalande et Chaperon (n° 945,du 11 juillet 1891 ,p.58).
- M. Martin, à Paris. — Nous avons mentionné quelques ouvrages de sténographie (Boîte aux lettres du n° 975, du 6 février 1892); nous ajouterons encore les suivants : Résumé des leçons de sténographie professées dons les cours d'adultes, Sténographie populaire, Janot le sténographe. Le médaillon, L'unité slénographique, revue mensuelle, etc., à la librairie Fischbacher, 8ô, rue de Seine, à Paris.
- M. V. R., à Nancy. — 1° Articles japonais : MM. Oppenheimer frères, 21, rue de Cléry, à Paris. — 2° Ce procédé est tenu secret; nous regrettons de ne pouvoir vous satisfaire.
- M. D. C., à Moscou. — Les traités et les appareils relatifs à la photographie sont fort nombreux; nous ne saurions vous en
- indiquer un plutôt qu’un autre. Le choix dépend des études et applications que vous voulez en faire.
- M. C. Vinsac, à Séville. — Pour ce qui concerne la fabrication électrique de la soude caustique, il faut s’adresser au directeur de la Phœnix Wharf, Church Road, Battersea, à Londres.
- M. le baron de Serchees, à Anvers. — Renseignez-vous auprès de M. Mors, 8, avenue de l’Opéra, à Paris.
- Un chasseur, à Nîmes. — R s’agit bien, en effet, de la for-
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- mule élémentaire de mécanique - mV2 dans les calculs dont il est question. s
- M. l'inspecteur principal de la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest, à Paris. — Le constructeur de la machine à nettoyer les rues est indiqué en tête de la Boîte aux lettres du numéro qui en contient la description ; M. Mendelssohn, 17, Silk Street, London, E. C.
- M. J. Vaneste, à Paris. — Le tramway électrique de la Compagnie Thomson-Houston a été décrit dans le na 851, du 21 septembre 1889, p. 259.
- M. P. L., à Orléans. — On aurait avantage à avoir de grandes roues, mais les limites sont imposées par les nécessités de la construction.
- M. E. Le Petit, à Paris. —Veuillez vous adresser à M. Jousset de Bellesme, directeur de l’Aquarium du Trocadéro; il vous donnera certainement les renseignements que vous désirez.
- M. A. B. C., à Burgos. — La résistance des piles est variable suivant les divers éléments; il faut la mesurer dans chaque cas.
- M. L. Gau, à Mazamet. — Vous pouvez essayer d’humecter une fois pour toutes les feuillets du copie de lettres avec une solution au dixième de chlorure de magnésium ou de chlorure de calcium calciné.
- Question. — N° 1319. — M. le duc N. de Leuchlenberg,ï Saint-Pétersbourg, nous écrit : « Permettez-moi de soulever une question de chronologie que je me suis posée, en lisant l’article de La Nature, intitulé Les navires de Christophe Colomb (n° 974, du 50 janvier 1892, p. 141). A la page 142, il y est dit : « Le grand màt avait une hune, que l’esquisse il représente ronde en forme de corbeille, et qui pôuvait abriter « des tireurs ou des lanceurs de grenades. » Or, voici la question qui se pose tout naturellement : les grenades (ou petites bombes à main) existaient-elles déjà en 1492? Si, comme je le pense, elles n’existaient pas encore, à quelle époque faut-il en faire remonter l’invention et qui en a été l’inventeur? J’ai interrogé à ce sujet plusieurs personnes compétentes qui n'ont pas pu me renseigner à cet égard. Si je ne me trompe, l’histoire ne parle des projectiles explosibles que vers le milieu du règne de Louis XIV. Je serais bien aise de trouver une solution de cette question dans La Nature. » — Nous recevrons peut-être à ce sujet des réponses précises que nous insérerons; nous pouvons dire dès à présent que le Dictionnaire classique des origines, inventions et découvertes, par W. Maigne, donne quelques détails sur les grenades qui, d’après l’auteur, existaient en 1428. '*
- Accusés de réception. — Avis divers : M. L. Morin, à Cannes. Votre observation est juste; nous ferons un erratum. -M. II. P., à Monlélimar. Nous ne connaissons pas cet appareil. — Un lecteur, à Rouen. Adressez-vous aux marchands d’appareils . pour laboratoires. — M. L. G. Vignon, à Châtellerault. 1° Pas de j procède à vous indiquer ; 2° nous reviendrons ultérieurement sur celte question. — M. A. M., à Chalon-sur-Saône. Le transmetteur; téléphonique dont vous parlez présente une série de dispositions intérieures sur lesquelles nous ne pouvons insister ici. — M. G. Can-délier, à Rouen. Celte construction est assez délicate; il y a des tours de main que les constructeurs ne font pas connaître. -* M. G. A., à Cazes. L’adresse demandée est : 44, boulevard Henri IL à Paris. — M. Rolland, à Boissy-Saint-Léger. Librairie E. Bernard, 55, quai des Grands-Auguslins, à Paris. — M. A. Augis, à Paris. 11 faudrait construire l’appareil et l’expérimenter. — M. F. Güder, à Berne. Vos clichés donneraient difficilement de bons résultats, lorsqu’il s'agit d’un tirage typographique rapide. — M. P. A. Colombo, à Montevideo. Votre lettre a été envoyée à destination. -M. L- K., à Anvers. Piles au bichromate ou piles de Lalande.-Un lecteur, à Sèvres; L’abonné À'., à Besançon. Voyez le petit livré des Receltes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — ili. A. Bref del, à Bruxelles; M. B., à Casteilo Branco. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. Z. C., à X. (Portugal). Nous publierons un article à ce sujet. — M. P. Rive, à Ustariiz. La Boite aux lettre! du meme numéro donne l’adresse du fabricant. — il/. R. Sainl-C-à Romorantin ; M. Flahaut, à Amiens. 11 faut vous adresser directement aux grands libraires de Paris.
- Oans la « Bulle aux lettres „ la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui -ont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à touta tes questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’au c lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITES INTENTIONS1
- Coupe-mèches universel. — C’est toujours un ennui d’avoir à couper les mèches des lampes ; on se sert habituellement, à cet effet, d’une paire de ciseaux ad hoc dont l’emploi n’est pas toujours très avantageux.Yoici un système ingénieux et pratique dont le prix fort modeste (50 centimes) en permet l’emploi sans grands frais. L’appareil consiste en une rondelle de fer-blanc, munie de palettes coupantes hélicoïdales. On pose
- Appareil coupe-mèehes pour lampes.
- la rondelle sur la mèche à couper, après avoir monté celle-ci de 1 à 2 millimètres. On soumet le système à un mouvement de rotation ; on tourne plusieurs fois de gauche à droite, comme le montre la figure, le résidu carbonisé de la mèche est séparé par les petites palettes, et vient se loger à la partie supérieure de la rondelle que l’on nettoie avec un petit pinceau. Sur notre figure, on voit à droite la rondelle vue en plan, et au milieu le pinceau de nettoyage. —Cet objet se trouve chez les lampistes et dans les magasins d’articles de ménage.
- Bocal à fermeture hermétique. — Pour conserver les matières alimentaires, les produits chimiques et tous les corps susceptibles de s’altérer au contact de l’air ou des bouchons, on a ordinairement recours à des vases en verre fermés par des bouchons rodés de diamètres variables. Outre le prix élevé quand il faut une large ouverture, ce système a un inconvénient : il ne permet pas une ouverture plus grande que la moitié de la largeur du récipient. En outre, la matière se glisse très souvent entre le bouchon et la paroi du vase ; la fermeture devient alors trop complète. Il faut, par suite, chauffer pour ouvrir, soit en enroulant une ficelle autour du goulot, soit avec la lampe et, dans cette opération, le bouchon est souvent brisé ; il faut alors casser complètement le flacon pour le vider. Le
- Bocal à fermeture hermétique. —A. Vue du bocal fermé.
- __ B. Son couvercle enlevé. — C, D, E. — Détails du système de fermeture.
- bocal que nous allons décrire remédie d’une façon ingénieuse à tous ces inconvénients. On peut avoir une ouverture des 4/5 de la largeur du vase. Le système d’ouverture du flacon est très rapide et en aucune circonstance le couvercle n’adhère au vase. Le vase fait au moule comporte à sa partie supérieure une gorge annulaire et une portée; dans la gorge une armature en fer nickelé à agrafe, qu’il est facile de fixer par pression, au moyen d’un bouton et d’une œillère appropriés à la largeur du flacon. Le couvercle entièrement en verre porte deux ouvertures et une embase qui permettront de faire fermeture par les agrafes de la garniture. Une rondelle de caoutchouc, placée sur la portée du bocal, assure l’étanchéité du joint. On introduit
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces. ;
- la matière dans le bocal et, plaçant le couvercle et les ouvertures en face des agrafes, on enfonce perpendiculairement et on donne un quart de révolution au couvercle. On a ainsi une fermeture hermétique, dite fermeture à baïonnette. Ce récipient, qui se fait en toutes dimensions, peut rendre des services aux confiseurs pour la conservation des bonbons, des gâteaux, des fruits à l’alcool; aux collectionneurs pour celle des pièces anatomiques, insectes, etc.; et aux laboratoires pour celle des produits hygrométriques, potasse, soude, chlorure de calcium, etc.,etc.— Ce flacon se trouve chez MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des Ecoles, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Alliage fusible de Darcet. — Un de nos lecteurs nous demande la composition d’un alliage fusible dans l’eau bouillante. Cet alliage que les chimistes connaissent, a été imaginé par Darcel; il porte habituellement son nom. L’alliage fusible est formé de 2 parties de bismuth, 1 partie de plomb et 1 partie d'étain.
- 11 fond à 95 degrés. Pour montrer sa fusibilité, on fait dans les cours de chimie l’expérience que représente la figure ci-contre. On suspend à une tige de verre au moyen d’un fil de fer un petit lingot de l’alliage métallique fusible. On introduit ce lingot dans le col de verre d’un ballon contenant de l’eau que l’on fait bouillir sur un fourneau. Quand l’eau est en ébullition et que l’alliage est enveloppé de vapeur à 100 degrés, on le voit fondre et ruisseler en gouttelettes comme le ferait un morceau de Fusion de l’alliage de Darcet.
- cire à cacheter. On peut dans la vapeur d’eau bouillante, se servir de cet alliage
- de Darcet pour couler des cuillers, que l’on donne à des amis pour prendre du thé bien chaud. Les convives ne manquent pas d’être surpris quand ils s’aperçoivent que leurs cuillers métalliques fondent dans leur tasse.
- Alliage adhérant au verre. — D’après la Revue de chimie, cet alliage comprend 95 pour 100 d’étain, 5 pour 100 de cuivre, versés dans l’étain préalablement fondu. Le mélange agité avec une baguette en bois est coulé, granulé, puis refondu à 360 degrés environ. En ajoutant 0,5 à 1 pour 100 de plomb ou de zinc, on peut rendre l’alliage plus ou moins dur ou plus ou moins fusible. 11 a l’apparence de l’argent, et peut recouvrir tous métaux ou fils métalliques.
- Papier htjdrofuge (procédé C. Lenz). — Ajouter à la pâte, dans l’épurateur, au moment de l’encollage, 4 pour 100 de sayon de résine et 4 pour 100 de savon d’alumine. —Malaxer pendant une demi-heure, puis ajouter 1 à 2 pour 100 d’alun de chrome dissous dans l’eau chaude et continuer à travailler la pâte pendant une demi-heure. Après quoi on le passe dans la machine à papier ou à carton.
- Manière de recouvrir de zinc le fer et l'acier. — Voici une
- formule de zincage sur fer et acier :
- lre solution : Eau..................... 10 litres
- Nitrate de mercure. ... 50 grammes
- Cyanure de potassium. .150 —
- 2e solution : Sulfate de zinc.......... 50 —
- Dissoudie le sel de zinc dans une lessive alcaline concentrée, et mélanger ensuite les deux solutions en ajoutant une petite quantité de phosphate de soude pour augmenter la conductibilité du bain. Le métal à recouvrir est décapé et placé comme cathode vis-à-vis d’une anode de zinc : on fait passer un courant assez intense et il se produit tout d’abord un dépôt de mercure gris très adhérent, puis un dépôt de zinc qui se soude à la couche intermédiaire de mercure.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Cours d'électricité, par M. H. Leblond, agrégé des sciences physiques. Tomes I, Il et III (1er et 2e fascicule), 4 vol. in-8° de lu Bibliothèque du marin. Berger-Levrault et C'a, éditeurs. — Paris, 1892. Prix : 6 francs chacun des trois première volumes et 8 francs le quatrième.
- L’ouvrage que nous présentons à nos lecteurs est la rédaction du cours de M. Leblond à l’Ecole des officiers torpilleurs de Toulon. De nos jours, les officiers de marine sont appelés à diriger l’emploi du matériel électrique qui se trouve à bord des navires de guerre. 11 est donc nécessaire qu’ils en aient une connaissance
- exacte et développée, pour remédier aux accidents pouvant survenir en cours de campagne.
- Le premier volume contient l’exposé des phénomènes généraux d’électricité et des lois auxquelles ils sont soumis. Les mesures électriques diverses sont décrites dans le second volume. Le troisième et le quatrième volume sont consacrés à l’étude des machines électriques, de l’appareillage nécessaire aux installations d'éclairage, des accumulateurs, des lampes à arc et des lampes à incandescence. — Le traité de M. H. Leblond sera consulté avec fruit par tous ceux qui veulent s’initier à la connaissance des phénomènes électriques.
- Annuaire de CObservatoire royal de Belgique, par F. Folie, directeur de l’Observatoire. 1892, 59e année. 1 vol. in-16. F. Hayez, imprimeur de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. —. Bruxelles, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PL GIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 8 février. . . . 9*,6 W N. W. 4 Couvert. 0,5 Couv. sauf éclaircies à 16-17 h., gouttes de 5 à 8 h., pluie de 9 h. 1/2 à 16 h. et de 18 à 21 h.
- Mardi 9 3%0 N. N. E. 4 Ptesq. couvert. 9,7 Tr. nuag. jusq. 19 h., qq. nuages ens. halo, atm. tr. cl.
- Mercredi 10 — 0*,4 S. S. W. 1 Couvert. » Qq. éclaircies jusq. 5 h., couv. ens., brum.
- Jeudi 11 . 3*,5 N. 1 Couvert » Couv. jusq. 17 li. peu nuag., puis beau après 21 h., brouil. jusq. 9 h.,de 100 m. à 7 h.; atin. ass. cl. à 16 h.
- Vendredi 12 0%9 N. N. E. 2 Couvert. » Beau jusq. 4 h. et à 14-13 h., couv. du reste, brouill. le m. de 200 m. à 7 h.. Tp. atm. 3 k. à 17h.
- Samedi 15 5%1 N. W. 3 Couvert. » Couv. sauf éclaircies à 20 et 22 h., pluie fine de temps en temps jusq. 9 h. 1/2.
- Dimanche 14. . . . . 1°>0 N. W. 2 Presq. couvert. 0,4 Tr. nuag. de 3 à 14 h., couv. av. et apr., un peu de grésil à 4 h., quelquefois des gouttes.
- FEVRIER 1892. - SEMAINE DD LUNDI 8 AD DIMANCHE 14 FEVRIER 1892
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, therm boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à Vabri à boule mouillée.
- milieu
- omètre
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Arc circunizénithal. — M. G. de liocquigny-Adanson, au Parc-de-Baleine, nous adresse les renseignements suivants au sujet du phénomène qu'il a pu observer : « Le mardi 19 janvier 1892, à l^lo" du soir (heure de Paris), par une après-midi superbe, un arc circumzénithal est apparu au Parc-de-lîaleine (Allier). Cet arc était décoré des couleurs brillantes du spectre, et sa convexité, nuancée de rouge, faisait face au soleil, tandis que la teinte violette de sa concavité était tournée vers le zénith. Le soleil était à environ 17° ou 18° au-dessus de l’iiorizon. Une mesure rapide, prise avec une baguette placée perpendiculairement au rayon visuel, donna presque la même valeur, en centimètres, pour la distance du soleil au point de l’arc le plus voisin de l’horizon, et pour l’intervalle qui séparait la baguette de l’œil lie l’observateur. C’était donc bien l’arc circumzénithal tangent au sommet du grand halo de 4,6° qui se dessinait dans le ciol. A peu près à moitié chemin, entre le soleil et l’are coloré, on voyait encore, dans le vertical passant par le soleil, une tache blanchâtre, indécise, assez étendue, appartenant sans doute au point de tangence du halo ordinaire et du halo circonscrit. Ni le halo de 22°, ni le
- grand halo de 46° n’ont été un seul instant visibles. Ce phénomène d’optique atmosphérique, qui se détachait sur un voile lin, extrêmement léger, presque diaphane de cirro-stratus, disparut complètement à l^O™ du soir, après avoir duré près d’une demi-heure. »
- Tempêtes. — Une violente tempête a régné le 14 février sur Marseille et les environs. Le mistral était si violent que la circulation des voitures était difficile. Le port a eu aussi à souffrir. Les navires venant d’Algérie ont effectué des sorties périlleuses. De nombreuses avaries se sont produites. — A la meme date, la tempête a également sévi avec violence sur la ville de Perpignan ; les poteaux télégraphiques, les cheminées, les véhicules ont été renversés. Le vent soufflait avec une telle force sur la ligne du chemin de fer de Narbonne à Cerbère, qu’il a fait dérailler un train de marchandises ; quatre wagons sont sortis des rails, et la circulation a été interrompue pendant quelques heures.
- M. H. Moulin, à Poitiers, et M. E. Roger, h Cbâteaudun, nous adressent les résumés de leurs observations météorologiques pendant le mois de janvier 1892, l’un pour la ville de Poitiers, et l’autre pour Châleaudun.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 12, à 7 h. 48 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la t Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE 8ERVICN DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHARGEMENTS D’ADRESSE, ETC.} DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- La population de l’Algérie. -— On s’est beaucoup ému, dans ces derniers temps, des désastreux résultats du recensement de la population de la France, d’après le rapport du Ministre de l’intérieur. Nous croyons qu’on ne lira pas sans intérêt les'chiffres concernant la population -de l’Algérie. Nous y trouverons une demi-compensation à la décroissance en France. La population algérienne s’élève (non compris l’armée) à 4 124 732 habitants dont 3 636 967 pour les territoires civils et 487 765 pour les territoires de commandement. Les territoires civils comprennent 247 communes de plein exercice et 73 communes mixtes. Les territoires militaires ne comptent plus que 6 communes mixtes et 11 communes indigènes. Jointe à la population de la métropole, la population de l’Algérie porte à 42 367 923 le chiffre total de la population de la France. Ces chiffres démontrent que notre race n’est pas près de disparaître. A la période de ralentissement que nous traversons, il est possible qu’on voie succéder une période d’accroissement ; ce fait se produira vraisemblablement le jour où nos compatriotes comprendront mieux les ressources de la France africaine et sauront en profiter.
- INFORMATIONS
- —ris— Nous avons parlé de la souscription ouverte à Colmar, au sujet d’un monument à élever à la mémoire de G. Hirn. Les amis du grand savant ont répondu à l’appel du Comité formé à cet effet. La première liste de souscription dépasse le chiffre de 7000 francs. Toutes les nouvelles souscriptions doivent être adressées àM. G. Kern, président du Comité ïlirn, à Colmar.
- —Le Département de l’agriculture de Washington va envoyer dans l’Inde une expédition chargée de ramener des échantillons des abeilles du pays. Ce sont les plus grosses abeilles connues. Elles construisent leurs rayons dans les forêts ou au milieu des rochers. Ces rayons donnent une quantité considérable de miel. La chasse aux abeilles est devenue une profession des plu6 lucratives dans l’Inde et le miel y constitue un des grands articles de l’exportation. Le Gouvernement des États-Unis va tâcher de les acclimater.
- —— M. le sénateur Davis a déposé au Sénat des Etats-Unis un bill pour la construction d’un canal de navigation contournant les chutes du Niagara, dans l’Etat de New-York, pour le passage des navires de guerre et de commerce du lac Ontario au lac Eric. Ce canal devrait être établi de manière à recevoir les bâtiments qui circuleront sur le Saint-Marys Fa Ils Canal quand celui-ci sera achevé. Le tracé n’est pas arrêté encore d’une façon définitive. La dépense afférente est évaluée à 25 000 000 de francs.
- —fë— Une nouvelle méthode de labourage est employée dans l’Amérique du Sud. Elle consiste à désagréger le sous-sôl au moyen de charges de dynamite dont l’explosion est produite électriquement. On dit que cette méthode est aussi bonne que le procédé ordinaire, dans lequel on emploie la charrue. L’inventeur fait forer des trous de 2 à 3 pieds de profondeur, espacés de 5 en 5 pieds, soit un total de 1600 trous par acre. Dans chacun de ces trous il place l’explosif, puis, après bourrage, il provoque l’explosion simultanée
- de toutes les charges. Toutes les cartouches sont réunies par des fils; la mise de feu se fait électriquement.
- —— On a souvent préconisé l’emploi de la lumière électrique à la pêche. De nouvelles expériences ont été faites à ce sujet dans la rade de San-Francisco. Un foyer puissant a été allumé dans un fond. Les poissons de toute espèce s’y sont précipités avec tant d’activité qu’on n’a pas même eu besoin de garnir les filets d’amorces; il n’y a eu qu’à les tendre et à les relever pour faire une pêche vraiment miraculeuse.
- —— Les restes d’un temple romain viennent d’être découverts à Bourbon-l’Archambault (Allier), l’antique station thermale si vantée par Boileau et Racine. Autour de ce temple ont été retrouvées de superbes mosaïques formées de dessins géométriques en calcaire blanc et en schiste noir de Buxières-lcs-Mines. Des débris de colonnes, de vases, et quelques médailles du Haut-Empire ont été aussi mis au jour. Les mosaïques sont encore apparentes et assez bien conservées.
- —On a remarqué, dans le comté de Devon, que les moutons sont très friands de colimaçons et que cette étrange nourriture les engraisse beaucoup. Les mollusques recherchés par eux appartiennent à YHelix variegata et à ses quatre variétés : //. suba-perta, carinita, submaritima et subglobosa. Borbase, dans son histoire naturelle de Cornwal (1758), nous dit : « La meilleure viande de mouton est celle des plus petits; ceux-ci vont généralement prendre leur nourriture là où le sable est à peine recouvert par le gazon, là où l’herbe est très courte, sur les towens, ou monticules de sable que l’on rencontre à Piraud Sand, Gneythian, Philne, Senan Green, non loin de Land’s End et dans d’autres localités semblables. Les colimaçons sortent de ces sables; ils sont d.u genre turbiné et de différentes dimensions, depuis l’adulte jusqu’au jeune. De grand matin, ils se répandent dans la plaine, au milieu de la rosée, en quête de leur subsistance et offrent ainsi une nourriture très engraissante aux moutons. » L’observation, bien qu’ancienne, n’en est pas moins intéressante. Montagu a signalé le même fait.
- —Sait-on quel est actuellement le nombre des survivants de l’armée napoléonienne? Une vingtaine environ. Tous, sauf le colonel Soufflot, habitent dans les départements. Trois d’entre eux sont aveugles. Les plus connus sont MM. Piquard qui a cent deux ans et fut fait prisonnier à Flessing, Ronturier, blessé à Waterloo, Denis, blessé à Fleurus, le général Mélinet, Cartigny dont on célébrait récemment le centenaire à Hyères, et Baillot qui, en 1814, lut réformé comme.... phtisique et se porte actuellement encore comme un charme.
- —^— Le plus grand journal du monde se publie à Boston, c’est The Evening Gazette; le plus petit paraît à Mexico, c’est le Télescope. Dans notre pays, c’est la Gazette de France qui est le plus ancien journal. La Gazette de Suède n’a que treize ans de moins qu’elle; viennent ensuite la Gazette de Leipsick, qui date de 1660, et celle de Londres, qui a été fondée en 1665. En Belgique, le Journal de Liège a cent trente ans. En Angleterre, le Times pourra fêter son centenaire l’année prochaine. On croit communément que le plus grand nombre de feuilles périodiques est publié en français. C est une erreur. La France n’occupe que le troisième rang, avec 12 pour 100 de la totalité. En tête est la Grande-Bretagne qui, avec ses colonies et l’Amérique du Nord, possède 18 700 publications en langue anglaise, soit 49 pour 100 de la totalité. L’Allemagne est la seconde, avec 24 pour 100; l’Italie, la dernière avec seulement 2 pour 100. Les journaux les plus chers sont en Angleterre ; les feuilles le meilleur marché se trouvent en France.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout oe qui concerne les appareils de chauffage des voitures, s’adresser à M. P. Chalon, ingénieur civil, rue de Paris, n° 127, à Bou-logne-sur-Seine (Seine).
- Communications. — M. C. Fournier, à Calais, à propos de l’article sur le langage des singes paru dans le n° 975, nous rappelle que le 24 novembre 1879, M. Larrey a présenté à l’Académie des sciences, de la part de M. le Dr F. Bateman, de Norwich, un livre anglais intitulé : Le darwinisme démontré par le langage, dans lequel l’auteur donnait les conclusions suivantes : 1° le langage articulé est l’attribut distinctif de l’homme, tandis que le singe et les autres animaux n’en possèdent pas la moindre propriété ; 2° le langage articulé est un attribut universel de l’homme, et toutes les races ont un langage ou la capacité d’en acquérir un ; 3° la faculté du langage est immatérielle. — On voit que ces affirmations semblent sous certains points en désaccord avec les expériences de M. Garner.
- M. G. Grignard, à Paris, au sujet du même article nous écrit qu’il lui semblerait intéressant d’effectuer des expériences pour connaître les résultats de la trépanation sur les singes. Cette opération, répétée de génération en génération, pourrait peut-être modifier la capacité crânienne et le cerveau de ces animaux.
- M. A. Hépites, directeur de l’Institut météorologique de Roumanie, nous adresse le premier numéro du Bulletin météorologique mensuel qui vient d’être créé.
- M. E. Besson, à Bourg-la-Reine, nous informe qu’un bon remède pour guérir les engelures consiste à déposer à la surface des parties malades une couche de collodion riciné. Il faut refermer avec de nouvelles couches les fentes qui se produisent quelquefois au niveau des articulations. La guérison complète est obtenue en trois ou quatre jours.
- M. le DT Lorin, à Versailles, à propos des articles publiés précédemment sur la photographie à distance au moyen de lunettes d’approche adaptées à une chambre noire, nous communique une nouvelle disposition ingénieuse qu’il a imaginée dans le même but. Notre correspondant ajoute à l’appui quelques photographies qu’il a obtenues avec son appareil.
- M. P. Guye, lieutenant, à Berne, nous écrit : Voici un fait de plus qui pourrait permettre de supposer que les fortes détonations peuvent provoquer la pluie. A Thoune existe un dicton populaire qui dit que la visite du général Herzog y amène la pluie. Or, ledit général est chef de l’arme de l’artillerie suisse, et quand il se rend à Thoune, qui est une de nos principales places de tir au canon, les commandants d’écoles militaires font surtout exercer leur troupe au tir de combat et tir à la cible. De là une suite de décharges intenses et peut-être la pluie ! »
- Renseignements. — M. L. de L. C., à Paris. — Voyez nos articles publiés sur la photographie à la poudre-éclair (n° 828, du 15 avril 1889, p. 505); ils vous renseigneront.
- M. H. Goujon, à Paris. —Le calculateur mécanique instantané Troncet, décrit dans le n° 907, du 18 octobre 1890, se trouve à la librairie Larousse, 19, rue Montparnasse, à Paris.
- Un lecteur, à Paris. — Nous avons précédemment indiqué quelques fabriques d’aluminium. Vous trouverez le bronze d’aluminium à la Compagnie de l'aluminium, 2, rue d’Uzès à Paris.
- M. L. Gervais, à Caudebec-en-Caux. — On peut obtenir des globes pour lampes à arc en s’adressant aux grandes maisons de verrerie; pas de fabricant spécial.
- Un lecteur, à La Grand’Combe. — Les détails de construction ne sont pas indiqués dans les différents ouvrages d’élec-triçité; les appareils sont décrits succinctement.
- M. H. Joly, à Caen. — Pour faire disparaître ces taches d’encre, il faut essayer l’eau de chlore ou une solution à 5 pour 100 de permanganate de potasse.
- M. Gruzelle, à Pans. — Les conférences de photographie du
- Conservatoire ne sont malheureusement pas publiées. Leur succès prouve en effet leur importance.
- M. A. Breydel, à Bruxelles.— 1° S’adresser à M..Vander-bilt, à New-York. — 2° La jeune fille électrique, qui a donné des représentations à Paris, n’est plus en France.
- M. Hélie, à Chanu; M. le lieutenant Siméon, à Saint-Mihiel. — Un avis relatif au fer à cheval de la Compagnie des tramways de Paris a été publié dans le dernier numéro du 20 février 1892. Il y a eu erreur ; la Compagnie n’a pas changé le fer habituel; mais nous décrirons prochainement un ingénieux système de fer démontable sans clous.
- M. P. L., à Paris. — Consultez l’article de M. H. Fourtier sur les obturateurs photographiques (n° 926, du 28 février 1891, p. 195) ; vous serez renseigné.
- M. E. C., à Caen. — Il faut ramollir la gutta-percha en la plongeant dans de l’eau légèrement tiède ; on peut ensuite la travailler très facilement.
- M. de G., à Paris. — Pour tout ce qui concerne les expé riences de prestidigitation, s’adresser à M. Alber, prestidigitateur, 68, rue François-Miron, à Paris.
- M. C. B., à C. — Cette société nous est tout à fait inconnue.
- M. L. Chartier, à Troyes. — Société anonyme d’électricité, 39, avenue Marceau, à Courbevoie (Seine).
- . M. C. Coromina, à Zaragoza. — Traités de galvanoplastie, à la librairie Baudry, rue des Saints-Pères, à Paris.
- M. H. B., h Paris. — Il s’agit d’un bateau expérimenté par M. Ciurciu, il y a quelques années; voyez le n° 735, du 2 juillet 1887, p. 70.
- M. H. H. B., à Paris. — Le problème dont vous parlez est un problème de géométrie élémentaire très facile à résoudre.
- M. M. Rami, à Salonique. — Catalogue d’étoiles de M. Camille Flammarion, à la librairie Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. L. A., au Havre. — Nous avons indiqué une chambre noire de campagne dans le n° 893, du 12 juillet 1890, p. 93.
- Un abonné, à X. — Le mécanisme de l’expérience que vous citez a été expliqué dans le n° 814, du 5 janvier 1889, p. 95, sous le titre a Amphilhrite.
- M. Bousquet, à Olonzac. — L’appareil dont vous nous indiquez le principe, peut offrir quelques avantages ; nous croyons qu’il faudrait rapprocher les rainures les unes des autres.
- M. T. Dehaut, à Mons. — Vous pourriez employer de l’eau avec quelques gouttes d’eau oxygénée.
- Accusés de réception. — Avis divers : AI. R. S., à Sego-dunum. 1° Nous décrirons ultérieurement cet appareil, s’il y a lieu; 2° il aurait fallu assister à votre expérience pour vous répondre. — M. E. Duché, à Souppes. 1° Nous publierons un article à ce sujet; 2° il s’agit là d’un préjugé populaire. — M. A. L., à Calais. On emploie constamment des dispositions analogues à celles que vous mentionnez. — M. C Schneremans, à Malines. Les appareils que vous désignez fonctionnent dans de bonnes conditions. — Al. N. de Housson, à Paris. Un de nos collaborateurs traitera prochainement cette question. — M. L. Marchetti, à Paris. Nous publierons la description de votre petit appareil. — M. E. Tardieu, à Monté-limar. Nous avons reçu votre photographie, que nous reproduirons dans le journal. — Un lecteur, à Lorient. Votre expérience est intéressante ; elle sera décrite. — M. Leroy, à Cuesmes. Adressez-vous à M. Schaeflher, 2, rue de Châteaudun, à Paris. — M. J. B., à Paris. Nous ne croyons pas avoir publié l’article que vous mentionnez. — M. G d’Eschat, à X. Vous pouvez essayer l’action de l’acide sulfureux ou du jus de tabac. — M. O. Georges, à Verviers; M. Ch. Galloz, à Chambéry; M. F. Teisserenc, à Geilhes. Pas d’autres renseignements que ceux publiés. —M. J. Hyvernat, à Thoissey. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. —M. C. B., à Grenoble. Piles du commandant Renard : MM. Aron frères, 132, rue de Turenne, à Paris. — M. A. Mareuse, à Besançon. Le document que nous avons publié provient d’un journal allemand qui n’indique pas l’adresse du chimiste. — M. E. Gitnpel, à Sainte-Marie. 11 n’y a pas de fabricant; on a fait un essai qui n'a pas eu de suite. — M. Flahault, à Amiens. Nous ne pouvons donner d’autres indications. — M. J. Creus, à Granada. 11 faut écrire directement aux directeurs du Scientific American: MM. Münn et C°, 361, Broadway, New-York; la lettre sera remise à M. Mc Mahon. — M. E. B., à Dijon. Employez le polissoir d’agate. — Un abonné, à Paris. La lumière oxhydrique est ce qu’il y a de préférable pour les lanternes de projections.—M. A. Gravier, à Grenoble. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.). — M. C. II., à Paris; AI. A. Rieffel, à Paris; AI. T., à Rombaeh; AI. Raffo Aliller, à Rosario; L'abonné 2728, à Samsoun; Un abonné, à Bourg. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. Ch. Désolu, à Reims; M. X., à Poltawa; M. L. D. Iconomopoidos, au Caire; AI. Silhol, à Canet ; Al. Lelièvre-Porion, à Tours. Remerciements pour vos communications. — M. G. Tripault, à Bourges. Il existe une quantité d’ouvrages sur les questions d’éclairage électrique; nous ne pouvons vous en indiquer un en particulier.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS*
- Appareil à photographier les documents. — Cet
- appareil permet à tout amateur de reproduire de la façon la plus simple et la plus rapide, sans atelier, sans éclairage spécial, un document quelconque, lettre, dessin, gravure, etc., dont il désire conserver une copie absolument fidèle. Ce genre de reproduction photographique n’est pas nouveau. Toutefois, en pratique, on se heurte à des difficultés qu’un amateur novice ne soupçonne pas, mais qui ne laissent pas que de le mettre dans un inextricable embarras. Il faut d’abord mettre au point le document à reproduire, c’est-à-dire régler l’appareil de façon que l’image soit rigoureusement nette ; il faut ensuite manœuvrer de façon que la plaque sensible'soit exactement parallèle avec la surface de l’objet à reproduire. Enfin, il faut que l’image ait les mêmes dimensions que l’original. Une autre difficulté pour l’amateur qui n’a pas un atelier vitré à sa disposition, c’est
- Appareil colonne à photographier.
- A droite vue de face; à gauche vue de dos; au milieu mode d’opérer.
- l’éclairage convenable qu’il est presque impossible de trouver dans un appartement ordinaire. L’appareil colonne permet d’opérer avec la plus grande facilité, c’est un véritable copieur automatique. A-t-on une lettre, un dessin à reproduire? Il suffit de pousser l’appareil devant une fenêtre, d’introduire le document à photographier dans le châssis à ressort qui accompagne l’appareil, de glisser ce châssis dans les rainures de l’appareil, de démasquer la plaque sensible pendant quelques secondes et l’expérience est faite. L’épreuve négative qu’on aura ainsi obtenue servira à produire autant d’épreuves positives, c’est-à-dire de fac-similés de l’original qu’on en désirera. On peut, avec cet appareil, reproduire non seulement des lettres, des dessins, mais encore des objets d’une certaine épaisseur tels-que des pièces de monnaie, médailles, camées, plantes d’herbiers, papillons, etc., enfin, tous objets ne présentant qu’un léger relief. — Se trouve chez M. E. Dumoulin, 37, rue La-fayette, à Paris.
- Boites h dessécher an chlorure de calcium. — Une
- application ingénieuse du chlorure de calcium vient d’être faite
- Boîtes anhydres au chlorure de calcium pour cartouches et chaussures.
- ar M. Jaunez qui a construit des coffres ou boîtes desséchantes ans lesquelles les objets qu’on y enferme restent secs ou per-
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- dent leur humidité s’ils sont mouillés. Ces boîtes, fermant hermétiquement, contiennent du chlorure de calcium ; l’un des modèles représenté à gauche de la figure est destiné à sécher les cartouches que les chasseurs'rentrent souvent humides après la chasse; l’autre modèle figuré à droite, est destiné à faire sécher des chaussures. Ce mode de séchage est très important au point de vue hygiénique; il a, en outre, l’avantage de ne point détériorer le cuir du soulier comme le fait l’action du feu. Les boîtes anhydres peuvent rendre des services non seulement aux chasseurs, mais aux chimistes et aux pharmaciens. — S’adresser, pour tous renseignements, à M. G. Jaunez, 27, avenue Niel, à Paris.
- Télémètre du colonel Quinemant. — Le nouveau petit appareil que nous allons présenter à nos lecteurs permet, comme son nom l’indique, de mesurer les distances : c’est un médaillon en métal nickelé que l’on voit fermé à la partie droite de la figure. À gauche, on le voit ouvert pendant son emploi. C’est un appareil basé sur le principe de la double réflexion, qui permet de résoudre un triangle isocèle dont il donne les angles à la base. Le produit de cette base mesurée sur le terrain par le coefficient de l’instrument, donne la longueur de l’un des côtés du triangle ou la distance cherchée. Les coefficients sont : 10 et 20 pour les levés et les petites distances; 30, 40 et 50 pour les distances de tir, et 100 pour les grandes distances, les reconnaissances. Yoici commênt on
- Télémètre-médaillon de M. le colonel Quinemant.
- se sert de l’appareil : 1° faire face dans une direction S perpendiculaire à la direction du but C qui est laissé sur la droite ; 2° placer l’instrument ouvert, tenu comme l’indique la figure, à hauteur et près de l’œil, et chercher dans le miroir supérieur l’image du but ; 5° amener cette image près du bord supérieur, en abaissant légèrement l’instrument, et chercher en avant, en regardant par-dessus, un repère S placé sur sa direction; 4° amener la coïncidence de l’image et du repère en se déplaçant à droite ou à gauche, en avant ou en arrière. L’on a alors la première station A qu’il faut marquer avec soin ; 5° retourner l’instrument sans dessus dessous sans se déplacer et chercher dans le nouveau miroir supérieur l’image du but ; 6° avancer ou reculer, en se tenant exactement sur la direction du repère, suivant que l’image du but se trouve à droite ou à gauche du repère; 7° lorsque le repère et l’image du but coïncident de nouveau, s’arrêter; l’on a la deuxième station B; 8° mesurer l’intervalle AB qui sépare les deux stations, multiplier le nombre trouvé par le coefficient de l’instrument, le produit donne la distance cherchée. — Ce petit appareil spécialement destiné à l’armée peut être aussi employé par les voyageurs et les touristes. — Le télémètre du colonel Quinemant se trouve chez M. Mathieu Martain, 19, rue d’Enghien, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Nouvel Atlas des colonies françaises dressé par ordre de l'Administration des colonies, par Paul Pellet, professeur de géographie commerciale à l’Ecole des sciences politiques. in-4°. — Paris, Augustin Challamel, 1891.
- Le nouvel atlas des colonies françaises, où figurent en première ligne nos départements d’Algérie, se compose de £2 cartes, 6 der nos colonies d’Afrique, 5 de l’océan Indien, 3 de l’Indo-Chine, 4 de l’Océanie, 3 de l’Amérique. L’auteur a judicieusement choisi
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- pour les cariés un petit nombre d’échelles simples et facilement comparables. Les cartes sont gravées avec beaucoup de finesse et une grande netteté. Voilà un bon ouvrage d’étude et d’enseignement qui rendra des services à un grand nombre de lecteurs.
- Les pigeons voyageurs et leur emploi à la guerre, par Eugène Caustier, agrégé des sciences naturelles. 1 vol. in-18, avec figures dans le texte. — Paris, G. Masson, éditeur, 1892. Prix : 1 fr. 50.
- On sait combien les pigeons voyageurs ont attiré l’attention des gouvernements et du public depuis la guerre de 1870. Un grand nombre d’amateurs ou de curieux désirent avoir des renseignements sur les pigeons messagers. Ils le trouveront dans le livre que nous annonçons : « Dans ce petit ouvrage, dit l’auteur, j’ai rassemblé les documents épars parus dans ces dernières années.... J’ai essaye de faire œuvre d’utilité. » M. Caustier, en parlant des colombiers militaires, facilite l’étude à ceux qui veulent s’occuper de ces oiseaux.
- L'homme dans la nature, par Paul Topinard. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale, publié sous la direction de M. Em. Alglave, avec 101 gravures dans le texte. — Paris, Félix Alcan, 1891. Prix : 6 francs.
- Ce livre, hautement instructif, est le complément des travaux scientifiques de M. le Dr Topinard qui a déjà publié \'Anthropologie et les Eléments d’anthropologie"générale. C’est l’œuvre d’un homme de science qui, suivant son expression, « ne procède que par étapes, lentement et prudemment, en ne se fiant qu’à l’observation des faits soigneusement pesés, accumulés et rapprochés. » L'ouvrage sera lu et étudié avec profit par tous ceux qui s’intéressent à 1anthropologie.
- Les vignes américaines. Adaptation, culture, greffage, pépinières, par P. Viala et L. Ravaz, avec 53 figures dans le texte. 1 vol. in-8°. Montpellier, Camille Coulet. — Paris, G. Masson, éditeur, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49-,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 15 février. . . 4%0 S. S. W. 4 Couvert. 0,0 Couv.; pluie fine de 10 h. à 16 h.
- Mardi 16 — 0*,2 N. E. 3 Couvert. 3,8 Couv.; pluie jusq. 4 h.; puis neige toute la journée (chute de 14 cent.)
- Mercredi 17 — 7*,0 N. 4 Très nuageux. 16,0 Beau de 12 à 17 h. ; nuageux av. et ap.; un peu de neige jusq. 7 h.
- Jeudi 18 — 1*,9 S. S. W. 4 Couvert. 2,0 Nuageux de 13 à 20 h.; couv. av. et ap.; neige de 2 à 9 h. 1/2(4 cent.)
- Vendredi 19. .... — 0*,9 E. 3 Couvert. LO Nuag.de 7 à 13 h.; couv. av. et ap.^pl. à part, de 6h. 1/4.
- Samedi 20 1%2 S. 3 Couvert. 5,9 Couv. jusq. 10 h., puis peu nuag.; beau après 13 h.
- Dimanche 21 3*,5 S. E. 2 Nuageux. 0,0 Très nuageux de 5 à 11 h.; couv. av. et ap.; pluie de 14 à 15 h. et ap. 18 b.
- FÉVRIER 1892. — SEMAINE DU LUNDI 15 AU DIMANCHE 21 FÉVRIER 1892
- Lundi
- Mardi
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- Jeudi
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- t^|5BSBSSBB55BBS5B5BBSBBSBSBSSBBBS5SBBSBBSSBs5BBBBBB5BBSBs5B5 bbssbsb’^Ss
- La courbe supérieure indique la nébulosité de Où 10", les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- La neige à Paris et dans les départements. — La neige a fait sa première apparition importante à Paris pour cet hiver, le 16 février, à 7 heures du matin. Elle est tombée en abondance jusqu’à midi, et a cessé pendant quelques instants pour recommencer jusque dans la soirée. La dernière neige n’a pas fondu de suite comme celle de la matinée, la température s’étant refroidie, et une épaisse couche a couvert toutes les rues.
- La chute de neige n’a pas été seulement sigalée à Paris; elle a eu lieu le même jour dans les départements. Dans la soirée du 16 février, une grande quantité de neige recouvrait la ville du Mans et les régions avoisinantes. La terre était détrempée par une pluie abondante dont la chute avait eu
- lieu précédemment; la couche de neige n’a pas tardé, cependant, à être très épaisse.
- La neige a encore été signalée à Laval, Châlons-sur-Marne, Château-Thierry, Laon, Sens, Saint-Malo, Granville, Longuyon, Lille, Dijon, Grenoble, Périgueux, Bordeaux. Au Havre, elle est tombée toute la journée du 16 depuis le matin 7 heures. La température s’est beaucoup refroidie. Le thermomètre du sémajfcore a marqué 9 degrés au-dessous de zéro.
- Les trains ont subi des retards sur plusieurs ligues. A Chartres, les neiges ont obstrué la voie; un train de marchandises est resté en détresse.
- On a signalé particulièrement de violentes tempêtes de neige à Tours, à Grenoble, & Annecy et à Bonneville.
- Dans ces dernières villes, on a entendu plusieurs fois le tonnerre, tandis que de nombreux éclairs sillonnaient les nuages et que la neige descendait en tourbillons.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 21, à 0 h. 21 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres b doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Ch&teaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- Les eaux impures et la fièvre typhoïde. — Parmi les résullats pratiques dus aux doctrines microbiennes de M. Pasteur, il n’en est pas qui soient plus probants que la propagation de la fièvre typhoïde par les eaux impures chargées de microbes. Le Ministre de la guerre a récemment présenté au Président de la République un rapport sur les mesures qui ont été prises dans l’armée pour atténuer les effets de la fièvre typhoïde. Partout où l’on a pu substituer une eau irréprochable à l’eau reconnue mauvaise, ou purifier celle-ci par le filtrage à l’aide des bougies du système Chamberland, la fièvre typhoïde a disparu. C’est ainsi que, dans les garnisons, autrefois le plus souvent ou le plus cruellement éprouvées, telles que Compïègne, le Mans, Domfront, Melun, Verdun, Lunéville, Lérou-ville, Mézières, Auxonne, Poitiers, Vitré, Dinan, Cherbourg, Lorient, Brest, Tulle, Angoulème, Clermont-Ferrand, Montpellier, Carcassonne, Agen, la fièvre typhoïde ne sévit plus sous forme épidémique mais seulement par cas isolés à de longs intervalles. Partout, au contraire, où l’on a eu à déplorer le développement d’une épidémie, on a constaté qu’il suivait immédiatement la substitution d’une eau fortuitement contaminée à l'eau pure dont on avait jusque-là fait usage. Telle est l’origine des épidémies de Montargis, d’Avesnes, de Lisieux, d’Evreux, de Nantes, de Perpignan, qui ont éclaté, soit à la suite de la réouverture de puits précédemment condamnés, soit à la suite d’accidents survenus aux conduites alimentaires de la vjlle. Dans le même ordre d’idées, on doit citer l’épidémie dont a souffert la garnison de Paris en janvier et février 1891, alors que les grands froids avaient occasionné la congélation des tuyaux d’eau de source et obligé de recourir à l’eau de la Seine. Il y a longtemps déjà que la preuve du danger des eaux est démontrée, et il devient criminel d’alimenter les populations avec des eaux mauvaises et non filtrées. G. T.
- INFORMATIONS
- —fê— On a souvent plaisanté les ' rançais sur leur ignorance en géographie. Il est assez curieux de noter que l’Empereur d’Allemagne a commis une erreur géographique dans son récent discours aux Brandebourgeois. Guillaume II a raconté que l’amiral anglais, Francis Drake, avait découvert l’océan Pacifique, du haut de l'isthme de Panama. L’événement a eu lieu en septembre 1577; mais ce n’est pas la découverte de l’océan Pacifique qui a été laite alors, comme l’a •ait l’orateur. Bien antérieurement, en 1513, l’espagnol Vasco Nunez de Balboa aperçut l’océan Pacifique du. haut aune montagne de l’isthme de Darien.
- —Le Jardin zoologique d’Acclimatation donne actuellement l’hospitalité à une troupe de Caraïbes amenés en France par M. F. Laveaux, l’explorateur bien connu, qui a été secondé dans sa difficile et périlleuse entreprise par le nègre boni Apathou, ancien guide de l’illustre et infortuné Crevaux. Partie de Paramaribo le 4 février, la caravane transportée par le paquebot de la Compagnie transatlantique la France, arrivait à Saint-Nazaire le 24, et dès le lende-
- main était installée au Jardin zoologique d’Acclimatation, dans le nouveau Hall-Boulevard situé immédiatement après le grand Jardin d’hiver. Rien de pittoresque comme ce campement. Dans le splendide local qui leur est atfecté, au milieu des cocotiers géants, des bananiers et des palmiers de toutes espèces, les Roueouyennes, Oyampis et Arrouagues qui composent le convoi, ont l’illusion de leur pays natal. Cette curieuse exhibition excitera certainement, au plus haut point, la curiosité des Parisiens et du monde savant.
- —— Le groupe de Paris de l’Association amicale des anciens élèves de l'Ecole centrale s’est réuni le 26 février dernier, à l’Hôtel Continental. Un dîner confraternel a eu lieu sous la présidence de M. A. Loreau, ingénieur des arts et manufactures et député. Parmi les ingénieurs présents nous mentionnerons MM. Chabripr, Eiffel, Trélat, Edoux, P. Buquet, etc. Dans la soirée, M. S. Drze-wiecki a fait une intéressante conférence sur VAviation.
- —%— Le recensement des chevaux, juments, mulets et mules qui a eu lieu en vertu de la loi sur les réquisitions militaires, a donné, pour Paris, en 1891, les résultats suivants : Ier arrondissement, 25 562; 11% 7269; IIP, 459; IV, 795, Ve, 728; VI», 459; VIP, 1864; VHP, 4820; IXe, 1509; Xe, 3101; XP, 3433; XIIe, 3765; XIIP, 2807; XIVe, 1830; XVe, 6721 ; XVP, 2817; XVIp, 5618; XVIIP, 6454; XIXe, 6239; XXe, 1698. Soit au total ; 87 749. Le chiffre énorme des chevaux existant dans le Ier arrondissement provient de ce fait que les chevaux apparfenant à la Compagnie des omnibus et à la Compagnie des petites voitures y sont recensés au siège social de ces deux compagnies. Le classement des chevaux, juments, mulets et mules n’aura pas lieu celte année : il n’est, en effet, effectué que tous les deux ans, par les soins des seize commissions organisées par le gouverneur militaire de Paris.
- —— Un inventeur de Sheffield a pris un brevet pour améliorer la fabrication de l’acier en faisant passer un courant électrique à travers le bain de métal, soit pendant, soit après la fusion, en vue de forcer les molécules à se grouper entre elles, de façon à condenser et à renforcer le métal. Le courant est établi en fixant une électrode dans le bas du moule, tandis que l’autre est maintenue dans le jet de coulée.
- —— Une découverte unique en son genre a été faite récemment à Montcombroux, canton de Donjon (Allier). Un atelier pour la fabrication des bracelets en schiste a été mis au jour. Cet atelier est situé sur un point culminant et près de trois sources, et à proximité d’un affleurement de schiste noir qui recouvre les mines de charbon de Bert. Plus de trois mille débris de ces bracelets ont été trouvés, ils sont à tous les états, depuis l’ébauche jusqu’au bracelet prêt à être poli, les noyaux provenant de l’évidement des bracelets sont en quantité prodigieuse. A l’époque gallo-romaine ces noyaux ont été polis, percés d’un Irou de suspension et portés en amulettes. Ces bracelets ont été fabriqués à l’aide du silex, dont on a retrouvé des éclats et des grattoirs mélangés aux bracelets, ils mesurent de 50 millimètres à 200 millimètres, il y en avait donc pour les enfants et même pour les cuisses des adultes.
- —Sjî— Le Jaborandi, qui produit un alcaloïde, la pilocarpine, a été trouvé dans le Paraguay. On le récolte en majeure quantité au Brésil, aux environs de Pernambuco, où il croit dans les clairières et sur le versant des montagnes. Grâce à leurs propriétés sialago-gues et diaphoniques, les feuilles, comme les bourgeons de cette plante, ont un utile emploi, mais on a reconnu que les vertus du Jaborandi paraguayen sont moins actives que celles de la plante brésilienne. En particulier, l’action physiologique est moindre, et l’alcaloïde employé comme sudorifique est beaucoup plus faible.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Communications. — M. J. C. Collart, à Paris, nous envoie la description d’un nouveau régulateur électrique de tirage, fondé sur la manœuvre d’un disque obturateur dans la cheminée à l’aide d’un électro-aimant. Ce dernier se trouve dans un circuit formé d’une pile et dont les fils sont réunis à deux
- K oints de contact sur le manomètre indicateur de la chaudière.
- es dispositions analogues ont été déjà employées à plusieurs reprises, et n’ont pas toujours donné les résultats attendus.
- Renseignements. — M. L. Kauffeisen, à Dijon. — Gaz oxygène en récipients fermés : Continental oxygen C°, 7, rue Gavarni, à Paris-Passy.
- Un abonné des Landes. — Le procédé Tabarie pour doser l’alcool dans les vins, qui a pour principe l’emploi d’un aréomètre plongé dans le vin privé d’alcool, date de 4830. Il a été beaucoup étudié depuis et modifié par J. Brun, Robinet et, plus récemment encore, par M. Bourdez, de Lille (Journal de pharmacie et de chimie, tome XIV, page 549) et par M. Blarez, de Bordeaux (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 16 mars 1891). M. Viard, dans un très complet volume qu’il vient de publier, a résumé les différents procédés ci-dessus; vous pourrez consulter cet ouvrage avec intérêt. Le défaut généralement reproché à ce mode d’analyse est attribué surtout à ce que le vin, après avoir été porté à l’ébullition pendant un certain temps, se trouve absolument modifié dans ses éléments constitutifs; les éthers sont volatilisés, les substances pectiques, protéiques et albumineuses sont coagulées et précipitées en même temps que certains sels qui, solubles dans un mélange d’eau et d’alcool, ne le sont plus dans l’eau privée d’alcool. Il est facile de se convaincre de ce fait en laissant reposer quelques instants le liquide obtenu par la réduction du vin, après rétablissement du volume primitif avec de l’eau. Ce liquide, au lieu d’être transparent comme le vin lui-même, avant d’être bouilli, est trouble et louche et laisse déposer un précipité salin assez abondant. Il en résulte qu’un vin très alcoolique et très riche en extrait sec, essayé par ce procédé, peut accuser une densité plus élevée qu’un vin blanc, par exemple, très alcoolique, mais pauvre en extrait sec. Cette méthode est, en résumé, très intéressante à étudier, mais elle présente, au point de vue pratique, des causes d’erreur très grandes.
- M. F. H., h Blois; M. C. P., à Versailles. —Reportez-vous à la réponse que nous avons donnée dans les renseignements de la dernière Boite aux lettres.
- M. R. Nativelle, à Saint-Lô. — Adressez-vous à la librairie. Baudry, 15, rue des Saints-Pères, ou à la librairie B. Tignol, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. A. M., à Lyon. — Non ; les piles dont il est question débitent une intensité trop faible.
- M. L. Besson, à Moulins. — Il s’agit d’un ver filiforme qui vit dans l’eau; ce fait est parfois observé.
- M. Condor, à Alexandria. — Les coquilles d’huîtres sont utilisées comme engrais, mais elles n’ont qu’une faible valeur.
- M. E. Pouplin, à Reims. — Ces analyses sont assez compli-quécs ; il faut avoir recours à un chimiste.
- M. J. Billitzer, à Vienne. — 4° Remerciements pour votre communication. — 2° Vous trouverez un ouvrage sur la sorcellerie ancienne et moderne expliquée, dans la collection des manuels Roret, à la librairie encyclopédique, 12, rue Haute-feuille, à Paris.
- M. E. Barbot, à Saint-Servan. — Pour tout ce qui concerne la pyrogravure et ses accessoires, s’adresser à M. Manuel-Perier, 4, rue Plevel, à Paris.
- M. G. Moustiê, à Bordeaux. — Moteurs à gaz Otto, avenue de l’Opéra, 45, à Paris.
- M. P. Leslang, à Paris. — Pour ce qui concerne le bec verseur collectogoutle, s’adresser à M. II. Reeb, 458, avenue de Neuilly, à Neuilly-sur-Seine (Seine).
- M. R. F., à Sedan. — Un article sur les feux d’artifice japo-
- nais a été publié dans le n° 564, du 22 mars 4884, p. 267.
- M. E. F. G., à Bordeaux. — 1° Le chiffre 40 indique le maximum et 0 le minimum. — 2° L’analyse chimique seule permet de distinguer ces fraudes; il faut prendre la densité, le point d’ébullition, etc.
- M. H. Gautié, à Montauban. — Vous trouverez une série d’adresses de constructeurs d’appareils de ce genre dans le dictionnaire de Bottin.
- ifl<! Madeleine, à Lamothe. — Il faut faire votre dessin sur papier, et en perforer le trait au moven de trous d’aiguilles rapprochés. Le papier perforé est place sur l’étoffe, et vous en frottez la surface avec une poudre colorante qui passe 5 travers les trous, et reproduit le dessin sur l’étoffe. La poudre de savon convient pour les étoffes de couleur.
- M. E. Robert, à Nantes. — Filtres industriels à grand débit : MM. Bourgeoise et Buron, 8, boulevard Saint-Martin; M. Henrv, filtres Jumeaux, 19, rue du Poteau; MM. Buhring et C°, 10, rue des Pyramides, à Paris.
- M. Félix G., à Paris. — Le journal Photo-Gazette est actuellement la propriété de notre collaborateur M. G. Mareschal, qui en est aussi le rédacteur en chef. Pour tout ce qui concerne cette publication, s’adresser à M. Mareschal, 12, rue Demours, à Paris.
- Réponses. — N° 1349. — Origine des grenades. —
- Un abonné, à Sarrance, nous adresse la lettre suivante : « J’ai l’honneur de vous envoyer quelques lignes au sujet des grenades et des grenadiers. M. le duc de Leuchtenberg vous écrit :
- « Si je ne me trompe, l’histoire ne parle des projectiles explo-« si blés que vers le milieu du règne de Louis XIV. » Cependant Schiller, dans son Histoire de la guerre de Trente ans, dit, au cours du récit de la bataille de Lützen (1652) : « On voit voler « dans l’air des grenades et des bombes. » Mieux encore ; nous lisons ceci, dans le remarquable ouvrage sur l’armée française signé Napoléon Ney : « Disons, en passant, que la grenade,
- « oubliée aujourd’hui, fut inventée sous François Ier. Lancée « par nos premiers grenadiers, elle était quelquefois de fer ou « de fer-blanc, même de bois ou de carton. » Il se peut que M. le duc de Leuchtenberg ait confondu l’époque de l’apparition de la grenade avec celle de l’incorporation des grenadiers dans les régiments, qui, elle, a bien pris naissance sous Louis XIV. On lit, en effet, dans Y Encyclopédie du dix-neuvième siècle (1877 ; librairie de la rue de Vaugirard, 108), à l’article Grenadier : « Le régiment du roi (infanterie) est le premier qui « en ait eu en 1667. On mit quatre grenadiers dans chaque « compagnie. ))
- Autre réponse au n° 4519. — M. Leroy, à Paris, nous écrit :
- « Voici ce que je trouve dans le Moyen âge et la Renaissance de P. Lacroix et F. Séré, tome IV, chapitre Armueria, par F. de Saulcy, directeur du Musée d’artillerie de Paris : « A la « fin du seizième siècle, vers 1590, les bombes furent inven-« tées par un artificier hollandais. Les grenades commencèrent o aussi à être mises en usage à cette époque. On voit dans « l’armurerie de Meyrick un petit mortier à main pour lancer « des grenades : il a deux pieds, y compris la crosse, et porte « un chien à mèche et un rouet. » Toutefois, la dernière partie de ce paragraphe n’implique pas une date certaine au sujet de l’emploi de ce petit mortier, car on trouve plus loin, dans le même chapitre que les platines à rouet « furent employées d’abord en Allemagne, et fabriquées, dit-on, pour la première fois à Nuremberg en 1517. »
- Accusés de réception. — Avis divers : M. B. K., h Paris. Il faut essayer l’eau boudlante. — M. Buffenoir, à Neuilly. Il faudrait expérimenter ces moteurs pour pouvoir vous répondre ; nous regrettons de ne pouvoir le faire. — M. Th. Burato, à Zara. 1° Nous ne connaissons pas l’éditeur de cet ouvrage; 2° M. Dessoudeix, 31, rue du Rocher, à Paris. — M. le Dr Lorin, à Versailles. Nous avons reçu votre intéressante recette ; elle sera publiée aux Recettes et procédés utiles. — M. P. de Palézieux, à Zurich. Aucun livre de ce genre n’a été publié. — M. C. Previtera, à Palerme. Nous transmettons votre lettre à l’auteur, et nous vous répondrons prochainement. — M. G. Schiveilzer, à Passy. Nous ne saurions vous renseigner; il aurait fallu examiner les conditions de votre expérience. — Un collégien, à Montmorency. La rédaction de La Nature est étrangère au service des Annonces. — M. B. G., à Commentry. Nous ne connaissons pas à ce sujet d’autres cartes que celles dont il est question dans les annonces des différents journaux vélocipédiques, notamment du journal le Cycle, 9, rue de Fleurus, à Paris. — M. F. Borelli, à Marseille. Ce genre de travaux n’a pas été continué. — M. J. G., à Marseille. 1° Adressez-vous à M. Yilmorin-Andrieux,
- 4, quai de la Mégisserie, à Paris ; 2° nous ne pouvons répondre à votre demande. — M. R. H. L., h Paris; Un lecteur, à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- SOUVENIRS DE FÉVRIER 1892
- NEIGE ET DÉGEL. — Dessins inédits de A. Robida.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Empreintes de plantes. — Pour prendre l’empreinte des plantes, broderies, etc., on emploie généralement le fusain en poudre ou la cendre de papier. On imprègne d’abord le dessin de poudre, puis on l’applique sur une feuille de papier, et il faut fixer à l’aide de diverses substances la reproduction ainsi obtenue. Un de nos abonnés, M. Silhol, instituteur à Canet, par Clermont-l’Hérault, nous communique un procédé bien plus simple et qui donne de meilleurs résultats. On prend un tampon à main formé de quelques morceaux de flanelle noués en forme de sachet; on l’imbibe légèrement avec de l’encre à tampon (sans huile, de préférence). 11 faut attendre, la première fois, que l’huile ait bien pénétré le tissu. Ensuite on tamponne une
- feuille d’arbre, par exemple, du côté des nervures que l’on veut reproduire, puis on la renverse sur le papier et on met le tout sous une presse à copier, pendant une minute environ, en donnant un bon coup de manivelle. Il faut avoir soin de mettre sur le fond de la presse un coussinet formé de plusieurs pièces de drap. A défaut de presse, on peut se contenter de la pression de la main, en appuyant fortement et à plusieurs reprises. Par ce procédé, on obtient rapidement l’empreinte ineffaçable de plantes, broderies, canevas, médailles, etc. Il est préférable d’employer les plantes à l’état frais, après les avoir aplaties légèrement par une faible pression. Notre correspondant nous fait parvenir en même temps quelques échantillons faits par ses élèves, et dans lesquels toutes les fibres et toutes les nervures des feuilles sont reproduites avec une netteté remarquable. Ces spécimens sont fort intéressants.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49*,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 22 février. , . 5%1 S. W. 3 Couvert. 7,5 Couvert jusq. 10 h., puis nuageux jusq. 13 li., beau ens.; pluie jusq. 1 h. 1/2 et de 5 li- 1/2 à 6 h. 1/2.
- Mardi 23.. ...... 2%2 E. S. E. 2 Beau. 0,0 Beau jusq. 10 h., puis peu nuageux; couv. après 18 h. Gelée bl. le matin, atmosph. très claire.
- Mercredi 24 6*,8 S. 2 Couvert. 1,6 Couv. jusq. 16 h., beau ap. 17 h.; pet. pluie jusq. 10 h. et av. de midi 30 à 40 m.; brouill. bas dans la soirée.
- Jeudi 25 0*,9 S. E. 2 Beau. 4,2 Peu nuag. à 15-16 b., aq. nuages le reste du temps; gel. bl. le m.; peu de br. sur la Marne à 7 h.; atm. cl.
- Vendredi 26 — 0*,2 S. W. 1 Nuageux. 0,0 Peu nuageux; brouillard de 1000“ à 8 b.
- Samedi 27 — 0*,1 N. E. 2 Nuageux. 0,0 Peu nuag. de 1 à 7 h. et de 13 à 19 h.; couv. le reste, brouil. de 200“ à 8 h. 1200 à 11 h.
- Dimanche 28 9® 1 “ î1 N. E. 3 Couvert. 0,0 Couv., gouttes de 13 à 18 h., pluie fine de 18 à 20 h.; très brumeux.
- FÉVRIER 1892. — SEMAINE Dü LUNDI 22 AU DIMANCHE 28 FÉVRIER 1892
- La courbe super.cure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la merp, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Lea crues de la Seine, de l’Rure et du nhAne. — Le
- 23 février, la Seine a subi une crue assez importante; les quais ont été envahis et les caves du port de Bercy inondées. Dans la traversée de Paris, les embarcations et bâtiments de commerce ont dû tripler leurs amarre», pour résister au courant du fleuve roulant des flots jaunâtres. Le service des bateaux-omnibus a été interrompu du 24 au 27 février. A Asnières, près Paris, l’eau a pénétré dans plusieurs rues; de nombreuses caves ont été inondées à Puteaux. Dans les plaines de Gennevil-liers, de Nanterre et de Rueil, l’eau qui avait envahi les labours a formé des lacs qui n’ont pu disparaître qu’en s’infiltrant peu à peu dans le sol. Cette crue de la Seine a été déterminée par une forte montée de la Marne et de l’Yonne. Dans la Seine-Inférieure, la Seine a débordé, notamment dans les vastes prairies de Sotteville, qui ont été entièrement couvertes d’eau.
- La brusque fonte des neiges et une pluie de vingt-quatre heures con-
- sécutives ont considérablement grossi les cours d’eau du département de l’Eure. A Courville, la crue de l’Eure a atteint 2“,20.
- A Nîmes, des pluies abondantes ont fait déborder le Rhône et les cours d'eau de la région. Le 23 février, la hausse du fleuve a été, pendant plusieurs heures, de 10 centimètres par heure. Les plaines de Lamotle et de Mondragou ont été complètement inondées. On a dû interrompre les communications entre le Gard et le Vaucluse. La route nationale de Pont-Saint-Esprit à Briançon a été couverte de 1 mètre d’eau, sur une longueur de 3 kilomètres.
- La neige en Irlande. — Une tempête de neige d’une extrême violence a sévi sur les comtés du sud et de l’est de l’Irlande pendant la nuit du 19 au 20 février. Entre les villes de Queenstown, de Cork et de Dublin et les districts environnants, les communications télégraphiques ont été rendues impossibles et les voies ferrées absolument obstruées. Dans la soirée du dimanche 21 février plusieurs ligues étaient encore bloquées.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 28, à 3 h. 57 m. du matin.
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- Ii Supplément à « LA NATURE » du 12 mars 1892 (n° 980)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boite aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA. SEMAINE
- Influence de l’électricité sur la végétation. — Nos
- lecteurs savent combien nous admirons les résultats qui sont •dus à l’électricité, dans les progrès de la science moderne ; mais, malgré les avantages multiples des applications de l’électricité, il ne faudrait pas vouloir mettre à toute sauce, pour nous servir •d’une expression triviale mais précise, l’agent merveilleux. On a beaucoup parlé dans ces derniers temps de l’influence exercée par l’électricité sur la végétation ; on a parfois vanté les résultats obtenus, et ces appréciations, comme on va le voir, étaient prématurées. Lors d’une des dernières séances de la Société nationale d'agriculture, quelques détails ont été donnés à ce sujet. Nous allons les enregistrer ici. Voici les expériences toutes négatives qui ont été signalées par M. Prillieux. <( M. Tallavignes, directeur de l’Ecole pratique d’agriculture d’Ondes, ancien élève de l’Institut agronomique et de l’Ecole forestière de Nancy, a voulu tenter des expériences touchant l’influence de l’électricité sur la végétation, question qui avait été particulièrement signalée à son attention par M. Grandeau, lorsqu’il était à l’Ecole de Nancy. Il a placé dé chaque côté d’une plate-bande, à l’école d’Ondes, deux bandes de cuivre et de zinc soudées que réunissaient des fils de cuivre passant au-dessus de la plate-bande sur laquelle avaient été semés successivement des choux et des chicorées. Au bout de trois semaines, M. Tallavignes observait que les choux placés entre les deux piles étaient plus petits que leurs voisins, mais que, par contre, les mauvaises herbes graminées et ombellifères étaient plus développées. Une autre expérience analogue, mais disposée un peu diflérein-ment, a donné également des résultats négatifs mais un peu moins marqués, aussi bien pour les choux que pour les chicorées. — M. Dehérain a rappelé à ce sujet les nombreuses expériences qui ont été faites depuis cent ans déjà pour découvrir l’influence de l’électricité sur la végétation et le néant de ces recherches. La plupart de ces recherches sont réunies dans le Journal de physique de l’abbé Rozier. M. Solly en a donné un résumé dans le tome VI, p. 29, des Annales agronomiques. M. Dehérain exprime le regret que des jeunes gens instruits dépensent tant d’efforts dans une voie pleine d’illusions. — M. Mas-car t a confirmé les observations présentées par M. Dehérain. Toutes les expériences sur le même sujet, lorsqu’elles ont été bien faites, ont donné des résultats négatifs. — M. Henri de Vilmorin a ajouté que, dans des expériences très rigoureusement faites et dont les résultats seront communiqués à la Société, il a été constaté que l’action de l’électricité est pratiquement nulle. » G. T.
- ' INFORMATIONS
- —Un de nos abonnés, M. A. B., nous adresse la lettre suivante : « Dans le premier article des Informations de La Nature du 5 mars, vous parlez de l’ignorance en géographie à propos d’un
- discours impérial : une plus grande erreur a été commise dans le même discours, où l’on rapporte que, venant de l’Atlantique, on a vu le soleil se lever du côté du Pacifique (?). C’est le coucher qui a pu être contemplé. »
- —%— M. F.-A. Forel, lors d’une des dernières séances de la Société vaudoise de Lausanne, a montré deux médailles romaines trouvées l’été dernier au sommet du col de Saint-Théodule en Valais, dans le sol, en creusant les fondations d’une nouvelle construction attenante aux trois cabanes déjà existantes. Elles appartiennent à la collection de M. le Dr Alexandre Seiler, à Brigue. La première, est un sesterce en bronze de Septime Sévère de l’an 196 après Jésus-Christ, la seconde est une petite pièce d’argent de Dioclétien (292-315 après J.-C.). Les trente autres médailles recueillies en même temps ont été emportées à Aoste. Cette trouvaille de médailles romaines, la plus élevée en altitude qui ait jamais été faite, indique que, dans le quatrième siècle de notre ère, le passage de Théoduie était déjà pratiqué.
- —%— Le Cosmos a reçu la lettre suivante de son correspondant du Japon, M. Drouart de Lezey, missionnaire apostolique :
- « Vous êtes peut-être désireux de connaître la suite du tremblement de terre de Nagoya et Gifu? Voici ce que l’on m’écrit de Nagoya le 31 décembre 1891 : « Les tremblements de terre continuent tou-« jours; il y en a en moyenne cinq ou six par jour, dont qitelques-« uns parfois violents; les secousses sont tantôt ondulatoires et tantôt « verticales, et toujours accompagnées de bruits souterrains très « forts. » Voilà donc plus de deux mois que ce phénomène sismique continue, la population est toujours en éveil et singulièrement énervée. Dans lé courant de décembre, des troubles éclatèrent à Gifu : dix-huit agents de police furent tués : pour rétablir l’ordre, on fut obligé d’envoyer la troupe. »
- —Nous avons parlé ici même d’un porc auquel on était arrivé à faire dire le mot maman en lui pressant le groin d’une certaine façon (n° 974, du 50 janvier). M. le Dr A. Salathé nous signale un fait analogue, mais plus remarquable encore, en ce sens que le langage de l’animal est absolument spontané et n’a jamais été provoqué par aucun artifice. « Je possède, dit notre correspondant, un charmant petit chien d’un an, d’une intelligence remarquable dont il donne la preuve en exécutant bien des tours ou se prêtant à maints jeux, ainsi que beaucoup de confrères de son espèce. Il s’en distingue toutefois par son petit langage, très limité il est vrai, mais dont l’exactitude étonne et frappe tous ceux qui l’entendent. Il y a quelques mois, en demandant à manger, il se mit, pour la première fois à dire, à plusieurs reprises, maman d’une manière si nette que nous en fûmes tout surpris. Depuis, ma famille et moi nous avons entretenu ce petit lançage qu’il est surtout amusant d’entendre quand il s’adresse à la mere de famille ! Qu’il cherche à obtenir du pain, des friandises ou un jouet, le mot maman est prêt à paraître, ou, s’il tarde, il suffit de rappeler à Toto qu’il doit dire maman pour que ces deux syllabes soient aussitôt émises, avec de grandes variétés, du grave à l’aigu, suivant les dispositions ou l’intensité du désir de notre petit quadrupède parleur. D’autres mots sont prononcés par lui et reviennent régulièrement dans certaines circonstances. Ainsi le mot Anna ou, plus exactement Anga, marque de grand plaisir, paraît presque toujours quand on le fait jouer avec une corde, son amusement favori. »
- —Sfc— M. Bureau, professeur de botanique (classifications et familles naturelles), a ouvert ce cours le samedi 5 mars 1892, à 2 heures, dans le grand amphithéâtre du Muséum d’histoire naturelle de Paris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les modèles de cristaux en verre se trouvent chez MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des Ecoles, à Paris.
- Communications. — M. Paul Issartier, à Marseille, nous écrit : « Je viens d’observer à Marseille un phénomène de végétation assez curieux et qui intéressera peut-être certains de vos lecteurs. Les travaux d’assainissement de la ville ont nécessité l’installation de plusieurs locomobiles sur la deuxième ligne du Prado ; l’une d’elles se trouve placée au pied d’un gros platane, elle est abritée par une baraque en planches adossée elle-même à l’arbre. A la partie supérieure de la baraque, juste à la hauteur des premières branches, quelques planches moins jointives laissent passer un courant d’air chaud. De nombreux rejetons ont poussé sur cette partie de l’arbre, quelques-uns avaient même pénétré dans l’intérieur de la baraque et ont dû être coupés parce qu’ils gênaient la courroie de transmission, ils avaient plus de 1 mètre de longueur. Ce qui est curieux, c’est que le reste de l’arbre ne porte que des bourgeons tout à fait rudimentaires comme tous les autres platanes du Prado. Ce fait ne semblerait-il pas indiquer que l’on peut modifier non seulement les conditions de végétation d’un arbre, mais encore sa forme, en dirigeant sur telle ou telle partie de son écorce un courant d’air chaud qui faciliterait l’éclosion des bourgeons ? »
- M. Pruvost-le-Guay, à Paris, nous adresse quelques détails récis sur un calculateur prodigieux du genre de Mondeux et ’lnaudi. Il s’agit de M. Emile Denis, âgé de vingt-deux ans (bachelier ès sciences) actuellement surnuméraire de l’enregistrement dans la direction d’Arras (né dans le Pas-de-Calais ; fils d’un instituteur retraité demeurant à Annequin, même département). M. Emile Denis fait en moins d’une demi-minute des opérations compliquées. En 1888, au lycée d’Amiens M. Emile Denis a fait une remarquable conférence. « Je l’ai prié, dit notre correspondant, d’extraire la racine d’un nombre de trois chiffres élevé à la 23e puissance. J’avais passé toute une après-dîner pour faire et vérifier cette énorme opération. Elle m’avait donné 68 chiffres qui ont été inscrits au tableau noir au lycée d’Amiens en présence d’une salle comble. Eh bien ! en moins d’une minute, le jeune prodige avait donné la racine première. A l’âge de huit ans, il connaissait déjà par cœur les cent premiers carrés, les cent premiers cubes et les cent premiers nombres d’une table de logarithmes. »
- M. E. Roger, à Châteaudun, nous envoie le résumé des observations météorologiques faites dans cette ville en février 1892.
- Renseignements. — M. E. Germain, à Nancy. — 1° Injec-teurs Kœrting, 20, rue de la Chapelle, à Paris. — 2° Moteur de M. G. Balbi, 21, rue Eugène-Sue, à Paris. — 5° Si, pour la puissance de 50 watts, la différence de potentiel produite par la machine est de 25 volts, on peut charger 10 ou U accumulateurs à 2 ampères ; si elle est de 50 volts, il faut charger 20 à 22 accumulateurs à 1 ampère.
- M. L. Bousquet, à Paris. — 1° Employez la poudre de pyrè-thre et le camphre pulvérisé. — 2° La description de cette machine a été donnée dans le n° 745, du 10 septembre 1887, p. 255, et dans le n° 750, du 15 octobre 1887, p. 514.
- M. E. P., à Reims. — Presque toutes les piles actuellement connues consomment en circuit ouvert.
- M. L. B., à Troyes. — Couveuses artificielles : M. J. Philippe, à Iloudan (Seine-et-Oise); M. Yoitellier, à Mantes (Seine-et-Oise) ; MM. Arnoult et Roullier, à Gambais-lès-IIoudan (Seine-et-Oise).
- M. D. Corbeaux, à Epernay. — Pour ce qui concerne le phonographe, s’adresser à la Compagnie concessionnaire, 22, Northumberland avenue, à Londres.
- M. F. G., à Reims. — Adressez-vous à la maison Hamelle, 21, quai Valmv, à Paris.
- M. E. Jagot, à Saumur..— 1° Un accumulateur de 4 à 5 kilogrammes peut suffire. — 2° Consultez le Formulaire pratique de Vélectricien, à la librairie Masson.
- M. E. T., à Bordeaux. — Eclairage à l'électricité, par II. Fontaine, à la librairie Baudry, à Paris.
- M. Y. Reg, à Tecuciu (Roumanie). — L’adresse du dépositaire est donnée en tête de la Boîte aux lettres du numéro.
- M. A. Clément, à Paris. —Vous pouvez consulter les Notions préliminaires de chimie, par MM. P.-P. Dehérain et G. Tissan-dier, à la librairie Hachette.
- M. Lacombe, au Creusot. — Quelques expériences ont été effectuées sur ce sujet ; mais il n’y a pas eu d’ouvrage publié.
- M. Rochette, à Bourg-Saint-Andéol. — Compagnie française de l’autocopiste, 9, boulevard Poissonnière, à Paris.
- M. H. Durin, à Dunkerque. — Vos photographies sont très-intéressantes; mais il n’est pas possible de les reproduire à cause de leur finesse. Cette marche des chenilles est d’ailleurs connue des naturalistes.
- M. le baron de Fritsch, à Dole. — Nous ne saurions que vous confirmer notre première appréciation.
- M. G. Lefranc, à Paris-Passy. — Essayez de tremper les os dans de l’eau ammoniacale; la chair se détachera.
- M. A. T., au château Brodow. — Vous pourriez employer l’eau oxygénée qui sert à blanchir la paille.
- M. G. Kœnigswerlher, à Paris. — Vous trouverez des becs Bunsen chez tous les marchands d’appareils pour laboratoires.
- M. Thibeaud, à Bordeaux. — Les expériences indiquées par l’auteur que vous citez sont des plus intéressantes; elles sont de nature à résoudre certaines questions encore inconnues, et à vérifier la théorie précédemment émise.
- MM. Terrier, à bord de la Mouette, et M. Malaval, au collège d’Arcachon. — Nous avons transmis vos observations à l’auteur, qui reviendra prochainement sur le sujet.
- M. André, à Barjols (Var). — Nous avons montré à plusieurs numismates l’empreinte de votre médaille, mais on n’a pas pu encore nous renseigner d’une façon certaine. Nous vous répondrons prochainement.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. H. Laming, à Barcnlin. Cette adresse nous est inconnue. — M. J. C., à D. If existe plusieurs traités sur ces questions. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — M. A. Gravier, à Grenoble. Pas de maison spéciale pour la fourniture de ces appareils. — M. J. Gotendorf, à Maisons-Laffitte. Il n’y a pas d’autre moyen que de passer un vernis. — M. A. Leyritz, à Auteuil. Remerciements pour votre lettre que nous utiliserons. — M. A. Meyer, à Lille. 11 faut vous adresser au siège de la Société, à Saint-Etienne. — M. G., à Montpellier. Objets en aluminium : maison de l’aluminium, 21, boulevard Poissonnière, à Paris. — M. D. A., à Al... L’affaire dont il est question nous est inconnue. — M. L. Germain, à Mios. Filtre Chamberland : 58, rue Notre-I)ame-de-Lorette, à Paris. — M. A. B., à Bruxelles. Il est encore bien difficile d’émettre une opinion à ce sujet. — M. E. M., à Jolibert. Il faudrait faire des expériences de recherches. — Mmc veuve Hermand, à Nogent-sur-Marne. Pour les kiosques et chalets, adressez-vous à MM. Méry-Picard, 121, rue Lafavette, à Paris. — M. G. G., à Lille; M. le Dr F. P., à Paris; M. G. P., à F. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.). — M. C. IP., à Bruxelles; M. A. Vale, à Hambourg; M. F. L., à Marseille. Remerciements pour vos communications. — M. L., à A. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Conférences publiques et gratuites de la bibliothèque Forney, à. Paris. — Ces conférences, instituées par la Commission de surveillance de la Bibliothèque Forney, seront faites au siège de cette bibliothèque, rue Titon, n° 12 (XIe arrondissement), les jeudis, à 8 heures et demie du soir.
- — Jeudi, 5 mars. Les arts en Grèce, première partie (avant Périclès), par M. Eugène Laporte, architecte-expert. Projections.
- — Jeudi, 10 mars. L’art décoratif des Gaulois et des Francs, par M. Martial Imbert, professeur à l’Association polytechnique.
- — Jeudi, 17 mars. Principes généraux de l'architecture égyptienne, par M. Trawinski, sous-chef de bureau au Ministère de l’instruction publique et des beaux-arts. — Jeudi, 51 mars. L'uniforme français. Ses transformations de Louis XIV à nos jours, par M. Francis Meunier, licencié ès lettres. Projections d’après les dessins de M. C. Pilinski, par M. Dodé, photographe.
- — Jeudi, 7 avril. L’influence de l'Orient dans la mode et dans l'art, par M. Léonce Bénédite, attaché des Musées nationaux. — Jeudi, 14 avril. Les arts en Grèce, deuxième partie (Périclès et la décadence), par M. Eugène Laporte, architecte-expert.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITES INTENTIONS1
- Pied de poche photographique. — Le nouveau pied de poche est composé de trois branches de tubes en cuivre qui contiennent chacune cinq tubes rentrant les uns dans les autres. Le pied fermé mesure à peine 30 centimètres de longueur. Le pied, ouvert mesure lm,30; chaque tube se fixe en serrant la vis molletée; on peut, de cette façon, diminuer à volonté la
- Pied de poclie photographique en tube de cuivre.
- A gauche, le pied ouvert ; à droite le pied fermé.
- hauteur. La rigidité de ce pied est très suffisante pour supporter facilement une chamore 13 sur 18; il pourrait même servir pour une chambre 18 sur 24. Le nouveau pied de poche peut se placer aussi bien dans une poche de vêtement que dans une serviette ou un sac quelconque. 11 pèse 650 grammes et est livré dans un étui en cuir. — S’adresser à M. E. Hanau, constructeur, 27, boulevard de Strasbourg, à Paris.
- Piège à rats et à souris. — Nous avons signalé un piège à souris dans le supplément à La Nature du 13 février 1892, n° 976. Un de nos lecteurs, M. L. Marchetti, nous donne la description d’un piège analogue dont il se servait, il y a quarante ans, en Vénétie, pour attraper les rats ou les souris. Notre figure donne la disposition de l’appareil. Une planche, terminée par une bascule munie du morceau de lard servant d’appât, est posée sur une bassine contenant de l’eau, où les rats viennent se noyer. Notre correspondant nous fait une remarque importante :
- Piège à rats ou à souris.
- « Il faut, dit-il, que le tombeau soit un chaudron, et rempli seulement à moitié, pour empêcher les victimes de s’accrocher aux parois, ou de sauter dehors. Nous avions même soin de couvrir l’eau avec du foin haché, et qui produisant une verdure sur l’eau, laissait aux condamnés l’illusion de tomber dans une prairie. En outre, avec une couenne de lard, nous frottions le plancher de façon à ce que les rats fussent amenés au pied du plan incliné qui les conduisait à la fatale bascule. »
- Charrette se chargeant automatiquement pendant sa marche. — Une petite invention faite aux Etats-Unis ; elle est signalée par le Scientific American. C’est une voiture imaginée par M. Stevenson, de la Louisiane ; elle est munie d’un système actionné par les roues, qui ramasse sa charge pendant la marche et l’élève dans le coffre. S’il s’agissait de
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces. ;
- matériaux lourds, tels que du sable ou de la terre, la traction deviendrait excessive ; mais elle peut trouver d’autres emplois, le ramassage des feuilles mortes, par exemple. Deux barres qui traînent à l’arrière portent un auget destiné à ramasser la matière sur le sol. Elles sont articulées à l’extrémité de bras fixés
- Charrette se chargeant automatiquement.
- à l’essieu, et elles portent, dans une partie de leur longueur, une saillie extérieure. Un rouleau est fixé à chacune des roues près de la jante ; quand celles-ci tournent, les rouleaux viennent
- Sorter sur les saillies des barres et tout le système s’élève au-essus du coffre où l’auget se vide.
- Fer à repasser roulant. — Encore une invention américaine due à M. Frank Corbets de New-York,! Le fer à repasser représenté ci-dessous se compose de cinq rouleaux mobiles bien polis, placés dans une monture creuse qui forme le corps de
- Nouveau fer à repasser américain.
- l’instrument; celle-ci est munie delà poignée habituelle, et les rouleaux font saillie au-dessous. Pour chauffer ces fers de nouvelle sorte, chacun est muni d’une boîte métallique dans laquelle , on introduit l’appareil pour le mettre sur le fourneau. Ce nouveau fer à repasser, qui ne se trouve pas à Paris et dont nous ne saurions indiquer le fabricant, évite les taches qui résultent parfois du fer insuffisamment propre passé sur le linge.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Moyen de faire de Vencre. — Un de nos abonnés, M. le Dr Lorin, à Versailles, nous communique le moyen d’utiliser les développateurs photographiques hors d’usage, en les employant à fabriquer de l’encre. Les formules adoptées par notre correspondant sont les suivantes : — Acide pyrogallique. Solution I : sulfite de soude, 150; acide pyrogallique, 12; eau, 1000. Solution II : carbonate de potasse, 130; eau, 1000. Ces deux solutions sont employées par parties égales : 40 centimètres cubes pour une plaque 13 x 18. — Fer. Solution I : sulfate de fer, 300; eau, 1000. Solution II : oxalate dépotasse, 300; eau, 1000. On mélange un quart de la solution I et trois quarts de la solution II. Après usage, on recueille les quantités de l’un et de l’autre de ces développateurs, on les mélange par parties égales, et mieux en mettant 2 parties de fer et 1 d’acide pyrogallique, et on obtient une bonne encre qui ne laisse pas de dépôt dans l’encrier. Il convient de ne pas prendre d’eau calcaire, mais de l’eau distillée de préférence. Il faut également ' avoir la précaution d’essuyer la plume quand on ne s’en sert plus. Cette encre a la propriété d’être communicative.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- BIBLIOGRAPHIE
- Leçons de chimie à l'usage des élèves de mathématiques spéciales, par Henri Gautier, professeur à l’Ecole Monge et au collège Sainte-Barbe, et par Georges Charpï, professeur à l’Ecole Monge. 1 vol. in-8°. Gauthier-Yillars et fils, éditeurs. Paris, 1892.
- Traité pratique du développement. Etude raisonnée des divers révélateurs et de leur mode d’emploi, par Albert Londe. 1 vol. in-8°. Gauthier-Villars et fils, éditeurs. — Paris, 1892.
- Traité de photométrie industrielle spécialement appliquée à l'éclairage électrique, par A. Palaz, docteur ès sciences, professeur d’électricité à la Faculté des sciences de l’Université de Lausanne. 1 vol. in-8°. — Paris, Georges Carré, 1892.
- L'Année scientifique et industrielle, par Louis Figuier. 35e année, 1891. 1 vol. in-18. —Pans, Librairie Hachette et Cie, 1892. ......
- Richard Wagner en caricatures, par John Grand-Carteret. 130 reproductions de caricatures françaises, allemandes, anglaises, italiennes, portraits, autographes, dessins originaux de J. Blass, Moloch et Tiret-Bognel. 1 vol. in-8°. — Paris, Librairie Larousse.
- Tenth annual report of the United States geological survey ta the secretary of the Interior 1888-1889, by J.-W. Poavell, director. Part I, Geology. Part II, Irrigation. 2 vol. in-4°, avec de nombreuses gravures, planches hors texte et cartes. Washington. Government Printing Office, 1890.
- Bulletin ofthe United States geological survey. 12 vol. in-8°. — Washington. Government Printing Office, 1891.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS ‘ A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT UUIECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 29 février. . . 2°,1 N. N. E. 2 Couvert. 6,5 Eclaircies de 14 à 16 h. Couv. du reste, pluie de 1 h. 1/2 à 11 h.1/2. mêlée de grains de neige à pari, de 9 h.1/2.
- Mardi 1" mars. . . . 2*,0 N. W. 1 Couvert. 2,0 l’resq. couv. ; gouttes, grains de neige, de grêle et de grésil.
- Mercredi 2 1%3 N. E. 2 Couvert. 0,2 Couv., peu nuageux à 24 h., grains 'de neige, de grêle et de grésil.
- Jeudi 3 — 5“,6 N. E. 5 Beau. 0,0 Nuageux à 1 h. et de 11 à 18 h., beau le reste ; grains de neige de 14 h. 1/2 à 15 h.
- Vendredi 4 — 6° ,5 N. E. 3 Beau. 0,0 Quelques nuages.
- Samedi 5 - 7%0 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Nuageux de 12 à 18 h. ; beau avant et après.
- Dimanche 6 — 6°,6 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Beau ; aurore boréale au N. N. W. de 9 h. 12 à 25 m. du soir le 6 mars.
- FÉVRIER-MARS 1892. - SEMAINE DU LUNDI 29 FÉVRIER AU DIMANCHE 6 MARS 1892
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0« 10; les flèches inférieures, la direction d\i vent."Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer y, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
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- Résumé des observations météorologiques faites au parc de Saint-Maur en février 189t
- i par M. E. Renoü.
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- Moyenne barométrique à midi, 753““,91. Minimum, le 19, à 10 heures du soir, 733““,63. Maximum, le 11, à 11 heures du soir, 769““,61.
- Moyennes thermométriques : des minima, 1°,03; des maxima, 8°, 18; du mois, 4°,60. Moyenne vraie des vingt-quatre heures, 4°,18. Minimum, le 17, entre 9 heures et 10 heures du soir, —9°,8. Maximum, les 23 et 25, vers 3 heures du soir, 14°,0. 11 y a eu dix jours de gelée, dont un sans dégel. De plus, sept jours de gelée blanche.
- ! Tension moyenne de la vapeur, 5“",22. La moindre, le 17, à 8 heures
- du soir, 0*“,8. La plus grande, le 7, à midi, 3 heures et 5 heures du soir, 8““,8. Humidité relative, 83. La moindre, le 17, à 8 heures du soir, 30. La plus grande, 100, en treize jours.
- Pluie, 68““,6 en cent neuf heures et demie, réparties en dix-neuf ; jours. Neige le 16, qui commence entre 4 heures et 5 heures du matin
- I et succède à la pluie, à minuit, il y en a 14 centimètres sur le sol ; elle
- t _ cesse par des grains après 7 heures du matin, le 17. Le 18, neige de
- | ’ deux heures ou trois heures à 9 heures et demie du matin; forme une
- |i couche nouvelle de 4 centimètres. Le 19, grains de neige à 1 heure, et
- i'
- le 29 il tombe dans la matinée des grains mêlés à la 'pluie. Un peu de grêle les 3 et 14. Un peu de grésil le 14.
- Cinq jours de brouillard, peu épais; le plus fort : de 100 mètres le 11. Nébulosité moyenne, 72 ; huit jours presque complètement couverts.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 4°,93; le soir, 5°, 18; en moyenne, 5°,05. La rivière a été trouble tout le mois; elle a varié de 3“,74 le 2 à 5“,30 le 23 dans la journée.
- Relativement aux- moyennes normales, le mois de février 1892 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 4““,51. Thermomètre plus haut de 0°,61. Tension de la vapeur plus faible de 0““,22. Humidité relative plus faible de 3. Pluie plus forte de 35““5. Nébulosité plus forte de 3.
- L’hiver entier présente les résultats suivants relativement aux moyennes
- ordinaires : Baromètre Thermomètre Nébulosité Pluie.
- Décembre + 3“”,54 -t- 2,05 — 14 4- 13““,8
- Janvier — 2"“,62 -+- 0,34 — 2 —18““,1
- Février — 4““,51 4-0,61 4- 3 4- 35“,5
- Moyennes —1”“,20 4-1,00 — 4 Total 4- 31““,2
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 5, à 7 h. 24 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- Les hantes températures. — Malgré tout l’intérêt scientifique et pratique que présente la question, une grande incertitude règne encore sur les températures développées dans les foyers industriels. M. H. Le Ghatelier qui, depuis plusieurs années, s’est attaché à réaliser des moyens pratiques de détermination de ces hautes températures, par des méthodes thermoélectriques et des méthodes optiques, vient de présenter à VAcadémie des sciences quelques-uns des résultats obtenus et qui surprendront par leur contradiction absolue avec des estimations antérieures. (Les températures ont été définies en les rapportant à l’échelle définie par les points fixes de M. Yiolle.) Il a pu fixer les points de fusion des fontes et aciers, les températures de la flamme et des coulées d’un convertisseur Bessemer aux différentes phases de la fabrication, ainsi que les températures des fours Siemens-Martin, du four Siemens à creuset, d’un haut fourneau marchant en fonte grise, des fours à pots et des fours Siemens à bassin pour verrerie, des fours Siemens pour gaz d’éclairage, du four à porcelaine dure et des lampes à incandescence. Sans citer aucun chiffre, nous indiquerons seulement que les températures trouvées par M. Le Chate-lier sont bien inférieures à celles généralement admises pour les industries en question. L’auteur attribue les exagérations dès valeurs admises à plusieurs causes. Entre différentes déterminations de températures non concordantes, on choisit de préférence les plus élevées, par suite d’un sentiment instinctif qui conduit à admettre une quasi-proportionnalité entre la température d’un corps et son éclat, ou la quantité de combustible dépensé pour l’échauffer, tandis qu’en réalité ces deux grandeurs croissent suivant une fonction extrêmement rapide de la température. En second lieu, le procédé le plus fréquemment «mployé jusqu’ici dans l’industrie, pour les mesures pyrométriques, a été la méthode calorimétrique, en se servant de morceaux de fer dont on supposait à tort la chaleur spécifique invariable. Enfin des causes d’erreurs particulières sont venues fausser des comparaisons dans lesquelles on utilisait le point de fusion du palladium ou du platine. Ainsi la température du Bessemer avait été fixée par Langley à 2000 degrés, parce que le platine paraissait fondre rapidement dans sa flamme. M. Le •Chateliera reconnu qu’il ne fondait pas, mais se dissolvait dans les gouttelettes d’acier fondu entraîné par le courant gazeux. De même, le palladium passe pour fondre dans différents fours où en réalité il se transforme, sans fusion, en une mousse spongieuse, par le fait d’hydrogénation ou d’oxydation passagère. M. Le Ghatelier souhaite que la publication de ces résultats inattendus provoque des expériences contradictoires sur cette question qui intéresse si vivement un grand nombre d’industries.
- INFORMATIONS
- —%— Une conférence des plus intéressantes sur l’influence des .rayons solaires sur les levûres de vin a eu lieu dernièrement à la •Société scientifique industrielle de Marseille. Le conférencier,
- M. V. Martinand, a parlé de la levûre elliptique et de la levûre apiculée. Il a reconnu que l’action fermentescible de la levure elliptique ne s’exerce qu’au bout de cinquante à quatre-vingt-dix heures après la mise en cuve de la vendange. Quant à la levure apiculée, c’est celle qui se montre au début de la fermentation et c est celle qui, en se développant, produit les premières portions de l’alcool formé dans le moût. M. Martinand a étudié 1 action des rayons solaires sur les levûres et a reconnu que, lorsque la température dépasse 41-44 degrés, les ferments sont tués au bout de quatre heures d’insolation et, qu’à la température de 56 degrés, ils subissent déjà une altération qui peut retarder de plusieurs jours la fermentation des moûts dans lesquels on les ensemence. La chaleur agissant seule ne tue ces microorganismes qu’à la température de 47-49 degrés. Les conditions qui favorisent le plus le développement de la levûre elliptique sont surtout le maintien du moût à une température de 25 à.,28 degrés qui est la meilleure condition. M. Martinand signale ensuite les procédés à employer dans les pays chauds et examine les accidents causés par une mauvaise fabrication. Il annonce, en terminant, qu’il étudiait un ferment particulier de maladie qui lui paraît très répandu sur la vendange et dont la principale propriété est de favoriser, à l’aide du concours d’autres ferments, la transformation directe du sucre en acide acétique ou vinaigre.
- —%— Ainsi que nous l’avons annoncé dans notre précédente livraison, le chimpanzé du Muséum, Edgard, est mort. M. le professeur Georges Pouchet a procédé à l’autopsie et a reconnu que le malheureux singe avait succombé aux atteintes d’une tuberculose généralisée. Les poumons, le foie et la rate portaient les traces de manifestations évidentes de la tuberculose. Dans quelques mois, lorsqu’elle aura subi les préparations nécessaires, la dépouille d’Edgard prendra place dans les collections d’anthropologie du Muséum.
- —A en croire notre confrère Western Morning News, une « balle-brouillard » vient d’être inventée. I/inventeur serait Paul Riehm. Il affirme pouvoir, au moyen de son procédé, arriver, par un temps calme, à envelopper l’ennemi dans un brouillard auprès duquel ceux de Londres ne sont rien du tout. Il emploie, pour cela, des balles creuses contenant de l’ammoniaque et des acides; au moment où les balles éclatent, la composition chimique produit un tel brouillard que, pendant un temps relativement long, surtout quand il y a peu de vent, l’ennemi ne, sait plus se diriger ni répondre au feu de ses assaillants.
- —5^— Les loups ont fait cet hiver de grands ravages en Norvège et en Russie. Pour le seul gouvernement de Novgorod, on évalue à 5484 moulons et à 17 090 plus petits animaux domestiques, le butin qu’ils ont enlevé en une année et dont la perte est estimée à 137 000 roubles. Pour le gouvernement de Somarsk, elle atteint 300 000 roubles. Au nord de la Norvège, les dégâts ont été tout aussi importants. Récemment, quinze porcs de la ferme de Norbatten ont été dévorés par les loups, et, dans d’autres fermes, un grand nombre de ces animaux ont disparu. Ils sont probablement devenus leur proie.
- —On se fait difficilement une idée de la quantité d’eau fournie annuellement aux habitants d’une grande ville. Dans l'année 1890-1891, à Londres, la consommation totale a été de 210 591 569 mètres cubes, ce qui correspond à une moyenne journalière de 576963 mètres cubes. Cette fourniture a été répartie entre les huit compagnies qui effectuent la distribution de l’eau dans la capitale anglaise. Le nombre de maisons desservies a été de 763 963, les habitants s’élevant au nombre de 5 696 266. La consommation journalière moyenne a donc été de 140,6 litres par habitant.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le petit distributeur de liquides, s’adresser à la Société française des fontaines populaires, 40, rue du Rocher, à Paris.
- f Communications. — M. L. Gastine, à Paris, à propos des procédés de M. Silhol pour prendre les empreintes des plantes, procédés que nous avons signalés dans les Nouvelles scientifiques du n° 979, du 5 mars, nous écrit* que, dès 1883, il a étudié ce procédé en collaboration avec son frère, et a obtenu d’excellents résultats. Nous ferons observer à notre correspondant que nous n’avons pas mentionné le procédé à titre d’invention, mais de simple recette pratique.
- M. A. Duflos, à Vitry-en-Artois, nous envoie la description d’un réchaud électrique qu’il a construit. Ce réchaud a une longueur de 30 centimètres et une largeur de 25 centimètres. A-l’intérieur de tubes en terre réfractaire ou tuyaux de pipes, sont disposés une série de fils de platine de 0ram,3 de diamètre. Deux fils d’une longueur de. 75 centimètres chacun et faisant plusieurs tours sont montés en quantité et sont traversés par un courant de 5 ampères. La puissance électrique dépensée est de 70 volts et 10 ampères, soit 700 watts. A ce régime, un perdreau a pu être cuit en trente minutes. Le réchaud est recouvert sur les côtés de carreaux réfractaires pour empêcher la déperdition par rayonnement.
- M. Paganel, à X., à propos d’une communication qui a été publiée dans les Nouvelles scientifiques, du n° 980, du 12 mars 1892, nous écrit : « Votre correspondant oublie sans doute qu’en allant de Colon (Atlantique) vers Panama (Pacifique), on va de Youest à Y est, c’est-à-dire du couchant au levant; on voit, par conséquent, le soleil se lever en effet sur le Pacifique. » Nous ne croyons pas que l’observation dont il s’agit, ait été faite en ce lieu.
- Renseignements. — M. A. Vigan, à Paris. — l°La construction d’une dynamo est une question complexe, surtout quand il s’agit de machines de faible puissance. — 2° Les calculs sont trop compliqués pour que nous en parlions ici. — 3° La distance de 2 centimètres entre les pôles inducteurs à leur partie supérieure nous paraît un peu faible; il faudrait l’augmenter,
- M. R. F., à Cognac; M. G. JY. J., à Nice. — Sans fils de retour, il est, en effet, possible de percevoir des conversations qui ont lieu sur des lignes téléphoniques voisines.
- M. IV. D., à Liège. — Le même phénomène d’électrisation peut se présenter dans les circonstances que vous mentionnez.
- M. R. M., à Paris. — Ie L’adresse de l’inventeur est donnée en tète de la Boîte aux lettres du n° 964, du 21 novembre 1891. — 2° Il ne faut pas admettre tous les renseignements qui ont été publiés sur cette invention.
- M. Beaumon, au pré Saint-Gervais. — La catastrophe du Zénith est racontée dans YBistoire de mes ascensions, par Gaston Tissandier (Maurice Dreyfous, éditeur, rue de Tournon, à Paris. Prix : 4 francs).
- M. A. B., à B. — 1° Le bain galvanoplastique ne doit être ni acide, ni basique. — 2° Oui. — 3° Les piles Leclanché se polarisent rapidement; il est préférable d’employer des piles Daniel.
- M. E. Benoot, à Menin. — On donne le nom de tension superficielle à la force qui régit les phénomènes capillaires.
- M. A. Bullat, à Lausanne. —Nous avons publié dans la Boîte aux lettres, du n° 978, du 27 février 1892, un avis relatif au fer à cheval, dont il a été question précédemment.
- M. H. Wintsch, à Kennelbach. — 1° Même indication que ci-dessus. — 2° Les faits que vous signalez s’expliquent aisément.
- M. G. H., à Monlauban. — Cours de prestidigitation ou sorcellerie ancienne et moderne, un volume de la collection
- des manuels Roret. Librairie encyclopédique, 12, rue Haute-feuille, à Paris.
- M. C. Aghion, à Alexandrie. — Machine à écrire Remington î MM. Wyckoff, Seamens, 18, rue de la Banque, à Paris.
- M. le DT Armaignac, à Bordeaux. — L’aluminium a pu être soudé à lui-même par les procédés de soudure électrique, (Yoy. n° 836, du 8 juin 1889, p. 17.)
- M. Quenault, à Senones. — Nous ne croyons pas qu’il existe des garde-manger ainsi disposés; mais il est facile d’établir la circulation d’eau dont vous parlez.
- M. P. de M., à Arcachon. — Nous croyons qu’il suffit de passer deux couches de goudron ordinaire à l’intérieur de ce tonneau.
- M. J. P., à Paris. — 1° Vous pouvez choisir le type-de téléphone qui vous conviendra, à la condition qu’il ait été agréé par l’Etat. — 2° Il faut essayer divers modèles.
- M. P. de Martenne, à Laizy. — 1° Société anonyme d'électricité, 39, avenue Marceau, à Courbevoie (Seine). — 2° M. G. Balbi, 21, rue Eugène-Sue, à Paris. — 3° Pas d’adresse spéciale.
- M. Bertrand, à Lyon. — Ajoutez un dixième d’acide sulfurique dans de l’eau ordinaire.
- Réponses. — N° 1319. — Origine des grenades. —
- Autre réponse. Nous recevons encore à ce sujet la lettre suivante de M. le Dr Louis Couyba, à Sainte-Livrade (Lot-et-Garonne) : « Je vous apporte un nouveau témoignage relatif à l’usage des grenades, que je lis justement dans un extrait des Mémoires de Castelnau, cité dans le volume de l’Histoire de France racontée par les contemporains, intitulé Charles IX et François de Guise, page 100 (Hachette et Cie). Voici le passage : « L’armée du roi s’avançant, alla mettre le siège devant Rouen et au fort Sainte-Catherine, qui fut pris après quelque batterie. 11 y eut peu de perte, sinon de Randau, qui y fut blessé aux jambes d’une grenade, dont il mourut.... »
- Accusés de réception. — Avis divers : M. le Dr G. Sain-clair, à Nice. Nous ne croyons pas qu’il existe de procédé de ce genre. — M. H. N., à Paris. Nous ne connaissons pas ce système. — AI. L. Durand, à Paris. 1° M. Mouchel, 10, rue Commines; 2° nous n’avons pu retrouver les articles dont vous parlez. — M. H. B., à Paris. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — Al. L., à La-nouaille. Il n’existe pas, croyons-nous, d’ouvrage de ce genre. — AI. Vanvincx, à Audruick. Il ne faut pas ajouter grande croyance aux faits signalés. — JM. A. Cardot, à Constantine. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux qui ont été déjà publiés. — M. T., à Lodelinsart. S’adresser directement à M. Mahler, ingénieur, 52, rue du Faubourg-Saint-IIonoré, à Paris. — M. P. P., k Reims. Consultez le Formulaire pratique de l’électricien. (G. Masson, éditeur.) — AI. H. Robertu, à Paris. Nous avons indiqué les autorisations nécessaires aux photographes dans le petit livre les Nouvelles Recettes utiles, à la librairie Masson. — AI. C. D., à Versailles; Al. L. Chalbol, à Lyon; AI. R., à X.; AI. Périer, à X. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. P. Quantin, à Lyon ; AI. F. B., h Lyon; M. F. Caillaud,k Saint-Jean-d’Angély ; AI. An-dausch, à Batavia. Remerciements pour vos communications.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Cours publics du Muséum d’histoire naturelle.
- — M. Cornu, professeur de culture au Muséum d’histoire naturelle, a ouvert ce cours le vendredi 11 mars 1892, à 9 heures du matin, dans l’amphithéâtre de la galerie de miné- 1 ralogie, et le continuera à la même heure, les lundis, mercredis et vendredis suivants. — M. Edmond Perrier, professeur de zoologie (annélides, mollusques et zoophytes) au Muséum d’histoire naturelle, a ouvert ce cours le mardi 15 mars 1892, à 1 heure et demie, dans la salle des cours des nouvelles galeries de zoologie (2e étage) et le continuera à la même heure, les mardis, jeudis et samedis suivants. — M. Gréhaut, professeur intérimaire de physiologie générale au Muséum, a ouvert ce cours le mardi 15 mars 1892, à 3 heures, dans l’amphithéâtre d’anatomie comparée, et le continuera à la même heure, les jeudis et samedis suivants. — M. Midne-Edwards, membre de l’Académie des sciences, professeur de zoologie (mammifères et oiseaux) au Muséum, ouvrira ce cours te vendredi 18 mars 1892, à 2 heures, dans l’amphithéâtre de la galerie de zoologie, et le continuera à la même heure, les lundis, mercredis et vendredis suivants. — M. A. Gaudry, membre de l’Institut, professeur de paléontologie au Muséum, ouvrira ce cours le mercredi ’ 23 mars 1892, à 3 heures et demie, et le continuera à la mème-heure les vendredis et mercredis suivants.
- Dans la « Boite aux lettres via Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS*
- Plaque de sûreté mobile pour serrures. — L’ingénieux appareil que nous allons décrire a pour but d’empêcher l’introduction de clés ou d’instruments quelconques, dans une serrure, quelle qu’elle soit; pour se servir, même de la clé destinée à une serrure munie de la plaque de sûreté, il est nécessaire de pouvoir démasquer l’ouverture de la serrure au moyen de la combinaison, choisie entre dix mille, qui est le Sésame, ouvre-toi. L’appareil se compose d’un cadre appliqué par quatre vis autour d’une entrée de serrure quelconque (fig. 1) et d’une plaque qui s’encastre exactement dans le cadre, où elle est maintenue d’un côté par une languette et de l’autre par les verrous circulaires (fig. 2). Ces verrous peuvent indistinctement former les nombres de 0000 à 9999 ; il suffit, pour faire une combinaison, la plaque étant démontée, de placer le repère de chaque bouton sur le chiffre que l’on choisit et de
- Fig. 1,2, 3 et 4. — Plaque de sûreté pour serrure.
- fixer le verrou correspondant au moyen de son écrou, de telle façon que la partie segmentée affleure le trait de repère parallèle aux côtés de la plaque (fig. 3). Pour ouvrir les verrous, il suffit d’un simple sou qui sert à tourner les vis et à reformer la combinaison. La plaque de sûreté, étant mobile, peut n’être employée qu’en cas d’absence de quelque durée; elle est précieuse quand elle masque des serrures d’un crochetage facile, comme les serrures des portes d’escaliers de service, des chambres de domestiques, d’armoires, etc. De même, si on a perdu la clé d’une serrure dont le remplacement est coûteux, il suffit d’employer la plaque pour rendre inutilisable la clé perdue, tombée en des mains malhonnêtes. — Cet appareil se trouve chez M. Mathieu Martain dont l’adresse est donnée à la fin de notre notice.
- La toupie acrobate. — L’expérience que représente notre figure repose sur un principe déjà fort ancien et qui est le suivant : le plan de rotation d’un disque, animé d’un mouve-
- Toupie sur un sabre.
- ment rapide, reste toujours parallèle à lui-même, malgré les influences extérieures. On peut facilement utiliser cette propriété : on prend une toupie dont l’axe est indépendant du disque qui en forme le corps, et on imprime un mouvement de rotation au disque à l’aiae d’une cordelette. Ce mouvement permet de conserver l’équilibre quand on pose la toupie sur la pointe. Il suffit alors d’effectuer sur cette pointe une petite
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- entaille pour que la lame d’un sabre puisse pénétrer. Si l’on vient à mettre la toupie en mouvement, et à la poser sur la lame d’un sabre, comme le montre notre dessin, elle se déplace tout le long de la lame en continuant son mouvement de rotation. L’expérience que nous signalons peut être réalisée en plaçant la toupie sur un fil tendu.
- Lampe de poche à essence avec verre de mica. —
- Une petite lampe de poche qui permet de se procurer facilement et à tout instant de la lumière est une réelle utilité. Les modèles sont nombreux ; mais ils présentent tous de sérieux inconvénients. S’il s’agit d’une petite lampe à essence, le vent souffle et l’éteint; s’il s’agit d’une petite bougie, il y a également extinction et projection de cire. 11 convient d’ajouter aussi que la lumière est incertaine et vacillante. L’appareil que
- Lampe à essence à verre de mica fermée, et en tonction.
- représente notre figure n’a plus tous ces inconvénients. 11 consiste en une lampe à essence ordinaire entourée d’une cheminée extérieure mobile et percée d’une série d’ouvertures. A l’intérieur se trouve une plaque mince de mica qui recouvre les ouvertures, sauf celles qui se trouvent au bas de la petite cheminée. Quand la lampe est allumée, cette cheminée est relevée et protège la flamme à la façon d’ün verre de lampe. Il est de plus possible de régler la combustion en limitant plus ou moins l’entrée de l’air à la partie inférieure de la flamme. — Se trouve chez M. Mathieu Martain, 19, rue d’Enghien, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement des brûlures. — Le Dr Capitan publie dans la Médecine moderne les résultats d’un nouveau pansement des brûlures qui lui ont donné les meilleurs résultats. Ce pansement est très simple à employer. Il consiste à laver d’abord la brûlure avec le plus grand soin soit avec de l’eau boriquée, soit mieux avec une solution de sublimé corrosif à I pour 2000. Il faut ensuite percer les phlyctènes avec une aiguille flambée à la flamme d’une lampe à alcool, puis d’une façon aseptique, c’est-à-dire après lavage minutieux des mains, enduire largement toute la surface brûlée d’une couche assez épaisse de la pommade : vaseline, 30 grammes; salol, 4 grammes; chlorhydrate de cocaïne, 25 centigrammes; appliquer par-dessus un pansement formé de petits morceaux minces de coton hydrophile bien imbibés de la solution de sublimé à I pour 2000 ou' 3000, puis exprimés assez fortement. Superposer plusieurs dé ces gâteaux d’ouate et enfin envelopper le tout de taffetas gommé ou mieux de gulta-percha laminée. Le pansement, en général, n’a besoin d’être changé que tous les deux ou trois jours. Dans l’intervalle on peut mouiller de temps à autre le pansement sans le défaire en se servant toujours de la solution de sublimé. Si les brûlures n’ont pas été infectées au préalable, on peut éviter complètement la suppuration et la douleur. Les plaies ne présentent pas trace de pus, aucune odeur que celle du salol, et les malades n’éprouvent aucune douleur. Le changement du pansement se fait avec la plus extrême facilité et sans douleur, la pommade empêchant l’adhérence de l’ouate. Quand aux résultats, dit M. Capitan, ils sont absolument remarquables. Les brûlures ainsi traitées ne laissent (abstraction faite des brûlures ayant détruit les aponévroses et les masses musculaires) pas plus dé cicatrices que les plaies chirurgicales traitées aseptiquement. Les cicatrices sont souples, à peine visibles. Dr X...
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Dictionnaire pratique de chimie photographique, contenant une étude méthodique des divers corps usités en photographie, par M. II. Fourtier. 1 vol. grand in-8°. Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires. — Paris, 1892.
- Formulaire de Vélectricien, parE. Hospitalier, dixième année, 1892. 1 vol. in-18. G. Masson, éditeur. — Paris, 1892. Prix : 5 francs.
- Revue technique de l'Exposition universelle de 1889, par Ch. Vigreux fils, n°8 33, 34 et 55, avec 2 atlas. 3 vol. in-8°. E. Bernard et Gi4, imprimeurs-éditeurs. — Paris, 1892.
- La France et ses colonies, par Marcel Dubois, maître de conférences de géographie à la Sorbonne et à l’Ecole normale
- supérieure de jeunes filles de Sèvres. 1 vol. petit in-8°, avec figures, cartes et croquis dans le texte. G. Masson, éditeur.
- — Paris, 1892. Prix : 6 francs.
- Histoire contemporaine de l'Europe et de la France (1789 à 1889), par F. Corréard, professeur d’histoire au lycée Charlemagne. 1 vol. in-16. G. Masson, éditeur. — Paris, 1892. Prix : 6 francs.
- Dictionnaire d'agriculture. Encyclopédie agricole complète, par J.-A. Barral. Continué sous la direction de Henry Sa-gnier, 26e fascicule. 1 vol. in-8°. Librairie Hachette et Cie.
- — Paris, 1892.
- Le climat de la Belgique en 1891, par A. Lancaster, météorologiste inspecteur à l’Observatoire royal de Belgique. 1 vol. in-18. F. Hayez, imprimeur, à Bruxelles, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49-,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 7 mars — 6*,0 N. E. 2 Beau. 0,0 Quelques nuages; atmosphère claire.
- Mardi 8 - 6%1 N. E. 2 Beau. 0,0 Quelques nuages; atmosphère claire.
- Mercredi 9 - 4*,0 N. W. 2 Beau. 0,0 Très nuageux jusq. 6 h., puis beau, couv. après 15 h.; neigede 18 h. 1/4 à 20 h. 1/4, horiz. peu brum. à 13 h.
- Jeudi 10 — 3*,8 W. 2 Beau. . 2,2 Quelq. nuages jusq. 13 h., puis nuag.; couv. ap. 16 h. lnlo et parhélies; gr. de neige à 14 h., atm. tr. cl.
- Vendredi 11 — 2‘,1 W. 3 Peu nuageux. 0,0 Couv. de 10 à 19 h., très nuag. av., peu ap.; tr. brum.
- Samedi 12 — 2*,3 S. 1 Couvert. 1,5 Presq. couv. jusq. 15 h., peu nuag. ap.; neige à 11 h., brouii. de 400 m. à 6 li.; très brumeux.
- Dimanche 13 - 4",7 E. 2. Beau. 0,0 Beau jusq. 15 h., couv. apr.; trp. atm. 4 k. à 6 h.; un peu de grésil à 22 h. 1/4, neige fine lui succède.
- MARS 1892. — SEMAINE DU LUNDI 7 AU DIMANCHE 13 MARS 1892
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche; courbe en pointillé, thennomètre à l’abri à boule mouillée.
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- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tempête* de neige. — Un violent ouragan de neige a eu lieu le 29 février à Saint-Jean-de-Terre-Neuve. Le vent a soufflé avec force, et la température s’est abais'ée à 20 degrés centigrades au-dessous de zéro. Des bateaux qui étaient partis à la pêche au phoque dans la haie de la Trinité ont été surpris par la tempête et n’ont pu revenir à terre, les glaçons s’étant amoncelés sur les côtes.
- A la même date, une tempête encore plus violente que la précédente s’est déchaînée à Porto. Un grand nombre de bateaux de pêche ont échoué à Souancon. Le nombre des pêcheurs victimes a été de 110.
- Une tourmente de neige s'est abattue le 10 mars dans la région du lac Michigan, s’étendant jusqu’à Montana. La température a subi un
- brusque revirement et est tombée à — 28 degrés centigrades. Des tourbillons de neige et de grésil ont causé des pertes sérieuses dans les propriétés et nombre de personnes ont péri. On n’avait pas vu de tempête semblable depuis la tourmente de mars 1888. Les trains de l’Illinois Central Railway ont été renversés par le vent.
- La neige est tombée à Paris le 9 mars dans la soirée. Elle n’a pas été fort abondante; mais, comme le froid était assez vif, elle a formé, sur le sol, une couche de verglas qui a rendu, dans la nuit, la circulation très difficile.
- A Dijon, le 10 mars dans la matinée, le thermomètre marquait 7 degrés au-dessous de zéro ; les trains venant de Pontarlier et de Belfort ont été retardés par la neige.
- La neige est encore tombée en abondance le 10 mars à Périgueux, Laval, Alençon et au Havre.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 13, à 1 h. 3 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la a Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- Origine des « confetti ». — Pendant le carnaval et à l’époque de la mi-carême, les fêtes masquées sont égayées par les batailles de fleurs et de confetti, sorte de petits bonbons de terre glaise, revêtus d’une légère couche de plâtre. Ces légers projectiles ne sont ni sans danger, ni sans inconvénients. Le plâtre leur donne une consistance et un poids qui rend leur cinglement fort désagréable, la terre glaise s’attache à la peau et aux vêtements, dont le nettoyage, après averse de confetti, est presque impossible. Aussi ne peut-on se risquer dans les joyeuses bagarres où figurent les confetti de plâtre, que muni de masques en fil de fer et couvert de vieux habits. Pour éviter ces inconvénients, il y a déjà quelques années que l’on a remplacé le plâtre par de petites rondelles de papier découpées à l’emporte-pièce. Ces nouveaux confetti, inoffensifs, ont eu immédiatement le plus grand succès. Mais c’est à tort, croyons-nous, qu’on leur a attribué une origine italienne. Un de nos lecteurs, M. P. B..., de Pau, nous adresse à ce sujet la Note suivante : « En 1855, et bien des années après, on se servait à Pau de pareils projectiles à la bataille du mercredi des cendres dite « Descente de Bizanos. «Bizanos est un faubourg de Pau. Ces projectiles employés à Bizanos provenaient tout simplement du piquage des cartons employés pour le tissage à la Jacquart du linge damassé. Je suis bien sûr que l’on se procurerait aisément, sans outillage spécial, ces confetti chez les fabricants à la Jacquart, de Lille, Armentières, la Madeleine, Lyon, etc. Ces lentilles, pastilles ou confetti, sont, en effet, un déchet que les tisseurs à la Jacquart étaient fort heureux autrefois de vendre de 10 à 12 francs les 100 kilogrammes. » Nous accueillerons volontiers les documents précis qui pourraient nous être adressés à ce sujet.
- INFORMATIONS
- —— Un nouveau paquebot, te Général Chanxy, vient d'être mis en service sur la ligne de Marseille à Alger par la Compagnie générale transatlantique. La longueur totale est de 107m,50, et la largeur de 12 mètres; la machine à triple expansion a une puissance de 4000 chevaux. L’éclairage est obtenu à l’aide de 400 lampes à incandescence alimentées par deux dynamos Desroziers. Une des parties les plus remarquables de ce navire est certainement l’ameublement intérieur. Le salon est en acajou et érable avec encadrements sculptés et de riches tentures. Il peut contenir quatre-vingts personnes. C’est une réduction du salon du grand paquebot la Touraine. Il y a quatre cabines de luxe meublées très richement. L’une d’elles, qui est plus spécialement destinée aux personnages de marque, est tendue de velours frappé. Ces quatre cabines ont des lits qui se relèvent le long de la cloison en laissant à leur place des canapés, ce qui transforme la cabine en salon.
- —On signale en Allemagne une nouvelle tente pour blessés, due à un médecin militaire saxon. Elle se compose de deux tentes du service de santé militaire qui sont superposées de telle sorte que l’intervalle entre elles soit partout de 30 centimètres. La couche
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- d’air ainsi emprisonnée étant mauvais conducteur, maintient à l’intérieur une température égale et, par les froids rigoureux, l’intervalle peut être, jusqu’à une certaine hauteur, rempli de paille ou de feuilles. Les dimensions de la tente ne diffèrent pas sensiblement de celles du modèle du service de santé, cependant la hauteur des tentes est de 2m,20 au lieu de lm,60, ce qui permet d’augmenter avantageusement le cube intérieur. Cette tente déposée sur le champ de manœuvres de Gohlis, a été habitée nuit et jour du 9 au 18 janvier. Au lieu de la toile ordinaire, la tente est faite d’une étoffe imperméable de coton soumise à une préparation particulière, qui joint à la solidité l’avantage de mieux laisser pénétrer le jour dans latente. Le poids de la tente double est de 20 centner (2000 kil.). A l’Exposition de la Croix-Rouge de Leipzig, cette tente nouveau modèle a valu à son inventeur plusieurs mentions honorables.
- —On a signalé, à plusieurs reprises, la falsification par la poussière de marbre de la farine de riz provenant d’Italie. Il paraît maintenant que les falsificateurs, dans ce pays, ont imaginé d’autres manipulations frauduleuses qu’il est de la première nécessité de signaler, puisqu’il s’agit d’un vrai empoisonnement. M. le Dr Tassi-nari, à Ravenne, eut l’idée de soupçonner une falsification de pain, à la suite de plusieurs cas de gastrite. Ayant informé les autorités, on fit une descente dans le moulin d’un nommé Baroni, et on y trouva de la farine mélangée en grande proportion avec de la baryte caustique. D’autres recherches furent faites dans les boulangeries et boutiques de Ravenne et de Russi et démontrèrent également la présence de grandes quantités de farine falsifiée. Comme il est très probable que l’on tâchera de faire écouler cette farine empoisonnée dans tous les pays, il est utile de signaler ces faits et d'avertir ainsi le commerce.
- —Les procureurs de la République viennent d’être invités à poursuivre une fraude à laquelle se livrent beaucoup de marchands d’engrais. Des industriels, dont quelques-uns sont déjà l’objet de poursuites, ont établi des fabriques pour transformer, par une coloration verte, les phosphates jaunes, beaucoup moins riches et surtout moins assimilables. Cette falsification, qui prend une grande extension, d’après l’avis des parquets, est fort dommageable pour la culture. Elle pourrait, dans un court délai, produire un appauvrissement considérable du sol. Une surveillance rigoureuse va être exercée sur tous les phosphates vendus comme engrais.
- —Sfc— Une exposition canine internationale à Anvers aura lieu du 4 au 7 juin au palais de l’Industrie et du Commerce. Le programme comportera environ cent classes et près de 10 000 francs seront alloués comme primes aux lauréats’; le jury se composera des principaux amateurs français, belges et anglais.
- —%— Une usine importante, comptant plusieurs hauts fourneaux, la Georgs Marien Bergwerks und Hultenverein, utilise les poussiers déposés par la fumée des hauts fourneaux, en les mélangeant aux débris de pyrite, de façon à récupérer le fer contenu dans la fumée. Ce procède consiste à joindre ce résidu aux débris de pyrite que l’on forme en briquettes pour les griller. Le mélange est fait à sec, dans un malaxeur, puis formé en briquettes par simple compression. La présence des poussiers dégagés du gueulard augmenté notablement la cohésion de ces briquettes.
- —îfc— Les Américains sont d’ardents vélocipédistes. Le nombre de velocemen à New-York atteint le chiffre respectable de 50 000. La ville de Washington seule compte neuf cents dames vélocipédistes, et, dans ses rues asphaltées qui ont 800 kilomètres de développement, les cyclistes circulent avec la plus grande liberté.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La bougie sulfureuse, dont il a été question dans le n° 980, du 12 mars 1892, est fabriquée par MM. Adrian et Cia, 9, rue de la Perle, à Paris; elle se trouve d’ailleurs chez les pharmaciens. — Le constructeur du truc vélocipédique du théâtre de la Gaîté décrit dans une de nos précédentes livraisons, est M. Vincent Neveu, 3, rue du Louvre, à Paris.
- Communications. — M. Michelin, à Saint-Maur, nous écrit que le 6 mars entre 6h,-40m et 6h,45m du soir, il a aperçu un bolide dans la direction du sud. Ce météore se déplaçait lentement, paraissant suivre la direction de l’est à l’ouest, presque horizontalement, à 30° environ au-dessus de l’horizon. Notre correspondant n’a pu l’observer que pendant cinq à six secondes, les maisons voisines l’avant empêché de poursuivre son observation.
- M. J. Bonierbale, à Paris, nous a présenté le modèle d’une gâche de serrure, dans laquelle se trouve disposé un petit contact électrique. Au moindre mouvement du pêne dans la gâche, une sonnerie fonctionne avant l’ouverture de la porte.
- M. Bernheim, à Mulhouse, nous envoie, à propos de la Notice que nous avons publiée sur Inaudi, la photographie du calculateur, alors qu’il avait douze ans. C’était un enfant, de taille mince et élégante, ayant le front très développé et la figure expressive et intelligente.
- Renseignements. — M. Duchanay, à Paris. — 1° Bougeoir à pétrole Chandor : MM. Desmarais, 29, rue de Londres. — 2° Eolipyle Pâquelin : M. Gillet, ingénieur, 52, boulevard Henri IV.
- M. le marquis de Viaris, à Paris. — Les modèles actuellement connus de machines à écrire ne permettent d’écrire que sur des feuilles détachées et non sur des registres.
- M. Jourdain, à Paris. — Il serait préférable de colorer le cuir par les procédés ordinaires et de trouver ensuite un vernis qui, étendu sur le cuir coloré, maintienne les couleurs; des recherches sont nécessaires pour trouver ce vernis.
- M. E. Taragonet, à Aubin. — Il est absolument indispensable de faire sécher les bois avant de les enduire d’huile.
- M. H. Cousandier, à la colonie Léopoldine (Brésil). — Nous ne pensons pas qu’il existe des appareils comme vous le désirez ; mais il est facile d’en établir un avec des vases de grande capacité, en utilisant l’action à froid de l’acide chlorhydrique sur le sulfure de fer.
- M. E. D., à Mâcon. — Nous avons publié plusieurs articles au sujet de l’effet de la lumière sur le sélénium ; voyez la Table des matières des dix premières années.
- M. L. B., à Lyon. — Les métempsycoses ont été décrites dans le n° 754, du 12 novembre 1887, p. 381, et les spectres vivants dans le n° 506, du 10 février 1885, p. 167.
- M. X., à Melun. — Le journal l’Industrie électrique (6, rue de Glichy, à Paris) doit publier prochainement la liste de toutes les installations électriques de la France.
- M. G. Stadler, à Anvers. — Traité de chimie, par M. Troost, à la librairie Masson.
- M. V. Reniez, à Audruick. — Il s’agissait d’un produit contenant du phosphore, et dont la composition n’a pas été donnée exactement.
- M. M. Deleslry, à Paris. — Ce procédé manquerait de solidité.
- M. J. Vautier, à Sotteville-lès-Bouen. — Vous trouverez ces renseignements dans le Traité de balistique expérimentale de M. Hélie, professeur à l’Ecole d’artillerie de la marine, publié par le Ministère de la marine ; les principales formules sont indiquées dans le grand dictionnaire universel de P. Larousse.
- M. C. Rossel, à Freiberg. — La densité D d’un mélange de
- 2 volumes v et v' de liquides de densités différentes d et d'est
- donnée par la formule D = ^—quand il n’y a pas de
- contraction de volume après mélange. C’est cette formule qui a été appliquée dans le cas que vous mentionnez.
- M. F, Navarro, à Madrid. — S’adresser à M. Lemoine, à Crosnes (Seine-et-Oise).
- M. E. M,, & Paris. — Une couche de goudron ordinaire conviendrait probablement.
- M. A. Guilhermin, à Paris. — Dans un terrain entièrement clos de murs, il est toujours permis d’établir pour son usage personnel une ligne téléphonique.
- M. Dumas, à Pont-en-Royans. — 1° Compagnie continentale Edison, 8, rue Caumartin, à Paris. — 2° Pour ce qui concerne le phonographe, il faut s’adresser à la Société concessionnaire, 22, Northumberland avenue, à Londres. — 3° Un petit morceau de caoutchouc est placé entre la lame et le disque ; l’explication est donnée dans l’article.
- M. R. J., au Chili. — 1° Nous avons publié une série d’articles sur les coureurs; voy. le n° 564, du 22 mars 1884, p. 259; le n° 572, du 17 mai 1884, p. 386; et le n° 574, du 31 mai 1884, p. 427. — 2" L’adresse est donnée plus haut.
- M. V. Cavazzocca, à Vérone. — 1° Horloge électrique : M. Ilennequin, à Beauvais (France). — 2° Le Formidaire de l'électricien (G. Masson, éditeur) vous conviendra.
- Un abonné, à Lurz. — 11 n’est pas nécessaire d’établir un paratonnerre; mais il faut mettre aux deux extrémités de la ligne des petits parafoudres.
- M. V. Martineau, à Bruxelles. — 1° Il faut changer parfois le sens du courant. — 2° Les accumulateurs doivent pouvoir donner de 40 à 50 ampères-heures.
- M. T. J., à Bourg. — Au sujet de ce que vous demandez, eorde et toile d’amiante, vous pouvez vous adresser à M. Henry Ilamelle, 21, quai Valmy, à Paris.
- M. Pilault, à Rayes. — Machines à glace : Compagnie industrielle des procédés Raoul Pictet, 19, rue de Grammont, à Paris; et MM. Rouart frères, 137, boulevard Voltaire, à Paris.
- M. Gustave Léger, à Londres. — Le bleu céleste des pharmaciens est formé par une solution aqueuse de sulfate de cuivre, dans laquelle on verse de l’ammoniaque.
- M. P. P., à Lyon. Avant de porter un jugement sur la pile que vous mentionnez, il serait nécessaire que nous en connussions exactement la composition.
- M. Félix Martin, à Bordeaux. — Le procédé de développement à l’acide pyrogallique et au carbonate de soude, est très avantageux; nous nous en servons depuis longtemps avec toute satisfaction.
- M. Xavier R., à Paris. — Consultez les œuvres d’Arago.
- Accusés de réception. — Avis divers : L’abonné 294, à Paris. Les petits appareils que vous décrivez sont connus depuis longtemps; tous les détails de construction ont été publiés. — M. A. Marie, à Caen; M. le comte G. de Voisins, à Marseille. L’adresse est donnée en tête de la présente Boite aux lettres. — M. Allan Serge, à Genève. Pour ce qui concerne les Annonces, il faut s’adresser à l’Office de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris. — M. E. M., h Versailles. Nous allons prendre des informations, et nous en parlerons, s’il y a lieu. — M. H. de Fresnaye, à Falaise. Nous avons reçu votre communication que nous transmettons à l’auteur et nous vous répondrons prochainement. — M. Thaon, à Mont-louis. Il vous sera donné une réponse ultérieurement. — M. L. de C. à Sainte-Menehould. Nous n’avons pas d’autres renseignements; il faut vous adresser au secrétariat de l’Académie des sciences. — M. B. Burgay, à Pau. 1° Votre demande a été transmise à la librairie Masson ; 2° nous essayerons de vous donner satisfaction. — M. Rorat, à Antoura. Pour la machine à cigarettes de M. Decouflé, s’adresser à l’inventeur-constructeur, 6, rue Roger, à Paris. — M. F. Rebattu, à Digne. Le journal le Cycle, à l’imprimerie Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris, vous conviendra. — M. J. R., à Bordeaux. Quelques expériences ont été faites sur le chauffage électrique; mais il n’a pas paru d’ouvrage détaillé sur cette intéressante question. — M. J. W-, à Paris. Il faut vous adresser directement au constructeur indiqué en tête de la Boite aux lettres du même numéro. — M. J. B. D., à Saint-Etienne. 1° De nombreux articles ont été publiés sur les téléphones dans La Nature; voyez la Table des dix premières années; 2° le petit livre de la Science pratique, à la librairie Masson, indique plusieurs procédés contre le suintement des lampes à pétrole. — M. T. V., à Gand; M. L. H., à Paris; M. H. Debailleul, à Marcq-en-BarœuI. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur). — M. E. R., à Besançon. Il n existe pas de livre de ce genre. — M. de Rivières, à Paris; M. H., à La Rochelle; M. H. Berger, à Salonique; M. Léo, à Chéragas. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. H. Fou-card, à Nice; M. F. Bergmann, à Lyon; M. A. Marcel, au llâvre. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES:
- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- AVRIL-MAI-JUIN 1892. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES
- • Cocher
- Persée
- Moue he
- i Juin
- Avril
- xJuil
- lJuin
- Poissons
- RNE
- M. SATl •J.
- PetitChien
- Orion'
- Baleine
- Lièvre
- Grand/Chien
- i Avril
- Tjuïn :ïi # • «Il .s s aie au n [éridien
- V—a Ci mroifne
- Hercule
- Dauphin
- Poissons
- Aigle et A itinoüs
- Verse
- S erpent
- URAflUS
- ’iAvril
- orpio
- Sagittaire
- Pô sson Aust 'al
- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- Eclipse totale de Soleil, le 26 Avril 1892, invisible à Paris.
- Commencement de l’éclipse générale, 26 avril, à 7 h. 56 m. 1, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 171° 40' E. de Paris, latitude = 57° 43’A.
- Commencement de l’éclipse totale, 26 avril à 9 h. 15 m. 0, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 155° 26' 0. de Paris, latitude = 75° 52'A.
- Commencement de l’éclipse centrale, 26 avril à 9 h. 17 m. 9, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 150° 40' 0. de Paris, latitude = 76“ 27' A.
- Eclipse centrale à midi vrai, 26 avril, à 9 h. 22 m. 8, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 141° 18' 0. de Paris, latitude = 64“26' A.
- Fin de J’éclipse centrale, 26 avril, à 10 h. 52 m. 0, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 83“59' 0. de Paris, latitude = 37“3’ A.
- Fin de l’éelipse totale, 26 avril, à 10 h. 54 m. 8, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 84“10' 0. de Paris, latitude — 35“ 37' A.
- Fin de l’éclipse générale, 26 avril, à 12 h. 13 m. 6, temps moyen de Paris, dans le heu, longitude = 95® 49' 0. de aris, latitude = 10° 38' A.
- Éclipse partielle de Lune, le 11 mai 1892, visible à Paris.
- Temps moyen de Paris.
- Entrée de la Lune dans la pénombre, 11 mai à. . . . 8 h. 5 m, 4
- Entrée dans l’ombre, 11 mai à.............................9 h. 19 m, 7
- Milieu de l’éclipse, 11 mai à........................... 11 h. 2 m, 8
- Sortie de l’ombre, 11 mai à..............................12 h. 45 m, 9
- Sortie de la pénombre, 11 mai à..........................14 h. 0 m, 3
- Grandeur de l’éclipse =.0,953, le diamètre de la Lune étant un. Lever de la Lune à Paris, le 11 mai, à 7 h. 19 m.
- Occultations des Etoiles par la Lune,
- 1892. Nom de l’astre. visibles Grandeur. à Paris. Immersions. Émersions.
- Avril. 2 139 Taureau. 5,6 • 12 h. 48 m, 2 *13 h. 28 m, 8
- — 9 b Vierge. 6 14 h. 17 m, 4 15 h. 10 m, 0
- — 10 y' Vierge, 5 13 h. 52 m, 4 ippulse t 4’8 dn bord
- Mai. 4 Lion. 3,4 6 h. 39 m. 0 7 h. 54 m, 5
- — 8 9 Vierge. 4,5 12 h. 6 m, 1 13 h. 13 m, 9
- — 12 19 Scorpion. 5 15 h. 36 m, 9 16 h. 50 m, 4
- — 15 t Sagittaire, v' Verseau. 3,4 16 h. 8 m, 2 16 h. 49 m, 4
- — 19 6 15 h. 11 m, 5 16 h. 21 m. 4
- Juin. 6 X Vierge. 4,5 2,3 7 h. 52 m, 5 8 h. 58 m, 6
- — 8 S Scorpion. 12 h. 26 m, 0 13 h. 13 m, 3
- — 10 3 Sagittaire. var. 12 h. 22 m, 9 12 h. 58 m, 5
- — 20 rs Bélier. 5,6 13 h. 59 m, 9 ' 14 h. 46 m, 8
- * L’étoile est sous l’horizon. Satellites de Jupiter. ÉCLIPSES. OCCULTATIONS.
- 1892. Satellites. Commencement. Fin. Immersion. Émersions.
- Mai. 31 I 15 h. 2 m. 44 s.
- Juin. 9 I 14h.51 m.
- — 12 III 15h. Om.
- — 13 11 14 h. 16 m.
- — 19 111 14h. 0m. 5s.
- — 20 11 14 h. 18 m. 55 s. 14h.24m.
- — 23 I 15h.13m.13s.
- — 26 111 15 h. 32 m. 13 s.
- — 27 11 14h.22m. 4s. *
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité général de la vigne et des vins. Etude complète au point de vue théorique et pratique de la vigne, de la vinification des vins, des résidus de la vigne et des vins, de l’analyse des vins, et des falsifications, par Emile Viard, chimiste. 1 vol. in-8°, avec 120 figures dans le texte.—J. Dujardin, 24,ruePavée-au-Marais, à Paris, et à Nantes chez l’auteur, 10, rue Kervégan. Prix : 15 francs.
- La lutte pour la santé. Actualité d’hygiène et de médecine sociales, par le Dr E.Monin, secrétaire de la Société française d'hygiène A vol. in-18. Librairie E. Flammarion. — Paris, 1892. Prix : 3 fr. 50.
- Annales de l’Ecole nationale d’agriculture de Montpellier. Tome VI; 6e année, 1891. 1 vol. grand in-8\ Camille Goulet, libraire-éditeur. — Montpellier, 1892.
- Elude physiologique sur l’ivresse, ses causes, ses formes et ses conséquences, par N. Basset. 1 vol. in-18. Vve Babé et Cie, éditeurs. — Paris, 1892. Prix : 6 fr.
- Manuel du chaudronnier en fer, par J. Villard, ingénieur. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque pour tous. Librairie E. Flammarion. — Paris, 1892. Prix : 75 centimes.
- Les salades toute l’année, par J. Foussat. Brochure contenant 22 figures. Paris. J. Michelet, 26, quai des Grands-Augustins. Paris, 1892. Prix: 1 fr. 25.
- Petit manuel d’installation de la lumière électrique, par H.-B. de Laqueuille. Paris. J. Michelet, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
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- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES BU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 14 mars 0”,0 N. N. E. 3 Couvert. 5,2 A peu près couv. jusq. 18 h., beau ensuite ; neige jusqu’à 7 1/2.
- Mardi 15 — 1°,6 S. S. W. 3 Beau. 0,0 Beau jusq. 10 h. ; puis nuageux, couv. après 15 h.; pluie dans la soirée.
- Mercredi 16 .... . ;6*,i W. N. W. 5 Couvert. 5,7 Nuag. de 10 à 20 h. ; couv. av. et ap ; pluie jusq. 6 b. 1/2.
- Jeudi 17 6*,6 S. S. E. 2 Couvert. 0,3 Couv. jusq. 10 h.; puis uuag., beau après 18 h. un peu de pluie à 5 il. 1/2.
- Vendredi 18 5%4 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau ; gelée blanche.
- Samedi 19 3%7 E. N. E. 2 Beau. 0,0 Beau ; sans trace de nuage.
- Dimanche 20 0°,5 N. E. 2. Beau. 0,0 Sans trace de nuages jusq. 17 h. ; quelques nuages à l’horizon, ensuite gelée blanche.
- MARS 1892. — SEMAINE DU LUNDI 14 AU DIMANCHE 20 MARS 1892
- Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe super.eure indique la nébulosité de () à 10; les /lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la merç, courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Ues inondations en Espagne. — Des inondations ont eu lieu en Espagne à la date dû 10 mars. A Séville, le Guadalquivir a atteint une hauteur jusqu'à ce jour inconnue dans les précédentes inondations. Les faubourgs ont été submergés et la pluie n’a cessé de tomber. La circulation des trains venant d’Alicante a été interrompue. Les plaines ont été inondées et beaucoup de maisons se sont écroulées.
- Le 18 mars, le fleuve avait notablement baissé à Séville : les eaux atteignaient cependant encore une hauteur de 5 mètres au-dessus du niveau ordinaire.
- Un bolide au Vigan. — S’il faut en croire les renseignements qui nous parviennent, un bolide en feu serait tombé dernièrement dans le canal qui traverse les prairies de Tessan, près du Vigan (Gard). On a
- d’abord aperçu une longue traînée lumineuse, puis on a entendu la chute d’un corps dans le canal.
- h» tache solaire du mois de février. — Nous emprunterons au journal Ciel et Terre quelques renseignements sur la tache solaire gigantesque dont l’apparition a coïncidé avec la perturbation magnétique des 15 et 14 lévrier. Cette tache énorme, qui a été visible à l’œil nu du 7 au 16, était composée d’un grand nombre de noyaux entourés d’une pénombre nettement délimitée. M. Sclimoll a observé à Paris, le 9 fé-viier, que le groupe renfermait 142 taches. Des photographies ont été prises à l’Observatoire de Greenwich, le 13 février, au moment où la tache avait atteint sou développement maximum. La superficie totale a été trouvée égale à 8736 millions de kilomètres carrés, soit environ dix-sept fois la surface de la terre (= 510 millions de kilomètres carrés). Ce groupe de taches est le plus considérable que l’on ait observé depuis 1873.
- PHASES DE LA LUNE : Apogée le 15. — Équinoxe le 20, à 3h,3I“ matiui
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- ||Supplément à «LA NATURE» du 2 avril 1892 (n° 983)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boite aux lettres b doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.} DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIB G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- Société d’excursions des amateurs de photographie1. — La Société d'excursions des amateurs de photographie, fondée en 1887 et qui compte près de 200 membres, vient de recommencer ses excursions. L’endroit choisi était la forêt de Fontainebleau qui est magnifique en ce moment et offre toujours de fort intéressantes études au point de vue photographique. Les sociétaires, qui avaient envoyé leur adhésion, prenaient le mercredi 23 mars le train de 7h,45 et arrivaient une heure après à Melun où deux breaks les emmenaient à Barbizon déjeuner à l’hôtel de la Forêt, bien connu des artistes. A 11^,30 ils partaient pour le carrefour de Belle-Croix qui avait été choisi comme point capital de l’excursion et où se trouvent plusieurs sites fort pittoresques. Le temps était superbe ; les arbres se profilant majestueusement sur le ciel tentaient plusieurs amateurs, pendant que d’autres, cherchant un effet d’eau, braquaient leurs appareils sur une mare où se reflétaient des rochers. Quand il fallut repartir, tous regrettaient de ne pouvoir prendre encore quelques vues. Les voitures ramenaient les excursionnistes à Melun, en longeant les gorges d’Apremont, et en traversant la belle futaie du Bas-Bréau, elle train de 5\4I ramenait les voyageurs à Paris à fi11,45. — Le Comité va organiser d’autres excursions (Gisors, Provins, Armenonville, les Yaux-de-Cernay, la vallée de Chevreuse) ; il a décidé, pour encourager les sociétaires à prendre part à ces excursions, toujours amicales, et pour récompenser le travail personnel, d’offrir des médailles aux auteurs du plus bel ensemble d’épreuves, aussi bien au point de vue photographique qu’au point de vue artistique.
- INFORMATIONS
- : La question que nous avons posée la semaine dernière à
- nos lecteurs, relativement aux confetti, n’est pas restée sans réponse. M. Painard, à Abbeville, nous adresse la Note suivante empruntée à la Revue générale de la papeterie. Voici comment les eon-i tetti se fabriquent. « Lc3 industriels qui les confectionnent se servent d’une série d’emporte-pièces qui tranchent dans quarante ou 1 cinquante épaisseurs de papier. Les papetiers, qui n’en font que
- pour leur débit, réussissent, avec un seul outil, à en faire des quan-
- tités considérables; l’empaquetage est la dépense la plus grande. On se sert de rognure; si l’on en manque, on emploie du papier coûtant 50 francs les 100 kilogrammes. A Paris, en un jour, il a été vendu 20 000 kilogrammes de confetti, soit 80 000 sacs à raison de , 50 centimes le sac, et, comme on ne savait où en trouver, des
- ' camelots les revendaient lfr,50 et 2 francs le sac. La province ne
- reste pas en arrière : à Rouen, à Bordeaux, à Lille, à Lyon, à Mar-
- seille et autres villes, les confetti ont fait leur apparition.
- —Un nouveau produit, appelé ozonine, paraît destiné à Tendre des services dans les industries de blanchiment. Dans la proportion de 1 gramme pour 1 litre d’eau, l’ozonine agit énergi-
- 1 Pour tous renseignements, s’adresser au secrétaire, M. G. Rolland, 2, rue de Sfax, à Paris.
- quement sur les fibres, le bois, la paille, le liège, le papier, ainsi que sur les solutions de gomme et les savons; et l’effet dë blanchiment est identique dans les solutions acides et dans les solutions alcalines. On obtient ce produit de la façon suivante : on dissout 125 parties de résine dans 200 parties d’huile de térébenthine, puis on ajoute une solution de 22 à 25 parties d’hydrate de potassium dans 40 parties d’eau, et 90 parties de peroxyde d’hydrogène. La gelée obtenue, exposée à la lumière, se change en deux ou trois jours en un fluide clair auquel on a donné le nom d’ozonine. Cette transformation peut aussi s'obtenir dans l’obscurité, mais elle demande alors plusieurs semaines pour être complètement terminée.
- —Pour montrer à quel degré de perfection est arrivée, depuis quelques années, l’industrie du laminage, le journal anglais Paper Maher signale ce fait qu’on a réussi à obtenir des tôles de fer ayant seulement 1/1800e de pouce d’épaisseur, c’est-à-dire que 1800 de ces feuilles superposées et pressées les unes contre les autres n’auraient qu’une épaisseur totale de 1 pouee, soit 27 millimètres. Pour donner une idée exacte de la finesse de ces feuilles, il nous suffira d’ajouter qu’elle est supérieure à celle du papier à cigarettes le plus fin, dont 1200 feuilles représentent à peu près la même épaisseur.
- —Deux velocemen ont effectué en Algérie le trajet de Biskra à Tuggourt aller et retour, soit 225 kilomètres, en vingt heures. Ces amateurs estiment que, pour les excursions dans le Sahara, le vélo-pneumatique est celui qui conviendra le mieux à ces régions sablonneuses, et que sur cette monture quinze heures suffiront pour franchir ce désert. Dans l’oasis, la curiosité des indigènes fut telle que les vélocipédisles ont dù retarder l’heure de leur départ pour permettre à tous les indigènes d’examiner le vélocipède qu’ils ont surnommé le cheval qui ne mange pas d'orge.
- —$£— Aux États-Unis, c’est l’État d’Arkansas qui fournit les meilleures pierres à aiguiser naturelles. Elles conviennent surtout aux outils fins. Dans cet Etat, on trouve des couches de novoculite, d’une étendue remarquable. La novoculite est de nature schisteuse, ordinairement combinée avec du calcaire, et la roche ainsi obtenue a subi un changement moléculaire, qui la rend particulièrement
- ropre à l'affûtage. L’Arkansas alimente la consommation totale des
- tats-Unis, sans compter l’exportation. Le principal dépôt de novo-eulile se trouve sur une colline de 150 mètres de hauteur. C’est une pierre d’un blanc de neige. Son extrême dureté fait qu’on ne peut la tailler qu’avec la poussière de diamant. Aussi est-elle très coûteuse.
- —Des forages systématiques faits depuis quelque temps près de la ville de lleerlen, en Hollande, viennent d’aboutir à la découverte d’un gisement de houille, qui atteint à des profondeurs variant de 50 à 150 mètres seulement. Les couches ont de 5 à 5 pieds d’épaisseur. D’apres li on, de Londres, ce gisement ne serait que la continuation du bassin houiller de la Wurm. On se propose, paraît-il, d’exploiter cette mine, qui sera desservie par le chemin de fer, actuellement en construction, de Herzogenrath à Sittard.
- —51$— A Aurillac, on a mis au jour, en faisant des fouilles dans les fondations de la maison portant le n° 14 de la rue du Prince et appartenant à M. Poignet, conseiller municipal, une urne remplie de pièces d’or des quinzième et seizième siècles. Une partie de ces pièces sont d’origine espagnole ou italienne; les autres, aux effigies de Charles IX et de Henri III, semblent comme neuves. M. Poignet estime ce trésor à plus de 100 000 francs. On suppose qu’il aura été caché là pendant les guerres de religion.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le fécu-lomètre de MM. A. Girard et E. Fleurent se trouve chez M. Digeôn, constructeur, 15, rue du Terrage, à Paris.
- Communications. — M. E. Belloc, à Paris, à propos de l’origine du mois d’aoùt (n° 975, du 23 janvier 1892, p. 123) nous adresse la lettre suivante : « Le huitième mois de l’année fut nommé Augusius pour consacrer la mémoire d’Auguste, et on dit encore A goût en patois toulousain. L’origine du mot n’est pas douteuse ; mais, si l’on considère surtout le son de la voyelle u, qui se prononce ou dans la plupart des langues étrangères, on voit que la langue d’oc emploie un dérivé encore plus en rapport avec la racine latine Augusius. C’est le substantif Agust que les Toulousains prononcent Agoust et non pas Agout. Par la même occasion, je signale une particularité assez curieuse de cette langue d’oc qui se corrompt chaque jour davantage et finira par disparaître avant peu d’années. En langue d’oil, notre français actuel, excepté dimanche, chaque jour de la semaine finit par la syllabe ai; en langue d’oc, au contraire, les mots commencent tous par di.
- Langue d’oil Langue d'oc
- Lun .di Di .lus
- Mar # di Di , mars
- Mercre... .di Di mècrès
- Jeu .di Di djaous bèndrès
- Vendre... .di Di
- Same .di Di ssatté
- Dimanche Di méndjé
- Etant donnée l’origine des deux langues, cette comparaison ne manque pas d’intérêt, »
- M. G. Jacqitemin, à Paris, nous adresse une brochure qu’il vient de publier sur les levures pures de vin actives et l’amélioration des vins en 1891. Cet opuscule renferme les résultats des recherches de l’auteur pour isoler la levure des raisins de grands crus, et pour rendre pratique l’emploi des levures pures.
- M. B. M. C. de Castro, à Petropolis, nous communique la Note suivante qui peut être utile aux amateurs de photographie : « Un bain à G pour 100 de sel ordinaire de cuisine additionné de quelques gouttes d’ammoniaque est un préservatif excellent contre la perte de ton que subissent, au fixage, les épreuves positives sur papier albuminé. 11 suffit d’y laisser tremper les épreuves cinq minutes après un court lavage à l’eau pure à la sortie du bain de virage. »
- Renseignements. — M. A. C., à Morlaix. — 1° Nous n’avons pas d’autre adresse que celle indiquée dans notre Boîte aux lettres. — 2° Nous ne pensons pas qu’avec cette source lumineuse vous puissiez éclairer une gerbe de 2 mètres ; il faudrait faire une expérience.
- M. A. Dolmans, à Marcinelle. — 1° M. C. Chardin, 5, rue de Châteaudun, à Paris. — 2° Appareils du Dr Fontaine Atgier, chez M. Mors, 8, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. H. Duhamel, à Lausanne. — 1° Vernis : M. Bolloré-Sœhnée, 19, rue des Filles-du-Calvaire, à Paris. — 2° Il faut prendre de l’essence de pétrole.
- M. G. D., à Paris. — Ces essais ont été momentanément arrêtés par des difficultés.
- Mme F. M., à Paris. — Les serres à raisins de Bailleul et Roubaix appartiennent à la Société Phalzer et Cie; elles ont été construites par M. A. Cordonnier.
- M. A. Michéa, à Paris. — 1° Nous ne connaissons pas le constructeur dont il est question. — 2° Un article a été publié sur le phare et les projecteurs de la Tour Eiffel; vovez le n° 855, du 18 mai 1889, p. 585.
- M. Ch. Broyer, à Paris. — 1° Nous avons parlé d’un journal électrique dans noire dernière Boîte aux lettres. — 2° Nous avons également signalé plusieurs journaux photographiques.
- M. J. Flourens, à Béziers. — 1° Il suffit de munir votre
- appareil d’un bon obturateur rapide, et vôus pourrez faire.tous les instantanés que vous désirez. — 2° Nous examinerons et publierons, s’il y a lieu, toutes les communications que vous voudrez bien nous envoyer.
- M. E. Blanc, à Monza. — Prenez la glacière des familles, aux magasins de la Ménagère, boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris ; nous avons aussi indiqué d’autres machines à glace dans notre précédente Boîte aux lettres.
- M. Wattelin, à Paris. — La commande du compteur par la roue n’est pas à l'extérieur, comme vous le pensez, mais à l'intérieur. Attendez la description des procédés de réalisation avant de porter un jugement : les dispositions prises par les divers constructeurs ont déjà fait justice de vos objections. Notre dessin n’est qu’un diagramme théorique montrant les pièces ajoutées aux voitures ordinaires pour'en faire des voitures à compteurs. Un chronographe est un appareil bien plus délicat qu’un compteur, et il ne s’arrête cependant jamais dans la poche du voyageur qui le porte, quels que soient les cahots auxquels ils sont soumis.
- M. Henri de Fresnaye, à Falaise. — Voici la réponse que nous adresse l’auteur, au sujet de votre lettre sur le sifflet de la locomotive. « Dans le cas présent,‘il est évident que si la locomotive s’approche : 1° la distance de la locomotive à l’oreille diminue ; 2° les vibrations sonores ont une distance moindre à franchir; 3° l’oreille en percevra davantage dans le meme intervalle de temps que si la distance ne s’était pas raccourcie. »
- M. J. P., à Saint-Quentin. — Evaporer le liquide sur une lame de platine, vous verrez s’il laisse un résidu.
- Un abonné, à Quintin. — Adressez-vous à M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. X., à Paris. — 1° Dans le deuxième cas que vous citez, il y a dépense d’énergie musculaire. — 2° Le poids, en retombant, produit 10 kilogrammètres.
- M. X., à Vierzon. —Faubourg-Poissonnière, 91, à Paris.
- M. H. Wintsch, à Kennelbach. — La machine que vous désignez est aussi un bon appareil.
- M. L. Bunel, à Culoz. — Les traités de numismatique sont très nombreux ; vous trouverez des indications dans le Manuel de bibliographie universelle, à la librairie encyclopédique de Roret, 12, rue Hautefeuille, à Paris.
- M. A. R., h Tourcoing. — 1° L’édifice peut être protégé par ce paratonnerre, à la condition d’adopter certaines dispositions.
- — 2° Vous aurez des renseignements en vous adressant au Ministère du commerce et de l’industrie.
- M. L. P. Boniche, à Buenos-Ayres. — L’installation que vous projetez nous semble très possible; écrivez à la maison Mildé, 26, rue Laugier, à Paris.
- M. V. Buvel, à Lyon. — Vous trouverez des études complètes sur les foraminifères dans différents ouvrages ; voyez notamment Le monde de la mer, de Frédol. (Hachette, éditeur.)
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Marcel, à Orléans, Adressez-vous à des marchands de livres d’occasion — M. A. T., à Lausanne. De pareils procédés ont déjà été mis en pratique. — M. L. Louvrier, à Rouen. Ces statistiques bien exactes n’existent pas, à notre connaissance.— M. Delaurier, à Paris. Votre communication est un peu spéciale; nous regrettons de ne pouvoir l’utiliser.
- — L'abonné A. B., à Paris. Nous vous donnerons prochainement l’explication que vous désirez. — M. Duvivier, à Bruxelles. Il vous est donné satisfaction dans la présente livraison. — M. E. M., à Versailles. Nous allons prendre des informations sur le sujet que vous signalez. — M. Jourdain, à Paris. Nous ne nous rappelons pas avoir reçu de lettre de vous. — M. L. Dufau, à Pointe-à-Pitre. Nous avons déjà indiqué, à plusieurs reprises, des adresses de fabricants de couveuses artificielles; voyez les Boîtes aux lettres précédentes. — Un lecteur, à Neuchâtel. Adressez-vous aux grands libraires de Paris. — M. R. L B., à Paris. 1° Le dépôt est formé par de l’alun de chrome; il faut le détacher en grattant; 2° consultez le petit livre indiqué ci-dessous. — M. J. L., à Watten; M. F. Chartroux, àBrindisi; M. L.R.,k Bordeaux. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. II. E., à Paris; Un abonné, à X.; M. J. Bray, à Albi. Regrets de rie pouvoir vous renseigner. — M. F. Witz, à Bischwiller. Remerciements pour vos communications.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Cours du Muséum d’histoire naturelle h Paris. —
- M. Dehérain, membre de l’Académie des sciences, professeur de physiologie végétale appliquée à l’agriculture, au Muséum d’histoire naturelle, a ouvert ce cours le mardi 22 mars 1892, à 2 heures, dans l’amphithéâtre de la galerie de minéralogie, et le continuera les samedis et mardis suivants à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren'r seignemen/s qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITES INTENTIONS1
- Fer & cheval sans dons. — La nouveauté de la ferrure que nous allons faire connaître consiste dans le mode d’attachement et dans l’absence de clous. Notre dessin suffit pour expliquer le système. Voici comment on l’utilise. On pose le pied du cheval sur le fer, après l’avoir paré, en donnant un ou deux coups de marteau pour faire entrer les pointes dont le système est muni ; ces pointes n’ont qu’un demi-centimètre de hauteur, de façon qu’il n’y ait aucun jour entre le sabot et le fer. On fixe une bande qui est toute préparée d’avance, dans le montant intérieur du fer, de façon qu’aucune saillie n’existe pouvant blesser le cheval. Cette bande est ensuite ramenée autour du sabot à une distance de 2 ou 3 centimètres
- Nouveau fer à cheval sans clous. — A, Vue de face. — B. Vue de profil.
- de la naissance de la corne, et ensuite serrée légèrement par une petite vis au côté extérieur du talon. Cela une fois fait, on pose deux petites bandes latérales que l’on serre autant que possible, puis on les arrête par des tenons. On resserre ensuite la vis de façon que la bande supérieure soit appliquée solidement contre la corne. Le fer se trouve ainsi posé. Ce genre de ferrure supprime les nombreux inconvénients de l’ancien système à clous, crevasses, piqûres, etc. Il peut se poser par le premier venu en quelques minutes et offre toutes les garanties de solidité et de bon marché. Ce fer est déjà employé en Angleterre depuis plusieurs mois, et jusqu’à présent tous ceux qui l’ont essayé trouvent qu’il apporte un grand progrès dans le ferrage des chevaux. — Pour tous renseignements, s’adresser à M. G. de Klapka, 26, boulevard des Italiens, à Paris.
- Coupe-mèche pour lampes & pétrole. — Le coupe-mèche figuré ci-dessous sa pour objectif la propriété de couper la mèche d’une lampe soit à l’huile ou au pétrole et de toutes dimensions avec régularité, ce qui empêche la lampe de filer, de noircir le verre et de le casser. Il suffit de poser le petit appareil
- Coupe-mèche pour lampes à pétrole.
- sur la mèche, et de tourner le bouton placé à la partie supérieure, ce bouton fait tourner une hélice à palettes coupantes, qui enlève les parties brûlées de la mèche et les empêche de tomber à l’intérieur de la lampe. Il faut avoir soin de ne pas lever la mèche au delà de la fraction brûlée qu’il s’agit d’enlever. — Dépositaire du nouveau coupe-mèche : M. D. Gau-drillier, 8, rue Poisson, à Paris.
- Carcasse d’abat-jour articulée. — Les grands abat-jour sont depuis quelques années à la modei et les maîtresses de maison se plaisent à les confectionner en papier, tissu ou dentelle; nous ferons connaître aujourd’hui, d après une com-
- 1 La description des appareils est gratuite. Là rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces. .
- munication que nous adresse un de nos lecteurs, M. Foussadier, un nouveau système de carcasse qui facilite cette fabrication. La carcasse que nous représentons ci-dessous sert à tous les abat-jour, montés, plissés ou chiffonnés; elle permet de poser la lampe sur un meuble ou sur une cheminée sans retirer l’abat-jour, quelle que soit sa grandeur; elle prend à volonté différentes formes, étoile, carré, carré grec, comme le inon-
- Nouvelle carcasse <l’abat-jour articulée.
- trent les n°' 2 et 3 de notre figure. L’abat-jour fabriqué s’incline à volonté pour accroître ou diminuer la lumière.— La gravure ci-dessus représente en I, la carcasse d’abat-jour pliée, en 2 et 3 deux variétés de formes que l’on peut lui donner, et en 4 la carcasse montée, à gauche en coupe, et à droite garnie de son étoffe. — S’adresser, pour les carcasses articulées, à M. Ch. Barthélemy, 70, Faubourg-Saint-Martin, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Moyen de prévenir la goutte. — Le meilleur moyen de prévenir la goutte est assurément d’avoir une hygiène sévère, de ne faire aucun écart de régime, de brûler son excès d’acide urique par des exercices méthodiques, escrime, gymnastique ou, plus simplement, la marche. Mais bien des goutteux vous diront qu’ils observent un régime de véritable anachorète, qu’ils ne prennent pas la.moindre dose de vin vieux, de liqueur, et que cependant de .temps à autre ils ont un bon accès de goutte. C’est à ces déshérités d’une parfaite santé que s’adresse le conseil donné par le Dr Foucaut et préconisé tout récemment par un des plus distingués médecins de notre marine, le DrBé-renger-Féraud. En prenant, pendant un certain temps, une etite dose d’acide lactique/on verrait diminuer d’intensité et e fréquence, puis disparaître les attaques de goutte. Voici comment il convient de prendre ce médicament. Le malade se munit d’une provision de 40 grammes d’acide lactique, additionnée d’une égale quantité d’eau, de manière qu’une cuillerée à café de solution représente environ 2 grammes d’acide lactique. Tous les matins il verse une cuillerée à café de cette solution dans la valeur de deux, trois ou quatre verrées d’eau, soit au moins un bon demi-litre. On peut édulcorer cette mixture avec un peu de sirop de sucre, de framboises ou de limons, et on boit le tout par petites doses dans le courant de la journée. Au bout de vingt jours, la provision , est épuisée. On suspend la médication pendant une dizaine de jours, pour recommencer ensuite de la même manière, et cela, ajoute le Dr Bérenger-Féraud, pendant une période qui doit être de plusieurs années. Si le remède n’est pas efficace, il est, en tout cas, assez inôf-fensif, sauf peut-être pour quelques estomacs délicats qui pourraient éprouver un peu de fatigue de cette ingestion continue d’acide.
- Coupures. — A qui n’est-il pas arrivé de se faire une entaille avec un canif, un couteau trop bien affilé et mal tenu en main ? Ces petites plaies, plus gênantes que douloureuses, demandent’ à être pansées avec soin pour éviter l’inoculation de produits ‘ malsains, l’introduction ae poussières, corps étrangers qui' peuvent être l’origine d’accidents plus ou moins graves.
- Supposons le cas le plus simple, une coupure au doigt. Lavez à grande eau, s’il se.peut, à l’eau boriquée, 3 pour 100, ou' légèrement phéniquée; comprimez un instant avec un tampon" d’ouate hydrophile et une compresse serrée par-dessus pour arrêter l’écoulement sanguin.
- La plaie est-elle nette, sans mâchures,. comme le produit uni
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- instrument tranchant, rapprochez les lèvres de la plaie avec de petites bandelettes de baudruche gommée, de sparadap ou l’un des nombreux taffetas antiseptiques qui se vendent dans les pharmacies, recouvrez d’un peu d’ouate et roulez autour une petite bande (la poupée classique).
- Parfois l’hémorragie est moins facilement arrêtée. C’est dans ees cas que les vieilles traditions conseillaient l’application de toiles d’araignée. Rien ne saurait être plus dangereux : une toile d’araignée, recueillie dans un coin d’appartement, au fond des caves, n’est rien moins que propre et on risquerait fort d’envenimer une plaie; j’en dirai autant de l’amadou, à moins que celui-ci n’ait été aseptisé préalablement. N’usez pas non plus du perchlorure de fer; c’est un agent qui dépasse presque toujours le but que l’on se propose. Prenez simplement une com-
- presse de gaze phéniquée, mettez de l’ouate par-dessus et laissez ce petit pansement compressif pendant vingt-quatre heures.
- L’hémorragie est-elle due à un petit vaisseau, une artériole, comme dans les plaies profondes ; il faut la saisir avec une pince à forcipressure et la lier; mais cela devient presque une opération chirurgicale.
- La section est-elle sérieuse, l’hémorragie grave, faites sur la plaie, par-dessus le pansement, une compression avec une bande élastique, en attendant le médecin.
- Si la plaie est mâchée, comme dans les plaies contuses, la section par des dents de scie, etc., arrêtez le sang comme dans le cas précédent, puis étendez sur de la gaze aseptique un peu de vaseline boriquée et mettez par-dessus un peu d’ouate maintenue par quelques tours de bande. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES D(J MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 21 mars 2*,7 E. S. E. 1 Beau. 0,0 Beau jusq. 14 li., puis peu nuag.; gel. bl., halo; atm. bien claire.
- Mardi 22 ...... . 8",3 N. W. 2. Couvert. 0,0 Couvert, pluie une grande partie du temps, transp. atm. 3 km. a 7 h.
- Mercredi 23 5*,0 N. N. E. 3 Couvert. 6,2 Couv. jusq. 10 h., beau ens., transp. alm. 5 km. à 6 h. atm. claire ap. midi.
- Jeudi 24 1*,1 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Couv. à 5 h., beau du reste, gel. bl.; transp. atm. 8 km. à 7 h.
- Vendredi 25. .... 0°,4 N. N. E. 2 Peu nuageux. 0,0 Beau av. 4 h. et de 8 h. à 15 h.; couv. le reste du temps, brouill. de 150 m. à 5 h.; atm. extraord. cl. à 17 h.
- Samedi 26. . . . . . 9%5 S. S. W. 2 Peu nuageux. 0,0 Tr. nuag ; gouttes; qq. coups de tonnerre à partir de 17 h. 13, puis éclairs de temps en temps jusqu’ap.22 b.
- Dimanche 27 7%5 S. S. W. 2 Couvert. 0,0 Beau à 1 h. couv. ens.; pi. de 10 à 17 h.; br. de 300 m. à 7 h.; tr. brum.,br. le soir; qq. éclaire, dans la soirée.
- MARS 1892. — SEMAINE DU LUNDI 21 AU DIMANCHE 27 MARS 1892
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boute seche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Bolide. — Un bolide a été observé à Excideuil (Dordogne) le 24 mars 1892, à 8b,20“ du soir. Il a parcouru l’espace dans la direction du nord-nord-est au sud-ouest, en laissant sur son passage une trace lumineuse qui a persisté deux à trois secondes. (Communiqué par M. E. Chavoix, à Excideuil.)
- Parliélie. — Le jeudi 24 mars 1892, à 5\20™ du soir (heure de Paris), un parliélie ' a été observé au Parc de Baleine (Allier). La moitié ouest du ciel était envahie par des cirro-stratus dont la structure, presque partout fibreuse, était singulièrement plus diffuse dans le voisinage de l’horizon sud-ouest à nord-ouest La hauteur du soleil s’élevait à 7° en-
- 1 Je n’ai trouvé aucune observation de ce phénomène dans les tables météorologiques de Baleine qui remontent cependant à 1835.
- viron. A gauche de cet astre, et à une distance horizontale approximative de 22°, on voyait une masse de lumière blanche, présentant peut-être des traces fugitives de coloration, et d’une intensité lumineuse considérable. L’illusion était complète. On croyait réellement voir deux Soleils, voilés, et comme noyés dans les nuées. L’effet était d’autant plus saisissant que le cercle parhélique demeura toujours invisible, et, c’est à peine si le halo ordinaire a été, pendant un moment, très légèrement, esquissé. Je n’ai eu que le temps de faire constater le phénomène par d’autres personnes et le parhélic disparut graduellement à nos yeux.
- G. db Rocquigxï-Adanson.
- Parc de Baleine, 25 mars 1892.
- La foudre en Allemagne. — Depuis plusieurs années les coups de foudre ont augmenté considérablement en Allemagne et sont actuellement très nombreux. On peut, du reste, en juger par les dégâts qu’ils causent annuellement, et qui s’élèvent pour l’Allemagne à une somme variant entre 8 et 10 millions.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 21, à 5 h. 26 m. du soir.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la a Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA. SEMAINE
- Exposition internationale de l’alcool. — Au mois de mai prochain s’ouvrira, à Paris, sous le patronage du Ministre de l’agriculture, une Exposition internationale de l’alcool et des industries de fermentation, comprenant la viticulture, la distillerie, la brasserie, la cidrerie e’t les industries d’alimentation .annexes. Cette Exposition sera installée dans le vaste cadre du Palais des Machines, au Champ de Mars, dont le souvenir grandiose est toujours dans l’imagination de ceux qui ont visité l’Exposition universelle. Les produits des industries agricoles dont la France s’enorgueillit, les vins, les eaux-de-vie, les liqueurs, la bière, le cidre, le sucre, etc., se trouveront aux places d’honneur dans cette Exposition. Les pays étrangers renommés pour leurs produits ont déjà promis leur concours. Les écoles techniques, les laboratoires spéciaux, les instituts d’enseignement de France et de l’étranger seront représentés. Les administrations fiscales qui s’intéressent, à un point de vue particulier, au développement des industries de l’alcool, seront aussi représentées à l’Exposition par les documents et les instruments employés dans leur système particulier d’impôts. 11 sera curieux, au moment où l’on propose la réforme générale de l'impôt des boissons, de voir réunis les moyens employés pour percevoir l’impôt sur l’alcool dans les différents pays du monde. Enfin, un musée rétrospectif des industries de l’alcool offrira aux visiteurs d’intéressants sujets de comparaison entre la vieille et la nouvelle industriè.
- INFORMATIONS
- —%— Nous avons parlé ici même d’un temple antique qui aurait été découvert à Bourbon-l’Archambault (n° 978, du 27 février 1892). Il ne s’agit pas d’un temple, mais d’un village gallo-romain, qui a été trouvé à 3 kilomètres est de Bourbon (Allier). L’auteur de cette intéressante découverte, M. Bertrand, conservateur du Musée départemental de l’Ailier, nous adresse à ce sujet la Note suivante : « J’ai reconnu une villa d’une certaine importance qui a montré les fragments d’une mosaïque à dessins géométriques formés par des petits cubes de calcaire et de schiste de Buxière.... Près de là un aqueduc recueillait les eaux de la partie supérieure, dont une partie provenait d’une piscine qui a conservé l’emmarchement et une base de colonne du portique qui y donnait accès. D’autres murs ont été découverts ; on a reconnu deux squelettes, l’un, d’un jeune homme de quinze à seize ans et l’autre, d’un adulte. Les fragments de peintures à fresque sont aussi très nombreux, mais ils sont monochromes, à l’exception de quelques filets jaunes sur fonds rouges, jaunes ou verts. » M. Bertrand a retrouvé une petite monnaie de bronze de Constantin, une base de lampadaire en bronze, et un buste de même métal d’une figure d’homme.
- —^— L’administration a récemment publié les résultats de l’exploitation de la ligne téléphonique Paris-Londres. Dès le premier mois d’exploitation le nombre des communications a été de 1222. Ce nombre a suivi une progression ascendante, comme le montre le tableau ci-dessous : mai, 1491 communications; juin, 1709; juillet,
- 1988; août, 2276; septembre, 2311 ; octobre, 2732. Soit, au 1er novembre, un total de 12 507 communications. On a décidé de maintenir à 10 francs le prix de la conversation de trois minutes entre Paris et Londres.
- — M. Lepel a terminé des expériences intéressantes qu’il a entreprises à Londres sur la formation- artificielle de la foudre globulaire par l’électricité statique. D’une machine à induction puissante partent deux fils de cuivre dont les «xtrémités sont placées à une certaine distance d’une feuille de mica. Avec une faible tension, on voit, aussitôt que la machine fonctionne, se former en petit la foudre globulaire, caractérisée par de petits ballons lumineux rougeâtres qui se déplacent dans les deux sens plus ou moins rapidement et restent même pendant quelque temps stationnaires. Aussitôt que la tension augmente, le piiénomène disparaît et l’on voit l’étincelle se produire sous son aspect ordinaire.
- —La onzième Exposition canine annuelle organisée par la Société centrale pour l’ajnélioralion des races de chiens aura lieu du 19 au 26 mai prochain sur la terrasse de l’Orangerie des Tuileries. Elle sera une des expositions les plus complètes qu’il y ait eu en France jusqu’à ce jour. Toutes les races y seront représentées et les engagements déjà faits font présager un ensemble véritablement remarquable.
- —Une découverte de coke naturel, ressemblant à peu près en tous points à l’article produit dans les usines à gaz, a été faite aux houillères de Brelh Bass, en Nouvelles-Galles du Sud (Australie). La couche de coke, rencontrée dans un gisement houiller, était superposée à une couche de houille pareille à celle extraite des mines australiennes. La ligne de partage des deux couches était bien tranchée et se détachait nettement sur toute l’étendue des travaux. Comparé au produit fabriqué, le coke naturel est un peu plus lourd, contient moins de carbone fixe et une proportion moindre de cendres et de soufre; il se consume sans produire de fumée.
- Il résulte de l’examen des chiffres établissant la circulation dans la cité de Londres, que le terminus le plus fréquenté est celui de Liverpool Street, qui donne, en moyenne, accès à plus de 52 400 personnes par jour ; Broad Street arrive au second rang avec 44 000 personnes. On a calculé que le nombre total des personnes qui arrivent dans la métropole, en l’espace de vingt-quatre heures, est supérieur à 266 000. Il n’était que de 176 000 en 1881. Il faut noter que, depuis cette époque, six nouvelles stations ont été créées : King William Street, appartenant au chemin de fer électrique, construit sous la Tamise; Saint-Paul Station, sur le London Chatham and Dover Railway; Cannon Street, Monument et Mark Lane, sur le District; Aldgate, sur le Métropolitain.
- —$— Le génie militaire fait construire sur le fort Torretta, près de Calvi (Corse), un colombier devant contenir quatre cents pigeons voyageurs.
- —La production de phosphates dans le monde s’étend de jour en jour. Un de nos confrères de New-York, le Shipping List, estime que la production actuelle peut être évaluée aux quantités suivantes : Caroline du Sud, 600 000 tonnes; Floride, 150 000; France, 400000; Belgique, 200000; Canada, 30 000; Angleterre, 20 000; Allemagne, 40 000; Norvège, 20 000; Indes occidentales, 50000; autres pays, 100 000. Total : 1610 000 tonnes.
- —ÿfc— Les papiers d’affaires, dessins, épreuves, journaux, gravures, etc., sont admis à circuler en France et dans les pays qui ont adhéré à l’Union postale en rouleaux mesurant jusqu’à 75 centimètres de longueur et 10 centimètres de diamètre.
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- 74 NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Poincelet, à Paris, nous adresse la photographie d’une orange double. A l’intérieur d’une orange ordinaire quatre petits quartiers se sont développés en faisant subir une simple dépression interne à l’une des parties de l’orange, sans en altérer en aucune façon la forme extérieure. Le fait des oranges doubles n’est pas rare ; nous en avons déjà signalé plusieurs exemples.
- M. G. Jacquier, à Alexandrie, nous écrit qu’il a été envoyé en Egypte par la Société du lait français pasteurisé de Paris pour faire des expériences et des constatations sur l’état de conservation à laquelle du lait expédié'de France arriverait en Egypte. Les résultats des essais ont été très satisfaisants. Le lait, à son arrivée en Egypte, a été trouvé en parfait état et ayant conservé tout son arôme et ses propriétés; on a pu en faire du beurre et du fromage. Nous enregistrons avec plaisir ces expériences de conservation du lait.
- M. E. S., à Mulhouse, nous écrit : « A propos de l’article de La Nature sur les confetti, je vous dirai qu’à Bâle (en Suisse), leur usage en temps de carnaval est très ancien. On se sert de rondelles de carton provenant des cartes pour métiers à tisser les rubans de soie ; ces métiers sont très nombreux à Bâle et aux alentours. Les rondelles en question ont environ 2 millimètres d’épaisseur sur 4-5 millimètres de diamètre et sont lancées par poignées sur la foule. Tout en n’étant pas si durs que les projectiles italiens, ces confetti sont cependant assez désagréables à recevoir. Malgré cela, la foule ne cherche pas à s’en préserver et les reçoit stoïquement. »
- M. A. F., à Paris, nous écrit sur le même sujet : « J’ai l’honneur de vous informer qu’en réponse à la question relative à la fabrication des confettis, une partie de ceux vendus à Paris le jour de la Mi-Carême, provenaient des imprimeries chromo-lithographiques. Les feuilles de papier, avant de passer aux presses à imprimer, sont percées à l’aide de perforateurs de deux trous circulaires situés à quelques millimètres du bord de la feuille sur la plus petite des médianes. Ces trous servent de points de repère au margeur qui les enfile dans deux tiges en fer qui entraînent la feuille dans la machine et servent à l’avoir à chaque couleur dans la même position. Les petits disques de papier enlevés ainsi forment des confettis. »
- Un abonné, à Sarrance, nous adresse quelques renseignements au sujet de la neige tombée à la fin de mars dans les Basses-Pyrénées. « Commencée dans la nuit du 28 au 29, la chute a eu lieu à plusieurs reprises prenant fin le 50 à 9 heures du matin. La ceuche atteignait alors une épaisseur de 50 centi-timètres. C’est surtout depuis le 29, à 4 heures du soir, jusqu’au 50 à 9 heures du matin, que la chute a été abondante; car, pendant ces dix-sept heures, la couche d’abord assez faible s’est accrue de 25 centimètres. Une pareille abondance de neige en si peu de temps constitue un fait assez rare à Sarrance en plein hiver, et tout à fait exceptionnel au printemps, surtout après la réapparition des hirosdelles, dont nous avons vu la semaine dernière l’avant-garde du retour. »
- M. Pierre Bœuf, 55, rue des Arènes, à Arles, nous adresse la description d’un modèle de cafetière à circulation qui nous paraît ingénieuse et bien conçue.
- Renseignements. — M. G. Stehelin, à Bitschwiller. — Nous publierons prochainement un article sur les perruches infectieuses; vous serez renseigné.
- M. A. Jeanmart, à Couvin. — Un nettoyage ordinaire au tripoli doit suffire ; si le résultat n’est pas atteint, il y a une altération intérieure du métal due à un mauvais dépôt dans l’opération du nickelage.
- M. R. B., au Bugue. — L’adresse du constructeur de l’alambic pour le dosage de l’alcool dans les vins est indiquée en tête de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la description.
- M. L. P., à Nice. — 11 faut vous adresser directement à la Société scientifique et industrielle de Marseille.
- M. F. T. R., à Aix. — Vous trouverez des renseignements sur la fabrication des vernis industriels dans les ouvrages suivants : Fabricant de vernis, par A. Remain ; Peintre en bâtiments, par MM. Riffault, Vergnaud, Toussaint et Malepeyre; Peinture et vernissage des métaux et du bois, par MM. Fink et Lacombe, ouvrages de la collection des manuels Roret, à la librairie encyclopédique, 12, rue Hautefeuille, à Paris.
- M. X., à Ôuloz. — L’adresse de l’inventeur nous est inconnue; l'appareil dont il s’agit n’offre, du reste, que fort peu d’intérêt.
- M. S. Brey, à Lille. — Parmi les fabriques d’eau oxygénée, ou de produits servant à la fabriquer, nous vous mentionnerons les suivantes: MM. Brochocki et Cie, 52, rue de Thionville; M. P. Pelgrain, 15, rue Ilauteville, à Paris; M. Porlier, au Per-reux (Seine).
- M. H. Morin, à Paris. — Nous avons publié un article sur la destruction du ver, blanc à l’aide des champignons insecticides Botrytis tenella, dans le n* 952, du 29 août 1891, p. 202 ; vous trouverez des spores de ces champignons chez MM. Fribourg et Hesse, 26, rue des Ecoles, à Paris.
- M. L. Vidon, à Bourg-Argentai. — Vous pourrez vous procurer de l’aluminium, en vous adressant aux sociétés suivantes : Société électrométallurgique française, usine de Froges (Isère) ; Société française du nickel et de l’aluminium, 56, rue La-fayette, à Paris.
- Un lecteur, à Paris. — Vénus suit à peu près le soleil dans son cours; cette planète ne se lève donc pas le soir, comme l’a dit le poète.
- Un abonné, à Konia. — 1° M. G. Trouvé, 14, rue Vivienne, à Paris, construit un petit appareil appelé auxanoscope, qui convient bien pour les petites projections. — 2° Traité des feux d'artifice, par Amédée Denisse, chez l’auteur, à Bry-sur-Marne (Seine).
- M. E. Etienne, à Nantes. — Veuillez nous envoyer une petite description, et nous mentionnerons votre appareil, s’il y a lieu.
- Un abonné de Paris. — 1° Nous ne croyons pas que ce produit soit breveté. — 2° Il existe des machines de ce genre, mais nous ne saurions vous indiquer la meilleure.
- M. Drouhin, à Beaurières (Drôme). — Le bougeoir à pétrole se trouve chez M. Desmarais, 29, rue de Londres, à Paris.
- M. Rupert Zak, à Paris. — Vous pourriez essayer d’employer un mastic formé de 100 parties de soufre, 2 de suif et 2 de résine. On ajoute du verre tamisé pour épaissir convenablement. Ce mastic doit être employé à chaud.
- M. Duclou, à Bordeaux. — 1° M. M. G. Jacquemin, chimiste, à Nancy. — 2° Frein à air comprimé Westinghouse, n° 525, du 9 août 1879, p. 151; n° 571, du 10 juillet 1880, p. 91.
- M. E. Taragonet, à Aubin. — MM. Fribourg et Hesse, dont l’adresse est donnée un peu plus haut.
- M. Justin Bardou, à Perpignan. — Nous avons indiqué, à plusieurs reprises, les fabricants des couveuses artificielles. Voyez nos précédentes Boîtes aux lettres.
- Un vieil abonné, à Orléans. — Nous vous conseillons d’établir un support isolé en brique pour reposer la pilerie, et de laisser autour une tranchée large de 0m,60 environ et profonde de lm,50 environ, qui sera remplie de tan.
- M. Ernest D. — Se trouve dans le Dictionnaii'e de Littré.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Cadisch, à Genève. Vos observations sont intéressantes; mais elles ont déjà été faites. — M. B. F., à Angers. Consultez les traités de chimie industrielle. — M. Simon, à Liévin. L’adresse du fabricant a été indiquée précédemment en tète de la Botte aux lettres. — M. A. Jean-colas, à Oran. Adressez-vous à des marchands de livres d’occasion. — M. L. T., à Paris. Vous trouverez la composition d’un vernis noir pour métaux dans le petit livre de la Science pratique. (G. Masson, éditeur.) — M. Giraud, à Epernay. Consultez le livre Recettes utiles, même éditeur, vous y trouverez le renseignement que vous demandez. — M. A. Meyer, à Lille; M. H. T., à Valence ; M. M. P-, à Lisbonne ; M. H. Durand, à Saint-Etienne. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Cours du Muséum d'histoire naturelle. — M. des
- Cloizeaux, membre de l’Institut, professeur de minéralogie au Muséum d’histoire naturelle, a ouvert ce cours le vendredi 1er avril 1892, à 4 heures trois quarts, dans l’amphithéâtre de la galerie de minéralogie, et le continuera les mercredi et vendredi de chaque semaine à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications,— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BIBLIOGRAPHIE
- L’art de prendre un croquis et de Yutiliser, par G. Fraipont, professeur à la Légion d’honneur. 1 vol. in-8° de 80 pages, avec 50 dessins inédits de l’auteur. — Paris, H. Laurens, éditeur, 6, rue de Tournon, 1892.
- On connaît le talent de M. G. Fraipont; nos lecteurs ont d’ailleurs été à même de l’apprécier dans La Nature. L’habile artiste, qui est un professeur expérimenté, a réuni dans le charmant petit livre que nous annonçons, des préceptes et des conseils pratiques sur l'art de prendre un croquis. Tous les amateurs de dessin, tous ceux oui aiment à rappeler sur l’album les souvenirs d’un voyage ou d’une excursion, trouveront dans les pages écrites par M. Fraipont les moyens de se perfectionner. Les croquis ci-dessous donnent une idée du genre d’enseignement de l’auteur, les deux dessins supérieurs indiquent un croquis fait sur place et un croquis terminé au moyen des indications numérotées 1,2, 3, 4, 5, le chiffre 1 représentant le gris clair, le 2 la valeur suivante, le 4 la teiate foncée, etc.; les deux dessins inférieurs donnent des spécimens de croquis d’animaux au repos et en mouvement.
- Croquis fait sur place.
- Bestiaux au pâturage.
- (Gravures extraites de l’Art de
- Les machines électriques à influence. Exposé complet de leur histoire et de leur théorie, suivi d’instructions pratiques sur la manière de les construire, par John Gray. Traduit de l’anglais et annoté, par Georges Pellissier. d vol. in-8°. Gau-thier-Villars et fils, imprimeurs-libraires. — Paris, 1892. Prix : 5 francs.
- Les chemins de fer et les tramways. Construction, exploitation, traction, par Adolphe Schœller, inspecteur à la Compagnie du chemin de fer du Nord. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque scientifique contemporaine. Librairie J.-B. Baillière et fils. — Paris, 1892.
- Problèmes d'électricité pratique, par le Dr Filippo Cintolesi, professeur de physique à l’Institut royal technique de Livourne. Traduits de l’italien, par Félix Leconte. 1 vol. in-18. — Gand. Librairie A. Hoste, 47, rue des Champs, 1892.
- L’année photographique. 1891, par Abel Buguet, agrégé des sciences physiques et naturelles. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque générale de photographie. Société d’éditions scientifiques, 4, rue Antoine-Dubois. — Paris, 1892. Prix ; 4 francs.
- Raffet, peintre national, par Henry Beraldi. 1 brochure in-folio avec de nombreuses reproductions des œuvres de Raffet. —Paris, à la librairie illustrée. Prix : 3 fr. 50.
- Raffet, comme le dit l’auteur, est le plus grand nom de l’estampe originale du siècle; on pourrait même dire d’un des plus grands noms de l’art français. L’album que nous annonçons ici est vendu au profit de la souscription ouverte pour élever un monument à la mémoire de Raffet. 11 est rempli de reproductions curieuses des œuvres du maître, qu’accompagne un texte précis et intéressant, dû à la plume fort compétente de M. Henri Beraldi.
- Traité pratique de comptabilité agricole, contenant un exemple de la tenue des livres pendant une année, par J.-P. Mignot, professeur de comptabilité agricole. 1 vol. in-8°, 2e édition, revue et corrigée. G. Masson, éditeur. — Paris, 1892. Prix : 6 fr. 75.
- Bulles de savon, par C.-V. Boys. Traduit de l’anglais par Ch.-Ed. Guillaume. 1 vol. in-16. Gauthier-Yillars et fils, imprimeurs-libraires. — Paris, 1892.
- Chevaux en mouvement. un croquis, par M. G. Fraipont.)
- L’objectif photographique. Fabrication, essai, emploi, par M. G.-H. Niewenglowsi. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque générale de photographie. Société d’éditions scientifiques. — Paris, 1892. Prix : 2 francs.
- La viande saine. Moyens de la reconnaître et de l’apprécier. Conférences pratiques faites aux Halles centrales de Paris, par L. Villain, médecin vétérinaire, chef du service de l’inspection des viandes de Paris. 1 vol. in-18. G. Carré, éditeur. — Paris, 1892.
- Les eaux potables. Conditions générales. Applications à l’hygiène sanitaire de la ville de Lyon, par E. Prothière, phaiv macien de première classe. 1 brochure in-8°. Librairie J.-B. Baillière et fils. — Paris, 1891.
- Horlogerie. Outillage et mécanique, par Y.-A. Pierret. 1 brochure in-8°. Imprimerie nouvelle (Association ouvrière). — Paris, 1891.
- Formulaire de médecine pratique, par le Dr E. Monin, secrétaire de la Société française d’hygiène. 1 vol. in-18. Nou-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- velle édition revue, corrigée et augmentée. Société d’éditions scientifiques. — Paris, 1892. Prix : 5 francs.
- La France et la Rassie contre la triple alliance. La guerre de montagnes, par le commandant Biot et Emile Massard. 1 brochure in-8°. A. Fayard, éditeur, 78, boulevard Saint-Michel. — Paris, 1892. Prix : 3 francs.
- Le climat de Rio-de-Janeiro, par L. Cruls, directeur de l’Observatoire de Rio-de-Janeiro, d’après les observations météorologiques faites pendant la période de 1851 à 1890. 1 vol. in-4“. H. Lombaerts et Cie, imprimeurs de l’Observatoire. — Rio-de-Janeiro, 1892.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Vernis résistant aux acides. — MM. Ilelbigv et Bertling, de Baltimore, ont fait breveter un vernis résistant aux acides aussi bien que le meilleur bitume. Ce produit s’obtient en versant dans un récipient en fer contenant un gallon (4lil,5) d’huile de lin, vingt livres (9kï) de plomb fondu liquide, en agitant le mélange ; après le refroidissement, on ne retrouve au fond du vase que dix-sept livres (7ke,500) de plomb solide, le reste (lkr,500) est incorporé à l’huile. On recommence l’opération, et, à la cinquième reprise, on obtient un liquide ayant la consistance d’un vernis et que l’on emploie comme tel.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEUKES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMETRES 1 ' ” " 1 " — OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 28 mars 8*,9 N. N. W. 2 Couvert, pluie. 27,0 Couv. pluie de 1 b. à 22 h., mêlée de neige de 18 à 22 b.
- Mardi 29 1»,2 N. 4 Couvert. 8,8 Presq. couv., grains de neige à 12-13 h., gel. bl.
- Mercredi 30 0%9 N. E. 5 Peu nuageux. 0,0 Peu nuageux jusq. 13 b., beau ens.; halo et parhélie.
- Jeudi 31 2%0 N. E. 4 Beau. 0,0 Beau, gel. bl.
- Vendredi 1" avril. . . 5*,0 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Beau, gel. bl.
- Samedi 2 7%7 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau, halo.
- Dimanche 3 10”,6 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau.
- MARS-AVRIL 1892. — SEMAINE DU LUNDI 28 MARS AU DIMANCHE 3 AVRIL 1892
- Lundi | Mardi I Mercredi I Jeudi I Vendredi I Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10.; les pèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, tes pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- I,a pluie dans les Alpes australiennes. — Il est intéressant d’enregistrer la quantité de pluie tombée pendant un certain nombre d’années sur un même pays. Nous emprunterons au journal Meleorolo-gische Zeitschrift quelques renseignements sur la quantité de pluie tombée dans les Alpes australiennes de 1883 à 1889. Les observations, faites par M. J. Stirling à 1723 mètres de hauteur, ont été publiées à Melbourne. En 1883, il est tombé un total de 1340”“,5 d’eau, dont le maximum a été au mois de septembre (329“",0), et le minimum au mois de novembre (26”",9). En 1886, la quantité de pluie totale a été de 1483”",2 (maximum 282”",7 en août, et minimum 33"",8 en avril). Les quantités tombées en 1887, 1888 et 1889 ont été respectivement de 1969"”,6, 1230”",7 et 1994“”,8. Les maxima ont atteint 324“",6 en juillet 1887, 218'“”,9 en juin 1888 et 445“",0 en juin 1889; les miuima ont été de 68"“,9 en janvier 1887, de 54 en avril 1888 et de 7"“,1 en mars 1889. Les données précédentes montrent qu’il n’existe pas de lois bien certaines déterminant les quantités de pluie dans un' pays.
- 13a neige. — Des tourmentes de neige ont eu lieu abondamment à la fin de mars, notamment dans le sud de la France. Le 29, on écrivait de Perpignan : « Une violente tempête de vent du nord-ouest a soufflé avec rage sur le département. Un grand nombre d’arbres et de cheminées ont été abattus ; à Cerbère des devantures de magasins ont été arrachées par le vent; à la gare internationale, des toitures de wagons ont été enle-
- vées, des wagons renversés. Une couche de neige d’environ 4 centimètres a couvert la campagne. Il a neigé également dans le haut arrondissement de Prades où le froid a été très vif. »
- A Nîmes, à Carcassonne, le temps s’étant subitement mis au froid le 29 mars, la neige est tombée et le sol en a été entièrement couvert. A Toulouse, la température, après avoir atteint 19° à l’ombre, est subitement descendue à — 5°. — On a signalé aussi de grandes chutes de neige au Mans, à Dijon, à Gannat et à Bordeaux. A Gannat, par suite de l’amoncellement des neiges, la circulation des trains a été interrompue. Cinq trains venant de Lyon et de Paris sont restés bloqués à Monteignet. De nombreuses équipes ont dû travailler au déblaiement de la voie. La tempête a été telle qu’à certains endroits il y a eu 1",80 de neige.
- A Bordeaux, à la suite d’une grande marée qui a eu lieu le 30 mars, les eaux de la Garonne ont débordé et envahi la chaussée des quais jusqu'à la voie des tramways.
- Nous recevons de nos correspondants des communications annonçant que des tempêtes de neige ont eu lieu en même temps dans les départements de l’Est. A Mulhouse, la neige est tombée en épais tourbillons chassés dans toutes les directions par une forte brise. Les communications par les voies ferrées avec la Suisse ont été suspendues; les lignes de Morteau, Besançon, Pontarlier, Dôie; Belfort et Del le ont été interrompues en raison des tempêtes de neige déchaînées sur le Jura. La bourrasque de neige a lieu également à Clermont-Ferrand, où la ville a été bloquée, la circulation n’existant plus le 29 que sur la ligne de Thiers.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 28, à 1 h. 27 m. du soir, périgée le 28.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- IA SEMAINE
- Exposition de navigation intérieure. — A l’occasion du cinquième Congrès international de navigation intérieure, <jui se tiendra à Paris en 1892, il a été décidé qu’une Exposition serait organisée, à l’exemple de ce qui a eu lieu lors des Congrès antérieurs. Le Comité chargé d’installer cette Exposition a l’espoir que tous ceux qui ont des documents à ce sujet voudront bien y prendre part et contribuer à en augmenter l’éclat en y envoyant les objets qu’ils jugeraient utile de mettre sous les yeux du public. Tous les objets intéressant la navigation intérieure, modèles, dessins, ouvrages manuscrits ou imprimés, projets, etc., seront reçus avec reconnaissance. Il en sera de même des objets pouvant présenter un intérêt historique rétrospectif. Le Comité d’organisation possède d’ailleurs dès maintenant une liste importante de dessins et modèles fort remarquables qui figureront à l’Exposition. Les emplacements à occuper seront mis gratuitement à la disposition des exposants, qui n’auront du reste aucuns frais à supporter pour l’installation et le gardiennage. — Pour tous les renseignements, s’adresser à M. le Président de la Commission d’organisation du cinquième Congrès international de navigation intérieure, Bourse du commerce, rue du Louvre, à Paris.
- INFORMATIONS
- —îjî— Par un arreté de M. le Ministre de l’agriculture, « les porteurs du diplôme de l’enseignement supérieur de l’agriculture, délivré aux élèves de l’Institut national agronomique à la suite de leurs examens de tin d’études, prennent le titre à'ingénieurs agronomes ». Cet arrêté a été pris sur la proposition du directeur de l’Institut agronomique, apres avis favorable du conseil des professeurs et du conseil des inspecteurs généraux de l’enseignement agricole.
- —— Une vente importante d’Orchidées a eu lieu dans ces derniers temps. Citons quelques chiffres intéressants. Le nombre des exemplaires était d’environ 600. Les fortes plantes ont été vendues 300 francs la pièce. Un C. Kimballianurn a atteint 1000 francs; de belles variétés d'Odontoglossum crispum litacinum ont trouvé marchands à 550 francs, etc. On voit que la passion des Orchidées ne semble pas près de s'éteindre.
- Nous avons parlé récemment de la chasse du loup. Cet animal continue à causer de véritables ravages dans les troupeaux de la Russie et de la Norvège. En Russie, pour le seul gouvernement de Novgorod, on évalue à 3481 moutons et à 17 000 plus petits animaux domestiques, le butin que les loups ont enlevé en une année et dont la perte est estimée à 137 000 roubles. Pour le gouvernement de Somarsk, elle atteint 300 000 roubles. Au nord de la Norvège, les dégâts ont été tout aussi importants. Récemment, quinze porcs de la ferme de Norbatten ont été dévorés par les loups, et dans d’autres fermes, un grand nombre de ces animaux ont disparu.
- —La diminution de la consommation du coton par suite des révolutions de l’Amérique du Sud et d’autres causes multiples, jointe à une récolte extraordinairement bonne aux Etats-Unis, ont fait baisser les prix du coton au-dessous du plus bas prix du siècle. A ces prix les planteurs de coton ne pouvant couvrir leurs frais, il est question, pour beaucoup d’entre eux, de remplacer la culture
- du coton par une autre plus rémunératrice, jusqu’à ce que les stocks énormes actuels soient écoulés.
- —fé— La Toledo Machine et Tool Co, à Toledo (Etats-Unis), vient de construire une machine formant des anneaux de chaîne en découpant des bandes de tôle et en les repliant simultanément à leurs extrémités pour les assembler les uns avec les autres. Ces chaînes sont très solides et d’un bon marché remarquable. La forme de ces chaînes se rapproche de celle des chaînes en fonte malléable, qui ont pris une si grande extension ces dernières années en Angleterre.
- —$1$— Le Congo français possède des mines de cuivre qui semblent d’une grande richesse. Elles sont situées dans la région qui avoisine les sources de la Ludima-Niodi, à environ deux jours de marche, au sud de Stéphaniéville. Le minerai est une espèce de malachite qu’exploite une population d’environ trois cent cinquante nègres. Les méthodes qu’ils emploient sont excessivement simples. Ils atteignent le gisement de malachite en creusant dans le sol, à l’aide d’instruments de bois, par des puits de 1 mètre de diamètre et d’une profondeur double. Le minerai amené à la surface est concassé et pulvérisé, et, mélangé de charbon par un plateau, est placé sur un feu ardent. .Des soufflets activent la combustion. Quand la fusion est complète, on enlève les plateaux avec des barres formées de tiges de bambou, et le métal liquéfié est coulé dans des moules de sable. Tout ce district, dit-on, est riche en cuivre, et des blocs de malachite se rencontrent fréquemment dans le lit de la Ludima.
- —La navigation sous-marine est l’objet d’une intéressante tentative faite en Italie. A la fin de mars on a lancé à Savone, dans les chantiers des frères Migliaro, un bateau sous-marin, l'Audace. Ce navire a été construit pour le compte d’une Société romaine. Il est destiné à la pêche et à la recherche des objets précieux perdus en mer. VAudace est en acier, de forme ovoïdale, avec un moteur électrique et un propulseur à hélice. Le bateau est long de 8m,50 sur 3m,50 de hauteur et 2m,50 de largeur. 11 est destiné à rester pendant six heures à 100 mètres de profondeur sous l’eau. L’inventeur est un ingénieur italien, M. Pierre degli Abbati, aidé par ses deux fils, MM. Camille et Ignace degli Abbati. L’Audace sera entièrement achevée dans trois mois. Elle sera alors dirigée sur Civita-Yecchia.
- —La vélocipédie s'étend dans tous les pays de l’Europe. Dans un village de Fionie (en danois Fyu), on compte plus de soixante vélocipédistes, presque tous des paysans. C’est le village de Olterup, qui organisa en septembre la course de nuit sans lanterne dont parla toute la presse vélocipédiquc du monde.
- —%— M. P.-J. de Ridder, de Ledeberg, a vu tomber le 1er mars, de 7 heures à 7i,,4p, des flocons de neige mesurant 8 et 10 centimètres de diamètre. En moyenne, chaque flocon couvrait les trois quarts d’un pavé de rue.
- —MM. Wertheimer, de Londres, viennent d’acheter à M. le baron Jérôme Pichon, pour le British Muséum, le hanap d’or de Charles VI, qui, depuis 1883, était sorti du couvent de Médina del Pomar, pour entrer, moyennant 10 000 francs, dans les collections du quai d’Anjou.
- —L’agriculture aux îles Bahama est concentrée sur la production de l’Ananas. Pour ses usages personnels, le peuple cultive le Maïs et la Pomme de terre, qui l’aident beaucoup à vivre. En 1890, la récolte de l’Ananas a produit 49 795 £ (1 250 000 fr.) contre 25 558 £ en 1889. En 1890, l’exportation a été, pour 26 789 caisses, de 6126 £, tandis qu’en 1889 elle n’avait été, pour 21 685 caisses, qu’à 4500 £. Quant aux Oranges, le chiffre d’exportation s’est élevé à 3961 £(99 000 fr.).
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- NOUVELLES
- Communications. — M. L. Mathieu, à Constantine (Algérie), nous écrit : « À propos de l’article paru dans le n° 978 de La Nature (p. 203), Action des grêlons sur les animaux, voici un fait qui corrobore les conclusions de votre collaborateur. Le 2 avril dernier, un violent orage s’est abattu sur la région de Biskra. Beaucoup de moutons ont été tués par des grêlons dont quelques-uns pesaient 50 grammes. Des bergers même ont été blessés. »
- M. E. B., à Bayonne, nous écrit : « L’un des derniers numéros de La Nature contient un article fort exact et très intéressant sur le port de Pasajes (Espagne). Tout parfait soit-il, ce port a pour nous, Français, un grave inconvénient ; il est en Espagne et ne peut, en aucune façon, nous servir ni au point de vue commercial, ni au point de vue militaire. Sans aller à l’étranger, nous trouvons, à deux pas de la frontière espagnole, un port admirable et tel qu’il ne se rencontre pas le pareil de la Bidassoa jusqu’à Brest. Il suffirait de quelques travaux pour en faire un port de premier ordre. C’est de Saint-Jean-de-Luz qu’il s’agit. La rade est ouverte au nord, abritée de ce côté par les digues et des autres par de hautes collines. L’accès en est facile par tous les temps et pour tous les bateaux : grands steamers ou barques de pêche. La passe ouest a une profondeur de 7 à 8 mètres à basse mer. La tenue de la rade, autrefois réputée dangereuse et quoique à fond de roches, est devenue excellente grâce aux immenses travaux effectués. Que de navires y sont venus chercher un refuge par les plus gros temps ! Leurs capitaines peuvent en témoigner par centaines. En août 1891, la division cuirassée du Nord sous les ordres du contre-amiral Gervais y a pris mouillage. Pour le moment, il n’y a qu’une rade sans quai ni outillage pour le débarquement ; mais il v a derrière la colline du Socoa, à l’abri, par conséquent, de tous les vents, un espace immense presqu’à niveau de la mer et dont le sol est constitué par de la vase ou du sable facile à draguer. On a projeté d’y créer un bassin à flot, où pourraient prendre place nos plus grands transatlantiques, et relié par ses quais à la voie ferrée de la ligne de Bordeaux en Espagne qui passe à 1000 mètres seulement de la rade actuelle. Ce port présenterait les mêmes avantages que Pasajes : abri en tout temps, profondeur très grande, appareillage à toute heure, pas de suggestion de marées et pas de risque d’envasement, aucun cours d’eau important ne venant s’y jeter. On ne voit qu’un faible ruisseau, souvent à sec. »
- Renseignements. — M. F. de G., à Paris. — Ce produit sera décrit aussitôt que l’auteur en aura fait connaître la composition.
- M. Lartigue, à Paris. — Il suffit de disposer convenablement deux lentilles, de telle sorte que le foyer de la première tombe au foyer de la seconde.
- M. S. E., à X... — Nous ne croyons pas que l’application soit impossible ; mais il y a de nombreuses inventions accessoires à réaliser d’abord.
- M. Gateron, à Bucharest. — La turbine Chicago, que nous avons décrite dans le n° 950, du 15 août 1891, pourrait vous convenir.
- M. A. B., à Bruxelles. — Si les étoiles mettent en réalité deux, trois années pour nous envoyer leur lumière, nous apercevons la position qu’elles occupaient il y a deux, trois ans.
- M. A. Larrieu, à Bordeaux. — 1° Le platine protège le plomb contre l’attaque directe de l’acide sulfurique. — 2° Le plomb peut être platiné directement.
- Un abonné, à Paris. — Il faut consulter une géographie complète ou un dictionnaire de géographie; voyez à la librairie Hachette.
- M. J. L., à Bordeaux. — L'hypnotisme, par le Dr Paul Marin (E. Kolb, éditeur, 7, rue du Croissant, à Paris) ; L'htjp-notisme, par le Dr Foveau de Courmelles, à la librairie Hachette.
- M. le baron F. del Marmol, à Dinant (Belgique). — Veuillez nous donner la description de votre appareil ; et nous le signalerons, s’il y a lieu.
- M. G. Maurice, à Paris. — 1° Il faut prendre des précautions. — 2° Il serait nécessaire de faire un appareil de grande précision et d'une construction soignée.
- M. E. Baroux, à Paris. — Le polygraphe est fabriqué par MM. Goldsmith et Ci0, à Philadelphie; il se trouve chez un grand nombre de papetiers à Paris.
- M. A. Bivaud, à Mulhouse. — 1° Quelques-uns de nos correspondants prétendent qu’il s’agit bien des satellites de Jupiter. — 2° Il faudrait faire quelques essais. — 3° Une solution du problème de la trisection de l’angle est indiquée dans le petit livre des Nouvelles Becettes utiles, p. 233. (G. Masson, éditeur.)
- M. M., a Paris. — Le ver de vase est la larve aquatique d’un insecte ressemblant beaucoup aux cousins, de la famille de& Tipulaires, le Chironome plumeux. Les femelles pondent sur l’eau la larve que nous appelons ver de vase.
- M. P. F., à X. — On trouve dans le commerce des porte-plumes de liège, ou des porte-plumes sphériques qui sont fort utiles dans le cas de la crampe des écrivains. Nous vous recommanderons surtout l’emploi de la machine à écrire.
- M. J. G., à T. M. — 1° Il existe des imitations de diamants très réussies. — 2° Nous ne pouvons vous fournir ces renseignements.
- M. J. P., à Paris. — Afin de connaître le travail nécessaire pour actionner une voiture, il faut multiplier le poids total par la distance à parcourir en un temps déterminé.
- M. A. Catala, à Paris. — Les insectes dont il s’agit sont des cafards; la poudre de pyrèthre suffit pour les détruire, quand elle est de bonne qualité. Nous avons donné plusieurs autres modes de destruction dans le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.)
- M. C. H. F., à Paris. — La couleur des objets dépend de la nature de la lumière : on ne saurait répondre d’une façon précise à votre question.
- Un abonné, à Pons. — La quantité de nicotine contenue dans le tabac varie suivant la qualité du tabac et suivant les pays. Sur 100 parties de tabac sec, le tabac du Lot renferme 7,96 parties de nicotine, le tabac du Lot-et-Garonne, 7,34, le tabac du Nord, 6,58, celui de l’Ille-et-Vilaine, 6,29, celui du Pas-de-Calais, 4,94 ; celui de l’Alsace, 3,21 ; celui de Virginie, 6,87 ; dans les mêmes conditions le tabac de la Havane en renferme 2 parties; le tabac du Maryland, 2,29; et le tabac du Kentucky, 6,09.
- M. H. Reeb, à Neuilly-sur-Seine. — La terre de bruyère ressemble à du grès pulvérisé, mélangé ou non d’un peu de terre végétale. Elle se forme dans les terrains secs au moyen des détritus de bruyère, de genêts et de fougères, et ne diffère de la terre de bois que par sa nature essentiellement siliceuse. On la remplace dans un jardin par un mélange de débris de feuilles de chêne ou de châtaignier et de sable.
- M. G. Vander Haghen, à Blankenberghe. — Le savant Wœhler est mort à Gœttingue en septembre 1882.
- M. L. L., h Vayres. —Nous vous recommandons les moteurs Forest, 76, quai de la Râpée, à Paris.
- M. H. Belley, à Romilly-sur-Seine. — Pour les maisons transportables, il faut vous adresser à M. Poitrineau, architecte, 58, rue de Clichy, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. G. L., à Rouen. Nous n’avons pas d’autre adresse que celle indiquée précédemment.
- — M. A. C., à Saint-Jean-d’Angély ; M. P. Doury, à Hermonville; M. P. Argelliès, à Saint-Etienne. Pour ce qui concerne la brochure de M. G. Jacquemin, adressez-vous directement à l’auteur, à Nancy.
- — M. P. Faine, à Paris. Remerciements; la lune est souvent visible dans la journée. — M. Cl. Roland, à Abbeville. Nous indiquons le mode de fabrication de ce -produit, que vous pourrez faire préparer par un chimiste. — Af. J. R. O., à Paris. L’adresse demandée est : 9, rue du Sud, à Versailles. — M. F". Gebkart, à Blois. Il faut vous adresser à des marchands de livres d’occasion. — M. de S., à Paris. On désigne sous le nom de kérosène un pétrole de bonne qualité. — M. C. B., à Paris. Nous ne pouvons répondre aux renseignements que par la Boite aux lettres; voir, en outre, la note du bas de la page. — M- F. Teisserenc, à Geilhes. Adressez-vous à M. Mors, 8, avenue de l’Opéra, à Paris. — M. Fusey, au château de La Plesnoye, par Marly. L eolipyle Pâquelin est en vente chez M. Gillet, ingénieur-constructeur, 32, boulevard Henri IV, à Paris. — M. L. Guillaume, à Chalon-sur-Saône. Nous avons indiqué une encre sympathique, qui pourrait vous convenir, dans le petit livre de la Science pratique, page 100. (G. Masson, éditeur.) — M. J. N. Golendorf, à Maisons-Laffitte ; M. P. Thomas, à Rouen ; M. F. P-, à Bourges. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communicationsIl n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIEIfïîFEîüES: nr
- PETITES INTENTIONS1
- Appareil A recueillir les fruits. — On sait que les Américains cultivent les arbres fruitiers, et notamment les pommiers, avec le plus grand succès. Un propriétaire de Cairo (Illinois), M. G.-M. Àlden, a imaginé un appareil qui permet de recueillir les pommes après que ces fruits ont été détachés de leurs tiges. Quand un gamin monte sur l’arbre, détache les
- fruits et les jette à terre, comme cela se fait habituellement dans nos campagnes, les fruits sont souvent détériorés par le choc contre le sol, et la blessure qu’ils ont reçue nuit beaucoup à leur conservation. Le système de M. Alden est très simple et peut être construit très facilement ; notre figure en montre ci-contre la disposition, l’appareil étant représenté en coupe. Il se compose d’un cylindre terminé à sa partie supérieure par un entonnoir évasé. Le cylindre est muni intérieurement de plans inclinés à 45° et convenablement superposés, de telle sorte que le fruit jeté dans l’entonnoir glisse successivement à la surface des plans inclinés, et vient descendre à terre sans avoir subi aucun choc violent. L’appareil est fixé dans les branches de l’arbre au moyen de deux chaînes; ce système peut être confectionné en fer-blanc, ou en bois léger. Le cylindre et l’entonnoir conique qui le surmonte peuvent se séparer pour le transport. M. Alden, pour montrer l’efficacité de son système, y fait tomber des œufs qui arrivent à terre sans être brisés.
- Machine électrique que l’on peut faire sol-mème.
- — La figure ci-dessous représente une petite machine électrique que l’on peut construire très facilement. En A, est monté un cylindre de soufre, dit soufre en canons qui se trouve dans le commerce à un prix extrêmement bas ; à une des extrémités de ce cylindre, on a fixé, après l’avoir légèrement chauffé, un clou B; à l’autre extrémité un fil de fer C tordu en forme de manivelle. On façonne un conducteur D au moyen d’un simple clou et l’on fixe à une de ses extrémités quelques épingles qui
- Petite machine électrique confectionnée avec un cylindre de soufre.
- constitueront un peigne. La cire à cacheter permettra de faire tenir ces épingles. Placez sur une boite de carton votre cylindre de soufre et votre conducteur, comme l’indique la figure, en les maintenant dans des encoches, dont vous aurez enduit les bords de cire à cacheter pour bien isoler l’appareil. Si vous tournez alors la manivelle, en appuyant les doigts sur le
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- cylindre de soufre, vous pourrez, dans l’obscurité, recueillir de petites étincelles bleuâtres à l’extrémité du conducteur. Ce petit appareil est l’image de la première machine électrique construite par Otto de Guéricke au siècle dernier. (Communiqué par M. Louis Dujon, à Paris.)
- Lance-hélices et toupie. — Voici un nouveau jouet qui mérite d’être signalé, et qui fonctionne avec la plus grande facilité. Il se compose d’une longue vis formant une tige, on y introduit une petite hélice métallique à deux ailettes (fig. 1). L’hélice est ensuite soulevée vivement par une rondelle que l’on fait glisser de bas en haut avec la main, l’hélice tourne
- Fig. 1, 2, 5 et 4.— Lance-hélice (fig. 1) et toupie-volant (fig. 2,5 et 4).
- autour de la vis et est projetée dans l’espace à une grande hauteur. L’hélice peut être remplacée par un volant formant toupie. Ce volant peut être lancé de haut en bas contre le sol (fig. 2), on peut le faire tourner à l’extrémité supérieure de la tige en le faisant tourner de bas en haut (fig. 3), on peut encore faire courir la toupie sur le sol en la lançant comme l’indique la figure 4. Cet objet se trouve chez M. Mathieu Martain, 19, rue d’Enghien, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Comment on peut fendre dît papier. — Beaucoup de nos lecteurs, à la vue de ce singulier titre, se demandent sûrement ce que cela peut bien signifier. Je vais les satisfaire; mais quelques mots de préambule sont nécessaires. Vous est-il jamais arrivé de découper dans un journal un article, parfois assez long, que vous désirez conserver? Avez-vous quelquefois souhaité pouvoir le garder dans sa forme originale, c’est-à-dire imprimé? L’entrefilet en question s’est-il quelquefois aussi trouvé partie derrière une portion peu intéressante du journal et qu’on pouvait sacrifier, et partie derrière un autre article qu’on désire également conserver? La réponse est affirmative pour tous ces points d’interrogation. C’est en réponse à la dernière question que vous voudrez fendre le papier en deux, dans le sens de l’épaisseur, bien entendu, afin de pouvoir coller sur votre album les deux parties, et peut-être les réunir. Voici comment il faut s’y prendre : collez avec de la colle forte bien liquide et de bonne qualité un côté de papier à fendre sur un morceau de calicot et l’autre côté sur un autre morceau de calicot, de sorte que le papier se trouvera emprisonné entre les deux étoffes. Laissez sécher complètement et séparez les deux morceaux de calicot en tirant dessus comme pour dédoubler une vieille carte à jouer, un côté de papier restera sur l’un et le second côté sur l’autre. Le papier aura donc bel et bien été fendu en deux. L’opération faite avec soin réussit avec les papiers les plus minces. Faites tremper dans l’eau tiède les deux morceaux d’étoffe, le papier se détachera de lui-même ; séchez-le entre deux feuilles de papier buvard et collez-le à l’endroit voulu dans votre album *. L. Marissiaux.
- Vernis noir pour le zinc. — M. Puscher, dans le Compte rendu annuel du Congrès des physiciens, à Francfort, indique le moyen suivant de noircir le zinc d’une façon très solide. On dissout parties égales de chlorate de potasse et de sulfate de cuivre dans 36 parties d’eau. Le zinc, bien décapé avec du sable fin et de l’acide chlorhydrique étendu, est plongé pendant quelques instants dans ce mélange. Il se recouvre d’un enduit noir velouté, facile à enlever, On lave rapidement à l’eau, puis après dessiccation on le plonge dans une solution étendue d’as-
- 1 L’auteur a joint à cet article un morceau de papier fendu ; c’est une partie de la couverture de La Nature; nous pouvons affirmer que l’opération a très bien réussi.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- phalte dans le benzol : c’est, d’après les observations de Boettger, le liquide qui convient le mieux à cet usage. On fait égoutter l’excès et l’on frotte le zinc avec un tampon de coton pour fixer la coloration noire. La couleur est tellement solide, qu’on peut employer le zinc ainsi préparé à faire des toitures, etc.
- Ciment pour tubes de verre et cuivre. — Vous prenez du lâtre en poudre impalpable que vous délayez dans de l’huile ien fine (huile à machine) ; lorsque la pâte est bien liée et qu’elle commence à devenir assez épaisse, vous y ajoutez du blanc d’œuf dans les proportions de 100 grammes de blanc d’œuf pour 50 grammes d’huile à peu près, et vous faites ce mélange dans un mortier avec un pilon pour éviter la mousse ou la neige que produirait le blanc d’œuf battu. Cette pâte doit être employée
- aussitôt après, car elle durcit assez vite. Le tube une fois scellé dans la douille, il faut attendre quelques heures pour pouvoir se servir de l’objet. Selon le Cosmos, ce ciment acquiert à l’air et à la chaleur surtout, une dureté telle que, pour enlever le verre, il faudrait le briser.
- Poudre d'acier. — La poudre d’acier est très appropriée au polissage des pierres précieuses et elle peut remplacer l’émeri avec avantage ; on l’obtient en pulvérisant de l’eau sur un barreau d’acier porté à une haute température. Le métal devient friable et se réduit facilement en poudre dans un mortier. Cette poudre se distingue de l’émeri par ses propriétés mordantes et son prix moins élevé ; elle produit de plus un poli plus fin, et partant plus durable.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49*,30). — Bureau central météorologique de France.
- observations A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 4 avril 10”,0 S. 2 Beau. 0,0 Beau ; atmosph. très claire le m., trouble l’après-midi.
- Mardi 5 10%6 10",8 9*,6 9",9 12",0 8",2 N. N. E. 2 Beau. 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 Nuageux de 14 à 20 h., beau av. et ap.; brouill. sur les
- Mercredi 6 N. 2 Très nuageux. plaines liasses à 5 h.; halo et parhélies. Couv. jusq.6h. puis nuag. jusq. midi ; beau ensuite ; halo et parhélies partie d u gr. halo et de l'arc circumzéni thai. Quelq. nuag. jusq. 7 h. ; beau ensuite, ciel blanchâtre ; atmosph. brumeuse. Beau ; atmosph. bruineuse. Quelques nuages à 13 h. et 16 h.; beau avant et après ; atmosph. trouble. Beau ; atmosph. claire.
- Jeudi 7 N. 2 Beau.
- Vendredi 8 N. 2 Beau.
- Samedi 9 N. E. 2 \ Beau.
- Dimanche 10 N. E. 1 \ Beau.
- AVRIL 1892. — SEMAINE DU LUNDI 4 AU DIMANCHE 10 AVRIL 1892
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 ri 10; les flèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions baromélriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer y, courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Réaumé des observations météorologiques faites an parc de Saint-Maur en mars 1803
- par M. E. Renoü.
- Moyenne barométrique à midi, 757““,03. Minimum, le 14, à 3 heures du matin, 739”“,20; maximum, le 31, à 11 heures du soir, 768“”,08.
- Moyennes thermométriques : des minima, —0°,58; des maxima, 9°,48; du mois, 4°,47 ; moyenne vraie des vingt-quatre heures, 3°,76. Minimum, le 5 au matin, —7°,3. Maximum, le 21 dans la journée, 20°,7. Il y a eu seize jours de gelée, dont treize consécutifs, du 3 au 13, un seul jour sans dégel le 3, le maximum du jour n’ayant atteint que 0°. De plus, sept jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur, 4““,50; la moindre, le 7, à 6 heures du soir, 1“’,4; la plus forte, le 27, à 4 heures du soir, 9“",3. Humidité relative, 73; la moindre, le 31, à 4 heures et 5 heures du soir, 26; la plus forte, 100, en neuf jours.
- Pluie, 57““,0 en soixante-treize heures, réparties eu quatorze jours; dans la seule journée du 28, il en est tombé 27“m,8, c’est-à-dire la moitié de la pluie du mois. Il est tombé de la neige en très petite quantité les 1" et 2, puis tous les jours du 9 au 14; il y en a eu sur la terre une petite couche qui n’a disparu que le lo. Il est tombé encore un peu de neige avec la pluie les 28 et 29.
- Le 26, quelques coups de tonnerre au nord-ouest, de 5 à 6 heures du soir, avec éclairs toute la soirée. Nébulosité moyenne, 43.
- Température moyenne de la Marne, 5°,80; elle a varié de 2°,43 le 8, à 9°,97 le 28. Elle a été généralement trouble; très trouble surtout à la tin du mois, après la grande pluie du 28 ; un peu trouble au commencement et à la fin du mois.
- Les vents du nord ont dominé, ensuite ceux du sud à l’ouest. Ils ont eu une intensité plus grande que d’habitude; du 28 au 50 les vents du nord au nord-est ont été souvent violents.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de mars 1892 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 0”“,51. Thermomètre plus bas de 1°,93. Tension de la vapeur moindre de 0““,98. Humidité relative plus faible de 2. Pluie plus forte de 20““8. Nébulosité moindre de 18.
- Ont fleuri ; le 13, le Tussilago farfara; le 17, Saule Marceau; le 31, Glechoina heberacea et le Mehonia à feuilles de houx.
- Les Hirondelles de cheminée sont arrivées le 25; ou en a vu le même jour au Raincv, d’après le Petit Journal; j’en ai revu uue le lendemain et uue autre 'le 31, j’insiste sur ces détails parce qu’on ne connaît pas d’exemple de l’arrivée des hirondelles à pareille date autour de Paris.
- Nous avons vu le 6 au soir, à 9 heures un quart, une aurore boréale pendant quelques minutes; elle consistait en plusieurs grandes bandes, orientées dans le méridien magnétique et traversant tout le ciel du nord-nord-ouest au sud-sud-ouest.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le.4, à 6 h. 31 m. du matin.
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- Supplément à «LA NATURE » du 23 avril 1892 (n° 986)
- ' Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres a doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- Les bibliothèques militaires. — La Société Franklin, sous les auspices d’un de ses administrateurs, M. Adrien Dollfus, a ouvert une souscription en faveur de nos bibliothèques de régiments, de compagnies, d’infirmeries et d’hôpitaux militaires. €ette souscription a produit en quelques jours plus de cinq cents volumes, et une somme d’argent assez importante ; elle nous araît appelée à rendre les plus grands services. Comme l’a très ien dit un des membres de la Société Franklin, « la caserne n’apparaît plus désormais comme une sorte de prison; elle est l’école par excellence, le couronnement et la sanction de l’éducation nationale; la plus haute expression du devoir social ». La plupart de nos officiers le comprennent, et voici ce qu’écrivait l’un d’eux à la Société Franklin à propos de la Bibliothèque de régiment qu’il dirigeait. « On ne se rend pas compte, dit-il, de la transformation qui s’est opérée parmi nos hommes, c’est-à-dire de la bonne volonté dont ils témoignent et de l’instruction maintenant sérieuse avec laquelle beaucoup d’entre eux nous arrivent... Encouragé par mes supérieurs, mais modeste dans mes débuts, j’ai dû limiter mes prêts de livres à un seul escadron. Dans l’année qui vient de s’écouler, pour un effectif de 180 hommes, ils se sont élevés au chiffre approximatif de 800. Je constate que le nombre des lecteurs varie en raison de la jeunesse des contingents. Naturellement ce sont les romans qui ont la vogue, surtout ceux d’aventures et aussi les ouvrages de vulgarisation militaire et scientifique. C’est une détente heureuse après les fatigues du service. Les cantines et les cafés en souffrent. C’est donc pour nous une œuvre d’hygiène. » Un autre officier adressait les lignes suivantes à la Société Franklin : « De bons livres, exprimant des sentiments patriotiques, donnant le récit des hauts faits de nos devanciers, nous seraient nécessaires. La troupe ne possède encore aucun livre et nous n’avons aucun moyen de lui en procurer. » On peut envoyer les souscriptions pour les Bibliothèques militaires en livres ou en argent au Président de la Société Franklin, 1, rue Christine, à Paris. G. T.
- INFORMATIONS
- —%— Une importante mesure vient d’être prise par l’Administration des postes en faveur des industriels et en particulier des inventeurs. Une nouvelle carte postale a été mise en circulation; elle est affranchie par un timbre de 80 centimes et comporte un imprimé pour la demande de mémoires descriptifs d’un brevet quelconque. Il suffit d’ajouter le numéro et le millésime pour obtenir, par la poste et franco, la copie du brevet désiré, sans qu'il soit nécessaire de faire d’autres frais ou démarches.
- —On fabrique aux Etats-Unis un genre spécial de cordes, en vue principalement des opérations de sauvetage maritime, pour la confection des lignes, l’armement des canots, etc., où l’insubmer-sibilité est une qualité précieuse. Ces cordes sont en coton, avec âme en liège. L’àmc est formée de petits tronçons de liège cylindriques, mis bout à bout, elle est entourée d’une gaine ou réseau en
- fil ou cordonnet de coton, puis d’une couche épaisse de tresses de fil de colon. Une telle corde, de 25 millimètres de diamètre, a une résistance de rupture de 4600 kilogrammes environ; les tronçons de liège ont 18 à 19 millimètres ae longueur. Il résulte de cette fabrication que ces cordes sont très flexibles et très souples; après avoir été nouées, même en nœuds compliqués et serrés, elles reprennent leur apparence primitive.
- —En 1867-1869, M. von Kerner père avait fait, dans la vallée de l’Inn, des observations systématiques sur la variation de la température du sol avec l’exposition; son fils vient d’en recueillir d’autres, faites dans la vallée de Gsehnitz, et qui embrassent la période d’octobre 1887 à septembre 1890; l’altitude de la station est de 1340 mètres. Dans les deux localités, les thermomètres ont été placés à 0m,70 de profondeur. Des deux côtés, on a remarqué que les deux maxima et les deux minima annuels se trouvent dans les mêmes azimuts, qui sont d’ailleurs différents (sud 55° ouest, et est 42l1 sud) pour les deux maxima, comme pour les deux minima (est 3° sud, et ouest 83° nord). La variation la plus grande dans la température a lieu dans les deux vallées pour les thermomètres exposés au sud-est; elle est la plus faible, dans la vallée de l’Inn, pour le thermomètre nord, et dans la vallée de Gsehnitz, pour le thermomètre sud-ouest.
- —Les plantations d’arbres à Paris ont pris une importance considérable. La, métropole compte actuellement 88 564 arbres plantés sur ses boulevards et dans ses parcs et ses squares. Passy a le plus d’arbres : 10 688; le II0 arrondissement est le moins bien partagé : 759. Parmi les quartiers favorisés, il faut citer les Champs-Elysées, Grenelle, Montmartre, les Ternes et la Maison-Blanche. Nos parcs et jardins parisiens renferment 299 294 arbustes et 20 058 arbres; les Buttes-Chaumont à-elles seules, 11400 arbres et 125 000 arbustes; Montsouris, 40 000 arbustes et 1400 arbres. Le Parc Monceau est à peu près également partagé. Les Champs-Elysées ont 2000 arbustes. Les cimetières sont eux-mêmes richement nantis sous le rapport de la végétation; ils renferment, sans compter le cimetière de Pantin, 20 000 arbres ou arbustes.
- —M. Geftroy, directeur de l’Ecole française de Rome, a signalé à l’Académie des beaux-arts la découverte la plus importante qui ait été faite à Rome pendant la saison d’été. C’est un pilastre ne marbre ayant appartenu à la décoration d’un pont construit sous les empereurs Valentinien et Valens et qu on a extrait du Tibre, tout près du Ponte-Sisto, au mois d’août dernier. Ce pilastre porte cette inscription en l'honneur de la Victoire: \iclonæ, augusise comiti (fominorum noslrorum. La statue de la déesse y était évidemment placée. Ce monument votif et cette inscription étaient dus à ce même ancien préfet de la ville L. Aurel. Avianius Simmacus, qui avait fait aussi ériger à la tète du pont les statues en bronze de ces deux empereurs.
- —— La plus grande scie à ruban construite jusqu à ce jour est celle que les ateliers Ransome, de Chclsca, ont exécutée pour la Tasmanie. La hauteur totale de la machine est de 6 mètres; elle pèse, complète, environ 20 tonnes. Les poulies ont un diamètre de 2",40, les scies à ruban, de 200 millimètres de largeur, mesurent une longueur de plus de 18 mètres et marchent à une vitesse de 2775 mètres par minute. Cette machine permet de débiter des troncs de 2“,10 de diamètre.
- on estime à 80 millions environ le nombre de bêtes des espèces bovines composant aujourd’hui les troupeaux de la République argentine. Or, elles proviennent de huit vaches et dun taureau importés au Brésil vers le milieu du seizième siècle.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le ventilateur électrique [The Cyclone Electric fan) est construit en Amérique à l’adresse suivante : The La Boileanx Electric Motor et fan Co; 376, Walnut Street, Cincinnati (Ohio).
- Communications. — M. G. Legs, à Londres, nous écrit c que le 5 avril, à 8 heures du soir, il a été témoin d’un halo lunaire dans les environs de Battle (Sussex) (Grande-Bretagne). Le phénomène a duré jusqu’à 11 heures.
- M. G. Drioton, à Dijon, nous écrit : « Voici deux passages relatifs aux confetti, dont vous parlez dans votre numéro du 26 mars, extraits de la Description générale et particulière de la France, par Béguillet (département du Rhône. Gouvernement de Bourgogne. Seconde partie (1781), § II. Curiosités naturelles, p. 252, notes 1 et 2). « La grotte d’Auxey, à trois heures de Beaune.... On y trouve des confetti ronds, oblongs, etc., dont la croûte blanche et crétacée enveloppe du sparr. — Grotte de la Bahne. On y trouve des petites pierres qui ressemblent à des pralines, à des anis, comme des confetti di Tivoli, etc. » Il résulte de ces deux passages qu’en 1781 (date de la publication de l’ouvrage de Béguillet) les confetti étaient bien connus, et qu’on leur attribuait déjà une origine italienne.
- M. A. Gassend, à Marseille, nous adresse, à propos de l’article sur La photographie et les falsifications, du 2 janvier 1892, des reproductions photographiques de faux poinçons apposés sur des bijoux, faites par lui il y a deux ans environ. Dans ces expériences, l’éclairage est le point capital. « Pour obtenir un bon éclairage, écrit notre correspondant, il suffit de mettre à la place des diaphragmes d’un microscope un bouchon taillé en biseau, sur lequel on place l’objet à photographier. En donnant au porte-diaphragmes un léger mouvement de rotation, on obtient un éclairage sous toutes les incidences possibles et avec la plus grande facilité. »
- J/. L. Hollier, à Paris, nous envoie une orange dont une partie de la peau recouvre une seconde peau d’une couleur moins foncée. On croirait voir une deuxième orange dans une autre.
- M. A. Hermann, à Paris, nous adresse une brochure intitulée Le livre des clefs, nouveau système cryptographique complet, ainsi qu’une introduction au livre des clefs. Il s’agit là d’une méthode de cryptographie nouvelle. Ces traités se trouvent à la librairie scientifique A. Hermann, 8, rue de la Sorbonne, à Paris.
- Renseignements. — Un lecteur, à X. — 1° Employez le vert malachite. — 2° Nous ne connaissons pas de produit de ce genre.
- M. de Dosne, à Paris. — 1° Il s’agit de glace obtenue par le froid. — 2° Il faut une puissance de 400 watts (10 volts et 40 ampères). Les dimensions des éléments dépendent du nombre d’heures de fonctionnement.
- M. E. Durand, à Schaarbeck. — Il n’existe pas de traité spécial sur la question ; des chapitres particuliers ont été consacrés à cette substance dans le Dictionnaire des arts et manufactures, de M. Ch. Laboulaye, et dans divers autres ouvrages.
- M. G. de Pins, à Bagnères-de-Bigorre. — Nous vous recommandons la grande carte d’Afrique publiée par M. Schrader à la librairie Hachette.
- M. L. D. L. M., à Pans. —Le papier, dont il est question, est du papier parcheminé. Pour l’obtenir, on fait tremper pendant une demi-minute du papier non collé dans de l’acide sulfurique étendu de son volume d’eau. On le lave ensuite à grande eau et on le laisse tremper dans une eau ammoniacale. On a ainsi du parchemin végétal.
- M. M. Renouard, à Paris. — Les documents de cet article ont été empruntés à des journaux étrangers, et nous ne pourrions vous fournir de renseignements plus complets.
- M. E. H., à Cotnpiègne. — 1“ Ces appareils n’existent pas;
- il faut les fabriquer soi-même ou les faire construire par des électriciens. — 2° Le calcul des dimensions des transformateurs est indiqué dans le Formulaire pratique de l'électricien. (G. Masson, éditeur.)
- M. A. Ruetschmann, à Etain. — Cet appareil se trouve à ki Compagnie française de photographie, 7, rue de Solférino, à Paris.
- Un lecteur, à Versailles. — Ce bain de virage n’offre rien de particulier.
- M. Legrand, à Paris. — Vous trouverez un ouvrage sur les corps gras intitulé Corps gras, Miles, graisses, beurres, par A. Renard, à la librairie Baudry, rue des Saints-Pères, à Paris.
- M. Corcho, à Santander. — Traités de galvanoplastie, à la même librairie que ci-dessus.
- M. P. Kullmann, à Thann. — Nous allons prendre des informations, et nous renseignerons nos lecteurs, si les éloges décernés à cette invention sont mérités.
- M. Zed, à Nantes. — Il n’existe pas de société de ce genre ; mais vous pouvez vous adresser à une agence de brevets.
- M. J. P., à Paris. — 1° Comme nous l’avons dit précédemment, pour connaître la puissance nécessaire à la traction d’une voiture, il faut multiplier la distance parcourue par seconde par le poids total de la voiture. Mais il y a lieu de tenir compte que, suivant les routes, l’effort de tirage peut varier de 0,25 à 0,08 de la valeur du poids total. Prenant le coefficient moyen de 0,1 pour le cas qui nous occupe d’une voiture de 1200 kilogrammes à une vitesse de 25 kilomètres à l’heure, la puissance
- 25 000
- nécessaire sera de 1200 X 0,1 x832,8 kilogram-
- mètres par seconde ou 11 chevaux. — 2° Il est préférable d’augmenter le nombre de volts. — 3° On trouve des moteurs de tous voltages. — 4° L’application par piles ne sera pas pratique.
- M. J. Jolly, à X. — Consultez l'Aérostation, par M. Dupuis-Delcourt, à la librairie encyclopédique de Roret, 12, rue Haute-feuille, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. D. Weve, à Huisen. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux qui ont été publiés. — M. A. Decouflé, à Paris. L’adresse indiquée précédemment est la seule que nous possédions. — M. P. Dreyer, à Saint-Amarin. Nous avons bien reçu la lettre de M. Krebs de Moscou, mais la réponse nécessiterait de longs développements; nous écrirons prochainement. — M. E. Thormann, à Poutay. Consultez nos Boites aux lettres précédentes ; nous avons donné une réponse à ce sujet. — M. Zehnder, à Rome. Pas d’autres renseignements que ceux déjà publiés. — il/. J. Burelle, à Lyon. S’adresser directement à l’auteur, à Nancy. — M. E. B., h Caen. Un des meilleurs moyens pour nettoyer les galons dorés est de les savonner avec une petite brosse. Vous pourriez aussi essayer la poudre à dorer par frottement indiquée dans le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. L. Palopoli, à Rossano. Nous vous donnerions volontiers cette adresse ; mais nous ne la connaissons pas. — il/. H. J., à Beaucourt. Remerciements. Nous consacrerons un article à ce sujet. — M. R. Lacour, à Paris. Nous ne possédons aucun des renseignements que vous nous demandez; il faudrait vous adresser directement à un habitant du pays, ou au consulat de Russie, à Paris. — ili. Raitaglia, à Milano. Les appareils sont en expérimentation en ce moment; les résultats ne sont pas encore connus. — M. Fontaine, à Bourges. L’éditeur de cet ouvrage est M. Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins, à paris. —Jt/. B. y., à Dijon. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Limonade gazeuse en paquets. — Ces paquets se préparent d’avance ; aussi est-on toujours sûr, de cette manière, d’avoir de la limonade gazeuse à l’instant même où l’on éprouve le besoin de se désaltérer. Pour chaque paquet, on pèse de 40 à 50 grammes de sucre en poudre, on les arrose avec deux gouttes d’essence de citron en ajoutant ensuite 4 grammes de bicarbonate de soude, puis on mélange le tout intimement. Les paquets faits doivent alors être enfermés dans une boîte, tenue à l’abri de l’humidité. Veut-on une bouteille de limonade? On emplit la bouteille jusqu’à moitié du goulot avec de l’eau la plus fraîche possible ; le contenu d’un paquet y est alors introduit, puis, aussitôt, 4 grammes d’acide tartique, conservé séparément. Il n’y a plus qu’à boucher exactement et à agiter pendant quelques minutes. La limonade sera faite; elle aura une saveur aigrelette des plus rafraîchissantes. Si, au lieu d’eau, on faisait usage de vin blanc de bonne qualité et d’un goût agréable, on obtiendrait une boisson qui aurait beaucoup d’analogie avec le vin de Champagne.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- M
- VIEILLES ESTAMPES1
- Un piano de chats. — Le P. Kircher, dont les œuvres scientifiques traitent de tous les sujets, et forment une véritable encyclopédie au dix-septième siècle, raconte quelque part qu’un singulier musicien-forain de son temps avait construit un piano de chats.
- L’instrument était formé de chats dont les voix étaient choisies de manière à donner des notes distinctes ; les queues des animaux étaient saisies entre deux pinces que des marteaux faisaient agir ; quand une queue était pincée, le chat auquel elle appartenait, criait ou miaulait, et le musicien, en frappant convenablement les touches, obtenait par les piaillements et les cris, une musique de miaulements, capable, disait Kircher, de dérider les plus moroses, et de mettre en danse les souris elles-
- mêmes. Le père Scott, élève du père Kircher, parle, dans ses écrits, d’un concert d’ànes qui se donnait à Païenne. Nous avons précédemment signalé ces curiosités, mentionnées dans les œuvres de Kircher et de Scott (Voy. n° 541, du 13 octobre 1883, p. 319), et notre dessinateur, à cette époque, avait présenté un piano de chats qu’il avait dû reconstituer d’après le texte de Kircher. Nous avons pu nous procurer, depuis, un document plus complet : c’est une gravure de l’époque, que le lecteur a sous les yeux ; elle ne porte aucune légende explicative, mais elle représente assurément le fameux piano de chats de Kircher et le concert d’ànes de Scott. Il est probable que ces étonnants concerts eurent jadis un grand succès de curiosité et que l’imagerie populaire s’en est emparée. Voilà, pour un Barnum moderne, une représentation à rajeunir. Mais la Société protectrice des animaux ne s’opposerait-elle pas à l’exécution des pianos de chats ?
- Un piano de chats d’après une gravure du dix-septième siècle. (Collection de M. Gaston Tissandier.)
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité de chimie agricole, par P.-P. Dehérain, membre de l’Institut et de la Société nationale d’agriculture, professeur de physiologie végétale au Muséum d’histoire naturelle et de chimie agricole à l’Ecole d’agriculture de Grignon. — Développement des végétaux. — Terre arable. — Amendements et engrais. 1 vol. gr. in-8°. — Paris, G. Masson, éditeur, 1892.
- « L’agriculture, dit l’auteur dans la Préface du bel et important ouvrage que nous annonçons aujourd’hui, cesse d’être pure-
- 1 Suite. — Voy. Nouvelles scientifiques du 6 février 1892, n° 975.
- ment empirique, clic devient une science ; les praticiens n’acceptent plus, sans les discuter, les vieilles formules établies lentement par une longue série d’observations transmises d’une génération à l’autre ; très sagement, ils veulent non les abandonner, mais en comprendre la raison et les améliorer;, pour y réussir, des connaissances positives leur sont nécessaires, j’ai essayé de les leur fournir. » Nous ajouterons que M. Deliérain a réussi dans les plus brillantes conditions. L’œuvre que nous signalons est empreinte de toutes les rares qualités qui caractérisent l’auteur. M. Deliérain est tout à la fois un savant éminent, un professeur méthodique et un excellent écrivain. Le traité qu’il vient de terminer, à la suite de longues années d’études et de patientes recherches, est le lruit de grands travaux; ce livre est assurément appelé à rendre des services importants aux élèves, aux maîtres et aux praticiens comme à tous ceux qui s’intéressent aux progrès de l’agriculture. G. T.
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- NOUVELLES
- Les maîtres de la science. Bibliothèque rétrospective, publiée par Charles Richet, professeur à la Faculté de médecine de Paris. — Lavoisier. La chaleur et la respiration, 1770-1789. — Bichat. La mort par l’asphyxie, 1771-1802. — Paris, G. Masson, éditeur. Prix de chaque volume : 1 franc.
- M. Charles Richet, en fondant la petite bibliothèque dont nous venons de donner le titre, a eu une idée excellente et éminemment utile. Il a voulu que le lecteur puisse avoir sous les yeux, sans recourir aux longues recherches des bibliothèques, les travaux originaux des illustres savants qui ont créé la science moderne. Lavoisier et Bichat forment les deux premiers volumes de la série qui sera nombreuse. Le nom de M. Charles Richet est une garantie de la valeur de ces petits volumes. G. T.
- Recherches expérimentales sur les essences. Contribution à l'élude de Valcoolisme. Etude physiologique de l’eau d’arquebuse ou vulnéraire, par 0. Cadéac et Albin Meunier. 1 vol. in-4°. Asselin et Houzeau, libraires de la Faculté de médecine. — Paris, 1892.
- L'esprit de tout le monde, compilé par Lorédan Larchey. Joueurs de mots. 1 vol. in-18. Berger-Levrault et Cie, éditeurs. — Paris, 1892. Prix 3 fr. 50.
- Vins de fruits et boissons économiques, par F. Malepeyre. 1 vol. in-18 de la collection des manuels Roret. Librairie encyclopédique de Roret. — Paris, 1892. Prix 3 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 11 avril 8°,2 N. E. 1 Beau. 0,0 Beau; un peu de gelée blanche.
- Mardi 12 6*,7 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Beau le m., quelques nuages le soir.
- Mercredi 13 4»,3 N. N. E. 3 Très peu nuageux. 0,0 Très peu nuageux, halo.
- Jeudi 14 5% 4 N. N. E. 3. Couvert. 0,0 Un peu de pluie de 4 h. 1/2 à 6 h.; couv., éclaircies dans la soirée.
- Vendredi 15.. , . . l-,4 S. 1 Beau. 0,0 Beau jusq. 8 h., puis nuageux, couv. après midi, halo, gouttes à 20 h.
- Samedi 16 4°,1 S. S. W. 4 Couvert. 0,0 Couv. jusq. 17 h., puis p. nuag., quelq. gouttes avec grésil et un peu de neige de 12 à 14 h.
- Dimanche 17 1°,4 S. 2 Quelques nuages. 0,0 Nuag.; averse mêlée de neige vers 12 h. 1/2, tonnerre, à 13 h. 36 m. et à 15 h.
- AVRIL 1892. — SEMAINE DU LUNDI 11 AD DIMANCHE 17 AVRIL 1892
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inferieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- llalo du G avril IWIî au parc de Haleine (Allier). — Le
- 'mercredi 6 avril, dès 8 heures du matin *, on remarquait, au parc de Baleine, une légère esquisse du halo de 22° se manifestant par un arc supérieur dont le milieu se trouvait dans le vertical du Soleil.
- Un voile presque permanent do cirro-stratus s’étendant sur le ciel, la présence de cet arc fut encore constatée à 10 heures du malin, à midi, à 1 heure et à 2 heures du soir.
- A 2h,30”, le phénomène, en se complétant, offrit un aspect vraiment remarquable.
- Le halo de 22° acheva de se dessiner. Il était décoré des couleurs du spectre, le rouge à l’intérieur.
- Le cercle parhélique apparut alors, d’une blancheur éclatante, passant par le Soleil, et faisant horizontalement le tour entier du ciel, à une hauteur d’environ 36°.
- Sur le cercle parhélique on voyait deux masses lumineuses colorées,
- 1 Heure de Paris.
- les parhélies. Chacune de ces masses était à 31 au moins en dehors du halo de 22°.
- On apercevait enfin l’arc supérieur du halo circonscrit. Cet arc, également coloré, le violet à l’extérieur, était tangent au sommet du halo oi’dinaire et sa concavité était tournée vers le Soleil.
- L’apparition se maintint ainsi jusqu’à 3 heures.
- On vit d’abord s’effacer peu à peu le halo ordinaire et l’arc circonscrit, le point commun de tangence excepte.
- Puis, à 5h,15", le cercle parhélique s’évanouit.
- Leparhélie de gauche disparaissait à 5h,25“ et, à 3h,37”, celui de droite.
- Le phénomène prenait fin à 3h,45”.
- Pendant toute la durée du halo, mon attention s’est encore portée sur le point du cercle parhélique diamétralement op|>osé au Soleil. Mais, à aucun moment, l’authélie n’a été visible.
- Dans la soirée, à 7h,30“, un halo ordinaire entourait la Lune. Il présentait cette particularité curieuse que son périmètre était ondulant, flottant, pour ainsi dire, donnant lieu, par conséquent, à des déformations singulières que je n’avais pas encore observées.
- G. de Rocquignt-Adanson.
- Parc de Baleine, 6 avril 1892.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 12, à 6 h. 35 m. du matin ; apogée le 12.
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- Supplément à «LA NATURE » du 30 aoril 1892 (n° 987)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- La vélocipédie militaire. — Le Journal officiel a publié un règlement de la vélocipédie militaire signé par M. de Freycinet, Ministre de la guerre qui à la suite des nombreuses expériences réalisées dans ces derniers temps a reconnu Futilité des vélocipédistes : « Les grandes manœuvres annuelles, dit M. de Freycinet, les exercices particuliers des corps de troupe ont, depuis, démontré que les vélocipédistes étaient susceptibles de rendre de précieux services en campagne. Leur utilisation comme plantons dans certaines villes de garnison a été également fort appréciée. » Le règlement publié par le Ministre donne tous les renseignements sur l’organisation même du service, l’emploi des vélocipédistes, qui consistera surtout à transmettre des ordres. On veut cependant que les vélocipédistes militaires puissent, en cas de nécessité, devenir aptes au rôle de partisans et combattre. L’armement des vélocipédistes consistera en un revolver ; provisoirement, ils auront la carabine de cavalerie avec 36 cartouches. Au quartier général d’un corps d'armée il y aura 19 vélocipédistes all’ectés : état-major 8, artillerie 2, génie 1, intendance 2, santé 1, trésorerie et postes 3, télégraphe 2. Pour être vélocipédiste, il faudra subir une épreuve et une visite médicale. Les réservistes et territoriaux qui veulent concourir n’ont qu’à écrire au chef du corps dans lequel ils veulent servir. Le concours comporte, pour les états-majors et la cavalerie, une course sur route de 90 kilomètres, qui doit être accomplie en six heures, et, pour les autres corps, une course de 48 kilomètres en quatre heures. Les épreuves auront lieu, cette année, au plus tard le 15 juin.
- INFORMATIONS
- —Nous avons annoncé, la semaine dernière, que l’Administration des postes avait mis en circulation une carte postale spéciale pour les renseignements relatifs aux brevets. On a oublié de composer les deux mots « en Angleterre ». Nous les imprimons ici à titre de rectilication. L’innovation dont il est question n’est encore mise en pratique que chez nos voisins d’outre-Manche.
- —&— Les ateliers aéronauliques de M. I.acliambre, à Vaugirard. vont être prochainement en pleine activité pour la construction d’un .aérostat captif destiné à l'Exposition de Chicago. Nos u-ines parisiennes conservent le monopole de la confection des ballons. Iles •expériences intéressantes ont eu lieu récemment dans les terrains annexes des ateliers de M. Lachambrc. M. Armand Le Compagnon a fait fonctionner un modèle de ballon dirigeable genre orthoptère, -qu’il a actionné à l’état captif, le moteur électrique restant à terre et animant le propulseur fixé à l’aérostat. On a* pu faire un certain nombre d’observations intéressantes.
- —*>&— On fait actuellement en Floride et en Californie des tentatives très suivies pour introduire la culture des fleurs à parfum, et l’industrie de l’extraction des essences, en imitant les pratiques suivies dans le midi de la France. Les journaux spéciaux de ces deux Etats abondent en détails sur l’enfleurage au moyen de l’axonge, qui donne des graisses parfumées, vendues dans des boites
- *
- de fer-blanc de 10 et 20 kilogrammes, à raison de 28 francs environ le kilogramme pour la pommade aux violettes, et de 17 à 18 francs pour les pommades des autres fleurs. On n’aurait cependant obtenu jusqu’ici que des résultats médiocres aux États-Unis, à cause du rancissement de la graisse. Une usine, qui fonctionne depuis 1886 en Géorgie, produit la pommade de Gardénia qui se vend 7rf,75 la livre de 454 grammes. Les États-Unis tiennent d’autant plus à se doter de cette industrie qu’ils ont importé, en 1800, pour 15 millions et demi de francs de pommades.
- Les forêts du Luxembourg regorgent de sangliers. Ils deviennent non seulement des hôtes détestables pour le gibier, mais encore de redoutables voisins pour l’agriculture, détruisant les nids de perdrix, de gelinottes qu’ils rencontrent; ravageant avec la même avidité les cultures de blé, d’avoine, de racines et de tubercules qui se trouvent quelquefois fort éloignées de leurs bauges.
- —— A la suite d’un certain nombre de cas d’hydrophobie constatés à Paris depuis quelques semaines, l’administration de la préfecture de police a pris la détermination, sur les instances du Conseil d’hygiène, d’envoyer à la fourrière tous les chiens trouvés errants dans les rues de la capitale. La muselière ou la laisse sont donc de nouveau obligatoires, et les propriétaires de chiens feront bien d’en faire une rigoureuse application. La police a fait procéder récemment à l’abattage d’une trentaine de chiens et de chats enragés. Plusieurs personnes mordues ont été conduites à l’Institut Pasteur pour y être soignées: la concierge du n° 15, rue de la Grange-Batelière, trois personnes de la rue de Trévise, et enfin un jeune ménage habitant rue Montyon. Les deux époux ont été mordus par un jeune chien leur appartenant.
- —Une Américaine, miss Shcldon, se propose de partir pour Zanzibar et de traverser de là tout l’intérieur de l’Afrique. Elle veut étudier la géographie et la llore de ce pays ainsi que la vie de famille des peuplades africaines. Elle emporte un phonographe afin de conserver l’intonation et l’accent des langues de l’intérieur qu’on ne connaît pas encore. Elle ne sera accompagnée que de jeunes Arabes et de négresses.
- —Il existe au cap Horn une singulière boîte aux lettres internationale. Dans une cabane, se trouve un coffre dans lequel les marins qui passent par cet endroit jettent leur correspondance. Quand un navire double le cap Horn, ies matelots qui le montent vont prendre dans la cabane les lettres à destination du pays où ils se rendent et les font parvenir à leur adresse. 11 est bien rare que les lettres, confiées ainsi à la bonne volonté des marins, n’arrivent pas à leurs destinataires.
- —^— Le professeur Hopkinson a fait d’intéressantes expériences sur le nouvel alliage d’acier et de nickel (22 pour 100 de nickel) qui a été, dans ces derniers temps, si avantageusement appliqué à la fabrication des plaques de cuirasse. Exposé à un froid de 30° F., il acquiert des propriétés magnétiques, et sa densité diminue de 2 pour 100.
- —Une prouesse d’équitation : Il y a une quinzaine de jours, deux officiers du 9e chasseurs, MM. des Michels et de Rolland, sont partis d’Aueh à midi, montés sur deux chevaux d’armes, pour arriver à Toulouse à 4h,27“, soit un parcours de 81 kilomètres, dans un pays très accidenté, effectué en trois heures trois quarts; les deux cavaliers setaient arrêtés vingt-cinq minutes à Gimont et vingt minutes à l’Isle-en-Jourdain. Le lendemain, ils rejoignaient leur garnison.
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- 86 . * . NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le petit jouet la Meunière se trouve chez M. Renault, 86, Faubourg-Saint-Denis, Paris.
- Communications. — M. A. Cheux, à Angers, nous adresse le résumé des observations météorologiques qu’il a faites en 1891 à l’Observatoire de la Baumette, près Angers. (1 brochure in-8°, chez MM. Germain et G. Grassin, imprimeurs-libraires, 40, rue du Cornet, à Angers.)
- M. L. Michelot, à Epernày, à propos de la Note sur la transe-mission hydraulique de mouvement parue dans le n° 986, du 23 avril 1892, nous écrit qu’il a construit et installé en 1889 à Vertus (Marne) une pompe avec transmission de mouvement. L’appareil élévatoire se trouve à 25 mètres de profondeur au-dessous du sol et élève l’eau à 14 mètres au-dessus du sol; l’élévation totale est donc de 37 mètres, avec un débit de 3 mètres cubes par heure. La puissance motrice nécessaire est de 1,5 cheval.
- MM. Peugeot, à Valentigney (Doubs), à propos d’une Note relative à une scie-ruban publiée dans les Informations des Nouvelles scientifiques (n° 986, du 23 avril 1892), nous écrivent qu’en 1889 ils ont exposé une lame de scie de leur fabrication de 38 mètres de longueur, 254 millimètres de largeur et 2mm,l d’épaisseur. Une lame de cette longueur ne peut être montée sur un bâti de scierie, mais coupée en deux elle fournit deux lames de dimensions courantes dans les scieries de l’Amérique du Nord.
- Renseignements. — M. V. Bouvet, à Beaucaire. — Ces divers compteurs ont été décrits dans différents journaux ; mais nous ne pensons pas que vous trouviez un ouvrage spécial sur la question.
- Un abonné, à Alexandrie. — Des piles de ce genre ont déjà été employées; elles ont une force électro-motrice de 1 volt.
- M. G. N., à Paris.— Veuillez vous reporter aux articles que nous avons publiés sur la vitesse des chemins de fer.
- M. A. B., à Bruxelles. — Le moyen le plus simple est de passer un léger vernis à la surface des pièces en fer.
- M. Faria, à Povoa de Varzim. — 1° Le rendement industriel varie entre 80 et 90 pour 100 suivant les types de machines. — 2° Consultez les ouvrages d’électricité à la librairie Masson et à la librairie Gauthier-Villars, à Paris.
- Un abonné, à Sarrance. — Ces prévisions du temps n’offrent rien de certain.
- M. G. Montseret, à Montpellier. — Le procédé employé est le procédé Gillot avec tirage de la presse à deux couleurs.
- L’abonné 783, à Naples. — 11 est nécessaire de prendre un mouvement d’horlogerie, qu’il faut faire faire sur commande.
- M. J. Plassard, à Paris. — La lune rousse est la lunaison qui a lieu au mois d’avril. Elle est souvent accompagnée de gelées très préjudiciables aux fruits et aux produits de la campagne.
- M. E. L., à Toul. — Pour ce qui concerne le celluloïd, il faut vous adresser à MM. Franck et Scagliotti, 26, rue d’Enghien, à Paris, ou à la Compagnie française du celluloïd, 11, rue Bailly, à Paris.
- M. H. B., à Paris. — La Nature a publié plusieurs articles sur les travaux de M. Crookes ; consultez la Table des matières des dix premières années.
- M. Marcq, à Saint-Brieuc. — Cette école se trouve à Cluny (Saône-et-Loire).
- M. L. Philippe, à Paris. — Veuillez vous adresser, pour tous renseignements, à l’architecte du Muséum, M. André, membre de l’Institut, à Paris.
- M. J. Goffart, à Ilauteville. — H y a des imitations de diamant; mais aucune d’elles ne peut tromper l’examen d’un connaisseur.
- M. Bouvard, au Quesnoy. — Adressez-vous au Bureau cen-
- tral météorologique de France, 176, rue de l’Université, à Paris. ‘
- M. A. Gillella, à Nice. — Renseignez-vous auprès du service de statistique, 1, avenue Victoria, à Paris ; on pourra probablement répondre à votre demande.
- M. H. C. H., à Paris. — L’atmosphère des grandes villes est généralement troublée par les fumées des usines.
- M. Flourel, à Nantes. — Nous croyons que cette entreprise n’a pas eu de suites.'
- Ai. C. B., àLuxeuil. — Un grand nombre de traités ont été publiés sur la photographie (librairie Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins, à Paris).
- M. L. Salemon, à Dunkerque. — La raison que vous indiquez peut influer sur le résultat de votre essai ; mais nous ne croyons pas qu’elle suffise pour expliquer la différence avec les données précédentes.
- M. le Dr Bay, à Marly. — Vous trouverez la description des moteurs à pétrole dans les numéros de La Nature suivants ;: n0 390, du 20 novembre 1880, p. 388; n° 628, du 13 juin 1885, p. 21; n° 753, du 5 novembre 1887, p. 365; n° 761, du 51 décembre 1887, p. 73; n° 801, du6 octobre 1888, p. 291 ; et n° 911, du 15 novembre 1890, p.J571. j
- M. A. H., h Bruxelles. — L’adresse demandée est : 17, rue Saint-Séverin, à Paris.
- L’abonné 1042, à Paris. — 1° Il faut consulter un spécialiste. — 2° Voyez les Nouvelles scientifiques du n° 983, du 2 avril 1892.
- M. J. P., à Paris. — Cette carte postale existe seulement en Angleterre.
- M. V. .4., à Belfort. — Faites une demande de livres pour votre Bibliothèque militaire, à la Société Franklin, 1, rue Christine, à Paris.
- M. Martin, à Marseille. — Il ne faut jamais verser précipitamment de l’acide sulfurique dans de l’eau, l’élévation de température produite peut projeter du liquide corrosif. L’acide sulfurique doit être ajouté presque goutte à goutte, en agitant constamment le mélange.
- Accusés de réception. — Avis divers : L’abonné X. Y., à Culoz. Nous vous avons répondu précédemment à ce sujet. — M. M. T., au Havre. Un grand nombre de dispositifs analogues et même plus complets ont déjà été imaginés ; ils n’ont donné que des résultals très imparfaits. — M. A. Duchâlel, à La Rochelle. Nous publierons prochainement un article sur cet appareil. — M. L. C., à Melun. Adressez-vous à MM. Serpollet, 27, rue des Cloys, à Paris. — M. A. Faure, à Oued-Amigour. Ecrivez à M. Jaequemin, à Nancy. — M. F. de Arroyane, à Salamanca. Pour ce qui concerne les Annonces, il faut vous adresser à l’Office général de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris; nous ne pouvons vous renseigner. — M. Guyot, à Chevilly Veuillez nous envoyer un compte rendu de votre invention; et nous en publierons un résumé, s’il y a lieu. — M. M. Werquin, à Lille. La Société La Carbonique française, 412, rue de Richelieu, à Paris, pourra peut-être vous fournir ces appareils. — M. A. G. M., à Paris. Il serait nécessaire, pour vous répondre, de faire l’essai de ces vernis. — M. C. A. Philippin, à Neuchâtel. Nous ferons un erratum. —M. C. B., à Paris; M. B. S.r à Paris. Il nous est impossible de fournir ce renseignement ; consultez une agence de brevets. — M. L. Veyriras, à Paris. L’adresse du fabricant de la bougie sulfureuse décrite précédemment est indiquée en tête de Boite aux lettres du n° 9X2, du 26 mars 1892. — M- G. Benoit, à Manosque. Votre communication est intéressante; mais le sujet est un peu trop spécial pour La Nature; tous nos remerciements. — M. II. Bollinchx, à Bruxelles. Pas d’ouvrage de ce genre. — M. Herbal, à Montluçon. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. U. Moschini, à Palerme; M. O. Blanchard, à Cugand. Remerciements pour vos communications.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Cours du Muséum d’histoire naturelle. — M. Stanislas Meunier a ouvert son cours de Géologie le mardi 26 avril à 5 heures, dans l’amphithéâtre de géologie du Jardin des Plantes; il le continuera les samedis et mardis suivants à la même heure. II exposera l’ensemble des phénomènes géologiques qui caractérisent la période quaternaire et montrera comment on peut les expliquer par la considération des causes actuelles et sans qu’il soit nécessaire d’invoquer le concours de circonstances exceptionnelles.
- M. Henri Becquerel a donné, mercredi dernier 27 avril, la leçon d’ouverture de son cours de Physique appliquée, à 10 heures du matin dans le grand amphithéâtre du Muséum d’histoire naturelle(57,rue Cuvier); il a montré les principales expériences de son grand-père et de son père, sur l’électricité et la phosphorescence.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils &“ rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS*
- La mer dans une assiette. — Un de nos lecteurs, à Lorient, nous envoie la description d'une expérience amusante et curieuse que l’on pourrait intituler, Procédé simple de se procurer l'illusion des côtes de la mer vues du large. Voici en quoi elle consiste : Sur la tablette de l’embrasure d’une fenêtre d’une habitation bien dégagée, mais à un niveau plus bas que les côtes qui masquent l’horizon en face, on dispose horizonta-
- peut également prendre la disposition du rhéostat en quantité et qui consiste à placer plusieurs spires en dérivation. Dans ce cas, on réunit ensemble toutes les extrémités placées à la périphérie des tiges de métal, et le levier du centre doit alors faire communiquer entre elles un plus ou moins grand nombre de spires. Nous ne signalons que les principes fondamentaux des rhéostats, en mentionnant la nouvelle forme circulaire qui nous paraît très avantageuse. Nous laissons aux amateurs d’électricité le soin de résoudre les difficultés pratiques de construction. Lè nouveau rhéostat se trouve chez MM. Joël et Cie, à Londres.
- J. L.
- Au bord de la mer, illusion obtenue avec une assiette pleine d’eau.
- lement une assiette creuse, sur des livres, par exemple, assez haut pour que l’assiette dépasse la barre d’appui de la croisée. On remplit d’eau l’assiette à pleins bords, le niveau de l'eau, à cause de la capillarité, sera plus élevé que les bords de l’assiette, formant ménisque sur tout le contour. En se baissant et, en regardant les côtes d’en face, le rayon visuel étant tangent à la surface libre du liquide, on s’imaginera apercevoir du large d’une mer tranquille les côtes de cette mer, basses ou escarpées selon le site qu’on aura devant soi. Si l’habitation était plus élevée que les côtes voisines, on aurait l’horizon sans limites. Bien entendu, il faut que la vue soit bien dégagée.
- Un simple rhéostat. — Nos lecteurs nous demandent souvent des renseignements sur le montage de quelques appareils électriques et notamment des rhéostats. Nous croyons leur être utile en mentionnant un nouvel appareil décrit par notre confrère Industries. Sur un disque circulaire de matière isolante (bois, ébonite, marbre, ardoise, etc.), sont disposées suivant des rayons une série de tiges de métal (maillechort ou nickel). Le constructeur a employé le nickel de préférence au
- maillechort, bien que la résistance spécifique de ce dernier soit supérieure (20 mi-crohms-centimè-tres au lieu de 12). Mais le nickel peut atteindre de hautes températures sans s’oxyder. Ces tiges de métal sont réunies entre elles à la périphérie et au centre, de façon à former un circuit continu. Au centre se trouve un levier mobile autour d’un axe, et portant un contact qui vient appuyer sur les dif-férents fils du rhéostat. L’un des
- fils du circuit est relié à ce levier, et l’autre fil à l’extrémité du rhéostat. Il suffit de faire mouvoir le levier pour faire varier la résistance d’après le nombre de spires plus ou moins grand introduit en circuit. La disposition que nous venons de décrire s’applique au rhéostat en tension, c’est-à-dire du rhéostat dans lequel toutes les spires sont réunies dans un même circuit. On
- Nouveau Rhéostat.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Échelle h coulisse, avec arrêt et déclenchement automatiques. — Cette échelle présente le grand avantage de pouvoir être allongée ou raccourcie à volonté, arrêtée à une longueur quelconque ou entièrement repliée par une manœuvre appropriée de la corde de commande. Dans ce but, l’échelle fixe porte un échelon en fer H, muni d’équerres E, servant à supporter un des échelons de l’échelle mobile; ces équerres sont maintenues dans cette position par des taquets M butant contre des talons fixes. Veut-on replier l’échelle,il suffit d’agir, M du bas, sur la corde, de façon à soulever l’échelle mobile, dont un échelon soulève le doigt C et le laisse ensuite retomber. En lâchant graduellement la corde, on ramène l’échelon sur le dos du doigt C qui entraîne Nouvelle échelle à coulisse,
- l’étrier dont il fait partie; celui-ci fait basculer l’équerre E dont la branche horizontale se relève et s’efface devant l’échelon. Chaque échelon qui descend soulève ainsi préalablement l’équerre et passe sans être retenu. Si l’on veut, au contraire, arrêter l’échelle mobile dans une position quelconque, on la fait remonter de manière à ce qu’un des échelons soulève la branche horizontale de l’équerre. Au moment où celle-ci retombe, on lâche graduellement la corde, et l’échelon vient se reposer sur l’équerre. Un certain nombre d’autres butoirs limitent les mouvements à leur amplitude utile. Cette échelle, qui sera très appréciée dans les appartements, est construite par son inventeur, M. G. Lotte, 181, rue de Charenton, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Étude calorimétrique de la machine à vapeur, par M. Dwels-iiauvers-Derv. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, de Léauté, membre de l’Institut. Gau-thier-Yillars et fils, et G. Masson, éditeurs. — Paris, 1892. Prix : 2 fr. 50.
- Alimentation. Seconde partie. Conserves alimentaires. Moyens de conserver les viandes, le poisson, le lait, etc., par M. W. Maigne. 1 vol. in-18 de la collection des manuels Roret.Librairie encyclopédique. —Paris, 1892. Prix: 3 francs.
- Le cheval. Choix, éducation, hygiène, maladies, par P. Mé-gijin, vétérinaire. 2° partie. Médecine. Deuxième et dernier fascicule. 1 vol. in-8°. — Aux bureaux de Y Eleveur, 2 ter, avenue Aubert, à Vincennes (Seine), 1892. Prix: 6 fr. 50.
- Chez les bêtes, par A. Couteaüx. Souvenirs et réflexions d’un vieux chasseur, avec une préface de G. de Cherville. 1 vol. in-18. Maurice Dreyfous, éditeur. — Paris, 1892.
- Exposition universelle internationale de 1889 à Paris. Rapports du Jury international publiés sous la direction de M. A. Picard. Groupe V. Industries extractives, produits bruts et ouvrés (lre partie). Classes 41 à 44. 1 vol. in-4°. Imprimerie nationale. — Paris, 1891'. -
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Les altérations de la personnalité, par A. Binet. 1 vol. in-8° ; de la Bibliothèque scientifique internationale, avec figures - dans le texte. — Félix Alcan, éditeur. — Paris, 1892.
- Guide pratique de la fabrication du chocolat, par L. de Belfort de la Roque, ingénieur chimiste. 1 vol. in-16 de la ' Bibliothèque des actualités industrielles. Bernard Tignol, éditeur. — Paris, 1892. Prix : 4 fr. 50.
- Annuaire de la photographie pour 1892, par Abel Buguet. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque générale de photographie. Société d’éditions scientifiques. —Paris, 1892.
- Les mollusques. Introduction à l’étude de leur organisation, développement, classification, affinités et principaux types, par Henri Coupin. 1er fascicule. — Acéphales. — Scapho-podes. — Amphineures. 1 brochure in-8°. Georges Carré, éditeur. — Paris, 1892.
- La Ramie, par A. Moreau. Extrait des Mémoires de la Société des ingénieurs civils. 1 brochure in-8°. — Paris, 1891.
- Catalogue of prehistoric works. East ofihe Rocky Mountains, by Cyrijs Thomas. 1 vol. in-8°. Smithsonian Institution. Government Printing Office. — Washington, 1891.
- Die elektrische Schweissung und Lôlhung, par Etienne de Fodor. 1 vol. in-16, de YEleklro-technischc Èibliolek. A. Ilartleben, éditeur. — Leipzig, 1892. Prix : 4 francs.
- Omaha and Ponka lelters, by James Oyven Dorsey. 1 brochure in-8°. Smithsonian Institution. Government Printing Office. — Washington, 1891.
- Das Mikroskop, par Schweiger-Lerchenfeld. 1 brochure in-8°. A. Ilartleben, éditeur. — Leipzig, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION et force DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLOIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 18 avril 2*,3 N. W. 3 Presque couvert. 0,3 Pr. couv. j. 16 h.; nuag., puis p. nuag. ens.; plus, coups de ton. àl’W ; quelq. fois des goût., de la neige et du gr.
- Mardi 19 — 0°,1 N. E. 1. Beau. 0,6 Nuag. de 9 à 20 h.; quelq. nuages av. el ap.; un peu de neige vers 14 h. 35; petit brouil. jusque 5 b.
- Mercredi 20 1*,6 Calme. Peu nuageux. 0,0 Beau jusq. 8 h.; puis tr. nuag. jusq. 17 h.; couv. ens.; très brum., atmosph. claire à 15 h.
- Jeudi 21. ...... 6*,7 S. S. W. 3 Couvert. 2,6 Nuag. de 19 à 21 h.; couv. du reste; pluie de 1 h. à 8 h.; horizon brumeux.
- Vendredi 22 10°,2 W. S. W. 2 Couvert. 1,2 Couv.; un peu de bruine vers 8 h. 1/2; horizon brumeux.
- Samedi 23 11°,0 N. W. 2 Couvert. 0,0 Couv. le matin; beau le soir, bruine à 7 h.; horizon brumeux l’après-midi.
- Dimanche 24 8°,7 S. 2 Beau. 0,0 Beau jusq. 10 h., puis nuag. jusq. 17 h. ; peu nuag. ensuite; gelée blanche; atmosphère claire.
- AVRIL 1892. — SEMAINE DD LUNDI 18 AD DIMANCHE 24 AVRIL 1892
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement# de terre aux. Etats-Unis. — Deux lortes secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 17 avril, à 2 heures de l’après-midi, à Portland, dans l’Orégon. Les oscillations, allant de l’ouest à l’est, ont duré chaque fois dix secondes.
- Un tremblement de terre très violent a également eu lieu en Californie. Plusieurs édifices de San-Francisco ont été ébranlés. Le centre du mouvement était à Vacaville où plusieurs bâtiments ont été détruits. A Winters et à Dixon, il y a eu des dégâts sérieux.
- Un neige. — La pluie et la neige sont tombées en abondance les 17 et 18 avril à Paris et dans de nombreuses villes de France. Le froid a été assez vif, et il y a eu de nombreuses gelées blanches.
- La journée du 17 a été, au Havre et dans là région, très brumeuse et très pluvieuse. A 8 heures du matin, la neige est tombée en grande quantité mais elle a fondu aussitôt. Pendant toute l’après-midi et la soirée, la température a été très froide.
- Le lundi 18 avril, il a gelé dans une grande partie de l’arrondissement de Prades et la neige est tombée sur quelques cantons montagneux.
- Le froid des 18, 19 et 20 avril a produit des effets désastreux dans le département de la Gironde.
- Dans la nuit du 19 au 20 avril, le thermomètre est descendu entre 3 et 5 degrés au-dessous de zéro, et presque tout le vignoble girondin a été ravagé.
- Tout le bas Médoc peut être considéré comme perdu et le reste du Médoc est gravement atteint, sauf les communes de Saint-Julien, Saiut-Estèplie et Pauilhac, qui sont les moins touchées sans être complètement épargnées. Dans le Graves tout est à peu près détruit, le Haut-Brion principalement a très sérieusement souffert.
- Dans les vignobles blancs le mal n’est pas moins considérable. Tous les grands crus de Sauternes et de Barsac sont presque complètement ravagés. Les palus de Langoiran, Quinsac, Camblaues, Bouillac, Floriac sont dans un état pitoyable. Le Blayais est également abîmé.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 20, à 6 h. 10 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Ghâteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A L\ LIBRAIRIE Q. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- L’Exposition internationale de photographie. —
- L’inauguration de cette intéressante exposition a eu lieu la semaine dernière au milieu d’une grande affluence de visiteurs qui avaient répondu à l’appel du Comité. L’Exposition internationale de photographie a été conçue et organisée par la chambre syndicale des négociants et fabricants d’appareils, sous le patronage des Ministres du commerce et de l’instruction publique. 'Elle est installée au Palais des Beaux-Arts au Champ de Mars. M. Janssen, membre de l’Académie des sciences, directeur de l’Observatoire d’astronomie physique, représentait le Ministre de l'instruction publique à la cérémonie d’inauguration. Accompagnés de M. Attout-Tailfer, président de la chambre syndicale, et des présidents des huit groupes de l’Exposition, les visiteurs ont successivement parcouru toutes les sections et ils ont vivement apprécié les résultats obtenus, tant au point de vue artistique et scientifique qu’au point de vue industriel, par les exposants. L’exposition des collections photographiques des différents Ministères a spécialement attiré leur attention, et de fait cette partie de l’Exposition offre un intérêt de premier ordre. Nous avons remarqué, dans la partie scientifique des applications de la photographie, les beaux résultats obtenus par M. Marey, de l’Institut ; à la station physiologique, par les frères Henry dans leurs photographies célestes, et par plusieurs exposants dont la mention dépasserait les limites de cette Notice. Les amateurs de photographie ont exposé en grand nombre, et ce qu’ils offrent au public donne la mesure du talent réel de la plupart d’entre eux. Nous avons remarqué les belles épreuves présentées aux visiteurs parle Photo-Club de Paris et par la Société d’excursions des amateurs de photographie. — L’Exposition internationale de photographie, a laquelle on a fait les honneurs d’un magnifique local, aura, nous croyons pouvoir l’affirmer, le plus grand succès.
- INFORMATIONS
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- —%— La Commission supérieure de l’Exposition de Chicago a décidé que tous les palais de l’Exposition, sans exception, seraient ouverts le soir. L’éclairage sera assuré, sans compter les lampes entretenues par les exposants, par 5000 lampes à arc de 2000 bougies et 14 500 lampes à incandescence de 16 bougies. Ces dernières sont réservées au palais des beaux-arts.
- (—%— A quelle époque a-t-on commencé à fumer le cigare? h’Intermédiaire des chercheurs nous donne quelques renseignements à ce sujet. En 1823, au retour de notre promenade militaire wi Espagne, l’usage du cigare s’introduisit en France. On ne trouve guère trace de ce fait que dans les Mémoires inédits d'Hippolyte Auger, l’auteur dramatique,- dont-un- petit nombre d'exemplaires 'viennent d’être mis en vente aux bureaux de la Révue rétrospective : « Notre retour à Paris, dit-il, eut lieu par Orléans. Sur la voûte, nous rencontrions- assez- fréquemment- des officiers revenant
- d’Espagne. Ils avaient crânement le cigare à la bouche, — habitude nouvelle, devenue depuis, générale. Ace point de vue, la campagne de 1823 eut ce bon résultat financier d’établir un impôt volontaire. » Un autre document ferait remonter l’usage du cigare à une époque un peu antérieure. L’Hermite de la Chaussée-d'Antin (t. IV, 1813), allant semoncer son neveu, jeune officier en permission à Paris, le trouve à son hôtel en costume du matin « la gorra de soie mûre sur la tête » et fume, en sa compagnie, un cigare de la Havane. Le goût du cigare était, dès cette époque, assez répandu pour que tout épicier, soucieux de ses devoirs, tînt à honneur d’en fournir à sa clientèle. Une sorte de boniment en vers, composé’par Armand Gouffé pour l’acteur Chapelle, du Vaudeville, qui avait ajouté à ses occupations professionnelles un commerce de denrées coloniales, comprend, en effet, dans la nomenclature des objets qu’on pouvait se procurer dans sa boutique :
- ....Gomme, guimauve, rhum et rack.
- • Sucre d’orge, amandes, « cigares. »
- Un viaduc métallique de très grandes dimensions a été construit au Texas, sur le Southern Pacific Raihvay, entre les stations de Shumia et de Ilemlet. Il s’agissait de franchir le cours du Pccos, rivière qui coule dans une profonde vallée. Le viaduc a 654 mètres de longueur et s’élève à 99 mètres environ au-dessus du niveau de l’eau. Il y a 48 travées d’ouverture inégale. La plus grande a 56 mètres.
- —$é— La chasse annuelle aux hannetons a lieu depuis quelques jours dans le département de la Seine. Un grand nombre d’ouvriers sans travail, venus de Paris et de différentes localités de la banlieue, s’y livrent avec acharnement. Les insectes sont payés à raison de 20 centimes le kilogramme. Us sont détruits par le feu et l’échau-dage. Un des chasseurs en a, pour sa seule part, apporté 73 kilogrammes au syndicat de Vitry. Quelques-uns d’entre eux en apportent de 25 à 30 kilogrammes. Les quantités détruites sont déjà considérables.
- —Les États-Unis sont, par excellence, le grand centre des immenses entreprises industrielles. C’est ainsi que la Compagnie de chemins de fer Philadelphia and Reading Railroad possède sans doute le plus grand charbonnage du monde. Elle a un certain nombre de puits d’extraction, dont la production totale atteint le chiffre énorme de 10 millions de tonnes par an. L’ensemble du personnel ouvrier employé dans ces houillères s’élevait, l’an dernier, à 24 754 personnes; à la tète de la Compagnie est un directeur général, ayant des sous-directeurs pour chaque mine. Le total des recettes dépassait 106 millions et demi de francs en 1891, contre 104 millions de dépenses.
- —— Les journaux anglais recommandent aux marchands d’œufs le nouvel emballage, adopté récemment en Danemark, et qui seifn-ble, en effet, présenter de sérieux avantages. 11 s'agit de remplacer la paille par de la laine végétale. Les commerçants anglais, qui en ont fait l’essai, assurent qu’ainsi enveloppés, les œufs perdent moins de leur saveur et se conservent plus longtemps. Tandis que les caisses d’oeufs enveloppés de paille exhalent déjà une odeur désagréable, celles où l’on a pratiqué l’emballage à la laine végétale restent inodores, ce qui ne laisse pas d’avoir de l’importance au point de vue de la conservation des œufs. De plus, la paille parait absorber l'humidité qui la fait fermenter et pôurrir, ce qui contribue à élever d’une façon fâcheuse la température autour des œufs à conserver.
- Il y aurait intérêt â-essayer l’efficacité de ce procédé, _
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le théâtre d’ombres, s’adresser à M. Alber, t prestidigitateur, 68, rue François-Miron, à Paris.
- Communications. — M. Henry Courtois, à Muges, par , Damàzan (Lot-et-Garonne), nous écrit : « Tous vos lecteurs sont invités à venir observer chez moi à Muges, par Damazan (Lot-et-Garonne), à 3 kilomètres de la gare d’Aiguillon, de 9 heures, du soir à 1 heure du matin, la magnifique éclipse presque totale de lune de la nuit du 11 au 12 mai 1892 ; ils auront à leur disposition un excellent télescope Foucault, ils observeront ^n-même temps Vénus en maximiun d’éclat et se creusant en croissant, et l’anneau de Saturne; je leur ferai les honneurs de mon beau cabinet de physique et les prie d’avoir la bonté de m’écrire à l’avance. »
- M. E. H. Cadiot, à Paris, nous adresse une brochure qu’il -vient de famé paraître sur des petites machines dynamos et les moteurs pour les mettre en mouvement. Il donne d’abord la description de la dynamo Austin Bébé, et parle des moteurs rotatifs à vapeur, à air comprimé ou à eau accouplés directement. Nous trouvons également la. mention de petits moteurs domestiques avec pompes, avec ventilateurs, en éventail, ainsi que de petits moteurs à gaz convenant à la commande de la dynamo Austin.
- M, le Dt A. Salathé, à Paris, à propos de la Note publiée dans le n° 986, du 23 avril 1892 sur les chemins de fer dans le Transvaal, nous fait savoir que les champs d’or et Johannesburg ne font qu’un, puisque la ville a été créée en ce centre même il y a peu d’années. Quand les trains du Cap arriveront, dans peu de mois, à Johannesburg, ils seront donc rendus, en même temps, aux fameux Gold Fields du Witwatersrand.
- Renseignements. — M. E. Carvajal, à Bailen. — Nous avons indiqué les moyens de faire des photographies composites sur fond noir dans le n° 972, du 16 janvier 1892.
- M. F. Lacaze, à Bordeaux. — Nous avons déjà parlé, dans La Nature, de l’emploi des nuages artificiels en agriculture pour la protection contre les gelées ; voyez le n° 25, du 8 novembre 1875; le n° 49, du 9 mai 1874, et le n° 821, du 25 février 1889, p. 205.
- M. N. Leroy, à Montpellier. — Adressez-vous à la Société du phonographe, 22, Northumberland Avenue, à Londres.
- M. R. Coste, à La Maillerie. — Vous trouverez du métal antifriction chez tous les constructeurs de machines à vapeur. Vous pouvez en fabriquer un vous-même à l’aide des formules indiquées dans le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur). Il convient d’enlever d’abord le métal adhérent aux coussinets, puis de verser l’antifriction dans un moule.
- M. Jallot, à Sablé-sur-Sarthe. — Nous ne saurions vous indiquer un appareil de photographie. Tout dépend d’abord du prix; il y a des appareils qui coûtent 50 francs, d’autres 500 francs et plus.
- M. F. Marloteau, à Paris. — La vitesse de la lumière est de 300 000 kilomètres par seconde; la vitesse admise aujourd’hui pour l’électricité est de 300 900 kilomètres par seconde. Les deux vitesses ont donc sensiblement la même valeur.
- M. Barthélemy, à Corbeil. —Il s’agit de mesures; reportez-vous à la Note originale de M. l’amiral Mouchez publiée dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences.
- M. P. Lapareillé, à Paris. — 1° Il faut enduire les feuilles de plombagine, et les recouvrir de cuivre par la galvanoplastie. — 2° La durée dépend de la capacité de la pile ; adressez-vous directement à l’inventeur.
- M. A. Porlier, au Perreux (Seine). — La mesure annoncée a été prise en Angleterre. La rectification a été faite dans les Informations du n° 987, du 50 avril 1892.
- M. Ch. de Salazar, à Perpignan. — 1° Pas d’adresse parti-
- culière. — 2° Briquet à air comprimé : M. H. Jàcqui, II, boulevard Montmartre, à Paris. — 3° Eolipyle Paquelin : M. Gillet, 32, boulevard Henri TV, à Paris. — 4° Bougeoir à pétrole Chan-dor : MM. Desmarais frères, 29, rue de Londres, à Paris.
- M. A. P., à La H.... — Le jet d’eau atmosphérique a été décrit dans le n° 949, du 8 août 1891, p. 159. !
- M. A. Tixeront, à Riom. — L’adresse que vous demandez est donnée en tête de la Boîte aux lettres du n° 964, ch* 21 novembre 1891 ; MM. Adt frères, à Pont-à-Mousson.
- M. J. Dracuoff, à Nice. — 1° Pas d’appareil spécial à vous faire connaître. — 2° Nous ne croyons pas qu’il existe de traité comparatif, comme vous le demandez. Consultez le Traité théorique et pratique des moteurs à gaz, par A. Witz (à la librairie E. Bernard, quai des Augustins, à Paris). — 3° Non. — 4“ 2 chevaux environ. (
- M. Goubert, à Charmes. — Traité de chimie agricole, par M. Dehérain. (G. Masson, éditeur.) ?
- M. J. F., à Paris. — Si les lampes sont branchées sur une même ligne, elles doivent être du même voltage, 50 volts. Mais si vous mettez un fil d’aller unique avec des fils de retour différents, vous pouvez parfaitement employer des lampes de voltages variables. . w - •*
- M. A. L. M., à Bruxelles. — 1° On doit agiter la solution avec les produits à décolorer. — 2° Il faut essayer l’expérience.
- M. R. Voortman, à Gand. — La construction de Ja lunette que nous avons fait connaître, convient à des grossissements variant de 8 à 36 fois ; il suffit de choisir les distances focales de l’objectif et de l’oculaire.
- Un abonnéf à Poitiers. — Le thermomètre fronde peut être manœuvré indifféremment à l’ombre ou au soleil. ______________
- M. L. R., à Port-Saïd. — Nous avons indiqué, à plusieurs reprises, les fabriques d’aluminium ; voyez notamment les Nouvelles scientifiques du 9 avril 1892 (n° 984).
- M. E. Ragonnet, à New-York. — Le sturm-glass ou pronostic a été décrit dans le n° 182, du 25 novembre 1876, p. 409.
- M. E. Neuman, à Toulouse. — Tous trouverez un ouvrage sur ces procédés de reproduction typographique à la librairie Gauthier-Villars.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. L. Vidon, à Bourg-Argental. Il vous a été répondu dans la Boite aux lettres du n" 984, au 9 avril 1892. —'M. Berthon, à Versailles. Veuillez prendre des renseignements auprès de M. Malfait, photographe, à Dunkerque. — M. P. von Eckhout, à Malines. Nous n’avons pas d’autrés renseignements que ceux déjà publiés. — M. J. A. C., à Bucharest. Adressez-vous directement au journal que vous mentionnez. — M. B. Girard de F., à Paris. 1° Notre article a donné tout ce que nous savions. 2° La question est un peu spéciale. Remerciements. — M. H. Schwarz, à Paris. Quelques recettes à ce sujet sont indiquées dans le petit livre de la Science pratique. (G. Masson, éditeur.) — M. Breydel, à La Hulpe (Belgique). Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Cours du Muséum d’histoire naturelle. — M. Arnaud, professeur de chimie organique au Muséum d’histoire naturelle, a commencé ce cours le lundi 25 avril 1892, à 4 heures et demie, dans le grand amphithéâtre et le continuera les jeudis, samedis et lundis suivants, à la même heure.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- L'odeur des cages d'oiseaux. — Pour faire disparaître cette odeur souvent désagréable, on répand sur le fond de la cage, rincipalement aux endroits occupés par la fontaine et par la aignoire, une couche de gypse (sulfate de chaux). On recouvre celle-ci d’un peu de sable. Ce procédé, appliqué aux poulaillers et colombiers, a d’autant plus d’intérêt qu’il augmente la valeur fertilisante des *fumiers que l’on en retire. On remarquera aussi que c’est simplement l’application en petit du procédé recommandé aux cultivateurs pour les fumiers de ferme, pour empêcher la déperdition dans l’atmosphère, sous forme de gaz, des éléments fertilisants.
- Soudage de l’aluminium. — Deux morceaux d’aluminium peuvent être soudés ensemble en se servant du chlorure d’argent comme fondant. Les morceaux de métal sont réunis dans la position qu’ils doivent occuper, et on répand sur le joint du chlorure d’argent fondu réduit en poudre fine, après quoi on fait la soudure au chalumeau.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- PETITES INTENTIONS1
- La (t question )) du buveur. — Un de nos collaborateurs, qui revient de Londres, nous a rapporté un nouveau puzzle. C’est une petite boîte de carton, dont la partie supérieure est fermée par un verre. Au fond de la boîte est imprimé un dessin qui représente un ivrogne. La bouche du personnage est formée par un trou percé dans le carton. La boîte contient une petite bouteille. Il s’agit d’introduire le goulot de la bouteille dans la bouche du buveur, comme le montre le deuxième
- -------- - Nouveau puzzle anglais.
- dessin, à droite de notre figure. On est tenté d’y arriver en faisant sauter la bouteille à l’intérieur de la boîte, et l’on ne parvient à ce résultat, en opérant ainsi, qu’après un grand nombre d’essais infructueux. Pour réussir sûrement et avec rapidité, il faut amener la bouteille à reposer verticalement contre le verre, sur le côté de la boîte place sous le menton et pencher la boîte en arrière : le goulot tombe alors naturellement dans l’ouverture qui lui est ménagée à cet effet. — L’objet décrit est vendu par des camelots dans les rues de Londres. L'adressé du fabricant nous est inconnue; mais on peut confectionner ce petit jouet soi-même.
- Le colleur automatique. — On sait combien est longue l’opération de la mise sous bande des prospectus, brochures, circulaires, etc., et combien elle occasionne de malpropreté. Un modeste employé de préfecture, M. Féraud, de Privas, a combiné, avec le concours de M. Ed, Hesse, un petit appareil peu coûteux, permettant à la personne la moins expérimentée, fût-ce un enfant, de mettre sous bandes et coller 2000 brochures à l’heure. Il y a donc là, outre une économie de temps (car les femmes qui font ce travail à la main, pour le compte des agences de publicité, ne mettent pas plus de 800 plis sous bande
- Colleur automatique.
- par jour), une économie d’argent. En effet, l’achat peu dispendieux d’un colleur automatique permet de ne plus recourir aux agences de publicité. L’appareil se compose d’une plaque métallique, portant à l’une de ses extrémités, une règle perpendiculaire. Le long de cette règle glisse, à frottement doux, un curseur qui porte le flacon à colle. Ce flacon est fermé à sa partie inférieure par une éponge qui s’imbibe continuellement du liquide, lequel se conserve indéfiniment. Yoici la manière de
- [u'océder : On soulève le tube de colle de façon à faire reposer 'éponge sur l’extrémité de la pile de bandes. On plie la bande du côté de l’opérateur et on la tire à soi. Elle vient avec une quantité de colle suffisante tandis que l’éponge s’applique sur la bande qui suit. On finit le pliage et on passe à la suivante. On
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- le voit, le procédé est simple et pratique. — Le colleur se trouve chez MM. J. Fribourg et Hesse, 26, rue des Ecoles, à Paris.
- Presse-citron. — Le presse-citron, tel que le représente la figure ci-dessous, se tient de la main droite et fonctionne comme une pince ordinaire ; le citron coupé par la moitié est maintenu entre les deux mâchoires de l’appareil et reçoit par un effort léger de la main une pression régulière, le jus s’écoule à travers
- Nouveau presse-citron.
- la grille découpée et les pépins sont retenus sur la grille. On peut ainsi exprimer totalement le jus d’un citron. Cet appareil est particulièrement pratique pour préparer les boissons et assaisonner les mets au goût de chacun,‘car H"permet aussi par une pression graduée d’exprimer le jus d’un citron goutte à goutte.Le presse-citron argenté se trouve chez M.Christofle à Paris.
- L’éclaîr magnésique. — Voici un moyen bien simple que nous employons pour obtenir un éclair d'une belle intensité avec le magnésium. Sans nous servir des diverses lampes souvent plus coûteuses que pratiques et qui ne valent pas, à mon avis, les procédés déjà si simples de M. A. Londe, décries précédemment dans La Nature, nous réussirons très bien sans aucun appareil. Prenons un tampon de coton azotique bien sec (1 gramme environ) auquel nous donnerons facilement la forme d’une petite capsule creuse. Voilà notre appareil fabriqué. Posons-le soigneusement sur une feuille de papier afin de ne rien perdre du magnésium passé au tamis de soie et séché ; saupoudrons-en la partie creuse de notre appareil en ayant soin d’en bien garnir le fond (0er,50 suffisent amplement); rapprochons les bords, et soudons-les en les tortillant avec le bout des doigts (dessin de
- Moyen facile d’obtenir l’éclair magnésique pour les photographies nocturnes.
- droite). Piquons alors une épingle ou un petit fil de fer dans le fond de la masse ainsi formée pour pouvoir l’accrocher à l’endroit choisi, et nous voilà prêts à opérer avec une allumettê ou un morceau de métal convenablement chauffé (tisonnier, pincettes, etc.) L’opération n’est pas compliquée; elle donne de très bons résultats, et le prix de l’éclair produit est accessible à toutes les bourses. Un dernier moyen, très simple à installer, permet à l’opérateur de poser lui-méme, s’il dispose des moyens de produire une étincelle électrique. Il met au point, ouvre son châssis et son obturateur, va se placer et produit l'étincelle à l’aide d’un commutateur mis à sa portée; l’étincelle étant peu calorifique, il fera bien de noircir le fulmi-coton avec du noir de fumée sec ou mieux de le frotter avec un peu de résine finement pulvérisée. Si, après essai préalable, ces deux moyens ne réussissaient pas, c’est qu’on n’aurait pas une étincelle assez puissante. Dans ce cas, tremper le bout du fulmi-coton dans de l’éther sulfurique ou du sulfure de carbone. Cette dernière manière d’opérer réussit toujours. A, Leyritz, t
- Préparateur à l’Ecole J .-B. Say, Auteuil. *
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- BIBLIOGRAPHIE
- Littérature et critique, revue mensuelle. G. Masson, éditeur.
- Nous avons reçu les deux premières livraisons de la revue Littérature et critique. La seconde livraison commence la publication d’une comédie inédite de Lesage, l’auteur de Gil Blas, dont l’original appartient à la collection Henri de Rothschild : c’est un document des plus rares. Le même numéro contient des articles signés Jules Simon, Lucien Biart, Léo Claretie, etc.
- Nouvelle analyse physique des vibrations lumineuses, basée sur la mécanique de l’élasticité, par M. l’abbé L. M. Le Dantec, professeur de sciences à Tréguier (Côtes-du-Nord). \ vol. in-8°. Librairie centrale des sciences J. Michelet. — Paris, 1892. Prix : 5 fr. 50.
- La photographie devant la loi et devant la jurisprudence, par Arm. Bigeon. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque générale de photographie. Société d’éditions scientifiques. — Paris, 1892. Prix : 2 fr. 50.
- Quinze leçons d’anatomie pratique, par Paul Poirier, recueillies par MM. Friteau et Juvara. 1 vol. in-18. Veuve Babé.et Cie, libraires-éditeurs. — Paris, 1892.
- Les positifs sur verre, par M. II. Fourtier. Théorie et pratique. Les positifs pour projections. Stéréoscopes et vitraux. Méthodes opératoires. Coloriage et montage. 1 vol. in-8°. Gauthier-Yillars et fils, imprimeurs-libraires. —Paris, 1892.
- Annuaire pour 1892 de l’Union vélocipédique de France. 1 vol. in-18. Aux bureaux du journal le Véloce-Sport. — Paris-Londres-Bordeaux, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLOIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 25 avril 8*,3 N. W. 1 Eclaircies. 0,0 Presq. couv., averse à 14 h. 1/2 et à 18 h. 1/4.
- Mardi 26 4%8 S. 0 Peu nuageux. 1,9 P. nuag. jusq. 9 h.; couv. ensuite ; brouill. à 6 h.; gel. bl.; un peu de pluie line dans la soirée.
- Mercredi 27 5%7 N. N. E. 1 Beau. 0,0 Beau jusq. 8 h.; nuageux ensuite ; brouill. à 5 h. 1/2; gel. bl.: gouttes à 13 h. 45.
- Jeudi 28 7-,5 W. 2 Très nuageux. 1,9 Presq. couv ; pluie de 1 h. à 4 h. 112 et quelq. averses de 12 h. à la h. 1/4.
- Vendredi 29 4”,8 S. 2 Nuageux. 0,2 Nuag. jusq. 9 h.; couv. ensuite ; gel. bl., pluie ou gouttes de 12 à 19 h.
- Samedi 30 5%9 N. N. E. 4 Très nuageux. 1,1 Tr. nuag. jusq. 19 li.; beau ensuite.
- Dimanche 1" mai . . 4%5 N. N. E. 3 Eclaircies. 0,0 Couvert ; pluie de 16 h. 30 à 50 m., reprend à 20 h. et continue.
- AVRIL-MAI 1892. -- SEMAINE DU LUNDI 25 AVRIL AU DIMANCHE 1er MAI 1892
- Lundi | Mardi I Mercredi I Jeudi I Vendredi I Samedi I Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les /lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: coupbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Ouragan à Madagascar. — Les journaux arrivés la semaine dernière annoncent qu’un ouragan terrible s’est abattu sur l’île entière le 29 février ét le 1“ mars, occasionnant de nombreux dégâts. A Tana-narive, la foudre est tombée à plusieurs reprises. Un grand nombre de toitures ont été arrachées et des arbres ont été déracinés. Plusieurs personnes ayant voulu rester dans leurs habitations trop vieilles ou mal construites, ont payé de leur vie leur imprudence. Le nombre des personnes tuées ou blessées grièvement, est environ de vingt.
- Le.point habité le plus froid du globe. — On ignore les températures qui peuvent se produire au pôle même; mais, en ce qui
- concerne les régions habitées, le point le plus froid du globe que l’on ait observé, paraît être Werchojansk, en Sibérie orientale. Cette localité, vraiment sibérienne, est située sur les cartes, à 67° 34' de latitude nord et à 133°51' de longitude est de Greenwich; son altitude est de 107 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le savant professeur Wild, de Saint-Pétersbourg, a eu le dévouement d’y observer et d’y noter la température pendant une année entière. La moyenne de l’année a été de 19°,3' au-dessous de zéro d’après M. Wild, et en janvier, il aurait constaté une température de —53°,1'.
- Iji» neige. — La neige est tombée le 29 avril et le 1" mai dans un grand nombre de localités de France et d’Allemagne; en plusieurs points la terre a été couverte d’une couche de plusieurs centimètres d’épaisseur.
- PHASES DE LA LUNE ; N, L. le 26, à 9 h. 56 m, du soir. — Périgée le 26,.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la a Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIB O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA. SEMAINE
- La vigne et la production vinicole. — Le Ministère de l’agriculture a récemment dressé le bilan de la production vinicole en France et à l’étranger. Il en résulte que l’Italie, la Hongrie, le Portugal, l’Espagne sont en pleine décroissance de production. La France, au contraire, est revenue à une période d'augmentation graduelle de vendanges annuelles.
- Notre pays a besoin de cinquante millions d’hectolitres pour sa consommation : dans très peu d’années, sa production dépassera ses besoins; et, d’importateur qu’il est encore aujourd’hui, il redeviendra exportateur.
- Voici la production moyenne annuelle des vins, exprimée en millions d’hectolitres : — France, 50 — Algérie, 3 — Italie, 25 Espagne, 20 — Portugal, 5 — Autriche, 5 — Hongrie, 6 — Allemagne, 5 — Russie, 5 — Turquie et Chypre, 2 et demi — Serbie, 2 — Grèce, 1 et demi — Roumanie, 1 et demi — Suisse, 1 '— Etats-Unis, l et demi — République Argentine, 1 et demi :— Chili, 1 — Cap de Bonne-Espérance, 1 dixième — Australie, 1 dixième — Açores, Canarie, Madère, 1 sixième. En France, on compte environ deux millions d’hectares plantés en vignes; en Algérie, cent mille hectares.
- La récolte totale du vin, dans le monde, s’élève à environ 150 millions d’hectolitres pour une surface de vignes d’environ sept millions d’hectares. Si la reconstitution des vignobles se poursuit en France dans la même progression, notre vignoble, qui est déjà actuellement le plus grand du monde, dépassera dans deux ou trois ans deux millions et demi d’hectares, c’est-à-dire occupera la superficie la plus considérable qu’il ait jantais eue.
- Les départements qui tiennent le premier rang dans cette œuvre de reconstitution sont : l’Hérault, l’Aude, le Gard, la Gironde, les Pyrénées-Orientales et le Var.
- En Tunisie, le vignoble est encore à sa naissance, il occupe environ six mille hectares et a produit de quarante à cinquante mille hectolitres; mais la vigne y prospère et de nombreuses plantations sont entreprises. Pour l’Algérie, la vigne constitue un élément de colonisation considérable. La situation du vignoble algérien est excellente.
- INFORMATIONS
- —&— Dans la séance du 6 mai dernier de la Société française de photographie, M. Davanne a remis à M. Lippmann, de l’Institut, de la part de la Société photographique de Vienne, comme témoignage d’admiration pour sa belle invention sur la photographie des couleurs par la méthode des interférences, une médaille de vermeil. M. Janssen, qui présidait la séance, a fait remarquer que la Société viennoise est la première qui manifeste ainsi sa sympathie à notre compatriote; il a annoncé qu’il fondait dès maintenant un prix annuel qui portera son nom et consistera en une médaille d’argent. Elle sera décernée par la Société française ; mais, pour la première fois, il la décerne lui-même à M. Lippmann aux applau-
- dissements de l’assemblée. Dans la même soirée, la Société de physique avait reçu de l’inventeur une nouvelle communication sur des perfectionnements apportés à sa méthode. Nous reviendrons prochainement sur les beaux travaux de M. Lippmann.
- —Nous avons parlé ici même dans notre n° 982, du 26 mars 1892, de falsifications de farine observées à Ravenne (Italie). L’honorable Président de la Chambre de commerce italienne, à Paris, nous écrit à ce sujet la lettre suivante que nous nous empressons de publier : « La Chambre de commerce italienne, à Paris, préoccupée des fait incriminés, afin de connaître la vérité, a pris les renseignements nécessaires auprès de la Chambre de commerce de Ravenne ; nous avons l’honneur de vous transcrire la réponse en vous priant de vouloir bien la publier. La Chambre de commerce de Ravenne nous fait savoir que dans le deuxième semestre 1891, des farines falsifiées ont été découvertes dans la petite ville de Russi près de Ravenne. Cette falsification a fait tellement de bruit dans les environs, qu’on a ordonné des perquisitions, même dans la ville de Ravenne. Les farines de Russi, soumises au Laboratoire de l’Institut technique provincial, ont été reconnues comme contenant plus ou moins du carbonate de chaux (marbre) moulu très fin. Procès pénal a été fait au meunier et depuis, aucune autre plainte n'a eu lieu. Sur les farines saisies à Ravenne on a constaté qu’elles étaient de qualité mauvaise, mais qu’elles,ne contenaient aucune substance hétérogène. Dans aucun des échantillons saisis on n’a trouvé de la baryte. Voilà le véritable état de choses sur lequel nous avons cru devoir attirer l’attention de votre journal afin qu’il ne soit pas donné plus d'importance que cela ne mérite à un fait, certainement déplorable, mais resté isolé dans les limites'les plus étroites. 11 faut noter encore que le moulin de Russi, où les farines ont été saisies, est un moulin d’une importance minime et qui, avec d’autres moulins situés à quelques kilomètres, ne pourvoit qu’à la consommation locale. »
- —L’Ecole dentaire technique et les membres du Conseil de cette école ont fêté la semaine dernière, en un grand banquet, la reconnaissance d’utilité publique de la Société odontotechnique dont nous avons jadis signalé les services. L’art dentaire, entre les mains des membres de cette Société, n’est plus livré au charlatanisme, mais à la science; l’Ecole dentaire forme des spécialistes instruits et habiles; elle soigne en outre gratuitement tous ceux auxquels la modicité de leurs ressources ne permet pas de rémunérer îles consultations ou des opérations.
- —Les travaux d’adduction des eaux de l’Avre à Paris sont très avancés. L’aqueduc entre dans le département de la Seine au coteau de Saint-Cloud. Le tunnel qui forme la conduite souterraine sous ]a colline débouche juste en face de la grille du Bois, dite grille de Boulogne. A cet endroit, la voie des eaux est soutenue par un grand travail d’art et par un pont à tablier incliné qui traverse le fleuve. Sur la jave droite, l’aqueduc redevient souterrain’ il est formé d’énormes tuyaux en fonte ayant Im,50 de diamètre, li côtoie le Bois, suit le trajet du boulevard de Boulogne et pénétré dans Paris par la porte d’Auteuil. Les piles du% pont sont presque terminées; il ne reste plus qu’à lancer le tablier, qui sera èn fer et sortira des ateliers Eiffel. Quant à la pose des tuyaux, elle est également presque finie; les ouvriers sont à la barrière d’Auteuil.
- —— Nous avons signalé, dans notre précédente livraison, un mode de conservation des œufs par la laine végétale. C’est laine minérale qui devait être imprimé. Nous donnons dans le présent numéro (p. 379) quelques renseignements sur ce curieux produit : la laine minérale, fabriqué avec le laitier des hauts fourneaux.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Siphon élévateur : M. Lemichel, 56, rue Lourinel, Paris. — Homéo-trope de M. Gossart : (constructeur, M. A. Demichel, 24, rue Pavée au Marais, à Paris. — Multiplicateur automatique : M. Eggis, éditeur, à Fribourg (Suisse).
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- Communications. — M, P. C., à New-York, nous écrit : « Dans un article sur les livres minuscules 1, vous avez demandé quel est le plus petit livre du monde. Yoici ce que je puis répondre : M. Plaut, de Londres, possède le plus petit livre que l’on connaisse. Ce volume est formé de 100 feuilles de papier de riz très fin, coupées en forme d’octogone, mesurant de-côté à côté 12 millimètres et demi, brochées ensemble.et. recouvertes d’une couverture en soie. L’ouvrage est manuscrit, écrit en encre noire, chaque page a une marge en vermillon. Le texte se compose d’un recueil des Rallias, chants sacrés des Brahmes Maharattes de l’Inde. Il est écrit en lignes maharattes. -Ce chef-d'œuvre est enfermé dans un écrrn à couvercle de cristal. La provenance de ce manuscrit n’est pas connue, il a été enlevé à Chanzi, lors de la révolte des Cipayes, par un soldat anglais qui l’a cédé à M. Plaut. »
- M. Lucy, à Gonesse, à propos de l’orange double que nous avons signalée dans la Boite aux lettres, du n°' 986, du 23 avril 1892, nous écrit qu’il a trouvé dernièrement un œuf double. A l’intérieur d’un œuf s’en trouvait un second, dont la aroi extérieure était formée d’une membrane assez résistante, e fait des œufs doubles n’est pas plus rare que celui des fruits doubles.
- M. G. Vander Haeghen, à Bruxelles, nous envoie une étude très complète qu’il vient de faire paraître sur les coefficients de résistance dans les constructions métalliques.
- M. E. L. Trouvelot, à Paris, nous fait parvenir une brochure contenant les résultats d’observations sur les planètes Vénus et Mercure. Cet opuscule renferme des données fort complètes accompagnées de dessins qui augmentent l’intérêt de l’ouvrage.
- M. Gucloz, à Comba, colonie du Congo français, nous communique un phénomène de végétation extraordinaire. Des chevrons coupés et placés depuis le mois de novembre dernier au-dessus d’un abri pour en former le toit, ont germé et donné des pousses dont l’une mesure 38 centimètres de longueur et porte 56 petites feuilles. La longueur des chevrons est de 2m,75; onze pousses se trouvent dispersées à des distances variées. Ce fait montre la puissance de la sève des arbres de ces pays.
- Renseignements. — M. G. K., à Bitschwiller (Alsace). — Machines à faire les cigarettes : M. Schaeffer, 28, rue Rivay, à Levallois-Perret (Seine); M. II. Lemaire, 12, quai de la Mégisserie; M. E. Durand, 165, avenue Victor-Hugo, à Paris.
- M. E. J., à Paris. — Pour enlever les taches d’huile sur le marbre, vous pourriez essayer une pâte formée de blanc d’Espagne et de benzine, ou encore de l’eau chlorurée à raison de 60 grammes de chlorure de chaux dans un litre d’eau.
- M. A. Bolfras, à Nancv. — Vous trouverez des renseignements complets sur le cubage des bois dans le grand Dictionnaire universel P. Larousse. Le même ouvrage mentionne les tables de calculs publiées à cet égard par M. Philibert Leduc, inspecteur des forêts.
- Ml A. Purget, à Paris. — Des expériences analogues ont été déjà effectuées, et ont donné de bons résultats.
- M. A. Candillon, à Paris. — Il faut fabriquer un moule en ciment ou en plâtre très fin, qui représente en creux les détails de la pièce à reproduire.
- M. J., à Alençon. — Vous nous demandez quelle était la rapidité de transmission du télégraphe aérien. Claude Chappe a déclaré à l’Assemblée législative, le 22 mars 1792, que son télégraphe pouvait transmettre en vingt minutes 35 mots com-
- posés de 139 lettres à une distance de 8 à 10 milles (soit de 12 à 15 kilomètres).
- M. G. D.» à Paris. — M. E. Renou a publié dans le Bulletin de la Société météorologique de nombreuses Notes sur l’arrivée des hirondelles. )
- M. F. Herbal, à Montluçon. — L’acide carbonique sous pression ou liquide n’attaque pas directement les métaux.
- Un minéralogiste, à Paris. — Adressez-vous au Comptofr géologique de Paris, 15, rue de Tournon, ou à M. Pisani, 8, rue de Furstenberg, à Paris.
- M.'G. S., à Paris. — Le fabricant de l’appareil en question est M. Morin, 3, rue Boursault, à Paris. <
- M. J. P., à Paris. — 1° Un fil de cuivre de 1 millimètre de diamètre nous paraît suffisant. — 2° Vous pouvez essayer de n’employer qu’un seul conducteur; l’expérience vous renseignera. — 3° Téléphones Ader, à la maison de Branville, 25, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. — 4° Il faut demander l’autorisation aux propriétaires,
- M. E. H., à Compiègne. — La brochure mentionnée se trouve chez M. E. H. Cadiot, 44, rue Taitbout, à Paris. :
- M. M. Bossière, à Paris. — Machines à glace : Compagnie industrielle des procédés Raoul Pictet, 19, rue de Grammont; machines Carré, 29, rue de l’Estrapade; glacière des familles, aux magasins de la Ménagère, boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris.
- M. A. C. Montaudon, à Mexico. — Nous avons publié deux articles très complets sur les compteurs horo-kilométriques pour voitures de place dans le n° 982, du 26 mars 1892, p. 257, et dans le n° 988, du 7 mai 1892, p. 355.
- M. Moulut, à Paris. — Dans une lunette, le rapprochement est le rapport de la distance réelle à laquelle se trouve un objet à la distance de la vision distincte où se trouve son image dans la lunette. .
- M. Galba, à Bordeaux. — 1° L’Eleveur d'oiseaux (collection des manuels Roret). — 2° Il faudrait établir des piles à chargement continu dans le genre de la pile O’Keenan dont nous avons donné la description dans le n° 745, du 27 août 1887, p. 205.
- M. Paulin, à Montbrison. — Nous avons reçu votre échantillon et votre brochure ; mais nous ne pouvons que confirmer notre appréciation; elle est basée sur les expériences de nos savants les plus compétents.
- M. Martins, à Paris. — Le chlorate de potasse est un produit très oxydant qui peut être dangereux.
- Accusés de réception. — Avis divers : Un abonné, à Sabres. Nous ne connaissons pas de fabricant spécial ; on peut employer soi-même le procédé indiqué. — M. A. C. V., à Arc-Senans. Nous publierons prochainement la recette que vous demandez. — M. Ma-deuf, à Pans. Pas de procédé pratique à vous indiquer. —M. B. E. L., à Fontcnay-le-Comte, Veuillez vous adresser au secrétariat de l’Académie des sciences. — Un lecteur, à Saint-G. Nous regrettons de ne pas connaître de livre de ce genre édité à Paris. — M. P. Monteil, à Vire. Nous ne pouvons donner ici tous ces renseignements; consultez les ouvrages de téléphonie à la librairie B. Tignol, 53 bis, quai des Grands-Augustins, à Paris. — M. C. J. C , h Paris. 1° Ce journal nous est inconnu; 2° adressez-vous à M. Viimorin-Andrieux, 4, quai de la Mégisserie. — M. Delavau, au camp de Châlons. Nous allons essayer de vous donner prochainement satisfaction. — M. F. Bidet, à Paris. S’adresser à M. le capitaine Fourtier, 9, rue du Sud, à Versailles. — M. P. Godefroy, à Versailles. Le fabricant est indiqué dans l’article : M. Lefort, à Alfortville (Seine). — M. Frank Grey, à X.; M. Caziot, à Avignon; M. le Dr Saurel, à l’Isle; M. E. Anodin, à Paris. Remerciements; nous utiliserons vos communications. — M. C. J. G-, à Paris. Vous trouverez, dans la Science pratique (G. Masson, éditeur), un procédé pour transformer en des épreuves brunes les épreuves bleues du papier au ferrocyanure. — M. P. Z. Stalios, à Gumuldzina. Voyez Recettes et procédés utiles, à la même librairie.— M. V. Pcruzzi, à Siena (Italie) ; M. IV. A. S., à Paris. Remerciements pour vos communications. — M. V. Shmurlo. à Saint-Pétersbourg. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Cours du Muséum d’histoire naturelle de Paris.
- — M. Faguet, professeur de dessin appliqué à l’étude des plantes au Muséum d’histoire naturelle, a commencé ce cours le mardi 10 mai 1892, à 3 heurés, et le continuera les jeudis, samedis et mardis suivants, à la même heure, dans la salle des cours de dessin (porte d’Austerlitz). — M. Frémiet, professeur de dessin appliqué à l’étude des animaux au Muséum, a commencé ses leçons le vendredi 6 mai 1892, à 4 heures, et les continuera les lundis, mercredis et vendredis suivants à la même heure, dans la salle des cours de dessin (porte d’Austerlitz).
- 1 Voy. n° 984, du 9 avril 1892, p. 293.
- Bans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux lesren-
- . seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant Iç hindi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- VIEILLES ESTAMPES1
- L’influence de la Lune. — Au moment où vient de commencer la Lune rousse (26 avril) qui se termine le 26 mai, et dont le mot même n’a aucune signification et se rattache aux erreurs populaires dont la Lune a été de tout temps l’objet, il n’est pas sans intérêt de rappeler que l’astre des nuits a donné lieu aux préjugés les plus invraisemblables relativement à l’influence qu’il exercerait sur la végétation, sur les maladies, sur les événements humains, etc. Arago cite un grand nombre de ces préjugés dont quelques-uns ont encore cours dans les campagnes. En voici quelques exemples : « Le vin qui se fait dans deux Lunes n’est jamais de bonne qualité et reste constamment
- trouble. » — « La lumière de la Lune noircit le teint. » — « Mettez les œufs à couver quand la Lune est nouvelle, etc. » — Dans l’antiquité, Hippocrate et Galien enseignaient que la Lune avait une grande influence sur l’organisme lîuinain. Selon leur croyance, les jours critiques dans les maladies étaient rattachés à la durée des principales phases de notre satellite. Au moyen âge, on croyait que le cerveau avait la Lune pour régulateur; c’est ce qu’a voulu figurer sans doute le graveur Lagniet en exécutant au dix-septième siècle la curieuse composition que nous reproduisons. Elle fait partie d’un nombreux recueil de pièces facétieuses accompagnées de pièces de vers. Si la Lune agissait sur le cerveau, Jupiter influait sur les poumons, Mars sur le foie, Saturne sur la rate, etc. Ces croyances ne sont plus guère répandues; il ne nous en est resté que l’expression de lunatiques pour ceux qui ont le cerveau quelque peu malade.
- Influence de la Lune sur la lête des femmes. D’après une gravure de Lagniet au dix-septième siècle. (Collection de M. Gaston Tissandier.)
- BIBLIOGRAPHIE
- Encyclopédie scientifique des akle-mémoire, publiée sous la direction de M. H. Léauté, membre de l’Institut, 500 volumes environ, petit in-8°, paraissant de mois en mois. Il sera publié 50 à 40 volumes par an. G. Masson et Gauthier-Vil-lars, éditeurs, à Paris. — Chaque volume est vendu séparément : broché, 2 fr, 50. Cartonné, toile anglaise, .5 francs.
- Nous annonçons aujourd’hui l’apparition d'une magnifique et importante publication, vasfe encyclopédie .tout à la fois élémentaire et technique, dont M. Léaute, membre de l’Institut, a entrepris l’exécution avec un grand courage et un louable dévouement à la science. Cette publication, malgré son caractère pratique, est une œuvre hautement scientifique. Embrassant le domaine entier des sciences appliquées, elle se composera d’environ 500 volumes petit in-8°. Chacun d’eux, signé d’un nom autorisé, donne sous une forme condensée, l’état précis de la science sur la question traitée et toutes les indications pratiques qui s’y rapportent. — L’Encyclopédie des aide-mémoire est divisée en deux sections : Section de l'ingénieur, Section du biologiste, qui paraissent simultanément depuis février 1892 et se continuent avec rapidité et régularité de mois en mois. Les ouvrages qui constitueront ces deux séries permettront à l’ingénieur, au constructeur, à l’industriel, d’établir un projet sans reprendre la théorie; au chimiste, au médecin, à l’hygicnistât d’appliquer la technique d’une préparation, d’un mode d’examen ou d’un procédé, sans avoir à hre tout ce qui a été écrit sur le sujet. Chaque volume se termine par une bibliographie méthodique permettant au lecteur de pousser plus loin et d’aller aux sources. — Voici les volumes déjà publiés dans
- 1 Suite. — Voy. Nouvelles scientifiques, du 23 avril 1892 (n° 986).
- la Section de l’ingénieur : Analyse des vins, par le Dr Magnier de la Source; Elude calorimétrique de la machine à vapeur, par Dwelsiiauvers-Dery ; Air comprimé ou raréfié, par A. Gouii.ly; Résistance des matériaux, par Duquesnay; Tiroirs et distributeurs de vapeur, par Madamet; Distribution de l’électricité, par R.-V. Picou. Voici, d’autre part, l’énumération des volumes publiés dans la Section du biologiste : Maladie des organes respiratoires, par le Dr Faisans; Délire chronique, par les D,s Magnan et Sérieux; Technique d’électrophysiologie, par G. Weiss ; Technique bactériologique, par Wurtz; Gynécologie, par A. Ad--vard ; Maladies des voies urinaires, par Bazy. — L’Encyclopédie des aide-mémoire est un ouvrage qui sera hautement apprécié et qui fera honneur à son savant directeur, M. Léauté, à scs collaborateurs et à ses éditeurs. G. T.
- Le potager d'un curieux. Histoire, culture el mage de 200 plantes comestibles peu connues ou inconnues, par A. Pailueux, membre de la Société nationale d’acclimatation, et D. Bois, assistant de la chaire de culture au Muséum d’histoire naturelle. 2e édition, entièrement refaite, avec 54 figures dans le texte. 1 vol. grand in-8°. — Paris, Librairie agricole de la maison rustique, 1892. Prix : 10 francs.
- Eléments d'hygiène, rédigés conformément aux programmes officiels par M. Louis Mangin, docteur ès sciences, professeur de sciences naturelles au lycée Louis-le-Grand. 1 vol. in-16. — Paris, Hachette et Cic. Prix, cartonné : 5 francs. »
- Les vacances d'un médecin, par M. le Dr E. Guibout, médecin honoraire des hôpitaux de Paris. 10* série, 1892. Souvenirs.
- 1 vol. in-18. — Paris, G. Masson, 1892.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
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- L'anthonome des bourgeons de pommiers. — L’anthono-mage des bourgeons peut et doit se faire pendant toute la durée du printemps. En imprimant une légère secousse aux branches du pommier, surtout depuis les premiers jours d’avril jusqu’au mois de juin, on en fait souvent tomber des anthonomes. Par conséquent, avant l’épanouissement des boutons à fleur, c’est-à-dire depuis le commencement d’avril jusque vers la fin du printemps, on secoue, par un temps calme, les branches des pommiers sur de grandes bâches ou plus simplement sur de vieux draps que deux personnes tiennent étendus — en les agitant — sous le pommier dont une autre personne secoue les branches. On peut effectuer cette chasse à l’anthonome de
- 9 heures du matin à 5 ou 6 heures du soir. Pour ne pas blesser l’écorce des jeunes branches, les gaules dont on s$ sert, pour le secouage, doivent être munies cPun eourt crochet en fer qui sera revêtu intérieurement de caoutchouc ou de cuir. Il faut avoir soin de procéder par petits coups vifs, et veiller à ne pas détacher les bourgeons qui, à cette époque, sont très tendres. Ne pas oublier aussi de ramasser de temps en temps, dans un sac, ce qui tombe sur les draps dont on s’est servi ; veiller à ce ue sur ce drap il ne reste pas d’anthonomes. Le sac sera plongé ans l’eau bouillante. Enfin, il est bon de remarquer que les pommiers de première floraison devront être secoués dans le courant d’avril; ceux de deuxième floraison de la fin d’avril à là mi-mai ; ceux de troisième floraison à partir de la mi-mai, et, d’une manière générale, un pommier doit être secoué dès que les bourgeons commencent à montrer leurs fleurs.
- •BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49-,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEUHES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES
- Lundi 2 mai 3°,6 E. N. E. 2 Couvert. 4,6
- Mardi 3 6',8 N. E. 2 Beau. 0,1
- Mercredi 4 8*,9 N. E. 1 Très peu nuageux. 0,0
- Jeudi 5 6',9 N. N. E. 3. Couvert. 0,0
- Vendredi 6 5*,9 N. 3 Presque couvert. 0,0
- t J , Samedi 7 3*,9 N. 2 Beau. 0,0
- Dimanche 8 6*,5 N. 0 Beau. 0,0
- OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Temps couv. jusq. 2t h., p. nuag. après ; petite pluie jusq. 9 h.
- Beau le m.; puis couv. jusq. 20 h.; beau ensuite.
- Peu nuag. le m.; couv. après 13 h.; gel. bl.
- Presque couvert.
- Tr. nuag. jusq. 17 li. ; beau ensuite.
- Peu nuag. de 9 à 12 h.; beau du reste ; gelée.
- Beau ; gelée.
- MAI 1892. — SEMAINE DU LUNDI 2 AU DIMANCHE 8 MAI 1892
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 « 10; les flèches inférieures; la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au parc de Saint-Maur en avril l$9t
- par M.-E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 757“”,19. Minimum le 13. à 6 heures du soir, 744"",02. Maximum, le 20, à 8 heures du matin, 770“”,71.
- Moyennes thermométriques : des minima, 4°,23; des maxima, 16°,78 ; du mois, 10°,50; moyenne vraie des 24 heures, 10°,27. Minimum le 19, am matin, —3°,0. Maximum les 3, 4 et 5, 24°,5. Il y a eu 4 jours de gelée et 9 jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur, 5“”,86; la moindre, le 1", à 3 heures du soir, 1““,9 ; la plus grande, le 2, à 7 heures du soir, 10“",0. Humidité relative, 64; la moindre, le 1", à 3 heures du soir, 11; la plus grande, 100, en 5 jours.
- Pluie, 11““,0 en 24 heures réparties en 7 jours. Il y a eu, de plus, deux averses qui n’ont pas marqué au pluviomètre et une autre où il est tombé des gouttes. Il est tombé un peu de neige, les 16, 17, 18 et 19.
- Les 17 et 18 quelques coups de tonnerre dans l’après-midi.
- Nébulosité moyenne, 30. Il y a eu 3 jours de faible brouillard.
- Température moyenne de la Marne, 11°,59; elle a varié de 6°,80 le 1", à 14°,92 le 12. Très trouble au commencement du mois, elle a atteint progressivement jusqu’au 24 une transparence de 1”,36. Elle s’est abaissée assez régulièrement de 5”,32 le 1", à 2“,45 te 30.
- Prédominance des vents du nord au nord-est, puis de l’ouest-sud-ouest à l’ouest. Le vent du nord a soufflé fort le dernier jour du mois.
- Relativement aux moyennes normales, le mois d’avril 1892 a présenté les résultats suivants : baromètre plus haut de 1““,17. Thermomètre plus haut de 0°,77. Tension de la vapeur moindre de 0™,45. Humidité relative moindre de 7. Pluie moindre de 31““,4. Nébulosité moindre de 19.
- Nous avons noté le commencement de la floraison des plantes suivantes r le 3, Ficaire, Poirier en espalier: 4, Pêcher en plein vent, Erable plane; 5, Dielytra, Coucou, Groseilliers, Prunier, Cerisier; 10,Sureau à bouquets; 12, Cassis, Erable sycomore; 13, Lilas, sortie des Asperges; 16, Allinire; 20, Spirée à feuille de Saule; 23, Marronnier au bord de la Marne, Pommier ; 24, Coignassier.
- On a entendu le Rossignol le 7, et on a vu des Hannetons assez nombreux; 24, abondance extraordinaire de Hannetons; 29, Loriot; 30, Coucou.
- Il n’y a eu, dans tout le mois, que quelques Hirondelles de passage.
- La gelée des 19 et 20 avril a fait beaucoup de dégâts; les bourgeons de la Vigne et des Noyers sont entièrement gelés; la même chose est arrivée aux Acacias; les Abricots gros comme des haricots sont détruits; les Cerisiers et les Pruniers n’ont pas souffert; une quantité de plantes exotiques ont éprouvé le même dommage que la Vigne.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 3, à 7 h. 21 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- AVIS DE JL’ABillI VISITRATIOlf.— MM. les abonnés au journal La Nature dont l’abonnement expire avec le n“ 991 (28 mai 1892) sont instamment priés, pour faciliter ce renouvellement, un des plus chargés de l’année, de nous faire parvenir avant cette époque leur ordre de renouvellement. Ils peuvent le (aire au moyen des mandats postaux qui vont leur être adressés dans ce but. Une quittance sera présentée à domicile, à partir du 5 juin à ceux qui n’auraient pas fait parvenir avant cette date leur mandat ou ordre contraire. — Prière de joindre une ban'le aux demandes d'abonnement et d'ajouter 50 centimes pour les changements d’adresses en cours d’abonnement.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boite aux lettres » doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- LA SEMAINE
- La course vélocipédique de Bordeaux & Paris. —
- On se rappelle le retentissement qu’a eu l'an dernier la grande course vélocipédique de Bordeaux à Paris, terminée par la victoire du célèbre coureur anglais Mills. Ce trajet a de nouveau été couru samedi dernier 14 mai, sous l’organisation des directeurs du Véloce-Sport. Le départ a eu lieu à Bordeaux le samedi 14 à 8 heures du matin. Le point d’arrivée était à la porte Maillot à Paris. La course a été gagnée par un Français, M. Stéphane, qui est arrivé à Paris le dimanche 15à9h,37“, du matin, ayant parcouru 572 kilomètres en 25\37m et dépassant ainsi de près d’une heure le temps du vainqueur de l’année précédente. Le 23 mai 1891, l’Anglais Mills avait mis 26,1,34m pour taire le même trajet1. M. Stéphane qui n’avait pris aucun repos pendant sa route, est arrivé ferme sur sa selle, saluant une foule de spectateurs qui l’acclamaient. Il ne paraissait nullement fatigué; son pouls battait 76 pulsations par minute. M. Stéphane a 29 ans ; né à Nancy, il est marié et père de famille. Le second arrivé est M. Vigneaux de Paris, qui a signé le registre à 1 lh, 18ro ; lui aussi a été très vaillant à son arrivée. — Les exercices de ce genre obtiennent de la part du public un très grand succès ; il y a lieu de s’en féliciter. L’entraînement auquel se livrent les coureurs énergiques qui s’adonnent à ces sports, forme des hommes robustes qui développent leurs muscles et leur volonté. Tout le monde applaudit à de tels efforts qui contribueront à donner de solides défenseurs à la Patrie.
- INFORMATIONS
- —^— Un coup de foudre terrible a eu lieu près de Bourges, au commencement du mois, le 4 mai, et a causé la mort d’un soldat, dans les circonstances suivantes. Un détachement de dix-huit hommes du 37° régiment d’artillerie, sous la conduite du chef artificier Beauvais, se rendait au polygone. Surpris par la pluie, les soldats, qui avaient encore à franchir une certaine distance, prirent le pas gymnastique. Soudain, un épouvantable coup de tonnerre retentit et les dix-neuf hommes furent tous jetés à terre. Après quelques instants, les trois premiers rangs se relevèrent, mais quatre hommes restèrent sans connaissance. On les releva et on les transporta à l’hôpital, où des soins leur furent prodigués. Trois d’entre eux purent être rappelés à la vie, mais les secours demeurèrent inutiles pour le quatrième, le nommé François Bouveau, originaire de Montigny, canton de Saint-Benin-d’Azy, qui portait à la tête une entaille profonde et avait la poitrine toute brûlée.
- —Les criquets continuent leurs dévastations en Algérie. A Djendel, la situation devient de jour en jour plus grave. Les criquets arrivent de toutes parts et ont commencé à s’accoupler. Tout le territoire en est infesté. Il en est de même à Teniet-el-Haad.
- 1 -ÿoy. n® 943, du 27 juin 1891, p. 59.
- —$— Un comité qui se propose de créer un dépôt permanent d’échantillons, dans le but de faciliter et de développer les relations commerciales entre le Brésil et l’Europe, vient de se former à Rio de Janeiro. Le gouvernement accorde son patronage à l’entreprise; il lui a concédé un terrain, l’exemption des droits de douane pour tous les objets à exposer et pour les matériaux de construction, ainsi que des réductions sur les transports.
- —îfe— D’après le Bureau central météorologique de Rome, une forte secousse de tremblement de terre avec un mouvement ondulatoire, et qui a duré huit secondes, s’est produite le 26 avril, à midi 45, à Montesarceno. Une forte secousse, accompagnée d’un mouvement ondulatoire et qui a duré cinq secondes, a été ressentie à Viesti.
- —La Compagnie du P.-L.-M. vient de prendre livraison du matériel complet d’un train dit « train sanitaire », composé de six grands wagons d’un modèle tout nouveau. La circulation est établie dans toute la longueur du train par des passerelles placées à l’extrémité de chaque wagon. Ceux-ci n’ont ni portières ni banquettes et reçoivent l’air et la lumière par de petites fenêtres pratiquées dans la toiture. Chaque wagon présente, peinte sur ses côtés, la croix des ambulances militaires. Ce train a été dirigé sur Paris.
- —Un Berlinois vient de trouver un nouveau métier, celui de promeneur de chiens. Chaque jour on le voit parcourir les rues de Berlin, tenant en laisse toute une troupe de chiens. Il porte sur le dos une pancarte annonçant qu’il entreprend de promener les chiens à raison de dix centimes par heure et par chien. Cet homme a déjà tant de clients qu’il se propose de se faire aider par un domestique.
- —On a inauguré la cale sèche qui était en construction depuis plusieurs années dans les chantiers anglo-espagnols de Bilbao. Le croiseur neuf, Infanta Maria Teresa, y est entré aussitôt pour y faire nettoyer sa carène. Ce bassin de radoub mesure 142m,25 de longueur, 29'“,88 de largeur dans le haut, 21m,75 de largeur dans le bas, 22m,65 de largeur à l’entrée, 7m,07 de hauteur d’eau sur le seuil aux pleines mers de vive eau, et 6m,85 de hauteur d’eau au-dessus des tins. La profondeur totale est de 9“,90.
- —%— Nous avons décrit récemment les wagons d’un rajah des Indes. Voici un train impérial construit pour l’empereur d’Allemagne. Il est digne du luxe indien. Il y a trois ans qu’on travaille à sa construction et il a coûté 3 750 OCM) francs. Le train se compose de douze voitures communiquant entre elles par des corridors. Le salon-bibliothèque est tendu de tapisseries des Gobelins qui viennent du palais de Charlottenburg, et la salle à manger a les panneaux et le mobilier en chêne; il y a un salon entièrement meublé et tendu de satin blanc et deux wagons organisés pour la nursery ; un salon de réception avec groupes et statues de marbre ; un luxueux fumoir et trois chambres à coucher avec petit cabinet de toilette, chacun renfermant une baignoire. Il y a une grande cuisine et divers compartiments pour la suite et les domestiques.
- —Le Japon va construire une aciérie pour la marine en vue de fabriquer lui-même des plaques de blindage; 370 000 livres sterling y seront consacrées à cet effet. Le défaut d’approvisionnement en minerai de fer de bonne qualité a été la principale objection des adversaires de ce projet; mais elle a été écartée par suite du vif désir de la noblesse de rendre le Japon indépendant de la fabrication étrangère en cas de guerre. Le Japon se propose de construire un autre croiseur en plus des huit navires de guerre qu’il a commandés à des maisons françaises.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Chaufferettes à hydratation de chaux : M. Loisons de Viviers* 19, boulevard Pereire, à Paris. — Pour tout ce qui concerne les embarcations de canotage, s’adresser à M. Tellier, 52, quai de la Râpée, Paris.
- Communications. — M. A. Zelmaeker, à Paris, à propos de notre article sur l’aluminium (n° 976, du 15 février 1892), nous communique les résultats des essais chimiques effectués récemment par MM. Lunge et Smid et rapportés par le bulletin de la Société de chimie appliquée de Berlin. Ces essais ont eu pour but de déterminer l’action des divers liquides servant à l’alimentation sur l’aluminium. Ils ont été faits sur de la tôle d’aluminium de 0m,001 d’épaisseur, et qui renfermait 99,2 pour 100 d’aluminium, 0,55 de silice et 0,25 de fer. L’action a été reconnue presque nulle et négligeable pour le vin rouge, le vin blanc, l’eau-de-vie, l’alcool pur, le café et le thé versés chauds, la bière, des solutions à 5 pour 100 d’acides tartrique, acétique, citrique, lactique, phénique, une solution à 4 pour 100 d’acide borique, une solution à 5 pour 100 d’acide butyrique, une solution de 0,25 pour 100 d’acide salicylique; il n’en a pas éœ de même pour l’acide azotique qui a attaqué le métal très énergiquement. Il en résulte que l’aluminium peut très bien être employé pour la fabrication d’ustensiles de cuisine et de récipients de toute sorte ; mais il doit être écarté quand son emploi peut le mettre en contact avec l’acide nitrique.
- M. Léon Gaumont, à Paris, à propos du rhéostat dont nous avons publié la description dans les Nouvelles scientifiques, du n° 987, du 30 avril 1892, nous communique le modèle d’un
- nouvel appareil qu’il emploie depuis quelque temps déjà dans des installations d’éclairage électrique. Ce rhéostat se compose de deux boudins de fil de maillechort ou nickel, de diamètre variable, suivant l’intensité du courant à faire passer, placés dans des rainures circulaires et concentriques creusées dans une plaque d’ardoise ou de marbre. Au centre se trouve fixée, njobile autour Un rhéostat d’un axe, une tige C qui,
- par ses extrémités, appuie sur les deux boudins. Il est nécessaire que cette pièce soit courbée suffisamment. Ce rhéostat, dont le prix de revient est très minime, permet de faire varier la résistance d’une manière continue, comme le montre la figure ci-jointe. Les deux boudins peuvent être montés en tension ou en quantité suivant les besoins. Pour augmenter la résistance, il suffit de placer deux ou plusieurs autres circuits concentriques aux premiers.
- M. E. Noriegn Ruiz, à Mexico, nous envoie un Mémoire sur une batterie électrique universelle, ainsi que plusieurs études sur un nouveau système de microphones, un appareil microtéléphonique et divers modèles de téléphones.
- M. de Labouret, chef d’escadron d'artillerie de marine à. Kayes (Soudan français), nous adresse une communication intéressante à plusieurs points de vue. Notre correspondant nous parle d’abord de la température extraordinaire du Soudan; à l’ombre, dans les maisons, la température est de 54 à 57 degrés au minimum. Le 27 mars dernier, un thermomètre à maxima placé sous abri en plein air, a donné 47°,2. — M. de Labouret nous écrit ensuite que pour avoir de la glace il se sert d’une machine Carré; l’une des deux carafes est fêlée. C’est précisément celle où la glace se produit le plus facilement. Il semblerait qu’une petite rentrée d’air aiderait la formation de la glace. —Le meme correspondant nous mentionne enfin la prise,
- dans le voisinage de Kayes, à 1000 kilomètres de la côte, d’ûnè espèce de poisson, ayant la forme d’une carpe, qui n’a pas moins de lm,55 de longueur de la tète à la queue, de. 1 mètre de circonférence maxima, et d’un poids de 55k*,5: .
- Renseignements. — M. X. F. Z., à Culoz. — Vous nous demandez le moyen de réduire en poudre des os que vous voulez employer comme engrais. Il existe de nombreux procédés pour atteindre ce but. Le broyage est le plus usité; on se sert généralement de meules de moulin et de cylindres dentés qui fonctionnent à la manière de laminoirs à broyer le plâtre. On peut aussi adopter le procédé de Liebig et verser sur les os la moitié de leur poids d’acide sulfurique mélangé avec quatre fois autant d’eau ; au bout de quelque temps, on obtient un mélange que l’on enfouit dans le sol. Ilodges traite 100 kilogrammes d’os concassés par 50 kilogrammes d’acide. Les os sont d’abord arrosés avec 200 kilogrammes d’eau; puis, au bout de deux heures, on verse l’acide.
- M. P. L., à Paris. — Nous avons donné la description,d’un télémètre très simple dans les Nouvelles scientifiques du n° 978, du 27 février 1892.
- M. C. Haurie, à Jerez de la Frontera. — Le morceau brillant est attaché à l’hameçon.
- M. H. Reeb, à Neuilly. — Cette terre est composée de matières organiques mal définies ; il n’a pas été fait d’analyse.
- M. Y. Clément., à Caen. — Nous avons donné, dans La Nature, l’explication de l’expérience qui vous intrigue si fort; voyez Amphitrite, dans le n° 814, du 5 janvier 1889, p. 95.
- M. G. Montaudun, à Mexico. — Il faut employer de l’acide sulfurique très étendu d’eau, huit fois son volume environ. La réaction chimique de la production de l’hydrogène vous donne, avec les équivalents, les éléments du calcul.
- M. L. Renard, à Orléans. — 1° Il s’agit dé glaces platinées; voyez le n° 928, du 14 mars 1891, p. 259. — 2° S’adresser à MM. Dodé, 99, boulevard de Charonne, à Paris.
- M. Bonat, à Nice. — Nous croyons que cette idée a déjà été mise en pratique dans plusieurs appareils nouveaux.
- M. M. Nicolas, à Epinal. — 1° Les deux corps cristallisent. — 2° Vous pourrez vous procurer ces produits chez un marchand de produits chimiques.
- M. A. L., à Paris. — Machine à écrire Remington.
- L'abonné 911-675, à Dijon. — Adressez-vous à M. G. Trouvé, 14, rue Vivienne, à Paris.
- M. P. Sexer, à Nantes. — L’expérience de magie noire décrite dans le précédent numéro pourrait convenir. Tous nos vœux pour le succès de votre fête patriotique.
- M. E. J., à Paris. — Voyez le bateau à hélice inférieure de M. Lenoir (n° 761, du 51 décembre 1887).
- M. P. Bonnet, à Saint-Jean-de-Maurienne. — M. Pellin, opticien, 21, rue de l’Odéon, à Paris.
- M. de Saint-Meleux, à Paris. — Voitures à vapeur : MM. Ser-pollet, 27, rue des Cloys.
- M. A. Gallay, à Paris. — Nous vous conseillons de faire faire un meuble spécial par un ébéniste.
- Un abonné, à Constantinople. — Voyez le Microscope, par Pelletan. (G. Masson, éditeur.)
- M. P. Troiville, au golfe Juan. — Le journal l'Industrie électrique, 9, rue de Fleurus, à Paris, vous conviendra.
- M. D. Martin, à Paris. — Manipulations de chimie, par M. A. Mennet. (Paul Dupont, éditeur à Paris.)
- M. F. Lacaze, à Bordeaux. — Nous ne pensons pas que ces appareils puissent être bien efficaces.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. G. Roccas, à Nolre-Dame-de-Bondeville. Nous regrettons de ne pouvoir nous occuper de ces questions, qui ne'-sont pas basées sur des démonstrations certaines. — M. P. Troupeau, h Mouy. Voyez les adresses que nous avons indiquées dans la Boité aux lettres du n° 984, du 9 avril 1892.— M. G. Pierson, à Paris. Les installations de moteurs à gaz sont aujourd’hui relativement nombreuses; nous ne saurions les signaler toutes. Remerciements pour votre envoi. — 1/. II. Sabatier, à Paris. Il faudrait écrire directement à fauteur ( Villa Ami-cilia, à Blankenberghe (Belgique). — M. A. Canon, à Vouziers. Il n’existe pas de formule spéciale. — Un abonné, à Bordeaux. Nous ne croyons pas que l’effort soit suffisant pour obtenir un mouvement. — M. C Clément, à Autun. Nous ne connaissons pas la formule que vous recherchez ; mais vous trouverez l’indication de plusieurs encres dans les Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. Ch. de Frescher, à Rennes. Nous avons décrit spécialement dans le même ouvrage un procédé pour enlever les taches d’encre sur les livres. — M. le Dr Bourgougnon, à Montrichard. Remerciements pour votre communication. — M. A. M. H., à Saint-Pierre-lès-Elbeuf. Consultez le petit livre indiqué ci-dessus, ainsi que la Science pratique, à la même librairie.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes
- ......._ n rjnnndu nn'aux lettres reçues avant de lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITES INTENTIONS1
- Reliure mobile. — Nous avons déjà donné la description de plusieurs systèmes de cartons qui permettent de réunir au fur et à mesure qu’ils paraissent les fascicules des publications périodiques, les morceaux de musique, les catalogues, etc., quels qu’en soient le nombre et la grandeur. Nous allons en faire connaître aujourd’hui un nouveau modèle, que nous représentons ci-dessous. Il se compose essentiellement d’un dos portant deux ou plusieurs gorges suivant le format adopté. Chaque gorgé reçoit une paire de charnières. L’une de ces charnières sert de pivot à une aiguille, l’autre est munie d’une petite broche que l’on peut faire glisser dans le sens longitudinal et qui traverse de part en part un trou pratiqué à l’extrémité libre de l’aiguille. La reliure s’obtient au moyen d’une attache spéciale en cuivre que l’on place dans le milieu de la brochure
- Nouveau système (le reliure mobile. YY
- à relier, au moyen d’une pointe quelconque, canif, épingle, etc. La partie saillante de cette attache traversant le fascicule est percée d’un trou qui permet d’y engager l'aiguille des charnières. On rabat alors l’aiguille sur k charnière et on l’y fixe au moyen de la broche. Si on veut donner au relieur la collection ainsi réunie, on enlève tous les fascicules, desquels on retire les attaches, et attaches et reliure servent pour d’autres collections à venir. Le système est complété par un élastique que l’on passe sur les deux aiguilles afin d’empêcher les brochures de glisser le long des aiguilles. Lorsque la reliure est presque remplie, on supprime ce caoutchouc. Enfin on peut remplacer les attaches en cuivre par un simple fil fixé aux aiguilles et traversant la brochure. La reliure mobile que nous venons de décrire se trouve chez M. Bust, 4, rue de la Chaussée-d’Ântin, à Paris.
- Jeu d’adresse. — Un petit jouet qui nous a été envoyé de Londres : il est formé d’une petite construction de bois que nous représentons ci-dessous. Une petite balle de liège est posée sur un tube de bois vertical à travers lequel on peut
- lancer, avec la bouche, un fort courant d’air. La petite halle de liège porte un mince crochet métallique. Au moyen du souffle, on lance en l’air la balle de liège et son crochet; il s’agit de l’accrocher à la boucle métallique fixée à la potence placée au-dessus du tube vertical. Encore un petit jouet dont nous ne connaissons pas l’adresse du constructeur ; mais il est facile à confectionner à peu de frais.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Cuvette pour laver les épreuves photographiques.
- — Les épreuves photographiques positives que l’on prépare dans les laboratoires nécessitent des lavages prolongés et énergiques. Voici un appareil qui donne rapidement et sans aucune surveillance un lavage très complet (voyez la figure ci-dessous). C’est une cuvette à double paroi. L’eau entre dans le milieu de
- Laveuse d’épreuves photographiques positives.
- la cuvette à la partie inférieure, suit la direction des flèches, s’écoule par le haut en s’échappant par les orifices qui communiquent avec la double paroi, et se déverse définitivement au. dehors par un tube ménagé à la base. L’épreuve à laver est continuellement en mouvement dans 1’ean sans cesse rendu-, velée, et l’hyposulfite de soude si difficile à éliminer est complètement enlevé. — La laveuse d’épreuves positives se trouve, chez M. Chorretier, 2, rue Bodin, à Lyon.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement des coliques hépatiques. — Parmi les nombreux moyens de combattre les horribles accès de la colique hépatique, il en est un récent qui, après une courte vogue, semble avoir été plus ou moins abandonné. Je veux parler de l’ingestion d’huile. Pour prévenir les accès, chez les personnes sujettes aux crises hépatiques, à la lithiase biliaire, on conseillait dé prendre jdürnélléïnent^ pendant un certain temps, une dose de 100 à 150 grammes d’huile d’olives pure. Sous l’influence de la pénétration de ce corps gras dans le tube digestif, les calculs étaient éliminés avec la plus grande facilité et le malade était, pour un certain temps, débarrassé de ses accès douloureux. Les résultats furent des plus nets et des plus encourageants dans quelques cas. Mais cette ingestion d’une grande quantité d’huile est des plus désagréables ; il faut avoir l’estomac blindé pour avaler ce verre sans révolte. De plus, si l’huile semble un çholagogue assez efficace, elle semble n’agir que par la glycérine quelle contient et qui est mise èn liberté par l’émulsion ou la saponification dans l’intestin. Une grande partie de cette huile n’est pas absorbée et on la retrouve expulsée (ce qu’on a pris quelquefois pour des calculs biliaires], sous forme de concrétions de matière grasse à demi saponifiée et concrétée, La méthode indiquée par le Dr Ferrand est infiniment plus agréable, infiniment plus efficace et s’appuie sur un certain nombre de données expérimentales fort judicieuses. Ce médecin préconise l’emploi de la glycérine et les exemples qu’il a rapportés permettent de regarder ce médicament fort simple comme un cholalogue des plus avantageux. Au moment des crises, l’action de la glycérine est avantageuse pour en diminuer la durée. Ôn l’administre à la dose de 20 à 50 grammes par jour, dans une potion aromatisée à l’eau de laurier-cerise. M. Ferrand conseille d’ajouter 20 à 30 grammes d’eau chloroformée qui favorise la tolérance de l’estomac et stimule en même temps les sécrétions. J’ai eu personnellement un résultat des plus nets et des plus rapides en ajoutant à une dose bien plus considérable de glycérine (80 grammes) 5 grammes de chloral. Les vomissements sont fréquents et. répétés., quand le malade est au paroxysme d’une crise. Voici une formule qui permettra facilement l’ingestion du médicament.
- Hydrate de chloral .... 3 grammes.
- Glycérine...................50 —
- Hydrolat de menthe. ... 30 —
- Hydrolat de tilleul .... 50 —
- Une cuillerée à soupe tous les quarts d’heure dans un peu d’eau de Seltz. La glycérine prévient d’une façon très nette le retour des crises, en l’administrant par doses fractionnées après un violent accès. Une dose de 10 à 15 grammes par jour prise dans un peu de lait, ou mieux dans de l’eau de Vichy, constitue un moyen prophvlactiaue très anodin et très efficace. Dr X...
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Fabrication d'ivoire artificiel au moyen du lait. — D’après un journal américain, l’ivoire artificiel se fabriquera désormais au moyen du lait. Voici comment on procède à cette fabrication : on commence par coaguler le lait comme si on voulait faire du fromage; on presse ensuite le coagulum et on rejette le petit-lait. On prend 5 kilogrammes de caillé que l’on mélange avec une solution de lk*,5 de borax dans trois quarts d’eau. Ce mélange est mis dans un récipient convenable sur un feu doux, où on le laisse jusqu’à ce qu’il soit séparé en deux parties, l’une liquide comme l’eau, l’autre plutôt épaisse, ayant quelque analogie avec la gélatine fondue. On enlève la partie aqueuse et on ajoute au résidu 500 grammes d’un sel minéral dans lli!,5
- d’eau. On pourra employer à cet effet presque tous les sels minéraux, par exemple, le sucre de plomb, la couperose, le vitriol bleu ou blanc. Cette addition a pour effet de produire une nouvelle séparation de la masse en un liquide et une partie solide molle. On enlève de nouveau la partie liquide par la presse, ou mieux par filtration. C’est le moment d’incorporer la matière colorante, si on désire un produit coloré ; dans le cas contraire, le produit final sera blanc. On soumet alors la masse à une pression très énergique, dans des moules de la forme désirée et on fait sécher à très haute température. Le produit ainsi obtenu, auquel on a donné le nom de lactitis, est très dur et résistant. On peut l’employer à la fabrication d’une foule d’articles, tels que peignes, billes de billard, manches de couteaux, porte-plumes, enfin, dans presque tous les cas où l’on employait jusqu’ici l’os, l’ivoire, l’ébonite ou le celluloïd.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLOIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 9 mai 9*,6 N. E. 1 Beau. 0,0 Quelq. nuages de 10 à 17 h.; beau du reste; gel. blanche.
- Mardi 10 11*, 2 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Beau jusque 11 h., puis nuageux; couv. après 16 h., pluie clans la soirée.
- Mercredi 11 14*,9 N. N. E. 2 Couvert. 1,1 Presq. couv., tonn. lointain de 19 à 20 h.; plus, averses.
- Jeudi 12 15*,4 N. E. 3 Beau. 1,3 Presq. couv. jusq. 6 h.; beau ensuite.
- Vendredi 13 14*,1 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau; quelq. nuages après 19 h.
- Samedi 14 13%5 N. E. 0 Presque couvert. 0,0 Presq. couv. le m.; couv. le s.; gouttes à 14 et 16 h.
- Dimanche 15 13*,1 S. W. 2 Beau. 0,0 Beau de 4 à 10 h., puis nuag. jusq. 20 h., peu nuag. ens.
- MA! 1892. 2—SEMAINE DU LUNDI 9 AU DIMANCHE 15 MAI 1892
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre à San-Bemo (Italie). — Deux secousses de tremblement de terre, dont une assez forte, ont été ressenties le 8 mai, à 8h,10*, à San-Remo (Italie), dans la direction du sud-est au nord-ouest.
- Une bourrasque & Cannes. — Un grand coup de vent a eu lieu à Cannes dans la matinée du 8 mai. Plusieurs bateaux ancrés dans le port ont subi des avaries. Deux bateaux ont eu leurs voiles déchirées. Un matelot, François Bertin, a été grièvement blessé en voulant empêcher le choc de deux embarcations. Quelques ouvriers lesteursqui, au moment de la tourmente, chargeaient du sable près de Théoube, ont été jetés à la côte. Les dégâts, purement matériels, sont importants.
- K<a neige et la grêle en Italie. — On nous écrit que le mauvais temDS a recommencé deouis le 8 mai dans toute la haute Italie. A Turin,
- le thermomètre est descendu à 4 degrés Réaumur. Il a neigé dans la région montagneuse de Coni à Pignerol. La neige est également tombée à Modène et dans les environs, et la campagne a été sérieusement éprouvée. A Gênes, une bourrasque de grêle a causé dans le jardin public de nombreux dégâts ; plusieurs galeries des édifices que l’on construit à l’Acqua-Sola, en vue de la prochaine exposition italo-américaine, ont été emportées par le vent; le bâtiment élevé par la Société de gymnastique s’est écroulé en partie ; la galerie de l’Exposition du travail a été très endommagée.
- Une pluie de boue. — Le 4 avril, on a observé une singulière pluie de boue le long de la ligne du chemin de fer de l’Union-Pacific, à Onaga. Cette pluie commença dès le matin et bientôt les façades sud et est de tous les édifices furent couvertes d’une couche de vase jaune; elle était si épaisse sur les vitres qu’elle interceptait les rayons du jour. Nous renverrons à ce sujet nos lecteurs aux articles que nous avons publiés sur les pluies de poussière (Table des matières des dix premières années).
- PHASES DE LA LUNE : |P. L., le 11, à 11 h. 8 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- AVIS DE li’ADMIVISTRATIOV. — MM. les abonnés au journal La Nature dont l’abonnement expire avec le n° 991 (28 mai 1892) sont instamment priés, pour faciliter ce renouvellement, un des plus chargés de l’année, de nous faire parvenir avaut cette époque leur ordre de renouvellement. Us peuvent le taire au moyen des mandats postaux qui vont leur être adressés dans ce but. Une quittance aéra présentée à domicile, à partir du 5 juin à ceux qui n’auraient pas fait parvenir avant cette date leur mandat ou ordre contraire. — Prière de joindre une bande aux demandes d'abonnement et d’ajouter 50 centimes pour les changements d’adresses en cours d’abonnement.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- IA SEMAINE
- Propulsion hydraulique des navires. — On vient de faire dans le port de New-York des expériences de navigation à vapeur avec un bateau dans lequel le système de propulseur est un jet d’eau à faible débit lancé à forte pression. La propulsion des bateaux au moyen de l’hydraulique est une conception déjà fort ancienne, mais les essais dont il est question n’en sont pas moins dignes d’être signalés. 11 s’agit ici de l'expérimentation d’un bateau, Y Evolution, construit par une Compagnie fondée par l’inventeur, le Dr Jackson. L'Evolution, première création de cette Compagnie, est un superbe bateau de 35 mètres de longueur sur 7 mètres de largeur, calant 91 centimètres; le moteur est une pompe W’orthington avec cylindre de lm,10 de diamètre, alimentée par une batterie de 1200 chevaux de chaudières Roberts. Les premiers essais ne paraissent pas avoir donné ce que l’inventeur en attendait, et il semble jusqu’à présent difficile d’atteindre la vitesse de 36 milles à l’heure annoncée au début. M. le Dr Jackson a le projet de continuer ses expé-, riences ; il croit que les inventeurs qui l’ont précédé ont fait fausse route en employant des machines à grand débit. Nous rappellerons que Ruinsey, en 1784, a combiné l’un des premiers l’action de l’hydraulique avec la machine à vapeur; il avait, sur le Potomac (fleuve qui passe à Washington), un vapeur de 50 pieds (15 mètres) de longueur, le débit de la pompe lui suffisait pour marcher à une vitesse de 5 à 4 milles (5 à 7 kilomètres) à l’heure. James Watt fît ensuite de nouveaux essais, et beaucoup d’autres après lui essayèrent avec des bateaux d’un tonnage plus considérable l’application de ce système qui consiste, en somme, à aspirer de l’eau en un point convenable du navire et à l’expulser à l’arrière. L’emploi de l’hydraulique réduirait singulièrement le mécanisme de propulsion qui ne comporterait plus ni roues, ni hélices : il suffirait d’une chaudière et d’une pompe des plus simples. En 1879, un bateau hydraulique, YHydromotor, fut construit en Allemagne par le Dr Fleisher ; nous citerons encore parmi les navires de ce genre le Thornicroft, construit à Londres en 1882, et le bateau de sauvetage Duke of Northumberland, construit un peu plus tard, également en Angleterre. Nous croyons qu’il y a de grandes difficultés pratiques à vaincre pour arriver à rendre usuel ce mode de navigation ; nous attendrons, avant de nous prononcer à ce sujet, les résultats des nouvelles expériences du Dr Jackson.
- INFORMATIONS
- —^— Avec la belle saison les ascensions aeronautiques vont se. multiplier. Un voyage aérien des plus intéressants a été exécuté le dimanche 15 mai à l’usine aéronautique de M« Lachambre. à Vau-
- girard. Le ballon le Brennus, de 16 000 mètres cubes, s’est élevé vers midi avec cinq passagers parmi lesquels M. et Mme Lachambre. Après un voyage de quatre heures et demie, l’atterrissage a eu lieu dans d’excellentes conditions à Fère-Champenoise en Champagne, à 160 kilomètres de Paris.
- —rfc— L'Association britannique pour l'avancement des sciences se réunit cette année à Edimbourg, au mois d’août ; le Congrès promet d’être l’un des plus brillants, en raison des excursions intéressantes qui se feront et qui attireront un public nombreux. L’année prochaine, elle tiendra ses assises à Nottingham, sous la présidence de M. Surdon Sanderson, le professeur d’Oxford. — L’Association française pour l’avancement des sciences se réunira de ce côté du détroit à Pau ; la session, qui sera la vingt et unième, sera tenue sous la présidence de M. Ed. Collignon, inspecteur général des ponts et chaussées.
- —— On a pris à Paulton, près de Romsey (Canada), un type monstre de hibou grand-duc. Les restes de plusieurs faisans apprivoisés ayant été aperçus dans les environs, un piège fut tenctu et l’oiseau de proie fut capturé par les pattes. Ce magnifique spécimen mesure Im,55 d’envergure, et il est de grand plumage. Au lieu d’essayer de le prendre vivant, on l’a tué avec une canne qui lui a brisé l’épine dorsale, et un spécialiste de la localité s’occupe de l’empailler.
- —Sukoski est le plus petit chien de la dernière exposition canine de New-York. C’est peut-être le plus bel échantillon de son espèce qui ait été introduit en Amérique. Sukoski a été élevé dans les chenils du Mikado, car Sukoski est un chien japonais, un inu, comme on les appelle à New-York, où toute jeune fille qui possède un inu authentique est considérée comme la plus heureuse des créatures. Sukoski n’a que 15 pouces de long et il ne pèse pas 3 livres. Son poil est doux comme de la soie, il émerge hors de son aristocratique personne en boucles élégantes. Sukoski est estimé 1500 dollars (7500 francs).
- —%— Le nouveau croiseur l’Alger, de la marine de l’Etat, vient d’être essayé pour vérifier la vitesse qu’il peut donner. Sa puissance est de 8000 chevaux. Il contient 24 générateurs Bellcville répartis en huit groupes de 3 générateurs chacun. La vaporisation est de. 3000 kilogrammes de vapeur par heure et par générateur, à la pression de 15 kilogrammes par centimètre carre. Les essais ont été effectués récemment à Cherbourg. Les premiers essais ont duré douze heures; on a dépensé 721 grammes de charbon (briquettes d’Anzin) par cheval-heure, au lieu de 1000 grammes accordés par le marché. La vitesse a été respectivement de 35k"\458 et 36k“,ll4 par heure. Dans une deuxième série d’essais, d’une durée de quatre heures, la vitesse maxima a été de 36km,299 par heure. Nous enregistrons avec plaisir ces excellents résultats obtenus par notre marine.
- —Le procédé mis en pratique à Birmingham, par Y Amis-trong’s Glas Company, pour obtenir des récipients en verre de grandes dimensions, consiste à souder ensemble des plaques de verre. Voici comment on opère : on met dans le four un noyau en fer ayant les dimensions intérieures du réservoir, et sur lequel sont fixées les plaques de verre. On chauffe au rouge, et pour souder les angles, on introduit un chalumeau oxyhydrique, ou un brûleur à arc. Un petit galet, qui accompagne le chalumeau, passe sur le joint. Les joints faits, on recuit, on laisse refroidir et on enlève le noyau intérieur. La mêmè Compagnie fabrique des tuyaux pour câbles électriques souterrains, composés de deux plaques de verre superposées et munies de cannelures.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
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- Communications. — M. Lancelot, constructeur, 70, avenue du Maine, à Paris, nous adresse la lettre suivante : « En lisant La Nature, dont je suis un très vieil abonné, j’ai vu, dans un des derniers numéros, la description d’un instrument nommé par son auteur un nouveàu xylophone; or, cet instrument n’est rien moins que nouveau, car Marloye le construisait il y a quarante ou cinquante ans, peut-être davantage, et il est juste !de lui rendre ce qui lui appartient, puisque c’est lui qui est l’inventeur de cet appareil d'acoustique que je fabrique couramment et vends sous le nom de harpe de Marloye. Il est certain que l’on peut, avec de la pratique, tirer de très jolis sons de cet appareil, dont il existe un modèle dans nombre de grandes Ecoles de France et de l’étranger. »
- Un vieux rameur, nous écrit au sujet de notre précédente Notice sur le canotage : « Malgré les nombreux articles et ouvrages traitant de la question de l’art de ramer, un fait très curieux vient de se l’enouveler pour la deuxième fois, dimanche 15 mai, à Toulouse. Un amateur de Marseillan (Hérault), M. Bou-dou, est venu, il y a quelques mois, acheter à Paris une yole franche à quatre rameurs, il a réuni trois amis; ils se sont exercés une vingtaine de fois, sans aucun conseil d'initié, et, équipés de cette façon, ont offert un défi à l’Aviron toulousain, vainqueur du grand prix de Paris, à quatre rameurs en 1891, sur un parcours de 6000 mètres. Ils sont arrivés 450 mètres premiers. En 1868 encore, un Marseillanais offrait un défi de 6000 francs aux sociétés nautiques parisiennes à six rameurs, à Paris, le défi est relevé ; la société des Régates parisiennes (Rotving Club) prête une vieille yole à six rameurs à cette équipe de pêcheurs qui ramaient sans courroies de barre de pieds ; après huit jours d’exercice en ne ramant que des coups secs et courts ils arrivent facilement premiers et gagnent les 6000 francs. Les Canadiens, qui nous ont battus aux régates du 15 août en 1867, n’avaient pas de courroies de barre de pieds, et, ce qui est plus curieux, c’est qu’ils ont retiré les cuirs de leurs avirons avant la course et qu’ils ramaient dans des dames en bois. On serait presque en droit de se demander si les grands marabouts de l’aviron ne sont pas dans l’erreur avec le style pur. Avant les bancs à roulettes, avec les bancs fixes on était forcé de se courber à l’avant sur l’attaque pour engager son aviron dans l’eau en avant de la perpendiculaire ; avec des coulisses de 0m,60, on se courbe bien plus qu’avant et l’on fait considérablement d’arrière avec le corps; ce mouvement énorme de va-et-vient du corps des hommes dans le bateau les fat igue beaucoup, arrête forcément la marche de l’embarcation, au lieu que la nage de la marine française, mais en enlevage, comme les Marseillanais de 1868, les Canadiens de 1867, les Marseillanais de 1892, permet de tenir très longtemps et de donner la victoire même à ceux qui débutent. »
- M. Pclissié, à Paris, nous envoie l’observation suivante qu’il a faite à une représentation du nouvel opéra Salammbô : « Le décor du quatrième acte qui représente un champ de bataille sur une hauteur est agrémenté aux premiers plans de rochers et d’un chemin creux. Ce chemin est véritable jusqu’à la toile du fond, et lorsque l’artiste entre en scène (Mme Rose Caron), elle vient par ce chemin, qui forme le fond du paysage. Or, étant données les dimensions des rochers et des machines de guerre peints sur cette toile, l’artiste semble au même plan que ces rochers et paraît d’une taille certainement trois ou quatre fois la taille ordinaire, de sorte qu’au fur et à mesure qu’elle se rapproche, pour venir occuper le premier plan de la scène, elle paraît diminuer d’une manière très sensible à l’œil. » Avis aux spectateurs amateurs d’illusions d’optique.
- M. le duc d'Urach, à Stuttgart, nous envoie le dessin et la description d’un compas particulier à l’usage des militaires. Ce compas est d’une seule pièce et peut se replier sur lui-mème. L’échelle adaptée aux cartes militaires se trouve portée sur une branche transversale, de sorte que, par une simple lecture, il est facile de déterminer les distances en kilomètres.
- Renseignements. —M. L. Dupont, à Bordeaux. — On ne peut que recouvrir ces cuvettes d’un vernis quelconque; mais le procédé est bien insuffisant. . *
- M. G. L., à Reims. — Ges piles ne sont pas fabriquées industriellement. Vous pouvez, du reste, établir vous-même très facilement un élément de ce genre.
- M. F. Herbal, à Montluçon. — 1° Nous avons décrit, dans le n° 821, du 23 février 1889, p. 205, un pyromoteur pour nuages artificiels qui a été expérimenté par M. Kœnig, horticulteur à Colmar. — 2° S’adresser à l’auteur, 44, rue Taitbout, à Paris.
- M. L. J. Mühlebach, à Elberfeld. —* Non; il n’était pas possible de distinguer l’ombre projetée des profils des mon?* tagnes.
- M. L. F., h Paris. — Vous pourrez vous procurer un graitto-phone chez MM. Stransky frères, 20, rue de Paradis, 1
- M. Ch. Blasini, à Paris. — Dans les conditions de votre installation, la machine à vapeur est préférable. ' j
- M. X. Y., à Tunis. — Quelques renseignements ont étjé fournis à ce sujet dans le n° 989, du 14 mai 1892. . [
- Un abonné, à Douarnenez. — 1° Albo-carbon : MM. Bénart|, Huberts et Cie, 154, rue Lafayette, à Paris. — 2° Cette dernière adresse nous est inconnue.
- M. M. D. S., à Paris. — 1° Il faut prendre des piles au bichromate ou au sulfate de cuivre. — 2° Pas de constructeur spécial.
- Un lecteur, à Saint-Marcellin. — Vous pouvez -employer la bobine de Ruhmkorff pour votre éclairage dans le cas particulier que vous indiquez ; mais il vous faut une bobine donnant 35 volts et 1 ampère.
- Un lecteur, à Angoulème. — Il serait nécessaire de consulter les journaux photographiques en général; il n’y a pas de publication spéciale.
- M. S., h Malines. — Nous avons indiqué précédemment une série d’applications de ce genre. L’appared Dowson, notamment, a été décrit dans le n° 693, dü 11 septembre 1886, p. 235.
- M. L. Gau, à Mazamet. — Nous vous conseillons de soumettre la question à un constructeur mécanicien; en examinant la disposition de vos machines on peut trouver une autre solution.
- M. Poilliot, à Dompierre. — Nous croyons que les objections relatives à la température, à la densité et à la viscosité du liquide sont fondées ; il faudrait le vérifier par une série d’expériences.
- M. Brunei, à Rouen. — Pour assurer l’efficacité de leur poudre, les vendeurs donnent un régime particulier à suivre, et une méthode d’ingestion de la poudre le matin avec certaines boissons. Nous regrettons de ne pas connaître les doses exactes.
- M. Mazellier à Vallon. — 11 n’a été publié aucun ouvrage spécial de ce genre, mais vous pourriez vous adresser, pour les renseignements, à M. A. Renouard, ingénieur, 64, rue Singer, à Paris.
- M. Flamard à Paris. — Les tourbillons de poussière analogues à celui que vous avez observé à Orléans, ne sont pas très rares. Nous avons publié précédemment une série de Notices à ce sujet.
- Questions. — N° 1320. — Un amateur de pisciculture, à Epinal, demande des renseignements sur la farine de viande employée en Allemagne pour la nourriture des alevins de truite.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. C. M. B., à
- Bougie. Il n'existe pas d’ouvrage spécial à ce sujet. — M. H. Gohierre, à Moscou. Nous ne saurions faire l’insertion que vous demandez. — M. Àr. Y. Z., à Culoz. Nous vous avons répondu dans notre dernière Boite aux lettres. — M. L. le Payen, à Nancy. Il faudrait effectuer des recherches de laboratoire pour vous répondre; nous ne saurions vous renseigner. — M. B. D., à Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. H. Taraud, à Moulins ; M. Winckler, à Rougemont. Consultez les Nouvelles Recettes utiles, à la même librairie. — M. A. Meyer, à Lille; M. R. Crozel, à la côte Saint-André; M. H. P., à Nantes. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Cours du IHuséum d’histoire naturelle. — M. Gui-gnet, professeur intérimaire de physique végétale au Muséum d’histoire naturelle (chaire de M. G. Ville), a ouvert ce cours le mardi 17 mai 1892, à 5 heures et demie, dans le grand amphithéâtre, et le continuera le vendredi et le mardi de chaque semaine à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu'aux lettres reçues ayant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Jouet de « l’homme au parachute. )) — Il y a une
- vingtaine à’années, les fabricants de jouets confectionnaient, avec un grand succès, de petits parachutes qui étaient accueillis avec beaucoup de faveur par les enfants. Ces petits parachutes avaient un inconvénient: il fallait monter sur un objet élevé
- pour les voir se développer et descendre lentement dans l’atmosphère. Le nouveau parachute que nous faisons connaître peut être lancé dans l’air, au moyen d’un ressort de caoutchouc tendu ; l’inventeur a joint au système un petit personnage découpé dans du métal qui équilibre l’appareil et détermine sa descente. Le parachute est muni, à sa partie supérieure, d’un double crochet où l’on fixe, d’une part, l’anneau relié à une lanière de caoutchouc ; d’autre part, le petit personnage attaché à la partie inférieure du parachute. Notre dessin représente ce mode d’attache à la partie droite de la figure. On tend fortement le caoutchouc, et on lâche le pantin tenu à la main, le parachute s’élève à 3 ou 4 mètres de haut, puis il s’ouvre et descend gracieusement comme on le voit à gauche de la figure. Ce petit jouet se trouve chez M. Mathieu Martain, 19, rue d’En-ghien, à Paris.
- En coffre-fort Imprenable. — Les petits coffres-forts construits jusqu’ici offrent un grave inconvénient ; ils ne sont pas lourds, et sont très facilement saisissables ; ils peuvent s’enlever très aisément. Voici un petit coffret qui, mis en place, ne peut être retiré par personne. A la hase se trouve une plaque de fer avec rebords; cette plaque est fixée dans le bois à
- Coffre-fort imprenable.
- l’aide de vis et présente des crans qui pénètrent dans le coffret. Si 1 ’on place le coffret sur la plaque et que l’on ferme à clef, il est maintenu fermé, et il est impossible de le retirer. En effet, les crans dont il a été question plus haut sont traversés par une petite tige actionnée par la serrure et qui adhère fortement. On ne peut enlever le coffret qu’en ouvrant la serrure. Ce petit coffret, très ingénieux, se trouve chez M. Dubreuil, 10, avenue de l’Opéra, à Paris.
- Enfonceur magnétique. — Ilya trente-cinq ans environ, on a vendu des petits marteaux aimantés, sur la face desquels on prenait par la tête un petit clou dit semence et on l’enfonçait à l’endroit où l’on désirait. Mais la panne, quoique
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- protégée par un bout du tube en caoutchouc, ne conservait» guère longtemps son aimantation, inconvénient qui a fait abandonner ce marteau depuis longtemps déjà. M. IL Thompson a remplacé le marteau aimanté par l’enfonceur magnétique, représenté ci-dessous. On pousse hors de sa douille le piston magné-
- Enfonceur magnétique.
- tique, on le présente ensuite à la tête d’un petit clou, qui est retiré dans la douille avec le piston, par le ressort en spirale,' formant guide. Puis, avec la main droite, on .pose.le bout de’ la douille exactement à l’endroit voulu, on donne un petit coup sec à la pomme avec la paume de la main gauche et la semence est enfoncée.
- HYGIÈNE ET SANTÉ :
- Le coupage du lait pour les petits enfants. — Le Journal d'accouchements de Liege publie, sur ce sujet, quelques ren-seignents intéressants que nous allons résumer. Le coupage du, lait varie naturellement avec Page de l’enfant. Le Dr Uffielmanai a adopté une méthode dont il se déclare pleinement satisfait. Le premier et le deuxième jour : 3 paities d’eau et 1 partie de lait; puis, pendant les quatre semaines qui suivent, 2 parties d’eau et 1 partie de lait; un peu plus tard moitié eau,4 moitié lait. Au commencement du troisième mois, il ne faut plus ajouter que 75 parties d’eau à 100 parties de lait et même simplement 60 pour 100 d’eau. La dose d’eau est graduellement diminuée et à neuf mois le lait doit être donné pur. Le sucrage du lait de vache peut être fait indifféremment avec du sucre de lait, du sucre de canne ou du sucre de betteraves. Pour assurer au lait une plus facile digestibilité et une assimilation plus complète, on a vanté le mélange avec des liquides mucilagineux (décoctés d’orge, de gruau, d’avoine, bouillon de veau). Les mucilages d’orge ont l’avantage d’introduire dans le lait un peu de potasse; ceux d’avoine de rafraîchir, comme on dit, les enfants et de faciliter les garde-robes; mais ces mucilages doivent être préparés dans des vases très propres et ne doivent être mélangés au lait qu’au moment de les administrer. Le coupage avec le bouillon de veau serait favorable aux enfants atteints de rachitisme. Dr X...
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Recuit des fils d'acier. — On emploie depuis deux ans à la manufacture d’armes de Saint-Etienne le courant électrique pour le recuit (n’est-ce pas la trempe qu’il faudrait dire ?) du fil d’acier servant à faire les ressorts du fusil modèle 1886. Ces ressorts sont en fil d’acier de 0mm,7, coupés en tronçons de de 5m,20 de longueur ; le fil est enroulé en ressort à boudin et l’on y fait passer un courant de 45 volts et 25 ampères ; réchauffement est rapide ; lorsqu’il est jugé suffisant, on interrompt le circuit et on laisse tomber le ressort dans un bac d’eau. Le recuit est obtenu de la même manière ; il .se fait au jaune. Un ouvrier met deux ou trois minutes pour recuire 20 ressorts, et en fait 2400 par jour. Il semble que le recuit par l’électricité, grâce à sa propreté et à son prix de revient très faible, puisse s’appliquer à bien des cas analogues à celui qui vient d’être indiqué.
- Moyen d’augmenter la durée des sacs, des toiles et des filets. — Le procédé suivant réussit très bien pour rendre plus durables les sacs à grains et à farine. On verse 14 litres d’eau bouillante sur 1 kilogramme d’écorce de chêne (des tanneurs) ; on y trempe la toile et on la laisse vingt-quatre heures. Quand on la retire, on lave à l’eau et on fait sécher. On compte en moyenne 1 kilogramme d’écorce pour 8 mètres de toile. Le
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- tanin pénètre dans les fibres du chanvre ou du lin et les rend non seulement imputrescibles, mais aussi plus dures et plus résistantes. On pourrait facilement teindre ces sacs en noir solide en les trempant, au sortir du bain, dans une solution étendue de sulfate de fer. Ces deux opérations sont, du reste, extrêmement peu coûteuses.
- Mastic métallique. — M. Eiseler prépare de la manière suivante un lut ou mastic destiné à remplacer le mastic au minium dans la fermeture des joints métalliques. On prend 2 parties d’os finement pulvérisés, 1 partie de goudron de houille et une petite quantité d’étoupe. On pétrit soigneusement ensemble et on mélange au marteau de manière à obtenir une masse homogène. Pour appliquer ce mastic, on nettoie les surfaces métalliques, puis on les enduit de goudron de houille ; on laisse cou-
- ler l’excès de goudron et on applique la matière comme un autre mastic. Après avoir chauffé les surfaces à réunir, on serre les vis.
- Colle d'amidon pour photographies. — Eau, 1000 ; amidon bien propre, 90 ; bicarbonate de soude, 50. Délayer l’amidon dans l’eau froide, puis chauffer en remuant sans cesse, pour éviter que l’amidon s'attache aux parois du vase ou fasse des grumeaux. Lorsque la masse est devenue incolore, ajouter peu à peu, en remuant toujours, le bicarbonate de soude. On fera bien, si l’on veut conserver un peu la colle, d’y ajouter en même temps quelques cristaux d’acide phénique. Eviter surtout les poussières et les grumeaux qui font des bosses sur les épreuves et parfois les crèvent. Etendre avec un pinceau large et très doux.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude, 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMETRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL
- Lundi 16 mai 12*,2 W. N. W. 3 Couvert.
- Mardi 17 10*,5 W. 4 Couvert.
- Mercredi 18 10*,1 S. 0 Beau.
- Jeudi 19 14%7 S. S. W. 2 Très nuageux.
- Vendredi 20 12*,0 W. 3 Peu nuageux.
- Samedi 21.. ..... 11*,8 W. N. W. 2 Couvert.
- Dimanche 22. ... : 11*,8 S. W. 0 Beau.
- PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 0,0 Couv. jusq. 10 h.; tr. nuag. ensuite ; gouttes à 5 et 6 h.
- 0,0 Presq. couv. jusq. 17 h.; beau ensuite; un peu de pluie et grêle dans la matinée.
- 0,5 Beau jusq. 9 h.; très nuag., couv. ap. 20 li., halo.
- 0,0 Très nuag. jusq. 10 h., beau ensuite.
- 0,0 Peu nuageux jusq. 9 h., très nuageux ensuite; halo.
- 0,0 Tr. nuag. le m., puis nuag.; beau ap. 17 h.; halo.
- 0,0 Peu nuag. de 10 à 20 h.; beau av. et ap.; halo.
- MAI 1892. — SEMAINE DU LUNDI 16 AU DIMANCHE 22 MAI 1892
- Lundi
- Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri d boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à Vabri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- le climat de Malasta. — Un météorologiste distingué, M. J. Hann, a publié sur le climat de Malaga un intéressant travail que nous résumons ici : Malaga est le point le plus chaud de l’Europe ; il est plus chaud que la côte algérienne; la moyenne des extrêmes diurnes donne 19°,1 de moyenne annuelle. Le mois le plus chaud, août, présente la moyenne tropicale de 27°,1 ; il n'y a que quarante-huit jours de pluie, fournissant environ 61 centimètres d’eau. La température maxima atteint 43°,3, le minimum absolu a été de 0°,0 dans l’hiver extrêmement rigoureux de 1885. La neige n’y est tombée qu’une fois en huit ans, en janvier 1885. « De toutes les villes du midi de l’Europe, dit le D' Kobclt, aucune ne fait une impression aussi méridionale que Malaga. Le nord de l’Afrique peut être comparé à ces vallées du versant sud de la Sierra Nevada que n’atteint
- aucun vent violent. J’ai déjà mentionné que les bananiers, qui n’existent qu’à l’état isolé sur les bords de la Méditerranée, ont ici une importance sérieuse pour l’horticulture, c’est-à-dire portent des fruits mûrs. Les plus précieux des fruits des tropiques, les ananas (Anana cherimaja) qui même à Palerme ne fleurissent pas, sont fréquents dans les jardins de Malaga, et chaque année, leurs fruits écailleux atteignent à la maturité. Cela est encore mieux établi par l’importance qu’a prise dans cette région la culture de la canne à sucre. Partout, sur la Méditerranée, cette précieuse plante des tropiques, qui ne peut supporter le moindre degré de froid, a aujourd’hui disparu. Les Arabes la cultivèrent, il est vrai, dans le nord de l’Afrique et en Sicile. C’est seulement en Egypte que le vice-roi a fait faire quelques plantations. Dans le sud de l’Espagne, la culture date de ces derniers temps, et aujourd’hui (printemps de 1881), rien que dans les environs immédiats de Malaga, quatre fabriques produisent annuellement 90 000 quintaux de sucre. »
- PHASES DE LA LUNE : D. Q., le 19, à 3 h. 2 m. du soir.
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