La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
- BEVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- ABONNEMENTS
- Paris. Un an. . — Six mois.
- 20 fr. » 10 fr. »
- Départements. Un an.. — Six mois
- Union postale. Un an. . — Six mois.
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- LES TRENTE-NEUF VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
- AVEC LE VOLUME DES TABLES DES DIX PREMIÈRES ANNÉES
- Paiis. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- REDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- VINGT ET UNIÈME ANNÉE
- 1893
- PREMIER SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, boulevard saint-germain, 120
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- t»-l* ANNEE.
- N° 1018.
- 5 DÉCEMBRE 1892.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- L’EXPLORATION DES HAUTES RÉGIONS
- DE L’ATMOSPHÈRE
- On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, du projet de M. Capazza consistant à faire monter aussi haut que possible un ballonnet muni d’instruments
- enregistreurs que l’on chargerait de sonder les régions supérieures de l’atmosphère, et de nous rapporter des données météorologiques du plus haut intérêt. La communication faite par M. Capazza à l’Académie des sciences a eu pour eiï'et immédiat de hâter la publication d’un projet semblable déjà très étudié
- Fig. 1. — Thermographc léger, destiüé à mesurer la température des hautes régions de l’atmosphère.
- et préparé de longue main par le commandant Renard, directeur de l’établissement d’aérostation militaire de Chalais-Meudon. Ce n’est point pour revendiquer la priorité de cette idée que l’éminent ingénieur a communiqué à l’Académie et à la Société française de physique les détails de son projet. Cette idée très naturelle a dù venir à tous les météorologistes et à beaucoup d’aéronautes ; il s’agissait, pour le commandant Renard, d’exposer les difficultés du problème, et de faire partager à des hommes compétents l’espoir que donnent les calculs basés sur une connaissance approfondie du sujet. A première vue, il ne paraît pas beaucoup plus difficile d’élever un ballon k 20 kilomètres qu’à 15, ou à 25 qu’à 20 ; en réalité, la plus basse de ces limites est facile à atteindre ; la seconde est difficile, la troisième, quasi impossible à moins d’une énorme dépense.
- Les avantages du ballon non monté sont considé-
- Fig. 2. — Disposition du barographe dans sa cage paraehoc en osier et bambou.
- râbles. Tout d’abord, plusieurs ascensions, dont la dernière fut l’héroïque et malheureuse expédition du Zénith dont M. Gaston Tissandier resta le seul survivant, ont montré que l’homme ne dépasse pas sans danger 8000 ou 8500 mètres et qu’à partir de 7500 déjà, les conditions de température et de raréfaction de l’air sont si mauvaises que les observations doivent nécessairement s’en ressentir. Ces inconvénients n’existent pas pour les instruments enregistreurs ; et, puisqu’il s’agit non seulement d’une difficulté à vaincre une fois, mais d’un système d’observations suivies à créer, la question pécuniaire intervient et impose au poids mort de l’ensemble une limite que des budgets ne permettent pas de dépasser. Il faut remarquer aussi que lorsqu’on expose des vies humaines, on doit le faire avec le moins de risques possibles, et adopter, pour l’aérostat, un coefficient de sécurité très élevé. S’il ne
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- s'agit que île quelques appareils, ou peut, au contraire, se tenir très [très de la limite, et ne pas craindre môme de risquer un peu ses instruments, si en échange, on peut gagner en exploration quelques kilomètres de hauteur.
- Les conditions générales du problème étant ainsi posées, voici le programme spécial que le commandant Kenard avait tracé: Emporter, à 20 kilomètres de hauteur, un ensemble d’appareils tels que thermographe, barographe, actinographe, ainsi que des instruments destinés à enregistrer les phénomènes électriques, ou à rapporter de l’air recueilli dans ces hautes régions. Ces instruments peuvent, du reste, être emportés successivement, le barographe taisant naturellement partie de chaque expédition.
- Pour les deux premiers enregistreurs, il n’y avait pas de grosses difficultés, car M. Richard les a presque toutes vaincues d’avance dans ses ingénieux instruments; il suffisait de les alléger, et nous verrons que l'habile constructeur s’en est acquitté à merveille. L’actinographe est plus délicat; cependant, grâce à l'intérêt que M. J. Violle a porté dès le début au projet, l’appareil est aujourd’hui en bonne voie, et on peut espérer que les données de ces nouvelles recherches compléteront celles que l'éminent physicien est allé recueillir sur le plus haut sommet de l’Europe. M. Leduc, qui s’est livré à des recherches sur la composition de l’air, a préparé des ballons qui s’ouvriront automatiquement, et se refermeront aussitôt; M. le commandant Renard m’ayant, il y a longtemps déjà, fait l’honneur de m’exposer ses- projets, j’ai pensé qu’il serait possible de contrôler la loi de variation de la pression au moyen d’un balhomèlre, instrument servant à mesurer la pesanteur ; mais aucune forme de cet appareil n’a paru jusqu’ici absolument satisfaisante, étant donnée surtout la limite de poids imposée par la construction de l’aérostat. Ce contrôle de la formule de Laplace n’est point inutile, car, ainsi que M. Mascart l’a montré récemment, l’observation ne s’accorde pas avec la formule logarithmique aux
- Fig', ô. —• Ballon perdu emportant ses instruments enregistreurs. — T. Thermomètre. — B. Baromètre.
- grandes altitudes.
- Mais il est temps d’aborder l’étude pratique de la question.
- Il était désirable de ne pas dépasser beaucoup 100 mètres cubes pour le volume du ballon, afin de réduire à un minimum les frais de gonflement, et d’augmenter, à dépense égale, le nombre des excursions. La force ascensionnelle de l’hydrogène commun étant, dans les conditions ordinaires, au départ de lkM22 par mètre cube, le poids que peut supporter le ballon, dans les régions où la pression
- est réduite au dixième, n’est que de 11^,22, y compris celui d’une enveloppe imperméable de 101 mètres carrés. La limite imposée [tour le poids de cette dernière était de 50 grammes par mètre carré; elle devait, de plus, être assez forte pour résister à une pression de 50 à 55 millimètres d’eau, avec un diamètre de 0 mètres environ. L’ensemble des instruments, avec leurs parachocs et du filet, ne devait pas dépasser beaucoup 5 kilogrammes.
- Voici comment ces diverses conditions ont été remplies. L'enveloppe est faite en papier japonais dit pelure, imperméabilisé par un vernis spécial, et atteignant juste la limite imposée. Le coût du ballon est de 150 francs, et il pourra être réparé indéfiniment. Le barographe et le thermographe, qui pesaient au début 2ks,8 chacun, ont été réduits à moins de lks,200, par un emploi judicieux de l'aluminium, et un allégement rationnel de toutes les pièces. Quant aux parachocs, destinés à éviter que les appareils soient endommagés dans l’atterrissage, ils sont formés d’une cage en osier et bambou, convenablement croisillonnée et dans laquelle l’instrument est suspendu par des caoutchoucs fixés aux huit angles de la boîte. La figure 1 représente le thermographe bien connu de M. Richard : la spirale destinée à prendre la température de l’air est enfermée dans un cylindre perforé que l’on voit à l’arrière de la heure ; elle contient de l’alcool dans une cavité in-téricure de 0mm,2 d’épaisseur ; on la protégera entièrement du rayonnement solaire sous un parasol à claire-voie.
- On voit, dans la ligure 2, le barographe dans sa cage. La protection est si efficace que, au cours de sa communication à la Société de physique, le commandant Renard a pu jeter l’instrument violemment à terre dans toutes les directions sans que le mouvement d’horlogerie cessât de marcher. A moins d’imprévu, c’est-à-dire de bourrasque, l’aérostat agissant comme parachute ne doit [tas posséder, à l’atterrissage, une vitesse totale supérieure à G mètres par seconde, et les Lhocs resteront inférieurs à ceux que les instruments ont déjà subis.
- La figure 5 montre l’ensemble du projet tel qu’il est arrêté pour les premières ascensions. En voici, du reste, les données numériques exactes :
- Diamètre du ballon. Volume du ballon. . Surface du ballon..
- 0 mètres. 115m3 H3“a
- Poids de l’enveloppe. . . . 5ke,650
- Poids du filet................. 0 ,575
- Poids des enregistreurs.. . . 2 ,300
- Poids des parachocs. ... 1 ,000
- Total............ 9k«,525
- Divers accessoires portei
- ont ce poids à 10 kilo-
- grammes. Dans ces conditions, le ballon «montera jusqu’à ce que la force ascensionnelle soit réduite à [Y- = (N,0885 par mètre cube, et la pression, par conséquent, a -yrrW — 0ks,U71), c’est-à-dird, dans une région où le baromètre est à 58nim; l’alti-
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- tude obtenue serait voisine de 20 kilomètres.
- Deux modes ope'ratoires divers pourront être em-ployc's. Par beau temps, le mieux sera de ne remplir l’aérostat (ju’en partie; il se gonliera peu à peu, à mesure que la pression diminuera. Par mauvais temps, la difficulté consistera à dépasser les nuages; il faudra alors avoir recours à la méthode imaginée à Metz, en 1870, par le colonel Goulier. Le ballon, entièrement rempli, sera lesté d’un sac de soie plein d’eau mélangée d’alcool, qui s’écoulera lentement, élevant continuellement la zone d’équilibre de l’aérostat. La manche restera ouverte pour laisser libre passage à l’hydrogène.
- Dans les deux cas, une petite fuite abrégera le séjour à l’altitude maxima, et l’on compte que la durée totale de l’expédition sera d’environ six heures. Le prix d’une expérience peut être évalué à 50 francs environ par beau temps, et à 150 francs par mauvais temps, à supposer qu’il n’y ait aucune avarie sérieuse.
- Le point capital du projet que nous venons d’exposer consiste dans l’adoption d’une enveloppe légère. Un calcul très simple montre en elfet que, toutes choses égales d’ailleurs, le volume du ballon destiné a monter, sans aucune surcharge, à une hauteur donnée, croît comme le cube du poids du mètre carré de l’enveloppe. Ce poids est de 500 grammes pour les enveloppes ordinaires, et, en tenant compte du poids des instruments, considérable par rapport au ballonnet et négligeable pour un ballon, on arrive pour celui-ci, dans les conditions ordinaires, au chiffre de 4200 mètres cubes. L’expérience pourrait être tentée mais serait fort coûteuse.
- Nous le répétons, toute la valeur du projet que nous venons d’exposer n’est pas dans l’idée première ; elle est dans l’étude approfondie de la question qui a conduit à une solution très économique. Il ne nous reste plus qu’à souhaiter au ballonnet bon voyage et bon retour.
- Ch.-Ed. Guillaume.
- ÉLÉPHANTS FOSSILES DU M0NT-D0L
- Un de nos géologues les plus distingués, M. Sirodot, a fait depuis plusieurs années des recherches très importantes sur le gisement quaternaire du Mont-Dol (Ille-et-Vilaine); l’explorateur a été conduit à la découverte d’une grande quantité de débris d’éléphants fossiles. L’accumulation de ces débris sur un même point s’explique par ce fait qu’ils représentent des restes de cuisine. C’est ce que paraissent démontrer l’existence de foyers avec instruments de silex et les nombreuses incisions que portent les os brisés ntentionnellement. M. Sirodot a recueilli huit cents molaires dans ce gisement dont l’étendue ne dépasse pas 1400 mètres carrés. « Comme il y a au plus huit molaires qui peuvent être représentées à l’état fossile à un âge quelconque de la vie des éléphants, il en résulte que le nombre des éléphants, dont les débris ont été extraits du gisement n’est pas inférieur à cent. Comme forme typique, c’est YElephas primigenius qui domine, mais avec de telles variations, que bon nombre d’échantillons
- auraient été classés connue Elephas aniiquus ou mémo comme Elephas indiens, s’ils avaient été trouvés isolément dans des gisements particuliers. » M. Sirodot a cherché à établir l’àge du gisement du Mont-Dol. Diverses considérations le portent à penser qu’il remonte « à une époque antérieure au mouvement qui, dans les temps quaternaires, a relevé les côtes de certaines régions de.la mer Baltique ’>.
- LES GUÊPES GRAVEURS
- Au mois d’août dernier, revenant d'une excursion, entre Lunay et Porcheville (près Mantes), je suivais les rives d’un bras de la Seine, en face de la grande île de Limay. A l’endroit indiquant la limite de la pèche réservée par l’Etat, se trouve un poteau avec cet écriteau (partie réservée par l’État) sur lequel j’aperçus deux insectes, je reconnus des guêpes; j’observai qu'elles mordaient avec une activité excessive les libres de celle planche; en examinant de près je fus surpris de voir une ligne de lumière bordant la partie des lettres éclairées par le soleil, elles étaient en relief, et presque toute la surface de la planche était attaquée, laissant des filaments du bois faciles à détacher; les lettres seules, peintes en
- ï >./ >-
- Lettres peintes laissées ea relief sur du bois rongé par les guêpes.
- noir, avaient été respectées. Les guêpes n’ont-elles pas osé toucher à la PARTIE RÉSERVÉE par L’ÉTAT? ou, ce qui est plus probable, la couleur noire ou une matière qui la compose leur a-t-elle déplu?
- Depuis onze ans cet écriteau est à cet endroit; la planche en peuplier a été mise neuve et recouverte d’une couche de peinture blanche qui existe encore sur la face exposée au nord.
- Je fis part de mon observation au laboratoire d’entomologie du Muséum de Paris. M. Brongniart trouvant ce cas intéressant me demanda s’il ne serait pas possible d’avoir cette pièce ; je m’adressai à ce sujet à M. Boutlevillc, ingénieur des ponts et chaussées à Mantes, qui s’empressa dedonner ordre au brigadier de pèche, M. Barrault, de me remettre cette inscription si curieusement gravée par ces hyménoptères, dont les nids ne sont pas très rares dans les nombreux arbres fruitiers de ces contrées.
- J’ai remis cet intéressant document au Muséum entre les mains de M. Brongniart. G. Chevrier.
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- DISTRIBUTION D’EAU CHAUDE
- Si la distribution de l’eau froide à domicile dans les grandes villes est devenue aujourd’hui une nécessité, combien ne serait-il pas commode et même utile d’avoir aussi l’eau chaude dans les mêmes conditions.
- G onstamment nous en avons besoin pour l’alimentation, la toilette, le chauffage même ; et pour de petits ménages, la difficulté d’allumer du feu, le temps nécessaire à l’élévation de température, sont souvent autant de raisons qui en empêchent l’emploi au détriment de la santé et de l'hygiène. Dans certaines villes d’Amérique, une canalisation de ce genre existe, peul-êtrc en France en aurons-nous un jour; mais jusqu’à présent il n’en est pas question. En attendant, une Société vient de faire installer dans Paris une série de petits édicules, semblables aux k i o s-ques à journaux
- (fig. 1 ) , OU, Fig. 1. — Un distributeur automatique d’eau chaude à Paris.
- moyennant un
- sou on peut se procurer instantanément 8 à 10 litres d’eau chaude à 60 ou 80 degrés. Ces appareils sont automatiques; le client n’a qu’à placer une pièce de cinq centimes dans une fente, à pousser ensuite un bouton et l’écoulement se produit. Gomment cela se fait-il ? c’est ce que nous allons essayer de faire comprendre au moyen du dessin (fig. 2) que l’inventeur, M. Robin, a bien voulu nous autoriser à prendre.
- L’eau n’est pas, comme on pourrait le croire, chauffée d’avance et maintenue en cet état dans un
- réservoir; elle ne s’échauffe qu’au moment où elle s’écoule et e système est relié à la canalisation de la ville quii 'amène froide naturellement, par la conduite A au compteur 0. De là, elle est conduite par le tube a à une bifurcation b; par l’une des branches E elle se rend dans un réservoir R muni d’un trop-plein h et un robinet à flotteur m limite son arrivée ;
- tandis que par l’autre branche F, commandée par un robinet r, elle arrive à l’appareil G C qu’on voit à la partie supérieure de la ligure. C’est là qu’elle s’échauffe en traversant un serpentin en cuivre de 100 mètres de long sous-de-quel brûle rampe à mentée
- une gaz ali-par un tube U partant du compteur G.
- Il est clair que la marche de l’eau comme celle du gaz, s’arrête quand on ne demande rien à l’appareil; il ne consomme que quand il rapporte, condition essentielle pour que tout le monde y trouve son compte.
- Voyons donc en quoi consiste son fonctionnement. Toute la mise en marche repose sur la pression qu’on effectue sur le boulon *B représenté à pari à une plus grande
- échelle en haut de notre gravure (fig. 1). Ce bouton est réuni à une tige qui présente une solution de continuité, laquelle se trouve comblée par la pièce de cinq centimes qu’on a introduite dans la fente M ; tant que cette pièce n’a pas été introduite, la tige du bouton ne rencontre que le vide et rien ne fonctionne (n° 1 ) ; mais dès que le vide est comblé(n° 2), une seconde tige t (fig. 2) faisant suite à la première, se trouve également poussée et vient soulever une soupape S qui débouche l’orifice d’un siphon i par où s’écoule
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- dehors l’eau du réservoir R. Cette eau tombe rapidement dans un entonnoir I) monté sur un levier et équilibré par un contrepoids p. Dès qu’elle arrive, elle rompt l’équilibre en laveur de l’entonnoir, le levier bascule et entraîne la tige f qui ouvre le robinet r, ce qui permet 'a l’eau de se rendre dans le serpentin. Là elle s’échauffe immédiatement, comme nous l’avons dit, et elle vient s’échapper par le tuyau P qui sort à l’extérieur et sous lequel est le récipient du client. L’entonnoir D a une fuite munie d’un robinet et l’ouverture est calculée de façon à ce qu’il mette environ une minute à se vider, le temps nécessaire au passage de 8 ou 10 litres d’eau dans le serpentin. Dès qu’il est vide, le contrepoids p l’emporte, relève la tige f et ferme le robinet r. Tout s’arrête.
- Nous avons dit que la rampe à gaz ne brûle qu’au moment voulu.
- En effet, la conduite qui l’alimente traverse une boite à clapet Y et c’est la pression de l’eau qui ouvre ce clapet dès que le robinet r est lui-même ouvert. Un petit bec veilleuse x qui est constamment allumé détermine l'inflammation de la rampe. Quant à la pièce de cinq centimes, dès qae la pression exercée sur le bouton a été suffisante, elle s'est trouvée en face d’une lente où elle a été poussée par un ressort H, et est tombée dans la caisse; la lige et la soupape ainsi que le bouton reprennent leur position et tout est disposé pour une seconde opération.
- On voit que le système imaginé par M. Robin est des plus ingénieux ; il rendra bien des services à la population parisienne. Un sou, c’est peu de chose,
- mais si on n’a pas toujours besoin de 10 litres d’eau, on peut s’entendre avec un voisin pour partager et mettre chacun à son tour la pièce indispensable au fonctionnement. La Ville de Paris a exigé dans sa concession à la Société qui exploite ces fontaines qu’elle en pourvoie rapidement les postes de voitures; de cette façon les cochers pourront très facilement
- et à peu de frais renouveler l’eau de leurs bouillottes. On pourra alors interdire les chaufferettes à charbon qui ont occasionné des accidents à plusieurs reprises. La population ouvrière surtout se rendra bien vite compte des services qu’elle peut attendre de la fontaine à eau chaude.
- Le système de serpentin dont nous avons parlé plus haut n’est autre chose qu’une chaudière à très grande surface de chauffe: il est applicable aux usages domestiques et M. Robin con-struitdepuisquel-ques années des modèles qui s’adaptent, dans les appartements, sur la conduite d’arrivée de l’eau de la ville. Celte disposition est très commode pour les salons de coiffure, les cabinets de toilette publics ou privés, les salles de bains, etc.... Il suffit de tourner à la main le robinet d’écoulement pour que, au bout d’un instant, l’eau arrive chaude et même bouillante. On obtient facilement un degré de chaleur plus ou moins grand en réglant la vitesse d’écoulement. On comprend en effet que plus l’eau circule rapidement dans le serpentin, moins elle s’échauffe, et réciproquement. Quant au fonctionnement du système, il est le même qtie celui que nous avons décrit plus haut : il y a un bec veilleur tou-
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- jours allumé et c’est la différence de pression de l’eau au moment où elle s’écoule qui fait ouvrir l’arrivée du gaz. Si on ne doit pas utiliser souvent l’appareil, on peut éteindre le bec veilleur et allumer à la main, soit avec une flamme, soit électriquement. G. Mareschai,.
- DIMINUTION DES RENDEMENTS
- DE U PÊCHE DU POISSON FRAIS
- Au dernier Congrès de Y Association française pour F avancement (tes sciences, M. Georges Roché a commu-
- niqué le résultat de ses investigations sur les rendements relatifs de la pèche au grand chalut, pratiquée au large de nos cotes du sud-ouest, durant ces vingt-cinq dernières années.
- Depuis quelque temps nos pécheurs chalutiers, qui travaillent dans le golfe de Gascogne (de Groix à cap Breton), se plaignent avec insistance de la décrudescence du nombre de poissons qu’ils capturent. On attribue à diverses causes, sur lesquelles il n’y a pas lieu d’insister maintenant, cet état fâcheux de notre industrie des pêcheries; mais l'intérêt de cette grave question est d’autant plus grand, que la population de nos côtes de l’ouest est déjà très éprouvée par la crise sardinière.
- Si c’est un travail utile que d’établir nettement dans
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- Tableaux dos rendements relatifs de certaines espèces de poissons comestibles capturés au large de nos côtes du sud-ouest de 1869 à 1891,
- par les chalutiers.
- quelles proportions ont diminué les quantités recueillies d’espèces comestibles faisant l’objet de la pèche au grand chalut, c’est aussi une œuvre impossible à bien conduire en recourant aux statistiques officielles. Non seulement celles-ci sont entachées de toutes les erreurs provenant des renseignements plus ou moins exacts que peuvent fournir les pêcheurs, mais jusqu’ici elles ne font aucune distinction entre le poisson frais capturé à la côte et celui que récoltent, par 50 à 70 brasses de profondeur, les grands chalutiers du golfe de Gascogne.
- Puis, ceux-ci n’adoptent pas définitivement une région de pèche absolument déterminée. Leurs investigations sont souvent à la merci de la direction des vents et de l’état de la mer; enfin ils ne tiennent aucun registre spé-
- cial des espèces comestibles qu’ils recueillent et notent seulement les chiffres totaux de leurs ventes aux poissonneries du littoral. Or, ces chiffres sont soumis à des fluctuations commerciales qui ne permettent de tirer aucune conclusion sur l’abondance ou la rareté relative des poissons.
- Au cours de ses recherches sur la pèche au chalut, M. Roché a été mis à même cependant de consulter les livres que fait tenir au courant depuis vingt-cinq ans la Société des pêcheries de l'Océan, dont il a exposé ici même le fonctionnement, et qui fait enregistrer soigneusement les quantités numériques de chacune des principales espèces de poissons comestibles que capturent ses vapeurs. Le travail régulier de ceux-ci s’étend annuelle-
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- ment sur une surface de 140 000 hectares au sud du haut plateau de Rochebonne et au large des côtes landaises et girondines. Les renseignements que nous pourra fournir leur industrie peuvent donc être considérés comme donnant une bonne mesure de l’état des fonds de pêche situés par 40 à 70 brasses au large de nos côtes du sud-ouest.
- Pour dresser ce tableau et en rendre la compréhension plus facile, M. Roché a tracé, pour plusieurs espèces co mestihles le graphique de leur production. Pour ce faire, il a divisé les quantités numériques annuelles totales de poissons récoltés, par le nombre de pêches des bateaux de la Société, ce qui fournit un chiffre proportionnel représentant la moyenne annuelle, par pêche et par bateau, de la quantité recueillie de chaque espèce.
- Nous sommes ainsi amenés à constater que, dans la région qui nous occupe, les poissons sédentaires habitant le plateau continental sont nettement en voie de diminution; et le fait est d’autant plus frappant que, autrefois, beaucoup d’animaux étaient rejetés à la mer qui sont aujourd’hui soigneusement conservés en raison de la plu. grande valeur marchande acquise par le poisson frais C’est ainsi que les Trigles (grondins), les Raies, les Daurades, les Rousseaux, les Soles sont aujourd’hui péchés en nombres de moins en moins considérables.
- Dans le Mémoire présenté à l’Association française et qui paraîtra dans les comptes rendus du Congrès de Pau, l’auteur se livre à une discussion, où nous ne saurions le suivre, des graphiques qu’il a tracés, en contrôlant les renseignements qu’ils donnent d’après les observations personnelles qu’il a pu faire en suivant lui-même la pêche à bord des chalutiers à vapeur ou à voiles.
- Quant aux poissons migrateurs comme le Surmulet et le Merlu, leurs graphiques de production nous les montrent comme soumis, toujours, à d’assez grandes irrégularités d’arrivages. Ce sont là des animaux qui fournissent de bons revenus à l’industrie de la pèche au chalut quand ils donnent, mais sur le régime desquels nous n’avons que des connaissances assez peu précises. Nous ne saurions cependant nous alarmer trop dans l’avenir de leur rareté relative éventuelle, en raison précisément du tableau que fournit leur production des vingt-cinq dernières années.
- Ces graphiques, en effet, dressés pour une si longue période de temps et pour une si considérable industrie, nous donnent de précieux enseignements et nous devons nous demander si la pêche intensive au chalut ne saurait parvenir à stériliser les fonds qu’elle exploite.
- Le chalutage au large s’exerce sur une trop grande étendue, relativement aux dimensions de ses engins et au nombre des embarcations qui le pratiquent, pour que l’on puisse attribuer à son action la diminution sensible des rendements de la pêche. Mais il n’en est pas de même de celui qui est pratiqué à la côte, à l’embouchure des fleuves et sur les herbiers littoraux dont il bouleverse les frayères et les pâturages sous-marins, où les poissons dits sédentaires viennent se reproduire et passer les premiers stades de leur développement. Il est certain que si la pêche au chalut est toujours destructive, celle qui est pratiquée au large a une action beaucoup moins nocive que celle qui est exercée près de terre.
- En examinant les graphiques comparés des Daurades et Rousseaux qui viennent se reproduire à terre et des Roses ou Poissons Saint-Pierre (Zée forgeron) qui sont des poissons de haute mer, on peut du reste se convaincre de la vérité de cette assertion. Bien que ces animaux ne soient jamais pêchés en. grand nombre, ils sont de bonne vente et les chalutiers- les. recueillent soigneusement quand
- ils les capturent. Or, nous voyons que la production relative des premiers a sensiblement diminué alors qu’elle ne paraît pas avoir subi la même décroissance pour les seconds. En somme, le poisson est beaucoup plus abondant par de faibles profondeurs qu’au large, mais il y est plus jeune, plus petit, et il s’en fait actuellement une destruction tout à fait abusive qui menace singulièrement la prospérité de nos pêcheries, sur nos côtes du sud-ouest et dans tout le golfe de Gascogne comme dans la Manche.
- IA MISSION DYB0WSK11
- t- LES ARMES ET LES INSTRUMENTS EN FER DE L’AFRIQUE CENTRALE
- Le continent noir aura bientôt dévoilé tous les mystères qui l’enveloppaient il n’y a encore qu’un petit nombre d’années. Nos explorateurs ont atteint
- Fig. 1. — Carte du voyage de M. Jean Dybowski dans l’Afrique centrale.
- le vrai cœur de l’Afrique, et ils ne se laissent décourager ni par les difficultés de leur tâche, ni par les dangers qui les menacent à chaque pas. A peine l’un d’eux est-il tombé sur le champ d’honneur qu’un autre se présente pour le remplacer. Avant même que le malheureux Crampel succombât, M. Dybowski avait pris le chemin du lac Tchad.
- Pour le nouveau voyageur, l’Afrique n’était pas un pays tout à fait inconnu. Déjà il avait exploré le
- 1 Voy. n° 1000, du 50 juillet 1892, p. 158.
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- nord du Grand Désert et s’était avancé au delà d'El Goléa. Au retour de cette première expédition, il avait formé le projet de gagner le lac Tchad en partant du nord. Les circonstances le décidèrent à modifier tout à fait son premier plan et à accepter les offres que lui faisaient le Ministère de l’instruction publique et la Société de l’Afrique française ; il débarqua donc à Loango. Parti de ce point, il se dirigea sur le Niari, qu’il suivit de Loudima à Bouenza ; de là, il gagna Brazzaville en passant au nord de la rivière Pjoué. Remontant ensuite le Congo, il atteignit Liranga, suivit la rive droite de l’Oubangui, et, après
- avoir traversé les rivières Ibenga, Lobai et Konja, il arriva à Bangui, point qu’on ne dépassait guère. Poursuivant sa marche vers le nord, il fonda un poste à Ouadda et gagna la rivière Kémo, où il créa un second poste. R redescendit alors cette rivière, longea de nouveau l’Oubangui et l’abandonna bientôt définitivement pour se diriger presque en droite ligne vers le nord. A Yabanda, il franchit les montagnes qui forment la ligne de partage des eaux, puis, en face de Makorou, il traversa leChari(fig. 1).
- Tel est, en quelques mots, l’itinéraire suivi par M. Dybowski. J’aurais pu ajouter que, sur son par-
- Fig. 2. — Armes et couteaux île l’Afrique centrale (Collection Jean Dybowski). — N* 1. Hache de parade en cuivre, avec figurine, des Kassaï. — N° 2. Couteau de l’Arouimi. — N° 3. Couteau de luxe des Batékés de Brazzaville. — N” 4. Couteau droit des Yakoinas. — JN“ 5. Couteau des Batékés. — N° 6. — Couteau employé par les femmes N’Gapous pour tous les usages domestiques. — N* 7. Couteau d’exécution des Boubanguis. — N“ 8. Couteau droit de l’Arouimi. — N” 9. Couteau de parade des Boubanguis. — N° 10. Couteau en forme de tête d’oiseau de la Sanga. — N” 11. Couteau avec gaine en cuir, de chef Langouassis. — N° 12. Couteau avec gaine en cuir ornée de grelots en fer forgé, de chef Banziri. — N° 13. Trombach, ou couteau de jet des N’Gapous. — N° 14. Trombach, ou couteau de jet des Dakouas. — N° 13. Trombach., ou couteau de jet des Bouzérous. —• N° 16. Couteau en forme de faucille des Bauziris.
- cours, il avait encore remonté une partie du cours des rivières M’Pokou et Ümbela.
- Le hardi voyageur s’est, donc avancé à 6 degrés au nord de Brazzaville et à 4 degrés au nord de Liranga, récoltant partout sur son chemin de nombreux objets de toute nature, actuellement exposés dans les salles du Muséum d’histoire naturelle. Les collections de M. Dybowski ont d’autant plus d’intérêt que nous ne possédions que fort peu de renseignements scientifiques sur la région qui s’étend au delà de Liranga.
- Nous avons pensé qu’il serait intéressant pour les lecteurs de La Nature d’avoir un aperçu sommaire des collections rapportées de contrées aussi peu connues. Nous ne nous occuperons aujourd’hui que du
- fer et de ses applications à la fabrication des armes et des ustensiles domestiques.
- Sur les hauts plateaux situés dans le voisinage de Yabanda on trouve en abondance l’itabirite, minerai de fer d’une richesse tout à fait remarquable. Les habitants de ces plateaux recueillent le minerai et le fondent dans des hauts fourneaux en brique de 2 mètres environ d’élévation. Gomme combustible, ils emploient le bois, ce qui a pour résultat de produire une fonte aciérée, dont M. Dybowski* nous montre des échantillons à côté des morceaux d’itabi-rite.
- La fonte ainsi obtenue est martelée; on en confectionne, par ce procédé, des sortes de pelles, ou
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- ginja, qui constituent l imité monétaire de toute la région : avec une cinquantaine de pelles on peut s’offrir une femme. La ginja du plateau central
- passe de main en main et arrive jusque chez les peuplades du Cliari, d’un côté, du Langui de l’autre. Dans cette vaste région, tout le fer qu’on rencon-
- Fig. 3. — Armes offensives, boucliers, brassard et pagaies de l’Afrique centrale (Collection Jean Dvbovvski). —jN° 1. Bouclier avec manivelle en fer des Yakomas. — N° 2. Bouclier des Bonjos. — N° 3. Bouclier des N’Gapous. — N° 4. Couteau en faucille des Yakomas. — N“‘ 5 et 6. Couteaux en faucille des Banziris. — N° 7. Couteau de défense de l’Arouimi. — N“ 8. Couteau d’exécution de la Sanga. — N°9. Couteau de défense de la Sanga. — N° 10. Couteau des Yakomas. — i\° 11. Couteau à manche de cuivre de la Sanga. — N** 12 et 13. Pagaies des Banziris. — N°* 14 et 15. Couteaux à lames droites de la Sanga. — N* 16. Carquois, arc et flèches des N’Gapous. — N°* 17 e( 18. Couteaux des Bonjos. — N° 19. Poignard sabanga, avec anneau de bras en ivoire. — N” 20. Poignard sabanga, avec anneau de corde.
- N° 21. Javeline des Langouassis. — Nos 22, 26 et 30. Javelines des Tokbos. — N°’ 23,24,25, 27 et 29. Javelines des N’Gapous. — N° 28. Brassard en fer forgé des N’Gapous. — N” 31 et 52. Sagaies de haste à manches sculptés, bardés de fer et de cuivre, du Haut-Oubangui. — N" 33. Harpon de chasse des Banziris.
- tre provient des environs du village de Yabanda.
- Si la ginja possède ifne telle valeur, c’est que, sous la main d’un forgeron indigène, elle peut se
- transformer en armes et en outils des plus variés. Dans les vitrines deM. Dybowski, nous voyons toutes les formes multiples que la pelle revêt plus tard.
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- C’est d’abord le trombach, ou couteau de jet, qui porte sur sa tige plusieurs brandies à deux tranchants, tantôt allongées, tantôt lancéolées ou triangulaires (fig. 2, nos 15, 14, 15). L’une de ces armes bizarres montre, gravée sur sa lame, une ligure du caïman de la Haute-Égypte (fig. 2, n° 13). Signalés d’abord dans la région des grands lacs, les trombachs ont été rencontrés en grand nombre par Schwein-furth chez les Niams-Niams. 11 n’est donc pas étonnant de les voir en usage dans la vallée del’Oubangui, et surtout dans celle du Chari qui n’est séparée du pays des Niams-Niams que par un intervalle d’à peine 2 degrés. Les indigènes de ces vallées en portent cinq ou six attachés derrière leur bouclier, et ils ne s’en servent qu’en dernier ressort, lorsqu’ils ont épuisé leur provision de sagaies.
- Sur le llaut-Oubangui,chez les Banziris et les N’Ga-pous, on rencontre des couteaux en forme de faucille (fig. 2, il016) pourvus d’un manche, parfois en ivoire, parfois orné d’une garniture de cuivre; ils servent à tous les usages, aussi bien au débroussement qu’à la défense. Des couteaux de forme analogue se trouvent chez les Yakomas et quelques autres peuplades (fig. 5, nos 4, 5, 6).
- L’arme que représente le n° 7 de la figure 5, et qui vient de l’Arouimi, rappelle assez bien nos faux; c’est une sorte de sabre à deux tranchants que Schweinlurth a fréquemment vu entre les mains des Mombouttous.
- A part les poignards en forme de glaive romain qu’on trouve sur les rivières Kémo etOmbela (fig. 2, n'* 9, et fig. 5, nos 17 et 18), toutes les armes, tous les poignards, les couteaux de ces régions ont des formes étranges : qu’il s’agisse d’armes de parade (fig. 2, n° 3), de couteaux d’exécution (fig. 2, n° 7, et fig. 5, n° 8)1, de poignards (fig. 3, nos 10, 11, 14, 15, 19 et 20) ou de simples couteaux comme ceux qu’emploient les femmes de la vallée du Chari pour tous les usages domestiques (fig. 2,nu 6), on voit les formes varier à l’infini, et souvent elles paraissent peu en rapport avec l’usage auquel on les destine. Sur la Sanga, on voit reparaître le singulier couteau en forme de tête d’oiseau (fig. 2, n°10) que les voyageurs avaient déjà rencontré dans le nord-ouest.
- Les forgerons du centre de l’Afrique sont, sans contredit, d’habiles ouvriers; il suffit de leur donner un modèle en bois pour qu’ils l’exécutent en fer avec la plus grande exactitude. Tel est le cas pour l’arme que représente le n° 7 de la figure 2, qui est accompagnée du modèle en bois fourni à l’ouvrier.
- Les lames sont toujours fort bien travaillées, presque constamment ornées de dessins finement gravés, qui forment une sorte de damasquinage ; sur le Ilaut-Oubangui, elles sont souvent ajourées, comme on le voit dans le n° 4 de la figure 2.
- 1 Sur le Bas-Oubangui, lorsqu’un chef meurt, on procède à l’exécution d’un grand nombre d’esclaves, dont on jette simplement les corps à l’eau, car les tribus de cette contrée ne sont pas anthropophages. Les Bonjos, au contraire, sont de grands amateurs de chair humaine ; ils engraissent des esclaves qu’ils sacrifient ensuite pour les manger.
- Les manches ne sont ni moins variés ni moins soignés que les lames. Habituellement en bois, ils offrent fréquemment des applications de cuivre, qui est apporté en lingots des environs de Brazzaville. D’autres fois, le cuivre est remplacé par le laiton ou même par l’étain, qui vient sans doute de la côte orientale par le moyen des caravanes. Il n’est pas rare de rencontrer des manches tout en cuivre ou en laiton. La collection de M. Dybowski en offre de nombreux spécimens. Quelquefois, enfin, les lames sont montées dans un morceau d’ivoire, mais ce genre de monture est tout à fait exceptionnel.
- Les couteaux, les poignards sont portés dans des gaines en cuir ou en bois d’un travail aussi soigné que l’instrument lui-même. Les deux fourreaux en cuir représentés sur une de nos figures (fig. 2, nos 11 et 12) sont ornés de dessins à jour faits avec une véritable habileté. Une de ces gaines, logeant un couteau offert à M. Dybowski par un chef Banziri, porte à sa partie inférieure une couronne de clochettes en fer ne renfermant pas de grelots et produisant des sons en heurtant les unes contre les autres.
- Sur la rivière Kémo, le voyageur a rencontré des gaines de poignard avec anneaux de bras en corde ou en ivoire (fig. 5, nos 19 et 20), rappelant, les fourreaux des poignards touaregs.
- Les cauris, si estimées à la côte occidentale, paraissent peu appréciées des nègres des régions centrales ; il est rare qu’ils s’en servent pour orner les gaines de leurs couteaux.
- Parmi les armes les plus curieuses qui figurent dans la collection de M. Dybowski, signalons une belle hache en cuivre (fig. 2, n° 1) des Kassaï, portant de chaque côté une figure en relief, et, ornée de dessins variés. Elle est fixée dans un manche en bois entièrement recouvert d’une lamelle de cuivre maintenue au moyen de clous.
- Si un bon nombre des armes que nous venons d’énumérer rappellent de la manière la plus frappante celles que Schweinfurth a vues en usage chez les Niams-Niams, les Mombouttous, les Bonjos, etc., les sagaies n’offrent pas des ressemblances moins saisissantes. La forme des têtes, les pointes qui se rencontrent au-dessous et qui affectent les dispositions les plus variées (fig. 3, nos 21 à 27, 29 et 30), permettent de les rapprocher complètement les unes des autres. 11 en est de même des flèches de la vallée du Chari (fig. 5, n° 16).
- Sur le Haut-Oubangui, M. Dybowski a récolté des sagaies de haste (fig. 5, nos 31 et 32), à manche garni de lamelles de fer et de cuivre, enroulées en spirale, laissant à découvert de petites portions de bois soigneusement sculptées. Il a également rencontré des harpons destinés non à la pêche, mais à la chasse des antilopes (fig. 3, n° 35) ; la pointe, fixée à une corde qui se déroule, reste dans le-corps de l’animal qui peut être arrêté dans sa fuite par le chasseur.
- Les flèches de la vallée du Chari sont en chaume d’une grande herbe, muni d’une pointe en fer fine-
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- mont barbelée, fixée à la hampe au moyen de caoutchouc. Les Banziris possèdent des flèches en roseau arme'es d’une pointe mobile en bois empoisonne', qui reste dans la plaie.
- On avait contesté la présence du bambou dans ces contrées. 11 est impossible aujourd’hui de ne pas se rendre à l’évidence. Le bambou existe, et les peuplades de la vallée du Chari s’en servent pour fabriquer leurs arcs. Souvent ils les ornent d’un mince ruban de fer habilement enroulé en spirale. La corde en est en rotin.
- Il me faudrait m’étendre beaucoup plus que ne le comporte un simple article de journal, non pas pour décrire, mais simplement pour énumérer les belles armes rapportées par M. Bybowski. Je ne puis cependant passer complètement sous silence des armes défensives fort remarquables : les boucliers en vannerie (fi". 3, nos 2 et 3) que, dans le llaut-Ouhan-gui, les Yakomas garnissent au centre d’une manivelle en fer (fig. 3, n° 1), et des brassards en fer forgé que les N’Gapous ornent parfois de grelots à la partie supérieure (fig. 5, n° 28).
- Nous reviendrons sur l’exposition de M. Dybowski, car elle offre un intérêt de premier ordre, non seulement au point de vue ethnographique, mais en ce qui concerne aussi les sciences naturelles. L’examen seul des armes, dont nous nous sommes plus spécialement occupé aujourd’hui, tend à démontrer que M. de Compiègne n’était pas éloigné de la vérité en émettant le premier l’idée qu’une partie des industries occidentales avait dù prendre naissance dans le nord-est. 11 devient de plus en plus probable que des migrations se sont accomplies de l’orient vers l’occident, et les documents réunis par M. Dybowski feront assurément faire un pas sérieux à la
- question. Dr Yerneau.
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- ETHNOGRAPHIE
- LE CHIMPU
- Le Chimpu est une sorte de boulier-compteur employé encore de nos jours en quelques parties reculées du Pérou et de la Bolivie. M. Th. Ber, de Lima, nous en a récemment envoyé le dessin. Il se compose essentiellement d’un certain nombre de cordelettes liées ensemble à une de leurs extrémités et le long desquelles peuvent glisser de petites boules transpercées. Les ficelles sont choisies de couleurs différentes et les boules sont empruntées à la coque de divers fruits. Qes boules peuvent être enfilées à la fois sur toutes les ficelles ou sur un certain nombre seulement. 11 s’en trouvera, par exemple, que quatre fils traverseront, d’autres n’en recevront que trois, deux ou même un seul. L’Indien aura ainsi le moyen de se créer des catégories de nombres juxtaposés correspondant, dans nos procédés, à autant de colonnes qu’il y aura de cordelettes à l’appareil. Si, comme cela se présente d’ailleurs, le calculateur indigène convient que les boules enfilées une seule fois représenteront des uni-
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- tés, que celles à travers lesquelles deux fils passeront équivaudront aux dizaines, etc., il sera en mesure de représenter des nombres quelconques. 11 figurera, par exemple, comme dans le dessin de M. Ber le chiffre 4456, en enfilant six boules à un fil, cinq à deux fils, quatre à trois fils et quatre à quatre fils. Et le petit instrument, une fois lié à l’extrémité inférieure comme il l’était au préalable à l’extrémité supérieure, conservera indéfiniment le quadruple nombre qui lui aura été ainsi confié.
- Je crois voir, dans ce curieux boulier-compteur des Indiens actuels, une survivaucc et une adaptation simplifiée des vieux qquippus, ou cordelettes à nœuds de diverses couleurs, qui remplaçaient l’écriture et la numération chez les Péruviens anciens. Il est vrai que le Chimpu est actuellement décimal ou peu s’en faut (on dépasse aisément la dizaine sur le premier fil), mais on ne sait pas ce qu’il était jadis.
- On ne connaît d’ailleurs absolument rien de son histoire, et M. Ber lui-même avait assuré, en 1878, qu’il ne se rencontrait au Pérou aucun vestige des anciennes cordelettes Lp. chimpu. numériques. Il serait intéressant de savoir quelles sont les tribus de l’intérieur qui ont conservé l’usage du Chimpu, et quelles sont l’amplitude et la variété des opérations que savent exécuter les Indiens sur ce petit appareil. Nous constatons seulement que le Chimpu, dont M. Ber a reproduit la figure, exprime un nombre de quatre colonnes et suppose, par conséquent, chez l’Indien qui l’a monté, une certaine largeur de calculs, assez rare chez les vrais sauvages. E.-T, Hamy.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- FERMETURES-AVERTISSEURS
- Les journaux ont été remplis dans ces derniers temps de nombreux récits de vols avec effraction commis par des cambrioleurs dans divers quartiers de Paris. Le moment nous paraît opportun pour signaler le nouveau système de fermetures-avertisseurs dus à M. Paul Blanchet. Avec les appareils que nous allons faire connaître, dès que l’on tente de crocheter les serrures ou d’y introduire de fausses clés,d’exécuter des pesées avec la pince-monseigneur ou autres leviers, pour faire sauter la gâche d’une serrure ou les gonds d’une porte, ou de scier les panneaux, une forte détonation se produit, en même temps qu’une sonnerie continue se fait entendre : il n’en faut pas plus pour donner l’alarme à tout le personnel de la maison, et même au voisinage,
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- et cela, sans que rien puisse être ouvert, forcé ou fracture'.
- La dc'tonation se produit par l’explosion d’une cartouche inoffensive, et la sonnerie, par un circuit électrique qui se trouve fermé par l’effet des tentatives du voleur.
- Notre gravure représente les principaux appareils de M. Blanchet. La figure i est la chaîne de sûreté à détonation, pour fenêtres, vérandas ou volets. Cette chaîne constitue un genre de fermeture supplémentaire parfait par sa force de résistance; de plus, à la moindre tentative des cambrioleurs elle donne l’alarme dans toute la maison et à tous les voisins. Quand on s’efforce d’ouvrir extérieurement les volets, les chaînes représentées dans la ligure sont tirées, elles sollicitent un ressort placé dans le
- cylindre central auquel elles sont attachées, et font partir, par un déclenchement, une cartouche qui détone. La figure 2 montre la chaîne pour les portes d’appartement; elle fonctionne de la même manière. La figure 5 donne l’aspect de l’appareil garde-chasse pour murs de clôture, chasses réservées, vergers, basses-cours, etc. Cet appareil à détonation, de fort calibre et de très petite dimension, donne l’alarme de 1200 à 1500 mètres. Tendu avec des fils de fer fixés soit d’arbre en arbre, soit en haut d’un mur de clôture, ou de toute autre façon, il peut facilement se dissimuler; il peut aussi rester indéfiniment exposé à l’humidité sans que la cartouche qu’il renferme soit susceptible de s’altérer.
- Les figures 4 et 6 représentent un petit appareil mobile à détonation que l’on place sur le parquet,
- Fermetures-avertisseurs ù détonations et à sonneries.
- derrière le vantail d’une porte ; une pointe placée à sa partie extrême dans le bois du parquet ou entre des dalles, le fixe suffisamment pour que le moindre choc sur la détente, qui est à l’autre bout, fasse parler la poudre. Que l’on soit présent ou absent, il sert à maintenir la porte fermée.
- La figure 5 se rapporte au garde-fenêtre. Un piton fixé à chaque bord de volet permet d’accrocher ce petit appareil et de le retirer instantanément à volonté. En plus petit modèle il se fixe également dans les coffres-forts, dans les meubles, les tiroirs-caisses, valises, malles, etc., et les protège contre les voleurs et les indiscrets, qu’il dénonce.
- Les figures 7 et 8 montrent une serrure et un verrou, à détonation, sonnerie et lumière électrique. Par surcroît de précaution chaque serrure a deux genres de clés différents : la clé de sûreté, qui ouvre toutes les parties de la serrure, et une clé de fantaisie, pour les allants et venants; cette
- dernière ne peut ouvrir que le demi-tour et ne donne aucune idée de la forme de la clé de sûreté.
- Enfin, pour que rien ne manque à cette serrure, un contact, placé à l’intérieur et mis en mouvement par le double tour, allume, quand on le désire, une ou plusieurs lampes à incandescence qui ne demandent pour leur entretien que quelques instants de soins tous les deux ou trois mois, et dont la dépense est insignifiante. Cet éclairage, obtenu en ouvrant la serrure, peut être d’une très grande utilité en rentrant le soir ou en pénétrant dans une antichambre sombre.
- Le verrou-targette à détonation (fig. 8) est destiné aux portesintérieures et escaliers de service, il donne l’alarme sans s’ouvrir, dès que l’on tente de forcer la porte. Il va sans dire que le mécanisme est disposé de telle sorte que la détonation ne peut jamais avoir lieu dans l’usage ordinaire. X..., ingénieur.
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- IA VIPÈRE NASICORNE
- AU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE I)E PARIS
- Le Muséum d’histoire naturelle possède en ce moment un serpent fort rare: c’est la Vipère nasicorne.
- Le reptile, originaire des contrées chaudes de la cote occidentale d’Afrique, est sans contredit un des plus mal connus. Nommé par Duméril et Biberon Vipère hexacère, il avait pu être identifié avec les serpents décrits successivement sous le nom d’Echidné nasicorne, Couleuvre cornue, Céraste nasicorne, et enfin M. le professeur Léon Vaillant lui a définitivement attribué le nom de Vipère nasicorne.
- L’individu qui se trouve au Muséum a été envoyé du Dahomey par M. Révoil, ingénieur de la marine. C’est le plus parfait que notre grand établissement scientifique ait reçu jusqu’à ce jour, et sa forme bizarre, ainsi que l’extrême richesse de sa coloration, en fait un très curieux spécimen de la faune herpé-tologique des forêts africaines. C’est un animal au corps épais et court terminé par une queue petite et déliée. La tête, triangulaire, fortement renllée en arrière, est réunie au corps par un cou mince parfaitement distinct. Le museau est coupé carrément et présente une particularité curieuse qui a fait donner à l’animal son nom de nasicorne. Au-dessus des narines s’élèvent deux protubérances cornées en forme de
- Lu Vipùre nasicorne à la ménagerie des reptiles du Muséum d’histoire naturelle, à Paris.
- flamme, dont la base découpée surplombe l’orifice de la narine. Ces appendices sont, parait-il, des plus variables, suivant les individus observés, et Jan a pu donner, d’après des spécimens conservés dans les divers musées, une série de dessins de têtes de Vipère nasicorne qui présentent les modifications les plus inattendues.
- Ce qui frappe surtout, en dehors de la forme spéciale de la tête, dans l’individu que possède notre Muséum, c’est la richesse et la délicatesse des couleurs. La tête, d’un vert émeraude, présente sur la partie supérieure une grande tache noir-violet bordée de jaune ayant la forme d’un fer de lance partant du bout du museau pour se terminer à la nuque où elle rejoint les dessins du dos. Elle se prolonge en pointe de chaque coté de la région postérieure de la tête et
- rejoint deux taches brunes bordées de rouge qui partent de l’œil et couvrent la région temporale. Une petite ligne jaune pâle, partant de l’œil pour aller se confondre avec une bande de même couleur qui borde la lèvre supérieure, sépare cette première tache d’uné seconde placée en avant de l’œil et enveloppant un petit trapèze vert émeraude bordé de jaune.
- La coloration du dos est d’un beau rouge vermillon enveloppant le long des lianes des taches du vert de la tête. Tout le long de l’échine, de distance en distance, sont des taches vert clair bordé de jaune en forme de sablier. Chacune de ces taches est limitée en avant et en arrière par les côtés de taches noires en forme de losange et sur les côtés par des lignes noires qui descendent le long des flancs en dessins de formes variées. Le long des flancs court en zigzags
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- LA NA TU KL.
- une ligne noire bordée à sa partie supérieure par une ligne jaune paille et à sa partie intérieure par un l'eston rouge qui encadre de grandes taches vert fonce. Le ventre est blanchâtre.
- Les écailles sont carénées, chacune d’elles est en outre sillonnée de petites lignes noires très lines et celte disposition lait chatoyer les couleurs en donnant à l’animal l’aspect velouté de certaines chenilles richement vêtues. Au soleil et quand l’animal est en mouvement, ses couleurs brillent du plus vif éclat. Au repos, elles semblent s’atténuer et se fondre en une teinte générale qui s’harmonise avec le ton du milieu ambiant.
- Bien que pourvue d’un venin redoutable et de crochets très développés, la vipère nasicorne semble douée d’un naturel assez pacilique. bile se laisse manœuvrer avec beaucoup de complaisance pourvu que l’opérateur procède sans mouvements brusques. C’est un animal crépusculaire et nocturne qui doit se nourrir de petits mammifères. Son œil, dont l’iris est vert clair, a la pupille verticale comme celle de tous les animaux nocturnes. Au Muséum, il recherche l’obscurité et passe presque tout le jour sous la souche creuse dont sa cage est pourvue. Il marche tantôt comme les autres vipères, tantôt en avançant par un simple jeu des côtes sans aucun mouvement ondulatoire, et dans ce cas, sa ressemblance avec une chenille, est frappante. E.-P. Juih.eiîat.
- CHRONIQUE
- Cordes en filtres de bois. — Les applications de la matière ligneuse deviennent de jour en jour plus nombreuses. Au fur et à mesure que le bois de petites dimensions, servant surtout au chauffage, perd de valeur, de nouvelles industries se créent qui viennent donner aux produits forestiers un nouvel essor. Après la pâte à papier, la paille de bois, la soie tirée de la cellulose ligneuse, voici qu’il vient de se fonder en Allemagne une fabrique de dftrdes faites avec la laine ou fibre de bois. — D’après l'Écho forestier, ce nouveau produit est appelé à jouer un rôle prépondérant dans l’industrie métallurgique ; il remplace avantageusement les cordes de paille qui servent à entourer les noyaux dans les fonderies de fer et d'autres métaux. Ces cordes, en laine de bois, sont fabriquées de façon que chaque corde soit composée de filaments de deux ou plusieurs espèces de bois de densité et de résistance différentes. C’est-à-dire que, dans ce travail, toutes les essences peuvent être employées. En effet, pour rendre le produit propre à sa destination, on confectionne d’abord un toron assez lâche avec de la laine de sapin ou peuplier, dont les filaments sont très fins et que l’on ne tord que mollement. On fabrique ensuite un deuxième toron, mais en laine de tremble ou de saule dont les fibres sont plus résistantes, et auquel on donne mécaniquement la plus forte torsion possible. On réunit, dans une dernière opération, les deux torons pour former une corde. On comprend facilement les avantages que doit présenter ce mode de fabrication. D’une part, la corde ainsi fabriquée est d’une solidité indiscutable, produite par la forte tension et la ténacité du toron du tremble ou de saule: d’autre part, la perméabilité et le pouvoir absorbant du toron lâche de sapin ou de peuplier, donnent le passage le plus aisé aux
- gaz dégagés dans la coulée des métaux. En peu de temps, cette industrie a pris un grand développement, au point qu’aujourd’hui l’établissement possède soixante machines à filer et à tordre les cordes. Ajoutons, ce qui ne gâte rien, que le prix de revient de ces cordes de bois est sensiblement inférieur à celui des cordes de paille qu’elles remplacent avantageusement; aussi fait-on déjà un usage considérable du nouveau produit, et il n’a fallu que six mois pour que ces cordes de fibres ligneuses aient été adoptées dans les principales fonderies d'Allemagne, d’Autriche et de Belgique.
- Lapins grimpeurs et nageurs d'Australie. —
- Sur le continent australien, les lapins se trouvent forcés, par suite de circonstances locales, de modifier leur genre de vie. Les observations suivantes ont été relevées sur plusieurs points du pays. On voit souvent ces animaux grimper sur les arbres en quête de leur nourriture et on en découvre de morts qui sont accrochés aux buissons d’acacia jusqu’à 4 mètres de hauteur. Le sol ne leur offrant pas une nourriture suffisante, ils la cherchent sur les arbres. Dernièrement, dans une séance de la Société zoologique de Londres, M. Tegetmeier a présenté les pattes antérieures d’un lapin australien; elles sont adaptées à ce nouveau moyen de locomotion. On remarque d’abord qu’elles sont plus fines que chez le lapin sauvage anglais. Leur coloration est plus pâle et les taches sont sombres. En outre, leurs ongles sont plus acérés et plus grêles. On a encore noté chez les Lapins australiens des divergences dans leur manière d’élever les petits. Ainsi, dans certaines localités, on trouve leurs gîtes ordinaires, mais dans d’autres, la portée est établie à terre, sans aucun toit. Pendant l’été, ils entrent parfois entièrement dans l’eau; leur tête seule émerge à la surface. Et dans leurs migrations ou lorsqu’ils sont poursuivis, ils nagent à merveille et traversent les grands fleuves. Dans quelques régions, des plantes fortement salines y forment la seule végétation. On remarque qu’elles sont loin d’apaiser la soif des lapins, car les voyageurs rencontrent leurs cadavres par milliers ; souvent, l’air en est infecté.
- Les manteaux gris tle l'armée allemande. —
- Il a été mis en essai, dans l’année allemande, de nouveaux manteaux ou capotes d’une couleur grise plus claire que ceux réglementairement en usage. Il paraît que ces manteaux n’ont pas donné les résultats qu’on en attendait, et notamment celui de rendre moins visibles à l’ennemi ceux qui les portent. De nouveaux essais vont être entrepris, pour lesquels des manteaux de cinq nuances différentes ont été confectionnés. En même temps les expériences doivent porter sur un autre point de la question. On a en effet confectionné les manteaux nouveaux de façon telle, que la doublure, fixée au moyen de simples boutons, puisse s’enlever à volonté; de manière que le même vêtement puisse être à volonté porté en été et en hiver. L’usage seul peut apprendre jusqu’à quel point ce procédé est pratique.
- Le vin de Champagne. — La Chambre de commerce de Reims vient de publier la statistique du commerce des vins de Champagne depuis 1844. Voici quelques chiffres à ce sujet : En 1841-45, le commerce des vins de Champagne atteint 6 655 000 francs ; l’année sui-vaple, il dépasse 7 millions; en 1868-69, il atteint presque 16 millions, pour retomber à 9 millions en 1870-71 et se relever à 20 millions en 1871-72. L’année suivante, le commerce atteint 22 millions, pour osciller ensuite entre 22 et 17 millions jusqu’en 1889-00, où il atteint 25 mil-
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- lions. En 18110-91, le chiffre est de 25 776 000 francs. Eüfin, l’année dernière (1891-92), il est de 24 245 996 l'r. On le voit, en un demi-siècle, le chiffre du commerce a quadruplé. En ce qui concerne le chiffre de bouteilles, il a, dans la même période, doublé en France (de 2 225 000 bouteilles eu 1841-45, à 4 558 000 bouteilles en 1891) et presque quintuplé à l’étranger (de 4 580 000 bouteilles en 1844-45, à 16 685 900 en 1891-92). L’année où le plus grand nombre de bouteilles a été expédié à l’étranger est l’année 1890-91 (près de 22 millions de bouteilles.)
- Premières vignes plantées dans le Horhllian.
- — L’honneur en revient à un député du département, M. de Lainarzelle, ainsi que vient de le constater la commission des prix culturaux. Le cidre est, on le sait, la véritable boisson des cultivateurs de la Bretagne. Mais il ne faut pas oublier que la flore du département du Morbihan rappelle, par certains détails, celle du littoral méditerranéen. Ce n’est pas sans étonnement qu’on y rencontre des arbres délicats comme le grenadier, le chène-liège et d’autres essences non moins frileuses. C’est ce qu’a compris M. de Lainarzelle, qui, sur sa terre de Keralier, à Sarzeau, a été le premier à avoir confiance dans la culturedelavigne.il vient de présenter, à la Commission de visite des exploitations rurales, 50 hectares de vignes, dont il a su tirer un parti très avantageux en se livrant à la fabrication de l’eau-de-vie.
- Houillère nouvelle en Angleterre. — Un important gisement de charbon a été découvert sur le Gristle-hurst Estate, près de Manchester. Des recherches avaient lieu depuis un an et l’on se proposait de sonder jusqu’à une profondeur de 550 mètres, quand, à une distance de 225 mètres du sol, une couche très importante de houille fut rencontrée. Le nouveau puits a 4m,50 de diamètre ; ses parois sont recouvertes de briques sur une épaisseur de 55 centimètres. Pendant le travail de sondage, le puits était ventilé par un ventilateur Blackman et éclairé par l’électricité. Les machines d’extraction, construites par Leigh, de Patricoft, seront du type horizontal avec cylindres de 104 et 240 millimètres de diamètre. Trois cents hommes seront employés à l’exploitation de la mine.
- Une ile qui disparaît. — Par 45° 24’ de latitude et 60° de longitude ouest (de Greenwich), à peu près sous la même latitude que le grand banc de Terre-Neuve, se trouve l’île de Sable, au sud de la Nouvelle-Ecosse. Dans ces parages si fréquentés, l’île de Sable constituant un écueil redoutable, est signalée depuis longtemps par un phare. D’après la Gazette canadienne, l’île serait en train de disparaître et de passer au rang de récif sous-marin, d’autant plus dangereux. En effet, il n’y a pas bien longtemps qu’elle avait encore une longueur de 64 kilomètres; aujourd’hui elle a diminué de moitié. Depuis 1880, trois phares y ont été successivement élevés; les deux premiers ont été ruinés l’un après l’autre par la lame et se sont effondrés avec la partie de côte qui les portait. Le troisième est en train de subir le même sort et demandera bientôt un remplaçant : il est déjà miné. Si en certains points les rivages s’exhaussent et si la terre gagne sur la mer, ici l’océan établit une compensation.
- ' ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 novembre 1892.—Présidence de M. d’Abisadie.
- L'Observatoire -du Mont-Blanc. —M. Janssen entretient l’Académie de l’état des travaux de construction d’un
- observatoire au sommet du Mont-Blanc. Les sondages pratiqués dans la croûte de neige ayant fait reconnaître que celle croûte est excessivement épaisse, on a dû renoncer à asseoir les fondations sur le roc. Des expériences ont été faites à l'observatoire de Meudon sur la résistance à l’écrasement de la neige comprimée au degré de compacité de celle du sommet du Mont-Blanc. 11 a été reconnu que l’on pouvait disposer une charge de 560 kilogrammes sur une superficie d’un cercle de 55 centimètres de diamètre sans que 1’enfonceinent dépassât quelques centimètres. M. Vau-dremer, l’architecte bien connu, a fourni le plan d’un observatoire démontable destiné à être ainsi édifié au sommet du Mont-Blanc, au moyen de fondations installées dans l’épaisseur même de la croûte de neige. Ce petit édifice a été expédié démonté à Chamounix, d’où il a été transporté pièce à pièce, à dos d’hommes, partie à une habitation réservée aux travailleurs et située aux Grands Mulets, à 5000 mètres d’altitude, partie à 4500 mètres, c’est-à-dire à 500 mètres de la cime. L’établissement est placé tout à fait au sommet de la montagne, l’observation ayant montré, depuis de longues années que ce sommet conservait une forme invariable et qu’il ne s’y produisait jamais que des failles de peu d’importance, contre l’effet desquelles le système de construction adopté est prémuni. Les travaux, déjà commencés depuis quelques mois, ne seront sans doute achevés que pour l’année 1894. M. Janssen ajoute que cet établissement, en raison de sa situation unique, sera ouvert aux savants de tous pays qui désireront venir y exécuter des recherches.
- La perception des couleurs. — M. Chauveau indique dans une Note le résultat du dépouillement des documents qu’il a accumulés depuis longtemps sur l’existence de centres nerveux distincts pour la perception des couleurs fondamentales. Il démontre directement que le vert, le rouge et le violet correspondent à des cellules distinctes douées d’une sensibilité propre. De plus, cette sensibilité que le sommeil assoupit, ne revient pas simultanément pour les trois couleurs. C’est la perception du vert qui se manifeste d’abord. Ainsi l’homme endormi aperçoit-il d’abord à son réveil tous les objets blancs colorés en vert.
- La préparation du chrome. — M. Moissan fait savoir que M. Placet réussit à préparer des quantités considérables de chrome par électrolyse, de telle façon que l’emploi industriel de ce métal est aujourd’hui devenu chose possible. Ce chrome contient 99 pour 100 de métal; il est donc plus pur que celui que l’on obtenait par la réduction au moyen du charbon qui donnait un métal contenant une forte proportion de carbure. L’emploi industriel du chrome est susceptible, d’après M. Moissan, de prendre une très grande extension en raison de l’inaltérabilité qu’il communique aux surfaces sur lesquelles on le dépose, li est bien supérieur au nickel sous ce rapport. Quant aux alliages qu’il peut former avec les métaux usuels, ils sont excessivement remarquables.
- Varia. — M. Poulenc continue ses recherches sur les fluorures anhydres ; il a obtenu des fluorures de fer. — M. Colson donne un nouveau travail sur le pouvoir rotatoire des sels de diamines. — M. Etard a étudié la solubilité des composés organiques dans différents dissolvants. — M. Ilaton de la Goupillère présente un album de statistique graphique du mouvement des chemins de fer dû à M. Cheysson. Cn. de Vjlledeuil.
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- TRAMWAY ÉLECTRIQUE CHASSE-NEIGE
- On sait quelles perturbations apportent dans la vie des cités et des grands villages les chutes de neige si fréquentes en Amérique. Ces perturbations sont surtout sensibles et néfastes dans l’exploitation des tramways. Pour ceux, de plus en plus rares, dont la traction est faite par des chevaux, une couche de neige de quelques centimètres d’épaisseur exige l’adjonction d’une ou de deux paires de bêtes de renfort; lorsque la neige est tombée en abondance et qu’il faut déblayer la voie à la charrue, il n'est pas rare de voir huit ou dix paires de chevaux tra-
- vaillant à déblayer la voie. Dans ces circonstances spéciales, le tramway électrique présente des avantages marqués par le fait que la force motrice dont il dispose pour sa propulsion et le balayage de la neige est, pour ainsi dire, illimitée. Dans le but de profiter de ces avantages, la General electric C°, de Boston, a construit pour les villes de Duluth, Minnesota, Spokane Falls et West superior, un tramway électrique chasse-neige représenté ci-dessous, et qui, mis en service l’hiver dernier dans ces différentes villes, a rendu les plus grands services. L’appareil se compose essentiellement d’un système locomoteur permettant de le faire circuler à des vitesses variables, et d’une série dehalais tournants en fds d’acier
- Tramway électrique chasse-neige fonctionnant à Minnesota, aux États-Unis.
- actionnés par un moteur indépendant placé à l’avant du véhicule.
- L’expérience exécutée l’hiver dernier a conduit à apporter à l’appareil primitif certains perfectionnements qui en font aujourd’hui un nettoyeur presque parfait. Ces perfectionnements de détail consistent dans l’emploi de balais tournants dépassant les montures en acier qui les supportent, de façon à les rendre plus élastiques, et d’un rabatteur qui a pour but d’empêcher la projection de la neige trop haut dans l’air.
- Le tramway chasse-neige est muni d’un double équipement, un à chaque extrémité, ce qui lui permet d’agir dans les deux sens, pendant l'aller et pendant le retour, puisque les tramways électriques ne font pas généralement usage de plaques tour-
- nantes et marchent également bien dans les deux sens. Le courant est naturellement fourni aux moteurs par un seul et unique trolley. Ce système ingénieux, accessoire indispensable des exploitations de tramways électriques dans les pays neigeux, est le pendant naturel du tramway d’arrosage dont nous avons donné la description il y a quelques mois ; tous deux démontrent péremptoirement que le tramway électrique est passé dans les mœurs américaines, et que ses services dans les villes ne sont pas restreints au simple transport des voyageurs, puisque déjà ils arrosent les rues pendant la sécheresse et les déblayent en temps de neige.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxbier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
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- N* 1019. — 10 DECEMBRE 1892.
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- UN CHAPITRE D’ASTRONOMIE EXPÉRIMENTALE
- IMITATION ARTIFICIELLE DE LA GÉMINATION DES CANAUX DE MARS
- On peut dire sans exagération que depuis une dizaine d’années la planète Mars constitue le point à sensation de toute l’astronomie physique. C’est en 1882 que M.Schia-parelli, directeur de l’Observatoire de Milan, a découvert, parmi les délinéaments géographiques de notre voisin céleste, ces lignes droites revues par divers astronomes et qu’on désigne couramment sous le nom, d’ailleurs certainement impropre, de canaux.
- Que n’a-t-on pas dit sur les canaux? Après les avoir niés, comme il convient de faire pour toute nouveauté, et forcé d’en reconnaître enfin la réalité, on a fait à leur égard les suppositions les plus extravagantes, allant jusqu’à y soupçonner un travail artificiel qui nous révélerait du coup l'existence d’une humanité martienne plus ou moins analogue à celle qui a l’avantage de nous compter dans son sein.
- De là à nourrir l’espoir d’une communication interplanétaire, il n’y avait qu’un pas, et une série d’écrivains d’imagination n’a pas hésité à le faire.
- Pour notre part, il nous sera d’autant plus facile de laisser de côté cette partie tout à fait gratuite des considérations auxquelles l’étude de Mars a servi de prétexte, que le résultat positif des observations sérieuses est lui-même très riche en particularités inexpliquées,
- Ainsi, parmi les traits les plus singuliers offerts 21e année. — 1er semeslre.
- par le disque de la planète qui nous occupe, tout le monde s’est accordé pour faire une place à part
- aux phénomènes de gémination dont les canaux martiaux sont de temps en temps le théâtre.
- Bien qu’il soit extrêmement connu, ce mot de gémination mérite qu’on l’explique. M. Schiaparelli a désigné ainsi la duplication que présentent de temps à autre certains canaux, précédemment uniques et qui tout à ’ coup se présentent comme deux lignes parallèles rigoureusement semblables entre elles et séparées de distances variées, suivant le cas, et qui peuvent aller jusqu’à 15 degrés. La gémination
- n’apparaît pas simultanément sur tout le disque, mais tantôt ici, tantôt là ; il semble que les saisons influent sur sa production, et M. Schiaparelbd’abord, M. Perrotin ensuite, ont noté un certain état nébuleux de l’atmosphère de Mars qui paraît coïncider avec le phénomène. Bref, l’illustre directeur de l’Observatoire de Milan n’a pas assez d’expressions admiratives pour rendre l’étonnement que ce dédoublement lui a causé et les autres aréogra-phes, le savant M. Ter-by, de Louvain, en tête, sont d’accord avec lui pour proclamer dans la gémination un phénomène essentiellement différent de tout ce que peut nous offrir le monde terrestre.
- > 11 va sans dire que les hypothèses déjà si nombreuses à l’égard des canaux; se sont prodigieuse-
- Fig. 1. — Imitation artilicielle de la gémination des canaux de Mars obtenue sur une lame métallique plane à laquelle une line mousseline a été superposée. — Dessinée d’après nature au laboratoire de géologie du Muséum d’histoire naturelle.
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- Fig. 2. — Imitation artilicielle de la gémination des canaux de Mars obtenue sur un globe métallique qu’on a enveloppé d’une fine mousseline. — 'Dessinée d’après nature au laboratoire de géologie du Muséum d’histoire naturelle.
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- LA iNATUKK.
- ment multipliées au sujet de la gémination, mais il y a quelque intérêt à énumérer ici quelques-unes des suppositions faites, les unes émanant d’hommes considérables et les autres devant frapper l’attention par leur singularité.
- Un auteur d’Anvers, M. lloë, refusant toute réalité objective à la gémination, pense qu’elle constitue une illusion résultant de la fatigue des yeux.
- M. Daubrée, dans une communication que la Société astronomique de France a naguère applaudie, voit, dans les canaux géminés, des fentes profondes de l’écorce martienne s’élargissant sous l’influence d’un gonflement général subi par le globe planétaire.
- Pour M. Fizeau, il s’agit de crevasses glaciaires dont les deux bords nous donnent l’illusion de deux canaux parallèles et qui rappellent, malgré leurs dimensions incomparablement plus grandes, les sillons rectilignes de Y Inlandsis groënlandais.
- C’est encore au froid que Proctor avait recours dans sa tentative d’explication; selon lui, le commencement du dégel de gigantesques fleuves, couverts de neige, devait faire apparaître en noir les deux rives de part et d’autre d’une région moyenne restée blanche, c'est-à-dire amener les apparences observées.
- M. Flammarion est d’avis que l’électricité intervient pour écarter F une de l’autre deux traînées parallèles d’abord confondues, d’une eau amenée d’abord dans un état de viscosité dont aucun fait de la physique terrestre ne peut nous donner une idée.
- Enfin, pour borner une énumération qui deviendrait fastidieuse, je mentionnerai l’opinion de M. Meisel, qui rattache le fait mystérieux à des phénomènes optiques développés dans l’atmosphère martiale. Selon lui, la vapeur émanant des canaux et prenant, au-dessus d’eux, sans qu’on voie d’ailleurs pourquoi, la forme d’un demi-cylindre nettement défini, peut, dans certains cas, amener la duplication des images qui nous parviennent.
- Pans une toute récente publication, M. Normann Lockyer attribue le dédoublement de deux mers martiales « à des rangées de nuages placés, ou plutôt se plaçant, longitudinalement le long du centre de la surface d’eau. ».
- Uette série de tentatives suffit, je pense, à montrer (jue la question n’est pas des plus faciles à résoudre, et la remarque diminue d’autant mon scrupule à venir, après tant d’autres, toucher un problème déclaré insoluble depuis dix ans.
- Et cependant, il me semble que l’explication est des plus simples, mon opinion s’appuyant non seu lement sur un raisonnement qui me paraît valable, mais sur des expériences qui procurent immédiatement la reproduction artificielle de la gémination.
- Cette reproduction, dont les figures ci-jointes donnent une idée, a lieu dans des conditions telles qu’on peut même se demander comment, au lieu d’être surpris du phénomène naturel, on n’en avait pas, dès l’origine, prévu la manifestation.
- Je dessine en noir mat sur une surface métallique polie une série de traits représentant plus ou moins exactement la carte géographique de Mars, et je fais tomber sur elle un rayon de soleil ou de toute autre source lumineuse. Je place alors à quelques millimètres devant la surface métallique et parallèlement à elle, une fine mousseline bien transparente, tendue sur un cadre, et je vois aussitôt toutes les lignes et toutes les taches se dédoubler, se géminer, par suite de l’apparition à côté de chacune d’elles de son ombre dessinée sur la mousseline par la lumière que le métal a réfléchie.
- La ressemblance de l’elfet produit avec la carte où M. Schiaparelli a synthétisé toutes les géminations observées, est des plus saisissantes (fig. 1).
- La figure 2 montre comment, dans certains cas, le miroir plan du premier essai a été remplacé par une sphère métallique polie sur laquelle la carte a été dessinée et qui a été recouverte d’une calotte de verre, supportant elle-même la mousseline. La gémination s’est produite à l’aide de cet appareil comme avec le premier dispositif et de façon à ressembler bien davantage encore aux dessins qui ont été faits du phénomène naturel par M. Schiaparelli, par M. Terby, par M. Perrotin et par d’autres observateurs.
- H est facile de reconnaître que toutes les conditions essentielles de ces expériences sont réalisées à la surface de Mars et dans son atmosphère. La lumière solaire frappant le disque planétaire est réfléchie très inégalement suivant les points ; beaucoup par les continents, bien moins par les surfaces sombres, mers et canaux. Quand l’atmosphère martiale est limpide, l’inégalité dont il s’agit ne nous est pas sensible ; mais si l’océan aérien renferme quelque nappe de brume transparente à une hauteur et avec une opalescence convenables, le contraste y apparaît, comme sur la mousseline, par la production d’ombres qui, pour un œil placé ailleurs que sur le prolongement des rayons réfléchis, reproduisent à côté de chacune des surfaces peu réfléchissantes une image pareille à elle.
- Ce phénomène d'ombres par réflexion ne peut pas être exclusivement propre à Mars ; il doit se développer sur la Terre et sur Vénus, mais c’est seulement à l’égard de Mars que nous sommes bien placés pour l’observer. Il ne saurait se développer dans la Lune faute d’atmosphère, et réciproquement son absence peut compter comme une nouvelle preuve de la disparition de toute enveloppe gazeuse autour de notre satellite.
- M. Schiaparelli a noté que, lors de la gémination, les deux canaux conjugués ne sont pas toujours parallèles ; que parfois l’un est déformé ; que certains canaux ne sont dédoublés que dans une partie de leur longueur, etc. Toutes ces particularités et beaucoup d’autres s’expliquent d’elles-mêmes par les irrégularités de la nappe de nébulosités qu’on peut imiter en ondulant la mousseline, ce qui provoque des modifications comparables. Les variations très
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- grandes d’écartement entre les deux termes d’une même gémination s’expliquent de même par la hauteur très variable de la couche où l’ombre peut se dessiner et par l’angle grand ou petit sous lequel nous voyons le phénomène; enfin, le déplacement même des canaux, qui a été noté, peut être rattaché aux réfractions inégales déterminées par les vapeurs aériennes.
- On pourrait se demander pourquoi la gémination semble exclusive aux canaux et autres accidents peu élargis et ne se fait guère sentir sur les mers. L’expérience répond à la question en montrant que l’ombre des larges taches vient simplement déplacer leur bord et y produit une zone d’un noir différent. Bien des marbrures des mers observées directement sur Mars s’expliquent sans doute de la même façon.
- Dans le cas spécial d’une sphère réfléchissante, on constate que l’écarlement dans chaque gémination varie avec diverses conditions dont les principales sont : l’angle d’incidence de la lumière du soleil, la situation du canal géminé par rapport au centre du disque planétaire, enfin, la hauteur au-dessus du sol, de la couche nébuleuse qui arrête l’ombre. Avec certaines positions relatives de la sphère et du foyer lumineux, il est facile de reconnaître que l’écartement maximum, toutes choses égales d’ailleurs, se produit vers le centre du disque, ce qui est conforme au fait observé plus d’une fois directement sur Mars.
- L’intérêt principal de ces remarques paraît être surtout de permettre un contrôle sans réplique de l’hypothèse proposée. Si la gémination résulte, comme je le pense, du phénomène de réflexion qui nous occupe *, on peut prévoir, dans chaque cas, de quel côté d’un canal donné se produira son ombre, et il va sans dire que si le résultat de l’épreuve est défavorable, je serai le premier à abandonner une manière de voir qui m’a semblé vraisemblable, mais qui ne peut être définitivement admise qu’après démonstration.
- 11 résulte de mes essais que la couche nébuleuse où l’ombre se dessine peut se trouver à des hauteurs extrêmement diverses au-dessus du miroir courbe, sans amener d’autres modifications dans Reflet produit que des variations d’intensité et d’écart, variations qui peuvent être plus ou moins neutralisées, d’ailleurs, par les changements dans la position du soleil.
- Une autre remarque nécessaire concerne l’état de la surface réfléchissante, plane ou sphérique, employée dans les expériences. Si j’ai eu recours à des lames, et à des globes métalliques, c’est pour rendre le phénomène très visible et surtout pour être à même d’en obtenir des photographies. Mais on peut
- 1 Quelques personnes ayant semblé disposées à faire des confusions à cet égard, il importe d’ajouter que la gémination par réflexion, si elle a réellement lieu, diffère essentiellement de tous les phénomènes de réfraction simple ou double qu’on a invoqués quelquefois pour expliquer certaines apparences otîertes par la planète Mars et à l’appui desquels on n’a jamais du reste tenté la moindre expérience.
- faire usage comme surface réfléchissante d’une simple feuille de papier blanc ; la gémination se produit dans une mousseline qu’on y superpose. B’où la conséquence qu’il ne faudrait pas conclure, de la production des ombres réfléchies dans l’atmosphère de Mars, que l’image du soleil devrait se dessiner sur la planète comme dans un miroir.
- J’ajouterai, en terminant, que l’extraordinaire simplicité de l’explication que je propose du phénomène de la gémination me mettrait en garde contre elle, après les innombrables efforts qu’on a faits pour la trouver, si le contrôle expérimental auquel je l’ai soumise ne me paraissait décisif en sa faveur.
- Stanislas Meunier.
- LA RESTAURATION
- DES TERRAINS EN MONTAGNE
- ET L’EXTINCTION DES TORRENTS 1
- La restauration des terrains en montagne, seu moyen de conjurer les inondations avec leurs terribles conséquences, est une grave question : elle intéresse à un haut degré, la France, la Suisse, l’Italie et l’Autriche. Les moyens de la résoudre sont fort heureusement entrés dans la période scientifique et l’on peut en espérer, poùr l’avenir, les meilleurs résultats. En France, notamment, dans nos régions des Alpes, des Cévennes, et des Pyrénées, la lutte contre le fléau a été engagée avec ardeur dans ces dernières années. En Suisse, sous la direction de M. A. de Salis, le savant Inspecteur fédéral en chef des travaux publics, l’œuvre de préservation est également menée avec une remarquable méthode. Les études faites, de part et d’autre, constituent, dès maintenant, un véritable corps de doctrine et permettent d’opérer, presque à coup sùr, dans tous les cas. C’est de cette conquête du sol montagneux sur la nature, ou plutôt, de cette reprise de possession, que nous nous proposons de dire aujourd’hui quelques mots.
- Les générations qui nous ont précédés nous avaient légué les grandes chaînes de montagnes dans le plus déplorable état. A l’action naturelle des éléments et des intempéries qui travaillent constamment à effriter les cimes, à ravager les pentes et à combler les vallées avec leurs débris, est venue s’ajouter, pendant des siècles, l’action néfaste des hommes sous la forme du déboisement. Lorsque les hauts sommets sont dépouillés des végétaux, buissons, arbustes et arbres dont les racines retenaient la terre végétale et la fixaient, la montagne est livrée à son ennemi destructeur : elle se ride, et se creuse
- 1 Voir La restauration des terrains en montagne, par P. Demonfzey, administrateur des forêts : Imprimerie nouvelle. Paris, 1889. — Éludes sur les torrents des Hautes-Alpes, par Surcll, Ingénieur des ponts et chaussées. — La correction des torrents en Suisse, par A. de Salis : Imprimerie Stœmpfli, à Berne, 1891. — De l’aménagement des eaux en Suisse, par A. de Salis, traduit par Em. Cucnod. ingénieur civil : Imprimerie Stœmplli, Berne, 1884.
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- LA NATURE.
- de torrents qui la coupent et la fouillent en tous sens avec une fureur croissante. Ce cataclysme permanent dans lequel s’engloutissent la fortune individuelle et la fortune collective, peut heureusement être conjuré dans une large mesure, à Laide d’un système rationnel appliqué avec des ressources suffisantes ; il faut surtout le vouloir avec la plus grande fermeté.
- Quelques chif-res en donneront l’idée exacte en ce qui concerne la France.
- C’est en 1860, dans notre pays, à la suite des inondations désastreuses de l’année 1856, que le reboisement des terrains en montagne a été entrepris. En 1854, une loi, visant surtout le gazonnement, in-tervint. Enfin, une autre loi, en avril 1882, mit l’Administration des forêts en possession des moyens légaux de conduire à bien l’œuvre de salut public qui lui était confiée.
- Cette œuvre exige l’achat et l’expropriation de nombreux ter-rains : il faut donc lutter contre l’esprit de lucre des posses-seurs et aussi contre l’imbécillité des populations qui s’imaginent que l’État veut acheter le sol pour les en chasser. Il faut surtout disposer de sommes d’argent importantes et l’on en a toujours trop peu. Depuis 1885 jusqu’à cette année, une somme annuelle de trois millions de francs, en moyenne, a été dépensée dans ce but. C’est cinq millions de francs qu’il faudrait y consacrer pour atteindre rapidement le but, et il faut souhaiter que nos législateurs n’hésitent pas à les voter : la moindre inondation, un peu sérieuse, coûte au moins tout autant, en pure perte, sans compter les existences
- brisées et les innombrables ruines produites.
- L’étendue totale des terrains dégradés à restaurer que visait la loi de 1882, s’élevait, en ce qui concerne l’utilité publique', à 520 000 hectares. Depuis lors, 66 000 hectares ont été restaurés : il en reste 254 000 à reconquérir, ce qui entraînera la dépense considérable de 185 670000 francs. Mais, par contre,
- quelle belle conquête sur la nature ! On se doute trop peu que nous avons, en France même, dans des régions jadis fécondes et prospères, de véritables et sinistres déserts en formation et qu’ils sont une des causes de la dépopulation nationale. La restauration les rendra tout d’abord habitables; puis, l’électricité viendra fournir ses admirables moyens d’utilisation des chutes d’eau en vue de produire la force motrice. Toutes sortes d’industries auront dès lorsinté-rêt à aller se placer contre cette force motrice économique et inépuisable ; les difficultés du sol, après l’avoir appauvri, conduiront , par le fait, à sa richesse. On peut espérer de voir, dans un avenir prochain, grâce aux progrès de la science, une décentralisation méthodique et féconde succéder à la centralisation à outrance qui est résultée de l’emploi de la houille et de la création des chemins de fer. L’élément essentiel de ce beau programme, c’est le reboisement.
- Le torrent, qui est la conséquence directe du déboisement, est la terreur des populations de nos montagnes. Dans sa belle Étude sur les torrents des Alpes, Surell en a fait un tableau dont la sinistre poésie rend bien ce que l’on éprouve en voyant dans
- Fig. 1. — Correction du torrent de Spreitenbach, près Laehen, en Suisse. (D’après une photographie.)
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- les Hautes-Alpes, par exemple, les flancs des montagnes rongés, comme par une lèpre, par ces terribles destructeurs. À sec, la plupart du temps, et tenant leurs sources cachées dans les replis des montagnes, les torrents descendent vers les vallées où ils s’étalent dans la partie basse, sur un cône de déjection, sorte de lit, ou amas de débris, démesurément large et bombé. La section en travers d’un torrent donne une courbe convexe, et non concave vers le ciel comme celle des rivières .‘leurs eaux, ruisselant sur un faîte, sont contenues par une légère dépression qui les empêche de s’éparpiller sur la convexité du lit.
- Mais, vienne une forte pluie, une fusion de neige, un orage, le terrible cours d’eau se précipite avec une fureur qui rappelle celle de la bête féroce, s’étend sur un espace qui peut atteindre 3 kilomètres, arrache et emporte tout.
- Les torrents luttent parfois entre eux, soulevant et lançant, comme une mitraille, les débris qui composent leurs cônes de déjection : ils barrent les rivières , les font remonter vers leur source, et laissent le sol recouvert, après leur bref passage, d’une couche de boue, de sable et de pierres qui le vouent à la stérilité. On s’explique pourquoi, dans les Hautes-Alpes, la population a donné à ces dévastateurs, les noms d'Epervier, de Malaise, de Malcombe, de Malpas, de Malalret, de Rabioux, ce qui veut dire YEnragé, et de Bramafan, ce qui signifie, en patois, le Ilurle-faim.
- L’action des torrents provient de trois causes : la cause météorologique, la cause géologique et la cause
- topographique. C’est dans leur étude approfondie que nos ingénieurs et nos forestiers ont trouvé divers remèdes à leurs ravages et les moyens de les empêcher.
- Il va sans dire que la science est impuissante, en ce qui concerne la cause météorologique. Elle ne peut qu’observer avec soin, grâce aux observatoires de
- montagnes, les perturbations atmosphériques, et prévenir à temps les habitants des vallées, d’avoir à prendre leurs précautions pour se garer du fléau.
- Mais la géologie et la topographie se prêtent, par contre, à un combat méthodique contre les torrents.
- La première chose à faire est, comme nous l’avons dit, de reboiser et de gazonner les pentes autant qu’on le peut, malgré la résistance et la mauvaise volonté des populations mêmes que l’on veut défendre.
- Puis il faut procéder à Y extinction des torrents, c’est-à-dire, à leur suppression. C’est grâce à toutes sortes de petits moyens ingénieux que l’on arrive à éteindre les torrents. Ces moyens consistent, tout d’abord, à bien étudier l’allure du monstre et à régulariser son lit pour empêcher ses brusques déversements à droite et à gauche : les débris mêmes qu’il entraîne donnent, à ce sujet, de bonnes indications. On consolide alors les berges, dans toutes leurs parties faibles, au moyen de clayonnages, de fascinages et de maçonnerie : puis, on régularise les, pentes de façon à donner aux eaux une vitesse d’écoulement constante ; enfin, sur toute la zone dangereuse, on recoupe le lit du torrent par des barrages en ma-
- Fig. 2. — Correction du Petit-Schliercn, près Alpnach, en^Suisse. (D’après une photographie.)
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- connerie et en pierres sèches qui brisent son élan et empêchent les eaux de se précipiter sous la forme d’une énorme vague emportant tout sur son passage. Plus d’un touriste, dans nos montagnes, a admiré ces jolies petites cascades superposées, sans se douter de tout ce qu’elles représentaient de patience et d’expérience de la part de nos forestiers.
- Les victoires remportées sont déjà nombreuses. Le torrent de Sécheron, près de Moutiers, en Savoie, a été éteint en deux ans; né en 1868, il avait dénudé tout d’abord les flancs de la montagne, puis arraché une forêt de sapins et finalement effondré la montagne elle-même sur les hameaux et les riches cultures qui se trouvaient au bas.
- Le torrent du Riou-Bourdoux, dans la vallée de l’Ubave (Basses-Alpes) avait un cône de déjections de 240 hectares et l’étendait sans cesse, à chaque orage, emportant les routes, ensevelissant les champs, chassant les habitants réduits à la misère. Il est aujourd’hui complètement éteint, et coule poétiquement entre des rives boisées et gazonnées.
- Il a fallu dix-huit ans pour dompter le célèbre torrent du Bourget, dans les Basses-Alpes. Traversant des bancs de marnes calloviennes, il recouvrait toute la région de véritables coulées de laves et rongeait la montagne. Vingt barrages en maçonnerie de 3 à 7 mètres de chute l’ont régularisé; des clayonnages ont fixé ses berges; enfin, une forêt de 400 hectares l’a emprisonné et éteint. Le diable s’est donc fait ermite et le torrent sinistre est, pour toujours, devenu un joli ruisseau de montagne qui charme les visiteurs.
- Nous pourrions citer de nombreux exemples analogues dans les Cévennes et les Pyrénées; on en trouvera la description détaillée dans les travaux de M. P. Demontzey1. La précision avec laquelle ils ont été réalisés confirme ce que nous disions au début, c’est-à-dire que l’on agit maintenant à coup sûr, en cette matière. Nos forestiers sont passés maîtres dans l’emploi de ces petits moyens dont l’illustre Viollet-le-Duc disait, avec tant de justesse, dans son Étude sur le Mont-Blanc : « Il n’est pas dans la nature de petits moyens, ou plutôt l’action de la nature ne résulte que de l’accumulation de petits moyens. L’homme peut donc agir à son tour, puisque ces petits moyens sont à sa portée et que son intelligence lui permet d’en apprécier les effets. »
- • Nous avons dit que nos voisins de Suisse avaient réalisé, dans l’ordre d’idées que nous venons de parcourir, des résultats très importants aussi, mis en lumière par les ouvrages de l’éminent ingénieur qui les a obtenus, M. A. de Salis. Les méthodes sont les mêmes qu’en France. Une enquête faite tout d’abord par le professeur Culmann, du Polythechnicum de Zurich, de 1858 à 1863, amenait la promulgation d’une loi fédérale en 1877; les inondations de 1860-1882 en démontrèrent l’urgence. Actuelle-
- 1 Voy. les notices de M. Demontzey publiées dans La Nature sous le titre le Reboisement des montagnes, 1885, 1er semestre, p. toi, 182, 215,260.
- ment, la correction et l’extinction des torrents sont activement poussés en Suisse; 32 torrents ont été corrigés dans le bassin de l’Aar, 14 dans celui de la Beuss, 16 dans celui de laLimmat, 58 dans le bassin du Rhin, 8 dans celui du Tessin, 10 dans celui de l’Inn. L’ensemble de ces travaux protecteurs a entraîné une dépense de 9 050 969 francs.
- Les barrages se font, en Suisse, avec du bois lorsque l’on ne dispose pas de pierres ou de blocs anguleux en quantité suffisante; leur hauteur est de 14 mètres au maximum. Leur face est tantôt rectiligne, tantôt cintrée, mais leur crête est horizontale afin de ne pas permettre, en un point quelconque, la formation d’un courant capable de causer des affouil-lements au bas de la digue. Des digues secondaires placées en avant des chutes empêchent les affouille-ments latéraux. Le clayonnage et l’empierrement se font sensiblement comme en France, en utilisant avec ingéniosité les ressources locales dont on dispose.
- La correction des célèbres torrents le Spreitenbach et le Petit-Schlieren, dont nous relatons deux aspects (fig. 1 et 2) d’après les documents que M. de Salis a bien voulu nous communiquer, a donné lieu aux plus intéressants travaux. Le Spreintenbach ravageait la Marche, district nord-est du canton de Schwytz, et allait se jeter dans le lac de Zurich: le Petit-Schlieren portait à l’Aa de Sarnen les eaux déversées par les terribles pentes méridionales du mont Pilate. Ces deux auteurs d’innombrables méfaits hydrauliques ont fait aujourd’hui leur soumission, et les ingénieurs suisses les tiennent enchaînés sur leurs cônes de déjection éteints.
- Les amis des belles montagnes françaises et suisses, en même temps que les patriotes de l’un et l’autre pays, apprécieront vivement les succès obtenus par les forestiers et les ingénieurs dans leur tâche de préservation et de reconstitution. Leurs efforts se font patiemment, sans bruit, avec beaucoup de dévouement et de science ; ils n’en sont que plus méritoires et méritent d’être connus, admirés et encouragés. Max de Nansouty.
- AU FOND DU GOLFE DE GUINÉE
- Entre le cap des Palmes et le cap des Trois-Pointes, s’étend unerfcôte de près de 600 kilomètres de développement, arrosée par plusieurs cours d’eau dont les principaux sont le Lahou, le Comoë et le Tanoë. Cette côte qui appartient à la France par des traités, dont les dates remontent souvent avant 1850, n’a été réoccupée effectivement que depuis le retour de mon premier voyage en 1889. Actuellement elle fait partie du Gouvernement de la Guinée française sous le nom de côte d’ivoire. A l’ouest, elle confine par la rivière Cavally à la République de Libéria ; à l’est, elle est bornée par le territoire des Achantis, le Gold-Coast britannique.
- La mission que le Gouvernement m’avait confiée consistait à délimiter nos possessions de l’est de
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- concert avec les agents du Gouvernement britannique; nous devions en outre revoir les principaux souverains de l’intérieur, qui sont placés sous notre protectorat.
- La région que la mission a parcourue est la partie orientale de nos possessions de la côte d’ivoire, elle s étend au nord jusqu’aux contrées musulmanes de Rondoukou et du pays de Kong (fig. 1).
- En dépit des apparences, cette région ne ressemble ni à nos possessions des Rivières du Sud, ni à celles du golfe de Bénin. Elle a un caractère tout particulier qui lui est propre de par sa constitution géologique, par conséquent par sa végétation et surtout par les peuples qui l’habitent.
- La forme générale du littoral de la côte d’ivoire est remarquablement droite, elle est due à un courant marin venant de l’Est qui a fait disparaître les anfractuosités, et bouché les embouchures de presque tous les cours d’eau qui se déversent dans la mer.
- Les courants marins ont transformé les baies en lagunes, séparées de l’eau salée par une étroite bande de sable qui constitue le littoral proprement dit, sur lequel s’élèvent les factoreries.
- Les lagunes ainsi formées sont de véritables lacs navigables, qui s’étendent souvent jusqu’à 70 milles parallèlement à la côte ; telles sont les lagunes d’Ebrié ou de Grand-Bassam et celle d’Ahi et d’Ehi ou d’Assinie.
- Tout près de la mer, ces lagunes sont bordées par un rideau de palétuviers, qui cache une luxuriante végétation, que les cimes étagées de gigantesques arbres laissent deviner. Le sol se relève au fur et à mesure que l’on s’avance dans les terres, bientôt des collines apparaissent, et un peu au delà on atteint des bourrelets volcaniques disposés parallèlement à la côte, que les cours d’eau franchissent en rapides. Toute cette région est couverte d’une immense forêt qui s’étend sans solution de continuité sur une profondeur d’une centaine de lieues, jusqu’aux confins des pays musulmans de Bondoukou et de Kong. Dans cet océan de verdure que le soleil et le vent soht.impuissants à égayer, il règne une atmosphère ’ lourde, l’air respirable est rare, les étapes sont souvent pénibles, les racines et les lianes causent des obstacles qu’il faut supprimer le sabre à la main; aussi quand aux abords des villages ôn rencontre de beaux sentiers frayés par les indigènes, on bénit les chefs de villages qui ont eu l’heureuse idée de faire débroussailler. Sur d’assez longs trajets, la sente, qui relie deux lieux habités, emprunte quelquefois le lit d’un ruisseau ; eela épargne de la besogne aux habitants, mais c’est bien gênant pour l’Européen qui ne saurait marcher nu-pieds comme l’indigène, sous peine d’être écloppé après la première étape. •
- La population Agni, celle qui habite la grande forêt,-est venue à une époque relativement rapprochée (500 ou 600 ans) des confins nord de l’Aehanti actuel, elle! s’y est établie pacifiquement, et tout à son aise ; les lagunes et les cours d’eau importants ; seuls étaient alors occupés, comme encore au jour- j
- d hui, par une population qui se livre exclusivement à la pêche et qui construit ses habitations sur pilotis.
- Les villages agni de la forêt offrent beaucoup d analogie avec les villages achantis. Souvent ils ne comportent qu’une rue unique orientée nord-sud dans une clairière entourée de groupes de bananiers, de quelques citronniers et de pieds d’ananas. Les cases sont rectangulaires, en forme d’auvents, avec murs en terre battue et toits très artistement travaillés en palmes, elles sont en général proprettes et badigeonnées à l’ocre rouge; on ne peut leur reprocher que leurs dimensions ridiculement petites, permettant à peine d’y installer un lit pliant et une valise. Naturellement riches par les nombreux pro-
- Fig. 1. —. Carie de ta mission du rapilairuTBinger.
- duits qui se trouvent dans la forêt, les Agiu sont indolents et mous. Leurs cultures ne leur donnent aucun souci, l’entretien des jardins de manioc, d’ignames ou de maïs incombe aux femmes, et les hommes ne se livrent guère comme travail qu’à la chasse. A certaines époques de l’année, une partie des habitants s’occupe de l’extraction et du lavage de l’or qui est très abondant dans les terrains de quartz. La poudre d’or est du reste la seule monnaie en usage dans toute la forêt, les pépites servent de bijoux, les Agni des deux sexes les portent en bracelets, en jarretières et aussi en colliers. Les indigènes exploitent l’acajou, le caoutchouc, l’huile de palme et dans quelques districts le bois de Campêche.
- A une centaine de lieues de la côte, on commence à rencontrer des clairières qui deviennent de plus en plus rapprochées, on entre dans une zone où la forêt constitue en quelque sorte des oasis. Bientôt
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- on atteint les plaines du Soudan méridional, les pays de pâturage, les villages à cases rondes, les grandes agglomérations ; les peuples fétichistes ont fait place
- aux mandé musulmans. De grands centres apparaissent, des villes de plusieurs milliers d’habitants, Bon-doukou (7 000 à 8 000) et Kong (10 000 à 15 000)
- Fig. 2. — Mission de M. le capitaine Binger à la côte d’ivoire et au pays de Kong. Une rue de Kong. (D'après une photographie.)
- donnent la sensation d’un plus grand bier-être chez des gens plus avides de luxe, plus âpres au gain, cette population. On sent de suite qu’on a affaire a plus laborieux, en un mot à des gens plus civilisés.
- Fig. 3. — Mission de M. le capitaine Binger. — Une mosquée à Kong. (D’après une photographie.)
- Nombre de ces gens savent lire et écrire l’arabe, certains d’entre eux ont un vernis d’éducation qu’on chercherait en vain chez une population de la forêt. Dans la classe élevée de la société mandé, on rencontre des gens ayant une certaine distinction, une
- physionomie fine, des yeux vifs et intelligents et des manières qui frappent précisément parce qu’on ne s’attend pas à les trouver. Le vieil iman de Bon-doukou et Karamokho-oulé, le souverain de Kong, sont dans ce cas-là, ils se sont de suite attiré
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- -i. — Mission de M. le capitaine Binger à la cote d’ivoire et au pays de Kong. — Dans la brousse. (D'après une photographie.)
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- Fa sympathie de mes compagnons de voyage.
- C’est cette population, qui nous est déjà gagnée de cœur, que nous devons chercher à attirer vers nos comptoirs, son activité commerciale est extraordinaire, elle sillonne toute la bouche du Niger; c’est d’elle que nous devons nous servir pour faire pénétrer nos produits partout, c’est à cela que doivent tendre tous nos efforts. Déjà, lors de mon premier voyage, j’avais constaté chez les Mandé de Kong de remarquables qualités de négoce, nous avons eu cette fois le bonheur de contrôler notre première impression et eu la satisfaction de voir constater ces qualités par tous les membres de la mission. Le désir de ces populations est de rentrer en rapports directs avec nous, de commercer directement avec nos factoreries en se passant d’intermédiaires. Déjà, dans de nombreux districts, dans l’Anno entre autres, le souverain a fait ouvrir de nouvelles routes et rectifier les anciennes, les distances se franchissent plus aisément, et les Mandé atteignent aujourd’hui le Comoë à Attacrou et à Bettié; bientôt ils pourront atteindre nos factoreries pour le plus grand bien de notre commerce.
- Partout la mission a été bien accueillie, les chefs avec lesquels nous avons traité de 1887 à 1889, nous ont facilité la conclusion de nouveaux arrangements, de sorte que nous avons encore pu élargir notre domaine en annexant le Diammala et le territoire des Gan-ne. La mission a eu également le bonheur de rapporter de nombreux documents géographiques et topographiques, des collections ethnographiques et enfin une collection de plus d’un millier de photographies qui ont été exposées récemment à l’École des beaux-arts, quai Malaquais.
- Nous reproduisons ci-contre quelques-unes de ces photographies qui donneront une idée des curieuses constructions de Kong et de la grandeur des paysages de la Guinée1.
- La figure 2 représente une rue de Kong : les maisons sont construites en briques séchées au soleil, l’extérieurœst ornementé par de larges contre-forts, et sur la façade, les, indigènes élèvent une série de petits minarets; ces minarets prennent parfois des proportions monumentales, comme le montre la vue de la mosquée, dans notre deuxième photographie (fig. 3). La porte d’entrée des maisons donne dans un vestibule qui sert de lieu de réunion, et quelquefois d’écurie; puis on débouche dans une, immense cour dans laquelle donnent Jes portes des cases à l’instar d’un préau. Notre gravure de grande page (fig. 4) est la reproduction d’une autre photographie, qui fera comprendre la beauté des forêts de la Guinée ; c’est un incomparable amoncellement de végétaux, formant un des plus beaux spectacles que l’on puisse voir. L.-G. Binger.
- 1 Les photographies, exécutées pendant la mission de M. le capitaine Binger, ont été faites par M, Marcel Monnier au moyen du photosphère, dont nous avons donné ta description. Les clichés .ont : été agrandis, jau retour* par_ les soins :, de hr_ Compagnie française de photographie.
- FABRICATION DU PEROXYDE DE SODIUM
- SES APPLICATIONS AU BLANCHIMENT
- Jusqu’à ces derniers temps, le peroxyde de sodium n’était connu que comme un produit rare de laboratoire. Signalés déjà en 1810 par Gay-Lussac et Thénard, les peroxydes de potassium et de sodium n’ont été étudiés complètement qu’en 1862, par Vernon Harcourt, qui a établi leurs formules définitives, K2 O4 et Na2 O2. 11 les préparait en chauffant sur une coupelle d’argent les métaux dans un courant d’air sec, puis dans l’oxygène pur. Il se forme aussi du peroxyde lorsqu’on maintient l’hydrate de potasse en fusion au contact de l’air, dans une capsule d’argent. L’action de l’ozone sur la potasse sèche donne lieu également à la formation de peroxyde.
- Une méthode industrielle de fabrication de peroxyde de sodium a été trouvée et brevetée récemment par M. Ha-milton YoungCastner, directeur de The Aluminium Company limited, de Londres. La difficulté à vaincre provenait de ce que tous les récipients, dans lesquels doit s’effectuer l’oxydation du métal alcalin, sont fortement attaqués au cours de cette opération. Valuminium seul, d’après les recherches de M. Castner, est capable de résister dans ces conditions. L’appareil se compose d’un grand tuyau en fer horizontal, dans lequel on introduit de petits wagonnets en aluminium, renfermant du sodium métallique. Le tuyau en fer est muni, à ses deux extrémités, de fermetures hermétiques. A l’une d’elles est ajusté un tuyau d’amenée de l’air, préalablement purgé de vapeur d’eau et d’acide carbonique ; à l’autre, est adapté un tuyau d’échappement. L’appareil est chauffé dans un four spécial à une température de 500° centigrades. L’air, en passant successivement sur les différents wagonnets, se dépouille de plus en plus de son oxygène. On règle méthodiquement l’oxydation du sodium, en plaçant près de l’entrée de l’air des wagonnets renfermant du sodium partiellement oxydé, et près de la sortie de l’air, pauvre en oxygène et riche en azote, des wagonnets chargés de sodium non encore oxydé.
- Le produit final renferme environ 20 pour 100 d’oxygène actif, ce qui correspond à la formule Na2 O2, tandis que le peroxyde de baryum n’en contient que 8 pour 100 environ, et l’eau oxygénée à 12 volumes 1,5 pour 100.
- La production actuelle de The Aluminium Company limited dépasse trois tonnes par semaine. Le prix du peroxyde de sodium, qui s’abaissera certainement, est de 3 sh. 3 d., par kilogramme.
- Ce corps se présente sous l’aspect d'une masse jaunâtre, comme frittée et partiellement en poudre. Il se dissout dans l’eau avee une élévation notable de température et dégagement d’une certaine quantité d’oxygène qui provoque la toux. Très hygrométrique, il demande à être conservé à l’abri de l’humidité. Il faut aussi éviter de le mettre au contact des matières organiques humides qui pourraient s’enflammer. Mais, renfermé dans des boîtes en fer-blanc soudées, il supporte les changements de température ét les voyages sans s’altérer, ce qui n’est pas le cas de l’eau oxygénée.
- Ce nouveau produit semble donc destiné, pour le blanchiment de la soie, delà laine, des plumes, de l’ivoire, des os, etc., à remplacer l’eau oxygénée. 11 peut servir d’ailleurs à la préparer, par dissolution dans l’eau froide et ad-dition d’un acide faible. Oïl ne saurait songer à l’employer dirëcfêmënt pour le blanchiment, a causeUe sa grande alcalinité. Mais une solution de une partie de peroxyde de
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- sodium, mélangée à une solution de trois parties de sulfate de magnésium, donne, par double décomposition, du sulfate de sodium et du peroxyde de magnésium qui, lui, n’altère pas les fibres animales et jouit de toutes les propriétés décolorantes de l’eau oxygénée, avec une stabilité relative bien supérieure. M. Prud’homme.
- IA NOUVELLE ÉTOILE DU « COCHER »
- L’étoile subitement apparue au mois de décembre 1891 dans la constellation du Cocher, a été suivie avec la plus grande attention par les astronomes; après s’ètrc tenue près de la 5e grandeur, du milieu de décembre à la fin de février 1892, elle a passé, dans le courant de mars à la 14e grandeur. Son spectre a révélé à M. Huggins des caractères très particuliers. Tandis que les lignes brillantes de l’hydrogène étaient déplacées dans un sens, des raies d’absorption du même gaz se mouvaient dans la direction opposée, indiquant, d’après le phénomène Doppler-Fizeau, une différence de vitesse de près de 500 kilomètres par seconde dans la direction du rayon visuel. Etant donnée l’énorme distance de l’étoile, et son maximum d’éclat, il paraît très probable que sa radiation totale était de beaucoup supérieure à celle de notre soleil, et il est impossible d’admettre qu’un corps incandescent de cette nature se soit refroidi en un temps aussi court. M. Huggins pense que l’étoile en question se compose de deux astres qui, arrivant avec de grandes vitesses dans la sphère d’attraction l’un de l’autre, se sont mis à tourner (probablement avec une forte excentricité) autour de leur centre de gravité commun. Leur action mutuelle a produit des déformations analogues aux marées, mais beaucoup plus considérables; de prodigieuses éruptions ont eu lieu, accompagnées,' sans doute, de phénomènes électriques, et d’une forte1 élévation de la température d’une partie d’un des corps; leur grande différence durant le phénomène indique qu’ils étaient, auparavant déjà, dans un état de formation très différent.
- Là SCIENCE PRàTIQUE
- MORTAISEUSE
- Lorsqu’un ouvrier est chargé de creuser une mortaise, par exemple dans une pièce de charpente en bois, il est obligé, actuellement, d’employer la tarière, le ciseau et le maillet. Il commence par pratiquer à la tarière, dans l’intérieur du contour à évider, un ou plusieurs trous cylindriques, suivant les dimensions de la mortaise. Puis au ciseau et à coups de maillet il donne à la cavité une forme rectangulaire.
- Ce travail est toujours relativement long; il exige des ouvriers assez habiles, « ayant de l’œil ». Les parois de l’évidement ne sont jamais ni bien droites en profondeur, ni bien dressées en section. Cela provient de ce que l’ouvrier ne tient pas nécessairement son ciseau parallèle à lui-même et, qu’à la moindre déviation il produit des inégalités et des encoches. Lorsque ces irrégularités se trouvent vers les bords du trou, elles augmentent mal à propos le jeu du tenon dans son logement et peuvent ainsi compromettre la solidité de l’assemblage en vue duquel on fore la mortaise.
- L’inconvénient est plus grave encore quand, par inattention ou défaut de coup d’œil, l’ouvrier donne aux parois du trou une inclinaison générale différente de celle qu’il faudrait. Dans ce cas, le travail est perdu et la pièce sur laquelle on l’a fait notablement dépréciée. Il est possible d’éviter ces mécomptes et d’obtenir un travail toujours très régulier, très rapide et en même temps très soigné par l’usage de la mortaiseuse que je vais décrire.
- La géométrie nous apprend que lorsqu’un cercle roule sur une droite, son centre décrit une droite parallèle à la première. C’est sur cette remarque qu’est basée la construction de l’appareil.
- Considérons (fig. I) un carré ABCD et un secteur circulaire abc dont le rayon et le développement de l’arc aient la même longueur que le côté du carré. En faisant rouler l’arc bc sur la droite BC, le centre a se déplacera suivant AD, parallèlement à BC. Comme l’arc bc est, par hypothèse, de même longueur que BC, le point c viendra en C et, à ce moment, le point a se trouvera en D, après avoir décrit AD. Le secteur circulaire et le carré se trouveront alors dans les positions relatives indiquées dans la figure 2.
- Continuons à donner au secteur la même impulsion rotatoire qui l’a fait rouler sur BC. Il pivotera autour de son centre, le point b passera en A (fig. 5) et tandis que le rayon ab s’appliquera sur DA, ac, se détachera de DC. En continuant à faire tourner le secteur, l’arc roulera sur AB et le centre décrira un second côté DC du carré enveloppant. On passera ainsi successivement par les positions relatives des figures A, 5, 6, 7 et 8 pour revenir à celles de la figure 4. Après un tour entier le centre a du secteur aura décrit les quatre côtés du carré tandis que le rayon médian am en aura engendré toute la surface.
- ‘Donc, si nous supposons que abc soit la section droite d’un outil cylindro-prismatique en acier, armé suivant la ligne am de tranchants convenablement orientés ; et que le carré ABCD soit la section intérieure d’un prisme matériel creux, servant de guide à l’outil, nous aurons un appareil avec lequel nous pourrons pratiquer dans du bois des trous ayant une section carrée égale à ABCD. Réalisons d’abord ce premier résultat.
- L’appareil comprend essentiellement, comme nous venons de le voir, un guide et un outil. Le guide (fig. 9, n° 5), est un prisme droit, creux, à section intérieure carrée, portant u^e embase ou collerette. L’ensemble est en fonte, d’une seule pièce; des nervures diagonales E en assurent encore la rigidité. Les parois du trou sont bien dressées depuis la tranche jusqu’à une certaine hauteur au-dessus de l’embase. De là le trou s’épanouit suivant des profils de congé de manière à présenter un évidement intérieur plus large. Pour diminuer le poids de l’appareil, on peut pratiquer des fenêtres I dans les faces du prisme. Il conviendra de ménager aussi des ouvertures U, partie dans l’embase et partie daiis les raccordements cylindriques du prisme et de l’embase. Ajoutons que cette embase est percée, près de ses
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- sommets, de quatre trous ronds K, que ses bords sont en biseau et que sur les chanfreins sont marquées par des traits bien visibles les traces L des faces intérieures du guide.
- L’outil ou foret (fig. 9, n° 2) est une tige d’acier cylindro-prismatique, dont la section est un secteur circulaire remplissant les conditions précédemment indiquées ; c’est-à-dire que le rayon et le développement de l’arc de ce secteur doivent avoir une longueur égale à celle du côté de la section intérieure du guide. L’extrémité S du foret (fig. 9, n° 2) est
- amincie et se termine par la ligne des tranchants. L’autre bout s’emmanche à une manivelle ordinaire de vilebrequin, MN (fig. 9, n° 4). Seulement la poignée P n’est pas reliée à la manivelle. Elle repose simplement par une large crapaudine sur la tête ronde M. La mortaiseuse montée est représentée dans le n° 4 (fig. 9).
- Proposons-nous de forer dans un madrier une mortaise carrée de même section que le trou du guide. Pour cela, traçons sur la face et à l’endroit désignés de la pièce de charpente un carré égal à la
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- A D
- B C
- Fig. 1 à 8. — Figures schématiques relatives à la mortaiseuse.
- section intérieure du guide, en ayant soin d’en prolonger convenablement les côtés. Puis plaçons l’embase de la mortaiseuse de manière que les traits L des chanfreins correspondent aux prolongements des côtés du carré à évider, et fixons le guide en plantant des clous dans les trous K.
- L’ouvrier n’a plus qu’à presser d’une main sur la poignée P et à agir de l’autre sur la manivelle MN. Il est bon que le chef d’équipe place l’appareil, mais un simple manœuvre peut faire le travail. On conçoit que la longueur du foret doit être un peu supérieure à la hauteur du guide augmentée de la profondeur de la mortaise. D’ailleurs les ouvertures I' servent d’exutoires aux débris de bois qui sont en poudre comme de la sciure.
- En général les deux dimensions des sections des mortaises sont dans des rapports simples, l’une d’elles étant double, triple ou quadruple de l’autre. Avec une seule machine on peut donc déjà forer toutes les mortaises dont la petite dimension est égale au côté de la section intérieure du guide, car après avoir évidé un premier carré, on en évidera un second et ainsi de suite. Mais rien n’empêche d’avoir un jeu de forets et une série de prismes creux correspondants (fig. 9, n° 1) qu’on introduira
- dans le trou du guide, qui s’emboîteront les uns dans les autres et qu’on fixera d’une manière quelconque. Alors un seul appareil muni de ces accessoires devient pour ainsi dire universel, pourvu que le premier guide soit d’assez forte section.
- Il est évident enfin que si les pièces à travailler sont maniables, le plus simple sera d’installer la mor-taiseuse à demeure. C’est ce que nous avions fait dans une usine de la Drôme où nous fabriquions notamment des asples ou volants en bois pour filatures de cotons. Le guide était sur un bâti horizontal et le foret était actionné à la vapeur. On lui présentait les moyeux à mortaiser. Les mortaises avaient environ 2 centimètres sur 4 avec une profondeur de 3 centimètres. Chacune d’elles passait donc deux fois à la machine. Avant l’installation de cette mortaiseuse, le trou nous revenait à plus de 10 centimes; depuis, le prix en fut abaissé à 1 centime, amortissement compris. C’est une indication précise dont peuvent profiter charrons, carrossiers et menuisiers.
- L’appareil fixe n’a pas été breveté et n’est plus brevetable. Celui que je viens de décrire tombe, ipso facto, dans le domaine public.
- SlNÉTY DE SlGOYER.
- Fig. 9. — Détails de la mortaiseuse et vue d’ensemble de l’appareil.
- 1. Guides de rechange. — 2. Biseau de l’outil. — 3. Pied de l’appareil.
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- LA NATURE.
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- LES PIGEONS EOLIENS DE PÉKIN
- Lorsqu’un voyageur visite pour la première fois Pékin, il est bientôt frappé par une musique étrange dont les sons se rapprochent, s’éloignent, puis s’évanouissent : ses oreilles n’entendent plus rien et l’air a repris sa sérénité et son calme habituels.
- Après quelques instants, le même phénomène se reproduit. S’il vient alors à diriger ses regards vers le ciel au moment où le crescendo de l’orchestre aérien lance ses gammes les plus sonores, il pourra apercevoir comme un léger nuage dont la teinte tranche sur le bleu du ciel ; encore un instant, le nuage se rapproche et dessine nettement un vol de pigeons qui après un certain nombre de girations,finissent par s’abattre dans l’enceinte d’une habitation dont ils sont les hôtes aimés.
- L’harmonie éolienne a cessé, ^t le voyageur ne doute pas que ces pigeons soient les artistes de l’orchestre aérien; mais quels sont leurs instruments et dans quel but cette musique qui, laissant à désirer au point de vue des lois de l’harmonie, n’en présente pas moins un caractère de poésie qui réjouit les habitants de Pékin?
- L’instrument s’appelle Chao-tse : le mot ou caractère Chao veut dire sifflant; le deuxième signifie mécanique : donc mécanique sifflante.
- La forme du chao-tse est très variable suivant la disposition donnée aux éléments dont il se compose : ce sont des morceaux de roseaux juxtaposés en manière de pipeau ; quelques-uns sont faits avec une
- petite courge; à l’extrémité des roseaux et sur un ou plusieurs points de la courge est un sifflet ; l’appareil doit être assez léger pour que l’animal n’éprouve aucune gêne à porter l’instrument qui est fixé sur lui de la manière suivante : une petite palette se détache d’un point du chao-tse ; elle se place entre les
- deux pennes caudales moyennes du pigeon et, à l’aide d’un petit bâtonnet passant par un anneau de la palette, l’instrument se maintient solidement; les sifflets sont dirigés de telle sorte que l’air pénètre avec une force proportionnelle à la rapidité du vol ; les sons ont eux-mêmes des tonalités qui varient suivantles dimensions des roseaux et des courges. Nous reproduisons ci-dessus deux spécimens de ces instruments que la gravure représente un peu réduits (fig. 1). Ils ne pèsent pas
- plus de 8 à 10 grammes. La figure 2 donne l’aspect d’un appareil sifflant fixé à la queue d’un pigeon pendant le vol.
- Quel est le but qu’on veut atteindre avec les chao-tse ? Est-il simplement fantaisiste, artistique ou utilitaire ?
- Il réunit toutes ces qualités. En effet, cette institution aérienne ne remonte pas très loin : elle n’existait pas au temps où Pékin était une cité superbe, propre, bien entretenue. Il est difficile de préciser la date à laquelle commence la désuétude; ce qui est certain, c’est qu’actuellement cette ville est dans un état déplorable. M. Whyte dit que c’est la cité la plus sale, la plus pauvre et la plus misérable du monde ; nous qui l’avons habitée durant plusieurs années, nous ne pouvons que nous associer à ce jugement. Ainsi donc le service de .la voirie y est absent,
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- LA NATURE.
- mais, à l’instar de ce qui se passe dans les villes musulmanes, les oiseaux de proie, à défaut de l’e'di-litê, se chargent de ce service et comme ils abondent dans la campagne de Pékin, les détritus animaux et végétaux sont vite enlevés par leurs soins : ces oiseaux sont surtout le faucon, l’épervier de Stevenson, l’aigle et 1 e Iiuteo poliogenys; ce dernier s’attaque aux animaux de basse-cour et spécialement aux pigeons.
- Comment faire pour soustraire à leurs serres cruelles les charmants volatiles, si chers aux Chinois? Tuer les oiseaux de proie ! mais que deviendront la voirie et le service qu’ils font si bien? Séquestrer les pigeons ! c’est en faire des esclaves et leur inlli-ger un supplice.
- Leurs propriétaires ont donc imaginé les chao-tse qui par leurs bruits, effrayent les ennemis des pigeons et assurent la sécurité de leurs promenades aériennes.
- Tous les peuples ont leurs superstitions : les Chinois ont les leurs ; les unes sont grotesques, les autres sont naïves; le chao-tse est du nombre de celles qui sont gracieuses. Les Chinois aiment les sons répandus dans les airs ; les vibrations des gongs ou des cloches qu’on met en branle, aux jours des cérémonies dont fourmille leur calendrier, ne sont autres pour eux que les voix de leurs ancêtres ; les sons des instruments attachés à la queue des pigeons, traduisent pour eux les paroles mystérieuses qui s’échappent de la bouche des empereurs des dynasties passées.
- Le chao-tse est une des rares poésies de la capitale du Céleste Empire. Dr Eux. Ma aux.
- LES SYSTÈMES THERMO!ÉTRIQUÉS -
- Nous apprenons que le Gouvernement prussien vient de rendre légal le système thermométrique centigrade ou de Celsius, comme on dit hors de France. Un mot d’histoire à ce propos : c’est au célèbre météorologiste Dove qu’est dù le reste de popularité que le système de Réau-mur possède en Allemagne. Tout en reconnaissant les avantages de la division centésimale, il disait a ses jeunes disciples : (( Après ma mort, vous ferez comme vous voudrez, mais, de grâce, ne me forcez pas à changer mes habitudes, je suis trop vieux ». Dans son Histoire du thermomètre, M. Renou fait observer que les Anglais emploient le système d’un Danois, Fahrenheit; les Français, celui d’un Suédois, Celsius; les Allemands enfin, celui du Français Réaumur. Nous compléterons ce paradoxe en disant que le système de Fahrenheit a été défini par Hanow, celui de Celsius peut-être par Christin, et qu’enfm, dans l’origine, les thermomètres de Réaumur marquaient un point voisin de 100° et quelquefois supérieur à la température d’ébullition de l’eau. En effet, Fahrenheit graduait ses thermomètres en marquant 0° à la température la plus basse de l’hiver, et 24° en exposant 1 instrument au soleil. Plus tard, ses degrés furent divisés en quatre parties. C’est en 1757 seulement que lianow écrivait : « D’après les thermomètres les plus importants que M. Rômer, à Dantzig, a fait construire, et dont M. Fahrenheit est le meilleur fabricant, l’eau bout à 212° et gèle à 32°. »
- Celsius, à qui la thermométrie doit de grands perfec-
- tionnements, publia, en 1742, les procédés de graduation de ses instruments. A cette époque, il désignait la température de l’eau bouillante par 0°, celle de la glace fondante par 100°; c’est plus tard seulement qu’il retourna son échelle. A la même époque Christin, de l’Académie des beaux-arts de Lyon, publiait une série de Notes sur la graduation des thermomètres à mercure; c’est en juillet 1745 qu’il proposa publiquement la division en cent parties. Il écrivait, le 11 septembre 1743 : (( Si le public veut adopter la nouvelle' division en 100 degrés, je pense qu’il fera bien, et si, au contraire, il ne le veut pas, je n’en serai pas fâché ; j’aurai toujours la satisfaction d’avoir fait de mon mieux1. » On voit donc que la division centésimale actuelle fut proposée par Christin, indépendamment de Celsius. Qui l’employa le premier? Nous croyons que ce point d’histoire n’est pas encore fixé.
- Quant à Réaumur, il établit son système de la manière suivante : Ayant trouvé, par l’expérience, qu’une certaine quantité d’alcool hydraté occupant à zéro degré le volume 1000, prenait, dans l’eau bouillante, le volume 1080, il définit, comme degré de température, l’élévation nécessaire pour dilater cet alcool de 1/1000 de son volume. Il pensait avoir ainsi divisé en 80 parties l’intervalle compris entre le point de congélation de l’eau et son point d’ébullition; cette définition fut conservée au système de Réaumur, bien que lui-même déterminai le point supérieur de l’échelle par la température d’ébullition d’un certain alcool. En réalité, il divisait en 80 parties un intervalle correspondant à peu près à 80 de nos degrés actuels, de telle sorte qu’en suivant la pratique de Réaumur, et non sa définition, on aurait construit par hasard des thermomètres gradués, à très peu près, d’après le système centigrade. C’est en greffant un mauvais procédé sur une mauvaise définition que l’on a établi ce système qu’aujourd’hui les physiciens ont beaucoup de peine à extirper.
- Si le Gouvernement prussien vient de prendre une décision sur le système à employer, le Gouvernement impérial avait pris les devants en spécifiant que les thermomètres médicaux doivent être construits avec un certain verre (le verre normal d’Iéna), et qu’ils doivent être officiellement vérifiés à l’Institut physico-technique de l’empire; celui-ci s’est trouvé ainsi avoir à comparer jusqu’à 90 000 thermomètres en une année. En France, la liberté du thermomètre est absolue; mais, en Angleterre, le pays de toutes les libertés, il n’en est pas de même. Vraie ou fausse, l’origine de la loi sur les thermomètres, telle qu’on la raconte, mérite d’être retenue. Le prince de Galles étant très malade, fut soigné tout de travers sur la foi d’un thermomètre dont les indications étaient fausses de 2 degrés. Il faillit en mourir; mais, aussitôt rétabli, il s’occupa d’empêcher le retour de pareilles erreurs. Depuis lors, 5000 thermomètres médicaux sont annuellement vérifiés à Kcw. C.-E.-G.
- CHRONIQUE
- Soleil en décembre. — La durée des jours varie peu en décembre. De 8h29m à Paris le 1er décembre, elle arrive à 8h 15m le 11 et à 8h 10m le 22, pour remonter à 8h 14m le 31. Les plus courts jours de l’année, du 17 au 25, sensiblement de 8h l lm chacun, à Paris, ont des longueurs assez différentes du nord au sud de notre pays.
- 1 D’après M. Fr. Burckhardt, à qui nous empruntons quelques-uns des documents ci-dessus.
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- LÀ NAÎURE.
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- À Dunkerque, ils se réduisent à 7h49m, et atteignent à Tours, 8h2om; à Lyon, 8h 5Gm, à Marseille, 8b55m. C’est le samedi 24 décembre qu’a lieu le quatrième accord de l’année entre l’heure du soleil et l’heure des montres. Cet accord aura lieu à midi à Paramaribo de la Guyane hollandaise, où les montres et horloges devront marquer 12 heures à midi du cadran solaire. 11 se présente à ce sujet, dans le mois de décembre, un l'ait assez curieux qui intrigue beaucoup de personnes. On lit en efl'et sur les almanachs, pour les heures de coucher du Soleil.
- 9 décembre........................4h 1“
- 14 décembre. . ....................4h 2"‘
- 18 décembre. .................... 4h 3m
- 21 décembre........................4h 4m
- Et si l’on ne réfléchit pas, on en conclut que les jours augmentent avant le 21 décembre. Il n’en est rien. 11 suffit d’avoir un almanach un peu plus complet, qui dise à quelle heure le Soleil se trouve les mêmes jours au milieu du ciel. On verra ainsi.
- 9 décembre................... llh52ra48’
- 14 décembre....................llh55m 9S
- 18 décembre. ..................llh57m 7“
- 21 décembre.................. ll1,58m5Gs
- La soirée ou la demi-journée dure donc, le 9 décembre, de llh52'n48" à 12 heures, et de 12 à 4h lm, c’est-à-dire 7m 12” et 4h lm, ou 4’1 8m 12\ Le 14 décembre, ce sera 4h 2“ après 12 heures, et 4ro 51* avant 12 heures, ou 4" G™ 50.
- Et on obtiendra ainsi, pour les soirées :
- 9 décembre.................4h 8m 12*
- 14 décembre.....................41,G,U513
- 18 décembre.....................4h 5m 553
- 21 décembre................... 4h 5'“ 24“
- J. Yjnot.
- Réclames électriques. — Un inventeur anglais, ou américain, M. Curtice, vient de faire breveter l’application des projecteurs à la publicité ; le système se devine sans qu’il soit besoin de l’expliquer longuement, et même sans qu’il soit nécessaire de l’expliquer du tout. Tandis que cet inventeur se préoccupe de mettre matériellement son idée à exécution, un autre inventeur vient d’émettre une idée plus originale encore que nous présente notre confrère Industries. 11 s’agit d’utiliser le courant électrique à la production de réclames acoustiques. Voici en quoi consiste ce nouveau système que son promoteur, M. llomeike, croit appelé au plus brillant succès. On sait qu’une dynamo à courants alternatifs ou alternateur, émet, dans ses conditions normales de marche, un son uniforme plus ou moins intense et dont la hauteur dépend de la fréquence du courant. Un téléphone intercalé dans le circuit rendrait le même son, mais avec une intensité beaucoup plus grande. En modifiant convenablement la vitesse de l’alternateur, la répartition des pôles, leur nombre, leurs formes, etc., il serait possible de substituer à l’onde régulière produite par le courant de l’alternateur ordinaire, une onde plus ou moins complexe, correspondant aux diverses vibrations caractéristiques d’une phrase courte et nettement expressive telle que, par exemple : Le savon de Monsieur un tel. On peut utiliser pour obtenir, une fois pour toutes, cette courbe de vibration que la dynamo devra ensuite reproduire soit les tracés en relief du phonographe, soit les tracés plans du phonauto-graphe de Scott, en faisant parler devant la membrane un diseur à la voix nette et puissante. La dynamo une fois établie, il suffit de la mettre en mouvement pour que le courant varié qu’elle engendre, reproduise, une fois par
- tour, la phrase fatidique pour laquelle elle est spécialement construite : le savon de Monsieur un tel, le savon de Monsieur un tel. On peut disposer des sous-stations d’avertissement et même des installations particulières de transformateurs qui ronfleront eux-mêmes la phrase choisie et actionneront à volonté une série d’appareils récepteurs distribués dans les rues. C’est ainsi que le bourdonnement affairé d’une grande cité se trouvera dominé par celui, plus persistant et plus significatif, de la réclame du jour. En terminant la description de ce système dont nos lecteurs ont certainement apprécié toutes les beautés, notre confrère fait observer qu’il aura pour avantage de couper court à toutes les discussions soulevées pendant ces derniers temps entre les compagnies téléphoniques et les compagnies de distribution d’énergie électrique. Les entrepreneurs de distribution d’annonces offriront une juste compensation en espèce aux sociétés téléphoniques, puisque chaque fois qu’il se produira une fuite ou un phénomène d’induction, au lieu d’entendre le bruit désagréable de friture, l’abonné entendra avec plus ou moins d’intensité, l’inévitable phrase : le savon de Monsieur un tel, et sera ainsi rappelé à la saine notion du meilleur savon, celui de Monsieur un tel.
- Nuages lumineux. — M. Jesse a récemment publié, dans les Astronomische Naehrichten, un intéressant travail à ce sujet. Depuis 1885, on a observé, en Europe, des nuages lumineux visibles la nuit, surtout pendant les mois de juin et de juillet. Us se distinguent des cirrus ordinaires par leur éclat et par leur élévation prodigieuse, pour laquelle des observations photographiques ont donné à M. Jesse 82 kilomètres. Dans ces dernières années, les nuages noctiluques sont devenus très rares. On les aperçoit, après minuit, à quelques degrés de l’horizon, au-dessus du point où se cache le Soleil, lorsqu’il est à plus de 10° au-dessous de l’horizon. Sous nos latitudes, ils sc montrent pendant l’été, jusqu’au commencement du mois d’août ; dans l’hémisphère sud, on les a vus au mois d’octobre. En Europe, leurs mouvements ont paru toujours orientés de la même manière : ils venaient du nord-est.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 décembre 1892. — Présidence de M. d’Abbauie.
- La fumée de Vopium. — M. Moissan a entrepris l’étude chimique de la fumée d’opium, telle que l’absorbent les fumeurs, tandis que MM. Martin et Gréhant en ont recherché les propriétés physiologiques. Les travaux précédents ont porté sur l'opium naturel, alors que l’opium dont se servent les fumeurs a subi une préparation spéciale qui lui communique une odeur et des qualités différentes. La manière de fumer l’opium a été trop souvent décrite pour qu’il soit utile d’insister. L’opérateur, à l’aide d’une pointe, place dans la pipe une bulle d’opium représentant 20 centigrammes en moyenne; puis mettant la pipe sur une lampe allumée, il absorbe en une seule inspiration profonde toute la fumée que donne la bulle lorsqu’elle devient incandescente. La même manœuvre est ensuite répétée trente, quarante, cinquante fois suivant le degré de passion ou d’accoutumance du sujet. L’opium de première qualité est alors porté à la température de 250 degrés environ ; il donne une fumée bleuâtre très légère renfermant de la morphine accompagnant une véritable distillation de matières parfumées. L’action de celte fumée d’opium est peu nuisible. Mais si l’on se trouve en présence d’opium de mauvaise qualité, la tem-
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- LA NATURE.
- pérature nécessaire pour produire l’incandescence augmente jusqu’à 300 degrés ; la fumée devient plus lourde et plus blanche et l’on recueille, en même temps que de la morphine, des bases pvridiques et hydropyridiques qui possèdent une véritable action toxique. M. Moissan a pu disposer d’une grande quantité d’opium ; il a expérimenté au moyen d’un aspirateur convenablement réglé qui lui a permis de recueillir dans des flacons laveurs tous les produits volatils delà fumée. Afin de mettre en évidence l’influence de la chaleur, il a réalisé divers essais à des températures échelonnées de 25 en 25 degrés. — M. Gautier fait connaître qu’il vient de se livrer à d’importants travaux analogues sur la fumée de tahac. Bien que ses recherches ne soient point achevées, il peut annoncer dès aujourd’hui qu’il a trouvé dans cette fumée différents alcaloïdes qui n’existent pas dans les éléments du tahac.
- La respiration des plantes. — M. Schlœsing fils donne la continuation de ses expériences sur l’échange d’oxygène entre les plantes et l’atmosphère.
- 11 a opéré en vase clos et a pu suivre toutes les phases du développement du végétal. 11 a constamment trouvé que le rapport entre le volume d’oxygène correspondant à l’acide carbonique fixé, et le volume d’oxvgène réellement exhalé, était plus petit que i.
- Il conclut qu’une partie de cet oxygène provient des nitrates donnés comme engrais à la plante.
- Exploration de l'atmosphère:;— M. le commandant Renard lit un Mémoire sur la possibilité d’envoyer des ballons porteurs d’instruments enregistreurs dans les hautes régions de l’atmosphère. Il donne une relation algébrique entre la hauteur et les constantes du ballon (force ascensionnelle du gaz, poids du mètre carré de l’enveloppe, etc.). Cette relation montre que les volumes doivent être accrus dans une proportion effrayante pour atteindre les grandes hauteurs. Ainsi un ballon de oOO mètres cubes suffit pour gagner 6000 mètres d’altitude, puis les volumes croissent en progression géométrique dont la raison est 10 pour dès étagés de 6000 mètres. Pour arriver à 50000 mètres,-il faudrait un ballon de 5000000 de mètres cubes. Un graphique montre ce résultat ; enfin un autre graphique sert à mettre en évidence l’énorme influence du poids de l’enveloppe. L’auteur en est arrivé à réduire le poids de l’étoffe à, 50 grammes par mètre carré et celui des instruments à 1200 grammes: Les frais de construction sont minimes. Pratiquement, il paraît difficile de dépasser 20 kilomètres, et pour cela un ballon de 200 mètres cubes suffira. 1
- Varia. — M. Lechatellier envoie une Note sur ses expériences de cristallisation du carbonate de chaux par voie de fusion.
- Élection. — L’Académie procède à 4 heures à une élection d’académicien libre. M. Brouardel est élu au troisième tour de scrutin par 28 voix, contre 26 données à M. Laussedat. Après le vote, comité secret pour la discussion des titres des candidats à la place vacante dans la section de zoologie. Ch. de Villedeuil.
- LES JOUETS SCIENTIFIQUES
- BALLON CAPTIF d’aPPARTEMENT
- M. H. Lachambre, le constructeur-aéronaute bien connu, vient d’imaginer un jouet aéronautique très ingénieux qui ne manquera pas d’obtenir grand succès. C’est un petit ballon captif, qui n’a pas plus
- de 62 centimètres environ de diamètre et qui fonctionne dans un appartement ; il représente sous une forme minuscule le ballon captif de Henri Giffard. L’aérostat est en baudruche, on le gonfle avec un tuyau de caoutchouc, à un bec de gaz de l’éclairage, dont la force ascensionnelle est suffisante pour le faire fonctionner. Le ballon est entouré d’un filet de soie, qui se relie à un crochet inférieur auquel est suspendue une nacelle annulaire de carton. Au centre de la nacelle est le câble, qui passe dans la gorge d’une poulie, et s’enroule autour d’un treuil. Ce treuil est actionné par un mouvement d’horlogerie qu£ l’on monte au moyen d’une clé. Deux poignées A,B, commandent le mécanisme. En poussant du doigt vers la gauche la poignée A, le treuil est libre, et le ballon captif s’élève sous l’action de sa force ascensionnelle. En poussant vers la droite la poignée B, le mouvement d’horlogerie actionne le treuil par l’intermédiaire d’un engrenage ; le treuil tourne en sens inverse et fait descendre l’aérostat. Le treuil et la poulie fixe sont adaptés à une plaque de carton qui forme la base du système. Quand le ballon est dégonflé, tout le maté-: riel est contenu dans une boîte de petite dimension.’ Ce jouet aéronautique est charmant; mais le ballon est rempli de gaz inflammable. Bien prendre garde de ne pas l’approcher du feu. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmeu.
- . Paris. — .Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- Ballon captif-jouet. Vue d’eusemble de l’appareil. Détail de la nacelle et du treuil.
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- N# 1 020. — 17 DÉCEMBRE 1892.
- LA NATURE.
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- LES SŒURS RADICA-D00DICA
- On se souvient encore des frères Siamois qui de 1871 à 1874, date de leur mort, parcoururent l’Europe et l'Amérique. Un nouveau monstre double de ce genre vient d’être présenté en Belgique par un barnum allemand et viendra plus tard, c’est probable, à Paris. Sans attendre sa venue dans la capitale, un de nos plus distingués collègues de la presse médicale, le I)r Marcel Baudouin, a pu examiner attentivement ce cas pathologique et en donner une relation intéressante à laquelle je renvoie pour les détails trop techniquesl.
- Ce nouveau monstre xiphopage est représenté par deux charmantes fillettes, Radica etDoo-dica,néesenl889 de parents hindous, pauvres petits agriculteurs à Nowapora, dans la province d’Orissa, au sud de Calcutta.
- La naissance de ces jumelles intimement soudées fut un événement qui faillit coûter cher aux parents. La population d e cette région, frappée de terreur, et croyant à une vengeance céles-
- ment. Le teshildar, magistrat hindou, fit mettre les enfants dans un temple : c’est là qu’elles reçurent les noms qu’elles portent aujourd’hui; peu s’en fallut même que l’on n’en fît de véritables déesses. Mais un barnum avait pu voir le sujet et l’enleva, non sans indemnité, aux prêtresses pour courir les villages et villes de la province.
- A partir de ce moment, la situation changea pour les parents ; un imprésario allemand s’acquit le droit d’emmener les petites jumelles et après un court séjour à Bombay, il vient de les amener en Europe, où leur première exhibition a eu lieu ces jours derniers en Belgique, à Bruxelles.
- Les deux enfants, âgées aujourd’hui de trois ans et demi, se ressemblent assez ; elles ont le type hindou bien caractérisé, teint olivâtre, cheveux frisés, grands yeux noirs et type général de la face. Gracieuses, vives, alertes, elles parlent l’hindousta-ni, un peu le français et arriveront, dans leurs voyages à travers le monde, à parler un peu toutes les langues. Le point d’union des deux corps se trouve entre la partie inférieure du sternum, l’appendice xiphoïde et l’ombilic , mesurant
- te, s’interdit tout rapport avec la pauvre famille et finalement la chassa dans les jungles. Le père n’y fut' pas par quatre chemins’; voyant qu’il ne pouvait fléchir la terreur de ses compatriotes, il se décida à pratiquer la séparation des deux corps et c’est au moment où il tentait cette opération, sans souci des règles de la chirurgie et de l’antisepsie, qu’un magistrat du pays arrivait prendre sous sa protection la malheureuse famille. Une cicatrice, que l’on peut voir sur le point de jonction dès deux sœurs, serait, dit-on, la trace laissée par l’instru-
- 1 Académie des sciences, 21 novembre 1892
- Les sœurs Radica-Doodica. (D'après une photographie.)
- une hauteur de 10 centimètres environ sur une
- épaisseur de 4 centimètres ; la circonférence totale mesure 28 centimètres. Ce pédicule large, épais, est formé à la partie supérieure d’une sorte de pont dur, résistant, moitié osseux, moitié cartilagineux, qui représente les traces de soudure des sternums et de quelques arcs costaux. Au-dessous la masse est moins résistante et il semble, soit au palper, soit à la percussion, qu’elle contienne des parties viscérales. Le Dr Baudouin qui a examiné le sujet avec beaucoup de soin affirme que, comme chez les frères Siamois, il n’y a pas, chez ces fillettes, d’inversion viscérale. Le cœur, le foie, se trouvent chez chacune à leur
- 21e année. — 1er semestre.
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- LA NATURE.
- place normale, et en dehors de cette soudure, les enfants sont parfaitement et normalement constituées.
- Cette monstruosité appartient à la classe des xiphopages vrais, de Dareste, chez lesquels la cage thoracique osseuse appartient exclusivement à chacun des individus composants, sans qu’il y ait aucune fusion totale d’organes entre les deux sujets. Tout au plus existe-t-il, en meme temps que la soudure osseuse et cutanée, des unions partielles entre quelques viscères, brides intestinales, lobes hépatiques. Les monstres de ce genre, nés vivants, sont assez rares. M. Baudouin n’a pu en relever dans la science que huit cas authentiques, parmi lesquels le plus célèbre est celui des frères Siamois, dont on a pu du reste faire l’autopsie très complète.
- Pour revenir au sujet actuel, disons que si Radica et Doodica ont une ressemblance physique assez grande, elles ont chacune leur personnalité intellectuelle. L’une est plus vive, plus alerte que l’autre; elles ne veulent pas toutes deux la même chose, quoique ayant à peu près les mêmes goûts. La position de la soudure les fait rester presque toujours lace à face; mais elles arrivent cependant à s’asseoir presque comme deux personnes, côte à côte. La marche présente une allure un peu singulière; elles avancent en effet de côté, mais ne paraissent pas très gênées par cette petite difficulté. Pour l’aisance de leurs mouvements, elles se passent mutuellement le bras sur l’épaule et peuvent ainsi se présenter de face. Dans le dessin, elles sont maintenues, pour ainsi dire, aussi distantes Lune de l’autre que possible, de façon à bien montrer le point de jonction.
- Peut-on opérer ces malformations avec quelque chance de succès? La question avait été longuement débattue lors de la présentation des frères Siamois, bien qu’il y en eût déjà des exemples. Pour les formes de xiphopagie vraie, c’est-à-dire sans inversion des viscères, la chose n’est pas douteuse, et si l’intervention présentait jadis quatre-vingt-dix-neuf chances de mort pour une de guérison, il n’en est pas de même aujourd’hui, avec les moyens dont dispose la chirurgie. L’opération a du reste été tentée. Un médecin, Bœhm, a pratiqué chez ses propres lilles, en 1866, la séparation des adhérences; une des enfants mourut quelques jours après l’opération ; l’autre vécut et se portait encore bien cinq ans plus tard. Dans un autre cas, deux médecins suisses, Riaudet et Bugnion, tentèrent également une opération de ce genre, mais sans succès; les enfants, âgées de trois mois, ne survécurent pas. Il n’existait dans ce cas, en dehors des brides cutanées et fibreuses, qu’une union des foies par une bande de tissu hépatique de la grosseur du pouce, et une hernie intestinale d’un sujet à l'autre. La composition de ces adhérences et de ces jonctions des deux jumeaux ne serait donc pas un obstacle à une opération. R est du reste vraisemblable que les parents ne laisseront pas toucher à un capital de cette importance, et que Radica et Doodica sont liées entre elles pour le restant de leurs jours. Dr A. Cartaz.
- LE DÉVELOPPEMENT DE LA POPULATION
- AUX ÉTATS-UNIS
- En ce pays d’Amérique où toutes choses semblent plus ou moins tenir du prodige, il est peu de spectacles plus curieux que celui de l’accroissement de la population aux Etats-Unis. Aussi, aidé par les statistiques officielles, publiées par le Gouvernement de Washington, allons-nous essayer de noter, pour ces dernières années, les étapes d’un véritable phénomène dont les proportions sont uniques, croyons-nous, dans les annales de l’histoire des peuples.
- U est un fait bien établi, c’est que la population des États-Unis augmente d’une manière constante et avec une rapidité tout exceptionnelle. En effet, si nous comparons ce pays à l’Angleterre où cependant la race est si vivante, si productive, nous verrons qu’en 1847 la Grande-Bretagne comptait 27 575 400 habitants et qu’elle en compte actuellement 58 000 000, tandis que la population des États-Unis s’est élevée de 21 278 400 âmes en 1847, à 04 000 000 d’âmes qu’elle possède maintenant. L’accroissement a donc été de plus du triple. Aussi les statisticiens s’accordent-ils à dire qu’en suivant la progression présente qui est de 52 pour 100, la population aura atteint le chiffre de 88 000 000 d’âmes en 1900.
- Cette extraordinaire vitalité a effrayé à tort bien des gens, inquiets d’une superproduction dont on n’aperçoit pas encore les limites. Or, en Angleterre, il y a 510 habitants par mille carré; en Amérique, il n’y a que 18 habitants par mille carré, ce qui nous permet d’attendre longtemps encore l’émigration. Pour faire mieux ressortir toute l’inanité de ces craintes, nous dirons que le Texas seul, dont la superficie égale celle de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne réunies, ne contient que 2 255 500 âmes, alors que les trois pays mentionnés en contiennent 126 000 000. A égalité de densité, les États-Unis comportent une population de 1 100 000 000 d âmes.
- Si nous examinons maintenant l’augmentation signalée dans chaque province, nous constatons que, d’après les dernières statistiques, pour les douze années considérées, la proportion de l’accroissement dépasse 100 pour 100 dans neuf des États de l’Union et va jusqu’à atteindre 500 pour 100 dans le Nord-Dacota. En présence d’une aussi fabuleuse augmentation, toute espèce de commentaire devient superflu. Le mieux est de reproduire ici le tableau comparatif de la population des provinces, en 1880 et en 1892.
- ÉTATS DE L’UNION.
- en 1880. cil 1892.
- Alabama 1 262 500 h. 1 515 000 h
- Arkansas 802 500 1 250 000
- Californie . . . . . 864 600 1 500 000
- Colorado. ..... 194 500 412100
- Connecticut ... 622 700 750 O'OO
- Delaware 146 600 175 000
- Floride . . ... 269 500 450 000
- Géorgie 1 542 100 1 857 500
- Idaho. ...... 52 600 115 900
- Illinois 5 077 800 5 826 500
- Indiana 1 978 500 2 440 000
- Iowa 1 624 600 1 911 800
- Kansas 996 000 1 470 000
- Kentucky 1 648 600 2 200 000
- Louisiane 959 900 1 118 500
- Maine 648 900 1 121 900
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- ÉTATS DE I.’UNION.
- en 1880. en 1892.
- Maryland 954 900 h. 1 042 500 h.
- Massachusetts. . . . 1 785 000 2 258 900
- Michigan 1 656 900 2 250 000
- Minnesota 780 700 1 500 000
- Mississipi 1 151 500 1 490 000
- Missouri 2 168 500 5 250 000
- Montana 59 100 152 100
- Nebraska 452 400 1 100 000
- Nevada 45 700 62 200
- New-Hampshire. . . 546 900 576 500
- New-Jersey 1 151 100 1 500 000
- New-York ... 5 082 800 5 997 800
- Nord-Caroline. . . . 1 599 700 1 750 000
- Nord-Dacota . . . 56 900 225 000
- Ohio. ...... 5 198 000 4 000 000
- Oregon ....... 174 700 575 000
- Pensylvanie .... 4 282 800 5 661 5ll0
- lihode lsland.... 276 500 545 500
- Sud-Caroline. . . . 995 500 1 550 700
- Sud-Dacota 98 200 575 000
- Tennessee 1 542 500 1 800 000
- Texas 1 591 700 2 255 500
- Vermont 552 200 555 000
- Virginie 1 512 500 2 000 000
- Virginie occidentale. 618 400 762 700
- Washington .... 75100 549 500
- Wisconsin 1 515 400 2 000 000
- Wyoming 20 700 100 000
- TERRITOIRES.
- en 1880. en 1892.
- Alaska 55 400 h. 40 000 h
- Arizona 40 400 60 900
- Colombie 177 600 240 000
- Nouveau-Mexique . . 119 500 195 000
- Territoire indien . . 61 800 68 100
- Utah 145 900 229 800
- Si, maintenant, nous considérons 1 a population
- villes en particulier, nous trouvons que l’accroissement est encore bien plus remarquable. En 1840, cette population seule ne représentait qu’un million et demi d’habitants, aujourd’hui elle dépasse 16 millions. Afin de limiter notre étude, nous ne donnerons les chiffres que des villes dont la population est supérieure à 200000 âmes, avec les chiffres comparatifs de 1880.
- en 1880. en 1892.
- New-York 1 266 200 h. 1 710 700 h.
- Chicago 505 100 1 250 000
- Philadelphie . . 847 100 1 225 000
- Brooklyn 566 600 855 900
- Saint-Louis 550 500 500 000
- Baltimore 552 500 480 000
- Boston 362 800 445 500
- San Francisco . . . 235 900 398 900
- Cincinnati 255 100 325 000
- Cleveland 160 100 275 000
- Nouvelle-Orléans . . 216 000 260 000
- Buffalo 151 100 255 500
- Pittsburg 156 300 250 000
- Detroit 116 300 255 000
- Washington .... 147 200 229 700
- Minneapolis .... 46 800 220 000
- Saint-Paul 41 400 215 000
- Milwaukee 115 500 210 000
- Louisville 125 700 200 000
- Ce tableau montre que l’augmentation moyenne dans les villes a été de 55 pour 100. Dans certains cas, pour Minneapolis et Saint-Paul, par exemple, elle atteint presque 400 pour 100. L’accroissement moyen des provinces n’est guère que de 25 pour 100 environ. Ces chiffres paraissent d’autant plus éloquents lorsque l’on vient à penser qu’il y a cinquante ans, San Francisco et Chicago, deux des principales métropoles américaines, n’existaient pour ainsi dire pas.
- Enfin, il convient d’ajouter que l’immigration apporté chaque année son contingent à la population des Etats-Unis. Et ce contingent a son importance, puisque nous voyons sur les statistiques qu’en un seul jour du mois d’avril dernier, la ville de New-York a vu débarquer 5455 émigrants européens, ce qui n'est pas une quantité négligeable.
- Mais, comme nous l’avons dit, les Etats-Unis n’ont rien à craindre, pour bien des années à venir. X. West. —«-<><—
- La nécessité de réduire les substances en poudre i remonte certainement à la plus haute antiquité, mais il est absolument impossible de déterminer l’époque à laquelle cette opération a pris naissance.
- 11 est évident que les premiers besoins de,l’homme, la nourriture, par exemple, ont du faire naître dans le cerveau de celui-ci des procédés rudimentaires. Or, il est non moins évident que l’art de faire le pain date d’une époque préhistorique. Mais que d’années se sont écoulées entre la découverte du blé et la fabrication du pain ! c’est-à-dire avant de savoir que le grain donnait la farine.
- Il est admissible que les premières substances broyées le furent entre deux pierres, mais la matière se répandait de tous côtés; de là à l’idée de faire un trou dans la pierre il n’y avait qu’un pas, ce fut l’état embryonnaire de notre mortier actuel ; puis les deux cônes rentrant l’un dans l’autre entre, lesquels le grain était écrasé par suite du mouvement de rotation imprimé au cône extérieur pendant que le cône intérieur restait fixe, constituèrent le moulin des premiers Romains ; c’était alors le commencement du raffinement.
- On se fait une idée des poudres obtenues par un broyage aussi grossier. Une conséquence de cet état devait être l’apparition du tamis qui eut pour but la séparation de la farine et de l’enveloppe de la graine. Ici encore nous nous trouvons en présence d’une rusticité facile à comprendre, surtout à én juger par le pain trouvé dans les momies d’Egypte contenant du blé grossièrement moulu. Peu à peu le tamisage se perfectionna également, c’est du moins ce qu’il faut induire de la lecture de Y Histoire naturelle de Pline qui nous apprend que les Egyptiens connaissaient le tamis et qu’ils le fabriquaient avec des filaments de papyrus et des joncs très minces. Les anciens habitants de l’Espagne faisaient des tamis en fil et les Gaulois sont les premiers qui aient eu l’adresse d’y employer le crin des chevaux.
- Nous ne voulons pas entreprendre l’historique
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- complet du broyage, nous aborderons de suite une opération qui, on peut le dire, en est le complément, faisant aujourd’hui l’objet d’une industrie importante et peu connue, celle de la Pulvérisation. Jusqu'au premier quart de ce siècle, les matières étaient pulvérisées au moyen du mortier et du pilon traditionnels, soit dans l’officine des droguistes ou apothicaires, ou dans le laboratoire du pharmacien, soit encore par les industriels eux-mêmes dont les matières premières ou les produits nécessitaient la forme pulvérulente. Les progrès s’accentuant, les besoins devenant de plus en plus exigeants, il arriva que le spécialiste ou le petit industriel ne put satisfaire au travail manuel du pilonnage ; la force rao-
- Fig. 1. — Pulvérisation de matières
- chets, etc...; les épiciers pour le poivre, les épices, la cannelle, etc., etc.
- La pulvérisation constitue dans son ensemble, dans ses moyens et dans la diversité des matières à traiter, une industrie qui exige de la part de celui qui l’exploite de justes notions sur les propriétés physiques et chimiques et les qualités des différentes substances à réduire en poudre, car tous les corps ne peuvent être pulvérisés à l’aide des mêmes procédés; enfin il faut tenir compte de l’action pathologique et souvent toxique de beaucoup de matières agissant soit à l’intérieur de l’organisme comme les sels de mercure, l’arsenic; soit à l’extérieur comme l’ipéca qui, sans certaines précautions, affecte la vue au point de rendre les ouvriers aveugles, ou bien encore les cantharides qui agissent comme vésicant.
- trice s’imposait, de là, naissance d’une industrie spéciale de pulvérisation.
- La pulvérisation a pour but de réduire les corps en particules d’une ténuité plus ou moins grande. Beaucoup d’industries en sont tributaires, c’est ainsi ([ue la droguerie et la pharmacie l’emploient pour toutes les plantes médicinales ; l’industrie des produits chimiques s'en sert presque pour tous ses produits; la verrerie y a recours pour le manganèse, le spath fluor, etc.; les tanneurs et les mégissiers en usent largement [tour les matières tannantes et colorantes : dividivi, tan, vallonnée, campêche, quc-bracho, etc.; les savonniers pour les savons et les lichens; la parfumerie pour la poudre de riz, sa-
- véiiéneuseSj et raboteuse mécanique.
- Dans le premier cas, les ouvriers chargés de faire manuellement ou de diriger la pulvérisation sont tenus de se couvrir la bouche et le nez avec des tampons d’ouate aseptique qu’ils recouvrent d’un foulard ou d’un mouchoir (fig. 1); dans le second cas, pour se préserver des matières qui peuvent influer sur la vue, ils portent des lunettes entièrement closes sur les côtés des yeux. Enfin, en ce qui concerne les corps susceptibles d’irriter la peau, les ouvriers doivent mettre des vêtements très légers qu’ils quittent aussitôt leur travail terminé pour en revêtir d’autres de façon que kles poussières nocives n’aient pas le temps d’attaquer l’épiderme. Grâce à ces moyens prophylactiques, on évite les accidents les plus graves.
- Les différents modes de pulvérisation sont nom-
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- breux, nous 11e les citerons que pour mémoire; les trois principaux sont la contusion, la trituration et la mouture, les autres sont le frottement, la porphyrisation suivie de la trochiscation, la dilution, l’efflo-
- rescence, la méthode par intermède et enfin les réactions chimiques ; ces dernières se décomposent elles-mêmes en trois modes bien distincts qui sont la précipitation, l'hydratation et la réduction.
- [Fig. 2. — Usine de pulvérisation (le M. Poulain, avenue I.edru-Rollin, à Paris.
- Au fond, à droite, batterie de pilons par contusion; à gauche, batterie de pilons par trituration; au centre, tamisage mécanique.
- Avant de parler de la contusion et de la trituration qui font l’objet de nos gravures, nous glisserons sans appuyer sur quelques-uns de ces modes de pulvérisation qui sont trop connus pour être décrits, nous contentant de nous arrêter plus spécialement sur la méthode par intermède qui montrera combien la matière est capricieuse et confirmera ce que nous
- disions plus haut au sujet de la connaissance des propriétés de certains corps.
- On nomme méthode par intermède la pulvérisation qui ne peut s’effectuer qu’à l’aide d’un agent intermédiaire; c’est ainsi, par exemple, que le camphre étant trop élastique pour être pulvérisé seul, on est obligé, pour le réduire en poudre, de l’iiiihi-
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- LA NATURE.
- ber d’éther ou d’alcool liquides très volatils qu’il est facile d’éliminer après l’opération.
- La vanille ne peut être pulvérisée sans l’intermédiaire du sucre ; le riz est ramolli dans l’eau avant d’être soumis à la mouture. On obtient le plomb et l’étain fondus à l’état pulvérulent en les agitant vivement dans une boite sphérique enduite de craie ou de talc. lia force centrifuge est encore un intermède pour réduire le zinc en poudre ténue; pour cela on verse le métal fondu sur un disque de Ros-taing qui n’est autre qu’un plateau horizontal en fonte ou en terre réfractaire monté sur un'axe vertical auquel on imprime un mouvement de 2000 à 2400 tours à la minute ; le zinc est projeté contre les parois de la boîte dans laquelle est enfermé le disque. Nous savons aussi que l’or et l’argent sont facilement pulvérisables en présence du miel, du sulfate de potasse ou du chlorure de sodium que l’on enlève ensuite avec de beau bouillante. Disons encore que pour faciliter la division extrême du phosphore on emploie l’eau chargée de sels.
- Enfin les poudres connues sous le nom de bron-zinessont obtenues en laminant très finies épissures, autrement dit, rognures de bronze, de laiton ou de cuivre rosette, puis en les chauffant à différentes températures pour leur donner des teintes variées; dans cet état, on les réduit en poudre sous des meules en les mélangeant de miel ou de mélasse ; le résultat de cette opération est une pâte que l’on lave à l’eau chaude pour enlever l’intermédiaire employé, on filtre et on soumet à la dessiccation. Suivant leur couleur, ces poudres prennent les noms de bronze vert, bronze florentin, bronze blanc, bronze doré rouge, bronze doré pâle, etc. Nous croyons inutile d’indiquer leurs usages; souvent elles sont fixées sur coquille avec de la gomme arabique tout comme la poudre d’or véritable.
- La place nous manque pour parler de la méthode par réactions chimiques, nous aborderons de suite la contusion et la trituration qui sont les deux modes les plus répandus. La contusion est la pulvérisation par simple choc; dans la trituration on donne au pilon un mouvement circulaire; ce dernier procédé est employé pour les matières se ramollissant sous l’influence de chocs nombreux (Gomme arabique, Résines, etc.). Les manufactures de l’État utilisent cette méthode en se servant, à la place du pilon et du mortier, de tonneaux tournant sur leur axe et à l’intérieur desquels circulent des boulets en fer; pour les substances vénéneuses des cylindres en fonte sont substitués aux tonneaux.
- La vue de l’usine de pulvérisation que représente notre dessin (fig. 2) nous montre deux batteries de pilons et mortiers ; la première figurée à droite travaille par contusion, la deuxième à gauche par trituration.
- Dans ces deux procédés la pièce qui soulève les pilons est une came ou colimaçon dont l’axe est fixé sur l’arbre de couche actionné par une machine à vapeur ; pour éviter les actions latérales dans la bat-
- terie à contusion, les cames tournent dans une entaille rectiligne ménagée dans le manche du pilon et que l’on aperçoit à droite de notre dessin. La came qui est une développante du cercle, ou, pour mieux nous faire comprendre, est une spirale ayant pour point de départ l’arbre de commande, est coupée net à 180°; arrivé à cette coupure, le mentonnet échappe abandonnant à la pesanteur le pilon qui tombe pour être soulevé de nouveau.
- Dans la batterie par trituration figurée à gauche de notre gravure, les pilons doivent, en tombant, tourner sur eux-mêmes; pour cela la came frotte contre un mentonnet en forme de plateau circulaire horizontal communiquant, par le fait du frottement, un mouvement giratoire au pilon.
- Nous avons indiqué, sur notre dessin, les différentes positions occupées par la came pendant sa révolution; ces diverses phases indiquent bien la décomposition de ce mouvement.
- Afin d’éviter les projections résultant du choc ainsi que la diffusion des poussières, chaque mortier est recouvert d’une enveloppe en peau.
- La cribration ou tamisage termine l’opération de la pulvérisation, elle a pour but de donner des poudres homogènes d’égale finesse. On voit, sur le premier plan de notre figure, des tables portant des tamis hermétiquement clos et animées d’un mouvement mécanique de va-et-vient; ces tables sont divisées en casiers de forme octogonale dans lesquels sont placés les tamis, ceux-ci rencontrant toujours une surface inclinée tournent sur eux-mêmes.
- Avant de terminer nous donnerons quelques explications sur la partie formant le second plan de notre figure 1. L’espèce de volant que l’on aperçoit est une raboteuse circulaire pour la mise en copeaux des bois médicinaux; sur la jante sont placées de distance en distance des lames d’acier tranchantes inclinées sous un certain angle ; un ouvrier est en train de mettre en copeaux du Quassia anuira, pour cela le bois est découpé en petits cubes que l’ouvrier fait avancer contre la raboteuse au moyen d’une vis garnie d’une manivelle.
- De ce que nous venons de dire, nos lecteurs peuvent se faire une idée de l’importance de l’industrie de la pulvérisation qui a pris un développement considérable dont on se rend facilement compte si l’on songe que dans l’usine de M. Poulain, qui s’est obligeamment mis à notre disposition en cette circonstance, quarante ouvriers et une force motrice de soixante chevaux travaillent d’un bout de l’année à l’autre à réduire en poudre les matières les plus diverses et quelquefois les plus invraisemblables.
- Paul Gahéry.
- LES CACATOÈS
- Dans l’ordre des Perroquets, si riche en espèces, les Cacatoès forment, avec les Calyptorhynques et lesMicroglosses, une famille nettement caractérisée,
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- aussi bien sous le rapport de la structure des principales pièces du squelette, de la physionomie et du mode de coloration du plumage, que sous le rapport de la distribution géographique. Ce sont des oiseaux aux formes robustes et môme un peu lourdes, à la queue courte ou de longueur médiocre, à la livrée de couleur uniforme ou de teintes peu variées, qui habitent l’Australie, la Nouvelle-Guinée, Timor, les îles Salomon, les Moluques, les Philippines, Célèbes et quelques terres de moindre importance.
- Les Cacatoès, les seuls membres de cette famille dont nous ayons l’intention de nous occuper aujourd’hui, constituent à leur tour un genre assez nettement défini, car ils se distinguent à la fois des Mi-croglosses et des Calyptorhynques par leur taille plus faible, leur corps plus ramassé, leur queue plus courte et plus égale, leur bec moins puissant, leur plumage aux teintes plus vives, plus gaies et plus agréables à l’œil. Quoiqu’ils soient toujours moins richement vêtus que les Perruches australiennes et que les Aras du Nouveau Monde, les Cacatoès peuvent meme, à notre avis, soutenir avec avantage la comparaison avec ces Perroquets aux couleurs éclatantes, car leur costume offre, surtout pendant la vie de l’oiseau, des nuances d’une délicatesse et d’une fraîcheur exquises. Du rose clair, du rouge vermillon, du jaune soufre ou du jaune citron rehaussent la blancheur neigeuse de leur plumage ou la colorent d’un léger reflet ; d’autres fois c’est du rose tendre qui s’harmonise admirablement avec du gris perle, ou bien encore de l’écarlate qui tranche sur du noir ou du gris fer. La tête est, chez certains Cacatoès, coiffée de larges plumes qui peuvent s’épanouir en auréole ; chez d’autres elle est surmontée d’une huppe élégante jdont les plumes, étroites et recourbées en virgule, s’écartent lorsque l’oiseau est irrité; chez d’autres, enfin, elle est ornée d’une aigrette de plumes décomposées d’un effet original:
- Ces différences de livrée, jointes à des modifications dans la forme du bec, dans les proportions des diverses parties du corps et dans ^aspect de la face, permettent de reconnaître san^t^p^de pqinp Jd’s es* pèces des Cacatoès. Ainsi cljpzle Cacafoc*casque* (Cacatua galerita), qui se trouve dans le nord-ouest et dans le sud de l’Australie, le plumage est d’un blanc légèrement soufré; la tête porte une belle huppe d’un jaune vif, dont les plumes sont comme gaufrées et relevées gracieusement à l’extrémité ; le bee et les pattes sont d’un noir saupoudré de gris et les yeux sont entourés d’un cercle dénudé d’une teinte blanchâtre ou livide. Cette peau nue est, au contraire, colorée en blanc chez les Cacatoès triton (Cacatua triton) de la Nouvelle-Guinée et des îles avoisinantes. Chez le Cacatoès soufré (Cacatua sul-furea), espèce de dimensions plus réduites que l’on rencontre principalement à Célèbes, la teinte jaune s’accentue et forme deux taches près des oreilles. Elle tourne à l’orangé sur les plumes occipitales du Cacatoès à huppe citron (Cacatua citrino-cristata), qui vit sur l’île de Sumba et peut-être aussi à Ti-
- mor-Laut. Enfin, sans changer de forme, la huppe se colore en rouge à la base, en jaune au milieu et reste blanche à l’extrémité chez le Cacatoès de Lead-beater (Cacatua Leadbeateri), quelquefois désigné par les marchands d’oiseaux sous le nom tout à fait impropre de Cacatoès Inca. Loin d’habiter le Pérou, comme pourrait le faire supposer cette appellation vulgaire, le Cacatoès de Leadbeater a pour patrie le continent australien. C’est une des plus belles espèces du genre, avec sa livrée rose et sa huppe tricolore.
- Au contraire, chez le Cacatoès blanc (Cacatua alba) ou Cacatoès à crête de Ternate, de Batchian et de Gilolo, les plumes de la région postérieure de la tête demeurent courtes et arrondies et peuvent s’épanouir en diadème. Il en est de même chez le Cacatoès ophthalmique (Cacatua ophlhalmica), de la Nouvelle-Bretagne, ainsi nommé parce qu’il a l’œil entouré d’un cercle dénudé, coloré en bleu de ciel. Dans cette espèce, le plumage est d’ailleurs d’un -blanc légèrement nuancé de jaune, tandis qu’il est d’un blanc pur chez le Cacatoès à crête, et d’un blanc lavé de rouge chez le Cacatoès des Moluques (Cacatua màluccensis), Perroquet de forte taille habitant les îles de Céram et d’Amboine.
- Par leur taille plus faible et leur bec recouvert à la base d’une membrane emplumée, le Cacatoès aux yeux nus (Cacatua gymnopis) de l’Australie méridionale, le Cacatoès sanguin (Cacatua sangui-nea) de l’Australie septentrionale et orientale, diffèrent du Cacatoès des Moluques, en même temps qu’ils se distinguent l’un de d’autre par la forme del’çspace -dénudé qui erif&ure l’œil, et qui est arrondi chez le Cacatoès sanguin, ovalaire dans l’autre espèce. Chez " ces Perroquets, en outre, la région comprise'entre l’œil et le bec est fortement téintée de rouge, tandis qu’elle reste blanche chez le Cacatoès de Ducorps (Cacatua Ducorpsi), découvert sur l’une des îles Sidomoil'par les naturalistes de l’expédition de l’As-trolabe. Dans cette dernière espèce, les parties inférieures du corps sont comme le manteau, d’un blanc presque immaculé; mais chez le petit Cacatoès dqs Philippines (Cacatua Piiüippinarum ou hfêmhturopygia) les plumes sous-caudales*se tei- ^
- • gnent de rouge vermillon, et chez le Cacatoès rose c, d’Australie (Cacatua rosea ou roseicapilla) une teinte carminée envahit le dessous du corps, remonte sur les joues et rougit la huppe d’une délicate aurore, tandis que le dos et les ailes prennent une teinte gris perle.
- Par son costume, le Cacatoès rose s’écarte déjà notablement des Cacatoès ordinaires, mais pas autant toutefois que le Cacatoès à huppe rouge (Cacatua galeata), dont la tête et le corps sont revêtus de plumes noires cerclées de blanc et nettement détachées comme des écailles, et dont le chef est surmonté d’une touffe de plumes finement découpées d’une teinte écarlate. Par ces caractères, cette espèce, qui se trouve à la fois en Australie et en Tas-numie, établit la transition entre les Cacatoès et les Calyptorhynques et a été placée quelquefois
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- dans un genre particulier, appelé Callocephalon.
- Quand nous aurons ajouté que le Cacatoès nain (Cacalua parvula) de Timor n’est qu’un diminutif du Cacatoès à casque, et que te Cacatoès de Goffîn, de Elle Tenimber, n’est qu’une réduction du Cacatoès sanguin, tandis que les Cacatoès nasiques (Cacalua ou Licmetis nasica et pastinator) de la Nouvelle-Galles du Sud, de l’Australie centrale et occidentale, offrent au contraire un type parfaitement tranché, grâce à leur mandibule supérieure crochue et proéminente comme un nez de Polichinelle, nous aurons passé en revue toutes les espèces du genre Cacatoès, en résumant leurs caractères distinctifs. 11 nous reste à dire quelques mots des moeurs et du régime de ces magnifiques oiseaux.
- Les Cacatoès ne remontent pas à une grande altitude sur les montagnes et ne recherchent point l’ombre des forêts touffues. Ils se plaisent surtout dans les plaines parsemées de bouquets de bois. En dehors de la saison des nids, ils forment des troupes nombreuses, à la façon des Perroquets amazones de l’Amérique tropicale et, comme ceux-ci, gagnent, à la tombée de la nuit, la cime des arbres les plus élevés en menant grand tapage. Dès l’aube, avec de nouveaux cris, ils prennent leur vol pour aller s’abattre sur un champ récemment ensemencé ou couvert d’une riche moisson, sur un verger en plein rapport. Us s’y livrent à de véritables orgies de grains ou de fruits, n’interrompant leurs festins qu’aux heures les plus chaudes du jour, durant lesquelles ils font la sieste, tapis dans le feuillage. Grâce à leurs ailes amples et munies' de pennes résistantes, ils ont un vol facile et soutenu, et, comme tous les Perroquets, ils grimpent avec beaucoup d’adresse. Sur le sol, au contraire, leurs allures sont singulièrement gauches et incertaines : ils s’avancent en titubant, sautillant lourdement et cherchant des yeux tm point d’appui auquel ils puissent s’accrocher avec leur bec. Mais qu’ils trouvent à leur portée un tronc d’arbre, aussitôt les voilà tirés d’embarras : ils saisissent fortement l’écorcc entre leurs mandibules et, s’aidant alternativement du bec et des pieds, ils se hissent, avec une incroyable rapidité, jusqu’aux branches les plus hautes.
- Certains Cacatoès nichent dans des troncs d’arbres, d’autres dans des fentes de rochers, sur les bords des rivières. Leurs œufs, au nombre de deux ou trois au plus par couvée, sont de couleur blanche, à coquille lisse et sans taches, comme ceux des autres Perroquets. Les petits naissent couverts d’un duvet blanc, mais ils revêtent de bonne heure, dès la première mue, la livrée des adultes. Bientôt ils accompagnent leurs parents dans leurs excursions quotidiennes et même dans quelques voyages plus lointains, effectués dans le but de trouver de la nourriture.
- En raison des dégâts énormes qu’ils causent dans les champs et les jardins, les Cacatoès sont poursuivis sans relâche par les colons anglais établis- dans les plaines fertiles de l’Australie. Dans l’intérieur du môme continent, ils sont également l’objet d’une
- chasse très active de la part des indigènes, qui en détruisent des troupes entières à l’aide du boomerang, leur arme favorite. Les Papous recherchent les plumes de ces oiseaux que les guerriers piquent dans leur chevelure crépue, aussitôt qu’ils ont tué un ennemi à la guerre. Enfin, à la Nouvelle-Hollande, comme à la Nouvelle-Guinée, aux Moluques et aux Philippines, beaucoup de Cacatoès sont capturés vivants pour être expédiés en Europe, où ils sont vendus à des prix qui varient naturellement suivant la beauté ou la rareté du spécimen, mais qui ne dépassent jamais une centaine de francs, et qui parfois s’abaissent à 50 ou 40 francs.
- Les Cacatoès supportent fort bien la captivité et, moyennant quelques soins, peuvent être conservés pendant très longtemps sous notre climat. Brelnn cite même un individu de ce genre qui a vécu en Europe pendant soixante-dix ans. Divers Cacatoès, et notamment des Cacatoès à casque, ont pondu au Jardin des Plantes et dans d’autres jardins zoologiques, et, à Berlin, M. E. Dulitz a réussi à élever trois générations successives de l’espèce que nous venons de citer. Peu difficiles dans le choix de leur nourriture, ces oiseaux mangent indifféremment du che-nevis, du riz bouilli, du maïs en grappe ou légèrement cuit, du pain sec, des pommes, des cerises, des raisins, des noix, des noisettes, des pommes de terre et même, suivant M. Dulitz, des radis et des choux. Un régime simple et frugal est ce qui leur convient le mieux, et il faut se garder de leur offrir des friandises en excès ou des aliments trop gras, car cela les rendrait obèses et les prédisposerait à l’apoplexie. Parmi les maladies auxquelles ils sont sujets, l’une des plus fréquentes est une irritation delà peau qui les pousse à s’arracher les plumes, mais, suivant M. Mégnin, on réussit assez bien à combattre cette affection cutanée en donnant aux sujets qui en sont atteints de petits morceaux de viande et en leur faisant boire une eau légèrement arsenicale.
- Si les Cacatoès n’avaient pas une voix aussi aiguë et aussi désagréable, ils pourraient être recommandés comme oiseaux d’appartement : ils sont en effet plus doux et moins astucieux que les Aras et les Amazones, et ils s’attachent vite à leurs maîtres. Pour peu qu’on s’occupe d’eux, qu’on leur parle en leur donnant à manger, les Cacatoès, qui reproduisent déjà d’eux-mêmes le miaulement du Chat et le chant du Coq, s’habituent à répéter une foule de mots. L’un de ceux qu’ils redisent le plus facilement est le mot kakatou. D’après M. Finsch, ce mot, dont nous avons fait Cacatoès, et auquel Brisson a donné la forme latine Cacatua, ne serait pas, comme on le croit généralement, une simple onomatopée, la reproduction d’un cri naturel de l’oiseau vivant à l’état sauvage ; ce serait un mot malais, signifiant pince, qui serait devenu le nom de l’oiseau. Nous lisons en effet dans le Système de la nature, de Klein, qu’une des espèces citées plus haut est appelée Kakalucha par les indigènes des Moluques.
- Les Cacatoès manifestent leur hostilité envers les
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- Los Cacatoès du Jardin dos Plantes de Paris. (D’après nature.)
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- Chiens et les Chats en criant et en battant des ailes. Ils accueillent de la même façon et cherchent à mordre les personnes qui leur ont fait du mal ou qui ont coutume de les agacer, car ils sont d’humeur rancunière. En revanche, ils témoignent leur contentement, à la vue de leurs amis, en poussant des cris joyeux, en hochant de la tête et en tendant le cou pour se faire gratter. Ces Perroquets, en effet, semblent éprouver un plaisir extrême à sentir une main caresser leurs plumes ou chatouiller leur épiderme. Comme les Chats, ils prennent alors une figure béate, ferment les yeux et finissent par tomber dans une sorte de sommeil hypnotique. M. von Martins a observé les mêmes faits chez un Seops du Japon et chez un Mainate de Java. Tous ces oiseaux, Cacatoès, Hibou et Mainate, étaient hypnotisés au moyen d’une douzaine de frictions opérées sur la tête: ils se laissaient alors coucher sur une table et y restaient inertes, les membres fiasques, et gardaient la position qu’il plaisait à l’opérateur de leur donner. Mais cet état cataleptique ne durait guère; au bout de quelques instants, l’oiseau recouvrait ses sens et se dressait sur ses pattes ; le réveil était plus brusque encore quand on frappait un léger coup sur la table. La facilité avec laquelle les Cacatoès se laissent endormir et leur aptitude à recevoir une certaine éducation, ont fait choisir ces Perroquets comme sujets par les montreurs d’oiseaux savants.
- En terminant cette Notice, nous ne devons pas oublier de faire remarquer que la distribution géographique des Cacatoès présente des particularités dignes d’intérêt, et qui ne sont pas en faveur de la théorie émise par un naturaliste anglais, M. Tris-tram, et d’après laquelle la plupart des familles ornithologiques actuelles auraient pris naissance dans le voisinage du pôle Nord. Les Cacatoès, en effet, ne franchissent guère les limites de la région que, dans sa Géographie zoologique, M. le I)r Trouessart, d’accord avec d’autres auteurs, désigne sous le nom de région australienne, et ils ne se rattachent à aucun type boréal. Cette région australienne correspond à la zone australe de M. le l)r Reichenow, zone qui se trouve placée au sud d’une région malaise située elle-même entre une région éthiopienne et une région sud-américaine. Or, de même que la région éthiopienne, la zone australe et la région sud-américaine possèdent chacune des représentants de l’une des trois grandes familles de Perroquets à longue queue ou de Perruches (Paléor-nithidés, Platycercidés et Conuridés), elles possèdent aussi chacune des représentants de l’une des trois grandes familles de Perroquets à courte queue (Psittacidés, Cacatuidés et Chrysotides ou Amazones). Une observation analogue peut être laite pour les Oiseaux coureurs ou Brévipennes, dont les trois types principaux, Autruches, Casoars et Nandous, se trouvent répartis entre trois régions : Afrique, Australie et Papouasie et Amérique du Sud. E. Oustalet.
- PARFUMS ARTIFICIELS
- La même révolution qui a été opérée par la chimie au milieu de ce siècle pour la fabrication des couleurs, est en train de se renouveler actuellement pour celle des parfums. De même que les couleurs végétales sont de plus en plus abandonnées et remplacées par les couleurs dérivées du goudron de houille, de même les parfums artificiels tendent à se substituer chaque jour davantage aux parfums naturels. Chose remarquable : ce sont aussi les dérivés du goudron qui paraissent devoir donner dans l’avenir les meilleurs résultats. Ce fait, qui peut sembler étrange dès le premier abord, s’explique en somme par la similitude des sensations cérébrales.
- Les premiers parfums artificiels ont été obtenus au moyen des éthers. Les éthers sont en effet des liquides remarquables par leurs odeurs très caractérisées. Par leur mélange, on est parvenu à imiter le parfum des fruits et des principaux liquides alcooliques employés pour la boisson.
- Yoici quelques formules intéressantes :
- Ananas : Chloroforme, aldéhyde, butyrate d'éthyle, bu-tyrate d’amyle, glycérine et alcool; — Melon : Aldéhyde, formiate d’éthyle, butyrate d’élhyle, valérianate d’éthyle, sébate d’éthyle, glycérine et alcool ; — Fraise : Éther nitrique, acétate d’éthyle, formiate d’élhyle, hutyrale d'éthyle, salicylate de méthyle, acétate d’amyle, butyrate d’amyle, glycérine et alcool; — Framboise : Éther nitrique, aldéhyde acétate d’éthvle, formiate d’éthyle, butyrate d’éthyle, benzoate d’éthyle, œnanthylate d’éthyle, salicylate de méthyle, acétate d’amyle, butyrate d’amyle, acide tartrique, acide succinique, glycérine et alcool; — Pomme : Chloroforme, éther nitrique, aldéhyde, acétate d’éthyle, valérianate d’amyle, acide oxalique, glycérine et alcool ; — Poire : Acétate d’éthyle, acétate d’amyle, glycérine et alcool; — Pêche : Aldéhyde, acétate d’éthyle, formiate d’éthyle, butyrate d’éthyle, valérianate d’éthyle, œnanthylate d’éthyle, sébate d’éthyle, salicylate de méthyle, glycérine et alcool ; — Cerise : Acétate d’éthyle, benzoate d’éthyle, œnanthylate d’éthyle, acide benzoïque, glycérine et alcool; — Prune : Aldéhyde, acétate d’éthyle, formiate d’éthyle, butyrate d’éthyle, œnanthylate d’éthyle, glycérine et alcool;—Abricot : Chloroforme, butyrate d’éthyle, valérianate d’éthyle, œnanthylate d’éthyle, salicylate de méthyle, butyrate d’amyle, acide tartrique, glycérine et alcool.
- Voilà pour les parfums des fruits. Quant à ceux qui imitent les bouquets des boissons alcooliques, on est également parvenu à les reproduire au moyen des mélanges suivants :
- Cognac : Acide laurique, acide palmitique, acide myristique et acide caproïque. On peut aussi distiller de l’acide sulfurique avec du beurre de coco saponifié par la potasse et dissous dans l’alcool. — Rhum : Formiate d’éthyle et alcool. On peut aussi opérer comme pour l’essence de cognac, mais en remplaçant le beurre de coco par le beurre ordinaire.
- Ces parfums artificiels sont aujourd'hui très employés par les confiseurs pour la préparation des confitures où il n’entre ni fruits ni sucre, mais seulement des algues, du glucose de pomme de terre et des parfums artificiels, ou pour la fabrication des bonbons, des fondants, des liqueurs, etc. Les essences de cognac et de rhum servent aussi beaucoup à la préparation de ces boissons au moyen des alcools de grain, de betterave ou de pomme de terre.
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- Los parfums des fleurs sont plus difficiles à imiter artificiellement. On a d’abord eu recours à des mélanges d'autres parfums naturels; d’un prix moins élevé ou plus faciles à obtenir.
- Voici quelques recettes :
- Extrait de lilas : Essence d'amandes amères, extraits de fleurs d’oranger, de nard, de civette ; — Extrait d'héliotrope : Extraits do rose, de fleurs d’oranger, d’ambre, de vanille, essence d’amandes amères ; — Extrait de chèvrefeuille : Extraits de rose, de violette, de tolu, de vanille, essences d’amandes amères et de néroli.
- On est allé plus loin, et la chimie est parvenue à imiter les parfums des fleurs avec des substances qui dérivent des végétaux par des réactions complexes. Les parfums de la jacinthe et du lilas sont obtenus au moyen du terpinol, dérivé de l’essence de térébenthine; l’essence de la reine des prés est le résultat de l’oxydation de la salicine, principe extrait de l’écorce du saule ou du peuplier. L’essence d’héliotrope artificielle est un mélange de pipéronal et de vanilline. Le pipéronalest extrait du poivre noir ; qnant à la vanilline, on l’obtient artificiellement par plusieurs procédés.
- Tiemann traite la coniférine par un mélange d’acide sulfurique et de bichromate de potasse. La coniférine est retirée elle-même du tronc de plusieurs espèces de conifères abondants dans les Vosges et les forêts d’Allemagne. Zaire attaque l’eugénol, produit extrait du clou de girofle, par l’acide acétique, puis par le permanganate de potasse.
- Ces réactions mettent en jeu des substances qui appartiennent principalement au groupe des substances résineuses ou des huiles volatiles, c’est-à-dire des parfums naturels. Mais la chimie a trouvé un puissant auxiliaire dans le groupe des hydrocarbures retirés par distillation du goudron de houille, et c’est là que semblent devoir se recueillir les plus belles moissons.
- Le premier parfum retiré des combinaisons opérées avec les dérivés du goudron de houille est la nitroben-zine, obtenue par Mitscherlich en 1834, mais fabriquée seulement en grand par Collas, pharmacien à Paris, en 1848, sous le nom d’essence demirbane. Cette essence rappelle par son odeur celle des amandes amères; elle est très employée pour parfumer les savons. C’est de la benzine traitée par l’acide nitrique.
- Les parfums d'origine semblable se sont multipliés dans ces dernières années. C’est ainsi que le phénol a permis de préparer le parfum d’aubépine et l’essence de gaul-tlieria procumbens artificielle ou winter-grecn. Le parfum d’aubépine s’obtient en combinant le phénol avec le chloroforme; quant au winter-green, on le prépare en distillant un mélange d’acide salicylique, d’alcool méthy-lique et d’acide sulfurique. Or, l’acide salicylique est lui-même fabriqué en grand par l’action de l’acide carbonique sur le phénol.
- Le musc artificiel de A. Bauer s’obtient en traitant l’isobutyltoluène par un mélange d’acide nitrique et d’acide sulfurique. C’est un produit cristallisé, insoluble dans l’eau. Le musc artificiel de F. Valentimer, également cristallisé, mais soluble dans l’eau, s’obtient par l’action de l’acide sulfurique sur un mélange d’alcool isobutylique et d’acétoxylol.
- Un avenir prochain nous montrera très probablement que lès dérivés du goudron sont capables de fournir à l’industrie des parfums artificiels aussi remarquables que les couleurs artificielles découvertes dans le milieu de ce siècle. A. Bt.f.gnard.
- PRÉPÀRATON DU CHROME MÉTALLIQUE
- PAH ÉLECTROLYSE
- Le chrome métallique n’a été jusqu’ici qu’une curiosité de laboratoire, et, dans la plupart des cas, on a donné ce nom à un carbure de chrome plus ou moins pur. M. Pla-cet a pu obtenir ce métal par des procédés nouveaux d’électrolyse que nous allons résumer.
- Préparation. — On fait une solution aqueuse d’alun de chrome, que l’on additionne d’un sulfate alcalin et d’une petite quantité d’acide sulfurique ou d’autres acides. Cette solution est alors électrolvsée : au pôle négatif, on recueille un dépôt qui, sur la face de l’électrode, présente un beau brillant et qui est constitué par du chrome pur.
- Propriétés. — Ce métal est d’une grande dureté et présente une belle couleur d’un blanc bleuâtre; il résiste parfaitement aux agents atmosphériques et n'est pas attaqué par l’acide sulfurique concentré, par l’acide azotique et par une solution concentrée de potasse.
- Lorsque le dépôt électrolytique se fait dans certaines conditions, on peut même obtenir des groupements de cristaux de chrome l'appelant la forme des branches de sapin.
- Ce métal, que l’on peut donc maintenant préparer d’une façon véritablement industrielle, fournit de nombreux alliages dont nous poursuivons l’étude.
- M. Placet ajoute que cette nouvelle préparation l’a amené à entreprendre l’étude du chromage (si l’on peut employer ce mot) ou dépôt électrolytique du chrome à la surface des différents métaux ou alliages. Ses essais ont parfaitement réussi : dans des bains analogues à celui que l’auteur a décrit précédemment, il a obtenu sur le laiton, sur le bronze, sur le cuivre, sur le fer lui-même, un dépôt de chrome adhérent, d’une épaisseur variable à volonté, et d’un bel aspect métallique rappelant l’argent oxydé.
- Un échantillon de chrome métallique de plus de 1 kilogramme, des alliages de chrome et des ornements de laiton recouverts de chrome par électrolyse, ont été présentés à l’Académie des sciences1.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- Fourneau à essence de pétrole. — La gravure ci-eontre (fig. 1) représente (n° 2 et 5) un nouveau petit fourneau à gaz, élaborant lui-même son gaz qu’il tire de l’essence minérale ou gazoline au fur et à mesure de sa consommation. Cette petite usine portative, avec son gazomètre tout ensemble ne pèse pas plus de 2 kilogrammes ; elle nous a paru ingénieuse et digne d’être signalée. Le fourneau à essence est muni d’un réservoir R (fig. 1, n° 3) qui est plein d’essence. Le liquide combustible est conduit au fourneau par un tube T qui est préalablement chauffé et qui volatilise ce liquide. Une fois le fourneau allumé, la volatilisation se continue, et c’est en réalité de la vapeur que brûle le fourneau, à la façon d’un fourneau à gaz. Dans cet appareil la pression est donnée par la hauteur du réservoir R qui surplombe. Le passage du tuyau T
- 1 D’après une Note présentée à l’Académie des sciences, par M. Henri Moissan, au nom de M. Em. Placet. — Yoy. n° 1018 de La Nature, du 3 novembre 1892, p. 15.
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- amenant l’essence, se fait au milieu de la flamme même qui produit le gaz par éehaulfement. L’appareil est muni d’une large prise d’air 0 (n° 2) où le gaz s’échappe avec force par l’étroit orifice ouvert à la clef, et faisant Giflard, entraîne en même temps un courant d’air qui vient allonger la flamme en la rendant bleue comme celle du chalumeau.
- On conçoit que l’intensité de cette flamme, que la clef modère à volonté, est employée avecsuccès pour tous usages delà cuisine et au laboratoire, là surtout où le gaz de la ville fait défaut. La consommation ne dépasse pas 4 centimes d’essence par heure.
- Le petit fourneau que nous venons de faire connaître a trouvé une application utile pour l’hiver. Placé dans un calorifère spécial que représente la gravure ci-dessus (n° 1 ), il est introduit par la petite porte visible à la hase du dessin. L’inventeur est parvenu à éviter toute odeur, grâce à cette flamme bleue dont la combustion est complète, et grâce aussi à la disposition du calorifère à double paroi formant fumivore. On comprendra en suivant les flèches du dessin
- la marche de l’air chaud qui repasse une seconde fois sur la flamme.
- Ce petit poêle se recommande pour les bureaux, cabinets de toilette, vérandas et toutes pièces sans cheminées; on le transporte facilement, même tout allumé, et il est muni en outre d’un petit tour utile aux ménagères.
- Fig. 1. — Appareils de chauffage à essence de pétrole.
- 1. Petit calorifère sans cheminée. — 2 et 3. Fourneau à gaz.
- i,e diviseur instantané. — Le diviseur instantané, imaginé par M. Robert Personne de Scnnevoy (fig. 2), se compose d’un parallélogramme articulé, à l’intérieur duquel, et parallèlement à l’un de ses côtés, sont disposées de petites lamelles ou réglettes
- également espacées entre elles et articulées en leurs extrémités; chaque réglette est percée, suivant son axe longitudinal et l’une des diagonales du parallélogramme, d’une petite ouverture numérotée, destinée au passage d’une pointe de crayon ou d’un poinçon, pour marquer les divisions.
- Pour diviser une ligne quelconque en 17 parties égales,
- par exemple, il suffît de placer le zéro de l’instrument sur une des extrémités de la ligne, et
- d’amener à l’autre extrémité l’orifice portant le n° 17 ; puis, de pointer à travers toutes les ouvertures de 0 à 17. Il est clair que dans les cas où il ne serait pas possible d’amener à l’extrémité de la ligne â diviser, l’ouverture porfant le nombre choisi, il suffirait de remplacer ce nombre par un de ses multiples. Exemple : pour divi-
- Fig. 2. — Le diviseur instantané. — 1. Vue de l’appareil. — 2. Mode d’emploi. ser Une ligne de
- 20 centimètres en
- o, on pourra pointer 5, 10, 15; ou bien, 4, 8, 12, etc., etc. La figure principale de la gravure ci-dessus indique le mode d’opérer.
- Le diviseur instantané est aussi très utile pour tracer rapidement une série de lignes paral-
- lèles.
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- -<-<><
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- WERNER SIEMENS
- Lu science et l’industrie électrique viennent d’éprouver une perte sensible dans la personne du I)r Werner von Siemens, décédé à Berlin, le 6 décembre, dans sa soixante-seizième année.
- Le I)r Siemens, né à Lenlhe, Hanovre, en 1810, fit son instruction première au gymnase de Lübeck et s’engagea dans l’artillerie prussienne en 1854. Son intelligence le- fît rapidement remarquer de ses chefs, et, après avoir passé quelque temps à l’Ecole militaire, il prit rang de lieutenant en 1857, et servit jusqu’en 1850. Il consacra le temps que lui laissait le service, à l’étude des sciences physiques et inventa la dorure électrique, un régulateur différentiel et un télégraphe imprimeur électrique automatique.
- Comme membre d’une Commission d’étude nommée pour la substitution du télégraphe électrique au télégraphe optique, il proposa, en 1847, l’emploi de conducteurs ou câbles isolés à la gutta-percha et réussit, le premier, à recouvrir une âme en cuivre du précieux isolant, â l’aide d’une presse de son invention dont l’emploi est aujourd’hui universel dans les fabriques de câbles. Ces fils isolés servirent, en 1848, à la protection du pont de Iviel contre les attaques de la Hotte danoise, car ils furent utilisés à la première mise en feu électrique des mines sous-marines.
- C^est la même année que fut établie, sous sa direction, la première ligne télégraphique aérienne allemande reliant Berlin à Francfort-sur-le-Mein et, en 1849, la première ligne télégraphique souterraine reliant Berlin à Cologne.
- Les établissements de Charlottenbourg fondés en 1847 par son association avec Ilalske acquirent bientôt une réputation universelle. Des succursales, devenues depuis des établissements indépendants, s’établirent à Londres sous la direction de William Siemens, mort en 1884, et â Saint-Pétersbourg, sous celle de M. Charles Siemens, tous deux frères de Werner Siemens.
- Pendant quarante années, les travaux de Werner Siemens ont été partagés entre la science pure et la
- science appliquée. C’est à lui que l’on doit l’étalon de résistance en mercure, adopté aujourd’hui comme prototype international représentant une valeur fixe, invariable, facile à reproduire en tous temps et en tous lieux en partant de sa simple définition. Werner Siemens a créé une série de méthodes pour la mesure des câbles souterrains et sous-marins qui sont encore journellement emp loyées. La télégraphie lui doit le relais polarisé qui porte son nom, la presse à gutta-percha et la découverte d’un système de transmission simultanée. Ses travaux d’électricité industrielle sont des plus féconds ; nous citerons, entre autres, l’armature à double T de sa machine dynamo, le principe de l’auto-excitation présenté à l’Académie des sciences de Berlin, le 17 janvier 1867, quelques jours avant la communication de Wheatstone sur le même sujet, le premier chemin de fer électrique établi en 1879, le système des dépêches pneumatiques qu’il introduisit à Berlin dès 1865, et un grand nombre d’autres inventions moins connues, mais non moins utiles.
- Les honneurs de tous genres n’ont pas manqué à ce savant dont la carrière est si bien remplie. En 1860, l’Université de Berlin lui accordait le titre de
- Werner Siemens. (D’après une photographie.)
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- LA NATURE.
- docteur en philosophie, honoris causa, et en 1874, l’Académie des sciences de la meme ville l’appelait dans son sein.
- Son autorité dans les Congrès scientifiques auxquels il a participé, était reconnue de tous ceux qui y prenaient part, et ses avis souvent suivis.
- 11 avait contribué, en 1888, pour 500 000 marks à la création d’un laboratoire national scicntiliquc et technique.
- Par l’importance de ses découvertes et de ses travaux, par son habileté à les mettre en œuvre, à en tirer un prolit matériel pour l’industrie, à en ontenir des résultats utiles pour la science, Werner Siemens laissera le souvenir d’un travailleur infatigable, d’un savant distingué, d’un inventeur fécond et d’un ingénieur habile.
- Sous un aspect un peu rude, Werner Siemens cachait un fonds de bienveillance et d'affabilité que nous avons été à même d’apprécier lorsqu'il nous lit visiter, en 1888, ses usines de Charlottenbourg, et, plus récemment, au Congrès international des électriciens de 1891, dont il était président.
- E. Hospitalier,
- DÉCROISSANCE DU MUS EN FRANCE
- Le Favus est une variété de teigne qu’on s’est imaginé régner en France beaucoup plus que partout ailleurs. Ce préjugé tend à disparaître, maintenant que les statistiques se publient un peu partout, et l’on voit que la basse Autriche, l’Italie, l’Allemagne et autres pays n’en sont pas plus exempts que nous.
- Il y a plus : depuis un certain nombre d’années, grâce aux progrès de l’hygiène, à la vulgarisation de la connaissance des idées de contagion, le Favus est en décroissance très notable en France. Le Dr Feulard a examiné, à ce point de vue, les statistiques publiées par le Ministère de la guerre, à l’occasion du tirage au sort, et relevé avec soin les cas d’exemption pour cette maladie.
- La statistique n’embrasse pas toute la population, mais elle permet d’établir une moyenne approximative. De 1887 à 1891, cinq années, les conseils de révision ont examiné 1518 815 conscrits; sur ce nombre, les cas d’exemption pour teigne faveuse sont de 964. Or, de 1876 à 1880, la proportion des exemptés, pour un chiffre à peu près similaire de conscrits, avait été de 1541 ; dans la période de 1881 à 1885, elle tombait déjà à 1399. La décroissance est, on le voit, sensible et très régulière.
- La répartition sur le territoire est assez curieuse. Jadis tous les départements présentaient des exemptés ; actuellement, dernier relevé, cinq départements n’en ont plus du tout (Belfort, Côte-d’Or, Haute-Marne, Indre, Rhône). Sur 82 départements restants, 53, c’est-à-dire à peu près exactement les deux tiers, ont eu moins de 10 exemptions en cinq ans; 15 en ont eu de 10 à 20; 5 de 20 à 50 ; 4 de 50 à 40 ; 1 en a eu 40 (Aveyron) ; d’autres 50 (Côtes-du-Nord) ; 65 (Hérault) ; 65 (Pas-de-Calais) ; 90 (Seine-Inférieure).
- En comparant les trois statistiques quinquennales entre elles, on constate, non sans surprise, que ce sont toujours à peu près les mêmes départements qui restent les plus atteints. 11 y a là, évidemment, un défaut de surveillance dans les établissements scolaires ou publics, ou une né-
- gligence absolue des parents auxquels il faudra remédier.
- Ces pays les plus atteints forment trois groupes principaux : le plus important est situé dans le Midi (Hérault, Aveyron, Cantal, Corrèze, Ariège, Landes), tous départements qui ne brillent pas par la réputation des soins minutieux de propreté.
- Un second groupe est moins cohérent; il avoisine les bords de la Manche (Seine-Inférieure, Pas-de-Calais, Côtes-du-Nord). Un troisième groupe, beaucoup moins tranché, comprend la région de l’Ouest, entre la Touraine et l’Atlantique. Par contre, la région de l’Est, le bassin de la Seine, les Vosges, n’ont à peu près pas de malades. La fréquence de la teigne n’a aucun rapport avec la densité de la population : dans les grandes villes les soins sont donnés avec assiduité ; dans le fond des campagnes, on néglige absolument tout traitement ; il faut ajouter que les sources de la contagion, qui se fait souvent par les animaux, sont
- plus communes. A. C.
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- CHRONIQUE
- Un timbre-poste en l'honneur de Christophe Colomb. — Nous avons annoncé précédemment (n° 1009, du 1er octobre 1892, Supplément, Informations) qu’en l’honneur de l’Exposition universelle de Chicago, le. Gouvernement des États-Unis imprimera trois sortes de timbres-poste qui ne seront valables que pendant une année. La République argentine vient de faire événement en mettant en vente, pendant la seule journée du 12 octobre 1892, deux timbres gravés qui représentent la flottille historique de Christophe Colomb, et qui n’ont été valables que pendant celte journée. Le Gouvernement argentin a lancé dans la circulation 200 000 timbres de 5 centavos et 200 000 timbres de 2 centavos. Un de nos lecteurs de La Plàta, M. Juan J. Elordi, ingénieur, a eu l’obligeancp de nous envoyer un spécimen de ces timbres ; nous en reproduisons le dessin fort gracieux, non sans adresser nos remerciements les plus sincères a notre correspondant. Les timbres que nous signalons, du quatrième centenaire de la découverte de l’Amérique, vont être recherchés avec avidité par les collectionneurs. Ils ont produit une petite révolution dans la République argentine. Tous les habitants de Buénos-Ayres sont devenus collectionneurs le 12 octobre, et, dès le lever du jour, la poste était assiégée par la foule qui ne voulait pas attendre l’ouverture des bureaux. Elle a envahi la salle d’affranchissement une demi-heure avant l’heure réglementaire. La vente des nouveaux timbres a commencé aussitôt par les quatorze guichets du bureau. La poste, afin d’éviter l’accaparement, avait décidé de ne vendre que 100 timbres à une personne, 50 de chaque valeur. A3 heures du soir, le 12 octobre, les timbres étaient épuisés.
- Ue Métropolitain électrique de LHrerpooI. —
- A l’exemple de New-York, la ville de Liverpool possède depuis quelques jours son Métropolitain élevé, dont la construction a été achevée après deux ans et demi de travail continu. La ligne, qui va de Seaforth aux docks dits d’IIerculanum, sera sous peu mise en exploitation régulière. Entièrement construit en fer forgé, l’ouvrage métallique, de l’avis général, n’est pas d une élégance ex-
- Timbre-poste imprimé par la République argentine pour célébrer le quatrième centenaire de la découverte de l’Amérique.
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- trêine, mais on a voulu, paraît-il, sacrifier l’art à la solidité et à la résistance. Les treize stations, très petites et faites en bois, se composent .chacune de bureaux de recettes ou de service ainsi que d’une salle d’attente, à laquelle le public accédera au moyen d’escaliers partant de la rue. Bâties sur piliers, ces gares ont des quais de 55 mètres de long, 5m,G0 de large et 90 centimètres d’élévation au-dessus du niveau des voies. En ce qui concerne le service, il comporte douze trains par heure dans chaque sens, entre 5 heures du matin et 9 heures du soir. Les cars, éclairés à l’électricité, sont tous munis du frein Westinghouse. La grande particularité de ce nouveau Métropolitain est l’application de l'électricité à la traction des trains. En un point central, situé près des docks de Bram-ley-Moore, sont installés de puissants générateurs, qui distribueront le courant moteur par l’intermédiaire d’un circuit d’acier. En comptant les arrêts, le parcours ne défiasse pas une demi-heure. Le Métropolitain de Liverpool a été construit pour ainsi dire sans échafaudages, et par conséquent sans que la circulation ait été entravée un seul instant; il est vrai que le prix total du nouveau chemin de fer électrique atteint 2 000000 de francs le mille. À ce taux on peut faire bien des tours de force.
- Le port d’itden. — Des travaux importants de dragage ont été exécutés à Aden, de manière à assurer une profondeur de G”,09 au-dessous du niveau de basse-mer, ce qui permet aux grands navires de faire leur charbon à l’intérieur du port, avec sûreté, pendant la mousson de sud-ouest. Ce résultat n’est pas trouvé suffisant, et il est proposé maintenant d’approfondir le port sur une plus grande partie de sa superficie et d’obtenir l'",80 de profondeur de plus, à marée basse. Les travaux de dragage qui viennent d’ètre terminés ont été exécutés au moyen d’une puissante drague à clapet de 1000 tonnes de capacité, ayant deux hélices, et qui enlevait 405 000 tonnes par an, au prix de 2,96 annas (50 centimes) par tonne. —
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 décembre 1892. —Présidence de M. d’àbuadie.
- Prédiction du temps. — On connaît les efforts de M. Zenger pour rattacher les phénomènes météorologiques terrestres aux manifestations de l’activité solaire. Son système basé d’ailleurs sur la statistique des faits, l’a conduit à des lois empiriques de périodicité, qui viennent de recevoir une vérification. On se rappelle la violente tempête de neige qui a sévi sur la France le 9 de ce mois. L’auteur établit d’abord, avec une grande abondance d’informations très circonstanciées, que la perturbation atmosphérique a été générale sur toute l’Europe, du 5 au 9 décembre, depuis les îles Britanniques jusqu’aux monts Ourals ; puis il constate qu’il avait annoncé cette tempête huit jours d’avance, à Prague et à Paris, d’après les caractères de certaines taches solaires alors visibles.
- Applications médicales et industrielles de Vélectro-lijse. — M. le Dr Foveau de Courmelles décrit sous le nom de biélectrolyse les actions réciproques de deux corps complexes sous l’action de courants électriques continus. Indépendamment de l’action électrolytique proprement dite, iF se produit une élévation de température permettant la formation de corps nouveaux parfois inattendus et dus à la mise en liberté, à l’état naissant, de certains des éléments. En présence des tissus morbides, l’iodure de potassium donne de l’acide iodhydrique et de la potasse
- naissante, qui augmentent l’action destructive du courant. M. le professeur Péan, à la suite de résultats concluants obtenus dans son service de l’hôpital Saint-Louis, a signalé l'efficacité de la biélectrolyse, an point de vue médical, dans une communication faite à l’Académie de médecine le 8 novembre dernier. Pour désinfecter, les hypochloriles et les courants continus mettent rapidement le chlore en liberté. Un obtient également d’excellents résultats pour la décoloration, au moyen de certaines substances sur lesquelles M. le l)r Foveau de Courmelles se réserve de revenir ultérieurement. Dès aujourd’hui on peut diviser la biélectrolyse en deux branches : la biélectrolyse thérapeutique et la biélectrolyse industrielle.
- Ethérification des alcools. — M. Moissan présente une note de M. Meslans sur l’éthérification directe des alcools par l’acide lluorhydrique. Jusqu’à ce jour, on n’avait pu éthérifier les alcools au moyen de cet acide, et l’auteur n’v est parvenu qu’en opérant à une température élevée et sous de fortes pressions. 11 a dû employer à cet effet un appareil métallique très résistant, constitué par un tube de cuivre doublé de platine et emboîté exactement dans un cylindre d’acier foré. La fermeture de cet appareil est obtenue à l’aide d’une masse de cuivre qu’on écrase sur l’orifice du tube avec une vis de pression. Un robinet spécial permet de recueillir les produits gazeux de la réaction. On a pu préparer par cette méthode les éthers fïuorhydriques d’un certain nombre d’alcools.
- Effets des hautes températures. — M. Moissan rappelle que c’est M. Henri Sainte-Claire Deville qui a donné une forme pratique au chalumeau à gaz oxygène et hydrogène et permis d’obtenir ainsi des températures qui varient entre 1700 et 1900 degrés centigrades suivant le point de la flamme et 2000 dans la partie oxydante. Mais la chimie a besoin de températures plus élevées encore. L’auteur utilise, pour les produire, la chaleur donnée par l’arc électrique. Le dispositif adopté est des plus simples. Deux briques de chaux vive maintiennent face à face les électrodes entre lesquelles doit jaillir l’arc au-dessus d’un petit creuset. Ces briques sont elles-mêmes recouvertes, car il s’agit surtout de lutter contre le rayonnement qui est d’autant plus intense que la température augmente, et tend à produire un état d’équilibre entre la chaleur reçue et la chaleur rayonnée. Il s’agit, dit M. Moissan, d’emplir d’eau un réservoir qui fuit, en amenant soudain une telle quantité d’eau, que la perte soit négligeable. Avec une machine de 4 chevaux donnant 50 ampères et 25 volts, il obtientune tempéralurede 2250 degrés; avec une machine de 8 chevaux donnant 100 ampères et50 à G0 volts, il arrive à 2500 degrés ; enfin avec 50 chevaux et 400 ampères il obtient 5000 degrés. A cette température, la chaux, la baryte et la strontianecoulent. 11 estnécessaire que l’opérateur segarantisse les yeux contre les effets de la congestion due à l’éclat des corps fondus, congestion extrêmement douloureuse qui dure 5 à G heures. La eha-ux, la baryte et la strontiane ainsi fondues sont réduisibles par le charbon, et le calcium brûle à l’air ; on obtient des carbures de calcium, de baryum et de strontium. A 2500 degrés, la magnésie cristallise en quelques minutes. Les sesquioxydes de chrome et de fer fondent à 2250 degrés ; le sesqui oxyde d’uranium se dissout à 2500 degrés et l’on recueille un culot de 120 grammes en moins de 10 minutes. Ce résultat est très remarquable, car on n’avait réussi jusqu’à ce jour qu’à préparer des granules d’uranium. Le platine se volatilise à 5000 degrés. L’alumine fond et cristallise; on a pu par cette voie obtenir des
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- rubis. En somme les oxydes ont tous fondu et cristallisé.
- La pulpe de betterave. — M. Arloing donne un complément à ses recherches sur la toxicité de la pulpe de betterave en indiquant les moyens propres à la diminuer. L’ébullition donne un résultat appréciable, mais un moyen préférable est le traitement par la soude qui neutralise les acides formés. On peut dire que la pulpe perd ainsi 5/6 de ses principes toxiques, et si l’on substitue le chlorure de sodium à la soude, on peut obtenir encore un meilleur résultat et arriver à 1/9 avec 0, 5 pour 100 de chlorure de sodium. Chose singulière, le pouvoir destructif du chlorure de sodium n’est pas proportionnel au poids de la substance employée. Ainsi 5 pour 100 de chlorure de sodium ne réduisent la toxicité que de 50 pour 100. C’est donc lorsque le sel est employé comme condiment qu’il produit les effets les plus satisfaisants.
- Météorite (liamantifère.
- — M. Friedel indique les résultats de l’examen chimique d’un échantillon de la météorite d’Arizona. On voyait sur cet échantillon des grains brillants qui rayaient le corindon et le diamant. Afin d’être bien fixé sur la nature de ces grains, l'échantillon a été scié en deux parties et l’une d’elles a été soumise à l’analyse chimique. Ces grains sont bien effectivement de petits diamants.
- Élection. —M. Edmond Perrier, professeur au Muséum, est élu au deuxième tour de scrutin, en remplacement de M. de Quatre-fages, par 58 voix, contre 12 à M. Vaillant, 5 à M. Dareste et 4 à M. Fischer.
- Varia. —Parmi les Mémoires présentés à l’Académie, M. Friedel signale une Note sur le dosage du sul-fatede quinine, etM. Chauveau une description des caractères distinctifs des lièvres, lapins et léporides. — A 4 heures 50, comité secret. - Ch. de Yilledeuil.
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- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE 1
- MULTIPLICATION DES PIÈCES DE MONNAIE
- Souvent, en prestidigitation, des expériences très simples et qui paraissent enfantines dès qu’on en connaît le secret, produisent à l’exécution beaucoup d’effet, et causent aux spectateurs plus de surprise que bien des tours savants et compliqués. Tel est le cas pour « la multiplication des pièces de monnaie ».
- Sur un petit plateau rectangulaire en tôle vernie, d’apparence semblable à ceux que l’on trouve dans les bazars à treize sous, sont déposées sept pièces
- 1 Suite. — Voy. n° 1015, du 12 novembre 1892, p. 584.
- de monnaie (fig. 1). Un spectateur est prié de recevoir dans ses mains cet argent et de remettre, une à une, les pièces sur le plateau, en les comptant à haute voix; on constate alors que le nombre en a doublé : il s’en trouve quatorze au lieu de sept. La même opération répétée donne pour résultat vingt et une pièces.
- Sous le plateau, que Ton voit en coupe dans la figure 5, existe un double fond qui forme un espace vide, à peine un peu plus haut que l'épaisseur d’une pièce de monnaie, et qui est divisé en deux parties égales dans le sens de la largeur par une traverse B; les deux compartiments sont fermés tout autour, sauf une ouverture égale au double du diamètre des pièces, et qui a été ménagée, en A et
- en C, au milieu des deux petits côtés du plateau. Dans le double fond sont cachées quatorze pièces, sept de chaque côté.
- Quand le contenu du plateau est versé dans les mains d’un spectateur, les pièces cachées dans l’un des compartiments y tombent en même temps (fig. 2). Le prestidigitateur change ensuite le plateau de main, et ainsi le saisit tout naturellement par le côté où se trouve maintenant le compartiment vide, ce qui permet aux sept pièces qui restaient renfermées dans le double fond, d’aller rejoindre les premières, lorsque celles-ci sont versées rapidement pour la seconde fois dans les mains du spectateur.
- Un plateau carré, dont le double fond serait partagé en quatre compartiments par des divisions allant en diagonale d’un angle à l’autre, permettrait d’augmenter à quatre reprises le nombre des pièces de monnaie.
- Disons toutefois que les prestidigitateurs habiles se passent du double fond ; ils tiennent les pièces, tantôt sous le plateau avec leurs doigts étendus, tantôt sur le plateau, sous leur pouce, et renouvellent à plusieurs reprises leur provision en puisant alternativement dans l’une ou l’autre des poches secrètes disposées avec art en maint endroit de leur habit où les spectateurs sont loin d’en soupçonner l’existence.
- — A suivre. — MAGUS.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de FJeurus, 9.
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- N° 1021. — 24 DÉCEMBRE 1892.
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- CANALISATION EN TUYAUX FLEXIBLES
- Les autorités de Rotterdam ont entrepris de jeter une canalisation d’eau en travers de laMaas (laMeuse), pour conduire l’eau de distribution de la ville d’une rive sur l’autre, dont la population s’est grandement accrue pendant ces dernières années. Jusqu’à ce jour, l’eau était envoyée par des tubes en fonte fixés sous un grand pont à piétons reliant les deux rives, mais ces tuyaux étaient d’un trop faible diamètre pour desservir les usines, les appareils de levage hydrauliques, et d’autres applications qui élèvent la consommation à plusieurs milliers de mètres cubes par jour.
- L’accroissement de consommation d’eau n’était pas, d’autre part, assez grande pour justifier la construction d’une seconde usine, d’autant plus que la première comporte une installation suffisante pour assurer largement le service.
- La ville de Rotterdam se décida donc à installer une nouvelle canalisation plus puissante, mais ce n’était pas une petite affaire que de poser un tube aussi long en travers de la rivière, en un point où le trafic est d’une activité incessante. On ne pouvait songer à construire une estacade transversale en bois sur laquelle seraient montés les tuyaux, boulonnés entre eux et plongés ensuite dans la rivière, comme cela se pratique en Relgique pour les tuyaux d’eau
- Canalisation en tuyaux flexibles dans la rivière Maas (la- Meuse), près de Rotterdam.
- et de gaz posés au fond et en travers des canaux.
- Il a donc fallu trouver autre chose, et l’on s’est arreté à un système de tuyaux llexibles que nous fait connaître aujourd’hui The Engineer. La canalisation est formée de bouts de 9 mètres de longueur, reliés par des joints sphériques en fonte. Les tuyaux ont 70 centimètres de diamètre et 1 centimètre d’épaisseur. Les joints sphériques ont lm,55 de diamètre et pèsent2500 kilogrammes ; cesjoints sont convenablement disposés sur des brides qui terminent les tubes à chaque extrémité. Cette canalisation constitue une sorte de long boyau flexible qui, une fois posé, t épouse facilement les sinuosités du fond sur lequel elle repose, et présente de grandes facilités d’installation.
- Pour immerger les tubes, deux chalands sont disposés parallèlement, en travers de la rivière, et sup-
- 21“ année. — 1er semcslrc.
- portent une plate-forme inclinée, d’environ 56 mètres de longueur, l’extrémité inférieure de ce plan venant reposer sur le fond d’une tranchée ménagée dans le fond pour recevoir les tubes. Le plan incliné recule lentement pendant que les tuyaux descendent à sa surface : dès qu’il y a une place suffisante à la partie supérieure, on adapte un nouveau tuyau en intercalant un joint sphérique, et on continue ainsi indéfiniment l’opération. La profondeur de la rivière est d’environ 11 mètres, et l’avancement du travail s’est fait à raison de 25 mètres par jour, sans apporter aucune perturbation au trafic. On a posé, en nombre rond, 900 mètres de tubes en un mois et demi donnant ainsi une solution élégante à un problème difficile. X..., ingénieur.
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- LÀ NATURE.
- LES TRAVAUX D’AMÉLIORATION
- DU PORT DK R1LR.V0
- Capitale de la province de Biscaye, Bilbao, la plus grande ville et le grand port des provinces basques, autrefois siège du plus haut tribunal de commerce de l'Espagne, rivalise d’importance avec Cadix, Santan-der et Valence ; son port est un des principaux de la Péninsule. Ce n’est point à dire que Bilbao soit, à proprement parler, un port de mer. En effet, jetons un coup d’œil sur une carte un peu détaillée de la cote septentrionale de l’Espagne, et nous apercevons Bilbao dans un enfoncement assez profond du-littoral : cette ville est située sur un cours d’eau important, le Nervion ou Ilaïzabal, qui va se jeter à la mer environ 10 kilomètres plus bas en formant ce qu’on appelle la Rin ou estuaire de Bilbao. Ce Nervion est navigable pour de gros navires en aval et jusque dans la ville même. La rivière met la
- ville en relations avec Portugalete, petit centre situé sur la rive gauche de la Ria, qui forme son avant-port.
- Bilbao est une ville excessivement pittoresque, située dans une vallée charmante ; elle se divise en deux villes, Bilbao la Vieja (la vieille), qui est sur la rive gauche du Nervion, et la nouvelle cité, sur la rive droite, réunie à la première par un vieux pont de trois arches et par deux autres ponts modernes. Des collines élevées la dominent : ce sont les monts d’Archanda, du Marro et de Miravilla ; au nord-ouest, le pays est plat, et le vent de mer vient frapper les monuments publics, arsenal, école nautique, les usines nombreuses, fonderies de fer, verreries, lissages, qui s’échelonnent le long de la rivière.
- Bilbao entretient d’importantes relations avec les colonies espagnoles ; elle fait le commerce des farines, des fruits, des bois de construction, mais surtout des minerais ; et précisément, comme nous l’indiquerons plus loin, les industries minières et mé-
- Alomzir, So.
- Jetées construites _ __ Jetée-s projetées —Jetées u l étude * Jouées ® Candélabre.' de fi lampes a- ares © Candélabre^ de 2 lampes o Candélabres d une UunpCs * Grues.
- Travaux du port de Bilbao.
- tallurgiquesdela provinceayant un essorconsidérable, on a songé à créer un port extérieur dans la haie. Les travaux de construction sont actuellement en bonne voie ; nous voudrions expliquer en quoi ils consistent, et comment ils s’exécutent.
- La haie de Bilbao est largement ouverte aux vents du nord-ouest ; mais il est un point où elle se rétrécit sensiblement, etses deux bords, entrelaPunta de la Begona et le village de Santurce ne sont plus qu’à 1700 mètres l’un de l’autre : il était naturel de songer à ces deux points pour y appuyer le pied de deux jetées ou de deux môles isolant une partie de la baie pour en faire un port en eau profonde en face de Portugalete, véritable grand port de Bilbao. La baie est d’ailleurs au mieux disposée pour cela : les profondeurs y sont très grandes et les courbes de 10 mètres viennent presque au pied du rivage et à l’embouchure même du Nervion. La tenue de la haie est, du reste, excellente, en ce sens que les ancres y trouvent un fond où elles mordent parfaitement. Il suffit pour transformer la haie en un magnifique port en eau profonde, d’opposer un brise-lames perpendiculaire à la direction des
- courants et des vents dominants, c’est-à-dire du nord-ouest.
- Pour atteindre ce but, on a décidé, en 1888, la mise à exécution d’un projet dù à un ingénieur espagnol des plus distingués, M. deChurruca, à qui nous sommes redevable des renseignements que nous publions. On a prévu deux très grands brise-lames. L’un part de la côte ouest, à 5 kilomètres environ de l’embouchure du Nervion; il se dirige d’abord exactement vers le nord-est sur 950 mètres, puis s’infléchit de 165 degrés vers l’est sur 500 mètres de long, laissant 1000 mètres entre son musoir et la côte à la pointe de Santo Ignacio. Ce premier brise-lames, adjugé en 1888 pour 20474944 pesetas à MM.Coiseau, Couvreux fds et Allard, est déjà en construction depuis le commencement de 1891 ; il se compose d’un massif d’enrochements naturels, large de 54 mètres en haut, de 78 mètres à la base, et haut de 15m,60, puis d’un second massif de blocs artificiels en béton * de 50 à 50 mètres cubes à pierres perdues, large de 50 mètres en couronne et représentant 218 mètres cubes; enfin, par-dessus, on disposera un mur en blocs de béton, haut de 7 mètres, large de 10. Sur
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- plus d un kilomètre, le brise-lames est dans despro-londeurs dépassant 15 mètres aux basses mers. Le second brise-lames prévu partira de la Punta de la •Begona, et s’étendra dans l’ouest-nord-ouest sur 1072 mètres; si bien que l’entrée du port aura 640 mètres entre les deux musoirs ; quant au port, il aura une superficie de 287 hectares.
- On voit que ce sont là des travaux fort importants, et, pour les justifier, il nous semble bon de mentionner quel est le mouvement du port de Bilbao: nous le trouvons indiqué, par des chiffres un peu différents, dans des rapports du consul de France et dans les renseignements fournis parM. de Churruca. En 1878, le tonnage des navires ayant fréquenté le port était seulement de 1 540 000 tonneaux; il monte à 2001000 en 1879 ; puis successivement à 2 844000, 5182 000, 4 097 000, 5 945 000, 5 579 000, 5 865 000, 4 594 000, 4 625 000, 4459 000, 5 058 000 et enfin 4 754 000 en 1891; ainsi, en 1890, la Ria de Bilbao avait vu 7405 vapeurs et 1555 voiliers; en 1889, le chiffre total avait été seulement de 8555 navires. Il faut, bien entendu, remarquer que les importations ne représentent qu’une faible partie de ces totaux : par exemple, en 1878, elles ne donnent que 145 000 tonnes, 248 en 1881, 585 en 1884, 548 en 1887 et 822 en 1890; et encore dans ces importations la plus grosse part revient au charbon. Pour les exportations, elles sont composées en grande partie de minerai de fer : les deux principales espèces de minerai sont l’hématite rouge (campanil) et l’hématite brune (rubio). En 1882, 5 692000 tonnes en ont été expédiées, 5 155 800 en 1884, 4 170 000 en 1887, 5 885 000 en 1889, 4 526 000 en 1890, et seulement 5 116 000 en 1891 (par suite de crises dans les centres métallurgiques); c’est la Grande-Bretagne qui en reçoit toujours la plus grande partie, 2 770 000 tonnes en 1889, 5075000 en 1890, 2245000 en 1891; la France en a pris seulement 588 000 en 1890 et 542 000 en 1891. Il faut ajouter à cela que les hauts fourneaux de la région, après avoir traité 497 000 tonnes de minerai, ont exporté en 1890 119 000 tonnes de fonte en gueuse.
- On comprend qu’un vrai port était nécessaire à Bilbao. Dans un article prochain, nous décrirons les procédés originaux employés pour construire les brise-lames de ce port.
- — A suivre. — DaJNIEL BeLLET.
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- LA NOUVELLE ÉTOILE DU « COCHER' »
- Voici enfin une hypothèse plus plausible que les autres à propos de ces fameuses étoiles temporaires qui viennent éclater tout à coup à des places où jamais on n’avait vu d’étoile, puis diminuer plus ou moins rapidement d’intensité lumineuse et quelquefois reprendre pour quelques instants une recrudescence d’éclat.
- On avait parlé d’abord d’astres presque complètement éteints, laissant échapper de leurs flancs à un moment
- 1 Voy. n° 1019, du 10 décembre 1892, p. 27.
- donné des torrents d’hydrogène. Cet hydrogène venant tout à coup à s’enflammer formait autour de l’astre une atmosphère embrasée qui durait jusqu’à combustion complète de l’hydrogène émis. Nous ne comprenions pas que, l’astre netant pas complètement éteint, l'hydrogène qui en sortait ne s’enflammait pas de suite au fur et à mesure de son arrivée, de façon qu’aucune accumulation de ce gaz ne fût possible.
- Buis on a parlé, au sujet de la nouvelle étoile, d’une collision entre deux astres éteints. Il nous semble, en ce cas, qu’il y aurait retour des deux astres à leur état de fluidité primitive, et durée presque indéfinie de l’éclat acquis de nouveau. En outre, pourquoi ne résulterait-il pas de la collision deux astres visibles au lieu d’un seul? Comme si l’on sentait ces objections, il est survenu une nouvelle idée : on a dit qu’il n’y avait pas eu collision, mais seulement grand rapprochement, presque contact entre les deux astres, et que cela avait suffi pour produire l’incandescence. L’analyse spectrale semble bien, en effet, avoir signalé dans ce dernier cas la présence de deux corps ; mais encore une fois, pourquoi une disparition graduelle aussi rapide de la lumière acquise, et pourquoi une recrudescence ?
- M. Seeliger voit dans cette étoile nouvelle un météore immense s’enfonçant avec la vitesse des Soleils dans une vaste nébuleuse de matière cosmique, comme les petits météores dans notre atmosphère, et s’v enflammant, laissant sa lumière s’augmenter en traversant la matière de plus en plus dense, diminuer lorsqu’elle a dépassé le milieu le plus condensé du grand nuage semblable à la nébuleuse d'Oriun, puis reprendre un peu d’éclat en retrouvant sur sa route une portion un peu plus compacte du nuage en question. Il y aura bien là deux lumières différentes, celle de l’immense météore et celle de la nébuleuse. Le météore pouvait attirer à lui la matière enflammée de la nébuleuse, ou bien celle-ci pouvait avoir un mouvement en sens inv.erse, de façon à donner une vitesse relative de 900 000 mètres par seconde que l’on a paru y voir. Au reste, plusieurs observations ont constaté que l’étoile du Cocher avait semblé entourée d’une nébulosité. Joseph Vinot.
- LE \ I0L0NCE LLE-PIANO
- Les plus beaux instruments de musique, ceux qui par leur ressemblance avec la voix humaine parlent le plus à l’àme, sont certainement les instruments à archet (violon, alto, violoncelle, contre-basse). Ils sont supérieurs au piano puisqu'ils permettent à l’artiste de prolonger la même note tout en en faisant varier l’intensité; ils priment l’harmonium par la qualité du son et ne présentent pas les inconvénients des instruments à vent comme la flûte, la clarinette, dont le diapason est à peu près fixe, en sorte qu’il est impossible de les mettre d’accord avec le piano quand celui-ci n’est pas exactement au diapason normal, ce qui est fréquent. Le violon possède aussi une supériorité incontestable pour former la voix, pour apprendre le chant aux enfants.
- Malheureusement, on sait combien ces instruments sont difficiles à jouer; certaines personnes y sont même absolument réfractaires. En effet le sentiment de la justesse des sons est une faculté que l’on apporte en naissant et le travail peut seulement la per-
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- LA NATURE.
- fectionner. Dans le violon, le violoncelle, la justesse dépend de la position des doigts de la main gauche du joueur ; c’est cette position qui coïncide plus ou moins bien avec l’écart mathématique voulu pour que la corde soit amenée au nombre de vibrations correspondant à une note déterminée. Cette longueur, variable pour chaque note, diminue à mesure que le son devient plus aigu : ainsi sur la chanterelle le premier ton grave de la à si est mesuré par une distance de 7 centimètres tandis que deux octaves plus haut le même intervalle tonique est réalisé par un écart de 2 centimètres seulement. C’est ce qui explique que tant de personnes jouent justes les notes graves et sont moins heureuses dans les notes élevées, et que le nombre des violoncellistes soit si restreint comparativement aux pianistes. Combien pourtant on est rebattu du piano, et quel talent il faut posséder maintenant pour oser s’y faire entendre, tandis que le moindre morceau d’instrument à cordes fait plaisir pourvu que la justesse soitabso-lument respectée.
- Telles sont les idées qui ont conduit un distingué professeur de musique, M. de Vlaminck, à combiner la sonorité, l’expression des instruments à archet avec la justesse mathématique des instruments à clavier comme le piano, l’harmonium.
- Après bien des essais, des tâtonnements imposés par l’obligation de barrer d’une façon absolue la corde pour qu’elle rende des sons parfaitement purs, M. de Vlaminck a enfin réussi et vient de prendre un brevet pour un appareil s’appliquant aux instruments à cordes du quatuor et permettant de remplacer la main gauche de l’artiste par un mécanisme mis en action par les touches d’un clavier de piano.
- Ainsi on joue du piano de la main gauche et du violon ou du violoncelle de la main droite ; par l’archet on peut obtenir tous les effets de l’instrument joué au naturel (sons filés, liés, détachés, piqués, sautilles, etc., staccati, pizzicati) ; par le clavier la justesse est forcée puisqu’elle est indépendante du joueur et résulte d’un mécanisme réglé une fois pour
- toutes. Les touches sont reliées d’une façon si parfaite aux marteaux qui appuient sur la corde que l’on peut même produire ce léger tremblement appelé expression.
- Le système de M. de Vlaminck permet de faire la plupart des doubles cordes ; par l’habitude, on arrive à obtenir les sons harmoniques. 11 n’y a d’impossibles que les notes glissées (ports de voix) et les écarts de coma (différence par exemple entre do £ et ré [>), l’alto-piano est par suite un instrument tempéré comme le piano.
- M. de Vlaminck a étudié deux types : le violoncelle-piano et l’alto-piano que représente la gravure ci-dessous. Le premier instrument est assez encombrant. Le clavier a trois octaves d’étendue
- et par le changement du la en une corde sonnant à vide ré, fournit à l’instrument une étendue de 5 octaves à partir de l’ut grave du violoncelle ; le violoncelle-piano pourrait donc être appelé aussi mélo té tr aphone puisqu’il permet de jouer la musique écrite pour n’importe quel instrument du quatuor.
- L’alto-piano est plus mignon, plus coquet et sera, je crois, généralement préféré; il peut tenir dans une boite mesurant 0m,25 X 0m,28 X 0m,80. 11 permet de jouer la musique écrite pour alto ou pour violon.
- Le violoncelle-piano et l’alto-piano sont des instruments sérieux qui se prêtent parfaitement à la musique d’ensemble; on voudra bien me croire quand on saura que je rédige cette Note après avoir joué des sonates de Beethoven et d’Haydn et l’ouverture de Poète et Paysan de Suppé qui a des mouvements assez vifs.
- Je crois que l’invention de M. de Vlaminck aura du succès. Bien des jeunes filles seront heureuses de pouvoir, grâce à l’alto-piano, abandonner un peu leur piano pour jouer en duo, presque sans nouvelle étude, quelques-unes des admirables romances sans paroles de Mendelssohn ou des mélodies de Schubert, arrahge'es pour violon et piano.
- G. Crkpeaux.
- Violoncelle-piano. — A droite, au bas du dessin : alto-piano.
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- SOLDÉES A CULTIVER
- Dans un précédent article sur la Soya1, nous avons insisté sur l’intérêt qu’il y aurait à augmenter le nombre des espèces végétales susceptibles de nous
- fournir des légumes. En étudiant la question avec soin, on trouverait sans doute, dans toutes les familles végétales, une ou plusieurs plantes à acclimater et à cultiver. Mais, en nous adressant à des familles déjà utiles au même point de vue, il est
- Fig. 1 à o. — Solanées. — 1. Œufs de coq (Salpichron rhomboidea). — 2. Olomlié du Gabon (Solarium Pierreamnn).
- 3. Grosse Anguine (Solarium macrocarpum).—4. Olivaire du Congo Solarium olivare). —5. Coqueret du Pérou (Physalis Peruviana).
- évident que nous aurons beaucoup plus de chances de trouver ce que nous cherchons. Or, s’il est de par le monde une famille potagère, c'est à coup sur celle des Solanées qui nous donne les Tomates, les Pom-
- 1 Yoy. n° 100i, du 27 aoùl 1802, p. 203.
- mes de terre, les Aubergines, les Piments, etc., sans parler des espèces médicales comme la Belladone, la Douce-Amère, la Pomme épineuse, la Jusquiame, le Tabac, etc. Les fruits des Solanées, quand ils se présentent sous la forme de baies, renferment une pulpe sucrée abondante qu’il est très facile de faire
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- accroître par la culture. Voyons donc parmi les So-lanées à baies celles qui pourraient nous donner des légumes et occupons-nous des plus remarquables.
- Le Salpichroa rhomboidea (fig. 1) croît sponta-ne'ment dans le Brésil austral’ à Magella, «à Buenos-Ayres. C’est une plante vivace, sarmenteuse et à petites Heurs blanches. Lès fruits ne dépassent pas 2 à 5 centimètres de longueur sur 1 centimètre de largeur; à la maturité, leur couleur blanche leur a fait donner le nom d’Œufs de coq. Leur saveur aigrelette les fait récolter dans les pampas de Buenos-Ayres, où les enfants les mangent tels quels, comme des cerises. Dans les ménages, on en fait des confitures, en les cuisant dans de l’eau et en ajoutant de la colle du Japon, du citron et diverses substances aromatiques qui relèvent leur goût un peu fade. En France, elle se cultive assez bien, grâce à sa rusticité; mais pour.qu’elle donne une bonne récolte de fruits, il est nécessaire de la palissader contre un mur exposé au midi. C’est donc une plante dont l’amélioration serait intéressante à tenter, au moins comme curiosité.
- L’Olombé du Gabon (Solarium Pierreanum) (fig. 2) est une plante annuelle, dont tous les organes sont recouverts de poils blancs étoilés. La tige atteint environ 1 mètre de hauteur. Les fleùrs petites sont blanches, lavées de pourpre ; elles donnent des fruits aplatis comme les Tomates, mais ne portant que des côtes très peu indiquées. Ces baies rouge vermillon, de 5 centimètres et demi de diamètre, sont mangées par les Pahouins.En France, l’Olombé se cultive assez bien sous châssis, mais ne donne de fruits qu’à la condition d’être repiqué en plein air. Les baies ainsi obtenues ne sont pas d’un goût très relevé, mais elles pourraient, sans doute, être améliorées par la culture. En tout cas, l’Olombé est une excellente plante d’ornement.
- La Grosse Anguine (Solarium macrocarpum) (fig. 5) habite Madagascar et l’île Maurice. C’est une plante vivace, à grandes fleurs bleues, qui donne des baies globuleuses, parcourues par des nervures verdâtres et atteignant la grosseur d’une noix fraîche. En France, elle fructifie sous châssis. Ses fruits se mangent comme ceux de l’aubergine. Ses feuilles et ses fleurs la rendent ornementale.
- L’Olivaire du Congo (Solânum olivare) (fig. 4) pourra être avantageusement cultivée comme plante d’ornement. De plus, elle donne des baies pendantes, rouge carmin, allongées et déprimées au sommet. Au Congo, ces fruits sont mangés en guise de Piments; chez nous, ils pourraient être employés au même usage.
- Tout le monde connaît le Coqueret (Physalis alke-kenyi) qui croit spontanément dans nos champs à terrain calcaire. Le calice ne tombe pas quand le fruit est mûr ; il continue même à s’accroître beaucoup, en changeant de couleur. Il forme alors une sorte de lanterne vénitienne des plus élégantes tout autour de la baie centrale. Celle-ci est comestible, légèrement acidulée ; mais quand on veut la dégus-
- ter, il faut avoir soin que le calice ne vienne pas la toucher, sans quoi, elle prend une saveur amère désagréable. On l’emploie aussi pour colorer le beurre. Notre Coqueret est quelquefois cultivé comme plante d’ornement. Ce Physalis n’est pas la seule espèce qui puisse nous rendre des services.
- Le Coqueret du Pérou (P. Peruviana) (fig. 5) a, à peu de choses près, le même port que notre espèce indigène. Aux îles Marquises, il porte le nom de Konini; les Anglais l’appellent Peruvian cherry ou Cape gooseberry. C’est une espèce assez délicate à cultiver, car le froid lui est très nuisible. Le fruit, de la grosseur d’une noisette, a une couleur ambrée. Au Cap, au Pérou, etc., on en fait des confitures qui, de l’avis de tous ceux qui en ont goûté, sont supérieures à toutes celles que l’on connaît. MM. Pail-leux et Bois1 se sont beaucoup occupés de leur culture en France. « C’est, disent-ils, dans le Midi, que la culture du Physalis sera fructueuse. Que les cultivateurs du littoral méditerranéen veuillent bien s’y livrer, et ils pourront, avec quelques précautions, conserver les fruits pendant toute la durée de l’hiver, les expédier à Paris en quantité illimitée et en obtenir un prix largement rémunérateur.... Nous semons en mars sur couche et sous châssis. Lorsque le plant est à point, nous le mettons en godets, toujours sur couche et sous châssis, un seul pied par godet. Vers la fin de mai, nous mettons en place en pleine terre, à lm,10 de distance en tous sens. La plantation reçoit deux binages- pendant la saison. Nous supprimons tous les bourgeons inférieurs et ne conservons que les rameaux supérieurs. Nous pinçons dès que les rameaux sont en fleurs. La récolte commence en septembre et se poursuit jusqu’aux gelées. Les fruits ne sont mûrs qu’après dessiccation complète du calice qui les enveloppe. » Chaque pied produit plus de cent fruits; on évalue à quatre cent mille le nombre de baies que l’on pourra récolter dans un hectare. A Paris, nous en avons déjà vu vendre chez des confiseurs. On peut les manger tels quels, mais ainsi, ils ne présentent rien de remarquable. Au contraire, les confitures, les compotes, les sirops sont d’une saveur et d’un fumet exquis. Sous peu, espérons-le, le Coqueret du Pérou sera entré dans nos mœurs.
- Le Physalis violet (Physalis philadelphica) connu aussi sous le nom de Petite Tomate du Mexique et de Coqueret à feuilles d’Ansérine, est originaire du Mexique et de la Virginie. Le calice accrescent, comme dans les espèces précédentes, est vert avec des bandes longitudinales violettes. La baie, très développée, atteint le volume d’une grosse prune et remplit presque complètement le calice. En France, ce Physalis se cultive absolument comme l’aubergine. Les fruits se conservent bien en hiver; on pourra donc les employer comme succédanés de la Tomate, pendant la saison froide.
- La Morelle des anthropophages (Solarium anthro-
- 1 Le potager d'un curieux, 1892.
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- pophagorum) porte ce nom bizarre parce que les cannibales assaisonnent de ses fruits la chair humaine qui, paraît-il, est difficile à digérer. Evidemment, nous n’avons pas à chercher à employer cette sorte de tomate au même usage..., mais elle pourrait être utilisée pour assaisonner les viandes que nous dégustons. Le fruit est un peu sec, mais, par la culture, on arriverait certainement à le rendre plus pulpeux. La Morelle des Balbis (Solarium sisym-brufolium) donne des pieds énormes, garnis d’épines; on la cultivera avantageusement comme plante d’ornement ; ses fruits pourront servir à faire des confitures. La Morelle nodiflore (Solarium nodiflo-rum) existe spontanément dans la Nouvelle-Calédonie où elle est très employée dans les soupes aux légumes et dans le calalou. Chez nous, elle pourrait remplacer les Epinards. La Morelle de Wallis (Solarium muricatum) pourrait être facilement cultivée dans le midi de la France et surtout en Algérie. Les fruits sont allongés, cordiformes, avec une chair abondante, très juteuse, rappelant le goût du Melon; ils pourraient être employés aux mêmes usages.
- Enfin, pour terminer, citons la Tomate de la Paz (Cyphomandra betaceaj, originaire de la Nouvelle-Grenade, du Pérou et du Mexique. Le fruit a une saveur sucrée, légèrement acidulée; on peut l’utiliser de la même façon que la Tomate ordinaire. Elle vient bien dans les régions un peu chaudes. Sous le climat de Paris, elle ne fructifie que la seconde année. Henri Coupin.
- U MISSION DYBOWSKI1
- PARURE ET INDUSTRIES DIVERSES
- Les Nègres de l’Afrique équatoriale emploient les moyens les plus divers, les mutilations les plus bizarres comme moyen de parure, réalisant ce qu’a écrit Jean-Jacques Rousseau : « L’homme aime les « difformités, les monstres; il ne veut rien de tel « que l’a fait la nature, pas même l’homme. »
- Les voyageurs qui ont parcouru, à des époques antérieures, l’Afrique centrale, avaient depuis longtemps déjà signalé, décrit, figuré même certains modes de parure qui nous semblent, avec quelque raison, très extraordinaires. M. Dybowski a fait mieux, il a rapporté le matériel et le montre au public.
- En examinant la collection des objets de parure, ce qui frappe d’abord, ce sont des colliers massifs en laiton, souvent d’un poids considérable (fig. 1); ce sont aussi de petits cylindres de plomb, de cuivre et d’étain, en forme d’U, groupés deux par deux et de diamètres de plus en plus gros; puis des rondelles d’ivoire, de bois léger dont une face porte une plaque de métal, des cylindres de bois sur lesquels s’enroulent des lames de plomb, des cylindres de quartz, d’os, de bois long de 6 à 12 cen-
- 1 Suite. —Voy. n° 1018, duo décembre 1892, p. 7.
- timètres. L’usage de ces objets nous est expliqué par les reproductions de types exécutés pour l’exposition.
- Le chef guerrier de la rivière Kémo porte, inséré dans sa lèvre supérieure, un de ces cylindres de cuivre en forme d’U de près d’un centimètre de diamètre. Parmi les accessoires de son costume il faut signaler sa coiffure et son bouclier garni de peau. Bien plus remarquable est le buste de femme Ouadda, avec tous ses ornements (fig. 2). D’abord un bonnet par-dessus sa coiffure peinte en rouge et des pendants faits de la corne d’une petite antilope de la région. Les ailes du nez sont perforées pour y placer deux anneaux de plomb en forme d’U, semblables à celui du guerrier; à la lèvre supérieure est pratiqué un orifice qui permet le passage d’une rondelle de bois de près de 3 centimètres de diamètre, qui projette cette lèvre fortement en avant. La lèvre inférieure est traversée par trois tiges de quartz poli (bagéré) dont la longueur varie de 10 à 12 centimètres, et dont l’extrémité labiale est munie d’une rondelle de caoutchouc qui sert d’arrêt. On comprend quelle gêne de pareils accessoires doivent apporter à l’exercice de la parole.
- Ces divers ornements du nez et des lèvres ne sont pas exclusifs aux populations du Chari, de la rivière Kémo, de l’Oubangui. Schweinfurth en avait, depuis longtemps déjà, signalé d’analogues chez les tribus du Bahr-el-Ghazal et de ses tributaires. Chez les Bon-gos, les Mittous, les Loubas, il a trouvé tout ce que M. Dybowski a rapporté, avec quelques variantes au point de vue de la forme et du volume des objets.
- Ainsi, aussi bien au point de vue de la parure que pour les armes en fer, depuis le haut Nil jusqu’au bassin du moyen Congo et de ses affluents, on observe de frappantes et multiples ressemblances chez toutes les populations noires de la région équatoriale.
- Ce n’est pas tout. En dehors des mutilations décoratives, il faut comparer le mobilier ornemental dans toute cette zone équatoriale et nous trouverons qu’il est non moins varié qu’exagéré souvent. Il y a des anneaux de bras et de jambe, des bracelets, des colliers. Les uns en ivoire brut ou poli au tour (Ban-ziris), les autres en peau d’hippopotame (rivière Sanga), d’autres encore en fer, en cuivre rouge, en laiton; quelques-uns sont façonnés en spirales plus ou moins travaillées, et parfois l’orfèvre noir a confectionné des pièces dans lesquelles les trois métaux sont associés, formant ainsi une véritable natte.
- Les colliers sont parfois d’un poids et d’un volume considérables (8 kilogrammes), et comme ils sont fixés d’une façon inamovible autour du cou des femmes, ils constituent pour les malheureuses une véritable torture. C’est, chez les Boubangui, un indice de richesse que de pareils colliers, richesse bien lourde, dont elles tâchent d’amortir le poids au moyen de coussinets d’herbes fines et souples. Le plus souvent, le volume et le poids de ces ornements sont bien inférieurs, mais au lieu d’un seul on en met plu-
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- sieurs. À ces colliers métalliques faits d’une seule masse plus ou moins volumineuse, il faut ajouter ceux en perles de cuivre rouge ou de laiton de formes diverses, en petits anneaux de cuivre et de fer, chaînettes de fabrication indi-.gène. C’est ainsi qu’on voit des femmes, et même des hommes, avec nombre d’anneaux de métal aux bras, aux poignets, aux jambes, assez mal ornementés en général. Toutefois, quelques colliers ou bracelets d’ivoire, ornés de points et de petits cercles, sont très bien polis et façonnés au tour par les N’Gapous et les Banziris. Les Ouaddas, lesTokbos de la rivière Kémo ont des bracelets d’ivoire de forme et de dimensions spéciales : ils sont tournés en forme de manchette cy-lindro-conique et ils ont de 8 à 10 centimètres de hauteur. L’ornementation des anneaux métalliques rappelle celle des bracelets en laiton des Diours de Bahr-el-Ghazal.
- Plusieurs des tribus nègres visitées par M. Dy-bowski sont franchement anthropophages, particulièrement les Ilonjos du Bas-Oubangui ; aussi empruntent-ils au squelette de leurs victimes quelques portions dont ils font des ornements. Leurs femmes portent des colliers faits d’incisives humaines enfilées, et, à défaut de véritables , d’imitations de dents humaines faites avec de l’ivoire. Du reste, pour faire des ornements, on arrive à prendre les choses les plus disparates, celles qui semblent convenir le moins. Dans le Haut-
- Congo ce sont des colliers en dents de rongeurs et de singes; des dents de caïmans enchâssées dans
- un réseau de fil (rivière Kémo), des sabots de buffles (hommes Bonjos), des vertèbres de poissons chez les Lan-gouassis, des griffes de rapaces, des canines de phacochères réunies ensemble en collier chez les Bouzérous.
- Les soins donnés à la coiffure sont très grands et très méticuleux. Les nègres confectionnent des peignes à grosses dents en ivoire pour débrouiller leur chevelure et la transformer en tresses, nattes. Les Banziris ont une mode spéciale qui consiste à orner chaque côté de la tête d’une sorte de plaque
- de perles enfilées et tissées ainsi dans la chevelure. Pour soutenir la coiffure et les accessoires qu’elle nécessite, plaques de métal, toupets de plumes, résilles, nattes supplémentaires, il faut des épingles; les unes sont en ivoire plus ou moins ornées de dessins, de points ou de petits cercles, les autres en bois, en fer ou en cuivre. Les N’Gapous sculptent sur les épingles en bois des figures d’oiseaux .
- L’étude du costume chez les populations noires de l’Afrique équatoriale ne peut donner lieu à de longues descriptions. La couleur foncée de leur tégument est déjà pour les nègres une sorte de vêtement. Ils fabriquent cependant, pour n’aller pas tout nus, des pagnes en fibres de raphia (Batékés, Babembé), d’ananas (Loangos),' de bana-
- Fig. 1. — Bijoux de l’Afrique centrale, rapportés par M. J. Dybowski. — 1. Collier do laiton martelé, femmes Bonjos. — 2. Collier en laiton massif, poids 8 kilogrammes, femme riche Boubangui. — 5. Epingle à cheveux en bois sculpté. — 4. Épingle à cheveux en ivoire. — 5. Cylindre de bois recouvert d’une lamelle de plomb que les Langouassis passent dans la cloison du nez. — 6. Rondelle d’ivoire que les femmes Ouaddas et Langouassis passent au travers de la lèvre supérieure. — 7. Tiges de cuivre ou de plomb en forme d’U pour la lèvre supérieure, Langouassis. — 8. Pendant d’oreille en corne d’antilope, Langouassis. — 9. Collier en perles de laiton. — 10. Bracelet en ivoire. — 11. Brassard manchette en ivoire. — 12. Bracelet en laiton, fer et cuivre nattés. — 13. Bracelet en laiton.
- Fig. 2. — Femme Ouadda de la région du llaut-Oubangui (Afrique centrale) avec tous ses ornements. (D’après le buste exposé dans la collection Dybowski.)
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- nier (Bakamba); ils utilisent encore l’écorce de jos), qui, battue avec de forts pilons en ivoire, certains figuiers (rivière Kémo, Langouassis, Bon- donnent un tissu analogue à la tapa des insulai-
- Fig. 5. — Les lionjos rassemblés sur les bords du fleuve pour voir passer la mission Dyhowski. Moycn-Oubangui. (D’après une photographie instantanée.)
- Fig. 4. — Un campement de pêche des Banziris sur les bords du llaut-Oubangui. (D’après une photographie.)
- res de l’Océanie. Le plus souvent les femmes sont entièrement nues; toutefois elles portent, dans certaines tribus, une sorte de ceinture-jupon formée
- de fibres de raphia de 50 centimètres de longueur, diversement coloriées, fixées à une ceinture ; parfois même ce cache-pudeur laissant les hanches à décou-
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- vert, se réduit à un tablier ante'rieur et un postérieur.
- La poterie est en usage dans toutes les peuplades nègres; certaines pièces sont d’assez grandes dimensions et destinées à divers usages. Chez les Bonjos on trouve des vases réunis ensemble par une sorte de raccord en terre cuite en même temps que les vases. Les plats en bois sont souvent très grands.
- Les nègres sont habiles à fabriquer des ouvrages de vannerie; paniers de formes et de dimensions diverses faits avec du rotang ou du bambou teint; ils tressent aussi des coiffures avec des fibres végétales dans lesquelles ils mêlent des plumes aux couleurs brillantes. C’est dans la fabrication de leurs boucliers qu’ils se montrent vraiment artistes; chaque tribu les tresse de façon différente, mais ils sont tous d’une remarquable exécution. Leurs carquois sont aussi en vannerie avec une corde en fibres végétales pour le porter en sautoir.
- Les lits de repos des Banziris, faits avec les rachis de feuilles de sagoùtier, sont fort habilement exécutés et rappellent ceux des Monbouttous. Sans cesse en guerre entre elles, les peuplades noires ont imaginé des cuirasses rudimentaires qu’ils taillent dans la peau d’un buffle ou d’un hippopotame.
- L’alimentation des indigènes de toute cette région de l’Afrique centrale est tirée partie du règne animal, partie du règne végétal et, à peu de chose près, la même pour toutes les peuplades. Seuls les Bonjos sont anthropophages et se procurent des esclaves qu’ils engraissent pour les manger ensuite. Ils sont sans cesse aux aguets sur les bords du fleuve pour se saisir de ceux qui passent à leur portée, incapables de se défendre et de leur opposer une résistance. Nous représentons un groupe de ces peuplades, d’après une photographie de M. Dybowski ((fig. 3). Au règne animal les Bonjos empruntent la chair des animaux tués à la chasse, ou qu’ils capturent au moyen de pièges, tels que l’éléphant, l’hippopotame, le crocodile. Ce qui n’est pas consommé de suite est fumé et conservé. Les populations riveraines du Congo, de l’Oubangui se livrent à la pêche, très fructueuse, les cours d’eaux étant très poissonneux (fig. 4). Parmi ces tribus, il convient de citer les Bangélé, les Banziris ; ces derniers surtout riverains du Haut-Oubangui sont particulièrement jaloux de la pêche du fleuve et ne tolèrent pas que leurs voisins de l’intérieur, auxquels ils vendent le’ produit de leur pêche, viennent empiéter sur leur domaine fluvial. En général, le poisson est fumé avant d’être consommé. Les produits végétaux sont l’igname, la patate, la banane, quelque peu le manioc, et deux variétés de sorgho; le plus employé est le sorgho à balai (Holcus sorghum) qui, réduit en farine, sert à faire des galettes, des bouillies; le sorgho à épi, après avoir été broyé, est utilisé pour la fabrication d’une sorte de bière qui constitue la boisson fermentée indigène.
- Parmi les produits exploitables, il faut citer d’abord le coton, très abondant vers la rivière Kémo et dans le bassin du Chari. Seuls encore les N’Gapous, qui
- sont dans cette dernière région, au voisinage des Musulmans du Ouaddaï, ont appris à le filer pour le tissage des pagnes. Vient ensuite le café, de fort belle qualité, qui pousse à l’état sauvage dans le Haut-Oubangui. 11 produit abondamment et sera une source de richesse commerciale lorsque le courant du trafic permettra de le cultiver sérieusement. Enfin, il faut citer les gommes copal et élémy que les noirs emploient à la fabrication des torches.
- Les nègres, fort paresseux de leur naturel, adorent le farniente, la causerie et le tabac, accompagnement obligé de ces palabres qu’ils savent prolonger indéfiniment. Nous' ne décrirons pas tous les modèles de pipes que contient la collection de M. Dybowski; il y en a en bois, en métal, en terre; les unes ont de longs tuyaux, d’autres les ont courts; les fourneaux sont simples, doubles, quelquefois triples. Sur certaines pièces, particulièrement les pipes en terre noire, on trouve de grossières sculptures représentant des animaux, singes, serpents, tortues, et même l’homme. Ces sculptures et en particulier celles des fétiches, des oreillers, sont aussi enfantines et grossières que celles qu’on rencontre sur tous les points du continent africain.
- Enfin nous appelons l’attention sur l’utilisation des peaux de divers animaux tués à la chasse. On en fait des sacoches pour le transport des objets, des coiffures que l’on orne avec des queues d’animaux et des plumes d’oiseaux.
- En terminant, un mot sur les instruments de musique, car l’art musical est des plus primitifs chez toutes les populations noires. Nous trouvons des sifflets dans toutes les tribus, de même des tam-tams, des cloches en fer accouplées, de dimensions diverses, déjà rapportées du Congo. Ce qui frappe le plus, ce sont les guitares en bois recouvert de peau dont les quatre ou cinq cordes sont faites en lianes tordues ou en lamelles de rotang (N’Gapous), et les grandes trompes du Kassaï faites d’une défense d’éléphant, sorte d’olifant parfois énorme, qui donnent des sons rauques portant très loin. Tous ces instruments primitifs, ainsi que les petites boîtes à musique avec touches en fer ou en bois sont analogues à ceux de la région visitée par Schweinfurth.
- La riche collection rapportée par M. Dybowski compte encore nombre d’objets, et une riche collection d’histoire naturelle qui comprend des espèces nouvelles ou encore peu connues. Dr F. Delisle.
- PHÉNOMÈNE D’OPTIQUE ATMOSPHÉRIQUE
- OBSERVÉ DANS LES ALPES
- M. F. Folie, membre de l’Académie de Bruxelles, a observé en Suisse un très curieux phénomène d’optique, qui mérite de fixer l’attention des physiciens. Nous empruntons quelques détails à ce sujet au Mémoire que M. Folie a présenté à l’Académie de Bruxelles.
- Se trouvant dans les Alpes au mois d’août 1892, avec son fils, en aval de Zermatt, vers 8 heures du matin, lés touristes virent à leur droite les sapins qui couvraient les
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- flancs d’une montague, prendre l’aspect d’un blanc de neige ; les arbres paraissaient couverts de givre. f
- « Nous prêtâmes l’attention la plus scrupuleuse au phénomène, dit M. Folie. Pour nous assurer que nous n'étions pas dupes d’une illusion, nous fîmes des observations diverses, tant à l’œil nu qu’à l’aide d’une excellente jumelle. C’est mon fils qui, le premier, fit usage de celle-ci. Alors il vit beaucoup plus nette l’auréole de givre argenté qui couronnait toutes les branches des sapins, et s’écria :
- « Je vois de la poussière d’argent qui voltige dans l’air « au-dessus des arbres » ; et, quelques instants après :
- « Yoici maintenant toute une bande d’oiseaux d’un blanc « d’argent qui tournoient autour des sapins ». Je vérifiai le fait. Je ne me rappelle aucun phénomène optique naturel qui m’ait autant frappé. Cette auréole argentée, dans laquelle paraissaient flotter les branches des sapins avec les insectes et les oiseaux voltigeant autour d’elles, produisait sur l’imagination l’effet d’une lumière supra-terrestre à reflets argentés impossibles à décrire, et qui semblait leur appartenir en propre. »
- Babinet a cité une observation analogue. Voici la description que le célèbre physicien en a publiée :
- « Je mentionnerai un phénomène remarquable observé parM. le professeur Necker, à Genève, et décrit dans l’un des premiers numéros de la dernière série du Philoso-pltical Magasine. Si le soleil se lève derrière une colline couverte d’arbres et de broussailles, le spectateur, situé dans l’ombre de la colline et près des rayons solaires qui vont bientôt l’atteindre, voit toutes les petites branches projetées sur le ciel, non pas opaques et noires, mais, au contraire, blanches et brillantes comme si toute la végétation était d’argent mat le mieux décapé, jusqu’à une hauteur de quelques pieds au-dessus de la colline. »
- M. Folie croit que l’explication du phénomène doit être cherché dans la lumière refléchie par les glaciers. G. T.
- PROBLÈMES DE MÉCANIQUE
- Au sortir des examens du baccalauréat, on connaît fort bien la définition d’une force ou d’un travail ; on sait quelle formule mathématique relie ces deux quantités, mais peu d’élèves, pensons-nous, se rendent un compte exact de la relation intime qui existe entre les formules et les phénomènes que l’on observe journellement. Rien n’est plus utile, pour ceux qui se servent de ces formules, que d’établir cette liaison ; aussi longtemps qu’elle n’est pas intime, les formules sont vides de sens. Il va sans dire que nous n’écrivons point ici pour ceux qui savent la mécanique ; mais en réfléchissant aux problèmes très simples que nous allons traiter, les débutants verront peut-être quelques-unes de leurs notions se préciser.
- Nous rappellerons d’abord deux expériences que chacun a faites ou vu faire. 1° Frappons, avec un petit marteau, sur une plaque de cuivre ; sans faire aucun effort, nous marquerons une empreinte. Pressons maintenant sur la plaque avec la tête du marteau;'nous ne réussirons pas à produire la moindre trace durable. 2° Mettons, dans un plateau d’une balance, un poids de 1 kilogramme, et jetons dans l’autre plateau un morceau de bois de 800 ou 900 grammes ; la balance basculera, et, si nous
- enlevons le morceau de bois avant qu’elle ait repris son équilibre, nous pourrons penser qu’il pèse plus de 1 kilogramme. Ce procédé est bien connu des marchands peu scrupuleux.
- N’est-il pas arrivé à plus d’un de nos jeunes lecteurs de se poser la question : Quelle est la pression nécessaire pour laisser une empreinte sur un morceau de cuivre? Comment cette pression est-elle atteinte par un choc léger, tandis qu’un effort considérable ne suffit pas à la produire? Quel est le poids qui, jeté dans une balance, fera momentanément équilibre à un poids plus gros?
- Prenons la définition de la mécanique élémentaire : Un travail est égal au produit d’une force par le chemin qu’elle parcourt. En outre, une force agissant sur un corps qu’elle déplace lui communique une puissance vive exactement égale au travail de la force, et qui ne peut être détruite que par un travail égal agissant en sens contraire.
- Lorsque nous donnons un coup de marteau, nous faisons agir, sur la tête de l’instrument, la force de la pesanteur, à laquelle nous ajoutons un léger effort de la main. Négligeons ce dernier, ce qui reviendrait à admettre que le marteau est plus lourd, et supposons que la tête de celui-ci pèse 100 grammes; tombant de 50 centimètres, par exemple, le marteau aura, en frappant la plaque de métal, une puissance vive équivalant à 3000 grammes-centimètres, le terme gramme désignant ici un poids.
- Si le marteau ne rebondit pas, le travail entier a été dépensé dans le choc; supposons que l’empreinte laissée dans le métal soit de 0mm,l, l’effort moyen nécessaire pour arrêter le mouvement du marteau
- . 5000 _A AAA , v .. ,
- sera de = 50 000 grammes, c est-a-dire de
- 50 kilogrammes. L’effort maximum est théoriquement double, et, dans les suppositions que nous venons de faire, c’est le poids que devrait avoir la tête du marteau pour produire, par simple pression, l’empreinte que nous avons supposée. Dans le choc des corps très élastiques (des sphères d’acier, par exemple), l’empreinte momentanée ne subsiste pas, mais les corps sont violemment éloignés l’un de l’autre; leur puissance vive entièrement équilibrée dans un parcours très petit donne lieu, à l’endroit du choc, à une énorme pression.
- Supposons maintenant une balance idéale, constituée par un fléau rigide et sans pesanteur. Plaçons, d’un côté, un poids de 1 kilogramme, et laissons tomber de l’autre un poids de 1 gramme d’une hauteur de 10 mètres. Le travail produit sur celui-ci par l’attraction de la terre pendant une chute de 10 mètres devra être entièrement absorbé par l’action de la terre sur le poids de 1 kilogramme. Le travail emmagasiné par le petit poids est de 1000 grammes-centimètres; il est équivalent à 1 kilogramme-centimètre; l’extrémité du fléau se déplacera donc de 1 centimètre, puis reviendra à sa première position. Une balance réelle n’éprouvera sans doute qu’un déplacement très petit, car la plus
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- grande partie du travail de la chute sera absorbée par une flexion du fléau.
- A cette question se rattache la suivante : Que signifient les indications des appareils « coup de poing », dont nous représentons un spécimen célèbre dans les casinos et les fêtes publiques (fig. f>)? Nous serions tenté de répondre : « Absolument rien ». Analysons, en effet, leur mode d’action : la puissance vive d’un choc est absorbée par la flexion d’un ressort; or, elle peut l’être d’une infinité de manières, qui toutes donneront le même produit d’un effort moyen par un déplacement ; dans une représentation graphique, c’est le produit du déplacement par la somme des efforts qui doit donner une superficie constante.
- Supposons deux appareils (fig. 1) dont l’un a une course double de l’autre pour un même effort maximum ; le même travail sera absorbé dans le premier sur une longueur /,avec un effort maximum f; dans le second, par un effort maximum 02 f, au bout d’un chemin /
- —r~. Le produit est le V i
- même, mais l’indication de l’appareil varie dans le rapport de 1 à \/2.
- Dans la figure 1, les ordonnées de la ligne AC représentent les efforts, la superficie des triangles tels que ADE donne le travail total pour la course AE. Ce travail est représenté aussi par la courbe Ad.
- On voit qu’au même travail i/E, d'E', correspond l’indication DE ou D'E', qui n’est pas la même dans les deux appareils.
- Une autre variable, indépendante de la puissance vive du poing, c’est la masse dont le mouvement est arrêté par le ressort; pour une même vitesse, l’effet est proportionnel à la masse, et, si l’on veut obtenir une indication élevée, il faut donner à tout son corps un léger mouvement en avant; le travail des jambes et des reins s’ajoute alors à celui des bras.
- Donc, la mesure du coup de poing varie avec l’appareil et avec le frappeur, pour un même effort du bras ; elle ne correspond nullement à l’effet local d’un coup de poing réel. On construirait sans difficulté un appareil (diagramme de la figure 3) dont le récepteur soit un tampon T terminé par une tige en
- acier, centrée sur un ressort R extrêmement résistant et de très peu d’amplitude, un ressort Belleville, par exemple. Le tampon est maintenu à une petite distance de ce dernier par un faible ressort à boudin. La tige arrive alors sur le ressort Belleville avec une certaine vitesse, et le choc se produit entre deux pièces d’acier; la déformation est très faible, le travail est emmagasiné sur un parcours peu étendu, et l’indication est très élevée. En s’y prenant convenablement, on obtiendrait sans doute, avec cet instrument, des coups de poing correspondant à une charge statique de plusieurs centaines de kilogrammes.
- Les écoliers savent fort bien casser une noix par
- le procédé suivant : on pose sur une table dure une noix moyenne ou grosse, on appuie l’index de la main gauche par son endroit le plus dur sur la suture de la noix, puis on donne un vigoureux coup de poing sur son doigt (fig. 4) ; la noix se casse presque infailliblement, et, de plus, le doigt n’est aucunement meurtri, au grand étonnement de ceux qui tentent pour la première fois l’expérience. Ce que nous venons de dire explique ce qui se passe dans ce cas.
- On produit ainsi à volonté l’effet local; tout aussi souvent on cherche à l’éviter ; c’est ainsi que, lorsqu’on saute d’une certaine hauteur, on arrive au sol sur la pointe des pieds, et on laisse les jambes se plier, en graduant l’effort de manière à annuler tout doucement la vitesse acquise; dans le cas contraire, le choc qui se produit dans les hanches est fort désagréable. La puissance vive a été annulée dans le premier cas sur un long parcours avec un effort modéré; dans le second, sur une distance très faible, avec un effort considérable et parfois dangereux. De même, lorsqu’on reçoit dans ses bras un paquet d’un certain poids jeté d’un premier étage, il faut se garder de l’arrêter trop brusquement; les bras doivent être tendus aussi haut que possible, puis, au moment voulu, ils doivent céder doucement; au besoin on se penchera en avant de manière à faire travailler aussi les reins.
- Il est, dans ce domaine, un fait paradoxal, mais dont un calcul très simple démontre l’exactitude. Supposons un fil métallique suspendu verticalement,
- Fig. 1 et. 2. — Fig. 1. Schéma de deux appareils « coup de poing ». AC, ligne des efforts. Ad, courbe du travail. — Fig. 2. Appareil destiné à montrer l’allongement d’un fil par l’eifet d’une charge ou d’un poids tombant à l’extrémité du lil. L, levier ampliliant le mouvement. La forme du support et du poids est telle que celui-ci peut être facilement enlevé ou replacé.
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- et portant à son extrémité inférieure une petite plaque en forme de croix (fig. 2). Laissons tomber sur cette plaque un anneau lourd ; la hauteur de chute pourra
- être telle que le fi! se rompe. Chargeons maintenant la plaque d’un certain poids, et recommençons l’expérience avec un fil identique au premier ; si l’on a
- convenablement choisi le fil, les poids et la hauteur de chute, le fil pourra parfaitement résister.
- Sans aucune formule, nous pouvons rendre compte de ce qui se passe dans ce cas : la puissance vive du poids qui tombe doit être annulée par l’effort qu’exerce le fil en s’allongeant. Si celui-ci est primitivement chargé, il éprouve un premier allongement statique ; mais, lorsque l’anneau tombe, les deux masses prennent ensemble une vitesse réduite dans la proportion de la masse mobile à la somme des deux; la puissance vive est diminuée dans la même proportion et l’allongement additionnel qui en résulte, ajouté à celui qui existait déjà, peut être inférieur à celui qui se produit dans le cas du fil
- non chargé. Pour une charge statique, la rupture ne dépend pas de la longueur du fil ; pour une chute,
- les chances de rupture sont inversement proportionnelles à la racine carrée de cette longueur. Une autre expérience très instructive est la suivante : suspendons à une même poutre deux fils d’acier et deux fils de caoutchouc de même longueur et convenablement choisis ; chargeons un couple de ces fils de poids égaux croissants; le fil de caoutchouc finira par se rompre. Au moyen de l’arrangement décrit précédemment, laissons tomber, d’une même hauteur, sur l’extrémité des deux autres fils des poids égaux ; en augmentant graduellement la hauteur, nous arriverons à rompre l’un
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- des iils : lequel? cette fois ce sera le fil d’acier. Avec les deux fds restant comme champions du premier match, nous pouvons poursuivre l’expérience : charger le lil d’acier et laisser tomber un poids à l'extrémité du fil de caoutchouc; l’expérience montrera que l’on peut dépasser beaucoup pour chacun d’eux les limites qui ont mis leurs adversaires respectifs hors de combat.
- Et maintenant, il n’cst plus nécessaire d’insister sur l’explication d’une acrobatie bien connue : un compère frappant à grands coups sur une enclume que l’« hercule » porte sur son ventre (fig. 5); les bras et les jambes forment, dans ce cas, un support élastique disposé comme une voûte, et qui annule la puissance vive de 1’ensemble : marteau et enclume. 11 n’y a là aucune supercherie, comme le pensent parfois les spectateurs, mais seulement un principe de mécanique bien appliqué. Que le coup de marteau le soit aussi, et l’effet en est toujours frappant.
- Ch.-Ed. Guillaume.
- NOUVELLES BATTERIES DE COTE
- A l’extrémité sud de la péninsule espagnole, se dresse Gibraltar, celte forteresse imprenable, rocher que la nature avait fait majestueux et que les Anglais ont rendu terrible ; creusé, fouillé, percé à jour, des galeries, des casemates le traversent, et par de multiples embrasures des pièces s’allongent, menaçantes. C’est comme un gigantesque canon braqué à l’entrée de la Méditerranée, en face du Maroc.
- Nous avons su, pour la défense de nos côtes, imiter cet exemple à l’extrémité de la Bretagne. A travers les falaises inaccessibles, dans le creux des rocs éboulés, entre deux pointes déchiquetées et battues par les lames, au ras de la mer comme dans les forts élevés, à l’entrée des passages et des baies, de chaque côté des goulets, s’étage, se superpose, s’aligne une formidable artillerie disséminée ou réunie en batterie.
- Des canons habilement dissimulés dans les murs noirâtres de la falaise granitique, et se confondant avec elle, sont pointés d’avance ; ils défendent le passage et là-haut, dans un observatoire, un veilleur saisit le moment favorable et, d’un seul geste, fait feu de la pièce qu’il choisit ou de la batterie qu’il commande.
- Dans ce cas, la mise à feu des gargousses s’opère à distance par l’électricité; des étoupilles spéciales sont installées, des conducteurs et des piles relient les pièces à l’observatoire, et des conjoncteurs ferment le circuit au moment voulu.
- C’est à l’entrée du goulet de Brest, entre Camaret et la pointe de Kelern, que cette installation est organisée ; on a pratiqué dans la falaise des sortes de sabords dans lesquels sont installées des pièces de 37 à trajectoire tendue, pointées d’avance à 3 mètres environ au-dessus de l’eau, de manière à atteindre l’ennemi en plein bois. Invisibles comme elles, là-haut, dans des anfractuosités, les servants ont sous la main les conjoncteurs de la mise à feu. Ils sont chacun exactement placés dans l’axe de leur pièce, dont le pointage leur est déterminé au moyen de points de repère, et se préparent à agir dès qu’ils verront un navire couper leur ligne de visée.
- Les générateurs sont des piles à bichromate de potasse
- et à dissolution de sel marin, dites vigilantes, dont on se sert dans le service des défenses sous-marines ; chaque boîte contient 50 éléments. Un conducteur à 7 fils, ou câble militaire, relie à la source d’électricité tous les conjoncteurs qui communiquent par un fil de sonnerie à 5 brins à l’amorce de quantité placée dans la gargousse du canon correspondant.
- On pourrait encore concevoir un poste central comprenant les manipulateurs de la mise à feu de toutes les batteries et qui recevrait, au moyen d’une sonnerie, par exemple, les ordres des observateurs postés dans l’axe de chaque pièce, ou, au contraire, un observateur unique, en un point élevé, avertira les servants de l’arrivée d’un bateau suspect.
- Enfin, pour supprimer les servants, il est encore possible d’établir deux postes, intérieur et extérieur, comme pour la mise à feu des torpilles coulées, reliés télégraphiquement et qui, par le croisement de leurs lignes de visée, déterminent à tout instant la position d’un but mobile par rapport à chaque pièce dans chaque batterie. C’est un système analogue à celui des télémètres à transmission électrique. Georges Darv.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance publique annuelle du 19 décembre 189 %
- Présidence de M. d’Abbadie.
- L’Académie des sciences a tenu sa séance publique annuelle sous la présidence de M. d’Abbadie, assisté de MM. de Lacaze-Duthiers et Berthelot. Suivant l’usage, M. d’Abbadie a résumé les pertes subies par l’Académie pendant l’année qui vient de s’écouler; l’orateur retrace en termes émus la vie et les travaux de MM. Richet, de Quatrefages, Jurien de la Gravière, Ossian Bonnet, Mouchez, Georges Biddell, Airy, Lalanne, de Caligny, Gilbert, Abria et Adams, tous membres ou correspondants de l’Académie, décédés au cours de 1892.
- Après le discours de M. d’Abbadie, M. Berthelot a énu* méré la liste de ceux que l’Académie a jugés dignes de recevoir des récompenses et d’être inscrits sur son Livre d'or. Nous en donnons plus loin l’énumération.
- M. Joseph Bertrand, chargé de l’éloge historique traditionnel, a communiqué à la compagnie une Notice écrite par lui sur Michel Chasles.
- Dans cette étude qui fait autant d’honneur au savant qu’à l’écrivain, M. Bertrand a rappelé plusieurs épisodes relatifs à la jeunesse du grand mathématicien. Tous ces souvenirs, recueillis par lui aux sources les plus autorisées, ont vivement intéressé l’auditoire et valu au savant secrétaire perpétuel les plus chaleureux applaudissements de l’assistance.
- M. Janssen a terminé la séance par une savante lecture sur l’observatoire du Mont-Blanc.
- Yoici la liste des lauréats du Concours de 1892 :
- Géométrie. — Grand prix des sciences mathématiques: M. Hadamard. — Prix Bordin : M. Gabriel Kœnigs; mentions honorables : MM. Otto Ohnesorge et Louis Raffy. — Prix Bordin : M. Humbert. — Prix Francœur : M. Mou-chot. — Prix Poncelet : MM. John Fowler et Benjamin Baker.
- Mécanique. — Prix extraordinaire de 6000 francs : 5000 francs à M. Hédouin, 5000 francs à M. Doyère. — Prix Montyon : M. N.-J. Raflàrd. — Prix Plutney : M. Au1 gustin Normand.
- Astronomie. — Prix Lalande : MM. Barnard et Max
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- Wolf. — Prix Damoiseau : MM. Radau et G. Leveau. — Prix Valz : M. Puiseux. — Prix Janssen : M. Tacchini.
- Statistique. — Prix Montyon : les D" Bastie et Dardi-gnac.
- Chimie.. — M. Bouchardat.
- Minéralogie et géographie.— Prix Vaillant : M. Lacroix.
- Botanique. — Prix llesmazières : M. Pierre Viala. — Prix Montagne, 1000 francs, M. l’abbé Ilue; 500 francs à M. le l)r F.-Xavier Gillot. — Prix de la Fons Mélicocq : M. Masclef.
- Médecine et chirurgie. — Prix Montyon : MM. Fara-beuf et Vernier; un prix à M. Javal; un prix à M. Lucas Chainpionnière; mentions : MM. Kelsh, Antony, Pitres, Redard; citations : MM. Brocq, Testut et Thiroloix. — Prix Barbier : M. Laborde et MM. Cadéac et Albin Meunier; mention : M. Paul Thierry; autre mention avec une somme de 500 francs : M. Marcel Baudoin, secrétaire du Progrès médical. — Prix Bréant (rente de la fondation) : M. A. Proust et M. Henri Monod. —Prix Godard : M. Al-barran; mention : M. Repin. — Prix Bellion : M. le docteur Théodore Cotel. — Prix Mège (rente de la fondation) : M. G. Colin. — Prix Lallemand : MM. Alfred Binet et Durand (de Gros).
- Physiologie. — Prix Montyon : MM. llédon et Cornu-vin; mentions très honorables : MM. Ephrem Aubert et Richard Ewald; mentions honorables : MM. Hans Molisch et W. Einthoven. — Prix Pourat : M. H. Roger.
- Géographie physique. — Prix Gay : M. Moureaux.
- Prix généraux. — Prix Montyon (arts insalubres) : M. L. Guéroult; encouragement : M. le docteur Paquelin. — Prix Trémont : M. Emile Rivière. — Prix Gegner : M. Paul Scrret. — Prix Delalande-Guérineau : M. Georges Rolland, ingénieur des mines, auteur du tracé du Chemin de fer transsaharien. — Prix Jérôme Ponti : M. Le Cha-lelier. — Prix Leconte (de 50 000 francs). Le prix est décerné 'aux travaux du docteur Villemin. La Commission décerne, sur les reliquats de la fondation Leconte, un prix à M. Deslandres et un prix à M. Maurice d’Ocagne. — Prix fondé par Mmo la marquise de Laplace. Le prix est décerné à M. Albert-François Lebrun.
- Ch. DE VlLLEÜEUIL.
- NÉCROLOGIE
- <«. Hachette. — Nous avons la douleur d’avoir à enregistrer ici la nouvelle de la mort de M. Georges Hachette, second fils du fondateur de la célèbre maison de librairie de ce nom. M. Georges Hachette qui est décédé le 15 décembre 1892, est né à Paris en 1858. Après ses études classiques il fit son droit, fut reçu licencié et se consacra presque aussitôt après à la librairie ; il fut l’associé de son père et de ses beaux-frères, MM. Louis Breton et Émile Templier, en 1865; son action personnelle s’est surtout exercée sur les progrès des publications géographiques et cartographiques. II a contribué à créer un fonds de documents géographiques qui permettent d’établir des cartes et des atlas d’une exécution parfaite et d’une exactitude remarquable. Chevalier de la Légion d’honneur à la suite de l’Exposition de Vienne en 1874, M. Georges Hachette a été juge au tribunal de commerce, membre delà chambre de commerce et président du Cercle de la librairie. Il prit une part active aux travaux de l’Exposition de 1878, comme membre du comité d’installation de la classe de la librairie à cette Exposition. Les obsèques de M. Georges Hachette ont eu lieu le samedi 17 décembre en l’église de Saint-Thomas-d’Aquin, en face même de la maison qu’il
- habitait boulevard Saint-Germain. La plupart des éditeurs parisiens, tous les auteurs et tous les artistes qui ont apporté le concours de leurs œuvres aux travaux de la grande librairie, ont voulu se joindre aux parents et aux amis pour rendre un dernier hommage à l’un des plus anciens directeurs de la maison Hachette.
- CHRONIQUE
- Une illusion d'optique. — La plupart des exemples d’illusion d’optique décrits dans les journaux ou les livres ont trait à des expériences intéressantes du domaine de la simple curiosité. En voici une signalée à notre confrère Nature par M. R. T. Lewis, et qui nous semble présenter un certain intérêt au point de vue architectural. Voici en quoi elle consiste : si une arche gothique est disymétri-quement interrompue par une bande verticale, comme le représente la figure ci-contre, l’arche semble s’ètre incurvée et rabaissée d’une quantité notable dans la partie la plus courte. Même prévenu, il semble incroyable que les deux parties de l’arche se rejoignent au sommet A, comme il est facile de s’en assurer en prolongeant au crayon les deux lignes
- qui forment la partie gauche. Cette illusion mérite d’être prise en considération par les architectes soucieux d’éviter des effets fâcheux dans un monument si, par une distribution malheureuse des piliers, il arrive que l’un d’eux puisse intercepter partiellement une arche gothique aux regards d’un observateur attentif.
- Les chapeaux mercuriels. — M. Jungfleish a récemment étudié au point de vue chimique une industrie spéciale connue sous le nom de sécrétage des poils. Cette industrie consiste à traiter les poils destinés à faire des chapeaux de feutre en imprégnant les peaux d’une solution de nitrate acide de mercure, puis en les desséchant à l’étuve. On a essayé de substituer au mercure l’acide azotique. Mais les poils ainsi traités ne sont pas aussi estimés que ceux préparés avec le mercure. Les accidents continuent donc à être fréquents chez les ouvriers qui manipulent ces poils. Aussi se sont-ils adressés au Comité d’hygiène pour élucider cette question. Les poils sécrétés, comme les chapeaux, renferment une notable quantité de mercure. M. Jungfleisch a été chargé de déterminer quelle est cette quantité de mercure. Une cloche de feutre (chapeau non terminé) pesant 62 grammes renfermait 207 milligrammes de mercure. Le chapeau terminé renferme encore beaucoup de mercure; dans une expérience un vieux chapeau de feutre contenait 726 milligrammes par 100 grammes. Il y a donc en moyenne 5 à 6 décigrammes de mercure dans un chapeau.
- Inauguration du premier chemin de fer bolivien. — H y a quelques mois, on a inauguré le premier chemin de fer de la République bolivienne. La voie (de üm,76 de largeur) se développe sur 955 kilomètres, entre Antofagasta (sur la côte chilienne du Pacifique), les usinés
- Arche gothique offrant une illusion d’optique.
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- de Huanchaca, près de la frontière bolivienne et le centre à la fois stratégique et minier d’Oruro. A Cerrillos (97 kilomètres de la côte), elle s’élève déjà à 1024 mètres; à Calama (258 kil.), elle atteint 2265 mètres; à San-Pedro (512 kil.), 5255 mètres; à Ascotan (560 kil.), 5965 mètres. Elle franchit la frontière bolivienne au kilomètre 410, pour se maintenir, à partir de ce point, à une hauteur moyenne de 5700 mètres (altitude approximative de la ville d’Oruro). Le point culminant de la ligne (4152 mètres) se trouve entre les kilomètres 655 et 654, sur l’embranchement de Huanchaca (ou Poulacayo).Le tracé, avec ses courbes à petit rayon, serpente entre les immenses contreforts de la chaîne maritime des Andes, sans tunnels et avec quelques tranchées peu profondes. Le désert d’Ata-cama, qu’il traverse, n’est sillonné que par un seul cours d’eau (la rivière Loa) ; deux ponts, dont l’un, de 105 mètres de hauteur, constituent les principales œuvres d’art de la nouvelle ligne. A San-Pedro, par 5220 .mètres d’altitude, on a creusé un réservoir qui, grâce à une canalisation de 514 kilomètres, fournit l’eau aux locomotives, au personnel de la compagnie et à la ville d’Antofa-gasta. Les tubes en fonte, les vannes, etc., ont été fabriqués par les usines de Brousseval, à Paris-Passy. (Débit :
- 100 tonnes par heure.) Les réservoirs viennent du Creusot. Le projet de cette voie ferrée a été conçu par M. Arce, président de la République bolivienne, principal actionnaire et directeur des mines de Huanchaca. La ligne a été construite entièrement par la compagnie de Huanchaca; la dépense s’est élevée à 75 millions environ. La compagnie du Huanchaca a vendu, au prix du coût, à un syndicat anglais formé ad hoc, la totalité de ce chemin de fer, avant même son complet achèvement. En vertu du contrat de vente, elle en est restée locataire, pour une période de quinze ans, moyennant 6 pour 100 du capital employé.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES MENUS PHOTOGRAPHIQUES
- Nous avons donné jadis un ingénieux procédé pour confectionner un menu photographique à l’usage des amateurs ; il consiste à reproduire une épreuve
- figurant les environs du lieu d’hospitalité et à faire dans le tirage une réserve en blanc au milieu de laquelle on doit écrire le menu1. Un de nos lecteurs, M. Louis Yidon, nous envoie de Bourg-Argental un menu plus amusant encore, confectionné par un autre procédé. Nous en donnons ci-dessous la reproduction. Il s’agit d’un dîner des pompiers de la localité, d’où la gaieté n’était pas bannie, si nous en jugeons par la rédaction du menu. L’auteur de ce singulier menu est le Dr Nasser, amateur photographe. Yoici comment il s’y est pris pour l’exécuter. Il a fait une pancarte de 2 mètres de hauteur sur lm,20 de largeur, en papier noir-goudron dont on se sert pour emballer les paquets; sur cette grande pancarte, le menu
- a été écrit à la main avec de la craie, un filet blanc a figuré un cadre. La pancarte ainsi formée a été collée sur un fond de même papier.
- Deux sapeurs-pompiers ont été placés devant, de chaque côté ; on a pris un cliché du tout. « Vous voyez, ajoute notre correspondant, que quand votre journal donne une idée, elle n’est pas complètement perdue. Je vous adresse cette photographie, pensant qu’elle fera plaisir à vos lecteurs si vous la jugez digne d’être reproduite. » L’idée nous paraît en effet ingénieuse et originale ; elle se prête à quantité d’inventions et de dispositions amusantes. Les convives pourront avoir sur les menus les portraits de leurs hôtes. Les amateurs de photographie auront là un vaste champ de récréation à explorer. Si quelques-uns de nos lecteurs veulent bien s’exercer dans la confection de ces menus photographiques, nous en accueillerons très volontiers les spécimens, nous promettant de publier, s’il y a lieu, les mieux réussis d’entre eux. G. T.
- 1 Yoy. n° 933, du 18 avril 1801,> 320.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa.ndjeh. Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleuras, 9.
- Spécimen d’un menu photographique.
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- V 1022. — 51 DECEMBRE 1892.
- LA NATURE.
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- LE JUBILÉ DE M. PASTEUR
- 27 DÉCEMBRE 1892
- La section de Médecine et de Chirurgie de l’Académie des sciences, sous l’instigation de l’un de ses membres, M. le I)r Bouchard, a eu l’idée d’organiser une souscription pour offrir à M. Pasteur un souvenir à l’occasion du 70e anniversaire de sa naissance (27 décembre 1892). L’Institut, les amis et les admirateurs du grand chimiste, tous ceux qui ont profité de ses découvertes ont voulu contribuer à cet hommage. On a confié à l’un de nos sculpteurs les plus distingués, M. 0. Roly, le soin d’exécuter
- une médaille commémorative ; on ne pouvait faire un meilleur choix en s’adressant à l’éminent artiste qui a produit tant de belles œuvres dans les productions de ce genre.
- La médaille qui a été offerte à M. Pasteur, lors de la mémorable cérémonie du 27 décembre dernier, à laquelle nous avons assisté, non sans émotion, est rectangulaire; elle mesure environ 7 centimètres de hauteur. Nous en reproduisons ci-dessous la face et le revers. Sur la face, M. Pasteur est représenté de profil ; la ressemblance est parfaite, la sculpture est vigoureuse et énergique. Une inscription entoure le profil : Louis Pasteur, né a Dole, le 27 décembre 1822. Au-dessous sont gravés les mots sui-
- Méduille cri or, offerte à M. I’asteur a l’occasion du soixantc-dixièine anniversaire de sa naissance. Composition de M. 0. Roty. — Revers et face.
- vants qui résument la magnifique carrière de l’illustre savant : Pour la science, la patrie, l’humanité. Le revers porte l’inscription : a Pasteur, le jour
- RE SES 70 ANS, LA SCIENCE ET L’HUMANITÉ RECONNAISSANTES. 27 DÉCEMBRE 1892.
- Ce souvenir artistique a été remis à M. Pasteur par le Président de l'Académie des sciences, dans un écrin de velours : la médaille est en double spécimen dans cet écrin qui renferme, d’une part, la face qui est en or et le revers qui est en argent. Au-dessous de ces deux exemplaires, une plaque d’argent porte le texte gravé de la lettre adressée par les membres de la section de médecine à M. le Président de l’Académie des sciences. L’écrin est fermé par un couvercle au-dessus duquel est une plaquette coulée en bronze et ciselée ; une feuille de laurier y est gravée avec les mots suivants : 27 décembre 1892,
- 21* année. — Ier srmKre.
- a Pasteur. La remise de la médaille a eu lieu dans le grand amphithéâtre de la nouvelle Sorbonne en présence d’une salle comble. M. Carnot, Président de la République, avait tenu à honorer la cérémonie de sa présence.
- Après une série de discours prononcés par M. Ch. Dupuy, Ministre de l’instruction publique, par MM. d’Abbadie, J. Bertrand et Daubrée, de l’Académie des sciences, le grand chirurgien anglais M. Lister a éloquemment apporté au créateur de la Doctrine pastorienne l’hommage de reconnaissance de la Médecine et de la Chirurgie. M. Rergeron, secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine, M. Sauton, Président du Conseil municipal de Paris, et M. Brouardel, doyen de la Faculté des sciences, ont pris successivement la parole ; puis les délégués des Académies, Universités et Sociétés savantes étran-
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- gères ont tour à tour défilé devant M. Pasteur, lui remettant des adresses, des registres de signatures et des médailles. M. Huilier, maire de Dole où est né M. Pasteur, a remis à l'illustre savant un album en-l'ermé dans un écrinaux armes de la ville, et contenant un fac-similé de son acte de naissance ainsi que la photographie de la maison où il est né.
- M. Pasteur, dont les larmes traduisaient l’émotion, a chargé son iils de lire son allocution; elle brille par la simplicité, la modestie et tout à la fois par la grandeur et l’élévation des idées. Voici les passages qui s’adressent successivement aux délégués étrangers, à la jeunesse et qui envisagent l’avenir :
- « Vous, délégués des nations étrangères, qui êtes venus de si loin donner une preuve de sympathie à la France, vous m’apportez la joie la plus profonde que puisse éprouver un homme qui croit invinciblement que la science et la paix triompheront de l’ignorance et de la guerre, que les peuples s’entendront, non pour détruire, mais pour édifier, et que l’avenir appartiendra à ceux qui auront le plus fait pour l’humanité souffrante. J’en appelle à vous, mon cher Lister, et à vous tous, illustres représentants de la science, de la médecine et de la chirurgie.
- « Jeunes gens, jeunes gens, confiez-vous à ces méthodes sûres, puissantes, dont nous ne connaissons encore que les premiers secrets. Et tous, quelle que soit votre carrière, ne vous laissez pas atteindre par le scepticisme dénigrant et stérile, ne vous laissez pas décourager par les tristesses de certaines heures qui passent sur une nation. Vivez dans la paix sereine des laboratoires et des bibliothèques. Dites-vous d’abord : qu’ai-je fait pour mon instruction? Puis, à mesure que vous avancerez, qu’ai-je fait pour mon pays? jusqu’au moment où vous aurez peut-être cet immense bonheur de penser que vous avez contribué en quelque chose au progrès et au bien de l’humanité. Mais que les efforts soient plus ou moins favorisés par la vie, il faut, quand on approche du grand but, être en droit de se dire : J’ai fait ce que j’ai pu.
- « Messieurs, je vous exprime ma profonde émotion et ma vive reconnaissance. De même que sur le revers de cette médaille, Roty, le grand artiste, a caché sous des roses la date si lourde qui pèse sur ma vie, de même vous avez voulu, mes chers confrères, donner à ma vieillesse le spectacle qui pouvait la réjouir davantage, celui de celte jeunesse si vivante et si aimante. »
- La cérémonie du 27 décembre a été pleine de grandeur. C’était un spectacle réconfortant que celui de ces hommages rendus avec tant d’enthousiasme à l’homme qui personnifie le travail et le génie scientifique, et qui prodigue les inappréciables bienfaits de ses découvertes, avec un désintéressement sans bornes et une abnégation absolue.
- Gaston Tissandier.
- LE GLACIER S0LTERRÂ1N ÜE NAYE
- EN SUISSE.
- Le massif des rochers de Naye est creusé de nombreuses grottes naturelles, de « baumes » fort peu connues et exploiées, si ce n’est des chercheurs de trésors qui, encore maintenant, persistent à vouloir trouver le métal précieux
- dans les lianes de la montagne. M. Dutoit, professeur au collège de Montreux, a exploré un grand nombre de ces grottes et spécialement l’une d’elles, qui présente des particularités fort intéressantes.
- Située dans la paroi des rochers de Naye qui tombe dans le petit vallon de Bonaudon, l’entrée de cette grotte est presque introuvable pour quiconque n’en connaît pas exactement la situation; l’accès en est pourtant facile, l’ouverture se trouvant immédiatement au-dessous des rochers. Les grandes quantités de neige qui s’accumulent au pied de la paroi masquent souvent l’entrée jusqu’au commencement d’août.
- Si l’on pénètre dans la grotte, après un court trajet dans un étroit boyau, on arrive sur une sorte de replat plus élevé que l’ouverture. Là se trouve un amas considérable de glace, une sorte de glacier persistant pendant toute l’année. Large de 5 à G mètres, ce glacier, d’un côté monte très rapidement pour aboutir à un véritable couloir de glace très étroit et devenant bientôt impraticable; de l’autre, il se termine brusquement par une sorte de morainq formée de gros blocs amoncelés. La direction du glacieij est à peu près perpendiculaire au couloir d’entrée. Du bas du glacier part un autre couloir aboutissant dans une deuxième salle, où accèdent deux galeries, l’une impraticable, l’autre conduisant dans une troisième salle, assez spacieuse. La longueur totale explorée, de l’entrée à la troisième grotte, est d’environ 500 mètres. Mentionnons encore une autre galerie, s’ouvrant à gauche du glacier et aboutissant à des chambres peu spacieuses, il est vrai, mais extraordinairement hautes. Malgré un éclairage assez fort, on ne parvient pas à en découvrir le plafond.
- La température de toute la grotte est très près de 0 degré. A l’entrée, au mois d’août, M. Dutoit a constaté un violent courant d’air sortant ; le thermomètre marquait alors à cet endroit + 0°, 5 centigrades.
- L’intérieur de cette curieuse excavation porte de nombreuses traces du passage de chercheurs d’or : ici un morceau de planche, là un bout de corde, voire même une pioche, sans compter de nombreuses marques de coups de marteau contre les rochers.
- La vie animale y est peu représentée : une chauve-souris trouvée dans la deuxième salle; un blaireau aperçu ou plutôt deviné, et reconnu à ses traces, dans la troisième salle; et c’est tout. M. Dutoit a trouvé en outre sur le glacier quelques débris de plantes.
- Quelle est l’origine de cet amas de glace? Pour résoudre complètement le problème, il faudrait pouvoir suivre le glacier dans sa partie supérieure, ce qui est impossible. On en est donc réduit aux conjectures. M. Dutoit pense, et cela est fort probable, que la glace provient d’un grand trou, situé au-dessus des chalets de Naye.
- UN DISCOURS DE LORD KELYIN
- Suivant l’usage, la Société royale de Londres s’est réunie en séance solennelle le jour de la Saint-André, pour entendre le discours de son illustre président, lord Kelvin (sir William Thomson) et assister à la distribution des médailles; disons en passant que l’une d’elles, la médaille de Davy, a été décernée à M. Raoult, doyen de la Faculté des sciences de Grenoble, pour ses belles recherches sur le point de congélation et la tension de vapeur des solutions. Lord Kelvin trace rapidement, dans son discours, que nous essayerons de résumer, les progrès récents de la science; mais il ne se contente pas d’en dresser le catalogue; il le pénètre d’idées personnelles
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- qui ouvrent à chaque instant de vastes horizons. Une partie du discours a été consacrée au magnétisme terrestre, qui est plus que jamais à l’ordre du jour.
- On sait que l’action d’un aimant est inversement proportionnelle au cube de sa distance; il en résulterait que, pour produire sur la Terre une action magnétique mesurable, le Soleil devrait posséder une aimantation 12000 fois plus considérable que celle de notre globe. Pouvons-nous l’admettre?Rien ne permet denier a priori l'existence de cette aimantation sur le Soleil. Mais comment l’expliquer? Certaines théories modernes concernant le magnétisme terrestre le considèrent comme une conséquence de la rotation de la terre, et de l’entrainement de l’éther par la matière. Si un courant électrique est véritablement un courant d’éther, le phénomène s’explique très aisément. Dans ce cas, les planètes Vénus et Mars doivent être des aimants comme la Terre, et le Soleil est sans doute un aimant puissant, ayant ses pôles magnétiques placés dans le même sens que ceux de la Terre. L’ignorance dans laquelle nous sommes de l’entraînement de l’éther par la matière nous permet les évaluations les plus hardies quant au magnétisme solaire. Un grand nombre d’observations font croire à l’effet du Soleil sur des variations régulières ou subites du magnétisme terrestre ; il se pourrait cependant qu'une même cause agit en même temps sur le Soleil et sur la Terre, produisant là des taches, ici des perturbations magnétiques.
- Mais si l’on considère l’énergie nécessaire pour produire une perturbation pendant un orage magnétique, on arrive à un chiffre fantastique. Par exemple, le 25 juin 1885, la composante horizontale était d’environ 0,0005 C.G.S. trop forte à 2h 10, et de la même quantité trop faible à 5 heures de l’après-midi. En supposant que le Soleil ait envoyé dans toutes les directions des ondes magnétiques capables de produire ces effets, la puissance de ces ondes aurait été de 160 millions de millions de millions de millions de chevaux, c’est-à-dire 564 fois la puissance de la radiation solaire. Si l’interprétation est exacte, le résultat paraît inadmissible et le Soleil serait, une fois de plus, dépouillé de sa prétendue action sur le magnétisme terrestre. Peut-être tournera-t-on cette difficulté.
- Une autre question importante, traitée dans ce discours, est celle de la variation de l’axe terrestre. Ün sait qu’Vvon Villarceau avait déjà observé une variation annuelle de la latitude de Paris, mais il n’avait pas osé affirmer qu’elle fût réelle ; cette idée a été reprise à la suite d’une série de mesures faites dans plusieurs observatoires d’Allemagne. La vérification était facile; il suffisait de faire des observations de contrôle à la même latitude, mais sur le méridien opposé. Une mission allemande envoyée à Honolulu a suivi, pendant un an, à partir du 1er juin 1891, la marche de la latitude; et tandis qu’elle augmentait en Allemagne, elle diminuait à Honolulu; la variation est d’environ 1/4 de seconde de part et d’autre de la moyenne, ce qui reviendrait à dire que l’axe de la Terre décrit annuellement (plus exactement en 585 jours) tm cercle de 7,5 mètres de rayon M. Newcomb a, du reste, fait observer que la variation de la latitude paraît plus forte dans ces dernières années qu’elle ne l’a été en moyenne depuis 1865 jusqu’en 1890.
- (( SL nous considérons l’eau tombée en Europe et en Asie pendant un mois ou deux de la saison des pluies, et le temps nécessaire à son écoulement; si nous nous demandons où elle était dans cet intervalle de plusieurs semaines ou de plusieurs mois et, ce qui est advenu de l’air d’où elle
- est tombée, nous ne trouverons pas extraordinaire que la distance entre l’axe d’équilibre de la force centrifuge, et l’axe instantané de rotation puisse varier de 5 à 10 mètres en quelques semaines ou quelques mois. »
- Cette variation serait ainsi expliquée par une cause très simple.
- LES CAGOTS ET LA LÈPRE EN .FRANCE
- Les Cagots, regardés récemment encore comme formant une race à part de parias, sont surtout nombreux dans le sud-ouest de la France, le Béarn et le pays basque. Là, presque chaque village possède , à quelque 1000 ou 1500 mètres de distance, une « ebrestiaa » , simple hameau où se tiennent à l’écart les Cagots. Leurs petites maisons blanches, avec des toits noirs, s’égrènent au bord des chemins, séparées les unes des autres et isolées à dessein. On retrouve encore ces déshérités dans le Poitou, en Bretagne, et en Angleterre dans le pays de Galles. Mais ici le préjugé a disparu, et les Cagots ont abandonné les chrestiaas pour se mêler à la vie commune. Il n’en est pas de même dans les Basses-Pyrénées. Us restent à l’écart et, quand ils sortent dans la rue, on les sillle pour avertir de leur passage. Ils sont en butte aux quolibets et aux risées, et on chante sur eux des chansons ironiques après boire. Dans les villages de la Navarre espagnole, on les chasse encore des l'êtes où ils essayent de se montrer, quelquefois à coups de bâton ferré.
- Ces pratiques ne sont qu’un reste des nombreuses vexations qui accablaient autrefois ces malheureux. Descendants authentiques des lépreux, on les regardait eux-mêmes comme porteurs d'un mal atténué, mais encore contagieux, que les vieux auteurs, Guy de Chauliac et Ambroise Paré, appelaient lèpre blanche ou cayote. Ces anciens Cagots avaient le teint blafard, exhalaient une odeur de cancrelat et étaient chauves. La population saine était appelée par opposition, dans les écrits publics, la yen s peint a ou gens chevelus. Aussi, les lois et coutumes les reléguaient-ils dans leurs chrestiaas. Il leur était défendu d'entrer dans les cabarets, les boucheries, les paneterics, et de toucher aucune matière végétale ou animale destinée à l’alimentation. Ils ne pouvaient puiser aux fontaines publiques, ils en avaient une pour leur propre usage. Ils portaient sur l’épaule un petit signe distinctif rouge, représentant une main déformée par la lèpre. A l’église, une place à part leur était réservée ainsi qu’une petite entrée et un bénitier spécial (fig. 1). L’un d’eux, qui se ser-j vit du bénitier commun, vit clouer à la porte sa main, source de contagion. On leur assignait des professions regardées comme viles et indignes, eelles de charpentier, cordier, maçon, menuisier, fossoyeur, fabricant de cercueils, équarrisseur. En Bretagne, quand les chrestiaas furent autorisés à tisser, on ne voulut pas porter leur toile, de peur d’être « encagotté ».
- On sait avec quelle intensité a sévi la lèpre au
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- moyen âge. Des générations ont vécu dans la terreur de ce mal contagieux et héréditaire. A un moment il y avait, en France seulement, deux mille léproseries ; ce nombre est donné par le testament de Louis IX. Aussi tenait-on les ladres dans un isolement rigoureux. Comme les moines, ils étaient retranchés du nombre des vivants et on leur chantait l’office des morts.
- 11 n’est pas étonnant ([lie des pratiques si contraires à nos mœurs actuelles aient subsisté à l’égard des Cagots, leurs derniers descendants.
- La lèpre n’est pas, du reste, inconnue en France. Dans une intéressante communication à l'Académie de médecine, M. Zambaco a montré que, en dehors de quelques cas cités à Cannes, Eze, près de Nice, à Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône, à Avignon et à Montpellier, il fallait considérer comme lépreux ces manchots qu’on voit accourir en nombre dans les villages de la Bretagne aux jours de « Lardon », pour implorer la charité publique.
- Lien chez eux qui réponde à l’idée que l’on se fait ordinairement de la lèpre, ni plaies, ni ulcères infects. Ils ont un mal léger en apparence, un panaris indolore et de longue durée qui, lentement et sans souffrance aucune, détruit les dernières plia -langes des doigts.
- En même temps, la sensibilité disparaît dans le membre atteint et les moignons se recourbent crispés. C’est ce qu’on prenait auparavant [jour une maladie nerveuse spéciale, sous le nom de mal de Morvan, et qui n’est en réalité qu’une forme atténuée de la lèpre.
- Or, M. Lajard a retrouvé ce mal de Morvan chez les Cagots du sud-ouest, et de Rochas nous rappelle, dans son livre sur les parias de France et d’Espagne,
- qu’il y a trente ou quarante ans, la maladie sévissait avec bien plus d’intensité qu’aujourd’hui. Mais ce n’est même pas sous cette forme que se manifeste habituellement la lèpre chez les Cagots ; la maladie y est encore plus atténuée. On pourra l’appeler lèpre blanche ou cagote, à l’exemple des anciens. A Salies-
- de-Béarn, presque tous les Cagots ont, dans leur famille, des membres au teint blafard, chauves, dont les ongles des doigts sont épaissis et suppurent par intervalles (fîg. 2).
- Ces altérations sont héréditaires dans les familles. L’enfant naît bien portant, en apparence. Puis, avec l’âge, les ongles s’épaississent, les cheveux tombent et deviennent clairsemés. Et on voit des jeunes filles, belles, avec l’apparence de la santé, forcées de porter perruque; des jeunes gens obligés de renoncer aux métiers pénibles, à cause du « mal blanc » qui fait suppurer leurs doigts et rend douloureux le
- contact de l’eau froide. Certes, il eût été osé de dire, il y a vingt ans, que ces lésions ontla môme origine que la lèpre mu tilantc (jui abîme et tue lentement le patient. On tend néanmoins aujourd’hui à l’admettre. Les maladies peuvent revêtir des formes variées. Atténuées, elles sont souvent entièrement différentes des formes graves, quoique provoquées par le même bacille. La lèpre ne ferait ainsi que rentrer dans le cadre commun. Cette affection, localisée à Salies-de-Béarn, est en voie de disparition. Le jour n’est pas éloigné où les Cagots, devenus entièrement sains, grâce à une meilleure hygiène, ne différeront en rien des autres hommes et seront regardés par tous comme des égaux. I)r Félix Régnault.
- Fig. 1. — Bénitier des Cagots à l’église de Dogneu.
- Fig. 2. — Main de Cagot. (D'après une photographie.)
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- LES CADRANS SOLAIRES MODERNES
- Nous avons cherché, dans de précédents articles1, à montrer combien d’ingéniosité et de sens artistique on avait déployé dans la construction des cadrans solaires, avant la transmission télégraphique de l’heure et l’avènement de la montre à bon marché; nous ne croyions pas alors que le cadran solaire lut encore d’un usage courant, et nous pensions insister particulièrement sur l’utilité de son étude au point de vue de l’enseignement de la Cosmographie.
- Depuis lors, de nouveaux documents nous sont parvenus, fournis en partie par d’aimables lecteurs de La Nature; nous avons ainsi appris, non sans quelque étonnement, que le cadran solaire est encore fréquemment employé aujourd’hui. Sous une forme complexe, il peut se plier à
- des usages divers, tandis que, de construction très simple, mais de grandes dimensions, il permet d’atteindre une précision suffisante pour le réglage des montres de moyenne exactitude. Enfin, dans certains de ces instruments, un dispositif spécial permet de lire directement l’heure moyenne. Tel est, par exemple, le cas du cadran imaginé par le major général Oliver (fig. 2). L’heure se lit sur un cercle équatorial À, tandis que l’ombre est projetée, non plus par une simple tige, mais par un rendement B du style, dont la section est donnée par la courbe bien connue de l’équation du temps. Suivant la saison , on lira l’heure à droite ou à gauche de l’ombre. Le cercle C porte une division en degrés qui permet de régler l’instrument pour toutes les latitudes boréales ou australes.
- La figure d représente un cadran construit par M. C. Thévenot; il se compose d’une sorte de roue
- Fig. 1. — Cadran solaire de précision de M. C. Thévenot.
- en bronze de 767 millimètres de diamètre, portée l sur un axe tournant dans une ouverture pratiquée dans- une table de marbre sur laquelle la roue s’applique exactement. Cette table est inclinée sur l’horizon d’un angle égal au complément de la
- latitude du lieu, la ligne de plus grande pente étant orientée du nord au sud. De cette manière, l’axe de la roue est parallèle à Taxe du monde. Une lentille de 50 centimètres de foyer environ projette l’image du soleil sur une pièce courbée en arc de cercle, et portée sur la roue en un point diamétralement opposé. L’observation consiste à amener
- Voy. n° 951, du 4 avril 1891, p. 273.
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- l'image sur la ligne médiane de l’are de cercle. L’heure se lit alors sur le pourtour de la roue, vis-à-vis d’un index scellé dans le marbre. Les dimensions de l’appareil construit par M. Thévenot sont telles qu’une minute de temps correspond à une longueur de lmm,C> à la circonférence. Il semble donc que l’on puisse, sans difficulté, déterminer à quelques secondes près l’heure vraie. L’heure moyenne s’en déduit en y ajoutant l’équation du temps donnée dans une table.
- Le cadran (fig. 5) construit par Fléehet, il y a une trentaine d’années déjà, est beaucoup plus complexe; U est destiné aux observations en voyage, et peut être rangé,, sous un petit volume, dans une boite qui lui sert de support lorsqu’on veut effectuer une mesure. Il se compose, comme plusieurs des instruments précédemment décrits, d’un cercle méridien M, coupé du côté du soleil, pour ne pas gêner l'observation, d’un équateur E, et d’un cercle horaire H, mobile autour de l'axe AH. Le cercle II porte un petit trou correspondant à un évidement circulaire du cercle E. C’est par là que passent les rayons solaires qui vont former un point lumineux sur un écran, porté par le cercle II, et sur lequel a été tracée la courbe du temps moyen, accompagnée des dates de quatre en quatre jours pour toute l’année. L’instrument tourne autour d’un axe C placé verticalement au moyen du niveau que porte l’instrument. Supposons que nous ayons réglé l’instrument suivant la latitude du lieu, à l’aide de la division du cercle M. U nous restera à mettre ce dernier dans le méridien. Dans ce but, nous dirigerons le cercle horaire vers le soleil de façon à former l’image sur la courbe du temps moyen; nous savons que cette courbe devra être décrite en une année par l’image du soleil, qui doit s’éloigner ou se rapprocher de l'équateur de l’instrument en même temps que le soleil lui-même s’éloigne ou s’approche de l’équateur terrestre. Faisant alors tourner simultanément le cadran autour de l’axe C, et le cercle II autour de AD, nous ferons décrire au point lumineux une partie de la courbe, et nous fixerons l’instrument lorsque ce point marquera la date du jour de l’observation. A ce moment, nous sommes sûrs que le cercle M est dans le méridien, et que le cercle II indique, sur l’équateur, l’heure actuelle. •
- Jusqu’ici, l’instrument ne diffère pas essentiellement d’un cadran solaire très ancien, que nous avons décrit précédemment1. Mais la courbe du temps moyen va nous permettre de déterminer même la latitude du lieu si nous ne la connaissons pas; il suf-lira, pour cela, d’observer le passage du soleil à midi. Plaçons, à cet elfet, le cercle horaire sur le midi de l’instrument, et donnons à l’axe AB une inclinaison telle que l’image du soleil se forme, sur la courhe du temps moyen, à l’endroit correspondant à la date du jour de l’observation. Si l’opération a été commencée avant midi, on verra l’image des-
- 1 Voy. n° 915, du 15 décembre 1890, p. 25.
- cendre sur la courhe; on la ramènera constamment en abaissant l’axe AB. Le mouvement se ralentira peu à peu, et bientôt s’arrêtera tout à fait. L’axe AB sera alors parallèle à l’axe du monde, et il suffira de lire la position du cercle M pour connaître la latitude. À partir de ce moment, l’instrument pourra servir à déterminer l’heure.
- De tous les cadrans solaires construits jusqu’ici, ce dernier est sans doute le plus complet et celui qui se prêle le mieux à toutes les déterminations approximatives que l’on peut avoir à faire en voyage. A ce titre, il méritait d’être signalé à l’attention des explorateurs. Cn.-En. Guuxaumk.
- LE CHAMP DE TIR DE FONTAINEBLEAU
- Il est déjà bien loin de nous, le temps où les polygones étaient de dimensions restreintes; où leur organisation ne comportait qu’une butte et quelques épaulements. De nouvelles conditions se sont imposées du fait des progrès de tout genre réalisés par l’Artillerie. Les champs de tir d'aujourd’hui doivent être nécessairement de grande étendue et machinés de telle sorte qu’on y puisse facilement résoudre la plupart des problèmes qui se posent à la guerre. Pour exposer clairement l’économie de ces nouveaux théâtres d’instruction, il convient de prendre un exemple et nous ferons, à cet effet, choix du polygone de Fontainebleau.
- Orienté est-ouest, ce champ de tir occupe dans la forêt — tout près de la ville — une bande de terrain déboisé mesurant, 5km,600 de long sur 200 mètres de large. A part quelques monticules exerçant sur leurs alentours un commandement de 5 ou 6 mètres, cette bande est peu accidentée; elle se relève seulement d’une cinquantaine de mètres en chacune de ses extrémités, lesquelles sont : d’une part, une extumescence dite Mail. Henri IV ; de l’autre, un plateau rocheux. Au cours des écoles à feu, le tir s’exécute dans le sens est-ouest; en d’autres termes, les pièces se mettent en batterie du côté du Mail et lancent leurs projectiles vers le Plateau.
- Quant aux objectifs, le dispositif en est tel qu’ils présentent au personnel chargé de l’exécution du tir l’aspect d’une réalité frappante. Ce sont des représentations, aussi fidèles que possible, de moyens défensifs ou obstacles divers; de troupes en marche ou qui font halte; de bouches à feu en batterie ou traînées par des attelages; d’hommes à pied ou à cheval, en ordre dispersé ou en niasse, etc., etc.
- Quelques détails ne seront pas ici hors de propos.
- En fait d’obstacles on remarque dans le champ de tir de Fontainebleau divers épaulements en terre et un redan avec mur d’escarpe, abri-magasin, bouches à feu de place. Le redan est représenté en B dans notre gravure d’ensemble (fig. 2). Cette figure comporte aussi un village avec son église en A, un ermitage en H et certain nombre de pans de murs. Le village est en planches. Quant aux murs figurés, ils se composent de voliges clouées sur des liteaux et
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- peintes en blanc; la partie supérieure, peinte en rouge, représente le chaperon; un rectangle peint en jaune, une porte, etc. Pour un observateur placé à bonne distance, l’illusion est complète.
- L’étude des procédés de représentation des troupes ne manque pas non plus d’intérêt.
- Une planchette, peinte en noir et découpée de façon à figurer la tête et les épaules d’un homme, se campe verticalement à l’aide d’un piquet fiché en terre. Voilà un tirailleur accroupi!.. Un alignement de silhouettes semblables offrira l’aspect d’une ligne (Vinfanterie à genoux; cloué sur le chaperon d’un mur, il donnera l’idée d’une série de défenseurs de l’obstacle.
- Trois voliges de lm,3o de hauteur sont peintes en noir et assemblées jointivement de telle façon que celle du milieu dépasse les deux autres d’une trentaine de centimètres. Voilà un homme droit sur ses jambes!.. Qu’on juxtapose un certain nombre de ces appareils très simples, on obtiendra une ligne <l’infanterie debout (1), fig. 2). Si, en semant des tirailleurs sur le terrain (U, fig. 2), on veut serrer encore de plus près la vérité, il faut, au lieu de peindre en noir les voliges, les revêtir de vieux effets d’habillement. Des mannequins de structure et d’organisation analogues peuvent servir à représenter des combattants groupés d’une manière spéciale ou un état-major, etc. Quant aux canons de campagne, caissons et attelages, ils sont, comme chacun sait, figurés conformément aux prescriptions du Comité d’artillerie en date du 22 avril 1884. Des silhouettes de tirailleurs sont affectées à la représentation du personnel qui sert les pièces.
- Pour satisfaire dans les règles aux exigences du service d’instruction, il est nécessaire de pouvoir procéder, en temps opportun, à de rapides changements d’objectifs. Or ces changements s’obtiennent moyennant, un jeu de silhouettes organisées de façon à pouvoir apparaître ou disparaître autant de fois qu’il le faut; et cela, à la volonté de l’instructeur. Nous donnons ici, à titre d’exemple, la description d’une ligne d'infanterie à éclipse, représentée au premier plan en C (fig. 2).
- L’appareil consiste essentiellement en un grand axe en hois porté par des coussinets aussi en bois et établis—perpendiculairement à la ligne de tir — au fond d’un fossé évasé en forme de V très aplati. Cette dernière disposition a pour effet de soustraire à l’action des éclats de projectiles et l’axe et les silhouettes que cet axe commande. Chacune de celles-ci se compose' d’un cadre en fil de fer affectant la forme humaine et sur lequel est tendue une étoffe noire. Des leviers sont disposés qui permettent de faire tourner l’axe et, par conséquent de lever à volonté ou de coucher les silhouettes. La manœuvre en est confiée à des hommes qui les actionnent par le moyen d’un câble en fil de fer (C, fig. 2). Le champ de tir de Fontainebleau est outillé de huit lignes d'infanterie à éclipse, ‘chacune de 20 mètres de largeur. Placées les unes derrière les autres, elles
- y occupent un intervalle de 1800 mètres, d’où il suit que leur système, méthodiquement utilisé, permet de figurer la marche d’une infanterie gagnant du terrain par bonds successifs et constitue, par suite, un objectif mobile.
- Mais, d’ailleurs, il se trouve au champ de tir de Fontainebleau des appareils tout spéciaux faits pour représenter des troupes en marche et s’avançant ou reculant d’une manière continue, ininterrompue. Un but mobile, de ce genre (F, fig. 2) consiste en un système de deux roues ou tambours reliés par un essieu portant des montants verticaux sur lesquels sont cloués des liteaux disposés horizontalement. Sur ces liteaux sont fixées des silhouettes de soldats d’infanterie ou de cavalerie. La traction, qui peut s’opérer dans un sens ou dans l’autre, s’effectue par le moyen d’un câble tiré par un attelage. Le parcours est d’environ 700 mètres. Nous devons exprimer le regret de ne pouvoir exposer ici, faute d’espace, les détails fort intéressants de ce mode de traction.
- L’installation, I’entrefien et la manœuvre de ces différents objectifs impliquent l’organisation d’un service de travailleurs. Qr, la manœuvre devant s’exécuter au cours de l’exécution du tir, ce personnel spécial doit nécessairement pouvoir disposer d’un certain nombre d'abris. La figure 2 représente, à gauche, l’abri affecté aux hommes chargés du soin de manœuvrer la ligne d'infanterie C à éclipse; la figure 1 expose à plus grande échelle quelques détails de construction de cet édicule de sécurité.
- Essentiellement démontable et d'une installation facile, un abri bas nouveau modèle comprend : une voûte à plein cintre en tôle ondulée de tmm,5 d’épaisseur, voûte composée de trois parties rivées entre elles et reliées par des fers cornières; une plaque de fermeture d'avant, plaque ouvragée d’une visière de 10 millimètres de hauteur; une plaque de fermeture d'arrière ménageant l’entrée de l’abri; une plaque assurant la protection de cette entrée ; enfin, un élément de voûte ou masque protégeant l’avant. Le poids des tôles ne s’élève, au total, qu’à 950 kilogrammes.
- Pour opérer, le montage de l’abri, il convient de procéder de la façon suivante ; sur le sol d’une excavation de lra,20 de profondeur on établit jointivement la voûte, les plaques de fermeture d’avant et d’arrière et le masque. Ces quatre éléments une fois en place, on creuse à l’entour du système un fossé dont le déblai sert à couvrir la voûte de lm,50 de terres. Du côté des batteries l’abri doit être protégé par un autre massif de terres, de 5m,oû d’épaisseur, dans lequel sont méthodiquement noyés deux murs à pierres sèches. L’organisation du champ de tir de Fontainebleau comporte une dizaine d’abris de ce genre, chacun de la contenance de huit personnes.
- Les écoles à feu ne seraient pas un vrai moyen d’instruction pratique si les troupes appelées à y prendre part n’étaient, à chaque instant, renseignées touchant les résultats, bons ou mauvais, de leur tir. Il a donc fallu, on le comprend, procéder
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- à l’organisation d’un service (Vobservation rationnel. À cet effet, l’on a numéroté de 1 à 50 les emplacements des objectifs et l’on a planté sur le terrain de petites planchettes portant des numéros répartis ainsi qu’il suit : Le champ de tir ayant été partagé en trois zones longitudinales, les emplacements numérotés de 1 à 10 en occupent méthodiquement la partie gauche; les emplacements cotés de 11 à 20, la partie médiane; les emplacements de 21 à 50, la partie droite. L’établissement de ce système de planchettes fournit un nombre suffisant de repères et permet de désigner avec assez d’exactitude tous les points du terrain. Les observateurs prennent place dans des postes ad hoc, lesquels sont : pour le tir de campagne, les abris bas de la route d’Occident numérotés de 1 à 4; ceux du Cormier nos 2 et 5; ceux de la Salamandre et du Redan; pour le tir de siège et place, les abris hauts du Mont-Morillon, du Mont Aigu et du Signal du Cormier. Chaque observateur a dans ses attributions une bande transversale — nettement déterminée — du champ de tir.
- C’est ainsi, par exemple, que les huit lignes de buts à éclipse sont du ressort du poste du Cormier n° 2.
- Les résultats dûment observés du tir sont immédiatement transmis à qui de droit par le moyen du téléphone, car un service téléphonique dessert le champ de tir. Deux lignes distinctes, partant toutes deux du poste du Mail, Jongent : l’une, la lisière nord; l’autre, la lisière sud de la forêt. Ces lignes relient entre eux tous les postes et abris affectés au personnel des différents services: manœuvre des objectifs de tir, observation, téléphone et service de sécurité.
- Deux mots touchant le mode d’exécution de celui-ci, lequel est de première importance. Dans l’espèce, cette exécution n’est rien moins que facile, eu égard aux conditions exceptionnelles du champ de tir considéré. Le polygone de Fontainebleau est, en effet, coupé de quatre routes très fréquentées et d’un grand nombre de chemins; il se trouve, d’ailleurs, enfermé sous une ceinture de bois. Pour parer, autant que possible, à tout danger d’accidents, on se sert de vedettes, de plantons, de surveillants installés dans des postes. Chargées du service de surveillance à grande distance, les vedettes ont
- mission de ramener piétons, cavaliers et voitures sur les routes qui, traversant le polygone, sont soigneusement gardées. Lesdites routes se trouvent barrées par des plantons dont la consigne est de ne les ouvrir que sur l’ordre du commandant des écoles à feu. Des postes de surveillance installés à l’entour du champ de tir, le principal est celui du Mail qui occupe une position dominante. Au cas où les batteries tirent du pied du Mail, c’est-à-dire quand la zone à interdire est maxima, il y a fonctionnement concurrent et simultané de cinq postes de sécurité (non compris celui du Mail) ayant chacun leur consigne particulière, savoir : trois postes de plantons employés à la garde des routes Ronde, d’Orléans et de Nemours; un poste au Puits du Cormier pour surveiller Je milieu du champ de tir; un poste à la Salamandre affecté à la surveillance du fond de ce polygone. Tous ces postes sont reliés
- téléphoniquement et communiquent entre eux à l’aide de signaux, consistant en cadres de hois g amis d’étoffe blanche, espèce de cibles qui, lorsqu’on les manœuvre, se détachent fort bien sur le fond sombre des arbres de la forêt. Des signaux acoustiques sont d'ailleurs faits, quand besoin est, par une dizaine de trompettes, dont quatre à cheval.
- En résumé, le champ de tir de Fontainebleau est, en quelque sorte, un véritable théâtre sur lequel les abris bas, qui en sont comme les coulisses, permettent au commandant des écoles à feu d’opérer à volonté des changements de décors et même des changements à vue. Cet officier peut, en effet, faire mouvoir à son gré presque tous les buts; faire apparaître ou disparaître des batteries, des lignes d’infanterie, des tirailleurs ; figurer des troupes en marche, etc. D’où il suit qu’il lui est possible de donner des représentations d’actions de guerre frappées au coin d’une réalité saisissante.
- Un directeur de manœuvres est, par exemple, en mesure de faire exécuter à un groupe de batteries des exercices de nature à mettre en relief le rôle que l’artillerie est appelée à tenir, alors qu’il s’agit pour elle d’appuyer une attaque et de seconder ensuite une défense. Le programme de ces opérations serait, si l’on veut le suivant :
- Mise en action d’une batterie du groupe (batte-
- Fig. 1. — Un abri bas du champ de tir de Fontainebleau.
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- Fig. 2.
- Le champ de tir de Fontainebleau (partie ouest). — A. \illage (en planches). — IL Iledan. F. Ligne dinfanteiie à éclipse,
- E. Ligne de tirailleurs debout. — F. Ligne d’infanterie mobile.
- D. Ligne d’infanterie debout.
- H. Ermitage.
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- rie d’avant-garde) pour tirer sur les premières troupes d’infanterie de l’adversaire et provoquer le de'ploiement de celui-ci ;
- L’ennemi se retirant et l’infanterie amie ayant, par hypothèse, gagné du terrain, marche en avant du groupe pour se mettre en batterie contre une ligne d’artillerie ennemie déjà en position et commencer le duel d'artillerie;
- Cette artillerie ennemie disparaissant, changement d’objectif pour tirer sur l’infanterie, ainsi que sur un village qu’on suppose garni de troupes;
- Un groupe d’artillerie ennemie venant prendre position en avant du village — à petite distance de tir — pour appuyer l’attaque de l’infanterie et celle d’une ligne de cavalerie chargeant l’une des batteries amies, dispositions diverses à prendre par le commandant du groupe.
- Or, si l’on veut bien se pénétrer des détails descriptifs ci-dessus exposés, on sera vite convaincu qu’un tel programme peut facilement se remplir sur le champ de tir perfectionné de Fontainebleau. C’est un théâtre intelligemment machiné où se passent à volonté des scènes qu’on est en droit de prendre pour des images vraies des opérations de guerre. Nos jeunes officiers-élèves de l’Ecole d’application, qui prennent part à ces intéressants exercices, ne peuvent qu’y acquérir des idées justes, ainsi que la précoce expérience indispensable à qui veut exercer avec distinction le difficile et beau métier d’artilleur. L‘-colonel Hennebert.
- LA. DIÂPMNOSCOPIE MÉDICALE
- Depuis longtemps on utilise en médecine l’éclairage par transparence pour le diagnostic de certaines tumeurs. Un corps éclairant, appliqué sur une des parois, permet de constater, par la translucidité, la nature liquide et claire du contenu; mais l’application de cette notion de physique était limitée à des cas fort restreints. Depuis l’invention de la lampe électrique, on s’est ingénié à étendre le champ de ces explorations. Les lampes de très petit volume ont permis de porter jusque dans les organes internes des appareils d’éclairage intense, de voir ainsi la cavité, d’explorer en détail sa surface et les modifications pathologiques qu’elle pouvait présenter. La Nature a donné à ses lecteurs un aperçu des ingénieux instruments construits parM. Trouvé sous le nom de polyscopes, et l’expérience du poisson illuminé est connu de tous1.
- Depuis quelques années, on cherche à appliquer cet éclairage, non pas direct, mais par transparence, au diagnostic de certaines maladies. Les tentatives les plus curieuses sur ce sujet, et qui sont devenues de pratique presque courante, sont l’éclairage des cavités de la face et du nez. C’est à Yoltolini, de Breslau, qu’on doit les premiers essais de cet éclairage. 11 avait imaginé d’éclairer par transparence l’intérieur du larynx en projetant sur le cou les rayons d’un foyer électrique puissant. Les résultats ne furent pas très satisfaisants ; cette méthode donne une notion beaucoup moins nette des lésions que l’éclairage
- 1 Voy. Tables des matières des dix premières années.
- direct employé habituellement. Quelque temps après, il eut l’idée de porter une petite lampe électrique dans la cavité buccale, et d’étudier ainsi par la diaphanéité des tissus la vacuité ou la réplétion des cavités, lieryng, de Varsovie, a vulgarisé, en le perfectionnant, le procédé de Yoltolini qui est devenu, entre les mains des spécialistes, d’une application usuelle. Le diagnostic des affections du sinus maxillaire a bénéficié dans une large mesure de cette idée ingénieuse. Si vous introduisez dans la bouche, en fermant doucement les lèvres, une petite lampe de moyenne intensité, vous voyez les joues, les lèvres, le dos du nez, l’œil, s’éclairer par transparence avec une netteté merveilleuse. Toute la face s’illumine absolument comme la main placée devant une bougie et vue par transparence. Il faut, cela va sans dire, que l’expérience soit faite dans l’obscurité la plus complète; elle est alors quelque peu fantastique et donne une vague idée de ces farces macabres où l’on place une bougie dans un crâne. Mais, grâce à cet éclairage, on peut signaler, par les défauts de transmission de la lumière sur certains points, des lésions difficiles à découvrir avec le secours de l’œil seul ou les explorations manuelles.
- Poussant plus loin les applications de ce système, M. lieryng a cherché à éclairer l’estomac. Un médecin américain, M. Einhorn, avait eu la même idée et l’a réalisée de son côté dans des conditions à peu près identiques; il a môme donné à ce procédé de diagnostic un nom élégant, la gastrodiaphanie.
- L’instrument de lieryng consiste en une sonde œsophagienne élastique, portant à son extrémité une petite lampe Edison d’une intensité lumineuse de 4 bougies et de 16 volts de tension. La sonde électrique contient deux fils reliant la lampe à la source d’électricité, et deux tubes permettant le passage d’un courant d’eau constant pour empêcher réchauffement ambiant. Einhorn n’emploie pas de courant d’eau, il se contente d’en introduire une certaine quantité dans l’estomac auparavant. C’est en somme le même instrument, à quelques détails près, que celui de M. Trouvé, mais le procédé de recherche est différent; on ne cherche plus à voir dans l’intérieur de l’estomac, on étudie simplement les modifications données par la transparence des parois.
- Le gastrodiaphanoscope est introduit dans l’estomac comme la sonde pour le lavage (dans une chambre complètement obscure); le sujet a la paroi supérieure de l’abdomen complètement à découvert. En regardant alors cette paroi, on voit, quand la lampe fonctionne, les contours de l’estomac se dessiner sous la forme d’une ligne ovale, rouge clair, tranchant sur un fond d’un gris-rouge foncé. Lorsque la lampe est au centre de l’estomac, on distingue les limites inférieures, latérales et supérieures de l’organe, et on peut en dessiner le contour d’une façon très précise, correspondant aux données recueillies avant par la percussion méthodique. Lorsque la lampe est placée près du cardia, on voit aussi le grand cul-de-sac formant une bande rouge clair, allongée, d’une largeur de deux doigts. En cas de dilatation de l’estomac, on voit les limites à la partie inférieure descendre, comme c’est le cas chez certains malades, jusqu’à la symphyse pubienne.
- L’expérience est assez simple, en dehors de l’introduction de l’appareil, qui n’est du reste ni plus douloureuse ni plus compliquée que celle du tube destiné au lavage de l’estomac. Ces applications de l’électricité sont intéressantes et m’ont paru dignes d’ètre signalées ici.
- Dr Ar Cahtaz.-
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- LES \ERS DU BISCUIT DE TROUPE
- MOYENS DE PRÉSERVATION ET DE DESTRUCTION
- Le biscuit constitue la base de l’alimentation du soldat en campagne, c’est donc un produit dont la conservation et la qualité doivent être parfaites. Malheureusement il est en grande partie avarié par des vers qui le souillent, et sont la principale cause de la répugnance du troupier pour cet aliment, Comme on fabrique de 120 000 à 1,50000 quintaux de biscuit tous les ans, on voit l’importance qu’il y a à connaître les mœurs de ces parasites pour en arrêter les déprédations.
- Les dégâts sont produits par la chenille de plusieurs Microlépidoptères, principalement celle de YEphestia eltitella, Hub. Ils se révèlent ainsi : le biscuit avarié présente à l’entrée de quelques trous une sorte de toile d’araignée d’un gris sale, emprisonnant dans ses mailles de petits grains jaunâtres qui sont les excréments de la chenille ; en agitant le biscuit en l’air, on voit bien flotter ces petites toiles. Ouvrons le biscuit en glissant une lame de couteau parallèlement à la face supérieure, nous obtenons deux demi-galettes ; nous voyons alors une sorte de boyau constitué par des débris provenant du biscuit et réunis par quelques fils de soie, boyau où se tient la chenille parasite (fig. 1). Cette galerie est toujours très proprement tenue; tous les excréments sont rejetés à l’extérieur, mais il en reste souvent d’em-prisonnés dans les toiles tapissant les trous.
- La chenille de YEphestia elutella, Hub. (fig. 2, n° 4) a environ 10 millimètres de longueur, quand elle est adulte; elle est d’un blanc jaunâtre avec quelques poils blancs très lins, une tête cornée brunâtre, et trois paires de courtes pattes. Elle se transforme en une chrysalide de couleur jaune brun, enfermée dans un amas de toiles formant une sorte de cocon grossier.
- Le papillon (fig. 2, n° 1) qui en provient a 15 millimètres d’envergure; les ailes sont d’un gris cendré, les supérieures traversées par deux lignes plus claires; elles sont repliées le long du corps à l’état de repos. Les éclosions se font l’été, du 15 mai au 15 septembre environ, avec maximum du 15 juin au 1er août. 11 n’y a qu’une seule génération. Nocturne, le papillon ne vole que la nuit ou dans un lieu obscur. La femelle, dans les fabriques, cherche les biscuits exposés à l’air pour ressuyer, et pond de place en place une cinquantaine d’œufs en les glissant dans les fentes et les trous de la galette. Dans les magasins, elle s’introduit par les joints dans les caisses, jusqu’au papier entourant le biscuit, et y pond ses œufs. A défaut, elle les dépose dans les tissures des murs avoisinants. Au bout de quelques jours,Jes œufs éclosent; la petite chenille, mince comme un fil, est très agile et court en tous sens pour trouver de quoi manger. Si elle éclôt dans une lente de mur, le chemin est bien long pour arriver au biscuit; de toutes façons, une fois celui-ci atteint,
- elle eberebe un point faible pour" pénétrer dans la place, ses mandibules étant trop molles pour entamer la surface dure du biscuit. Elle finit par trouver une fente imperceptible débouchant dans un des trous naturels de la galette, s’y faufile, gagne les interstices des feuillets et y élit domicile. Elle mange alors sans trop se déplacer, grossit peu à peu, mue de temps en temps, et en trois mois et demi à (juatre mois arrive à son entier développement.
- Comme particularités, notons qu’il n’y a guère que deux ou trois chenilles par galette, parce que ces parasites ont en général un grand nombre de biscuits à leur disposition. En oulre, les chenilles préfèrent toujours le biscuit frais au vieux. Enfin, elles peuvent restreindre leurs besoins et vivre, par exemple, dans les fentes d’une caisse ou d’un mur, ne recevant pour toute nourriture que les poussières des magasins.
- La chenille adulte, pour se chrysalider, choisit une petite cavité de la galette, et se forme un cocon grossier. Parfois elle sort du biscuit, s’installe dans une fente de la caisse, et même quitte cette dernière pour se fixer dans une fissure des murs. Celles qui ne sont pas encore adultes s’engourdissent aux premiers froids d’octobre, et passent ainsi l’hiver. Aux premiers beaux jours, en avril, elles se réveillent, et se remettent à manger. L'Ephestia reste une quinzaine de jours à l’état de chrysalide, et un beau jour le papillon éclôt, sort du biscuit et s’échappe au dehors.
- Nous avons aussi rencontré dans les biscuits : YEphestia interpunctata, Hub. (fig. 2, n° 2), plus grande que la précédente et plus foncée, beaucoup plus rare (1 à 2 pour 100); et ; YAsopia farinalis (fig. 2, nos 5 et 5), de 25 millimètres d’envergure, à ailes jaunâtres tachées de brun, un peu moins rare (5 à 4 pour 100). Leurs mœurs sont semblables à celles de YEphestia elutella.
- Modes de contamination du biscuit. — La chenille choisit toujours les galettes épaisses, peu cuites, tendres, fissurées ou cassées, car elle y pénètre mieux, mais à leur défaut elle s’attaque aussi aux biscuits durs et bien comprimés.
- Le biscuit peut être contaminé de trois façons : l°Dans les usines de fabrication, le biscuit est susceptible d’être infesté pendant les quatre mois d’éclosion; les papillons volent le soir en tous sens, pénètrent dans les salles de ressuyage, et déposent leurs œufs directement sur les biscuits qui y sont étalés. Ou bien, au moment de la mise en caisse, le papillon se laisse tomber dans la caisse où il pondra avant de mourir. 2° Les caisses d’emballage, en bois, qui ont renfermé du biscuit avarié, sont infectées et cachent dans leurs fissures des chenilles engourdies ou des chrysalides. Il est vrai qu’on les désinfecte par un passage à l’étuve, mais il est souvent fait d’une façon sommaire qui le rend illusoire, et ne tue pas les chenilles. 3° Enfin les magasins des manutentions sont infestés de papillons et de chenilles nées dans les fissures des murs, qui vont pénétrer
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- partout et contaminer des caisses de biscuit primitivement irréprochable.
- De ces trois modes, le plus grave est celui qui résulte des papillons l’été, soit dans les usines, soit dans les magasins, et c’est ce point qui attirera le plus notre attention dans les mesures prophylactiques.
- Moyens de destruction. —Actuellement, on se contente de brosser le biscuit tous les six mois; cela ne constitue que la toilette extérieure de la galette, et ne gêne en rien la chenille. Il faut, au contraire, défaire la caisse, étendre le biscuit pendant un quart d’heure dans une étuve à 120° ou 150° (par exemple, dans un four à pain)/et étuver aussi la caisse. Sûrement alors tous les parasites seront tués dans leurs retraites par la haute température; c’est l’unique moyen à employer.
- Moyens de préservation. — 1° Pour assurer la préservation absolue du biscuit, la première condition est de ne fabriquer que pendant les huit mois (du 15 septembre au 15 mai) où il n’y a pas d’éclosion, pour éviter la contaminati on par les papillons dans les usines.
- 2° La seconde condition, aussi indispensable, est d’emballer le biscuit dans des caisses en fer-blanc mince, fermées par du papier collé sur les jointures (comme pour les biscuits d u commerce), ou mieux soudées. Avec ces précautions, l’immunité du biscuit est assurée, aucun parasite ne pouvant pénétrer dans les caisses métalliques. S’il n’est pas possible de cesser la fabrication en été, mettre le plus tôt possible le biscuit dans les caisses en fer-
- blanc. 5° Si l’on s’en tient aux caisses en bois, il faut les désinfecter parfaitement par un passage d'un quart d’heure dans une étuve à 120°, ou de cinq minutes dans l’eau bouillante. Ne faire cette désinfection qu’au fur et à mesure de la mise en service des caisses, pour éviter une contamination dans l’intervalle. 4° Il convient, en outre, détenir les lieux de fabrication et les magasins de manutentions dans un état de très grande propreté. On empêchera le développement des parasites en badigeonnant les murs et les plafonds avec du coaltar pétrolé (5 à 10 pour 100 de pétrole) dans toute leur étendue, ainsi que les colonnes de soutien, et en passant les planchers à l’eau de potasse. 5° Enfin, pendant les éclosions, on tuera les papillons, en tendant des pièges dans les magasins pour les engluer, fils et assiettes enduites d’un produit visqueux et sucré
- (miel, mélasse, glucose) ; en allumant le soir des lampes à feu nu pour les attirer et les brûler ; enfin en désinfectant les salles par l’acide sulfureux pour asphyxier les papillons éclos et les larves cachées dans les fissures des murs.
- Il résulte de nos expériences que ces moyens prophylactiques permettront à l’avenir de mettre le biscuit à l’abri de ses parasites, soit que l’on conserve le biscuit actuel, soit que l’on adopte, comme il est probable, un nouveau produit plus agréable au goût parmi ceux proposés (pain condensé Eon, pain comprimé Besnard, bispain Serrant, biscuit Périer, etc.)L
- Dr Ch. Decaux.
- 1 Voy. Archives de médecine militaire (août 1892).
- Fig. 1. — Biscuit de troupe. — A. Toile et boules excrémentielles. — B. Galerie ou tube de la chenille.
- Fig. 2. — Papillons et chenilles du biscuit de troupe. — 1. Ephestia elutelta. grossie deux fois. — 2. Ephestia interjmnetata, grossie deux fois. — 3. Asopia farinalis, grossie deux fois. — 4. Chenille d Ephestia elutelta, grossie trois lois. — 5. Chenille A'Asopia farinalis, grossie deux fois.
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- Lk COMÈTE HOLMES
- Parmi les comètes découvertes en 1892 et dont le nombre s’est élevé à sept, lTme d’elles est particulièrement intéressante parce qu’elle a été trouvée par un astronome amateur, M. Holmes, de Londres, et qu’elle a pu être observée à l’œil nu. En outre, d’après les calculs auxquels les observations de ce nouvel astre ont été soumises, nous pouvons espérer que cette comète, qui vient de faire son entrée dans notre système solaire, viendra peut-être nous visiter de nouveau à des intervalles périodiques de quelques années. À ce titre, il convient d’indiquer ici les circonstances de sa découverte et les diverses observations dont elle a été l’objet.
- M. Holmes , dont le nom est désormais atta -ché à la comète en question, est un amateur très passionné d’astronomie, qui ne manque jamais une occasion favorable de se livrer à l’examen des curiosités célestes. C’est ainsi qu’au commencement du mois de novembre dernier, il s’occupait plus spécialement d’examiner la grande nébuleuse d’Andromède et divers autres astres de cette région.
- Dans la nuit du dimanche 6 novembre, les circonstances atmosphériques n’étaient guère propices, mais il était quand même en observation à son télescope ; à un moment où il se servait du chercheur de cet instrument, il eut la surprise de trouver, dans le champ de cette petite lunette un objet extraordinaire, non aperçu jusqu’à ce jour, dans cette région qui lui était cependant bien connue. Il se hâta de mettre l’œil à l'oculaire du télescope pour mieux examiner l’objet en question qu’il put dès lors reconnaître très rapidement. H n’y avait plus à douter, il s’agissait d’une nouvelle comète dont le noyau lui parut tout à fait brillant. Malheureusement, avant de pouvoir déterminer une position exacte du nouvel astre dans le ciel, les nuages survinrent. M. Holmes put seulement conclure de son observation une position approchée qu’il s’empressa de transmettre, dès le 7 novembre,
- à quelques amis et aux astronomes de l’observatoire de Greenwich.
- Le mardi 8, la découverte était confirmée par ces diverses personnes ; quelques-unes d’entre elles avaient même pu voir cette comète à l’œil nu.
- L’annonce de cette découverte fut ensuite télégraphiée ce même jour 8 novembre dans toutes les directions, et des observations précises de la comète furent faites aussitôt que possible en divers observatoires; mais le mauvais état du ciel les rendit rares et difficiles. Indiquons tout d’abord que l’auteur de la découverte ne nous donne des renseignements sur la comète que pour les dates du 6 et du 14 novembre ; il est donc probable que le temps lui a été peu favorable à Londres à cette époque. A l’observatoire de
- Greenwich, on a pu cependant observer le nouvel astre aux deux dates des 9 et 10 novembre; c’est une comète brillante avec noyau stellaire. Le 10 novembre l’observatoire d’Edimbourg la signale considé* rablement plus brillante, mais plus petite que la nébuleuse bien connue d’Andromède.
- Le 6 novembre, M. Holmes avait estimé le diamètre de la nébulosité comé-taire égal à 5 minutes d’arc. Au 14, le noyau lui paraît moins distinct et moins brillant ; la nébulosité lui semble beaucoup moins bien définie et moins parfaitement circulaire. D’une façon générale, la comète ressemble alors à une nébuleuse ; son éclat intrinsèque est moindre, mais le diamètre s’est largement accru et peut être estimé à 8 ou 9 minutes.
- Pour nous rendre davantage compte des apparences ultérieures présentées par cette comète, il nous suffira d’indiquer les constatations faites dans quelques-uns de nos observatoires français.
- A l’observatoire de Paris, la comète a pu être observée tout d’abord les 9 et 13 novembre. À ces dates, le diamètre de la nébulosité est respectivement égal à 5 et à 8 minutes d’arc. Le 9, le noyau est bien central; le 13, il n’occupe plus le centre, la partie qui suit le noyau étant plus développée que celle qui précède. A l’œil nu, la comète s’aperçoit
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- facilement; elle est aussi brillante que la nébuleuse d’Andromède dont elle est voisine; mais, étant beaucoup moins étendue, elle s’aperçoit un peu moins bien. D’autres observations ont été laites les 15 et 21 novembre.
- A l’observatoire d'Alger, elle a été observée les 11, 12, 15 novembre. A la date du 12, la comète se présente sous la forme d’une nébulosité avec noyau central diffus et allongé. Cette nébulosité, qui paraît assez ronde, lorsqu’on l’examine avec un grossissement faible, change notablement de forme et paraît s’éehancrer dans la partie sud-est lorsqu’on augmente le grossissement. Les 18 et 25, on distingue une queue dans l’allongement du noyau.
- A l’observatoire de bordeaux, la comète est observée les 12, 15, 15. A l’observatoire de Lyon, le 15 novembre, on a distingué, à travers la nébulosité, des étoiles de 12e grandeur. Les apparences constatées ne diffèrent pas essentiellement de ce qui a été indiqué par les précédents observateurs.
- Après ces diverses dates, il n’a été fait qu’un très petit nombre d’observations de la comète, à cause d’un temps défavorable persistant. La présence de la lune aurait d’ailleurs été très gênante pendant une partie de la période écoulée depuis le 25 ou le 2G novembre, dates des dernières observations.
- Pour donner à nos lecteurs une idée exacte de l’apparence présentée par la comète Holmes, nous ne pouvons mieux faire que de leur présenter une reproduction d’un cliché obtenu par MM. Paul et Prosper Henry, à l’observatoire de Paris, le 14 novembre dernier, à l’aide de l’équatorial photographique employé pour la carte du ciel. La durée de la pose a été de 2 heures (de 8h2tl à 10h 20); le cliché original a été agrandi 5 fois et une épreuve très belle en a été présentée à l’Académie des sciences dans la séance du 21 novembre par M. Tisserand, directeur de l’observatoire. Le contour apparent de la nébulosité est nettement terminé, il est presque circulaire. On aperçoit au travers un grand nombre d’étoiles. Le noyau est brillant, excentrique ; son éclat n’empèche pas de distinguer quelques étoiles situées dans la même direction; enfin il n’y a qu’une faible trace de queue (voy. la gravure, p. 77).
- A l’aide des observations précises de la position de la comète obtenues en divers observatoires, plusieurs calculateurs se sont occupés de déterminer le chemin de cet astre dans le ciel. Malheureusement, la comète Holmes se déplace avec une extrême lenteur, son mouvement ayant lieu principalement dans la direction du rayon visuel. Dans ces circonstances, la détermination de l’orbite parcourue présente de grandes difficultés. En ne considérant que les premières observations obtenues, on trouvait des éléments très ressemblant à ceux de la comète de Biéla, désagrégée depuis longtemps; mais, en introduisant dans les calculs de nouvelles observations, on a obtenu une orbite elliptique indiquant que la comète serait périodique, a durée de sa révolution étant d’environ sept ans, et qu’elle
- a dù passer au périhélie depuis plus de cinq mois. Elle s’éloigne donc de la terre ainsi que du soleil et son éclat va en diminuant assez vite. L’excentricité de sa courbe paraît tellement faible que l’on pourra probablement, avec les instruments les plus puissants, suivre la comète dans tous les points de son orbite. H est donc bien extraordinaire qu’un astre aussi brillant n’ait pas été trouvé plus tôt.
- Bien que, par un certain côté, la découverte de cette comète puisse être considérée comme un hasard, on conçoit cependant qu’il était nécessaire que M. Holmes fût très familiarisé avec la région du ciel où il a trouvé cet astre, sans quoi il n’aurait pu rien y découvrir. Nous sommes donc heureux de reconnaître le mérite de M. Holmes et de joindre nos félicitations à celles qui lui ont été déjà adressées. Nous formons en outre des Vœux pour que cet exemple puisse engager les amateurs d’astronomie, déjà nombreux en France, à s’occuper de la recherche systématique des comètes, recherche qui peut être réalisée à l’aide d’instruments de modestes dimensions et par conséquent à la portée de tous.
- A. Fit.VISSIXET.
- CHRONIQUE
- Étude des courants telluriques. — Lu relation qui existe entre les variations accidentelles des éléments magnétiques et les variations des courants telluriques a été depuis longtemps mise en évidence; on sait en effet que les transmissions télégraphiques sont toujours plus ou moins troublées, et souvent totalement interrompues, pendant les phases principales des grandes perturbations magnétiques. M. Blavier a poursuivi la recherche de cette relation eu 1882,- à l’Ecole supérieure de télégraphie, à Paris; les résultats obtenus, pour ne porter que sur une seule année, ont montré tout l’intérêt que présenterait une comparaison suivie des deux phénomènes, dont l’enregistrement régulier n’est guère réalisé qu’à l’observatoire de Greenwich. Grâce à l’initiative de M. Mascart et au concours bienveillant de l’Administration des télégraphes, cette étude va être reprise et sera poursuivie régulièrement à l’observatoire du Parc Saint-Maur. Deux fds spéciaux, de 15 kilomètres de longueur rectiligne, orientés exactement nord-sud (de Rosny-sous-Bois à Limeil) et est-ouest (de Croissy à la redoute de la Faisanderie) et mis à la terre à leurs extrémités, sont dès maintenant établis et seront affectés exclusivement à ce nouveau service ; un troisième fil, destiné à l’étude de la composante verticale des courants, forme un circuit fermé de même longueur que les deux autres lignes. Ces trois fils passent par l’observatoire, où des galvanomètres sont introduits dans les circuits. Les variations des courants seront enregistrées au moyen d’un appareil identique à celui qui est employé pour les variations magnétiques. M. Moureaux procède actuellement à cette importante installation, dont nous donnerons prochainement une description complète à nos lecteurs.
- L,e pain de «erre. — M. C. Cooke, le savant mycologue anglais, a récemment révélé au Gardencrs'Chro-nicle le curieux fait que voici : On connaît en Australie, sous le nom de « pain indigène », ou « paiu de terre » (Native bread), un Champignon hypogé, gros parfois
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- LA N A TUlt K.
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- comme une tète d'enfant, et que Berkeley a nommé )iyUtta australis. Cette singulière pseudo-truffe, qui croît en Australie, se rencontre assez rarement ; en vieillissant, elle devient dure comme du bois. Or, on en a envoyé dernièrement, à M. Cooke, un exemplaire qui était surmonté d’un autre Champignon, croissant en parasite sur le premier. L’apparence était celle de deux niasses, ayant chacune la grosseur d’un poing d’homme ; la consistance était charnue et la couleur blanche. M. Cooke a donné à celte nouvelle curiosité eryptogamique, qui rappelle le Polypoms ovinus, le nom de P. Mylittæ.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 décembre 1892. —Présidence de M. d’Abbadie.
- Élimination mécanique des microbes. — M. Dehérain présente une Note de M. Lezé, professeur à l’école de Grignon, dans laquelle l’auteur fait connaître le résultat de nombreuses expériences démontrant la possibilité de la séparation des microbes, des milieux dans lesquels ils vivent. Partant de ce principe, que les microbes qui contiennent des matières cellulosiques albuminoïdes ou minérales, ont certainement une densité supérieure à l’unité et ne flottent dans les liquides en fermentation tels que le vin, la bière, le cidre, que grâce à leurs dimensions extrêmement petites ou aux gaz qu'ils renferment, M. Lezé a rempli des tubes avec ces liquides, puis, après les avoir scellés à la lampe, il les a soumis à l’action de la force centrifuge. La tendance à la séparation se trouve singulièrement multipliée par cet artifice; on arrache, pour ainsi dire, les microbes aux milieux oit ils pullulent. Presque tous les organismes, surtout les plus gros, se déposent dans la partie extrême du tube. Cette concentration des microbes peut être utilisée dans les recherches bactériologiques en fournissant le moyen de rassembler dans un petit espace des microbes qui, par leur dispersion dans la tuasse du liquide, pouvaient échapper aux investigations les plus minutieuses. L’auteur pense également que ce procédé est susceptible d’être appliqué à la purification des eaux contaminées et insalubres.
- La déperdition de Vazote dans les fumiers de ferme. — MM. A. Müntz et Ch. Girard se sont préoccupés de rechercher quelle portion l’on retrouvait dans le fumier des litières de l’azote contenu dans les aliments ingérés par les animaux. Cette recherche tire un intérêt tout particulier de ce fait que l’agriculteur ne disposant pas d’une quantité suffisante d’azote pour la pratique des cultures intensives, est forcé de recourir à l’achat de nitrate de soude et de sulfate d’ammoniaque pouvant augmenter la fertilité de ses terres. S’il pouvait retenir, ne lut-ce qu’en partie, l’azote qui se dégage de ses fumiers, ce sacrifice d’argent lui serait évité. Dans la première partie de leur travail, les auteurs montrent que les principales pertes d’azote s’effectuent à l’étable, pendant que le fumier est encore sous les pieds des animaux, et qu’elles sont dues à la fermentation extrêmement rapide des urines, sous l’influence des ferments ammoniacaux qui abondent sur la litière et sur le sol des étables. MM. Müntz et A. Girard ont trouvé que, dans les conditions usuelles de la pratique agricole, il se perd en moyenne dans les écuries 29 pour 100, dans les vacheries 32, dans les bergeries 50 pour 100 de l’azote donné sous la forme de fourrages. Ces pertes, d’ailleurs, sont un peu plus fortes en été qu’en hiver; il en est de même avec une alimentation sèche par rapport à l’alimentation en verdure. Enfin, il n’est pas jusqu’à la confection
- de la litière qui n’ait de l’importance, car avec une litière abondante la déperdition est moindre qu’avec une litière maigre. MM. Müntz et A. Girard se proposent d’étudier, dans un prochain travail, les procédés propres à atténuer ces déperditions si préjudiciables à l’agriculture.
- Dessèchement de marais. — M. Yenukoff signale la réussite complète des travaux de dessèchement des marais entrepris en Russie, dans la région de Kiev, grâce auxquels une superficie de 1 000 000 d’hectares (soit la superficie d’un département français en moyenne) a pu être livrée à l’agriculture. Les travaux ont duré de 1875 à 1891 et ont entraîné une dépense de 9 000 000 de francs qui est loin d’avoir été stérile. En effet, le terrain qui valait il y a vingt ans 1 rouble l'hectare, en vaut 60 aujourd’hui. La population qui était de 6 habitants par kilomètre carré est devenue insuffisante, malgré son accroissement normal en 20 ans, pour l’exploitation du sol conquis sur les eaux. Le Gouvernement, pour remédier à cette situation, a dù provoquer une petite immigration locale. M. Yenukoff ajoute qu’une partie du terrain à été convertie en prairies, une autre en terres arables, une autre a été couverte de plantations forestières.
- La température de Vatmosphère. — On sait qu’il existe actuellement sur la tour Eiffel quatre postes d’instruments enregistreurs, à peu près équidistants en altitude. Les observations thermométriques ont été dépouillées et examinées par M. Àngol, pour un intervalle de temps assez long. Il résulte de celte étude, que les quatre nappes atmosphériques présentent des variations de température qui diffèrent suivant les saisons. A certaines époques de l’année on constate un maximum de température à l’altitude de 150 mètres. Ces résultats sont très précieux, car ils ne peuvent être suppléés par les observations analogues faites en pays de montagne, toujours altérées par le rayonnement du massif, tandis que les instruments fixés à la tour Eiffel fonctionnent comme s'ils étaient suspendus à la voûte céleste.
- La température de l'arc électrique. — Dans la séance du 12 décembre dernier, M. Moisson a donné les résultats d’expériences effectuées à l’aide d’un fourà arc électrique. M. Violle a entrepris de déterminer la température de l’arc électrique même. Afin d’obtenir la température maxiina produite, le charbon positif a été aminci, puis pendant l’incandescence, il en a fait tomber l’extrémité dans un calorimètre; il a trouvé ainsi que la température du fragment détaché était de 5400 degrés. M. Berthelot rappelle à ce propos que la plus haute température obtenue a été produite par la combustion du cyanogène dans certaines conditions. Cette température est de 4000 degrés.
- La fermentation de la paille. — M. Ilebert a étudié les transformations subies par la paille par l’effet de la fermentation. La matière a été d’abord traitée par l’eau additionnée de carbonates alcalins ; puis l’auteur a déterminé la fermentation au moyen de quelques centimètres cubes de purin. A la fin de l’expérience, la paille avait perdu 50 pour 100 de son poids ; il y avait un dégagement abondant d’acide carbonique et de formène. La cellulose avait été détruite parla fermentation ; l'azote a également disparu.
- Election. — Le Bureau des longitudes présenté MM. Poincaré et Appell pour la place de membre du Bureau des longitudes laissée vacante par le décès dè M. Ossian Bonnet, et MM. Fleuriais et Manen pour celle vacante par le décès de M. l’amiral Mouchez. MM. Poin-
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- LA NATURE.
- caré et Manen sont désignés par l’Académie au choix du Ministre de l’instruction publique.
- Varia. — M. Bigourdan communique un Mémoire intitulé Nouvelles recherches sur l'équation personnelle dans l'observation des passages méridiens des astres. — MM. Margerie et Schrader ont dressé une carte géologique des Pyrénées. — MM. de la Rive et Sarrazin établissent l’égalité de la vitesse de propagation de l’onde électrique dans l’air et dans un fd métallique.
- CH. DE VlLLEDElIL.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE 1
- UNE ILLUMINATION' DANS UN CHAI'EAU.
- Faire sortir d’un chapeau une demi-douzaine de lampions éclairés, puis un lampion long d’un mètre, et entin six lanternes en verre avec leurs bougies allumées, telle est l’expérience dont notre gravure donne l’explication.
- Les lampions A (voyez la fig. 4) se composent d’une rondelle supérieure R, découpée dans une feuille mince de métal; du cylindre en papier de couleur gaufré que tout le monde connaît, et d’un fond F en zinc, percé de six pe-* tits trous disposés circulairement, à égale distance les uns des autres; à l’un des trous est soudé un tube métallique 'de diamètre à peine un peu plus étroit, et qui est destiné à recevoir la petite bougie, qui n’est autre chose qu’un rat de cave Q, contre lequel, après l’avoir ramolli à la chaleur des mains, on a appliqué une allumette en cire. Les lampions sont placés les uns sur les autres de manière à ce que les petites bougies et les tubes métalliques s’enfilent dans les trous de ceux qui sont au-dessus ; le tout forme un paquet P que le prestidigitateur introduit secrètement dans le chapeau au moyen de l’un des procédés que nous avons indiqués précédemment.
- Il est des artistes qui, pour s’épargner cette minime difficulté, poursuivent, sous un prétexte quelconque, le chapeau à la main, leur servant jusque dans la coulisse du théâtre ; là, à l’abri des regards indis-
- crets du public, ils font remplir le chapeau tout à leur aise. Nous ne conseillerions l’emploi de ruses aussi grossières que si l’on devait opérer en présence de gens tout à fait bornés.
- Le prestidigitateur ayant d’abord retiré du chapeau différents objets, s’écrie tout à coup qu’il y aperçoit du feu; il veut y mettre la main..., mais non ; il craindrait de se brûler les doigts ; il demande donc un crochet à l’aide duquel il retire, l’un après l’autre, les lampions (fig. 2) qui sont ensuite suspendus à un support disposé pour les recevoir (fig. 3).
- Le crochet, on l’a compris, avait été fortement chauffé au feu à son extrémité, de sorte que, à son contact, se sont entlammées les allumettes des deux lampions supérieurs; avant de retirer le second, on en a incliné la bougie vers celle du troisième, pour l’allumer, et ainsi de suite jusqu’à la fin.
- Dans les lanternes de verre B (fig.d ), la disposition
- du fond est la même que pour les lampions en papier, mais celles-ci rentrent les unes dans les autres ; afin d’empêcher les spectateurs de remarquer qu’elles ne sont pas de dimensions semblables, ce qui arriverait s’ils voyaient simultanément la première et la dernière — elles sont emportées au fur et à mesure de leur apparition.
- Voici de quelle manière on les a introduites dans le chapeau : placées les unes dans les autres et renversées obliquement sur la petite servante disposée derrière la table, elles ont été enlevées, au milieu d’un geste, par le médius qui s’y est introduit, tandis que le chapeau, tenu entre le pouce et l’index et appuyé sur le bord delà table, masquait l’opération; c’est exactement le procédé que nous avons décrit dans l’expérience de la Naissance des fleurs à laquelle nous renvoyons pour la figure explicative *.
- L’expérience de Fillumination dans un chapeau est très amusante, et quand elle est bien exécutée, elle ne manque pas de produire beaucoup d’effet sur les spectateurs.
- — A suivre. — MaGUS.
- 1 Voy- n° 1011, du 15 octobre 1892, p. 319.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1, 2 et 5. — Le chapeau aux lanternes.
- 1 Voy. n°'1020, du 17 décembre 1892, p. 48.
- Paris.
- Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1023. — 7 JANVIER 1895.
- LA NATURE.
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- LE PÉTROLE EN FRANCE
- La Nature a fait savoir à ses lecteurs que l’on avait trouvé du pétrole dans les mines de bitume de Pechelbronn (Alsace). Cette source de richesse, aujourd’hui perdue pour, nous, n’était pas seulement soupçonnée avant 1870; aujourd’hui, grâce au progrès de la science, on est mieux fixé sur la nature des terrains pétrolifères, et il semble possible de trouver en France des gisements analogues à ceux de la vallée du Rhin. Plusieurs travaux de recherche ont été entrepris dans ce but : quelques-uns d’entre eux n’ont pas abouti, d’autres ont donné des résultats fort intéressants et dignes d’être signalés.
- Nous ne pouvons, dans un cadre aussi restreint, parler des théories émises au sujet de la formation des pétroles 1 ; nous dirons seulement qu’on trouve ce combustible liquide à tous les étages géologiques, en général dans les grandes fractures produites lors du soulèvement des hautes chaînes de montagne et dans le voisinage des volcans.
- Le pétrole exposé à l’air perd ses- huiles volatiles, s’oxyde et se transforme en une matière noire, solide ou visqueuse appelée bitume. Le bitume peut être considéré comme l’affleurement d’une couche ou d’un fdon pétrolifère. La coupe schématique de la page suivante (fig. 2, n° 1) fera comprendre l’ordre et la succession des différents produits que peut rencontrer un sondage en traversant plusieurs failles parallèles.
- La recherche de l’huile minérale consiste donc à découvrir la direction et l’inclinaison des fractures du sol qui ont amené le bitume à jour, et à les re-
- 1 Yoy. n°'1017, du 26 novembre 1892, p. 406.
- 21e annc'c. — lor semestre.
- couper en profondeur; c’est en suivant ce principe que M. Lehel a trouvé le pétrole à Pechelbronn. Il ne faudrait pas conclure que le pétrole existe partout où il y a du bitume ; il est facile de comprendre, en effet, que dans bien des cas, par suite de circonstances géologiques diverses, tout le pétrole ait été oxydé, distillé, ou même brûlé en profondeur. D’autre part, la couche pétrolifère a très bien pu être préservée de l’action oxydante de l’air par une épaisseur suffisante de terrain; dans ce cas, l’odeur et le goût caractéristique de l’eau des sources
- et des puits, des dégagements de gaz inflammables, révèlent sa présence.
- Il est à remarquer que beaucoup de gisements se trouvent dans le voisinage de grands bassins houillers, et que le terrain renferme, en plus ou moins grande quantité, le sel, le soufre, le gypse, et souvent le lignite.
- La détermination de l’emplacement d’un sondage est toujours une opéra lion délicate, même dans les régions riches en huile; un sondage placé à quelques mètres de distance entre deux son-dagesjaillissants, tombera parfois dans les couches stériles. La couche pétrolifère utile n’est jamais d’une grande étendue, c’est une série de poches ou de petits bassins alignés, suivant une direction déterminée et séparés les uns des autres par des espaces stériles.
- En Galicie, le pétrole se trouve dans une série de failles parallèles aux Karpathes; à quelques mètres à droite ou à gauche de ces fractures, la sonde tombe dans des zones stériles. En Amérique, le fait suivant s’est renouvelé plusieurs fois : des puits stériles sont devenus productifs par le simple agrandissement du diamètre.
- Dans une région où l’on n’a pour se guider que les faibles indices de la surface, et dans le sondage, la présence du sel, du bitume, des gaz, etc., l’empla-
- 6
- •" Fig. 1. — .Recherche du pétrole en Auvergne.
- Vue d’un sondage à Pont-Battu, près Riom. (D’après une photographie.)
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- cernent du sondage doit être e'tudié avec le plus grand soin; il est rare d’arriver de suite dans la couche prétrolifère, mais si le puits, tout en étant improductif, a permis de constater que les indices augmentaient en profondeur, il est à supposer que l’on se trouve dans le voisinage d’une poche; d’autres sondages doivent être forés.
- L’arrivée à jour du pétrole dans un sondage qui a atteint la couche utile, demande souvent plusieurs jours ; elle est précédée d’un violent dégagement de gaz, et la poussée est si forte que le terrain du fond remonte et sort par l’orifice du puits.
- En France, des travaux ont été exécutés dans les localités suivantes : 1° À Gahian (Hérault). Dans le terrain tertiaire de cette contrée, existe une petite source qui donnait par an 200 à 500 litres de pétrole; plusieurs sondages ont été forés, quelques-uns ont donné des gaz hydrocarbure's, le dernier sondage a atteint la profondeur de 413 mètres; il est resté dans les conglomérats quartzeux et les dolo-
- bitumineux
- Failles Sondage
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- Sondage.
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- Bitume Bitume,gazJ^.
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- Calcaire à Lymnées et àPotamides
- Fig. 2. — X0 1. Coupe schématique d’un sondage à pétrole. — n. Bitume ou pétrole solide. — b. Huile lourde, ozokérile, faibles dégagements de gaz. •— c. Dégagements abondants de carbures d’hydrogène. — d. Pétrole ou huile minérale. •— N” 2. Coupe du sondage de Pont-Battu, près Riom (Puy-de-Dôme).
- mies. Ce sondage n’a pas donné de résultat et semble avoir été opéré en dehors de la région pétrolifère. 2U À la Fontaine ardente, non loin de Grenoble, sur le territoire de Saint-Barthélemy-sur-Gua. Le gaz hydrocarburé se dégage avec force des nombreuses fissures du sol; il paraît étonnant que l’on n’ait pas encore songé à utiliser une si grande source gratuite de force et de chaleur.
- Un sondage a été foré par une Société lyonnaise, il a traversé des bancs de schiste durs alternant avec des bancs de calcaire; l’eau dans les profondeurs du sol, était salée et faiblement sulfureuse ; l’opération a été arrêtée à 198 mètres sans avoir atteint la couche de marne basique, source probable des dégagements gazeux.
- Les nombreux et riches gisements de bitume qui existent en France devaient forcément tenter les chercheurs ; un ingénieur, M. Boulangier, fait actuellement un sondage au nord de la concession de Seys-sel, près de Bellegarde (Ain).
- Dans la Limagne d’Auvergne on retrouve tous les caractères des régions riches en huile minérale, le terrain a la plus grande analogie avec celui de Pe-chelbronn, le bitume abonde, imprégnant les cal-
- caires, les arkoses, les pépérites; à Malintrat, existe une faille dont les suintements ont donné jusqu’à 40 tonnes de bitume par an. Au Puy-de-la-Poix, l’eau d’une source salée et sulfureuse entraîne quelques gouttes de pétrole. Ce point remarquable a été étudié par M.Arbaud, mais son puits n’a pas encore atteint la couche imprégnée.
- En 1892, M. de Clercy, ingénieur, dirigeant une exploitation de pétrole en Galicie, entreprit une série de sondages dans la Limagne. Le premier sondage fut foré sur la rive droite de l’Ailier, non loin des mines de calcaire asphaltique de Pont-du-Châ-teau ; il est parvenu à 220 mètres, on a trouvé l’eau salée et le bitume visqueux jusqu’à 200 mètres, mais pas de pétrole.
- Un autre sondage opéré par le même ingénieur à Pont-Battu, près Riom, a donné des résultats beaucoup plus intéressants ; le sondage, arrêté momentanément dans les arkoses à 275 mètres, a recoupé des failles à 80, 120 et 195 mètres; au passage de chaque faille il y eut une poussée de terrain et des dégagements de gaz combustibles; à 195 mètres, le fond du sondage est remonté plusieurs fois de 40 mètres, l’eau fut projetée en dehors du puits, elle était salée, sentait fortement le pétrole et était à sa surface chargée d’huile minérale. Tous ces phénomènes ont diminué d’intensité par suite de l’arrivée du bitume visqueux et de l’huile lourde. De 200 à 265 mètres, il n’y a plus de trace de bitume ou de pétrole, mais à 265 mètres une nouvelle poussée de terrain se produit et arrive à jour; un sable siliceux, impalpable, la couche d’argile sous-jacente est imprégnée d’une huile grasse incolore, le ruisseau qui reçoit les eaux de vidange se couvre presque entièrement de larges taches d’huile, les gaz se dégagent avec force, et une fois allumés donnent une flamme qui atteint près de 2 mètres. La quantité de pétrole et d’huile lourde trouvée jusqu’à ce jour est trop minime pour être exploitable, mais l’allure du sondage prouve qu’elle augmentera ; le sondage à bras étant maintenant impraticable, on devra continuer avec un treuil à vapeur.
- Le procédé de sondage employé est le système Fauvelle; il présente bien quelques inconvénients pour la recherche du pétrole, mais il est économique et a permis, en travaillant nuit et jour, de faire 200 mètres en vingt-deux jours.
- Le terrain traversé jusqu’à 220 mètres, se compose de bancs de calcaire friable alternant avec des bancs d’argile verte (calcaire à lymnées et à potamides) (fig. 2, n° 2); à partir de 220 mètres la sonde pénètre dans les arkoses (argile mélangée de sable), cette couche puissante forme la base des assises tertiaires de la Limagne ; elle est, comme nous venons de le voir, fortement imprégnée d’huile, et c’est probablement à la partie inférieure des arkoses que l’on rencontrera le pétrole, source des nombreux gisements bitumineux de la Limagne d’Auvergne.
- A. Charlon.
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- LES CASES DE VÉGÉTATION
- A FA STATION AGRONOMIQUE DE GRIGNON
- C’est en 1856 que Boussingault d’une part, M. Georges Ville de l’autre, ont démontré que les nitrates étaient l’aliment azoté le plus efficace de la plupart des plantes de grande culture.
- Les expériences exécutées sur ce sujet par Boussingault, plus récemment parM. Ilellriegel font voir que si on ensemence un sable stérile avec une graine d’hélianthus ou d’orge, qu’on ajoute à ce sol, en quantités convenables des phosphates, des sels de potasse, de chaux et de magnésie, mais qu’on ne distribue le nitrate que parcimonieusement et en quantités croissantes, le poids de la récolte s’élève en raison du nitrate distribué1. La grande culture emploie au reste aujourd’hui le nitrate de soude en quantité considérable; 500000 tonnes environ sont importées en Europe chaque année.
- Si forte que soit cette importation, elle est bien loin de représenter le poids des nitrates utilisés à chaque saison par la culture européenne, l’azote nitrique contenu dans le nitrate importé n’est qu’une minime fraction de l’azote nitrifié dans les terres cultivées.
- On sait depuis longtemps que les nitrates apparaissent dans les lieux habités humides : sur le sol des caves des maisons mal tenues, sur les murs des étables, des écuries ; mais on n’avait que des notions vagues sur leur mode de formation, avant les travaux exécutés en 1876 par MM. Schlœsing et Muntz; ce sont ces éminents agronomes qui ont découvert que la nitrification est due à une fermentation; les ferments nitreux et nitriques n’ont été cependant isolés et décrits que dans ces dernières années par un physiologiste russe, M. Winograsky.
- Les matières azotées, introduites par les engrais, provenantdesdétritusdes végétations antérieures, sont plus ou moins rapidement, suivant les circonstances, la proie des ferments et leur azote se transforme en acide azotique qui s’unissant à la chaux des calcaires, à la potasse des argiles, forme des nitrates de chaux ou de potasse.
- Cette nitrification est à la fois une source de prospérité et de ruine : de prospérité si le sol est couvert de végétaux dont les racines s’emparent des nitrates formés : sous l’intluence de ce puissant aliment, les feuilles deviennent vertes, les tiges vigoureuses, l’aspect du champ luxuriant; de ruine, si la nitrification sc continue sur une terre dépouillée de ses récoltes, car les nitrates étant très solubles dans l’eau sont facilement entraînés dans les profondeurs du sous-sol, emportés dans les ruisseaux, les rivières, les lleuves jusqu’à la mer. La quantité d’azote combiné ainsi perdue est énorme.
- * En résumé, l’azote nitrifié dans un champ se partage entre la récolte et les eaux qui traversent ce champ. Comment se fait ce partage? C’est pour le
- 1 Annal, agr., t. XI. p. 69.
- savoir que j’ai établi, grâce à la libéralité de l'Administration de l’Agriculture, les cases de végétation qui sont représentées dans le dessin ci-joint (fig. 2), exécuté d’après une photographie de M. Julien, répétiteur de botanique à l’école de Grignon.
- On a fait, sur l’un des côtés du champ d’expérience, une large tranchée de 1 mètre de profondeur et on y a construit en fils de fer recouverts de ciment de grandes boîtes de 2 mètres de côté en long et en large et de 1 mètre de profondeur ; le fond de ces cases, complètement imperméable, est déclive des côtés au milieu et présente une légère inclinaison vers la face antérieure; on a pratiqué, au point le plus bas de cette rigole, un orifice garni d’un tuyau de plomb qui permet l’écoulement de l’eau qui a traversé le sol.
- Pour faciliter cet écoulement le fond des cases est garni d’une couche de cailloux de 2 cenlimèlres environ.
- On a entaillé le sol au-dessous des orifices d’écoulement de faç >n à y loger des bonbonnes qui sont représentées dans le dessin; leur maniement se fait dans la tranchée où se trouvaient les deux travailleurs de la station au moment où la photographie a été prise.
- Les cases sont au nombre de vingt; on y a cultivé, en 1892, du ray grass, la graminée de la prairie, du trèfle, de l’avoine, des betteraves de sucrerie et des betteraves porte-graines, des pommes de terre, du blé et du maïs fourrage. Toutes les récoltes ont été pesées avec soin, la composition des plantes de grande culture étant établie depuis longtemps, on a pu déduire de leur poids la quantité d’azote que ces plantes renfermaient; d’autre part on a recueilli avec soin les eaux de drainage, on les a analysées et on a pu savoir quelle était la quantité d’azote qui avait été entraînée.
- Pour faciliter l’exposé des résultats obtenus, j’ai représenté les quantités d’azote in'.roduit, sous forme de fumier ou de nitrate de soude, et retrouvé dans la récolte et l’eau de drainage dans le tableau ci-joint (fig. 1).
- Il porte deux échelles, l’une indique les quantités d’azote par cases; c’est l’expression de la mesure et de l’analyse des eaux de drainage, de la pesée des récoltes et du calcul de leur teneur en azote ; la seconde échelle, placée à gauche du dessin, donne les nombres rapportés à l’hectare; les cases ayant 4 mètres carrés sont la 2500e partie d’un hectare; les nombres delà deuxième colonne sont donc le produit de la première par 2500. La première bande en haut du dessin représente l’azote contenu dans les eaux de drainage d’une terre restée sans engrais et sans culture ; l’azote contenu dans les récoltes de ray grass, de trèfle et d’avoine sans engrais ainsi que l’azote contenu dans l’eau de drainage qu’elles ont laissé couler. Les trois dernières bandes sont partagées en deux parties : la bande inférieure indique la quantité d’azote contenue dans les eaux de drainage, la bande supérieure, celle que renferme la récolte.
- La terre nue sans récolte et sans fumure a perdu
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- LÀ NATURE.
- par les eaux de drainage de mars au 12 novembre 1892 578% 168 d’azote nitrique contenus dans 356 litres d’eau. La perte à l’hectare est de 132*8,41. Si on suppose qu’une tonne de fumier renferme 5 kilogrammes d’azote, on voit que la perte correspond à la quantité d’azote contenue dans 26 500 kilogrammes de fumier. Cette perte est énorme, elle est plus forte pendant cette année d’installation des cases qu’elle ne le sera les années suivantes ; elle est due à l’état de division de la terre qui a été jetée à la pelle dans les cases et qui est bien loin d’être aussi tassée qu’un sol en place.
- Il est curieux de voir que cette année une terre nue a perdu plus qu’une terre cultivée, en prairie, en trèfle ou en avoine; la bande n°l est plus haute que toutes ses voisinesnos 2,16 et 17. Il est facile d’en comprendre la raison ; les plantes évaporent une quantité d’eau énorme, elles dessèchent le sol, et empêchent l’arrivée de l’eau jusqu’au fond des cases ; ainsi la prairie (case 2) n’a laissé couler que 111 litres d’eau, tandis qu’ainsi qu’il a été dit la terre nue en a donné 356 litres. La pluie tombée a été pendant les observations de 1797 litres : le rapport fü =
- 5,0, le rapport — 16,1; il a donc passé au travers de la terre nue trois fois plus d’eau qu’au travers de la terre cultivée en prairie; les pertes par entraînement sont donc bien moindres sur les sols cultivés que sur les sols nus. En outre, l’humidité est essentiellement favorable à la nitrification ; la terre nue est restée, pendant toute la durée des expériences, bien plus humide que les terres cultivées, et par suite les conditions favorables à la formation de l’azote nitrique, bien plus actives.
- La déperdition d’azote due à la prairie est d’environ 100 kilogrammes d’azote, contenus à la fois dans la récolte et l’eau de drainage ; le trèfle a moins bien réussites prélèvements des plantes sont plus faibles que dans le cas précédent, l’eau de drainage est plus
- chargée ; si l’on compare la hauteur de la bande relative à l’avoine, à la hauteur de celle du trèfle, on ne constate pas une très grande différence. La hauteur presque semblable des trois bandes 2, 16 et 17 montre que dans ces trois cases la nitrification a été à peu près aussi active, et que, par suite, la perte par l’eau de drainage est le complément de l’azote utilisé par la plante; l’azote perdu sera d’autant moindre que l’azote assimilé sera plus grand, que la récolte sera plus abondante.
- La seconde ligne du dessin indique les quantités d’azote qui sont entrées en jeu dans les cases qui ont reçu du fumier de ferme. Elles donnent des renseignements très importants. La première’bande à gauche monte jusqu’au chiffre 60; la terre des cases : 12, 3, 9 et 15 a reçu, en effet, 60 grammes d’azote contenus dans 12 ki-logrammes de fumier, à 5 grammes par kilogramme. C’est là une bonne fumure de 30 000 kilogrammes à l’hectare. Si copieuse qu’elle ait été, on voit qu’elle ne fait guère que compenser les pertes dues aux eaux de drainage. En effet', si d’une part, on a introduit avec le fumier 150 kilogrammes d’azote à l’hectare, les eaux de drainage de 12 en ont entraîné 121.
- Les betteraves à sucre ont très bien réussi, elles ont donné la valeur de 38 250 kilogrammes à l’hectare; on voit au fond du dessin leurs feuilles qui débordent sur la paroi des cases. Ces betteraves ont puissamment évaporé, pendant toute la saison, aussi le drainage s’est-il réduit à 56 litres. La perte à l’hectare est seulement de 4*8,40 d’azote nitrique. La quantité d’azote contenue dans la récolte était d’environ 120 kilogrammes; en y ajoutant ce que contiennent les eaux de drainage, nous trouvons que la quantité d’azote prélevé est de 125 kilogrammes. Cette quantité considérable n’est pas entièrement exportée du domaine. En effet une forte fraction, la moitié environ de cet azote, se trouve dans les
- Azote introduit. Azote retrouvé.
- sous forme de fumier. - Illiillli dans fa récolte-- ---füH
- de nitrate desoude dans Veau de drainage WÊÊÊ
- Kilogr.
- à
- l'Hectare 125-, 100 75 50-25 _ 0_
- 200^ 175 150 _ 125 100-75 50 _ 25-O -
- 175
- 150
- 125.
- 100.
- AVEC FUMIER.
- Betteraves Pommesdeterre
- AVEC NITRATE DE SOUDE ET SUPERPHOSPHATE.
- 1. — Répartition de l’azote de l’engrais et du sol entre la récolte et l’eau de drainage.
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- LA NATURE.
- feuilles qui restent sur le sol, sont enfouies avec les labours et ne se décomposant complètement qu’au printemps suivant, concourent à la nutrition de la plante qui suit.
- La culture des pommes de terre Richter’s Impe-rator, la variété excellente préconisée par M. Aimé Girard, a très bien.réussi, la récolte renfermant 69 grammes d’azote, les eaux de drainage 7,3; l’ensemble fait donc plus que la fumure n’a apporté, les fanes restent sur le sol, mais elles sont pauvres en azote et on voit que si les faibles récoltes de tubercules que nous avions jadis n’exigeaient pas de fortes fumures, il n’en est plus ainsi des grandes récoltes que donne la Richter’s Imperator. On pour-
- rait être surpris de voir que la récolte de pommes de terre qui a prélevé sur le sol plus d’azote que la betterave a cependant laissé passer dans les eaux de drainage plus d’azote nitrique ; on en trouve facilement la raison dans les époques où les récoltes sont faites: les betteraves sont arrachées en octobre, les pommes de terre en septembre, tandis qu’à l’arrière-saison, la case n° 9 a laissé couler 7 7‘,5, la case n° 3 n’en avait laissé couler que 49. Les pertes par les eaux de drainage s’accentuent quand la terre reste découverte et que les eaux qui y arrivent traversent le sol au lieu d’être évaporées par les feuilles.
- On a une preuve évidente de ce fait dans la culture du mais qui occupait la case 15; la récoltea été très
- forte, elle s’est élevée à 51 kilogrammes, correspondant à 77500 kilogrammes à l’hectare; elle avait si bien asséché le sol que pendant l’arrière-saison, il n’a coulé que 65 litres, et la perte rapportée à l’hectare est seulement de 14*^,54.
- La ligne suivante représente les résultats obtenus dans les cases qui ont reçu, outre 12 kilogrammes de fumier, 100 grammes de nitrate de soude, fumure très forte qui rapportée à l’hectare comprend 50 tonnes de fumier et 250 kilogrammes de nitrate de soude. L’addition de cet engrais salin habituellement si efficace n’a pas exercé grande action sur une terre dont la nitrification a été très active. L’eau de drainage de la terre nue a entraîné 155l&,88 d’azote à l’hectare, celle qui s’est écoulée de la case 12 qui avait reçu la même quantité de fumier, mais pas de
- nitrate, a été de 12ik»,22, la différence est de 34k°’,6 ; or les 250 kilogrammes de nitrate renfermaient 57k=,5, par conséquent presque tout l’azote du nitrate ajouté se trouve dans l’eau de drainage, nouvelle preuve que lorsqu’il n’y a pas de plantes pour les retenir les nitrates.sont entraînés complètement.
- Quant au contraire la végétation est vigoureuse, les pertes sont minimes ainsi que le montrent les bandes 4 et 10.
- La dernière ligne du bas indique les résultats obtenus quand la fumure n’a compris que des engrais chimiques; on avait répandu 250 grammes par case et 200 grammes de superphosphate, la proportion à l’hectare serait donc de 625 kilogrammes de nitrate de soude, renfermant 93 kilogrammes d’azote. L’entraînement a été de 145ks,76 d’azote supérieur à
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- LÀ N AT U l\E.
- 8 G
- ce qui a clé distribué, mais moindre que celui de la parcelle 15; les récoltes 5 et 11 ont été du reste excellentes, et les pertes minimes.
- Je terminerai en appelant l’attention sur les cases G, 7 et 8 ensemencées en blé, qui dans le graphique sont place'es les unes au-dessous des autres; les fumures ont été moindres que pour les récoltes précédentes et les rendements seulement médiocres; la saison a été trop sèche et la maturation trop précipitée ; la quantité d’azote contenue dans la récolte a été minime, mais il est bien à remarquer que les pertes par les eaux de drainage sont très variables; tandis que pour 8 elle est de J7k°,87 à l’hectare, que pour 7 elle reste également à 17k°',06, elle s’élève pour G à 54k?,6; il y a plus d’azote dans l’eau de drainage que dans la récolte. A quoi tiennent ces différences? A ce qu’immédiatement après la moisson, on n’a semé de la vesce ( Vescia sativa) que sur les terres 7 et 8; que cette plante s’est vigoureusement développée et qu’elle a considérablement diminué l’écoulement ; tandis que 6, sans culture dérobée a laissé passer pendant le mois de novembre 140 litres, 7 n’en a laissé couler que 57, 5 et 8 que 58. Cette pratique des cultures dérobées pour engrais est donc très efficace, non seulement elle empêche la déperdition de quantités notables d’azote nitrique, mais en outre, quand on a semé une légumi-neuse, le sol se trouve enrichi, après l’enfouissement de cette récolte, de l’azote prélevé sur l’atmosphère.
- En résumé, les expériences de cette année montrent que lors même que la terre fournit une quantité considérable de nitrates, les pertes par les eaux de drainage sont faibles toutes les fois que les récoltes sont assez vigoureuses pour évaporer la majeure partie de l’eau tombée ; quand les plantes sont malingres, que la terre est mal couverte, le cultivateur subit des perles par deux causes différentes : d’abord parce qu’il a peu de produit, et en outre parce que les eaux de drainage très abondantes entraînent en dehors une quantité considérable d’azote nitrique.
- P.-P. Deiikiîain,
- de l’Académie des sciences.
- LES JEUX D’ÉCHECS AU MOYEN AGE
- Une curiosité qui ne manquera pas d’attirer les joueurs d’échecs, vient d’entrer au musée du Louvre. C’est un pion en ivoire massif qui ne mesure pas moins de 10 cen-ti mètres de haut sur G de large; il faisait partie d’un jeu d’échecs au douzième siècle. Sur les quatre faces sont sculptés des personnages allégoriques; sur la principale, on voit deux cavaliers se précipitant l’un sur l’autre ; sur le côté opposé, c’est Adam et Eve que l’artiste nous montre au Paradis. On voit que ce pion, richement ouvragé, n’était pas une pièce minuscule et que le roi devait être de noble taille en même temps que somptueusement étoffé. Nos pauvres cavaliers en huis, fout bien triste mine à côté des jeux dont on se servait au moyen âge et dans lesquels figuraient des rois couverts de topazes, sur un damier dont les carreaux étaient de rubis et d’émeraudes « vertes comme pré herbu ».
- Les échecs étaient très en faveur au moyen âge. On sait
- que c’est un des plus anciens jeux de l’histoire ; l’origine des échecs remonte au brahmane Sissa qui vivait dans les Indes au commencement du cinquième siècle.
- LE BASSIN CARRÉ
- OU CARRÉ CREUX AU JARDIN DES PUANTES
- Il n’est personne qui, visitant le Jardin des Plantes de Paris, n’ait remarqué, à peu près à moitié roule des grands bâtiments neufs et du pont d’Austerlitz, un vaste quadrilatère creusé profondément en contre-bas des allées de tilleuls et relié aux parterres du voisinage par des allées montantes qui cernent de larges plates-bandes gazonnées. C’est le bassin carré ou le carré creux.
- Son existence remonte à plus d’un siècle. Buffon en avait fait commencer les travaux en 1783, et dès le mois de juillet de cette année les trois quarts de l’ouvrage étaient entièrement achevés. Ce devait être un vaste bassin destiné aux plantes aquatiques1, plus ou moins imité de ceux du Jardin de Padoue dont un ami de Buffon, le président de Brosses, avait depuis longtemps signalé les services.
- Ce bassin, qu’alimentaient seulement des eaux d’infd-tration venant de la Seine ou de la Bièvre, ne fut point du tout propice aux cultures que Buffon et Thouin s’étaient proposé d’y établir. Les eaux stagnantes et non renouvelées y devenaient fétides pendant les grandes chaleurs, et Thouin se décida à transporter les plantes aquatiques à l’extrémité orientale des écoles de botanique où on peut les voir encore.
- Le carré creux devint, dès lors, un jardin d’ornement d’un type particulier, « planté d’arbrisseaux, ditDeleuze2, disposés sur les côtés en amphithéâtre à quatre expositions différentes, selon leur nature ».
- « Au printemps et jusqu’à la fin de l’été, ajoutait le même écrivain, ce bassin offre de tous côtés un coup d’œil magnifique, par la quantité de rosiers, de boules de neige, de lilas, de fustets, de fontanesia3, de staphylea qui le décorent. »
- Le bassin carré était toutefois en décadence dès 1823, les plantes venaient mal sur les berges en pente formées de terrains rapportés, et l’on proposait dès lors de combler le fond et de ramener le sol au niveau de celui des parterres environnants. C’est l’opération que M. A. Milnc-Edwards s’est décidé à faire et qui, entreprise depuis quelques jours seulement, sera presque conduite à terme, quand paraîtront ces lignes.
- Les travaux récemment commencés le long de la rue de Buffon, pour les fondations du nouveau musée d’anatomie, de paléontologie et d’anthropologie, ont mis à la disposition de l’architecte du Muséum de grandes masses de terre végétale ; on transporte ces terres à l’aide de wagonnets dans le carré creux de Buffon, qui aura disparu, sans laisser de regrets à personne.
- Dès le printemps prochain, un vaste parterre, consacré aux fleurs d’ornement, remplacera, pour le plus grand agrément des promeneurs, le vieux bassin où il leur était interdit de descendre et qui ne donnait plus depuis longtemps asile qu’à des plantes sans intérêt.
- E.-T. Hamy.
- 1 Correspondance de Buffon. Lettres à Thouin, II, 166.
- 2 Deleuze, flist. et descript. du Muséum royal d’histoire naturelle, Paris, 1823, in-8, t. I, p. 204-205.
- 5 Arbrisseau ainsi nommé en l’honneur de Desfontaines par Labillardièrc.
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- LÀ NATURE.
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- LES ÀINOS
- Tout ce qui touche aux origines des races, aux premières migrations des peuples, est aujourd’hui l’objet de nombreuses et consciencieuses recherches, et chaque jour, pour ainsi dire, des faits nouveaux viennent modifier les conclusions généralement admises. C’est ainsi que nous regardions les Aïnos comme une race autochtone au Japon, et voici que nous apprenons que, bien avant leur arrivée, le pays était peuplé et que les kjôkkenmôddings, ces amas de débris de toute sorte accumulés par les générations, sont dus à une race étrangère encore peu connue1. Une légende veut que ces hommes aient été exterminés par les Àïnos ; ceux en petit nombre qui échappèrent se seraient réfugiés dans l’île de Shumushu ou de Peroi, une des Kuriles2 3.
- Les Korok-pnk-guru, tel est le nom que les Aïnos leur donnent, étaient comparativement plus civilisés que leurs vainqueurs. Ils vivaient, il est vrai, comme les Germains au temps de Tacite, ou comme nos vieux ancêtres, dans des souterrains71, mieux encore dans de véritables tanières; mais ils savaient fabriquer la poterie, et la collection de l’abbé Furet renferme de nombreux spécimens, souvent d’une forme élégante et couverts de curieux dessins. Quelques-uns d’entre eux, comme les pipes trouvées sous les mounds américains, représentent des figures humaines. Les recherches de M. Hitchcock durant un assez long séjour dans l’île de Yezo, lui ont montré que c’était là un art absolument étranger aux Aïnos.
- Par un juste retour des choses d’ici-bas, les vainqueurs des Korok-puk-guru devaient être vaincus à leur tour par une race supérieure probablement comme nombre, mais certainement supérieure comme civilisation. Ce sont les Japonais actuels dont les progrès rapides sont un des étonnements de notre époque. Us ont refoulé les Aïnos dans l’île de Yezo où leur nombre diminue rapidement. D’après un recensement fait en 1885, ils n’étaient plus guère que 16 000; il faut donc se hâter de les étudier, avant qu’ils n’aient complètement disparu.
- Les Àïnos, dont La Nature a déjà entretenu ses lecteurs4, malgré leurs fréquents rapports avec les Japonais au milieu desquels ils vivent, sans jamais cependant se mêler à eux, sont encore plongés dans la barbarie. On les cite souvent, avec quelque exagération peut-être, parmi les races les plus dégra-
- 1 Romyn Hitchcock, The ancient Pit-Dwellers of Yezo. Japon. — The Ainos of Yezo.
- 2 Quand le Gouvernement japonais obtint de la Russie les îles Kuriles en échange de Saghalin, il força les malheureux habitants à émigrer et il les établit à Shikotan à l’extrémité orientale de l’île de Yezo. Us s’éteignent rapidement loin de leur pays natal, loin des mers poissonneuses qui fournissaient largement à leur subsistance.
- 3 On cite un de ces souterrains à Kushiro, sur la côte sud-est de l’île de Y'ezo profond de 8 pieds environ et mesurant 32 pieds dans sa plus grande largeur.
- 4 l)r Maget, Les Aïnos ou Yebis du Japon, La Nature, lü août 1878.
- dées du globe. Au commencement du siècle, ils ne connaissaient que les armes de pierre et aujourd’hui encore, les fusils sont rares parmi eux, si tant est même qu’ils sachent s’en servir. Ils sont petits, trapus, d’une force musculaire assez développée; leurs traits se rapprochent de ceux des Mongols ; leur couleur varie entre le jaune et le brun clair, mais la nuance est difficile à saisir, car leur peau est couverte d’une épaisse couche de crasse ; jamais, depuis leur naissance jusqu’à leur mort, ils ne se lavent, jamais le peigne ne touche leur barbe ou leur chevelure très longues et très touffues. Un fait particulier à la race est l’extrême développement du système pileux. Les hommes, quelquefois les femmes elles-mêmes, sont couverts de poils noirs et abondants. Ceux des hommes atteignent jusqu’à une longueur de 10 centimètres sur la poitrine, de 5 centimètres sur le dos1. Leur barbe descend souvent à leur ceinture (fig. 1 et 2); de là le nom méprisant à'Ebizu, sauvages couverts de poils que leur donnent les Japonais dont la peau glabre présente avec celle de leurs voisins un si complet contraste. La légende des Àïnos à l’égard de cette particularité est curieuse. Une jeune fdle refusait d’obéir à son père; celui-ci irrité de sa désobéissance, l’enferma dans une caisse en bois qu’il lança à la mer. Les flots la portèrent à l’île de Yezo, là où s’élève aujourd’hui la ville d’Ishikari. A cette époque, l’île n’était habitée que par des chiens; un de ces chiens brisa la caisse avec ses dents et rendit à la jeune fdle la liberté et la vie. Par reconnaissance, celle-ci l’épousa; elle en eut plusieurs enfants tous couverts comme leur père de longs poils noirs. C’est d’eux que les Àïnos descendent; c’est d’eux qu’ils tiennent le système pileux qui les distingue.
- Les jeunes filles sont jolies; mais les femmes se flétrissent de bonne heure à raison du dur travail auquel elles sont soumises (fig. 5). A l’âge de six ou sept ans, les filles sont tatouées sur la lèvre supérieure,. sur les bras et sur d’autres parties du corps. Ces tatouages sont obtenus à l’aide de légères incisions que l’on rend indélébiles, en frottant la plaie avec de la suie. On agrandit ces tatouages à diverses périodes de la vie, et celle sur la lèvre supérieure figure une véritable moustache, comme on peut le voir sur le portrait d’une jeune fille d’Urap, un des villages habités par les Àïnos, reproduite d’après une photographie (fig. 5).
- Les Aïnos sont de mœurs douces et faciles ; les crimes sont rares parmi eux. Bien que nominalement soumis aux Japonais, chaque village obéit à un chef que les habitants choisissent et dont la dignité est la plupart du temps héréditaire. Leurs maisous sont de forme rectangulaire (fig. 4), construites avec des pièces de bois grossièrement équarries ; des joncs et
- 1 La section des cheveux et des poils, très bien étudiée par M. John Aspinwall, est ovalaire comme celle des singes. Chez les races blanches au conlraire, cette section est toujours ronde.
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- LÀ NATURE.
- des roseaux servent de couverture. Le foyer est au I dans le toit. On pénètre dans ces demeures par un centre et la fumée s’échappe par un trou ménagé | étroit couloir, et un volet, que l’on n’ouvre que dans
- Fig. 1. — Homme Aïnos, d'Ahashiri. (D’après une photographie.) Fig. 2. — Vieillard Aïnos, de Tokoro. (D’après une photographie.)
- les jours les plus chauds de l’année, procure une ventilation très insuffisante. Aussi la saleté et la puanteur sont-elles extrêmes, et, quand un visiteur entre, on s’empresse de jeter une natte sur le plancher, afin qu’il puisse s’asseoir.
- Les vêtements, indispensables dans un pays où le climat est très rude, sont tirés des parties fibreuses d’un orme (Ulmus mont an à) qui croît en abondance dans les régions montagneuses de l’ile et qui fournit une étoile souple et durable.
- Les habitants se servent, pour les usages domestiques, de plats et de paniers d’écorce ou bien encore d’assiettes en bois souvent couvertes de dessins. À ces exceptions près, tous les objets que l’on peut trouver chez les Aïnos viennent du Japon.
- Ce sont également les Japonais qui ont appris à leurs voisins à fabriquer le saké, liqueur fermentée tirée du riz ou du millet.
- Fig. 3. — Femmes Aïnos, d’Abashiri. (D’après une photographie.)
- Les hommes en absorbent des quantités considérables; les femmes, au contraire, obtiennent rarement la permission d’en boire. Le saké, dit un proverbe aïno, n’est fait que pour les dieux et pour les hommes. Les Aïnos se marient de bonne heure; les hommes généralement vers dix-huit ans, les jeunes filles à seize. La polygamie est permise, mais elle est rarement usitée. La moralité est faible et un enfant n’est nullement un obstacle au mariage avec un autre que le père. J’ai dit que les crimes étaient rares parmi cette population paisible. Les meurtriers sont exposés sur une croix ; on les descend au bout de huit jours, pendant lesquels on a soin de les nourrir ; autrefois, les peines étaient plus sévères ; on leur coupait soit le nez, soit les tendons des pieds. Les voleurs reçoivent un nombre déterminé de coups de bâton. Le vieux jugement de Dieu est encore en
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- honneur. On se purge d’une accusation en plongeant sant une barre de fer rouge. Le culte de ces hom-la main dans un vase d’eau bouillante ou en saisis- mes est peu connu. L’ours est un animal sacré pour
- eux, ils l’appellent kimui, maître1, et cependant sa chasse et sa capture sont (bis exploits dont ils sont les plus tiers, et sa viande est un de leurs mets les plus recherchés. Ils le tuent avec des flèches sur lesquelles on dépose une certaine quantité de poison tiré de 1 'Aconitum Japonicmn. L’effet, au récit des Aïnos, est foudroyant : un ours, atteint par une flèche ainsi préparée, tombe mort peu d’instants après. La fête de l’ours se célèbre chaque année au mois de septembre ou d’octobre.
- Vers la fin de l'hiver, on se procure un jeune ourson qu’une femme doit tout d’abord nourrir de son lait ; quand il est sevré, on lui donne du poisson en abondance, jusqu’au jour fatal qui doit être le dernier pour lui. La fête commence par des. danses interminables et des libations de saké. Puis, à un signal donné,
- 1 DrScheube, Der Bârencultus und die Bârenfeste des Ainos niit einigen Bemerkungen über die Tanze derselben. Milthei-hingen der Deutschen Gesellschaft für Natiir. Déc. 1880.
- tous les hommes se précipitent sur l’ours et l’écrasent sous leur poids, au milieu des pleurs et des
- lamentations des femmes,’ parmi lesquelles la nourrice est tenue de se faire remarquer par sa douleur. Les cris redoublent en voyant dépecer l’animal et distribuer sa chair aux assistants. Les libations de saké y mettent rapidement fin, et la fête se termine par une ivresse générale.
- Les Aïnos ne connaissent ni l’écriture, ni l’usage de la monnaie; pour se souvenir d’un fait, ils font des entailles sur un arbre. Le même moyen primitif leur sert pour le commerce d’échange, le seul qu’ils fassent avec leurs voisins.
- Nous venons de résumer les renseignements apportés par ceux qui, les derniers, ont visité le pays. 11 faut se hâter, je ne puis que le répéter, d’étudier cette race curieuse à bien des titres; bientôt elle aura disparu devant une civilisation qu’elle ne peut ni comprendre, ni s’assimiler. M1S de Nadaillac.
- Fig. 5. — Jeune fille Aïnos, d’Urap. (D’après une photographie.)
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- I,A SIMULTANÉITÉ
- DES PERTURBATIONS MAGNÉTIQUES
- On sait que les éléments du magnétisme terrestre subissent des variations à très longue période, puis des variations diurnes, et enfin d’autres changements périodiques dont la relation avec les taches solaires a été depuis longtemps démontrée. En revanche, il est d’autres mouvements qui ne semblent soumis à aucune loi, et qui constituent par leur ensemble ce que l’on nomme des orages magnétiques; ceux-ci éclatent parfois subitement dans une période calme, ou dans une période déjà perturbée, commençant fréquemment par un mouvement brusque de tous les index du magnétographe. Les courants terrestres atteignent alors une grande intensité. Tandis que, en temps ordinaire, les magnétographes sont
- 16*! 17s 16*! 19*1 20h 21? 22h 23? Minuit 1? 2? 3? A?
- rnpo: tinte v< rtic.
- Court ni AV~
- Courbes magnétiques, d’après les instruments enregistreurs de l’Observatoire de Greenwich.
- plus que suffisants pour l’inscription des mouvements, il serait fort désirable de rendre, au moment d’une perturbation, le développement du papier beaucoup plus rapide, de manière à permettre de saisir les détails du phénomène, et d’en noter l’instant précis. L’importance d’une augmentation considérable de la sensibilité des instruments ressort d'un travail fort intéressant présenté parM. Ellis à la Société royale de Londres. L’auteur, ayant pointé dans les courbes du magnétographe de Greenwich, dix-sept perturbations très caractéristiques, en communiqua le jour et l’heure approximative à sept observatoires disséminés sur la surface du globe, en priant de lui indiquer le moment exact de la perturbation, et d’en définir le caractère. Le diagramme ci-dessus montre l’un des mouvements choisis; après un calme complet, la déclinaison, la composante horizontale et la composante verticale du magnétisme terrestre varient brusquement ; ce mouvement est le prélude d’une tempête prolongée. En même temps on constate, dans la ligne Angerstein wharf-Ladv well (courant AV, LW sur la figure) dont les deux bouts sont à la terre, un courant intense ; cette ligne coupe le méridien magnétique sous un
- angle de 50 degrés vers le nord-est. D’après l’échelle de la figure qui est plus petite que celle de l’original, on voit que la minute de temps peut être déterminée presque avec certitude, mais on ne peut aller au delà ; quelques-uns des diagrammes ne permettaient pas la même approximation, que l’on n’avait du reste pas cherchée jusqu’ici.
- Les mouvements choisis par M. Ellis étaient partout décrits de la même manière ; à Toronto, ils sont définis comme « très subits au premier moment »; à l’île Maurice ils sont qualifiés de « sauts remarquables »; à Bombay, on écrit qu’ils sont (( abrupts au début, et ne permettent aucune confusion ».
- La mission scientifique du cap Horn a pu fournir aussi cinq observations, entre le 12 octobre 1882 et le 29 juillet 1883. Nous extrayons, des nombreux tableaux du Mémoire, le suivant qui les résume. La longitude est donnée en heures, à l’ouest et à l’est de Greenwich.
- Stations. Latitude. Longitude. Différence
- moyenne.
- Toronto. 43°40'N 547"6 W — lm5
- Cap Horn. 55*31'S 4h52mo » — 0m7
- Greenwich. 51°29'N 0h 0m0 — 0“ 1
- Pawlowsk. 59°41'N 2h 1“9 E — 0“2
- L’île Maurice. 20° 6'S 5“50m2 » + 0m5
- Bombay. 18°54'N 4h51m5 » —• 0rol
- Batavia. 6°11'S 7h 7m5 » 4- 2m4
- Zi-ka-Wei. 51°12'N 8k 5m7 » — 2m9
- Melbourne. 5 7 *50'S 9h59ro9 » + lm8
- La dernière colonne donne la différence moyenne des dix-sept observations par rapport à l’heure moyenne de chacune d’elles. Nous voyons que, dans les limites de la précision avec laquelle les tracés peuvent être relevés, la perturbation peut être considérée comme simultanée sur toute la terre, car la légère marche positive apparente de l’ouest à l’est peut être attribuée à des erreurs d’observation. La même remarque peut êlre faite si l’on range les observatoires suivant leur distance à l’équateur magnétique; il paraît y avoir un léger retard si l’on va du nord au sud; on ne peut toutefois l’affirmer.
- Quant aux courants terrestres, ils n’ont pu être comparés qu’à Greenwich aux perturbations magnétiques ; on les a trouvés en moyenne de quelques secondes en avance, et il paraît probable qu’il en est de même partout. La ligne que l’on construit en ce moment au Parc Saint-Maur permettra, sous peu, de vérifier ce fait.
- LE TRAVAIL DES MUSCLES
- Si l’on considère la machine animale comme une machine thermique, on rencontre une difficulté presque insurmontable dès que l’on veut expliquer son rendement très élevé, 50 pour 100 environ; on sait, en effet, que d’après le principe de Carnot, ce rendement exigerait que certaines parties de la machine fussent à une température d’au moins 160 degrés, en supposant qu’aucune nouvelle perte n’intervienne.
- On contourne la question en disant qu’un muscle n’est pas une machine thermique, mais l’explication n’est pas plus avancée. M. Th. Engelmann a présenté dernièrement à l’Académie des sciences d’Amsterdam un important Mémoire dans lequel il fait faire à ce problème délicat un pas décisif. L’idée de M. Engelmann est que, contrairement à l’opinion régnante, l’organisme présente d’énormes différences de température. La combustion qui se produit dans les muscles engendre une infinité de sources de
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- LA NATURE
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- chaleur à température élevée, tandis que la masse du muscle fonctionne comme réfrigérant. Un thermomètre, même très petit, sera toujours soumis à l’action d’un grand nombre de foyers et d’une grande masse refroidissante ; il ne peut indiquer qu’une température moyenne. Or, il est démontré que, par l’effet de la température, les éléments b (réfrigérants du muscle subissent une contraction ; l’auteur le montre, du reste, par une curieuse expérience. Un morceau de corde à hoyau, tendu par un poids, est placé dans une éprouvette pleine d’eau, avec une spirale de platine qui l'entoure à une petite distance. Si l’on chauffe l’éprouvette à l’aide d’une lampe, la corde se raccourcit lentement; mais si, au contraire, on fait passer un courant dans la spirale de manière à l’échauffer fortement, la corde diminue brusquement de longueur, et s’allonge de nouveau dès que le courant est interrompu. Pendant ce temps, un thermomètre placé dans l’éprouvette n'est monté que d’une quantité insignifiante. En répétant l’expérience un certain nombre de fois, on produit un travail très appréciable, et, ce qui est très remarquable, cette machine thermique fonctionne avec un excellent rendement, parfois supérieur même à celui d’un muscle.
- LE PROLONGEMENT SOUTERRAIN
- DE LA LIGNE DE SCEAUX
- VERS LE CE NT II E I)E PARIS
- La Compagnie (lu chemin de fer d'Orléans exécute actuellement le percement du long souterrain qui doit amener la ligne de Sceaux jusqu’à la station du Luxembourg. Ces travaux présentent une grande analogie avec ceux que pourra exiger le futur Métropolitain, car cette ligne en constitue en quelque sorte la première amorce, si tant est toutefois que la construction à Paris d’un chemin de fer métropolitain, môme souterrain, ne doive pas être considérée comme une utopie à rejeter au siècle prochain ; nous avons donc pensé que, à ce point de vue, nos lecteurs ne liraient pas sans intérêt quelques détails sur le tracé et les procédés d'exécution adoptés. Nous résumons à cet effet les renseignements publiés par la Revue générale des chemins de fer.
- Un sait que la ligne de Sceaux avait été établie primitivement avec l’écartement de lni,75, et quelle comportait toutefois des courbes très accentuées dont le rayon descendait parfois jusqu’à 25 mètres, si bien que le train arrivant à Paris pouvait tourner sur lui-même, en quelque sorte, à l’intérieur de la gare, locomotive en tête, et se retrouvait en place sur la voie de départ. Cette élasticité était obtenue au moyen d'un matériel de wagons d’un type spécial dû à M. Arnoux, et nous en rappellerons seulement les dispositions caractéristiques; les roues étaient rendues indépendantes des essieux et ceux-ci étaient mobiles par rapport au châssis autour d’une cheville ouvrière qui leur permettait de prendre toujours une direction normale à la voie. Les essieux étaient amenés simultanément à cette position sans l’intervention de la réaction des rails sur les mentonnets des roues, par l’effet d’une liaison spéciale, assurant la solidarité de tous les es-
- sieux du train. L’essieu de tète était constamment guidé par un appareil comportant des galets appliqués sur les champignons des rails, et il en recevait ainsi l’impulsion qu’il transmettait aux autres essieux du train. Le même appareil guide était placé à l’arrière du train pour prévoir les cas de refoulement.
- Ces dispositions, fort ingénieuses d’ailleurs, n’ont reçu aucune autre application sur les voies ferrées, elles assuraient bien l’élasticité du matériel et simplifiaient en même temps la construction de la voie, mais au prix de complications à peu près inacceptables sur le matériel roulant; en outre, la nécessité de permettre le fonctionnement de l’appareil-guide à l’avant du train, avait obligé à adopter des dispositions spéciales pour les croisements de voie et à tous les points où les rails présentaient des solutions de continuité un peu importantes, et elle excluait donc absolument le matériel Arnoux du passage sur les voies normales.
- Quoi qu’il en soit, il était difficile de conserver cette voie isolée aux alentours de Paris ; la transformation devenait urgente afin de permettre le raccordement avec l’ensemble des lignes normales; la Compagnie d’Orléans s’est donc décidée à l’effectuer, et elle complète actuellement la ligne par le percement d’un souterrain dirigé vers le centre de Paris et allant quant à présent jusqu’au Luxembourg.
- Le tracé est établi en entier sous les voies publiques, comme l’indique la figure 1, il traverse la place Denfert-Rochereau, suit la rue du même nom, puis l’avenue de l’Observatoire et le boulevard Saint-Michel. La longueur totale atteint 1700 mètres. La ligne va continuellement en descendant au-dessous du sol ; elle se tient d’abord à 6 mètres de profondeur, elle atteint ensuite 11 mètres en approchant du Luxembourg.
- Les pentes ne dépassent pas 16 millimètres par mètre, sauf à l’origine, sous la place Denfert, où la déclivité atteint 21 millimètres; mais ce chiffre se rencontre fréquemment d’ailleurs sur le reste du parcours allant à Sceaux. Les rayons de courbure restent toujours supérieurs à 250 mètres.
- La ligne reste en souterrain sur presque tout son parcours, sauf à la traversée de la place Denfert et de la station de Port-Royal qui s'effectue en tranchée. Le souterrain est exécuté en maçonnerie suivant le profil indiqué à la figure 2, n° 1 ; la hauteur sous clef est alors de 6 mètres. Dans les parties où il était impossible d’atteindre cette hauteur, on a remplacé la voûte par un tablier métallique reposant sur des pieds-droits en maçonnerie, comme l’indique la figure 2, n° 2. La hauteur minima peut être ramenée alors à 4m,80, mais la largeur de 9 mètres est conservée dans les deux cas.
- La voie occupe ainsi, comme on voit, une grande partie de la largeur de la rue dont elle suit le parcours , et il faut donc détourner les diverses conduites d’eau, de gaz et d’égout posées aupara-
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- vant sous la rue pour faire place au souterrain.
- Il faut reconnaître toutefois que, dans ce cas particulier, ce travail ne présente pas de difficultés techniques considérables, car le parcours ne traverse pas de grands collecteurs; toutefois, on a rencontré d’autres difficultés plus graves, tenant à la nature du terrain qui renferme de nombreuses carrières ébouleuses, et on a du prévoir des travaux
- de consolidation spéciaux. Ces carrières abandonnées, qui ont servi autrefois à l’extraction des pierres de taille, sont situées à des profondeurs variant de 15 à 2o mètres au-dessous du niveau de la voie ; elles ont été exploitées jadis dans des conditions fort mauvaises, les toitures sont fréquemment éboulées, de sorte que le terrain situé au-dessus ne présente pas de solidité. Dans les parties où le toit de la car-
- Plan du prolongement du chemin de fer de Sceaux jusqu’à la gare du Luxembourg, à Paris.
- Fig. 1. -
- rière a résisté, on se borne à soutenir le pied-droit du souterrain en élevant dans la carrière un mur qui est à l’aplomb de celui-ci ; dans les parties déjà éboulées, on est obligé de forer de distance en distance des puits blindés qui descendent jusqu’au sol
- de la carrière, on les remplit de maçonnerie et on les réunit par de petites voûtes qui servent d’appui aux pieds-droits. C’est d’ailleurs le procédé qui est imposé pour les fondations des maisons qu’on veut élever sur ce sol miné par de nombreuses carrières.
- 1. Coupe transversale
- i
- entltcr
- 2.Coupes des parties recouvertes par un tablier métallique. Entre deux poutres. . Au devant d'une poutre.
- Fig. 2.
- Projet en cours d’exécution du prolongement du chemin de fer de Sceaux. — 1. Souterrain en maçonnerie pour les parties de la voie à grande profondeur. — 2. Souterrain avec plancher métallique pour les parties peu profondes.
- Malgré toutes ces précautions, on peut se demander si, en cours d’exploitation, les vibrations résultant du passage des trains ne pourront pas devenir, à la longue, dangereuses pour la solidité des maisons voisines, mais c’est là du reste une difficulté inévitable avec un tracé souterrain.
- A côté de cette question de la consolidation du sol, celle de l’aération en cours d’exploitation présente un intérêt particulier. On espère toutefois qu’il n’y aura pas de mesure spéciale à prendre pour les
- souterrains proprement dits, à condition d’avoir des locomotives condensant la vapeur dégagée. Pour la station du Luxembourg seule, on assurera la ventilation par des moyens mécaniques : on installera à cet effet, sur la voie publique, des évents de prise d’air frais, en les dissimulant dans des kiosques; quant à l’air vicié, il sera puisé dans la gare par un ventilateur puissant installé dans les caves, et rejeté au dehors par une cheminée élevée. L. B.
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- LE VÉLOCIPÈDE
- ET LA. RÉSISTANCE DE l’AIR
- A mesure que l’on diminue le travail consommé dans les roulements d’un vélocipède, ou dans le frottement du terrain, la résistance de l’air forme une fraction de plus en plus importante du travail total, de telle sorte que c’est aujourd’hui cette seule résistance qui limite la vitesse sur piste ou sur bonne route. L’une des fonctions des entraîneurs est de mettre l’air en mouvement en avant du coureur; mais la distance des vélocipédistes est trop grande pour que l’action puisse être bien efficace. Les journaux d’Amérique ont apporté dernièrement la nouvelle d’un essai d’un nouveau genre qui aurait con-
- duit à un merveilleux résultat ; un vélocipédiste de première force, M. Johnson, aurait, en s’abritant derrière une tôle traînée par un cheval de course, couvert le mille anglais en lm56s,6; sa vitesse moyenne aurait donc été de 15m,80 par seconde, ou de 50 kilomètres à l’heure, en supposant qu’elle eût pu être maintenue. Aucun cheval, du reste, n’aurait pu fournir d’une traite ce mille phénoménal, puisque le minimum enregistré jusqu’à ce jour est de 2m5s,25;1 c’est en se servant de plusieurs relais que M. Johnson est arrivé à ce résultat sans précédent.
- Quelques calculs nous montreront l’efficacité d’un entraînement (c’est le cas de le dire) du vélocipédiste par l’air aspiré devant lui.
- Pour les mouvements dont il s’agit ici, la résis-
- Lu vélocipédiste Johnson abrité par un écran traîné par un cheval de course.
- tance de l’air est sensiblement proportionnelle au carré de la vitesse; et nous remarquons d’abord qu’un vélocipédiste faisant un chemin à l’aller et au retour dans la direction exacte d’un vent invariable, et avec la vitesse du vent dans l’un des cas, à l’aller par exemple, n’éprouvera, de la part de l’air, aucune résistance pendant la première moitié de la course, mais aura à vaincre, au retour, une résistance quadruple de celle qu’il rencontrerait dans 1 air au repos ; pour la totalité de la course, le travail accompli de ce fait sera donc deux fois plus grand qu’il n’aurait été par temps calme. D’après une autre loi, très favorable aux aéroplanes, mais fâcheuse pour les vélocipédistes, la résistance est beaucoup plus forte lorsque l’on se déplace perpen-dicufairement à la direction du vent que lorsqu’on voyage en air calme. Ce principe, paradoxal à première vue, montre que l’on ne gagne rien, au point de vue du travail total, à louvoyer par vent debout,
- comme pourrait le faire croire un calcul élémentaire basé sur la constante du coefficient de résistance de l’air.
- Lorsqu’un plan mince attaque de front l’air calme, la résistance est donnée, pour les vitesses moyennes, par la formule 2 : F = 0,07V*S, S étant la surface en mètres carrés, Y la vitesse en mètres par seconde, F l’effort en kilogrammes-poids. Il en résulte qu’une surface de 1 mètre carré, se déplaçant avec une vitesse de lom,80 par seconde, éprouverait une résistance de 13ks,33, et, pour entretenir cette vitesse, il faudra dépenser 184 kilogrammètres par seconde, soit deux chevaux et demi en nombres ronds.
- Telle n’est pas, cependant, la puissance qu’aurait à dépenser un vélocipédiste atteignant, sans aucun artifice, la vitesse de Johnson. D’abord, la surface
- 1 Voy. n° 1017, du 26 novembre 1892.
- * D'après les mesures concordantes de M. Langley et de MM. Cailletet et Colardeau.
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- que nous avons supposée dans le calcul, doit être réduite de moitié au moins, et puis, fort heureusement, les vélocipédistcs ne peuvent, en aucune façon, être assimilés à des plans minces. Ce principe est capital, comme une expérience bien connue et déjà décrite dans La Nature permet de s’en rendre compte aisément.
- Plaçons, devant une bougie, un petit écran plan sur lequel nous soufflerons vigoureusement. Si nous avons eu soin de disposer convenablement des glaces à une distance suffisante pour qu’elles ne puissent pas troubler le phénomène, nous verrons la flamme de la bougie s'approcher de l’écran. Remplaçons l’écran par une bouteille, la bougie s’éteindra. Ces deux expériences sont également curieuses; elles nous montrent qu’il existe une dépression derrière le plan, une pression derrière le cylindre; en d’autres termes, les filets d’air contournent ce dernier, tandis qu’ils s’échappent tangenliellement au plan, en produisant un appel. Le phénomène est donc totalement différent dans les deux cas. Mais alors, quel coefficient de résistance convient-il d’adopter? Nous ne croyons pas qu’aucune expérience permette de le dire. Si faible qu’on le prenne, en restant dans les limites probables (1/5 du coefficient du plan, par exemple), il ne paraît pas possible qu’un véloci-pédiste travaillant à grande vitesse, c’est-à-dire dans de très mauvaises conditions de rendement, atteigne jamais, en air calme, la vitesse de Johnson. L’aspiration produite par un plan devient l’élément nécessaire du succès dans une pareille expérience. Mais, si le calcul théorique ne s’applique pas à l’homme, il subsiste tout entier pour le cheval traînant la tôle; et comme celle-ci ne peut guère être réduite à moins de 1 mètre carré, c’est le cheval qui devra produire les deux chevaux et demi nécessaires à son déplacement; à cela s’ajoute le travail que le cheval dépense pour son propre compte, à son allure maxima. Peut-il, dans ces conditions, disposer de deux chevaux et demi qui, à eux seuls, constituent le quintuple de la puissance moyenne d’un cheval non mécanique? Nous ne serons pas assez imprudent pour répondre négativement à cette question, pour le jugement de laquelle les données nous font défaut; mais, jusqu’à preuve authentique, on pourra conserver un léger doute sur l’exactitude parfaite des chiffres indiqués par les journaux véloci-pédiques.
- Si nous abordons la question au point de vue de la vélocipédie en général, il nous sera permis, tout en reconnaissant ce que l’essai de Johnson peut avoir de curieux, d’hésiter à enregistrer sa vitesse comme véritablement obtenue par le vélocipède. Où s’arrêterait-on dans cette voie? Il suffit de voir passer un train express pour se convaincre qu’il aspire tous les corps légers; le départ d’un projectile d’une batterie fermée produit, dans l’embrasure, un appel d’air dangereux pour les servants ; l’entraînement de Johnson ne diffère pas essentiellement de ce qui se passe dans ces deux cas, et l’on peut assimiler
- cette aspiration pneumatique à une véritable traction; on en arrive ainsi, par des graduations successives, à considérer un entraînement aussi artificiel à l’égal d’un lien mécanique entre l’entraîneur et le cycliste. Nous n’en sommes pas là, mais peu s’en faut; et alors les grandes vitesses vélocipédiques ne signifieront plus rien. Ch.-Ed. G.
- CHRONIQUE
- Comment on vérifiait l’isolement des câbles
- en 1850. — Eu faisant des recherches sur les travaux du docteur Werner Siemens, dont nous annoncions récemment la mort, nous avons pris connaissance d’un Mémoire en français présenté à l’Académie des sciences de Paris le 15 avril 1850 et relatant les méthodes de télégraphie présentées par lui et adoptées par le Gouvernement prussien de 1848. Il s’agissait de l’adoption des premiers fils souterrains isolés à la gutta-percha. Après avoir fait l'histoire de l’invention du fil souterrain et indiqué sommairement la fabrication du fil enduit, AVerner Siemens décrit comme suit le procédé un peu primitif que l’on employait à cette époque pour s’assurer de l’isolement du fil. Nous citons textuellement : Procédé pour s'assurer de Visolement du fil. « Quelques précautions que l'on prenne dans la confection du fil, il arrive pourtant de temps à autre qu’il présente des points où, par une légère solution de continuité de l’enduit, due surtout à la présence de petites bulles d’air comprimé dans la masse plastique, l’isolement se montre plus ou moins défectueux. Avant de livrer les fils à l’usage, il faut donc tâcher d’éliminer ces imperfections. Cela se fait de la manière suivante : L’ouvrier saisit de l’une de ses mains l’un des bouts d’une hélice à induction, dont l’autre bout communique à l’une des extrémités du fil. On fait passer successivement tous les points du fil dans un baquet plein d’eau acidulée, dans laquelle l’ouvrier tient l’autre main plongée. Les courants d’induction sont incessamment réveillés par l’action de l’appareil à lame vibrante du docteur Neef. Aussitôt que dans la marche progressive du fil à travers le baquet, une solution de continuité de l’enduit permet à l’eau acidulée de fermer le circuit en se mettant en contact avec le fil métallique, l’ouvrier est en proie à des commotions tellement vives, qu’elles ne sauraient échapper à la vigilance même la plus obtuse. » On a fait quelques progrès depuis 1850.
- Les lacs «le MansfeUl. — Dans ces derniers mois, le fond de ces lacs, situés dans la haute Saxe près des mines du même nom, s’est considérablement abaissé. Les deux lacs, qui se trouvent dans le voisinage d’Eisleben, ont été étudiés, en 1887, parle Dr W. Ule; à cette époque, les plus grandes profondeurs du lac d’eau douce et du lac salé étaient respectivement de 7”,7 et de 18 mètres. Il faut dire que ces lacs sont alimentés par plusieurs sources et par des ruisseaux et qu’ils n’ont qu’un seul exutoire. Le Dr Ule a trouvé dans le lac salé, le 18 juin 1892, une profondeur de 50 mètres, et le 28 du même mois, au meme endroit, une profondeur de 42 mètres. Le fond dè ce lac s’est donc abaissé de plus de 1 mètre par jour, alors que le niveau de l’eau ne s’est abaissé que de 15 centimètres pendant le même temps. La couche d’argile compacte trouvée actuellement au fond du lac semble prouver au Dr Ule que ce fond doit s’être ouvert pour engloutir les masses de vases qui le recouvraient. 11 est fort probable que cet abaissement du fond va continuer, car les envi-
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- ions présentent de nombreuses preuves d’une inodiüea-tion générale du sol ; c'est ainsi que les pentes des hauteurs, à l’est du lac, se sont fortement abaissées, ainsi tpie celles qui portent l’hôtel des hains de Oberroblingen. Il s’est même, à la suite de cet affaissement, produit une crevasse assez large. Dans les travaux miniers de Mans-feld, on épuise par jour actuellement 125 0Ü0 mètres cubes d’eau, contre (30 DUO mètres cubes auparavant.
- Le cuirassé anglais « Royal-Oak ». — On a
- lancé récemment en Angleterre l’un des huit cuirassés construits en exécution de VHamilton Defence acl de 1889; ces navires sont des plus puissants qui existent. Le Royal-Oak est construit entièrement en acier, mesure 120 mètres de longueur, 22m,50 de largeur, et jauge 14 150 tonneaux. La coque est divisée en 220 compartiments étanches. Le pont cuirassé s’étend de la poupe à la proue et est surmonté d’un second pont de protection. La ligne de flottaison est protégée par une cuirasse en acier de 2m,55 de hauteur et d’une épaisseur variant de 450 millimètres à 550 millimètres. L’armement comprend quatre canons de 67 tonnes montés deux par deux en tourelles barbettes placées à l’avant et à l’arrière; le cuirassement de la tourelle a aine épaisseur de 420 millimètres ; il comprend en outre dix canons à tir rapide de 15 centimètres pesant 5 tonnes, dont six sont placés sur le pont supérieur et protégés par des masques, et quatre sont placés sur le pont cuirassé, 16 canons à tir rapide de 6 livres et neuf de 5 livres, ainsi que plusieurs mitrailleuses et sept tubes lance-torpille pour torpilles AVhitehead. Quatre des tubes sont placés sur les flancs, un à l’avant et deux submergés. La machinerie contient deux séries de machines à triple expansion, capable de développer 9000 chevaux sous tirage normal et 15 000 sous tirage forcé et de donner respectivement les vitesses de 16 et 17k,5. La chambre de chauffe comprend huit chaudières produisant la vapeur sous une pression de 10 atmosphères. Les soutes peuvent contenir 900 tonnes de charbon qui suffisent pour un parcours de 5 000 milles nautiques à une vitesse de 10 nœuds. Lorsque le Roijal-Oak sera complètement terminé, il aura coûté environ 25 millions de francs; ce navire a été construit sur les chantiers de M. Laird, de Birkenhead.
- Le chemin de fer de Iteira (Afrique australe).
- — Cette voie ferrée que les Anglais construisent actuellement, le long de la rivière Poungoné, traversera les territoires portugais pour aboutir au Mashoualand anglais. Ce chemin de fer, qui aura une tris grande importance pour le commerce britannique, sera terminé jusqu’à Chirnoio (75 milles) avant la fin de l’année. Le point à atteindre, Fort Salisbury, est à 250 milles de la côte. La tonne de marchandise qui coûte 1125 francs de transport, du Cap à Fort Salisbury, n’en coûtera plus que 575, et le trajet, qui dure trois mois, sera de trois jours par Beira. En attendant que la voie ferrée soit complétée, il y a entre Chirnoio et Fort Salisbury une bonne route carrossable et, dès le mois de février 1895, on pourra expédier d’Angleterre des machines et des appareils pour l’exploitation des mines qui prendra aussitôt un grand développement. Ce qui a retardé cette exploitation jusqu’à ce jour, c’est l'absence de machines, dont le transport par le Cap n’était pas possible, le chemin de fer n’allant que jusqu’à Yry-i>ury et la distance de ce point à Fort Salisbury étant de 1000 milles.
- Le sou dans l’aluminium. — M. le professeur Henri Dufour a récemment donné quelques détails sur
- l’aluminium dans une séance de la Société vaudoise des sciences naturelles. Le poids spécifique de l’aluminium est de 2,64 à 2,70; sa ténacité varie beaucoup; elle est, pour le métal fondu: de 10 à 111*,5 par millimètre carré; pour le métal martelé, d’environ 27 kilogrammes par millimètre carré. Ces chiffres ne sont justes que si l’on reste dans les températures normales. En effet à 400 degrés le métal ne supporte pas plus de 5 kilogrammes par millimètre carré. M. Dufour s’est attaché à déterminer la vitesse du son dans l’aluminium. 11 a trouvé pour cette vitesse le chiffre de 4950 mètres par seconde, ce qui est à peu près le même chiffre que pour l’acier. La grande légèreté de l’aluminium, ainsi que sa solidité rendraient ce métal très propre à la fabrication de caisses de résonance pour les instruments à corde. C’est ce qu’on fera peut-être plus tard ; et il n’est pas dit que nos fils ou petits-fils ne possèdent pas des violons en aluminium.
- Les plus vieux Cèdres du Liban. — On sait que le plus vieux cèdre du Liban qui soit connu en France est celui que Bernard de Jussieu a planté au Muséum, en 1755, dans la partie du jardin nommé le Labyrinthe. Cet arbre, bien qu’il ait eu sa flèche cassée et que sa cime soit tronquée, fait encore l’admiration des visiteurs, qui ne le considèrent qu’avec respect. Nous lisons dans un journal anglais qu’un exemplaire de la même espèce existerait dans ce pays depuis un temps beaucoup plus éloigné. Ce serait celui de Bretby, dans le Derbyshire, qui aurait été, dit-on, planté en 1676.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 janvier 1895. — Présidence de M. d’Abbaiiie.
- La prédiction du temps. — M. l’abbé Fortin adresse une réclamation de priorité au sujet de la publication dans les Comptes rendus d’une note de M. Zenger dans laquelle ce savant faisait connaître qu’il avait prédit, quelque temps à l’avance, la grande tempête de neige qui a sévi sur l’Europe entière vers le milieu de décembre. M. l’abbé Fortin a consigné sa prédiction à plus d’une année de distance, dans son almanach météorologique pour 1892. On sait que les prédictions de l’abbé Fortin sont fondées sur les indications d’un instrument magnétique, dont les physiciens ont en vain cherché la théorie. Dans ces conditions M. Bertrand pense que s’il y a lieu d’accueillir la réclamation, il convient du moins de reconnaître que la prédiction de M. Zenger présente un caractère plus scientifique.
- Résumé annuel du Président. — M. d’Abbadie, après avoir mentiouné que l’année 1892 a vu paraître les tomes exu et cxm des Comptes rendus de l’Académie, rappelle les pertes éprouvées cette année par suite des décès de MM. Ossian Bonnet, de la section de géométrie; Mouchez, de la section d’astronomie ; Jurien de la Gra-vière, de la section de géographie et navigation ; de Quatre-fages, de la section de zoologie. Les vides laissés ont été comblés en partie par les élections de MM. Appell, en remplacement de M. Ossian Bonnet, et Edmond Perrier, en remplacement de M. de Quatrefages. Enfin M. Richet a été remplacé au cours de 1892, dans la section de médecine et chirurgie, par M. Guyon ; deux places sont restées vacantes, celles des amiraux Mouchez et Jurien de la Gravière. Parmi les correspondants décédés, il faut faire une place à part pour M. Richard Owen, célèbre naturaliste anglais.
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- LA NATURE
- L’Académie, qui n’a pas été informée officiellement de sa mort, n’a pu en enregistrer la nouvelle, avec les marques du regret qu’elle éprouve ; aussi M. le secrétaire perpétuel invite-t-il M. Blanchard à prononcer l’éloge du défunt, afin que la perte d’un membre aussi marquant soit officiellement marquée par un hommage. M. Blanchard rappelle donc que Richard Owen s’est illustré dans toutes les branches de la zoologie et de la paléontologie. Ses travaux sur la reproduction de certains Insectes et sur le développement embryonnaire des monotrèmes et des marsupiaux sont aussi remarquables que ses recherches sur les singes anthropomorphes. Il faut encore citer son Mémoire intitulé Y Odontographie dans lequel il a donné des règles pour établir les caractères généraux d’un animal, au moyen d’un fragment d’une dent de cet animal, d’après la structure de cette dent, ses recherches sur Yarchæopteryx, sur les oiseaux fossiles gigantesques de la Nouvelle-Zélande. Longtemps professeur au collège des chirurgiens de Londres, M. Owen était devenu superintendant du Département zoologique du British Muséum.
- Elections. — M. Maurice Lœvy, de la section d’astronomie, est élu vice-président de l’Académie en remplace-
- ment de M. de Lacaze-Duthiers qui prend la présidence, M. d’Abbadie étant arrivé au terme de ses fonctions.
- Varia. — MM. Margerie et Schrader offrent un ouvrage imprimé, sur la structure des Pyrénées. — M. Darbaux présente une nouvelle traduction des six livres restant sur les 13 composés par Diophante d’Alexandrie. La lecture en est facilitée par l’emploi des notations algébriques. — M. Faye remet à l’Académie l’Annuaire du Bureau des longitudes pour 1893. Il fait remarquer que les tables de mortalité contenues habituellement dans cet ouvrage ont reçu cette année une grande extension ; de plus on y trouve comme Notice scientifique une description de l’observatoire du Mont-Blanc par M. Janssen.
- Cil. DE VlLLEDEUIL.
- LA PHOTOGRAPHIE ASTRONOMIQUE
- ET LE ROULIS DES .NAVIRES
- Nous recevons d’un très habile opérateur, M. J. Chautard, à Iquique (Chili), les curieuses pho-
- Fig. 1 et 2. — Photographies d’une éclipse de lune, exécutées eu mer à hord d’un navire en mouvement.
- tographies que nous reproduisons ci-dessus et qui représentent, — on ne le devinerait jamais sans explication, — des photographies d’une éclipse de lune. Ces photographies ont été faites à hord d’un navire en mer ; la pose a été longue ; le mouvement de roulis du navire déplaçant l’appareil photographique par rapport à la planète, celle-ci a tracé sur le cliché une courbe sinueuse qui enregistre en quelque sorte les mouvements du navire.
- Voici la Notice que nous adresse notre correspondant en nous envoyant les deux photographies :
- Ce sont deux épreuves de l’éclipse de lune du mercredi 11 mai 1892, dont je fis les clichés à bord de la Ville de Paris, de la Compagnie maritime du Pacifique, par 21 degrés de latitude nord sur 28 degrés de longitude. — Le n° 1 fut exposé pendant 2 minutes, à 9h35, pendant la croissance de l’éclipse ; les oscillations décrites par le point lumineux marquent bien les différents coups de roulis et de tangage du navire. Le n° 2 reçut la même exposition, mais un quart d’heure plus tard, l’éclipse étant à son maximum, aussi les lignes lumineuses sont-elles moins intenses. Vous remarquerez aussi que, le tangage étant plus fort dans ce second cliché, les lignes
- courbes horizontales sont plus allongées et plus fréquentes que dans l’autre. Le déplacement du navire étant plus grand par le tangage, l'écartement des lignes lumineuses est plus grand, lui aussi. Quanta la séparation horizontale du cliché, elle est due à la phosphorescence de la mer qui, ce soir-là, était très grande. Le ciel était sombre et couvert de nuages, c’est à grand’peine que je pus trouver, à deux fois différentes, le moyen d’impressionner mes deux plaques.
- On a souvent cherché à construire des appareils enregistreurs du mouvement de roulis des navires en marche; nous avons donné précédemment un spécimen de ces essais1. La photographie ne pourrait-elle pas fournir la solution d’un appareil de ce genre, en se servant du soleil ou de la lune au lieu de prendre une vue de l’horizon, comme on l’a fait jusqu’ici. C’est une idée que nous émettons et qui nous a été naturellement suggérée par les intéressantes photographies de M. Chautard. G. T.
- 1 Voy. n° 140 du 5 février 1870, p. 151.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N” 1024. — 14 JANVIER 1895.
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- LA MYGALE DE LA MÉNAGERIE DU MUSÉUM
- iig. 1. — La Mygale bicolore du Brésil, conservée vivante à la Ménagerie des repliles.du Muséum d’histoire naturelle de Paris, représentée au moment où elle dévore une souris. (Grandeur naturelle.)
- Le Muséum a reçu à plusieurs reprises de ces énormes araignées qu’on désigne sous les noms de mygales, araignées-crabes, ou araignées avicu-laires.
- Celle que l’on peut voir dans l'une des cages de la ménagerie des reptiles du Muséum provient du Brésil, et a été donnée par M. Blazy; elle appartient à l’espèce Mygale bi-color.
- C’est une fort grosse bête velue, d'un brun foncé, avec des reflets d’un jaune cuivré sur le céphalothorax et qui atteint environ 8 centimètres de long sans les pattes. Celles-ci sont robustes et terminées par des ongles rétractiles. Ces araignées sont de redoutables adversaires pour les gros insectes et 21* année. — t,r semestre.
- même pour les petits vertébrés. Elles mangent parfois de petits oiseaux ou de petits mammifères.
- Celle qui nous occupe se nourrit habituellement, à la ménagerie, de vers de farine.
- Ces araignées ne tendent pas de toiles, comme le font les Epeires, pour capturer leur proie; elles ne creusent pas non plus des galeries verticales, fermées avec une porte à charnière, comme en construisent les araignées maçonnes ou cténizes ; mais elles se cachent dans les troncs d’arbres creux, dans les anfractuosités des rochers, et tapissent leur demeure d’une couche de soie quelles sécrètent; car de tous les articulés, les araignées peuvent compter parmi les plus propres,
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- LA NATURE.
- elles n’aiment pas à se poser directement sur le sol ; tantôt elles vivent sur les toiles placées à terre ou dans les arbres, les arbustes, les herbes, tantôt elles creusent dans la terre, comme les cténizes, des galeries tapissées d’un tissu de satin.
- La grosse mygale de la ménagerie du Muséum ,est moins raffinée ; c’est une soie grossière dont elle a recouvert les parois de sa cage. Cette toile ne sert pas à capturer les proies ; non, l’araignée les attrape à la course.
- Elle se tient dans un coin obscur et c’est la nuit qu’elle est le plus agile. Yient-on à la toucher? vite à l’aide de l’une de ses pattes postérieures, elle tire de la soie de ses filières. Insiste-t-on davantage? Oh ! alors elle se met en colère, lève ses pattes antérieures, puis les abaissant brusquement, elle frappe le sol en produisant un petit bruit; ou bien elle se recule dans l’un des angles de la cage, et se met sur la défensive, relevant ses palpes et ses deux premières paires de pattes; les chélicères sont prêtes aussi à frapper mortellement l’ennemi. Ces chélicères sont en effet des pinces monodactyles dont est armée la bouche, terminées par une pointe acérée et creusées d’un canal par lequel s’échappera le venin de glandes spéciales. Malheureusement la mygale du Muséum est incomplète à cet égard ; les pointes de ses chélicères ont été coupées, elle ne peut donc s’en servir. Elle a, dans sa cage, une petite cuve pleine d’eau où elle peut boire ou même se plonger.
- Ce n’est pas la première fois que des araignées de ce genre ont été conservées vivantes au Muséum, et M. II. Lucas a fait connaître plusieurs observations à la Société entomologiquë de France.
- Un savant entomologiste anglais de Calcutta, M. Wood-Mason, a montré en 1875 à la Société asiatique du Bengale une gigantesque mygale qui a la faculté d’émettre une forte stridulation, grâce à « un peigne composé de nombreuses tiges chiti-neuses très élastiques insérées au côté interne des mâchoires, et en un râteau formé d’une rangée irrégulière de dents situées sur le côté externe de? chélicères ». Cet appareil de stridulation existe dans les deux, sexes. Charles Brongniart, du Muséum.
- LA. PHOTOGRAPHIE ORTHOCHROMATIQUE
- Pour un grand nombre de lecteurs de La Nature, il est peut-être nécessaire de définir tout d’abord ce qu’on entend par orthochromatisme (on dit aussi orthoscopie, isochromatisme). Ce mot sert à désigner un mode de correction apportée à l’insuffisance des plaques ou préparations photographiques aux chlorure, iodure et bromure d’argent, quelle que soit la nature du véhicule, collodion, gélatine, albumine ou autre, pour rendre, avec leurs vraies valeurs, les différentes couleurs de la nature ou de n’importe quel sujet polychrome.
- Les préparations sensibles à la lumière dont on
- lait généralement usage dans la photographie négative, préparations que nous appellerons ordinaires, sont surtout sensibles aux radiations blanches, bleues, bleu-violet et carmin, aussi rendent-elles d’une façon incomplète, et nulle même, les radiations jaunes, vertes, orangées et rouges.
- Ces dernières couleurs laisseraient sur les plaques ordinaires, des traces à peine appréciables de leur action, n’était la lumière blanche réfléchie par les diverses parties colorées des sujets à reproduire.
- Ce fait, bien connu de quiconque s’occupe, de photographie, a été cause de l’accusation, si souvent formulée contre cet art de copie, reconnu incapable de rendre avec exactitude les tonalités et les valeurs relatives des œuvres d’art.
- Les jaunes, les verts et plus encore les rouges, se trouvaient traduits par des valeurs trop.sombres pour que la reproduction photographique fût en harmonie avec les vraies luminosités de l’original.
- L’erreur n’était pas imputable à la photographie, mais seulement à la façon de s’en servir.
- En effet, il existe des moyens permettant de remédier à cette regrettable incorrection et d’obtenir des préparations sensibles, non pas aux seules radia tions blanches, bleues et violettes, mais encore à toutes les autres radiations colorées du spectre solaire.
- Tandis que les plaques ordinaires ne reproduisent que la partie 11F du spectre 1 de la figure 1, une plaque traitée comme il va être dit donne une bande spectrale allant jusqu’en I), et l’on peut, avec une préparation plus complète, plus orthochromatique encore, aller jusqu’en A, soit embrasser la totalité du spectre solaire visible, de II à A, ou autrement dit, du violet pur au rouge pur, en passant par toutes les zones colorées intermédiaires.
- 11 résulte de la possibilité qui vient d’être indiquée, que si, pour reproduire un tableau contenant des colorations bleues, violettes, jaunes et vertes, on fait usage d’une plaque ordinaire, le rendu sera peu satisfaisant; les parties blanches, bleues et violettes auront été traduites avec leurs valeurs relatives exactes, tandis que les valeurs de la photographie, correspondantes auxjaunes et aux verts, seront trop foncées par rapport à celles de l’œuvre d’art.
- Il faut, pour que la reproduction soit exacte, qu’elle ressemble, quant aux tonalités, à celles qu’y mettrait un artiste en exécutant, en grisaille ou en gravure, une copie de la même œuvre.
- Le moyen d’y arriver consiste tout simplement dans l’emploi d’une préparation sensible douée de la propriété de rendre le spectre, comme l’indique dans la figure 1 le n° 2.
- La gamme s’y trouve assez étendue pour comprendre les radiations colorées diverses du sujet.
- Si ce dernier est plus riche en couleurs, s’il contient des orangés et des rouges, la préparation devra être encore plus complète et correspondre à celle qui a donné la bande spectrale n° 5 (fig. 1).
- L’orthochromatisme étant clairement défini, expli-
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- que par les indications qui précèdent, il s’agit de savoir comment on arrive à l’obtention de plaques orthochromatiques, puis de quelle façon on les emploie. Nous aurons ensuite à parler de leurs applications.
- Pour obtenir des couches sensibles capables d être impressionnées par les diverses radiations colorées, il suffit d’introduire, dans les préparations ordinaires, des matières colorantes ayant la propriété d’absorber les radiations qui n’agissent pas sur les plaques ordinaires.
- Ces plaques ordinaires, nous l’avons dit, ne sont en réalité sensibles qu’aux radiations blanches, bleues et pourpres ; si nous voulons les rendre sensibles en plus aux jaunes, il faut chercher, parmi les matières colorantes solubles dans l’eau, s’il en est qui aient la propriété d’absorber les rayons jaunes du spectre. On en a trouvé un assez grand nombre parmi lesquelles nous citerons : l’éosine, l’érythro-sine, le rhodamine, etc.
- Des solutions très diluées d’une de ces substances, de 1/1000 à 1/10000, suffisent pour modifier la nature de la plaque ordinaire et pour accroître sa gamme de sensibilité.
- A l’aide du spectroscope, il est facile d’examiner des solutions de toutes les matières colorantes, inertes par rapport aux composés argentiques sensibles, et capables de favoriser la décomposition de ces substances. Toutes les fois qu’on remarquera des bandes d’absorption correspondantes à des radiations allant de E à A, soit du vert au rouge, on pourra tenter un essai pour connaître la valeur orlhochro-matique de cette couleur.
- L’immersion des plaques ordinaires, dans un bain d’une couleur convenable, suffît pour les rendre orthochromatiques.
- Rien des formules diverses ont été publiées pour la préparation des plaques orthochromatiques, soit par un mélange préalable de la matière colorante au sein de l’émulsion sensible elle-même, soit par l'immersion des plaques ordinaires dans les solutions voulues.
- D’ailleurs, on trouve dans le commerce des plaques orthochromatiques toutes prêtes, il en est qui sont aptes à rendre la gamme complète des couleurs spectrales ; d’autres ne vont que jusqu’à l’orangé.
- Suivant la nature des travaux à exécuter, on possède donc des éléments de succès très complets, puisqu’il n’est plus de couleur réfractaire à la photographie.
- Les plaques ordinaires peuvent servir à toutes les reproductions de sujets blancs et noirs, ou bien contenant du blanc, du noir, du bleu, du violet, du carmin et du pourpre.
- Si l’on a à tenir compte, en plus, d’éléments verts, jaunes et orangés, les préparations à employer pourront être choisies parmi celles de la deuxième série ; et enfin pour obtenir la vraie valeur des tons rouges, il est absolument indispensable d’avoir une préparation rendue sensible au rouge par de la chlorophylle,
- de la cyanine, ou du violet de méthyl, toutes substances qui, examinées au spectroscope, montrent une ou plusieurs bandes d’absorption très nettement caractérisées dans le rouge.
- 11 y a lieu de remarquer que l’introduction de ces diverses matières colorantes — provenant la plupart du goudron de houille — n’empêchent pas les bleus et violets d’agir avec intensité sur les plaques orthochromatiques tout comme ils le font sur les plaques ordinaires.
- C’est là une incorrection à laquelle il faut remédier si l’on veut atteindre à l’exactitude des valeurs relatives.
- Pour l’œil, le jaune est la couleur la plus lumineuse, puis, dans l’ordre de luminosité décroissante, viennent l’orangé, le rouge, le vert, le bleu et le violet.
- Or, ce sont précisément les bleus et violets qui, agissant avec une énergie presque égale à celle des radiations blanches, doivent être modérés assez pour-que les jaunes, verts, et rouges produisent un effet plus marqué que les bleus et leurs dérivés.
- On arrive à cette correction de deux façons différentes : soit avec des écrans ou milieux colorés en jaune-orangé, — cette couleur ayant la propriété d’absorber les radiations bleues, — soit en introduisant, dans la préparation orlhochromaliquc elle-même, une coloration jaune, inerte par rapport aux diverses propriétés de cette préparation.
- Dans le premier cas, on se sert d’écrans formés d’une matière jaune translucide : disques de verre ou pellicules placées devant ou derrière l’objectif, ou à la place même du diaphragme, ou bien encore de plaques de verre ou de gélatine disposées dans là chambre noire en avant de la plaque sensible.
- Ces écrans doivent avoir une intensité de coloration suffisante pour modérer,au degré voulu, l’action des rayons bleus.
- La figure 2 donne une idée des résultats obtenus avec les préparations de diverses sortes.
- Quand il ne s’agit que d’obtenir des monochromes présentant les valeurs relatives des colorations ou des tonalités de l’original, l’orthochromatisme peut être pratiqué comme il vient d’être dit; mais il n’en est pas de même quand on exécute des négatifs pour les appliquer à des tirages polychromes typographiques ou collographiques.
- Il ne suffit plus alors d’avoir les valeurs relatives produisant l’effet d’une grisaille bien interprétée, il faut aller plus loin encore en exagérant l’orthochromatisme de telle sorte que les bleus, les rouges et les jaunes impressionnent les plaques sensibles à l'égal du blanc.
- Il faut, en un mot, aller au delà de l’orthochromatisme normal. On y parvient à l’aide des mêmes moyens, mais en forçant la note.
- On sait qu’avec trois couleurs convenablement choisies, on peut arriver, à très peu près, à reproduire un original polychrome; le jaune, le bleu et le rouge constituent le ternaire dont on tire le
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- meilleur parti dans les impressions pigmentaires.
- A l’aide de la photographie, on peut établir trois négatifs assez
- à une plaque sensible au jaune et au vert, et en user avec un écran jaune pour modérer (et non supprimer) l’action des
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- Fig. 1. — Reproduction photographique d’un spectre lumineux. — 1. Reproduction sur plaque ordinaire. — 2. Reproduction sur plaque sensible au jaune et au vert. — 5. Reproduction sur plaque sensible au jaune et au rouge.
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- complets pour fournir très distinctement le monochrome jaune, le monochrome rouge et le monochrome bleu.
- Dans bien des cas, ces trois monochromes pri -maires peuvent n’être pas suffisants , mais ils fournissent le gros œuvre et if reste, après, très peu de chose à faire pour atteindre à un complément satisfaisant de la copie polychrome.
- C ’ est donc beaucoup et presque tout que d’avoir, dans de bonnes conditions, des négatifs rendant bien l'impression des bleus, des rouges et des jaunes de l’original.
- Pour avoir ces négatifs, on fait usage d’une méthode indirecte : le négatif du monochrome jaune est fourni par une simple plaque ordinaire; cette plaque, nous l’avons rappelé plus haut, n’est vraiment sensible qu’aux radiations blanches,
- Idoues, violettes et pourpres. Ce sont ces seules radiations qui impressionnent énergiquement le produit sensible, et il y aura des espaces bien moins opaques correspondant, sur le cliché, aux radiations jaunes, vertes et rouges.
- A l’impression positive, ces parties plus translucides produiront les surfaces imprimantes de la planche collogra-phique, typographique ou autre, qui, lors du tirage, donnera du jaune partout
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- Pljace desjcouleurs dans le) spectre normal.
- radiations bleues et violettes.
- Les radiations blanches, jaunes et vertes produiront l’action maxiraa, les bleus et violets agiront avec une intensité moindre, et enfin les rouges n’impressionneront pas la surface sensible.
- Il en résultera une planche im-
- primante (positive) dans laquelle les parties correspondantes aux rouges produiront l’intensité maxima,
- tandis qu’elle sera moin-
- où, sur l’original, il y a cette couleur et en outre du ver,t et du rouge. Pour le monochrome du rouge, il faudra recourir
- Fig. 2. — Fac-similé île photographies des mots Lu Salure, dont les lettres étaient pointes en couleur. Les couleurs sont indiquées sur la ligure. L’examen de ce tableau indique les différences d’action sur les plaques sensibles de diverses sortes. Sui la plaque n° 1, les carmin, violet-indigo et bleu ont seuls agi, tandis que sur la plaque n” 2 toules les couleurs, sauf1 l’orangé et le rouge, ont impressionné la couche sensible. L’interposition d’un écran jaune a modifié le résultat comme le montre la plaque n° 5 ; le jaune est surtout venu; les bleus, ralentis par l’écran jaune, ont produit une action moindre que sur les plaques précédentes. Dans le u° 1, les carmins et bleus sont déjà très intenses, avant que les jaunes et rouges soient venus, il y a lieu de modérer Faction des bleus ; si on le fait avec un écran jaune, on a le résultat indiqué par la plaque n° a où, sauf pour le vert, l’ordre orlhoehromaliquc est assez bien conservé. L’intervention d’un écran rouge-orangé conduit au résultat n° 6, où manque totalement le vert. On conçoit qu’avec un écran jaune-orangé on ait obtenu la totalité des couleurs avec leurs valeurs relatives. En résumé, a NA se retrouve dans toutes les plaques; soit les bleus. L. (carmin) est très réduit dans la plaque n” 3. T (vert| n’existe ni dans 1 ni dans 6. U (jaune) n’est pas venu dans la plaque 1. R,E (orangé et rouge) sont surtout indiqués dans 5 et6. Eu tout cas l’infériorité de la plaque ordinaire est frappante.
- dre dans les bleus et dans les dérivés du bleu, et nulle dans les jaunes et les verts.
- Enfin le monochrome des radiations bleues et violettes s’obtiendra en usant d’une plaque or-thoehromatique sensible au rouge et au jaune, en employant un écran rouge-orangé capable d’arrêter toutes les radiations bleues, violettes et pourpres. En ce cas, les jaunes et les rouges impressionneront fortement la plaque, tandis que l’action des verts sera moindre et que celle des bleus sera nulle. Les transparences du négatif correspondront donc aux bleus et aux verts, c’est pourquoi le monochrome qu’on en tirera sera celui des bleus.
- Nous avons bien usé de plaques orthochromati -ques, au moins pour deux des négatifs, mais, au lieu de nous en tenir aux valeurs relatives, nous nous sommes arrangé de façon à pousser au blanc l’impression des trois impressions pigmentaires.
- couleurs primaires des
- 11 y a lieu de procéder ainsi quand on veut obte^
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- nir des chromogrammes pour la reconstitution des couleurs à l’aide de projections avec une lanterne
- Fig. 5. — Flaque ordinaire sans écran. — Les valeurs les plus intenses représentent les couleurs vertes, jaunes, orangées et rouges. Tout ce qui est blanc ou très clair appartient donc aux colorations carmin, violettes, bleues et blanches. Le tapis étant rouge (le l'ond), noir et jaune (le dessin) est ici rendu par une valeur à peu près uniforme. Le dessin se trouve entièrement supprimé.
- (A. Seule fleur ei
- triple, ainsi que cela a été décrit précédemment1. La méthode reste la même, bien que l’image poly-
- Fig. A. — Plaque sensible au jaune et au vert, avec écran jaune. — Les valeurs les plus foncées correspondent aux violets, bleus et surtout aux rouges du sujet, tandis que les parties les plus claires représentent les blancs, jaunes, verts, roses et bleus très clairs. Le tapis, dont, le fond est rouge, est donc très noir dans cette partie et le dessin jaune se détache parfaitement en valeur claire.
- ’ement blanche.)
- chrome résulte du mélange des radiations au lieu
- exécuter, avec bien plus d’exactitude et de fini, le
- d’être produite par la superposition de trois cou- travail auquel se livre un chromiste, quand il dessine et peint sur la pierre lithographique les divers monochromes destinés à la formation d’une chromolithographie.
- Eh bien, le croirait-on, si nous n’avions mille preuves à donner à l’appui de notre assertion, il n’est encore qu’un très petit nombre de photographes , amateurs ou professionnels, faisant usage de la photographie orthochromatique. Sans entrer trop avant dans la recherche des causes de cette indifférence, nous croyons pouvoir affirmer qu’elle est due, en grande partie, à l'emploi de certaines préparations industrielles défectueuses accompagnées d’instructions erronées.
- Peu à peu le jour se fera sur celte question trop
- leurs pigmentaires.
- Les clichés, bien qu’obtenus comme il vient d’être dit, ne correspondent pas aux mêmes monochromes. Ainsi, le négatif des radiations bleues ([daque ordinaire) fournit le diapositif propre aux radiations bleues au lieu du monochrome jaune ; le négatif des radiations vertes et jaunes donne le diapositif de ces mêmes radiations et non celui des rouges, et naturellement le diapositif des radiations rouges est demandé au négatif de ces mêmes radiations au lieu d’en tirer le monochrome bleu. A cela près, l’œuvre de sélection des couleurs est absolument la même.
- „Le progrès réalisé par le fait de l’orthochromatisme est donc considé-
- Fig. 5. — Plaque sensible au jaune et au ronge, avec écran rouge-orangé. — Les parties (de l’image les plus sombres correspondent aux bleus, verts et violet foncé de l’original, et les rouges, roses, jaunes, lilas clair et blancs y sont indiqués par les valeurs les plus claires. Le tapis est plus clair, quant à l’ensemble de son aspect, que dans 5 et 4 ; les parties noires du dessin se distinguent aisément du rouge plus clair et du dessin jaune, un peu plus clair.
- (A. Seule fleur entièrement blanche).
- rablc, puisqu’il conduit à la possibilité de peindre, peu connue encore des amateurs de photographie, et pour ainsi dire, avec la photographie, en lui faisant * Voy. n° 987, du rat avril 189(2, p. 539.
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- ils finiront par comprendre combien leurs œuvres seraient supérieures s’ils usaient des moyens de correction que leur offre maintenant la science photographique; ils sauront mieux alors où s’adresser pour se procurer des plaques orthochromatiques industrielles susceptibles d'assurer le succès de leurs opérations. Nous n’avons, pour les notions techniques et pratiques, qu’à renvoyer aux traités spéciaux d’orthochromatisme, on y trouvera toutes les indications nécessaires qu’il serait impossible de donner ici.
- Quant aux applications de cette méthode, plus parfaite que ne l’est celle qui est basée sur l’emploi des plaques ordinaires, il n’est pas difficile de les prévoir : elles embrassent toute la série des reproductions de sujets polychromes; vues prises d’après nature, copie photographique des tableaux , des étoffes, des intérieurs, etc. Le portrait photographique gagne beaucoup à être obtenu sur une préparation orlhochromatique, non seulement pour le rendu plus exact des couleurs du teint, des cheveux, des yeux, mais encore pour la plus grande vérité du costume.
- Souvent on entend dire que les rouges, les jaunes, etc., ne prennent pas en photographie. Cette allégation est vraie seulement pour les épreuves tirées sur des plaques ordinaires. Les photographes portraitistes produiraient directement ‘de bien plus belles œuvres s’ils faisaient usage de plaques orlhochro-maliqucs d’uné préparation appropriée à la nature du coloris à reproduire. Nous disons directement, parce que, de cette façon, ils seraient bien moins tributaires de la retouche, à laquelle ils demandent une correction que l'orthochromatisme réaliserait tout naturellement.
- Dans les reproductions de tableaux, d’étoffes de fleurs, les différences résultant de l’emploi des plaques orthochromatiques et des plaques ordinaires sont encore {dus frappantes. Si, par exemple, nous avons à reproduire un foulard ayant un fond rouge avec des dessins jaunes et noirs, la plaque ordinaire nous donnera une surface unie sans la moindre trace du dessin ; si, au contraire, nous usons d’une plaque sensible au rouge et au jaune, le dessin se détachera à merveille. Le noir se séparera bien des deux autres couleurs; le jaune sera plus clair que le rouge et la reproduction sera parfaite. Il est facile de se rendre compte de cet effet en comparant les ligures 5 et 4; dans la ligure 3, le tapis qui n’est autre chose qu’un foulard ayant les couleurs sus indiquées, est rendu par une tèinte unie où le dessin est à peine perceptible tandis qu’il est complètement rendu dans l’épreuve donnée par une plaque ortho-chromatique. Si, d’autre part, on examine comparativement les Heurs, on remarquera que plusieurs de celles qui sont blanches dans la figure 4, sont noires dans la figure 3. Des dissemblances existent partout; les feuilles sont mieux venues sur la plaque orthochromatique, le fond y est plus vigoureux, les jaunes, es orangés y ont laissé une impression plus accen-
- tuée; le résultat, en un mot, est plus vrai et l’on n’admet plus l’épreuve de la figure 3 quand on a vu la figure 4.
- Pour donner une idée de la façon dont on a opéré, il n’y a qu’à dire deux mots ; le négatif de la figure 3 a été imprimé sur une plaque de la maison Lumière ordinaire (temps de pose 1/10 de seconde}. Le négatif de la figure 4 a été obtenu avec une plaque orlhochromatique Lumière sensible au jaune et au vert (durée de la pose 5/10 de seconde) avec un écran jaune placé en avant de la couche sensible.
- Rien de modifié quant au développement. On se rend compte de la simplicité de l’opération et l’on a le droit d’espérer, qu’en présence de résultats bien autrement satisfaisants et si facilement réalisés, les photographes finiront par abandonner la routine pour entrer dans la voie d’un aussi sérieux progrès.
- Si l’on est en présence de colorations rouges qu’il faut absolument rendre avec leurs valeurs, on usera de plaques plus spécialement sensibles au rouge. Le même écran jaune qui a servi pour le cliché de l’épreuve n° 4 pourra servir. Mais, si, pour l’exécution d’épreuves destinées à des impressions polychromes, on veut pousser le rouge au blanc, soit à actionner la plaque comme le fait la couleur blanche, l’écran jaune doit être remplacé par un écran rouge-orangé, de façon à arrêter davantage l’action des bleus et la durée de l'exposition doit être considérablement augmentée. Elle devrait être de trois minutes environ, si pour la plaque ordinaire, elle était d’une seconde.
- Pour l’épreuve de la figure 5, elle n’a été que de dix-huit secondes sur une plaque Lumière sensible au rouge. On remarquera que l’écran rouge-orangé a, non seulement supprimé l’effet des radiations bleues, mais aussi, au moins en très grande partie, celle des radiations vertes.
- Les parties les plus blanches de l’image appartiennent ici aux jaunes et aux rouges et le contraste avec les deux autres épreuves 5 et 4 est frappant. Le rouge ayant agi avec assez d’énergie, le tapis est rendu tout différemment, le dessin s’y trouve indiqué, mais il se détache moins bien que dans la figure 4.
- Cette troisième épreuve, combinée avec les deux autres, constitue un véritable chromogramme où l’on retrouvera toutes les couleurs de l’original, soit à l’aide de la projection des trois diapositifs, soit à l’aide de l’introduction, dans un héliochromoscope, de ces mêmes diapositifs1.
- 1 h’héliochromoscope (dont nous avons à parler ici) est un nouvel instrument imaginé par M. Ives, de Philadelphie, pour obtenir, sans recourir à des projections superposées, la superposition parfaitement repérée des trois diapositifs (ou chromogramme) servant à la reconstitution des couleurs. Ces trois diapositifs, éclairés chacun par la lumière colorée qui lui est propre, sont introduits dans une boîte où des miroirs, convenablement disposés, réfléchissent les trois images sur un même point où elles se fondent en une seule et même image en couleurs. Un regarde dans l’intérieur de la boîte à travers un oculaire, tout comme si l’on usait d’un stéréoscope, et l’on voit une seule image avec ses couleurs.
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- Ces mêmes négatifs pourraient donner un résultat presque complet, si on en usait, pour une impression polychrome pigmentaire avec les trois couleurs, jaune, rouge et bleu.
- Quand on se sert des plaques sensibles au jaune et au rouge dans le seul but d’obtenir une image présentant les valeurs relatives vraies, il suffit de faire usage, pour modérer les bleus, d’un simple écran jaune. La durée de la pose reste alors à peu près la même que pour les plaques sensibles au jaune et au vert.
- 11 nous paraît inutile d’entrer dans de plus longs développements sur cet intéressant sujet ; nous avons suffisamment indiqué la voie à suivre si l’on veut sortir de l’ornière des anciens procédés incorrects, pour pratiquer une méthode plus parfaite, sans pour cela avoir à lutter contre de plus grandes difficultés.
- I/orthochromatisme finira bien par s'imposer; puissions-nous, par nos incitations, hâter l’heure de son application plus générale à la reproduction de tous les sujets polychromes! Léon Vidal.
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- PHÉNOMÈNE D’OPTIQUE ATMOSPHÉRIQUE
- ORSERVÉ DANS LES ALPES
- J’ai lu avec grand intérêt, dans une des dernières livraisons de La Nature ’, l’observation faite par M. F. Folie près de Zennalt, en Suisse, et communiquée par son auteur à l’Académie de Bruxelles, relativement à l’aspect lumineux et transparent que prennent, dans un certain éclairage, les objets petits et grands.
- J’ai, en effet, plusieurs fois observé, et je ne crois pas être le seul, le fait signalé, soit sur des arbres ou des buissons, soit sur des insectes de diverses sortes voltigeant autour de ceux-ci ou au ras de quelque rocher alors que ces corps sont frisés par les rayons du soleil levant.
- La première fois que je remarquai la chose, il y a tantôt vingt ans, j’étais à la chasse du chamois, dans la Gumin-fluh, sur la frontière des Alpes vaudoiseset bernoises, blotti immobile dans un entassement de rocs à 50 ou 40 mètres du pied d’une paroi verticale de 50 à 60 mètres d’élévation. Posté dans l’ombre, je voyais monter peu à peu de mon côté la partie lumineuse du paysage et les premiers rayons du soleil près de m’atteindre, éclairaient déjà le sol à 40 ou 50 mètres de moi, quand, levant les yeux vers le haut de la paroi, je fus frappé de voir le faîte de celle-ci bordé d’un large feston éclatant et quantité de petits insectes que je n’avais pu distinguer auparavant, m’apparaître soudain, suivant leur taille, comme autant d’énormes bourdons, de papillons ou même d’oiseaux étincelants et transparents volant en tout sens dans cette large frange lumineuse. L’intensité de l’éclairage me faisait voir, plus que décuplés, mais trop brillants pour être détaillés, une foule de petits êtres dont je n’aurais autrement pas même soupçonné l’existence à pareille hauteur et dans des parages aussi déserts et désolés.
- Ayant eu l’occasion de refaire à maintes reprises la même observation dans des conditions d’éclairage tout à fait semblables, mais dans des localités très différentes, je ne puis que confirmer l’explication proposée par mon
- Vpy. n° 1021, du 24 décembre 1802, p. 58.
- illustre compatriote Necker ; à savoir que le phénomène résulte des positions relatives du spectateur dans l’ombre et des rayons du soleil près d’atteindre celui-ci, rasant, à une certaine distance, des objets qui se détachent directement sur le ciel. Peut-être faut-il ajouter, dans ce cas, l’éclat produit par un dépôt pulvérisé de l’humidité ambiante; mais point n’est besoin de l’intervention d’une lumière spéciale réfléchie par les glaciers, car j’ai remarqué le fait dans des localités très distantes de toute espèce de névé ou de glaciers, dans le Jura comme dans les Alpes.
- C’est en somme, jusqu’à un certain point, sur une grande échelle et avec quelques modifications dépendant des circonstances de milieu, le pendant de l’éclairage des poussières dans un rayon de soleil isolé pour un spectateur dans l’ombre. Victor Fatio.
- LES FAUCONS MESSAGERS
- Un lieutenant russe, M. Smoïloff, a réussi à dresser des Faucons pour porter des dépêches. Comparés aux Pigeons, ces oiseaux présentent plusieurs avantages : le Pigeon peut franchir aisément 100 lieues avec une vitesse moyenne de 8 à 10 lieues à l’heure, en parcourant 1 kilomètre par minute. Le maximum de vitesse que l’on a noté chez lui est de 15 lieues par heure, dans un espace de 15 heures de temps. Mais cette vitesse peut être considérée comme rare. Chez les Faucons, au contraire, elle est moyenne. Dans son intéressant volumé la Fauconnerie au moyen âge et dans les temps modernes, M. d’Aubusson en cite plusieurs exemples, entre autres celui d’un Faucon qui, envoyé des Canaries au duc de Lerme, en Espagne, revint de l’Andalousie à Ténériffe en 16 heures, en parcourant 250 lieues. Il avait fait 15 lieues à l’heure.
- Nous rappelons que, dans la colombophilie, on se sert de pellicules de photographie microscopique qui contiennent des milliers de dépêches, pesant ensemble à peine un demi-gramme, dont on charge un seul Pigeon. Ce procédé serait applicable aux oiseaux de proie. Il va sans dire que' le Pigeon pourrait transporter un plus gros poids. Mais il est certain que ce poids n’atteindrait jamais celui que peut emporter un Faucon.
- A plusieurs autres égards, le Faucon prime le Pigeon voyageur. 11 rencontre moins de dangers pendant sa route et devient rarement victime d’un rapace plus fort que lui. En outre, il supporte mieux les accidents atmosphériques.
- Avec les Faucons, on ne se heurte pas aux grandes difficultés qu’offrent dans le même emploi les Hirondelles dont on a songé aussi à faire des oiseaux messagers. En effet, la délicatesse de l’IIirondellc, les complications qui accompagnent son dressage, et surtout son service qui est nécessairement restreint aux régions dont la température est constamment tempérée, ne permettent pas de croire que son usage devienne un jour rationnel et général.
- Quant au dressage des Abeilles, leur utilité à cet égard n’est point démontrée.
- Les anciens ont dressé encore un autre oiseau : le Corbeau. D’après Elien, Marrés, roi d’Égypte, possédait une Corneille fort bien dressée qui portait promptement des lettres dans les directions qu’on lui indiquait. Quand elle mourut, Marrés fit élever un tombeau pour honorer sa mémoire1.
- 1 D’après la Revue des Sciences naturelles appliquées.
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- LA NATURE.
- LES ROCHES A FIGURES ANIMÉES
- Il y a quelques années *, nous avons publié dans La Nature une première Notice sous ce titre. Nous y donnions la description du Rocher du Lion dans la Loire-Inférieure, et de deux curieuses pierres d’Auvergne, affectant la forme d’un capucin et d’un ours. Depuis cette époque, nous avons eu l’occasion de réunir un certain nombre de photographies reproduisant des curiosités du môme genre, signalées dans les pays rocheux, et les articles sur les Roches à figures animées se sont multipliés d’année en année. La dernière Notice, publiée l’année dernière2, faisait connaître des rochers en forme de têtes humaines des îles Eoliennes, le Rocher du Moine, au Tonkin, et la célèbre Tortue de Saint-Pierre, à Nemours.
- Fig. 1. — Rocher en forme de sphinx près de Colmar. (D’après une photographie de M. Heisler.)
- de lion, reposant sur une sorte de socle, qui fait ressembler le tout à un énorme serre-papier.
- M. Ch. Buis, l'honorable bourgmestre de Bruxelles, nous adresse une série de photographies qu’il a exécutées au cours d’un voyage en Thessalie et d’une excursion à la célèbre région des Météores, où sont réunis les plus singuliers rochers du monde. On donne ce nom de Météores à un groupe de couvents construits au sommet de pointes de rochers. Parmi ces rochers, il en est un grand nombre qui présentent des formes d’objets réels, de constructions humaines et de tours, parfois aussi de figures bizarres ou d’animaux étranges; nous reproduisons ci-dessus (lig. 2) le remarquable sphinx d’Aghia, d’après la photographie de notre correspondant; c’est un rocher monumental d’un aspect tout à fait caractéristique, et que l’on croirait modelé par un sculpteur.
- Un de nos abonnés, M. Ch. P..., ayant fait l'an der-
- 1 Voy. n° 8b9, du lf» novembre 1889, p. 38b.
- * Voy. u° 990, du 21 mai 1892, p. 390.
- L’obligeance de nos lecteurs de tous les pays est inépuisable, et c’est avec le plus aimable empressement que les documents nous sont envoyés de tous les points du monde. Depuis notre dernier article, nous avons reçu de nouveaux renseignements qui nous permettront aujourd’hui de compléter nos descriptions antérieures.
- Nous reproduisons d’abord une belle photographie qui nous est adressée par M. Heisler, à Colmar (fig. 1). Elle donne l’aspect d’un rocher qui a la forme d’un sphynx ou d'un animal fantastique.
- Ce rocher, nous écrit notre correspondant, se trouve sur le versant oriental de nos Vosges, à 7 ou 8 kilomètres de Colmar, à mi-hauteur (350 mètres)-de la montagne, non loin des ruines des vieux châteaux du Hageneck et du Ilohlandsberg. Cette roche, peu connue même dans le pays, ressemble à un animal à tète étrange, avec un corps
- Fig. 2. — Le sphinx d’Aghia en Thessalie. (D’après une photographie de M. Ch. Buts.)
- nier un voyage en Bretagne, a eu l’obligeance de photographier pour La Nature deux rochers dont le contour simule le profil humain (fig. 3 et 4).
- Ces deux rochers appartiennent à l’important gisement de Ploumanac’h (Côtes-du-Nord). Celui qui est isolé (fig. 3) s’élève tout auprès des maisons, à l’est du village. On remarquera la touffe d’herbe que le hasard a placé au-dessus de l’œil, et qui figure le sourcil. Le second (fig. A) est attenant à la falaise; on y accède par le sentier de Douaniers qui relie Perros-Guirec à Ploumanac’h.
- En choisissant convenablement son point de vue, on trouve, aux environs de Ploumanac’h et de Trégastel, de nombreux rochers figurant avec plus ou moins d’exactitude des animaux accroupis, tels que tortues, chiens, etc.
- Après les pierres de Bretagne, nous signalerons une intéressante communication de M. Michaï-loff. Il s’agit d’un groupe de rochers situés à 50 kilomètres de Sofia (fig. 5). Ils sont connus sous le nom de Coumitchina daipka (Trou de morraine) et forment comme un musée de curiosités naturelles.
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- Le n° 1, à gauche figure une couronne, le n° 2, une une direction, qui n’est malheureusement pas celle tête de Chinois; le n° 5, quand on le considère dans de l’épreuve photographique, une femme qui pleure;
- ci- Fig. 5. — Lesjrochers de Coumitchina daipka, en Bulgarie, près de Sofia. (D’après une photographie de M. Michalloff.)
- de 4 à 5 on voit trois autres rochers qui représentent le n° 1 et le n° 2, des pierres découpées en haut de des profils grotesques plus ou moins bizarres. Entre la falaise, ressemblent à de grands oiseaux au repos.
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- Le pays est rempli de singularités de ce genre.
- On voit, par les exemples que nous avons encore eu l’occasion de citer, que ce que nos pères appelaient les jeux de la nature, forme une série inépuisable, et toujours intéressante pour l’observateur.
- Gaston Tissanmeu.
- ÉCLIPSE DE LUNE
- OBSERVÉE au tonkin
- Un de nos lecteurs, M. Blanchard, chef d’escadron d’artillerie de marine, nous adresse quelques croquis des principales phases de l’éclipse de lune observée par lui à Hanoï (Tonkin) dans la nuit du 4 au 5 novembre 1892. Il accompagne ses dessins, que nous reproduisons, des observations suivantes :
- « Une légère échancrure se forma d’abord sur la partie inférieure de gauche de notre satellite. Il était alors 9''15 (fig. 1). A 9h25, l’échancrure avait la forme indiquée par
- la figure 2 : l’ombre delà terre n’était pas nette, elle pré. sentait des aspérités très prononcées qui se détachaient siir une bande d’un gris bleuté avec dégradation sur la partie éclairée de la lune. A ce moment le ciel était plus pur qu’au début de l’éclipse.
- « A 9h40, l’échancrure avait la forme et la position indiquées par la figure 3. La figure 4, prise à 10 heures précises, a les deux pointes de son échancrure sur une ligne horizontale qui paraît passer par un diamètre. Les aspérités et la bande gris-bleu existent toujours; le ciel est légèrement couvert. La partie dans l’ombre qui, au début, était d’un noir grisâtre, prend maintenant une teinte rouge terreuse, qui s’accentue de plus en plus au fur et à mesure quô l'ombre projetée envahit le disque lunaire.
- « A10h 15, l’échancrure occupe la position de la figure 5. Les aspérités et la bande grise sont moins apparentes. Le ciel est plus clair que dans les deux phases précédentes. La figure 6 a été observée à 10h25 et celle n° 7 à 10h50. Le ciel était alors aussi clair qu’au début de l’éclipse. La ligne d’ombre sur le disque lunaire ne présente plus
- Minuit i5'
- Minuit 25'
- Fig. 1 à 14. — Eclipse de lime du 4 au 5 novembre 1892, observée à Hanoï, au Tonkin.
- d’aspérité et la bande grise a entièrement disparu. La partie du disque lunaire qui se trouve dans l’ombre est fortement teintée en rouge, la partie la plus foncée occupe le côté gauche, où on distingue très facilement une grande tache noirâtre. Le crdissant, encore éclairé, est , blanc-jaunâtre dans sa partie la plus large, et jaune-noir vers les pointes. L’éclipse est presque totale, car la largeur du croissant reste la même après une observation de 5 minutes (10h55).
- « La figure 8 a été prise à 11 heures. La largeur du ; croissant est la même que celle observée à 10h30; ses » pointes sont plus étendues et se terminent un peu au-dessus d’un diamètre. La partie dans l’ombre est toujours teintée en rouge; la grande tache noire déjà citée est toujours très visible, et on en distingue une autre beaucoup plus petite, qui est très rapprochée de la partie la . plus large du croissant éclairé.
- ! « Les autres figures 9 à 14 donnent l’aspect de la fin
- I du phénomène, qui a été terminé à minuit 52m. »
- LES GRANDES CHASSES
- ' EN AUTRICHE-HONGRIE
- Les chasseurs se lamentent en France, et il est certain que le gibier diminue tellement, les braconniers aidant, que la chasse n’est plus chez nous que rarement productive : il est loin d’en être ainsi en Autriche-Hongrie. Dans
- ce pays, chaque territoire de chasse (et il y en a 19 525) tient une comptabilité des tableaux de chaque jour, et la réunion des diverses statistiques partielles permet de faire tous les ans une statistique d’ensemble à peu près officielle des pièces abattues dans l’Empire. Ce relevé d’ensemble assez curieux vient de paraître pour l’année 1890; notons, du reste, que la Dalmatie n’y est pas comprise, la chasse y étant absolument libre.
- Considérons d’abord les grosses pièces abattues ; nous y trouverons 59 ours, 65 503 chevreuils, 11570 cerfs, 7058 chamois, 2764 daims, enfin 2640 sangliers. Ces chiffres ont déjà leur importance. C’est ensuite un total énorme de 121135 oiseaux de proie : aigles, vautours, faucons, éperviers ; et il faut y ajouter 1190 grands-ducs et 35 628 hiboux. Le chiffre des lièvres abattus est formidable, il atteint 1 545858; quant aux lapins, on en a fait une hécatombe de 82 687. Notons ensuite 15 168 coqs de bruyère, 11 417 gelinottes, 1 105 579 perdrix communes. 152 796 faisans, 2534 francolins, 91 167 cailles, 196 perdrix des neiges, 25850 bécasses, 16 600 bécassines, 49 590 canards sauvages, 1959 oies sauvages.
- Les tableaux relèvent encore 40 970 lynx, martres, putois, blaireaux, 526 marmottes. Il faut remarquer que les petits oiseaux sont absolument respectés en Autriche, et que ces chiffres, tout énormes qu’ils paraissent, sont encore au-dessous de la vérité, certains locataires de chasses communales ayant intérêt à diminuer les profits apparents de leurs territoires, pour qu’on ne hausse pas le prix de : la location. I). B.
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- NÉCROLOGIE
- A. Redier. — Un de nos constructeurs les [dus distingués, M. Antoine Redier, est mort à Paris, le 50 décembre 1892. Né à Perpignan, le 25 décembre 1817, il était dans sa soixante-seizième année. Son père était orfèvre à Perpignan d’abord, puis à Montpellier. François Arago, ami de la famille, le lit venir à Paris à Page de quinze ans, et sous ses auspices il entra à la nouvelle École d'horlogerie dont le gouvernement venait de confier la direction à Perrelet. En sortant de l’École où déjà son esprit inventif se manifesta par la construction d’un nouveau compas à diviser le cercle en un nombre quelconque de parités éqales (1855), il entra chez Henri Robert où il passa trois ans. Au service militaire en 1858, il put réaliser la somme nécessaire pour se libérer au bout de quelques mois grâce à une nouvelle invention. En 1842, il succéda à Duche-min, horloger place du Châtelet, et à dater de ce jour, il ne cessa de produire des idées nouvelles et toujours originales. Les inventions successives de son réveille-matin et
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- de ses pendules dites huitaines constituèrent une véritable révolution dans l’horlogerie, et devinrent l’origine d’une industrie absolument nouvelle qui a pris aujourd’hui un développement énorme et à laquelle en particulier le village de Saint-Nicolas d’Aliermont près Dieppe doit sa prospérité. A partir de 1858, l’esprit de Redier qui s’était appliqué plus spécialement jusque-là à la solution de problèmes industriels, s’attacha de préférence aux questions scientifiques '.
- C’est à Redier que Vidi dut de pouvoir réaliser d’une manière pratique sa découverte du baromètre anéroïde ; la fabrication de cet instrument prit peu à peu une telle extension, que l’on peut dire qu’il existe réellement aujourd’hui une industrie des baromètres anéroïdes.
- Pendant la guerre, Redier apporta son concours à la défense nationale en improvisant en province des aiguilles de chassepot qu’il put livrer en quelques semaines au nombre de 500 000. À partir de 1870, il s’adonna à la construction des instruments enregistreurs,auxquels il appliqua d’une manière très heureuse la combinaison de rouages
- 1 Nous donnons ici la liste des travaux de Redier, nous signalons les sujets qui ont un caractère spécialement scien-tilique en les imprimant en lettres italiques : 1835. Compas à diviser le cercle. — 1845. Montres plates. — 1847. Réveille-matin. — 1849. Tambours à réveil. — 1852. Pendules à calendrier. — 1852. Compteurs mise à zéro. — 1853. Pendules à calendrier à grand chiffre. —1853. Quantité de modèles de fantaisie. — 1858. Comparateur chronométrique à coïncidence. — 1860. Travail sur le pendule conique. — 1862. Oculaire sans erreur personnelle.— 1868. Revolver photo-qraphique de Janssen. — 1870. Cinq cent mille aiguilles de chassepot. — 1875. Pendule couronnée aux concours de la 1 ille. — 1875. Compensateur de la pression barométrique.
- — 1876. Pendules des observatoires de Lyon, Bordeaux et du Ministère de la guerre. — 1876. Baromètre monumental.
- — 1876. Baromètre enregistreur. — 1876. Thermomètre enregistreur. — 1876. Hygromètre à cheveu enregistreur.
- — 1877. Electromètre enregistreur. — 1877. Thermomètre médical. — 1877. Compte-tours automatique. — 1877. Sphère mouvante mystérieuse. — 1878. Balance à équilibre constant. — Enregistreur des mouvements de tangage en mer.
- 1880. Enregistreur de la marche du compas en mer pour telude des courants sous-marins. — 1881. Procédés d'unification de l'heure appliqués à l’Hôtel de Ville, à la Bourse, aux chemins de fer de l'Est et de l’Ouest et à seize horloges de la ville. — 1886. Anémomètre compteur à distance. — 1892. Sphère équilibrée.
- connue sous le nom de train différentiel (baromètre, thermomètre, anémomètre, pluviomètre, hygromètre, électro-mètre, balance, etc.). H fut récompensé de cette longue suite de travaux par la décoration de chevalier en 1805 et par celle d’officier de la Légion d’honneur en 1878, à la suite de l’Exposition dont il fut membre du Jury. *
- A. Redier fut un modèle dans la vie de famille, il a eu quatorze enfants, dont plusieurs, parmi les fils, occupent actuellement un rang distingué dans la médecine, l’armée et l’industrie. Mme Redier, qui fut la digne compagne de toute sa vie, survit à son mari. G. T. ;
- Amédée Guillemin. —L’éminent publiciste Amédée Guillemin, l’auteur de tant d’ouvrages de vulgarisation scientifique dont le succès après un quart de siècle n’est pas encore épuisé, est mort dans sa ville natale à Pierre dans le département de Saône-et-Loire où il s’était retiré depuis quelques années.
- Né à Pierre, le 5 juillet 1820, Guillemin fit ses études à Reaune et à Paris, puis devint professeur libre de mathématiques et de sciences.
- Quelques années après, en 1800, il se fixa à Chambéry où il fut secrétaire de la Rédaction du journal politique La Savoie, puis il revint à Paris, après l’annexion, et il écrivit, avec beaucoup de talent, la chronique scientifique de l'Avenir national.
- Il commença bientôt à publier ses ouvrages scientifiques de physique et d’astronomie, qui sont devenus célèbres. Son remarquable livre intitulé le 6’<’e/(18G4) magnifiquement édité, a été traduit en plusieurs langues et a eu de nombreuses éditions. C’est en 1877 que fut publiée la septième édition de ces notions élémentaires d’astronomie, où de nombreuses illustrations et planches hors texte se joignent à un texte toujours précis. Les Comètes succédèrent à ce premier ouvrage, et constituent un volume plein d’érudition. Une œuvre capitale d’Amédée Guillemin est le Monde physique qui ne forme pas moins de cinq volumes de grand format et qui peut être considéré comme un des meilleurs traités de physique élémentaire. A la fin de sa carrière, l’auteur de ces grands ouvrages, où rien n’est sacrifié à la science et à la vérité, publia des petits livres d’astronomie et de physique, formant une excellente collection qu’il fit paraître sous le litre de Petite encyclopédie populaire; cette collection ne comprend pas moins de seize volumes, elle a rendu de très grands services à l’instruction populaire, à laquelle l’auteur aimait à consacrer ses efforts1.
- Amédée Guillemin ne se borna pas aux travaux que nous venons d’énumérer. Il écrivit en outre deux ouvrages de la Bibliothèque des merveilles ; ces ouvrages ont pour titres : la Vapeur et Les chemins de fer. 11 fut attaché comme écrivain scientifique à un grand nombre de journaux. D’une correction impeccable, d’un esprit droit, les écrits d’Amédée Guillemin peuvent être considérés comme un modèle de méthode et de précision.
- Amédée Guillemin s’était occupé de politique, et il était toujours resté fidèle à ses convictions libérales ; c’était un ami sùr et dévoué, qui laissera des regrets sincères dans le cœur de tous ceux qui l’ont connu. Collaborateur de la première heure de La Nature, il publia de nombreux articles dans nos colonnes jusqu’au moment où il quitta Paris pour aller chercher, dans sa ville natale, le repos qu’il avait si bien gagné par un travail assidu. G. T.
- 1 Voici les titres de quelques-uns des volumes de la Petite Encyclopédie populaire : La Lune, Le Soleil, Les Étoiles, Les Nébuleuses, La Lumière et les couleurs, Le Son, Le Feu. souterrain, Le Télégraphe et le téléphone, etc., etc.
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- LES TRAVAUX D’AMELIORATION DU PORT DE BILBAO
- Nous avons indiqué dans notre article précédent comment on doit créer un port en eau profonde à Bilbao; nos lecteurs se rappellent que le travail principal à exécuter consiste dans l’établissement d’un double brise-lames formé d’en-rochements et d'énormes blocs de béton. Pour les enrochements, les entrepreneurs se les procurent dans les carrières d’Axpe, près de Bilbao, sur le bord du Nervion; pour les blocs artificiels, ils ont organisé, en 1890, un vaste chantier, et la mise en place est exécutée sur une large échelle. Il ne semble pas, à première vue, que ces travaux peuvent être particulièrement intéressants : ils entrent dans la pratique courante, et La Nature a eu à en parler à propos du port de la Réunion2. Mais, ce qui est ici particulièrement remarquable, c’est le mode de transport et de chargement des blocs qui a été inauguré; l’emploi de l’électricité intervient ici dans une opération où elle n’avait pas encore acquis droit de cité.
- Sur le chantier de MM. Coiseau, Couvreux et Allard, on a dù assurer, après fabrication, le levage, le transport et l’immersion des blocs.
- Ceux-ci sont moulés dans Centre-rails d’une voie large de 5"‘,70, sur laquelle roule une énorme grue que représente notre ligure 1 et qui est très analogue à celles dont on se sert pour charger les
- 1 Suite. — Voy. n° 1021, du 24 décembre 1892, p. 49.
- s Voy. n° 606, du 10 janvier 1885, p. 87.
- pierres de taille sur les fardiers ; elle se compose d’une charpente métallique formant deux solides
- chevalets en tôle, reliés en haut par deux longerons de lm,20 de hauteur. Sur le tablier est une cage vitrée contenant tout le mécanisme moteur; pour supporter les 100 tonnes d’un bloc, la voie est faite de rails de 54 ki-logrammes le mètre, posés sur traverses à peu près jointives, et la grue est munie de quatre paires de roues. Nous arrivons au point original : sur le chantier est installée une machine de 60 chevaux, commandant une dynamo (de la maison Hillairet et Huguet) qui
- donne 220 volts et produit une intensité de 200 ampères; le courant est transmis par un conducteur en fil de cuivre sans isolant, porté par des poteaux et s’étendant tout le long du chantier. Mais les organes moteurs de la grue peuvent prendre le courant dans toutes les situations de l’appareil, et cela grâce à deux cannes de bambou de 5m,60, mobiles, à articulation, qu’on voit très bien sur nos figures 1 et 2 ; un contrepoids, qu’on aperçoit aussi, fait appuyer constamment sur le fil une petite poulie en bronze, d’où le courant gagne la dynamo à l’aide d’un fil isolé1. Cette dynamo, qui peut utiliser 75 pour 100 delà dynamo génératrice, fait 600 tours par minute ; elle fuit tourner un arbre horizontal transmettant le mouvement aux
- 1 II y a un appareil de résistance sur lequel nous ne pouvons insister.
- Fig. 1. —Travaux du port de Bilbao.— Vue de face de l’appareil dynamo-électrique (grue roulante lève-blocs) soulevant un bloc sur le chantier.
- Fig. 2. — Vue de côté de la grue venant de poser un bloc
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- pistons des presses hydrauliques (dont la course est de 40 centimètres) ; ce premier arbre peut ainsi en actionner un autre perpendiculaire à lui, muni de pignons et commandant, par des [chaînes de Gall, deux tambours fixés sur les roues de devant de la grue. Grâce à cette disposition, l’électricité peut aussi bien assurer le levage des blocs que permettre la translation de l’appareil à la vitesse de 10 mètrcs'par minute.
- On amène donc la grue au-dessus du bloc à soulever. Tout bloc porte deux étriers formés d’une barre de fer rond de 43 à 55 millimètres ; chaque extrémité de l’étrier se rattache à une forte pièce de bois encastrée dans le béton pendant la fabrication.
- A chaque piston des presses hydrauliques se relient, par des articulations, des crochets spéciaux qu’on introduit dans les étriers du bloc ; on met la machine en marche, l’eau est pompée, les pistons soulèvent le bloc de 30 centimètres, et alors on peut embrayer les roues de translation de la grue sur les rails. On amène bientôt ainsi, comme le montre notre figure 2, la grue et le bloc qu’elle soulève sur le truck porte-blocs1, le chariot circulant sur une voie transversale. On n’a plus qu’à évacuer l’eau des cylindres, le bloc descend doucement sur ce chariot, les crochets sont dégagés, et la grue peut reculer et aller chercher un autre cube de béton.
- Le chariot où se trouve maintenant le bloc, se
- meut sur une voie parallèle à un côté du bassin d’embarquement des blocs (à Axpe, près des carrières), voie à quatre rails pour la quadruple série des roues. Ce truck porte-blocks se meut également par l’électricité : il possède une dynamo réceptrice, recevant le courant par des fils de cuivre que nous apercevons placés le long du petit mur de soutènement qui se trouve à gauche de notre figure 2 ; ces fils sont nus ; par conséquent, en chaque point, la communication peut être établie avec l’appareil récepteur. Circulant ainsi sur sa voie, le chariot arrivé sous une estacade que nous voyons dans notre figure 5 et qui est formée de deux fortes poutres en 1er reposant sur d’énormes pilotis ; nous n’insistons pas sur cette disposition très clairement apparente. A la, partie supérieure de l’estacade court un appa-
- reil d’une forme très curieuse, qui va soulever le bloc, comme tout à l’heure la grue, l’amener à l’aplomb d’un chaland spécial et le déposer dans ce chaland. Lui aussi, cet appareil est mù par l’électricité ; mais remarquons, comme particularité, que la course des pistons atteint 7 mètres, attendu qu’il faut soulever le bloc à une hauteur variable suivant l’état de la marée et le descendre au fond du chaland. C’est là ce qui donne l’aspect caractéristique de cet appareil, ces longs cylindres formant les corps de pompe des deux presses hydrauliques. Nous n’indiquerons pas par le menu la série des opérations très simples auxquelles on se livre pour soulever le
- 1 La plate-forme porte du reste deux rails au même écartement que les voies de la circulation de la grue, ce qui permet de transporter celle-ci sur une autre voie.
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- bloc et l’embarquer : c’est tout à lait analogue à ce que nous avons dit pour la grue de levage.
- Nous ne dirons pas grand’chose des chalands, pouvant recevoir simultanément deux blocs de 50, ou de 50 mètres cubes, qu’ils vont ensuite laisser tomber au fond de l’eau en ouvrant leurs compartiments; on peut, par chaland, transporter huit à dix blocs dans une journée. Avec leur outillage, les entrepreneurs ont pu mettre en place plus de 52000 mètres cubes en 1892; ils ont une bétonnière fournissant de 15 à 18 mètres cubes par heure, permettant d’obtenir en un jour quatre blocs de 50 mètres cubes; ce sont là des résultats remarquables.
- — A suivre. — Daniel Bellet.
- L’INFLUENZA A PARIS
- EN 1404 ET EN 1414
- Il n’v a rien de nouveau sous le soleil. On trouve dans le Journal de Nicolas de Baye, greffier du Parlement de Paris (1400-1417), quelques détails sur une épidémie qui avait tous les caractères de l’inlluenza; elle sévit à deux reprises, en 1404 et en 1414.
- Le samedi 26 avril 1404, presque tous les membres du Parlement étaient enrhumés et avaient la fièvre ; depuis le commencement de ce mois, cette épidémie s’attaquait à toutes les classes de la société, pauvres ou riches; les jours de plaidoirie au Parlement, il y avait « telle tousser ie » qu’il était presque impossible au greffier de pouvoir enregistrer au vrai ». Cette maladie, appelée tac ou horion, était attribuée à une « pestilence d’air ». Juvénal des Ursins rapporte que le printemps de cette année avait été pluvieux, et qu’il s’ensuivit plusieurs maladies qui firent fin certain nombre de victimes.
- Dix ans plus tard, le tac sévissait encore à Paris, mais il paraît avoir été plus bénin, quoiqu’il se fût attaqué peut-être à un plus grand nombre de personnes.
- Nicolas de Baye raconta que, le 4 mars 1414, en revenant des vêpres à Notre-Dame, il fut atteint de cette maladie ; la nuit, il ne put dormir, tellement il souffrait de la tète, des reins, du ventre et des membres; il ne pouvait se tenir debout; toutefois', il se traîna jusqu’au Parlement, mais il dut bientôt rentrer chez lui. Au reste, pendant une semaine, du 5 au 10 mars inclus, « il n’a point esté besoigné en Parlement pour la dessusdicte pestilence de maladie ». Les membres du Parlement, les avocats, les procureurs et les plaideurs étaient retenus chez eux par suite de cette « griefve maladie », qui n épargnait que les enfants au-dessous de dix ans. Les caractères du foc étaient les mêmes que ceux de l’influenza : violentes douleurs à la tète, aux épaules, au ventre, aux bras et aux jambes, fièvre et toux.
- Cette épidémie produisit une grande perturbation dans la population parisienne. D’après Juvénal des Ursins et le Religieux de Saint-Denis, les audiences du Parlement et du Châtelet furent suspendues, les avocats ne pouvant plus plaider à cause d’une extinction de voix ; par suite de la « toux et de l’enroueure », le clergé dut cesser la célébration des messes chantées, dit l’auteur du Journal d’un bourgeois de Paris, qui ajoute que, pour conjurer ce fléau, le chapitre de Notre-Dame ordonna une procession générale.
- Cette affection fut déterminée, selon l’opinion de Ju-
- vénal des Ursins, par « un vent merveilleux, puant et tout plein de froidures », qui souffla pendant lès mois de février et mars. Aucune classe de la société ne fut épargnée : gens d’église, nobles et peuple, tout le monde fut (< enreumé et entoussé » ; presque tous ceux qui en étaient atteints gardaient le lit, mais il n’y eut que peu de décès. Juvénal mentionne seulement la mort d’un bien vaillant chevalier, le sire d’Aumont, qui avait eu la charge de porter l’oriflamme. Alcius Ledieu.
- CHRONIQUE
- Statistique «les colis postaux «l’Angleterre, —
- A l’occasion de la Noël, la plus importante fête de l’Angleterre, le service des colis postaux est soumis à une rude épreuve qui nécessite le recrutement de plus de 2000 agents supplémentaires. En moins de dix ans, ce service a atteint un haut degré de perfection, et son développement, dans un si court espace de temps, est vraiment chose tout à fait inouïe. Inauguré en août 1885, le service des colis postaux gagna si rapidement la faveur publique, que pendant la première année de son fonctionnement, ainsi que le constatent les rapports officiels, 21 000 000 de paquets ont passé par les guichets de l’Administration. Quant à l’extension formidable qu’a prise depuis ce service, on s’en rendra compte quand nous aurons dit qu’au cours de l’année 1891-92, on a expédié ou reçu 51 000 000 de colis. Pour l’année présente, on évalue le mouvement à plus de 60 000 000. Durant les neuf années qu’a fonctionné cc service, 524 000 000 colis postaux ont été expédiés; ils représentaient un poids total de 580000 tonnes. En 1885-84, le nombre de paquets expédiés dans le district de Londres, le plus considérable et le plus actif à la fois, s’est élevé à 5 600 000; pour l’année 1891-92, il s’est élevé à 9 000 000. Le nombre des paquets reçus, avait été, pour les mêmes années respectivement, de 5 500 000 et de 15 000 000. Ajoutons en terminant, qu’il existe dans les bureaux du service, à Londres, une immense quantité de colis en transit dont le chiffre qui était de 5 500 000 en 1885-84, a atteint 8 500 000 en 1891-92. Enfin, le nombre des colis expédiés par jour dans le district de Londres, est en moyenne de 50 000 ; celui des colis reçus est de 50 000, et celui des colis en transit de 22 000.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 janvier 1893.— Présidence de M. Lacaze-Duthiehs
- Le drainage des terres cultivées. — M. Dehérain analyse les résultats qu'il a obtenus pour les eaux de drainage de diverses cultures, à l’aide des cases à végétation dont La Nature a donné la description et le dessin dans son dernier numéro. Jamais la totalité de l’eau de pluie ne traverse la terre pour arriver jusqu’aux drains; une partie s’évapore toujours, et cette évaporation est beaucoup plus active quand la terre est couverte de végétaux que lorsqu’elle est nue. Tandis que les terres sans végétation ont laissé couler le quart environ de l’eau tombée, les terres couvertes de végétaux ont donné un drainage beaucoup moins abondant et cela d’une façon d’autant plus marquée que le sol a été garni plus longtemps. La nitrificatiôn a été très active durant l’année 1892, dans toutes les cases, et les eaux écoulées des terres nues ont été plus chargées en nitrates que celles qui provenaient des terres cultivées.
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- LA NATURE.
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- il résulte des dosages que les pertes qu’occasionne l’entraînement des nitrates par les eaux souterraines dépendent plus de la quantité d’eau écoulée que de la teneur des eaux. Ainsi une culture de betterave qui persiste sur le sol, jusqu’à l’arrière-saison, n’a occasionné qu’une perte de 6kg,8 à l’hectare, tandis qu’une culture de blé abattue au commencement d’août a laissé partir h4ks,6 d’azote nitrique représentant 564 kilogrammes de nitrate de soude, valant 80 francs, c’est-à-dire autant que le loyer d’une terre d’égale superficie et de fertilité moyenne. Ainsi que l’a déjà indiqué M. Dehérain, on évite ou on diminue ces pertes en semant immédiatement après la moisson une plante à végétation rapide, telle que la vesce. Quand elle se développe bien, elle évapore presque toute l’eau tombée, et le drainage est très faible. Ces récoltes vertes, enfouies à l’automne, forment un excellent engrais. Les pertes par les eaux de drainage sont d’autant plus fortes que les récoltes sont plus faibles : tout azote nitrifié dans le sol est assimilé, ou perdu si la récolte est mauvaise. Le cultivateur est doublement éprouvé par la médiocrité des produits obtenus et par l’appauvrissemeut de sa terre.
- Le phylloxéra dam l'antiquité. — On se rappelle qu’en avril dernier, M. de Mély avait signalé à l’Académie divers passages de Strabon, le célèbre géographe et historien grec, relatifs au traitement appliqué de son temps aux vignes malades; il communique aujourd’hui les résultats qu'il a obtenus par ce procédé, c’est-à-dire par le pétrole en opérant sur des vignes phylloxérées. La partie du vignoble qui a été traitée, est actuellement dans un état de prospérité remarquable. M. de Mély présente à l’appui de son assertion un sarment de 5m,50 de long, attestant une végétation puissante, coupé sur un cep qui avait été atteint antérieurement par le phylloxéra. Cette vigueur prouve clairement que le pétrole ne nuit nullement à la vitalité de la plante; quant au produit de la récolte, M. de Mély cite des chiffres comparatifs qui établissent l’efficacité du traitement. L’auteur fait ensuite l’historique du traitement de la vigne par le bitume. Théophraste au quatrième siècle avant J.-C. mentionne Vampelilis (terre de vigne) dans son livre Des pierres; et sans interruption le remède est employé jusqu’au moyen âge ainsi que le prouvent des passages de Caton l’Ancien, de Dioscoride, de Gallien et d’Et-Teminy.M. de Mély exprime en terminant, le vœu que des expériences similaires soient entreprises sur plusieurs points phylloxérés pour permettre d’apprécier réellement la valeur de la méthode et déterminer expérimentalement la dose maximum de pétrole que peut supporter la vigne sans périr.
- Un succédané de la morphine. — MM. Ilenriot et Richet ont découvert un nouvel anesthésique auquel ils ont donné le nom de chloralose en raison des corps dont il dérive, le chloral et le glucose. Cette substance peut être distillée et volatilisée ; ses propriétés physiologiques, étudiées surtout par les auteurs, sont analogues à celles de la morphine ; toutefois elle paraît d’un emploi moins dangereux. En effet, il semble que l’on puisse fixer à 08r,7 par kilogramme d'animal vivant, la dose qui peut être tolérée, tandis que quelques centigrammes de morphine ne peuvent être supportés. MM. Landouzy et Mou-tard-Afartin ont expérimenté le nouveau produit dans leur clinique. Ils ont pu administrer, sans provoquer ni trouble digestif, ni céphalalgie, des doses de 1 gramme ; une dose de üer,5 suffit pour produire un sommeil calme et profond, même chez les sujets accoutumés aux anesthésiques.
- Décès. — M. Daubrée annonce la mort de M. Nicolas Kokcharoff, célèbre minéralogiste russe, membre correspondant de l'Académie des sciences, survenue le 2 janvier.à Saint-Pétersbourg. M. Kokcharoff était directeur do l’Ecole des mines et membre de l’Académie des sciences, de Saint-Pétersbourg.
- Varia. — M. Descroix communique une Note sur les anomalies du magnétisme terrestre. — M. ïacchini envoie un nouveau travail sur la distribution des taches solaires, — M. Eugène Bouvier adresse le résultat de ses recherches sur la classification des mollusques rampants ou mollusques gastéropodes en trois classes, les prosobran-ches, les opistobranches, et les pulmonés. — M. Per-rotin rend compte des travaux effectués à l’Observatoire de Nice. — M. Moureaux donne la valeur des constantes magnétiques à l’Observatoire du Parc Saint-Maur.
- Gh. de Villedeüil.
- IA SCIENCE MJ THÉÂTRE
- LE RIDEAU ÉLECTRIQUE DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE
- La Nature a publié une série d’articles sur les améliorations apportées au mécanisme des théâtres1 et notamment sur les manœuvres électriques des rideaux de fer installés à la suite du désastre de l’Opéra-Comique en 1887. Le théâtre national de la Comédie-Française vient d’inaugurer la manœuvre électrique du rideau d’avant-scène ; cette installation est, croyons-nous, unique en ce moment en Europe. Grâce à l’obligeance de M. Claretie, administrateur du théâtre, et grâce aux renseignements de M. H. Besson, chef électricien de la station centrale Edison du Palais-Royal, il nous a été permis d’étudier cette application dans tous ses détails ; nous allons en donner la description.
- Le montage a été fait par la Compagnie Edison avec le concours actif de M. Anton, chef machiniste du théâtre. Le rideau a fonctionné pour la première fois électriquement le 22 novembre 1892, lors de la première représentation de Jean üarlot, La figure ci-jointe donne une vue d’ensemble des dispositions adoptées. Le rideau A est maintenu par cinq cordages a, a, a, qui glissent sur des poulies O à la partie supérieure et viennent s’enrouler sur un tambour en bois B, auquel le mouvement peut être donné dans un sens ou dans un autre pour faire monter ou descendre le rideau. Ce mouvement est obtenu par une transmission G à l’aide d’une courroie établie sur un moteur électrique shunt F. Un contrepoids D maintenu par un cordage autour du volant B, assure à tout instant l’équilibre. Les conducteurs qui amènent l’énergie au moteur, passent dans les coulisses, et viennent aboutirfdans la cage ’du souffleur à un cadran 'de manœuvre, placé à droite; Par la position d’un levier de commande, U est facile de faire changer le sens de la marche du moteur, et par suite d’obtenir le mouvement du rideau.
- 1 Yoy. n° 761, du Si décembre 1887, p. 67. . /
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- LA NATURE.
- Le poids total du rideau est environ de 400 kilogrammes, entièrement équilibré par le contrepoids D. Le moteur n’a donc qu’à vaincre les frottements du système, à la montée et à la descente. La puissance du moteur est de deux chevaux. Le courant électrique est emprunté au tableau des circuits de lumière desservi par la station centrale Edison du Palais-Royal. À l’arrivée, se trouve la prise de courant avec un coupe-circuit et un interrupteur. Une première dérivation est établie pour alimenter les inducteurs du moteur. Le circuit continue ensuite et les fils conducteurs aboutissent à deux parties métalliques demi-circulaires placées sur un support isolant.
- L’ensemble de cet appareil constitue le cadran de rhéostat, dont les résistances sont variables à volonté.
- Un levier mobile autour de l’axe est destiné à fermer le circuit dans un sens ou dans un autre, selon qu’il est levé ou abaissé. Par cette manœuvre, le sens du courant sera changé dans l’armature, et par suite le rideau sera mis en mouvement. Les balais du moteur ont été remplacés par des frotteurs en charbon pour éviter de trop fortes étincelles aux changements de marche en avant et en arrière. Ces balais donnent toute satisfaction. La vitesse angulaire est de 1800 tours par minute. Les diverses touches des résistances correspondent à des régimes différents de vitesse du rideau.
- Suivant les effets de scène à obtenir, on a admis trois vitesses diverses à la descente et deux vitesses à
- la montée. La vitesse maxima de descente est de lm,50 par seconde, la vitesse moyenne de lm,10par seconde, et la vitesse minima de 0m,75 par seconde. Les vitesses de monlée sont respectivement de 0m,75
- et lm,10 par seconde. Au démarrage, l’intensité est de 60 ampères à la vitesse maxima, 40 à la moyenne et 20 à la petite; en marche, l’intensité tombe à 20,15 et 10 ampères. La course totale du rideau est de 9m,G0.
- A la manœuvre électrique est joint un système de sonneries d’avertissement. Une première sonnerie placée dans la boîte du souffleur est commandée par deux boutons disposés dans les coulisses pour indiquer au souffleur le moment précis où il doit faire lever le rideau, alors que tout est prêt sur la scène. De plus, le souffleur en manœuvrant le rhéostat à la descente fait passer la manette du cadran sur un contact qui met en action plusieurs sonneries placées chez le chef machiniste, au poste des machinistes et dans différents autres endroits pour annoncer la fin de l’acte.
- 11 s’agit,comme on le voit par ces quelques renseignements, d’une fort curieuse application électrique transportée sur notre première scène française. Ajoutons que les spectateurs sont à la fois charmés par un spectacle grandiose et intéressés par une manœuvre nouvelle. Quelques sociétaires regrettent cependant la lenteur majestueuse de l’ancien rideau. J. Laffaiigise.
- Le Vropriétairc-Gérant : G. Tissandiur.
- Le rideau électrique de la Comédie-Française, à Paris.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- A ANVERS
- Fig. 1. — Distribution hydro-élrctrique de travail et d’énergie électrique à Anvers. Machinerie.
- L’innombrable variété des systèmes de distribution de l’énergie électrique actuellement réalisés ou à la veille de l’être, se justifie par l’extrême diversité des cas particuliers que la pratique rencontre.
- L’un des facteurs les plus caractéristiques de nature à fixer le choix d’un système, réside dans la densité de la consommation et dans la possibilité d’établir l’usine de production au centre même de la consommation. Dans ce cas particulier, l’emploi des basses tensions et du courant continu s’impose, et c’est celui que nous voyons aujourd’hui exclusivement appliqué à Paris, où la densité de consommation est aussi grande qu’on
- 2I“ année. — 1er semestre
- Fig. 2.
- Pavillon de la place Verte, représentée
- peut le désirer. Si, au contraire, la consommation est répartie sur une grande étendue, et que 1 usine
- génératrice se trouve très éloignée des points extrêmes de consommation, on est obligé de recourir à une double canalisation : unepourle^rans-port à distance de l’énergie, et une seconde pour la distribution.
- Rien n’impose, d’ailleurs, l’emploi d’un système identique pour la canalisation de transport et pour la canalisation de distribution. On a souvent intérêt, cependant, à employer uniquement l’électricité, surtout sous forme de courants alternatifs, parce que l’organe destiné à verser l’énergie transportée à haut
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- à Anvers, contenant la machinerie ci-dessus.
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- Mi
- LA NA TL 15 L.
- potentiel, à haute pression, sur la canalisation de distribution, le transformateur, présente un très grand caractère de simplicité, d’économie, et possède un excellent rendement, supérieur à celui de tous les autres appareils employés dans l'industrie. Le transformateur à courants alternatifs est un appareil inerte, ne demandant aucun entretien, aucune surveillance, ne comportant aucune pièce mobile et n’exigeant, par suite, qu’un faible amortissement.
- On peut également faire usage de courants continus : le transformateur est alors, soit un moteur électrique actionnant une dynamo, soit une batterie d’accumulateurs. Dans le premier cas, on crée de véritables sous-stations mécaniques, qui exigent de l’entretien, une surveillance, et sont d’un moins bon rendement que celui correspondant aux distributions par courants alternatifs. Dans le second cas, on a l’avantage de pouvoir emmagasiner l’énergie électrique produite pendant une partie de la nuit et de la journée, de différer l’utilisation, et de faire le service avec un matériel producteur moins important, mais la dépense afférente à l’installation des stations d’accumulateurs compense souvent l’économie laite sur l’usine de production, et le rendement peu élevé des accumulateurs, leur amortissement rapide, entrent en ligne de compte pour restreindre les avantages qui semblent résulter de leur emploi. En pratique, le choix à faire se traduit par une question de francs et centimes souvent fort complexe, d’autant plus complexe qu’il s’agit de pourvoir à des besoins dont on ne peut qu’apprécier vaguement la nature et l’importance au moment ou l’on établit le projet. Cette incertitude suffirait à elle seule pour expliquer l’insuccès de certains systèmes auxquels il ne manquait, pour réussir, qu'une application plus judicieuse, dans des conditions plus favorables à leur emploi.
- Eu égard aux fonctions si différentes des deux canalisations, on peut se demander si, dans les conditions que nous venons d’envisager, il n’est pas avantageux d’avoir recours à des systèmes différents pour le transport de l’énergie sous une forme quelconque, et à sa distribution sous forme électrique.
- Nous pourrions citer des exemples nombreux dans lesquels il en est ainsi. La distribution de l’air comprimé à Paris, celle du gaz dans les villes, ne sont pas autre chose que des distributions d’énergie, la première sous forme de fluide sous pression, la seconde sous forme d’énergie thermique latente. Malheureusement, l’air comprimé est un agent de transport déplorable au point de vue du rendement, et lorsqu’il s’agit de produire de grandes puissances, l’adjonction indispensable d’un réchauffeur fait du moteur à air comprimé un système complexe d’un entretien fastidieux, et dont les avantages ne sont que rarement appréciés. Le moteur à gaz constitue également un appareil compliqué et d’une manœuvre délicate, beaucoup moins commode et beaucoup plus encombrant qu’un moteur électrique.
- Avec le gaz et l’air comprimé, la sous-station
- devient une véritable usine comportant un matériel complexe et un personnel important.
- Le transport de l’énergie sous forme d’eau sous pression constitue un système intermédiaire dont nous avons eu récemment l’occasion d’apprécier l’élégance et la simplicité relative à Anvers, en visitant l’installation hydro-électrique deM. Van Rysselberghe.
- Le système préconisé par M. Van Rysselberghe est, en principe, le suivant : Transporter l’énergie à distance par l’eau sous pression, f utiliser sous cette forme en tous les points où l’on a besoin d’un travail mécanique, et établir des sous-stations génératrices d’énergie électriques pour l’éclairage public et particulier, au cœur môme des centres principaux de consommation.
- La vilb? d’Anvers offrait à M. Rysselberghe des conditions exceptionnellement favorables pour la mise en expérience de son système de distribution hydro-électrique, et nous devons reconnaître qu’il en a très habilement profité pour mettre en relief tous ses avantages et laisser dans l’ombre ses inconvénients. Depuis de longues aunées, la ville d’Anvers possède une usine hydraulique distribuant de l’eau sous pression pour la manœuvre de grues qui desservent son port si important. Cette eau est fournie à la pression de 50 kilogrammes par centimètre carré, soit 50 atmosphères environ. Chaque mètre cube d’eau représente donc un travail brut, de 500 000 kilogrammètres et fournirait, en tenant compte des rendements du moteur hydraulique ou roue-turbine utilisant cette eau sous pression, une énergie électrique de 800 watts-heure. L’eau sous pression produite à l’usine à l’aide de pompes hydrauliques, serait canalisée dans la ville, et desservirait, outre les moteurs hydrauliques, un certain nombre de sous-stations analogues à celle installée actuellement place Verte, à Anvers, et que les figures ci-jointes représentent. La figure 1 dorme l’aspect de la machinerie; la ligure 2 est une vue d’ensemble de l’élégant petit kiosque dans lequel elle est installée.
- La machinerie comprend une roue-turbine à haute pression et à axe horizontal commandant directement une machine dynamo à courant continu, avec excitation en dérivation.
- La turbine est à admission variable, de façon à régler la consommation d’eau a’après la production électrique. Le conducteur de la station a sous les yeux des ampèremètres et un voltmètre qui lui font connaître à chaque instant la production de la dynamo, et il règle la distribution en agissant sur l’admission d’eau dans la turbine d’une part, sur le rhéostat d’excitation d’autre part, pour maintenir le potentiel constant.
- La simplicité de cette sous-station est véritablement séduisante, et la démonstration qu’elle a fournie, fort concluante en apparence, puisque cette démonstration a suffi pour faire souscrire les capitaux nécessaires à la réalisation du projet.
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- LA N AT U KL.
- Nous avouons être moins convaincu; le système deM. Van Rysselberghe ne nous parait pas appelé à un succès aussi grand que l’espèrent les promoteurs, et pour les raisons suivantes :
- Grâce aux progrès réalisés par l’industrie électrique, des canalisations à 500 volts à courant continu ne sont plus aujourd'hui qu’un jeu, comme le prouvent les tramways américains et la distribution à 5 lils établie à Paris,pour desservir le secteur de la place Clichy. Le rendement des moteurs hydrauliques est inférieur au rendement des moleurs électriques, et nous en sommes encore réduit aux hypothèses en ce qui concerne celui des roues-turbines de M. Rysselberghe, que les estimations les plus optimistes font égal à 70 pour 100. Enfin, on commence à faire usage de grues électriques pour le service des ports, et cette application ne pourra que se développer, car les types de moteurs exigés par cette industrie spéciale sont aujourd’hui étudiés et perfectionnés dans leurs plus petits détails.
- Dans ces conditions, il nous semble que M. Rysselberghe a déplacé les termes du problème et fait un pas en arrière en ayant recours au transport hydraulique et à la distribution électrique. Nous aurions préféré transporter à 500 ou 600 volts, potentiel suffisant pour atteindre économiquement les points les plus éloignés du réseau, brancher sur ces 500 volts les moteurs de grande puissance ({uc l’on doit desservir directement, tandis que les lampes électriques et les moteurs de faible puissance auraient été branchés sur les ponts de 120 à 125 volts. Nous n’aurions ainsi qu’un seul réseau, tandis que la combinaison préconisée par M. Rysselberghe encomportedeux : l’un, hydraulique, pour les grandes puissances mécaniques et les sous-stations; l’autre, électrique, pour l’éclairage et les petits moteurs.
- Les conditions seraient tout autres s’il s’agissait d’utiliser une usine de production d’eau sous pression déjà installée pour d’autres applications, et dont la puissance se trouverait, par suite de {(révisions non réalisées, bien supérieure aux besoins de la consommation. Dans ce cas, la combinaison hydro-électrique augmenterait le champ d’utilisation sans accroissement correspondant des dépenses d’installation ; mais il n’en est pas ainsi à Anvers, puisqu’il est question de construire une usine spéciale exclusivement consacrée à cette production d’eau sous pression, pour la distribution de l’énergie. Sur ce point, nous sommes loin de partager l’avis du savant belge, et malgré toute l'élégance de la solution proposée, les avantages qui doivent en résulter nous échappent complètement.
- A défaut de chiffres, il serait difticile de discuter à fond la question, et nous devons, après ces réserves, nous contenter d’attendre pendant deux années, ainsi que nous y a convié M. Rysselberghe, les résultats pratiques de l’installation qu’il prépare et qu’il espère inaugurer dans quelques mois. Nous accordons bien volontiers à M. Van Rysselberghe le crédit
- qu’il réclame ; nous saurons plus tard s’il y a lieu de faire amende honorable, lorsque l'expérience aura prononcé en dernier ressort. E. Hospitaliek.
- LE CHÂTEAU DE SAINT-CLOUD
- On ne peut laisser tomber sous la pioche des démolisseurs un palais comme celui de Saint-Cloud qui s’est trouvé tant de fois, depuis le seizième siècle jusqu’en 1870, mêlé à l’histoire de France, sans en dire quelques mots. Malgré les travaux bien connus de Vatout et de Saint-Albin, les commencements du château de Saint-Cloud sont fort obscurs et nous sommes étonnés qu’il ne se soit pas encore trouvé quelque archiviste ou quelque membre de la Société de l’histoire de Paris pour établir sur documents authentiques les origines d’un palais qui a tant fait parler de lui.
- On sait vaguement que Jérome de Gondi, venu en France à la suite de Catherine de Médicis, reçut de cette reine le domaine de Saint-Cloud et s’v fit hàtir une villa dans le goût italien. Mais à quelle époque exactement, en récompense de quels services, à qui appartenait cette terre,quel fut l’architecte de Gondi? Voilà ce qu’on aurait aimé savoir et ce que Vatout ne nous dit pas; quant à Saint-Albin, il ale plus souvent copié son prédécesseur sans le nommer.
- Le premier événement qui marque dans l’histoire de ce palais eut lieu en 1589 alors qu’Henri III étant venu mettre le siège devant Paris, fut assassiné dans la maison de Gondi, où il logeait, par Jacques Clément, ce moine fanatique que sut si bien endoctriner la duchesse de Montpensier. Henri de Navarre, à la première nouvelle de la blessure du roi, était accouru à Saint-Cloud et s’était installé dans la maison du Tillet, une des plus belles du bourg.
- C’est dans la maison de Gondi qu’eut lieu cette scène scandaleuse où l’on vit les principaux seigneurs catholiques vendre à Henri IV leur concours : Riron se faisant donner le duché de Périgord, d’autres lui arrachant des titres ou des possessions de moindre importance, les uns exigeant qu’il se convertît de suite, les autres, comme d’Epernon, l’abandonnant et se réservant. Enfin, le 4 août, Henri IV était reconnu roi de France, mais les défections avaient été si nombreuses qu’il dut abandonner le siège de sa future capitale.
- A la mort de Gondi, la maison passa par héritage à J.-F. de Gondi, l’archevêque de Paris (fig. 2).
- La maison Gondi appartint {dus lard au {(résident Le Coigneux, le contrôleur général des finances, qui y avait dépensé deux millions, lorsqu’elle fut achetée le 25 octobre 1658 pour la somme de 2-40 000 livres, par Louis XIV, qui en lit présent à son frère, Monsieur. Successivement le roi achète la maison du Tillet en 1659, la maison du Verdier en 1675, celle du ducdeCharosten 1685, le fief de Ville-neuve en 1695, puis il donne à son frère la moitié de la seigneurie de Sèvres, le fief de l’Arpent franc, la pièce
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- LA NATLKE.
- des Rivières, etc.; si bien qu’en 1751 le parc de Saint-Cloud ne comptait pas moins de 1156 arpents, si l'on s’en rapporte au plan manuscrit dressé par Legrand.
- Nos figures 1 et 5, reproduites d’après des gravures du temps, donnent le plan et la vue d’ensemble de cette résidence, qui est devenue de plus en plus fastueuse; on y admire l’ordonnance des jardins dessinés par Le Nôtre. Le luxe intérieur du château répondait aux splendeurs du parc, les décorations, d’une véritable magnificence en étaient dues aux plus illustres artistes du siècle de Louis XIV.
- Dans le voisinage immédiat de Saint-Cloud se trouvait le château de L’Etang que Barbezieux fit bâtir en 1698, le château et le parc de La Marche qu’il avait acquis d’uu sieur Puget, château qu’il transforma en communs comme il le fit également du château de Villeneuve. À la mort de Barbezieux, cette belle propriété fut achetée par Chamillart, ce ministre dont l’habileté au jeu de billard avait fait la fortune.
- Monsieur lit de Saint-Cloud sa résidence d’été. Avec lui commencent, pour ne plus s’arrêter, les embellissements et les transformations. Lepaute est
- Fig. 1. — Plan général de l’ancien parc de Saint-Cloud ail commencement du dix-huitième siècle. — a. Jardin particulier de le duc de Chartres. — b. Jardin d’Apollon ou Parc-chasse. — c. Labyrinthe. — d. Petit Potager. — e. Jardin de la Colonnade. -— 1. Orangerie. — g. La Gerbe. — h. Canal des 24 jets. — i. Le Tapis vert. —j. La Grande Gerbe. — k. Les Trois Bouillons. — 1. Le Tambour de pierres. — ni. La Table de marbre. — n. La Coquille. — o. Etang de Saint-Jean. — p. Bassin du Fer à cheval. — q. Bassin des Carpes. — 1. Le Tilleul de S. A. B. — 2. Les Cascades. — 3. Les Grandes Nappes. — 4. Le Champignon ou gros bouillon. —- Le Grand Jet. — 6. La Melonière. — 7. Bassin de la Gerbe. — 8. Treillage nommé la Perspective. — B. Les Bassins et carrés mignardises. — 10. Les treize jets. — 11. Le Trianon. — 12. Bassin de Vénus. -— 13. Petites Cascades.
- chargé des travaux d’architecture, Le Nôtre du parc et des jardins; un peu plus tard, vers 1698, Jules llardouin Mansard reconstruit les cascades. Aussi les fêtes s’y succèdent plus somptueuses les unes que les autres, jusqu’au moment où Henriette d’Angleterre y meurt en pleine jeunesse, en pleine santé, sans que rien fit prévoir une catastrophe dont Bossuet allait nous peindre toute l’horreur.
- Monsieur ne devait pas tarder à se remarier. Il épousa cette Charlotte Élisabeth de Bavière dont la correspondance, qu’il ne faut d’ailleurs consulter qu’avec prudence, éclaire d’un jour sinistre bien des dessous de cette cour fastueuse.
- C’est à celte époque que le frère du roi fit con-
- struire le cabinet de Diane, le salon de Mars et cette galerie d’Apollon que Mignard, rival souvent heureux de Lebrun, décore de scs merveilleuses peintures. Sur les murs s’étalent de magnifiques tapisseries des Gobelins représentant la bataille d’Alexandre et de Darius d’après Lebrun. C’est là que sont tour à tour reçus les ambassadeurs du Maroc, de la Grande-Bretagne, du Portugal, d’Alger, de Siam et de Venise ; c’est là que s’organisent et se tirent ces étonnantes loteries qui font alors fureur et dans lesquelles figurent certaines poteries de Chine et des cabinets de laque que les amateurs se disputeraient aujourd’hui à coups de billets de banque. Mais avec Monsieur, qui meurt à Saint-Cloud en 1701, semble s’éteindre, pour
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- LA N A Tl RI
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- un temps, la prospérité de ce palais. Le régent a d’autres goûts et d’autres soucis; c’est le Palais-Royal qui a ses préférences; on lui doit cependant la con-
- struction de l’Ermitage au bout du Mail. Il nous faut passer à cette duchesse d'Orléans, Louise-Henriette de Bourbon-Conti pour y revoir des fêtes splendides
- Fig. 2. — Le premier château de Saint-Cloud habité par l’archevêque de Paris an dix-septième siècle. (D’après une gravure d’Israël Silvcstre.)
- et répétées; c’est elle qui fit construire en 1745 la Un peu plus tard, lorsque la mode est aux ballons, salle de spectacle, objet de l’admiration de tous. nous voyons le duc de Chartres faire une ascension
- ''g. 5. — Vue générale du parc et du château de Saint-Cloud à l’époque de Louis XIV, vers 1680.(D'après une ancienne gravure de Pérelle.
- nvec les frères Robert dans une montgolfière munie de rames et de gouvernail. Loin d’aider à la direction de l’aérostat, ces appareils sont sur le point d’amener une catastrophe; le duc de Chartres est obligé de
- fendre l’étoffe et le ballon descend à Meudon trop vite, mais sans accident.
- Le duc d’Orléans, aux mains de Mme de Mon-tesson, s’est défait du Palais-Royal ; il vend, le 24 oc-
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- LA NATURE.
- tobre 1784, Saint-Cloud à Mario-Antoinette pour six millions de livres.
- La reine avait des goûts particuliers, elle aimait les boudoirs et les petites pièces faites pour l’intimité; les grandes galeries de Saint-Cloud n’étaient pas pour lui plaire, aussi y mit-elle rapidement les ouvriers; Micque, son architecte, ht des changements considérables qui amenèrent la disparition de quelques bons ouvrages et notamment de ce plafond ou Pierre avait peint les cinq actes de l’opéra d'Armide.
- 11 faut arriver au Directoire pour voir Saint-Cloud jouer un nouveau rôle dans l’histoire. C’est là qu’eut Jieu ce fameux 18 brumaire où Bonaparte, grâce à son frère Lucien, s’empara d’un pouvoir qu’il sut partager avec deux collègues afin de ménager la transition jusqu’au jour où, fort d’une volonté nationale habilement conquise, il put régner seul et sans contrôle. Saint-Cloud avait vu naître sa puissance; aussi Napoléon s’y plaisait-il au point d’en faire sa résidence d’été entre deux campagnes. C’est à lui qu’on doit la suppression des boudoirs de Marie-Antoinette, la construction d’une salle de théâtre au bout de l’orangerie et l’édification de la lanterne de Démosthène sur un point élevé du parc d’où l’on jouissait d’une vue étendue. C’est à Saint-Cloud qu’eut lieu en 1810 le mariage civil de Napoléon et de Marie-Louise au milieu d’un concours immense de princes, de généraux et de fonctionnaires empressés à lui plaire.
- Puis viennent les jours sombres de la débâcle. En 1815, les alliés sont devant Paris et Bliicher souille le lit de Napoléon à Saint-Cloud, « heureux dans son orgueil de déchirer avec.ses éperons les draperies impériales. Une meute de chiens qui le suivaient partout, occupait et dévastait les boudoirs de l’impératrice, et les livres de la bibliothèque jetés pêle-mêle sur les parquets attestaient son respect pour la civilisation. » A cette phrase de Vatout ajoutons la suivante que nous empruntons à H. de Saint-Albin : «.En, quittant Saint-Cloud qu’il avait pillé, Bliicher oublia dans ses bagages les portraits de la famille impériale) quelques tableaux de prix et même une pendule (déjà les pendules) qui a retrouvé son ancienne place depuis le second empire », mais qui doit avoir pris le chemin ded’Àllemagne en 1871. C'est à Saint-Cloud que fut signée la capitulation de Paris.
- La Restauration répara le château; Charles X aimait ce séjour; c’est là qu’il signa ces fameuses ordonnances de 1830 qui devaient lui coûter le trône .et c’est de là qu’il partit pour l’exil. Si Louis-Philippe préférait Neuilly, qui était plutôt la résidence d'un bourgeois enrichi que le palais d’un roi, du moins il ne négligea pas Saint-Cloud, il y fit de nombreux travaux de restauration, il en fit décorer les lambris par Alaux, Picot et Schelfer; pour ce palais il fit exécuter aux Gobelins, en tapisseries, les tableaux de Rubens; enfin, il perça de larges avenues dans le parc, fit reconstruire la grande cascade et tracer de nouvelles routes qui mirent en communication plus rapide Saint-Cloud et Versailles,
- Aucun événement ne s’est passé dans ce château pendant les dix-huit années du règne de Louis-Philippe, il ne devait pas en être de même pour celui de Napoléon III. C’est dans la galerie d’Apollon que le prince-président reçut les grands corps de l’Etat venant lui offrir la couronne impériale; c’est à Saint-Cloud que fut signée la déclaration de guerre à l’Allemagne; avènement et chute d’un souverain qui devait faire, suivant la formule consacrée, le bonheur et la gloire de la France! Pendant la guerre de 1870, le palais de Saint-Cloud fut pillé par les Allemands et brûlé le 28 janvier 1871 pendant que les plénipotentiaires des deux belligérants négociaient l’armistice. Cette destruction n’a sans doute eu d’autre but que de cacher les déprédations auxquelles s’étaient livrés nos ennemis; à ce point de vue elle était bien inutile. Nous devons nous estimer encore fort heureux que tous ces Vandales n’en aient pas fait autant de toutes les résidences qui sont tombées entre leurs mains. Depuis la guerre, le pàrc a été restauré, mais les batiments étaient dans un tel état de délabrement qu’on dut renoncer à y transférer, comme il en avait été question, l’Ecole polytechnique, et l’on a pris la résolution de démolir ces ruines lamentables. Telle est en quelques lignes l’histoire de Saint-Cloud ; n’aurions-nous pas pu donner à ce rapide résumé le litre de : Grandeur el décadence d'une résidence royale?
- Gaiîiîiei, M.vucei,.
- CHEMINS DE FER A GRANDE ALTITUDE
- DANS LES ANDES
- Nous avons examiné, dans un article précédent1, l'influence des conditions climatologiques sur la santé des voyageurs dans l’exploitation des lignes à grande altitude qui parcourent aujourd’hui les hauts plateaux des Andes; nous dirons maintenant quelques mots du matériel proprement dit, et des précautions qu’on a observées dans la construction de ces lignes si curieuses.
- L’extrême raréfaction de l’oxygène dans l’air, con-oouft évidemment à protéger les matières organiques et les métaux contre l’oxydation. L’excessive sécheresse de l’air agit aussi de son côté pour empêcher toute fermentation, et M. Legrand cite à cet égard le fait des nombreux cadavres d’animaux et même des restes humains qui se conservent entièrement desséchés, jusqu’à ce qu’ils tombent définitivement en poussière et soient emportés par le vent'. « Les rares plantes du désert, dit-il, ne fournissent point d’humus, les feuilles tombées se dessèchent et se transforment en poussière blanche, entourant la tige comme d’un tas de cendres. »
- On conçoit immédiatement avec quelle rapidité les assemblages en bois doivent se déformer dans ces conditions; aussi prévoit-on qu’on sera obligé d’y
- 1 Vfiy. n0 1008, du septembre 1802-
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- LA NAÎTRE.
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- renoncer définitivement, et de remplacer toujours le bois par le métal dans la construction des bâtiments comme dans celle du matériel roulant des chemins de fer; il en sera de même aussi pour les traverses.
- Une des principales difficultés que rencontre, d’autre part, la construction des lignes de grande altitude, tient à la nécessité de les protéger contre les tourbillons de vent et les avalanches de neige qui régnent dans le pays pendant la plus grande partie de l’année, huit mois environ. On se trouve amené ainsi à constituer des tunnels artificiels ou des galeries couvertes à flancs de coteaux, qui s’étendent parfois sur une grande longueur. Les frais de construction de ces tunnels dépassent souvent les frais de percement des galeries souterraines dans le rocher. M. Legrand estime que les tunnels artificiels de la ligne transandine dont nous parlerons plus bas atteignent ainsi une longueur de 50 à 60 kilomètres.
- On rencontre du reste, comme on sait, des exemples analogues de tunnels artificiels, mais moins développés, dans l’Amérique du Nord, à la traversée des Montagnes Rocheuses.
- Nous avons mentionné précédemment les quatre lignes principales qui traversent les Andes en se tenant ainsi dans une grande partie de leur parcours, aux limites extrêmes de l’atmosphère habitable ; nous ajouterons quelques détails sur les pays traversés par les deux lignes de Mollendo à Punho et d’Antolâgasta à Uyuni, et nous insisterons plus spécialement sur la dernière d’entre elles qui doit traverser complètement le continent américain en allant de Yalparaiso à Bue-nos-Ayres.
- La ligne de Mollendo à Punho traverse, au départ de Mollendo, un désert brûlant sur les flancs du volcan Misti qui forme un cône presque parfait dominant la contrée d’une hauteur de 5700 mètres.
- La première nuit, le train s’arrête à une distance de 150 kilomètres, à l’altitude de 2500 mètres à la station d’Arequipa, curieuse ville ruinée dont les monuments crevassés témoignent de la funeste activité du volcan.
- La seconde station nocturne est à Viscovaya, à l’altitude de 4500 mètres, dans une région presque constamment envahie par la neige 'ou fa gelée. Le point terminus, Punho, est situé dans une petite baie du lac Titicaca à l’altitude de 5925 mètres. Ce lac présente une superficie de 8000 kilomètres carrés ; il renferme plusieurs îles, entre autres l’île sacrée du même nom qui fut le berceau de Manco-Capac et de Manca Oella, sa femme, les premiers Incas. La navigation y est assez dangereuse, elle est assurée au moyen de deux petits bateaux à vapeur qu’il a fallu y transporter en tronçons légers et au prix des plus grandes difficultés.
- La ligne d’Antofagasta à Uyuni prolongée jusqu’à Oruro, qui doit atteindre ultérieurement La Paz, capitale de la Bolivie, est celle qui comporte, ainsi que nous l’avons indiqué, le parcours le plus considérable dans ces altitudes extrêmes, et elle tire, en outre, un intérêt particulier des grandes difficultés qu’a
- rencontrées la traversée du désert d’Alacama. Ce désert est riche en matières minérales, mines d’argent et de cuivre; on y rencontre aussi des gisements de guano; mais, dans la plus grande partie de son étendue, le sol est constitué en quelque sorte par de véritables lacs de borate de soude ; il est absolument desséché et privé de toute végétation. On n’y trouve aucun combustible, et l’eau elle-même y fait complètement défaut. On ne peut donc brûler sur la ligne d’autre houille, ni consommer d’autre eau que celles qu’apportent les trains eux-mêmes, seuls pourvoyeurs de ces régions désolées. A l’époque du voyage de M. Legrand, il n’v avait à Antofagasta d’autre eau utilisable dans les chaudières, que l’eau distillée de la mer, et c’est elle qui est ensuite répartie sur la ligne pour les besoins de l'exploitation. Une canalisation d’eau potable de 515 kilomètres de longueur, alors en cours d’exécution, et qui doit être aujourd’hui terminée, permettra de remédier dans une certaine mesure à ces graves difficultés.
- La traversée de certaines régions du désert, notamment dans la section de Salar del Carmen à Sierra Gorda, est excessivement pénible, même pour les voyageurs dans le train, à cause de la chaleur tor^ ride qu’il faut supporter; les rayons du soleil réfléchis par le sol uniformément blanc du désert venant frapper de tous côtés les parois du wagon qui s’avance dans une véritable fournaise. En d’autres points, à l’approche de la nuit, la température ^devient excessivement froide, la terre restitue à l’atmosphère la chaleur excessive quelle a absorbée pendant le jour : partout le même aspect nu et aride, d’une mer figée de borate de soude, sans aucune végétation.
- La voie est établie avec un écartement de 76 centimètres, les pentes qu’elle présente ne dépassent guère 50 millimètres par mètre. Parmi les ouvrages d’art, il convient de signaler le viaduc de Conclu à l’altitude de 5010 mètres, à une distance de 500 kilomètres de l’origine. C’est un pont en fer de 240 mètres d’ouverture traversant la vallée de la Loa qui peut être considéré, en raison des difficultés d’exécution qu’il a rencontrées, comme l’un des plus remarquables du monde.
- Aucune des lignes que nous venons de décrire ne traverse complètement les Cordillères, et ne peut donner la communication par voie ferrée entre les deux versants de la grande chaîne de montagnes.
- Il n’en est pas de même pour la dernière ligne, celle du Chili central, qui doit aller, lorsqu’elle sera terminée, de Yalparaiso à Buenos-Ayres à travers la chaîne des Andes, et relier ainsi pour la première fois, dans l’Amérique du Sud, les côtes de l'océan Pacifique avec celles de l’océan Atlantique.
- Cette ligne comporte trois sections principales : 1° celle de Valparaiso à Santa Rosa de los Andes au pied de la chaîne, et dont la longueur atteint 156 kilomètres ; 2° la section centrale non achevée allant de Santa Rosa dans le Chili, à Mendoza dans la République argentine par Uspallata et qui comporte la traversée proprement dite de la Cordillère; sa Ion-
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- LA NATURE.
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- gueur atteint 240 kilomètres; 5° la troisième section va de Mendoza à Buenos-Ayres par Villa Mercedes et San Louis, elle occupe un développement de 1200 kilomètres de longueur; elle est actuellement livrée à l’exploitation, ainsi que la première section qui traverse une partie importante du Chili.
- Nous représentons dans la ligure 1 le tracé de la section centrale, qui est la plus intéressante de toutes, en raison des grandes difficultés techniques que présente rétablissement d'une voie ferrée dans des régions tourmentées et à peine explorées.
- Il faut ajouter, en outre, qu’au moment de la fonte des neiges, les vallées sont parcourues par des torrents impétueux qui brisent les rochers en entraînant avec eux des blocs énor-
- mes et broient tout sur leur passage, ce qui oblige à consolider encore la ligne par des travaux exceptionnels.
- La traversée de la chaîne doit s’opérer par une série de cinq tunnels qui ne sont séparés que par des galeries latérales et des cheminées de ventilation, de
- sorte qu’ils constituent, en réalité, un tunnel unique de 15 kilomètres de longueur. Ce tunnel, situé à l’altitude de 2300 mètres, sera le plus élevé qui existe dans le monde après celui de Denver Rio Grande dans l’Amérique du Nord qui atteint 3415 mètres.
- La largeur de la voie est uniformémont de 1 mètre. Les deux sections extrêmes de la traversée, allant l’une, de Los Andes à une distance de 25 kilo-
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- Kilomètres
- Fig. 1. — Ligne de Yalparaiso à Buenos-Ayres. Vue de la section centrale, à la traversée de la chaîne des Andes, de Santa-Rosa à Mendoza.
- Fig. 2. — Vue intérieure de l’usine de compression d’air de Las Cuevas sur le côté argentin, actionnée par l’usine électrique de Navaro à 3 kilomètres de distance.
- mètres du côté chilien, et l’autre de Mendoza à une distance de 135 kilomètres sur le côté argentin, n’ont pas des pentes supérieures à 25 millimètres, elles sont desservies par simple adhérence. La section du milieu, terminée seulement en partie, va du kilomètre 135 à partir de Mendoza jusqu’au kilomètre 205 ; elle présente des rampes de 25 millimètres en simple adhérence et de 80 millimètres en cré-
- maillère. Cette section doit être desservie par des machines mixtes du type Abt qui pourraient, îi la rigueur, s’appliquer également sur les deux sections extrêmes.
- Les travaux d’exécution, surtout en ce qui concerne le percement des tunnels, ont présenté, comme nous l’avons dit plus haut, des difficultés exceptionnelles, et nous avons cru intéressant de donner
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- Fig. 3. — Chemin Cette usine
- de fer de V;dparaiso à Buenos-Ayres.'Percement des tunnels des Andes. Vue de l’usine électrique de Juueal installée à l’altitude de 2200 mètres sur le cote chilien, fournit l’effort moteur aux deux usines de compression de l’air à 7 kilomètres de distance (B et C). — A. Vue extérieure d’une de ces usines de compression.
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- quelques détails à ce sujet d’après une Notice publiée par l’ingénieur en chef de la ligne, M. Sehatz-mann, dans la Revue générale des chemins de fer.
- À partir de Mendoza jusqu’à la Cordillère, la ligne suit le cours du Rio Mendoza qu’elle traverse à plusieurs reprises, dans une vallée étroite et tortueuse, et dont le régime torrentiel a nécessité des travaux d’enrochement considérables pour protéger les remblais contre les crues exceptionnelles. Au delà d’Us-pallata, au kilomètre 91, elle atteint la vallée du Rio Rlanco qu’elle suit jusqu’au kilomètre 155. Cette partie est une des plus ardues de la ligne en raison des éboulements continuels qui se produisent dans les rochers, et de la nécessité de se prémunir contre les crues. De même, dans la partie centrale, on a dû abriter la ligne contre les avalanches de neige qui sont très fréquentes, par les tunnels artificiels dont nous parlons précédemment. On s’est attaché en outre, pour éviter l’accumulation des neiges, à profiter des plateaux largement exposés au vent.
- Pour diminuer le développement de la ligne dans la section centrale, qui occupe 70 kilomètres, on a adopté la crémaillère sur huit sections représentant un parcours total égal à la moitié, soit de 55klli,871. Dans ces parties, les travaux d’exécution sont moins importants que dans les autres sections, en raison des facilités spéciales que donne l’adoption des pentes élevées compatibles avec la crémaillère pour s’adapter au relief du sol : c’est évidemment l’avantage caractéristique de cette disposition mixte, dont nous avons déjà signalé précédemment, du reste, une application analogue sur les voies ferrées de file de Sumatra h
- La section chilienne à simple adhérence va de Rio Rlanco à los Andes ainsi que nous l'avons indiqué, elle, a une longueur de 25 kilomètres avec pente maxima de 25 millimètres. Cette section a exigé des travaux d art importants nécessités en partie par les nombreux canaux d’irrigation qu’elle traverse. Elle franchit la vallée de l’Aconéagua au moyen de quatre tunnels creùséâ dans un rocher d’une dureté extraordinaire,‘d’un viaduc et d'un pont.
- La traversée de la Cordillère constitue le travail le plus important, et nous y insisterons plus spécialement!' Elle doit s’opérer, par un long tunnel composé, en réalité, de cinq souterrains ayant chacun leur débouché particulier. Cette disposition de tracé permet de multiplier les fronts d’attaque, et elle activera ainsi grandement l’avancement qui est nécessairement limité dans une région où la raréfaction de l’air diminue dans une proportion énorme l’effet utile qu’on peut attendre des ouvriers. En dehors des attaqués de tête de chaque tunnel, qui ont commencé le 5 décembre 1889 pour le tunnel de la Cumbre, on a pu disposer neuf galeries latérales rejoignant le tracé et augmentant le nombre des fronts de taille.
- Au 1er décembre 1890, les travaux ont été sus-Yoy. n° 975, du 9 février 1892, p. 145.
- pendus par suite des difficultés financières que traverse la République argentine; l'avancement obtenu à cette date était de 1500 mètres, donnant une moyenne de 24m,71 par mois d’attaque normale.
- Le percement s’opérait en employant des perforatrices à air comprimé du type Ferroux ; la force motrice était fournie par des turbines actionnées par des venues d’eaux empruntées aux torrents de la montagne, et elle était amenée aux divers chantiers sous forme d’énergie électrique.
- Sur chacun des deux flancs de la chaîne, est installée une véritable usine d’électricité, dans laquelle ces turbines actionnaient des dynamos qui fournissaient le courant moteur ; celui-ci était transmis aux dynamos réceptrices commandant des compresseurs d’air qui fournissent aux perforatrices l’air sous pression nécessaire, et ce n’était pas une des moindres curiosités de l’exécution de cette ligne audacieuse que l’installation de ces usines à l’altitude de 2200 mètres dans des' régions désertes et inconnues jusque-là. Sur le côté chilien, le transport électrique est effectué à une distance de 7 kilomètres, et sur le côté argentin à 5.
- D’après les calculs de M. Schatzmann, cette disposition, compliquée seulement en apparence, qui, en réalité, donnait à l’installation une grande souplesse, assurait cependant un rendement relativement élevé; le minimum était de 0,654 et il devait atteindre 0,70 d’après les constructeurs.
- L’usine du côté chilien est établie à Juncal,à7 kilomètres des chantiers, elle fournissait une puissance de 800 chevaux actionnant deux stations de compresseurs commandant seize perforatrices, et donnant en même temps l’énergie nécessaire pour les opérations accessoires, éclairage électrique, transmissions diverses dans l’atelier. Chaque perforatrice absorbe, en temps normal, une puissance de 25 chevaux qui était comptée à 50 pour faire face à l’imprévu.
- Les éléments de force, turbines et dynamos, avaient été fixés à 80 chevaux afin d’avoir des machines d’un poids facile à transporter. •
- L’eau est amenée dans l’usine motrice par deux conduites jumelées d’une longueur de 1520 mètres donnant une hauteur de chute de 170 mètres, ce qui permet d’assurer à chaque turbine une vitesse de rotation de 700 tours à la minute, égale à celle de la dynamo qu’elle actionne, et permet ainsi de les accoupler sur un arbre unique.
- L’installation de l’usine motrice de Juncal, à l’altitude de 2200 mètres, est représentée dans la figure 5 : nous avons supposé la toiture du bâtiment enlevée afin de pouvoir montrer la vue intérieure, tout en représentant l’aspect d’ensemble dans la montagne. Dans l’angle de la figure, nous avons représenté la vue extérieure de l’atelier de compression dont la figure 2 donne la vue intérieure. L’usine motrice occupe un bâtiment de 26 mètres de longueur sur 10 mètres de largeur, renfermant dix turbines de 80 chevaux accouplés directement à dix dynamos de même puissance disposées symétriquement de chaque
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- coté de la conduite, et réunies en deux groupes, un de six machines pour la station de Juncalillo dont les compresseurs actionnent dix perforatrices, et un de quatre, pour celle de Calavera qui en comporte six.
- Le transport de force motrice s’eifectue par trois circuits indépendants, correspondant d’ailleurs à trois régulateurs automatiques agissant sur les turhines.
- Celles-ci sont du type Escher AVyss à axe horizontal, avec roues de 0m,60 et vannage réglable à la main.
- Les câbles du transport de l’électricité sont en fil de cuivre isolés, et enveloppés de plomb; on les a enterrés dans le sol d'une profondeur de 0m,o0, pour ne pas les exposer aux tempêtes violentes des hautes régions. Les câbles de Calavera comprennent 49 tils d’une section utile de 175 millimètres carrés; ils peuvent supporter 1600 volLs.
- Dans la station d’arrivée, les dynamos réceptrices de la puissance de 60 chevaux actionnent, au moyen d'une transmission à courroie intermédiaire, quatre groupes de compresseurs d’air à deux cylindres chacun, marchant à 180 tours par minute. Enfin une petite dynamo spéciale de 10 chevaux assure l’éclairage électrique. L’air fourni par les quatre groupes compresseurs est emmagasiné dans un réservoir duquel part la conduite du souterrain allant aux perforatrices. Celles-ci sont réunies, au nombre de six, sur un affût commun du poids de 5 tonnes, dont le déplacement est obtenu malgré la pente de 80 millimètres donnée à la galerie pour faciliter l’évacuation des eaux, au moyen d’un petit treuil spécial à air comprimé. La pression de marche des perforatrices est de 5 kilogrammes effectifs.
- Sur le côté argentin, l’installation adoptée était fondée sur le même principe, et nous n’y insisterons pas; l’usine motrice installée à Navaro comporte quatre turhines donnant 80 chevaux à 600 tours; celles-ci actionnent huit dynamos génératrices de 40 chevaux, accouplées deux à deux sur l’arbre de la turbine, de chaque côté de celle-ci.
- L’atelier de compression, à 5 kilomètres de distance, à Las Cuevas, comprend huit dynamos réceptrices de 50 chevaux et quatre groupes de compresseurs; une dynamo de 10 chevaux alimente, en outre, l’éclairage électrique. On n’a pas pu adopter les dynamos de 60 chevaux, comme on l’a fait du côté chilien, car il aurait été impossible de les transporter. Cet atelier est représenté dans la figure 2.
- 11 y a lieu de penser que le percement des tunnels ne sera pas repris prochainement; mais, fout incomplet qu’il reste jusqu’à présent, pour des causes entièrement étrangères du reste aux considérations techniques, ce travail n’en fait pas moins grand honneur à tous les collaborateurs, ingénieurs et ouvriers qui en ont poursuivi l’exécution au prix des plus grandes fatigues et au milieu de difïi-eultés qui auraient pu paraître insurmontables; il mérite d’ôtre classé parmi les œuvres les plus remarquables de l’art de l’ingénieur à notre époque.
- L. B.
- PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- EX FÉVRIER 1893
- La plus grande curiosité astronomique de février sera l’élévation considérable de la Lune au-dessus du point sud de l’horizon. Le samedi 25 février celte élévation atteindra, à Paris, 69 degrés; nous recommandons de l’observer vers 8 heures du soir. A Dunkerque, ce sera 71 degrés, à Askersund (Suède), 80 degrés environ.
- Pour les personnes qui ont des lunettes tant soit peu fortes, une observation intéressante sera celle de Mercure en plein jour, aux environs du jeudi 16 février. Ce dernier jour, Mercure va passer derrière le Soleil, mais à près de 7 degrés (de 15 à 14 fois le diamètre de la Lune) plus bas dans le ciel. On devra donc, en plein midi, en cherchant à cette distance au-dessous du Soleil, trouver un petit disque pâle qui sera la planète Mercure. 11 a été vu à une bien plus petite distance du Soleil que celle-là.
- Une autre curiosité, de février, c’est que le Soleil sera assez loin de s’v trouver au milieu du ciel quand les montres et les horloges marqueront douze heures (on aura bien tort de dire alors midi). Le 10 février, le Soleil ne sera au méridien que quand les montres et horloges marqueront 14 minutes et 26 secondes et demie après douze heures. En sorte que ce jour-là, en se fiant aux montres, la matinée sera de près d’une demi-heure plus courte que la soirée. En effet, levé à 7h 19, le Soleil se couchera à 5h10; on aura donc bien, de 71119 du matin à midi, 4h41 de matinée,,et de midi à 5h10, il y aura 5h10de soirée, c’est-à-dire 29 minutes de plus que pour la matinée.
- Joseph Vinot.
- NOUVEAUTÉS PHOTOGRAPHIQUES
- Obturateur Otto Lund. — Nous avons souvent parlé à nos lecteurs de la station physiologique du parc des Princes où le savant l)r Marey et son préparateur M. Ilenienij ont fait, au moyen de la photographie, une série d’études connues aujourd’hui du monde entier1 .Le laboratoire où les premiers essais ont été faits était entièrement à créer, et les appareils imaginés par les opérateurs furent construits au fur et à mesure de leurs besoins par un habile mécanicien attaché au laboratoire, M. Otto Lund. C’est pour la continuation des études faites à la station physiologique qu’il a construit, à la demande de M. le Dr Marey, le type d’obturateur que représente la gravure ci-contre (fig.l). 11 a cherché à donner le temps de pose le plus court possible tout en permettant de faire varier la vitesse, de faire même la pose, et surtout d’avoir un instrument solide. Le maximum de vitesse qu’on peut obtenir dans les appareils de ce genre dépend principalement de la force du ressort moteur. Or, cette force est limitée par la solidité des matériaux employés à la construction des pièces mobiles du système, lesquelles doivent être légères et sont destinées à être arrêtées brusquement dans leur course ; c’est là une des difficultés du problème des obturateurs très rapides. M. Otto nous paraît
- 1 Vov. Tables des madères des précédents volumes.
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- LA NATURE.
- avoir approché delà solution d’une façon ingénieuse. Son appareil est basé sur le principe de la double guillotine, c’est, celui qui donne les meilleurs résultats puisque le centre de l’objectif est le premier découvert et le dernier refermé ; on sait que dans ce genre d’obturateur les lames obturatrices sont percées d’une fenêtre chacune et l’ouverture de l’objectif est complète lorsque, par le glissement de lames l’une sur l’autre, les deux fenêtres coïncident ; il y a avantage à faire ces ouvertures rectangulaires parce que, pour une même vitesse, la partie centrale de l’objectif se découvre dans des conditions plus favorables que si elles sont circulaires. Notre gravure représente des ouvertures circulaires, mais le constructeur peut les varier facilement. Il y a un grand nombre d’obturateurs basés sur ce principe. Ce qui caractérise celui-ci, c’est le mode d’attache des lames, qui permet de les arrêter sans quelles viennent heurter un butoir fixe. Elles pivotent autour d’un axe E (fig. I, n° 2) et le mouvement lui est transmis par deux tringles, solidaires d’une tige T (fig. 1, n° I) qui ont leurs points d’attache l’une en dessus, l’autre en dessous de l’axe de rotation. On comprend en examinant le n° 5 de la figure 1 que si les deux tringles sont poussées en même temps, vers la gauche, par exemple, la lame L ayant son point d’attache en C ira vers la droite, tandis que la lame M attachée en I) ira vers la gauche; de plus, le mouvement sera limité par la longueur des tringles, ce sont elles qui supporteront tout le travail de l’arrêt, en même temps que les disques C et D sur lesquels sont montées les lames et qui, eux, peuvent avoir toute la solidité désirable; quant aux lames, cette disposition permet de les faire en papier si on le désire puisqu’elles ne rencontrent aucun obstacle à la fin de leur course. Le mouvement est communiqué à la tige T, de laquelle les tringles sont solidaires, au moyen d’un ressort R, préalablement bandé par la manœuvre de la manette A (fig. 1, n° 1). Un système d’enclenchement YS (fig. 2, n° 2) permet de maintenir ce ressort bandé jusqu’au moment où on appuie sur un bouton B soit à la main, soit au moyen d’une transmission pneumatique. Une clef qui dépasse à l’extérieur de la boîte dans laquelle est renfermé tout le mécanisme, permet de tendre ce ressort plus
- ou moins.M. Otto dispose, en outre, contre les lamelles, un système de diaphragme iris qu’on manœuvre de l’extérieur au moyen d’une aiguille parcourant un secteur gradué en fonction du foyer de l’objectif.
- Châssis-magasin pour pellicule». — Tousnos lecteurs photographes connaissent les moyens déjà employés pour rendre facile l’emploi des pellicules sensibles vendues en rouleau. Une longue bande est ainsi emmagasinée dans un châssis ad hoc qui permet defaireun grand nombre de clichés sans rechargement.
- Mais certains fabricants livrent les plaques souples en morceaux coupés dans les dimensions les plus usitées; telles sont, par exemple, les plaques souples de M. Balagny fabriquées par la maison Lumière. Afin de mettre entre les mains des amateurs un instrument qui lui rende les mêmes services que le châssis à rouleau, M. Balagny a eu l’idée d’employer un châssis à rideau dans lequel la substitution d’une pellicule neuve à celle qui vient d’être utilisée, se fasse automatiquement par le mouvement même du rideau. Il a soumis cette idée à M. Ecker, ébéniste et en même temps mécanicien fort habile, qui, après de nombreux essais, est arrivé à la rendre tout à fait pratique et vient de terminer le modèle définitif que représente notre gravure (fig. 2). L’appareil se compose d’un châssis, muni d’un rideau R, se plaçant comme à l’ordinaire sur la chambre noire et dans lequel on a 24 plaques souples en réserve. Celles-ci ont été au préalable glissées dans des chemises spéciales en un tissu noir imperméable à la lumière entouré de bandes d’acier très souple et portant à l’une des extrémités un petit recouvrement métallique sous lequel peut s’engager facilement une griffe dont nous parlerons plus loin. Les 24 chemises étant placées dans l’appareil viennent s’appuyer sur une feuillure H EF, et la première se trouve au point précis où elle doit être impressionnée. On peut manœuvrer le rideau à volonté pour poser, le fermer ou le rouvrir autant de fois qu’on veut sans pour cela changer la plaque. Ce changement ne se fait que si l’opérateur le désire et après quelques manipulations que nous allons expliquer. En poussant une clef B dans le sens indiqué par la flèche, on produit des effets multiples : le compteur, I qu’on voit sur le côté de l’appareil, indique quelle
- Fig. 1. — Obturateur de M. Otto Lund.
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- est la plaque qu’on va exposer; la partie F de la feuillure, reliée à un petit pignon À, se sépare du reste de manière à laisser une certaine liberté entre les plaques; enfin, deux petits couteaux (non représentés sur la gravure) viennent séparer, du reste du paquet, la plaque destinée a être changée. Une fois ce mouvement fait, le châssis étant supposé monté sur la chambre noire, il n’y a plus qu’à tirer le rideau pour l’ouvrir.
- Celui-ci entraîne avec lui un parallélogramme CL qui porte la griffe dont nous avons parlé plus haut et qui se compose de deux petits crochets, dont l’un G est visible sur la figure.
- Dès que les plaques n’ont plus été maintenues par la feuillure F, ces crochets se sont engagés sur la bande métallique placée au haut de la chemise, celle-ci est donc entraînée avec le rideau et vient se placer la dernière du paquet. Pour assurer ensuite la mise au point, on replace le bouton R à sa position primitive, ce qui remet en place la partie F de la feuillure.
- Au moyen de la clefI),on faitavan cer tout le fond P du châssis qui vient presser sur tout le paquet ; ce fond mobile est relié à de forts ressorts T qui lui permettent de reprendre sa position primitive lorsque la clef D a été ramenée en arrière.
- Ces manipu-
- Fig. 2. — Châssis-magasin pour pellicules.
- Fig. 3. — Cliâssis-magasiu pour glaces ou pellicules.
- lations sont plus longues à expliquer qu’à exécuter et nous ne chercherons pas du reste à en donner tous les détails. Nous voulions seulement faire comprendre le principe du système qui est fort ingénieux. L’appareil que nous avons eu entre les
- mains et qui était fait pour une chambre 15 X 21 manœuvrait parfaitement. Nous pensons que ce châssis pourra surtout rendre des services pour les
- grandes dimensions où le poids des glaces et le volume des châssis multiples deviennent une véritable gêne, surtout en voyage.
- Châssis- in a g a s i n pour glaces ou pellicules. — Voici dans le même ordre d’idées un autre genre de magasin qui est fait plus spécialement en vue des glaces, mais peut servir aussi pour pellicules si celles-ci ont été au préalable placées dans des châssis métalliques.
- L’idée n’est pas nouvelle et a déjà été mise en pratique par bien des constructeurs, mais MM. Seguy et Lambert l’ont perfectionnée dans l'application qu’ils viennent d’en faire. La chambre noire est munie d’un châssis simple unique A (fig. o) qui porte un volet destiné â être ouvert au moment de la pose comme pour tous les
- châssis; il porte, en outre, une petite languette métallique B qui recouvre une ouverture par laquelle on introduit les glaces. Celles-ci ont été placées préalablement dans un magasin M, muni de rainures pour les séparer les unes des autres; sur la partie supérieure de ce magasin, coulisse une planchette DE qui porte une ouverture de la longueur et de une vanne, manœuvrée
- l’épaisseur d’une glace ; par un bouton V, ferme hermétiquement cette ouverture. Deux glissières disposées en C permettent de maintenir le châssis A dans la position indiquée sur la figure. On comprend facilement le fonction-
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- LA N ATI! RL.
- nenient : le châssis A, étant supposé vide, si l’on veut prendre la glace n° \, on tirera la languette B, puis on fera glisser la planchette DE jusqu’à ce que la lente se trouve en regard de la glace qu’on veut prendre, ce qui est facilité par les numéros gravés sur le côté de l’appareil ; on retournera le tout sens dessus dessous, puis on ouvrira la vanne en tirant le bouton Y ; la glace tombera dans le châssis par son propre poids. On ferme alors la languette B et on retire le châssis pour le mettre sur la chambre. Après l’exposition on remet la glace en place dans le magasin par une opération inverse à la précédente.
- On voit que rien n’est plus simple que la construction et le maniement de cet appareil.
- G. Ma UE sc H.VL.
- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DES WAGONS
- DE LA COMPAGNIE DES CHEMINS I)E FER DU NORD
- La Compagnie des chemins de fer du Nord a résolu d’installer l’éclairage électrique dans ses wagons des différentes classes.
- L’éclairage est obtenu au moyen de lampes à incandescence de 6,8 et 10 bougies, respectivement pour les voitures de troisième, deuxième et première classes. Ces lampes consomment environ 5 watts par bougie, sous une différence de potentiel de 50 volts, et ont une durée minima de trois cents heures. Elles sont fixées, avec la douille qui les maintient et leur réflecteur en tôle émaillée, sur un support en bois que l’on peut très aisément disposer à la place de la lampe à huile actuelle. Il est ainsi facile de substituer l’éclairage à huile à l’éclairage électrique.
- Les canalisations sont constituées par des fds spéciaux fixés sur les voitures, à l’aide de pattes en zinc soudées et par des fils de dérivation venant aboutir à un bloc en bois noyé dans le plafond de la voiture, près de l’ouverture de la lanterne. Aux deux extrémités des voitures se trouvent des commutateurs, que l’on peut manœuvrer des marchepieds, et qui permettent de fermer ou d’ouvrir les circuits pour l’allumage, l’extinction
- Lampe à incandescence pour l’éclairage des wagons.
- ou la charge des accumulateurs.
- L’énergie électrique est fournie aux lampes par des accumulateurs qui sont chargés dans les usines spéciales de la Compagnie. Les accumulateurs sont au nombre de 16 par voiture, renfermés par groupes de 2 dans des boîtes portatives. Ces dernières sont disposées en dessous dans des boîtes suspendues aux longerons du véhicule parallèlement aux voitures. On peut facilement y accéder du côté des marchepieds.
- Les accumulateurs appartiennent au type Laurent-Cély, construit par la Société anonyme pour le travail électrique des métaux, à Saint-Oueu (Seine). Ils comprennent chacun 9 plaques, 4 positives et 5 négatives, placées dans un vase en ébonitc pouvant en contenir 11. Chaque plaque a une épaisseur de 6 millimètres, 100 millimètres de largeur et 200 millimètres de hauteur, et un poids de 900 grammes. Le poids des plaques par élément est donc de 8kE,100, et
- de 12kB,750 avec tous les accessoires et le liquide. En comptant une capacité minima de 14 ampères-heure par kilogramme de plomb, la batterie a donc une capacité totale de 115,4 ampères-heure. Le poids total des 16 éléments est, tout compris, de 240 kilogrammes; il faut ajouter 150 kilogrammes pour les caisses placées sous les voitures. Chaque batterie permet une durée d’éclairage de vingt-huit à trente heures pour 4 lampes de 10 bougies dans une voiture.
- Les dispositions précédentes sont, comme on le voit, très simples et se prêtent à une application pratique. Mais il importe également de se rendre compte si les dépenses ne sont pas élevées et ne s’opposent pas à la réalisation d’un tel éclairage. C’est la question que nous allons examiner maintenant.
- Les principales dépenses à considérer sont des dépenses d’établissement, des dépenses d’intérêt et d’amortissement du capital, et des dépenses d'exploitation.
- Pour une voiture de première classe, les dépenses d’établissement s’élèvent à 725 francs, dont 462 francs pour 16 accumulateurs à 9 plaques avec 8 boîtes, 120 francs pour 4 caisses fixes avec ferrures pour accessoires, 17 francs pour 2 commutateurs, 50fr,60 pour les quatre supports de la lampe, 8 francs pour les 4 lampes à incandescence, 21f,',60 pour les 4 contacts à ressort, et 65fr,80 pour les câbles de raccordement et la pose. Ce prix doit être majoré de 15 et 50 francs pour les voitures de deuxième et troisième classes.
- Sans entrer dans tous les détails des calculs, nous pouvons dire que les charges du capital, dépenses d’intérêt et d’amortissement, sont de 0fr,0048 par lampe-heure de 10 bougies, en comptant un nombre d’heures d’éclairage annuel de 2190.
- Les dépenses d’exploitation sont les suivantes : l’énergie nécessaire à alimenter pendant une heure une lampe de 10 bougies coûte 0fr,0091, rendement en ampères-heure de l’accumulateur compté à 85 pour 100, et en prenant 0fr,20 pour prix moyen du kilowatt-heure à la sortie des usines de la Compagnie du Nord. La redevance annuelle pour l’entretien, le renouvellement des plaques des accumulateurs et des accessoires* est de 10 pour 100. La dépense d’entretien est alors de 0fr,0055 par lampe-heure de 10 bougies. En prenant une durée minima de 500 heures et un prix de 2fr,25 par lampe, on trouve poulies frais de renouvellement des lampes une dépense de 0fr,0075 par lampe-heure de 10 bougies. La manutention des accumulateurs revient à 0fr,0055 par lampe heure également.
- Les dépenses totales d’exploitation sont donc de 0fr,0091 pour la fourniture de l’énergie, de 0fr,0055 pour l’entretien, de 0fr,0075 pour les lampes, de 0fr,0055 pour la manutention des accumulateurs, soit, au total 0tr,0252 par lampe-heure de 10 bougies. Cette dépense ajoutée aux charges du capital donne 0(r,050.
- La lampe à l’huile à bec rond des voitures de première classe, employée jusqu’ici, a une puissance lumineuse de 7 bougies, et cause une dépense de 0fr,058, tous frais compris, par lampe-heure. Avec l’éclairage électrique, les dépenses ne sont que de 0fr,050. Il en résulte donc une économie de 0fr,008 par lampe-heure, pour une puissance lumineuse supérieure de 5 bougies.
- C’est avec plaisir que nous enregistrons cette nouvelle application de l’électricité dans les chemins de fer de la Compagnie du Nord; elle assurera tout à la fois une économie et un meilleur éclairage. J. Laffargue.
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- CHRONIQUE
- Allongement «l’un barreau aimanté. — On
- sait que Joule a signalé ce fait qu’un barreau de fer doux, placé dans un champ magnétique, s’allongeait par suite de l’aimantation. On sait aussi que Wertheim et G. Wie-demann ont, plus tard, repris cette étude, soit en amplifiant mécaniquement la dilatation par des leviers, soit en la mesurant directement à l’aide d’un microscope. Depuis lors, M. Alphonse Berget a repris celte expérience avec un dispositif susceptible de fournir des mesures précises, dispositif dont il donne une description détaillée et dans lequel il utilise les franges des lames minces que M. Fizeau a mises à profit pour mesurer les dilatations thermiques des cristaux. Il a pu ainsi constater que lorsqu’on excitait le champ magnétique, on voyait immédiatement un déplacement des franges, et que celles-ci reprenaient leur position primitive aussitôt qu’on interrompait le courant. L’effet, dit-il, est instantané et ne saurait se confondre avec la dilatation thermique de la barre sous l’influence des aimantations et désaimantations successives, attendu que ce dernier effet amène un déplacement très lent des franges et toujours dans le même sens.
- Destruction «les pilotis ps»r les tards. — M. de Lacaze-Duthiers a signalé à la Société nationale d’agriculture les dégâts qu’il lui a été donné de constater pendant les travaux nécessaires à l’établissement d’un batardeau à Banyuls. L'auteur du mal est le taret, une petite huître dont la coquille est garnie d’aspérités agissant comme des limes, perçant les bois les plus durs. En moins d’une année, les pilotis et les planches employés pour la construction des batardeaux, ont été détruits. M. de Lacaze-Duthiers a fait passer des fragments de bois atteints sous les yeux de ses confrères; ce ne sont là, du reste, que des faits très connus. M. de Lacaze-Duthiers se réserve d’en étudier certaines particularités. M. Bouquet de la Grye a indiqué, à ce propos, que l’Administration de la marine, pour arrêter l’œuvre de destruction des tarcts, les combat par 1 eau douce qu’elle fait alterner dans ses bassins avec l’eau de mer. M. Émile Blanchard ne croit pas que ce procédé soit efficace. Il a pu constater sur des pilotis de la basse Seine baignant dans de l’eau saumâtre des dégâts de tarets. M. de Lacaze-Duthiers a signalé l’emploi par des pêcheurs de la Méditerranée, pour préserver leurs bateaux, d’enduits spéciaux qui sont d’un très bon effet.
- Kclipse «le lune observée au Tonkin. — Nous avons parlé dans notre précédente livraison de l’éclipse de lune1 observée à Hanoï dans la nuit du 4 au 5 novembre 1892. Un de nos lecteurs de IIaïphong,M. A. Fausse-magne, complète, par des détails très pittoresques, la description toute scientifique que nous avons donnée du phénomène astronomique. « L’éclipse, dit notre correspondant, a commencé à 9 heures du soir jetant à travailler à mon bureau, j’entends dehors un bruit insolite, de tam-tams et de gongs en cuivre. Je sors immédiatement et je demande à une vieille femme indigène qui sert de domestique : « Pourquoi tout ce bruit? » — Elle me répond d’un air effaré en me montrant la Lune, et en me disant dans son jargon moitié français, moitié annamite: « Monsieur, elle va fillé tout tout (elle va mourir), elle va être mangée par les betes. » Une légère échancrure commençait en effet à cacher la Lune, dont la couleur prenait une magnifique teinte rouge. Les Annamites expliquent l’éclipse en disant que l’astre est dévoré par une nuée de saute-
- 1 Yoy. n° 1024, du 14 janvier 1895, p. 100.
- relies. Les Chinois prétendent que c’est un immense dragon qui avale la Lune. Aucun d’eux ne comprend le phénomène, à parties lettrés, bien entendu. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 janv. 1893.— Présidence efcM.de Lacaze-Duthiers
- V amélioration des fumiers. — Après avoir rappelé les recherches de MM. Muntz et Girard sur les déperditions d’azote dans le fumier, par lesquelles ils ont montré que les pertes s’effectuent surtout dans les étables et qu’elles peuvent être un peu atténuées par l’abondance de la litière, M. Dehérain communique les conclusions auxquelles, sont arrivés ces deux savants, relativement au moyen d’arrêter le dégagement d’ammoniaque. On peut obtenir ce résultat, soit par l’emploi d’une litière appropriée, soit par l’adjonction de substances chimiques capables d’exercer une influence sur la fixation de l’ammoniaque. La matière éminemment propre à la confection de litières absorbantes paraît être la tourbe, si abondante dans le nord de la France, d’où elle est expédiée en grande quantité, et qu’on trouve d’ailleurs abondamment sur plusieurs points de notre pays; elle a une aptitude bien plus grande que la paille à retenir l’ammoniaque; c’est une excellente litière. Les terres de bois ou de bruyère, et même les terres ordinaires, répandues sur la litière, arrêtent également l’ammoniaque; quand elles sont sèches, elles fournissent un coucher sain pour les animaux. Dans le cas où l’on n’a pas de paille à sa disposition, il y a par suite grand avantage à se servir de litières de tourbe ou de litières terreuses. Quant aux produits chimiques, tels que sulfate de fer, superphosphate dont l’usage est fréquemment préconisé, MM. Muntz et Girard montrent que leur emploi n’est pas économique, car ils sont partiellement immobilisés par les bases fixes contenues dans le fumier. Il faut en employer de très grandes quantités pour obtenir un effet appréciable, et l’achat de ces matières est très onéreux. Un peut donc utilement conseiller aux agriculteurs qui disposent de la paille de leurs récoltes pour leurs étables, d’associer à la paille des terres riches en humus dont quelques pelletées jetées sur la litière, forment une couche qui entrave efficacement le dégagement de l’ammoniaque.
- Le rôle des huiles grasses dam les graines. — M. Duchartre analyse une note de M. Mesnard relative à la localisation et à la fonction des huiles grasses dans les graines en germination. L’auteur a imaginé et appliqué dans ce but une méthode extrêmement précise qui lui permet- de mettre en évidence les plus petites gouttelettes d’huile grasse. Il a opéré sur diverses graines de dicotylédones telles que ricin, arachide, courge, colza, ainsi que sur plusieurs graminées, blé, maïs, etc. M. Mesnard a reconnu que les huiles grasses accompagnent toujours les albuminoïdes et que pendant la germination elles sont employées par la graine, de même que les albuminoïdes, pour le développement des nouveaux tissus. Elles n’occupent pas des tissus spéciaux chez les dicotylédonés, tandis que dans le blé, le maïs, on ne le trouve que dans l’embryon et dans l’écusson qui en dépend : elles manquent dans l’albumen farineux, sauf dans sa couche externe dite couche à gluten.
- Procédé de dosage du phosphore. — On sait combien la présence de petites quantités de phosphore dans le fer, la fonte et l’acier, influent sur la qualité du métal, aussi a-l-on imaginé de nombreuses méthodes pour doser le
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- LA N AT U UE.
- phosphore ; M. A. Carnot vient d’en imaginer une extrêmement précise basée sur le phospho-molybdate. Il a d’abord établi que ce corps, contrairement à l'opinion communément admise, présente une composition parfai-tementdéfinie et fixe : il ne renferme que 0,015 pour 100 de phosphore, de telle sorte qu’il fournit un moyen de dosage extrêmement précieux. M. A. Carnot indique en outre un moyen commode pour se débarrasser du carbone et du silicium.
- Les mouvements natatoires de la raie. — M. Marey a appliqué à la décomposition des mouvements natatoires de la raie ses procédés de photographies instantanées se succédant à des intervalles de 1/10 de seconde, de manière à saisir l’animal dans toutes les positions qu’il occupe successivement. 11 présente deux recueils de planches, l’un montrant la raie nageant de face, et l’autre de profil. L’auteur fait remarquer l’analogie frappante que l’on constate entre le mouvement des grandes nageoires et celui des ailes de l’oiseau pendant le vol.
- Un peut dire réellement que la raie ne nage pas dans l’eau, mais qu’elle vole. Cette attitude d’ailleurs n’avait pas échappé à quelques naturalistes.
- Varia. — M.
- Daubrée lit une Notice biographique sur le célèbre minéralogiste russe Kokcharoff, décédé le 2 janvier dernier, à l’àge de soixante-quinze ans. — M. Charles Henry est parvenu, à l’aide de son photomètre basé sur la phosphorescence du sulfure de zinc, à mesurer la plus petite quantité de lumière que l’on peut percevoir; il trouve un nombre prodigieusement faible, quelques milliardièmes de bougie. — M. Hansen envoie une note sur les conifères récemment introduits en Danemark. — M. Tannery publie douze lettres de Üescartes dont le texte a été altéré dans l’édition de Cousin. — A quatre heures, comité secret pour la discussion des titres des candidats à la place laissée vacante dans la section de géographie et de navigation, par le décès de M. l’amiral Jurien de la Gravièrc.
- Cil. DE Vil I.F.DEU1L.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE1 ŒUF ET FOULARD
- Yoici, dans un coquetier, un œuf que l’on recouvre d’un chapeau; d’autre part, le prestidigitateur
- 1 Voy. n° 1022, du 51 décembre 1892, p. 80.
- roule un petit foulard de soie entre ses mains, comme le montre notre figure 1 ; dès que le foulard ne paraît plus au dehors, les mains s’ouvrent et montrent l’œuf qui, invisiblement, a quitté la place qu’il occupait sous le chapeau tandis que le foulard a passé dans le coquetier (fig. 5).
- Nous allons, à présent, expliquer comment se sont opérés ces voyages invisibles.
- Des œufs, entiers et véritables, étaient à la vérité placés bien en vue dans une corbeille, mais ce n’est pas un de ceux-là qui a pu servir pour l’expérience; derrière la corbeille était préparée une demi-coquille en bois C (fig. 2) peinte en blanc du côté convexe, de manière à représenter la moitié d’un œuf, et offrant, du côté concave, le même aspect (pie l’intérieur du coquetier A auquel elle peut s’adapter parfaitement, dans un sens ou dans l’autre, comme on
- le voit on coupe dans la figure 2 ; c’est cette coquille, renfermant un petit foulard absolument semblable au premier, que le prestidigitateur a placée sur le coquetier (lig. 2). Puis, pendant que de la main gauche il recouvrait le tout du chapeau avec lequel il masquait l’opération, de la main droite, il retournait vivement la coquille sens dessus dessous ; celle-ci disparaissait donc par ce moyen dans le coquetier, et le foulard se développant, prenait l’apparence qu’il présente dans noire ligure 5. *
- Le prestidigitateur ayant saisi ensuite secrètement dans sa main droite un œuf creux en métal, percé d'un trou ovale (F, fig. 2) y a fait entrer le foulard qu’il paraissait simplement rouler et comprimer entre ses mains. Il est presque inutile d’ajouter que l’œuf en métal peut être facilement dissimulé, soit avec la paume de la main qui le tient, soit avec le foulard.
- Les prestidigitateurs ont bien soin de laisser supposer que c’est à la seule dextérité de leurs mains qu’est dù ce charmant tour de prestidigitation, comme tous ceux du même genre qu’ils exécutent habituellement.
- — A suivre. — MaguS.
- Le Propriétaire-Gerant : G. Tiss.vndier.
- Expérience de l’œul et du foulard.
- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1026
- 28 JANVIER 1893
- LA NATURE
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- LES STE4MERS BRISE-GLALE
- Un des graves inconvénients auxquels sont soumis les ports de commerce de la mer du Nord et de la
- Baltique consiste dans l’encombrement de leurs rades par les banquises résultant de l’accumulation des blocs de glace et de leur soudure. Les communications se trouvent ainsi interrompues et les relations commerciales sont affectées dans une large mesure.
- Fig. 1. — Le brise-glace Murlnja s’ouvrant un chenal sur les côtes de Finlande. Hiver 1892-1893. (D’après une photographie.)
- La Suède, la Norvège et le Danemark souffrent tout particulièrement de cet état de choses regrettable.
- On a bien tenté, à diverses reprises, de pratiquer, à la scie, des passages entre l’ouverture des ports et la mer libre ; mais ce procédé qui rappelle les efforts désespérés des explorateurs des mers polaires est, tout à la fois, extrêmement pénible et onéreux.
- Aussi les constructeurs de navires de la Baltique ont-ils eu l'idée de recourir à des steamers brise-glace d’une grande puissance mécanique pour briser d’une façon rapide et ininterrompue les barrières opposées à la navigation.
- Le principe consiste à utiliser, en premier lieu, la puissance vive de navires solidement construits et blindés en fer et en acier. En second lieu, ces steamers sont taillés à l’avant en forme d’énorme cuiller, de
- 21e année. — -Ier semestre.
- façon à pouvoir monter sur la banquise en vertu de la vitesse acquise; pendant qu’ils s’élancent ainsi, on
- fait passer de l’arrière à l’avant, au moyen de fortes pompes, plusieurs milliers de litres d’eau emmagasinés dans des réservoirs que constituent, dans ce but, des cloisons étanches. Le navire écrase donc le banc de glace que son choc a fait éclater et la disperse sans interrompre sa marche, car il agit comme une sorte de levier. C’est ce que représente notre deuxième dessin (fig. 2).
- Le premier projet de ce genre date de 1881 et fut exécuté à Gothenbourg. Le navire construit sur ces principes fit ses preuves pendant le rude hiver de 1885. Il ouvrit, entre Gothenbourg et Yinga où se trouvait la mer libre, un chenal d’environ 1 o mètres de largeur, au travers d’une banquise dont l’épais-
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- Fig. 2. — Coupes longitudinale et horizontale d’un steamer brise-glace dans le Cattégat en 1881.
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- seur al teignait 52 centimètres. Le steamer, dont la vitesse en navigation ordinaire était de 12 nœuds et demi, soit 25kilomètres à l’heure, accomplit la besogne de déglacement à la vitesse ininterrompue de 8 nœuds et demi, soit près de 10 kilomètres à l’heure. Long de 40 mètres, large de 10n',40, son tirant d’eau arrière était de 5m,71 ; son étrave, servant à attaquer la glace et à la briser comme le ferait un éperon, avait 29 centimètres de largeur sur 7cra,5 d’épaisseur : elle était en 1er libreux de belle qualité.
- Le succès de cette tentative a engagé depuis lors les villes de Christiania, en Suède, et d’Oersen, en Danemark, à faire l’acquisition de steamers du môme genre; l’un a été construit à Malmô et l’autre à Gothenbourg. Dès que la mer se prend, ces puissants navires parcourent les rades et les embouchures des ports et détruisent les bancs de glace qui tendent à se former; cette opération rend à toutes les côtes intéressées les plus grands services.
- À l’heure actuelle, fonctionne également en Norvège le steamer brise-glace Murtaja, construit à Stockholm, pour le compte du Sénat impérial de Finlande, par les importants chantiers de la « Berg-sunds shipbuilding and Engineering Company ». Il lui a été livré en mars 1890, mais ce n’est qu’en février 1892 que les rigueurs de l’hiver lui ont véritablement permis défaire ses preuves.
- Le Murtaja est plus puissant encore que ses devanciers. Sa longueur entre perpendiculaires est de 47m,500, sa largeur de 10m,975, son creux de 7U1,600 et son tirant d’eau arrière de 5m,800; son déplacement est de 1070 tonneaux. Une machine compound de 300 chevaux de puissance, avec condenseur à surface, lui donne son impulsion.
- Le navire est divisé en cloisons étanches dont les deux extrêmes, à l’avant et à l’arrière, forment les réservoirs d’eau nécessaires pour le mouvement de basculement mécanique. Tout autour de la coque règne un véritable cuirassement en fer dont l’épaisseur est de 254 millimètres à la ligne de flottaison, pour descendre à 158 millimètres dans les parties basses.
- Pendant le dernier hiver, le Murtaja s’est frayé hardiment un chemin, sur les côtes de Finlande, en traversant des bancs de glace dont l’épaisseur atteignait jusqu’à 70 centimètres d’épaisseur et cela à une vitesse moyenne de 20 kilomètres à l’heure. On a constaté qu’il pouvait passer sur des fonds de 0 mèlres, à peine supérieurs par conséquent à son tirant d’eau arrière. Cela prouve que le mouvement de bascule se fait presque absolument d’arrière en avant, sans qu’il y ait, à proprement parler, un mouvement de tangage alternatif qui pourrait fatiguer le navire et dépenser, en pure perte, une certaine force vive. Pour arriver à ce résultat, le personnel chargé du fonctionnement des pompes, lesquelles font passer la charge d’eau d’arrière en avant, est exercé à une grande régularité : il manœuvre comme le ferait une escouade d’artilleurs au commandement de leur chef de pièce. Le commandant du steamer et ses ofliciers
- ont à leur disposition des installations confortables : ils ne se plaignent aucunement des circonstances véritablement exceptionnelles dans lesquelles s’accomplissent leurs navigations pendant que le brise-glace, tout grondant de vapeur, brise et éparpille les redoutables obstacles opposés à sa route.
- Maintenant que les conditions de navigabilité de ces engins ont été bien étudiées, il est probable qu’il en sera fait usage dans des proportions plus réduites pour le déglacement des rades, des rivières et des canaux dans les divers pays d’Europe. On évitera des chômages onéreux ainsi que la formation des embâcles1 qui présentent, dans certains cas, comme on Fa vu, par exemple, sur la Loire, à Saumur, il y a quelques années, de réels dangers.
- Max iik Naasociv.
- LES GLA.CES DE FOND
- Nous avons publié, il y a deux ans, plusieurs articles qui paraissent démontrer, d’après un grand nombre de faits probants, que lorsque les hivers sont rigoureux, et par des froids intenses, la glace peut, dans certaines circonstances particulières, se former au fond du lit des fleuves2. La question a été, depuis longtemps, controversée, et les discussions ont été nombreuses. Un de nos lecteurs, M. Jules Doussot, à Bar-sur-Seine, nous adresse à ce sujet la communication suivante :
- 11 v a deux ans, j’ai lu dans La JSature divers articles au sujet de la formation de la glace dans les cours d’eau. J'avais remarqué, lors de l’hiver 1879-1880, que, dans les endroits où l’eau coulait rapidement, le fond de la Seine était tapissé d’un véritable lit de glace. Le 17 janvier 1895, par un froid de — 20°, j’ai pu faire la même observation.
- Dans le bief du moulin, où l’eau est retenue par un vannage, toute la surface de la Seine est congelée, ce qui n’arrive chez nous que lorsque le thermomètre descend au-dessous de — 20°, mais, sous le grand pont, où l’eau qui passe sur un déversoir coule très rapidement, j’ai pu remarquer le même phénomène qu’en 1879-1880. A la pointe des touffes d’herbe enfouies sous l’eau, en aval des gros cailloux dont le lit du fleuve est parsemé, se formaient, sur le sol même, des glaçons, qui, lorsqu’ils ont atteint une certaine taille, se détachent par leur légèreté spécifique et sous l’action du courant pour remonter à la surface. Dans cette opération, ils entraînent avec eux des cailloux d’une certaine taille, au point que l’on croirait que l’endroit où ils se sont formés a été dragué.
- Mon opinion, qui pourtant ne doit pas faire autorité en la matière, est que, dans les endroits relativement calmes, la glace se forme à la surface, tandis que dans les endroits où l’eau est courante, elle sc produit par plaques à l’abri d’une touffe d’herbe ou d’une roche qui, opposant un léger obstacle à la rapidité du courant, produisent au fond de la rivière une surface relativement calme.
- L'opinion de notre correspondant est celle de sir Ch. Lyell et d’un grand nombre d’observateurs con-
- 1 Yoy. n° 92-4, du 14 février 1891, p. 10a.
- - Yoy. n°920, du 28 lévrier 1891, p. 195. Yoy. aussi u° 921. du 24 janvier 1891, p. 115 : L’hiver 1890-1891, p. 114 et lia-nombreux détails sur les glaces de fond.
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- LA NAITRE.
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- sciencieux qui ne mettent pas en doute l'existence des glaces de fond. Nous rappellerons à nos lecteurs que nous avons cité précédemment les glaces de iond des lleuves de la Sibérie, dans le lit desquels elles prennent naissance, entraînant parfois avec elles de grosses pierres prises dans leur masse.
- G. T.
- LES GUÊPES ET LES MISINS
- Nos lecteurs n’ont peut-être pas oublié les Notices qui, sous ce même litre, ont passé sous leurs yeux, il y a six mois environ. Nous avons donné plusieurs appréciations contradictoires au sujet de l’action des guêpes sur le raiisin. Les observations avaient été faites d’une part, par M. Chevalier, qui prétendait que les guêpes ne mangent que les grains déjà entaillés par les oiseaux, et d’autre part, par M. llenry, qui affirmait au contraire que les guêpes pouvaient entamer directement le raisin1. La Revue horticole a publié à ce sujet une nouvelle Note due à M. J. Ri-eaud ; nous la reproduisons à titre de complément des précédents articles.
- « Je crois pouvoir utilement ajouter quelques mots relativement à la question des attaques des guêpes contre les raisins. A mon avis, dit M. Ricaud, la contradiction entre Mil. Chevalier et Henry est plus apparente que réelle. Tout ce qui est énoncé par le premier est en tons points l’expression delà vérité. Bien avant la publication de cet article dans le Journal (le la Société d'horticulture de Seine-et-Oise, je manifestais à mon concitoyen J. Gagnerot, qui s’occupait déjà avec succès de la culture du chasselas selon les méthodes do Thomerv, je manifestais, dis-je, mon étonnement de voir ses belles grappes absolument intactes, sans qu’il semblât faire rien pour cela, tandis que les autres cultivateurs (et j’étais de ce nombre) voyaient tous leurs efforts inutiles et leurs raisins ravagés par les guêpes et les mouches. « C’est bien simple, me répondit Gagnerot : écartez les oiseaux, les rats et autres pillards qui entament les raisins et vous aurez le meme résultat que moi. » Je m’empressai de suivre ce conseil, et, depuis plus de vingt ans, les faits ont donné pleinement raison chez moi à cette théorie. L’an dernier, alors que les guêpes ont été si nombreuses, j’ai pu faire voir un espalier de chasselas dont pas un seul grain n’é'ait attaqué, sans qu’il eût été fait usage d’aucun abri. Est-ce-à-dire que M. Henry avance des choses inexactes ? Nullement. Seulement, son article aurait dû être intitulé : « Les guêpes peuvent-elles entamer le raisin? » Oui, elles peuvent l'entamer, mais il est très facile de les en empêcher. Une des conditions favorables pour arriver à ce résultat est que le raisin soit ciselé : .la pellicule est plus résistante; conséquemment, l’insecte rencontre plus de difficulté à la percer et il y renonce. Ce dernier fait est confirmé par l’existence de grains portant les traces des mandibules des guêpes sans être entamés. Si donc, dès le début de la saison, on a pris les mesures nécessaires pour éloigner les oiseaux et les rats (ce qui est très facile), les guêpes, ne trouvant plus de baies percées et ne pouvant arriver à en entamer quelques-unes qu’au prix d’un certain travail, préféreront abandonner la place et se diriger ailleurs.
- Je ne veux pas terminer sans faire une recommandation qui a une haute importance dans la lutte contre les
- parasites de toute nature: c’est que les moyens employés doivent avant tout être préventifs.
- De même qu’il est avéré que faction contre le mildiou, l’oïdium, la tavelure et autres cryptogames, doit, pour être efficace, être préventive, de même aussi c’est préventivement que l’on doit opérer contre les rats, les oiseaux, les guêpes, etc. Il importe de ne pas attendre que ni les uns ni les autres aient goûté aux fruits que l’on veut préserver. En plaçant des épouvantails avant la maturité des premiers raisins, on détournera facilement les moineaux eux-mémes, comme aussi les pièges ou les appâts empoisonnés mis à la portée des loirs dès le commencement de juin, peuvent, avec un peu de persévérance, les détruire jusqu’au dernier. J’en parle par expérience.
- En résumé, les conseils donnés par 31. Chevalier1 sont à suivre scrupuleusement et donneront les meilleurs résultats. »
- UNE FERME AUX ÉTATS-UNIS
- La Nature a souvent donné des exemples de grandes exploitations aux Etats-Uuis, notamment en ce qui concerne la culture des fruits; nous allons ajouter aujourd’hui à ces documents quelques renseignements sur les grandes fermes s’occupant de cultures diverses. Celle dont, nous voulons parler est une des plus belles et des plus importantes de la Caroline du Nord. Elle se trouve aux environs de New Berne, et appartient à MM. Dumz et Willett.
- Son étendue est de BÜO acres environ ; l’on sait que l’acre vaut à peu près 4000 mètres carrés (exactement 4046). En 1888, son revenu a donné aux propriétaires de quoi payer plus du prix de toute la ferme. Voici à peu près le détail de celte production et des surfaces occupées : 40 acres d’asperges, où l’on a coupé 2000 douzaines de bottes; autant d’acres de pois, fournissant une récolte de 2500 boîtes ; 25 acres de fèves, donnant 5000 boites. Sur les 200 acres de pommes de terre, la récolte a été de 12 000 barils; 6000 barils de choux ont été récoltés sur une surface de 50 acres seulement. Il faut ajouter à tout cela les 200 acres ensemencés en avoine, et rendant environ 8 hectolitres à l’acre; et 150 acres de blé de seconde récolte donnant 14 hectolitres à l’acre. Enfin la ferme comprend encore 25 acres de pruniers, de poiriers et de pêchers, qui donneront cette année pour une valeur de plusieurs milliers de dollars; et aussi 50 acres de pâturage. Les propriétaires ont encore un beau troupeau de bétes à cornes, des chevaux de sang, et le lait qu’ils vendent à la ville leur est d’un bon revenu.
- On imagine aisément quel personnel il faut pour suffire à l’exploitation de cette ferme. Les proprietaires emploient surtout des hommes de couleur, qu’ils payent 5 francs par jour, non compris la nourriture, qu’ils leur fournissent. Les granges, les greniers, les étables sont construits sur les meilleurs types ; on peut dire que c’est une ferme modèle qui a excité l’admiration des Européens ayant eu l’occasion de la visiter. Les bénéfices aussi importants que ceux dont nous avons donné le résumé, ne peuvent guère se produire que dans des pays neufs et ne sauraient, hélas ! se réaliser dans nos régions où le sol a été travaillé pendant des siècles de culture. Un jour viendra certainement où le sol américain, comme celui de la vieille Europe, sera d’un rendement moins lucratif.
- 1 Vov. n° 1007, du 17 septembre 1892, p. 2iü.
- Yuv. n° 1010, du 8 octobre 1892, p. 502.
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- LA N AT U HL.
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- RECREATIONS PHOTOGRAPHIQUES
- PHOTOGRAPHIES AMUSANTES SUR FOND NOIR
- Nous voyons avec plaisir que les indications que nous avons déjà données à plusieurs reprises sur
- Fig. 1. — Le décapité.
- de Sainte-Foix-lès-Lyon, une série d’épreuves très intéressantes, dont nous extrayons les spécimens que nous publions ci-contre et qui nous paraissent d’une composition originale. Le système employé par l'auteur de ces photographies, est celui du fond noir naturel, obtenu par la porte ouverte d’une pièce obscure, combiné avec des caches habilement disposées dans l’intérieur de l’appareil, entre l’objectif et la glace sensible.
- C’est le moyen le plus sur d’obtenir l’etfet cherché avec le plus de précision, sans que les raccords soient visibles et avec une grande netteté pour la section des parties enlevées; il faut pour cela placer la cache à trois
- l’emploi du fond noir, ont été mises à profit par nos lecteurs1. Nous venons de recevoir de M. R. Riccarf,
- Fig. 2. — Autre genre de décapité.
- ou quatre centimètres du verre dépoli, dans les derniers plis du soufflet de la chambre noire.
- Voici quelques renseignements sur la façon dont ont été obtenues les scènes que nous reprodui-sons.
- La première, représentant une décapitation au sabre (fig. 1), a été faite au moyen d’une première pose dans laquelle la tête était placée sur le billot, le patient couché horizontalement, et une cache, occupant environ les 2/3 de la plaque, masquait complètement le corps jusqu’au cou. Puis sans changer l’appareil de place, on a mis la cache de
- Fig. 5. — La le te dans une brouette.
- 1 Voy n° 947, du 25 juillet 1891, p. 122.
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- LA NA T IJ K F
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- l’autre coté pour masquer la tête, et on a photographie le corps dans la deuxième position, en plaçant
- Fig. 4. — La tète sur un plat.
- Fig. 0. — La réduction.
- (Fac-similés de photographies amusantes, obtenues à Faide
- de manière à ce que ce bourreau soit la personne meme qui est décapitée, ce qui serait le comble delà cruauté. C’est par le même procédé que sont obtenues les trois scènes suivantes : un personnage voyant sa
- à côté le personnage qui représente le bourreau. On aurait même pu, par une troisième pose, s’arranger
- Fig. o. — La tète sciée.
- Fig. 7. — L’homme dans un bocal, de plusieurs poses sur des fonds noirs, par M. R. Riecart.)
- tête placée devant lui dans une assiette (fig. 2) ; un homme transportant sa tête dans une brouette (fig. 5); un autre personnage auquel sa propre tête est servie dans un plat (fig. 4). On peut varier ces scènes à l’infini.
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- LA NA TI F. K.
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- La figure 5 en donne encore un amusant spécimen : on aperçoit sur l’épreuve une malheureuse victime placée sur un tréteau, et dont la tête est sciée ; cette tête est posée sur un billot.
- La figure 6 donne le même individu photographié deux fois, à deux échelles différentes. Ce genre de reproduction permet de se rendre compte de la position que nous devrons prendre lorsque nous serons appelés à considérer notre bronze en réduction Colas.
- Une idée qui nous paraît bien originale, c’est celle du personnage en bocal (fig. 7). La personne représentée a été photographiée d’abord à une échelle suffisamment réduite pour qu’elle puisse entrer dans la bouteille; on a fait celte première pose en disposant une cache autour du modèle, c’est-à-dire en faisant un écran percé d'une ouverture comme pour le fond russe ; mais cette précaution n’était utile à prendre que pour masquer le sol ; et encore il serait peut-être préférable, dans ce cas, de faire monter le sujet sur un tabouret recouvert d’dïoffe bien noire. Quoi qu’il en soit, une fois la première impression exécutée, on n’a plus qu’à photographier la bouteille à une grande échelle et le résultat est obtenu.
- On voit combien de ressources offre ce genre de photographie, à une imagination fertile; les dispositions à prendre sont des plus variées et produisent des résultats invraisemblables. Les personnes non prévenues ont parfois quelque peine à s’expliquer comment on obtient de si extraordinaires portraits. ~ G. M.
- THERMOMETRES
- TOUR LA MESURE DES BASSES TEMPÉRATURES
- La Commission météorologique internationale ayant exprimé le vœu que le Bureau international des poids et mesures se mît en mesure de fournir aux Instituts météorologiques nationaux des thermomètres étalons de premier ordre descendant jusqu’à —70° environ, ces instruments furent mis à l’élude dès l’année 1889; après de nombreux essais, les expériences ont conduit à des résultats très satisfaisants, dont M. P. Chappuis, physicien attaché au Bureau international, a rendu compte lors de la dernière réunion de la Société helvétique des sciences naturelles.
- Il s’agissait avant tout de choisir le liquide thermométrique ; l’alcool, employé presque exclusivement jusqu’ici, présente de graves inconvénients; c’est pourquoi on étudia, dès le début, en même temps que ce liquide, le toluène, qui offre l’avantage d’une plus grande fluidité et d’un point d’ébullition beaucoup plus élevé ( 111° environ), ce qui permet de déterminer le degré moyen en fixant, comme pour le thermomètre à mercure, les points 0° et 100°.
- Un certain nombre de thermomètres dont le tube avait environ 0mm,6 de diamètre, ayant été d’abord remplis de mercure furent soigneusement calibrés, puis vidés et remplis d’alcool ou de toluène; ils furent ensuite comparés au thermomètre à hydrogène dans un bain d’alcool B (fig. 1) que l’on refroidissait par la détente de l’acide carbonique dans l’espace annulaire A. L’écoulement du gaz.
- venant par le tube C était réglé à l’aide d'un robinet à pointeau avec manette I); on maintenait ainsi la température très constante dans l’intervalle de — 40° à — 75°; entre 0° et — 40° on employait du chlorure de méthyle au lieu d’acide carbonique.
- Avant ces comparaisons, on avait eu soin de déterminer très exactement les points 0° et 109° des thermomètres à toluène et 0° et 50° pour les thermomètres à alcool ; pour ces deux espèces de thermomètres les indications étaient rapportées au degré moyen de ces intervalles respectifs. Les thermomètres étaient construits de telle sorte que, à la température la plus élevée de la graduation, l’espace au-dessus du liquide fût suffisant pour que la pression restât dans des limites assez basses.
- Les comparaisons d’un grand nombre d’instruments très soigneusement étudiés ont montré que les thermomètres remplis de toluène pur et bien desséché concordent entre eux à deux ou trois centièmes de degré près jusqu’à — 70°; divers échantillons d’alcool considérés comme purs ont donné des divergences très notables; par exemple, entre de l’alcool puri- fig. t. — Thermomètre fié au laboratoire de chimie de à hydrogène.
- l’Ecole normale, sous la direction de M. Joly, et un échantillon d’alcool absolu de la maison Billault, on a constaté, à — 70°, une différence de 1 degré.
- Le tableau suivant contient les indications des ther-
- -70 -60 -50 -W -30 -20 -10
- momèlres à toluène et à alcool pour diverses températures du thermomètre à hydrogène.
- Thermomètre Thermomètre
- Thermomètre à à toluène à alcool pur
- hydrogène. gradué entre gradué entre
- 0° et 100°. ü° et 50°.
- + 100 100 —
- r 30 20,90 50
- 0 0 0
- — 10 — 8,54 - 9,51
- — 20 — 16,90 — 18,45
- — 50 — 25,10 — 27,44
- — 40 - 55,15 — 56,50
- — 50 — 41,08 — 45,05
- — 00 - 48,90 — 55,71
- — 70 — 50,65 — 62,51
- On voit que le toluène, comme l’alcool, se contracte
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- LA NATURE.
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- lie moins en moins à mesure que la température s’abaisse. Le tableau ci-dessus pourrait faire croire que le thermomètre à alcool s’éloigne moins que l’autre du thermomètre à hydrogène ; cette différence tient seulement au fait que les points choisis pour sa graduation sont beaucoup plus rapprochés, ce qu’explique suffisamment le diagramme (fig. 2), qui représente la diiférence entre les thermomètres.
- D’autres liquides sont actuellement en expérience; mais c’est jusqu’ici le toluène qui paraît présenter les plus sérieux avantages.
- Etant donnée l’importance de plus en plus grande que prennent les recherches aux températures basses, les physiciens seront heureux de pouvoir atteindre sans difficulté une précision de 1/20 de degré à —70°.
- (lu.-En. R.
- L’ÉLECTRICITÉ A. BORD DES NÀYIRES
- DF. (iFFlilîE
- Les applications de l’énergie électrique se développent de jour en jour, non seulement dans les villes, mais partout où l’on doit produire la lumière et transporter l’énergie.
- Les navires de guerre, en particulier, font, des applications modernes de l’électricité, un usage de plus en plus important, et nous croyons intéressant de présenter à nos lecteurs les plus récentes applications de l’électricité à la marine militaire. Nous aurons ainsi l’occasion de faire connaître quelques-unes des dernières installations. Nous examinerons successivement la question de l’éclairage et la question de la transmission de force motrice.
- Les premiers essais d’éclairage ont eu lieu en 1807, époque à laquelle un projecteur lenticulaire fut établi sur le yacht la Reine-IIorteme. La machine électrique employée alors était la machine magnéto de ['Alliance. Les études continuèrent ensuite, et, en 1877, les cuirassés Richelieu et Suffren expérimentèrent les dynamos Gramme actionnées par des moteurs Bro-therhood, toujours pour l’alimentation de projecteurs.
- Enfin la lampe à incandescence fit son apparition en 1881 à l’Exposition d’électricité de Paris. Des essais d’éclairage intérieur furent entrepris aussitôt parla maison Sautter-Lemonnier et ils furent jugés assez satisfaisants pour poursuivre ces installations.
- L’éclairage électrique à bord des navires présente en effet un grand nombre d'avantages. La mise en marche des machines dynamos n’exige qu’une faihle quantité de vapeur, eu égard à la quantité totale nécessaire pour la propulsion du navire ; la dépense est relativement faible. Les chances d'incendie diminuent dans de très grandes proportions avec une bonne installation. Les lampes peuvent être installées pa-rtout, et fournissent une intensité notablement supérieure à celle de l’ancien éclairage. 11 en résulte également de plus grandes commodités pour l’allumage et l’extinction, <pii se font à l'aide de com-
- mutateurs. La plus grande, partie, des navires sont actuellement pourvus de l’éclairage électrique; nous mentionnerons, parmi les cuirassés d’escadre, le Redoutable, l'Amical Courbet, le Marceau, l'Amiral Baudin, ainsi qu’un grand nombre de croiseurs, de croiseurs cuirassés, de torpilleurs et d’avisos-torpilleurs.
- L’éclairage intérieur se compose de lampes à arc ou à incandescence réparties dans les diverses pièces du bâtiment et alimentées par des circuits de distribution. L’éclairage extérieur est complété, outre les projecteurs, par des feux de signaux, des feux de routes et des feux extérieurs avec réflecteurs pour travaux de nuit et lampes diverses.
- Nous ne pouvons expliquer ici en détail le mécanisme de toutes ces installations, ni décrire les lampes employées ; nous donnerons cependant quelques renseignements sommaires. Les machines dynamo sont généralement actionnées directement par de moteurs-pilons verticaux, à un ou deux cylindres e eompound à la vitesse angulaire de 550 tours par minute. La consommation de vapeur est environ de 15 à 15 kilogrammes par cheval-heure, à condensation, à la pression de 5 kilogrammes par centimètre carré.
- La dynamo la plus employée est la dynamo Gramme à plusieurs pôles; plusieurs autres dynamos sont également utilisées L Une machine d'une puissance utile de 14,720 kilowatts pèse environ 2600 kilogrammes, soit 176ks,87 par kilowatt. La maison Sautter-llarlé vient de créer de nouveaux moteurs horizontaux en tandem d’une hauteur totale de lm,10. La différence de potentiel des dynamos est ordinairement de 70 volts; dans les derniers modèles elle a été portée à 80 volts. Dans le dessin, à droite de la figure 5, on peut voir le moteur à vapeur et la dynamo du cuirassé Magenta. Cet ensemble produit 52 kilowatts, à 80 volts et à 550 tours par minute. Les plus grandes précautions sont prises dans la pose des canalisations à l’intérieur des navires, et dans l’arrangement des tableaux de distribution.
- L’électricité à bord des navires a donné jusqu’ici toute satisfaction, surtout pour l’éclairage extérieur. Dans ce but, on a créé un grand nombre de lanternes et de divers supports pour lampes à incandescence ; la partie gauche de la figure 5 représente un de ces modèles. Divers dispositifs pour projecteurs ont également été adoptés; ces derniers sont quelquefois placés à l’avant au ras de l’eau, et sont dirigés de l’intérieur du navire. On a souvent fait des essais d’éclairage d’un autre ordre. Notre figure 4 représente des navires munis de projecteurs installés au sommet du grand mât. La lumière se trouve ainsi répartie sur une grande surfaee et projetée au loin. Les feux de plusieurs navires peuvent même s’entrecroiser. Il en résulte que la route est toute tracée et qu’il devient possible de distinguer le moindre écueil qui se présente au loin.
- lu 21 iuin 1890,
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- LA NATURE
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- En dehors de l’éclairage, les navires ont une série d’applications mécaniques nombreuses et importan-
- tes, surtout dans les navires de guerre modernes. Il s’ensuit un outillage compliqué. Jusqu’ici il exis-
- Fig. 1. — Appareils électriques pour navires de guerre.
- N° i. Machine à percer électrique. — N“ 2. I*ompe rotative fonctionnant avec un moteur électrique.
- tait à bord des transmissions mécaniques, hydrauliques ou par la vapeur. Ces transmissions, en dehors de leur faible rendement, prennent beaucoup de place et sont difficiles à entretenir. Il était tout naturel que l’on cherchât à les remplacer par des transmissions électriques. Pour ces dernières, des dynamos puissantes de 300 à 400 chevaux sont installées au centre du bâtiment et actionnées par des machines motrices semblables à celles dont nous parlions plus haut. I)e là partent des circuits qui rayonnent dans toutes les parties du navire et distribuent
- l’énergie électrique. Il suffit de disposer à l’arrivée un petit moteur qui sera actionné et fournira l’éner-
- Fig. 2. — Ventilateur électrique pour navire de guerre.
- gie mécanique nécessaire. Parmi toutes les applications établies par la maison Sautler-Harlé, nous
- trouvons d’abord la commande du gouvernail à l’aide d’un moteur électrique. Vient ensuite la mise en marche des ventilateurs électriques; notre figure 2 représente le ventilateur électrique du cuirassé Du-puy-de-L ôme, de la marine française. Il débite environ 10 000 à 11 000 mètres cubes d’air par heure à une dépression de, 20 mill i m è 1res d’eau ; la puissance du moteur électrique qui l’actionne est de 2,4 kilowatts. Le pointage latéral des tourelles cuirassées et des pièces de canons est obtenu par un ou plusieurs moteurs
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- Fig. 5. — Machine génératrice d’énergie électrique du navire cuirassé français le Magenta. A gauche de la gravure, vue d’une lanterne pour feux de signaux.
- Fig. 4. — Application de l’électricité à la production de la lumière dans les navires de guerre. Eclairage extérieur par projecteurs disposés au sommet du grand mât.
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- électriques agissant directement sur la base de la tourelle, et la faisant tourner d’un coté ou d’un autre, suivant le sens du courant. Les memes dispositions sont adopte'es pour le pointage en hauteur. Les projectiles sont aussi manœuvres à l’aide de monte-charges électriques qui les arrêtent des que le projecteur est à hauteur de la culasse. 11 nous faut encore mentionner les pompes rotatives et les perceuses électriques. La figure 1 permet de se rendre compte des installations établies. Une pompe centrifuge est actionnée directement par un moteur électrique (fig. 1, n° 2); on voit d’un côté le tuyau d’aspiration et de l’autre le tuyau de refoulement. Pour ce qui concerne la machine à percer, un petit moteur électrique met en mouvement une transmission flexible qui actionne un foret (lïg. 1, n° 1); ce dernier peut lui-même être dirigé par un volant placé sur l’axe qui le maintient à la partie supérieure. Rappelons que, malgré leur nouveauté, il existe déjà un grand nombre de ces divers appareils construits par les sociétés d’électricité.
- Les applications de la transmission de force motrice à bord des navires de guerre ne font que commencer et elles sont destinées à prendre une importance considérable. Dès aujourd’hui on peut se représenter l’engin terrible que deviendra un navire, dans lequel le commandant bien protégé aura sous sa main les commutateurs de tous les circuits, et lorsqu’il suffira d’une seule manœuvre de sa part pour pointer et diriger tous les coups. J. Laffargue.
- LA SUPPRESSION DES CORNES
- CHEZ LES ESPÈCES R0V1XES
- Quoi qu’en puissent penser et dire les amateurs des courses landaises et des courses de taureaux, il est bien certain que les cornes ne sont pas d’une grande utilité par elles-mêmes chez les espèces bovines; et, bien que les bœufs soient d’un naturel assez doux, en réalité les domestiques et gardeurs dans les fermes sont exposés à des accidents graves, du fait de ces armes que portent les bêtes qu’ils soignent. Il y a au moins trente années, un vétérinaire connu, M. P. Charlier, avait recommandé l’ablation des cornes pour les jeunes animaux. Mais cette opération est désirable à un titre beaucoup plus important, d’une application immédiate et très large. On s’est livré à des expériences curieuses, notamment Numan, et il a été prouvé que les vaches sans cornes donnent beaucoup plus de lait. Toutes les vaches privées artificiellement de cornes deviennent d’excellentes laitières; Numan, que nous avons cité, d’après M. Fouquet, a vu quatre vaches hollandaises sans cornes fournir 18 à 19 litres de lait par jour, étant nourries sur de mauvais pâturages, quand des vaches de même race, à qui l’on avait laissé pousser les cornes, nourries dans de bons pâturages, ne fournissaient que 12 à 15 litres au maximum.
- Les éleveurs américains ont depuis lors essayé celte méthode, et non seulement ils ont obtenu la confirmation complète de ces expériences, mais ils sont arrivés à un autre résultat qui est en corrélation très logique avec le premier : les animaux privés de leurs cornes engraissent beaucoup plus rapidement et beaucoup plus
- sûrement que ceux qui restent munis de ces appendices.
- En présence de ces avanlages, il est évidemment fort intéressant de chercher à vulgariser la pratique de l’ablation des cornes; et, comme différents liquides se vendent dans ce but, qui n’assurent pas toujours le succès, il nous a semblé utile de citer le procédé recommandé par M. Leslie II. Adams, directeur de la ferme du Wisconsin.
- Lorsque commencent à apparaître les petits boutons cornus sur la tète du jeune animal, il faut aussitôt faire l’opération, avant que ces boulons aient le temps de durcir. Pour cela, on rase d’abord avec des ciseaux, par exemple, tout le poil qui entoure la naissance de la corne, et, à l’aide du doigt, on humecte légèrement la corne d’eau; il ne faut pas beaucoup d’eau, car autrement il en coulerait le long de la tète, sur la peau de la bête, et la cautérisation s’étendrait bien inutilement. On prend alors un bâtonnet de potasse, une pierre à cautère, qu’on enveloppe de manière à ce qu’il ne soit pas en contact avec la main de l’opérateur : on s’en sert exactement comme d’un crayon pour frotter toute la surface de la corne, en haut comme à la base; il faut que l’humidité se maintienne pour que la potasse exerce son action. On doit s’arrêter de frotter au moment où la peau commence à s’amollir et à peler en rougissant comme si le sang allait sortir. Cette pratique n’a généralement pas besoin d’étre renouvelée une seconde fois pour assurer le succès.
- Nous n’avons pas à donner l’explication du phénomène qui consiste en ce que cette ablation favorise la lactation et l’engraissement, mais cela se comprend en principe; c’est pour une raison analogue qu’un arbre auquel on enlève du bois donne de plus gros fruits : la sève, la substance vitale, ne se dépense pas dans la production d’un organe inutile.
- UN NOUVEAU JEU DE CARTES
- Un musicien de l'Harmonie de Mariemont et tout à la fois un ouvrier de charbonnage, a inventé un jeu de cartes musicales des plus ingénieux. En dix minutes de temps vous pouvez apprendre à vous en servir, et tous ceux qui jusqu’ici ont essayé ne demandent qu’à continuer à jouer avec les cartes notées.
- Voici en quelques mots de quoi il se compose :
- Ce jeu a 56 cartes différentes, divisées en 4 séries de 9 caries. Les séries se distinguent par des tonalités ou couleurs différentes.
- Il y a donc 9 cartes du ton de Do (couleur noire)
- 9 — Sol (couleur verte)
- — 9 — Ré (couleur bleue)
- — 9 — La (couleur rose)
- La valeur nominale de chaque carte est exprimée par le nombre de notes qu’elle contient. Les notes employées sont celle de la gamme de do.
- Exemple : si un joueur pose do dans la couleur verte (ou tonalité de sol), l’adversaire devra poser une carte avec une note supérieure de la couleur verte (ou tonalité de sol) pour lever la main. S’il n’a pas de cartes vertes, il renonce comme dans le jeu ordinaire.
- La valeur des tierces, quartes, quintes, etc., s’exprime de la manière suivante :
- Tierce au mi, au fa, au sol, e!c. Quarte au fa, au sol, etc. Quinte au sol, au la, etc. Sixte au la, au si, au do; Septième au si, au do; Octave au do.
- Et l’on donne dans une Notice la valeur des points obtenus. Four avoir un point, il faut trois cartes de la
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- LA NAT CP. K.
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- mémo coiilear et qu’elles soient marquantes, bien entendu. Oualre cartes contenant le même nombre de notes dans la seconde mesure se déclarent quatuor (c’est l’équivalent de 4 as, 4 rois, etc.) Trois cartes dans les mêmes conditions s’appellent trio. Enfin le 10 de blanc est remplacé par des cartes dont les notes ne dépassent pas la première mesure et s’appelle alors pot pourri.
- En voilà assez pour faire comprendre le jeu.
- Les caries musicales peuvent être employées dans toutes les combinaisons du jeu de cartes ordinaire et donneront le goût de la musique. 11 y a lieu de remarquer qu’il ne faut pas être grand musicien pour s’en servir; du moment qu'on connaît la gamme, cela suffit1.
- LES TARIFS DES CHEMINS DE FER
- ET J,A FRÉQUENTATION DES DIVERSES CLASSES
- 11 y a trop peu de temps que les tarifs de chemins de fer viennent d’être modifiés et réduits en France, pour que l’on ait oublié l’importance de cette grande réforme. Par suite du système français, qui fait dépendre de l’Etat toutes les concessions de chemins de fer, les tarifs de transport ont été primitivement fixés par la concession même, et c’est ainsi que les compagnies avaient été autorisées à percevoir un maximum de 0r,,10, 0f,',075 et 0fr,055 comme tarif kilométrique respectif des 5 classes. 11 faut ajouter qu’en réalité les voyageurs payaient beaucoup plus que cette somme par kilomètre, parce qu’on avait grevé le prix des places d’un impôt de 10 pour 100 en 1855, puis de 2 décimes, et enfin d’un nouvel impôt de 10 pour 100, par suite de nos revers en 1871. I)e la sorte, on payait 0fr,1252, 0fl',0924 et filr,0678 pour chacune des 5 classes; il est vrai que dans les trains de plaisir, de bains de mer, etc., le prix des places avait sensiblement diminué. Le trafic, le mouvement des voyageurs était grandement gêné par ces prix assez élevés, et l’on regardait avec regret 'les tarifs de l’étranger : le public était forcé d’en passer par là, se heurtant malheureusement à un monopole. Cependant, un Ministre des travaux publics, M. Yves Guyot, eut la bonne inspiration de se mettre courageusement à l’reuvre et de tenter l’abaissement des tarif. S’appuyant sur les conventions de 1885, il décida les Chambres à supprimer l’impôt de 10 pour 100 établi en 1871, et les compagnies ne se contentèrent point d’opérer les réductions auxquelles elles s’étaient engagées : elles firent davantage. L’Etat, abandonnait 55 millions, et les compagnies 42 millions.
- C’est une réforme considérable, une véritable révolution dans l’industrie des transports : aussi un de nos plus éminents statisticiens, M. Cheysson, inspecteur général des ponts et chaussées, le créateur de l’ « Album de statistique graphique », dont nous avons entretenu souvent déjà les lecteurs de La Nature*, a pensé qu’il était bon en ce moment de fournir tous les renseignements possibles sur les ques-
- 1 D’après le Journal des, inventeurs.
- 2 Yov. n° 867, du 11 janvier 1890, p. ‘.M,
- lions de tarifs en France et à l’étranger. On trouve dans son magnifique ouvrage une série de cartes d’une clarté remarquable, présentant les détails les plus variés : mouvement des voyageurs et recettes par classes, au point de vue absolu et en chiffres proportionnels, parcours moyen en différentes classes, influence des diminutions de tarifs. Malheureusement nous ne pouvons même pas citer toutes ses planches; du moins nous essayerons de tirer quelques enseignements de cette mine si riche.
- Comme on a diminué d’une façon particulière chacune des 5 classes, il est fort intéressant de chercher en quelle classe on voyage le plus, quel est le trafic spécial de chaque classe, en faisant porter cette étude sur toute l’Europe. C’est ce que résume sous une forme si tangible la carte dont nous donnons une reproduction réduite. En France (nous parlons des données de 1889, avec les anciens tarifs), on voyage assez peu en 1" classe, par suite de la cherté : 8 pour 100 seulement du total; la proportion est de 50 pour la 2e classe et de 56 pour la 5e. Les chiffres analogues étaient en 1806 de 10, 50 et 60; bien entendu, cette répartition moyenne varie beaucoup suivant les réseaux. Si nous passons en Angleterre, les chiffres sont bien différents : ils sont de 5,6, 8,1 et 88,5, avec une énorme prédominance de la 5e classe ; il en est à peu près de même en Belgique, où les proportions respectives sont de 5,9, 12,8 et 85,5. Dans les Pays-Bas, au contraire, on voyage beaucoup moins en 5e classe : les voyageurs de cette classe représentent 70 pour 100 du total, tandis qu’il reste 7 pour 100 de la lra et 25 pour 100 de la 2e. En Allemagne, en Norvège, en Danemark, en Finlande, en Bussie, la lie classe est excessivement peu fréquentée, généralement au bénéfice de la 5e. Les chiffres proportionnels respectifs ressortent à 0,6, 10,2 et 89,2 en Allemagne; 0,2, 5,2 et 94,6 en Norvège; 0,7, 12,5 et 87 fen Danemark; 0,9, 16,1 et 85 en Finlande; enfin l,-4, 7,1 et 91,5 en Russie. Les résultats sont un peu différents en Suède, où l’on compte 2,9 pour 100 pour la lre classe et 9,5 pour la 2e. La carte sépare, jet avec raison, l’Autriche et la Hongrie, qui ont un régime différent pour l’exploitation et la tarification des chemins de fer: dans le premier pays, nous trouvons les pourcentages respectifs de 1,2, 12,7 et 86,1; dans l’autre 1,7, 19,2 et 79,1. (Bappelons à ce propos que la Hongrie fait déjà depuis «quelque temps l’expérience du tarif par zones.) Nous citerons encore la Suisse, où l’on compte 2,2 pour 100 de voyageurs de lre classe, 19,7 de la 2e et 78,1 de la 5e; l’Italie, où les chiffres correspondants sont tout à fait différents : 4,8, 25,9 et 69,5. Il nous reste enfin ceux de 9,8, 50,6 et 59,6 pour le Portugal; et de 5,7, 18,2 et 76,1 pour l’Espagne^ La carte si expressive de M. Cheysson donne encore l’Egypte et l’Algérie et aussi la proportion pour 100 du produit des recettes par classe ; nous ne pouvons y insister. Faisons remarquer d’un mot que, au moins d’une façon générale, on semble plus user de la 5e classe
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- LA NATURE.
- dans les pays du Nord que dans les contrées du Midi.
- Nous voudrions maintenant indiquer brièvement quel est le prix des voyages dans les différents pays d'Europe, en fournissant 3 chiffres successifs correspondant aux 5 classes. En Belgique, ces chilfrcs sont de 0fr,076, 0fr,057 et 0fr,038 pour les omnibus, et de 0fr,095, 0fr,071 et 0fr,048 pour les express (distinction que nous allons constater dans plusieurs pays). Nous retrouvons cette double tarification en Angleterre : pour les omnibus 0fr,097, 0fr,081 et 0fr,065; pour les express 0fr,1261, 0fr,1053 et 0fr,08i5. Fin Allemagne, les prix sont de 0fr,4126,
- 0fr,0854 et 0fr,0584 pour les express et seulement 0fr,10, 0fl',075 et 0fr,05 pour les omnibus. En Russie, il y a un seul tarif, fort élevé, 0fr,15 pour la lrft classe, Ofr,415 pour la 2° et 0fr,0565 pour la 5e. Sans pouvoir passer en revue tous les pays, nous citerons du moins l’Autriche, où le tarif en 5e classe est excessivement bas : voici les chiffres complets pour cette contrée. Dans les express, les prix respectifs sont : 0fr, H25, 0fl',075 et 0fr,0375, et dans les omnibus, 0fr,075, 0tr,05 et 0lr,025. Quant à la France, on se rappelle sans doute que les tarifs étaient de 0fr,1232, 0fr,0924 et 0fr,06776: aujourd’hui ces
- -«"ciass*
- Carte de la proportion pour 100 du produit des recettes et du nombre de voyageurs par classe, transportés sur les chemins de fer des différents États de l’Europe en 1889. (D’après le nouvel album de statistique graphique.)
- prix sont tombés à 0fr,M24, 0fr,0756 et 0fr,0493. Ainsi, grâce à cette réduction, tandis qu’on payait jadis 106fl',50 en lre classe, 79,r,75 en 2e et 58f,',45 en 5e pour aller de Paris à Avignon, actuellement on ne paye plus que 96fr,65, G5fr,25 et 42fr,55; alors qu’un voyageur de 5e payait 27fr,10 pour franchir 400 kilomètres, il ne paye plus maintenant que 19f r, 7 0.
- En Belgique, en Angleterre, en Hongrie, on s’est livré à des réductions de tarifs analogues à celles qu’on vient de faire en France, et l’on peut trouver dans F « Album » les résultats de celte mesure au point de vue du développement du trafic : ne pouvant tout citer, nous mentionnerons seulement une
- donnée relative à l’Angleterre. C’est en 1875 que la réforme a été un fait accompli : or, en 1870, le nombre des voyageurs n’atteignait, pas 350 millions, et les recettes étaient de 16 1/2 millions de livres sterling. Dès 1880, le mouvement des voyageurs atteignait 600 millions, les recettes 22 millions, et aujourd’hui les chiffres correspondants sont de 820 et de 27 millions.
- 11 est à espérer que la réforme produira un aussi brillant résultat en France; et il faut dès maintenant remercier M. Cheysson de nous avoir mis si clairement sous les yeux les conditions du problème.
- Daniei. Bellet.
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- LA N AT U HE.
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- APPAREIL DE CHAUFFAGE DES OMNIBUS DE PARIS
- On sait que le Conseil municipal de Paris a pris une délibération obligeant la Compagnie des omnibus de Paris à chauffer ses voitures au moyen d’appareils préalablement approuvés par l’Administration.
- Pour se conformer à cette décision, la Compagnie des omnibus fit l’essai de plusieurs appareils, et finalement, fixa son choix sur une sorte de variété de thermo-siphon, comme étant celui qui réalisait le mieux tous les desiderata possibles; construction, pose, entretien, faciles et pratiques ; chaleur saine et constante. Sa facilité de montage et de démontage l’a fait appeler le thermo-mobile par ses inventeurs. Nous publions ci-après une courte description de cet intéressant appareil.
- La figure 1 donne l’ensemble de l’appareil monté sur un omnibus; le montage sur un tramway est identique; la position du foyer seule varie. La figure 2 montre une coupe de l’appareil à plus grande échelle.
- F est un foyer composé d’un serpentin, d’un panier à combustible manœuvré par deux poignées, et fixé par un mouvement à baïonnette à la partie inférieure d’une double enveloppe en tôle entourant le serpentin ; le vide existant entre cette double enveloppe, est garni d’une substance isolante pour empêcher le refroidissement du foyer. Le serpentin est mis en communication au moyen des tuyaux À et B avec une bouillotte M, à deux compartiments, placée sous les pieds des voyageurs, et d’une longueur égale à celle de la voiture. Le serpentin et la bouillotte sont remplis d’eau.
- )t
- Le fonctionnement, qui est produit par la différence des densités de l’eau, résultant de la différence de température, a lieu comme suit : l’eau du serpentin, en s’échauffant, monte à la partie supérieure, et, par le tuyau A, s’intro-duitdansla bouillotte M ; elle en parcourt les deux compartiments, et, apres s’ètre un peu refroidie dans ce trajet, est ramenée par un autre tuyau B à la partie inférieure du serpentin pour s’y réchauffer, remonter de nouveau à la partie supérieure, et suivre indéfiniment la meme voie. Un vase à deux compartiments sert au remplissage de l’appareil et au dégagement des bulles d’air produites pendant la marche. Ce récipient est représenté en Y sur nos figures. C est le tuyau faisant communiquer le vase de remplissage avec le serpentin. Un autre tuyau amène les bulles d’air dans le vase d’expansion.
- La partie inférieure du foyer est munie d’un couvercle à charnière formant cendrier ; elle porte une ouverture rectangulaire orientée de manière à introduire l’air nécessaire à la combustion. Les gaz du foyer s’échappent à l’air libre par un petit ajutage cylindrique muni d’un dispositif permettant de régler le tirage. On comprend que ces gaz sont ainsi d’une innocuité complète, aussi la Préfecture de police a-t-elle autorisé l’usage de cet appareil.
- Le combustible employé peut être indifféremment du coke, de la tourbe, ou du charbon de Paris, suivant le degré de chaleur que l’on veut obtenir. La température donnée dans la voilure est donc saine et
- Fig. 1. — Appareil de chauffage des omnibus de Paris. — F. Foyer. — V. Réservoir d’eau. M. Bouillotte longeant le plancher sous les pieds des voyageurs.
- Fig. 2. — Détails de l’appareil de chauffage représenté ci-dessus.
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- LA AATII5L.
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- régulière. La Compagnie des omnibus a commandé 800 de ces appareils; leur pose sera terminée à la lin du mois de janvier courant.
- L’appareil peut être établi sous toutes les formes et dimensions possibles, et s’appliquer par conséquent à tous les véhicules en usage, tels que chemins de fer, tramways, voitures publiques, de remise, coupés, etc. Le remplacement des chaufferettes à briquettes, employées encore aujourd’hui, est ure chose à désirer dans l'intérêt de la santé publique, surtout dans les voitures fermées, que vise seules l’ordonnance de 1889. Le rapport que le docteur Armand Gautier a adressé au Conseil d’hygiène est très explicite à cet égard1. Les troubles graves causés dans l’organisme par l’oxyde de carbone dégagé de ces chaufferettes, y sont nettement indiqués.
- Il ne faut pas croire que, quand ils ne sont pas mortels, les effets de l’oxyde de carbone sont nuis, c’est là une grave erreur. Le docteur Armand Gau lier, après avoir cité des accidents mortels, ajoute ; « Les commencements d’asphyxie, les indigestions après les repas, les nausées, les vomissements, le manque d’appétit, les somnolences accompagnées de migraines tenaces, les empoisonnements lents attaquant à la fois le sang qu’ils déglobulisent, les forces qu’ils diminuent, et les centres nerveux qu’ils rendent impuissants, sont des accidents qui ne se comptent plus. »
- Le rapporteur déclare que la toxicité de l’oxyde de carbone est telle qu’il a été lui-même empoisonné en plein air par un dégagement de ce gaz, ayant duré une demi-heure à peine; pendant un mois, des vertiges et des menaces continuelles de syncope furent la suite de cette imprudence.
- X..., ingénieur.
- CHRONIQUE
- Un naître à la dérive. — D’après des renseignements rapportes en Europe par des marins venant des Antilles, il y a actuellement dans l’océan Atlantique une sorte de (( vaisseau fantôme », de navire désemparé, qui erre, comme une immense âme en peine, de mer en mer, et qui continuera peut-être pendant longtemps encore à être ainsi le jouet du vent et du flot. 11 s’agit du Wyer G. Sargent, un navire marchand jaugeant 1520 tonnes, qui partit de Laguna, dans les premiers jours de mars 1891, avec une cargaison d’acajou, provenant des forêts du Mexique et estimée à 25 000 dollars (125 000 fr.). Pendant un ouragan terrible, le Wyer G. Sargent perdit une partie de sa mâture et faisait eau de toutes parts, lorsque son équipage fut recueilli par un bâtiment norvégien. On crut que le navire abandonné allait immédiatement sombrer. Néanmoins, il résulte des dires des témoins que, depuis mars 1891, il a été aperçu vingt-sept fois sous des latitudes différentes par d’autres bâtiments. Son pont est
- 1 Rapport sur tes appareils destinés au chauffage des voitures, par Armand Gautier. Conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine. 1 liroeh. in-4°. Paris, imprimerie Chaix, 1889.
- submergé, mais son mât principal s’élève comme une haute flèche au-dessus des flots, et l’épave commence même à être redoutée des navigateurs (pii pourraient bien la heurter quelque nuit. La dernière fois qu’elle a été aperçue, c’est le 12 octobre dernier, cl par l’équipage du steamer Asiatic Prince; elle flottait alors à 900 milles des îles bermudes; on l’a vue aussi à 600 milles des îles Açores, et en réunissant toutes les données fournies par les « passants » de l’Atlantique, on arrive à établir que cette gigantesque « errante » a déjà deux fois traversé le Gulf Stream et, dans sa course folle, parcouru une distance de 5000 milles.
- La houille sous la manche. — La Compagnie du tunnel sous-marin de la Manche a fait pratiquer, à Douvres, des sondages qui ont amené au jour quelques empreintes végétales, indicatives du terrain houillcr. On a trouvé ccs empreintes à 550 mètres de profondeur ; on a poussé plus loin encore le sondage et, jusqu’à la profondeur de 588 mètres, on a finalement reconnu l’existence de dix couches de charbon de terre, parfaitement horizontales, dont huit ont plus d’un pied d’épaisseur. Cette horizontalité donne à penser qu’on est là au fond même d’un bassin houiller. De quel bassin? A quelles couches reconnues déjà et exploitées faut-il rapporter ces couches profondes? Il y a pour en décider des études paléontologiques à faire; on peut aussi trouver quelques indices dans les caractères physiques et chimiques de la houille, notamment dans la teneur en matières volatiles. M. Zcillcr a étudié la question au point de vue paléontologique ; il a reconnu les espèces végétales trouvées à des profondeurs qui varient de 577 à GiO mètres; toutes ces espèces indiquent clairement le terrain houillcr; il y en a deux qui abondent dans la zone supérieure du bassin de Valenciennes, qui se montrent communes aussi dans le bassin du Someri, et, dans les bouches de Dadstcek et de Farington, un peu plus élevées, semble-t-il, que nos couches grasses du Pas-de-Calais. M. Zeiller penche donc vers l’opinion que les couches de Douvres appartiennent à la région supérieure du terrain houiller moyen.
- La jaquette d’un alpiniste et les glaciers du Mont-Kose. —Il y a seize ans, M. G. Perazzi, membre du Club Alpin Italien, sénateur, et plus tard Ministre des finances, descendant de la Parrot-Spitze vers le col de la Sesia, fit une glissade, cl son guide, en le retenant, laissa tomber dans une crevasse la jaquette de l’alpiniste, que celui-ci lui avait donnée à porter parce qu’il avait trop chaud. Celte jaquette, ainsi disparue dans les profondeurs du glacier, est revenue au jour après seize années, et M. L. Vaccarone, qui avec deux amis se disposait à faire l’ascension de la Parrot-Spitze, le 1er septembre dernier, a retrouvé au bas du glacier, sur un bloc de glace, ce vêtement en parfait état de conservation. Le numéro de novembre 1892 de la Rivisla mensile du Club Alpin Italien contient un récit détaillé des circon-- stances qui ont accompagné cette intéressante trouvaille. La jaquette de M. Perazzi est tombée dans la crevasse le 7 août 1876, à une altitude de 5528 mètres ; elle a été retrouvée le 1er septembre 1892 au point coté 2750 mètres ; elle a donc fait en seize ans un trajet vertical d’environ 778 mètres. Pour déterminer son avancement annuel sous la surface du glacier, il faudrait connaître l’inclinaison moyenne de celui-ci ; si on la suppose de 50 pour 100, le trajet accompli de long de l’hypoténuse d’un triangle rectangle dont les deux cathètes auraient chacune une longueur de 778 mètres, serait de
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- I I 1*2 moires environ en seize années, ee qui donne un déplacement annuel moyen d’environ 09 mètres.
- l ue «rosse «1e fusil 6vidée par les insectes.
- — line curieuse communication a été faite dernièrement à la Société entomologiquc de France par M. Ch. Ilron-gniart, assistant au Muséum. 11 s’agit d’une crosse de fusil qui a été presque entièrement évidée par des insectes rongeurs. Celte crosse était celle d’un vieux fusil Lefau-cheux, et son propriétaire avait été assez surpris de constater qu’elle était devenue très légère, lin jour qu’il était en chasse avec ce fusd, ayant fait un faux pas et étant tombé sur celte crosse, il constata, en se relevant, qu’elle était complètement aplatie. J1 la scia avec beaucoup de soins dans le sens de sa longueur, et découvrit alors que l'intérieur était creusé en une multitude de galeries. Soumise à l’examen de M. Ch. Brongniart, ce savant ne trouva plus ni insectes ni débris d’insectes : les auteurs du dégât étaient partis. Les auteurs de semblables dégâts sont des Longicornes, peut-être le Cerambyx cerda; ce peut être aussi une Saperde. Dans tous les cas, le travail des insectes, ou plutôt de leurs larves, a été très curieux ; elles avaient respecté la couche superficielle, où l’on ne remarquait aucune ouverture et qui n’avait, en certains endroits, que I millimètre d’épaisseur. Celte crosse de fusil était en noyer et pouvait avoir trente ans d’existence.
- II est probable que le fusil était resté pendu au mur pendant plusieurs années, car l’existence des larves en question est d’environ trois ans.
- Ce «jue Londres perd «Fargent par les tuyaux de ses cheminées. — On brûle annuellement à Londres 15 000 000 de tonnes de charbon. Environ 4 millions de tonnes sont utilisées par les usines à gaz, le reste sert au chauffage des habitants et aux industries diverses. Chaque tonne coidienl assez d’ammoniaque pour produire, après traitement à l’acide sulfurique, de 12 à 18 kilogrammes de sulfate d’ammoniaque. La perte de cet agent ferlilisateur s’élève à 9990 tonnes, ce qui représente en argent une perte de 95 000 livres sterling ou 2 575 000 fr. environ. Il y a aussi les composés du goudron dont on retire l’aniline. Ce sont les usines à gaz qui vendent le goudron de houille. Si nous considérons que ces composés sont en proportion de 20 pour 100, nous trouvons que dans les 9 000 000 de tonnes brûlées par an à Londres,
- 1 800 000 tonnes de matières colorantes sont perdues, évaporées dans l'atmosphère de la métropole, soit une perle en argent de 400 000 livres sterling ou 10 000 000 de francs. On voit que ce chiffre ne manque pas d’importance.
- Ija femme au rasoir. — Nous allons citer un émule féminin de l’homme à la fourchette, de l’homme à la cuillère à café et autres cas semblables qui ne sont plus très rares. Il s’agit d’une femme de soixante-huit ans, à esprit un peu détraqué, qui a avalé un rasoir dans le but de se suicider. On l’amena à l’hôpital Lincoln, où le chirurgien reconnut par un procédé ingénieux la présence du fer dans l’estomac, ne pouvant sentir le corps du délit. Il fit ingurgiter vingt gouttes d’acide chlorhydrique dilué; quelques instants après il lava l’estomac avec le tube et le liquide recueilli décela à l’examen chimique la présence du fer. Quelques jours après on sentait le dos du rasoir. L’ouverture de l’estomac fut pratiqué. On retira un rasoir de G pouces et demi {exact) de long. La malade mourut des suites de l’opération. L’homme à la fourchette, ainsi que l'homme à la cuillère, avait au contraire guéri.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 janvier 1893. — Présidence de M. Maurice Lœwy.
- Photographie solaire. — M. Tisserand relève le succès d’expériences entreprises à l’Observatoire de Paris par M. Deslandres pour photographier la couronne solaire. La seule circonstance qui se prête à celte opération est une éclipse de soleil. On voit combien les occasions sont rares. M. Iliggins a déjà essayé de photographier la couronne, en dépouillant la lumière solaire des radiations les plus brillantes pour ne laisser subsister que les radiations bleues et violettes, c’est-à-dire les radiations chimiques, et de photographier l’astre au moyen des seules radiations conservées. C’est dans la môme voie que M. Deslandres a cherché la solution du problème, mais au lieu de produire l’élimination des radiations inutilisées en faisant passer la lumière blanche au travers de milieux absorbants, il emploie deux prismes disposés comme dans l’expérience de Newton, qui lui permettent d’isoler les radiations bleues et violettes au moyen desquelles il photographie le soleil. Il semble que l’on obtienne dans ces conditions la couronne solaire: toutefois M. Tisserand pense que, avant de se prononcer définitivement, les essais devront être plusieurs fois reproduits dans différents observatoires.
- Accélération de la circulation. — MM. Charrin et Teissier ont injecté I et 2 centimètres cubes d’un liquide de culture pyocyanique sur un malade ayant besoin d’une élévation de la pression artérielle. Puis ils ont mesuré celte pression, au moyen de l’appareil manométrique de Potain; ils ont trouvé qu’elle passait de 12 centimètres de mercure à 14 et même 15 centimètres. C’est donc un accroissement de pression de 2 à 5 centimètres provoqué sans autre inconvénient qu’une très légère élévation de température du malade. Cette action due à la contraction des vaisseaux sanguins sous l’influence des toxiques contenus dans les cultures pyocyaniques, paraît aux auteurs susceptible d’étre utilisée dans la thérapeutique.
- Carie dentaire infectieuse. — M. Galippe remarque que l’homme n’est pas seul à être atteint de maladies dentaires graves, qui déterminent des abcès très douloureux, la nécrose du maxillaire, la chute des dents et, finalement, la mort de l’animal. M. Galippe rappelle la mort d’un éléphant du Jardin des Plantes, survenue par suite delà disparition successive des dents; l’animal, incapable de se nourrir, mourut de faim. Celte affection se manifeste également chez le chien, le singe, la panthère et surtout chez le kanguroo. Il n’est pas rare de rencontrer des troupeaux de kanguroos dont tous les individus sont atteints, et qui meurent rapidement. Il convient de rapprocher cette maladie de la gengivite infectieuse de l’homme.
- Varia. — M. Inoslranlzef, professeur à l’Université de Saint-Pétersbourg, a reconnu par l’analyse la présence du platine natif pulvérulent dans un échantillon de roche. —r M. Gonnessiat a noté l’apparition dans le ciel du Lion d’une sorte de bande lumineuse allant du zénith à l’horizon, et d’un aspect analogue à celui de la lumière zodiacale. — M. Mascart signale successivement un procédé très précis pour évaluer le potentiel de l’air, par l’écoulement d’un jet de grenaille de plomb, puis une méthode propre à la mesure directe des aberrations de l’œil vivant, basée sur l’emploi de l’atropine qui jouit de la propriété d’immobiliser l’accominedation. — A quatre heures, l’Académie se forme en comité secret.
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- LA NATURE.
- Élections. — A 5h40m, le Président ouvre le scrutin pour l’élection d’un membre dans la section de géographie et navigation. Sont présentés : en première ligne, M. Ilatt, ingénieur hydrographe, en seconde ligne ex æquo : MM. le colonel Bassot, chef de la section de géodésie au service géographique de l’armée, Bienaymé, Caspari, ingénieur hydrographe, Germain, ingénieur hydrographe, Guyou.Est élu M. Bassot par 4i voix, contre 14 à M. liait et 5 à M. Guyou, au premier tour de sciutin.
- Cn. de Yilledeuil.
- LE KANGUROO BOXELR
- Les Anglais, amateurs passionnes de boxe, font un grand succès à un Kanguroo, très fort, paraît-il, en ce
- genre de sport, qu’on exhibe depuis quelques semaines à l’aquarium de Londres.
- Le directeur du Nouveau Cirque de Paris s’est demandé si ce marsupiau était unique dans son genre, et, après avoir rendu visite aux quelques individus de cette famille habitant l’Europe, il a fini par rencontrer un sujet, master Jack, possédant toutes les dispositions requises pour cet exercice : hauteur de taille, force des bras et des jarrets, vivacité des mouvements, etc., aussi l’a-t-il poliment invité à venir se mesurer avec M. Williams, boxeur émérite. Maslcr Jack, jaloux probablement des succès de son confrère de Londres, a accepté le défi et, depuis quinze jours, il tombe tous les soirs son adversaire sur la
- Le Kanguroo boxeur au Nouveau Cirque à Paris. (D’après nature.)
- piste du Nouveau Cirque, au centre d’un grillage doré formant clôture.
- Si on a cru devoir enfermer les lutteurs, ce n’est pas que les spectateurs puissent rien avoir à craindre du Kanguroo, car il est, comme tous ceux de sa famille, d’un naturel très doux se rapprochant plutôt du lapin que du lion ; mais comme son adversaire le tracasse un peu, il se défend de son mieux. 11 se défendrait même trop bien si on n’avait pas la précaution avant son entrée en scène de lui mettre aux mains les gants classiques de la boxe. Cela n’est pas précisément de son goût, car il ne faut pas moins de quatre hommes pour le tenir pendant cette opération, ce qui vous indique assez sa force musculaire. Dès qu’il fait face à son adversaire, il se dresse sur ses pattes de derrière et s’appuyant sur son énorme
- queue il lance en avant de vigoureux coups de pieds qui mettent plus d’une fois Williams en déroute. Nous avons pu voir maître Jack dans l’intimité, il était en train de manger un chou qu’il semblait trouver délicieux et se laissait volontiers caresser, mais nous avons remarqué les magnifiques griffes dont la nature l’a doué et dont il n’hésiterait pas à se servir, paraît-il, pour éventrer en un rien de temps les chiens qui lui chercheraient querelle ; d’un coup de pied bien lancé il casserait parfaitement la jambe à un homme ; aussi Williams se tient-il bien sur scs gardes pendant la lutte. C’est un spectacle curieux et pas banal.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
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- N° 102 7.
- 4 FÉVRIER 1895.
- LA NATURE.
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- LES OSCILLATIONS ÉLECTRIQUES
- EXI'ÉRIE.NCES 1)E MSI. SARASIN ET DE LA RIVE
- Par une des plus grandioses synthèses scienti-liques qu’ait vues naître notre siècle de la science, l’illustre Maxwell donna des preuves irréfutables de 1 égalité de vitesse de la lumière et des actions élcc-Irodynamiques; il en conclut que les deux phénomènes sont propagés par un mouvement semblable du môme milieu, l’éther, et que les ondulations lumineuses ne diffèrent que par leur rapidité des oscillations produisant l’induction électrodynamique. Mais les démonstrations de Maxwell i, enfermées dans
- de délicates formules, étaient demeurées peu connues en dehors du monde des physiciens de profession, et il restait à en donner une preuve populaire et tangible; c’est ce qu’a fait M. Hertz, aujourd’hui professeur à Bonn, où il a remplacé Clausius. La belle méthode qu’il a imaginée a ouvert un domaine dans lequel bien des physiciens et des géomètres ont travaillé et travailleront encore. MM. Sarasin et de la Rive ont été des premiers à perfectionner les méthodes de M. Hertz, précisant sur un point important la nature des phénomènes; l’éminent géomètre, M. Poincaré, de son côté, traitait, de main de maître, certaines parties de la théorie vérifiées par M. Bjer-
- Yue .reiisemUo du grand appareil de MM. Sarasin .et de la Rive, à Genève.
- A. Détail de l’excitateur; les petites boules terminales sont plongées dans l’huile.
- knes, élève successivement de M. Poincaré et de M. Hertz. Nous citerons, parmi les physiciens qui ont traité en France la question expérimentale avec le plus de succès, M. Blondlot, de Nancy, et M. Pé-rot, de Marseille.
- Si « comparaison n’est pas raison », on peut néanmoins tirer un éclaircissement de la représentation hydraulique des phénomènes électriques. Deux fioles à niveau étant réunies par un tube large se mettront en équilibre par une série d’oscillations, si, pour une cause quelconque le liquide est dénivelé, tandis que, si le tube est étranglé, l’égalité de
- 1 Ou trouvera un exposé semi-populaire des vues de Maxwell développées par les physiciens modernes dans Les Théories Modernes de l'électricité, par 0. Lodge, traduit par E. Meylan '.Gaulliicr-Yiilars).
- 21° année. — Ior semestre.
- hauteur se rétablira par un mouvement lent et asymptotique. De môme dans certaines conditions de capacité et de résistance efficace, d’un système composé de deux boules séparées par un petit intervalle, une décharge électrique passant d’une boule à l’autre sera asymptotique, tandis qu’elle sera oscillatoire dans d’autres cas.
- Lorsque les oscillations atteignent le nombre de plusieurs centaines de millions par seconde, les effets d’induction deviennent considérables, et l’action, se propageant avec une vitesse de 500 000 kilomètres par seconde, produit dans l’espace des stries de tension, analogues aux ondes sonores dans l’air ou dans un autre corps. Ces ondes ne se propagent pas dans les conducteurs; elles glissent à leur surface lorsqu’elles leur sont tangentes, ou se réfléchissent lors-
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- L A A A T I I! L.
- qu’elles les coupent. Surtout elles peuvent, comme les ondes sonores, produire des ventres et des nœuds fixes si elles reviennent sur elles-mêmes.
- Au de'lmt de ses recherches, M. Hertz avait cru trouver que les ondes, cheminant dans les fils, avaient une vitesse égale seulement à 0,6 de celle de la lumière. 11 ne donnait du reste ce résultat que comme provisoire et peu certain. Cette opinion a été infirmée par de premières expériences de MM. Sa-rasin et de la Rive. Mais ces consciencieux et habiles observateurs ne s’en tinrent pas là; jugeant que les dimensions trop exiguës de leur laboratoire de Genève pouvait prêter à la critique, ils abattirent les cloisons, sans du reste modifier le résultat. Enfin, à la prière de M. Hertz lui-même, ils se décidèrent à opérer sur une plus grand échelle, et transportèrent leurs appareils dans la salle des turbines, de l’usine des forces motrices du Rhône.
- La figure qui accompagne notre article représente l’énorme installation de ces expériences. On voit, à droite, l’appareil excitateur, celui qui produit l’étincelle oseillatrice. L’action électrodynamique se propageant dans tous les sens frappe à 15 mètres de distance le miroir de zinc de 8 mètres de hauteur sur 46 de largeur; elle revient sur elle-même, et, dans la perpendiculaire abaissée de l’excitateur sur le miroir, on peut observer des ventres et des nœuds d’oscillation; il suffit, pour cela, de promener sur cette ligne des cerceaux de fil métallique, presque fermés, et ne laissant ouvert qu’un très petit intervalle. Dans les nœuds d’oscillation, on ne perçoit rien de particulier; dans les ventres, au contraire, l’étincelle induite éclate d’une manière continue entre les petites boules qui limitent l’intervalle. Pour observer dans l’obscurité et opérer plus commodément, les expérimentateurs avaient construit un tunnel de bois dans l’axe duquel on constatait le phénomène.
- Connaissant Y internœud des oscillations, on en déduit la longueur d’onde, qui en est le double ; on sait, d’autre part, calculer le nombre d’oscillations par seconde qui produisent une action dans le cercle récepteur, analogue aux résonnateurs1 acoustiques de llelmholtz, et portant le même nom. Ce nombre, multiplié par la longueur d’onde mesurée, donne la vitesse de propagation des actions électrodynamiques. Cela suppose, bien entendu, que dans la série des interprétations que nous venons de donner, on n’a commis aucune erreur de raisonnement, point sur lequel tous les physiciens ne sont pas d’accord.
- Cela posé, MM. Sarasin et de la Rive ont retrouvé, par leur grandiose installation, identiquement le résultat qu’ils avaient observé en petit : la vitesse de propagation des actions électrodynamiques à l’air libre est la même que le long des fils, c’est-à-dire à leur surface et non à leur intérieur, où elles ne se propagent pas du tout. Parle procédé dont nous venons d’esquisser brièvement le principe, M. Rlondlot
- 1 La plupart des physiciens écrivent résonateur, sans doute par suite d’une traduction trop littérale du mot allemand Resonalor; nous adoptons ici l’orthographe donnée par Littré.
- a du reste démontré d’une manière directe que celle vitesse est, aux erreurs d’expériences près, égale à celle de la lumière.
- Mais les recherches ne s’arrêtent pas là. La mesure de la vitesse de propagation des ondulations électriques dans divers milieux a fait l’objet de quelques travaux dont les résultats sont fort intéressants. M. Cohn a trouvé, par exemple, que la vitesse dans l’eau est 8,5 fois plus petite que dans l’air, et c’est précisément la valeur de l’indice de réfraction de l’eau pour les ondulations électriques trouvée par M. Ellinger. Le carré de ce nombre 72, est très voisin de la valeur en apparence paradoxale trouvée par un grand nombre d’observateurs pour la constante diélectrique de l’eau ; l’indice de réfraction de l'alcanl, égal à 4,9, conduit à la même vérification; ainsi le veut la théorie de Maxwell.
- Mais on peut établir, avec l’optique, d’autres parallèles intéressants. Nos lecteurs se souviennent des admirables expériences qui ont conduit M. Lippmann à fixer les couleurs par la photographie. La lumière réfléchie sur un miroir de mercure forme, dans la plaque de collodion, des stries qui déterminent la demi-opacité d’une série de plans parallèles équidistants. L’expérience due à M. Hertz, mais que MM. Sarasin et de la Rive viennent d’exécuter dans des proportions qui n’ont pas été égalées jusqu’ici, est en tout analogue à celle de M. Lippmann; et, si l’on admet avec la plupart des physiciens que les ondes lumineuses et électriques ne diffèrent que par leur grandeur, les deux expériences sont identiques, aux dimensions près, qui sont dans le rapport de 1 à 40000000.
- On n’eùt pas osé espérer, il y a dix ans seulement, que les idées de Maxwell recevraient, à si bref délai, une confirmation aussi éclatante et aussi tangible.
- Cu.-El). Guillaume.
- WAGON POUR
- LE TRANSPORT DES ENFANTS MALADES
- DES HÔPITAUX DE LYON
- Le transport des blessés en temps de guerre sur nos voies ferrées a, depuis une vingtaine d’années, préoccupé à juste titre les diverses sociétés françaises de secours aux blessés. Un matériel considérable de wagons-ambulances peut, dès le premier jour de la déclaration de guerre, circuler sur tout le réseau de nos chemins de fer. Mais jamais encore on n’avait songé à employer des wagons spéciaux pour le transport des malades en temps de paix.
- Les hospices civils de Lyon, grâce à la générosité de quelques personnes charitables, et grâce aussi à leur entente avec la Société de secours aux blessés militaires la Croix-Rouge, vont dorénavant pouvoir transporter les enfants scrofuleux de la ville de Lyon à l’hôpital maritime Renée Sabran, à Giens, près Ilyères, dans le Var, sans que ces enfants aient à souffrir de ce long voyage.
- Un wagon en construction aux chantiers de la Buire, à Lyon, permettra bientôt de faire reposer ces enfants pendant tout ou partie de leur voyage, dans d’excellents lits aménagés pour cela. En temps de paix, le wagon sera a l’entière disposition du conseil d’administration des hos-
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- LA N ATI’15 L.
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- pires de Lyon qui le fera circuler entre Lyon et llyères pour transporter à l’hôpital maritime de Giens les enfants scrofuleux qui vont y suivre on traitement marin, et pour ramener à Lyon ces mômes enfants une fois leur traitement achevé. En temps de guerre, les hospices remettront à la société de la Croix-Rouge le wagon-amhulance pour servir au transport des blessés.
- Ce wagon, d’une longueur totale de 11m,40, est divisé en trois compartiments séparés par des cloisons, mais communiquant par des portes. Le compartiment du milieu réservé au personnel hospitalier contient un petit fourneau, deux sièges de repos, un lavabo, une caisse à eau d’une contenance de 130 litres environ; dans un coin est aménagé un water-closet fermé avec urinoir. Les deux compartiments extrêmes renferment chacun un dortoir. Chaque dortoir se compose de huit couchettes siqierposées deux par deux comme dans un navire ; la longueur normale des couchettes est de lm,85; dimension bien suffisante, môme pour la généralité des blessés militaires ; cependant on a dù prévoir le cas où des hommes de grande taille devraient être couchés dans ce wagon, et pour parer à toute éventualité les lits inférieurs ont leur partie arrière mobile et pouvant se rabattre pour permettre d’en augmenter la longueur; ils sont également munis sur le côté d’un dossier articulé permettant de s’asseoir sur le bord du lit et se rabattant en dessous lorsqu’on veut se coucher. Les lits supérieurs sont mobiles et peuvent s’abaisser verticalement de 25 centimètres pour faciliter l’installation du malade et être remontés immédiatement après à leur hauteur normale. Les lits sont composés de sommiers à ressorts du système Ilerbet, c’est-à-dire formés de lattes d’acier juxtaposées, ce qui assure et leur flexibilité et la facilité de leur entretien et de leur nettoyage.
- L’entrée de la voiture se fait par deux portières placées dans le milieu des côtés et ayant accès dans le compartiment du milieu. L’ouverture de ces portières ainsi que celles des portes de séparation des compartiments extrêmes sont suffisamment larges pour permettre le passage d’un malade sur un brancard.
- Le wagon est muni de neuf ouvertures sur chaque face, garnies de châssis déglacé, y compris les portières; quatre de ces châssis placés entre les lits des compartiments extrêmes sont divisés en deux parties dont une inférieure fixe et une supérieure molple, les châssis des portières sont également mobiles. L’aération se fait au moyen de ventilateurs fixés sur le pavillon. L’éclairage est assuré par trois lampes placées chacune au milieu des compartiments.
- Francis Sabiian.
- TRÉSOR DE MCHES DE BRONZE
- DÉCOUVERT EN BRETAGNE
- M. II. Le Pontois, de Lorient, à découvert il y a déjà quelques années, à Glohars-Carnoët (Finistère), un nombre considérable de haches de bronze, dans une petite localité nommée Kervénou-Pouldu. L’auteur a donné récemment l’énumération de cette précieuse trouvaille.
- En voici, d’après ce travail, les principales caractéristiques : Deux cent trois haches posées en terre, à plat, et sur plusieurs plans séparés par une couche de terre del’épais-sour d’un doigt, longues de 136 à 118 millimètres, pesant de 504 à 162 grammes; 25 groupes incontestablement des haches sorties du même moule (dont 2 groupes de 6 haches) ; de sorte que sur 178 haches étudiées il ne reste que. 156 numéros différents. Le classement établit 4 types
- principaux: 1° sans baguette sous le bourrelet ; 2° avec une baguette sous le bourrelet, mais sur les faces principales seulement ; 5° avec une baguette sur le bourrelet, baguette faisant le tour des quatre faces; 4° avec une double baguette sous le bourrelet. Dans les classes 2 et 5 se rangent des haches à ornementation dont quelques-unes très remarquables. Dans les premières classes on compte presque autant de sous-types que de haches.
- Plusieurs de ces instruments ont certainement servi, ce sont les plus lourds, mais leur poids diffère peu de celui d’un grand nombre de haches qui semblent sortir du moule, lin essai fait sur des planches de 15 millimètres d'épaisseur a prouvé qu’au bout d’un manche de 40 centimètres, les légères sont, dans les limites de la pratique, des armes aussi résistantes au choc et aussi efficaces que les lourdes. Quelques-unes portent des traits gravés et des empreintes de choc. D’autres haches ont été fondues d’après un modèle entaillé. Presque toutes portent sur leurs arêtes et, sur les côtés des anneaux, des encoches dirigées dans le même sens et venus de fonte. Sauf sur quelques-unes, les arêtes sont bordées sur les faces principales d’un petit filet en relief que l’on voit, mais sur les exemplaires bien réussis seulement, se raccorder avec la face par un étroit fossé. L’alliage est très signalé. Très nombreux sont les échantillons qui portent des taches d’étain au tranchant, sur l’anneau et au bourrelet. Deux haches ont une face complètement couverte d’étain. Au coup de feu l’alliage laisse exsuder du plomb et de l’étain sous forme de petites perles qui semblent jaillir de sa masse1.
- HËMÉROGRÂPHE
- OU NOUVELLE CHAMBRE CLAIRE PERFECTIONNÉE
- La chambre claire, ce merveilleux instrument inventé par AVollaston en 1804, ainsi que les nombreux perfectionnements qui y furent apportés, laissaient encore beaucoup à désirer par suite du phénomène si désagréable de la parallaxe qui se produit dans tous les appareils actuellement en usage. Ce phénomène, provenant des distances différentes qui séparent l’œil de l’objet et du crayon, est complètement supprimé avec la nouvelle chambre claire du commandant II. Blain. De plus, on peut toujours proportionner la lumière du papier et celle de l’image qui se projette à sa surface ; il suffit de faire varier l’intensité de la lumière fournie par le miroir argenté, en lui opposant le miroir platiné.
- L’Hémérograplie (c’est le nom du nouvel instrument) est un objet très pratique, dont on peut se servir sans la moindre étude ; on dessine sans hésitation, l’œil s’accommode de toutes les distances sans aucune fatigue, et l’on voit toujours très distinctement la pointe de son crayon et l’image.
- Le champ de cet appareil est indéfini, on s’en sert aussi bien dans le sens horizontal, que dans le sens vertical et sous des angles variables, il suffît de donner un mouvement de rotation à l’un des miroirs qui le composent, pour découvrir des parties restées invisibles dans une position précédente.
- L’Hémérographe se compose principalement de
- 1 D’après Y Anthropologie.
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- LA NATURE.
- deux miroirs spéciaux d’une planimétrie parfaite; ils sont disposés dans une monture en cuivre.
- Le miroir supérieur argenté est percé à son centre d’un œilleton qui sert de viseur lorsque l’appareil est placé horizontale-ment ; il est muni à sa partie supérieure d’un deuxième viseur destiné à être employé dans le sens vertical (lig. 1)..
- Le miroir inférieur, métallisé par le platine, possède une transparence calculée, qui permet de voir le crayon et l’objet toujours très distinctement et sans aucune fatigue pour l’œil. Ce second miroir est mobile et peut se remplacer dans le cas où l’on travaille en plein soleil par un miroir fumé.
- Cet appareil est supporté par un pied à tirage muni d’une genouillère qui permet de le hausser ou de l’abaisser selon le cas, et de le diriger dans tous les sens.
- Enfin, si l’on place l’Uémérographc devant une longue-vue, ou une simple lorgnette de campagne, on pourra dessiner à une grande échelle un objet placé à plusieurs kilomètres, suivant la puissance de la lunette, comme s’il était placé à quelques mètres de l’observateur.
- Ce dernier moyen pourra rendre de très grands services aux officiers envoyés en reconnaissance.
- Pour mettre l'instrument en station, comme le montre la figure 2, on fixe la mâchoire à une table, on y adapte le pied à tirage et l’on installe le porte-miroirs sur la ge-
- nouillère. En agissant sur la vis de serrage, on amène le pied au point voulu et l'appareil est prêt à fonctionner : il faut ouvrir alors le porte-miroirs et, lorsqu’il est au point convenable pour bien découvrir l’objet, on l'arrête au moyen de sa vis de rappel. On peut se servir de ï’Hémé-rographe en regardant avec les deux yeux ou avec un seul; le jeu des miroirs est tellement simple, qu’après un premier essai on est maître de son instrument.
- La figure 1 indique le moyen d’employer l’instrument dans les trois sens, horizontal (nu 1) vertical (n° 2) et angle variable (n° 5). Si l’on se sert de l’angle variable, on doit placer
- le miroir métallisé sur le bord inférieur du bouchon de la lunette et amener le miroir argenté sous l’angle le plus favorable pour recevoir le rayon direct. L’œil est placé comme le montre la figure.
- On peut encore obtenir des agrandissements en interposant une lentille convexe entre l’appareil ctl’objet, et, suivant lecas, une lentille concave entre l’appareil et le papier. Pour obtenir les grossissements avec une lentille convexe (loupe optique), on doit placer cette dernière dans le verrou fixé à la table, l’amener au point en l’élevant ou l’abaissant sur sa glissière et placer l’image ou l’objet à environ 15 centimètres derrière (voir la figure). L’Hémérographe est employé dans ses trois positions suivant le cas. X..., ingénieur.
- ——
- Viseur central.
- Senc horizontal
- Vis de rappel. Genouillère...
- L,. Viseur supérieur
- ... - Miroir argente ftayon direct ^
- ..Miroir platiné
- £./{or[eIt do
- An0lc variable
- Fig. 1. — Détail:? de l’héuiérograjdic du commandant II. Dlain.
- Fig. 2. — Mode d'emploi.
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- LA NATURE.
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- 1.
- L’HIPPOMETRE
- Un de nos plus brillants officiers de cavalerie, M. le capitaine Buisson, chef d’état-major de la 4e division de cavalerie à Sedan, a lait breveter récemment sous le nom d’hippomètre un instru-ment enregistrant la distance parcourue par un cheval aux allures de route, pas et trot. La grande difficulté de l’invention, le passage automatique d’une allure à l’autre, a été vaincue par un mécanisme fort ingénieux, qui, assez compliqué dans le premier dispositif, est
- maintenant très simple, grâce à des perfectionnements qui font de l’hippomètre un instrument rustique, susceptible d’un fonctionnement durable.
- L’hi ppomètre est basé sur le principe du podomètre, avec cette différence que son marteau moteur prend de lui-même une amplitude appropriée aux différentes allures et que pour chacune d’elles cette amplitude est réglée à la longueur des foulées du cheval.
- Dans ces conditions, les distances parcourues sont enregistrées
- Hippomètre du capitaine Buisson.
- Détail du mécanisme et vue extérieure du cadran.
- avec la plus grande précision
- (l’erreur dans les conditions les plus défavorables ne dépasse pas 1 /25), et une fois l’instrument réglé, une aiguille indique l’espace parcouru en kilomètres sur un cadran à deux graduations, les unes fractionnaires, les autres totalisatrices.
- Dans l’hippomèlre, comme dans le podomètre, le moteur est un marteau A (fig. 1) monté sur un levier oscillant en A', et agissant par ses oscillations successives au moyen d’un cliquet à ressort B sur un
- rochet à fine denture retenu par un contre-cliquet également à ressort B', et ramené constamment à une position fixe par un grand ressort R. Ce rochet met en jeu un rouage transmettant le mouvement reçu à une ou plusieurs aiguilles qui sont chargées de l’enregistrement et qui évoluent en regard de cadrans
- fixes convenablement gradués. Les oscillations du marteau de l’hippomètre ont des amplitudes variables suivant les différentes allures du cheval : par conséquent ce marteau fait tourner plus ou moins le rochet chargé de la transformation du mouvement. Pour l’allure au pas, l’amplitude va du point 1 formé par l’extrémité d’une vis Y à un doigt d’arrêt D, tandis que pour l’allure du trot elle va du point 1 au point 2 formé par l’extrémité d’une autre vis Y' sans tenir
- compte du doigt D qui s’écarte pour laisser passer le levier du marteau A, en pivotant en D'. Ces amplitudes différentes sont obtenues automatiquement de la façon suivante :
- Sur le levier du marteau À est fixée une console C dont la table est limitée à gauche (voir le détail du doigt dans la figure ci-contre) par un biseau qui a son plan incliné tourné vers le bas
- et son arête perpendiculaire au levier. Cette console rencontre dans son parcours en arc de cercle le doigt d’arrêt I) qui lui présente dans un plan perpendiculaire une section inclinée nécessitant l’effort du trot pour être franchie par l’arête. De plus le doigt, pivotant autour d’un axe perpendiculaire à son plan de rotation, peut être déplacé latéralement vers la gauche sous une pression déterminée. Enfin une goupille de butée C arrête
- Fig. 2. — Disposition de l’hippomètre sur le cheval.
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- LA NATURE.
- le déplacement du doigt d’arrêt vers la droite.
- Ce doigt est toujours ramené au contact de la goupille par un ressort IV, convenablement réglé et agissant sur la queue d’hironde qui prolonge la partie supérieure du doigt. L’allure du pas donne au marteau une impulsion trop faible pour franchir l’arrêt mobile 1), tandis que l’allure du trot lui donne une impulsion suffisante. Dans le premier cas l’amplitude est réduite, dans le deuxième elle est plus grande. Ces différentes amplitudes sont transmises au rochet transformateur et, par suite, aux aiguilles <pii évoluent en regard des cadrans gradués. Cependant, pour la précision des indications, il faut tenir compte de l’étendue de terrain foulée par le cheval aux différentes allures. A cet effet les vis Y et V', sur lesquelles on peut agir séparément, permettent de régler chacune de ces amplitudes au pas et au trot. Ce réglage est fait pour le cheval auquel est destiné l’instrument et dont les allures ont été préalablement étalonnées sur une route kilométrée.
- L’hippomètre est placé sur le coté gauche du garrot du cheval (fig. 2). Le marteau est par conséquent tourné vers l’arrière, condition nécessaire au bon fonctionnement du mécanisme. Il est enfermé dans une gaine de cuir qui fait corps avec un petit man-telet à cheval sur le garrot. Ce mantelet est traversé par une courroie qui glisse librement et qui le maintient par sa pression en contact intime avec le garrot. Cette courroie traverse un passant fixe sur la sangle vers son milieu et se boucle sous le ventre du cheval. Un arrêtoir actionné à l’aide d’un poussoir en saillie sur le boîtier de montre qui renferme le mécanisme, permet de suspendre les oscillations du marteau; on peut ainsi mettre le mécanisme à la marche ou à l’arrêt. Enfin le montage des aiguilles est tel qu’on peut à volonté les ramener au zéro.
- Grâce à l’hippomètre, les cavaliers, les chasseurs se retrouveront facilement même en terrain difficile, en forêt, par exemple. La connaissance de la distance parcourue depuis que l’on a quitté un point remarquable,étoile de routes, étang, rendez-vous quelconque, etc., leur permettra de savoir en quel endroit ils se trouvent, avec une approximation supérieure à celle que donne la lecture de la carte. En industrie, en agriculture, l’hippomètre permet de calculer le travail produit par un cheval en service et de contrôler celui qui a été chargé de le conduire.
- Au point de vue topographique et militaire il présente de très grands avantages : détermination exacte de tous les points d’un itinéraire parcouru rapidement à cheval; transformation, pour ainsi dire, en routes kilométrées de toutes les directions suivies; possibilité de faire à cheval un levé par cheminement à l’aide d’une boussole mesurant les azimuts et de l’hippomètre enregistrant les distances, à la seule condition de noter les résultats sur un carnet et de les reporter ensuite sur le dessin ; direction facile la nuit à l’aide d’une carte, l’instrument indiquant, par la distance enregistrée, à quel point de la route sui-%ie on est parvenu, et cela en dépit des arrêts plus r v
- ou moins longs ou nombreux qu’on a pu faire, des changements d’allure impossibles à retenir et des mille préoccupations qui s’opposent aune évaluation même très large des distances parcourues dans les marches de ce genre; le jour, suppression de la nécessité de suivre constamment sur la carte le chemin parcouru, puisque l’aiguille indique le moment de changer de direction, de quitter, par exemple, une route sur laquelle on marche depuis plusieurs heures. L’invention du savant officier est, on le voit, intéressante et utile à plus d’un titre. C. Crépeaux.
- SÉPARATION DES MICRO-ORGANISMES
- PAR I,A FORCE CENTRIFUGE
- Les micro-organismes comprennent, en majeure partie, dans leur constitution, des substances plus lourdes que l’eau : ce sont les matières albuminoïdes, cellulosiques et les matières minérales que l’on isole par l’incinération. Si des microbes vivants flottent dans des liquides tels que le vin, le cidre, le lait dont la densité est voisine de l’unité, c’est que probablement ils contiennent de petites quantités de gaz et que, d’autre part, la force qui les solliciterait à monter ou à descendre dans un liquide plus lourd ou plus léger que leur substance protoplasmique est certainement extrêmement faible, eu égard aux très petites dimensions des corps considérés. Mais on peut accentuer cette tendance à la séparation en soumettant les vases contenant les liquides fermentescibles et des organismes à un mouvement rapide de rotation. Nous disposons de la valeur de la force centrifuge et, pratiquement, nous pouvons la rendre plusieurs centaines de fois plus grande que l’intensité de la pesanteur.
- Dans les appareils de notre laboratoire dont nous nous servons, le rayon et la vitesse sont : pour le lactotrite mu à bras, 9 centimètres et 5600 tours par minute; pour la turbine à vapeur (modèle Burmeister), 20 centimètres et 4000 tours. Dans le premier appareil, les récipients soumis à faction de la force centrifuge sont de petits tubes étirés sur une certaine longueur en forme conique et fermés à la lampe à la pointe. Le second appareil esteontinu.
- La rotation éclaircit les liquides en fermentation et détermine la formation d’un dépôt gluant ou gélatineux, soit à la pointe des petits tubes, soit contre les parois de la turbine. En examinant au microscope ces dépôts boueux, on voit qu’ils sont composés en majeure partie d’un amas d’organismes vivants.
- Nous avons, par celte méthode, séparé les organismes d’un assez grand nombre de liquides en voie d’altération, en soumettant à la zone centrifuge des moûts en fermentation, du thé de foin, du lait ou son sérum après la séparation de la crème ou de la caséine par le caillement, du purin, des liquides sucrés chargés de moisissures, des vins en fermentation acétique, etc. Les organismes paraissent se séparer d’autant plus facilement que leurs dimensions sont plus grandes.
- Dans une des expériences, nous avons fait passer à la turbine un cidre en fermentation. Le liquide était trouble, il ressortait d’une limpidité parfaite ; des échantillons recueillis dans des flacons ouverts ou stérilisés, et conservés à l’étuve à 50 degrés, étaient tous devenus troubles le lendemain, ils fourmillaient de bactéries ; on ne trouvait plus de levures, la fermentation alcoolique avait disparu. Afin d’opérer une séparation plus facile, en diminuant la
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- fi A NATURE.
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- densité, on peut, soit chauffer le liquide à centrifuger, soit l’additionner d’autres liquides plus légers que l’eau, d'ammoniaque, d’alcool.
- Cette séparation des bactéries peut trouver son application dans les recherches bactériologiques; en pratique industrielle, on parviendra peut-être, au moyen de la force centrifuge, à débarrasser les eaux contaminées ou insalubres d’une majeure partie des organismes contenus, en n’admettant toutefois que de l’air débarrassé de germe, dans la turbine en mouvement. Dans ce but, nous avons enfermé notre turbine sous un couvercle jointif et ne laissant pénétrer au centre de l’orifice que de l’air stérilisé par la filtration sur une épaisse couche de coton.
- LUMIÈRE ET ALGUES MICROSCOPIQUES
- L’étude des organismes inférieurs, tels que les Protozoaires, les Algues, les Champignons, etc., bien qu’exigeant souvent l’emploi du microscope, est certainement l’une des plus attrayantes et des plus instructives à laquelle on puisse se livrer : les formes qu’elle révèle, les faits qu’elle met au jour, les merveilles qu’elle découvre, sont innombrables et d’un puissant intérêt pour ceux qui aiment les choses de la nature. L’un des organismes sur lesquels nous voulons aujourd’hui appeler l’attention, est une petite algue fort commune dans nos eaux douces, le Clostère (closterium). Examiné au microscope, il se montre avec un corps allongé terminé à ses deux extrémités par une pointe mousse. Au centre on aperçoit un noyau, ce qui nous indique que nous avons affaire à une simple cellule. Dans le protoplasme, à chaque extrémité, il y a deux vacuoles contractiles, contenant de petits cristaux sans cesse en mouvement. Enfin, pour terminer cette description, il faut signaler deux bandes longitudinales vertes, colorées par de la chlorophylle. Ainsi constitué, le clostère se déplace lentement dans l’eau, sans qu’il soit possible d’observer la moindre trace d’organes locomoteurs, ni fiagellums, ni cils vibratiles : il est probable que le mouvement est dû à une contraction de la cellule.
- Ce qu’il y a surtout d’intéressant dans l’algue qui nous occupe, c’est l’influence qu’exerce la lumière sur ses mouvements. Dans un petit aquarium à quatre faces bien planes, plaçons un clostère et faisons arriver sur lui un faisceau de lumière oblique : nous le verrons se soulever lentement, s’appuyer sur le fond du vase par une de ses extrémités, tandis que lui-même se dirige obliquement, exactement dans la direction du rayon incident (fig. A, n° 2). Il n’y a pas de doute possible: l’algue, quoique dépourvue d’organe visuel et même de système nerveux, perçoit non seulement la lumière, mais encore sa direction. Tout se passe, en un mot, comme si une des extrémités était attirée par la Source lumineuse, tandis que l’autre était repoussée. Pour vérifier cette hypothèse, modifions l’expérience ; au lieu d’éclairer l’aquarium par-dessus, éclai-rons-le par-dessous. Nous allons assister alors à un spectacle bien curieux : l’algue pivotant autour de sa pointe fixée, vient s’étaler sur le bord du vase, applique solidement son extrémité naguère libre, pivote autour de celle-ci et se place de nouveau dans la direction dés rayons incidents. On voit ce qui s’est passé; grâce à cette cabriole, l’algue présente encore la même extrémité à 1 Action de fa lumière ; il n’y a de changé que le point de fixation. En faisant décrire à la source lumineuse, un cercle, par exemple, l’algue suit constamment la direction des rayons et décrit un cène.
- Les phénomènes que nous venons de décrire, il faut le dire, ne sont exacts que lorsqu’on opère rapidement. En effet, éclairons une des faces de raquarium et attendons patiemment pour voir ce qui va se passer. Comme tout à l’heure l’algue se dirige vers la lumière et reste immobile pendant 6 à 8 minutes environ. Mais passé ce moment, on la voit s’incliner, pirouetter sur elle-même de façon à diriger son autre extrémité vers la lumière. Puis, au bout du même temps, le phénomène inverse se produit et une nouvelle pirouette a lieu. Ce singulier mouvement a une conséquence qui n’apparaît pas au premier abord, mais que l’on devine bien vite : c’est que par ces pirouettes répétées, l’algue se rapproche de la source lumineuse, tout à fait comme un clown qui entre dans la piste d’un cirque en sautant alternativement sur ses pieds et sur ses mains. Aussi, quand dans un grand vase, on veut isoler les clostères qu’il contient, il suffit de l’éclairer unilatéralement : au bout de quelques jours, on peut récolter les algues sur la face lumineuse.
- Presque toutes les algues douées de mouvement, et elles sont nombreuses, jouissent, comme le clostère, de
- So.
- Fig. A. — N° 1. Clostère (très grossi). N* 2. Clostère dans l’eau, dirigé dans le sens du rayon lumineux. — Fig. B. — N” 1. Chlamidomo-nade (très grossie). N"' 2 et 3. Tubes d’expériences.
- la propriété de se diriger vers la lumière : il faut, à cet égard, citer les Cldamidomonades qui donnent lieu à une élégante expérience imaginée par M. Bréal. La chlamido-monade est une algue très commune dans nos eaux douces. C’est un petit corps ovoïde pourvu en avant de deux cils vibratiles constamment en mouvement (fig. B, n° 1). Les cils en se mouvant, entraînent avec eux l’algue qui, dès lors, tourbillonne dans l’eau. A un certain moment elle s’arrête, et de son intérieur on voit sortir des organismes semblables à elle, mobiles également ; ce sont les zoospores. Celles-ci sont extrêmement communes : on rencontre souvent des flaques d’eau colorées en vert par leur présence. Prenons une certaine quantité de cette eau verte et mettons-la dans un tube à essai enduit extérieurement d’une couche de noir de fumée. Avec un stylet, écrivons sur ce. tube, un mot quelconque, par exemple, La Nature, et exposons le tout à la lumière. Il est évident que les rayons lumineux ne pourront entrer dans l’éau que par les lignes écrites, c’est-à-dire là où le noir de fumée a été enlevé. Au bout de quelque temps, vidons le tube et enlevons le noir de fumée à l’aide d’un linge. Nous verrons alors le mot très nettement reproduit à l’intérieur du tube, par des lignes vertes que l’examen microscopique nous montre comme formées des zoospores fixées. Celles-ci étaient venues toutes s’accumuler dans les régions éclairées, pour absorber le plus possible des rayons lumineux. Uenri Coupin.
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- LA NATLRE.
- LES AGAMIS OU OISEAUX-TROMPETTES
- Tandis que les Palmipèdes et les Gallinacés nous donnent de précieux auxiliaires, les uns d'origine européenne, comme les Oies, les Canards et les Poules, les autres de provenance exotique, comme les Dindons et les Pintades, l’ordre des Echassiers ne fournit, à l’heure actuelle et dans nos contrées, aucun animal domestique. Mais il n’en était pas de même dans l’antiquité, car l’examen des peintures et des monuments égyptiens nous révèle que jadis, dans la vallée du Nil, les Grues cendrées étaient tenues en captivité et traitées comme des oiseaux de basse-cour. Il n’en est pas de même non plus, de nos jours encore, dans l’Amérique tropicale, où l’homme a su utiliser l’intelligence et le naturel familier de certains Echassiers, proches parents des Grues et en faire les protecteurs de la volaille ou les gardiens des troupeaux. Ces oiseaux, ainsi domestiqués, sont les Kamichis, les Chaunas et les Agamis. Les Kamichis, les plus grands de tous, vivent à l’état sauvage dans les forêts du Brésil, de la Guyane et de la Colombie. Par leurs formes générales, ils rappellent un peu les Dindons, mais ils ont le corps plus allongé, les pattes plus hautes, et, au lieu de caroncules, ils portent sur le front, vers la base du bec, une corne grêle, adhérente seulement à la peau. En outre leurs ailes sont ornées, près du poignet, d’un ou de deux éperons acérés avec lesquels ils peuvent infliger à leurs ennemis de cruelles blessures.
- Plus petits que les Kamichis, les Chaunas du Brésil et de la République argentine ont le bec plus court, le corps relativement plus massif, les pattes plus fortes, le plumage lustré et bien plus fortement mélangé de gris et de blanc, le front dépourvu d’appendice corné et la nuque souvent ornée d’une huppe. Enfin les Agamis, dont nous nous occuperons particulièrement aujourd’hui, et qui constituent le genre Psophia de Linné, sont de taille encore plus faible et rappellent les Poules d’eau et les Poules sultanes par leur corps arrondi, mais ont des formes plus gracieuses, les pattes plus fines, le cou plus dégagé, le plumage plus richement teinté. Leur tête est petite et régulièrement arrondie, leur bec robuste, avec la mandibule supérieure fortement voûtée et terminée par un crochet; les pattes sont terminées par quatre doigts courts dont l’un, celui de derrière, s’insère un peu au-dessus du niveau des autres ; le corps est ovoïde, la queue très réduite, formée de pennes molles et dissimulées sous des plumes allongées et floconneuses, ordinairement d’un gris tendre,passant au roux brûlé. Cette teinte claire de la partie inférieure du dos contraste avec la couleur noire du reste du corps, couleur qui est rehaussée sur la poitrine par de magnifiques reflets verts, bleus, violets et dorés. La tête et le cou sont également noirs, et d’aspect velouté, les plumes étant beaucoup plus courtes et plus serrées que sur le corps, et ressemblant à une sorte de duvet très doux au toucher. Les nuances du
- plumage varient du reste quelque peu d’une espèce à l’autre et permettent de distinguer l’Agami vert (Psophia viridis) de l’Agami obscur (Psophia obscurci), l’Agami aux ailes fauves (Psophia ochrop-tera) de l’Agami aux ailes blanches (Psophia leu-copiera) et l’Agami du Rio Napo (Psophia napensis) de l’Agami bruyant (Psophia crépitons).
- De toutes ces prétendues espèces, dont quelques-unes ne sont certainement que des races locales, formées aux dépens d’un même type, la dernière nommée est certainement la plus anciennement connue. On la trouve mentionnée ou décrite d’une façon plus ou moins exacte dans les relations des voyageurs et des naturalistes du dix-septième et du dix-huitième siècle et du commencement du siècle actuel, dans les ouvrages du Père Du Tertre, de Bar-rère, d’Adanson, de Dallas, de Yosmaër, de Buffon, et dans le Voyage à Surinacn et dans l'intérieur de la Guyane du capitaine J.-G. Stedman, qui nous apprend que, de son temps, l’Agami bruyant était appelé Camy-Caniy par les Indiens, et Agamie (sic) ou Oiseau-trompette par les colons de la Guyane. Cela, pour le dire en passant, nous indique l’étymologie du nom français d’Agami, qui n’est évidemment qu’une corruption du nom indien Camy-Camy. Quant au nom d’Oiseau-trompette, il fait allusion, comme La Condamine et Stedman,le constataient déjà, aux sons étranges que l’oiseau fait entendre, particulièrement lorsqu’il est effrayé, et qui ne rappellent d’ailleurs que de très loin le son de la trompette. A un cri perçant succède durant une minute environ un roulement sourd qui va en s’affaiblissant. Chose curieuse, après tant d’années écoulées depuis la découverte de l’espèce, après que l’Agami a été l’objet de nombreux travaux, les naturalistes ne paraissent pas encore fixés sur la manière dont ce roulement se produit. Trail etPœppig supposaient qu’il résultait de la vibration de l’air que l’oiseau, tenant le bec fermé, faisait pénétrer des poumons dans deux poches communiquant avec la trachée-artère par deux fentes étroites et tout à fait comparables aux sacs vocaux du Casoar émeu; mais les recherches récentes d’un naturaliste anglais, M. Beddard, n’ont pas confirmé cette hypothèse. La trachée-artère de l’Agami n’offre, paraît-il, aucune fente latérale et ne présente pas non plus, ou du moins ne présente pas toujours les circonvolutions qui ont été signalées par Hancock.
- Les Agamis bruyants vivent à l’état sauvage dans les grandes forêts de la Guyane et de la partie du Brésil située au nord du fleuve des Amazones. Ils nichent par terre, ou, pour parler plus exactement, se contentent de gratter le sol avec leurs pattes, au pied d’un arbre, et de pratiquer ainsi une excavation qu’ils garnissent de quelques herbes et dans laquelle ils déposent leurs œufs d’un vert clair, au nombre d’une dizaine par couvée. Les petits naissent très robustes et, à peine débarrassés de leur coquille, se mettent à trottiner à la suite de leurs parents. Ils se nourrissent d’abord d’insectes et de vermisseaux,
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- L Ai^aini liruyant ou Oiseau-trompette de la Guyane.
- (1.'Agami a été dessiné d’après l’individu vivant actuellement au Jardin des Plantes de Paris.)
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- LA NATURE
- mais ne tardent pas à joindre des fruits et des graines à cette nourriture animale. Pendant assez longtemps ils restent couverts d'un duvet doux et serré formé de plumes fines et décomposées, ressemblant à des poils et bien différentes des plumes de l’adulte.
- Par leurs allures, les Agamis rappellent beaucoup les Grues. Comme celles-ci, ils ont de brusques accès de gaîté pendant lesquels ils exécutent des danses bizarres qui contrastent singulièrement avec leur gravité ordinaire. Quand un danger les presse, ils peuvent courir rapidement, mais leur vol est si lourd et si peu soutenu qu’ils ne sauraient franchir à tire-d’aile un fleuve de quelque importance. Lorsque les petits sont élevés, ils continuent pendant plusieurs mois à vivre en famille et, comme beaucoup d’autres Echassiers, se réunissent volontiers à d’autres bandes de la même espèce, pour constituer des troupes qui comprennent souvent une quarantaine d’individus et qui parfois même, si l’on en croit Schomburgk, comptent jusqu’à deux mille têtes.
- Depuis plus d’un siècle, les Agamis sont à la Guyane l’objet d’une chasse très active, non pas à cause des qualités de leur chair, qui est toujours sèche et dure, mais pour la valeur de leurs dépouilles, dont les parties brillamment colorées et chatoyantes servent à faire des parures. Cette chasse est d’autant plus fructueuse que les Agamis ne peuvent fuir à une grande distance et se laissent d’ailleurs, dit-on, facilement attirer jusque sous le fusil, quand on parvient à imiter leur voix de ventriloque. Pris vivants, ils s’habituent fort bien à la captivité et s’apprivoisent aisément. « On le trouve, dit Schomburgk1, dans tous les établissements indiens et complètement libre; il sert de gardien aux autres oiseaux. » Déjà, au siècle dernier, M. de La Borde écrivait à Bulïon qu’on voyait des Agamis qui se promenaient dans les rues de Cayenne, sortaient de la ville et rentraient le soir très exactement au logis. « On les approche et on les manie tant qu’on veut, disait-il; ils ne craignent ni les chiens, ni les oiseaux de proie. Dans les basses-cours, ils se rendent maîtres des Poules, et ils s’en font craindre. Ils se nourrissent comme les Poules, les Marails, les Paraguas2; cependant les Agamis très jeunes préfèrent les petits vers et la viande à toute autre nourriture.
- « Presque tous ces oiseaux prennent à tic de suivre quelqu’un dans les rues ou hors de la ville, des personnes même qu’ils n’auront jamais vues : vous avez beau vous cacher, entrer dans les maisons, ils vous attendent, reviennent toujours à vous, quelquefois pendant plus de trois heures. Je me suis mis à courir quelquefois, ajoutait M. de La Borde; ils couroient plus vite que moi, et me gagnoient toujours le devant : quand je m’arrêtois, ils s’arrê-toient aussi fort près de moi. J’en connois un qui ne manque pas de suivre tous les étrangers qui entrent dans la maison de son maître, ’et de les
- 1 Reisen in British Guiana in den Jahren 1840-1844.
- 2 Sortes de Pénélopes, oiseaux de l’ordre des Gallinacés.
- suivre dans le jardin, où il fait, dans les allées, autant de tours de promenade qu’eux jusqu'à ce qu’ils se retirent. »
- Un autre correspondant de Buffon, M. de Manon-court, Pistorius, Vosmaër, le capitaine Stedman, le voyageur allemand Schomburgk et beaucoup d’autres auteurs anciens et modernes que nous pourrions citer, s’accordent à reconnaître l’intelligence et la docilité des Agamis élevés en captivité. Ces qualités, d’ailleurs, ont pu être constatées même chez les individus qui ont été amenés maintes et maintes fois en Europe depuis le milieu du siècle dernier, et qui ont pu être conservés durant plusieurs années dans les jardins zoologiques, en France, en Angleterre et en Hollande. Les Agamis s’attachent aux personnes qui les soignent, obéissent à leur voix, les suivent docilement ou les précèdent en gambadant joyeusement comme des chiens, et manifestent leur joie de les revoir après une absence de quelque durée. Us aiment à se faire caresser et se montrent jaloux de ceux qui partagent les bonnes grâces de leur maître. Quand on a laissé un Agami prendre pied dans une maison, il cherche à en éloigner les Chiens et les Chats qui lui portent ombrage, s’approche de la table aux heures des repas sans y être invité, et ne se fait pas faute de distribuer des coups de bec aux domestiques noirs. Dans les basses-cours, ils ne tardent pas à exercer leur domination sur les volailles, et il paraît même qu’à diverses reprises, on a pu leur faire jouer le rôle de Chiens de berger en les préposant à la garde des troupeaux de Moutons. Lors même que l’exactitude de ces faits ne nous serait pas attestée par des auteurs dignes de foi, nous serions déjà disposé à admettre que les Agamis sont susceptibles d’une certaine éducation, car nous savons qu’il y a quelques années, au Jardin des Plantes, une Grue de Numidie, c’est-à-dire un oiseau appartenant à une famille alliée de très près aux Agamis, s’était prise pour son gardien d’une très vive affection et lui obéissait comme un Chien. Un jour même, ce gardien étant tombé malade, l’oiseau, inquiet de ne pas le voir, se rendit à son domicile, dont il connaissait le chemin pour l’avoir parcouru à diverses reprises en sa compagnie. E. Oustalet.
- INFLUENCE DES GRANDS RELIEFS DU SOL
- SUR LA FORMATION DES DÉPRESSIONS ATMOSPHÉRIQUES
- Les causes qui font naître les gigantesques tourbillons atmosphériques que l’on nomme dépressions, bourrasques ou cyclones, sont nombreuses, complexes et encore peu connues. Faut-il, en particulier, placer l’origine des tempêtes dans l’air raréfié, éternellement [sec et glacial des hautes régions atmosphériques? Faut-il, au contraire, la chercher plus près de nous, dans les couches d’air qui avoisinent la surface terrestre? La seconde hypothèse nous semble plus rationnelle, car c’est surtout dans l’air inférieur, dense et chargé de vapeur d’eau, que le
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- LA NATURE.
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- soleil, père du mouvement dans notre monde, peut exercer sa puissante action calorifique. L’influence de la vapeur d’eau, dans la répartition de la chaleur solaire au sein de l’atmosphère, est en effet considérable, puisque l’air humide absorbe cinquante fois plus de calorique que l’air sec.
- On sait que la plupart des dépressions atmosphériques qu’on observe en Europe, arrivent toutes formées de l’océan Atlantique, et qu’un petit nombre d’entre elles prennent naissance au-dessus de notre continent. Ces dernières se produisent tantôt ici, tantôt là, surtout dans l’intérieur des vastes dépressions déjà existantes : elles apparaissent alors sous la forme de dépressions secondaires, satellites d’une dépression principale, et on peut admettre qu’elles doivent leur formation aux tourbillons atmosphériques au sein desquels elles sont nées. Mais il en est d’autres qui surgissent toujours dans la môme région, au sud des Alpes, vers le golfe de Gènes, entre la Sardaigne et la chaîne alpestre, et qui ne sont pas de simples dépressions satellites. Elles naissent spontanément, au moins dans la plupart des cas, et ont une allure indépendante, quelquefois singulière, bien différente de celle des dépressions transatlantiques (carte 1).
- La fréquence des centres de dépression dans cette région remarquable est môme assez grande pour que la carte des pressions barométriques moyennes en Europe y présente un minimum très accentué. D’après le Bulletin international du Bureau central météorologique de France, il y a eu 24 dépressions qui s’y sont formées en 1888, 17 en 1889, 15 en 1890 et 14 en 1891. Or, les courbes isobarométriques du Bulletin international ne sont tracées que de 5 millimètres en 5 millimètres; on peut donc en conclure que les dépressions qui se développent, plus ou moins, au sud des Alpes, doivent être beaucoup plus nombreuses que ne l’indiquent les chiffres ci-dessus. Presque chaque jour en effet, sur la carte synoptique des pressions, l’inflexion des isobares qui passent dans le nord de l’Italie, indique qu’une dépression s’y trouve à l’état embryonnaire. Cela tient évidemment à la topographie de la région.
- Les mouvements ascendants qui se produisent dans l’atmosphère donnent toujours lieu à une baisse barométrique et à une perturbation plus ou moins locales et plus ou moins importantes. Ils ont pour cause principale réchauffement du sol et de l’air inférieur sous l’influence de la radiation solaire et sont en outre considérablement augmentés quand l’air est convenablement humide. Or, le bassin du Pô est essentiellement favorable à la production de ces courants ascendants. Une muraille de montagnes, de 2000 à 5000 mètres de hauteur moyenne, quelquefois de plus de 4000 mètres, d’une largeur de 200 kilomètres, le ferme au nord, en demi-cercle, de Nice à Klagenfurth, sur une longueur de 900 kilomètres. Le versant italien s’élève brusquement, presque à pic, et il serait difficile de trouver des plaines plus arrosées et plus humides que celles de
- la Lombardie. L’ensemble constitue une sorte de chaudière, un immense générateur de vapeur d’eau.
- Les courants ascendants doivent donc y prendre une intensité et une ampleur peu communes. Dans les cas ordinaires, la raréfaction produite par l’ascension d’une partie de la masse atmosphérique, est comblée par l'air ambiant qui se précipite de toutes parts vers le minimum de pression en donnant naissance à un tourbillon. Mais là, le mouvement dù à l’aspiration, ne peut pas s’effectuer librement de tous les côtés. L’énorme obstacle constitué par les Alpes arrête ou gêne considérablement, du sud-ouest au nord-est, tout écoulement du fluide atmosphérique vers des régions plus méridionales et moins élevées, et c’est précisément dans ce vaste secteur montagneux que la densité de l’air est plus grande.
- Quelques vents locaux, d’une rare impétuosité, descendent bien, le long du flanc des montagnes, par les gorges et par les vallées, mais le volume d’air apporté ainsi, est loin d’être suffisant pour combler le vide partiel qui a été fait dans les basses régions, au voisinage du sol. La plus grande partie de l’air aspiré, déviée par le massif des Alpes, arrive par la vallée du Rhône, et y produit un vent d’une violence extrême auquel les Provençaux ont donné le nom de Mistral. La grande force du mistral est due au rétrécissement de la vallée, à l’appel d’air qui se fait sur la Méditerranée, au large de nos côtes de Provence; à l’excès de pression qui coïncide, dans la région des Pyrénées, avec la formation d’une dépression au sud des Alpes.
- La force tangentielle exercée par ces vents du nord ou du nord-ouest qui soufflent ainsi sur le bord sud-ouest de la dépression, active naturellement le mouvement tourbillonnaire. Ce mouvement est également accru, pour des raisons analogues, par les vents du sud-est qui régnent alors sur la mer Adriatique où ils acquièrent, vers les côtes d’istrie et*de Dalmatie, une impétuosité qui rappelle celle du mistral. La condensation de la vapeur d’eau en pluie, dans l’intérieur de la masse en rotation, ajoute encore son effet aux précédents. Le tourbillon arrive ainsi à un développement considérable qui en fait une grande dépression atmosphérique, présentant assez fréquemment, surtout au début, quelques caractères particuliers.
- La couche d’air en rotation, à cause même des circonstances qui ont présidé à la progression du mouvement tourbillonnaire, est d’abord peu éloignée de la surface terrestre. Son épaisseur est moins grande que dans les dépressions ordinaires, et le tourbillon, qui sans doute ne dépasse pas suffisamment les niveaux élevés des chaînes de montagnes, reste alors stationnaire, comme s’il était emprisonné par les reliefs du sol. Mais peu à peu, à mesure que la rotation s’accélère, elle gagne de plus en plus en hauteur. Le centre de gravité du système s’élève et finit par subir l’influence des mouvements plus généraux de l’atmosphère : le tourbillon est entraîné vers l’Orient.
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- LA NATURE.
- Quelquefois, au moment de surmonter l’obstacle qui le retenait, le tourbillon semble se segmenter suivant la verticale : la partie supérieure s’éloigne avec 'rapidité, tandis que la partie inférieure reste sur place et constitue un second tourbillon qui s’épuise promptement. Le tourbillon primitif paraît encore, dans quelques cas, ne pas prendre en hauteur assez de développement pour se soustraire, soit complètement, soit en partie, à l’influence des reliefs du sol. Il reste alors plus longtemps immobile, descend ensuite lentement vers le sud-est comme s’il étailrepoussé par le massif principal, et traverse ainsi toute l’Italie en s’élargissant de plus en plus.
- Enfin il arrive quelquefois que le tourbillon primordial ne s’accroît pas suffisamment pour rompre les liens qui le maintiennent vers les Alpes : il meurt alors où il est né.
- Les cartes II, III,
- IY et Y, montrent que les routes ordinairement suivies par les dépressions qui prennentnaissan-ce au sud des Alpes sont surtout dirigées entre le sud et l’est. Les lieux d’origine sont indiqués par les gros poinls noirs, et les trajectoires par les courbes. Les points noirs isolés représentent les tourbillons qui se sont développés et qui se sont éteints sans changer de place. Les dépressions créées par la configuration topographique de cette région des Alpes ont naturellement une influence consi-
- dérable sur le climat de toute l’Europe méridionale. En France, leur action n’est pas restreinte à la Provence : elle s’étend jusqu’au Plateau Central et
- quelquelois bien au delà. A leur début, elles abaissent notablement la température dans notre pays, et y produisent des averses ou des giboulées, suivant la saison. Elles ramènent le beau temps quand leur centre s’est suffisamment éloigné vers la Tunisie ou vers l’Orient, mais alors elles occasion n e n t, au printemps et à l’automne, de désastreuses' gelées blanches. Quand leur existence coïncide, après un développement convenable, avec celle d’une vaste dépression dans le nord
- de l’Europe, elles provoquent assez fréquemment, surtout en hiver, la formation d’une couche de nuages dans les régions tout à fait inférieures de l’atmosphère, et meme jusqu’au niveau du sol. Les plaines sont alors envahies par d’épais brouillards, qui sont de véritables nuages, et qui donnent de la bruine, du givre, voire de la pluie ou de la neige pendant que les plateaux élevés et les montagnes, jouissent d’un ciel pur et d’un beau soleil1. Plümaindo.n,
- Météorologiste à l’Observatoire du Puy-de-Dôme.
- 1 Voir La France centrale sous les nuages, du meme auteur, dans La Na/ùre; n° 558, du 9 février 1884, p- ldn
- CARTE II 1
- ’ètersboucg"
- Moscou
- tondre;
- Vienne,
- Carte I, Trajectoires des centres de dépressions barométriques qui ont existé en Europe pendant les mois de juin, juillet, août, septembre, octobre et novembre 1890. Les points noirs marquent les lieux d’apparition des centres de dépression. On reconnaît nettement l’influence perturbatrice des Alpes.
- Cartes II, 111, IV et V. Dépressions ou tourbillons atmosphériques nés au sud des Alpes pendant les années 1888, J889, 1890, 1891.
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- LA NATURE.
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- LES VITRES ARMÉES
- On commence à rencontrer dans le commerce un produit assez curieux et certainement appelé a rendre de réels services : nous voulons parler de feuilles et de plaques de verre contenant des toiles métalliques plus ou moins fines noyées dans la masse môme du verre. Si l’idée est fort originale, on comprend immédiatement que le procédé de fabrication n’est pas très difficile à imaginer ni à mettre en pratique : quelques explications rapides, aidées de la figure qui accompagne cet article, vont le faire saisir bien vite.
- On dispose d’abord une table métallique à couler
- les glaces portant une bordure métallique de chaque côté; on peut rouler par-dessus un train composé de trois rouleaux, glissant sur ces bordures comme sur des rails, de façon à passer à une distance toujours constante de la table. Ce train est mis en mouvement par un double fil métallique assez solide, que nous voyons courir par deux poulies de retour, au-dessus delà tête des ouvriers ; il va se tourner sur un treuil, et l’ouvrier placé à gauche de la figure, qui met ce treuil en mouvement, peut ainsi faire marcher le train en arrière ou en avant, d’un bout à l’autre de la table. Quant au détail du train, une petite figure spéciale placée en haut de notre dessin, montre suffisamment son installation : il comprend d’abord un
- Fabrication des vitres armées, plaques de verre contenant une
- toile métallique, aux usines de Tacony, l’ensylvanie (Etats-Unis.)
- cylindre uni, puis un deuxième cylindre portant des rainures d’une profondeur à peu près égale à la moitié de l’épaisseur de la plaque de verre qu’on veut travailler: enfin le troisième cylindre est uni, lui aussi. Tous ces cylindres sont creux et peuvent être chauffés intérieurement. Entre le premier et le deuxième rouleau, on voit un plan incliné sur lequel on va faire glisser la toile métallique à insérer dans le verre.
- Voici maintenant comment se passe l’opération : le verre est en fusion dans le four voisin ; d’un autre côté, la toile métallique, coupée à la longueur et à la largeur voulues, est portée à une température assez élevée. Tout est prêt, et le train des cylindres est à l’extrémité antérieure delà table. Sur cette table,on coule une quantité convenable de verre en fusion ; la
- toile métallique est placée sur le plan incliné, et l’on met en marche. Le premier rouleau aplanit le verre, forme la glace à l’épaisseur voulue grâce aux bordures métalliques, et bientôt le cylindre cannelé saisit l’extrémité de la toile métallique et la fait entrer dans la masse vitrée, grâce à la saillie de ses cannelures, tandis que la masse pâteuse jaillit dans l’intervalle des cannelures au-dessus du niveau de la toile. On comprend alors que le troisième rouleau, en passant par-dessus le tout, aplatit la masse de verre, et y enrobe complètement la toile métallique.
- Nous n’avons pas besoin de dire qu’on peut faire de même des plaques de verre des types les plus divers, en donnant par avance à la toile, les flexions qu'elle devra conserver, une fois englobée dans le verre ; de même qu’on peut produire des feuilles de verre de
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- LA NA Tl LL.
- toutes les épaisseurs. D’après le Scientific American, il se serait fondé à Philadelphie une compagnie spéciale, la « American Wire Glass Co », qui se proposerait de se livrer à cette fabrication sur une très grande échelle.
- 11 est certain que c’est là une nouvelle matière ; ces vitres armées peuvent rendre des services aussi multiples que réels. Aujourd’hui qu’on fait un usage constant des grandes constructions métalliques pour les halles, les marquises, les gares, etc., on a toujours à ménager dans les toits, d’immenses verrières où l’on doit poser un nombre considérable de vitres. Ces vitres sont exposées à de multiples chances de bris; on les fait d’une forte épaisseur, mais précisément pour cela même, quand elles viennent à se rompre et à tomber sur le sol, elles peuvent causer des accidents très graves. On a recours quelquefois à des toiles métalliques disposées en dessous, mais c’est alors une augmentation énorme des frais déposé, et, en outre, ces toiles exposées à des agents divers de destruction, notamment, dans les gares, aux gaz échappés des locomotives, se rongent et se rompent assez souvent. Tout naturellement la toile, enrobée dans son vêtement de verre, se conserve intacte, à l’abri de ces influences; elle est toujours à même de jouer efficacement son rôle protecteur, si les vitres viennent à se briser, et elle en maintient les morceaux en place. Des vitres ainsi faites constituent une défense réelle contre les entreprises des voleurs. On sait aussi quel usage on fait maintenant des plaques de verre comme pavage pour éclairer des caves et sous-sols : il est certain que des plaques avec toiles métalliques disposées intérieurement de la sorte, offrent toute sécurité de résistance. Enfin on va jusqu'à dire que ces plaques de verre peuvent arrêter le passage des balles, et être employées à ce titre pour les hublots des navires de guerre. Damel Bellet.
- CHRONIQUE
- Plaque commémorative à la mémoire «l'un aéronaule du siège de Paris. — Parmi les ballons messagers qui pendant la guerre franco-prussienne ont quitté Paris assiégé, il en est deux qui se sont perdus en mer; l’un de ces aérostats monté par le marin Prince, s’était élevé de la gare d’Orléans le 50 novembre 1870; l’autre ballon, monté par Émile Lacaze, quitta Paris de la gare du Nord, le 27 janvier 1871. 11 y a quelques années, on a placé, à la gare d’Orléans, une inscription commémorative à la mémoire de Prince ; la semaine dernière, le 27 janvier, on a inauguré, à la gare du Nord, une plaque semblable, en l’honneur de l’infortuné Laqaze. Nous avons donné jadis, autant qu’on peut la retracer, l’histoire du trépas héroïque de ces deux patriotes ; nous y renvoyons notre lecteur1. Nous rappellerons que Lacaze, dont il s’agit aujourd’hui, était un jeune homme de 29 ans, engagé dans l’armée pour la durée de la guerre. Il avait beaucoup d’énergie, et il poussait à l’extrême son amour de la patrie. Il se proposa, au moment où les aéronautes étaient devenus rares à Paris pour conduire un aérostat messager. Il
- s’éleva seul de la gare du NordjJc 27 janvier 1871, muni
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- 1 Yoy. n° 4b, du 18 avril 1874, p. 505.
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- d’une dcpeche annonçant la capitulation de Paris. II partit a 5'‘20 du matin. On le vit à lh50 de l’après-midi, tout [très de terre dans le département des Deux-Sèvres. Se trouva-t-il dans l’impossibilité d’ouvrir la soupape ? Voulut-il continuer son voyage? On l’ignore et on l’ignorera louions. On vit bientôt le ballon regagner les régions élevées de l’atmosphère, et continuer sa route dans la direction de La Kochelle, où les habitants le virent se perdre bientôt à l’horizon de la haute mer. Émile Lacaze disparut à jamais avec son aérostat, très certainement englouti au milieu de l’Océan ! Le jour de l’inauguration de la plaque commémorative, M. Janssen, qui, lui aussi, a quitté en ballon Paris assiégé, pour exécuter une mission scientifique, a su rendre à Lacaze un très éloquent hommage.
- Variabilité de la latitude géographique. —
- Celte question agitée depuis plusieurs années, a été récemment reprise dans plusieurs observatoires sous l’impulsion de l’Association géodésique internationale. Des observations comparatives faites, depuis 1889, avec le plus grand soin et d’après des méthodes différentes, dans les observatoires de Berlin, Potsdam, Poulkova, Prague et Strasbourg, ont partout accusé une variation dans la latitude suivant une période dépassant un peu la période annuelle, variation dont l’amplitude totale est d'environ une demi-seconde d’arc. La distance en longitude entre ces différents observatoires, empêchait d’attribuer ces variations à des causes purement locales et semblait prouver l’existence d’une oscillation périodique de l’axe de rotation de la terre. Il restait à en faire la preuve. A cet effet, l’Association géodésique internationale a, d’accord avec le Coasl and Geodelic Survey des États-Unis, organisé une expédition astronomique aux îles Sandwich pour étudier le phénomène sous une longitude différant de 12 heures environ de celles des stations européennes, sur le même hémisphère, mais à une latitude et dans des conditions climatériques absolument différentes de celles qui se présentent en Europe. Les résultats obtenus à llonolulu par M. Marcuse, de Berlin, chef de cette expédition, ont été communiquésl'automne dernier à Bruxelles, lors do la réunion de la Conférence de l’Association géodésique internationale. Les observations ont commencé en mai 1891 et ont duré jusqu’en mai 1892. Les variations de la latitude d’ilonolulu se sont trouvées concorder absolument avec celles que l’on a constatées durant la même péiiode en Europe, mais étaient de sens contraire, comme on avait cru pouvoir le présumer. L’amplitude durant cette dernière période a peu dépassé la demi-seconde, et la durée de la période, est un peu supérieure à l’année. Il en résulte que les pôles se déplacent durant ce temps de près de 20 mètres à la surface de la terre. Ceci est maintenant un fait acquis; mais on ne pourra évidemment avoir une connaissance précise de la longueur de la période de variation, que lorsque les observations se seront étendues durant un laps de temps un peu considérable et supérieur à la durée des observations exactes commencées seulement en 1889.
- Les officiers interprètes en Allemagne. — D’après la Gazette de Francfort, une innovation sera introduite prochainement dans l’armée allemande. On se propose d’instruire dans chaque corps d’armée un nombre suffisant d’officiers et d’employés militaires de l’intendance pour qu’ils puissent servir d’interprètes en temps de guerre. Les langues russe et polonaise seront enseignées dans les troupes en garnison dans l’est de l’Empire, le français dans toutes les autres. Il sera ouvert, à cet effet, dans chaque corps d’armée, un « crédit pour l’élude
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- L A N A T U R E.
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- des langues », el ce crédit sera reparla entre les dillcrcnlc» garnisons. 11 est destiné à couvrir les frais de l’inslruc-tion des futurs officiers interprètes. A la fin du mois de mars de chaque année, le chef de l’état-major de l'armée fera procéder à des examens dans lesquels les candidats auront à faire : 1° une composition dans la langue étrangère qu’ils auront étudiée; 2° une traduction de cette langue en allemand. Les candidats devront ensuite suhir un examen oral de conversation et de traduction. Enfin, tous les cinq ans, les interprètes subiront un nouvel examen. Les officiers interprètes bien doués pourront obtenir des bourses pour des voyages à l’étranger. C’est l’armée anglaise qui, depuis déjà assez longtemps, a pris l’initiative de cette organisation. En France, d’après la Revue du Cercle militaire, nous nous en tenons aux interprètes de réserve, bons traducteurs sans doute, dans un bureau, mais peu préparés à accompagner à cheval un état-major, et à traduire sur le terrain en termes militaires des renseignements dont la connaissance ne doit pas subir de retard.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 51 janv. 1895.— Présidence de M.de Lacaze-Duthieks
- L'âge de cuivre. — M. Berthelot a appliqué l’analyse chimique à la solution d’un problème d’archéologie. Ayant reçu de M. lleuzey un fragment de cuivre trouvé par JI. de Sarzec, dans des fouilles opérées en Mésopotamie, il a déterminé exactement la composition de ce métal et, circonstance qui rend son labeur fort intéressant au point de vue archéologique, c’est qu’on peut affirmer, d’après le site des substructions dont ce débris à été tiré, qu’il est extrêmement ancien, plus ancien que Babylone, plus ancien que la célèbre stèle des vautours de Chaldée. Dès lors, cette analyse peut servir à éclaircir un point important de l’histoire de l’humanité : A-t-il existé, dans les temps préhistoriques, un âge de cuivre ayant précédé l'àge de bronze, lequel subsistait encore à l’époque des héros d’Homère? Le minerai de cuivre s* réduit très facilement par le charbon, aussi est-il tout naturel qu’il ait été connu bien longtemps avant le fer. Mais dans le bronze, il entre de l’étain, et l’étain est à peu près localisé dans la presqu’île de Malacca, les îles de la Soude et la Cornouailles, de telle sorte que l’emploi de ce métal par les Grecs atteste de longues navigations ou d’énormes voyages par terre, manifestations irréfutables d’une activité commerciale que l’on ne soupçonnait guère. L’échantillon analysé par M. Berthelot ne renfermait pas d’étain ni de zinc, à peine quelques traces de plomb et d’arsenic. L’eau et l’air l’avaient complètement oxydé dans toute sa masse, et il se présentait comme un sous-oxyde ou un mélange de protoxyde et de cuivre métallique. M. Berthelot rappelle à cette occasion qu’il s’est livré à des recherches du même genre sur un fragment du sceptre d’un pharaon qui régnait sur l’Égypte environ 5500 ans avant .Jésus-Christ, et qu’il n’a point non plus trouvé d’étain. En somme, il faudrait pouvoir pratiquer un très grand nombre d’analyses de ce genre pour tirer une déduction certaine, mais on peut déjà dire qu’il est probable que l’àge du cuivre a réellement existé.
- La pneumonie contagieuse des bœufs. — M. Arloing présente une Note intitulée « sur les propriétés pathogéniques des matières solubles fabriquées par les microbes de la péripneumonie contagieuse des bovidés, et leur valeur dans le diagnostic des formes chroniques de celte maladie ». l/>s toxines dues au pneumo-bacillus ligue fa-
- de us bovis, soit dans les liquides pathologiques des organes malades, soit en bouillons de culture, jouissent de propriétés qihlogogènes qui ont été mises en évidence par des expériences de l’auteur, remontant à 1888. Aujourd’hui il s’occupe des effets autres que l’inflammation locale, par des injections des toxines dans le tissu conjonctif sous-cutané. Il prouve que ces substances produisent des effets généraux très graves, quand on les injecte dans les veines. Le bœuf est tué facilement par l’injection ; ainsi les liquides que contiennent ces toxiques sont mortels aux doses suivantes : 0*r,064 par kilogramme d’animal vivant pour les cultures, et 0gr,024 seulement pour les liquides pathogéniques. L’intoxication se manifeste aussi avec les liquides débarrassés de microbes, mais il faut éliminer les microbes par la dialyse et non par la filtration sur le filtre minéral Chamberland, qui arrête une forte proportion de toxine. Les injections de petites quantités de liquides ne donnent dans ce cas que des effets pyrogènes, c’est-à-dire une élévation de température, auxquels les animaux déjà atteints de la maladie sont beaucoup plus sensibles. 11 a préparé dans ce but un extrait concentré, analogue à la tuberculine dont il compte tirer de grands avantages pour discerner les animaux atteints de la péripneumonie. On sait, en effet, que les règlements de la police sanitaire exigent l’abatage immédiat de ces animaux et que l’État paye annuellement de ce fait aux éleveurs des indemnités s’élevant à 1 million de francs, ce qui est encore peu de chose comparativement aux pertes réelles subies par ces derniers.
- Variation diurne de la gravité. — M. Mascart communique le résultat d’expériences très délicates, au moyen desquelles il croit avoir décelé des variations diurnes de l’intensité de la pesanteur. Il fait équilibre à la pression d’une colonne d’hydrogène renfermée dans un tube, au moyen d’une colonne de mercure de 4m,50 de hauteur. L’appareil est enfoui dans le sol pour être, autant que possible, soustrait aux variations thermiques irrégulières. La variation de niveau s’observe à l’aide d’un microscope à micromètre. On conçoit que si la température reste constante, la différence de niveau du mercure dans les tubes restera la même ; mais si l’intensité de la pesanteur varie, il s’établira un nouvel état d’équilibre qui changera cette différence de niveau. M. Mascart a pu noter ainsi une variation accidentelle de 1/20 de millimètre correspondant à une erreur relative de 1/90000 sur l’intensité de la pesanteur. Une telle erreur, si elle se maintenait pendant vingt-quatre heures, donnerait 1 seconde de temps dans les oscillations du pendule. Ces expériences ont été faites à Paris au bureau météorologique ; M. Mascart se propose de les continuer à l’observatoire du parc Saint-Maur, à l’aide d’un appareil installé dans des conditions meilleures. M. Bouquet de la Grye rappelle qu’il avait, il y a quelques années, entrepris d’instituer au Dépôt de la marine, des expériences ayant le même objet.
- Varia. — M. Davidson, géodésien américain, annonce qu’il vient de mesurer trois fois sur le terrain une ligne de base de 17 kilomètres et que les mesures angulaires pour l’établissement d’une chaîne de triangles de premier ordre se poursuit activement. — M. A. Bazin reprend la question de l’éclairage de la route des paquebots à travers l’océan Atlantique. — M. le Dr Sauvage vient de publier le premier fascicule des annales de la station zoologique de Boulogne, dans lequel on trouve un Mémoire sur la présence du Hareng le long des côtes de Normandie et de Bretagne, et une importante étude sur la nourriture d’un certain nombre d’espèces de poissons de mer. — M. Bal-
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- LA NATURE.
- land, déjà connu par ses travaux sur les farines, établit que le gluten préexiste dans le grain de blé.
- Election. —L’Académie procède à l’élection d’on membre correspondant dans la section de mécanique, en remplacement de M. de Caligny décédé; M. Yallier est désigné par 57 voix contre 5 à M. de Sparre et 3 à M. Aimé Witz. Cii. de Villedeuil.
- JOUETS SCIENTIFIQUES
- Bien des jouets nouveaux ont vu le jour, cette année comme les précédentes, à la foire qui, dans la dernière semaine de l’année, égaye le boulevard, de la Bastille à la Madeleine; nous en signalerons deux, d’un genre très différent. C’est d’abord Mademoi-
- selle Blondin (lig. 1) qui, armée de son balancier, descend d’un pas saccadé le long de sa corde tendue obliquement en travers de la baraque, en faisant un petit bruit de ferraille; rien de nouveau, du reste, comme équilibre; le centre de gravité est au-dessous du point de suspension, bien qu’il y paraisse, grâce à la légèreté avec laquelle sont construits le corps et la jupe de la petite danseuse. Mais le moteur est intéressant; ce n’est pas autre chose, si l'on veut, qu’un échappement d’une forme nouvelle, et applicable à bon nombre de petits automates. Les nos 1 et2 delà figure 1 nous l’expliquent. Au départ, la poupée étant posée sur sa corde reçoit un léger mouvement de balancement d’avant en arrière. Le pied a portant un pendule, se soulève et
- Fis. 1.
- quitte la corde; le pied b soutient seul la poupée, qui tourne tout entière en se penchant en avant. Le pendule reçoit du poids entier de la danseuse une impulsion d’avant en arrière, amplifiant son mouvement à tel point que le pied b se trouve dégagé ; le contrepoids c le ramène vivement en avant en faisant tourner la petite équerre bdc, et, au moment où le pendule revient, c’est lui qui porte de nouveau sur la corde, mais après avoir avancé d’un pas ; et le meme petit manège recommence et se répète jusqu’à ce que la poupée soit au bout de sa course. La conservation du mouvement du pendule est due à l’abaissement successif de son point de suspension.
- Voici maintenant de petits équilibristes aussi anciens que le jouet mécanique, mais si gracieux, si gentiment truqués qu’ils provoquent une seconde d’étonnement (fig. 2). Prenons comme type cette
- Fig. 2. — Les animaux équilibristes.
- ! grenouille posée par le bout de son museau sur la pointe d’une aiguille, tournant et oscillant sur son support, tandis qu’elle paraît être en complète rupture d’équilibre. Nos lecteurs ont deviné qu’il y a deux petites plaques de plomb dissimulées aux extrémités des pattes ; mais celles-ci sont dessinées en trompe-l'œil de manière qu’elles paraissent à peine dépasser la tête. La grenouille est, du reste, ombrée avec beaucoup de relief; elle paraît massive, et on croirait que son corps dût l’entraîner en arrière; cependant, elle continue à se balancer comme la libellule, le martin-pêcheur, l’écrevisse, que représente notre gravure. L’effet de ce petit jouet est beaucoup plus étonnant qu’on ne serait tenté de le croire.
- Le Propriétaire-Gérant : C. Tissaxhiek.
- l'aris. — Imprimerie Lahnre, rue de Fleiirus, 9
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- LA NATURE
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- 11 FEVRIER 1893.
- ÉCOLES DE NATATION A EAU CHAUDE D’HIVER ET D’ETE
- Tous les hygiénistes sont d’accord pour recoin- la nôtre ont multiplié, depuis de longues années,
- mander l’usage des bains; et les nations voisines de les écoles de natation à eau tiède, d’hiver et d’été;
- Fig. 1. — Bassin de natation du nouveau Tepidarium de la ville d’Annentières.
- nous n’en possédions aucune en France, alors que les pays voisins en comptaient un grand nombre. Pour ne citer que quelques chif-res, Londres a 27 de ces bains, Berlin 11, Vienne 4,
- Bruxelles 5 et toutes les autres villes importantes de l’étranger en sont pourvues en plus ou moins grand nombre.
- Un de nos ingénieurs les plus distingués,
- M. Edmond Philippe, a consacré son énergie et ses efforts à combler dans notre pays cette regrettable lacune, et nous avons décrit précédemment1 le premier établissement d’école de nata-
- 1 Yoy. n° 579, du 5 juillet 1884, p. 65.
- 21e année. — 1er semestre.
- tion à eau tiède, qu’il a créé à Paris, rue Chàteau-Landon. M. Edmond Philippe a continué à se consacrer à cette œuvre humanitaire, trois autres élablissemen ts analogues ont été installés à Paris, et en 1888, une grande école de natation à eau chaude, d'hiver et d’été, était organisée à Lille. Cette école, dont nous donnons le plan (fig. 2), fut ouverte le 25 novembre 1890, et dès sa première année, elle avait distribué plus de 200000 bains, au grand profit de l’hygiène publique.
- M. Edmond Philippe, poursuivant ses utiles fondations, exécutées d’accord avec les conseillers municipaux des villes, a ouvert l’an dernier, à
- 11
- iiiHiinniT
- -Bains de luxe'
- Bains
- Passage couvert
- Gymnase
- Square*
- Fig. 2. — Plan des bains populaires de la ville de Lille,
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- LÀ NAT UH II,
- Armentières, un nouvel établissement qui peut être considéré comme un modèle. On en comprendra l’utilité par le chiffre suivant : la ville d’Armen-tières, qui compte 28 825 habitants, n’avait pas un seul établissement de bains dans ses murs! Notre gravure (lig. 1) donne l’aspect de la grande piscine de l’école de natation d’eau chaude qui s’y trouve actuellement.
- Avant d’en donner la description, nous croyons devoir résumer succinctement l’historique de l’intéressante question qui nous occupe.
- La création en France des écoles de natation d'hiver et d’été, que l’on appelle aussi Tepidarium, ne remonte qu’à une dizaine d’années ; mais depuis très longtemps, comme nous l’avons déjà dit, ces établissements fonctionnaient à l’étranger, principalement en Angleterre.
- Déjà, en 1850, M. Dumas, Ministre, avait chargé une Commission composée de savants, d’aller étudier en Angleterre l’organisation des bains et lavoirs publics fondés par les municipalités; à la suite du rapport très favorable que cette Commission fit à l’Assemblée nationale, celle-ci vota une somme de 600 000 francs (loi du 1er juin 1850), pour aider les municipalités à créer des bains à bas prix.
- Mais les progrès sont lents à se réaliser, surtout en France, et un décret du 24 juin 1879 rendit la natation (partie intéressante de la gymnastique) obligatoire pour les écoles et pour l’armée. Ce décret est resté inappliqué, faute d’établissement où l’on pouvait recevoir sans danger les enfants.
- 11 y a une douzaine d’années, le Conseil municipal de Paris, sollicité par M. Philippe, émit le vœu de voir se créer à Paris des écoles de natation. Ce fut le signal de la reprise des pourparlers en vue de la création du premier bain populaire : M. Edmond Philippe mit à exécution son projet et construisit, comme nous l’avons rappelé au début de cet article, une école de natation à eau tempérée d’hiver et d’été.
- Cet établissement qui reçoit par an 180000 à 200 000 baigneurs donna à cette affaire une impulsion considérable ; en raison du succès de ce premier bain populaire, M. Edmond Philippe fut amené à en fonder deux autres semblables dans différents quartiers de Paris ; il eut des imitateurs et collabora plus ou moins directement à la construction à Paris de plusieurs nouveaux établissements.
- C’est alors que le promoteur de ces bains, s’adressa aux municipalités de province : Lille est la première ville qui ait répondu à ses avances, Armentières a suivi. D’autres villes de la région : Dunkerque, Boulogne-sur-Mer, Roubaix, Valenciennes, Tourcoing, etc., négocient actuellement le concours de l’habile spécialiste, et le bel établissement d’Armen-tières leur servira de type, car il est le plus complet et le plus perfectionné.
- Le Tepidarium d’Armentièrcs, construit sur un terrain de 1780 mètres carrés, n’est pas conçu dans le même plan que celui de Lille. L’entrée principale, donnant sur le carrefour formé par les rues du
- Faubourg-de-Liile et de Roubaix, vis-à-vis le square, servit à la fois au contrôle de la piscine, des bains de baignoires et des douches. Plus tard, la Société a le projet de faire construire un bain de luxe, comportant baignoires, jardin d’hiver, salles d’escrime, de massage, salon de repos, etc., sur le terrain qui lui appartient rue Gambetta.
- Le bassin de natation, qui contient un million de litres d’eau, a 70 mètres de long sur 10 de large ; il est traversé à peu près par le milieu par un rocher formant pont (fig. 1). C’est de ce rocher couvert de fleurs que s’échappe en cascade de l’eau chaude et l’eau froide servant à alimenter la piscine de natation, dont l’eau se renouvelle constamment.
- A l’extrémité, du côté du restaurant, le bassin a 65 centimètres de profondeur, le fond est en pente douce et a, sous le pont, 1m,70 ; puis la pente descend plus rapide et atteint, à l’autre extrémité, o mètres de profondeur : c’est ce qui constitue le grand bain. C’est de là que les bons nageurs tirent une coupe, opèrent leurs évolutions natatoires et peuvent plonger en toute sécurité. De chaque côté du bassin, se trouvent des cabines pour se déshabiller; ces cabines très spacieuses, bien aérées et éclairées, ouvrent sur le bassin.
- L’eau a une température toujours agréable, qui varie de 24 à 26 degrés, suivant les saisons. La température de la salle, est celle du printemps.
- Le bassin est placé sous la surveillance de maîtres nageurs, prêts à porter secours aux imprudents et à donner les leçons de natation.
- L’établissement des bains est pourvu de tous les accessoires qui peuvent contribuer à varier les plaisirs des baigneurs, tels que douches en colonne, en pluie, en cercle, verticale, horizontale. Ces appareils sont mis à la disposition des clients sans augmentation du prix du bain.
- Il en est de même de la salle de vapeur aromatique pour activer la transpiration. L’usage des bains de vapeur produit le meilleur effet contre l’excès d’embonpoint; ils ont aussi pour résultat de rétablir promptement et de régulariser les fonctions de la peau, de combattre les maux de gorge, névralgies, l’asthme et les douleurs, etc.
- A côté de cette salle, se trouvent des lavabos pour les baigneurs qui veulent se savonner; car il est interdit de se savonner dans le bassin ; de même que la plus grande propreté y est exigée dans l’intérêt des baigneurs.
- Nous applaudissons à la création de ces établissements qu’on peut appeler d’utilité publique. Dans aucun pays ils ne sont plus nécessaires qu’en France. M. Edmond Philippe est actuellement en pourparlers avec le Conseil municipal de Tourcoing pour fonder une école de natation dans cette ville qui compte 80000 habitants, et dans laquelle on ne trouve pour se baigner, que quatre baignoires installées chez un perruquier, et qui ne fonctionnent que le samedi. DrZ...
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- LE FLAMBAGE DES PLAIES EN CHIRURGIE
- La chirurgie contemporaine nous a habitués à tous les paradoxes. Un dirait qu’elle se joue des lois de la nature, qu’elle les suspend pour ainsi dire, soit pour arrêter son action destructive, soit pour l’aider dans son travail réparateur. C’est ainsi qu’un chirurgien de l’hôpital Tenon,
- M. Félizet, a eu l'idée, qu’on aurait pu croire inconcevable, de porter sur une plaie des-températures supérieures à 1500 degrés, et a obtenu de ce traitement des résultats remarquables1.
- Il est certain que dans une plaie virulente ou infectieuse, comme les plaies de nature tuberculeuse, la grande préoccupation du chirurgien doit être d’enlever tout le tissu malade, capable d’infecter le tissu sain environnant. Or, dans ces sortes de plaies, la limite qui sépare les deux tissus est indécise et n’est pas toujours atteinte par l’instrument tranchant. On peut même dire qu’il reste dans la plaie assez de principes virulents pour infecter l’économie tout entière. De là, les divers topiques, caustiques ou antiseptiques destinés à détruire les parcelles tuberculeuses qui peuvent l’ester dans la plaie. Mais ces moyens sont souvent insuffisants et une suppuration longue, intarissable, s’établit, et ce n’est qu’à la longue que la guérison survient. Cette suppuration s’explique aisément. Elle est due aux bacilles restés dans la plaie, et dont la rcpullulation est favorisée par l’humidité de la plaie ou du pansement. Tous les pansements humides, en effet, fussent-ils imprégnés des antiseptiques les plus puissants, sont de vrais bouillons de culture, par suite de la transformation chimique ou du départ de la matière antiseptique, et la persistance de l’humidité, rendant encore plus vraie cette boutade de Lister, à propos d’une plaie bien lavée : « C’est une saleté propre. ))
- Je ne veux pas entrer dans le détail des observations communiquées à la Société de chirurgie; qu’il me suffise de dire qu’en définitive ces résultats sont excellents. Mais ce qui fait la curiosité de celte opération, c’est la température si élevée que le chirurgien porte impunément sur une plaie.
- En effet, la flamme du chalumeau employé qui a été imaginé par M. Paquelin, et qui n’est qu’une modification de la lampe éolipyle des soudeurs, marque au pyromèlre 1000 degrés centigrades, c’est-à-dire 6Ü0 degrés de plus que le point de fusion de l’argent. Néanmoins, elle ne produit ni de carbonisation des tissus, ni d’eschare comme le thermo-cautère dont la température est cependant inférieure. L’explication de ce fait, en apparence paradoxal, réside très certainement dans la très faible chaleur spécifique du mélange gazeux employé (essence minérale 1/3; air atmosphérique 2/5), et aussi dans la rapidité avec laquelle on promène la flamme qui ne doit pas rester plus d’une à deux secondes en contact avec les tissus.
- L’expérience est facile à faire par chacun. Il suffit pour cela d’avoir un chalumeau et un morceau de viande à sa disposition. Si l’an pèse ce morceau de viande avant et après l’expérience, on voit que son poids a diminué de plus de moitié. On se rend ainsi fort bien compte du mode d’action de la flamme. « Elle déshydrate rapidement les cellules organiques cl supprime, en les desséchant, la vie des germes qui les entourent ou qui les habitent. »
- Eu somme, désormais les chirurgiens se serviront de ce
- 1 Yov. Bull, et Mém. de la Société de chirurgie; séance du 5 octobre 1892.
- procédé, car c’est là un nouveau progrès de la méthode antiseptique. Après les pansements humides, de Lister, à l’acide phonique, au sublimé, on a inauguré les pansements ouatés de Guérin, à l’iodofurme, au salol, etc. Le procédé du flambage réalise l’idéal du pansement sec, puisqu’il ne laisse pas trace d’eau dans la plaie.
- Numa HAi.nET.
- VOYAGE DU COMMANDANT MONTEIL
- DANS I. AFRIQl’E CENTRALE
- A la lin du mois dernier, la Sociélé de géographie a l'ait, à notre grand explorateur africain, Monteil, et à son compagnon Badaire, une réception digne des voyageurs et des résultats qu’ils ont obtenus. Nous donnons la carte de cette magnifique trouée de l’Afrique jusqu’au lac Tchad. M. le commandant Monteil se réserve de recueillir toutes ses notes et de publier un récit complet de son voyage ; en attendant la publication de ce grand travail, nous résumerons ici l’histoire de l’cxpédilion telle qu’elle a été recueillie dans les récits de son chef.
- Le 29 janvier 1895, M. le commandant Monteil a fait une conférence fort applaudie à la séance de la Société de géographie que nous venons de mentionner.
- Je ne puis avoir la prétention, a dit l’orateur, de vous faire revivre en quelques minutes ce qui m’a demandé vingt-sept mois à exécuter; et cependant, si j’étais mieux doué sous le rapport de l’éloquence, je pourrais peindre à vos yeux sous des couleurs vraies les émotions grandes, fortes et saines à la fois, qu’éprouve le voyageur au milieu de ces populations de civilisation, de mœurs, de coutumes, de religions toutes différentes des nôtres, au milieu de cette nature tropicale où le soleil joue son rôle d’illusionniste, où le silence des solitudes emplit l’àme de cette paix, de cette quiétude qui reposent des luttes et des fatigues journalières. Mais je dois reculer devant la faiblesse de mes moyens à vous faire cette peinture et me borner au récit aussi simple que possible de mon voyage.
- On va voir que le commandant Monleil a brillé par excès de modestie. Voici le résumé du voyage, que jamais jusqu’ici personne n’avait tenté, de la côte occidentale d’Afrique au lac Tchad. Son auteur a fait pénétrer le nom de la France dans un grand nombre de régions nouvelles; il a étendu l’influence de notre pays, non par la violence, mais par la douceur et la persuasion.
- Monteil s’embarqua à Bordeaux le 20 septembre 1890, trois semaines après la signature de la convention franco-anglaise qui limitait la zone d’influence de chacune des deux puissances dans l’Afrique équatoriale. L’adjudant Badaire, alors gardien du cabinet de M. Etienne, sous-secrétaire d’État aux colonies, s’était laissé gagner par l’enthousiasme de l’explorateur et avait sollicité l’honneur de partager sa périlleuse et problématique fortune.
- Trois semaines après, le 9 octobre, la mission quittait Saint-Louis et traversait, le 20 décembre, le Niger supé-- rieur à Ségou-Sikoro, limite actuelle de notre occupation effective dans le Soudan. Le 15 janvier 1891, Monteil arrive au Mayel-Balevcl, branche secondaire du Niger, et il entre
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- à San, presque inconnu jusqu’alors, où il signe, avec FAI-inany, le premier des nombreux traités qu’il a rapportés. De là, il atteint Kinian où, chez le roi Tiéba, il se rencontre avec le capitaine Quiquandon et le DrCrozat; puis Lanfiéra, dans le Dafina ; et il arrive, le 21 avril, à Ouagadougou, capitale du Mossi. Cette étape fut le point extrême des explorations, vers le nord et l’est, de Binger et de Crozat.
- f/a mission va désormais s’engager dans des régions inconnues. Monteil garde le silence pendant six longs mois et l’on est, en France, d’autant plus inquiet sur son sort que c’est à cette époque que parviennent les premiers bruits de l’assassinat de Crampel. Heureusement ces inquiétudes ne furent pas justifiées. D’Ouagadougou, Monteil s’était dirigé vers le nord, par Ouégou, sur Dori, capitale de Lip-tako, et, de là, il avait repris la direction de l’est pour arriver à Say par l’itinéraire autrefois suivi par Barth.
- La mission traversa le Niger à la fin d’aoùt, gagna Dosso , capitale du Guerma, où les indigènes volèrent à Monteil du linge et une tenue complète de capitaine; puis Guiouaé, capitale duMaouri, Keb-bi, ville de 20000 âmes, chef-lieu du pays de ce nom, et elle atteignit enfin Sokoto, le 18 octobre.
- Toutes les peuplades rencontrées de Say à Sokoto ont une réputation terrible et la mission courut plusieurs fois de grands dangers. Mais l’étoile de Monteil le protégea toujours et il réussit, malgré tout, à faire signer quantité de trai-tés. Après quelques jours de repos à Sokoto, la mission se remit en route et, après avoir passé par Kaoura, Aïdja et Massaoua, elle arriva, au commencement de décembre, à Kano. Cette ville est bien plus considérable que Sokoto ; il y a un marché très important que fréquentent de nombreux Arabes de Constantine, de Tunis et surtout de Tripoli. C’est le point terminus des caravanes qui viennent de la Méditerranée par Kouka et Zinda.
- Monteil prolongea pendant deux mois son séjour à Kano, car il tenait à tirer profit des traites du roi de Sokoto. Il paraît que la signature de ce souverain n’est pas de la monnaie courante, à en juger d’après les difficultés qu’on eut à négocier les traites en question.
- L’explorateur Monteil quitta Kano le 19 février 1892, entra le 5 mars dans le Bornou, après avoir traversé Goum-mel, Surrikolo et Madia, et il marcha ensuite sur Kouka par Bargui, Borsari et Kaliloua.
- (< En arrivant dans le Bornou, écrivit-il, j’ai été honoré
- du salut des lances, c’est-à-dire que des cavaliers sont venus sur moi bride abattue, en hurlant, et in’ont présenté la pointe de leurs lances au visage. J’étais ainsi entouré de démons brandissant contre moi, à me toucher, des pointes acérées. Bien que je fusse prévenu, j’ai eu de la peine à rester immobile. »
- Enfin il arriva à Kouka le 10 avril, ayant mis deux longs mois à franchir la distance qui sépare cette ville de Kano. C’est que, dans le Bornou, il fut constamment arrêté par la nécessité d’attendre des ordres de Kouka, où tout un parti lui était hostile. Mais, cette fois encore, son étoile ne le quitta point; loin de là, car on lui fit à Kouka une réception enthousiaste. Plus de 50000 personnes lui firent escorte! et, le 12 avril, reçu en séance solennelle
- par le sultan du Bornou, il remit à Sa 31a-jesté les lettres du roi Carnot et de son grand vizir Etienne, qui l’accréditaient auprès d’Elle ! Il offrit au monarque l’objet de ses rêves : un exemplaire arabe des Mille et une Nuits. Le cheik Achcm, fort touché de ce cadeau, répondit à Monteil qu’il devait se considérer dans le Bornou comme chez lui. La mission dut attendre, pour se remettre en marche sur Tripoli, l’occasion d’une caravane ; elle resta ainsi quatre mois à Kouka, qu’elle ne quitta que le 15 août. Le 22, Monteil arrivait à Barroua, ayant ainsi longé en entier la ligne de démarcation franco-anglaise; il avait accompli sa mission '.
- Lorsque M.Hamy, qui présidait la séance de la Société de géographie, prit la parole pour annoncer que la grande médaille d’or était décernée à Monteil, des acclamations retentirent, prouvant ainsi que notre cœur sait toujours applaudir au courage et au dévouement à la Patrie, Quelques jours avant la solennité de la Société de géographie, un grand banquet avait été offert à l’explorateur. Le commandant Monteil a su, en termes chaleureux, rendre hommage à ses camarades de gloire qui ont trouve la mort au Soudan et au Congo, et à tous ceux qui, comme lui, consacrent leurs efforts à la conquête de l’Afrique française2. Gaston Tissardier.
- 1 D’après la Revue du Cercle militaire.
- 2 Le 3 février dernier, la municipalité de Taris a remis, a MM. Binger et Monteil, une médaille d’or destinée à leur rappeler leurs exploits.
- . KinéraireduCommandantMonteil . Autres explorateurs. ‘ Kiloqiètrts
- Carte du voyage du commandant Monteil dans l’Afrique centrale.
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- _ J
- Fig. 1.
- PHOTOGRAPHIE
- I,E TEMPS DE POSE
- La plupart des personnes, même fort instruites, qui font leurs débuts dans l’art de la photographie, éprouvent de grandes difficultés à trouver le temps de pose qui convient à certaines conditions données. Cependant il est facile de trouver ce temps de pose par un nombre d’expérience s restreint, en s’appuyant sur les données de l’optique.
- On sait que tous les points de l’image fournie par la chambre noire sont produits par de la lumière émanée uniquement du point correspondant de l’objet.
- Les points de l’objet envoient delà lumière dans
- tous les sens, et il ne pénètre dans la chambre qu’une quantité de lumière proportionnelle à l’ouverture du diaphragme. L’action chimique au point considéré de la plaque est donc proportionnelle, toutes choses égales d’ailleurs, à la surface de cette ouverture, et par suite au carré de son diamètre. Il s’ensuit celte loi :
- Le temps de pose, toutes choses égales d'ailleurs, est inversement proportionnel aux carrés des diamètres des diaphragmes.
- Cette loi va nous permettre de passer d’une façon fort simple d’un temps de pose connu avec tel diaphragme au temps de pose inconnu correspondant à tel autre diaphragme. Je prends par exemple l’une des séries de diaphragmes de M. Darlot (fig. J). Les dia-mètresj sont : 5 millimètres pour le plus petit, puis 5, 8, 11, 15, 20, 24, 26, ce dernier correspondant à l’ouverture complète de l’objectif hémisphérique n° 2. Je découpe un morceau de carton ayant la forme des diaphragmes, pour pouvoir le mettre avec ceux-ci dans le même étui, et sur ce carton je prépare quatre colonnes. Dans la première j’inscris les diamètres des diaphragmes : 5, 5, ...26. En face de chacun de ces nombres j’inscris leurs carrés : 9, 25, etc. C’est la seconde colonne (fig. 2). Les temps de pose sont inversement proportionnels à ces
- carrés. Supposons alors que je prenne comme point de départ un diaphragme moyen, plutôt un peu petit, par exemple, celui de 8 millimètres. J’inscris à la troisième colonne le rapport de 64 aux différents carrés. La dernière colonne contiendra ces rapports simplifiés autant que possible. Si je sais par expérience le temps de pose qui convient au diaphragme de 8 millimètres, il me sera facile de trouver celui
- qui convient à
- ::ojetriçh.\
- Diaphragme de 8 millimètres avec son étui. (Grandeur d’exécution.)
- 37m 9 I ô* 9 7
- 57m 25 64- 25 2,5
- CO 64 '64- 1
- 11 m/m 121 121 1/2
- lSm/rn 225 6* 225 1/3,S
- 207m 400 6* *00 */6
- 247m 576 6*f 576 y9
- 26m/m 676 6* 676 W>,5
- Fig. 2. — Carton donnant le temps de pose ; découpé pour entrer dans l’étui.
- tout autre de la série : je n’ai qu’à lire à la dernière colonne le coefficient correspondant à ce nouveau diaphragme.
- Exemple : par un temps clair j’aurais posé 4 secondes avec le diaphragme de 8 millimètres; combien dois-je poser sans diaphragme?
- Je prends mon carton et je lis immédiatement, en face de 26
- l’ouverture complète de l’objectif, la fraction 1/10,5. Je dois poser 4/10,5 seconde, c’est-à-dire un peu moins d’une demi-seconde. Le résultat est très rapide et sur. 11 n’est pas nécessaire de partir toujours du temps de pose pris en général comme unité. En effet, il résulte de la petite théorie faite au début que les temps de pose avec deux diaphragmes différents sont proportionnels uniquement aux carrés de leurs diamètres. Or ce rapport est précisément égal au rapport des fractions de la dernière colonne.
- Exemple : Supposons que j’aie posé un portrait sur la moitié d’une glace. Le temps de pose a été une seconde. Je veux utiliser l’autre moitié de la glace pour faire une machine, par exemple, ou un objet quelconque dont toutes les parties ne sont pas dans un plan parallèle au plan de la glace. Je mets le plus petit diaphragme pour avoir tout net à la fois. Combien dois-je poser pour pouvoir développer dans le même bain? J’ai ce résultat tout aussitôt sur mon carton : Fin face de 3 millimètres je lis 7, en face de 26 je lis 1/10, 5; je dois poser 7x10,5 ou environ 73 secondes. Si on veut le nombre absolument exact, il suffit de prendre à la troisième colonne la valeur exacte des rapports, au lieu de leur valeur approchée de la dernière colonne.
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- Oa fonçait facilement que rette méLhede va nous permettre de réduire considérablement les essais des débutants. En elVet, tout revient à faire des essais méthodiques avec un seul diaphragme. L’apprentissage peut être fait avec une seule douzaine de glaces. On pourra prendre d’abord six glaces avec lesquelles on posera successivement le même paysage 2 secondes, puis o, 4, ...7 secondes avec le même diaphragme, 8 millimètres, par exemple. On développera dans des bains identiques, de la même façon, autant que possible sous l’œil d’une personne qui puisse indiquer le moment précis où il faut arrêter l’opération. On choisira le meilleur cliché. Voici le temps de pose trouvé pour le diaphragme de 8 millimètres avec la lumière que l’on a employée. Si l’on ne trouvait pas l’approximation suffisante, on prendrait le temps de pose du meilleur cliché obtenu. Par le petit carton on en déduirait le temps de pose dans les mêmes conditions avec un diaphragme plus petit, et on ferait les mêmes expériences avec ce nouveau diaphragme en employant des temps de pose variant de seconde en seconde aux environs du temps de pose considéré. Le temps de pose étant plus long, l’erreur relative est moindre. On prendra encore le meilleur cliché et on notera le temps de pose qui l’a fourni. De cette façon on pourra réduire à sou minimum le nombre des essais toujours si ingrats du début.
- Cyp. Chateau,
- Ancien élève de l'École polytechnique.
- COMPOSÉS DU RUTHÉNIUM
- Le ruthénium, découvert dans les minerais de platine, est un des métaux les plus rares, partant, les plus chers; c’est aussi de tous les éléments connus celui qui présente les propriétés les plus remarquables.
- M. Joly, professeur au laboratoire de chimie de l’École normale à Paris avait déjà fait connaître des composés bien définis du ruthénium, principalement ceux résultant d'une association de cet élément avec le bioxyde d’azote, association qui, se comportant comme un véritable corps simple, s’unit au chlore, au brome, à l’iode et à l’oxygène. Poursuivant l’étude de ce singulier métal, ce savant a soumis à l’examen de l’Académie des sciences plusieurs échantillons d’une matière colorante rouge, résultant d’une combinaison non étudiée encore (oxychlorure du ruthène ammoniaque), donnant un pouvoir tinctorial comparable à celui des plus riches matières colorantes dérivées du goudron de houille, à celui de la fuchsine, par exemple. Un cinq-millionième de celle substance suffit pour colorer l’eau ; elle teint la soie directement, et la couleur ainsi obtenue est stable. Les réactions chimiques de cette nouvelle matière colorante sont également intéressantes. Les acides la font virer au jaune et les alcalins la ramènent au rouge. Malheureusement, la rareté du métal qui entre dans la composition de celte substance s’oppose, pour le moment, à ce qu’elle soit employée industriellement. C’est, en résumé, une curiosité scientifique qui n’est pas sans présenter un grand intérêt, car on voit ici un métal jouer le rôle de carbone dans une substance complexe qui a toutes les propriétés d’une matière organique.
- LES VAGUES DE LV MER
- A I.A JETÉE DU SOCOA, SAI.XT-JEAX-DE-IUZ
- Lorsqu’on aperçoit en passant la jolie ville de Saint-Jean-de-Luz, l’avant-dernière, en descendant vers le sud, de ces nombreuses stations balnéaires qui encadrent le sombre azur du golfe de Gascogne d'une ceinture bariolée et toujours vivante de bains de mer l’été, bains de soleil l'hiver, — lorsque, en traversant la large embouchure de la Nivelle, on embrasse d’un coup d'œil la belle anse semi-circulaire d’un kilomètre et demi de diamètre que dominent au sud les escarpements fortifiés du Socoa, et au nord la pointe de Sainte-Barbe, avec sa vieille tour ruinée, — tout évoque l’image d’un port superbe créé par la nature, dont l’homme n’aurait eu qu’à prendre possession pour en jouir paisiblement en face de l’immensité de la mer. Tout au plus, en découvrant l’appareil compliqué de digues, de môles, et de jetées qui se développe depuis la ville jusqu’au large, avec un vague aspect de remparts, eom-mence-t-on à soupçonner que, du côté de celle mer si belle est l’ennemi, un ennemi formidable, à juger par 1’iniportance du système défensif élevé contre lui. Mais, si un heureux hasard, comme celui qui m’arriva, vous fait tomber sous les yeux l'originale collection de photographies de vagues faites par un amateur de la localité, le comte II. de Courlis, on comprend immédiatement combien terrible, inégale, a dû être la lutte soutenue contre cet ennemi.
- A voir ces lames immenses, ces colonnes gigantesques, ces montagnes d’eau soulevées, auprès desquelles l’homme devient si petit, une anxiété vous prend, en même temps qu’une curiosité sur les causes, sur les effets d’un phénomène si écrasant pour l'humilité humaine. Malheureusement, un autre sentiment — celui de l’admiration photographique — l’avait emporté chez moi au moment où, voyageur pressé, je venais d’obtenir de l’amabilité de Mu‘e Konarzewska quelques épreuves de ces magnifiques instantanées prises avec l’obturateur Londe, dans le grand format 18 X 24, avec une remarquable finesse de détails. En fait de détails, j’avais oublié de me munir des plus importants et j’aurais dù, plus tard, renoncer à faire partager mon plaisir aux lecteurs de La Nature si, par l’entremise d'un obligeant confrère, le I)r Albert (Joyeneehe, maire de Saint-Jean-de-Luz, je n’avais reçu après coup de M. P. Millon, conducteur des ponts et chaussées, chargé des travaux du port, les curieux renseignements techniques et historiques que je me borne à résumer ci-dessous.
- Le diagramme reproduit ici (fig. 2) donne d’abord à première vue, avec le profil de la digue du Socoa, l'explication de la forme ascendante et du redressement en nappes verticales des ondes qui viennent frapper de front la courbure en anse de panier de la base de la maçonnerie et y perdre en rebondissement perpendiculaire toute leur force vive horizontale,
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- sans éclabousser, ou presque pas, les spectateurs assez osés pour aller se camper en face.
- Mais comment cette force vive peut-elle suffire à soulever de pareilles masses à de pareilles hauteurs? Très rares sont les endroits où l’on peut observer de si grandes vagues : à peine cite-t-on, en France, le Ilavre-jetée et Cherbourg-digue; en Amérique, Val-paraiso et les côtes du Chili. C’est que, dans le golfe de Gascogne, en face de Saint-Jean-dc-Luz, les fonds atteignent, à très peu de distance de la côte, des profondeurs considérables, de sorte que des mouvements, produits parfois à des distances énormes, se peuvent propager sans frottement sensible, sous forme de lames de fond à petite élévation et grande masse qui, si elles sont, près de terre, par un coup de vent, détaillées en lames de moindre dimension longitudinale, viennent mitrailler tous les obstacles avec une vitesse acquise effrayante. Au Socoa, dit Elisée Reclus, « où la roche schisteuse, se courbant et s’écartant comme les feuillets d’un livre, permet au Ilot de se glisser en longues nappes jusqu’au cœur de la falaise, on le voit jaillir ensuite en immenses fusées ». Quoi d’étonnant à ce que ces parties friables et très exposées de la côte aient été, avec le temps, peu à peu démolies?
- 11 paraît certain qu’autrefois les promontoires beaucoup plus longs et la barre d’Artha plus élevée protégeaient complètement la rade, tandis qu’une importante dune de sable abritait la ville. Mais, dès l’année 1675, une délibération du conseil de ville mentionne « une maison rasée parla mer ». Peu à peu l’embouchure de la Nivelle, qui jusque-là offrait aux navires une entrée facile et sûre, devenait de moins en moins praticable; un beau jour, les tètes du chenal furent emportées et l’anxiété des habitants était déjà grande en 1686 lorsque Yauban, par ordre de Louis XIY, vint examiner la situation. Des travaux furent commencés en 1707 pour garantir la ville par un mur élevé sur la plage ; mais presque aussitôt celle-ci s’affouillait et les sables, emportés avec les matériaux de démolition des rochers de Sainte-Barbe, allaient s’accumuler à l’entrée de la Nivelle qui, barrée dans son cours, inondait la ville. Malgré les coûteux et pénibles travaux de déblaiement effectués chaque hiver à la pioche et au soc de charrue, la fermeture de la passe était déjà devenue une calamité annuelle lorsque, le 22 février 1749, pour consommer la ruine du pays, au moment même où il se préparait à profiter de la paix enfin conclue avec l’Angleterre, la mer, poussée par une violente tempête, franchit le mur de garantie, envahit la ville, renversa sept maisons et en rendit inhabitables cent quatre-vingts.
- Depuis lors, ce fut une lutte sans trêve où l’Iiomme et les millions, la science et l’art, n’eurent (pie de rares et très instables succès. Tandis que la lame géante attaquait de front tout ce qu’on élevait en face d’elle, un ennemi infime, le ver taret, sapait sous terre les pilotis de fondation, et tout ce que l’on bâtissait s’écroulait souvent avant d’avoir été terminé.
- Les années 1776, 1782, 1822 furent particulièrement néfastes : la ville, obligée de reculer toujours devant l’assaut de la mer, se rétrécissait de plus en plus, comme on peut le voir sur un plan très suggestif où M. l’ingénieur en chef Aubé, publiant une Notice de M. Daguenct, figura en 1886 la succession des conquêtes de l’eau et des retraits du mur de défense. La mer, comme rendue plus furieuse par des tentatives avortées de fermeture de la rade, rongeait la plage à la fois en surface et en profondeur, creusant au pied du mince talus de sable, repoussé régulièrement d’un mètre, en moyenne, par année, un abîme de plus en plus proche et de plus en plus menaçant. La constatation fut faite en 1864 par M. Bouquet de la Grye, dans son levé général de la rade, et « il devint facile alors, dit la Notice, de s’expliquer l’inutilité des efforts poursuivis depuis un siècle et demi pour élever des travaux de défense sur une plage dont la mer minait le fond sous leur pied.... » 11 n’y avait plus qu’à revenir à l’idée dont on ne cessait de parler depuis Vauban et qu’avait indiquée déjà, paraît-il, dès 1605, l’ingénieur François Boucher, envoyé par Henri IV, avec le maréchal d’Ornano, pour étudier la création d’un grand port militaire à Saint-Jean-de-Luz. Ce que la nature avait fait, puis défait, il fallait le refaire, c’est-à-dire reconstituer artificiellement le triple rempart naturel — barre et promontoires — que la mer et le temps avaient démolis. Des millions y ont été engloutis depuis trente ans, mais cette fois fructueusement, grâce à la science des ingénieurs, et la fureur des flots vient actuellement s’épuiser contre deux immenses digues partant, l’une du Socoa, sur une longueur de 415 mètres, l’autre de Sainte-Barbe, sur 225 mètres, complétées par un large môle central de 250 mètres, isolé en mer, comme brise-lames, sur ce même rocher sous-marin d’Artha, dans les brisants duquel on se rappelle avoir vu jadis une goélette anglaise chavirer comme un simple canot.
- La rade où, encore en 1823, une corvette espagnole s’était perdue au mouillage même, rompant toutes ses chaînes et entraînant les corps morts sous le choc de la lame, est devenue un abri sûr pour les navires que l’état de la mer empêche de faire leur entrée dans l’Adour, et pour les petits caboteurs affalés dans le golfe par un de ces orages arrivant de la côte d’Espagne avec une si déconcertante rapidité.
- La ville qui, après avoir compté plus de 12000 habitants, à l’époque, apogée de sa gloire, où Louis XIV la choisissait pour y célébrer son mariage avec l’infante d’Espagne et où ses hardis navigateurs, après avoir, dès les premières années du quinzième siècle, devancé Christophe Colomb au Nouveau Monde1, ar-
- 1 La tradition unanime des pays basques attribue la découverte du Nouveau Monde à un certain Echaïde, et, dès le milieu du quinzième siècle, les cartes indiquent au loin, dans l’Atlantique occidental, des îles des Bacalaos ou « des morues », dont le nom basque s’est conserve, pour l’ile de Terre-Neuve, jusqu’à une époque récente. (Léonce Goyetche, Histoire pittoresque de Saint-Jean-de-Luz.)
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- Fig. 1. — Un coup de mer à Saint-Jean-de-Luz contre la digue du Socoa. (D’après une photographie instantanée de M. le comte de Courtis.)
- maient jusqu’à 80 bâtiments de haut bord avec 5000 hommes d’équipage pour aller chasser la morue à Terre-Neuve et la baleine en Islande et jusqu’au Spitzberg, — la ville, qui avait vu sa population tomber à moins de 2500 âmes en 1820, reprend peu à peu de son importance et a repris, en tout cas, sa sécurité, à l’abri de la digue de 1856 ou seuil de garantie de l’ingénieur Vionnois.
- Mais, pour avoir été rejeté plus loin, l’effort de la mer n’en est pas moins violent et s’il arrive, au moment des équinoxes, que le gros temps se produise en syzygie avec fort vent de nord-ouest, on peut voir encore la mer amener de grosses avaries dans ces massifs remparts dont le mètre courant a coûté plus de 50 000 francs à construire. En dehors même de ce concours, heureusement fort rare, de circon-
- stances, il suffit d’un vent d’ouest ou de nord-ouest un peu durable, surtout pendant les mois de
- novembre, décembre et janvier, pour produire sur la jetée de Saint-Jean-de-Luz ces lames gigantesques appelées en langue basque ii-ragna handiac qui, sur les brisants du plateau rocheux, atteignent 10 mètres et plus de hauteur, et jusqu’à 50 et 40 sur la jetée, au profil si bien calculé suivant la formule : « glissez, n’appuyez pas! » La plus grande partie de l’eau soulevée retombe sur elle-même du côté du large et va s’amortir sur les lames en produisant des effets d’eau merveilleux avec un bruit épouvantable. À pleine mer, elles prennent toute la jetée du Socoa ; mais à marée basse elles peuvent être limitées à l’extrémité et prendre alors l’aspect de tour d’écume que représente l’une de nos gravures.
- Vote ferres
- /'jute nerdey/ye eau_
- Fisse mer de vive eau
- Fig. 2. — Profil de la digue du Socoa, et son elfet sur les vagues.
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- Fig. 3. — Un coup de vague, contre la digue du Socoa, à Saint-Jean-de-Luz; lame d’eau vue de profil.
- Fig. 4. — Un coup de vague contre la digue du Socoa, à Saint-Jean-de-Luz ; lame vue de face. (D’après des photographies instantanées de M. le comte de Courlis.)
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- Et telle est la majesté du spectacle, que les habitants du pays eux-mêmes ne peuvent se retenir d’aller l’admirer pour, parfois, se livrer à des bravades qui ne laissent pas de devenir dangereuses. Pas n’est besoin, du reste, d’un de ces temps affreux, d’une de ces tourmentes du golfe de Gascogne qui, d’après Marié üuvy, apportent des bords du Gulf-Stream ou des Açores, une image à peine atténuée des cyclones des Antilles : par le plus beau ciel, par l’air le plus calme, on peut voir la mer ainsi soulevée à la suite de quelque tempête produite en plein Atlantique, ou même de quelque phénomène sous-marin, éruption ou tremblement volcanique. Le contraste rend alors le coup d’œil d’autant plus admirable et l’occasion, pour le photographe, d’autant plus tentante, s’il se sent en mesure de réaliser le tour de force exéculé, probablement dans de pareilles circonstances, il y a deux ans, par M. le comte de Courtis. Adrien Guébhard.
- LES COQUILLES DE PÈLERIN
- On s’est souvent demandé ce que signifiaient les coquilles aux larges valves dont les anciens pèlerins se paraient au retour de leurs voyages et qui, suspendues tantôt au cou, tantôt à la gourde, formaient le principal ornement de leur sévère costume.
- M. Arnould Locard a présenté à ce sujet, à l’Académie de Lyon, un intéressant mémoire où il a exposé plusieurs hypothèses. Celle qui se présente le plus naturellement à l’esprit, c’est que, bon nombre de pèlerinages étant outre mer, les voyageurs tenaient à rapporter une preuve palpable de leur traversée pour donner plus de poids aux récits qu’ils faisaient à leur retour, d’autant plus qu’un certain nombre de ces pèlerinages s’accomplissaient par procuration, les gens riches envoyant à leur place, moyennant finances, de pauvres hères chargés d'expier^ leurs fautes en accomplissant la pénitence ordonnée par l’Église.
- Mais cela n’explique pas pourquoi les coquilles rapportées par les pèlerins étaient toujours de la même espèce, bien qu’elles se rencontrassent d’une manière très inégale dans les différentes mers. M. Locard établit en effet que ces coquillages, vulgairement appelés coquilles Saint-Jacques, appartenaient toujours au genre pecten. 11 résulte des recherches du savant auteur que ces coquilles ont dû être utilisées par les peuples primitifs, grâce à leur forme particulière et moyennant un travail très simple, comme peignes ; de là leur serait venu leur nom. Or, à l’idée de peigne, s’est attachée chez les anciens, et spécialement dans la primitive Église, l’idée de purification. Parmi les objets trouvés dans les tombeaux des premiers chrétiens, on a souvent rencontré des peignes d’ivoire ou de buis; quelquefois même l’image du peigne était gravée sur la pierre qui servait à fermer les tombes. Que signifiaient ces objets ou leur représentation ? C’est que l’àmê, comme le corps du défunt, avait passé, avant de mourir, sous les dents du peigne et s’y était purifiée.
- Dom Claude de Vert, trésorier de l’abbaye de Cluny, nous apprend qu’autrefois les prêtres prenaient la précaution de se peigner avant d’aller à l’autel et accompagnaient cette action d’une prière dans laquelle ils demandaient à Dieu qu’en même temps que le peigne nettoie leur tète, le Saint-Esprit daigne purifier leur cœur. Cet
- usage s’étendit non seulement aux prêtres ordinaires, mais encore aux évêques et jusqu’au souverain pontife. Aujourd’hui encore l’Eglise a conservé la tradition de l’emploi du peigne dans la cérémonie de la consécration des évêques. Plusieurs de ces peignes, richement décorés, ont été précieusement conservés; tels sont: le peigne de saint Leu, évêque de Sens; de saint Gauzelin, évêque de Toul ; de saint Aubert, évêque de Liège.
- La coquille du genre peclcn était donc bien, sous tous les rapports, l’ornement indiqué pour rappeler les longs pèlerinages destinés à purifier l’àtne, quand même il n’y avait pas eu besoin de traverser les mers pour les effectuer; tel est notamment le pèlerinage de Saint-Jacqucs-de-Compostelle, situé dans notre continent loin du rivage et qui, cependant, a donné son nom à ce genre de coquille.
- M. d’Aiglun.
- LE L4IT STÉRILISÉ
- L’emploi du lait, stérilisé par la chaleur, est actuellement préconisé par les médecins et les hygiénistes pour l’alimentation des nouveau-nés et pour l’usage de certains malades ou de personnes anémiées. Nous signalerons aujourd’hui un système très complet qu’a imaginé M. Gen-tile, pour la préparation du lait stérilisé. Voici d’abord un obturateur très bien conçu qui permet d’obtenir la fermeture hermétique de la bouteille contenant le lait bouilli. C’est un disque de caoutchouc rouge (n° I de la figure), muni sur une de ses faces d’un appendice central. Le disque s’applique sur le goulot d’une bouteille rodé à l’émeri; on fait bouillir le lait au bain-marie; quand l’ébullition a eu lieu, on relire le flacon de l’eau bouillante
- et on laisse le lait refroidir. L’obturateur s’applique alors, dès que la température s’abaisse, sur le goulot et se déprime à son centre (n°’2 et 3). Cette dépression résulte du vide produit par la condensation de la vapeur de lait qui pendant l’ébullition a chassé l’air contenu dans la partie supérieure du flacon. L’obturateur est ainsi fixé par la pression atmosphérique. Ce mode de fermeture est très solide. Cependant pour le transport, on peut fixer l’obturateur au moyen d’une armature formée d’un cercle métallique muni de deux crochets sur lesquels on passe une ficelle qui fixe le tout en place (nos 4 et 5). Pour opérer la stérilisation au bain-marie, on peut se servir de la petite marmite que représente le n° fi et qui permet d’opérer à la fois sur plusieurs flacons.
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- CÉTACÉS DES COTES DE FRANCE
- i,'hyperoodon
- Les grands Cétacés ne sont pas si rares qu’on le croit généralement sur les côtes de France. C’est ainsi, pour ne citer qu’un point très restreint du littoral, (pie dans l’anse de Morsalines, tout en haut du département de la Manche, ainsi que dans les régions voisines, on peut presque tous les ans assister à un ou plusieurs écliouernents de Cétacés du genre Hyperoodon. 11 y a cinq ans deux exemplaires femelles sont venus s'échouer dans la haie ‘de Saint-Vaast : ils furent étudiés par M. Henri Gervais, assistant au Muséum. En 1891, presque au même endroit, un Hyperoodon femelle de grande taille s’égara dans l’anse de Morsalines et ne tarda pas à s’échouer sur la plage : c’est de cet exemplaire que nous nous occuperons tout à l’heure. Il est très probable que cette femelle n’était pas venue isolée sur les côtes de France, car, le lendemain, trois autres Hyperoodons étaient capturés au voisinage de la Hague. « Ce jour-là, dit M. Henri Jouan, on les avait aperçus, engagés entre les gros rochers balisés qui forment l'entrée du port de Goury; des embarcations avaient réussi à leur barrer le chemin vers la pleine mer, et à les approcher d’assez près pour que ceux qui les montaient leur jetassent des nœuds coulants autour du corps de manière à pouvoir les remorquer dans le port, en même temps qu’ils les frappaient à coups redoublés avec les avirons, les gaffes et tous les instruments contondants et tranchants qu’ils avaient sous la main. Tout cela, bien entendu, ne s’accomplit pas sans grandes difficultés et sans danger pour les chasseurs : un coup de queue aurait mis leurs frêles bateaux en pièces, mais une circonstance heureuse leur vint en aide.La marée, était presque basse, de sorte qu’à mesure qu’on gagnait l’intérieur du port, les mouvements des animaux étaient de plus en plus gênés et enfin paralysés quand ils échouèrent. » Enfin la même années une jeune femelle de la même espèce vint encore s’échouer non loin de là, du côté de Carentan.
- Mais revenous à l’exemplaire femelle de l’année dernière. Le 28 août 1892, à 5 heures du matin, des ouvriers qui travaillaient au fort de Saint-Vaast-la-Hougne (Manche) l’aperçurent se jouant dans l’eau. « Ils le virent, dit M. E.-L. Bouvier, s’égarer de plus en plns près du bord, renverser les barrières des parcs à huîtres les plus rapprochés de la presqu’île, puis s’envaser et toucher le fond après avoir quitté ces parcs; à moitié plongés dans l’eau, ils l’accostèrent avec précaution, lui donnèrent quelques coups de couteau, puis, quand ses mouvements furent en partie paralysés par la faiblesse et par le poids du corps affaissé, ils lui passèrent un harpon et, au moyen d’un cable, le fixèrent au rivage pour le soustraire au Ilot descendant. L’animal fut encore agité de mouvements convulsifs ; d’un violent coup de queue, il creusa un trou large et profond sur le bord d’un parc,
- puis, à bout de forces, s’affaissa inerte entre six et sept heures du matin. » Par un heureux hasard, cet échouement avait eu lieu non loin du laboratoire maritime de Tatihou qui, comme l’on sait, est une dépendance du Muséum d’histoire naturelle de Paris et se trouve sous la direction de M. Edmond Perrier. Le savant professeur qui se trouvait précisément à Saint-Vaast, prévint immédiatement les élèves de Tatihou qui accoururent. Parmi ceux-ci se trouvait M. E.-Louis Bouvier, professeur à l'École de pharmacie de Paris, qui, ayant déjà fait de beaux travaux sur les Cétacés, avait des connaissances toutes spéciales sur ces animaux marins. Je m’y trouvais également et j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt les dissections de ce remarquable et ardent observateur. La bête fut considérée comme épave et mise en vente. Ne sachant sans doute comment en tirer parti, aucun acheteur ne se présenta. Par ce fait, le monstre revenait aux sauveteurs et c’était avec eux, dès lors, qu’il fallait entrer en pourparlers afin de pouvoir le disséquer. Légalement ce travail ne pouvait être commencé qu’après l’autorisation des autorités supérieures de la marine. Or, si l’on avait attendu la réponse de celles-ci, il est fort probable que l’autorisation ne serait venue qu’après la décomposition du cadavre. Fort heureusement, le commissaire de marine de Saint-Vaast, M. Dubois, prit sur lui de donner cette autorisation et, grâce à son intelligente intervention, la dissection put commencer dès le lendemain matin : le cadavre était encore chaud. Les sauveteurs reçurent une certaine somme d’argent de M. Bouvier pour leur autorisation et leur aide; de plus, ils établirent tout autour une enceinte de corde, dans laquelle on ne pouvait entrer que moyennant rétribution : les nombreux baigneurs de Saint-Vaast accoururent, comme bien l’on pense, et les marins se firent ainsi une somme assez rondelette. Enfin, s’ils avaient été mieux avisés, ils auraient tiré parti de la graisse, mais ils la laissèrent perdre. Comme on le voit, la capture d’un Cétacé est assez lucrative.
- L’Hyperoodon était couché sur le flanc et reposait sur la grève à marée basse. Mais, au moment de la pleine mer, il était recouvert par l’eau ; on l’attacha solidement à un câble afin que le flot ne l’entraînât pas. Sa longueur totale était de 7m,20; la hauteur maximum était de lm,55. Le corps d’un gris uniforme, légèrement plus clair sur la face ventrale, débutait en arrière par une queue horizontale de 2 mètres de large. À partir de cet endroit, l’épaisseur, d’abord assez faible, s’accroissait- progressivement jusqu’au niveau des nageoires pectorales. Puis venait la tête avec une bosse frontale assez grande qui brusquement descendait presque verticalement pour aboutir à un bec, à une sorte de rostre, de 0,n, 65 de longueur, fendu dans toute sa longueur par l’orifice buccal. Comme chez tous les Cétacés, il n’y avait pas trace des membres postérieurs, mais les membres antérieurs étaient représentés par deux nageoires pectorales de 0m,80 chacune. En avant de la queue on remarquait l’orifice anal et l’orifice gé-
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- nital, et de part et d’autre deux larges sillons dans lesquels il était possible de mettre le poing : c’est tout au fond de ces poches que se trouvent les mamelons de la mamelle. En avant, sur la face ventrale de la tête, on remarquait aussi deux sillons longitudinaux, dont l’utilité n’est pas encore bien établie. Sur le dos, il y avait, en arrière, une petite nageoire dorsale impaire, et, en avant, un orifice également impair, l’évent. La petitesse des yeux, qui atteignait à peine la taille de ceux d’un homme, était remarquable. Mais ce qui l’était encore plus, c’étaient les orifices des oreilles, qui, situés juste en arrière de la commissure des lèvres, pouvaient être comparés à une piqûre d’épingle et contrastaient ainsi d’une manière si remarquable avec la masse énorme du monstre : on sait d’ailleurs qu’un orifice plus grand serait d’une parfaite inutilité puisque
- les Cétacés perçoivent les sons, surtout par les os du crâne qui communiquent les vibrations à l’oreille interne.
- La peau, avons-nous dit, était grise. Sur la face ventrale on remarquait des marbrures blanches.
- En aucun point, il n’y avait la moindre trace de poils. La surface était remarquablement lisse, tendue comme la baudruche d’un ballon gonflé . La cuticule adhérait peu et pouvait s’arracher par lambeaux.
- Quand on voit extérieurement un Cétacé, on s’imagine volontiers que son épiderme est extrêmement épais, au moins autant que celui du rhinocéros ou de l’éléphant.
- Aussi est-on bien étonné quand, avec le moindre petit canif, on opère une entaille et que l’on constate que l’épiderme est à peine aussi épais qu’une feuille de papier. Mais par contre le derme est représenté par une énorme couche de lard d’environ 10 centimètres d’épaisseur. Pour commencer la dissection, il fallut enlever d’immenses pavés de lard qui, jetés sur la grève, laissèrent écouler au soleil de longues rigoles d’huile. Il fallait voir la joie des crabes qui accourus de je ne sais combien de lieues à la ronde, avaient véritablement l’air de s’enivrer
- 1. — Bosse frontale (l’Hyjieroodon, représentée à divers Ages, du plus jeune (1) au plus âgé (4).
- Fig. 2. — Estomac disséqué d’Hyperoodon.
- (Le plus gros compartiment correspond à l’extrémité œsophagienne.)
- d’une pareille bombance, dont ils se souviendront sans doute pendant longtemps. Qui sait s’ils nous en sont reconnaissants? Le lard se taille très facilement, mais la couche profonde est représentée par du tissu tendineux, nacré, formé de fibres entrelacées dans tous les sens : ces aponévroses sont d’une rigidité dont il est impossible de se faire une idée ; les gros couteaux de bouchers dont on se servait étaient
- tout de frais affilés et cependant ne parvenaient que bien difficilement à faire la plus pelite boutonnière à cette cuirasse interne.
- Nous avons dit que sur la tête on remarquait une bosse volumineuse ; c’cst elle qui contient le spermacéli. « Les variations de forme et de volume de cette proéminence sont très considérables et dépendent à la fois du sexe et de l’âge. Elle est toujours peu développée chez la femelle et son bord antérieur forme un angle obtus avec la face supérieure du rostre. 11 en est encore de même chez les jeunes mâles, mais l’angle obtus se réduit déjà d’une manière sensible; la réduction de
- l’angle s’accentue de plus en plus avec l’âge, on voit bientôt la face antérieure de la proéminence devenir verticale, et former finalement, chez les vieux mâles, une forte saillie séparée de la base du rostre par une échancrure plus ou moins profonde. » (Bouvier.) A l’intérieur on trouve un tissu fibreux, lacu-neux, comparable aune éponge et contenant dans ses mailles une matière huileuse qui n’est autre que le spermacéli. Dans notre Ilyperoo-don la quantité de cette substance était peu abondante. Habituellement, elle est plus considérable et c’est pour elle et pour la graisse, que les Norvégiens se livrent à la chasse de ce Cétacé : c’est ainsi qu’en 1888, ils frétèrent trente bateaux et capturèrent onze cents Hyperoodons. Une tonne d’huile vaut en moyenne 750 francs.
- La bouche de notre bête était assez petite; les gencives étaient recouvertes par une couche cornée portant de minces élévations chitineuses, n’ayant
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- rien de comparable aux vraies dents. Celles-ci ne sont qu'au nombre de deux et même cachées en avant dans la gencive de la mâchoire inférieure. Elles sont fort petites et M. Bouvier eut toutes les peines du monde à les retrouver dans la profondeur des tissus. L’estomac, au premier abord, semblait indivis, mais une dissection attentive montra qu’en réalité il était formé d’une chaîne de dix compartiments; quand on ouvrit ceux-ci, on fut frappé d’un spectacle assez curieux : ils étaient en effet remplis par des centaines de becs de calmar, ceux-ci emboîtés à la file les uns des autres, comme des cornets de papier chez les marchands de tabac. Évidemment ces becs cornés provenaient de la digestion des
- calmars absorbés ; mais il est bien possible qu’ils servent aussi à l’Hyperoodon en facilitant la trituration des aliments.
- Quand on eut enlevé la couche fibreuse qui forme le fond de la couche dermique, on arriva sur les muscles de l’animal qui étaient extrêmement rouges, presque noirs. Les baigneurs qui venaient voir « le poisson », comme ils disaient, ne pouvaient revenir de la surprise que leur causait cette couleur insolite de la chair que l’on sait être blanche chez la plupart des poissons. Cette chair sanguinolente fut offerte gratuitement aux spectateurs, mais il y en eut fort peu qui l’emportèrent pour la déguster. Au Groënland,onne mange que rarement la chair de
- Fig. 5. — Cétacé ilu genre Hyperoodon près des côtes de France se jouant dans la nier.
- l’Hyperoodon, car, paraît-il, elle jouit de fortes propriétés purgatives. Curieux comme tous les naturalistes, nous avions rapporté un énorme morceau de bifteck qui fut mis à mariner dans du vinaigre. Quelques jburs après, on le prépara à la manière du bœuf; personne ne fut incommodé, mais j’avoue avoir trouvé bien peu de délices à la dégustation de cette viande; je ne pourrais mieux comparer son goût qu’à celui de charpie trempée dans du vinaigre.
- On ne peut pas se figurer la quantité de sang qu’il y a dans le corps d’un cétacé. A la moindre entaille pratiquée dans les tissus, on voyait des torrents de sang s’écouler. Au-dessous de l’animal il y avait un véritable lac de sang; il fallut creuser de grandes rigoles dans la vase pour en permettre l’écoulement.
- „ Cette quantité n’a rien qui doive surprendre les na-
- turalistes : elle s’observe chez tous les animaux plongeurs à respiration aérienne; c’est en somme une. grande réserve d’oxygène destinée à empêcher l’asphyxie quand l’animal reste longtemps sous l’eau.
- La femelle dont nous parlons, avait mis bas depuis peu, aussi ses mamelles étaient-elles gorgées de lait. Les glandes mammaires sont absolument cachées sous la peau. Nous avons vu qu’elles viennent déboucher dans des mamelons placés dans des gouttières, des sortes de bourses. En appuyant fortement sur la région où elles se trouvaient, on faisait écouler du lait qu’il était facile de recueillir dans des tubes de verre. Au grand dégoût des spectateurs, nous goûtâmes de ce lait et, de l’avis unanime, il fut déclaré excellent. 11 est extrêmement crémeux et a un goût de noisette des plus agréables. Ajoutons
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- entin que les glandes sont recouvertes par un muscle puissant et que c’est par les contractions de celui-ci que la mère fait écouler le lait dans la bouche de son nourrisson.
- Le squelette de l'Hyperoodon que nous venons de décrire a été acheté par le Muséum; bientôt il ornera le laboratoire de Talihou, où l’on pourra l’admirer.
- Henki CoL'I'IN.
- NÉCROLOGIE
- l'an Rysselberghe. — Le savant inventeur, professeur et industriel dont nous avons à enregistrer la mort presque subite, survenue à Anvers, le 5 février dernier, était né à Gand, le 24 août 1846. Il se révéla à la science française lors de l’Exposition internationale d’électricité de 1881, où figuraient un grand nombre d’appareils de son invention et, en particulier, un inétéoro-graphe universel, construit par M. Schubart, inscrivant périodiquement, sur une bande de papier, les valeurs de la pression atmosphérique, de la température, du degré d’humidité, de la hauteur d’eau tombée, de la direction et de la force du vent. Peu de temps après, il inventait et réalisait un système de transmissions télégraphique et téléphonique simultanées, dont l’emploi est aujourd’hui universel sur les grands réseaux interurbains et internationaux, système qui suffirait à lui seul pour transmettre son nom à la postérité. Malgré ses multiples fonctions de professeur d’électrotechnique à l’Université de Gand, d’électricien conseil de l’Administration des chemins de fer, postes et télégraphes de Belgique, etc., il avait combiné un système hydro-électrique de distribution d’énergie électrique en employant l’eau sous pression pour le transport, système dont nous avons donné ici même les grandes lignes1. Mort à quarante-six ans, en pleine vigueur physique et morale, François van Rysselberghe n’aura pas la satisfaction de suivre le développement industriel d’une idée dont il était le champion et d’en assurer la réalisation complète, mais il lègue du moins à ses nombreux enfants un nom universellement connu, estimé et respecté, noble héritage par le temps qui court. E. IL
- CHRONIQUE
- Abondance des pluies. — Nous empruntons les lignes suivantes au compte rendu de l’une des dernières séances de la Société nationale d’agriculture. Elles citent des exemples extraordinaires de l’abondance de certaines pluies. Voici les communications faites successivement par MM. Mascart et Renou :
- « M. Mascart. — Il résulte des renseignements fournis par M. Renou que la quantité d’eau tombée en octobre, soit 152 millimètres, représente, le quart de la quantité d’eau tombée annuellement à Paris. Le 1er du même mois, à Marseille, une pluie d’orage a donné 150 millimètres d’eau en deux heures et 210 en quatre heures; ce sont des averses que l'on n’observe dans nos contrées qu’au sommet des montagnes.
- « M. Renou. — En 1808, à Perpignan, on a observé une chute de 59 centimètres d’eau en deux heures; au Japon, le 19 août 1889, un orage a donné 90 centimètres d’eau en vingt-quatre heures. En ce qui concerne les pluies d’orage, on a vu à Vendôme, en octobre 1866, une quan-
- 1 Yoy. n° 1025, du 21 janvier 1895, p. 115.
- lité d’eau de 56 millimètres tombée en quarante minutes.
- « M. Mascart. — Au fond du golfe de Bengale, les cyclones produisent quelquefois plus d’un mètre d’eau dans la journée, et l’un d’entre eux a noyé 400 000 habitants.
- « M. Renou. — Dans certaines localités, on cite des hauteurs d’eau tombées annuellement de 12 mètres. »
- Une blanchisserie américaine. — 11 existe à New-York une blanchisserie monstre qui mérite au moins quelques lignes de description : c’est la blanchisserie à vapeur Empire, autrement dit l'Empire sleam lattndnj. Tout, pour ainsi dire, s’y fait mécaniquement. Les laveuses sont constituées par des cylindres métalliques contenant chacun un tambour de diamètre presque égal, perforé de trous sur les faces et, à une extrémité, d’une ouverture par laquelle on introduit le linge. On fait entrer l’eau en y mêlant du savon et une machine y brasse le linge, en donnant au tambour un mouvement alternatif dans un sens, puis dans l’autre. Quand.le linge commence à être nettoyé, on remplace l’eau de lavage par plusieurs eaux de rinçage qu’on admet de plus en plus chaudes. Le séchage s’opère dans de grandes turbines semblables à celles dont on se sert dans l’industrie du sucre ; grâce à la force centrifuge, l’eau est projetée au dehors du cylindre par des trous percés pour cela dans les parois. Au bout d’un certain temps, le linge est sec.
- Le calandrage, lissage et repassage est exécuté à l’aide d’appareils mécaniques à chaud. Le calandrage se fait entre des rouleaux successifs chaulfés à la vapeur ; pour les grandes pièces, on les dispose sur une série de rouleaux formant une sorte de chariot qu’on peut faire entrer dans une chambre de séchage chauffée à la vapeur. La blanchisserie en question peut traiter 100 000 pièces de linge par jour; les laveuses peuvent contenir à chaque opération 500 draps ou 1500 serviettes. Celte immense blanchisserie a la clientèle des grands paquebots transatlantiques comme VEtruria, qui doivent faire laver leur linge pendant le peu de temps qu’ils passent à quai : le plus souvent, on apporte à midi les 20 000 ou 25 000 pièces de linge qu’un de ces paquebots doit faire nettoyer; on les trouve toutes prèles quand on vient les chercher à 5 heures du soir. Une particularité est que cet établissement fabrique son savon lui-même. I). B.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 feu. 1895. — Présidence de M. dk Lacaze-Duthiehs.
- La cristallisation du carbone. — M. Henri Moissan a repris le problème de la cristallisation du carbone et présente à ce sujet un travail extrêmement important. Il a réalisé deux séries d’expériences parallèles en employant successivement la fonte de fer et l’argent fondu comme dissolvant du carbone. En saturant la fonte de carbone à la température de 1100 degrés, on obtient un mélange de carbone et de graphite; à 5000 degrés, on n’obtient plus que du graphite par le refroidissement, graphite très brillant qui donne l’illusion de la transparence. Mais en opérant sous une forte pression, les résultats changent. Pour expérimenter dans ces conditions nouvelles, M. Moissan a utilisé une propriété de la fonte, en vertu de laquelle celle matière augmente de volume en se solidifiant. Il introduit du charbon de sucre dans la fonte en fusion et refroidit brusquement le creuset. Par ce moyen la partie centrale du culot se trouve soumise à une forte pression. En opé- -
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- ranl ainsi, à 1100 degrés, il recueille du graphite en petite quantité et un charbon contourné de couleur marron assez dense ; mais à 3000 degrés, il a obtenu des cristaux dont la densité atteint 3,5, qui rayent le rubis et brûlent dans l’oxygène en donnant quatre lois leur poids d’acide carbonique : certains de ces cristaux présentent un aspect gras, des arêtes courbes et sont tout à fait identiques au carbo-nado ou diamant noir naturel. M. Moissan a répété les mômes expériences sur l’argent en ébullition. Il a recueilli quelques cristaux transparents ayant l’aspect et les propriétés du diamant ordinaire. Mais ces cristaux microscopiques étaient en si faible quantité qu’il n’en a jamais réuni que des fractions de milligramme. Si l’on considère que ces expériences nécessitent des températures très élevées et coûtent fort cher, on comprend que la question reste absolument dans le domaine scientifique. Ce qui est très curieux, tant au point de vue de la préparation du carbone cristallisé, qu’au point de vue de la formation géologique du diamant, c'est ce fait nettement établi que la densité du carbone cristallisé augmente avec la pression. M. Berthelot loue grandement le travail de M. Moissan et déclare qu’il a cherché la solution du même problème en employant le phosphure de fer comme dissolvant. Il a obtenu par cette voie une matière charbonneuse, lourde, qui parait rayer le rubis. M. Friedel s’associe aux éloges décernés par M. Berthelot à l’auteur, et annonce qu’il a entrepris, de son côté, des recherches de même nature à propos des météorites diamantifères, en essayant l’action du soufre sur la fonte carburée ; il a également obtenu par méthode un corps qui raye le corindon.
- Dosage physiologique de l’oxyde decarbone. — M. Gréhant expose un procédé de dosage de l’oxyde de carbone extrêmement sensible, qui consiste à faire respirer un oiseau dans le milieu où l’on soupçonne la présence du gaz toxique. Il résulte, en effet, de ses expériences que, du sang d’un canard qui a respiré pendant une demi-heure un mélange d’air et d’oxyde de carbone au 1/101)0, on peut extraire 0 centimètres cubes d’oxyde de carbone pour 100 centimètres cubes de sang. Du sang d’un coq qui a respiré pendant le même temps 1/5000 d’oxyde de carbone, on a extrait üc\77 de ce dernier gaz pour 100 centimètres cubes de sang. Le grisou-mètre de M. Coquillion, modifié par M. oréhant, permet de reconnaître 1/1000 d’oxyde de carbone par une réduction d’un quart de division, limite de sensibilité de cet instrument. Le procédé physiologique imaginé par M. Gréhant est beaucoup pdus sensible, puisqu’il fournit le moyen de retrouver dans un volume de sang une quantité d’oxyde de carbone soixante fois plus grande que celle qui est contenue dans un égal volume de mélange gazeux.
- Préparation des fluorures. — M. C. Poulenc, continuant ses recherches sur les fluorures métalliques, décrit aujourd’hui les fluorures de chrome anhydres et cristallisées. Ces nouveaux composés ont été préparés par les méthodes générales que l’auteur a indiquées au sujet de ses recherches sur les fluorures de fer. Il signale, en outre, l’existence d’un nouvel hydrate de fluorure chro-mique.
- La photographie appliqtiée à la topographie. — M. le colonel Lausscdat produit une carte de la région des Montagnes Rocheuses traversée par le chemin de fer du Pacifique canadien. Cette carte est dessinée à l’échelle du 1/40000° et l’équidistance des courbes de niveau est d’environ 30 mètres (100 pieds). Elle a été dressée, pour
- la topographie, au moyen d’un appareil photographique calqué sur le théodolite photographique que M. Laussedat a fait construire il y a plus de trente ans, et pour lequel il a vainement réclamé droit de cité dans les travaux topographiques de l’armée, bien qu’il ail été expérimenté avec succès pendant plusieurs années par le dépôt des fortifications. Il réalisait une avantageuse modification du levé à la planchette. Une carte des environs de Sainte-Marie-aux-Mines au 1/5000* fut levée ainsi en 1867 par M. le capitaine Javary. Le nombre des épreuves photographiques était de 52 pour 45 kilomètres carrés, avec des courbes de niveau équidistantes de 5 mètres. La carte canadienne présentée aujourd’hui a élé commencée en 1888, sous la direction île M. Deville, surveyor général, par MM. Drewry pour la triangulation, et Mac-Arthur pour la topographie. Celle-ci, planimétrie et nivellement compris, a été entièrement déduite de vues photographiques exécutées chaque année, du milieu de juin au milieu d’octobre, dans des conditions atmosphériques souvent défavorables, brouillards, pluies, tempêtes de neige, fumée des forêts, qui ralentissaient beaucoup le travail. Toutefois, en profitant des beaux jours, la brigade topographique composée par M. Mac-Arthur, un aide topographe et deux porteurs, parvenait à recueillir des photographies assez nombreuses pour accumuler des matériaux suffisant au travail de cabinet des huit autres mois de l’année. La superficie levée en quatre ans a élé de 5200 kilomètres carrés au milieu de montagnes, avec des différences d’altitude de 3500 mètres. Le prix moyen du kilomètre carré ne ressort qu’à 14fr,25.
- La coloration des huîtres. — M. Johannes Chatin examine la question du verdissement des huîtres. 11 considère successivement l’huître proprement dite et l’huître portugaise. 11 montre que dans les deux espèces la coloralion présente la même origine; elle réside dans de grandes cellules, les macroblastes, qui s’observent sur les branchies, sur les palpes buccaux, partout où le verdissement se manifeste. Celui-ci est dû à l’élaboration d’un pigment vert qui vient se fixer sur les macroblastes. Mais ces derniers peuvent ne pas se pigmenter et l’huître reste incolore. C’est donc à la présence des macroblastes et à leur pigmentation variable qu’on doit reporter les diverses apparences offertes par les ostréides. La pigmentation macroblastique atteint un maximum dans l’huître verte de Marennes et se trouve nulle dans l’huître blanche.
- Varia. — M. Chauveau démontre expérimentalement que l’élimination du sucre dans le diabète, est due non point à un arrêt de la destruction normale du sucre dans l’organisme, mais à une réelle surabondance de la production. — M. Cornevin signale l’action physiologique de la pilocarpine qui accroît la quantité de sucre de lait, mais n’a pas d’effet glycosurique. Cu. de Villedeuil.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE 1
- LES MLLES MAGIQUES
- Rêvant une boule rouge, massive, semblable à une bille de billard, et qu’il tient élevée de la main gauche, le prestidigitateur fait passer un éventail; aussitôt, au lieu d’une seule boule on en voit
- 1 Vov. n° 1025, du 21 janvier 1895, p. 128.
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- deux (tig. 1); l’éventaii passe une seconde fois et il y a trois boules; une troisième fois, il ne reste plus que deux boules.
- Un chapeau vide est placé à distance, et, sans le secours d’aucun appareil, ni même d’un voile,' le prestidigitateur y lance invisiblement l’une des deux boules qu’il tient en main.
- L’éventail passe de nouveau, et l’une des boules a changé de couleur, elle est devenue blanche, puis toutes deux sont blanches; enfin, successivement elles sont bleues, noires, vertes; à maintes reprises elles peuvent être examinées par les spectateurs : elles sont toujours massives et d’une seule pièce, avant comme après leur changement de couleur; vides sont les mains de l’opérateur qui les fait voir dans tous les sens, et l’éventail est un simple morceau de papierplissé.
- L’exécution de ce tour exige, à la vérité, une certaine adresse, mais quelques quarts d’heure d’exercice mettront n’importe qui à même de le présenter d’une manière satisfaisante ; l’effet en est des plus saisissants, même si l’on se borne à un seul changement de couleur. Chaque prestidigitateur adopte pour cette expérience des procédés et une série de passes qui lui sont propres et dont il proportionne les difficultés à son talent; entrer dans des descriptions minutieuses serait long et fastidieux; qu’il nous suffise d’indiquer le principe de l’expérience en y joignant quelques exemples des combinaisons les plus faciles.
- L’attirail nécessaire se compose (fig. 5) de billes massives, en bois de diverses couleurs et de coquilles minces en métal, formant des demi-sphères, qui peuvent s’appliquer exactement sur les houles dont elles ont la couleur et l’aspect ; boules et coquilles sont préalablement disposées en différents endroits, soit dans les diverses poches secrètes de l’habit du prestidigitateur, soit sur de petits supports accrochés aux dossiers des chaises, ou même simplement sur la table, derrière un flambeau ou un objet quelconque, où il est facile de les saisir en prenant et en déposant la baquette magique.
- Pendant que la première bille est examinée, le prestidigitateur s’empare secrètement d’une coquille de couleur semblable qu’il tient de la même main que sa baguette et dans laquelle il place, sans qu’on
- s’en doute, la bille qui lui est rendue; mais,pendant que l’éventail passe devant la main dont il tient la bille élevée, il retient la coquille avec le pouce et le médius et laisse tomber la bille dans le creux de la main (fig. 1) ; il paraît alors tenir deux billes; jetant aussitôt à terre de la main droite, la véritable bille, pour faire constater une fois de plus qu’elle est bien massive, et, tandis que les spectateurs la suivent machinalement des yeux, il saisit de sa main gauche une seconde bille dans une poche latérale de son habit, et, pour rendre ce mouvement invisible, il le fait en se baissant pour ramener de la main droite la première bille; il a donc maintenant en main deux billes dont une recouverte d’une coquille, ce qui lui donne le moyen d’en faire paraître trois (fig. 2).
- Le passage d’une bille dans un chapeau s’exécute de la manière suivante. Tenant en main deux billes dont l’une recouverte d’une coquille, le prestidigitateur annonce qu’il en enverra une invisiblement dans le chapeau, au-dessus duquel il avance en même temps la main, comme pour faire un geste explicatif, mais en réalité pour y laisser tomber la bille cachée sous la coquille; celle-ci, que l’on prend toujours pour la bille qu’elle recouvrait, est appliquée sur la seconde bille (jue lient la main gauche; ainsi les deux mains, en s’ouvrant, n’en montrent plus qu’une seule, la seconde est trouvée dans le chapeau.
- C’est par des procédés analogues à ceux que nous venons de décrire, que l’on obtient le changement de couleur des billes; notre figure 4 montre, à côté d’une bille rouge, une bille blanche secrètement introduite sous une coquille rouge; les spectateurs pensent être en présence de deux billes de même couleur; quand le prestidigitateur fait glisser, derrière l’évantail, la coquille rouge sur la bille rouge, la bille blanche apparaît ; la coquille inutile est alors abandonnée au passage sur une servante, et les deux billes massives sont apportées aux spectateurs qui s’évertuent en vain à y découvrir un mécanisme quelconque.
- — A suivre. — MaGUS.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissamuku.
- Fig. 1 à 5. — Les billes magiques.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1029. — 18 FÉVRIER 1893.
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- MOUVEMENTS DE NATATION DE LA RAIE
- Les grandes variétés de conformation qu’on observe dans les animaux aquatiques font présumer que des variétés correspondantes doivent exister dans leur genre de locomotion. Une des premières applications de la photographie à l’analyse des mouvements des animaux fut faite à la Station physiologique, sur la natation de l’anguille. Nous avons constaté que le corps tout entier de l’animal participe à la propulsion, au moyen d’une ondulation horizon-tale qui commence à la tête et finit a la queue.
- En possession, aujourd’hui, d’appareils plus perfectionnés et d’animaux marins vivants1, nous avonsessayé d’étudier un autre genre de mouvement ondulatoire, celui des nageoires latérales de la raie.
- Ici l’ondulation porte sur les deux nageoires à peu près symétriquement; en outre, elle se fait dans le sens vertical, c’est-à-dire que chaque point du bord des nageoires s’élève et s’abaisse tour à tour. L’observation directe ne nous ayant pas paru capable de donner à cet égard des renseignements plus complets, nous avons recouru à la chronophotogra-phie. Pour bien suivre les phases du phénomène, il fallait maintenir l’animal devant l’objectif, tout en lui laissant le libre mouvement des nageoires. A cet effet,
- 1 M. Dohrn, directeur de la Station zoologique de Naples, nous a gracieusement fourni les animaux vivants sur lesquels ces études ont été faites.
- une bande de fer plat (fig. \ ) fut, à ses deux extrémités, tordue et coudée à angle droit. Entre ces deux pièces verticales, deux fils d’acier fortement tendus servirent de points d’appui aux organes fixateurs. Ceux-ci étaient portés par des tubes métalliques réunis par des entretoises et glissant à volonté le long des fils d’acier, pour s’adapter à des poissons
- de tailles différentes. La tête de la raie fut maintenue entre les mors d’une pince plate, tandis que la base de la queue,couchée dans une gouttière de métal, ]y fut assurée par une ligature.
- Ainsi maintenue par ses deux extrémités et soutenue par le fil d’acier sur lequel reposait sa face ventrale, la raie fut immergée dans un aquarium à deux parois de glaces; elle se détachait sur le champ lumineux de l'horizon. L’animal resta longtemps immobile; enfin, excité au moyen d’une baguette, il se mit à agiter ses nageoires d’un mouvement régulier qui, pour chaque excitation, se prolongeait pendant des minutes entières. L’animal fut orienté de différentes manières dans l’aquarium: tantôt il était vu de côté, tantôt de face. Les deux séries d’images ainsi obtenues, avec une fréquence de dix par seconde, ont été réunies dans les figures 2 et 5. On n’y a pas représenté les pièces qui servaient à la contention de l’animal. Dans chacune des deux séries la succession des images se lit de bas en haut.
- Vu de côté, le mouvement présente les caractères suivants : L’onde naît en avant par un soulèvement du bord de la nageoire, mais bientôt les parties qui
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- Fig. 1. — Appareil pour l’exécution de chronophotographies d’une raie en mouvement.
- Fig. 2. — Photographies d’une raie pendant la nage, exécutées de côté. Les images se succèdent de has en haut.
- Fig. 3. — Photographies exécutées de face. Les images se succèdent de bas en haut.
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- se sont élevées les premières s’abaissent, taudis que le soulèvement se propage vers l’arrière en augmentant d’amplitude. Lorsque l’onde a franchi la partie moyenne du corps, elle diminue rapidement et s’évanouit à l’arrière de la nageoire, de chaque côté de la base de la queue. Avant que cette première onde ait disparu, il s’en forme une nouvelle par un nouveau soulèvement du bord antérieur de la nageoire. Ces ondes successives marchent toutes de la môme façon de l’avant à l’arrière. Enlin, autant qu’on en peut juger par le modelé des images, les parties soulevées de la nageoire paraissent convexes en dehors, en bas et en arrière.
- Cette première série d’images (fig. 2) montre toutes les phases de la propagation d’une onde, et, comme la neuvième image est identique à la première, il s’ensuit que le mouvement complet est contenu dans huit images et que sa durée a été de 8/10 de seconde. Vu sous un seul aspect, ce mouvement est assez difficile à comprendre, mais il va s’éclairer par la seconde série d’images où la raie est vue par l’avant.
- Sur cette nouvelle série (fig. 5), six images représentent le cycle complet du mouvement, c’est-à-dire que la septième image est identique à la première. Le parcours de l’onde s’est fait en 6/10 de seconde; il était donc un peu plus rapide que dans le cas précédent.
- La première chose qui nous ait frappé en voyant ces images, c’est leur extrême ressemblance avec celles que donne la chronophotographie appliquée au vol des oiseaux. Dans leur abaissement extrême, les ailes offrent l’aspect d’une demi-circonférence dont le corps occupe la partie moyenne1. De même, le corps de la raie, dans la sixième image, occupe le sommet de la courbe formée par les deux nageoires abaissées. Quand l'aile de l’oiseau, arrivée au sommet de sa course, commence à s’abaisser, son bord postérieur, formé de plumes llexibles, est soutenu par la résistance de l’air; il se courbe alors et donne à la surface de l’aile une torsion très prononcée2. Sur la raie, dès la troisième image de la figure 5, l’abaissement de la nageoire commence et se traduit par un gauchissement de sa portion la plus flexible qui est à l’arrière, de sorte que le bord postérieur de la nageoire est relevé comme celui de l’aile de l’oiseau. Cette torsion se prononce de plus en plus dans les quatrième et cinquième images; elle disparaît à la fin de l’abaissement, ce qui s’observe aussi dans le coup d’aile de l’oiseau.
- Si maintenant on revient à la figure 2, on s’explique mieux la propagation de Fonde et l’on saisit mieux, d’après le changement du diamètre vertical apparent de la raie, les élévations et abaissements de ses nageoires. On comprend que, dans la propagation de Fonde en arrière, une partie de la nageoire est passive, et que c’est la résistance de l’eau qui la soutient. Cette analogie entre la nata-
- 1 Voy. le Vol des Oiseaux, fig. 99, p. 170, Paris, G. Masson 1890.
- 2 Ibid., fig. 85 à 88.
- lion et le vol était, du reste, naturelle : dans ces deux genres de locomotion, en effet, les organes propulseurs agissent sur un fluide; de part et d’autre, la propulsion s’obtient par Faction d’une surface flexible qui s’incline obliquement par rapport à la direction de son mouvement. 11 est même probable que ces deux genres de locomotion s’éclaireront l’un par l’autre : il semble, en effet, que la forte inclinaison que prend, à la fin de Fonde, la partie postérieure de la nageoire, justifie les idées émises par M. Goupil sur le rôle de la courbure des derniers éléments de la surface de l’aile dans le mécanisme du vol.
- Pour le zoologiste, cette comparaison pourra jeter quelque lumière sur les conditions de l’adaptation du membre antérieur à la locomotion dans les fluides. Ces recherches doivent être poursuivies dans des conditions variées, qu’une installation insuffisante ne nous a pas encore permis de réaliser. Il faudra reprendre les images chronopholographi-ques de la raie nageant en liberté, afin de déterminer, comme nous l’avons fait pour l’anguille, le rapport de la vitesse de Fonde le long du corps de l’animal avec celle de la progression du poisson.
- Enfin, pour apprécier, au point de vue mécanique, Faction de ce propulseur, on devra déterminer les mouvements imprimés par le poisson à l’eau dans laquelle il nage, c’est-à-dire la direction et la forme des courants et remous que produit l’àclion des nageoires. J. Marey, de l’Institut.
- L’ARITHMÉTIQUE DES CAMBODGIENS
- M.Adhémard Leclère vient, tout récemment, de publier dans la Revue scientifique, des notes très curieuses sur les mœurs et coutumes des Cambodgiens et, notamment, sur leur arithmétique; nous pensons intéresser nos lecteurs en extrayant de son élude des données sur la façon fort originale dont ils font les opérations usuelles. Nous noterons d’abord que leur système de numération est quintésimal ; après avoir dit mouille, pi, beye, boun, pram (1, 2, 3, 4, 5) ; ils diront pram-mouille ou cinq et un pour six, pram-pi pour sept, etc.; et ils ajouteront à londap (10) le mot pram-boun pour signifier 19.
- Cela est en réalité peu important pour ce dont nous voulons parler, car leur numération écrite compte, comme la nôtre, 9 signes ayant une valeur propre, et un 0 ; les nombres affectent la même disposition que les nôtres.
- Mais considérons une addition: nous allons voir quelles particularités présente la manière d’opérer des Cambodgiens. Supposons que nous ayons simplement l’addition 247 372 53 723 975 642 278 383
- Sans opérations subsidiaires, nous trouvons immédiatement le total 1 555120
- Mais voici comment procédera un Cambodgien, suivant les principes d’une sage lenteur, il place l’un au-dessous de l’autre les deux premiers nombres (247 372 et 53 725). puis, après avoir fait à droite une barre verticale, il les additionne et inscrit le total 301 095 à droite de cette
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- barre. Sous ee total, il écrit le troisième nombre (975642), fait un nouveau trait vertical, additionne et pose le total à la droite du nouveau trait vertical. 11 obtient un deuxième total sous lequel il place le quatrième nombre et, en opérant comme précédemment, il obtient un troisième total (1555120), qui n’est autre que le résultat définitif de l’opération. En somme, le principe directeur de cette méthode est de faire et d’inscrire les totaux partiels ; c’est long, mais cela permet de retrouver les erreurs très facilement. On ne voit guère le caissier d’une banque européenne employer pareil système. Ajoutons que, en présence de nombres contenant des unités et des fractions, les Cambodgiens font une double série d’additions, ramenant ensuite les fractions au nombre d’unités qu’elles peuvent donner.
- La soustraction est encore bien autrement compliquée. Soit à soustraire 657 869 de 786 422, ce qui donne 128 555 : leur opération va affecter cette forme 657 869 | 128 555 786422 |
- On remarque d’abord qu’ils inscrivent le nombre le plus faible le premier et, en outre, ils commencent l’opération par la gauche. Ils disent 6 ôté de 10 (ce qui est un nombre fictif comme nous en employons) reste 4, mais en y ajoutant 7 (premier chiffre du nombre le plus fort), on trouve 11, et 11 —10= 1, ce qui est le premier chiffre acquis du reste. De même, pour le chiffre suivant, ils diront: 5 ôté de 10 reste 5+ 8 = 15 — 1 reste 12, ce qui est le reste acquis pour les deux premiers chiffres du reste total ; continuons : , on dira 7 ôté de dix reste 3 + 6 = 9—1 reste 8, chiffre suivant du reste: 8 ôté de 10 reste 2 4-4 = 6 — 1 reste 5. Enfin 6 ôté de 10 reste 4 + 2 — 1 reste 5 et 9 ôté de 10 reste 1 + 2 = 5. C’est ainsi qu’on obtient, en s’embarrassant d’opérations complexes, le total définitif et exact 128 555.
- Pour la multiplication, on met le multiplicateur au-dessus du multiplicande, et, sans vouloir entrer dans des détails qui nous entraîneraient beaucoup trop loin, nous dirons simplement qu’on multiplie successivement chacun des chiffres du multiplicande par chaque chiffre du multiplicateur, et qu'on' obtient de cette façon une innombrable série de petits produits partiels qu’il faut ensuite péniblement additionner. Nous ne parlerons pas de la division, qui est fort enchevêtrée, mais nous en avons assez dit pour montrer que les procédés de l’arithmétique kmère ne brillent pas par la simplicité.
- LES GLACES DE FOND1
- Nous avons reçu plusieurs communications intéressantes sur la formation des glaces de fond.
- M. le Dr Em. Bailly, à Nouan, près Saint-Gondon, par Gien (Loiret), nous écrit :
- Le fait de la formation de la glace au fond du lit des rivières est trop réel et trop facile à constater pour qu’on puisse aujourd’hui le mettre en doute. Ceux qui, comme moi, pratiquent la chasse des canards sur la Loire, ont à chaque instant l’occasion, en circulant en barque sur le fleuve, de voir avec la plus grande facilité et de la façon la plus évidente, des bancs de glace plus ou moins élen-'dus, adhérents au sol et recouverts d’une couche d’eau courante épaisse de quelques centimètres à plus d’un mètre. En détachant avec la gaffe des portions de ces
- 1 Suite. —Voy. n° 1026, du 28 janvier 1893, p. 150.
- bancs, on fait à volonté des glaces flottantes, et de temps en temps celles-ci surgissent spontanément sous vos yeux par le fait de leur légèreté spécifique. Il arrive aussi qu’elles se retournent sur elles-mêmes en gagnant la surface, et l’on voit alors, incrustés sur leur face infé-, rieure, devenue supérieure par le renversement, des graviers et même de grosses pierres noirâtres arrachées au lit de la Loire et que de loin on prend aisément pour des canards.
- M. L. Morel Fredel, licencié en droit à Bonneville (Haute-Savoie), nous adresse le résumé de ses observations :
- J!ai lu dans le numéro do La Nature du 28 janvier dernier l’article de M. Doussot, relatif aux glaces de fond,, avec un vif plaisir et d’autant plus d’intérêt que depuis, longtemps nous observons, presque tous les hivers, le phénomène dont vous parlez, si la température se maintient pendant quelques jours à environ —10° centigrades. Cet hiver surtout, nous avons pu l’observer à loisir, soit dans l’Arve, grosse rivière au cours rapide qui prend sa1 source au pied du mont Blanc et se jette dans le Rhône à Genève, soit dans le Borne, petit affluent de l’Arve. Le cours de ces deux rivières présente des alternatives de rapides et départies calmes. Leur lit, formé de bancs de cailloux, roulés et de sable, était, le 2 janvier 1895, en-j tièrement recouvert d’une couche de glace présentant l’aspect de neige jetée dans l’eau et atteignant une épaisseur de 20 centimètres environ dans le Borne, et de 10 à 20 centimètres dans l’Arve. Dans les endroits rapides, la glace de fond présentait, chose curieuse, une plus grande épaisseur sur la partie des pierres tournée en amont et avait vaguement l’apparence d’aiguillettes de glace à moitié soudées les unes aux autres et remontant-contre le courant. Sur le sable ou gravier fin, surface très unie et sans cesse renouvelée par suite d’un courant de 2 mètres par seconde, le mêm^e phénomène s’était produit et le fond disparaissait totalement sous une couche de 15 centimètres de glace.
- M. A. Courcon, manufacturier a Thiers, a également observé les glaces de fond, il en donne, une, explication en supposant que leur formation est due, lors des hivers rigoureux, à la congélation successive du sol ; les glaces de fond ne se formeraient, d’après lui, que dans les fleuves dont le courant est rapide. Nous renverrons nos lecteurs aux articles que nous avons publiés à ce sujet enl891. Il nous paraît démontré, par tous les faits que nous avons recueillis, qu’il y aurait à compléter les théories de la formation de la glace dans les cours d’eau, telles qu.’elles sont exposées dans les traités de physique.
- L’extraction du beurre que le lait contient est, sans contredit, une des opérations les plus importantes de l’industrie agricole. On sait comment cette transformation s’accomplit : traité dans un appareil centrifuge qui porte le nom d’écrémeuse, ou abandonné à lui-même dans des vases maintenus à une température convenable dans un local aménagé à cet effet, le lait abandonne une émulsion plus légère
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- qu’on appelle la crème et qui contient la totalité des globules butyreux renfermés dans le liquide. Cette crème est soumise enfin, dans un appareil appelé baratte, à une série de chocs convenablement répétés : sous l’influence de ces chocs les globules butyreux se soudent et l’on voit finalement nager, dans le petit-lait qui se sépare, de petites masses d’un blanc jaunâtre qui constituent le beurre. Ce beurre, débarrassé du petit-lait qui l’accompagne par un malaxage opéré dans des appareils établis à cet effet, nous apparaît enfin avec la forme commerciale que nous lui connaissons.
- De ce qui précède, on pourrait conclure que tous les appareils dans lesquels on soumettra la crème à des chocs répétés conviendront à la fabrication du beurre; il n’en est rien cependant et, pour obtenir cette onctuosité et ce grain particuliers qui font que le beurre se soude parfaitement à lui-même, il faut que les chocs auxr quels on soumet la crème ne soient ni trop brusques, ni trop prolongés; si bien qu’apparaît de suite la difficulté d’établir une baratte donnant un rendement de qualité convenable. Et pourtant le nombre des barattes est grand ; il y en a de toutes les formes et de tous les systèmes et l’on paraît commettre une imprudence en présentant au public un nouveau modèle de ce genre d’appareils. Cependant la baratte que représente la figure ci-jointe est d’une construction et d’un fonctionnement si simples qu’il nous a paru intéressant de la faire connaître.
- Construite sur le même type que la baratte berceau, la baratte française oscillante de MM. Chénais et Berland en diffère cependant notablement. Elle se compose d’un tonneau fait de bois ou de verre supporté par deux montants flexibles en bois de frêne fortement attachés par deux sabots au socle de base. Le tonneau porte une large bonde permettant l’introduction de la crème et la sortie facile du mélange de beurre et de petit-lait. Un des fonds est muni d’une manivelle qui permet de faire mouvoir le tonneau sur son axe et de le renverser ainsi facilement lorsque l’opération du barattage est terminée.
- La conduite de l’opération est facile à comprendre. La crème étant introduite jusqu’à environ moitié de la capacité du fût et la bonde fermée hermétiquement, l’opérateur se place en face du montant op-
- posé à la manivelle, saisit la poignée qu’il porte et imprime, grâce à la flexibilité des montants, un mouvement d’oscillation à l’appareil. Sous l'inlluence de ce mouvement, la crème est rejetée sur le fond d’où elle retombe en volute sur le milieu du tonneau, repart ensuite vers le fond opposé et ainsi de suite. L’opérateur règle le mouvement d’une façon convenable et le maintient jusqu’au moment où l’opération est terminée. Un ouvre alors la bonde, on fait basculer le tonneau, le beurre et le petit-lait s’écoulent et, après lavage, la baratte reçoit une nouvelle charge de crème, suivant les nécessités de la fabrication, et le beurre est soumis aux opérations de purification.
- Il est facile de se rendre un compte exact des avantages de cette baratte. D’abord elle ne nécessite qu’un déploiement de force très faible, et la suppression, à l’intérieur, de toutes les pièces, ailettes, contre-batteurs, qui accompagnent les autres modèles, permet d’en opérer le lavage aussi facilement que possible. D’ailleurs la transformation de la crème en beurre s’y fait en un temps court : trente à quarante minutes suffisent pour mener à bien l’opération et le beurre obtenu présente, d’après les experts, toutes les qualités que le marché lui réclame.
- Quel est maintenant l’avenir de la baratte Ché-nais et Berland? Nous dirons d’abord qu’on donne au tonneau toutes les capacités comprises entre 6 et 110 litres, ce qui correspond à une quantité maximum de 50 litres de crème, la résistance des montants étant calculée en vue du travail qu’ils doivent fournir pendant le barattage. Cependant nous ne pensons pas que ce soit avec ses capacités extrêmes que cet appareil doive fonctionner : il nous apparaît, en effet, que, dans ces cas, sa conduite soit plus difficile que les auteurs ne l’ont prévu et que, par conséquent, à ces limites de contenance, les qualités du produit ne soient notablement modifiées. Mais, au contraire, nous pensons que pour des quantités de crème ne dépassant pas 50 litres, cet appareil donnera d’excellents résultats et, qu’à ce titre, il a sa place marquée dans tous les ménages, à la campagne surtout, et principalement dans toutes les petites exploitations agricoles.
- E. Fleurent.
- Baratte oscillante de MM. Chénais et Berland.
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- LA MORT APPARENTE
- On pouvait lire, il y a quelque temps, dans un journal de province, un fait divers lamentable qui a été repro-
- duit dans bon nombre de feuilles publiques. Un jeune homme meurt des suites d’une fièvre typhoïde. Deux jours plus tard, on procède à l’enterrement, mais comme le caveau de famille n’était pas prêt, on laisse le cercueil à l’église, sous la garde du sacristain. Au milieu de la nuit,
- La Résurrection d’une jeune fille; réveil au sortir de l’état léthargique. Fresque attribuée à Taddeo Gaddi, à Florence (quatorzième siècle)
- le veilleur entend du bruit dans le cercueil ; il appelle, on accourt, on ouvre la bière, et le prétendu mort se redresse lentement, tout effaré de se trouver dans ce lugubre milieu.
- L’histoire, fort heureusement, était apocryphe et probablement tirée d’une feuille de vieille date. Elle eût pu être authentique : bien qu’ils soient infiniment plus rares qu on ne le croit, les faits d’inhumation précipitée par
- suite de mort apparente, n’en sont pas moins réels. Mais à côté de quelques cas tristement célèbres, on a trop souvent, surtout dans les temps passés, publié des histoires qui n’avaient rien de fondé. Il s’est établi à cet égard des légendes que l’horreur du récit rendait facilement acceptables. La pensée de la possibilité d'accidents semblables suffit pour émouvoir les plus forts, les plus sceptiques; de temps à autre a la suite d’un événement, véridique ou
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- non, l’émotion publique se réveille, s’inquiète. C’est ainsi que les journaux de médecine se sont remplis de faits acceptés sans examen, sans critique, faits inspirés souvent par l’imagination ou par la peur.
- Aussi haut qu’on remonte dans l’histoire de l’antiquité, on retrouve les traces de cette préoccupation d’ensevelissement en état de mort apparente et ce sont justement ces faits qui prêtent le plus à la controverse. Plutarque, Platon, Pline ont rapporté l’histoire de blessés laissés pour morts sur le champ de bataille et ranimés quelques jours plus tard, au moment où on les portait sur e bûcher. Sans chercher aussi loin, qui ne sait que Vésale fut poursuivi, exilé pour avoir commencé des études anatomiques sur un pseudo-cadavre, qui se réveilla au moment où le célèbre anatomiste allait le disséquer. Eh bien, celte histoire si répandue est fort contestée et un érudit espagnol, Morejon, a réhabilité la mémoire de Vésale, en montrant par des documents précis qu’il n’y avait rien de vrai dans cette antique légende.
- Au siècle dernier, les récits se sont multipliés et le lecteur que cette étude pourrait intéresser trouvera dans l’ouvrage de Bouchut sur les signes de la mort l’analyse abrégée de tous les cas vrais ou plus ou moins douteux. A diverses reprises, des philanthropes émus à la pensée de ces accidents épouvantables ont fondé des prix pour la récompense des meilleurs travaux sur des signes de la mort et la reconnaissance de la mort apparente. L’Institut, l’Académie de médecine ont ou ont eu les prix Manni, du marquis d’Ourches, Dugaste, etc. Ces prix n’ont pas été tous décernés ; les arrérages seuls en sont distribués. C’est qu’il n’existe en effet qu’un signe certain, absolu, de la mort réelle, c’est la putréfaction, la décomposition du corps. Est-ce à dire que les signes constatables avant cette ullima ratio ne puissent donner une appréciation formelle, sinon absolue? Non certes pas; mais ce que désiraient les fondateurs de ces prix était un signe facile à reconnaître pour le premier venu, pour l’homme le plus ignorant des questions médicales. Or, il faut le dire, ce signe à la portée de tous n’existe pas, en tant que signe infaillible. Et c’est justement dans les campagnes, les petits hameaux écartés de tout centre populeux, sans médecin, souvent sans instituteur, sans sujet lettré, que le moyen de reconnaissance serait précieux, car c’est dans ces conditions que peut survenir l’erreur fatale imputable à la mort apparente.
- Parmi les signes de la mort, l'arrêt de la respiration, la suppression du pouls, des battements du cœur, la rigidité cadavérique, le refroidissement, la pâleur de la face et des tissus, l’étal du globe de l’œil, le trouble de la cornée sont les plus manifestes et les plus faciles à constater. Ils ne sont pas des signes certains, absolus, puisqu’on peut trouver des arrêts prolongés de la respiration et de la circulation, ou tout au moins les apparences de ces arrêts, dans quelques affections particulières. Mais leur réunion aura bien des chances pour prouver la mort réelle, et l’on sait que, même loin des grands centres où se pratique officiellement la vérification des décès, on ne s’y trompe guère.
- La mort apparente peut survenir à la suite d’accidents d’asphyxie, de syncope, de traumatismes graves ; mais en général s’il n’y est porté remède, ces accidents entraînent à bref délai la mort réelle. Sur les champs de bataille, des blessés épuisés par des hémorragies abondantes, ont pu rester sur le terrain plusieurs heures, être même abandonnés pour morts et revenir à la vie au moment où l’on s’y attendait le moins. Un praticien
- embaumeur qui suivait l’armée du Potomac (on songe à tout en Amérique, même en temps de guerre) sauva la vie à un colonel qu’un évanouissement prolongé, suite de la blessure, avait fait abandonner sur le champ de bataille. L’officier reprit connaissance au moment où l’opérateur allait lui injecter son liquide conservateur.
- (in des plus curieux exemples de ce genre est celui qui a trait au maréchal d’Ornano et qui a été publié dans sa bibliographie par Du Casse. Pendant la retraite de Russie, d’Ornano veut s’ouvrir un passage avec quelques cavaliers, il fond sur l’ennemi, un boulet le jette la face contre terre, on le croit mort, son corps est noir, il ne donne aucun signe de vie. Le prince Eugène ordonne à un de ses aides de camp, le commandant Tascher, de le faire ensevelir sous la neige. Ce pieux devoir vient d’être accompli, lorsque arrive l’aide de camp du général qui veut ramener le corps en France. Il le retire de dessous la neige, le place en travers de son cheval, est roulé avec son fardeau par un boulet, se relève sans égratignure et arrive au prix de mille difficultés jusqu’au quartier impérial. Là on constate que d’Ornano respire. Le prince Eugène déclare la chose impossible ; le commandant Tascher dit qu’il l’a enseveli. Larrey survient, trouve le blessé vivant et parvient à le sauver. Bon nombre d’années plus tard, le maréchal d’Ornano suivait en grande cérémonie le convoi funèbre de celui qui l’avait enseveli, du commandant Tascher, mort avant lui.
- L’asphyxie par la submersion, par les gaz toxiques, provoque la mort apparente; que les secours tardent et là mort est réelle. Mais que de noyés, d’asphyxiés ressuscités après une immersion prolongée, par des moyens prolongés des heures durant. Les faits dramatiques qui ont suggéré au Dr Laborde, l’idée de tirer, chez les asphyxiés, la langue au dehors par des mouvements rythmiques, sont là pour le prouver. Avant d’user de ce moyen, notre confrère hésita; le malade est mort, disait-il, et de fait, on avait usé de toutes les ressources habituelles. Les malheureuses victimes étaient donc bien tout ce qu’il y avait de plus en état de mort apparente, puisqu’un savant médecin avait l’impression d'une catastrophe absolue.
- Les accidents qui surviennent dans le cours de l’anesthésie par le chloroforme provoquent un état de mort apparente qui est bien, parmi tous les cas similaires, le plus apparemment réel. II suffit d’avoir assisté une fois à une scène de ce genre, alors surtout qu’après des efforts surhumains on ranime ce cadavre, pour ne jamais l’oublier.
- Mais ce ne sont pas les causes ordinaires des erreurs qui conduisent à des inhumations anticipées. La mort apparente, déterminée par ces accidents, est, à délai assez rapproché, suivie de la mort réelle, si le sujet est abandonné ou privé de secours. Dans les cas, au contraire, qui ont le plus souvent donné lieu à ces erreurs épouvantables, il s'agit presque toujours de léthargie, que le sujet vienne à tomber dans cet état au cours d’une maladie ou en plein état de santé. L’apparence peut être trompeuse, mais un médecin pourra cependant déceler des signes qui permettront d’affirmer qu'il ne s’agit que d’un état nerveux, d’un trouble passager. La résolution des membres peut être complète, les extrémités refroidies, l’œil fixe, rarement vitreux, mais si la respiration est profondément ralentie, réduite à un minimum tel qu’on ne perçoive aucun mouvement, aucun souffle, que l’haleine ne vienne pas ternir un miroir, cette respiration se produit à de longs intervalles. Les bruits du cœur peuvent n’ètre plus perceptibles à l’oreille, le pouls insen-
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- sible à la pression du doigt, mais le cœur bat. Je n’insiste pas sur cette question de la léthargie que j’ai traitée autrefois dans La Nature, à propos des recherches du professeur Charcot1.
- Ces états peuvent être prolongés et, dans certains cas, le sujet a la conscience de ce qui se passe autour de lui. Lorsque la question du danger des inhumations précipitées fut portée devant le Sénat en 1866, le cardinal Donnet demanda avec chaleur qu’on prît à cet égard des mesures efficaces. 11 était, comme on dit, bien placé pour en parler, car il avait failli être enterré vivant. « En 1826, disait-il dans son discours, un jeune prêtre, au milieu d’une cathédrale pleine d’auditeurs, s’affaisse subitement dans la chaire d’où il faisait entendre sa parole. Un médecin déclare la mort constante et fait donner le permis d’inhumer pour le lendemain. L’évèque de la cathédrale où l’événement était arrivé récitait déjà le De profundis au pied du lit funèbre, et on avait pris les dimensions du cercueil. Là nuit approchait, et on comprend les angoisses du jeune prêtre dont l’oreille saisissait le bruit de tous les préparatifs. Enfin il entend la voix d’un ami d’enfance, et cette voix, provoquant chez lui un effort surhumain, amène un résultat merveilleux. Le lendemain, il pouvait reparaître dans sa chaire. Il est aujourd’hui au milieu de vous. »
- On peut voir, dans la reproduction que nous donnons de la célèbre fresque attribuée à Taddeo Gaddi ou à Andrea di Firenze, le réveil, au sortir d’un de ces états léthargiques. La malade, soutenue par ses compagnes, se soulève lentement; le regard est encore fixe et l’œil légèrement convulsé. Dans une autre fresque qui fait pendant à celle-ci, mais que nous n’avons pu reproduire, la scène représente l’état léthargique absolu. Au milieu de malades demandant la santé à saint Dominique, une jeune fille est étendue à terre, le corps rigide, la bouche légèrement entr’ouverte, les globes oculaires convulsés en haut, et avec un léger degré de strabisme. E’est l’image frappante de l’état, de mort apparente.
- Ces états de léthargie sont aujourd’hui bien mieux connus qu’autrefois; ils sont même connus dans le public et les méprises de ce fait ne se présentent plus de nos jours. Les histoires de ce genre reparaissent de temps à autre, mais elles se rapportent à des faits anciens ou sont sans fondement. 11 y avait l’année dernière dans le service du I)r J. Voisin, à la Salpêtrière, une malade en état de sommeil léthargique; cette malade a dormi sans interruption pendant quarante à cinquante jours. Elle était loin d’être en état de mort apparente; on voyait s’exécuter les mouvements respiratoires et plusieurs fois par jour elle poussait un soupir. Mais elle était inconsciente de ce qui se passait autour d’elle et il fallait la nourrir artificiellement pour soutenir les forces et entretenir la nutrition pendant ce long sommeil.
- Je pourrais multiplier les récits de mort apparente, les uns tristement vrais, les autres sans aucune part de vérité. Quelques-uns donnent lieu à des procès retentissants, comme celui de Mlle d’Ohnont citée par Lenormand dans ses Causes célèbres. Ce n’est pas ici la place. Ces documents ont du reste été maintes fois publiés. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’autrefois, peut-être encore au-ourd’hui, dans quelques coins retirés, au sein de popula-- tions ignorantes, des états bizarres comme la léthargie hystérique ont pu être méconnus et donner lieu à d’irréparables malheurs. Mais ces faits deviennent de plus on plus
- 1 Vov. n° 294, du 18 janvier 1879. p. 102.
- rares. Dans les grandes villes, où le permis d’inhumation n’est accordé que sur le visa du médecin de l’état civil, on n’en cite plus un d'authentique depuis nombre d’années. Les dépôts mortuaires qui existent depuis de longues années en Allemagne n’ont jamais été le théâtre d’une résurrection fortuite ; les corps y sont gardés plusieurs jours, avec des sonnettes électriques qui carillonneraient au moindre mouvement; des gardiens sont dans une pièce voisine. Jamais on n’a eu d’alerte.
- Les risques d’être ensevelis sans être parfaitement mort sont, de nos jours, fort problèmatiques. On peut se rassurer ; quand nous serons les uns et les autres appelés à faire le grand voyage, c’est que notre heure aura bel et bien sonné. Et puis pour ceux qui ne se rassureront pas. il reste la ressource de l’embaumement ou de Ja crémation; ils seront ainsi bien sûrs de n’être pas enterrés vivants.
- Dr A. Cartaz.
- AMÉLIORATION DU PORT DE BILBAO1
- LE TITAN ÉLECTRIQUE
- Dans deux précédents articles, nous avons décrit le port extérieur que l’on constitue à l’entrée de la Ilia de Bilbao. Nous avons insisté particulièrement sur la description de quelques appareils, mus par l’électricité, que l’on emploie à la pose de gros blocs de béton.
- On se rappelle sans doute, d’après ce que nous avons dit, que ces blocs sont destinés à former, par-dessus des enrochements naturels, la base d’un grand brise-lames; mais cette substruetion ne doit s’élever que jusqu’à un mètre au-dessns des basses mers; au delà de ce niveau, le profil comprend un massil de 12 mètres d’épaisseur formant le corps de la jetée et atteignant 7 mètres au-dessus des basses mers, ou environ 2m,50 au-dessus des hautes mers de vive eau. Par-dessus le tout est ménagé un mur d’abri de 4 mètres d’épaisseur et de 5 mètres de hauteur, surmonté enfin d’un petit parapet de 1 mètre; cette construction particulière est nécessitée par la violence de la mer dans cette région, violence qui a failli, dans certaines circonstances, enlever hommes et appareils pendant les travaux. Le profil de ce brise-lames est très certainement curieux; mais ce qu’il y a de plus original, c’est le titan spécial dont on se sert pour édifier l’ouvrage, titan absolument différent de ceux que La Nature a pu déjà décrire.
- Pour asseoir solidement le corps du brise-lames sur les gros blocs, on doit verser dans leurs intervalles des enrochements que l’on recouvre d’une couche de béton ; puis il faut placer la double série de blocs formant les deux parements, et l’on remplit l’espace qui les sépare; il ne reste plus qu’à mouler sur place, en béton, le mur d’abri. Le titan que représente notre gravure2 assure de la façon la
- 1 Suite et fin. — Vov. n° 1024, du 14 janvier 1893, p.108
- 2 Cette, photographie, que nous devons à l’obligeance des entrepreneurs, est prise quand l’eau est à 1 mètre au-dessus de la liasse mer.
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- LA NATURE
- plus expéditive la plus grande partie de ce travail, c’est pour cela qu’il se nomme titan-atelier. Cet appareil est formé essentiellement d’une grande poutre en acier à entretoises, de 52 mètres de long, montée sur roues et pouvant circuler sur des rails posés sur la plate-forme déjà faite du corps du brise-lames; il peut s’avancer d’environ 20 mètres en porte-à-faux en dehors de cette portion déjà faite. Il est équilibré et par son poids en arrière et à l’aide d’un contrepoids. Ce qui fait l’originalité principale du système, c’est qu’ici, comme dans les appareils décrits dans le précédent article, la force motrice employée est l’électricité. Elle est fournie par une dynamo génératrice établie à terre et commandée par
- une machine à vapeur de 40 chevaux ; la liaison y est faite par une ligne en fils de cuivre nus que l’on aperçoit nettement sur notre gravure, qui est portée par des poteaux et que l’on prolonge au fur et à mesure de l’avancement du travail.
- À la partie supérieure de la poutre roule une grue de 10 tonnes, à laquelle le mouvement de translation est donné par une machine dynamo-électrique dont nous reparlerons tout à l’heure. Cette grue prend à l’arrière les blocs qui lui sont amenés par des trucs, comme le représente notre dessin ; elle les transporte et les place au point nécessaire où l’on forme les parements, le déplacement vertical étant exécuté à bras d’honmies. Dans la chambre fermée
- Le titan électrique employé aux travaux du nouveau port île Bilbao. (D’après une photographie.)
- que l’on voit à l’arrière, une machine dynamo actionne le mouvement de translation de la grue, en môme temps que celui de tout l’appareil que l’on doit remiser, en cas de mauvaise mer, derrière le mur d’abri déjà construit; cette même dynamo commande une pompe à eau et un plan incliné pour la montée des wagonnets. Dans notre dessin, nous voyons un de ceux-ci suivre ce plan incliné : il apporte, tout mélangés à sec, les matériaux divers, pierres cassées, sable et ciment, qui sont nécessaires pour la fabrication du béton. Une dynamo réceptrice, que l’on aperçoit en haut et à l’arrière de la chambre fermée, commande une bétonnière cylindrique horizontale, roulant à l’étage inférieur du titan; cet appareil reçoit, des wagonnets qui circulent à l’étage intermédiaire de la poutre, les matières
- premières qu’il transforme en un béton excellent au-dessus même du lieu d'emploi. Au sortir de la machine, ce béton est réparti aux endroits où il doit être employé, à l’aide d’un couloir mobile que l’on distingue très bien dans la photographie. On remarquera sans doute deux poteaux verticaux à l'extrémité libre du titan : ils ne sont point nécessaires pour la stabilité, ils n’ont pour but que de lui faire prendre appui sur la fondation inférieure, et de supprimer les vibrations et balancements que peuvent produire les roulements.
- Depuis juillet 1892, l’appareil fonctionne avec plein succès. Il nous a semblé intéressant de signaler cet emploi de l’électricité, qui permet un travail simple, rapide et régulier. Daxiel Bellet.
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- NAUFRAGE D’UN TORPILLEUR
- La Nature a déjà eu l’occasion d’appeler l’attention sur la fragilité des torpilleurs dans les collisions; ces bateaux, animés constamment de vitesses considérables, ne peuvent posséder que des coques légères, et par conséquent assez minces, précisément pour que ces vitesses soient pratiquement possibles. Aussi, quand leurs bordés viennent à rencontrer un obstacle quelconque, ils s’y écrasent : nous n’en voulons pour preuve que la gravure accompagnant cette Notice1.
- Le torpilleur dont il s’agit est un bateau de
- lr<! classe, construit par MM. Yarrow et C°, pour le compte du gouvernement de Victoria ; du type général de ces constructions, on considérait qu’il pouvait entreprendre le voyage d’Australie et y arriver sans qu’un seul rivet lâchât. Sa longueur atteint 50m,5û et son déplacement en essais, 80 tonnes. L’ensemble de la coque est divisé en 10 compartiments étanches, mais absolument isolés et sfirs, dont les cloisons ne sont percées d’aucune porte de communication. C’est cette disposition particulière qui, pour la plus grande part, a sauvé ce torpilleur d’un désastre. Il est pourvu d’une machinerie com-pound, à triple expansion, de 1100 chevaux indiqués. Ajoutons que l’acier de la coque est doux, avec
- Effet d’une collision à l’avant d’un torpilleur anglais.
- une force considérable de ductilité et de flexibilité.
- Le jour de l’accident, le bateau faisait ses essais; il quittait le chantier de Poplar à vitesse de 17 nœuds par heure, puis, après Gravesend, on mit à toute vitesse : à ce moment le nombre des révolutions était de 400 et l’on marchait à un peu plus de 25 nœuds. Notons d’ailleurs que les vibrations n’étaient nullement exagérées, grâce au système de contrepoids dont nous avons ici même entretenu nos lecteurs2. Tout à coup on s’aperçut d’une avarie dans l’appareil à gouverner : une poignée s’était démolie, de telle sorte que l’homme de barre ne pouvait plus être sûr de la route qu’il faisait. Le bateau ne gouvernait plus, et, avant qu’on eût pu donner aux machines
- 1 D’après l’Engineering.
- 2 Voy. n° 1000, du 50 juillet 1802, p. 152.
- l’ordre de stopper, on venait se heurter, à raison de 18 nœuds, en plein dans une grosse barque en bois, chargée de plus de 100 tonnes de froment, qui était à l’ancre tout près de là. L’avant vint faire une profonde coupure dans le flanc de la barque près du mât, et tandis que l'équipage sautait dans le canot du bord, le torpilleur dut faire machine en arrière pour se dégager, car l’ancre de la barque tenait bon, et l’on ne pouvait songer à se mettre à la côte en entraînant ce bateau avec soi. La situation était critique; l’avant du torpilleur, solidement coincé, était entraîné, commençait a plonger, tandis que l’arrière sortait de l’eau et l’hélice tournait presque à l’air. Pour comble de malheur, un fort courant de marée prenait le torpilleur par le flanc, le faisait abattre sur bâbord en tordant les tôles de l’avant à
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- LA NATURE.
- angle droit. Heureusement la barque vint elle-même à tourner, dégagea l’avant du torpilleur et se mit à couler rapidement. Aussitôt l’avant du torpilleur remonta, l’arrière s’abaissant, l’hélice rep.'ongea, et on mit à toute vapeur pour aller chercher le secours des navires ancrés aux environs.
- Ce qu'il y a de plus remarquable, c’est que rien n’avait remué dans la machinerie ni dans la tuyauterie : l’avant, en s’écrasant assez facilement, par suite même de son peu d’épaisseur, avait formé tampon de choc, et le bateau put regagner les chantiers sans aide, avec ses propres ressources, et avec une vitesse moyenne de 10 à 12 nœuds par heure. On peut dire que c’est une belle épreuve dont est sortie victorieusement une construction bien légère.
- X..., ingénieur.
- TRAVAIL DES VÉLOCIPÉDISTES
- IMPORTANCE DE I,A RÉSISTANCE DE l’aIR C O U P E-V E N T
- L’attrayant article Le vélocipède et la résistance de l'air, publié récemment dans La Nature *, traite une question intéressante : l’importance de la résistance de l’air au point de vue des cyclistes. Comme il émet un doute sur l’exactitude des chiffres indiqués par les journaux vélocipédiques au sujet du record du vélocipédiste Johnston : 1 mille en 4m56s 5/5, nous allons développer ce sujet d’actualité.
- Avant l’essai de Johnston (et non Johnson) les records du mille anglais (1609u,,52) étaient, sur piste : pour les chevaux, de 2m05sl/4, temps employé au trot par la jument américaine Nancy Hanks, attelée à un sulky muni de roues à caoutchoucs pneumatiques; pour les vélocipédistes, de 2m 06s 3/5, temps du bicyclettiste américain Zimmermann, le 8 septehibre 1892, à Springfield, sur la piste ellipsoïdale de Hampden Park, mesurant 804™ 06 de tour.
- Le 22 septembre suivant, Johnston abaissa ce temps à lm50s3/5 dans des conditions spéciales. Il s’abrita derrière une toile mouillée (et non une tôle) pendant au-dessous d’un sulky traîné pendant le premier demi-mille par le cheval Uneie-Ilenry, pendant le troisième quart de mille par le trotteur Ned-Gordon et enfin, pendant le dernier quart de mille par Uncle-IIenry, celui-ci se tenant de côté à l’arrivée. En outre, la piste d’Independance (Iowa) sur laquelle fut inauguré ce curieux système d’entraînement, est de celles dites en cerf-volant, présentant une ligne droite, un très grand demi-cercle et une ligne légèrement courbe, c’est-à-dire ni virage ni gêne dans la direction. Enfin le pignon de commande de la bicyclette était elliptique.
- Ce record n’a pas été homologué par la Ligue américaine à cause du mode d’entraîneurs et pour une question de forme dans la rédaction du procès-
- 1 Voy. n° 1023, du 7 janvier 1893, p. 93.
- verbal, pure chinoiserie; mais son Comité sportif a reconnu la parfaite exactitude de la distance mesurée et du temps chronométré par des sportsmen tels (pie MM. J.-11. Chesbrow, Ilosemond, F.-S. llillsinger, Tibbeth, J. llussey, Roherty et Tabon.
- D’ailleurs le bicyclettiste AVindle battit, six jours plus tard, sur la piste de Springfield, à la fois le record de Zimmermann et celui de Nancy Hanks, en 2m04s4/5, entraîné exclusivement par des vélocipédistes. Ce jour même, à Terre-Haute, la célèbre trotteuse reconquit le record en 2m 04. Enfin, le 7 octobre dernier, AVindle abaissa le temps du mille à 2m 02s 5/5, toujours sur la piste de 804 mètres de Springfield et sans autre aide que des vélocipédistes. Or, ainsi que M. Ch.-Ed. G. et que les personnes les plus compétentes, nous ne pensons pas que l’abri d’entraîneurs montés à vélocipède et précédant le coureur soit efficace contre le vent; d’ailleurs les expériences du lieutenant Thébault l’établissent d’une manière péremptoire : « Lorsque deux surfaces carrées se masquent, la résistance de l’air contre la deuxième est les sept dixièmes de la résistance contre la première quand leur écartement est égal au côté de la surface considérée. » Un calcul de proportions montre que la protection cesse complètement à lm,23 derrière un homme de 0111,57 de largeur. Or un vélocipède a 2 mètres de longueur. Déplus, l’amusement scientifique cité dans l’article de La Nature que nous complétons, montre que les filets d’air contournant le corps arrondi de l’homme, moins facilement qu’ils ne le font pour une bouteille, mais mieux que pour un plan, se rejoignent derrière lui à une distance assez inférieure à lm,25 pour compenser largement sa forme non carrée ne correspondant pas exactement aux conditions dans lesquelles opérait Thébault.
- Nous croyons que le bénéfice de cette aide réside dans le repos moral du recordman qui n’a plus à s’occuper de régulariser sa vitesse. Toutes ses forces sont dès lors employées à suivre machinalement, ce qui est beaucoup plus facile que de régler l’allure. Cette demi-passivité est tellement importante que les musiques militaires servent presque uniquement à scander le pas, à éviter au soldat tout elfort cérébral qui diminuerait d’autant le travail physique utile.
- La vitesse de Johnston, de 43m,80 par seconde, est étonnante surtout parce qu’elle a été maintenue pendant 1609 mètres. Et cependant elle a été dépassée, sur 100 yards (91 m,44), par Zimmermann qui, à bicyclette, sans coupe-vent, a couvert cette distance sur la piste de Springfield, en septembre 1892, en 5s5/5, correspondant à 16m,33 à la seconde ou à 58k,781 à l’heure! Elle a été presque égalée par AVindle qui, le 7 octobre dernier, dans son record de 2m 02s 5/5, sans aucun artifice, a fourni une vitesse de 15m,l25 à la seconde.
- Donc, contrairement aux prévisions, un vélocipédiste, sans être protégé par aucun écran, peut très notablement dépasser la vitesse de Johnston sur
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- 100 yards et presque l'égaler pour franchir 1 mille.
- Un physicien, qui ne pratique pas le vélocipède, a proposé de réduire à un cinquième pour un homme le coefficient de résistance d’un plan lixe attaquant de front l’air calme, en reconnaissant, il est vrai, qu’en l’absence de toute expérience à ce sujet, il exagère peut-être et suppose trop de réduction. Certainement il est tombé dans un excès, dans une improbabilité. Bossut, dans scs expériences avec un vaisseau et un prisme de base égale à la maîtresse section du vaisseau, a bien trouvé que celui-ci éprouve de la part de l’eau une résistance cinq fois moindre que le prisme, mais cet essai est trop différent du cas qui nous occupe par le lluide plus lourd et moins mobile et par les trop petites vitesses en jeu.
- 11 n'existe pas de séries d’expériences effectuées sur des hommes. Le problème de la propulsion vélo-cipédique est des plus complexes. Le cycliste est loin d’être un plan mince et, du fait de ses contours arrondis, la résistance de l’air est notablement diminuée, mais il ressemble cependant plus à un plan qu’à la proue pointue d’un navire. En outre, certaines conditions lui sont défavorables et rendent la pression de l’air supérieure à celle qui frapperait un plan : le vélocipédiste, penché en avant, offre une surface concave, un creux qui augmente la pression de l’air. Celle-ci est encore accrue par le mouvement violent des jambes et les oscillations de son corps qui travaille sans appui suffisamment fixe, c’est-à-dire dans les plus mauvaises conditions de rendement possibles.
- Les expériences de Hubuat, discutées par Poncelet, ont permis d’exprimer la résistance de l’air en kilo-grammetres par mètre carré de section et de la
- traduire par la formule K ( j , dans laquelle \ est
- la vitesse en mètres par seconde et K un coefficient variable avec la forme du corps. Pour des parois planes normales à la marche, K s’éloigne peu de 2. Lorsqu’on substitue des surfaces convenablement inclinées, la résistance de l’air diminue de moitié.
- Après avoir recommencé ces expériences et avoir trouvé approximativement les mêmes chiffres que le lieutenant Thébault, l’ingénieur Ricour a armé une locomotive de plans inclinés à raison de 5 de base pour 4 de hauteur; il a réuni la cheminée au grand dôme, a rempli les intervalles des rais. Cette seule modification a réduit K de plus de moitié. L’augmentation de rendement en travail utile a été de lf> pour 100.
- Enfin M. Desdouits, ingénieur aux chemins de fer de l’Etat, a encore vérifié ces résultats et prouvé qu’en disposant deux plans inclinés à 45° à l’avant d’une locomotive, on réalisait une économie de 10 pour 100 sur le combustible, ce qui correspondait à une aisance bien supérieure dans la propulsion.
- Par analogie, après addition algébrique des conditions favorables et défavorables, nous pensons, d accord avec divers auteurs qui ont étudié cette question, qu’en diminuant de moitié les résultats
- trouvés pour une surface plane, cette réduction, bien que probablement trop forte, donne un chiffre suffisamment approché pour que nous l’adoptions.
- Il est intéressant de chercher le travail T fourni dans les grandes vitesses à vélocipède.
- D’après les expériences de Morin, lloulard, Rum-fort, Régnier, c, h coefficient de tirage ou rapport de l’effort de tirage à la charge totale traînée, est égal à 0,06 sur une route dégradée, inégale et couverte de boue; il est de 0,01 sur un très bon sol macadamisé et d’environ 0,006 sur les pistes en ciment ou mâchefer. L’élasticité des bandages en caoutchouc permet d’appliquer ces chiffres aux allures plus rapides que celles auxquelles ont opéré les expérimentateurs.
- V est la vitesse en mètres par seconde. Le poids du véloceman peut être estimé à 65 kilogrammes. Le poids de la machine est en moyenne de 15 kilogrammes. d et 1), les diamètres des roues de devant et de derrière, sont égaux dans les bicyclettes ainsi que dans les tricycles les plus récents et, en moyenne, de 0m,70. Dans les bicycles multipliés ils sont d’environ 0m,90 et 0m,60.
- D’après Morin et Trcdgold, le frottement dans les coussinets ordinaires dépense, par tour de roue, pour un poids de 80 kilogrammes, 0,005 kilogram-mètre. Macquorn Rankine l’évalue, dans les vélocipèdes, à 0,001 ou 0,002 du poids. Cette résistance est insignifiante par rapport à celles de l’air, du sol et des rampes. Nous la négligerons pour éviter une complication inutile.
- La résistance de roulement ou le tirage d’une roue est le produit de son poids par le coefficient c. Dans les vélocipèdes à plusieurs roues le tirage varie beaucoup suivant le diamètre des roues et la position du véloceman sur la selle. Or, celle-cfi peut le plus souvent se déplacer de 0m,20. Appelons p le poids supporté par la ou les roues de devant et P le poids supporté par la ou les roues de derrière. Dans le cas des bicyclettes et des tricycles p est, en général, de 27 kilogrammes; dans les machines à deux roues, P est de 55 kilogrammes et, dans celles à trois roues, il s’augmente de l’excédent dû à l’instrument, soit d’environ 6 kilogrammes. Dans les bicycles multipliés p devient 47 kilogrammes, et P est égal à 55 kilogrammes.
- Rappelons que la résistance au roulement est : 1° sensiblement proportionnelle au poids mis en mouvement et inversement proportionnelle au diamètre des roues;2°indépendante du nombre des roues.
- Un vélocipédiste de taille ordinaire (l,n,70) réduit sa hauteur à lm,50 environ lorsqu’il se penche sur le gouvernail. (Ces chiffres sont faibles pour Zimmermann, etc., qui sont plus grands). Sa largeur est d’environ 0'n,57. Sa surface est donc : lm,50 X 0m,57 = 0m2,481. Celle de sa machine complète doit être évaluée à 0m2,049, soit, au total : S = 0n,î,55.
- R, la pente de la route, exprime, sans erreur appréciable pour les rampes ne dépassant pas 0m,05
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- m
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- à 0m,06 par mètre, l’effort nécessaire pour faire avancer un vélocipède.
- Adoptons, pour la pression du vent F, au lieu de V2
- la formule F = d S 2 h ou d S l’expression plus
- simple (un peu trop forte peut-être) employée par M. G. : F = 0,07 Y2 S.
- La formule générale, approchée, du travail d’un vélocipédiste est
- 0,07 Y2S±R (P
- P)]
- Dans le cas d’un bicyclettiste sur piste, pesant avec sa machine 80 kilogrammes, elle devient :
- T =Y 0,006-
- 80k 0,07
- 0m,70
- ou T = Y (0,686-
- Remplaçons V par ses valeurs dans les épreuves considérées :
- Windle
- (course d’un mille sans coupe-vent.)
- T = 1 3 m, 1 3 (0,686+0,0186 X 13,15*)
- — 51ksm,l 0
- Johnston (coursed’un mille avec coupe-vent)
- T = 1 5 m, 8 0 (0,686 + 0,0186 X 13,8*)
- = 58ks"’,35
- V*. 0"“2,55
- 0,0186. Y2
- Fig. 1. —Appareil coupe-vent pour vélocipédistes.— AA. Brandies supérieures de l’appareil. — SS. Brandies transversales destinées à donner plus de résistance à l’appareil. — I*. Pince-guidon. — E. Écrou à main. — V. Vis de serrage. — D. Pièce tubulaire. — GG. Glissières. — MM. Branches de la monture. — BB. Branches de support. — TT. Tiges inférieures introduites dans les trous t des repose-pieds.
- Zimmermann (course de 100 yards sans coupe-vent)
- T=16“, 33(0,686+0,0186x16,55*)=92ke“, 20.
- Si l’on rejette le record de Johnston comme faussé en partie par l’aspiration produite par l’écran du sulky, les efforts de AVindle et de Zimmermann, tout extraordinaires qu’ils sont, n’en restent pas moins acquis : un bicyclettiste arrive à produire, pendant deux minutes, deux tiers de cheval-vapeur et, pendant six secondes, un cheval-vapeur et quart.
- Rapprochons de ces maxima d’énergie, mal employée d’ailleurs, les chiffres des formules de Claudel et du traité des moteurs de Courtois : les quantités de travail moyennes et journalières d’un manœuvre, pour une durée d’efforts de huit heures, varient de 5ksm,50 à 9ksm,75.
- Le barotrope de M. Salicis produit un travail de 1 lk«m,35, l’ouvrier fonctionnant pendant cinq heures consécutives.
- Le haromoteur de M. G. Rozérian qui utilise à la fois les jambes et les bras, permet d’atteindre
- 15 kilogrammètres pendant huit heures par jour. C’est l’instrument de transformation le plus parfait qui existe actuellement.
- Un moteur animé fournit le maximum d’effet journalier : 1° quand l’effort qu’il produit varie de 1 /3 à 1 /5 de celui qu’il pourrait produire sans vitesse pendant un temps peu prolongé; 2° quand la vitesse varie de 1/4 à 1/6 pour l’homme, et de 1 /12 à 1/15 pour le cheval, de la plus grande vitesse que ces moteurs pourraient prendre pendant un temps peu prolongé et ne produisant aucun effort ; 5° quand la durée du travail journalier varie de 1/2 à 1/3 du temps le plus prolongé pendant lequel le travail peut être constamment soutenu sans nuire à la santé; ce temps ne peut dépasser à peu près dix-huit heures par jour, quelle que soit la tâche.
- La formule générale du travail d’un vélocipédiste sur une surface plane, dure et horizontale contient deux termes : le premier représente le tirage. A moins d’une révolution complète dans la construction des vélocipèdes, il ne peut pas être sensiblement diminué. En effet, depuis 1875, date à laquelle l’ancien grand bicycle peut être con-sidéré comme sorti de la période de tâtonnements et convenablement établi, les modifications sont loin d’avoir amélioré ce facteur. Considérons un ancien bicycle de 15 kilogrammes dont les roues ont respectivement lm,35 et 0,n,42. Le poids supporté par celles-ci est de 10 kilogrammes pour la petite et 70 kilogrammes pour la grande; ce qui donne pour le tirage sur piste:
- Tirage de l’ancien bicycle :
- 0.006 (+ =0‘,454
- ,.0,42 1 1,35,
- Or, nous avons vu qu’avec les bicyclettes il monte à 0,686. Le changement de machines n’a donc pas été un progrès dans ce sens. Les bicycles multipliés, qui vont faire une très sérieuse concurrence à l’instrument à chaîne, donneront un peu moins de tirage, mais toujours sensiblement plus que la création de Michaux :
- Tirage du bicycle multiplié :
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- On ne doit donc pas s’attendre à voir ce terme de la formule générale modifié d’une façon appréciable, quels que soient les perfectionnements que l’avenir réserve aux cycles.
- En revanche, le second terme subit de très importantes variations selon la façon dont le mobile attaque l’air. Une faible différence de forme produit une importante différence de travail dépensé.
- En effet, si le coureur est large d’épaules par rapport à sa profondeur, si ses jambes sont massives, si son torse et sa tête remuent comme on le voit faire fréquemment sur les vélodromes, si ses vêtements flottent ou font des plis retenant l’air en autant de creux où la pression se trouve augmentée, le coefficient de résistance d’un plan fixe attaquant l’air ne sera même pas réduit de moitié. Admettons-le cependant, au maximum, de 5
- 0,07 X Si, au contraire, la nature a donné au coureur quelques-uns des traits des oiseaux rapides : tête fine, poitrine bombée,jambes maigres; si, en outre, le véloee-man possède un bon style, c’est-à-dire n’exécute aucun mouvement inutile du corps et suit une trace bien rectiligne, le coefficient diminuera au moins de j/10.Voyons avec l’exemple de Windle si cette différence de 1 /10 est sensible au point de vue de la somme de travail :
- Mauvais coureur,
- T — 15,15
- (o,686 + 0,07 ^ x 0m ,55 X15,132) = 51kgm, 10
- Bon coureur T = 13,13
- ^0,686 + 0,07 A x (fo,55 X 13,13*) = 42ke“,59
- La différence est considérable.
- Que serait-ce donc et quel immense avantage acquerrait un coureur qui pourrait réduire la résistance de l’air au quart de celle d’un plan !
- Windle, au lieu d’avoir à fournir 51k§m,10, ne fournirait plus que 30 kilogrammètres.
- Zimmermann, au lieu d’avoir à fournir 92k®m,20, ne fournirait plus que 51k«m,59.
- „ Or ce résultat peut être atteint au moyen d’un coupe-vent de forme appropriée, placé devant le vélocipédiste. Elle réalisera pour lui ce qui existe pour les aérostats dirigeables, pour les paquebots rapides, ce que les expériences de MM. Colardeau et
- Cailletet à la Tour Eiffel vont rendre évident : la nécessité d’une proue dans tous les cas où on voudra dépasser les vitesses obtenues jusqu’à présent.
- La considération de l’énormité de la pression du vent, de l’impossibilité pour la machine humaine d’augmenter ses efforts au delà d’une limite bien près d’être atteinte à l’heure actuelle, de la très importante diminution de force produite par une faible différence dans la façon d’attaquer l’air, a conduit un inventeur, M. Larue, à chercher un moyen artificiel de diminuer la résistance la plus importante qui s’oppose à la progression des véhicules légers, celle de l’air. 11 l’a trouvé : sa proue-vélo ou coupe-vent pour vélocipédistes consiste en deux ailes montées sur un cadre en fil de fer affectant la forme de deux rectangles inclinés à 50° environ et dont une charnière réunit les grands côtés (fig. 1). Le cycliste est caché comme derrière un livre entr ouvert dont le dos en lame mince fend l’air avec un minimum de dépense de force (fig. 2).
- La carcasse se fixe au moyen de pinces à la fourche de la roue de devant et au guidon. Elle s’ajuste en hauteur au moyen de glissières et en largeur en .ouvrant plus ou moins les ailes. Des caoutchoucs munis de crochets y attachent la feuille de celluloïd parfaitement transparente, à la fois flexible et résistante. Bien que la surface des plans inclinés soit extrêmement réduite, elle dissimule entièrement le vélocipédiste, penché dans la position de marche; le bas des jambes dépasse seul.
- La théorie mathématique du coupe-vent montre que son angle de 50° environ réduit au 1/5 la résistance de l’air sur un plan placé derrière lui. Nous avons vu plus haut que, si un vélocipédiste a des contours arrondis plus favorables à la progression qu’une surface plane, en revanche, le creux résultant de sa position courbée et la violence de ses mouvements lui constituent une infériorité sur un mobile plan animé de la même vitesse et que la résultante de ces actions permet de considérer comme un maximum la diminution de moitié du coefficient de résistance d’un plan. Le coupe-vent ferait donc gagner en théorie la différence entre 1/2 et 1/5. En pratique, diverses conditions atmosphériques, mécaniques ou physiologiques diminueront ce gain, mais
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- laisseront encore un avantage d'environ 1/4 à 1/5 dont les calculs précédents ont prouvé l’énorme portée.
- C’est ainsi que, dans une série d’essais effectués sur route avec léger vent debout, un vélocipédiste se laissant rouler sans toucher ni les pédales ni le frein, mettait en moyenne 152 secondes pour descendre une pente de 750 mètres dont l'inclinaison variait de 0m,015 à 0m,055 par mètre, et 100 secondes quand il était protégé par l’appareil. La vitesse de 20km,450 à l’heure, dans le premier cas, atteignait donc 25km,450 dans le second. La supériorité du coupe-vent eût été plus grande encore sur piste et avec un vent plus fort. En effet, sur piste, la résistance de roulement étant faible laisse mieux dominer l’action du vent. A l’allure de 15 kilomètres à l’heure, les valeurs respectives de la pression de l’air et de la résistance de roulement sont Ok^,11,84> et 2ksm,86. Le vent n’est pas gênant dans ce cas. À 20 kilomètres, il commence à le devenir. A 27 kilomètres, il double le tirage. Aux grandes vitesses ou bien lorsque le touriste, à une allure modérée, marche contre le vent debout, celui-ci oppose un effort cinq à sept fois supérieur à la somme de toutes les autres résistances.
- L’air étant rarement calme, l’utilité de la proue se manifeste en réalité aux allures inférieures à 15 kilomètres dès que la direction suivie est à peu près celle du vent.
- L’appareil n’est, du reste, ni disgracieux ni encombrant, et mérite son nom de Papillon. Il pèse, complet, moins de 400 grammes, se monte ou s’enlève en deux minutes. La monture se ferme et tient dans le cadre de la bicyclette ou sur le guidon par les petites courroies dont elle est munie ; les ailes se roulent et s’attachent au gouvernail.
- Les grandes épreuves dont la vélocipédie nous donne l’enivrant spectacle, les courses Bordeaux-Paris, les records vertigineux sur piste verront sans doute le coupe-vent faire ses preuves ; assurément, dans certaines conditions de direction du vent sur la route ou pour les grandes vitesses sur piste, les vé-locemen qui en seront pourvus auront un avantage écrasant sur leurs concurrents forcés de fournir en pure perte un excédent de travail qui suffirait à lui seul à fatiguer un homme robuste. A. Jacquot.
- CHRONIQUE
- Tremblements de terre à l’ile de Xante. —
- Le 51 janvier 1895, à 5h 55m du matin, des secousses de tremblement de terre très intenses ébranlèrent l’île de Zante, en Grèce. La population de Zante fut réveillée par les ébranlements du sol qui semblait s’affaisser. La veille, une tempête épouvantable s’était abattue sur la cote et y avait causé quelques naufrages. Toutes ou presque toutes les maisons de Zante se lézardèrent, quelques-unes s’écroulèrent en partie. Par bonheur, les habitants purent gagner les rues et les places, ou se réfugier dans les parties de leurs demeures qui avaient été épargnées. C’est
- ainsi que l’on n’a eu à déplorer que deux morts et une trentaine de blessés, dont deux grièvement. Il est facile de s’imaginer la panique qui s’empara des habitants. Celte panique des tremblements de terre ne ressemble à aucune autre. Les secousses se renouvelèrent à diverses reprises. D’après les télégrammes officiels, un tiers des maisons s’est écroulé et la plupart des autres ne sont plus habitables. Les vieux faubourgs ont été particulièrement atteints. Parmi les monuments détruits ou fortement endommagés, on cite l’église catholique de Saint-Marc, une des plus anciennes et des plus curieuses des îles de la mer d’Ionie, le couvent historique de Scopos, de l’époque byzantine, la toiture des prisons, dont les débris blessèrent la plupart des détenus. Se sont écroulées également une partie de la citadelle vénitienne et de vieilles maisons ayant quelque valeur historique locale ou rappelant des traditions de grandeur et d'hospitalité seigneuriales. Tous les fours avaient été détruits ou endommagés de manière à ne pouvoir rendre aucun service. Mais ce n’est pas seulement à la ville de Zante que s’est bornée la catastrophe, tous les villages de l’île, ces beaux villages d’une des plus belles et des plus riantes régions du Levant, sont en partie démolis. Les villages de Kéri, Mahérados, Agala, Mou-zaki, Néohori, Romiri et quelques aiitres ne sont plus que des monceaux de ruines. Des marins, éveillés au moment du sinistre, prétendent avoir vu sortir des flots, à une distance de quatre ou cinq kilomètres du port, un formidable éclair qui est allé se perdre vers le sud-ouest. Cela indiquerait, comme le prétend M. Forster, directeur des câbles britanniques, qui fait depuis'des années une étude spéciale de la sismologie de Zante, que la mer qui avoisine cette île du côté de la Sicile iest le théâtre d’une action géologique considérable. Depuis le tremblement de terre du 51 janvier, les secousses se sont succédé à de fréquentes reprises. Une nouvelle secousse très violente a eu lieu dans Î'île de Zante le 8 février. On a ressenti le contre-coup à Patras et à Céphalonie.
- Sandales en paille de maïs. —- Les sandales existant dans le commerce, que le chanvre ou que le jute soient employés dans leur fabrication, présentent des inconvénients fâcheux : elles blessent je pied dans une longue marche, et de plus elles gardent l'humidité; des douleurs rhumatismales n’ont pas souvent d’autre origine chez ceux qui en font usage. La chaussure en paille de maïs est imperméable et par conséquent hydro-fuge; une fois touchée par l’eau, elle sèche vite et jamais l’eau ne pénètre dans Ja profondeur du tissu. Elle r.e blesse pas non plus le pied ; cet avantage est dù à sa souplesse ; quant à son prix de revient, il est sensiblement inférieur à celui des sandales connues. La matière première qui la constitue (la paille de maïs) n’excède guère le prix de 5 francs par 50 kilogrammes, on la trouve en abondance dans le midi de la France où elle est sans emploi, et plus abondamment en Amérique où l’extrême fertilité du sol lui donne une longueur de beaucoup supérieure à la nôtre. Le jute coûte de 25 à 50 francs les 50 kilogrammes, le chanvre 60 francs environ, la différence au profit de cette sandale est bien appréciable; à cet avantage est jointe d’ailleurs une qualité de solidité et de résistance qu’on ne trouve pas au même degré dans le jute. La fabrication est la même que celle où entre le jute. Il faut noter encore une autre supériorité, au compte de cette sandale : lorsqu’on fait dix paires de sandales avec 100 mètres de jute, on fait le même nombre de sandales avec 70 mètres de paille de maïs, et aveo un poids égal.
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- Les coureurs dans les régiments d’infanterie de marine. — D’après les ordres du Ministre de la marine, 1rs compagnies d’infanterie de marine détachées dans les forts de Rosny et de Nogent vont expérimenter, aux premiers jours du printemps, une méthode d’entraînement due au capitaine d’artillerie de Raoul et tendant à constituer, dans les régiments de cette arme, des pelotons de coureurs. Ces coureurs seraient appelés à rendre de réels services dans la plupart de nos colonies lointaines où la cavalerie fait généralement défaut. Les hommes désignés pour cette expérience, seront exclusivement choisis, en nombre très restreint d’ahord, parmi les volontaires qui auront été, au préalable, soumis à une minutieuse visite médicale. Le principe essentiel de la méthode du capitaine de Raoul, consiste dans la progression rationnelle de l’allure. Le 1er exercice comporte un parcours de 5000 mètres dans lequel le 1er kilomètre est franchi en 9m30", le 2e en S'^oO’ et le 5e en 7ro50“. Au 20e exercice, la distance du but est doublée et l’on doit exiger respectivement une minute de moins que dans la première séance pour la durée du parcours de chacun des trois premiers kilomètres. Vers la 40° leçon, le trajet est fixé à 12 ou 15 kilomètres, et la vitesse, de 7ni58 pour le 1er kilomètre, est portée à 5m50’ au 6e kilomètre. Avec des hommes exercés, on peut, en cas d’urgence, brusquer la mise en marche, accomplir le 1er kilomètre en 0m et atteindre, au 5e, la vitesse de 5™, limite extrême que ne doit jamais dépasser une troupe ordinaire. Le capitaine de Raoul estime qu’il suffit d’un entrainement de trois mois pour obtenir d’une classe de jeunes soldats, sans sacs, le parcours d’une distance de 20 kilomètres en lh50m. A partir de la 40e leçon, les coureurs prendront le sac dont lé chargement sera progressivement augmenté et, de l’avis des officiers compétents, les hommes d’élite arriveront facilement à franchir avec armes et bagages, 15 kilomètres en lb50m environ. Quant aux autres, on pourra obtenir d’eux, dans les memes conditions, une course de plus de 9 kilomètres, dont la moitié en terrain accidenté, avec une vitesse moyenne de 0“ par kilomètre.
- Le relèvement du littoral finlandais. — Voilà bien des années que le service hydrographique de la Russie continue des observations attentives sur le relèvement graduel des côtes de la Baltique. Rendant longtemps ce phénomène a été discuté, mais il est hors de doute aujourd’hui. Depuis 1857, on a installé d’une façon immuable des repères sur des points bien en vue du littoral des golfes de Bothnie et de Finlande; et voici vingt ou vingt-cinq ans que les observations ont été régulièrement et systématiquement faites. On vient de publier récemment les tables qu’on a pu dresser, et il en résulte que, pendant un siècle, le relèvement du littoral a été de 7 mètres à Ospro, il atteint plus de 24 mètres à Sveaborg, 11 mètres environ à Hangôudd, et 12 mètres à Tver-rnino.
- Les plus vieux cèdres du Liban1. — Le cèdre du Jardin des Plantes a été apporté en France en même temps qu’un autre cèdre qui a été planté à Montigny-Lencoup (Seine-et-Marne) en 1755. Le cèdre de Montigny-Lencoup est beaucoup plus gros et bien plus élevé que le cèdre du Jardin des Plantes de Paris, car il mesure près de dix mètres de circonférence, et ses branches couvrent environ 1500 mètres carrés de terrain. La fête du village de Montignv-Lencoup se tient sous le cèdre.
- 1 Suite. —Voy. n° 1025, du 7 janvier 1895, p. 95.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 fév. 1895. —Présidence deM.DE Lacaze-Dutiuers.
- Les diamants microscopiques naturels. — M. Henri Moissan présente une étude détaillée des cristaux microscopiques de diamant naturel. Dans ce but, il a soumis à l’analyse un fragment de 4 grammes de la météorite de Laiton diablo, qui, depuis de longs mois, fait grand bruit à l’Académie des sciences, ainsi qu’un échantillon de terre bleue du Cap (bine ground) provenant de la mine de Becrs. M. Friedel avait établi que la célèbre météorite renfermait des fragments de diamant noir brûlant dans l’oxygène et rayant le rubis. Il résulte de l’étude de M. Moissan que la constitution chimique de celte météorite est très hétérogène ; ainsi en deux points distants d’un centimètre la proportion de nickel tombe de 9 pour 100 à 1 pour 100. De plus, il y a constaté la présence du carbone sous trois états différents : un carbone très léser; [mis un charbon dense, rubané et déchiqueté, d’aspect mordoré, tout à fait analogue à celui qu’il a obtenu dans l’un des culots d’argent où le carbone avait cristallisé sous une forte pression ; et enfin de petits cristaux de diamant jaune et de diamant noir. M. Moissan conclut qu’il est maintenant prouvé, et cela pour la première fois, que le diamant transparent n’est pas exclusivement localisé dans l’espace, sur le globe terrestre. Mais c’est surtout de l’examen de la terre bleue que M. Moissan a recueilli des faits nouveaux. Après une série de traitements successifs par l’acide sulfurique bouillant et l’acide chlorhydrique séparés par des lavages, afin d’éliminer le corindon, le résidu pesant 0gr,094 a été traité à chaud par un mélange de chlorate de potasse et d’acide azotique. 11 a trouvé ainsi de nombreux cristaux de diamants microscopiques, des cristaux de diamant noir sous ses formes différentes à aspect grenu et pointillé, du graphite en masses à facettes qui peut être transformé en oxyde graphitique, et enfin des cristaux transparents jaunes rayant le rubis, dont il ne peut préciser la nature. On remarquera que ces variétés de carbone sont les mêmes que celles déjà décrites par M. Moissan, dans sa précédente communication. — M. Werth réclame l’ouverture d’un pli cacheté dans lequel il avait émis l’avis, sans expériences à l’appui, que le carbone devait cristalliser en forme de diamant, sous forte pression et à température très élevée.
- Action de la température sur le pouvoir rotatoire des liquides. — M. Colson reprenant ses discussions stéréo-chimiques avec M. Friedel, reproche à la formule de l’acide tartrique donnée par ce savant, de correspondre à six isomères actifs tandis qu’on n’en connaît que deux; puis, abordant le terrain expérimental, M. Colson montré que le pouvoir rotatoire des éthers mixtes actifs varie du simple au quintuple, par l’action du froid; il cite même l'oxyde à'isobulylamyle qui change de côté la déviation du plan de polarisation, à la température de — 30 degrés. Il conclut que les éthers restant liquides, et leur refroidissement n’influant en rien sur leur nature chimique, il n’est plus possible de dire que le sens du pouvoir rotatoire peut être prévu par les hypothèses stéréochiiniques imaginées par MM. Friedel, Le Bel et Guye.
- Le rôle du sucre dans l'organisme. — Dans un travail présenté au cours de la dernière séance, en collaboration avec M. le D' Kaufmann, M. Chauveau a établi que l’élimination du sucre dans le diabète est due non point à un trouble fonctionnel supprimant la destruction du
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- sucre dans l’organisme, mais à une exagération de la production de cette matière. Il montre aujourd’hui que la dépense glycosémique, dans tous les cas d’hyperglvcosé-inie et d’hypoglycosémie, reste constante, résultat qui prouve qu’elle est consacrée à la création de la force vive nécessaire au travail physiologique de l’organisme. Pour établir ce fait, il a analysé le sang veineux et le sang artériel de divers chiens, soumis à l’expérience dans des conditions différentes. En enlevant le pancréas, l'animal devient diabétique, le sang renferme 2er,705 de sucre, le sang veineux 2gr,582 pour 1000 grammes, d’où une différence de 0gr, 125. Il détermine encore l’hyperglycosémie et la glycosurie, par la section sous-bulbaire de la moelle épinière, les quantités de sucre diminuent, mais leur écart reste de 06r,12. Enfin il provoque l’hypoglycosémie par
- une section médullaire aux environs du renflement brachial; les quantités de sucre tombent à 0g',784 pour le sang artériel, et à 0gr,716 pour le sang veineux, accusant encore un écart de 0gr,068.
- Varia. — M. Bertrand remet à l’Académie les manuscrits de plusieurs Mémoires assez connus trouvés dans les papiers d’Arago. — A4 heures, Comité secret.
- Ch. de Yiitedeuil.
- L’EXPLOITATION DU BOIS
- AUX ÉTATS-UNIS
- Notre gravure représente un curieux mode de transport du bois employé dans le nord des Etats-
- Traineau chargé de bois, transporté sur la glace dans le Minnesota, Etats-Unis. (D'après une photographie.)
- Unis. C’est un traîneau de bois tiré par quatre chevaux sur un fleuve glacé. Ce traînage des bois s’exécute sur des charges considérables, si on les compare à la faible puissance des attelages. Des traîneaux massifs reçoivent une véritable montagne de billes de bois, comme le fait voir le dessin que nous publions. Ce dessin a été fait d’après une photographie ; il représente une charge de bois appartenant à une riche société américaine, The Ann River logging Company, dont l’exploitation a pour siège les bords de la rivière Ann, affluent de Snake River (rivière des serpents), dans le Minnesota. Une charge de ce genre compte 65 billes de bois, cubant 254 stères de bois et pesant, avec le traîneau, 120 tonnes. L’ensemble de la charge n’a pas moins de 6 mètres de longueur sur 6m,50 de hauteur.
- Quatre chevaux suffisent pour traîner un tel fardeau sur le sol glacé. Il faudrait un nombre de chevaux dix fois plus considérable avec des chariots ordinaires fonctionnant sur de bonnes routes.
- Nous employons dans nos régions les radeaux bien connus, qui permettent de transporter à peu de frais des masses de bois considérables sur nos fleuves ou nos rivières, mais nos hivers ne sont pas assez rigoureux pour qu’il nous soit possible d’utiliser le curieux mode de transport qui est presque chaque hiver employé dans les régions boisées du nord de l’Amérique.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Paris. — Imprimerie Lalmre, rue de Fleuras, 9.
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- N° 1030
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- . — 25 FÉVRIER 1895
- LES HOTELS DE MARINS EN ANGLETERRE
- (sailoks’iiomes)
- , 11 y a plus d’un demi-siècle qu’en Angleterre, où rable, on avait pu constater la situation, trop soûle mouvement maritime a toujours été si considé- vent déplorable, faite aux marins au moment de leur
- Les hôtels de marins en Angleterre. — 1. Douvres. — 2. North Shields. — 5. Bellast. — 4. Cardiff. — 5. Londres. 6. Liverpool. — 7. Hôtel du Bon Mousse au Havre, en France.
- débarquement. Presque toujours étrangers à la ville où ils atterrissaient avant d’avoir touché l’arriéré de leur paye, sans ressources immédiates par conséquent, ils étaient à la merci des exploiteurs du plus bas étage. Accostés par les « requins de terre »,
- (land sharks), dès qu’ils descendaient du bord, ils étaient logés dans d’ignobles bouges où, par quelques minimes avances, on les attachait à la maison. Puis, quand il s’agissait d’un nouveau 'voyage, c’étaient encore les mêmes intermédiaires qui se
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- 21* année. — t6r someslre.
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- chirgeaient, à des conditions toujours abusives, de procurer l’engagement sur un autre navire. Que restait-il du voyage termine', au marin livré à cette double exploitation? Rien. Souvent même il arrivait que sa paye était déjà engagée par des avances pour le voyage qu’il commençait.
- Ce sont ces abus que les fondateurs des Sailors-homes anglais ont voulu et ont réussi à faire cesser. Leur but était donc tout indiqué : soustraire le marin aux exploiteurs de toute sorte qui l’attendent à terre, en lui assurant au plus bas prix possible le vivre, le couvert, les soins médicaux et des distractions (journaux, bibliothèques, salles de jeux, etc.); mettre en outre à sa portée, dans des conditions pécuniaires également avantageuses, les moyens d’instruction professionnelle dont il peut avoir besoin, et les différents objets d’habillement ou autres qui lui sont nécessaires ; enfin prendre charge de son argent, en lui servant non seulement l’intérêt de son dépôt, mais en adressant, selon ses indications, des envois de numéraire à sa famille ou à d’autres.
- Pour user et jouir de cette hospitalité, le marin paye, mais comme tout ce qu’il consomme lui est livré au prix coûtant, on voit combien ce genre de cercle lui est avantageux. Les Sailoi's'homes font mieux encore; ils logent et nourrissent les matelots misérables qui, pour une cause ou une autre, se trouvent sans ressources. De plus, la plupart de ces hôtels tiennent à honneur de recueillir les marins naufragés, à quelque nation qu’ils appartiennent, de les vêtir et de leur fournir gratuitement le toit et les vivres. On devine que tous les marins, sans distinction de nationalité, sont reçus dans ces maisons hospitalières. C’est ainsi que depuis l’année de sa fondation, 1855, celle de Londres a servi de refuge à 5851 de nos compatriotes. Rien que pour ce fait, ne devons-nous pas quelques remerciements à nos généreux voisins?
- D’après YArmy and Navy Calendar, le nombre des Sailors'homes anglais s’élèverait à 54, dont 22 en Angleterre et dans le pays de Galles (Bristol, Cardiff, Devonport, Dover, Great Yarmoulh, Iloly-head, Liverpool, Londres, Lowestoft, Milford, North Shields, Ealmouth, Gloucester, Gravesend, Plymouth, Ramsgatc, Sunderland, Southamplon, Swansea et Tynemouth); 5 en Irlande (Belfast, Cork, Dublin, Limeriek et Queenstown) ; B en Écosse (Glasgow, Greenok, Dundee, Leith, Stornoway, Douglas); M dans les colonies anglaises (Sydney, Melbourne, Calcutta, Bombay, Madras, IIong-Kong, Shang-Haï, Victoria de Vancouver, St-Jean de Terre-Neuve, St-Jean du New-Brunswick et Halifax).
- Les autres ont été établis sur la terre étrangère, car, en gens sincèrement prévoyants, les Anglais n’ont pas assuré à leurs matelots un refuge dans leur patrie seulement, ils ont voulu qu’ils trouvassent les mêmes avantages dans les ports du monde qu’ils fréquentent le plus. C’est ainsi qu’ils en ont créé à New-York, Boston, San-Franciseo, Honolulu,
- Callao, Amsterdam, Rotterdam, Hambourg, Marseille, le Havre, Dunkerque.
- Nous avons lieu de croire qu’indépendamment des maisons que nous venons de citer, il y en a d’autres, telles que celles d’Edimbourg, de YYey-mouth, de Gibraltar, d’Alexandrie, deFloriana, etc., qui ne figurent pas dans l’Annuaire qui nous renseigne, mais qui existent réellement.
- Le type le plus complet de Sailors'home contient nécessairement tout ce qu’on peut exiger d’un cercle bien tenu. Après la loge du concierge, où réside un surveillant intelligent et .zélé, s’ouvre un vaste hall, où les pensionnaires se réunissent, se promènent, reçoivent leurs amis, etc. l)e là on passe dans la salle de lecture et de correspondance, dans le voisinage de laquelle se trouvent les salles de jeux, un bar et la bibliothèque. Une salle spéciale est consacrée aux conférences, aux cours, etc.
- Au premier étage, si l’on a centralisé au rez-de-chaussée tout ce qui peut distraire les pensionnaires, nous voyons la salle de bagages, les magasins d'habillement et d’équipement, les cabines et dortoirs, les scdles de bains, les cuisines et la salle à manger, et enfin le logement et le bureau du manager (gérant) dont le salon sert aux réunions du Comité d’administration et de patronage, et souvent un dispensaire.
- Tels sont les éléments qui constituent le Sailors -home parfait; tous ne sont pas établis sur ce pied, et en général ils se bornent à loger et coucher le matelot, à prendre soin de son argent et à lui faciliter un nouvel embarquement. Et c’est déjà un résultat suffisant.
- Quant à la façon dont ces charitables reluges ont été fondés, elle est à peu près la même partout. Un riche particulier fait don de l’édifice ou le loue à des conditions exceptionnelles. Un généreux testateur fait présent d’un local ou d’une somme importante dans le but d’ériger un Sailors'home. Ou bien un groupe de gens connus lancent l’idée, intéressent à sa réalisation ceux qui les entourent, et finalement réunissent l’argent nécessaire.
- Ainsi le marquis de Bute a construit à scs frais le Sailors'home de Cardiff; le duc de Northumbcrland prête un des immeubles qu’il possède à North Shields; c’est à sir E. Parry, l’explorateur bien connu des régions polaires, aidé des capitaines llall et Gambier, qu’est due la fondation de celui de Portsmouth, dont la reine, le prince de Galles et le duc d’Édimburgh sont les patrons.
- II était permis d’espérer qu’en France, où l’esprit charitable ne manque pas plus qu’en Angleterre, d’aussi bons exemples seraient suivis. Cependant la seule tentative de ce genre que nous ayons à signaler est celle que fit au Havre, en 1865, un honorable citoyen de cette ville, M. Frédéric de Coninck. H voulait d’abord créer un véritable Sailors'home, mais les souscriptions suffisantes ayant fait défaut, il dut se borner à fonder, pour les seuls mousses et novices, un modeste établissement auquel fut donné
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- le nom d’ « Hôtel du Bon Mousse ». 11 n’est que juste de le rappeler. Malheureusement les personnes les plus intéressées à la réussite de l’entreprise ne la comprirent point, l’abandonnèrent, et après cinq ou six ans de lutte, elle sombra.
- L’heure est-elle venue de reprendre cette idée généreuse et de la faire aboutir dans notre pays où l’exploitation du marin est absolument pareille à celle dont soutiraient les marins anglais, il y a encore si peu de temps? Nous le pensons, car le Parlement vient de mettre à la disposition de ceux qui voudraient créer en France des hôtels de marins, l’élément nécessaire, c’est-à-dire l’argent.
- Sur la proposition de M. Siegfried, Ministre du commerce et de l’industrie, il a décidé que des subventions leur seraient accordées. C’est ce qu’avaient demandé déjà en 188(> tous les députés de nos départements maritimes, et avec eux l’amiral Aube. L’auteur de cette Notice avait été envoyé, à ce sujet, par ce dernier, dans nos principaux ports de commerce, et il y avait reçu partout l’assurance des excellentes dispositions des autorités et des populations. Cette bonne volonté a-t-elle persisté? Nous le croyons très fermement. Que les âmes généreuses se mettent donc à l’œuvre comme vient de le faire si intelligemment M. Siegfried; elles auront avec elles tous ceux qui s’intéressent au sort de nos marins, c’est-'a-dire tout le monde.
- Léon Renard.
- ; INCENDIES
- DUS A DES CAUSES EXTRAORDINAIRES
- Il es* parfois difficile, lorsqu’un incendie éclate dans un établissement industriel, de savoir exactement où et comment il a pris naissance. Faute de mieux, on le fait figurer sous la mention': cause inconnue, ou, ce qui est iiijuste, on l’attribue à la malveillance. Il se rencontre cependant des concours de circonstances extraordinaires, plus souvent qu’on ne le croirait.
- En matière d’imprudence des tiers, il suffit de rappeler un incendie causé par un partisan enthousiaste de M. Cle-veland à, l’époque où celui-ci fut, pour la première fois, élu president. On eut recours aux fusées comme signe de réjouissance, et l’une d’elles, dans son vol errant, s’abattit dans la cheminée d’une filature avec la conséquence qui pouvait être prévue.
- Un autre incendie, auquel il était moins naturel de s’attendre, fut occasionné par un wagon de chemin de fer dont l’essieu avait chauffé. En déraillant à un croisement, ce,wagon mit le feu d’abord à un réservoir de pétrole situé à proximité, puis à une usine contiguë.
- La combustion spontanée des déchets et chiffons de graissage est, cela va de soi, un fait bien connu1; mais cètte combustion peut être' produite par des causes diffé-fentes, bien qtie toutes'àuési imprévues. Un seau de dé-chéts gras'était placé près d’une transmission de mouvement eue marche, dans 'une position assez rapprochée pour qu’il y eut frottement. Il n’en fallut pas davantage pour mettre lë feu âu contënff du récipient.
- L’emploi d’huiles minérales , lourdes et l’emmagasi-
- 1 loy. n° 759, du 17 décembre 1887, p. 4L
- nement des déchets gras à la place qui leur est assignée,, ne sont pas une garantie effective contre les accidents; dans une usine où ces deux prescriptions réglementaires avaient été observées, un hanneton égaré se trouva pris dans ces déchets, et, après avoir réussi à se débarrasser, il alla donner droit contre un bec de gaz, tant pour sa propre ruine que pour celle du bâtiment dans lequel l’incendie fut propagé par les brins de coton qui étaient restés après l’insecte. Le récit de cette catastrophe a été pris dans les registres d’une société d’assurances, et, peut-être, est-il sujet à caution.
- Les lentilles photographiques ont la . réputation de fonctionner comme des verres ardents en de nombreuses occasions, ce qui prouve la nécessité de les tenir dans des boîtes convenables, lorsqu’on n’en fait pas usage.
- Un cas moins commun est celui d’un, plombier qui renchérit sur les exploits des membres de sa corporation en essayant un joint nouvellement fait avec une lampe allumée, sans s’apercevoir de l’apparition d’une petite flamme bleue. 11 remit les planches en place tout tranquillement et s’en alla. Au bout de six semaines, pendant lesquelles le gaz avait continué à brûler, la fuite augmenta assez pour carboniser la planchette placée au-dessus du tuyau. L’odeur caractéristique du bois brûlé attira l’attention et on découvrit à temps ce commencement d’incendie.
- Un menuisier inexpérimenté, en chassant un clou obliquement, le fit arriver dans l’appareil de transport’ mécanique des matières brutes d’une usine de jute et une étincelle produite par le contact du clou avec le tambour mit le feu en ce point. On voit, par là, qu’enfoncer un clou dans une planche n’est pas une opération aussi inoffen-sive qu’elle en a l’air.
- La chaleur produite par l’oxydation rapide de la tournure ou de la limaille de fer est considérable. Ce phénomène a occasionné un incendie dans une usine qui venait d’èlre inondée : une masse de limaille de fer et de débris combustibles, après avoir été mouillée, s’échauffa et prit feu comme une meule de foin.
- Enfin, et ce sera notre dernière citation, il u’est pas jusqu’aux moyens employés pour éteindre un incendie qui ne puissent en allumer un autre. Le fait s’est passé à New-York. Un jet d’eau avait été dirigé contre un petit bâtiment qui brûlait : de la chaux vive, renfermée dans un hangar voisin, fut ainsi accidentellement mouillée, ce qui eut pour fâcheux résultat de tailler incontinent une nouvelle besogne aux pompiers, auteurs inconscients du sinistre. Ph. Delauaïe.
- EN MICROMÈTRE PEU COUTEUX
- A l’occasion d’un travail relatif à la mesure de la densité de la terre, M. Poynting a construit un cathé-lomètre dont les micromètres sont à la portée des laboratoires les plus modestes. Les lunettes ducalhélomctrc portent un simple réticule fixe dont le point de croisement occupe leur axe optique. En avant de l'objectif se trouve une lame plane en Verre épais, montée sur un axe horizontal, et portant un index perpendiculaire à son plan. La ligure ci-contre donne l’ensemble de l’appareil (fig. 1). Une rotation de la plaque autour de son axe déplace l’image d’une petite quantité. Cela posé, voici comment ce dispositif peut servir à effectuer une mesure. La lunette ayant été
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- ajustée à la main de telle sorte que le point P à viser se trouve près de son axe optique AB (fig. 2), on amène ce point à la croisée des fils par une petite rotation de la plaque de verre; on tourne alors le cathétomètre autour de son axe de manière à viser une règle divisée en millimètres. Par deux rotations inverses de la plaque, on amènera successivement les deux traits les plus voisins dans l’axe optique de la lunette; on aura ainsi obtenu trois positions de la plaque correspondant : 1° au trait inférieur; 2° au point visé; 5° au trait supérieur. Une simple règle de trois donne la position du point que l’on veut déterminer. Si, comme on le fait depuis quelques années déjà, l’on a monté deux lunettes sur le cathétomètre, on pourra mesurer, de cette manière, la distance verticale de deux points, comparer deux intervalles d’une règle, mesurer le diamètre d’un corps, etc.
- L’index fixé à la
- plaque porte, à son extrémité, une petite lame de verre munie d’un trait dont on lit la position sur une division verticale. L’angle que forme la plaque avec sa position normale est donc donné par sa tangente. Les déviations de l’image
- Fig. 1. — Micromètre de M. Poynting
- sont supposées proportionnelles à la lecture. Ce procédé n’est pas absolument rigoureux, mais les erreurs sont très faibles, comme le montre le tableau suivant, dans le calcul duquel on a supposé l’indice de réfraction du verre égal à 1,5 (d : épaisseur de la plaque)
- Angle. Déplacement.
- 5 degrés i 0,99958 tang 5° ô
- 10 degrés ~ 0,998 44 tang 10°.
- 20 degrés ~ 0,994 80 tang 20° O
- Or, si la plaque a une épaisseur de 1 centimètre, 1 angle de 20 degrés produit un déplacement de jmm,2, que J on n’atteindra jamais en pratique. L’erreur de la lecture brute serait de 6 p., mais si l’on a eu soin de calculer une table de correction, on peut en tenir compte.
- M. Poynting a, du reste, imaginé un ensemble de
- tringles donnant à la glace et à l’index un mouvement tel que l’erreur se corrige automatiquement. Cette correction peut être effectuée aussi en remplaçant le trait droit de l’index par un trait curviligne convenablement calculé.
- Il faut remarquer que les mesures faites à l’aide de cet instrument sont différentielles, et que, si la plaque compensatrice n’était pas à faces rigoureusement parallèles, il ne résulterait de ce fait aucune erreur appréciable pour les observations.
- Il nous reste à dire quelques mots du très beau travail au cours duquel le professeur Poynting a employé ce micromètre. Il s’agissait, avons-nous dit, de mesurer la densité moyenne de la Terre, ou, plus exactement, la constante de la gravitation, c’est-à-dire le nombre k de la
- r i n , m.rn2 formule f=k —
- /’ étant la force avec laquelle s’attirent les masses ml et ms, à la distance r.
- Dans ce but, deux masses égales étaient suspendues au fléau d’une balance, et l’on amenait successivement au-dessous de l’une et de l’autre une troisième masse, dont l’attraction s’ajoutait à celle
- de la Terre pour faire pencher la balance de son côté. La masse attirante était d’environ 150 kilogrammes, les masses suspendues de 21ks,5. Ces dernières étaient placées successivement à deux hauteurs différentes pour éliminer l’attraction sur le fléau de la balance, impossible à calculer. L’appareil entier était placé dans une cave très bien isolée et dans laquelle, une fois les mesures commencées, l’observateur n’entrait jamais. Toute la manœuvre se faisait automatiquement et les oscillations de la balance étaient observées au moyen d’une lunette traversant le plancher.
- Il n’a pas fallu moins d’une dizaine d’années à M. Poynting, pour découvrir toutes les causes d’erreurs de sa méthode et exécuter des expériences définitives. L’ensemble des mesures a conduit, pour le densité moyenne de la Terre, à la valeur 5,493, qui concorde d’une manière très remarquable avec le nombre trouvé par M. Cornu à l’aide d’une méthode essentiellement différente. Ch.-Ed. G.
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- MACHINE A PERCER DES TROUS CARRÉS
- Nous sommes heureux de pouvoir publier quelques données au sujet d’une machine-outil des plus intéressantes, qui vient tout récemment d’être introduite dans le monde des ingénieurs-constructeurs et qui est indubitablement appelée à rendre de très grands services.
- Nous avons la conviction que la machine à percer les trous carrés deviendra bientôt indispensable dans la plupart des ateliers de construction et servira tout particulièrement aux constructeurs de machines textiles, de matériel pour papeteries, de moteurs à vapeur et de machines électriques.
- Elle permet, en effet, de percer des trous de presque toutes formes, réguliers, anguleux ou irréguliers, demi-circulaires, de même que des trous ronds, sans qu’elle doive être modifiée, et uniquement par le fait du simple réglage au moyen d’une vis. Elle constitue, en somme, le type de la machine à percer universelle.
- Cette machine-outil présente la forme générale d’une machine à percer ordinaire; elle est disposée sur un bâti creux en fonte d’une seule pièce qui lui donne la stabilité nécessaire pour supporter les efforts latéraux engendrés par l’opération du perçage angulaire. Un cône de vitesse est commandé par une courroie venant d’un arbre de renvoi monté sur la base et muni de poulies fixe et folle, d’un embrayage de courroie et d’un levier. Un appareil d'avancement automatique variable, est disposé, à la manière ordinaire, avec plusieurs vitesses et un cliquet de débrayage au volant à main monté sur l’arbre vertical. Une table est fixée à l’avant sur une glissière verticale, avec
- une vis et un volant à main pour le réglage vertical ; quatre boulons de serrage s’engagent dans des rainures à T rabotées dans la glissière. La table porte des rainures à T rabotées pour y fixer la pièce ou un étau (Voy. la gravure).
- La différence essentielle que cet appareil présente avec les perceuses ordinaires, est la suivante : tandis que, dans une machine à percer ordinaire, le porte-
- outil tourne autour de son axe fixe seulement, dans la nouvelle machine il y a en plus un déplacement latéral de la pointe du foret réglé par les gabarits de guidage. Un arbre creux tourne dans un palier à rotule qui traverse la roue dentée placée au-dessus et qui est muni d’un galet tournant librement sur son extrémité supérieure. Ce galet est maintenu appuyé contre un anneau gabarit qui l’entoure et peut être facilement remplacé par un autre de forme quelconque.
- L’arbre creux ne tournerait, malgré cela,qu’autour d’une position centrale s’il n’était embrassé, dans la roue dentée qui est au-dessus, par un bloc glissant, libre de se mouvoir dans une glissière taillée dans la roue d’engrenage et repoussée loin du centre vers l’extérieur, par une paire de puissants ressorts. La limite de son déplacement vers l’extérieur est naturellement celle qui est fixée dans le gabarit guidant le galet, lequel est, dans toutes ses positions, appuyé contre le gabarit. Mais une autre limite est fournie par une petite vis s’engageant dans la roue dentée et qui, une fois mise en place, ramène le bloc glissant vers la position centrale, ainsi que cela est nécessaire.
- A l’intérieur de l’arbre, glisse un porte-outil, qui est entraîné par un ergot glissant et qui constitue le véritable arbre de perçage portant l'outil. 11 est
- Nouvelle machine à percer des trous carrés. Spécimens des trous perforés.
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- évident qu’en faisant saillir ou rentrer cet arbre, la distance de sa pointe au palier a rotule, augmentera ou diminuera, et la courbe décrite par la pointe variera comme dimensions.
- On doit comprendre que ce déplacement ne constitue pas l’avancement de l’outil, mais varie seulement la grandeur du trou percé dans de certaines limites, et qu’il est extrêmement utile pour le finissage et le rodage du trou. Cet arbre reçoit son mouvement rentrant et sortant d’une vis placée au sommet, manœuvrée par un volant à main et reliée à l’arbre oscillant par un joint universel. Le mouvement d'avancement de la machine se donne en abaissant la tête tout entière avec son arbre oscillant et ses accessoires qui sont indépendants. L’avancement automatique est relié à la vis verticale et au volant à main qui agit sur un écrou de la tête de la perceuse, de manière que l’opérateur peut varier, accélérer ou retarder l’avancement pendant le fonctionnement de l’avancement automatique, ce qui permet de donner un beau fini à l’intérieur et d’obtenir un ajustage exact au fond du trou.
- Un autre grand perfectionnement,récemmentima-giné, consiste à donner au galet de guidage une forme conique et à le relier, lui et non pas l'arbre de perçage, à la vis de réglage ci -dessus mentionnée. Cela permet de supprimer l’arbre intérieur et de faire l’arbre principal absolument d’une seule pièce, avantage, manifeste qui rend l’outil plus solide. Notre figure représente une machine comportant cette modification.
- On verra aussi, en considérant ce point, que cette disposition permet à l’opérateur de faire varier l’amplitude de l’oscillation pendant l’avancement du perçage, de sorte qu’actuellement on peut percer un trou conique plus large au fond qu'au sommet et le rectifier aussi d’une manière complète, deux opérations qui sont cependant entièrement distinctes.
- La variété de formes des trous percés par la machine est presque infinie, et comprend toutes les formes utiles dans la pratique générale. Notre gravure représente, à côté de la machine, un certain nombre de trous simples, parmi lesquels le trou rond avec facette plane paraît le plus universellement applicable.
- lia quantité des applications utiles du nouvel appareil est très grande, car il satisfait à toutes les exigences du clavetage des cames, leviers, petites roues, etc., sur leurs arbres et tiges. Le trou peut être fait avec deux facettes pour plus de sûreté ou avec quatre, si on le désire, et plus ou moins profondes. En creusant une cavité peu profonde de cette forme, une tête ronde de boulon peut être empêchée de tourner si elle porte une facette plane correspondante et qu’on l’enfonce dans la cavité. Une tête de boulon hexagonale ou carrée peut être aisément fixée; et, dans les assemblages de têtes de bielles, crosses de piston, et dans tous les cas où la vibration est excessive, cette simple opération assure l’impossibilité de la rotation du boulon. Par conséquent,
- en dépit de la grande extension des clavettes et rainures, des coins et de leurs logements, la machine exécutera un bon travail.
- Les supports, clés à boulons, clavettes et poignées à trou carré, volants «à main, etc., peuvent être faits exactement, au lieu des trous dégorgés et venus de fonte employés au jourd’hui à défaut de cet outil.
- II est de toute évidence que les applications de cette nouvelle machine-outil, qui vient de débuter dans la construction industrielle, s’étendront bientôt à la mécanique de précision, et que la perceuse universelle trouvera son emploi tout indiqué chaque fois qu’il s’agira de procéder à un assemblage résistant et rationnel de parties métalliques entre elles1.
- LA MUTILATION DES DENTS
- Nous empruntons les curieux renseignements qui suivent à un Mémoire publié par M. Magitot sur la mutilation des dents telle qu’elle est pratiquée par diverses tribus sauvages et même par certains peuples civilisés, comme les Japonais. Sur les côtes d’Afrique et sur la côte occidentale de la Nouvelle-Guinée, nombre de peuplades cassent une partie des incisives ; l’opération se pratique de vingt à vingt-cinq ans. La coutume d’arracher les deux incisives centrales se retrouve dans les deux hémisphères ; elle est pratiquée de temps immémorial au Pérou, où cette extraction est infligée aux tribus comme signe d’esclavage. En Afrique, elle est observée au Congo, parmi les Hottentots et les Batoxas. Le limage des dents a pour centre exclusif l’archipel malais, d’où cet usage s’est répandu dans les îles voisines; c’est un acte religieux accompli avec cérémonie à Page de la puberté, mais seulement par les mahométans. Le degré et le caractère du limage varie avec les habitudes de la famille ou de la caste; l’opération est pratiquée par un expert, le Tidcaïuj pav-qur, qui frotte ses instruments d’arsenic et de jus de citron avant de s’en servir. C’est la mode, parmi quelques tribus du Sénégal, de manipuler le menton des enfants de manière à le tirer en avant et à faire saillir les incisives inférieures sur la lèvre supérieure. Dans l’Indo-Chine et au Japon, une fille ne se marie pas sans peindre ses dents avec un vernis noir; mais comme l’opération demande du temps et de l’argent, elle n’est pratiquée que. chez les classes aisées. Livingstone a raconté que, chez les Cafres, un enfant dont la mâchoire supérieure faisait saillie sur la mâchoire inférieure était regardé comme un monstre et tué comme tel. Sur le haut Nil, les nègres arrachent leurs incisives supérieures pour ne pas être vendus comme esclaves, à cause de la perte résultant de cette mutilation.
- DILATATION DES JOUES
- CHEZ I.ES SOUFFLEURS DE VERRE ET DANS l’aRT
- Les deformations causées par le travail industriel sont peu étudiées; et cependant elles sont fréquentes et donnent la clé de bien des faits qu’autre-ment il serait impossible d’expliquer.
- 1 D’après le journal l'Industrie. ., " ..
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- Les ouvriers verriers ont plusieurs maladies professionnelles. Se servant pour souffler d’une canne qu’ils se passent de l’un à l’autre, ils se communiquent souvent des maladies contagieuses. On a observé également chez eux des contractures de la main : les doigts sont immobiles dans la flexion et forment une grillé. La chaleur qui se dégage de la tige en fer à l’extrémité de laquelle adhère la masse de fer incandescente, brûle lentement la main de l’ouvrier et occasionne des altérations nerveuses.
- Mais tout ne se borne pas là, et dernièrement j’ai eu l’occasion d’étudier une autre déformation moins grave, il est vrai, aux yeux du médecin, mais plus intéressante pour l’artiste : c’est la dilatation des joues. Elle ne s’observe qu’au moment où le verrier souffle; au repos on ne s’en aperçoit pas : la joue est fiasque et légèrement tombante. On s’explique comment on n’en ait pas encore fait mention dans les traités d’hygiène ou de maladies professionnelles, malgré sa fréquence. Je l’ai retrouvée chez un tiers environ des souffleurs de verre.
- Une verrerie emploie trois équipes d’ouvriers ; le travail doit y être constant, jour et nuit; car, les fours allumés, il ne peut plus s’arrêter. Pendant huit heures par jour, l’ouvrier souffle sans répit dans la canne. En certains cas il faut le faire puissamment, comme pour fabriquer les dames-jeannes : leur capacité étant très grande, l’ouvrier est forcé de mettre de l’eau ou de l’alcool dans sa bouche; il le projette peu à peu dans la canne, et, l’alcool se vaporisant suffit pour dilater le verre. Donc travail pénible, incessant. Si on ajoute qu’il est très difficile et exige un long apprentissage, que le « gamin », c’est ainsi qu’on nomme l’apprenti verrier, commence à souffler à l’àge de douze ans, alors que les joues sont peu résistantes, alors on comprendra la fréquence de leur dilatation1.
- Les verriers pourraient, il est vrai, se servir d’une soufflerie qu’ils manieraient à la main : cela se fait dans beaucoup de verreries du Nor8. Mais, dans le Centre et le Midi, peu en sont pourvues, et l’ouvrier qui sait le maniement de la canne la préfère toujours à une soufflerie.
- Cette déformation ne se produit pas tout d’un coup. Peu à peu, insensiblement, sans que le verrier s’en aperçoive, les joues se dilatent. Rarement à cette époque ressentirait-il une douleur légère en soufflant, douleur « très peu importante » et à laquelle il ne prête pas attention. Cette douleur disparaît quand « la joue est cassée » c’est-à-dire la dilatation achevée. Celle-ci est variable et on peut trouver tous les degrés dans une verrerie. Quand elle a atteint son maximum, le sujet offre l’aspect caractéristique offert par la figure 1. Les joues sont démesurément gonflées, on dirait que le sujet s’est introduit une pomme de chaque côté de " la bouche. Les limites de la dilatation sont l’insertion même de la joue aux os de la face; os malaire , en haut, maxillaire inférieur en bas. En
- 1 Nous avons vu que ce travail était supprimé au moyen de souffleries à air comprimé. Voy. n°527, du 7 juillet 1883, p. 87.
- arrière, la limite est donnée par le bord antérieur du muscle masséter. En en seul point la dilatation envoie un petit prolongement en arrière, c’est vers la hauteur du bord inférieur de l’oreille, prolongement occasionné par la dilatation du conduit parotidien ou de Sténon. La bouche est projetée en avant, et arrive à la hauteur du nez; le menton ne participe pas à la dilatation, et par sa dépression contraste avec la saillie des parties voisines.
- A la vue d’un verrier en train de gonfler une bouteille, l’artiste pensera immédiatement à ces puissants Tritons soufflant de la conque, que sculptaient nos ancêtres à la proue des galères. Prenons pour exemple les deux Tritons en bois doré sculptés par Puget et qui sous Louis XIV décoraient la galère royale. Ils sont maintenant au musée de marine du Louvre, étiquetés sous les numéros 762 et 765 (fig.2). Leur façon de souffler est si énergique, leurs joues si violemment distendues, leur cou gonflé, qu’il semble vraiment qu’aucun être humain ne puisse expirer avec cette force, et qu’en exécutant pareille figure, Puget ait recherché un idéal, si on peut s’exprimer ainsi, au lieu de copier sur un modèle vrai, d’après nature. Et cependant rien n’est plus exact, si on compare avec nos souffleurs de verre : même dilatation des joues, mêmes limites en arrière au bord antérieur du masséter, même projection en avant de la bouche, le menton ne participant pas à la dilatation.
- Comment s’expliquer cette ressemblance? Certainement Puget n’est pas allé chercher son modèle dans une verrerie. Il faut savoir qu’autrefois, et aujourd’hui encore sur le golfe de Naples, les pêcheurs se servaient de conques, gros coquillages marins, et, soufflant dans leur intérieur, produisaient un son par lequel ils s’avertissaient de leur présence aux jours de brouillard et de mauvais temps pour éviter les abordages. Cet usage avait dû dilater les joues de quelques-uns d’entre eux, et Puget, qui vivait à Toulon, les aura pris comme modèles. Ce sculpteur n’est pas du reste le seul et quand on visite le musée naval de Toulon, où on conserve pieusement les figures d’Amphitrites et des Tritons qui ornaient nos anciens vaisseaux de guerre, on trouve la même déformation exactement reproduite. Au Louvre, on l’observera également chez les Tritons qu’a peints Rubens dans quelques tableaux de sa fameuse série.
- Dans celui qui représente le débarquement de Marie de Médicis, au port de Marseille, un Triton, compagnie obligée de toutes les peintures maritimes, souffle de la conque. Comme notre souffleur de verre, il a une énorme dilatation des joues, mais avec les limites anatomiques indiquées plus haut ; la bouche est portée en avant et le menton déprimé. Quand Rubens montre l’échange des deux princesses Élisabeth de France et Anne d’Autriche en 1618, il peint encore un Triton. Ici la dilatation est un peu moins forte, mais toujours dessinée suivant les mêmes lois anatomiques. Elle ressemble à une dilatation qui débuterait chez un jeune ouvrier verrier; mais les joues se distendent toujours suivant le même mode, avec les mêmes li-
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- LA NATURE
- timcs. L'aspect est toujours semblable, mais on peut remarquer qu’il est moins accentué simplement.
- Or, il semble qu’au dix-huitième siècle et de nos jours encore, on ait perdu les traditions de nos grands sculpteurs, et, trouvant cette déformation contraire à la vérité, invraisemblable et laide, on ne l’a plus reproduite.
- Pour représenter un Triton, on aura dit à un modèle d’atelier de souffler et on aura copié. Mais certainement on ne s’est pas imaginé qu’un souffleur de profession est tout autre qu'un sou ffleur d'occasion. Ainsi au Louvre dans le triomphe d’Am-phitre, Tara val Hugues, peintre du dix-huitième siècle (1728-1785), a représenté un Triton qui souffle comme nous soufflerions, vous et moi, comme la première personne venue; il n’a pas appris son métier et ne doit tirer aucun son de sa conque. En effet, la bouche n’est pas portée en forte saillie en avant, les joues à peine gon-
- Fig. 1.
- Dilatation (les joues (D’après une
- liées ne se détachent pas bien de leurs lignes d’insertion, et en arrière le masséter n’oppose pas une barrière à la dilatation. La même observation est à faire pour certaines frises de navires du dix-huitième siècle conservées au musée de Toulon.
- De nos jours, les peintres sont-ils revenus aux anciennes traditions? Et, puisque nous nous piquons de réalisme, avons-nous concédé au moins que, sur ce point particulier, les anciens maîtres disaient vrai et que nous n’avions qu’à les imiter? Il n’en est rien et il suffit d’une simple visite au Luxembourg pour voir que Bouguereau, dans la naissance de Vénus, n’a pas cru devoir reprendre les traditions oubliées.
- Tant il est vrai que,pour reproduire juste, l’anatomie artistique, dissection sur le cadavre, ne suffit pas, mais qu’il faut encore voir ces tendons et, ces muscles, étudiés flasques sous le scalpel, se tendre et se gonfler par l'action;
- d’un ouvrier souffleur de verre, photographie.)
- Fig. 2. — Triton souffleur de conque, en bois sculpté, de Puget (Musée du Louvre).
- non pas une action fortuite, compassée, étudiée, comme sur le modèle d’atelier, mais l’action inconsciente, habituelle d’un ouvrier de profession. Alors
- les muscles se modifient quanta leur volume et quant à leurs rapports, et l’aspect est tout autre que celui qu’on aurait imaginé. I)r Félix Régnault.
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- PHOTOGRAPHIE LUNAIRE
- A cause de sa proximité de la Terre, la Lune se prête mieux que les autres corps célestes à un examen détaillé. Au seul point de vue de sa configuration physique, elle offre un vaste sujet d’étude auquel de nombreux observateurs se sont consacrés depuis l’invention des lunettes et des télescopes.
- Quelques astronomes se sont même tout spécialement voués à ce travail et sont arrivés avec la plus louable persévérance à dresser des cartes à grande échelle de notre satellite.
- Nous citerons seulement ici la carte de Beer et Màdler, de 1 mètre de diamètre, et celle de 2 mètres publiée par J. Schmidt, ancien directeur de l’Observatoire d’Athènes et à laquelle il a travaillé pendant trente-quatre ans.
- Le mérite principal de ces diverses cartes réside surtout dans la représentation minutieuse de tous les détails observés à la surface de la Lune ; elles ont été d’ailleurs accompagnées de descriptions topographiques, de mesures d’altitudes des montagnes et des pics qui émergent du fond des cratères lunaires.
- C’est un spectacle des plus intéressants de pouvoir considérer, au moyen d’un télescope, les vastes plaines, les nombreuses aspérités, les cirques gigantesques et les chaînes montagneuses de la Lune. Mais on devine qu’il est bien difficile, sinon presque impossible, de rendre exactement compte, par le dessin, de ces détails si complexes et si variés.
- La photographie est intervenue depuis longtemps dans cette question de la représentation exacte de la surface lunaire et nous avons pu en particulier, en faisant un court historique des travaux accomplis dans cette voie nouvelle, présenter à nos lecteurs, en juillet 1890, un spécimen des magnifiques épreuves obtenues à l’Observatoire de Paris par MM.Henry A
- Le fac-similé, publié à cette époque dans La Nature, malgré tous les soins donnés à la gravure, pouvait encore laisser à désirer. Nous sommes heureux d’insérer aujourd’hui dans notre journal une reproduction d’un des beaux clichés de MM. Henry qui est absolument une épreuve photographique tirée dans le texte.
- Le cliché a été obtenu quelques heures avant le premier quartier. C’est une portion très intéressante où nous apercevons en bas et à gauche une partie du massif montagneux des Pyrénées auprès duquel se trouve la grande plaine appelée mer du Nectar où l’on voit, à la partie supérieure, le cirque annulaire de Fracastorius, partiellement détruit et formant actuellement une sorte d’immense baie dont les falaises s’élèvent à de grandes hauteurs. Sur la droite de celte plaine, il y a un groupe de trois énormes cratères, Theophilus, Cyrillus et Catarina, formant une sauvage et pittoresque région très difficile à dessiner (Beer et Madler ont déclaré y avoir consacré près de cinquante soirées d’observation), mais que la photographie rend d’une façon saisissante.
- 1 Voy. n° 894, du 19 juillet 1890, p. 104 ; voy. aussi n° 725, du 23 avril 1887, p. 321.
- Photographie lunaire obtenue à l’Observatoire de Paris. Corne Sud. Reproduction directe d’un cliché de MM. Henry frères.
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- LA N AT II It L.
- Les parois du cratère Theophilus s’élèvent de 4500 à 5500 mètres. Son diamètre est de plus de 100 kilomètres. Nul spectacle ne peut lui être comparé sur la Terre.
- C’est Theophilus qui reçoit le premier le soleil levant et, à certain moment, lorsqu’il est rempli d’ombre, son pic central, haut de 1600 mètres, émerge éclatant comme une étoile dans la nuit.
- Tout contre se trouve Cyrillus, à peu près égal en largeur; et au-dessus Catarina plus grand encore, d’une profondeur de 4900 mètres, mais plus irrégulier d’aspect.
- Non loin de la mer du Nectar et des cratères précédents, nous trouvons les monts Altaï dont les hauts sommets s’élèvent jusqu’à 4000 mètres, sur un développement de plus de 100 lieues, en forme d’arc de cercle dont la concavité est orientée vers le nord-ouest. A l’une des extrémités de cette chaîne, il y a un cirque, Piccolomini, de 90 kilomètres de diamètre, qui possède une colline centrale et une muraille complexe portant sur l’un de ses contreforts une éminence ayant environ la hauteur de notre Mont-Blanc.
- Nous ne nous étendrons pas davantage sur la description des autres détails de la région considérée. Nous avons voulu seulement faire connaître, par ces quelques exemples, que la Lune a été l’objet d’observations longues et minutieuses.
- Nous rappellerons ici, à cette occasion, qu’une question importante reste toujours à l’étude, celle de changements récemment survenus à la surface de cet astre. Quelques sélénographes ont cru constater, en effet, diverses modifications dans la forme et la disposition de certaines aspérités lunaires; mais, d’autre part, on a cherché à les expliquer par des incidences différentes d’illuminations solaires ou l’incertitude des dessins de comparaison.
- Il va sans dire que des séries de photographies, prises aux différentes phases de la lunaison et reproduites à divers intervalles, pourront seules permettre de décider enfin si toute activité volcanique est éteinte à la surface de la Lune ou si la vie géologique existe encore dans l’intérieur de notre satellite.
- A. Fraissinet.
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- LE JOURNAL ANGLAIS « THE TIMES »
- Pour nous autres Français, habitués que nous sommes à notre journal de quatre pages, d’un maniement facile et d’une lecture attrayante, il nous est presque impossible de ne pas éprouver un certain petit saisissement lorsque nous venons à déployer pour la première fois les feuilles de ce recueil volumineux que l’on appelle The Times.
- Non seulement l’esprit demeure saisi en présence de cette encyclopédie quotidienne vraiment prodigieuse où se trouve condensé le résumé de tout ce qui se fait, se pense et se dit dans le monde entier, mais encore l’œil du lecteur reste littéralement perdu dans cet océan de mots nets et fins, pressés, bourrés en quelque sorte entre chaque colonne, sans intervalle apparent, presque sans alinéa, et qui semblent défier par leur petitesse comme par leur nombre même la patience la mieux exercée.
- Nous avons pensé qu’il ne serait pas sans intérêt de grouper ici quelques renseignements statistiques sur la composition matérielle de ce journal extraordinaire.
- Prenons un numéro ordinaire du Times.]\ est constitué par quatre feuilles doubles qui mesurent ()'", 94 d’envergure sur Üm,02 de hauteur. Réunies, ces quatre feuilles couvrent une superficie de 2mq,55; mises bout à bout elles ont une longueur de 5m,70.
- Le poids moyen du Times est de 145 grammes. Ce journal, qui a seize pages, ne coûte que ,50 centimes. Chaque page comporte six colonnes, ce qui donne un total de quatre-vingt-seize colonnes. Le Temps, par exemple, qui n’a que vingt-quatre colonnes, coûte cependant 15 centimes. Chaque colonne contient 56 centimètres de texte. D’où il suit que si l’on ajoutait les unes aux autres ces quatre-vingt-seize colonnes, on obtiendrait une hauteur de 55m, 76 de papier imprimé.
- Par une succession de calculs, nous avons pu déterminer exactement le nombre moyen de mots qui, chaque jour, sont imprimés dans un numéro du Times. Ce nombre s’élève à 15 700 par page, autrement dit à 220 000 environ pour le journal entier. Placés à la suite les uns des autres, sans intervalle et sans ponctuation aucune, ces 220 000 mots formeraient une ligne imprimée continue de plus d’un kilomètre, — en réalité de 1150 mètres. Sur le papier, chaque motoccupe une longueur moycnnede5rara,15.
- En raison du très grand nombre de mots abrégés que l’on rencontre presque à toutes les lignes dans les colonnes d’un journal anglais, notamment aux annonces et aux bulletins financiers ou industriels, nous avons dû compter chaque mot abrégé, nom propre ou substantif, pour un mot entier. Par exemple: Wm. (William), lb. (pound) ont élé comptés chacun pour un mot. Les chiffres également ont été comptés pour un mot. Par exemple : 18 d. (18 pence),— deux mots. Pour le Times, la proportion des mots abrégés est de 9 pour cent.
- Nous avons ensuite calculé le nombre de caractères ou de lettres qui composent chaque page et en avons déduit le nombre total de lettres. Il résulte de l’ensemble de nos évaluations qu’il y a environ, — dans les seize pages du journal, — 840 600 caractères. Si ce dernier chiffre n’est pas aussi élevé qu’on pourrait tout d’abord le supposer, cela tient à ce que la proportion dos mots en abrégé étant relativement très forte, comme on l’a vu plus haut, chaque mot ne se trouve composé que d’un petit nombre de lettres, — en moyenne 5,84.
- Enfin, on peut évaluer approximativement au minimum de 50 000, le nombre de signes de ponctuation, accents, tirets, guillemets, points d’abréviation, parenthèses, etc.... qui entrent dans la composition quotidienne du Times.
- Le nombre moyen de mots contenus dans une page du Temps, dépasse rarement 10 000; à la première jfage surtout il n’est guère que de 7000 à 8000 mots. Pour quatre pages cela donne environ 40 000 mots. A ce point de vue particulier, le Times contient cinq fois et demie la matière du Temps. Quant au nombre de caractères, il s’élève en moyenne, dans ce dernier journal, à 167 000, — lettres ou chiffres, —- total relativement fort parce que la proportion des mots abrégés est beaucoup plus faible qu’en anglais, 5,85 pour 100, et que par suite la moyenne des lettres par mot s’élève à 4,55.
- Enfin, il faut remarquer qu’en raison même du très grand nombre d’annonces qui occupent les colonnes du Times (quelquefois jusqu’à cinquante colonnes sur quatre-vingt-seize), la proportion des lettres majuscules est considérable : — une sur dix. X. West.
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- LA NATURE.
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- LE SOLEIL EN MARS 1893
- C’est dans ce mois que commence le printemps astronomique, c’est-à-dire que notre Terre fait passer son équateur prolongé exactement par le, centre du Soleil. Ce passage arrivera le lundi 20 mars, à 9 heures du matin. Théoriquement donc, c’est le lundi 20 mars que le jour devrait être égal à la nuit, et qu’ils devraient durer 12 heures chacun. En réalité, il n’en est pas ainsi, parce que l’air qui entoure notre Terre relève la position des astres dans le ciel et nous permet de voir le Soleil avant qu’il ne soit sur l’horizon. Si nous consultons les annuaires, nous trouvons que le 20 mars, le jour dure déjà 10 minutes de plus que la nuit. Le 19, il dure même 2 minutes de plus, et il faut remonter au 18 mars pour trouver la nuit plus longue de A minutes que le jour. C’est donc le 19 mars, et pour les pays dont le midi avance d’environ G heures sur le midi de Paris, c’est-à-dire pour le Tonkin, par exemple, qu’il y a en réalité égalité du jour et de la nuit au printemps de 1895. A cette époque' de l’année, les jours augmentent plus rapidement qu’à toute autre; ainsi le 9 mars, la nuit surpasse le jour, à la latitude de Paris, de lh10m, et le 29, c’est au contraire le jour qui surpasse la nuit de lh14m. J. Vixot.
- LA LOCOMOTION DES DIATOMÉES
- Il n’est personne qui ne connaisse les Diatomées, ces jolies petites algues microscopiques qui pullulent dans les eaux, sur la vase, sur les rochers, sur les plantes aquatiques. L’étude immensément variée de leurs formes et de leurs espèces passionne les micrographes, dont certains même consacrent leur vie entière à les collectionner. La gravure ci-contre (lig. J) donne l’aspect de quelques Diatomées remarquables; la légende qui l’accompagne fournit les dénominations de chaque individu. La spécification des Diatomées commence à être bien connue, mais il n’en est pas de même de leur biologie, dont certains points sont parfois dans une obscurité complète : telle est, par exemple, la manière dont elles progressent au sein du liquide. Rappelons d’abord qu’une Diatoméc, quelle que soit sa forme, peut se ramener à une description très simple : c’est une simple cellule qui, en cette qualité, est formée d'une masse protoplasmique contenant en son centre un noyau et entourée par une membrane. C’est cette dernière surtout qui présente des particularités caractéristiques. Outre les ornements si élégants qu’elle porte et qui font la joie des collectionneurs, elle se signale par la présence d’une grande quantité de silice qui en fait une carapace des plus efficaces. En outre, la membrane n’est pas continue tout autour du protoplasme, comme cela se rencontre dans les autres cellules végétales. Elle se compose de deux parties, l’une plus petite, l’autre plus grande, et tout à fait comparables à une boîte avec son cou--vercle, ce dernier glissant à frottement dur sur la première. Il semble donc qu’en aucun point de sa surtace, le protoplasme intérieur ne puisse être en communication directe avec l’extérieur. Or, il est de connaissance banale que, lorsqu’on examine au mi-
- croscope, dans une goutte d’eau, une Diatomée, on la voit ramper lentement, se déplacer, tourner sur elle-même, en un mot marcher comme un protozoaire. Et cependant, même avec une attention soutenue, on ne voit rien que l’on puisse considérer comme l’origine du mouvement, ni contractions, ni émission de pseudopodes; la Diatoméc paraît absolument inerte par elle-même. On en était donc réduit à émettre des hypothèses tout à fait gratuites sur les causes de ce singulier mouvement : celle qui était le plus généralement adoptée consistait à admettre un phénomène de contractilité générale , mais si subtil qu’il échappait à l’œil.
- Cependant, l’année dernière, M. Grenfell1 avait trouvé chez quelques Diatomées de fins prolongements qui paraissaient protoplasmiques, et auxquels il attribuait un rôle important dans la locomotion de l’algue. Mais cette conclusion fut immédiatement battue en brèche par M. Jabez Hogg2. D’après lui, ces appendices ont une structure assez simple : une matière organique, du carbonate de chaux et un peu de silice; ce seraient de simples ornements destinés surtout à maintenir la gelée extérieure que l’on sait exister chez toutes les Diatomées. De telles épines sont bien connues chez les Cyclotella, par exemple, où elles ont été décrites depuis fort longtemps; or, l’on sait qu’ici ces épines ne sont pas contractiles et ne peuvent pas,par conséquent,servir à la progression.
- Récemment, Bütschli, l’illustre professeur d’Heidelberg, aidé d’un de ses élèves, M. Ilerr Lauterborn, a repris la question et est arrivé à des résultats bien intéressants3. Il s’est adressé à une grande espèce, la Pinulai'ia nobilis (fig. 2). La simple observation ne donne pas de résultats bien nets : on voit bien la Diatomée ramper le long de la plaque de verre, mais ce n’est pas là une nouveauté. Aussi Biitschli, pour sonder plus à fond la question, eut-il l’idée ingénieuse et féconde dans ses résultats de glisser sous la lamelle couvre-objet, une goutte d’encre de Chine. On sait que cette substance n’est pas soluble et qu’elle se présente seulement sous la forme d’une poudre impalpable de granulations extrêmement fines restant en suspension dans le liquide. Or, peu de temps après l’addition d’encre de Chine, on observe les phénomènes suivants : on voit se former, au milieu de chaque valve, un paquet de petites granulations dont le nombre augmente de plus en plus. Bientôt les choses se dessinent plus nettement : on aperçoit, sur le front de la Diatomée, à droite comme à gauche, un courant de granulations flottantes qui s’écoutent lentement en arrière pour arriver finalement au paquet médian que nous avons déjà signalé. De là, on voit les granules s’écouler le long d’un fil extrêmement fin qui se dirige en arrière en s’écartant progressivement de la Diatomée. Évidemment ce
- 1 Qualerly Journal of microscopical science. Oet. 1891.
- 2 International Journal of microscopy and nalural science. Janvier 1892. — Natural Science. Avril 1892.
- 3 Naturhistorisch Medhinischer Verein. Heidelberg, mars 1892. — Analysé in Natural Science, septembre 1892.
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- LA NATURE.
- Fig. 1. Diatomées. — 1. Encyonema E. Prostratum (Berk). — 2. Mastogloia. — 3. N. affinis, Elir. — i. Toxonidea insignis, Doukin. — 5. 0. Splendida (Grcg.). — 6. A. Ile tic nia tus, Clève (Java). — 7. Tr. Ditylium Brightwellii, Yar. —8. C. Proteus, Hartmann, Mept (Trinité). — 9. Coscirodiscus, Ehr. — 10. B. Edwardsii, Febiger (Californie). — 11. Tr. Biddulphia venosum, Brightwell. Yar. Dépôt de Chalky mount (Barbados). —12. Tr. Ditylium undulatum, Ehr. Dépôt de Nottingham. — 13. Tr. Fenestrata, Kntz.
- fil noirâtre n’est autre qu’un filament, sans doute j ceux qui ont protoplasmique, si fin qu’il est invisible au naturel, mais qui est rendu manifeste à la vue par les granules d’encre qui sont venus se coller à lui. En arrière, le filament se termine par une pointe libre ou bien, parfois, il s’enroule diversement autour de lui-même, comme cela est représenté à droite dans notre gravure (fig. 2).
- Souvent aussi l’extrémité est épatée et noircie par l’encre. La formation du filament postérieur a lieu par saccades : on le voit tout à coup émerger et être lancé brusquement en arrière. En même temps, laDia-tomée avance en sens inverse, c’est-à-dire en avant. Puis le fil semble être rétracté et relancé de nouveau.
- 11 ne semble pas y avoir de doute qu’il y ait ici une connexion étroite entre la production du fil et la locomotion de la Diatomée. Et cela explique clairement deux faits qui auparavant semblaient incompréhensibles. C’est d’abord que la Diatomée avance par saccades ; tous | tent l’algue
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- Fig. 2. — Schéma d’une diatomée en mouvement (Pinularia nobi-lis). —n. Noyau. — a. Courant de granulations. — b. Pseudopodes. — k. Point nodal.
- vu ces algues vivantes l’ont remarqué. Cela explique aussi pourquoi la Diatomée ne peut avancer qu’en rampant sur une surface solide ; il est nécessaire que les fils viennent s’attacher sur un substratum, pour qu’en se détendant ils projettent la Diatomée en avant.
- Ce dernier point n’est pas encore établi d’une manière définitive ; il paraît que certaines Diatomées peuvent nager librement dans l’eau. Mais alors il est facile d’expliquer leur progression par le fait de la résistance que le liquide offre aux filaments projetés en arrière, résistance qui serait suffisante pour faire marcher l’algue en avant.
- Jusqu’à nouvel ordre, il est donc démontré, au moins pour la Pinularia nobilis étudiée, que le mouvement saccadé des Diatomées est dû à de fins filaments qui se fixent sur un corps solide et qui, en se détendant brusquement, projet-en avant. Henri Coupin.
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- LÀ SCIENCE AU THÉÂTRE
- LA DANSE (( SEUl'ENTINE ))
- Une danseuse américaine, Mlle Loïe Fuller, a obtenu cet hiver, à Paris, un succès qui est loin d’être épuisé, en présentant au public un mode de danse absolument nouveau. Dans le procédé qui est dû à l’artiste américaine, il n’y a pas seulement l’originalité de la danse elle-même et des ondulations qu’elle sait imprimer à sa tunique de gaze, il y a la combinaison de curieux effets lumineux qui peuvent faire considérer le système employé comme une véritable application de la physique à l’illusion du théâtre.
- Voici comment Mllc Loïc Fuller procède à la danse dite serpentine. L’obscurité se fait dans la salle de théâtre; le rideau se lève et le décor est remplacé par des tentures en velours noir, qui forment sur la scène un fond noir très complet. On voit apparaître la jeune danseuse, vêtue d’une longue tunique de gaze de soie, semi-transparente; aussitôt, un rayonde_lu-mière oxhydrique éclaire l’apparition; la danseuse, saisissant alors sa longue tunique des deux mains, lui imprime des mouvements giratoires, dessinant des spirales, des hélices avec les bords de sa robe, et cela avec une agilité et une prestesse merveilleuses. Au même moment, des rayons lumineux très intenses jaillissent de six lampes â lumière oxhy-
- La danse « serpentine » au théâtre des Folies-Bergère à Paris.
- drique et éclairent la danseuse avec la plus grande intensité; quatre de ces lampes sont placées derrière de petites lucarnes ouvertes en haut et en bas de la scène ; deux autres jaillissent des fauteuils de balcon, comme le montre notre gravure. Mais l’objectif de ces lampes est muni d’un disque, autour duquel sont montés des verres colorés ; en tournant le disque, on peut faire jaillir de chaque lampe des rayons blancs, bleus, rouges, verts, jaunes, violets. Quand la danseuse tourne autour de la scène en faisant faire à sa tunique des spirales gracieuses, elle prend successivement les couleurs les plus variées et les plus vives, les plis de son léger vêtement toujours en mouvement sont rouges, puis violets, puis verts, puis jaunes; en se mettant dans le feu de deux lampes à la lois, sa robe est jaune d’un côté,
- rouge d'un autre; puis, recevant le jet de tous les rayons en même temps, elle se pare de couleurs multiples et sans cesse changeantes ; l’effet d’irisation est vraiment magique.
- Mlle Loïe Fuller se montre dans plusieurs scènes différentes ; celle que nous venons de décrire est assurément une des plus remarquables. Dans les autres, elle apparaît avec des costumés divers, toujours en gaze de soie; dans l’une, elle fait mouvoir avec ses bras de grands pans d’étoffes en forme d’ailes ; elle imite le vol d’urt papillon au milieu des rayons multicolores. On conçoit que les attitudes de la danseuse peuvent varier à l’infini, mais nous n’insisterons pas spécialement sur les détails chorégraphiques, ayant voulu surtout faire ressortir l’ingénieux parti que l’artiste a su tirer des effets de lu-
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- LA NAT U HE.
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- micre. Nous ajouterons que dans notre ligure, les jets lumineux apparaissent beaucoup plus visibles qu’ils ne le sont en réalité; notre dessinateur a eu pour but de donner une figure explicative, et il n’a point cherché à rendre compte d'effets que la gravure ne saurait reproduire. G. T.
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- CHRONIQUE
- Le service téléphonique en France en 1800
- et 1801. — L’une des dernières livraisons des Annales télégraphiques renferme un intéressant rapport adressé à M. le directeur général des postes et télégraphes sur le service téléphonique en France. Nous relevons dans ce rapport les renseignements suivants : Au 51 décembre 1891, il y avait 112 réseaux urbains exploités par l’État et 46 réseaux en construction. Le nombre d’abonnés est passé de 11 440 à la fin de 1889 à 18 191 au 51 décembre 1891, ce qui représente une augmentation de 6751 abonnés, soit 59 pour 100 en deux ans. Paris avec ses annexes avait, à la fin de 1891, 9965 abonnés contre 6255 à la fin de 1889. Pour une année, le produit de 18 191 abonnements serait de 5 574 891fl ,82. Les conversations urbaines, dans les cabines téléphoniques, ont produit 210 722 francs en 1891. Le nombre des messages téléphonés a atteint 13 500 pour le mois de décembre 1891. Au 1er janvier 1890, il existait Tl lignes interurbaines dont la plus ancienne, Celle de Rouen-le Havre, date du 1er janvier 1885. En 1890, on a mis en service 17 circuits interurbains et plus de 70 en 1891. Au 1er janvier 1890, les circuits téléphoniques en service dans l’intérieur du territoire représentaient 1940 kilomètres de lignes et 5880 kilomètres de fil. Au 1er janvier 1892, ils représentaient 4589 kilomètres de lignes et 9178 kilomètres de fil.
- Le choléra propagé par les mouches. — Les
- mouches passent pour d’excellents agents de transport de tous les principes-contagieux. Aussi sont-elles ajuste titre redoutables en temps d’épidémiè. Mais, les germes du choléra étant très sensibles à la sécheresse, on pouvait objecter que, pendant le vol, ils se dessécheraient rapidement et perdraient ainsi leur action pernicieuse. Pour s’en assurer, le Dr M. Simmands, professeur à Hambourg, se livra à diverses expériences. Il plaça six mouches sous une cloche en verre avec un intestin cholérique. De là, il les fit passer dans une cornue où elles séjournèrent une heure et demie. Puis il les plongea séparément dans de petits tubes remplis de gélatine fondue qu’il agita fortement et vida dans des moules. Sur chacune des plaques obtenues il se forma d’innombrables colonies de bacilles du choléra. Les germes avaient donc résisté une heure et demie, plus de temps qu’il n’en faut pour être transportés à de grandes distances et communiqués à des substances offrant un terrain excellent aux bacilles, telles que sauces, lait et autres particulièrement recherchées des mouches. La conclusion pratique à tirer de cette expérience est celle-ci : qu’il faut tenir soigneusement couverts, jusqu’après complète désinfection, tous les objets qui'ont pu être contaminés par les déjections des cholériques, etécar-ter avec le plus grand soin les mouches des aliments liquides dans tous les endroits infestés.
- Congrès d’apiculture. — Un, grand congrès de tous les apiculteurs des États-Unis doit avoir lieu ce mois-ci à Washington. Le principal but de cette réunion est d’aviser
- aux moyens de donner un plus grand essor à l’industrie apicole. On a estimé à 15 000 000 de dollars la production du miel de l’année dernière aux Etats-Unis, tandis que celle de la cire atteignait 1 500 000 dollars. Ouatre comtés ont produit jusqu’à 4 millions de livres de miel, et l’apiculture passe pour n’étre encore que dans son enfance. On se propose également de demander au Gouvernement d'interdire une sorte de miel, appelé bégushoney, fabriqué avec de la glucose. Beaucoup de fermes se livrent avec succès à l’apiculture aux Etats-Unis. Une ferme dans le Texas a réussi à vendre, l’été dernier, 2000 reines. Une reine, dont l’authenticité de race est établie, se vend de 2 à 5 dollars. Le Congrès fera également tous ses efforts pour vulgariser l'usage des nouvelles inventions et de tous les instruments et engins inventés en vue d’aider l’apiculteur dans son œuvre.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 fév. 1893.— Présidence de M. de Lacaze-Ddthiers .
- Un condiment africain. — M. Dehérain présente, au nom de l’explorateur africain bien connu, M. J. Dybowski, et de M. Demoussy, préparateur au Muséum, une Note au sujet du sel employé comme condiment par les populations riveraines de l’Oubangui, grand affluent de la rive droite du Congo. Ce sel est obtenu par l’incinération d’un certain nombre d’herbes que les indigènes pèchent dans la rivière. Elles sont séchées, brûlées, puis la cendre est lessivée, le liquide filtré et évaporé à sec. Le résidu ainsi préparé est surtout composé de chlorure et de sulfate de potassium. On n’y trouve que très peu de carbonate de potassium et pas du tout de soude. L’absence de cette substance élémentaire confirme les observations déjà anciennes de M. Peligot et de M. Dehérain sur la rareté de la sotide dans les cendres des plantes terrestres. Celles-ci renferment habituellement des quantités notables de carbonate de potassium très alcalin, qui ne pourrait, à cauge de cela, servir de condiment. Aussi les indigènes choisissent-ils pour l’incinération des espèces déterminées qui ne renferment que de très faibles proportions de carbonate. Bien que les sels de potasse soient considérés comme vénéneux, leur usage ne semble pas exercer d’influence fâcheuse sur la santé des populations qui les consomment. . i
- La fermentation ammoniacale terrestre.—MM. A. Munlzj et Coudon sont allés étudier la fermentation ammoniacale qui se manifeste au sein des terres arables. On sait que les matières organiques du sol, ainsi que celles qu’on emploie comme famier, donnent naissance à de l'ammoniaque qui se transforme ensuite assez lentement en produits assimilables. Cette apparition de l’ammoniaque était attribuée autant à des phénomènes chimiques qu’à l’action de micro-organismes. MM. A. Muntz et Coudon montrent que c’est exclusivement à cette dernière cause qu’elle doit être attribuée. En effet, la transformation no s’opère pas dans la terre stérilisée; en revanche, elle réapparaît., si la terre stérilisée reçoit l’enserçieneement microbien. C’est donc exclusivement aux microbes qu’est due la formation de l’ammoniaque. Les phénomènes chimiques ne jouent aucun rôle, même lorsqu’on les laisse exercer leur action pendant plusieurs années. De plus, tous les micro-organismes que les auteurs ont retirés de la terre ont la propriété d’opérer la fermentation ammoniacale qui se trouve être une fonction uniforme : Tes bacilles, les mierococcus, les moisissures sont tous susceptibles dcl a remplir.
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- LA NATURE.
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- Préparation de métaux réfractaires. — M. II. Moissan a appliqué les réactions nouvelles que l’on peut produire à l’aide des liantes températures à la préparation indir-trielle de l’uranium. Ce métal avait été isolé par Peligot sous forme de globules difficilement fusibles. M. Moissan soumet à l’action de l’électricité, dans-son four électrique, un mélange d’azotate d'urane et de charbon. Il obtient ainsi, au bout de dix minutes, un lingot d’uranium carburé pesant 250 grammes. L’échantillon qu’il présente pèse 000 grammes; il a été obtenu en une demi-heure. Cette fonte d’uranium contient de 15 à 20 pour 100 de charbon; elle décompose l’eau à la température ordinaire et fond à une température très élevée. Lorsque l’on agite un flacon renfermant des fragments de cette substance, ils laissent échapper des parcelles métalliques qui prennent feu au contact de l’air, absolument comme les parcelles de fer que l’on détache au moyen d’un silex. M. Moissan a pu également préparer des culots de manganèse de 200 grammes en trois ou quatre minutes. Le métal qui est peu carburé se conserve bien à l’air. Enfin il a également préparé en sept à huit minutes des lingots de fonte de chrome; de plus, il a pu affiner celle-ci en garnissant le creuset avec de la magnésie. La machine dynamo électrique qui donne le courant traversant l’arc voltaïque employé par M. IL Moissan est peu puissante, en sorte qu’il estime qu’en utilisant une force motrice naturelle, et en appropriant le four électrique à sa destination spéciale, on pourrait préparer induslriellement l’uranium et le chrome.
- La structure des météorites,.— M. Stanislas Meunier remarque que tous les fers météoriques ne sont pas diamantifères, comme on pourrait être tenté de le croire, à la suite des recherches qui ont été exécutées sur la météorite de Canon diablo. Celle-ci constitue un échantillon de matière cosmique essentiellement différent des autres. M. Daubréc tire du défaut d’homogénéité caractéristique de la météorite de Canon diablo, celte conclusion qu’elle paraît être, non un produit de fusion, mais le résultat de la brusque condensation de vapeurs, qui auraient atteint l’état solide sans passer par l’état liquide.
- La pierre lithographique de l'Ain. — M. Gaudry présente le cinquième volume des Archives du Muséum d'histoire naturelle de Lyon. C’est un in-folio orné de planches magnifiques qui renferme notamment un travail de M. Lor-tet sur les reptiles de la pierre lithographique de Cerin (Ain). On y peut remarquer surtout des lézards tels que le sauranodon et des tortues dont l’empreinte est parfaite, grâce à la ténuité des éléments constitutifs du dépôt.
- Varia. — M. le général Venukoff présente une carte ethnographique imprimée de la Russie d’Asie, ainsi qu’une monographie de 520 explorateurs russes qui ont visité l’Asie de 1855 à 1895. — M. Cotella a étudié les altérations histologiques de l’écorce cérébrale, dans quelques maladies mentales. — M. Lechatelier a recherché la chaleur de formation de l’aragonite. — M. Friedel conteste les vues stéréochi-miques de M. Colson, dont il a été rendu compte dans le dernier numéro de La Nature. — M. Bouquet de la Grve décrit un appareil amplificateur des variations de l’intensité de la pesanteur, qu’il a installé dans les caves du dé-«pôt de la marine.
- Election. — M. Callandreau est élu membre de la section d’astronomie, en remplacement de M. l’amiral Mou-°hez- Ch. de Villedecil.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE1
- LA MALLE DES INDES
- Un tour qui a eu beaucoup de succès autrefois dans les théâtres de prestidigitation est celui qu’on désigne sous le nom de malle des Indes, malle mystérieuse, surprise de l'emballeur, évaporation d'un être vivant, etc. Ce truc, qui peut être présenté de plusieurs manières, est par suite exécuté à l’aide de différents moyens par les prestidigitateurs. Nous allons décrire un de ces moyens.
- Voici d’abord en quoi consiste l’expérience.
- Le prestidigitateur se fait apporter une malle qui peut être visitée par le public. Lorsqu’on est bien certain qu’elle ne contient aucun mécanisme, arrive en scène un personnage quelconque qui entre dans la malle. On constate qu’il la remplit entièrement et on rabat le couvercle. Un spectateur ferme la malle à clé et garde le cadenas. On ficelle ensuite la malle en tous sens, on place des cachets à toutes les intersections des liens et on introduit le tout dans un sac ou enveloppe en toile garnie de cuirs qui peut, à son lour, être cachetée et scellée sur chacune de ses boucles.
- Quand l’opération est terminée, les spectateurs qui ont aidé à l'emballage restent là pour constater que rien ne sort de la malle qui a été placée sur deux tréteaux. Le prestidigitateur tire alors un coup de pistolet sur la malle qui dépouillée de son enveloppe, de ses liens et de ses cachets toujours intacts, est complètement vide!
- Comment, par quel moyen un corps humain a-t-il pu disparaître sans être aperçu des spectateurs qui regardaient la malle constamment, et mieux encore, de ceux qui la maniaient un instant auparavant et qui l’entourent encore ?
- Ce moyen très simple, dont toute la gloire revient à l’ébéniste constructeur de la malle, est le suivant.
- La malle dont il est fait usage est', au premier abord, toute semblable à une forte malle ordinaire, et l’examen le plus minutieux ne fait rien apercevoir d’anormal; cependant l’un des petits côtés, au lieu d’être cloué, est monté à pivota bascule sur les deux grands côtés, et la bascule est arrêtée au moyen d’une targette à ressort. Si l’on appuie à l’intérieur sur un point correspondant à cette targette, le pivot devient libre et la bascule se produit.
- Voici maintenant comment l’opération est conduite pour que le public ne s’aperçoive pas de l’ouverture de la malle.
- L’aide de l’opérateur prend place dans la malle qui est refermée sur lui, et dont les cadenas sont cachetés. Des spectateurs de bonne volonté aident alors à ficeler la malle à laquelle on fait deux tours de corde dans la longueur en commençant du côte opposé à la partie ouvrante. La corde est alors con-
- 1 Suite. — Voy. n° 1020, du 17 décembre 1892; p. 48.
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- duite sur cette partie et file dans Taxe de la bascule; puis la malle, pour la commodité du ficelage, est basculée sur le petit côté où passe la corde. C’est alors que l’aide enfermé à l’intérieur presse la targette : la bascule a tendance à s’ouvrir et comme le prestidigitateur a eu soin de faire basculer la malle en un point soigneusement repéré du plancher du théâtre, cetie bascule rencontre dans ce plancher une trappe exactement semblable qui s’ouvre en même temps et c’est au travers de ces deux trappes que l’évanouissement, invisible se produit. Aussitôt que l’aide est dans le dessous, il repousse la trappe et par suite la bascule de la malle qui se referme sur sa targette à ressort.
- Le temps nécessaire au glissement de l’homme dans la trappe est insignifiant et pendant qu’on entrecroise les cordes, l’opération pourrait être faite plusieurs fois. 11 n’y a plus ensuite qu’à continuer l’expérience comme nous avons dit, en ayant soin toutefois de ne pas abuser de la complaisance des spectateurs et de ne pas les laisser soupeser la malle.
- Lorsque le personnage disparu arrive dans le dessous de la scène, il est soutenu par quelque autre personne si le théâtre n’est pas machiné, par une trappe à contrepoids si la construction de la scène en donne les moyens. Le secours de cette trappe permet de donner plus de rapidité dans certains cas
- Expérience de la malle des Indes exécutée par un prestidigitateur. — 1. Disposition de la scène. — 2. Figure explicative.
- à la réapparition du personnage, mais il est inutile dans le procédé décrit ci-dessus.
- Tel est un des artifices employé. Que ce soit celui-là ou un autre de ceux que l’on met en usage, la présentation en a été souvent compliquée en faisant réapparaître le personnage disparu dans une seconde malle précédemment constatée vide et qui a été cachetée, scellée et enveloppée sous les yeux des spectateurs. On comprend facilement que l’opération inverse se fait pour cette seconde malle, et que le personnage arrivé dans le dessous du théâtre attend le moment propice pour être enlevé à l’intérieur de la seconde malle, dont le fond à bascule est ouvert du dehors par le prestidigitateur au moment voulu.
- On a fait aussi des caisses à parois de glace. Le
- maniement est le même, mais le personnage enfermé étant visible jusqu’au dernier moment, il faut avoir soin de faire passer les liens de manière à ne pas gêner la bascule qui se trouve alors sur un des grands côtés et qui fonctionne au moment où la malle entièrement ficelée, cachetée et posée sur ce côté est enveloppée de la couverture d’étoffe comme d’un capuchon.
- Cette présentation fait encore plus d’effet sur le public que la précédente, et, comme on le voit, ne présente pas de difficulté plus grande.
- Y
- — A suivre. —
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxuier.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N- 1051. — 4 MARS 1895.
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- LE YIADUG DE PECOS AUX ÉTATS-UNIS
- Aujourd’hui que l’étude de la résistance des ma- ] au hasard en la matière, que l’on ne s’appuie plus tériaux est une véritable science, que l’on ne va plus J sur des approximations grossières, et qu’on sait no-
- tamment ce qu’on peut demander sans danger au 1er et à l’acier, les grands ouvrages métalliques ne sont plus pour effrayer les constructeurs, et on les
- 21e année. — 1er semestre.
- multiplie constamment sous la forme la plus audacieuse. Nous ne pourrions citer tous ceux dont La Nature a entretenu ses lecteurs; mais, bien que la
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- liste en soit longue, il nous semble intéressant d'y ajouter un grand viaduc qui vient d’ètre livré récemment a la circulation des trains aux Etats-Unis.
- La compagnie « Southern Pacific Baihvay », gênée dans le, tracé d'une de ses lignes par la profonde vallee de la rivière Pecos, au Texas, avait dû suivre une direction qui allongeait la roule de 18 kilomètres, où l’on rencontrait du reste des rampes assez prononcées et des courbes raides. Pour éviter ces inconvénients, on s'est décidé à lancer sur la rivière Pecos le [tout dont nous voulons parler, qui se nomme précisément viaduc de la rivière Pecos. Cet ouvrage est remarquable en ce sens qu’il est plus long de 59m,b que le fameux pont de Kinzua, éleve en 1882, et plus liant de 5m,5; il ressemble d’assez près au viaduc de Loa,en Bolivie, mais la plus grande travée de celui-ci atteint seulement 24 mètres, et sa longueur totale n’est que de 245 mètres ; nous allons voir que les chiffres sont bien autrement considérables pour le pont de Pecos.
- La gravure qui accompagne cet article, et qui est empruntée à notre confrère Scientific American, donne par elle-même une idée juste de l’importance de cet ouvrage. Le viaduc a, au total, entre culées, une longueur de 666m,24, et il est essentiellement constitué de poutres métalliques, soit en tôle pleine, soit en treillis reposant sur des piles en acier ; la distance entre l’appui des rails et Peau, autrement dit la hauteur du pont au point maximum, est de 98 mètres au-dessus du niveau de la rivière, et l’élévation atteint 100m,G0 en comptant jusqu’au fond du lit. La largeur des piles est 10'",G6 au pied, tandis qu’une des fermes latérales, composant les plus hautes de ces piles, atteint 65'“,5 au-dessus de la maçonnerie sur laquelle elles reposent; ajoutons que le fruit donné à ces fermes est de 1/6. L’ouvrage est large au maximum de 4m,87, mais cette largeur se restreint à 5m,04 entre les deux joues d’une même poutre; quant à la voie, elle est du type normal. L’ensemble de ce pont représente un poids de métal de 1828 tonnes de 1000 kilogrammes.
- Ce poids est soutenu par des piles dont 25 métalliques, très différentes de hauteur, comme on l’aperçoit sur le dessin, et toutes faites de barres d’acier en Z, à i’cxceplion des deux qui supportent la portion du viaduc en cantilcver. Toutes ont une fondation en pierres de taille, et même, pour certaines de celles qui s’élèvent du fond de la vallée, la fondation a dù être poussée jusqu’au roc, à 9 et 12 mètres de profondeur. Disons en outre que pour les deux grandes piles des cantilevers, ainsi que pour les piles de rive de ces mêmes cantilevers, on a procédé à l’ancrage au fur et à mesure que l’on construisait la maçonnerie de fondation ; pour les autres on a soudé la partie métallique au massif au moyen de ciment Portland. La solidité la plus absolue est assurée, et l’on a prévu une pression, résultant du vent, évaluée à 244 kilogrammes par mètre carré, quand un train est sur le pont.
- 1 En quelques mots donnons la composition du
- tablier. Nous mettrons d’abord de côté, comme n’offrant qu’un intérêt médiocre, les portions en poutres pleines qu’on voit tout à fait sur la gauche du dessin, et qui forment le viaduc, là où la hauteur et la portée sont faibles : cesont trente-quatre travées de 10m,66 chacune. On compte ensuite une poutre pleine de 16"',40, huit en treillis de 19'",80, deux cantilevers de 51 mètres, deux autres de 2lm,50, et enfin une poutre suspendue de 24'“,40.
- Donnons maintenant quelques rapides détails sur la façon dont on a mis ni place les différentes parties du tablier. On a employé un chariot en fer, portant un bras de 57"',80 de long, qui s'appuie sur une base circulaire de 1 7m,80 ; ce chariot est formé de deux poutres parallèles, écartées de 5 mètres l’une de l’autre, reposant directement sur les poutres mêmes du pont,et de deux traverses maintenant l’ensemble. Bien entendu, pour assurer l’équilibre du système quand il soutenait des pièces, on y avait disposé un contrepoids formé de 22 000 kilogrammes de rails. Cet appareil portait sur son pont deux chaudières alimentant. deux machines qui commandaient elles-mêmes quatre treuils indépendants, sans compter une chèvre, mobile.
- 11 ne faut pas oublier que certaines des pièces à soulever et à mettre en place pesaient jusqu’à 10 tonnes.Ce fut un son 1 et même chariot qu’on employa pour l’ensemble de la construction : il servit à édifier la moitié orientale de l’ouvrage, puis on le transporta par chemin de fer de l'autre côté de la vallée, en lui faisant faire un voyage de près de 60 kilomètres; il reprit sa place à l’amorce occidentale du viaduc et en posa la seconde moitié. 11 suffit ensuite d’une presse hydraulique de 20 tonnes pour réunir les deux parties de la travée suspendue.
- Ce travail gigantesque a été mené à bien en 5 mois et demi, en comptant même quelques jours d’interruption; on a employé en moyenne 67 hommes pendant 87 jours de labeur, ce qui est peu, si l’on considère que l’avancement quotidien a été considérable. C’-est un ouvrage remarquable; il fait honneur à M. Il.-D. Mac Kee, l’ingénieur qui a préparé et dirigé complètement la construction pour le compte de la Phoenix Bridge Company.
- X..., ingénieur.
- UN GRAND MATCH VÉLOCIPËDIQUE
- COURE CONTRE TERRONT.
- Le célèbre coureur Charles Terront, le plus grand nom de la vélocipédie française, avait reçu, au mois de décembre dernier, d’un coureur breton nommé Corre, mi défi de 1000 kilomètres à bicyclette sur piste. Des circonstances spéciales avaient fait que Terront, champion de France depuis 1876, et retiré à Bayonne à la suite de son inoubliable course Paris-Brest et retour (1891)1, avait relevé le défi. La popularité de Terront, sa rentrée en piste, l’endurance bien connue de Corre et peut-être aussi l’ouverture de la saison vélocipédique, avaient fait
- 1 \'oy. n° 956, du 20 septembre 1891, p. 257.
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- de cet événement une grande journée pour le cyclisme.
- La piste choisie était celle du Palais des machines à Paris, piste de 400 mètres de tour, parquetée en bois de peuplier avec virages relevés de 5 mètres. Les 1000 kilomètres se faisaient donc en 2500 tours.
- Le match commença vendredi 24 février à 10 heures du soir, devant un public de 4000 personnes. Corre, un jeune homme de 27 ans, plus fougueux que son adversaire Terront qui a 56 ans, dont 17 de courses, c’est-à-dire d’expérience, prit d’abord la tète et essaya de « lâcher » son adversaire par un train très rapide. Peine inutile, Terront maintenait constamment la roue de devant de sa machine collée à la roue de derrière de son adversaire. La vitesse fut telle et si longtemps soutenue, que la première heure donna pour résultats 54 kilomètres et la seconde 52.
- Pendant toute la nuit de vendredi à samedi, Corre resta devant, essayant, toutes les demi-heures, par des emballages violents, à faire « décoller )) son rival, mais sans y arriver. Le samedi matin, à 11 heures, aucun changement ne s’était produit, quand tout à coup Corre, qui tenait depuis quelques instants'sa main sur l’aine, descendit précipitamment et fut emmené par ses entraîneurs dans la cabine qui était préparée au centre de la piste. Cette exigence de la nature, d’une minute et demie, devait lui coûter cher ! En effet Terront, partit aussitôt en vitesse, gagna deux tours.
- Alors Corre remonte en selle, se replace derrière Terront et suit tranquillement son allure. Il attend une défaillance de son adversaire pour regagner, si possible, ce retard. Mais Terront ne se lasse pas. Il siffle et chante. A 4 heures de l’après-midi (samedi), Corre essaye par des enlevages successifs et très rapides, de se séparer de Terront. Il n’y réussit pas davantage. A 9 heures du soir, Corre est obligé de s’arrêter à nouveau pendant 5 minutes pour se faire frictionner. Terront lui prend 15 nouveaux tours. Le grand champion n’est pas descendu de selle depuis 28 heures, fait inouï dans les annales vélocipé-diques du monde, la plus belle résistance de ce genre n’avant encore jamais jusqu’ici dépassé 15 heures.
- A 5 heures du matin, le dimanche, les deux matcheurs, visiblement fatigués par cette lutte fantastique, conviennent de descendre un quart d’heure. Remonté en selle, Terront prend encore 5 tours, puis 2 à son adversaire, ce qui porte son avance à 25 tours.
- Corre est découragé, mais, avec une ténacité qu’on ne saurait trop louer chez un homme qui a parcouru déjà près de 900 kilomètres, qui est démoralisé par l’avance de son concurrent et qui sait n’avoir plus de chance de succès, il s’accroche à Terront et ne le quitte pas d’un mètre, toujours, jusqu’au bout, de 5 heures du matin jusqu’à près de 4 heures du soir (dimanche).
- Enfin le dernier tour arrive. Les deux matcheurs font un suprême effort. Terront emballe, toujours suivi roue à roue par Corre, et passe le poteau à 5h58. Un public de 25 000 personnes acclame les deux coureurs, brise les barrières, se rue sur la piste en hurlant et veut porter en triomphe le vainqueur !
- Le temps mis par Terront à parcourir les 1000 kilomètres est de 41h58'”528 4/5, soit une moyenne de 25km,828 à l’heure. Le train le plus dur a été fait dans la l‘c heure (54 kil.) et le plus doux dans la 51a (15 kil.) — avec arrêt de 15 minutes.
- Cette performance est la dernière de Terront. Le célèbre vélocipédiste a juré en effet de ne plus jamais courir, « fùt-cc pour 100 000 francs ». Il se retire donc irrévocablement, ayant donné une fois de plus, dans
- celle lutte gigantesque, mais quelque peu inhumaine avouons-le, la preuve des miracles d’endurance que peut faire la volonté! L. Baudry de Saunier.
- LES MAISONS DE YERRE
- On a déjà employé à plusieurs reprises, aux Etats-Unis, des traverses en verre sur les voies ferrées.
- Voici que l’on signale une bien autre application de cette même matière. C’est la construction, à Chicago, d’un groupe de dix-sept maisons en verre. En raison même, peut-être, de l’originalité des matériaux, les Américains se louent beaucoup, paraît-il, de ce mode de construction, dont il a été fait plusieurs essais de l’autre côté de l’Atlantique. Il est bon d’ajouter qu’il s’agit ici non pas de maisons construites avec des glaces, mais bien avec des briques de verre remplaçant les briques vitrifiées et émaillées, lesquelles résistent imparfaitement aux influences atmosphériques, à l’humidité et à la gelée, en raison de leur porosité partielle : l’endroit vitrifié est sujet à se craqueler et à tomber par écailles. Avec les briques homogènes, tout en verre, cet inconvénient disparaît. On les fait creuses, afin d’éviter un poids excessif, tout en laissant aux parois une épaisseur suffisante pour assurer la solidité. Si l’on veut les colorer, on les fait en deux pièces soudées : la face décorée est moulée à part et reçoit, à chaud, la partie incolore qui vient se coller contre elle. Le difficile pour ces briques, comme pour les briques ou tuiles de laitiers de forge qui ont donné lieu à de nombreuses recherches, est de bien pratiquer le recuit, afin de ne pas avoir trop de déchet : c’est surtout une affaire desoins et de tour de main. M. 1I.-D. Fitz Patrick, à Glas-cow, prétend avoir résolu d’une façon complète cette difficulté.
- --c<>e—
- ORIGINE DES JEUX
- LE KOUEN-UEN CHINOIS
- Est-il exact de luire remonter l’invention de la plupart des jeux aux époques reculées de la civilisation chinoise? Celte opinion a été émise bien avant Schlegel, interprète pour la langue chinoise près du Gouvernement néerlandais, à batavia ; mais ce savant l’a appuyée mieux qu’on ne l’avait fait jusqu’à lui, sur des documents indiscutables exposés dans sa thèse inaugurale, soutenue à léna, en 1869; elle a pour titre : Usages et jeux chinois transportés en Europe. Il précise les dates pour chacun des principaux do ces jeux et notamment des Dominos, des Dames, des Échecs, du Tric-Trac, des Dés, du Lansquenet, du Baccara, etc., etc. La description qu’il en donne met en évidence les modifications qu’ils ont subies en passant de leur pays d’origine en Europe, et qui se traduisent presque toujours par de notables simplifications.
- Pour n’en citer qu’un exemple, le jeu de Dames, qui paraît remonter au vingt-troisième siècle avant Jésus-Christ, date du règne de Yao, se joue en Chine avec 560 pions dont 180 noirs et 180 blancs, tandis que notre jeu n'en comporte que 40. > .
- Après avoir rappelé le travail de Schlegel, nous donnerons la description d’un jeu qui ne ligure pas
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- dans la thèse de ce savant, et qui cependant a été très en vogue à Paris, au commencement de notre siècle, sous le nom de Diable : il s’agit d’une espèce de toupie très originale et qui sort de la pratique enfantine, en raison de la force que son maniement exige et du danger qu’il y a pour les spectateurs placés trop près d’un gymnaste inexpérimenté.
- Cette toupie s’appelle, en Chine, Kouen-Gen : le premier de ces caractères signifie vide et le second appareil ; leur réunion désigne par conséquent : appareil qui fait le vide. Nous allons voir que cette appellation est erronée et qu’elle fournit un nouveau témoignage de l’ignorance à peu près absolue des Chinois lorsqu’ils interprètent la cause des phénomènes les plus élémentaires de la science.
- En effet, quelle est la composition du Kouen-Gen chinois dont nous voyons le dessin figuré ci-contre? Ce sont deux cylindres de 10 à 12 centimètres de diamètre, reliés entre eux à la façon d’un haltère, au moyen d’une traverse plus mince au centre qu’aux points d’attache, afin de constituer une gorge, détail très important ainsi qu’on le verra.
- Les dimensions du Kouen-Gen varient; les chiffres précédents sont ceux de la moyenne.
- Quel est le mode suivant lequel se manie la toupie chinoise?
- Le joueur tient dans chaque main une baguette d’un calibre semblable à celui d’une canne ordinaire et d’une longueur d’environ 50 à 60 centimètres; le bois ne doit ctre ni trop léger ni trop lourd et non flexible; le bambou convient bien, à cette grosseur, il a la rigidité voulue. Un cordonnet de coton de la grosseur du fil à fouet, long d’un mètre et demi, est fixé à l’une des extrémités de chaque baguette.
- Arrivé à ce point de la description, n’omettons pas de dire que ce n’est pas un jeu d’appartement. A l’instar du Crochet, il faut le plein air, à cause du danger et aussi de certains exercices qu’il comporte, ainsi que nous allons le faire voir.
- Le Kouen-Gen repose sur le sol ; son axe est placé d’avant en arrière devant le joueur ; le cordonnet, tenu en mains, est passé sous la gorge et tendu par les bras qui s’écartent de 20 à 50 centimètres ; aussitôt le joueur imprime aux bâtons des mouvements alternatifs de haut en bas ; le cordonnet reste toujours au milieu de la gorge, dans le point le plus
- mince, ce qui rend plus difficile son contact avec l’un ou l’autre des deux cylindres dont l’équilibre horizontal est ainsi maintenu; cette manœuvre constitue le temps le plus important et le plus malaisé à acquérir, c’est le critérium de l’adresse. Si elle est réussie, la toupie tourne avec une vitesse croissante comme celle des mouvements alternatifs des bras. Bientôt se produit un son dont la tonalité correspond aux dimensions du Kouen-Gen et qui est dû à l’entrée de l’air par les deux orifices d’inégale grandeur percés sur la partie convexe de chaque cylindre dans deux points opposés; sons ce rapport, le Kouen-Gen est l’analogue de notre toupie métallique.
- Jusqu’ici nous n’avons envisagé que les qualités musicales du jeu chinois ; mais il en est une autre
- d’une importance qu’il importe de signaler : ce jeu développe la force, l’adresse et la grâce.
- En effet, quand on imprime au Kouen-Gen une vitesse de rotation capable de produire une intensité du son portée au maximum, on est conduit à déployer une activité, non seulement des bras, qui en sont les agents principaux, mais aussi de tous les muscles du corps. Car le joueur ne restera pas sur place : il variera l’exercice, il tendra la corde jusqu’à la ramener à l’horizontale et si la tension est énergique et rapide, elle aura pour résultat de projeter la toupie à une hauteur de plusieurs mètres, variable suivant la puissance musculaire du joueur. Celui-ci la recevra sur la corde qu’il continuera à actionner, et la répétition de cet exercice sera ce que son adresse et son attention la feront.
- Un gymnaste émérite pourra aller plus loin encore. Quand la toupie est en l’air, à 5, 6, 7 mètres, par exemple, il a le temps de se retourner et reçoit la toupie dans une position inverse à la première ; ou bien encore il porte ses bras en arrière, fait un pas en avant et reçoit le Kouen-Gen; puis, ramenant d’une seule main les bâtons, il les désunit de nouveau et continue l’exercice comme au premier temps.
- Ainsi, la succession des mouvements variés qu’on peut exécuter fournit toute une gamme de force, d’agilité, de souplesse et de grâce qui font du Kouen-Gen un jeu et un exercice gymnastique très justement goûtés des Chinois. Dr Ernest Martin.
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- L’ÉLEVAGE ET LE COMMERCE DES SERINS
- Lorsqu’on voit la quantité prodigieuse deserinsque l’on trouve sur tous les marchés d’oiseaux, quand on
- considère qu’il n’est pour ainsi dire pas une maison où l’on ne possède de ces petits chanteurs, on se
- Fig. 1. — Le marché aux oiseaux à Paris. (D’après une photographie instantanée.)
- demande d’où ils peuvent tous provenir. Le fait est que les îles Canaries ne fournissent plus beaucoup de ces oiseaux, et que l’élevage de ces intéressantes petites hèles constitue une véritable industrie. Pour s’en rendre compte, on n’a qu'à visiter le marché aux oiseaux qui se tient tous les dimanches sur l’emplacement du Marché aux ileurs à Paris, près du Palais de justice, et qui est bien certainement un des marchés les plus pittoresques de la capitale.
- Qu’on le parcoure, et l’on verra combien les marchands de serins y sont nombreux, ainsi que tous ceux qui vendent des cages, des fournitures diverses, des objets d’alimentation destinés à ces charmants oiseaux. On pourra juger de l’importance qu’a prise le commerce des « canaris ».
- Ce n’est pas d’aujourd’hui, du reste, qu’on a commencé en France, et un peu partout en Europe, à [(référer les serins à tous autres oiseaux comme chanteurs d’appartements. Nous n’en voulons prendre pour preuve qu’un livre fort curieux que possède M. Gaston Tissandier dans sa bibliothèque si bien fournie de volumes rares. Ce livre, intitulé Nouveau traité des serins des Canaries, contenant la manière de les élever et de les appareiller pour en avoir de belles races, etc., publié à Paris, au Palais, en 1745, « chez Saugrainfils, Grand’Salle, du côté de la Cour des Aydes, à la Providence », est dù à la plume de M. J.-C. Hervieux de Chanteloup, doyen et premier des anciens syndics de messieurs les Commissaires des bois à bâtir.
- Fig. 2. —- Airs nouveaux pour les serins. (D’après un ouvrage du dix-huitième siècle.)
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- Ce petit traité, qui compte près de 400 pages, contient tout ce qui peut se rapporter à l’élevage et à l’éducation (si l’on peut dire) des serins, depuis les classifications des diiîérentos espèces jusqu’à la construction des cages, la nourriture de ces oiseaux, l’époque de leur accouplement, etc. M. Ilervieux de Clianteloup est un grand enthousiaste des canaris. « Le nom de serin vient de sirène, dit-il ; il faut faire seulement cette différence entre les sirènes et les serins, que les sirènes ne se servaient du charme de leur voix que pour perdre des hommes... et qu’au contraire nos serins ne se servent de leur gosier que pour délasser l’esprit de l'homme, le récréer innocemment, etc. » — Qu’on lise ce livre, et l’on y trouvera le moyen d’enseigner des airs nouveaux aux serins à l’aide de llageolets et de serinettes ; on y verra môme des textes curieux de marches, de gavottes, de menuels, notés pour l’instruction musicale des canaris (lig. 2). Entin le dernier chapitre indique le prix que valaient les serins au moment de la publication de cet ouvrage : le serin gris des plus communs se vendait 5 livres 10 sols, la femelle grise 1 livre, le serin blond doré 12 livres, le blond aux yeux rouges 18 livres, et enfin le jonquille sans tache tout uni jusqu’à 24 livres. On peut comparer avec les prix actuels.
- L’auteur du petit livre en question nous apprend que déjà la plupart des serins qu’on vendait à l’époque où il écrivait, étaient apportés par des Suisses, au printemps et à l’automne; ces marchands allaient chercher ces oiseaux « dans le Tyrol, comté du cercle d'Autriche, en la partie méridionale de l’Allemagne et dans d’autres lieux circonvoisins ».
- Cet élevage se retrouve aujourd'hui encore en Allemagne ; dès le siècle dernier, il procurait des moyens d’existence et môme l’aisance à bien des gens. Mais, depuis environ cinquante ans, il a pris une telle importance qu’on a dû songer à de larges débouchés à l'étranger. Des commis voyageurs allèrent d’abord en Belgique et en Hollande, puis ils poussèrent jusqu’en Angleterre; bientôt il s’établit un commerce très important d’exportation sur Saint-Pétersbourg : on envoyait les serins par voie de terre jusqu’à Lubeck, puis on les chargeait sur bateaux. Encouragés par ce succès, les éleveurs osèrent liiire des expéditions sur New-York en 1850, et, aujourd’hui, grâce aux lignes de vapeur, ils envoient de leurs élèves dans l'Amérique du Sud et en Australie.
- Cette industrie a commencé par ôtre simplement exercée à domicile par les pauvres gens; son siège principal était alors dans les montagnes du Hartz, où les populations, travaillant dans les forets ou dans les mines, étaient des plus besogneuses. Chaque famille trouvait toujours un endroit, même souvent dans la chambre à coucher, pour installer quelque cage où élever des serins; l’élevage ne se faisait du reste que pendant la belle saison, époque où l’on trouvait en abondance de quoi les nourrir; le marchand venait les acheter avant l’hiver. Bientôt, comme
- le fait remarquer le rapport consulaire américain auquel nous empruntons ces lignes, les montagnards du Hartz devinrent plus à l’aise, par suite de la venue des touristes, et ils se consacrèrent de moins en moins à cette industrie, si bien que, actuellement, ce ne sont plus que les seuls oiseaux de choix qui proviennent de cette partie de l’Allemagne, et ils se vendent fort cher.
- Aujourd’hui cette industrie curieuse s’est transplantée en grande partie chez une population fort pauvre, chez les tisserands de Eichsfelde, dans le Hanovre, qui élèvent tous des espèces bon marché ; elle s’exerce aussi dans les districts les plus pauvres de la Hesse, dans laWestphalie, et en Saxe dans les monts de l’Erzgebirge. Ce sont, bien entendu, les centres principaux. Un estime à 250 000 environ le nombre de serins que produit chaque année l’élevage en Allemagne; le prix d’un oiseau ordinaire oscille entre 5 et 4 marks la pièce, c’est une somme d’environ un million de marks que fournit cet élevage. Les marchands allemands ont été très entreprenants, et c’est là une des causes de leur succès; puis il parait que les oiseaux élevés en Allemagne chantent particulièrement bien. C’est en siftlant, paraît-il, à côté d’eux qu’on les excite à chanter, et qu’on leur forme la voix.
- Actuellement ils trouvent de nombreux marchés de vente. Le principal est celui des Etats-Unis, qui prend chaque année environ 100 000 oiseaux ; puis vient au deuxième rang le marché anglais, ([ui en achète 50 000. On dirige le reste des produits de l’élevage sur le Brésil, le Chili, la République argentine et l’Australie. Chaque année on fait des envois vers ces contrées, envois qui sont accompagnés par des employés spéciaux, comme nous allons le voir. Nous pouvons citer une maison allemande dont le siège social est à Ahlfeld, en Hanovre, qui a un établissement à New-York, et qui importe à elle seule les deux tiers des serins introduits d’Allemagne aux Etats-Unis; elle se procure du reste ces oiseaux dans les différentes parties de l’Allemagne. D’Ahlfeld on expédie les oiseaux à Brème, où ils sont embarqués pour New-York, sous la surveillance d’un personnel (pii les soigne; chaque employé a, confiés à ses bons soins, un millier d’oiseaux, dont chacun est installé dans une maisonnette de bois spéciale. Nous avons parlé de ces cages : et, en effet, cette industrie de l’élevage donne lieu à une autre industrie assez importante, celle de la fabrication des cages. Cette maison d’exportation que nous citions tout à l'heure possède à Braunlagc, dans le Hartz, une usine préparant chaque jour le huis nécessaire à la construction de 1000 cages : ce sont les paysans des environs qui les confectionnent.
- Nous avons cru intéressant de donner ces détails, non seulement parce qu’il s’agit d’une industrie curieuse, mais encore parce que cette industrie semble pouvoir s’acclimater aisément en France.
- Daniel Bellet.
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- FABRICATION DES VÉLOCIPÈDES
- Historique. — La fabrication des vélocipèdes a pris, depuis quelques années, une importance qui va s’augmentant chaque jour. Le vélocipède, d’invention essentiellement française, a donné naissance à une industrie spéciale qui s’est rapidement développée chez nos voisins les Anglais, et notamment dans les villes manufacturières de Coventry, Birmingham et Wolverhampton.
- En France, la fabrication est restée longtemps stationnaire, à cause de cet esprit national qui consiste à nous faire tenir en suspicion de non-valeur tout ce qui est nouveau. Cependant, devant la quantité toujours grandissante de cycles importés chez nous par nos voisins, il fallut bien se rendre à l’évidence et reconnaître que cet objet, considéré primitivement comme un jouet, était entré dans nos mœurs et constituait une marchandise avantageusement exploitable.
- 11 se produisit alors une poussée, et, en trois ou quatre ans, il germa des usines un peu partout. Dans les villes et les centres manufacturiers, il n’y eut qu’une transformation de fabrication, et là, où, la veille, on produisait des fusils, de la quincaillerie et autres objets en fer et en acier, le lendemain, on construisait des vélocipèdes. A Lyon, Bordeaux, Nantes et surtout Paris, on a installé, au contraire, des usines aménagées de toutes pièces pour la fabrication des vélocipèdes à l’exclusion de tout autre objet.
- L’une des plus remarquables et des mieux outillées est celle qu’a fondée, à Paris, M. Clément, dans la rue Brunei, et j’ai tenu, pour rendre mon article plus complet, à visiter celte usine, parce que je savais y trouver les machines spéciales les plus récentes et les plus perfectionnées.
- On ne se doute généralement pas de ce qu’exige de travail ce petit véhicule amené aujourd’hui à une légèreté invraisemblable. Cette légèreté ne s’obtient (pie grâce à une fabrication irréprochable, et les machines légères seront toujours d’un prix élevé ; mais aussi n’est-il pas merveilleux que, sans fatigue, un homme puisse tripler la vitesse de sa marche avec cette voilure animée qui ne pèse pas en moyenne le quart de son propre poids? Je vais donc décrire les phases diverses auxquelles doit être soumis un vélocipède pris dans des barres et des lames de métal, et passant par les mains de nombreux ouvriers avant d’être l’élégant cheval d’acier que l’on connaît.
- Nous passerons en revue les machines spéciales qui servent à la fabrication, au fur et à mesure que nous aurons à en indiquer l’emploi. Cependant, dès à présent, nous indiquerons deux groupes très importants qui sont : 1° les machines à outils multiples; 2° les machines à reproduire. Les machines à outils multiples comprennent : des tours, des fraises, des machines à percer et des marteleuses à vapeur, autant d’organes mécaniques qui permettent à un mêrAe ouvrier de finir complètement une pièce en
- une seule opération, pour la partie qui lui in-r combe.
- Les machines à reproduire travaillent pour ainsi dire toutes seules, l’ouvrier n’est qu’un auxiliaire chargé de mettre le tour ou la fraise en communication avec la force motrice, et de faire cesser cette communication lorsque la pièce est terminée. Comme leur nom l’indique, ces machines reproduisent automatiquement, dans ses moindres détails, un modèle en acier ou matrice mis en regard et fixé sur un bâti. Ces merveilleuses machines, soit tours ou fraises, font en moyenne, par jour, le travail de cinq à dix ouvriers munis d’outils simples.
- L’histoire de la fabrication des vélocipèdes nous conduira à décrire une machine également très remarquable et dont il n’existe qu’un petit nombre d’exemplaires sur le continent : c’est une machine à souder l’acier à l’électricité. Elle a été importée en France, elle est de construction américaine. Citons encore une machine analogue à celle qui sert dans les manufactures de 1 Etat à la fabrication des fourreaux de baïonnettes du fusil Lebel, et qui est employée ici à rendre coniques à froid des tubes cylindriques de formes diverses.
- Nous ne nous occuperons, dans cette étude, que de la bicyclette, et, nous étudierons le modèle Clément qui affecte du reste une forme généralement connue en Angleterre sous le nom de cadre Ilum-her. Ce modèle est fabriqué en première ligne par toutes les maisons sérieuses.
- Dans cette bicyclette nous étudierons successivement : A, les roues; B, les organes de propulsion ou de transmission; C, les organes de direction ; D, les organes de roulement; E, le cadre ou corps principal ; F, les pédales, les selles et les accessoires ;. G, polissage, émaillage et nickelage; II, montage.
- A. Les houes
- Les roues se composent de quatre parties bien distinctes : 1° le moyeu, qui affecte la forme extérieure de la figure 1 pour les rayons droits ou directs, et celle de la figure 2 pour les rayons tangents, ainsi nommés parce qu’ils se dirigent suivant une tangente à la joue du moyeu ; 2° les rayons qui, comme nous venons de le dire, sont de deux sortes; 5° la jante et 4° le bandage en caoutchouc. Nous ne nous occuperons pas de ce dernier organe, La Nature en ayant maintes fois entretenu ses lecteurs.
- 1° Les moyeux. Les moyeux, de quelque genre qu’ils soient, sont façonnés extérieurement au moyen du tour à reproduire dont nous avons déjà parlé, qui livre finies des pièces rigoureusement de mêmes dimensions. Les moyeux se font en bronze, en fonte malléable d’acier ou en acier estampé. Les trous-destinés à recevoir les rayons sont percés de la façon suivante : le moyeu est monté sur un axe termine par un plateau diviseur qui permet, sans prendre aucune mesure, de percer des trous en nombre
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- Fig. 1 à 6. — Organes des vélocipèdes. — 1. Moyeu des rayons droits. — 2. Moyeu des rayons tangents.— 3,4 et 3. Jonctions des rayons.— 6. Jante pleine et jante creuse.
- voulu et espacés régulièrement. La mèche à percer, ou foret, est animée d’une rotation rapide et d’un mouvement longitudinal dépendant d’un levier à la main ; l’axe du plateau diviseur est monté sur un pivot qui permet de présenter le moyeu sous l’angle qu’il doit faire avec les rayons.
- Ce travail se fait donc presque automatiquement et peut être confié, a p r è s r é g 1 a gc préalable des angles, à un apprenti ou à une femme.
- 2° Les rayons.
- —Les rayons sont en un til d’acier très tenace pouvant supporter un grand effort de
- traction. Pour les rayons droits, on emploie avantageusement des rayons dits renforcés, c’est-à-dire d’un diamètre plus grand, sur un centimètre de longueur, du côté taraudé qui entre dans le moyeu; on évite ainsi la rupture qui se produit au ras de la jone de ce dernier, à cause du cisaillement et de l’affaiblissement dù au taraudage; ils tiennent à la jante par l’autre extrémité formant tête évasée (fig. 3 et A). Les têtes sont faites au moyen d’une machine spéciale au moteur; le taraudage est exécuté avec des filières plates, à la main.
- Les rayons tangents tiennent au contraire au moyeu par une tête et à la jante par un écrou appelé nipple ou écrou à canon, en cuivre ou acier (fig. 5, a et b).
- En raison de leur disposition, les rayons tangents, qui sont entrecroisés et reliés entre eux, rendent les roues très rigides et peuvent être employés plus petits sans crainte de rupture; aussi, malgré la difficulté du montage, les emploie-t-on pour les roues très légères et les machines soignées.
- Fig. 7. — Machine à cintrer les jantes des roues de vélocipèdes.
- 5° Les jantes. — Les jantes sont de deux sortes : jantes pleines et creuses dont nous représentons une section (fig. 6, nos i et 2). Elles sont prises
- dans une barre laminée au gabarit voulu et cintrées au moyen d’une machine munie de 3 galets dont l’un à position variable, amène par des abaissements et des passages successifs, la jante à une circonférence de diamètre déterminé. Nous représentons ci-dessous le mode de fonctionnement de cette machine (fig. 7).
- Les galets sont mobiles et doivent avoir en creux et en relief la section de la jante à cintrer, sans quoi elle serait certainement aplatie et déformée pendant l’opération.
- Jusqu’ici on rejoignait les deux bouts taillés en sifflet par une brasure. A l’usine Clément on se sert de la machine électrique à souder dont nous avons parlé plus haut (fig. 8). Lajante est placée perpendiculairement sur un isolateur ; un raidisseur élastique rejoint les deux extrémités coupées nelle-ment. Au moyen d’un commutateur et d’un puissant excitateur on fait passer un courant qui porte rapidement l’acier au blanc soudant, on retire la jante, on la place sous une petite élampe qui égalise à chaud; après refroidissement il ne reste plus trace d’assemblage. Cette machine fournit un travail sur en même temps que considérable. Lajante est ensuite passée et battue sur une forme conique qui l’arrondit rigoureusement, puis on la dresse dans son plan sur une plaque en fonte polie appelée marbre. Il ne reste plus qu’à percer les trous pour recevoir les rayons.
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- L'usine emploie pour cotte operation une machine spéciale très ingénieuse (fig. 9). C’est une roue à forts rayons articulés s’allongeant ou se rétré-
- cissant de la même longueur et simultanément; elle est donc apte à recevoir des jantes de tous les diamètres courants. Les rayons, lorsqu’ils sont
- Fig. 9. — Machine à percer les jantes des roues de vélocipèdes.
- mis en place, font un angle avec le plan de la jante. En vue de cela, la roue dont nous nous occupons est montée sur un bâti fixe. L’appareil à percer fonctionne au contraire sur un bâti distinct et mo-
- bile permettant de placer la mèche dans la direction voulue correspondant à l’angle dont nous venons de parler. La division des points à percer se fait automatiquement au moyen d’un plateau diviseur. Après
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- un polissage de la face exte'rieure et un émaillage au leur en noir ou en couleurs, la jante est terminée et prête à être livrée au monteur de roues. Celui-ci reçoit en même temps le moyeu taraudé, les rayons de longueur exacte et filetés. Il met d’abord tous les rayons en place, puis c’est à l’aide de tâtonnements qu’il arrive en serrant ou desserrant les rayons à mettre la jante dans un plan perpendiculaire passant par le milieu du moyeu qui est la position mathématique qu’elle doit avoir.
- — A suivre. — GaSTOX CoUNIÉ.
- EXPÉRIENCES D’ÉLECTRICITÉ
- c nu BUSE source d’électricité
- COM MU X1 CATION TÉLÉPHONIQUE SANS LICNE SPÉCIALE
- Nous avons remarqué que si l’on attache un fil à une conduite (le gaz et un autre fil à une conduite d’eau et qu’on relie ensuite ces deux fils à un téléphone, on constate, par le bruit qui se produit dans l’gppareil à la fermeture et à l’ouverture du circuit ainsi constitué, qu’il existe un assez fort courant électrique. Pour le mesurer, nous avons remplacé le téléphone par un galvanomètre et la déviation correspond, autant que nous avons pu du moins nous en rendre compte avec les appareils de mesure assez primitifs dont nous disposions, à un quart de volt environ. Ce qu’il y a de remarquable surtout dans ce courant, c’est sa constance; l’aiguille du galvanomètre est restée, en effet, à peu près stationnaire pendant un an, variant d’un ou deux degrés à droite ou à gauche dans l’espace de chaque jour. Dans les premiers temps de notre expérience, nous avions pensé d’abord avoir constaté là l’existence du courant tellurique;-mais en présence d’une aussi grande constance, nous pensons plutôt maintenant qu’il s’agit d’une vérilablc pile dont les conduites d’eau et de gaz formeraient les éléments d’une très grande surface qui sont lentement attaqués par les milieux dans lesquels ils sont plongés. Le pôle positif est à la conduite d’eau et le négatif à celle du gaz. Nous avons répéfé l’expérience avec succès dans plusieurs maisons de Paris et de province; mais il n’y a aucun courant dans celles où accidentellement les conduites d’eau et de gaz se trouvent en contact intime. Chez nous-mème, le courant a disparu depuis deux mois environ à la suite de l’installation du gaz faite à cette époque dans un appartement; il est probable que les ouvriers ont établi inconsciemment un contact entre les deux conduites; nous n’avons pu nous en rendre compte. Quoi qu’il en soit, l’expérience est intéressante et facile à tenter ; tous ceux de nos lecteurs qui ont un galvanomètre un peu sensible ou mieux un simple téléphone pourront rechercher l’existence de ce courant. Est-il utilisable? A peu de chose probablement vu son peu d’intensité. Cependant il serait facile d’imaginer, avec un interrupteur automatique, une sorte de petit moteur qui tournerait ainsi indéfiniment, ou du moins tant qu’une cause fortuite comme celle qui s’est produite chez nous ne viendrait pas supprimer le courant; ce mouvement pourrait peut-être même être utilisé par un mécanicien habile pour faire marcher une petite horloge. Il résulte dans tous les cas de cette expérience que les conduites d’eau et de gaz sont dans un état d’isolement relatif la plupart du temps, et cela nous a amené à nous demander si l’on ne pourrait pas les utiliser* comme fils conducteurs pour des communications téléphoniques; cette manière de
- voir s’est confirmée et nous avons pu causer, sans autre ligne que ces deux conduites, depuis notre appartement jusqu’à celui d’un de nos amis habitant la même rue à six maisons plus loin.
- L’expérience était disposée d’une façon très simple : chez nous trois piles au bichromate (pile bouteille de 1/4 de litre) et un microphone simple dans le circuit (sans bobine d’induction); à l’autre appartement, le téléphone relié aux deux conduites. Un article de journal lu chez nous a été parfaitement compris par notre correspondant. Nous avions depuis étendu l’expérience : le microphone étant placé derrière le piano, on pouvait entendre la musique dans plusieurs maisons de la rue et d’une rue voisine; dans toutes les maisons et à chaque appartement probablement on aurait pu en faire autant... c’est la concurrence déloyale au théàtrophone ! U y a un moyen simple de se rendre compte si l’expérience doit réussir ou non : on installe chez soi une petite bobine d’induction donnant 5 à 5 millimètres d’étincelle et on attache les extrémités de son fil induit aux conduites d’eau et de gaz. Ensuite, muni d’un téléphone, on se rend dans les différents endroits où l’on soupçonne que la communication peut être établie et là on relie son téléphone aux mêmes conduites; aussitôt on doit entendre le ronflement produit par le marteau de la bobine.
- Au cours de ces expériences, nous avons souvent entendu dans le téléphone les signaux Morse et même la sonnerie du bureau télégraphique situé dans la rue voisine; cela n’a rien (l’étonnant, puisque probablement ce bureau prend la terre de son poste à la conduite d’eau sur laquelle nous avions relié notre téléphone; mais nous signalons le fait parce qu’on pourrait, croyons-nous, si l’on y était intéressé, recevoir ainsi d’une façon indiscrète des communications télégraphiques en lisant au son, comme savent le faire beaucoup de télégraphistes; le fait étant connu, on peut y chercher remède, si le service compétent trouve que cela en vaut la peine. G. Maresciial.
- ILYUTES PRESSIONS ATMOSPHÉRIQUES
- Les plus hautes pressions barométriques ont été notées jusqu’à présent dans la .Sibérie occidentale. AL Alexis de îillo a récemment fait savoir à l’Académie des sciences qu’elles viennent d’être surpassées par celles qui ont été observées à Irkoutsk, dans la Sibérie orientale. Pendant quatre jours, du 12 au 16 janvier 1895, le baromètre est resté au-dessus de 800 millimètres, comme ou pourra en juger d’après le Tableau suivant :
- 1895. 12 janvier, 1 b. soir. 798mm,4 — 51°,7 Celsius.
- 9 — 804ram,6 — 40»,6 —
- — 15 — 7 II. matin. 805“m,7 — 45», 1 —
- 1 li. soir. 805mni.5 — 55°, 4 —
- 9 — 800mm, 2 — 41», 7 —
- — 14 — 7 h. matin. 807m,n,5 — 46®,3 —
- 1 h. soir. 805""“, 8 — 57», 5 —
- 9 — 81IV"m,9 — 40»,5 —
- — 15 — 7 h. matin. 805mra,7 — 45»,9 —
- 1 h. soir. 805mm,0 — 55»,9 —
- 9 — 804mm,2 — 58»,1 —
- — 16 — 7 h. matin. 802“®,4 —- 54°, 0 —
- 1 h. soir. 799mm,0 — 24», 7 —
- Ces observations se trouvent enregistrées dans le Bulletin météorologique de VObservatoire de Saint-Pétersbourg (rédigé par Al. IL Wild). Le baromètre est réduit ait niveau de la mer et à la pesanteur normale. La valeur de 807mm,5 est donc la valeur la plus élevée que l’on connaisse.'
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- LA .NAT LUE.
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- PHYTOPTOSE DE LA YIGNE
- L'Erinose, affection produite sur la vigne par un acaricn [Phytoplus vilis) de la famille des Tétrany-cidés, est connue de tous les viticulteurs. Mais tous ne s’en font pas une idée très exacte, tous ne connaissent pas le cycle biologique de l’animal qui la produit.
- Malpiglii avait déjà observe les galles de la vigne, les phyloptocëcidies ; mais il les regardait comme une altération propre de la plante. Après lui, Bulliard, Persoon, Fries, Schrader, Ilrongniart, etc., émirent l’idée de parasitisme: pour ces savants, les poils qui tapissent les galles étaient des champignons particuliers (.Erineum, Phyllerium, etc.). Ce n’est qu’en 1850, que Siebold signale, dans les poils qui constituent les érineums et qu’il appelle des excroissances chevelues, les acariens qu’il décrit en insistant sur quelques caractères non mentionnés par Turpin et Dugès. 11 crée, pour ces acariens, qui, dans son opinion, conforme en cela à celle de Dugès, ne sont que des larves inconnues dans leur état adulte, le genre Eriophyes.
- L’année suivante, Dujardin attaque cette manière de voir. Pour lui, ce ne sont point des larves, ce sont des adultes, pour lesquels il propose le nom de Phytoplus (mite des plantes), indiquant par là qu’ils sont a véritablement et exclusivement parasites des végétaux vivants ». Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.
- Landois et Thomas se sont également occupés de l’Lrinosc et de sa cause. Mais le premier de ces auteurs a eu le grand tort de s’attribuer la découverte du Phytoplus qu’il appelle Phytoplus vitis miiii; son travail, en elfet, a paru treize ans a [très celui de Dujardin. Quant à Thomas, il porte surtout son attention sur les formes d’érineums particulières à chaque plante (tilleul, saule, coudrier, etc.) ; pour lui, toutes les productions anormales qu’il étudie « ont pour cause Phytoplus ». S’il ne s’occupe point de l’espèce, il fait cependant observer que, au lieu d’appeler Phytoplus l’acarien des galles, Dujardin aurait dù lui donner le nom de Phytocoptesb
- Donnadieu, enfin, accepte ce dernier nom et le considère comme le seul capable de définir l'état pathologique des végétaux attaqués par les acariens. Nous conserverons néanmoins l’ancienne dénomination de Dujardin et nous appellerons Phytoptose l'affection encore désignée aujourd’hui sous le nom impropre d’Erinose.
- En résumé, les poils qui tapissent les galles ou cécidies de ia vigne ne sont ni des champignons parasites, ni des poils ordinaires altérés dans leur forme ; ce sont de simples hypervégétations des cellules épidermiques déterminées par une action "spéciale, et cette action est exercée par un aca-
- 1 Phytocoptes, de cpvtov, plante, et xÔ7rr«, je coupe. — Cette étymologie nous rappelle celle du mot vulgaire copsi, •mtr dans le Jura pour désigner l'Erinose.
- rien que comprend une espèce toute particulière.
- Cet acaricn, à métamorphoses, appartient au genre Phytoplus, Duj. et à l’espèce Phytoptm vitis, Land. A l’état parfait, il a le corps ovale, allongé, plus long et plus large chez la femelle que chez le mâle, sans distinction de céphalothorax ni d’abdomen (lig. G et 7). La peau n’est unie que sur quelques pièces de la bouche et sur l’extrémité des pattes. Partout ailleurs, elle présente des stries, qui résultent d’un plissement. Les pattes, au nombre de deux paires antérieures et postérieures rapprochées mutuellement, sont formées de sept articles. L’avant-dernier porte toujours, sur le coté dorsal et externe, un très long poil qui dépasse plus ou moins toutes les autres parties du membre (lig. 11). L’article terminal est pourvu de deux crochets ; chacun de ces crochets est double, plus ou moins arqué et terminé par une pointe effilée. A la base des crochets sont insérés des poils earonculés à leur extrémité et jouant le rôle A’ambu lac res.
- Le rostre forme, en avant du corps, une pointe conique assez grosse, mobile et susceptible de s’abaisser verticalement vers la face inférieure ou de s’étaler horizontalement au devant du corps. Les figures 9 et 10 donnent les détails des mandibules de l'insecte et s’expliquent par les légendes qui les accompagnent. La partie antérieure du corps est avancée en un épistome saillant (a, fig. 9) qui protège l'armature buccale. Au-dessous de F épistome sont deux mandibules d’une seule pièce (b, lig. 9), armées d’un crochet à leur extrémité. Entre les deux mandibules sont les deux mâchoires (c, fig. 9) en forme d’acicules très allongés, portant à leur base une ligule longue et barbelée extérieurement à son extrémité, de petites dentelures dirigées en arrière. Enfin, au-dessous, se trouve la lèvre (d, fig. 9) en gouttière et munie de deux gros palpes (e, fig. 9) qui forment les organes les plus volumineux et les plus saillants du rostre. Ces palpes, pluriarticulés, ont à leur extrémité des spinules et un crochet dirigé en dedans (fig. 10).
- Dans l’état actuel de la science, il est assez difficile de décrire l’appareil digestif du Phytoplus. Il est probable qu’il offre beaucoup d'analogie avec celui des Tètranytjues tisserands. Quoi qu’il en soit, appareil digestif et appareil circulatoire sont confondus en un seul et môme organe où la matière alimentaire s’élabore, devient élément nutritif et est éliminée après avoir accompli son rôle : il y a donc phté-bentërisme. L’appareil respiratoire est constitué par des trachées qui aboutissent à un stigmate dorsal et médian, situé à la partie antérieure du corps (fig. 8).
- Une fois fécondées, les femelles peuvent pondre successivement un certain nombre d’œufs.
- Les œufs de Phytoplus sont sphériques (fig. 1) et entourés d’une membrane ehitineuse. Lorsque le développement est terminé et que l’œuf est prêt à éclore, il se produit sur celte membrane un sillon circulaire suivant lequel s’opère la déhiscence. Au moment de leur naissance, les larves sont tétrapodes. Très curieux sont les changements (métarnor-
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- phoses) par lesquels passent ces larves pour devenir des Phytoptus adultes. Suivons-les depuis le départ de la végétation.
- Au printemps, on trouve les Phytoplus à la face inférieure des feuilles de vigne. La femelle fécondée pique les feuilles et déverse dans la déchirure qu’elle produit, le liquide sécrété par ses glandes spéciales. Sous l'influence de la piqûre, les cellules de l’épiderme se modifient et deviennent des poils allongés qui s’hypertrophient et s’entortillent. L’ensemble de ces poils hypertrophiés forme un véritable feutrage qui s’accroît en même temps qu’il brunit, au furet à mesure que la cellule épidermique, devenue un long poil, meurt. L’épiderme inférieur est bientôt détruit sur une assez grande étendue, tandis que l’épiderme supérieur, gêné dans son développement, se soulève, se boursoufle pour former le gaufrage caractéristique de l’Erinose.
- Par ses piqûres, la femelle provoque donc un mouvement érinéogène qui permettra à la larve naissante de trouver un abri. Elle dépose son œuf au voisinage de ces piqûres et, lorsque les érineums commencent à se former, cet œuf éclôt. Il donne naissance à une première larve tétrapode de forme allongée (fig. 4). C’est cette larve tétrapode qui a été appelée successivement Phytoptus, Erio-phyes, Phytocoptes et décrite comme un animal adulte.
- Une particularité curieuse consiste en ce que la larve tétrapode, nullement sexuée, pond des œufs d’où sortent des larves semblables à elle-même. Cette parthenoyénésie est comparable à celle du phylloxéra.
- Après avoir vécu tout l’été dans les érineums, les larves de Phytoptus s’enkystent (fig. 2) et, vers la fin de l’automne, on trouve dans les galles des kystes de forme particulière. Ces kystes, qui s’ob-
- servent également à l’aisselle des bourgeons et dans les gerçures des sarments, sont ovoïdes ; ils sont fixés aux organes par leur petit bout qui joue alors le rôle d’un pédicule. Les larves renfermées dans ces kystes ont le rostre tourné vers le pédicule. Les kystes les plus nombreux s’observent dans les bourgeons et dans les gerçures du bois ; ce sont eux qui perpétuent l’espèce, les kystes foliaires se détruisant après la chute des feuilles.
- La larve primitive se transforme pendant l’hiver ; ses membres postérieurs apparaissent au nombre de deux, la bouche prend plus de consistance; au printemps suivant, à la déhiscence du kyste, sort une larve hexapode (fig. 5, et 5) qui se développe et donne naissance à l’adulte sexué chargé de recommencer le cycle. La larve hexapode se développe rapidement. Les jeunes feuilles sont à peine étalées qu’on voit déjà courir sur leur face inférieure une quantité considérable de Phytoptus.
- Aussitôt que les nouvelles femelles sont fécondées, elles piquent les feuilles pour y déterminer les mouvements éri-néogènes que nous connaissons déjà; mais les deux sexes de cette forme adulte ne tardent pas à disparaître pour faire place à une nouvelle génération tétrapode. C’est ce qui explique la rareté des Phytoptus à l’état parfait.
- Tel est le cycle biologique du Phytoptus vitis. Y a-t-il lieu de s’inquiéter beaucoup de l’altération qu’il produit sur la feuille de la vigne? Non. Cette altération, qui entrave la respiration et, par conséquent, la nutrition du végétal, se combat facilement au moyen de pulvérisations et de badigeonnages. Aussi bien, la Phytoptose est-elle plus intéressante pour le naturaliste que pour le viticulteur.
- A. Picaud
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- Fig. 1 à 12. — Phytoptus vitis. — 1. Œufs nouvellement pondus. — 2. Kyste où s’enferme la première larve. — 5. Le même au moment où il s’ouvre pour l’éclosion. — 4. Larve tétrapode. — 5. Larve hexapode. — 6. Adulte mâle. — 7. Adulte femelle. — 8. Corps du mâle montrant l’appareil respiratoire.— t). Bouche; a, épistome; b, mandibules montrant leur crochet renversé ; c, mâchoires aciculaires; fl, lèvre inférieure ; e, palpes labiaux; f, ligule.—
- 10. Extrémité d’un palpe labial montrant son crochet et ses spinules. —
- 11. Extrémité d’une patte avec son long poil, ses crochets et ses ambulacres. — 12. Extrémité ventrale du corps de la femelle (fente cloacale).
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- LE PLAN INCLINÉ AUTOMOBILE
- DK IA l'KNSYKVANIA KAILHOAI) COMI'ANY, A NKW-YOllK
- La Nature a donné récemment1 le principe du curieux plan incliné automobile projeté pour la gare de Cortland Street de la Remylvania liailroad C°, à New-York. Nous compléterons aujourd’hui ce qui a été dit à ce sujet, en donnant une vue générale et une coupe de cette installation originale, d’après les dessins qui viennent de nous être communiqués.
- L’idée de créer des chemins automobiles transportant les piétons d’un point à un autre est en germe depuis une dizaine d’années. Le Scientifie American donna tout d’abord une ébauche de cette conception : elle consistait à établir sur un viaduc en fer un ta-
- blier roulant sur des galets et formant un circuit fermé. La question en resta là jusqu’en 4886. A cette époque, M. Eugène Ilénard, l’architecte distingué de la Ville de Paris, frappé par le grand développement et la dissémination des surfaces de l’Exposition universelle de 1880, étudia et présenta un projet pratique de plate-forme mobile : placée sur une chaîne continue de 520 wagonnets dissimulés dans une petite tranchée, cette plate-forme devait desservir le Champ de Mars et ses abords. M. Joseph J. Butcher, de Newcastle, travaillait en même temps le même problème sous le nom de Hydraulic-Wheelway. Enfin, MM. J.-L. Silsbeeet Max E. Schmidt, des Etats-Unis, ont combiné les deux systèmes précédents en vue d’un projet qui doit être réalisé cette année pour l’Exposition universelle de Chicago.
- Plan incliné automoteur de la gare de Cortland Street, à New-York.
- N” 1. Coupe-perspective du plan incliné et de sa main courante automobile. — N* 2. Vue générale de l’installation.
- En attendant que les trottoirs mobiles, issus de ce principe, se fassent adopter dans nos grandes villes, ce qui paraît vraisemblable dans certains cas spéciaux, le plan incliné de la Remylvania Railroad C° fournit une solution intermédiaire appelée à des applications plus immédiates, car elle répond à des besoins mieux définis. Nos grandes gares urbaines voient leurs escaliers d’accès assaillis presque constamment par des foules nombreuses et entassées sur lesquelles ils produisent des mouvements de ralentissement fâcheux. Supposons que ces foules trouvent, à point nommé, sous leurs pas, des plans inclinés mobiles les déversant sans fatigue et sans J’intermittenee inévitable due au fonctionnement vertical des ascenseurs, à 6, 8 ou 10 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la voie publique : voilà
- 1 Yoy. n° 1013, du ‘20 octobre 1892, p. 339.
- tout le mouvement régularisé, l’ordre réalisé et la foule satisfaite.
- Tel est le programme général du plan incliné automoteur de la gare de Cortland Street. 11 aurait, connue le prophétisait notre précédente Note de La Nature, un bien grand succès à Paris, par exemple, à la gare Saint-Lazare, dans celte gare parisienne par excellence qui, à l’occasion d’un Grand Prix à courir, d’une Revue à voir défiler, d’un sourire de soleil printanier, voit une centaine de mille de visiteurs prendre d’assaut ses salles d’attente dans lesquelles on n’attend jamais.
- C’est l’ingénieur J.-W. Reno qui a construit le plan incliné de New-York. Cet ascenseur incliné a une longueur de 13 mètres et relie deux étages dont la différence de niveau est de 6 mètres; il est actionné par l’électricité, cela va sans dire, car le moteur électrique est, par excellence, souple et obéissant ;
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- de plus, il ne consomme d’énergie que pendant son fonctionnement.
- La vitesse continue n’est que de 21 mètres par minute ou 55 centimètres par seconde : elle a été soigneusement étudiée en vue de ne pas produire une transition trop brusque dans l’allure des adultes, tout en permettant aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées de se laisser emporter sans accident par le terrain mobile. Une chute sur le plan incliné, dans ces conditions, serait parfois comique, mais ne serait jamais dangereuse.
- Au bas de sa course, l’ascenseur est relié au sol par une languette fixe sous laquelle il se dissimule sans aucun interstice dans lequel puisse s’engager le pied : il vous cueille au passage, vous emporte et vous dépose en haut sans que l’on s’en aperçoive en quelque sorte. Met-on la main sur la rampe, elle est mobile, aussi, comme le fait comprendre notre dessin, d’un mouvement absolument solidaire de celui de la plate-forme : vous devenez « la chose » de l’ascenseur qui vous enlève comme le ferait un hercule dans ses bras.
- Est-ce à dire, comme ne manqueront pas de l’objecter quelques esprits chagrins, (pie la génération nouvelle n’aura {dus l’occasion de marcher, d’exercer ses jarrets et que l’ascenseur continu de New-York soit un raffinement d’une civilisation exagérément progressiste?
- Nous ne le croyons pas. La mécanique et l’électricité, qui se secondent mutuellement d’une façon merveilleuse, tendent simplement à se vulgariser et à pénétrer dans les usages pour répondre aux besoins d’une activité intelligente qui n’admet plus les pertes de temps et qui demande à la Science de la préserver des fatigues inutiles. C’est en agissant vite, dans le temps le plus court possible, que l’habitant de nos grandes villes peut seulement conquérir quelques heures de repos.
- Le mouvement des voyageurs dans nos gares de chemins de fer est la caractéristique de cette tendance. De 87 542 000 qu’il était en 1800, à la veille de l’Exposition universelle, le nombre de voyageurs transportés passe, en 1889, à 245051 801. Dans ce chiffre, la banlieue de Paris occupe une place importante; nos grandes gares de Paris ont beau s’étendre sans cesse, elles suffisent à peine à recevoir et à déverser la foule toujours croissante que des habitudes nouvelles pressent à leurs guichets. Que sera-ce lorsque la création d’un réseau métropolitain, depuis si longtemps réclamée, donnera à toute cette activité l’organe indispensable qu’elle réclame ! Dans ces conditions, l’étude et la création d’un outillage nouveau de transport et d’accès s’impose. C’est au moyen d’ascenseurs continus et de {dans inclinés automobiles que les voyageurs s'embarqueront peut-être un jour dans les trains électriques, lesquels les emporteront à la vitesse de 150 kilomètres à l’heure dans une banlieue qui s’appelle aujourd’hui la province. MaxiDe Nansouty.
- NÉCROLOGIE
- Richard Owen. — Le grand naturaliste anglais Richard Owen, dont le nom restera placé dans l’histoire à côté de ceux de ses illustres concitoyens Lyell et Darwin, a élé récemment enlevé à la vie et à la science, dans sa quai revingt-neuvième année. Né au commencement de ce siècle à Lancaster, il lit ses études de médecine à Edimbourg, et l’anatomie devint l’objet de prédilection de ses travaux. Il quitta l’Université de cette ville en 1826, et vint à Londres; il ne tarda pas à devenir membre du Royal College of surgeons, et se proposa d’entrer dans la marine. 11 n’en fit rien, fort heureusement pour la science, et il commença à publier les mémoires qui devaient illustrer son nom. En 1856, Owen remplaça sir Charles Bell dans la chaire d’anatomie et de physiologie du collège des chirurgiens, et il fut nommé conservateur du musée Iluntérien et professeur au collège de limiter. Il remplit ces deux chaires jusqu’en 1853; il travailla activement au catalogue de la collection huntérienne et donna, pendant celte période, un grand nombre d’articles sur les sujets les plus importants : « l’archétype et les homologies du squelette vertébré, la nature des membres, la parthénogénie, les reptiles fossiles d’Angleterre, les grands oiseaux fossiles de la Nouvelle-Zélande, les mammifères fossiles d’Australie, etc. )) U agrandit démesurément le champ ouvert par Cuvier; les colonies lointaines de l’Angleterre, les Etats-Unis lui fournirent des documents faits pour éclairer d’un jour nouveau le plan organique delà nature. Tous ces travaux sont marqués par une précision rigoureuse et par une grande profondeur de vues. Les espaces ne lui furent point ménagés pour l’installation et le classement de collections, bien connues de tout le monde savant. La liste des mémoires qui sortirent de sa plume e>t d’une abondance extraordinaire. « Owen, dit M. A. Vernier auquel nous empruntons ces appréciations biographiques, étendit en tous sens le domaine de la biologie; il tomba cependant, dans la dernière partie de sa vie, dans une sorte de défaveur; élève et ami de Cuvier, il n’épousa point les idées do Darwin sur l’évolution graduelle des espèces. La jeune école consentit bien à admettre la grandeur des services qu’il avait rendus dans l’anatomie comparée, dans diverses branches de la paléontologie, mais elle finit par le laisser dans une sorte d’isolement. Des controverses assez âpres éclatèrent à diverses reprises entre lui et Huxley. Bien que l’ensemble de ses idées ne fût point d’une manière positive défavorable à l’idée de l’évolution organique, que sa création favorite de ce qu’il nommait les archétypes put au fond fournir quelques arguments à la doctrine darwinienne, Owen doit rester comme un des plus grands et des derniers représentants de l’école qui faisait de l’exacte et étroite définition de l’espèce la base immuable de toute classification naturelle. »
- CHRONIQUE
- Projet de transmission de foree motrice. —
- Une tentative des plus intéressantes doit être faite prochainement en Angleterre, d’après un projet conçu par MM. Thwaitect Swinburne, pour une transmission de force motrice à longue distance et dans des conditions nouvelles. La force motrice serait produite dans les charbonnages mêmes, c’est-à-dire à la sortie des puits où le charbon est à bon marché, et transmise dans les grandes villes
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- industrielles au moyen de courants alternatifs de haute | tension. À l’appui de ce vaste projet qui, pratiquement, n’oflre rien d irréalisable, les auteurs ont fait valoir de sérieuses considérations. La distance entre les charbonnages du "Yorksliire, où serait installée le première station génératrice, cl Londres, n’est que de 150 kilomètres ; le prix de revient ne serait qu’une minime partie du prix de vente et laisserait une marge considérable ; enliu, on pourrait utiliser la puissance transportée dans de nombreuses villes manufacturières situées entre les deux points extrêmes de la transmission. Deux importantes maisons de constructions électriques de Suisse seraient disposées à soumissionner pour cctle grande entreprise qui, si elie réussit, pourra révolutionner les méthodes employées jusqu’ici pour alimenter de force motrice les exploitations industrielles. Il semble qu’en France, entre les charbonnages du Nord, où le combustible est très bon marché, et Paris, où la force motrice est si coûteuse, une entreprise analogue présenterait les mêmes chances de succès et de bénéfices.
- La production du manganèse au Caucase.
- — 11 y a quelques années, on découvrit à 40 kilomètres de la station de koirily, sur le chemin de fer transcaucasien, de riches gisements de manganèse d’excellente qualité, gisements ayant d’ailleurs l’énorme superficie de 217 kilométrés carrés. En 1879, un représentant de la maison Krupp tentait les premiers essais d’exploitation ; depuis lors le manganèse est transporté vers Loti et vers Daloum où l’on procède à son embarquement. En 1880, ou expédiait ainsi de ces ports 54 717 tonnes de manganèse; puis 59 552 en 1887, 51 919 en 1889 et 150 098 en 1890. C’est Poti qui est le grand centre de ce commerce, et la plus grande partie du minerai (les 2/5 environ) est envoyée en Angleterre. Mais les terrains de gisement appartiennent à un grand nombre de propriétaires, des paysans en général qui exploitent assez mal : aussi le minerai revient-il assez cher, le coût d’extraction varie de 5 à 5 francs la tonne; en outre les Irais de transport sont élevés. Quand le chemin de fer de Shorapau à Tcbialuri sera construit et que l’exploitation se fera mieux, ces gisements fourniront une énorme quantité de manganèse.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 fev. 1893. —Présidence z/cM.deLacaze-Dutiiieiis.
- La météorite de liiowa. — Malgré les nombreuses études des minéralogistes américains, les météorites decouvertes en 1880, auprès de Kiowa,aux États-Unis, étaient encore très incomplètement connues. M. Stanislas Meunier, professeur au Muséum d’histoire naturelle, en décrit plusieurs particularités nouvelles. Les plus remarquables sont relatives à certains échantillons dont toutes les parties originellement métalliques sont transformées en oxyde magnétique de fer. Cette métamorphose suppose la réaction de la vapeur d’eau sur le métal chauffé au rouge, et l’imitation artificielle n’a présenté aucune difficulté. Mais il est facile de comprendre que l’oxydation particulière dont il s’agit n’a pu s’accomplir sur le sol depuis la chute, ni durant la traversée de l’atmosphère au moment de l’arrivée du bolide. Elle a donc eu pour théâtre un milieu planétaire autre que la terre, où des jets de vapeur d’eau traversaient les fissures d’assises rocheuses partiellement métalliques et considérablement chauffées. En nous fournissant ainsi des données sur le globe même
- doit les météorites sont des débris, les masses métalliques de Kiowa apportent une confirmation nouvelle aux vues les plus larges de la géologie comparée.
- Amplification de photographies lunaires. — M. Faye montre de curieuses photographies de cratères lunaires obtenues à l’observatoire de Prague par l’agrandissement de photographies ordinaires. Le coefficient d’amplification est de 20. Grâce à cet artifice, on perçoit des détails fort peu sensibles sur la photographie originale, mais surtout on remarque sur les flancs des cratères un réseau de lignes extrêmement fines, complètement invisibles sur l’astre, même à l’aide des plus puissants objectifs. M. Faye ne présente d’ailleurs aucune hypothèse pour l’explication de ce singulier phénomène. H estime, au contraire, que la parole est aux géologues, et il ne parait point douter que ces apparences ne soient réellement le dessin de la surface lunaiie. Il remarque seulement que l’on ne distingue point trace de coulées de lave.
- Le ruthénium. — M. Troost présente au nom de M. Jolly un échantillon de ruthénium pesant deux kilogrammes. On sait que ce métal se trouve associé au platine avec l’iridium, le palladium, le rhodium et l’osmium. L’iridium et le palladium ont été étudiés par M. II. Sainte-Claire Deville; M. Jolly se propose de porter ses investigations particulièrement sur le ruthénium, l’osmium et le rhodium. Le ruthénium est un métal très dur et très cassant dont la densité est de 12. Il fond à la température donnée par l’arc éleclrique. M. Berlrand rappelle que les premiers prototypes fabriqués pour la Commission inlernationale du mètre furent après bien des discussions, recommencés parce qu’ils contenaient une faible quantité de ruthénium. La Commission s’était engagée à fournir des étalons de platine pur; elle ne voulut rien changer à ses engagements, bien que l’inaltérabilité de la substance étrangère parût parfaite, que sa dilatation et sa conductibilité fussent jugées très régulières. Cette reconstitution des étalons métriques ne coûta pas moins de cent mille francs.
- Archéologie préhistorique. — M. le baron de Baye lit un Mémoire sur divers objets présentés au Congrès de Moscou par un naturaliste russe, M. Savenkov. Ces objets proviennent de fouilles pratiquées par ce savant dans le bassin de Flénisséi, aux environs de Krasnoiarsk (Sibérie). On y remarque des os de mammouth fendus dans la longueur, sans doute pour en extraire la moelle, des os taillés ou gravés, des figurines grossières représentant des élans, et une sorte d’oiseau les ailes déployées. Les plus récents de ces premiers vestiges de l’industrie humaine sont de l'époque néolithique. Il y a aussi quelques pierres taillées.
- Varia. — M. Berthelot présente, condensé en un petit volume, un résumé de ses leçons de calorimétrie chimique. — M. Raphaël Blanchard décrit une tortue terrestre du Chili. — M. Daubrée donne, d’après le Mémoire d’un ingénieur espagnol, une description d’un appareil élévatoire datant de l’époque de Charles-Quint, au moyen duquel les eaux du Tagc étaient amenées à Tolède. Cet appareil fut installé pour remplacer un aqueduc romain alors détruit qui allait chercher les eaux des sources situées à une distance de 55 kilomètres. — M. Etard a étudié les aldéhydes du ter-pène. — M. Calmelle, médecin de la marine en résidence à Saïgon, envoie un travail intitulé Recherches expérimentales sur le venin des serpents de l’espèce Cobra et Naga. Ch. de Yilleheuil.
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- LA NATURE.
- LE CYPRES GEANT DE
- Le Cyprès géant de Saint-Remy de Provence (Bouches-du-Rhône), appartient à l’espèce pyramidale, ou Cupressus sem-pervirens, apportée jadis de Crète et si répandue dans la région méridionale de la vallée du Rhône.
- On se sert, en Provence, du Cyprès pour faire des haies très serrées et protéger les plantations contre les ravages du vent du nord. Le Cyprès de Saint-Remy, situé dans la propriété de M. Blain, représente, par son port majestueux, ses dimensions colossales, un type peut-être unique en Europe; nulle part en Orient, ni à Brousse, ni dans lecimetière d’Eyoub, où l’on prétend que se trouvent les plus beaux Cyprès de la Turquie, nous n’en avons vu de comparables. Le de Saint-Remy mesure 19™,20 de hauteur; sa largeur, à 1 mètre du sol, est de5l",20 ; son feuillage, à o mètres de terre, couvre un espace de 53 mètres, et l’on peut mettre à l’abri de son ombre deux grandes charrettes chargées de loin. Le mistral l’a légèrement incliné, sans pourtant, ainsi que l'on peut s’en rendre compte, par nos gravures, lui avoir rien enlevé de son port gracieux. Le Cyprès étant un arbre très lent à croître, à cause de la dureté de scs fibres et de son bois imputrescible, on peut attibuer au Cyprès en question de 600 à 700 ans d’existence. Dans son Dernier roi d'Arles, Amédée Pichot attribue au Cyprès de Saint-Remy une origine tout à fait historique. 11 aurait été planté sur la tombe de Passeroun, le cheval légen-
- (bouches-du-rhône)
- daire de Dragonet de Montdragon. Nous ne pouvons mieux faire que d’en citer quelques lignes :
- « Dragonet aida le paysan du mas à transplanter sur la tombe de Passeroun un jeune cyprès qui fut entouré d’une barrière de roseaux entrelacés. Ce cyprès, dont le tronc noueux res-semble à un énorme faisceaux de serpents, atteste encore aujourd’hui la renommée du coursier-fée. Arbre sacré comme les ormeaux de Bavieça, c’est la merveille du pays. Sa vieillesse robuste a défié les siècles ; en vain la foudre l’a frappé, il a caché sous un nouveau feuillage les cicatrices de la foudre; en vain une hache ennemie a mutilé quelques-uns de ses rameaux, ils sont repoussés plus nombreux1. »
- Le Cyprès est un arbre connu de toute antiquité, et il jouissait d’une grande réputation chez les Grecs et les Romains. Les médecins, dans l’antiquité, envoyaient les personnes atteintes d’affections de poitrine dans l'ile de Crète où cet arbre était très abondant; il passait pour avoir la propriété de purifier l’air par ses émanations balsamiques. Son bois était considéré comme incorruptible, et les grands personnages étaient enfermés après leur mort dans des cercueils de cyprès.
- 1 D’après une communication de M. Hubert Yitalis, à Lodève (Hérault).
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissam>ii;is.
- LES ARBRES EXTRAORDINAIRES
- SAINT-REMY
- Taris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- NOUVEAU FOUR ELECTRIQUE. ------ ACTION D UNE HAUTE TEMPERATURE SUR LES OXYDES METALLIQUES.
- PRÉPARATION DU CARBONE SOUS UNE FORTE PRESSION. — PRODUCTION DES MÉTAUX RÉFRACTAIRES.
- Fig. 1. — Le Liljoratoire d’électricité du Conservatoire des arts et métiers à Paris, avec la disposition du fourneau électrique de JI. Henri Moissan.
- M. Henri Moissan, dont le nom est devenu cc'lèbre depuis ses remarquables travaux sur le fluor, vient de réaliser une série d’expériences mémorables, en utilisant les températures extraordinairement élevées que lui a données l’emploi d’un four électrique de grande puissance.
- Nous forons remarquer que le feu est un des agents les plus précieux du chimiste; à mesure que l’on a su produire des températures plus élevées,des résultats nouveaux ont été obtenus et ont permis notamment de produire la fusion de corps qui passaient auparavant pour réfractaires.
- 21' auurê. — 1er semestre
- Nous avons déjà parlé du fourneau électrique de Siemens et de ceux qui ont permis à M. Cowles de
- fabriquer l’aluminium par l’é-lectrolyse1. M. Henri Moissan ayant eu besoin, dans le cours de ses belles recherches , de soumettre des corps à une température très élevée, a utilisé la chaleur fournie par l’arc électrique.
- Il a d’abord construit un premier appareil qui lui donnait une tem pérature de 2250°, puis un second qui permettait d’obtenir 2500°. .Enfin il a
- pu entreprendre une troisième série d’expériences au 1 Voy. n° 958, du 23 mai 1891. p. 587.
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- Fig. 2. — Le tourneau électrique de M. Henri Moissan, représenté ouvert après une expérience.
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- LA NATURE.
- Conservatoire des arts et métiers dont le laboratoire d’électricité a été mis à sa disposition par le directeur, M. le colonel Laussedat. Nous représentons ci-contre la disposition adoptée par M. Moissan pour ses expériences (fig. 1 ). Sur le premier plan de notre gravure, on aperçoit le fourneau électrique; derrière l'appareil, se trouvent La machine à vapeur de 50 chevaux et la machine dynamo qu’elle actionne. Le courant passe dans les charbons qui traversent le fourneau, l’arc obtenu dans ces conditions a une intensité de 450 ampères avec une différence de potentiel de 70 volts. La température mesurée par M. Violle est d’environ 5000°. D’après les belles recherches de ce savant, la température de l’arc atteindrait 5500° au pôle négatif, et correspondrait à la température de volatilisation du carbone.
- Notre figure 2 représente le four au moment où le couvercle vient d’en être retiré après l’opération. Cet appareil est formé de deux briques bien dressées, de chaux, appliquées l’une sur l’autre. La bri-
- Fig. 3. — Les diamants artiiiciels de M. Moissan vus au microscope.
- que inférieure porte une rainure longitudinale qui reçoit les deux électrodes; au milieu se trouve une cavité dans laquelle on place un petit creuset de charbon de cornue renfermant la matière qui doit être calcinée. Quand il s’agit de réduction d’oxydes, puis de fusion de métaux, on utilise des creusets de plus grand format, et une ouverture cylindrique, ménagée au milieu de la brique supérieure, permet de laisser tomber de temps en temps dans le four de petites gargousses formées par le mélange comprimé d’oxyde et de charbon.
- Lorsque nous avons eu l’habitude de manier ce four électrique, dit M. Henri Moissan, nous avons pu produire un certain nombre de réactions nouvelles que nous allons résumer à grands traits. Dès que la température est voisine de 2500°, la chaux, la strontiane, la magnésie, cristallisent en quelques minutes. Si la température atteint 5000°, la matière même du four, la chaux vive, fond et coule comme de l’eau. À celte même température, le charbon réduit avec rapidité l’oxyde de calcium et le métal se dégage en abondance; il s’unit avec facililé aux charbons des électrodes pour former un carbure de calcium, liquide au rouge, qu’il est facile de recueillir. Le sesquioxyde de chrome, l’oxyde magnétique de fer sont fondus rapidement à la température de 2250°. Le sesqui-
- oxyde d’uranium, chaullé seul, est ramené à l’état de protoxyde noir cristallisé en longs prismes. L’oxyde d’uranium, qui est irréductible par le charbon, aux plus hautes températures de nos fourneaux, est réduit de suite à la température de 5000°. En dix minutes, il est facile d’obtenir un culot de 120 grammes d'uranium. Les oxydes de nickel, de cobalt, de manganèse, de chrome sont réduits par le charbon, en quelques instants, à 2500°. C’est une véritable expérience de cours, n’exigeant que dix à quinze minutes.
- M. Moissan a réussi, au moyen du puissant matériel que nous faisons connaître, à obtenir la fusion et la cristallisation de la plupart des oxydes métalliques; il a reconnu que sous l’action d’une haute température, variant entre 2000° et 5000°, la magnésie, la chaux, la strontiane cristallisent, puis fondent avec rapidité ; l’acide borique, le protoxyde de titane, l’alumine sont volatilisés et les oxydes de la famille du fer, stables aux hautes températures, fournissent des masses fondues, hérissées de petits cristaux.
- Ces résultats importants n’étaient que le prélude d’expériences plus remarquables encore, qu’allait réaliser le savant praticien, et qui devaient le conduire à préparer du carbone sous une forte pression et à obtenir la production artificielle du diamant.
- VL Moissan, après avoir étudié la solubilité du carbone dans un certain nombre de métaux en fusion, tels que le magnésium, l’aluminium, le fer, le manganèse, le chrome, l’uranium, l’argent, le platine, et dans un métalloïde, le silicium, a réussi à obtenir par fusion, dans un de ces métaux, des variétés nouvelles de graphite, mais il n’est arrivé à produire le carbone cristallisé ou diamant qu’en exécutant ses expériences sous forte pression.
- Lorsque l’on sature de carbone le fer en fusion, on obtient, par le refroidissement, des résultats différents suivant la température à laquelle la masse a été portée. Si l’on ne chauffe qu’à î 100° ou 1200°, il se produit un mélange de charbon amorphe et de graphite, et à 5000° il ne se fait exclusivement que du graphite -ett-irès_beaux cristaux. Si l’on fait intervenir une forte pression, les conditions de la cristallisation changent complètement.
- Voici comment M. Moissan obtient l’effet nécessaire. 11 fait fondre le métal dans le four électrique, à la température de 2000° à 3000° et, après y avoir introduit le carbone, il refroidit brusquement le métal en le plongeant dans l’eau.
- Le métal employé consiste en fer doux (150 à 200 grammes); quand le métal est liquide, on y introduit un cylindre de fer doux préparé à l’avance et dans lequel se trouve comprimé du charbon de sucre. Gela fait, le creuset est aussitôt sorti du four et trempé dans un seau d’eau. On détermine ainsi la formation rapide d’une couche de fer, et, lorsque cette croûte est au rouge sombre, on retire le tout de l’eau et on laisse le refroidissement se terminer à l’air. Le culot métallique, traité par les acides, laisse en résidu Dois espèces de charbon : du gra-
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- phi te en petite quantité', quand le refroidissement a été brusque, un charbon de couleur marron en lanières très minces; enfin, il s’est formé une faible quantité d’un carbone assez dense qui est isolé par des traitements à l’eau régale à l’acide sulfurique bouillant et à l’acide fluorhydrique. Les petits fragments très petits rayent le rubis et brûlent dans l’oxygène à 1000°. Ils paraissent donc être incontestablement constitués par du diamant.
- Parmi ces fragments, les uns sont noirs, les autres transparents. Les premiers ont un aspect chagriné (tig. 5, n° 1), une teinte d’un noir gris analogue à celle de certains carbonados ; ils rayent le rubis et leur densité varie entre 5 et 3,5. Les fragments transparents qui paraissent brisés (fig. 3, n° 2) ont un aspect gras, s’imbibent de lumière et présentent un certain nombre de stries parallèles et parfois'des impressions triangulaires tout à fait caractéristiques (fig. 3, n° 3).
- On sait que l’argent possède aussi la propriété d’augmenter de volume en passant de l’état liquide à l’état solide. M. Moissan s’en est servi pour ses expériences de préparation de carbone sous forte pression.
- À la température de sa fusion, l’argent ne dissout que des traces de charbon, mais si l’on chauffe de l’argent dans le four électrique de façon à l’amener en pleine ébullition en contact avec une brasque de charbon de sucre, il dissout alors une certaine quantité de carbone. En le refroidissant brusquement dans l’eau, il se forme un culot emprisonnant une partie d’argent liquide qui, par refroidissement, sera soumise à une forte pression. On attaque ensuite le métal par l’acide azotique bouillant et le traitement est continué. Il se produit, dans ces conditions, un rendement un peu plus grand en carbonado. Ce dernier se présente soit sous l’aspect grenu, soit sous l’aspect de plaques pointillées, soit en masses à cassures conchoïdes, à aspect peu brillant et gras, d’une densité qui peut varier entre 2,5 et 3,5.
- fin résumé, quoique M. Henri Moissan ait tenté beaucoup d’expériences sur le fer, quelques-unes seulement lui ont donné de très petits cristaux transparents présentant tous les caractères du diamant. Il ne faudrait donc pas encore songer à aucune espérance de fabrication pratique. Mais il n’y a pas moins là un très beau résultat scientifique; M. Henri Moissan, en ayant reconnu que le diamant se forme à une haute température sous pression, a surpris un des secrets de la nature et dévoilé le mécanisme de la production du carbone cristallisé.
- On a d’ailleurs retrouvé dans la météorite de Canon Diablo, et dans les terres à diamant du Cap, les mêmes variétés de carbone que celles qui ont été obtenues par M. Moissan, dans les culots de « fer soumis après fusion à l’action d’une haute pression.
- Nous ne quitterons pas le sujet de la production du diamant sans ajouter qu’un savant anglais, M. J.-R. Hannay, a obtenu en 1880 des résultats
- analogues à ceux de M. Moissan en chauffant au rouge, sous une pression très élevée, un carbure d’hydrogène avec du magnésium et un composé azoté stable à ces températures; le carbone se dépose cristallisé et possède les propriétés du diamant1. Nous n’avons pas appris que ces intéressantes expériences aient été poursuivies.
- Dans une nouvelle série d’essais, M. Moissan s’est servi du fourneau électrique pour préparer avec rapidité les métaux réfractaires que l’on avait autrefois beaucoup de peine à obtenir. Voici comment le savant chimiste nous décrit son mode opératoire :
- Il suffit de placer, dans la cavité d’un four en chaux, une certaine quantité de magnésie qui est absolument stable aux températures les plus élevées de l’arc et de disposer, par-dessus, un creuset de charbon de cornue contenant le mélange de charbon et d’oxyde à réduire. Lorsque le métal est volatil, on fait traverser le four par un courant d’hydrogène, et les vapeurs métalliques sont condensées dans un récipient refroidi. On prépare ainsi le calcium, le baryum et le strontium. Si le métal n’est pas sensiblement volatil, il reste au fond du creuset sous la forme de lingot; c’est le cas de l’uranium.
- M. Moissan a pu facilement obtenir, avec Je four électrique, des rendements considérables en uranium. Une expérience de douze minutes fournit un culot de 200 à 220 grammes. L’opérateur a pu également préparer du chrome et du manganèse.
- Les expériences de M. Henri Moissan, que nous venons de résumer succinctement, ont une importance capitale; elles ouvrent à la chimie des horizons nouveaux et si elles apportent un riche contingent de faits à la philosophie naturelle, elles seront aussi, croyons-nous, dans un avenir plus ou moins rapproché, très fertiles en grand résultats pratiques.
- Gaston Tissandier.
- UNE MCE DE CHATS SANS QUEUE
- La plus importante objection du public aux théories darwiniennes, est la prétendue impossibilité pour une espèce pourvue de queue, de perdre cet appendice. On cite constamment l’exemple du dogue de combat dont on coupe, depuis de nombreuses générations, les oreilles et la queue, et chez qui ces organes persistent toujours.
- Ce n’est pas, du reste, le seul exemple où les mutilations des ascendants ne se reproduisent pas dans la progéniture. Ainsi les taureaux auxquels on a enlevé leurs cornes, n’engendrent qu’exceptionnelle-ment des veaux qui en soient dépourvus. Les cornes presque toujours persistent; on cite un seul cas où elles existaient, mais mobiles.
- Au contraire, au Paraguay, les bœufs se sont spontanément débarrassés de leurs cornes, qui permettaient aux habitants de les capturer plus facile-
- 1 Mémoire de M. Hannay, lu à la Société royale de Londres, en février 1880.
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- ment avec le lasso, et une race de bœufs sans cornes s’est spontanément formée.
- 11 existe également des chats sans queue, et M. Adrien de Mortillet vient d’en présenter un échantillon à notre Société d’anthropologie. Il provenait de l’ile de Man. Darwin avait déjà signalé la présence de cette variété dans cette île, disant même qu’elle a les membres postérieurs plus longs, la tète plus grosse que la race ordinaire et les mœurs différentes.
- Le spécimen présenté ressemble pourtant, d’une façon absolue, comme mœurs et aspect, au chat commun, sauf qu'il ne possède qu’un moignon de queue, recouvert de poils, long de 2 ou o centimètres et semblable à la queue d’un lapin. Comme ce dernier, il la relève fréquemment. Au toucher, on sent les vertèbres coccygiennes atrophiées.
- Les chats sans queue abondent au Japon, et ceux de l’ile de Man pourraient bien en provenir. Ils descendraienl d’individus rapportés d’extrême Orient par quelques marins. Du reste, le chat n’a été introduit dans les îles Britanniques que depuis la fin du neuvième siècle.
- Les artistes ja— ponais ont souvent pris cette jolie bêle pour modèle et l’absence de queue frappe dans leurs dessins. Champ-fleury, dans un volume intitulé les Chats, rappelle les gravures d’un célèbre peintre japonais, Ilo-kou-sai ou Fo-kou-sai, qui vivait au commencement du siècle.
- Les chats sans queue ne sont pas des compagnons obligés de la race jaune. En Chine, ces animaux sont pourvus d’une queue très longue. Mais en Malaisie, au Siam et dans la Barmanie, ils ont la queue tronquée à demi-longueur et terminée souvent par un nœud.
- D’après Léon Metehnikoff, les chats importés dans l’ile de Java perdraient leur queue à partir de la troisième ou quatrième génération. Les chats japonais pourraient provenir de cette race malaise, car on sait les fréquentes relations historiques qui existèrent entre les deux pays. Or les chats sans queue se retrouvent surtout sur les côtes du Japon, tandis que dans l’intérieur ils en sont pourvus.
- La race des chats sans queue a, du reste, été tfès peu étudiée. Darwin l’a signalée le premier. Son
- existence au Japon n’a guère été notée que dans deux ouvrages : l'Empire japonais, de- Léon Met-chnikoff et Yllistoire générale des voyages, publiée chez Didot. Quant aux chats malais, ils ont été décrits par William Marsden, dans son Voyage à l'île de Sumatra, et par le Dr Morice dans son Voyage en Cochinchine. Ce dernier insiste sur l’appendice caudal, long de quelques centimètres à peine, et plusieurs fois recourbé sur lui-même, comme s’il avait été brisé à plusieurs reprises en sens inverse. Celte disposition est si prononcée qu’on peut soulever ces animaux par le crochet de leur queue qui différerait donc de celle des chats du Japon et de l’île de Man, encore plus atrophiée.
- M. Adrien de Mortillet a eu le mérite d’appeler l’attention sur une race de chats peu connue et qu’on ne trouve pas citée dans les classiques. Par croisement avec un chat ordinaire, il pourra voir si
- sa chatte donne naissance à des petits semblables à elle, ainsi qu’on l’a déjà observé en Angleterre. 11 introduira ainsi à Paris une race originale, et, pour se singulariser, les amateurs, au lieu de procéder comme Alcibiade, par mutilation, tâcheront d’acquérir un descendant de cette chatte.
- L’homme de science en retirera cette impression que la queue est un appendice pouvant facilement disparaître. Les médecins n’auront pas lieu d’en être autrement étonnés, car on a cité des exemples d’hommes qui possédaient des prolongements caudaux, longs de plusieurs centimètres, et qui auraient même nécessité l’intervention chirurgicale. Et si la présence de ces appendices est réellement exceptionnelle dans la race humaine, n’est-on pas en droit de regarder comme un souvenir du prolongement caudal, cette dépression ombiliquée que l’on retrouve assez fréquemment (un cas sur huit ou dix) chez l’homme dans la région coceygiennc, à l’extrémitc de la colonne vertébrale. Elle est congénitale et atteint quelquefois la profondeur de 2 et 5 centimètres, semblable alors à une fistule dans laquelle on peut enfoncer un stylet. Elle a fait le sujet d’un savant travail de MM. Tourneux et Hermil, qui ont montré quelle était souvent le point de départ d’abcès de cette région. Dr Félix Régnault.
- Glial sans queue de l’ile do Man.
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- CONFETTI ET SERPENTINS
- Qui ne connaît à Paris les confetti, ceux en papier, I ou pour en avoir lance' aux joyeux promeneurs qui, bien entendu, pour en avoir reçu en plein visage, [ les jours de fête publique, donnent à nos boulevards
- Fig. 1. — Un marchand de Confetti, à Paris.
- Fig. 2. — Les Serpentins dans un bal masqué.
- un aspect si pittoresque et parfois si mouvementé? Cette année ils ont eu un succès tout particulier pendant la journée du Mardi-Gras et de la Mi-Carême.
- A Nice, à Barcelone, à Venise, dans les chauds et si ravissants pays où Carnaval voit chaque hiver le retour de ces coutumières splendeurs, les confetti, on le sait, sont des bonbons en plâtre dont le poids est suffisant pour permettre la riposte des promeneurs contre les balcons lleuris et enguirlandés.
- Les combattants joyeux protègent leur visage par des blets ou masques métalliques, et si le plâtre des confetti s’écrase, mouchetant de blanc les costumes bariolés, l’incohérence n’en est que plus grande, et la gaieté s’en augmente d’autant.
- A Paris, le masque est impossible pour le promeneur qui « descend » sur les boulevards en simple
- curieux, pour voir et non pour lutter; sans doute son humeur tranquille s’accommode facilement d’une poignée de petits papiers qui le cingle à la face, maison peut prévoir qu’il n’accepterait point, sans protester, une grêle de menus morceaux déplâtré, dont son habit aurait fort à souffrir.
- Aussi le confetti en papier, le seul possible à Paris, a-t-il acquis très vite droit de cité parmi nous, et les camelots, qui à certains jours de liesse, vont distribuant cet article à des prix toujours plus bas, peuvent-ils encore espérer de jolis petits bénéfices.
- Ces confetti, en effet, dont le prix de revient est insignifiant, profitent surtout aux intermédiaires. Et à y réfléchir, il paraît très juste que cet argent que le Parisien jette ainsi dans la rue, volontairement et pour son plaisir, aille donner un peu d’aisance et
- Fig. 3. — Appareil pour la fabrication (les Confetti en papier.
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- partant de gaieté à ceux qui, loin de connaître le superflu, n’ont pas toujours le nécessaire.
- La fabrication des confetti en papier est excessivement simple. La matière première est le papier de couleur connu dans l’industrie sous le nom de papier d’affichage et certains fabricants en emploient jusqu’à quinze couleurs différentes. On superpose les feuilles sur une épaisseur de 8 à 10 millimètres, et on glisse le paquet ainsi formé entre deux tables en acier, perforées de nombreux trous ayant de 6 à 8 millimètres de diamètre, ces trous se trouvant en regard les uns des autres. Un emporte-pièce également en acier et formé d’un nombre égal de tubes pleins suspendus à une plaque commune, entre à frottement dans les trous correspondants de la double table inférieure (fig.5). Bientôt l'emporte-pièce arrive en contact avec la matière à perforer, et, toujours poussé par la pression énorme qui s’exerce sur lui, il enlève de force sur toute l’épaisseur du papier une série de rondelles, qui retombent dans une corbeille placée en dessous. L’emporte-pièce est relevé mécaniquement, le rouleau de feuilles se déplace, toujours mécaniquement, et l’opération qui a duré à peine une seconde recommence à nouveau. Comme on le voit, ces confetti ne sont pas découpés, mais emboutis, et il y a avantage à cela, car si l’emporte-pièce était formé de tubes creux et tranchants, outre que le fil de ces couteaux circulaires s’userait très vite, ces confetti se tasseraient dans le tube et l'opération serait forcément plus lente.
- Aussi, préfère-t-on les emboutir, ce qui nécessite, il est vrai, une pression plus forte, mais il est facile de l’obtenir soit avec, un moleur hydraulique, soit avec une machine à vapeur. A Paris quelques gros fabricants emploient à cet usage une machine de 25 chevaux.
- Les déchets varient de 25 à 50 pour 100. Ils sont loin d’être perdus. On les envoie dans les papeteries où on les passe à la machine à refondre. Cette dernière, sous l’action dissolvante de l’eau, triture la pâte en l’étirant, sans trop altérer les fibres, qui sont conservées plus ou moins intactes. Cette pâte pourra redonner un papier de qualité un peu moindre qu’on utilisera facilement.
- Les confetti, obtenus comme nous venons de le dire, sont d’abord battus et malaxés pour bien éparpiller les petits tas ; puis mélangés et brassés pour confondre et marier les diverses couleurs; enfin on les partage en sacs ou cornets petits ou gros pouvant peser 50 grammes, 100 grammes ou 1 kilogramme.
- Ainsi empaquetés, les confetti sont prêts pour la bataille; bataille innocente et point meurtrière qui deviendrait cependant plus agréable, si nombre de combattants, dans les rues du moins, ces-
- saient de ramasser leurs munitions dans la poussière.
- Il serait intéressant de savoir ce qui se débite de confetti à Paris, un jour de fête publique. Etant donné qu’il existe dès à présent plusieurs industriels fabriquant cet article, il y aurait lieu d’additionner leurs chiffres de vente, et c’est une statistique qu’on ne manquera pas de faire prochainement. Mais nous pouvons dès à présent fournir un chiffre approximatif. Le jour du Mardi gras, la maison Ferret et Cie, de la rue Etienne-Marcel, a vendu 5000 kilogrammes de confetti; supposons qu’il y ait à Paris dix maisons en ayant livré autant, et cela n’a rien d’exagéré, nous arrivons au chiffre de 50 000 kilogrammes, soit 600 000 petits sacs de 50 grammes. Poussons le calcul plus loin ; le petit cornet est bien aristocratique et bon pour les rèdoutes du Casino ou les bals masqués de l’Opéra ; sur les boulevards, le camelot le vendait, emmagasinant ses provisions dans un panier (fig. 1), mais il livrait aussi les confetti au « boisseau », lequel boisseau est un modeste verre; or, les sacs ou cornets de 50 grammes, nous en avons fait nous-même l’expérience, tiennent environ trois verres et demi, c’est donc 2 millions de verres de confetti que les Parisiens se sont mutuellement jetés au visage ce dernier Mardi gras, et, à deux sous le « boisseau », prix courant, c’est 200 000 francs, en moyenne, qu’a coûté la joyeuse mêlée, sur lesquels 20 pour 100 au plus sont allés à l’industrie, le reste se trouvant partagé entre les intermédiaires.
- Et encore les confetti n’ont-ils pas eu les honneurs de la journée, la vogue étant allée aux serpentins. Les serpentins sont formés d’un rouleau de papier nue l’on lance dans la rue ou du haut des balcons, et qui tombe en se déroulant sur les voitures et les passants; dans les bals costumés, on les jette aussi sur les danseurs et on en enroule les masques (fig. 2). Les serpentins lancés au dehors, moins éphémères que le modeste rond de papier qui va finir à l’égout, sont en train de se décolorer — nouvelle végétation anormale — au sommet des arbres de nos boulevards.
- La fabrication de ces serpentins, absolument identiques aux rouleaux de papier employés dans la télégraphie, est encore très simple. Supposons finies toutes les opérations nécessaires pour obtenir du papier de couleur suffisamment fort et approprié à l’usage qu’on en veut faire. Ce papier, comme dans la plupart des cas, est enroulé au fur et à mesure qu'il est fabriqué. Il suffit alors d’avoir sur l’axe en bois, animé mécaniquement d’un mouvement de rotation, sur lequel le papier se superpose en rouleaux, des disques circulaires, formant couteaux et convenablement espacés pour que, par le fait même de son enroulement, la feuille de papier se trouve séparée en un certain nombre de bandes de largeur voulue (1 centimètre). Quand on a atteint une certaine longueur, on coupe le papier parallèlement à l’axe, on décentre celui-ci, et on a autant de serpentins que l’on avait de disques moins un. Il suffit ensuite de coller l’extrémité supérieure
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- du papier, le déroulement devant commencer par le centre, et le serpentin est prêt à livrer au commerce.
- Jusqu’à présent leur longueur moyenne est de 200 mètres, ce qui explique qu’ils puissent facilement onduler d’un côté du boulevard à l’autre ; plus longs, ils ne seraient plus pratiques, la résistance du papier devenant insuffisante ; et cette résistance seule limite leur longueur, car on fabrique en papeterie des rouleaux pour journaux ayant, sur lm,50 de largeur, jusqu’à 10 000 mètres de développement, et rien n’empêcherait de faire des serpentins aussi longs s’il devenait possible de les utiliser.
- Et maintenant, quelle nouvelle invention amènera demain pour distraire et amuser la grande ville? On est en train de fabriquer des fusées-confetti et des bombes-confettiy groupant ainsi en un seul objet le bruit d*u pétard et la mitraille des menus papiers. Nous donnons ci-joint le croquis d’une fusée (fig. 4). Elle est essentiellement constituée par une forte douille en carton, celui-ci étant enroulé trois ou quatre fois sur lui-même. En B on a de l’amiante; en G une petite quantité de matière explosive; en I) une bourre de confetti. Le tout est fermé par un papier peu résistant, N. Par la mèche M, on enflamme la poudre et celle-ci détone en chassant devant elle l'es confetti, qui peuvent monter jusqu’à 5 mètres pour retomber en véritable pluie. L’amiante sert à empêcher la transmission du feu au carton.
- Comme on le voit de suite, les fusées, et surtout les bombes, qui sont environ cinq fois plus fortes, peuvent facilement atteindre les balcons, ceux du premier, bien entendu ! FimnÉmc Manaut,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- UN NOUVEAU TÉLÉPH0TE
- Le Scientific American vient de faire connaître nn nouveau dispositif de téléphote qui n’a rien de commun avec l’appareil de M. Sawyer, reposant sur la propriété que possède le sélénium de changer de résistance sous l’action de la lumière. Celui que nous signale le journal américain a pour but de rendre pratiques les méthodes actuellement en usage pour les signaux à la mer, qui sont assez pénibles et donnent lieu trop souvent à des erreurs; avec lui, les signes correspondant à l’alphabet Morse sont reproduits, par illumination convenable, le long d’un mât à signaux.
- L’appareil transmetteur est contenu dans une boîte en aluminium de forme irrégulière, occupant une surface de 0m2,2o sur une profondeur de 0m,15; il comporte un clavier avec trente-sept lettres, chiffres, etc. Les communications électriques, excessivement nombreuses, sont réunies en dehors de l’appareil en un câble de 0m,031 de diamètre, qui va jusqu’aumât à signaux. Celui-ci, également en aluminium, est formé de trois parties disposées de façon que les parties extrêmes puissent être rabattues sur la partie centrale. Le mât mesure alors 2m,75, tandis qu’étendu il atteint 8m,20. Il contient 106 lampes à incandescence de 52 bou-« gies, qui, lorsqu’on appuie sur telle ou telle touche du clavier du transmetteur, se combinent entre elles de manière à reproduire le signe correspondant de l’alphabet Morse. Chaque lampe est reliée à des fils, et un numéro affecté à chacune d'elles, et reproduit aux jonctions sur
- le clavier, permet de localiser tout de suite les défectuosités qui peuvent se produire. Deux lampes forment un point du code Morse et le minimum des traits est de 20 lampes, soit lm,50; les espaces obscurs entre les traits et les points sont également de 1m,50 ; enfin deux lumières rouges marquent les périodes. Les signaux peuvent être produits horizontalement : il suffit de placer le mât dans une position horizontale. Enfin, un mécanisme simple permet de transposer les lettres et caractères comme on le veut, de manière à correspondre secrètement. Le téléphote permet de transmettre 72 lettres à la minute; les signaux sont nettement visibles à 4800 mètres pendant le jour et à 16 kilomètres pendant la nuit.
- LA GROTTE DU JAUR
- La grotte du Jaur est une de ces grottes vauclu-siennes qui vomissent des torrents d’eau, formant tout d’un coup une véritable rivière. Elle est située à Saint-Pons de Thomières, sous-préfecture de l'Hérault.
- Une rivière d’un débit assez régulier, fourni.-sant en été plus de 1000 litres par seconde, sort par une grande arcade creusée dans un rocher à pic de 25 à 30 mètres de haut, tout garni de plantes grimpantes. L’eau tenant toute la largeur de la grotte et ayant une profondeur de 6 mètres sous la première voûte, on ne peut y pénétrer qu’en bateau; aussi est-on resté jusqu’à nos jours sans l’avoir explorée complètement. On a cependant le souvenir dans le pays que des touristes y ont pénétré en 1841 et y ont trouvé un squelette humain.
- La municipalité a canalisé la rivière à la sortie de la grotte et a construit un petit enclos qu’elle loue à M. Gayraud qui y tient un café assez achalandé le dimanche, à cause de la fraîcheur et du site pittoresque. Désireux d’explorer la grotte, M. Gayraud a construit un bateau qui lui a permis de visiter plusieurs salles, mais la difficulté du transport d’une embarcation pesante à travers les couloirs à sec l’a empêché d’entreprendre des recherches complètes.
- Au mois d’octobre 1891, nous nous sommes rendus à Saint-Pons avec le matériel nécessaire pour une exploration sérieuse1, ainsi que les appareils utiles pour lever le plan et faire des photographies.
- Le plan qui accompagne cette description (lig. 2) permettra de suivre le récit plus facilement. Les directions ont été prises à la boussole ; les longueurs ont été estimée L plupart du temps.
- Après avoir .inversé le premier bassin, sous la voûte d’en'réj, nous mettons pied à terre sur un rocher incliné qui paraît avoir été aménagé autrefois comme débarcadère. Une étroite ouverture nous permet d’entrer dans la grotte obscure. Cette ouverture est rectangulaire et a été visiblement agrandie de main d’homme; du côté intérieur, le rocher est taillé en forme de feuillure, ce qui montre qu’elle a été fermée par une porte.
- Nous nous trouvons au bout d’une sorte de haute
- 1 L’exploration complète a été faite par M. et Mme Vallol, avec Auguste Randon, et M. (iayraud qui s'était fort aimablement mis à leur disposition avec son fils.
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- galerie à parois taillées à pic et dont le fond est occupé par le lac souterrain. Au-dessus de la porte, une petite plate-forme, à pic au-dessus du lac d’en-
- trée, permet de voir à l’extérieur par la grande arcade. Dans une des parois de la galerie est taillé dans le roc une sorte d’étroit sentier à peine assez large
- Fig. 1. — Entrée de la grotte du Jaur, dans l’Hérault. (D’après une photographie de l’auteur.)
- pour poser le pied, auquel on accède par un petit arceau en maçonnerie. Ce sentier permet de suivre cette galerie dans toute sa longueur, et d’arriver a une seconde plate-forme au-dessus du lac souterrain qu’on a appelé le Grand Gouffre. Toute cette partie de la grotte paraît avoir été habitée anciennement; on v a même trouvé des pièces demonnaie qui ont été malheureusement perdues depuis. Outre la porte dont j’ai parlé, on remarque, sur les deux parois, des trous carrés, taillés au ciseau, situés deux à deux de part et d’autre de la galerie, qui ont dù servir à l’encastrement de poutres transversales. Ces poutres, placées à des distances régulières, et dans un même plan horizontal, ont dù soutenir un plancher* permettant de parcourir la galerie sans danger. Une poutre, placée beaucoup plus haut que les autres et au-dessus du lac d’entrée, devait supporter une poulie servant soit à puiser de l’eau, soit à lever des fardeaux apportés on bateau, ou peut-être le bateau
- lui-même. Un fait inexplicable, c’est l’existence de trois de ces étages de poutres encastrées, à moins d’un
- mètre l’un au-dessus de l’autre.
- Arrivés au-dessus du Grand Gouffre, nous trouvons, à droite, un escalier appelé escalier des Albigeois, grossièrement taillé dans le roc, et conduisant à une étroite galerie horizontale, qui parait naturelle, mais à l’entrée de laquelle se trouve encore une feuillure de porte. Bientôt le sol de la galerie est interrompu par une ouverture correspondant avec la salle inférieure ; des poutres encore placées permettent de la franchir. Au-dessus de cette ouverture se trouve un étroit entonnoir naturel montant verticalement. A la hauteur du plafond de la galerie, des traces d’encastrement indiquent l’existence d’un plafond, destiné sans doute à empêcher les pierres tombant de l’entonnoir de blesser les personnes qui circulaient. Un peu plus loin, une seconde ouverture dans le sol, dont le plancher n’existe plus,
- La.cs
- Ο Roche pfcii
- Écheilo.
- Carrière
- Fig. 2. — Plan et coupe de la grotte du Jaur. (Dressés par l’auteur.'
- A. Débarcadère. — B. Ancienne porte. — C. Plate-forme. — D. Sentier. — E. Escalier des Albigeois. — F. Ancienne porte.
- — G,II. Ouvertures dans le sol. — I. Entrée de la galerie supérieure. — K. Terre-plein. — L. Cône de débris. — N. Salle.
- — P. Echelle. — H. A pic au-dessus du Gouffre. — S. Cône de débris.
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- Fig. 3. — Vue intérieure <lo la grotte du Jaur.^Descente de la barque d’exploration. (D’après une photographie instantanée de l’autpur.)
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- nous empêche de continuer notre route et nous permet de voir que nous nous trouvons au-dessus du grand lac d’entrée. La galerie continue après cette ouverture, pour déboucher à l’extérieur au milieu du rocher à pic qui surmonte l’arcade d’entrée. Là, un étroit chemin en corniche conduit à la partie supérieure du rocher. Nous avons pu pénétrer dans ce tronçon de couloir, habité par un grand-duc qui, s’envolant avec fracas, a failli me précipiter dans le lac,
- On voit que cette galerie était aménagée pour servir de communication entre la grotte et le sommet du rocher, couronné jadis par le château fort de Tho-mières, dont il reste encore une haute tour en ruines. Les assiégés du château et de la ville pouvaient donc ainsi se fournir d’eau potable, se réfugier dans la grotte en cas de revers, où même se sauver en bateau pendant que les assiégeants étaient occupés autour des murs. Peut-être la grotte servait-elle aussi à introduire dans la ville des marchandises en contrebande.
- Retournons au pied de l'escalier des Albigeois. Nous nous trouvons sur un rocher en surplomb au-dessus du Grand Gouffre, lac profond rempli d’eau. M. Gayraud a jeté au-dessus du lac une grande échelle, fixée à demeure, qui nous permet de passer sur l’autre rive et d’y transporter notre bateau.
- ! Le lac sur lequel nous naviguons a ici 14 mètres de profondeur. Une courte navigation, d'une trentaine de mètres vers le nord, nous conduit à un petit terre-plein sur lequel nous débarquons. Au bout, se trouve un petit lac fermé; nous en apercevons un autre sur la gauche par une étroite ouverture, et un troisième devant nous. Le bateau, remis à l’eau, nous conduit à une galerie inondée qui est séparée par une arête aiguë d’un autre lac en forme de galerie étroite. Ce n’est qu’avec la plus grande difficulté que, placés à cheval sur l’arête glissante, nous parvenons à y faire passer le bateau. La galerie n’a pas 20 mètres et est fermée au bout.
- Revenus au pied de l’échelle, nous montons sur un cône de débris, d’où nous apercevons une grande galerie s’enfonçant au sud-ouest. L’escalade du cône nous permet d’arriver à un entonnoir presque vertical, bouché à sa partie supérieure par les pierres. Cet entonnoir doit mener à l’un des nombreux effondrements que l’on remarque dans la carrière à ciel ouvert qui surmonte la grotte.
- La galerie de l’ouest avait déjà été parcourue par M. Gayraud qui avait été définitivement arrêté par un lac. Cette fois nous trouvons cette galerie encombrée d’eau. Le bateau remis à flot nous permet d’abord de visiter sur la gauche une petite salle, avec un entonnoir montant et un trou contenant de l’eau, puis d’arriver au lac suivant, qui se dirige d’abord vers le nord-ouest, puis vers le nord. Il a jusqu’à 10 mètres de profondeur. Au fond, la voûte s’abaisse presque jusqu’au niveau de l’eau, mais nous constatons qu’elle s’étend plus loin. C’est de ce côté qu’on devra diriger les recherches au moment des basses eaux. Peut-être alors pourra-t-on gagner par là de
- nouvelles salles, et pousser plus avant l’exploration de la grotte. Pour cette raison, nous avons nommé ce lac gouffre de l'Espoir.
- Revenus à l’origine du lac, nous formons une passerelle à l’aide d’une échelle qui nous permet de continuer l’exploration de la galerie du sud-ouest, ou galerie des Squelettes. Un petit lac en occupe le fond, et la voûte s’abaissant, termine la grotte de ce côté. Une grosse stalactite de boue pétrifiée ferme complètement une ouverture ancienne.
- Quelques débris d’ossements ayant appelé notre attention en cet endroit, nous y sommes retournés avec les outils nécessaires et nous avons trouvé, dans la terre argileuse qui forme le sol, un assez grand nombre d’ossements, parmi lesquels une face humaine qui semble appartenir à la race actuelle. La difficulté d’accès de cette galerie retirée me porte à croire qu’on n’est pas en face d’une nécropole préhistorique, mais plutôt de fugitifs qui se seraient sauvés à la nage et seraient morts d’inanition dans leur cachette, à l’époque des guerres de religion.*
- L’exploration étant terminée de ce côté, nous revenons au bassin d’entrée, où nous avons remarqué que le lac s’engage sous la voûte vers le nord. Nos bateaux nous conduisent dans une assez large caverne (la Grande Salle) qui avait été en partie,explorée par M. Gayraud.
- Nous débarquons dans une galerie qui est interrompue au sud-ouest par un rocher à pic au-dessus du Grand Gouffre et au nord-est par un petit lac arrondi. Le bateau nous mène au delà de ce lac, sur un talus incliné montant jusqu’à un entonnoir rempli de cailloux, où se termine l’exploration.
- Cette grotte n’est pas considérable, au moins quant aux parties que nous avons pu visiter ; elle ne mesure que 140 mètres de profondeur et nous n’avons pu parcourir que 400 mètres de galeries, mais on pourrait peut-être aller plus loin en dégageant certains endroits où la voûte s’abaisse jusqu’au sol. La température de l’air y était de 12 degrés et celle de l’eau de 11 degrés. La surface des lacs est calme et l’eau passe en siphon de l’un à l’autre.
- Au point de vue géologique, la grotte du Jaur est très intéressante. Elle est creusée dans une colline dévonienne formée de marbre blanc moucheté, dont les couches plongent de 30 degrés vers le sud. La partie supérieure de la colline est creusée d’un certain nombre de cavernes qui pourraient peut-être conduire à d’autres parties de la grotte et où l’on exploite la pierre. La direction des couches, mesurée dans la carrière, forme un angle de 120 degrés avec le nord magnétique ; or, on peut remarquer sur le plan général que c’est aussi la direction des galeries principales ; le courant d’eau a donc suivi une strate peu résistante; les galeries latérales sont à peu près perpendiculaires à la direction générale, traversant une série de couches plus ou moins désagrégeables qu’elles ont plus ou moins creusées selon la résistance qu’elles offraient ; aussi en opérant une série de sondages pendant la navigation dans ces galeries,
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- on constate des variations extrêmement rapides dans la profondeur des lacs, qui varie brusquement de 1 à 10 mètres, pendant que la limpidité de l’eau permet de voir de minces arêtes montant presque à la surface. 11 y a là comme une série d’entonnoirs profonds, de même que nous avons constaté de nombreux entonnoirs renversés à la voûte.
- Cette constitution en doubles entonnoirs me paraît caractériser les grottes creusées dans les terrains redressés anciens, car je l’ai déjà remarquée dans la grotte de Gériols, ouverte dans le dévonien de Lodève, tandis que je ne l’ai pas rencontrée dans les nombreuses grottes que j’ai explorées dans les Causses. Comme il arrive presque toujours dans les terrains anciens, la grotte ne renferme pas de stalactites.
- J. Vallot,
- Directeur de l’Observatoire du Mont-Blanc.
- LA TEMPÉRATURE DE LA LAAE
- Il n’y a pas, jusqu’à présent, de détermination bien exacte de la température de la lave en fusion. D’abord, on n’a pas facilement ce composé sous la main, et quand on a la bonne fortune de se trouver près d’un volcan en éruption, il n’est pas toujours aisé de s’approcher du courant de lq^e enflammée, et de le faire sans danger. Un courant de lave incandescent émet un rayonnement intense qui en rend impossible l’accès. Il est difficile d’y introduire des thermomètres, car, même à l’état fluide, la lave présente une telle résistance que, souvent, les morceaux de fer qu’on y jette flottent comme le bois sur l’eau. Toutefois, la dernière éruption de l’Etna a offert au professeur Bartoli un champ d’exploration plus favorable; il a pu s’approcher à 2 mètres d’un courant de lave, et au point même où il sortait d’une galerie souterraine, ce qui était une garantie contre le refroidissement. Il s’empressa de profiter de cette occasion et imagina pour ses expériences un thermomètre spécial. Il fend en deux le canon d’un pistolet du calibre 12 et termine en pointe aiguë une des extrémités pour pouvoir plus facilement l’enfoncer dans la lave incandescente. La cavité interne reçoit une barre de platine qu’elle remplit complètement. Ce pistolet d’un nouveau genre est attaché à une barre de fer fixée elle-même à l’extrémité d’une longue perche de bois de châtaignier. S’approchant du courant de lave, M. Bartoli jetait au milieu du courant son espèce de hameçon, en forçant sur la perche pour faire enfoncer profondément le canon de pistolet qui renfermait le bloc de platine. Une immersion de six minutes suffisait pour obtenir l’équilibre de température; mais, pour plus de sûreté, on la prolongeait pendant trois autres minutes. On extrayait ensuite rapidement l’appareil, et on mettait sur la bouche d’un calorimètre le canon de pistolet. Comme les deux parties en étaient mobiles, on les séparait et on faisait tomber le morceau de platine dans l’eau du calorimètre. On n’avait plus ensuite qu’à mesurer réchauffement de l’eau pour trouver la température de la lave. A la sortie du canal souterrain, la lave présentait, à 1 mètre de profondeur, les températures suivantes : 1060°, 990°, 980°, "970 degrés. Le même courant de lave, après un parcours de 2 kilomètres, à la vitesse de 80 mètres à l’heure, perdait 200 degrés, et on ne trouva que 870°, 800° et 750 degrés1.
- 1 D'après Ciel et Terre.
- FABRICATION DES VÉLOCIPÈDES'
- R. LES ORGANES DE PROPULSION ET DE TRANSMISSION
- La bicyclette est actionnée au moyen de deux leviers ou manivelles parallèles et dirigées en sens contraire par rapport à un axe de 20 à 22 centimètres de long qui les relie ; des pédales dont nous parlerons plus loin sont fixées à l’extrémité et servent de point de réception de la puissance développée parle cavalier. L’axe des manivelles traverse le bas du corps principal entre les deux roues et à 25 ou 50 centimètres du sol. La meilleure longueur des manivelles fournie par l’expérience est de 16 centimètres. Cependant il est bon de choisir une bicyclette dont l’extrémité des manivelles soit pourvue d’une ouverture longitudinale de 4 centimètres qui permet de fixer la pédale à une distance de 14 à 18 centimètres de l’axe. Chaque véloceman peut ainsi, à son gré, choisir la longueur qui convient le mieux à sa force, au pays qu’il parcourt ou à l’allure qu’il veut adopter. La figure 1 montre en A la clavette conique au moyen de laquelle la manivelle est fixée à l’axe. Cette disposition permet de démonter facilement les manivelles si le besoin s’en fait sentir. La tête où passe la clavette est façonnée intérieurement au moyen de la perceuse à mèches multiples et de la machine à aléser; les contours extérieurs sont faits au moyen d’une fraise à reproduire, merveilleuse machine que nous reproduisons ici (fig. 1) et dont nous avons déjà parlé dans notre précédent article. L’ouverture pour le coulissage de la pédale est faite avec une machine à percer qui fait un trou dont le diamètre est égal à la largeur de l’ouverture, la coulisse est ensuite achevée avec un poinçon cylindrique de même grosseur à section droite travaillant verticalement. La manivelle est montée sur un plateau mobile qui avance automatiquement de 1/10 de millimètre par coup de poinçon.
- La roue de derrière seule est motrice et pousse tout le système, le mouvement de rotation exécuté par les manivelles lui est transmis au moyen de deux pignons dentés reliés par une chaîne continue genre Vaucanson, les deux pignons sont fixés l’un sur l’axe des manivelles d’un côté, l’autre à une des extrémités du moyeu. Cette disposition à laquelle on n’a pas pu remédier jusqu’ici est vicieuse, en ce sens que tout le travail se fait sur un des côtés de la machine et que les efforts continus peuvent, à la longue, fausser le bâti. La roue motrice a, le plus habituellement, 0m,70 de diamètre caoutchouc compris et développerait par conséquent 0m,70 X u = 2m,20, soit lro,10 par coup de pied si la transmission était faite aveb des pignons d’égal diamètre. Ce serait bien insuffisant, car pour obtenir une certaine vitesse, il faudrait un mouvement de jambes très rapide, qui serait fati-gnant et amènerait rapidement l’essoufflement du cavalier. On a remédié à cela par l’emploi de pignons
- 1 Suite. Voy. n° 1051, du 4 mars 1893, p. 215.
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- d’inégal diamètre, le plus grand étant à l’axe des manivelles. On obtient de la sorte en moyenne deux tours de roue pour une révolution des manivelles; il faut pour cela que le nombre des dents de la grande roue dentée soit le double de celui de la petite et si la roue motrice a 0m,70 de diamètre on dit que la bicyclette est multipliée à lm,40.
- Le calcul de cette multiplication M s’obtient par la N
- formule M = ^X I)
- dans laquelle N et N' représentent respectivement le nombre des dents du grand et du petit pignon et I) le diamètre de la roue motrice.
- Les pignons dentés (fig. 2, n° 1) se font en
- acier estampé ou en fonte malléable d’acier. Ils sont d’abord dressés et façonnés sur un tour revolver, les dents sont faites avec un tour à reproduire ou à la fraise. Le pignon est fixé sur l’axe des manivelles au moyen d’une clavette plate et sur le moyeu par un taraudage disposé de façon que la traction de la chaîne tende à le serrer. 11 forme quelquefois aussi corps avec ce même moyeu, mais cette disposition, très solide évidemment, présente des inconvénients multiples dont le principal est que lorsque le pignon est usé il faut changer tout le moyeu qui est une des pièces les plus importantes de la machine.
- La chaîne est, comme nous l’avons dit, du genre
- Yaucanson. La longueur des maillons est calculée en raison de la forme, de la dimension et de l’écartement des dents. Elle se compose de trois parties comme on voit dans la figure 2 (n° 2) : A, les plaques latérales; B, le maillon de jonction; G, le rivet d’attache. Les plaques latérales se font à l’emporte-pièce et sont prises dans des feuilles de tôle d’acier. Les maillons de jonction sont également découpés à l’emporte-pièce et percés de deux trous sur une machine où marchent simultanément huit mèches à percer horizontales. Les rivets sont décolletés h la harre et la rivure faite au moyen d’une machine spéciale marchant à la vapeur.
- Cette chaîne, une fois rivée, présente certaines duretés. L’usine Clément possède une machine très simple qui sert à les assouplir. Un axe actionné par
- la vapeur porte six pignons. Un autre axe parallèle, placé à la distance habituelle qui sépare l’axe des manivelles du moyeu moteur porte six autres pignons. Des chaînes coupées de longueur sont installées dessus; on imprime au système un mouvement très rapide et au bout d’une heure les chaînes sont remplacées par d’autres et prêtes à être mises à une bicyclette avec des propriétés de souplesse très appréciables pour ceux qui savent combien une machine neuve est dure lorsque cette précaution n’a pas été prise.
- C. LES ORGANES DE DIRECTION
- Les organes de direction que l’on pourrait appeler aussi, avec juste raison, organes d’équilibre sont représentés dans leur ensemble dans la figure 2 (nos 3
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- et 4). Nous ferons remarquer que le n° 3 représente P (fig. 2). Nous ne citons cette dernière que pour mé-une direction à douille 1) et le n° 4 une direction à pivot moire ; elle est reléguée aujourd’hui aux machines à
- Fig. 2. — Détails do mécanisme d’une bicyclette.
- 1. Pignon denté. — 2. Chaîne Vaucanson. — 3. Direction à douille. — Direction à pivot.
- bas prix ; nous ne nous occuperons que de la première.
- Le système de direction se compose de trois parties : 10 la roue ;
- 2° le guidon; 3° la fourche. De la roue nous ne dirons rien si ce n’est qu’elle est identique à la roue motrice, sauf l’adaptation s tir un des côtés du moyeu d’un pignon denté. On fait aussi cette roue un peu plus légère et on la monte avec moins de rayons parce qu’elle n’a à supporter qu’unefai-ble partie de la charge. Le guidon ne demande pas non plus une grande description . C’est une barre creuse transversale, perpendiculaire a u plan de la roue directrice et dont les extrémités sont cintrées vers l’arrière. On rend cette barre conique vers ses deux bouts avec la marteleuse à vapeur et
- on lui donne le cintre à froid en remplissant le tube au moyen d’une matière pulvérulente particulière à
- chaque usine qui empêche toute déformation. Les extrémités du cintre sont terminées par des poignées en caoutchouc ou en corne mises à la portée des mains du cavalier dans la position la plus commode . Cet organe remplit auprès du véloceman le même office qu’un balancier auprès de l’équilibrisle ; de plus, il lui permet de se diriger. Ces deux mo uvements, équilibre et direction, sont absolument conjugués et dans la pratique deviennent instinctifs, au point que le cycliste se maintient en équilibre et se dirige sans aucun effort de la pensée, de la même façon qu’il marche et se dirige sur ses
- Fig. 3. — Machine à fourreau de baïonnettes pour la fabrication des vélocipèdes.
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- jambes. N’oublions pas que l’exercice de la marche présente autant de difficulté, au point de vue mécanique, que celui de la vélocipédie. Le guidon est ajustable, c’est-à-dire qu’il peut se baisser, se hausser, et être mis exactement à la portéedes mains, quelle que soit la taille du véloceman, la longueur de son buste et de ses bras. La fourche, enfin, sert de trait d’union entre le guidon et la roue, elle est reliée au corps principal (fig. 2, n° 5) au moyen d’une douille 1).
- Les deux branches de la fourche sont de forme elliptique ou cylindrique, et conique dans les deux cas. C’est la machine à fourreaux de baïonnette citée précédemment (fig. 5) qui amène les tubes à froid à ces différents états. Cette belle et puissante machine n’était guère employée jusqu’ici que dans les manufactures de l’État. Un organe qui tient au système de direction sans en faire directement partie, c’est le frein. Il se compose d’un levier horizontal à main L (fig. 2, n° 4) agissant sur une tige verticale T terminée par un sabot S dont la pression sur le bandage en caoutchouc retarde plus ou moins la marche du véhicule.
- — A suivre. — GASTON CoilXIÉ.
- CHRONIQUE
- Étude des courants telluriques. — M. Mouleaux a informé récemment la Société météorologique que l'étude des courants telluriques, poursuivie temporairement en France, par M. Blavier, en 1883-84, va être entreprise d’une manière systématique à l’Observatoire du Parc de Saint-Maur. Les nécessités du service télégraphique ne permettant guère d’utiliser à ces recherches les grandes lignes d’une manière permanente, l’Administration des télégraphes a bien voulu, à la demande de M. Mascart, prendre à sa charge les frais d’établissement de trois lignes spéciales : la première va du nord au sud, de Rosny-sous-Bois à Limay ; la deuxième, de l’ouest à l’est, de la redoute de la Faisanderie au village de Croissy ; ces deux lignes ont 15kilomètres de longueur rectiligne; leurs extrémités sont mises à la terre. La troisième forme, autour du Parc de Saint-Maur, un circuit fermé destiné à l’étude de la composante verticale des courants ; ce circuit a également 15 kilomètres de longueur. Les trois lignes passent par l’observatoire, où les variations des courants sont indiquées par les aiguilles de galvanomètres introduits dans les circuits et sont enregistrées, comme les variations magnétiques, par la méthode photographique. M. Moureaux fait passer sous les yeux des membres de la Société les premières courbes obtenues, et fait remarquer l’analogie d’allure qu’elles présentent avec les courbes magnétiques correspondantes.
- Expérience d’éleetrocnlture. — Pour contrôler les conclusions de M. Spechnew, directeur du jardin botanique de Kiew, qui a poursuivi pendant plusieurs années des expériences sur l’influence de l’électricité sur la végétation, M. E. Lagrange a fait, l’année dernière, de très intéressants essais d’électroculture. M. Lagrange a cultivé des pommes de terre dans un champ divisé en trois parties dont le sol et l’exposition étaient identiques. Le premier secteur a été cultivé par la méthode dynamique de Spechnew : les pommes de terre ont été placées entre
- des plaques de zinc et de cuivre reliées au-dessus du sol, par un fil conducteur. Le deuxième secteur a été cultivé par la méthode ordinaire. Le troisième secteur a été muni d’une série de petits paratonnerres enfoncés dans le sol entre les pommes de terre, de manière que leurs pieds fussent situés au niveau du plan de semage. La récolte obtenue dans le troisième secteur a été beaucoup plus belle que dans les deux autres et de plus a été obtenue au moins quinze jours plus tôt. Le premier secteur a donné 68 kilogrammes, le deuxième 80 et le troisième 103. 11 faut noter que le premier secteur a donné des plantes plus précoces pour l’apparition du feuillage et des fleurs et d’un feuillage plus élevé et plus louffu.
- Puissances calorifiques des bois. Dans un travail technique, M. Othon Petit a établi la détermination de la puissance calorifique de chacun des hois de chauffage employés en France. Nous pensons qu’il est intéressant de donner les résultats de ce travail, qui modifie l’idée généralement admise que le hois dur chauffe plus que le bois tendre. A volume égal, évidemment non, mais à poids égal il n’en est pas de même, et toutes les autres conditions étant identiques, voici les rapports entre eux de leur puissance de chauffage. Pouvoirs calorifiques utilisables par kilogramme et rapportées à celui du tilleul pris par unité :
- Tilleul 40,47 1,00
- Sapin 40,24 0,99
- Orme 59,95 0,98
- Pin sylvestre 39,82 0,98
- Tremble 59,80 0,98
- Saule 39,64 0,97
- Marronnier d'Inde . . . 39,55 0,97
- Mélèze 39,55 0,97
- Erable 39,15 0,96
- Épicéa 39,12 0,96
- Peuplier noir ..... 39,04 0,95
- Aune . 58,74 0,94
- Bouleau 38,69 0,94
- Chêne 38,56 0,94
- Frêne 37,83 0,92
- Acacia 37,64 0,91
- Charme 37,64 0.91
- Hêtre 37,35 0,90
- En résumé, les bois tendres, comme le sapin, chauffent plus et mieux que le chêne ou que le charme ou le hêtre ; nous nous en étions déjà douté en voyant les boulangers des villes n’employer que des bois de sapin pour chauffer rapidement leurs fours, et, de ces résultats, nous concluons encore que les entrepreneurs qui ne se chauffent qu’avec les débris de leur matériel, boulins et vieux échafaudages, ne sont pas à plaindre et que le sapin même hors d’usage, mais parfaitement sec, vaut mieux que le bois de riche, comme on dit vulgairement.
- Peinture mécanique. — On a employé pour la peinture du bâtiment de l’agriculture à l’Exposition de Chicago un procédé mécanique. Le procédé a pour principe l’aspersion des surfaces par la peinture pulvérisée. On se sert d’une pompe rotative construite par la Turner Machine Cy, de New-York. Cette pompe a quatre palettes à angle droit, mais ces palettes ne sont pas pressées contre les parois circulaires de la boîte par des ressorts ; elles consistent en deux palettes croisées dont les extrémités de chacune portent constamment sur une surface de forme convenable. L’axe se trouve excentré pour produire cet
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- effet. Les palettes portent contre l’enveloppe par des parties frottantes constituées par des morceaux de fil d’acier à section demi-circulaire qu’on peut remplacer facilement, lorsque l’usure devient un peu importante. La pompe aspire à la fois de l’air et de la peinture toute préparée, et le mélange sortant avec une grande vitesse par un orifice de 9 millimètres de diamètre est projeté en pluie fine sur la partie à peindre. On a constaté que trois hommes, au moyen de celle pompe, peignent dans un temps donné, environ trois fois autant de surface que quatre hommes par le procédé ordinaire avec des brosses.
- Le commerce des pelleteries en Sibérie. —
- La Nature a donné jadis des renseignements sur la foire de Nijni-Novgorod et sur les importantes transactions qui s’y font chaque année. Cependant, il est à signaler en Russie, et plus précisément en Sibérie, un centre fort important, une foire d’été, mais réservée spécialement au commerce des pelleteries. C’est la foire d’Irbit, où viennent presque toutes les pelleteries de la Sibérie. Pendant l’été de 1889, on y a vendu 5 180 000 peaux de petits-gris, dont 200000 venant d’irkoutsk et 300 000 de la Transbaï-kalie; 1 500 000 peaux de lièvres, 140 000 de marmottes, 50 000 de putois, 11 000 de renards bleus, cette fourrure si précieuse que porte le Canis lagopus, pour l’appeler par son nom zoologique, 2 000 de renards, 10000 de blaireaux. Enfin il faut ajouter à ces chiffres 500 000 peaux d’écureuils noirs (en 1888, les transactions avaient porté sur un chiffre double) et un certain nombre de peaux d’ours et de loups. Remarquons du reste qu’un grand nombre de peaux de petits-gris pénètrent directement en Russie d’Europe sans passer par Irbit, et qu’on importe aussi de la même manière de Sibérie en Chine. Après avoir vu de pareils chiffres, on n’a pas à s’étonner si, sur de vastes espaces de la Russie d’Asie, tous les animaux à fourrures, et notamment les petits-gris, sont complètement détruits.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 mars 1893. — Présidence de M. Lœwï
- Déboisement de la France. — M. Chambrelent traite de l’urgence des travaux de fixation des torrents et de reboisement des montagnes, dans le sud-est de la France et la région pyrénéenne, à l’occasion des discussions soulevées à ce sujet au cours du vote du budget de l’Agriculture. 11 fait ressortir cette circonstance que le chiffre de la dépense à engager est fort peu de chose auprès des résultats à obtenir, résultats qui intéressent la préservation de plusieurs lignes de chemin de fer, de routes nationales, aussi bien que l’irrigation de régions considérables et la navigation de plusieurs rivières. Il s’élève contre le délai de quarante années assignées par la Commission du budget pour la réalisation de l’œuvre. « En résumé, dit-il, l’opération à réaliser pour éviter de grands malheurs et la destruction d’une partie du territoire de la France, n’exigera pas plus de 200 millions, c’est-à-dire la vingt-cinquième partie des 5 milliards affectés à des chemins de fer moins urgents et dont quelques-uns ont besoin de ces travaux de boisement pour assurer leur viabilité. Les bienfaits à réa-„ liser équivaudront, au contraire, à des milliards, sans compter la sécurité des habitants et le développement matériel et moral de la population. Retarder une telle opération, sous prétexte de ménager les intérêts du Trésor, ce n’est pas seulement une fausse conception, c’est une mauvaise gestion des intérêts de l’État. Ajoutons avec un
- ancien Ministre de l’agriculture, M. Méchin, que l’œuvre s’impose comme un devoir auquel ne peut manquer une administration éclairée et soucieuse des intérêts qui lui sont confiés ».
- Analyse du diamant. — M. Henri Moissan ne s’est pas contenté de rechercher la synthèse du diamant, il a encore effectué de nombreuses analyses de cendres de diamant de diverses provenances, dans le but de déterminer les matières minérales qu’elles contenaient. En effet, ne pouvant brûler de très gros diamants à cause de leur prix, il a dû opérer sur des quantités de cendres pour ainsi dire infinitésimales, 0"“er,5 et même 0“sr,2. C’était une grande difficulté que M. Henri Moissan a résolue sans pouvoir s’aider de l’analyse spectrale, car tous les diamants essayés contenaient du fer, et la très grande complexité du système de raies du fer rendait la méthode peu pratique. 11 a pu constater, outre la présence du fer, celle du silicium, du magnésium et du calcium pour un carbonado du Brésil, il a pu même pratiquer un dosage donnant pour un poids brut de 100, sesquioxyde de fer 2, silicium 1,4, chaux 0,6, magnésie traces. De plus M. Moissan a déterminé la température de combustion des différentes espèces de diamant.il a trouvé que le carbonado brûlait entre 690 et 720 degrés, le diamant transparent du Brésil entre 760 et 770, le diamant taillé du Cap à 780, enfin certaine variété de diamant du Cap très dure et complètement intaillable à 875°. En résumé, la température de combustion paraît croître avec la densité. En outre, M. Moissan a constaté que la vapeur de soufre attaquait le diamant à 1000 degrés. Le diamant brûle et donne du sulfure de carbone. La vapeur de sodium est sans effet. Enfin il agit à la même température sur les carbonates alcalins et la réaction montre qu’il ne renferme pas d’hydrogène.
- Découvertes d'objets préhistoriques. — M. Marcellin Boule rend compte de la découverte d’une quantité d’objets d’archéologie préhistorique qu’il a opérée en Suisse de concert avec M. Nuesch, à 3 kilomètres de Schaffhouse, dans une localité appelée Schweizerbild. Les fouilles pratiquées à cette occasion ont ensuite permis à l’auteur de fonder définitivement une distinction entre l’âge du renne, l’âge des steppes et l’âge des glaciers. On ne pouvait affirmer jusqu’ici que ces trois périodes fussent en réalité distinctes. M. Marcellin Boule a traversé successivement les trois étages, circonstance qui résout une grosse incertitude et marque une phase dans l’histoire de l’étude de l’homme.
- L'action du coton sur le mercure. — M. Léon Vignon, après avoir signalé que les tissus se comportent tantôt comme une base, tantôt comme un acide, montre que l’action du coton est acide avec le mercure. Si l’on plonge un écheveau de coton purifié dans une solution de sublimé corrosif, il dégage de l’acide chlorhydrique et fixe de l’oxyde de mercure. Ainsi 10 grammes de coton dans 100 grammes d’une solution au 1/20 fixent 0gr,55 d’oxyde de mercure. La connaissance de cette propriété est très importante au point de vue de la préparation du coton antiseptique employé en chirurgie.
- Élection. — M. Lister est élu associé étranger.
- Varia. — MM. Chauveau et Kauffmann communiquent le résultat de leurs recherches sur le pancréas et les centres régulateurs de la fonction glycémique. — M. Ménard a étudié le parfum des orchidées. — M. Zumoffen relate la découverte d’os humains dans la grotte d’Antelios (Liban). Ch. de Villedeuil.
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- LA NATURE.
- JOUETS SCIENTIFIQUES
- TOUPIE LANCE-HÉLICES
- La toupie lance-hélices, qui nous vient d’Angleterre, a été imaginée par l’ingénieux inventeur du jouet : « la petite écuyère de cirque», que nous avons décrite dans La Naturel.
- Elle nous donne une intéressante démonstration expérimentale des effets de l’inertie.
- Voici quelles sont les pièces dont elle se compose :
- 1° Un socle portant une tige verticale servant d’axe; le dessous est muni de drap, ce qui permet de poser l’appareil sur une table sans craindre de rayer le vernis.
- 2° Une douille cylindrique verticale, enfilée sur cette tige, et portant à sa partie inférieure une petite masse métallique dans laquelle est fixée une pièce en forme de crochet faisant une assez forte saillie à l’extérieur, comme le montre notre dessin; sur l’extrémité supérieure de la douille, et solidaire avec elle, se trouve un fil de cuivre enroulé en spirale.
- 5° Enfin, au centre de la douille et monté fou sur cette douille se trouve le disque en fonte formant la toupie proprement dite; on le met en mouvement en enroulant une ficelle autour d’une portion de métal venue de fonte sous ce disque et présentant des pans qui augmentent l’adhérence de la ficelle, ce qui permet de donner à la* toupie une très grande vitesse de rotation. , •
- C’est avec ces trois éléments si simples que l’on obtient un appareil lançant en l’air, et à une très grande hauteur, de légères hélices qui, après avoir tournoyé en s’élevant avec une vitesse de rotation égale à celle du disque, voient leur vitesse décroître de plus en plus et retombent alors doucement sur le sol.
- Ces hélices sont en celluloïd teint de différentes couleurs. On peut les poser sur le disque, seules ou réunies par deux ou trois, la douille passant par le trou central dont chacune d’elles est percée.
- ' Voici maintenant comment fonctionne l’appareil :
- Tenant à la main un petit manche en bois terminé par une tige de fer que vous avez enfoncée dans le haut de la douille, vous enroulez la ficelle autour de la pièce polyédrique qui est solidaire du plateau; posant alors le socle sur la table et appuyant sur le manche que vous tenez bien vertical, vous tirez vivement la ficelle, puis, la toupie ainsi mise en mouvement, vous retirez le manche du haut de la douille et le conservez dans votre main pour l’opération qui va suivre. La toupie étant bien lancée et faisant entendre un ronflement grave qui prouve que sa vitesse est suffisante, vous posez sur le disque une ou plusieurs hélices, et celles-ci ne tardent pas à être animées du même mouvement de rotation que
- le plateau, avec lequel elles semblent faire corps. *
- La partie inférieure du disque, qui s’appuie sur la masse inférieure de la douille portant le crochet, entraîne par frottement cette masse et par suite le crochet et la douille qui traverse le plateau ; tout l’ensemble, bien que le plateau soit monté fou sur la douille, tourne donc avec la même vitesse, et cette vitesse, nous l’avons dit, est considérable.
- Mais supposons qu’à un moment donné nous venions à arrêter brusquement le mouvement de la douille. Nous arrê-! tons en môme temps la rotation du fil enroulé en spirale autour d’elle, et celui-ci agissant dans le trou de l’hélice comme le ferait une vis fixe dont l’écrou tournerait à une très grande vitesse, les hélices s’élèvent en tournant le long de ce fil et s’échappent en l’air avec une vitesse égale à celle du disque, ce qui provoque leur ascension. Quant au procédé permettant d’arrêter la douille brusquement, notre dessin l’indique suffisamment pour qu’il soitinutiled’yinsistcr; ileonsisteà toucher, avec la tige métallique du manche, le crochet faisant saillie au-dessous du disque. Si la description technique de ce jouet nouveau est un peu aride, le lecteur pourra s’en dédommager en faisant fonctionner la toupie; l’effet des hélices projetées ainsi dans les airs est des plus gracieux. ‘ Arthur Goud.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmlr.
- Toupie lance-hélices. — 1. Fonctionnement de la toupie au moment où l’hélice s’envole. — 2. Détails de sa construction.
- 1 Yoy. n° 922, du 31 janvier 1891, p. 144.
- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1033. — 18 MARS 1893.
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- LE TAPIR A DOS BLANC
- A la fin de l’année 4892, le Muséum d’histoire naturelle a reçu, pour la première fois, un individu vivant, de l’espèce de Tapir que les naturalistes désignent sous le nom de Tapir indien (Tapirus indiens, Desm.), de Tapir maïba, de Tapir à ehabraque ou de Tapir à dos blanc. Chez ce Tapir, qui présente cette particulurité curieuse d’être originaire de l’Asie méridionale, tandis que tous les autres Tapirs de la faune actuelle habitent le Nouveau Monde, le pelage offre, en effet, un mode de coloration fort original, la plus grande partie du tronc, en arrière du garrot, étant d’un blanc grisâtre qui contraste vi-
- goureusement avec le noir uniforme de l’avant-train, de la tête, du cou et de la région postérieure. Cette livrée pie est d’ailleurs propre aux animaux adultes, et les jeunes portent un costume tout différent, d’un brun foncé, avec de nombreuses taches et des raies fauves ou blanchâtres. Dans sa conformation générale, comme dans son aspect antérieur, le Tapir à dos blanc diffère à peine de ses congénères. Comme eux, il a le corps massif, reposant sur des pattes robustes et relativement assez courtes, dont les antérieures se terminent par quatre doigts et les postérieures par trois doigts seulement, chacun de ces doigts étant muni d’ailleurs d’un sabot distinct; comme eux, il a la queue rudimentaire, le cou très épais, la tête de forme conique, surmontée de pe-
- Le Tapir à dos blanc, d’après l’individu vivant actuellement à la Ménagerie du Muséum d’histoire naturelle de Paris.
- tites oreilles arrondies, et prolongée en un groin très mobile, à l’extrémité duquel s’ouvrent les narines; mais la nuque est constamment dépourvue de la crinière que l’on observe chez le Tapir du Brésil, et ses dimensions, à l’âge adulte, surpassent toujours celles des Tapirs américains, la hauteur au garrot étant d’un mètre environ et la longueur totale, du groin à la queue, de deux mètres et demi.
- Tandis que l’espèce la plus largement répandue du continent américain est connue depuis plus de trois siècles, il n’y a guère plus de soixante-dix ans que l’on possède des renseignements positifs sur le Tapir indien. On les doit à deux voyageurs français célèbres par leurs explorations dans les îles, de la ^Sonde et dans l’Inde méridionale, à Diard et à Du-vaucel, qui réussirent à capturer eux-mêmes, ou à faire prendre par des chasseurs indigènes, plusieurs Tapirs à dos blanc dans les forêts de Sumatra , vers 4820. Quelque temps auparavant,
- “21e année. — ter semestre.
- Diard avait vu à Barukpoor, près de Calcutta, un individu de la même espèce qui venait d’être apporté de Sumatra par le marquis de Hastings, gouverneur général de l’Inde, et il avait trouvé dans le cabinet de la Société asiatique la tête d’un autre spécimen envoyé de Malacca, en 4806, par M. Farquhar, gouverneur des établissements anglais de la péninsule, qui rédigea de son côté une description du Tapir indien, publiée dans les Asiatic Researches, en 4824, presque en même temps que les descriptions de F. Cuvier et de Desmarest.
- C’est grâce à ces travaux et à un Mémoire d’Eve-rard Home que le monde savant apprit à connaître le Tapir à dos blanc qui, en raison de son naturel farouche et de son genre de vie, était resté jusque-là complètement ignoré des colons anglais et hollandais établis soit dans la péninsule malaise, soit dans les îles de la Sonde. Mais est-il absolument exact de dire, comme on le fait généralement, que la dé-
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- couverte réelle du Tapir indien ne remonte qu’à soixante-treize ou soixante-quinze ans ? Peut-être non. Brehm, en effet, a cru reconnaître le Tapir à dos blanc d’abord dans le prétendu Rhinocéros que l’anglais Waldfeldt a décrit et figuré dans un ouvrage sur l’île de Sumatra, publié en 1772, et ensuite dans un animal mentionné, vers la même époque, par Marsden, secrétaire de la résidence de Benkoelen, dans son llistory of Sumatra. D’autre part Roulin, dans son Mémoire sur le Tapir, a fait observer que les renseignements fournis par Blés à Buifon, au sujet du Tapir de Ceylan, dont la taille ne dépasserait pas celle d’un Bœuf et qui aurait la trompe beaucoup plus courte et le corps plus velu que l’Éléphant ordinaire d’Asie, pourraient bien se rapporter à un Tapir d’espèce inconnue ou, plutôt encore, au Tapir à dos blanc dont l’habitat avait été, par erreur, transporté d’une île à l’autre. De son côté, Abel Rémusat n’a pas hésité à reconnaître les traits altérés du Tapir dans le Mé des légendes chinoises, animal à la trompe d’Eléphant, aux yeux de Rhinocéros, aux pieds de Tigre, qui ronge le fer et le cuivre et dévore les Serpents les plus redoutables, et Roulin a donné beaucoup de vraisemblance à cette hypothèse en admettant que la notion du Mé dérivait non pas d’une espèce indigène, mais d’une espèce exotique, telle que le Tapir de Malacca ou Tapir maïba.
- Si, de nos jours, beaucoup de Chinois lettrés voyagent à l’étranger, il n’en était pas de même autrefois et, comme le fait observer Roulin, tous ceux qui s’expatriaient alors appartenaient à la classe la moins éclairée. Les récits qu’ils faisaient, à leur retour dans la mère patrie, devaient donc être fortement entachés d’erreurs ou de mensonges. En outre, il est probable que les plus anciennes représentations du Tapir de Malacca, qui pénétrèrent dans le Céleste Empire, étaient des peintures ou des broderies sur étoile, des gravures sur quelques ustensiles, des amulettes sculptées dans un morceau de jade. « On conçoit, dit Roulin, que, dans ces représentations grossières, le gros pied du Tapir, divisé en doigts, a bien pu être pris pour le pied d’un F élis; les taches du jeune auront été arrangées de manière à figurer celles de la Panthère; la trompe, déjà exagérée dans l’image originale (car c’est le propre de tout dessinateur peu habile de charger le trait saillant), aura encore été allongée par le copiste, qui ne connaissait de trompe qu’à l’Éléphant. Ce même copiste, enfin, ne voyant point de queue, aura suppléé à l’omission prétendue, en lui en donnant une semblable à celle des quadrupèdes les plus communs qui ont la taille qu’on attribue au Mé.
- « Le Mé ronge le fer, le cuivre et le bois de bambou; le Tapir américain avale du bois, et celui de l’Inde a probablement des habitudes semblables. D’Azara a vu le premier mâcher une tabatière d’argent ; peut-être aura-t-on vu de même le Maïba promener entre ses dents un morceau de cuivre ou de fer.... Le Mé mange des Serpents, mais il n’y au-
- rait rien d’étonnant à ce que le Tapir, qui est très glouton, en mangeât aussi. »
- Mais Roulin est allé plus loin encore ; il a rapproché le Mé des légendes chinoises, et par conséquent le Tapir Indien, du Griffon des anciens Grecs, et il a présenté, à l’appui de cette conjecture, en apparence fort hasardée, certains arguments qui ne sont pas dépourvus de valeur. Partant de ce fait que, dans l’édition hollandaise de VHistoire des quadrupèdes, de Buffon, par Allamand, l’un des deux Tapirs américains qui avaient été amenés vivants dans les Pays-Bas, vers 1771, avait été représenté assis, Roulin suppose que jadis le Tapir indien a pu être figuré dans une posture analogue et que cette image, transmise aux peuples de l’Asie centrale, a pu servir de modèle pour le Griffon des anciens. Sa trompe courte et recourbée légèrement au-dessus de la mâchoire inférieure, serait devenue le rostre crochu d’un Aigle ou d’un Vautour ; les oreilles du Tapir auraient été maintenues, contrastant singulièrement avec le bec d’un Oiseau; les extrémités des membres auraient été armées de griffes, comme chez le Mé des Chinois et, l’imagination aidant, l’animal aurait été pourvu d’une longue queue, d’une paire d’ailes et d’une sorte de crête ou de crinière. « Quelques renseignements historiques, dit Roulin, peuvent donner un peu plus de poids à cette conjecture. Ainsi, nous savons, par Hérodote, que c’est de l’intérieur de l’Asie qu’arrivèrent d’abord dans la Grèce, sinon les images du Griffon, du moins les notions relatives à ses formes. Les Grecs qui trafiquèrent Vers le Pont-Euxin les reçurent des Scythes, et ceux-ci, à leur tour, les avaient reçues des Argip-péens, peuples à long menton, à nez épaté, à tète rasée, qui habitaient des plaines rocailleuses et salées situées au pied de hautes montagnes, c’est-à-dire le Step compris entre l’Oural et l’Altaï. » Comme les marchands grecs reçurent en même temps des Scythes de vagues notions sur des mines de métaux précieux situées dans les montagnes de la Tartarie, et que l’imagination populaire donnait volontiers des Dragons pour gardiens à ces trésors enfouis dans les entrailles de la terre, il n’est pas étonnant que l’image originelle du Tapir indien soit devenue méconnaissable en empruntant des traits à des Reptiles ailés de formes fantastiques. Enfin, d’après Roulin, cette image fut encore altérée par les récits de Gtésias, qui donna libre carrière à son imagination et dépeignit comme des êtres réels les animaux symboliques que, durant son séjour en Perse, il avait vu représentés sur divers monuments. Enfin l’Occident, en adoptant le Griffon, lui fit subir une nouvelle transformation et lui donna une tête et des ailes d’Aigle, un corps et une queue de Lion. C’est ainsi qu’il figure dans le blason.
- Sans insister davantage sur ces hypothèses, auxquelles on pourrait certainement faire diverses objections, revenons à l’animal authentique, au Tapir à dos blanc qui est désigné, dans les contrées qu’il habite, sous le nom de Maïba, de Kouda, d'Ayer,
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- de Kouda-Ayer, de Babi-Alow, de Saladany, de Gindal, etc. Comme nous le disions en commençant, la véritable originalité de celte espèce réside dans sa distribution géographique. Il est en effet fort curieux de trouver, dans la presqu’île de Malacca et dans l’une des îles de la Sonde, un représentant d’un genre de Mammifères qui présente son maximum d’expansion dans la portion méridionale du Nouveau Monde, où il ne compte pas moins de quatre espèces, savoir : le Tapir américain ou Tapir terrestre (T. americanii;s, Gin. ou T. terrestris, L.), qui est répandu depuis la Guyane jusqu’au Paraguay et à la République argentine ; le Tapir pin-chaque, ou Tapir deRoulin (T. Roulini, Fisch.), qui vit dans les Andes de la Colombie; le Tapir de Baird (T. Baird i, Gill), qui est propre au Centre-Amérique : et le Tapir de Dow (T. Z)owù), qui a été découvert au Venezuela. Toutefois, le fait paraît beaucoup moins extraordinaire quand on considère non plus seulement ce qui existe dans la nature actuelle, mais ce qui existait aux époques antérieures à la nôtre. Nous voyons en effet que, durant la période tertiaire, les Tapirs et leurs parents ou alliés, les Uymchim et les Lopkiodon, ont tenu une place très importante dans la faune de l’Ancien Monde et ont compté des représentants jusque dans la France centrale. Le Tapir à dos blanc peut donc être considéré comme le dernier témoin, dans la faune indo-malaise, d’un groupe qui avait jadis, en Europe et en Asie, une extension au moins aussi considérable que celle qu’il offre actuellement en Amérique.
- Sous le rapport des mœurs et du régime, le Tapir à dos blanc ne diffère pas de l’espèce commune de l’Amérique tropicale, du Tapir terrestre. Comme ce dernier, il se nourrit principalement de substances végétales, de fruits, de feuilles, de bourgeons et de racines succulentes; comme lui, il mène à l’état Sauvage une vie des plus retirées. Durant la plus grande partie du jour, il se tient caché dans les forêts marécageuses, où il peut, à son gré, piétiner et se rouler dans la vase, et ce n’est guère qu’au crépuscule, ou même à la nuit close, qu’il se décide à sortir de ses sombres retraites. En captivité, cependant, ses habitudes tendent à se modifier en même temps que son régime. Sa démarche est prudente et mesurée et il s’avance d’un air craintif, en tendant l’oreille et en flairant de tous côtés avec sa trompe, qui constitue en même temps un organe de tact d’une exquise sensibilité. Sa vue, en revanche, parait assez médiocre et son intelligence n’est guère développée. On a remarqué toutefois que les rares Tapirs à dos blanc qui ont vécu dans les jardins zoologiques avaient fini, comme leurs congénères américains, par reconnaître les personnes chargées de leur entretien et manifestaient même à leur w égard un certain attachement. Ce sont d’ailleurs des animaux généralement doux et inoflensifs, peu difficiles dans le choix de leur nourriture et qui, par conséquent, sembleraient pouvoir fournir, comme le pensait Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, d’utiles re-
- crues pour notre faune, si pauvre en grands Mammifères; malheureusement les Tapirs, et surtout les Tapirs indiens, en raison même de leur origine, exigent beaucoup de soins et ne sauraient rester exposés aux hivers assez rigoureux de notre climat.
- E. Oustalkt.
- LES CHEMINS DE FER STRATÉGIQUES
- EX FRANCE
- La plupart des lignes de chemins de fer que l’on doit ouvrir à l’exploitation cette année (099 kilomètres) ont un caractère stratégique : leur construction a été entreprise surtout pour des considérations militaires.
- La Compagnie du Nord exploitera la section de Rozoy-sur-Serre à Liart, qui complétera la ligne de Laon à Liait, sur la voie militaire d’flirson à Saint-Dizier. On doit la prolonger jusqu’à Tourne, près de Mézières-Charleville. Amiens, chef-lieu du IIe corps d’année, possédera alors une ligne directe vers la Meuse. La même Compagnie ouvrira une section de la ligne de Don à Templeuve, comprise entre Seclin et Templeuve. Cette voie rendra de grands services à la défense du camp retranché de Lille.
- L’Ouest n’aura qu’une ligne stratégique à ouvrir : celle de Carentan à la Haye-du-Puits qui, avec la ligne actuelle de la Haye-du-Puits à Carteret, forme, à la racine du Cotentin, la base même de la défense de Cherbourg.
- La Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée doit, au printemps prochain, faire circuler les trains entre Albertville et Moutiers. On a dit à différentes reprises l’intérêt considérable de cette ligne pour la défense des Alpes. Elle doit être prolongée au nord jusqu’à Annecy.
- La même Compagnie exploitera, dès le mois d’avril, la section de Cosne à Clamecy, que la Compagnie d’Orléans complétera en octobre, par la section de Bourges à Cosne. Alors notre grand arsenal sera en relation directe par une ligne à deux voies, avec Auxerre, Troyes, Toul et Verdun. Pour rendre cette puissante ligne absolument indépendante, il reste à remplacer par une ligne directe d’Auxerre à Saint-Florentin les sections d’Auxerre-la-Rocbe et la Roche-Saint-Florentin, que l’on doit actuellement emprunter. Ce projet est en bonne voie. Cette ligne de Bourges à Toul et Verdun sera prolongée celte année jusqu’à Limoges et Montauban par l’ouverture de la section de Saint-Florent à Issoudun et de la ligne de Limoges à Brive par Uzer-che. On aura donc ainsi une grande ligne à deux voies et à faibles rampes pouvant porter le XVIIe corps sur la Meuse.
- Enfin, la mobilisation du XIIIe corps sera facilitée par l’ouverture de la section de Mauriac à Vendes, qui complète une seconde ligne de Bourges à Toulouse, à voie unique, il est vrai, par Montluçon, Eygurande et Capdenac.
- On peut encore considérer comme ligne stratégique importante le tronçon corse — à voie étroite — de Corte à Vizzavona, à ouvrir à l’automne.
- Ces lignes ont un intérêt capital. D’autres tronçons à ouvrir cette année n’ont qu’un intérêt local ; mais ils assurent l’arrivée rapide d’un grand nombre de territoriaux et de réservistes aux centres de mobilisation. Ce sont :
- Verneuil à Maries (Est) ; Fougères à Vire, Avranches à Domfront, Guincamp à Carhaix, Auneau à Etampes (Ouest) ; Casteljaloux à Roquefort, Condom à Riscle (Midi).
- Enfin, l’État ouvrira un nouveau tronçon de sa ligne de Sargé à Tours, compris entre Montoire et Chàteaurenault. Cette ligne à deux voies a un caractère militaire : elle donnera au IXe corps, par Courlalain, Chartres et la Grande-Ceinture, une ligne indépendante permettant de laisser
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- LA NATURE.
- au XVIII* corps la grande voie de Bordeaux à Orléans.
- On voit que l’importante question des transports de troupes par voie ferrée aura fait, cette année, un pas énorme. On pourra même considérer comme accompli le programme qui consistait à donner à chaque corps d’armée l’usage exclusif d’une ligne ferrée à deux voies pour le porter à la frontière.
- Au moment où l’on parle sans cesse des préparatifs stratégiques dont le réseau allemand est l’objet, il n’est pas sans intérêt de signaler la fin d’un grand travail trop ignoré en France1.
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- LUNETTES D’ATELIER
- Dans un certain nombre de travaux industriels, les yeux des ouvriers sont exposés à des atteintes dangereuses, soit par des projections de particules solides ou de gouttelettes en fusion, soit par le rayonnement de masses incandescentes.
- De nombreux et graves accidents se sont déjà produits de ce chef. Il est donc indispensable de se servir de lunettes protectrices. Les ouvriers témoignent cependant une très grande répugnance à se servir de celles qui sont généralement en usage dans nos ateliers. Cela tient à ce que ce type de lunettes est mal compris et leur cause une gène réelle.
- L’Association des industriels de France a eu la pensée d’ouvrir un concours public pour la création d’un bon type de lunettes d’atelier, facilement acceptable par les ouvriers. Une Commission spéciale a été chargée de juger les nombreux types qui ont pris part au concours et qui peuvent se ranger dans quatre classes. A la première classe appartiennent les lunettes à verres et à monture de cuir. Elles ont l’inconvénient d'échauffer beaucoup les yeux, en les enfermant dans une enceinte hermétiquement close. Il faut les réserver pour le cas où les yeux doivent être préservés d’une atmosphère de poussières ou de vapeurs irritantes. La seconde classe comprend les lunettes avec verres et grillages métalliques. Meilleures que les précédentes, elles échauffent cependant encore les yeux et ne sont pas commodes. Une exception doit être faite, cependant, pour l’un des types présentés par la Société des lunetiers de Paris, qui permet aux
- 1 D'après la Yole ferrée.
- ouvriers myopes ou presbytes de conserver un lorgnon sous leurs lunettes.
- Dans la troisième classe, sont rangées les lunettes entièrement constituées par un treillis métallique à mailles plus ou moins serrées. Elles ont l’inconvénient de brouiller assez vite la vue lorsque le treillis est serré. Il faut les réserver pour les travaux où la précision n’est pas nécessaire et où les particules projetées sont assez fortes, comme chez les casseurs de pierres. On peut alors employer un treillis à mailles assez grosses et la vue se trouble beaucoup moins.
- Enfin, la quatrième classe comprend le type de lunettes à monture métallique et à verres trapézoïdaux présenté par M. Simmelbauer, fabricant de lunettes à Montigny-lès-Metz. C’estcelui qui a recueilli l’unanimité des suffrages. Il protège bien la vue, ne l’échauffe pas, est d’un port facile et commode, et les ouvriers i qui en ont fait l’essai ont constaté sa supériorité sur tous les autres types essayés.
- L’Association des industriels de France contre les accidents du travail a décerné le premier prix à M. Simmelbauer et le second prix à la Société des lunetiers.
- Ces lunettes d’atelier qui ont été présentées récemment à la Société d'encouragement par Mamy, peuvent être appelées à rendre beaucoup de services, non seulement aux ouvriers, mais aussi aux chimistes et aux amateurs, lorsqu'ils travaillent dans le laboratoire des tubes susceptibles de faire explosion, ou des liquides qui par leur mélange s’échauffent et font sauter des gouttelettes corrosives. C’est le cas que peut présenter l’acide sulfurique concentré quand on le projette dans l’eau. M. Simmelbauer a bien voulu nous envoyer, sur notre demande, un spécimen de ces lunettes. On les voit figurées sur notre gravure.
- Les verres de la lunette sont à peu près rectangulaires; un côté, celui qui est en regard du nez, est légèrement incliné, comme on le voit en cartouche de notre dessin. Les verres sont très solides; ils ont 4 millimètres d’épaisseur et peuvent résister à un choc, à celui d’un projectile assez puissant. Montés dans une armature métallique, ils offrent aux yeux une très sérieuse protection.
- Lunettes d’atelier.
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- LES THEATRES D’AUTOMATES EN GRÈCE
- AU DEUXIÈME SIÈCLE AVANT NOTRE ÈRE
- Les anciens, qui ont créé tant de chefs-d’œuvre artistiques et littéraires, font également notre admiration en matière d’industrie. Ils nous ont laissé, sur la plupart des spécialités, quantité de traités techniques que les ingénieurs modernes peuvent encore consulter avec fruit, témoin le très curieux ouvrage d’Héron d’Alexandrie sur Les Théâtres (V automates.
- La statuaire mobile, ou plutôt l’industrie des poupées mécaniques fut de bonne heure vulgarisée en Égypte, en Grèce et en Italie.
- Plusieurs siècles avant notre ère, aux beaux temps de l’art grec, des marionnettes, in-génieusement construites et machinées, donnaient d’intéressantes représentations privées ou publiques, à domicile ou sur les théâtres d’Athènes, sur la scène meme où se jouaient les tragédies d’Euripide.
- Les théâtres d’automates décrits par Héron sont de deux sortes essentiellement distinctes : les uns, monoscéniques à siège mobile; les autres, polyscéniques, à siège fixe. Il convient d’en analyser successivement l’économie.
- Hans les premiers, le public est assis en cercle autour d’une enceinte centrale, comme il l’est aujourd’hui dans nos cirques. Un petit caisson ou chariot, roulant sur une voie circulaire, côtoie dans sa course le premier rang de spectateurs ; c’est sur la plate-forme de ce caisson que se passe entre mêmes personnages une scène unique, ne comportant aucun changement de décors. La pièce en vogue au deuxième siècle avant notre ère, était celle de VApothéose de Bacchus dont voici la très succincte analyse : Au centre de la plate-forme du caisson s’élevait un édicule circulaire, visible sur tout son pourtour, et dont le toit conique était porté par des
- colonnes. Au sommet de ce toit une Victoire tenant une couronne. Au centre de l’édicule, Bacchus debout, un thyrse à la main gauche, une coupe à la main droite ; à ses pieds une panthère ; contre les colonnes, des bacchantes. Deux autels dressés : l’un, en avant; l’autre, en arrière du dieu (fig. I).
- Telle est la préparation du spectacle qui va se donner.
- « Le théâtre se met en marche, dit Héron. Arrivé au point voulu, il s’arrête. Alors l’autel placé devant Bacchus s’allume; l’eau jaillit de son thyrse; sa coupe répand du vin sur la panthère ; les faces du soubassement se ceignent, de couronnes; au bruit
- des tambours et des cymbales, les bacchantes dansent en rond autour de l’édicule. Le bruit ayant cessé, Bacchus et la Victoire font ensemble volte-face. Le second autel s’allume. Nouvel épanchement du thyrse et de la coupe; nouvelle ronde de bacchantes. Puis te théâtre revient à sa station première. »
- L’organisation des appareils moteurs d’où procédaient ces mouvements divers était uniformément basée sur le principe du mode d’action qu’exerce un contrepoids dont la descente a été méthodiquement réglée. Voyons, par exemple, quel était le mécanisme de la course du caisson ou chariot (fig. 1).
- Le caisson ABCD est établi sur trois roues dont deux R, R, de même rayon, sont motrices et calées sur un essieu commun. La troisième r, placée à l’avant, sert simplement de support au système et peut, par conséquent, se réduire à un simple galet. Toutes trois roulent sur des rails-ornières V,V', et il convient d’observer que les voies de ce genre sont de l’invention d’Héron.
- A l’entour d’une bobine calée sur l’essieu, à mi-distance des deux roues motric’es, s’enroule un cordon qui, moyennant un jeu de poulies de renvoi pp, aboutit à un contrepoids en plomb P. Ce contrepoids, qui peut glisser à frottement doux dans le compar-
- Fig. 1. — Appareil moteur du théâtre roulant dans la Grèce antique. — ABCD. Coupe du caisson roulant. — R, R. Roues motrices calées sur un essieu commun. — r. Roue-support ou simple galet d’avant. — V,V'. Voies formées de rails-ornières. — p,p. Poulies de renvoi. — TT. Cylindre vertical dans lequel se meut le contrepoids moteur. —• P. Contrepoids moteur en plomb. — M. Lit de grains de millet ou de sénevé. — 0. Orilice servant à l’écoulement des grains. •— N. Tas de grains tombés dans le compartiment inférieur du cylindre.
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- timent supérieur d’un cylindre vertical TT, repose sur un lit M de grains de millet ou de sénevé, lesquels sont, à la lois, légers et glissants. Au fond de ce compartiment est percé un orifice 0, de grandeur convenable, pouvant s’ouvrir et se fermer à volonté au moyen d’une petite vanne commandée par un cordon placé sous la main de l’opérateur. Veut-il mettre le chariot en mouvement, celui-ci n’a qu’à
- Fig. 2. — Mécanisme du théâtre d’automates dans la Grèce antique. — nb. Bras humain. — cd. Battant tournant autour du pivot n. — c. Talon du battant. — K. Cheville ou pièce d’arrêt. — P. Contrepoids moteur général. — p. Petit contrepoids. — r. Boue à rochet. h. Cordon enroulé autour de l’arbre de la roue.
- tirer le cordon. La petite vanne s’ouvre ; le millet s’écoule en N dans le compartiment inférieur du tube et — doucement — le théâtre roule sur les rails-ornières.
- Cet ingénieux moyen de modérer à volonté et de
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- Fig. 3. — Autre mécanisme du théâtre d’automates dans la Grèce antique. — AB. Fente ouverte dans le plancher de la scène. — C. Arbre de rotation. — T. Tige jdantée dans l’arbre et portant la silhouette du dauphin. — B. Poulie. — P. Contrepoids.
- rendre uniforme le mouvement dû à l’action de la pesanteur a été appliqué de nos jours au décintre-inent des voûtes en maçonnerie. Au cours de la construction, les cintres reposent sur de fortes semelles établies horizontalement aux naissances. Sous chaque ferme, la semelle est assise sur un cylindre en bois debout, plongeant dans une trémie ou boîte cylindrique en tôle, boite remplie de sable et pourvue, à sa base, d’un orifice outillé d’une petite vanne. Tant que cet orifice est fermé, le sable incompressible fournit au cintre un plan d’appui
- solide. Au moment du déeinlrement, à un signal donné, des ouvriers font jouer les vannes de toutes les trémies et règlent l’écoulement du sable jusqu’à ce que le cintre soit complètement séparé de la voûte.
- M. l’ingénieur Beaudemoulin qui, le premier, a opéré de cette manière, ne se doutait vraisemblablement pas que le principe de sa méthode fût d’origine antique. Cette mélhode élégante, Héron d’Alexandrie la suivait il y a deux mille ans.
- Pour achever ce qui concerne le théâtre roulant, disons que le jeu des personnages automatiques est tiré d’une bobine verticale dont le cordon moteur va, moyennant un système de poulies de renvoi, rejoindre horizontalement le contrepoids moteur.
- Sur les théâtres d’automates à siège fixe se jouaient des pièces en plusieurs actes, avec entr’actes et changements de décors,comme cela se passe aujourd’hui sur nos théâtres modernes. Quant au mécanisme, l’organisation en était également basée sur le principe de l’intervention d’un contrepoids moteur à descente réglée. Le fait de la suppression de l’appareil roulant permettait d’aménager dans de meilleures conditions le mode d’action de ce contrepoids. La hauteur disponible pour la descente, le volume du grain régulateur et, par suite, la durée même de ce mouvement se trouvaient augmentés. Ici, d’ailleurs, le millet était remplacé par du sable sec, matière plus économique et plus durable que le grain adopté — à raison de sa légèreté — pour le théâtre mobile.
- La pièce la plus célèbre qui se donnait sur les théâtres fixes était, au temps d’Hérori, la Légende de Naupli ns.
- Au premier acte, le théâtre représentait un chantier naval. En scène, douze personnages répartis en trois groupes. C’étaient autant de Grecs occupés à construire, sur le rivage de Troie, les navires qui devaient les ramener dans leur pays. Ces personnages se donnaient grand mouvement; les uns sciant, les autres fendant du bois; ceux-ci jouant du marteau; ceux-là, de la mèche rotative; et d’autres, du trépan. Peints sur la toile du fond, ils avaient tous le bras droit mobile, armé d’un outil qu’ils manœuvraient énergiquement. Celte oscillation du bras s’obtenait moyennant l’emploi du procédé suivant, décrit très clairement par Héron :
- Notre figure 2 représente un levier ou battant cd, oscillant et faisant osciller le bras humain ab autour du pivot a moyennant le jeu continu d’une roue à rochet r dont les dents successives, en s’appuyant sur le talon c du battant, soulèvent son bras de levier opposé ad, lequel bras retombe ensuite, sous l’action d’un petit contrepoids p, contre une pièce d’arrêt ou cheville fixe K. La roue à rochet r est mue par le contrepoids général P dont le cordon h s’enroule plusieurs fois autour de l’arbre de la roue.
- Au deuxième acte, on assistait au lancement et au départ des bâtiments grecs.
- Au troisième acte « le spectateur, dit Héron, ne voyait plus que le ciel et l’eau, mais bientôt commençait le défilé dçs navires en ordonnance de flotte.
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- Sur les côtés s’ébattaient des dauphins; les uns, plongeant; les autres, émergeant de l’eau. »
- Héron va nous exposer lui-même comment il obtient ces mouvements des dauphins (fîg. 5).
- « Dans le plancher séparatif de la scène et de son dessous, je pratique, dit-il, des fentes étroites comme des mortaises de menuiserie. Sur une planchette de faible épaisseur je dessine des dauphins que je découpe en limant avec soin leur pourtour. Soient AB la fente du plancher ; C un arbre de rotation dans lequel est plantée la tige T qui porte la silhouette de l’animal ; un cordon s’enroule dans la gorge d’une poulie un peu en retraite sur la fente AB. Lorsque le poids P fera tourner la poulie, le dauphin tantôt plongera dans le dessous, tantôt émergera au-dessus du plancher qui représente la mer ».
- Au quatrième acte, cette mer devenait houleuse et les navires couraient en file serrée. Apparition du personnage de Nauplius qui va pouvoir venger son fils Palamède, traîtreusement mis à mort par les Grecs au cours du siège de Troie. Auprès de lui se tient debout Minerve. Une flamme éclaire l’horizon; c’est celle d’un phare improvisé par Nauplius et destiné à tromper les Grecs; à faire arriver leurs navires sur les pointes d’un récif où ils doivent se briser.
- Cinquième acte. Naufrage de la flotte. Apparition d’Ajax qui tente de se sauver à la nage.... mais qui, frappé de la foudre, disparaît soudainement.
- Les exemples que nous avons exposés ci-dessus nous dispensent d’entrer dans aucun détail explicatif de ces divers jeux de scène. Disons seulement que, devant tous se produire instantanément, leur mécanisme est maintenu fixe — aussi longtemps que les pièces ou personnages correspondants doivent demeurer immobiles ou invisibles — par une cheville d’arrêt ou broche de calage qui, au moment voulu, cède à l'effort d’un cordon tiré par un contrepoids moteur. Ainsi mis en liberté, l’automate remplit sa fonction scénique en obéissant soit à son propre poids, soit à l’action persistante du contrepoids général.
- En résumé, l’économie du système d’Iléron d’Alexandrie se base sur un emploi de contrepoids moteurs combiné avec celui de certain nombre de cordons ingénieusement agencés. Ce système offre grande analogie avec l’organisation d’un métier à tisser à la Jacquart. Même principe moteur, même exiguïté de l’espace disponible, même simplicité, même perfection dans les deux chefs-d’œuvre. On ne saurait mieux les louer tous deux qu’en les comparant l’un à l’autre. E. Hennebert.
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- GLISSEMENTS DE TERRAINS A SANDGATE
- La station balnéaire de Sandgate, près de Douvres, en Angleterre, a été le théâtre d’un phénomène géologique « de glissements de terrains, qui a produit de véritables désastres. Voici le récit qui a été donné de la catastrophe par un visiteur de la petite ville :
- « Etant allé passer l’après-midi du dimanche 5 mars à Douvres, j’ai pu être témoin du très curieux phénomène
- géologique qui vient de ruiner en partie la petite ville de Sandgate. Toute cette côte méridionale de l’Angleterre, on le sait, est une espèce d’espalier ; la température y est plus chaude que sur la rive française, et beaucoup d’Anglais y viennent chercher l’hiver un refuge contre les brouillards de Londres et des grandes villes du Centre. Sandgate, placé entre Douvres et Folkestone, est une des plus charmantes stations de ces petites plages. Tout à coup, samedi soir, à huit heures, le sol s’est ouvert et s’est mis à se mouvoir comme par vagues ; plusieurs maisons se sont effondrées et la population s’est précipitée au dehors. Une seconde secousse a eu lieu le lendemain matin, vers cinq heures, encore plus forte que la précédente. On croyait à un tremblement de terre, et c'est avec cette idée que je suis arrivé à Sandgate. Il n’en était rien, si l’on réserve ce nom aux secousses d’origine volcanique. Mais tout un immense bloc de terrain, sur lequel est bâtie la petite ville, long de 1500 mètres et large de 500, a glissé assez lentement vers la mer. Plus de deux cents maisons ont été endommagées. La nature géologique du sol explique parfaitement ce phénomène. Les collines de Wealden, qui donnent précisément leur nom à -une argile oolilhique particulière — le Wealden clay— descendent en pente assez raide jusqu’à Sandgate. Elles sont recouvertes en cet endroit d’alluvions modernes et d’un sable verdâtre. Ce sable a absorbé l’eau des pluies abondantes des jours derniers, puis délité, instable, il s’est mis à couler d’après la ligne de plus grande pente, suivant les ondulations souterraines de la couche argileuse, si bien que le sol bouleversé semble fait maintenant de vagues figées. Cette explication paraît d’autant plus fondée qu’arrivé à la limite des basses marées, où la couche sous-jacente de glaise est absolument plane, le mouvement s’est arrêté, et le sable s’est accumulé en une espèce de talus de deux ou trois mètres de hauteur. »
- NOUVEL APPAREIL DISTILLATOIRE
- L’appareil que nous représentons ci-contre (p. 248) constitue un condensateur rapide pour préparer l’eau distillée et pour opérer les distillations domestiques. Nous allons en faire comprendre le principe.
- Si l’on présente, au-dessus d’un vase contenant de l’eau en ébullition, un entonnoir en verre renversé, on voit se former par condensation, contre les parois intérieures de l’entonnoir, des gouttelettes d’eau qui s’y accumulent et finissent par rouler sur les bords de l’entonnoir pour retomber dans l’eau bouillante ; cette eau est de l’eau distillée. L’action condensatrice de l’entonnoir est annulée dès que le verre a pris, ou à peu près, la température d’ébullition de l’eau.
- Ce phénomène très simple est, en résumé, celui qui se produit dans les alambics et les appareils dis-tillatoires, et prouve qu’il n’est pas absolument indispensable d’avoir recours à un bien grand matériel, chaudières, col de cygne, serpentin, etc., lorsqu’on veut simplement préparer de l’eau distillée.
- En répétant l’expérience que nous signalons plus haut de telle manière que l’eau qui s’écoule des bords de l’entonnoir puisse être recueillie, on obtiendra très facilement de l’eau distillée. Aujourd’hui, avec la vulgarisation de la chimie industrielle, il n’est pas de négociant qui ne soit susceptible de
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- faire chez lui des analyses qui, pour la plupart, nécessitent l’emploi de l’eau distillée, soit comme dissolvant, soit pour le lavage des précipités, des filtres, etc., etc. La photographie et la pharmacie ont également besoin, à tout instant, d’eau distillée. En ce qui concerne tout spécialement la chimie œnologique, c’est-à-dire l’analyse des vins, l’eau distillée est indispensable. Les dosages du plâtre, de l’acidité, du sucre, des chlorures, du tanin, etc., exigent l’emploi de l’eau distillée et, dans les petites localités, il n’est pas toujours facile de s’en procurer. Il est donc bien évident qu’un petit appareil condensateur, basé sur le principe de l’entonnoir renversé et permettant d’obtenir immédiatement, sur un fourneau chauffé au charbon, au gaz ou au pétrole, un ou deux litres d’eau distillée, peut rendre de grands services à tous ceux que la chimie intéresse à quelque titre que ce soit.
- La figure ci-contre explique du reste suffisamment, et sans nécessiter une trop longue description, le fonctionnement de cet appareil, construit par M. Dujardin et dont l’idée première est due à M. Kessler.
- L’eau bouillante rencontre les parois refroidies de l’entonnoir conique, s’y condense, s’écoule goutte à goutte jusqu’au rebord annulaire et tombe par le tube déverseur dans le récipient placé au dessous pour la recueillir.
- Le réfrigérant B est alimenté d’eau froide par l’entonnoir E, l’eau qui s’est échauffée contre les parois du cône de métal s’échappe par le tube P. Le robinet U sert à vider le réfrigérant; on peut, au besoin, en adaptant un tube de caoutchouc à ce robinet et au tube J, utiliser la chaleur du condensateur pour introduire de l'eau déjà chaude dans la chaudière A. Il va sans dire que, plus le refroidissement du condensateur est énergique, plus la production du liquide distillé est considérable.
- En adaptant à la chaudière un bain-marie D destiné à recevoir des fleurs, des plantes, des fruits, on peut faire des distillations domestiques et préparer très facilement des eaux parfumées, des alcoolats et des liqueurs. X..., ingénieur.
- UN PAPILLON GÉANT
- (( PAPILIO APÎT1MACHUS ))
- Pendant le cours de sa périlleuse expédition au Congo, M. Jean Dybowski a récolté sur divers points de son voyage un grand nombre d’insectes. Brazzaville, Bangui et Haut-Kémo sont les principales étapes où le voyageur a fait les chasses entomologi-ques les plus fructueuses.
- Tous les ordres de la classe des insectes, de cette importante division du règne animal, sont représentés par un plus ou moins grand nombre d’espèces dont quelques-unes sont très remarquables. Nous nous contenterons aujourd’hui de signaler un papillon superbe, d’une envergure considérable et dont la rareté est bien connue de tous les entomologistes, c’est le Papillon Antimaque (Papilio Antirnachm).
- Comme son nom l’indique, l’Antimaque appartient à ce grand groupe des Papilio dont, certes, tout le monde a admiré les représentants de la faune française. Il fut trouvé pour la première fois à Sierra-Leone et décrit à la fin du siècle dernier, en 1782, par I)ru-ry, dans son ouvrage ayant pour titre : a Illustrations of natural history ». La description de l’insecte, ainsi que la figure qui y est jointe, permet facilement à toute personne, même étrangère à l’entomologie, de déterminer cette grande espèce. Mais cette description est très aride et nous préférons faire ressortir, d’après la magnifique composition qui accompagne cet article, les principales particularités du Papillon Antimaque.
- Notre gravure représente l’Antimaque dans diverses attitudes, soit au vol, soit au repos. Au premier plan, l’insecte vient de se poser sur le sable d’un rivage pour y chercher sa nourriture dans les matières en décomposition, comme beaucoup de nos papillons diurnes. La tête et le corselet sont noirs et tachetés de petits points clairs presque blancs; on en compte dix sur la tête, quatre aux insertions des ailes et un certain nombre sur les côtés du thorax ; l’abdomen est également noir en dessus, mais devient couleur d’argile en dessous, sur les cô-
- Appareil distillatoire ou condensateur rapide pour préparer l’eau distillée et opérer les distillations domestiques. — A. Chaudière.
- •— II. Réfrigérant. — C. Cône condensateur. — I). Bain-marie. — E. Entonnoir. — S. Tube déverseur. — P. Tube de trop-plein. — 11. Robinet de vidange. — J. Orifice d’évacuation de la chaudière.'
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- Un papillon géant de i’Afritjuo centrale.
- (I)'après Ja eollertion rapportée par M. Jean [Dybowski.)
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- tés et à l’extrémité. Les ailes dont on voit le dessous sont d’une coloration claire, grisâtre aux extrémités, et parsemées de taches noires qui correspondent à celles qui ornent l’autre face. Les ailes supérieures sont noires en dessus, mais cette teinte, foncée près du corps, va en s’éclaircissant vers les extrémités. Sur cette face, elles présentent également des taches claires, de couleur fauve, irrégulières, tantôt ovales, tantôt en forme de croissant. Les ailes inférieures portent des dentelures bordées de croissants jaunes.
- Si l’on considère maintenant la figure qui représente l’insecte au vol, ce qui frappe le plus la vue et ce qui, dans le Papillon Antimaque, est la particularité la plus remarquable, c’est certainement son envergure considérable. En effet, le Papillon Antimaque est le géant des Papilio. L’exemplaire décrit par Drury mesurait, les ailes déployées, près de 8 pouces et demi, c’est-à-dire 21tIU,589, en supposant que cet auteur se soit servi de la mesure anglaise. Les exemplaires rapportés par M. Dybowski ne sont pas inférieurs comme taille au précédent, car leur envergure est de 21 centimètres et demi, et la petite différence qui existe peut parfaitement s’expliquer par certaines modifications dans le mode de préparation. La base des ailes supérieures des derniers forme une ligne horizontale qu’il est difficile de retrouver dans celui qui est figuré dans l’ouvrage de Drury, où les ailes sont peu relevées, et il est probable que, si la préparation eût été la même, les exemplaires rapportés du Congo seraient plus grands que les autres.
- Jusqu’ici, le Papillon Antimaque était très rare dans les collections, et le laboratoire d’entomologie du Muséum d’histoire naturelle de Paris n’en possédait aucun exemplaire avant 1891, année où fut faite l’acquisition d’un mâle, mesurant 19 centimètres d’envergure, à un prix très élevé que les personnes familières avec l’entomologie peuvent seules soupçonner. Un autre, mesurant seulement 18 centimètres, se trouve dans la collection léguée par feu M. de Beaulieu. Les papillons provenant de Bangui viendront former, de la plus heureuse manière, une série d’individus de taille bien différente.
- Jusqu’ici, nous n’avons parlé que du mâle; la femelle était restée inconnue pendant très longtemps, et c’est seulement dans le courant de l’année dernière qu’un exemplaire fut décrit par William Watkins dans The entomologist's monthly magazine. D’après cet auteur, la femelle aurait les ailes supérieures plus arrondies et moins allongées et serait d’une taille inférieure à celle du mâle; mais, en considérant les différences qui existent pour ce dernier entre les exemplaires connus, il est difficile de se faire une opinion bien juste, car ces mêmes différences peuvent aussi exister chez la femelle ; nous réserverons également une autre opinion qui la présente comme ayant le fond général des ailes moins garni d’écailles, ce qui les rendrait plus diaphanes. M. William Watkins fait remarquer que l’extrémité anale de la femelle est pubescente et n’est pas pour-
- vue de pinces cornées comme chez le mâle. L’exemplaire dont nous venons de parler fait partie de la collection de M. Hubert J. Adams, d’Enlield.
- Bien que décrit depuis plus d’un siècle, le Papillon Antimaque, par suite de sa rareté, n’a pas été l'objet de travaux nombreux. C’est à peine si nous avons pu, dans nos recherches bibliographiques, trouver quelques notes ou communications. Les auteurs n’ont fait que reproduire la description de Drury sans y ajouter aucun renseignement nouveau. Les moeurs de cet insecte ne sont pas connues, et les voyageurs n’ont fourni que des remarques peu importantes. Cependant M. Ilettwisson, au nom de M. Rogers, a donné un récit assez précis de la capture d’un de ces exemplaires. M. Rogers le prit dans une petite île voisine de Fernando-Po. La patience de ce voyageur fut vraiment mise à l’épreuve, car, le premier jour, il dut se contenter de l’admirer; mais, avec une persistance digne de louanges, il revint le lendemain et aperçut l’insecte volant autour de la cime d’un arbre et se tenant toujours hors de portée. Le chasseur devait commencer à perdre patience, lorsqu’une pluie torrentielle vint à tomber, et le Papillon Antimaque, fuyant devant ce déluge, se dirigea vers M. Rogers qui le captura du premier coup de filet. Inutile de dépeindre la joie de l’heureux possesseur d’un trésor semblable.
- Au point de vue de la distribution géographique de cette espèce, le dernier envoi présente un intérêt tout particulier. L’Antimaque était considéré par certains auteurs comme habitant exclusivement le littoral. Les captures précédentes ont été faites soit à Fernando-Po, soit à Sierra-Leone ; la nouvelle localité, Bangui, se trouve située à une grande distance de la côte. C’est là, évidemment, un point très intéressant et qu’il est utile de noter. L’aire géographique du papillon est donc très étendue. Il doit se trouver dans toute l’Afrique occidentale, et il est à souhaiter que des voyageurs plus heureux rapporteront ces insectes en plus grande quantité et surtout récolteront des chenilles, ce qui permettra d’étudier toutes les métamorphoses de cette magnifique espèce. De cette étude découlera peut-être plus d’un fait intéressant comme classification. Le Papillon Antimaque, rangé jusqu’ici dans le genre Papilio, pourrait fort bien être rattaché au genre Ornitho-ptère, dont il possède certains caractères.
- Paul Tertrin et Edmond Bordage,
- Préparateurs au Muséum.
- PROPRIÉTÉS PHYSIQUES
- DU RUTHÉNIUM FONDU
- Des six métaux qui composent le groupe du platine, il en est trois (platine, iridium, palladium) dont les propriétés physiques ont été plus particulièrement examinées par H. Sainte-Claire Deville et Debray. Je me suis proposé de compléter l’étude des métaux du groupe, en ce qui concerne les trois métaux plus rares : rhodium, osmium, ruthénium.
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- Pour le ruthénium, en particulier, dont j’ai préparé 5 kilogrammes à l’état de pureté, dans le cours de mesre-chcrches que je poursuis sur cet élément depuis plusieurs années, cette étude devenait possible. D’ailleurs, grâce à l’obligeance inépuisable de M. G. Matthey, je traite en ce moment une cinquantaine de kilogrammes de résidus de la préparation de l’iridium, qui me permettront d’obtenir, par une méthode nouvelle, 10 kilogrammes de ce métal rare. Afin d’amener le métal à un état comparable à celui des autres métaux du platine, je me propose de le fondre en grande masse. Des expériences préliminaires étaient nécessaires.
- Le ruthénium est, en effet, avec l’osmium, le plus réfractaire des métaux de platine. Deville et Debray n’ont réussi qu’a grand’peine à en fondre de petits globules au chalumeau oxhydrique. On est gêné d’ailleurs dans cette opération par l’oxydabilité du métal, qui tend à se transformer en peroxyde Ru O4 volatil. Il était évident, a priori, que l’on réussirait facilement dans l’arc électrique. Avec l’installation électrique dont je dispose pour les travaux du laboratoire, j’ai pu fondre de petits globules de 1 à 2 grammes. La grenaille ainsi obtenue a été réunie en culots de 25 à 50 grammes, grâce à l’obligeance delM. de Nerville, qui a mis à ma disposition, au laboratoire d’électricité, un arc plus puissant.
- A condition de porter brusquement le métal à une température bien supérieure à sa température de fusion, cetle fusion est obtenue en quelques instants, et la perte par volatilisation est peu sensible. C’est à peine si l’on perçoit l’odeur si caractéristique du peroxyde, mais pendant la période du refroidissement, le globule se recouvre d’oxyde bleu ou bioxyde. Après un séjour de quelques instants dans l’eau régale, qui n’attaque d’ailleurs ni le métal, ni l’oxyde, puis dans l’acide fluorhydrique, enfin, après réduction par l’hydrogène, le métal est mis à nu. Par sa couleur grise, il se rapproche plus du fer que du platine ; la dureté est comparable à celle de l’iridium ; la structure est cristalline, aussi le métal est-il cassant à froid. Chaude au rouge, dans la fiaimne du chalumeau oxhydrique, il se laisse tout d’abord aplatir, puis casse. D’ailleurs, le métal ro.che fortement au moment de la solidification, et les globules sont presque toujours caverneux.
- La densité du métal fondu et pulvérisé est, à 0 degré et rapportée à l’eau à 4 degrés, 12,065; le métal était celui-là même qui m’avait servi à déterminer le poids atomique1; sur le même échantillon, non fondu, M. Violle avait obtenu 12,002.
- Dans le même appareil, et dans des conditions de température identiques, la fusion du ruthénium est obtenue beaucoup plus difficilement que celle du rhodium, dont le point de fusion est un peu supérieur à celui du platine, elle est notablement plus difficile à réaliser que celle de l’iridium (1050 degrés).
- Quant à la température exacte de fusion, M. Violle, dont les beaux travaux sur la mesure des températures élevées garantissent la compétence, a bien voulu se charger de la déterminer.
- J’ajouterai que, dans les conditions où le ruthénium a été fondu, l’osmkim a été seulement aggloméré et fritté; l’osmiure d’iridium, que l’on ne peut réussir à fondre au chalumeau à gaz tonnant, est fondu assez difficilement en une masse blanche cristalline que les outils les mieux trempés ne réussissent pas à entamer, mais cassante.
- 1 Comptes rendus, t. CYIII, p. 046.
- Pendant tout le cours de ces expériences, faites aux températures élevées de l’arc électrique, j’ai été très habilement secondé par un jeune chimiste fort expert dans les questions d’électricité, M. Vèzes, agrégé, préparateur de chimie à l’École normale supérieure1. A. Joi,y.
- MONUMENTS liOUDDHISTES
- d’extrême orient
- LES STATUES COUCHÉES DE BOUDDHA
- L’empire de Birmanie possède encore une énorme quantité d’anliques monuments dont malheureusement l’origine reste incertaine. Les peuples de ce pays n’ont pas laissé d’histoire et les quelques récits légendaires connus par les indigènes, ne suffisent pas à en établir les dates exactes. Seul, le grand poème cinghalais, le Mahavansa, donne quelques renseignements importants relatifs aux monuments de ce pays. On sait ainsi que Promé, ville essentiellement religieuse de Birmanie, avait reçu des missionnaires bouddhistes envoyés par le grand roi de l’Inde Asoka, en l’an 455 avant Jésus-Christ. Ces deux missionnaires se nommaient Sona et Uttara, ils séjournèrent à Suvannabhûmi en Birmanie et vinrent aussi dans l’île de Ceylan où ils convertirent, avec l’aide d’autres missionnaires ou théras, plus de cent mille personnes2.
- A ces époques lointaines, la capitale de l’empire était Tagung, située sur les bords du fleuve Ir-raouady, entre les villes de Ava et de Bhamo. Elle est connue depuis l’an 847 de notre ère sous le nom de Pagan, et c’est à partir de cette date seulement, qu’on commence a connaître, d’une façon certaine, l’histoire de ce pays.
- La prospérité de Pagan ne dura guère que quaire siècles. C’est pendant celte période, qu’une quanlité de monuments bouddhiques furent édifiés. Le grand empereur chinois, Kublai Khan, vers l’an 1272 de notre ère, vint faire une invasion en Birmanie avec son armée tartare et sut vaincre son vaillant chef Nescradin3. Presque tout fut détruit par l’envahisseur.
- La gloire et la décadence de Pagan offrent beaucoup de rapports avec la fortune de l’ancienne capitale de Ceylan, Pollonarua, qui eut aussi une courte époque de prospérité, pour être enfin détruite par les guerres.
- Les monuments sacrés de Pagan occupaient une étendue plus grande encore que celle de la ville cinghalaise et, construits dans un genre un peu différent, ils les dépassaient en beauté et en richesse. Le colonel Yule, dans son Mémoire4, dit que dans ces ruines extraordinaires on découvre les restes de 800 à 1000 temples. Les ruines, amoncelées sous l’é-
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences par M. Troost.. Séance du 27 février 1893.
- 2 The Mahavansa. Voy. cliap. xii, p. 46 et 48.
- 3 Voyages de Marco Polo, 1269-1295.
- 4 Mission io Ava, p. 30.
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- LÀ NATURE.
- paisse végétation des jungles, sont dans un tel état de dégradation qu’il est bien difficile de les étudier aujourd’hui.
- Les monuments qu’il est possible de voir à Promé, dans la province de Pegu, sont dans un meilleur état de conservation, et les intéressants Topes qu’on y remarque, quoique d’une époque relativement plus moderne, excitent davantage la curiosité. M. Robert Boyle, qui a visité la Birmanie, raconte dans son livre 1 qu’il a vu près de Promé, en aval de l’Ir-raouady, une muraille de rocher de plus de 5 kilomètres de longueur et de près de 100 mètres de hauteur sur la paroi de laquelle est sculptée une
- série de figures de Bouddha. Toutes en ligne, elles vont en s’étageant depuis la base jusqu’au sommet du rocher. Quelques-unes ont près de 6 mètres de hauteur et beaucoup d’entre elles sont peintes brillamment ou dorées.
- À Pegu, fondée en 517 ou 575 de notre ère, capitale actuelle de la province du même nom, on admire la magnifique pagode de Shœmadu (le grand dieu d’or) dont la fondation première remonte, suivant les légendes, à l’époque où les premiers missionnaires bouddhistes pénétrèrent dans le pays. Les rois de Pégu s’occupèrent toujours à l’embellir et à lui donner plus d’importance. Elle a près de
- Fig. 1. — Statue gigantesque de Bouddha couché, en Birmanie. 82 mètres de longueur. (D’après une photographie.)
- 100 mètres de hauteur et présente, dit-on, le même aspect que celui qu’elle pouvait avoir il y a trois cents ou quatre cents ans2.
- En faisant des travaux pour le chemin de fer qui va de Rangoon dans l’intérieur du pays, on fil, en 1881, la découverte d'une statue couchée colossale, représentant Bouddha rêvant dans son Nirvana. Elle avait été jusqu’alors complètement cachée sous la végétation de la forêt. La gravure ci-dessus (fig. 1), représente ce monument extraordinaire dont la construction est toute de briques. D’après M. Boyle, la statue aurait 82 mètres de longueur sur 21 mètres de hauteur à l’épaule. Le major R.-C. Temple ne
- 1 A Sanitary Crunade, Ihrough the East and Austra-lasia.
- 2 H in tory of Indian and Eastern architecture, by James Fergusson.
- lui donnerait que 55 mètres de longueur sur près de 14 mètres de hauteur à l’épaule.
- Les proportions en sont, dit-il, belles, et l’ensemble est fort majestueux. C’est pendant le quinzième siècle que ce monument aurait été construit.
- Ce genre de statue colossale paraît avoir toujours été très goûté par les fidèles de la religion bouddhiste; on en voit, encore un assez grand nombre en Birmanie, à Siam et à Ceylan, mais il est rare d’en rencontrer d’aussi monumentales.
- Les statues couchées construites en briques sont généralement recouvertes d’un enduit, décoré de peintures brillantes ou dorées. Celle du royaume de Siam qu’on voit à Bangkok, dans la pagode de Xetu-phon, aurait, d’après M. le comte de Beauvoir1,
- 1 Java, Siam, Canton. Voyage autour du monde, par le comte de Beauvoir. Paris, 1871, p. 282.
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- 50 mètres de l’épaule à la plante des pieds et est entièrement couverte de dorure. Sa tête est à 25 mètres au-dessus du sol. Ce Bouddha colossal et d’un aspect magnifique est couché sur une terrasse dorée qui lui sert de lit.
- A Ceylan, j’ai pu voir moi-même, lors de mon dernier voyage en 1890, de ces statues couchées dans le temple de Kalami, lieu de pèlerinage célèbre près de Colombo. Le Bouddha est ici de dimension plus modeste, il n’a guère que 8 mètres de longueur, sa robe est encore d’une grande richesse ; elle est, sur toute sa surface, ornée d’une peinture jaune éclatante rehaussée de dorures et de filets rouges.
- Il existe aussi des statues du même genre dans les curieux temples de Aliviya Haré construits dans les rochers aux environs de la ville de Matelé. Les fidèles en faisaient édifier un nouveau lors de ma visite. Les statues que ces temples renferment, construites en briques, le plus souvent, ou quelquefois modelées avec de la terre mouillée, sont assez grossièrement exécutées. Les plus curieuses d’entre elles sont taillées dans la pierre même; elles sont alors plus anciennes et beaucoup plus intéressantes à étudier au point de vue de l’art. J’ai déjà parlé de la statue colossale que l’on voit à Ceylan dans le sanctuaire souterrain de Damhulla1. Nous donnons ici
- Fig. 2. — Statue de Bouddha couché, à Polloiiarua (Ceylan). li mètres de longueur. (D’après une photographie.)
- l’aspect d’une autre belle statue couchée, celle de Gai Vihara, à Pollonarua (fig. 2). L’endroit où elle se trouve actuellement est désert et perdu dans l’épaisseur des jungles, maison voit qu’autrefois elle faisait partie d’un ensemble religieux important de la ville.
- Ce Bouddha couché, taillé dans le granit, a 14 mètres de longueur; l’expression de calme et de sérénité dont la figure est empreinte est remarquable, ainsi que la pose générale du corps couvert d’une tunique aux mille plis artistement sculptés. Un peu plus loin, du côté de la tête de cette statue colossale, on en voit une autre debout, de 7 mètres de hauteur. C’est celle de Ànanda, le disciple favori de Bouddha. Vient ensuite un petit sanctuaire souterrain dans lequel on voit encore une figure de la divinité, puis enfin, toujours taillée dans le même banc de granit, une autre statue de Bouddha, accroupi sur un pié-
- destal orné de lions fantastiques dont les détails sculptés se perdent dans la mousse et sous les fleurs. La statue proprement dite a près de 5 mètres de hauteur. Elle semble s’appuyer sur le dossier d’un siège taillé dans le roc en haut relief et dont les ornements divisés en trois zones égales représentent des têtes de dragons, par la bouche desquels s’échappent des lions. Le haut de ce dossier est occupé par quelques petites pagodes superposées. De toutes ces sculptures, la plus belle est incontestablement celle du Bouddha couché. Ces remarquables monuments, dont il est parlé dans le Mahavansa, ont été construits par les ordres du roi Prakrama Bahu de 1154 à 1186 de notre ère. Albert Tissandier.
- 1 Voy. n° 934, du ‘25 avril 1891, page 5‘27.
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Le plus grand navire en bois du inonde. —
- Ce navire est le Roanoke, qui vient d’être construit à Bath (Maine) et dont les principales caractéristiques sont les suivantes : longueur totale, 100™,88; longueur de quille, 94“,79; largeur extrême, 15 mètres ; creux décalé, 8ra,8G; tirant d’eau en charge, 8”,25. Il est gréé en quatre-mâts-barque : la hauteur du grand mât est de 60“,95 au-dessus dupont ; le bas-mât de misaine a 27“,75; les deux grands bas-mâts ont 28“,04 et celui d’artimon, 29“,87 ; les mâts de hune ont 17“,07 ; le mât de flèche, 25 mètres; les mâts de perroquet, de cacatois et de contre-cacatois, 8”,54, 5”,79 et 4“,57 respectivement, et les flèches de ces mâts 1“,85. Chaque basse vergue a 28“,95 de longueur, les vergues de hune inférieures, 26ra,82; celles des perroquets, 20“, 12; celles des cacatois, 16“,76 et celle des contre-cacatois, 15“,40. L’équipage est composé de quarante hommes. Le navire est parti de New-York pour San-Francisco avec un chargement de 5000 tonnes. Le Roanoke est le cinquième quatre-mâts-barque construit aux États-Unis : le premier l’avait été en 1874, à Boston (Y Ocean-King) ; les trois autres sortent des chantiers de Bath et sont le Rappahannock, de 3053 tonneaux (brûlé en mer en 1891): le Susquehannah, de 2900 tonneaux, et le Shenandoah, de 3258 tonneaux. Le Great-Republic, construit à Boston, en 1853, a été le plus grand voilier construit aux États-Unis, mais sa surface de voilure était moindre que celle du Roanoke (15 070 au lieu de 16 700 mètres carrés). Malgré ses grandes dimensions, il n’est pas sûr qu’il surpasse en vitesse les fameux clippers •américains d’autrefois, tels que le Norlhern-Light, qui a été de San-Francisco à New-York en 72 jours; le Flying-Dutchman, qui a parcouru 4620 milles en 16 jours, avec une moyenne de 12 nœuds environ ; le Dreadnought, qui a été de New-York à Queenstown en 10 jours seulement; le Sovereign-of-the-Seas, qui est venu en 82 jours des îles Sandwich à New-York et a parcouru jusqu’à 575 milles en 24 heures; le Mary-Witheredge, qui a mis 13 jours de Baltimore à Liverpool, etc. Le Roanoke sera probablement le dernier grand voilier de ce type construit aux États-Unis, non seulement parce que la construction en fer et en acier est universellement adoptée, mais parce que les chantiers de Bath viennent de s’outiller pour ce dernier mode de construction.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 mars 1893. — Présidence de M. Lœwy.
- Nouveau four électrique. — M. IL Moissan donne la description de l’agencement adopté définitivement pour le four électrique, à la suite des essais qu’il a faits en commun, à ce sujet, avec M. Violle. L’appareil se compose d’un bloc cylindrique de pierre de Courson d’environ 40 centimètres de diamètre et 15 d’épaisseur. La partie centrale est percée d’une cavité cylindrique pouvant être fermée à sa partie inférieure par une lame de charbon qui glisse dans une ouverture horizontale, à la manière d’un tiroir. A l’intérieur de la cavité cylindrique, on dispose un cylindre de charbon d’un diamètre légèrement inférieur, de manière qu’il n’y ait pas contact entre la pierre et le charbon. Ce premier cylindre est percé de deux orifices circulaires en regard l’un de l’autre, et
- pouvant se placer vis-à-vis de deux canaux cylindriques horizontaux creusés dans l’épaisseur de la masse de pierre. Le cylindre de charbon qui vient d’être décrit sert à loger le creuset : celui-ci est constitué par un cylindre de charbon moins haut que le précédent et présentant des échancrures opposées correspondant aux orifices latéraux du premier cylindre. Enfin, ce premier cylindre se recouvre d’une plaque de charbon circulaire, et sur le premier disque de pierre, on place un deuxième disque plein et de même épaisseur. Les deux canaux horizontaux servent à recevoir, à frottement doux, deux tiges cylindriques de charbon de 5 ou 4 centimètres de diamètre, serrées à leur extrémité dans une sorte de pince métallique, auxquelles viennent se souder les bouts des câbles de la machine dynamo. Enfin, ajoutons que l’un des charbons est percé à son extrémité antérieure d’un canal cylindrique dans lequel s’emboîte une autre tige de charbon. L’arc jaillit dans le four entre les deux échancrures du creuset ; si l’on veut déterminer la température de l’expérience, on ouvre légèrement la trappe inférieure, puis on tire brusquement en arrière le charbon opposé. La partie mobile se détache alors et tombe dans un calorimètre. M. Moissan rappelle que la température la plus élevée qu’il a obtenue atteignit 5500 degrés1. Elle lui permit de fondre des grains de palladium gros comme des lentilles.
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- Fusion de l'osmium et du ruthénium. — M. Joly présente un échantillon d’osmium fondu. Ce métal n’avait jamais été préparé sous cet état, parce qu’il est très oxydable et qu’il disparaît dans l’arc électrique en donnant naissance à l’acide osmique, substance excessivement toxique. M. Joly a imaginé de soumettre la poudre d’osmium à l’action de l’arc électrique, dans un courant d’acide carbonique. Cette fois, le métal ne s’oxyde plus; il fond et donne un lingot légèrement bleuâtre, très cassant, mais extraordinairement dur, rayant le quartz. C’est, dit M. Troost, le plus dense et le plus infusihle des métaux. M. Joly a fondu de la même manière le ruthénium, il a obtenu par ce moyen des lingots dont la surface était exempte de toute trace d’oxydation et offrait le même aspect que l’argent.
- Photographie de bolide. — M. Tisserand montre une épreuve photographique très curieuse obtenue par un amateur américain qui essayait de photographier la comète de Holmes. En révélant, il vit la plaque traversée dans sa partie centrale par une ligne. 11 apprit alors qu’un bolide avait été vu au moment de l’exposition, dans un rayon de 50 kilomètres et même avait éclaté. C’est là un document extrêmement précis, mais qui ne saurait être utilisé qu’à la condition que le météore eût été aperju et relevé en un autre point de la terre ; on en déduirait alors très certainement la distance de l’objet.
- Nouveau procédé pour la trempe des métaux. — M. Lagrange, capitaine de l’année belge, signale une application nouvelle de l’électricité grâce à laquelle une pièce d’acier peut être trempée sans être chauffée. 11 suffit, en principe, de prendre cette pièce comme électrode négative; la température de la surface s’élève très haut; on interrompt le passage de l’électricité et l’on trempe. On peut même, par cette voie, tremper seulement certaines parties d’une pièce donnée.
- L'oréosoma atlanticum. — C’est un petit poisson couvert de tubercules coniques, fort rare, qui a été décrit au siècle dernier par Péron et Lesueur, sans indica-
- 1 Voy. n° 1032, du M mars 1893, p. 225.
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- tion précise de provenance. M. Léon Vaillant a d’abord établi que l’animal examiné avait été pêché sur les côtes d’Afrique, non loin du cap de Bonne-Espérance; il en a en outre découvert un spécimen de plus grande taille dans les collections du Muséum. 11 le classe dans le groupe des bérycidées et pense que son extrême rareté tient à ce que c’est un poisson des grandes profondeurs et que les individus recueillis avaient été ramenés morts dans les couches supérieures de l’océan par un concours fortuit de circonstances favorables.
- Une nouvelle espèce d’holothuries. — M. Edmond Perrier décrit sous le nom de Geovisia ornala une espèce d’holothurie pêchée à 25 mètres de profondeur dans le canal de Mozambique, très remarquable par les transformations qu’elle accuse. Le corps de l’animal est divisé en trois régions : l’une porte un bouquet de tentacules se dressant verticalement; puis vient une région moyenne par laquelle l’animal repose sur le sol; enfin une sorte de région relevée figurant grossièrement une queue. M. Perrier observe que les holothuries vivant dans les anfractuosités de rochers affectent assez l’apparence d’un concombre à cinq côtés, mais qu’elles perdent cette symétrie sur les fonds vaseux.
- Varia. — M. de Forcrand continue ses recherches sur les phénates alcalins. — M. Faye revient sur la formation et le mode' de propagation des tornados ; il réfute les objections des météorologistes américains à sa théorie des tourbillons descendants de l’atmosphère.— M. LéoVignon indique un procédé de dosage du mercure dans les solutions très étendues de sublimé corrosif. Ce procédé calorimétrique s’applique aisément lorsque la balance n’est plus d’aucun secours, et permet de décéler des quantités de mercure qui descendent à 1/220 000. — M. le Dr Wertheirner étudie l’action de l’eau froide sur le système vasculaire et différents organes du corps.
- Ch. de Villedecjl.
- UN GRAND MATCH AÉLOCIPÉDIQUE
- COHUE CONTRE TERRONT1
- La récente course de 1000 kilomètres parcourus en 42 heures, comme précédemment la course de Paris à Brest et retour, — 1200 kilomètres parcourus en 72 heures, dont 67 heures effectives —, nous a offert moins un spectacle qu’un enseignement.
- Dans cette lutte il a été dépensé en force physique une quantité dont nous allons donner la mesure en kilogrammètres ; il a été manifesté une très grande endurance physiologique; mais l’élément le plus remarqué dans cette action a été la force de volonté qui l’a soutenue; les spectateurs, attentifs par la pensée plus que par les yeux, se préoccupaient visiblement de dégager ce facteur moral des autres éléments de la lutte ; leur émotion vive, leur curiosité réfléchie en face du spectacle par lui-même très simple, provenait visiblement de la comparaison intime de leur observation qu’ils rapportaient à leur propre courage et de l'émulation qu’elle trouvait tout éveillée en lui.
- 1 Suite et iin. — Yoy. n° 1031, du 4 mars 1801, p. 210.
- Nous n’avons pas à -développer ici des considérations psychologiques, mais nous pouvons du moins, sur un sujet aussi intéressant, constater que ce modeste événement, sous son apparence de simple gymnastique, a mis en relief un côté de notre caractère national, une des sources de notre force, je veux dire l’habitude toute simple de l’entrain résolu qui nous porte au but. Les champions, de force musculaire moyenne et non athlétique, ont repris dès le lendemain leur vie habituelle, n’ayant trouvé dans cette course qu’un exercice normal, fortifiant pour leurs forces physiques, un jeu pour leur force de volonté.
- Nous donnons ci-contre une photographie, épreuve instantanée, du peloton formé par Terront et Corre au milieu de leurs entraîneurs pendant la course; cette épreuve était difficile à prendre par un temps gris, dans un local couvert, et dans une atmosphère trouble, très chargée de poussière; il ne fallait pas moins que l’habileté reconnue de M. Jacques Ducom à qui nous la devons, pour obtenir et faire ressortir une image d’un objet mobile aussi peu éclairé; la vitesse du peloton était à ce moment de 6m,60 par seconde.
- Pour mesurer bien exactement l’effort dépensé dans cette course, pour tenir compte des frottements variables, du poids des jambes, de la tension des bras, il faudrait recourir aux méthodes précises, aux appareils ingénieux de M. Marey; en attendant que ce travail soit fait, nous avons cherché une évaluation approchée de la force dépensée, en mesurant la résistance par inertie du poids entraîné. Nous avons pris ces mesures dans les conditions de la course, à la même vitesse moyenne, avec une bicyclette à pneumatique, sur le parquet du Champ de Mars. Le sympathique concours de M. Baudry de Saunier et de M. Terront à cette expérience, augmente l’intérêt de nos chiffres. Terront, monté sur son vélocipède, avait les jambes pendantes, c’est-à-dire qu’il n’agissait pas sur les pédales ; mais il participait à la résistance par son poids et par la tenue de la roue dirigeante dont les moindres déviations sont enregistrées par l’aiguille du dynamomètre ; un dynamomètre à cadran attaché à sa fourchette servait de point d’attache intermédiaire par lequel, au moyen d’une ficelle, l’entraînait un vélocipédiste courant devant lui. La résistance mesurée a été de 2ks,5 dans les lignes droites; elle augmentait sensiblement dans les courbes. Ce chiffre est un peu inférieur sans doute au chiffre exact, l’expérience ci-dessus ne tenant pas compte de toutes les conditions du problème, mais nous pouvons l’accepter comme une indication très approchée. Sur la route ordinaire, le même essai a mesuré une résistance de 4 et 5 kilogrammes.
- On voit que le travail produit et dépensé pendant la course du Champ de Mars, représente environ sept fois le travail d’un homme de 75 kilogrammes s’élevant à la hauteur du Mont-Blanc; une telle ascension exécutée en 42 heures correspondrait à la vitesse ascensionnelle que nous avons souvent mesurée dans les Alpes en nous élevant de 2000 ou
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- 3000 mètres sur des pentes faciles; c’est l’effort nécessaire pour monter 600 ibis aux Tours de Notre-Dame de Paris. Une machine à vapeur, non des plus perfectionnées, mais encore d’un bon rendement, consommerait pour faire ce travail, 9 kilogrammes de charbon. Le vélocipède est une très bonne machine pour utiliser la force de l’homme ; avec les perfectionnements que l’on attend il rendra les plus grands services; pour le plus grand avantage de l’hygiène publique il permettra de diminuer la densité des villes en facilitant les communications.
- La résistance sur une route ordinaire étant de 4 à 5 kilogrammes, l’effort dépensé par Terront
- dans sa course de Paris à Brest a été beaucoup plus grand et surtout l’énergie a été plus remarquable, l’épreuve ayant duré 72 heures, aggravée par des accidents de machine et de nombreux incidents.
- Si l’on se rappelle le premier voyage fait en vélocipède, il y aura bientôt trente ans (c’était en 1864), par MM. Olivier et de la Bouglisc, de Paris à la Méditerranée et aux Pyrénées, on retrouve des chiffres comparables à ceux que nous venons de donner. Entre Grenoble et Avignon, Olivier faisait une étape de 200 kilomètres ayant pour entraîneur jusqu’à Valence, — sur la voie ferrée qui dans la vallée de l’Isère longe la route —, un train de voya-
- geurs dans lequel ses amis l’accompagnaient, maintenant ainsi sa vitesse. L’effort dépensé était de 6 à 7 kilogrammes sur 120 kilomètres effectuée de jour, sur une assez bonne roule; il montait à 11 kilogrammes sur 80 kilomètres effectués la nuit, sur une route encombrée d’empierrements ; soit au total un effort égal aux deux tiers de celui de Terront dans sa dernière course ; le voyageur arrivé parfaitement dispos était reparti peu après.
- Nous ajouterons, pour aflirmer l’homogénéité de l’être moral en action dans la course de Brest et dans celle du Champ de Mars, que Terront n’a pas, par l’exagération d'une qualité unique, la difformité d’un phénomène.de profession; notre concitoyen est, par son caractère, un type sain et bien équilibré du courage entreprenant et laborieux. Tout enfant il a
- cherché à gagner sa vie, le vélocipède s’est offert, et sur cette machine, pédalant de l’aube à la nuit, à toute vitesse, portant les comptes rendus de l’assemblée de Versailles, les communications des agences télégraphiques, il a conquis son indépendance. Employant noblement ses premières ressources, il s’est donné la grande joie de venir en aide à sa famille, payant les années de pension de ses plus jeunes frères et sœurs ; il a trouvé le bonheur de vivre dans la respectabilité, par le travail qu’il avait recherché; ce sont là des conditions communes en France, celles qui font la force de notre peuple honnête, laborieux et ardent à l’initiative. de Sanderval.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieii.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9
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- N° 1054.
- 25 MARS 1893.
- LA NATURE.
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- LE PORTRAIT DE CHRISTOPHE COLOMB
- DE LA GALEKIE DE VALENÇAY
- Le 4 mars 1495 (v. st.) la caravelle Nina, qui ramenait Christophe Colomh de son premier voyage, arrivait demi-désemparée au mouillage de Cascaes, à l’cmhouchurc du Tage, et le 9 le grand découvreur était reçu dans la villa de Yalparaiso, près Santarem, par le roi Joao II auquel il faisait connaître les résultats de son expédition.
- 11 y a eu quatre siècles ces jours-ci (14 et 19 mars) que se sont passés ces mémorables événements.
- La Société de géographie en a lait l’objet d’une réunion solennelle et La Nature s’associe à cette manifestation en publiant un portrait peu connu de Colomb, dont j’ai reçu la mission de présenter le commentaire à ses lecteurs.
- Ce portrait appartient à la collection deM. le duc de Talley-rand,à Valençay.
- 11 est depuis longtemps en place et l’on n’a gardé aucun souvenir de son arrivée au château.
- Si je suis bien informé, il aurait toutefois été copié, sous le règne de Louis-Philippe, et Mercuri en aurait gravé une esquisse. L’original n’avait pourtant jamais quitté le château de Valençay, lorsque M. le comte Louis de Turenne qui en signalait l’intérêt dès novembre 18911 voulut bien, sur ma demande, intervenir auprès du duc pour qu’il envoyât son précieux tableau à Paris. Nous organisions alors l’exposition américaine de la Bibliothèque nationale, où un ancien portrait de Colomb, quel qu’il pût être, avait sa place marquée à côté de son cartulaire et des autres souvenirs se rapportant à ses expéditions.
- Les commissaires envoyés des Etats-Unis, pour rassembler en divers pays d’Europe les monuments
- 1 Compt. rend, de la Soc. de géogr., 1891, p. 470.
- '21e année. — 1er semestre.
- originaux ou les reproductions les plus intéressantes à montrer aux visiteurs de Chicago, ont manifesté le désir de voir figurer à l’Exposition colombienne le portrait de Valençay qu’ils avaient admiré à la Bibliothèque. Et le duc de Talleyrand a encore une fois accédé à cette requête. Mais il n’a voulu prêter à l’Amérique cette œuvre d’art noircie par le temps, qu’après l’avoir fait nettoyer par un habile artiste, M. E. Chevreau, et c’est après cette opération délicate, mais fort bien réussie, qu’a été exécutée la photographie qui est reproduite ci-contre.
- L’almirante est assis, vêtu d’un ample et riche
- costume à la mode du commencement du seizième siècle ; le cou nu, la chemise plissée sans col, le pourpoint coupé carrément et très bas, et la cape aux larges revers rejetés en dehors, aux manches bouffantes du haut, ajustée seulement aux avant-bras. La main gauche, aux doigts longs et effdés, est ramenée sur la poitrine ; la main droite, appuyée sur la cuisse et demi-fermée, tient un rouleau, mal indiqué, et dans lequel plusieurs ont cru trouver l’extrémité d’un câble.
- La tête est coiffée d’un chaperon aux bords échan-crés et cornés; les cheveux, longs et grisonnants, couvrent les oreilles. La face est rasée; l’ensemble du visage est ovale ; le front est large, les sourcils sont bien dessinés; l’œil clair, plutôt petit, est légèrement bridé ; le nez atteint des dimensions moyennes, mais son lobule est fort et la narine est dilatée ; la bouche est plutôt petite, et les lèvres, serrées, sont minces et fines; une sorte de 'rictus en contracte les angles et accentue considérablement le pli labial. L’almirante est ainsi plutôt sévère et absorbé, mais il suffirait d’une légère modification dans les lignes de la bouche pour lui donner une physionomie presque souriante, et nous verrons plus loin que des imitateurs de l’œuvre que nous décrivons, n’ont pas résisté au plaisir de transformer
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- le personnage sérieux et distingué du tableau original en un triomphateur joyeux, parfois même un peu vulgaire.
- Au-dessus, et des deux côtés de la tête, se développent deux hexamètres latins, de fort bon style, que j’ai pu lire ainsi :
- Hæc est effigies Liguris miranda Colomhi
- Antipodum primus rate qui penetravit in orbem.
- C'est ici l'image digne d'admiration du Ligure Colomb, qui le premier sur un vaisseau pénétra dans le monde des antipodes.
- L’habile artiste qui a restauré le portrait est convaincu que cette inscription fait corps avec le fonds et présente les mêmes caractères de vétusté « que l’on retrouve dans la tète et les autres parties du tableau1 ». Il est aussi affirmatif pour la signature qui est celle d’un célèbre peintre originaire de Venise, Sebastiano Luciano, plus connu sous le sobriquet de del Piombo, que lui valut sa charge de plom-beur des bulles pontificales. M. Chevreau ajoute que « le style noble et sévère de l’ensemble, la fermeté du dessin et l’ampleur du modelé » sont en tous points dignes de ce grand portraitiste.
- Sebastiano del Piombo avait vingt et un ans quand Colomb est mort, et l’on sait qu’à vingt-cinq ans l’élève de Jean Bellin était déjà un artiste célèbre dans toute l’Italie. Il a donc bien pu, quoi qu’on en ait dit, peindre, du vivant du grand découvreur, l’image qu’il nous en a laissée. Mais, comme Sebastiano n’est jamais sorti d’Italie, où jamais non plus Colomb n’est revenu depuis son départ de Gênes, en 1484, le peintre vénitien n’a certainement pas reproduit d’après nature son illustre modèle. Aussi a-t-on été conduit à supposer que Sebastiano avait eu des renseignements venus d’Espagne, pour exécuter ce tableau, commandé sans doute pour quelqu’une de ces galeries de personnages célèbres, telles que l’Italie en possédait alors un certain nombre.
- On aurait ainsi, dans l’œuvre de la collection Tal-leyrand, un portrait de Colomb à peu près contemporain et d’une certaine authenticité. Par malheur, il est plusieurs autres images, également italiennes et aussi du seizième siècle, qui diffèrent assez de celle du château de Valençay, pour laisser des doutes fort sérieux sur la valeur historique de toute cette iconographie.
- L’une de ces figures, conservée jusqu’à nos jours dans la famille de Orchi, à Corne, a été reproduite par M. Severino Jorrin, dans les actes du huitième congrès des Américanistes (Paris, 1890). Le visage en est plus long, le nez surtout plus allongé, et plus étroit à son extrémité ; la bouche est aussi plus large, le menton plus accentué, enfin les yeux sont plus petits, plus bridés en dessous, et leur regard est vague et sans expression. Ce portrait, aujourd’hui fort détérioré, avait été peint jadis, à ce que
- 1 C. R Soc. géogr., 3 lévrier 1893.
- l’on assure, par un artiste demeuré inconnu, pour l’évêque de Nocera, Paul love. Pourtant les Elo-gia virorum bellica virtute illmtrium, dont mon confrère et ami M. Miintz me communique un bel exemplaire, représentent un troisième Christophe Colomb qui n’est ni celui de M. de Talleyrand, ni celui de M. de Orchi et qui rentre au contraire dans le type d’un tableau de Madrid, retrouvé il y a quelques années par M. Martinez Cubells. Ce dernier Colomb, qui appartient à la bibliothèque nationale de Madrid, avait été repeint dans le cours du dix-huitième siècle ; un manteau garni de fourrures encadrait le buste, et le front était couvert d’une perruque à cadenettes. M. Cubells, ayant reconnu ces surcharges, fit débarrasser le portrait de ses ornements parasites, et sous le vêtement moderne on retrouva, sans grand’peine, le tabardo1 que porte également l’amiral dans le tableau de Corne, la gravure de Bâle, etc., et l’inscription Co-lombus Ligur novi orbis Rep[er]lor, qui diffère à peine de celle de la peinture de M. de Orchi, Colomb. Lig. inv. novi orbis. J’allais oublier de dire que le personnage de Madrid, comme la gravure des Elogia, se singularise par le nez busqué et la lèvre inférieure saillante et déroulée.
- Voilà donc au moins trois types de physionomies colombiennes, remontant toutes trois au seizième siècle, et entre lesquelles il est difficile de choisir. La nôtre a du moins ceci de fort intéressant, qu’elle explique, jusqu’à un certain point, les particularités d’un autre portrait de Colomb, le plus populaire de tous. Je veux parler de celui qui figure dans les Grands Voyages dedeBry,etquiparaîtêtre,toutsim-plement,1 une traduction fort libre du portrait attribué à Sebastiano del Piombo. Le visage s’est arrondi, la bouche s’est mise à sourire, et le personnage doux et grave, créé par le grand portraitiste de Venise, est devenu un aventurier jovial et sans distinction.
- C’est ce portrait des de Bry, aujourd’hui le plus répandu des portraits de Christophe Colomb, qui a servi de modèle à la mosaïque offerte par Venise à Gênes et conservée dans le municipe de cette dernière ville. C’est lui encore qui a longtemps figuré sur les billets de cinque lire émis par le gouvernement de Victor-Emmanuel et familiarisé les Italiens avec une figure de Colomb, altérée, sans doute, par le travail du graveur de Francfort, mais où l’on retrouve, en somme, un des documents les plus acceptables de l’iconographie colombienne. E.-T. Hamy.
- IA VIRIDITÉ DES HUITRES
- En étudiant, il y a trente ans, les Huîtres que l’on produit à Marennes, je constatai que le fond des claires où l’on verdissait les huîtres était recouvert par une matière verte, d’origine végétale, et j’acquis la conviction que la présence de cette matière était la condition nécessaire et suffisante de la production de la viridité.
- 1 Sarrau à c qmclton des anciens marins espagnols.
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- On sait que la coloration en vert n’est pas généralisée, mais localisée dans les branchies, les palpes buccaux et l’intérieur des voies digestives. Il est essentiel de remarquer que, soit pour les besoins de l’alimentation, qui est continue, soit pour l’exercice de la respiration, les particules de matière verte, en suspension dans l’eau ambiante, sont mises nécessairement en contact avec les parties que je viens d'indiquer. L’examen microscopique des organes verdis me montra que les cellules superficielles étaient teintes en vert. Plusieurs de ces cellules retenaient des particules de matière verte et il me sembla que, par l’effet de l’assimilation du pigment par la cellule, celui-ci passait dans la masse protoplasmique.
- Je m’arrêtai donc à cette idée que les éléments cellulaires des tissus verdis étaient teints par le passage, dans leur protoplasma, du pigment de la matière verte dont l’Huître se nourrit abondamment et qui contribue à l’excellence de sa chair. Cette coloration n’est que temporaire. L’Huître verte, transportée et conservée dans des claires dépourvues de la matière qui l'a teinte, finit par se décolorer, après un temps variable suivant diverses conditions intrinsèques et extrinsèques.
- Quelle est la nature de la matière qui verdit les Huîtres? Le temps et les occasions me manquèrent pour poursuivre cette étude d’une façon satisfaisante; aussi le résultat de mes recherches ne fut-il point publié. Je crus reconnaître pourtant que cette matière provenait surtout de Chlorophycées à l’état de spores ou à diverses phases de développement.
- On verdit encore les Huîtres en les conservant dans des eaux tenant en dissolution des sels de cuivre, pour lesquels ces Mollusques montrent une grande tolérance. Mais, ainsi verdie, l’Huître est détestable, nuisible, et la coloration en vert est généralisée. On peut aussi obtenir une coloration bleue localisée chez les huîtres ou d’autres Bivalves, en les faisant vivre dans des eaux tenant en suspension de l’indigo. Dans ce cas, bien entendu, il s’agit d’une simple expérience biologique, n’ayant aucune application pratique.
- Du reste, l’assimilation de matières colorantes d’origine animale ou végétale par divers invertébrés marins joue un rôle dans les phénomènes de mimétisme chromatique, phénomènes dont, à mon sens, on a exagéré l’importance1. S. Jourdain.
- ECLIPSE TOTALE DE SOLEIL
- DU 16 AVRIL 18952
- Nos lecteurs savent sans doute déjà qu’une éclipse totale de soleil aura lieu le 16 avril prochain. Les principales régions où le phénomène sera visible sont : le Chili avec une durée de 2m56s, la République Argentine (durée 3m58), la côte est du Brésil (durée 4m40s), le Sénégal et la côte ouest de l’Afrique (durée 4m10s). Nous dirons quelques mots des expéditions organisées dans ces régions, mais nous voulons auparavant donner quelques notions sur la multiplicité des nombreuses observations à faire pendant un laps de temps aussi court.
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences par JI. Milne-Edwards. Séance du 20 lévrier 1893.
- * Yoy. Académie des sciences; séance du 20 mars 1803, p. 271.
- U ne peut y avoir chaque année plus de sept éclipses et moins de deux, et lorsqu’il n’y en a que deux, comme le cas se présente cette année, ce sont exclusivement des éclipses de Soleil. Aussi celles-ci, contrairement aux éclipses de Lune, n’étant visibles que pour des lieux variables et rarement sous des latitudes aussi élevées que les nôtres, nos astronomes seront-ils forcés de s’expatrier pour profiter de cette interposition de notre satellite devant le Soleil pour étudier certains points de la physique solaire et particulièrement la couronne, invisible en temps ordinaire à cause de l’intensité lumineuse de notre atmosphère. Je dis particulièrement la couronne et non les régions circumsolaires, car depuis l’éclipse de 1868, les nouvelles méthodes d’observation spectroscopique de MM. Janssen et Lockyer permettent d'étudier en tout temps les protubérances roses de la chromosphère qui n’étaient examinées auparavant que pendant les éclipses totales.
- Il est peut-être utile de rappeler à ce sujet que la surface lumineuse que nous voyons du Soleil à l’œil nu est la photosphère, sorte de masse incandescente paraissant formée de particules sans cesse en mouvement; qu’au-dessus d’elle se trouve la chromosphère, région où se produisent les protubérances, et qu’enfm, visible seulement pendant les éclipses, s’étend la couronne envoyant parfois des rayons jusqu’à près d’un million de lieues.
- Les observations à faire sur la couronne offrent un intérêt de premier ordre; elles sont de deux sortes : les unes, sur sa constitution chimique au moyen du spectroscope ; les autres, sur son étendue, son intensité avec l’aide de la photographie et de la photomélrie visuelle.
- L’attention des observateurs va se porter principalement sur quelques points. Ils s’attacheront à vérifier si, comme M. Tacchini a cru le reconnaître en 1883, il existe une certaine analogie entre la couronne et les comètes par suite de la présence dans son spectre des bandes des gaz hydrocarbonés ; plusieurs astronomes se sont du reste ralliés à cette opinion en montrant la matière coronale comme formée de molécules soumises à une force répulsive du Soleil et en comparant la courbure des queues cométaires à celle des aigrettes et panaches abondants surtout aux pôles et aux latitudes moyennes du Soleil.
- La polarisation de la lumière de la couronne a semblé indiquer aussi la présence autour du Soleil de matières où se réfléchirait la lumière propre du Soleil comme elle se réfléchit dans notre atmosphère. M. Janssen a signalé parmi les raies brillantes du spectre de la couronne une raie verte (raie 1474 de Kirchhoff) dédoublée par M. Young et ne correspondant à aucun des éléments connus; cette raie paraîtrait varier avec l’activité solaire. Le renversement des raies observé par plusieurs astronomes ferait croire à l’existence de couches successives de gaz incandescents à températures plus ou moins éle-
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- vées. On pourra remarquer enfin si, selon les études de M. Schæberle de l’Observatoire du Mont-Hamil-ton *, il est vrai que l’intensité de la couronne correspond aux fluctuations périodiques de l’activité solaire.
- Pour l’observation de l’éclipse du 16 avril 1893, la France a envoyé à Joal, près de Dakar (Yoy. la carte ci-contre), MM. Bi-gourdan et Des-landres, de l’Observatoire de Paris ; ce dernier doit s’occuper des observations spectroscopiques. M. Bigour-dan a emporté une des lunettes les plus puissantes qui aient jamais été employées dans ces expéditions, son objectif à 31 centimètres d’ouverture. M. le comte de la Baume-Plu-vinel, bien connu par ses précédentes observations d’éclipses solaires, dont les journaux ont annoncé le départ pour Joal, n’a pu quitter la France; M. Pasteur, de l’Ob-
- servatoire de Meudon, est chargé de le remplacer.
- L’Angleterre a envoyé deux missions : l’une dirigée par M. Thorpe, à Fundium, station de la rivière Salums à 100 kilomètres de Bathurst; cette station a été choisie par les Anglais parmi les trois offertes gracieusement par le Gouvernement français ; l’autre, dirigée par M. Taylor, observera au Brésil à Para-Cura près Ceara où se rendront aussi M. Schæberle des Etats-Unis et une mission de l’Observatoire de Santiago.
- Par suite des mouvements combinés de la Lune et de la Te]rre, l’ombre lunaire rencontrera la Terre au Chili et la balayera en suivant une direction nord-ouest jusqu’à ce qu’elle quitte notre globe dans le Sahara. Le diamètre apparent du Soleil au moment du phénomène sera de 31'55" 4 et celui
- Zone de l’éclipse de soleil du 16 avril 1893, au Sénégal.
- Commencement de l’éclipse générale k 0h 6“ 8’ — — totale . . 111 2“ 58
- Eclipse centrale à midi vrai. . . . 2h 515™ 4*
- Fin de l’éclipse totale.............4h 29“ 1’
- — générale...........5h 24m 58
- dans le lieu, longitude 0. 85° 58', latitude A. 33° 7'
- — — — 0. 98° 17', — A. 360 27'
- — — — 0. 39o 10', — A. 1° 4'
- — — — E. 26° 3', — B. 16° 31'
- — — — E. 13° 27', — B. 19° 48'
- Tableau I. — Éclipse de soleil du 16 avril 1893. Commencement et lin de l’éclipse.
- Lieux. Temps moyen du lieu. Grandeur le diamètre du Soleil
- Commencement. Plus grande phase! Fin. étant pris pour unité.
- Saint-Louis 1» 8m ()s 2h 51“ 98 5 h 4Qm 0,970
- Alger 3h 27“ l8 4h 21” 6S 5h 11» 1* 0,419
- Marseille 3h 50“ 78 4h 29“ 98 5h 7“ 4S 0,208
- Nice 4h 0“ 7S 4h 58“ 28 5h14“ 28 0,195
- Lyon 3h 54“ 98 4h 26“ O8 4h 56“ 5S 0,151
- Paris 3h 58m 98 4h15” 78 4h 28“ 3“ 0,028
- Tableau II. — Éclipse de soleil du 16 avril 1893. Heures et grandeur du phénomène.
- de la Lune presque à son périgée de 33'7". Nous publions ci-dessus deux tableaux résumant
- 1 « A Mechariical Theory of the Sular Corona ». Lick Observatory Report on the Solar éclipsé of deeember 1889. D’après sa théorie l’axe de la couronne de l’éclipse d’avril 1893 serait à l’ouest de l’axe du Soleil. Astronomy and astro-physics, january 1893.
- la grandeur et les heures du phénomène pour plusieurs points du globe. On voit qu’à Paris l’éclipse sera peu intéressante, la Lune ne masquant que les 28 millièmes du diamètre du Soleil. Nous espérons que les observations recueillies à l’étranger apporteront des documents nouveaux.
- A. Jausox.
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- UN NOUVEAU MOTEUR ROTATIF
- Nous avons déjà insisté à plusieurs reprises1 sur les avantages que présenterait pour l’amateur un moteur de faible puissance, d’entretien facile et économique. Jusqu’ici malheureusement la question n’a pas reçu de solution complète.
- On a beaucoup parlé, il y a quelque temps déjà, de moteurs rotatifs, ou moteurs dans lesquels l’admission et l’échappement de vapeur se font dans des cases déterminées sous l’influence du mouvement
- circulaire. Ces moteurs ont présenté de grandes difficultés de construction et n’ont pas donné tous les résultats qu’ils semblaient promettre. MM. Filtz, constructeurs, viennent de créer un nouveau modèle de moteur de ce genre d’une puissance de 10 et de 2 chevaux, sur lequel nous croyons devoir attirer l’attention de nos lecteurs.
- La figure ci-jointe représente à la même échelle les moteurs de 10 et de 2 chevaux; à la partie supérieure de la gravure, on peut voirie détail de l’arbre avec l’aube hélicoïdale. Le moteur comprend un arbre creux A tournant entre deux paliers maintenus
- Nouveau moteur rotatif de MM. Filtz.
- dans les fonds du cylindre qui reposent sur un socle. Vers le milieu, l’arbre porte deux aubes hélicoïdales inclinées B. Ces aubes se déplacent dans un cylindre MN limité des deux côtés par des fonds, et à la périphérie par des revêtements extérieurs K. Longitudinalement, et dans le sens parallèle à l’arbre, des cases sont séparées à l’aide d’obturateurs en fonte C, qui sont déplacés et appuyés contre les aubes par la vapeur. L’admission de vapeur a lieu pendant un quart de tour par un petit orifice B creusé sur l’arbre, la détente a lieu également pendant un quart de tour, ainsi que l'échappement et l’absence
- 1 Yoy. n° 911, du 15 novembre 1890, p. 571 ; et le n° 1004, du 27 août 1892, p. 205.
- de vapeur. Au moment de l’échappement, la case est en relation par le creux de l’arbre avec un conduit spécial E qui ressort au dehors. En regard des compartiments précédents, et, tout à l’opposé, s’en trouvent d’autres semblables, de sorte qu’il y a toujours 2 cases à pleine admission, 2 cases à l’échappement, 2 cases à la détente et 2 vides de vapeur.
- Nous insisterons maintenant sur les particularités de l’appareil. Il y a d’abord un régulateur à force centrifuge R agissant sur l’admission. Dans l’arbre est fixée une tige G, qui d’un côté aboutit à la commande de là vanne d’admission, et de l’autre à deux boules mobiles H d’un régulateur à force centrifuge. Si la vitesse angulaire augmente, les boules s’écar-
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- tent et entraînent la tige qui fait varier la position de la vanne Y, et en agrandissant ou fermant l’ouverture, augmente ou diminue la quantité de vapeur admise.
- Une petite pompe à huile P est actionnée directement par l’arbre, et transmet l’huile à la partie supérieure I de la machine pour la distribuer dans toutes les parties à graisser à l’aide de petits tubes J, J. H y a là une disposition très heureuse, qui assure à la fois un bon graissage et une grande économie.
- Mentionnons encore la disposition des coussinets. On éprouve souvent de réels embarras à ajuster des coussinets, qu’il faut aléser avec l’habileté d’un mécanicien au fur et à mesure de l’usure. Ces difficultés n’existent pas dans le cas actuel : autour de l’arbre sont fixés des coussinets en bronze phosphoreux, séparés en 4 parties de façon à entourer, une fois placées l’une contre l’autre, la circonférence de l’arbre. Il suffit, à la partie extérieure, de recouvrir ces coussinets par un couvercle à vis, de façon à pouvoir au besoin rapprocher les parties et les forcer à butter par les angles. On est sur de la sorte, d’avoir toujours des coussinets ajustés à une limite qu’on ne peut dépasser. L’entretien est donc on ne peut plus facile.
- Quelques expériences ont été effectuées récemment sur ee moteur, par une commission compétente. Le moteur de 10 chevaux a fonctionné pendant 4 heures à cette puissance moyenne mesurée au frein, à la vitesse angulaire de 650 tours par minute et à la pression de Gks,5 à 6k»,75 par centimètre carré, avec une dépense moyenne de 49k»,l de vapeur par cheval-heure utile. Dans un essai de 3 heures, le deuxième moteur a marché à la puissance utile de 2 chevaux avec une pression de 6k«,5 à 6ks,75 par centimètre carré, avec une dépense moyenne de 22ke,5 de vapeur par cheval-heure. Ces chiffres, comme on le voit, n’ont rien d'exagéré pour des moteurs d'aussi faible puissance.
- On pouvait craindre que les trépidations fussent très grandes; nous avons nous-même fait l’expérience suivante: une petite bouteille a été placée sur le moteur, puis celui-ci arrêté brusquement et remis en marche, la bouteille n'a pas chancelé de même que pendant la marche normale. Les moteurs n’étaient cependant pas boulonnés, mais posés seulement sur une planche en bois et sur un socle.
- Le poids de la machine n’a rien non plus d’excessif; le moteur de 10 chevaux pèse 92 kilogrammes, celui de 2 chevaux 20 kilogrammes. Il faut compter en moyenne de 8 à 9 kilogrammes par cheval. Le moteur de 10 chevaux occupe un volume quia pour dimensions 614 millimètres sur 30 centimètres à la base et une hauteur de 42 centimètres, socle compris.
- Les études pour les puissances supérieures sont également faites, et les constructeurs nous ont assuré pouvoir se charger dès aujourd'hui de la construction de moteurs de 50 chevaux et au delà avec triple expansion et condenseur, et réaliser de sérieuses
- économies sur les dépenses actuelles de vapeur.
- Ces moteurs pourront être alors très facilement appliqués à la propulsion des bateaux et des yachts de plaisance, comme les inventeurs ont l’intention de le faire. Nous souhaitons vivement qu’ils étudient le plus tôt possible un modèle spécial de carburateur, pour assurer le fonctionnement du moteur à l’aide du pétrole. Les amateurs auront ainsi entre les mains un système moteur de faible puissance dont les applications seront nombreuses. J. Laffargue.
- IMAGES LATENTES
- R É V É L É F, S PAR L ’ H A L EI N E
- En plaçant une pièce de monnaie sur une plaque de verre et en soumettant l’ensemble à une électrisation, on obtient une impression durable de l’effigie de cette pièce, impression latente et invisible dans les conditions ordinaires, mais qui se révèle et devient nettement visible en hâlant sur le verre.
- Le fait observé, il y a plus de cinquante ans, par Karsten de Berlin a fait l’objet d’étudpspar Poggendorff, en 1842, par Riess, par Grove, par M. Jlascart, et, plus récemment, par le docteur Boudet de Paris1.
- M. \V. B. Croft a repris ces expériences et obtenu quelques résultats nouveaux et intéressants qu’il a présentés l'an dernier à la Société de physique de Londres.
- 11 nous paraît intéressant de signaler quelques-uns de ces résultats qui jettent un jour nouveau sur les problèmes les plus difficiles de la physique moléculaire.
- Voici d’abord le procédé simple par lequel M. Croft obtient rapidement des images latentes révélées par l’ha-leine :
- « Une plaque de verre de forme carrée, de 0”,15 de côté, est placée sur la table pour servir d’isolant ; puis au milieu de cette plaque on superpose : d’abord la pièce dont on veut l’image et que l’on relie au bord de la plaque par une bande d’étain ; ensuite la plaque de verre dedinée à recevoir l’image et qui a de 0m,10 à 0m,15 de côté, et enfin une seconde pièce. La plaque d’expérience se trouve ainsi entre les deux pièces. 11 est essentiel que le verre soit poli, d’une propreté irréprochable et qu’il ait été séché au cuir; mais les pièces peuvent être employées telles quelles ou décapées, sans qu’il y ait de différences quant au résultat. La bande d’étain et la pièce supérieure sont reliées aux pôles d’une machine Wims-hurst donnant des étincelles de 75 millimètres à 10 centimètres et l’on tourne durant deux minutes de manière à obtenir des étincelles de 25 millimètres aux pôles de la machine. ))
- L’opération terminée, on ne constate aucun changement sur la plaque de verre ni à l’œil nu ni au microscope ; mais si l’on vient à diriger l’haleine sur l’une ou l’autre face, une figure apparaît reproduisant le côté de la pièce qui y était appliqué et cela avec une netteté telle qu’on peut même lire la marque du graveur. Si, pour faciliter l’explication, nous appelons blancs les parties où l’haleine semble adhérer et noirs les autres parties, nous pourrons dire que les parties le plus en saillie sur la pièce ont une contre-partie noire, mais il y a une gradation délicate selon le degré de profondeur des différentes parties du coin.
- 1 Société internationale des Électriciens, 1880.
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- L’examen microscopique montre que l’humidité s’est en réalité déposée sur toute la surface, mais que le degré de finesse de la granulation aqueuse augmente à mesure que la partie correspondante de l’image devient plus noire.
- L’usage de pièces en métaux différents ne paraît donner lieu à aucune modification.
- La permanence des images ainsi obtenues paraît indéfinie lorsque les plaques qui les portent sont soigneusement protégées, mais les images s’obscurcissent peu à peu sous l’action de la poussière qui s’y dépose quand on les soumet à des inhalations fréquentes.
- M. Groft possède des plaques qui, après deux ans, donnent encore des images très nettes.
- Cette expérience fondamentale peut subir un grand nombre de variantes, soit que l’on multiplie le nombre de pièces, soit que l’on électrise le verre positivement ou négativement, soit que l’on empile une série de pièces de monnaie et de plaques de verre alternativement superposées, etc.
- Le verre n’est pas, non plus, la seule substance impressionnable : le quartz donne des images plus parfaites que le verre et ces images conservent leur fraîcheur plus longtemps que celles du verre. Le mica et la gélatine donnent des résultats médiocres à cause des difficultés du polissage. Les surfaces métalliques donnent de très bonnes impressions, si l’on a soin, comme l’a signalé Karsten, d’interposer un papier huilé entre la pièce et la surface.
- L’action électrique n’est nullement nécessaire pour produire ces impressions; il suffit d’une simple pression mécanique comme le prouvent les expériences qu’il nous reste à signaler.
- Appuyez pendant trente secondes, sur un morceau de mica fraîchement clivé, une plaque qui y laisse une image latente rendue visible sous l’action de l’haleine.
- Placez un verre sur un fil de soie ou de cuivre pendant huit heures en exerçant une légère pression, en hàlant sur la plaque, on révélera une ligne blanche : la laine et le coton donnent des lignes noires. Écrivez un nom à l’encre sur du papier ordinaire, séchez bien et mettez au-dessous d’un verre pendant trois heures ; vous trouverez alors le nom invisible, qui répondra à l’haleine pour quelques mois. Un nom tracé sur verre avec une pointe d’ivoire devient sous forme latente un mot que l’haleine révèle en noir.
- Un papier imprimé seulement d’un côté est pressé doucement pendant quelques heures, sans aucun emploi de l’électricité, entre deux verres ; l’imprimé ne doit pas être récemment fait, mais tout à fait dur et sec ; il y aura une image parfaite sur chaque verre, naturellement positive et négative; chacune peut être ou blanche ou noire, mais blanche le plus souvent. Cette expérience est difficile et ne réussit que lorsque le vent de l’est habituellement sec la favorise.
- Des étoiles et des croix de papier placées pendant quelques heures sur une plaque de verre donnent des images latentes très nettes ; un morceau de papier plié plusieurs fois dans différents sens laisse une empreinte latente des plis. L’échauffement du verre semble augmenter sa sensibilité.
- Après avoir énuméré ces résultats, M. W. B. Croft manifeste une grande réserve sur l’explication qu’ils comportent, tout en inclinant cependant en faveur de l’hypothèse d’un dépôt matériel sur la surface ou sur une modification chimique de cette surface. La dispâf itiotl des imagés sbüs l’action d’un nettoyage doit être attribuée au polissage de la surface.
- La rapidité des effets obtenus par l’effluve ou la décharge électrique, semble résulter d’un bombardement qui produit un changement moléculaire beaucoup plus intense que l’action lente et continue d’une pression mécanique.
- Mais, en somme, toutes ces explications ne présentent qu’un caractère bien hypothétique, et pour avoir la vraie, il faudra, comme le dit fort justement l’auteur dans une Note spéciale qu’il a bien voulu nous adresser, attendre que nous ayons une connaissance plus parfaite des mystères moléculaires. Dr Z...
- LES PROGRÈS DE Ik PISCICULTURE
- l’alose et sa propagation artificielle
- Durant les vingt dernières années, la pisciculture aux États-Unis a pris un développement sans précédent dans les annales de cette science, un développement parallèle à celui de l’agriculture américaine pendant la même période, et, par l’utilité et la portée de ses applications pratiques, par l’originalité et la variété de ses nouvelles méthodes, la pisciculture américaine est devenue non pas seulement une science et un art, mais une importante industrie.
- En 1871, une décision du Congrès créait la Commission des pêcheries des États-Unis (U. S. Fish and Fisheries Commission) chargée d’instituer une enquête sur la diminution du rendement des pêcheries, sur les causes de cette diminution, et d’entreprendre dans les eaux des États-Unis la propagation des espèces de poissons utiles à l’alimentation. C’est sous l’impulsion de cette commission, dirigée d’abord par un savant distingué, M. Baird, de la Smith-sonian Institution, et maintenant par M. le colonel Mac-Donald, que ce développement s’est effectué. Aujourd’hui, la Commission, largement dotée par le Congrès des subsides nécessaires, possède sur différents points des côtes de nombreuses stations de recherches biologiques, une flottille de steamers employés aux investigations zoologiques et, comme stations flottantes, à la propagation des espèces marines, la Morue, le Hareng, etc. En même temps, les principales espèces fluviales, le Saumon, les différentes variétés de Truites, l’Alose, le Corégone américain, la Carpe importée d’Europe, sont distribuées dans tous les cours d’eau, lacs et étangs de l’Union au moyen de plusieurs wagons spéciaux pourvus de bâches, réservoirs, etc., pour le transport des jeunes poissons. L’un de ces wagons, employé à la distribution des alevins d’Alose, de Saumon et de Carpe, a parcouru en une année 51189 kilomètres, à peu près dix fois la distance entre le Havre et New-York.
- De tous les poissons dont les Américains ont effectué la propagation artificielle, c’est surtout sur l’Alose que les résultats les plus importants ont été obtenus. Ce poisson a été choisi pour le repeuplement des grands fleuves, non seulement à cause de sa valeur alimentaire, mais aussi à cause de sa fécondité (une femelle peut produire jusqu’à 100 000 œufs)
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- et, par suite, de la facilité de traiter ses œufs par millions.
- L’Alose appartient à la famille des Clupéides qui comprend des espèces si intéressantes, le Hareng, la Sardine, etc.; mais elle diffère de ceux-ci par son poids, qui varie de 4 à 6 kilogrammes, et par ses mœurs qui la font ranger dans la catégorie des poissons dits anadromes, comme le Saumon, l’Eper-lan, l’Esturgeon, etc., c’est-à-dire qu’elle remonte de la mer dans les eaux douces pour y frayer. C’est dans le courant des mois de février et de mars, suivant les latitudes et aussi suivant les saisons, qu’elle quitte la mer, où on ne la pèche jamais, pour s’en-
- gager dans l’embouchure des grands fleuves dans lesquels elle remonte quelquefois à de très grandes distances. Dans le courant du mois de juin, la période du frai est généralement terminée et les reproducteurs qui n’ont pas été capturés se laissent entraîner par le courant pour regagner la mer. Les alevins restent dans les eaux douces jusqu’à l’automne et descendent à la mer en octobre ou novembre; ils mesurent alors de 8 à 10 centimètres de longueur.
- La pêche de l’Alose adulte n’a donc lieu que pendant quatre mois environ chaque année; mais, pendant cette courte période, elle occupe de nombreux
- Fig. 1. — Station centrale (le pisciculture à Washington, aux États-Unis. — A gauche, transvasement des alevins d’alose dans des boîtes.
- A droite, réception des œufs et leur transvasement dans les appareils d’éclosion. — Au fond, installation des appareils de M. le colonel Mac-Donald.
- pêcheurs et fournit un appoint précieux à l’alimentation.
- Jadis d’une abondance prodigieuse dans toutes les eaux qu’elle fréquente, l’Alose est devenue partout de plus en plus rare par suite d’une pêche excessive et d’autant plus nuisible qu’elle ne s’exerce, comme on vient de le voir, qu’à l’époque de la reproduction. C’est donc appliquée à cette espèce que la propagation artificielle, en sauvant de la destruction les œufs des reproducteurs capturés et envoyés au marché, a semblé surtout devoir rendre les plus grands services pour enrayer la diminution constatée de toutes parts dans les pêcheries et les reconstituer dans leur ancienne abondance.
- Dès 1867, un savant dévoué, M. Seth Green, dont la mémoire est restée honorée aux États-Unis, entre-
- prit d’appliquer à l’Alose les procédés de propagation artificielle qui n’avaient été encore expérimentés que sur la Truite et le Saumon. Après avoir exploré le cours du Connecticut pour étudier les conditions du frai, il constata que les œufs de l’Alose, qui sont plus gros que nous les voyons dans les Aloses servies sur les tables, car ils gonflent presque du double après la fécondation (ils ont alors 2 millimètres et demi de diamètre), nécessitent des appareils d’éclosion bien différents de ceux qui sont employés pour les œufs beaucoup plus volumineux des Salmonidés. Il fut amené à innover des caisses rectangulaires en bois de 0m,65 de longueur sur 0m,45 de largeur et autant de profondeur, fermées au fond par une toile métallique très fine, et immergées en pleine rivière maintenues inclinées vers le courant par des flotteurs
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- fixés latéralement. Par cette position inclinée, il se produis à l’intérieur de la caisse des remous qui empêchent les œufs de s’agglomérer et leur procurent un mouvement continuel favorable à l’incubation. Celle-ci, du reste, est très rapide. Avec une température de l’eau s’élevant à -f 18°C., ce qui est la moyenne au mois de mai, l'éclosion a lieu au bout de trois ou quatre jours1. L’opération est alors terminée et les alevins doivent être aussitôt mis en liberté, car à peine éclos et encore chargés de leur vésicule ombilicale, ils nagent avec une très grande vivacité.
- Les expériences de M. Seth Green avaient déjà
- produit d’excellents résultats, lorsque la Commission fédérale des pêcheries, nouvellement créée, décida de les développer et de poursuivre en grand la propagation de l’Alose. Aujourd’hui, le système d’opérations en pleine rivière, primitivement employé par M. Seth Green, a été remplacé par deux grandes stations, l’une située près de Havre-de-Grâce (Maryland), l’autre établie à Washington dans les bâtiments de l’ancien arsenal.
- La récolte et la fécondation des œufs s’opèrent au moyen de bateaux qui se rendent sur les lieux de pêche. Les œufs fécondés, enveloppés de molleton humide, sont emballés dans des cadres superposés
- Fig. 2. — Station de pisciculture de Saint-Pierre-lès-Elliœuf (Seine-Inférieure). — Vue de la salle des appareils.
- et réunis ensemble par séries au moyen de courroies. Ils sont ensuite expédiés par bateau ou par chemin de fer aux établissements où l’incubation et l’éclosion sont obtenues dans des appareils qui permettent d’opérer en laboratoire, avec une sûreté que ne pouvaient offrir les caisses flottantes exposées aux crues des rivières et aux intempéries.
- Ces appareils, inventés par M. le colonel Mac-Do-
- 1 Dans une Note à l’Académie des sciences {Comptes rendus de l’Académie des sciences, 16 décembre 1889), M. Georges Pouehet, qui a poursuivi des études d’embryogénie de l’Alose à la station de Saint-Pierre-lès-Elbeuf dont il est parlé plus loin, a constaté qu’avec une température de l’eau de + 19° G. l’alevin d’Alose est complètement l'ormé dès la quatre-vingt-dixième heure et l’éclosion a lieu au bout de quatre-vingt-seize heures. Dès la trente-huitième heure on peut voir le cœur battre.
- nald, consistent en vases de verre à fond hémisphérique, de 0m,20 de diamètre et de 0m,60 de hauteur; ils peuvent contenir 100 000 œufs chacun (fig. 1). Le fonctionnement est aisé à comprendre. Lorsque l’eau sous pression entre dans le vase par le tube plongeant jusqu’au fond, elle détermine dans tous les sens des courants ascendants naissant au centre du fond hémisphérique et se continuant le long des parois, pour redescendre ensuite en longeant le tube central. C’est, en somme, un mouvement qui a beaucoup d’analogie avec celui de l’eau en ébullition. Les œufs, un peu plus denses que l’eau, sont entraînés par ces courants et chacun se déplace à son tour, monte latéralement et redescend au centre de l’appareil. Lorsque les éclosions ont lieu, les jeunes poissons, en s’agitant, sont entraînés par les cou-
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- rants dans l’aquarium collecteur, d’où ils ne peuvent s’échapper, car l’eau seule peut passer au travers des mailles de la poche du siphon.
- La station centrale de Washington, dont la figure 1 ne représente qu’une partie, possède une installation qui lui permet d’opérer, chaque saison, sur plus de 100 millions d’œufs d’Alose. Le chemin de fer Baltimore and Potomac a établi près de la station de pisciculture une voie de garage où sont aiguillés les wagons spéciaux que la Commission fédérale des pêches emploie pour disséminer les jeunes poissons dans tous les fleuves de l’Union.
- C’est par ces travaux, continués en grand depuis 1875, que les Américains sont arrivés à multiplier l’Alose pour ainsi dire à l’infini dans les fleuves affluents de l’Atlantique et à l’introduire dans les affluents du Pacifique où cette espèce était inconnue précédemment. Il y a là des résultats obtenus des plus remarquables et qui ne sont pas assez connus en Europe.
- Quelques chiffres officiels, communiqués par M. le colonel Mac-Donald, commissaire fédéral des pêcheries, donneront une idée de l’importance des résultats obtenus. En 1885, la quantité d’Aloses pêchées a présenté une augmentation de 25 pour 100 sur le produit de 1880; en 1886, de 34 pour 100 ; en 1887, de 62 pour 100; en 1888, de 85 pour 100. La plus-value en argent, de 1888 sur 1880, a été de 3520505 francs. Ces chiffres en disent plus que toutes les appréciations.
- Il n’est donc pas inutile, en présence de ces résultats, de signaler l’application des mêmes travaux qui est faite actuellement en France.
- En 1887, M. Pierre Vincent, ayant exposé à M. I)e-velle, alors Ministre de l’agriculture, le grand intérêt qu’il y aurait à tenter des opérations analogues et obtenu son assentiment et son concours, commença des recherches qui lui permirent de reconnaître la partie de la Seine maritime, près d’Elbeuf, où se trouvent des frayères d’Alose et où, par suite, un établissement pourrait être utilement installé. 11 expérimenta en même temps la fécondation et l’incubation artificielle.
- En 1888, M. Vincent, à l’aide d’une subvention du Ministère de l’agriculture et du Conseil général de la Seine-Inférieure, reprit ses expériences et obtint dans les caisses Seth Green l’incubation et l’éclosion de 1 200 000 œufs d’Alose, sans compter la récolte et la fécondation de plusieurs millions d’œufs qui furent placés en rivière, dans les endroits les plus favorables, faute des appareils suffisants pour les recevoir.
- Enfin, en 1889, M. Gerville-Réache, qui, comme Président du Comité consultatif des pêches maritimes, a porté le plus vif intérêt à tout ce qui touche la grande industrie nationale des pêches, obtint pour cette œuvre, ert raison de l’utilité qu’elle présente, pour les pêcheurs inscrits qui exploitent seuls la pêche de l’Alose dans la basse Seine, le concours du Ministère de la marine qui vint s’adjoindre à ceux
- du Ministère de l’agriculture, du département de la Seine-Inférieure et de la ville de Rouen. Ces subsides, augmentés des sacrifices personnels du fondateur, permirent alors à M. Vincent d’organiser un établissement complet et bien aménagé à Saint-Pierre-lcs-Elbeuf, qui produisit, dès la première saison, au printemps de 1889, 4 millions d’alevins d’Aloses des deux variétés. En 1890, la production fut de plus de 5 millions. Les travaux ont été continués depuis dans des proportions analogues.
- M. Hendlé, préfet de la Seine-Inférieure, a fait recommander aux pêcheurs, à plusieurs reprises, de fournir aux agents de la station les œufs des poissons capturés en état de frayer, avant d’envoyer ceux-ci au marché. La plupart des pêcheurs comprennent aujourd’hui l’intérêt qu’il y a pour eux à ménager l’avenir par un moyen si simple.
- La station de Saint-Pierre-lès-Elheuf, quoique forcément plus modeste que les grandes installations américaines, pourrait néanmoins, avec quelques aménagements nouveaux, opérer chaque saison sur 100 millions d’œufs d’Alose au moins. La voie est donc sérieusement ouverte en France à l’application des travaux hardis effectués avec un si plein succès par les Américains, et le jour où l’Administration compétente voudra prendre en main la question du repeuplement de nos grands fleuves, il lui suffira de développer ce qui existe déjà.
- Notre figure 2 donne l’aspect de la salle des appareils de la nouvelle station de pisciculture de Saint-Pierre-lès-Elbeuf. Il y a là une création qui mérite hautement d’être encouragée.
- X..., ingénieur.
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- FABRICATION DES VÉLOCIPÈDES1
- I). OliGANES DE ItOULEMEVT
- On emploie aujourd’hui presque exclusivement les roulements dits frottements à billes. C’est dans un vélocipède la partie la plus délicate et celle par où pèche toujours l’instrument. Les frottements à billes se composent essentiellement (fig. I, n° 1 ) d’un cylindre creux C terminé par deux concavités à profil elliptique. Une autre pièce cylindrique appelée axe A, traverse le cylindre de part en part ; l’une des extrémités porte un cône H qui vient buter à la fin du filetage contre un renflement. Un autre cône H' également vissé sur cet axe, est mobile. Les deux cônes portent à leur surface antérieure une dépression concave calculée pour laisser un espace vide entre leur surface et celle de la concavité du cylindre C. Cet espace est rempli des deux côtés avec des billes en acier de 6 à 9 millimètres de diamètre qui se placent en formant collier dans les deux plans P et P' sous la pression du cône mobile H'. Le serrage de ce cône peut être assez énergique pour ne laisser du jeu dans aucun sens;
- 1 Suite et fin. — Voy. n° 1032, du 4 mars 1803.
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- cependant la rotation de À et C, l’un par rapport à l’autre, est des plus douces. Les avantages dus à cette disposition sont considérables. Le jeu, dù «à l’usure des cônes, peut être constamment supprimé par le serrage de IL, les points de contact entre les surfaces de frottement sont réduits au minimum ; enfin les billes prenant un mouvement de rotation inverse à celui de l’axe, on peut admettre, en théorie, que le frottement est nul; en pratique, il est négligeable. Une roue montée sur un bâti fixe, et lancée à la main, tourne pendant vingt minutes, et encore son arrêt est-il souvent accéléré par la résistance de l’air et les défauts d’homogénéité de la masse.
- Tantôt c’est le cylindre C qui est mobile sous forme de moyeux dans les deux roues; tantôt c’est l’axe A : pour la direction et l’arbre des manivelles, il est indifférent que le cône II soit vissé à droite ou à gauche, mais le cône mobile IL doit être vissé de façon à ce que le sens du roulement corresponde à celui dans lequel on le dévisse, sans cela tout le système serrerait à bloc. On dit, dans ce cas, que le frottement a grippé.
- Les moyeux sont façonnés, en ce qui concerne les frottements, au moyen d’un tour revolver qui porte sur la tourelle rotative toute la série d’outils destinés à les finir. En général, on fait d’abord une extrémité puis l’autre, ce qui demande deux centrages. A l'usine Clément, il y a un tour spécial muni d’une mâchoire verticale sur laquelle on fixe la pièce qui peut être présentée aux outils de la tourelle indifféremment des deux bouts sans un nouveau centrage.
- Nous avons déjà dit que les moyeux étaient en bronze ou en acier ; dans ce dernier cas, on pourrait creuser directement les concavités extrêmes, mais des difficultés de trempe rendent préférable l’emploi, dans les deux cas, de cuvettes en acier trempé fixées au moyen d’une presse hydraulique (fig. l,n°2). Ces cuvettes sont laites au moyen d’un tour revolver dit à décolleter. Ce tour diffère des tours ordinaires en ce que l’axe qui porte le plateau rotatif est percé en son centre ; une barre d’une certaine longueur est passée par cette ouverture et l’extrémité est présentée toute centrée à portée de la tourelle ; l’ouvrier façonne une pièce, puis la coupe au moyen d’un outil spécial, d’où le mot de décolleter. 11 lui suffit de faire avancer la barre d’une longueur voulue, de faire une nouvelle pièce, de la couper et ainsi de suite. Ces tours rendent de grands services dans la petite industrie, parce que l’objet à façonner se trouve toujours centré et qu’en outre il serait souvent difficile de le fixer sur un plateau pour être façonné en tous sens s’il était pris sur des morceaux séparés.
- Nous avons employé plusieurs fois le mot centrage : c’est l’opération longue et délicate qui consiste à placer symétriquement les surfaces de l’objet par rapport à l’axe de rotation du plateau du tour.
- Les cônes, de même que les billes, sont façonnés avec le même outil; ces dernières, après le décolletage, ne sont pas exactement sphériques. Le finissage
- est fait au moyen d’une machine spéciale composée de deux plateaux tournant en sens contraire. Ces plateaux possèdent des rainures circulaires au diamètre des billes qui se correspondent. Les billes, mélangées avec de la poudre d’émeri, sont rangées dans ces rainures et y acquièrent une sphéricité parfaite ; la dernière opération est le polissage fait au moyen d’un tonneau garni de sciure de bois et animé d’un mouvement de rotation.
- La trempe déforme légèrement les objets, aussi les pièces qui l’ont subie n’ont plus le profil mathématique indispensable à un roulement parfait. On corrige ce défaut au moyen de tours dits américains encore peu répandus dans l’industrie.
- Ces tours, quoique de petite dimension, sont cependant très solides et très robustes ; on les emploie avec des outils spéciaux qui peuvent attaquer l’acier trempé dont la dureté est excessive et inattaquable à la lime.
- Pour tourner et fileter les axes, on emploie également des tours de la dernière ingéniosité. Ces instruments, construits spécialement par la maison Bariquant qui fournit les manufactures de l’Etat de toutes les machines automatiques, travaillent mécaniquement au point qu’un seul ouvrier en a quatre sous sa direction. La pièce étant centrée, l’ouvrier règle la course de l’outil et met le tour en mouvement ; lorsque la pointe arrive à l’endroit précis où doit finir le filetage, il se produit un déclenchement qui arrête sa marche, la fait reculer en arrière pour la dégager et la ramène au point de départ; l’ouvrier qui est prévenu par une sonnerie n’a qu’à l’engager de nouveau.
- E. LE CADRE OU CORPS PRINCIPAL
- Le cadre ou corps principal se compose de tubes en acier étiré à froid et sans soudure, assemblés au moyen de pièces de raccord en fonte d’acier ou en acier estampé ou forgé (fig. 1, n° o). Le tube T porte deux raccords N et N qui constituent en même temps les godets des billes pour la direction. De la pièce supérieure se détache un tube Tj assemblé en H avec un tube vertical T5 qui sert de game à la tige de selle (R remplit en même temps les fonctions de collier de serrage pour cette tige); de là partent deux tubes, T4 et T't, qui embrassent la roue motrice et servent de point d’appui sur son axe au poids du cavalier. De N, part un tube Ts se raccordant à la pièce S ; celle-ci reçoit l’axe des manivelles et ses deux faces latérales sont creusées pour recevoir les cuvettes des billes. Deux tubes, T3 et T'-, s’en détachent et vont rejoindre T4 et T'4 par un raccord E E' qui porte l’appareil de tension de la chaîne.
- Cette pièce E E' se compose (fig. 1, n° 4) d’un collier à serrage annulaire ; un disque D y est encastré et peut tourner lorsqu’il est desserré et se trouve fixé dans le cas contraire ; ce disque porte une ouverture cylindrique dans laquelle s’engagent les deux extrémités de l’axe de la roue motrice qui pourra
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- être amené par la rotation du disque et parcourir ainsi la distance horizontale qui correspond à la demi-longueur d’un maillon complet de la chaîne.
- La chaîne s’allonge par l’usure et il convient cependant de lui conserver toujours la même tension; c’est cet excentrique qui remplit l’office; lorsque l’axe est à l’extrémité de sa course, on supprime un maillon et on le ramène à sa position primitive, et ainsi de suite. Disons qu’il faut des milliers de kilomètres pour que l’allongement soit assez considérable pour demander cette suppression. Cette pièce assez compliquée est façonnée à la fraise simple, fraise à reproduire et perceuse à arrêt fixe.
- Mais revenons au corps principal. Les tubes qui le composent sont d’abord coupés exactement de longueur avec une machine spéciale qui leur laisse une section nette et sans bavures. D’autre part, les pièces accessoires sont alésées sur un tour spécial particulier fort bien disposé.
- Il diffère des autres tours en ce que le plateau porte une mâchoire mobile qui saisit la pièce et vient la présenter à un outil fixe centré et sous l’angle que doit faire le trou alésé avec les autres directions fixes de sa masse. Les concavités destinées à recevoir les cuvettes à billes sont creusées d’un seul coup au moyen d’un outil, au gabarit, à double tranchant avec arrêt fixe pour la profondeur.
- Les pièces de raccord et les tubes étant ainsi préparés avec des dimensions, forages et inclinaisons mathématiques, on procède au montage qui se fait sur une forme rigide à charpente métallique qui affecte exactement les forme et dimensions intérieures du cadre. Toutes choses étant en place, on goupille fortement les parties séparées et on livre au braseur qui occupe dans l’usine une position délicate résultant des fonctions qu’il exerce. Cette brasure demande d’autant plus de soins que tous les jours on emploie des tubes plus minces qu’il s’agit de ne pas brûler et malgré la précaution que l’on prend, là où l’on fait bien, de tenir des manchons d’assemblage de la même épaisseur que le tube qui y aboutit, les ruptures qui se produisent ont toujours lieu au ras d’une brasure. C’est au moyen d’un chalumeau à gaz d’éclairage dont le jet est dirigé sur la pièce noyée dans un lit de coke que s’opère la brasure. Après
- refroidissement on décape les parties brasées dans un bain d’eau légèrement acidulée qui enlèvera l’excès de borax ; puis, après un rinçage énergique à l’eau ordinaire on livre le corps au limeur qui enlève le cuivre et donne aux pièces de jonction leur forme définitive ; celui-ci pratique également un travail délicat, car il s'agit de ne ip&s guillotiner le tube, c’est-à-dire de l’affaiblir au point exact où commence le raccord; ce travail mal exécuté concourt avec la brûlure à l’accident que nous mentionnions tout à l’heure. Le finissage des corps consiste en un poli au buffle et à la brosse et en l’émaillage au four.
- F. LES PÉDALES, LES SELLES ET LES ACCESSOIRES
- Les pédales (fig. 2, nos 1 et 2) se. font généralement à billes, c’est-à-dire avec des frottements identiques à ceux que nous avons décrits plus haut.Le
- pied repose tantôt sur des lames métalliques découpées, comme dans notre dessin, tantôt sur des cylindres ou pièces à section carrée en caoutchouc. L’axe est tourné et fileté comme un axe ordinaire, la partie méplate qui entre dans la rainure de la manivelle est faite à la fraise. Les plaques latérales sont contournées avec une fraise à reproduire ; le godet pour les billes est fait au tour à reproduire.
- Les selles (fig. 2, nos 5, 4 et 5) sont fabriquées par des spécialistes. On cherche aujourd’hui à les rendre très élastiques, de là des combinaisons de ressorts qui varient à l’infini et que chaque maison s’ingénie à présenter sous une forme plus ou moins agréable à l’œil. Quelques-unes de celles que nous avons examinées présentent plusieurs combinaisons mécaniques pleines d’ingéniosité. C’est une industrie parallèle qui a pris de grands développements en raison de l’énorme production des cycles.
- Les accessoires comprennent notamment : la burette (fig. 2, n° 11), la clef anglaise (fig. 2, n° 9), la trompe d’appel (fig. 2, n° 10) et la lanterne dont nous donnons plusieurs formes (fig. 2, nus 6, 7 et 8). Autant d’objets variés à l’infini dans leur forme et fabriqués par des maisons spéciales dont quelques-unes ont une réelle importance, surtout en Angleterre, car en France cette branche de la fabri-
- PPYET
- Fig. i. — Organes de la bicyclette. — 1. Frottement à bille. — 2. Moyeu. — 3. Cadre. 4. Excentrique de tension.
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- Fig. 2. — Organes et accessoires de la bicyclette.
- 1 et 2. Pédales. — 5, 4 et 5. Selles. — 6, 7 et 8. Lanternes. — 9. Clé. — 10. Trompe. — 11. Burette. — 12. Allonge-pédale.
- cation n’a pas encore suivi le mouvement ascendant du cycle proprement dit.
- G. POLISSAGE, îXICKELAGE ET ÉMAILLAGE
- Les usines bien outillées comme celles dont nous nous occupons, font elles-mêmes ces trois dernières opérations qui constituent le dernier coup de main. En raison de leur caractère de spécialité, ces opérations se pratiquent dans des bâtiments spéciaux distincts des halls de construction mécanique.
- Le polissage se fait en trois fois. La pièce est d’abord dégrossie au moyen de disques en cuir, animés d’une rotation très rapide, sur lesquels on a déposé avec de la colle forte une couche d’émeri en poudre de gros grain ; un deuxième ouvrier reprend la pièce et se sert des mêmes disques mais avec de la poudre plus fine; enfin, un troisième la polit défini-
- tivement avec une brosse cylindrique en poils de tampico imbibée de potée d’émeri diluée.
- Nickelage. — La pièce polie est portée à la salle de nickelage. Là on la décape, on la brosse à la terre pourrie et on la lave à grande eau, puis on la trempe
- dans le bain galvanique pendant le temps convenable qui est indiqué par la pratique. La pièce est ensuite séchée à la sciure de bois et remise au polisseur qui lui donne le dernier brillant avec un disque en drap frotté d’une pâte spéciale.
- Émaillage. — Si la pièce doit être émaillée (généralement en noir), elle est remise à l’émailleur qui commence par boucher tous les trous avec du liège et la trempe ensuite entièrement dans une cuve d’émail, puis il la laisse égoutter. Lorsqu’il a préparé un assez grand nombre de pièces, il les suspend, en évitant le contact, dans une étuve chauffée au gaz environ à
- Fig. 3. — Une bicyclette à caoutchoucs pneumatiques en 1893.
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- 160 degrés et les y laisse pendant tout le temps nécessaire, également indiqué par l’expérience.
- Montage. — Toutes les pièces ont reçu au cours d’exécution un numéro après montage brut. Lorsqu’elles sont ainsi individuellement terminées, polies, nickelées et émaillées, elles passent à l’atelier de montage où des ouvriers spéciaux mettent le cycle sur ses jambes et le livrent ensuite au magasin (fig.o).
- Comme nous l’avons dit en débutant, il ressort de notre étude, très écourtée malgré son étendue, que ce petit et léger appareil, le vélocipède moderne, exige une somme énorme de travail.
- Pour être complet, nous aurions dù nous occuper de la fabrication, toute spéciale aujourd’hui, de la matière première; mais, outre que nous serions sorti de notre cadre, nous estimons que cette étude est déjà longue; heureux si les lecteurs de La Nature l’ont suivie sans trop d’ennui.
- Gaston Cornié.
- CARTES EN ALUMINIUM
- Nous avons reçu cette semaine un envoi qui nous a paru très curieux ; il consiste en cartes de visite, en aluminium; elles sont minces, flexibles, brillantes, d’éclat métallique, d’une étonnante légèreté et l’impression des noms y est aussi nette que sur le papier. Ayant appris que ces cartes étaient laites par G. Charpentier-Page, fondeur et lamineur à Valdoie, territoire de Belfort, nous nous sommes adressé à cet industriel pour avoir des renseignements précis à ce sujet. Voici la lettre qu’il a bien voulu nous écrire :
- Je m’empresse de vous répondre. Je m’occupe d’aluminium depuis deux années environ, époque à laquelle on est arrivé à le produire à un prix permettant de le faire accepter dans une quantité d’industries, où il remplace avantageusement d’autres métaux. Ne faisant que le laminage et la tréfilerie, j’ai dû pousser les industriels qui manufacturent le cuivre, le laiton, le nickel à leur substituer l’aluminium. C’est ainsi que la maison Japy frères a fait sur mes indications et avec un métal que j’avais spécialement approprié à cet usage, une partie de l’équipement du troupier sur lequel on réalise une économie d’environ 60 à 65 pour 100 de poids. D’autres maisons ont fait le couvert, les plats, casseroles, réchauds, etc.; en outre, nous livrons une assez forte quantité de ce métal pour les garde-boue de vélocipèdes, les peignes à chignons pour dames, la lunetterie, la coutellerie, l’horlogerie et une foule d’autres applications dont l’énumération serait trop longue. Plusieurs bateaux sont en ce moment à l’étude.
- C’est en voulant renouveler ma provision de cartes au mois de novembre, que l’idée m’est venue de les faire avec le métal que je travaillais, et ayant assez bien réussi, beaucoup de personnes m’en ont demandé. J’ai alors installé un petit atelier où des femmes coupent, comptent et blanchissent les cartes que je vends aux imprimeurs par paquets de cent, prêtes à être tirées en lithographie sur pierre. Mon imprimeur, M. Devillers à Belfort, réussit très bien et vend ces cartes tout imprimées 5 francs le cent et 4 fr. 50 pour la quantité d’un mille. Je lui ai
- également fait faire des menus de plus grand format.
- Le journal le Temps, ayant parlé de cartes de visite en tôle faites à Berlin, je lui ai adressé ce que nous faisions; de là son article dont M. Ramas, ingénieur au Valdoie, a eu l’amabilité de vous adresser un exemplaire. Nous avons eu une foule de lettres venant de tous les points de l’Europe et j’ai reçu de tous côtés de très flatteuses félicitations.
- Je vous remercie de vouloir bien entretenir vos lecteurs de ce métal auquel est réservé un brillant avenir et si je n’ai pas contribué à le produire à des prix abordables, 'j’estiine que par nos méthodes de le travailler pour le rendre malléable ou dur, allié ou pur, j’ai la certitude d’avoir été un de ceux qui ont su le rendre applicable à une foule d’industries qui avaient renoncé à son emploi1.
- G. Charpentier-Page.
- U nous a semblé que les minces lamelles d’aluminium qui permettent d’obtenir les curieuses cartes de visite que nous signalons, sont susceptibles de trouver de nombreux emplois dans Tinduslrie. C’est à ce titre que nous avons voulu les signa’er à nos lecteurs. G. T.
- CHRONIQUE
- Ouragans et tremblements de terre à Java et Sumatra. — Le Bulletin de la Société de géographie a publié des détails sur les tremblements de terre et les ouragans qui en janvier dernier ont exercé à Java et à Sumatra de terribles ravages. A Tandjong pirok, le nouveau port de Batavia, l’entrée de ce port a été enlevée par la tempête. Les batteries ont été englouties par la mer. La route qui relie le port à Tjelienljieng a été démolie en plusieurs endroits. La mer a sur quelques points miné les quais en pierre de taille. Les veilleurs des phares, ne pouvant être relevés, ont été trouvés presque morts de faim, les communications étant coupées. Au nord-est du port de Tegal, il y a eu des sinistres ; des navires ont été jetés à la côte et ont sombré. Pendant trois jours sans interruption la pluie est tombée à torrents ; les rues étaient inondées. Depuis dix ans on n’avait pas vu un temps pareil à Java. Sur la côte ouest de Sumatra, les dégâts sont également considérables par suite des fortes pluies. Du versant occidental et du versant méridional des volcans jumeaux Singalang-Tandikat, se sont détachés d’énormes fragments de terre qui, dans leur chute, ont fait des ravages épouvantables; un tremblement de terre est venu compliquer ces désastres. Des torrents impétueux, descendant des montagnes, emportaient les arbres, les maisons, etc. Entre Fort-de-Kock et Padang-Padjang, le chemin de fer et la route ont été détruits en plusieurs endroits ; d’immenses champs de riz ont été balayés et embourbés. Entre Padang-Padjang et Sinkarah, le Merapi a causé des dégâts énormes. On voyait des cadavres humains emportés par le torrent. Dans la passe d’Anei, entre les kampongs Teugah et Kandang-Ampat, on ne
- 1 En créant eetlc carte de visite en aluminium, M. Char-penlicr-Page, outre l’intérêt de la nouveauté, a eu l’idée de la possibilité d’une bonne œuvre. En effet, les cartes d’aluminium pourraient être gardées par ceux qui les reçoivenl, et remises aux bureaux de bienfaisance, car on peut les revendre à leur valeur métallique de 2 à 5 francs le mille; ce qui, dans bien des bureaux, serait un appoint sérieux au budget de la charité.
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- reconnaît plus de chemins ; les ponts ont été emportés. Trois magnifiques ponts du chemin de fer, ponts métalliques, ont été démolis, et de la voie ferrée, il ne reste plus que quelques tronçons par-ci, par-là, avec les rails brisés suspendus au-dessus des ravins. La circulation est interrompue pour six mois au moins. Entre Koujatounam et l’adang, la situation est la même. De Bouajan on est encore sans nouvelles. Partout les communications sont interrompues.
- Mesure de la force visuelle. — M. le Dr Simo-notf vient de réaliser une idée assez originale en publiant un nouveau photomètre optique et qui peut, en même temps, servir à déterminer avec assez de précision le degré de la force visuelle. Voici la description de l’appareil, d’après le Moniteur de la photographie : Une série de vingt-quatre pages a été formée de telle sorte que la première est recouverte d’une teinte gris clair. La deuxième porte une teinte semblable, mais d’une intensité double. Et ainsi de suite jusqu’à la page vingt-quatre, où la teinte est presque noire, étant vingt-quatre fois plus intense que celle de la page 1. Sur chacune de ces pages, se trouve imprimé, en caractères noirs de diverses grandeurs, des phrases quelconques. Si l’on est dans un endroit peu éclairé, on se rendra compte du degré de clarté en feuilletant ce petit livre jusqu’au moment où (le photomètre étant placé devant soi, à 30 centimètres des yeux) on ne pourra plus lire la ligne de caractères de la dimension choisie. Avec une grande clarté, on arrive dans les environs de 20 à 24, mais avec une lumière moindre, on est arrêté vers les 10, 12, 15e pages. Cet instrument est surtout destiné à l’appréciation de l’intensité lumineuse à l’intérieur ; il ne pourrait servir au dehors. Au point de vue scolaire, cetle idée est de nature à rendre des services en permettant de juger de la vue des enfants. Cet ingénieux moyen, et si simple en même temps, semble appelé à un véritable succès.
- Le budget de lit marine allemande pour fl 893-
- 1894. — La Commission du budget au Reichstag a déjà discuté le budget de la marine allemande pour la nouvelle année financière. Ce budget comporte une augmentation de 3 486 410 marks sur celui de l’exercice précédent. Cetle augmentation de crédit a pour but principal un accroissement de personnel de 1093 hommes, savoir : 518 soldats de marine, 162 artilleurs, 138 torpilleurs et 450 ouvriers pour les arsenaux. En ce qui concerne les officiers, il est proposé de porter les cadres à 832 officiers, 107 docteurs, 72 paymasters, 12 officiers des ateliers d’artillerie, et d’avoir ainsi un effectif total de 18469 hommes de tous grades. Il y aura aussi une augmentation dans le nombre des bâtiments armés : la station d’Australie, par exemple, aura deux croiseurs au lieu d’un ; la flottille des torpilleurs sera accrue, et il sera armé un bâtiment pour les exercices avec les canons à tir rapide.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 mars 1893. — Présidence de M. Laswv
- Recherches sur le graphite. —Il existe une variété de - graphite naturelle très répandue qui jouit de la propriété de se transformer en une masse spongieuse, avec accroissement de volume très considérable, lorsqu’on la chauffe en présence d’un corps oxydant ; suivant l’expression consacrée, elle foisonne. M. Henri Moissan s’est appliqué à re-
- produire artificiellement cette espèce de graphite. 11 y est arrivé en refroidissant dans l’eau un lingot de fonte très carburée. La surface extérieure présente alorsdu graphite ordinaire, tandis que l’intérieur renferme du graphite susceptible de foisonner. Mais l’expérience réussit bien mieux encore avec le platine. M. Moissan fond un lingot de platine dans le four électrique en présence du carbone. La température atteint alors 2500 à 3000 degrés. Le platine, dans ces conditions, se sature de carbone. On laisse refroidir le culot, puis on le traite par l’eau régale. On voit alors le graphite foisonner, augmentant quinze fois de volume. Le graphite obtenu est un carbonado très pur, dont la densité est de 2,08. Lorsqu’on le brûle, on trouve cependant des traces de platine dans les cendres.
- L’ablation du pancréas.—MM. Chauveau et Kaufmann présentent une nouvelle étude sur l’ablation du pancréas. Celle-ci produit le diabète, comme la section bulbaire, non point en agissant directement sur le sang, mais en altérant le fonctionnement des centres régulateurs du foie qui est l'organe générateur de la glycocémie.
- L’éclipse totale du 16 avril. — M. Janssen annonce que M. de la Beaume se rendra au Sénégal, pour l’observation de cette éclipse, d’après un programme qu’il a élaboré, et au moyen d’appareils prêtés par l’observatoire de Meudon. C’est la photographie qui fournira les moyens d’investigation : la couronne sera photographiée dans les conditions les plus variées; le spectre de la couronne sera également photographié.
- La spermine du sang. — M. Poehl a recherché les qualités que la spermine communique au sang. Ce savant a déjà montré que celte substance se comporte comme un oxydant en présence de certaines matières minérales ou organiques. Il fait connaître aujourd’hui que toutes les glandes la produisent. Dans certains états physiologiques, le sang peut ne plus être suffisamment alcalin pour la conserver. Dans ces conditions, elle cristallise à l’état de phosphate.
- Le coton antiseptique. — M. Léo Vignon, poursuivant ses travaux relatifs à l’action du sublimé corrosif sur le coton, indique aujourd’hui que sur 100 parties de sublimé, 22 restent à l’état de sublimé dans le coton, 70 se transforment en oxyde de mercure et 8 en calomel. La connaissance de cette action lente est très importante en raison des provisions de coton antiseptique que l’on accumule dans les magasins des hôpitaux.
- Varia. — M. Bouquet de la Grye présente l’Année scientifique et industrielle, de M. Louis Figuier. Cet intéressant ouvrage, qui vient s’ajouter à la longue série déjà publiée par l’auteur, contient une monographie de toutes les découvertes de l’année ; il renferme en outre une partie nécrologique consacrée aux. savants qui ont disparu en 1892. — M. d’Arsonval a effectué des recherches sur l’action physiologique des courants alternatifs de haute fréquence. — M. Grimaux donne le tome VI et dernier des œuvres de Lavoisier dont la publication a été entreprise sous les auspices de l’Académie des sciences dès 1863.
- Élections. — M. Roscoe, de Londres, est élu membre correspondant de la section de chimie par 28 voix contre 17 données à M. Cannizaro, de Rome. M. Lacroix est présenté en première ligne et M. Jannetaz en deuxième ligne pour la chaire de minéralogie du Muséum, en remplacement de M. des Cloizeaux. Ch. de Villedeuil.
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- LA NATURE.
- LES FORTS DE LA HALLE
- COURSE A PIED DE PARIS A CORBEIL AVEC UN FARDEAU DE 100 KILOGRAMMES
- Tout le monde connaît ces forts appelés aussi col-tineurs1 qui portent sur le dos des sacs de farine dont le poids atteint parfois 159 kilogrammes : ce sont de solides gaillards aux épaules massives, carrées, et qui sont doués d’une énergie physique extraordinaire.
- Nous avons cru devoir enregistrer la prouesse que vient d’exécuter l’un des plus remarq uables d’entre eux, Jean Labasse, le vainqueur d’une course d’un nouveau genre organisée par un journal parisien. 11 s'agissait de partir delà rue Feydeau, avec un sac pesant 100 kilogrammes, et de se rendre à l’octroi de Cor-beil, à 32 kilomètres de distance.
- Il y avait dix concurrents. Le départ a eu lieu le 0 mars à 8 heures du matin. Chaque coltineur portait sur ses épaules un sac contenant un mélange de sable et de sciure de bois, du poids de 100 kilogrammes. Jean Labasse est arrivé le premier à 10 heures du soir, ayant parcouru la distance de 32 kilomètres, en 14 heures.
- Jean Labasse est né à Saint-André-d’Appel, en Dordogne, le 19 mars 1869 : il a par conséquent -vingt-neuf ans. Il est grand, sa taille est de lm,745; sa force est herculéenne. Lors de la course, il se reposa seulement deux fois pendant le trajet, à Juvisy, ayant par-
- 1 Ainsi nommés du mot coltin, gilet de cuir dont se servent souvent les hommes qui portent les fardeaux, sacs de charbon, sacs de farine, etc.
- couru 23 kilomètres, et àÉvry-Petit-Bourg, à 5 kilomètres de l’arrivée. Il a distancé tous ses concurrents, de plusieurs heures. Il n’était que fort peu fatigué à l’arrivée.
- Labasse, reçu à Corbeil par la municipalité et la fanfare, a été l’objet des ovations de la population qui l’attendait depuis six heures du soir.
- Nous r e p résentons, d’après un croquis exécuté sur nature, l’aspect de Labasse,portant son fardeau (fig. 1); nous donnons d’autre part son portrait (fig. 2) que nous devons à l’obligeance d’un habile photographe deCor-beil, M. II. Bonnefon. Si Labasse est remarquable par le développement des muscles, nous devons ajouter qu’il ne brille pas par les qualités de l’instruction; il ne sait ni lire ni écrire.
- Nous compléterons le récit que nous venons de retracer, en rappelant qu’une tentative semblable à celle dont Labasse a été le héros, fit jadis une victime parmi les forts de la Halle. L’un d’eux avait parié qu’il porterait jusqu’à Corbeil le grand sac de farine de 159 kilogrammes; il arriva jusqu’à Evry; là, l’hercule but un verre d’eau froide et tomba raide mort. Ces inutiles excès de. fatigue musculaire ne sont pas sans offrir des dangers.
- G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1. — Le coltiucur Jean Labasse portant un sac de 10Ü kilogrammes de Paris à Corbeil (32 kilomètres).
- Fig. 2. — Portrait de Jean Labasse.
- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE.
- LES FOURS ÉLECTRIQUES
- Creuset électrique de laboratoire de M. E. Ducretet.
- Fig. 1.
- Les belles expériences de M. H. Moissan1 ont particulièrement attiré l’attention des chimistes et des physiciens, sur les résultats si importants que l’on peut obtenir par l’emploi de la température élevée de l’arc voltaïque. Nous avons donné pré-cédemment la description du fourneau électrique qui a servi à M. H. Moissan.
- L’éminent chimiste a récemment présenté à l’Académie des sciences, en collaboration avec M. J. Violle, une note dans laquelle il apporte quelques nouveaux renseignements ; il nous a paru intéressant de nous y arrêter.
- 1 Yoy. n° 1052, du 11 mars 1895, p. 225.
- 21“ année. — lor semestre.
- MM. II. Moissan et J. Violle ont présenté deux modèles de fourneaux électriques à l’Académie des
- sciences; le premier qui est analogue à celui dont nous avons donné la description dans notre livraison du 11 mars 1895 (p. 225) convient à la fusion des métaux réfractaires tels que le chrome et le manganèse. Le deuxième est destiné aux recherches calorimétriques servant à établir la température de l’arc. Nous représentons ce fourneau (fig. 2) au-dessus du calorimètre. Le fond de l'enceinte du fourneau électrique est formé par une plaque mobile à la manière d’un tiroir. Au pôle positif est un fragment de charbon soutenu par une tige de
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- Fig. 2. — Fourneau électrique de MM. Ileuri Moissan et Jules Violle, disposé pour les recherches calorimétriques. — 1. Fourneau placé sur le calorimètre. — 2. Le charbon tombant dans le calorimètre.
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- LA NATURE.
- même substance glissant à frottement doux dans un tube de charbon. On n’a qu’à tirer sur la tige au moment convenable pour faire tomber dans le calorimètre le fragment transformé en graphite qui a atteint la température voulue. Notre gravure (fig. 2) donne dans la figure de droite (n° 1) la vue du four électrique, avec le morceau de charbon qui s’en détache pour tomber dans le calorimètre ; la figure de gauche (u° 2) indique le détail du charbon et du récepteur du calorimètre.
- Les températures produites par ces fours électriques sont les plus élevées que l’on puisse produire; elles peuvent varier dans les circonstances suivantes :
- Les températures obtenues, dit M. Moissan, varient naturellement suivant la durée de l’expérience, et aussi suivant la grandeur du four. Elles n’ont d’autres limites que celles de l’arc voltaïque. Plus l’on restreindra le champ calorifique, plus on s’approchera de la température indiquée par l’un de nous comme étant le maximum calorifique que peut produire l’arc. Pratiquement nous réalisons sans peine, dans nos appareils, des températures supérieures à 3000 degrés.
- Les fours électriques de MM. Moissan et Violle ont été construits spécialement au Laboratoire de physique de l’École normale par M. Nion, chef d’atelier.
- Nous allons faire connaître, à présent, un autre modèle de four électrique que tout le monde pourra se procurer; il est construit par MM. E. llucretet et Lejeune. Cet appareil a été présenté à l’Académie des sciences le 20 mars 1893 sous le nom de creuset électrique; il a été créé en vue des recherches et des essais de laboratoire ; nous le représentons ci-contre (fig. 1).
- Le creuset CR, en matière très réfractaire, reçoit les deux charbons C et C' inclinés à environ 90 degrés l’un de l’autre; ces charbons peuvent glisser dans des supports spéciaux qui permettent de les amener en contact ou de les écarter. L’ensemble de l’appareil est enfermé dans une monture métallique fixée sur le socle K; les faces avant et arrière sont fermées par des lames de mica avec joints en carton d’amiante. On peut ainsi observer les phénomènes de fusion ou de réduction et en faire l’analyse spectrale.
- On obtient par cette disposition une chambre complètement fermée dans laquelle les réactions se produisent à l’abri du contact de l’air et en présence de gaz déterminés. Deux tubes latéraux, comme on le voit dans la figure, servent à la circulation des gaz. Une ouverture supérieure, fermée par un couvercle Ro, permet d’introduire dans le creuset les substances destinées à l’action électrothermique. Le courant est amené par deux bornes A R dont on voit les fils en circuit sur notre gravure.
- L’arc qui jaillit entre les deux charbons, dit M. Ducre-tet, est transformé, à distance, en une flamme allongée formant un véritable chalumeau électrique par suite de Y action directrice d'un aimant Ai placé près de l’appareil. On peut ainsi diriger l’arc sur la matière contenue
- dans le creuset et l’amener graduellement au maximum de température. Cette disposition, que nous avions imaginée, est une application nouvelle d’un phénomène connu, déjà utilisé par Jamin dans sa lampe électrique. Le modèle que nous présentons à l’Académie peut supporter, avec des charbons d’un diamètre convenable, un courant de 40 ampères. Avec un courant de 12 ampères et 60 volts, on peut obtenir la réduction d’oxydes et la fusion des métaux les plus réfractaires, en quantité plus que suffisante pour leur analyse chimique ou spectrale. Toutes les expériences classiques et les essais de laboratoire qui exigent une température élevée peuvent être réalisés avec cet appareil.
- Nos lecteurs connaissent les beaux résultats que l’on a obtenus déjà avec les fours électriques; nul doute que ces appareils conduiront prochainement encore à de nouvelles découvertes, et qu’ils ouvriront à la science expérimentale de grands horizons.
- Gaston Tissandier.
- L’ÉCLIPSE TOTALE DE SOLEIL
- DU 16 AVRIL 1893 h
- Les éclipses de Soleil se présentent assez fréquemment (environ 70 fois dans le cours d’un siècle) dans des conditions favorables pour étudier les phénomènes et pour résoudre les questions qui intéressent l’Astronomie. Mais les conditions météorologiques diminuent de beaucoup les chances de succès : certaines éclipses ont été tout à fait inobservables, par suite du mauvais état du ciel. M. le professeur David P. Todd s’est occupé de recueillir des renseignements sur les conditions atmosphériques que présentent, le 16 avril, les principales contrées où la prochaine éclipse va être observable dans sa totalité. Les principales régions où l’éclipse sera visible sont, comme il a été dit précédemment : le Chili, la République argentine, la côte Est du Brésil, le Sénégal et la côte Ouest d’Afrique. Yoici quelques détails au point de vue météorologique sur chacune de ces régions.
- Chili. — Les conditions atmosphériques seront très favorables, si l’on en juge d’après les observations faites sur le mois d’avril, durant quelques années. La station qui paraît le mieux convenir serait San-Antonio. Celte ville est d’un abord facile, et son altitude assez considérable promet un ciel pur; grâce à cette circonstance, on pourrait voir, sans doute, les détails de la couronne solaire qu’une station choisie sur le bord de la mer ne permettrait pas de bien observer.
- République argentine. — Cette région, qui est peu éloignée du Chili, offre encore de meilleures conditions météorologiques, par suite de l’altitude plus considérable des stations qu’on y pourrait choisir. Trois localités conviendraient surtout aux observateurs, ce sont : Catamarca, à l’ouest; Tucuman et Salta, à l’est. La première, moins accessible que les deux autres, serait cependant la plus favorable au point de vue de l’état du ciel.
- Paraguay. —Impossible d’obtenir des renseignemcnls directs sur la météorologie de celte contrée ; mais l’éclipse ayant lieu dans la belle saison, il y a lieu d’espérer que le ciel serait favorable. Une montagne, du nom de Pan de Azucar, située sur la frontière du Brésil, fournirait peut-être une excellente station.
- 1 Yoy. n° 1034, du 25 mars 1893, p. 259.
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- Brésil. — Les conditions météorologiques de l'intérieur du Brésil ne sont pas connues très exactement. D’autre part, les observations faites sur les côtes, au niveau de la mer, courent de grands risques d’étre contrariés par les nuages. Il est donc bien à désirer que l’on puisse établir quelques stations dans l’intérieur, l’aima, Ociras et Ceara sont des localités dont les abords sont faciles; mais, d’après les données météorologiques fournies par M. Cruls, directeur de l’observatoire de Ilio-de-Janeiro, on peut craindre d’y être contrarié par un ciel nuageux.
- Océan Atlantique. — D’après les « Cartes des Iso-nèphes » de M. L. Teisserenc de Bort, il est à craindre que, dans la partie traversée par le cône d’ombre de la Lune, le ciel soit peu favorable pour les observations. Cependant, la nébulosité moyenne semble diminuer à mesure qu’on approche des côtes d’Afrique.
- Sénégambie. — Les conditions atmosphériques promettent d’étre assez favorables, si l’on en juge d’après les renseignements fournis par les gouvernements de diverses provinces.
- Sénégal et Sahara. — Les renseignements font défaut sur les conditions météorologiques de l’intérieur du Sénégal et du Sahara ; mais elles doivent être bonnes. Notre mission française a donc toute chance de succès.
- IA VITESSE DES ÉTOILES
- ET LES ÉTUDES Sl’ECTlfA LES DE M. H, DESLA.XDIîES
- L’homme porte haut la tète. Ovide prétend que cette attitude lui a été donnée pour le forcer à contempler le ciel, ce qui ne veut pas dire que nous soyons tons poètes ou aptes à devenir astronomes, le métier étant particulièrement difficile.
- Le merveilleux équilibre de ces mondes, semés, innombrables, dans l’espace sans bornes, semble un problème aux mystérieuses profondeurs duquel ne saurait atteindre le vulgaire, profanurn pecits, qui s’arrête, effrayé, sur le seuil de la science. El cependant, invinciblement attirée, l’imagination humaine s’élève sans cesse, troublée de tant d’immensité, vers les silencieuses solitudes du ciel, tandis que les savants additionnent leurs efforts, Titans jamais vaincus, pour escalader les cimes sublimes.
- Ceci n’est qu’une image également créée par les poètes, car, rivés au sol de notre modeste planète, nous n’escaladons rien du tout,... que par la pensée, —une pensée servie par des organes fort imparfaits. Nos yeux sont de bien misérables instruments quand il s’agit d’interroger le Ciel. A peine sur cet amas d’étoiles immobiles, qui nous semblent invariablement piquées, comme des clous d’or, dans la voûte stellaire, nous montrent-ils ces autres astres plus rapprochés de nous, les planètes, qui errent à travers l’espace, gravitant autour de notre soleil.
- Notion primitive et confuse de l’Univers astral, que des appareils merveilleux, sortis l’un après l’autre de la cervelle des savants, nous aident à débrouiller peu à peu, à mesure que des moyens plus puissants d’investigation reculent les limites du
- connu par des découvertes imprévues, de telle sorte qu’il devient de plus en plus impossible de dire où la Science s’arrêtera devant un mur infranchissable.
- Grâce aux patientes observations que les astronomes accumulent pour qu’au bout de longs siècles écoulés, d’autres astronomes les compulsent et les comparent, on s’est aperçu que tous ces astres, groupés et figurant des constellations qui semblent immuables, ne sont pas aussi immobiles qu’ils le paraissent. On a pu constater, à force de patience, de légers déplacements qui ne sont pour nous si difficilement appréciables que par suite de leur colossal éloignement. Et dès lors que le dogme de l’invariabilité se trouvait atteint, n’était-il point légitime d’admettre, puisque tout est mouvement dans la nature, que les corps célestes, quels qu'ils soient, n’échappent pas à la règle commune et gravitent dans l’espace, chacun sur son orbe qui lui est propre, tous obéissant aux lois déjà connues qui régissent la mécanique céleste ?
- Ainsi tous ces corps qui peuplent l’espace forment ensemble, malgré les énormes distances qui les séparent, un système de points matériels qui se meuvent et, si l’on projetait tous ces mouvements sur un axe quelconque, comme disent les mathématiciens, on sait d’avance que la somme algébrique en serait nulle. .
- Notre modestie, pauvres habitants de la Terre, appuyée d’ailleurs sur les résultats des observations, nous force à reconnaître que notre Soleil n’est pas le centre autour duquel se déplacent tous ces astres lointains. 11 se meut à son tour, nous entraînant, sans grand effort, à sa suite.
- Où va-t-il ainsi ?
- llerschel, le premier, a fixé la direction du mouvement qui l’emporte vers un point du Ciel situé dans la constellation d’Herculc. Mais il reste à déterminer avec quelle vitesse il se rapproche de cette constellation et ce n’est pas le plus commode du problème. S’il est relativement facile, en effet, de mesurer les déplacements angulaires des étoiles, — ce qui correspond à la composante de leur vitesse dans le sens perpendiculaire au rayon qui les relie à la Terre, — les instruments ordinaires sont impuissants à déterminer la composante dirigée suivant ce rayon, la vitesse radiale.
- Pour achever de définir complètement le mouvement, il fallait pourtant mesurer cetle vitesse radiale et M. Fizcau a imaginé, dans ce but, une très ingénieuse méthode qui, parfaite en théorie, n’a malheureusement donné pendant vingt-cinq ans que des résultats incertains et contradictoires. Le mérite d’en avoir tiré pratiquement bon parti appartient à l’un des astronomes de l'Observatoire de Paris, M. Henri Deslandres, qui a su disposer habilement les appareils de manière à faciliter les opérations et leur donner toute la rigueur désirable. Le grand nombre d’observations qu’il a déjà recueillies, lui permettront, lorsqu’elles auront toutes été groupées, d’en dégager une notion absolument précise de la vitesse ex-
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- traordinaire dont notre système solaire est animé.
- Pour mieux faire comprendre en quoi consiste la méthode qui sert de hase à ces observations, prenons une comparaison dans le domaine de l’acoustique,— et d’ailleurs on connaît l’analogie qui unit le son à la lumière : ne sont-ils pas, l’un et l’autre, des modes particuliers du mouvement de l’éther?
- Si donc nous considérons une source sonore, cette source émet des vibrations qui se succèdent avec une rapidité plus ou moins grande — d’où résulte la hauteur du son, — en même temps que ces vibrations se propagent en une sé- ' ;. ~
- rie régulière d’ondes.
- Or, supposons que la source sonore se déplace en se rapprochant de l’observateur. Il est clair que ce mouvement aura pour résultat de réduire la distance qui sépare les ondes à mesure de leur émission.
- Par suite, un plus grand nombre de vibrations viendra frapper l’oreille, dans un temps déterminé : le son que perçoit l’observateur et qui correspond à ce plus grand nombre de vibrations est par conséquent d’une acuité plus grande que le son réellement émis par la source. Le contraire se produit si, au lieu de s’approcher, la source s'éloigne.
- Une locomotive qui passe, en sifflant, près de nous, en offre un exemple caractéristique. Tant qu’elle s’approche, le son qui nous arrive est plus haut que le ton réel de l’appareil au repos ; il s’abaisse aussitôt que la locomotive nous dépasse et s’éloigne. Le fait est facile à constater.
- Un phénomène analogue se produit lorsqu’il s’agit d’une source lumineuse.
- Est-elle immobile par rapport à nous ? Nous percevons exactement les vibrations telles qu’elles sont émises, avec leur espacement réel. Mais si elle s’approche ou si elle s’éloigne, les vibrations qui nous
- parviennent sont en nombre plus grand ou moins grand, de telle sorte que, si l’on décompose le rayon lumineux en le recevant sur la fente d’un spectroscope, le spectre qui en résulte se trouve déplacé — haussé ou baissé de ton, si Ton peut dire — et les raies qui caractérisent ce spectre sont reportées vers le violet ou vers le rouge, suivant qu’il y a rapprochement ou éloignement.
- L’amplitude du déplacement des raies permettrait d’ailleurs, on le comprend, d’apprécier la vitesse de la source, pourvu qu’on eût, par une expérience
- préalable, fixé le rapport de Tune à l’autre, en opérant sur le soleil, par exemple, ou sur tout autre astre dont la vitesse radiale est bien déterminée.
- On voit que si la méthode est simple dans son principe, son application ne laisse pas d’être singulièrement délicate. Tout d’abord, ur permettre d’apprécier le dé-placernent des raies du spectre, il est nécessaire de juxtaposer un spectre de comparaison fourni par un rayon lumineux émanant d’une source fixe, par exemple une étincelle électrique jaillissant entre deux électrodes métalliques, dans un tube rempli d’hydrogène. Ce spectre doit présenter, bien entendu, les raies que Ton veut observer, celles de l’hydrogène, du fer et du calcium, notamment, qui sont particulièrement nettes et fines. La fente du spectroscope est disposée de telle sorte que les rayons lumineux'de l’étoile et de la source de comparaison la rencontrent en se plaçant l’un au-dessus de l’autre, ce qui donne deux spectres superposés comme les deux limbes d’un vernier.
- D’ailleurs pour permettre de faire la comparaison à loisir et d’opérer la mesure précise des écartements, la photographie vient en aide à l’opérateur qui recueille les deux images spectrales et les fixe àur la plaque sensible.
- Fig. 1. — Le grand télescope de l’Observatoire de Paris, transformé pour l’étude de la vitesse de rapprochement et d’éloignement des astres par rapport à la Terre.
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- Lorsque M. Deslandres a organisé, en 4890, la série d’études spectrales qui a donné depuis lors de si importants résultats, les seuls instruments disponibles à l’Observatoire étaient le sidérostat de Foucault et le télescope de lm,‘20 de diamètre, le plus grand instrument de ce genre qui soit en France.1
- Le sidérostat, malgré certains avantages, n’est pas assez puissant pour permettre d’étudier la lumière des étoiles au spec-troscope, au delà de la première grandeur.
- Le télescope, au contraire, à cause de la grande surface de son miroir, convient bien pour ces re cher elles qui exigent beaucoup de lumière. En revanche, ce miroir est de qualité médiocre, au point de vue optique; sa monture métallique est sujette à des flexions considérables; enfin la manœuvre d’un
- instrument aussi gigantesque était d’autant plus difficile, lorsqu’il s’agissait de suivre une étoile pendant de longues poses photographiques, que l’opérateur était obligé de se maintenir, pour l’observation, à la partie supérieure de l’appareil, comme dans tous les télescopes du type newtonien.
- Ces divers inconvénients expliquent peut-être s u f fi s a m m e n t comment le grand télescope de l’Observatoire de Paris avait peu servi avant que M. Deslandres eut songé à l’appliquer à ses recherches, et n’avait donné lieu à aucun travail qui eût été publié1.
- Plu sieurs transformations heureuses ont porté remède à quelques-uns de ces défauts en permettant notamment à l’observateur, pour le conduire, de se tenir à la partie inférieure de l’instrument. Il fallait tout d’abord
- Fig. 2. — Disposition nouvelle de la partie supérieure du grand télescope de l'Observatoire de Paris. — a. Spoctroseope nouveau à 5 prismes de flint. — b. Microscope pour la vision oculaire. — c. Sources électriques de comparaison.
- Fig. 3. — Spectre de Capella, comparé le 2 février 1892 aux spectres du fer, du nickel, du manganèse, du calcium et de l’hydrogène.
- Vitesse radiale mesurée, 148’““,8. (Agrandissement six fois.)
- disposer sur le télescope un spectroscope à grande dispersion et muni de sa chambre photographique, de telle manière que la fente fût précisément placée au foyer du grand miroir, c’est-à-dire au point où vient se former l’image de l’étoile.
- 1 Voy. Description du grand télescope de l’Observatoire de Paris, n° 133, du 18 décembre 1875, p. 39.
- Pour cela, il était nécessaire de supprimer le petit miroir, incliné à 45 degrés, qui a pour but de renvoyer l’image dans l’oculaire où l’observateur a l’œil fixé. Ce miroir a d’ailleurs l’inconvénient d’absorber une portion notable de la lumière préci-
- 1 Comptes rendus de l’Académie des sciences, 14 novembre 1892.
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- sèment clans sa partie actinique: sa suppression ne peut donc être qu'avantageuse; mais comme il faut bien pouvoir suivre l’étoile et la ramener sur la fente du speetroscope, M. Reslandres a imaginé de remplacer le petit miroir par un prisme à réflexion totale, placé, non plus sur le trajet des rayons utiles, mais sur celui des rayons rouges qui ne servent point pour la photographie. Ces rayons sont ainsi ramenés sur le côté et peuvent être reçus dans une lunette à réticule qui joue l’office de l’ancien oculaire.
- L’étincelle électrique, qui sert de source de comparaison, jaillit entre deux électrodes de fer placées également en face de la fente de l’électroscope, dont toutes les pièces sont réunies, d’autre part, dans une boîte rigide en tôle d’acier. Cette boîte, fixée à l’anneau supérieur du télescope, n’a pas plus d’épaisseur que les divers organes qui forment comme un pont au-dessus d’un des diamètres de cet anneau, de manière à ne pas intercepter une portion nouvelle de la lumière incidente.
- Ce dispositif ne suffirait pas à améliorer les conditions de fonctionnement du télescope, si une autre modification aussi simple qu’ingénieuse ne venait le compléter et permettre à l’observateur de ne point rester juché à la partie supérieure de l’appareil. Voici comment la difficulté a été tournée : la fente du speetroscope est percée dans une petite plaque d’acier poli, formant miroir et légèrement inclinée, de manière à renvoyer le faisceau lumineux de l’étoile sur le côté vers un objectif de 4 pouces placé à l’intérieur du tube. L’image de la fente et des étoiles sur cette fente est recueillie par un oculaire coudé et placé à la partie inférieure, près du grand miroir. C’est là que se tient l’observateur qui à 8 mètres de distance peut diriger et maintenir l’étoile sur la fente, en agissant lui-même à son gré sur les commandes des divers mouvements du télescope que M. Reslandres a prolongées convenablement (fig. 1 et 2).
- Grâce à l’ensemble de ces dispositions, on peut opérer avec de longues poses photographiques qui, prolongées pendant deux heures, permettent d’obtenir les spectres d’étoiles jusqu’à la 4e grandeur. Le spectre photographique a une longueur utilisable de 12 centimètres, et la dispersion est telle que, dans le bleu, un déplacement de 1/200 de millimètre correspond à une vitesse de 3km,6 par seconde, et, dans le violet extrême, à 2 kilomètres. Nous reproduisons ci-contre la photographie du spectre de Capella1 (fig. 3).
- C’est ainsi qu’en étudiant les déplacements des
- 1 Cette épreuve montre que l’étoile renferme du fer, du nickel, du manganèse et du calcium ; car les raies brillantes de comparaison correspondent à des raies noires du spectre de l’étoile: la composition chimique de l’étoile est d’ailleurs à peu près identique à celle de notre soleil. De plus, les raies de l’étoile sont légèrement déplacées vers le rouge par rapport aux raies de comparaison, ce qui indique que l’étoile s’éloigne de la terre ; le déplacement des deux spectres, mesuré avec les raies les plus nettes, correspond à une vitesse d’éloignement de 48km,8 par seconde.
- dix raies les plus nettes du spectre de Sirius, on a trouvé que cette étoile s’éloigne de nous avec une vitesse apparente de -f- 11) kilomètres par seconde. Or la vitesse de la Terre dans son orbite, projetée sur le rayon de Sirius, était de H- 20km,2 le jour de l’observation (3 mars 1891). Donc, ce jour-là, Sirius se rapprochait du Soleil avec une vitesse de — lkm,2.
- L’Observatoire de Potsdam a institué une série de recherches analogues ; mais il est bon de remarquer que l’appareil qui y est employé est beaucoup moins puissant que le grand télescope de Paris, et ne permet pas de mesurer la vitesse de plus de GO étoiles de notre Ciel, tandis que, grâce à la grande surface de son miroir, le télescope assure l'observation spectroscopique de 250 étoiles. Celles qui nous intéressent le plus sont les étoiles qui entourent la constellation d’Hercule et la région opposée du Ciel, puisqu’elles se trouvent précisément sur le chemin de notre Soleil. Elles sont heureusement fort nombreuses et permettront de calculer la vitesse de translation du système solaire dans l’espace, vitesse que les astronomes n’ont pas encore réussi à déterminer.
- Telle est, dans son ensemble, l’œuvre entreprise par M. Reslandres. Elle est des plus neuves et sera, nous en sommes assuré, féconde en importants résultats.
- Les méthodes spectroscopiques qui constituent une branche importante de l’astronomie physique, sont d’ailleurs susceptibles d’applications nombreuses et importantes qui font entrevoir toute une région peu explorée de la science. Entre les mains de M. Reslandres, elles ont apporté un intéressant contingent à l’étude de la constitution physique du Soleil. C’est pour continuer ses savantes recherches que l’astronome a été envoyé en mission sur la côte du Sénégal, où il observera l’éclipse totale du 16 avril. G. Espitarlier.
- LE TRÉSOR DE SÉGOU
- Une intéressante exposition est ouverte depuis quelque temps dans l’aile du Palais de l'Industrie affectée à l’Exposition permanente des colonies. Il s’agit d’un certain nombre d’objets enlevés par le colonel Archinard du palais du roi Ahmahou, fils d’El Iladj Omar, le célèbre marabout conquérant, qui avait fait de Ségou la capitale de son vaste empire. Ségou-Sikoro est, avec Timbouetou, une des plus anciennes villes du Ilaut-Niger. Le premier voyageur' européen qui Tait visitée est l’Écossais Mungo Park en 1796. Repuis lors, plusieurs Français y ont pénétré, notamment le lieutenant Mage, le colonel Galliéni qui y ont été retenus prisonniers par Ahmadou, M. Soleillet, etc.
- La cité nègre est aujourd’hui sous notre protectorat direct; nous y avons un résident qui contrôle les actes du massassi Bodian que nous avons fait roi du pays de Ségou et ceux de Madiemba que nous
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- avons fait roi du pays de Sansanding. L’ex-roi Ahmadou, dont le fils, on le sait, est en France depuis quelques années, avait cherché un refuge dans le Macina où régnait son frère Mounirou. Nous apprenons qu’Ahmadou a assassiné Mounirou et s’est fait proclamer à sa place roi du Macina.
- Il n’a pas eu le temps, lors de l’assaut de Ségou, donné par nos troupes, d’emporter les richesses entassées dans son palais. Elles sont tombées en notre pouvoir. Le colonel Archinard en dressa la liste. 11 y avait une quantité prodigieuse de bijoux en or et en argent massifs. Il en fit deux parts : les pièces d’orfèvrerie olfrant un intérêt artistique furent mises de côté pour l’Exposition permanente des colonies, où l’on peut les admirer en ce moment. Les autres bijoux, qui n’avaient d’autre valeur que leur poids d’or et d’argent, furent envoyés à la fonte ou vendus. Le poids total de l’or s’éleva à 74ks,692 et celui de l’argent à 90k®,625. Il suffit d’un examen sommaire du trésor exposé au Palais de l’Industrie pour se convaincre que ces ornements ne sont pas tous de main-d’œuvre locale. Les artistes de l’endroit ne manquent pas d’habileté cependant, surtout dans les applications sur corne et dans les incrustations sur ébène. Avec les outils primitifs dont ils disposent, on est étonné des résultats auxquels ils arrivent et d’où se dégage une originalité primesautière. On trouve même dans le Bornou des graveurs sur pierres précieuses très ingénieux; mais aucun d’eux n’est sûrement capable de ciseler certains des merveilleux bijoux qu’on a découverts à Ségou et qui sont dignes de servir de modèles aux artistes européens. Plusieurs sont de date très ancienne; quelques-uns portent l’empreinte byzantine; d’autres semblent provenir de l’Inde ; il en est même qui rappellent l’Assyrie. Tout cela vient du dehors par les différentes routes que suivent les caravanes du Fezzan, du Darfour et de’la vallée du Nil.
- Sur les 96 bijoux exposés, on compte 22 colliers d’un admirable travail. Nous nous contenterons d’appeler l’attention sur les objets que nous représentons et dont on ne saurait se lasser d’admirer le goût et la délicatesse. Nous donnons dans le n° l de la figure ci-contre (p. 280) une parure en or de toute beauté et une des étoiles vraiment belle faisant partie d’un collier en or (n° 2).
- Les bracelets, dont le nombre est considérable, sont en général d’un seul morceau massif d’or ou d’argent. La plupart sont lourds, sans ornement, évidemment d’origine soudanaise. L’un d’eux, par exemple, qui est simplement tordu, pèse près de 900 grammes, soit près d’un kilogramme d’or pur! Les bracelets d’argent sont ciselés avec plus d’art. Un seul nous montre l’alliage de trois métaux ; or, argent, cuivre. Les bracelets gourmettes pour chevilles ont une forme d’anneau particulière : la partie qui touche la peau est plate, tandis que la partie extérieure est arrondie. Les bagues sont toutes en argent. En général, elles sont gravées avec beaucoup de soin. Ces bagues sont énormes, quelques-
- unes à double anneau. Il en est une dont la forme est tout à fait bizarre. Voir notre gravure (n° 6).
- On se demande pour quelles oreilles ont été fabriquées certaines boucles, du poids prodigieux de 165 grammes. Nous en donnons le croquis (n° 5). Signalons aussi trois parures de tête, qui ont un caractère à part et dont on chercherait vainement ailleurs le pendant.
- La plupart des pièces d’orfèvrerie sont réunies entre elles par des courroies en cuir que les Soudanais excellent à travailler, et dont ils confectionnent des fourreaux de sabre, des poires à poudre, des sacoches, etc., ainsi qu’on peut le voir dans les vitrines du Musée des colonies. Beaucoup de ces pièces sont montées en grigris, ce qui les dépare le plus souvent. Il est probable que ces amulettes ont été insérées après coup et qu’elles n’existaient pas dans l’œuvre initiale. Nous en dirons autant des pièces de monnaie encastrées dans quelques bijoux. Quant aux boîtes à grigris, travaillées en filigrane et en perlage, elles sont d’un goût exquis.
- Le colonel Archinard, à la prise de Ségou, n’a pas fait seulement main basse sur le trésor du roi; il s’est aussi emparé des principales pièces de la garde-robe et du mobilier d’Ahmadou. C’est ainsi que nous voyons, dans la Bibliothèque des colonies, à côté de la salle où sont exposés les bijoux, la grande tente d’El Hadj Omar, en toile blanche et bleue, de confection européenne, semble-t-il. A moitié émergeant de dessous la tente, on aperçoit le lit de repos d’Ahmadou, construit d’un seul bloc dans un tronc de cailcédra. Il est des plus primitifs, probablement l’œuvre d’un laobé, sans ornement aucun, à moins qu’on ne donne ce nom à quatre entailles en forme de M creusées sur les côtés. Six gros pieds très lourds, non chevillés, c’est-à-dire creusés dans le même bloc que le lit, le maintiennent à 22 centimètres du sol. Le tout ne pèse pas moins de 79 kilogrammes.
- On remarquera dans la salle de la bibliothèque, plusieurs tabalas, sortes de grosses caisses dont toutes les tribus nègres sont pourvues et qu’elles défendent avec acharnement, car le sort de la tribu est lié a celui delà tabala. Ces grosses caisses jouent donc le rôle du drapeau du régiment, ou plus exactement du palladium des Grecs et du zaïmph des Carthaginois. Le colonel Archinard a dû payer chèrement la possession du tabala d’Ouossébougou, ainsi qu’il le raconte dans son remarquable rapport sur sa campagne au Soudan de 1890 à 1891. Chaque tabala est creusé dans un tronc d’arbre en forme de cuvette, que recouvre une solide peau de bœuf garnie de son poil et fortement tendue par des courroies de nerfs de bœuf. Ils doivent durer plusieurs générations. Sur les quatre tabalas exposés, trois appartiennent au Ségou; le quatrième est celui d’Ouossébougou, du poids respectable de 48 kilogrammes.
- Le sabre d’El Hadj Omar est dans la salle des bijoux, au-dessous des pagnes disposés en trophée.
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- Le sabre, qui n’a de valeur que parce qu’il a été porté, attaché à l’épaule, par le fondateur de l’empire toucouleur, est enguirlandé de courroies en cuir terminées par des glands et engainé dans un fourreau également en cuir, noirci par le temps.
- Les trois vases en terre évasés, debout sur leurs coussinets en paille, sont des canaris, ustensiles de ménage d’un usage général au Soudan pour la conservation des liquides et la préparation du couscous. Le cuisinier d’Ahmadou ne devait pas les manier facilement, car l’un d’eux pèse 26 kilogrammes avec son couvercle. Il existe des canaris plus grands encore, qui portent le nom de lambaras.
- Disséminés sur le support qui règne le long du mur, on remarquera plusieurs manuscrits arabes, à couvertures épaisses ornées de dessins ; une de ces couvertures affecte la forme d’une serviette d’avocat; une autre recèle dans ses flancs un Coran relié à l’européenne et imprimé en Allemagne avec les annotations de Gustave Fluegel.
- On le voit, la bibliothèque d’Ahmadou est assez mal représentée à l’Exposition des colonies, Hâtons-nous de dire que ce n’est là qu’nne infime partie des livres trouvés au palais de Ségou-Sikoro. Trois caisses, pesant en tout 550 kilogrammes, ont été expédiées à l’école des Hautes-Etudes, croyons-
- Quelques bijoux du trésor d’Ahmadou, roi de Ségou. Exposition des colonies à Paris. — 1. Parure en or. — 2. Peigne soudanais. — 3. Etoile faisant partie d’un collier en or. — 4. Corne à pommade. — 5. Boucle d’oreille en or massif. — 6. Bague massive en argent.
- nous, qui va pouvoir travailler longtemps sur ces richesses peut-être inconnues. Voici de quoi se compose la bibliothèque d’Ahmadou, tout entière entre nos mains : 24 corans, 124 livres religieux, 98 livres de droit, 12 d’histoire, 12 de sciences, 4 recueils de chansons, 1 méthode de chant, 145 volumes formés de feuillets mélangés provenant de divers ouvrages, 59 grammaires et dictionnaires.
- Mentionnons, en outre, parmi les autres objets enlevés à Ahmadou et figurant au Palais de l’Industrie, deux bannières — l’une est en lambeaux — dont la perte a du être très sensible au fils d’El Iladj Omar : le pavillon rouge et blanc du Toro et le pavillon du Guennar, qui marchaient à la tête des deux plus vaillants corps de l’armée toucouleur ; deux fusils à silex de Madani d’une longueur démesurée
- et d’un poids énorme ; 29 pagnes, assortis de dimensions et de couleurs, tissés à Ségou, Timbouctou et Haoussa (la mère d’Ahmadou était de ce dernier pays); 4 parasols, dont 5 pouvaient servir de tente, de différentes étoffes, brodées et non brodées ; 8 tablettes en bois de diverses grandeurs avec inscriptions arabes; 2 paires detriers, dont l’une est à coffret avec clé et appliques de cuivre; 20 objets de vannerie, dont deux chapeaux tressés forme So-koto, etc. On trouvera, dans les deux salles affectées à Ségou, une série d’aquarelles d’après nature, de M. Roullet, relatives au Sénégal; la remarquable collection de photographies de la mission Binger, et les étoffes offertes par Béhanzin et Pomaré V au Président de la République. Adrien Barbusse.
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- LE PASSAGE DES RIVIÈRES
- AU MOYEN DES OUTRES
- On ne saurait trop insister sur les avantages qu’une armée peut retirer, en campagne, de l’emploi des outres comme supports flottants. Une outre con-
- Fig. 1. — Manière de couper le liœuf.
- fectionnée avec une peau de bœuf, est susceptible de soutenir à la surface de l’eau, un poids dépassant celui de deux hommes ; elle peut être employée facilement pour la création de radeaux rapidement fabriqués. Quoique le sujet soit un peu technique, il nous paraît intéressant de faire connaître comment il est possible de confectionner ces outres sur place
- Fig. 2. — Confeclion (le l’outre.
- au moyen des peaux des animaux qui servent à l’ali- Le Journal du génie russe renferme à cet égard mentation des soldats, et que les troupes elles-mêmes des renseignements détaillés que reproduit la Revue abattent chaque jour, en nombre considérable. du génie militaire, et que nous allons analyser.
- Fig. 3. — Radeaux militaires formés par les outres pour le passage des rivières. — Expérience exécutée par l’armée russe.
- On peut abattre un bœuf par trois procédés. Le premier, le plus.imparfait, consiste à lui asséner sur le front un coup de merlin ; deux hommes saisissent l’animal par les cornes, le font tomber, et alors lui coupent la gorge. Le second, moins cruel et plus expéditif, demande un peu plus d’habileté de la part des hommes chargés de l’appliquer. On dresse un couteau à double tranchant, la pointe entre la nuque et la première vertèbre, et on l’enfonce d’un
- coup de poing, puis l’on achève comme ci-dessus. Le troisième comporte les opérations suivantes. On lie ensemble les pattes de devant du bœuf, puis celles de derrière : en rapprochant celles-ci de celles-là, on fait tomber l’animal. On attache alors ses quatre pattes ensemble, puis on lui coupe la gorge. Ce procédé est le plus facile à mettre en œuvre par des hommes non exercés : il est applicable aux chevaux, avantage que ne possède pas le précédent.
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- Lorsque l’animal est Lien mort, on lui coupe la tète suivant la ligne CR et l’on fend suivant RJ jus-qu’au jabot (fig. 1). On coupe ensuite la peau des pattes au-dessous des genoux et l’on enlève les pattes par désarticulation des genoux. Le dépouillement commence par le cou1. On incise avec le couteau et l’on retrousse d’un côté du jabot de manière à dégager l’omoplate, que l’on détache; puis on dépouille la patte correspondante. On passe à l’autre côté pour faire de meme. Ce résultat obtenu, on agit sur la peau des deux côtés à la fois. Après cela, on dépouille les côtes et le dos. A hauteur de la poitrine, on coupe la colonne vertébrale. Après le poumon, on enlève le foie, l’estomac, la rate et les intestins, ce qui facilite singulièrement le reste du dépouillement. Pour la partie postérieure du corps, on opère dans le môme ordre : le dos et les côtes, puis les pattes. Quand on arrive à la queue, on ne conserve que 50 centimètres de celle-ci.
- Il est essentiel de ne pas entamer la peau : on se sert surtout de la main droite, ouverte ou repliée suivant l’effort à produire, pour séparer la chair de la peau, tandis que la main gauche agit sur celle-ci.
- Il s’agit maintenant de fermer les ouvertures que présente la peau. A cet effet, on pratique, autour des ouvertures et sur les deux épaisseurs à la lois, des sortes de boutonnières de 4 à 5 centimètres de largeur, à 74 millimètres environ d’intervalle (fig. 2). Puis on retourne la peau, le poil en dedans. L’on introduit dans les boutonnières une cheville en bois de 12 à 15 centimètres de long et de 18 millimètres de diamètre, puis on fait suivant la ligne pointillée, avec 5 à 7 tours de ficelle, une ligature serrée, qui est retenue par la cheville. Cela fait, on retourne de nouveau le côté du poil en dehors, et l’on procède à la ligature du cou. On introduit dans les boutonnières une cheville à pointe mousse de 22 à 50 centimètres de longueur et de 25 à 55 millimètres de diamètre, en perforant les deux couches de peau et les repliant alternativement d’un côté et de l’autre. Puis on fait 7 à 10 tours d’une forte ficelle.
- Pour lier les pattes, on fait encore 7 à 10 tours de ficelle, sans employer de cheville. Avant de fermer la quatrième patte, on procède au gonflement, qui se fait soit avec un soufflet, soit avec la bouche. Dans ce dernier cas, on se sert d’un tuyau en roseau T (fig. 2).
- Le radeau est constitué au moyen de longerons et de traverses de 5m,60 à 4m,20 de longueur et de 7 à 8 centimètres de diamètre, assemblés au moyen de tenons ou plus simplement à l’aide de ligatures. Les outres, au nombre de 4 à 6, sont reliées au radeau par les pattes, qui contournent les traverses sur lesquelles on les lie avec de la ficelle. La figure 5 représente le radeau formé et transportant des troupes russes. On fixe des tolets pour servir de
- 1 Pour éviter les accidents d’infection, surtout à craindre avec les chevaux, on lave les instruments et les mains dans une dissolution de sublimé à 1 pour 100.
- point d’appui aux rames. Enfin on recouvre le châssis avec des planches de 12 millimètres pour le transport de l’infanterie, et de 57 millimètres pour l’artillerie de campagne (la pièce est sur un radeau et l'affût sur un autre).
- Une outre faite avec une peau de bœuf pèse environ 12 kilogrammes. Lorsqu’elle est gonflée, elle a une force portante sensiblement égale au poids de l’animal dont elle provient, soit 200 kilogrammes environ. Un radeau de quatre outres peut supporter dix hommes, en conservant encore une saillie de 15 centimètres au-dessus de l’eau ; avec six outres, il supporte vingt hommes et fait saillie de 8 à 10 centimètres. Parmi ces hommes sont quatre rameurs qui se tiennent sur les côtés.
- Les outres peuvent s’employer aussitôt après leur confection; mais pour les conserver un certain temps, il faut quelques précautions. Tout d’abord, au moment de la préparation, on sale le côté de la chair (avec fi kilogrammes de sel marin), puis on lait sécher pendant trois à quatre jours sous un hangar aéré. Après cela, on enduit le côté chair avec un mélange fait à chaud de 0ks,4 de graisse de bœuf et 2 kilogrammes de goudron de bouleau.
- On renouvelle ce dernier enduit lorsqu’on doit rester quelque temps sans se servir des outres ; on les conserve toujours le poil en dedans, sous des appentis aérés, et on les visite de temps en temps pour s’assurer que les rongeurs ne les entament pas. Pendant le cours des exercices pratiques, il est bon de les retirer chaque jour de l’eau, sans les dégonfler, et de les mettre sur des planches, à l’abri du soleil. Il faut aussi renouveler les ficelles d’attache tous les huit ou quinze jours, afin qu’elles ne se relâchent et ne s’altèrent.
- LÀ FOLIE
- COMMUNIQUÉE DE l’hOMME AU CHIEN
- Dans un article précédent1, un médecin anglais rapportait des faits remarquables d’intelligence observés chez le chien, et se demandait s’il n’y avait pas lieu de lui conférer cette faculté dont l'homme est si fier : la raison. Il est bien évident que l’intelligence des animaux ne se distingue de celle de l’homme que par des degrés. Les travaux de Romanes, de Thompson, de Darwin, sans compter les recueils, beaucoup moins scientifiques, d’anecdotes, fourmillent de traits analogues à ceux qu’a cités l’auteur anglais. De plus, il est à remarquer que le chien, comme du reste, la plupart des animaux domestiques, se prête merveilleusement à l’éducation, si bien que Toussenel, dans son amusante zoologie passionnelle, l'Esprit des bêtes, a pu dire : « Les animaux sont comme les hommes, ce que l’éducation les fait.... Le chien du fraudeur professera, en matière d’économie politique, des principes diamétralement opposés à ceux du chien de la douane. » Il ne sera donc pas étonnant de rencontrer chez lui et les autres animaux domestiques les anomalies et les maladies intellectuelles que
- 1 Voy. n° 040, du 5 septembre 1885, p. 214.
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- l’on rencontre chez l’homme, et de voir la folie, par exemple, se montrer parfois chez eux à l’état héréditaire ou acquis, aussi bien que l’épilepsie ou l’idiotie. De même, et à plus forte raison, peut-on s’attendre à voir la contagion, si fréquente dans les vésanies intellectuelles, se propager de l’homme à son fidèle compagnon.
- Dans une des dernières séances de la Société de biologie1, M. Ch. Féré, médecin de l’hospice de Bicètre, a rapporté une curieuse série d’ohservations sur ce sujet. L’intérêt de cette communication est d’autant plus grand que les documents sont peu nombreux sur cette question ; les traités d’art vétérinaire sont à peu près muets à cet égard, et les quelques travaux que l’on possède sont dus surtout à des médecins qui se sont trop préoccupés de rechercher les rapprochements avec la psychologie ou la pathologie humaines.
- Les faits rapportés par M. Ch. Féré, et dont l’un lui a été communiqué par M. le l)r Capitan, ont traita Yagoraphobie. Cette sorte de folie consiste, comme son nom l’indique, dans la terreur de se trouver devant un large espace vide. Elle se rencontre généralement chez des personnes dont l’esprit est affaibli, chez les dégénérés, en un mot. Les malades n’éprouvent rien de particulier lorsqu’ils se trouvent chez eux ; ils n’ont ni douleurs, ni vertiges, ni affaiblissement des membres; leur mémoire, leur intelligence sont intactes; rien ne dénote chez eux l’existence d’un état pathologique intellectuel; mais dans la rue, surtout lorsqu’ils ont à traverser une place, ils sont pris d’angoisse, leurs membres inférieurs fléchissent sous eux, ils ne peuvent plus avancer et croient à une chute imminente. Les cas observés se rapportent à des chiens vivant avec des malades atteints de ce trouble cérébral. Or, ces animaux, qui comme la plupart des chiens de luxe, appartiennent à des races dégénérées, devenaient agoraphobiques à leur tour, et présentaient des symptômes de terreur et d’angoisse devant une place ou une large rue. Ils marchaient en rasant les murs, et lorsqu’ils devaient traverser la rue ou la place, étaient pris d’un tremblement général, se roulaient par terre en hurlant, etc., etc. On sépara ces chiens de leurs maîtres; on les remit en d’autres mains et, un mois après, ils se trouvaient guéris et avaient repris des habitudes normales. Mais, de même que chez l’homme, il est banal d’observer une recrudescence de la folie, après des intervalles plus ou moins longs de guérison apparente, de mémo, chez les chiens, l’agoraphobie reparut au bout de quelques semaines, lorsqu’ils eurent été rendus à leurs propriétaires. Nous ne pouvons donc nous empêcher de remarquer cette analogie frappante des symptômes et de la marche d’une môme maladie chez l’homme et chez le chien. Le chien observé par M. Capitan présentait cette particularité, qu’il était pris de terreur et de mouvements convulsifs lorsqu’il se trouvait devant une glace, qui lui donnait, sans doute, l’illusion d’un large espace.
- « En somme, dit M. Féré, on retrouve là les caractères principauxvde la folie communiquée, dans laquelle un individu atteint d’un délire qu’il a inventé, le communique à un autre généralement d’une intelligence inférieure qui vit avec lui. » Ces faits montrent que les chiens sont capables de contracter certaines émotions morbides qui paraissaient réservées à l’homme. Encore ne faut-il voir là, je pense, qu’une preuve de plus de l’aptitude remarquable du chien à l’éducation et surtout à l’imitation. Numa Balolt.
- 1 Voy. Compt. rend, de la Soc. de biol., séance du 55 février 1893.
- LE BIGRAPHE
- Un dessin humoristique représentait le roi des romanciers, l’auteur des Trois Mousquetaires, assis à sa table de travail et, un porte-plume dans chaque main, écrivant sur deux feuilles de papier deux romans à la fois, afin de satisfaire à l’impatience de ses éditeurs. Cette charge amusante devient une réalité avec l’appareil que nous présentons aujourd’hui aux lecteurs de La Nature.
- Le bigraphe, inventé par M. le marquis Louis Fonti, de Rome, permet en effet d’écrire deux fois et bien qu’en ne travaillant qu’avec la main droite, d’obtenir simultanément l’original et la copie comme si la. main gauche avait été aussi employée. Sans doute, nous ne manquions pas de moyens de prendre une copie de ce que nous écrivons, mais, en les passant rapidement en revue, nous allons montrer qu’aucun d’eux ne résout le problème que s’est proposé l’inventeur du bigraphe, et qui peut s’énoncer ainsi : « en écrivant une seule fois sur du papier, posé à plat sur la table, et avec de l’encre ordinaire, obtenir en même temps une copie rigoureusement exacte de l’original, afin que l’œil le plus exercé ne puisse faire aucune distinction entre l’original tracé à la main et la copie tracée par l’appareil. »
- Le copie de lettres, qui sera longtemps encore employé dans les bureaux, exige une encre spéciale, l’encre communicative, pour le tracé de l’original, et un papier spécial, mince et transparent, pour la copie, sans parler de la presse et du mouillage, qu’on peut heureusement supprimer avec les encres à copier sans presse et sans mouillage que le commerce nous offre aujourd’hui. Avec l’encre communicative, il faut beaucoup de soin pour obtenir une copie bien nette sans altérer l’original; trop humecté, le copie de lettres nous rend en effet notre page avec des caractères délavés, fondus, illisibles.
- Viennent ensuite les procédés de reproduction offrant l’avantage de fournir plusieurs exemplaires d’une copie; mais les uns, tels que les appareils de polycopie, exigent que l’original soit écrit avec des encres épaisses et gluantes, d’un emploi difficile ; de plus les caractères s’élargissent rapidement sur la pâte gélatineuse, et au bout de quelques tirages la copie ne ressemble plus que de très loin à l’original. Les plumes électriques, miméographes, etc., n’ont pas cet inconvénient, mais ne fournissent de résultats qu’avec une écriture spéciale, n’offrant pas le contraste des pleins et des déliés qui flattent l’œil dans l’écriture ordinaire. Vautocopiste, qui a si brillamment réussi, demande un apprentissage et une main-d’œuvre spéciale pour la tension du parchemin mouillé sur le châssis et la manœuvre du rouleau encreur. Mais il offre deux qualités précieuses qui lui ont valu son succès : l’encre employée pour le tracé de l’original est d’une fluidité
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- parfaite et les copies sont reproduites à l’encre d’imprimerie, et par suite inaltérables.
- Dans le cas que nous examinons aujourd’hui, où une seule copie est demandée, aucun de ces appareils ne peut évidemment être employé ; ainsi, par exemple, les actes légaux, baux, pièces de procédure, etc., qui doivent être faits en double sur papier timbré et écrits à la main, ne peuvent être reproduits par aucun des systèmes énoncés ci-des-sus. C’est ici que le rôle du bigraphe semble au contraire indiqué. Rappelons, avant de le décrire, la tentative faite, il y a quelques années, par un ingénieux inventeur, M. Levesque, qui avait offert au public, sous le nom de diplographe, un appareil permettant d’obtenir deux copies manuscrites absolument identiques. Cet appareil ayant été décrit dans La Nature1, nous n’insisterons pas sur sa construction. L’écrivain placé en face du diplographe manœuvrait deux porte-plumes superposés et rendus solidaires par une monture convenablement appropriée; il pouvait ainsi tracer chaque ligne en double, la ligne supérieure et la ligne inférieure étant reçues chacune sur une feuille de papier distincte, et la feuille d’en haut pouvant se replier à mesure au moyen d’une réglette de forme spéciale. Je ne sais quel a été le sort de cet appareil, qui semblait devoir rendre des services.
- M. L. Fonti a résolu le problème d’une façon différente; au lieu d’être replié sur lui-même après chaque ligne écrite, le papier reste à plat sur la table. Les deux feuilles, juxtaposées, sont maintenues en haut par le socle de l’appareil, en bas par une lourde règle plate en métal, non figurée sur notre dessin ; elles doivent être en effet parfaitement planes ; c’est une condition indispensable pour obtenir de bons résultats. Deux supports verticaux en forme de coussinets, faisant partie du socle, reçoivent les tourillons des extrémités de l’arbre horizontal. Sur cet arbre est enfilée une douille supportant l’ensemble du bigraphe. Un rectangle rigide, solidaire de la douille porte à son extrémité un rectangle de même grandeur, mais articulé au moyen de joints
- 1 Voy. n° 682, du 26 juin 1886, p. 53.
- tà la Cardan, ce qui lui permet de se transformer en un parallélogramme, dont les deux côtés latéraux jouent le rôle de bielles pendantes. Un second parallélogramme articulé est suspendu à ces bielles; les deux côtés latéraux sont formés par les manches des deux porte-plumes, de façon que tout mouvement communiqué au porte-plume de droite, que l’on tient à la main, se trouve reproduit simultanément par celui de gauche. Pour les autres détails de construction, notre dessin les indique suffisamment pour que je n’aie pas besoin de les décrire.
- En avant du socle sont deux encriers placés à l’écartement des deux porte-plumes, de telle sorte que, lorsque l’écrivain plonge sa plume dans l’encrier de droite, le porte-plume de gauche plonge de lui-même dans l’encrier qui lui correspond. Après un réglage consistant à avancer ou à reculer la
- douille du porte-plume de gauche, de façon à ce que sa plume appuie sur le papier autant que celle de droite, et fournisse ainsi des traits de même grosseur, l’appareil est prêt à fonctionner. L’écrivain écrit sur la feuille de droite sans se préoccuper de celle de gauche, et le bigraphe se charge de garnir cette dernière de caractères identiques à ceux de sa voisine, qu’il s’agisse d’écriture, d’un dessin à la plume, de copie de musique, etc.
- Pour que le poids des pièces mobiles ne vienne pas fatiguer la main de l’opérateur, ce poids se trouve contre-balancé par un ressort logé dans la douille de l’arbre principal, ressort que l’on tend plus ou moins au moyen d’une roue à rochet. L’ensemble, ainsi équilibré, se déplace avec la même facilité qu’un léger porte-plume ordinaire. A ces diverses qualités, je voudrais pouvoir ajouter celle d’être bon marché, mais la délicatesse de sa construction fera du bigraphe un appareil assez cher.
- Le premier modèle du bigraphe a été construit par M. Démichel, de Paris; il opère avec une précision mathématique. L’instrument n’étant pas encore dans le commerce, je me ferai un plaisir de présenter ce modèle aux lecteurs de La Nature qui désireraient en étudier le fonctionnement pratique. Arthur Good.
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- Le bigraphe permettant d’écrire deux copies à la fois.
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- L’ANTHONOME DU POMMIER ET SA DESTRUCTION
- Le pommier, on peut le dire, est au nord de la France, ce que la vigne est au Midi. L’un et l’autre ont leurs parasites qui diminuent dans des proportions considérables la richesse de leur récolte. Celui dont nous allons nous occuper, l’Anthonome, attaque les Heurs de pommier et les fait périr en grand nombre.
- Au printemps, les arbres attaqués ne se distinguent pas, du moins dans leur ensemble, des arbres sains. Les branches se couvrent de hou r-geons qui grandissent et semblent vouloir s’épanouir. Puis rien ne vient, le bouton reste tel quel, se dessèche et, suivant la comparaison adoptée, il devient semblable à un clou de girolle. Qu’est-il donc advenu? En ouvrant l’un d’eux, au moment de son apparition, on trouve une petite larve blanchâtre, avec une tête un peu plus foncée et, qui, protégée qu’elle est par les pétales imbriquées, se met en devoir de dévorer tout l’intérieur, soit les étamines et le pistil. On comprend dès lors pourquoi le bouton, dépouillé de ses deux organes principaux, ne s’épanouit pas et ne donne pas de fruit.
- En inspectant l’intérieur d’un bouton déjà presque complètement desséché, on y rencontre la larve immobile ou déjà transformée en nymphe. Un peu plus tard, de celle-ci sort un coléoptère qui ne tarde pas à s’élancer dans l’air.
- L’insecte appartient à la famille des curculionides,
- vulgairement appelés charançons : c’est YAnthono-mus pomorum. Sa couleur, difficile à définir, est
- brune et tire sur le gris. Le corps, ovalaire, se prolonge en avant par un long rostre assez étroit et portant des antennes coudées. Du sommet du bec à la partie postérieure du corps, la longueur est d’environ 5 à 6 millimètres. Les élytres en arrière sont marquées d’un crois s ant blanc.
- L’Anthonome est, on peut le dire, une véritable calamité pour le pommier. Ses ravages sont si considérables, que, en 1891, M. le Dr Henneguy fut envoyé par le Ministère de l’agriculture, à l’effet d’étudier à fond les mœurs et les moyens de destruction du terrible insecte. Le savant préparateur du Collège de France s’adjoignit M. E. Hérissant, directeur de l’Ecole pratique d’agriculture des Trois-Croix, qui s’était beaucoup occupé de la question et qui vient de nous faire connaître les résultats de cette féconde collaboration.
- Pendant l’été, l’Anthonome vit sur les feuilles du pommier, enfonçant sa trompe à travers l’épiderme, dans le parenchyme dont il aspire les matériaux nutritifs. Il vole assez facilement, mais il se cramponne fort mal à la feuille sur laquelle il est posé ; nous verrons plus loin l’intérêt de cette remarque, insignifiante au premier abord. Les bourgeons n’existant pas en-
- Fig. 1. — Chasse l'aitc aux Authononics à l’Ecole pratique d’agriculture des-Trois-Croix. (D’après une photographie du Dr Henneguy.)
- Fig. 2. — Antlionome des fleurs du pommier. Grandeur naturelle et grossi quatre fois. — 1. Boutons desséchés contenant une larve a. — 2. Larve. — 3. Nymphe. — T. Insecte parfait.
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- core, il ne peut évidemment y déposer sa ponte. Quand le froid commence à se faire sentir, il va hiverner, comme font tant d’insectes. Mais où se rend-il? Quand on creuse la terre, au pied de l’arbre, on ne le rencontre pas; il est donc inutile d’arroser le sol de sulfate de cuivre, de pétrole, ou d’autres insecticides. Si l’on enlève l’écorce du pommier, on trouve bien quelques Anthonomes, que l’on peut faire périr en badigeonnant l’arbre soit avec le lait de chaux, la bouillie bordelaise, le sulfate de fer, etc., mais on fait ainsi de bien mauvaise besogne, car on les trouve également sur tous les arbres voisins, les châtaigniers, les saules, etc. Il ne laut donc pas songer à écorcer et à chauler tous ces arbres, cela reviendrait trop cher. Que nous reste-t-il à faire? On a remarqué que dès que le temps devient beau, l’Anthonome se réveille, sort de sa retraite, s’envole et vient déposer ses œufs dans les jeunes bourgeons. M. Hérissant a pensé, avec juste raison, que c’était à ce moment qu’il fallait atteindre le parasite, car tous les Anthonomes sont réunis sur le pommier et chaque femelle va déposer trente œufs et faire périr par suite trente bourgeons. Voici, d’après lui, comment il faut opérer : « Une grande bâche de
- 10 mètres de côté, fendue du centre à la circonférence pour donner passage au tronc, est placée sous le pommier. Un ou deux hommes montent dans l’arbre pour secouer les branches ; les aides font la même opération du bas avec des perches munies de crochets enveloppés de chiffons pour ne pas blesser les écorces. Le secouage se fait rapidement. Aussitôt terminé, tout le monde armé de balais en crin ou en chiendent, de brosses de boulanger, ramasse vivement en un tas tout ce qui est tombé pour le reprendre avec une pelle et le jeter dans un sac fermé vivement.» Les résultats furent magnifiques. Un champ de 5l,a,50, contenant trois cents pommiers, fut traité de cette façon. La dépense totale fut seulement de 56fr,50 et l’on recueillit le nombre fabuleux de 550 000 Anthonomes. Or, parmi ceux-ci,
- 11 y avait 275 000 femelles qui, en pondant chacune
- trente œufs, auraient détruit 8 250 000 boutons. Ainsi en dépensant 56 francs, on gagne 8 millions de pommes. Ces chiffres se passent de commentaires. On voit que si tous les cultivateurs s’entendaient, rAntbonome ne tarderait pas à disparaùre ou du moins à devenir quantité négligeable. Espérons que l’exemple de M. Hérissant sera suivi et que son appel sera entendu1. Henri Goipin.
- UN CURIEUX
- DE MER
- La liste des naufrages publiée mensuellement par le Bureau Veritas contient toujours une rubrique spéciale, celle des pertes par « défaut de nouvelles, » qui comprend certainement des accidents bien bizarres, dont il serait fort intéressant de connaître la cause pour en
- 1 Mœurs et destruction de l’A nlhonome îles fleurs du pommier, par M. Hérissant. A. Goin, éditeur. Paris.
- éviter le renouvellement aux dépens d’autres navires-Précisément notre confrère, le Scienlifie American, vient de signaler un événement de mer fort curieux, et qui aurait parfaitement pu causer la perle subite du navire qui en a souffert.
- Assez récemment le steamer à hélice Ebrie quittait Saint-Vincent du cap Vert, pour New-York. Quelques jours après, on était eu plein Gulf-Slream ; la mer n’était pas mauvaise, mais la houle faisait rouler assez violemment le navire. Tout à coup le capitaine entend un grondement formidable dans l’entre-pont, à l’aplomb d’un des panneaux ; immédiatement il descend avec quelques hommes et il trouve la cause. Comme cela se fait généralement, « l'Ebrie avait à bord un propulseur de rechange : cette hélice avait été arrimée dans l’entrepont, mais assez mal; dans le roulis elle s’était détachée, et elle roulait avec une violence considérable d’un bord sur l’autre. On comprend qu’il n’était guère possible d’arrêter au passage une pareille masse animée d’une semblable vitesse : c’était à peu près la répétition de la magnifique scène de la caronade dans Quatre-vingt-treize de Victor Hugo. Déjà l’hélice avait brisé deux de ses ailes en se frappant aux flancs du bateau, qu’elle menaçait de démolir; enfin, en se heurtant avec encore plus de violence au bordé de bâbord, elle y fait un trou de 50 décimètres carrés et y demeure prise un instant. Le capitaine et ses hommes profitent de ce répit : ils se précipitent et l’amarrent solidement avec des chaînes, intérieurement et ‘extérieurement. Tout n’était pas fini, car les ailes de l’hélice couraient encore dans l’entrepont comme des boulets de canon : on put les rattraper et les fixer d'une façon immuable, on boucha tant bien que mal les ouvertures pratiquées dans le bordé, et le navire arriva heureusement à New-York. Le danger couru était d’autant plus gra nd que cette hélice de rechange pesait environ 5 tonnes et demie.
- 11 est bien évident que si cette énorme masse de métal s’elait ainsi détachée par gros temps, elle aurait percé la coque avant même qu’on se lut aperçu du danger et qu’on eût pu essayer d’y porter remède, et le navire aurait coulé à pie, augmentant la liste du Bureau Veritas : il y a certainement là une indication précieuse sur les précautions à prendre en la matière.
- Daniel Bellkt.
- CHRONIQUE
- Le niaouly et l’essence de cajeput. —- Nous allons donner quelques détails sur un arbre dont on parle beaucoup depuis quelque temps, 1 eniaouly. Originaire de la Nouvelle-Calédonie, le niaouly (Melaleuca leuvaden-dron) fournit à la parfumerie, comme le Incaleuca caje-puli, l’essence de cajeput ou mélaleucine. Les feuilles préservent la viande de la corruption, assainissent une contrée mieux que l’eucalyptus, aromatisent les sauces. L’essence est employée en médecine pour les maladies de vessie, les rhumatismes, avec plus de succès que la térébenthine. En Calédonie, le niaouly a la réputation de rendre salubre les pays dans lesquels il est introduit ; ce qui est incontestable, c’est que, dans toute la Nouvelle-Calédonie, où il est indigène, la fièvre est complètement inconnue, alors que des îles des Nouvelles-llébrides, situées à une très faible distance de la Nouvelle-Calédonie, sont en possession de cette endémie. Les propriétés antiseptiques de l’huile essentielle de niaouly, abondamment
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- contenue dans les feuilles de ce végétal, permettent en tous cas d’alfirmer que lesdites feuilles aseptisent complètement les mares, les flaques d’eau et ruisseaux dans lesquels elles viennent tomber. Le niaouly est rustique et déjà acclimaté à la Réunion où se trouvent les spécimens des différents âges, notamment à Saint-Paul, chez l'honorable M. Guillaume-Aubry, qui possède de beaux arbres fructifiant depuis plusieurs années déjà. Comme à l’eucalyptus, il faut du soleil; les graines, très fines, doivent être semées avec soin et recouvertes d’un millimètre de terreau. Les semis se font avec succès dans les mois de mai, juin, juillet; faits dans ces mois, les jeunes plants, repiqués en tentes aussitôt qu’ils ont de 5 à 5 mètres, peuvent être mis en place en décembre et janvier.
- Pèse-acides électriques. — Le journal anglais Industries donne la description d’un ingénieux dispositif inventé par M. Collette, destiné à indiquer le degré d’acidité des liquides en fermentation. D’après VElectricien le système se compose de deux électrodes de métaux différents, plongées dans le liquide et reliées entre elles à travers un galvanomètre dont la déviation de l’aiguille augmente avec l’acidité du liquide. Une sonnerie peut être aussi actionnée par un relais approprié quand l’acidité atteint une valeur donnée.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 mars 1893. — Présidence de M. Lœvvv.
- La destruction des vers gris. — M. Laboulbène, président de l’Académie de médecine, a imaginé un moyen pratique de préserver les champs de betterave, et généralement tous les plants du même genre qui viennent de semis, contre les attaques des vers gris (chenilles d'agroiis) et de plusieurs autres larves d’insectes qui font éprouver tant de pertes aux agriculteurs. M. Laboulbène propose l’emploi de macérations ou de décoctions déplantés renfermant des alcaloïdes énergiques. Ces derniers ont la propriété de s’oxyder rapidement et de ne pas persister à l'état toxique, soit sur la plante à préserver, soit dans le sol, à l’inverse des poisons minéraux qui offrent au plus haut degré le caractère contraire. L’arsénite de cuivre (vert de Scheele) a été préconisé en Amérique. Le composé arsenical mélangé avec de la farine est répandu dans le sol ; il fait courir des dangers aux ouvriers qui le manient et le poison reste indéfiniment dans la terre sans perdre son activité. Les décoctions qu’emploie M. Laboulbène sont faites avec les tiges et les feuilles du Delphinium grandiflorum; celles du Delphinium staphisagria sont encore plus énergiques. Les mêmes décoctions préservent aussi des insectes les jeunes crucifères et plusieurs autres plantes de nos jardins. M. Chambrelent, en présentant le travail de M. Laboulbène, rappelle que M. Blanchard a recommandé, il y a fort longtemps déjà, comme moyen de lutter contre l’invasion des vers blancs, le roulage du sol sur une profondeur de plusieurs centimètres, parce que les chenilles ne peuvent que difficilement se mouvoir à travers une terre durcie, et qu’ai nsi plus tard les chrysalides sont empêchées de remonter pour l’éclosion. Une quantité considérable de papillons périssent sans arriver au jour. Pour marquer l’importance du problème de la destruction des vers gris, M. Chambrelent rappelle que d’après des statistiques officielles dressées par M. Reisel, le seul dé-
- partement de la Seine-Inférieure éprouva en 186(5 des ravages évalués à 25 millions de francs. Pour l’ensemble de la France, on a atteint cette année-là un milliard au minimum.
- La carte du ciel. — M. Lœwv communique une solution pratique à une difficulté qui se présente dans l’exécution de la carte du ciel, telle qu’elle a été arrêtée par le Congrès astrophotographique de Paris. On sait que cette carte se composera de 22 054 plaques de 169 centimètres carrés, représentant chacune un carré de la sphère céleste de 4°, 7 et comprenant en moyenne 250 étoiles, depuis la lre jusqu’à la 11e grandeur. On déduit, par des mesures micrométriques, les coordonnées rectangulaires des étoiles, par rapport à un système d’axes déterminés. Il importe, dans ce but, de bien connaître la véritable orientation des axes par rapport au mouvement diurne, la valeur des échelles de dimension, ainsi que la position dans le ciel du point qui correspond au centre des clichés. Il faut dans ce but disposer, sur chaque cliché, d’une vingtaine d’étoiles de positions bien connues, que l’on utilise comme points de repères. Or, ce cas se présente rarement dans la pratique. De là une difficulté considérable qui risque de compromettre l’œuvre entreprise. On a proposé, pour la lever, de construire préalablement, à l’aide d’observations faites aux instruments méridiens, un catalogue qui contiendrait six étoiles par portion de méridien comprise dans chaque carreau. Ce serait un énorme travail, d’autant plus grand qu’il faudrait déterminer les mouvements propres avec précision, pour pouvoir fixer exactement les points de repère à une époque souvent éloignée de l'instant auquel serait rapporté le catalogue. Four obvier à !a difficulté, M. Lœwv propose de placer chaque cliché à l’intersection de quatre clichés voisins et d’utiliser l’ensemble des étoiles connues du tableau pour la détermination des étoiles du carreau central. Tel est le principe de la solution préconisée par M. Lœwy, solution qui paraît devoir etre adoptée définitivement.
- Fer terrestre diamantifère. — M. Daubrée donne lecture d’un extrait d’une lettre de M. Nordenskiôld dans laquelle ce savant annonce qu’il vient d’étudier un fragment de fer terrestre qui contenait, comme la météorite de Canon Diablo, le carbone à l’état de carbonado. De plus, il a pu reconnaître la présence de l’uranium, de l’yttrium, du cérium, du gadolinium et d’autres métaux qui passent pour etre fort rares, dans la cendre de bitumes que l’on trouve enfermés sous forme de globules, dans certains gneiss de Norvège. Ces métaux proviennent sans aucun doute de couches profondes, où ils existeraient en abondance au moins relative.
- Élection. — L’Académie désigne au choix du Ministre, pour les fonctions d’astronome à l’Observatoire de Paris : en première ligne M. Prosper llenry, en deuxième ligne M. Paul Henry.
- Température d’un lac du Mont-Blanc. — M. Delebecque donne le résultat d’explorations de lacs situés dans la région du Mont-Blanc et dans le département de l’Isère. La transparence de l’eau a été étudiée ainsi que le relief du fond. Un des lacs, celui de Girotte, situé sur les flancs du Mont-Blanc à 1750 mètres d’altitude, présente une singulière particularité au point de vue thermique : la température au lieu de décroître régulièrement depuis la surface jusqu’au fond, qui est atteint à une profondeur moyenne de 100 mètres, présente un minimum à la profondeur de 25 mètres. En
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- juillet 1892, la température des couches superiicielles était de 10 degrés; à 25 mètres on notait 5 degrés et à 100 mèlres la température remontait à 7 degrés. Ce phénomène contraire aux lois de l'hydrostatique mérite d’être relevé.
- Varia — M. Denza a observé à Rome, le 25 novembre dernier, avec quatre jours de retard, le passage de l’essaim d’étoiles filantes dépendant de la comète de Ciéla.
- Cu. de Villedkcil.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE*
- ESCAMOTAGE I)’uiNE POMME ET d’lXE QUILLE
- Pour cette expérience chaque prestidigitateur a ses variantes, plus ou moins compliquées, que les plus habiles entremêlent très à propos de différents escamotages résultant de la dextérité des doigts. Nous nous contenterons de décrire deux passes des plus simples; elles suffiront du reste à donner la clef de toutes les autres.
- Aux deux objets principaux, qui sont une pomme et une espèce de grosse quille massive en bois (A, fig.
- 5), on joint, comme accessoires, une serviette, un grand vase en verre bleu foncé, « qui se trouve là par hasard », et un cornet en gros papier que l’on fabrique séance tenante en le moulant sur la quille; il devra recouvrir soit celle-ci, soit la pomme.
- Premier escamotage (flgl 1). La pomme « pour être plus en vue » est placée sur le vase retourné Y, sous le cornet en papier ; d’autre part, la quille renversée est recouverte de la serviette S, à travers laquelle on la tient. Tout à coup, la serviette, saisie vivement par les deux coins, est secouée fortement, et la quille a disparu, ou plutôt on la retrouve sur le verre, à la place de la pomme qui a passé dans la poche du prestidigitateur.
- Deuxième escamotage (fig. 2). La pomme déposée d’abord sur la table, est lancée invisiblement vers le cornet de papier sous lequel on la trouve en effet.
- Et la quille? Le prestidigitateur « avait oublié »
- de lui dire cfii elle devait aller, quand il a envoyé la pomme à sa place ; comme il finit par renoncer à la retrouver et qu’il saisit le vase bleu pour le remettre en place on aperçoit que la quille, chassée par la pomme, avait passé dessous.
- Notre figure 5 dispense presque d’explications. Au moment où le couvercle en papier a été confectionné, la quille massive A était recouverte d’une fausse quille B, en métal mince, qui est restée dans le cornet quand on a enlevé celui-ci; dans la serviette formée de deux serviettes cousues l’une à l’autre par leurs bords, était caché, entre les deux étoffés, un petit disque de carton, de même diamètre que la base de la quille; on a laissé tomber celle-ci secrètement derrière la table, dans une boîte capitonnée, ne retenant que le carton, grâce auquel la serviette conservait, ainsi que le montre notre figure 1, la
- même lorme que lorsque la quille était dessous. Point n’est besoin d’explications au sujet de la pomme qui sort de la poche du prestidigitateur, et qu’il a choisie semblable à celle qui est restée sur le verre, cachée par la fausse quille, qui la recouvre quand le cornet de papier est seul enlevé.
- Pour le second escamotage, la pomme, placée sur la talde, est entourée par les deux mains du prestidigitateur qui, tandis qu’elle est ainsi cachée, d’un coup donné avec le petit doigt de la main droite, l’envoie rouler dans la servante derrière la table; ses mains conservent néanmoins la même position que si elles tenaient la pomme; c’est la première que l’on revoit sur le pied du vase, la fausse quille B étant enlevée, cette fois, avec le couvercle en papier. Sous le vase on trouve une seconde fausse quille C en métal, peinte en bleu foncé à l’intérieur, et qui a un léger rebord par lequel elle s’appuie sur l’orifice du vase avec lequel elle semble former un seul tout; notre dessin la montre en coupe avec le vase, et d’autre part, on voit de même l’ensemble des différentes pièces, telles qu’elles sont disposées au commencement de l’expérience. . ; '
- — A suivre. — MaGUS.
- Le Propriélairc-Géranl : G. Tissaxdier.
- Suite. — Voy. n° 1030, du 25 février 1803, p. 207.
- Paris. — Imprimerie Laliurc, rue de Fleuras, 9.
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- N" 1036. — 8 AVRIL 1893.
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- UNE LOCOMOTIVE AMÉRICAINE
- La locomotive représentée ci-dessous est certaine- de traction qui aient été construits jusqu’à ce jour,
- ment le plus puissant et le plus lourd des engins Cette locomotive a été étudiée pour le Mexican
- Central Railivay, par son ingénieur en chef, M. F.-W. Johnston, en vue de répondre à des besoins tout spéciaux, et de vaincre certaines difficultés de traction rencontrées sur la ligne où elle est
- actuellement en service courant. Elle a étéconstruite en effet pour remorquer des trains de marchandises entre Tampico et la ville de Mexico, avec des rampes qui atteignent 5 centimètres par mètre et des courbes
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- 2!e année. — 1er semestre.
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- de très faible rayon. Cette locomotive, dont le poids est de 150 tonnes, présente l’aspect extérieur de deux locomotives ordinaires rapprochées par leurs arrières et portant au centre une plate-forme unique réservée aux chauffeurs et aux mécaniciens. Pour iranchir les courbes, les roues motrices de deux trucks d’avant et d’arrière sont, montées de telle façon que les axes de ces trucks puissent prendre des directions très différentes de celles de l’un des longerons communs aux deux corps, disposition qui assure une très grande flexibilité au système, malgré ses énormes proporlions.
- Une disposition mécanique fort ingénieuse à signaler consiste dans la commande de ces roues motrices. Les longerons, les chaudières et les cylindres moteurs ne font qu’un seul corps séparé des trucks qui peuvent, comme nous venons de l’indiquer, éprouver des déplacements relatifs très sensibles; les cylindres ne se trouvent donc pas dans les plans de roues dans les parties en courbe, et il faut employer un système de transmission spécial du mouvement des pistons aux manivelles. Ce résultat est obtenu à l’aide de leviers qui transmettent la puissance en compensant les variations de distance entre les pistons et la manivelle, variations dues au pivotage des roues motrices autour de l'axe vertical du boggie, à chaque extrémité du corps principal de la locomotive. La combinaison elle-même est décrite par le Scientifie American, d’une manière assez confuse, et ne saurait être comprise qu’à l’aide d’un diagramme que ce journal ne donne pas.
- Les moteurs sont compound avec cylindres annulaires, la haute pression occupant le centre et la basse pression la partie annulaire. Le cylindre à haute pression a 32cm,5 de diamètre, celui à basse pression, 70 centimètres2 la course est de 60 centimètres, la pression de 12ks,6 par centimètre carré. Chacune des chaudières en acier a lm,35 de diamètre et porte 201 tuhes de 4ni,5 de longueur; les foyers, du système Belpaire, ont 1“,5 de côté.
- Le mécanicien placé sur le côté de la plate-forme, a sous la main tous les organes de commande des machines placées aux deux extrémités et actionnant les deux trucks ; l’alimentation des chaudières se fait par des portes latérales.
- Ces renseignements sont intéressants, mais fort incomplets, car ils ne font pas ressortir, à notre avis, les avantages de l’emploi de locomotives aussi puissantes, et laissent dans le vague, comme nous l’avons signalé, la partie la plus intéressante du système, celle relative à la transmission du mouvement des pistons à un axe subissant des déplacements de direction importants par rapport à celle de leur mouvement. Nous ignorons aussi si le service n’aurait pas été aussi bien assuré par des machines moins puissantes tramant des trains moins lourds et plus fréquents. Espérons que ces lacunes techniques seront bientôt comblées par notre confrère américain. X..., ingénieur.
- LE CA.RR0RUNDUM
- Ce néologisme, dont l'existence nous a été révélée par les travaux deM. Tesla ', sert à désigner un nouveau produit qui ne tardera pas à occuper une large place dans l’industrie, car il est appelé à remplacer l’émeri et le corindon dans toutes les operations de meulage, de polissage et de repassage, opérations auxquelles sont soumis grand nombre de produits manufacturés.
- Les matières polissantes naturelles pourraient former une liste comprenant la plupart des roches et des terres, mais la plupart d’entre elles n’ont qu’une médiocre valeur et l’industrie n’en a retenu, en fin de compte, qu’une dizaine, les unes à cause de leur dureté exceptionnelle, les autres à cause de leur abondance et, par suite, de leur bon marché.
- Les plus employées sont, par ordre de dureté et, par suite, de valeur technique : le diamant ou carbone cristallisé, le saphir, le rubis, le corindon, l’émeri, le tripoli et le rouge d’Angleterre. Le diamant tient donc la tète delaliste, c’est lui que l’on emploie chaque fois que la matière ouvrée permet d’avoir recours à un agent de polissage aussi coûteux. Dans l’industrie, le prix élevé des pierres précieuses en rend l’emploi prohibitif, et on s’en tient au corindon et à l’émeri, dont le prix moins élevé compense, et au delà, l’accroissement de temps et de travail qu’exige leur emploi au lieu et place de la poussière de diamant.
- On voit, d’après cela, quel bénéfice considérable pour l’industrie si on mettait à sa disposition une substance qui aurait la dureté du diamant et dont le prix ne dépasserait pas celui du corindon. C’est ce succédané que son inventeur, M. E.-G. Acheson, a baptisé du nom de Carborun-dum, nom composé rappelant à la fois le carbone et le corindon.
- Le Carborundum est un produit chimique artificiel, un article de pure fabrication dont on doit l'existence au courant électrique. 11 se compose de carbone et de silicium, atome pour atome, et répond à la formule chimique CSi.
- Le procédé de production du Carborundum est d’une simplicité enfantine. 11 consiste à introduire un mélange intime de charbon et de sable dans une boîte oblongue formée de briques ou de chaux; de chacune des extrémités de la boîte sortent des baguettes de charbon qui traversent le mélange, et dans lesquelles on fait passer un courant d’intensité suffisante, et pendant un temps suffisant pour que la masse fonde, produise la réduction de la silice et la combinaison du silicium obtenu avec une partie du carbone.
- La matière retirée du four électrique se présente sous la forme d’une masse de cendre poreuse, composée de cristaux de dimensions variées. Cette masse est d’abord lavée à l’eau, traitée à l’acide pour dissoudre les impuretés solubles, relavée, séchée et écrasée. Les cristaux sont ensuite triés d’après leur grosseur.
- L’opération a été faite jusqu’ici au tamis, mais elle se fera ultérieurement par dépôt dans une série de réservoirs dans lesquels on fait écouler de l’eau renfermant les crisiaux en suspension.
- La première application industrielle du Carborundum a été la taille et le polissage du diamant, opération qui ne s’était faite jusqu’ici qu’avec la poussière de diamant elle-même. Mais il fallait lutter contre l’habitude et, disons le mot, le préjugé d’après lequel le diamant seul coupe
- 1 Yoy. n° 1171). du 5 mars 1892, p. 209.
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- le diamant; peu d’industriels étaient disposés à croire que le Carborundum pourrait donner les mêmes résultats. Ce débouché étant sans importance, la Carborundum Company, fondée en 1891 pour exploiter le procédé, tourna ses vues vers d’autres industries et, augmentant la production du produit, en réduisit le prix à 25 et 12 francs le kilogramme, suivant quantités.
- La compagnie fabrique aujourd’hui des meules, des pierres à repasser et tous articles dans lesquels on utilise l’usure par frottement et le polissage. Elle a construit un four spécial et porté sa fabrication à plus de 200 kilogrammes par jour. Elle utilise pour cette fabrication une partie des bâtiments de la Monongahela Electric Light C° qui lui fournit l’énergie électrique nécessaire à la fusion des produits ; mais, eu égard à son développement, elle prépare l’installation d’une usine qui sera exclusivement consacrée à cette fabrication.
- Dès que le four a été construit, on a reconnu qu’une meule en Carborundum constituait un outil très supérieur pour couper le verre, la porcelaine, l’acier et toutes autres matières dures analogues. Des études ont été poursuivies pour déterminer le meilleur agglomérant des cristaux de Carborundum et les meilleures proportions, suivant chaque application en vue. Les meules sont fabriquées à la presse.
- En dehors de ces applications fondées sur sa dureté, le Carborundum peut en recevoir d’autres fondées sur son caractère réfractaire. C’est le Carborundum qui a été employé par M.Nikola Tesla, dans ses mémorables expériences faites l’an dernier, devant la Société française de'phvsique et la Société internationale des électriciens, sur les effets des courants électriques de haute tension et de grande fréquence. Par sa nouveauté, ses propriétés et les applications déjà reçues, le Carborundum mérite de fixer l’attention des savants et des industriels ; et c’est pour cela que nous avons cru devoir le présenter avec quelque détail à nos lecteurs, d’après les renseignements fournis par l’inventeur dans un récent numéro de notre excellent confrère, The Electrical Engineer, de New-York.
- LES ILES SAMOA ET LES SAMOANS
- On a connu pour la première fois en Europe les indigènes des « îles des Navigateurs », comme on disait jadis, par le récit du massacre dont furent victimes, à Toutouila, les compagnons de La Pérouse, le commandant de Y Astrolabe de Langle, le physicien de Lamanon et dix matelots. Ce fut en 1788. Depuis, la réputation de sauvages accomplis, de cannibales féroces, resta attachée au nom des Samoans. Cette opinion défavorable a dû faire place dans ces derniers temps à une espèce d’étonnement, quand on a appris que les Samoans actuels, en vrais Polynésiens fin-de-siècle, sont des gens très policés et jouissent de la plupart des avantages et des inconvénients de la civilisation, qu’ils possèdent une constitution à l’européenne, un parlement formé de deux chambres, voire même des partis politiques qui font de temps en temps des révolutions suivies de batailles, tout comme dans l’Amérique du Sud.
- 11 y a a peine trpis mois, on pouvait lire dans les journaux que la guerre civile a éclaté parmi les tribus de Pile Toutouila, que « le mouvement parait
- dirigé contre le roi Mataafa par les partisans de Ma-lietoa », que les localités situées sur la baie de Pago-Pago ont été détruites de fond en comble, etc. Comme résultat final, on annonçait l’arrivée des navires de guerre allemands, anglais et américains.
- Hien qu’en parcourant ces nouvelles, on peut déjà remarquer que les Samoans ont l’avantage de posséder deux « rois » (dont un leur est imposé) et d’être protégés par trois puissances. A coup sùr un pays où des transformations aussi profondes ont eu lieu en si peu de temps, et un peuple auquel on accorde tant de protection, méritent la peine d’être étudiés avec quelque soin. C’est ce que nous allons essayer de faire.
- Jeté en plein océan Pacifique, à plus de 4000 kilomètres à l’est de la cote australienne, au nord-est de la Nouvelle-Zélande, le groupe des Samoa se compose essentiellement de trois grandes îles, Sa-va'ii, Oupolou et Toutouila, alignées du nord-ouest au sud-est, dans l’ordre dans lequel nous venons de les énumérer, et de trois petites îles situées plus au sud-est : Olosenga, O fou et Manoua, avec l’ilot de Rose, borne extrême au sud-est de tout le groupe. Le méridien 175° ouest de Paris marque la limite occidentale de l’archipel. Cette situation, au voisinage du 180e degré de latitude, à la hauteur duquel les navigateurs ont l’habitude de rectifier leur date journalière, a même provoqué tout récemment une réforme de la part des gouvernants des îles Samoa. Jusqu’à ces derniers temps, les Samoans supputaient le temps d’après le calendrier australien, sans savoir probablement que l’Australie est située à l’ouest du 180e degré de longitude, et que leurs îles se trouvent à l’est de cette ligne conventionnelle; mais, tout d’un coup, ils s’aperçurent que les marins américains et européens calculaient autrement leur temps et avaient toujours une journée de retard sur eux. Aussi, le 4 juillet de Tannée passée (1892), le roi Malieloa a-t-il promulgué une loi d’après laquelle le mardi 5 juillet a été reconnu comme lundi 4 juillet; le calendrier des Samoans a été mis ainsi d’accord avec ceux de l'Europe et de l’Amérique, comme il convient à tout peuple qui se pique de civilisation et compte ses longitudes à l’ouest du méridien initial.
- On évalue la superficie totale de l’archipel à 2787 kilomètres carrés èt le dernier recensement (1887) y accusait une population de 55505 habitants. La capitale de l’archipel est la ville maritime d’Apia (côte nord de l’île Oupolou) ; un autre port important, le Pago-Pago, se trouve sur la côte sud de Toutouila.
- Toutes les îles sont de nature volcanique ; mais qu’on se rassure de suite, les montagnes des Samoa ne sont pas plus terribles que les habitants, et aucune d’elles ne vomit depuis longtemps ni laves ni scories. Leurs pentes, couvertes d’épaisses forêts et de champs cultivés, présentent l’aspect le plus paisible. Une bande de terres alluviales, couverte d’une végétation tropicale luxuriante (fig.l), s’étend du pied des montagnes au littoral, qu'une barrière de
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- LA NATURE.
- récifs protège contre l’Océan. Le climat est doux, égal et salubre. Le thermomètre ne s’élève jamais au-dessus de 54 degrés et ne descend jamais au-dessous de 26 degrés. Juillet et août sont les mois les plus froids, février est le mois le plus chaud. La saison des pluies (de décembre à avril) est aussi celle où le vent souffle avec le plus de violence. Il ne se passe guère d’année sans qu’éclate un de ces ouragans terribles comme on n’en voit que dans le Pacifique. L’ouragan du 16 avril 1888 a causé la perte de trois navires de guerre allemands, de trois navires américains et de huit navires marchands ; il a coûté la vie à cent cinquante hommes.
- Grâce au climat chaud et humide, grâce aussi à
- la fertilité du sol, la flore des « îles des Navigateurs » est une des plus riches. Les forêts renferment une grande variété d'arbres précieux propres à l’ébénisterie et à la construction. Il y a aussi beaucoup de fougères, de mousses, de plantes grimpantes, d’orchidées et de fruits, noix de coco, orange, banane, goyave, mangue, avocat, etc. On cultive surtout dans les îles la canne à sucre, le caféier, le cotonnier, le canneiier, etc. La faune est assez pauvre, surtout en mammifères, comme dans toutes les terres insulaires. Le seul mammifère indigène est un petit rat. Le bœuf, la chèvre, le mouton et d’autres animaux domestiques y ont été importés. Les oiseaux et les reptiles sont plus
- Fig. 1. — Paysage aux environs d’Apia. (Iles Samoa.)
- nombreux; les poissons sont en grande abondance.
- Sauf 500 « blancs » et quelques milliers de travailleurs « importés » de la Mélanésien les habitants des Samoa appartiennent tous à la race polynésienne. Ils en sont même les plus beaux représentants, au témoignage unanime des voyageurs qui les ont vus. Si la population indigène ne diminue point comme dans les autres îles polynésiennes, elle n’augmente pas non plus. Au premier recensement exact, en 1845 (car il ne faut tenir aucun compte des évaluations optimistes des premiers navigateurs qui parlent de 50000 et de 70 000 habitants), la population totale était de 55 900, dont peut-être une centaine à peine de personnes étrangères aux îles. Eu 1875, la population indigène était représentée par 54265 individus et, en 1887, le chiffre
- s’est trouvé être le même à quelques unités près.
- Le type physique des Samoans, étudié surtout, par le I)r, Houzé, d’après l’excellent Mémoire duquel nous reproduisons nos figures 2 et 5 G peut se caractériser ainsi: taille très élevée (tm,74 en moyenne); cheveux noirs, lisses ou ondulés; système pileux peu développé; tète arrondie, sous-brachycéphale (indice céphalique moyen, 81,8), très haute avec l’occiput aplati. La poitrine est forte, les membres bien proportionnés et très musclés. La couleur de la peau varie du havane sombre au jaune brunâtre. Ces caractères se rencontrent chez tous les Polynésiens : chez les Tahitiens, que nous avons eu occasion d’examiner nous-mêmes en 1889, à Paris; chez les Ton-
- 1 bull. soc. Anthrop. de Bruxelles, t. IV, 18811-00.
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- gans, d’après les récentes recherches de notre ami le l)r Ten-Kate; chez les Marquisans et les habitants des îles Pomotou. Mais, parmi toutes ces populations, on rencontre beaucoup plus souvent que parmi les Samoans des sujets chez lesquels ces caractères sont atténués ou modifiés par suite de mélanges, soit avec les blancs, soit, ce qui est plus fréquent, avec les Mélanésiens (qui sont noirs, plus petits, dolichocéphales et ont les cheveux crépus ou frisés). Les Samoans ont aussi conservé mieux que'les autres insulaires du Pacitique oriental le caractère moral et les anciens usages polynésiens. Ils donnent encore une assez bonne idée de ce que pouvait être au point de vue du type moral la race polynésienne
- Fig. 2. — Samoan do l’île Toutouila. (Type fin.)
- Samoa, est encore le rendez-vous de tous les vauriens du Pacifique et devient, d’après Ten-Kate, un véritable foyer d’infection morale.
- Nous ne pouvons pas toucher ici l’importante question des migrations polynésiennes. Contentons-nous de dire que, d’après la plupart des savants autorisés, l’ile de Savaïi peut bien être la fameuse Savaïki, centre de dispersion de la race polynésienne, d’après les légendes qui sont encore vivaces dans toutes les îles.
- Convertis au christianisme depuis 1830, les Samoans sont en majorité des protestants, mais il y a aussi dans les îles des missionnaires catholiques qui comptent quelques milliers d’adeptes. A côté de cela, la plupart des Samoans ont conservé un grand nombre de leurs idées religieuses anciennes pures
- avant la venue des missionnaires. Loin d’être féroces, ils sont bienveillants et gais, amis du plaisir et partant peu enclins au travail. Cependant, pour eux aussi, les jours d’épreuve de la période de transition, si funeste dans la vie des populations primitives, ne larderont pas à venir. A part la « protection » des blancs et les efforts des missionnaires, qui ont déjà sensiblement modifié leur genre de vie, ils voiènt encore leur territôire envahi par des milliers de noirs, venus pour travailler aux plantations et que les Allemands ont introduits, surtout des.Nouvelles-Hébrides. On parle aussi de l’importation des coolies chinois ou japonais qui ont fait déjà leur apparition à la Nouvelle-Calédonie. Apia, le port principal des
- Fig. 3. — Samoan de l’ile Toutouila. (Type grossier.)
- ou bien mélangées avec les doctrines chrétiennes.
- Avant l’arrivée des Européens, les îles Samoa étaient divisées en plusieurs petits Etats gouvernés par des roitelets assistés d’un conseil de chefs de famille; mais, il y a une quinzaine d’années, l’archipel a été érigé en une sorte d’Etat dit constitutionnel, avec charte copiée sur celle d’Angleterre. Plusieurs révolutions, qui ont eu lieu depuis, provoquèrent l’immixtion dans les affaires intérieures d’abord de l’Angleterre, puis des États-Unis et, en dernier lieu, de l’empire allemand. Profitant des derniers troubles, en 1 887, l’Allemagne a voulu s’assurer une situation prépondérante; prétextant l’attaque contre ses sujets, elle déposa le roi de la dynastie de Malie-toa, l’emmena en Allemagne, puis l’interna aux îles Marshall. Pendant ce temps, un chef de la famille
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- LA NATURE.
- des Mataafa se posa en prétendant, soutenu plus ou moins ouvertement par les Américains, et une bataille sanglante eut lieu le 18 décembre 1887.
- Le 10 décembre 1889, Malietoa a de nouveau été proclamé roi par les consuls des trois puissances, à la suite de l’établissement d’un système de condominium élaboré à la Conférence de Berlin. A la même Conférence, le roi de Suède fut choisi comme arbitre suprême dans les cas où des malentendus surgiraient entre les représentants des trois puissances. D’après les dernières nouvelles, le roi Malietoa aurait été de nouveau renversé et un des prétendants au trône des îles Samoa serait, au dire des feuilles australiennes, le romancier Robert Lewis Stevenson, l’auteur bien connu de Vile d’or et des Nouvelles Nuits arabes, que l’on considère comme le premier citoyen aux îles Samoa; il ne lui reste plus, dit-on, qu’à être reconnu par le gouvernement britannique.
- Le commerce des îles des Navigateurs a pour objet principal le « coprah » ou amande desséchée de coco ; viennent ensuite le coton, que Ton cultive de plus en plus, et autres produits agricoles. Le chiffre des affaires s’élevait, en 1801, à 70 712 livres sterling (1 769 000 francs environ) pour l’importation, à 34 647 livres sterling (866 200 francs) pour l’exportation. Parmi les nombreux navires qui fréquentent les deux ports principaux des Samoa, ceux de l’Angleterre occupent la première place comme nombre et comme tonnage. Les navires américains viennent en seconde ligne, et, en dernier lieu, les navires allemands.
- Tels sont, en quelques mots, la situation et l’état présent d’une poignée de derniers Polynésiens qui, dans un avenir prochain, pris comme dans un étau entre les prétentions des Anglo-Américains et des Allemands, vont fatalement, sinon périr à la suite des guerres intestines, suscitées par les blancs, du moins se confondre dans la masse cosmopolite des métis qui résultera de l’importation toujours croissante des « engagés », Mélanésiens aujourd’hui, Chinois demain. J. Dexiker.
- L’EXTENSION DU SYSTÈME MÉTRIQUE
- Lorsqu’on suit la marche sûre et ininterrompue du système métrique, on ne peut se défendre de l’espoir de le voir généralement adopté par tout le monde civilisé dans quelque vingt ans. Beaucoup d’esprits impatients trouvent ses progrès trop lents, et ne pensant qu’à la logique, sans songer aux habitudes prises et aux inconvénients momentanés d’une réforme, ne peuvent comprendre que plusieurs grands pays restent attachés à des systèmes aujourd’hui surannés. On pense volontiers à une certaine mauvaise volonté de quelques gouvernements, et, négligeant les efforts déjà faits, passant sous silence les difficultés à vaincre, on porte bien facilement un jugement injuste.
- A la fin du siècle dernier, la réforme métrique, commencée peu avant la Révolution, s’imposait par la diversité même des unités alors en usage. L’époque à laquelle
- cette réforme eut lieu lui était particulièrement favorable pour son adoption en France, mais devait nécessairement retarder sa diffusion à l’étranger. Avant 1789, le Gouvernement anglais avait été consulté au sujet de la réforme, qui devait, dans l’esprit de ses promoteurs, être simultanée dans les deux pays ; mais la guerre, qui éclata peu après, retarda de plus d’un siècle cette entente. Puis, la France elle-même n’a pas toujours conservé le système métrique dans son intégrité. Un arrêté du 28 mars 1812 spécifie qu’ (( il est permis d’employer pour les usages du commerce :
- « 1° Une mesure de longueur égale à deux mètres, qui prendra le nom de toise et se divisera en six pieds ;
- « 2° Une mesure égale au tiers du mètre ou sixième de la toise, qui aura le nom de pied, se divisera en douze pouces, et le pouce en douze lignes. Le mesurage des étoffes pourra se faire avec une mesure égale à douze décimètres, qui prendra le nom d’aune. »
- Le même arrêté autorise l’emploi du boisseau, huitième d’hectolitre ; de la livre de 500 grammes ; de l’once (seizième de livre), et du gros (huitième d’once).
- L’effet de l’arrêté ne prit fin qu’en 1840, et c’est depuis lors seulement que le système métrique est réellement le seul légal en France. Mais on se tromperait si on le croyait entièrement passé dans les mœurs, même à Paris où les neuf dixièmes des marchands vendent à la livre, quelques-uns même appliquent la livre anglaise à certains articles.
- Ne doit-on pas dès lors, au lieu de se désespérer, considérer comme extrêmement réjouissante l’extension actuelle du système métrique, obligatoire aujourd’hui dans les pays suivants :
- Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Brésil, Confédération argentine, Espagne, France, Grèce, Italie, Mexique, Pays-Bas, Pérou, Portugal, Roumanie, Serbie, Suède et Norvège, Suisse, Vénézuela; facultatif aux Etats-Unis d’Amérique, dans le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande et dans ses colonies, au Japon et en Turquie. La Russie le tolère dans les douanes.
- Cependant, Kuplfer écrivait, en 1841, dans un ouvrage très important pour les poids et mesures 1 : « L’uniformité des mesures et poids dans toute l’Europe est une chimère, l’expérience ne l’a que trop bien démontré, mais c’était toujours une bonne idée. » fit plus loin : « Quoique l’introduction de ces nouvelles unités en France fût beaucoup favorisée par cet empressement de tout changer, de tout bouleverser, qui s’était emparé des esprits pendant la Révolution, elle rencontra cependant une forte résistance dans les habitudes des classes industrielles et commerçantes. »
- Le travail de Kuplfer était l’exécution scientifique d’un ukase du 11 octobre 1855 fixant à tout jamais les poids et mesures de la Russie. Est-il besoin de le dire? Dans tous les usages scientifiques, les savants russes ne se servent que du système métrique ; bien plus, la Société des naturalistes russes a déposé, il y a trois ans, une pétition demandant l’introduction légale du système métrique, et l’Académie de Saint-Pétersbourg ne cesse de l’appuyer. Les opinions de Kupffer sont aujourd’hui revisées, et une large brèche est faite dans l’ordonnance de 1835.
- Si nous envisageons la perspective de la réforme métrique en Angleterre, il ne faut pas oublier que c’est à l’Association britannique que Ton doit l’introduction du système C. G. S.; c’est cette vaillante et vivace associa-
- 1 Travaux de la Commission pour fixer les mesures et poids de l’empire russe.
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- lion qui a revêtu le centimètre et le gramme de la plus solide armure pour combattre partout dans la science les autres unités. Les mêmes efforts ont été faits par le Gouvernement anglais; 1’ « Act )> du Parlement du 29 juillet 1864 dit en effet :
- (( Considérant que, pour le progrès et l’extension de notre commerce intérieur et extérieur, et pour l’avancement des sciences, il est convenable de légaliser l’emploi du système métrique des poids et mesures : il est ordonné, par Sa Très Excellente Majesté, sur l’avis et le consentement de la Chambre des Lords et de la Chambre des
- Communes......Malgré toutes les dispositions contraires
- contenues dans n’importe quel acte du Parlement, aucun contrat ou vente ne doit être considéré comme non valable, ou ouvert à la discussion par le fait que les poids et mesures auxquels se rapportent le contrat ou la vente sont des poids et mesures métriques.»
- Le même arrêté autorise l’emploi des subdivisions décimales des unités britanniques ; un arrêté ultérieur supprime la livre troy, tandis que la tonne anglaise est fixée comme étant de 20 hundrediveights (cwt), celui-ci de
- 7 stones à 16 livres chacune. Des subdivisions aussi baroques seraient incompréhensibles si elles n’avaient été adoptées dans un but évident : la livre anglaise avoir-dupoids vaut 455*',59243 ; le cwt est donc égal à 50kg,802 et la tonne anglaise de 2240 livres est de 1016ks,05 ; elle est très voisine de la tonne métrique, presque aussi voisine que possible par excès, si l’on tient à la relation 1 tonne = 20 cwt. Ne doit-on pas voir là une intention bien nette d’égaler un jour la tonne anglaise à la tonne métrique, et de créer le double-cwt de 100 kilogrammes? Nous dirons aussi que dans les appendices aux ordonnances du Ministère du commerce anglais les dimensions des instruments décrits sont parfois données en unités métriques. On devance en Angleterre les opticiens du continent qui continuent à mesurer en pouces les verres des lunettes.
- On voit donc que l’on aurait tort de considérer l’Angleterre comme réfractaire au système métrique ; mais on conçoit que ce pays, qui possède depuis soixante-dix ans une organisation des poids et mesures mieux assise qu’elle ne l’était nulle part ailleurs au moment de sa dernière grande réforme métrique, ne consente que difficilement à un bouleversement ; le Gouvernement laisse la réforme se préparer d’elle-même, et la favorise autant que faire se peut.
- Aux Etats-Unis, de puissantes influences se font sentir en faveur de l’adoption du système métrique1 ; nous avons dit déjà avec quelle solennité les étalons métriques ont été reçus à Washington ; on leur a positivement fait une fête, considérant leur arrivée comme un heureux événement.
- Dans un ouvrage écrit vers 1860, et imprimé en 1869, Karsten citait pour l’Europe (sans compter la presqu’île des Balkans), plus de trente mesures de longueur; si nous remontons de trente-huit ans en arrière, nous trouvons, dans chaque canton suisse des unités propres, et six ans plus tôt, dans le seul canton de Yaud, on possédait encore
- 8 aunes diverses, 23 mesures de capacité pour les matières sèches, 31 pour les liquides, et 8 livres différentes.
- L’intensité du mal appelait le remède; le 1er jan-
- 1 Parmi les propositions faites par l'American Institute of electrical Engineers, en vue du Congrès de Chicago, nous relevons en effet la suivante : « Recommander l’emploi plus universel du système métrique des poids et mesures et étudier les moyens propres à en faciliter l’introduction. »
- vier 1823, le canton de Yaud adoptait le pied de 30 centimètres, suivi, en 1828 par huit autres cantons, et, en 1851, par toute la Confédération helvétique.
- Le chemin parcouru depuis lors est immense, puisque, de tous les pays énumérés par Karsten, deux seulement, la Russie et le Danemark, sont restés à peu près étrangers au système métrique; un autre, l’Angleterre, l’a adopté à titre facultatif; dans tous les autres, il est obligatoire. Un passé si brillant fait bien augurer de l’avenir.
- C.-Ed. G.
- L’USINE ÉLECTRIQUE DU
- SECTEUR DES CMMPS-ÉLYSÉES
- A PARIS
- L’éclairage électrique de la ville de Paris présentait jusqu’ici deux grandes lacunes, par le fait de la non-exploitation du secteur des Champs-Elysées, et de celui de la rive gauche. Si ce dernier paraît devoir attendre encore quelque temps sa mise en service, même restreinte, il n’en est plus de même pour le premier qui possède aujourd’hui une usine des plus remarquables dont l’inauguration a eu lieu le 7 mars dernier.
- La Compagnie parisienne d'éclairage électrique du secteur des Champs-Êlysées qui exploite ce secteur, et qui en a confié la direction technique et administrative à M. G. Ebel, a eu de grandes difficultés à vaincre, difficultés à la fois d’ordre économique et d’ordre technique qui ont conduit à l’adoption du système de distribution employé.
- Le secteur des Champs-Elysées dessert un quartier de résidence, sans grand commerce habité par une population flottante, souvent absente, distribuée sur une surface très étendue, et dont la consommation annuelle ne saurait être très élevée. Les résultats des statistiques dressées pour des quartiers correspondants dans d’autres grandes villes européennes, établissent que ces quartiers sont les moins avantageux à exploiter. D’autre part, les concessions faites par la ville de Paris ne le sont que pour 18 années, au bout desquelles toutes les canalisations reviennent en propriété à la ville, ce qui conduit naturellement à réduire le plus possible les sommes ainsi engagées à capital perdu dans ces canalisations.
- Pour toutes ces raisons, il convenait d’adopter un système à haute tension permettant de transporter l’énergie électrique à grande distance, avec une canalisation relativement économique, et de la distribuer à bas potentiel sur des réseaux secondaires à basse tension n’empruntant jamais la voie publique. On a donc choisi un système de distribution par courants alternatifs, en limitant le potentiel efficace à 3000 volts, chiffre que la pratique a indiqué comme réalisable sans difficulté, et permettant d’atteindre facilement des points dont le plus éloigné est à 8 kilomètres de l’usine.
- On a donné la préférence à des courants de faible fréquence, 40 périodes par seconde, en vue d’employer des transformateurs présentant une faible dépense à
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- LÀ NATURE
- vide, de faciliter la commande directe des dynamos ainsi que le couplage en parallèle, de se me'nager enfin la possibilité d’actionner des moteurs électriques, moteurs dont les innombrables applications
- domestiques sont à la veille de surgir etd’ouvrir une voie nouvelle aux applications de l’énergie électrique.
- Après ces préliminaires, nous allons esquisser les
- Fig. 1. — Tableau de distribution de l’usine électrique du secteur des Champs-Élysées.
- conditions générales d’établissement de l’usine génératrice et du système de distribution appliqué.
- L’usine est située à Levallois-Perret, quai Michelet, sur les bords de la Seine, à 1700 mètres environ des portes de Paris.
- I)e l’usine, partent des conducteurs qui transportent l’énergie électrique et la distribuent suivant diverses ramifications. dans un secfeurj étendu limité par les boulevards Berlhièr, Gouviori-Saint-Cyr, Lannes, Suche.t, Murat, les quais d’Àuteuil, de Passy, de Billy, de la Conférence, la placé de la Concorde, la rue Royale et le boulevard Malesherbes sur toute sa longueur.
- L’usine se compose de deux grands bâtiments, entièrement en briques et,en 1er, l’un réservé! aux chaudières, et l’autre aux machines à vapeur, aux alternateurs et au tableau de distribution. .
- Les chaudières du type Galloway sont au nombre
- de cinq; elles peuvent produire chacune environ 5000 kilogrammes de vapeur par heure à la pression de 7 kilogrammes par centimètre carré. Leur surface de chauffe est de 100 mètres carrés, et la surface de grille de 4,nS,90; elles ont été construites par MM. Rénaux fils et'Bonpairi. de Rouen. La .vapeur fournie par ces . chaudières ; est recueillie dans des collecteurs que l’on peut isoler.ou mettre en communication avec les conduites générales. L’alimentation est faite en eau de Seine, puisée directement par unc 'con-, ( j . duite spéciale à l’aide de
- pompes centrifuges , actionnées par des machines Farcot. Un épurateur GuilIeG d’un débit de 500 mètres cubes par jour, permet d’épürcr l’eau avant son entrée dans les chaudières. Avant de s’échapper par la.’clièmihée, les gaz chauds traversent ùn, économiseur Green, qui porte l’eau d’alimentation à la
- Fig. 2. — Transformateur installé . chez un . abonné avec pose provisoire des fils d’arrivée du courant primaire et des fils de ,
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- Fi<r. 3. _ Vue d’ensemble des trois groupes de machines moteurs et alternateurs) installées dans l’usine de Levallois-Perret, près Paris. (Secteur des Champs-Élisees.)
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- température d’environ 100° C. La force motrice est fournie par trois groupes moteurs, dont notre grande gravure (fîg. 5) donne une idée très précise. Le premier groupe est constitué par deux moteurs Corliss construits par la maison Farcot. Ces deux moteurs jumelés, dont le cylindre a 65 centimètres de diamètre et le piston 150 centimètres de course, actionnent un alternateur de 400 kilowatts et une excitatrice de 25 kilowatts ; le second et le troisième groupe sont constitués par un moteur Corliss dont le cylindre a 82cm,7 de diamètre. Chaque groupe moteur, dont la vitesse angulaire est de 60 tours par minute, a une puissance de 700 chevaux pouvant être portée à 1200 par un simple changement du degré d’admission de la vapeur. Chaque machine est à condensation, mais peut aussi fonctionner à échappement à air libre.
- Les alternateurs, construits par MM. Hillairet et Iluguet, sont montés directement sur l’arbre commandé par les tiges des machines à vapeur. L’inducteur mobile, d’un diamètre de 5m,80, sert de volant à cette dernière. Le nombre de pôles est de 80, ainsi que le nombre de bobines induites; la fréquence est donc de 40 périodes par seconde. La différence de potentiel utile est de 5000 volts, et la puissance normale de 400 kilowatts par alternateur. Chacun de ces derniers possède une excitatrice spéciale, à 8 pôles, entraînée par courroies, d’une puissance de 25 kilowatts, tournant à une vitesse angulaire de 500 tours par minute.
- Un pont-roulant de 12 tonnes règne au-dessus du batiment pour permettre le montage et le démontage des machines.
- Le tableau de distribution (fîg. 2) constitue un panneau de 20 mètres de longueur et de 5 mètres de hauteur entièrement isolé du sol par des isolateurs en porcelaine. Tous les. appareils, bien en main pour la manœuvre, sont eux-mêmes isolés sur ce tableau; toutes les communications sont apparentes et tous les fils portés à un potentiel élevé sont systématiquement peints en rouge, afin d’appeler l’attention et prévenir tout danger.
- On aperçoit à la partie supérieure du tableau trois circuits parallèles ; le premier est le circuit de charge, ou circuit en relation avec un rhéostat variable placé à une des extrémités du tableau, et destiné à recevoir les alternateurs avant le couplage en quantité. Le deuxième circuit est le circuit général; au-dessous est le circuit d’excitation en cuivre nu.
- Nous ne saurions insister sur l’ensemble des dispositions qui permettent de coupler les machines en quantité sur le réseau, et de les en retirer à volonté, suivant les besoins du service. Toutes les manœuvres sont rendues extrêmement simples, sûres et rapides grâce aux dispositions du tableau dont la complicalion n’est qu’apparente.
- La canalisation est entièrement souterraine, et se compose de câbles Berthoud-Borel sous plomb et armés, posés directement en terre dans une couche de sable. Ces câbles sont fabriqués par l’usinej^aik
- à Paris. Au-dessus sont placés un grillage et une poterie pour prévenir les ouvriers de la voie publique de la présence des câbles; cette disposition a été déjà signalée ici à propos du secteur de Clichy1.
- Les branchements sur la canalisation principale sont faits à l’aide de boîtes de dérivation souterraines. Les transformateurs sont établis chez les abonnés dans une cave dont la compagnie seule a la clef; ils sont portés sur des isolateurs en porcelaine. Les câbles secondaires qui rejoignent les transformateurs sont placés sous moulures. Les coupe-circuits de haute tension sont en porcelaine et montés sur marbre.
- La figure 2 représente un modèle de transformateurs Zipernowsky, nouveau modèle, employé par le secteur et construit par le Creusot; le coefficient de transformation de cet appareil est de 27, la différence de potentiel qu’il donne aux bornes du circuit secondaire est donc de 110 volts. La puissance des divers modèlesest de 1,2, 5, 10 et 25 kilowatts. Le compteur actuellement en service est le compteur Thomson; mais des essais sont également poursuivis avec les autres systèmes de compteurs en usage à Paris.
- L’énergie électrique est tarifée à des prix variables suivant la nature des clients. Les éclairages domestiques, les hôtels particuliers et les appartements pour lesquels on prévoit avec raison une faible consommation annuelle, payent 15 centimes par hecto-watt-heure, ce qui correspond à environ 5 centimes par lampe-heure de 10 bougies (55 watts). Les cafés, restaurants et autres établissements importants similaires ne payent l'hectowatt-heure que 11 à 12 centimes.Telles sont les principales dispositions adoptées pour l’éclairage du secteur des Champs-Elysées. Elles s’écartent notablement de celles des autres secteurs plus centraux, agissant dans un rayon plus restreint, avec une densité de consommation incomparablement plus élevée.
- La pratique ratifiera certainement ces dispositions indiquées par l’expérience déjà acquise dans des exploitations analogues, et très habilement mises à profit parle directeur de la compagnie, M. G. Ebel.
- E. IIospitai.tiîu.
- EXPÉRIENCE DE COURS
- SUR LES LIQUIDES MAGNÉTIQUES
- Le magnétisme des liquides est si faible, qu’il faut en général employer des dispositifs délicats, ou des champs magnétiques très intenses pour le mesurer ou même pour l’observer ; il n’est donc pas banal de le montrer dans un cours par une expérience bien visible, et facile à réaliser. C’est ce qu’a fait le professeur C. Marangoni, de Florence, à l’aide du dispositif très simple et très ingénieux, que nous allons décrire. Un ballon de verre, ouvert aux deux bouts (le globe d’une lampe de jardin, par exemple), est
- 1 Vov. n° 939. du 50 mai 1891, p. 405.
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- muni de deux feuilles de caoutchouc percées de trous circulaires. Les pièces polaires d’un électro-aimant, pénétrant par ces trous, refoulent le caoutchouc, qui s’applique sur elles en formant un joint étanche. Un petit trou ou mieux un entonnoir, à la partie supérieure du globe, permet d’y verser un liquide (voy. la figure).
- Supposons que nous ayons mis, dans le ballon, un liquide magnétique dont le niveau passe par l’axe des pièces polaires. Au moment où l’on excite l’électrô-aimant, le liquide est attiré sur les parties
- les plus intenses du champ, c’est-à-dire dans les points où il est le plus étroit. Une légère élévation du niveau se manifestera au centre du ballon. Mais, sauf peut-être pour l’oxygène sur lequel il n’est pas encore facile d’opérer, la dénivellation sera trop faible pour être aperçue de loin. Un liquide diama-gnétiquc est faiblement repoussé. Mais analysons le phénomène; quelle est la condition d’équilibre de la surface liquide? C’est évidemment que la force magnétique soit, en tout point, contre-balancée par la pesanteur. Si nous avons employé le liquide le plus magnétique dont nous disposions, l’aimant le plus puissant que nous ayons pu nous procurer, c’est sur la pesanteur que nous devons agir pour augmenter l’effet. En nous transportant sur une petite planète, nous observerions un effet sans doute très considérable; mais il est un autre moyen, plus à notre portée, qui consiste à verser, sur le premier liquide, un second, plus léger et non magnétique ; s’il est dia-magnétique, et de densité très voisine du liquide le plus lourd, il ne vaudra que mieux. Le rôle 'dusliquide supérieur est évident; il descend dans le creux, le compense en partie, et diminue d’autant Faction de la pesanteur. ’ t ‘ *Y
- M. Marangoni employait, comme premier liquide, une solution de perchlorure de fer; qui s’élevait de deux millimètres et demi.'
- L’huile de naphte, au contraire, s’abaissait d’un demi-millimètre, les pôles étant à 1 müliVnètre de distance. En superposant ces deux liquides, on obtenait une dénivellation de 14 millimètres, qui ne s’abaissait que de 4 millimètres lorsqu’on éloignait les pôles jusqu’à 10 millimètres. L’essence de girolle, superposée au perchlorure de fer, portait Télé-, vation du niveau à 25 millimètres. .. - '
- Une étude systématique de. l’expérience permettrait sans doute d’augmenter encore lescèffets, qui, tels que M. Marangoni les a réalisés,'transportent déjà, dans l’amphithéâtre, un phénomène réservé jusqu’ici au laboratoire de recherches.
- FERS MÉTÉORIQUES DIAMANTIFÈRES
- Les lecteurs de La Nature savent, par un précédent article1, que M. Kœnig, ayant en 1891 étudié un échantillon d’un fer météorique recueilli à Canon Riablo (Arizona) par M. Foote y trouva une géode tapissée de petits diamants noirs. Bien que l’auteur ait décrit ses expériences avec beaucoup de détails, le résultat semblait demander confirmation, en raison des déceptions qui s’étaient déjà produites à propos de différentes météorites annoncées comme diamantifères. M. Foote ayant apporté des échantillons en Europe, on se jeta sur eux avec une sorte d’avidité et M. Friedel par une analyse complète mit hors de doute l’existence du diamant noir météorique. M. Moissan fut même assez heureux de rencontrer en même temps dans la masse métallique le diamant blanc et transparent en grains parfaitement discernables.
- 11 y a d’autant plus d’intérêt à emprunter à ce dernier chimiste une citation à cet égard qu’elle indique dans la météorite la présence simultanée du carbone sous différents états ; circonstance évidemment des plus intéressantes pour l’histoire du diamant.
- M. Moissan a dissous dans l’acide chlorhydrique un échantillon du fer de Canon Diablo pesant 4s%210 : le résidu consiste en un mélange contenant :
- 1° Du charbon très léger en poussière impalpable, mettant douze heures pour tomber au fond de l’eau et qui provient peut-être de l’attaque de carbures de fer.
- 2° Un charbon en fragments très minces, rubanés, de couleur marron au microscope, paraissant déchiquetés, carbone d’un aspect spécial que l’auteur a retrouvé dans la fonte artificielle.
- 5° Un charbon dense, se présentant surtout sous forme de fragments arrondis et mêlés à de petits morceaux de phosphure de fer et de nickel à reflets mordorés. Ce mélange est repris alternativement par l’acide sulfurique bouillant et l’acide fluorhydrique ; sa densité" est alors assez grande pour qu’il tombe au fond dé* l’iodure de méthylène.
- On a fait subir à ce dernier résidu huit attaques du chlorate de potassium. Les fragments, de couleur foncée, disparaissent peu à peu en même temps qu’une petite quantité de fer entre en dissolution. Finalement il n’est resté que deux fragments jaunâtres présentant un aspect gras très net, ne possédant pas d’impression triangulaire et dont la surface rugueuse et tourmentée rappelait la cristallisation contrariée du boort.
- Ces deuî fragments tombaient au fond de l’iodure de méthylène, ils rayaient nettement le rubis et l’un d’eux brûlé dans l’oxygène a laissé des cendres conservant encore la forme du fragment, de couleur ocreuse et dans les quelles il a été possible de caractériser la présence du fer.
- 1 Voy. n° 1003, du 20 août 1892, p. 181.
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- Après avoir ainsi démontré avec la dernière précision la présence du' diamant dans la masse d’un fer météorique, M. Moissan a donné à ce fait désormais acquis une suite des plus intéressantes.
- Le très savant chimiste a conclu, en effet, de ce nouveau gisement des conditions expérimentales qui lui ont procuré la gloire de réussir pour la première fois, et, après les innombrables efforts infructueux de ses prédécesseurs, la reproduction artificielle de la plus précieuse des gemmes.
- Ce résultat, qui constitue, sans exagération, un événement scientifique, mérite aussi de nous arrêter un moment à cause des idées, en partie inexactes, qu’il peut suggérer .sur l’origine des masses cosmiques dont les fers diamantifères sont des débris.
- . Tout d’abord il faut rappeler que jamais on n’a rencontré, dans les météorites, les diamants en contact immédiat avec le métal : ils sont cantonnés très exactement dans des régions noirâtres, évidemment charbonneuses et qui affectent le plus ordinairement la forme de veines plus ou moins anastomosées entre elles. Ces veinules sont,'.du reste, orientées au travers de la masse d’iine façon quelconque, c’est-à-dire sans, relation avec la structure , générale du métal: il est tout naturel d’y voir le [résultat du remplissage — a l’aide de matériaux exsudés des régions voisines — d’un craquellement subi par le fer. lors de sa constitution initiale. Aussi c’est en provoquant des circonstances où du fer craquelé peut fournir du carbone, par exsudation et sous pression, que M. Moissan a tenté son expérience et l’a réussie. On se rappelle, en effet, le dispositif adopté : du charbon de sucre est fortement comprimé dans un 'cylindre de fer doux fermé par un bouchon à vis de même métal. On fond, .au four électrique, 150 à 200 grammes de fer doux, opération ,qui n’exige que quelques minutes; puis, on introduit rapidement dans le bain liquide le cylindre contenant le charbon. Le creuset est aussitôt sorti du four et trempé .dans un seau d’eau : on détermine ainsi la formation rapide d’une couche de fer solide et lorsque, cette croûte est au rouge sombre on retire le, tout de l’eau et on laisse le refroidissement se terminer à l’air. ,
- On comprend comment cet ingénieux dispositif fait intervenir, en même temps que les propriétés dissolvantes du fer vis-à-vis du carbone, l’énorme pression exercée, sur les régions internes du culot, par la solidification superficielle du fer. De là, à con-
- clure que le fer de Canon Diablo a lui-même subi une consolidation rapide à la suite de la fusion ignée, il n’y a qu’un pas, et bien des personnes seront disposées à poser en fait que tous les fers météoriques sont des produits d’origine analogue.
- Or c’est là une assertion tout à fait inexacte et on peut le montrer de deux façons principales.
- D’abord le meilleur moyen de dénaturer les fers météoriques, c’est-à-dire de leur faire perdre leurs caractères les plus essentiels, c’est de les faire fondre. La figure 1 est destinée à rappeler à nos lecteurs les réseaux que dessinent les acides sur la surface polie d’un grand nombre de fers météoriques. Ces figures de Widmannstætten, comme on les appelle, sont causées par la coexistence, dans les masses métalliques naturelles, d’alliages de fer et de nickel, de composition et de structure diverses. Sous l’influence de la fusion, ces substances se mélangent et, même
- à la suite d’un refroidissement très lent, ne donnent au maximum qu’un moiré sans analogie avec les délinéaments naturels. M. Daubrée, quia fait de nombreuses expériences dans cette direction, a obtenu des résultats très remarquables qui sont exposés dans ses Eludes synthétiques de géologie expérimentale, p. 510 et suivantes. Parmi ceux-ci l’auteur a fait dessiner le réseau procuré par un culot de fer doux associé à 5 pour 100 de phosphure de fer : on y voit des aiguilles brillantes affectant une disposition réticulée. L’effet produit, qui diffère, dans son essence, des figures de Widmannstætten, se trouve reproduire assez exactement la disposition réalisée en beaucoup de régions du fer de Canon Diablo et c’est ce que montre la figure 2. Ici encore c’est du phosphure de fer ou schreibersite qui dessine un réseau manquant absolument dans le fer de Caille et dans la plupart des météorites métalliques et se retrouvant dans quelques-unes avec des circonstances sur lesquelles je vais revenir. En second lieu,si la fusion désorganise les fers météoriques et leur fait perdre leurs caractères les plus essentiels, au conlraire, on peut obtenir, avec une rigoureuse exactitude, la reproduction artificielle des fers nickelés de la nature, soit seuls, soit associés entre eux, sans faire intervenir la fusion. Il suffit, pour cela, comme je l’ai montré depuis longtemps, de réduire par l’hydrogène à une température convenable et qui peut être inférieure au rouge, des mélanges de chlorure de fer et de chlorure de nickel. Les alliages mis en liberté s’appliquent en couches
- Fig. 1.—Figure de Widmannstætten obtenue en traitant par un acide une surface polie au travers du fer météorique de Caille donné comme type des roches cosmiques qui ne doivent pas leur origine à la fusion. (Grandeur naturelle, échantillon du Muséum.)
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- minces sur les supports voisins, et, dans certains cas, se développent en cristaux qui peuvent être volumineux : j’ai conservé des aiguilles de plusieurs centimètres de longueur qui ont pu être ensuite enrobées dans des alliages différents.
- Dans une récente livraison des Comptes rendus de l'Académie des sciences (séance du 20 février 1893) », M.
- Daubrée faisant allusion à ces expériences rapprochées de ses propres travaux concluait en disant : « Ainsi, l’observation et l’expéri menta-tion s’accordent pour conduire à admettre que, dans les corps célestes d’où elles proviennent, les météorites n’ont pas été formées par une simple fusion, mais plus probablement par une précipitation de vapeurs amenées brusquement de l’état gazeux à la lorme solide ».
- De son côté, M. Eriedel, frappé des rapports de position si fréquents d’alliages de fer et de nickel dépourvus de soufre et de rognons composés de pyr-rhotine, c’est-à-dire de fer sulluré, conclut que le fer météorique diamantifère n’a pas été porté même au rouge sombre; ce qui est bien inférieur au degré thermométrique qui serait nécessaire pour amener sa fusion2.
- Du reste, il importe de remarquer ici que les fers météoriques dans lesquels on trouve des diamants sont loin d’avoir les caractères qu’on peut appeler normaux; ils s’éloignent beaucoup de la description qui convient aux fers météoriques types. Ceux-ci, coupés à la scie et polis, sont d’une apparence aussi homogène que nos aciers les plus fins, apparence qui contraste avec leur hétérogénéité, laquelle réelle se révèle, comme on vient de le voir, par l’expérience de Widmannstæt-ten. Dans le fer de Canon Diablo, il suffit de scier une surface sans la polir pour obtenir, comme nous le disions il n’y a qu’un moment, la mosaïque duc au phosphure ou schreibersite et que le polissage
- 1 Comptes rendus, t. CXVl, {> 545.
- 8 Comptes rendus, t. CXVI, p. 225. Séance du G février 1895.
- fait souvent disparaîtrer d’une façon complète.
- Le fait n’est pas exclusivement propre au fer de l’Arizona ; il se reproduit exactement pour celui de Magura ou Arva, ou M. Weinschenck a annoncé, il n’y a pas bien longtemps, l’existence du diamant, d’ailleurs non confirmée par M. Berthelot et où Hai-dinger a rencontré du graphite cristallisé en cubes
- modifiés indiquant, d’après Gustave Rose, une pseudomor-phose du diamant. On le retrouve encore absolument conforme dans le fer de Youndegin où M. Fletcher a retrouvé ce graphite cubique qu'il appelle Clif-tonite. Il y a là, comme on voit, un type tout spécial de fers météoriques où se rangent encore les masses de Sa-repta, de De Kalb County, de Wi-chita et d’autres encore où il y aurait évidemment lieu de rechercher le diamant.
- Ce type est désigné sous le nom d'Arvaite dans la collection de météorites du Muséum d’histoire naturelle : bien qu’il se distingue très nettement des vingt-cinq autres types de fers tombés du ciel, on ne lui avait sans doute pas encore attaché toute l'importance qu’il mérite, et il y a lieu de le soumettre à des études supplémentaires.
- Dès maintenant on peut constater qu’il partage un certain nombre de caractères avec les fers qui n’ont jamais été fondus et, par exemple, comme le montre la figure 3, les acides dessinent sur une lame polie un réseau de Widmannstætten qui combine ses directions principales d’orientation avec celle de baguettes de phosphure.
- Il va sans dire, d’ailleurs, que la haute pression qui, d’après les travaux de M. Moissan, semble être nécessaire à la genèse du diamant, peut aussi bien avoir été développée dans des vapeurs réagissantes que dans des bains métalliques fondus en voie de solidification. Ces considérations offrent aux géologues et aux chimistes un intérêt de premier ordre.
- Stanislas Meunier.
- Fig. 2. — Surface polie au travers du fer diamantifère de Canon Diablo montrant la disposition des amas de phosphure de fer suivant un réseau qui diffère nettement des ligures de Widmannstætten. (Grandeur naturelle, échantillon du Muséum.)
- Fig. 5. — Lame polie de fer diamantifère de Canon Diablo où un acide a développé une ligure qui vient s’ajouter à l’ensemble des amas de fer phosphuré.
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- LA N AT U HE.
- LE CYCLONE DE MADAGASCAR
- I)U 20 FÉVRIER 1893
- Les journaux de Madagascar, arrivés à Paris à la fin de la semaine dernière, ont donné des détails navrants sur le cyclone qui, le 20 février, a ravagé le sud de Madagascar et causé la perte du navire français le La Bourdonnais. Nous reproduisons, d’après le rapport du capitaine de frégate Yillaume, commandant le La Bourdonnais, les circonstances dans lesquelles ce terrible drame s’est accompli :
- Le La Bourdonnais se trouvait, le 20 février, au mouillage devant Sainte-Marie de Madagascar. Le bâtiment était affourché sur ses deux ancres par 21 mètres de fond et à environ un mille au nord-nord-ouest de l’îlot Madame, qui n’offre pas accès aux grands bâtiments. Au coucher du soleil, l’apparence du temps, les tons cuivrés caractéristiques du couchant et la brise, qui passait du sud-ouest à l’ouest-sud-ouest en franchissant, donnaient à craindre le passage d’un cyclone, bien que le baromètre n’eut pas sensiblement baissé ; on pouvait croire le cyclone très éloigné et devant seulement tangenter la côte est de Madagascar. Cependant toutes les dispositions furent prises contre le mauvais temps et les feux allumés. C’est vers dix heures du soir que l’ouragan commença à s’accentuer. Le ciel se couvrit instantanément et le baromètre se mit à baisser. De minuit à quatre heures, le baromètre tombait de 757 millimètres à 750 millimètres, pendant que les vents passaient successivement de l’ouest-sud-ouest au sud-ouest. On se trouvait dans le côté dangereux du cyclone. Une mer énorme balayait le pont, blessant au visage tous ceux qui s’y trouvaient exposés. À trois heures et demie, tout l’équipage fut appelé sur le pont, à l’exception des mécaniciens, et les panneaux pleins mis en place. Le commandant, sur la passerelle, réglait l’allure de la machine, mise en marche pour aider aux chaînes. A quatre heures et demie, celles-ci cassent ensemble dans une rafale d’une violence inouïe, le bâtiment tombe immédiatement en travers au vent et à la lame, sans que la machine, à toute vitesse, parvienne à le redresser. En six minutes, il est jeté sur les récifs de l’ilot Madame, qu’une lame lui fait franchir.
- L’obscuritc était absolue; la force du vent, entraînant des gouttelettes d’eau, était telle, qu’on ne pouvait ouvrir les yeux sans éprouver des douleurs intenses. Impossible de donner aucun ordre : les lames balayaient complètement le navire. Le commandant fut renversé sur la tète et dut se faire attacher. Le côté tribord du navire, exposé à la lame, fut rapidement défoncé, la passerelle arrière arrachée, suivie de la chute du mât d’artimon et des pièces de 14 centimètres de l’arrière, qui tombèrent à la mer en arrachant les bordages du pont. Malheureusement, un certain nombre d’hommes furent précipités à la mer en même temps et noyés aussitôt, bien qu'à 50 mètres à peine de la terre. Parmi ces infortunés se trouvait M. Guiffart, enseigne de vaisseau. L’endroit où le La Bourdonnais était échoué n’a, en temps ordinaire, que 1 mètre d’eau ; mais les lames et le courant, en passant par-dessus le récif, en avaient fait un impétueux tourbillon où le navire se détruisait rapidement. Vers 7 heures du matin, le commandant essaya d’établir un va-et-vient avec la terre pour sauver son équipage. Deux embarcations du côté bâbord furent mises à l’eau. L’uue fut enlevée et détruite, son armement noyé; une seconde parvint à terre,
- mais sans réussir à établir la communication. M. Ernult-Lanoë, enseigne de vaisseau, tenta une troisième fois de se rendre à terre avec un bon nageur, munis tous les deux de ceintures de sauvetage ; l’homme arriva à la plage, mais M. Ernult, quoique excellent nageur, fut entraîné par le courant et disparut. Le jour s’éclaircissant, vers neuf heures du matin, l’ouvrier mécanicien Guille-mette et le deuxième maître voilier Kerenn se dévouaient encore pour aller à terre et réussirent enfin à établir le va-et-vient. Aussitôt, l’équipage défila par cette voie. Le commandant, sans forces, les yeux en sang, couvert de contusions, quitta son navire le dernier avec l’aide du sergent-fourrier Courabeau. Lorsque tout le monde fut à terre, on lit l’appel et on eut la douleur de constater qu’il manquait 25 hommes, dont 2 officiers.
- H n’est pas possible de lire un récit plus lamentable. Ajoutons que le cyclone a dévasté l'île. La plupart des cases sont détruites, toutes les récoltes perdues. Des lames passaient par-dessus l’ilot Madame, qui a eu tous ses hangars enlevés. D’après les gens du pays, cet ouragan dépasserait de beaucoup en violence celui de 1885 et de 1864, le plus fort dont on ait souvenir dans H le. Le mois précédent, à la tin de janvier, des inondations ont dévasté le centre de Madagascar et tous les environs de Tana-narive. Ces inondations se sont produites à la suite d’un premier cyclone qui s’est manifesté dans la nuit du 28 au 2U janvier.
- LE CINQUIÈME SATELLITE DE JUPITER
- Voici un petit aperçu historique de cette découverte. M. Barnard était un observateur assidu de Jupiter depuis plusieurs années. Avant le mois de juin 1892, c’était un équatorial de 506 millimètres de diamètre qui lui avait servi, mais à partir de ce moment, il a pu y employer la grande lunette de 918 millimètres. Ce n’est donc pas le hasard qui lui a fait découvrir le nouvel astre, car il n’avait cherché à utiliser le grand télescope que dans le but de là recherche des satellites inconnus. C’est le 9 septembre qu’il a aperçu un petit astre douteux, et il a eu immédiatement l’idée de mesurer sa distance au troisième satellite. Dès le soir du 10 septembre, cette distance avait varié de manière à inspirer une confiance sérieuse au fait de la découverte, et le 11, la question était définitivement résolue.
- Cet intéressant satellite a été revu par M. le professeur Young, avec l’instrument de 584 millimètres de diamètre de l’Observatoire de Princeton, puis par M. O. Stone avec son équatorial de 660 millimètres et, enfin, par M. Jlougli à Evanston, avec son équatorial de 470 millimètres. Facile à voir dans la grande lunette de 918, il ne faut pourtant pas que la Lune illumine trop le champ de l’instrument, mais on est souvent obligé de cacher Jupiter par une lame ou de le faire sortir du champ pour commencer facilement à voir le satellite.
- C’est en vain que M. Barnard a cherché à le voir, même en le sachant dans le champ, avec le 506.
- Sa grandeur d’éclat est celle d’une étoile de treizième grandeur, il a été impossible de soupçonner l’ombre portée sur Jupiter par ce satellite lors d’un passage devant le disque. Son diamètre doit être inférieur à 160 kilomètres. Il a été suivi jusqu’à 8 secondes d’arc du bord
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- LA N A TU 15 L.
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- de Jupiter. Plus près, il se perd dans la lumière de la planète.
- Il s’écarte à l’est de Jupiter de 48", 10 et à l’ouest de 47",42, et par conséquent n’est pas exactement centré sur Jupiter, il a une orbe elliptique. La durée de sa révolution est pour M. llarnard llh 57m 5a environ, mais M. Yoting pense qu’elle doit avoir llh 57m 38\ M. Marth a déjà établi une éphéméride de ses positions relativement à Jupiter, et M. Lynn a proposé de le nommer Fulnien ou Keraunos. J. Yinot.
- CHRONIQUE
- La statue métallique de Daïbutsu au Japon.
- — Nous avons récemment parlé de grandes statues indiennes de Bouddhas couchés (p. 251). Nous rappellerons à ce sujet une merveille japonaise bien connue des voyageurs: A 50 kilomètres de Yokohama, sur la terrasse du temple de Kamakura, s’élève l’une des plus gigantesques statues d’idole qui soit connue. Cette statue, qui représente Daïbutsu, a été exécutée il y a environ douze siècles, sous le règne de Shomu, en l’an 748 de notre ère. Elle est encore dans un état presque parfait de conservation. La hauteur de l’idole, depuis la base jusqu’au sommet de la tète, estdel9m, l0. Les dimensions de la figure seule, — pour donner une idée de l’ensemble, — sont : 4m,80 de long et 2m,85 de large. Les yeux, mesurés d’un coin à l’autre, ont 1"',I5, tandis que les sourcils ont lm,65 et les oreilles 2m55. Le doigt du milieu de chaque main ne mesure pas moins de lro50. Autour du dieu sont groupés et assis seize personnages plus petits, d’une taille moyenne de 2m,40. Les feuilles de lotus sur lesquelles repose l’idole, ont chacune 5 mètres de long sur 1m,S0 de large. Il y en a cinquante-six formant bouquet. La main droite du dieu est ouverte et levée, l’autre pend sur le genou gauche. Cette statue colossale pèse tout près de 452 tonnes et demie. Les métaux qui la composent s’y trouvent dans les proportions suivantes : or, 225 kilogrammes; mercure, 880 kilogrammes; étain, 7572 kilogrammes; cuivre, 445 750 kilogrammes.
- Une journée de travail extraordinaire.— On
- ne se rend généralement pas compte de la somme de travail qu’un homme peut fournir en un temps déterminé quand il s’agit, comme on dit, de donner un coup de collier; nous en trouvons un exemple fort curieux dans une correspondance adressée au Scientific American. Le signataire de la lettre, comme la plupart des Américains, a passé par les métiers manuels les plus durs avant d'arriver à sa situation actuelle et il s’en fait gloire. Un jour, à l’àge de vingt et un ans, il était entré, comme homme de peine, au service de Manchester Machine Company; il faisait partie d’un peloton de travailleurs employés à de durs travaux. Chaque jour il arrivait, par chemin de fer, quelque 500 tonnes de fer en saumons, qu’il fallait décharger des wagons, porter sur des charrettes et amener dans une cour où on les empilait en tas de lm,20 de hauteur ; chaque saumon pesait à peu près de 27 à 66 kilogrammes, et d’ailleurs, chaque chargement entrant dans la cour était pesé sur un pont-bascule. 11 fallait d’ordinaire quatre hommes dans la cour de l’usine pour décharger les charrettes et empiler les saumons. Mais un beau jour on eut besoin de manœuvres pour d’autres travaux, et on ne laissa dans la cour que le seul signataire de la lettre à laquelle nous faisons cet emprunt, M. Emerson, en lui disant qu’il eût seulement à décharger les voitures
- et à entasser ce qu’il pourrait ; le reste demeurerait à terre et serait arrangé quelque autre jour. Cependant M. Emerson se sentit pris d’un beau zèle, et voulut tenter de suffire à tous, par simple curiosité de voir l’efl'ort qu’il pourrait fournir. Chaque voyage des charrettes apportait une tonne de fer environ, elles charretiers, envoyant M. Emerson emporté par une hâte subite, se moquaient de lui et répétaient qu’il ne pourrait pas finir sa journée. Cependant, au bout de dix keures de travail, au moment où le sifflet annonçait la sortie des ateliers, il ne lestait pas un seul morceau à terre. On fit le relevé du poids de fer qui était entré ce jour-là dans la cour de l’usine, et on trouva qu’il n’était pas de moins de 215 tonnes. Il est vrai que M. Emerson n’en pouvait plus; c’est à peine s’il put gagner sa chambre ; il s’endormit comme une masse immédiatement après son dîner. Le lendemain une courbature lui raidissait quelque peu les membres; mais enfin il revint à l’atelier. Le patron, qui l’avait observé la veille, le renvoya se reposer en lui payant trois jours de salaires « puisqu’il avait fait au moins le travail de trois jours ». M. Emerson ne se reposa qu’une seule journée : le lendemain il était à l’ouvrage, mettant en place des pièces de bois qui lui semblaient aussi légères que du bouchon.
- L’éclairage par les tubes «le Geissler. — Tandis que, d’une part, plusieurs électriciens, M. Testa en tète, cherchent à produire et à utiliser industriellement les courants de haute fréquence à l’illumination des tubes de Geissler, l’étude des radiations des gaz poursuivie par les physiciens dans le seul but d’étendre nos connaissances montre, d’autre part, quel peut être l’avenir d’un tel éclairage. Un récent travail de M. Knut Angstrom établit que, plus le gaz est raréfié (les expériences s’arrêtent à 0mm,l de mercure), plus la radiation dans les tubes de Geissler est porlée vers le spectre visible. L’azote fournit, à ce point de vue, des résultats inattendus ; le rendement optique de sa radiation atteint Ü5 pour 100; la transformation de l’énergie du courant en radiations s’effectue avec un rendement qui dépasse 7 pour 100 ; de sorte que c’est le dernier chiffre que l’on peut admettre pour le rendement total de la transformation. Dans l’arc électrique, le premier facteur du rendement est, au contraire, égal à 0,02 ou 0,05; le second est sensiblement égal à 1. Nous voyons donc qu’au point de vue de l’utilisation de l’énergie les tubes de Geissler sont au moins deux fois plus favorables que l’arc.
- Désinfectûm des outils de bouclier. — Le Conseil de salubrité de la Seine a été saisi de la question de savoir si les outils de boucher servant à débiter les viandes dans les abattoirs, doivent être stérilisés de façon à empêcher l’altération de la viande. M. le D' Nocard a présenté un rapport concluant à l’impossibilité de réaliser cette mesure, qui d’ailleurs ne lui paraît pas nécessaire. « Il faudrait, a-t-il dit, non seulement stériliser les outils proprement dits des bouchers : couteaux, scies, etc., mais tout le matériel : treuil, chevilles, balances, merlins, maillets, fondoirs, tout le linge servant au transport de la viande, les seaux, les paniers et même les voitures. Or, il suffit d’avoir passé quelques heures à l’abattoir de la Villette pour savoir avec quel soin méticuleux, avec quel art et quelle habileté le boucher évite de souiller la viande qu’il est chargé de préparer. Il ne touche aux quartiers qu’après s’ètre soigneusement lavé les mains, il recouvre les parties exposées aux souillures avec des linges humides absolument propres. C’est son intérêt, d’ailleurs, la parure de la viande augmentant son prix marchand. » On se bor-
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- nera donc à tenir la main à ce que l’ordonnance de police du 20 août 1879 sur la police des abattoirs, soit observée.
- —c<><—
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 avril 1895. — Présidence de M. Likwy
- Irrégularités de l’ellipsoïde terrestre en Russie. — M. le général Venukoff présente une note contenant l’analyse des mesures géodésiques exécutées en Russie, sous la direction du Bureau topographique de l’État-Major général, pendant ces dernières années. Les observations, les calculs et la discussion des résultats, sont condensés en deux gros fascicules écrits en langue russe et peu accessibles pour cette raison au monde savant français. Deux chaînes de triangles suivent les parallèles de 52 degrés et de 47° 30, depuis la frontière occidentale jusqu’aux limites de la Russie d’Europe. Ces diverses chaînes sont elles-mêmes reliées par des chaînes perpendiculaires. Les calculs montrent que sur l’un et * l’autre parallèle, l’amplitude géodé-sique calculée surpasse l’amplitude astronomique observée directement, pour la première moitié de la chaîne, tandis que l’inverse a lieu pour la seconde moitié.
- 11 y a donc une anomalie de la surface terrestre par rapport à la surface géométrique, dans cette région. Enfin, l’aplatissement qui semble convenir le mieux aux observations est celui de Bessel, 1/299, et non celui de Clarke, 1/293. Ces résultats ne peuvent être appliqués que par des déviations de la direction du fil à plomb. M. Janssen rappelle qu’un phénomène analogue a été signalé autrefois par le général Perrier sur l’arc de parallèle algérien qui s’étend des frontières du Maroc à Tunis. M. le colonel Rassot fait savoir que les indications données par le général Perrier, en 1879, n’étaient que provisoires. Un calcul définitif a été exécuté depuis, mais il n’est pas encore publié. *
- Un village préhistorique. — M. Daubrée signale la découverte, dans le département de Seine-et-Marne, de débris d’habitations de l’époque néolithique, qui paraissent avoir constitué autrefois une agglomération humaine. On a mis au jour une série de, cabanes carrées, alignées régulièrement, où on relève des vestiges de foyer. Parmi ces foyers , quelques-uns ont un aspect qui indique l’action d’une haute température ; ils pourraient avoir servi à cuire des poteries. Ces débris sont sans doute analogues à ceux que M. Rivière a découverts à Champigny, il y a quatre ans, et qu’il a décrits sous le nom de fonds de cabane. ^ Ch. de Yilledeuil.
- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- l’allumette électrique
- Le petit appareil que nous représentons ci-dessous, en vue extérieure et en coupe, a été nommé par son inventeur Yallumette électrique : il consiste en une sorte de cloche renversée, munie d’une ouverture, à sa partie supérieure; une tige A, plongée dans cette ouverture, constitue Yallumette; quand on retire cette tige de l’appareil, elle s'enflamme, et la flamme dont elle est munie, brûle environ un quart de minute. L’appareil est en relation par deux fils avec une pile analogue à celles qui servent aux sonneries électriques.
- La tige métallique servant d’allumette est munie à son extrémité d’une partie creuse perforée, remplie
- intérieurement de coton. L’extrémité de la tige terminée en olive plonge au fond de l’appareil dans un réservoir rempli d’essence de pétrole, ou d’alcool additionné d’éther. Quand on retire la tige, elle détermine la production d'une étincelle éleclri-que qui enflamme le coton imbibé de liquide combustible. Notre gravure en coupe, donne le détail des différents organes de l’appareil. A représente l’allumette proprement -dite, qui s'enfonce dans un puits R, que ferment deux lames de ressort, quand l’allumette est enlevée de l’appareil. G est un entonnoir s’ouvrant en deux parties pour laisser passer l’allumette. Un petit ressort de montre I) forme balai et détermine l’étincelle au contact de l’olive inférieure de l’allumette. Ce petit balai est porté par une colonne de cuivre isolée, qui reçoit le courant par le fil F. Le second fil est mis en communication avec la niasse de l’appareil.
- A la partie inférieure du système, se trouve le réservoir E de liquide combustible. Ce réservoir est garni de rondelles de feutre de manière à immobiliser le liquide. Un orifice à la partie inférieure permet de le remplir quand il est épuisé.
- G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tiss.vxniui».
- Paris. — Imprimerie Lahuiv, rue de Fleurus, 9.
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- N” 1 057. — 15 AVRIL 1895.
- LA NATURE.
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- LE AICE-AMIRAL PARIS
- Le vice-amiral Paris est mort la semaine dernière, le samedi 8 avril, à la suite d’une attaque qui, malgré tous les elïorts, devait marquer sa dernière heure. 11 était âgé de quatre-vingt-sept ans.
- Né à Brest, en 1806, il devint élève de l’Ecole de marine d’Àngoulème et en sortit, en 1822, avec le grade d’aspirant. C’était un jeune homme d'une grande énergie, plein d’ardeur, quin’avaitqu’unc seule ambition : celle de montrer ce dont il était capable. Enseigne en 1826, il eut la bonne fortune d’accompagner Dumont-d’Urville dans son voyage de circumnavigation sur lMs/ro-labe; il parcourut les magnifiques archipels de l’océan Pacifique, et commença à acquérir l’expérience du navigateur et du marin.
- Toujours infatigable, le jeune marin ne pensait qu’à prendre part à des expéditions; en 1829, il lit le tour du monde à bord de .la Favorite et participa pour une part importante à la rédaction de l’atlas hydrographique et de l’album historique du voyage.
- Promu lieutenant de vaisseau en 1852, le jeune Paris ne tarda pas à exécuter sur la corvette l'Arté-mise un troisième voyage de circumnavigation. A Porto-Novo, près de Pondichéry, un terrible accident frappa l’intrépide officier: chargé par le commandant Laplace de visiter une usine métallurgique, il eut la main gauche prise dans un engrenage, et dut subir l’amputation de l’avant-hras. Malgré cette mutilation, le lieutenant de vaisseau n’en continua pas moins brillamment sa carrière.
- A son retour en France, il fut nommé capitaine de frégate; attaché au dépôt des cartes et plans,
- 21* année. — 1er semeslre.
- on l’appela bientôt au commandement de YInfernal, puis à celui de Y Archimède, le premier bateau à vapeur français qui ait doublé le cap Horn. 11 fit une longue campagne en Chine et entreprit une série d’expériences sur la consommation du combustible dans les chaudières marines.
- Nommé capitaine de vaisseau en 1846, il commanda successivement le Comte d’Eu, le Gomer, YOrénoque, puis le Fleuras, qu’il allait être appelé à conduire dans la mer Noire pendant la guerre de
- Crimée. Le commandant assista au bombardement de Sébastopol, puis il se rendit avec les escadres alliées devant Kinbourn. La place ayant capitulé, il reçut la direction de la division navale qui séjourna à l’embouchure du Dnieper.
- L’énergique marin dont nous résumons la vie, obtint les étoiles de contre-amiral en 1858; il eut à commander dans ce grade la troisième division de l’escadre de la Méditerranée, et fut nommé vice-amiral en 1864.
- Les voyages de l’amiral Paris n’avaient pas seulement fait de lui un marin d’une haute valeur, ils avaient contribué à développer en son esprit les plus brillantes facultés de l’observateur et du savant. Toutes ses expéditions ont toujours été de sa part l’objet d’études approfondies qu’il réunit dans de remarquables ouvrages. Né avec la marine à voiles, il comprit l’importance et l’avenir de la marine à vapeur ; il a exercé une influence considérable sur les transformations qu’adù subir depuis cinquante ans l’armement de notre flotte. Les travaux de l’amiral Paris lui avaient valu d'être nommé membre de l’Académie des sciences (1865) et du Bureau des longitudes en 1865. Directeur du dépôt des I cartes et plans, président de la Commission des
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- LA NATURE.
- phares, il était grand-croix de la Légion d’honneur.
- Depuis sa retraite en 1871, l’amiral Paris occupait les fonctions de conservateur du Musée de la marine au Louvre. Ce Musée, il l’avait complètement réorganisé ; il y consacrait toute son ardeur et tous ses soins. L’histoire de la marine s’y trouve représentée tout entière, depuis les pirogues des sauvages et les navires de l’antiquité, jusqu’aux vaisseaux cuirassés modernes. Il fallait le voir montrer lui-mèrne toutes les curiosités qu’il avait rassemblées ; son charme, son amabilité, étaient à la hauteur de son érudition et de sa science.
- L’amiral Paris, dans la vie privée, brillait par tous les mérites et toutes les vertus. Ayant épousé la fille d’un capitaine de vaisseau, il en avait eu trois enfants, deux fils et une fille. Il eut le malheur de perdre prématurément ses deux fils qui étaient officiers de marine; ce fut une double et cruelle douleur; mais l’amiral avait l’àme stoïque, il puisait dans l’amour du travail et de la science la consolation à ses malheurs. Son désintéressement, sa générosité étaient sans bornes; il renonçait à ses appointements de conservateur au Louvre, pour les consacrer entièrement à l’amélioration 'de son Musée. Sa vie intérieure était d’une simplicité dont rien ne saurait donner une idée, il ne dépensait presque rien pour lui-mème, mais ses mains étaient toujours prèles à s’ouvrir, pour donner. Son activité était excessive; il ne se reposait jamais.
- 11 avait au plus haut point le sentiment de la Patrie, et quand le vieillard rappelait les souvenirs de l’année terrible, sa* figure, encadrée de scs beaux cheveux blancs, prenait un aspect héroïque ; il agitait avec énergie son bras mutilé et savait traduire avec éloquence l’expression de son amertume.
- Un caractère comme celui de l'amiral Paris est l'honneur de la marine et de la France. Un peut considérer cet homme de bien, comme une des belles figures de notre époque. Gaston Tissandier.
- POMPE ÉLËVATOIRE ROTATIVE
- M. Dejean de Fonroque, ancien élève de l’École des mines, un chercheur infatigable, a installé dans sa propriété de Belvès (Dordogne) une pompe de son invention qui, par la simplicité de sa construction et la puissance de son débit, pourrait rendre les plus grands services aux constructeurs et aux propriétaires.
- Le fonctionnement s’opère d’une manière continue comme dans un siphon, sans les ébranlements si nuisibles produits par le balancier des pompes ordinaires. Il n’y a ni clapets, ni pistons et nul besoin de graissage ; l’établissement n’exige pas des conditions de grande solidité, peut se faire à peu de frais et convient à toutes les dispositions; aucune obstruction n’est à craindre puisque l’appareil n’est autre chose qu’un tuyau d’aspiration.
- Le système est surtout utilisable pour les irrigations, les dessèchements de marais, les travaux de canalisation, les épuisements de fouilles dans les terrassements, les carrières ; il peut servir à l’alimentation des prises d’eau de chemins de fer, des réservoirs pour béliers et moteurs
- hydrauliques. Cette invention n’est l’objet d’aucune spéculation industrielle; elle a été conçue pour les besoins personnels de son propriétaire, soucieux d’en faire profiter tous ceux à qui elle pourra rendre service.
- L’ensemble de l’appareil est représenté par la figure 3. En voici la description d’après la coupe schématique (fig. l).Au fond d’un puits ou d’un réservoir, nous immergeons au-dessous du niveau normal de l’eau b une caisse c, munie à sa partie supérieure d’un orifice auquel s’adapte un obturateur d facilement manœuvrable de l’extérieur; au centre de cette caisse et du puits, nous plaçons un corps de pompe g de 12 centimètres environ de diamètre et, parallèlement, un tube r également eu communication avec la caisse; au moyen d’une douille mobile k, nous adaptons sur le corps de pompe un tourniquet
- Pompe élévaloirc de M. Dejean de Fonroque.
- 1. Coupe schématique verticale. — 2. Tourniquet, vu en'plan. 3. Ensemble de l’appareil.
- p composé de trois tuyaux demi-circulaires servant de dégorgeoirs ; au-dessous du tourniquet ainsi composé, nous construisons un bassin, avec écoulement extérieur i.
- Il ne reste plus qu’à établir un système avec manivelle et engrenage pour actionner la machine, c’est ce que nous représentons par les lettres q, n.
- Lorsque l’on veut utiliser l’appareil, l’on remplit d’eau le tube r en ayant soin de fixer l’obturateur d, et, en vertu de la théorie des vases communicants, l’eau s’élève de la caisse c dans le corps de pompe g; l’on tourne alors la manivelle q en abandonnant l’obturateur à lui-même, et le tourniquet p, actionné par le système d’engrenage, déverse par ses trois dégorgeoirs une quantité d’eau d’autant plus grande que le mouvement est plus rapide.
- L’invention de M. Dejean de Fonroque mérite d’être étudiée, car, l’essai qu’il en a fait à Belvès donne des résultats très remarquables pour une dépense de puissance insignifiante. C’est, en réalité, l’application du tourniquet hydraulique pouvant remédier, dans bien des cas, à l’insuffisance des pompes en usage, dont la puissance laisse beaucoup à désirer, surtout lorsqu’elles ne sont pas équipées à grands frais. j H. Sartov.
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- LES PRESSES À FORGER
- LE CK EMPLOI A BOKD DES NAVIRES DE G L'ERRE
- Les presses à forger, relativement récentes dans l’industrie, tendent à se généraliser tous les jours. D’abord employées presque exclusivement dans le forgeage des blindages, des tubes et frettes à canon, des grands arbres de marine, on les applique aujourd'hui couramment au forgeage des pièces de faibles dimensions. Leur installation prochaine à bord des vaisseaux de guerre, où elles rendront les plus grands services, va les consacrer d’une façon définitive.
- Quand on visite une usine métallurgique, l’une des choses que l’on voit toujours avec le plus grand plaisir, c’est le marteau-pilon. On est surpris de ses dimensions énormes, de son jeu puissant et facile, de sa docilité à se laisser conduire. Mais la science est là qui progresse toujours, et les marteaux-pilons deviendront de plus en plus rares à l’avenir, avantageusement remplacés dans la plupart des cas par un outil moins bruyant, plus commode et plus effectif.
- La presse à forger, en effet, l’emporte sur le marteau-pilon, dans toutes les opérations de forgeage proprement dit. Son travail est meilleur, étant plus régulier, plus homogène et plus rapide. Par l’énergie
- Fig. 1.— Lingots de marteaux-pilons et de presses à forger.
- et la puissance de son action, elle a cette supériorité sur le marteau, que procédant par pressions continues, elle pétrit le métal dans toute sa masse, et qu’en forçant ainsi les molécules à se mouvoir et à se déplacer à la fois, elle le rend plus fibreux, plus nerveux et partant plus résistant.
- Le marteau, au contraire, agissant par chocs, étire les couches extérieures, qui s’allongent, pendant que le noyau central reste immobile. C’est ce qui explique que, dans l’étirage au marteau-pilon, des lingots d’une certaine dimension, l’extrémité se creuse comme l’indique le croquis n° 1 (fig. 1). Avec la presse, toutes les parties de la masse, s’allongeant également, le lingot conserve toujours une extrémité droite légèrement bombée (fig. 1, n° 2). On pourrait même, en augmentant la durée des pressées, faire étirer le centre plus que les couches extérieures (n° 5) et produire ainsi un résultat contraire à celui obtenu avec le marteau à vapeur. Mais ce serait aux dépens du métal, dont la qualité serait moindre, et on n’a pas intérêt à le faire. Aussi, l’évite-t-on soigneusement dans la pratique.
- Le forgeage* à la presse peut donc produire. un métal entièrement homogène, d’une résistance égale dans toutes ses parties, au centre comme à la périphérie, ce qui existe assez rarement lorsque
- les masses sont travaillées au moyen du marteau.
- Il résulte aussi de nombreux essais comparatifs que le métal forgé à la presse accuse une résistance plus grande que le même métal forgé au pilon, (certains essais ont donné un excès de résistance à la traction, pouvant aller jusqu’à 25 pour 100).
- Ces considérations, toutes techniques, sont tellement importantes qu’elles suffiraient à expliquer l’empressement que mettent les grands établissements métallurgiques à installer des presses à forger à côté de leurs marteaux-pilons. Néanmoins, ces presses présentent encore nombre d’avantages.
- Il suffit de comparer, par exemple, la chute brutale du marteau, à l’effet presque pas visible de la presse qu’on peut toujours arrêter instantanément dans son action, pour juger de la sécurité bien plus grande qu’offre cette dernière au point de vue des ouvriers.
- Les frais d’installation de la presse sont à peu près nuis, et elle occupe, en hauteur surtout, bien moins d’espace qu’un marteau-pilon de même puissance. Ce dernier est assourdissant et ses effets de dislocation sont une source d’ennuis pour le constructeur; la presse, au contraire, i}e produisant ni bruits ni trépidations (tout l’effort est supporté par les colonnes qui relient les sommiers supérieur et inférieur) ne saurait occasionner d’inconvénients de voisinage.
- Enfin on ne saurait guère concevoir des marteaux-pilons plus puissants que ceux qui existent aujourd’hui, étant donné que les difficultés d’installation croissent énormément avec le poids du marteau, tandis qu’il serait relativement facile de doubler la puissance des plus fortes presses à forger, si le besoin s’en faisait sentir.
- A cause même de cette grande puissance qu’on ne saurait limiter, la presse à forger, nous l’avons dit, a d’abord été employée pour le forgeage des grosses pièces. Puis on a voulu l’appliquer à celui des pièces moyennes et petites. Mais à cela il y avait un obstacle : la lenteur de la presse hydraulique de petites dimensions. Cette lenteur d’action qui est normale lorsqu’il s’agit de grosses presses forgeant des lingots volumineux dont la chaleur acquise se conserve longtemps, avait une importance désastreuse avec les pièces de faible section. ’
- Il y avait donc là une réforme à opérer! C’est chose faite aujourd’hui, et d’habiles constructeurs sont arrivés à donner à la masse forgeante de la presse une rapidité d’action presque égale à celle du marteau, avec cet avantage que la plus grande partie du temps perdu par le pilon à retomber et à remonter pour emmagasiner de l’énergie est employée par la presse à travailler utilement. Cette presse peut donc servir actuellement au forgeage de n’importe quelle pièce. Nous donnons, du reste, les dessins de quatre presses de diverses puissances : l’une, de 550 tonnes, est installée à l’Arsenal de Woolwich en Angleterre (fig. 2); celle de 2000 tonnes
- appartient à la Société Coekerill, de Seraing (Bel-
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- gique) (fig. 5) ; la troisième, de 4000 tonnes, fonctionne dans l’usine Saint-Jacques à Montluçon (France) (fig. 4); la quatrième enfin (fig. 5), comme nous allons le voir, est de 40 tonnes, ce qui correspond sensiblement à un marteau de 600 kilogrammes.
- Arrivons maintenant à l’emploi de ces presses à bord des vaisseaux de guerre.
- Les premiers essais de ce genre ont été' faits en Angleterre, où une presse à forger, d’une puissance de 40 tonnes, a été récemment installée à bord du Vulcan, cuirassé-transport de torpilleurs.
- Un mot d’abord sur ces transports de torpilleurs. Il y a quelques années à peine, lorsque le torpilleur fut devenu vraiment pratique comme engin de guerre navale, les grandes puissances maritimes s’empressèrent de compléter leurs escadres en les dotant de divers types de torpilleurs, les uns destinés à défendre les côtes, d’autres plus nombreux, dits torpilleurs de haute mer, plus spécialement chargés de l’attaque.
- Mais on s’aperçut bientôt que ces derniers étaient incapables de tenir la haute mer par tous les temps, et les nombreux accidents arrivés à ces torpilleurs ont démontré ce fait jusqu’à l’évidence.
- On chercha à prévenir les accidents de cette nature, et l’on fut tout naturellement amené à construire des transports de torpilleurs, pouvant porter ces derniers, comme un bâtiment ordinaire porte ses canots, pour les déposer au moment de s’en servir en un point voulu de la haute mer.
- Ces cuirassés-transports, il est facile de le comprendre, possèdent une puissante installation hydraulique, nécessaire pour la manœuvre des divers appareils servant à débarquer ou à hisser les torpilleurs.
- Ce sont, en même temps, d’immenses arsenaux flottants oii l’on a réuni le personnel et le matériel indispensables pour faire en route les réparations les plus urgentes. Il n’avait guère été possible, jusqu’ici, d’effectuer dans cet atelier des travaux bien importants, étant donné qu’on ne pouvait y forger qu’à la main, l’installation d’un marteau-pilon, meme horizontal, étant chose peu pratique. Avec la presse, qui ne produit pendant le travail, ni chocs, ni vibrations, partant aucun effet de dislocation, les gros forgeages à bord deviennent possibles. Aussi dès qu’il a été prouvé que la presse donnait un forgeage en tout comparable à celui du marteau-pilon, s’est-on
- empressé en Angleterre d’en installer une à bord du Vulcan.
- C 'était d’autant plus facile que ces presses n’exigent pas de fondations et qu elles sont actionnées par les appareils hydrauliques déjà existants. Ce premier essai a du reste été si concluant que l’Amirauté aurait, paraît-il, l’intention d’en doter aussi tous les navires anglais possédant déjà une installation hydraulique suffisante.
- On comprend facilement de quelle importance peut être à bord d’un vaisseau de guerre, un outil de ce genre permettant de faire sur place les réparations les plus importantes. C’est la possibilité de
- Fig. 2. — Presse ù forger de ô.’iO tonnes de l’urseind de Woolwieh (Angleterre).
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- ne plus être arrête' par certaines avaries qui obligent toujours à rallier un port bien outillé; et si cet avantage est important en temps de paix au point de vue économique, en temps de guerre il serait inappréciable. Combien de vaisseaux, en effet, désemparés, malmenés par le l'eu de l’ennemi, chassés par ses croisières, cherchent en vain pendant de longs jours, un port où ils puissent entrer pour réparer le désordre des derniers combats.
- Une avarie, légère d'abord, s’aggrave toujours si on tarde à la réparer. Avec un outillage suffisant à bord,
- — et un bon outillage doit comprendre aujourd'hui une presse à forger, — les avaries pourront être avantageusement combattues, sitôt produites, et Ton pourra tout au moins diminuer le nombre des vaisseaux qui, ayant trop souffert pendant la bataille, deviennent, dès ce moment, plus nuisibles qu’utiles, étant encombrants pour ceux qui, ayant moins souffert, doivent les attendre et les protéger.
- Il est vrai qu’en augmentant outre mesure l’outillage de réparation des navires de guerre, on est amené à mobiliser, pour des périodes de paix souvent très longues, de nombreux ouvriers spéciaux sachant se servir de cet outillage, ce qui revient très cher.
- D’où de nombreuses critiques, qui semblent fondées à priori, car si on ne doit jamais hésiter
- dans une question d’armement devant une dépense une lois faite, il y a toujours lieu d’agir prudemment avant de créer une dépense annuelle qui doit constamment se renouveler.
- En réalité il est facile de réfuter ces critiques : on peut acheter le matériel nécessaire pour constituer un atelier de réparation relativement puissant dans les principaux vaisseaux de guerre sans qu’il soit indispensable de toujours avoir à bord le personnel qui doit s’en servir. En temps de paix, où les vaisseaux sont rarement isolés, il suffirait d’avoir une équipe complète d’ouvriers sur le vaisseau-amiral d’une escadre, tandis qu’on ne mettrait sur tous les autres que les ouvriers strictement indispensables pour On aurait ainsi un personnel peu nombreux, peu coûteux, qu’il serait facile de décupler en temps de guerre en mobilisant, pour avoir une équipe complète sur chaque bâtiment déjà outillé, des ouvriers spéciaux pris dans les
- usine Saint-Jacques.
- l’entretien de l’outillage.
- nés
- grandes usi-métallurgi-
- Fig. 5. •
- Presse à forger de 40 tonnes de puissance (pesant 4 tonnes) installée à bord du Yulcan, cuirassé-transport de torpilleurs, anglais.
- ques.
- Du reste, cet exemple de l’Angleterre est certainement bon à suivre, en matière d’armement maritime. Si cette nation accroît son outillage, si elle met des presses à forger à bord de ses
- cuirassés, c’est qu’elle doit trouver à cela de nombreux avantages. Les autres puissances sont loin de se désinté-
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- resser de cette question. En France on a déjà envisagé la possibilité de mettre des presses à forger à bord des navires, et il est fort probable que dans un avenir peu éloigné, nos cuirassés de premier rang, et nos transports de torpilleurs, seront, comme les vaisseaux anglais, pourvus d’un atelier suffisamment outillé pour réparer sur place et en route toute avarie qui ne sera point capitale.
- Fkédkhic Maxait,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- NOUVELLE FORME DE BAROMÈTRE
- Les baromètres servant aux expériences de haute précision sont généralement remplis par ébullition dans le vide ; ce procédé d’évacuation est si parfait que l’instrument peut, une fois rempli, être redressé, et placé de telle sorte que le mercure est soumis à une traction de plus d’un cinquième d’atmosphère sans se détacher du verre au sommet du tube, même lorsque celui-ci a un diamètre de 3 centimètres. Peut-on obtenir un vide parfait sans faire bouillir le mercure? La chose paraît douteuse, car le verre retient toujours une couche d’air extrêmement mince qui ne se détache que lentement et peut finir par exercer une pression mesurable dans la chambre barométrique. Cependant, le remplissage d’un baromètre 6 par ébullition dans le vide est une opération délicate, qui ne réussit qu’aux Baromètre mains d’un habile opérateur, et il est m. L. Weber, avantageux de l’éviter lorsqu’on ne cherche pas le plus haut degré de la perfection. Un grand nombre de baromètres ont été imaginés dans ce but. Celui dont M. L. Weber vient de donner la description dans la Zeitschrift fürlmtru-mentenkuncle nous paraît un des plus simples et des plus parfaits. 11 se compose de deux tubes inégaux a et b communiquant à leur partie supérieure par un tube étroit, et, dans le bas, par un orifice très étranglé.
- Pour le remplissage, on verse du mercure en a, puis on incline l’instrument, tout en exerçant une légère pression en c, au moyen d’une poire en caoutchouc, de manière à faire passer une partie du mercure en b. En aspirant en c, après avoir redressé le tube, on fait redescendre un peu le mercure pour faire crever les bulles adhérentes au verre; on presse de nouveau, et on chasse en b Pair restant. On renouvellera la même opération chaque fois qu’on le jugera nécessaire ; tant que la pression en a est plus forte qu’en b, le mercure passe directement de a en b parla partie inférieure; mais, si l’on opère rapidement, la quantité de mercure que l’on chasse ainsi est peu considérable ; au contraire, la communication a l’avantage de permettre au mercure de revenir en arrière, de telle sorte que
- I égalité des niveaux se rétablit en quelques minutes.
- Bien entendu la figure ci-dessus n’est qu’un diagramme, servant uniquement à montrer le fonctionnement de l’instrument, Un baromètre de précision doit satisfaire à un grand nombre de conditions, qui obligent à donner au tube une forme particulière, et à le munir de pièces auxiliaires dont la description nous entraînerait loin du baromètre de M. Weber.
- LES CULTURES COLONIALES,
- Dans une des dernières séances de la Société nationale cl'agriculture, M. Maxime Cornu a indiqué les conditions économiques dans lesquelles se trouvent les pays tropicaux et les cultures dites coloniales. Les effets de concurrence et de lutte que nous ressentons dans la vieille Europe pour nos cultures septentrionales se font sentir dans les pays chauds : elles sont dues aux mêmes causes; une île, une région ne peuvent plus garder, à coup sûr, le monopole de telle culture, de telle industrie, et un état perpétuel de changement s’observe partout.
- Certains produits du sol tendent à disparaître devant la découverte de procédés chimiques permettant de tirer d’ailleurs et à meilleur compte la matière première. En France, la garance a disparu devant les couleurs artificielles extraites de la houille. Aux colonies, l’indigo sera peut-être bientôt presque entièrement abandonné. Les cultures se déplacent : Ceylan, qui pendant longtemps donna des quantités énormes de café, et de café exquis, n’en produit presque plus aujourd’hui. En revanche, Ceylan se mit à faire concurrence à la Chine pour le thé.
- II y a quinze ans, on cultivait à peine le thé dans celte île, aujourd’hui Ceylan fournit les deux tiers du thé consommé dans le monde. En 1875, on exporta de Ceylan 12 kilogrammes de thé; en 181)0, 25 millions de kilogrammes. Une culture qui, à Ceylan, a donné des résultats extraordinaires et tout récemment encore, le quinquina, y est aujourd’hui abandonnée. 11 y a dix ans, le quinquina, à Ceylan, produisait jusqu’à 25 000 et 50 000 francs de bénéfice à l’hectare.
- Les Hollandais se mirent à en faire des plantations à Java : les prix baissèrent au point qu’il y a trois ans des rameaux de quinquina, à Ceylan, furent employés comme combustible. L’once de 50 grammes de sulfate de quinine à Java vaut lfr,75. Des pays très pauvres sont devenus très riches. Ainsi, à Sumatra, près d’une petite bourgade, se cultivait un tabac dont on reconnut un jour les qualités. Ce tabac donne des feuilles minces, résistantes, incomparables comme robes de cigares : la culture de ce tabac fut activement poussée, et aujourd’hui la petite bourgade d’autrefois compte 20 000 habitants et le terrain a acquis, dans les environs, une valeur considérable.
- Les Anglais, a dit en terminant M. Cornu, savent admirablement exploiter leurs colonies : ont-ils dans un pays des mines de pierres ou de métaux précieux, ils savent faire affluer vers ces mines une foule de travailleurs qui deviennent ensuite population agricole. Pour plusieurs de nos colonies présentant les mêmes avantages, M. Cornu estime que nous aurions grand intérêt à imiter les Anglais. ^
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- LE CASTOR
- Il n’y a pas bien longtemps encore, s’il en faut croire certains poètes, — malgré leur funeste habitude d’ « en mettre plus qu’il n’y en a », selon Tartarin de Tarascon, —la vallée de la Bièvre était une localité charmante et paisible. Aujourd’hui la petite rivière du même nom n’est qu’un égout, et les eaux ménagères et autres achèvent l’œuvre de souillure commencée par les tanneries. A une époque plus reculée, mais qui n’a rien de préhistorique pourtant, cette vallée, s’il en faut croire l’étymologie de son nom, hébergeait une espèce qu’on y chercherait vainement à l’heure actuelle. En vieux français Bièvre signifiait Castor, et si l’animal a disparu, le nom persiste et raconte l’histoire.
- Le Castor a été répandu dans toute l’Europe, de la Sibérie à la Méditerranée. Au douzième siècle encore, on le voyait en Angleterre, mais les chasseurs et l’industrie ont eu sans peine raison de la pauvre bête ; on la trouve encore en Scandinavie et en Allemagne; il s’en trouve même une réserve sur les bords du Danube; on en rencontre en Russie vers l’Oural, la Caspienne, d’après Flower et Lydekker (Introduction to the study of the Manimais), et il en existe encoreàl’heureprésenteenFrance. N’exagérons rien, d’ailleurs; le nombre en est restreint, et s’il atteint une centaine, c’est à peu près tout; peut-être même est-il inférieur à ce chiffre. M. Y. Mayet nous a lu, en 1889, au Congrès de zoologie, une très intéressante Note sur le Castor du Rhône, et il en résulte que si l’Allemagne et l’Autriche ont protégé le Castor en punissant d’une amende les chasseurs qui le détruisaient, et en établissant quelques réserves où l’animal est protégé (à Schonau, à Salzbourg, à Su-lina),cette protection fait totalement défaut en France. En 1860 encore, il y avait des Castors à Avignon dans Tile de la Bartelasse ; il en persiste quelques-uns près d’Arles et de Beaucaire, il y en a surtout dans la Camargue entre le Grand-Rhône et le Petit-Rhône, et c’est là que se trouvent les quatre-vingts ou cent Castors qui forment la colonie la plus importante en France. Mais cette colonie diminue chaque jour ou à peu près. L’animal se reproduit lentement, et par surcroît on accorde une prime de 15 francs par tête de Castor. Dans ces conditions l’espèce va s’éteindre, et ce sera grand dommage, car elle est plus grande, plus belle que l’espèce américaine.
- Celle-ci, du reste, s’en va aussi. Songez que la West India Company établie en 1621 ne faisait que le trafic de la peau de Castor, et que Y Hudson Bay Company, établie en 1670, collaborait avec la précédente pour l’extermination de la même espèce ; songez que cette dernière existe toujours, et que d’autres, anciennes ou récentes, l’aident dans sa tâche de destruction. J’ai sous les yeux le chiffre des peaux expédiées en Europe, de 1752 à 1890, année par année, par la seule compagnie de la baie de Hudson, et les chiffres vont jusqu’à 174000 par an : actuellement ils sont de 80 000 environ. Dans ces
- conditions l’espèce a dù diminuer énormément1. Vers 1730 ou 1740, l’Etat de New-York seul fournissait jusqu’à 80 000 peaux par an, mais à l’heure actuelle, le Castor a disparu de cette région. 11 était autrefois très répandu dans toute l’Amérique du Nord, et on le rencontre encore en Californie, au Mexique, dans les Montagnes Rocheuses, l’Orégon, la Nouvelle-Ecosse, et surtout dans le Canada où on le chasse de préférence. C’est en quelque sorte l’animal national du Canada : il a figuré sur des timbres-poste de ce pays, et il est, ou pour mieux dire a été la base de sa fortune ; et différentes tribus d’indiens le réclament pour ancêtres. On comprend que dans ces conditions, un Canadien, M. H.-T. Martin, ait pensé remplir un devoir pieux en publiant une monographie de l’animal en question. Cette monographie porte le titre de Castorologia, or the History and traditions of the Canadian Beaver; elle vient d’être publiée à Montréal et à Londres (Edward Stanford) et, écrite de façon simple, bien illustrée, elle se laisse lire avec plaisir. Il ne s’agit point ici d’analyser cette œuvre en détail; mais je voudrais en passant attirer l’attention sur quelques points à l’égard desquels il a pu se répandre des erreurs. On a beaucoup parlé des constructions des Castors, et si je me reporte aux livres dont les récits faisaient foi aux beauxjours de l’enfance, ou aux souvenirs qui en ont persisté, je constate que l’idée courante à l’égard du domicile du Castor était que ce dernier se faisait une hutte fort bien aménagée, admirablement arrondie et polie au dehors grâce aux coups de queue au moyen desquels le Castor tassait et pétrissait sa boue. Chose admirable, l’animal prévoyait les inondations, et se construisait deux étages, ce qui, entre parenthèses, est assez surprenant chez un animal aussi aquatique, et les écrivains ne tarissaient point d’éloges à propos de cette queue extraordinaire.
- Cette queue est très utile assurément, mais, par malheur les huttes des Castors ne sont pas du tout ce qu’on les a dit être, ni ce qu’elles sont représentées dans une figure de 1704 que nous reproduisons plus loin (fig. 1 ) et qui résume à peu près ce qu’on savait des mœurs du Castor à cette époque. En réalité les buttes sont simplement des tas de menu bois et de bâtons empilés; quelque chose comme un amas de bois impropre à la confection de mar-gotins, et qu’on abandonne en tas pour y puiser une poignée au fur et à mesure des besoins. Cet enchevêtrement de branches et brindilles renferme une petite loge, une chambre qui n’a rien de particulier, et où l’on chercherait vainement les « trois pièces qui s’élèvent l’une sur l’autre, l’une au-dessous du rez-de-chaussée et ordinairement pleine d’eau, les deux autres au-dessus2 », et les « lits, composés de copeaux qui leur servent de matelas et d’herbes qui leur tiennent lieu de lits de plume », dont parle
- 1 Voyez H. Poland : Fur-bearing animais, Gurncy et Jackson, 1892.
- * Clément de Roissy: L'Auteur de la Nature, t. II, p. 362, 1787.
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- Clément de Roissy qui d’ailleurs s’inspirait peut-être des trop fantaisistes récits contenus dans les Avan-tures du Sr C. Le Beau, publiéesen 1738. Le Beau a d’ailleurs agrémenté ses Avantures de figures très curieuses qui pouvaient contribuer à accréditer l’erreur. Une de celles-ci représente une demi-douzaine de Castors dressés de toute leur hauteur le long d’un arbre qu’ils s’apprêtent à abattre (fig. 2). Ce n’est point ainsi qu’ils opèrent, et en général il semble que chaque Castor travaille seul. 11 avance avec une rapidité extraordinaire au dire des témoins oculaires, et on ne se représente pas, si on ne l’a vu, la grosseur des morceaux de bois que l’animal détache du tronc à chaque coup de dent (fig. 5).
- Les branches de l’arbre abattu servent à construire la demeure du Castor, et l’écorce est employée dans l’alimentation de ce dernier. Comme l’animal transporte ces branches de la terre ferme à l’eau en formant un sentier qu’il débarrasse soigneusement de tout caillou et de tous débris de nature à le gêner, il arrive, avec le. temps, et sans doute, aussi en creusant quelque peu la terre, à transformer ce sentier en un petit canal.
- Ce canal n’a été réellement signalé qu’il y a peu de temps, en 1868, par M. L.-11. Morgan, dans un livre sur The American Beaver and his ivorks, et il fait partie des travaux ordinaires du Castor. Le marquis de Lornca vu, dans certains cas, ce canal couper de part en part la petite île où s’étaient installés les Castors, et de la sorte les animaux pouvaient gagner le lac ou la rivière sans aborder la terre ferme. On sait qu’ils se déplacent bien plus aisément dans l’eau que sur terre où leur démarche est plus lourde et plus lente, et il y a avantage évident pour eux à réduire au minimum les occasions de pérégrinations terrestres.
- Chacun connaît les usages industriels du Castor.
- Sa chair est fort bonne à manger — elle rappelle celle du porc; —le castoréum, substance très odorante qui se trouve dans deux poches annexés au bas-ventre, a été longtemps — depuis Hippocrate — considéré comme une panacée universelle, et sert encore en thérapeutique; enfin, la fourrure était utilisée en abondance il y a peu de temps encore (durant le premier quart de ce siècle) pour la confection des chapeaux masculins. Aujourd’hui on ne porte plus guère de «Castors », mais la fourrure est utilisée en
- pelleterie, pour la confection de vêtements fourrés et de gants. On tend toutefois à l’employer moins qu’on ne le faisait. Au temps où le commerce des peaux de Castor battait son plein, il y a cent ans encore, la peau servait de monnaie courante. Par exemple, en 1733, la Hudson Bay’s Company avait adopté les valeurs suivantes : elle donnait une livre de tabac pour une peau ; une paire de bretelles valait trois peaux; un mouchoir, une peau et demie; une chemise, une peau; six dés à coudre, une peau ; un fusil, de 10 à 12 peaux, et ainsi de suite; la valeur de tout article de commerce était comptée d’après un tarif établi, tarif qui d’ailleurs variait selon les localités, s’élevant là où les Compagnies françaises n’avaient point de comptoirs, et s’abaissant dans le voisinage de ces derniers, à cause de la concurrence.
- Le Castor disparaîtrait bientôt si, en réalité, sa fourrure n’était, de nos jours, avantageusement remplacée par celle d’autres espèces. De toute façon l’extinction de cette curieuse espèce eût été regrettable, et on n’eût guère pu l’empêcher. Le Castor n’est point susceptible de domestication, semble-t-il, et les essais faits pour l’acclimater même dans les pays dont le climat lui est favorable, ont échoué. Une récente tentative du marquis de Bute, en Angleterre (18/4) n’a pas réussi, et pour protéger l’espèce mieux vaut
- Sctztisaqc tuant un/ avec U' jiiJ'U
- Scu-i’cuje tuant rm , Caftan aiso.c l’Clny
- rjfj'e, ci fa.jncKje
- fnout cv- la, aluces
- j yS'a.unutfG' tumpo nant un Castor
- siuüx>. Chien/ <juiy
- Caflor allant travailler
- Fig. 1. — Diagramme d’une chasse au castor. (D’ajtrès une gravure de 170i.
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- LÀ NATURE
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- Fig. 3. — Castor coupant un tronc d’arbre à coups de dents. (D’apres une photographie.)
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- lui créer des réserves dans son habitat naturel. De telles tentatives ne sont malheureusement pas fréquentes ; mais dans les régions où le Castor n’a point encore totalement disparu, les sociétés locales ou régionales pourraient prendre l’initiative de quelques mesures protectrices, et ce serait déjà beaucoup. L'Association pour la protection des plantes, en Suisse, n’a pas procédé autrement, et l'on sait qu’elle rend des services très réels.
- Henry de Yarigny.
- L’ÉLECTRICITÉ
- A RORD DES NAVIRES DE GUERRE
- Les circuits se multiplient à bord de nos navires de guerre et c’est par dizaines que l’on compte les conducteurs câblés qui courent d’un compartiment à l’autre. Deux nouvelles applications de l’électricité tout récemment installées, tendent à se généraliser : la première consiste en un transmetteur d’ordres; l’autre est un avertisseur extra-sensible de température construit par M. Tavernier et qui fonctionne déjà sur le Forbin, croiseur d’escadre, et sur YÊpervier, croiseur-torpilleur.
- I. — Le porte-voix, le sifflet, les tubes acoustiques sont bien démodés. La plupart des manœuvres s’effectuent maintenant par sonneries, téléphones, tableaux indicateurs, signaux de toutes sortes. Déjà, depuis quelque temps, près des projecteurs installés soit sous les tourelles, soit sur la dunette ou dans les mâts militaires, un contact fait tinter, dans la chambre des machines, une sonnerie qui indique par longues ou brèves les quatre phrases usuelles d’arrêt et de mise en marche :
- n i i ( La machine doit
- — «>« Ouvrez un peu la valve \ r . ,.A. .
- „ 1 - . { taire 10 tours de
- — . — • I ermez un peu la valve / . ,
- 1 [ plus ou de moins.
- A bord du Dupug de Lôme, le croiseur protégé qui a fait à Brest en 18iU2 des essais de machine et qui vient de rejoindre l’escadre de la Méditerranée, les constructions navales ont installé des transmetteurs d’ordre qui relient le réduit blindé ou blockhaus du commandant, aux machines. Dans ce blockhaus, situé sur la dunette-avant près Au mât militaire, se trouvent disposés, de chaque côté de la roue qui commande le servo-inoteur hydraulique du gouvernail, deux grands commutateurs circulaires divisés en dix compartiments ou contacts que peut toucher successivement une manette mobile. Afin d’éviter les erreurs, on a préféré inscrire les ordres plutôt que de les représenter par des numéros; en outre, la plaque supérieure du commutateur est en verre et deux lampes à incandescence placées à l’intérieur éclairent vivement les ordres qui se détachent en blanc sur le verre rouge sombre : En avant, en arrière, stoppez, à toute vitesse; 80 tours, 100 tours....
- Sur un tableau indicateur, en vue des mécaniciens, apparaissent, également inscrites en blanc sur rouge ces communications diverses annoncées par une sonnerie ou un coup de timbre. Aucune parole n’est prononcée, aucun ordre ne peut être mal interprété ; plus de trouble, ni de précipitation. Un geste seul de l’homme de barre, du timonier ou du commandant, et instantanément, la manœuvre prescrite s’accomplit.
- Suivantl e nombre des ordres, la multiplicité des récep-
- teurs, les appareils sont modifiés; les uns sont en réalité des sortes de télégraphes à cadran Bréguet, d'autres consistent en une aiguille qui se meut au-dessus de trois bobines symétriquement placées et qui prend diverses positions parallèles ou perpendiculaires suivant le sens du courant envoyé. A bord de chaque navire, pour ainsi dire, le système est différent.
- Dans tous les cas, ces transmetteurs doivent être protégés autant que possible contre les projectiles ennemis. Pour cela on les place généralement, comme nous l’avons dit, dans le blockhaus où se tient le commandant au moment du combat. Les conducteurs sont en outre logés dans un tube blindé qui communique avec les fonds jusqu’au pont cuirassé.
- II. — Le thermostat de M. Tavernier (voy. la figure) consiste en une ampoule de maillcchort à parois très minces et à demi remplie d’éther; la surface est gondolée et les rainures sont centrées sur le même axe. Le cercle central forme une sorte de bouton B en face duquel se trouve disposé un contact C à ressort dont on peut limiter l’écartement, l’augmenter ou le diminuer à l’aide de la vis de réglage V. L’ampoule est recouverte d’une plaque d’ébonite
- Schéma (tu thermostat (le M. Tavernier.
- que Uon visse sur la pièce de machine dont on veut déterminer la température. Un des fils de circuit aboutit à la vis V, et communique à l’une des bornes d’un tableau indicateur muni d’une sonnerie et de voyants. Une pile complète le circuit qui est fermé sur la machine et la carcasse du bâtiment servant de fil de retour.
- Plusieurs de ces avertisseurs sont donc fixés sur les principales pièces dont on craint l’échauffement : bielles excentriques, arbre, palier de butée.... et dès queTune quelconque dépasse de 1 degré seulement la température normale, le contact B, G envoie le courant de la pile dans le tableau dont le voyant tombe et désigne au mécanicien la pièce qui s’échauffe. De semblables installations sont également disposées dans certains compartiments, dans les soutes... et pour ces dernières M. Tavernier complète son invention en offrant le remède avec l’avertissement. 11 projette, par le tuyautage à air comprimé qui traverse toutes les soutes pour la ventilation, un jet d’acide carbonique à la pression de 6 kilogrammes par centimètre carré et il éteint instantanément, à l’aide de ce procédé, tout principe de combustion. Les expériences qu’il a tentées ont parfaitement réussi.
- Déjà, plusieurs cuirassés anglais sont pourvus de ces avertisseurs qui ont pour avantage sur les autres déjà connus d’être de très petite dimension, robustes, à graduation facile et de fonctionner avec une régularité parfaite.
- Ce n’est pas à la marine seulement que M. Tavernier compte appliquer son thermostat, il a pensé aux médecins d’hôpitaux qui peuvent être immédiatement renseignés sur l’état fébrile des malades confiés à leur soins. Chacun de ces derniers aura un avertisseur attaché sous l’aisselle et remplaçant le thermomètre classique tandis qu’un tableau indicateur disposé, par exemple, dans la salle de garde ou dans l’infirmerie désignera à l’interne de service le numéro du malade dont la température s’élève et qu’il faudra secourir. Georges Dary.
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- LA NATÏJHE.
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- AMÉLIORATION DES EAUX-DE-NIE
- Le vieillissement des alcools par l'ozone donne d’excellents résultats, mais il exige un matériel qui ne peut trouver place que dans les grandes distilleries. D’après la Revue industrielle, M. Villon a simplifié cette manière d’opérer, de telle façon que, sans le secours de force motrice, d’électricité ou de mécanique quelconque, n’importe quel distillateur puisse améliorer ses eaux-de-vie et ses alcools. Son procédé consiste tout simplement à laisser en contact avec de l’eau de-vie ou la liqueur à bonifier, de l’oxygène sous pression et à une température variant avec le résultat à obtenir. L’appareil est très simple : il se compose d’un récipient en cuivre suffisamment résistant, dans lequel on place le liquide à traiter. Au moyen d’une bouteille d’oxygène et d’un régulateur, on envoie du gaz jusqu’à ce que le manomètre accuse 2 kilogrammes de pression. On chauffe ensuite progressivement, jusqu’à ce que le manomètre accuse 5 à 6 kilogrammes de pression. On laisse ainsi jusqu’au lendemain, et on recommence cette manipulation très simple, qui ne demande pas un quart d’heure, deux ou trois fois, selon la qualité de l’alcool traité et le résultat à obtenir. On peut traiter plusieurs hectolitres à la fois et les frais d’installation ne dépassent pas quelques centaines de francs. Par ce procédé, les liqueurs, les vins préparés, les vins-liqueurs prennent un goût fin et ne se troublent plus. Des essais faits en grand, par plusieurs grandes maisons, ont donné d’excellents résultats.
- LES NOUVEAUX TIMBRES-POSTE
- DES ÉTATS-UNIS
- A l’occasion de l’anniversaire du 4e centenaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, M. Wanamaker, directeur général des Postes des Etats-Unis, a fait paraître, le 1er janvier dernier, une série de quinze timbres dite Columbian issue, dont l’usage est limité à l’année 1895.
- Cette brillante série produisit une certaine sensation par la grandeur de son format ainsi que par l’originalité de l’idée qui a présidé à sa confection. On y voit reproduits les principaux tableaux et vieilles estampes ayant trait aux événements historiques qui forment autant d'étapes dans la vie de Colomb. Décrire cette émission, c’est, en effet, refaire l’histoire du célèbre navigateur.
- Ces timbres sont gravés à la ligne sur acier. Les figures ci-contre en donnent les dimensions et l’aspect général. Leur cachet dépend plutôt des sujets que de la gravure, hâtivement faite, qui souvent manque de finesse.
- Le 30 cents, d’après le tableau de R. Maso, représente un intérieur du couvent de la Rabida, en Espagne, où, autour d’une table chargée de documents, Colomb expose ses projets aux religieux qui lui donneront les moyens de se faire présenter à la cour. Nous le retrouvons chez Isabelle (dans le 5 cents, d’après le tableau de Brozik à New-York) sollicitant son appui au milieu des grands d’Espagne.
- Ces nobles chevaliers pensaient qu’une fois descendu de l’autre côté des mers, Colomb ne pourrait plus remonter en Europe ! i
- La reine ne partagea heureusement pas cette opinion, car le 1 dollar nous la montre engageant ses bijoux pour subvenir aux frais du voyage. Luis de Sant Angel refusa d’accepter ces gages et puisa dans le trésor d’Aragon les fonds nécessaires. Ce sujet est d’après le tableau de Munoz Degrain à Madrid.
- Les 3 et 4 cents représentent la Santa Maria seule et en compagnie des deux autres caravelles Pinta et Mina composant la Hotte de Colomb à son premier voyage. Ces compositions, provenant de deux anciennes gravures espagnoles, sont des mieux gravées. j
- « Colomb en vue de terre, » tiré du tableau dé William IL Povvel, sur le 1 cent, laisse beaucoup â désirer. La jambe droite de Colomb semble être le prolongement du bras d’un personnage agenouillé à ses côtés. On a remarqué que Colomb, imberbe en vue de terre, porte toute sa barbe en débarquant quelques heures plus tard ainsi que nous le montre le 2 cents. L’explication donnée de cette anomalie est que le graveur devait se conformer à la composition du peintre. Or dans l’émission de 1892 du Nicaragua, nous retrouvons le même sujet d’àprès le même tableau de Powel, et Colomb porte toute sa barbe. 11 est évident qu’un des deux graveurs ne s’est pas borné à copier, et tout nous porte à croire que Colomb doit porter la barbe dans le tableau original.
- On croit trouver une coquille dans le 1 cent. columbus se lirait columrus. L’examen h la loupe d’une vingtaine de spécimens nous permet d’affirmer qu’il n’y a pas d’erreur.
- Voici les légendes des autres valeurs : 6 cents, Réception de Colomb à Barcelone d’après un des panneaux des portes de bronze du « Capitol », à Washington. — 10 cents, Colomb présentant des Indiens ramenés par lui de son voyage, d’après le tableau de Luigi Gregori. — 15 cents, Colomb annonçant sa découverte, d’après le tableau de R. Baloca, à Madrid. — 50 cents, Rappel de Colomb, d’après le tableau de A. G. lleaton. — 2 dollars, Colomb enchaîné, d’après le tableau de Lentze. —- 3 dollars, Colomb décrivant son troisième voyage, d’après le tableau de Francisco Jover. — 4 dollars, Médaillons d'Isabelle et de Colomb, le premier d’après un tableau à Madrid, très connu; le second d’après Lotto. — 5 dollars, Profil dé Colomb, d’après un plâtre ayant servi à la frappe de la pièce commémorative de 50 cents.
- Cette série, contrairement à l’idée prévalente, n’a point remplacé les timbres précédemment en cours. Les directeurs des bureaux de poste doivent faire une demande spéciale à la direction générale pour les obtenir. L’ancienne série est donc en vente concurremment avec la nouvelle.
- Qu’adviendra-t-il des timbres invendus à la fin
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- de l’année? Que feva-t-on des planches ayant servi à leur tirage? —Nous n’en savons rien. La création de fortes valeurs de 1 à 5 dollars (5 à 25 fr.), lorsque le 90 cents (ifr. 50) avait été, jusqu’à présent, juge suffisant pour assurer les affranchissements
- importants, nous fait supposer que M. Wanamaker n’a pas omis de tenir compte de l’appoint des collectionneurs, pour solder les frais de sa série.
- Du reste, M. Walcott, sénateur du Colorado, ne s’est pas géné de le dire en pleine séance du Sénat,
- Nouveaux timbres-poste des États-Unis d’Amérique.
- le 21 janvier dernier. Dans un discours humoristique, M. Walcott ridiculisa l’idée mercantile du directeur général des Postes, « qu’un gros bénéfice serait retiré de la vente des timbres-poste aux collectionneurs ». L’honorable orateur compare ces timbres à des « caricatures volumineuses » ; la vie est trop courte, dit-il, pour perdre son temps à lécher ces
- « emplâtres ». 11 termine par une péroraison énergique en demandant leur suppression.
- Quoi qu'il en soit, l’émission américaine, séduisante malgré ses défauts, sera recherchée, et fera, pendant de longues années, la joie des collectionneurs. Géo. P. Grignard.
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- L’ÉPINGLE DE NOURRICE DANS L’ANTIQUITÉ
- Si l’aiguille, comme le dit Legouvé, est la meilleure amie des jeunes filles, on peut dire que l’épin-
- gle est un objet indispensable aux femmes en général et aux nourrices en particulier. On sait que
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- Fig. 1 à 13.— Les fibules antiques. — 1. Fibule îles terramares.— 2. Fibule du Pieénum.—3. Fibule de Hongrie.— 1. Épingle de Hallstatt. — 5. Serre-plis de llallstutt. — 6. Épingle de la palalitle d’Attersee. — 7. Fibule de Crète. — 8. Fibule d’Olympie. — 9. Fibule grecque. — 10,11 et 12. Fibules athéniennes. — 13. Fibule de la Campagne romaine.
- pour l’usage de ces dernières ou plutôt de leurs « poupons », on a fabriqué des épingles spéciales à ressort et dont la pointe est protégée par un appendice, destiné à ne pas leur permettre de blesser. On est assez tenté de croire que ces fibules, c’est ainsi qu’on les appelait quelquefois, sont des
- instrùments d’invention toute récente, des produits, de la civilisation dont nous sommes si fiers. Eh bien, point! Les fibules sont extrêmement .anciennes et datent de l’époque du bronze. La forme la plus ancienne que l’on rencontre (fig. 1) a été trouvée dans la terramare de Porretta (Bolonais) ; comme il
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- est facile de s’en rendre compte par le dessin que nous en donnons, cette fibule est presque identique à celle d’aujourd’hui. Près de Tolfa, dans le Picénum, on a trouvé une fibule également très ancienne (lîg. 2), dont l’arc est un peu aplati. Il ne faudrait pas croire que l’on ne rencontre ces instruments que dans une région très circonscrite. Voici, par exemple (lig. 5) une épingle trouvée en Hongrie et qui diffère fort peu du modèle des terramares.
- Les fibules anciennes ne se montrent pas toujours avec cette forme coudée avec un ressort, comme on le voit par l’épingle dite à bouterolle de Ilallstatt que nous représentons (fig. 4), à côté de laquelle on a trouvé un petit serre-plis (lîg. 5). A Attersee en effet et en plusieurs autres localités, le modèle le plus commun que l’on recueille dans les restes de Page du bronze est une épingle ordinaire (fig. 6) dont la tête est élargie, creuse et renferme un fil. M. Ing-vald Undset, à qui nous empruntons ces détails, suppose que ce fil servait à fixer l’épingle, mais la chose n’est pas très certaine.
- La forme de fibule la plus ancienne était surtout un objet utile. Mais bientôt, la coquetterie s’en mêlant, on en lit un instrument à la fois utile et agréable. Il est curieux de noter que ce but fut atteint de trois manières différentes : 1° la parure porta sur l’arc qui forma des torsades, comme en Crète (fig. 7), des renflements, comme en Grèce (fig. 9), ou même s’enrichit de perles, comme à Olympie (fig. 8) ; 2° d’autres fois l’ornement fut localisé dans la plaque qui protège la pointe de l’épingle et qui prit des proportions énormes : ces modèles sont très communs en Grèce ; nous en figurons trois curieux modèles trouvés à Athènes (fig. 10, 11 et 12) et dont la plaque est garnie de dessins plus ou moins artistiques; 5° enfin on a trouvé dans la Campagne romaine une fihule, où l’ornement est un appendice accessoire, suspendu à l’épingle (fig. 15) et, on le voit, fort différent des modèles grecs.
- Celte petite étude nous montre une fois de plus qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
- Hemu Coupin.
- NÉCROLOGIE
- Alphonse de Candolle. — Un éminent botaniste suisse, né à Paris en 1806, M. Alphonse de Candolle, est mort à Genève dans les premiers jours de ce mois. Il avait fait la plus grande partie de ses études en cette ville, y avait pris son doctorat en droit en 1829, puis, s’adonnant exclusivement à l’étude des sciences, y avait professé la botanique pendant près de vingt années. Fils du célèbre Augustin de Candolle, qui avait eu l’honneur de fixer, après Linné et Jussieu, fa classification botanique, Alphonse de Candolle ne se contenta pas de suivre son père dans le chemin que celui-ci avait frayé. Il en ouvrit un autre et fut un des fondateurs de la géographie botanique. Le défunt avait été nommé officier de la Légion d’honneur en 1862 et élu, le 15 juin 1874, associé étranger de l’Académie des sciences de l’Institut de France, en remplacement d’Agassiz. 11 était également correspondant de la Société royale d’Angleterre, membre d’un
- grand nombre d’autres sociétés savantes, docteur des universités de Bâle, Heidelberg, Cambridge et Oxford. Il avait présidé les congrès botaniques internationaux de Londres en 1866, et de Paris en 1867. Enfin, il avait siégé pendant plusieurs années dans le grand-conseil du canton de Genève. Voici la liste des principaux ouvrages deM.de Candolle : Monographie des campanulées (1850), Introduction à l'étude de la botanique (1854-5); Géographie botanique raisonnée (1855); Lois de la nomenclature botanique (1867); el Nouvelles remarques sur la nomenclature (1885), enfin une Histoire des sciences et des savants depuis deux siècles (1875), sans parler de nombreuses études parues dans des revues scientifiques et dont quelques-unes furent réunies en volume, notamment l'Origine des plantes cultivées (1885).
- CHRONIQUE
- Le sifflet des locomotives. — Notre savant confrère Henri de Parville a publié, dans une de ses récentes chroniques du Journal des Débats, une intéressante histoire du sifflet des chemins de fer. Nos lecteurs la liront avec intérêt. « Tout a son histoire..., dit M. de Parville, même le sifflet de nos locomotives. Quelle est l’origine du sifflet des locomotives ? Au commencement de l’année 1855, la machine Samson, du chemin de fer de Leicester à Swannington, rencontra une charrette attelée d’un cheval au passage à niveau de Thornton. Celte charrette était chargée de beurre et d’œufs pour le marché de Leicester. Le mécanicien ne disposait, comme signal d’avertissement, que de la corne à main en usage à l’époque, et la charrette, avec son contenu, fut culbutée. L’accident fit certain bruit. M. Ashlen Bagster, directeur du chemin de fer, alla le même jour à Alton Grange, où résidait Georges Stephenson, qui était à la fois un des administrateurs et le plus fort actionnaire de la ligne, pour lui parler de l’affaire. Bagster demanda si l’on ne pouvait pas mettre sur la machine un sifflet que ferait marcher la vapeur. (( L’idée est très bonne, répartit Stephenson, « et il faut faire un essai. » Le premier sifflet fut établi par un fabricant d’instruments de musique du pays, et donna un si bon résultat que le Conseil d’administration du chemin de fer décida d’établir de pareils sifflets sur toutes les machines de la Compagnie. Il fallut d’abord payer le cheval, la voiture, 50 livres de beurre et 80 douzaines d’œufs cassés. Le sifflet actuel doit donc son origine à 960 œufs brisés. Félix qui jiotuit rerum co-gnoscere causas. Puis on fit émettre un règlement interdisant sévèrement la circulation des locomotives qui ne seraient pas munies d’une trompette à vapeur. Il s’agissait alors, en effet, plutôt d’une trompette que d’un sifflet proprement dit. Mais rapidement, à cette sorte de trompe on substitua le sifflet actuel. A quelle époque précise? Nous ne savons exactement, mais, dès 1856, un dessin de locomotive montre le sifflet tel que nous le connaissons. Et de fait les locomotives de notre premier chemin de fer, le chemin de fer de Saint-Germain, étaient munies du sifflet en 1857. Zerah Colburn 1 dit, de son côté, que cet instrument a été introduit sur les locomotives sous sa forme actuelle, par M. Fyfe,chef du service des machines au chemin de fer de Liverpoolà Manchester, en 1855. Un ouvrier de la maison Scharp Roberts, de Manchester, nommé Thomas Turner, ayant été faire un montage aux forges de Dowlais, dans le pays de Galles, y remarqua un
- 1 Locomotive Engineering. Glascow, 1864.
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- sifflet actionné par le flotteur d’une chaudière à vapeur. Il en prit un croquis, d’après lequel M. Fyfe exécuta les sifflets qu’il appliqua aux locomotives. On a donc simplement fait, ici encore, un emprunt aux machines lixes, comme les machines à vapeur elles-mêmes avaient emprunté le régulateur à force centrifuge aux moulins à farine. Les premiers sifflets consistèrent en un timbre cylindrique très haut, à fond plat, analogue aux sirènes à ton grave des bateaux à vapeur. Un peu plus tard, on remplaça ce timbre cylindrique par le timbre hémisphérique à ton aigu. On ne rencontre plus guère la première forme atténuée que sur les locomotives américaines. Telle est, brièvement, l’origine des sifflets avertisseurs des locomotives de nos chemins de fer. »
- La plus ancienne ligne allemande de chemins de fer. — Cette ligne, premier maillon d’une chaîne de près de 42000 kilomètres de développement actuel, est la ligne de Nuremberg-Fürth, ouverte le 7 décembre 1855, après huit mois employés à sa construction. Un correspondant de bon, M. le Dr Justus Jehenhaiiser, fournit quelques détails assez curieux sur son exploitation. Les promoteurs du projet rencontrèrent de grandes difficultés et une opposition formidable, lorsqu’ils voulurent s’attacher Robert Stephenson à titre d’ingénieur-conseil aux appointements de 20 000 francs par an, y compris ceux d’un mécanicien et d’un interprète. L’affaire allait manquer, lorsqu’un ingénieur bavarois, Paul Denis, nouvellement revenu d’Amérique et moins exigeant sur la question d’émoluments, supplanta le personnel anglais. De 1855 à 1860, par raison d’économie (sic), la traction était effectuée le matin avec des chevaux, et l’après-midi à la vapeur. Jusqu’en 1847, le nombre de trains à traction animale fut supérieur à celui des trains à traction mécanique; ce n’est qu’en 1860 que la traction animale disparut complètement. La compagnie de chemin de fer à Nuremberg-Fürth peut revendiquer l’honneur, peu enviable, d’avoir payé un salaire [dus élevé à son mécanicien qu’à son directeur ; celui-ci recevait 2500 francs par an, l’inspecteur de la ligne 1500 francs, chaque receveur des bureaux terminus 1000 francs et le mécanicien 3000 francs. Malgré la concurrence d’un tramway établi en 1880, la compagnie de chemin de fer est toujours florissante et paye un dividende de 21 pour 100. Les recettes annuelles sont de 500 000 fr. et le fonds de réserve atteint 1600 000 fr., le capital social étant de 200000 francs seulement.
- Floraison du (( Victoria regin » à Vienne. —
- Les visiteurs affluent dans le beau parc de Schônbrunn, près de Vienne, pour contempler un fait intéressant. D’après la Revue des sciences naturelles appliquées, le 0 novembre dernier, le Victoria regia étalait sa seconde fleur; une troisième s’ouvrira prochainement. On a renversé l’une des onze feuilles qui ornent cette plante pour montrer mieux la remarquable structure de sa face inférieure. Le renflement de ses nervures atteint deux pouces d’épaisseur et donne à la feuille une résistance extraordinaire. Avec la plus grande, on vient de renouveler l’expérience en la chargeant de briques d’un poids total de 52 kilogrammes. Ce ne fut qu’au trente-troisième kilogramme que la feuille commença à céder dans son milieu. On sait que le Victoria royal appartient au groupe des Nymphéacées. Il est originaire des grands fleuves du Brésil et de la Guyane. Ses graines nourrissantes sont connues sous le nom de Maïs d'eau.
- Les Copaïers. — Les copaïers, dont M. L. Guignard, l’éminent professeur de l’École de pharmacie de Paris,
- vient de faire connaître la structure de leurs canaux sécréteurs, constituent le genre Copaifera et appartiennent à la famille des Légumineuses-Césalpiniées1. Ce sont des arbres d’assez grande taille, presque tous originaires de l’Amérique tropicale. Leurs feuilles sont alternes et paripennées. L’inflorescence est une grappe composée. Les fleurs, régulières, ne possèdent pas de corolle; le calice est à quatre pièces. Le fruit est une gousse et ne contient qu’une seule graine. On croyait autrefois que le copahu du commerce était produit par le Copaïer officinal, qui existe surtout au Vénézuela et dans la’Colombie; il donne en effet une huile résineuse* opalescente, importée quelquefois en France, mais de qualité très inférieure. Le vrai copahu est produit par un arbuste brésilien, le Copaifera Langsdorffii. Get arbre croît en abondance dans l’île de Maranhon et à Fernambouc; la substance que l’on en retire est envoyée en Europe par le Portugal. Le procédé d’extraction de l’oléo-résine est très analogue à celle de la résine de nos pins. On pratique à la base de l’arbre une très large entaille qui pénètre jusqu’au cœur; Si cette ouverture a été faite à un mauvais moment, on la bouche avec de l’argile, que l’on enlève quelques jours après. Au contraire, si l’arbre est bien en état, la résine coule en abondance et on la reçoit dans des pots de terre : il paraît qu’on peut ainsi en recueillir plusieurs kilogrammes en quelques heures. Parfois, comme cela se produit aussi chez l’arbre à camphre de Bornéo, la résine s’accumule dans l’arbre sain, dans certaines cavités qui bientôt sont distendues énormément. Lorsque ces réservoirs sont pleins à saturation, si l’on peut s’exprimer ainsi, ils éclatent en produisant un bruit très fort. « C’est, dit M. Spruce, un de ces bruits étranges qui quelquefois troublent le silence des vastes solitudes de l’Amérique autrale. Il ressemble à la détonation d’un canon tiré à quelque distance et est tout à fait distinct du craquement d’un vieux tronc qui tombe en décrépitude. » Le copahu, employé contre l’inflammation de certaines muqueuses, associé généralement au poivre cubèbe, est une huile contenant une résine en solution ; c’est un liquide visqueux, translucide, généralement jaunâtre, d’une odeur aromatique et d’une saveur âcre. IL C.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 avril 1893. — Présidence de M. Lœvy
- L'amiral Paris. — Aussitôt après la lecture du procès-verbal et le dépouillement de la correspondance, M. Lœwy annonce en termes émus la mort de l’amiral Paris, membre de la section de géographie et de navigation. Il estime que le moment n’est point encore venu de retracer cette vie si bien remplie, et de louer les services rendus au pays. Laissant à d’autres ce soin, il propose de lever la séance en signe de deuil. L’amiral Paris avait été appelé à l’Institut en 1865 et au Bureau des longitudes en 1865; sa mort ouvre donc une double vacance. La place qu’il occupait au Bureau des longitudes revient de droit à un représentant du Département de la marine, mais l’Institut reste maître de son choix.
- A. de Candoile. — Au début de la séance M. le secrétaire perpétuel avait annoncé la mort d’Alphonse de Can-dolle célèbre botaniste suisse, membre associé de l’Institut de France depuis 1851. Alphonse de Candoile, fils d’Augustin-Pyrame de Candoile, savant d’un très haut
- 1 11 paraît, mais le fait est douteux, que c’est le Copaifera bracleala qui donne le bois d’amarante violet du commerce.
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- mérite également comme botaniste, se signala au début de sa carrière comme juriste et polémiste financier. Il publia de nombreux Mémoires de jurisprudence et de matière financière; mais il abandonna bientôt ses premières études pour se livrer à la botanique. Il succéda à son père comme professeur de botanique et directeur du jardin botanique de Genève. Ses principaux ouvrages sont énumérés dans la Notice nécrologique publiée précédemment (p. 518). Ch. de Villedeuil.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE 1 VOYAGE d’une PIÈCE DE MONNAIE
- Une pièce de cinquante centimes, marquée, est placée dans une boîte rectangulaire d’où, instantanément, elle passe dans une autre boîte ronde à laquelle on ne parvient qu’après en avoir ouvert success i v e m e n t sept ou douze, de plus en plus petites, et renfermées les unes dans les autres.
- Notre figure 1 montre comment la pièce tombe de la boîte où elle a été déposée, dans la main du prestidigitateur, par l’un des petits côtés qui est adhérent au couvercle, ce que personne ne remarque, et laisse par conséquent une ouverture quand celui-ci est tiré. Les spectateurs cependant sont persuadés que la pièce est encore dans la boîte que l’on agite, car ils croient l’entendre se heurter contre les parois, grâce au petit mécanisme que montre notre ligure 2.
- On y voit en A la partie inférieure d’un premier fond; l est une petite lame de métal, mobile horizontalement sur un axe vertical formé d’un petit clou et qui la traverse tout près de l’un de ses bouts, tandis que l’autre extrémité parcourt le trajet marqué par un pointillé, quand on secoue la boîte de droite à gauche; r est un ressort qui a pour but d’écarter la partie correspondante du second fond de la boîte, mobile par un mouvement de bascule sur un axe horizontal qui le partage en deux parties inégales dans le sens de sa longueur ; on voit en B (fig. 2) une coupe verticale du double fond qui n’a point partout la même épaisseur, et de la boîte. Dans ces conditions, sous l’action du ressort, le
- ' ' Suite. — Voy. n° 1055, du 1« avril 1893, p. 288.
- grand côté de ce deuxième fond vient appuyer sur la petite lame de métal et la rend immobile, même quand on secoue la boîte que, pour plus de sûreté, on saisit alors en appuyant le pouce au point I), les autres doigts étant en dessous; si, au contraire, la boite est tenue par le côté opposé, et les doigts appuyés de manière à faire fléchir le ressort et basculer légèrement la planchette, la lame de mêlai, mise en liberté, produit, en battant contre les côtés de la boîte, le même bruit que ferait la pièce de monnaie si elle y était renfermée. Ajoutons que ce deuxième fond est recouvert extérieurement d’un rectangle de drap noir collé tout autour, bien tendu, sur la tranche des quatre côtés verticaux de la boîte. Pendant qu’on croit entendre la pièce dans cette boite, le prestidigitateur va chercher la seconde, qui, comme nous l’avons dit, en renferme un certain nombre d'autres, et que notre figure 3 montre
- en coupe ; mais d’avance, tous les couvercles d’une part, toutes les boîtes à côté, ont été placées les uns dans les autres, ce qui permet de fermer toutes celles-ci d’un seul tour de main, après avoir la pièce dans la boîte du milieu, la plus petite. On opère ainsi que le montre notre figure 4, en retenant les couvercles avec le médius de la main droite; pourqu’ils s’adaptent parfaitement sur leurs boîtes respectives, on secoue légèrement le tout et l’on frappe, au besoin de la baguette magique, quelques coups sur le côté de la boîte extérieure, comme pour la désigner aux spectateurs.
- La boîte rectangulaire est alors saisie de manière à ne plus faire entendre aucun son, et aussitôt ouverte pour montrer qu’elle est vide; puis les sept ou les douze boîtes rondes sont ouvertes l’une après l’autre.
- Les spectateurs, en présence de tout le temps nécessaire pour cette opération, ne peuvent comprendre par quel prestige il a été possible de faire passer aussi rapidement au milieu de toutes ces boîtes la pièce de monnaie qui n’a pu être changée : le signe dont elle avait été marquée en fait foi.
- — A suivre. — MaGUS.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanuiku.
- • Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
- Escamotages divers d’une pièce de monnaie.
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- N° 1058. — 22 AVRIL 1893.
- SERPOLLET)
- Fig. 1. — Expérience du chariot d’artillerie à vapeur de il. Serpollet exécutée à Paris le 2 avril 1893. (D’après une photographie de M. J. Ducom.)
- Depuis 1888, c'poque à laquelle M. Serpollet fit connaître son générateur de vapeur à* production instantanée1, l’inventeur s’est occupé à développer ses applications, principalement pour la traction des véhicules de toutes sortes pour lesquels ce générateur est si heureusement approprié. Après le vélocipède, le phaé-ton, puis des voitures à six et huit places, en attendant les omnibus et les tramways actuellement en construction.
- Mais les succès obtenus dans la construction des voitures légères destinées
- les assouvir, et il s’attaque aujourd’hui à des difficultés devant lesquelles il eût reculé il y a seulement quelques années. , La voiture que M. Serpollet vient de terminer pour le service de l’artillerie, et dont nous offrons la primeur à nos lecteurs, résout un problème d’une grande importance et prouve la possibilité du transport mécanique des plus lourdes charges sur les
- Fig. 2. — Chariot d’artillerie à traction à vapeur. — Coupe et plan. — a. Moteur. — b. Générateur. — c. Réservoir à eau. — d. Direction. — e. Levier de la pompe de mise en marche. — f. Levier de commande de changement de marche. — g. Pompe de mise en marche. — h. Coffres à charbon.
- au transport des voyageurs n’ont fait qu’exalter les ambitions de l’inventeur au lieu de
- 1 Voy. n° 794, du 28 août 1888, page 177. 21° année. — 1er semeslre.
- routes ordinaires, même mal entretenues.
- Voici dans quels termes se posait le problème :
- Rendre automoteur un chariot de grandes dimensions pouvant contenir un chargement en munitions ou en marchandises d’un poids de 1500 kilogrammes, et capable, avec cette charge, de fournir un par;
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- cours de 40 kilomètres, sans arrêt, à une vitesse moyenne de 8 kilomètres à l’heure, quel que soit l’état des routes, rampes comprises. Ce même chariot devait pouvoir en remorquer un deuxième à sa suite, chargé, celui-ci, de 5000 kilogrammes de poids utile. Avec cette nouvelle charge, la vitesse ne devait être, en moyenne, que de 4 kilomètres par heure.
- Utiliser dans ce hut un chariot existant déjà, l’adaptation devant se faire sans rien changer à l’aménagement du véhicule, en conservant le système d’avant-train ordinaire et en remplaçant le timon par un autre organe de commande.
- L’expérience acquise par M. Serpollet dans la construction des nombreux types de voitures automobiles déjà réalisés, lui a permis de répondre d’une manière complète à tous ces desiderata. Il fallait pour cela employer un appareil moteur extrêmement robuste et relativement très puissant en même temps que très léger. La puissance moyenne à développer pour une allure de 15 kilomètres à l’heure correspond à 15 chevaux, mais, à cause des coups de collier pour les démarrages, dans les chemins mal entretenus, dans les empierrements ou dans les rampes, le moteur devait pouvoir produire jusqu’à 40 chevaux.
- Pour atteindre sa puissance moyenne, le moteur travaille à la pression de 5 kilogrammes par centimètre carré, mais ses organes ont été étudiés pour pouvoir supporter des pressions atteignant 25 atmosphères.
- Le générateur employé est de 15 chevaux, mais à cause de son élasticité de production, il peut instantanément, dans les passages difficiles, quintupler momentanément sa puissance, et donner un coup de collier dont les chevaux les plus robustes seraient absolument incapables.
- Le schéma (fig. 2) montre le chariot de parc suspendu et les dispositions de l’adaptation mécanique qui l’ont transformé en voiture automobile à vapeur. Le moteur a été placé à l’arrière et sous le plancher de la voiture. Il est à deux cylindres et à changement de marche par coulisse de Stephenson; le diamètre des pistons est de 0m,150, leur course est aussi de 0m,130; la grande admission est à 70 pour 100. Le moteur commande les deux roues motrices au moyen de chaînes d’un système tout spécial, reliées aux roues motrices par un arbre intermédiaire à deux rapports de vitesse. Cet arbre porte le mouvement différentiel.
- Les deux rapports sont destinés à servir, l’un pour la marche avec la voiture automotrice seule, et l’autre lorsque la remorque est attelée.
- Le moteur ainsi placé est très accessible, soit pour le graissage, soit pour la visite des organes. En outre, il donne, par son poids placé au-dessous de l’essieu, une stabilité parfaite à la voiture. Il est enveloppé et bien à l’abri de la poussière. Les coffres à eau placés sous le plancher en contiennent une provision suffisante pour un parcours moyen de
- 40 kilomètres. Le générateur disposé à l’avant de la voiture est composé de 24 tubes en barres droites de 0in,55 de longueur.
- Grâce aux perfectionnements apportés dans la fabrication des générateurs, son poids ne dépasse pas 450 kilogrammes, ce qui correspond à une puissance spécifique des plus remarquables, et sa mise en pression n’exige que quinze à dix-huit minutes.
- Kien n’a été changé dans la forme de la voiture ; le conducteur est placé à l’avant, sur le siège qu’occupait auparavant le cocher. Il a à côté de lui : à droite, le levier de la pompe de mise en roufe et le levier de changement de marche; à gauche, le régulateur d’admission d’eau au générateur. La direction se commande par un volant. Le frein est du système Lemoine, commandé par une pédale.
- Comme on peut en juger par la reproduction de la photographie que nous en donnons (fig. 1), cette voiture n’a rien de disgracieux ; quant à sa facilité d’évolution, elle est aussi grande que celle des autres voitures et supérieure à celle du véhicule remorqué par des chevaux. Les chiffres relevés dans différents essais, sur plusieurs étapes de 40 kilomètres, ont fourni les résultats moyens suivants : vitesse, 14 kilomètres à l’heure ; charbon dépensé, 2ks,5 par kilomètre; eau, 15 kilogrammes.
- Des rampes de 15 pour 100 ont été gravies sans aucune difficulté, la voiture ayant alors un poids total de 4500 kilogrammes. Ces chiffres amènent naturellement une comparaison avec la fraction au moyen de chevaux. La dépense en combustible pour un trajet de 40 kilomètres, en'comptant le charbon à 40 francs la tonne, est de 4 francs; ajoutons 50 centimes pour le graissage, on n’arrive pas à 5 francs pour transporter 1500 kilogrammes à une distance de 40 kilomètres.
- Que l’on compare cette dépense à celle qu’entraînerait le nombre de chevaux nécessaires pour accomplir le même trajet dans le même temps, et l’on verra que la première n’est pas le tiers de la seconde. En outre, lorsque la voiture automotrice a parcouru 40 kilomètres, il suffit de renouveler sa provision d’eau et de combustible pour qu’elle recommence immédiatement un semblable trajet. Il serait impossible de demander aux chevaux la répétition d’un pareil travail.
- Le succès de cette tentative a permis d’entreprendre la construction de plusieurs omnibus à douze places destinés à relier entre eux des villages privés de moyens de communication réguliers et rapides. Ces omnibus sont déjà en construction et nous espérons avoir prochainement l’occasion d’en entretenir nos lecteurs.
- Le générateur Serpollet, maintenant qu’on est arrivé à le construire pour des puissances de 20 chevaux, donne une solution économique simple et pleine de sécurité pour la traction des tramways où le problème à résoudre est bien moins complexe que dans la voiture automobile de lourds transports,
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- et il ne tardera pas à entrer en lutte avec les autres procédés de traction employés dans le même but : chevaux, électricité, câbles, air comprimé, eau chaude, gaz d’éclairage et ammoniaque.
- Nous suivrons avec intérêt les progrès et les développements d’une invention remarquable à tous égards, et dont, lors de ses débuts difficiles, nous avons été un des premiers admirateurs.
- E. Hospitalier.
- LE DÉDOUBLEMENT DES COMÈTES
- Une fois déjà, en 1846, presque sous les yeux des astronomes, une comète, celle de Biéla, s’était partagée en deux. On se doutait que des accidents analogues étaient arrivés à d’autres astres de la même espèce, mais voici ce qu’il y a de plus remarquable à cet égard.
- Le 6 juillet 1889, le célèbre astronome E. E. Barnard découvrait, à l’Observatoire Lick, au Mont-Hamilton de Californie, une nébulosité qui, le 7 juillet, avait franchement l’apparence d’une comète de faible éclat, avec un noyau d’une minute d’arc de diamètre et une petite queue de 10 secondes d’are. Elle ne présenta rien de particulier pendant le reste du mois.
- Le 1er août, M. Barnard lui vit deux petits compagnons nébuleux qui, le lendemain, avaient évidemment marché avec la comète. Le 5 août, il les observait dans la lunette de 56 pouces, où les trois objets formaient un beau groupe, chacun des petits compagnons ayant une faible tète et une queue très frêle, présentant ainsi deux parfaites miniatures de la plus grande, celle-ci avait alors une queue légèrement en éventail d’un quart de degré de longueur. Aucune trace de nébulosité ne se voyait entre les comètes.
- Le 4 août, deux nouveaux compagnons s’apercevaient nettement, seulement le dernier était un peu vague et n’a pu se prêter aux mesures.
- Il y a de plus en plus chance d’identité entre cette comète et la fameuse comète de Messier de 1770, appelée depuis la comète perdue de Lexell qui, en 1779, s’est approchée tellement de la planète Jupiter, que son orbite en a été totalement changée. M. Chandler a montré par le calcul que celle qui nous occupe maintenant, avec ses compagnons bizarres, est passée le 20 mai 1886, à une distance du centre de Jupiter égale à 9 diamètres de la planète, c’est-à-dire entre le troisième et le quatrième satellite, bien plus près même du troisième que du quatrième.
- M. Barnard a encore pu apercevoir avec la grande lunette du Mont-Hamilton la comète en question le 21 novembre 1890. Il a exprimé la possibilité de la revoir à toutes les époques de sa révolution. Ce serait bien important, car après être revenue, sans trouble sérieux, en 1896, 1905, 1910 et 1917, elle doit repasser en 1921, dans le voisinage de la grosse planète qui a alors sur ce petit corps une influence supérieure à celle du Soleil lui-même. On conçoit les excellents renseignements qu’un pareil astre peut donner sur la marche de la matière dans notre système solaire. J. Vinot.
- LE TÉLMJTOGRAPHE
- Comme l’étymologie de son nom l’indique, le télautographe est un appareil destiné à reproduire 1 écriture à distance. La première solution de ce pro-
- blème est relativement moderne, car les télégraphes de Caselli, de Lenoir et de Meyer, qui ont précédé la plume électrique deCowper1, de 4879, n’étaient pas des télautographes, au sens rigoureux du mot, mais bien des appareils reproduisant des dessins à distance.
- La plume électrique de Cowper était, on se le rappelle, constituée par un transmetteur et un récepteur placés à distance et reliés par des conducteurs électriques qui leur communiquaient des déplacements synchroniques et géométriquement identiques ou proportionnels. En écrivant avec le transmetteur sur une bande de papier se déroulant avec une vitesse uniforme, on traçait sur le récepteur les mêmes caractères sur une seconde bande de papier se déroulant dans le même sens relatif d’un mouvement également uniforme.
- Cet appareil ingénieux présentait, au point de vue pratique, de graves inconvénients : il obligeait le correspondant à écrire sur une bande de papier qui se déroule, opération qui ne va pas sans un certain apprentissage; il ne permettait d’écrire que sur une bande étroite, rendant toute correction et tout changement impossible; il traçait, enfin, un trait continu, donnant ainsi à l’écriture une allure générale à laquelle nous ne sommes pas habitués.
- Une compagnie s’était formée en Amérique, il y a quelques années, pour exploiter l’invention de Cowper simplifiée et rendue plus pratique, mais en laissant subsister tous les inconvénients que nous venons de signaler ; le succès n’a sans doute pas répondu aux espérances de ses promoteurs, car nous n’en avons jamais plus entendu parler.
- L’appareil que nous présente aujourd’hui M. le professeur Elisha Gray, est un immense pas en avant dans la solution du problème, car le télautographe permet d’écrire sur une feuille de papier immobile, d’avancer et de reculer, de se reprendre, d’effacer, de couper les mots, enfin de reproduire à distance tous les mouvements que produit l’écrivain sur son papier. C’est, en un mot, la solution générale d’un problème, dont la plume électrique de Cowper ne résolvait qu’un cas très particulier.
- Les renseignements qui nous parviennent, sont trop généraux et trop sommaires pour nous permettre de décrire l’invention en détail; nous nous contenterons de mettre sous les yeux de nos lecteurs l’aspect de l’appareil transmetteur où l’on écrit (fig. 1), et le récepteur, où l’écriture est reproduite (fig. 2); nous publions en outre un spécimen réduit des résultats obtenus (fig. 3). Nous nous réservons de donner une description complète de l’appareil, en utilisant les renseignements que M. le professeur Gray a bien voulu nous promettre de nous fournir prochainement. Signalons cependant quelques particularités intéressantes et originales du système. Comme l’appareil écrivant du poste transmetteur, ne joue aucun rôle dans la transmission, on peut se servir d’une pointe
- 1 Yoy. n° 511, du 17 mai 1879, p. 572.
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- quelconque : un crayon, un stylographe ou même un cure-dent. Au poste récepteur, la plume doit être très le'gère pour pouvoir suivre rapidement tous les mouvements; on fait usage d’un tube de verre effilé à son extrémité, et rempli d’une encre très fluide.
- Lorsque la partie de la bande indéfinie de papier sur laquelle on écrit, est couverte, on la fait avancer d’une certaine quantité, comme pour la ma-
- Fig. 1. — Le télautographe : transmetteur.
- cbine à écrire lorsqu’on change de ligne. Dans le type actuel, la surface disponible sur laquelle on écrit sans déplacer le papier, a 62 millimètres de largeur et près de 40 centimètres de longueur.
- Malgré la complexité de ses organes, le télautographe est un appareil appelé à un usage général, un appareil populaire, pouvant être manipulé par quiconque sait tenir une plume. Dans l’esprit de son inventeur et de ceux qui préparent son exploitation,
- Fig. 2. — Le télautographe : récepteur.
- il s’agirait d’établir des réseaux et des bureaux centraux télautographiques à l’instar des bureaux téléphoniques actuels, avec des avantages spéciaux, tels que l’inviolabilité, le caractère essentiellement secret et permanent des messages, ainsi que la possibilité de transmission, même en l’absence du destinataire. Quant à la rapidité, elle n’est limitée que par l’habileté de l’écrivain ; elle a pu atteindre trente et jusqu’à trente-cinq mots par minute.
- Par l’emploi possible de relais, la distance de transmission des messages télau-tographiés, semble être illimitée, et l’on entrevoit l’époque où un banquier de New-York signera un chèque à San-Franciseo aussi rapidement qu’il communique aujourd’hui avec son correspondant par les procédés télégraphiques ordinaires.
- Quel est l’avenir pratique et industriel réservé au télautographe? Dans l’état actuel des choses, il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de le prévoir.
- Comme le fait remarquer avec raison notre confrère anglais The Electrical World, le succès matériel obtenu par certaines inventions dépend en grande partie de la sagacité administrative et des
- facultés organisatrices de ceux qui les exploitent.
- Malgré toute sa valeur réelle, le téléphone n’eùtpas obtenu un développement aussi rapide s’il était tombé entre des mains moins habiles que celles qui l’ont fait valoir, tandis que le phonographe, dont on entrevoyait
- de multiples et intéressantes applications, se débat depuis longues années sans pouvoir trouver place au soleil.
- Le télautographe est une invention d’un mérite intrinsèque très réel, son succès commercial et pratique dépendra, dans une large mesure, des dispositions qui seront prises pour son exploitation.
- Notre confrère estime que le sort commercial du télautographe est tombé dans d’aussi bonnes mains que l’idée première dans celle de M. le professeur Elisha Gray, car ce dernier a su le développer et l'amener à la forme presque définitive d’une machine pratique. Les premiers appareils définitifs, expérimentés simultanément à New-York et à Chicago le 21 mars dernier, s’installent actuellement à l’Exposition, où ils constitueront, sans aucun doute, une des plus curieuses attractions. E. IL
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- Fig. 3. — Fac-similé réduit de moitié d’un message du télautographe. A gauche, transmission : à droite, reproduction au récepteur,
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- UN ASILE POUR LES CHIENS
- PRÈS DE PARIS
- Il faut reconnaître que la race anglo-saxonne est beaucoup plus pitoyable aux animaux que la race celtique. C’est à l’imitation de ce qu’avaient fait depuis longtemps les Anglais qu’ont été créées en France les Sociétés protectrices des animaux. Depuis plus de trente ans il existe à Londres un asile pour les chiens et nous n’avions encore rien de pareil en France, sur la même échelle tout au moins; en effet, cet asile ouvert aux chiens abandonnés, le Dog's Home, est l’un des établissements charitables les plus
- prospères de Londres; il s’est encore enrichi, l’année dernière, d’un legs de 25 000 francs fait par un ami des chiens. Ses ressources, qui s’accroissent ainsi chaque année, lui ont permis de recueillir, en 1891, 15 121 chiens abandonnés; sur ce nombre 5225 ont été réclamés ou vendus; 676 chats seulement ont trouvé asile dans la maison : 185 y ont été placés comme pensionnaires payants par leurs propriétaires. Aucun cas de rage n’a été signalé dans l’année. L’établissement vient d’entrer dans sa trente-deuxième année d’existence et on estime à plusieurs millions le nombre des chiens qu’il a sauvés de la misère et d’une mort cruelle pendant ce laps de temps. C’est à rendre jaloux les toutous parisiens
- Asile pour les chiens, à Garclies (Seinc-et-Oise). (D’après une photographie.)
- qui n’ont pour dernier refuge que le lit de la Seine avec une pierre au cou en guise d’oreiller.
- On est en train de construire à Philadelphie pour les chiens un hôpital qui dépassera en confortable et en magnificence celui de Berlin ; cette dernière ville possède aussi un asile de ce genre qui a un très grand développement. L’hôpital de Philadelphie constituera un modèle du genre, il sera aménagé de façon à contenir des salles de bains, des salles de clinique, des salles d’isolement pour les maladies contagieuses. Il sera chauffé par les derniers procédés connus et éclairé à l’électricité. Plusieurs vétérinaires éminents seront attachés à l’établissement sans compter un personnel administratif de premier choix.
- Enfin il existe à Londres un cimetière spécial
- pour chiens où les ladies peuvent entourer les tombes de leurs bichons chéris de toutes les marques les plus fastueuses de leurs regrets.
- En disant, plus haut, que nous n’avions rien en France d’analogue au Dog's Home de Londres, nous devons ajouter qu’une tentative est en voie d’exécution pour doter Paris d’un établissement du même genre, c’est même pour l’annoncer que nous rédigeons le présent article. Cette tentative n’est pas due à des Français, mais bien à des dames anglaises faisant partie de la Société Ladies cosmopo-litan humane Association de Londres et nous en devons la connaissance à un aimable abonné de La Nature, M. Lizeray.
- Dans son n° 1010, La Nature avait publié un entrefilet donnant sur le Dogs Home les renseigne-
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- ments transcrits plus haut. Après sa lecture, M. Li-zeray adressait à notre Directeur la lettre suivante :
- « Permettez-moi de vous dire, à propos de votre article Un asile pour les chiens, qu’il n’y a pas que Londres qui possède un semblable refuge pour les chiens errants et abandonnés. Nous avons une maison offrant l’hospitalité aux malheureux toutous égarés ou mis sur le pavé par quelqué pauvre maîtresse ne pouvant plus subvenir aux besoins de son compagnon. Faites donc savoir à tous ces intéressants enfants perdus qu’ils n’ont qu’à se diriger à grandes enjambées, de peur du sergent de ville qui les guette, à Garches, route des Quatre-Vents. Là se trouve une vaste propriété achetée tout exprès pour eux et aménagée pour en recueillir autant qu’il s’en présentera; les bons soins ne leur manqueront pas. Et comme cet établissement, commençant à être connu, reçoit pas mal de visiteurs, ces braves pensionnaires à quatre pattes ont là de grandes chances de trouver un nouveau maître qui les aimera, celui-là, car il suffit à tout amateur de venir avec un collier gravé portant nom et adresse pour remporter le toutou de son choix.
- « Cette propriété, qui a coûté plus de 40 000 francs, contient tout simplement une construction en tôles ondulées apportées de toutes pièces d’Angleterre, servant d’habitation à la directrice du refuge, Mlle Brassinne, qui aime ses pensionnaires à l’adoration.
- (i Les chiens sont logés dans une suite de chenils précédés de courettes grillagées, le tout assez vaste pour contenir une centaine d’habitants et plus.
- « Les frais de celte installation ont été faits il y a six mois par un Comité de dames anglaises, résidant à Londres, et n’ayant d’ailleurs pas encore vu leur œuvre. Au moyen des deniers recueillis tant en Angleterre qu’en France, il est pourvu à l’entretien de cet établissement qui a encore à faire pour être parfait.
- « Certes l’idée qui a présidé à cette œuvre est louable, mais il est bien fâcheux que ce soient des Anglaises qui l’aient mise en pratique. Et puis, si intéressant que cela puisse être, combien cela le serait davantage si cette belle propriété, tout cet argent dépensé et ces soins si tendres, si maternels, si tout cela était consacré à élever quelques malheureux enfants délaissés, bien autrement intéressants que tous ces pauvres toutous vagabonds !
- « Je vous remets ci-jointe une petite brochure qui m’a été donnée là-bas et qui vous indiquera les noms des dames fondatrices. »
- La brochure dont parle M. Lizeray est le premier rapport publié sur les résultats obtenus par le Dog's Home de Paris, succursale de celui de Londres organisé par la Ladies cosmopolitan humane Asso-ciation, qui est composée de MM. Adlam, miss Caroline Barnard, miss Bishop, Mmo Van Eys, MM. Luther, Holden, miss Hughes, MM. E.-M. James, Tillbrook, miss Vernon Wentworth.
- Les patrons du Paris DoysHome sont : Mrao d’Est Davenport, Mme la comtesse Fernand de la Ferron-nays, M. le baron de Knyff, Mlle A. de Knyff, Mme la marquise de Bambure.
- Ce rapport, qui est en anglais, rend compte de la première année d’exercice, de mai 1890 à mai 1891. Auparavant, l’Association s’était occupée à recueillir des informations et des fonds. En mai 1890, elle envoya à Paris, comme agent, une dame française qui, pendant vingt-quatre ans, avait occupé à Londres une
- haute situation dans une école supérieure, Mlle Brassinne, qui s’installa modestement à Paris et s’occupa d’abord du sort des chevaux de fiacre et autres, causant avec les cochers et leur enseignant les moyens d’éviter les blessures de harnachement, puis s’adressant aux autorités pour obtenir qu’on répandît du sable et du gravier dans les rues à forte inclinaison, afin d’éviter les chutes et les glissades aux chevaux de traits ou d’omnibus.
- Puis elle s’occupa de recueillir les chiens et les chats abandonnés, pendant l’hiver rigoureux de 1890. Elle eut d’abord de grands déboires, car elle fut trompée successivement par deux gardiens à qui elle avait confié ses animaux, dont l’état de dépérissement était tel qu’elle fut obligée d’en sacrifier une dizaine atteints de maladies de peau graves, ce qu’elle fit au moyen du chloroforme. La rage aussi se déclara parmi les habitants de son refuge, ce qui nécessita une nouvelle hécatombe. Enfin, pour comble d’ennui, on ne voulut plus la loger avec ses protégés et elle fut obligée de chercher une installation hors de Paris.
- Cette installation ne fut pas commode à trouver non plus. Ce n’est que grâce à un propriétaire favorable à l’institution, qu’un vaste terrain put être acheté à Garches près de Montretout, et une maison édifiée, comme M. Lizeray l’a rapporté plus haut. La municipalité et les autres autorités ont du reste montré beaucoup de bienveillance à Mlle Brassinne, et la police conduit souvent des chiens au refuge, où ils sont parfaitement soignés, car elle a maintenant un bon et honnête gardien. Non seulement on reçoit des chiens à l’Asile, mais on donne gratuitement des conseils à ceux qui en élèvent ou qui en ont de malades ; on en donne même à ceux qui en désirent et qui présentent des garanties. Pour cela on se fait inscrire d’avance en donnant son nom et son adresse et, après renseignements pris, on est averti de venir chercher le chien en apportant un collier gravé au nom du nouveau possesseur. Mais, malgré cette cession, on ne les perd pas de vue, et Mlle Brassine va les visiter de temps en temps pour s’assurer qu’ils sont en bonnes mains.
- Les dépenses de l’Association, jusqu’au 15 mai 1891, ont été de 7976 francs. Le nombre des chiens reçus a été de 252; sur ce nombre, 94 ont été détruits, 93 placés chez des particuliers, 24 sont morts, 15 se sont'échappés, 11 ont été réclamés par leurs propriétaires et il en reste 17 à l’Asile.
- L’Association espère faire davantage dans l’avenir malgré la cherté des subsistances à Paris et dans sa banlieue. Ses recettes se sont élevées ; en donations anglaises, à 19791 francs, en souscriptions anglaises, à 298 francs; en donations françaises, à 371fr,60, et en souscriptions françaises à 52 francs (le rapport donne les noms de tous les donateurs et de tous les souscripteurs) ; le total des recettes a été de 20512 francs.
- L’asile de Garches a certainement de l’avenir et il est regrettable que le rapport, dont nous ve-
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- Traverse B.
- Tige
- nons de donner une analyse, n’ait pas e'te' publié en français et répandu à profusion; cela aurait fait connaître un établissement utile, qui existe aux portes de Paris, dont nous ignorions l’existence et que le hasard seul nous a fait connaître. P. Mégxin.
- COMPAS A TRACER LES SPIRALES
- J ai découvert un jour le singulier instrument représenté ci-dessous dans l’atelier de M. Claessens, un des meilleurs relieurs de Bruxelles. Il en ignorait complètement l’usage et disait le tenir d’un de ses anciens amis qui était géomètre. Je lui ai de'mandé de me le prêter. Après 1 avoir fait voir à plusieurs personnes qui ne parvinrent pas à en découvrir l’usage, je le portai à la Société
- d’archéologie de Bruxelles, dont j’ai 'honneur de faire partie. On de mes confrères, M. le capitaine G. Ilecq me dit : ce doit être un compas micrométrique. En le montrant comme tel à d’autres membres et en essayant d’en expliquer le maniement, je m’aperçus que ce compas devait tracer, non pas des cercles, mais des spirales. En effet, en tenant compte du tire-ligne qui a disparu, mais qui doit avoir pu s’adapter à la tige carrée mobile, on
- comprendra facilement le mouvement de l’appareil. La tige à poignée octogonale étant maiutenue immobile au moyen des deux fortes pointes qui se fixaient sur la planche de chaque côté de l’aiguille (également absente) qui devait marquer le centre, en faisant tourner tout l’appareil autour de cette lige on faisait descendre ou monter le petit guide grâce au pas de vis dont la tige est munie. Ce guide, en glissant le long du rayon de l’arc du cercle adapté à la tige mobile, écartait graduellement cette tige du centre, ou la rapprochait selon que le mouvement se faisait dans un sens ou dans l’autre. Les autres organes de l’appareil s’expliquent d’eux-mêmes pour qui connaît, si peu que ce soit, les instruments de précision.' Seule la petite roulette de cuivre placée le long de la tige horizontale près du pommeau est inexpliquée jusqu’à présent. Peut-être l’un ou l’autre des lecteurs de la Nature en découvrira-t-il l’emploi.
- Le soin avec lequel ce curieux objet est exécuté, l’attention qu’on a eue de le décorer d’élégantes moulures partout où il y avait place pour en mettre, ont porté plusieurs d’entre mes confrères de la Société à croire qu’ils se trouvaient en présence d’une pièce de maîtrise, un de ces chefs-d’œuvre que les ouvriers artistes de jadis confectionnaient avec tant d’amour. E. Michel.
- mobile C.
- Guide]
- Pièce gf manquante
- Î
- Compas à tracer les spirales.
- L’ADDUCTION DES EAUX DE L’AYRE
- A PARIS1
- Nous avons donné la description des travaux qui ont permis d’amener à Paris les eaux de l’Àvre, et nous renverrons à ce sujet nos lecteurs à nos précédents articles; l’inauguration de l’arrivée de ces eaux pures dans la capitale, a eu lieu le jeudi 30 mars, sous les auspices de M. Poubelle, préfet de la Seine, et de M. Sauton, président du Conseil municipal. Il nous paraît intéressant de donner le résumé de cette fête, et de publier ainsi le complément de nos Notices antérieures.
- Les invités fort nombreux qui avaient été convoqués à la fête d’inauguration, ont d’abord visité le réservoir de Saint-Cloud, qui ne sera rempli d’eau que lorsque les enduits intérieurs auront été faits. Ce-réservoir se composera de trois compartiments contenant chacun 100 000 mètres cubes. Le premier compartiment est seul construit. Il est couvert par des voûtes légères que préserve une couche de terre qui sera ga-zonnée. Six cents piliers isolés et cent soixante-douze culées supportent les voûtes ; la promenade exécutée au milieu de ces piliers offrait un spectacle imposant, et des verres de couleurs allumés éclairaient fort heureusement ces souterrains grandioses, le jour de l’inauguration. L’immense réservoir de Saint-Cloud recevra l’eau pure qui lui sera amenée par un aqueduc de 102 kilomètres. 72 kilomètres ont été construits à ciel ouvert, 26 kilomètres en galeries souterraines dont quelques-unes sont à plus de 70 mètres de profondeur au-dessous du sol. Nous donnons ci-contre (fig. 1) l’aspect d’une partie du grand réservoir d’après une photographie exécutée à la poudre-éclair. Il y a dans l’ensemble 600 colonnes semblables à celles qui figurent sur notre dessin. Les trois orifices que l’on aperçoit en haut de la gravure, donneront accès à l’eau pure quand le réservoir sera prêt à être rempli. Notre figure 2 montre la bâche d’arrivée telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, c’est-à-dire la chambre à laquelle se termine l’aqueduc de 102 kilomètres. Les deux plaques métalliques formant écluses sont des vannes d’arrêt placées chacune en tête des conduites.
- Après la visite du grand réservoir de Saint-Cloud, M. le préfet de la Seine a prononcé une allocution où il a résumé fort éloquemment l’histoire des eaux de Paris :
- Cette journée restera mémorable, a dit M. Poubelle. Après la Dhuis et la Yanne, l’Avre vient à son tour apporter à Paris le tribut de ses eaux. Désormais, pourvue de 260 000 mètres cubes d’eau de source par jour, la Ville pourra se dispenser de rien demander à ces eaux de la Seine, si décriées aujourd’hui, et qui ont durant des siècles suffi à son accroissement. La distribution des eaux fraîches et pures que fournissent les sources est un bienfait contemporain....
- 1 Voy. n° 997, du 9 juillet 1892, p. 87.
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- LA NATURE.
- Nous pouvons nous féliciter sans arrière-pensée dupro- | que déjà vous avez décidé de poursuivre. Quel contraste grès considérable dès à présent réalisé, en attendant ceux | entre les difficultés de l’alimentation d’eau il y a vingt
- Fig. 1. — Vue du réservoir des eaux de l’Avre. (D’après une photographie à la poudre-éclair.)
- ans à peine et les difficultés qui sont apportées aujourd’hui! A présent, le Parisien qui ouvre son robinet d’alimentation trouve tout simple d’en voir s’échapper ce liquide, qui lui arrive souvent de plus de 100 kilomètres. Il se fâche si l’eau ne coule pas aussi pure et aussi abondante que d’ordinaire.
- Espérons qu’il pense quelquefois aux travaux gigantesques qu’il a fallu exécuter pour lui procurer ce résultat si simple en apparence, du soin vigilant, de la multiplicité des manœuvres de jour et de nuit, de la somme d’efforts et de concours qu’exige le fonctionnement de cet immense outillage qui constitue le service des eaux de Paris. On s’en fera très facilement une idée exacte, si nous disons que les conduites publiques de distribution à l’intérieur de
- 2186 kilo-à Varsovie. M. Sauton, président du Conseil municipal, a également pris la parole; après avoir rendu hommage à la mémoire de M. Couche, l’éminent ingénieur des eaux qui était à la tête du service des eaux quand fut conçu le projet d’adduction qui vient d'être terminé, il fait un juste éloge du successeur de M. Couche, M. Ilumhiot, inspecteur général des ponts et chaussées. Il lui joint dans la reconnaissance publique tout le personnel municipal des eaux.
- Après avoir résumé les principales circonstances dans lesquelles les eaux de l’Avre furent ache-
- la ville de Paris mesurent, à elles seules, mètres, plus que la distance de Paris
- Fig. 2. — Vue île la bâche (l’arrivée des eaux de l’Avre. (D'après une photographie.)
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- LA NATURE.
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- I|8,S'"-r^4
- tées par la Ville de Paris, M'. le Préfet a ajouté :
- Paris dispose par jour, à l’heure actuelle.de 710000 mètres cubes d’eaux de toute nature, soit 290 litres par ha-
- bitant, alors que Londres n’en a que 155, Edimbourg 180, Vienne et Bruxelles 100, Berlin 75, Leipzig 150. Dans ce total, les eaux de source entrent pour 250000 mètres
- Fi, . 5. - Vue de la passerelle de Longchamps, qui supporte la conduite d’umeuée du réservoir de Saint-Cloud à Paris. ° Aspect des jets d’eau, ayant fonctionné le jour d’inauguration, 50 mars 1893.
- cubes, soit un peu plus de 100 litres par habitant; le Conseil municipal ne considère pas comme terminée l’œuvre qu’il a entreprise depuis 1871 et qu’il poursuit sans relâche avec le concours du service des eaux.
- La journée d’inauguration s’est terminée en allant visiter la passerelle sur la Seine, à l’extrémité sud-ouest du bois de Boulogne. La conduite de transport des eaux, qui a lm,50 de diamètre,
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- LA NATURE.
- d’abord enfermée dans une galerie maçonnée, franchit le chemin de fer des Moulineaux sur un pont suivi d’arcades ; elle traverse ensuite la Seine, au milieu de la cage métallique d’une passerelle jetée sur la Seine. Nous représentons ci-contre cette élégante passerelle (fig.5); le jour de l’inauguration, des tuyaux avaient été ménagés sur la conduite, et ils formèrent des jets d’eau d’un aspect imposant ; on pourra juger de l’intensité de la pression de ces jets d’eau, quand on saura que la différence de niveau entre le réservoir et la passerelle est de 70 mètres. Trois prises avaient été disposées de chaque côté du tuyau de conduite, et elles donnaient naissance à six magnifiques jets d’eau au milieu desquels les rayons du soleil produisaient parfois des arcs-en-ciel. Nous ferons observer que la résistance de l’air amoindrissait les effets des jets d’eau, qui ne s’élevaient qu’à 27 et 50 mètres de hauteur.
- Ainsi a été inaugurée l’adduction des eaux de l’Avre à Paris ; les conditions hygiéniques de la métropole, vont se trouver notablement améliorées par l’exécution de ce grand travail.
- Gaston Tissandier.
- NÉCROLOGIE
- Alfred liante. — Le chef de l’une des plus grandes maisons de librairie du monde, M. Alfred Maine, vient de mourir, à l’âge de quatre-vingt-deux ans ; né en 1811, il était cousin et beau-frère d’Auguste Marne qui avait été avec lui à la tète de la maison de librairie et d’imprimerie de 1853 à 1845. A partir de 1846, Alfred Marne a pris seul la direction de la maison dont l’importance s’était considérablement accrue, et qui était à la fois une imprimerie, une librairie, comprenant aussi des ateliers de reliure. L’établissement ne tarda pas à être formé de vastes constructions où étaient employés environ 700 ouvriers, sans compter 400 ou 500 qui travaillaient au dehors. On y imprimait, reliait et brochait plus de 20 000 volumes par jour. La maison Marne s’était d’abord bornée à publier des livres de piété, de liturgie et d’éducation. Depuis, des publications de grand luxe, telles que La Touraine, la Bible avec les illustrations de Gustave Doré, les Jardins et tant d’autres livres qui comptent à juste titre parmi les chefs-d’œuvre de la typographie, mirent cette maison au premier rang de l’Imprimerie française. M. A. Marne ne devait pas seulement la haute situation dont il jouissait à sa valeur comme industriel et comme typographe ; il fut un philanthrope, dans le sens le plus large et le plus élevé du mot. Les créations en faveur de son personnel, caisses de retraite et de participation, habitations ouvrières, écoles, etc., ont fait de l’Imprimerie de Tours un établissement modèle au point de vue du bien-être de l’ouvrier. Il y a quelques semaines à peine, on célébrait le soixantième anniversaire du mariage deM. A. Marne; il faisait don à son personnel d’une somme de 200 000 francs. Les obsèques du célèbre éditeur ont eu lieu au milieu d’un immense concours de population. Il laisse à la tète de son imprimerie son fils et ses deux petits-fils. Il était commandeur de la Légion d’honneur depuis 1874.
- Charles Armengaud. — Nous avons le regret d’avoir à annoncer la mort de M. Charles Armengaud, doyen des ingénieurs- conseils, chevalier de la Légion
- d’honneur, mort dans sa quatre-vingtième année. M. Ch. Armengaud était né en 1813, à Ostende (qui faisait alors partie du département français de la Lys). Son père était officier du génie, il appartenait à une ancienne famille du Languedoc. Depuis sa sortie avec le n° 1 (promotion de 1835) de l’École des arts et métiers de Châlons-sur-Marne, la longue carrière de M. Armengaud a été exclusivement industrielle. Il a fondé avec son frère aîné, Jacques Armengaud, décédé il y a deux ans, le premier cabinet d’ingénieur-conseil pour la protection des droits des inventeurs. Indépendamment des ouvrages édités en commun avec son frère, et qui sont : l'Ouvrier mécanicien, le Formulaire de l'ingénieur, l’Industrie des chemins de fer, le Génie industriel, un Cours raisonné de dessin industriel, il a publié en son nom personnel les ouvrages suivants : Cours de dessin linéaire appliqué au dessin des machines (1840), Guide manuel de l’Inventeur et du fabricant. Charles Armengaud laisse plusieurs enfants dont trois filles et un fils, M. J. Armengaud jeune, qui lui a succédé et qui est l’ancien membre du conseil municipal de Paris.
- LOCOMOTIVES A GRANDE VITESSE
- DE LA COMPAGNIE DES CHEMINS DE FER DE l’eST A CHAUDIÈRE FLAMAN
- L’auteur de cet article doit d’abord s’excuser auprès de ses lecteurs d’avoir fait attendre si longtemps l’exposé des expériences annoncées avec les locomotives à grande vitesse n° 801 à 812, munies de la chaudière à double corps de M. Flaman1. Une partie de ce retard est imputable à la lenteur avec laquelle se sont faits le dépouillement de 3944 mètres de bandes où se trouvent tracées les courbes dynamométriques et la mensuration de 2216 diagrammes à l’indicateur et de 4500 courbes de dépressions.
- Après les essais des années 1890 et 1891 où les qualités du nouveau générateur, ont été amplement mises en évidence, il restait à éprouver les machines locomotives nouvelles à l’allure pour laquelle elles ont été construites.
- Tout d’abord faut-il mettre en garde le public contre les exagérations absolument fantastiques écloses dans certains journaux, sur les performances de cette locomotive? Le Secolo, dans ses Echi del mondo du 20-21 janvier 1892, publie gravement que cette nouvelle machine atteint une vitesse moyenne de 186 kilomètres à l’heure, que ses ingénieurs espèrent la voir dépasser 200 kilomètres, que dorénavant on mettra deux heures et demie pour franchir le trajet de 412 kilomètres qui séparent Paris d’Avricourt !... Comme détails précis, on n’arrête qu’à Châlons et Nancy pour changer de mécanicien, ce dernier ne pouvant rester plus d’une heure sur la machine à cause de la tension des nerfs qu'exige le service d'une telle machine.
- Nous ne nous arrêterons pas à expliquer que les voies actuelles ne sont nullement en mesure de
- 1 Voy. n° 966, du 5 décembre 1891, p. 5.
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- résister même à une allure normale égale à la moitié de ces nombres et que pour satisfaire aux désirs d’un progrès très sensible sur les vitesses actuelles, il faut doubler la résistance des voies : ce sont ces dernières et non le mécanisme moteur, à vapeur ou à électricité, qui limitent actuellement toute accélération de la marche des trains.
- Les essais de la machine 802 ont porté principalement sur trois genres de trains d’exploitation : ceux de 9 à 10 voitures du tonnage de 100 à 110 tonnes, qui est la charge ordinaire des trains les plus rapides de l’Angleterre; ceux de 15 voitures, à 140 tonnes, formant la composition habituelle des trains express de la Compagnie de l’Est ; enfin ceux de 19 à 20 voitures, de 200 à 220 tonnes, qui con-tituent la charge qu’il n’est guère possible de dépasser actuellement à très grande vitesse.
- Deux marches de trains EX et EY furent tracées entre Paris et Châlons-sur-Marne, avec toute liberté
- de mouvement depuis Lagny seulement, en raison de la densité trop considérable du nombre de trains entre Paris et cette gare de banlieue. Tout danger était d’ailleurs écarté par suite de l’existence sur ce trajet du système de protection des trains par cantonnement (Block-system).
- L’extrait suivant du graphique de la marche des trains sur l’itinéraire des trains d’expérience montre dans quel réseau à mailles serrées ces trains d’expériences fonctionnaient (fig. 1).
- Tout l’intérêt des trains d’expériences EX et EY se concentrait dans l’intervalle de 145 kilomètres compris entre Lagny et Châlons, avec un arrêt marqué à Epernay pour interdire le passage en 'vitesse dans cette gare où s’exécutent de nombreuses manoeuvres. L’horaire tracé correspondait à une vitesse commerciale de 75k,6 à l’heure, c’est-à-dire la vitesse moyenne résultant du quotient du chemin total parcouru par l’intervalle de temps compris entre l’heure
- Résultats obtenus dans les diverses expériences auxquelles ont été soumises les locomotives à grande vitesse. Nombres moyens pour l’ensemble des trains de même charge. Nom Maximum des moyennes relatives à chaque train. bres Minimum des moyennes
- Trains de 19 voitures. 210». Trains de 13 voitures. 140*. Trains de 10 voitures. H0l. relatives à chaque train.
- Vitesse commerciale par heure 77*“,5 84*m,09 91*m,41 92*m,32 71*“ ,95
- Vitesse moyenne de marche par heure 81km,7 86*m,89 93*m,88 96*™,76 75*m,62
- Effort moyen sur le train ' 1509*6.5 12G5*b,7 1137*6,0 1634*6,0 1022*6.0
- Puissance moyenne sur le train . 456ch,8 407ch,7 395ch,0 496° \0 312'»,0
- Puissance moyenne à la jante des roues motrices 674°h 695°\5 737 ch,0 781ch,0 538ch,0
- Puissance sur les pistons Rapport moyen de la puissance sur le train à la puissance sur les pistons (rendement) 955‘\5 944«\5 979'»,5 1053>\0 718'»,0
- 0.4887 0,4315 0,4155 0,568 0,376
- Production de vapeur par heure Production de vapeur par heure et mètre carré de surface de 9325*s 9041** 9463*6 10681*6 7132*6,0
- chauffe 51*6,7 50*6,2 52*6,5 59*6,0 30*6,0
- de départ et l’heure d’arrivée. Pour faire varier cette vitesse commerciale, on partait en retard de Lagny et l’on s’efforçait d’arriver à l’heure prescrite en fin d’étape en maintenant la vitesse de marche à une allure parfaitement régulière.
- Les principaux appareils de mesure utilisés consistaient, outre le wagon-dynamomètre où s’enregistraient les efforts de traction et les vitesses, en deux indicateurs Thompson disposés sur les cylindres de la machine, un manomètre mesurant les dépressions dans le foyer et la boîte à fumée, diverses règles servant a mesurer les dépenses d’eau, etc. On aura une idée du travail considérable auquel donne lieu une seule expérience quand on songe qu’il fallait noter : l’heure de passage à chaque kilomètre ; l’effort de traction correspondant ; la vitesse moyenne toutes les dix secondes; le travail sur la barre d’attelage ; le travail sur le piston ; la pression dans Je tuyau d’échappement ; la dépression dans la boîte à fumée; la dépression dans le foyer au même moment ; la pression dans la chaudière ; le degré d’admission de la vapeur par le régulateur; le degré
- d’admission de la vapeur dans les cylindres ; la grandeur d’ouverture de l'échappement; la consommation d’eau ; la consommation de combustibles, dont des analyses chimiques donnent la composition exacte; les circonstances atmosphériques diverses, etc., etc.
- Nous ne pouvons avoir la prétention d’exposer le détail des 68 expériences exécutées qui représentent un parcours de 10 528 kilomètres, soit dix fois le trajet de Paris à Nice et qui ont donné lieu à plus de 500 000 mesures : l’exemple du relevé graphique suivant des résultats divers fournis au train EX du 6 avril 1892 suffira pour montrer avec quel soin ces expériences ont été exécutées et justifier la confiance que l’on peut donner aux conclusions qui en découlent (fig. 2).
- Ces conclusions elles-mêmes peuvent être condensées dans le tableau ci-dessus.
- Traduites en langage ordinaire, ces conclusions sont les suivantes : la locomotive type 800 peut assurer en tout temps, entre Paris et Châlons, la remorque d’un train rapide de 200 tonnes à la vitesse commerciale de 75 kilomètres à l’heure ou d’un train ra-
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- pide de 140 tonnes à la vitesse commerciale de 80 kilomètres à l’heure. En outre, par la belle saison, cette même machine peut réaliser en tête du premier train une vitesse commerciale de 80 kilomètres, du second, une vitesse commerciale de 85 kilomètres, et enfin, en remorquant un train de
- 110 tonnes une vitesse commerciale de 90 kilomètres à l’heure.
- Comme comparaison avec les trains rapides anglais de 110 tonnes, cette machine mettrait 7 heures environ à faire le trajet de Londres à Edimbourg au lieu des 8* 1* 50 de l’horaire employé actuellement.
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- Fig. 1. — Extrait du graphique de la marche des trains de la Compagnie de l’Est entre Paris et Châlons-sur-Marne, donnant les marches des trains EX, EY tracés pour les expériences de la machine à grande vitesse 802 (1891).
- Le point particulièrement intéressant de cette machine, c’est qu’elle a pu produire une puissance moyenne énorme de 1055 chevaux sur toute la
- longueur d'un trajet de 145 kilomètres. Nous ne pensons pas qu’un tel résultat ait été fourni par aucune autre locomotive française jusqu’à présent.
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- Fig. 2. — Diagramme des expériences sur la locomotive 802. Train n° EX, du 6 avril 1892. — Explication des colonnes de chiffres : A. Echelle des parcours, une division par kilomètre. — 15. Echelle des vitesses V en kilomètres à l’heure. — C. Echelle des efforts f en kilogrammes sur ia harre d’attelage du tender. — D. Echelle du travail b sur la harre d’attelage du tender. — E. Echelle du travail c à la jante des roues motrices. — F. Échelle du travail T sur les pistons. — G. Échelle du rapport ;a du travail b sur la harre d’attelage du tender du travail T sur les pistons. — II. Échelle du rapport \ du travail c à la jante des roues motrices au travail T sur les pistons.
- Depuis la conclusion de ces expériences, le type de ces machines a continué à donner, notamment en ce qui concerne sa chaudière, complète satisfaction, au point qu’une nouvelle commande de douze de ces machines est en cours d’exécution. Toutefois, de nouveaux et très intéressants problèmes sont soulevés par l’usage de ces engins dont l’énorme puissance utile a comme contrepartie des effets destructeurs
- marqués sur certains de ses organes, soumis à des vibrations intenses et à des chocs violents. Mais, ce qui est bien acquis, c’est que le système de chaudière de M. Flaman donne largement toute la vapeur qu’on est susceptible d’exiger, et que c’est d’un autre côté qu’il faut rechercher l’augmentation de puissance des locomotives par une meilleure utilisation de la force de la vapeur. C. G..., ingénieur.
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- LA NATURE.
- 533
- 1/ « ICHTHYOSAURUS BURGUNDIÆ »
- Les Reptiles marins de l’époque secondaire auxquels on a donné le nom d’Ichthyosaures comptent parmi les fossiles les plus populaires. Tout le monde a vu, dans nos Musées d’histoire naturelle, les belles plaques provenant des terrains basiques de l’Angleterre et du Wurtemberg et sur lesquelles gisent des squelettes d’Ichthyosaures admirablement conservés. A part quelques beaux spécimens de Normandie, la France n’avait fourni jusqu’à présent que des morceaux fort incomplets.
- M. Albert Gaudry vient de décrire un squelette d’Ichthyosaure remarquable à la fois par sa belle conservation et par ses dimensions considérables. Ce squelette provient des calcaires hydrauliques de Yassy (Yonne) qui appartiennent au lias. Il a été
- découvert par M. Millot, directeur des usines à ci-mentde Sainte-Colombe et donné par lui au Muséum. Après avoir figuré à l’Exposition de 1889 dans le pavillon de TUnion céramique au milieu des échantillons de ciment, il a été apporté au Jardin des Plantes où un artiste de la maison, M. Barbier, l’a débarrassé complètement de sa gangue. L’Ichthyo-saure de Sainte-Colombe est aujourd’hui exposé dans la nouvelle galerie de paléontologie.
- Cet animal, appelé par M. Albert Gaudry Ichthyosaurus Burgundiæ est un des plus grands Ichthyo-saures qui aient encore été rencontrés. Il n’avait pas moins de 7 ou 8 mètres de long. Les figures ci-jointes faites d’après la belle planche qui accompagne le mémoire du savant professeur montrent les parties du squelette les mieux conservées.
- La tête (fig. 1) a lm,57 de longueur bien qu’elle I soit brisée dans sa partie antérieure. Elle devait
- Fig. 1 à 5. — Ichthyosaurus Burgundiæ (lu lias supérieur de Sainte-Colombe (Yonne). — Longueur de la tète : 1”,57.
- avoir lra,80 de longueur totale. L’œil garni de plaques sclérotiques osseuses, a 24 centimètres de diamètre. Il y a environ quatre-vingts dents de chaque côté. M. Millot a découvert une seconde tête encore plus grande; malheureusement elle est fort incomplète.
- Les corps de quatre-vingt-une vertèbres sont conservés, occupant une longueur totale de 4m,40. On voit (fig. 2) une série de vertèbres dorsales dépourvues de leurs arcs neuraux et montrant les apophyses d’insertion des côtes.
- La figure 5 représente plusieurs os des membres antérieurs : les deux coracoïdes cor, restés unis sur le milieu du corps; les omoplates om; l’humérus h, remarquablement court. Les pattes-nageoires sont mal conservées. La figure 4 représente un fémur vu de face. La figure 5 montre un fragment de nageoire postérieure. M. Gaudry trouve que Ylchthijo-saurüs Burgundiæ ressemble àl’Ichthyosaurus com-munis par la forme de ses dents, à YIchthoysaurus
- lonchiodon par ses dents et certaines particularités des nageoires. Les Ichthyosaurus zetlandicus et quadriscissus seraient également des Reptiles de Sainte-Colombe. Malgré ces ressemblances, les différences restent nombreuses et justifient l’appellation nouvelle donnée par M. Albert Gaudry.
- Le Mémoire de l’éminent paléontologiste a paru dans le Bulletin de la Société d'histoire naturelle d’Autun. Ce recueil, aussi intéressant et aussi riche en travaux de haute valeur que les publications similaires des plus grandes villes de France, fait honneur à la Société d’Autun qui compte plus de quatre cents membres ; ce qui rend un tel succès plus intéressant à nos yeux, c’est qu’un grand nombre de ces membres sont des hommes d’une position très modeste : employés ou même ouvriers. Nous avons là une preuve de la diffusion scientifique qui se produit en ce moment dans notre pays.
- Marcellin Boule.
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- 554
- LA NATURE.
- L’ÉPIDÉMIE DE TYPHUS
- Le printemps nous fait payer un peu cher sa splendeur inusitée; la grippe nous est revenue avec son cortège de complications meurtrières et, depuis quinze jours, Paris est le siège d’une petite épidémie de typhus exanthématique, maladie qu’on n’avait pas vue depuis de longues années, mais qui semble devoir être limitée.
- Le typhus, qui n’a rien de commun avec la fièvre typhoïde, est une maladie infectieuse, contagieuse, au même titre que les fièvres éruptives, dont il se rapproche par certains caractères. On l’a dénommé typhus des armées, fièvre des prisons, en raison de son facile développement et de sa prodigieuse extension au sein d’agglomérations d’hommes fatigués, surmenés ou déprimés par la faim, les privations. C’est ainsi que se sont développées les grandes épidémies des seizième et dix-septième siècles. Les guerres de l’époque ont propagé sur une vaste partie de l’Europe la contamination. A la suite de la guerre de Trente ans, la maladie s’étendit sur toute l’Europe centrale. La famine et la peste de Londres, en 1605, furent suivies d’une formidable explosion de typhus. Les mêmes causes, la privation, la famine, ont rendu celte affection presque endémique en Irlande ; au dix-huitième siècle, on ne compte pas moins de sept ou huit épidémies dans cette île. Les années 1740 et 1741 virent disparaître 80 000 Irlandais, frappés par la famine et le typhus.
- Plus près de nous, la maladie a fait encore de graves apparitions. Les années alliées l’apportèrent en France pendant l’invasion de 1814. A la suite de la guerre de Crimée où elle causa, avec le choléra, de si terribles ravages, Toulon, Marseille furent le théâtre d’épidémies; mais, grâce à la connaissance des conditions de propagation, aux mesures prophylactiques, ces visites furent moins meurtrières. Pendant la retraite de Russie, 25 000 prisonniers, sur 50 000 enfermés à Wilna, succombèrent à ce fléau. Grâce à l’éloignement, Paris n’a pas été visité depuis le commencement du siècle, et bon nombre de médecins ne connaissent la maladie que par la lecture de leurs traités de pathologie. Cependant en Bretagne il y a eu, à diverses reprises, des foyers épidémiques; à Riantec, Rouissan et dernièrement, en 189], un de nos jeunes confrères, le Dr Thoinot, était chargé d’une mission pour étudier le typhus qui sévissait à l’île Tudy, épidémie encore assez grave puisqu’il y eut, sur 1060 habitants, 84 cas et 16 décès.
- C’est donc une vieille maladie qui réapparaît de temps à autre sur divers points sans qu’il soit bien facile d'en préciser l’origine exacte. La chose devient encore plus épineuse avec les moyens de communication rapide de notre époque. C’est ce qui arrive pour l’épidémie de Paris. Le 29 mars, le Dr Sappelier, médecin de la maison de Nanterre, signale l’apparition du typhus. Des malades venus du dépôt de la Préfecture avaient été certainement les importateurs de celte maladie; mais d’où la tenaient-ils? On a vu, après quelques jours d’enquête, que, dans le courant de février, des cas avaient été soignés à Lille, puis un peu plus tard à Amiens. Quelques mendiants, vagabonds ou convalescents venus de ces villes, ont pu l’apporter à Paris; mais pourra-t-on savoir d’où est venue l’épidémie de Lille? C’est peu probable.
- Du dépôt de la préfecture, foyer primordial, le typhus s’est répandu dans diverses prisons, par le transfert des détenus, sans avoir cependant une extension considérable, car on a pris de suite les mesures propres à enrayer la maladie. On ne compte guère à ce jour qu’une centaine de cas
- qui ont malheureusement donné une trentaine de décès. C’est en effet une maladie des plus contagieuses. La contagion se fait par contact direct, par contact intermédiaire, par les vêtements, par les objets de literie ayant appartenu à des typhiques. Le contact direct est prouvé par ce fait que le personnel de médecins et d’infirmiers, alors qu’on ne prenait pas de précautions antiseptiques, a toujours payé un large tribut à la maladie. Chenu a compté, dans l’armée d’Orient, 58 décès par typhus sur un effectif de 400 médecins militaires; la mortalité des médecins par cette maladie a atteint 12,88 pour 100, tandis que celle des officiers des diverses armes ne dépassait pas 0,47 pour 100.
- La contagion se fait certainement aussi par l’air ; on ne comprendrait pas en effet la diffusion si rapide de la maladie dans certaines localités ou dans certaines régions; mais cette diffusion par l’air ne se fait pas à de grandes distances et n’a rien qui approche de l'expansion si bizarre et si rapide de l’influenza.
- Mais la propagation est, peut-être plus que pour toute autre maladie contagieuse, singulièrement facilitée parles conditions de milieu, encombrement, misère sociale, malpropreté, en un mot conditions hygiéniques défectueuses. C’est ce que l’on rencontre dans les armées, pendant les sièges pénibles, à la suite de marches difficiles, au milieu de privations de tout genre auxquelles se joignent parfois les dépressions morales. De même dans les prisons, les asiles, les dépôts de mendicité où la maladie trouve une proie plus facile.
- Cette contagion et cette propagation ont-elles pour cause un microbe? C’est vraisemblable, je pourrais même dire: c’est certain, bien qu’on ne soit pas encore absolument fixé sur la nature propre de cet agent. Divers auteurs, Hlova, le Dr Thoinot, à l’île Tudy, et plus récemment le Dr Calmette, de la marine militaire, ont trouvé dans le sang, les humeurs et les tissus des typhiques, un microorganisme spécial qui serait l’agent contagieux, le germe propre de la maladie.
- Je n’insisterai pas sur les signes du typhus ; qu’il me suffise de dire qu’il est caractérisé par un état typhique infectieux, et surtout par une éruption (d’où le nom d’exanthématique) similaire, au début, à celle de la rougeole, d’un rose pâle ; au bout d’un jour, ces taches roses prennent une teinte sombre, purpurique, pétéchiale. L’intensité de l’éruption, son abondance, semblent être en rapport direct avec le degré d’infection et de gravité des cas. Les caractères infectieux de la maladie se manifestent sur les divers systèmes, sans qu’il y ait là rien de particulier à la maladie.
- Je ne pense pas qu’il faille s’alarmer outre mesure de celte invasion épidémique. On peut même s’étonner que le typhus, existant en Irlande et. plus près de nous, en Bretagne, d’une façon endémique, n’ait pas fait de temps à autre quelque apparition dans la capitale. Malgré son caractère bien net de contagion, le typhus se localise de lui-même et sa diffusion par l’air est limitée à une petite distance. Il suffira donc de mesures prophylactiques, comme celles qui ont été prises dès le début, pour éviter l’extension des foyers et réduire au minimum le nombre des cas. Rr A. Cartaz.
- CHRONIQUE
- La finesse de l’écriture. — Nous avons publié sous ce titre quelques Notices* à propos d’un concours ouvert à Paris pour donner un prix à celui qui aurait écrit le
- 1 Voy. n» 1004 du 27 août 1892. p. 206.
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- plus grand nombre de mots sur un papier d’une surface déterminée, une carte postale, par exemple. Un de nos abonnés, M. Moreuil, pharmacien à Amiens, nous communique une merveille qui dépasse tout ce qui a été fait jusqu’ici. C’est une carte postale sur laquelle sont écrits 12 276 mots. Notre correspondant nous adresse à ce sujet la Note suivante : « Un de mes amis, comptable d’une grande industrie, à ses heures perdues seulement, et souvent le soir à la lumière artificielle, sans loupe, sans lunettes, vient d’écrire sur le seul côté d’une carte postale, d’une manière très nette, trois pages entières du Petit Journal et cela, sans abréviations; c’est-à-dire en tout 12 276 mots, environ 60 000 caractères typographiques. Cette carte postale est une véritable merveille de patience et de délicatesse de main; un encadrement, en encre rouge, n’est que la continuation sans interruption du texte même du Petit Journal. M. Lefèvre est le nom de l’auteur de ce tour de force. » Lors du concours de 1892, M. Arthur Vincent était arrivé à écrire 11023 mots sur une carte postale; ce calligraphe est actuellement dépassé par M. Lefèvre, dont l’œuvre est vraiment étonnante. 11 faut une forte loupe pour lire les caractères minuscules, tellement fins que l’on compte environ 17 lignes dans la hauteur d’un centimètre.
- Transport des maisons aux États-Unis. —
- De plus fort en plus fort. Une maison de New-York, à deux étages en maçonnerie, avait déjà subi un déplacement horizontal de 12 mètres vers le nord et de 27 mètres vers l’ouest, probablement parce que son propriétaire était fatigué d’avoir toujours sous les yeux le même point de vue. Il faut croire que le nouvel emplacement qu’il a choisi lui convient à merveille, car il vient d’ajouter deux étages à son habitation; mais, pour éviter la banalité, il l’a allongée par le haut et par le bas, en construisant un nouveau rez-de-chaussée et un dernier étage. Il a fallu pour cela placer de grandes longrines normalement et transversalement sous les murs de façade. Des jeux de vérins, placés de distance en distance, de préférence aux endroits où devaient se trouver les ouvertures, portes ou fenêtres du nouveau rez-de-chaussée, ont permis de soulever la construction. Leur course est d’environ 0m,55 à 0ra,40 ; lorsqu’elle est complète, on relâche un vérin de chaque paire et on ajoute à la partie supérieure de son plateau un pilier de bois de section carrée. On opère de même pour tous les autres et on relève ensuite à nouveau l’ensemble de la construction. Lorsqu’elle a atteint la hauteur voulue, elle repose ainsi sur une série de piliers provisoires qui la maintiennent en place pendant la construction des nouveaux murs dans leur intervalle. Lorsque la maçonnerie est suffisante pour résister, on supprime ces piliers provisoires et on achève la construction. 11 paraît que ce genre de travaux est assez courant aux États-Unis. Une puissante société s’est même fondée à New-York pour exploiter ce procédé. Le journal anglais Engineer, auquel ces renseignements sont empruntés, ne dit pas si les habitants sont obligés de déménager pendant l’exécution de ces travaux.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du M avril 1893. — Présidence de M. Lœwy
- Nouvelle expression du mètre. — M. Michelson a eu l’idée de rapporter la longueur du mètre à la longueur de l’onde lumineuse. L’importance de celte expérience réside dans l’invariabilité du terme de comparaison choisi. En effet, au bout d’une longue suite d’années, la lon-
- gueur de l’étalon métrique peut être altérée par suite d’un lent travail moléculaire du métal ou par toute autre cause impossible à prévoir. Cet étalon peut même disparaître; il est donc d'un grand intérêt d’exprimer sa longueur par rapport à une unité fournie directement par la nature et absolument invariable. On avait songé, dans ce but, à la longueur du pendule battant la seconde dans le vide. Mais, outre qu’il est pratiquement à peu près impossible d’obtenir cette constante d’une manière certaine, avec l’approximation voulue, à cause des difficultés de l’expérience, rien ne prouve que la gravitation ne subit pas avec le temps des variations d’intensité absolument inconnues aujourd’hui, qui auraient pour effet immédiat de raccourcir ou d’allonger la longueur du pendule. La longueur de l’onde lumineuse est, au contraire, à l’abri de tout changement, et donne par conséquent l’unité désirée. Les expériences de M. Michelson ont eu lieu à Sèvres, au pavillon du Bureau International des poids et mesures. Ce savant a euà exécuter d’abord de nombreuses recherches avant d’arrêter son choix sur la lumière à employer. En effet, c’est au moyen des franges d’interférence que l’on évalue la longueur de l’onde qui correspond à un rayon lumineux. Or, les sources les plus pures fournissaient des franges qui se dédoublaient. Enfin, après bien des tentatives, il s’est arrêté à la raie rouge du cadmium qui produit des franges bien nettes et bien définies. On sait que les interférences lumineuses se produisent lorsque deux rayons lumineux identiques se x’onconti’ent sous une faible inclinaison. C’est en utilisant ce principe que M. Michelson a pu déterminer le nombre de franges et par suite celui des ondes correspondant à une longueur donnée ; puis par une disposition très ingénieuse, il ajoute optiquement cet intervalle à lui-même, et, arrive à étalonner la longueur du mètre. Il est impossible d’entrer ici dans le détail de ces très délicates expériences. Enregistrons seulement le résultat obtenu. Le nombre des vibrations correspondant à la raie rouge du cadmium est en nombre rond de 1 550 000 avec une erreur qui ne dépasse pas une vibration. L’erreur relative de l’étalonnage est donc de uuu. Celte expérience donne le mètre avec une erreur de un demi-micron, soit 0m,000000 5. C’est la plus haute précision que l’on puisse atteindre, car on ne saurait répondre de la comparaison de deux étalons métriques au moyen du comparateur, avec une aussi grande approximation. M. Mascart rappelle, en terminant cette communication, que c’est Arago qui le premier a formulé le vœu que le mètre fût exprimé en longueurs d’onde lumineuse.
- L’éclipse du 16 avril. — M. Tisserand annonce que l’éclipse du 16 avril a été observée à l’Observatoire de Paris. Les instants des premiers et derniers contacts ont été notés et les photographies ont été prises par MM. Paul et Prosper Henry. A l’Observatoire d’Alger, M. Trépied a pu faire d’excellentes observations et 52 photographies ont été prises. Par contre, M. Bigourdan qui était allé au Sénégal a eu un ciel brumeux; néanmoins il a pu noter les instants des quatre contacts. On est sans nouvelle de M. Deslandres qui observait également au Sénégal, mais sur un autre point. Enfin M. Janssen a appris que la mission de l’Observatoire de Meudon avait eu un beau temps quoique contrarié par un vent très fort. Une dépêche du New York Herald annonce que M. Pickering qui observait au Chili dans d’excellentes conditions, à une altitude de 1135 mètres, a vu la couronne solaire, sous un aspect magnifique. Des jets incandescents s’élançaient de l’astre à une altitude de 15 minutes d’arc, soit à une distance égale au rayon du soleil.
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- LA NATURE.
- Photographie des couleurs. — M. Lippmann présente de magniliques photographies coloriées obtenues par sa méthode, sur plaques au gélatino-bromure, par MM. Auguste et Louis Lumière. Ces photographies ne sont visibles, ainsi qu’il a été dit, qu’à la lumière réfléchie. On admire surtout une reproduction du spectre solaire, de très grande dimension.
- Influence de la pression sur la germination. — M. Duchartre signale un intéressant travail relatif à l’influence de la pression atmosphérique sur la germination des graines. Il rappelle que cette question a été abordée pour la première fois par M. Paul Bert qui conclut que seuls les phénomènes chimiques exerçaient une influence.
- Des essais très circonscrits furent ensuite entrepris en Allemagne; dans le présent travail on trouve condensés les résultats d’expériences faites sur plus de cinquante espèces de graines les plus variées. 11 en ressort que le développement de la germination est plus considérable dans un air déprimé que dans l’air normal.
- Varia. — M. Schlœsing fds a recherché les propriétés hygroscopiques de plusieurs matières textiles, coton, soie, laine, etc. — MM. Rufl'er et Pliminer ont étudié les microorganismes du cancer. — M. Chambrelent lit une Note sur la nécessité de la fixation des torrents.
- Ch. i>e Villedeuil.
- Pesage au moyen d’un peson d’une tortue de terre gigantesque de l’île Maurice. (D’après une photographie, communiquée par M. C. Sumeire.)
- TORTUE DE TERRE GIGANTESQUE
- A LIEE MAUBICE1
- Peu après la publication de notre Notice sur les tortues de terre gigantesques des Mascareignes et de certaines autres îles de la mer des Indes, nous avons reçu de M. Sumeire (C.-M.-G.) de curieux renseignements complémentaires relatifs à la tortue géante de Maurice, notamment une inléressante photographie que nous reproduisons ci-dessus à titre de curiosité.
- Elle représente le pesage de cet animal, qui est un mâle, dont la grande circonférence en longueur est exactement de 2m,59 : le sternum, ou plastron, présente une concavité de 98 milli-
- mètres mesurée au moyen d’une règle rigide placée par le travers, de flanc à flanc. Le sternum mesure 77 centimètres de long sur 69 centimètres de large. La carapace, en suivant la courbe du dos, mesure : de l’avant à l’arrière, lm,35, et de flanc à flanc, — de droile à gauche, — lm,43. Cette dernière mesure, ajoutée à celle transverse de 69 centimètres du sternum, donne à la carapace un pourtour médian de 2m,12. La queue est pourvue, à son extrémité, d’un onglon rappelant le bout d’une corne de bœuf. Le poids de cette tortue, obtenu au moyen de l’opération difficile et délicate, représentée par la photographie, est exactement de 160 kilogrammes. Th. Sauzieh.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandikr.
- 1 Suite. — Yoy. u° 101Ü, du 19 novembre 1892, p. 395.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N* 1039. — 29 AVRIL 1893.
- LA NATURE.
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- LES NOUVELLES MÉTHODES D’APICULTURE
- Récemment, les journaux ont annoncé le grand Congrès d’apiculture qui a lieu en ce moment à Washington, et ont signalé l’énorme développement que la culture des Abeilles a pris en Amérique. La production du miel aux Etats-Unis a été en 1892 de 75 millions de francs, et celle de la cire s’est élevée à 7 millions et demi de francs. On cite une ferme qui, au Texas, a élevé et vendu 2000 reines d’abeilles au prix de 10 à 25 francs l’une.
- Ces chiffres paraissent fabuleux à qui ne connaît pas les nouvelles méthodes de culture des Abeilles. Ces méthodes, que plusieurs de nos compatriotes ont contribué à perfectionner, diffèrent complètement et comme procédés et comme outillage, de l’apiculture telle qu’elle était pratiquée au commencement de ce siècle. Un nombre considérable de sociétés provinciales les propagent, et se sont récemment groupées en une fédération qui a son siège 76, rue de Rennes, à Paris, et dont M. G. de Layens, le plus éminent des apiculteurs français, a la présidence.
- La ruche actuelle ne ressemble en rien à l’ancien panier de paille ou d’osier dont la forme est universellement connue. L’Abeille, livrée à elle-même dans ces habitations rudimentaires, y bâtissait à sa guise ses constructions en cire, scellant les rayons aux
- parois, de telle sorte qu'il était extrêmement difficile de se rendre compte de ce qui se passait au sein de ces républiques, aussi puissamment armées pour la défense de l’État que merveilleusement habiles à y accumuler des trésors qu’elles ne sont pas seules à
- apprécier. Les apiculteurs de la nouvelle école ont remplacé l’antique cloche en paille par une caisse en bois, dans laquelle sont suspendus des châssis ou cadres disposés de telle sorte que l’Abeille y construit régulièrement ses rayons. Si bien que le gâteau de cire dont les cellules sont remplies soit de larves, soit de miel, peut être aisément sorti de la caisse, examiné au plein jour, puis réintégré à la place qu’il occupait sans que les Abeilles aient été
- réellement troublées dans leur travail. Il est facile de concevoir combien cette simple modification dans l’outillage a rendu plus accessible l’étude des moeurs ou la connaissance des besoins de ces populations d’insectes qui, jadis à peu près abandonnées à elles-mêmes, ne donnaient qu’une production incertaine, et d’autant plus sujettes à de fâcheuses éventualités que leur demeure était plus mystérieuse. Aujourd’hui le pasteur d’abeilles ne va plus, comme Aristée, invoquer les divinités marines pour conjurer les désastres du rucher. Il peut les prévenir, car il sait que la valeur d’une colonie d’abeilles dépend surtout de la fécondité de la reine ou mère pondeuse, et il sélectionne les reines, de façon à ne conserver que celles dont la puissance
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- Fig. 2. — Intérieur du rucher. — Deux rangées de ruches, dont l’une ouverte, permet de voir à travers une vitre les cadres où logent les Abeilles. — A droite, un extracteur à force centrifuge.
- 21e année. — 1er semestre.
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- LA NATURE.
- prolifique accroît, en bonne saison, de 5 à 4000 par jour le nombre des butineuses. Il sait que la production en miel résultant avant tout du chiffre de la population, il importe de prévenir l’essaimage, et il connaît les moyens d’arrêter cette cause importante d’épuisement de la ruche mère.
- A l’automne, il peut se rendre compte des provisions amassées dans la ruche; il pourvoit ainsi à ce que la disette hivernale ne devienne pas une cause de mortalité. Enfin, il a noté le degré plus ou moins grand d’irritabilité de chacune de ses colonies, et c’est dans les plus denses et les plus maniables qu’il prendra les jeunes reines destinées au peuplement de nouvelles installations.
- Ce n'est pas tout ; l’apiculteur moderne épargne le temps de ses Abeilles en leur fournissant des feuilles de cire laminées à la machine, et dont chaque face porte des rudiments d’alvéoles que l’ouvrière n’a plus qu’à allonger pour achever la cellule, cellule qui sera, selon les besoins de la saison, un berceau pour l’enfant ou une petite cuve à miel. Et il conserve soigneusement les rayons ainsi achevés par l'industrie de l’insecte, sachant que l’Abeille dépense de 8 à 10 kilogrammes de miel pour produire 1 kilogramme de cire. Lors donc que les cadres, ou châssis, sont remplis de miel, l’apiculteur les fait passer dans une sorte d’essoreuse où l’action de la force centrifuge vide les cellules (tig. ‘2), sans que jamais les larves ou le pollen viennent souiller la pureté du miel récolté.
- Nous ne pouvons, en ce moment, que donner un aperçu sommaire des procédés qu’emploie la science apicole. Ces renseignements, si brefs qu’ils soient, suffiront peut-être à faire comprendre combien est intéressante la culture de l’Abeille par les nouveaux procédés, et aussi comment elle devient une source très appréciable de revenus, même pour ceux qui ne s’en occupent qu’à titre d’amateurs. 11 serait facile de citer de petites fortunes créées uniquement par cette usine en miniature qu’est la ruche moderne ; en tous cas, nous pouvons affirmer que nombre d’apiculteurs trouvent chaque année quelques billets de mille francs dans la récolte de leurs ruches.
- C’est séduisant, mais ce l’est moins encore que l’élude de ces admirables ouvrières, peuplades privilégiées, comme l’a si bien remarqué Olivier de Serres, puisque : « C’est de leur seul et propre ouvrage, qu’immédiatement les Abeilles vivent, ouvrage qu’elles composent de fleurs, de brins et d’autres matières par elles cueillies doucement ès plantes, sans rien y gaster contre l’usage de tout autre animal ». Ch. Deiiosne,
- Vice-président de la Fédération des apiculteurs français.
- L’EXPOSITION DE LA
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- L’Exposition organisée annuellement par la Société Française de physique a été, cettoannée comme les pré-
- cédentes, très digne d’intérêt; et, bien qu’en raison du beau temps et des vacances de Pâques, un grand nombre de professeurs fussent absents de Paris, les visiteurs n’en ont pas moins été, comme toujours, très nombreux pendant les deux soirées trop courtes de ce très intéressant rendez-vous.
- Nous ne pouvons parler de toutes les expériences faites, de tous les appareils exposés; notre tâche sera facilitée par les descriptions déjà données dans La Nature, ou par des études plus complètes de tel ou tel appareil, sur lequel nous reviendrons; nos lecteurs ne nous en voudront pas de passer sous silence quelques expériences très spéciales, bien qu’intéressantes pour les physiciens de profession.
- Et d’abord, parlons de l’éclairage organisé cette année par la Société (lance, et par MM. Frédurcau et Blondel; la réputation des lampes Cance, qui illuminent, entre autres, les derniers recoins de la gare Saint-Lazare, n’est plus à faire, et nous pouvons nous borner aux systèmes diffuseurs plus récents de M. Frédureau et de MM. Blondel et Psaroudaki. Les globes laiteux étalent fort bien le point lumineux trop brillant de l’arc électrique; mais ils absorbent une proportion très appréciable de la lumière émise, et en laissent s'échapper au-dessus du plan horizontal une quantité qui est souvent perdue. Les diffuseurs optiques apportent un remède à ces inconvénients, du reste d’une importance secondaire. M. Frédureau construit, dans ce but, un réflecteur à échelons obtenu par moulage du verre. Le foyer, au centre d’une enveloppe sphérique, envoie des rayons qui traversent normalement la première surface, se réfléchissent sur la face extérieure, et sont projetés vers le bas. Une partie forme un cône lumineux de GO degrés d’ouverture, qui augmente beaucoup l’intensité sur le sol, tandis que le reste est réfléchi de nouveau, et s’en va en lumière fortement diffusée. On n’évite pas, cependant, une ligne verticale beaucoup plus lumineuse que le reste du globe. Les petits projecteurs de ce genre, montés sur pied avec une lampe à incandescence, paraissent convenir très bien à l’éclairage d’une table de travail.
- M. Blondel s’est occupé d’un problème analogue, et l’a résolu par un procédé totalement différent. Le globe est taillé, à l’intérieur et à l’extérieur, suivant de petites surfaces courbes, dont le calcul théorique est compliqué, et qui jouissent de la propriété de renvoyer la lumière à peu près également dans toutes les directions; une légère dissymétrie des surfaces donne une prépondérance vers le bas, dont la proportion peut être déterminée d’avance. L’aspect de ces globes est des plus brillants; la lumière n'a pas la tonalité mate des globes laiteux; on reconnaît, dans la surface lumineuse, la source elle-même, étalée par un procédé optique. Si l’on regarde les globes à travers un petit trou, on distingue une quantité innombrable de points lumineux; mais, à l’œil nu, ils se confondent en une surface uniforme rectangulaire occupant la plus grande partie du globe. L’avenir industriel de la solution proposée par M. Blondel dépend en même temps de la perfection avec laquelle les surfaces peuvent être établies en fabrique, et de la tolérance qu’elles admettent.
- Il y a un an à peine que M. Tesla exposait, devant la So'ciété des électriciens et la Société de physique réunies ses expériences frappantes qui ouvraient un si large avenir industriel aux oscillations électriques. Aujourd’hui, grâce aux dispositifs du I)r d’Arsonval modifiés par MM. Du-cretet et Lejeune, dispositifs en partie antérieurs à ceux de M. Tesla, la plupart de ces expériences peuvent être exécutées dans les laboratoires ordinaires. Le même ap-
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- pareil illuminait les tubes de Geissler, actionnait une forte lampe à incandescence tenue d’un côté à la main, et recevant sur l’autre borne une gerbe de feu, chargeait une grande plaque métallique d’où l’on soutirait des étincelles de plusieurs centimètres, plus inoffensives que les plus faibles courants médicaux.
- Les expériences, dans ce domaine, ne sont point terminées; un nouveau dispositif du l)r d’Àrsonval l’a conduit aux plus curieuses découvertes sur l’anesthésie locale des nerfs sensitifs, avec une action nulle sur les nerfs moteurs; ces recherches feront l’objet d’un prochain article, mais nous ne pouvions pas les passer sous silence.
- Ce sont aussi les oscillations électriques qui fournissent à M. le capitaine Colson une intéressante expérience d’interférences produites par deux ondes se rencontrant dans un conducteur constitué par un fil de coton imbibé d’une solution saline.
- Les appareils dans lesquels M. Boudréaux a obtenu, par l’emploi de la paraffine combiné avec certains dispositifs, un isolement extraordinaire, une nouvelle machine du type Wiinshurst construite par M. Gaiffe, tels sont à peu près les seuls appareils représentant l’électro-statique à l’Exposition.
- Comme toujours, les appareils de M. Carpentier frappent par leur bel aspect ; mais leurs qualités ne sont pas de celles que l’on apprécie d’un coup d’œil; il faut les avoir pratiqués pour apprécier à sa juste valeur le soin avec lequel ils sont construits.
- Les creusets électriques de MM. Moissan et Violle, celui de M. Ducretet, fonctionnent pour la première fois à l’Exposition; le ruthénium fondu par M. Joly à l’aide de l’un d’eux est aussi une nouveauté.
- L’optique était représentée à l’Exposition par un certain nombre d’expériences soit brillantes, soit fort intéressantes à d’autres points de vue. Le ür Tscherning expose son ophtalmophakomètre, instrument composé d’une glissière en Tonne d’arc de cercle, sur laquelle on peut déplacer des projecteurs, et éclairer un œiî situé au centre du cercle. Une lunette placée au milieu de l’arc sert à observer les images réfléchies sur les diverses surfaces de l’œil et à déterminer leur courbure.
- On sait, depuis les travaux de Purkinje, que, outre l’image utile qui se forme régulièrement au fond de l’œil, il en existe trois autres dues à des réflexions sur les surfaces de séparation des milieux de l’œil. M. Tscherning en a découvert deux nouvelles, visibles subjectivement après une seconde réflexion, et une dernière, réelle, invisible parce qu’elle se forme loin de la rétine. Le nombre total des images de l’œil est ainsi porté à sept, ce que l’on aurait sans doute considéré autrefois comme un résultat nécessaire du caractère sacré de ce nombre.
- — A suivre. — Ch.-En. Guillaume.
- LE GRAND RÉCIF-BARRIÈRE D’AUSTRALIE
- La côte nord-est de l’Australie est bordée sur toute sa longueur par une série de brisants, presque continus qui en rendent l’abord fort difficile, presque impossible même. Cette Grande-Barrière, pour la désigner par son nom géographique, s’étend depuis le détroit de Torres jusqu’à Itockhampton, c’est-à-dire qu’elle côtoie les trois quarts du Queensland. Elle n’a pas moins de 1200 milles anglais de longueur. Presque parallèle à la côte depuis le cap York jus-
- qu’au cap Grafton, elle s’en éloigne ensuite progressivement pour se perdre enfin dans une série de brisants, disposés irrégulièrement et portant le nom de Récif s Sivnin.
- M. W. Saville-Kent qui, pendant près de huit années, a occupé le poste d’inspecteur des pêcheries de la Grande-Barrière, a fait sur celle-ci une série d’observations qu’il a réunies dans une magnifique publication. Ce livre, qui paraîtra sous peu, est orné de photogravures et de planches coloriées qui en font un véritable objet d’art; hélas! quand verrons-nous de pareils livres en France? A l'étranger, quand il s’agit de science, on trouve toujours les bourses largement ouvertes. Que les choses sont différentes chez nous!
- La Grande-Barrière d’Australie est essentiellement et uniquement constituée par des coraux analogues à ceux qui forment les Atolls. Au point de vue géologique on peut y distinguer deux sortes de récifs :
- 1° les Récifs-frangeants qui bordent immédiatement la terre ferme ; 2° les Récifs-barrières qui en sont situés à des distances plus ou moins grandes, pouvant atteindre ici de 80 à 100 kilomètres. Les uns et les autres sont dus à l’activité des organismes susceptibles de sécréter du calcaire et de constituer ainsi un substratum solide, soit pendant leur vie, soit après leur mort. Parmi ces organismes, la plus grande part doit être laissée aux Polypiers, sortes de colonies d’individus, constituant des édifices ramifiés, calcaires, mourant par leur base, mais vivant et croissant par leur sommet. Enumérer toutes les formes que ces coraux peuvent revêtir, serait presque impossible : depuis la forme la plus massive, jusqu’à la plus ramifiée, la plus élégante, il y a, on peut le dire, tous les passages. A côté des Polypiers, il faut encore citer parmi les organismes constructeurs de récifs, les Hydroïdes, les Rryozoaires et les Algues calcaires. En outre, d’innombrables espèces étrangères, telles que des Mollusques, desEchinodermes, des Vers viennent s’incruster dans la masse et contribuer ainsi à l’accroissement et à la solidité de l’ensemble.
- Pourquoi le grand Récif-barrière s’est-il développé à l’endroit où il est, et pourquoi n’a-t-il pas fait le tour de l’Australie? C’est qu’il a trouvé dans cette région les multiples conditions qui sont nécessaires à son établissement et à son développement; nous allons les passer rapidement en revue.
- Tout d’abord, les Polypiers ne se développent que là où, dans le mois le plus froid, la température de la mer ne s’abaisse pas au-dessous de H- 20°.
- On sait en outre que les espèces coralligènes ne peuvent vivre que s’ils trouvent un sous-sol situé à une profondeur ne dépassant pas vingt brasses, c’est-à-dire 57 mètres d’eau. Quand la mer est pleine, les récifs sont donc pour la plupart invisibles. A basse mer, au contraire, une bonne partie d’entre eux sont exposés à l’air. C’est ce moment que l’on a choisi pour prendre la belle photographie que nous reproduisons et qui représente le coin d'un récif-
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- LA NATURE.
- frangeant, pris au Porl-l)enison. Cette gravure, quelque belle qu’elle soit, ne donne encore qu’une faible idée du spectacle qui s’offre à la vue du voyageur admis à contempler ces récifs. Un esprit non prévenu se croirait littéralement transporté dans le jardin des Hespérides ; ce ne sont pas des animaux qu’il a devant lui, ce sont de véritables arbustes couverts de fleurs éclatantes, dont les teintes variées à l’infini parcourent toutes les gammes de l’arc-en-ciel, depuis le violet le plus pur jusqu’au rouge le plus intense, en passant par le bleu, le jaune, le vert, etc. Là, c’est un buisson rosé; plus loin, c’est un polypier bleu ; tout à côté, un arbuste aux corolles verdâtres; ailleurs, des fleurs panachées; que
- sais-je encore? Et au milieu de tout cela des anémones épanouissent leurs beaux tentacules, des crustacés transparents se jouent comme à l’envi,des étoiles de mer rouges rampent avec lenteur, des méduses nagent çà et là, des poissons resplendissent au soleil; c’est la vie dans toute son activité, dans toute sa splendeur, dans l’infinie variété de ses couleurs et de ses formes....
- Les vagues qui viennent battre ces récifs contribuent largement à leur extension, chaque polype détaché par leur choc devenant à son tour l’origine d'un nouveau polypier. Ce qui semble être au premier abord une cause de mort, devient ici une source de vie pour les habitants de ces contrées.
- Portion d’un récif-frangeant des côtes du Queensland (Port Denison). (D’après une photographie prise1 à marée liasse.)
- ainsi qu’une des principales pêches des bords du Queensland est celle des Holothuries qui pullulent à foison au milieu des polypiers et qui, cuites, vidées, fumées et séchées, constituent le trépang, mets si estimé en Chine.On récolte en outre, dans les récifs, les nombreuses perles que fournissent les huîtres perlières. Le commerce auquel elles donnent lieu est même si important que l’on a tenté de cultiver ces huîtres dans des parcs, comme nous le faisons en France pour les huîtres comestibles; on a déjà obtenu dans cette voie de beaux résultats- On recueille en outre une grande quantité d’éponges. Quant à la pêche aux innombrables poissons qui, attirés par la nourriture abondante qu’ils trouvent dans les polypes et leurs hôtes, elle est considérable.
- Henri Coupin.
- Aux conditions physiques du développement des récifs que nous venons d’énumérer et qui se rencontrent sur la côte nord-est de l’Australie, s’ajoute la présence d’une eau claire et limpide, que ne vient pas souiller l’eau douce des fleuves terrestres et des matériaux solides qu’elle tient généralement en suspension.
- Il faut aussi rappeler que la Grande-Barrière est située sur le grand cerle volcanique qui entoure l’océan Pacifique. Il est donc très probable, que suivant les théories généralement admises aujourd’hui, le sous-sol sur lequel a pris naissance le premier rudiment de la barrière a une origine volcanique.
- Au premier abord, on est tenté de croire que la présence d’une barrière de récifs, ne permettant pas aux navires d’approcher, va être pour la côte qu’elle bordç, une cause de pauvreté. Loin de là, c’est une source, une très grande source de richesse! C’est
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- L’HOMME PRÉHISTORIQUE
- DANS LA GROTTE D’ANTÉLIAS, AU LIBAN (SYRIE.)
- Parmi les stations préhistoriques du Liban, la plus intéressante est à notre avis celle de la grotte d’An-télias. Antélias est un petit village maronite, situé à
- 8 kilomètres nord-est de Beyrouth, à l’entrée d’une vallée qui porte son nom. A vingt minutes du village, presque au fond de la vallée, se trouve une magnifique source qui donne naissance à un cours d’eau connu sous le nom de Nahr Antélias (rivière d’Anté-lias). Ce ruisseau serpente à travers une riche plantation de mûriers et se jette dans la Méditerra-
- Fig. 1. — Entrée de la grotte d’Antélias, en Syrie. (D’après une photographie.)]
- née après un parcours de 2 kilomètres environ. A droite et à gauche du champ de mûriers, s’élèvent les montagnes du Liban profondément découpées et ravinées ; au-dessus de la source, la vallée n’est plus qu’une gorge âpre et sauvage.
- C’est dans cette gorge, à dix minutes de la source, que se trouve la grotte où j’ai eu la bonne fortune de faire une importante découverte. Jusqu’ici, on n’avait signalé dans les stations préhistoriques du Liban que des silex taillés, des os d’animaux ou des brèches osseuses; aucun explorateur, à ma connaissance du moins, n’y avait découvert, mêlés aux os d’animaux, des ossements humains comme j’en ai trouvé dans la grotte d’Antélias.
- Cette grotte s’ouvre au bas d’une faille de rochers et s’enfonce sous un promontoire de calcaire cénomanien qui sépare deux vallées. Elle mesure 60 mè-
- tres de longueur sur une largeur qui varie entre 15 mètres comme maximum et 4m,50 comme minimum. Sa hauteur est de 6 à 8 mètres. Les parois de
- droite sont assez régulières, elles s’élèvent obliquement et se courbent en dôme à une hauteur de 6 à 7 mètres ; il n’en est pas de même du côté gauche. Là, une grande saillie de roche s’avance sous le plafond jusqu’au milieu de la grotte; un peu à gauche de cette vallée, se voit une ouverture oblongue qui donne accès à une cavité cylindrique creusée dans la paroi. Derrière cette saillie, la grotte s’élargit, fait une anse et se rétrécit brusquement près de la grosse stalagmite marquée sur le plan (fig. 2). La grotte se divise en trois parties de longueurs sensiblement égales, deux chambres larges de 41 à 15 mètres, et une galerie droite large seulement de 4 à 5 mètres qui les réunit.
- Échelle
- ToMet,
- Fig. 2. — Plan de la grotte d'Antélias.
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- LA NATURE.
- La galerie et la chambre du fond n’offraient aucun intérêt particulier; les fouilles que j’y ai pratiquées ne m’ont révélé aucune trace de silex ou d’ossements. L’intérêt de la, station préhistorique est concentré tout entier dans la chambre antérieure.
- Le seuil de cette chambre est un banc osseux, il s'élève à près de 2 mètres à l’entrée de la grotte, descend en talus régulier au dehors et en escalier au dedans. Cette brèche mesure environ 8 mètres dans le sens de l’axe de la grotte. C’est un conglomérat de silex, d’innombrables fragments d’os, de coquilles terrestres et marines, de cendre et de charbon; le tout empâté dans un calcaire rougeâtre. Exposé aux agents atmosphériques, ce magma devient extrêmement dur. Ce dépôt considérable parait provenir des débris de cuisine et des déchets d’industrie.
- Le sol ne me parut pas avoir été fouillé. Rien que dans son ensemble il ne soit pas nettement stratifié, pourtant je pus y constater à certains endroits une légère différence basée sur la présence d’une quantité plus ou moins grande de cendre et d’argile. La surface était couverte de 8 à 12 centimètres de terre calcaire, meuble, grisâtre, mélangée de pierres anguleuses, de fragments d’os et d’éclats de silex. Au-dessous se trouvait une couche de terre et de cendre de 10 centimètres d’épaisseur. C’était probablement le foyer. Là, j’ai rencontré en abondance des silex taillés, des os calcinés, quelques débris de poterie et aussi des galets oblongs en basaltite, usés et meurtris à leur extrémité qui ont du servir de marteaux. Plus bas la terre devenait argileuse, un peu rougeâtre et contenait encore des traces de charbon et de cendre. Plus bas encore, à la profondeur de lm,20, c’étaient surtout des pierres, des débris d’os et des silex agglutinés dans une terre calcaire notablement durcie.
- Partout, j’ai trouvé invariablement à toutes les profondeurs,des os, des instruments primitifs et des nuclei. Les premiers ossements humains mis à jour se trouvaient sous le gros bloc stalagmitiquc dont j’ai parlé, à 40 centimètres de profondeur, pêle-mêle avec une belle mâchoire de Sus scrofa, des dents et des débris de mâchoire de cerf. C’était un fémur gauche, un os frontal avec les fémurs d’un fœtus de six à sept mois. Ces ossements, à l’abri de l’humidité sous ce gros rocher, sont assez bien conservés. Ailleurs, j’ai déterré plusieurs humérus humains, dont deux sont perforés; plus loin, à GO centimètres de profondeur, un tibia presque entier, très aplati, c’est-à-dire beaucoup plus large qu’épais.
- Les ossements humains n’étaient pas réunis sur un point, mais disséminés parmi les débris d’os d’animaux et les instruments de silex. La plupart des ossements d’animaux sont tellement brisésetfendus, qu’il est souvent difficile de reconnaître à quelle espèce ils ont appartenu. Des os longs,il ne reste le plus souvent d’intact que les extrémités. J’ai trouvé environ deux cents mâchoires, mais pas une seule entière.
- Les instruments primitifs, recueillis dans cette grotie, sont nombreux. Ce sont des couteaux, des
- grattoirs et des scies en silex taillés avec art et admirablement retouchés sur leur pourtour ; des pointes et des poinçons en os ; des cornes de cerf portant des entailles certainement faites à la main.
- La dispersion des ossements humains parmi les os d’animaux, leur état de conservation et leur incrustation identiques prouvent que l’homme a été contemporain de ces animaux.
- Les anciens habitants de la grotte d’Antélias vivaient du produit de leur chasse. Leur gibier le plus ordinaire était du cerf. Us se montraient particulièrement friands de la moelle des os, car il n’en est peut-être pas un seul contenant de la moelle qui n’ait été cassé en long. Ils devaient manger aussi des mollusques de terre et de mer, et peut-être n’avaient-ils pas horreur de la chair humaine. Un os humain marqué de stries qui paraissent être faites au silex, d’autres ossements d’homme brisés comme ceux des animaux, donneraient à le penser.
- Voici, d’après la détermination de M. le professeur Charles von Fritsch, le nom des animaux auxquels ont appartenu la plupart des ossements trouvés dans la grotte d’Antélias :
- Bos priscus, Ursas (arctos), F élis pardus, Sus scrofa, Cervus elaphus, Cervus mesopotamicus (?) C. capreolus, Cervus espèce indéterminée, Capra primigenia, C. Beden, Lepus ægyptins, Mustela, Spermophilus (?) Perdix græca.
- Il me reste encore à déterminer d’autres ossements d’hommes et d’animaux que j’ai recueillis en grand nombre dans mes dernières fouilles.
- G. Zumoffkn,
- Professeur à l’Université de Beyrouth.
- LES ÉPAVES
- Le bureau hydrographique des États-Unis vient de publier une carte des naufrages, qui donne, pour une période de cinq ans (1887 à 1891), les noms, dates et positions de 95G navires qui se sont perdus sur la cèle orientale d’Amérique, et, en même temps, signale un nombre à peu près égal d’épaves flottantes rencontrées pendant la même période d’années; mais 625 de ces épaves n’ont pas pu être signalées comme provenant d’un naufrage connu. Il y a une table de 139 cpaves qui ont été rencontrées plusieurs fois. La table indique le nombre de milles parcourus par chacune de ces épaves rencontrées, le nombre des rencontres et le nombre de jours écoulés entre les unes et les autres. Il y a, en outre, une liste de 195 navires qui ont été abandonnés et n’ont été rencontrés qu’une seule fois. Ces tables montrent qu’il y a au moins 16 épaves constamment en dérive sur la grande route commerciale océanique. Pendant cette période de cinq ans, il y a eu 58 collisions de navires avec les épaves flottantes et 6 de ces collisions ont entraîné la perte totale des navires abordés. 8 des 16 épaves flottantes ont fait des avaries à d’autres navires, chaque année.
- L'Army and Navy Register, d’où ces renseignements sont tirés, demande que les bâtiments de guerre des diverses puissances maritimes, qui prendront part à la grande revue internationale de New-York, entreprennent ensuite une croisière pour détruire ces épaves avec leurs torpilles. Le bâtiment qui en détruirait le plus grand
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- nombre recevrait une récompense honorifique. « Il faut diminuer, ajoute le rédacteur, les risques de la navigation. » Les statistiques les plus sérieuses montrent qu’il y a, pour le commerce général du monde, une perte annuelle de 12 000 personnes et de 2172 navires, dont les cargaisons sont évaluées à 500 millions de francs environ.
- LE CHEMIN DE FER ÉLECTRIQUE AÉRIEN
- DE LIVERPOOL
- Le 4 février dernier, lord Salisbury présidait à Liverpool, à l’inauguration d’un chemin de fer aérien et électrique étudié par sir Douglas Fox et par M. J.-IL Greathead. Il ne s’agit pas, hâtons-nous de le dire, d’une traction électrique à très grande vitesse du genre de celles que diverses Compagnies de chemins de fer étudient en France et à l’étranger. Le problème résolu est d’un ordre moins élevé, quoique fort intéressant, car il s’agit d'une application importante de transmission et d’utilisation de l’énergie électrique sur un assez long parcours et cela, pour répondre à un service de traction régulier et intensif; il s’y fera certainement, par le fait même des conditions d’exploitation, des expériences , très utiles et très instructives.
- L’ « elevated » dont nous parlons, est spécialement destiné à desservir les docks de Liverpool, lesquels occupent, sur la rive droite de. la Mersey, un développement de plus de 10 kilomètres. Jusqu’à ces derniers temps, ce long parcours était desservi par une ligne de tramways à traction par chevaux, toujours encombrée et dont on déplorait la lenteur .On avait bien songé à divers systèmes de traction mécanique, notamment à la traction à vapeur; mais un arrêt du Parlement interdit l’emploi des locomotives à vapeur dans l’intérieur des docks ; quant aux systèmes à air comprimé,à vapeur surchauffée, ou funiculaires, ils présentaient l’inconvénient de surcharger la circulation d’un espace déjà fort encombré.
- L’électricité se trouvait donc tout indiquée : son emploi pour la traction des tramways aux Etats-Unis et en Europe permet déjà d’affirmer qu’elle réalise le système de traction par excellence au point de vue de la rapidité, de la simplicité du fonctionnement, et de l’économie même, lorsque l’on sait bien étudier les graphiques, c’est-à-dire, approprier exactement la locomotion aux besoins de la circulation qu’elle doit desservir. Les ingénieurs anglais l’ont donc adoptée et lui ont donné toute son efficacité en construisant la nouvelle ligne entièrement aérienne sur toute sa longueur, sauf sur une centaine de mètres environ.
- Les points terminus sont la station de Seaforjji et les docks dits d’IIerculanum. La ligne compte treize stations, inégalement distantes les unes des autres, à des distances variant entre 300 et 1200 mètres (fig. 2). Elégamment élevées sur des piliers en métal, elles comportent simplement un bureau de recette, un bureau de service et une salle d’attente : leurs quais ont 55 mètres de longueur, 5,n,60 de largeur et 0m,90 de hauteur au-dessus du
- niveau des voies : on y accède par des escaliers partant du sol des rues.
- La construction de cette voie aérienne a donné lieu, malgré son peu de longueur relative, à toute une série de travaux d’art intéressants. Il s’agissait, en effet, d’y procéder sans interrompre une circulation extrêmement active et sans nuire à des intérêts commerciaux importants dont on connaît toute la valeur dans ce pays où, par excellence, le principe « tïme is money » est mis en pratique. Le montage des travées métalliques a été fait, en conséquence, au moyen d’un échafaudage roulant très ingénieux qui se déplaçait incessamment, ajoutant et reliant une travée à l’autre : les riveuses hydrauliques n’avaient, dès lors, qu’à accomplir leur œuvre en se glissant tout autour des poutres présentées les unes aux autres exactement dans la situation qu’elles devaient occuper définitivement. On a pu s’assurer, dans ces conditions, de la facilité que présente le montage des constructions métalliques élevées au-dessus du sol d’une ville ; cette opération passe en quelque sorte inaperçue, alors que des travaux souterrains, si bien combinés qu’ils soient, conduisent toujours à un bouleversemeut du sol interminable et pénible. Le prolongement de la ligne de Sceaux, dans Paris, effectué en même temps que se construisait la ligne aérienne de Liverpool, a fourni aux ingénieurs un terme de comparaison qui n’est pas à l’avantage des travaux métropolitains en sous-sol.
- La hauteur libre au-dessus de la surface du viaduc de Liverpool n’est que de 4m,20 ; on l’a reconnue très suffisante pour le trafic ordinaire, mais elle est trop faible pour laisser passer certaines grosses pièces allant aux docks ou en revenant, telles que les chaudières marines, par exemple, dont le diamètre atteint, à l’heure actuelle, de très fortes proportions. Pour y remédier, on a établi sur les voies transversales les plus fréquentées des ponts basculant autour d’un axe horizontal dont le mécanisme est fort intéressant. Les basculement s’opère avec une grande facilité au moyen d’une presse hydraulique.
- Nous citerons brièvement aussi, en raison des difficultés auxquelles sa construction a donné lieu sur cette petite ligne, le pont-tournant qui franchit la passe d’entrée du Stanley-Dock. Il offre cette particularité d’être construit à deux voies ; la voie supérieure laisse passer le chemin de fer électrique, la voie inférieure dessert les docks au niveau du quai. Pendant toute la nuit, le tablier inférieur est relevé afin de laisser circuler les chalands qui franchissent la passe ; pendant le jour, le pont s’ouvre à deux battants pour laisser passer les gros navires matés. Toutes ces manœuvres s’effectuent au moyen de la pression hydraulique à laquelle l’énergie électrique sera peut-être substituée dans l’avenir. Le montage fort compliqué de ce curieux ouvrage, dont le mouvement de repliement et de rotation est tout particulier, a été effectué avec une grande facilité et sans interrompre la circulation grâce au concours de la
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- grue flottante de 100 tonnes du port de Liverpool qui est bien connue dans l’outillage des Travaux publics.
- La ligne aérienne de Liverpool est desservie, cela va sans dire, par un materiel spécial. Le courant électrique qui sert à la traction suit un fer en U de 40 centimètres carrés de section : le retour du courant se fait par les rails eux-mêmes. Le conducteur électrique qui amène le courant est fixé de 2 en 2 mètres par des isolateurs en porcelaine sur des traverses en bois : les rails sont, de leur côté, posés sur des longrines et afin de réaliser, même dans le cas de grande pluie, l’isolement électrique indispensable, des pentes accentuées et de nombreuses gar-
- gouilles rejettent largement l’eau vers l’extérieur du viaduc. Aux croisements de voies, des conducteurs en cuivre rouge, isolés, avec joints de dilatation, assurent la continuité du conducteur.
- Le nombre des trains de voyageurs, circulant en même temps sur le viaduc, est limité à douze. Chacun d’eux comprend deux voitures, dont nous donnons l’aspect (fig. 3), pouvant contenir 56 voyageurs, un conducteur et un contrôleur. Ces voitures sont automobiles; chacune d’elles contient sa dynamo réceptrice actionnant directement une paire de roues du truck sur lequel repose la caisse. La longueur totale de chaque voiture est de 12 mètres et son poids de 16 500 kilogrammes : la puissance de la dynamo récep-
- Fig. 1. — La station cenlrale d’électricité du chemin de fer électrique de Liverpool.
- trice qui la met en mouvement à la vitesse moyenne de 51 kilomètres à l’heure, est de 32 chevaux. Mais il faut noter que, grâce à des résistances variables, on peut, à volonté, obtenir les quatre vitesses différentes de 12, 30, 51 et 75 kilomètres à l'heure. On pourrait sans doute aussi atteindre la vitesse de 100 kilomètres à l’heure, avec une grande facilité, mais elle offrirait plus d’inconvénients que d’intérêt sur cette petite ligne de 9 kilomètres de longueur qui serait ainsi parcourue en un clin d’œil : néanmoins des expériences pourront sans doute être faites à ce sujet, car le jour de la réception de la ligne et des essais définitifs, le 26 janvier 1893, on a obtenu la vitesse de 80 kilomètres à l’heure.
- La station électrique génératrice qui est figurée ci-dessus (fig. 1) est fort bien disposée et bien installée.
- Elle occupe la partie centrale des docks de Bramley-Moore, bâtiments massifs et voûtés, sur la terrassedes-quels le London and North-Western Raihvay déverse incessamment les montagnes de houille qui vont directement tomber dans la cale des navires à quai.
- Six fortes chaudières Lancashire construites par la maison Galloway, et à chargement automatique, peuvent développer chacune une puissance de 335 chevaux, soit environ, au total, 2000 chevaux de puissance disponibles,
- La salle des machines, desservie par deux ponts-roulants électriques de 8 mètres de portée, est partagée en 4 groupes moteurs et générateurs dont 3 sont normalement en marche. Chaque groupe comporte une machine à vapeur compound du système Corliss, commandant par câbles une
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- Bl&lUKHtQUÉ -
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- dynamo Elwell-Parker excitée en série. Le moteur Corliss a 450 chevaux de puissance indiquée, la dynamo de 500 ampères et 500 volts tourne à la
- vitesse de 400 tours par minute. Tels sont les principaux éléments de cette installation dont nos dessins, exécutés d’après des photographies, don-
- neront, d’ailleurs, une idée d’ensemble exacte. ferrée, si instructive pour les ingénieurs et les élee-Nous ne serions pas surpris que cette petite voie triciens, occupât bientôt dans l’histoire des voies
- Fig. 3. — Vue de l’un des wagons du chemin de fer électrique de Liverpool.
- ferrées une place analogue à celle que les petites lignes de Saint-Etienne et de Paris à Saint-Germain, occupent dans l’historique de la traction à vapeur. L’électricité, parfaitement admise pour la traction des tramways, pour la traction dans les mines et
- pour une foule d’usages de la transmission à distance de l’énergie, qui vont en se multipliant, n’avait point encore fait ses preuves dans une exploitation régulière de ligne de chemin de fer. L’expérience est désormais concluante, à Londres, dan s le chemin
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- de fer souterrain qui relie la Cité avec le faubourg de Stockwell, et a Liverpool sur l’intéressante voie ferrée que nous venons de décrire. Les premiers pas sont faits et ce sont, comme le dit justement le proverbe, ceux qui coûtent le plus à faire à tous les points de vue. L’activité des relations humaines se trouve donc en pleine possession d’un élément de progrès nouveau dont on peut à peine présager la fécondité et le brillant avenir.
- Max de Nansouty.
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- MOYEN DE DÉTERMINER EXPÉRIMENTALEMENT LE
- TRAVAIL EFFECTUÉ PAR UN VÉLOCIPÉDISTE
- Les études fort intéressantes que M. Ch.-Ed. G. et M. Jaquot ont publiées dans La Nature1 sur le travail des vélocipédistes m’engagent à communiquer les résultats d’expériences qui m’ont permis de mesurer directement ce travail pour différentes vitesses.
- La méthode est extrêmement simple et permet à tout veloceman de se rendre compte de l’excellence de sa machine et du travail mécanique qu’il doit déployer pour se mouvoir avec une vitesse donnée. Elle consiste à laisser rouler le vélocipède sur une longue pente uniforme de faible inclinaison, sans toucher ni le frein ni les pédales. Le mouvement de la machine très lent au départ va s’accélérant; mais comme la résistance croit à mesure que la vitesse augmente, elle finit par prendre une vitesse très sensiblement uniforme. Le veloceman s’en aperçoit aisément en observant le mouvement régulier des pédales. Si l’on détermine alors la vitesse du vélocipède en mesurant l’espace qu’il parcourt en un certain nombre de secondes et que l’on connaisse l’inclinaison de la pente au moyen d’une carte topographique, on peut déduire de cette simple expérience le travail que déploierait le vélocipé-diste marchant à plat avec la même vitesse.
- En effet, lorsque la vitesse est devenue uniforme, le travail qu’effectue à Chaque instant la pesanteur est égal au travail total des résistances à cet instant (résistance de l’air, de la route et des essieux). En désignant par P le poids en kilogrammes du veloceman et de sa machine (fig. ci-dessus), par II la hauteur verticale (en mètres) dont le vélocipède descend pour aller de A en B, par T le travail des résistances dans le même trajet, on a P x H = T 2.
- En multipliant P par H on obtient donc directement en
- 1 Yoy. n° 1029, du 18 février 1893, p. 186.
- 2 Dans le cas où la vitesse n’est pas uniforme, le travail effectué par la pesanteur entre deux points A et R du trajet est égal au travail des résistances, plus l’accroissement de
- force vive ; on a donc P X H = T -f- T. (V*B — V2*) ; si le
- mouvement devient uniforme on aVB = VA et, par conséquent, l’expression devient Pxll=T. Lorsque le trajet AB est suffisamment grand, l’erreur que l’on peut commettre en supposant VB = VA devient de plus en plus petite, car T est relativement grand.
- kilogrammètres le travail total des résistances pour aller de A eu B avec une vitesse donnée. Il est bien évident qu’un vélocipédiste se mouvant à plat avec la même vitesse, sur la même route, aurait à vaincre la même résistance et déploierait le même nombre de kilogrammètres pour parcourir la distance AB.
- En divisant ce travail par le temps employé pour parcourir le trajet AB, on obtient enfin le nombre de kilogrammètres que le vélocipédiste doit déployer par seconde pour atteindre cette vitesse.
- Si l’on répète l’expérience sur des roules d’inclinaison différente, on obtiendra la valeur de ce travail pour diverses vitesses et le vélocipédiste pourra se faire une idée du travail mécanique qu’il déploie aux différentes allures.
- Voici les résultats obtenus en expérimentant avec une bicyclette de 24 kilogrammes ayant déjà deux années de service, mais en fort bon état. Tous les frottements étaient à billes, sauf ceux des pédales. Les bandages des roues étaient en caoutchouc massif et déjà quelque peu usagés; les deux roues d’égale grandeur avaient un diamètre de ()m,77. Cette bicyclette était montée par un veloceman pesant 57 kilogrammes; le poids total P était donc 81 kilogrammes.
- La première série d’expériences a été exécutée sur la route de Trieinli à Albisreden, dans les environs de Zurich, sur une pente de 0m,054. La machine, après avoir atteint sa vitesse uniforme, a parcouru 157m,5 en dix-sept secondes, soit 8m,09 par seconde. Le travail par seconde était donc 81 x 0,054x8,09 = 35,3 kilogram-mètres. Dans la deuxième série effectuée sur une pente de 0m,043 par mètre, la machine a pris une vitesse uniforme de 6m,67 ; elle a parcouru 176m,5 en 20%5, effectuant par seconde un travail de 81 x 0,045 x 0,67 = 24,3 kilogrammètres. Enfin, dans la troisième série, sur une pente moyenne de 0m,032 on a trouvé 0kgm,95 pour une vitesse moyenne de 2m,68. Le tableau suivant résume ces résultats :
- Vitesse Travail Travail
- en mètres. par seconde. par mètre.
- 2,68 6,95 2,59
- 6,67 24,5 3,65
- 8,09 35,5 4,37
- Sans atteindre les vitesses obtenues par les Johnson et les Zimmermann, ces expériences montrent avec assez de clarté combien l’effort du vélocipédiste augmente rapidement à mesure que la vitesse s’accroît.
- Il était particulièrement intéressant de vérifier si ces expériences confirmaient les formules que M. Jaquot a données pour exprimer le travail d’un vélocipède. En substituant dans la formule
- T=v[e(s + S) + *ï*s]
- les valeurs fournies par les deux premières expériences, on trouve que le coefficient de tirage c est égal à 0,02, ce qui est fort probable étant donné l’état légèrement humide de la roule. Quant au coefficient K de la résistance de l’air, on trouve 0,06 valeur comprise entre 0,07 que M. Ch.-Ed. G. considère comme trop forte et la valeur que M. Jaquot estime comme probablement trop faible.
- 11 serait intéressant de déterminer par un plus grand nombre d’expériences et dans de plus larges limites les valeurs minima et maxima de ces coefficients; on obtien-
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- LA NATUÏIE.
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- drait ainsi une formule basée sur l’expérience qui four, nirait certainement des renseignements utiles pour la construction des vélocipèdes. C.-E. Guye,
- Docteur ès sciences.
- NOUVELLES VOIES FERRÉES AU MEXIQUE
- Le réseau des chemins de fer mexicains s’est augmenté récemment de deux sections importantes, qui ont été inaugurées simultanément : la première est celle de Puebla à Oaxaca, qui met désormais la vallée de ce nom en communication, tant avec la capitale qu’avec la côte mexicaine de l’Atlanlique et avec l’ensemble du système des voies ferrées du pays; la seconde est celle de Torreon à Durango, qui relie cette dernière région minière aux États-Unis, d’un coté, par Piedras Negras et Eagle Pass, et de l’autre, par El Paso del Norle. Oaxaca, chef-lieu de l’État de ce nom, dont les richesses naturelles sont encore, en grande partie, inexploitées, est situé, par la voie qui vient de s’ouvrir, à 544 milles anglais de Mexico et à 288 milles de Puebla. Durango, l’une des villes les plus importantes du Mexique central, est, par son nouveau chemin de fer, à 157 milles au sud-ouest de Torreon, qui était jusqu’ici la station terminale du Mexicain international de ce côté, et qui est situé à son point d’intersection avec le Mexicain central. La ligne entière, de la frontière américaine d’Eagle Pass à Durango, a maintenant un parcours de 540 milles. Un autre chemin de fer, très important pour le Mexique, et qui est en construction, est celui qui traverse l’isthme de Tehuantepec, en reliant l’un à l’autre les deux Océans. Sur 190 milles, qui composent la distance totale entre les ports de Salina-Cruz et de Coatza-coalcos, 115 milles de rails ont été déjà posés, en parlant des deux extrémités de la ligne.
- LE SECRET DU JEU DES ÉCHECS
- Le jeu des Echecs se joue au moyen de 52 Pièces matérielles qui par une fiction déterminée, représentent visiblement les 52 Unités de combat imaginaires du jeu.
- Avant d’entrer dans l’étude pratique du jeu, il faut s’habituer à bien voir autour de chaque Pièce, — objet matériel restreint, — l’Unité de combat invisible plus étendue qu’elle représente.
- L’habitude d’attacher nos regards aux Pièces de l’échiquier restreint notre vue, alourdit et retarde nos opérations mentales ; pour calculer avec la rapidité qu’exige la multiplicité des combinaisons que nous offre la complexité des Unités de combat, pour comparer promptement entre eux plusieurs plans de campagne, choisir le meilleur, coordonnant dans chacun d’eux une foule de combinaisons successives instantanément conçues, essayées et jugées, il ne faut pas voir par les yeux les Pièces de bois qui se dressent sur le damier, il faut voir dans sa pensée les Unités de combat elles-mêmes. C’est l’enchevêtrement de ces figures imaginaires qui contient la solution du jeu, c’est lui qu’il faut prendre l’habitude de lire; les mille intersections de ces lignes complexes doivent être présentes à notre esprit;
- pour jouer sûrement, il faut à chaque mouvement suivre dans notre pensée la résultante totale de leur ensemble.
- L’Unité de combat occupe sur le damier un certain nombre de cases, tandis que la Pièce qui porte son nom occupe seulement sa case centrale, indiquant par là sa position. Ainsi l’Unité de combat dénommée « Roi » occupe 8 cases, toutes également, sans compter la case centrale sur laquelle elle n’a pas d’action et que la Pièce « Roi » occupe inerte; la Reine est un réseau étendu de quatre lignes de cases; la Tour et le Fou sont des réseaux de deux lignes chacun; le Cavalier est une collection de 8 cases isolées ; le pion couvre 2 cases.
- Souvent le joueur inexpérimenté compromet sa partie, ou manque de prendre à propos un avantage, parce que son attention demeure fixée sur quelques-unes seulement des cases de l’Unité de combat qu’il déplace ; il ne voit pas les coups qu’il porte inconsciemment par les autres cases de cette Unité, non plus que les défenses qu’il abandonne en déplaçant ces cases.
- Pour arriver à voir constamment dans notre pensée le dessin tout entier de chaque Unité de combat et par suite tous les points d’intersection où ces Unités se rencontrent, il faut jouer, mentalement, d’abord sans Pièces, et ensuite sans le secours des yeux, sans Pièces et sans damier. Ce n’est pas là une difficulté aussi grande qu’elle- paraît l’être au premier abord, il suffît pour la résoudre de différencier les cases du damier de telle façon que la .position relative de chacune d’elles apparaisse distincte à notre esprit. Pour établir ces différences, pour rompre l’uniformité du champ couvert de cases pareilles, il suffit d’imaginer le damier divisé en un petit nombre de compartiments; chacun de ces compartiments ne comprenant qu’un petit nombre de cases, l’œil d'abord embrasse et la mémoire ensuite retient sans effort leurs positions relatives et en même temps la figure que forment les cases dans l’intérieur de chacun d’eux.
- La figure 1, ci-jointe, montre, sans qu’il soit besoin de la décrire, la division du damier en cinq carrés et quatre rectangles. Pour accentuer ces divisions et rendre leur image plus frappante, nous pouvons donner aux cases des rectangles, des teintes un peu différentes, colorer, par exemple, les trois cases noires en bleu foncé, et les trois cases blanches en rose clair. Par ces distinctions chaque case a pour nous sa place marquée, son nom, son individualité; sa valeur cinématique est mise en relief; chaque Unité de combat composée de cases de valeurs différentes nous apparaît dès lors nettement dessinée, nous ne pouvons plus en oublier aucune case ; toutes nos combinaisons désormais se font sûrement d’après ces lignes complexes dont les aboutissants, sur tout leur parcours, sont d’avance présents à notre esprit.
- Les deux carrés de 9 cases qui occupent les bouts de la diagonale noire, comportent chacun 5 cases
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- noires dont le dessin en croix nous frappe par son unité simple; les deux carrés où aboutit la diagonale blanche, comportent quatre cases noires en croix d’un autre dessin. Les trois cases noires, dans chaque rectangle, forment un triangle ; ces figures en forme de chapeau sont toutes les quatre tournées deux à deux, vers les deux carrés de la diagonale blanche. Le petit carré du centre est composé de 4 cases seulement, les 4 cases les plus fortes du jeu.
- Nous retiendrons au premier coup d’œil les diagonales de 4, 2 et 3 cases; nous retiendrons les diagonales de 4 et 5 cases en remarquant qu’elles empruntent 2 et 1 cases à un seul carré et aux deux rectangles qui leur sont contigus; la diagonale de 6 cases est un peu plus difficile à retenir, empruntant ses cases à des compartiments moins groupés, mais on la retrouve bien vite en s’aidant de cette observation qu’elle emprunte, à partir des
- Fig. 1.
- suivi ses projets soit pour les encourager dans une trompeuse confiance, soit pour les contrarier ou les bouleverser, nous saurons au moment voulu déterminer en notre faveur et fixer cette résultante dont à chaque coup nous lui disputons la direction ; nous gagnerons la partie si notre adversaire n’a pas su comme nous tenir compte à chaque coup de toutes
- 1 Chaque case appartient à deux diagonales qui se croisent sur elle ; si l’on considère les quatre carrés inscrits de 28, 20, 12 et 4 cases qui forment le damier, on voit que chacune des 28 cases du plus grand carré commande, par les deux diagonales qui la traverse, 8 cases ; chacune des 20 cases du deuxième carré en commande 10; chacune des 12 cases du troisième carré en commande 12; enfin chacune des 4 cases du petit carré du centre commande par scs deux diagonales, 14 cases.
- Pour donner à chaque caso un nom qui nous permette de la retrouver facilement sur une diagonale, dans un rang ou une colonne, numérotons, de gauche à droite, les 8 cases du premier rang, de 11 à 18 (fig.2) ; celles du deuxième rang de 21 à 28; celles du troisième rang de 31 à 38;... celles du huitième rang de 81 à 88. Le chiffre des dizaines indique le rang, le degré d’avancement vers le camp ennemi: lre, 2°, 3e,... 8e; le
- lignes médianes du damier, 2 cases à chacun de trois des quatre quarts formés par ces médianes; la diagonale de 7 cases se retrouve par la position de sa case du milieu, case du carré central ; la diagonale de 8 cases se fixe d’elle-même dans l’esprit.
- Les observations que cette division du damier nous aide à faire, et qu’elle fixe dans notre esprit, se présentent d’elles-mêmes en foule sans que nous ayons à insister l.
- Par ces divisions le joueur doué d’un peu de mémoire des formes et des localités, imprimera dans son cerveau un damier très lumineux, très lisible, et il jouera avec une connaissance minutieuse des routes du champ de bataille qui lui évitera toute surprise. Parcourant instantanément toutes ces routes dans notre pensée, nous posséderons distinctement la résultante des Unités de combat qui les occupent ; si nous avons cheminé avec clairvoyance dans la pensée de notre adversaire, découvert et
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- les cases de l’Unité de combat qu’il mettait en mouvement ; nous aurons dans tous les cas la satisfaction d’avoir manœuvré sans rien attendre ou craindre du hasard, et toujours par des coups élégants ; tout le jeu est là.
- Jouer sans voir est le meilleur et peut-être le seul moyen d’arriver à savoir jouer aux échecs.
- de Sanderval.
- chiffre des unités indique le numéro de la colonne allant d’un joueur à l'autre ; colonne des \, colonne des 2, colonne des 3,.. colonne des 8. Lorsque les deux chiffres de l’un de ces nombres sont tous les deux pairs, ou tous les deux impairs, la case qu’il nomme est une case noire; lorsque les deux chiffres sont l’un pair et l’autre impair, la case est blanche. Pour énoncer mentalement ces noms il est préférable de nommer séparément le chiffre des dizaines et celui des unités, l’esprit voit plus vite les cases ainsi désignées; par exemple au lieu de dire : quarante-deux, il est préférable de dire : quatrième-deux. Les pièces de l’adversaire viendront à nous sur nos propres numéros, c’est-à-dire que dans notre pensée nous n’emploierons pas deux séries de noms en sens inverses comme on le fait ordinairement pour écrire une partie.
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- LA PULVÉRISATION DES MÉTAUX
- Dans nombre de cas de la pratique industrielle, il est utile d’avoir recours à des métaux plus ou moins finement divisés ; lorsqu’il s’agit de métaux mous, tels que le plomb ou le zinc, ou très ductiles, tels que le cuivre ou ses alliages, cette pulvérisation est impossible par les méthodes de broyage ordinaires. Apres de nombreux essais, MM. Michel et Sirven sont arrivés à une très élégante solution que nous décrirons sommairement et dont nous indiquerons les principales applications.
- Les inventeurs se sont basés sur ce fait qu’une solution cristallisable se réduit en cristaux d’autant plus menus que le refroidissement est plus égal et plus rapide dans la masse et que, par agitation constante, on empêche les cristaux de se nourrir, suivant la pittoresque expression des chimistes. Nous rappellerons que celte méthode était autrefois employée par les artificiers pour raffiner et pulvériser le salpêtre; c’est ce qu’on nommait le farinage; c’est encore la méthode usitée pour obtenir le sel fin.
- C’est par un véritable farinage des métaux en fusion que les inventeurs procèdent.
- Le métal, étant fondu au creuset, est versé dans une coupelle peu profonde, constituée par une tôle mince convenablement emboutie, encastrée dans un socle de briques et de terre réfractaire. Le liquide est d’abord brassé lentement à l’aide d’une barre de fer spatulée, de manière à régulariser le refroidissement. On active le brassage, dès qu’on voit apparaître les premiers cristaux, en détachant ceux qui se forment sur les parois et en les ramenant toujours au centre. La masse prend de plus en plus l’état pâteux et, par le brassage convenablement mené, on forme peu à peu au milieu de la coupelle un petit monticule de cristaux, entre les interstices desquels le métal fondu s’écoule ; une fois que la plus grande partie de la masse a été ainsi solidifiée, on fait écouler l’excès du liquide et le métal se trouve alors dans un état critique particulier, que les inventeurs ont appelé période sableuse: en effet, si, à ce moment, on frappe à petits coups répétés
- sur la motte cristalline, celle-ci s’effrite instantanément et se résout en une poudre grossière qu’on étale aussitôt sur une plaque de tôle pour achever le refroidissement. Il suffira dès lors, par des tamisages convenables, de séparer les cristaux en diverses grosseurs. L’opération est très rapide, elle exige un petit tour de main facilement acquis et réussit également bien pour tous les métaux. Cependant, si ceux-ci sont trop oxydables à l’air, Je brassage est exécuté sous une couche de charbon en poudre qui, du reste, facilite l’opération et sera ultérieurement éliminé par les tamisages ou des traitements convenables à l’eau.
- Nous avons examiné au microscope plusieurs métaux ainsi pulvérisés; les grains varient entre 0,8
- et 2 millimètres de diamètre, ils se présentent sous la forme de très menus cristaux accolés en petites masses irrégulières par une gangue de métal amorphe; ils peuvent être employés en cet état dans la plupart des cas, ou broyés plus finement par les méthodes ordinaires, qui sont facilitées par l’état même des grains.
- Parmi les nombreuses applications que les inventeurs ont faites de ces métaux pulvérisés, nous citerons la suivante : des déchets de zinc sont fondus et granulés, on les traite par de l’eau acidulée avec un peu d’acide sulfurique, et on y ajoute du mercure : il se forme une masse pâteuse, ayant une consistance de savon mou qu’il suffit de comprimer dans des moules avec une pression modérée pour obtenir des balles, des crayons, ou des plaques de zinc parfaitement amalgamés dans la masse, et qui constituent d’excellentes électrodes pour les piles, fournissant un courant d’une très grande constance. Il est à remarquer que, avec le temps, cet amalgame de zinc acquiert une très grande dureté.
- M. Michel a fabriqué ainsi de petits bâtonnets très courts de zinc amalgamé pour constituer l’anode soluble d’une pile très constante. Un cylindre de porcelaine à ailettes se termine à la partie inférieure par une corbeille de toile de cuivre amalgamé, dans laquelle on dépose un plus ou moins grand nombre de bâtonnets, suivant le débit désiré (fig. ci-dessus). Cet assemblage constituera le pôle négatif soit d’une pile Daniel, soit d’une pile au bichromate à
- Agglomérés de zinc et de mercure. Pile spéciale de M. Michel, genre Daniel.
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- LA NATURE
- liquides se'pare's ou uniques; ce dispositif assure, comme nous l avons déjà dit, une parfaite constance grâce à l’amalgamation absolue du zinc.
- Pour la fabrication des accumulateurs, M. Michel granule par les procédés ci-dessus un alliage de plomb et de zinc, à 4 pour 100 de ce dernier métal. La pulvérisation achevée, il traite l’alliage par de l’acide sulfurique dilué qui dissout le zinc, et le plomb reste à l’état de mousse légère qui peut se comprimer de toutes les façons possibles pour constituer des plaques d’accumulateur d’un très bon rendement et d’une formation rapide grâce à leur nature spongieuse.
- Cette méthode de pulvérisation des métaux est susceptible de recevoir de multiples applications; il ne nous a pas été possible, dans ce court résumé, d’indiquer les divers perfectionnements que les inventeurs ont apportés successivement à leur méthode primitive, suivant la nature du métal à traiter. Ils ont opéré sur tous les alliages de pratique industrielle, en particulier sur les brasures fortes d’un broyage difficile, les fontes, le nickel, etc. Ils ont reconnu que les métaux ainsi pulvérisés permettent la fabrication plus rapide et plus homogène des alliages ; il y a là pour l’industrie un nouveau produit qui ne doit pas être négligé. II. FonimEa.
- NÉCROLOGIE
- Eugène Guillemin. — 11 y a quelques mois, nous consacrions ici même une Notice nécrologique à la mémoire de l’éminent écrivain scientifique Amédée Guillemin qui avait été notre collaborateur de la première heure '. Nous avons la douleur d’avoir à enregistrer aujourd’hui la nouvelle de la mort d’Eugène Guillemin, le frère du physicien-astronome, et qui était aussi l’un de nos collaborateurs. Eugène Guillemin, né à Pierre (Saône-et-Loire), le 5 juin 1825, est mort à Paris le 15 avril 1895. Il fit ses études à Beaune en même temps que son frère. Reçu à Saint-Cyr, en 1842, il en sortit en 1844 avec les épaulettes de sous-lieutenant et fit ses premières armes en Algérie, mais ses goûts le portaient beaucoup plus vers les choses scientifiques et industrielles et il donna bientôt sa démission pour entrer comme ingénieur dans les chemins de fer alors en construction en Suisse. Rentré en France vers 1860, il s’occupa surtout de cartographie et exécuta des cartes remarquables par le rendu des reliefs du sol. La plupart de ses travaux ont été analysés dans La Nature; ils concernent la carte générale de France, la carte de la frontière du Nord-Est, la carte des environs de Paris, presque entièrement achevée quand la mort est venue le surprendre. Eugène Guillemin était un travailleur modeste et consciencieux, un homme honorable dans la meilleure acception du mot, et il jouissait de l’estime et de l’affection de tous ceux qui le connaissaient.
- G. T.
- CHRONIQUE
- Encre sympathique, encre lumineuse. —
- Rabelais a laissé une liste très curieuse des diverses espè-
- 1 Vo'y. n° 1024, du li janvier 1895, p. 107.
- ces d'encre sympathique dont on se servait de son temps. Il raconte (Pantagruel, t. II, ch. xxiv) ce que fit Panurge pour faire reparaître les caractères d'une lettre envoyée par une Parisienne à Pantagruel. « Ilia mit, dit-il, auprès du feu, pour voir si l’escriture estoit faite avec du sel ammoniac destrempé en eau. Puis la mit dedans l’eau, pour savoir si la lettre estoit escrite du suc de tithymalle. Puis la monstra à la chandelle, pour voir si elle estoit point escrite de jus d’oignons blancs. Puis en frotta une partie d’huile de noix, pour voir si elle n’estoit point escrite de lexif de figuier. Puis en frotta une part du laict de femme alaictant sa fille première née, pour voir si elle n’estoit point escrite de sang de rubettes (grenouilles). » A vrai dire, cette liste paraît un peu fantaisiste, et la bonne encre du seizième siècle se composait tout simplement de noix de galle et de sulfate de fer. Pour l’imprimerie, on se sert généralement de noir de fumée et d’huile de liu. Si l’on veut imprimer en couleur, le noir est remplacé par des poudres particulières. On parle maintenant d’une chose non prévue par Rabelais : d’encre lumineuse permettant de lire dans l’obscurité. Le journal l'Imprimerie en a donné récemment la recette. On sait que l'on obtient, d’après ce journal, des compositions phosphorescentes par la calcination du carbonate de chaux en présence du soufre. MM. féligot et Becquerel, qui ont étudié la question depuis longtemps, citent la phosphorescence jaune obtenue par le mélange de 1 à 2 pour 100 de peroxyde de manganèse aux matières ci-dessus; la phosphorescence verte, en y mélangeant une petite quantité de carbonate de soude; la phosphorescence bleue, par l’adjonction de 1 à 2 pour 100 d’un composé de bismuth. Si l’on porphyrise ces matières phosphorescentes et qu’on les incorpore ensuite à du vernis d’huile de lin, on peut se servir du mélange suffisamment broyé comme encre d’impression typographique, et imprimer des planches dont les épreuves, influencées pendant le jour par la lumière, paraîtront lumineuses dans l’obscurité.
- lTn chasseur d’éléphants. —La Iievieiv of Reviews publie, dans son dernier numéro, une biographie d’un gentleman anglais, M. Selous, dont les histoires de chasses en Afrique paraissent appelées à devenir célèbres. Tout jeune, M. Selous, que le goût des aventures avait conduit dans le Matabele, fut autorisé par le roi de ce pays à chasser l’éléphant. Chaque éléphant tué rapporte environ 1250 francs à celui qui l’a abattu. M. Selous en aurait tué plus de cent. L’éléphant devine, paraît-il, assez facilement la présence de l’homme par l’odorat, mais il le distingue difficilement par la vue : si le chasseur reste immobile, il a de grandes chances d’être pris pour un tronc d’arbre. Quand l’éléphant est blessé, il marche droit devant lui jusqu’à ce qu’il tombe. S’il faut en croire M. Selous, l’énorme pachyderme aurait une singulière habitude. Quand il fait très chaud, qu’aucune rivière ou source n'est à proximité, il s’introduit sa trompe dans l’estomac, pompe l’eau qui s’y trouve et s’en arrose le dos. M. Selous a chassé aussi le lion. Il en a tué une vingtaine et c’est, selon lui, une chasse présentant relativement peu de difficultés. M. Selous détruit une illusion. La crinière des lions de ménagerie serait beaucoup plus belle que celle de leurs congénères en liberté, dont le poil est, paraît-il, rude et rare.
- La maison des marins à Portsmoutli. — Nos
- lecteurs n’ont sans doute pas oublié la Notice que nous avons récemment publiée sur les Hôtels de marins en Angleterre, lesSailors' Homes (n° 1050, du 25 février 1895, p. 195). Il nous parait intéressant de parler de la quarante-
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- unième assemblée générale des organisateurs de l’un des plus importants établissements de ce genre, la Porlsmouth Royal Sailors' Home. Cette assemblée a eu lieu à Ports-mouth, le 26 février dernier, sous la présidence de l’amiral comte de Clamwilliam, en présence d’un assez grand nombre d'officiers généraux et autres, auxquels s’était joint le maire de Portsmoulh. Le rapport sur les opérations de l’année écoulée a fait connaître que l’Institution avait donné l’hospitalité de nuit à 72123 marins, soit 10 000 de plus que pendant l’année précédente. Des améliorations considérables ont été apportées aux installations : un nouveau dortoir contenant 15 lits a été ajouté aux autres; 18 chambres, dont la construction est due à la générosité du duc d’York, de l’évèque Corfe, de l’équipage de Y Alexandre, et autres donateurs, ont porté à 525 le nombre de ces pièces. Une dame, Miss Broke-Middleton, a envoyé un chèque de 2500 .francs. Les salles de billard ont pu être remises à neuf, et d'autres réparations ont été faites, au prix total de 12 200 francs. Les précautions contre l’incendie et pour la sécurité des individus auxquels l'hospitalité est donnée ont été accrues. Des remerciements ont été volés aux membres du conseil d’administration, et ceux dont les pouvoirs étaient expirés ont été réélus. Ce sont le Rev. Cedric Croxvley, le major général Mawhey et les capitaines de vaisseau W. Poyndcr et Leicester C. Keppel.
- Concordance des calendriers en niai 18113.
- — Le 1er mai 1893 de notre calendrier Grégorien se trouve être :
- 19 avril 1895 Russe,
- 12 Floréal 101 Républicain,
- 15 lyar5655 Israélite,
- 14 Schoual 1510 Musulman,
- 24 Barmudeh 1609 Cophte.
- Bachones (Cophte) commence le lundi 8 mai.
- Mai (Russe), le samedi 15.
- Sivan (Israélite), le mardi 16.
- Dzoul’cadeh (.Musulman), le mercredi 17.
- Prairial (Républicain), le samedi 20.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 avril 1895. — Présidence de M. Lœwy.
- Jnjcclions hypodermiques de liquide organique. — MM. Broxvn-Séquard et d’Arsonval, conformément à l’engagement qu’ils ont pris publiquement l’été dernier, ont fourni gratuitement à plus de 1200 médecins de France ou de l’étranger le liquide nécessaire à la pratique des injections hypodermiques de liquide organique. Les résultats ont dépassé leurs espérances. Le succès a été surtout remarquable avec l’ataxie locomotrice : sur 542 cas absolument incontestables, 314 ont été considérablement améliorés ou guéris, à la suite du traitement. La tuberculose pulmonaire et le cancer superficie], la paralysie agitante ont également présenté des améliorations très fortes, et la proportion des cas de réussite au nombre total des cas traités, est assez élevée.
- Mouvement des molécules à l'intérieur des liquides.
- — M. Marey a appliqué la photographie à l’étude des déplacements des molécules des liquides, dans le cas où ces liquides viennent heurter un obstacle. Dans ce but il a construit de petites billes argentées exactement de même densité que l’eau, de telle sorte qu’elles peuvent se substituer aux molécules aqueuses, puis il a versé ces billes
- dans une grande caisse de verre remplie d’eau, disposée devant un écran de velours noir et fortement éclairée à la lumière électrique. En imprimant un mouvement au liquide, on peut suivre le déplacement des molécules grâce aux billes argentées qu’elles entraînent. Ces déplacements ont été photographiés à de très courts intervalles pour quelques cas déterminés; ils confirment les faits énoncés par les hydrauliciens. M. Marey a étudié ainsi la progression des molécules le long d’un navire en marche.
- L'acclimatation des poissons. — M. Daguin a effectué des recherches sur l’acclimatation de certaines espèces de poissons du groupe des Salmonés. M. Blanchard rappelle à ce propos, que dans un de ses ouvrages publié en 1866, il a signalé des changements notables survenus dans la distribution des poissons d’eau douce. Ces changements se produisent lorsque les éléments qui servent à la nourriture des poissons viennent à disparaître par l’effet de quelque cause. Les expériences de M. Daguin ont été exécutées dans le canal de la Marne à la Saône, c’est-à-dire dans la partie centrale de la France. Il a versé en 1891, dans un des grands bassins, situés sur le parcours de ce canal, au voisinage de la Nièvre, un lot d’alevins de Saumon de Californie provenant des cultures du Troca-déro. Dès la fin de 1892, on recueillait sur place des individus très développés, et, circonstance remarquable, on pouvait constater la présence d’autres individus dans les petites rivières de la région où sans doute ils se répandaient pour frayer. L’acclimatation paraît donc un fait consommé. Ce n’est pas le seul exemple de ce genre que l’on puisse mentionner. M. Blanchard cite des espèces étrangères très prospères dans les eaux du lac du Bourget et du lac de Genève.
- L'éclipse de soleil du 16 avril. — La comparaison des épreuves photographiques du disque solaire, prises à des instants déterminés, a permis de calculer les heures des contacts des disques solaires et lunaires, lors de la dernière éclipse. M. Tisserand annonce que ce travail exécuté à l’Observatoire de Paris a confirmé exactement les résultats de l’observation directe. Il annonce également que M. Deslandres, qui observait au Sénégal, a fait savoir qu’il avait pu effectuer de bonnes observations.
- Varia. — M. Berthelot communique la suite de ses recherches sur la fixation de l’azote par le sol. — M. Ma-gnin a étudié la végétation dans les lacs du Jura. — M. Antoine, ingénieur de la marine, donne une formule qui permet de représenter la tension de la vapeur d’eau à toutes les températures. — M. Paul Tannery adresse un volume intitulé Recherches sur l'astronomie ancienne. — M. Laussedat présente le tome IV des Annales du Conservatoire des arts et métiers. — M. Delorme, professeur au Val-de-Gràce, fait hommage d’un traité de chirurgie de guerre. Cii. de Villedeuil.
- L’ÉCLIPSE DE SOLEIL DU 16 AVRIL 1893'
- Les nouvelles déjà parvenues au sujet de cette éclipse ont fait connaître qu’elle a été observée dans de nombreuses localités et dans des conditions particulièrement favorables.
- A l’Observatoire de Paris, pendant la courte durée du phénomène (un peu moins de 30 minutes), l’étal du ciel a permis à MM. Callandreau, Roquet, Puiseux et
- 1 Yov. n° 1034, du 25 mars 1893, p. 259.
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- LA NATURE.
- Hamy de noter les instants du premier et du deuxième contact. MM. Paul et Prosper Henry ont également déterminé ces deux contacts et obtenu six photographies des différentes phases de l’éclipse partielle. Nous donnons ici la reproduction d’une de leurs épreuves correspondant à très peu près à la phase maximum.
- A l’Observatoire de Meudon, M. Janssen a obtenu de grandes photographies solaires au moment de la plus grande phase, mais l’atmosphère n’avait pas la pureté requise pour obtenir les détails délicats de la granulation solaire.
- De l’Observatoire d’Alger, M. Trépied a télégraphié que l’éclipse partielle a été observée dans de très bonnes conditions ; il a obtenu 52 photographies des phases successives du phénomène dont la durée était de 1 heure 44 minutes pour cette localité.
- M. André, directeur de l’Observatoire de Lyon, a fait savoir qu’il a pu, ainsi que ses collaborateurs, déterminer avec précision les deux contacts séparés par un intervalle d’une heure environ.
- Dans les autres établissements astronomiques français, des observations de même valeur ont pu également être faites, grâce au beau temps général dont nous sommes gratifiés depuis une si longue période.
- Mais ces diverses constatations, qui offrent le seul intérêt de démontrer un accord très satisfaisant entre le calcul et l’observation de cette sorte de phénomène, ne peuvent rien nous apprendre en ce qui concerne les questions relatives aux régions circumsolaires, qui disparaissent habituellement dans l’illumination générale de notre atmosphère. L’interposition de la lune devant le soleil nous permet seulement d’apercevoir ces régions et de les étudier pendant les précieux instants que durent les éclipses totales.
- Des télégrammes déjà reçus des diverses missions astronomiques envoyées en divers points de la zone de la totalité, nous pouvons conclure que les observateurs des stations du Sénégal, du Brésil et du Chili rapporteront une ample moisson de résultats importants que nous nous empresserons de faire connaître à nos lecteurs.
- Nous savons déjà que l’une des missions françaises, établie à Joal (Sénégal), au bord de la mer, a eu un ciel brumeux; de là, M. Bigourdan a télégraphié qu’il avait observé les quatre contacts. Dans la même localité, se trouvait M. Pasteur, envoyé par l’Observatoire de Meudon pour remplacer M. de la Baume-Pluvinel empêché de se rendre au Sénégal ; M. Pasteur annonce que la plupart de ses instruments
- ont bien fonctionné, notamment ceux qui se rapportent à la mesure de l’intensité photographique de la couronne, mais que le ciel a été légèrement voilé pendant l’éclipse et que le vent a gêné les observations.
- La seconde mission française installée à Fundium à l’intérieur des terres, sur les bords de la rivière Salum, n’a pas encore donné de ses nouvelles non plus que la mission anglaise établie au même endroit; mais nous savons qu a Bathurst, non loin de là, le temps était très favorable et a du permettre dans cette région l’observation complète du phénomène surtout au point de vue photographique et spectroscopique.
- Au Brésil, à Para Cura, où s'était installée une mission anglaise, l’éclipse a pu être observée dans une belle éclaircie pendant toute la totalité; on y a obtenu des photographies très intéressantes.
- L’expédition américaine envoyée au Chili a télégraphié que l’éclipse a eu lieu dans des conditions atmosphériques parfaites et que les résultats de ses observations étaient très satisfaisants. Pendant la totalité, diverses protubérances solaires se montraient avec beaucoup de netteté et un grand éclat ; la surface de la lune avait une apparence foncée, d’un noir d’encre, par contraste avec le brillant aspect de la couronne dont la teinte, d’après M. le professeur W. H. Pickering, était blanchâtre plutôt que rouge. La couronne ressemblait à celle des éclipses de 1857 et de 1871; elle a paru plus belle que dans les éclipses de 1878 et de 1889. De nombreuses photographies ont été prises. La station était située à Mina Aris, provinced’Atacama, à 1130 mètres environ d’altitude, dans des conditions de transparence d’atmosphère extrêmement favorables.
- Pour se rendre véritablement compte des résultats obtenus, il faut attendre l’arrivée des rapports détaillés des astronomes qui ont observé cette belle éclipse totale.
- H sera bien important en particulier de com-• parer entre elles les photographies obtenues dans les diverses stations. L’éclipse du 16 avril dernier permettra peut-être d’accroître l’étendue de nos connaissances et comptera dans l’étude des phénomènes solaires comme une des mieux observées et des plus mémorables pour la science.
- A. Fraissinet.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxmer.
- L’éclipse de Soleil du 16 avril 1893 à l’Observatoire de Paris. (D’après une photographie de MM. Paul et Prosper Henry.)
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE
- N“ 1040
- 6 MAI 189 3,
- L’ERUPTION DE L’ETNA EN 1892
- Ayant entrepris de nombreuses observations sur | senter aux lecteurs de La Nature que ces phénomè-la dernière éruption de l’Etna, je crois utile de pré- | nés grandioses intéressent, quelques-uns des faits
- Fig. 1. — Aspect île l’Etna le 12 octobre 1892, à 5 h. de l’après-midi. (I). Nieolosi.)— Dessin de l’auteur, d’après nature.
- les plus remarquables qu’il m’a été donné de recueillir pendant le cours de mes explorations.
- Fig. 2. — Appareil éruptif de l’Etna, vu du sommet de Monte Nero le 6 septembre 1892, à 9 h. du matin. (D’après une photographie de l’auteur.)
- d’attirer l’attention, au point de vue météorologique et vulcanologique (fig. 1); les fumées qui se dégageaient de plusieurs cratères nous indiquaient, par leur direction, le régime des courants aériens, qui étaient superposés dans l’atmosphère, et se mouvaient dans des directions inverses.
- 21“ année. — 1er semestre
- Le 12 octobre 1892, date d’une de mes expéditions, l’aspect de l’Etna était particulièrement digne
- Fig. 5. — Cratère d’explosion de l’Etna, au moment de l’éruption, le 6 septembre 1892, à 10 h. du matin. (D’après une photographie de l’auteur.)
- La partie inférieure du système éruptif vomissait presque sans cesse une masse énorme de vapeurs blanches A, qui était entraînée vers l’est par un courant atmosphérique inférieur. Un cratère d’explosion qui avait éclaté le 11 août, et que j’avais réussi à photographier à cette époque, lançait en l’air,
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- LA NAT U HE.
- verticalement, une colonne de fumée noire d’une grande densité, que l’on voit représentée en B(fig. 1). Ces masses de vapeur étaient nettement mamelonnées comme le montre notre dessin. La fumée de couleur noire du second cratère s’élevait à des hauteurs considérables; puis après avoir longtemps conservé sa forme mamelonnée, elle se dilatait et se dispersait en stries, vers l’ouest, oii l’entraînait un contre-courant. Au fur et à mesure que la fumée s’éloignait du centre éruptif, elle s’élevait dans les régions supérieures de l’atmosphère, où, reprise par un troisième courant, de môme direction que le courant inférieur, elle se déplaçait vers l’est et ne formait plus que de grandes bandes grises.
- Enfin, une autre colonne de fumée C (fig. 1) s’échappait du cratère central de l’Etna, cette fumée se distinguait encore d’aspect des deux précédentes; elle était de couleur cendrée et après avoir atteint le courant supérieur, elle marchait vers l’est. L’ensemble du spectacle formait un tableau saisissant, et je m’efforçai de faire le plus exactement possible le dessin représentant ce phénomène grandiose.
- A une date antérieure à celle oîi j’ai fait ce croquis, le 6 septembre 1892, j’ai exécuté une autre excursion aux cratères de l’Etna. J’ai pris deux photographies dont l’une représente l’ensemble du système éruptif vu du sommet du Monte Nero (fig. 2); 1 est le cratère d’explosion primitif, 2, 5, 4 et 5 représentent les nouveaux cônes éruptifs, et fi une bouche de lave éteinte. La figure 5 donne d’autre part le détail du cratère d’explosion qui avait éclaté pour la première fois le 11 août 1892.
- Les documents succincts, mais exacts que nous venons de publier, compléteront l'histoire déjà donnée par La Nature des phénomènes volcaniques dont l’Etna a été le théâtre en 1892'.
- S. Aucidiacoxo,
- Assistant à l’Observatoire géodynamique de Cutané.
- L’EXPOSITION DE LA
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE2
- MM. Macé de Lépinay et Pérot ont imaginé une expérience de cours montrant, d’une manière frappante, le phénomène du mirage; une longue cuve à parois planes contient une solution saline sur laquelle on verse de l’eau distillée; par diffusion, les liquides se mélangent peu à peu, et forment une couche dans laquelle la densité varie d’une manière continue. Si l’on fait arriver, à l’aide d’un petit réflecteur, un rayon légèrement ascendant dans l’axe de la cuve, il décrit une ligne courbe, passe par un maximum et redescend. Sa trace sur un verre dépoli vertical qui traverse la cuve dans toute sa longueur, montre exactement le chemin qu’il parcourt et produit un très joli effet. La théorie élémentaire du mirage, donnée par Monge, est insuffisante; en réalité, la vraie théorie est
- 1 Voy. n° 1009, du 1er octobre 1892, p. 278, article de M. Jean Platauia, d’Aciréale (Sicile)..
- * Suite et lin. — Voy. n° 1039, du 29 avril 1893, p. 538.
- fort compliquée, presque inaccessible à l’analyse mathématique, et l’on en est remis à l'expérience pour l’élucider. MM. Macé de Lépinay et Pérot ont fait, dans cette direction, d’importantes recherches qui ont beaucoup contribué à fixer les idées sur ce curieux phénomène.
- M. Pellin, qui s’était chargé d’exécuter l’expérience dont nous venons de parler, projetait aussi les spectres obtenus avec les nouveaux réseaux de M. Izarn. On sait combien il est difficile de se procurer un bon réseau, c’esl-ù-dire une plaque de verre ou de métal sur laquelle sont gravés un grand nombre de traits parallèles et égaux, de plusieurs centimètres de longueur, et à raison de quelques centaines par millimètre. C’est grâce aux efforts du professeur Rowland, de Baltimore, que l’on peut aujourd’hui obtenir des réseaux d’une extraordinaire perfection et de dimensions inconnues autrefois. Mais, lors même que, dans l’intérêt de la science, ces admirables instruments sont vendus à perte, ils ne sont nullement à la portée des laboratoires modestes. M. Izarn a réussi à photographier ces réseaux et à en obtenir des copies qui, sans valoir l’original, ne lui sont pas tellement inférieures qu’elles ne puissent le remplacer absolument dans toutes les expériences de démonstration où l’on ne cherche qu’un effet de dispersion considérable, sans vouloir exécuter des mesures exactes. Leur prix insignifiant permettra désormais de faire, dans les cours, les plus belles expériences de diffraction.
- Les phénomènes d’interférence ont conduit M. Michel-son, un savant américain plus connu des physiciens de profession que du public, à d’admirables expériences de mesure, qui laissent bien loin derrière elles tout ce qui avait été fait jusqu’ici dans ce domaine. Invité, par le Comité international des poids et mesures, à exécuter au Pavillon de Breteuil de nouvelles mesures au moyen des appareils de son invention, il a réussi à comparer diverses longueurs d’onde aux étalons du système métrique; la précision atteinte est telle que, en répétant ce,s mesures de temps en temps, on pourra constater des variations des prototypes métriques inférieures au millième de millimètre. M. Miehelson expose uu modèle réduit et simplifié de son appareil, qui lui a servi en outre à faire une étude détaillée de diverses raies spectrales, à mesurer le diamètre des satellites de Jupiter par un procédé singulier et' inattendu, sans parler d’autres expériences tout aussi intéressantes.
- Les procédés de M. Lippmann pour la photographie des couleurs ont trouvé de fort habiles imitateurs dans MM. A. Lumière et fils, de Lyon, les fabricants bien connus de plaques photographiques; leurs résultats sont merveilleux et font espérer que la reproduction, depuis si longtemps désirée, des couleurs par la photographie, passera bientôt du laboratoire à l’atelier, et que l’artisan achèvera l’œuvre du savant. Signalons enfin, dans ce domaine, les belles photographies de M. Bucquet, projetées par M. Moltcni.
- Cette année, M. J. Richard avait présenté quelques appareils nouveaux : un statoscope très sensible, un indicateur optique de vitesse, un actinomètre construit sur les indications de M. Violle, pour l’exploration des hautes régions de l’atmosphère, organisée par M. le commandant Renard ; si nous n’avons encore rien dit de l’exposition du savant directeur de l’établissement d’aéroslation de Chalais, l’une des attractions de la soirée, c’est que nous nous proposons d’y revenir dès que des ascensions auront donné des résultats intéressants. Ceux qui ont examiné de près les appareils destinés à ces sondages
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- LA NATURE.
- aériens ont pu se convaincre que la question a fait, depuis trois mois, des progrès sérieux. Les appareils de MM. Caillelet et Collardeau, pour l’étude de la résistance de l’air par la chute des corps, sont connus de nos lecteurs, qui ont appris aussi, par un article récent, les progrès réalisés dans la mesure des Lasses températures au moyen des thermomètres à toluène, dont M. Chabaud expose les premiers spécimens mis en vente, en même temps qu’un appareil à distiller-le mercure, modifié par M. Gouy, d’après un appareil de M. Mendeleief, et de fort jolies règles divisées de laboratoire. Nous réserverons pour une autre occasion la description d’un hypsomètre construit sur nos indications par M. A. lluelz, et d’un thermo-cautère à l’usage des vétérinaires, imaginé par M. Brenot.
- Tous nos lecteurs savent combien l’industrie du nickel est en progrès. Ce métal, véritable succédané du platine pour bien des usages, est appelé, grâce à son bas prix (10 à 25 francs par kilogramme, suivant le travail) et à ses remarquables propriétés, à être employé dans une large mesure dans les laboratoires, ou pour la chirurgie, ou simplement dans la cuisine. L’exposition de la Société française du nickel montrait bien ce qu’on peut attendre de ce métal, dont le traitement en grand n’cst qu’à ses débuts. Les tubes, les fils, les vases grands et petits en nickel pur sont aujourd’hui d’une fabrication courante.
- M. Bollée, l’inventeur de la machine à calculer la plus parfaite qui existe, exposait un nouveau modèle de l’appareil très remarqué déjà à l’Exposition universelle de 1889. Les inventions de ce jeune homme de vingt-trois ans sont nombreuses aujourd’hui, et sont toutes marquées au sceau d’une extrême ingéniosité et d’une connaissance remarquable des principes de la mécanique rationnelle, appris entièrement dans la pratique de l’atelier.
- D’année en année, les expositions de la Société française de physique prennent une plus grande extension et sont plus assidûment visitées. Le premier soir est réservé aux membres de la Société ; le second est ouvert aux invités; et l’intérêt que le public cultivé leur porte se manifeste j>ar ce résultat que, au milieu de la soirée, les salles sont littéralement bondées de visiteurs; bientôt l'hôtel de la Société d’encouragement sera tout à fait insuffisant pour abriter cette exposition. Cii.-Ed. Guillaume.
- UNE CONFÉRENCE DE M. RAOUL PICTET
- M. Raoul Pictet, de Genève, fait depuis quelque temps une conférence de Physique remplie d’aperçus originaux sur ses théories et ses expériences au sujet de l’application des basses températures en chimie. M. Pictet a répété récemment cette conférence à Lausanne, et nous en donnerons ici un compte rendu succinct qui nous est communiqué.
- La mécanique, dit le conférencier, est une science exacte, et la physique et la chimie doivent rentrer dans le domaine de la mécanique. Le phénomène principal de la physique est l’astronomie. Ce qui est vrai pour la gravitation sidérale est vrai aussi pour les corps plus petits qui se trouvent aur la terre, pour ceux qui sont infiniment petits comme les molécules et enfin vrai aussi pour les atomes. Cette manière de voir se comprend en représentant l’unité delà matière par les atomes qui, unis, forment les molécules, lesquelles donnent les corps, constituant les mondes. On peut donc admettre l’attraction qui règle les
- corps infiniment grands semblable à l’attraction unissant les infiniment petits.
- En supposant les atomes se touchant dans une molécule, il n’y aurait aucune force capable de les séparer. On connaît pourtant la dilatation et plusieurs manières de séparer les atomes en augmentant la distance entre eux. L’hypothèse précédente est donc inadmissible.
- M. Pictet explique ensuite la théorie des phénomènes chimiques. Supposons une molécule A placée quelque part dans un espace sidéral, animée d’un mouvement rectiligne et se dirigeant vers une autre molécule B, immobile et très éloignée. En se rapprochant de B, il arrivera un moment où le mouvement de A se ralentira. Alors finiront les phénomènes astronomiques et commenceront les phénomènes spéciaux à la physique. Enfin la molécule A s’arrêtera, elle est devenue inerte et ne pourra plus s’avancer en B. Elle est liée par la cohésion. Si nous supposons, maintenant, exercer une pression sur A pour la rapprocher de B, les phénomènes physiques cesseront, la résistance de A diminuera avec la distance et enfin cette molécule ira seule s’allier à B, sans toutefois la toucher. Nous aurons alors des phénomènes chimiques. La force qui unit A et B est l’affinité.
- M. Pictet suppose qu’entre ces deux dernières phases doit se trouver le 0 absolu de température, où les corps ne peuvent plus réagir les uns sur les autres. Les expériences confirment l’idée de M. Pictet. En refroidissant à — 140° de l’acide sulfurique avec de la potasse, puis avec de l’ammoniaque, il n’a constaté aucune réaction apparente1. A — 140° les corps ne peuvent plus se combiner, c’est-à-dire que cette température très basse, c’est la mort complète des combinaisons chimiques. Une quantité d’expériences faites par l’éminent conférencier ont démontré en tous points la justesse de ses théories.
- Déjà à — 80° le potassium reste intact dans de l’alcool et de l’eau pendant des jours entiers. Un léger réchauffement produit une petite réaction, et si la température monte un peu plus, la combinaison a lieu avec énergie et une explosion se produit.
- M. Pictet a terminé son entretien au milieu de chaleureux applaudissements.
- REFUGE SOUTERRAIN
- DE FOiYi’AliNE-OZILLAC ( C H A K E X T E-1V F K IU E F K E )
- Nous allons faire connaître une curieuse découverte d’un souterrain qui se trouvait sous une ligne de chemin de fer, et dont l’existence avait longtemps passé inaperçue.
- Samedi 25 février 1893, les ouvriers de l’entreprise Colle, qui font les travaux pour l’établissement d’une double voie sur la ligne de l'État, ont trouvé ce souterrain à 500 mètres environ de la gare de Fontaine dans la direction de la station de Tugéras, (fig. 1). Ce souterrain doit être un refuge, creusé comme beaucoup d’autres dans ce pays au moment de la Fronde, car le seigneur de Jonzac s’est longuement battu contre les troupes de Condé à cette époque, et cette guerre a désolé le pays.
- 1 Yoy. Production industrielle des très basses températures. Appareils de M. Raoul Pictet, n° 1001, du 6 août 1892, p. 145.
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- LA NATURE.
- Les guerres de religion ont aussi assez fortement sévi en Saintonge, et ces habitations souterraines ont été creusées peut-être dès cette époque.
- Le refuge qui nous occupe est entièrement sous la voie du chemin de fer, on y descend par un escalier de dix marches, puis le sol des couloirs va toujours en pente douce vers l’entrée de la petite salle.
- La grande salle (fig. 2) est ovale, dans le sens de l’est à l’ouest, elle mesure 5 mètres et n’en a que trois du nord au sud.
- La petite salle a 2m,60 sur 2 mètres; à la base de la paroi du côté de l’est se trouvent taillés trois sièges, celui du milieu plus bas que les deux autres.
- De cette petite salle se trouve un puits qui remonte à la surface du sol; à remarquer d;ins ce puits des trous dans le roc pour placer les pieds afin de monter ou descendre à la mode des puisatiers. L’orifice de ce puits est apparent sous le seau à côté de l’échelle (fig. 1).
- L’orifice qui conduit de celte petite pièce au cul-de-sac du couloir a été agrandie, mais à l’origine elle n’était que de 40 centi-
- et
- de
- on
- la
- Fig. 1. — Entrée du refuge souterrain découvert sous ta voie ferrée à Fontaine-Ozillae, canton do Jonzac (Charente-Inférieure).
- COUPE
- mètres de largeur
- Fig. 2. — Plan et coupe du refuge souterrain de Fontaine-Ozillae. — A. Entrée souterrain. —- À', liait de la voie. —- B. Couloir en pente raide (longueur, O1",70). B'. Rail formant pont de 4",50. — B'1. Rail accouple avec B'. — B3. Ballast exista
- ‘ " ~ r’A.JAln An .Jzvir» rvirt/l il a fi™ 7fi _ f7 P.milnîv» ri*»
- sur 50 de hauteur et en forme de bouche de four.
- Les couloirs ont 70 centimètres de largeur sur lm,20 ou lm,25 environ de hauteur. Le plafond de la grande salle a été ébranlé depuis vingt et quelques années que les trains roulent au-dessus
- estime à 50 ou 60 centimètres la partie voûte qui s’est écroulée peu à peu; actuellement la distance du sol à la voûte, dépasse 3 mètres à certains endroits. La petite salle a 2m,50 à 2m,60 de hauteur.
- Au centre de la grande salle on aperçoit un trou ayant la forme d’un vase plus large au fond qu’au sommet, les bords en sont très lisses. Auprès du coude du couloir au bas de l’escalier, on remarque dans le rocher des rainures destinées à recevoir probablement une porte et des trous carrés, deux de chaque côté, en haut et en bas, destinés à maintenir des morceaux de bois pour assurer la solidité de la porte. Au-dessus, on remarque également un trou muré à pierre sèche, qui devait laisser passer l’air nécessaire aux habitants. Dansl exploration onn’acncore trouvé aucun ustensile, si ce n’est un morceau de cruche avec son bec, genre de cruche qui paraît ancien.
- Des travaux de consolidation ont été faits de telle sorte qu’on aurait pu se dispenser, s’il l’avait fallu, de combler cette cavité ; si on ne l’avait pas découverte, elle aurait pu un jour nuire à la solidité de la voie; malgré cela l’Administration des chemins de fer de l’État vient de faire combler tout cet ouvrage souterrain avec des moellons ; il est actuellement absolument impossible d’y pénétrer. Paul Quimaud.
- existant.
- — B*. Ballast futur. — G. Vouloir de plein pied île 0“,70. — C’. Couloir de descente en pente très raide. — D. Enfoncement dans la paroi du couloir. — D'. Entrée de la grande salle.— E. Entrée de la petite salle qui n’a que 0'“,50 de largeur. — F. Petite salle de 2”,50 environ de hauteur sur 2“,60 de l’est à l’ouest, et 2 mètres du nord au sud. — G. Bout de couloir interrompu par des éboulements. — II. Grande salle ayant près de 5 mètres de hauteur sur 5 mètres de l’est à l’ouest et 3 mètres du nord au sud. — I. Trou rond d’environ 1 mètre de profondeur. — P. Plate-forme de la voie. — B. Rails de la voie existant déjà (emplacements approximatifs). — R'R’. Emplacements approximatifs des rails futurs. — T. Traverse en chêne coaltaré.
- — J. Escalier de dix marches.
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- LA NATURE.
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- CULTURE ET CONSOMMATION DES BANANES
- EN AMÉRIQUE
- Parlez de Bananes et de Bananiers à quelque habitant de Cuba, de Porto-Rico ou de quelques-unes des régions environnantes, et il ne tarira point en éloges sur ce fruit et sur cet arbre précieux. Est-ce que la feuille du Bananier, ou du moins d’une certaine espèce de Musa, ne’lournit pas les fibres tex-tiles connues sous le nom de chanvre de Manille? Est-ce que le fruit d’un grand nombre de variétés ne con-stituepaspresque toute la nourriture du plus grand nombre des indigènes des Antilles, de la Guyane et de bien d’autres régions? On va même jusqu’à donner le nom d'arbre du paradis au Bananier, et on attribue la nonchalance des indigènes des Antilles, notamment, à ce fait qu’ils trouvent toujours sans peine dans la Banane une nourriture largement suffisante pour leurs besoins. Il est certain que la Banane est un fruit sain, très nutritif et pas cher, ayant en outre beaucoup de parfum et un goût délicat ; nous ne pouvons guère en juger en France, car si l’on y importe bien quelques Bananes, elles arrivent meurtries, vertes encore, ou pourries et ayant perdu presque tout leur goût1.
- 1 Des industriels de l’Amérique centrale commencent à tirer de la Banane un nouveau produit : la farine de Banane. Après avoir soumis le fruit à certaines préparations dessiccatives, ils le broient et obtiennent une farine de couleur jaunâtre, d’un goût
- De tout temps, ce fruit a été fort apprécié dans les pays de production; mais, pendant de longues années, on ne se livrait point à cette culture spéciale en vue de l’exportation. C’est ainsi, par exemple, qu’à Costa-Rica on ne tirait guère parti du Bananier (lue dans les plantations de café, pour fournir de l’ombre aux jeunes plantes et pour protéger les baies
- contre le vent; pour la plus grande partie, les fruits étaient destinés à nourrir les porcs ou se perdaient au pied même de l’arbre.
- Cependan t, dès 1860, un planteur intelligent, Gomez, installé à Baracoa (Cuba), avait eu l’idée de chercher à utiliser ces fruits, d’en donner le goût aux habitants des Etats-Unis, et il en avait expédié, comme complément de cargaisons, à New-York et à la Nouvelle-Orléans. On n’avait pris aucun soin dans le chargement; par suite nombre de fruits arrivaient pourris; cependant les Américains du Nord apprécié -rent bientôt ce nouvel aliment, on en fit des commandes, et Gomez put créer de véritables plantations. Peu de temps après, il expédiait chaque semaine 2000 régimes sur les ports des Etats-Unis : le régime, on doit le savoir, est une forte branche où se trouvent disposés une centaine de fruits, en général répartis en une douzaine de groupes. Le modeste planteur a fait fortune; mais il a trouvé de nombreux imitateurs. Il faut bien dire, du reste, que
- fort agréable. Ses qualités nutritives seraient bien supérieures à celles des diverses fécules de riz, de haricots, etc. Un établissement se monte, paraît-il, à Costa-Rica pour la fabrication en grand de cette farine.
- Chargement des Bananes dans des fourgons à Porto-Rico. (D’après un croquis original.)
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- LA NATURE.
- l’emploi de la vapeur est venu donner un essor nouveau à cette culture et à ce commerce : avec les voiliers la traversée était trop longue et les fruits avaient le temps de pourrir; depuis 1880, l’usage des vapeurs en permet l’arrivée dans de bonnes conditions, et la perte, qui était auparavant de 50 pour 100, a baissé jusqu’à 15 pour 1001.
- Des syndicats américains se sont fondés à Cuba pour imiter Gomez, comme nous le disions; on cite notamment la Société des plantations de Ojibara,qui comptent au moins 1 500 000 pieds de Bananiers ; une autre s’est créée, il y a quatre ans, à Banes, dans la même île. Pour cette dernière, ses plantations s’étendent sur une surface de 80 kilomètres carrés ; jadis il n’y avait en cet endroit qu’une dizaine d'habitants, on en compte actuellement 5500 dont 1500 ouvriers. La Société de Banes possède déjà 2 millions et demi d’arbres, et une flotte de 26 steamers pour assurer ses transports. Les plantations de Bananes se généralisent aujourd’hui : on en trouve à la Jamaïque, où elles ont remplacé les plantations de canne; en 1882, il est parti de cette île pour 285000 francs de Bananes, et environ pour 10 millions en 1891. Les îles du Pacifique se livrent à cette culture, et Hawaï notamment expédie des milliers de régimes à San-Francisco. Le Honduras a suivi cet exemple, et Costa-Bica aussi; pour ce dernier lidat on a relevé à la douane de Port-Limon, en 1890, une exportation de 1 034 765 régimes, ce qui représente pour les producteurs une valeur d’au moins 622 000 dollars. Et cependant c’est seulement de 1880 que date la première expédition de ce pays vers New-York; mais, dès 1884, il existait à Costa-Bica 550 plantations, comptant 570 000 arbres.
- Ce qui encourage encore à cette culture, c’ost qu’elle est assez facile et peu coûteuse. Ce qu’il faut au Bananier, c’est un terrain riche en alluvions, principalement en argile bleue, contenant du sel et des matières végétales en décomposition; il demande du reste des pluies ou de l’eau en abondance. Dès la fin du neuvième mois après la plantation, le Bananier porte un épi de fleurs qui se transforme bientôt en un régime ; alors on peut procéder à la récolte chaque semaine, et il pousse fort souvent des rejetons qui portent bientôt des fruits. Nous ne pouvons ici, sous peine de nous allonger outre mesure, donner des détails sur les résultats financiers fort heureux qui couronnent les efforts des planteurs; nous dirons seulement que les soins à donner à l’arbre et même la première main-d’œuvre à la plantation sont fort peu de chose : la nature fait à peu près tout. Les dépenses pour planter un acre (40% 46 ) sont seulement de 50 à 60 dollars (250 à 500 francs à peu près) ; on récolte jusqu’à 600 et même 800 régimes par acre, et le régime se vend sur la plantation même 50 à 60 cents pièce (2 fr. 50 à 3 fr.).
- 1 Nous devons la plupart de ces renseignements et l'illustration qui les accompagne à l’obligeance de MM. Courtis et Bryan, du Bureau des Républiques américaines.
- On voit que les planteurs peuvent faire de beaux bénéfices, et il ne faut pas s’étonner que les transports se fassent aujourd’hui par chemins de fer sur les plantations mêmes au lieu de se faire par ânes, comme jadis : c’est ainsi que notre illustration peut représenter un chargement sur wagons de la récolte des Bananes; la Société de Banes, dont nous avons parlé plus haut, possède un réseau ferré de 30 kilomètres. Les fruits, encore un peu verts, sont ensuite embarqués soigneusement, et suspendus dans l’entrepont de vapeurs rapides qui les transportent à New-York, à la Nouvelle-Orléans, à Philadelphie, à Baltimore, àGalveston, etc.; il faut du reste des soins constants pendarit la traversée pour enlever les fruits qui commencent à se pourrir par suite du moindre choc. Un bateau de 1000 tonneaux peut charger 20 000 régimes, qui se vendent à l’arrivée de 1 à 5 dollars pièce.
- Si l’on veut se rendre compte de l’importance de cette exportation vers les seuls Etats-Unis, on n’a qu’à se promener à New-York sur les quais de fEasl-River, où des docks sont réservés aux steamers chargés de Bananes qu’on expédie directement dans des wagons spéciaux à destination des différentes parties de l’Union. En 1890, il est arrivé aux Etats-Unis 12 852 000 régimes. Nous avons tenu d'autant plus à signaler cette culture curieuse que nos Antilles pourraient aisément y trouver une source de richesse. Daniel Beli,et.
- FILAGE DE L’HUILE A LA MER
- Afin de propager la connaissance des bons effets produits par le filage de l’huile, la Chambre de commerce du Ilavre avait décidé, à la date du 1er décembre 1890, d’établir un concours entre les capitaines et patrons de navire attachés au port du Havre, avec prix à décerner aux auteurs des rapports les plus-circonstanciés.
- Quatre rapports seulement ont été déposés, mais ils ont été jugés établis avec assez de clarté, de précision, de méthode, pour que leurs auteurs soient récompensés.
- MM. Dechaille, Grandillon etCréquer, capitaines au long cours, ont constaté que l’huile donne une protection des plus efficaces, en pleine mer, toutes les fois que l’on peut la répandre de façon à établir autour du navire une nappe large de 5 à 6 mètres; que les sacs remplis d’étoupe sont le meilleur moyen de déversement, enfin que la dépense est insignifiante.
- M. Auguste Guerrier, pilote du Havre, donne les mêmes conclusions, mais en plus il parle de cas qui intéressent spécialement les canaux de sauvetage.
- « Où l’huile pourrait rendre de grands services, dit ce pilote dans son rapport, ce serait pour l’accostage d’un bateau de sauvetage le long d’un navire à la côte, un peu au large du plein, ou encore pour faciliter l’accostage d’embarcations pour envoyer des remorques et passer une barre. Dans tout le temps de mes expériences, j’ai dépensé environ 16 litres d’huile à brûler, n’ayant pu m’en procurer d’autre sorte, ce qui fait en moyenne 2 litres à l’heure pour cette huile, mais en se servant d’huile plus épaisse ou de celle de poisson, un litre à l’heure suffirait. » ---------------------------------
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- HYDRODYNAMIQUE EXPÉRIMENTALE
- LE MOUVEMENT DES LIQUIDES ÉTUDIÉ PAR LA CHRONOPHOTOGRAl'HIE
- Une étude expérimentale de la locomotion dans l’eau exige qu’on puisse déterminer à la fois les mouvements de l’animal qui nage et ceux qu’il imprime au liquide dans lequel il se meut. Dans un article précédent, j’ai montré que la chronophotogra-phie permet de suivre les phases du mouvement d’un poisson1; je vais indiquer aujourd’hui les conditions dans lesquelles cette méthode se prête à exprimer les mouvements qui se passent dans le liquide lui-même.
- Les mathématiciens ont soumis à l’analyse les ondes qui se produisent à la surface de l’eau, les courants et remous qui se font dans sa profondeur, mais ils ont toujours regretté de n’avoir d’autres bases expérimentales que les données, bien incertaines, que fournit la simple observation. Le jeu de la lumière à la surface de l'eau, l’agitation de petits corps tenus en suspension dans le liquide, sont des phénomènes trop fugitifs pour que notre œil puisse les apprécier exactement; c’est pourquoi j’ai tenté d’en fixer les caractères par la chronophotographie. La disposition que j’ai employée pourra servir aux physiciens comme aux physiologistes. Elle est représentée par les figures 1 et 2. Voici en quoi elle consiste :
- De l’eau est contenue dans un canal elliptique dont les parois, sur une partie de leur longueur, sont rectilignes et formés de glaces (fig. 2). C’est dans cette partie transparente que les mouvements du liquide, rendus visibles ainsi qu’on va le dire, seront saisis par la photographie.
- Un champ obscur de velours noir est établi derrière la partie transparente du canal ; en avant, des rideaux opaques, disposés en une sorte de pyramide creuse, s’étendent jusqu’à l’objectif du chro-nophotographe en empêchant la lumière extérieure d’éclairer le liquide. Celui-ci est traversé de bas en haut par la lumière solaire que rellète un miroir incliné placé au niveau du sol.
- Si l’eau est parfaitement limpide, elle est traversée par la lumière solaire sans en rien envoyer dans la direction de l’appareil photographique, sauf dans la partie de la surface qui mouille la paroi de verre située du côté de l’appareil. En cet endroit, en effet, la capillarité forme un ménisque concave qui règne tout le long de la paroi. La lumière solaire qui a traversé l’eau éprouve sous ce ménisque une réflexion totale ; aussi voit-on sur la glace dépolie de l’appareil photographique une ligne très brillante et très fine qui marque le niveau de l’eau et, se déplaçant avec lui, traduira sur les épreuves photographiques toutes les ondulations de la surface.
- Quand on veut saisir également les mouvements qui se passent à l’intérieur du liquide, on les rend
- 1 Mouvements de natation de la raie, n° 1020, du 18 lévrier 1893, p. 177.
- visibles au moyen de petits corps brillants en suspension dans l’eau, et que la lumière solaire éclaire vivement. A cet effet, on fait fondre, en proportions convenables, de la cire, qui est moins dense que l’eau et de la résine dont la densité est plus grande: puis avec cette matière plastique, on fait un grand nombre de petites boules qu’on argente par le procédé en usage dans les pharmacies. Ces perles brillantes doivent être légèrement plus denses que l’eau douce, de manière que si on les y plonge, elles gagnent le fond avec lenteur. U suffit alors d’ajouter graduellement dans le canal une certaine quantité d’eau salée pour que les perles brillantes se tiennent suspendues dans le mélange et en équilibre indifférent.
- Enfin, une règle centimétrique dessinée sur du papier est collée sur la paroi de cristal, au-dessus du niveau du liquide (fig. 2). Cette règle, qui se reproduira sur les images, servira d’échelle pour mesurer l’amplitude des mouvements photographiés.
- Avec ce dispositif, on peut exécuter un grand nombre d’expériences sur le mouvement des liquides; j’en vais présenter quelques-unes sous forme de photogrammes.
- Changement du profil des liquides dans les ondes. — La ligne brillante qui marque le niveau de l’eau, prend, lorsqu’on agite le liquide, des inflexions qui rappellent celles des cordes vibrantes. Les ventres et les nœuds, c’est-à-dire les crêtes et les creux, tantôt occupent des points fixes comme dans le clapotis, et tantôt se déplacent avec des vitesses variables comme dans les vagues et la houle.
- La figure A (page 561) représente le mouvement sur place d’une onde de clapotis simple. On a obtenu ce mouvement en plongeant dans l’eau, à des intervalles de temps égaux et convenablement réglés, un cylindre plein qui imprimait au liquide des oscillations régulières. Ces impulsions rythmées doivent être produites dans la partie du canal opposée à celle où le mouvement est étudié.
- L’objectif de l’appareil étant ouvert en permanence, la ligne brillante du niveau de l’eau a laissé la trace de son passage dans tous les lieux qu’elle a parcourus, mais avec une intensité plus grande aux points où sa vitesse était moindre : ainsi au voisinage des nœuds et aux points morts de son oscillation, c’est-à-dire à la crête et au creux, où la vitesse, avant de changer de signe, passe par un minimum.
- Si l’on veut mieux connaître les changements de vitesse que présente le profil de l’onde aux différentes phases d’une oscillation simple, il faut recourir à la chronophotographie1, c’est-à-dire admettre la lumière pendant des instants très courts et à des intervalles de temps réguliers. On obtient alors (fig. B) les positions successives du niveau du liquide. Ces positions se traduisent par des courbes plus espacées au milieu de l’oscillation, plus rapprochées au voisinage des crêtes et des creux.
- Enfin, si l’on change la cadence du mouvement
- 1 Voy. n° 974, du 50 janvier 1892, p. 135.
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- imprimé au liquide, en l’accélérant d’une manière graduelle, on tombe dans d’autres périodes de clapotis où les ondes sont plus courtes, comme celles de
- la figure G. Dans tous les cas, le profil de l’onde qui passe par les crêtes et les creux a la forme que les hy-draulieiens lui ont assignée : celle d’une trochoïde.
- FiS. 1.
- Disposition employée pour étudier par la clironophotographie les mouvements qui se p is-ent dans les liquides agités.
- Les ondes animées de translation, vagues et houles, C’est d’abord une suite d'abaissements progressifs montrent sur les images chronophotographiques la du niveau de l’eau à mesure que le cylindre émerge;
- vitesse de leur transport ainsi que leurs changements de forme et d’amplitude.
- La ligne D représente par la chronophotogra-phie une vague produite de la manière suivante. Le cylindre qui sert à mettre l’eau en mouvement est immergé dans le canal à l’extrémité droite de la paroi de cristal, en un point invisible à l’observateu r.
- Quand l’agitation de l’eau est passée, on soulève ce cylindre, puis on le replonge brusquement. La série d’images qui se voient sur la figure l) correspond aux premiers instants du phénomène.
- Fig. 2.
- puis une brusque intumescence au moment où le cylindre est plongé de nouveau. Cette i n t u in e s-cence chemine vers la gauche en diminuant peu à peu de hauteur. Des ondes plus petites interfèrent avec l’onde principale et l’accompagnent dans sa marche.
- Comme 1 e nombre des images était de quatorze par seconde, on connaîtra la vitesse de fonde à chaque instant, en mesurant d’après l’échelle métrique le chemin parcouru par sa crête pendant chaque quatorzième de seconde, soit environ 0ra,16, ce qui
- Détail du canal elliptique, dans lequel les mouvements du liquide sont rendus visibles.
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- correspond à une vitesse 'de 2m,24 à la seconde.
- Les ondes animées de translation donnent à la chronophotographie des profils incomplets : le versant postérieur est le mieux marqué et parfois **même le seul visible sur les images1.
- Mouvements intérieurs du liquide dans les ondes. — On répand en grand nombre dans l’eau du canal les perles brillantes dont il a été question plus haut. Si l’on reproduit alors les mouvements
- de clapotis ou de vagues, on obtient sur les photogrammes les tra jectoires de ces perles dans les différentes parties de l’onde, c’est-à-dire les mouvements qu’éprouvent en ces points les molécules du liquide lui-même.
- Sur la figure E, on reconnaît à son profil l’onde de clapolis simple. A l’intérieur de cette onde, les molécules oscillent verticalement en face des ventres, horizontalement aux nœuds, obliquement dans les
- Fig. A,B,C,I),E,F,G,If,I,K,L,M.— Reproduction par' l'héliogravure des épreuves chronophotograpliiques relatives du mouvement des liquides.
- positions intermédiaires. Pour mieux suivre l’ensemble de ces mouvements intérieurs, produisons, figure F, un clapotis de période plus courte. On voit alors comment les trajectoires des molécules se disposent suivant des courbes dont les centres sont aux nœuds. Ces expériences confirment les résultats donnés par les études analytiques de notre confrère Boussinesq.
- 1 II semble que, par l’effet du transport de l’onde, le ménisque capillaire qui réfléchit la lumière du soleil, s'efface du côté où l’onde progresse, c’est-à-dire sur le versant antérieur.
- Dans les ondes qui cheminent, le mouvement intérieur des molécules est différent : ainsi la figure G est produite par l’immersion brusque du cylindre dans le canal. L’onde marchait de droite à gauche; l’objectif a été ouvert en permanence.
- Les molécules1 de la surface décrivent des demi-
- 1 Les petites perles qui flottent à la surface de l’eau, donnent leurs trajectoires sous deux aspects différents : tantôt c’est une ligne brillante et tantôt une ligne sombre. Ce dernier effet, assez singulier au premier abord, tient à ce . que les perles flottantes qui touchent la paroi de cristal interrompent la continuité du ménisque capillaire qui brille à la surface de l’eau
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- ellipses dans un plan parallèle h la direction du transport de l’onde. Dans les couches profondes du liquide, la courbe suivie par les molécules est de moins en moins prononcée ; au fond du canal, leur trajectoire finit par se réduire à une ligne presque droite.
- Quand on imprime au cylindre un mouvement de va-et-vient comme dans le cas de la figure D, les molécules décrivent à la surface du liquide des courbes fermées1.
- Courants et remous. — La forme annulaire du canal permet d’y faire naître des courants continus au moyen d’une petite hélice immergée dans un point plus ou moins éloigné de celui où le mouvement s’observe. Les perles brillantes participant au mouvement du liquide lui-même permettent de déterminer dans les différentes régions du courant la trajectoire et la vitesse des molécules liquides.
- Pour obtenir la figure H, on avait placé sur le trajet du courant un obstacle formé par une lame de verre inclinée à 45 degrés environ. Cette lame, maintenue à frottement entre les deux parois de cristal, ne présente que sa tranche à l’objectif du chronophotographe.
- La plaque photographique a été démasquée pendant trois secondes; la fréquence des images était de 42 par seconde ; le courant marchait de droite à gauche.
- Si nous ne considérons d’abord que les trajectoires des différents filets liquides, nous voyons que ceux-ci arrivent sur l’obstacle avec des directions plus ou moins obliques et que, suivant la loi d’Avanzini, il se fait un partage de ces filets près du bord inférieur du plan incliné.
- En arrière de l’obstacle, les filets liquides exécutent des remous capricieux.
- Quant à la vitesse du courant en chaque point, elle se déduit de l’écartement des images des perles. Celles-ci, parfois confondues en une trajectoire continue, expriment une grande lenteur du courant; d’autres fois, écartées les unes des autres, elles permettent de mesurer d’après l’échelle métrique le chemin parcouru en 1/42 de seconde, c’est-à-dire la vitesse absolue du courant.
- Avec cette disposition il est facile de mesurer l’influence qu’exercent sur le partage des filets liquides, l'inclinaison du plan et la vitesse du courant. On peut aussi déterminer comment se comportent les filets liquides suivant la forme des obstacles qu’ils rencontrent.
- Ainsi dans le cas représenté figure I, l’obstacle était formé par une caisse en forme de parallélépipède rectangle immergée dans le canal dont elle occupe toute la largeur. Les faces supérieure et inférieure de cette caisse étaient en verre pour laisser passer la lumière et éclairer les perles qui passaient au-dessus de la caisse; le courant allait de gauche à droite.
- 1 Dans toutes ces expériences, pour obtenir des résultats bien exacts, il faudrait disposer d’un moteur mécanique pour imprimer les impulsions au liquide du canal. Les mouvements donnés à la main ont rarement la précision nécessaire.
- En avant de la paroi verticale de la caisse, les filets liquides se partagent, et dès qu’ils commencent à s’infléchir, leur vitesse s’accroît; ils passent rapidement le long des bords de la caisse et vont former des remous en arrière.
- Les figures K et L montrent comment le courant se comporte à la rencontre d’un corps pisciforme, c’est-à-dire d’un solide dont la coupe serait une sorte de fuseau inégalement effilé à les deux extrémités1.
- Dans la figure K, le courant rencontrait le corps pisciforme par son côté obtus; les veines fluides suivent les parois et s’échappent à l’arrière en présentant peu de déviation. Mais si l’on renverse le sens du courant de façon que le liquide aborde le corps pisciforme par son extrémité la plus aiguë, le liquide, après avoir dépassé le maître couple, forme des remous très prononcés, figure L.
- L’intensité des remous qui constituent une perte de force vive peut être considérée comme un critérium des résistances que rencontrent les corps immergés dans un courant. Or on voit que la forme des poissons, dont l’extrémité antérieure est généralement obtuse et la postérieure très effilée, est parfaitement adaptée à la facilité de leurs mouvements dans l’eau. Car, d’après la plupart des auteurs, les conditions de la résistance des fluides sont réversibles, c’est-à-dire qu’elles sont les mêmes, à vitesse égale, pour des corps immobiles immergés dans un courant et pour ces mêmes corps se mouvant dans un liquide immobile2.
- Quand le liquide est poussé avec violence contre un obstacle immergé près de sa surface, ce liquide se soulève et retombe en cascade de l’autre côté de l’obstacle. Ce phénomène fugitif, que l’œil ne peut suivre dans ses détails, est traduit avec toutes ses phases par la chronophotographie.
- La figure M montre, d’après les changements du niveau de l’eau, les phases successives de l’intumescence du liquide qui arrive sur l’obstacle, tandis que les perles brillantes traduisent les mouvements des molécules dans les couches profondes du canal.
- Cette énumération sommaire des applications de la chronophotographie à l’analyse du mouvement des liquides suffira pour montrer les ressources de cette
- 1 Ce solide immergé devant laisser passer ta lumière de bas en haut, était formé de deux joues d’ébonite; le profil de l’une d’elles est visible derrière la glace. Ces joues touchaient les parois du canal; une lame transparente de celluloïd courbée suivant le contour de ces joues y était soudée de manière à former une cavité close. La transparence insuffisante du celluloïd fait que les perles qui passent au-dessus du corps immergé sont moins éclairées que les autres, mais cependant encore visibles dans les chronophotogrammes.
- * La chronophotographie serait également applicable à l’étude des mouvements de l’air et montrerait la façon dont les filets gazeux se comportent contre les obstacles de différentes formes, Une soufflerie, produisant dans un conduit à parois de verre une circulation d’air tenant en suspension des parcelles de duvet fortement éclairées, réaliserait les conditions nécessaires pour ces études.
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- méthode que j’applique actuellement à l’étude de la locomotion des animaux aquatiques.
- Les physiciens pourront peut-être aussi recourir à cette méthode pour contrôler certains points de la théorie des ondes et des courants, et même pour étudier l’action des différentes sortes de propulseurs d’après les mouvements qu’ils impriment au liquide dans lequel ils se meuvent. E.-J. Mahey,
- rit1 l’Institut.
- NOUVEAU
- SYSTÈME DE CHAUFFAGE DES WAGONS
- On parle beaucoup en ce moment d’une innovation dans le mode de chauffage des wagons de chemins de fer anglais par la vapeur d’eau. Ce système, déjà si souvent essayé, sans succès il est vrai, nous paraît avoir trouvé sa solution définitive, et, tant par sa simplicité que par les qualités économiques qu’il présente, être appelé à un avenir certain. Déjà appliqué à des milliers de voitures américaines (sur le Manhattan et le Delaware Ilailways notamment), le nouveau système de chauffage vient encore d’être adopté par deux des plus grandes compagnies anglaises, à la suite de nombreuses expériences qui en avaient consacré l’utilité incontestable ainsi que le succès.
- Le principe du nouvel appareil est un accumulateur placé sous la banquette et qui emmagasine une quantité de chaleur suffisante pour chauffer l’intérieur du compartiment à une température normale, et cela pendant six heures environ, sans qu’il soit nécessaire de renouveler la vapeur. Celle-ci provient de la chaudière de la locomotive et se répartit une fois pour toutes dans chaque appareil séparé, au moyen d’un simple tuyau de communication.
- La partie essentielle du système, l’accumulateur L (fig. 1), consiste en deux cylindres non concentriques (fig. 2) en fer forgé. Le cylindre intérieur n’a que 10 centimètres de diamètre et 1“,50 de longueur. Il est rempli aux sept huitièmes d’une solution fortement saline A, l’espace libre B étant réservé à la dilatation du liquide. C’est le manchon extérieur seul, un peu plus long que l’autre, qui communique par le tampon vissé D (fig. 1), percé en E d’un trou taraudé, avec la chaudière, et en reçoit la vapeur par l’intermédiaire d’un tuyau à faible section. Un jeu de soupapes-réservoirs automatiques disposées judicieusement prévient l’excès de pression dans l’appareil et assure l’écoulement de l’eau formée par la condensation. Réunis les uns aux autres par un accou-
- plement étanche pareil à celui des freins, les tuyaux d’intercommunication entre les wagons se désaccouplent automatiquement dès que les voitures sont détachées.
- Les figures 5 et 4 donnent une idée d’ensemble de la disposition générale des appareils. Les accumulateurs II, au nombre de cinq par wagon, sont reliés aux conduites principales A et B au moyen de petits branchements verticaux. En C et D, sous le centre de la voiture, se trouvent les deux soupapes-réservoirs automatiques.
- Avant le départ du train, on ouvre le robinet spécial de la chaudière. La vapeur se répand alors dans tout le système et, remplissant l’espace annulaire irrégulier C (fig. 2), compris entre les deux cylindres, échauffe rapidement la paroi de l’enveloppe extérieure. Pendant que la température du compartiment s’élève, la solution contenue dans le tube intérieur absorbe de la chaleur qu’elle
- emmagasine pour toute la durée du voyage. Quand la température voulue est .atteinte, on ferme le robinet de la machine, et la chaleur accumulée précédemment se transmet alors, par simple conductibilité, au manchon extérieur d’où elle rayonne dans la voiture.
- On conçoit tout de suite les nombreux avantages du système. En effet, par suite de l’étendue exceptionnelle de la surface rayonnante, la température s’élève, très rapidement; en outre, la solution saline se maintenant à un degré constant de concentration ne se congèle jamais
- et n’exige aucun renouvellement. Enfin, par un ingénieux dispositif des appareils d’écoulement et d’accouplement, la congélation d’aucune des parties du système n’est rendue possible. Les soupapes G et D concourent activement à cet important résultat. En effet, d’une part, elles assurent dans toute la longueur du train un courant de vapeur sèche, et par suite empêchent les voitures de tête d’être surchauffées au détriment des dernières. D’autre part, comme elles sont munies de réservoirs automati-ques^l’écoulement de l’eau se fait de lui-même dès que celle-ci tend à se refroidir et que la pression intérieure diminue.
- Les expériences d’essai ont été faites l’hiver dernier par la Compagnie du Great Northern et par celle du Man-chester-Sheffield Hailwmj. Malgré un froid assez vif/ après un trajet de six heures, l’abaissement de la température intérieure du wagon n’a guère dépassé un degré centigrade (20 degrés au départ, 18°,8 à l’arrivée). Ces expériences ont été si concluantes et les résultats en ont été si satisfaisants que, comme nous l’avons dit, les deux compagnies anglaises ont aussitôt adopté le nouvel accumulateur. ' ? X. West.
- Accumulateur de chaleur
- 1 et 2.
- Fig. 3 et l. — Disposition de l’appareil. — Coupe et plan,
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- LE GRAND CERF-YOLÂNT
- DE DUDLEY HILL AUX ETATS-UNIS
- C’est le 31 août 1892 que s’est élevé dans les airs un remarquable cerf-volant, construit par
- Fig. 1. — Carcasse du grand cerf-volant américain.
- des plus grands cerfs-volants du monde, 17 pieds (5 mètres) de hauteur. Celui que nous allons décrire aujourd’hui le dépasse notablement, car il a 22 pieds (6m,60), et on ne lui connaît en Amérique aucun rival au point de vue des dimensions.
- Voici, pour les amateurs, quelques renseignements assez intéressants sur le mode de construction de cet intéressant aéroplane captif.
- La carcasse (fig. 1) est constituée par six montants en frêne fendus suivant leur épaisseur sur une longueur de près de lm,2 et boulonnés sur un moyeu de 15 centimètres d’épaisseur et 20 centimètres de diamètre. Ces montants ont 63 millimètres sur 50 au moyeu, 25 millimètres sur 18 à l’autre extrémité. La carcasse entière pèse 34 livres (15ks,4), a 6m,6 de hauteur, 4m,8 de largeur et 21 mètres de circonférence environ. Avec l’ensemble des ficelles qui relient les montants et constituent un fond solide à la toile qu’elle doit recevoir, cette carcasse présente l’aspect d’une gigantesque toile d’a-
- un spécialiste qui se cache modestement sous le pseudonyme d’Oncle Sam, de Dudley Hill (Massachusetts). Cet oncle... d’Amérique a été la providence de plusieurs générations de neveux, car il y a quarante ans, à Portland (Maine), il construisait déjà un cerf-volant qui était aussi, à l’époque, l’un
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- Fig. 2. — Vue d’ensemble (lu cerf-volant monté.
- raignée. Elle est couverte d’un solide tissu de coton écru renforcé aux six angles par du canevas épais et résistant ; il n’a pas fallu moins de 32 mètres carrés de toile pour recouvrir ce cerf-volant. La toile
- est encadrée d’une corde en chanvre de Manille de 6 millimètres de diamètre. La figure 2 représente l’appareil recouvert de sa toile. A chacun des six sommets de l’hexagone allongé formé par la toile, est fixé un mousqueton qui vient s’accrocher à un anneau, solidement monté à l’extrémité de chacun des montants en frêne (fig. 3). La toile seule*>pèse près de 6 kilogrammes.
- La queue est en toile d’emballage de balles de colon, de 30 mètres de longueur, et pèse 5 kilogrammes; elle a été formée de bandes de toile de 30 centimètres de largeur eousues bout à bout et garnie de banderolles disposées tous les quatre pieds (lm,2). Le châssis est relié à la corde de lancement par cinq cordages reliés en un point commun et partant,
- Détails du cerf-volant. — 1. Carcasse. — 2. Vue de côté.
- 3. Détail du mode d’attache de la toile.
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- deux des sommets des deux montants supérieurs, deux du milieu de ces montants, pour résister à une trop grande flexion, et un cinquième partant du centre. Tous ces cordages, ainsi que la corde de lancement, ont 6 millimètres de diamètre et peuvent résister à une force de traction de plus de 200 kilogrammes.
- Le lancement est facilité par un treuil solidement fixé dans le sol ; ce treuil permet d’enrouler et de dérouler facilement la corde suivant le sens du mouvement (fig. 4).
- Le lancement de cet énorme cerf-volant eut lieu le 31 août 1892, devant un grand nombre de curieux, moqueurs et peu disposés à croire à la possibilité d’enlever dans les airs un appareil pesant plus de 25 kilogrammes. Le cerf-volant fut dressé par deux hommes tenant les montants inférieurs, un troisième tenant l’attache des cordages et trois autres le treuil. Au commandement de « Lâchez tout », le cerf-volant, abandonné à lui-mème, se balança quelques secondes comme cherchant sa voie, et s’élança résolument dans l’espace à plus de 300 mètres de hauteur, aux ap-plaudissements des spectateurs enthousiasmés; il se maintint pendant plus de deux heures dans ces régions élevées.
- La figure 5, reproduction d’une photographie instantanée, donne une idée de l’effort de traction exercé par le vent, puisque quatre hommes avec tous leurs efforts, parvenaient à peine à le maintenir. Un dynamomètre fixé sur la corde montra un effort variant entre 175 et 250 livres (80 et 120 kilogrammes).
- Si l’on nous demande pourquoi un cerf-volant aussi gigantesque a été construit, nous en donne-
- rons l’explication bien américaine qui nous est fournie parle Sàint-Nicholas, de New-York, auquel nous empruntons les détails et les dessins de cet appareil; un journal de Boston avait parlé d’un cerf-volant monstrueux de 11 pieds (3m,30) de hauteur lancé à Salem (Massachusetts). Dudley Hill et l’Oncle Sam qui l’habite, à l’annonce de cette nouvelle, n’ont pas voulu rester en arrière; ils ont voulu posséder le plus grand cerf-volant du monde. Ils y ont d’ailleurs parfaitement réussi; en quinze jours, les plans ont été dressés, la construction terminée, l’expérience tentée et réussie du premier coup. Uncle Sam, de Dudley llill, vous êtes, jusqu'à nouvel ordre, le champion du monde en matière de cerfs-volants, mais, à votre place, je me méfierais des autres Uncle Sam... qui ne sont pas de Dudley llill. Le sport cerf-volantique, si nous pouvons employer cette expression, nous réserve des surprises pour l’avenir, si l’amour-
- propre américain s’en mêle, et l’on peut être presque certain qu’il s’en mêlera.
- Nous rappellerons que de ce côté de l’Atlantique, on a parfois construit des cerfs-volants gigantesques, et nos lecteurs trouveront dans La Nature la description d’un cerf-volant octogonal qui n’avait pas moins de 72 mètres carrés de surface et qui enlevait facilement de terre le poids d’un homme1.
- Puisque nous en sommes sur la question du cerl-volant, nous ne terminerons pas cette Notice sans insister sur l’intérêt que présentent, sous bien des rapports, l’étude et l’expérimentation de ce curieux
- 1 Voy. n° 095, du 25 septembre 1880, p. 209.
- Fig. 4. — Treuil de lancement du grand cerf-volant.
- Fig. 5. — Le cerf-volant retenu par quatre hommes.
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- LA NATURE.
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- appareil. Les amateurs lieront bien de s’en occuper davantage. Le cerf-volant, à coté de l’agrément expérimental, peut se prêter à des applications utiles, et nous rappellerons les expériences qui ont été décrites dans La Nature sur son emploi comme engin de sauvetage *; il est susceptible en outre de donner lieu à des observations très précieuses au point de vue de l’aviation. Dr Z...
- L’ÉCLIPSE DE SOLEIL
- DU 16 AVRIL 18931 2
- Nous avons reçu de M. Ch. Trépied, le savant directeur de l’Observatoire d’Alger quelques-unes des photographies qui ont été faites à cet établissement lors de l’éclipse du 16 avril. Elles sont d'une netteté remarquable. M. Trépied les accompagne des observations suivantes que nous reproduisons :
- Ces épreuves de l’éclipse solaire du 16 avril 1805, observée à Alger comme éclipse partielle, n’ont subi aucun agrandissement. Elles représentent l’image du soleil telle qu’on la voit dans le plan focal de l’équatorial photographique de l’Observatoire d’Alger (0m,55 d’ouverture et 3“,45 de distance focale). Toutefois, l’ouverture de la lunette avait été, dans cette circonstance, réduite à 0m, 10 et le temps de pose, pour chaque point de l’image a été d’environ 1/6000 de seconde.
- Une de nos photographies a été prise à un instant voisin de la plus grande phase. Le bord de la lune est presque en contact avec une tache de la surface solaire. Il était intéressant d’examiner, à cet instant, s’il se produirait quelque modification dans les raies spectrales de la lumière qui, émise par la tache, rasait le bord de la lune. Cet examen spectroscopique a été fait et n’a révélé aucune modification particulière du spectre de la tache, comme en aurait pu produire, par exemple, la présence d’une atmosphère autour de la lune.
- Quand les résultats obtenus dans les différentes stations d’observation auront été recueillis à l’Observatoire de Paris, nous publierons une Notice complémentaire sur l’éclipse de soleil du 16 avril 1893.
- CHRONIQUE
- Le poids d’une foule. — C’est une question à considérer grandement par les ingénieurs et architectes que celle du poids des foules : il ne se produit que trop souvent des accidents qui montrent toute son importance. Quand un ingénieur dresse le projet de quelque plancher, pour calculer les éléments de la construction et des proportions qu’il faut donner aux différentes parties la composant, il doit en effet calculer d’abord quel sera l’effort exercé par le poids des personnes qui pourront se trouver réunies sur ce plancher, et bien entendu il suppose le concours des conditions les plus défavorables. D’une façon générale on estimé que la charge produite par une foule très serrée peut atteindre environ, 480 kilogrammes par mètre
- 1 Voy. n° 997 du 9 juillet 1892 p. 95.— Voy. d’autre part le cerf-volant américain, n° 752, du 11 juin 1887 p. 26
- 2 Suite. — Yoy. n° 1039, du 29 avril 1893, p. 351.
- carré, et l’on construit d’ordinaire les planchers pour résister à ce poids uniformément réparti. Mais le professeur W. C. Kernot, de l’Université de Melbourne, vient de se livrer à des expériences sur ce sujet, expériences qu’il a décrites devant la Société des Ingénieurs de Victoria, et desquelles il résulte que cette valeur peut être largement dépassée. Il a commencé par réunir des étudiants pesant en moyenne 69kg,4, et il les a fait entrer, en se serrant le plus possible, dans une petite chambre ayant une surface de 1 ™,ü7, ce qui correspondait pour tout le planchera une charge moyenne de 648ke,l par mètre carré. Et encore restait-il à la rigueur de la place pour faire entrer un autre homme, ce qui aurait porté la charge moyenne à 692 kilogrammes. De ces expériences, il faut rapprocher celles de Stoney. Il avait pris 58 manœuvres irlandais, chacun d’eux pesait en moyenne 65kg,8. Il les a fait entrer dans un entrepont d’une surface de plancher de 5m2,30 ; la charge qui pesait sur ce plancher ressortait donc à 711kg,6 par mètre carré. Citons encore une autre expérience, toujours due à Stoney : il a réussi à faire entrer 75 hommes dans une cabane de 2m,74 de long sur 2m,63, et encore il estimait que la charge aurait pu être plus grande, car il restait de la place pour deux hommes. Or, ces 73 hommes, cette vraie cohue correspondait à un poids moyen de 687kf,5 par mètre carré sur le plancher delà cabane. De tout cela il résulte en somme que les coefficients généralement adoptés sont beaucoup trop faibles : un accident qui s’est produit, il y a relativement peu de temps dans un hôtel de ville de province, est venu pourtant prouver les conséquences terribles que peuvent avoir ces errements. Les expériences que nous avons mentionnées ont donc un intérêt particulier pour les édifices où le public est admis, là où il se produit tout à coup des encombrements dont on n’a pas idée; il ne faut pas oublier non plus que tous les planchers peuvent être exposés, d’un moment à l’autre, à des efforts anormaux et imprévus.
- Ballon captif en baudruche. —M. IL Lachambre, aéronaute-constructeur, vient d’expédier à Chicago un petit ballon captif militaire, construit pour le compte du gouvernement américain. L’enveloppe, de forme sphérique, a un diamètre de 8m,90, le volume du ballon est de 570 mètres cubes. Cet aérostat est confectionné en baudruche à six épaisseurs fournissant une résistance de 900 à 1000 kilogrammes par mètre carré. Entre la troisième et la quatrième épaisseur, des lanières de baudruche de 2 centimètres de large sont disposées en losanges et forment ainsi un filet qui complète la solidité de l’enveloppe; celle-ci a été moulée sur un gabarit en soie gonflé d’air. Cet aérostat qui a nécessité l’emploi de 50000 peaux de baudruche environ, est enduit d’un vernis spécial donnant la souplesse et achevant l’étanchéité. Les feuilles de baudruche ont été passées préalablement dans une solution chimique qui les préserve de la corruption. Le matériel est complété par les agrès ordinaires : soupapes, bois et métal, à joints hermétiques; filet en coton des Indes à 96 mailles de tour avec système de pattes équatoriales, et suspension nouvelle latérale du système de M. Hervé; nacelle montée en joncs et osiers ; dynamomètre, etc. La baudruche préparée comme il a été indiqué plus haut, pèse 180 à 200 grammes par mètre carré, tandis que le ponghée de Chine bien verni, pèse 280 à 500 grammes, et n’offre pas plus de résistance ni d’imperméabilité. La baudruche peut donc avoir un grand intérêt dans la construction des aérostats de petit cube, mais il n’y a pas à hésiter à recourir au ponghée ou soie de Chine pour les grandes constructions.
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- LA NATURE.
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- les tissus impénétrables aux balles de fusil.
- — On a beaucoup parlé dans ces derniers temps de l’invention d’un tissu impénétrable aux balles des fusils. Nous serons, jusqu’à preuve du contraire, très incrédules à l’égard de cette cuirasse d’un nouveau genre dont quelques journaux politiques ont fait grand bruit. (Juoi qu’il en soit de la réalité de l’invention, il est assez curieux de constater que les Grecs avaient jadis imaginé un tissu qui résistait à l’action des armes blanches. Voici ce qu’en dit Cornélius Népos, d’après une citation publiée dans Y Intermédiaire des chercheurs et des curieux : « Iphi-crate augmenta la longueur des piques et des épées, et, pour diminuer le poids des cuirasses d’airain et de fer, il les fit faire en toile de lin durci dans du vinaigre mêlé de sel ».
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er mai 1893. — Présidence de M. Lœvy
- Le Congrès sanitaire de Dresde. — M. Brouardel expose les travaux du Congrès sanitaire qui s’est réuni à Dresde le 1 1 mars dernier. Dix-neuf Etats avaient envoyé leurs délégués à ce Congrès; la France était représentée par M. Barère, délégué diplomatique, MM. Troost et Brouardel, délégués scientifiques. Trois courants d’opinions se sont d’abord manifestés, traduits par le système des anciennes quarantaines, le système des désinfections obligatoires et celui des désinfections facultatives. L’excellence des résultats obtenus à l’aide des moyens prophylactiques employés en France lors de la dernière épidémie cholérique de 1892 écartèrent, dès le début, le système draconien des anciennes quarantaines, si préjudiciable aux intérêts commerciaux. Ceux-ci d’ailleurs ne sont pas en opposition avecles intérêts sanitaires, car l’interruption des rapports commerciaux a pour conséquence immédiate la création de foyers de misère appelés à devenir des foyers d’épidémie. Les délégués français avaient pour mission de faire prévaloir le système des désinfections obligatoires. Le 20 mars, le Congrès, tout en reconnaissant l’efficacité des désinfections, ne leur accordait qu’un caractère facultatif. Devant ce vote, résultant de 14 suffrages sur 19, les délégués français déclarèrent se retirer. Des négociations furent alors poursuivies en dehors des séances officielles, et, le 22 mars, le Congrès adoptait à l’unanimité moins un suffrage, celui de l’Angleterre, l’obligation des désinfections du linge sale et des objets souillés. En outre, les gouvernements sur le territoire desquels éclatera un foyer d’épidémie, s’engagent à en effectuer la notification et à prendre les mesures nécessaires pour l’isolement du foyer. Les désinfections ne s’effectueront que pour les provenances de la région contaminée. L’exportation des chiffons et drilles est prohibée dans ces cas. Eu ce qui concerne les navires ayant eu à bord des cas cholériformes, il n’y aura plus de quarantaines, mais le navire, le linge sale, etc., seront désinfectés. Les malades suspects seront débarqués et resteront en observation pendant cinq jours. L’adhésion des puissances européennes à ces dernières mesures sera complète si l’on excepte la Turquie, la Grèce et le Portugal qui en restent au vieux système des quarantaines. Le Congrès a définitivement clos ses travaux le 13 avril, sanctionnant les principes soutenus par la France comme à Venise en 1892, à propos des moyens de préservation à prendre à Suez. Une nouvelle Conférence internationale se réunira dans le courant de 1894 pour étudier les mesures d’arrêts à prendre dans le golfe Persique.
- La chaleur spécifique du bore. — MM. Henri Gautier et Moissan ont entrepris de nouvelles recherches sur la chaleur spécifique du bore qui pendant longtemps a été considéré avec le carbone et le silicium comme faisant exception à la loi de Dulong et Petit, d’après laquelle le produit du poids atomique des corps par leur chaleur spécifique est un nombre constant. Weber avait déjà trouvé que ces corps rentraient dans la loi commune, à une température élevée. MM. Gautier et Moissan confirment ce résultat. Ils ont expérimenté entre les températures 0° et 254° et ont constaté que la chaleur spécifique du bore croissait rapidement. Ce n’est que vers 500° que l’on atteindrait le nombre voulu.
- La température et la sécheresse du mois d'avril 1895. — En comparant les observations thermiques régulières dont on dispose, c’est-à-dire depuis 1757, M. Renou a constaté que la température moyenne du mois d’avril n’avait jamais été aussi élevée que cette année, si ce n’est en 1865. Cette température a été de 15°,8 avec un maximum de 28° sans exemple. Mais ce qui est aussi sans exemple, c’est la sécheresse extrême de ce mois d’avril. Depuis le 3 mars, il n’a été recueilli à Paris que 0m,Û012 de pluie, c’est-à-dire l’équivalent d’une rosée, alors que la plus longue période de sécheresse au printemps est de trente jours.
- Emploi des feuilles d’arbres en remplacement des fourrages. — Cette extrême sécheresse devant avoir pour résultat une pénurie de fourrages aggravée par la mauvaise récolte de l’année dernière qui a épuisé toutes les réserves, M. Charles Girard a été conduit à penser qu’il y avait urgence à utiliser toutes les ressources de la nature pour éviter aux cultivateurs l’obligation d’abattre le bétail, faute de pouvoir le nourrir. Dans ce but, il a étudié la composition des feuilles de quelques arbres vulgaires, et il a reconnu, par l’analyse chimique, que quelques feuilles avaient une valeur nutritive analogue à celle de la luzerne. Puis, passant de la théorie à la pratique, il a exécuté des expériences d’alimentation qui ne laissent rien à désirer quant à la digestibilité des matières. L’auteur pense que, même en temps normal, l’exploitation agricole de l’arbre fourrager pourrait devenir une source de richesse pour des terres ingrates. On constituerait ainsi des prairies en l’air, sans porter préjudice à la production du bois. L’acacia est un des arbres qui pourraient être employés avec succès dans ce but.
- Origine d’un gisement de phosphate de chaux. — Au cours d’une exploration d’une grotte située dans la vallée de la Cesse (sud-ouest du département de l’Hérault) connue sous le nom de grotte de la Minerve ou de la Coquille, M. Gautier constata l’existence d’une poudre jaunâtre, savonneuse au toucher, qu’il trouva être du phosphate de chaux cristallisé bibasique, substance qui n’avait été rencontrée qu’aux Antilles. Il fit creuser une vingtaine de puits de 7 à 8 mètres de profondeur qui lui révélèrent la présence d’un véritable gisement dont il évalue la puissance à 50 000 tonnes. Ce phosphate de chaux associé au phosphate d’alumine, est d’origine animale ainsi que le montre l’énorme quantité d’ossements en débris accumulés dans le sol superficiel constitué par un calcaire argileux. Ces os donnent à l’analyse 75 pour 100 de phosphate tricalcique et 6 à 7 pour 100 d’une osséine soluble, 2 pour 100 de fluorure de calcium qui s’est substitué au carbonate, et enfin 0er,l5 d’oxyde de zinc. Cette dernière substance provient des herbages qui ont formé la nourri-
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- ture des animaux; on rencontre en effet dans la région la calamine en abondance et l’on sait qu’elle passe dans les végétaux.
- Varia.— M. Houzeau a imaginé une méthode pour mettre en évidence la falsification du beurre à l’aide de la margarine employée seule ou mélangée avec des graisses d’origine végétale ou animale. —M. Mercadicr donne des considérations très intéressantes sur les unités électriques qui forment le complément des vues exposées par M. Cornu à ce sujet dans l’appendice à l’Annuaire du Bureau des longitudes pour 1895. Ch. de Villedeuil.
- L’HOiME-YÀPEUR
- Il s’agit ici, comme le nom de notre titre l’indique, d’un homme qui marche, sinon à la vapeur, du moins par la vapeur. Ajoutons aussi dès le début, qu’il ne va être question que d’une curiosité mécanique. Depuis l’invention du moteur thermique à vapeur, les jeunes générations ont été saturées de locomotives et voitures sur routes ou sur rails, mais jamais elles n’avaient pu contempler le moindre quadrupède ou bipède fonctionnant sous l’action de cette puissance. Cette lacune mécanique est aujourd’hui comblée par une invention américaine à laquelle, à défau t d’autre mérite, on ne saurait contester celui de l’originalité. Cette invention que nous fait connaître le Scientific American est due à M. le professeur George Moore, un Canadien d’origine à la fois anglaise, écossaise, irlandaise et hollandaise.
- Par un anachronisme bien naturel en l’espèce, l’homme-vapeur tout bardé de fer est enfermé dans une cuirasse d’un modèle bien antérieur à l'invention des moteurs, et fume un cigare... à la vapeur. S’il s’égare un spécimen d’une telle machine dans des ruines, sa trouvaille au bout de quelques siècles rendra bien perplexes les archéologues qui auront à fixer l’époque de sa fabrication. Quoi qu’il en soit, notre homme-vapeur n’est pas autre chose qu’un locomoteur à vapeur qui marche au lieu de rouler.
- Le corps principal renferme la chaudière chauffée à la gazoline et présentant une grande surface de chauffe; le moteur est placé sous la chaudière, mais malgré ses faibles dimensions, teu égard à sa grande vitesse angulaire, plus de 3000 tours par minute, sa
- puissance dépasse un demi-cheval. Les gaz brûlés dans le foyer s’échappent à la partie supérieure du casque et lui font un véritable panache... de fumée. Le niveau d’eau est placé derrière le cou, et la cuirasse s’ouvre comme une porte à deux battants pour laisser voir, surveiller et entretenir tout le mécanisme ; le reste du corps est formé de lames d’étain d’épaisseur appropriée : un engrenage réduit la vitesse de rotation du moteur à une valeur normale.
- La coupe transversale (fig. 1) montre les combinaisons de leviers, grâce auxquelles le personnage peut se mouvoir et marcher, au sens rigoureux du mot. Une combinaison de leviers donne à chaque jambe l’ensemble des mouvements nécessaires et caractéristiques de la marche.
- Dans l’exhibition qui est actuellement faite, le marcheur tourne sur une piste et décrit un cercle à l’aide d’une tige dont une des extrémités est fixée
- sur un pivot à axe vertical, et dont l'autre extrémité s’attache à hauteur de la ceinture (fig. 2). Ainsi dirigé dans son mouvement, l’homme-vapeur marche normalement au pas accéléré.
- Depuis huit ans, l’inventeur étudie et construit un homme-vapeur de proportions plus grandes, qu’il espère faire fonctionner cette année même, et qu’il destine à la circulation dans les rues, en lui faisant traîner un orchestre monté dans une voiture, à l’aide de connexions élastiques telles, que le corps repose toujours sur le sol, comme celui d’un homme tirant réellement la voiture.
- Le modèle actuellement construit a environ im,8ü de hauteur, c’est-à-dire qu’il présente la taille d’un homme déjà grand; deux hommes agissant contre sa direction ne peuvent, paraît-il, enrayer sa marche. Sa vitesse normale est de 5 à 8 kilomètres par heure.
- Nous ne nous attarderons pas à discuter ici l’utilité de pareilles conceptions, ayant voulu seulement faire connaître à nos lecteurs une curiosité mécanique d’une saveur bien... nouveau-monde, mais les locomoteurs à roues présents et futurs n’ont rien à craindre de l’homme-vapeur, lors même qu’il descendrait des croisades. X..., ingénieur.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Fleurus, 9.
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- N* 1041. — 15 MAI 1895.
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- LE TONNAGE DES GROS NAYIRES
- DANS LANTIQDITÉ
- Le tonnage de la marine marchande était bien moindre dans l'antiquité qu’il n’est de nos jours; de nos jours même, dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, ce tonnage a beaucoup augmenté à mesure que la vapeur a remplacé la voile : ces deux faits sont hors de doute. Mais on peut se demander si les anciens étaient capables de construire des navires d’un tonnage comparable à ceux que nous possédons aujourd’hui. La question a été posée récemment à l’Académie des sciences morales et politi-
- ques, à propos d’une citation tirée de L'Annone romaine et le corps des naviculaires, mémoire dans lequel M. Pigeonneau affirme que certains bâtiments employés au transport des blés d’Égypte jaugeaient jusqu’à 1500 et 2000 tonneaux. C’est un point de l’histoire de la marine qui vaut la peine d’être examiné.
- Lucien, dans son dialogue IIX&Tov vj ’Euyai, décrit un de ces navires. Ce navire était parti d’Égypte pour se rendre en Italie ; les vents et les tempêtes l’avaient poussé sur les côtes d’Asie Mineure et, après soixante-dix jours de navigation (plus qu’il n’en aurait fallu pour arriver en Italie, en passant au sud de la Crète), il avait abordé au Pirée. Timo-
- Grandeurs comparatives d’une quinquérèiuc antique (551 tonneaux.), et du cuirassé moderne le Formidable (11580 tonneaux).
- lœus et ses amis étaient allés au port pour voir ce navire extraordinaire, u7i£pp.£Y£07] vauv xal 7T£pà tou pirpou. Ils le visitent et ils causent avec le capitaine. Le bâtiment, dit un matelot, mesurait en longueur 120 coudées environ, 30 en largeur au miliéu, et 29 en creux du haut bord à la sentine. Si Lucien n’est pas un auteur assez scrupuleux pour qu’on puisse reconstruire le plan du navire d’après ses données numériques, il fournit du moins les éléments d’une évaluation approximative du tonnage.
- Étant donné que la coudée vaille 0m,45, évaluation moyenne, un parallélépipède rectangle qui serait construit avec les trois dimensions indiquées par Lucien et qui envelopperait exactement ce navire, aurait un volume de 9500 mètres cubes. Quel est le rapport du volume du parallélépipède enveloppant au navire?
- 21* aimée. — iar semestre.
- 11 dépend en grande partie de la forme du bâtiment, laquelle n’est pas connue. L’amiral Paris, que j’avais consulté, pensait qu’il conviendrait de prendre le rapport de 2, 5 à 1 que le P. Fournier a donné au milieu du dix-septième siècle et que l’amiral a reproduit dans son grand ouvrage intitulé : Souvenirs de marine. En calculant d’après ce rapport, on trouve un volume de 3800 mètres cubes correspondant à 1353 tonneaux de mer (tonnage brut).
- Le tonneau de mer, dit tonneau de jauge quand il est considéré comme unité de capacité, est un volume égal à 100 pieds cubes anglais ou 2mc,83. (Voir la loi du 12 nivôse an II et celle du 6 juillet 1836 sur le jaugeage des bateaux de mer.) Il ne faut pas confondre ce tonneau de jauge avec le tonneau de fret dont un règlement du 25 août 1861 fixe la va-
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- LA NATURE.
- leur, selon les .marchandises, à un poids variant entre 1000 kilogrammes (blé, 1er, etc.) et 200 kilogrammes (éponges lavées, etc.); le poids de 1000 kilogrammes est le plus ordinaire. Dans la pratique, la valeur du tonneau de fret en volume est de 1 mètre cube. Le Dictionnaire de /’Académie ne semble pas distinguer les deux sens du mot ; « Tonneau, en termes de marine, signifiait le poids de 2000 livres ou l’espace de 40 pieds cubes. Il signifie aujour-d hui le poids de 1000 kilogrammes et un volume de 1 mètre cube. Un bâtiment de 100, de 200, de 500 tonneaux, du port de tant de tonneaux. »
- Les paquebots actuels, qui, étant construits en 1er et mus par des hélices, doivent différer beaucoup plus des types de l’antiquité que les voiliers du dix-septième siècle, fournissent un rapport très différent de celui qu’a donné le P. Fournier. Ce rapport en effet est de 1,6 ou 1,5 à 1 pour quatre grands paquebots de construction toute récente (City of Paris, City of New York, Teutonic, Majestic). En calculant d’après ce dernier rapport, le bâtiment dont parle Lucien aurait eu une capacité de 2238 tonneaux.
- Un des auteurs qui ont le plus étudié la marine ancienne, Glaser, a donné un tableau (reproduit dans la dernière édition de FEncyclopædia britannica, au mot ship) des dimensions des navires de guerre des Grecs et des Romains et de leur équipage, dans lequel il évalue la capacité d’une cjuin-quérème à 554 tonneaux (Voy. la gravure). Mais on construisait des bâtiments de plus de cinq rangs de rameurs, lliéron avait fait mettre en chantier à Syracuse un vaisseau énorme, au rapport d’Athénée, qu’Ar-chimède seul trouva le moyen de mettre à l’eau et auquel un des historiens de la marine, le contre-amiral Serre, attribue une capacité de 5600 tonneaux .
- Athénée (livre Y) rapporte que Plolémée Phila-delphe, auquel lliéron fit présent de ce bâtiment, possédait dans sa Hotte les plus grands vaisseaux connus alors : « deux vaisseaux de trente fdes de rameurs (TpiaxovTTjOTjç), un de vingt (siY-oar^Tfi), quatre de treize, etc. Il raconte ensuite, d’après l’histoire d’Alexandrie de Calixène, que Ptolémée IV Philopator avait fait construire un navire à quarante files de rameurs (xscrcrxpaxovTr1£.Y1ç), long de 280 coudées, large de 58, mesurant en hauteur 48 coudées depuis l’acrostolion (couronnement de la proue) et 55 depuis les aphalstes (couronnement de la poupe) ; soit 126 mètres de longueur, 17m,l de largeur et 22m,5 de hauteur.
- Un érudit qui avait une grande expérience en matière nautique, M. Jal, ne croyait pas à l’existence de ces navires monstrueux; il a déclaré qu’il aurait été absolument impossible de faire manœuvrer des galères de vingt, et, à plus forte raison, de quarante rangs de rameurs. « Nous regardons, dit-il dans son dictionnaire, comme fabuleux le navire TSffffapxxovTTjGY,;. » Il propose d’interpréter le texte d’Athénée comme s’il s’agissait d’un bâtiment
- ayant en tout quarante rameurs et il applique la même interprétation aux navires de la Hotte de Ptolémée Philadelphie. Sans doute Athénée n’est pas un écrivain qui mérite par lui-même une confiance absolue. Gependant il cite un auteur contemporain. 11 a pu commettre quelque erreur en interprétant son texte; maison ne saurait admettre que le bâtiment qu’il décrit n’ait eu que quarante ou même quatre-vingts rameurs (quarante de chaque côté), comme le supposent certains commentateurs, puisque Athénée ajoute que ce bâtiment avait quatre gouvernails, douze étages (ce qui fait supposer qu’il y avait plusieurs files de rameurs à chaque étage), que les plus longues rames avaient 58 coudées de long et que la quantité de bois employée à sa construction aurait suffi pour cinquante quinquérèmes.
- De pareils monstres étaient sans doute très peu propres à la navigation ; ils n’avaient probablement pour raison d’être, que la fantaisie d’un despote. Mais leur existence ne nous paraît pas pouvoir être mise en doute. Nous savons qu’à Actium les gros vaisseaux égyptiens n’ont pas tenu contre les galères plus légères d’Octave et que, sous l’Empire, les Romains ont à peu près renoncé même à l’usage des trirèmes.
- En acceptant les mesures d’Athénée telles que je les ai données d’après la traduction de Lefèvre de Villebrune (1789), je trouve, qu’avec le rapport de 2,5 à 1, la capacité du navire aurait été de 6852 tonneaux (tonnage brut total) ; qu’avec le rapport (moins vraisemblable) de 1,5 à 1, elle aurait été de 11 420 tonneaux. Un pareil chiffre peut paraître surprenant; c’est cependant à peu près celui de Glaser, dont je ne connais pas le procédé de calcul, mais qui propose, avec un point d’interrogation il est vrai, 11 520 tonneaux.
- Dans l’article Seewesens du Denkmâler des Klas-sischen Alterthurns, je lis que le navire qui, sous le règne de Caligula, apporta l’obélisque d’Egypte à Rome, devait jauger environ 2500 tonneaux (est-ce le tonneau de jauge ou le tonneau de fret?) et que le tonnage des navires de la Hotte de Rélisaire était, suivant Procope, de 127 à 2125 tonneaux (probablement le tonneau de fret).
- Des bâtiments de 1500 tonneaux et plus ont été très rares dans l’antiquité; mais les anciens étaient capables de les construire, puisque les historiens nous en ont conservé le souvenir, lis sont restés rares durant le moyen âge. Il est possible toutefois que des boutres arabes naviguant entre l’Inde et l’Égypte aient jaugé jusqu’à 2000 tonneaux et on estime que la Grande N au, que François Ier fit construire au Havre et qui ne put sortir du port, mesurait environ 2000 tonneaux.
- A la fin du dix-huitième siècle, l’art du constructeur avait fait, sous ce rapport, de grands progrès : ï Océan, le plus fort navire de guerre construit sous le règne de Louis XYI, jaugeait 4400 tonneaux.
- Les bâtiments de 2000 tonneaux ne sont plus aujourd’hui une exception. En 1890, on comptait,
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- dans la statistique de la marine marchande de France, 71 bâtiments ayant un tonnage net de plus de 2000 tonneaux ; or, le tonnage net pour les navires à vapeur est inférieur à la moitié du tonnage brut. D’après les renseignements fournis parM. Day-mard, la Champagne, un des paquebots de la Compagnie transatlantique, a un tonnage brut total de 7125 tonneaux, un tonnage brut légal de 7087 tonneaux et un tonnage net légal de 2547 tonneaux ; la Touraine, le plus grand paquebot français, atteint 8740 tonneaux de tonnage brut total et 2905 tonneaux de tonnage net légal. Cette capacité est dépassée par cinq ou six paquebots étrangers (sans compter le Great Eastern qui n’existe plus), entre autres par le City of Paris, dont le tonnage brut est de 10 499 tonneaux et par le Canipania (compagnie Cunard),dont le tonnage brut total est d’environ 12 500 tonneaux.
- La capacité des vaisseaux de guerre se mesure d’ordinaire par le déplacement, c’est-à-dire par le poids, exprimé en tonnes du volume d’eau douce que déplace le bâtiment quand il est chargé jusqu’à sa ligne de flottaison. Ce déplacement est de 11 580 tonnes pour le Formidable. Il est plus considérable pour les plus gros vaisseaux italiens (Italia, 15898 tonnes) et anglais (Enipress of India, 14150 tonnes). Leur déplacement peut être comparé à celui de la Touraine (12 090 tonneaux).
- La diversité des modes de jaugeage rend difficile la comparaison du tonnage de la marine actuelle de deux pays qui ne sont pas soumis à la même législation: on est exposé souvent à se tromper. Pour cette comparaison, nous renvoyons le lecteur au savant travail de M. Iviær, directeur de la statistique du royaume de Norvège (Statistique internationale, Navigation maritime, 4 volumes). La comparaison entre la marine ancienne et la marine contemporaine est encore beaucoup plus difficile et nous n’avons aucune prétention de trancher le problème. Nous nous bornons à constater d’après les textes, comme un renseignement curieux, qu’il est très vraisemblable que les anciens aient possédé quelques bâtiments d’environ 2000 tonneaux de jauge brute, et qu’il est possible qu’ils aient construit un vaisseau monstrueux presque égal en capacité à un paquebot tel que la Champagne. E. Levasseur,
- de l’Institut.
- LES DAHOMÉENS
- AU CHAMP DE MARS DE PARIS1
- Il n’est personne en France qui ignore l’existence du Dahomey, mais bien peu s’en font une idée exacte. Après les brillants faits de guerre de nos troupes, l’arrivée à Paris de caravanes de Dahoméens, venant en ligne directe de leur patrie, se
- 1 Voy. Le royaume du Dahomey, n° 880, du 12 avril 1890, p. 290. Voy. aussi Dahoméens et Egbas, n° 930, du 28 mars 1891, p. 262.
- montrant donc à nous avec leur aspect et leurs mœurs primitifs, aura l’avantage de nous les faire bien connaître. Parmi ces caravanes une des plus nombreuses et des mieux représentées est certainement celle qui loge au Champ de Mars au palais des Arts libéraux.
- Plusieurs peuples habitent le Dahomey et nous en retrouvons les représentants au palais des Arts libéraux. Du coté du Togo, à l’ouest, le peuple Mina a pour centre Grand-Popo. A l’est au contraire, dans le royaume de Porto-Novo on trouve le peuple Nago. L’intérieur est habité par le peuple Dahoméen ou Dahoumey proprement dit, qui descend jusqu’à la côte à Whydah, le port principal du pays. Enfin dans les montagnes sont les Mahis. C’est par Whydah que les Dahoméens ont pris contact avec les Européens. Les Portugais y avaient construit un fort dès le quinzième siècle et laissé quelques représentants. Ceux-ci se sont alliés aux nègres, et on entend aujourd’hui appeler du nom de Souza, Almeïda, Andrada et Albu-querque des individus au type négroïde. Une de ces familles, celle des Souza, était bien vue du roi Dahoméen. Il lui avait donné le titre de eha-cha et l’avait chargée de percevoir les droits de douane à son profit, de régler les différends et de surveiller les Européens.
- Ces nations Minas, Nagos, Dahoumey et Mahis parlent des idiomes légèrement différents les uns des autres comme le provençal et le français et sont ennemies. Elles sont néanmoins de même race « Eouée » et celle-ci se rapproche beaucoup des races Ashantis, Fanti et Yoruba ses voisines. La race Eouée vient de l’intérieur; elle a obéi à la loi générale qui pousse actuellement les peuples de l’intérieur de l’Afrique vers l’océan Atlantique. C’est ainsi qu’au Sénégal les Ouolofs sont venus de l’intérieur et qu’au Congo Français les Pahouins se substituent peu à peu aux races du littoral.
- Au point de vue anthropologique, on ne distingue pas encore actuellement les nègres de la côte de ceux de l’intérieur ou les Minas des Nagos, et les Dahoumey des Mahis. Nous les présenterons sous un même portrait général bien que les traitants européens les reconnaissent très bien les uns des autres d’après leur physionomie, comme nous distinguerions un Auvergnat d’un Parisien. Les hommes sont ordinairement de belle taille, d’une musculature superbe comme il arrive dans toutes les races peu civilisées où les infirmes et les malingres disparaissent sans faire souche. Les proportions sont admirables, les épaules larges, la taille mince et les extrémités assez fines. Aussi comprend-on l’admiration des voyageurs pour ces belles statues de bronze. Mais elles ont pour nous quelques défauts : comme chez tous les nègres, l’avant-bras est plus long que dans la race blanche, et le mollet est petit et très élevé. N’étaient ces quelques particularités qui à nos yeux constituent des défauts, l’ensemble est réellement esthétique. Mais il ne faut pas regarder la tête ; elle a le type nègre très prononcé, celui qu’on attribuait autrefois
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- à tous les noirs bien que ceux du Congo aient un aspect qui le rapproche davantage de l’Européen. Le front est fuyant, le nez épaté, les lèvres grosses, la face fortement prognathe, l’angle facial atteint 75 degrés, les pommettes sont saillantes. Pour ajouter au tableau, quand ils rient ils montrent des dents longues et proéminentes : ils se coupent en biseau les incisives médianes et l’élégance suprême consiste à séparer dès l’enfance au moyen de tiges de fer de grosseur savamment graduée les deux incisives médianes supérieures de-façon à laisser entre elles l’intervalle d’une dent. Comme je leur demandais l’utilité de cette ridicule coutume, ils me répondirent par une mimique expressive quelle leur permettait de cracher en lançant un jet de salive sans desserrer les dents.
- Leur figure bestiale n’est pas méchante, le rire en anime souvent les traits, et ils ont celle grande mobilité d’expression qui caractérise les enfants et les peuples jeunes. Pour cacher leur physionomie, ils ne pourraient, comme les Européens, laisser pousser leur barbe, car ils n’en ont point : à moins qu’on ne veuille donner ce nom aux quelques poils frisés de leur menton.
- La tête est fortement dolichocéphale, c’est-à-dire allongée dans le sens antéro-postérieur (75°). La capacité crânienne est en moyenne plus grande que chez nous, ce qui s’explique si on tient compte de la grandeur et de la force de ces hommes. Ce fait avait lieu d’étonner quand on pensait que l’intelli-
- gence était en raison directe du poids du cerveau. Or on sait aujourd’hui que cette qualité ne dépend pas seulement de ce facteur, mais encore du nombre et de la profondeur des plis cérébraux.
- La peau n’est pas chez tous les individus uniformément d’un beau noir d’ébène; mais elle varie du noir rougeâtre au jaunâtre et au noir foncé. Cette variation ne tient pas à une différence d’habitat, on peut observer toutes ces nuances dans un même village. Comme je demandais à l’un d’eux la cause de cette différence, il répondit à ma question par une autre :
- « Pourquoi, me dit-il, chez toi les uns sont bruns, les autres blonds, les autres rouges? » Chez aucun peuple, d’ailleurs, il n’existe d’unifor-milé dans la couleur de la peau. Aux Indes même,
- dans la même race, on trouve des individus qui ont la peau à peine brunie defltalien et d’autres celles d’ébène du Nubien. Les femmes sont gracieuses, mais elles se flétrissent de bonne heure. Dans leur jeunesse, elles sont parfois séduisantes avec leur physionomie douce, timide et rieuse (lig. 4).
- Ces peuples prennent un soin très méticuleux de leur person -ne, les ablutions sont quotidiennes; les cheveux crépus et laineux sont soigneusement relevés par les coquettes de façon à découvrir le front, les tempes et la nuque. Les femmes en font un chignon et les hommes haut gradés s’astreignent à une coiffure compliquée consistant en des raies multiples qui partent de la circonférence de la tête pour aboutir au verlex. C’est ainsi que se présentent à nous
- Fig. 2. — Musiciens Dahoméens au Champ de Mars, à Paris.
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- les ministres ou laris du roi Toffa. Ce nom ne doit, du reste, ici nous donner aucunement l'idée des ministres des nations civilisées, ce sont tout simplement des serviteurs, gardes municipaux et intermédiaires entre les indigènes et les traitants.
- Le costume s'est profondément modifié sous la nécessité de se préserver du froid dans nos pays. Il consiste chez eux en un simple pagne, pièce de toile enroulée à la taille, et chez les femmes toujours en dessous desseins.
- Les femmes mariées seules ont soin de recouvrir leurs seins tombants de leur pagne. Les gens de marque portent un chapeau, les grands cabécérès et les hauts dignitaires se revêtent du gibus, ce qui leur donne un aspect grotesque.
- Le caractère dominant des Dahoméens, comme de tous les sapvages, est l’insouciance et la paresse. On les voit passer des journées entières à fumer et à jouer aux dés. Leur manière de se reposer est très remarquable. Les sièges élevés sont réservés aux gens d’i mportance.
- Les autres se contentent d’un petit tabouret en bois porté sur trois pieds qui n’a que la hauteur de 20 à 25 centimètres et sur lequel ils s’accroupissent.
- D'autres s’assoient tout simplement sur le sol, les jambes allongées et d’autres s’accroupissent sans tabouret. Quant aux femmes, leur position de prédilection est agenouillée; c’est ainsi qu’elles travaillent. Cette manière de faire est générale dans toute l’Afrique, comme nous avons pu nous en assurer avec mon ami M. Lajard par l’examen des collections de photographies de la Société de géographie.
- Ils sont passionnés pour la danse et la musique. Toute l’après-midi ils donnent en représentation leurs différentes danses : bamboulas, danses guerrières, danse des Amazones, etc. Elles sont, du reste, rudimentaires et consistent en de simples balancements latéraux avec mouvements de bras et de tête sans cesse répétés. La danse de guerre s’accompagne de mimiques expressives, mouvements épileptiformes, tournoiement sur soi-même, cris sauvages, gestes de lutte, maniement du fusil et mimique de la décapitation de l’ennemi vaincu.
- Une musique étrange, monotone, en mode mineur, inoubliable à qui l’a entendue, fait entendre ses accords. Les petits tam-tams ou nagos en forment le fond (fig. 2). Leur son est renforcé par l’instrument des
- Ma bis (Haïgo), gourde creuse entourée d’un réseau de ficelles qui maintient de nombreuses vertèbres; celles-ci agitées viennent frapper sur la gourde et la font résonner; et de longs grelots en fer sur lesquels les musiciens tapent avec une tige de bois. Enfin, de temps en temps résonne l’énorme tam-tam de guerre qu’un seul homme suffit à peine à porter, et mugissent formidablement les trompes de guerre faites avec les défenses d’éléphant dans lesquelles un nègre, les joues et le cou distendus, souffle avec vigueur (fig. 3).
- La religion est fétichiste. Les Dahoméens sont
- 1 Nous devons les photographies reproduites ci-dessus à l’ohligeance de M. Maurice Lucquet qui les a exécutées spécialement pour La Nature.
- Fig. 3. — Les trompes de guerre du Dahomey, au Champ de Mars, à Paris.
- Fig. 4. — Féticheurs Dahoméens au Champ de Mars. (D’après des photographies1.)
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- extrêmement superstitieux et adorent tout, l’animé et l’inanimé. Ils ont un fétiche de la variole ou sa-pata, un caïman fétiche ou toppodoun, un fétiche du fer ou assen, un fétiche de la plage ou avréketé, un fétiche de la haute mer ou ahhé, etc. On offrait autrefois tous les ans un homme en sacrifice au fétiche de la haute mer pour apaiser la fureur des lames de la barre. Ils ont une grande vénération pour les arbres fétiches et surtout pour les serpents : un temple leur est spécialement destiné à AVhydah et les voyageurs ne se sont pas fait faute de le décrire.
- La dévotion se montre partout : à chaque coin de rue, presque à chaque arbre, dans les campagnes, se trouvent de petits monticules couverts de pots pour les offrandes de riz et de gâteaux de manioc. La religion n’a pas été oubliée au Palais des arts libéraux. Tous les jours ils sacrifient des poules et offrent des grains à d’informes petites statues de bois, d’aspect négroïde, barbouillées de rouge et de bleu. Le sacrifice se fait sur le legha ou plateau de fer circulaire fixé à une tige plantée en terre.
- Ils ont une manière bien curieuse de tuer la poule. Us placent entre le gros orteil et le second doigt du pied le cou de la poule, et, serrant ces deux doigts avec vigueur ils arrachent la tête. Le sang tout chaud est versé sur les leghas, mais ils mangent la poule. Ce n’est, du reste, pas le seul usage qu’ils font de leur pied dont ils sont extrêmement habiles et se servent comme d’une pince préhensile. Un traitant d’une factorerie me disait que les indigènes volaient très bien avec leurs pieds et qu’il fallait surveiller ces membres encore plus que leurs mains.
- Dans* un pays aussi superstitieux, les féticheurs ont beau jeu. Couverts d’oripeaux rouges, bleus et verts et de verroterie (fig. 4), ils exercent la profession lucrative de sorcier, conjurent les mauvais sorts. La foi en leur puissance est si enracinée dans l’esprit des nègres qu’une organisation fétichiste analogue s’est reproduite à Haïti chez les nègres transportés. Les cérémonies religieuses ne sont pas compliquées, et les réunions des féticheurs ne sont que des bacchanales pour danser et s’enivrer : c’est à tel point que l’expression est devenue populaire et qu’on dit « faire fétiche » dans le sens de festoyer.
- Les Musulmans sont assez nombreux dans le pays. Eux seuls ont l’esprit sectaire et intolérant. Dites à un Musulman que le Coran est faux, il se moquera de vous ou se fâchera ; mais tuez devant un fétichiste un boa ou un caïman fétiche, il regardera d’abord la bête morte avec stupeur; puis, si personne ne le voit, il éclatera de rire en disant que le blanc est un grand sorcier.
- Le cerveau du nègre est une cire sur laquelle on n’a rien écrit; le Christianisme a bien plus de chances de faire ici des prosélytes que dans les États musulmans du Soudan.
- Tous les peuples du Dahomey paraissent avoir mêmes mœurs, mais ils diffèrent par un point important : c’est que les Dahoméens proprement dits j
- sont guerriers, au contraire des Minas de Grand Popo et des Nagos de Porto-Novo.
- Les voyageurs décrivent avec horreur les coutumes sanguinaires des Dahoméens, mais ils ne réfléchissent pas que les blancs en sont un peu la cause. C’est au seizième siècle que commença la traite des nègres. A la même époque se fonda le royaume du Dahomey. Il vécut, comme son voisin le royaume Ashanti, de rapines et de pillages. Grâce à une armée fortement constituée, qui était pour ainsi dire le mode d’existence et la raison d’être de la nation, les peuplades voisines vaincues fournissaient les esclaves en nombre nécessaire. De même que chez les fourmis amazones toute la constitution sociale est faite en vue de la guerre, ici tout l’organisme de l’État était constitué dans ce but. Cette organisation a été bien des fois décrite. Qui n’a entendu parler de ce roi despotique et cruel qui faisait sur un signe tomber les têtes, qui ne se montrait jamais au public, mais avançait simplement son pied hors du rideau en signe d’acquiescement; de ces régiments d’amazones cruelles et indomptables, de ces sacrifices humains où les victimes tombaient par centaines? Aussi n’insisterons-nous pas; mais nous tenons à montrer que toute cette organisation avait pour but le trafic des esclaves. Ce dernier n’avait même pas cessé à notre époque. Comment, en effet, entretenir le faste de la cour, le harem et l’armée? « Toutes les autres ressources, avouait l’ancien roi Ghézo à un voyageur, n’y suffiraient pas une semaine. En effet, la nature de la côte est extrêmement favorable a la traite. Les négriers pénétraient dans les lagunes, et là, dans une crique, protégés des croisières par un épais rideau de palmiers, ils se livraient à leur fructueux commerce.
- Suppression de l’esclavage, abolition des sacrifices humains, appel au progrès d’un peuple au cerveau absolument vierge et malléable, telles auront donc été les conséquences de l’occupation du Dahomey par la France. IF Félix Régnault.
- UÎN'E CAUSE PEU COSSUE
- DE LA CHUTE DES PONTS
- Grâce aux progrès de l’industrie métallurgique, et, en particulier, de la fabrication de l’acier, les ponts métalliques deviennent de jour en jour plus nombreux, et l’on tend à abandonner les ponts en maçonnerie; cependant il est encore bien des points restant à étudier sur la résistance et les conditions de stabilité de ces ouvrages. En particulier, on a négligé jusqu’à notre époque de rechercher quelle peut être l’influence des vibrations des travées métalliques; aussi croyons-nous intéressant de signaler les recherches à peu près parallèles que mènent à ce sujet, d’une part M. Deslandres, ingénieur des ponts et chaussées, de l’autre, M. le professeur F. Steiner, de Prague.
- On connaît depuis longtemps l’action des chocs rythmés sur les ponts suspendus, notamment en cas de passage d’une troupe en marche ne rompant point le pas : tout le
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- monde a présente à la mémoire la fameuse catastrophe du pont de la Basse-Chaîne à Angers; ajoutons qu’en 4885, lors des essais du pont suspendu Kaiser Franz Joseph, dix chariots chargés ne donnaient qu’une tension mesurée de 300 kilogrammes par centimètre carré, tandis que le coefficient de travail atteignit 450 kilogrammes pour une demi-compagnie marchant rigoureusement au pas. Mais les chocs rythmés peuvent avoir une influence tout aussi grande et grave pour les ponts métalliques. On sait qu’une barre en métal reposant sur deux appuis, écartée de sa position d’équilibre, exécute une série de vibrations: et il est évident que toute travée métallique pourra prendre un mouvement vibratoire suivant la même loi que la barre, mouvement ayant une période d’une durée déterminée.
- Rappelons une expérience de cours qui doit tout spécialement attirer l’attention en la matière. Les vibrations renforcées peuvent amener la rupture : si on fait donner une note à un verre en cristal mince et qu’on chante avec force la même note près de son ouverture, on peut amener la rupture. Les ondes vibratoires s’ajoutent si le second choc se produit en concordance exacte avec les vibrations du corps, ou si le nombre des vibrations surajoutées est la moitié ou le quart de celui des vibrations de ce corps. Pour un pont, les chocs auxquels il est exposé quand il vibre déjà, ce sont les pas répétés des piétons ou des chevaux, le roulement des voitures sur une chaussée raboteuse, ou celui des trains sur une voie présentant des joints ; ces impulsions périodiques peuvent aussi provenir des contrepoids des roues des locomotives.
- Le professeur américain Robinson a déjà dit que, pour chaque pont métallique, il y a une vitesse dangereuse au point de vue des vibrations. Dans cet ordre d’idées, M. Steiner a établi, pour divers ponts métalliques, le nombre de vibrations qui leur est propre, nombre d'autant plus grand que l’ouvrage est plus petit et moins chargé. Il a cherché aussi le nombre des impulsions provenant d’un train en mouvement, du fait, soit des contrepoids des roues, soit du défaut de continuité de la voie; et c’est, ainsi, pour ne citer qu’un exemple, qu'il a trouvé qu’un pont de 40 mètres non chargé est mis en vibration par une locomotive à roues de lm,20 et marchant à 40 kilomètres. M. Steiner conclut en signalant, à ce point de vue, le péril des ponts légers, et en faisant remarquer qu’il est maladroit de ralentir uniformément la marche sur les ponts, car certains vibrent plus sous un train ent.
- Les recherches si curieuses de M. Deslandres arrivent au même résultat : il s’est livré à des essais comparatifs sur les flèches obtenues dans divers cas sur le pont métallique de Pontoise. Il a d’abord constaté que, sous le passage d’une voiture au trot, il se produisait des oscillations au nombre d’un peu plus de trois par seconde, ce qui est en concordance avec l’allure d’un cheval au trot, qui fait un peu plus de 3 pas par seconde. Une voiture vide au trot donne une flèche de 2mm,5, tandis que la charge roulante réglementaire de 59 000 kilogrammes, passant au pas, ne donne que 4mm,8. Trois voitures au trot se suivant à la file et du même pas, donnent une flèche de 4mm,6, autant que l’énorme charge d’essai, et cela pour un poids total de 4500 kilogrammes à peine; ajoutons d’ailleurs que, si les impulsions données par les trois chevaux ne sont pas concordantes, la flèche ne dépasse guère lmm,5.
- Le grand danger, ce sont donc les chocs rythmés, et il y a là une matière à étudier de très près.
- Daniel Beixet.
- LÂ CULTURE DU THÉ
- La culture du thé a depuis quelques années pris une extension considérable dans les colonies anglaises des Indes. Bien des personnes sont convaincues que le monde entier est tributaire de la Chine pour le thé : c’était vrai il y a quelques années encore, mais cela ne l’est plus aujourd’hui. Non seulement les Chinois ont perdu le monopole de la production et de la vente des feuilles de cet arbrisseau, mais leurs produits tendent à disparaître complètement des différents marchés. Le D1' Trimen, directeur du Jardin royal botanique de Ceylan, constate que sur 100 kilogrammes de thé consommés en Angleterre, pendant la dernière année, 84 ont été récoltés dans des cultures en territoire anglais : 53 dans l’Inde même et 51 à Ceylan; la Chine, sur cette quantité, n’a fourni que 16 kilogrammes. En outre, Ceylan a, pendant cette même année, importé 2 545 000 kilogrammes de thé en Australie, et on prévoit que l’Exposition de Chicago déterminera un puissant courant d’exportation en Amérique. Le Dr Trimen estime qu’il faut, pour Cevlan, qu’il en soit ainsi, car les plantations s’y sont tellement développées qu’il est à craindre que Ton n’arrive bientôt à une surproduction. Il conseille vivement aux planteurs de considérer cette éventualité possible, qui serait désastreuse, et il les engage dès aujourd’hui à consacrer une partie de leurs terres à d’autres cultures. Il croit que le développement exagéré de la culture du thé dans l’île est une calamité. Cette industrie a envahi toutes les terres au grand détriment des autres produits que le sol de l’île pourrait donner en abondance.
- NOUVEAUX INSTRUMENTS DE MUSIQUE
- Le nombre des effets harmoniques vraiment agréables à l’oreille est limité et l’on a même lieu d’être étonné qu’il soit aussi grand, étant donné que toute la musique repose sur la combinaison des mêmes éléments, les sept notes de la gamme. Les premiers compositeurs de musique travaillaient sur une mine inexplorée, tandis que nos compositeurs actuels, sous peine de plagiat (et à vrai dire tout se trouve, au moins à l’état d’indication, dans Séb.Bach), sont contraints, faute de mélodie originale bien difficile à trouver, de rechercher du nouveau, soit par de savantes combinaisons harmoniques, soit par l’introduction, dans les orchestres, d’instruments donnant une sonorité nouvelle.
- De ces deux ressources la première commence à être épuisée. Depuis Palestrina (1524-1594) qui les a employés le premier, les accords dissonants ont été étudiés à fond et renferment encore peu d’inconnu. D’ailleurs, trop d’accords dissonants ou des dissonances trop hardies insuffisamment préparées ou résolues, sont peu satisfaisantes à l’oreille qui s’en lasse rapidement. Ainsi qu’on l’a plaisamment écrit, si un morceau de musique, uniquement formé d’accords consonants, est comparable à une salade à l’huile sans vinaigre, un morceau avec combinaison judicieuse d’accords consonants et dissonants à une salade avec huile et vinaigre, un morceau reposant uniquement sur l’harmonie artificielle est
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- comme la salade russe, point n’en faut abuser.
- Il faut donc saluer avec plaisir la cre'ation, par M. Fontaine-Besson, d’instruments nouveaux, la clarinette-pédale et les corno-phones qui combleront certains vides de l’orchestre en augmentant le nombre de ses voix et en ajoutant, suivant l’expression de notre grand Gounod, de nouvelles couleurs à la palette du compositeur de musique.
- La clarinette-pe'dale représentée ci-contre (fig. I) ou clarinette contrebasse est une clarinette à l’octave grave de la clarinette basse ordinaire; elle est en si bémol et descend au la naturel et même au la bémol. Grâce à ce nouvel instrument, la famille des clarinettes embrasse plus de 6 octa-ves.La clarinette-pédale possède le bec à anche des clarinettes et le pavillon recourbé du saxophone; elle est munie d’un système à plateaux assurant un bouchage plus parlait que les anneaux ordinairement employés. Le doigté est le même que dans les clarinettes à treize clés, et c’est surtout par des perfectionnements des tubes et du mécanisme étendu que sont obtenus les résultats intéressants suivants : douceur de timbre tout à fait inattendu dans les piano, grande puissance dans les forte, son plein de moelleux et d’ampleur dans le registre moyen.
- Dans les notes à l’extrême grave, comme on pouvait le prévoir, les battements s’accentuent et la justesse n’est pas irréprochable. En solo la clarinette-pédale se prête très bien à l’interprétation de certains morceaux
- de musique religieuse ou dramatique ; dans l’orchestre elle servira utilement à doubler les contrebasses à cordes dont elle accentuera les effets, même dans les pizzicati qu’elle imite d’une façon surprenante. — Les cornophones (fig. 2) fournissent un timbre nouveau, une sonorité intermédiaire entre celle des instruments de cuivre et celle des instruments de bois. Leur voix spéciale moins banale que celle du cornet ou du saxhorn et rappelant un peu celle du bugle, provient de la forme conique du corps sonore et de la branche d’embouchure semblable à celle des cors. Le cornophone remplacera ou au moins doublera le cor d’harmonie d’une exécution si difficile; il exécutera les parties écrites par Wagner dans sa Tétralogie pour les fameux tuben ; au lutrin il détrônera l’ophiclcide et l’antique serpent. Le cornophone se prête à la musique de chambre comme l’alto ou le cor, mais c’est surtout dans les musiques militaires qu’il sera d’une grande ressource en faisant les parties de cor à la place du saxhorn alto, dont la sonorité se rapproche si peu de celle du cor. La famille des cornophones se compose : 1° du cornophone soprano en si bémol, à l’unisson du cornet; 2°du cornophone alto en mi bémol, fa et mi bémol, mi bémol et ré naturel; 3° du cornophone ténor en si bémol, ut et si bémol, ut, si naturel et si bémol ;4° des cornophones tuba à 4 pistons en si bémol, utetsi bémol, ut, si naturel, si bémol ; et 5° du cornophone contrebasse en mi bémol, fa et mi bémol. C. Grépeaux.
- Fig. 1. — Clarinette-pédale.
- Fig. 2. — Cornophone.
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- LE PONT-TOURNANT DU POLLET, A DIEPPE
- Grâce aux progrès réalisés dans la construction des grands ouvrages métalliques, nos ingénieurs sont
- arrivés à franchir, sans trop de difficultés, des rivières et des vallées dont les obstacles présentaient autrefois
- Fig. 1. — Le pou (-tournant du Follet, à Dieppe, dans sa position de fermeture de la passe.
- à l’art technique des barrières infranchissables en de points d’appui. Les travées de ponts de 100 et dehors de l'accumulation d’un nombre considérable même 200 mètres de portée sont devenues d’un
- Fig. 2. — Le pont-tournant du Follet, à Dieppe. — Vue prise pendant la manœuvre de rotation au moment où le pont va se fermer.
- (D’après des photographies.'
- usage, en quelque sorte, courant: on les fait entrer sans hésitation dans les projets.
- Mais le problème est resté difficile en ce qui concerne les ponts tournants destinés à franchir l’espace
- tout en permettant de laisser, à volonté, le passage libre à la traversée d’une rivière, d’un canal, ou à l’entrée du bassin d’un port. On se trouve alors aux prises avec les données les plus compliquées de la
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- mécanique, car il ne s’agit plus seulement de lancer dans l’espace une masse énorme de métal et de l’y assujettir, il faut encore la rendre mobile à volonté, l’asservir à des mouvements incessants et mettre dans la main d’un mécanicien une puissance qui semble défier les forces humaines.
- Les résultats obtenus dans cet ordre d’idées, par la science de l’ingénieur, ont été considérables et l’on peut considérer avec satisfaction que quelques-uns des plus importants ont été réalisés en France, au pont d’Arenc, à Marseille, et au pont du Pollet à Dieppe.
- Jusqu’à l’année 1889, la longueur la plus exceptionnelle des ponts-tournants avait été atteinte au pont de Leith, en Ecosse, construit en 1874 pour recouvrir une passe de 56m,84 de largeur; sa volée de 44ra,69 était la plus grande que l’on connût : la longueur des ponts similaires, dans tous les pays, ne dépassait pas une trentaine de mètres.
- En 1887, M. Barret, l’éminent ingénieur des Docks de Marseille, faisait faire un grand pas à ce genre de constructions en construisant, à Marseille, le pont-tournant d’Arenc couvrant d’une seule volée une passe libre de 50 mètres, portant deux voies ferrées et permettant à deux navires de circuler à la fois dans l’espace laissé libre. La longueur totale de ce pont, tournant dans l’axe de son tablier, est de 59m,62 et son poids de 1 500 000 kilogrammes. Son mécanisme est actionné par une presse hydraulique de 1500 tonnes de puissance.
- Presque en même temps, c’est-'a-dire de 1887 à 1889, M. Alexandre, Ingénieur en chef, assisté par M. Colmet-Daâge, Ingénieur ordinaire des ponts et chaussées, construisait à Dieppe un pont-tournant de dimensions analogues, constituant la voie principale entre la ville et la région ouest du littoral de la Seine-Inférieure. Le fontionnement de ce dernier ouvrage est tout particulièrement satisfaisant : son mécanisme hydraulique, comme celui du pont d’Arenc, a été étudié par M. l’Ingénieur Barret et exécuté par la Compagnie deFives-Lille, sous la direction de son Ingénieur, M. Bassères. Il servira bien certainement de modèle aux installations analogues exécutées, par la suite, en France et à l’Étranger.
- Nos gravures (fig. 1 et 2) représentent deux vues principales de cet important ouvrage. Les nombreux touristes qui, pendant la saison balnéaire, profitent des facilités que leur donne la Compagnie de l’Ouest pour aller visiter le joli port normand plein de souvenirs et d’attraits, pourront y admirer en même temps une des œuvres les plus remarquables de nos ingénieurs français, et se rendre compte des progrès qu’ils ont accomplis dans leur art.
- La longueur delà volée du pont du Pollet, c’est-à-dire de la partie du pont qui tourne autour de son pivot central en dégageant la passe, est de 47 mètres ; celle de la culasse, c’est-à-dire de la partie située de l’autre côté de l’axe et qui contrebalance la première est de 23m,50: le rapport est donc de 1/2, rapport assez généralement admis pour les ponts de ce genre, j
- Il en résulte une longueur totale de tablier de 70m,50 supportant une chaussée de 4m,50 de largeur et deux trottoirs de 2m,50 de large. Construit en fer et en tôle, il pèse au total 499 500 kilogrammes, soit 7086 kilogrammes par mètre, et ne prend, pendant sa rotation, grâce à l’exactitude des calculs et à la résistance parfaitement déterminée des pièces qui le composent, qu’une flèche de 11 millimètres: c’est dire avec quelle précision tous les détails en ont été étudies.
- Comme au pont d’Arenc, le mécanisme employé pour la manœuvre du pont, repose sur l’emploi de l'eau sous pression. Peut-être, et probablement même dans un avenir peu éloigné, l’électricité, sous forme de transport à distance de l’énergie électrique, rem-placera-telle ce procédé? Mais dans le cas du pont du Pollet, il était éminemment logique. En effet, une machinerie hydraulique devant être installée au port de Dieppe pour assurer le fonctionnement des engins d’écluses du nouvel établissement maritime, il était donc tout indiqué d’emprunter la force motrice nécessaire au système général de distribution.
- Les divers mécanismes usuels permettant de résoudre le problème, ont été examinés.
- Le premier système, dit de pont à soulèvement droit, a été écarté. Il consiste à soulever tout le tablier verticalement et à le faire tourner ensuite sur lui-même. Excellent pour les tabliers de faibles dimensions, il présente de graves inconvénients pour les dimensions considérables, car, si le pivot vient à manquer, la réparation est difficile et la circulation des navires demeure longtemps interrompue.
- Le deuxième système, dit du pont à niveau fixe, a été employé avec succès pour de grands ouvrages, notamment au pont de Newcastle, en Angleterre, qui en est un beau spécimen. Le tablier roule alors, sans changer de niveau, sur une couronne de galets. Son inconvénient est de nécessiter une canalisation d’eau sous pression d’une grande longueur, car il faut attaquer le pont, par la force motrice, jusqu’à l’extrémité de la volée. De plus, on doit compter avec une usure considérable du mécanisme, l’expérience l’a démontré.
- On s’est donc arrêté au système du j)ont à basculement. Il consiste à faire basculer légèrement le tablier sur son pivot au moyen de presses hydrauliques. Une fois le basculement opéré, le tablier repose normalement sur le pivot, lequel exerce sur le fond de la presse centrale une pression égale à son poids diminué de la sous-pression exercée par l’eau ; des galets de roulement supportent l’excédent de poids de la culasse. Pour faire tourner le tablier qui se trouve ainsi équilibré, il suffit dès lors de mettre en pression l’appareil de rotation, c’est-à-dire la presse hydraulique à cylindres qui agit sur une chaîne à maillons de 6 centimètres d’épaisseur.
- Un des points les plus délicats du calcul de ces différents organes a été l’étude de la résistance due à l’action du vent. Il fallait, en effet, prévoir la manœuvre de cette énorme masse pendant la tempête
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- même, avec une pression de vent atteignant 10 kilogrammes par mètre carré de surface. Dans ces conditions, la chaîne de rotation doit supporter un effort de 7340 kilogrammes, mais le fonctionnement reste assuré. L’ouverture du pont exige au total une consommation de 886 litres d’eau sous pression dans les circonstances les plus défavorables.
- Avec ce système, la durée des manœuvres est relativement très rapide. Un mécanicien exercé et connaissant bien son mécanisme, c’est-à-dire capable de mettre le pont-tournant en mouvement et de l’arrêter exactement, sans fausse manœuvre, peut effectuer une opération complète d’ouverture ou de fermeture en quatre-vingt-dix secondes. C’est la durée la plus courte sur laquelle on puisse compter. En service courant, on recommande au mécanicien d’agir volontairement avec plus de lenteur alin d’éviter les accidents: la durée de la manœuvre est alors de deux à trois minutes.
- La machinerie centrale hydraulique utilisée pour la manœuvre du pont du Pollet comprend deux machines de 40 chevaux qui mettent l’eau sous la pression de 50 kilogrammes, et deux chaudières à vapeur. Le total des dépenses faites pour les maçonneries, le tablier métallique et le mécanisme de ce bel ouvrage, ne s’est élevé qu’à 530000 francs, chiffre qui paraîtra peu élevé en raison des excellents résultats obtenus. Max de Naxisouty.
- L’EXPOSITION COLOMBIENNE DE 1893
- LETTRES DE CHICAGO
- L’Exposition Colombienne est la plus grande qui ait jamais été exécutée jusqu’ici; elle occupe un emplacement de 2 561 000 mètres carrés environ; !a partie principale — qui comprend les Palais des Beaux-Arts, des Arts de la Femme, de l’Horticulture, des Transports, des Mines, de l’Electricité, des Machines, de l’Agriculture, des Forêts, des Arts et Manufactures, des Pêcheries et les bâtiments des différents Etats — est située dans Jackson Park ; elle occupe à elle seule plus de 2 250 000 mètres carrés; la surface couverte par les bâtiments est d’environ 800 000 mètres carrés. L’aspect général en est très heureux et l’ensemble est d’un aspect grandiose. Les Américains ont surnommé cette énorme agglomération de constructions « La Cité ^Blanche » (The white City).
- Les chemins de fer glissants, des verreries, des panoramas, des reconstitutions historiques, des villages exotiques et les autres attractions, forment la partie de l’Exposition connue sous le nom de « Midway Plaisance » ; ils occupent une bande de terrain longue de 1400 mètres et large de 180.
- Les bâtiments n’ont pas la solidité de ceux construits pour notre Exposition de 1889; le fer n’y entre que pour une faible part, et la pierre y est inconnue; le bois est la matière la plus employée. Sur les charpentes, des lattes, et sur celles-ci, une faible couche de staff, mélange de plâtre, de ciment et de chanvre, ou autre fibre similaire. Les fondations consistent en piliers de bois enfoncés dans la terre. Certains d’entre eux ont eu beaucoup à souffrir pendant l’hiver dernier, et l’on craignait beaucoup pour la solidité de l’ensemble lorsque reviendraient les grands
- vents d’orage. Cette crainte ne s’est trouvée qu’en partie fondée; pendant un violent orage qui s’est abattu dernièrement sur la ville, un petit pavillon s’est effrondré et la plupart des bâtiments ont été endommagés, mais l’ensemble a résisté mieux que les apparences n’auraient permis de le croire.
- L’intérieur des palais est encore peu meublé, et il est probable que les expositions ne seront complètement terminées qu’avec un retard assez grand.
- Les cérémonies d’ouverture, fixées au 1er mai1 se feront en plein air; des tribunes seront érigées devant le bâtiment de l’Administration pour recevoir les invités. La partie la plus intéressante sera la mise en marche des machines par le Président Cleveland.
- Lorsque celui-ci pressera du doigt le bouton électrique placé sur l’estrade à portée de sa main, la grande machine à vapeur de Allis se mettra en mouvement, et 50 000 lampes à incandescence s’allumeront.
- Le courant électrique qui est employé pour obtenir ce résultat, passe dans un électro-aimant dont l’annature commande la valve-piston qui permet l’admission de la vapeur dans le cylindre à haute pression. Pour le jour de l’ouverture, la conduite de vapeur n’aura que 10 centimètres de diamètre, tandis que son diamètre normal doit être de 20 centimètres. Lorsque la machine aura travaillé pendant quelques instants à faible charge, on ouvrira la valve au tube de 20 centimètres et elle développera sa pleine puissance.
- A l’Exposition de Philadelphie, la cérémonie avait été en apparence, analogue. Le Président Grant avait tourné une valve, et la grande machine de Corliss de 1200 chevaux s’était mise en mouvement. Seulement, paraît-il, la véritable valve était placée sous le plancher et dirigée par un ingénieur. L’admission de la vapeur dans cette machine, demandait une certaine expérience et l’inventeur craignait d’en confier le soin aux mains inexpérimentées du général Grant.
- La machine Allis est du type Reynolds-Corliss; elle est à quadruple expansion et à condensation. Elle peut développer à pleine charge 5000 chevaux-vapeur. Les cylindres sont disposés horizontalement d’un même côté de l’arbre, en deux paires qui commandent chacune une seule manivelle. Leurs diamètres intérieurs sont respectivement de 66 centimètres pour le cylindre à haute pression, lm,01, lra,52, et enfin lm,78 pour le cylindre à haute pression. La course des pistons est de lm,85.
- La vapeur sera admise à la pression de 8 kilogrammes environ. Le volant a 9 mètres de diamètre et lm,95 de largeur. Il pèse près de 45 tonnes et fera un tour par seconde.
- Celte machine commandera deux dynamos à courants alternatifs du système Westinghouse, pouvant allumer chacune 15000 lampes à incandescence de 16 bougies. Les courroies qui relient la machine à vapeur aux dynamos, ont toutes les deux lm,80 de largeur et respectivement 45 mètres et 56 mètres de longueur. Cet ensemble forme certainement l’un des groupes d’éclairage électrique les plus puissants qui existent, sinon le plus puissant2. ' G. Pellissier.
- Chicago, le 20 avril 1893.
- 1 La présente lettre, reçue à Paris le 6 mai, est datée du 20 avril.
- 2 Nous avons précédemment donné une description d’ensemble de l’Exposition de Chicago. Nous y renvoyons le lecteur. Voy. n° 1001, du 6 août 1892, p. 148.
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- LA NATURE.
- COMPTEUR DE DISTANCES PARCOURUES
- POUR VÉLOCIPÈDES
- TJn des points qui intéresse le plus le bicycliste est celui de connaître la distance parcourue depuis son départ, ce qui lui permet, par un calcul des plus simples, de prévoir approximativement l’époque de son arrivée, ou de se livrer aux méditations les plus variées sur la valeur de son endurance. Un grand nombre d’appareils ont été imaginés pour résoudre ce problème pratique ; celui que nous allons présenter à nos lecteurs nous semble fournir une solution des plus élégantes, des plus simples et des plus générales.
- Le système deM.Cou-leru-Meuri a pour caractéristique essentielle sa facilité d’adaptation à un véhicule dont la roue a un diamètre quelconque, compris entre 50 centimètres et 2 mètres, et d’ajuster l’appareil avec une précision presque sans limite.
- Le compteur se compose de deux parties distinctes reliées par un arbre flexible de longueur appropriée à la distance qui sépare l’axe du véhicule, une bicyclette dans le cas qui nous intéresse, au point où le cadran indicateur doit être placé pour pouvoir être consulté facilement à tout instant parle voyageur. L’ensemble du montage est représenté au n° 1 de la figure ci-jointe, et l’aspect extérieur des deux parties à une plus grande échelle, au n° 2 de la figure.
- Le système de commande est constitué par un disque annulaire qui vient se fixer sur la roue directrice de la bicyclette à l’aide de trois vis et d’un collier; ce disque porte une rainure triangulaire en forme de spirale dans laquelle viennent s’engager les quinze dents de même forme d’une petite roue, de telle sorte que son axe fait un tour pour quinze tours de la roue directrice. Cette roue dentée est montée sur un bras fixé sur l’axe même de la roue directrice, sur le côté droit de la fourche que supporte cette roue directrice; son axe actionne un arbre flexible de Stowe analogue à ceux dont les dentistes font aujourd’hui un si fréquent usage. L’autre extrémité de l’arbre flexible vient se fixer à l’extrémité d’une vis sans fin montée sur le côté de
- la boîte cylindrique formant le compteur proprement dit. Cette boîte, de 6 centimètres de diamètre et de 25 millimètres d’épaisseur, renferme le mécanisme qui transmet le mouvement de rotation de l’arbre flexible aux aiguilles. C’est dans le mode de transmission que réside toute la nouveauté du système.
- A cet effet, la vis sans fin commande un axe horizontal à l’aide d’une roue portant 30 dents, l’axe de cette roue fait donc un tour entier pour 30 X15 = 450 tours de la roue motrice. L’entraînement des aiguilles a lieu à l’aide d’un plateau horizontal dont elles sont solidaires, et d’un galet monté sur l’axe intérieur du compteur. FJn réglant la distance du galet à l'axe du plateau, on modifie à volonté le rapport des vitesses angulaires des deux organes, et, par suite, il est facile de définir, par un réglage préalable, les positions du galet pour lesquelles les indications du compteur correspondent aux distances réellement parcourues pour des roues de tel ou tel diamètre. Un index qui sort plus ou moins complètement de la boîte, permet d’ajuster l’appareil au diamètre de la roue; cet ajustement se complète ensuite en manœuvrant une petite vis de réglage dans le sens avance ou retard, suivant que les indications de l’appareil sont en retard ou en avance sur les distances réellement parcourues. La remise au zéro se fait en exerçant une pression sur un bouton placé à la partie inférieure du compteur ; cette pression sépare momentanément le galet du plateau entraînant les aiguilles; celles-ci deviennent libres et peuvent être alors facilement ramenées au zéro en tournant le bouton même qui a servi à les rendre indépendantes.
- Le cadran porte deux aiguilles : la plus courte marque les myriamètres, la plus longue indique les kilomètres et les hectomètres, et permet d’apprécier la distance parcourue à 50 mètres près... Le poids de l’appareil complet ne dépasse pas 400 grammes, ce qui permet de l'adapter à une machine sans surcharge excessive. Nous croyons que ce compteur, bien conçu, bien construit et très portatif, est susceptible de rendre des services à l’art vélocipédique dont les progrès sont, depuis quelques années, si importants et si rapides. X..., ingénieur.
- Compteur de distances parcourues pour vélocipèdes.
- Système Couleru-Meuri.— 1. Montage du système sur la roue d’avant. 2. Détail d’entraînement du mécanisme.
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- LA NATURE.
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- LE RUCHER DU LUXEMBOURG
- LA SOCIÉTÉ CENTRALE 1)'APICULTURE ET u’iNSECTOLOGIE
- La Nature a souvent appelé l’attention de ses lecteurs sur les abeilles, si utiles et si intéressantes, et sur le rôle important qu’elles jouent dans la culture, en aidant, dans une large mesure, à la fécondation des plantes. Céréales, plantes fourragères, arbres fruitiers, sont fréquemment visités par le diligent insecte qui vient y chercher le miel que sécrètent leurs fleurs, et, en même temps (inconsciemment sans doute), transporte le pollen de l’une à l’autre lleur, ce pollen servant également à sa nourriture.
- Aussi, près d’un rucher, tout est fertile ; les arbres ont plus de fruits, les blés, les luzernes portent de plus nombreuses graines et atteignent un plus complet développement.
- Il y aurait beaucoup à dire sur ce laborieux hy-ménoptère, sur le mécanisme de cette fécondation artificielle des fleurs, sur le parti qu’on peut tirer du miel et de la cire, sur les principes de l’installation d’une ruche.
- Aujourd’hui, nous voulons seulement parler de la Société d'apiculture, qui existe à Paris et que la Ville a dotée d’un rucher situé au Luxembourg, ainsi que d’un jardin d’expérience contenant un second rucher qui a été établi dans le parc de Montsouris.
- Le rucher du Luxembourg, à Paris.
- C’est en 1856 que M. Hamet fonda cette Société d’apiculture. Quelques mois auparavant, encouragé par le marquis d’Hautpoul, alors grand référendaire au Sénat, Hamet ouvrait un cours dans l’ancienne pépinière du Luxembourg, où il avait reçu l’autorisation de planter quatre piquets dans un carré de luzerne. En présence du succès qu’obtint ce cours, le référendaire fit élever sur cet emplacement un rucher; c’est là que se tint, en 1859, le premier Congrès apicole.
- La société portait alors le titre de Société économique d'apiculture, pour éviter la confusion avec un projet de Société centrale qui avait avorté, et ce n’est qu’en 1875 quelle reprit ce nom de Société centrale. Par suite de l’entrée dans son sein d’entomologistes distingués, elle étendit le champ de ses
- études aux insectes utiles et nuisibles, et compléta son titre actuel.
- Quand la pépinière du Luxembourg disparut, Hamet fut autorisé à continuer son cours dans le petit pavillon situé à l’angle du jardin, sur la rue d’Assas, qui avait été édifié pour l’établissement d’un café qui ne réussit pas. (C’est là qu’eurent lieu les premières expositions organisées par la société, expositions bisannuelles, qui ont eu lieu depuis au Palais de l’Industrie et, le plus souvent, dans l’Orangerie des Tuileries). Le rucher fut réinstallé près du pavillon et les cours continuèrent à y être très suivis.
- En 1877, le Conseil municipal, reconnaissant les services quelle était appelée à rendre, concéda à la Société un espace de 2540 mètres carrés au parc de
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- LA NATURE.
- Montsouris, pour l’établissement d’une école d’insec-tologie agricole et d’apiculture. Mais la Société, malgré tous ses efforts, n’a pu réunir encore les fonds nécessaires à la construction d’un édifice suffisamment confortable ; elle a dû se borner à l’établissement d’un rucher où, pendant la belle saison, se font des cours et des conférences qui y attirent un assez nombreux public. La Société a utilisé le terrain qui entoure ses ruches en y cultivant diverses plantes, dans le but d’en étudier les qualités mellifères, ainsi que des mûriers qui permettent de tenter quelques essais d’éducation du ver à soie. Le bâtiment qui doit être élevé par elle sur ce terrain comprendra : une salle de conférences, des salles pour les collections de ruches (dont nous possédons une série de types qui constitue un véritable musée) et d’insectes utiles et nuisibles, salles d’étude, et logement de gardien ou de préparateur.
- Après la mort de Hamet, sous la présidence de M. de Hérédia, dont le dévouement pour elle ne s’est jamais démenti, la Société centrale prit un nouvel essor1. Grâce à ses efforts, un grand nombre de sociétés de province se sont fédérées en 1891, et l’apiculture est entrée depuis cette époque dans une ère nouvelle de prospérité.
- Hâtons-nous d’ajouter que c’est l’abbé J. Voirot, un de nos plus anciens et plus dévoués apiculteurs, qui eut la première idée de cette fédération.
- Les cours publics d’apiculture ont toujours lieu au jardin du Luxembourg, du 1er avril au 1er juin, et au parc de Montsouris pendant toute la belle saison. A notre regretté Hamet, ont succédé M. Sevalle, notre secrétaire général, et M. Saint-Pée, notre trésorier, qui tous deux, avec un désintéressement complet et une cordialité parfaite, continuent la tradition du maître regretté, lequel, non content d’avoir donné le'bon exemple toute sa vie, a légué à la Société centrale une bibliothèque considérable où les membres peuvent venir puiser, et qui s’augmentera de jour en jour par des dons, des échanges et des achats de livres. A.-L. Clémest,
- Secrétaire de la Société centrale d’apiculture et d’insectologie.
- Le prix Hodgkins. — Ilva quelques années, M. T. G. Hodgkins, de New-York, fit don à la Smithsonian Institution d’une somme importante dont une partie devait être consacrée a l’accroissement et la diffusion de nos connaissances sur la nature de l’air atmosphérique, dans ses rapports avec le bien-être de l'humanité. Le comité de l’Institution a pensé répondre au vœu du donateur en mettant la question au concours. Un certain nombre de prix seront décernés, le cas échéant, aux ouvrages envoyés avant le 1er juillet 1894 et qui en seront jugés dignes. Un prix de 10 000 dollars (50 000 francs) est proposé pour un traité dans lequel se trouvera une découverte importante sur la nature ou les propriétés de l’air. Ces propriétés peuvent être considérées dans leurs relations
- 1 Le siège de la Société centrale d'apiculture est rue de Rennes, 76, à Taris.
- avec, un plus ou moins grand nombre de branches de la science; il conviendrait de ne pas s’en tenir seulement à la météorologie, mais de chercher les rapports avec l’hygiène, ou avec toute autre partie des sciences physiques ou biologiques. Un autre prix de 2000 dollars (10 000 francs), sera décerné à l’essai le plus satisfaisant sur les propriétés connues de l’air dans leurs relations avec les diverses sciences ; il conviendrait de montrer aussi la direction des recherches futures qui pourraient étendre nos connaissances dans ce domaine. L’essai dans son ensemble devra être conçu de manière à indiquer la voie pour le programme futur des concours du fonds Hodgkins. Un prix de 1000 dollars récompensera le meilleur traité populaire sur l’air atmosphérique et ses propriétés, y compris ses relations avec l’hygiène corporelle et intellectuelle. L’étendue de ce traité doit être d’environ 20 000 mots; il doit être écrit sous une forme telle qu’il se prête à la publication en vue de l’instruction élémentaire. En outre on décernera toutes les années ou tous les deux ans une médaille d’or accompagnée de sa copie en argent ou en bronze à l’auteur d’un travail important sur les propriétés de l’air ou sur des applications de nos connaissances sur ce sujet au bien-être de l’humanité. Les travaux peuvent être écrits en anglais, en français, en allemand ou en italien, et doivent être envoyés au Secretary of the Smithsonian Institution, à Washington, avant le lor juillet 1894, à l’exception de ceux concernant le premier prix pour lesquels le délai est fixé au 51 décembre 1894. Le jury se composera d’un délégué de la Smithsonian Institution, adjoint au secrétaire qui en fait partie de droit, d’un membre nommé par les présidents de l’Académie nationale des sciences et d’un autre nommé par le président de l’Association américaine pour l’avancement des sciences. Le comité pourra s’adjoindre à titre consultatif au maximum trois savants européens. Dans le cas où les Mémoires seraient jugés insuffisants, le concours resterait ouvert pour le premier prix avec une modification éventuelle du programme; les deux prix suivants seraient supprimés. Un motif essentiel de la publication de ces récompenses est d’attirer l’attention sur le fonds Hodgkins; il serait très désirable que les personnes compétentes exprimassent leur opinion sur la meilleure application à faire de ce fonds. Des subventions spéciales seront accordées aux savants pour des recherches sur les questions se rapportant au concours. Les demandes doivent être appuyées par une Académie ou une Institution connue, et accompagnées d’au moins un Mémoire original, permettant de juger de la valeur de celui qui désire obtenir un subside. Toutes les denîandes et communications concernant le fonds Hodgkins, doivent être adressées à M. S. P. Langley, Secretary of the Smithsonian Institution, Washington.
- Comment on trompe la foudre. — Parmi beaucoup de curiosités contenues dans le Précis historique et expérimental des phénomènes électriques de Sigaud de la Fond (Paris, 1781), nous relevons ce passage qui révèle un état d’esprit auquel les hommes de science sont peu accoutumés aujourd’hui : « La tour de cette ville (Florence) était, dit-on, très sujette aux irruptions de la foudre. A peine fut-elle armée d’un conducteur, qu’au premier orage, la foudre reprit sa route accoutumée; mais le conducteur qu’on venait d’y élever trompa son attente. Au lieu d’endommager la tour, comme ci-devant, elle la parcourut tranquillement de haut en bas, suivant la chaîne dans tous ses tours et détours, et pénétra en terre, désarmée de toute sa fureur. » De nos
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- LA NATUllE.
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- jours, on trompe encore la foudre en Italie, ou plutôt on l’exorcise. Un de nos amis nous racontait avoir vu pendant un orage une vieille femme décrocher la crémaillère suspendue à la cheminée, et la jeter dehors en prononçant des paroles sacramentelles. A part ce dernier détail, rien, du reste, n’est plus rationnel. L’air chaud s’élevant du foyer prépare le chemin de la foudre, qui trouve, par surcroît, un conducteur métallique pour pénétrer dans la cuisine. En supprimant ce dernier, on diminue le danger; mais les paysans croient exercer ainsi sur la foudre une espèce de sortilège.
- Un lac extraordinaire. — On trouve dans la partie méridionale du comté do Webster (Missouri), au point où les monts Ozark atteignent leur plus grande altitude, un lac, situé au haut d’un pic, et ayant des bords élevés de 15 à 50 mètres. On ne voit ni canal d’alimentation, ni déversoir; et, dans un rayon de 160kilomètres, il ne se rencontre aucune hauteur égale d'où l’eau pourrait venir. Cependant, les eaux de ce bassin montent et descendent parfois, jusqu’à présenter 9 mètres de différence. Le Lac du Diable, comme on le nomme, occupe une surface d’environ 40 ares, et n’est pas loin du Fordland, station du chemin de fer de Kansas City à Memphis. La hauteur de ses eaux ne paraît pas dépendre des conditions de l’atmosphère, car après de fortes pluies il arrive qu’elles soient très basses; et dans la saison sèche, elles sont souvent très hautes. On ne sait rien de certain sur la profondeur du lac; on dit que la sonde ayant été jetée lorsque les eaux étaient basses, on a mesuré près de 50 mètres. On raconte encore qu'un charpentier découvrit dans l’eau, il y a quelques années, d’énormes fragments de cèdres. Or, ces arbres, tels qu’on les rencontre dans le voisinage, sont toujours fort petits. Le lac est situé à 480 mètres de hauteur.
- Le premier vapeur pétrolier construit en France. —- Le nombre des vapeurs pétroliers s’est beaucoup augmenté pendant les dernières années, mais tous étaient construits en Angleterre, en Allemagne ou en Suède. Le premier navire de ce type, construit dans un chantier français, a été lancé le 1er avril au Havre, dans les chantiers de Graville. Il se nomme le Lion et mesure 85 mètres de longueur entre perpendiculaires, 12 mètres de largeur et 8m,00 de creux. La partie de sa cale réservée au transport du pétrole en vrac est comprise sous le pont principal et limitée à chaque extrémité par un cofferdam formé par deux cloisons étanches très rapprochées et pouvant être remplies d’eau dans le cas où le pétrole suinterait en dehors de ses cloisons extrêmes. Entre les deux cofferdams, il y a cinq cloisons transversales et une cloison longitudinale : les douze compartiments ainsi formés communiquent avec trois caisses d’expansion pour permettre au pétrole de se dilater sans danger pendant les grandes chaleurs. Le navire a été construit sous la surveillance spéciale du Bureau Veritas. Il y a deux puissantes pompes capables d’épuiser 150 tonnes de pétrole à l’heure. La machine à triple expansion développera 1200 chevaux et la vitesse présumée est de 9 nœuds et demi en service. Les diamètres respectifs des cylindres sont de 0m,60, 0m,90 et lm,40 et leur course commune de lm,20; le diamètre de l’arbre de couche est de 0m,30; la machine et les deux chaudières sont placées sur l’arrière du compartiment à pétrole et tout le navire est éclairé par l’électricité.
- La vulcanisation des bois aux États-Unis. —
- La vulcanisation des bois est pratiquée en Amérique par la méthode de M. Myers pour conserver les bois et particu-
- lièrement les poteaux, potences, etc., employés dans les lignes aériennes aux États-Unis. Ce procédé consiste à chauffer les bois sur des cylindres en fer où l’on fait passer continuellement un courant d’air chaud et sec. La température atteint jusqu’à 280°C. et la pression 150 atmosphères. Le traitement est poursuivi pendant un temps assez long, de manière que la modification physique et chimique qu’elle entraîne pénètre au cœur du bois. Le bois prend une belle couleur noire et les cellules se remplissent d’un mélange antiseptique composé d’acide acétique, d’acétone, d’alcool mélhylique, de créosote, d’acide carbonique, etc., qui prévient toute décomposition ultérieure. D'après des essais effectués à l’École des mines de Columbia College, la résistance mécanique des pièces de bois ainsi traitées augmente en moyenne de 15 à 20 pour 100. La résistance électrique des bois traités augmente également.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 mai 1893. — Présidence de M. Lœwy.
- Le surmulot de VAncien Monde. — Contrairement à l’opinion répandue que les surmulots ont envahi l’Ancien Monde postérieurement à la découverte de l’Amérique, il paraît résulter de fouilles pratiquées en Algérie, que ces animaux vivaient en ce pays à l’époque romaine. La déter-r initiation repose sur divers ossements et sur un crâne bien conservé retrouvé dans un tombeau.
- Le phosphate de chaux naturel. — M. Gautier revient sur sa précédente communication relative au gisement de phosphate de chaux qu’il a découvert dans la grotte de la Minerve. Cette grotte n’a pas moins de 1100 mètres de longueur ; le sol superficiel est un véritable ossuaire, mais le sous-sol est constitué par une roche friable et jaunâtre, à peu près homogène, composée principalement de phosphate de chaux et de phosphate d’alumine. La proportion des deux substances reste à peu près constante dans toute la masse rocheuse. La présence de l’alumine dans des phosphates calciques est un fait unique. M. Gautier signale ensuite divers caractères chimiques diffé-r rendant cette roche des phosphates naturels, notamment sa solubilité sensible dans les lessives alcalines diluées et froides.
- Le soufflage du verre. — U y a fort longtemps déjà que M. Dumas a préconisé le soufflage mécanique du verre en remplacement du soufflage à la bouche fort nuisible aux ouvriers. Mais cette substitution n’avait pas été accueillie très favorablement. On ne possédait pour le moulage industriel du verre que deux procédés: l’un, consistant à souffler une boule et à l’introduire dans le moule dont on lui faisait ensuite prendre la forme ; le second, consistant à introduire dans le verre liquide un corps solide qui faisait monter le masse pâteuse dans le vide laissé entre lui et les parois. Le nouveau procédé de fabrication consiste à refouler par le bas le verre liquide au moyen d’un piston de seclion appropriée à l’épaisseur à obtenir. Le verre se coule régulièrement entre le piston et la paroi. Cette méthode permet d’obtenir des vases de toutes dimensions présentant une parfaite égalité d’épaisseur, résultat que l’on atteint médiocrement par les anciens procédés.
- L'humidité du sol. — La durée prolongée de la période de sécheresse que nous traversons a conduit MM. Dehé-rain, Demoussy et Dumont à rechercher quelle quantité d’eau la terre peut encore renfermer. A cet effet des
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- LA NATURE.
- échantillons de terre ont été prises à des profondeurs de 25, .50, 75 centimètres et 1 mètre, en quatre points différents. Tandis qu’à la surface, la quantité d’eau est à peu près nulle, par suite de l’évaporation très rapide due à l’action des rayons solaires et à celle du vent très sec qui prédomine depuis quelque temps, on trouve à 25 centimètres de profondeur, 27, 15, 16 et 16 pour 100 d’eau dans les quatre échantillons. A 50 centimètres de profondeur, 24, 14, 15, 16; à 75 centimètres, 24, 14, 15, 15; et enfin à 1 mètre, 22,14,16,10. On voit en somme que la proportion d’eau varie peu avec la profondeur. Elle ne s’abaisse sensiblement que dans le dernier échantillon qui correspond à un sol très calcaire. M. Dehérain ajoute que toute l’eau du sol n’est pas à la disposition des racines ; les plantes se flétrissent bien avant que les terres soient complètement desséchées.
- Si donc la pluie se faisait attendre, les récoltes qui ne sont actuellement que menacées seraient très gravement compromises.
- Toxicité du sang de crapaud. — Le sang de crapaud possède une toxicité qui est comparable à celle du venin. En effet MM. Phisalix et Bertrand ayant injecté ce sang sur une grenouille, ont vu celle-ci périr, avec les mêmes symptômes que ceux produits par une injection de venin. 11 résulte de ce fait que le crapaud est doué d’une véritable immunité contre son propre venin.
- Varia. — M. Lechale-lier a effectué des recherches sur la chaleur spécifique du carbone.
- — M. le Dr Charrin a pratiqué des expériences sur l’action du bacille pyocyanique sur les végétaux.
- Élection. — M. Rowland de Baltimore est élu membre correspondant de la section de physique.
- Cil. DE VlLLEDEUlL.
- PHYSIQUE AMUSANTE
- LA PRESTIDIGITATION DÉVOILÉE 1 LE CADRE AU SABLE
- Le cadre au sable est un petit appareil très ingénieusement disposé et qui est mis à contribution dans différents tours de prestidigitation pour faire paraître ou disparaître une carte, une photographie, une lettre cachetée, une réponse écrite sur une feuille de papier.
- En apparence, c’est un simple cadre recouvert de peluche, et dont le fond s’ouvre à charnière comme
- 1 Suite. — Voy. n° 1037, du 15 avril 1893, p. 320.
- une porte derrière un verre qui, à première vue, ne présente rien de particulier.
- En réalité il y a deux verres séparés l’un de l’autre par un intervalle de trois millimètres; le côté inférieur de l’encadrement est creux et forme un réservoir rempli de sable bleu très fin ; à l’intérieur, la porte est recouverte de papier bleu ayant la même nuance que le sable; la carte, le portrait ou la lettre qui doivent apparaître dans la suite sont placés d’avance dans le cadre; mais, pour les rendre invisibles, on tient celui-ci verticalement, le réservoir en haut ; le sable tombe alors et remplit l’espace qui sépare les deux verres, et la surface bleue ainsi formée derrière le premier verre semble être le fond du cadre.
- Pour faire paraître l’objet caché, le cadre est posé verticalement, le réservoir en bas, et recouvert d’un foulard ; en quelques secondes le sable a disparu. La petite porte qui ferme le fond peut être ouverte par un spectateur et le cadre montré de très près, pourvu qu’on le tienne verticalement pour empêcher le sable d’apparaître entre les deux verres.
- Notre figure 2 montre le cadre vu par derrière : on voit ouverte la porte P, et en S le sable qui tombe entre les deux verres; dans la coupe qui est à côté, V, V sont les deux verres, P la porte, R le réservoir.
- Nous avons supposé ici une expérience faite au moyen du petit pied A sur lequel on a déposé un sept de cœur choisi forcément par un spectateur; la carte passe dans le cadre; à dire vrai,elle est enlevée par le couvercleC avec la plaque mince D qui recouvrait le petit pied A et sur laquelle elle était posée.
- Ceci, dira quelqu’un, est du prestige à double fond. Qu’on fasse examiner le couvercle C avant de recouvrir la carte, et le pied A quand l’expérience est terminée. Réclame-t-on encore une lois le couvercle? On s’empressera de le faire voir sans dire qu’on vient de le heurter vivement contre le bord postérieur de la table pour faire tomber dans une servante le disque D avec la carte qu’il venait d’enlever.
- — A suivre. — MaGUS.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1 et 2. — Le cadre au sable.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue île Fleurus, 9.
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- N" 1042. — 20 MAI 1893.
- LA NATURE.
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- L’EXPOSITION COLOMBIENNE DE 1893
- LES MACHINES A PEINDRE
- Tout à la machine parait être l’idéal final des neveux de l’oncle Sam, et ils nous en fournissent un
- nouveau et curieux exemple à l’occasion de l’Exposition de Chicago qui vient d’ouvrir ses portes.
- Les immenses constructions en bois qui constituent la plus grande partie des bâtiments de l’Exposition colombienne devaient être préservées desintem-
- Une des machines à peindre à l’Exposition de Chicago.
- péries des saisons par une couche de peinture*, mais ce travail gigantesque devait être fait, chacun en avait le sentiment, par un procédé plus rapide et moins coûteux que celui du pinceau classique manœuvré à la main, d’autant mieux que toutes les surfaces de ces structures n’étant pas rabotées, offrent des aspérités, des rugosités qui arrachent
- 21e année. — 1er semestre.
- les poils des pinceaux et les mettent rapidement hors de service, sans compter les parties difficilement accessibles.
- Dès les débuts des travaux, la direction de l'Exposition s’est occupée de ce grave problème et des efforts nombreux ont été faits pour le résoudre ; les premiers essais furent infructueux et ce n’est que
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- vers la fin des constructions qu’il a reçu sa solution complète sous la direction de M. Millet, directeur de la décoration, et de son second, M. Turner.
- La machine qui effectue ce travail (Voy. la figure) n’est pas autre chose qu’un pulvérisateur de peinture fondé sur le principe du classique pulvérisateur, mais fonctionnant à l’air comprimé obtenu, soit directement par la canalisation spéciale de l’Exposition, soit indirectement à l’aide d’un compresseur actionné par un moteur électrique de 5 chevaux prenant le courant sur le réseau général de distribution. Ce compresseur rotatif fournit l’air d’une façon continue, à une pression constante sans l’emploi d’aucun réservoir intermédiaire. Tout le mécanisme (moteur électrique compresseur, réservoir de couleur, etc.) est monté sur un chariot roulant qui permet de le déplacer facilement. La couleur de la Kalsomine dans le cas particulier, préalablement bien mélangée, est placée dans le réservoir, et l’on fait arriver par la partie inférieure un jet d’air à la pression de 18 à 20 livres par pouce carré (1,3 kilogramme par centimètre carré), ce qui agite constamment le mélange, maintient son homogénéité et empêche le dépôt des parties les plus grosses et les plus denses. Du sommet du réservoir, l’air se rend par un tuyau dans le pulvérisateur proprement dit où arrive également la couleur. Il se forme une sorte de mélange mousseux qui traverse un tuyau de 2 centimètres de diamètre environ et est jeté au dehors par une lance que l’ouvrier dirige sur les points à peindre. Cette lance se termine par une ouverture plate de 55 millimètres de largeur et de lmm,5 d’épaisseur. Un seul appareil pulvérisateur suffit pour actionner deux lances. Des robinets convenablement distribués permettent de régler la pulvérisation de la peinture, la vitesse d’écoulement, le remplissage et le vidage du réservoir. Pour obtenir une bonne pulvérisation de la peinture, le mélange doit atteindre une certaine température. Avec le compresseur mù par l’électricité, les frottements du compresseur et réchauffement produit par la compression élèvent suffisamment la température de l’air. Lorsque l’air est pris sur la canalisation générale d’air comprimé, il est nécessaire d’élever sa température et de l’amener au point convenable en le faisant traverser un serpentin disposé sur le foyer d’une salamandre alimentée par un feu de coke. On peut, grâce à ces précautions, travailler par les plus grands froids, même aux températures qui rendent la peinture à la main impossible.
- U n’y a pas eu moins de quatorze machines semblables employées simultanément à la peinture des bâtiments. Le seul petit inconvénient de la machine à peindre est que, pour une surface donnée, elle consomme environ un vingtième de couleur en plus que le travail à la main, mais comme elle fait, dans un temps donné, vingt fois plus de travail avec vingt fois moins de personnel, et qu’elle badigeonne par tous les temps, ces avantages compensent au centuple le petit inconvénient signalé.
- *
- Le travail fait par ces quatorze machines doit donner à l’Exposition une tonalité bien monotone, mais c’est lâ une question d’ordre artistique à laquelle nous ne pourrons répondre qu’après avoir vu, et qui n’enlève rien â l’originalité et au mérite industriel du badigeonnage électro-aéro-mécanique inauguré par les organisateurs de l’Exposition de Chicago.
- X..., ingénieur.
- FABRICATION DE LA GLACE
- La fabrication de la glace est une industrie moderne d’importance croissante ; si l’on considère également les installations de refroidissement, on trouve qu’il y a là une question d’un immense intérêt ; peut-être le jour n’est-il pas éloigné où la récolte et la conservation de la glace naturelle ne seront plus qu’une très rare exception, sinon même un simple souvenir du passé.
- Comme exemple d’une fabrication de glace d’une importance exceptionnelle, le Bulletin de la Société des ingénieurs civils cite l’installation frigorifique de Brooklyn, faite par la Compagnie Frick, de Waynesboro, Pensylvanie.
- Les constructions se divisent en quatre parties. La première renferme deux générateurs à vapeur d’une puissance de 100 chevaux et leurs accessoires. La seconde partie est un bâtiment à trois étages, contenant un appareil de distillation dont il sera question plus loin et le condenseur à ammoniaque servant à la production de la glace. La troisième partie, qui est la plus importante, contient une machine frigorifique, type Éclipse, et deux réservoirs à congélation. Les réservoirs qui sont en tôle ont 15m,50 de longueur sur 11 de largeur et lm,22 de profondeur. Chacun de ces bacs contient 480 moules de l'n,02 X 0m,56 X 0m,28 servant à former chacun un pain de glace de 155 kilogrammes. La quatrième partie se compose d’un magasin pour conserver la glace.
- La machine Éclipse a deux compresseurs à ammoniaque verticaux de 0ra,508 de diamètre et 0m,915 de course, actionnés par un cylindre à vapeur horizontal à distribution Corliss de 0m,812 de diamètre et 0ra,915 de course. A 40 tours par minute, cette machine produit la congélation de 60 tonnes par vingt-quatre heures.
- Une condition importante pour avoir de la glace belle et saine est d’employer de l’eau absolument pure. Aussi prend-on des précautions particulières à ce sujet. La vapeur d’échappement de la machine et une certaine quantité de vapeur vive prise aux générateurs sont envoyées dans le condenseur par surface dont il a été question plus haut; la vapeur est ainsi condensée et les matières grasses qu’elle peut contenir séparées mécaniquement. L’eau distillée est filtrée sur du noir animal, qui lui enlève toute odeur et toute couleur; elle est refroidie dans un serpentin, puis filtrée de nouveau sur un filtre à charbon avant d’arriver dans des caisses où on la conserve avant de l’employer à la fabrication de la glace. Avant de l’introduire dans les moules, on la filtre encore sur de l’éponge; on obtient ainsi de l’eau très pure.
- Au-dessus de chacun des réservoirs à congélation se trouve un chariot roulant qui sert à enlever les moules; ces chariots sont mus mécaniquement et enlèvent deux moules à la fois et les portent à un appareil spécial qui fait sortir les pains de glace.
- Cette usine peut produire de 60 à 90 tonnes de glace par vingt-quatre heures.
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- LE KILIMANDJARO
- DANS L’EST AFRICAIN
- Il y a un demi-siècle, l’intérieur de l’Afrique, comme nos cartes en témoignent éloquemment, était absolument inconnu. Ce n’est guère que depuis une vingtaine d’années, que des explorateurs, des missionnaires au cœur intrépide, s’efforcent de pénétrer les mystères qui enveloppent encore le continent noir. Quel sera le résultat de ces courageux efforts, de ces patriotiques dévouements, j’ajouterai, de cet entraînement un peu irréfléchi qui porte les nations de l’Europe à se disputer les lambeaux du continent africain? L’avenir seul peut répondre à cette interrogation ; mais je ne puis en augurer de grands avantages pour l’humanité. La colonisation de ces régions brûlantes, sauf sur quelques points privilégiés, est interdite à nos races du Nord, et les nègres sont incapables de comprendre nos progrès, de s’assimiler notre civilisation. La science seule profitera des nouvelles connaissances acquises, en nous montrant des races intéressantes à tant de titres ; tel est mon désir en présentant aux lecteurs de La Nature les populations qui vivent autour du Kilima’ndjaro.
- Le Kilima’ndjaro, la plus haute montagne de l’Afrique1 et une des plus hautes du globe, est situé à 280 kilomètres du port de Mombasa, le principal établissement de la Compagnie anglaise East Africa et à 500 kilomètres environ du Victoria Nyanza. Il se dresse devant le voyageur par 3° 6' de latitude Sud et par 35°6' de longitude Est (fig. 1). Malgré le voisinage de l’Equateur, il est couvert de neiges éternelles et l’éclatante réverbération de ces neiges sous les rayons ardents du soleil africain, présente un spectacle que ne peuvent jamais oublier ceux qui ont été assez heureux pour en être une fois témoins. Les laves amoncelées annoncent le volcan qui paraît aujourd’hui éteint. Le grand cratère du sommet ne mesure pas moins de 2000 mètres de diamètre et sa profondeur, autant que l’on a pu s’en assurer, dépasse 200 mètres. Les relations avec l’Afrique centrale étaient si peu fréquentes, que ce fut en 1848 seulement que l’existence du Kilima’ndjaro fut révélée par les missionnaires Rebmann et Krapp.
- Depuis ce moment, de nombreux essais, la plupart infructueux, furent tentés pour arriver au sommet des pics. Le Dr Abbott notamment parvint à une hauteur de 17 000 pieds; là, il dut s’arrêter2. Le
- 1 Le Kilima’ndjaro est le nom donné à un soulèvement d’origine volcanique d’une hauteur moyenne d’environ 5000 mètres, terminé par deux pics, le Kibo et le liimaouensi ou Kima-Wcnze. Le premier, selon M. Thomson, mesure 5746 mètres, le second 4944 mètres. Ces altitudes s’écartent peu de celles précédemment calculées par le baron von der Decken. h'Annuaire du Bureau des longitudes donne au Kibo 6100 mètres et le dit comme hauteur la septième montagne du globe. Le Gaorisankar, de la région centrale de l’Ilimalaya, mesure 8840 mètres (8889, 'Vivien de Saint-Martin), le Chiin-borazo, le pic le plus élevé des Andes, 6255 mètres (6530, Vivien de Saint-Martin), le mont Blanc. 4810 mètres.
- 2 Descriptive Catalogue of the Abbott Collection of ethnographical objecls from Kilima’ndjaro, East Africa.
- premier, si je ne me trompe, qui réussit fut le baron von der Decken, et c’est à lui que nous devons les données les plus sérieuses que nous possédons.
- En 1890, le Dr Meyer tenta successivement quatre ascensions du Kibo et deux du Kimaouensi. Les difficultés étaient grandes ; la neige offrait un terrain peu solide; souvent les explorateurs s’enfonçaient jusqu’à mi-corps dans des fondrières glacées et ce n’était qu’au prix des plus pénibles efforts qu’ils parvenaient à se dégager et à poursuivre leur marche ascensionnelle. Au mois d’août 1891, trois de nos missionnaires1 tentèrent à leur tour l’épreuve; ils atteignirent d’abord ces solitudes à 3000 mètres d’altitude; mais deux d’entre eux purent seuls continuer l’ascension et arriver au sommet du Kibo.
- La température et la végétation varient considérablement sur la montagne. Le Chaga,à 1000 mètres environ au-dessus de la mer, jouit d’un climat que l’on ne saurait mieux comparer qu’à celui du midi de l’Europe. La culture est possible et, comme nous le verrons, poursuivie avec intelligence et méthode. Des pelouses ombragées, couvertes d’une herbe verte et fraîche succèdent à des bruyères en fleurs; puis une forêt aux arbres séculaires où le silence n’est troublé que par la chute d’un de ces géants. Les orchidées, les fougères, les lichens sont suspendus aux troncs, aux branches, partout où ils peuvent s’établir; les lianes s’élancent au-dessus des plus hautes ramures, d’autres plus humbles serpentent sur un sol couvert de mousse et d’herbes touffues. Leur variété est infinie et l’on a pu écrire sans exagération que chaque arbre était un véritable jardin botanique. Peu à peu, ces arbres deviennent plus rabougris, plus misérables ; bientôt ils cèdent la place à quelques rares broussailles. Entre 5000 et 5700 mètres, la végétation s’arrête et jusqu’au sommet du Kibo, la nature triste et morne n’offre plus que des neiges et des glaces qui ne disparaissent jamais.
- Le pays est peuplé dans toute la partie où la culture est possible; il est divisé en plus de trente petites souverainetés soumises à des sultans dont l’autorité est sans contrôle. Cena, le sultan de Kibosho, est le plus puissant de ces roitelets; récemment, il a pu résister avec succès aux attaques de ses voisins coalisés contre lui. Il est favorable aux blancs et ne manque jamais d’envoyer de nombreux présents de bestiaux à ceux qui visitent ses Etats. Mandara, le sultan de Moshi, est peut-être plus connu que Cena, à cause de l’idée assez bizarre qui lui est venue d’envoyer des ambassadeurs à l’empereur d’Allemagne. Il serait curieux de connaître l’impression que ces nègres ont rapportée de la puissance de l’Europe. Quelles qu’aient été ces impressions, ils ont dû largement augmenter le musée de leur maître. Singulier musée, qui renferme les objets les plus
- 1 M. de Courmont, vicaire du Zanzibar, M. Le Roy, évêque d’Alinda, et le Père Goraraenginger. Ils étaient accompagnés de deux chrétiens et de quarante nègres. VAfrique inconnue. Correspondant, 10 février 1893.
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- disparates, des réductions de machines à vapeur, des stéréoscopes, des fusils de vingt modèles différents, des boîtes à musique, des machines à coudre, de vieux uniformes, des livres à gravures. Mandara ne manque jamais une occasion d'exhiber ces trésors, pour éblouir ses visiteurs et pour satisfaire sa vanité.
- La population, dit le Dr Abbott, ne paraît pas très vigoureuse; on rencontre rarement, ajoute-t-il, un homme dont la taille atteigne six pieds (lm 85), ce qui modifie
- singulièrementsa Fig. 1. — Le mont Kilima’mljm’o dans l’est de l’Afrique. (D’après une photographie, première assertion. Les femmes sont bien faites; plusieurs de celles qui peuplent le harem de Mandara sont de vraies beautés noires ;
- pour ne pas offenser la pudeur de la jeune fille, un simulacre d’enlèvement ; mais la résistance n’est jamais ni bien longue, ni bien dangereuse.
- Les hommes et les femmes se vêtaient jadis de manteaux en peau de chèvre ou de veau; ils les ont aujourd’hui remplacés par des étoffes de coton aux couleurs voyantes, que leur expédient l’Angleterre ou l’Allemagne, et dans lesquelles ils se drapent comme des sénateurs romains (fig. 2). Les garçons portent une queue en peau de chèvre d’une vingtaine
- de centimètres de longueur; les jeunes filles une ceinture de perles ou de coquilles et un morceau d’étoffe en guise de
- elles sont propres, tenues de se laver tous les jours, et le savon est un article demandé, chose rare en Afrique, où le beurre rance et l’ocre rouge sont les ingrédients ordinaires de la toilette féminine.
- Les hommes travaillent plus qu’il est d’usage chez les Africains. Ils entretiennent les canaux d'irrigation, ils les creusent quand d’autres sont nécessaires, ils exécutent les défrichements et les gros travaux de la culture.
- Comme tous les nègres, ils sont très voleurs et tout larcin leur est bon.
- Les femmes sont bien plus nombreuses que les hommes, dans la proportion dit-on, de cinq à trois. On lesachète à prix débattu, en donnant en retour des chèvres, des moutons, un certain nombre de mètres de cotonnade, plus rarement des vaches; ce serait un prix par trop élevé, disent-ils. Les arrangements conclus et le marché terminé, les palabres sont longs, il faut,
- Fig. 2. — Homme et femme du Chaga drapes à la romaine. (D'après une photographie.)
- tablier. Les femmes sont surchargées de colliers de perles, de bracelets d’étain pesant souvent plusieurs livres. Les guerriers étalent les coiffures les plus étranges, tantôt en peau de singe, tantôt en plumes d’autruche (fig. 5); ils ceignent leurs reins d’un morceau d’étoffe rouge. Leurs armes sont des lances mesurant trois à quatre pieds de longueur, terminées par une longue pointe de fer. Ces pointes, comme les cimes ou sabres, sont d’un excellent travail et font grand honneur aux forgerons du pays. Les boucliers sont en peau de buffle, ornés des armes généralement parlantes de la tribu ou du sultanat. Presque tous possèdent des fusils Snyders ; mais ils ne savent pas s’en, servir et ils les jettent dès le début du combat, pour s’aborder à la lance.
- Il existe peu d’agglomérations ; chaque famille vit isolément dans sa case entourée de bananiers et
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- mesurant quinze à vingt pieds de diamètre sur dix à douze de hauteur (fîg. 4). Dans cette demeure, s’entassent avec les hommes, les vaches, les moutons, les chèvres et un nombre considérable de poules. Le feu est entretenu jour et nuit et la fumée s’échappe comme elle peut par les fentes. La chaleur et la puanteur sont horribles ; les habitants ne semblent meme pas s’en apercevoir.
- 11 serait difficile de trouver des agriculteurs plus habiles que ceux du Chaga.
- Leurs champs, entourés de larges haies de draeé-nas,sont soigneusement bêchés et irrigués. Les femmes et les enfants s’occupent à arracher les herbes adventices. Pour tout instrument, ils n’ont qu’une houe, long bâton auquel on adapte une lame de fer triangulaire. Nous venons de parler de leurs animaux domestiques; les vaches appartiennent à la race africaine petite et remarquable par sa bosse. Les moutons ont la tète noire et de larges queues; leur viande vaut celle de nos meilleures races européennes. Le lait et le beurre abondent, et sont très appréciés ; mais leur goût est détestable à cause de l’habitude des femmes de laver avec de l’urine les vases qui les renferment.
- La faune sauvage comprend l’éléphant que l’on voit rarement, mais dont le Dr Abbott dans son ascension du Kibo a reconnu les traces à 4000 mètres d’altitude. Le lion et le rhinocéros se rencontrent fréquemment dans la plaine; ils s’éloignent volontiers de la montagne. Les léopards et
- les hyènes parcourent la nuit les régions cultivées ; ils s’approchent des habitations guettant leur proie. Les buffles et les élans ne se retrouvent que dans la profondeur des forêts.
- Les végétaux, bananes, haricots de six espèces
- différentes, maïs, millet, cannes à sucre, tomates, sorgho, abondent. Avec le sorgho,les nègres fabriquent le pombé, espèce de bière d’une faible force alcoolique, mais dont tous, les chefs surtout, boivent des quantités considérables qui produisent chez eux une ivresse à peu près constante.
- La religion des habitants est le fétichisme grossier, général dans toutes les parties de l’Àlrique, où l’Islamisme n’a pas encore pénétré. Les progrès continuels, étranges même de l’Islamisme sont un
- des grands obstacles à l’expansion des idées et des influences Européennes. Un avenir et probablement un avenir prochain montrera le danger de ces progrès. Par une convention avec l’Angleterre, la région du Kili-ma’ndjaro appartient à l’Allemagne, ou pour parler plus exactement est placée sous sa zone d’influence. Dans le pays de Moshi, ce protectorat a d’ailleurs subi plusieurs modifications. Le général Mathews avait arboré le drapeau rouge de Zanzibar, le consul Holmwood le drapeau britannique, la Compagnie allemande d’Usagara le drapeau impérial. Man-1 dara dans son ignorance de l’importance de cet acte, laissait toujours faire; mais dès que les visiteurs étaient partis, il se hâtait d’amener le drapeau
- Fig. 4. — Habitations voisines ilu Kilima’inljaro (est de l’A trique). (D’après une photographie.)
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- et de l’offrir comme pagne à la favorite du moment. Il serait difficile de transformer cette souveraineté nominale en une souveraineté réelle et de forcer à la soumission ces populations belliqueuses. Espérons qu’on ne le tentera pas. La force ne peut éternellement primer le droit.
- Mis de Nadaii.lac.
- PHOTOGRAPHIE DES COULEURS
- Depuis que La Nature a présenté à ses lecteurs la méthode de M. le professeur Lippmannpôur l’obtention des couleurs naturelles par la photographie au moyen des interférences', la question était restée à peu près stationnaire et les résultats obtenus se bornaient à des expériences de laboratoire donnant une photographie du spectre. Aujourd’hui nous entrons dans une phase nouvelle : MM. Auguste et Louis Lumière, les fabricants de plaques bien connus, sont arrivés à obtenir avec des poses relativement courtes, des images complètes de sujets les plus divers : miniatures, affiches de Cheret, bouquets de fleurs et paysages d’après nature. Ces photographies faites sur des plaques 8x8, et projetées sur un écran au moyen de la lumière oxhydrique, sont merveilleusement réussies et produisent l’effet d’aquarelles aux plus vives couleurs. Toutes les teintes sont parfaitement reproduites : le vert des arbres, le rouge des tuiles, le bleu du ciel, les différentes colorations du sol et même le blanc. Nous insistons là-dessus, car l’obtention du blanc par ce procédé est une preuve que les plaques sont sensibles à toutes les radiations. Dans la photographie ordinaire, le blanc n’est obtenu sur le positif que par suite de l’absence de transformation chimique de la couche qui est protégée pendant le tirage par l’opacité du cliché négatif. D’après le principe même de la méthode des interférences, au contraire, pour obtenir du blanc, il faut la formation dans l’épaisseur de la couche de toutes les radiations du spectre, qui par leur réunion nous donnent l’impression du blanc.
- MM. Lumière ont bien voulu nous communiquer la formule de préparation de leur émulsion. Leurs premières expériences commencèrent aussitôt après la découverte de M. Lippmann, mais les résultats auxquels ils arrivaient n’étaient pas tout 'd’abord très réguliers. Ils eurent les premiers l’idée de se servir de deux solutions gélatineuses, l’une contenant un bromure soluble, l’autre du nitrate d’argent; il y a plus d’un an, en mars 1892, ils avaient déjà indiqué ce mode de préparation qu’ils ont perfectionné depuis, après de longs tâtonnements et de nombreuses
- expériences conduites avec cette méthode qui caractérise
- tous leurs travaux.
- Pour obtenir l’émulsion sensible on prépari e les solu-
- tions suivantes :
- Eau distillée . 400 l A
- Gélatine . 20 r
- Eau . . . . 25 îb
- Bromure de potassium. . . . 2.5
- Eau . 25 l r
- Nitrate d’argent . 5 5e
- On prend moitié de la solution A et on l’ajoute à la solution G; l’autre moitié est ajoutée à B. Ôn mélange ensuite le tout ensemble en ayant soin de verser le liquide
- contenant le nitrate d’argent dans celui contenant le bromure de potassium. On ajoute ensuite un sensibilisateur coloré tel que : cyanine, violet de méthyle, érythrosine, etc., puis l’émulsion est filtrée et étendue sur plaque au moyen d’une tournette à une température ne dépassant pas 40 degrés.
- Une fois la couche prise, on immerge les plaques pendant un temps très court dans l’alcool, ce qui permet le mouillage complet de la surface ; puis on lave à l’eau courante. La couche est très mince et ce lavage demande fort peu de temps. Cette méthode présente sur celle qui a été indiquée par M. Yalenta, de Vienne, l’avantage d’éviter le grossissement des grains du bromure d’argent résultant du lavage de la masse et du chauffage nécessaire à la refonte; elle permet en outre l’obtention de plaques d’une transparence complète. De plus on doit éviter pour la même raison l’emploi d’un trop grand excès de bromure soluble.
- Lorsque les plaques sont sèches on augmente leur sensibilité en les immergeant pendant deux minutes dans la solution suivante :
- Eau....................... 200 grammes
- Nitrate d’argent............ 1 —
- Acide acétique.............. 1 —-
- Non seulement la sensibilité est augmentée, mais les images sont beaucoup plus brillantes. Après ce traitement, on sèche la plaque qui doit être employée, sans trop tarder, car elle ne se conserve que deux ou trois jours.
- On fait l’exposition dans la chambre noire en se servant de la cuve à mercure comme l’a indiqué M. le professeur Lippmann ; le temps de pose est très variable suivant les sujets et suivant l’intensité de la lumière; pour les différentes épreuves qui nous ont été communiquées, il a varié de deux minutes à trente minutes. Pendant la pose il y a lieu d’arrêter l’action des radiations ultra violettes et de diminuer celle des radiations violettes et bleues en plaçant sur le trajet des rayons lumineux, derrière l’objectif, dans l’intérieur même de la chambre noire, une cuve à faces parallèles contenant une solution jaune convenable; c’est la primulme qui convient le mieux.
- Le développement se fait à l’acide pyrogallique et à l’ammoniaque, mais le titre de cet alcali a une grande importance sur l’éclat des colorations. Voici la formule employée par MM. Lumière.
- Dans 70 grammes d’eau on met 10 grammes d’une solution d’acide pyrogallique à 1 pour 100 et 15 grammes d’une solution de bromure de potassium à 10 pour 100. On ajoute ensuite 5 grammes d’ammoniaque caustique d’une densité de 0,960 à 18 degrés.
- Après le développement, la plaque est lavée puis fixée par une' immersion de 10 à 15 secondes dans une solution de cyanure de potassium à 5 pour 100. Après séchage les couleurs apparaissent.
- On peut considérer que dès aujourd’hui la découverte de M. Lippmann entre dans le domaine de la pratique. Si le procédé n’est pas encore à la portée de tous, nous pouvons espérer qu’avant peu, grâce aux travaux de MM. Auguste et Louis Lumière, on trouvera des plaques toutes préparées et que les amateurs pourront employer facilement. Nous sommes heureux de voir que la photographie reste bien française, à mesure qu’elle grandit; née chez nous, elle y a reçu ses principaux perfectionnements.
- G. Mareschal.
- 1 Yoy. n° 924, du 14 février 1891, p. ICI.
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- LE YARD
- Par ordre d’importance, le yard vient immédiatement après le mètre; il constitue en effet non seulement la base des mesures légales dans les pays anglo-saxons, mais c’est de lui que dérivent les mesures russes, c’est-à-dire la sagène de 7 pieds anglais, le pied étant le tiers du yard. L’alliance des systèmes de mesure des deux plus grands empires du inonde semblait donner au yard une vitalité à toute épreuve, et tel serait peut-être le cas, si le mètre ne s’imposait pas par la force même des choses, grâce à l’admirable agencement de système qui en dérive. Nous l’avons vu, le yard cède peu à peu la place au mètre, et, si l’on ne peut pas encore fixer la date où il sera abandonné, du moins peut-on affirmer que ce jour arrivera.
- N’oublions pas que le yard a pour lui sept siècles d’existence ; il est, dit-on, d’origine saxonne ; d’autres prétendent qu’il fut copié, au douzième siècle, sur le bras d’Henri Ier; encore faudrait-il admettre que ce monarque avait le bras démesurément long. Le premier étalon précis de cette unité fut construit par Bird en 1760, et ratifié par le Parlement en 1824. En même temps, il était spécifié qu’en cas de perte ou d’avarie, sa valeur devait être retrouvée par la relation suivante : le pendule battant la seconde dans le vide à la latitude de Londres et au niveau delà mer est au yard comme 59,1595 est à 561. Cet étalon fut détruit dans l’incendie du Parlement en 1854, et on le rétablit en reproduisant la moyenne des étalons les plus précis copiés sur le prototype avant sa destruction. La reconstruction du yard a donné lieu à un fort beau travail, publié par Airy, et qui forme la base de la construction moderne des étalons de longueur; pour la première fois, ces prototypes étaient constitués par de fortes barres, tracées sur le plan des fibres neutres. Le nouveau yard (impérial standard) est en bronze; il est à section carrée d’un pouce de côté; à un pouce de chaque extrémité, on a pratiqué un puits au fond duquel est incrustée une cheville en or portant le trait qui définit l’un des bouts de l’étalon. Un très grand nombre de copies du yard ont été faites, de même forme que le prototype, mais de métaux divers; la plupart ont été envoyées à l’étranger après l’achèvement du travail, auquel la sanction légale fut donnée en 1855. La France possède deux de ces étalons ; l’un fut donné au Gouvernement, l’autre à l’Académie des sciences.
- Les États-Unis, tant qu’ils furent une colonie anglaise, conservèrent le yard sans discussion; mais, dès 1790, Washington, dans son message au Congrès, fait allusion à une réforme possible. (( L’uniformité dans les monnaies, les poids et les mesures des États-Unis est, dit-il, un objet de grande importance, et sera, j’en suis persuadé, dûment considéré. » Jefferson, dans un rapport sur la matière, soumit au Congrès deux propositions : l’une, de s’en tenir aux mesures existantes, l’autre « de réduire chaque espèce à la division décimale déjà établie pour les monnaies, et de ramener ainsi le calcul des principales choses de la vie dans les connaissances arithmétiques de tout homme qui sait multiplier et diviser ». Sur ces entrefaites, le système métrique fut fondé en France, et son introduction aux États-Unis fut sérieusement discutée, jusqu’en 1812, ou le rapport de John Quincy Adams concluait : « 1° à fixer les étalons avec l’uniformité par-
- 1 Voy.Unités et étalons, \ volume de l’Encyclopédie publiée sous la direction de M. Léauté. (Gauthicr-Villars et Masson.)
- tielle dont ils sont susceptibles; 2° à s’entendre avec les nations étrangères pour l’établissement futur et définitif de l’uniformité universelle. » Les choses en restèrent là jusqu’en 1866, année où le système métrique fut rendu facultatif.
- Quelle est la valeur métrique du yard? Malgré tout l’intérêt que présente cette question, il est difficile aujourd’hui d’y répondre d’une manière bien précise. La loi anglaise donne l’équivalent : 1 mètre = 59,5708 pouces; beaucoup de manuels indiquent 59,3704 pouces, et la loi américaine s’en tient à 59.5700 pouces. Ce dernier nombre est probablement le plus exact des trois; en effet, bien que l’étalon du yard n’ait jamais été comparé avec une copie authentique du mètre international, on peut déduire la valeur relative de ces deux unités de plusieurs comparaisons indirectes; or, dès que l’on rectifie les valeurs erronées adoptées pour divers étalons, on voit tous les résultats se grouper très près de 59,5699; c’est ce nombre qui paraît aujourd’hui le plus probable; ou bien si l’on adopte l’équivalent américain qui joint à une certitude à peu près égale l’avantage de la simplicité, on trouve :
- 1 yard — 914mm,402.
- Si l’on remarque que certaines comparaisons dont il y a lieu de tenir compte donnent pour le yard une valeur un peu plus faible, on ne sortira pas des limites probables à quelques millionièmes près, en adoptant les équivalents suivants, qu’un singulier hasard a simplifiés : 1 yard = 914mm,4, 1 pied anglais = 504mm,8 ; 1 pouce anglais = 25œm,4 ; I mètre = 59,57 pouces anglais. Quelques auteurs pensent que l’étalon fondamental du yard a pu varier depuis sa confection ; si cette opinion se confirmait, la valeur même du yard deviendrait incertaine. Ch.-Ed. G.
- FRAICHEUR ARTIFICIELLE
- L’art du confort et des installations pratiques est comme chacun sait, poussé à un haut point de perfection en Amérique. Savoir chauffer, pendant l’hiver, un vaste appartement est chose assez facile; mais il est moins aisé d’obtenir chez soi, au plus fort de l’été, une agréable fraîcheur. C’est ce problème que vient de résoudre, aux États-Unis, un ingénieux inventeur. Il se sert, pour cela, de l’ammoniaque anhydre dont on fait usage dans les grandes fabriques de glace. L’ammoniaque circule sur de longs parcours dans des conduites de béton, et après avoir été utilisée comme réfrigérant, elle est renvoyée aux usines dont elle provient. Le système a d’abord été appliqué aux principaux hôtels, aux restaurants et aux grandes boucheries de Denver et de Saint-Louis, pour la conservation des vivres ou provisions animales de toute nature. Puis, on a essayé de refroidir les appartements au moyen même des tuyaux de chauffage à la vapeur pour l’hiver, en y faisant circuler de l’ammoniaque. L’opération a donné comme résultat un abaissement de température de 10 à 15 degrés environ.
- Depuis ces dernières expériences (en 1889), la ville de Saint-Louis possède un réseau de plus de 8 kilomètres de ce système, dans la partie commerçante de la métropole. La consommation de glace s’est élevée à 850000 francs par an, autrement $ dit°42 500 tonnes. D’après de récentes évaluations, on estime qu’à raison de 25 francs la tonne, les quartiers riches consomment par mille et par an jusqu’à 80 000 francs de glace, tandis que, dans les quartiers moins centraux, le prix par mille est d’environ 50 000 francs seulement. X. West.
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- LA NATURE.
- LE PALAIS D’HIVER AU JARDIN D’ACCLIMATATION
- DU BOIS DE BOULOGNE, A PARIS
- La nouvelle construction que vient d’élever la I inaugurée le 4 mars 1893, sous le nom de Palais Société du Jardin zoologique d’Acclimatation, a été I d'hiver. Elle consiste en un vaste monument
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- Entrée
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- Galerie
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- Volières
- Entrée de la Serre froide
- Escaliers àp des Aquariums
- Terrasse couverte
- Entrée
- Terrasse
- Fig. 1. — Plan général du nouveau Palais d’hiver au Jardin d’Acdimatation du bois de Boulogne.
- dont rarcliitecture est fort belle, qui abrite des installations intéressantes, profitables k la science; il nous appartient d’en donner la description.
- Le Palais d’hiver, comme l’indique le plan que nous publions (fig. 1), est formé de quatre parties distinctes : 1° un ensemble de serres,
- 2° un superbe Palmarium aux grandes dimensions, 3° une magnifique salle de Conférences; 4° une galerie destinée à une collection d’oiseaux, au-dessous de laquelle est un aquarium.
- Le visiteur, pour parcourir méthodiquement l’installation, pénètre dans le Palais d’hiver, par l’entrée que l’on voit figurée à la gauche de notre plan. Il arrive dans une délicieuse serre tempérée, où des allées entourent un double bassin central ; eà et là de beaux groupes de Scétaminées d’Abyssinie, de Palmiers de la Chine et du Japon, de grands Palmiers de la Nouvelle-Hollande; plus loin un beau groupe de Fougères de la
- Nouvelle-Zélande, forment un charmant ensemble de verdure. Au fond de la serre tempérée, est une grotte artificielle, où tombe une cascade sous laquelle
- on peut passer sur des rochers. De chaque côté de la grande serre tempérée, se trouvent des galeries bordées de P>ambous; elles ouvrent l’accès de serres froides et de serres chaudes. Les végétaux les plus rares des deux mondes y sont réunis.
- En sortant de ces serres,on arrive dans le Palmarium dont notre grande gravure représente l’aspect (fig. 3). C’est une belle salle vitrée qui n’a pas moins de 50 mètres de longueur, de 25 mètres de largeur et de 15 mètres de hauteur. Elle est plantée de Cocotiers hauts de 12 mètres, de Palmiers et de Bambous; l’ensemble fort bien proportionné est d’un très heureux effet. Pendant la semaine, le Palmarium sert de salle de concert.
- On passe du Palmarium dans la grande salle des Conférences et des Concerts. Notre figure 2 montre
- Fig. 2. — Vue de la grande salle des Concerts et des Conférences du Palais d’hiver.
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- l’estrade où peuvent être dispose's, soit la tribune de l’orateur, soit l’orchestre des musiciens. Cette salle est d’une belle structure, et d'une proportion imposante;
- elle peut contenir huit mille personnes et comprend deux galeries superposées fort spacieuses. Elle n’est pas seulement destinée à servir à des conférences et
- Fig. 3. — Le nouveau Palmarium du Palais d’hiver, au Jardin d’Acclimatation du bois de Boulogne. (D'après une photographie.)
- à des concerts, elle pourra être employée tour à tour, à des expositions scientifiques de toutes sortes et à des intéressantes exhibitions ethnographiques.
- Passons dans la quatrième partie du nouveau monument, que l’on voit à droite de notre plan ; c’est un grand pavillon qui comprend des volières, une gale-
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- rie des oiseaux, au milieu de laquelle sera la salle des Perroquets. La salle des volières ouvre l’accès à deux escaliers, qui conduisent à l’aquarium du sous-sol. Des bassins d’eau douce et d’eau de mer, dont l’installation définitive n’est pas encore terminée à l’heure où nous écrivons ces lignes, se succèdent dans les galeries; ils sont assez vastes pour contenir des animaux marins que l’exiguïté des anciens locaux ne permettait pas jusqu’ici de faire vivre en captivité.
- Le Palais d’hiver comprend encore des galeries latérales dans lesquelles prendront place des collections diverses, un atelier pour l’enseignement du dessin d’après nature, des amphithéâtres dans lesquels seront donnés des cours ayant pour objet les applications des sciences naturelles. Un grand local, comme le montre notre plan, est destiné à un café-restaurant.
- L’ensemble de constructions dont nous venons de donner une description succincte, couvre une surface de 8000 mètres carrés. Commencés en 1890, les travaux ont été achevés en 1893. Le Palais d’hiver complète brillamment l’ensemble de cette grande installation qui constitue le jardin d’Acclimatation de Paris. * Gaston Tissandier.
- NOUVEAU
- MODE D’EXTRACTION DE LA GUTTA-PERCHA1
- L’industrie électrique qui a pris depuis quelques années un développement si considérable a le plus haut intérêt à voir s’accroître la production de la gutta-percha, qui est le corps isolant qu’elle emploie le plus. Or, cette substance est produite par un arbre de Malaisie, YIsonandra gutta, qui tend de plus en plus à disparaître, si l’on n’y met bon ordre, par suite des déplorables procédés employés par les indigènes pour son exploitation.
- Le Gouvernement s’est ému de celte question depuis quelques années déjà et a chargé M. Seligman-Lui et M. Sérullas d’aller l’étudier sur place; ils ont rapporté des indications précises à la suite desquelles M. Jungfleisch, professeur de chimie organique à l’École supérieure de pharmacie, a eu l’idée d’appliquer une nouvelle méthode d’exploitation qui paraît devoir garantir indéfiniment la production.
- On avait pensé autrefois que plusieurs essences forestières étaient propres à la production de la gutta, mais on n’avait pas de données très précises à ce sujet. Ce que l’on constatait par contre, c’est que le produit était souvent très impur et ne rendait plus toujours les services qu’on attendait. Dès l’année 1888, M. Sérullas reconnut que YIsonandra est bien l’arbre qui donne le produit si recherché à l’exclusion de tout autre par les électriciens. Il put constater que de véritables forêts de ce végétal existent encore, mais que malgré cela son existence était limitée à un petit nombre d’années. Les Malais, en effet, pour se procurer la précieuse substance, abattent l’arbre. Us pratiquent ensuite des incisions sur l’écorce en partant du haut du tronc, le latex s’échappe et se coagule bientôt ; on le ramasse alors et après l’avoir malaxé dans l’eau bouillante, on en forme des pains qui sont livrés au commerce,
- 1 Extrait de la communication faite à la Société d’encouragement pour l'industrie nationale, par M. Jungfleisch.
- malheureusement trop souvent mélangés à d’autres substances qui, si elles en augmentent le poids et le volume, en altèrent la qualité. Ce qu’il y a de surprenant, c’est la faible quantité que produit l’arbre abattu : 250 à 500 grammes en moyenne. Et encore pour obtenir ce résultat faut-il s’attaquer aux arbres de trente ans ayant 25 mètres de haut et 90 centimètres de tour. On voit quelle énorme consommation d’isonandra il faut faire pour obtenir la quantité de gutta nécessaire à l’industrie. D’après des relevés faits dans les différents ports de la Malaisie, il en a été expédié dans la seule année 1884 plus de 3 millions de kilogrammes ; ce qui représente la vie de plus de 12 millions d’arbres adultes ! Et, chose plus grave encore, c’est que c’est précisément à cet âge seulement que le végétal produirait les fruits nécessaires à sa reproduction. Aussi de jour en jour le prix de la gutta va-t-il en s’accroissant dans des proportions considérables; il était de 9 francs le kilogramme en 1889 et il a presque doublé depuis.
- On a cherché à employer une forme d’exploitation moins barbare, en faisant, par exemple, des incisions sur pied ; mais la plaie sèche très rapidement et la quantité de substance recueillie est insignifiante.
- M. Jungfleisch ayant eu entre les mains des échantillons rapportés par la mission, reconnut la présence de la gutta en quantité considérable dans les différentes parties du végétal : feuilles, menues branches, pousses, abandonnées par les indigènes. Il pria alors M. Sérullas, resté en Malaisie, de faire sur place quelques expériences et de lui envoyer des échantillons plus importants pour servir aux recherches de laboratoire. Après plusieurs essais il s’est arrêté à l’emploi du toluène qui dissout sans les altérer tous les principes essentiels de la gutta et qui est très facile à séparer ensuite pour abandonner le corps à l’état pur. Les expériences ont porté : sur les feuilles sèches, exposées à l’air depuis longtemps et venues peu serrées dans une caisse à claire voie; sur des feuilles venues immergées dans l’eau additionnées d’un antiseptique, afin d’éviter toute oxydation des produits contenus dans les cellules végétales; sur de jeunes pousses séchées à l’air et dépouillées de leurs feuilles; et enfin sur des branches plus anciennes de deux ans environ, séchées à l’air comme les jeunes pousses.
- Dans toutes ces parties il a été reconnu que le dissolvant enlève des quantités de gutta considérables ; mais afin de ménager complètement la vie de l’arbre, il serait préférable de ne s’attaquer qu’aux feuilles et voici la méthode à employer telle que l’indique M. Jungfleisch :
- « Le débris végétal est pulvérisé assez finement, puis mis en suspension dans le toluène; la bouillie fluide obtenue est mise en digestion, au bain-marie, pendant quelque temps. La gutta se dissout dans le toluène avec une certaine lenteur; sa dissolution est facilitée par des agitations répétées et par des chauffages intermittents au bain-marie. Après quelques heures on verse le tout dans un appareil à épuisement sur un filtre de coton. Le toluène passe; les débris végétaux restent sur le filtre. On épuise ces derniers par une lixiviation pratiquée avec du toluène tiède. On arrive ainsi à enlever assez rapidement la totalité des matières solubles. On obtient une solution tolué-nique épaisse, visqueuse lorsqu’elle est très chargée, colorée en vert par un peu de chlorophylle. Il reste à séparer le dissolvant de la gutta qu’il tient en dissolution. Le toluène bout à 110 degrés, température que la gutta ne peut supporter sans inconvénient; il ne faut donc pas songer à l’éliminer par distillation. D’ailleurs, même avec
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- des véhicules plus volatils, avec la benzine comme avec le sulfure de carbone, on n’arrive pas facilement à leur expulsion complète par simple distillation, bien qu'on élève la température jusqu’au point où le produit s’altère. J’ai cherché alors à faire intervenir une autre vapeur dont la tension s’ajoutant à celle du dissolvant produirait l’entrainement de celui-ci. L’emploi de la vapeur d’eau était dès lors tout indiqué; avec le te mène cette intervention de la vapeur d’eau à 100 degrés, c’est-à-dire à une température inférieure cependant de 10 degrés au point d’ébullition, est remarquablement efficace : un volume d’eau vaporisée entraîne ainsi de trois à quatre volumes de toluène. Il suffit dès lors de faire passer la vapeur d’eau à 100 degrés dans la solution toluénique de gutta-percha, maintenue elle-même à 100 degrés pour entraîner très rapidement le dissolvant. La gutta reste dans l’appareil avec de l’eau condensée. Si l’on prolonge suffisamment le courant de vapeur passant dans la masse qu’il agite, la totalité du toluène est expulsée, le produit perd l’odeur d’hydrocarbure, et enfin son poids cesse de varier. Cette expulsion complète est facile à réaliser quand on opère sur des poids de gutta limités. Dès que, dans les petits appareils de laboratoire, on veut opérer sur des centaines de grammes, elle devient au contraire longue et pénible. Toutefois les faits observés ne permettent pas de douter que dans un appareil industriel, où la matière pâteuse serait agitée vivement au sein du courant de vapeur d’eau, le résultat voulu pourrait être atteint très rapidement, même avec des masses considérables de produit. »
- Le rendement que donne cette méthode est considérable, car on peut compter sur 9 à 10 pour 100 environ des matériaux traités. Le produit n’est pas inférieur comme qualité à celui obtenu par le procédé ordinaire, bien que l’apparence ne soit pas la même. La gutta-percha actuelle a une apparence rougeâtre qui provient des débris de végétaux qui y sont mélangés en assez forte proportion, tandis que, avec le nouveau mode d’extraction, ces corps étrangers disparaissent complètement. Par contre, dans le cours du traitement, il se dissout une légère quantité de chlorophylle, substance qui a, comme on sait, un pouvoir colorant très intense, ce qui donne une teinte verte au pain obtenu. Cette coloration disparaît avec le temps et pourrait même être éliminée par des réactifs si cela était nécessaire, ce qui n’est pas probable. Les personnes compétentes, importateurs, industriels, ingénieurs, auxquels ont été soumis les échantillons obtenus par M. Jung-lleisch, sont tombés d’accord pour les estimer au prix le plus élevé.
- Voilà donc un fait acquis : le traitement des feuilles détachées de l’arbre et séchées donne de bons résultats. Peut-être en serait-il de même de celui des feuilles tombées naturellement et qui jonchent le sol en tout temps, mais les matériaux manquaient pour faire des expériences à ce sujet. Quoi qu’il en soit, même en s’attaquant seulement aux feuilles coupées sur l’arbre, on comprendra toute l’importance de la découverte du savant professeur. Son nouveau mode d’extraction permettra d’assurer à l’avenir l’approvisionnement de l’industrie ; car il suffira, en effet, de cultiver l’arbre en vue d’en obtenir le plus de feuilles possible et les jeunes plants, aussi bien que les vieux, concourront à ce résultat. Un arbre de trente ans, tel que ceux qu’on abat actuellement, donne 25 à 50 kilogrammes de feuilles fraîches, qui, une fois sèches, ne pèsent plus que 11 kilogrammes. D’après le rendement que nous avons indiqué plus haut, cela fait 1 kilogramme de gutta-percha, au lieu de 250 à 500 grammes donnés
- par l’arbre abattu, et celui-ci resterait vivant et prêt à fournir bientôt une seconde récolte.
- Cet exemple suffit et nous croyons inutile d’insister sua les avantages du procédé découvert par M. Jungfleisch. Il reste maintenant à rendre industriels ces essais de laboratoire et la question est assez importante pour que les électriciens ne tardent pas à faire le nécessaire pour entrer rapidement dans la voie nouvelle qui vient de leur être indiquée.
- LES « TINTINNABULA »
- UN FOUET (( TINTINNABULES!))
- M. E.-Eug. Goupil, l’éminent collectionneur bien connu de tous ceux qui s’occupent d’américanisme, nous communique un fouet acheté au mois d’octobre 1881 par un de ses parents, M. Henri Caplain, durant un voyage qu’il fit à Bergen en Norvège, où il le découvrit heureusement chez un marchand de curiosités, ce qui le frappa d’autant plus qu’aucun instrument de ce genre ne paraît être en usage en ce pays où généralement les habitants se servent, en guise de fouet, d’une baguette coupée sur le premier arbre venu.
- Les garnitures de ce fouet (fig. 1) ayant appelé l’attention de M. Goupil qui y trouva des analogies frappantes avec le Tinlinnabulum bouddhique trouvé au Pérou, lequel se trouve actuellement au Musée du Trocadéro, et qui a été décrit dans La Nature par le Dr Yerneau1, nous avons pensé qu’il serait intéressant de donner ici la description de cet instrument énigmatique qu’on est bien étonné de rencontrer en des régions si diverses.
- Nous ne nous étendrons pas sur les nombreuses hypothèses qui ont été formulées sur l’origine et les usages de ces instruments à formes souvent bizarres, car la question nous paraît encore plus loin d’être tranchée qu’auparavant par la découverte de l’instrument qui nous occupe, auquel il serait bien difficile, même aux esprits les plus complaisants, d’attribuer un usage religieux quelconque. La longueur totale du manche avec ses garnitures d’anneaux, est de 45 centimètres; sans les garnitures, en prenant la mesure sur la limite formée par le disque antérieur terminant les douilles de fer, elle est de 57 centimètres ; l’épaisseur à la base du manche est de 3 centimètres, pendant qu’au sommet elle se rétrécit au diamètre de 25 millimètres. La longueur de la courroie, de forme assez irrégulière, en cuir de bœuf, est de 43 centimètres ; sa largeur moyenne étant de 15 millimètres. La garniture du sommet, se composant d’une douille en fer de 78 millimètres de longueur, est ornée autour de sa circonférence et à sa base, de quatre festons en forme de demi-cerclès légèrement dentelés et d’entailles circulaires composées de lignes et de losanges taillés à la lime ; un disque débordant en une saillie de 4 millimètres d’épaisseur termine
- 1 Voy. n» 795, du 25 août 1888, p. 195.
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- cette douille qui supporte les accessoires caractéristiques qu’on retrouve en partie sur le Tintinna-bulurn bouddhique dont il est parlé plus haut (La Nature, n° 795). Ce sont : 1° Un anneau fixe haut de 4 centimètres, large de 27 millimètres, affectant intérieurement la forme d’un cœur. A sa base et de quatre côtés, sont quatre anneaux fixes également, ayant une hauteur de 15 millimètres.
- 2° Dans l’anneau supérieur, passe celui plus gros auquel est attachée par une couture grossière la courroie, ainsi que deux anneaux mobiles de fer fileté en forme de torsade. Un anneau de même genre est passé dans chacun des autres anneaux fixes. La hase de ce fouet présentant les mêmes caractères que son sommet quoique légèrement plus grand, nous nous bornerons seulement à signaler la présence de trois anneaux passés dans le grand anneau fixe central, tous filetés en torsades, au lieu des deux qui garnissent le sommet. Des traces de bronze se remarquent sur plusieurs endroits de ces garnitures, mais rien n’indique leur raison d’être. Le corps du manche de ce fouet est formé de trois nerfs supposés être de bœuf, taillés en forme de corde ayant 1 centimètre d’épaisseur environ, lesquels sont tordus ensemble en forme de vis, chacune des extrémités étant fixée solidement par un rivet dans les douilles qui les terminent.
- Celles-ci paraissent avoir été entièrement peintes avec une couleur ou un enduit très épais jaune foncé, pendant que le corps du fouet était peint en rouge sur les côtés de toute la longueur de chacun des nerfs composant la torsade, dont la surface en contact avec la main était peinte en blanc. Cette couleur est presque entièrement disparue par suite d’usure.
- La courroie de cuir formant le fouet est légèrement élargie en forme de spatule à son extrémité
- qui est percée d’un trou au centre pour y fixer une mèche, ainsi que le font nos cochers pour faire claquer leurs fouets.
- Par ce qu’on vient de lire, il est incontestable que la disposition de ces anneaux semblables au Tintinnabu-lum, était destinée à produire un bruit particulier qui pouvait tout aussi bien ne pas avoir d’autre raison d’être, que n’en ont les petits grelots et les clochettes garnissant les harnachements des bêtes de somme, très communs encore en de nombreux pays tels que l’Italie, l’Espagne, la Russie, etc., etc.
- Nous ne terminerons pas cet article sans signaler une autre variété de Tintinnabula, qui ont, ceux-là, un caractère et un usage religieux absolument incontestable. Nous voulons parler des roues garnies de clochettes, de grelots et de disques en métal du genre de ceux qu’on voit autour des tambours de basques, et qu’on rencontre en un grand nombre d’églises du Mexique (fig. 2). Ces roues pivotant tantôt sur des potences en bois fixées aux murs, sont alors mises en mouvement par un enfant de chœur à l’aide d’une corde enroulée partiellement sur une poulie fixée au centre de l’axe de la roue. D’autres sont simplement placées sur une sorte de chevalet ad hoc près de l’autel ou de l’orgue, et sont tournées au moyen d’une simple manivelle.
- Les dimensions de ces instruments sont ordinairement celles des roues de brouettes, mais beaucoup plus légères, n’ayant que peu de fatigue à supporter.
- Nous signalerons encore pour mémoire le Tintin-nabidum tout en fer forgé que publia le Magasin pittoresque à la page 64 de l’année 1879. Espérons que les notes qui précèdent éclaireront un peu cette question dont beaucoup d’archéologues distingués se sont occupés. J. Clause.
- Fig. 1. — Un fouet Tintinnabulum.
- Fig. 2. — Roue à clochettes des églises du Mexique.
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- COMPAS SYNOPTIQUE DES ABORDAGES
- Les lecteurs de La Nature apprendront peut-être avec intérêt à connaître un instrument que j’ai imaginé, pour prévenir les abordages en mer devenus si fréquents aux abords des ports par suite de l'énorme vitesse des bâtiments à vapeur. Celte vitesse exige la plus grande promptitude dans la manœuvre à faire pour éviter la collision.
- L’appareil qui n’a qu’une surface de 50 centimètres carrés peut se placer à côté de l’habitacle du compas de route sous les yeux du timonier ; sa construction est basée d’une part sur l’angle réglementaire de dix quarts (10 fois 11° 15') que font les écrans des feux d’un navire avec la direction de sa quille ; et d’autre part sur ce qu’un navire à voiles ne peut pas se rapprocher du lit du vent de moins (jue six quarts.
- C’est en 1870 que chargé d’enseigner aux marins de l’École d’hydrographie dont j’occupais la chaire les manœuvres à faire pour éviter les abordages et frappé de la lenteur et de l’inexactitude de leurs réponses, j’imaginai de réduire la solution des nombreuses questions au maniaient d’un instrument donnant immédiatement les réponses. Au bout d’une demi-heure, mes candidats tant au long cours qu’au cabotage s’en servaient aussi aisément que d’une table de multiplication.
- Mon compas que j’avais adressé à M. le vice-amiral Cloué, alors préfet maritime de Cherbourg, fut soumis par lui à l’examen d’une commission; et cette commission, après l’avoir déclarée très simple et ingénieuse, proposa au Ministre de la marine d’en doter les Écoles d’hydrographie et les bâtiments-écoles de la flotte française. Je sais qu’il a été placé dans les vitrines du dépôt des cartes et plans, et depuis que je l’ai simplifié je n’en ai pas eu de nouvelles. Or je crois qu’il pourrait être utile à tous les bâtiments à la mer.
- La gravure ci-dessus permet de comprendre le fonctionnement et l’usage de ce compas. Voici la légende explicative ; A navire observateur placé au centre de l’horizon représenté par la rose des vents; B navire en vue à la limite de l’horizon.
- Le bâtiment A peut tourner sur son axe et être
- dirigé sur le rhumb de vent qu’il suit; le bâtiment B, qui peut tourner également sur son axe, commande une double règle parallèle PP dont le côté CC reste toujours parallèle à sa quille; cette double règle est entraînée dans le mouvement du navire B quand en saisissant la manette M on le fait tourner autour du centre de la rose pour le placer sur le rhumb de vent auquel le navire A l’a relevé.
- La double règle parallèle est construite de façon qu’on peut donner au navire B toutes les positions possibles, depuis la position où il court sur le navire A jusqu’à celle où il lui présente son arrière. De plus on peut soulever le navire B au-dessus des deux pointes portées par le côté DI) de la règle parallèle sur lesquelles il retombe grâce au ressort à boudin dont il est muni, et le placer de manière à lui faire présenter au navire A soit le feu rouge, soit le feu vert.
- 00 est llèche du vent munie de deux arcs EK, EK
- ayant une amplitude de six quarts.
- Voici maintenant l’Instruction indiquant l’usage du compas synoptique. Après avoir mis la flèche 00 dans la direction du vent, on fait tourner la grande alidade MN (en saisissant le bouton M) portant trois pointes de couleurs, rouge, noire, verte, jusqu’à ce que le navire en vue B soit sur le rhumb auquel on l’a relevé.
- Cette seule opération suffit pour indiquer les limites extrêmes de la route que peut suivre le bâtiment B : c’est l’angle compris entre la pointe noire et la pointe verte, si c’est le feu vert qu’il montre; entre la pointe noire et la pointe rouge, si c’est le feu rouge qu’on aperçoit. Tour avoir les limites restreintes (dans le cas où le navire en vue est à voiles et dont la route ne peut faire avec la direction du vent un angle moindre que six quarts), il suffit de faire tourner le navire B jusqu’à ce que l’aiguille CC commandée par la double règle parallèle lasse un angle de six quarts avec la direction du vent, c’est-à-dire vienne tangenter l’arc dont est pourvue la flèche du vent du côté de l’avant du navire B. Si cette aiguille CC n’est pas comprise entre les deux pointes qui ont marqué les limites extrêmes, ou si l’instrument refuse de se prêter à ce résultat, il n’y a pas de limites restreintes.
- Enfin si on a mis le cap du navire observateur A du rhumb qu’il suit, les allures respectives des deux
- Compas synoptique des abordages.
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- LA NATURE.
- bâtiments sautent aux yeux, et en se conformant aux instructions des décrets du 25 octobre 1862 et du 26 mai 1869, le capitaine du navire A sait immédiatement la manœuvre à faire pour éviter l’abordage.
- 1er exemple. —Vent-ouest; navire A cap au sud; feu vert vu par bâbord au sud-sud-est; limites extrêmes de la route du navire B, du sud-ouest au nord-nord-ouest; pas de limites restreintes.
- 2e exemple. — Vent est-sud-est; navire A cap à l’ouest; feu rouge vu par tribord au nord-ouest; limites extrêmes de la route du bâtiment (B, du ouest-sud-ouest au sud-est); limites restreintes pour un navire à voiles, du ouest-sud-ouest au sud.
- La nuit, quand un bâtiment arrive à la limite de l’horizon, on n’aperçoit de lui qu’un point rouge ou un point vert; il est donc impossible de connaître la route qu’il suit; tout ce qu’on peut se proposer, c’est de déterminer entre quels deux rhumbs de la rose des vents il marche. L’angle dans lequel s’effectue sa route étant connu, il n’y a qu’à éviter de marcher dans l’angle opposé pour être sûr d’éviter l’abordage, c’est ce problème que résout immédiatement le compas synoptique.
- Ce problème avait été résolu à la même époque par M. Lamy, mais son Moniteur des abordages dont je n’ai eu connaissance que plus tard, était un tableau de vastes dimensions portant engrenages et chaîne de Vaucanson, tout à fait impropre à l’usage à bord d’un navire. II. Millet,
- Professeur hydrographique de la marine, en retraite.
- LA SCIENCE AMUSANTE
- LES MOUVEMENTS IN CONSCIENTS
- 11 ne s’agit point d’un nouveau singe grimpeur, comme on pourrait le croire à l’inspeclion de la figure qui accompagne cette Note, mais bien d’un petit appareil destiné à mettre en relief, sous une forme amusante, la nervosité, la débilité... ou l’adresse acquise par l’exercice des personnes qui le font fonctionner. En principe, l’appareil se compose d’un couteau de table ordinaire tenu horizontalement, avec une légère inclinaison de l’extrémité vers le haut, et d’une longue épingle à cheveux posée à cheval sur ce couteau, de façon telle, que ses deux extrémités reposent sur la table : le petit singe de peluche fixé à l’épingle ne joue aucun rôle essentiel et ne reste que pour le décor et la récréation de l’expérimentateur et de ses témoins. La distance normale du dos de la lame de couteau à la table est telle que l’épingle à cheveux prenne une position inclinée, l’extrémité supérieure de l’épingle plus rapprochée de la partie la plus élevée de la lame.
- Les choses étant ainsi disposées, si l’on confie le système à un expérimentateur non prévenu, en le priant de tenir la lame de couteau aussi immobile que possible, il ne tardera pas à voir, inconsciemment et malgré sa volonté, l’épingle se diriger de droite à gauche, vers l’extrémité du couteau la plus éloignée de la main.
- L’explication du fait est des plus simples : si le couteau était maintenu rigoureusement immobile, il n’y aurait et ne pourrait y avoir aucun déplacement de l’épingle dans un sens ou dans l’autre; mais, par suite de mouvements nerveux et inconscients, la main soulève et abaisse alter-
- nativement la lame du couteau; à chaque soulèvement, les pieds de l’épingle à cheveux tendent à se rapprocher de la verticale et à se déplacer, par suite, vers la gauche; à chaque abaissement, l’épingle tendant toujours à tomber s’appuie sur la partie supérieure et s’avance également vers la gauche. Par suite du frottement, chaque position prise, étant et restant acquise, la résultante des mouvements de la lame de couteau ne peut être qu’un déplacement vers la partie la plus élevée, déplacement d’autant plus rapide que la main est moins ferme. Pour peu que le singe en peluche monté sur l’épingle soit élastique
- Expérience sur les mouvements inconscients.
- et légèrement fixé, tous ces déplacements se produisent par des flexions et contorsions qui donnent du piquant à l’expérience et font la joie des enfants qui la contemplent, d’autant mieux que l’animal semble obéir à une force de traction involontaire et dont la cause est généralement inconnue.
- Comme le fait observer avec raison notre confrère Scientific American, à qui nous empruntons la figure ci-dessus, pour réussir à laisser le singe immobile, il faut, comme dans les autres jeux, beaucoup d’adresse, d’habitude et d’entraînement, et cette immobilité n’est obtenue qu'après un long exercice, ce qui permet aux initiés de broder des histoires invraisemblables fondées sur l’allure plus ou moins rapide du petit singe voyageur. Dr Z....
- CHRONIQUE
- La finesse de l'écriture. — La carte postale sur laquelle se trouvaient écrits 12 276 mots et que nous avons signalée récemment1 se trouve distancée, si nous en croyons un de nos lecteurs qui nous adresse la lettre suivante : «Je viens de lire dans le numéro du 22 avril dernier, de votre estimable journal La Nature, l’article de la Chronique relatif à la finesse de l’écriture; article dans lequel vous indiquez la carte postale de M. Lefèvre comme dépassant tout ce qui a été fait de plus fort en ce genre jusqu’ici. Sans vouloir en quoi que ce soit amoindrir le mérite de cette œuvre vraiment étonnante, à cause de l’habileté et surtout de la patience déployées par son auteur, je me permettrai de vous dire que je connais et que je tiens à votre disposition un spécimen d’écriture plus fine encore. Il est vrai que la surface recouverte est bien moins considérable, puisqu’elle est seulement égale à celle d’une pièce de 50 centimes et que, par conséquent, ce travail a exigé une patience bien moindre. Cependant cet espace restreint contient les 551 mots, en français et sans abréviation, de l’Oraison dominicale, de la Salutation angélique, du Symbole des apôtres et de la Confession des péchés ; le tout écrit à l’œil nu. Or, le diamè-
- 1 Voy. n° 1058, du 22 avril 1895, p. 554.
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- tre d’une pièce de 50 centimes étant de 0m,018, sa surface = r.0,009s = 0“2,000254; si on la compare à celle d’une carte postale 0m, 14 x 0m,09 = 0m2,0126, on trouve que celle-ci la contient 49,6 fois. Si on multiplie ce nombre par 551 mots, on arrive à trouver que le calligraphe en question aurait pu en écrire 17 409 dans une carte postale. Le nombre des lignes contenues dans les 18 millimètres est de 55, soit environ 20 lignes dans un centimètre de hauteur. Ce même calligraphe a écrit tout récemment, également à l’œil nu, tous les couplets en vers de la Marseillaise (le premier couplet avec la musique) dans un cercle d’une surface égale à celle d’une pièce de 5 francs en argent. (A remarquer que la disposition des vers fait perdre une place considérable.) Le nom de l’auteur de ces deux spécimens : M. Édouard Faix, à Montoire-sur-Loir (Loir-et-Cher). »
- La nouvelle locomotive du chemin de fer du Nord.— La vitesse et la charge des trains express augmentant sans cesse, la Compagnie du Nord avait été forcée d’élever successivement la puissance de traction de ses locomotives: à 2705 kilogrammes en 1849; à5420 kilogrammes en 1877 ; à 6714 kilogrammes en 1889; à 7841 kilogrammes en 1890. Malheureusement, la locomotive de 1890 fatiguait beaucoup et finissait par se détraquer. Il fallait trouver mieux. C’est ce mieux que vient de féaliser habilement le service de traction de la Compagnie du Nord. Après 60 000 kilomètres de parcours, la nouvelle locomotive reste en parfait état. Elle peut fonctionner avec des avaries à un cylindre. Les trains en détresse deviendront ainsi moins nombreux1 on ralentira, on ne s’arrêtera pas. Les pentes peuvent être descendues avec une vitesse de 100 à 120 kilomètres à l’heure. Ces résultats ont été obtenus: 1° en plaçant le dernier essieu derrière le foyer ; 2° en accouplant les deux essieux moteurs ; 5° en adoptant le type compound à quatre cylindres, agencés de manière à envoyer directement, quand il faut, la vapeur dans les grands cylindres. En outre, les roues de l’essieu moteur d’avant ont été munies de la sablière à vapeur système Greshain.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 mai 1895. — Présidence de M. Lœvy
- La nitrification naturelle du sol. — Pour qu’un hectare de terre semé en blé ou en betteraves fournisse une bonne récolte, il faut que ces plantes trouvent dans le sol, au printemps, de 100 à 120 kilogrammes d’azote assimilable. Or, malgré leur richesse en azote combiné, s’élevant de 4000 à 8000 kilogrammes à l’hectare, nos sols sont incapables habituellement de fournir tout l’azote assimilable nécessaire à une pleine récolte, à cause de la stabilité des combinaisons dans lesquelles ce corps est engagé. De là l’adjonction de nitrate de soude du Pérou, dont l’Europe importe chaque année 500 000 tonnes. Ces nitrates sont, en effet, très efficaces. L’ammoniaque est également très efficace, mais elle ne persiste guère dans le sol, elle s’y nitrifie rapidement. Or, les nitrates étant très solubles sont entraînés par les eaux qui traversent le sol ; on a donc une idée très exacte des ressources que possèdent ces terres pour la végétation, en dosant l’azote dans les eaux de drainage. Habituellement on trouve ainsi de 10 à 50 grammes d’azote par mètre cube; mais récemment M. Dehérain a constaté que des eaux de drainage écoulées de terres de diverses provenances en renfermaient une
- quantité énorme s’élevant de 400 à 800 grammes. M. Dehérain attribua cette nitrification excessive à la trituration active qu’auraient subie ces terres avant d’être mises en expérience. Cette opération a pour conséquence, suivant l’opinion de M. Schlœsing, de disséminer les [ferments nitriques ; il a pu vérifier en effet que la seule trituration pouvait déterminer une nitrification, quelquefois prodigieuse, suffisante pour nourrir les plus fortes récoltes. Ces expériences éclairent d’un jour nouveau le travail du sol. Par les grands labours d’automne, on ouvre la terre pour qu’elle puisse absorber et retenir les pluies d’hiver ; mais ensuite à l’approche des semailles, par les herses, par les rouleaux, on pulvérise le sol et on provoque la nitrification. En multipliant ces façons et en y employant des instruments mieux appropriés à ce but que ceux de la pratique, on pourra probablement provoquer une nitrification suffisante pour restreindre, ou même supprimer la dépense résultant de l’acquisition du nitrate de soude.
- Dosage du bore. — M. Moissan a modifié la méthode de Gooch ppur le dosage du bore, basée sur l’action de l’alcool méthylique sur l’acide borique, en donnant à celte méthode, à la fois plus de rapidité et plus de sûreté. Il évite’, en effet, les causes d’erreur dues aux pertes par volatilisation d’une petite quantité d’acide borique. Le bore du corps à analyser est amené à l’état d’acide borique par l’action de l’acide azotique. Puis cet acide borique est entraîné par l’alcool méthylique et enfin dosé au moyen d’un poids connu de chaux vive. L’augmentation de poids, après évaporation, correspond au poids d’acide borique. M. Moissan a pu ainsi doser le bore dans les combinaisons de celte substance avec les métaux alcalins, le magnésium, le phosphore et le soufre.
- Les blessures d’armes à feu. — M. Yerneuil rappelle que des blessures d’armes à feu. en apparence parfaitement guéries, peuvent au bout de plusieurs années, malgré un fonctionnement normal des organes, devenir le siège de douleurs très vives. Ces réveils sont accompagnés d’ostéites, de périostites, d’abcès; ils sont dus à la présence de corps étrangers enfermés dans les tissus et se produisent lorsqu’une nouvelle violence vient à être exercée sur la partie lésée, ou même lorsqu’une maladie infectieuse quelconque vient à se déclarer; l’influcnza, par exemple. M. Verneuil cite l’exemple d’un blessé de la guerre de 1870 dont le fémur avait été touché par une balle. Guéri complètement après plusieurs années de traitement, il fit en 1885 une chute de cheval, dans laquelle la cuisse malade fut heurtée. Un abcès se produisit, élimina un fragment osseux et le malade guérit après deux mois de traitement. Enfin dernièrement, ce malade prit la grippe, à la suite d’un séjour de quelques heures dans un foyer d’épidémie : trente-six heures après, les symptômes douloureux se manifestaient dans la cuisse et un nouvel abcès terrible se formait. Ces deux accidents subis successivement par la même personne, vérifient l’explication donnée par M. Yerneuil.
- Les yeux du spondyle. — M. Joannis Chatin fait connaître le mode d’innervation des yeux chez le spondyle rouge de Corse. Sur le manteau du mollusque, se trouvent disséminés des yeux auxquels se rendent deux nerfs : 4° un nerf optique se terminant dans la rétine et transmettant les impressions visuelles ; 2° un nerf ophtalmique se distribuant dans les pupilles périoculaires, qui, au moindre contact, se dressent autour de l’œil pour le protéger. Ce n’est pas seulement par leur mode de distribu-
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- tion et par leur rôle, c’est aussi par leur constitution que diffèrent ces nerfs : tandis que le nerf ophtalmique offre la structure propre aux nerfs des invertébrés, le nerf optique possède des gaines de myéline et présente ainsi une constitution identique à celle des nerfs des vertébrés, particularité des plus inattendues et des plus intéressantes, au point de vue de l’histologie comparée.
- La couronne solaire. — M. Deslandres qui observait la dernière éclipse de soleil au Sénégal à 55 kilomètres de la côte, fait savoir qu’il a eu un ciel légèrement nuageux atténuant la vision de l’astre. Néanmoins il a obtenu de bons résultats. Des rayons lui sont apparus, débordant à une distance égale au double du diamètre du soleil; il a trouvé dans le spectre de la couronne quinze raies nouvelles, dont il fixe la position. Enfin l’étude générale des raies
- correspondant aux extrémités d’un même diamètre lui a permis d’établir que la couronne tournait avec le soleil comme si elle faisait corps avec lui.
- Varia. — M. Houzeau a appliqué sa méthode d’analyse des beurres à un grand nombre d’échantillons et communique les résultats. — M. Dissard a étudié la respiration pulmonaire et la respiration cutanée delà grenouille, dans l’air et dans l’eau. Ch. de Villedeuil.
- TORTUE DE MER CAPTURÉE EN RRETAGNE
- Nous avons parlé récemment des tortues de terre gigantesques del’île Maurice1; nous ne pensions pas à cette époque que les circonstances nous condui-
- Tortue (le mer (Tesludo coriacea) capturée à la pointe du llaz (Finistère) le 12 avril 1895. (D’après une photographie.)
- raient à mentionner une grande tortue de mer, capturée en Bretagne dans le Finistère. Voici les documents que nous adresse à ce sujet un de nos lecteurs de Quimper, M. H. Duclos :
- Il s’agit d’une tortue monstre telle que l’on en pèche rarement, je suppose, sur les côtes de l’Atlantique. Elle a été prise le 12 avril à la pointe du Raz (Finistère) par des pêcheurs qui l’ont capturée en retirant de la mer des casiers a homards dont les cordes s’étaient enroulées autour de ses nageoires. Cette Chelonie, du genre Dermato-chelys, me paraît être la Tortue luth, Testudo coriacea, de Linné. Elle a une carapace subcordiforme sans écailles, carénée longitudinalement, et recouverte d’une peau lisse de couleur noirâtre. Sa mâchoire très puissante est légèrement échancrée sur les bords, et prolongée en rostre à la partie antérieure. Les nageoires sont aplaties et dépourvues d’ongles; celles de devant, de l’épaule à la pointe,
- ont une longueur de 1m,04. La dimension totale de la bête est de 2ra,10, son poids de 500 kilogrammes environ.
- La photographie que nous adresse notre correspondant et que nous reproduisons ci-dessus a été faite le lendemain delà capture et cinq heures après la mort de l’animal. Il n’est pas douteux que la tortue eut été encore vivante à ce moment, si par suite de la rupture des cordes qui la retenaient, elle n’était tombée sur la route pendant le trajet d’Audierne à Quimper. 11 n’a pas fallu moins de huit hommes pour la replacer sur la voiture.
- 1 Voy. n° 1058, du 22 avril 1893, p. 536.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissamuer.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
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- N° 1045.
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- TOUAGE PAR ADHÉRENCE MAGNETIQUE
- SYSTÈME DE liOVET
- En 1856, aux débuts du touage sur la Seine, le monopole de la traction était réservé à ce système ;
- le remorquage était impossible sur notre ileuve. Les travaux de canalisation exécutés depuis cette
- Fig. 1. —Ampère. Premier loueur-remorqueur à adhérence magnétique (longueur, 33 mètres; puissance, loOchevaux).
- époque, ont fait de la Seine une voie navigable de premier ordre, à grande section, à grand tirant d’eau, à faible courant, et à navigation facile; tous
- éléments qui ont réduit les avantages du touage au profit du remorquage, si bien qu’à la première période de possession tranquille, ont succédé la période
- Fig. 2. — Système d’entraînement de la chaîne du toueur ordinaire.
- actuelle et toutes les difficultés de la concurrence.
- Le touage ayant une incontestable supériorité à la remonte, supériorité d’autant plus grande que le courant de la rivière est plus rapide, tandis que le remorquage est, en toute circonstance, préiérable
- Fig. 3. — Entraînement électro-magnétique de la chaîne, système de Bovet.
- à la descente, il faut pour arriver à faire un service aussi parfait que possible, employer des remor-queurs-toueurs, à hélices ou à roues, munis d’un appareil de touage ne servant qu’à la remonte, et permettant de jeter la chaîne en tous points du parcours.
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- ttu aimée. — t“r seuwslte
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- LA NATURE.
- Voici comment M. de Bovet justifie la nécessité de l’emploi d’un toueur-remorqueur :
- Un toueur remorque des trains de bateaux en se halant sur une chaîne noyée sur toute la longueur du parcours et ancrée à l’extrémité amont. L’appareil, qui permet au bateau de se haler, se compose de deux treuils à gorges parallèles : la chaîne s’y enroule plusieurs fois de suite en allant de l’un à l’autre, tout comme une corde sur les deux poulies à gorge d’un palan. Une machine à vapeur fait tourner ces treuils et le bateau avance d’une quantité égale à la longueur de chaîne déroulée; comme le point d’appui est fixe, le rendement de l’ensemble est excellent et tel (dès que le trafic est suffisant pour justifier la dépense d’une chaîne) que le touage a toujours à la remonte une supériorité notable sur les remorqueurs à aubes ou à hélices, supériorité qui s’accentue de plus en plus à mesure qu’il s’agit de fleuves à cours plus rapide, jusqu’au moment où le courant devient assez violent pour que le touage reste seul matériellement possible.
- Par contre, à la descente, les toueurs sont inférieurs aux remorqueurs et deviennent absolument incapables de
- traîner des trains si le courant est rapide, car ils ne peuvent pas dérouler leur chaîne à toute vitesse et, entre autres inconvénients, risquent alors de marcher moins vite que les bateaux qu’ils sont censés remorquer.
- Revenant au cas de la remonte, la condition essentielle du fonctionnement est qu’il n’y ait pas glissement entre la chaîne et l’appareil de touage : en un mot, le toueur ne doit pas plus patiner sur la chaîne que la locomotive sur le rail et l’adhérence nécessaire, ne pouvant ici être demandée au poids, est obtenue grâce a l’angle d’enroulement de la chaîne qui est de 0 à 8 tours entiers sur son tambour. Mais comme il est très difficile de conserver aux gorges des treuils des diamètres égaux, toute inégalité se traduit par des tensions excessives sur les brins intermédiaires, telles qu’on a pu dire avec raison des treuils que ce sont des outils à briser la chaîne.
- De plus, la longueur de chaîne existant sur les treuils est grande (40 mètres environ sur les toueurs de la Seine), si bien que le toueur se trouve en réalité rivé à la chaîne, faisant indéfiniment la navette et échangeant plus ou moins difficilement son train avec ceux qu’il vient rencontrer successivement en amont et en aval de son par-
- Cou pe tran sversaleen avant de la pou lie toueuse
- COUPE LONGITUDINALE
- minnumininiT
- PLAN
- Poulie construite pour un petit toueur du Canal latéral à l'Oise
- S.^fpfgLu Sa.
- Fig. 4. — Mécanisme du toueur-remorqueur par adhérence magnétique. Plan et coupes.
- cours. Il ne peut, en effet, quitter la chaîne qu’eu la déroulant et en la jetant à l’eau, et en créant de ce fait un mou de près de 40 mètres au point où l’opération est faite, ou en la coupant et en emportant la partie enroulée, et ces deux moyens sont incompatibles, l’un avec la sécurité du service, l’autre avec l’économie nécessaire d’entretien de la chaîne.
- Si un toueur pouvait aisément quitter la chaîne en tout point du parcours, il suffirait de le munir d’un propulseur pour qu’il pût redescendre en route libre en faisant du remorquage, et pour qu’il devienne possible, en ayant de ce fait un service à deux voies avec une seule chaîne, d’améliorer singulièrement les conditions d’exploitation des Compagnies de touage.
- La solution dépend d’un système d’entraînement sur la chaîne qui permette la construction et la mise en service d’un bateau pouvant être à volonté toueur ou remorqueur.
- La figure 2 montre les dispositions essentielles de l’ancien système de chaîne adopté à l’origine par la Compagnie de la basse Seine et de l’Oise, et universellement adopté en France et ù l’étranger. 11 consiste en deux tambours à cinq gorges, à axes
- parallèles, distants de 3 mètres, sur lesquelles la chaîne s’enroule un nombre de fois suffisant, généralement quatre demi-tours sur chaque tambour pour que l’adhérence fasse équilibre à l'effort de traction nécessaire. La longueur de chaîne enroulée est de 57 mètres, ce qui ne permet pas, on s’en rend compte, de jeter la chaîne au bout du parcours à la remonte, et de marcher à l’hélice à la descente.
- Il a semblé à M. de Bovet que la solution devait en être cherchée dans l’emploi d’une poulie d’entraînement unique sur laquelle la chaîne ne ferait qu’une fraction de tour, tout en présentant un assez faible diamètre pour n’être pas conduit à une vitesse angulaire trop réduite imposant des organes de dimensions excessives. L’adhérence nécessaire a été demandée au courant électrique, en lui faisant aimanter une poulie dans la gorge de laquelle passe la chaîne.
- Les résultats des essais préliminaires ont été assez concluants pour décider la Compagnie de touage de la basse Seine et de l’Oise à faire construire un toueur neuf, VAmpère (fig. 1 et 4), dans lequel l’appareil de touage a été remplacé par une poulie
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- aimantée qui avec trois quarts de tour seulement et 3 mètres déchaîné (fig.3), développe une adhérence suffisante, est facile à poser et à enlever, et se trouve infiniment moins exposée aux causes d’usure ou de détériortion que les chaînes sur treuils ordinaires.
- Ce toueur construit par M. Satre, à Lyon, a 33 mètres de longueur, 5 mètres de largeur, 2m,7 de creux et lm,9 de tirant d’eau moyen en marche comme toueur. La figure 1 le représente vu d’ensemble, la figure 4 en dessin de coupe et en plan, à l’échelle de 3,3 millimètres par mètre (1/300).
- Sa machine de type pilon compound, placée vers le milieu du bateau, peut, au moyen de deux embrayages, actionner à volonté l’hélice par commande directe, en développant 150 chevaux à 150 tours par minute, ou l’appareil de touage par commande par roues d’angle en développant 60 à 80 chevaux à 90 tours par minute. La chaîne entrant par l’avant vient passer sur la poulie de touage A (fig.4 et 5). Elle est guidée à l’entrée par un galet B en métal non magnétique. Elle passe à la sortie sur un galet C très massif en métal magnétique pour qu’en ce point, si le galet est amené au contact, il donne au llux de force un passage plus facile que celui qu’offre la
- chaîne, et que cette dernière, ne servant plus à fermer le circuit,puisse décoller plus facilement sous l’action d’une très faible tension du brin d’arrière.
- Un doigt, en métal non magnétique, est disposé au-dessus de la poulie de façon à assurer en tout cas le décollage, en complétant, s’il y a lieu, l’action du galet C en cas de marche en avant, qui est la règle, en agissant seul en cas de marche en arrière. Cette dernière est très exceptionnelle, elle n’a lieu qu’en cas de manœuvres correspondant à de très faibles efforts de traction sur la chaîne, assez faibles pour qu’on les puisse réaliser avec une très petite aimantation de la poulie A.
- Il y a nécessité pour un toueur marchant sur chaîne toujours dans le môme sens, à la montée, de pouvoir agir sur l’évacuation de la chaîne à l’arrière, de façon à en laisser par moments filer tantôt un peu plus, tantôt un peu moins qu’il n’en entre par l’avant : il lui faut pour cela sur le pont un réservoir ou puits a chaîne P, placé en arrière de l’appareil de touage et muni d’un frein qui permette de régler l’écoulement, d’en garder là où il y a assez de mou, d’en rendre là où il y a trop de raide.
- Le puits de chaîne étant en P, le frein à la sortie
- Sens de marche de la chaîne
- o—cr
- Sens de marche du bateau
- Fig. 5. — Détail du système d’entraînement de la chaîne.
- a été constitué avec une poulie aimantée, semblable à la poulie de touage, mais plus petite, l’effort de freinage étant très inférieur à l’effort de traction. Quand on y envoie du courant, la chaîne adhère sur la partie supérieure; un sabot mobile autour d’un axe horizontal, équilibré dans la mesure que l’on veut, s’applique sur la partie inferieure de la poulie et empêche celle-ci de tourner. On inverse l’effet en variant le courant.
- En D est un galet qui, par simple frottement, s’il est animé d’un mouvement de rotation, peut aider à l’écoulement de la chaîne dans les moments où il y aurait beaucoup de mou à l’arrière et où le frein fonctionnerait. Ce galet I) est commandé par une petite dynamo, ce qui est le mode le plus simple d’embrayage et de débrayage à distance, lorsqu’on dispose, comme c’est le cas, d’un courant électrique.
- Lorsque la chaîne a un peu de mou, l’action du galet C est insuffisante pour produire le décollage, on a donc intérêt à augmenter l’effet d’entraînement du galet D qui fonctionne alors continuellement et dont on règle l’adhérence en le construisant comme la poulie magnétique principale, et en le desservant par une dérivation spéciale prise sur la dynamo génératrice commune.
- Une autre dynamo placée dans la chambre des machines, actionne une pompe centrifuge pour la manœuvre des compai timents de water-ballast, aménagés de façon à mettre le bateau dans des ligues d’eau différentes, selon qu’il agit comme toueur ou remorqueur.
- Toutes les manœuvres intéressant la chaîne en cours de route se réduisent à la manipulation de trois commutateurs correspondant aux trois poulies aimantées. L’adhérence étant fonction de l’intensité du courant, il y aura glissement chaque fois que l’effort de traction dépassera l’adhérence. La force exercée sera donc automatiquement limitée et toute rupture de chaîne rendue ainsi impossible.
- Telles sont les dispositions principales du système de touage réalisé par M. de Bovet sur VAmpère. Ce n’est pas d’ailleurs la seule application à laquelle se prête l'adhérence électro-magnétique : elle pourra être utilisée aux embrayages de machines, au freinage des voitures de chemins de fer et des tramways, etc., mais nous n’avons voulu décrire aujourd’hui qu’une des plus ingénieuses applications sanctionnée par l’expérience, et à la veille d’introduire une révolution dans les procédés actuels de touage sur les rivières canalisées. E. Hospitalier.
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- LE TRANSPORT D’UN PONT
- PAR CHEMIN DE FER
- Il ne s’agit pas ici de ponts mobilisables, tels que ceux du colonel Henry, décrits jadis par nous ici même1, mais bien d’un pont métallique ordinaire à tablier plein, comme le représente notre gravure, dans le cartouche de droite. Ainsi qu’on peut le voir, c’est un ouvrage à une seule voie, et composé d’une travée unique, mais biaise et reposant sur une pile en son milieu. 11 est formé de quatre longrincs de dimensions identiques. L’ensemble avait d’abord été monté complètement à l’usine; puis il a été démonté, et on a transporté les quatre poutres telles quelles, à pied d'œuvre.
- C’est ce transport qui constitue vraiment une tentative intéressante.
- La vue d’ensemble qui accompagne notre texte en donne une juste idée, elle est empruntée au identifie American.
- Chaque poutre du pont a57m,50 de longueur,
- 2m,90 de haut et pèse 46l,6. Chacune d’entre elles était installée sur quatre trucks de chemin de 1er, tous attelés les uns aux autres suivant leprocédé habituel, et attelés aux séries précédentes et suivantes; mais, en réalité, comme nous allons le voir, les deux trucks du milieu ne supportaient aucune charge, ils n’étaient là que pour donner plus d'assise à l'ensemble du système et pour réunir les deux trucks extrêmes, le poids de la charge pouvant être insuffisant à un moment donné pour assurer l’homogénéité de convoi. Chacune des plates-formes extrêmes supportait une charpente, dont nous voyons nettement la disposition, et qui se composait de trois poutres transversales réunies par deux autres dans le sens de la longueur du truck. D’ailleurs, deux des poutres transversales étaient coupées en leur milieu et c’est la poutre moyenne qui lormait appui. En outre, pour maintenir verticales les travées métalliques, elles étaient soutenues à chaque bout par des jambes de force en bois, qui étaient elles-mêmes
- 1 Voy. n° 848, du 31 août 1889, j>. 209.
- réunies par une sorte d’étrier embrassant le haut de la travée. Il est sans intérêt d’expliquer comment, grâce à des contreforts et à des plaques de fer, tout le système jouissait d’une solidité suffisante. Les poutres métalliques, reposant dans une encastrure de la charpente, avaient assez de jeu pour bien prendre les courbes.
- Comme il fallait quatre trucks par poutre, et, en outre, un wagon spécial pour porter les boulons, les outils, etc., l’ensemble constituait un train d’une longueur assez considérable et d’un aspect général bien curieux. Une fois le chargement terminé, le sommet des poutres était à 4m,50 au-dessus du niveau des rails. Le convoi partit d’Elmira ; trois jours après, il arrivait à destination à pied d’œuvre, près du cours
- d’eau à franchir, et bientôt la locomotive pouvait traverser le nouvel ouvrage.
- Nous devons ajouter que les ouvrages métalliques en général et les ponts en particulier sont toujours fort légers aux Etats-Unis : ce n’est pas sans inconvénient au point de vue de la résistance et de la chute de ces constructions, surtout si l’en se reporte à ce que nous avons dit des vibrations des travées métalliques. Mais pour les Américains le principal est de faire vite : on sait qu’ils emploient bien souvent dans ce but les trestles ou ponts en charpente, et assurément des ponts en fer ou en acier, si légers qu’ils soient, sont plus solides. Pour les Yankees, ce qu’il faut, c’est aller de l'avant; c’est pour cela que le plus souvent, pour les lignes nouvelles, ils emploient et installent des gares démontables, et il est bien certain que dorénavant un grand nombre de compagnies adopteront, chaque fois qu’elles le pourront, ces ponts transportables si faciles à monter.
- Dans nos États européens, où malheureusement toutes les préoccupations tournent autour de cette éternelle et grave question de la défense nationale, il est probable que le procédé de transport que nous avons décrit pourrait avantageusement être employé soit pour construire des ponts de toutes pièces, soitponr remplacer des ouvrages détruits. Daniel Bellet.
- Train de chemin de 1er chargé d’un pont métallique aux États-Unis.
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- LA GRANDE MOSQUÉE DE KAIROUAN
- EN TUNISIE
- La photographie que nous reproduisons, représente l’intérieur de la grande mosquée de Kairouan. Ce sanctuaire est le plus vénéré non seulement de toute la ville sainte, mais encore de tout le Maghreb. Dans l’Afrique du Nord, il n’en est aucun où les fidèles se rendent avec autant de zèle : six pèlerinages dans la grande mosquée équivalent, pour le salut de l’âme d’un musulman, à un pèlerinage à la Mecque.
- Les chrétiens la visitent maintenant sans aucun obstacle. Avant l’occupation française, quelques
- Européens seulement avaient eu le privilège d’y pénétrer. Encore ne l’avaient-ils fait qu’à la faveur d’un déguisement.
- Mais le jour où les troupes françaises entrèrent dans la ville, les coutumes d’apparence les plus stables s’effondrèrent. Les soldats musulmans, qui composaient une fraction des colonnes expéditionnaires, profitèrent de cette occasion, peut-être unique en leur vie, pour accomplir un acte de haute dévotion. Afin d’imiter les camarades, les soldats chrétiens suivirent.
- Les habitants de Kairouan voyaient tout et impassibles laissaient tout faire. On leur avait persuadé que Dieu les châtiait, en laissant les infidèles péné-
- Vue intérieure de la grande mosquée de Kairouan, en Tunisie. (D’après une photographie.)
- trer dans la ville et dans les mosquées, que cette profanation s'accomplissait en expiation de leurs fautes.
- L’attitude des habitants de Kairouan dans cette circonstance est un des épisodes les plus curieux de la campagnedeTunisie.il n’est peut-être pas si répandu, qu’il n’y ait quelque intérêt à le rappeler. Précisément, M. Eugène Poiré lui a donné récemment un regain d’actualité dans son livre amusant et très vivant sur la Tunisie. A sa suite, il nous est facile de le raconter brièvement1.
- Une des principales mosquées de Kairouan, la mosquée des sabres, avait alors pour Iman un Français. Comment ce chrétien était-il devenu un des docteurs les plus vénérés de l’Islam? C’est ce qu’il
- 1 Eugène Poiré, laTimisie française, Paris, Plon, 1892, ni-12.
- serait trop long de développer. Il avait acquis en tout cas par sa connaissance approfondie de la théologie musulmane et par la sainteté de sa vie, une autorité incontestable. D’ailleurs sous le turban, il était resté Français de cœur et il suivait avec attention la marche de nos troupes dans la Régence. 11 savait en particulier que trois colonnes convergeaient vers Kairouan et devaient s’y rencontrer. Les habitants étaient décidés à défendre la ville avec acharnement. La guerre sainte avait été prêchée ; des environs, des tribus de nomades étaient arrivées au secours de leurs coreligionnaires. S’il n’y avait pas de doute qu’en dépit de ces préparatifs, la ville dût être prise par nos soldats, il était non moins certain que la lutte serait sanglante.
- Ce Français, dont le nom arabe était Si-Ahmed,
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- eut alors une idée très heureuse. 11 parcourut la ville répétant à tout venant qu’avant toutes choses il était indispensable de connaître la volonté du prophète.
- Or, cette volonté, il était bien facile de la connaître.
- Quelque cinquante ans auparavant, avait vécu à Kairouan un illuminé qui, se disant inspiré d’en haut, avait gravé sur des lames de sabres les révélations qu’il prétendait lui avoir été faites. Si-Ahmed était précisément Iman de la mosquée où ces sabres étaient déposés. La foule acclama sa proposition où se révélait la sagesse accoutumée du grand docteur. Elle suivit Si-Ahmed à sa mosquée. 11 y entra seul, et s’y enferma. Quelques minutes s’écoulèrent. 11 sortit, tenant à la main une lame de plomb sur laquelle étaient gravés ces mots : « Trois grands serpents, déroulant leurs anneaux de bronze et de fer, vomissant le feu, aux écailles invulnérables, pénétreront dans la cité sainte; ils trouveront les portes ouvertes, les visages tristes, les poignards dans les fourreaux et cela à cause des crimes sans nom, commis dans la cité d’Okbah! »
- Si quelqu’un avait eu l’idée de regarder la lame de plomb, il aurait probablement trouvé les inscriptions un peu fraîches, mais personne ne songea à mettre en doute la véracité de Si Ahmed. Grâce à sa supercherie patriotique, quand la colonne Etienne se présenta, le 26 octobre 1881, devant la ville, elle la trouva sans défense. Elle la traversa comme à la parade. Les habitants de la cité d’Okbah subissaient avec résignation le châtiment des crimes sans nom que le prophète leur reprochait, par la bouche de Si-Ahmed.
- Le sacrilège une fois accompli, les visiteurs chrétiens continuent à le consommer. Un sacristain de la mosquée vous reçoit à la porte, vous précède silencieusement, levant devant vous les nattes qui recouvrent le sol. On n’est même pas soumis, comme en Orient, à la formalité de chausser, au-dessus des bottines, ces grosses pantoufles qui donnent une allure si hésitante et si grotesque, aux visiteurs des mosquées, à Constantinople et à Brousse. Le guide commence par conduire l’étranger devant le Mirnbar, chaire à prêcher, en bois, finement sculptée. Mais, bientôt l’attention se détourne de ce joli bibelot. On est tout entier saisi par l’étrangeté du lieu où l’on se trouve. A droite, à gauche, en face, derrière, des colonnes ! De quelque côté que l’on se tourne, si loin que l’œil pénètre dans les profondeurs à demi obscures de l’immense salle, encore des colonnes! On s’approche des plus voisines et les unes après les autres, on les examine en détail.
- Aussitôt, une chose surprend : le désarroi des styles. Parmi ces cent quatre-vingts colonnes, il n’y en a pas deux pareilles. A côté d’un chapiteau dorien, en voici un ionien ! Telle colonne est en porphyre, telle autre en tuf grossier. Elles sont de toutes couleurs et de tous diamètres. Quelques-unes étaient trop lon-
- gues, on a supprimé leur base; d’autres, trop courtes, on les a élevées sur un soubassement de briques. 11 est manifeste qu’elles ont été placées là, indistinctement comme elles se présentaient sous la main des ouvriers qui ont construit la mosquée.
- Alors, tout seul au milieu de cette enceinte religieuse, dans le grand silence dont on est entouré (car le guide, indifférent à la présence du visiteur, garde une impassibilité orientale), on se prend à réfléchir. Que signifie donc ce chaos et d’où les conquérants arabes qui ont construit cette mosquée ont-ils tiré ces colonnes?
- Pour peu que sur la route on ait un peu regardé et qu’on ait quelque connaissance des ouvrages historiques, traitant de la Tunisie à l’époque romaine, la réponse arrive promptement. Ces colonnes proviennent des nombreuses villes bâties dans la Byza-cène. Quand Sidi Okbah, le conquérant, eut choisi l’emplacement de la future cité sainte de Kairouan, ses compagnons n’eurent ni à creuser le sol pour en extraire la pierre ou le marbre, ni à tailler les matériaux bruts tirés de la carrière. Ils n’eurent qu’à arracher leurs richesses aux villes sur lesquelles ils venaient de passer.
- Cette province romaine d’Afrique était en effet dans un état d’extraordinaire prospérité. Les nombreuses ruines d’exploitations agricoles, retrouvées par les archéologues prouvent que la ferme touchait à la ferme, et par les écrivains anciens nous savons que les denrées agricoles abondaient.
- Les forêts d’oliviers, dont ce pays est le lieu de prédilection, fournissaient de l’huile, de qualité inférieure, il est vrai, mais en quantité considérable.
- Le grenadier d’Afrique était réputé dans tout le monde romain. Son fruit était appelé le fruit punique par excellence.
- Gaton, Yarron, Columelle tiennent en haute estime la figue d’Afrique, et dans des menus de dîner qui ont été conservés, Martial la cite à deux reprises comme un fruit de choix. Les vignes, dont les grappes, selon Strabon, atteignaient une grosseur considérable, fournissaient un vin liquoreux renommé. De certains bois rares on faisait des meubles de luxe et on citait une table en citrus, qui avait atteint le prix fabuleux de 294 000 francs.
- Mais la cause principaie des richesses du pays était la production des céréales. On estimait que dans les bons terrains, les récoltes donnaient cent cinquante grains pour un, et Yarron, qui a fait l’évaluation la plus modeste, admettait encore une proportion de cent pour un1.
- Aussi existait-il dans cette province, des villes étonnantes de richesses, comme Hadrumète où les habitants jouissaient d’une vie agréable et facile. Ils avaient élevé des monuments analogues à ceux qui ornaient les villes d’Italie, des temples, des théâtres, des cirques. A El-Djem, petite bourgade
- 1 Charles Tissot, Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, 2 vol. Paris, lmp. nationale 1884-1887, avec un atlas de Salomon Reinacli.
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- construite sur l’emplacement de Thysdrus, on voit encore les ruines d’un amphithéâtre immense, dont le grand axe a plus de 500 mètres ; dans la même ville il y avait aussi un autre amphithéâtre de dimensions moindres et un cirque.
- Dans ce monde riche et orné de pareilles splendeurs, les Arabes arrivèrent; ils laissèrent surtout des ruines.
- Mais, en l’honneur de Dieu et du prophète qui, depuis l’Égypte, avaient protégé leur marche à travers les déserts de Cyrénaïque, et en témoignage de leur reconnaissance, ils résolurent de créer un édifice aux proportions grandioses.
- Alors, sans souci de styles qu’ils ne connaissaient pas, ni d’une harmonie artistique qui leur était étrangère, ils prirent ce qui était à leur convenance. Des portiques, des thermes, des maisons particulières, ils enlevèrent les fragments qui leur parurent les plus beaux. Pêle-mêle, les colonnes furent apportées et ainsi fut construit ce monument extraordinaire, qui est la grande mosquée de Kairouan.
- Henri Dehérain.
- LES GORGES DE L’ARDÈCHE
- Avant de se jeter dans le Rhône, l’Ardèche traverse de hauts plateaux calcaires, des Causses, appartenant à l'étage néocomien du terrain crétacé. Au-dessous de Vallon, la rivière s’engage dans une faille dont elle suit les capricieux détours, dans une étendue de 50 kilomètres, jusqu’au village de Saint-Martin, encaissée entre des murailles rocheuses qui se dressent, taillées à pic, à des hauteurs dépassant parfois 300 mètres. Les beautés naturelles de ces gorges, leurs paysages grandioses, en font l’une des contrées les plus remarquables que l’on puisse trouver en France et pourtant leur renommée ne s’est pas étendue au delà d’un cercle bien restreint; leur histoire est un peu celle des gorges du Tarn qui commencent seulement à être visitées. Depuis plusieurs années, je parcours le Vivarais, l’une des plus curieuses régions de notre pays, l’une des plus pittoresques que l’on puisse imaginer, et je puis assurer qu’il réserve bien des surprises à ceux qui le viendront visiter.
- La nature même du sol nous explique la variété, l’aspect parfois si étrange de ce canon de l’Ardèche. Dans ce calcaire crétacé, les failles, les diaclases, les éboulements de roches ruiniformes, sont les témoins de convulsions géologiques dont le département tout entier, d’ailleurs, nous offre de si remarquables exemples. Les arcades naturelles fièrement jetées d’une rive à l’autre comme le Pont d’Arc, ou reliant, avec une hardiesse qui étonne, deux hautes aiguilles comme à Chames, ces aiguilles elles-mêmes, si élancées ou si imposantes, toujours si pittoresques, ces énormes blocs qui sont venus se briser dans la rivière, sont les vestiges ou les victimes d’une lutte qui continue de nos jours et dans laquelle les parties
- Faibles de ces assises, pourtant si puissantes, ont succombé à l’action brusque et violente, ou au contraire, lente et méthodique des forces naturelles et du temps. Ici la roche a résisté et elle oblige la rivière à faire un long détour pour contourner l’obstacle ; mais là, la victoire des eaux a été complète et la roche a cédé. En cet endroit, la muraille se dresse à pic et l’on croirait que l’Ardèche y est arrêtée, mais à mesure que l’on avance, l’illusion se dissipe; ce n’était qu’un coude brusque de la rivière qui lui donnait l’aspect d’un de ces lacs des montagnes, et de telles méprises ne sont pas l’un des moindres attraits d’une promenade dans ces gorges. Sur les parois rocheuses, s’étagent de nombreuses grottes : les unes, simples excavations, atteignent à peine quelques mètres de profondeur ; les autres, au contraire, s’enfoncent sous le plateau à plusieurs centaines de mètres ou même à plus de 2 kilomètres, comme ces grottes de Saint-Marcel dont La Nature a récemment donné la description1. Chose curieuse, c’est sur la rive gauche que ces grottes sont à la fois nombreuses et profondes; sur cent grottes que l’on aperçoit, il en est à peine trente sur la rive droite. Voici, ce me semble, l’explication de ce fait. Les avens qui existent sur le plateau, sont aussi bien plus nombreux et bien plus profonds sur la rive gauche que sur la rive droite : la relation entre leur formation et celle des grottes est évidente. Les phénomènes géologiques qui se sont produits au nord de cette grande faille, qui est aujourd’hui le lit de l’Ardèche, ont été bien autrement puissants que ceux qui se sont passés au sud, et les eaux qui ont jailli de ces avens, ont aussi creusé ces grottes. A l’intérieur du Causse, se trouvait un vaste réservoir qui existe d’ailleurs encore et qui draine les eaux du plateau : les avens en sont les orifices d’entrée, et les grottes les bouches de sortie. La plupart de ces grottes, de ces anciennes rivières souterraines, sont maintenant à sec, mais les milliers de mètres cubes qui s’écoulent chaque jour de la fontaine de Rochemale, le bruit sourd que font entendre les pierres qui roulent dans l’aven de Louby, démontrent l’existence de ce lac souterrain qui vient alimenter l’Ardèche. Toutes ces sources, dont le régime est extrêmement intéressant à étudier, constituent les seuls affluents de la rivière, le long des gorges.
- Ceux donc que pourraient tenter l’inconnu et les émotions fortes d’un voyage souterrain, trouveront dans ces avens, dans ces grottes, à satisfaire leur curiosité ; ceux qui, las des sentiers battus et des routes banales, chercheront en France des coins inexplorés, ressentiront, sur ces plateaux déserts où l’on marche clés heures entières sans rencontrer une maison, l’impression puissante de ces solitudes. Au milieu de ces garrigues embaumées, l’archéologue verra tout à coup se dresser devant lui quelque dolmen solitaire, souvenir d’ancêtres inconnus, et le
- * Voy. n° 1015, du 12 novembre 1892, p. 373.
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- touriste aura pour lui la rivière, qui coule tout en bas, si loin, si mince, qu’on dirait un ruissclet, si verte et si pure qu’elle fascine, avec son murmure argentin, étincelante sous les feux du soleil couchant.
- Les gorges de l’Ardèche peuvent se diviser en trois parties. La première, la plus belle, renferme les sites les plus imposants, comme le Pont d’Arc; les aiguilles les plus élancées, comme celle deChames, les parois les plus abruptes, comme le Saleyron ; les paysages les plus agrestes, comme les rochers des Mèdes ; la nature la plus tourmentée, en un mot.
- La rivière coule entre des murai lies tantôt unies et s’élevant à une hauteur prodigieuse, sans une aspérité où se puisse accrocher la moindre racine ; tantôt au contraire, étagées, laissant pousser dans les terrasses, dans les fissures, quelques maigres genévriers, ou quelques pins rabougris. La deuxième partie ressemble bien davantage aux gorges du Tarn : on y rencontre, comme dans la première, les hautes murailles aux festons bizarres, aux découpures étranges, aux teintes si chaudes, qu’on les dirait brûlées par le soleil, mais la paroi rocheuse ne tombe plus à pic dans la rivière ; un talus s’est formé où croissent les chênes verts, les buis, les arbousiers, les lentisques, les térébinthes et les arbres de Judée, reliés par un fouillis inextricable de vignes vierges, de clématites et de salsepareilles. Dans la troisième partie, les gorges reprennent leur caractère du début ; les roches sont peut-être un peu moins élevées, mais leur teinte grise que viennent strier de larges bandes noires, donne à ce dernier tiers des gorges un cachet sévère et sauvage que l’on ne trouvait pas dans la section précédente, beaucoup plus riante, mais aussi moins originale.
- Chacune des sections de ce magnifique canon
- de l’Ardèche offre au touriste des paysages empreints d’un caractère grandiose. Ce sont d’abord les rochers qui dominent l’orifice de sortie de la Goule de Fous-soubie, cette rivière souterraine dont l’orifice d’entrée se trouve sur le Causse à une distance de 4 kilomètres. La différence de niveau entre ces deux points est d’environ 150 mètres qui sont franchis par une série de cascades dont on entend le bruit assourdissant au moment des pluies, lorsqu’on pénètre dans la caverne par la rivière. Jusqu’ici, les tentatives d’exploration sont restées in-fructueuseset j e n’ai pas été plus heureux que mes devanciers : ce long couloir souterrain est encore à traverser. C’est le Pont d’Arc, cette merveille de la France pittoresque (fig. 1); on est saisi d’admiration devant la hardiesse et la majesté de cette arche jetée parla nature à plus de 60 mètres au-dessus de la rivière. Lors des temps géologiques, l’Ardèche tournait l’obstacle et son ancien lit est devenu une fertile vallée : peu à peu, elle a agrandi la caverne comprise dans la masse rocheuse qui lui barrait la route et elle passe aujourd’hui, victorieuse et calme, sous cette arche gigantesque. Plus loin, ce sont les ruines du château d’Ebbou qui se dresse comme un nid d’aigle sur la paroi du rocher, farouche ainsi que ses anciens maîtres, ces corsaires de la rivière. On entend au loin le bruit d’un rapide qui, en quelques secondes, va nous porter à un brusque détour de l’Ardèche où tout à coup, se dresse devant nos yeux émerveillés l’aiguille de Chames,l’un des paysages les plus saisissants de ces gorges. Ces arcades naturelles, ces aiguilles, ces arbustes, qui ont su trouver au plus haut des rochers quelques pouces de terre, ces sources cristallines qui glissent sur la mousse, forment un ensemble incomparable. Ici, la rivière enrobe en
- Fig. 1. — Gorges de l’Ardèche. — Le Pont d’Arc. (D’après une photographie de l’auteur.)
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- Fig. 2. — Gorges de l’Ardèche. — Le gué Guitard. (D'après une photographie de l’auteur.)
- Fig. 3. — Gorges de l’Ardèche. — Rocher de la Walkyrie. — Aiguilles de la Madeleine. (D’après une photographie de l’auteur.)
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- une presqu’île les rochers de Gaud où se dresse le castel de même nom qu’un admirateur de ces rives a fait construire il y a quelques années. La barque passe devant les rochers de Tempesta, traverse le cirque de Mourençano, franchit le guéGuitard (fîg. 2). Dans les environs, signalons au passage la grotte du Bison : c’est du moins ainsi que l’on me permettra d’appeler cette stalagmite jusqu’ici innommée et inconnue de nos bateliers de Saint-Martin, pour lesquels la rivière n’a pourtant plus guère de secrets. Ces roches à profil animé ne sont pas très rares, comme on pouvait s’y attendre, le long des rives de l’Ardèche. Le rocher du Moine au Pont d’Arc, la tête de Louis XVI1 représentent assez exactement les traits de la figure humaine. Ce bison à l’étable est, lui aussi, fort ressemblant. Voici Gournier et son goulet, l’endroit le plus resserré du canon; plus loin, ce sont les aiguilles de la Madeleine aux formes étranges. Sur l’une d’elles, se dresse le rocher de la Walkyrie (fig. 5); un cavalier semble galoper vers l’abîme et lorsque au soir les ombres s'allongent, on dirait d’une ronde fantastique, de quelque chevauchée de Walkyrie au milieu d’une cité de géants. Plus loin encore, ce sont les ruines de la Madeleine, cette ancienne commanderie de Templiers où, si l’on en croit la tradition, quelques malheureux compagnons de Jacques de Molay ont pu trouver un dernier asile. Voici le cirque des Baumes noires, le défilé de Château Vieux, les grottes de Saint-Marcel, le Détroit où sous le lierre viennent s’ouvrir plusieurs cavernes, demeures des hommes aux âges de la pierre. Bientôt, les rives s’abaissent; la barque passe au-dessous du village d’Aiguèze perché sur son rocher, et c’est presque avec regret que l’on arrive à Saint-Martin, où se termine l’une des plus belles excursions que l’on puisse faire en France. Dr Paul Raymond.
- BOUCLIER-CUIRASSE POUR INFANTERIE
- Nous avons déjà mentionné une cuirasse qui d’après l’inventeur, est faite en un tissu impénétrable aux balles de fusilOn a enregistré avec un certain scepticisme cette découverte qui serait due à un tailleur allemand nommé Dowe. Des expériences probantes auraient été faites a Mannheim par le capitaine Ziégler, du 110e régiment d’infanterie; mais aucune nouvelle récente n’est venue confirmer la véracité de ces affirmations, et l’on fera bien de continuer à les accueillir avec méfiance. Quoi qu’il en soit, nous rappellerons que l’idée n’est pas nouvelle, et qu’en 1841, M. A. Papadopoulo-Vrètos, docteur en médecine, avait imaginé un feutre impénétrable qui fit beaucoup parler de lui à cette époque. Un de nos collaborateurs, M. le commandant Grandin, a eu
- 1 La Nature a donné au mois de mai 1892, n° 990, p. 396, la reproduction de cette dernière roche. Une erreur typographique l’attribue au département des Vosges : elle se trouve, en réalité, sur la rive droite de l’Ardèche près du village d’Aiguèze.
- 2 Voy. n° 1040, du 6 mai 1893, p. 367.
- jadis l’idée d’un système de pare-à-balle beaucoup plus pratique, dont il nous envoie le principe. Nous nous empressons de publier ce résumé :
- La solution du grand problème tactique qui se dresse de nos jours, en face d’armes à tir rapide, dont les projectiles ont une force de pénétration considérable, n’est pas dans la cuirasse, forme emboutie analogue à celle de nos cuirassiers, se portant par-dessous le vêtement de nos fantassins; mais bien dans la création d’un bouclier, espèce de plaque métallique, intraversable par la balle d’infanterie jusqu’à la distance de 40 mètres et qui accouplé et porté par les hommes les plus vigoureux de chaque unité de combat, permettrait à nos colonnes d’attaque de se mouvoir à l’abri du feu de l’ennemi jusqu’au moment de l’assaut. La cuirasse entrave des mouvements de l’homme, ne protège ni la tète, ni le bas du corps, ni les jambes, et tout homme blessé est 99 fois sur 100 perdu pour le combat; le bouclier au contraire est l’engin protecteur par excellence.
- « Quand l’angle de la trajectoire avec la normale à la cuirasse, — dit le général Brialmont — dépasse 44 degrés, la pointe de l’ogive du projectile ne mord plus sur le métal. » Du petit au grand, bouclier ou coupole cuirassée, le problème scientifique à résoudre est le même. De là cette conclusion : chercher un métal résistant, et éviter autant que possible les corps normaux venant frapper la plaque, au point d’impact, suivant une direction perpendiculaire.
- Une simple figure géométrique fait voir que, à 200 mètres de distance, en terrain horizontal, si l’on incline le bouclier AB de 45 degrés, par rapport à la verticale ka, l’adversaire est obligé de s’élever et d’aller se placer au point x, s’il veut atteindre perpendiculairement le centre du bouclier; or bx = 200 sin 45 degrés = 141m, 40.
- Si nous poussons plus loin nos données scientifiques, nous dirons : avec un angle d’arrivée de 55 degrés avec la normale, il faut une force vive de 3,04 plus grande que celle nécessaire pour percer normalement; si l’angle d’arrivée est de 65 degrés avec la normale, la force vive sera de 5,62 plus grande (voir à ce sujet les expériences de Bucharest).
- Ces données étant bien comprises, on a le choix entre trois métaux : le bronze d’aluminium, l’acier chromé et le nickel-acier.
- Là encore les expériences faites à Gavre, en 1889, avec le fusil Lebel tirant la balle modèle 1886, et le fusil Pralon, tirant une balle en acier, vont nous servir de point de comparaison.
- Une lôle de fer de 8 millimètres d’épaisseur est traversée à 40 mètres, sous une incidence de 30 degrés, mais elle ne
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- l’est plus à la même distance, sous l’incidence de 45 degrés.
- Une Me d’acier doux de 10 millimètres d’épaisseur est traversée normalement à 20 mètres; à 60 mètres sous une incidence de 30 degrés, si elle a une épaisseur de 2 millimètres, et sous l’incidence de 45 degrés, avec une épaisseur de 6 millimètres.
- Une tôle d’acier chromé de 4 millimètres est pénétrée, mais non traversée à la distance de 40 mètres.
- Ces résultats démontrent l’impénétrabilité parfaite d’un bouclier en bronze d’aluminium d’une épaisseur de 0 millimètres jusqu’à la distance de 40 mètres.
- Et maintenant, quelle doit être la forme, le mode de construction de l’engin portatif, destiné à protéger le fantassin, dans le combat moderne? L’avenir le dira. Mais c’est sur le bouclier-cuirasse que doit se porter l’attention des inventeurs. Comin* Grandis.
- Il serait peut-être intéressant de faire quelques expériences au sujet de ce système de protection contre les projectiles des fusils modernes. Le problème ainsi envisagé est digne d’être examiné.
- LES CARTES A JOUER
- LEUR FABRICATION
- L’histoire des cartes à jouer a été traitée tant de fois, souvent avec une si grande érudition, par des écrivains compétents que nous n’essayerons pas de l’aborder ici. Il n’en est pas de même de la fabrication ; jusqu’à présent tout ce que nous avons lu sur ce sujet a été puisé à la même source et ne donne que des renseignements sur la fabrication des cartes il y a cinquante ans ou auparavant et encore d’une manière incomplète. C’est ce qui nous a donné l’idée de publier quelques documents absolument inédits.
- L’industrie des cartes à jouer, qui prend de jour en jour une plus grande extension, est assez compliquée. D’abord, chose peu connue, ce n’est pas le fabricant qui imprime les cartes; le contrôle des linances exige que des précautions soient prises à cet égard et sans entrer dans le détail minutieux des règles suivies et du jeu des écritures administratives, donnons quelques renseignements à ce sujet. L’impression du trait noir délimitant les figures et dessinant l’as de trèfle se fait sur un papier filigrane spécial dont le nombre de feuilles est sérieusement compté. Ce trait noir, ainsi qu’on peut le vérifier facilement, est spécial à treizecartes, les douze ligures et l’as de trèfle. Il s’imprime à l’Imprimerie nationale. Cet établissement tire ses épreuves en nombre suffisant sur les feuilles à filigrane et les expédie au Ministère des finances. C’est là que les fabricants obtiennent les feuilles dont ils ont besoin et dont ils devront rendre compte. Le type du dessin usité pour les cartes ordinairement en usage en France (appelé « portrait français ») est le même pour tous les fabricants ; il est gravé sur acier et ce sont des moulages au galvano (vulgairement clichés) sur lesquels on peut ajouter le nom du fabricant, qui servent au tirage. Les maisons qui veulent faire im-
- primer des cartes de fantaisie font faire une gravure spéciale ou un cliché, qui est aussi tiré par l’Imprimerie nationale en nombre compté de la même façon que pour les cartes ordinaires.
- Pendant que nous parlons des figures des cartes, disons que le type actuel est celui du seizième siècle qui n’a guère varié. Le seul changement est l’apposition de deux figures en sens contraire qui facilite la reconnaissance delà carte dans la main du joueur. Ce perfectionnement qui date en France environ de 1828, aurait été innové en Angleterre. Une autre opinion attribue cette modification aux Belges. Nous ne prendrons pas parti pour l’une ou l’autre de ces origines, nous contentant de constater l’opportunité de l’invention et sa réussite.
- Les feuilles de papier filigrané sont fabriquées à Thiers, spécialement pour l’État, et portent dans la pâte du papier à l’emplacement qui sera occupé par chaque carte les lettres C, I, contributions indirectes. Elles sont vendues aux fabricants par l’État qui réalise sur la vente un bénéfice de 55 pour 100. Comme ces feuilles de papier, nommées par devant, ne seraient pas assez épaisses, le fabricant une fois en leur possession les triple d’épaisseur et forme un carton en collant dessous d’abord une feuille de papier gris nommé étresse ou main brune destinée à rendre la carte absolument opaque, puis une troisième feuille appelée tarot qui fait le dos de la carte. Disons de suite que, par surcroît de précaution, certains fabricants couchent la carte d’une teinte noire en plus de la main brune; mais que d’autres, pour arriver à un meilleur prix de revient, se contentent de la feuille d’impression et du tarot entre lesquels ils intercalent une couche de noir. Ce système est peu employé, car alors la carte trop mince ne présente pas la résistance nécessaire. Autrefois, avant l’emploi des procédés de laminage, les cartes avaient quatre épaisseurs de même papier, mais on a trouvé qu’elles étaient alors peu maniables et c’est pour remplacer les deux feuilles du milieu, qu’on emploie la main brune. Les cartes italiennes sont à peu près les seules qui se fassent à deux épaisseurs. Les Anglais ont conservé les quatre épaisseurs. Partout ailleurs, les trois épaisseurs sont adoptées.
- Le collage des feuilles est la première opération. Il se fait sur de grandes planches ou tables avec de la colle d’amidon assez claire, plus adhérente que la colle de farine et moins facile à se gâter. La feuille par devant est enduite de colle avec une brosse, puis l’ouvrier plaque dessus la main brune, enduit de nouveau de colle et pose la feuille de tarot, puis sans colle, applique une quatrième feuille de papier blanc destinée simplement à protéger le tarot des macuiatures.
- Il faut une certaine habitude pour coller les feuilles sans plis et d’équerre, car elles ont une surface assez considérable. Le cartier colle de cette façon une douzaine de feuilles, et le paquet est mis dans la presse (fig. 1) sous une planche bien unie.
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- On superpose plusieurs de ces paquets en les séparant chaque lois par une planche et on presse graduellement pour faire sortir le trop-plein de colle. C’est là l’ancien procédé. Le nouveau dans lequel on emploie les mêmes feuilles, a recours à la machine. La colle est étendue sur la feuille comme l’encre d’imprimerie sur le cliché, au moyen de deux rouleaux (fig. 2) ; mais ces rouleaux, au lieu d’être garnis de pâte pour maintenir l’encre, sont revêtus soit d’une hrosse pour étendre la colle, soit encore mieux de feutre. La colle est placée dans le récipient au-dessus du rouleau supérieur et s’écoule doucement. Le trop-plein est reçu dans un haquet placé sous le rouleau inférieur et au moyen d’une pompe,
- remonté dans le récipient au-dessus. Les feuilles placées face à face, sont encollées du côté voulu en passant entre ces rouleaux, et sont appliquées l’une sur l’autre. La machine ne fait que l’encollage de la feuille ; le reste de l’opération se fait à la main et se finit généralement par la presse dont nous avons parlé ci-dessus qui, mieux que tous les rouleaux qu’on a essayés, donne une pression constante et permet d’ohtenir l’adhérence complète.
- Chaque feuille, au sortir de la presse, est séchée dans des séchoirs, par les anciens procédés ; entre des rouleaux chauffés (comme dans la fabrication du papier) dans les nouveaux moyens employés.
- Lorsque les feuilles sont ainsi triplées et bien
- Fig. 1.— Fabrication des cartes à jouer par les anciens procédés.
- sèches, on les « habille », c’est-à-dire qu’on les colorie. Autrefois le coloriage qui comprend le bleu, le noir des points et des vêtements, le rouge, le jaune et le gris (ou bleu très clair), se faisait au patron. Ce procédé, que nous allons décrire, s’emploie encore pour les cartes à jouer enfantines et pour certaines images. Il était autrefois à peu près le seul en usage pour colorier les impressions, et les images primitives d’Epinal n’étaient pas faites autrement.
- Sur une plaque de toile cirée ou de carton on a calqué toutes les parties de la feuille imprimée qui doivent recevoir une couleur, le bleu par exemple, et on a enlevé au canif (au canivet suivant l’ancienne expression) toutes ces parties. I)e cette façon on a obtenu une feuille percée d’une quantité d’ouvertures qui correspondent sur toutes les feuilles impri-
- mées de même nature aux endroits qui doivent être colorés en bleu. On confectionne autant de feuilles à jour qu’il y a de couleurs à appliquer, et lorsque toutes les feuilles imprimées ont reçu une teinte, on recommence avec la teinte suivante jusqu’à coloris complet.
- La figure 1 représente au premier plan, à droite, l’ouvrier faisant cette opération. Il colorie la feuille supérieure et enlève le patron découpé qu’il va poser près de lui en le retournant et qu’il brossera pour faire partir la couleur qui aurait pu rester dans les angles des découpures. Il retirera la feuille coloriée, la posera sur le paquet déjà fait à côté de lui et après avoir imprégné de couleur l’énorme pinceau ou hrosse ronde que l’on voit dans sn main, le passera en tournant, comme pour vernir au
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- Cocos do pompa rernontant/^x
- la colle 11 u /""N
- Cylindre recouvert de feutre
- tampon, sur le patron passé h la feuille suivante.
- Pour charger de couleur la grosse brosse ronde, l’ouvrier a devant lui un pot plein de cette couleur. l)e temps en temps il en prend un peu avec un petit pinceau qui se trouve dans ce pot et en barbouille la planche sur laquelle repose la grosse brosse ; c’est là la palette qui lui pfcrmet de prendre assez de couleur pour colorier et pas assez pour faire « baver » les contours.
- Ce procédé assez long est remplacé aujourd’hui par l’impression typographique en couleur qui donne-de meilleurs résultats comme rapidité et comme beauté, car le coloris au patron laissait toujours une certaine épaisseur Fig.2.—Schéma des r
- vers les bords delà teinte, #
- les poils de la brosse amenant sur les bords de la découpure plus de matière colorante qu’au milieu.
- Cylindre recouvert i de feutre
- Réservoir à colle
- La plus ancienne machine connue pour l’impression typographique des cartes est, croyons-nous, la machine De La Rue dont le brevet remonte à 1832,
- mais qui a été relativement peu employée. Nous ne donnons pas de description spéciale de la machine typographique en plusieurs couleurs, ce genre de machine ayant déjà été décrit dans La Nature et ayant figure à toutes les Expositions. La presse, employée pour les cartes à jouer, porte les clichés nécessaires à chaque couleur et les imprime successivement à leur place exacte grâce aux repères imprimés sur le tirage en noir. Les feuilles sortent donc de la presse complètement coloriées.
- Certaines presses n'impriment qu’une teinte à la fois ; elles sont cependant assez employées, leur prix de revient étant
- Récipient pour l’excédent de colle
- oulcaux à coller les cartes.
- Fig. 3. — Cylindrage des cartes à jouer.
- sensiblement inférieur à celui des presses [à plusieurs couleurs ; mais il faut alors faire autant de tirages qu’il y a de couleurs ; et comme il arrive souvent que sur une feuille une des cinq couleurs est oubliée, soit que deux feuilles aient, été pas-
- Fig. 4. — Découpage des cartes à jouer.
- sées ensemble, soit pour toute autre cause, on la complète au patron, ce qui évite une mise en train nouvelle qui serait longue et dispendieuse.
- Après le tirage, les feuilles sont habillées ; mais on ti’a encore qu’une feuille de carton qui serait trop
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- salissante et ne glisserait pas assez ; il tant par suite glacer les cartes.
- Autrefois, pour le glaçage, on employait simplement du savon sec en poudre, ou de la poudre de talc et chaque feuille était polie au moyen d’une lourde pierre; mais le savon avait l'inconvénient de se piquer à l’humidité, aussi ce procédé, tant soit peu primitif, a-t-il été changé. On le remplace par le cylindrage et le vernissage. On cylindre les feuilles pour les rendre plus fermes; en effet le carton, par suite de son écrasement entre les rouleaux delà machine (fig. 3), se resserre et devient extrêmement rigide. L’inspection de la figure 3 indique suffisamment ce qu’est le cylindrage; disons seulement que les feuilles pour être pressées sont introduites directement entre les cylindres qui sont en cuivre poli. Dans un autre système, elles sont mises entre des plaques de zinc que l’on engage entre des cylindres en fonte de fer et qui soumettent à une haute pression les objets que leur mouvement en sens inverse force à passer entre eux
- Presque chaque fabricant a son vernis spécial dans lequel la feuille est trempée. Quand les feuilles sont vernies, il faut les couper. On enlève d’abord les marges qui ont été laissées exprès et qui étaient nécessaires pour laisser le milieu des feuilles intactes; ce sont elles qui portent les repères d’impression et de coloris, les défauts de collage, car les papiers superposés sont difficilement collés bord à bord. Une fois cette marge enlevée, les feuilles sont d’abord séparées en bandes dans le sens de la longueur et chacune de ces bandes est ensuite coupée par cartes. Ces différentes coupes se faisaient et se font encore dans plusieurs fabriques avec une lame fixée à pivot sur un plateau (fig. 1, premier plan à gauche) qui porte des arrêts pour couper aussi régulièrement que possible. Ce mode de découpage au couteau est remplacé aujourd’hui dans d’autres maisons par la cisaille circulaire (fig. 4). Cette cisaille est formée, en principe, de deux axes qui portent chacun des lames circulaires placées en face les unes des autres. Lorsque la feuille est engagée dans ces lames, elle est pressée et coupée entre elles, guir dée dans son mouvement, comme pour la cisaille précédente, par des règles d’arrêts. Les bandes sont prises à leur sortie des premières cisailles par d’autres qui les débitent en sens contraire «gaiement à la longueur voulue et les morceaux ainsi coupés sont amenés les uns après les autres, au moyen de courroies, en dehors de la machine. Us peuvent être alors reçus dans des corbeilles, ce qui facilite beaucoup les classements ultérieurs.
- Lorsque les cartes sont tombées du couteau à main ou de la machine, elles sont terminées, sauf celles dont on veut arrondir et dorer les coins. On enlève les coins avec un emporte-pièce et on dore les coins comme les tranches des livres, en serrant les cartes en paquets et en appliquant l’or aux endroits voulus au moyen d’un mordant.
- Que les coins soient ou non dorés, il faut trier les
- cartes. On commence généralement par enlever les défectueuses, et ce n’est pas un petit travail, car le moindre défaut, surtout sur le dos ou tarot, doit faire rejeter impitoyablement la carte.
- Toutes les cartes étant triées, on les met alors par couleurs et par points. Il est bien entendu qu’il n’y a pas à s’inquiéter du tarot qui est généralement le même pour toute une série fabriquée en même temps. Les cartes défectueuses sont comptées et doivent être portées au compte fourni à l’Administration des contributions à laquelle le fabricant est tenu de représenter en jeux le nombre de cartes qu’il a reçues en feuilles. Le nombre de feuilles est proportionné au nombre de feuilles d’as de trèfle et de valet de trèfle pour former des jeux.
- Les cartes défectueuses sont vendues au kilogramme et servent dans beaucoup d’industries qui trouvent là un excellent carton à bon marché. Nous citerons parmi les emplois les plus curieux les boites à nougat dans certaines campagnes et les fusées ou pétards bon marché qui sont formés chacun d’une carte. Albeu.
- CHRONIQUE
- U’industrle anglaise et le système métrique.—
- Nous avons toujours pensé que le peuple anglais se rallierait tôt ou tard au système métrique, et que le gouvernement ultra-traditionniste de Sa très gracieuse Majesté se trouverait dans l’obligation de suivre l’impulsion qui lui était donnée par les savants. Le moment de cette évolution, presque une révolution, est cependant plus proche que l’on ne serait tenté de le croire, par suite d’une nouvelle politique industrielle adoptée par quelques constructeurs anglais qui ne tarderont pas à trouver rapidement un grand nombre d’imitateurs. En présence des difficultés rencontrées par ces constructeurs pour l’écoulement de leurs produits dans certains pays faisant exclusivement usage du système métrique, et qui ne comprenaient absolument rien au système compliqué, presque inextricable, des mesures anglaises, la maison Willans et Robinson de Thames Ditton, constructeurs bien connus de moteurs à vapeur, et M. Charles Louis Rett, de la Turbine Foundry, Rrigg, ont adopté les unités métriques de mesure pour la construction de toutes leurs machines. En vue de ménager la transition, on se contentera d’indiquer les cotes des types déjà existants en centièmes de millimètre, mais les types construits dans l’avenir seront établis en millimètres. Nous pouvons nous féliciter de cette décision au point de vue de la propagation du système métrique, mais il est à craindre que notre industrie n’en ressente le contre-coup sous forme d’une diminution de ses exportations de machines à vapeur et hydrauliques. Quoi qu’il en soit, nos constructeurs sont prévenus de ce changement inattendu dans les traditions delà construction anglaise; ils feront bien d’agir de façon à parer le coup que ce changement a pour but non dissimulé de leur porter.
- Une ancienne locomotive anglaise. — En 1850, RofretL. Stevens président et ingénieur en chefduCamden and Amboy Railroad, visitait l’Angleterre en vue de se renseigner aussi complètement que possible sur les questions de chemins de fer, alors toutes nouvelles.il assista, en parli-I cuber, auxexpériences faites par la P/rt/ietdeStephenson, et
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- enthousiasmé par le succès de cette locomotive, il en commanda une identique pour son pays. Cette locomotive, le John Bull, propriété actuelle du gouvernement des Etats-Unis, est un des plus riches trésors de la collection de Washington National Muséum. Celte locomotive vient d'acquérir un intéressant regain d’actualité par le fait qu’elle a été remise en pression pour se transporter elle-même, sur rails, de New-Jersey à Chicago, en remorquant deux vénérables wagons de la même époque. Ce voyage s’est accompli sans incident, dans le temps prévu, malgré une pluie continuelle, et le mécanicien, chargé de conduire ce train antique et solennel, a déclaré que la locomotive répondait avec une remarquable docilité à tout ce qu’on pouvait lui demander. Elle a naturellement été fourbie pour la circonstance avant son départ, mais elle n’a reçu aucune modification depuis qu’elle a quitté les ateliers de George et Robert Stephenson à Newcastle-on-Tyne pour arriver à Philadelphie en août 1851, il y a près de soixante-deux ans.
- Les progrès du gaz naturel en Amérique. —
- L’indus'rie du gaz naturel aux États-Unis représente actuellement un capital d’environ un demi-milliard. Ce chiffre élevé a conduit un ^statisticien à établir l’historique des applications de cet intéressant produit industriel, et il a retrouvé les dates suivantes :
- 1821. Première application à l’éclairage à Fredonia (New-York).
- 1858. — au chauffage à Findlay (Ohio).
- 1841. — à la fabrication du sel (West Virginia.)
- 1860. — à la production de la vapeur à Oil Creek (Pennsylvania).
- 1870. — comme combustible domestique, à bord du lac Erié.
- 1873. — à la fabrication du fer à Leechburg (Pennsylvania).
- 1883. — à la fabrication des glaces, Creighton
- (Pennsylvania).
- 1883. Première canalisation pour une distribution générale à Pittsburg.
- C’est en 1884 que l’on fit la découverte d’importants gisements à Findlay (Ohio), et en 1885 au centre del’Indiana.
- La terre d’infusoires. — On connaît les services que rend la terre d’infusoires comme absorbant dans la fabrication de la dynamite ; comme calorifuge dans les tuyaux de vapeur, les glacières ; comme réfractaire pour les coffres-forts; comme matière inerte et absorbante, etc. Voici, d’après la Revue de chimie industrielle, quelques détails sur cette terre légère et fine que l’on exploite activement à Celle (Hanovre) et à Klicken (Anlialt), pour le compte de la Société des mines réunies de Kiesèlguhr et de Rheinhold. Dans ces deux mines, la terre d’infusoires se trouve à une profondeur de 1 à 5 mètres au-dessous de la couche de sable. Elle présente des dépôts en forme de cuvettes, atteignant jusqu’à 20 mètres d’épaisseur. Ces dépôts présentent trois qualités de terres d’infusoires, formant autant de couches : la première est blanche, la seconde est grise et la troisième est verte. Cette dernière a une composition spéciale; elle contient jusqu’à 40 pour 100 de poussières de fleurs de sapin, de boutons de fleurs diverses et des feuilles. La terre d’infusoires n’est jamais mélangée avec de la glaise ; elle contient quelquefois une petite quantité de sable siliceux. La terre d’infusoires contient plus de trente espèces d’infusoires. Le plus grand n’atteint pas 16 centièmes de millimètre et le plus petit 2 centièmes de millimètre de longueur; 1 mètre cube en renferme 1200 millions. La terre d’infusoires est légère, mauvaise conductrice de la chaleur, très absorbable, très réfractaire et imputrescible. Elle peut absorber cinq fois son poids d’eau sans se déliter.
- Constructions modernes. — Le Gas Warlet signale une heureuse innovation apportée dans l’aménagement des habitations modernes. Un îlot de maisons en construction à Aix — Aix-la-Chapelle probablement — est étudié de telle façon que toutes les maisons qui le composent seront chauffées par la vapeur d’échappement d’un moteur à vapeur actionnant une dynamo qui servira à l’éclairage, tandis que tous les fourneaux de cuisine seront chauffés au gaz. Il n’y aura donc pas de cheminées ni de fourneaux, et il n’entrera pas un seul charbonnier ni un seul morceau de charbon dans ces immeubles. Nos lecteurs apprécieront comme il convient tous les avantages de cet ensemble si bien entendu de distribution. Les seuls délicats qui n’aiment pas encore la cuisine au gaz auront le droit de se plaindre et d’habiter ailleurs.
- Le nickel de la Nouvelle-Calédonie. — D’après un rapport du consul belge à Nouméa, sur une étendue de 2 millions de kilomètres carrés, il y en a 800 000 dans lesquels se trouve du nickel. Le dixième de cette étendue a été concédé à des compagnies minières, et, sur cette quantité, 20 000 kilomètres carrés sont actuellement en exploitation. La composition du minerai de nickel est du silicate hydraté de nickel et de magnésie, sans aucune trace d’arsenic. 11 contient 8 à 10 pour 100 de métal et l’on a même trouvé des échantillons contenant jusqu’à 16 pour 100. La valeur du minerai moyen, rendu au port d’embarquement, est d’environ 100 francs la tonne. La Nouvelle-Calédonie a exporté, en 1890, 5000 tonnes de minerai de nickel, 1500 tonnes de chromate de fer, 700 tonnes de cobalt, 210 tonnes de quartz aurifère.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 mai 1893. — Présidence de M. Lœwt.
- L'Histoire de la chimie. — M. Berthelot vient de consacrer à l’histoire des connaissances chimiques trois volumes in-4° dans lesquels il traite de la période du moyen âge. Le premier volume embrasse l'intervalle de temps qui s’écoule entre la chute de l’Empire romain et le treizième siècle; le deuxième volume est consacré à l’alchimie syriaque ; le troisième à l'alchimie des Arabes. Cet ouvrage n’est pas une chronologie de faits habilement groupés, mais au contraire un recueil de documents, pour la plupart originaux, dont l’auteur a pu tirer des déductions absolument nouvelles. Ainsi il a existé un ensemble ininterrompu de traditions chimiques, depuis la chute de l’Empire romain jusqu’au treizième siècle. Ces connaissances très diverses sont renfermées dans les traités spéciaux relatifs aux arts et métiers, et c’est là que M. Berthelot est allé les chercher pour les mettre à jour. Le deuxième volume est la traduction de manuscrits syriaques conservés dans la bibliothèque du Muséum. Or ces manuscrits sont eux-mêmes une traduction syriaque des écrits des alchimistes grecs, et, à ce titre, ils sont précieux parce qu’ils nous restituent des œuvres aujourd’hui disparues ou fort incomplètement connues. Enfin du troisième volume dévolu à l’alchimie des Arabes, ressort cette conclusion inattendue que les Arabes n’ont pas été pour l’Europe des initiateurs et qu’ils n’ont fait que traduire les écrivains grecs en dissimulant les faits sous des symboles. Puis les textes arabes sont revenus en Europe et ont donné lieu à des commentaires et à des interprétations dans lesquelles les alchimistes d’üccident se sont con-
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- sumés. Enfin M. Berthelot profite de l’occasion pour établir que toutes les œuvres latines de Geber sont apocryphes. 11 explique cette particularité en remarquant qu’au quatorzième, quinzième et même seizième siècle, un savant qui publiait un ouvrage, afin de donner du-poids à son œuvre, l’attribuait assez communément à quelque homme célèbre mort depuis longtemps.
- L'humidité du sol. — A propos des expériences relatées dans la dernière séance sur la quantité d’eau contenue dans la terre végétale, M. Reiset expose qu’en 1887, à la suite d’une longue période de sécheresse, il eut l’idée d’aborder cette question. Pendant le mois de juin, la quantité d’eau tombée avait été de 26 millimètres au lieu de 75 et pendant le mois de juillet de 3 au lieu de 72, année normale. Néanmoins des blés purent mûrir dans une terre arable qui ne contenait plus que lgr,22 d’eau pour 100 grammes de terre, tandis que le gazon périt dans nn sol qui renfermait 6sr,8 d’eau pour 100 grammes. M. Reiset conclut donc que le blé, au moins à cette phase de son développement, présente une résistance à la sécheresse beaucoup plus considérable que les plantes vertes.
- Gisement de phosphate d’alumine. — M. Gautier communique des résultats d’exploration du gisement de phosphates de chaux et d’alumine qu’il a découvert dans la grotte de la Minerve. Il rappelle que selon ses remarques ces phosphates sont d’origine ' animale et que le phosphate de chaux s’y présente à l’état bibasique et cristallisé, forme sous laquelle on ne l’avait encore rencontré que sur un îlot à guano de la mer des Antilles. En creusant des puits et des galeries dans la grotte de la Minerve, on a ‘ mis à jour une substance crémeuse, essentiellement plastique, qui se concrète à l’air : c’est du phosphate d’alumine pur, c’est-à-dire une matière identique à la turquoise. Voici donc encore une substance également très rare, .extraite de cette grotte de la Minerve, et cette matière minérale est d’origine animale. M. Gautier rappelle que Réaumur a déjà manifesté l’opinion qu’il existait de la topaze d’origine animale.'
- Varia. — M. Bigourdan rend compte de la manière dont il a pu s’acquitter de sa mission pour l’observation de la dernière éclipse de soleil.
- Décès. — L’Académie enregistre la nouvelle de deux décès : celui de M. Kummer, associé étranger, et celui de M. Gasparin, membre correspondant.
- Election. —M. Wiedemann, de Leipzig, est élu membre correspondant de la section de physique. Étaient présentés
- en deuxième ligne : MM. Stoletof de Moscou, Thalen d’Upsal et Van der Waals d’Amsterdam. Cii. de Yilledeuil.
- —**><—
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- PHOTOGRAPHIES AMUSANTES
- Un de nos lecteurs, M. E. Boellaard, capitaine d’artillerie de l’armée hollandaise, en résidence à Gorinchem, nous envoie une épreuve photographique que nous reproduisons ci-contre et qui représente deux chasseurs portant un lièvre, d'une dimension prodigieuse. Il s’agit d’une illusion; le lièvre est un lièvre ordinaire. Voici comment s’obtient ce résultat. La photographie est simplement faite en une seule pose. Le lièvre est pendu par une cordelette mince, à quelques mètres en deçà des deux chasseurs. 11 se trouve
- Les chasseurs et le lièvre monstre.
- (Fac-similé (l’une photographie amusante de M. le capitaine hollandais Boellaard.)
- ainsi pins près de l’appareil que les personnages; on a soin de le placer de telle façon que ses pattes se trouvent bien à hauteur de la barre de suspension tenue par les deux chasseurs. La cordelette de suspension qui se trouve impressionnée comme le reste, est facilement effacée par une retouche sur le cliché ou sur les positifs. On a eu soin de disposer l'ensemble à photographier de telle manière que la cordelette ait derrière elle un fond un peu noir, comme un tronc d’arbre, ainsi qu’il a été fait pour la photographie dont il est question ici. On sait combien il faut se méfier des elfets de premier plan, en photographie. Quand on fait le portrait d'une personne assise, il faut éviter que cette personne allonge ses jambes pour mettre en avant ses pieds qui prendraient dans leprcuvc des proportions désordonnées. Ici dans le cas de la photographie amusante, le lièvre est, au contraire, placé à dessein au premier plan.
- Nous n’insisterons pas davantage sur ces etlcts qui ont été d’ailleurs étudiés précédemment dans La Nature*.
- 1 Voy. n° 826, du 50 mars 1880, p. 288.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiek.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE
- VINGT ET UNIÈME ANNÉE — 1893
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de 1’), 15, 51, 47, 62, 70, 95, 110, 127, 143, 159, 174, 191, 206, 223, 239, 254, 271, 287, 504, 319, 335, 351, 367, 383, 599, 415.
- Accident de mer (Un curieux), 286.
- Aéronaute du siège de Paris (Plaque commémorative à la mémoire d’un), 158.
- Agamis (Les), 152.
- Age de cuivre (L’), 159.
- Aïnos (Les), 87.
- Allumette électrique (L’), 304.
- Alose et sa propagation artificielle (L’), 263.
- Anthonome du pommier et sa destruction (I/), 285.
- Apiculture (Le Congrès d'), 206.
- Apiculture (Les nouvelles méthodes d’), 337.
- Appareil distillatoire (Nouvel), 247.
- Arbres extraordinaires (Les), 224.
- Arc électrique (La température de P), 79.
- Archéologie préhistorique, 223.
- Arithmétique des Cambodgiens (L’), 178.
- Armengaud (Ch.), 350.
- Armes et les instruments en fer de l’Afrique centrale (Les), 7.
- Asile pour les chiens près de Paris (Un), 525.
- Astronomie expérimentale, 17.
- Astronomiques en février 1893 (Phénomènes), 123.
- Atmosphère (Exploration des hautes régions de 1’), 1, 32.
- Atmosphère (La température de 1’), 79.
- Azote dans les fumiers de ferme (La déperdition de 1’), 79.
- B
- Ballon captif d'appartement, 32.
- Ballon captif en baudruche, 566.
- Bananes en Amérique (Culture et consommation des), 557.
- Baratte oscillante, 179.
- Baromètre (Nouvelle forme de), 510. Barreau aimanté (Allongement d’un), 127, Bassin carré ou carré creux au Jardin des Plantes (Le), 86.
- Batteries de côte (Nouvelles), 62. Betterave (La pulpe de), 48.
- Bigraphc (Le), 283.
- Blanchiment (Applications du peroxyde de sodium au), 26.
- Blanchisserie américaine (Une), 174. Blessures d’armes à feu (Les), 399.
- Bois (Puissances calorifiques des), 258 Bois aux États-Unis (L’exploitation du', 192.
- Bois aux États-Unis (La vulcanisation des), 583.
- Bolide (Photographie de), 254.
- Bore (Dosage du), 399.
- Bouclier-cuirasse pour infanterie, 410.
- c
- Cacatoès (Les), 38.
- Cadrans solaires modernes (Les), 69. Cagots et la lèpre en France (Lesj, 67. Calendriers en mai 1893 (Concordance des), 351.
- Calorifiques des bois (Puissances), 238, Cambodgiens (L’arithmétiquedes), 178. Canalisation en tuyaux flexibles, 49. Canaux de Mars (Imitation artificielle de la gémination des), 17.
- Candolle (Alphonse de), 318.
- Carbone (Dosage physiologique de l’oxyde de), 175.
- Carbone (La cristallisation du), 174. Carbone sous une forte pression (Prépa-tion du), 225.
- Carborundum (Le), 290.
- Carie dentaire infectieuse, 143.
- Cartes (Un nouveau jeu de), 158. Cartesà jouer (Les), leur fabrication, 411. Cartes en aluminium, 270.
- Castor (Le), 511.
- Cèdres du Liban (Les plus vieux), 95,191.
- Cerf-volant de Dudley Ilill aux États-Unis (Le grand), 361.
- Cétacés des côtes de France, 171.
- Chaleur spécifique du bore (La), 367.
- Chambre claire perfectionnée (Nouvelle), 147.
- Chapeaux mercuriels (Les), 63.
- Chariots d’artillerie de pare à traction à vapeur (système Serpollet), 521.
- Chasses en Autriche-Hongrie (Les grandes), 106.
- Châssis-magasin pour glaces ou pellicules, 124, 125.
- Château de Saint-Cloud (Le), 115.
- Chats sans queue (Une race de), 227.
- Chauffage des omnibus de Paris (Appareil de), 141.
- Chauffage des wagons (Nouveau système de), 363.
- Chemin de fer bolivien (Inauguration du premier), 63.
- Chemin de fer de Beira (Le), 95.
- Chemin de ter électrique aérien de Li-verpool (Le), 345.
- Chemins de fer (La plus ancienne ligne allemande de), 319.
- Chemins de fer à grande altitude dans les Andes, 118.
- Chemins de fer et la fréquentation des diverses classes (Les tarifs des), 139.
- Chemins de fer stratégiques en France (Lés), 343.
- Chimie (Histoire de la), 415.
- Chimpu (Le), 11.
- Choléra propage par les mouches (Le), 206.
- Christophe Colomb de la galerie de Va-lençay (Le portrait de), 257.
- Chrome (La préparation du), 15, 45.
- Ciel (La carte du), 287.
- Circulation (Accélération de a), 143.
- Crapaud (Toxicité du sang de), 584.
- Colis postaux d’Angleterre (Statistique des), 110.
- Comète Holmes (La), 77.
- Comètes (Le dédoublement des), 323.
- 27
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Compas à tracer les spirales, 327.
- Compas synoptique des abordages, 397.
- Compteur de distances parcourues pour vélocipèdes, 380.
- Condiment africain (Un), 206.
- Conférence de M. Raoul Pietet (Une), 355.
- Confetti et serpentins, 229.
- Congrès d’apiculture (Le), 206.
- Congrès sanitaire de Dresde (Le), 367.
- Constructions modernes, 415.
- Copaïers (Les), 319.
- Coquilles de pèlerin (Les), 170.
- Cordes en fibres de bois, 14.
- Cornes chez les espèces bovines (Suppression des), 138.
- Corre contre Terront, 210.
- Coton antiseptique (Le), 271.
- Coton sur le mercure (L’action du), 239.
- Couleurs (La perception des), 15.
- Couleurs (Photographie des), 336, 390.
- Coupe-vent, 186.
- Courants telluriques (Étude des), 78,238.
- Coureurs dans les régiments d’infanterie de marine, 191.
- Couronne solaire (La), 400.
- Course à pied de Paris à Corbeil avec un fardeau de 100 kilogrammes, 272.
- Crosse de fusil évidée par les insectes (Une), 143.
- Cuirassé anglais Royal Oak (Le), 95.
- Cultures coloniales (Les), 310.
- Cyclone de Madagascar du 20 février 1893 (Le), 302.
- Cyprès géant de Saint-Rémy (Bouches-du-Rhône (Le), 224.
- D
- Dahoméens au Champ de Mars de Paris (Les), 371.
- Danse serpentine (La), 205.
- Déboisement de la France, 239.
- Dents (Mutilation des), 198.
- Diatomées (La locomotion des), 203.
- Diamant (Analyse du), 239.
- Diamants microscopiques naturels (Les),
- 191.
- Diaphanoscopie médicale (La), 74.
- Discours de Lord Kelvin (Un), 66.
- Distribution d’eau chaude à Paris, 4.
- Distribution hydro-électrique de travail et d’énergie électrique à Anvers, 113.
- Diviseur instantané (Le), 44.
- Dosage physiologique de l’oxyde de carbone, 175.
- Drainage des terres cultivées (Le), 110.
- E
- Eau chaude à Paris (Distribution d’), 4.
- Eaux de l’Avreà Paris (L’adduction des), 327.
- Eaux-de-vie (Amélioration des), 315.
- Echecs (Le secret du jeu des), 347.
- Echecs au moyen âge (Les jeux d’), 86.
- Eclairage électrique des wagons de la Compagnie des chemins de fer du Nord, 126.
- Éclairage par les tubes de Geissler (L’), 303.
- Éclipse de lune observée au Tonkin, 106, 127.
- Éclipse totale de soleil du 16 avril 1893, 259, 271, 274, 335, 351, 366.
- Ecriture (La finesse de F), 334, 398.
- Elections à l’Académie des sciences, 48,
- r 96, 144,160, 207, 239, 271, 416.
- Électricité à bord des navires de guerre, 135, 314.
- Electricité (Expériences d'), 218.
- Ëlectroculture (Expérience d’), 238.
- Electrolyse (Applications médicales et industrielles de 1’), 47.
- Eléphants (Le chasseur d’), 550.
- Eléphants fossiles du Mont-Dol, 3.
- Ellipsoïde terrestre en Russie (Irrégularités de l’), 304.
- Encre sympathique, encre lumineuse, 350.
- Epaves (Les), 542.
- Epingle de nourrice dans l’antiquité (L’), 317.
- Ethérification des alcools, 47.
- Ethnographie, 11.
- Etna en 1892 (L’éruption de F), 353.
- Etoile du Cocher (La nouvelle), 27, 51.
- Etoiles et les études spectrales de M. II. Deslandrcs (La vitesse des), 275.
- Expériences de M. II. Moissan, 225.
- Expériences de MM. Sarrasin et de la Rive sur les oscillations électriques, 145.
- Exploitation du bois aux Etats-Unis (L’),
- 192.
- Exploration des hautes régions de l’atmosphère, 1.
- Exposition colombienne de 1893 (L’). Lettres de Chicago, 379, 585.
- Exposition de la Société française de physique, 338, 354.
- F
- Faucons messagers (Les), 103.
- Favus en France (Décroissance du), 46.
- Femme au rasoir (La), 143.
- Fer terrestre diamantifère, 287.
- Ferme aux Etats-Unis (Une), 131.
- Fermentation ammoniacale terrestre (La), 206.
- Fers météoriques diamantifères, 299.
- Feuilles d’arbres en remplacement des fourrages (Emploi des), 367.
- Floraison du Victoria Reqia à Vienne, 319.
- Fluorures (Préparation des), 175.
- Folie communiquée de l’homme au chien (La), 282.
- Force motrice (Projet de transmission de), 222.
- Forts de la Halle (Les), 272.
- Foudre (Comment on trompe la), 382.
- Foule (Le poids d’une), 366.
- Fourneau à essence de pétrole, 43.
- Fours électriques (Les), 225, 254, 273.
- Fraîcheur artificielle, 391.
- Fumiers (L’amélioration des), 127.
- Fusil évidée par les insectes (Une crosse de), 143.
- G
- Gaz naturel en Amérique (Les progrès du), 415.
- Germination (Influence de la pression sur la), 336.
- Gisement de phosphate d’alumine, 416.
- Gisement de phosphate de chaux (Origine d’un), 367.
- Glace (Fabrication de la), 386.
- Glaces de fond (Les), 130, 179.
- Glacier souterrain de Naye en Suisse (Le),
- 66.
- Golfe de Guinée (Au fond du), 23.
- Gorges de l’Ardèche (Les), 407.
- Graphite (Recherches sur le), 271.
- Gravité (Variation diurne de la), 159.
- Grotte du Jaur (La), 231.
- Guêpes et les raisins (Les), 151.
- Guêpes graveurs (Les), 3.
- Guillemin (A.), 107.
- Guillemin (E.), 350.
- Gulta-percha (Nouveau mode d’extraction de la), 394.
- H
- Haches de bronze découvert en Bretagne (Trésor de), 147.
- Hachette (G.), 63.
- Hémérographe, 147.
- Hippomètre (L’), 149.
- Histoire de la Chimie, 415.
- Holothuries (Une nouvelle espèce d’), 254.
- Homme préhistorique dans la grotte d’Antélias, au Liban (Syrie) (L’), 341.
- Homme-vapeur (L’), 368.
- Hôtels de marins en Angleterre (Les),
- 193.
- Houille sous la Manche (La), 142.
- Houillère nouvelle en Angleterre, 15.
- Huile à la mer (Filage de F), 358.
- Huiles grasses dans les graines (Le rôle des), 127.
- Huîtres (La coloration des), 175.
- Huîtres (La viridité des), 258.
- Humidité du sol (L’), 416.
- Hydrodynamique expérimentale, 359.
- llyperoodon (L’), 171.
- I
- Ichthyosaurus Burgundiæ (L’), 553.
- Ile qui disparaît (Une), 15.
- Iles Samoa et les Samoans (Les), 291.
- Illusion d’optique (Une), 63.
- Images latentes révélées par l’haleinc, 262.
- Incendies dus à des causes extraordinaires, 195.
- Influenza à Paris en 1404 et 1414 (L’),
- 110.
- Infusoires (La terre d’), 415.
- Injections hypodermiques de liquide organique, 351.
- Instruments de musique (Nouveaux), 375.
- Isolement des câbles en 1850 (Comment on vérifiait F), 94-
- J
- Jaquette d’un alpiniste et les glaciers du Mont-Rose (La), 142.
- Jeux (Origine des). Le Koucn-gcn chinois, 211.
- Joues chez les souffleurs de verre et dans Fart (Dilatation des), 198.
- Jouets scientifiques (Les), 32, 160, 240-
- Journal anglais The Times (Le), 202.
- Jubilé de M. Pasteur (Le). 27 décembre 1892, 65.
- Jupiter (Le cinquième satellite de), 502.
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-
-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 419
- K
- Kanguroo boxeur (Le), 144.
- Kilimandjaro dans l’Est africain (Le), 387.
- L
- Lac extraordinaire (Un), 383.
- Lacs de Mansfeld (Les), 94.
- Lait stérilisé (Le), 170.
- Lapins grimpeurs et nageurs d'Australie, 14.
- Latitude géographique (Variabilité de la), 158,
- Lave (La température de la), 235.
- Ligne de Sceaux vers le centre de Paris (Le prolongement souterrain de la), 91.
- Liquides magnétiques (Expériences de cours sur les), 298.
- Liquides étudié par la chronophotogra-phie (Le mouvement des), 359.
- Littoral finlandais (Relèvement du), 191.
- Locomotive anglaise (Une ancienne), 414.
- Locomotive américaine (Une), 289.
- Locomotive du chemin de 1er du Nord (La nouvelle), 399.
- Locomotives (Le sifflet des), 318.
- Locomotives à grande vitesse de la Com-gnie des chemins de fer de l’Est à chaudière Flaman, 330.
- Lumière et algues microscopiques, 151.
- Lunettes d’atelier, 244.
- M
- Machines à peindre (Les), 385.
- Machine à percer des trous carrés, 197.
- Machines à peindre, 385.
- Maisons de verre (Les), 211.
- Marne (Alfred), 330.
- Manganèse au Caucase (La production de), 223.
- Manteaux gris de l’armée allemande, 14.
- Marais (Dessèchement des), 79.
- Marine allemande pour 1893-1894 (Budget de la), 271.
- Marins à Portsmouth (La maison des), 350.
- Marins en Angleterre (Les hôtels de), 193,
- Match vélocipédique (Un grand), 210,255.
- Mécanique (Problèmes de), 59.
- Métaux (La pulvérisation des), 349.
- Métaux réfractaires (Préparation de), 207. 225.
- Météorite de Kiowa (La), 223.
- Météorite diamantifère, 48.
- Météorites (La structure des), 207.
- Mètre (Nouvelle expression du), 335.
- Métropolitain électrique de Li verpool (Le), 46.
- Microbes (Elimination mécanique des), 79.
- Micromètre peu coûteux (Un), 195.
- Micro-organismes par la force centrifuge (Séparation des), 150.
- Mission Dybowski (La), 7, 55.
- Molécules à l’intérieur des liquides ( Mouvement des), 351.
- Monnaie (Multiplication des pièces de),48.
- Monuments bouddhistes d’extrême Orient, 251.
- Morphine (Un succédané de la), 111.
- Mort apparente (La), 181.
- Mortaiseuse, 27.
- Mosquée de Kairouan en Tunisie (La grande), 405.
- Moteur rotatif (Un nouveau), 261. Mouvements inconscients (Les), 398. Muscles (Le travail des), 90.
- Mygale de la Ménagerie du Muséum (La), 97.
- N
- Natation à eau chaude d'hiver et d’été (Écoles de), 161.
- Natation de la raie (Mouvements de), 177.
- Naufrage d’un torpilleur, 185.
- Navire à la dérive (Un), 142.
- Navire en bois du monde (Leplus grand),
- 254.
- Nécrologie, 62, 107, 174, 305, 318, 330, 350.
- Niaouly et l’essence de eajeput (Le), 286.
- Nickel de la Nouvelle-Calédonie (Le), 415.
- Nuages lumineux, 31.
- O
- Observatoire du Mont-Blanc (L’), 15.
- Obturateur Otto Lund, 123.
- Officiers interprètes en Allemagne (Les), 158.
- Oiseaux-trompettes (Les), 152.
- Omnibus de Paris (Appareil de chauffage des), 141.
- Opium (La fumée de 1’), 51.
- Optique (Une illusion d’), 63.
- Optique atmosphérique observé dans les Alpes (Phénomène d’), 58, 103.
- Oreosoma atlanticum (L’), 254.
- Oscillations électriques (Les), 145.
- Osmium et ruthénium (Fusion de 1’),254.
- Ouragans et tremblements de terre à Java et Sumatra, 270.
- Outils de boucher (Désinfection des), 303.
- Oxydes métalliques (Action d’une haute température sur les), 225.
- Owen (Richard), 222.
- P
- Paille (La fermentation de la), 79.
- Pain de terre (Le), 78.
- Palais d’hiver au Jardin d’Acclimatation du bois de Boulogne à Paris (Le), 392.
- Pancréas (L’ablation du), 271.
- Papillon géant (Un), 248.
- Parfums artificiels, 42.
- Pâris (Le vice-amiral), 305.
- Pasteur (Le Jubilé de M.), 27 décembre 1892, 65.
- Pêche du poisson frais (Diminution des rendements de la), 6.
- Peinture mécanique, 238, 385.
- Pèlerin (Les coquilles de), 170.
- Pelleteries en Sibérie (Le commerce des), 239.
- Peroxyde de sodium (Fabrication du), 26.
- Perturbations magnétiques (La simultanéité des), 90.
- Pèse-acides électriques, 287.
- Pétrole en France (Le), 81.
- Phénomène d’optique atmosphérique observé dans les Alpes, 58.
- Phosphate de chaux naturel (Le), 383.
- Phosphate d’alumine (Gisement de); 416.
- Phosphore (Procédé de dosage du), 127.
- Photographie appliquée à la topographie (La), 175.
- Photographie astronomique et le roulis des navires (La), 96.
- Photographie. Le temps de pose, 165.
- Photographie orthochromatique (La), 98.
- Photographies amusantes sur fond noir, 132.
- Photographies lunaires, 201, 223.
- Photographie solaire, 143.
- Photographiques (Nouveautés), 123.
- Phylloxéra dans l’antiquité (Le), 111.
- Physique amusante. — La prestidigitation dévoilée. — Multiplication des piècesde monnaie. — Une illumination dans un chapeau. — Œuf et foulard. — Les billes magiques. — La malle des Indes. — Escamotage d’une pomme et d’une quille. —Voyage d’une pièce de monnaie. — Le cadre au sable, 48, 80, 128, 175, 207, 288, 320, 384.
- Phytoptose de la vigne, 219.
- Pierre lithographique de l’Ain (La), 207.
- Pigeons éoliens de Pékin (Les), 29.
- Pilotis par les tarets (Destruction des),
- 127.
- Pisciculture (Les progrès de la), 263.
- Plaies en chirurgie (Le flambage des), 163.
- Plan incliné automobile à New-York,
- 221.
- Plantes (La respiration des), 32.
- Plaque commémorative à la mémoire d’un aéronautedu siège de Paris, 158.
- Pluies (Abondance des), 174.
- Pneumonie contagieuse des bœufs (La), 159.
- Poissons (L’acclimatation des), 351.
- Pompe élévatoire rotative, 306.
- Pont par chemin de fer (Le transport d’un), 404.
- Ponts (Une cause peu connue de la chute des), 574.
- Pont-tournant du Pollet, à Dieppe (Le), 377.
- Population aux Etats-Unis (Le développement de la), 34.
- Port d’Aden (Le), 47.
- Port de Bilbao (Les travaux d’amélioration du), 50,108, 183.
- Pose en photographie (Le temps de), 165.
- Pouvoir rotatoire des liquides (Action de la température sur le), 191.
- Préhistoriques (Découverte d’objets), 239.
- Presses à forger (Les), 307.
- Prix Hodgkins (Le), 382.
- Problèmes de mécanique, 59.
- Pulvérisation (La), 35.
- R
- Raie (Les mouvements natatoires de la),
- 128, 177.
- Récif-Barrière d’Australie (Grand), 339.
- Réclames électriques, 31.
- Récréations photographiques, 64, 132.
- Iledier (A.), 107.
- Refuge souterrain de Fontaine-Ozillac (Charente-Inférieure), 355.
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-
-
-
- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Reliefs du sol sur la formation des dé pressions atmosphériques (Influence des grands), 154.
- Résistance de l’air (Importance de la), 186.
- Résumé annuel du Président de l’Académie des sciences, 95.
- Rideau électrique de la Comédie française, 111.
- Rivières au moyen des outres (Le passage des), 281.
- Roches à figures animées (Les), 104.
- Rucher du Luxembourg (Le), 381.
- Ruthénium (Composés du), 166, 225.
- Ruthénium fondu (Propriétés physiques du), 250.
- S
- Sailors’homes, 193.
- Sandales en paille de maïs, 190.
- Sang (La spermine du), 271.
- Satellite de Jupiter (Le cinquième), 502.
- Science amusante (La). Les mouvements inconscients. 398.
- Science au théâtre (La). Le rideau électrique de la Comédie-Française. La danse serpentine, 111, 205.
- Science pratique (La). — Fermetures avertisseurs. — Mortaiseuse. — Fourneau à essence de pétrole. — Diviseur instantané. — L’allumette électrique,
- . 11,27, 43, 44, 504.
- Serins (L’élevage et le commerce des) ,213.
- Serpentins et confetti, 229.
- Siemens (Werner), 45.
- Société centrale d’apiculture et d’insec-tologie (La), 381.
- Sodium (Fabrication du peroxyde de), 26.
- Sœurs Radica-Doodica (Les), 33.
- Sol (L'humidité du), 383,416.
- Sol (La nitrification naturelle du), 599.
- Solanées à cultiver, 53.
- Soleil en décembre, 50.
- Soleil en mars 1893, 203.
- Spondyle (Les yeux du), 599.
- Statue métallique de Daïbulsu au Japon (La), 303.
- Statues couchées de Bouddha (Les), 251.
- Steamers brise-glace (Les), 129.
- Sucre dans l’organisme (Le rôle du), 191.
- Surmulot de l’ancien monde (Le), 385.
- Système métrique (L’extension du), 294.
- Système métrique (L’industrie anglaise ! et le), 414.
- Systèmes thermométriques (Les), 50.
- T
- Tapir à dos blanc (Le), 241.
- Tarifs des chemins de fer et la fréquentation des diverses classes, 139.
- Télautographe (Le), 323.
- Téléphonique en France de 1890 à 1891 (Service), 206,
- Téléphote (Un nouveau), 231.
- Température d’un lac du Mont-Blanc, 287.
- Température et la sécheresse du mois d’avril 1893 (La), 367.
- Températures (Effets des hautes), 47.
- Temps (Prédiction du), 47, 95,
- Terrains à Sandgate (Glissements de), 247.
- Terrains en montagne (La restauration des), 19.
- Terre (Le pain de), 78.
- Thé (La culture du), 375.
- Théâtres d’automates en Grèce au deuxième siècle avant notre ère (Les), 245.
- Thermomètres pour la mesure des basses températures, 134.
- Thermométriques (Les systèmes), 50.
- Timbre-poste en l’honneur de Christophe Colomb (Un), 46.
- Timbres-poste des Etats-Unis (Les nouveaux), 315.
- « Tintinnabula » (Les). Un fouet « tin-tinnabulum », 395.
- Tir de Fontainebleau (Le champ de), 70.
- Tissus impénétrables aux balles de fusil (Les), 367.
- Titan électrique (Le), 183.
- Tonnage des gros navires dans l’antiquité (Le), 369.
- Torpilleur (Naufrage d’un), 185.
- Torrents (L’extinction des), 19.
- Tortue de mer capturée en Bretagne, 400.
- Tortue de terre gigantesque à l’île Maurice, 356.
- Touage par adhérence magnétique système de Bovet, 401.
- Tramway électrique chasse-neige, 16.
- Transport des enfants malades des hôpitaux de Lyon (Wagon pour le), 146.
- Transport des maisons aux États-Unis, 335.
- Transport d’un pont par chemin de fer (Le), 401.
- | Travail des vélocipédistes, 186, 546.
- Travail extraordinaire (Une journée de). 503.
- Tremblements de terre à l’île de Zantc, 190.
- Trempe des métaux (Nouveau procédé pour la), 254.
- Trésor de Ségou (Le), 278.
- Typhus (L’épidémie de), 334.
- ü
- Usine électrique du secleur des Champs-Élysées à Paris (L’), 295.
- V
- Vagues de la mer à la jetée du Socôa, Saint-Jean-de-Luz, 166.
- Van Rysselberghc, 174.
- Vapeur (Chariots d’artillerie de parc à traction à), 321.
- Vapeur pétrolier construit en France (Le premier), 583.
- Végétation à la station agronomique de Grignon (Les cases de), 83.
- Vélocipède et la résistance de l’air (Le), 93.
- Vélocipèdes (Fabrication des), 215, 235, 266.
- Vélocipédistes (Travail des), 186.
- Vélocipédique (Un grand match), 210, 253.
- Verre (Maisons de), 211.
- Verre (Soufflage du), 583.
- Vers du biscuit de troupe (Les), 75.
- Vers gris (Destruction des), 287.
- Viaduc de Pecosaux États-Unis (Le), 209.
- Vigne (Phytoptose de la), 219.
- Vignes plantées dans le Morbihan (Premières), 15.
- Village préhistorique (Un), 304.
- Vin de Champagne (Le), 14.
- Violoncelle-piano (Le), 51.
- Vipère nasicorne au Muséum d’histoire naturelle de Paris (La), 15.
- Visuelle (Mesure de la force), 271.
- Viti’cs armées (Les), 157.
- Voies ferrées au Mexique (Nouvelles), 547.
- Voyage du commandant Monleil dans l’Afrique centrale, 165.
- Y
- Yard (Le), 391.
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-
-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Aiglon (M. d’). — Les coquilles de pèlerin, 170.
- Alber. — Les cartes à jouer. Leur fabrication, 411.
- Arciducoxo (S.). — Leruption de l’Etna en 1892, 353.
- Bâclé (L.). — Le prolongement souterrain de la ligne de Sceaux vers le centre de Paris, 91. — Chemins de fer à grande altitude dans les Andes, 118.
- Haldet (Numa). — Le flambage des plaies en chirurgie, 163. — La folie communiquée de l’homme au chien, 282.
- Barbusse (Adrien). — Le trésor de Ségou, 278.
- Baodry de Saunier (L.). — Un grand match vélocipédique. Corre contre Terront, 210.
- Bellet (Daniel). — Les travaux d’amélioration du port de Bilbao, 50, 108, 183. — Les grandes chasses en Autriche-Hongrie, 106. — Les tarifs des chemins de fer et la fréquentation des diverses classes, 139. — Les vitres armées, 157. — L’élevage et le commerce des serins, 213. — Un curieux accident de mer, 286. — Culture et consommation des bananes en Amérique, 357. — Une cause peu connue de la chute des ponts, 374. — Le transport d’un pont par chemin de fer, 404.
- Binger (L. G.). — Au fond du golfe de Guinée, 22.
- Bleunard (A.). — Parfums artificiels, 42.
- Bordage (Edmond). — Un papillon géant, 248.
- Boule (Marcellin). — L’Ichthyosaurus Burgundiæ, 333.
- Brongniart (Ch.). — La mygale de la ménagerie du Muséum, 97.
- Cartaz (Dr A.). — Les sœurs Radica-Doodica, 33. — La dia-phanoscopie médicale, 74. — La mort apparente, 181. — L’épidémie de typhus, 334.
- Charlon (A.). — Le pétrole en France, 81.
- Chateau (Ctp.). — Photographie. Le temps de pose, 165.
- Chevrier (G.). — Les guêpes graveurs, 3.
- Claine (J.) Les « tintinnabula ». Un fouet « tintinnabulum » 395.
- Clément (A.-L.). — Le rucher du Luxembourg. La Société centrale d’apiculture et d’insectologie, 381.
- Cornié (Gaston). — Fabrication des vélocipèdes, 215, 235, 266.
- Coupin (Henri). — Solanées à cultiver, 53. — Lumière et algues microscopiques, 151. — Cétacés des côtes de France; l’hyperoodon, 171. — La locomotion des diatomées, 203.— L’anthonome du pommier et sa destruction, 285. — L’épingle de nourrice dans l’antiquité, 317. — Le grand Récif-Barrière d’Australie, 339.
- Crépeaux (C.). — Le violoncelle-piano, 51. — L’hippomètre, 149. — Nouveaux instruments de musique, 375.
- Dary (Georges). — Nouvelles batteries de côte, 62. — L'électricité à bord des navires de guerre, 314.
- Decaux (Dr Ch.). — Les vers du biscuit de troupe, 75.
- Dehérain (11.). — La grande mosquée de Kairouan en Tunisie, 405.
- Dehérain (P.-P ). —Les cases de végétation à la station agronomique de Grignon, 83. °
- Delaiiaye (Pu.). — Incendies dus à des causes extraordinaires. 195.
- Dei.isle (Dr F.). La mission Dybowski. Parure et industries diverses, 55.
- Deniker (J.). — Les îles Samoa et les Samoans, 291.
- Derosne (Cii.). — Les nouvelles méthodes d’apicullure, 337.
- Espitallier (G.). La vitesse des étoiles et les études spectrales de M. H. Deslandres, 275.
- Iatio (Victor). Phénomène d’optique atmosphérique observé dans les Alpes, 105.
- Fleurent (E.). — Baratte oscillante, 179.
- Fourtier (IL). — La pulvérisation des métaux, 349.
- Fraissinet (A.). — La comète Holmes, 77. — Photographie lunaire, 201. — L’éclipse de soleil du 16 avril 1893, 351.
- Gahéry (Paul). — La pulvérisation, 35.
- Good (Arthur). — Jouets scientifiques. — Toupies lance-hélices, 240. — Le bigraphe, 283.
- Grignard (Géo P.). — Les nouveaux timbres-poste des États-Unis, 315.
- Guébhard (Adrien). — Les vagues de la mer à la jetée du Socoa, Saint-Jean-dc-Luz, 166.
- Guillaume (Ch.-Ed.). — L’exploration des hautes régions de l’atmosphère, 1. — Les systèmes thermométriques, 30. — Problèmes de mécanique, 59. — Les cadrans solaires modernes, 69. — Le vélocipède et la résistance de l’air, 93. — Thermomètres pour la mesure des basses températures, 134. — Les oscillations électriques, 145. — Un micromètre peu coûteux, 195. — L extension du système métrique. 294. L exposition de la Société française de physique, 338,354. — Le Yard, 391.
- Grandin (G1). — Bouclier-cuirasse pour infanterie, 410.
- Guye (C.-E.). — Moyen de déterminer expérimentalement le travail effectué par un vélocipédiste, 346.
- IIamy (E.-T.). — Le chimpu, 11. — Le bassin carré ou carré creux au Jardin des Plantes, 86. — Le portrait de Christophe Colomb de la galerie de Valençay, 257.
- Hennebert (Lieutenant-colonel). — Le champ de tir de Fontainebleau, 70. — Les théâtres d’automates en Grèce au deuxième siècle avant notre ère, 245.
- Hospitalier (E.). — Werner Siemens, 45. — Distribution hydro-électrique de travail et d’énergie électrique à Anvers, 113. Van Rysselbcrghe, 174. — Le carborundum, 290. — L’usine électrique du secteur des Champs-Élysées à Paris, 295. Chariots d artillerie de parc à traction à vapeur (système Serpollet), 321. — Le télautographe, 323. — 'Louage par adhérence magnétique système de Bovet, 401.
- Jacquot (A.). — Travail des vélocipédistes, 186.
- Jarson (A.). — Éclipse totale de soleil du 16 avril 1893, 259.
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- 422
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Joly (A.). — Propriétés physiques du ruthénium fondu, 250.
- Jourdain (S.). — La viridité des huîtres, 258.
- Juillerat (E.-P.). — La vipère nasicorne au Muséum d’histoire naturelle de Paris, 13.
- Laffargde (J.). — La science au théâtre. Le rideau électrique de la Comédie-Française, 111. — Éclairage électrique des wagons de la Compagnie des chemins de fer du Nord, 126.
- — I/électricité à bord des navires de guerre, 135. — Un nouveau moteur rotatif, 261.
- Ledieu (Alcius). — L’influenza à Paris en 1404 et 1414, 110.
- Levasseur (E.), de l’Institut. —Le tonnage des gros navires de l’antiquité, 369.
- Lézé (R.). — Séparation des micro-organismes par la force centrifuge, 150.
- Magus. — Physique amusante. La prestidigitation dévoilée :
- — Multiplication des pièces de monnaie. — Une illumination dans un chapeau. — Œuf et foulard. — Les billes magiques. — Escamotage d’une pomme et d’une quille. — Voyage d’une pièce de monnaie. — Le cadre au sable, 48, 80,128, 175, 288, 320, 384.
- Manaut (Frédéric). — Confetti et serpentins, 229. — Les presses à forger, 307.
- Marcel (Gabriel). — Le château de Saint-Cloud, 115.
- Mareschal (G.). — Distribution d’eau chaude à Paris, 4. — Nouveautés photographiques, 123. — Récréations photographiques, 132. — Expériences d’électricité, 218. — Photographie des couleurs, 390.
- Marey (J.), de l’Institut. — Mouvements de natation de la raie, 177. — Le mouvement des liquides étudié par la chro-nophotographic, 359.
- Martin (Dr Ern.). — Les pigeons éoliens de Pékin, 29. — Origine des jeux. Le Kouen-gen chinois, 211.
- Mécnin (P.). — Un asile pour les chiens près de Paris, 325.
- Meunier (Stanislas). — Imitation artificielle de la géminaiont des canaux de Mars, 17. — Fers météoriques diamantifères, 299.
- Michel (E.). — Compas à tracer les spirales, 327.
- Millet (H.) — Compas svoptique des abordages, 397.
- Nadaillac (M1* de). — Les Aïuos, 87. — Le Kilimandjaro dans l’Est africain, 387.
- NanïOüty (Max de) — La restauration des terrains en montagne et l’extinction des torrents, 19. — Les steamers brise-glace, 129. — Le plan incliné automobile de la I’ensylvania Railroad Company, à New-York, 221. Le chemin de fer électrique aérien de Liverpool, 343. — Le pont-tournant du I’ollet, à Dieppe, 577.
- Oustalet (E.). — Les cacatoès, 38. — Les agamis ou oiseaux-trompettes, 152. — Le tapir à dos blanc, 241.
- Pellissier (G.). — L’Exposition colombienne de 1893. Lettres de Chicago, 379.
- Picaud (A.). — Phytoptose de la vigne, 219.
- Plumandon. — Influence des grands reliefs du sol sur la formation des dépressions atmosphériques, 154.
- Prud’homme (M.). — Fabrication du peroxyde de sodium. Ses applications au blanchiment, 26.
- Quimaud (Paul). — Refuge souterrain de Fontaine-Ozillac (Charente-Inférieure), 355.
- Raymond (l)r Paul). — Les gorges de l’Ardèche, 407.
- P.ecxault (Dr Félix). — Les cagots et la lèpre en France, 67.
- — Dilatations des joues chez les souffleurs de verre et dans l'art, 198. — Une race de chats sans queue, 227. — Les Dahoméens au Champ de Mars de Paria, 371.
- Renard (Léon). — Les hôtels de marins en Angleterre, 193.
- Sabran (Francis). — Wagon pour le transport des enfants malades des hôpitaux de Lyon, 146.
- Sanderval (de). Un grand match vélocipédique. Corre contre Terront, 255. — Le secret du jeu des échecs, 347.
- Sarton (H.l. — Pompe élévatoire rotative, 306.
- Sauzier (Th.). — Tortue de terre gigantesque à l’île Maurice, 336.
- Sigoyer (Sinéty de). — La science pratique. Mortaiseuse, 27.
- Tertrin (Paul). — Un papillon géant, 248.
- Tissandier (Albert). — Monuments bouddhistes d’extrême Orient. Les statues couchées de Bouddha, 251.
- Tissandier (Gaston). — Ballon captif d’appartement, 32. — Phénomène d’optique atmosphérique observé dans les Alpes, 58. — Récréations scientifiques. Les menus photographiques, 64. — Le Jubilé de M. Pasteur, 27 décembre 1892, 65. — La photographie astronomique et le roulis des navires, 96. — Les roches à figures animées, 104. — Nécrologie. A. Redier. A. Guillemin, 107. — Eugène Guillemin, 350. — Les glaces de fond, 130, 179. — Voyage du commandant Monteil dans l’Afrique centrale, 163. — La science au théâtre. La danse « serpentine », 205. — Les expériences de M. Henri Moissan, 225. — Cartes en aluminium, 270. — Les forts de la Halle, 272. — Les fours électriques, 273. — La science pratique. L’allumette électrique, 304. — Le vice-amiral Paris, 305. — L’adduction des eaux de l’Avre à Paris, 327. — Le Palais d’hiver au Jardin d’Aceli-matation du bois de Boulogne, à Paris, 592.
- Vallot (J.). — La grotte du Jaur, 231.
- Varigny (Henri de). — Le castor, 311.
- Verneau (Dr). — La mission Dybowski, 7.
- Vidal (Léon). — La photographie orthoehromatique, 98.
- Villedeuil (Ch. de). — Séances hebdomadaires de l’Académie des sciences, 15, 31, 47, 62, 79, 95, 110, 127, 143, 159, 174, 191, 206, 223, 239, 254, 271, 287, 304, 319, 335, 351,367, 383, 399, 415.
- Vinot (Joseph). — La nouvelle étoile du « Cocher », 51. — Phénomènes astronomiques en février 1893, 123. — Le soleil en mars 1893, 203. — L’éclipse totale de soleil du 16 avril 1893, 274. — Le cinquième satellite de Jupiter, 502. — Le dédoublement des comètes, 523.
- West (X.). — Le développement de la population aux États-Unis, 34. — Le journal anglais « The Times », 202. — Nouveau système de chauffage des wagons, 363. — Fraîcheur artificielle, 591.
- X..., ingénieur. — La science pratique. Fermeture avertisseur, — Fourneau à essence de pétrole. — Le diviseur instantané, 11, 43, 44,— Canalisation en tuyaux flexibles, 49. — Appareil de chauffage des omnibus de Paris, 141. — Hémérographe, 147. — Naufrage d’un torpilleur, 185. — Physique amusante. — La malle des Indes, 207. — Le viaduc de Pecos aux États-Unis, 209. — Nouvel appareil dis-tillatoire, 247. — Les progrès de la pisciculture. L’alose et sa propagation artificielle, 263. — Une locomotive américaine, 289. — L’homme-vapeur, 368. — Compteur de distances parcourues pour vélocipèdes, 580. — L’Exposition colombienne de 1893. Les machines à peindre, 385.
- Z... (Dr). — Écoles de natation à eau chaude d’hiver et d’été, 161. — Images latentes révélées par l’haleine, 262. — Le grand cerf-volant de Dudley Hill aux États-Unis, 364. — La science amusante. Les mouvements inconscients, 398.
- Zumoffen (G.). — L’homme préhistorique dans la grotte d’An-télias, au Liban (Syrie), 541.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans cette table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Astronomie expérimentale. Imitation artificielle de la gémi-
- nation des canaux de Mars (Stanislas Meunier). ... 17
- La nouvelle étoile du « Cocher »..................27, 51
- Les cadrans solaires modernes (Ch.-Ed. Guillaume) ... 69
- La comète Holmes (A. Fraissinet)....................... 77
- La photographie astronomique et le roulis des navires
- (Gaston Tissandier)................................. 96
- Éclipse de lune observée au Tonkin......................106
- Phénomènes astronomiques en février 1893 (J. Vinot) . 123
- Photographie lunaire (A. Fraissinet)....................201
- Le Soleil en mars 1895 (J. Vinot).......................203
- Éclipse totale de soleil du 16 avril 1893 (A. Jarson)
- (J. Vinot) (A. Fraissinet)............... 259, 274, 366
- La vitesse des étoiles et les études spectrales de M. II. Des-
- landrcs (G. Espitallier)............................275
- Le cinquième satellite de Jupiter (J. Vinot) . .... 302
- Le dédoublement des comètes (J. Vinot) .... . 325
- ‘Éclipse de lune observée au Tonkin.................... 127
- Photographie solaire....................................143
- Amplification de photographies lunaires.................223
- La carte du ciel. ...... ...............................287
- La couronne solaire.................................... 400
- Physique générale.
- Les systèmes thermométriques (G. E. G.).................... 30
- Un discours de Lord Kelvin................................ 66
- Thermomètre pour la mesure des basses températures
- (Cii.-Ed. Guillaume)...................................134
- Ilémérographe ou nouvelle chambre claire perfectionnée
- (X..., ingénieur)......................................147
- Un micromètre peu coûteux (Ch.-Ed. G)......................196
- Nouvel appareil distillatoire............................. 247
- Propriétés physiques du ruthénium fondu (A. Joly) . , . 250
- Images latentes révélées par l’haleine (Dr Z. ) .... 262
- L’extension du système métrique (Ch.-Ed. G.). . . . 294
- Nouvelle forme de baromètre................................310
- Hydrodynamique expérimentale. Le mouvement des liquides étudié par la chronophotographie (E.-J. Ma-
- rey, de l’Institut)................................... 359
- Fraîcheur artificielle (X. West)...........................391
- La perception des couleurs................................. 15
- E/fits des h wles températures.............A ... . 47
- Une illusion d'optique.................................. 63
- Le son dans l'aluminium................................. 95
- Action de la température sur le pouvoir rotatoire
- des liquides.........................................191
- Puissances calorifiques des bois........................238
- Mesure de la force visuelle.............................271
- Nouvelle expression du mètre. ..........................335
- Mouvement des molécules à l'intérieur des liquides. 351 Le prix Hodgkins........................................382
- Électricité théorique et appliquée.
- Tramway électrique chasse-neige......................... 16
- Préparation du chrome métallique par électrolyse. . . 43
- Distribution hydro-électrique de travail et d’énergie
- électrique à Anvers (E. Hospitalier)....................113
- Éclairage électrique des wagons de la Compagnie des
- chemins de fer du Nord (J. Laffargue)...................126
- L’électricité à bord des navires de guerre (J. Laf-
- fargue)........................................... . 135
- Les oscillations électriques. Expériences de MM. Sarasin
- et de la Rive (Ch.-Ed. Guillaume).......................145
- Le titan électrique du port de Bilbao (Daniel Bellet). . 183
- Expériences d’électricité. Curieuse source d’électricité. Communication téléphonique sans ligne spéciale
- (G. Maresciial).........................................218
- Les expériences de M. Henri Moissan. Nouveau four
- électrique (Gaston Tissandier)..........................225
- Un nouveau téléphote.......................................231
- Les fours électriques (Gaston Tissandier)..................273
- Le carborundum (E. H.).....................................290
- L’usine électrique du secteur des Champs-Élysées à
- Paris (E. Hospitalier)..................................295
- Expérience de cours sur les liquides magnétiques . . 298
- L’électricité à bord des navires de guerre (G. Dary) . . 314
- Le télautographe (E. II.)..................................323
- Le chemin de fer électrique aérien de Liverpool (Max
- de Nansouty)........................................... 343
- louage par adhérence magnétique système de Bovet
- (E. Hospitalier)........................................401
- Réclames électriques....................................... 31
- Le métropolitain électrique de Liverpool................... 46
- Applications médicales et industrielles de l'électro-
- lyse.................................................... 47
- Étude des courants telluriques...................... 78, 238
- La température de l’arc électrique......................... 79
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-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 42 i
- Comment on vérifiait l’isolement des câbles en 1850.
- Allongement d’un barreau aimanté...................
- Le service téléphonique en France en 1890 et 1891 .
- Expérience d’élcctroculture........................
- Pèse-acides élèctriques............................
- L’éclairage par les tubes de Geisslcr..............
- Comment on trompe la foudre........................
- Photographie.
- La photographie astronomiquecl le roulis des navires (G. T.) La photographie orthochromatique (Léon Vidal) .... Nouveautés photographiques. Obturateur Otto Lund. Chassis-magasin pour pellicules. Châssis-magasin pour
- glaces ou pellicules (G. Mareschal).............
- Récréations photographiques. Photographies amusantes
- sur fond noir. Photographies amusantes......132,
- Photographie. Le temps de pose (Cvp. Chateaü). . . . Hydrodynamique expérimentale. Le mouvement des liquides étudié par la chronopliotographie (E.-J. Marey).
- Photographie des couleurs (G. Mareschal)...........
- Photographie solaire...............................
- La photographie appliquée à la topographie . . .
- Photographie de bolide.............................
- Photographie des couleurs......................
- Chimie générale.
- Fabrication du peroxyde de sodium. Ses applications au
- blanchiment (M. Prud'homme) ....................
- Parfums artificiels (A. Bleunard)..................
- Les vers du biscuit de troupe. Moyens de préservation
- et de destruction (Dr Ch. Decaux)...............
- Le pétrole en France (A. Charlon)..................
- Séparation des micro-organismes par la force centrifuge
- (R. Lezé).......................................
- Composés du ruthénium .............................
- Le lait stérilisé............. ....................
- Baratte oscillante (E. Fleurent)......t............
- Les expériences de M. Henri Moissan. Nouveau four électrique. Action d’une haute température sur les oxydes métalliques. Préparation du carbone sous une forte pression. Production des métaux réfractaires (Gaston
- Tissandier).....................................
- Le carborundum (E. H.).............................
- Amélioration des eaux-de-vie.......................
- Nouveau mode d’extraction de la gutta-percha.......
- La préparation du chrome...........................
- La fumée de l'opium................................
- Ethérification des alcools.........................
- Les chapeaux mercuriels............................
- Le pain de terre...................................
- Elimination mécanique des microbes.................
- La déperdition de l’azote dans les fumiers de ferme.
- La fermentation de la paille.......................
- L’amélioration des fumiers.........................
- Procédé de dosage du phosphore.....................
- La cristallisation du carbone......................
- Préparation des fluorures..........................
- La fermentation ammoniacale terrestre..............
- Préparation de métaux réfractaires.................
- La production du manganèse au Caucase..............
- Le ruthénium.......................................
- Analyse du diamant.................................
- L’action du coton sur le mercure...................
- Fusion de l’osmium et du ruthénium.................
- Recherches sur le graphite.........................
- Le coton antiseptique..........................
- Désinfection des outils de boucher.................
- Encre sympathique, encre lumineuse.................
- La chaleur spécifique du bore..................
- La vulcanisation des bois aux Etats-Unis...........
- Le phosphate de chaux naturel......................
- Le soufflage du verre..............................383
- Dosage du bore.....................................599
- Histoire de la chimie............................... . 415
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- L’exploration des hautes régions de l’atmosphère (üi.-
- Ed. Guillaume)....................................... 1
- Eléphants fossiles du Mont-Dol.......................... 3
- La restauration des terrains en montagne et l’extinction
- des torrents (Max de Nansouty)...................... 19
- Phénomène d’optique atmosphérique observé dans les
- Alpes (G. T.)...............................58, 103
- Le glacier souterrain de Naye en Suisse............ 66
- La simultanéité des perturbations magnétiques .... 90
- Les roches à figures animées (Gaston Tissandier). . . . 104
- Les glaces de fond (G. T.).....................130, 179
- Inlluence des grands reliefs du sol sur la formation des
- dépressions atmosphériques (Plumandon)..............154
- Les vagues de la mer à la jetée du Socoa, Saint-Jean de
- Luz (A. Gukehard)...................................166
- Hautes pressions atmosphériques........................218
- La température de la lave .............................235
- Glissements de terrains à Sandgale................... 247
- Fers météoriques diamantifères (Stanislas Meunier) . . 299
- Le cyclone de Madagascar du 20 février 1893 ....... 302
- L'éruption de l’Etna en 1892 (S. Arcidtacono)......353
- Houillère nouvelle en Angleterre..............., 15
- L’observatoire du Mont-Blanc........................... 15
- Soleil en décembre..................................... 30
- Nuages lumineux........................................ 31
- Exploration de l'atmosphère............................ 32
- Prédiction du temps ................................... 47
- Météorite diamantifère................................. 48
- Étude des courants telluriques................. 78, 238
- Dessèchement de marais................................. 79
- La température de l’atmosphère......................... 79
- La prédiction du temps................................. 95
- Variation diurne de la gravité.........................159
- Abondance des pluies . . . ............................174
- Tremblements de terre à Vile deZante...................190
- Les diamants microscopiques naturels. ..... 191
- La structure des météorites............................207
- La météorite de Kiowa..................................225
- Ouragans et tremblements de terre à Java et Sumatra ..................................................270
- Fer terrestre diamantifère.............................287
- Température d'un lac du Mont-Blanc.....................287
- Irrégularités de l’ellipsoïde terrestre en Russie. . . 304
- La température et la sécheresse du mois d’avril 1893. 367 Origine d’un gisement de phosphate de chaux ... 367
- L'humidité du sol......................................383
- La terre d'infusoires..................................445
- Le nickel de la Nouvelle-Calédonie................... 415
- L’humidité du sol......................................416
- Gisements de phosphate d’alumine.......................416
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Les guêpes graveurs (G. Chevrier). . ........... 3
- La vipère nasicorne au Muséum d’histoire naturelle de
- Paris (E.-P. Juillerat)............................. 15
- Les cacatoès (E. Oustalet)............................. 38
- Solanées à cultiver (Henri Coupes)..................... 53
- Les vers du biscuit de troupe. Moyens de préservation et
- de destruction (Dr Ch. Decaux)...................... 75
- La mygale de la ménagerie du Muséum (C11. Brongniart). 97
- Les faucons messagers..................................103
- Les guêpes et les raisins..............................151
- Lumière et algues microscopiques (II. Coupia)..........151
- Les agamis ou oiseaux-trompettes (E. Oustalet) .... 152
- 94
- 127
- 206
- 238
- 287
- 503
- 382
- 96
- 98
- 123
- 416
- 165
- 359
- 390
- 143
- 175
- 254
- 336
- 26
- 42
- 75
- 81
- 150
- 166
- 170
- 179
- 225
- 290
- 315
- 394
- 15
- 31
- 47
- 63
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- 79
- 79
- 79
- 127
- 127
- 174
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Cétacés des côtes de France. L’hyperoodon (H. Coupin) . 171
- Mouvements de natation de la raie (J. Marky, de l’Institut). ..............................................177
- La locomotion des diatomées (Henri Coupin).............203
- Phytoptose de la vigne (A. Picaud).....................219
- Les arbres extraordinaires. Le cyprès géant de Saint-
- Rémy (Bouches-du Rhône)...........................224
- Une race de chats sans queue (Dr F. Régnault) .... 227
- Le tapir à dos blanc (E. Oustalet). .................241
- Un papillon géant, Papilio A nt imac hus (Paul TERTiiiNet
- Edmond Bordage)................................... 248
- La viridité des huîtres (S. Jourdain)..................258
- Le castor (Henri de Yarigny).............: . 311
- Tortue de terre gigantesque à Pile Maurice (Th. Sauzier). 336 Culture et consommation des bananes en Amérique
- (Daniel Bellet).....................................357
- La culture du thé................................... 375
- Tortue de mer capturée en Bretagne.....................400
- Cordes en fibres de bois...................... . . 14
- Lapins grimpeurs et nageurs d’Australie.............. 14
- La respiration des plantes........................... 32
- Les plus vieux cèdres du Liban................95, 191
- Destruction des pilotis par les tarets...............127
- Le rôle des huiles grasses dans les graines..........127
- Les mouvements natatoires de la raie.............. . 128
- La houille sous la Manche..............................142
- Une crosse de fusil évidêe par les insectes..........143
- La coloration des huîtres............................175
- Un condiment africain................................206
- La pierre lithographique de l’Ain....................207
- Déboisement de la France. ...........................239
- UOreosoma atlanticum.................................254
- Une nouvelle espèce d’holothuries....................255
- Le niaouly et l'essence de cajeput...................286
- La destruction des vers gris . ......................287
- Floraison du Victoria regia à Vienne...................319
- Les copaïers.........................................319
- Influence de la pression sur la germination. .... 336
- Un chasseur d'éléphants................................350
- L’acclimatation des poissons. . .....................351
- Emploi des feuilles d’arbres en remplacement des
- fourrages.........................................567
- Le surmulot de l'Ancien Monde........................383
- Toxicité du sang de crapaud............................584
- Les yeux du spondyle.................................399
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- La mission Dybowski. Les armes et les instruments en
- fer de l’Afrique centrale (Dr Veiineau).......... 7
- Au fond du golfe de Guinée (L.-G. Binger)........... 22
- La mission Dybowski. Parure et industries diverses
- (Dr F. Delisle)................................... 55
- Voyage du commandant Monteil dans l’Afrique centrale
- (Gaston Tissandier)................................163
- La grotte du Jaur (J. Vallot). .......................251
- Les îles Samoa et les Samoans (J. Deniker)..........291
- Le grand Récif-Barrière d’Australie (Henri Coupin). . . 339
- Le Kilima’ndjaro dans l’Est africain (M‘* de Nadaillac) . 387
- Les gorges de l’Ardèche (Dr Paul Raymond)...........407
- Une île qui disparaît................................. 15
- Les lacs de Mansfeld.......................... • . 94
- Le chemin de fer de Deira (Afrique australe). . .95
- Variabilité de la latitude géographique...............158
- Le relèvement du littoral finlandais..................191
- Un lac extraordinaire.................................385
- Anthropologie. — Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Le chimpu (E.-T. IIamy) ............................. 11
- Le développement de la population aux Etats-Unis (X. West).................................................
- Les Aïnos (M** de Nadaillac)............................. g 7
- Trésor de haches de bronze découvert en Bretagne. . . 147
- Les coquilles de pèlerin (M. d’Aiglun)...................170
- La mutilation des dents...................................198
- Les théâtres d’automates en Grèce au deuxième siècle
- avant notre ère (E. Hennebert) .......................245
- Monuments bouddhistes d’extrême-Orient. Les statues
- couchées de Bouddha (Albert Tissandier)................251
- Le trésor de Ségou (A. Barbusse)..........................278
- Les îles Samoa et les Samoans (J. Deniker)................291
- L'épingle de nourrice dans l’antiquité (H. Coupin). . . 317
- L’Ichthyosaurus Burgundiæ (Marcellin Boule). . . . 333
- L’homme préhistorique dans la grotte d’Antélias, au Liban
- (Syrie) (G. Zumoffen)..................................341
- Refuge souterrain de Fontaine-Ozillac (Charente-Inférieure) (P.' Quimaud)...................................355
- Les Dahoméens au Champ de Mars de Paris (L)r Félix Régnault .................................................371
- Le Kilima’ndjaro dans l’Est africain (Mis de Nadaillac) .. 387
- Les « tintinnabula ». Un fouet « tintinnabulum »
- (J. Claine)......................................... 395
- La grande mosquée de Kairouan en Tunisie (Henri De-
- hérain................................................ 405
- L’âge de cuivre...........................................159
- Archéologie préhistorique................................225
- Découvertes d'objets préhistoriques......................239
- La statue métallique de Daïbulsu au Japon .... 303
- Un village préhistorique............................304
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. — Arts industriels.
- Distribution d’eau chaude à Paris (G. Mareschal) . ... 4
- La pulvérisation (Paul Gahéry.)........................... 35
- Canalisation en tuyaux flexibles (X..., ingénieur). ... 49
- Les travaux d’amélioration du port de Bilbao (Daniel
- Bellet).................................. . 50, 108, 183
- Problèmes de mécanique (Ch.-Ed. Guillaume)................ 59
- Le pétrole en France (A. Charlon)......................... 81
- Le prolongement souterrain de la ligne de Sceaux vers
- le centre de Paris (L. B.)............................ 91
- Le vélocipède et la résistance de l’air (Ch.-Ed. G.). . . 93
- Chemins de fer à grande altitude dans les Andes (L. B.). 118 Appareil de chauffage des omnibus de Paris (X..., ingénieur)....................................................141
- Wagon pour le transport des enfants malades des hôpitaux de Lyon (Francis Sabran)...........................146
- L’hippomètre (C. Crépeaux)................................149
- Les vitres armées (Daniel Bellet).........................157
- Ecoles de natation à eau chaude d’hiver etd’été (Dr L...). 161
- L’arithmétique des Cambodgiens............................178
- Baratte oscillante (E. Fleurent)..........................179
- Travail des vélocipédistes. Importance de la résistance de
- 1 air. Coupe-vent (A. Jacquot)....................... . 186
- Machine à percer des trous carrés.........................197
- Le viaduc de Pecos aux États-Unis (X..., ingénieur). . 209
- Les maisons de verre......................................211
- Fabrication des vélocipèdes (G. Cornié) . . . 215, 235, 266 Le plan incliné automobile de la Pennsylvania Railroad
- Company, à New-York (Max de Nansouty)..................221
- Confetti et serpentins (Frédéric Manaut) . 229
- Lunettes d’atelier........................................244
- Un nouveau moteur rotatif (J. Laffargue)..................261
- Une locomotive américaine (X..., ingénieur)...............289
- Pompe élévatoire rotative (II. Sarton)....................306
- Chariots d’artillerie de parc à traction à vapeur (Système
- Serpollet) (E. Hospitalier)............................521
- Compas à tracer les spirales (E. Michel)..................527
- L’adduction des eaux de l’Avre à Paris (G. Tissandier) . . 327
- Locomotives à grande vitesse de la Compagnie des chemins de fer de l’Est à chaudière Fl a mm (C. G.) . . . 350
- Moyen de déterminer expérimentalement le travail effectué par un vélocipédiste (Ch.-Ed Guye)..................346
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- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Nouvelles voies ferrées au Mexique.................
- La pulvérisation des métaux (II. Fodrtier).........
- Nouveau système de chauffage des wagons (X. West) . .
- L’homme-vapeur (X..., ingénieur)...................
- Une cause peu connue de la chute des ponts (Daniel
- Bellet).........................................
- Le pont-tournant du Follet, à Dieppe (Max de Nansouty). Compteur de distances parcourues pour vélocipèdes
- (X..., ingénieur)...............................
- L’Exposition colombienne de 1893. Les machines à
- peindre (X..., ingénieur).......................
- Fabrication de la glace............................
- Le yard (Ch.-Ed. G.)...............................
- Touage par adhérence magnétique, système de Bovet
- (E. Hospitalier)................................
- Le transport d’un pont par chemin de fer (Daniel Bellet).
- Les cartes à jouer, leur fabrication (Alber).......
- Houillère nouvelle en Angleterre.............. .
- Inauguration du premier chemin de fer bolivien . .
- Dessèchement de marais.............................
- Ce que Londres perd d’argent par les tuyaux de ses
- cheminées.......................................
- Une blanchisserie américaine.......................
- Projet de transmission de force motrice............
- Peinture mécanique.................................
- Nouveau procédé pour la trempe des métaux ....
- Le sifflet des locomotives.........................
- La plus ancienne ligne allemande de chemins de fer.
- Transport des maisons aux États-Unis...............
- La nouvelle locomotive du chemin de fer du Nord. L’industrie anglaise et le système métrique. ....
- Une ancienne locomotive anglaise...................
- Les progrès du gaz naturel en Amérique.............
- Constructions modernes.............................
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Les sœurs Radica-Doodica (Dr A. Cartaz)............
- Décroissance du favus en France....................
- Les cagots et la lèpre en France (Dr Félix Régnault) . .
- La diaphanoscopie médicale (Dr A. Cartaz)..........
- Le travail des muscles.............................
- L’influenza à Paris en 1404 et en 1414 (Alcics Ledieu). Ecoles de natation à eau chaude d’hiver et d’été (Dr Z.). Le flambage des plaies en chirurgie (Numa Baldet) . . .
- La mort apparente (Dr A. Cartaz)...................
- Dilatation des joues chez les souffleurs de verre et dans
- l’art (Dr Félix Régnault).......................
- La folie communiquée de l’homme au chien (Numa Baldet) .........................................
- L’épidémie de typhus (Dr A. Cartaz)................
- Applications médicales et industrielles de l'électro-
- lyse............................................
- Un succédané de la morphine........................
- La femme au rasoir.............. . ...........
- Accélération de la circulation.....................
- Carie dentaire infectieuse....................
- La pneumonie contagieuse des bœufs.......
- Dosage physiologique de l’oxyde de carbone.........
- Le rôle du sucre dans l'organisme............. . .
- Le choléra propagé par les mouches .......
- L’ablation du pancréas.............................
- La spermine du sang. . ................... .
- Injections hypodermiques de liquide organique. . .
- Le congrès salutaire de Dresde.....................
- Les blessures d’armes à feu. . ...................
- Agriculture. — Acclimatation. Pisciculture.
- Diminution des rendements de la pêche du poisson frais. Les cases de végétation à la station agronomique de Grignon (P.-P. Deiiérain).............................
- Les guêpes et les raisins. ...............................131
- Une ferme aux États-Unis................................. 131
- La suppression des cornes chez les espèces bovines. . . 138 L’élevage et le commerce des serins (Daniel Bellet). . 213
- I’hytoptose de la vigne (A. Picaud)...................... 219
- Les progrès de la pisciculture. L’alose et sa propagation
- artificielle (X..., ingénieur).........................263
- L’anthonome du pommier et sa destruction (Henri Coupin). 285
- Les cultures coloniales...................................310
- Les nouvelles méthodes d’apiculture (Ch. Derosne). . . 337
- Le rucher du Luxembourg. La Société centrale d’apiculture et d’insectologie (A.-L. Clément)................381
- Premières vignes plantées dans le Morbihan. ... 15
- La pulpe de betterave..................................... 48
- Le drainage des terres cultivées. . ..................... 110
- Le phylloxéra dans l’antiquité.. .........................111
- L’amélioration des fumiers................................127
- La pneumonie contagieuse des bœufs........................159
- Expérience d’électroculture...............................238
- Déboisement de la France..................................239
- L'Oreosoma allanlicum.....................................254
- La nitrification naturelle du sol.........................399
- Humidité du sol...........................................416
- Art militaire. — Marine.
- Nouvelles batteries de côte (Georges Dary)............ 62
- Le champ de tir de Fontainebleau (L‘-colonel IIennebert). 70
- Les steamers brise-glace (Max de Nansouty)............129
- L’électricité à bord des navires de guerre (J. Laffargue). 135
- Naufrage d’un torpilleur (X..., ingénieur)............185
- Les hôtels de marins en Angleterre. Sailors’homes (Léon
- Renard)..............................................193
- Les chemins de fer stratégiques en France.............243
- Le passage des rivières au moyen des outres...........281
- Un curieux accident de mer............................286
- Les presses à forger. Leur emploi à bord des navires de
- guerre (Frédéric Manaft).............................307
- Les épaves............................................. 342
- Filage de l’huile à la mer..............................558
- Le tonnage des gros navires dans l’antiquilé (E. Levasseur, de l’Institut)....................................369
- Compas synoptique des abordages (H. Millet).............397
- Bouclier-cuirasse pour infanterie (Commandant Giiandin) . 410
- Les manteaux gris de l'armée allemande................ 14
- Le port d’Aden................................. - 47
- Le cuirassé anglais « Royal-Oak »...................... 95
- Un navire à la dérive................................. 142
- Les officiers interprètes en Allemagne..................158
- Les coureurs dans les régiments d'infanterie de marine ...................................................191
- Le plus grand navire en bois du monde.................254
- Le budget de la marine allemande pour 1893-1894. 271
- La maison des marins à Portsmouth.......................350
- Les tissus impénétrables aux balles de fusil............367
- Le premier vapeur pétrolier construit en France. • 383
- Aéronautique»
- Plaque commémorative à la mémoire d’un aéronaute
- du siège de Paris.....................................158
- Ballon captif en baudruche............................566
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Werner Siemens (E. Hospitalier)....................... 65
- G. Hachette.......................................... 65
- Le Jubilé de M. Pasleur. 27 décembre 1&92 (G. Tissan-
- dier).............................................. 95
- A. lledier (G. T.)....................................197
- Amédée Guillemin (G. T.)..............................197
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- 363
- 368
- 574
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- 401
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- 15
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- TABLE DES MATIÈRES.
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- Van Rysselberghe (E. II.)...............................174
- Richard Owen............................................222
- Le portrait de Christophe Colomb de la galerie de Va-
- lençay (E.-T. IIamy).................................257
- Le vice-amiral Paris (Gaston Tissandier)................305
- Alphonse de Candolle....................................318
- Alfred Marne............................................330
- Charles Armengaud.......................................350
- Eugène Guiliemin (G. T.)................................350
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de 1’), par Ch. de Yilledebil, 15, 31, 47, 62, 79, 95, 110, 127,
- 143, 159, 174, 191, 206, 223, 239, 254, 271, 287,
- 304, 319, 335, 351, 367, 383, 399.................. 415
- L’Exposition de la Société française de physique
- (Ch.-Ed. Guillaume)........................... 358, 354
- Une conférence de M. Raoul Pictet........................355
- L’Exposition colombienne de 1893. Lettres de Chicago
- (G. Pellissier)...................................... 379
- L’Exposition colombienne de 1893. Les machines à
- peindre (X..., ingénieur).............................385
- Résumé annuel du Président de l'Académie des
- sciences.............................................. 95
- Elections à l’Académie des sciences, 48, 96, 144,
- 160, 207, 239........................................ 271
- Congrès d’apiculture.....................................206
- Le Congrès sanitaire de Dresde...........................367
- Science pratique et récréative.
- la science pratique : Fermetures. — Avertisseurs. — Mor-taiseuse. — Fourneau à essence de pétrole. — Le diviseur instantané. —L’allumette électrique, 11,27,43,44, 504 Les jouets scientifiques. — Ballon captif d’appartement.
- — Mlle Blondin. — Les animaux équilibrâtes. — Toupie
- lance-hélices............................. 32, 160, 240
- Physique amusante : La prestidigitation dévoilée. — Multiplication des pièces de monnaie. — Une illumination dans un chapeau. — Œuf et foulard. — Les billes magiques. — La malle des Indes. — Escamotage d’une pomme et d’une quille. — Voyage d’une pièce de monnaie. — Le cadre au sable (Magus), 48, 80, 128,
- 175,207,288,520........................................ 384
- Récréations scientifiques. — Les menus photographiques. — Photographies amusantes...................64, 416
- La Science au théâtre. — Le rideau électrique de la Comédie-Française.— La danse c serpentine ». 111, 205
- Le Kanguroo boxeur......................................144
- Origine des jeux. Le Kuuen-gen chinois (Dr E. Martin). 211
- Le bigraphe (Arthur Gocd)...............................283
- La science amusante. — Les mouvements inconscients (Dr Z.).................................................398
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Les pigeons éoliens de Pékin (Dr Ern. Martin)......... 29
- Le violoncelle-piano (C. Crépeaux)...................... 51
- Le Jubilé deM. Pasteur. 27 décembre 1892 (G. Tissandler). 65
- Les jeux d’échecs au moyen âge........................ 86
- Le bassin carré ou carré creux au Jardin des Plantes
- (E. T. IIamy)........................................ 86
- Les grandes chasses en Autriche-Hongrie (D. B.). . . . 106
- Le château de Saint-Cloud (Gabriel Marcel)..............115
- Un nouveau jeu de cartes................................138
- Les tarifs des chemins de fer et la fréquentation des diverses classes (Daniel Bellet)..........................139
- L’exploitation du bois aux États-Unis...................192
- Incendies dus à des causes extraordinaires ^Ph. Delauaye). 195
- Le journal anglais The Times (X. West)................202
- Un grand match vélocipédique. Corre contre Terront
- (L. Baudry de Saunier)-(de Sanderval)........ 211, 255
- Cartes en aluminium (G. T.).............................270
- Les forts de la Halle. Course à pied de Paris à Corbeil avec un fardeau de 100 kilogrammes (G. T.). . . . 272
- Les nouveaux timbres-poste des Etats-Unis (Géo P. Grignard)..................................................315
- Un asile pour les chiens près de Paris (P. Mégnin) . . 325
- Le secret du jeu des échecs (de Sanderval)............ 347 /
- Le grand cerf-volantde Dudley llill aux Etats-Unis (D1 L.). 564
- Nouveaux instruments de musique (C. Crépeaux) .... 375
- Le Palais d’hiver au Jardin d’Acclimatation du bois de
- Boulogne, à Paris (G. Tissandier)....................392
- Le vin de Champagne..................................... 14
- Un timbre-poste en l’honneur de Christophe Colomb. 46
- Elections, 48, 96, 144, 207............................ 239
- Statistique des colis postaux d,'Angleterre.............110
- La jaquette d’un Alpiniste et les glaciers du Mont Rote, 142
- Sandales en paille de maïs..............................190
- La production du manganèse au Caucase.................223
- Le commerce des pelleteries en Sibérie................239
- Une journée de travail extraordinaire. ..... 303
- La finesse de l’écriture........................ 334, 398
- Concordance des calendriers en mai 1893............... 351
- Le poids d’une foule.................................. 366
- FIN DES TABLES.
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- ERRATA
- Tage 64, col. 1, ligne 39. Au lieu de: à Paris-Passy.
- Il faut : près de Wassy (Haute-Marne).
- Page 104, La ligure 1 a etc substituée par erreur à la figure 2 La photographie est de M. Ileisser
- Page 223, col. 2, ligne 53. Au lieu de : tortue terrestre.
- Il faut : sangsue terrestre.
- Paris. — Imprimerie Laliure, rue de Pleuras, 9.
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- Supplément à « LA NATURE » du 10 décembre 1892 (nn 1019)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Le3 lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS Q'JI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- YARIÉTÉS
- La fabrication «les machines hier et aujourd'hui.
- — Quand on a pénétré une fois dans une usine de constructions mécaniques, qu’on a vu tourner des arbres immenses de machines, qu’on a regardé opérer les rabots qui entament l’acier aussi aisément que du bois, les appareils automatiques qui font en un instant d’énormes pas de vis, on ne se fait point facilement une idée ce que pouvait être, il y a soixante ou soixante-dix ans, la fabrication des tôles, par exemple, et de toute la machinerie, de toutes les pièces métalliques nécessaires. À cette époque, il n’y avait pas de machines à raboter, à percer, à fraiser; on ne possédait que le tour ordinaire et la machine à percer à la main. Les inventeurs avaient à fabriquer par eux-mèmes les machines qu’ils inventaient, sans pouvoir recourir à d’autres machines pour fabriquer les pièces détachées de leurs appareils; la matière première, pour ainsi dire, la tôle, était des plus défectueuses comme régularité dans son épaisseur et dans sa résistance. Quand James Watt voulut construire ses premières machines à vapeur, il fut arrêté par des détails de construction : le premier cylindre qui fut fondu n’était pas étanche, et à une de ses extrémités il avait 5 millimètres de diamètre de plus qu’à l’autre. Que dirait-il, aujourd’hui que l’on arrive à la perfection, on peut le dire, pour des pièces de dimensions formidables? Au point de vue du coût des constructions mécaniques, la différence n’-est pas moins sensible : il y a soixante-dix ans, le prix de fabrication d’une machine était prodigieux. Whiteworth, un des plus anciens constructeurs de machines en Angleterre, dit que le polissage du 1er fondu coûtait 15 francs le pied carré il y a quarante ans, tout simplement parce que cela se faisait à la main; aujourd’hui, une machine à raboter accomplit le même travail, et bien mieux, au prix de 0fr,125 par pied carré. Pour les plumes, l’exemple est peut-être plus curieux. On sait que les premières plumes métalliques ne pouvaient se faire qu’à la main : un fabricant anglais, Perry, paya jusqu’à 6fr,25 pièce les plumes d’acier ; et au détail, il arrivait que ces mêmes plumes se payaient 25 francs (eu égard, il faut le dire aussi, à la nouveauté de l’objet). Et encore ces plumes étaient-elles loin de valoir celles dont nous nous servons actuellement. Après même que plusieurs manufactures en eurent été établies, Je prix d’une plume d’acier demeura longtemps de 5 francs ; puis il descendit à 2fr,50, enfin à 75 centimes; pendant une assez longue durée, ce fut le prix normal. Aujourd’hui on peut, pour ce prix, avoir une grosse de plumes d’acier ou 144 de ces plumes. 1). B.
- INFORMATIONS
- —$1$— M. Quélin, directeur de l’Observatoire municipal de la ville d’Angers, a formulé une nouvelle loi relative au vent : « Pendant le printemps, le vent parcourt, dans le sens rétrograde, la somme des rhumbs parcourus dans le sens direct pendant l’hiver. Même rapport entre l’automne et l’été. » Le rhumb est ici la sei-
- zième partie de la rose des vents. Le déplacement direct est celui qui se fait dans le sens du mouvement des aiguilles d’une montre; le déplacement est rétrograde s’il se fait dans le sens contraire Le commencement de l’hiver coïncide avec la phase lunaire principale la plus rapprochée du solstice, de préférence la nouvelle lune, si elle, précède le 21 décembre ou le suit de près. Les autres saisons suivent avec leur durée normale de trois mois. M. Quélin a formulé sa loi à la suite de quatre années d’observations faites à Angers. 11 est donc nécessaire de la vérifier au moyen des observations faites antérieurement dans un grand nombre d’autres localités. Dans le cas où elle serait exacte, cette loi pourrait rendre de grands services à la météorologie, car elle relie entre elles les saisons de l’année et permet de prévoir les quantités de pluie, la pluie étant en relation avec la direction du vent.
- /—Dans une des dernières séances de la Société helvétique, des sciences naturelles, M. le Dr Schumacher-Kopp a fait un exposé des preuves sur lesquelles a été établie la culpabilité d’un assassin nommé Galti, condamné récemment à mort à Lucerne. Il a été prouvé qu’un morceau de drap bleu, trouvé à la gare de Lucerne parmi les hardes de la victime, provenait de la doublure d’un chapeau ramassé sur le lieu du crime et que Gatti avait reconnu être ie sien. L’analyse microchimique de quelques fibres restées adhérentes à ce chapeau montra leur identité avec celles du drap bleu, et quelques particules de substance cornée qui furent trouvées sur les deux objets furent reconnues pour être la colle au moyen de laquelle la doublure était attachée au chapeau.
- —i'é— Rue des Gobelins, à Paris, en ouvrant une tranchée pour la construction d’un égout, on a mis à jour de nombreux sarcophages romains en pierre des quatrième et cinquième siècles. Cette découverte a enrichi le musée Carnavalet : 1° de la moitié antérieure de l’un de ces coffres creusée dans une pierre d’architrave sculptée provenant d’un ancien édifice de la Lutècc gallo-romaine; 2° d’un autre sarcophage entier, sans ornements, mais renfermant encore, chose assez rare, le squelette bien conservé du personnage auquel il avait été destiné. Ce sera probablement une (les attractions du musée parisien. _Sont également entrées dans les collections de la Ville deux petites tètes d’anges sculptées en pierre, de l’époque de la Renaissance, trouvées dans les démolitions qui s’exécutent rue Saint-Jacques sur l’emplacement de l’ancienne église Saint-Etienne-dcs-Grès. Les autres travaux actuellement en cours dans Paris n’ont encore produit aucun fait archéologique appréciable.
- —— Le Conseil municipal de Paris a adopté les conclusions d’un rapport présenté par M. Deligny au nom de la Commission de ravitaillement de Paris et qui propose la construction d’une usine frigorifique-type aux abattoirs de la Villette. Cette usine sera outillée pour la congélation de 20000 kilogrammes de viande par vingt-quatre heures. Les machines à froid seront d’une force de 240 000 lrigories à l’heure. Le service des abattoirs pourra mettre à la disposition des bouchers une capacité utile de 2600 mètres cubes, correspondant à l’entreposage de 250 000 kilogrammes de viande fraîche. La dépense, évaluée à 650 000 francs, sera recouvrable par moitié sur l’Etat.
- —Le capitaine Bidulph, des lanciers du Bengale, possède cinq faucons, qui ont fait merveille l'hiver dernier à Kohat et dans le voisinage. Ils ont tué, pour le compte de leur maître, 10 hérons, 3 houbaras, 1 butor, 2 oies sauvages, 70 canards (malarts, souehets. siffleurs, canards à iris blanc, milouins, cliipeaux, etc.), 18 ibis noirs, 9 canards casarka, 107 sarcelles, 52 vanneaux, une bécassine, 5 bécassines sourdes, 5 perdrix grises, 29 pièces diverses, soit en tout 301 victimes.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- Adresses relatives aux appareils décrits; — Le petit ballon captif d’appartement se trouve chez M. Lachambre, 24, passage des Favorites, à Paris. — Pour tout ce qui concerne le peroxyde de sodium, s’adresser à M. Kerdyk Enthoven, 15, rue Bleue, à Paris. — Les appareils de chauffage instantané de l’eau, décrits dans le n° 1018, du 3 décembre 1892, se trouvent chez M. Robin, ingénieur, 68, rue de Bondy, à Paris.
- Communications. — Al. le professeur A. Rico, à Rome, nous envoie une série de Mémoires des plus intéressants sur ses travaux géologiques et sismiques ; ils traitent les sujets suivants : (( La période éruptive du Stromboli commencée le 24 juin 1891 », « La fumée du Yulcano vue de l’Observatoire de Païenne pendant l’éruption de 1889 », « L’éruption de l’Etna en 1892 »,
- « L’Observatoire de Catane et la station sur l’Etna », « L’état actuel de l’Etna » et « La grande protubérance solaire du mois de février 1892. »
- AI. E. Maréchal, à Dijon, nous écrit que, suivant l’exemple donné dans La Nature .par M. Martel, il a visité au mois de septembre dernier, l’abîme de Beiry à 30 kilomètres sud de Dijon. Cet abîme s’ouvre sur le versant oriental d’un vallon. On accède par une ouverture assez étroite qui a été creusée, ’un côté de cette ouverture se trouve une galerie étroite qui conduit les eaux d’une source invisible à un puits de 25 mètres de profondeur; de l’autre côté est aussi une galerie plus large et plus profonde, dans laquelle l’eau séjourne en été.
- M. A. Delebecque, ingénieur des ponts et chaussées, nous adresse les cartes du bel atlas français publié par le Ministère des travaux publics sur les lacs français. Ces cartes comprennent les lacs de Nantua, Génin et de Sylans (Ain), de Palatru (Isère), du Bourget, d’Aiguebelette (Savoie), d’Annecy (Haute-Savoie), des Brenets (Doubs), etc. A l’occasion, nous signalerons d’une façon plus complète cet important travail.
- Renseignements. — M. Lécollier, à Nogent. — Voyez les adresses relatives aux appareils décrits, données en tète de la Boîte aux lettres, du n° 1014, du 5 novembre 1892.
- M. E. Mussat, à Paris. — Cet appareil a été fait spécialement pour le laboratoire municipal. M. Nachet, 17, rue Saint-Séverin, pourra se charger d’une construction semblable.
- M. H. Saladin, à Paris. — L’adresse est indiquée dans l’article.
- Un abonné, à Lisbonne. — Ecrivez au laboratoire de M. Brown-Séquard. au collège de France.
- M. Garcia, à Bordeaux. — Veuillez vous adresser à la librairie G. Masson.
- M. C. Collé, à Marseille. — 1° Il nous est impossible de vous donner ici toutes ces explications; consultez le Formulaire pratique de Vélectricien et le Traité élémentaire de l'énergie électrique, de M. E. Hospitalier. — 2° Nous avons mentionné un procédé dans les Recettes du n° 1012, du 22 octobre 1892.
- Un lecteur, à Barcelone. — La formule du liquide est donnée dans le Formulaire de l'électricien indiqué plus haut.
- M. E. Monteils, à Florac. — 1° Les Recettes déjà publiées ont été recueillies dans de petits livres spéciaux; mais il n’existe pas de table générale des matières. — 2° Pas de procédé à vous indiquer.
- M. V. L., à Blois. — 1° Oui. — 2° On attribue à cette influence une série d’effets que rien ne justifie.
- M. H. Magunna, à Saintes. — Il n’existe pas d’autre traduction; le fait a été emprunté à un journal anglais.
- M. L. Raffard, à Paris. — Vous trouverez des ouvrages de ce genre à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob.
- M. Danchin, à Beauvais. — 4° Votre demande a été transmise à l’auteur de l’article. — 2° Pour éviter l’humidité, fixer sur le mur une toile badigeonnée avec de la gélatine bichro-matée, et coller un papier sur la toile.
- M. C. Meyrueis, à Ganges. — Votre lettre à M. Danysz vous a été retournée, parce que l’adresse était incomplète. Vous avez oublié de mettre ; Bourse du commerce.
- M. A. Roncalli, à Bergame. — On ne saurait répondre à votre question; les faits de cette nature n’ont pas d’explication.
- M. G. Charle, à Paris. — 1° Nous avons fait connaître les divers ouvrages d’électricité au fur et à mesure de leur apparition. — 2° Un mode détaillé de fabrication d’accumulateurs électriques est indiqué dans le n° 871, du 8 février 1890, p. 147.
- M. L. Alérieul, à Paris. — Le laboratoire frigorifique de la Morgue de Paris a été décrit dans le n° 711, du 15 janvier 1887, p. 99.
- M. Le Banneur, à Douai. — Ces récipients ne se trouvent pas dans le commercé; il faut les faire faire sur commande.
- M. C. B., à Paris. — Il a paru des articles sur le matériel des chemins de fer dans la Revue générale des chemins de fer, à la librairie Dunod, 49, quai des Grands-Augustins.
- AI. C. Baehl, à Genève. — Le procédé convient pour le cas que vous signalez.
- AI. R. Vivier, à Paris. — 1° Eclairage à l'électricité, par II. Fontaine (Baudry, éditeur). — 2° L’accumulateur est un excellent appareil, mais il faut savoir s’en servir.
- M. A. F., à Saint-Jean. — La description de la roue Pelton a été donnée dans le n° 1014, du 5 novembre 1892, p. 355.
- AI. V. Bouvet, à Beaucaire. — Il vous a été répondu dans la Boîte aux lettres dun° 1018, du 3 décembre 1892.
- AI. F. Ch. B., à Brindisi. — 1° Il faut aérer et ventiler énergiquement la salle. — 2° Consultez les traités de chimie.
- AI. AÎaisonneuve, à Challans. — Moteur à air chaud tBénier, 18, rue des Pyramides, à Paris.
- AI. A. de la C., à Bergerac. — Nous avons décrit la fabrication du lait condensé en Suisse dans le n° 881, du 19 avril 1890, p. 305.
- AI. AI. D., à Courbevoie. — L’intensité sera de 1,5 ampère pour les trois lampes groupées en tension.
- AI. J. P., h Paris. — 1° II n’y a pas d’autre moyen que d’intercaler en circuit des résistances convenables, ou des lampes montées par 2 ou 3 en quantité pour atteindre l’intensité nécessaire. — 2° Il faut compter 2,5 volts aux bornes de l’accumulateur, à la fin de la charge, et 1,8 volt au commencement.
- AI. G. Revel, à Lyon. — 1° Traité des machines dynamos, par R. V. Picou, à la librairie Baudry. — 2° La fonte ne convient nullement.
- AI. L. de Alaindreville, à Saint-Omer. — La puissance disponible serait bien faible; environ 16 kilogrammètres par seconde.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Cambier, à Melun. Pas d’adresse particulière à vous faire connaître. — M. Phi-lippsohn, k Berlin. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux déjà publiés. — M. Bailly, à Bruxelles. Nous ne croyons pas avoir parlé de ce procédé. — M. G. Margat, à Périgueux. Remerciements pour voire Notice qui sera prochainement insérée. — M. L. Vidnn, à Bourg-Argentai. Même réponse. — M. Juan J. Elordi, à La Plata. Nous avons reçu votre très intéressante communication que nous publierons bientôt. — M. L. Binder, à X.; M. V. L., à Blois; M. V. P., à Paris. Consultez le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur). — M. V. Dayez, à Cambrai. Voyez les Nouvelles Recettes utiles, à la même librairie. — M. J. Chalam-baud, à Moulins; M. D. G. Sertorio, à Albenga. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle. — M. Blanchard, membre de l’Institut, professeur de zoologie (insectes et crustacés), a ouvert ce cours le mercredi 30 novembre 1892, à une heure, dans la nouvelle galerie de zoologie, et le continuera les vendredis, lundis et mercredis suivants à la même heure. — M. Vaillant, professeur de zoologie (reptiles, batraciens et poissons), a ouvert ce cours le jeudi 1er décembre 1892, à une heure, dans l’amphithéâtre du rez-de-chaussée des galeries de zoologie, et le continuera à la même heure les-samedis, mardis et jeudis suivants. — M. Van Tieghem, membre de l’Institut, professeur de botanique (organographie et physiologie végétale), a ouvert ce cours le samedi 3 décembre à 8 h. et demie du matin, dans l’amphithéâtre de la galerie de minéralogie, et le continuera les mardis, jeudis et samedis suivants à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes y . * ï .............-------- ri —*-• mm*»/ 1#'1*i**/l* la date. rip. l.a. livvfiijton.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Fig. 1. — Expérience sur le principe de l'inertie.
- Gravure extraite de la nouvelle édition de La Physique sans appareils et La Chimie sans laboratoire, par Gaston Tissandier. G. Masson, éditeur,
- Les Récréations scientifiques. — La Physique sans appareils et la Chimie sans laboratoire, par M. Gaston Tissandier. Sixième édition. Ouvrage illustré de 171 figures dans le texte ; couronné par l’Académie française.
- 1 vol. in-8°. — Paris,
- G. Masson, éditeur,
- 1893. Prix, broché :
- 3 francs. Richement cartonné, 4 francs.
- Les Récréations scientifiques, cinq fois réimprimées, traduites dans toutes les langues de l’Europe,honorées par l’Académie française d’un prix Montyon, n’ont eu ce succès, n’ont mérité ces hauts patronages que parce qu’elles sont un livre instructif en même temps qu’un livre amusant. La Physique sans appareils, la Chimie sans laboratoire, avaient surtout donné à l’ensemble de l'ouvrage ce caractère d'utilité. Aussi, à chaque édition, a-t-on vu s’accroître le nombre des expériences qui permettent de passer en revue, en se jouant, les principes de la physique, les
- éléments de la chimie; l’auteur et l’éditeur ont résolu de faire de ces deux parties un livre spécial. Les Récréations scientifiques avaient été éditées et illustrées avec grand luxe. G'était d’ailleurs un livre cher. Le nouveau volume que nous annonçons ne devait pas être inférieur au précédent ouvrage et il fallait en même temps, pour que le but fût entièrement rempli, qu’il fut très bon marché. Sous cette nouvelle forme, il atteindra toutes les classes de lecteurs.
- Nous publions ci-dessus une des gravures inédites qui complètent la nouvelle édition (fig. 1) ; elle est relative au principe de l’inertie, et consiste à retirer une nappe au-dessus de laquelle un couvert est mis, et cela sans déranger le couvert.
- Histoire des ordres dans l'architecture, par Adrien Joigny.
- 1 vol. in-8°. — Paris, Dujardin et Cie, 1892.
- La famille et les amis d’Adrien Joigny ont réuni, dans le volume que nous annonçons, les Notices qu’il avait publiées, pendant les dernières années de sa vie, dans Y Encyclopédie de l'architecture et de la construction.
- C’est l’œuvre, fort remarquée déjà, d’un architecte de talent qui se montra tout à la fois écrivain de beaucoup de goût et appréciateur de haute érudition.
- Comme l’a fort bien dit M. Paul Oursel dans la Préface de cet ouvrage, Adrien Joigny « se formait à lui-même sou jugement, n’acceptant pas sans contrôle les opinions courantes et donnant toujours les raisons de ses critiques et de ses éloges ». Adrien
- Joigny méritait plus de notoriété qu’il n’en a eu pendant sa laborieuse existence ; mais c’était un modeste et un timide, un esprit délicat qui tenait plus à l’estime discrète de ses amis qu'aux applaudissements du grand nombre.
- Le Roman en France depuis jusqu' à nos jours. Lectures
- et esquisses, par Paul Morillot, ancien élève de l’Ecole nor-
- molû cnnnmoii«n ^---- n 11
- 1893.
- Le roman occupe un domaine considérable dans l’histoire de notre littérature, il a joué un grand rôle dans les siècles passés, et il tient encore une place importante à notre époque. Sans ouvrir la porte au flot des romans vulgaires, l’auteur s’est demandé s’il n’y avait pas à tirer parti de la valeur éducatrice des véritables œuvres d’art dont notre littérature abonde. Avec beaucoup de
- goût et un tact parfait, M. Paul Morillot présente le tableau résumé du roman durant les trois derniers siècles, et il en extrait les pages les plus belles et les plus célèbres. Cet essai est très heureux, fort bien réalisé, et en lisant l’ouvrage de M. Morillot on fait un délicieux voyage à travers les bons romans français, depuis Honoré d'Urfé jusqu’à Daudet et Ludovic Halévy.
- Calendrier de Jacques /M«w</i,éditéparM. Jacques Inaudi. Se trouve chez les papetiers et libraires.
- M. Jacques Inaudi, le calculateur prodigieux, dont nous avons parlé dans La Nature, a bien voulu nous faire hommage d’un calendrier perpétuel de son invention. L’une de nos gravures (fig. 2) donne l’aspect de cet almanach, dont on se sert en tournant un disque dont le centre de rotation est visible sur la figure, un peu au-dessus des dates 1791-1965. Ce disque porte les jours de la semaine et les mois de l’annçe.
- Pour trouver le jour d’une date quelconque, on tourne le disque jusqu’à ce que le nom du mois arrive en haut de la colonne où figure l’année : le nom du jour se lira en haut de la colonne du quantième.
- Le testament du duc Job, par Méaulle. 1 vol. in-4°, illustré de nombreuses gravures. — Tours, Alfred Marne et Cie, 1893.
- Roman fort agréable à lire, dont le texte et les gravures sont dus à M. Méaulle. Plus de 30 gravures de toute page font en même temps de cet ouvrage un charmant album à feuilleter.
- L'art de greffer. Arbres et arbustes fruitiers. Arbres forestiers ou d’ornement. Reconstitution de vignoble, par Charles Baltet, horticulteur à Troyes. Cinquième édition entièrement revue. — Paris, G. Masson, éditeur, 1893.
- Les orchidées de semis, par Ernest Bergmann, secrétaire de la Société nationale d’horticulture. 1 brochure in-8°. — Paris, Société nationale d’horticulture de France, 84, rue de Grenelle, 1892.
- Fig. 2. — Le calendrier perpétuel de Jacques Inaudi.
- Notes de géographie littorale, par Jules Girard, secrétaire adjoint de la Société de géographie. 1 brochure in-8°. — Paris. Librairies-imprimeries réunies, 1892.
- Nouveau système de correspondance secrète. Le livre des clefs, Système cryptographique complet, par A. Hermann, ancien élève de l’Ecole normale supérieure. — Paris. Librairie scientifique A. Hermann, 8. rue de la Sorbonne.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- Ecriture universelle et internationale, par À. âdamis. 1 brochure in-8°. — Perpignan. Imprimerie de l’indépendant, 3, rue d’Espira, 1892. Prix : 1 franc.
- La grotte de Saint-Marcel-d’Ardèche, par M. E.-À. Martel, 1 brochure in-8\ — Paris. Ch. Delagravé, 1892.
- A memorial of Joseph Henry, puhlished by order of Congress. 1 vol. in-8°. — Washington.Government Printing Office, 1880.
- Minerai resources of the United States. Calendar Years 1889 and 1890, by M. 1). T. Day, chief of division of mining sta-tistics and technoiogy. Government Printing Office. — Washington, 1892.
- A History of Peru, by Cléments R. Markham. 1 vol. in-8° illustré. Charles 11. Sergel and Company, édifeur. — Chicago, 1892.
- RECETTES ET PROCEDES UTILES
- Le voile jaune en photographie. — J’ai lu l’article sur la teinte jaune des clichés, publié dans le supplément du n° lo21, du 28 octobre 1892. Je vous envoie le procédé dont je me sers pour enlever cette coloration; il me donne d’excellents résultats. Il consiste à baigner le cliché dans un bain ainsi composé : eau, 1 litre ; bichlorure de mercure, 10 grammes; chlorure de sodium, 50 grammes. Dès que les clichés sont plongés dans ce bain, on voit la teinte jaune disparaître complètement et avec une grande rapidité ; l’opération finie, on lave les clichés. Si ces derniers ont besoin d’être renforcés, on les plonge dans un bain d’ammoniaque pure à 10 pour 100 environ. Ces opérations se font après le fixage, même sur de vieux clichés. Les clichés ainsi traités ne peuvent être vernis. J. Ph. de Bucarest.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Sàint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES TU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE 1IE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 28 novembre.. 5° ,2 S. S. W. 0 Couvert. 0,0 Beau à 1 h,, couv. ens.; gel. bl. ; brouill. le matin.
- Mardi 29 5°,0 S. S. W. 2 Couvert. 0,0 Coqvççt; bruine quelquefois.
- Mercredi 30 6°,9 S. W. 2 Couvert. 0,5 Presq. cou y. lie matin, nua g. le soir; plusieurs averses, brouill. à Î8 h.; halo.
- Jeudi 1" décembre.. 1”,5 S. 2 Couvert. 0,9 Couv.; pluie après 13 h.
- Vendredi 2 6”,7 N. 5 Couvert. 5,5 Couv.; pluie jusqu’à 8 h.
- Samedi 3 8”,2 S. 3 Couvert. 0,7 Presq. couv.; pluie à 7-8 h. et à 20-21 h.
- Dimanche 4 5”,9 N. W. 4 Couvert. 1,5 Couv. jusq. 9 h., nuag. ens,; grêle abond. à 7 h,; neige de 1 à 2 h. et de 2 h. ï.0 à 3 h.
- NOVEMBRE-DECEMBRE 1892. - SEMAINE DU LUNDI 28 NOVEMBRE AU DIMANCHE 4 DECEMBRE 1892
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0» 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri d boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au pare de Saint-Maur en novembre 189S
- par M. E. Rekod.
- Moyenne barométrique à midi, 760"”,41. Minimum, le 1er, à 1 heure du malin, 748”",92. Maximum, le 28, à 10 heures du matin, 773"",18.
- Moyennes thermométriques : des minima, 6°,24; des maxima, 11°,21 ; du mois, 8°,73; moyenne vraie des 24 heures, 8°,58. Minimum, le 28, vers 1 heure du matin, 0°,7. Maximum, le 15, entre 1 heure et 2 heures du soir, 16°,5.11 y a eu neuf jours de celée blanche, dont six consécutifs du 19 au 24.
- Tension moyenne de la vapeur, 7"",60; la moindre, le 30, h 10 heures du soir, 4"",2; la plus forte, le 1", à 1 heure du matin, 11"“,8. Humidité relative moyenne, 91; la moindre, le 50, à 4 heures du soir, 60; la plus forte, 100, en 22 jours.
- Pluie, 53”™,8 en 60 heures et quart réparties en 15 jours. Dans la seule journée du 1" novembre, il est tombé 25"™,2 d’eau eu 19 heures. 3 jours de gouttes qui ne marquent pas au pluviomètre.
- Brouillard, 11 jours et 4 jours où la transparence de l’air n’atteint que 3 kilomètres. Nébulosité, 83, dont 7 jours complètement couverts.
- Température moyenne de la Marne, le matin, 9°,91 ; le soir, 10°,04; des deux, 9°,98. Minimum, 7°,25, le 30. Maximum, 11°,92 le 3. La rivière trouble et assez haute au commencement du mois s'éclaircit en même
- senté les résultats suivants : baromètre plus haut de 3””,57. Thermomètre plus haut de 2°,57. Tension de la vapeur plus forte de 1"",27. Humidité relative plus forte de 4. Nébulosité plus forte de 13. Pluie plus forte de 3"",8.
- L’automne de 1892 a présenté les résultats suivants :
- Baromètre..........
- Thermomètre . . .
- Tension de la vapeur. Humidité relative. . Nébulosité .... Pluie totale. . . .
- Moyennes. Excès sur la normale. 7a7m“,33 -t- 0"",12
- 10ü,73 +0°, 32
- 8"" ,33 + 0"",16 •
- 86 0 67 -t- 6
- 237,5 -t- 82,9
- L’année météorologique 1892 se résume ainsi ; moyenne barométrique à midi, 757"",51, plus basse que la normale de 0““,10; thermomètre, 10°.49, plus haut de 0°,50; tension de la vapeur, 7"",37, plus basse de 0"",28; humidité relative, 76, plus liasse de 4; nébulosité 57, plus basse de 5; pluie 592"“,2, plus haute de 39“",9. Nombre de jours d’orage 24. un peu plus faible que d’habitude, 18 jours d’éclairs. La faiblesse de la nébulosité est remarquable pour les six mois d’avril à septembre, elle n’est que 47, au lieu de la normale 56; ce qui est toujours favorable à la végétation.
- PHASES DE LA LUNE : P. L., le 4 décembre, à 2 h. 27 m. du mitin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Ghâteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- IA SEMAINE
- Le chemin de fer transsibérien. — Le projet grandiose d’un chemin de fer traversant l’Asie russe dans toute sa largeur, depuis l’Oural jusqu’à l’océan Pacifique, est en voie d’exécution sur ses deux extrémités. Le premier coup de
- fioche a été donné en 1891, à Vladivostok, en présence de héritier de la couronne de Russie, lors de son retour du Japon. Des divers projets dont les études préliminaires entreprises en 1887 par le Gouvernement ont amené la présentation, on s’est arrêté à celui qui, se rattachant au chemin de fer de Moscou à Zlatooust, par la voie en construction de Zlatooust à Tche-labinsk, reliera cette ligne à Vladivostok par une ligne de transit. La voie de Zlatooust à Tchelabinsk, de 170 kilomètres de longueur, franchit les rameaux sud de l’Oural, en gravissant à l’ouest une hauteur de 128 mètres, pour descendre à l’est par une pente plus forte à un niveau inférieur de 266 mètres. Ces conditions difficiles ont fait adopter des pentes allant jusqu’à 1 centimètre par mètre et des courbes de 267 mètres de rayon. La distance de Saint-Pétersbourg à Tchelabinsk, qui est de 2673 kilomètres, se répartit comme suit : de Saint-Pétersbourg à Moscou, 644 kilomètres ; de Moscou à Samara; 1022, de Sa-mara à Zlatooust, 837; de Zlatooust à Tchelabinsk, 170. La ligne transsibérienne comprend : 1“ le chemin de fer de la Sibérie occidentale, de Tchelabinsk à Tomsk, par Kourgan, Pe-tropavlovsk et Oinsk, 1556 kilomètres; 2° le chemin de fer de la Sibérie centrale de Tomsk à Irkoutsk, pai Krasnoïarsk, Kansk et Nijne-Oudinsk, 1673 kilomètres; 3° la traversée du lac Baï-kal, en attendant que la ligne soit conduite autour de l’extrémité sud de ce lac ; 4° le chemin de fer transbaïkalien, depuis le lac jusqu’à Stretènsk sur la Chilka, par Verchne Oudinsk, Tchita et Nertchinsk, 105 kilomètres; 5° la section de Stretensk à la colonie de Grafskaya, sur laquelle le trafic se fera provisoirement par eau, en descendant la partie inférieure de la Chilka, puis l’Amour jusqu’au confluent de l’Oussouri, et en remontant ce dernier fleuve jusqu’à la colonie susdite.
- f INFORMATIONS
- —%— Voici quelques intéressants renseignements au sujet du service téléphonique dans la ville de Genève. Grâce au nouveau tarif en vigueur depuis deux ans, de 61 lignes téléphoniques qu’il y avait auparavant, il y en a maintenant 101 et le nombre des postes ! qui était de 6244, s’est élevé à 12 595, ce qui constitue une augmentation de 81 pour 100, et la longueur des lignes a quadruplé. Anciennement l’abonnement était de 150 francs et le nombre des communications téléphoniques illimité; aujourd’hui, le tarif est de 80 francs et le nombre des communications fixé à 800 par an. Au-dessus de 800, on paye un sou par communication. 78 pour 100 des abonnés n’ont pas dépassé les 800 communications réglementaires pendant les deux années précédentes.
- —On n’ignorait pas que, depuis l’Exposition de 1889, des essais étaient tentés par la Banque de France pour fabriquer des billets avec du papier produit avec des fibres de ramie : l’adminis-
- tration avait bien gardé le secret de son succès, mais elle vient d’annoncer la mise en circulation de ces billets. Le papier employé est fait par l’administration de la Banque elle-même, à l’aide de chinagrass provenant de Chine et préalablement dégommé et peigné ; la question du coût étant négligeable, vu la quantité minime qu’il faut, c’est cette matière qui, aux essais, a donné les meilleurs résultats, malgré son prix élevé. Le papier obtenu est plus fin et beaucoup plus résistant que celui que l’on emploie actuellement, il permet une impression beaucoup plus nette : il sera une barrière de plus mise à la contrefaçon, tout en offrant plus de résistance à l’usage. C’est à M. Ermel, ingénieur de la fabrication, que l’on doit cette innovation.
- —— Il y a quelques mois, un botaniste de Wellington (Nouvelle-Zélande) envoyait à une exposition de chrysanthèmes de Londres un certain nombre de très beaux exemplaires qui avaient poussé dans la colonie australienne. Ces fleurs avaient été enfermées dans des cylindres remplis d’eau qu’on avait fait complètement geler ensuite. Les chrysanthèmes sont arrivés dans un état de conservation parfait. De leur côté, les botanistes anglais ont décidé de rendre la politesse de leur confrère australien. Plusieurs fleurs couronnées à la récente exposition ont été gelées et seront expédiées en Nouvelle-Zélande, où elles arriveront assez à temps pour figurer à l’exposition qui se tiendra à Wellington au mois d’avril de l’année prochaine.
- —La petite ville si pittoresque de Payerne, située non loin du lac de Neubourg, en Suisse, possède une curiosité unique, la selle de la reine Bertlic dont les Suisses gardent’ toujours le souvenir; c’est la reine Berthe, en effet, qui a fondé en 961, à Neubourg, l’abbaye des Bénédictins transformée aujourd’hui en établissement d’éducation. La selle, que l’on montre au public, se distingue, avant tout, par sa forme antique ; elle porte, en outre, sur le pommeau, une ouverture destinée à recevoir la quenouille. La reine entendait ne pas perdre une minute de son temps, et pour donner à ses sujets un bon exemple, elle employait à filer les heures consacrées à la promenade à cheval.
- —Petite statistique de la tauromachie en Espagne : au cours de la présente année, le nombre des combats de taureaux de premier ordre dans les villes importantes d’Espagne a été de 289; le nombre des taureaux tués s’est élevé à 1594. II y a eu aussi 207 combats de taurillons (novillos), dans lesquels 1407 d’entre eux ont été abattus. Sur les principales courses, 26 ont eu lieu à Madrid, 15 à Séville, 12 à Barcelone et 11 à Valence. Deux hommes (picadors) ont été tués; parmi les « espadas » et les « banderillos», 16 ont été blessés plus ou moins grièvement. Chaque course entraîne la mort de 6 à 8 taureaux; mais récemment, à Madrid, dans une course qui a duré deux jours, 18 bêtes ont été achevées.
- —Il existe au château de Ilénencourt (Somme), un corbeau élevé en cage et entièrement blanc. Ce phénomène est d’autant plus digne de remarque, que l’oiseau en question n’a aucune tache; il est d’une blancheur immaculée, non seulement comme plumage, mais il a aussi les pattes et le bec entièrement blancs. Ce corbeau, capturé dans le parc du château d’Hénencourt, a été pris dans un nid où se trouvaient cinq jeunes, dont les quatre autres étaient absolument noirs.
- —La Compagnie anglaise du London Brighton and South-Coast Bailway a déjà vingt-trois trains éclairés par l’électricité. Cette Compagnie a commandé à 1 ’Electrical Slorage Power et C,e, de Great Winchester Street, les accumulateurs et les installations
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le petit
- fourneau à gaz d’essence minérale et le calorifère se trouvent chez M. Tiroloy, 5, rue de la Banque, à Paris. — Diviseur instantané : M. Paul Bertrand, constructeur, 19, rue Haute-ville, à Paris. — Pour tout ce qui concerne la mortaiseuse récemment décrite, s’adresser à M. Sinétv de Sigover, ingénieur, 4, rue Maubée, Bayonne (Basses-Pyrénées). — Le calendrier de Jacques Inaudi que nous avons signalé dans notre
- Erécédente Notice bibliographique est édité par M. Georges reyfus, 52, rue de Paradis, à Paris.
- Cemmunications. — Un lecteur de La Nature, à Rouen, nous adresse une Note sur l’emploi de l’hyposulfite d’ammoniaque pour remplacer l’hyposulfite de soude dans la fixation des épreuves photographiques. On sait combien il est difficile de débarrasser-les clichés de la solution d’hyposulfite de soude, même par un lavage prolongé. L’hyposulfite d’ammoniaque oflre tous les avantages de l’hyposulfite de soude, sans en avoir les inconvénients. Excessivement soluble dans l’eau, ses cristaux entrent immédiatement en dissolution, et le lavage des plaques qu’il a fixées est très rapide.
- M. E. Roger, à Châteaudun, nous communique le tableau des observations météorologiques faites dans cette ville en novembre 1892.
- M. F. Yager, à Paris, 5, rue Le Verrier, nous écrit que nous avons signalé jadis, dans La Nature, un petit bateau à vapeur atmosphérique, appareil présenté sous forme de jouet; notre correspondant nous dit qu’à la suite d’expériences entreprises par lui, il croit être à même de pouvoir réaliser cette construction en grand.
- M. Lagoutte, à Paris, nous envoie le résumé de ses recherches sur l’origine du pétrole, question que nous avons traitée récemment; il la considère comme à la fois végétale et animale, et fait remarquer que les principaux gisements se trouvent dans le voisinage de la mer.
- Renseignements. — M. A. Olier, à Flavy-le-Martel. — 1° M. G. Balbi, 21, rue Eugène Sue, à Paris. — 2“ Nous avons donné diverses adresses à plusieurs reprises dans la Boîte aux lettres.
- M. Poncabaré, à Oloron-Sainte-Marie. — Nous ne croyons pas qu’un livre aussi complet que vous le désirez, existe; mais nous vous indiquerons dans la collection des manuels Roret le traité de la Panification française et étrangère, par MM. J. de Fontenelle et F. Malepeyre. (Librairie encyclopédique, rue Ilau-tefeuille, à Paris.)
- il/. Garagnot, à Issy. — Pas de livres à ce sujet; des expériences complètes n’ont pas encore été faites.
- M. Plaideau, à Lille. — Voyez parmi les ouvrages publiés à la librairie Gauthier-Villars, à Paris.
- M. A. D., à Sèvres. — 1° Plusieurs traités ont paru déjà sur cette question; renseignez-vous aux librairies G. Masson et Baudrv, etc. — 2° 11 y a eu précipitation du cuivre.
- M. le Dr P., à Luxeuil. — Le constructeur est désigné en tête de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la description de la machine.
- M. L. Boillet, à La Chaux-de-Fonds. — Les premiers accumulateurs, dont vous parlez, ont donné de bons résultats; nous n’avons pas entendu parler des autres.
- M. Fugier, à Valence. —Les prix sont très variables; voyez chez MM. Alvergniat, rue de la Sorbonne, ou chez MM. Richard frères, impasse Fessart, à Paris.
- M. A. M., à Lille. — 1° Ce journal nous est inconnu. — 2° Iron, 161, Fleet Street, London, E. C.
- MM. E. Julien et Fraye, à Nantes. — Il doit exister des appareils de ce genre ; adressez-vous aux fabricants de machines à vapeur et de tuyauteries.
- M. E. Court, à Paris. — Vous trouverez ces formules dans
- les carnets d’ingénieur-mécanicien, dont plusieurs exemplaire^ se trouvent aux librairies Michelet, E. Bernard, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. le D1 Polo, à Nantes, M. L. B., à Auteuil, M. Félix, à Paris. — Nous avons publié en 1885 la Table des matières des dix premières années; nous publierons, l’année prochaine, les Tables des dix années qui finiront en juin 1895.
- M. le Dr F. Vialle, à Beuzeville. — Ancienne maison de Branville, 25, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, à Paris.
- M. A. J. Badulescu, à Talarasi. — Le prix est environ de 5 francs.
- M. A. Vermeire, à Hamme. — 1° Il faudrait faire quelques expériences de laboratoire pour vous répondre. — 2° L’acide phénique pur, le sulfate de zinc.
- M. R. 0., à Paris. — Laisser fermenter pendant plusieurs jours, et faites distiller ensuite dans un alambic pour avoir l’eau-de-vie.
- Un abonné, à Bergues. — Le fait n’a jamais été vérifié d’une façon vraiment scientifique.
- M. F. L., à Boufarik. — 11 faut laver le gaz à son arrivée dans des flacons laveurs remplis d’eau.
- M. F. H. C., à Paris. — Il n’y a pas d’autre moyen que d’avoir recours à une ventilation énergique.
- M. B. Millot, à Paris. — Adressez-vous au secrétariat de l’Académie des sciences, à l’Institut, à Paris.
- M. le comte de Puyfontaine, à Paris. — Veuillez vous reporter à la réponse que nous avons donnée dans la Boîte aux lettres du n° 1017, du 26 novembre 1892, à propos de l’ap'-pareil de M. Schromm.
- M. V. Fontaine, à Meudon. — Aucune mesure n’a été faite pour connaître le travail développé dans ces conditions.
- M. E. H., à Paris. — Impossible d’enlever ce chiffre, sans détériorer la faïence.
- M. J. T., h Bordeaux. — L’origine de nos crayons actuels remonte à Conté qui, pendant la Révolution française, créa les crayons de plombagine, dont la France était jusque-là tributaire de l’Angleterre.
- M. le l)r Rouairoux, à Homps. — Vous pourrez vous procurer des ouvrages de ce genre à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. D. M., à Lisbonne. — En maintenant cette solution à une température de 40 à 50 degrés, elle restera liquide.
- M. A. Augusti, à Prades. — Tous les fabricants d’appareils photographiques ont des albums pour photographie dans le genre de celui que vous désirez. Voyez les adresses aux Annonces.
- M. P. T., à X. — 1° On ne pourrait vous donner ces renseignements qu’après avoir expérimenté tous les appareils, les uns après les autres. — 2° S’il se présente une nouvelle disposition avantageuse, nous ne manquerons pas de la faire connaître.
- M. M., à Épinal. — Prenez le filtre Chamberland, 58, rue N.-D.-de-Lorette, à Paris.
- M. H. de S., à X. — 1° Il existe un grand nombre d’appareils diviseurs mécaniques. — 2° Il n’a pas été question de parasite de ce genre.
- M. G. Renauld, à Châlons-sur-Marne. — Demandez ces renseignements au constructeur de l’appareil, 56, rue Lourmel, à Paris.
- M. J. Cohier, à Dourdan. — Nous avons publié autrefois un article très complet sur la fabrication des combustibles agglomérés; voyez le n° 574, du 51 mai 1884, p. 425.
- M. G. Gauthier, à Paris. — Il faut vous adresser directement à la société désignée.
- M. F. Menerulez, à Gijon. — 1° Pas de traité spécial. — 2° Les Champignons, par J. Moyen, à la librairie J. Rothschild, 15, rue des Saints-Pères, à Paris. ,
- Accusés de réception. — Avis divers : M. A. V. B., à Ypres. Il n’existe pas de traité aussi complet. — M. E. Taran, à Colmar. Il serait necessaire de connaître exactement l’appareil afin de pouvoir vous répondre. — M. R. Pavon, à Cordoba. Ce problème est intéressant, mais il est un peu spécial pour nos lecteurs ; remerciements. — M. F. de Barrau, au Montagnet (Sorèze). Nous n’avons pas d’adresse particulière. — M. G Davin, à Rouen. Veuillez nous donner de plus amples renseignements pour que nous puissions répondre à votre question. — M. Marx, à Küningslein. Ce produit nous est inconnu. Tous nos regrets. — M. E. Gillet, à Montargis. Voyez aux adresses données en tète de la présente Boite aux lettres. — M. E. Luyckx, à Anvers. Nous ne comprenons pas votre demande ; le fabricant est indiqué à la fin de l’article. — M. M. Y. Y., à Namur; M. P. Palapoli, à Belluno; M. A. F., à M. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. F. Witz, à Rischwiller. Remerciements pour votre communication.
- Uans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes •.......— —' - tn„teQ lux communications.— Il n’est révondu Qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Tirelire de poehe. — Cette nouvelle tirelire, de fabrication anglaise, a plusieurs avantages sur celles inventées antérieurement. Elle peut être portée dans la poche, car elle a environ les dimensions d’un porte-monnaie. Secondement elle ne peut être ouverte qu’après avoir reçu le nombre de pièces voulu, nombre qu’on peut régler avant de fermer la boîte ; elle s’ouvre d’elle-même dès que le nombre désiré est atteint. L’appareil actuel, fabriqué à Londres, ne peut être employé qu’avec les pièces de un demi et de 10 shillings; quelque fabricant pourrait se charger de l’adapter aux monnaies françaises. Cet ingénieux petit appareil se compose essentiellement d’une boîte en métal nickelé ayant sur le couvercle une ouverture C où l’on place la pièce de monnaie, et où l’on voit aussi indiqué le nombre de pièces qui tiendra lieu de Sésame, ouvre-toi à ce trésor. Après avoir placé la pièce en C, on presse le bouton D vers la gauche, ce
- Tirelire de poche millionaire bank.
- qui fait disparaître la pièce vers le même côté; en repoussant I) vers sa place primitive, la petite plaque C reparaît, sans argent mais avec un numéro inférieur. La boite étant ouverte, on voit le mécanisme : un disque numéroté au milieu, dont une partie est coupée (près des numéros 29 à 52). Lorsque la boîte est fermée, le bord du disque est enclenché par E, et ne se déclenche que lorsque la partie découpée se trouve près de A, B. En poussant le bouton D, la pièce est poussée vers la gauche, et en même temps un crochet F, accrochant une roue dentée fixée au disque, le fait tourner d’un quarantième; mais en même temps la pièce de monnaie doit soulever le cran d’arrêt A qui, agissant sur la même roue dentée, l’empêcherait de tourner. De sorte que le disque ne tourne que lorsqu’une pièce a été déposée préalablement. De même pour fixer le nombre de pièces voulu, il faut d’abord insérer la pièce, pousser D à mi-chemin, ce qui permet alors de tourner le disque librement ; la flèche indique le nombre désiré. — Pour tout ce qui concerne cet appareil désigné sous le nom de millionaire bank, s’adresser à M. F.-C. Kœchlin, South Sea house, Threadneedle Street, E. C. London.
- Cafetière de voyage. — Nous avons décrit, dans les Petites inventions du 3 septembre 1892, la cafetière à pres-
- Cafetière de voyage.
- sion, la Czarine. A la suite de cette publication, plusieurs de nos lecteurs ont demandé à l’inventeur, M. Ed. Kirmair, un modèle de voyage vraiment pratique. L’appareil représenté ci-dessus est la réalisation de ce désir, car il permet d’obtenir
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- en quelques minutes, en utilisant un verre à boire de la forme la plus commune, 25 centilitres de café, de thé, de tisane ou simplement d’eau stérilisée par l’ébullition à 100 degrés. Le verre, graduellement chauffé, ne casse jamais et l’infusion obtenue a la chaleur, la concentration et l’arome recherchés de& gourmets. La cafetière à pression de voyage se compose : 1° d’une casserole cylindrique en métal repoussé munie d’un manche à vis A ; 2° d'un couvercle avec rebord moleté B sur lequel le tube d’ascension est brasé ; un évidement circulaire excentré pratiqué sur son sommet reçoit le verre à boire ; le couvercle B entre à frottement dans la casserole A; un orifice capillaire percé au fond permet l’expulsion de l’air froid, retarde l’ascen-sion et sert de soupape de sûreté ; 3° d’un chapiteau C, muni de deux filtres se démontant; celui du fond, à vis; celui du bas, à baïonnette. La poudre de café, le thé, etc., s’introduisent dans ce chapiteau. Le tube d’ascension brasé à son sommet se raccorde au moyen du raccord D en buffle ; ce qui permet d’enlever le chapiteau sans se brûler quand l’infusion est faite. Cet appareil fonctionne sur n’importe quel foyer de chaleur, ou sur son réchaud à flamme d’alcool. — Cette cafetière est fabriquée par Ed. Kirmair, 49 bis, rue Lehot, à Asnières (Seine).
- Porte-plume-encrier pneumatique. — Dans ce porte-plume, un tube métallique renferme un caoutchouc formant réservoir d’encre. On serre ce tube entre les doigts ou en le roulant de façon à en faire sortir complètement l’air. Pendant
- Porte-plume à réservoir d’encre.
- qu’il est aplati, on met le bout dans une encre quelconque et l’on desserre les doigts. Le tube forme immédiatement pompe aspirante et se remplit de lui-même (n° 2 de la figure). On introduit le réservoir de caoutchouc ainsi rempli dans le tube, et son extrémité percée d’un trou appuyant contre la plume, l’alimente constamment (n° 1). Pour activer l’écoulement de l’encre, il suffit d’appuyer avec le doigt sur le tube en caoutchouc contenant l’encre. Le n° 5 montre l’ouverture ménagée, pour que le pouce puisse comprimer le réservoir d’encre. — Le porte-plume-encrier se trouve chez M. Wolter, 9, passage Kuszner, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- 3Iétallisation des tissus pour vêtements. — Les recettes pour rendre les tissus imperméables sont innombrables et bien souvent inefficaces. Cependant, on s'efforce d’aller plus loin encore et de donner aux vêtements un apprêt particulier qui puisse les soustraire aux attaques des mites et autres insectes destructeurs et, en même temps, préserver les personnes revêtues de ces étoffes de la contagion des maladies parasitaires. M. Moricourt, promoteur du procédé, le désigne sous le nom de métallisation, et voici en quoi il consiste. Les étoffes : laine, flanelle, drap, etc., sont immergées, pendant une heure environ, dans un bain en ébullition composé de :
- Sulfate de cuivre.......... 4 kilogrammes.
- Acide sulfurique........... 1 kilogramme.
- Eau. .... .......... 1000 litres.
- A la sortie de ce bain, le tissu, calandré et séché, est, pa-raît-d, à l’abri des attaques des microbse. L’apprêt peut même supporter deux ou trois lavages, mais alors il convient de renouveler l’opération.
- Eau-de-vie de sorbes. — Le plus souvent, on abandonne aux grives les fruits de sorbier, mais on peut en tirer de l'eau-de-vie. A cet effet, on cueille les baies quand elles sont mûres, on les met dans un baquet, on les écrase avec un pilon et on verse de l’eau bouillante uar-dessus. On remue, bien et on
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- laisse refroidir jusqu’à ce que le thermomètre centigrade marque 25 à 26 degrés. Nouvelle addition d’eau chaude, à laquelle on mêle 2 pour 100 de levûre de bière; brasser et laisser la fermentation s’établir. Quand cette fermentation est complète, on distille. Mais l’eau-de-vie de cette première distillation est faible et a une odeur désagréable, on la purifie avec du charbon de bois pulvérisé à la dose de 4 kilogrammes par pièce de 228 litres. On bouche ensuite le tonneau, on remue trois ou quatre fois par jour, on filtre le liquide sur de la flanelle et on distille de nouveau. Le produit obtenu est alors agréable.
- Durcissement du plâtre. — M. Dennstedt propose, pour le durcissement des moulages de plâtre, de gâcher celui-ci avec une solution aqueuse de silice dialysée. La pièce doit être séchée à une température qui ne dépasse pas 40 degrés ; on la plonge ensuite dans une solution concentrée de baryte maintenue à 75 degrés; enfin elle est séchée. Par cette
- méthode, le plâtre pHÊtid rapidement. En mélangeant de l’alumine ou de l’oxyde de zinc au plâtre, on aura des moulages encore plus durs. En additionnant le plâtre de sulfate de cuivre, on a des moulages de la nuance du bronze.
- Encre à tampon pour timbrer. — Pour composer une couleur qui ne crasse pas trop le timbre marqueur, et qui sèche en même temps rapidement, tout en donnant une empreinte indélébile, on mélange à chaud :
- Eau..................... 75 parties en poids.
- Glycérine. ....... 7 —
- Sirop de sucre............... 5 —
- Couleur d’aniline. ... 15 —
- On ajoute la couleur d’aniline seulement lorsque l’eau, mélangée à la glycérine et au sirop, est en ébullition ; cela empêchera l’aniline de se précipiter au fond du vase et la fera dissoudre parfaitement cette substance.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49m,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE 1)E 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 5 décembre. . 0°,2 W. S. W. 3 Couvert. 5,4 Presq. couv., grains de grêle de temps en temps, atm. trouble. Presq. couv.; petit brouill. à 8 h., tr. brum. du reste; pluie et neige à div. reprises.
- Mardi 6 — 1”,1 S. W. 2 Presq. couv. 0,0
- Mercredi 7 0",4 S. S. W. 2 Couvert. 5,5 Couv . neige jusqu'à 11 h., tr. brumeux.
- Jeudi 8. » - 1°,4 N. 2 Beau. 5,9 Nuag. jusq. 6 h., et ap. 18 h., quelq. nuages le reste du temps, tr. brum.
- Vendredi 9. .... . 0«,0 S. S. W. 5 Couvert. 0,0 Nuag. jusq. 6 li.; couv. eus., neige de 7 h. 3/4 à 16 h., il y en a 0“,12 sur le sol ; pl. de 20 à 21 h. n.fine à 22 h.
- Samedi 10 2%0 N. W. i Couvert. 13,6 Presq. couv. jusq. 18 h., beau ens.; nuag. à 24 h., brum.
- Dimanche 11 1*,0 S. 4 Couvert. 1,5 Couv. jusq. 19 h., beau ens., neige de 5 à 7 h.; pluie continue jusq. 9 h.; atm. trouble.
- DECEMBRE 1892. - SEMAINE DU LUNDI 5 AU DIMANCHE 11 DÉCEMBRE 1892
- | Lundi | Mardi | Mercredi i Jeudi I Vendredi I Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de Où 10; les pèches inférieures, In direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- La neige en France et À l’étranger. — La neige a lait son apparition en Europe le 6 décembre. Ce jour là, elle est tombée eu abondance à Paris. Une couche épaisse de plusieurs centimètres a couvert, dans la matinée, les rues et les toits. Le 7 décembre, au Havre, de fortes bourrasques de neige et de grêle ont, pendant vingt-quatre heures, beaucoup refroidi la température qui, jusqu’alors, était restée presque chaude. Une tempête du sud-ouest a causé sur la côte plusieurs accidents et la plupart des navires qui avaient voulu prendre la mer ont dû rentrer au port.
- A Fécamp, la mer a été démontée et la flottille des pêcheurs côtiers a été surprise en mer; Routes les barques ont cependant pu revenir sans avarie.
- A Laon, la neige s’est abattue en grande quantité sur la ville dans la nuit du 6 au 7 décembre.
- Pendant la journée du 5 décembre, la neige est tombée à Liverpool, en Angleterre; il y en a eu le 6 au matin une épaisseur de 8 centimètres;
- te «Prvinft dp nowio-ptipr» pntpp t.ivo.nnnl ni R:^lrp.,Vinoa o àln
- Dans plusieurs points du nord de l’Angleterre et de l'Ecosse, un abaissement considérable de la température a eu lieu. Un train a été bloqué par la neige entre Inverness et Wick, et le transit a été ralenti sur un grand nombre de lignes de chemins de fer. Dans le pays de Galles, il y a eu de véritables tempêtes de neige : des troupeaux de moutons ont été en partie ensevelis.
- La neige est tombée aussi à Budapest et dans les pays environnants. Le 6 décembre, on écrivait qu’une tempête de neige si violente sévissait dans la contrée, que la compagnie des tramways électriques et, en général, toutes les entreprises de transport avaient dû interrompre le transit.
- Eu Suisse, et notamment à Genève, des bourrasques de neige ont eu lieu également.
- Le 9 décembre, de nouvelles tempêtes de neige ont sévi à Paris, à Tours, à Lille, au Mans et à Marseille. A Paris, la couche moyenne de neige tombée a été de 7,5 centimètres; un vent violent a soufflé avec une vitesse de 50 mètres par seconde. Les communications des tramways ont été intar-rompues sur plusieurs lignes jusque dans l’après-midi.
- PHASES RP t a T.niVE • D O le 11. à 2 h. 59 m. du soir.
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- Supplément à « LA NATURE » du 24 décembre 1892 (n° 1021)
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ETRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA. SEMAINE
- La Société des amis des arbres. — Sous cette appellation, il s’est fondé, à Nice, une Société sur laquelle nous ne saurions trop appeler l’attention, car elle a pour but de réaliser une œuvre vraiment patriotique. Frappés de la dénudation des montagnes dans les départements des Alpes-Maritimes, des Basses-Alpes et des Hautes-Alpes, dans lesquels les paysans détruisent des forêts entières, sans s’inquiéter des pertes qui en sont la conséquence, un certain nombre de membres de la Société d’agriculture et d’horticulture des Alpes-Maritimes ont essayé d’y porter remède en fondant la Société des amis des arbres. Une société analogue fonctionne aux Etats-Unis depuis 1872 et rend les plus grands services. Elle offre des primes aux agriculteurs qui s’occupent avec le plus de succès du repeuplement des forêts, et célèbre chaque année une fête appelée Arbor day, dans laquelle elle décerne un prix de 100 dollars à la Société ou au particulier qui a planté jusqu’à ce jour, fixé à l’avance, le plus grand nombre d’arbres. L’émulation est si grande que, l’année de l’inauguration de cette fête, le nombre des arbres plantés dépassa un million, et que, depuis, ce nombre a augmenté chaque année dans des proportions considérables. Ce succès obtenu aux États-Unis, la Société des amis des arbres s’est donné comme but de l’atteindre par ses propres forces, puisque l'État, limité par un budget des forêts trop restreint (2 millions seulement par an), ne peut entreprendre d’une manière complète la restauration des terrains déboisés. C’est vraiment là une œuvre utile et nationale, car la dénudation de nos montagnes produit ” les torrents qui, après avoir raviné les pentes, inondent les vallées et dévastent les plaines de France. De plus, les pays déboisés deviennent stériles et inhabitables; ils se dépeuplent; les statistiques démontrent que les départements montagneux où le déboisement est le plus rapide sont ceux où la dépopulation s’est accrue de la façon la plus alarmante. On ne saurait trop encourager les efforts de la Société des amis des arbres et de son président, M. le l)r Jeannel, à Nice. Disons, pour terminer, qu’au Ier août 1892, le nombre des adhérents de cette Société était de 430, et le nombre total des arbres plantés par ses soins de 286 000 *.
- INFORMATIONS
- —A la date de la présente livraison (24 décembre 1892), I un des plus éminents géomètres de notre siècle, M. Dermite, va avoir soixante-dix ans. Sa vie tout entière a été consacrée à la science. Depuis ses précoces travaux qui attiraient sur un jeune ccolicr l’attention de Jacobi, jusqu’à son récent Mémoire '.Sur les .applications des fonctions elliptiques, il a sans cesse marché de découverte en découverte. I)e tous ces efforts il s’cst toujours cru assez récompensé par les progrès de ses deux sciences de prédilection, l’arithmétique et l’analyse, et il n’a recherché ni les honneurs mi la gloire. Un groupe d’élèves et d’admirateurs de M. Dermite a
- 1 D’après la Revue horticole.
- cru devoir faire appel à ceux qui ont suivi ses leçons, comme à ceux qui l’ont approché ou qui ont, d’une manière quelconque, subi son intluence. L’illustre graveur, M. Chaplain, a bien voulu se charger d’exécuter une médaille à l’effigie de M. Dermite et c’est le 24 décembre que les élèves, les amis et les admirateurs du grand géomètre doivent lui remettre le touchant souvenir. La cérémonie aura lieu dans la nouvelle salle du Conseil académique à la Sorbonne.
- Il résulte du dernier rapport issu du Board of Trade, que les vitesses moyennes des trains express sur les différentes lignes anglaises sont, par heure : sur le Great Northern Railway, de 102 kilomètres; sur le Midland Railway, de 102 kilomètres; sur le London and North Western Railway, de 75; sur le Great Western Railway, de 72; sur le London Brigliton and South Coast Railway, de 70; sur le Great Easlern Railway, de 61 kilomètres, et sur le London and Soulh-Western Railway, de 60 kilomètres.
- —— Sous les auspices de la Société d’électricité de Berlin, des expériences ont été faites au champ des manœuvres de Tem-pelhof, en présence d’officiers supérieurs, avec un système de lanternes construit spécialement et qui a pour objet la recherche des blessés sur le champ de bataille. Cette lampe doit encore rendre possible la découverte d’individus isolés à une distance de 100 mètres. Elle est alimentée par une batterie d’accumulateurs pesant 8 kilogrammes placée dans le sac d’ordonnance du brancardier. La lampe, d’une puissance lumineuse de 50 bougies, munie de son réflecteur, est très commode à manier. L’énergie emmagasinée dans la batterie n’est épuisée qu’après plusieurs heures d’éclairage:
- — D’après le journal anglais Optician, presque tous les grands hommes ont eu les yeux bleus. Il cite : Socrate, Shakespeare, Locke, Bacon, Milton (quoique aveugle!), Gœthe, Franklin, Napoléon, Bismarck, Gladstone, Huxley, Virchow, Buchner, voire même Renan. D’après lui. tous les présidents des Etats-Unis, à l’exception du général Darrisson, ont eu aussi celte même couleur des yeux. Voilà une statistique qui aura du succès dans un pays où les blonds dominent.
- — On trouve, dans l’état journalier de la dépense de l’hôtel de la duchesse de Bourgogne, Marguerite d’York, femme de Charles le Téméraire, à Gand, le mardi 27 juin 1469 (Archives du Nord, B. 5453), la mention d’achat de cruches de terre pour faire bouillir l’eau destinée à tempérer le vin de cette princesse. Comme on était alors en plein été, il est peu probable qu’il s’agisse d’eau chaude employée pour mouiller le vin de la duchesse. Il semble qu’il est plutôt question, dans celte mention d’eau bouillie, puis refroidie, dont l’usage, comme boisson, recommandé aujourd’hui par tous les hygiénistes, aurait été déjà connu au quinzième siècle.
- —— Le croiseur allemand Kormoran, récemment lancé à Dantzig et qui va prochainement commencer scs essais, se distingue des croiseurs de même type : Bussard, Sperber, Falke et Seead-Icr, par cette particularité qu’il est entièrement construit en acier, à l’unique exception du plancher du pont. Même les murailles et les portes des chambres des officiers sont construites avec ce métal. Ce navire est destiné aux stations permanentes d’Afrique et d’Asie.
- —Deux secousses de tremblement de terre se sont produites, mercredi 7 décembre, dans le département du Nord, à Sin-le-Noble, près de Douai, à 7 heures et à 10 heures du malin. La première secousse, qui a été la plus violente, a tout fait vaciller dans les maisons : un immeuble s’est affaissé de 10 centimètres environ; chaque secousœ était nréeédéo d’nn Lmii
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le violoncelle-piano, s’adresser à M. de Vla-rainck, professeur de violon, 55, rue Jean-Laurent, au Vésinet (Seine-et-Oise).
- Communications. — M. 0. Flor, à Riga, nous adresse un Mémoire qu'il vient de publier sur le problème de la quadrature du cercle. Cette question a déjà été traitée dans La Nature (n° 870, du 1er février 1890, p. 134; et n° 872, du 15 février 1890, p. 163).
- M. Ch. Genand, à Yevey (Suisse), à propos de notre précédente réponse relative à l’humidité des murs, nous fait savoir qu’il fabrique un papier bitumé spécial préservatif de cette humidité. Ce papier s’applique directement sur le mur humide; on peut le recouvrir ensuite du papier de tenture. Le papier bitumé est imperméable et imputrescible.
- M. E. Schlesinger, à Paris, nous adresse un exposé complet de la question du pont sur la Manche avec documents, cartes et planches. Nous avons déjà parlé antérieurement de ce grand projet, dont le Mémoire annoncé n'est qu’une variante (siège de la Société du Pont sur la Manche, 69, rue de la Victoire, à Paris).
- M. D. Toomey, à Paris, nous écrit : « Permettez-moi de vous dire, au sujet de votre récent article sur la Banque d’Angleterre que l’établissement de Threadneedle Street n’est pas comparable, comme encaisse, à la Banque de France. Le plus gros trésor du monde se trouve à Paris, dans les caves de la rue de la Vrillière. Le total de cet encaisse s’élève, pour l’or et l’argent, au chiffre de 2 960 500 000 francs, près de trois milliards. Vient ensuite la Banque de Russie, à Saint-Pétersbourg; le total de l’encaisse métallique, or et argent, est de 1 milliard 835 900 000 francs. L’Angleterre ne vient qu’en troisième ligne. Ces chiffres sont extraits de Y Economiste européen, du 27 novembre dernier. D’après le tableau complet publié pour les autres puissances, on remarque, entre autres, que la France et la Russie réunies ont, en métal précieux, 4 794400000 francs et la Triple-Alliance 2 205 300000 francs seulement. »
- M. A. Hermann, à Paris, nous adresse une brochure qu’il vient de faire paraître sur le Supplément à la technique du livre des clefs, nouvelle méthode cryptographique rapide et indéchiffrable. Cet opuscule se trouve chez Fauteur, éditeur, 8, rue de la Sorbonne.
- Renseignements. — M. le Dr Coltin, à Sillé-le-Guillaume (Sarthe). — Vous nous demandez comment on peut conserver des ossements d'hyène des cavernes qui s’effritent. Ce qu’il y a de mieux à faire pour empêcher les os fossiles de tomber en poussière, est de les enduire de blanc de baleine très chaud le plus légèrement possible. On peut aussi les imbiber d’eau qui renferme extrêmement peu de colle forte, ou même les plonger dans cette eau rapidement; on recommence plusieurs fois l’opération en laissant sécher dans l’intervalle, jusqu’à ce que les os soient durcis. L’écueil est toujours qu’on met trop de blanc de baleine ou trop de colle forte. On peut employer de la colle forte liquide à froid. Ce procédé est celui qui est employé au Muséum d’histoire naturelle dans le laboratoire de M. Albert Gaudrv, notre savant paléontologiste, qui a bien voulu nous le communiquer pour La Nature.
- M. L. Roche, à Poitiers. — Après dégraissage, vous blanchirez les os par l’immersion dans l’eau oxygénée.
- M. le IL Ponteil, à Flsle-Jourdain. — Nous vous conseillons de prendre des lampes à verre dépoli.
- M. M. J., à D. — Le diplôme de chimiste n’est donné officiellement qu’a près les examens subis à la sortie d’une école ; cependant il existe le titre d’essayeur du commerce délivré après examen par la Commission des monnaies. Tout le monde peut d’ailleurs exercer les fonctions de chimiste sans titre particulier.
- Cercle du commerce, à Béziers. — Vous trouverez un ou-
- vrage sur l’aluminium à la librairie Bernard .Tignol, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. Torrilhon, à Paris. — Nous n’avons pas d’autres détails; il faudrait vous renseigner à l’Écho forestier, 26, rue du Faubourg-Montmartre, journal auquel nous avons emprunté le fait.
- M. G. Gouville, à Carentan. — L’adresse du constructeur est donnée en tête de notre dernière Boîte aux lettres..
- M. le baron de Serclaes, à Angers. — On ne peut recommander une machine sans connaître exactement l’application projetée ; tout appareil a ses qualités et ses défauts.
- M. le Dr F. M., à Lyon. — L’expression n’est employée que par les fabricants; elle désigne la quantité de froid nécessaire pour abaisser de un degré au-dessous de zéro la température de un kilogramme d’un corps.
- M. J. Clévenot, à Saint-Dié. — La planche que vous nous envoyez présente une série de reliefs, mais ces reliefs ne figurent en aucune façon des sapins; il y a là une analogie d’aspect.
- M. J. Goffart, à Tanger. — Remerciements pour votre lettre; il faudrait vous adresser, pour ce qui concerne les observations météorologiques, au Bureau central météorologique de France, à Paris.
- M. H. H., à Bordeaux. — Aucun travail de ce genre n’a été publié.
- M. X., à Dijon. —Nous croyons que cette maison existe toujours ; nous n’avons pas d’autre adresse.
- M. C. Andrée, à la Nouvelle-Orléans. — Le prix de fabrication n’est pas encore définitivement établi.
- M. Bernard, à Lyon. — Vous devez faire erreur; la différence de potentiel de la distribution est peut-être de 115 volts.
- M. B. T., à Paris. — 1° Des renseignements précis manquent encore pour comparer ces modes d’éclairage. 2° Quelques traités sur cette question ont été édités par la librairie encyclopédique de Roret.
- M. G. Barutaud, à Pergignan.—Il faudrait faire des recherches de laboratoire pour vous répondre. Consultez un praticien.
- M. J. de Spreng, à Bâle. — Vous voulez sans doute parler de l’incandescence par le gaz Auer ; le siège de la société est 67, rue de Richelieu, à Paris.
- Un abonné, à C. — 1° Nous avons traité déjà des sujets analogues : Le Mont-Blanc vu de l’observatoire du Puy-de-Dôme, n° 715, du 12 février 1887, p. 173; et le n° 719, du 12 mars 1887, p. 226.
- M. Gonzalo Pranas Fernandez, à la Coruna. — L’hygromètre dont vous nous donnez la description est très intéressant, mais nous avons décrit des appareils de ce genre.
- M. Cailliot, à Montdidier. — Cette turbine est en dépôt chez MM. Fribourg et liesse, dont l’adresse est indiquée dans l’annonce que vous mentionnez.
- M. M. Gard, à Saint-Maurice (Valais-Suisse). — Il est actuellement impossible d’assurer pratiquement un éclairage électrique d’une certaine puissance lumineuse sans avoir recours à des sources de force motrice (machines à vapeur, moteur à gaz, etc., etc.)
- M. F. Bigot, à Biarritz. — Des voitures semblables n’ont pas encore été construites.
- M. C. Grin, à Bàle. — Oui, la proportionnalité existerait, toutes pertes étant évitées. — 2° Cette question comporte des développements mathématiques que nous ne pouvons donner ici.
- Un lecteur, à Paris. — 1° Nous pensons qu’il s’agit simplement de vernis au tampon. — 2° La dose du charbon varie suivant les systèmes d’appareils. — 5° le grillage est destiné à protéger les câbles en cas de fouilles dans le sol.
- M. Duchaufour, à Chambéry; M. Juvanon, à X. —La nouvelle pile, dont vous parlez, ne nous est pas encore connue. Jusqu’à démonstration du contraire, nous mettons en doute les affirmations exagérées du journal que vous nous envoyez.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. le Dr If. Astier, à Paris. Ce procédé ne nous est pas connu. Tous nos regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. L. Vallet, à Amancc. Exposez-nous vos critiques, et nous les examinerons. — M. J. Dccondé, à Soi-gnies. 1° Nous n’avons pas d’autres renseignements; 2° nous avons quelquefois donné des descriptions d’appareils de ce genre. — JM. Ch. Rémy, à Lille. L’adresse du constructeur a été indiquée précédemment. — M. H. Coupla, à Ilousies. Votre lettre a été envoyée au fabricant. — M. L. Inquimbert, à Saintes. Nous ne croyons pas qu’il existe d’ouvrage semblable. — M. G. de G., à Nancy. Remerciements pour votre communication que nous publierons prochainement. — M. P. L- B., h Châlons-sur-Marne. Voyez les Nouvelles Recettes utiles. (G. Masson, éditeur.) — Un abonne, à Ledeberg; M. R. Pistoni, à Firenze. Regrets de ne pouvoir répondre à vos demandes.
- Dans ta « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux tel ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes /»<• oefinns ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu Qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITES INVENTIONS1
- BIBLIOGRAPHIE
- Le cyclesonne. — Tout le monde connaît le classique cerceau de bois; il va être remplacé par un nouveau cerceau entièrement métallique en acier nickelé dont nous donnons l’aspect dans la gravure ci-dessous. Le n° 1 indique la disposition du cercle métallique qui est extérieurement revêtu d’un caoutchouc creux à la façon des roues de bicyclettes. Le n° 2 indique le mode de construction du cercle. Le cyclesonne se compose d’une lame d’acier doux de 60 millimètres de largeur sur 4 dixièmes de millimètres d’épaisseur. Cet acier est façonné en une seule passe dans une machine spéciale; il est replié
- .Nouveau cerceau métallique.
- plusieurs fois sur lui-mêine pour arriver à avoir le profil voulu et reçoit en même temps l’estampage ou guillochage lui donnant un aspect artistique. Les bandes d’acier obtenu sont des plus grandes longueurs possible, et comme les cerceaux sortent tout cintrés de la machine au diamètre voulu, il n’y a plus qu’à passer la série de cercles à une scie à métaux construite pour avoir aussitôt le nombre de cercles correspondant au développement de la bande primitive. Préalablement, les bandes ont été polies, nickelées et ravivées en toutes longueurs. — Le cyclesonne est construit par M. IL Doublier, à Cloyes (Eure-et-Loir). Dépôt général, 53, rue des Saint-Pères, Paris.
- Pendule antisablier. — Le petit appareil que nous allons présenter à nos lecteurs est employé à mesurer un espace de temps déterminé ; il sert à la cuisson des œufs et diffère complètement du sablier classique, d’où le nom que lui a donné son inventeur. C*est une boîte rectangulaire en fer-blanc que l’on voit représentée à la droite de la figure; à gauche, on a dessiné la vue intérieure. Une bille métallique pesante est jetée dans un des trois orifices, selon que l’on veut avoir un œuf mollet, bien cuit ou dur. La bille tombe dans une spirale pratiquée dans un cylindre mobile autour d’un axe,
- Appareil pour la cuisson des œufs.
- elle détermine la rotation lente de la roue hélicoïdale, et finit par tomber sur un timbre, dont le son indique qu’il faut arrêter la cuisson. Le cylindre intérieur est divisé en trois compartiments munis de trois spires de différentes dimensions ; suivant que la bille parcourt un de ces chemins, elle met un temps plus ou moins long à tomber sur le timbre. La commande du cylindre se fait au moyen d’une aiguille indicatrice. — Le pendule antisablier se trouve chez M. Mathieu-Martain. 42 bis, boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des lYow-velles scientifiques est étrangère aux annonces.
- L'Acropole de Suse, d’après les fouilles exécutées en 1884, 1885, 1886, sous les auspices du Musée du Louvre, par Marcel Dieulafoy. Ouvrage contenant 386 gravures insérées dans le texte avec 4 planches en noir et 12 planches en couleur. 1 vol. in-4°. — Paris, librairie Hachette et Cie, 1895. Prix broché : 100 francs.
- Les travaux et les découvertes que l’on doit à M. Marcel Dieulafoy dans la Susiane, peuvent être cités parmi les plus considérables de notre époque, et les visiteurs qui ont parcouru les salles Dieulafoy, au Musée du Louvre, ont été à même d’apprécier les merveilles historiques que M. et Mme Dieulafoy ont recueillies, au prix des plus grands elforts, dans des régions qui ont été le théâtre des plus mémorables événements. L Acropole de Suse, que vient de publier M. Marcel Dieulafoy, est un ouvrage de haute érudition et de grand luxe, l/auteur présente un essai de reconstitution des anciens monuments de la Perse,
- Darius. — Bas-relief de Nalvhclié-Rousfem Figure extraite de VAcropole de Suse, par Marcel Dieulafoy.
- (Hachette et Cie, éditeurs.)
- d’après les vestiges qu’il a retrouvés au cours de ses fouilles. 11 nous donne la description de la salle du Trône de Darius et du sanctuaire du Feu. L’étude des édifices religieux l’amène à discuter l’authenticité et l’âge du livre d'Esther, ainsi qu’à montrer la corrélation qui existe entre les modifications de la religion et la transformation des lieux consacrés au culte. En lisant ce beau livre, on revit à l’époque des Cyrus et des Darius, on passe en revue les monuments de cette période si étonnante de l’histoire, on apprend à connaître l’art militaire et les procédés industriels de ces temps reculés. Le livre de M. Marcel Dieulafoy, magnifiquement édité paria librairie Hachette, est un véritable livre d’art. Les planches hors texte et en couleur, qui figurent les dalles émaillées de la frise des Lions et des Immortels des fouilles de Suse, sont dignes d’être signalées connue un modèle de reproduction en couleur. A défaut de ces belles planches que nous ne saurions placer sous les yeux de nos lecteurs, nous empruntons une des petites vignettes du livre; elle donne le portrait de Darius, d’après les bas-reliefs de Nakhché-Roustem.
- Dix-neuvième siècle (en France). Classes. Mœurs. Usages. Costumes. Inventions, par Joiiîs Graxd-Cap.teret. Ouvrage illustré d’un frontispice chromotypographique, de 16 planches coloriées, de 56 en-tétes et lettres ornées et de 487 gravures. 1 vol. grand in-4° de 774 pages. — Paris, librairie de Firmin-Didot et Cie, 1895. Prix : 40 francs.
- Les livres du bibliophile Jacob sur l’histoire des sciences et
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- A
- des arls à travers les siècles Jusqu’au dix-huitième siècle, constituent l’une des plus belles sériés des publications modernes. Les éditeurs ont voulu continuer cette remarquable série en publiant un nouveau volume sur le Dix-neuvième siècle, aujourd’hui à son déclin. Ils ont confié cette entreprise laborieuse à un érudit et un compilateur hors ligne, à M. John Grand-Carteret, l’écrivain documentaire par excellence. M. John Grand-Carteret, chercheur infatigable, a mis à contribution toutes les collections et les bibliothèques, pour faire de son œuvre un livre éminemment original. Ce livre a le mérite d’être d’un grand attrait. C’est un ouvrage historique et anecdotique ; c’est en même temps un délicieux album à feuilleter; toutes les richesses enfouies dans les cartons des collectionneurs sont reproduites, en fac-similé, par des procédés d’une exécution parfaite, et les gravures sont accompagnées de courtes Notices qui en facilitent l’explication. Nous félicitons M. Grand-Carteret d’avoir mené à bien une si belle entreprise.
- A travers le Groenland, par Fridtjof Nansen. Ouvrage traduit du norvégien, par Charles Rabot et contenant 170 gravures et 1 carte en couleurs. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie Hachette et Cie, 1893. Prix broché : 20 francs.
- L’expédition de M. Nansen au Groënland est une des explorations les plus hardies, les plus fécondes en résultats, entreprises depuis longtemps dans les régions arctiques. Pour la première fois, l’immense glacier a été traversé au prix de souffrances et de privations supportées avec héroïsme. Ce tour de force d’endurance n’est pas resté sans profit pour la science. Le tracé du voyage, les observations météorologiques n’ont jamais cessé d’être relevés. M. Nansen n’est pas seulement un explorateur hardi et un naturaliste distingué, c’est un écrivain de mérite, qui raconte ses explorations avec une charmante simplicité. M. Charles Rabot qui est lui-même un intrépide explorateur des régions glacées, nous donne une excellente traduction, fort bien éditée du livre de M. Nansen.
- La guerre, par le L’-colonel Hennebert. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des merveilles. Ouvrage illustré de 34 gravures. — Paris, Hachette et Cie, 1893. Prix broché : 2 fr. 25.
- Maisons d'hommes célèbres, par Axdré Saglio. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des merveilles. Ouvrage illustré de 42 gravures. — Paris, librairie Hachette et Cie. Prix : 2 fr. 25.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES i U MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 12 décembre.. 5°,0 S. W. 3 Couvert. 0,7 Couvert ; pluie de 10 à 22 h.
- Mardi 13 3°,1 W. N. W. 2 Beau. 7,3 Couv. jusq. 4 li., p. beau, nuageux de9à 15 li., beau ensuite ; gelée blanche et pluie de 11 h. 1/4 à 12 h.
- Mercredi 14 — 1°,6 S. S. VV. 2 Éclaircies. 0,6 Beau jusq. 5 h. puis très nuageux, couvert dans l’ap.-midi ; pluie dans la soirée.
- Jeudi 15 7",3 S. VV. 3 Couvert. 1,6 Peu nuageux à 21 h., couv du reste; quelquefois des gouttes. Couvert ; quelquefois de la bruine.
- Vendredi 16 8“,1 VV. S. VV. 2 Couvert. 0,1
- Samedi 17 5°,0 S. VV. 2 Nuageux. 0,0 Nébul. irrégulière; brouill. dans la soirée.
- Dimanche 18 — 0*,8 S. 2 Couvert. 0,0 Couvert; brouillard toute la journée, de 300" à 10 h., de 400” à 500“ le reste du temps.
- DECEMBRE 1892. - SEMAINE DU LUNDI 12 AU DIMANCHE 18 DECEMBRE 1892
- I
- Lundi | Mardi | Mercredi j Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosilé de Où 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer)’, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- I-a crue de la Seine. — Le niveau de la Seine s’est élevé rapidement pendant la semaine du 12 au 18 décembre. A la date du 15, à midi, il atteignait la cote de 3m,80 au pont d’Austerlitz, à Paris, et celle de 4,50 à l’écluse de Bezons. A cette hauteur, non seulement les bas-ports de Paris, mais encore les banquettes de halage et les caves situées près du port de Bercy ont été submergées. Eu aval du pont Iîoyal, le passage qui conduit aux pontons d’embarquement des bateaux-omnibus a été envahi par les eaux.
- A Clichy-Levallois, Asnières, Puteaux, Boulogne, les amas de sable, de gravier, de briques déposés sur les ports ont été recouverts par les eauv Les eûtes des îles des Ravageurs, de la Grande-Jatte, de Robinson.
- du Moulin-Joly, près d’Argenteuil, ont été inondées et les arbres ont baigné dans le fleuve.
- Plusieurs convois de bateaux ne pouvant vaincre la violence du courant ont dû s’amarrer à quai, à Asnières et à Argenteuil. Dans cette dernière localité, le chemin de halage entre les deux ponts a été submergé et des tombereaux sont restés en détresse. Les travaux du pont-aqueduc d’Achères ont dû être suspendus. L’eau a complètement caché les piles de l’ancien barrage de Levallois. Tous les barrages fixes des petits bras du fleuve n'étant plus visibles, des drapeaux rouges ont été placés aux abords afin d’empêcher les rares vapeurs qui remontaient encore le fleuve de se briser sur ces écueils.
- Au moment où nous écrivons, la crue, quoique ayant diminué d'intensité, n’est pas encore terminée. On a cependant constaté une baisse des affluents, l’Yonne et la Marne inférieure.
- PHASES DE LA LUNE : Néant.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- L’expédition du commandant Monteil au centre de l’Afrique. — Encore un de nos vaillants explorateurs qui revient d’une expédition au cœur de l’Afrique centrale et dont le succès a été éclatant. Le commandant Monteil, après deux années d’efforts énergiques, d’obstacles de toutes sortes, dont il a su triompher, a réussi à atteindre le lac Tchad, que l’on peut considérer comme le point de mire de nos explorateurs de l’Afrique. Cette découverte est capitale, tant au point de vue géographique qu’à celui de notre influence dans des régions que les nations européennes se disputent. Le commandant Monteil est arrivé à Paris le 20 décembre au matin à la gare de Lyon; la foule se pressait dans les salles d’attente pour saluer l’intrépide voyageur et son compagnon l’adjudant Badaire. Les notabilités du monde géographique et commercial s’étaient donné rendez-vous pour accueillir et féliciter les explorateurs.
- Quand le commandant descend de wagon, il est embrassé par ses camarades, les membres de sa famille, par MM. Jamais et Etienne, pendant que l’on applaudit en criant : « Vive Monteil! Vive la France! » Le commandant, ému, répond par des poignées de main à tous ceux qui l’entourent; il se rend ensuite vers la salle d’attente, où la réception officielle a eu lieu. Le commandant Monteil est de petite taille, la figure bronzée par^ le soleil d’Afrique. C’est d’ailleurs un sénégalais de vieille date. Ses cheveux noirs, coupés ras, laissent à découvert un front large. La physionomie ouverte, aux traits accentués, indique une âme virile, énergique, prête à toutes les résolutions. L’ad-ijudant Badaire, aussi, est de petite taille; il est d’un blond mauve, et sa figure éveillée dénote un caractère plein d’entrain. •Le spectacle de ces explorateurs est réconfortant : on ne saurait trop féliciter ces hommes d’action et d’héroïsme, qui honorent la science et leur pays.
- INFORMATIONS
- —Le Gouvernement de la Floride a promulgué une loi .relative à la protection des alligators. Ces sauriens, traqués de tons < côtés, en raison de la valeur de leur peau si appréciée dans le commerce, étaient menacés d’une extinction totale; mais à leur disparition progressive correspondait à une effrayante multiplication de rats de roseau, qui ravageaient les plantations et ruinaient les agriculteurs riverains. C’est pour ces motifs que le Gouvernement de la Floride vient de défendre, sous peine d’une forte amende, de tuer les alligators au moment des couvées, pendant trois ans.
- —On vient de terminer aux Indes, pour l’alimentation en eau de la ville de Bombay, la plus grande digue en maçonnerie qui existe. Cette diguè, située à 100 kilomètres au nord de Bombay, barre la vallée de la Tansa et forme ainsi un lac artificiel de-20 kilomètres carrés de superficie qui pourra fournir à la ville 450000 mères cubes d’eau par jour. La digue s’étend sur 3 kilomètres de largeur, sa hauteur est de 36 mètres.
- Un superbe bolide a été observé à Thuillies (Hainaut) le 13 décembre, à 10h 5m du soir, par M. Gouthière. Le météore a fait on apparition vers le sud-sud-ouest et s’est dirigé obliquement à roite. Il a répandu une lumière aussi vive que celle d’un éclair et
- il a laissé derrière lui, après avoir éclaté comme une fusée de feu d’artifice, une traînée composée d’une multitude d’étincelles.
- —Une revue japonaise publie une étude d’un statisticien distingué, M. Ono, sur l’accroissement de la population dans l’empire mikadonal pendant le présent règne et surtout depuis une vingtaine d’années. En 1872, le recensement officiel constatait une population totale de 53 111 000 âmes; en 1890, elle est de 40070000. Depuis 1887, la moyenne annuelle de l’accroissement a été de 13 pour 1000, de sorte que, si cette proportion se maintient, le nombre des habitants indigènes du Japon aura doublé en cinquante-huit années. Comme le nombre des naissances n’est pas plus considérable au Japon que dans la plupart des pays civilisés, M. Ono attribue l’augmentation de la population à l’excellent état hygiénique
- aui prévaut dans son pays depuis la restauration et à la décroissance e la mortalité des enfants au-dessous de cinq ans, qui est moindre qu’en aucun autre pays, l'Angleterre exceptée. La proportion des sexes est environ de 100 hommes pour 97 femmes à la naissance; elle se maintient jusqu’à l’âge de cinquante-sept ans, a partir duquel le nombre des femmes commence à dépasser celui dès hommes.
- ^— Le succès qu’a obtenu l’exportation des viandes gelées d’Australie et d’Angleterre, a donné l’irléc aux Norvégiens d’appliquer ce système aux produits de leur pèche. Une société vient de se constituer chez eux à cet effet. Elle a commencé par faire l’acquisition d un steamer destiné à conduire sur les marchés du continent le poisson, après qu’il aura été soumis à la congélation. Au sortir de l’eau, le poisson sera tué et nettoyé, puis déposé pendant douze heures dans un endroit où régnera une température glaciale. Ce procédé, tout en le durcissant, lui conservera l’aspect du poisson fraîchement pêché. La qualité supérieure et le prix modique de cet aliment le feront apprécier surtout de la classe ouvrière à qui des marchands peu scrupuleux vendent trop souvent du poisson qui mérite plutôt le nom de pourriture. Il suffira au poisson gelé de tremper pendant deux heures dans l’eau, pour se retrouver dans le même état qu’avant la congélation.
- —$é—, \oici un curieux exemple de transport de corbeaux des Indes. D après le journal anglais Land and Waler, un paquebot a quitté Bombay, emportant deux cent cinquante honse croies [Corvus ou Anomalocorax splendens, Ternm.), à destination de Zanzibar. Cette espèce, de la taille du Choucas ordinaire (C. monedula, L.}, se distingue par ses belles couleurs et ses reflets métalliques. On compte les lâcher à Zanzibar pour remédier à l’état insalubre de la ville. Ce Corvidé, comme d’autres espèces, purge des immondices les abords des habitations. Ses habitudes sociables et cosmopolites font espérer qu’il s’acclimatera.
- On a commencé, au Muséum d’histoire naturelle, la construction de nouvelles galeries, le long de la rue de Buffon, et de petites serres enclavées dans celles qui existaient déjà près de la grande serre neuve. Les nouvelles galeries sont destinées aux collections de paléontologie et d’anthropologie renfermées actuellement dans les vieux bâtiments de la rue Cuvier. Quant aux serres neuves, elles doivent recevoir le trop-plein des anciennes, littéralement bondées et devenues insuffisantes.
- —La ville de Tikhvine, dans le Gouvernement de Nowgorod, a été bloquée par d’immenses troupes de loups, qui poussent la hardiesse jusqu’à entrer dans la ville et à enlever le petit bétail et même des enfants. Aucun habitant de Tikhvine ne sort dans la rue qu’armé jusqu’aux dents. Le Gouvernement impérial a ordonné qu’un bataillon d’infanterie, une sotnia de cosaques et 500 chasseurs, procèdent à une chasse monstre Ho
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- NOUVELLES SL1EJNT1E1UUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le cadran solaire du major Oliver est construit par MM. Negretti et Zam-bra, 38, Holborn Viaduct, à Londres. — Le cadran solaire de Fléchet se trouve chez M. Bertaux, 25, rue Serpente, à Paris.
- — Les lanternes pour l’expérience de prestidigitation se trouvent chez M. Voisin, 83, rue Vieille-du-Temple, Paris.
- Communications. — Un lecteur, à Ixelles (Bruxelles), nous écrit qu’en jetant des pierres sur de la chaux éteinte, il a obtenu une imitation de l’aspect des montagnes de la lune. Les pierres, en s’enfonçant dans la bouillie de chaux, soulèvent des rebords escarpés analogues à ceux des volcans de notre satellite.
- Renseignements. — M. Thaon, capitaine du génie à Mont-Louis. — L’oiseau que vous nous avez envoyé est bien connu des naturalistes ; c’est le Tichodrome échelette ( Tichodroma muraria, L.), sorte de grimpereau qui habite les Pyrénées et les Alpes et qui s’égare parfois jusque dans l’ouest de la France. Il est toutefois rare en plaine et vit d’ordinaire sur les hautes montagnes, où il cherche sa nourriture le long des parois de rochers.
- M. J. T., à D. — Voyez la description que nous avons donnée du petit moteur à gaz de faible puissance (n° 1004, du 27 août 1892, p. 205).
- Cercle littéraire d’Ambert. — 1° Une couche de blanc de zinc pourrait suffire ; on peut aussi, pour écrire directement sur le zinc, employer une encre composée d’une partie de sulfate de cuivre et d’une partie de chlorure de calcium, le tout dissous dans trente-six fois son volume d’eau. 2° Appliquez la formule qui donne les arrangements de m lettres n à n; elle se trouve dans tous les formulaires.
- M. C. B., à Paris. — L’acide citrique enlève facilement les taches d’encre sur les mains.
- M. Ménage, à Bercy-Confïans. — Bulletin de la Société chimique de Paris, 44, rue de Rennes, à Paris.
- M. G. B., k Château-Thierry. — 1° Pas de fabricant connu.
- — 2° Cet appareil se trouve chez la plupart des marchands de machines à écrire.
- Un abonné, à X. — 1° Nous ne pensons pas que cette description ait été publiée. — 2° Ces petits clous d’encadreurs sont en vente chez tous les grands quincailliers de Paris.
- M. C. Lebrun, à Ai’mentières. — Non; il n’y a pas d’article sur cette fabrication.
- M. J.-V. Bi •anco, à Mafra. — Il faut s’adresser au constructeur, 60, rue de Richelieu, à Paris.
- il/. L. D., à Paris. — Consultez le dictionnaire de Bottin; vous trouverez ces adresses.
- M. Maurice, à Paris. — Voyez les traités de photographie.
- M. Z.-P. Stalios, à Gumuldzina. — Un article sur les agglomérés a été publié dans le n° 574, du 31 mai 1884, p. 425.
- M. C. Petit, à Paris. — Les fabricants d’appareillage à gaz doivent pouvoir vous fournir ces veilleurs.
- M. J. de Meillerie, à Paris. — Adressez-vous à la Compagnie Edison, 8, rue Caumartin, à Paris.
- M. A. Bouvier, à Lyon. — Écrivez directement à l’auteur de l’article, 78, avenue de la Grande-Armée, à Paris.
- M. A. Meyer, à Lille. — Nous ne pouvons nous occuper de la question de l’achat ou de la vente des livres ; veuillez avoir recours à un marchand de livres anciens.
- M. A. Planté, à Concremiers. — Nous ne comprenons pas votre question ; il faudrait nous désigner l’objet d’une façon plus complète.
- M. L. Thélu, à Frévent. — Il y a un si grand nombre d’appareils portatifs, que nous ne pouvons vous en désigner un en particulier.
- M. G. Legs, à Londres. — Cet appareil est bon, et donne des résultats très satisfaisants.
- M. Troussel-Dumanoir, au Petit-Quévilly. — Consultez les
- catalogues des librairies scientifiques ; vous trouverez une série d’ouvrages sur le même sujet.
- M. E. Robert, à Nancy. — 34, rue de la Glacière, à Paris.
- M. Amadis, à Perpignan. — 1° Nous n’avons rien publié à ce sujet. — 2° Remerciements pour votre brochure sur Y écriture universelle internationale.
- M. Ch. Mirel, à Craonne. — Nous avons donné, dans les premières années de La Nature, un article sur les monstres doubles. On en a cité de nombreux exemples; mais il est très rare de les voir vivre à un âge adulte.
- M. F., à Auch. — 1° Intercalez en circuit une résistance, et faites-la varier jusqu’à ce que la lampe soit à un éclat normal.
- — 2° Non.
- M. le commandant Mantin, à Pau. — Il suffit de dissoudre environ 150 grammes d’hyposulfite d’ammoniaque par litre d’eau.
- M. le comte L. de Sabran, au château de Lamanon (Bouches-du-Rhône). — 1° L’adresse a été donnée en tète de la Boîte aux lettres. — 2° Nous avons déjà parlé, dans La Nature, d’une série de machines à calculer; voyez le n° 884, du 10 mai 1890; le n° 896, du 2 août 1890; le n° 907, du 18 octobre 1890.
- M. L. K. P., à Chambéry. — 1° Pas de constructeur spécial. — 2° Moteurs à air comprimé : MM. Blanchod et Cie, 32, place Saint-Georges, à Paris.
- M. C. Germain, à Nancy. — Nous avons reçu les photographies de votre petit bateau à vapeur, et nous vous félicitons de cette ingénieuse construction.
- M. L. Michelot, à Epernay. — Le flux de force serait considérablement diminué, puisqu’il est égal au produit de l’intensité du champ magnétique par la section.
- M. Isidore A. Coletti, à Trévise. — On ne peut plus avoir d’exemplaires de ce livre qui est épuisé.
- Un lecteur, à Palaiseau. — Il faut chasser les gaz délétères par la ventilation. Les laboratoires sont aujourd’hui pourvus de tuyaux de ventilation.
- M. L. P. 24, à Tarbes. — M. Hospitalier a publié, à la li-î brairie Masson, un ouvrage sur Y Electricité et ses principales applications ; ce livre est élémentaire et pourra vous convenir.
- M. L. Merlier, à Paris. — L’ammoniaque versée dans une solution de sulfate de cuivre donne le bleu céleste.
- Questions. — N° 1322. — M. G. de Fussy, à Paris, nous^ écrit : « Les Chinois attribuent l’invention du cerf-volant au général Han Siu (206 av. J.-C.) qui y aurait été conduit pour permettre aux habitants d’une ville assiégée de correspondre avec les armées de secours. Où pourrais-je trouver des détails sur ce fait ? »
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Cari-eau, à Anglure. Nous ne pouvons nous charger de faire des essais sur votr( pile. — Un abonné, à Liège. Il n’existe pas d’ouvrage de ce genre
- — M. le marquis de Bogaraya, à Madrid. L’adresse du constructeur a été donnée précédemment. — M. C. C-, à Châteaulineau. Nous ne connaissons pas de système spécial. — M. J. M., à Jolibert! Renseignez-vous auprès du fabricant que nous avons indiqué. —J M. deLescaude, à Ouville (Seine-Inférieure). Ces questions ne soul!
- * pas de notre compétence. — Un lecteur, à Dole. Remerciement pour votre formule que nous publierons à l’occasion. —M. H. Cour tois, à Muges iLot-et-Garonne). Il faudrait examiner votre appareil pour pouvoir vous répondre. — M. L. Vernes, à Paris. Le constructeur est désigné en tête de la Boite aux lettres du même numéro
- — ilf. L. H., à Paris. On ne peut faire à ce sujet que des hypothèses et des conjectures qui n’ont aucune base. — Cercle d’Héri court (Haute-Saône). Voyez le petit livre de la Science pratique.) (G. Masson, éditeur.) — M. Gury, à Paris. Consultez les Recette*1 et procédés utiles (même éditeur). — M. le Dr Dcve, h Reims: Un lecteur, à Barcelone; M. Ch. Vincent, à Paris. Regrets de iw pouvoir vous renseigner. — M. A. Neukomm, à Chaux-de-Fonds; M. C. P., à Bordeaux. Remerciements pour vos communication;
- — M. J. T., a Douai. Nous avons décrit précédemment une série de
- moteurs pouvant vous donner satisfaction. j
- Cours et Conférences. — L’Observatoire de la Toui* Saint-Jacques vient de reprendre, pour la quatrième année, lij série de ses cours scientifiques. Parmi ceux pouvant intéressé nos lecteurs, nous signalerons : — Photographie. Professeur! M. E. Cousin, secrétaire de la Société française de photograj phie. Ce cours a lieu à la Mairie du IVe arrondissement (pJacl Beaudoyer), le samedi soir à 8 heures et demie. — TélégrapH ' électrique. Professeur : M. Beyssier. Ce cours a lieu à la Toit Saint-Jacques, le vendredi soir à 8 heures et demie. Ces cou! sont complétés par des travaux pratiques, des conférences visiti et excursions. De plus, une bibliothèque spéciale est à la di position des élèves.
- üc n$ la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux let rei
- seiqnements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à tout les Questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraisfli
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- 1MULI VÜiLLüS SUlEiM IFKJUtiS
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- JANVIER-FÉVRIER-MARS 1893. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES
- iv .
- Il 1 Février 21 au méridieln à minuit
- Janvier
- • Cocher
- Persée
- riv. Poissons
- Petit Chien
- SOL
- Baleine
- Eridan
- Lièvre
- Grand /Chien
- Herculfe
- Dauphin
- Poissons
- ihiucus
- iWareVerse
- Serpent
- il tara 21
- iFèvp.
- URANUS
- 1 Janv.
- Corbeau]
- Sagittaire
- Po isson Austral
- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- Occultations des planètes et des Etoiles par la Lune, visibles à Paris.
- 1893. Nom de l’astre. Grandeur. Immersions. Émersions.
- Janvier 3 \ Ecrevisse. 6 S h. 47 m, 3 6 h. 37 m, 7
- — 3 r* Ecrevisse. 6 9 h. 23 m, 8 Appnlse à t'2 du bord.
- — 23 77 Poissons. 6 9 h. 3 m, 3 10 h. 2 m, 6
- — 26 32 Taureau. 6 13 h. 50 m, 3 14 h. 9 m, 1
- — 29 47 Gémeaux. 6 13 h. 22 m, 2 15 h. 32 m, 4
- — 30 w'JEcrevisse. 6 8 h. 14 m, 7 9 li. 16 mT 0
- — 30 \ Ecrevisse. 6 17 h. 53 m, 8 18 h. 28 m, 5
- Février 18 27 Poissons. 5 7 h. 2 m, 7 7 h. 58 m, 0'
- — 20 Jupiter. 2 h. 33 m, 8 3 h. 30 m, 8
- Mars 19 Jupiter. 19 h. 4 m, 7 19 h. 53 m, 4
- — 26 r* Ecrevisse. 6 9 h. 51 m, 2 10 h. 38 m, 9
- "L’étoile est sous l’horizon.
- Satellites de Jupiter.
- ÉCLIPSES. OCCULTATIONS.
- 1893. Satellites. Commencement. Fin. Immersions. Emersions.
- Janvier 4 I 10 h. 03 m. 58 s. 6 h. 32 m.
- — 5 II 9 h. 39m.
- — 6 III 6h.l9m. 21
- — 11 I 8 h. 28 m.
- — 13 I fi h. 28 m. 21
- — 13 III 8I1.32 m. 28 s. 10h. 21m. 6
- — 16 II 6 h. 45m.47
- — 18 I 10 h. 25 m.
- — 20 I 8 li/24.m. 7 4h. 54m.
- — 20 III 6 h. 55 m. 9 h. 25 m.
- — 23 II 7 h. 00m. 44s. 9 h. 20 m. 55 6h. 52 m.
- — 27 I 10 h. 19 m. 50 6 h. 52 m.
- — 50 11 9 h. 38 m. 16 s. 7h. 00m. 9 h. 54 m.
- Février 3 I 8 h. 51 m.
- — 5 I 6 h. 44 m. 24
- — 6 II 9h. 45 m.
- — 12 I 8 h. 59 m. 56
- — 17 II 6h. 32m. 6
- — 18 III 6h.28m.30
- — 19 I 7 h. 21m.
- — 25 III 8h. 48m. 54 s. 6 h. 53 m.
- •— 28 I 6h.59m.34
- Mars 3 II 7 h. 33 m.
- — 14 I 7 h. 55 m.
- — 25 I 7 h. 13 m. 50
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- La photographie médicale. Application aux sciences médicales et physiologiques, par Albert Londe, directeur du service photographique à l’hospice de la Salpêtrière. 1 vol. in-8°, avec de nombreuses gravures et planches hors texte. — Paris, Gauthier-Villars et fils, 1895.
- Le but de l’auteur, en écrivant le livre que nous annonçons, a été de montrer plus spécialement l’utilité de la photographie dans le domaine de la médecine et de la physiologie. Placé par son éminent maître, M. le professeur Charcot, à la tète du service photographique de la Salpêtrière, il a acquis l’expérience voulue pour traiter cette question nouvelle. En effet, les divers malades qui sont traités à la Salpêtrière appartiennent à la catégorie des nerveux : ce sont ceux qui présentent incontestablement le plus de variétés et qui, par cela même, augmentent les difficultés de reproduction. M. Albert Londe a dû, dans bien des cas, créer
- des appareils spéciaux pour résoudre ces difficultés; il en donne la description détaillée afin de permettre au médecin qui voudrait organiser un service photographique analogue à celui de la Salpêtrière de le faire avec facilité et sans tâtonnements. On peu affirmer que l’on n’est pas loin du moment où le laboratoire photographique sera l’annexe obligatoire de tout service médical.
- Autour de la Méditerranée. Les côtes barbaresques de Tripoli a Tunis, par Marius Bernard. 120 illustrations par A. Chapon et une carte itinéraire du voyage. 1 vol. in-8". — Paris, librairie Renouard, II. Laurens, éditeur. Prix : 10 fr. broché; 15 francs relié.
- Les écoles et les écoliers à travers les âges, par L. Tarsot, rédacteur au Ministère de l’instruction publique. Ouvrage orné de 130 gravures de L. Libonis. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie Renouard, R. Laurens, éditeur. Prix : 10 francs broché; relié, 14 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49™,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES UU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET KORCE 1)E 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 19 décembre.. - 5",4 Calme. Couvert. 0,0 Brouillard toute la journée.
- Mardi 20 — 2»,5 Calme. Couvert. 0,0 Couv.; brouill. jusqu’à 22 h., un peu de bruine.
- Mercredi 21 0\0 S. 1 Couvert. 0,0 Peu nuag. à 15-16 h. et ap. 22h.; couv. le reste ; brouil. de 1200 m. à 7 h. et ap. 17 h., tr. brum. d. la journ.
- Jeudi 22 — 0°,1 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Qq. nuages de 6 h. à 15 h.; couv. av. et ap., tr. brum.
- Vendredi 25 0°,2 N. E. 5 Couvert. 0,0 Tr. nuag. jusq. 8 h., beau ens.; horiz. brum. à 10 h.; tr. clair à midi.
- Samedi 24 - 4”,9 E. N. E. 2 Beau. 0,0 Ouelq. nuages, atin. claire.
- Dimanche 25 - 6",7 E. N. E. 5 P. nuageux. 0,0 Beau de 1 h. à 6 h. ; nuag. ens. jusq. 21 h.; p. nuag. le reste.
- i
- DECEMBRE 1892. - SEMAINE DU LUNDI 19 AU DIMANCHE 25 DÉCEMBRE 1892
- La courbe supérieure indique la nébulosité de Où 10; les flèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- La crue de la Seine.—La crue de la Seine, dont nous avons parlé dans notre dernière chronique météorologique, s’est maintenue jusqu’au 26 décembre. A Paris, depuis le 22 décembre, le niveau a été stationnaire. Mais, dans la banlieue, l’infiltration a continué, et l’eau a monté sensiblement, couvrant des champs et des prés. Les bas-quais du fleuve établis en simple remblai ont été endommagés par la violence de la crue. A la suite d’affouillements, de nombreux éboulements se sont produits, surtout entre Courbevoie, Asnières et Argcnteuil.
- Variation» de la température du aol arec l’altitude. —
- Un grand nombre d’observations sur la température du sol ont été faites pendant dix à douze années par le professeur Eber Mayer dans des stations bavaroises situées entre 155 et 1120 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce savant vient de publier les résultats de ses intéressantes études. La température du sol s’abaisse à mesure que l’élévation aug-
- mente, tant pour ce qui regarde les moyennes annuelles que les moyennes des saisons et des mois en particulier. L’abaissement le plus considérable se produit entre 480 et 780 mètres. Au printemps et en été, l’élévation a beaucoup plus d’influence sur l'abaissement de la température que pendant l’hiver. Sur le plateau de la Bavière, la température du sol est sujette à des variations spéciales. La moyenne annuelle et la température du semestre froid sont normales et correspondent à l’élévation ; mais pendant le semestre d’été, et particulièrement en août, la force du rayonnement solaire augmentant avec la hauteur verticale, exerce un effet beaucoup plus marqué sur le plateau que sur les sommets des montagnes à la même hauteur. Pendant les six mois d’hiver, le sol est, jusqu’à une profondeur de 1 mètre, de 2° à 2°,5 plus chaud que l’air. En été, le sol est, jusqu'à 50 ou 40 centimètres, de 1° à 1°,5 plus froid. L’écart annuel diminue à mesure que l’élévation augmente. Lorsque la température s’abaisse, les forces chimiques sont moins actives, et, par suite, le sol est moins productif.
- PHASES DE LA LUNE : N. L., le 19, à 8 b. 22 m. du matin. Solstice le 21 à 8 h. 28 du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE Dû JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA. SEMAINE
- Ce que gagnent les inventeurs américains. — Nos
- lecteurs ont assurément entendu parler du procès d’Edison, relativement à l’invention des filaments de charbon des lampes à incandescence. Edison a gagné son procès en première instance en Amérique. Aussitôt que la sentence sera confirmée, les fabricants de lampes à incandescence auront à lui payer uneredevance. 11 se fabrique annuellement 25 millions de lampes, et le chiffre s’en élève tous les ans; on a calculé que c’est environ 100 millions qu’encaissera Edison pendant les cinq années de durée de son brevet. À ce sujet, un journal de New-York a fait le relevé des ersonnes qui, en Amérique, doivent leur fortune à l’électricité, e plus opulent actuellement est Graham Bell, qui a une fortune dépassant 100 millions; puis viennent Edison, Brush, Elihu Thompson avec des chiffres de millions respectables, qui s’augmentent tous les jours au fur et à mesure que leurs inventions se répandent et s’appliquent. A côté des noms de ces inventeurs heureux, on voit figurer ceux d’un certain nombre de capitalistes qui ont eu le mérite de comprendre que, parmi les pla-cers nouveaux, celui ouvert par l’industrie électrique pouvait à beaucoup près être un bon placement. Les chiffres que nous venons de citer et qui sont empruntés aux journaux américains, sont peut-être exagérés; mais ils sont considérables et rien de semblable ne pourrait être cité de ce côté de l’Atlantique.
- INFORMATIONS
- —— Le phénomène d’optique atmosphérique, que nous avons décrit dans notre livraison du 24 décembre 1892 (n° 1021, p. 58) a été observé jadis par M. Tyndall, qui, dans ses ouvrages, donne quelques détails à ce sujet en parlant de l’irradiation des arbres. Le
- Ïihénomène se produit quand le soleil est très voisin de la crête sur aquelle se découpent les arbres ou autres objets. L’aspect des oiseaux qui paraissent des points lumineux est également cité par Tyndall, qui lui-même se réfère à des observations de Necker, en s’étonnant qu’un phénomène aussi fréquent soit si rarement remarqué.
- —L’aviculture a pris depuis quelques années en Hongrie une extension remarquable. D’après le dernier relevé du mouvement commercial en Hongrie, pendant l’année 1891, il a été exporté comme suit : Volailles diverses, 6 900 000 florins; plumes pour literie, 4 500000 florins; œufs, 8100 000 florins, auxquels doivent encore être ajoutés au moins 200 000 florins pour foie et graisse d’oie ; total, près de 20 millions de florins. Les progrès de l’aviculture en Hongrie peuvent se traduire par le fait suivant : pendant ces sept dernières années, l’exportation a augmenté de 5 millions de florins.
- —L’alimentation de Paris en eau potable, c’est-à-dire en eaux de source, n’est pas encore suffisante, au gré des hygiénistes, des entrepreneurs de travaux et des conseillers municipaux, sans compter les propriétaires en quête d’une bonne expropriation. L’administration a récemment présenté un avant-projet pour le captage de l’adduction d’une cinquantaine de mille mètres cubes d’eaux de sources situées dans les vallées du Loing et du Lunain. Les sources, au nombre de six, sont celles de Villemer et Saint-Thomas dans la vallée du Lunain, et de Maintréauville, la Joie, les Bignons et [le
- Sel dans la vallée du Loing. Elles renforceraient l’approvisionnement de la Vanne, dont elles suivraient le tracé sur la plus grande partie de leur dérivation pour arriver jusqu’au réservoir de Montrouge. Comme elles sont assez éloignées les unes des autres et prises à des altitudes différentes, il y aura, pour chaque vallée un aqueduc collecteur avec relèvement des sources basses au moyen de moteurs hydrauliques, et les eaux réunies seront remontées dans un aqueduc principal d’une longueur de 73 kilomètres.
- —— Dans notre livraison du 17 décembre, nous avons parlé ici même du corbeau blanc du château de Ilénencourt. Un de nos lecteurs, M. G. de G., nous adresse à ce sujet les lignes suivantes : « Dans un récent séjour en Thuringe, je vis aux environs de Cobourg, dans le parc du château de Callenberg, un corbeau blanc sans aucune tache, bec et pattes jaunâtres, soigné attentivement par un jardinier du duc. Le plus curieux est que ce corbeau avait un frère, également blanc, issu de la même couvée, de parents noirs, en domesticité chez un garde-chasse de l’empereur d'Autriche qui fit cadeau de l’animal au duc de Saxe-Cobourg-Gotha. Il est élevé dans un bâtiment spécial, ainsi qu’une collection d’aigles, gypaètes, vautours, hiboux et oiseaux de toutes sortes : on sait que les Allemands sont grands amateurs d’exhibitions zoologiques. Les habitants de Cobourg sont très tiers de leur corbeau, connu de toute la Thuringe; ils le prétendent unique en Allemagne et ne manquent pas d’engager les étrangers à l’aller voir. » Nous renverrons nos lecteurs à l’article sur le Merle blanc (n° 913 du 29 novembre 1890, p. 407).
- —Nous avons publié, dans notre n° 1021, une information relative à l’usage de faire bouillir l’eau destinée à tempérer le vin au temps de la duchesse de Bourgogne; M. Ileeb, à Strasbourg, nous écrit que le sujet a été traité par Hérodote (liv. I, ch. clxxxviii). Voici la traduction du texte grec, d’après le Journal d’annonces pharmaceutiques : « Cyrus se mit en campagne, bien muni de provisions et emmenant un troupeau d’animaux de son pays ; il emportait aussi de l’eau du Choapsus, rivière qui coule à Suse. On servait -exclusivement cette eau à la table royale; on la fait bouillir et on la transporte dans des récipients en argent, logés sur des chariots à quatre roues, attelés de mulets. » Cyrus marchait alors sur Baby-lone et devait, avant d’arriver aux rives du Tigre, traverser des contrées privées d’eau.
- —%— Des pêcheurs ont rencontré en mer, près de l’ile Lampe-douse, à l’est de Tunis, non pas le fameux serpent de mer, mais deux gros canons. L’une de ces armes de guerre a déjà pu être retirée des eaux; l’autre le sera prochainement. L’histoire de l’ile signale un naufrage survenu le 14 juillet 1851, et au cours duquel les galères commandées par Andrea Doria sont allées se perdre près de la Cahn-I’isana. Les canons proviennent peut-être d’une de ces galères.
- — M. le Dr Paquelin, dont le nom est bien connu dans le monde médical, a récemment apporté de nombreux perfectionnements à son thermo-cautère et à son chalumeau à essence de pétrole. Dans sa dernière séance publique annuelle, l’Académie des sciences a attribué un encouragement à M. le Dr Paquelin pour ces perfectionnements d’appareils si utilisés et si généralement appréciés des spécialistes.
- —Voici le nombre de chiens que possède la France. Sur tout le territoire qui s’étend de la Manche à la Méditerranée et des Alpes à l’Océan, il y a 788 088 chiens de luxe et 2 069 569 chiens de garde, ce qui fait un total de 2 857 657 chiens.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. C. Driotou, à Dijon, nous adresse quelques renseignements, avec photographies, sur les explorations souterraines qu’il a exécutées cette année dans les bois de Yernot, à 25 kilomètres au nord de Dijon. Il s’agit d’une excavation appelée le Peuptu de la Combe Chaignay, à laquelle les paysans attribuaient une grande profondeur. La profondeur totale n’est que de 18 mètres, mais on trouve au fond des galeries et des couloirs souterrains avec des cours d’eau.
- M. José Joaquim Arriage, à Mexico, nous envoie une belle photographie représentant un éclair ramifié ; l’opération photographique a été faite pendant un cyclone.
- M. X. Junglesset, à Wolsheim (Alsace), nous écrit, au sujet de notre article Solanées à cultiver (n° 1021, p. 53), qu’il existe un légume de cette famille, très estimé en Egypte, où il rend de grands services : c’est le Gomba, appelé vulgairement Barnier par les Européens. Ce légume pourrait être cultivé avec avantage dans le midi de la France.
- M. L. Boudreaux, à Paris, nous fait parvenir deux modèles de nouveaux balais [qu’il construit pour machines dynamo-électriques. Ces balais sont formés de feuilles métalliques à base de cuivre laminées à 2 ou 3 centièmes de millimètre d’épaisseur et plissées sous pression aux dimensions des supports. D’après les essais déjà effectués, ces balais éviteraient une grande-usure du collecteur.
- Renseignements. — M. E. Mitschelict, à Saint-Pétersbourg. — Cet appareil a été décrit dans le n° 989, du 14 mai 1892, p. 369.
- M. V. Bourgeois, à Coulours. — 11 faut chauffer en ayant soin de laisser libre l’ouverture à la partie supérieure ; prendre de grandes précautions.
- M. Lamertin, à Paris. — On pourrait peut-être atteindre le résultat que vous préconisez ; il y aurait lieu d’effectuer des recherches de laboratoire.
- M. A. Guillaume, à Niort. — Il suffirait, croyons - nous, d’étaler sur le caoutchouc une solution de caoutchouc pur dans la benzine, de répandre l’émeri par dessus, et de laisser sécher.
- M. L. Houdaille, à Paris. — Avertisseur d’incendie : M. Hutinet, 20, rue de Chaillot.
- M. Blanchard, à Grenoble. — Remerciements pour votre aimable lettre et votre photographie. Nous répondons à vos questions : 1° La rose de Jéricho s’ouvre dans l’eau, mais pas autrement. — 2° L’Edelweiss est le Leontopodium alpinum.
- M. B. Glosset, à Verriers. — Remerciements pour votre menu photographique. Le procédé que vous employez est analogue à un de ceux que nous avons décrits précédemment.
- M. de Bouimistroff, à Riazan. — 1° Simili-vitraux : M. Rosev, 22, boulevard Poissonnière; et M. Gardenier, 148, rue du Faubourg-Saint-Denis, à Paris. — 2'1 II doit y avoir un Comité spécial dans votre ville.
- M. Th. Nasse, à Condom. — Renseignez-vous auprès des fournisseurs de cette substance : M. G. Berry, 10, rue Figuier-Saint-Paul ; et M. A. Girardin, 12, rue des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. J. Bailly, à Paris. — 1° Nous avons déjà indiqué plusieurs formules. — 2° Plaques Lumière marque bleue extrarapide. — 5Ü Nous ne pensons pas.
- M. L. Monsanto, à Paris. — Vous trouverez plusieurs ouvrages sur cette question, notamment dans la collection des manuels Roret.
- M. E. Hoorickx, à Bruxelles. — 1° Consultez le livre du graveur (même encyclopédie que ci-dessus). — 2° Interrogez un chimiste.
- M. Lévy, à Paris. —Les tentatives n’ont pas été nombreuses jusqu’ici, et en outre elles n’ont pas réussi.
- M. A. B., à Paris. — Nous avons consacré un article aux
- glaces platinées dans le n° 928, du 14 mars 1891 ; les fabricants y sont indiqués. iÿs? 1
- M. A. M., h Massilly. — Voyez le dictionnaire de Bottin; il donne plusieurs adresses de fabricants de toutes les fournitures nécessaires.
- (La suite au prochain numéro.)
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Bévulsifs chez les enfants. — Il n’est pas de médication employée d’une façon plus empirique et plus au hasard que la révulsion, sous la forme de thapsia, de papiers emplastiques, de vésicatoires, etc. C’est d’une pratique banale et populaire et si d’aventure, un médecin s’avise de s’opposer à l’application de ce remède souverain, sa réputation sera vite faite par les commères du quartier. Sans condamner ces moyens thérapeutiques qui ont leurs indications et qui justifient leur emploi par le résultat heureux, il faut dire qu’on en abuse; que dans les trois quarts des cas on peut s’en passer et que, tout au moins, ce vésicatoire classique à la cantharide peut être remplacé par des agents moins irritants. C’est surtout dans la médecine infantile qu’il faut s’en garder le plus possible. A la moindre toux, au moindre rhume, on a tendance à appliquer sur la poitrine, dans le dos, un emplâtre vésicant; en dehors deria douleur, produite par l’emplâtre, on crée souvent une plaie difficile à panser, qui ne fait qu’exaspérer les souffrances de l’enfant, loin d’avoir apaisé sa toux ou calmé sa fièvre. Nier que l’emploi de ces divers agents ne soit utile dans nombre de cas serait un peu puéril ; je me contente de critiquer l’abus et non pas l’usage, qui tend du reste, à devenir de jour en jour plus restreint. Quels sont donc, pour les enfants, les moyens d’amener une révulsion cutanée, sans déterminer trop d’irritation? Un des plus simples et des plus inoffensifs est l’application, sur le siège de l’inflammation, de compresses d’eau chaude, renouvelées fréquemment. Dans le même ordre vient le cataplasme sinapisé, très facile à préparer et sans grand danger, même quand on a mis un peu trop de moutarde. Il se prépare comme un cataplasme ordinaire. On étend sur de la mousseline fine une couche peu épaisse de farine de graines de lin cuite dans l’eau chaude ; au moment de replier le linge, de fermer le cataplasme, on saupoudre à la surface de la pâte une petite quantité de farine de moutarde et on applique ce côté du cataplasme sur la peau. La chaleur, jointe à l’action légèrement irritante de la moutarde, produit une légère rubéfaction de la peau, suffisante dans bien des inflammations de l’appareil respiratoire. La teinture d’iode est très communément employée ; elle a l’inconvénient d’être assez irritante chez les jeunes enfants. Pour éviter cette action, il faut avoir soin d’en étendre une faible couche avec un pinceau et de laisser sécher, c’est-à-dire de permettre à l’alcool et à un peu d’iode de s’évaporer. Si l’on applique de suite sur la couche de badigeon, de l’ouate ou de la mousseline, on concentre les vapeurs et on peut produire une véritable vésication. Le thapsia, l’huile de croton ont le désagrément de produire des éruptions assez diffuses et qui s’accompagnent de démangeaisons formidables, parfois pénibles et douloureuses. Il faudra quelquefois recourir au vésicatoire. Dans ce cas il faut le prendre très petit; la dimension d’une pièce de deux, de cinq francs convient parfaitement dans la plupart des cas. Ne l’appliquez pas directement sur la peau, interposez un mince papier huilé et surtout ne le laissez pas longtemps. Pour le pansement, il faut éviter d’enlever l’épiderme, ce qui forme la cloque, et de mettre ainsi le derme à nu. Etendez sur une feuille d’ouate une couche de vaseline boriquée et appliquez sur la partie vésiquée. On peut arriver au résultat demandé, à une révulsion vésicante avec un moyen plus simple, en ce sens qu’il ne produit pas de plaie ; c’est le vésicatoire phéniqué proposé par flayem. On prend la solution suivante : acide phéniqué cristallisé, 9 grammes ; alcool à 90 degrés, 1 gramme. En badigeonnant un point de la peau avec un pinceau imprégné de cette solution, sans faire de bavures, on voit la peau blanchir. En même temps survient une douleur assez j vive qui peut persister un peu longtemps. Celte révulsion ne ; produit pas de plaie, mais la peau en garde toujours ces traces.
- A ces doses, ce révulsif est trop énergique pour des enfants; il faut diminuer le degré de l’alcool et modifier les proportions d’acide : acide phéniqué, 4 grammes; alcool à 75 degrés,
- 6 grammes. Pour prévenir une irritation à distance, on peut i entourer la place du vésicatoire d’un peu de vaseline. On obtient I ainsi une révulsion suffisante et la douleur ne dépasse pas I quelques minutes. Dr X... 1
- lir ns la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes ini à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- La pèche aux grenouilles. — Petit jouet de société que nous recommanderons à nos jeunes lecteurs à cette époque voisine du jour de l’an. Il consiste en une boîte de carton élégamment ornée. Quand on l’ouvre, on aperçoit un miroir horizontal qui imite une pièce d’eau. Dans des cases, à droite et à gauche, se trouvent de petites grenouilles de papier mâché, fort bien imitées. Ces grenouilles portent un anneau métallique planté au bout du museau. Dans une autre case de la boîte sont des baguettes formant canne à pêche et munies d’un
- Le jouet de la pêche aux grenouilles.
- crochet jouant le rôle d’hameçon. Il s’agit de pêcher les grenouilles en les attrappant avec le crochet, par leur anneau. Cela paraît facile au premier abord, mais quand on essaye, on s’aperçoit que le tremblement involontaire de la main, ajouté à l’illusion que donne le miroir, fait constamment mouvoir le crochet pendu à l’extrémité de la ligne. La pèche est fort délicate besogne, et les rires qui l’accompagnent l’entravent encore davantage.^—Ce petit jouet se trouve chez M. Raynaud, 58, rueRodier, à Paris.
- Burette «le graissage. — La burette que nous reproduisons ci-dessous et qui a été imaginée par M. Elsner, a pour but d’économiser les matières lubrifiantes et d’en éviter le gaspillage. L’appareil est représenté en vue extérieure, dans le n° 1 de la figure; les coupes 2 et 3 en montrent le dispositif intérieur. On voit que l’ajutage qui conduit l’huile à l’objet à graisser correspond à un cylindre de petit volume qui se remplit et qui ne fournit, à chaque opération, que la quantité de liquide
- 0/£rj?iCH
- Burette Elsner pour le graissage des machines.
- nécessaire. Ces burettes, d’un fonctionnement infaillible, ne laissent pas échapper l’huile si elles viennent à tomber et, à l’usage, elles ne laissent absolument passer chaque fois que la même quantité d’huile pour laquelle elles sont réglées, et cela malgré toute inattention ou négligence de l’ouvrier, et sans que celui-ci ait aucun trou à boucher, ni à presser sur un piston quelconque. — Les burettes Elsner se trouvent chez M. G. Iloppenstedt, 9 bis, passage des Petites-Ecuries, Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Éteignolr pour lampe ù. pétrole. — Il arrive souvent, quand on baisse pour l’éteindre la mèche d’une lampe à pétrole, que l’extinction ne se produit qu’incomplètement, le bord de la mèche reste rouge, ne tarde pas à noircir et à fumer, en répandant dans l’air des vapeurs plus ou moins abondantes qui produisent une odeur très désagréable. L’appareil que nous représentons ci-dessous (n° 1 de la figure) évite ces inconvénients. Il s’adapte au tube porteur de la mèche, et le couvercle dont il est muni reste vertical, pendant le fonctionnement de la lampe, comme cela est indiqué sur le n° 2 de la
- Éteignoir pour lampe à pétrole.
- figure. L’appareil est muni d’une tige formant levier qui dépasse en saillie le support de la lampe. Quand on veut éteindre celle-ci, il suffit de faire agir le levier en le tirant de haut en bas avec la main. Aussitôt, la rondelle-soupape prend la position horizontale, comme le montre le n° 3 de la gravure. La flamme s’éteint aussitôt, la mèche, préservée du contact de l’air, ne fume en aucune façon, et on évite ainsi toute odeur désagréable.—Ce petit objet, d’un prix très modeste et d’un usage très avantageux, se trouve chez M. E. Bloch, 25, rue Béranger, Paris.
- 1 La
- description des appareils est gratuite. La rédaction des Nou-
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- Histoire naturelle populaire. L'homme et les animaux, par Charles Brongniart. Ouvrage illustré de 870 figures et de 8 aquarelles. 1 vol. grand in-8° jésus de la Bibliothèque Camille Flammarion. — Paris, Librairie Marpon et Flammarion. Prix broché : 12 francs.
- M. Charles Brongniart, assistant de zoologie au Muséum d’histoire naturelle, a publié l’important ouvrage que nous annonçons dans le but de vulgariser l’enseignement si attachant des sciences naturelles. L’auteur passe successivement en revue l’homme, les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les batraciens et les poissons, les arthropodes et les animaux articulés, les vers, les mollusques, les échinodermes, les cœlentérés, les protozoaires. L’ouvrage est résumé sous une forme excellente, le style en est agréable, et les descriptions portent l’empreinte de 1 érudition et de la compétence de l’auteur. Les illustrations sont abondantes et variées, les planches en couleur, de M. Juillerat, forment un agréable ornement de cette œuvre des plus intéressantes et des plus instructives.
- Manuel théorique instrumental et pratique d'électrologie médicale, par G. Trouvé. Edition honorée d’une préface de M. le Dr Vigouroux, chef du service d’électrothérapie de la Salpêtrière. Avec 273 figures dans le texte. 1 vol. in-8°. — Pans, Octave Doin, éditeur, 1893.
- L’ouvrage de M. Trouvé, dont nous avons exposé ici à maintes reprises les ingénieuses créations, otîre un caractère particulier d’originalité. Un grand nombre des appareils qui y sont décrits, sont dus, en effet, à l’auteur lui-même et personne n’était ainsi mieux qualifié pour les grouper et en donner l’économie. Citons, entre autres, le polijscope et le photophore électriques, Yexplo-raleur-extracteur électrique des projectiles, auxquels il faut ajouter des dynamomètres médicaux nouveaux. La compétence de fauteur en pareille matière est d’ailleurs connue et appréciée dés spécialistes. On lira particulièrement avec profit l’historique très complet des observations chinoises, juives, égyptiennes, grecques, latines, arabes et occidentales sur la science électrique avant Gilbert. Les définitions des unités électrométriques sont données avec clarté et méthode, et la partie instrumentale, abondamment illustrée, est des plus complètes.
- Grammaire des arts décoratifs. Décoration intérieure de la maison, par Charles Blanc, de l’Académie française et de l’Académie des beaux-arts. Nouvelle édition, ouvrage orné de 255 gravures. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie Renouard, II. Laurens, éditeur. Prix : 10 francs broché; 13 francs
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- . NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- -Grammaire des arts du dessin. Architecture, sculpture, peinture, par Charles Blanc, de l’Académie française et de l’Aca-- demie des beaux-arts. Nouvelle édition. Ouvrage orné de 300 gravures. 1 vol. in-8°. Librairie Renouard, H. Laurens, * éditeur. Prix : 10 francs broché; 13 francs relié.
- L'art de peindre à l'aquarelle, par G. Fraipont, professeur à la Légion d’honneur. Ouvrage accompagné de 300 dessins inédits de l’auteur et de 6 fac-similés d’aquarelles. Marines. Paysages. Fleurs. Natures mortes. Animaux. Figures. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie Renouard, 11. Laurens, éditeur. Prix : 12 francs.
- Le livre du bourgeois campagnard. Habitation, jardinage, culture, basse-cour, ferme, animaux. Chasse, pèche, plaisirs divers, par Ris-Paquot. Ouvrage orné de 333 gravures. 1 vol. in-8°. — Paris, Henri Laurens, éditeur.
- La guerre à toutes les époques, par le Dr Qüesnoy, ancien médecin-inspecteur du service de santé des armées. Ouvrage orné de 128 gravures. 1 vol. petit in-8\ — Paris, librairie Renouard, Henri Laurens, éditeur. Prix : 3 fr. 50 broché; 4 fr. 50 relié.
- Annuaire pour l'an 1893, publié par le Bureau des Longitudes. Avec des Notices scientifiques. 1 vol. in-32. — Paris, Gauthier-Villars et fils.
- Les silhouettes animées à la main, par Victor Bertrand. 65 gravures, 12 planches hors texte, 1 vol. in-8°. — Paris, Charles Mendel, éditeur, 1893.
- Sound and Music, by the Rev. J.-A. Zahm C. S. C., avec de nombreuses figures. 1 vol. in-8°. —Chicago, A. C. Mc. Clurg and C°, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DD MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 26 décembre.. - 7”,8 N. E. 3 Beau. 0,0 Quelques nuages çà et là.
- Mardi 27 — 8»,7 N. 2 Beau. 0,0 Beau jusqu’à 14 h.; très nuageux ensuite; brumeux.
- Mercredi 28 - 4°,7 N. N. E. 2 Beau. 0,0 ' Quelques nuages çà et là.
- Jeudi 29 — 10°,0 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Peu nuageux de 8 à 19 h. ; beau av. et ap. ; brouil. à 7 h. et dans la soirée
- Vendredi 30 - 11°,1 N. N. E. Nuageux. 0,0 Peu nuageux à 6-7 h. et à 15 h.; beau du reste; brouillard à 7 h.; la Marne charrie.
- Samedi 31 décembre. — 5°,8 N. E. 2 Beau. 0,0 Nuageux à 12-13 h.; beau le reste du temps.
- Dimanche 1" janvier — 10” ,0 N. N. E. 3 Beau. 0,0 Nuageux à 20-21 h.; beau le reste du temps.
- DECEM3RE 1892-JANVIER 1893. --- SEMAINE DU LUNDI 26 DÉCEMBRE 1892 AU DIMANCHE 1er JANVIER 1893
- | Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi ( Vendredi I Samedi [ Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)) courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boute sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tempêtes. — Une violente tempête s’est déchaînée samedi 21 et dimanche 23 décembre sur les côtes de Quimper. Le bateau de sauvetage d’Audierne a été occupé toute la journée et toute la nuit à opérer des sauvetages; il a ramené à terre 150 marins pêcheurs qui ne pouvaient entrer au port et étaient menacés de périr avec leurs embarcations. Un seul homme a été noyé. Le navire Joséphine Huinelle, venant de Marseille avec un chargement de bois de eampôche, a fait naufrage dans les parages de l’île de Sein. L’équipage, composé de dix hommes, a été sauvé par le bateau de sauvetage de Belle-Ile. Pendant la tempête, le baleau de sauvetage de l’île de Sein a réussi h ramener à terre 118 marins pêcheurs qui ont été obligés d’abandonner leurs bateaux.
- A la date du 27 décembre, ou annonçait de Madrid qu’une grande tem-ête régnait sur l’Atlantique. Un bâtiment espagnol a fait naufrage près e San-Lucar; 8 hommes ont péri. Un autre bâtiment a été très endommagé près de Vigo. Deux hommes ont été emportés par les vagues.
- I.e froid et le patinage. — La température s’est notablement
- " ,QC mwtinnilant la Hornipro «omaRie .le l’année 18Q9,
- Le 27 décembre, à 7 heures du matin, le thermomètre marquait : — 21° à Moscou ; — 9° à Paris, -t- 1° à Valentia et 10° à Alger; — 5° au mont Venteux ; — 8° au puy de Dôme et — 11° au pic du Midi.
- Le froid persistant de plusieurs jours successifs, a permis à de nombreux patineurs d’inaugurer la glace du Cercle du bois de Boulogne. Le patinage a du reste commencé à peu près à la même date dans tous les pays. Il a donné lieu eu Angleterre à plusieurs accidents graves. Quatre personnes se sont noyées en patinant à Marland, près Manchester, le 27 décembre. A Leeds, un jeune homme de dix-huit ans est mort dans des circonstances identiques, et vingt autres patineurs, sous le poids desquels la glace s’est rompue, se sont sauvés à grand’ peine. Le général en retraite Ryce s’est noyé également en patinant en Ecosse.
- Le froid s’est accentué encore du 28 au 30 décembre, dans toute l’étendue des lies-Britanniques, et les patineurs ont envahi tous les endroits où la glace présentait une épaisseur suffisante.
- Le 27 décembre, à Namur, la Meuse a commencé à charrier des glaçons. On a été obligé de faire jouer les écluses de la Planche. Le fleuw à été complètement pris à Tailfer à partir du 28.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q., le 26, à 9 h. 52 m. du soir.
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- M Supplément à a LA NATURE » du ! 4 janvier 1893 (nn 1024y
- Publié sous la direction de M. GASTON TISSANDIER
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du ’ournal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- La vérité sur les Prévisions de l’abbé Fortin. —
- Nous recevons sous ce titre, un excellent travail publié par un météorologiste distingué, M. Gabriel Guilbertl’auteur démontre encore une fois l’inanité des prévisions de M. l’abbé Fortin. Voici les passages qui précèdent le travail de M. Guilbert :
- .(( M. l’abbé Fortin, curé de Chalette (Loiret), est l’inventeur bien connu d’une nouvelle méthode de prévision du temps à longue échéance, basée sur l’observation des taches solaires et d’un magnétomèlre nouveau. Pour mettre le public à même d’apprécier sa méthode et son instrument, M. l’abbé Fortin n’a pas reculé devant une épreuve décisive : la publication d’un almanach pour l’année entière 1892. Rien de plus facile alors que de vérifier si cet almanach a été un succès ou un échec : il suffit de mettre ses prédictions en face des constatations qu’enregistre chaque jour le Bureau central météorologique de France. Nous avons fait toute l’année cette confrontation; elle a infligé de nombreux démentis aux prévisions qui étaient pourtant bien élastiques et bien vagues. On pouvait donc supposer que le hardi novateur reconnaîtrait au moins tacitement son insuccès et qu’il ne renouvellerait pas sa tentative. Nous étions dans l’erreur : le nouvel almanach pour 1895 vient de paraître et il chante sur tous les tons la victoire du précédent.
- , Ce chant de triomphe peut abuser le public, aussi croyons-nous [ utile de rétablir la vérité par une simple exposition des faits.
- Dans ce but, nous allons reprendre, mois par mois, les prévi-i sions de l’almanach 1892. »
- I Avec une rare persévérance, M. Gabriel Guilbert analyse toutes les prétendues prévisions de M. l’abbé Fortin, et il j démontre qu’elles ne constituent en réalité que de pures mysti-I fications. L’abbé Fortin aime Remployer des procédés analogues J à eeux de son célèbre prédécesseur Mathieu de la Drôme qui
- (annonçait la pluie ou le beau temps suivant les régions. Il faudrait avoir peu de chance pour ne pas rencontrer à toute époque quelque point du globe où la prophétie ainsi formulée a dû
- (s’accomplir. Malgré l’impuissance de ces prophéties, il ne manque jamais de bonnes gens pour y croire. C’est un service
- I à leur rendre que de les ramener à la vérité; ils pourraient répéter ces paroles bien connues, qui s’adressent fort bien aux marchands d’almanachs prophétiques : notre crédulité fait toute •leur science.
- INFORMATIONS
- t — - L’Association contre l’abus des boissons alcooliques (Société
- (-française de tempérance) a tenu sa séance solennelle le 11 décembre 1892, sous la présidence de M. le Dr E. Vidal, de l’Académie de ^médecine, Président de la Société. Après avoir entendu l’allocution
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- j 1 Broch. in-8° publiée à la librairie Brulfert, 26, rue Saint-Jean, èà Caen. Prix : 25 centimes.
- de M. le Dr E. Vidal, le rapport de la Commission du prix offert par M. le Président de la République et sur la situation morale et financière de l’Œuvre par M. le Dr A. Motet, le Rapport de M. te Dr E. Philbert sur les récompenses, la Société a décerné : 1° les deux vases, de Sèvres offerts par M. le Président de la République à M. le Dr Paul Raymond, ancien interne des hôpitaux ; 2° une mention honorable avec un diplôme de Membre associé honoraire à M. le Dr Delobel, de Noyon (Oise) ; des médailles de vermeil à M. le professeur Villard, à Marseille, pour ses leçons sur l’alcoolisme laites à l’Ecole de médecine de Marseille; à M. Fr.-A. Robyns, inspecteur principal de l’enseignement primaire à Ilasselt (Belgique), pour ses efforts en faveur de la tempérance, dans les écoles ; et à M. Adolphe Coste, Vice-Président de la Société de statistique de Paris pour son ouvrage : Alcoolisme ou épargne; une médaille d’argent à M. le médecin-major J.-E. Marty, au 4e de ligne, pour son travail sur l’alcoolisme en Algérie; 263 diplômes de membres associés honoraires; 9 médailles d’argent; 548 médailles de bronze et un rappel; 112 diplômes de témoignage de satisfaction, avec diverses publications de la Société et 1560 exemplaires de l’avis de l’Académie de médecine. Elle a décerné, en outre, un prix de 100 francs à M. Jean Durrieu, instituteur à Rieux (Ariège), et un prix de 60 francs à M. Pierre-Hilaire Durand, instituteur à Donjeux (Haute-Marne), au nom de l’ancienne Société contre l’abus du tabac et des boissons alcooliques.
- —L’industrie du fil a pris, en Hanovre, une importance considérable. La filature et la lisseranderie hanovriennes de coton, de Linden, a occupé, en 1891, 278 hommes et 289 femmes au-dessus de seize ans; 27 hommes et 52 femmes au-dessous de seize ans, et a consommé 20 000 quintaux de charbon. On y a travaillé 2 518 000 kilogrammes de coton et fabriqué 41000 quintaux de fil et 612 000 mètres de tissu. Les salaires payés aux ouvriers ont été de 428 000 marks. Une filature de lin et d’étoupe employant une machine à vapeur de 270 chevaux. 5 chaudières et 4200 broches, a filé 110 00') paquets de lin et d’étoupe en 1891. Celle filature a employé 63 hommes et 182 femmes, a payé 143 000 marks comme salaires, a employé 25 000 quintaux d’étoupe et 6000 quintaux de lin, et a consommé 50 000 quintaux de houille de AVestphalie.
- —$14— On a récemment mis en service, à titre d’essai, l’éclairage de la route à suivre dans l’estuaire de la Seine, jusqu’à la partie endiguée qui a son origine au phare de la Risle. Pour cela, on a mouillé un certain nombre de bouées lumineuses de chaque côté du chenal navigable : les bouées à feu rouge sont celles à laisser par bâbord et celles à feu vert celles que les navires doivent laisser par tribord, en venant de la mer. Les feux placés sur ces bouées ont leur plan focal placé à 2m,85 environ au-dessous du niveau de l’eau et ils sont de sixième ordre (optique de 20 centimètres de diamètre intérieur). La portée lumineuse moyenne des feux rouges dépassera 3 milles marins et celle des feux verts 2 milles, l'ar temps brumeux leur portée sera encore de 1 à 2 mdles. nés bouées rouges sont placées à 1500 mètres l’une de l’autre l suffisent pour marquer, de nuit comme de jour, les limites dv- chenal à bâbord en venant de la mer. Quant aux bouées à feJ vert, elles sont plus espacées et signalent seulement l’emplacer'Cnt des bancs dangereux que les navires doivent laisser tribord en entrant. D’autres bouées ordinaires complètent.ile balisage de jour. Au bout de quelques semaines, l’Admu*i,iraG°n des ponts et chaussées modifiera le nombre et l’emplace"ent de ce3 bouées, selon les besoins de la navigation, en ter>“d compte des remarques qui auront pu lui être transmises par u directeur du pilotage de la basse Seine. Cet essai, en facilitant u navigation des navires à destination de Rouen, est appelé à *~fldre de grands services pendant les mois d'hiver.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- SC.
- Communications. — M. A. Stutz, à Mulhouse, nous communique la description d’un obturateur en amiante pour clias-sepot. Cette disposition a pour but d’éviter l'effet destructeur de la poudre sur l’obturateur ordinaire. Ce dernier, à la suite d’une attaque plus ou moins prolongée, ne ferme plus complètement l’ouverture, et laisse échapper la poudre. L’obturateur en amiante évite ces inconvénients, et il est très facile à confectionner soi-mème.
- AI. G. A. Le Roy, auPetit-Quévilly, près Rouen, nous adresse une Notice du Bulletin de la Société industrielle de Rouen, 1892, sur le procédé Pellecat, pour moulages galvano-plastiques. Cette brochure est fort intéressante et renferme de nombreux détails sur les moulages par la gutta-percha des objets en terre, en plâtre et matières métalliques, destinés à être reproduits en cuivre galvanoplastique. Dans son étude, l’auteur a examiné la composition des bains galvanoplastiques simples fonctionnant depuis quinze ans. L’analyse chimique de ces bains d’environ lm3,5 n’a révélé qu’une faible quantité d’acide sulfurique libre de 25 à 26sr,6 par litre, contrairement à l’opinion généralement admise aujourd’hui. Ce dernier résultat est intéressant à retenir.
- AI. H. Anot, à Chalon-sur-Saône, nous écrit : « La lecture, dans le numéro 1025, du 7 janvier 1895 (p. 95), du récit de l’expérience de M. Johnson sur Ventraînement d'un vélocipé-diste par l'air aspiré devant lui, m’a remis en mémoire un phénomène du même ordre que j’ai constaté l’été dernier. Je prenais part, avec mon canot à vapeur « Vesta », aux régates données sur la Saône, quand je fus rejoint sous le pont même de Chalon par un concurrent de marche notablement supérieure : nous restâmes quelques secondes bord à bord, et peu à peu mon adversaire gagnait. Pressentant alors un phénomène d’entrainement possible, j’eus l’idée de me porter rapidement dans son sillage au moment précis où mon concurrent vint à me dépasser. J’eus pleine satisfaction de ma manœuvre, et pus me tenir, grâce à cet entraînement, dans le sillage immédiat du premier bateau sur plus de 1500 mètres, comme attaché en quelque sorte à sa remorque. Le charme fut rompu au virage d’une bouée, et chacun reprenant sa vitesse propre, je fus rapidement distancé. »
- M. le D‘ Rivière, à la Ferté-Milon, nous signale le fait suivant qui, croyons-nous, est assez extraordinaire. L’eau d’un puits de 8m,15 de profondeur a été gelée sur une épaisseur d’environ 0m,15. Ce puits est exposé au nord-est, dans un terrain calcaire; il est à ciel ouvert et son pourtour est garni d’une maçonnerie à l'extérieur.
- Renseignements. — AI. F. N., à New-York. — Adressez-vous à M. A. Brémond, fabricant de boîtes à musique, à Genève, ou à MM. Stransky frères, 20, rue de Paradis, à Paris.
- M. Adamovici, à Burdujeni. — Il faudrait connaître le svs-tème de piles dont il s’agit; on peut facilement les regarnir.*
- AI. E. P. Paz, à Paris. — Renseignez-vous auprès de la Société du phonographe, 22, Norlhunberland avenue, à Londres.
- M. A. G., à Sedan. — Le constructeur a déjà été indiqué; M. G. Balbi, 21, rue Eugènc-Sue, Paris.
- M. J. Hulin, à Lorient. — Un réflecteur parabolique renverra les rayons parallèles à l’axe sur le châssis, et l’éclairera également en tous points.
- M. J. P., à Paris. — On doit connaîtra la résistance intérieure de l’ai utnulnleur. Si elle atteint 0,5 ohm, l’appareil prendra 5 ampèses et mettra 20 heures environ pour atteindre une capacité de ICO ampères-heure.
- AI. Humbert, à Lilly (Belgique). — Vous trouverez un ouvrage, Les machines îynamos, par M. R.-V. Picou, à la librairie Baudry, rue des V-unts-Pères, à Paris, pour calculer les données de votre machine.
- AI. le Dr Ch. Doze, à Dragnigmh. _ u suffit d’incorporer une solution de bichromate de potasse a.ns fa gélatine délayée dans l’eau chaude.
- M. J. Schuster, à Vienne. — Ces objets ne se trouvent que très difficilement à Paris, à titre de curiosités. Vous pourriez vous adresser à des dépositaires d’objets chinois,
- M. G. Faites, à Grenoble. — Nous ne croyons pas que vous puissiez vous procurer cet ouvrage en librairie ; il faudrait écrire à l’Imprimerie Nouvelle, H, rue Cadet, à Paris.
- M. P. Géruzet, à Bagnères-de-Bigorre. — Nous vous conseillons de demander ces renseignements au constructeur que nous avons désigné.
- Un lecteur, à Tours. —Il faut consulter un ingénieur-mécanicien, M. P. Bary, 5, rue Gay-Lussac, à Paris.
- M. F. Dussau, à Bordeaux. — Vous pourriez essayer l’eau oxygénée, mais à dose très faible : quelques centimètres cubes par litre d’eau.
- M. J. Barcala, à Trubia. — Ces traces d’humidité proviennent sans doute de l’évaporation qui se produit ; il serait nécessaire d’établir une ventilation.
- M. J. Body, à Spa. — Le bois est brûlé par l'acide; il fau-, drait procéder au grattage du parquet. !
- Un abonné, à Rochefort. — 1° Le prix est de 20 francs. — 2° Celte petite machine se trouve chez un grand nombre de marchands, notamment au dépôt des machines à écrire, rue Etienne-Marcel, près de la rue Montorgueil, à Paris.
- AI. G. Foucart, à Paris. — Le mot dynamo n’existe pas encore dans les dictionnaires de langue française. Les électriciens disent habituellement une dynamo au féminin, voulant désigner une machine dynamo électrique.
- M. A. Yon, à Louvain. — L’expression que vous signalez est fort répandue ; mais il est bien connu que seuls les frottements interviennent. Remerciements pour votre article.
- M. G. Fabre, à Angers. — Ie 11 est probable que les pigeons reviendront vers leurs petits. — 2° Il faut connaître le voltage des lampes.
- M. A. Cauvin, à Vernon. — Les constructeurs de l’écré-meuse à bras Jônsson, décrite dans le n° 886, du 24 mai 1890, sont MM. Burmeister et Wain, à Copenhague.
- -* AI. L. Philippe, à Paris. — Pour les bains de barège, il ne faudrait pas employer de robinets métalliques.
- AI. A. Allard, au Puy. — Il suffit d’effectuer les mélanges ou les opérations indiqués.
- AI. A. R. F., à X. — 1° Postes téléphoniques à bon marché : M. Mildé, 26, rue Laugier; M. II. Serrin, 15, boulevard du Temple, à Paris. —- 2° S’adresser au directeur des postes et télégraphes du département. — 5° On vous indiquera l’ordonnance relative à ces autorisations.
- Questions.
- N°
- — M. A. Peyron, à Cuire, près
- Lyon, demande le moyen de fabriquer soi-mème le papier d’Arménie.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. A. Sareis, à Canct d’Aude. Adressez-vous à M. Vilmorin-Andrieux, 4, quai de la Mégisserie, à Paris. — AI. E. Perilhon, à Paris; M. Vergé, à Paris. Consultez les traites de chimie. — M. le vicomte L. de B., à Rive-haute. 11 n’existe pas d’ouvrage de ce genre. — M. Dutcurtre, à l’Isle-sur-Sorgue. Remerciements pour votre communication que nous utiliserons quand nous aurons l’occasion de revenir sur le sujet. — M. A. B., à Paris. Nous n’avons pas de renseignements sur celle fabrication. — M. le D’ U. Fournier, à Paris. Ces questions sont traitées dans les divers chapitres des ouvrages d’électricité. — M. C. Blasini, à Paris. Nous avons indiqué l’application des silicates alcalins solubles au durcissement des pierres calcaires dans le petit livre des Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. F. Fabriès, à Alger. Regrets de ne pouvoir satisfaire votre demande. — M. N., à Paris; M. G. F. Bradas, à La Co-runa ; M. J. Hézimi, à Samsoun; M. P. Gilbert, à Givet. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. Hartmann, à Artemare. Remerciements pour votre communication.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Conservatoire national des arts et métiers, à Paris.
- — Conférences publiques sur les principes et la pratique de la photographie usuelle et industrielle, les dimanches, à 2 heures et demie très précises, dans le grand amphithéâtre. Expériences, spécimens et projections. — Première série. Photographie usuelle. Les 8, 15, 22, 29 janvier et 12 février 1895, par M. A nu; nx Lo.xoe, directeur du service photographique de l’hospice de la Salpétrière (clinique de M. le professeur Charcot).— Deuxième série. Photographie industrielle. Les 19, 26 lévrier et 5, 19, 26 mars 1895, par M. Léon Vidal, professeur à l’Ecole nationale des arts décoratifs.
- l ns la « Boite aux lettres » la Rédaction accuei e u. fans intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux tes renseignements qui lui sont demandes, quatm is se raita.i^nf ^ ^es sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni a insérei toutes les commun cat ons. r-n’est répondu qu’aux lettres reçues avant te lundi oui prérède la date de la livraison.
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- MJUVELLES ÎSlilMYlinyiÆS.
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- PETITES MENTIONS1
- Machine à vapeur inexplosible h chaudière tubulaire instantanée, & alimentation automatique, de 20 centimes. — Nous allons commencer à établir d’abord le devis des matériaux nécessaires à la construction de cette petite machine que nous recommandons à nos jeunes lecteurs : \° le foyer, un flacon à large ouverture de 15 grammes, 5 centimes; 2° la chaudière tubulaire et sa pompe d'alimentation (un tube de verre et une mèche de coton), les deux 5 centimes; 3° le réservoir, un flacon à large ouverture de 15 grammes, 5 centimes; 1° tuyauterie, approvisionnement de combustible et accessoires divers, 5 centimes; ce qui fait un total de 20 centimes. — Construction du foyer. Percez le bouchon d’un des flacons à large ouverture, au moyen d’une lime ronde; puis introduisez dans le trou un tube ae cuivre (un morceau de manche de porte-plume métallique). Passez une mèche de coton dans ce tube, et enfin faites une fente, large de 2 millimètres sur le côté du bouchon, pour permettre la rentrée de l’air dans le flacon. Adaptez le bouchon sur le flacon, et vous aurez une lampe à alcool qui servira de foyer à la machine. — Chaudière tubulaire. Prenez un tube de verre de la grosseur d’un porte-plume. Etirez un des bouts en pointe sur votre lampe à alcool. Cassez-en la pointe, et au moyen d’une lime très fine, limez cette pointe de façon à obtenir un trou dans lequel puisse passer une aiguille n° 10 (1/2 millimètre de diamètre). À 8 centimètres de la pointe, courbez votre tube à angle droit, en faisant un angle très arrondi, et non un angle vif. Coupez alors d’un trait de lime votre tube ainsi coudé à 4 centimètres du coude. Faites ensuite une spirale de 7 centimètres de longueur (comme un ressort à boudin) au moyen d’un fil de fer recuit en l’enroulant sur un tube un peu moins gros que le tube coudé. Introduisez celui-ci dans la spirale, de façon que le coude
- Machine à vapeur de vingt centimes.
- soit bien recouvert, et qu’elle arrive à 2 centimètres environ de la pointe. Cette spirale empêchera le tube de se casser en répar-tissant uniformément la chaleur. Une toile métallique à larges mailles atteindrait le même but. Voilà la chaudière tubulaire. —- Pompe d’alimentation. Prenez 5 brins de mèche de lampe à alcool d’une longueur de 50 centimètres, tordez-les légèrement ensemble, et pliez-les en deux. D’autre part prenez un fil de laiton de 1 millimètre de diamètre, long de 8 centimètres. Aplatissez un des bouts à coup de marteau, et faites une petite fourchette dans la partie aplatie, avec des ciseaux. Placez alors cette fourchette dans le pli de la mèche, et faites-la entrer dans le tube de verre coudé, jusqu’à 5 centimètres de la pointe environ, après l’avoir bien imbibée d'eau. Préparez un bouchon percé comme pour la lampe à alcool, mais cette fois, sans faire de fente sur le côté. Ce bouchon doit au contraire fermer hermétiquement. Faites passer, dans le trou du bouchon, la petite branche du tube de verre ainsi que la partie de mèche qui dépasse et adaptez enfin le bouchon sur le flacon que vous aurez rempli d’eau. La mèche fait l’office de pompe d’alimentation. Voilà la machine terminée. Vous n’avez plus qu’à chauffer la grande branche du tube entouré de fil de fer aussi près que possible du coude au moyen de la lampe à alcool, et en 15 à 2i) secondes vous verrez sortir un jet de vapeur qui pourra faire tourner un petit moulin à vent en papier très mobile que vous aurez disposé à 10 centimètres environ de la pointe. On peut renfermer les organes dans une boîte de carton représentant le massif de maçonnerie des chaudières à vapeur. On peint la boîte de carton et elle prend l’aspect de notre gravure. Celte chaudière est absolument inexplosible, car elle ne
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- contient que les quelques gouttes d’eau qui imbibent la mèche, et cette quantité d’eau est beaucoup trop faible pour faire éclater l’appareil. T. Munjer.
- Tirelire à totalisateur automatique. — Voici un petit objet des plus ingénieux. 11 s’agit d’une tirelire dans laquelle on met des pièces de 5 et 10 centimes; deux tableaux nous donnent le total des recettes en centimes et en francs jusqu’à 5 francs. Nous allons expliquer le mécanisme de cet appareil.
- Tirelire à totalisateur automatique.
- Vue de l’appareil et détail du mécanisme.
- La pièce de monnaie en glissant au-dessous du récepteur A vient appuyer sur l’extrémité d’un levier présentant une série de découpures. Au même instant, le petit crochet que l’on aperçoit sur la figure est poussé et vient enclencher dans une dent de la roue B placée au-dessous. Tant que la pièce glisse, cette roue est mise en mouvement. La durée est plus ou moins grande selon qu’il s’agit d’une pièce de 5 ou 10 centimes, parce que cette dernière a une circonférence plus grande. Au-dessous de la roue B est fixé un autre disque portant à sa périphérie des chiffres variant de 5 en 5 unités. Ce sont ces chiffres que l’on voit apparaître dans l’ouverture de la tirelire, à la partie supérieure. Chaque mouvement de la roue B, qui ne peut être déterminé que par 5 ou 10 centimes, est ainsi accusé. En C se trouve encore une autre roue qui est actionnée à l’aide d’arêtes particulières par le disque dont nous venons de parler, chaque fois qu’il a subi un déplacement de 10 unités, c’est-à-dire quand il a passé 1 franc. Cette dernière indication est donnée en francs par la deuxième ouverture. — La tirelire à totalisateur se trouve au Comptoir des spécialités brevetées, 86, rue du Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- Une malle de sauvetage. — Jusqu’ici les inventions pratiques, parfois invraisemblables, semblaient etre le privilège des Américains. Un industriel allemand, M. Krenkel, de Leipzig, a voulu faire concurrence aux singularités qui apparaissent de l’autre côté de l’Atlantique. 11 a inventé la valise de sauvetage.
- La valise de sauvetage.
- C’est une valise qui ne se distingue en rien des autres et sert aux mêmes usages. Mais une demi-minute suffit pour la transformer en bouée de sauvetage. On l’ouvre, on la vide de son contenu, on fait glisser deux volets qui masquent des ouvertures circulaires, on rejette en dehors une manche de caoutchouc ; l’engin est prêt, et le voyageur enveloppé de sa malle bouée, est prêt à flotter à la surface de l’eau. — S'adresser, pour la malle de sauvetage, à M. Krenkel, à Leipzig.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Formation des gîtes métallifères, par L. de Launay’, ingénieur au corps des mines, professeur à l’Ecole nationale des Mines. 1 vol. petit in-8° de l’Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-éditeurs, et G. Masson, éditeur. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 5 francs.
- Corderie. Cordages en chanvre et en fils métalliques, par M. Auieilig, ingénieur de la marine, professeur à l’Ecole d’application du génie maritime. 1 vol. petit in-8° de l’En-’cyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-éditeurs, et G. Masson, éditeur. Prix : broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 5 francs.
- Le jeu de solitaire, nouvelle étude simple et complète contenant la solution des différents problèmes que comporte ce jeu, par Paul Redon. 1 vol. in-18, avec figures. — Paris, aux bureaux des Tablettes du chercheur, 18 bis, rue des Martyrs.
- La photographie nocturne. Applications de la lumière-éclair obtenue par la combustion du magnésium, avec de nombreuses illustrations, par G. Klary. 1 vol. petit in-8° de la Bibliothèque générale de photographie. — Paris, Société d'éditions scientifiques, 4, rue Antoine-Dubois, 1895. Prix : 4 francs.
- La photographie et ses applications. Manuel pratique de phototypie, par J. Voirin. 1 vol. in-16, de la Bibliothèque de la science en famille. — Paris, Librairie de la science en famille, Ch. Mendel, éditeur, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France-
- * OBSERVATIONS A 7 HEURES RU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET i'ORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 2 janvier.. . . — 9°,8 N. W. 1 Nuageux. 0,0 Peu nuageux de 11 à 17 h.; très nuageux avant et après, grains de neige de 8 à 9 heures.
- Mardi 3 . — 8»,8 W. 1 Tr. nuageux. 0,0 Nuageux le matin; beau le soir; petit brouillard à 11-12 heures.
- Mercredi 4 — 8°,6 S. 0 Couvert. 0,0 Peu nuageux jusqu’à 6 h.; couvert ensuite; petite neige de 7 h. 1/2 à 13 heures.
- Jeudi 5 — 5*,1 N. 2 Couvert. 1,0 Nuageux de 14 à 17 h.; et après 20 h.; couvert le reste du temps; le 9, brouillard à 22 heures.
- Vendredi 6 - 4“,3 E. N. E. 2 Couvert. 0,0 Couvert.
- .Samedi 7 — 4°,5 E. 2 Couvert. 0,0 Nuageux de 9 à 18 h.; couvert avant et après.
- Dimanche 8 — 1“,7 E. N. E. 2 Couvert. 0,0 Couvert; gouttes à 15 h.
- JANVIER 1893. -- SEMAINE DU LUNDI 2 JANVIER AU DIMANCHE 8 JANVIER
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 A 10; les flèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la merj; courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au parc de Saint-Maur en décembre 1991
- par M. E. Renod.
- Moyenne barométrique à midi, 758““,42. Minimum, le 9, à 5 heures du soir, 747””,48. Maximum, le 17, à 10 heures du matin, 770”",22.
- Moyennes thermométriques : des minima, —1°,71; des maxima, 3°,18; du mois, 0°.89; moyenne vraie des 24 heures, 0°,82. Minimum, le 50, vers 8 heures du matin, —12°.0. Maximum, le 3, à 1 heure du soir, 11°.R.
- Tension moyenne de la vapeur, 4””,52. Minimum le 30, à 7 heures du matin, 1””,9. Maximum, le 3, à midi et le 15, à 3 heures du soir, 8””,9. Humidité relative moyenne, 89. Minimum, le 25, à 2 heures du soir, 45. Maximum, 100, en 17 jours.
- Nébulosité moyenne, 63. 7 jours complètement couverts. Un jour avec des traces de nuages.
- Pluie, 48”“,6 en 60 heures trois quarts réparties en 12 jours dont 5 jours
- de neige 3 jours de grêle. 9 jours de brouillard dont 3 jours consécutifs du 17 à 7 h. du soir au 20 à 11 heures du soir.
- 22 jours de gelée dont 5 sans dégel, plus un jour de gelée blanche.
- Température moyenne de la Marne, le matin. 3°,61 ; le soir, 3°,64; des deux, 3°.62; elle a varié de h°,00, le 31, à 7°,10 le 3. Transparence moyenne, 0”,51 ; son niveau a varié de 2",74 le 1" à 4”,99 le 21 (le zéro de l’échelle à 30 mètres au-dessus du niveau de la mer). La Marne charrie à partir du 30.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de décembre 1892 a présenté les résultats suivants : baromètre plus bas de 0”“,31. Thermomètre plus bas de 1°,96. Tension de la vapeur plus basse de 0”“,62. Humidité relative plus basse de 1. Nébulosité plus basse de 11. Pluie plus forte de 7””.
- Floraison du Chimonantluis fragrans le 15 décembre.
- PHASES DE LA LUNE : P. L., le 2 janvier, à 1 h. 50 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DD JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- VARIÉTÉS
- Mirage observé en mer. — M. Caillaud, capitaine du paquebot Ortégal, nous adresse de Bordeaux où il est revenu après une longue traversée, l’intéressante Note suivante sur un curieux effet de mirage produisant des déformations du disque solaire. Voici la reproduction de la lettre que nous envoie le capitaine de Y Ortégal : (( Le 31 octobre 1892, allant de Rio-de-Janeiro à Montevideo et me trouvant par 33° 17' (Sud) et 54° 17' (Ouest), il m’a été donné d’assister à un spectacle très intéres-
- lmages déformées du disque solaire observées à l’horizon de la mer.
- sant. Par un effet de mirage extraordinaire, le Soleil a pris à son coucher, et dans l’espace de 5 à 6 minutes environ, les formes bizarres représentées par le croquis ci-joint (n° 1 à 8). La terre basse, éloignée de 53 milles, a été aperçue flottant au-dessus de l’horizon pendant 50 secondes environ. La mer fut phosphorescente toute la nuit, mais ce fait n’a rien de particulier, et se présente fréquemment dans ces parages avec des vents de nord, tels que je les ai vus ce jour-là. »
- INFORMATIONS
- —M. Rupp dit qu’il a appliqué l’aluminium à la confection de récipients de diverses formes, gobelets, boîtes de conserves alimentaires, etc., pour la troupe. Il y a fait séjourner divers aliments et liquides pendant une durée de quatre à vingt-huit jours, et à la température ordinaire, et n’a reconnu aucune altération du métal. L’auteur mentionne que, tandis que le métal, réduit en poudre line et soumis à l’action de l’eau bouillante, montre une légère oxydation, il ri’est nullement attaqué sous le même traitement, à l’état de feuille. Il conseille donc l’emploi de l’aluminium pour la fabrication de tous les récipients à usages alimentaires.
- —Par testament olographe en date du 6 mai 1889, le célèbre électricien Gaston Planté a légué à l’Académie des sciences une rente perpétuelle de 1500 francs par an destinée à la fondation d’un prix, lequel, décerné tous les deux ans, sera attribué, d’après le jugement de l’Académie, à l’auteur français d’une découverte, d une invention ou d’un travail important dans le domaine de l’électricité. Un décret, en date du 4 juillet 1892, a autorisé l’Académie à accepter ce legs. En conséquence, l’Académie décernera pour la
- première fois, s’il y a lieu, le prix Gaston Planté dans sa séance publique de l’année 1893. Le prix est de 3000 francs. Les Mémoires devront être déposés au secrétariat de l’Institut avant le 1er juin 1893.
- —M. E. Pingaud, consul de France, a récemment fait connaître l’état prospère de la production du vin de Champagne dans le sud de la Russie. Ouverte en 1890, la fabrique de champagne d’Odessa a préparé, en 1891, 250000 bouteilles de vin de Champagne sous le nom d’Excelsior, d’une valeur de 500 000 roubles. Elle a employé à celte fabrication 34 000 védros de vin de Bessarabie. Elle occupe cinquante-trois ouvriers dont les salaires varient de 80 eo-pecks à 1 rouble. Les bénéfices se sont élevés à 49 729 roubles dont 40 000 ont été distribués en dividende aux actionnaires, soit 10 pour 100 par action de 100 roubles.
- —^— Le Kew Bulletin donne la description d’une variété de Canne à sucre, que l’on aurait découverte dans le Haut-Niger (Afrique centrale). L’auteur la décrit comme une variété gigantesque, ayant une grande richesse saccharine, et ses semis, bien développés, permettent de la reproduire facilement. On croit, cependant, que ce végétal n’est pas du tout une Canne à sucre, mais bien le Sorghum vulgare de la Guinée, que l’on trouve partout en Afrique et qui produit un sirop très utile dont on essaye déjà, depuis quelque temps, aux Etats-Unis, à tirer du sucre en grains. Si cette plante a des mérites particuliers, nous y reviendrons; mais, pour le moment, elle ne présente aucun intérêt pour le planteur des tropiques.
- La ménagerie du Muséum d’histoire naturelle vient de s’enrichir d’un animal fort rare et curieux : le tapir blanc et noir de l’Inde. Les tapirs sont, actuellement, les derniers représentants d’un type qui a été largement répandu à l’époque tertiaire, celui du paléothérium, et qui ne compte plus qu’un petit nombre d’espèces, dont quelques-unes appartiennent à l’Amérique et une seule à l’Asie chaude. C’est un représentant de cette dernière qui a été acquis par le Muséum, où aucun spécimen n'avait encore figuré jusqu’à présent.
- —On construit, à Philadelphie, un hôpital pour les chiens, qui dépassera en confortable et en magnificence un autre établissement du même genre existant à Berlin. L’hôpital sera aménagé de façon à contenir des salles de bains, des salles de clinique, des salles d’isolement pour les animaux atteints de maladies contagieuses. Il sera chauffé par les derniers procédés connus et éclairé à l’électricité. Plusieurs vétérinaires éminents seront attachés à l’établissement, sans compter un personnel administratif de premier choix.
- —L’amirauté chinoise a décidé la création immédiate d’un nouveau port de guerre à Klaotsehan au sud de Chcfou. Ce port est constitué par une baie assez grande pour contenir tous les bâtiments de la ilotic chinoise. Des îles et des promontoires élevés assureront une complète protection aux bâtiments mouillés dans celte baie. M. de llannecken, qui a été employé pendant de longues années au service du Gouvernement chilien, est ehargé de la construction des ouvrages de fortification. L’artillerie sera fournie par la maison Krupp.
- —On annonce que M. Mae-Donough, de San-Francisco, vient d’acquérir de don Juan Bocan, de Buenos-Ayres, le cheval Onnonde, vainqueur du Derby en 1886, pour la somme de 150 OÜU dollars, soit 7501)00 francs. Il y a deux ans, Iroquois avait été vendu exactement le même prix.
- —La Société photographique de Rennes, réunie en assemblée générale, a nommé un Comité d’honneur de patronage, composé de MM. Janssen, Lippmann, Davanne, Maurice Bucquet, L. Vidal et Gaston Tissandier.
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- IMUU V JILiliÛO OUICUX 1 IA- iKlutdO.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — L’obturateur décrit se trouve chez M. Otto Lund, 6, place de la Sorbonne, Paris; châssis-magasin pour pellicules, chez M. Balagny, 11, rue Salneuve, Paris; châssis pour glaces et pellicules chez MM. Seguy et Lambert, 53, rue Monsieur-le-Prince, Paris.
- Communications. — M. V. Goebel, à Moscou, nous adresse une brochure en russe sur le système métrique et ses avantages. Cet ouvrage a pour but la propagation du système métrique en Russie.
- M. H. Coupin, à propos de la remarque précédente de M. Junglesset sur l’article Solanées à cultiver, répond que ce n’est pas par oubli qu’il n’a pas parlé du Gombo, car cette plante appartient à la famille des Malvacées. Le Gombo, vulgairement appelé Bamieh (et non Barnier), n’est autre que l'Hibiscus esculentus ou Ketmie comestible; il forme la base du Calalou. On a recommandé ses graines torréfiées comme succédané du café ; les capsules voyagent très bien. La culture qui, d’ailleurs, ne pourrait réussir que dans le midi de la France, serait en somme de peu d’intérêt.
- M. H. Roberty, à Paris, nous fait part qu’il a trouvé dernièrement, dans une caisse de fruits venant de Nice, une orange triple composée de trois oranges renfermées les unes dans les autres. Nous avons déjà mentionné des exemples de fruits monstrueux de ce genre.
- M. R., à Epernay, nous envoie la photographie d’un curieux effet de congélation observé dernièrement, l’n liquide presque entièrement formé d’eau, contenu dans une bouteille champenoise, s’est congelé, et la glace est sortie par le goulot sous { forme d’un cylindre allongé, en maintenant le bouchon à l’extrémité. Nous avons indiqué précédemment plusieurs effets analogues.
- M. M. David, à Montataire, nous signale le curieux barrage qui s’était formé récemment par des glaçons dans l’Oise, à 0 kilomètres en aval de Creil lors des dernières gelées. La rivière a, en ce point, une largeur de 80 mètres; cet obstacle avait fait remonter le niveau de l’eau d’environ 80 centimètres.
- M. L. Chassagne, à Moulins, nous rappelle le moyen d’établir un pantographe très simple, à l’aide d’un fil de caoutchouc de quelques centimètres de longueur, et de deux épingles placées aux deux extrémités.
- M. A. Gasse, à Mantoche, nous signale, à propos de notre dernier article sur les roches à figures animées, un livre de M. J. Voulot, Les Vosges avant Vhistoire (Mulhouse, 1872) qui donne plusieurs dessins de rochers du même genre.
- Renseignements. — M. E. Beliot, à X. — Le couplage dont vous parlez est très employé dans les installations électriques ; le fil intermédiaire est traversé par une intensité égale à la différence des intensités des deux circuits.
- M. Purget, à Paris. — Essayez de communiquer une charge au ruban en le mettant en contact avec un pôle de la machine.
- M. E. Isam, à Liège. — 1° 11 serait nécessaire de mesurer cette pression à l’aide d’un manomètre; elle est variable suivant les cas. — 2° Le rendement augmenterait.
- M. C. S., à Saint-Claude. — Passez de temps à autre un chiffon gras sur les pièces altérées.
- M. A. Ellod, à Soissons. — Nous avons déjà indiqué la manière d’escamoter une cage d’oiseau; vovez le n° 1005, du 20 août 1892, p. 191.
- M. Bouvard, au Questiov. — Adressez-vous directement au Bureau central météorologique de E rance, 180, rue de l’Université, à Paris.
- M. L., à Dijon. — 1° Le constructeur nous est inconnu. —
- 2° M. Alvergniat, rue de la-Sorbonne; ou M. Fontaine, rue Racine, à Paris.
- M. G. Paradis, à Paris. — Nous ne vous conseillons pas l’emploi de piles; l’entretien est coûteux, et l’installation peu
- facile. Abonnez-vous de préférence à la Compagnie d’électricité qui passe dans votre rue.
- M. H. D. B., à Pons. — 1° Cet appareil est très bon. — 2° Pas de modèle à vous indiquer.
- Un lecteur, à Constantinople. — 1° Le symbole désigne des décimètres carrés. — 2° Il s agit des phases de la lune.
- M. le comte G. de la Rivagerie, à Petropolis. — 1° Votre lettre a été transmise à l’Administration du journal. — 2° Appareils pour le chauffage instantané des eaux : M. Robin, 68, rue de Bondy, à Paris.
- M. L. Dufau, à Pointe-à-Pitre. — Renseignez-vous aux adresses que nous avons indiquées en tête de la Boîte aux lettres du n° 1018, du 3 décembre 1892.
- M. Durifz, àMonlélimar.— 1° Voyez la Note que nous avons publiée relativement à l’hyposulfite d’ammoniaque dans les Communications delà Boîteaux lettres, du n° 1020, du 17 décembre 1892. — 2° Environ 150 grammes par litre d’eau.
- M. P. F., à Strasbourg. — Les vues stéréoscopiques peuvent se faire facilement avec un appareil spécial; nous signalerons notamment celui de M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris.
- M. P. Vallantin, à Angoulême. —Il y a longtemps que la science a fait justice de la baguette divinatoire, pur objet de charlatanisme.
- M. L. Gau, à Mazamet. — Ce produit ne doit pas être du salpêtre ; mais il faudrait en faire l’analyse pour vous répondre exactement. Adressez-vous à un chimiste.
- M. G. Deniau, à Tours. — 1° Maison Thierré, 47, rue Vieille-du-Temple, à Paris. — 2° Votre invention nous a paru intéressante ; nous allons la décrire prochainement.
- MM. André et IJeutier, à Marseille. — Nous ne croyons pas que la construction de ce fusil ait jamais été entreprise.
- M. C. B., À Paris. — Vous trouverez des bougies en porcelaine de ce genre chez MM. Beau et Bertrand-Taillet, 226, rue Saint-Denis, à Paris.
- M. Bombai, à Chaumont. — Un traité complet de Part du Tourneur a été édité parmi les manuels de l’Encyclopédie Roret, à la librairie de ce nom, 12, rue Ilautefeuille, à Paris.
- M. lF.,àLongwy. — Thermomètres de précision : MM.Brevver frères, 43, rue Saint-André-des-Arts, à Paris.
- Réponse au n” 1323. — Fabrication du papier d’Arménie. — « Le papier d’Arménie, si répandu, est un papier variant d’odeur avec chaque fabricant. 11 en est de même des pastilles dites du sérail, autrement dites clous fumants. Les formules aromatiques peuvent donc varier à l’infini selon le parfum préféré de chacun ; néanmoins il y a de bonnes formules établies qui donnent de bons résultats, et que je vous cite plus bas. Pour le préparer, il y a deux opérations à faire : 1° la nitrification du papier; 2° l’aromatisation. —Nitrification. Prenez du papier blanc sans colle, trempez-le dans une solution saturée à froid de nitrate de potasse et faites sécher en l’étendant sur des cordes. — Aromatisation. Quand le papier est bien sec, on le replonge dans la teinture aromatique préparée comme ci-dessous, on laisse de nouveau sécher et l’on découpe en banderoles d'un centimètre de large environ. — Voici plusieurs formules très appréciées : inusc, 10 grammes; essence de roses, 4; benjoin, 100; myrrhe, 12; iris de Florence, 250; alcool à 80°, 500 ; laissez macérer un mois et filtrez. — Autre teinture aromatique : benjoin en larmes, 80 grammes; baume de tolu, 20; slorax en pain, 20; bois de santal citrin, 20:
- myrrhe, 10; cascarille, 20; musc, 1 ; alcool à 80°, 200; laisser
- macérer un mois et filtrer. On peut, suivant les goûts, ajouter aux formules précédentes des essences de fleurs d’oranger ou de différentes plantes ou encore des teintures concentrées de vanille ou d’héliotrope. (Communiqué par M. le Dr Bidoxnard, chimiste, à Paris.)
- Accusés de réception. —Avis divers : M. M. P., à C. 1° Nous ne croyons pas qu’il existe de traités spéciaux sur ces questions,
- 2° Voyez les ouvrages de mécanique aux librairies E. Bernard, Mi- l
- cliclet, etc., quaides Grands-Âugustins, à Paris. —M. A. Dolmans, I
- à Marcinellc. Un grand nombre de livres ont été publiés à ce sujet. I
- — M. J. Gobel, à Cliagny. Les constructeurs sont désignés en tète | de la Boite aux lettres du même numéro. — M. E. Schenck, à Toulouse. 1° Votre carte a été envoyée. 2° Ecrivez à M. G. A. Le Boy, chimiste, chef du laboratoire des établissements Malétra, au Pctit-Quévilly, à Rouen. — M. J. P., à Paris. Il faut gratter le parquet à la paille de fer. — M. le baron C. F. R., à Montpellier. Adressez-vous à M. Bergmann, à Ferrières-en-Brie (Seine-ct-Marne).
- — M. P. de Palézieux, à Mulhouse. Voyez le petit livre des Recettet et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — Un amateur de mu- j sique, à Pelotas; Un lecteur, à X. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- u ns la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux lei ren-1 seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’enqage en aucune façon à répondre à toute»I les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison
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- PETITES INVENTIONS1
- Cfhàssls-presse-dégradateur pour photographies.
- Les châssis-presses qui servent au tirage des positifs en photographie, sont munis généralement de ressorts en acier pressés par des traverses de bois qui, à chaque fermeture, opèrent une poussée sur les ressorts ; il en résulte parfois un déplacement de la planchette et du papier positif contre le cliché. Dans le châssis que nous faisons connaître, et que représente la figure ci-dessous, la planchette est divisée en quatre volets. La pression des ressorts agit au centre de chacun de ces volets ; il ne peut se produire aucun déplacement par frottement. Avec ce système de fermeture, deux clichés 9x12 étant placés dans un châssis 13 X 18, on peut surveiller simultanément la venue
- Châssis-presse-dégradatcur.
- des images, en ouvrant en même temps les deux volets latéraux qui couvrent la moitié des deux feuilles sensibles, puis, l’une d’elles étant assez venue, on peut ouvrir le châssis sur son petit diamètre, en soulevant les volets latéraux de la petite largeur qui couvrent cette épreuve; il est facile de l’enlever et de remplacer le papier sensible sans que le tirage de l’autre cliché soit compromis. Le nouveau châssis permet en outre le tirage des épreuves dégradées ; à cet etl'et, l’avant du châssis est muni de deux cadres métalliques, l'un fixe, l’autre mobile, qui donnent le moyen de déplacer en tous sens le dégradateur qui s’y trouve fixé. — Le châssis-presse-dégradateur se trouve chez M. D. Tissandier, constructeur, 45, rue Vavin, Paris.
- Imprimeuse automatique pour rubans «l’emballage. — Ce petit appareil sert à imprimer sur un ruban, au fur et à mesure qu’il se déroule d’une bobine, le nom d’un fabricant ou d’un produit commercial ; c’est une nouvelle méthode de publicité, destinée surtout aux rubans qui servent au paquetage. L’appareil se compose essentiellement d’une roue horizontale sur la périphérie de laquelle sont disposés les caractères, ou signes à imprimer, en combinaisons avec des
- Imprimeuse automatique.
- t. Rouleau imprimeur. — 2. Vue d’ensemble de l’appareil.
- galets : il comprend en outre un galet encreur et un galet pres-sèur appliqués contre la périphérie de la roue, et un guide destiné à délivrer le ruban entre la roue et le galet presseur. L’appareil est logé dans une boîte carrée ayant une couverture en glace, boîte dans laquelle on introduit en même temps
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles, scientifiques est étrangère aux annonces.
- la bobine à ruban. Cette bobine peut être remplacée à volonté, elle est montée sur pivots mobiles s’engageant dans les rainures latérales de la boite. — Cette petite imprimeuse automatique se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, Paris.
- Pelote ménagère. — La pelote que représente la gravure ci-dessous supprime le livre de blanchisseur, elle sera appréciée des garçons qui vivent seuls et n’ont pas de femme de ménage pour compter le linge du blanchissage. La comptabilité se fait sans papier, sans encre, sans crayons, avec de simples épingles. 11 suffit, pour contrôler le linge que l’on donne ou que l’on reçoit, de placer une épingle à tète dans la case correspondante indiquant le nombre. Les épingles se trouvent sous la main de l’opérateur tout autour de la pelote. La colonne
- Pelote-ménagère pour comptabilité du linge.
- de la pelote intitulé désignation donne les noms des objets à blanchir ; notre gravure est de trop petit format pour que nous ayons pu faire graver les noms; cette colonne donne les indications suivantes : chemises d’homme, chemises de flanelle, chemises de nuit, faux-cois, etc. Les épingles se piquent en regard, dans des colonnes verticales numérotées 1 à 12. On les laisse en place jusqu’au retour du blanchisseur. — La pelote-ménagère se trouve chez M. Mathieu-Martain, 42 bis, boulevard Bonne-Nouvelle, Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Diapositifs photographiques avec ton bleuté pour les projections. — La Revue rose, dans son numéro du 26 novembre 1892, publie, d’après M. C. Fleck, une méthode pour faire à l’albumine et sensibiliser dans une solution prussique des plaques pour diapositifs bleus. Tout le monde sait combien sont difficiles à fabriquer les plaques à l’albumine. Par un procédé très simple, je suis arrivé à donner à toutes les plaques du commerce, soit au gélatino-bromure, soit au chlorure, une teinte bleutée, plus ou moins accentuée, selon l’effet que l’on désire. On peut ainsi atténuer le désagréable effet de neige occasionné par le verre dépoli des épreuves stéréoscopiques, en opérant de la manière suivante. On développe le positif à l’hydroquinone, au paramidophénol ou à l’amidol. Au sortir du bain développa-teur, on le plonge, sans le laver, dans un bain ainsi composé : eau, 100 grammes; acide citrique, 5 grammes; sulfate de fer, 10 grammes. On laisse le positif dans ce bain pendant trente à quarante secondes ; davantage, si l’on désire un ton bleuté plus prononcé. (Il est à remarquer que ce bain, quand il est entièrement neuf, ne produit aucun effet appréciable. Il faut que ce bain ait servi à laver trois ou quatre plaques pour qu’il donne le résultat attendu. Il se forme alors une espèce de précipité de ferro-eyanure qui se dissout en partie dans le bain et lui donne la teinte bleue qui se communique à la plaque, et qui résiste à tous les lavages subséquents.) On sort ensuite' le positif de ce bain colorant, et, sans laver la plaque, on la fixe dans l’hypo comme d’habitude. Puis on termine par le lavage ordinaire à l’eau courante. Par ce procédé, on peut faire des effets de lune stéréoscopiques d’un charmant effet.
- Georges Margat, à Périgueux.
- Nettoyage des lampes à huile. — Après avoir complètement vidé les lampes, on y introduit de f'huile d’olive bouillante et on secoue violemment pendant quelques instants. On renouvelle l’huile bouillante et on agite de nouveau. Une fois cela fait, on vide la lampe, qui est alors décrassée.
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- BIBLIOGRAPHIE
- La Bibliothèque du photographe en français, italien, anglais, allemand, espagnol, par MM. Abel Buguet et le Dr Luigi Giopii. 1 vol. petit in-8° de la Bibliothèque générale de photographie. — Paris, Société d’éditions scientifiques.
- Exposé sommaire de T apiculture mobiliste. La Ruche-Album, la seule qui puisse être visitée sans risques de piqûres, sa description, son emploi, par Ch. Derosne, président de la Société comtoise d’apiculture. 1 vol. in-16. — Paris, Librairie agricole de la maison rustique.
- Recettes utiles et Procédés vélocipédiques, par L. Baudry de Saunier. 1 vol. in-18. — Paris, chez l’auteur, 36, rue Ya-neau, et dans toutes les librairies, 1893. Prix ; 1 fr. 50.
- Manuel d'agriculture générale, par Ad. Damseaux, professeur à l’Institut agricole de l’Etat, à Gembloux. Nouvelle édition très augmentée. 1 vol. in-8°. — Bruxelles, 0. Mayolez et J. Audiarte, éditeurs. Namur, Lambert-de-Roisin, éditeur, 1892. Prix : 5 francs.
- Annuaire de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1893. Cinquante-neuvième année. 1 vol. in-16. — Bruxelles, F. Bayez, imprimeur de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49™,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 9 janvier.. . . 2",9 E. N. E. 2 Couvert. 0,0 Nuageux de 10 à 12 h. couv. avant et après ; gouttes à partir de 16 h.; atmosph. trouble.
- Mardi 10 2*,1 N. N. E. 3 Couvert. 7,8 Couv. jusqu’à 14 h. et de 18 à 21 h.; peu nuag. le reste ; petite pluie de 2 h. à 7 h. et de 11 h. 20 à 12 h.
- Mercredi 11 - 4%6 N. N. E. 4 Beau. 0,3 Pas trace de nuages de la journée ; atm. très claire.
- Jeudi 12 - 6° ,2 N. E. 2 Beau. 0,0 Couv. à 4 h. ; beau du reste; atmosph. très claire. Beau jusqu’à 3 li.; couv. ensuite ; grains de neige de
- Vendredi 13 - 8%9 S. W. 1 Couvert. 0,0 10 à 14 h. Couv.: neige à diverses reprises, mêlée quelq.foisde pl.:
- Samedi 14 0*,3 S. S. W. 2 Couvert. 0,0 forte neige dans la soirée; il y en a O™,!! sur le sol. Couv. jusqu’à 8 h. beau du reste, quelq. grains de neige
- Dimanche 15 - 4M JY. 5 Couvert. 17,1 à 4 et 5 h.
- JANVIER 1893. -- SEMAINE DU LUNDI 9 JANVIER AU DIMANCHE 15 JANVIER
- Lundi I Mardi I Mercredi I Jeudi I Vendredi I Samedi | Dimanche j
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mery, courbe plus mince, thermomètre à l’abr< à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- I.e froid. — Depuis le commencement de celte nouvelle année, la température a été très basse dans toutes les contrées de la France. A Avignon, le 2 janvier, sous l'influence du mistral, le thermomètre est descendu à 8 degrés au-dessous de zéro. Le bras droit du Rhône, des -aines du pont Saint-Benezet au pont de bois, a été complètement gelé. A la même date, à Nîmes, le canal a été pris eu partie; le baromètre est descendu à 742 millimètres. Tous les ruisseaux ont élé gelés à Marseille, ce qui est rare; un mistral violent a rendu la température très rigoureuse. I.c 4 janvier, la neige est tombée à Paris; elle est également tombée en grande quantité à Trouville et au Havre, où le thermomètre a marqué — 16u. La même température a élé atteinte à Rambervillers, dans les Vosges. Dans la montagne, tous les lacs ont gelé et l’on a patiné. Le lac de Gérardmer a eu une surface absolument gelée A Bordeaux, le même jour, le thermomètre est descendu à 12°,5 au-dessous de zéro au Jardin public. Le froid a été encore très vif du 6 au 8 janvier, notamment à Brest, à Marseille et à Toulon.
- Le 7 janvier, on écrivait de Bucharest que de violentes tourmentes de neige s’étaient abattues depuis deux jours sur tout le pays. Sur la i lu-part des lignes de chemins de fer, la circulation a été interrompue.
- I)u 8 au 12 janvier, la température s’est relevée à Paris, et a atteint quelques degrés au-dessus de zéro, en moyenne 2 à 5 degrés. Mais à partir de cette dernière date, le froid a recommencé pour s’interrompre le 14 et reprendre ensuite avec plus d’intensité.
- Ou écrivait de New-York, le 11 janvier, que le froid était très intense dans tout le nord des Etats-Unis. La navigation, dans le port et dans la baie de New-York, s’est trouvée considérablement gênée par un immense bloc de glace flottante. Beaucoup de bateaux passeurs n’ont pu atteindre leurs apponteinents et ont dû débarquer leurs voyageurs au premier point accessible et encore après de longs retards. Trois goélettes, sept remorqueurs et un grand nombre de bateaux de navigation intérieure, ainsi que d'autres navires ont été pris par les glaces en face de la Batterie.
- Le 15 janvier, la neige est tombée eu France sur un grand nombre de localités. A Nice, elle est tombée à gros flocons une grande partie de la journée. Le 16, neige abondante à Paris.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q., le 9, à 10 h. 58 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DD JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Un procédé d’épuration de l’eau. — Le procédé indiqué par M. le Dr Schipiloff est très ingénieux et très pratique ; il demande seulement un peu d’attention, car il repose sur l’emploi d’une substance antiseptique et oxydante des plus énergiques, le permanganate de potasse. Ce sel est un agent réducteur des matières organiques et c’est à ce titre qu’il est usité comme désinfectant dans la pratique chirurgicale ; il le serait bien plus si ce n’était la détérioration des linges qu’il brunit et tache d’une façon à peu près irrémédiable. Voici comment il faut procéder d’après les indications de M. Schipiloff. Prenez l’eau la plus chargée de matières organiques, de l’eau stagnante des marais, de l’eau d’un ruisseau mal alimenté; jetez par litre d’eau 5 à 6 centigrammes de permanganate de potasse. Pour avoir un dosage facile, mettez la valeur d’une cuillerée à soupe de la solution : permanganate de potasse, 50 centigrammes; eau distillée, 150 grammes. Au contact de ce sel, les matières organiques, végétales, animales, microbes ou autres sont oxydées ; le permanganate se décompose et se change en bioxyde de manganèse qui se précipite en brun noirâtre; un peu de potasse reste en dissolution dans le liquide coloré en rose. Cette eau, même filtrée, serait difficile à boire. Pour faire disparaître absolument le permanganate, il suffit pour cela d’agiter le liquide avec un peu de sucre, une ou deux cuillerées à café d’alcool ou de cognac. Ces substances réduisent le restant de permanganate à l’état de bioxyde de manganèse. L’eau, de rose, devient brunâtre. Elle est ainsi peu appétissante à boire, mais elle n’est pas dangereuse, le bioxyde de manganèse n’étant pas toxique. En filtrant l’eau ou en la laissant reposer, on l’obtient incolore et pure. Pour les gourmets, on peut passer l’eau sur du noir animal ou ajouter, au moment de la première opération, une certaine quantité de braise de boulanger réduite en poudre; cette braise, il va sans dire, doit être propre. Toutes ces manipulations doivent se faire dans des vases en verre, en terre, en porcelaine; en tous les cas non dans des vases métalliques. La dépense est insignifiante, le permanganate de potasse ne coûtant guère plus de 4 franc le kilogramme. On a, pour assez bon marché, le moyen de préparer un bon approvisionnement d’eau pure. IPX...
- INFORMATIONS
- —Un géologue américain a récemment entrepris de savantes •études au sujet des gisements d’or en Californie. L’àge relatif du principal bassin aurifère de la Californie centrale a été longtemps mis en doute. On vit d’abord là des formations paléozoïques. Mais l’auteur ayant découvert dans ces gisements plusieurs fossiles mésozoïques, on a dû revenir sur cette opinion. C’étaient des bélem-nites, des ammonites et des coquilles bivalves analogues aux fossiles du comté de Mariposa, en place dans des schistes voisins de la grande veine aurifère principale de la Californie. Ainsi ces schistes appartiennent bien à l’étage secondaire. Les placers et les quartz auri-
- fères de Californie, les plus riches qui sont adossés au liane occidental de la Sierra Nevada, appartiennent au jurasso-triasique et peut-être, en partie, au crétacé inférieur. C’est dans le comté de Calaveras (Carson Hill) qu’on trouve les masses d’or les plus considérables. En second lieu seulement viennent les mines d’or des schistes mésozoïques. On trouve aussi l’or, en Californie, dans d’autres formations géologiques, par exemple, dans le voisinage immédiat de calcaires de l’étage carbonifère et sans doute aussi dans des roches plus anciennes de la Sierra Nevada, parallèlement aux gîtes principaux, beaucoup de mines d’or les plus célèbres ne se trouvent pas dans des terrains stratifiés. La célèbre veine de « Grass Yalley » qu’on a exploitée pendant plus de quarante ans, traverse des roches cristallines granitiques. Le filon de Comstock, non moins fameux, dans l’état de Nevada, aussi riche en argent qu’en or, traverse des roches cristallisées qui représentent peut-être d’anciens terrains mésozoïques. Le meilleur exemple de formation ancienne est fourni par les mines d’or de « Black Hills » (Dakota) qui sont d’origine présilurienne. Partout où il y a de l’or, la roche est généralement gris-bleu ou noire, le fer étant combiné sous forme de protoxyde ou de sulfure.
- —^ - On se préoccupe depuis longtemps des moyens de conserver les fruits et racines au moyen de la stratification dans de la chaux vive en poudre. M. Monclar a fait au comice agricole d’Albi, au sujet du résultat de ses expériences, une communication que les procès-verbaux de ce Comice résument ainsi : « M. Monclar a présenté des raisins chasselas dont la conservation est parfaite. Les grains sont aussi ronds, aussi pleins qu’au moment de la cueillette. Le goût en est également le même, seulement peut-être un peu plus sucré- Malheureusement, malgré le lavage, il reste sur quelques grains des traces de chaux. Ils sont demeurés sept mois dans la chaux, et M. Monclar dit que, lorsqu’ils n’y restent que quatre ou cinq mois, le lavage la fait entièrement disparaître. Il ajoute que, pendant tout l’hiver, pendant deux années, ses raisins se sont parfaitement conservés. Au 10 mars 1892, il n'y en avait encore qu’un dixième de gâté ; un mois après il y en avait environ la moitié. Pour avoir une réussite complète, il serait prudent de ne pas retarder la consommation au delà du commencement de mars. Sa récolte de pommes ayant entièrement manqué en 1891, M. Monclar a été obligé d’en acheter sur le marché. Elles étaient, par suite d’un long transport, assez généralement maculées; aussi elles se sont gâtées dans une plus grande proportion que les années précédentes. Cependant la moitié a été bien conservée, et celles qu’il a fait passer sous les yeux du Comice étaient très fraîches ».
- —— Il n’y a pas à craindre que le platine fasse défaut dans l’avenir. D’après le Journal of the Society of Arts, il existe à Bis-seiski, dans l’Oural, des couches de minerais platinifères qui, à elles seules, pourraient suffire à alimenter le monde entier pendant des années. On a trouvé du platine au Brésil et dans les Cordillères. Dans l’Oural, on rencontre le platine en grains mêlé à du sable dans la proportion de 17 à 20 grammes de platine pour 1600 kilogrammes de sable. Tout le platine extrait de cette région est envoyé à Saint-Pétersbourg, où il est traité et expédié à l’étranger. La consommation annuelle est actuellement de 5000 à 4000 kilogrammes, mais elle augmente constamment.
- —Les plus grandes marées de février arriveront d’abord le 2 au soir et le 5 au matin, celles-ci peu importantes, puis le dimanche 19, matin et soir, ces dernières marqueront la valeur moyenne du phénomène des grandes marées. Les plus faibles marées auront lieu le vendredi 10 et le samedi 11, ainsi que le jeudi 25, matin et soir, ces dernières moins faibles que les premières.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne les appareils de chauffage des voitures (thermo-mobiles) s’adresser, 40, rue Louis-Blanc, à Paris.
- Communications. — M. E. Roger, à Châteaudun, nous communique le résumé des observations météorologiques qu’il a faites pendant le mois de décembre 1892.
- Un abonné, à Bordeaux, nous fait parvenir le journal allemand Hamburgischer Correspondent du 11 janvier 1893, dans lequel se trouve une longue discussion sur les vitesses de 110, 120,140 et 150 kilomètres par heure atteintes dans les chemins de fer.
- M. Guilleminot, pharmacien, à Paris, nous écrit . « J’ai lu, dans une précédente Boîte aux lettres, la Note d’un correspondant qui signale une orange monstrueuse venant de Nice et formée de trois fruits superposés. J’ai eu l'occasion d’en rencontrer une semblable, il y a quelques années, et je me suis inquiété à cette époque de la cause qui produit ces monstruosités assez fréquentes. A Nice et dans les environs on cultive surtout l’oranger pour recueillir la fleur, et quand le propriétaire croit rencontrer une variété qui augmentera sa récolte, il greffe immédiatement un ou plusieurs arbres (ceux-ci étaient déjà greffés) ; mais, au lieu de greffer sur le pied primitif, ce qui ne serait pas toujours possible sans perdre l’arbre, il greffe sur la dernière greffe. Il y en a souvent quatre ou cinq les unes sur les autres, et s’il laisse un de ces arbres porter fruits, ceux-ci présentent les anomalies que signale votre correspondant. »
- Renseignements. — L’abonné 1506, à Marseille. — La Compagnie de Lyon a ajouté au frein à air comprimé Westinghouse du type ordinaire qu’elle emploie, une disposition due à M. Henry qui a pour but de permettre de modérer l’action du frein dans la descente des longues pentes. Cette disposition constituant ce qu’on appelle le frein modérable exige une seconde conduite. La description en a été donnée dans le numéro de février 1885 de la Revue générale des chemins de fer.
- L’abonné n° 3259, à Paris. — Nous publierons prochainement une Notice complémentaire sur les vieux cèdres. Remerciements pour votre carte postale.
- M. E. Delye, à Berlin. — Nous avons donné une série d’articles très complets sur l’organisation du service des pompiers à Paris; voyez les n°5 733, 756, 740, 745, 752 et 755, du deuxième semestre 1887.
- Un abonné, à Y. — La Nature a publié une Notice sur le nouveau modèle de cette pile dans le n°945,du U juillet 1891, P- 83-
- M. L. F., à Paris. — 1° Aucun article de La Nature n’est de la publicité payée. — 2° Nous n’avons pas présenté cet objet d’une manière bien sérieuse dans nos petites inventions.
- M. L. Bouboy, à Codo (Brésil). — 1° Adressez-vous à M. A. Zwierzchowski, 23, rue de Choiseul, à Paris. — 2“ Consultez les traités de chimie industrielle.
- M. J. L., à Paris. — On ne saurait vous recommander un appareil en particulier; tout dépend des qualités exigées, du prix, etc. Voyez aux annonces.
- M. W. Glàid, à Nantes. — Annuaire de l'Electricité et des inventions électriques, 16, rue Saint-Maur, à Paris.
- M. M. O. R., à X... — Veuillez vous adresser pour ces renseignements spéciaux au directeur du journal l’Eleveur, M. Mé-gnin, 2 ter, avenue Aubert, à Vincennes (Seine).
- M. L. Gazel, à Carcassonne. — Ces appareils étaient autrefois en vente dans les magasins de La Ménagère, boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris.
- M. Ch. Ryder, à Épinal. — L’indication est contenue dans l'article ; il existe des plaques Lumière spéciales que vous trouverez chez les marchands de produits photographiques.
- M. V. Bourgeois, à Coulours. — 1° S’il n’y a pas d’ouverture, ou de soupape de sûreté, votre chaudière fera explosion. — 2°
- Il nous est impossible de répéter dans chaque Boîte aux lettres des renseignements déjà donnés plusieurs fois.
- M. R. de la V., à X... — Il n’existe jusqu’à présent qu’un seul fauteuil à trépidation; il est à la Salpétrière et est mû par une puissante dynamo. Il n’existe de même qu’un seul casque vibrant; il appartient au docteur Gilles de la Tourette, de la Salpêtrière.
- M. P. Dintilhac, à Montpellier. — 1° Manuel pratique d'orthochromatisme, par L. Vidal, à la librairie Gauthier-Villars, à Paris. — 2° Le meilleur moyen est d’avoir plusieurs personnes faisant fonctionner au même instant des appareils à poudre-éclair.
- M. Pautel,h Saint-Jean-de-Maurienne. — Un vernis brou de noix foncé vous conviendra.
- M. E. Mengin, à Sommedieue. —Il faudrait demander communication de la Note au secrétariat de l’Académie des sciences.
- M. le comte G. de Bellecombe, à Vizille. — Un procédé qui a donné de bons résultats, consiste à enduire le mur d’une couche de silicate de potasse dissous dans l’eau.
- M. M. Romand, au château de la Mothe Gurgy (Yonne). — Il est bien difficile de vous répondre sans expérimenter votre foyer; nous vous conseillons d’essayer un charbon demi-gras.
- M. C. B., h Paris. — L’expérience seule permet de déterminer exactement les diamètres à donner aux plombs fusibles ; prenez pour votre cas des fils de 0mm,8 à 0mm,9 et de 0mn>,4 à 0mm,45 de diamètre.
- M. P. Darcy, à Montluçon. — Ce renseignement se trouve peut-être dans les ouvrages sur l’aluminium; nous n’avons pas de détails à cet égard.
- M. M. Perrin, à Paris. — M. V. Roux a fait paraître à la librairie Gauthier-Villars un traité de photographie isochromatique.
- M. 0., à Versailles. — Le Forestier praticien, par MM. Cri-non et Vasserot. Librairie encyclopédique de Roret, à Paris.
- M. M. A., à Bruxelles. — Dans les ballons dirigeables, on a évité les cordes en employant des sangles plates qui atténuent la résistance de l’air.
- MM. André et Lieutier, à Marseille. — Le fusil à acide carbonique Giffard, décrit dans len° 894, du 19 juillet 1890, p. 110, a bien été fabriqué à Saint-Etienne; mais nous ne croyons pas que la fabrication ait été continuée.
- M. R. F. Pallincha, à Coïmbra. —Vous trouverez des livres de ce genre chez M. Deyrolle, naturaliste, 46, rue du Bac, à Paris.
- M. IL Beigbeder, à Pau. — 1° Adressez-vous directement au directeur de la laiterie. — 2° MM. Burmeister etWain, à Copenhague.
- M. Thomas, à Evreux. — Cet appareil est construit par M. Gillet, 52, boulevard Henri IV, à Paris.
- M. G. Coste, à Montpellier. — Ce que les lapidaires appellent Pierre de Lune, est une variété de feldspath orthose adu-laire (silicate d’alumine et de potasse naturel). Cette variété d’adulaire présente des reflets d’un blanc nacré légèrement bleuâtre qui partent d’un fond laiteux.
- M. E. G., à V. — 1° L’adresse demandée est : 5. rue de Montmorency, à Paris. — 2° Le liquide employé est une solution aqueuse de phosphate d’ammoniaque.
- M. P., à Perpignan. — II faut recouvrir le cuir pour éviter les taches; mais ne pas enlever l'huile.
- Accusés de réception. —Avis divers : M. L. Piaille, à Cheminé. Adressez-vous à la maison Jaccoux, 37, rue de l’Echiquier, à Paris. — M. P. Trémant, à Nantes. Nous avons bien reçu votre lettre; mais vos photographies ne nous sont pas parvenues. — M. F W., à Bischvviller. Remerciements pour votre intéressante communication. — M. De four, à Saint-Etienne. Nous avons déjà public, dans nos articles Hygiène et santé, des recettes analogues à celles que vous nous donnez. Remerciements. — M. Bernhard, à Charleval. Il n’existe pas de journal semblable, à notre connaissance. — M. Ch. Lacau, à Versailles. Pas de traité de ce genre. — M. G. Hommelle, à Strasbourg. 1° Pas de revue spéciale; 2° une série d’ouvrages ont parlé du sujet; il faut vous renseigner aux diverses librairies scientifiques. — M. A. Nippa, à Romny. Nous ne connaissons pas d’appareil de ce système. — M. F. Affilié, à Ville-Savary; Cercle Lo Dardai, à Perpignan; M.A.S., à Blainville-sur-l’Eau. Voyez les Recettes et procédés utiles (G. Masson, éditeur). — Club alpin français, à Saint-Etienne. Voyez la Science pratique (même éditeur). — M. J. S., à Epernay. 1° Consultez le même ouvrage.
- 2° La Photo-Gazette, directeur : M. G. Mareschal, 12, rue Demours, à Paris. — M. C. de Genet, à Pau; M. L. Gendrin, à Versailles. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — }1. Chebroul, à Niort. Remerciements pour votre communication. Il existe déjà des appareils analogues.
- 0< ns la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux let ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes i.» „„**t;nns. ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Fer à sonder an gax d’éclairage. — Ce petit appareil construit par un amateur est de nature à intéresser tous ceux qui s’occupent de travaux sur métaux dans leur atelier ; nous en donnons ici une description détaillée d’après les figures que nous publions. — Fig. 1. Le fer à souder, ses évents et sa douille (on voit en C la partie de la tige à laquelle il est adapté et fixé au moyen delà vis V).— Fig. 2. Douille séparée du fer, avant d’être rivée, montrant les orifices T qui la traversent, ainsi que la tige C, et par où s’échappe et bride le gaz à l’intérieur du fer. — Fig. o. Gabarit pour couper le fer d’une seule pièce dans la tôle de cuivre (1 millimètre d’épaisseur). — Fig. 4. Le manche du fer (coupe). J, orifice par où arrive
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- Fig. 1 à 6. — Fer à soucier au gaz.
- le gaz. 0, fenêtre évidée dans le manchon mobile II, ainsi que dans la tige G, formant appel d’oxygène. — Fig. 5. Vue extérieure du système ci-dessus. C tige conduisant le gaz et l’oxvgène jusqu’en T (fig. 2) où ils brûlent. D, vis fixée sur la tige C, permettant, au moyen de la vis E’, fixée au manchon II, de régler l’admission de l’oxvgène par la fenêtre 0, et même de la supprimer, lorsque la vis E se trouve en E', après avoir décrit un quart de cercle, limité par l’échancrure qui se déplace à droite ou à gauche de la vis D. — Fig. 6. Vue d’ensemble de l’appareil. Le gaz arrive par le manche de l’outil (tubes en caoutchouc). Le tube C est fermé à son extrémité supérieure par un bouchon à vis. La flamme sort par les orifices T et chauffe tout le fer A, qui peut porter la soudure en moins d’une minute. (Communiqué par M. Blanchard, ofi, rue d’A-lembertjà Grenoble.)
- Veilleuse ù, huile inversahle. — Celte veilleuse à l’huile a le grand avantage d’être inversahle, de ne pas laisser l’huile à découvert, de sorte que les inconvénients des taches sont complètement supprimés. Par l’emploi de mèches cvlin-driques spéciales, on est arrivé à obtenir une lumière douce, et une chaleur suffisante pour faire chauffer des boissons. L’emploi des mèches dites caloriques supprime en outre la fumée
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- et l’odeur d’huile chaude très désagréable dans une chambre. La veilleuse est accompagnée de deux porte-mèches de calibres différents, permettant d’obtenir une lumière et une chaleur plus ou moins forte. Une pince permet de garnir la veil-
- Veilleuse à huile inversahle à mèche calorique.
- 1. Porte-mèche. — 2. Chapeau en toile métallique. — 5. Lampe
- leuse sans se tacher les doigts ; un chapeau toile métallique garni de cabochons taillés de couleurs différentes sert de base pour recevoir le récipient à boisson. — La nouvelle veilleuse se trouve chez M. Mathieu-Martain, 42 bis, boulevard Bonne-Nouvelle, Paris.
- I-a bouteille magique. — Avec le doigt, fermez le trou percé sous la bouteille et emplissez-la, puis bouchez-la avec le bouchon. Une fois le bouchon placé, l’accès de l’air étant intercepté, le liquide ne peut s’écouler. Vous dites à une personne que vous venez d’acheter un parfum des plus fins, et, pour s’en rendre compte, cette personne prend le flacon et l’ouvre ; dès qu’elle retire le bouchon, la bouteille se vide dans sa main, par le trou inférieur, à la grande joie des spectateurs. On peutrem-
- La houtciüe magique.
- plir le flacon avec de l’eau pure qui est bien inoffensive; il est préférable d’y mettre de l’eau de Cologne, qui parfume les mains de l’opérateur et qui ne peut pas tacher ses vêtements. — La bouteille magique se trouve à la même adresse que la pelote ménagère; on peut d’ailleurs la confectionner soi-mème.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Bouchaqe des flacons. Au Musée zoologique de Turin, les flacons renfermant des pièces dans l’alcool sont lutés avec un mastic dont M. le professeur L. Camerano a donné la formule : caoutchouc, 200 grammes; suif, 125 grammes. Les vieux tubes de caoutchouc à gaz sont très propres à cet usage. On les coupe en petits morceaux, qu’on jette dans le suif fondu, où ils finissent par se dissoudre, à une chaleur modérée. Quand la fusion est complète, on ajoute en tournant : talc de Venise, 200 grammes. On laisse refroidir le mélange, qui se conserve indéfiniment sans s’altérer. Pour l’utiliser, il suffit de le chauffer : il entre en fusion et on le porte, à l’aide d’une baguette en bois ou en verre, sur les joints que l’on désire luter. L’occlusion est hermétique; le mastic, inattaquable à l’alcool, s’oppose d’une façon absolue à l’évaporation et dure indéfiniment,
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- ainsi que nous avons pu le constater : des flacons bouchés ainsi par de Filippi, voilà plus de quarante ans, n’ont jamais nécessité aucun remplissage et leur alcool est aussi fort qu’au premier jour. Ajoutons encore que le débouchage et le rebouchage des flacons se font avec la plus grande facilité.
- La photographie sur le linge. — Le tissu doit d’abord être complètement débarrassé de sou apprêt, puis recouvert, dans les parties où on veut tirer l’épreuve, d’un encollage formé de: eau distillée, 125 centimètres cubes; chlorhydrate d’ammoniaque, 1er,25; albumine, 1 blanc d’œuf. On place l’étoffe sur cet encollage par le coté où il s’agit d’imprimer l’image, on l’v laisse cinq minutes, puis on abandonne à la dessiccation. On la rend alors sensible à l’action de la lumière, en mettant le côté albuminé en contact avec un bain d'argent à 10 degrés. L’opération doit durer de cinq à sis minutes, et être effectuée avec
- le plus grand soin, car si le bain touchait aux parties qui ne sont pas albuminées, il y produirait infailliblement des taches. On doit faire poser le jour même de la sensibilisation. On complète l’opération par le virage et le fixage d’après les moyens ordinaires. Ces photographies, ainsi obtenues, sont lavées et savonnées sans subir aucune altération.
- Poudre insecticide artificielle. — Poudre fine d’écorces de chêne, de fleurs de camomille, d’herbe d’absinthe, 1 kilogramme de chacune, racine de curcuma finement pulvérisée 125 grammes, poudre fine d’amidon, 500 grammes. Ce mélange pulvérulent sera additionné d’une solution composée comme suit : essence d’angélique, 5 grammes; essence de cajeput, 10; essence de camomille, 5; essence d’eucalyptus, 5; huile éthérée de laurier, 10; essence d’absinthe, 5'; essence de tanaisie, 2; le tout dissous dans un quart de litre d’alcool absolu.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES 1 U MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE 1>E 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 16 janvier. . . — 16”,5 N. 1 Tr. peu nuag. 0,0 Peu nuag. le in.,couv. les. Neige à partir de 18 h. La Marne a pris entièrement et d’un coup cette nuit.
- Mardi 17 — 13”,2 N. E. 2 Beau. 5,6 Nuageux ; la neige cesse vers 2 h., halo.
- Mercredi 18 — 12”,1 S. 1 Couvert. 0,0 Nuag. jusq. 1 h.; couv. ensuite ; petite neige dans la soirée.
- Jeudi 19 — 4”,6 S. E. 2 Couvert. 1,4 Couv.; quelquefois des grains de neige.
- Vendredi 20 — 2”,1 S. S. E. 2 Couvert. 0,0 Couv.; brouill. épais dans la soirée de 60 m. à 21 h.
- Samedi 21 0°,9 W. N. W. 2 Couvert. 0,0 Presque couv.; gouttes à 14 h. et pluie de 23 à 24 h.
- Dimanche 22 0”,6 S. 2 Couvert. 1,3 Couv.; petite neige jusqu’à 16 h.; puis bruine jusqu’à 22 h.; brouill. presque toute la journée.
- JANVIER 1893. -- SEMAINE DU LUNDI 16 AU DIMANCHE 22 JANVIER
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la merj; courbe plus mince, thermomètre à Vabri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Colonnes de lumière *. — J’ai été témoin le matin du 16 courant, a Belfort, d’un phénomène de réfraction solaire bien curieux. Vers sept heures trois quarts, par un froid tranquille de — 15“5, au moment où le soleil se dégageait lentement d’une courbe de brunie qui barrait l’horizon, je vis une colonne lumineuse apparaître à droite du soleil, puis, dés qu’une petite colline me le permit, je vis également émergeant de la brume, une seconde colonne, qui comme la première, était absolument verticale; je vis apparaître sur ces deux colonnes les couleurs de l’arc-en-ciel, le violet du côté du soleil, ce dernier se transcrivit lui-même dans un ovale lumineux dont la pointe supérieure s’élançait verticalement au ciel.
- Les deux colonnes avaient à peu prés la même largeur que le disque solaire et leur hauteur environ quinze fois leur largeur; je dois ajouter que le sol était recouvert d’une épaisse couche de neige. Le phénomène a duré près d’une heure. Du point où il m’a été donné de voir ce spectacle, on
- 1 Voy. Colonnes de lumière, n° 167, du 12 août 1876, p. 167.
- voyait un peu adroite du château le soleil; quant aux deux colonnes’ ceile de gauche se trouvait au-dessus du fort de la Justice et celle de droite s’élancait au-dessus du fort des Basses-Perches, ce qui donnait au phénomène un caractère étrange et imposant. Ciiari.es Mégnin, à Belfort.
- Élude «hp les glaciers. — M. Kilian, professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Grenoble, a fait récemment une étude fort intéressante sur les glaciers; elle est reproduite par Y Annuaire (le la Société de;s touristes du Dauphiné. Il résulte de ses observations que dans le mouvement des glaciers, la pesanteur est la force agissante. Le mouvement de coulée obéit aux lois du mouvement des liquides épais ; de plus, à l’intérieur de la glace, il se produit un grain qui est le résultat de l’action combinée de la pression et du regel. Dans les parties inférieures des glaciers, cette pression atteint 50 atmosphères, et une ou deux atmosphères suffisent pour obtenir fp grain. Les grains sont plus ou moins solidement cimentés par de l’eau, tantôt liquide et tantôt solide. Ils peuvent se déplacer les uns par rapport aux autres et se souder. L’auteur considère que le mouvement des glaciers est provoqué par une fusion inférieure partielle, la plasticité de la glace, l’alternance continue de petits mouvements moléculaires et un glissement sur le substratum incliné et lubrifié par une couche d’eau.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 18, à 1 h. 38 m. du matin,
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ETRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- IA SEMAINE
- La consommation du tabac. — Au moment où le Parlement vient de proroger indéfiniment le monopole du tabac, qui ne l’avait été, depuis quatre-vingt-dix ans, que par périodes décennales, il n’est pas sans intérêt d'examiner quels ont été, depuis vingt ans, les progrès de la consommation. En 1869, l’Administration indiquait les chiffres suivants : tabac à fumer, 22 619 679 kilogrammes; tabac à priser, 8168 450 kilogrammes; tabac à mâcher, 1 245 229 kilo— rainmes: total, 52 033 558 kilogrammes. Ce total doit être iminué de 2 millions de kilogrammes qui composaient la consommation de l’Alsace-Lorraine. En 1891, on trouve : tabac à fumer, 29 110 292 kilogrammes; tabac à priser, 5 437 413 kilogrammes; tabac à mâcher, 1 256549kilogrammes; total, 55 804054 kilogrammes. Pour le département de la Seine, la consommation a passé de 5 698 000 kilogrammes, en 1869, à 4 164 790 en 1891. En France, c’est le cardinal de Richelieu qui comprit le premier le tabac parmi les matières imposables. Le droit perçu au profit de l’Etat fut alors fixé à 40 sous pour 100 livres de petun, suivant l’expression de l’époque. Il fut porté, en 1632, à 7 livres et, en 1664, à 10 livres, sauf pour les tabacs coloniaux qu’on ne payait que 4. Le monopole fut créé, en 1674, dans le but d’assurer au Trésor le bénéfice exclusif de l’exploitation du tabac. En 1750, le privilège de vente du tabaç fut adjugé à la ferme générale pour 7 500 000 livres. En 1874, le bénéfice net résultant de la vente du tabac atteignait 240 millions de francs. Le progrès de la consommation du tabac a marché, depuis le jour où Jean N'icot, en 1559, fit connaître, à son arrivée de Lisbonne, cette plante nouvelle au grand prieur de France, et par lui à la reine Catherine de Mé-dicis.
- INFORMATIONS
- —L’industrie électrique se développe chaque jour de plus en plus; dans la plupart des installations, on est obligé de recourir à l’emploi de la vapeur, bien que l’on utilise souvent des chutes d’eau. A ce sujet, 1 ’ Elektrotechnische Zeitschrift mentionne que dans toute la Prusse, le nombre des machines à vapeur installées pour h production de l’énergie électrique était de 983, au 1" janvier 1891, et leur puissance totale était de 49 489 chevaux. La puissance électrique s’élevait donc à 30 424 kilowatts. Le lor janvier 1892, le nombre des machines à vapeur était de 1260, produisant une puissance de 69 087 chevaux, et actionnant des machines dynamos dont la puissance électrique totale était de 50848 kilowatts. Pendant une année, le nombre des machines installées est donc monté de 983 à 1260, soit une augmentation de 277, et la puissance électrique s’est accrue de 14 424 kilowatts.
- —— M. Maxwell écrit de Dublin (Texas) au journal américain Science que, dans la nuit du 29 novembre 1892, vers 8 heures, un gros méteore a été vu un peu au sud de cette ville sè dirigeant vers l’ouest. Au moment de son passage, ce météore fit explosion et, après, l’explosion, Un corps à peu près grand comme la moitié d’une
- pleine lune s’éloigna vers l’ouest avec un sifflement. Personne n’avait vu le météore avant son explosion. Toute la contrée fut vivement éclairée pendant un moment comme par une décharge électrique continue, mais, au moment de l’explosion, la lumière était rouge et bleue, peut-être violette. Le bruit de l’explosion a été entendu à 8 kilomètres à l’ouest et à 11 kilomètres à l’est de Dublin, les points extrêmes étant, à vol d’oiseau, distants de 16 kilomètres.
- —$14— M. le professeur Emile Du Rois-Revmond a présenté à la Société physiologique de Berlin une jeune torpille, née dans l’aquarium de Berlin, qui, dès sa naissance, produisait, à chaque excitation, des décharges électriques. Ces décharges provoquaient des contractions violentes d’une patte galvanoscopique, et, recueillies par deux électrodes de platine placées sur le dos et le ventre de l’animal, déviaient bien au delà du champ d’observation l’aiguille d’un galvanomètre à miroir. Celte expérience a déjà été faite par Davy en 1852 à Madeira ; il est intéressant d’avoir pu la répéter sur une torpille née dans une capitale du Nord de l’Europe.
- —$14— M. Janet, professeur à la Faculté des sciences de Grenoble, a commencé un cours d’électricité industrielle qui se fait tous les jeudis. Grenoble est la première ville qui ait organisé dans son Université un enseignement supérieur de l’électrolechnique. Cet enseignement a été créé par la Chambre de commerce, le Conseil municipal de Grenoble et le Conseil général de l’Isère qui en font tous les frais avec entière approbation de l’Etat. La reproduction autographiée de ce cours est publiée par M. Chaumat, préparateur à la Faculté des sciences avec l’autorisation et sous le contrôle de M. Janet. (On peut se procurèr cette publication à la librairie Gra-tier, 23, Grande-Ilue, à Grenoble).
- —$14— LesWakawironoas qui habitent Kabara. village de l’Afrique centrale situé dans le Kawirondo, près.du lac Victoria Nvanza, élèvent les Abeilles d’une façon assez originale. Sir J. Thompson trouva des ruches dans presque 'toutes les huttes. La ruche se compose d’une bûche de bois creuse, fixée dans le mur de l’habitation. H existe une issue à l’extérieur pour les abeilles. Mais c’est à l’intérieur que l’indigène retire les rayons de miel. La fumée épaisse qui remplit ordinairement la butte donne an miel une couleur noirâtre et lui communique un goût fort désagréable. Cet état de choses n’inquiète nullement les abeilles, et les AVakawironoas se régalent de leur miel.
- —$Î4— Le Dr lvrug a trouvé moyen de faire du biscuit comestible et nutritif avec du bois. La base du système consiste à transformer la cellulose en glucose, qui peut être assimilé par l’organisme animal. Au glucose ainsi obtenu, lvrug ajoute 40 pour 100 de farine de blé, d’avoine, de seigle, etc. Ce biscuit, dont l'assimilation est facile, a d’excellentes qualités nutritives complétées par l’introduction dans la pâte de phosphate et des éléments nécessaires à la formation du squelette des animaux. Le pain de glucose de bois est destiné à l’alimentation et à l’engraissement du bétail ; il remplace avantageusement les résidus industriels.
- —— La Société des anciens élèves des Ecoles nationales d’arts et métiers, dont le siège est à Paris, 36, rue Viviennc, porte à la connaissance des industriels, les facilités qu’elle leur offre pour le choix de leur personnel technique dans 1a grande industrie mécanique et métallurgique, dans la marine, les chemins de fer, les ponts et chaussées, etc. Les chefs d’industrie peuvent s’adresser en toute sécurité à cette société qui s’empressera de répondre à leurs offres.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — L’hémé-rographe ou nouvelle chambre claire perfectionnée se trouve chez M. Picart, 14, rue du Bac, à.Paris; l'hippomètre du commandant Buisson est construit par M. Bertrand, 12, rue Jacob, Paris.
- Communications. — 31. L. Andrieu, à Narbonne, nous envoie une brochure sur l’action des traitements cupriques contre le mildew expliquée par les fonctions végétatives de la feuille. Cette communication a été faite au Comice agricole de Narbonne, le 13 novembre 1892 et au Comice agricole de Béziers. L’ouvrage se trouve à l’imprimerie J. Pons, 10, place Voltaire, à Narbonne. Le même correspondant nous communique également son étude sur l’appréciation de la couleur dans les vins au moyen du chromatomètre. (Imprimerie F. Gaillard, 2, rue Corneille, Narbonne.)
- Renseignements. — 31. W. Van Grootloon, àBilsen.— Un article a été publié sur les expériences de M. Tesla dans le n° 979, du 5 mars 1892, p. 209.
- M. le lieutenant Cardasi, à Foksani (Roumanie). — Il n’y a pas encore de livre spécial sur le sujet. Il n’y a eu que des articles de journaux, disséminés çà et là.
- M. C. 'Chavanne, à Tucuman. — Veuillez écrire directement à M. Danysz, au Laboratoire de parasitologie de la Bourse de commerce à Paris.
- 31. Delacroix, à Paris. — Nous avons donné une description complète de l’installation magnétique du Parc Saint-Maur ; voyez le n0 511, du 17 mars 1885, p. 246 et le n° 515, du 51 mars 1883, p. 276.
- Un abonné, à S. M. — L’immersion dans l’eau du fil de terre assurera une meilleure communication.
- M. F. C. B., à Courbevoie. —Ancienne maison de Branville, 25, rue delà Montagne-Sainte-Geneviève, à Paris.
- 31. L. C. B., à X.... — Nous publierons une Table décennale de La Nature (2e série, 1883-1892). C’est un gros travail qui est actuellement en préparation. Nous espérons être prêts à la fin de la présente année.
- M. B. R. C., à Luxeuil. — Nous n’avons pas d’adresse plus complète que celle indiquée dans nos informations.
- M. Delaunay, à Senlis. — Le nom du fabricant est donné en tête delà Boîte aux lettres du n° 1018. du3 décembre 1892.
- M. .Y. Y. Z., à Saint-Chamond. — La chaux offrirait peut-être des inconvénients. 11 serait plus prudent de prendre l’avis d’un spécialiste.
- M. P. Charton, à Maisons-Laffitte. — 1° Un liquide étendu d’eau remplira ce but. — 2° Nous n’avons pas entendu parler de cette nouvelle application. — 5° M. D. Tomasi, 157, boulevard Voltaire, à Paris.
- M. E. Mathérion, à Paris.—Vous trouverez ces engrais chez les marchands de produits chimiques en gros, notamment chez MM. Margueritte, 3, rue des Archives.
- M. G. Van Assche, à Gand. — 1° Les deux instruments se vendent réunis. — 2° L’adresse est donnée en tète de la Boîte aux lettres du numéro qui contient la description.
- M. L. Arnaud, à Béziers. — On effectue certaines expériences pour vérifier l’exactitude des compteurs à gaz; mais ces essais ne peuvent être faits qu’au laboratoire.
- M. Lajoye, à Luc-sur-Mer. — Nous vous conseillons de vous adresser à un ingénieur-conseil, qui pourra vous fixer sur le choix d’un système et vous guider dans l’installation.
- M. A. E. D., à Pons. — Ces chiffres donnent la distance en mètres de l’objet.
- 31. P. D., à Turin. — Nous avons déjà indiqué à plusieurs reprises le siège de la Société concessionnaire du phonographe, 22, Northumberland avenue, à Londres ; nous ne connaissons pas d’autre adresse.
- M. L Imbert, à Ramonchamp. — Le mouvement dont il est
- question ne peut être expliqué que par un déplacement d’air chaud.
- M. Mathet, à Saint-Antonin. — 1° Librairie des arts décoratifs Ch. Claesen, 30, rue des Saints-Pères, et librairie de la construction moderne, 17, rue Bonaparte, à Paris. — 2" Non.
- M. A. A. Raposo, à Ponta Belgada. — Plusieurs traités ont été édités sur cette question par la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- L'abonné 2502, à Naples. — S’adresser au laboratoire de M. le IP d’Arsonval, au collège de France.
- M. E. Mouline, à Vals-les-Bains. — 1° Remerciements pour votre photographie. — 2° Il n’y a rien eu de publié sur le sujet que vous demandez.
- M. L. F. R., à Toulon. — Veuillez consulter le catalogue de livres photographiques de la librairie Gaulhier-Villars ; vous y trouverez ce que vous désirez.
- M. L. Maitrot, à Wassy. — 1° Un charbon à gaz de bonne qualité donne en moyenne .50 mètres cubes de gaz pour une distillation de 100 kilogrammes.— 2° Plusieurs traités ont déjà paru sur cette question; voyez aux diverses librairies.
- Accusés de réception. — Avis divers : Un abonné, au Mans. 11 faut consulter un traité d’horlogerie; nous ne saurions vous en indiquer un en particulier. — 31. G. Kolb, à Moscou. 1° Remerciements pour vos photographies; 2° un volume a paru à la librairie Gauthier-Villars. — M. S. Walehir, à Boulogne. Renseignez-vous auprès des constructeurs de téléphones; nous ne connaissons aucun fabricant spécial. — 31. C. Grin, à Bâle. Adressez-vous au journal désigné dans l’article. — 31. L. D., à Avallon. Pas d’ouvrage spécial à vous indiquer. — 31. J. 3Iarlin, à Nîmes. Divers modèles d’appareils ont été signalés dans les Annonces. — 31. J. Lafon, à Saint-Girons. Nous n’avons pas d’autres renseignements à ce sujet; tous nos regrets. 31. A. Lefort, à Paris. Nous avons donné une formule pour fabriquer l’eau dentifrice dans les Nouvelles Recettes utiles. (G. Masson, éditeur.) — 31. le Dr Lorin, à Paris. Voyez la Science pratique (même éditeur). — Un curé, de Seine-et-Oise; M. E. Bruyère, à Bordeaux: 31. A. P., h Chalon-sur-Saône; 31. Louis, à Lyon. Consultez les Recettes et procédés utiles (même éditeur). —31. L. S. A., à X.; M. II. Chalamel, à Valence; 31. II. Lagoulte, à Paris; 31. T., à L. B. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — 31. O Courier, à Beauvais ; 31. II. Foucard, à Nice. Remerciements pour vos communications.
- PROBLÈMES RÉCRÉATIFS
- Trois carrés égaux étant donnés, les diviser chacun en deux ou trois morceaux par des lignes droites, de façon que tous les morceaux réunis forment ensemble un seul carré.
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- Les figures ci-dessus donnent la solution. Les n0’ 2, 5, 4 représentent les trots carrés qui permettent d’en faire un grand, n° 1, au moyen des divisions 1, 2, 5, 4, 5, 6, 7 et 8. En découpant les carrés 2, 3, 4 dans du carton, on peut en faire un petit casse-tète. (Communiqué par un lecteur, 31. K., à Liège.)
- Ü> ns la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes i.JC.,ni a insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Compas trisecteur d’angle. — M. II. Millet, professeur hydrographe de la marine, en retraite, à Caen, nous fait connaître l’ingénieux appareil qu’il a construit, et dont le principe lui a été indiqué par M. Guillot. Le petit appareil que nous figurons, permet de résoudre le fameux problème de la trisection de l’angle. Yoici la description du système. CK, CE, CG, CF sont quatre tiges métalliques rigides pouvant tourner autour d’un axe commun C; KA, EA deux autres tiges égales entre elles articulées en K et en E aux 2 tiges CK, CE et articulées en A avec une autre petite lige AB'; de même pour GA', FA7 qui sont articulées en G et F d’une part et de l’autre avec A'B. Enfin GD, ED articulées en G et E d’une part, le sont aussi avec les 2 tiges DB, DB'. De plus les boutons B et B' qui relient A'B, DB d’une part et DB', AB' de l’autre traversent des fentes pratiquées dans
- Compas trisecteur d’angle et figure schématique explicative.
- les rayons CG, CE, fentes qui leur servent de glissières, de telle sorte que tout le système peut se développer en éventail, et que l’angle FCK peut prendre toutes les grandeurs depuis 0° jusqu’à 100°. Or, quelque position que prenne cet éventail, les angles FCG, GCE, ECK seront toujours égaux. En effet, d’après les égalités suivantes : CK — CE = CG — CF. KA = EA = ED GD == GA' = FA'. AB' = DB' = DB == A'B, les triangles GA'B, GBD sont égaux entre eux, donc les deux angles GBA', GBD sont égaux; donc leurs suppléments A'BC, DBC sont égaux. D’où résulte l’égalité des deux triangles CA'B, CDB, donc les deux angles BCA', BCD sont égaux. Mais l’angle BCA' est la moitié de l’angle GCF parce qu’à cause de l’égalité des lignes GA', FA', la ligne CA' est la bissectrice de l’angle BCF. De même CD est la bissectrice de l’angle GCE à cause de l’égalité des lignes DG et DE. Donc l’angle total GCF = l’angle GCE. On démontrerait de même que l’angle GCE — l’angle ECK. Donc il y a égalité entre les 3 arcs FG, GE, EK.
- mouilleur automatique. — Voici un objet très pratique que nous croyons devoir signaler à nos lecteurs. S’agit-il de fermer une seule enveloppe, on se décide volontiers encore à promener sa langue sur la ligne de gomme arabique pour l’hu-mecter.... Mais s’il faut procéder à la fermeture de 15, 20 enve-
- Mouilleur automatique pour enveloppes gommées, timbres-poste, etc. 1. Feutre-bouchon. — 2. Ouverture du flacon.
- loppes ou plus, on ne saurait faire cette opération sans quelque répugnance ; elle peut d’ailleurs offrir des inconvénients sérieux. S’agit-il d’appliquer les timbres-poste, même inconvénient. Avec le mouilleur automatique capillaire, que nous représentons ci-dessus, ces inconvénients sont supprimés et de plus on obtient une grande rapidité d’exécution. Pour fermer les enveloppes, il suffit de promener le feutre-bouchon qui s’imbibe d’eau
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientinaues est. éfrnnoriw «..v
- de la quantité voulue : s’agit-il de coller des timbres-poste, posez à plat le flacon et appuyez ensuite le timbre sur l’enveloppe. L’usage du mouilleur automatique suppose le remplissage du flacon avec de l’eau et lors de la première utilisation le trempage dans l’eau du feutre-bouchon. Ce mouilleur peut aussi servir pour nettoyer les ardoises dont on se sert dans les écoles. — Le mouilleur capillaire se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Ifauteville, Paris.
- Pince arrache-plumes. — Nous signalons bien volontiers cet objet pratique, persuadés que nous sommes de son utilité, ne serait-ce que pour éviter les taches d’encre sur les doigts. L’extraction d’une plume depuis longtemps serrée dans un porte-plume est une opération parfois assez laborieuse quand la plume adhère fortement à son support. Avec Var-rache-plumes que nous représentons ci-dessous, rien n’est plus
- Pince arrache-plumes.
- facile ; la plume la plus oxydée est retirée sans difficulté. La forme de l’instrument est celle d’une paire de ciseaux; il se manœuvre comme eux : une branche de la cisaille est terminée par une surface concave contre laquelle la plume vient s’appuyer. Une légère pression et un mouvement de retrait suffisent pour enlever la plume sans se tacher les doigts. — Var-rache-plumes se trouve chez M. P. Bertrand, dont l’adresse est donnée un peu plus haut.
- BIBLIOGRAPHIE
- Manuel de l'ouvrier monteur électricien, résumé des Notes recueillies au Cours d’électricité pratique fait au Syndicat général des chauffeurs-mécaniciens de France et d’Algérie, par J. Laffargue, ingénieur-électricien, etc. 1 vol. in-8°. — Paris, lernard Tignol, éditeur.
- Ce livre est appelé à rendre de grands services aux ouvriers électriciens et à tous ceux qui s'occupent de la pratique de la science électrique. L’auteur a acquis une grande expérience dans l’installation et l’exploitation de plusieurs années de l’usine municipale d’électricité des Halles centrales de Paris ; il livre aux électriciens tout ce qu’il a appris, et cela sous une forme méthodique et concise. Voilà un traité essentiellement pratique, donnant une multitude de tours de mains, de recettes et de procédés peu connus, et qui assurément sera apprécié des praticiens. Il pourra être utile aux hommes du métier tout aussi bien qu’aux amateurs. G. T.
- Elevage, hygiène et maladies du gibier à poil et du gibier à plumes. Lièvres et lapins, faisans et perdrix, avec 50 figures et 1 planche en couleurs, par Pierre Mégmn. 1 vol. in-8“. — Yincennes; aux bureaux de l’Eleveur, 6, avenue Aubert, 1895. Prix : 4 francs.
- Depuis quelques années le gibier poil et plume subit en France une crise assez grave. Non seulement le braconnage et les hivers longs et rigoureux l’ont éclairci d’une manière sensible, mais des maladies dont on ne parlait pas autrefois se sont mises de la partie. Ces maladies sont assez nombreuses, car, depuis dix-huit ans que l’auteur en fait une étude toute spéciale il en a déjà classé beaucoup et il ne se passe pas de saisons sans qu’il en ait de nouvelles à ajouter à la liste. Un travail d’ensemble sur ces maladies n’avait pas encore été fait. Dans l’intérêt des chasseurs et des éleveurs de gibier, l’auteur a rassemblé dans ce présent travail les études et les observafions très nombreuses qu’il a entreprises sur ce sujet. Il a fait précéder ces études d un traité complet de l’élevage du gibier; son livre est un manuel indispensable aux gardes-faisandiers et aux propriétaires de chasses, L’ouvrage de M. Mégnin est accompagné d’excellentes gravures cl
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- 4o Nouvelles scientifiques.
- Album du journal « le Cycle », 1 vol. in-4° avec de nombreuses illustrations et un almanach. Rédaction et administration du journal le Cycle, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Les maîtres de la science. Lamark. L'origine des animaux. 1744-1828. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque rétrospective publiée sous la direction de M. Ch. Richet. — Paris, G. Masson, éditeur, 1892. Prix : 1 franc.
- Les maîtres de la science. Hunter. Le sang, 1728-1793. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque rétrospective publiée sous la direction de M. Ch. Richet. — Paris, G. Masson, éditeur, 1892. Prix : 1 franc.
- Guide du vélocipédisle pour /’entraînement, la course et le tourisme, par le IP Philippe Tissié. 2° édition de l’hygiène
- du vélocipédiste. 1 vol. cart. in-18. — Paris, Octave Doin, éditeur, 1893. Prix : 4 francs.
- Hygiène du touriste, par le Dr Raymond Nogué. 1 vol. in-18. — Paris, Octave Doin, éditeur, 1892. Prix : 5 francs.
- La papille chatouilleuse. Essai sur les saveurs, dédié aux médecins, aux gastronomes et aux cuisiniers, par le Dr P.-B.-Â. Mougeot. 1 vol. in-18. — Paris, 0. Doin, éditeur, 1893. Prix ; 5 francs.
- Etude sur les pertes de charge de l'air comprimé et de la vapeur dans les tuyaux de conduite, par Ch. Ledoux, ingénieur en chef des mines, etc. 1 brochure in-8°. — Paris, veuve Ch. Dunod, éditeur, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES LU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 23 janvier. . . 5%2 W. N. W. 5 Couvert. 4,2 Couv., jduie â plus, reprises l’ap. midi, la neige disparaît dans la journée.
- Mardi 24 5«,5 W. 2 Couvert. 1,1 Quelq. écl. l’ap.-midi, couv. le reste du temps; petit brouill. à 9 h., bruine à 6 h. et pluie à 8 h.
- Mercredi 23 3",5 S. W. 2 Couvert. 0,3 Presq. couv.; pluie fine vers 9 h., atm. bruni, le m., tr. cl. le s., pet. brouill. à 22 b.
- Jeudi 26 — 0°,6 S. 2 Couvert. 0,4 Couv. brouill. jusq. 6 b. et dans la soirée, trp. atm. 6 km. à 11 h.
- Vendredi 27 1°,6 S. 3 Couvert. 0,8 Couv., petite pluie et neige de 4 à 8 b.; brouill. de 900 m-. â 16 11., trp. atm. 5 km. à 10 h.
- Samedi 28 1°,6 S. 3 Couvert. 0,6 Couv. jusq. 12 h. et de 21 h. à 24 b., beau de 15 à 19 b., horiz. brum.
- Dimanche 29 4°,4 S. 3 Couvert. 0,0 Couv. de 4 b. à 18 b., nuag. av. et ap.; un peu de pl. de 9 h. 10 à 9 b. 45, av. de 5 h. 15 à 5 h. 25, atm. b. cl.
- JANVIER 1893. -- SEMAINE DU LUNDI 23 AU DIMANCHE 29 JANVIER
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 ri 10; les /lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre en Italie. — Le 25 janvier, vers 1 heure de l'après-midi. une légère secousse de tremblement de terre a été ressentie à Home, à Naples et dans les provinces méridionales de l’Italie.
- déb&cle fie la Seine. — La couche de glace qui, cette année, a recouvert la Seine, a commencé à se disloquer le 22 janvier. La débâcle s’est produite d’une façon très irrégulière, mais assez curieuse. C’est le matin, entre 4 heures et demie et 5 heures et demie que les premiers mouvements se sont fait sentir en amont du barrage de Port-à-l’Anglais où les glaçons rencontraient un obstacle considérable. On pouvait voir d’immenses sillons creusés dans la couche de glace, formant des banquises, qui s’allongeaient et qui s’étageaient avec symétrie. Quelques-unes de ces banquises, séparées les unes des autres par un espace vide, atteignaient
- s’est produite, et à 9 heures, les glaçons se sont disloqués et ont filé sur Paris avec rapidité, suivis par d’autres énormes masses, venant de la haute Seine. Ail heures, le fleuve était presque complètement débarrassé depuis le barrage de Champagne, à environ 60 kilomètres de Paris, jusqu’au pont National.
- Tes inondations eu province. — Par suite de la fonte des neiges, les eaux de la rivière du Gainhon, qui passe aux Audelys, dans l’Eure, se sont considérablement accrues et ont débordé de toutes parts â la date du 2k janvier. Plusieurs établissements de la région ont été envahis par les eaux; dans un seul établissement, celui de MM. Hamelin et Decker, fabricants de soies grèges, aux Andelys, les dégâts causés par les eaux ont dépassé 200 000 francs. Les eaux ont également débordé à Nogent-le-Rotrou, à Courville et à Pontgoiu.
- A la même date, des inondations se sont aussi produites dans les villages de Wailly, d'Achicourt et de Roclincourt, voisins d’Arras; des bestiaux ont été noyés.
- v» » . ai?
- £ h m du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA. SEMAINE
- Comète Holmes. — Cette comète, dont nous avons annoncé 'récemment la Recouverte et qui avait crû rapidement en éclat, jusqu’au point d’être visible à l’œil nu, puis qui, en quelques jours, avait paru s’éteindre et ne pouvait plus être aperçue qu’avec de grands instruments, vient de subir une nouvelle transformation, très curieuse, que signale le journal Ciel et Terre. Une dépêche de M. Palisa, de l’Observatoire de Vienne, datée du 16 janvier, annonce que la comète ressemble aujourd’hui à une étoile fixe de huitième grandeur, avec une enveloppe nébuleuse de 20" de diamètre. Cette nouvelle a été confirmée par le professeur Copeland, directeur de l’Observatoire d’Edimbourg, qui a constaté également un accroissement soudain de l’éclat de l’astre. La comète se trouve actuellement entre p d’Andromède et a du Triangle, à peu près à la même distance de ces deux étoiles. Le 25 janvier, son ascension droite était lh 54m8’ et sa déclinaison + 55° 4 V. Son ascension droite augmente de quarante-deux secondes par jour environ, mais sa déclinaison varie insensiblement. Sa distance à la Terre augmente lentement. D’après une Note de M. Schulhof, la durée de sa révolution semble déjà assez exactement connue et l’astre «e meut entièrement en dedans de l’orbite de Jupiter. Elle se trouve dans l’orbite actuelle au moins depuis 1861. Parmi les comètes périodiques connues, celle de de Vico présente la plus grande analogie avec la comète Holmes et il n’est pas impossible que ces deux astres aient la même origine.
- INFORMATIONS
- —^— Mentionnons deux prouesses véloeipédiques. En première ligne, nous citerons le voyage autour du monde exécuté en bicyclette par deux jeunes Américains, MM. Allen et Saclilleben. C’est incontestablement le plus beau voyage qui ait clé accompli à ce jour. Les hardis touristes ont fait, en dehors de l’Europe : 1055 milles anglais en Asie Mineure, 1551 milles en Perse, 1131 en Turkestan, 5116 en Chine (de Kuldja à Pékin). VEmigrant annonce, d’autre part, qu’un marchand de journaux de San Antonio (Texas) a fait le parcours de San Antonio à Mexico, 1800 lieues, sur vélocipède. En route, il a eu des rencontres dangereuses avec des ours et des loups, et, de plus, avec une bande de brigands à laquelle il n’a pu échapper que grâce à son adresse de coureur.
- —— On sait que les fouilles archéologiques ont commencé sur l’emplacement de l’ancienne Delphes sous la direction de l’Ecole française d’Athènes. Toute opposition de la part des habitants de Castri ayant cessé, les travaux ont pu être continués sans encombre, mais ils seront prochainement suspendus pour être repris au retour de la belle saison. Jusqu’ici on a découvert plusieurs tambours de colonnes en marbre du Pentélique et des chapiteaux de différents ordres d’architecture. On a découvert, en outre, quatre plaques portant des inscriptions, dont deux seraient fort intéressantes. Le Messager d'Athènes dit, à ce propos, que les difficultés qui auraient surgi, selon le Standard, entre l’Ecole française et le Gouvernement hellénique, à l’endroit de la reproduction des objets -qui seraient découverts dans les fouilles, n’ont existé que dans 4’imagination de la feuille anglaise.
- —î!$— On parle beaucoup, dans le monde de l’industrie chimique d’un procédé imaginé par M. Gardner pour la fabrication de la eéruse. M. Gardner emploie des feuilles de plomb de 1 millimètre d’épaisseur présentant une grande surface à l’action des gaz et, en outre, facilement maniables. Elles reçoivent au laminoir des ondulations longitudinales ou transversales ou meme dans les deux sens. Ces feuilles sont attaquées dans les chambres de traitement, dans un temps relativement très court ; la eéruse est ensuite extraite par compression.
- —vit— Le journal américain Science signale le vandalisme des voyageurs qui visitent les ruines admiraLles du Yucatan, — à Exmal, par exemple, — où se trouvent de grandes beautés architecturales. Ces voyageurs s’amusent à peindre et à graver leurs noms sur les monuments et à détacher les sculptures que leur poids permet d’emporter. L’imbécillité humaine ne varie guère et le nouveau monde sous ce rapport, vaut l’ancien.
- —v— Un Norvégien, M. Alexius Radcr, de Christiania, prépare une nouvelle soudure pour aluminium en mélangeant du cadmium, du zinc et de l’étain dans les proportions suivantes : cadmium, 50; zinc. ‘20; étain, 50. On fait d’abord fondre le zinc dans un récipient convenable, et on y ajoute en premier le cadmium, puis l’étain en morceaux. La masse doit être bien chauffée et, après 1 avoir agitée, on la coule. La soudure obtenue peut servir pour différents métaux, mais convient surtout pour l’aluminium.
- — On a noté, dans le sud-ouest de la Russie, un fait très extraordinaire : les Souris ont disparu non seulement des campagnes, mais encore des villes et des villages. Le A'myj-8/omo rapport e qu’il y eut, au printemps de l’année 1891, dans cette région, une telle abondance de Souris que les habitants, ns parvenant pas à s’en préserver, éprouvèrent des perles sérieuses pour leurs récoltes. Mais, à partir du printemps de 1892, ces rongeurs ont déserté la contrée. Les nombreux trous pratiqués par eux dans les champs et les jardins témoignaient seulement de leur passage.
- —Un fait curieux nous est signalé au sujet des nouveaux timbres des Etats-Unis. Sur le timbre de 1 cent, représentant Colomb vorianl la terre, le grand navigateur n’a pas de barbe; sur le timbre de 2 cents, représentant le débarquement, survenu quelques heures après, il porte toute sa barbe. Ces nouveaux timbres sont la reproduction de tableaux célèbres, et les peintres ne sont pas d’accord sur la véritable physionomie de Christophe Colomb.
- —La Société anglaise pour la protection des oiseaux, présidée par la duchesse de Portland, est montée de 1200 à 5200 membres. Son but principal est d’amener les dames à renoncer à se servir des ailes d’oiseaux comme parure, ce qui mettrait un terme à la destruction impitoyable dont les oiseaux au riche plumage sont victimes en Angleterre comme en France.
- —^4— Un de nos compatriotes, M. Lionel fiècle, qui vient de pénétrer dans le Zambèze (Afrique centrale), a récemment visité les lacs souterrains de Sinoïa. C’est, paraît-il, l’un des spectacles les plus merveilleux qu’il puisse être donné à l’homme de contempler a la surface du globe. L’eau y est d’un bleu merveilleux, et l’ensemble laisse bien loin en arrière la grotte d’azur de Capri.
- — On dit que l’usine Krupp, d’accord avec la Chine, doit fonder à Kaiphing, près de Tienlsin, des établissements sidérurgiques (fonderie, laminoirs à rails, etc.); ces établissements fabriqueraient le matériel fixe et le matériel roulant nécessaires à la construction de la ligne Tientsin-Schangaï-Kuan. ligne qui serait prolongée eventuellement jusqu’à Kirin en Mandchourie.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne les obturateurs et la marmite à lait stérilisé, s’adresser à M. Gentile, fabricant d’instruments de chirurgie, 49, rue Saint-André-des-Arts, à Paris.
- Communications. — 31. Ed. de Montburon, à Bourg, nous envoie un charmant spécimen de menu photographique. Le menu est écrit sur un tableau noir porté par un chevalet; autour du tableau sont groupés des étoffes, des rubans, des rameaux de plantes; l'effet est très agréable.
- Un abonné, à Dole, nous signale un mirage par réflexion qu’il a observé dans cette ville le 28 janvier vers 3h 45” de l’après-midi. Nous avons déjà indiqué des phénomènes semblables, notamment la Tour Eiffel réfléchie dans les nuages (n° 874, du 1er mars 1890, p. 195).
- 31. Freitas-Branco, lieutenant de chasseurs à Mozambique (Afrique orientale). — Tous nos remerciements pour vos aimables félicitations datées du 1er janvier 1895, et que nous avons reçues la semaine dernière. Nous sommes heureux de voir que La Nature est appréciée en si lointains pays.
- 31. Eugène Godard, fils du célèbre aéronaute du même nom et qui lui-même a exécuté un grand nombre d’ascensions, nous envoie une brochure intitulée Vingt-cinq ascensions en Orient (extraits des journaux bulgares). C’est à l’occasion de la première Exposition bulgare de Philippopoli en 1892, que ces ascensions ont été faites. Plusieurs d’entre elles sont intéressantes, et avaient pour voyageurs quelques-uns des officiers les plus distingués de l’armée bulgare.
- Renseignements. — 31. P. Moretau, à Lyon. — Le petit ballon électrique de M. Gaston Tissandier à l’Exposition d’électricité, était en baudruche; il avait 5'°,50 de longueur et lm,50 de diamètre au milieu. Cette dimension est bien suffisante pour enlever 1 kilogramme, le ballon étant gonflé d’hydrogène.
- 31. F. JE., à Bischwiller. — Voyez l’article publié dans La Nature sur la catastrophe du Zénith (n° 100, du 1er mai 1875).
- 31. H. de Coninck, à Vesoul. — 1° Nous avons donné des articles sur les lampes à incandescence; voyez n° 628, du 15 juin 1885. — 2° Le carbone se dépose à l’intérieur sur l’ampoule de verre, et cette dernière ne laisse passer qu’une partie de l’intensité lumineuse, la dépense électrique restant sensiblement la même.
- 31. Fon-Bohll, à Moscou. — M. Eggis, éditeur, à Fribourg.
- 31. le Dr Vaysse, à Quillan. — Le Journal de la jeunesse, à la librairie Hachette, pourrait vous convenir.
- 31. A. Lefèvre, à Abbeville. — 1° La toile ne résistera pas à l’action des acides. — 2° La pile use en circuit ouvert.
- 31. F. Huchet, à Saint-Ouen. — Nous avons parlé, en général, du système électrique appliqué dernièrement sur quelques navires; nous n’avons pas voulu dire que d’autres systèmes ne soient également employés. Nous nous bornions à mentionner quelques récentes applications électriques.
- 31. G. D., à Paris. — Le Photo-Club a un atelier de photographie à la disposition de ses membres ; l’adresse de la Société est, 40. rue des Mathurins.
- 31. G. Golhke, à Berlin. — La composition du produit est indiquée dans l’article; il faut le préparer soi-même.
- 31. F. Foissac, à Lorient. — Appareils de jardin en fer : M. Wessbecher, 67, Faubourg-du-Temple ; appareils d’appartement en bois : MM. ArthaudetC'% 48, Faubourg-Saint-Martin, à Paris.
- 31. JE. Dillmann, à Berlin. — M. Guéroult, à la grande cristallerie de Baccarat (Meurthe-et-Moselle).
- 3131. André et Lieutier, à Marseille. — Contrairement à ce que nous avons dit précédemment par erreur, la fabrication du fusil Gifï'ard à acide carbonique est toujours continuée à la Société stéphanoise d’armes, 14, rue delà République, à Saint-Etienne (Loire).
- 31. G. Le Fèvre, à Denestanville. — 1° Un grand nombre
- d’ouvrages ont été publiés sur ces questions; c’est à vous de choisir le livre qui vous conviendra. — 2° Pour pouvoir vous répondre, il faudrait connaître le régime auquel sera soumis cet accumulateur.
- M. M. A., à Bruxelles. — Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner d’une façon précise. Les détails techniques que vous désirez connaître n’ont pas été publiés pour l’expérience de Chalais-Meudon.
- 31. 31. E., à Passy. — Filtre Chamberland, système Pasteur, 58, rue Notre-Dame-de-Lorette, à Paris.
- M. P. Teycheney, à Baurech. — Vous pourrez vous procurer de l’acide carbonique liquide en vous adressant à la Société la Carbonique française, 112, rue de Richelieu, à Paris; nous avons décrit cette fabrication dans le n° 937, du 16 mai 1891, p. 375.
- M. L. Melchers, à Nimègue. — 1° Consultez Y Aide-mémoire du chimiste, par R. Jagnaux. (Baudrv, éditeur, à Paris.) — 2° Votre demande a été transmise à la librairie G. Masson.
- 31. J. P., à Paris. — Un effort plus grand nous semble nécessaire, parce que les roues trouvent plus de résistance.
- M. E. J., h Paris. — Il faut vous adresser à l’une des maisons suivantes : Bréguct, 59, quai de l’IIorloge; L. Mors, 8, avenue de l’Opéra, et G. Trouvé, 14, rue Yivienne.
- 31. L. Homel, à Nancy. — Le vernis noir du Japon, que l’on trouve chez les marchands de couleurs, adhère sur les métaux.
- 31. A. L. X., à Châteaulin. — Câbles en fils d’acier : M. Bes-sonneau, à Angers, MM. Frété et Cie, 12, boulevard Sébastopol, à Paris.
- 31. F. Borelli, à Marseille. — Vous trouverez de bonnes peintures phosphorescentes chez Menitz, 57, passage Jouffroy, à Paris.
- Un abonné, à Paris. — S’adresser à l’auteur aux soins de la Société des agriculteurs de France, 8, rue d’Athènes, à Paris.
- M. Y. Riston, à Malzéville. — Nous n’insérons que des questions relatives à la science. Pour la question de chauffage, il faudrait savoir si vous voulez un appareil fixe ou mobile; adressez-vous à un spécialiste.
- 31. C. B., à Paris. — 11 serait bon de vérifier expérimentalement si ces chiffres conviennent bien. La théorie complète des coupe-circuits est, du reste, exposée dans le Traité élémentaire de l'énergie électrique de M. E. Hospitalier. (G. Masson, éditeur.)
- 31. L. Langlois, à Paris. — Il n’a été publié sur cet appareil que des articles de journaux ; vovez le n°851, du 4 mai 1889, p. 365; et le n° 954, du 25 avril 1891, p. 321.
- 31. A. de la B., à Paris. — Toutes ces questions ont dù certainement être examinées par l’administration.
- 31. A. Maurin, à Nîmes. — 1° La chaudière doit pouvoir fournir environ 15 à 20 kilogrammes de vapeur par heure. — 2° Ces éléments varient suivant la nature de la chaudière.
- 31. A. Eymard, à Grenoble. — Il faut soumettre le faisceau à une température élevée, et autant que possible à l’abri de l’air.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. C. liussac, à Paris. Nous croyons que votre explication est à peu près exacte. Remerciements. — M. 31. Faik, à Andrinople. Nous ne pensons pas que ces procédés soient efficaces. — M- E. de Cambry, à Paris. Il faudrait ajouter un siccatif à l’encre. — M. Duweh, à Anloing. 1° Une solution de gomme arabique dans l’eau chaude suffit; 2“ des recettes sont indiquées dans les petits livres que vous avez. — M. H. Durin, à Dunkerque. Ces appareils sont construits, croyons-nous, par M. P. Barbier, 46, boulevard Riehard-Lenoir, à Paris. — M. F. Schiff, à Paris. 1° Voyez le n° 584, du 9 août 1884, p. 145; 2° les constructeurs sont MM. Trépardoux et Cie, 20, rue des Pavillons, à Puteaux (Seine). — M. P. D., à Saint-Omer. Il s’agit de la chambre construite par M. Balagny, 11, rue Salneuve, à Paris. — 31. le comte N. Morkoui, à X. (Russie). Machines à fabriquer les filets de pêche ; M. Ch. Zang, 49, rue de la Santé, à Paris. — M. L. D., à Vouziers. Il faut écrire directement à M. It. Lézé, professeur à l’Ecole d’agriculture de Grignon (Seine-et-Oise). — 31. C. T., à Lille. Consultez le dictionnaire de chimie de Wurfz; il contient un grand nombre de renseignements. — 31. le comte de la Ferlé, à Paris. Vous pourriez vous adresser à M. Girard, directeur du laboratoire municipal, à la Préfecture de police, à Paris. — Un lecteur, à Aubervilliers. Fabricant de vernis, par M. A. Romain, à la librairie encyclopédique de Roret, à Paris. — M. R. Van 11er-rewege, à Gand. Renseignez-vous auprès des directeurs du Scicnlifie American : MM. Münn et C°, 361, Broadway, New-York. — 31. le [F J. Beibel, à Nancy; 31. E. Bellanger, à Tours. Voyez les Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — 3131. Bouvier et Trouillet, à Lyon; Un lecteur, à Saint-Germain-en-Laye. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. A. Jeannolle, à Dampierre-sur-Salon. Remerciements pour votre communication.
- Uf ns la a Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux /es ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes »----».« a insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Pile hermétique au sulfate de cuivre. — Cette pile se compose d’un vase en cuivre repoussé, de la capacité des piles ordinaires, ABCDEF servant à la fois de vase et de conducteur positif, la partie renforcée CD sert à maintenir le vase poreux dans sa position normale ; un rebord ab permet, an moyen des écrous e, e' et du couvercle en cuivre rouge G1I, de fermer solidement la pile; une rondelle de caoutchouc 1K empêche toute fuite de liquide. Le couvercle est perforé au centre d'un trou de 1 centimètre de diamètre permettant le passage de la vis Y sans aucun contact, MN, rondelle d’ébonite servant
- EftSSSSftS Cuéure -ronge, W////A Z inc amalgamé,.
- Terre, poreuse, W^ÊkCaxm£choux> MHH El>onù.e .
- Coupe de la pile hermétique au sulfate de cuivre.
- de support et d’isolateur à la vis V qui maintient la lame de zinc Z. Le pôle positif part de l’un des écrous e, e', e",e'", etc., et le pôle négatif de la vis V, cette pile est actionnée par l’eau acidulée placée dans le vase poreux 00 et une dissolution concentrée de sulfate de cuivre servant de dépolarisant dans le vase en cuivre. Cette pile fournit un courant très régulier d’une force électromotrice de 1 volt, elle peut être mise dans tous les sens sans nuire à sa marche et ne craint aucun choc. — L’auteur de cette pile, M. G. Deniau, chimiste, 3, boulevard Béranger, à Tours, la recommande pour l’usage de la télégraphie militaire.
- S.c jouet «lu chien muselé. — A l’époque du premier jour de l’an, les marchands ambulants des boulevards de Paris vendaient un petit jouet qui a obtenu grand succès de la part du public. C’est-celui du chien muselé. L’objet, en fer-blanc découpé, représente un caniche assis sur son derrière ; devant lui est un sergent de ville qui constate que le chien porte une muselière (n° 1). Le chien et le personnage sont montés sur un chariot à roulettes; quand on fait rouler ce chariot de quelques
- Le sergent de ville et le chien muselé.— 1. Première pose. 2. Deuxième pose.
- 3. Détail du mécanisme.
- centimètres, le sergent de ville fait un demi-tour et tourne le dos au chien. Au même moment, le caniche retire sa muselière comme le montre le n° 2 de la figure. Si l’on imprime au chariot un mouvement inverse, le sergent de ville se retourne et le chien se muscle de nouveau. Le n° 5 montre le dessous de l’appareil et indique suffisamment le mécanisme qui le fait agir. — Ce petit appareil se trouve chez les marchands de jouets; l’adresse du fabricant ne nous est pas connue.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- La dansense-toupie. — Encore une application de cette loi de physique, l’inertie de la matière. La danseuse, que représente notre figure, est une vraie ballerine; dans la robe, loge un volant entraîneur auquel on donne le mouvement giratoire au moyen d’une ficelle enroulée et violemment retirée, à la manière d’une toupie. Ce volant intérieur, en plomb, porte en son centre une toge dont la partie inférieure descend dans l’intérieur de l’une des jambes faisant la pointe. Le pied de cette jambe est muni d’une garniture de caoutchouc destinée adonner de l’adhérence et à s’opposer à ce que la ballerine ne soit trop vivement entraînée par le volant intérieur entièrement isolé de l’enveloppe extérieure. La tige supérieure du volant sort au-des-
- La danseuse-toupie.
- sus de la tète qu’elle traverse et se termine par un double renflement sur lequel s’enroule la ficelle destinée à donner le mouvement. Notre ballerine est très gracieuse, montée sur son piédestal. Une sphère multicolore se pose sur sa lète et comme cette sphère est actionnée directement par la tige même du volant sans être retenue d’aucune manière, elle tourne beaucoup plus vite que le corps de la danseuse. Une demi-sphère sert de support et permet de poser la ballerine n’importe où, même à l’extrémité du doigt. — Ce petit jouet se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Un moyen d'administrer l'huile de ricin. — L’huile de ricin est un des purgatifs les plus usités et les mieux tolérés pour les enfants. Mais elle est fort répugnante à faire avaler; le mélange au lait, au café noir chaud, laisse toujours surnager un peu d’huile. En battant avec un peu de jus d’orange la quantité d’huile à absorber; on obtient une émulsion qui masque bien le goût.
- Voici une formule due à M. Patein qui donne une émulsion facile à faire prendre :
- Huile de ricin................30 grammes.
- Sirop d’orgeat................50 —
- Sirop de gomme................50 —
- Eau de menthe................. 10
- Eau distillée.................50 —
- Battez les deux sirops ensemble, puis mélangez l’huile eih agitant, et enfin les deux eaux distillées, en agitant chaque fois pour rendre le mélange bien intime.
- Traitement de la céphalalgie. — Le traitement que fait connaître le professeur Dourdouki, de Moscou, a le mérite tout à la fois de l’originalité et de le simplicité. 11 examinait un jour un malade qui se plaignait de douleurs de tète atroces : il percuta le crâne, comme on le fait pour la poitrine, pour reconnaître s’il existait quelque lésion matérielle apparente. Quel ne fut pas son étonnement, quand il eut terminé cet examen, au bout de deux à trois minutes, d’entendre son malade lui dire que la céphalalgie avait entièrement disparu. Ce moyen lui a réussi toutes les fois qu’il n’existait pas de cause matérielle de douleur de tète. Il faut percuter doucement avec un ou deux doigts, sans déterminer de sensation désagréable, mais en augmentant graduellement l’intensité des coups. On produit ainsi une sorte de massage vibratoire qui fait disparaître le symptôme pénible. 11 est clair que ce soulagement ne peut être que momentané et qu’il faut chercher la cause pour porter sûrement remède à la céphalée. Le même moyen peut être effi-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- impressionnables. Il est en tout cas facile à essayer et réalise le vieux précepte : S’il ne fait pas de bien, il ne fait pas de mal.
- Traitement de l'alopécie. — La chute des cheveux reconnaît des causes multiples qu’il serait oiseux d’énumérer ici. Mais une des plus fréquentes, chez les sujets jeunes, est l’alopécie produite par la séborrhée du cuir chevelu. Les glandes pilo-sébacées sécrètent avec exagération, provoquent la formation de petites squames graisseuses qui entraînent peu à peu la chute du cheveu. C’est ce que les coiffeurs appellent la tète grasse. On peut remédier à cette forme d’alopécie en lavant chaque jour la tète avec une solution alcaline : eau, 1000 gram-
- mes; savon, 80; bicarbonate de soude, 20. C’est presque la formule du shampoing, avec cette différence qu’il n’entre pas de savon noir dans la solution. Après le lavage et le séchage de la tête faire une lotion avec la liqueur de Paschkis : résorcine, 5 grammes; huile de rioin, 2 ; alcool, 150. Je conseille d’ajouter à cette formule quelques gouttes d’une essence parfumée, telle que lavande ; ou remplacer simplement l’alcool par l’eau de Cologne ou l’alcool de lavande. Sous l’influence de ce traitement la séborrhée du cuir chevelu cesse rapidement. Il faut continuer les lavages alcalins et les lotions, mais en les espaçant, de façon à ne pas supprimer, mais à réduire simplement la sécrétion graisseuse du cuir chevelu. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude [49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 30 janvier. . . 4°,8 S. 2 Couvert. 2,0 Couvert.
- Mardi 31 4°,7 S. 3 Couvert. 0,0 Couvert; quelquef. des gouttes, puis pluie après 15 h.
- Mercredi l" février.. 9»,3 W. S W 5 - Couvert. 6,4 Couv. jusq. 7 h., puis tr. neig., beau ap. 18 h.; pl. cesse à 6 h. ; averse mêlée de grêle à 11 h. 20-50.
- Jeudi 2 7°,0 S. W. 3 Couvert. 1,5 Couv.; pluie de 3 à 4 h. quelquef. de la bruine jusqu’à midi.
- Vendredi 3 6”,5 N. N. E . 1 Couvert. 0,5 Couv. jusq. 17 h.; pluie à diverses reprises le m.
- Samedi 4 — 1°,5 N. E. 1 Beau. 0,8 Quelq. neig. de 12 à 17 h., b. du reste; le sol ne dégèle pas à l’ombre.
- Dimanche 5 — 5',6 E. N. E. 2 Beau. 0,0 Beau; le sol ne dégèle pas à l’ombre.
- JANVIER-FÉVRIER 1893. -- SEMAINE DU LUNDI 50 JANVIER AU DIMANCHE 5 FEVRIER
- t
- Lundi I Mardi I Mercredi I Jeudi I Vendredi | Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, tes pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- Réttunié des observations météorologiques Faites au parc de Saint-Maur en janvier 1993
- par M. E. Renoo.
- Moyenne barométrique à midi, 760“",09. Minimum, le li, à 9 heures du soir, 745"”,91. Maximum, le 19, à 9 heures du matin, 769“”,84.
- Moyennes thermométriques : des minima, —4°,57 ; des maxima, 1°,58; du mois, — 1°,40; moyenne vraie des 24 heures, —-1°,29. Minimum, le 16, entre 6 heures et 7 heures du matin, —17°,0. Maximum, le 51, à 6 heures du soir, 9°,8.
- Tension de la vapeur : moyenne, 5m”,96. Minimum le 17, à 10 heures du soir et le 18 à 1 heure du matin, lmm,21. Maximum, le 51, à 4 heures du soir, 8“",1. Humidité relative : moyenne, 88. Minimum, le 11, à 11 heures du matin, 55. Maximum, 100, en 22 jours.
- Nébulosité moyenne, 74. 6 jours complètement couverts, et un jour sans trace de nuage (le 11).
- Pluie, 48"‘n,9 en 88 heures et demie réparties en 15 jours dont 8 jours de neige, plus 6 jours de gouttes ou grains de neige.
- 7 jours de brouillard dont un notable, le 20 dans la soirée, de 60 mètres, à 9 heures.
- 20 jours de gelée en deux séries, la première du 1" au 8, puis du 11 au 21, sauf le 14, et enfin le 26. 15 jours sans dégel.
- Température moyenne de la Marne : le malin, 0J,54; le soir, 0°,60; en moyenne, O”,57. Sa température a varié de 0°,00 à 5°,50 le 29. Elle a été à zéro pendant 16 jours. La Marne a été gelée de la nuit du 15 au
- ' ^ ° Hnitiom' miwonntJ Ç)Q
- La rivière a été assez claire jusque vers le 25, puis très trouble avec la débâcle.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de janvier 1893 a présenté les résultats suivants : baromètre plus haut de 1“”,28. Thermomètre plus bas de 2°,86. Tension de la vapeur plus basse de 0““,97. Humidité relative plus basse de 1. Nébulosité plus forte de 2. Pluie plus forte de 9m“,7.
- A la Tronche, près Grenoble, M. Poulat a eu, le 18, un maximum de —19° 1. 11 a gelé tous les jours, sauf les 25 et 30 janvier; la moyenne des minima et maxima a été —3°,24.
- A Uccle, Observatoire de Bruxelles situé au sud de la ville et à une altitude de 100 mètres, la gelée a été continue 32 jours, du 25 décembre au 23 janvier; le minimum a eu lieu le même jour que chez nous mais n’a atteint que — 15°,8; la moyenne des minima et maxiino diurnes a été — 2° 6.
- A Moskou, la moyenne température a été à 7 heures du matin, —22°,6 et à 6 heures du soir, — 20°; ce qui doit correspondre à une moyenne de
- __21» environ. Tous nos froids étaient continus avec ceux de Moskou
- quoique moindres et reliés avec ceux de la Sibérie, ce qui n’est pas le cas habituel. , . .....
- Erratum t mois de décembre 1892. Moyenne barométrique a midi : au lieu de 758”“,42, lisez 758””,71. Relativement aux moyennes, etc..., au lieu de 0””,31, lisez 0”“,02.
- PHASES DE LA LUNE : P. L., le 1" février, à 2 h. 20 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement de l’angine simple. — Le mot d’angine est un terme générique qui, dans la pathologie médicale, s’applique aux inflammations de l’isthme du gosier. Mais les variétés sont nombreuses; depuis le mal de gorge léger, causé par un refroidissement, l’amygdalite simple jusqu’aux affections diphté-ritiques, ce sont toujours des angines. Leur gravité varie du tout au tout et le traitement de ces formes réclame impérieusement, dès la première heure, la surveillance du médecin. Aussi n’ai-je en vue, dans ces lignes, que les soins à donner à l’angine simple, au mal de gorge vulgaire. Encore s’agit-il des premiers soins, car pour le commun des mortels l’erreur peut être facile entre une angine simple et une angine symptomatique. C’est pourquoi je dirai qu’une fois les premiers soins donnés, il ne faut pas hésiter à réclamer l’avis du médecin. Une méprise, un appel trop tardif du docteur peuvent avoir des conséquences graves. Vous êtes sorti le soir, vous avez pris froid aux pieds ou, placé dans l’entrebâillement d’une porte, vous avez ressenti un courant d’air. La nuit, le sommeil est un peu agité; le lendemain, au réveil, vous vous sentez la tète lourde, la gorge un peu sèche. La déglutition de la salive s’accompagne d’une sensation désagréable et se prolongeant jusque dans l’oreille. Si on vous examinait, on trouverait la gorge rouge, l’amygdale un peu tuméfiée. Dans ces conditions, employez de suite un gargarisme avec l’eau boriquée à 4 pour 100 chaude, ou la décoction de fleurs pectorales et tète de pavots dans laquelle vous ferez dissoudre deux cuillerées à café d’acide borique pour la valeur d’un grand verre de cette décoction. Si vous n’avez rien de mieux sous la main, un gargarisme à l’eau salée diminuera biep l’irritation. Existe-t-il un peu d’embarras gastrique, de cohstipation, la langue est-elle blanche, un peu chargée, prenez de suite un bon verre d’eau de Sedlitz. Chez les enfants, cet état sahurral sera plus efficacement combattu par un petit vomitif. Le chlorate de potasse n’a pas une action bien prononcée dans ces inflammations de la gorge; autant il est efficace contre les gingivites, les stomatites, les affections de la bouche, autant il est sans grande valeur contre les angines. Il peut remplacer l’eau salée, mais ne vaut pas l’acide borique. Le gaïae en pastilles, suivant la méthode anglaise, amène, quand on le prend dès le début, la résolution rapide de ces maux de gorge. De même le salol, absorbé en cachets de 1 gramme, à la dose de trois ou quatre cachets par jour pour un adulte. Je ne conseillerais pas, sans un examen médical, la pratique des badigeonnages de la gorge. S’ils peuvent enrayer une inflammation, ils peuvent aussi, employés d’une façon intempestive, faire plus de mal que de bien, j’ai en vue les badigeonnages au jus de citron, à la teinture d’iode. Il ne faut s’en servir qu’à bon escient. Tout mal de gorge ne comporte pas indistinctement leur emploi. J’en dirai autant des gargarismes à l’alun. Ce sel, astringent, très bon dans certains 'Cas, me fait l’effet d’une arme à deux tranchants, dangereuse à manier et pouvant agir comme un caustique un peu trop fort dans certains cas, _________ Dr X....
- INFORMATIONS
- —Le fameux rayon vert serait perceptible sur un horizon terrestre. Telle est l’affirmation de M. Ch. Labrousse, ancien lieutenant de vaisseau, que recevait le 7 dernier la Société météorologique de France. Au dire de cet observateur, le 19 septembre 1892, se trouvant au deuxième étage de la Tour Eiffel, où il suivait le coucher du Soleil, le rayon vert lui serait apparu, sous forme d’un disque d’un diamètre trois fois plus petit que celui du Soleil qui venait de disparaître. Cet aspect le saisit d’autant plus qu’une année avant, aux bords de la mer, c’est un véritable halo vert d’une plus grande durée qu’il avait perçu, et que, d’ordinaire, le phénomène ne s’était montré à ses yeux qu’en forme de fusée, son genre de manifestation le plus ordinaire.
- —— On sait que le Gouvernement russe a le projet de faire construire un chemin de fer qui traversera la Sibérie dans toute sa longueur. Cette ligne,qui ne compterait pas moins de 6500 kilomètres, dépasserait de plus du double le chemin de fer du Pacifique, qui relie ensemble Chicago et San-Francisco, et de plus du tiers le chemin de fer canadien de Montréal à Vancouver.
- —On a récemment découvert, dans l’île de Chio, un buste de Minerve admirablement conservé, qu’on suppose du quatrième siècle avant l’ère chrétienne. L’extrémité du nez est légèrement altérée et le dessus de la tête a reçu un coup de pioche pendant les fouilles. Ce buste, très beau, vient d’être acheté par l’impératrice d’Autriche et sera placé dans les jardins de la demeure royale de Charlottenbourg.
- —M. Lebreton, membre de la Société de l’industrie minérale de Saint-Etienne, a récemment appelé l’attention de ses collègues sur un procédé de fabrication des tôles minces dont l’idée a été mise en avant par sir Henry Bessemer, au meeting de VIron and Steel, et qui consisterait à couler directement le métal fondu entre deux cylindres d’un laminoir, énergiquement refroidi par une circulation "d’eau intérieure. Diverses tentatives d’application, en Allemagne et aux Etats-Unis, ne paraissent pas avoir abouti d’une manière satisfaisante 11 y a pourtant là une idée intéressante, susceptible de donner naissance, si l’on parvient à surmonter certaines difficultés, à un mode de fabrication extrêmement avantageux.
- On a récemment inauguré, à Liverpool, le plus grand railway électrique existant au monde. C’est une voie ferrée établie en contre-haut des docks de ce grand port de mer, à la façon du Chemin de fer aérien de New-York, et auquel on peut avoir accès par treize grands escaliers correspondant aux treize stations de cette ligne superterrestre. Ce railway électrique dont chaque train se compose de deux grands wagons de 56 places chacun, également éclairés à l’électricité, parcourt un circuit de 7 milles, soit d’environ 11 kilomètres. La vitesse de chaque train atteindra, quand on voudra, et dépassera même 100 kilomètres; mais on se contentera, pour commencer, d’une allure moins rapide, de crainte, d’accident. Le coût d’établissement s’est élevé à 600 000 livres sterling, soit 15 millions de francs.
- —Le Gouvernement du Japon vient de décider la construction successive de plusieurs voies de chemins de fer nécessaires à l’Empirfe ; les lignes projetées sont au nombre de quatorze.
- —Les journaux américains nous ont appris que la fièvre typhoïde avait été assez répandue à Chicago ; mais les dernières nouvelles annoncent que la maladie diminue sensiblement. On sait que le climat de Ghicaeo est très salnlu'o. ...-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le coupe-vent vélocipédique, s’adresser aux constructeurs, MM. Larue et C‘% 158, Faubourg-Saint-Martin, à Paris. — Baratte oscillante, MM. Chénois et Berland, 155, avenue de Saint-Ouen, à Paris.
- Communications. — M. Ch. Laisant, à Paris, nous écrit au sujet de la description d'un compas trisecteur d'angle que nous a fait connaître M. II. Millet, professeur hydrographe de la marine en retraite à Caen (Petites Inventions du n° 1027, du 4 février 1895) et nous informe que son père, M. Laisant, a déjà trouvé le même appareil à quelques modifications de détail près. On peut le vérifier en se reportant à la page 161 du compte rendu de la 4e session de Y Association française pour l'avancement des sciences, Congrès de Nantes, 1875.
- M. E. Roger, à Châteaudun, nous adresse le résumé des observations météorologiques faites dans cette ville pendant le mois de janvier 1893. La température minima a été de —17°,4 dans la nuit du 17 au 18 janvier.
- Caroline Duportal, à Auteuil, nous écrit : « Vous avez signalé dans un des derniers numéros de La Nature l’existence des oranges triples. J’ai habité l’Algérie et j’ai souvent eu l’occasion de voir ces fruits curieux qui sont presque inconnus en France. Aux environs de Bône particulièrement, on trouve des orangers produisant toujours des fruits doubles ou triples. Extérieurement, l’orange double se distingue par une ouverture située à la partie inférieure et qui laisse apercevoir comme des replis de la peau. Lorsque, après avoir ouvert le fruit, on sépare les côtes, on voit une petite orange plus ou moins bien formée et généralement accompagnée de morceaux de peau; souvent même, en ouvrant délicatement cette seconde orange, on en trouve une troisième composée seulement de trois ou quatre petits côtés. J’ai cru remarquer que les oranges doubles ont la peau plus fine et contiennent moins de graines que les oranges ordinaires. »
- M. L. N. Vandevyver, à Gand, nous adresse un petit ouvrage qu’il vient de publier sur les Exercices pratiques élémentaires de physique. Le livre comprend une série d’exercices se rapportant à diverses expériences telles que : mesure d’une longueur, d’un diamètre, densité d’un solide, d’un liquide, usage du baromètre, usage des photomètres, du speclroscope, du microscope, etc. Chaque exercice contient des explications nettes et détaillées qui seront de la plus grande utilité aux débutants. — Cet ouvrage est publié à Gand, à la librairie Ad. Hoste, 47, rue des Champs.
- M. L. Brunehant, à Pommiers (Aisne), nous signale un halo solaire qu’il a pu observer le 9 février dernier vers 8h 40m du matin. Le soleil paraissait très pâle dans les brumes, et était entouré, à une certaine distance, d’un halo très accentué surtout à la partie supérieure. Deux parhélies très brillants se trouvaient sur ce cercle aux deux extrémités d’un diamètre passant par le soleil. Au-dessus, toujours sur le cercle et sur une perpendiculaire au diamètre précédent était un troisième parhélie accompagné de deux rayons brillants divergents. Trois arcs-en-ciel renversés surmontaient chaque parhélie. Le phénomène a diminué rapidement d’éclat, et était terminé complètement à 9h 10m.
- M. Duflos fils, à Yitry-en-Artois, nous écrit au sujet du même phénomène qu’il a observé le 9 février, vers 8 heures du matin. L’image du soleil était répétée trois fois autour d’un grand cercle.
- M. C. E. Guillaume, à Sèvres, nous envoie la Note suivante sur l’observation d’un bolide. « Le 5 février, à 7h 9m du soir, temps moyen de Paris, j’aperçus un bolide décrivant lentement dans le ciel une trajectoire à peu près horizontale et légèrement ondulée. Son point de départ était un peu au sud-est d’Orion; il passa au sud de celte constellation, et après un parcours de 50 à 60 degrés il descendit rapidement en une chute presque verticale. La durée du trajet me parut être d’environ six secon-
- des, mais cela est une simple appréciation rétrospective. Du reste, comme je me trouvais à ce moment dans le Parc de Saint-Cloud, une partie de la trajectoire me fut masquée par les arbres. Le météore était beaucoup plus brillant qu’une étoile de première grandeur; il avait à peu près la teinte des étoiles, et avait une queue très courte et semblable à une flamme. »
- Renseignements. — M. P. Gay, à Paris. — Vous trouverez du gaz oxygène pur en récipients métalliques à la Continental oxygen C°, 8, rue Gavarni, à Passy.
- M. A. Andreïef, à Saint-Pétersbourg. — Ces photographies ont été faites par un officier de cavalerie et ne se trouvent pas dans le commerce; mais elles seront publiées en un album que nous annoncerons. !
- M. L. Lacroix, a Paris. — 1° Peinture sur porcelaine, faïence et émail (Encyclopédie Roret). — 2° Couleurs vitri-fiables pour porcelaine : M. Bourgeois, 31, rue du Caire; M. Ma-gnier, 162, rue du Faubourg-Saint-Martin. )
- M. P. M., h Bar-sur-Àube. — Nous vous conseillons de consulter le petit livre Bulles de savon, traduit de l’anglais par M. Ch.-Ed. Guillaume, à la librairie Gauthier-ViUars, à Paris.
- M. J. F., à Beaune. — Le mieux serait d’essayer par vous-même; les avis sont partagés au sujet de ce produit.
- M. J. Reynal, à Saint-Cyprien. — Nous avons reçu votre intéressante lettre; il faudrait, selon nous, attendre encore quelques observations avant de rien affirmer.
- M. Ch. Gourgoulin, à Bucharest. — Vous trouverez les renseignements nécessaires sur les chasse-neige américains, en vous adressant à MM. Münn et C°, 361, Broadway, à New-York.
- M. G. T., à Saint-Aignan. — 11 serait nécessaire de faire des recherches à la Bibliothèque nationale pour vous répondre. Ce livre doit être marqué dans les catalogues.
- M. E. Ducarouge, au Creusot. — Cet écran doit être préparé spécialement; adressez-vous à la maison P. Pellin, 21, rue de l’Odéon, à Paris.
- M. J. L., à Lyon. — Des essais ont déjà été faits, mais n’ont pas donné des résultats bien satisfaisants.
- M. M. de Y. Ysasmendi, à Namur. — M. Croizier, 3, rue Ilalévy, à Paris, construit un nouveau modèle de dynamo à vapeur qui vous conviendra.
- M. L. M. S., h Paris. — 1° Pas d’adresse connue. — 2“ Ancienne maison de Branville, 25, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève.
- M. C. Leroy, à Châlons-sur-Marne. — Nous avons pris des informations sur le moteur dont vous nous parlez; cet appareil ne présente aucun caractère de nouveauté.
- M. L. Couratier, à Paris. — 1° Nous ne nous souvenons pas avoir parlé de cette substance. — 2° Vous pourriez essayer l’eau oxygénée étendue.
- M. H. Y., à Poitiers. — Plusieurs manuels ont déjà paru sur le travail des métaux; vous trouverez le Manuel du serrurier, à la Bibliothèque pour tous. (Librairie Flammarion, 26, rue Racine, à Paris.).
- M. L. Mathey, à Ornans. — La barbotine est une bouillie épaisse formée avec les argiles et les kaolins entrant dans la composition des faïences, et qui ont été broyés, malaxés, lavés et tamisés avec soin; voyez, pour plus de détails, les traités de céramique.
- M. J. Creus y Garcia, à Granada. — Vous trouverez l’ouvrage de photographie qui vous convient à la librairie Gauthier-Villars, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- Un abonné, à Gênes. — Voici l’adresse que vous désirez connaître : La Sûreté du commerce, 3, rue d’tlzès, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. V. Bermond, à Frcjus. N° 33 bis, quai des Grands-Augustins, à Paris. — M. Hanna Nemeh, à Alexandrie. Il faut vous adresser à YOffice de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris. — Un Landais. Renseignement indiqué dans notre dernière Boite aux lettres. — M. J., à Grammont. Ce genre de récréation est déjà bien connu; tous nos remerciements. — M. A. Malthey, à Genève. Nous ne croyons pas que ces fabriques existent encore en Europe. — M. H. G-, à Poitiers. Il n’y a pas d’ouvrage sur celte question. — M. P. S., à Cannes. Nous avons déjà indiqué, à plusieurs reprises, les différents constructeurs de ces appareils. — M. C. Z., à Paris. Consultez les catalogues de la librairie G. Masson. — M. E. Nictot, à Paris. Voyez la Science pratique. (G. Masson, éditeur). — L’abonné 3243, à Mulhouse; M. le capitaine F., à Toulouse. Consultez les Recettes et procédés utiles. (Même éditeur.) — M. C. B-, à Paris; M. B. M., à Rouen; M. L. P-, à Lille. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. A. B-, & Arras; M. P. V., à Marseille. Remerciements pour vos communications.
- Dcns la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les auestions. ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteauàun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA. SEMAINE
- La photographie et les empoisonnements chimiques. — La photographie nécessite souvent l’emploi de produits chimiques dangereux ; M. le Dr Phipson signale à ce sujet, dans le Moniteur de la photographie, quelques graves accidents qu’on ne saurait trop faire connaître aux praticiens, afin qu’ils puissent les éviter. On se sert souvent, en photographie, d’un des oisons les plus violents que l’on connaisse, savoir : le bichlorure e mercure ou « sublimé corrosif » des anciens chimistes. Les effets de ce sel peuvent se manifester tout doucement, sans qu’on s’en aperçoive. C’est ce qui est arrivé au professeur Albert, de Munich, qui, depuis quelque temps, emploie le bichlorure de mercure presque journellement dans ses opérations photographiques. Après un certain intervalle, des symptômes de dyspepsie grave se sont déclarés et, en même temps, quelques dents se sont détachées des gencives. 11 a eu le bonheur de deviner que c’était le contact fréquent de ses mains avec les solutions de sel de mercure qui en était la cause; et, aujourd’hui, il conseille à ses amis de ne jamais laisser venir ces solutions en contact avec les mains de l’opérateur. De son côté,M. Hepworth, le rédacteur du Photographie News, conseille de verser ces solutions sur la plaque négative, tandis qu’elle est encore dans la cuvette, et de ne pas l’enlever avec les doigts avant qu’elle n’ait été lavée. Tous les jours les opérateurs ont entre les mains une autre substance non moins dangereuse : c’est le cyanure de potassium, qui peut empoisonner par une égratignure de la peau. D’autres produits d’un usage journalier, tels que l’acide pyrogallique et le bichromate de potasse, sans parler du nitrate d’argent, peuvent donner lieu à des accidents assurément beaucoup moins graves, mais qui offrent des inconvénients sérieux. Les pommades à l’acide pyrogallique, employées, il y a quelques années, par les médecins de Vienne (Autriche), dans le traitement de certaines maladies de la peau ont donné lieu à des accidents qui ont prouvé que ce corps est loin d’être absolument innoffensif. Il faut éviter que le contact des mains avec ces substances soit trop souvent répété, et ne traiter les produits chimiques dangereux qu’avec beaucoup de soin et de prudence.
- INFORMATIONS
- —— Il y a un an que la science perdait dans la personne de Jean-Servais Stas l’une ae ses plus hautes illustrations. Six mois avant sa mort, lorsque l’Académie de Belgique célébrait le rare anniversaire de cinquante années de participation assidue à ses travaux, cinquante années remplies par le labeur le plus persévérant, les découvertes les plus remarquables, l’Europe et l’Amérique s’étaient jointes à elle pour acclamer ce grand esprit, ce puissant et laborieux investigateur. Un Comité, formé par les principales notabilités de la Belgique, vient de se constituer pour publier une édition complète des oeuvres de Stas, et pour élever un monument commémoratif à sa mémoire. Les adhésions et souscriptions sont reçues par M. L. Errera, 1, place Stéphanie, à Bruxelles.
- I
- —®— On compte actuellement en Angleterre, au nombre des ouvriers électriciens, un chien terrier nommé Strip que l’on charge de la pose des fils dans l’intérieur de conduites métalliques. On attache le fil au collier de l’intelligent animal, qui se lance dans la conduite et ne s’arrête que lorsqu’d est arrivé au bout. Là, un confrère humain l’attend, décroche le fil et laisse Strip en liberté. Pendant que l’homme tend le fil, Strip se rend à l’autre bout du tube, où l’attend un nouveau fil, et, il faut l’avouer, un os à ronger. En effet, ce qui rend Strip si docile, c’est la perspective de se régaler après chaque opération.
- —^— Les progrès que font chaque jour les Universités américaines sont dus, en grande partie, à l’admirable générosité avec laquelle elles sont soutenues par leurs protecteurs. En voici de nouveaux exemples : l’Université de Chicago, qui est déjà redevable de 13 millions à M. J.-D. Rockefeller, a reçu encore de ce généreux bienfaiteur un don de 5 millions. A l’heure présente, la valeur totale des propriétés de l’Université atteint la somme de 35 millions. Son chef compte qu’avec le temps elle arrivera à posséder une série de monuments aussi imposante que la merveilleuse série des collèges d’Oxford et de Cambridge. D’autre part, M. P.-D. Armour vient de faire à la mênm ville de Chicago un cadeau de 7 500 000 francs sous la forme d’un bâtiment qui portera le nom d’ « Armour Institute », et qui sera une institution d’enseignement. M. Armour voudrait en faire l’école de sciences et d’arts la plus importante de l’Amérique. Il va de soi qu’un budget annuel est nécessaire, et M. Armour a ajouté à son don une somme de 7 millions de francs à cet effet. Le nouvel Institut se garnit rapidement de livres et d’instruments et ouvrira sans doute ses portes aux élèves en septembre.
- —— D’après une communication faite, il y a trois semaines, par M. W.-H. Preece, chef électricien de l’administration des postes anglaises à Y Institution of Electrical Engineers, le télégraphe a beaucoup augmenté ses opérations dans la Grande-Bretagne. Pour 211 137 messages, en 1852, et 6830000 en 1869, il a atteint 70215439, en 1892. La longueur des câbles sous-marins est maintenant de 139 594 milles, alors qu’en 1852 elle n’était que de 87 milles.
- —Les Allemands vont commencer prochainement la construction de trois nouveaux forts en avant de Strasbourg, vers la frontière française, dans le rayon de Molsheim, Mutzig et Dangols-heim. Les emplacements choisis pour ces ouvrages sont le Molshei-mer Berg, le Felsenburg et l’Eberhard, près de Molsheim. C’est à la suite des manœuvres de l’automne dernier que le grand état-major a décidé de fortifier ces trois points d’une grande importance stratégique.
- —Le Great Eastern Railway, en Angleterre, a pu faire construire en dix heures, à son usine de Stradfort, une locomotive avec t'ender. M. Holden, chef d’atelier, a dirigé ce travail, auquel 137 ouvriers mécaniciens ont pris part; 85 ouvriers se sont occupés de la construction de la locomotive et 52 de celle du tender. Les ouvriers ont commencé leur travail à 911 8“ du matin, à llh 47m toutes les pièces étaient prêtes, et l’on procédait aussitôt au montage de la machine. Cette opération a duré 4i37m. A 6h 55m, la locomotive a sifflé pour la première fois à la tête d’un train de marchandises se dirigeant directement à Peterborough. Le vernissage de la locomotive a séché en route.
- Le cours public d’histoire des sciences (enseignement populaire supérieur) professé par M. Daniel Berthelot, docteur es sciences, commencé le mercredi 22 février, continuera les lundis, mercredis et vendredis à8h3ftm du soir à l’HAtol v;iio
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La machine à percer des trous carrés se trouve à l’adresse que nous donnons ici : The Ainley-Oakes square Brill company limited, 58, Lombard Street, London. E. C.
- Communications. — M. Edouard Galloo, à Bergues, nous adresse la lettre suivante : (( Je trouve dans un portrait à la plume de MUe Mars par Théophile Gautier, publié dans le journal la Presse, du 24 mai 1847, les quelques lignes suivantes dans lesquelles le brillant critique semble en quelque sorte « pressentir » la découverte du phonographe. « Un jour peut-être, (( lorsque la critique perfectionnée par le progrès universel, « aura à sa disposition des moyens de notation sténographique « pour fixer toutes les nuances du jeu d’un acteur, n’aura-t-on « plus à regretter tout le génie dépensé au théâtre en pure perte « pour les absents et la postérité. De même qu’on a forcé Ja « lumière à moirer d’images une plaque polie, l’on parviendra « à faire recevoir et garder, par une matière plus subtile et « plus sensible encore que l’iode, les ondulations de la sono-(( rité, et à conserver ainsi l’exécution d’un air de Mario, d’une « tirade de M"6 Rachel ou d’un couplet de Frédérick Lemaître : « on conserverait de la sorte, suspendues à la muraille, la sere-« nata de Don Pasquale, les imprécations de Camille, les décla-« rations d’amour de Ruy-Blas, daguerréotvpées un soir où « l’artiste était en verve. » (Théophile Gautier. Portraits contemporains.) Il n’y a là qu’une simple curiosité, mais j’ai pensé qu’à ce titre elle pourrait peut-être intéresser quelques-uns de vos lecteurs. Edison pressenti par Théophile Gautier, la coïncidence est assez piquante. »
- M. S. C. Hepites, directeur de l’Institut météorologique de Bucharest, nous adresse le bulletin météorologique de Roumanie du mois de février 1895.
- M. Ed. Forga, à Aix-la-Chapelle, nous fait remarquer à propos de l’article publié dans notre numéro du 21 janvier dernier sur les chemins de fer des Andes, que le volcan Misti se trouve à proximité d’Aréquipa, et que la distance de cette ville à Mol-lendo atteindrait 170 et non 150 kilomètres. Il ajoute que le tunnel le plus élevé du monde est celui du mont Meggi à l’altitude de 4772 mètres sur la ligne de Callao à Oroya. D’après une publication de M. le professeur Philippi, de Santiago, dont il veut bien nous communiquer un extrait, ce tunnel a été parcouru pour la première fois le 28 septembre 1892 par une locomotive venant directement die Callao.
- M. Thézard, chimiste à Paris, nous écrit à propos de la Notice que nous avons récemment publiée, sur une crosse de fusil évidée par les insectes (Voy. n° 1020, du 28 janvier 1895, p. 145). Notre correspondant nous informe que cette crosse lui appartient, et qu’il l’a soumise à M. Brongniart : « Je serais fort heureux, ajoute-t-il, que mon nom demeurât associé à ladite communication ».
- Renseignements. — M. A. Baguant, à Agua-Branca. — Il faudrait étudier la construction de semblables fours, qui ne se trouvent pas dans le commerce ; c’est tout un travail d’ingénieur, nous ne saurions vous répondre ici.
- M. L. de Roussel, à Paris. — Voyez l’avis publié en tète des Nouvelles scientifiques, au-dessous du titre.
- M. Tonis, à Moisville. — 1° Pour la canalisation principale, prenez un fil de 4 millimètres de diamètre, et un autre de 0,5 millimètre par dérivation de 1 ampère. — 2° Voyez \e Formulaire pratique de Vélectricien de M. E. Hospitalier ; toutes ces formules y sont indiquées.
- M. L. Touchebeuf, à Lyon. — Le procédé que vous indiquez est ingénieux, mais il est déjà publié.
- M. C. Hamlel, à Levallois. - Il faut brûler du soufre en excès, 50 grammes environ pour une chambre de dimensions ordinaires.
- M. J. Boggio, à Paris. — Le bougeoir à pétrole de M. Chan-
- dor se trouve chez MM. Desmarais, 29, rue de Londres à Paris,
- M. H. Duc, à Grenoble. — M, Chassin, 8, rue des Lvannes, à Paris.
- Un lecteur, à Paris. —> La communication dont vous parlez a été publiée dans la Boîte aux lettres du n° 955, du 19 septembre 1891. '
- M. A. Wust, à Anvers. — |Vous pourrez vous procurer les appareds qui vous conviennent aux adresses suivantes : M. A, Philippe, 124, boulevard Magenta; et M. Buron, 8, boulevard Saint-Martin, à Paris. -
- M. E. de Stesley, à Lunel. — 1° Cette recette est indiquée dans notre dernière Boîte aux lettres (n° 1029, du 18 février 1895). — 2° Il n’est pas toujours répondu par nos lecteurs aux; questions que nous publions ici.
- M. L. Lacom, à Vayres. — Renseignez-vous auprès de MM. Bertin frères, constructeurs à Argenteifil,- ou de la Compa-gnie des bateaux insubmersibles, 28, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. V. Papan, à Saint-Junien. — Pour opérer ta* soudure autogène, il faut décaper soigneusement les pièces à réunir, et opérer à l’aide d’un chalumeau aérhydrique ; vous trouverez des renseignements dans le Dictionnaire des arts et manufactures de Ch. Laboulaye.
- M. Amadis, à Perpignan. — 1° Consultez le Dictionnaire des contemporains de Vapereau. — 2° Remerciements pour votre envoi.
- M. L. M., h Auxerre. — 1° Les tuyaux sonores pour carillons: tubulaires remplaçant les cloches dans les clochers des églises sont fabriqués par la maisûn Collin, 118, rue Montmartre, à Paris. — 2° La figure dont vous parlez se trouve dans" le catalogue de cette maison.
- M. R. D., à La Rochelle. — Nous avons indiqué les principaux procédés de fabrication de l’aluminium et les prix de revient de chacun d’eux dans le n° 958, du 25 mai 1891, p. 587 ; voy. aussi et le n° 964, du 21 novembre!891, p. 590.
- M. Imbault, à Marseille. — Non ; il n’y a pas de pronostic météorologique à tirer de ce phénomène.
- M. J. Cacho, à Barcelone. — L’adresse du constructeur est donnée en tête de la Boîte aux lettres du n“ 1005, du 20 août 1892.
- M. P. F., à Albertville. — 1° Cet éclairage n’est pas pratique. — 2° Le prix dépend beaucoup de l’installation. — 5° M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. J. Lordat, à Paris. — Le mot ciselé est un terme d’horticulture. On dit que le raisin a été ciselé quand on a coupé à la cisaille les petits grains des grappes pour faire grossir les autres. On enlève en même temps les grains détériorés et on coupe les trop petites grappes.
- M. L. Laine, à Lille. — Si la question de prix de revient n’est pas à considérer, prenez une pile au bichromate à écoulement ou une pile O’Keenan ; le constructeur de cette dernière est M. Mors, 8, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. S. Hélie, à Frontenay-Rohan. — Un de nos abonnés nous a signalé un nouveau produit, le Carbonyle, qui est un bon préservatif, paraît-il, contre l’humidité des murs. Pour tous renseignements, il faut s’adresser à M. le Directeur de la Société française du Carbonyle, 222, Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- M. A. Sturm, à Paris. — Le collodion sèche très vite au contact de l’air.
- M. E. Dafan, à Saint-Martial (Charente-Inférieure). — Il est nécessaire de soumettre la question à un constructeur spécialiste.
- M. Paul T..., h Paris. — Nous décrivons la danse serpentine dans la présente livraison. Oui, nous croyons comme vous que les mains de la danseuse tiennent parfois des bâtonnets qui éloignent les bords de sa robe.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Paul Trémant, à Nantes; Al. E. Boellaard, capitaine d’artillerie à Gorinchem. Nous avons reçu vos photographies; nous les signalerons prochainement.; Remerciements. — M. P. C-, à Decize. Adressez-vous à MM. Bayeux et Lefèvre, 74, rue Jacques-Dulud, à Neuilly (Seine), ou à MM. De-namur et Hesiouin, 82, quai Jemmapes, à Paris. — Al. Mathet, à Saint-Antonin. Nous ne saurions répondre à toutes ces questions; veuillez vous informer auprès des éditeurs d’ouvrages de dessin et de médecine. — Al. H. Roulleau, à Paris. Essayez l’alcool, la ben-^ zine ou l’éther; pas de procédé spécial à vous indiquer. — Al. B. de’ Vasson, à Paris. Nous ne connaissons pas d’application de ce genre.. — Al. C. J., à Paris. Il n’a pas encore été publié de recette relative au brunissage de ce métal. — Al. S. M., à Paris; Al. G. Deniau, à Bourges. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — Al. F. Votez, à Nantes; Al. J. do S. Lima, à Cruz-Alta. Remerciements pour vos communications.
- I a ts La « Boite aux lettres » la tié laction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux ler ren-seianements oui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toute* I
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- La lunette magique. — Voici une petite boîte contenant quatre numéros, qu’un assistant est prié de placer dans l’ordre qui lui convient. La boîte est fermée. Le devin, muni d’un petit tube représenté en 1, regarde au-dessus du couvercle et arrive à lire le nombre formé, 4123. Le tube 1 pour fonctionner est additionné, à l’insu des spectateurs, d’une petite boussole n° 2. Chaque chiffre de la boîte contient un barreau aimanté dissimulé dans le carton qui le constitue. Quand on pose la lunette au-dessus
- oienasm
- L’Argus ou lunette magique.
- de chaque chiffre, l’aiguille aimantée se meut de manière à ce que son pôle nord soit dirigé vers le pôle sud de l’aimant contenu dans le chiffre. La petite aiguille prend ainsi quatre positions différentes, correspondant aux quatre chiffres de la boîte. Ce petit jouet est très ancien, il était connu au seizième siècle, et antérieurement peut-être; nous l’avons déjà décrit dans notre n° 911, du 15 novembre 1890 (p. 384), mais le modèle que nous présentons aujourd’hui est simplifié et réduit en quelque sorte à sa plus simple expression. — Ce modèle se trouve chez M. Ch. Vieillard, 61, Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- « I/opératcur », appareil photographique semi-automatique de XI. Marco Mendoza. — Cet appareil, imaginé par M. Marco Mendoza, permet de faire, d’une façon à peu près automatique, un portrait complet en quatre ou cinq minutes. II permet de répondre affirmativement à cette question, si souvent faite par ceux qui viennent de poser devant votre objectif : Est-ce qu’on peut voir tout de suite? L’appareil, que l’inventeur a nommé « l’opérateur », se compose d’une caisse carrée fermée de toute part et dont la gravure ci-dessous représente l’intérieur. On y trouve une petite chambre noire E munie d’un objectif qui dépasse naturellement à l’extérieur de la
- Appareil photographique-laboratoire.
- caisse et dont on manœuvre l’obturateur au moyen d’une tige T. Les plaques G sont des ferrotypes préparées au collodion sec ; elles sont placées dans de petits châssis métalliques renfermés dans une caisse R et pressés les uns contre les autres par un ressort à boudin. En tirant et repoussant de l’extérieur la tige Â, on fait manœuvrer un tiroir qui fait passer la première glace du magasin R dans la chambre noire E ; elle est alors prête à être exposée. Lorsque le sujet est en place devant l’objectif, ce dont on peut s’assurer au moyen d’un viseur disposé ad hoc, on tire la tige T qui ouvre l’obturateur et déclenche en même temps un mouvement d’horlogerie faisant sonner un timbre S à raison d’un coup par seconde; on peut donc facilement compter le temps de la pose. Celle-ci terminée, on referme l’obturateur et en tirant une tige (non visible sur la figure) on
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- fait tomber la plaque qui vient de poser, dans un panier P porté au bout d’une tringle dont' l’extrémité M dépasse l’appareil. Lorsque cette tringle est poussée à fond, le panier P se trouve au-dessus d’une petite cuve D contenant la solution développa-trice. En tournant le bouton M alternativement de gauche à droite et réciproquement, on plonge et on replonge pendant un instant le panier et la plaque qu’il contient dans la solution ; dès qu’on juge l’image venue (on est guidé là-dessus par des expériences antérieures qui ont indiqué une fois pour toutes le temps nécessaire), on tire la tringle jusqu’à un point de repère qui indique quand le panier se trouve au-dessus de la cuve II qui contient la solution de fixage ; on l’y plonge et on passe ensuite à la dernière cuve L où se fait le lavage définitif. On peut alors ouvrir un petit volet qui se trouve en face de cette dernière cuve et prendre le portrait qui est complètement terminé puisque les plaques ferrotypes donnent immédiatement un positif par réflexion. Un compteur C qui manœuvre chaque fois qu’on fait passer une plaque du magasin dans la chambre permet de savoir toujours combien on a encore de plaques à utiliser. — S’adresser, pour ce qui concerne l’appareil décrit, à M. Marco Mendoza, 148, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- Nouveau jeu de billes. — Le jouet que nous représentons ci-dessous est bien connu; il consiste à faire glisser des. billes à. la surface d’une table percée de trous, portant dés numéros différents. La bille glisse à la surface de cette table et tombe dans un trou, dont la valeur est enregistrée au profit du joueur. Le gagnant est celui qui a obtenu le chiffre le plus élevé, après un nombre de coups déterminés à l’avance. Le perfec-;
- Jeu de billes acrobates.
- tionnement du nouveau jeu consiste en la manière de jeter les billes sur la table à cases numérotées. Cette table est munie d’un montant sur lequel sont fixés de petits acrobates, tenant une coupe à la main. Ces acrobates tournent autour d’un axe; on place la bille dans la coupe tenue par le pantin supérieur; celui-ci s’incline et verse la bille dans la coupe du deuxième antin, qui la repasse au troisième, et celui-ci au quatrième, a bille glisse enfin sur la table. Ce petit mécanisme est amusant à voir fonctionner et donne du charme au jeu. — S’adresser à M. M.-J. Bertrand, dépositaire, 19, rue d’IIauteville, Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les services sanitaires de la ville de Paris et du département de la Seine, par A. Joltrain, secrétaire de la Société: française d’hvgiène, avec une préface de M. le Dr Dujardin-Beaumetz, de l’Académie de médecine et du Conseil d’hvgiène et de salubrité. 1vol. in-18,Berger-Levraultet Cie, éditeurs. — Paris, 1893. Prix : 3 francs.
- Les questions relatives aux services d’hygiène et d’assistance publique d’une ville comme Pans qui compte près de 3 millions d’habitants intéressent tout le monde aujourd’hui non seulement en France, mais aussi à l’étranger. Cependant on n'avait pas encore j songé à réunir dans un volume tous les détails qui concernent l’organisation et le fonctionnement de ces services. M. A. Joltrain j a su combler fort heureusement cette lacune. Le livre qu’il vient de publier répond à un besoin et sera pour tous d’une utilité j incontestable.
- )
- Traité élémentaire d'histoire naturelle. Zoologie, par Léon j Gérardin, professeur aux Écoles Turgot et Monge. 1 viol. in-8°, avec 500 figures intercalées dans le texte.— Paris, librairie J.-B. Baillière et fils, 1893. Prix, broché : 5 francs. '
- . Le traité que nous annonçons s’adresse aux jeunes gens qui, sortant des lycées avec quelques connaissances en histoire natu-
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- " NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- > relie, vont aborder les études spéciales des écoles, ou les études _ supérieures. M. Gérardin a su résumer avec talent les grands traités classiques et les cours donnés par les principaux professeurs de l’enseignement supérieur. Cet ouvrage rendra les plus grands services aux élèves ainsi qu’aux maîtres de l’enseignement secondaire.
- L’année industrielle. Revue des progrès industriels et scientifiques, par Max de Nansouty, 6e année, 1892, 1 vol. in-18. — Paris, Bernard Tignol, 1893.
- Nouveau manuel complet du fabricant de cidre et de poiré, par MM. Dubief et Malepeyre. Nouvelle édition entièrement refondue. Ouvrage orné de figures. 1 vol. in-18. — Paris, librairie encyclopédique de Roret, 1893.
- L'alimentation de l’homme et des animaux domestiques.
- Tome I. La nutrition animale, par L. Grandeau, inspecteur énéral des stations agronomiques, professeur suppléant au onservatoire des arts et métiers. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque de VEnseignement agricole, publiée sous la direction de M. A. Müntz, professeur à l’Institut national agronomique. — Paris, librairie de Firmin-Didot et C‘*.
- Le mouvement différentiel. Loi des marées. Eau. Air, Feu, par F. de Saintignon, maître de forges, inspecteur adjoint des forêts en disponibilité. 1 brochure in-4°. — Berger-Levrault et Cie, libraires-éditeurs, Paris, 1892.
- La mort et les accidents causés par les courants électriques de haute tension, par le Dr Francis Biraud, médecin stagiaire au Val-de-Grâce. 1 vol. in-8“. — Paris, G. Masson, éditeur. — Lyon, A. Storck, éditeur, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 13 février. . . 2*,0 S. S. W. 3 Couvert. 0,1 Couv.; gelée blanche; petite pluie de 8 h. à 9 h. 40.
- Mardi 14 5",5 S. 5 Couvert. 2,1 Couv., quelq. éclaircies dans la soirée; petite pluie de 4 à 10 h.
- Mercredi 15 5*,5 S. 2 Quelq. nuages. 0,3 Nuag. jusq. 15 h., beau ensuite.
- Jeudi 16 5*,8 S. 2 Beau. 0,0 Beau le m., puis couv., peu nuag. apr. 20 b., gel. bl.
- Vendredi 17 4M S. S. W. 3 Couvert. 0,0 Eclaircies de 9 à 12 h., couv. av. et ap., bruine à part, de 19 h.; gel. bl.
- Samedi 18 8*,4 S. W. 2. Couvert. 1,0 Couv. le m. peu nuag. le s.
- Dimanche 19 S. 2 Couvert. 0,0 Nuag., gelée blanche.
- FEVRIER 1893. — SEMAINE DU LUNDI 13 AU DIMANCHE 19 FEVRIER
- La courbe supérieure indique In nébulosité de Où 10; les flèches inférieures. In direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri u boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Aurore boréale à Arkhangel (Russie). — Une aurore boréale a été observée à Arkhangel, en Russie, dans la soirée du 2 février dernier. Les premières colonnes de feu sont montées vers l’horizon, vers 4 heures du soir, et se sont réunies vers 5 heures et demie; à 6 heures, un second arc concentrique s’est formé, tandis que les traits de feu d’une couleur alternativement verte et rouge, s’élancaient du foyer lumineux et se dirigeaient vers le zénith pour former la couronne. L’aurore s’est étendue progressivement jusqu’à 8 heures du soir. Les observations faites au moyen du théodolite ont permis de constater que l’aiguille aimantée a oscillé pendant toute la durée du phénomène; elle s’est écartée de 1/4° du plan du méridien magnétique, inclinant toujours vers l’endroit le plus lumineux; c’est ainsi qu’à 8 heures du soir l’aiguille s’cst dirigée vers l’ouest et à 9 heures vers l’est; pendant la dernière phase du phénomène, les oscillations de l’aiguille ont été rapides et insignifiantes, ne marquant une inclinaison appréciable que lorsque les jets de lumière se reproduisaient.
- Tempête À Rouen. — Un ouragan a soufflé le 10 février dernier, dans l’après-midi, sur la ville de Rouen avec une extrême violence. Les
- vagues qu’il soulevait sur la Seine étaient d’une telle force que deux chalands ont sombré. Le premier, qui était chargé de fûts de vin, appartenait à la Compagnie Havre-Paris-Lyon; les neuf hommes qui le montaient ont été précipités dans la Seine. On a pu les sauver au moyen de bouées. L’autre chaland était chargé de charbon. Les vagues, qui passaient pardessus bord, n’ont pas lardé à entraîner le bateau au fond de l’eau.
- Inondations. — La Seine, dont le niveau était très élevé dans les premiers jours de février, a monté si brusquement dans la nuit du 14 au 13 février, qu’elle a débordé sur plusieurs points, notamment à Clichy, Levallois-Perret et Argenteuil. Les eaux menaçantes ont charrié, toutes sortes d’épaves.
- Tremblement de terre à Brumnth (Alsace). — Le 7 février 1895, vers 4 heures et demie de l’après-midi, des secousses de tremblement de terre ont été constatées dans les environs de Brumath en Alsace et notamment à Greifeuhurg. Un semblable phénomène s’était déjà produit le 18 janvier dans la même région, mais cette fois il a été précédé d’un grondement sourd rappelant vaguement le hruit d’uu mur ui s’écroule. On relate des accidents analogues dans le grand-duché de ade, près de Lalir.
- PHASES DE LA LUNE : N le 16, à 4 h. 26 m. du soir.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- La destruction des oiseaux. — Nous avons parlé récemment de la formation d’une société anglaise pour la protection des oiseaux. Les oiseaux sont aussi l’objet de la sollicitude de nos compatriotes. Un de nos lecteurs, M. A. Fauvel, membre correspondant du Muséum, plaide en faveur des Macareux (Fratercula armoricana) que l’on détruit cruellement, paraît-il. Voici ce que nous écrit notre correspondant : « Per-mettez-moi, Monsieur le directeur, de vous adresser quelques -lignes en faveur des pauvres Macareux de l’île Rouzic (Côtes-du-Nord). Vous connaissez sans doute ce curieux oiseau qui devient de plus en plus rare ; il semble ne plus habiter que la petite île de Rouzic, à quelques kilomètres au large de Trégastel sur nos côtes de Bretagne. D’après ce que j’ai entendu dire dans les environs, à Lannion et Perros-Guirec, il paraît que, chaque année, un certain nombre de chasseurs, dont les plus acharnés seraient, s’il faut en croire les racontars du pays, les officiers des garnisons voisines, vont faire à l’île Rouzic un massacre inutile de ces oiseaux. Je dis bien, inutile, car la chair huileuse . des pauvres calculos, comme on les appelle dans le pays, n’est -pas mangeable. Ne pourrait-on pas appeler l’attention des pouvoirs publics sur cette cruauté inutile et serait-il impossible d’obtenir du Préfét des Côtes-du-Nord une circulaire à reflet de défendre le massacre de ces charmants oiseaux qui, après avoir abandonné peu à peu les côtes voisines, se sont réfugiés sur l’île Rouzic? On ne peut les classer parmi les oiseaux nuisibles, car ils ne vivent que de poisson et de crustacés. R y a, d’ailleurs, intérêt au point de vue scientifique à empêcher l’extinction d’une espèce devenue rare et dont l’organisation spéciale du bec, fort remarquable, a fait l’objet d’une étude dans La Nature, il y a peu de temps. Cette organisation unique, je crois, chez les oiseaux, mérite à elle seule que l’on s’efforce, au nom de la science, de conserver cette espèce. » Nous accueillons volontiers la réclamation de M. Fauvel, espérant que sa publication ne sera pas inutile au salut de ce qu’il reste de Macareux.
- INFORMATIONS
- —ÜJ— On dit souvent que l’Exposition universelle de 1900 com-'mencera le vingtième siècle. Or, l’année 1900 finit le dix-neuvième siècle, et c’est l’année 1901 qui commence le vingtième siècle. Nous signalons ici cette erreur qui est fréquemment répétée. M. El, du Moniteur industriel, en cite un exemple que nous reproduisons : « On lit dans le Journal télégraphique de Berne, du 25 janvier, page 11, à la fin d’une savante étude de M. Ces. Tondini de Qua-renglii, au sujet de la solution de la question de l’heure universelle : « Espérons que ce voeu sera réalisé, au plus lard au cornet mencement du vingtième siècle, et que le lct janvier 1900 nous « trouvera ou, du moins, nous mettra en possession d’une heure et « d'un calendrier définitivement universels. » Il ressort du membre de phrase par nous souligné que, dans l’esprit de l’auteur, le vingtième siècle commencera le 1®r ianvier 1000 nf nni> .mennnnn»
- avec ceux qui pensent qu’un siècle compte cent années, c’est-à-dire ne finit qu’à la fin de la centième année, et que dix-neuf siècles comptent dix-neuf cents années, autrement dit que cette période ne finit qu’à la fin de la dix-neuf centième année. D’où il suit qu’un siècle commence avec l’année 1, et que le vingtième siècle commencera le 1er janvier 1901. »
- —Sfc— Dans une des dernières séances de l’Académie des sciences, M. Maseart a présenté, au nom du capitaine de Place, le stéréocol-limateur à lecture directe. Cet instrument remplace la hausse et le niveau pour le pointage des pièces de canon. Il se compose d’un collimateur qui sert tout à la fois de viseur vers le but et de loupe pour lire une triple échelle microphotographique renfermée dans un limbe en cristal épais. Le pointeur, tout en visant, lit distinctement la distance, l’angle à donner à la pièce et l’évent à déboucher pour faire éclater l’obus à une distance donnée. La dérive est donnée automatiquement. Un niveau à bulle d’air, surmontant le collimateur, fait de cet instrument le plus simple des niveaux. Cette nouvelle méthode de visée et de lecture combinées est applicable à une très grande quantité d’instruments de géodésie, de topographie, de nivellement.
- —La Société Westinghouse, prévoyant que sous peu on adoptera de très grandes vitesses pour les trains de chemins de fer, a mis en expérience, dans ces derniers six mois, un nouveau système de frein, qui présente l’avantage d’appliquer non seulement une force retardatrice constante à la marche du train, mais qui fait varier celle-ci proportionnellement à la vitesse. On annonce que les expériences préliminaires prouvent qu’un train peut être arrêté au moyen de cet appareil sur les trois quarts de la distance requise par l’ancien dispositif de freins.
- —À une réunion récente de l’Association scientifique de la Saxe, l’un des membres a préconisé l’emploi de l’acide carbonique à l'état liquide pour prévenir l’incrustation des chaudières. La chaudière à traiter étant remplie d'eau froide, on y amène l’acide carbonique d’un récipient situé à proximité. L’eau étant saturée, l’acide dissout le carbonate de chaux, l’élément principal des incrustations, et précipite le gypse qui y est allié, laissant les parois de la chaudière parfaitement indemnes.
- —Les bancs de Harengs en Russie sont surtout abondants à l’extrémité méridionale de l’ile de Saghalien. On expédie ces poissons dans la Russie d’Europe. Malgré la distance qu’ils doivent franchir, ils reviennent cependant moins cher que les Harengs de l’étranger. L’impôt pour le poisson indigène est de 25 kopeks, tandis qu’il est de 28 kopeks d’or pour le poisson étranger.
- —Les plus fortes marées de mars auront lieu le 3 et le 4, puis du 18 au soir au 21 au soir également. Celles du 19, du 20 et du 21 au matin seront dangereuses si le vent souffle de la mer, surtout celle du lundi 20 au matin, qui sera la plus forte marée de l’année. Les plus faibles marées auront lieu le 11 au soir et le 26 au matin, cette dernière moins faible que la première,
- —— Depuis quelque temps, les perles mexicaines priment les perles orientales par leurs dimensions et par leur éclat; leur faveur augmente de jour en jour. La plupart des maisons princières en achètent. La provenance principale de ces magnifiques perles est La Paz, le chef-lieu de la Basse-Californie.
- —— Depuis le dimanche, 12 février, les envois d’abeilles vivantes par la poste sont autorisés en France « à titre d’échantil-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- Communications. — M. E. Touchet, à Paris, nous adresse les résultats des observations qu’il a effectuées, le 20 février 1893, de 2h55m8s à 5h30ra88 de l’après-midi de l’occultation de Jupiter par la Lune.
- AI. Ch. Petit, à Paris, nous envoie la description d’une petite invention vélocipédique qui lui est due. Il s’agit : 1° de la transformation des machines à caoutchoucs pleins en machines à caoutchoucs creux, sans être obligé de changer quoi que ce soit à la machine; cette transformation pouvant être opérée par l’amateur lui-même; 2° ou, avec des frais moindres, de transformer l’état de l’ancien caoutchouc plein par un nouveau caoutchouc lacé, formant fourreau, enfermant jante et caoutchouc, le tout formant un gros caoutchouc plein de 24 à 32 millimètres. De là, adoucissement considérable des trépidations et suppression de l’inconvénient du décollement des caoutchoucs. La figure ci-jointe indique le principe du système. J. Jante de la roue à caoutchouc plein. C. Petit caoutchouc creux remplaçant l’ancien caoutchouc plein. F. Fourreau Je caoutchouc enveloppant la jante et le petit creux (ou l'ancien plein), h. Lacet fixant le tout. B. Boutons retenant le lacet. — Cette garniture à fourreau se trouve chez M. Petit, 8, boulevard de Vaugirard, à Paris.
- M. F. van Vollenhoven. à Nijmegen (Hollande), nous écrit, au sujet de la canalisation en tuyaux flexibles, décrite dans le n° 1021, du 24 décembre 1892, p. 49, que des applications de ce genre ont déjà été faites pour les distributions d’eau à Maastricht (Hollande) en septembre 1886, et à Namur (Belgique) en octobre 1889.
- AI. J. Goffart, à Tanger (Maroc), nous envoie la lettre suivante : (( L’intéressant article sur les Hyperoodons, que vous nous avez donné dans La Nature du 11 février, me rappelle un fait du genre de ceux que vous y rapportez et qui ne manque pas d’originalité. En août 1884, le 55e (je crois) régiment de ligne faisant des tirs à longue portée sur la plage de Dunkerque ne fut pas peu surpris de voir, à une faible distance au large, un énorme cétacé. Je ne sais si le cas est prévu par le Service en campagne, mais toujours est-il qu’un feu bien nourri fut dirigé contre l’animal. Celui-ci, percé et repercé de toutes parts, s’abandonna au flux qui vint le déposer sur la plage; les cordes et piquets de tentes se chargèrent de l’amarrage. Quelques jours après, chaque homme buvait une ration supplémentaire d’un quart de litre de vin en l’honneur du cétacé du 35e. Ce cétacé était un hyperoodon dont le squelette est aujourd’hui, je crois, au musée de Lille. »
- M. le Dr Bribosia, directeur de l’Institut ophtalmique de Namur, nous écrit au sujet de notre précédente Notice sur la Photographie et les Empoisonnements chimiques (Voy. Nouvelles scientifiques, du 25 février 1893) : « Permettez à un abonné de La Nature de vous indiquer un moyen très simple et pratique pour éviter tout accident en maniant des substances toxiques en photographie ou autrement. H suffit de s’enduire les mains avec un peu de vaseline, blanche ou jaune, gros comme un bon pois, dont on se frotte les doigts, etc., avant de manipuler des produits dangereux. Cette légère couche de vaseline suffit pour former un enduit protecteur et empêche l’absorption. Je me sers beaucoup, pour mes opérations, etc., de cyanure de mercure comme antiseptique — éminemment toxique, — j’ai eu quelques accidents et symptômes d’empoisonnements légers dus à l’absorption. Depuis que je me sers de vaseline, je n’ai plus jamais rien eu.
- AI. le capitaine Lelièvre, au 9e régiment d’infanterie à Agen, nous écrit au sujet de Yampelitis (Terre de vigne) recommandée par M. de Mély contre les vignes phvlloxérées (voy. n° 1024, du 14 janvier 1893, p. 111); il nous adresse un
- échantillon provenant d’une carrière située à Poligné (Ille-et-Vilaine), et offre à M. de Mély de lui envoyer un échantiUon plus important.
- AI. C. Royer nous envoie une brochure sur les Variations séculaires des saisons et leurs causes astronomiques. Cet opuscule se trouve à l’imprimerie veuve Monnom, 32, rue de l’Industrie, à Bruxelles.
- M. G. Lavergne nous adresse un petit ouvrage qui a pour titre Contribution h ïhistoire des Orobanches. Le volume traite de l’étude des espèces vivant sur les plantes cultivées et indique les traitements et procédés culturaux usités contre ces parasites. Les éditeurs sont MM. Feret et fils, 15, cours de l’Intendance, à Bordeaux.
- Renseignements. — M. Ch. Brossault, à Paris. — Vous pouvez employer un litre d’alcool et diminuer sensiblement les proportions des deux substances ; cette recette nous avait été donnée comme exacte. <
- AI. Dubois, à Cannes. — Il existe deux, prix, dans ce but, à l’Académie des sciences et à l’Académie de médecine.
- AI. H. C., h Belfort. —Nous ne croyons pas que la description de la pile avec le dépolarisant que vous mentionnez ait été publiée; mais nous savons que des essais ont été effectués, puis abandonnés.
- AI. M. J., h Y). — 1° Il faut vous adresser directement à ces chimistes. — 2° Il est indispensable d’étudier cette science.
- M. E. Monet, à Paris. — 1° Cette liste n’existe pas. —-2° Vous ne pourriez réussir qu’avec un fond noir ; dans un paysage cela n’est pas possible.
- AI. J. Poursain, à Herblay. — 1° L’ouvrage de MM. Müntz et Girard sur les engrais, à la librairie Firmin-Didot, vous conviendra. — 2° Vous trouverez plusieurs traités d’horticulture à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. Leleu, à Lille. — Nous n’avons pas d’autre adresse que celle indiquée dans l’article.
- AI. G. C. Albani, à Milan. — Les avis sont très partagés sur les différents systèmes actuellement existants; il nous serait bien difficile de vous donner une opinion.
- AI. A. Loizillon, à La Caubre. — L’appareil construit par M. Darlot, opticien, 125, boulevard Voltaire, à Paris, vous donnera de bons résultats.
- AI. J. G., à Dijon. — Le premier appareil a été spécialement fabriqué pour des expériences; pour ce qui concerne le second, adressez-vous directement à l’inventeur, 2, rue Cambacérès, à Paris.
- AI. E. Lalanne, à Bordeaux. — Nous prenons bonne note de vos demandes, et nous essayerons de vous donner satisfaction; mais il ne nous est pas possible d’insister toujours sur le même sujet.
- AI. H. P., h Paris. —II n’y a pas delivre de ce genre; mais des articles ont été publiés sur le sujet dans le Alagasin pittoresque.
- AI. E. G., à Paris. — L’adresse est indiquée en tête de la Boîte aux lettres du n° 1018, du 3 décembre 1892. >
- AI. E. Martin, à Lyon. — Le bleu céleste des pharmaciens est obtenu par l’addition d’une petite quantité d’ammoniaque dans une dissolution étendue de sulfate de cuivre.
- AI. A. Tatatot, à Armentières. —- Cet appareil donne de bons résultats, mais son prix ne lui permet pas d’atteindre lês qualités supérieures.
- AI. Ch. Le Brun, à Tinchebrai. — 1° H sera peut-être difficile de modifier l’enroulement existant; le mieux serait de prendre une nouvelle bobine. — 2° Il faut s’adresser directement à la maison Paterson, à Londres; — 5° M. E. Carré, 19, rue de l’Estrapade, à Paris. i
- M. Noël, à Versailles. — Nous avons à Paris l’Ecole de physique et de chimie, rue Lhomond, où l’on enseigne l’électricité, la physique et la chimie.
- Al. X., à la Martinique. — Votre appareil peut être intéressant; mais il existe déjà un grand nombre de modèles semblables.
- AI. Ricaud, à Beaune. — Les formes de la morue rappellent celles du merlan ; les merlans forment avec les morues les deux grandes divisions du genre gade. Le merlan noir est appelé aussi morue noire.
- M. L. B., à Ambert. — Il n’y a pas de livres spéciaux aux sujets que vous demandez; adressez-vous pour renseignements à la librairie agricole de la Maison rustique, dont l’adresse est donnée plus haut. (A suivre.)
- Pans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux let ren-
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- PETITES INVENTIONS1
- Bottier d’allumettes., — Les boîtes d’allumettes en bois de la Régie ne sont pas solides, et sont susceptibles de s’écraser facilement dans la poche. Le boîtier que nous représentons est métallique, il renferme très exactement la boîte de 10 centimes de la Régie et la maintient solidement. Mais une partie de la boîte métallique protectrice s’ouvre au moyen d’une charnière
- Boîtier d’allumettes.
- comme le montre le n° 1 de notre figure ; dans cette position elle peut tenir verticalement une allumette enflammée et forme ainsi un petit bougeoir. Dans la position du n° 2, le boîtier protège du vent la flamme de l’allumette, et permet d’allumer son cigare en plein air. Dans le n° 3, on voit le boîtier qui tient horizontalement l’allumette enflammée pour pouvoir cacheter une lettre. Le n° 4 montre le boîtier fermé avec la boîte d’allumettes qu’il contient.— Le boîtier d’allumettes se trouve chez M. Mathieu-Martain, 42, boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris.
- Râpe â chariot. — Le petit instrument que représente ijotre ligure, est précieux pour l’usage de la table et de la cuisine. Il consiste en une râpe métallique, au-dessus de laquelle glisse un cylindre creux qui peut être promené contre cette
- Râpe à chariot.
- râpe. On met la substance à râper, sucre, chocolat, fromage de gruyère, au fond du cylindre creux métallique. Au moyen d’un tampon de bois on comprime au fond du cylindre la matière à râper, dont la pulvérisation se produit très promptement, par un mouvement de va-et-vient contre la râpe. — Même adresse que le boîtier d’allumettes.
- Table Féret à élévation facultative. — La hauteur des tables d’école, de bureau ou d’administration est généralement uniforme et ne répond pas aux tailles si diverses des écoliers ou du personnel. Il y a là un grave inconvénient au point de vue hygiénique, l’écrivain se trouvant parfois obligé de se trop courber sur sa table. La table à élévâtion facultative de M. Féret évite cet inconvénient. Nous reproduisons ci-contre le modèle de l’écolier. Le dessus de cette table est élevé et fixé au point voulu par l’enfant lui-même, avec la plus grande facilité. L’élévation facultative permet ainsi de suivre la croissance de l’enfant. L’épigastre a été choisi comme point de repère pour obtenir que l’écolier ait toujours le buste droit. La poi-
- trine, exempte de pression, se dilate en toute liberté et les yeux se trouvent à une distance normale du cahier ou du livre. On évite ainsi la fatigue de la vue et la myopie qui en est souvent la conséquence. L’élévation de la table permettant les travaux alternés assis et debout, les enfants seront moins sédentaires. C’est le vœu des hygiénistes. La monotonie du travail assis sera en même temps évitée. Le banc mobile et indépendant se range sous la table dans les travaux debout. Il est utile de faire remarquer que ces tables scolaires n’exigent pas plus d’emplacement que les tables fixes en usage actuel dans les écoles. Leur disposition permet au maître d’étude de circuler
- Table à élévation facultative.
- plus librement entre chaque rang. Il existe trois dimensions pour les écoles communales et quatre dimensions pour les collèges et lycées. Ce système, sans mécanisme ni crémaillère, est fondé uniquement sur la pression, de sorte qu’il est à l’abri de toute réparation ; les coulisses glissent entre les pieds ; des boulons, placés sur les côtés, sont destinés à fixer le dessus de la table à la hauteur voulue. -— Tables à élévation facultative: M. Féret, 16, rue Étienne-Marcel, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Situation des étrangers en France, dans les colonies et protectorats, au point de vue du recrutement. Manuel d’extranéité à l’usage des préfectures, sous-préfectures, mairies, justices de paix, ambassades et consulats, par A. L’Esprit, rédacteur à la division des affaires militaires de la Préfecture de la Seine. 1 vol. in-8°, 2e édition.— Berger-Levrault etCie, éditeurs, Paris, 1893.
- Annuaire astronomique et météorologique pour 1893, par Camille Flammarion. Exposant l’ensemble de tous les phénomènes célestes observables pendant l’année, avec Notices scientifiques. 1 vol. in-18, illustré de nombreuses figures. — Paris, Ernest Flammarion, éditeur. Prix : 1 franc.
- Uaquarium d'eau douce et ses habitants, animaux et végétaux, par Henri Coupin, préparateur d’histologie zoologique à la Sorbonne. 1 vol. in-16 cartonné, avec 228 figures, de la Bibliothèque des connaissances utiles. — Paris, Librairie J.-B. Baillière et fils, 1895. —Prix : 4 francs.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Moyen d'empêcher la rouille sur les instruments d'acier. — Renfermer les instruments dans une armoire dans laquelle on place un flacon muni d’un entonnoir en verre. Cet entonnoir contient quelques fragments de chlorure de calcium anhydre. Aussi longtemps que ces fragments de sel ne sont pas hydratés et tombés au fond du flacon en déliquescence, l’air de l’armoire conservera une sécheresse telle que la rouille ne se formera pas. Comme moyen aussi et peut-être plus simple, enduire les instruments d’une couche de pétroléine ou vaseline brute.
- Les dorures à l’épreuve des mouches. — Les dorures, cadres ou revêtements de meubles et d’appartements sont trop souvent piqués parles mouches pour que nous n’indiquions pas un procédé bien simple pour les en garantir. On fait bouillir trois ou quatre oignons dans un demi-litre d’eau; de cette décoction, on enduit, avec une brosse douce, les cadres dorés ;
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- Pièces isolantes en ardoise pour les applications électriques. — L’ébonite, ou caoutchouc durci à la vapeur, le verre et la porcelaine sont les matières premières usuelles des isolateurs en électricité. On pourra, dans bien des cas, leur substituer avec avantage et économiquement, sous forme de rondelles, de plaques, de cuves, etc., des pièces accessoires semblables en ardoise; des canalisations électriques étanches et parfaitement isolées ont été constituées ainsi dans d’excellentes conditions. Nous avons en France de magnifiques gisements ar-doisiers dont il est intéressant de développer l’exploitation; leurs propriétaires feraient acte d’initiative fructueuse et d’intelligence en aidant les électriciens à généraliser l’usage de l’ardoise dans leurs installations. L’ardoise est un bon isolant, à condition qu’il ne renferme pas de sulfure de fer.
- Dénickelage. — Pour enlever le dépôt de nickel lorsque la I couche n’est pas bien adhérente ou qu’il est nécessaire de refaire ce dépôt, voici une formule qui a été donnée par M. Pierre Dro-nier, et qui réussit parfaitement : plonger les pièces dans une liqueur oxydante composée de bichromate de potasse, acide sul- \ furique et eau, dans les proportions employées ordinairement pour les piles; les sortir plus ou moins vivement, suivant l’épaisseur du dépôt, laver, puis repolir si besoin est.
- Bronzage du cuivre rouge. — Faire bouillir dans un vase de cuivre non étamé l’objet à bronzer dans la dissolution suivante : Sous-acétate de cuivre, 250 grammes; carbonate de » cuivre, 250 ; chlorhydrate d’ammoniaque, 450 ; acide acétique, 100; eau, 2 litres.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 20 février. . . 5»,9 S. VV. 2 Couvert. 0,0 Très nuageux; atmosphère très claire. 4
- Mardi 21 6°,6 S. S. E. 5 Couvert. 9,2 Quelq. éclaircies ; couv. le reste du temps, pl. la moit.du temps, un peu de grêle, min. barom. 728““, à 17 h.
- Mercredi 22 4",6 S. W. 4. Très nuageux. 9,2 Tr. nuag. de 7 à 17 h.; couv. av. etapr., pluie jusqu’à 1 h. et dans la soirée, averse de grêle, atm. tr. cl.
- Jeudi 23 3°,2 W. N. W. 3 Couvert. 5,1 Couvert ; pluie de 1 à 8 h., lioriz. brum.
- Vendredi 24 2°,4 N. E. 1 Couvert. 3,5 Couv.; pluie de 1 b. à 5 h. et de 21 h. 1/2 à 23 b. 1/2, petit brouillard à 9 h.
- Samedi 23 3",7 S. S. W. 2 Couvert. 5,1 Couv. jusq. 18 b., beau ensuite ; pluie de 3 h. à 6 h. 1/2 et de 9 à 10 b. j
- Dimanche 26 3',2 S. E. 3 Couvert. 0,4 I
- FÉVRIER 1893. -- SEMAINE DU LUNDI 20 AU DIMANCHE 26 FEVRIER
- Mercredi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- La courbe super.e.ure italique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer}', courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tempêtes en France et <\ l’étranger. — Un ouragan d’une grande violence a sévi, le 21 février après-midi, sur Angoulême pendant quatre heures. La circulation dans les rues a été un moment dangereuse, les tuiles et les ardoises tombant à chaque instant sur le sol. Plusieurs cheminées ont été renversées.
- A la même date, une tempête de vent et de pluie s’est abattue sur Bordeaux, où elle a pris des proportions effrayantes. La force du vent était telle que, par instant, on ne pouvait avancer dans les rues, jonchée^ de tuiles, de débris de cheminées, d’ardoises, qui tombaient en tourbillonnant de tous côtés. Le fil téléphonique qui relie Pauillac à Bordeaux a été rompu. Sur la Gironde, la violence du vent était telle qu’il a cassé les amarres qui retenaient, sur le pont d’une gabare à vapeur venant de Royau, une chaudière du poids de 3000 kilogrammes et l’a jetée à l’eau. Les communications télégraphiques avec Paris ont été interrompues. A la gare du Médoc, un vaste hangar nue la Compagnie venait de faire con-
- ,Tn *’ nqnj'npr e ni)»i |n imnl . .1 I «i cm nrv /l f tl r»l Anne . mi nlnn «m n-nvi e nnl
- Les trains ont subi des retards considérables, les voies étant encombrées de poteaux télégraphiques abattus.
- Dans la nuit du 21 au 22 février, à Périgueux, le vent a soufflé avec ] impétuosité, déracinant les arbres, enlevant des toits les ardoises et les tuiles.
- Le 22 février, un ouragan terrible sévissait à Toulon, à Toulouse, à Rochefort et à Dunkerque. Au Havre, par suite du gros temps, les steamers faisant le service entre le Havre, Trouville et Caen n’ont pu effectuer leur voyage.
- Le môme jour, la pluie, accompagnée de grêle, est tombée en abondance à Paris; la Seine a monté subitement dans des proportions telles que le service des bateaux n’a pu fonctionner le lendemain.
- Une tempête de neige très violente s’est abattue, le 20 février en Amérique, sur les Etats du Centre et du littoral de l’Atlantique. Le froid a été très vif; les glaçons qui encombraient la baie de New-York ont rendu la navigation dangereuse.
- On écrivait d’Australie, à la même époque, que des pluies torrentielles avaient causé de nouvelles inondations dans le Queensland ; la ville d’Ips-wicli qui avait déjà beaucoup souffert a été encore presque inondée.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- Le chemin de fer transsibérien. — Le Gouvernement russe continue à faire les plus grands efforts pour doter son vaste Empire des voies ferrées qui lui manquaient jusqu’ici. Le correspondant de la Gazette russe de Saint-Pétersbourg à Tomsk a donné récemment des renseignements au sujet de ia construction du chemin de fer transsibérien qui fait des progrès rapides. Les travaux de la section orientale de l’Ous-souri, interrompus quelque temps par les rigueurs de l’hiver, ont été repris dès qu’il a été possible de le faire, malgré la profonde congélation du sol. Les Chinois affluent dans la région, mais on ne peut les employer qu’à des travaux moins pénibles que ceux du terrassement. L’état sanitaire est bon ; il n’y a pas eu d’épidémie parmi les ouvriers. Dans la section occidentale, on travaille activement aux constructions de la gare de Tcheliabinsk. La gare sibérienne se trouvera à 100 mètres de la gare européenne. Le tronçon de Kourgane à Pétropavlosk est entièrement terminé ; les travaux du tronçon Pétropavlosk à Omsk, commencés le 4/16 août dernier, sont avancés : 50 verstes de rails sont posées. Selon les ingénieurs, l’inauguration de la ligne Tcheliabinsk à Omsk, pour la construction de la-•quelle on ne rencontre aucune difficulté technique, pourra avoir lieu dans le courant de l’automne 1894. On commencera cette année la construction de l’embranchement d’Omsk à Tomsk, en prenant pour point central des travaux la localité de Kolyvane. La grande ligne de Tcheliabinsk-Irkoutsk sera livrée à la circulation, selon toute vraisemblance, en 1900.— Le chemin de fer sibérien, quand il sera terminé, sera certainement appelé à jouer un rôle considérable dans l’histoire de la civilisation moderne; il ne sera que le commencement des voies ferrées •dans le nord de l’Asie, et le jour n’est peut-être pas éloigné, où l’on verra la jonction par chemin de fer de Paris à Pékin.
- INFORMATIONS
- —$1$— A propos des incendies dus à des causes extraordinaires <(Voy. n° 1030, du 25 février 1893, p. 193), voici un fait dont un •de nos lecteurs, M. A. M., de Grenoble, a été témoin : « Sur ma stable à écrire, nous écrit notre correspondant, placée près d’une ifenêtre, est un presse-papier formé par quatre boules de cristal — trois servant de base, une au-dessus. — C’est un modèle qu’on trouve chez tous les marchands d’articles de bureau. Un jour, l’été •dernier, en rentrant dans mon cabinet, après une très courte absence, je le trouvai plein de fumée. Les quelques lettres placées sous mon tpresse-papier avaient pris feu, brûlé le tapis; la table elle-même était endommagée. Quelques minutes encore, et ce commencement •d’incendie, en se communiquant aux rideaux, pouvait devenir sérieux. Les rayons solaires tombaient en ce moment sur le presse-papier qui faisait office de lentille. J’ai reproduit depuis maintes fois le phénomène, en arrêtant à temps l’expérience, bien entendu. »
- v»/
- Le Papierzeiiung annonce qu’on fabrique à Berlin de«
- brosses sont destinées à l’industrie, notamment à l’industrie des papiers peints. L’inconvénient du bois est de se gauchir et quelquefois même de se fendre sous l’influence de la chaleur à laquelle on est forcé de le soumettre de temps en temps après qu’elles ont été imbibées de solutions aqueuses de couleurs. Par l’effet de ces gondolements et de ces déchirures, les crins finissent par se détacher. Les brosses en aluminium sont exemptes de ces inconvénients. On a fait aussi des brosses en caoutchouc durci.
- —On a récemment achevé à East Greenwich, pour la South Metropolitan Gas Company, un gazomètre de grandes dimensions. Il a 91m,20 de diamètre, 54m,72 de hauteur, et peut contenir 339600 mètres cubes de gaz. Il a coûté, y compris le réservoir, 1 550 000 fràncs, ce qui ne fait que 129 francs environ par 1000 pieds cubes (-28“t,3).' tandis que le prix était, il y a vingt ans, quatre fois plus considérable. Le réservoir est à 6“,60 au-dessus du sol, et est entouré d’un remblai. La nouvelle usine à gaz d’East Greenwich, dont ce gazomètre fait partie, sera bientôt achevée. Elle comprend trois sections, dont chacune peut fabriquer 5 000 000 de pieds cubes par jour (141 500 mètres cubes).
- —Sur 85 000 maisons de Paris, 20000 seulement sont éclairées au gaz, dont la consommation, en 1891, s’ést élevée k 283 millions de mètres cubes. La capacité actuelle des stations centrales électriques est évaluée à 17 500 chevaux.
- , —La Société française de physique a envoyé sous la signature de son secrétaire, M. II. Pellat, la circulaire suivante à tous ses membres : « J’ai l’honneur de vous informer que la réunion annuelle, dite de Pâques, aura lieu cette année le mardi 4 et le mercredi 5 avril. Deux séances seront consacrées, suivant l’usage, à la répétition des principales expériences présentées à la Société pendant l’année, ainsi qu’à l’exposition des appareils nouveaux concernant la physique. Ces deux séances se tiendront au siège ordinaire de la Société, 44, rue de Piennes, à 8 heures du soir; la première sera réservée exclusivement aux membres de la Société, la seconde ouverte à leurs invités. Les salles d’exposition resteront d’ailleurs ouvertes aux membrss de la Société pendant toute la journée du mercredi 5 avril. »
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle de Paris. -— M. Becquerel, membre de l’Institut, professeur de physique appliquée au Muséum d’histoire naturelle, a ouvert ce cours le lundi 20 février 1893, à 10 heures du matin, dans le grand amphithéâtre, et le continue les mercredis, vendredis et lundis.
- M. Bureau, professeur de botanique (classifications et familles naturelles) au Muséum d’histoire naturelle, a ouvert ce cours le mercredi 8 mars 1895, à 1 heure, dans le grand amphithéâtre et le continuera tous les mercredis à la même heure jusqu’au 26 avril inclusivement. A partir du 1er mai, il aura heu rue de Buffon, 65, les lundis, mercredis et vendredis suivants, également à 1 heure.
- M. Milne-Edwards, membre de l’Institut, professeur de zoologie (mammifères et oiseaux) au Muséum, a ouvert ce cours le vendredi 10 mars 1893, à 2 heures, dans l’amphithéâtre de la galerie de zoologie, et le continuera les lundis, mprcrpdU
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La toupie lance-hélices se trouve chez M. Bertrand, 19,rue d’ilauteville, à Paris.
- Communications. — M. H. Fleurot, à Hyères, nous adresse quelques intéressants exemples de mirage photographique. Nous avons déjà publié un article complet sur ce curieux phénomène dans le n° 1010, du 8 octobre 1892, p. 296.
- M. Cloes, à Louvain, nous fait parvenir une étude sur les montgolfières, dans laquelle il décrit une méthode simple de construction.
- M. Delaroche, à Paris, à propos de notre chronique sur une blanchisserie américaine (n° 1028, du 11 février 1893, p. 174), nous écrit qu’il existe également en France des établissements analogues ; il nous cite la blanchisserie de Gourcelles et de Cla-mart (Seine).
- M. J. Michaïloff, à Sofia, nous envoie deux photographies représentant la forteresse de Belogradtchin, située dans la Bulgarie septentrionale, près de la frontière serbe, au milieu d’un grand nombre de rochers formés d’aiguilles obéliscales.
- M, Dégoutin, à Gondrecourt-Aix, nous écrit qu’une colonne de feu a été observée, le 10 février, à 6h 30m du soir, par un habitant de la localité en traversant la forêt d’Aix (Meurthe-et-Moselle).
- Renseignements. — M. L. J., à L. — Voyez l’article publié précédemment à ce sujet(n° 1011, du 15 octobre 1892, p. 317).
- M. Maréchal, à Charleroi. — M. Ducomet, 7, rue d’Abbeville; et MM. Richard frères, 9, impasse Fessart, à Paris.
- M. A. Herquin, à Hautmont. — Adressez-vous à M. Sax fils, 161, rue Montmartre, à Paris.
- M. Martin, à Nemours. — Ce sifflet, utilisé dans les filatures du Nord, se trouve probablement chez les quincailliers de Lille ou de Roubaix.
- M. H. Clarté, à Lutzelhausen. — Le fabricant est indiqué en tète de la Boîte aux lettres du n° 1018, du 3 décembre 1892.
- M. .4. P., à Guentteville. — 1° La description de cet appareil a été donnée dans le n° 989, du 14 mai 1892. — 2° Le constructeur est M. Lemichel, 56, rue Lourmel, à Paris.
- M. L. Blanchard, à Grenoble. — 1° Cette opération présente des difficultés. — 2° Remerciements.
- M. M. Raguet, à Saint-Malo. — M. E. Michel, 16, rue Mont-golfier, à Paris.
- M. Van Nuffel d'Heynsbroeck, à Bruxelles. — Il faut soumettre la question à un ingénieur spécialiste.
- Un abonné, à Paris. — Nous avons publié un article sur les glaces platinées dans le n° 928, du 14 mars 1891, p. 239. Nous avons mentionné également quelques autres procédés de platinage du verre, mais ils nécessitent tous l’action d’une certaine température.
- M. A. Briot, à Smyrne. —Adressez-vous directement à l’inventeur, au Conservatoire national des arts et métiers, à Paris.
- Un abonné, à X. — Prenez une lampe de 2 à 5 volts et de 0,5 à 1 ampère.
- M. -4. Bresson, à Epinal. — Non; cette opération ne peut se faire.
- M. Vauson, à Neufchâteau. — Le constructeur, M. A. Sim-men, 55, rue Dombasle, à Paris, pourra vous répondre.
- M. L. Goursat, à Angoulème. — L’adresse du fabricant est donnée en tête de la Boîte aux lettres du numéro même qui contient la description de l’appareil.
- M. Z., en Indo-Chine. — Il faudrait dresser des projets comparatifs, en connaissant la puissance à distribuer et la situation de l’usine. Un grand nombre d’ingénieurs électriciens pourraient s’occuper d’installations semblables.
- M. A. S. à Épernon. — La pile, dont vous parlez, donne de bons résultats.
- M. Allard, au Puy. — L’obscurité est nécessaire pour la préparation de ces papiers sensibles.
- M. C. U, h G. — Appareils à produire la glace ; MM. Rouart frères, 137, boulevard Voltaire ; et M. J. Bustin, 5, boulevard de la Chapelle, à Paris.
- M. O. Bataille, à Puiseux. — S’adresser directement à Fauteur,, à l’Ecole nationale d’agriculture de Grignon (Seine-et-Oise).
- M. A. Fradet, à Paris. — La librairie E. Bernard a publié plusieurs ouvrages sur ces applications.
- M. G. Guy, à Verdun. — Cette recette nous a été communiquée par un cultivateur; mais les proportions peuvent êtr& variées, la formule ne doit pas être prise à la lettre.
- M. P. Bonnin, à Autun. — Adressez-vous à la Société française de nickel et d’aluminium, 30, rue Lafayette, à Paris.
- M. Y. Utudjian, à Constantinople.—MM. Belvallette, 24, avenue des Champs-Elysées* * M. Binder, 116, avenue Malakoff, à Paris.
- M. Denolly, à Blangy. — Ces châssis se trouvent dans le commerce ; les marchands de vitraux pourront vous en fournir.
- M. E. F., à Rouen. — M. F. Vasseur, 142, rue du Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- M. Loquet, à Saint-Denis. — Nous ne comprenons pas bien vos observations ; nous ne voyons pas qu’il y ait rien à modifier à l’article.
- M. A. M., à Paris. — Il n’est plus nécessaire d’avoir unu autorisation pour faire de la photographie dans les rues de-Paris.
- Un étranger, à Paris. — Vous pourriez vous renseigner à la Direction de l’enseignement, à la Préfecture de la Seine.
- M. R. Vivier, à Paris. — Il suffit de dissoudre du caoutchouc pur dans de la benzine par petites quantités à la fois, et de ne pas exposer la dissolution à l’air.
- Mme S. C., à Paris. — Nous connaissons à Paris la Société d'émulation maternelle et d'hygiène de l'enfance, 7, rue Léon-Cogniet.
- M. Jeheber, à Genève. — Voyez le n° 787, du 50 juin 1888, p. 75.
- M. A. T., à Passy. — Non; il n’y a aucun moyen de revivifier celte image.
- M. X.,à X. — L’article que nous avons publié a été emprunté à un journal américain ; nous n’avons pas de plus amples renseignements.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. A. Geynet, à Lyon. Il serait nécessaire de faire des essais de laboratoire pour pouvoir vous répondre. — Un lecteur, à Amiens. Il faudrait, pour vous renseigner, écrire tout un chapitre sur le virage; nous ne le pouvons pas. Consultez les traités de photographie. — M. Taillefer, à Paris. L’expérience fait encore défaut; les détails de celte opération sont peu connus. — M. Taiegreb, à Lille. Consultez les catalogues de la librairie encyclopédique Roret, à Paris. — AL. E. F., à Paris; AL. E. H. C-, à Paris; AL N. AL., à Letitchef. Il n’y a pas. d’ouvrage spécial de ce genre. — AL. J. Plassard, à Paris. Plusieurs petits traites ont paru à la librairie Michelet, quai des Grands-Au-gustins, à Paris. — AL. Gotendorf, à Maisons-Laffitte. Ce dictionnaire a dû être édité à la librairie Lacroix, dont la librairie 13. Ti-gnol a acquis aujourd’hui les publications. — AL. E. C. A-, à Med-jana-M’chira. 1° Pas d’adresse spéciale; 2° remerciements. — AL. F. Mossmeyer, à Firenze. Cette adresse est la seule qui nous ait été indiquée. — AL. L. F., à Marcinelle. Nous pensons qu’il existe des guides de ce genre ; mais nous n’en connaissons aucun en particulier.
- — AI. II. Baudry, à Paris. 1° Pas de livre analogue; 2° pas de marchand spécial. — AL. J. B. Garcin, à Marseille. Nous avons etfeetué quelques recherches, et nous n'avons pas trouvé la description de l’appareil dont vous parlez. — AL. L. Mouton, à Périgueux. Nous ne pouvons vous fournir ces renseignements; tous nos regrets.
- — AL. AL. Henigen, à Metz. Les traités sur ces questions sont très nombreux ; il nous est impossible de vous en donner la nomenclature. — AL. A. Paria, à Milan. Nous n’avons pas d’autres applications à faire connaître pour le moment. — Un lecteur genevois. Voyez les traités de chimie organique. — AL. P., à X. Nous examinerons le travail de M. Viaud quand nous aurons reçu sa brochure. AL. A. Lacoulonchc, à Laval. Nous ne saurions insister sur cette question. — AL. Courtet, à Romans. Nous n’avons pas reçu votre photographie. — AL. J. d'IIaèze, à Chauny. Voyez la Science pratique. (G. Masson, éditeur.) — AL. P. E. Soute, à Solteville-lès-Itouen; AL. E. G., à V.; AL. LL. E. C., à Paris; AL. L. Vidon, à Bourg-Argentai. Consultez les Recettes et procédés utiles. (Même éditeur.)— AL. E. J. S-, à Melle; AL. Chibout, à Paris; L’abonné 2970, à Paris : AL. J. d’Almeida, à Guinta ; AL. J. S., à Andrinople; AL. LL. J., à Paris; Cercle de l'Union, à Puget-Théniers; AL. P. LJ., à Schaerbeek; AL. V. Baraban, à Neuilly-sur-Seine. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — AL. A. Jeannolle, à Dampierre; AL. C. Guillemot, à Paris; Mme Churchill, à Paris; AL. P. Wauvermans, à Bruxelles; AL. E. Galloo, à Bergues; AL. T. Wahl, à Mulhouse; AL. Loordrey, à Saint-Pol-sur-Mer. Bemerciements pour vos communications. — AL. F. Creslin, à Saint-Pétersbourg. Nous avons reçu vos intéressantes photographies.
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- 1n Uérinrtmn. accueille, les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux let ren-
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- VIEILLES ESTAMPES1
- Le jeu du diable. — M. le Dr Martin a publié, dans notre précédente livraison (n° 1031, du 4 mars 1893, p. 211) une intéressante Notice sur une toupie éolienne chinoise, le Kouen-Gen, qui est usitée dans le Céleste Empire depuis une haute antiquité. Un jeu analogue, le Diable, a été très à la mode en France, au commencement de notre siècle; on y jouait beaucoup vers 1812, et le Diable a eu une vogue très durable pendant de longues années. La curieuse gravure que nous reproduisons ci-dessous, et qui figure un jeune homme donnant une leçon de Diable à une jeune personne, permet de se faire une exacte idée
- Le jeu du Diable. Une leçon. (D’après une ancienne gravure publiée vers 1812.) Collection de M. Gaston Tissandier.
- de ce jouet. Le diable, formé de deux boules de bois, creuses, était placé sur une cordelette que l’on faisait agir au bout de deux bâtons. En imprimant aux mains un mouvement de va-et-vient, le diable tournait sur la cordelette et faisait entendre un ronflement. On pouvait, comme le font les Chinois, écarter brusquement les mains, tendre la cordelette et lancer le diable en l’air à quelques mètres de hauteur ; on le rattrapait sur la corde. Après un long oubli, le jeu du diable est revenu à la mode vers 1855; le jeu du diable se trouvait alors chez les marchands de jouets. Il n’est plus en faveur aujourd’hui, et nous ne croyons pas qu’il en existe encore de spécimens. G. T.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement de la lithiase biliaire. — Pour prévenir le retour des crises (coliques hépatiques) chez les personnes sujettes à cette affection, le professeur Grasset de Montpellier conseille le régime préventif suivant : Vivre beaucoup en plein air, faire beaucoup d’exercice (marche, escrime, chasse). Pas de profession sédentaire, de travail intellectuel forcé, pas de préoccupations morales. Tous les matins, friction sèche et massage sur tout le corps, précédée ou non d’une lotion froide rapide. Régime surveillé : beaucoup de légumes verts et de toute espèce ; très peu de sucre et de féculents, sauf la pomme de terre qui pourra en partie remplacer le pain. Pas de graisses, peu d’œufs ; des viandes sans graisse, des fruits, sauf les trop sucrés, lait et fromages frais. Boire aux repas du vin coupé avec
- de l’eau d’Évian. Dix jours, sur vingt, toute l’année, prendre, une demi-heure avant chaque repas, un verre à bordeaux d’eau de Vichy chauffée, additionnée d’une cuillérée à café, à dessert ou à soupe, d’eau de Rubinat. Les dix autres jours, prendre à chaque repas dix à vingt gouttes de teinture de boldo. Deux fois par semaine, prendre, le matin à jeun, un verre à bordeaux d’huile d’olive, additionnée de quelques gouttes d’essence de menthe et d’une cuillerée à café de cognac. Deux fois par an, suspendre le traitement pendant un mois et prendre 25 bouteilles eau de Vittel (source salée) par demi-verre dans la journée. En été, saison à Vichy, Carlsbad ou Évian, Contrexéville, Vittel.
- Traitement des yeux atteints par la chaux. — Dans le bâtiment et dans certaines industries, les ouvriers ont très fréquemment les yeux atteints par la chaux, ce qui occasionne une douleur très vive et peut déterminer la production d’inflammations graves de la cornée. Le simple lavage à l’eau chaude ou froide, auquel on recourt d’ordinaire, augmente la douleur au lieu de la calmer; il faut donc se garder d’employer ce moyen. Un remède sûr pour ce genre d’accidents est une dissolution saturée de sucre dans l’eau. L’œil atteint étant lavé et baigné avec cette solution, la chaux et le sucre se combinant forment un sucrate de chaux qui est sans action sur l’organe, et dès lors la douleur cesse. II est à peine nécessaire d’ajouter que la solution doit être préparée à l’avance et tenue à portée des intéressés, afin qu’ils puissent toujours l’employer sans retard. Mais le chef de chantier ou le contremaître peuvent la garder sous clef, afin qu’elle serve réellement aux yeux. Dr X...
- BIBLIOGRAPHIE
- La France et ses colonies (Géographie et statistique), par E. Levasseur, membre de l’Institut, professeur au Collège de France et au Conservatoire des arts et métiers. Nouvelle édition entièrement refondue. 3 volumes in-8° contenant 293 figures insérées dans le texte et 136 tableaux de statistique. — Paris, librairie Charles Delagrave, 1890-1893. Prix : 24 francs.
- Cet ouvrage de M. E. Levasseur, 1 cminent professeur, est un traité de la géographie de la France et de ses possessions d’outremer exposée sous le triple aspect physique, politique, économique, conformément à la méthode que l’auteur a conseillée à l’enseignement depuis trente ans et qu’il a suivie avec beaucoup de persévérance et de talent dans ses ouvrages classiques. Le premier volume (556 pages) comprend cinq livres consacrés à l'élude du sol, du climat, de la géographie historique et politique, de la population, de l’administration. Le second (690 pages) est consacré à la géographie économique : agriculture et pêche, mines et carrières, industries, voies de communication, navigation et instruments d’échange, commerce; il comprend, en outre, un neuvième livre relatif à Paris et un dixième dans lequel sont résumés par région les traits les plus caractéristiques de la géographie physique, politique et économique. Le troisième volume (512 pages) traile de l’Algérie, des colonies et des protectorats et se termine par une table alphabétique qui contient environ 12 000 mots. L’auteur s’applique à montrer la relation et l’enchaînement des phénomènes d’ordre physique ou économique et à faire comprendre la raison de chaque chose. Les nombreux graphiques qui complètent le texte, constituent une sorte d’histoire économique de la France sous forme figurative. La nouvelle édition de l’ouvrage de M. Levasseur aura le succès de celle qui l’a précédée, et sera appréciée à notre époque, où l’on comprend plus que jamais toute l’importance des études géographiques. G. T.
- Répertoire analytique des matières colorantes artificielles, par le Dr P. Cazeneuve, professeur à la Faculté de Lyon.
- 1 vol. in-18. — Paris, G. Masson, 1895. Reliure souple. Prix : 5 francs.
- Les chimistes, médecins, pharmaciens et ingénieurs, qui sont appelés à connaître les matières colorantes artificielles, aux points de vue industriel ou hygiénique, trouveront dans ce répertoire la description méthodique de 515 classes de matières colorantes actuellement connues et susceptibles d’une application. Pour chaque matière, l’auteur donne le nom commercial, le nom scientifique, la formule et une note sommaire sur le mode de préparation et les propriétés fondamentales du corps colorant. L’utilité de ce répertoire est indiscutable si l’on considère l’importance que présente actuellement l’emploi de ces couleurs dans l'industrie et la presque impossibilité qu’il y a, même pour uu chimiste de profession, à retenir dans sa mémoire tous ces produits qui ont souvent des dénominations fantaisistes, une formule et un nom scientifique compliqués.
- Le Chien, Elevage, Hygiène, Médecine, par P. Mécniy, 5e édition, lra partie. 1 vol. in-8° de 530 pages. — Vincennes, aux bureaux de l'Eleveur, 6, avenue Aubert, 1893. Prix :
- 6 francs.
- Ttennis l’énnisement de la 2e édition du Traité de la médecine
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- tous les chasseurs et dont le succès a été considérable, on demandait avec instance la publication d’une nouvelle édition, car aucun livre de ce genre n’existait en France où l’on ne possédait que quelques traductions d’anciens livres étrangers de Delabère-Blaine, de Clater, de Hertwig, qui n’étaient plus à la hauteur de la science. Cette édition vient de paraître, ou du moins la première moitié qui comprend : VElevage, XHygiène du Chien, les Maladies du jeune âge, les Maladies de la peau, les Maladies de l'oreille et de l’œil et les Maladies des organes respiratoires. L’auteur travaille avec activité à la deuxième partie. La troisième édition que nous annonçons est très augmentée et entièrement refondue.
- L'art de chiffrer et de déchiffrer les dépêches secrètes, par le marquis de Viaris, ancien élève de l’Ecole polytechnique. 1 vol. in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, dirigée par M. Léauté, membre de l’Institut. —
- Paris, Gauthier-Yillars et fils et G. Masson, 1893. Prix : 2 fr. 50.
- Traité pratique de calorimêtrie chimique, par M. Bertijelot, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. 1 vol. in-8° de YEncyclopédie scientifique des aide-mémoire, dirigée par M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Vil-lars et fils et G. Masson, 1893. Prix : 2 fr. 50.
- La Grande guerre. France et Russie contre la Triple Alliance. Grand récit patriotique et militaire par le lieutenant-adjudant-major Massard. Ouvrage illustré d’un grand nombre de gravures, dessins, croquis, vues, plans, etc., lre partie. 1 vol. in-8°. — A. Fayard, éditeur, 78, boulevard Saint-Michel, à Paris. Prix : 2 fr. 50.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS k 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 27 février. . . 5”,4 S. S. W. 3 Couvert. 0,9 Presq. couv., pluie dans la soirée.
- Mardi 28 6”,6 S. W. 0 Couvert. 3,9 Presq. couv.; beau après 22 h.; pluie jusq. 10 h.
- Mercredi 1" mars. . 5”,9 S. 3 Couvert. 1,5 Presq. couv.; quelq. averses.
- Jeudi 2 6”,8 S. S. W. 3 Couvert. 1,5 Couvert.
- Vendredi 3 8”,8 N. W. 1 Couvert. 3,2 Couv. jusq. 20 11.,peu nuag. ens.; pluie de 1 h.à 5 h.1/2.
- Samedi 4 2”,4 E. S. E. 2 Quelq. nuages. 0,0 Quelq. nuages; gelée blanche.
- Dimanche 5 7-,2 N. W. 2. Couvert. 0,0 Peu nuag. de 10 h. à 18 h.; couv. av. et apr.; gel. bl.
- FÉVRIER-MARS 1893. -- SEMAINE DU LUNDI 27 FEVRIER AU DIMANCHE 5 MARS
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mery courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au parc de Saint-Maur en février 1S93
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 751"”",17. Minimum, le 21, à 5 heures et 5 heures un quart du soir, 728“"“,00. Maximum, le 6, à 10 heures du'matin, 770””,06. Il faut remonter au 16 octobre 1886. à 4 heures du soir, pour trouver un minimum barométrique plus bas, 727“"\06.
- Moyennes thermométriques : des minima, 5°,00; des maxima, 9°,52; du mois, 6°,26; moyenne vraie des 24 heures, 5“,99. Minimum, le 6, vers 7 heures du matin, —5°,3. Maximum, le 15, vers 2 heures du soir, 14°,6. La moyenne de février n’a pas été aussi élevée depuis huit ans, en 1885 elle a atteint 7°,10. 5 jours de gelée, du 4 au 7, et le 26, plus 11 jours de gelée blanche. Les 4 et 5, la terre n’a pas dégelé à l’ombre, avec des maxima de 5°,1 et de 4°,7.
- Tension de la vapeur : moyenne, 5””,69. Minimum le 5, à 2 heures du soir, 2””,5. Maximum, le 1", à 5 heures du matin, 8““,4. Humidité relative : moyenne, 81. Minimum, le 5, à 2 heures du soir, 41. Maximum, 100, en 5 jours.
- Nébulosité moyenne, 68. 3 jours complètement couverts. Le 5, sans trace de nuage ; le 6, quelques nuages dans la journée.
- Pluie, 56"””,2 en 85 heures réparties en 20 jours. Le 21 a donné 18"””,3 d’eau en 12 heures : les autres nlujes sont in si eu i fi an tes et donnent de
- Les vents ont soufflé de l’est-sud-est au nord-nord-ouest par le sud-ouest à peu près également avec grande prédominance du sud-ouest, on l’a noté onze fois à midi de cette direction.
- 4 jours de petit brouillard.
- Température de la Marne : le matin, 5°,02; le soir, 5°,17 ; en moyenne, 5°,10. Sa température a varié de 2°,01 le 9 à 7°,52 le 21. Transparence moyenne O"1,19. Hauteur moyenne, 4”,46. Son niveau a varié de 4“,01 le 1" à 5”,01 le 19.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de février 1893 a présenté les résultats suivants : baromètre plus bas de 4””",25. Thermomètre plus haut de 2°,42. Tension de la vapeur plus forte de 0“”,22. Humidité relative plus faible de 5. Nébulosité plus faible de 1. Pluie plus forte de 23°””, 1.
- La moyenne de l’hiver a présenté les résultats suivants :
- Moyennes.
- Raromètre............... 757”"”,66
- Thermomètre............. 1°,83
- Tension de la vapeur . . 4""*,72
- Humidité relative. . . . 86,2
- Nébulosité..............68
- Pluie totale............153“"”,7
- Floraison ; le 16, Perce-neige et Tussilago
- Excès sur la normale.
- — 0“”,99
- — 0°,81
- — 0""“,46
- — 2,3
- — 4
- -h 39"””,8 farfara; 27, Crocus.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DD JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- Le cyclone de Madagascar. — Un télégramme parvenu à Paris le lundi 6 mars a apporté la nouvelle de la perte d’un aviso de lrc classe de notre marine, le La Bourdonnais. Ce navire a péri pendant un cyclone à Sainte-Marie de Madagascar ; vingt-trois officiers et marins ont trouvé la mort dans ce naufrage. « Le La Bourdonnais, dit notre confrère le Yacht, était un navire en bois de 890 tonneaux et 1000 chevaux. Lancé en 1877, il avait filé 12,“4 aux essais. Il était armé de quatre canons de 14 centimètres à pivot central et de deux canons-revolvers. Son équipage était de 116 hommes; il a donc perdu dans la catastrophe le cinquième de son effectif. C’est le troisième cyclone qui, depuis quelques semaines, bouleverse l’océan Indien, dans sa partie méridionale. Le premier a menacé la Réunion et Maurice, le 21 janvier, sans faire trop de dégâts ; le second a fortement éprouvé une partie de la côte sud-est de Madagascar le 28 janvier; celui qui a causé la perte du La Bourdonnais le 21 février a fait des ravages dont nous ne connaissons pas encore l’étendue. » Les cyclones sont fréquents à Madagascar comme à Zanzibar. Le 15 avril 1872, un cyclone a traversé l’île de Zanzibar, il a détruit plusieurs navires et un grand nombre d’embarcations. A terre les maisons des Européens ont beaucoup souffert, et la partie de la ville occupée parles indigènes, a été complètement anéantie.
- INFORMATIONS
- —— M. Moissan, dont les beaux travaux ont si vivement attiré l’attention publique dans ces derniers temps, a été l’objet d’une manifestation sympathique de la part des étudiants. La semaine dernière, il ouvrait son cours à l’Ecole de pharmacie. Plus d’un millier d’étudiants des diverses facultés étaient réunis dans l’amphithéâtre. Quand l’éminent professeur fit son entrée, il fut l’objet d’une chaleureuse ovation qui se prolongea pendant plus de cinq minutes. M. Moissan remercia les manifestants en quelques paroles émues, ajoutant qu’il était heureux de constater que si les professeurs s’intéressent aux travaux des élèves, ceux-ci, de leur côté, ne sont pas indifférents aux succès de leurs maîtres.
- —Un ballon monté sera un instrument particulièrement effieace d’observations météorologiques, navales ou militaires, s’il porte avec lui le moyen de correspondre avec des observatoires ae terre, qui transmettront à destination ses messages. Nous recevons la troisième édition d’un Vocabulaire de signaux aéronautiques de M. Ch. Labrousse, ancien lieutenant de vaisseau. Ce code télégraphique n’ajoute pas un kilogramme au matériel du ballon. Il appartient au prochain Congrès de navigation aérienne, qui va être tenu à Chicago, de provoquer l’extension de cette méthode aux usages internationaux. Un quatrième Congrès d’aéronautique se tiendra à Paris en 1900 ; du moins, il en est question.
- —%— M. Jules Garnier, ingénieur, a récemment adressé à la Société de l'industrie minérale /te Ustinf rPtln"**- -— ' ’ : _,-
- tion du transport de l’énergie par l’électricité. « Vers la fin de 1871, écrit M. Jules Garnier, me trouvant aux ateliers de la maison Bré-guet, M. Niaudet-Bréguet attira mon attention sur un fait singulier u’il venait de constater; il avait mis, par hasard, en communication eux machines Gramme, dont l’une était en mouvement, et, à sa grande surprise, la seconde se mit à tourner. M. Niaudet-Bréguet m’engagea à faire une étude pratique de ce remarquable phénomène ; j’acceptai, et des observations très sommaires me conduisirent à reconnaître que de grands avantages industriels étaient à attendre de cette découverte. M. Marcel Deprez était à ce moment mon collaborateur pour des questions de mécanique; je lui fis part de ce que j’avais vu, mais il n’en parut pas surpris au même degré, de sorte que je fus privé de son concours qui eût été tant précieux pour moi, étant donnée la grande facilité naturelle que j’avais souvent constatée chez lui de pouvoir traduire même de simples intuitions par des expressions algébriques ou géométriques certaines. Autre chose me manqua plus encore : je voulais faire une application industrielle sur des données suffisamment import-mles, mais je ne parvins à recueillir que des adhésions sans importance au syndicat que j’essayai alors de constituer; on sait la suite. » M. Chansselle, en présentant cette Note, a ajouté que M. J. Garnier avait depuis longtemps l’intention de publier ce fait. Du reste, cela n’enlève rien au mérite de M. Hippolyte Fontaine, qui, le premier, en 1873, a réalisé une application pratique du phénomène. L’idée était dans l’air depuis quelques années, avait même été émise dans une publication, et il n’est pas étonnant quelle soit venue à l’esprit de M- Niaudet-Bréguet, électricien habile et toujours en contact avec les appareils électriques, et en relation avec M. Fontaine. 11 semble même que, pour l’un comme poiir l’autre, le hasard a contribué plus que le raisonnement à la production de l’invention qui est appelée à révolutionner le monde industriel.
- —Par une circulaire du 18 février, le Ministre de la guerre de Belgique fait savoir qu’avec l'agrément du Roi, il autorise, à titre d’essai, les officiers et les militaires de tout grade à faire usage de la bicyclette, jusqu’à midi, dans l’intérieur des villes (faubourgs compris) et pendant toute la journée en dehors des agglomérations. Les militaires des places d’Anvers, Liège et Narnur, qui auront un service à accomplir dans les forts, pourront, pour s’y rendre, traverser la ville en bicyclette à toute heure. L’autorisation de faire emploi du vélocipède pourra être retirée par les chefs de corps aux militaires qui ne se serviraient pas d’un appareil convenable, avec une habileté suffisante. Les vélocipédistes porteront la petite tenue, sans arme ni épaulettes, ni fourragère. Le bas du pantalon sera maintenu au moyen de jambières ou à l’aide des épingles spéciales employées par les cyclistes. Les officiers qui se rendront à la caserne en bicyclette, devront se présenter aux services dans la tenue exigée par les règlements ou par les ordres. Les vélocipédistes militaires rendront les honneurs prescrits par le règlement, en portant la main droite à la coiffure. Lorsqu’ils devront s’arrêter et faire front avant de saluer, ils sauteront de la bicyclette et la maintiendront de la main gauche. Les militaires ne pourront prendre part à des concours de vélocipédie qu’après autorisation des généraux de division, ou des inspecteurs généraux de l’artillerie et du génie.
- —— L’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen décernera, en 1895, un prix de 500 francs à l’auteur du meilleur travail sur le sujet suivant : Trouver un moyen nouveau pour mesurer, avec précision, les hautes températures ou perfectionner, au
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La lunette d'atelier se trouve chez M. Simmelbauer, à Montignv-lès-Metz. — Le nouvel appareil distillatoire est construit par M. Dujardin, successeur de Salleron, 24, rue Pavée-au-Marais, à Paris.
- Communications. — M. E. Roger, à Châteaudun, nous adresse le résumé des observations météorologiques faites dans cette ville pendant le mois de février 1893.
- M. E. Dietz, à Strasbourg, nous envoie une brochure sur le climat de l’Àlsace-Lorraine de 1888 à 1891. Extrait du Bulletin de la Société des sciences, agriculture et arts de la Basse-Alsace. (Librairie Treuttel et Würtz, à Strasbourg.)
- M. F. Clairin, à Alger, nous fait parvenir une petite brochure sur Alger port de mer. Cet opuscule se trouve chez M. A. Jourdan, libraire-éditeur, 4, place du Gouvernement, à Alger.
- M. Lacoin, à Saint-Cyr-du-Gault (Loir-et-Cher), nous fait part d’üne intéressante expérience qu’il a faite. 11 a effectué, en juin 1891, une greffe de tomate sur douce-amère ; le greffon et le sujet étaient à l’état herbacé. En automne 1891, toute la plante est devenue ligneuse, et à la naissance de la greffe, à 15 centimètres du sol, la tomate a émis des racines de 2 ou 3 millimètres de longueur. Elle a été rentrée en serre pendant l’hiver, ressortie en mai 1892 et rentrée en octobre. Depuis cette époque jusqu’à ce jour, elle n’a pas cessé de donner des fruits.
- Renseignements. — M. E. T., à Evreux. — Sur la différence de potentiel de 60 volts, il faudra mettre trois lampes de 20 volts en tension. Dans ces conditions, avec votre machine, vous alimenterez 48 lampes de 2 ampères par 16 séries de 3 en tension. L’intensité totale sera de 32 ampères.
- M. E. Vicart, à Marcelcave. — Les forces électro-motrices des circuits inducteur et induit sont sensiblement proportionnelles au nombre respectif de tours de fil. La section de ce dernier est déterminée par l’intensité du courant.
- M. E. H., à Tubize. — Il s’agit d’un papier recouvert d’un sel de plomb difficile à préparer.
- M. J. D., à Bruxelles. — Vous trouverez des appareils analogues chez M. Collin, 118, rue Montmartre, à Paris.
- M. E. Chaix, à Paris. — 1° Il n’y a pas d’autre dépôt que celui indiqué dans l’article. — 2° Non; il faut faire un lavage à l’eau.
- M. T. M. P., à X. — Un fil de 0mm,7 de diamètre a une résistance de 41,5 ohms par kilomètre. Pour 1 ohm, il faut donc environ 25 mètres.
- M. E. Bodin, au Mans. — L’adresse du fabricant est indiquée en tête de la Boîte aux lettres du même numéro.
- Un lecteur, à Constantinople. — 1° Vous trouverez quelques ouvrages sur ces questions à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris. — 2° Consultez les Instructions météorologiques, publiées par le Bureau central météorologique de France, à la librairie Gauthier-Villars.
- M. E. Sarradin, à Nantes. — M. Lacombe, 33, rue de Lorraine, à Levallois-Perret (Seine).
- M. E. Monteils, à Florac. — Adressez-vous au directeur de l’usine, dont l’adresse complète est donnée en légende dans le numéro que vous mentionnez.
- M. P. P., à Reims. — Il faut vous renseigner auprès du constructeur.
- M. G. Cruyé, à Châtellerault. — Cette adresse a déjà été indiquée à de nombreuses reprises; voyez le n° 1016, du 19 novembre 1892, et la Boîte aux lettres du n° 1018, du 3 décembre 1892.
- Une abonnée, à Anvers. — Il n’y a pas de journaux de ce genre, mais vous trouverez quelques petits traités à la librairie L. Berville, 25, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris.
- Questions. — N° 1324. — M. G. B., à B., nous demande la composition qualitative et quantitative de l’alliage employé sous le nom de fer à polir par les horlogers pour polir les pièces d’horlogerie en acier.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Luis ân Broza-rense, à Cayo-Cruz (Cuba). Votre envoi est très intéressant; nous publierons prochainement votre photographie. — M. A. Mages, à Marseille. Nous vous remercions pour votre recette ; elle a déjà été donnée antérieurement dans La Nature. — M. J. Schwartung, à New-York. Nous ne pouvons insérer les demandes d’échanges, cela nous entraînerait beaucoup trop loin; tous nos regrets. — M. A. Vermeire, à flamme. Consultez les traités de chimie. — M. Lemaître, à Paris. Nous avons déjà essayé d’avoir des renseignements sur cet appareil; nous n’avons pu y parvenir.— M. V. D., a Bruxelles; M. A. Minet, à Cahors; M. C- Bouillard, à Paris; M. J. C., à Strasbourg. Voyez les Recettes et procédés utiles, (G. Masson, éditeur.) — M. T. Cordier, à Moscou. Les Nouvelles Recettes utiles (même maison) indiquent la composition de plusieurs bains pour la trempe de divers objets en acier. — M. S. P-, à X. Vous trouverez de nombreuses formules pour le soin des collections dans le petit livre indiqué ci-dessus et dans la Science pratique, à la même librairie. — M. A. M., h M. ; M. Ginot, à Saint-Etienne; M. F. B., à Coimbra; M. W. H. K., à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. R. B-, à Y. ; M. L. A., à Lille. Remerciements pour vos communications.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Fabrication électrolytique des couleurs à base de plomb. — MM. Ferranti et Noad placent des vases poreux dans des auges convenables, suspendent des anodes en plomb brut dans les auges et des cathodes également en plomb dans les vases poreux. L’électrolyte est une solution d’acétate d’ammoniaque (10 parties d’acétate, 90 d’eau et 8 d’acide acétique cristallisa-ble) ou d’acétates alcalins. Le plomb se dissout dans les compartiments anodes, tandis qu’une solution alcaline se rassemble dans les compartiments cathodes. On soutire la liqueur alcaline, on la carbonate, et on l’ajoute à la solution plombique extraite des auges. Il se forme un précipité de carbonate de plomb et une liqueur d’acétate qui rentre dans une nouvelle électrolyse. Si l’on précipite par l’acide chromique le sel de plomb obtenu, on obtient le chromate de plomb, connu sous le nom de jaune de plomb.
- Préservation des murs contre l'humidité. — On enduit les murs avec : eau, 1 litre; gélatine, 500 grammes; bichromate de potasse, 50 grammes. En somme, c’est un badigeonnage à la colle forte, dans laquelle on a dissous 3 pour 100 de bichromate de potasse. Ce procédé étant basé sur ce fait que la gélatine qui contient du bichromate de potasse devient insoluble dans l’eau quand elle a été exposée à la lumière, on ne l’appliquera utilement que dans les lieux éclairés par la lumière au jour; dans une cave, il serait absolument inefficace.
- Encre à tampon pour timbrer. — Pour composer une couleur qui ne crasse pas trop le timbre marqueur, et qui sèche en même temps rapidement, tout en donnant une empreinte indélébile, on mélange à chaud : eau, 75 parties en poids; glycérine, 7 parties; sirop de sucre, 3 parties; couleur d’aniline, 15 parties. On ajoute la couleur d’amline seulement lorsque l’eau, mélangée à la glycérine et au sirop, est en ébullition ; cela empêchera l’aniline de se précipiter au fond du vase, et la fera dissoudre parfaitement.
- Enduit spécial pour rendre les cuves étanches. — M. Fon-taine-Atgier a fait connaître une recette pour enduire les cuves en bois et les rendre étanches. Il suffit d’appliquer au pinceau métallique la composition suivante : gutta-percha, 1 partie en poids; paraffine, 1 partie. Fondre le mélange sur un feu doux. Le l’evêtement obtenu par cette composition résiste aux alcalis et aux acides concentrés. En faisant intervenir le fer chaud après le badigeonnage, on obtient le poli nécessaire.
- Vernis résistant aux acides. — MM. Helbigy et Bertling, de Ballimore, ont fait breveter un vernis résistant aux acides aussi bien que le meilleur bitume. Ce produit s’obtient en versant dans un récipient en fer contenant un gallon (41, 5) d’huile de lin, 20 livres (9 kilogrammes) de plomb fondu liquide, en agitant le mélange; après le refroidissement, on ne retrouve au fond du vase que 17 livres (7k‘,500) de plomb solide, le reste (lkE, 500) est incorporé à l’huile. On recommence l’opération, et, à la cinquième reprise, on obtient un liquide ayant la consistance d’un vernis, et que l’on emploie comme tel.
- t)nnx la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux le% ren-.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Dominos japonais triangulaires. — Voici pour les amateurs de dominos un jeu japonais très original. Les dés sont triangulaires comme le montre le n° 3 de la figure ci-dessous. Les points marqués sur les parties blanches du domino, sont noirs, rouges et jaunes. Chacune des trois nuances du jeu comprend 6 as, 6 deux, 6 trois, 6 quatre, 6 cinq, et 6 six. Un point quelconque d’une nuance s’accouple avec tous les points des deux autres. Ainsi, on trouve : as noir, as rouge; as noir, deux rouge; as noir, trois rouge, etc. L’ensemble des points d’un même domino formant toujours 6 ou 12, il suffit de connaître deux de ses cotés pour avoir le troisième. Néanmoins, chaque
- Dominos japonais.
- pièce à sa valeur propre, déterminée par les points noirs qui sont des dizaines de points et par les rouges pour les unités. Le 5 noir, 4 rouge, par exemple, vaut 34. (Les jaunes n’ont ici aucun rôle). Le nombre des joueurs est facultatif. Chacun prend b pièces. La partie commence par le plus fort domino levé, d’après sa valeur propre. On joue rouge sur rouge et noir sur noir; on ne joue pas sur les jaunes, mais si on joue une pièce supérieure en point jaune à celle qu’elle couvre, on peut jouer de nouveau, d’un côté ou de l’autre de la ligne, jusqu’à ce que le point jaune joué soit inférieur au précédent. Le joueur qui puise au talon n’y peut prendre qu’une seule pièce à chaque tour. La partie est gagnée par celui qui a le moins de pièces en mains en cas d’arrêt définitif du jeu. — Les dominos japonais se trouvent chez M. Bertrand, 19, rue d’IIauteville, Paris.
- Casserole-nécessaire de voyage. — Voici un petit objet très recommandable pour les voyageurs et les touristes; il consiste en une boîte de fer-blanc que représente le n° 1 de la figure ci-dessous. Quand on ouvre cette boîte, on y trouve un petit trépied, qui est replié sur lui-même, et qui, une fois
- Casserole-nécessaire de voyage.
- ouvert, sert de support à la boîte de fer-blanc ; cette boîte est munie d’une poignée qui se rabat, et qui ouverte transforme la boîte en une casserole. Une lampe plate à esprit-de-vin formée d’un corps poreux protégé par une toile métallique se place sur le trépied comme le montre le n° 2 de la gravure; un petit bidon sert à l’approvisionnement de l’alcool ou de l’essence de pétrole. Voilà un petit outillage peu encombrant et qui peut
- être précieux pour faire de la cuisine en plein air. La poignée pliante, le trépied, la lampe, le bidon, tiennent facilement dans la casserole, qui pour le transport est munie d’un couvercle. La petite casserole a Om,ll de diamètre, et son bagage est très léger. — La marmite de voyage se trouve chez M. Mathieu-Mar-tain, 42, boulevard Bonne-Nouvelle ; et 2,Faubourg-Poissonnière, Paris.
- La boussole horaire photographique. — Nous avons donné précédemment (Nouvelles scientifiques du n° 1002, 13 août 1892, Recettes utiles) le moyen de reconnaître, au moyen d’une boussole, à quelle heure de la journée un sujet à photographier sera convenablement éclairé. La boussole que nous représentons ci-dessous est spécialement construite pour servir à cet usage : elle peut être employée comme boussole ordinaire marquant les quatre points cardinaux, et comme bous-
- Boussole horaire pour les photographes.
- sole horaire, indiquant aux photographes l’heure à laquelle il est favorable de prendre la photographie d’un point déterminé. Le constructeur se base sur le principe de la rotation de la terre et prend comme point fixe l’aiguille côté bleu et comme rotation l’anneau de l’instrument. Il suffit, pour se servir de la boussole, de tourner Panneau du côté du panorama que l’on veut photographier. L’aiguille côté bleu indiquera l’heure à laquelle le panorama sera le mieux éclairé pour faire un bon cliché. Cette boussole est en cuivre poli et nickelé, l’aiguille est montée sur chape agate pour la rendre plus libre ; sur le côté gauche il y a un petit bouton faisant mouvoir un levier pour immobiliser l’aiguille lorsqu’on ne s’en sert pas. — Pour tout ce qui concerne la boussole horaire, s’adresser à M. Charvieux, 19, rue Saint-Augustin, Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Les écoulements d'oreille. — On a cru pendant longtemps* et cette erreur n’est pas encore déracinée, que les écoulements d’oreille étaient une manifestation salutaire et purgeaient l’économie des humeurs mauvaises. Bien des enfants ont dû à la crainte de faire passer ces écoulements une surdité plus ou moins complète. Ces suppurations proviennent soit du conduit auditif externe, soit le plus souvent, de l’oreille moyenne; le tvmpan a été perforé spontanément par l’abcès et fort heureusement l’écoulement s’est fait au dehors au lieu de gagner la cavité crânienne, le cerveau dont l’oreille n’est séparée que par de minces barrières. Le traitement de cette affection réclame impérieusement l’examen d’un spécialiste : aussi les conseils ui vont suivre ne sont-ils donnés que comme palliatif, en attenant un diagnostic et un traitement précis. Dans tout écoulement, et quelle qu’en soit à priori la cause, il faut nettoyer l’oreille et la nettoyer par des procédés antiseptiques. Je n’aurai en vue ici que les plus simples. Tout d’abord il faut un instrument, un injecteur, une seringue. Ne prenez pas de seringue en verre : la quantité de liquide qu’elles contiennent est insuffisante et en général le piston ferme mal et ne projette pas le liquide d’une façon assurée. Prenez une seringue de caoutchouc durci, un irrigateur de moyen volume, très propre. Que la canule soit fine, et pour prévenir tout accident, fixez au bout un petit drain de caoutchouc de 6 à 8 centimètres de long. C’est ce tuyau de caoutchouc de fin calibre que vous introduisez dans
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- •NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- solidement la tète de l’enfant par la personne qui le tiendra sur ses genoux. Une cuvette placée sous l’oreille recevra le liquide. Chargez votre seringue ou votre injecteur d’un grand verre d’eau tiède, mais qui aura bouilli, et dans laquelle vous aurez fait dissoudre, au moment où elle était bouillante, une grande cuillerée d’acide borique en paillettes. Injectez doucement, sans trop de force, jusqu’à ce que l’eau sorte claire. Pour que le liquide pénètre bien jusqu’au fond du conduit, relevez doucement en haut et en arrière le pavillon du l’oreille. Cela fait, essuyez avec précautions le conduit de l’oreille avec un peu d’ouate hydrophile et soufflez dans le conduit la valeur d’une
- pincée d’acide borique en poudre. Pour cette insufflation, voici un procédé très simple. Prenez un tube à drainage de caoutchouc de calibre moyen, 6 à 8 millimètres de diamètre et long de 30 centimètres. Par un bout prenez un peu de la poudre, introduisez doucement ce bout dans l’oreille et soufflez par petites saccades par l’autre extrémité. Puis obturez l’oreille, sans trop le tasser, avec un bouchon d’ouate hydrophile. Renouvelez le lavage et l’insufflation deux fois par jour. Mais, je le répète, ne vous dispensez pas d’une visite du médecin, qui peut seul vous édifier sur la nature de la maladie et diriger le traitement. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30j. — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS k 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 6 mars 8”,7 N. W. 2 Beau. 0,0 Nuag. de 6 li. à 8 h.; beau à 21 h.; couv. le reste du temps.
- Mardi 7 6*,0 N. N. E. 1 Couvert. 0,0 Très nuageux; gelée blanche.
- Mercredi 8 7%2 N. N. E. 1 Couvert. 0,0 Couv. de 4 h. à 14 h.; quelq. nuag. av. et ap.; brouill. l’apr.-midi; brouill. pl. épais dans la soirée.
- Jeudi 9 3“ ,9 S. 1 Couvert. 0,0 Beau de 12 h. à 18 h.; couv. av. et apr.; brouill. toute la matinée; gelée blanche.
- Vendredi 10 7°,2 N. N. W. 2 Couvert. 0,0 Nuageux le matin; beau le soir.
- Samedi 11 0",2 S. E. 1 Beau. 0,0 Quelq. nuages çà et là, beau du reste; petit brouill. 5 i II .
- Dimanche 12 0*,0 S. E 1 Beau. 0,0 Beau; petit brouill. à 7 h.; glace lég. dans les baquets.
- MARS (893. -- SEMAINE DU LUNDI 6 MARS AU DIMANCHE 12 MARS
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de O à 10; les pèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques lbaromètre ramené à 0. au niveau de la merp. courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Neige chargée «le chenilles. — Un de nos lecteurs nous envoie la Note suivante publiée dans le Salinois, journal de l’arrondissement de Poligny (Jura) : « Un phénomène sans précédent, croyons-nous, dans nos régions, vient de se produire sur une partie du territoire du canton de Salins, dont le village de Pont-d’Héry paraît avoir été le contre. Mercredi 22 février, au moment où une bourrasque de neige soufflait avec violence, une quantité innombrable de chenilles vivantes de diverses formes et de familles différentes, auxquelles se trouvaient mêlées quelques mouches, tombèrent en même temps que la neige « qu’elles noircissaient », nous dit un témoin oculaire. D’où proviennent ces chenilles? Et comment espliquer ce phénomène? Tout d'abord, ces chenilles vivantes proviennent nécessairement, — la direction du vent (sud-ouest) qui les a transportées l’indique, d’ailleurs, — d’une région où il existe actuellement des feuilles aux arbres. C’est donc probablement des Açores, de Madère, des Canaries ou des îles du'Cap-Vert, que la bourrasque dont nous venons de parler, trombe ou cyclone là-bas, aura emporte ces chenilles, peut-être encore Ajivelonnées dans leurs bourses, et ]es a tenues en suspension jusqu’au
- La pureté «le l’air dans les régions polaires. — Lors de l’expédition qui a été entreprise dans les régions polaires par le navire la Manche, des études fort intéressantes ont été faites sur le sol, les eaux et l’air de ces contrées. M. Coutcaud a rapporté toutes les observations qu’il a pu effectuer, et donne les conclusions suivantes : « L’enseignement qui se dégage de ces recherches, c’est l’extraordinaire pureté de l’air, des eaux et du sol des régions glaciales. Les formes bacillaires ne s’y montrent point, ou peu s’en faut ; les espèces pathogènes font complètement défaut. Peut-on s’étonner, après cela, que les explorateurs de ces pays s’y portent si bien et que M. Nordenskiold ait vanté l’extraordinaire salubrité du Spitzberg? Mon expérience personnelle sur la Manche, navire habité par cent quarante-cinq marins ou passagers, me permet de confirmer le bien fondé de cette opinion : nulle part, en effet, notre personnel ne s'est mieux porté que sous ces latitudes élevées. Et si, parfois, le scorbut éclate parmi les équipages qui hivernent dans les glaces, je pense qu’il est attribuable moins à une maladie microbienne qu’à une auto-inlectiou résultant de causes très complexes. »
- Tremblement «le terre en Italie. — Deux secousses ondulatoires de tremblement de terre ont été ressenties le 28 février dans la soirée à Sienne. On n’a signalé aucun accident de personne ni aucun dégât.
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- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- Transport d’un liangar & Rouen. Le 18 février dernier, une foule nombreuse a assisté, rueJean-Ango, à Rouen, à une opération des pins intéressantes. 11 s’agissait du déplacement, sur rails, du gigantesque hangar qui était le dernier obstacle à la jonction du nouveau chemin de Croisset aux quais de la rive droite. L’opération s’est faite avec une plus grande rapidité encore qu’on ne pensait : au lieu de 17 centimètres à la minute, l'énorme hangar, dont le poids n’est pas inférieur à 150 000 kilogrammes, a roulé sur ses rails à raison de 53 centimètres à la minute, soit 20 mètres à l’heure. A midi, il barrait encore le chemin de Croisset; à deux heures, il abandonnait complètement ses anciennes fondations et gagnait son nouvel emplacement avec une lenteur majestueuse. 11 n’y a eu qu’une voix parmi les personnes compétentes, pour complimenter l’habile ingénieur, de Rouen, M. Edouard Duveau, qui a dirigé ce travail, ainsi que ses collaborateurs : son frère et M. Yillette. entrepreneur de charpente, qui a exécuté toute la partie matérielle de l’ouvrage. Le point délicat de l’opération avait été d’enlever le hangar à ses assises pour l’installer sur le système de chariots qui devait le porter à son nouvel emplacement. C’est M. Duveau qui avait construit ce hangar en 1879; il en connaissait la solidité, et pas un instant il n’a douté delà possibilité de le transplanter ailleurs tout d'une pièce. La construction se compose de douze fermes, du système Colonceau, en bois et fer, formant onze travées de 4 mètres 50 de longueur chacune. Les piliers en bois reposaient simplement sur des dés en briques recouverts de plaques en fortes tôles. 11 s’agissait de les soulever, afin d’établir l’ensemble sur les appareils de locomotion. A cet effet, on a commencé par installer une voie ferrée, du type de la compagnie du Nord, sous chaque ligne de piliers; et, sur cette voie, sous chaque pilier, on a disposé un truc monté sur deux essieux avec roues. Le truc enserrant bien les piliers, on a fait agir des vérins, pour soulever successivement chaque poteau de quelques centimètres au-dessus de son dé en maçonnerie. Ce léger soulèvement, opéré avec précaution, de pilier en pilier, n’a pas produit la moindre détérioration dans la structure; on n’a pas entendu le plus petit craquement. Tous ces préparatifs, pose de la voie, montage des trucs, soulèvement de chacun des piliers au-dessus de ses assises, n’a demandé en tout que neuf jours, y compris le complément de mesures de précaution que nécessitait l’ouvrage, telles que l’installation de croisillons en charpente et de traverses en fer, allant d’un poteau à l’autre pour maintenir l’écartement régulier pendant la marche. Un double système de treuils et de cayornes actionnés à bras par douze hommes, assurait la traction. Des points de repère étaient soigneusement établis de chaque côté du hangar, et, à mesure que la traction avançait de 50 centimètres d’un côté, on s’assurait que l’autre avait accompli exactement le même trajet. Toute cause de dislocation de cette construction, si élancée et si fragile •en apparence, était ainsi évitée. Avant de poser la voie, on .avait eu soin de faire établir les fondations du hangar sur son
- nouvel emplacement. Maintenant qu’il est transplanté, on va le laisser reposer sur les trucs qui l’ont amené là jusqu’à ce que les maçons aient construit à la hauteur voulue les dés qui serviront de support à ses piliers. Il suffira pour le descendre sur ces dés, d’enlever les cales et on l’assoira ainsi sur son terrain définitif avec autant d’aisance qu’on l’a enlevé de ses anciennes assises. Il ne restera plus alors qu’à démonter les trucs.
- INFORMATIONS
- —D'après le Standard, on vient d’inaugurer à Vienne un service de journal par téléphone. Les nouvelles politiques, commerciales, financières, etc., sont reçues à un bureau central, puis groupées en articles ou en entrefilets qui sont remis d'heure en heure à des employés exercés et doués d’une voix très claire, chargés de les transmettre par le téléphone. Les récepteurs sont munis de tubes assez longs pour pouvoir être fixés aux oreilles de l’abonné qui peut recevoir les nouvelles assis dans son fauteuil ou devant son bureau, voire même dans son lit. Le service commence à 8 heures du matin et finit à 9 heures du soir. On ne paye qu’un abonnement de 3 schel-lings par mois. Le journal est téléphoné en allemand et en hongrois. Cette innovation est, paraît-il, fort appréciée à VienneI A quand le roman téléphoné?
- —$£— On sait que le trot n’est pas une allure normale pour le cheval arabe; dans son pays d'origine il n’a que deux allures : le pas et le galop. Ce cheval peut cependant devenir un excellent trotteur et c’est ce qu’on vient de voir en Angleterre : un cheval arabe de six ans a fait au trot 28 milles anglais, soit 45 kilomètres en deux heures quarante minutes. Le lendemain, il a refait le même chemin en deux heures trente minutes et il a enlevé les 7 derniers milles en une demi-heure. Il était attelé à un tilbury portant deux personnes.
- —l u de nos lecteurs, M. Spaeth, nous adresse de Maldah, Bengale (Indes anglaises), l’intéressante Note suivante sur les bracelets portés par les femmes au Bengale : « Parmi les parures tant affectionnées des femmes bengalies, le bracelet est peut-être celu i qui jouit de la plus grande faveur, et aucune femme indigène, fût-elle mendiante, ne résiste à la coquetterie de s’eu orner les deux bras. Il n’est pas rare d’en voir le nombre se monter à vingt, et alors les anneaux s’en vont en grandissant du poignet au coude. Les matières les plus diverses servent à leur fabrication, depuis l’or, l’argent et le cuivre, jusqu’au fer, au verre et au plomb. D’autres sont une composition de terre glaise et de limaille de laiton, ou bien encore de résine de certains arbres, mais tous, car ils doivent charmer l’ouïe autant que la vue, rendent un petit son métallique, à chaque mouvement de bras. Mais il est une matière, peut-être inconnue au lecteur, qui entre dans la fabrication de ces bracelets, savoir : les coquilles des gros mollusques du Gange, collectivement nommés shanko dans le pays. Ces coquilles sont sciées en anneaux parallèles très minces, qui, nécessairement, s’en vont en diminuant du centre aux deux bouts. Plus la coquille est grande, plus on en retire d’anneaux. Dix-huit, neuf pour chaque bras, en est le nombre généralement porté. Les fabricants de bracelets de coquillages, en vrais artistes, savent fort bien polir ces anneaux, les peindre en rouge et en jaune, les vernir et les cmailler. Ces braeelels-là ne sont jamais portés par les Musulmanes, mais exclusivement par les Hindoues, et ils font toujours partie des cadeaux du fiancé à sa très jeune future.»
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le moteur rotatif est construit par MM. Filtz frères, 255, rue de Vaugi-rard, à Paris.
- Communications. — M. le Dr Henri Van Heurck, directeur du Jardin botanique d’Anvers, nous adresse une intéressante lettre à propos de l’article de M. Henri Coupin sur la locomotion des diatomées (n° 1050, du 25 février 1893, p. 203). Nous en extrayons les passages suivants : « Pour autant que je sache, M. J. G. Grenfell n’a jamais eu la prétention de faire servir à la locomotion les pseudopodes qu’il découvrit chez certaines diatomées circulaires. Au contraire, tant dans les lettres qu’il m’écrivit que dans le Mémoire qu’il publia, il dit expressément qu’il croit que ces pseudopodes peuvent servir : 1° soit à la protection du frustule; 2° soit comme moyen d’attache; 5° soit à la flottaison. Ne rendons pas M. Grenfell responsable d'une assertion qu’il n’a pas émise.... Quant aux expériences de M. le professeur Butschli, elles ne sont ni nouvelles, ni convaincantes. Je dois en revendiquer la priorité pour mon vieil ami, M. le professeur Jlamilton L. Smith, de l’Université de Geneva (New-York). Les expériences du professeur II. L. Sm. sont analogues, sinon absolument identiques à celles de M. Butschli et datent d’il y a vingt ans au moins. Une autre assertion, qui n’a également aucune preuve pour appui, c’est celle de notre savant correspondant l’honorable J. U. Cox, recteur de l’Université de Cincinnati et un des premiers diato-mographes de notre époque. M. Cox croit que le mouvement des diatomées pourrait être produit par l’action d’une rangée de cils qui agirait à travers le raphé, qui, pour plusieurs diato-mistes, est une véritable fente. En somme, comme on le voit, nous n’avons encore aucune explication réelle du mouvement des diatomées, mouvement d’ailleurs borné à certains genres. Espérons que, grâce aux recherches de culture que poursuivent actuellement l’habile Dr Miquel et quelques autres diatomistes, on finira par être mis sur la voie du curieux phénomène qui, pendant si longtemps, a fait classer les diatomées dans le règne animal. »
- M. H. Coupin, préparateur à la Sorbonne, auteur de l’article de La Nature, adresse la Note ci-jointe à M. Yan Heurck :
- « Mon article n’est que le résumé d’un travail publié dans le Natural Science (chez Macmillan and C°, London). Ce journal, après avoir cité le travail de M. Grenfell, parle des attaques de M. Hogg. 11 semble hors de doute, d’après ce qu’il dit, que M. Grenfell considérait les pseudopodes comme des organes de mouvement, puisque M. Hogg combat sa théorie. En ce qui concerne le travail de M. Ilamilton L. Smith, je regrette de ne pas en avoir eu connaissance. Mais comment se fait-il que l’on n’en parle pas dans Natural Science? )) Nous ajouterons que les figures de Diatomées de notre article sont faites d’après le bel atlas de Diatomées de M. Yan Heurck.
- M. le I)T E. A. Gôldi, à Saint-Gall (Suisse), nous envoie une brochure qui a pour titre Zur Orientirung in der Spinnenfauna Hrasiliens et qui contient un certain nombre de communications sur l’histoire naturelle du Brésil.
- M. P. Carré, à Paris, nous signale un fait curieux de végétation que l’on peut voir en ce moment dans les fossés creusés le long de l’Ecole des mines pour le prolongement de la ligne du chemin de fer de Sceaux. Un de ces fossés a environ 15 mètres de profondeur, et son bord coupe en section verticale l’emplacement d’un des arbres du boulevard Saint-Michel. La terre végétale et les racines sont descendues dans les sables gris et jaunes jusqu’à 10 et 12 mètres.
- M. F. de C., à Paris, à propos des incendies dus à des causes extraordinaires dont il a été question dans les n°‘ 1030 et 1052 du 25 février et du 11 mars, nous raconte le fait suivant qui s’est produit à New-York, il y a deux ans. Un habitant de New-York avait été trouvé mort sur un canapé dans son appartement. Une balle de fusil lui avait traversé la tempe, cette mort
- avait donné lieu à des hypothèses multiples; suicide, assassinat, etc. Un émouvant procès suivit ce drame, un domestique avant été accusé. On reconnut que la mort était due à un fusil chargé accroché à un mur : un rayon de soleil avait fait partir l’amorce par l’intermédiaire d’une carafe, jouant le rôle de lentille. L’avocat à titre de démonstration, parvint à décharger l’arme d’une manière analogue.
- M. G. Ramond, à Paris, nous adresse les brochures suivantes : 1° Esquisse géologique de l’aqueduc de dérivation vers Paris, des sources de la vallée d’Avre (Extrait du Bulletin de la Société géologique de France) ; 2° Asie et Océanie (Extrait de l’Annuaire géologique universel)', 5“ Notice explicative du profil géologique du chemin de fer de Manies à Argenteuil. En collaboration avec M. G. Dollfus (Extrait du Bulletin de la Société géologique de France).
- Renseignements. — M. D., à R. — L’expérience dont vous parlez se fait probablement avec des couleurs d’aniline et de l’eau alcoolisée. ;
- M. Ducas-Teinturier, à Mourmelon-le-Grand. — Il suffit de laisser séjourner les’ vieux clichés dans l’eau chaude pour les dépouiller de leur couche de gélatino-bromure.
- M. F. A., à Paris. — 11 est très facile de dépolir une plaque de verre en frottant à sa surface, de l’émeri très fin avec un morceau de cristal, et en ayant soin de bien mouiller.
- M. A. F. Faure, à Oued Amizour. — 1° Prenez la pile bloc, 98, rue d’Assas, à Paris. — 2° Vous trouverez divers modèles chez les marchands d’appareils photographiques.
- M. Rennesson Vasset, à Donchéry. — Adressez-vous à la Société française d’aluminium, 56, rue Lafayette, à Paris.
- M. A. S., à Moissac. — 1° Carton pour toitures : M. P. Desfeux, A0, rue Meslay, à Paris. — 2° Cristallerie de Choisy-le-Roi, 5, rue Bleue, à Paris.
- M. J. Cervera, à Yalencia. — M. Maury, 6, boulevard Montmartre.
- Un lecteur, à Genève. — L’adresse demandée est : 27, rue du Faubourg-Montmartre, à Paris.
- M. Favard, à Condezaygues. — La photo-jumelle de 31. Carpentier, décrite dans le n° 1008, du 24 septembre 1892, se trouve au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. M. Gouffe, à Pont-de-Buis. — Pour ce qui concerne cet appareil, s’adresser au constructeur, 56, rue Lourmel, à Paris.
- M. L. W., à Versailles. — Le platine devient incandescent à l’air libre, quand il est traversé par un courant électrique; mais il n’est pas très lumineux, et la dépense d’énergie est assez considérable.
- M. L. D. H., h Bruxelles. — Vous trouverez probablement ces ouvrages à la librairie Baudry, 15, rue des Saints-Pères, à Paris.
- M. L. Comte, à Vals-les-Bains. — L’adresse que vous demandez est donnée en tète de la Boîte aux lettres du n° 1014, du 5 novembre 1892.
- Accusés de réception. — Avis divers : L’abonné 2002, à X. Il faudrait faire faire l’analyse de la substance pour pouvoir vous répondre. — M- A. L., à Douai. Ce procédé a déjà été publié. Remerciements. — M. S. P., h X. Cet appareil doit se trouver chez les quincailliers; nous n’avons pas d’adresse spéciale à vous indiquer. — M. L. Touchebeuf, à Lyon. Il faudrait vous adresser directement aux constructeurs; nous ne connaissons pas de dépôt à Paris. — M. L. Robiliart, à Bruxelles. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux déjà donnés; il est, du reste, facile de confectionner soi-même un appareil analogue. — M. S Fléchard, à Montcnay. 1° Remerciements; 2° Consultez les Nouvelles Recettes utiles. (G. Masson, éditeur.) — AU Ch. Raff, à Rouen. 1° Voyez les Recettes et procédés utiles (même éditeur) ; 2J pas d’autre moyen que de frotter avec une brosse de chiendent. — M. Carou-get, à Nantes; M. R. C. M., à Alger. Voyez le petit livre indiqué ci-dessus. — M. A. Dasso, à Arras; M. A. D. C., à Verdun. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. E. Ramas, au Valdoie; M. Gudon, à Comba. Remerciements pour vos communications.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturellé. — 31. Arnaud, professeur, a commencé le cours de chimie appliquée aux arts le jeudi 16 mars 1895, dans le grand amphithéâtre du Muséum d’histoire naturelle, à 4 heures, et le continuera les lundis et jeudis suivants à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes ' ’ ' 1 -----------—Tl nn'nur lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- montre-réveil électrique. — La montre-réveil électrique se compose d’une montre et d’une pile électrique faisant agir une sonnerie. La montre est munie d’une petite étoile sertie à frottement doux sur le centre du verre et portant à l’intérieur une aiguille en argent dont l’extrémité est recourbée. Cette aiguille supplémentaire, que l’étoile extérieure permet de manœuvrer, est destinée à venir prendre contact et à fermer le circuit électrique, au moment voulu, avec l’aiguille des heures. Deux fils venant, l’un du pôle positif d’une pile sèche, l’autre de la sonnerie reliée avec le pôle négatif, sont rattachés aux deux
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- Montre ordinaire actionnant un réveil à sonnerie.
- bornes du porte-montre. L’une de ces bornes est mise en communication avec le crochet qui reçoit la montre, dont l’étoile centrale a été placée sur l’heure voulue : la deuxième borne communique avec un levier mobile, qui vient appuyer et prendre contact sur l'étoile sertie au milieu du verre de montre. L’heure voulue étant donnée par la petite aiguille, cette dernière établit la communication avec l'aiguille mobile reliée à l’étoile, ferme le circuit et actionne le trembleur de la sonnerie. Le levier mobile mentionné ci-dessus n’est, en définitive, qu’un simple commutateur. Nous ajouterons que la montre-réveil électrique pourrait permettre de donner le réveil en plusieurs endroits à la fois. Il suffirait, pour actionner plusieurs sonneries, d’en relier les bornes avec celle du porte-montre. Une montre quelconquô à boîtier ouvert peut être transformée pour être utilisée sur l’appareil. — La pile-sonnerie pour réveil, se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’IIauteville, à Paris.
- Distributeur automatique à musique. — Nous signalerons une nouvelle application de distributeur automatique. L’appareil que nous allons faire connaître donne, pour une pièce de 10 centimes, un objet quelconque et fait entendre tout à la
- Distributeur automatique à musique.
- Vue de l’appareil fermé, et détail du mécanisme.
- fois un air de musique qui peut être varié. La figure ci-dessus représente l’appareil; la partie inférieure du dessin de droite montre le mécanisme distributeur, et la partie supérieure le mécanisme à musique. La pièce de monnaie s’introduit par
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des lYow-
- l’ouverture P, glisse en tombant dans un conduit placé à l’arrière du distributeur, déclenche, en passant, le mouvement actionnant la musique qui fonctionne aussitôt pendant quelques minutes ; la pièce continue ensuite sa descente par le canal G et arrive dans le récepteur R fixé à l’extrémité du levier DU. Son poids fait abaisser ce levier qui pivote en D, et en S se produit un déclenchement du mouvement mécanique propre au distributeur automatique. Ce dernier X est formé d’un disque portant à sa périphérie un nombre variable de 50 à 100 cases renfermant des objets à distribuer. À chaque déclenchement produit par l’abaissement du récepteur R, les cases viennent se placer successivement l’une après l’autre devant une ouverture qui conduit au réceptacle extérieur O l’objet distribué. La pièce de 10 centimes tombe ensuite dans un tiroir-caisse placé en A. Le mécanisme à musique est du genre de celui des boîtes suisses ; toutefois le cylindre à pointes est remplacé par des disques en métal perforés que l’on peut changer très facilement. Le déplacement est donné par un mouvement d’horlogerie que l’on peut remonter à l’aide de la manivelle M. Dans les nouveaux modèles actuellement en construction, les inventeurs adapteront un petit moteur électrique. — Cet ingénieux appareil est construit par MM. Stransky frères, 20, rue de Paradis, à Paris.
- Chandelier mobile pour eate. — Par le temps qui court d’applications de l’électricité à la lumière, il pourra paraître singulier de revenir à la lampe antique. Le petit chandelier que nous représentons ci-dessous offre beaucoup d’analogie avec
- Chandelier pour cave.
- la lampe antique, seulement c’est une bougie qui lui donne le luminaire. Cette lampe peut être très utile pour descendre à la cave. La bougie allumée est placée dans un petit support qui oscille autour de deux tiges comme le montre un de nos dessins. La lampe, munie d’une poignée arrondie, peut être placée sur l’avant-bras pour descendre à la cave les mains chargées; elle peut être posée par terre, ou bien être accrochée au mur soutenue par un clou. Ce petit chandelier est en fer noirci, il est solide et rustique. Notre gravure le représente dans les différentes positions qu’il peut occuper. — Se trouve chez M. Mathieu-Martain, 2, Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le livre et l'image. Revue documentaire illustrée mensuelle. Directeur littéraire : J. Grand-Carteret. Directeur-gérant : Emile Rondeau. Publication mensuelle richement illustrée. — Paris, Emile Rondeau, éditeur, 35, passage des Panoramas. Prix par an : 40 francs.
- Nous avons reçu la première livraison de cette nouvelle publication dirigée pour l’exécution artistique par M. J. Grand-Carteret, bien connu de nos lecteurs. Le livre et l’image! c’est-à-dire ce qui se lit et ce qui se regarde ; ce qui parle à l’imagination, ce qui s’adresse aux yeux; la langue littéraire et la langue graphique. Voilà ce qu’ont voulu réunir les fondateurs de cette Revue, qui, à en juger par sa première livraison, prendra une place importante dans les belles bibliothèques des amateurs et des érudits.
- Physiologie. Travaux du laboratoire de M. Charles Richet. tome deuxième. Chimie physiologique. Toxicologie. Avec 129 figures dans le texte. 1 vol. in-8°. — Paris, Félix Alcan, éditeur, 1893. Prix : 12 francs.
- Le deuxième volume des travaux de physiologie du laboratoire de M. le professeur Ch. Richet vient de paraître. Il est consacré à
- la rlnmif* rUiv^inlocnfriiA a! la frtYirnlfiprip. Parmi Iaq fravanT Ha
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- M. Richet et de ses collaborateurs : M.\I. Gley, Langlois, Moutard-Martin, Abelous, Etard, Pachon, Rondeau, Roux et Delbosc, publiés dans ce volume, nous citerons les mémoires sur : le rythme de la respiration, le rôle du cerveau dans la respiration, les fonctions des capsules surrénales chez les grenouilles, chez les cobayes, la polyurie, la digestion chez les poissons, l’asphyxie des poissons, l’inanition, la vie des animaux enfermés dans du plâtre, l’action physiologique des métaux alcalins, l'élimination des iodures, la cocaïne, etc. Toutes ces recherches originales apportent un important contingent à l’élude des questions qui préoccupent actuellement le monde médical. '
- Principes de la laiterie, par E. Duci.aux, membre de l’Académie des sciences, professeur à la Sorbonne et à l’Institut agronomique, 1 vol. in-18. — Paris, Armand Colin et Cie. Prix : 3 fr. 50.
- Les développateurs organiques en photographie et le para-midophénol, par MM. Auguste et Louis Lumière. 1 vol. in-18 jésus de la Bibliothèque photographique. — Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1893. Prix : 1 fr. 75.
- Almanach-annuaire de l'électricité et de l'électro-chimie, par Firmin Leclerc. Année 1893. 9a année. France. Belgique. Suisse. 1 vol. in-18. Publié par l’auteur, 72, rue Louis-Blanc, Paris.
- De F instinct de la propreté chez les animaux, par le Dr Paul Baluon, membre titulaire de la Société linnéenne de Bordeaux à Villandraut (Gironde). 1 vol. in-8°. — Bazas, imprimerie Constant, cours Ausone, 1891.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES Uü MATIN THERMOMÈTRE VENT UIRECTIOX ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 13 mars. . . . 7°,0 S. 3 Peu nuageux. 0,0 Nuag. le mat., couv. le soir; quelquefois des gouttes l'ap.-midi.
- Mardi 14 9”,6 S. S. W. 3 Couvert. 1,0 Presq. couv.; pl. à plus. repr. ; av. grêle à 14 h. ; tonnerre au S. W.de 15 h. à 16 h.
- Mercredi 15 10’,2 S. S. YV. 2 Presque couvert. 2,2 Presq. couv. jusq. 15 h.; nuag. ens. ; quelq. coups de tonnerre à 13 h. 1/2.
- Jeudi 16 6”,0 S. S. W. 2 Quelques nuages. 0,0 ISua£. jusqu’à 17 h.; couv. ens. ; petite pluie dans la soirée.
- Vendredi 17 5”, 4 W. S. W. 3 Beau. 0,4 Nuag. le mat. puis presq. couv.; beau ap. 21 h.; plus, averses de 16 à 21 h. 43”.
- Samedi 18 1°,5 W. S. W. 22 Presque couvert. 1,3 Beau av. 4 h. et apr. 19 h.; tr. nuag. dans la journée; forte gelée blanche. Nuag. de 9 à 19 li ; beau av. et après.
- Dimanche 19 — 2°,0 N. N W. 1 Beau. 0,0
- MARS >893
- SEMAINE DU LUNDI 13 MARS AU DIMANCHE 19 MARS
- Lundi
- Vendredi
- Dimanche
- Mercredi
- Samedi
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boute sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Détermination de la température* climatérique. — Les
- données thermométriques qui servent à caractériser les climats des diverses régions du globe ont le défaut de ne pas nous renseigner sur les sensations thermiques que nous y éprouverions. Notre épiderme perçoit la température extérieure qui nous paraît d’autant plus élevée que la chaleur de la peau augmente davantage sous l’influence des autres conditions extérieures. Quatre éléments influent sur la température de la peau : la température de l’air, son état hygrométrique, la radiation solaire et l'intensité du vent. M. C. Vincent s’est livré à des observations sur les températures de la peau du poing fermé, en les comparant avec les facteurs météorologiques du moment. Notre confrère le Cosmos résume ces intéressantes observations. Comme premier résultat, M. Vincent a constaté que le degré d’hygrométricité n’a pas d’influence sensible sur la température de la peau; quant aux trois autres facteurs, leur rapport
- avec la température de la peau T serait déterminé par l’équation i T = 26° 5 -t- 0,3 t + 0,2A — 1,2V
- dans laquelle t est la température de l’air, A la chaleur actinique, et V la vitesse du vent en mètres par seconde.
- l/invention du paratonnerre. — L’Electrical üeview, de Londres, signale un précurseur de Franklin, Procopius Diwisch, professeur de philosophie au lycée de Luka (Bohème), qui vécut de 1696 à 1763; il aurait établi le premier paratonnerre le 13 juin 1754. Comme Franklin, Diwisch aurait eu contre lui et les préjugés populaires et les savants officiels de l’époque; mais moins heureux que l'illustre Américain, il aurait été contraint, en 1756, d’enlever son paratonnerre, auquel les paysans attribuaient la sécheresse terrible qui signala l’été de cette année. Il ne faut pas oublier cependant que, si Franklin construisit seulement en 1755 son premier paratonnerre, il avait indiqué, dès 1749, les expériences à faire pour soutirer aux nuages orageux leurs chargea électriques au moyen de pointes métalliques.
- PHASES DE LA LUNE : N. L., le 18, à 4 h. 43 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS ü’aDRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LA SEMAINE
- Origine des « Poissons d'avril ». — Comme il arrive souvent en pareil cas, on n’est pas d’accord sur l’origine de cette étrange et plaisante coutume qui consiste à mystifier son prochain le 1er avril. M. V. Maubry a étudié l’origine des poissons d'avril. Nous lui emprunterons les deux faits suivants :
- Beaucoup d’écrivains pensent que l’usage du poisson d'avril, actuellement commun à plus d’un pays, s’introduisit en France vers la fin du seizième siècle, alors que Charles IX, par son ordonnance de 1564, décréta que le premier jour de l’année, qui était le 1er avril, serait dorénavant le 1er janvier. Dès lors, le 1er avril, on ne se félicita plus qu’en riant; on se mystifia par de faux cadeaux ou des messages simulés, et comme à cette époque le soleil quitte le signe zodiacal des poissons, on baptisa de poisson d’avril la plaisanterie nouvelle. — La seconde version se distingue par la simplicité : ce serait, en effet, une allusion à la pèche qui, dans certaines contrées, s’ouvre le 1er avril et est alors infructueuse.
- Le commerce, qui s’empare de tout et saisit toutes les occasions de lancer une nouveauté, a, depuis une quinzaine d’années, profité de l’usage du poisson d’avril pour le transformer en réalité, sous forme de saumons, brochets, carpes, rougets, maquereaux, etc., s’étalant à la vitrine des confiseurs et des marchands de jouets. L’industrie des poissons d’avril, soit en étoffe, soit en carton-pâte, est essentiellement parisienne. Chaque atelier a sa spécialité.
- INFORMATIONS
- —Samedi dernier, 25 mars, M. Milnc-Edwards, entouré des professeurs du Muséum et d’un certain nombre d’autres savants, a inauguré, dans les galeries de zoologie du Jardin des Plantes, l’exposition des collections rapportées par M. Cliaper des voyages et missions scientifiques qu’il a accomplis dans ces dernières armées. Géologue, zoologiste, botaniste, par-dessus tout chercheur patient, M. Cliaper a parcouru les cinq parties du monde, allant de Californie en Jlindouslan et de l’Afrique équatoriale aux monts Ourals en passant par Cuba, l’Algcne, le Caucase, Ceylan, Bornéo, Panama, le Colorado, les Montagnes Rocheuses, le Vénézuela, la Grèce, la Suisse, l’Italie, etc. Non seulement il a voyagé beaucoup, mais encore d’une manière fructueuse, à en juger par la variété et la quantité des spécimens de toutes sortes qu’il a mis sous les yeux du public : animaux de toute espèce, replilcs, mollusques, poissons, insectes, Heurs, armes, fétiches, bibelots caractéristiques, échantillons de minéraux; le tout complété par une admirable collection de photographies que ce savant a prises lui-même. L’exposition des collections de M. Chape r sera ouverte jusqu’au 30 avril 1893, de 1 heure à 4 heures. S’adresser à l’administration du Muséum d’histoire naturelle pour avoir des billets d’entrée.
- —— La Société d'excursions des amateurs de photographie avait organisé, pour les dimanche 19 et lundi 20 mars, une excursion à Caudebec-en-Caux, qui, favorisée par un temps magnifique a pleinement réussi. Le départ a eu lieu de Paris le dimanche, par le rapide de 4 heure (gare Saint-Lazare). A Yvetot, un omnibus con-
- duisait à Caudebec les excursionnistes, qui purent voir le mascaret du soir, grâce à un éclairage de feux de Bengale. Le lendemain, à 1Üh 20, ils prenaient des vues du mascaret, puis ils se répandaient ensuite dans la ville pour photographier l’église, et quelques rues fort intéressantes avec leurs vieilles maisons. Après le dejeuner, un break les conduisait au village de Saint-Wandrille où ils visitaient le cloître de Fontanelles. Pc retour à Caudebec, un omnibus les ramenait à Yvetot, et l’express qui passe à cette ville à 7h45 les déposait à Paris à llh15. La Commission des excursions de cette société s’occupe d’organiser d’autres voyages; parmi ceux-ci indiquons, pour la première quinzaine de mai, une excursion qui sera certainement fort intéressante, et qui aura lieu à Coucy-le-Château, avec le Photo-Club de Reims.
- —Une nouvelle expédition polaire se prépare en ce moment à Londres, sous la direction de M. Frederik Jackson, sportsman bien connu dans les mers arctiques où il a chassé le phoque et le renard bleu. Cet intrépide voyageur cherchera à utiliser l’archipel François-Joseph, situé au nord du Spitzberg, et dont la côte méridionale est à la même latitude que la côte septentrionale du Groenland vers laquelle l’Américain Pcary se dirigera au printemps prochain. M. Jackson compte que cet archipel le conduira à 400 ou 500 kilomètres du pôle; il espère faire le reste sur la banquise de l’océan Nares. En outre, il se portera sur la route de M. Nansen, qui doit suivre le courant du nord de la mer de Behring, avec son navire-blockhaus praliné de plaçons. Convergeant de trois côtés différents vers un centre unique, les trois expéditions de 1893 pourront peut-être se prêter un mutuel appui. En tous cas, l’on n’a jamais constaté semblable élan pour les questions polaires.
- —ÿg— On ne saurait croire l’importance des pertes dues aux insectes nuisibles, en ce qui concerne les produits agricoles. On va en juger par les chiffres suivants : la culture des céréales en France produit environ 275 000000 d’hectolitres en moyenne chaque année, et l’importation nous fournit 114 000 000 d’hectolitres, représentant ensemble une valeur de plus de 5 milliards de francs. D’après des auteurs compétents, la perte causée aux céréales par les insectes serait de 5 à 8 pour 100 de la consommation totale. Ces chiffres paraissent exagérés ; mais on peut estimer que la perte réelle atteint de 1 à I et demi pour 100, ce qui représenterait la somme énorme de50à 70 000000de francs. Pour les légumineuses : fèves, pois, etc., les dégâts peuvent être estimés 50 à 70 000 000 de francs. Soit un ensemble de 100 à 140 000 000 de francs par an.
- —Le Times raconte qu’un Américain a présenté au pape, dans une récente audience que le saint-père lui a accordée, un phonographe devant lequel le défunt cardinal Manning avait jadis prononcé un discours. Le pape a été fort ému d’entendre le message dans lequel Manning exprimait l’espoir que h foi catholique se répandrait dans le monde entier. Le phonographe a également reproduit quelques paroles du cardinal Gibbons. A la fin de.l’audience, le pape a consenti à envoyer un message phonographique aux catholiques des États-Unis qui visiteront l’Exposition de Chicago.
- —Un architecte de Nevers, M. Massillon-Rouvcr, achetait, il y a quelques semaines, à la salle des ventes, un tableau d aspect lamentable qu’il payait 50 francs. Or voici que la toile ayant été montrée, après un sérieux nettoyage, à un jury artistique, a été reconnue pour être... un Rubens et valoir 300 000 francs environ. Des recherches auxquelles M. Massillon-Rouver s’est livré, il résulte que ce tableau a appartenu à M. Dupin, ancien président du Corps législatif.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- Adresses relatives aux appareils décrits — Pour tout ce qui concerne le bigraphe, s’adresser à l’Office des inventions nouvelles, 70, rue de Rivoli, Paris. — Le creuset électrique se trouve chez MM. Ducretet et Lejeune, 75, rue Claude-Bernard, Paris.
- Communications.— M. Twight, étudiant à Montpellier, nous écrit : « Je vous envoie le récit d’une exploration que j’ai faite, avec un de mes amis. M. Dubois, dans le lit souterrain d’une source intermittente. Cette exploration pourra peut-être intéresser ceux des lecteurs deLa Nature qui ont suivi le récit des excursions de M. Martel dans les Causses. A 16 kilomètres au nord de Montpellier (Hérault), près du village de Matelles, s’ouvre dans les flancs du Pic Saint-Loup une vaste excavation par laquelle, après les fortes pluies, s’écoule le torrent du Liron. Ce torrent généralement à sec, peut monter brusquement de plusieurs mètres et inonder la plaine qui l’entoure. En 1891, ayant entendu les gens du pays parler d’une grotte dont on ne'connaissait pas le fond, je pénétrai dans l’intérieur avec deux de mes amis, MM. Kelly et Fritz Gérard, mais après deux ou trois heures d’exploration nous dûmes revenir faute de provision suffisante de bougies. Dimanche 21 mars 1895, profitant des sécheresses exceptionnelles qui régnent depuis plusieurs mois dans notre région, nous résolûmes, M. Dubois et moi, de pousser cette excursion aussi loin que possible, et rentrés dans la grotte à 9 heures et demie du matin nous n'en sortîmes qu’à 5 heures de l’après-midi, après avoir relevé approximativement le plan. Le couloir généralement étroit et peu élevé qui forme cette grotte, mène par une série de courbes et de siphons à un rond-point d’où partent deux galeries. L’une de ces galeries après de nombreux tours et détours vient déboucher près de l’orifice d’entrée par une fissure presque comblée par des cailloux roulés. L’autre galerie, par laquelle l’eau doit arriver, aboutit après une nouvelle série de siphons à une chambre où s’ouvrent trois puits que nous n’avons pu explorer faute de cordes assez longues. La grotte s’ouvre à un niveau qui paraît plus élevé que celui de la dernière salle ; elle traverse ensuite des calcaires dolomitiques, puis des terrains de formation lacustre analogues à ceux que l’on trouve près de Saint-Gily. Peut-être ce couloir est-il un trop-plein de la source du Lez qui alimente Montpellier. Peut-être est-ce le débouché de quelques avens que les paysans m’ont signalé entre les Matelles et Cazevieilles. Cette dernière hypothèse me paraît moins probable, car la direction de la grotte serait dans le cas plutôt ascendante. De nouvelles explorations élucideront peut-être la question. »
- M. E. Carton, aéronaute, nous écrit de Caracas (Vénézuela), où il est actuellement en résidence, qu’il vient d’exécuter avec succès une ascension à Caracas. C’est la première qui ait eu lieu dans la capitale du Vénézuela. Le Répart s’est effectué le 15 février 1895, dans un ballon de 800 mètres cubes que l’usine à gaz, de très peu d’importance, a mis trois jours et trois nuits à gonfler. L’ascension a eu lieu à 5h25 de l’après-midi. A 5h45 le ballon, baptisé VUranie, a pénétré dans les nuages à l’altitude de 1100 mètres; à 1500 mètres, il se trouvait au-dessus de ces nuages, avec un soleil intense. La descente s’effectua à 4h 10, à 7 kilomètres de Caracas.
- M. Henri Reeb, pharmacien à Neuilly-sur-Seine, nous adresse un échantillon d’un renforçateur photographique qu’il fabrique sous le nom de roburol. Ce produit nous a donné des résultats satisfaisants.
- Renseignements. — M. C. M., à Argelès. — Dans le calcul publié sur la course Corre-Terront, on a fait une comparaison purement théorique. Nous reviendrons peut-être sur la question.
- M. F. D., à M. — Adressez-vous à M. M. à l’École de pharmacie, à Paris.
- Un membre du Cercle du commerce, à Vannes; M. H. à Artemare ; M. A. Lederlin, à Thaon-les-Vosges. — Voyez les adresses relatives aux appareils décrits en tête de la Boîte aux lettres du même numéro.
- M. R. M., a Paris. — 1° Vous trouverez d’excellents conseils dans le Bon Jardinier, ouvrage édité par la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob. — 2° Le prix est de
- 7 francs.
- M. Persiani, à Paris. — Cette notice a été empruntée au journal la Revue horticole, à la même adresse que ci-dessus.
- Un lecteur, à Moscou. — Le fait a déjà été observé souvent, chaque fois que le métal dont il s’agit brûle à l’air.
- M. E. Pinson, à Paris. — Le Bulletin de la Société géologique de France se trouve au siège de la société, 7, rue des Grands-Augustins, à Paris.
- M. G. Dumon, à Ainélie-les-Bains. — 1° Nous croyons que vous pourrez vous procurer un ouvrage de ce genre à la librairie E. Bernard, quai des Grands-Augustins, à Paris. — 2° Il est facile de transformer ainsi un moteur à gaz ; nous avons indiqué une disposition intéressante de carburateur dans le n° 1010 du
- 8 octobre 1892, p. 289.
- , M. A. R. F., à X. — Tous ces renseignements sont très détaillés dans Y Annuaire du Bureau des longitudes pour 1895, à la librairie Gauthier-Villars.
- M. B. M., à Da. — 1° Nous n'avons rien dit de ces expériences, parce qu’elles n’ont pas donné jusqu’ici les résultats qu’on en attendait; nous en parlerons dès qu’elles seront reprises. — 2° Ce produit est en vente chez MM. Fribourg et liesse, 26, rue des Écoles, à Paris. — 5° Un article sur le Botrqtis tenella a été publié dans le n° 952, du 29 août 1891,
- p. 202.
- M. J. Sébert, à Saint-Brieuc. — Vous trouverez ces formules dans les traités de photographie.
- M. M. Derqui, à Tarifa. — Adressez-vous à M. J. Danysz, au laboratoire de pai’asitologie, à la Bourse du commerce, à Paris.
- M. L. Maitrot, à Wassy. — Le bec Auer a été décrit, il y a déjà quelques années, lors de sa première apparition, dans le n° 707, du 18 décembre 1886, p. 56; les modifications récentes ne changent rien au principe.
- M. A. Z., à Paris; M. R. M. R., à Montereau. — La recette que vous demandez a été donnée dans la Boîte aux lettres du n° 956, du 9 mai 1891.
- M. A. Longonieux, à Binson. —Vous trouverez des appareils de ce genre à la maison Richard frères, 8, impasse Fes-sarf, à Paris.
- M. G. L., à Liège. — On a souvent cherché à utiliser l’eau provenant des condensations de vapeur; mais, malgré divers traitements, il reste toujours des traces d’huiles et de graisses qui peuvent être dangereuses pour les chaudières. Il est préférable de renoncer à leur emploi.
- AI. A. Souran, à Nantes. — Vous pouvez employer la glacière Toselli, construite par M. J. Rustin, 5, boulevard de la Chapelle, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Augcy, à Geirey-Chambertin. Votre envoi n’est pas arrivé en bon clat. Tous nos remerciements. — M. A. D., à Paris. Ces objets ne se trouvent pas encore dans le commerce. — M- X., à Bordeaux. Nous avons reçu vos journaux allemands; mais nous avons déjà parlé, à différentes reprises, des grands singes anthropoïdes. — M. le comte du Chayla. à Cannes. Nous ne connaissons pas de journal de ce genre. — M. X , à Douai. 1“ Nous n’avons pas de renseignements sur ce système; 2° ce mode de soudure exige l’emploi du chalumeau. — Si. M. de Robert, à Paris. Pas de fabricant spécial. — M. A. B. D., à Arcacbon ; M. E. de Laguércnne, à Montluçon; M. J. Picot, à Bordeaux. Voyez les Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. J. Poussin, à Rouen. Ces procédés sont mentionnes dans la Science pratique (même éditeur). — M. le Dr G. F., à Paris. Consultez le petit livre indiqué ci-dessus et les Nouvelles Recettes utiles, à la même librairie. — M. A. de G., à Alger; Un abonne', à Paris, M. L. Tronel, à Lyon; M. R. P-, à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — J/. F. Lacour, à Cannes. Remerciements pour vos communications.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle. — M. Guignet, professeur intérimaire, en remplacement de M. Georges Ville, professeur de physique végétale, a ouvert ce cours le mardi 21 mars 1895, à trois heures et demie, dans le grand amphithéâtre, et lp continuera les vendredi et mardi de chaque semaine à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes ’ ' ' ‘..................— n n v«/ rtnnnrhi au'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dre3sé à l’Ot servatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- AVRIL-MAI-JUIN 1893. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES
- Cocher
- Persée
- Taureau
- C/, Bélier
- iJuü.
- 11
- Lion
- Poissons
- 1 Avr.
- PetitChien
- Orion'
- Baleine
- Coupe s
- Értidan
- Lièvre
- Grand /Chien
- •l Avr.
- a minuit.
- a méridieij CourorTne
- Hercu'
- .Dauphin
- Pégase
- Poissons
- ihiucu
- Aigle et Antinous
- SATURNE
- Verse
- Serpent
- Balai
- URANUS
- Capricorne
- Sagittaire
- Poisson Austral
- XVIII
- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- Eclipsé totale de Soleil, le 16 avril 1893 visible à Paris comme éclipse partielle
- Commencement de l’éclipse générale, le 16 avril, à 0 h. 6 m. 8, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 85°58' 0. de Paris, latitude = 35° 7'A.
- Commencement de l’éclipse totale, 16 avril, à 1 h. 02 m. 3, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 98° 17' 0. de Paris, latitude = 36° 27' A.
- Commencement de l’éclipse centrale, 16 avril, à 1 h. 3 m. 3, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 98° 51' 0. de Paris, latitude
- = 36°36’ A.
- Eclipse centrale à midi vrai, 16 avril, à 2 h. 36 m. A, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 39° 10' O. de Paris, latitude =1°4'A.
- Fin de l’éclipse centrale, 16 avril, à 4 h. 28 m. 1, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 26°54' E. de Paris, latitude = 16°19' B.
- Fin de l’éclipse totale, 16 avril, à 4 h. 29 m. 1, temps moyen de
- Taris, dans le lieu, longitude = 26° 3' E. de Paris, latitude =16° 31' B.
- Fin de l’éclipse générale, 16 avril, à 5 h. 24 m, 5, temps moyen de
- ris. dans le lien, lon-inlivlo —P Uo Po^ic litanan — igosq' n
- r
- Occultations des Etoiles par la Lune, visibles à Paris.
- 1893. Nom de l’astre. Grandeur. Immersions. Emersions.
- Avril 18 32 Taureau. 6 9 h. 19 m, 8 9 h. 57 m, 2*
- 21 47 Gémeaux. 6 9 h. 32 m, S 10 h. 25 m, S
- 22 X Ecrevisse. 6 12 h. 47 m, 6 13 h. 36 m, 3
- Mai 2 a Scorpion. 3 14 h. 48 m, o 16 h. 7 m, 9
- — 6 b Sagittaire. 4.5 15 h. 26 m, 0 16 h. 25 m, 6
- 10 O3 Verseau. 5 14 h. 29 m, 6* 15 h. 0 m, 3
- Juin 9 440 B.A.C. 6 14 h. 16 m, 4 14 h. 43 m, 5
- — 29 6628 B.A.C. 6 13 h. 23 m, 9 14 h. 45 m,
- Occultation du deuxième satellite de Jupiter.
- 1893. Satellite. Emersion.
- Juin 14 II 15 h. 57 m.
- *1 ’A<„;i„ l’I,,,..!-»»..
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Distribution de la vapeur. Epures de régulation. Courbes d'indicateur. Tracé des diagrammes, par M. A. Madamet, ingénieur de la marine en retraite, directeur des Forges et Chantiers de la Méditerranée. 1 vol. petit in-8° de l'Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiéesousla direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, Gauthier-Villars et bis et G. Masson, éditeurs. — Broché, 2 fr. 50; cartonné, 5 francs.
- Le lait, par P. Langlois, chef du laboratoire de physiologie à la Faculté de médecine, membre de la Société de biologie. 1 vol. petit in-8°, de VEncyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. — Broché, 2 fr. 50; cartonné, 5 francs.
- Cours de zootechnie professé h l'Institut agricole de l'université de Louvain, par M. Demarbaix, 1er fascicule, partie générale.
- — 1 vol. in-8°. — Paris, G. Masson, éditeur, 1892.
- Consultations médicales sur quelques maladies fréquentes, par le I)r J. Grasset, professeur de clinique médicale à la Faculté de Montpellier, correspondant de l’Académie de médecine, lauréat de l’Institut. — 1 vol. in-16, reliure souple.
- — Montpellier, Camille Coulet, libraire-éditeur ; Paris, G. Masson, libraire-éditeur, 1895.
- Au bord de la mer. Géologie, faune et flore des côtes de France de Dunkerque à Biarritz, par le Dr E. L. Trouessart. — 1 vol. in-16 de la Bibliothèque scientifique contemporaine, avec 149 hgures intercalées dans le texte. — Paris, librairie J.-B. Baillière et bis, 1895. Prix : 5 fr. 50.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS À 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 20 mars. . . . 0”,7 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau s. trace de n.; horiz. brum. le m.: atm. cl. l’ap.-m.
- Mardi 21 0*,9 N. E. 2 Beau. 0,0 — — — — — —
- Mercredi 22 2",9 E. N. E. 2 Beau. 0,0 — — forte gelée blanche.
- Jeudi 23 3“,5 N. N. W. 1 Beau. 0,0 — — — —
- Vendredi 24 3“,1 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Beau, sauf quelq. nuages d. la journée; gel. blanche.
- Samedi 25 4“,7 N. 2. Beau. 0,0 — — — — — —
- Dimanche 26 5*,8 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Nuageux de 16 à 21 heures ; nuages légers le reste du temps; gelée blanche.
- MARS 1893. -- SEMAINE DD LUNDI 20 MARS AU DIMANCHE 26 MARS
- La courbe supérieure indique la nébulosité de Ü a 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau delà mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri « boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Un cyclone à la Vouvelle-Cnlédonie. — Un cyclone a passé sur la Nouvelle-Calédonie, le 6 mars dernier. Les dégâts ont été considérables. Des villages et des plantations ont été détruits, et de nombreux navires jetés à la côte. Un colon, plusieurs condamnés, huit Japonais ont été tués. Les cultures ont été très éprouvées, plusieurs routes ont été détruites et les communications interrompues. Les centres miniers ont également subi de grands dégâts.
- La température du mois de .janvier 1$93 à Vienne /Autriche). — Notre confrère Meteoroloqische Zeitschrift donne d’in-
- Yienne. La température moyenne de janvier 1892 avait été de — 7°,8; la moyenne de 50 années, de 1831 à 1880, n’était pas descendue au-dessous de — 6". Trois fois seulement des températures plus basses, de — 8°,2, — 7°,9 et — 8“,4 avaient été atteintes en janvier 1838, janvier 1818 et janvier 1850. Le mois le plus froid pendant tout cet espace de temps avait été le mois de décembre 1840, où la température moyenne fut de---9°,3. Pendant le mois de janvier 1893. les moyennes, prises tous les 5 jours, ont été respectivement de — 8”,4, — 7°,2 — 10°,9, — 12°,1, — 4°,1 et — 5°,4. Du 13 au 17, la moyenne était de — 13“,8 ; le jour le plus froid, le 17 janvier, a eu une température moyenne de —18“,3,avecun minimum de — 22°,2 vers 9 heures du soir. Les vents d'ouest ont soufflé tout le mois. La pluie n’est tombée qu’une seule fois, le 25 ; ce jour-là, on a constaté une haüteur de 33"“,5 de neige et de pluie. La pression atmosphérique s’est tenue au-dessous de la moyenne normale.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boite aux lettres » doivent être adressées
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- IA SEMAINE
- Le Rayon vert. — Le n° 1029 (18 février 1895) de La JSature mentionne, dans ses Informations, une observation terrestre du fameux rayon vert, faite par M. Labrousse, ancien lieutenant de vaisseau. Or, depuis quatre ans, j’ai pu voir un assez grand nombre de fois ce rare phénomène et en observer quelques particularités intéressantes. Quand je vis pour la première fois le rayon vert, je me trouvais, un soir d’automne, avec un ami, sur le mont Cochet (1489 mètres), sommité du Jura central, dépendant du Chasseron et située tout près du village vaudois de Sainte-Croix. Notons qu’on jouit, de ce belvédère, accessible en trente minutes, d’une superbe vue panoramique sur la chaîne des Alpes, qui s’étale en amphithéâtre depuis les montagnes de la Suisse orientale jusqu’aux pics du Dauphiné. Les couchers de soleil ne s’y montrent pas moins beaux, et, ce soir-là, nous suivions attentivement le déclin de l’astre du jour. Lorsqu’il s’éteignit, nous nous écriâmes simultanément : « Le rayon vert! » Ce fut l’affaire d’une seconde. Quelques jours après, le temps restant beau, nous retournâmes au Cochet, et il me vint à l’idée de diriger une excellente jumelle longue-vue (Morin, Paris) sur le soleil couchant. J’eus la satisfaction de retrouver notre rayon vert et de l’observer pendant un temps appréciable. Au moment où il disparaissait derrière une étroite zone de nuages, le bord du disque solaire, jusqu’alors rouge pourpre, passa rapidement au vert émeraude, puis, au dernier instant, au bleu-violet. Mon compagnon, armé d’une jumelle ordinaire, a pu constater le même phénomène, quoique avec moins de netteté. Dès lors, j’ai pu revoir, à plus d’une reprise, — il n’y a pas de danger pour l’œil, à la condition de ne regarder le soleil qu’au dernier moment, mais toujours à la jumelle, — le rayon vert et le rayon bleu. Toutefois, le phénomène se montre moins souvent que je ne l’avais espéré tout d’abord. Il faut, pour cela, des conditions particulières. J’avais cru qu’un ciel absolument serein était nécessaire ; mais, depuis, j’ai pu reconnaître que, lorsque l’atmosphère est tout à fait pure et sans aucun nuage à l’horizon, il n’v a pas de rayon vert ; le soleil ne prend pas même la couleur rouge du couchant, et c’est à peine si la crête, derrière laquelle il disparaît, se borde d’une frange irisée. Au contraire, le phénomène présente son maximum d’intensité quand, l’air étant d’ailleurs très limpide, l’horizon est formé par des bandes nuageuses étroites et bien délimitées. Il m’est arrivé de voir deux fois de suite, à quelques minutes d’intervalle, le rayon vert et le rayon bleu : une première fois au moment où le soleil disparaissait derrière une bande nuageuse un peu plus élevée ; puis, une seconde fois, lorsqu’il se cache définitivement derrière une zone inférieure. Le soleil se montre de nouveau rouge entre les deux zones de nuages. Ceux-ci sont le plus souvent peu visibles ; s’ils sont trop élevés, le phénomène n’a pas lieu. — Ces colorations sont très fugaces et ne laissent pas de taches dans l’oeil, comme lorsqu’il s’agit de couleurs complémentaires. — Ainsi, le rayon vert n’est pas une illusion d’optique, un effet de contraste, une im-
- pression subjective, comme on l’a pensé. C’est un phénomène réel, dont il reste à faire la théorie. Le passage de la couleur rouge du disque solaire au vert et au bleu violacé, ainsi que la présence nécessaire de bandes nuageuses très basses, semble indiquer un phénomène de dispersion. J’avais construit, l’automne passé, un appareil rudimentaire pour examiner le spectre du soleil couchant ; malheureusement la fréquence du mauvais temps et l’abondance des neiges ne m’ont pas permis de l’utiliser. Il n’y a du reste qu’une saison vraiment favorable à ces observations, c’est l’arrière-automne et le commencement de l’hiver ; en toute autre saison, les brumes du couchant sont trop épaisses pour qu’on puisse espérer voir le rayon vert. En signalant aux lecteurs de La Nature un moyen fort simple d’observer plus souvent cet intéressant phénomène, nous aurons peut-être contribué, en quelque mesure, à la prochaine solution de ce petit problème de physique atmosphérique. T. Rittener.
- INFORMATIONS
- —— Voici le résumé d’une intéressante communication qui a été faite à l’Académie des inscriptions et helles-lettres. Tout le monde connaît l’histoire du passage du Jourdain à pied sec par les Israélites. M. Clermont-Ganneau a étudié cctlc queslion de très près. Ce savant établit, avec documents à l’appui, que la soudaine et miraculeuse interruption du cours de ce ileuve qui ligure dans le livre de Josué repose sur l’observation d’un phénomène naturel auquel le Jourdain paraît sujet, et dont un autre exemple est rapporté par un chroniqueur arabe. En l’an 1267 de notre ère, pendant une crue du Jourdain, l’éboulement d’un monticule surplombant la rive arrêta, pendant quatre heures, l’écoulement des eaux : cette interruption favorisa les travaux de réparation d’un pont construit par ordre du sultan Iieibars. Ce pont, dont les ruines subsistent encore, était situé entre Damié et Garawa, à une trentaine de kilomètres au nord de Jéricho.
- —— A en croire un journal anglais, ce sont les collectionneurs d’outre-Manche qui détiennent les albums de timbres-poste les plus complets du monde. D’après lui, les collections des 115 membres de la Société philatélique de Londres atteignent la valeur de 5 millions 250 000 francs. La valeur totale des collections de timbres qui se trouvent en dehors de l’Angleterre ne déliasserait pas 2 millions 250 000 francs.
- —— La ville d'Anvers vient de recevoir la visite de quelques nains akkas, ces pygmées dont Hérodote s’occupa, que Stanley a rencontrés dans la grande forêt de l’Arrouhouimi, que le I)r Junker a décrits et dont ont parlé un grand nombre d’explorateurs. Jusqu’à ce jour, il u’est arrivé en Europe que deux nains du Congo, lin voyageur italien les envoya en 1873. Ils vécurent pendant une dizaine d’années dans la péninsule et y moururent d’une affection pulmonaire. Toutes les autres tentatives d’expatriation de membres des races naines de l’Afrique centrale, ont échoué : les petits malheureux mouraient de langueur avant d’arriver à la côte. Les nains ont dû arriver le 20 mars à Hambourg. Le Dr Stuhlmann, de la Station zoologique de Naples, qui fut un des compagnons d’Emin-Pacha et explora l’Afrique orientale allemande et, notamment, l’Usambara méridional (août à octobre 1888), les présentera à la Société de géographie de Hambourg.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Maurice Petit, à Paris, nous adresse quatre excellentes photographies instantanées des funérailles de Jules Ferry.
- Éclairage des objets sous le microscope. — « Je
- me sers, depuis quelques années, d’un procédé spécial pour l’éclairage des objets sous le microscope. Pour n’être pas nouveau comme principe, je crois que son application est intéressante et qu’elle pourra être utile aux lecteurs de La Nature. C’est l’application du principe de la réflexion totale dans le verre qui m’a conduit à construire le petit dispositif fort simple dont voici le croquis : À, lampe à pétrole ou à gaz quelconque, le verre est entouré d’un manchon opaque dd; «,trou pratiqué sur le manchon dd au point le plus fortement éclairé; ce, ba-
- guette de verre (diamètre 5 à G millimètres). Les extrémités sont arrondies; B, microscope. Un bouchon de liège ou mieux 'd’amiante fixe la baguette de verre dans le trou a. L’extrémité inférieure c de la baguette émet, par réflexion totale, la lumière reçue à l’extrémité supérieure et sans transmission de chaleur. L’éclairage ainsi obtenu est très satisfaisant, il permet d’éviter l’emploi des solutions d’alun. Pour l’éclairage de certaines parties peu accessibles d’un objet, il peut également être appliqué, la forme de la baguette de verre pouvant être quelconque. La baguette paraît très faiblement éclairée sur sa surface extérieure, les extrémités seules sont vivement illuminées. Cette expérience sur la réflexion totale est bien connue des personnes qui ont recours au chalumeau dans le travail du verre.
- L. Gauthier,
- Préparateur de mécanique au Conservatoire des arts et métiers.
- M. E. Ammam, à Strasbourg, nous écrit à propos des incendies dus à des causes extraordinaires mentionnés dans nos précédents numéros; notre correspondant nous cite le fait suivant qu’il a observé. Une carafe de cristal remplie d’eau, placée sur une table qui était recouverte d’un épais tapis, a fait l’office de lentille, et a concentré les rayons solaires sur le tapis; ce qui n’a pas tardé à communiquer le feu à ce dernier.
- M. Balland, pharmacien principal de 2e classe, à Paris, nous fait parvenir une petite brochure contenant les résultats à'Expériences sur le pain et le biscuit (Extrait de la Revue du service de l'Intendance). H. Charles Lavauzelle, éditeur, 11, place Saint-André-des-Arts. — Paris, 1805.
- M. A. Tischner nous envoie un petit opuscule sur le Mouvement universel. (Gustave Fock, éditeur, à Leipzig, 1895.)
- Renseignements. — M. K. Z., à Reims. — Consultez le traité de pisciculture en eau douce de M. 11. Coupin. (J.-B. Baillière, éditeur à Paris).
- M. E. T., h Bordeaux. — On emploie souvent des verres verts dans les laboratoires de photographie; ils pourront vous convenir.
- M. C. Krebs, à Berne. — M. E. Michel, 10, rue Montgol-fier, à Paris.
- Mm° C. Boggiani Gêné, à Strésa (Italie). — Nous n’avons
- pas d’autres renseignements ; mais vous pourriez vous adresser directement à l’auteur, au Comice agricole d’Albi (France).
- M. A. B., à Turin. — La publication d’une telle liste aurait des inconvénients.
- M. A. L. Terreira, à Lisbonne. — Les procédés de soudure électrique E. Thomson ont été décrits dans le n° 713, du 29 janvier 1887, p. 131 et dans le n° 836, du 8 juin 1889, p. 17.
- M. L. P., à Paris. — Les Récréations scientifiques. La Physique sans appareils et la chimie sans laboratoire, par M. G. Tissandier, à la librairie G. Masson. Prix cartonné : 4 francs.
- Un lecteur, à X. — Relieur en tous genres, par MM. Le-normand et Maigne, 1 volume de l’Encyclopédie Roret.
- M. J. S., à Paris. — 1° Le théâtre optique, qui donne les pantomimes lumineuses, a été décrit dans le n° 999, du 23 juillet 1892, p. 127. — 2° Les produits n’étaient peut-être pas purs.
- M. E. D., à Cherbourg. — La fabrication des plumes d’oie pour écrire nécessite une série d’opérations ; il faut dégraisser les plumes dans de la cendre, dans du sable légèrement chauffé, les frotter avec de la laine et les soumettre au séchage.
- M. Gendron, à Angers. — Vous pouvez consulter avec profit les livres d’astronomie publiés par A. Guillemin à la librairie Hachette.
- M. Lombardier, à Santa-Fé. — En réponse à la question n° 1312, du n° 941, du 15 juin 1891, nous avons déjà indiqué un moyen d’empêcher les oiseaux de voler sans leur couper les ailes. Ce moyen consiste à réunir ensemble par un fil 3 ou 4 rémiges voisines d’une aile. Les deux ailes n’exerçant plus sur l’air des actions symétriques, l’équilibre et le vol deviennent impossibles.
- M. J. Sei ve, à Lyon. — Voyez les adresses relatives aux appareils décrits, du n° 1034, du 25 mars 1893.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. A. C., à Lyon. Le problème nous semble soluble; mais nous ne pouvons traiter celte question dans le journal. — M. Lenfanl, à Nanterre. Un ouvrage de ce genre offre de grandes difficultés. — M. R. Rambeaud, à Parthenay. Des faits analogues ont déjà été mentionnes; remerciements. — L'abonné 3209, à Rome. Il serait nécessaire de faire quelques essais pour vous répondre. — M. Collin, à Paris. Cette adresse a déjà été indiquée précédemment. — M. F. Dupuy, à Toulouse. Nous n’avons pas entendu parler de telles machines. — M. E. Carvajal, à Bailen. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle. — Enseignement spécial pour les voyageurs. — Programme du cours pour l’année 1893. — 25 avril, Leçon d’ouverture, M. Milne-Edwards; 27, Anthropologie, M. IIamy ; 29, Ethnographie, M. Verseau; 2 mai, Mammifères, M. Oüstalet; 4, Oiseaux, M. Oustalet; 6, Reptiles et Poissons, M. Vaillant; 9, Mollusques, M. Per-rier; 15, Vers et Zoophytes, M. Bernard; 16, Insectes et Crustacés, M. Ch. Brongniart; 18, Anatomie comparée, M. Pou-chet; 20, Botanique (Phanérogames), M. E. Bureau; 25, Botanique (Bois, Cryptogames), M. Van Tiegiiem ; 25, Plantes vivantes, M. Cornu; 27, Paléontologie, M. Ai.rert Gaüdrv: 50, Géologie, M. Stanislas Meunier ; 1er juin, Météorologie, M. Daniel Berthelot; 5, Minéralogie, M. Lacroix; 6, Hygiène des vova-geurs, M. Gréiiant.— Ces leçons commenceront le mardi 25 avril, à 10 heures du matin, dans l’amphithéâtre de la galerie de zoologie, et continueront les jeudis, samedis et mardis suivants, à la même heure. Dans des conférences pratiques faites dans les laboratoires ou sur le terrain, les auditeurs seront initiés à la récolle ou à la préparation des collections. (Les jours et heures de ces conférences seront indiqués à la suite des leçons.)
- Conférences publiques et gratuites de la Bibliothèque Fomey, h Paris. — Ces conférences sont faites au siège de. la Bibliothèque, n° 12, rue Titon (XIe arrondissement). Le 23 mars, M. Emile Guimet a fait une conférence sur la Céramique en Chine et au Japon. Voici les conférences qui auront lieu en avril à 8 heures et demie du soir. Jeudi, 20 avril. Un nouvel art industriel, par M. Charles Henry, maître de conférences à la Sorbonne; jeudi, 27, L'art et l'industrie dans l'Afrique centrale, par M. Jean Dyboxvski, explorateur.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'enqage en aucune façon à répondre à toutes l»x attestions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- : PETITES INVENTIONS1
- Cadenas de sûreté. — Voici un nouveau cadenas d’une grande simplicité, et qui semble présenter de réels avantages. Il ne peut être ouvert par aucune fausse clé ni crochet. Il se compose de quatre disques gâchettes en fer 1, 2, 5, 4, ayant la forme d’un secteur, et présentant au centre et à la périphérie des ouvertures de forme déterminée. Ces disques sont superposés et sont placés dans le cadenas, comme le représente notre figure, mobiles autour d’un axe fixe. A la partie inférieure est une plaque élastique faisant ressort, destinée à repousser les gâchettes. L’anneau extérieur du cadenas, qui permet de le fixer dans les pitons, porte à sa partie extrême
- Nouveau pinceau colleur. — Les articles de bureau sont une vraie mine d’inventions qui se ressemblent par plusieurs côtés et se distinguent entre elles par des avantages relatifs. Nous n’avons pas pour but de faire le procès d’aucun système colleur, d’aucun flacon, mais nous devons à nos lecteurs de leur signaler un nouveau type très pratique et élégant à la fois. Nous venons de l’expérimenter. Nous avons parlé déjà du presto-colleur *, du crayon colleur. Le flacon de colle liquide, comme l’indique notre dessin, a été transformé par l’inventeur en presse-papier, c’est dire déjà qu’il peut affecter toutes les formes les plus variées et qu’il se prête aux décorations les plus artistiques. Mais là n’est pas l’invention, pas plus qu’elle ne consiste dans l’ouverture du réservoir, de quelque forme qu’il soit. La nouveauté est dans le pinceau, ou plutôt
- Nouveau cadenas de sûreté.
- un prolongement recourbé, qui se déplace précisément dans l’ouverture faite à la périphérie du disque et dont nous venons de parler. Quand cette ouverture se trouvera juste en face du crochet, le cadenas pourra être ouvert ; en toute autre position le crochet sera buté, et il sera impossible de le faire avancer. Une clef, munie d’un certain nombre de gâchettes, permet de faire varier la position des disques par un tour à droite, et, par suite, de faire ouvrir le cadenas à volonté. A ce moment, en effet, le crochet pénètre dans l’ouverture du disque et est entraîné par celui-ci, qui est lui-même repoussé par le ressort. Dans ce mouvement, l'anneau extérieur s’écarte de sa position, et le cadenas est ouvert. Il se referme aisément sans le secours de la clef. — Cet ingénieux appareil, d’une construction très simple, se trouve chez M. Mathieu-Martain, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- Appareil pour nettoyer, polir et affûter les couteaux. — Ce petit appareil est formé de deux lames métalliques épaisses qui s’ouvrent au moyen d’une charnière à la façon d’un album. Les surfaces en contact sont garnies d’une
- Appareil pour l’eutretien des couteaux de table.
- peau très épaisse, entre lesquelles on peut frotter un couteau comme l’indique la figure ci-dessus. L’appareil est très solide, et la partie supérieure qui s’ouvre est garnie d’une poignée que l’on tient à la main. Cette poignée est munie d’un affùtoir formé de deux tiges d’acier inclinées l’une par rapport à l’autre, convenablement disposées et entre lesquelles on peut affûter la lame du couteau qui manque de coupant. — Même adresse que le cadenas de sûreté décrit ci-dessus.
- Pinceau colleur à réservoir pneumatique.
- dans l’appareil qui sert à étendre ou à appliquer la colle. Cet appareil se compose d’un tube creux à l’extrémité intérieure duquel est adapté un pinceau au moyen d’une griffe de retenue qui laisse un passage entre le paroi du tube et le pinceau lui-même. A l’autre extrémité du tube s’adapte une tubulure en métal formant rebord et s’emboîtant dans une poire en caoutchouc de la grosseur d’une noisette. Cette poire, par le vide que produit la pression des doigts, transforme le tube en réservoir, de sorte que le nouveau colleur permet de coller plusieurs objets ou d’enduire de colle une assez grande surface. L’inventeur, un Américain pratique, a baptisé son système du nom de Clean and Ready (propre et prêt). — Se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Ilauteville.
- Siphon d’eau de Self* inexplosible. — Depuis longtemps déjà un problème se posait dans l’industrie si importante de la fabrication des eaux gazeuses : comment éviter les explosions qui se produisent parfois dans les siphons d’eau de Sellz,et prévenir ainsi les accidents qui peuvent en résulter. I ne solution vient d’être trouvée ; M. E. Schmoll est parvenu
- Siphon d’eau do Seltz inexplosible.
- à adapter au siphon une soupape de sûreté, obéissant aux excès de pression comme la soupape de la machine à vapeur. A la partie supérieure de la carafe du siphon, un peu au-dessus du niveau du liquide, est percé, dans l’épaisseur du verre A (vov. la gravure en coupe) un petit orifice a, un peu plus gros qu’une pointe d’épingle. Cet orifice est fermé par une rondelle de caoutchouc b, maintenue par un ressort d’acier c. Le ressort est lui-même maintenu entre la bague métallique B de la tête C du siphon et le goulot de la carafe. La force du ressort est calculée
- 1 La velles
- description des appareils est gratuite. La rédaction des Nou-scientifiques est étrangère aux annonces.
- 1 La Nature a fait une description du presto-colleur, du crayon colleur. Nnnrel/pa Rripttft ftnn/>Q o° OOU O inilt/U IftOO
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- de telle façon que la pression de re.au de Seltz contenue dans le siphon, soit juste suffisante pour permettre l’écoulement du liquide. Lorsqu’on remplit l’appareil, la soupape fonctionne tant que la pression est plus forte qu’il est nécessaire, et, l’appareil une fois rempli, la moindre augmentation de pression soulève la soupape b, ce qui permet à l’excès de gaz acide carbonique de s’échapper par l’orifice a. Ainsi se trouve résolu ce problème qui donne une grande sécurité aux travailleurs et aux consommateurs. — Pour tout ce qui concerne cette petite invention, s’adresser à M. E. Schmoll, !20, rue des Quatre-Fils, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les minéraux usuels et leur essai chimique sommaire, par F. Pisani. 1 vol. in-18 cartonné destiné aux industriels, mineurs, fabricants de produits chimiques, pharmaciens, bijou-
- tiers, lapidaires. — Paris, G. Masson, éditeur. 1893. Prix : 2 francs.
- Hygiène des fiancés, par le Dr Jacques Nattus. 1 vol. in-18 raisin de la Petite Encyclopédie médicale, cartonné à l’anglaise. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 4, rue Antoine-Dubois, 1893. Prix : 3 francs.
- L'opium. Ses abus. Mangeurs et fumeurs d'opium, morphinomanes, par le Dr E. Martin, ex-médecin major de l’Ecole polytechnique et de la légation de France à Pékin, 1 vol. in-8° de la Bibliothèque générale de physiologie. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 1893. Prix : 3 fr. 50.
- Etude des perfectionnements apportés dans la culture et l'emploi des levures destinées à la production des boissons alcooliques, par Georges Jacqcemin. 1 brochure in-8°. — Nancy. Imprimerie nancéienne, 15, rue de la Pépinière, 1893. Prix : 2 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 27 mars. . . . 3*,9 N. E. 1 Nuageux. 0,0 Peu nuag. de 4 h. à 10 h.; beau av. et ap., gel. bl.
- Mardi 28 E. N. E. 3 Beau. 0,0 Beau ; gelée blanche.
- Mercredi 29 4%6 S. E. 1 Beau. 0,0
- Jeudi 30 2*,8 N. N. E. 1 Beau. 0,0 Beau.
- Vendredi 31 2”,8 N. N. E. 1 Beau. 0,0 Beau ; gelée blanche.
- Samedi 1er avril. . . 5“,0 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Beau jusq. 17 h.; puis nuag.; couv. ap. 20 h. Nuageux à 24 h., éclairsau S. W., de 21 h. à 22 h., av.à 25 h.
- Dimanche 2 . 6*.8 S. 2. Peu nuageux. 1,1 Peu nuageux, halo, gelée blanche.
- MARS-AVRIL 1893. — SEMAINE DU LUNDI 27 MARS AU DIMANCHE 2 AVRIL
- t
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 « 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mery, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boute sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Pluie artificielle. — M. Chapiu signale dans Science le fait curieux d'une pluie continue qui est tombée pendant plusieurs journées, belles et claires, à Atliens (Ohio). On attribuerait cette pluie à la présence d’énormes quantités de vapeur d’eau fournies par des fours à briques récemment installés dans le voisinage. Celte vapeur d’eau a été poussée par le vent, dans une direction telle qu’elle est venue heurter des courants froids arrivant de la crête d’une colline qui se trouvait au centre de la pluie.
- La foudre et le» arbres. — Nous avons déjà parlé de l’action de la foudre sur les arbres; nous complétons ces renseignements par les faits suivants que nous empruntons au journal Ciel et Terre et qui sont dus aux intéressantes observations de M. Wockert.
- * ’ * ««nnhiotrtr» IrtC ’l fnililUc T\/\î_
- lues ou ciliées sont moins exposés à la foudre que les arbres à feuilles glabres. Le danger de la foudre pour les arbres dépend, en effet, de leur conductibilité et de la tension électrique Le hêtre est moins exposé que le chêne, parce que ses feuilles sont ciliées. Ces nombreux poils et cils des feuilles de hêtre ne permettent pas la production d'une forte tension électrique dans cet arbre, parce que durant un orage, la charge électrique accumulée s’écoule par la multitude de pointes constituées par les poils. Une feuille de hêtre en communication avec un conducteur chargé diminue la tension de celui-ci d’une quantité déterminée en moins de temps que ne le fait une feuille de chêne dans les mêmes conditions. Des expériences comparatives sur des rameaux de chêne et de hêtre ont montré que, dans les premiers, il s’accusait toujours une quantité d’électricité deux fois aussi grande que dans les branches de hêtre, et qu’ils la conservaient aussi beaucoup plus longtemps.
- PUISES DE LA LUNE : P. L. le 1", à 7 h. 27 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LÀ SEMAINE
- Ij’origine des (( poissons d’avril )). — Nous avons publié une petite Note à ce sujet dans notre livraison datée du 1er avril. Elle nous a valu l’envoi d’un travail très étudié inséré dans la Revue des traditions populaires, par M. Raoul Rosières (n° 4, du 15 avril 1892). Ce travail est trop étendu pour qu’il nous soit possible de le reproduire, mais nous en ferons connaître la conclusion. M. Raoul Rosières démontre que toutes les origines indiquées avant lui sont inexactes; c’est ainsi par erreur que l’on a fait remonter le poisson d’avril à l’époque où le premier de l’an cessa de commencer en avril, en vertu d’une ordonnance de Charles IX en 15G7. 11 suffit, pour détruire cette explication, de citer des textes mentionnant l’usage du poisson d'avril à une date antérieure. Or, au commencement du seizième siècle, on trouve l’expression de poisson d'avril dans plusieurs écrits, notamment dans la grande dga-blerie du curé Eloy Damerval (1508). M. Raoul Rosières admet que l’origine du poisson d’avril se trouve dans la date de la pèche au maquereau qui apparaissait à la fin de mars et au commencement d’avril, au moment où l’on était fatigué au delà de toute expression par l’usage des (( poissons de caresme ». On en trouve la preuve dans un grand nombre de récits du temps. « Vous imaginez-vous, dit l’auteur, la satiété que devait produire l’invariable cuisine au poisson? » A cette époque elle était absolument obligatoire, et l’on maudissait l’odieux poisson. On plaisantait l’arrivée du maquereau qui était le poisson d'avril. Le texte de la Résurrection de, Jenin Landore, en 1508, nous dit : « Maquereau, c’est poisson d’avril. » Le malencontreux poisson apparaissait chargé de maints crimes. Il devenait l’emblème de tous les mauvais garçons. Et quand on voulait parler d’une inconvenance ou d’une mystification, on disait : « C’est un poisson d’avril! »
- INFORMATIONS
- —— Le Congrès des Sociétés savantes des départements, qui se tient tous les ans à Paris, s’est réuni la semaine dernière. La séance solennelle de clôture a eu lieu le samedi 8 avril à la Sorbonne, sous la présidence de M- Poincaré, Ministre de l’instruction publique; il y avait une assistance très nombreuse. M. Poincaré a donné la parole à M. Hamy, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et professeur au Muséum d’histoire naturelle. L’orateur a traité cet intéressant sujet : le Centenaire du Muséum -d’histoire naturelle. Le Ministre de l’instruction publique a parlé de l’importance et de l’utilité des Sociétés savantes, et a décerné les récompenses.
- —^ — Un habitant d’Ontfield (Irlande), possède depuis l’été dernier une hirondelle qu’il a réussi à apprivoiser. Il l’avait trouvée, alors qu’elle n’était encore âgée que de quelques jours, dans un nid qu’un accident avait précipité du toit. Il l’avait recueillie, réchauffée et nourrie. Elle habite aujourd’hui une grande cage vitrée, avec un nid de plumes, est bien apprivoisée et s’accommode très bien de sa captivité. Elle chante gentiment. On la nourrit en hiver exclusive-
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- —— 700 hectares environ de plantations résineuses, de dix à quinze ans, ont été brûlés, lundi 3 avril, dans des rochers identiques à ceux de la forêt do Fontainebleau, situés à peu de distance et sur les ddux arrondissements de Melun et d’Etampes. Dans cette région peu habitée, les secours ont fait défaut et la perte, qui est énorme, ne peut être estimée, des bois de cet âge n’ayant aucune valeur marchande. Le feu, dù à l’imprudence d’un bûcheron, a parcouru 4000 mètres de longueur sur 200 mètres environ, de la ferme de Baudelu à celle de Coquibu. Un autre incendie a eu lieu le même jour, dans la forêt de Valencc-en-Brie. Comme on le voit, les désastres ne se sont pas localisés dans la forêt de Fontainebleau, où la surveillance incessante et l’empressement de tous permettent d’éviter des sinistres comme celui dont il s’agit.
- —En prévision du choléra, on va constituer auprès des administrations de Chemins de fer russes des commissions et des sous-commissions chargées de veiller au maintien d’un bon état sanitaire dans tous les bâtiments dépendant des différentes lignes ou situés dans leur voisinage, ainsi que de procéder à des inspections sanitaires des trains.
- —$é— L’Agricidturit de la Floride dit qu’en enfonçant des clous dans tes arbres fruitiers, on prévient ces arbres et leurs fruits de l'attaque des vers. Le Fruit trade journal, de New-York, confirme ce fait et ajoute qu’il faut l’attribuer à l’oxydation du fer par Je suc de l’arbre ; il se forme de l’ammoniaque qui pénètre dans toutes les parties de l’arbre. On conseille d’enfoncer une demi-douzaine de clous dans chaque arbre. Le succès est certain.
- Glisser un billet de 100 francs dans une lettre et la jeter à la poste en oubliant l’adresse, peut témoigner d’une certaine distraction. Le fait n’est pourtant pas aussi rare qu’on pourrait le croire. Dans le rapport de la direction des postes et télégraphes françaises présenté à la Commission du budget, on lit que deux initie personnes ont oublié non seulement de mettre une adresse sur leurs lettres, mais que ces lettres même ne portaient aucune indication permettant de les retourner à l'expéditeur. De ce fait, l’administration a bénéficié de plus de 150 OüO francs de valeurs anonymes.
- —5^— Le port de Strasbourg prend tous les jours plus d’importance, et l’administration municipale se voit dans la nécessité d’y faire bâtir des bureaux d’administration, qui doivent être plus vastes qu’on ne le croyait d’abord. Deux Sociétés allemandes ont déjà obtenu l’autorisation d’installer des entrepôts de pétrole. Une Société russe vient de demander à la ville de lui louer un emplacement dans un but analogue. Il faudra finir, croit-on, par construire un bassin spécial pour les bâtiments chargés de pétrole.
- —% — La mieanite est une nouvelle matière isolante qui se compose de minces feuilles de mica réunies ensemble par un ciment. On peut en faire des tubes, des bagues, etc. Cette matière est fabriquée par la Mica himlalor Company, de Schenectady (Etats-Unis), dont M.\I. Eugène Munsell et C°, de New-York, sont les agents.
- —— L’inauguration récente de la ligne de Jaffa à Jérusalem a fait remettre à l’étude la ligne projetée d’Ismaïlia à Jaffa, d’après les plans de Loufti-Bcy, du Caire. La distance totale est de 514 kilomètres. D’après ce projet, le canal de Suez serait traversé par un pont métallique d’une seule travée de 120 mètres, établi à une hauteur de 38 mètres. Suivant les devis de Loufti-Bcy, les travaux de maçonnerie sont insignifiants, et le volume total des terrasse-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M.Acker, à Logelbach (Alsace), nous adresse un intéressant résumé de toutes les observations qui ont été enregistrées dans La Nature sur la formation des glaces de fond, et critique les théories qui ont été émises par quelques-uns de nos correspondants. M. Acker croit à la formation des glaces de fond par une action mécanique. « Pour faire comprendre toute l’importance de cette action mécanique, qu’il nous soit permis de citer une observation que nous avons l’occasion de faire presque chaque hiver. Dans les établissements industriels où l’on rencontre la transmission de la force motrice par câble télodvnamique, nous voyons des poulies de près de 0 mètres de diamètre tourner avec une grande vitesse angulaire. La vitesse linéaire à la jante atteint jusqu’à 32 mètres par seconde. Or, par un temps froid et de brouillard intense, il se produit un spectacle assez intéressant. Pendant le travail, les rais ou bras de la poulie se couvrent peu à peu de glace spongieuse, en quantité telle qu’au bout de six heures de marche nous en avons pu recueillir jusqu’à 24 kilogrammes. Cette glace présente un aspect pittoresque et ressemble à une petite chaîne de glaciers à arêtes tranchantes et déchiquetées courant le long des rais. L’explication de la formation de cette glace est facile. Les bras de la poulie d’une section elliptique frappent les vésicules en suspension dans l’air et se couvrent d’une couche d’eau. Cette dernière, par suite de la rotation rapide, se congèle par évaporation. De nouvelles vésicules viennent s’appliquer pour subir le même sort, et nous voyons notre glacier lilliputien progresser d’heure en heure. Les vésicules d’eau peuvent aussi se trouver à l’état de surfusion, et la formation de la glace, dans ce cas, est d’autant plus accentuée. Par analogie, nous pouvons dire que les glaces de fond se forment d’une façon semblable, les rôles seulement sont intervertis, c’est-à-dire que dans l’observation citée, c’est l’obstacle qui marche et le milieu qui est tranquille, tandis que pour les glaces de fond c’est le milieu qui marche et l’obstacle qui est tranquille. De plus, les vésicules d’eau sont remplacées par des cristaux de glace. »
- M. le Directeur du service météorologique, à Mexico, nous adresse un état graphique de la mortalité dans le district fédéral de Mexico pour les années 1890, 1891 et 1892, comparée à la température moyenne, à la pression barométrique, à l’humidité et à la quantité d’ozone.
- M. A. Nicolle, à Lyon, au sujet de notre article sur les images latentes révélées par l’haleine (n° 1034, du 25 mars 1893, p. 262), nous rappelle l’expérience de Niepce, qui consiste à exposer pendant quelques instants à des vapeurs d’iode une gravure ou un imprimé quelconque. On place ensuite sur cette gravure nue feuille de papier encollé à l’amidon ou de papier parchemin sulfurique, et on soumet le tout à la presse; on obtient ainsi une épreuve bleu foncé très nette.
- Renseignements. — M. A. Francia, à Nancy. — La construction de ce moteur est abandonnée pour le moment.
- M. F. de Chapel, à Cardet. — La pierre dont vous nous avez envoyé le dessin est une pierre figurée, un jeu de la nature, et n’a aucun caractère d’un fossile.
- M. A. V., à Marvejols. — 1° Nous ne connaissons de bien complet que le travail de M. Elie de Beaumont. — 2° Nous avons déjà publié des articles sur la fabrication du fromage. Remerciements.
- M. II. C., à Paris. — 1° 11 s’agit là d’un préjugé populaire. — 2° 11 n’existe pas d’ouvrage de ce genre.
- M. G. P., à Rouen. — Vous pourriez employer une dissolution d’acétate de plomb, produit que l’on trouve dans le commerce.
- M. G. Vandevelde, à Gand. — Adressez-vous, pour ces renseignements, au fabricant désigné dans notre Boite aux lettres du même numéro.
- M. E. Liilzler, à Fontainebleau. — Pour tout ce qui concerne les engrais feuillogènes et fleurigènes, dont il a été
- question dans le n° 901, du 6 septembre 1890, p. 211, écrivez directement à M. le professeur Poiret, à Arras.
- M. E. Anadyr, à Cannes. — Nous ne croyons pas qu’il ait été fait des essais de ce genre.
- M. M. Carosin, à Flacq (île Maurice). — L’ouvrage de M. Déjernon, Les vignes et les vins de l’Algérie, en deux volumes, vous conviendra ; il est en vente à la librairie agricole de la Maison rustique, à Paris.
- M. A. Colin, à San-Francisco. — Vous trouverez la description du télémétrographe, ainsi que quelques renseignements sur l’application de la photographie au lever des plans, dans le n° 629, du 20 juin 1885, p. 39; vous pouvez, du reste, vous adresser directement àM. le colonel Laussedat, au Conservatoire des arts et métiers, à Paris.
- M. E. L., à R. — Des appareils de ce genre ont déjà été construits; adressez-vous à la maison Alvergniat, 10, rue de la Sorbonne, à Paris.
- M. J. Noël, à New-York. — Renseignez-vous auprès de M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris.
- M. Martin, à Nemours. — Dans la Boîte aux lettres du n° 1032, du 11 mars 1893, vous nous avez demandé l’adresse d’un constructeur des sifflets utilisés dans les filatures du Nord. M. Normand, 81, rue de Silly, à Boulogne-sur-Seine, nous informe qu’il fabrique différents modèles de ces sifflets de toutes grandeurs, soit en métal blanc argenté, soit en argent.
- M. J. Cournaud, à X. — La puissance nécessaire pour actionner cette dynamo dépend de la puissance lumineuse des lampes à incandescence. S’il s’agit de lampes de 16 bougies, il faut compter environ deux tiers de cheval.
- M. Collin, à X. — Nous ne comprenons pas votre réclamation. L’adresse que vous demandez a été donnée en tète de la Boite aux lettres du n° 1035, du 1er avril 1895; c’est la seule adresse que nous connaissions.
- M. A. Thibault, à Bucharest. — Ces phénomènes d’électrisation ont souvent été observés.
- Un lecteur, à Rouen. — La photo-peinture demande certaines précautions; vous trouverez des renseignements chez MM. Mary et fils, 26, rue Chaptal; ou chez M. II. Lustrât, 55, rue Richelieu, à Paris.
- M. A. Privât, à Valréas. — Pompes centrifuges : M. Meunier, 16, rue de Birague ; et MM. Olry et Granddemange, 83, rue Saint-Maur, à Paris.
- M. G. F., à la Foudre, Petit-Quevilly. — Le carborundum n’est pas encore fabriqué industriellement.
- M. L. B. Richard, à Marseille. — Pour préparer le gaz hydrogène avez le zinc et l’eau acidulée, il est bon que l’eau ne contienne pas une trop grande quantité d’acide sulfurique; vous aurez ainsi un dégagement plus abondant.
- M. M. C., à Paris. — Nous publierons un article sur l’inauguration des eaux de l’Avre dans le prochain numéro.
- Accusés de réception. — Avis divers : M J. E. Juillard, à Marseille. Nous n’avous pas d’autres renseignements que ceux précédemment indiqués. — M. E. Rcnac, à Alençon. Ces objets ne se trouvent pas encore dans le commerce. — M. L. de C., à Liège. Nous avons déjà indiqué, à plusieurs reprises, dans la Boite aux lettres, des appareils de ce genre. — M. J. L. Carasso, à Gumul-djina. Nous ne connaissons pas les procédés employés; tous nos regrets. — M. A. Mignon, à Sainte-Lucie; M. L. F., à Paris; M. P. B., à Nîmes; M. M., à Revigny. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. A. Nippa, à Romny; M. E. de Forga, à Aix-la-Chapelle; M. le Dr F. B-, à Lille. Remerciements pour vos communications.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle. — M. Stanislas Meunier, professeur de géologie, a ouvert ce cours le mardi 11 avril 1895, à cinq heures, dans l’amphithéâtre de la Galerie de géologie, et le continuera les samedis et mardis suivants, à la même heure. — M. A. Gaudry, membre de l’Institut, professeur de. paléontologie, a ouvert ce cours le mercredi 12 avril 1893, à trois heures et demie, et le continuera le vendredi et le mercredi de chaque semaine, à la même heure. — M. E.-T. IJamy, membre de l’Institut, professeur d’anthropologie, a commencé ce cours le mardi 11 avril 1895, à trois heures et demie, dans l’amphithéâtre d’anatomie comparée, et le continuera les samedis et mardis suivants à la même heure. — M. P.-P. Dehé-iîain, membre de l’Institut, professeur de physiologie végétale appliquée à l'agriculture, a ouvert ce cours, le mardi 11 avril 1895, à deux heures, dans l’amphilhiâtre de la Galerie de minéralogie, et le continuera les samedis et mardis suivants, à la même heure.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux le% ren-
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- PETITES INVENTIONS1
- Préservation des vignes des accidents climatériques. — M. Mangin, propriétaire vigneron, a imaginé un appareil qui peut être fort utile au vigneron. Le procédé consiste à couvrir et à découvrir instantanément la vigne, au moyen d’une espèce de petite tente de paille s’ouvrant et se fermant par l’action d’un mécanisme simple, et mettant ainsi à l’abri le cep de vigne comme le montre le n° 1 de la figure, ou le laissant à l’air comme l’indique le n° 2. La vigne est ainsi préservée des gelées tardives du printemps, de la grêle, des pluies continuelles qui déterminent la coulure du raisin pendant la floraison. Cet ingénieux appareil permet de couvrir et
- Appareil pour la préservation de la gelée.
- découvrir un hectare de vigne en moins de cinq minutes. Le n° 5 de la gravure donne un schéma du dispositif employé. Un bâti de bois est muni d’un levier B, ce levier actionne une chaîne conductrice G qui parcourt en double les rayons de pieds de vigne et relie toutes les parties de tente-abri à leur extrémité supérieure, la chaîne conductrice actionnée par le levier ( détermine le mouvement d’inclinaison nécessaire pour couvrir I ou découvrir les pieds de vigne. A la base du levier, il existe un contrepoids rotatif destiné à faciliter le mouvement en le tournant en avant ou en arrière, suivant l’opération à réaliser, en avant pour ouvrir, en arrière pour fermer; ce contrepoids est indiqué par un pointillé. A l’extrémité des lignes se trouve un poteau en bois E muni d’une poulie de direction F. 11 suffît de faire agir le levier B, ou la roue de barre de traction représentée sur la figure. —• Pour tout ce qui concerne cet appareil, s’adresser à M. Mangin, 84, route de Fontainebleau, Paris-Gentillv (Seine).
- Buvard flexible. — Le buvard llexible ou buvard élastique, que représente notre figure, se compose d’une lame d’acier nickelé dont la forme courbe se ramène vers l’horizontale par le seul fait de la pression exercée sur la poignée; on applique ainsi par la pression le papier buvard disposé sur la surface inférieure de la lame. Cette dernière est très flexible et permet d’accentuer la pression à droite ou à gauche, selon qu’il est nécessaire. La poignée est montée sur deux ressorts
- Buvard flexible.
- articulés afin d'assouplir le mouvement et mieux se prêter au développement voulu de la lame d'acier. Sans avoir des dimensions plus grandes que les buvards employés jusqu’ici, le buvard flexible peut sécher d’un coup une feuille de papier de format ordinaire. Le changement des feuilles de papier buvard maculé
- par un long usage est très facile à opérer ; à chaque extrémité de la lame d’acier se trouve une pince automatique qu’il suffit de soulever et de rabattre ensuite sur les nouvelles bandes de papier buvard posées à plat. — Cet appareil se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’ilauteville, à Paris.
- Porte-parapluie de ceinture. — Avec ce nouveau système on a les mains libres et on ne risque plus de perdre son parapluie ou sa canne qui se trouve attaché soit à l’emmanchure du gilet, soit à la poche du vêtement, soit à la ceinture du pantalon ; les dames accrochent l’agrafe à la taille, ce qui produit en même temps l’effet d’une châtelaine. Notre gravure représente d’une part le petit crochet qui est en métal
- Porte-parapluie.
- nickelé, et qui laisse pendre une cordelette en boucle dans laquelle il suffit de passer le manche du parapluie ou de la canne; on voit d’autre part une dame munie de son porte-parapluie. — Cet appareil se trouve chez M. Mathieu-Martain, 2, Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les graveurs du dix-neuvième siècle. Guide de l'amateur d'estampes modernes, par Henri Beraidi. Tome XII. (S. Z.). 1 vol. in-8°, avec planches hors texte. — Paris, librairie L. Conquet, 1892.
- II. Henri Beraidi a commencé, il y a quelques années, en 1885, une œuvre considérable dont nous avons déjà eu l’occasion de parler à nos lecteurs. L’éminent bibliophile, dont les belles collections sont aujourd’hui célèbres, a résolu d’élever un monument a l’art de l’estampe, au dix-neuvième siècle, et il s’est mis à retracer, par ordre alphabétique, l’histoire de tous les graveurs de notre époque et de tous ceux qui ont exécuté des estampes. M. Beraidi a passé en revue deux mille artistes et analysé ou énuméré leur
- ’ œuvre. C’est un inventaire immense, dans lequel l’auteur a donné une physionomie à chaque catalogue tout en sachant en proportionner l’étendiic et le détail, à l’importance des artistes. C’est une vaste entreprise que l’auteur a su mener à bonne fin sans jamais faiblir dans son travail. L’ouvrage est édité avec luxe, il comprend un grand nombre de planches inédites hors texte, signées des noms de nos plus célèbres artistes, et dont la plupart sont un régal pour l'homme dégoût. G. T.
- La Protection des oiseaux, par Emile Oüstalet, docteur es sciences, président de la Société zoologique de France. Ouvrage illustré de 52 gravures sur bois. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie Furne, Jouvet et Cio, éditeurs.
- Il est inutile de faire dans nos colonnes l’éloge de l’auteur de ce livre. Les articles d’histoire naturelle de M. Oüstalet sont appréciées depuis vingt ans par les lecteurs de La Nature. Le livre que le savant ornithologiste publie aujourd’hui n’a pas de prétention de haute science; l’auteur exprime, dans une forme accessible à tous, les idées qu’il a soutenues dans des Rapports officiels en 1884, 1889 et 1891, c’est-à-dire la nécessité d’assurer, au point de vue agricole, la Protection des oiseaux. Cet ouvrage s’adresse aux agriculteurs et à leurs enfants, aux instituteurs et à leurs élèves, à tous ceux qui aiment les oiseaux. G. T.
- Récréations mathématiques, par Edouard Lucas. Tome III.
- 1 vol. petit in-8°, caractères elzévirs, titre en deux couleurs. Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1895. Prix : hollande, 9 fr. 50; vélin, 6 fr. 50.
- Les lieux géométriques en géométrie élémetitaire, par M. P. Sauvage, professeur de mathématiques (Saint-Cyr) an lvcée
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Essais sur les phénomènes cosmogoniques, par A. Coffinières de Nordeck, lieutenant de vaisseau. 1 vol. in-8° avec une lettre de Pierre Loti. — Paris, Berger-Levrault et Cie, libraires-éditeurs, 1893. Prix : 6 francs.
- Traité pratique de la préparation des produits photographiques, lre partie. Les produits employés en photographie, par Paul Ganichot, chimiste. 1 vol. in-18. — Paris, Ch. Mendel, éditeur. Prix : 1 fr. 50.
- Le mouvement différentiel. Loi des marées. Eau. Air. Feu, par F. de Saintignon, maître de forges, inspecteur adjoint des forêts en disponibilité. 1 brochure in-4°. — Paris, Berger-Levrault et Cie, libraires-éditeurs, 1892.
- Types de calculs nautiques en usage h l'Ecole navale. 1 brochure in-4°. — Paris, Berger-Levrault et C‘% libraires-éditeurs, 1892.
- Elude sur les tremblements de terre, par-Léon Vinot. 1 vol. in-8°. — Paris, Berger-Levrault et Cie, libraires-éditeurs, 1895.
- Notes sur la manière de manœuvrer dans les cas de rencontre à la mer de deux navires a vapeur, par Aubert Saintyves, lieutenant de vaisseau en retraite, sous-chef du service central de l’exploitation à la Compagnie générale transatlantique. 1 brochure in-8°. — Paris, Berger-Levrault et Cie, libraires-éditeurs. Prix : 1 fr.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES BU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 3 avril 8*,1 N. 2 Beau. 0,0 Quelques nuag. çà et là ; halo; horizon brumeux.
- Mardi 4 8°,1 N. N. W. 2 Beau. 0,0 Beau ; gelée blanche ; brum. le matin ; très clair le soir.
- Mercredi 5..... . 7°,9 N. 2 Beau. 0,0 Pas de trace de nuage ; gel. blanche; horizon tr. clair.
- Jeudi 6 9”,7 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau ; gelée blanche ; atmosph. très claire.
- Vendredi 7 8%9 N. E-, 2 Beau. 0,0 Pas de trace de nuage ; gelée blanche; atmosph. claire.
- Samedi 8 9“,2 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau ; gelée Blanche.
- Dimanche 9 .__ 9“,4 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Gelée blanche.
- AVRIL 1893. -- SEMAINE DU LUNDI 3 AVRIL AU DIMANCHE 9 AVRIL
- I,ii courbe super.cure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, In direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la merj: courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au parc de Saint-Maur en mars 1903
- par M. E. Renoo.
- Moyenne barométrique à midi, 762"”,43. Minimum, le 13, à o heures du matin, 733™”,26. Maximum, le 20, à 9-10 heures du matin, 769””,27.
- Moyennes thermométriques : des niiuirna, 5°, 19; des maxima, 13°,09; du mois, 9°, 10. Moyenne vraie des 2i heures, 8°,79. Minimum, le 19, vers 6 heures du matin,—3°.1. Maximum, le 31, vers 2 heures du soir, 20°,3. La moyenne de mars n’a pas été aussi élevée depuis treize ans; eu 1880, elle a atteint 9°,79. 6 jours de gelée et 1 f jours de gelée blanche.
- Tension de la vapeur. Moyenne, 5””,37. Minimum le 30, à 3 heures du soir, 1””,6. Maximum, le 14, à 2 heures du soir, 9““,i. Humidité relative. Moyenne, 66. Minimum, le 50, à 3 heures du soir, 10. Maximum, 100, en 3 jours.
- Nébulosité. Moyenne, 56; est égale à celle de 1889. 4 jours sans (race de nuage.
- Pluie, 9””.6 en 5 jours, plus dos gouttes le 13. Vents de la région nord-est dominants, puis ceux du sud-sud-ouest nu sud-ouest. Deux jours de tonnerre : le 11, tonnerre dans la région sud-ouest, de 5 heures à 3 heures trois quarts du soir; le 13, deux ou trois coups de tonnerre sans pluie vers le sud-ouest, vers 1 heure et demie du soir. Petite averse de
- "•'êln 1 n 4 i nrunl pAruirrn
- 8 heures du matin. Marne. Température le matin; 8°,78; le soir, 9°,31; en moyenne, 9”,03. Transparence moyenne O”,71. Très trouble au commencement du mois, la rivière s’cst éclaircie progressivement. Hauteur moyenne, 3”,52. Elle a décru régulièrement du commencement à la fin du mois.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de mars 1893 a présenté les résultats suivants : baromètre plus haut de 4“”,87. Thermomètre plus haut de 3°,10. Tension de la vapeur moindre de 1"”,1. Humidité relative moindre do 9. Nébulosité moindre de 25. Pluie moindre de 26””,6.
- Floraisons: le 5, Saule Marceau, li, Abricotier, Amandiers en pleine fleur. 16, Groseillier à grappes. 21, Erable plane. 22, Pêcher plein vent, Groseillier à maquereau. 21. Cerisier, Prunier (Goutte-d’or?i, Mahonia à feuilles de houx. 25, Prunier de Monsieur. 26, Coucou, Glechoma, Prunier de Reine-Claude, Poirier Duchesse en espalier. 29, Cassis, Cerisier anglais et de Montmorency. 30, Poirier en quenouille.
- Le 2, les Limaçons se promènent. Le 23, une troupe d’Oies sauvages passe en se dirigeant droit au nord-est.
- Erratum : mois de février 1893. Température moyenne des 24 heures, au lieu de 5°,99, lisez 5°,92. Relativement à la moyenne normale, thermomètre au lieu de 2°,42, lisez 2°,35. Température moyenne de l’hiver, au lieu de 1°,83 lisez 1°,80; excès sur la normale, au lieu de — 0°,81, lisez — 0°,84.
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- . VARIÉTÉS
- Quelques Bulletins météorologiques d'il y a 22* ans, par Mme de Sévigné. — La splendeur et la précocité de la saison actuelle nous reportent aux époques rares et bénies où, paraît-il, on mettait à Pâques (( des pantalons blancs et des jupes de mousseline ». En avons-nous tous entendu parler de ces pantalons blancs lorsque, ces dernières années, les printemps et les étés étaient pluvieux, froids et maussades ! En ce mois d’avril, qui a déjà toutes les parures de mai, les pessimistes trouvent encore des raisons de se plaindre : il fait trop beau, trop sec, nous aurons un été glacial, etc., etc. Désirant savoir si les doléances des uns étaient exactes et si les prophéties des autres ont chance de se réaliser, j’ai pensé qu’il serait curieux de se reporter en arrière pour savoir si, oui ou non, tous les printemps étaient autrefois doux et fleuris et les étés splendides. J’ai recherché dans les lettres de Mm8 de Sévi-gné, les renseignements donnés par elle sur les saisons, le beau et le vilain temps, etc., etc. Il résulte de cette enquête qu’ils sont peu nombreux. D’ailleurs, l’illustre écrivain ne parle jamais du temps lorsqu’elle habite Paris; elle a bien d’autres choses à observer! Les indications sont datées du château des Rochers, en Bretagne, ou de Livry, aux environs de Paris. Il résulte de cette petite enquête faite dans le passé que, si le style a quelque peu changé, les saisons sont restées les mêmes, inégales, capricieuses. Emilie Mermkt.
- Extraits des lettres de Mme de Sévigné. — 1671. 24 avril. Voilà le plus beau temps du monde; il commença après des pluies épouvantables. — 29 avril. Je vins ici où je trouvai tout dans le triomphe du mois de mai. — 15 mai. A Issv, les rossignols, l’épine blanche, les lilas, les fontaines et le beau temps nous ont donné tous les plaisirs innocents que l’on peut avoir.
- — 10 juin. Il y a huit jours qu’il pleut ici continuellement, la pluie n’est interrompue que par des orages. Je ne puis sortir.
- — 21 juin. Nous avons eu ici des pluies continuelles. Tous nos ouvriers ont été dispersés. — 24 juin, au coin de mon feu. Je ne vous parlerai plus du temps, je serais aussi ennuyeuse qUe iui. — 1675. a juillet. Nous avons eu un froid étrange. — 24 juillet. Je suis très persuadée que notre châsse de sainte Geneviève a fait ce changement, car sans elle nous apercevions comme vous que la période du soleil et des saisons était changée. — 1676. 22 mars. J’ai bien profité de cette belle saison dans la pensée que nous aurions l’hiver dans le mois d’avril et de mai. — 1680. 6 mars. Nous avons passé ici les trois jours gras, le soleil.... nous y détermina.... il y a fait le plus beau temps du monde. — i81’ mai. Je ne sais quel temps vous avez eu en Provence, mais celui qu’il fait ici depuis trois semaines est si épouvantable que plusieurs voyages en ont été dérangés. Je ne suis point encore partie, c’est le mauvais temps qui in’a arrêtée, c’eût été une folie de s’exposer, tout était déchaîné. — 31 mai. Il y a un mois qu’il pleut tous les jours. — 19 juin. Pour nous c’est une nitié. il fait un froid et une nluie contre
- toute raison. J’ai une robe de chambre ouatée et j’allume du feu tous les soirs. — 21 juin. Le mauvais temps continue. — 26 juin. (Juand je trouve les jours si longs, c’est qu’en vérité, avec cette durée infinie, ils sont froids et vilains.... on ne se couche plus sans fagot, on a repris ses habits d’hiver. — 1689. 17 avril. A peine le vert veut-il montrer le nez; pas un rossignol encore : enfin l’hiver le 17 avril. — 30 avril. Je crois que nous allons entrer dans les rigueurs du mois de mai que nous avons vues si souvent à Livry. — 1er juin. Il y a six semaines qu’il n’a plu; nous avons eu de grandes chaleurs et tout d’un coup sans pluie, il fait froid et nous avons du feu — 5 juin. Il fait un temps affreux, une pluie, un vent, un froid: plus de promenades.
- INFORMATIONS
- — La Société centrale d’apiculture du Pas-de-Calais organise un concours d’industries agricoles comprenant l’industrie des engrais, la sucrerie, la distillerie, la féculerie, la brasserie et la laiterie. Ce concours sera ouvert en meme temps que le concours régional d’Arras, aura la même durée (3 au 11 juin), et n’admettra que des exposants appartenant à la région. La classe des engrais a surtout pour objet de faire connaître les productions naturelles de la région et d’encourager l’utilisation des résidus industriels. Dans les sections réservées à la sucrerie, à la distillerie et à la féculerie, on exposera les collections de betteraves ou de pommes de terre, les instruments employés pour leur culture, les appareils servant à leur traitement industriel et les produits obtenus. Un objet d’art, une grande médaille d'or, 3 médailles d’or, 15 d’argent et 12 de bronze et une somme de 365 francs sont à la disposition du jury. Les demandes d’admission doivent être adressées avant le 1er mai à M. Masson, secrétaire de la Société, 16, rue de l’Arsenal, à Arras.
- —— On vient de mettre à l’étude, au Ministère de la marine, sur les indications du vice-amiral Gervais, un projet très important de la défense de Cherbourg et, par conséquent, de la frontière maritime du nord-ouest. Ce projet comporte la construction, par des fonds de 15 à 16 mètres d’eau, d’un « fort en mer », sur un développement de 95 mètres de longueur, portant une série de canons des plus forts calibres, des pièces à tir rapide et d’obusiers à méli-nite avec addition de logements, machines et magasins d’approvisionnements en vivres et munitions. En deçà de cet ouvrage exceptionnel de défense existerait un double port suffisant pour abriter un garde-côte cuirassé et quatre ou cinq torpilleurs. Il résulte d’une eslimation préalable que la dépense totale n’excédera point le coût d’un cuirassé de premier rang.
- —Le Gouvernement roumain se préoccupe de la construction d’un nouveau port à Constantza. Le projet adopté serait réalisé en huit ou neuf années. Il coûterait environ 60 millions. Le port serait construit d’après le système usité à Odessa et comporterait des wharfs à deux étages pourvus d’elévateurs-grues à vapeur.
- Un des emplois les plus convoités, en France, est celui de facteur rural. A cette heure 50 286 candidats le sollicitent. Or, il n’y a pas plus de 1484 vacances par année, de sorte qu’il y a 28802 candidats à éliminer. Ce qui est le plus étonnant, e’eàt que ce poste si désiré est à la fois pénible et peu rémunéré. Pour lfr,95 on doit faire, nar tous les temos. de 30 à 50 kilomètres nar iour.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — L’allumette électrique décrite dans le n° 1050, du 8 avril 1895, p. 504, est fabriquée par la maison P. Delostal, 209, rue Saint-Maur, à Paris.
- Communications. — Curieuse expérience de l’attaque de l'aluminium par le mercure. — Permettez à un de vos lecteurs de communiquer à La Nature la curieuse observation suivante concernant l’attaque de l’aluminium par le mercure. Si l’on frotte légèrement avec de l’amalgame de mercure la surface d’une plaque d’aluminium, préalablement bien nettoyée avec du papier de verre, on voit, au bout d’un instant, se produire une efflorescence extraordinaire. La surface du métal se couvre d’arborescences d’alumine, lesquelles poussent littéralement à vue d’œil ; aussi rien de plus singulier à observer que cette formation d’une véritable forêt en miniature, laquelle atteint, au bout d’une demi-heure, jusqu’à 1 centimètre de hauteur. Si l’on brosse le métal, on le trouve rongé, comme par un acide, dans toutes les régions où s’est manifestée cette oxydation énergique; mais il suffit de le chaulfer un peu fortement pour que, par suite de la volatilisation du mercure, le phénomène s’arrête entièrement pour reprendre chaque fois que l’on frotte de nouveau la surface avec un peu d’amalgame de mercure. L’expérience réussit plus facilement avec de l’amalgame, car il est difficile de pulvériser suffisamment la gouttelette de mercure avec le doigt, ce métal ne mouillant pas l’aluminium. Il est probable que le mercure ne joue ici qu’un rôle catalytique, soit de présence, et qu’il permet alors à l’aluminium désagrégé par sa présence, peut-être réduit à un état poreux, d’ètre plus facilement, et à froid, attaqué par l’oxygène de l’air. La plaque s’échauffe néanmoins d’une façon appréciable au toucher; nous avons donc ici une véritable combustion à constater. C. Maugat,
- Préparateur au cabinet de physique de l’L'niversitc de Genève.
- M. W. T., à Paris, nous adresse la description d'une cravache électrique construite pour un sportsman. Dans le manche en celluloïd se trouvent une bobine de 5000 mètres de fil fin et une pile Trouvé; le contact, pour fermer le circuit, est établi à l’aide d’un ressort en cuivre. Deux fils conduisent l’électricité à l’extrémité de la cravache où sont placées deux rondelles en cuivre garnies de pointes assez aiguës pour pénétrer le poil du cheval sans toutefois le blesser. Le poids total de la cravache est de 500 grammes.
- M. le colonel Michel Pomortzeff, à Saint-Pétersbourg, nous adresse une brochure publiée en langue russe intitulée : Recherches expérimentales sur l'équilibre et le mouvement du ballon. Saint-Pétersbourg, 1892.
- M. J. Henrivaux nous envoie une brochure contenant une étude intéressante sur la fabrication du cidre par diffusion (diffuseur Laforêl). Ce petit ouvrage est publié en supplément à la Revue Le Cidre et le Poiré, Imprimerie du Journal de l'Orne, x\rgentan, 1892.
- M. S. Cavallero nous transmet une petite brochure en langue italienne traitant de Y Influence du froid sur les végétaux.
- M. Mariano Leal, directeur de l’Observatoire météorologique de Esa Ciudad, nous fait parvenir une étude sur la mortalité dans la province de Léon, en Espagne.
- M. S. C. Hepites, à Bucharest, nous adresse le résumé des observations météorologiques de Bucharest (Filaret) pour l’année 1890 et pour la période de 1885 à 1890.
- M. J. Hemerdinger, à Paris, nous soumet l’observation suivante, qui est fort curieuse : au cimetière israélite du Père-Lachaise, dans l’allée principale, à gauche, non loin de la bordure, se trouve un arbre, dont le quart des feuilles, sur un côté, sont couleur rouille claire et le reste est vert. Cet arbre a pris naissance juste sous la balustrade d’une tombe datant de 1842 et l’a entourée. Plusieurs barres de fer sont de la sorte encastrées dans l’arbre et ressortent des deux côtés. La rouille
- se répand dans une partie de la sève et donne aux feuilles l’apparence mentionnée plus haut.
- M. le professeur A. Riccô nous transmet les deux brochures suivantes : 1° Travaux exécutés à l'observatoire de l'Université de Catane. (Extrait du Bulletin mensuel de l'Académie des sciences naturelles de Catane, fascicules XXX et XXXI, séances du 18 décembre 1892 et du 25 janvier 1895.) 2° Relations entre les taches solaires et la perturbation du magnétisme terrestre. (Extrait des Mémoires de la Société des spet-troscopisti italiani, vol. XXI, 1892.)
- Renseignements. — M. G. A., à Vitruve. — L’action de l’air et de la lumière est préférable; l’action des agents chimiques pourrait être dangereuse.
- M. H. de Coninch, à Notre-Dame-de-Bondeville (Rouen). — La description que vous demandez se trouve dans le n° 999, du 25 juillet 1892.
- M. L. Laporte, à Firminy. — Laiterie, par M. Maigne, 1 volume de la collection des manuels Iloret, à la librairie encyclopédique Roret, à Paris.
- M. R. Tuyet, à Barcelone. — 1° Notre figure sur les sifflets japonais était à peu près grandeur d’exécution; un peu plus petit. — 2° Remerciements pour les renseignements que vous nous donnez.
- M. Gotendorf, à Maisons-Laffilte. — Vous pouvez vous adresser à MM. Chateau, à l’ancienne maison Collin, 118, rue Montmartre, ou à M. Châtelain, 10, rue de Belzunce, à Paris.
- M. A. Weber, à Paris. — Nous publierons prochainement des formules qui vous renseigneront.
- Un abonné, à Alexandrie. — II n’y a guère que l’expérience qui puisse fixer exactement la valeur de cette pression.
- M. L. Guéroult, à Baccarat. — Ce produit n’a été préparé jusqu’ici que dans les laboratoires.
- M. P. M., à Paris. — 1° Consultez Les machines dynamoélectriques, par M. B. V. Picou, à la librairie Baudry, 15, rue des Saints-Pères. — 2" 11 y a beaucoup de cours publics d’électricité industrielle à Paris; mais ces cours ont lieu le soir pendant l’hiver.
- M. B. Moizard, à X. — Dans cette expérience, on obtient certainement de la glace; mais la limite extrême du froid que l’on peut atteindre varie avec une série de causes dépendant de l’appareil employé.
- M. C. M., à Tenez. — Vous trouverez chez les marchands de produits chimiques, des couleurs qu’il suffira de faire dissoudre. Les sacs trempés dans ces solutions pourront facilement être teints.
- M. L. Portzu, à Bennes. — L’encre à copier sans presse ni mouillage est en vente dans les principales papeteries, notamment à la maison Fortin et Cie, 59, rue des Petits-Champs, à Paris.
- M. L. K., à Fleurier. — Ces renseignements doivent se trouver dans l’ouvrage de la collection des manuels Roret, Sondeur, Puisatier, Hydroscope, par A. Romain. Prix : 5 fr. 50.
- M. A. M., à Reims. — 1° Consultez l’article que nous avons publié dans le n° 958, du 25 mai 1891, p. 587, sur l’aluminium et les divers alliages actuellement fabriqués dans l’industrie. — 2° Société française d’aluminium, 50, rue Lafayette, à Paris, ou Société électro-métallurgique de Froges (Isère).
- M. A. L. P., à Bordeaux. — Le constructeur de ce moteur est M. Ouénet, 5, rue de Montmorency, à Paris.
- M. J. Mosselmann, à X. — L’article que vous demandez passe dans le numéro de celte semaine.
- (A suivre.)
- Questions. — N° 1525. —M. L. R., à Paris, demande un moyen d’enlever sur du cuir des taches de moisissure.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. J. Dongada, à La Père. Nous n’avons jamais vu l’objet dont vous nous envoyez un spécimen. Tous nos regrets. — RI. J. de Breyne, à Gand. L’adresse que vous demandez est donnée en tôle de la présente Boite aux lettres. — M. L. Danos, à Tarbes. Adressez-vous directement aux fabricants d’appareillages électriques; nous ne saurions nous occuper de cette affaire. — JM. J. Bidès, à Londres. 1° 11 faudrait essayer divers décolorants pour vous répondre; 2° 2 fr. 25. — M. Vigier, à Paris. 1° Nous savons que ce produit se fabrique, mais nous n’avons pas d’adresse spéciale ; 2° M. Ch. Bureau, chimiste à Arras. — M. L. Danos, à Tarbes. Même réponse que ci-dessus pour la première question. — M. J. L., à Arras. Nous ne pouvons vous dire où vous trouverez cet objet. Il y en a eu longtemps chez les marchands japonais. — M. C. B. T., à X.; M. E. Biron, à Guîtrcs. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — il/. II. Boberty, à Paris; M. L. Marchetti, à Paris. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- lia poupée de caoutchouc. — Voici une petite invention qui nous paraît amusante au plus haut point ; elle est due à un américain, M. Orville Carpenter de Pawtucket, R. I. Nous en donnons la description d’après le Scientific American. Elle consiste en une poupée de caoutchouc creuse; à l’état normal, la tète de cette poupée a une physionomie qui n’offre rien de particulier (n° 1 de la figure). Mais si on prend la poupée dans
- La poupée en caoutchouc grimaçante. — 1. Aspect de la tète deTlarpoupée
- a I état normal. ^— 2. Aspect de la tète de la poupée comprimée. —
- 3. Coupe de la tète montrant les différences d’épaisseur du caoutchouc.
- sa main et qu’on la comprime fortement, le nez, les yeux, le menton, les joues et les oreilles de la figure, s’allongent outre mesure, des cheveux se dressent sur le crâne , et le personnage prend un aspect des plus comiques (n° 2). Voici l’explication du phénomène. La tète de la poupée est en caoutchouc creux, mats la surface n’est pas de la même épaisseur, la coupe n° 5 en montre la structure ; le nez, le menton, la hase des cheveux, les joues, les oreilles, sont formés de pellicules minces que la compression dilate à la façon des petits ballons de caoutchouc. Il y a là une idée bien originale, qui sera exploitée, croyons-nous, par les fabricants d’objets en caoutchouc.
- Zootrope démontable. —Le zootrope est un instrument des plus curieux, et qui dans ces dernières années a obtenu le plus^grand succès, mais l’appareil est encombrant, et quand on ne l’utilise pas, il tient une grande place. Le modèle que nous représentons ci-contre est démontable, il est formé d’une boîte ronde, contenant les images et le manche, formant axe de rola-
- Zootrope démontable.
- tion. On ouvre la boîte, on en place le couvercle dans le fond, on monte le manche dans un orifice pratiqué ad hoc; les images imprimées sur bandelettes prennent la forme circulaire par des cannelures qui les réunissent; le zootrope est monté et fonctionne. Quand on ne s’en sert plus, le tout offre l’aspect d’une boîte de carton. — Se trouve chez MM. Stransky frères, 20, rue de Paradis, Paris.
- 1 La description des appareils est, pratnito T a v~.
- Purificateur d’air à double usage. — Cet appareil est basé sur les principes de M. Pasteur; il est destiné à être fixé à un tonneau de vin, cidre, bière, etc., et quand on fait écouler le liquide, il ne permet à l’air extérieur d’entrer dans le tonneau qu’après s’ètre filtré sur du coton. L’air impur entre dans le sens de la flèche (fig. ci-contre), il traverse du coton, puis il passe dans le vase inférieur contenant de l’alcool, et entre dans le tonneau par un petit tube vertical, suivant l’indication des flèches. Cet appareil sert ainsi de fausset désinfectant et purifie l’air qui rentre dans les fûts au moment du soutirage. 11 empêche 1 entrée de tous germes infectieux qui sont la seule
- Fosset puriiieateur d’air pour les fûts.
- cause de l’altération des liquides, et cela par le filtrage de l’air dans le coton et de son lavage quand il passe dans l’alcool à 00 degrés. Actuellement, la fin d’un fût est une boisson absolument imbuvable. Les liquides se piquent, durcissent et deviennent à l’état aigre; ils altèrent même la qualité des fûts dont on doit se servir à nouveau. Pour les spiritueux, plus de déperdition de bouquet ni d’alcool. Cet appareil a un deuxième usage. Il permet le réglage mécanique et automatique de la déperdition des gaz dans les fûts où les liquides sont en fermentation. L’appareil étant placé sur le fût, les gaz, pour sortir, traversent l’alcool, soulèvent le clapet maintenu par un ressort dans la partie A et s’échappent au dehors. Par contre, aucune émanation infectieuse ne peut pénétrer pendant et après la fermentation. La présence de l’alcool et la position du clapet s’y opposent absolument. Enfin, toute cause de rupture des fûts est évitée et toute surveillance rendue inutile. — S’adresser pour tout ce qui concerne cet appareil à M. Paul Bertrand, 19, rue d’Ilauteville, Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Formulaire de l'électricien, par E. Hospitalier. Onzième année, 1895. 1 vol. in-16 cartonné. — Paris, G. Masson, éditeur. Prix : 5 francs.
- Cours de minéralogie, professé à la Faculté des sciences de Paris, par Chaules Fuiedel, membre de l’Institut. Minéralogie générale. 1 vol. in-8°. — Paris, G. Masson, éditeur, 1895.
- Cours de chimie organique, par M. (Echsneu de Comnck, docteur ès sciences. 5" fascicule. 1 vol. in-8°. — Paris, G. Masson, éditeur, 1893.
- Nouveau traité de versification française, par MM. Charles Le Goffic et Edouard Thieulix, professeurs agrégés de l’Université. 1 vol. in-16, cartonné, 2e édition, revue et corrigée. — Paris, G. Masson, éditeur, 1893.
- Hypnotisme, suggestion et lecture des pensées, par Jeax de Tarciianoff, professeur de physiologie à l’Académie impériale de médecine de Saint-Pétersbourg. Traduit du russe, par Ernest Jaugert. 1 vol. in-16, 2e édition. —Paris, G. Masson, éditeur, 1892.
- Traité pratique d'analyse chimique et de recherches toxicologiques, par G. Guérin, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Nancy, directeur du laboratoire des cliniques.
- 1 vol. in-8°. — Paris, Georges Carré, éditeur, 1893.
- Polarisation rotatoire. Réflexion et réfraction vitreuses. Ré-
- flexion métnllinne I.Ai<nne f'jllno .\ 1.' ---— *on*
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- des sciences de Paris, rédigées par J. Lemoine, agrégé de l’Université. 1 vol. in-8°. — Paris, Georges Carré, éditeur, 1895.
- Elude critique du projet de règlement pour prévenir les abordages ou collisions en mer adopté par le Congrès des Etats-Unis d'Amérique, proposé en 1890 par la Conférence maritime internationale de Washington, par A. Saintïves. 1 brochure in-8°. — Paris, Berger-Levrault et Cie, libraires-éditeurs, 1895.
- L'esprit de tout le monde, compilé par Loredan Larchev, 2e série. Hiposteurs. 1 vol. in-10. —Paris, Berger-Levrault et Ch, 1895. — Prix : 5 fr. 50.
- Les insuccès dans les divers procédés photographiques, lre partie. Procédés négatifs, par L. Mathet. 1 vol. in-18. — Paris, Ch. Mendel, éditeur. Prix : 1 fr. 50.
- Cartes des lignes télégraphiques et câbles sous-marins, par MM. Paul Jaccotey et Maxime Mabyre. Une feuille mesurant 1 mètre sur 0m,70, 7e carte de VAlbum des services maritimes postaux français et étrangers, publié sous la direction de M. Emile Levasseur, de l’Institut. — Paris, librairie Ch. Delagrave. Prix : 2 fr. 50.
- Contribution h l'histoire des Orobranches. Etude des espèces vivant sur les plantes cultivées. Traitements et procédés culturaux usités contre ces parasites, par G. L.vvergne, avec 12 figures dans le texte et 2 chromolithographies. 1 brochure in-8°. — Bordeaux, Feret et fils, éditeurs, 1895.
- The mechanics of the earth's atmosphère. A collection of translations, by Clevelaso Abbe. 1 vol. in~8\ Smithsonian yiiscellaneous collections. City of Washington, published by the Smithsonian Institution, 1891.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 10 avril 8*,5 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau ; gelée blanche ; atmosph. très claire.
- Mardi 11 7‘9, N. E. 2 Beau. 0,0 Quelq. nuages ; gel. blanche; atmosph. très claire.
- Mercredi 12 3%1 N. i Beau. 0,0 Beau ; gelée blanche; atmosph. claire.
- Jeudi 13 3%1 N. 3 Couvert. 0,0 À peu près couv. de 6 à 17 h.; beau avant, nuageux après; gelée blanche; atmosph. claire.
- Vendredi IA 3»,2 N. N. E. 3 Beau. 0,0 l’eu nuag. à 1 li. ; beau du reste ; gelée blanche ; atmosph. claire.
- Samedi 13 3*,8 Calme. Beau. 0,0 Beau ; quelq. nuag. à 22 h.
- Dimanche 16 6°,0 Calme. l’eu nuageux. 0,0 Très peu nuag. jusqu’à 17 h.; couv. ensuite; gelée blanche; halo; parhélies et arc circumzénilhal.
- AVRIL 1893. - SEMAINE DU LUNDI 10 AVRIL AU DIMANCHE 16 AVRIL
- Mercredi | Jeudi [ Vendredi [ Samedi ( Dimanche
- La courbe super.cuve indique la nébulosité de 0 à 10; les pèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblements de terre. — Le 1" avril, à 8 heures du matin, une sensible secousse de tremblement de terre a eu .lieu à Catane et dans les pays voisins de l’Etna, à Nicolosi, à Zolferana et à Esnea où elle a provoqué une panique parmi la population. La secousse a causé quelques dégâts, mais il n’y a eu aucun acculent de personne.
- Quelques jours plus tard, le 8 avril, des tremblements de terre ont eu lieu en Hongrie, entre 2 et 5 heures de l’après-midi, à Dreukova, Moliacs, Szegedin, Arad, Neusatz et Semlin. C’est dans ces deux dernières localités que les secousses ont été les plus fortes. A Setnliu, on a ressenti, dix minutes après le premier choc, un second choc beaucoup plus faible. Il u’y a eu ni dégâts ni accidents importants.
- A Temesvar, on a constaté plusieurs secousses successives. Les objets mobiliers ont été renversés dans les chambres et des fissures se sont produites dans les murs des maisons. L’hôlel du Ministre d’Autriche-Hongrie,
- Enfin, à la dale du 11 avril, de nouvelles secousses de tremblements de terre ont été ressenties en Serbie. Deux villages, l’opovicc et Sivalujace. ont été presque complètement détruits. A Jagodina, il y a eu également de grands dégâts.
- Un cyclone aux Etats Unis. — Un cyclone qui s’est abattu, le 11 avril dans la soirée, sur les Etats-Unis, a dévasté l’Jowa, l’Illinois, l’In-diana, le Nebraska, le Kansas et le Missouri. L’Iowa et le Nebraska ont le plus souffert; les fils télégraphiques ont été rompus et les dégâts ont été considérables.
- Beaucoup de bétail a péri. De nombreuses personnes ont été blessées et un grand nombre de bâtiments endommagés. Dans le Missouri, plusieurs villages ont été détruits. A Saint-Louis, quatre bateaux qui étaient à quai ont été jetés au large par la force du vent. Ces embarcations avec les personnes qu’elles portaient n’ont plus reparu. Un yacht anglais a également disparu. L’orage a sévi généralement dans l’Ouest et dans le Sud s’étendant jusqu’au Texas et jusqu’au Dakota. Le service des voitures a été interrompu.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE O. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LÀ SEMAINE
- Lcn photographies spirites. — Non; la naïveté et la -crédulité humaines n’ont point de bornes! Il y a eu jadis, à Paris, un photographe spirite qui faisait apparaître sur ses clichés des images fantastiques à'esprits vêtus du classique drap blanc. La police s’est mêlée de l'affaire, a enfermé l’opérateur qui faisait payer fort cher ses duperies ; un procès a eu lieu et le photographe-spirite a avoué qu’avant de faire le portrait de ses clients il avait impressionné sur ses plaques, et devant un fond noir, convenablement disposé, des esprits façonnés avec des mannequins vêtus de draps ou de linceuls. Voici que la photographie spirite revient sur l’eau. C’est le Moniteur de la photographie qui nous l’apprend, dans les termes suivants : « Est-il possible, dans cette fin du dix-neuvième siècle, qu’un photographe distingué, M. Traill-Taylor, Américain domicilié depuis assez longtemps en Angleterre, ait pu entretenir les membres de Y Association photographique dont il fait partie — quorum unus — de la photographie « spiritiste »? Tel est cependant le cas ! L’auteur du Mémoire lu dernièrement devant cette Association, donne l’histoire de certaines expériences soi-disant scientifiques, c’est-à-dire entreprises avec toutes les précautions possibles pour atteindre la vérité : il fait poser certains médiums (gens spirites) et dans ces expériences il arrive, dit-il, que très souvent « l’image d’un esprit » vient se planter sur la plaque à côté de celle du médium! A cette occasion était présent M. Downey, photographe de S. M. la reine d’Angleterre, qui a demandé à M. Taylor s’il y croyait lui-même. A laquelle question ce dernier a répondu que ce qu’il croyait n’intéressait personne, que sa croyance personnelle était tout à fait en dehors de la question scientifique. » On dit qu’il y a vingt-cinq ans déjà que M. Taylor s’est occupé pour la première fois de ces phénomènes qu'il a qualifiés de métaphysiques, mais qui, en réalité, rentrent exclusivement dans le domaine de la prestidigitation de la part des opérateurs.
- INFORMATIONS
- —^— La Chambre syndicale des industries électriques de Paris vient de créer un bureau de contrôle des installations électriques qui peut rendre de grands services. Les installations électriques ont besoin d’être visitées de temps à autre et entretenues. Jusqu'ici les abonnés ne savaient à qui s’adresser pour effectuer ces vérifications sans grands frais. Le bureau récemment établi a pour but d’assurer périodiquement pour le compte de ses adhérents le contrôle de leurs installations en fonction, de façon à empêcher que des détériorations n’en compromettent incidemment la sécurité, et de procéder, sur la requête de tout intéressé, à la vérification des installations. Des taxes spéciales ont été fixées pour les abonnements, les visites générales supplémentaires, les vérifications des installations d’abonnés et des travaux supplémentaires, ainsi que pour les installations des personnes non abonnées. — S’adresser, pour tous ren-
- «oïninomanls I» / ' 1, .1... l», 1 - 1 1
- rue de Lancry, ou à M. R.-V. Picou, directeur du bureau de contrôle, 75, avenue de la Grande-Armée, à Paris.
- — Un concours régional agricole aura lieu cette année à Tunis du 19 au 28 mai. 11 comprendra des animaux reproducteurs et de boucherie des espèces bovine, ovine et porcine, des animaux reproducteurs des espèces chevaline, asine et cameline, des animaux de l’espèce mulassière et de l’espèce caprine, des volailles vivantes et mortes, des produits et semences, et une exposition d’instruments, de machines et appareils agricoles.
- —Les magasins de la Ville de Saint-Denis, à Paris, viennent d'adopter l’éclairage électrique. L’installation comprend deux chaudières tubulaires Collet, pouvant vaporiser 1250 kilogrammes d’eau par heure à la pression de 7 kilogrammes par centimètre carré. Les moteurs à vapeur sont deux machines horizontales IVeyher et Riche-mond à condensation d’une puissance de 50 chevaux. Chacune d’elles commande par courroie une dynamo Thury à 6 pôles d’une puissance de 30,750 kilowatts avec une différence de potentiel de 70 volts. L’éclairage est assuré par 120 lampes à arc Cance de 10 ampères et 400 lampes à incandescence de 16 bougies. L’eau d’alimentation pour les générateurs est prise, dans un puits creusé à cet effet, par une pompe rotative Drumont actionnée électriquement.
- —$1$— M. le professeur Hirsch a récemment entretenu la Société des sciences naturelles de fieuc/nHel des études qui se poursuivent à llonolulu concurremment avec celles conduites en Europe sur la variation des latitudes. Les premiers résultats parvenus à la Commission géodésique confirment les données que l’on possédait sur la périodicité de ce phénomène, et montrent entre les deux hémisphères un parallélisme presque absolu, mais de sens contraire. La mission a donc obtenu un plein succès.
- —Le développement de l'éclairage électrique transforme, dans certains cas, les manœuvres des pompiers; voici un curieux accident qui vient de se produire à Chicago, d’après le Western Electrician. Un commencement d’incendie avait éclaté sous la chambre des machines de la Compagnie Edison, d’Adam Street, à Chicago, dans le local où arrivent les divers feeders. C’était peu de chose, parait-il; néanmoins, on eut la malencontreuse idée de prévenir télégraphiquement les pompiers. Malgré les supplications des employés de l'usine, qui voulaient auparavant arrêter toutes les machines, les pompiers, ne connaissant, que la consigne, inondèrent les câbles : d’où un formidable court-circuit et l’arrêt complet de l’exploitation. Depuis deux ans, à Paris, la question a été étudiée par des officiers du corps des pompiers. La consigne est, en cas de feu, de se mettre à la disposition du directeur d’une usine électrique.
- —Un apiculteur de la Wcstphalie a fait le pari que douze abeilles, lâchées à 5 kilomètres de leurs ruches y arriveraient en même temps que douze pigeons lâchés à la même distance. La première abeille rentra dans sa ruche un quart de minute avant que le premier pigeon en eût fait de même dans son colombier. Trois autres abeilles arrivèrent au but avant le second pigeon, et le reste des deux groupes se présenta bientôt simultanément dans ses logis respectifs. Les abeilles avaient battu les pigeons.
- —A Serrières (Ardèche), on vient de découvrir les ruines d’une habitation gallo-romaine. Les pièces de monnaies retrouvées, as ou petits as, au nombre de plus de cinquante, dont plusieurs à l’effigie de Constantin empereur, permettent de la faire remonter au quatrième siècle. Des débris divers ont été également recueillis:
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les globes Frédureau sont en vente, 52, rue Lafayette, à Paris; ceux de MM. Blondel et Psaroudaki ne sont pas encore dans le commerce. — L’ophtalmophakomètre n’a pas été reproduit. Les appareils de M. Boudréaux sont construits par M. A. Renard, 239, rue de Paris, à Clamart. — Pour tout ce qui concerne les métaux pulvérisés et les piles de M. Michel, s'adresser à M. Bassée-Cross, 92, rue de Bondy, à Paris.
- Communications. — M. L. Aubert, à Brives, nous adresse une brochure sur le Nivellement mis à la portée de tous par le niveau à fil à plomb de son invention.
- M. le Dr Rivière, à la Ferté-Milon, nous écrit que les maraîchers du département de l’Aisne et des régions voisines emploient un procédé qui donne de bons résultats pour défendre les jeunes plants d’artichauts ou de choux-fleurs contre les attaques des courtilières. Ce procédé consiste à entourer les végétaux menacés d’une couronne de zinc très mince de 8 centimètres de diamètre et de 6 centimètres de hauteur, et à moitié enfouie dans le sol. Les courtilières sont arrêtées par cette barrière et ne peuvent attaquer les végétaux.
- M. F. de Chapel, à Cardet, nous adresse une communication au sujet de l’invasion de criquets qui détruit actuellement les récoltes dans plusieurs régions du delta du Rhône, en Camargue. « Il y a quinze jours, nous écrit notre correspondant, je me suis rendu, en Camargue où l’on m’annonçait la naissance des criquets. Ils étaient encore trop petits pour être chassés, mais leur nombre était tel qu’ils faisaient en marchant en bataille des lignes noires sur le sol, profondes de 40 ou 50 mètres et longues de 50 à 100 mètres. Il y a une dizaine d’années, nous eûmes un peloton d’infanterie pour les chasser; on en récolta 200 décalitres. Malgré cela, et la dépense de 800 francs que nous fîmes, la récolte fut perdue. Aussi celte année, avec les toiles fournies par la municipalité, chassons-nous nous-mêmes. »
- M. Adolphe de Champeville, payeur de la Trésorerie aux armées, à Tunis, nous adresse deux petites photographies qu’il a exécutées de l’éclipse de Soleil du 16 avril. Ces photographies, où l’échancrure est très apparente, ont été faites avec un petit appareil à main à 4h 50m. Nous renverrons à ce sujet nos lecteurs à l’article que nous publions à la dernière page de la présente livraison.
- Renseignements. — .V. Defaux, à Nanterre. — Nous avons soumis votre lettre à notre collaborateur M. Vinot qui vous répond par la Note suivante : « Votre question est nettement posée, la figure qui l’accompagne, suffisamment claire; il ne peut y avoir d’hésitation dans la réponse. Votre prétendue étoile est la planète Saturne. Si vous aviez eu en mains une carte équatoriale quadrillée en degrés, en y piquant une épingle à la place occupée en ce moment par Saturne, vous auriez été de suite édifié. Vous allez voir votre étoile allonger son triangle isocèle avec la Vendangeuse et l’Epi en se transportant vers le Lion jusqu’au 6 juin prochain. »
- M. A. Mignon, à Ilyères. — Ces questions nécessitent de longues discussions et seraient un peu trop techniques pour nos lecteurs.
- M. F. Dubois, à Marseille. — 1° Dans les conditions mentionnées, la capacité de l’accumulateur est de 42 ampères-heure. — 2° La différence de potentiel est peut-être de 2 volts au début de la décharge; mais elle doit tomber rapidement au-dessous.
- M. G. Calame, à X. — II s’agit peut-être du châssis-presse dégradateur, décrit dans les Petites Inventions, du n° 1025, du 21 janvier 1893. L’adresse est donnée dans la Notice.
- M. G. Dagnan, à Paris. — Il n’y a pas de remède vraiment efficace pour combattre le meunier ou blanc des pommiers ; les arbustes peuvent être guéris en les déplaçant et en les plan-
- tant dans un terrain neuf. On peut aussi saupoudrer les feuilles et les racines malades avec de la fleur de soufre.
- M. A. Josset, à Vaudry. — 1° Des piles ordinaires Leclanché peuvent convenir pour cette application. Il est facile de monter ces piles en achetant les charbons préparés à la maison Leclanché, 158, rue Cardinet, à Paris. — 2° M. Lemichel, 54, rue de Lourmel, à Paris.
- L'abonné 2520, à Smyrne. — Les adresses que vous désirez sont les suivantes : manufacture française d’armes de Saint-Etienne, MM. Rouchouse et Cio à Saint-Etienne (Loire).
- M. F. Noël, à New-York. — Aquariums portatifs : M. Cle-rice, 40, rue des Trois-Gouronnes ; M. Jeunet, 30, quai du Louvre, à Paris.
- M. A. Gautier, à Paris. — Vous trouverez des canots à vapeur chez MM. Berlin frères, à Argenteuil, ou chez MM. Charles et Babillot, à Saint-Denis.
- M. G. Lefort, à Paris; M, E. D. S., à Chatou. — Pour tout ce qui concerne les moteurs Serpollet, s’adresser directement à l’inventeur, 27, rue des Cloys, Paris-Montmartre.
- M. Henri Errard, à Paris. — Remerciements pour votre envoi ; nous avons déjà publié une Notice sur ce genre de photographies déformées.
- M. E. Huchet, à Nantes. — Vos observations sur les éclairs de chaleur paraissent justes; mais elles ont été déjà indiquées dans les traités de météorologie.
- M. J. Woimant, à Brunehamel. — Adressez-vous directement à l’auteur de l’article, M. S., architecte, à Versailles.
- M. L. J., h Saintes. — La Revue industrielle, 58 bis, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris, à laquelle nous avons emprunté le petit article, pourra vous renseigner.
- M. D., à Tours. — Ce titre peut être pris par toute personne qui s’adonne à la construction.
- M. IL, à Chantemerle. — Des idées semblables ont déjà été émises depuis longtemps; aucune expérience n’a encore été faite, croyons-nous.
- M. G. Faillet, à Paris. — La Nature a publié des articles sur l’audition colorée; voyez le n° 620, du 18 avril 1885, p. 306, et le n° 626, du 30 mai 1885, p. 406. Nous ne pensons pas qu’il y ait de livre spécial.
- M. E. Veres, à Paris. — Il a été édité à la librairie Gau-thier-Villars un ouvrage qui pourrait peut-être contenir les renseignements que vous désirez : La platinotypie, par MM. Piz-zighelli et Ilùbl.
- M. L. F., à Lyon. — Cette adresse a été donnée dans le n° 1038, du 22 avril 1893.
- M. le comte M. de Cossé-Brissac, à Paris. — Nous avons fait paraître plusieurs articles traitant de l’action des canonnades au point de vue météorologique, notamment dans le n° 822, du 2 mars 1889, p. 211. La question est encore très indécise.
- M. A. G. Mamede, h Porto. — Nous avons indiqué les principaux journaux et ouvrages vélocipédiques dans la 525' Boîte aux lettres, du n° 853, du 18 mai 1889. La liste des principales Sociétés cyclistes est donnée dans le Cyclisme, par Bau-dry de Saunier. 1 volume à la Librairie illustrée.
- M. J. Perrin, à Nancy. — Vous aurez des renseignements sur cette machine à écrire en vous adressant à la maison God-froy, 78, rue de Richelieu, à Paris.
- Un abonné, à Paris. — Le timbre de 8 cents ne faisait pas partie de la série émise le 1er janvier 1895. C’est une valeur nouvelle récemment créée par suite d’une modification dans la taxe des lettres recommandées. L’ancienne série est également dotée de cette valeur. Ce timbre a fait son apparition après l’impression de l’article et n’est pas encore gravé en fac-similé.
- M. J. T., h Arnay-le-Duc. — Nous pensons que vous pourriez employer une petite couche de vaseline blanche, qu’il suffit d’essuyer pour faire disparaître.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Ch. J. C., à
- Arras. 1° Pas d’ouvrage spécial ; 2° nous ne comprenons pas votre question. — M. G. Vanassche, à Gand. Cet appareil ne se trouve pas dans le commerce. — M. E. Chassy, à Givors. Nous ne saurions nous occuper de ces questions commerciales. Tous nos regrets. — M. J. M., à Genève. Le constructeur est désigné en tête de la Boite aux lettres du même numéro. — M. L. Maitrot, à Wassv. 1° Il vous a été répondu dans la Boite aux lettres du n° 1035, du 1er avril 1893; 2° nous ne connaissons pas les résultats d’expériences sérieuses effectuées à ce sujet. — M. H. B., à Neuilly-sur-Seine. Nous n’avons aucun renseignement sur cette substance. — M. G. Barband, à Paris. Nous avons indiqué la composition d’une série de poudres à argenter dans les Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.)
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- PETITES INVENTIONS1
- Eclairage oxy-oléique pour projections. — Dans ce système, le pouvoir lumineux des lampes à huile de colza est augmenté par l’écoulement d’oxygène au centre de la mèche. Le robinet r de la lampe ci-dessous représentée permet de faire passer un courant d’oxygène au milieu de la flamme. Le réglage se fait avec grande facilité et l’éclairage est très brillant. Avec une consommation de 20 litres d’oxygène par heure, on obtient une lumière suffisante pour les projections. Le type le plus facile à modifier par l’amateur est certainement la lampe modérateur à réservoir inférieur, à ressort bandé par une crémaillère, et que l’on trouve dans tous les ménages. Pour les lanternes qui ne pourraient recevoir ce genre de lampe, on peut
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- Eclairage oxy-oléique pour projections. — 1. Détail du bec d’éclairage T, tube porte-mèche; t, tube amenant l’oxygène au centre de la me che. — 2. Vue d’ensemble de l'appareil, r, robinet adducteur d’oxygène soudé au support S. — 5. ii, Zone interne très chaude de la flamme. ee, zone très éclairante.
- installer un modèle à réservoir latéral et à niveau constant. 11 deviendra même nécessaire d’employer cette forme si l’on veut brûler de l’huile peu fluide. L’huile à employer est l’huile de colza ordinaire de bonne qualité, dont on se sert habituellement dans les ménages. L’oxygène est fourni par un sac de caoutchouc comme pour les projections oxhydriques. — Pour tout ce qui concerne cet appareil, s’adresser à M. L. Courtois, ingénieur, président de la Société photographique du nord de la France, à Auby, près Douai (Nord).
- Ee jeui des montagnes russes. — Le petit jouet de montagne russe que nous représentons est en fer-blanc ; il n’a pas plus de 50 centimètres de longueur. La montagne russe est un ruban de métal creusé en gouttière, qui tourne deux fois sur lui-même en faisant deux boucles comme le montre la
- Le jouet des montagnes russes.
- figure. Ce sont des billes que l’on fait rouler sur la montagne russe; elles suivent la courbe et franchissent les deux boucles avec une grande vitesse, en faisant chaque fois un tour complet sur elles-mêmes. Il y a là un frappant exemple de l’action de la force centrifuge. Les billes arrivent dans un petit plateau et s’arrêtent dans les coupelles qui s’y trouvent creusées. Chaque coupelle porte un numéro. Le gagnant est celui qui a fait arri-
- ver sa bille sur le numéro le plus élevé. On peut faire se succéder les billes avec vitesse; ce petit jouet est très récréatif. — Il se trouve chez M. Mathieu-Martain, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- Dateur horaire. — Tempus fugit, le temps fuit et ne laisse pas de traces. Le dateur horaire a pour but de le fixer. Les banquiers, les courtiers de la Bourse, les receveurs de payements, les contrôleurs de chemin de fer, les propriétaires d’hôtels meublés, tout le monde des affaires a besoin de marquer le temps d’une opération ou action quelconque. Ecrire chaque fois à la plume, c’est une perte de temps. Et on risque de se tromper. Avec le dateur horaire on ne perd pas de temps et on ne se trompe pas. Nous représentons ci-contre ce curieux appareil. Par un mécanisme ingénieux les roues de la pendule que l’on voit figurée sont en relation avec un tampon imprimeur. Il suffit, sans se préoccuper du temps, de faire agir sur un docu-
- Le dateur horaire.
- ment, lettre ou autre, le tampon imprimeur : la date, le mois, la raison sociale de la maison, l’année, l’heure et les minutes sont imprimés sur le document, les mots suivants sont, en outre, également imprimés à volonté : reçu, répondu, livré, payé, déposé, exécuté, terminé, arrivé, embarqué, télégraphié, téléphoné, parti, expédié, etc. Chaque dateur horaire est muni de six différentes formules choisies par l’acheteur lui-même selon ses opérations. Notre figure montre la flèche imprimée le 10 avril 1893 à 10 heures A M (Ante mendient), c’est-à-dire avant midi. P M veut dire (Post meridiem) ou après midi.En même temps que la flèche d’indication, on peut imprimer un de ces six mots choisis : reçu, répondu, etc. Le dateur est d’une forme élégante, le fonctionnement est toujours régulier et quoiqu’il n’imprime que quelques mots il obtient un très grand succès en Amérique et en Angleterre. Citons quelques exemples de l’utilité du dateur horaire. Une lettre est ouverte; on y répond; cela fait, on passe cette lettre sous l’appareil, et le timbre inscrit répondu, en imprimant en même temps la date et l’heure, du moment. Les usages de cet appareil sont très nombreux. — Il se trouve chez MM. Werner etCie, 27, rue d’Enghien, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- )•! Nettoyage des pièces polies, des machines, des outils, etc. — On met dans un flacon un litre de pétrole auquel on ajoute une vingtaine de grammes de paraffine sous forme de raclures. Le flacon étant bouché, on le laisse reposer pendant quelques jours, en ayant soin de l’agiter de temps en temps. Le mélange est alors prêt à servir. L’emploi en est tout aussi simple que la préparation. Après avoir agité le flacon, on étend la solution sur les parties à nettoyer, soit avec un chiffon de laine sec, soit au pinceau. La rouille, l’huile résinifiée, etc., disparaissent complètement sans qu’il y ait à craindre l’action oxydante du pétrole, annulée par la paraffine.
- Peinture au mica. — On connaît l’éclat argentin des sables micacés ; on peut avec le mica faire une peinture brillante. Les feuilles de mica sont d’abord légèrement calcinées au feu, puis bouillies avec l’acide chlorhydrique; ainsi purifiées, on les sèche et on les pulvérise. La poudre criblée, mélangée à du collodion, donne une peinture qu’on applique aupinceau. Après
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité clinique et thérapeutique de la tuberculose pulmonaire, par le I)r Samuel Bernheim. 1 vol. in-8° de 570 pages. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 4, rue Antoine-Dubois, 1895.
- Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite, par Ca. Cocks. 6e édition refondue et augmentée par E.Feret. 1 vol. in-16. — Paris, G. Masson, éditeur; Bordeaux, Féret et fils, éditeurs, 1895.
- Premiers principes d'électricité industrielle. Piles, accumulateurs, dynamos, transformateurs, par M. P. Janet, professeur de physique, chargé du cours d’électricité industrielle à la Faculté des sciences de Grenoble. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1895.
- Conférences scientifiques et allocutions (Constitution de la matière), par'Sir William Thomson (lord Kelvin). Traduites et annotées sur la deuxième édition par M. Lugol avec des . extraits de Mémoires récents de Sir W. Thomson et quelques Notes par M. Brillouin. 1 vol. in-8“. — Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1895.
- Seventh annual report of the Bureau of Ethnology to the secretary to the Smithsonian Institution, 1885-1886, by J.-W. Powell, director. 1 vol. in-4°. — Washington. Government printing Office, 1891.
- A Dahota-english Dictionary, by Stephen Return Rigcs. Contributions to North American Ethnology. Volume VU. U. S. Geographical and geological Survey to the Rocky Mountain région. 1 vol. in-4°. — Washington. Government printing Office, 1890.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France.
- ; OBSERVATIONS A 7 HEURES RU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 17 avril 10’,8 N. 1 Presque couvert. 0,0 Couvert le matin; très nuageux le soir; beau après 23 b. ; atmospb. claire.
- Mardi 18 10°5, E. 3 Très nuageux. 0,0 Peu nuageux de 6 à 10 h. et de 18 à 19 h.; beau le reste ; brumeux à 7 h.
- Mercredi 19 10”,5 Calme. Peu nuageux. 0,0 Nuageux de 7 à 17 h. ; horizon très brumeux à 7 h. ; très clair à 16 h..
- Jeudi 20 12",4 Calme. Beau. 0,0 Beau; horiz. très brumeux à 7 h. *
- Vendredi 21 11”, 1 N. N. E. 2 Peu nuageux. 0,0 Beau ; atmospb. bien claire à 13 h."; transpar. atmospb.’ 8 kilom. à 7b.
- Samedi 22 15”,4 N. E. 2 Beau. 0,0 Beau ; atmospb. claire.
- Dimanche 23 14”,4 S. W. 2 Nuageux. 00 Nuageux de 7 5 16 et de 22 à 24 h.; peu nuageux le reste ; almosph. trouble.
- AVRIL 1893. - SEMAINE DU LUNDI 17 AVRIL AU DIMANCHE 23 AVRIL
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mery, courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Tremblements de terre de Xante. — Nous avons annoncé précédemment (V. n” 1029, du 18 février 1893, p. 190) les tremblements de terre qui ont eu lieu à l’île de Zante. Une nouvelle catastrophe est encore survenue dernièrement dans cette île. Le 17 avril, dans la matinée, un violent tremblement de terre a renversé un grand nombre de maisons de la ville. Il y a eu vingt tués et de nombreux blessés. Une autre secousse a été ressentie le 20 avril, beaucoup moins forle que toutes les précédentes. Tous les édifices publics et les maisons particulières sont restées inhabitables. Le clocher de l’église s’est écroulé ainsi que le théâtre et les maisons qui l'entouraient. La misère a été épouvantable.
- r*Influenee des forêts sur les pluies. — M. Müttricli, directeur du service météorologique forestier de Berlin, a fourni, l’an dernier, des résultats d’observations sur l’influence que peuvent exercer les forêts sur
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- été constamment eu croissant en même temps qu’augmentait le boisement, de ces bruyères. M. Blanford, ancien directeur du service météorologique aux Indes anglaises, mort récemment, avait déjà établi que, dans les provinces méridionales du milieu des Indes, le déboisement et le reboisement exerçaient une influence marquée sur les chutes de pluies. Des expériences faites dans le territoire des Etals-Unis, de même qu’en Algérie, semblaient, indiquer, au contraire, que l« déboisement et le boisement n’avaient pas d'influence notable sur la quantité d’eau de pluie recueillie. Dans le s bruyères de Lunebourg, il a, depuis 1877. été boisé plus de 3500 hectares. I,a station météorologiquo de Liutzel est placée au milieu de cette surface boisée. On a comparé les quantités d’eau recueillies à Liutzel et dans les stations voisines. La pluie recueillie à Lintzel en 1890 est environ supérieure de 4 pour 109 à celle recueillie à Brème, Hambourg, Lunebourg et Gardelegen; en 1882, avant les boisements, elle était, au contraire, inférieure de 18,2 pour 100. Les eaux de pluie tombées à Liutzel ont donc crû avec le développement du boisement.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE! DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSEES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LÀ SEMAINE
- Station préhistorique découverte par des écoliers. — L’un de ces derniers dimanches, étant en promenade, sous la direction d’un de leurs professeurs, les élèves de l’Orphelinat Prévost à Cempuis (Oise), ont découvert une importante station préhistorique appartenant à l’époque paléolithique ou âge de la pierre éclatée. Parmi les cailloux roulés et les débris de silex dont le sol était semé, ils avaient remarqué des éclats dont la forme trahissait une taille évidemment intentionnelle; ils les rapportèrent à leur professeur, qui reconnut tout de suite des silex taillés de la façon dite moustérienne. En moins d’un quart d’heure, ils eurent recueilli une vingtaine d’exemplaires bien caractérisés. A une distance d’environ 500 mètres de cette localité, ils avaient déjà trouvé dans la même promenade une hache de silex polie, de dimension moyenne et du plus beau type. Le surlendemain, le même professeur et un de ses collègues ont exploré le territoire de la station ainsi reconnue sur une surface de plus d’un hectare, ils ont ramassé un très grand nombre de silex taillés de diverses formes, petits coups de poing amygdaloïdes, rappelant le type acheuléen, racloirs. grattoirs, couteaux, pointes de lances et de flèches. Il y a peu de pièces de choix et achevées, le sol est littéralement couvert de fragments de pièces manquées ou brisées, mais portant la marque de fabrique, indiscutables retouches, bulbe de percussion, patine, etc. ; ou rencontre en abondance des nuclei, de menus éclats conchoïdes détachés par le percuteur. Nous sommes évidemment en présence d'un atelier de taille de silex ; les pièces parfaites ont été emportées, les éclats et les pièces manquées ont été abandonnées sur les lieux. Cette station sise au lieu dit bois des Galets sur le territoire de la commune de Prévilliers, à 5 ou 6 kilomètres de Cempuis, mériterait la visite des archéologues et des géologues.
- INFORMATIONS
- 11 y a quelques mois à peine, la France et, avec elle, le monde entier, rendaient hommage à M. Pasteur. Parmi les savants étrangers, l’Angleterrcse distingua et ses savants apportèrent, le jour du jubilé de M. Pasteur, l'expression de leur respectueuse admiration. Aujourd’hui, l’Angleterre songe à rendre hommage à Sir J.-R. Lawes, fondateur de l’Institut agricole de Rolhamsled, dont il a assuré la durée indéfinie par une dotation de 3 millions de francs. Dans peu de semaines, cette œuvre de science et de pratique atteindra sa cinquantième année d’existence. Dans une assemblée tenue le 1er mars dernier, sous la présidence du prince de Galles, on a résolu d’élever sur les champs d’expériences de Rolhamsted un monument pour conserver la mémoire des services rendus pendant un demi-siècle à la chimie agricole et à l’agriculture, par Sir J.-B. Lawes et son digne collaborateur, le D' Gilbert. Pour donner à cette manifestation un caractère plus général, l’Assemblée a décidé qu’une souscription publique serait ouverte et qu’on ne recevrait aucune souscription supérieure à 2 livres, c’est-à-dire à 50 francs Tant
- culture d’Angleterre et de s’associer à cette œuvre de reconnaissance pourront faire parvenir leur souscription, 18, rue de Belleehasse, à M. Louis Passy, secrétaire perpétuel de la Société nationale d’agriculture, correspondant, pour la France, du Jubilé des Expériences de Rothamsted.
- —Vè— M. Albert Tissandier est parti samedi dernier du Havre pour Chicago, où, après avoir visité l’Exposition, il entreprendra un nouveau voyage autour du monde, pour lequel il a une mission archéologique du Gouvernement. M. Albert Tissandier, après avoir traversé ie Pacifique, visitera les monuments du Cambodge, puis il ira à Java, aux îles de la Sonde, en Australie, à la Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, aux îles Seychelles et à Madagascar.—M. Pierre Masson, ancien élève de l’Ecole centrale, le fils de notre éditeur, est également parti pour l’Amérique, appelé à Chicago par le Commissaire général pour participer aux travaux de la Commission.— Nous avons enfin choisi, comme notre correspondant spécial à Chicago, M. Georges Pellissier, représentant du Comité de la section française d électricité; en outre, notre collaborateur M. Ed. Hospitalier se rendra le mois prochain à Chicago et nous enverra des articles spéciaux. — La Nature, on le voit, sera bien renseignée sur la grande Exposition américaine qui vient de s’ouvrir.
- —Un Congrès viticole, organisé, sous le patronage de M. le Ministre de l’agriculture, par la Société centrale d’agriculture de l’Hérault et par l’Ecole nationale d’agriculture de Montpellier, sera tenu à Montpellier les 13, 14 et 15 juin 1893. Le but de ce Congrès est d’étudier et de discuter les diverses questions qui intéressent la viticulture, et de mettre en lumière les progrès accomplis dans ces dernières années, au point de vue de la reconstitution de la culture et de la vinification.
- —Le lieutenant Pillsburg, de la marine des Etats-Unis, a réussi à rester à l’ancre en plein océan, par une profondeur de 3400 mètres, le courant de surface étant de 4 milles. A une profondeur de 366 mètres, sous la surface du Gulf-Stream, il a constaté une action régulière de la marée, portant environ au sud-sud-est, 1/2 est pendant sept heures, et à l’ouest-nord-ouest 1/2 ouest, pendant un peu plus de cinq heures.
- —— La Société Westinghouse, prévoyant que sous peu on adoptera de très grandes vitesses pour les trains de chemins de fer, a mis en expérience, dans ces derniers six mois, un nouveau système de frein, qui présente l’avantage d’appliquer non seulement une force retardatrice constante à la marche du train, mais qui fait varier celle-ci proportionnellement à la vitesse. On annonce que les expériences préliminaires prouvent qu’un train peut être arrêté au moyen de cet appareil sur les trois quarts de la distance requise par l’ancien dispositif de freins.
- —4g— On nous écrit du Caire que l’on vient de découvrir à Sakkarah, près de ta tombe de Ti, deux statues que l’on suppose dater d’une des plus belles périodes de l’ancien art égyptien. Le modelé des corps est excellent, les faces, aux yeux de quartz, sont très expressives. La valeur artistique et archéologique de cette découverte est, dit-on, inestimable.
- —4g— Un match de 20 kilomètres a été couru à Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne), entre un vélocipédisle et un cheval au trot attelé. Le cheval bai Dure Dare, dont la taille ne dépasse pas lm,46, a battu le bicycliste. Ce poney a parcouru les 20 kilomètres en qua-rante-une minutes treize secondes. Le bicycliste a expliqué sa défaite par la violence des vents qui étaient contraires ; mais le petit cheval, lui aussi, a eu à vaincre cette résistance. Détail à noter :
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les réseaux de M. Isarn se trouvent chez M. Pellin, opticien, 21, rue de
- l’Odéon, à Paris. — Pour tout ce qui concerne les appareils en nickel, s’adresser à la Société française du nickel, 64, rue de Turenne, à Paris.
- Communications. — M. E. Mariette, à Paris, nous envoie une brochure sur le projet qu’il a dressé pour l’Exposition universelle de 1900. Cet opuscule, publié parla librairie André, Dalv lils et Cie, contient l’exposé du projet, la réfutation de divers projets antérieurs et le plan d’ensemble.
- MM. E. Sartiaux et E. Jacquin nous adressent une Notice sur Y emploi des lampes à l'huile et V application de l'électricité à l'éclairage des voitures du chemin de fer du Nord. (Vov. l’article précédemment publié à ce sujet, n° 1025, du 21 janvier 1893, p. 126.)
- M. Federico R. Vidiella, à Montevideo (Uruguay) nous écrit : « Le n° du 11 mars de La Nature publie un très intéressant article de M. le Dr Félix Régnault sur « Une race de chats sans queue ». J’y relève ce paragraphe : « Au contraire, au Paraguay, les bœufs se sont spontanément débarrassés de leurs cornes, qui permettaient aux habitants de les capturer plus facilement avec le lasso, et une race de bœufs sans cornes s’est spontanément formée. » L’auteur a été mal informé. Au Paraguay de même que chez nous, au Brésil et à l’Argentine où le bétail sauvage s’attrape encore au lasso, tous les bovidés sont munis de cornes et même de très grosses cornes. On en expédie par milliers en Europe pour les divers besoins de l’industrie. On trouve bien dans les troupeaux quelques animaux^ mochos ou sans cornes, mais c’est extrêmement rare. Les Ecossais possèdent une race de bœufs sans cornes : les polled angus, généralement noirs, dont quelques exemplaires ont été introduits dernièrement dans ces pays, mais c’est, je crois, le produit d’une sélection faite de main d’homme pendant plusieurs générations. — Notre correspondant nous adresse avec celte lettre plusieurs photographies du Paraguay, où se trouvent quelques bœufs, de ce pays, munis de belles cornes.
- M. A. Berteil, 79, rue de Richelieu, Paris, nous a communiqué un système de tète à pieds tournants pour appareils photographiques qui nous parait fort ingénieux. Ce système, tout en bronze ajouré, permet par sondouble mode d’articulation de donner à la chambre photographique qu’il supporte, toutes les positions dans l’espace, l’objectif pouvant être dirigé vers le zénith ou vers le sol, en passant par les positions intermédiaires. Cette tète, à pieds tournants s’applique aussi aux appareils géodésiques ou autres.
- M. Renard, conducteur des ponts et chaussées à Saint-Jusl (Oise), nous adresse la lettre suivante : « A-t-on songé dans le service de M. Bertillon à compléter les signalements par une empreinte prise des reliefs de l’épiderme des mains. L’impression pourrait s’en faire même à l’insu du détenu sur une feuille de papier après qu’il aurait eu à saisir un objet couvert de résine ou de goudron. On sait que les Orientaux impriment leur pouce au bas des actes, en guise de signature et que l’image de ces reliefs, différente pour chaque individu, ne varie jamais dans le cours de l’existence. Le juge d’instruction pense-t-il sur le lieu du crime à prendre cette empreinte de la main criminelle, qui doit certainement être marquée quelque part et serait une fameuse pièce à conviction? »
- M. F. C. Davier, architecte, à Genève, nous écrit : « Le numéro de La Nature, du 25 avril 1895, contient un article donnant la description d’un compas à tracer les spirales ; cet article faisant appel aux lecteurs pour découvrir l’emploi d'une petite roulette placée sur la tige horizontale, près du pommeau de l’instrument, je m'empresse de vous transmettre mon idée qui, je crois, doit donner une solution satisfaisante. Cette roulette doit servir de transmetteur pour provoquer et régler l’allongement de la tige verticale au fur et à mesure qu’elle s’éloi-
- gne du balustre vertical et maintenir ainsi le contact du crayon avec le plan sur lequel se fait le tracé; à cet effet la pièce manquante devrait être tubulaire et renfermer un piston porte-crayon muni d’un ressort à boudin qui le maintiendrait au fond du tube ; le tube lui-même devrait porter près de son extrémité une seconde roulette. En attachant à la traverse supérieure un fil qui passerait sur les deux roulettes et viendrait se fixer, par son autre extrémité, au crochet du piston, on comprendra de suite l’utilité de la première roulette, car, à mesure que la tige verticale s’éloignera du balustre, le fil tendu fera sortir de son tube le piston et maintiendra ainsi le contact du crayon avec le papier. »
- Renseignements. — M. E. Chevallier, à Noisy-Ie-Sec. — La légende de la figure 2 se rapporte aux colonnes, dont les lettres sont en concordance. Supposez les mêmes lettres répétées de haut en bas sur les courbes.
- M. L. More, à Liège. — Nous n’avons pas eu connaissance des résultats obtenus dans cette fabrication ; mais vous pourriez peut-être avoir des renseignements à la Société Elmore française, 14, rue de la Pépinière, à Paris.
- M. J. Gaudet, à Paris. — L’article sur les fabriques d’horlogerie américaines a paru dans le n° 712, du 22 janvier 1887, p. 119; on cite, en particulier, la fabrique de Waltham à Roxbury (Massachusetts, Etats-Unis).
- M. X., à Paris. — L’équation ne peut se résoudre; le terme inconnu disparaît à la fois dans les deux membres.
- M. L. Zerovitz, à Saint-Pétersbourg; ilI. Ch. Blasini, à Paris. — L’adresse du constructeur est donnée en tète de la Boîte aux lettres du n° 989, du 14 mai 1892, qui contient la description de l’appareil.
- M. G. Rochet, à Bourg. — Vous pourrez vous procurer des livres de ce genre à la librairie G. Masson, 120, boulevard Saint-Germain, ou à la librairie J. Rothschild, 15, rue des Saints-Pères, à Paris.
- Un lecteur, à Tours. — On peut faire évaporer le liquide et laisser cristalliser pour en retirer les cristaux d’alun de chrome.
- M. L. David, à Paris. — Il faudrait essayer de poser le problème algébriquement; peut-être trouverait-on une démonstration.
- M. P. Bellamy, à Creil. — M. Tellier, 52, quai de la Râpée, à Paris, pourra, croyons-nous, vous construire ce siège à coulisse.
- M. Ch. J. C., à Arras. — L’idée de ce moteur a déjà été émise en plusieurs circonstances ; le projet a toujours été abandonné en raison des résultats auxquels les calculs conduisaient.
- M. R. Ri nette, à Paris. — Ce travail dépend de la quantité de liquide emmagasinée, et de la pression à laquelle il se trouve comprimé.
- M. P. Dubois, à Compiègne. — 11 est facile d’imaginer un appareil qui remplisse le but que vous indiquez; adressez-vous à M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. Ch. Van Mierla, à Bruxelles. — Nous publierons de nombreux articles sur l’Exposition de Chicago ; voyez notre Note aux Informations.
- M. P. H., à Paris. — Un article sur la fabrication des plaques photographiques au gélatino-bromure d’argent a paru dans le n° 659, du 16 janvier 1886, p. 99.
- M. Chicandard, à Lyon. — Nous avons publié un procédé d’épuration de l’eau par le permanganate de potasse, dans notre supplément du n° 1026 (28 janvier 1895, article Hygiène et santé).
- M. E. P., à Mouzon. — Celte utilisation ne peut se faire convenablement qu’en automne.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. A. Guennet, à Bar-lc Ihie. Cela tient probablement à la nature du papier; nous ne saluions vous répondre à distance. — M. F. A. Chaves, h Ponta Delgada. Nous ne pouvons vous renseigner; celte question n’est pas de notre compétence. — M. A. Boudin, à Bordeaux. Nous ne connaissons pas d'adresse de fabricant. — M. M., à Aveiro. ^Adressez-vous directement à l’auteur; 2° nous n’avons pas de renseignement particulier. — A/. Mouquot, à Arras. Nous avons déjà fait paraître cette même récréation dans les Nouvelles Recettes utiles. Remerciements. — L'abonné 512, à Paris. Nous avons publié, dans les Recettes et procédés utiles et la Science pratique (G. Masson, éditeur) quelques recettes qui pourraient être utilisées. — M. Pello-quin, à Mauzé. Le dernier des deux ouvrages indiqués ci-dessus contient la description d’une petite dynamo que l’on peut construire soi-même- — M. J. Schallcr, à Paris; Un Landais, à Sabres; M. A. A., à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. E. Monel, à Paris. Remerciements pour votre communication.
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- arme.Ulr. les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux tes ren
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- PETITES INVENTIONS1
- Joint de bicyclette démontable. — La disposition que nous allons faire connaître permet au vélocipédiste, quand il a fini sa promenade, de démonter sa bicyclette, de prendre une roue sous le bras droit, l’autre sous le bras gauche et de monter son appareil au cinquième étage avec une grande facilité. Il peut aussi placer sa machine dans une armoire, ce qui est très commode pour qui ne dispose pas d’une remise ou d’un endroit convenable. Le joint de bicyclette est du type dit tète à pivots coniques P : une pièce A est munie à son pourtour d’une rainure hélicoïdale II. Cette pièce est placée à la main dans la partie B après que l’on a mis la tête à pivots en place,
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- Joint de bicyclette démontable.
- le cône inférieur dans son alvéole fixe, la pointe supérieure entre dans la pièce A, la rainure doit se placer de façon que la goupille G, faisant saillie à l’intérieur de la pièce B, puisse y glisser facilement. On enfonce la pièce A, on fait trois quarts de tour, on ferme la clé C qui commande une excentrique et le serrage est parfait. Le tout peut se faire sans outils, simplement avec les doigts. Une vis V assure le réglage de l’excentrique. Toute la manœuvre peut être faite aussi vile que le placement d’une baïonnette à l’extrémité d’un fusil à piston. — Cet appareil est construit par M. Lejeune, 5, rue Campagne-Première, à Paris.
- Plume en aluminium pour ardoise. — Il est très désagréable de voir les doigts des .enfants tout maculés d’encre. Taches, plumes et encriers, voilà bien des sujets de plaintes et parfois d’impatience maternelle. Et cependant la substitution
- t’iume en aluminium pour écrire sur ardoise.
- d’un système quelconque destiné à supprimer ces inconvénients n’a point encore su acquérir droit de cité et de conquête. On a essayé, il est vrai, d’apprendre à écrire, à former les caractères au moyen d’un crayon courant sur une ardoise. Si le système a pour lui la propreté, il présente l’inconvénient majeur de ne pas apprendre à écrire, à mouler les lettres, à calligraphier et à tenir une plume. Nous représentons ci-dessus un porte-plume spécial pour écrire sur ardoise; il est terminé par une plume en aluminium qui permet de tracer finement les lettres, qui laisse des traces tout aussi visibles que celle du crayon-ardoise, mais qui apprend beaucoup mieux à écrire,
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nou-
- puisqu’il permet de donner aux lettres tout le délié que l’on obtient avec une plume ordinaire. — La plume en aluminium se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- Nouvelle râpe î\ chocolat. — Voici un petit appareil très pratique qui permet de râper une tablette de chocolat en quelques secondes. Une boîte à couvercle est traversée à sa partie supérieure par un arbre à vis mobile tournant entre deux coussinets près de chaque côté de la boîte. Un tiroir convenablement disposé sert à recevoir la tablette de chocolat, comme le montre notre gravure. On tourne la manivelle; la tablette avance sous l’action d’un taquet actionné par les pas de vis ; elle
- Râpe ou moulin à chocolat.
- arrive contre les couteaux de la roue placée vers la manivelle, et elle est ainsi pulvérisée. La poudre obtenue tombe à la partie inférieure, dans un tiroir qui sert de récipient. Le mécanisme est disposé de telle façon qu’à la fin de l’opération il est inutile de tourner la manivelle à rebours pour remettre le taquet au point de départ. Lorsque ce taquet ou poussoir de la tablette est arrivé à la fin de sa course, il se déclenche de lui-même, et il suffit avec la main de le repousser à l’autre extrémité de la boite, pour recommencer une nouvelle opération. —Le moulin à chocolat se trouve chez M. Mathieu-Martain, 2, Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- COURS ET CONFÉRENCES
- Muséum d’histoire naturelle. — M. Chauveau, membre de l’Institut, professeur du cours de pathologie comparée, ouvrira ce cours le mardi 9 mai 1893, à 2 heures un quart, au laboratoire de pathologie comparée, et le continuera les jeudis, samedis et mardis suivants, à la même heure. — M. A. Lacroix, professeur du cours de minéralogie, a commencé ce cours le mercredi 3 mai 1893, à 4 heures et demie, dans l’amphithéâtre de la galerie de minéralogie, et le continuera les vendredis et mercredis suivants, à la même heure. — M. Fremiet, membre de l’Institut, a commencé le cours de dessin appliqué à l’étude des animaux le vendredi 5 mai 1893, à
- 4 heures, et les continuera les lundis, mercredis et vendredis suivants, à la même heure, dans la salle des cours de dessin (porte d’Austerlitz). — M. A. Faguet a commencé le cours de dessin appliqué à l’étude des plantes le jeudi 4 mai 1893, à
- 5 heures, et le continuera les jeudis, samedis et mardis suivants, à la même heure, dans la salle des cours de dessin.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Inscriptions sur verre. — Voici, d’après M. A. Daum, une nouvelle formule, traduite du Sprechsaal, pour obtenir sur verre des inscriptions mates : faites dissoudre, dans 500 grammes d’eau environ, 36 grammes de fluorure de sodium et 7 grammes de sulfate de potasse. D’autre part, faites dissoudre dans 500 grammes d’eau, 14 grammes de chlorure de zinc e,t ajoutez à la solution 65 grammes d’acide chlorhydrique. Lorsque vous voulez faire usage de ces deux solutions, mélangez-les en parties égales, et appliquez le mélange sur le verre, soit à la plume, soit au pinceau. Après une demi-heure, l’inscription
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Principes de la machine à vapeur, par M. E. Widmann, ingénieur de la marine. 1 vol. petit in-80 de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 5 francs.
- Unités et étalons, par M. Ch.-Ed. Guillaume, docteur es sciences, adjoint au Bureau international des poids et mesures. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre
- de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils et G. Masson, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 5 francs.
- Principes fondamentaux de la photogrammétrie. Nouvelles solutions du problème d'altimétrie au moyen des règles hypsométriques, par M. E. Monet, ingénieur civil. 1 vol. in-16. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 1893. Prix : broché, 1 fr. 50.
- Etude sur le Nord-Etbai entre le Nil et la mer Rouge, par Ernest Ayscoghe Floyer. 1 vol. in-4® avec 4 cartes et 15 illustrations. — Le Caire, Imprimerie nationale, 1893.
- Observations météorologiques faites à Tananarive, par le 11. P. E. Colin S. J. Observatoire royal de Madagascar, 1891. 1 vol. in-8% IIP volume. — Tananarive, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49m,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 24 avril 12»,1 N. 2 Beau. 0,0 Peu nuageux à 1 heure, beau ensuite.
- Mardi 25 12“,1 N. N. E. 2 Beau. 0,0 Beau jusqu’à 22 heures, puis peu nuageux; halo.
- Mercredi 26 14”,0 N. N. E. 1 Peu nuageux. 0,0 Nuageux de 7 à 21 heures, beau avant et après; halo.
- Jeudi 27 10»,9 N. N. E. 4 Nuageux. 0,0 Nuageux de 5 à 21 heures, beau avant et après; halo.
- Vendredi 28 8»,o N. E. 4 Beau. 0,0 Très peu nuageux à 4 heures; beau du reste.
- Samedi 29 8»,2 N. W. 5 Beau. 0,0 Nuageux de 17 à 21 heures; beau avant et après.
- Dimanche 50 9»,9 S. S. W. 2 Très nuageux. 0,0 Tr. nuag. de 5 à 16 b.; beau av. et ap. quelquef. de la pluie line le matin.
- AVRIL 1893. - SEMAINE DU LUNDI 21 AVRIL AU DIMANCHE 50 AVRIL
- La comité supérieure indique la nébulosité de Où 10; les /lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, Les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer y, courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Un orage au Han». — Le 22 avril, vers 7 heures du soir, après la longue sécheresse du mois, un ouragan de veut, bientôt suivi d’un violent orage, s’est abattu sur la ville du Mans. L’eau est tombée à torrents. Les rues ont été jonchées de débris de cheminées et d’ardoises que le vent a abattues. Le tonnerre a grondé, et la foudre est tombée en plusieurs endroits dans la contrée, mais sans causer de désastres.
- Cyclones aux États-Unis. — De nouveaux cyclones ont dévasté l’Alabama, l’Arkansas et le Mississipi. Aux Etats-Unis, à la date du 20 avril, on a signalé de nombreuses victimes. Les récoltes et les bestiaux ont beaucoup souffert. Les dégâts ont été considérables: les nertes soulève
- terrible a sévi sur le lac Michigan. Les objets envoyés à l’Exposition de Chicago n’ont pas souffert, mais les constructions de la ville ont été fortement ébranlées. L’usine des eaux, qui se trouve à l’extrémité d’uu long canal et à environ un mille des bords du lac, a été enlevée par les vagues. 11 a été impossible de porter secours au personnel dont on apercevait une partie se déballre désespérément contre les flots. Un seul homme a été sauvé. On estime le nombre des victimes à quinze ou vingt personnes.
- Tremblements de terre en Italie. — On a ressenti plusieurs secousses de tremblements de terre à Milazzo, le 22 avril, entre 2h 50" et 4 heures du matin. Dans la province de Catane, à 2* 15“ environ, une très forte secousse de tremblement de terre a vivement alarmé les habitants de Linguaglossa et de Castiglione, dont la plupart ont abandonné leurs maisons. Seule, une maison a été lézardée.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées
- à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVICE DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE G. MASSON, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- LÀ SEMAINE
- Photographie des couleurs. — La découverte de M. Lippmann semble être entrée dans le domaine de la pratique avec MM. Lumière, de Lyon, les fabricants de plaques bien connues. A la dernière séance de la Société française de photographie, ces messieurs ont projeté à la lumière oxhydrique des épreuves de paysages obtenus d'après nature avec toutes leurs couleurs. La pose avait été d’une demi-heure environ. Les épreuves sont parfaites comme vérité de couleur et comme intensité. 11 y a entre autres un paysage avec du ciel, de la verdure, de l’eau et des maisons, qui est une véritable merveille. C’est la première fois que de pareilles épreuves sont obtenues, nous devons être heureux que ce soit en France, la patrie de la photographie et de la photographie de couleurs, qu’un si beau problème ait été résolu.
- INFORMATIONS
- —— L'Association des photographes suisses et la Société genevoise de photographie ont décidé d'organiser celte année à Genève une Exposition internationale de photographie. Cette exposition comprendra les épreuves obtenues par tous les procédés, œuvres de photographes professionnels ou amateurs, ainsi que les appareils et produits se rapportant à la photographie. Des médailles de vermeil, d’argent et de bronze ainsi que des diplômes seront mis à la disposition des jurys de chaque section pour être attribués aux exposants les plus méritants. La situation de Genève, au centre d’une contrée parcourue chaque année par un grand nombre de touristes, assure à cette Exposition de nombreux visiteurs. La session de VUnion internationale de photographie, qui doit également avoir lieu à Genève du 21 au 26 août prochain, contribuera pour une bonne part au succès de cette entreprise en appelant dans cette ville une élite de savants et d’amateurs ayant à cœur le développement constant de la photographie. — S’adresser à M. Th. Pénard, secrétaire de Y Exposition internationale de photographie, 5, boulevard de Plainpalais, à Genève.
- —Sous le patronage d’un grand nombre de chambres et tribunaux de commerce, de chambres consultatives des arts et manufactures, de sociétés agricoles, de syndicats du commerce et de l’industrie, de conseillers généraux et de municipalités, un grand concours national est ouvert entre les ingénieurs français, jusqu’au 31 décembre prochain, pour le meilleur projet d’un canal maritime de l’Océan à la Méditerranée. 100 000 francs de prix sont allêctés aux lauréats de ce concours. Le programme et les conditions seront fournis à tous ceux qui en feront la demande à la Société nationale d'initiative du « Canal des Deux-Mers », 22, rue Iîossini, Paris.
- —Les fruits d’Australie continuent à arriver sur nos marchés européens, et il est bon d’y faire attention, pour savoir quelle concurrence ils peuvent faire à nos producteurs de fruits forcés. Le mois dernier, des ventes importantes ont eu lieu sur le marché de Londres, à Covent-Garden. Elles s’appliquaient à des Prunes, Raisins, Poires, Tomates, Pommes, qui avaient mis six semaines à faire le voyage dans la chambre réfrigérante des navires. Les Pommes étaient superbes et se sont très bien vendues. Les fruits mous se tenaient
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- compter, et que les fruits mous provenant de ces importations, Rai* sins, Prunes, Pèches, etc., ne sont pas encore de nature à donner d’inquiétudes à notre industrie de fruits forcés.
- —Sfc— Dans une des dernières séances de la Société météorologique de France, M. Poincaré, president d i la Société, a remis à M. Garnier la médaille instituée par M. Janssen pour récompenser les meilleurs travaux relatifs à l’application de la photographie à la météorologie. M. le Président a rappelé, à cette occasion, que les premiers travaux de M. Garnier sur ce point intéressant sont antérieurs à 1886 et qu’à cette époque les plaques isochromatiques étaient bien imparfaites ; M. Garnier a étudié la question dans tous ses détails et en est arrivé à préparer lui-même les plaques qui ont servi à obtenir les clichés de nuages dont l’auteur a soumis de si remarquables spécimens à la Société et au Congrès météorologique de 1889.
- —Des homards vivants ont pu être transportés d’Angleterre en Nouvelle-Zélande, sur l’un des navires frigorifiques qui effectuent les transports de viande gelée, de la colonie à la métropole. Sur douze sujets, neuf (quatre mâles et cinq femelles) sont arrivés vivants et ont été mis en liberté à l’entrée du port d’Otago. On espère les y voir se développer, la côte, dans cette région, étant rocheuse et très favorable au développement des crustacés.
- —M. H.-L. Joncs signale, dans Boianical Gazette, un exemple de greffe hybride entre deux variétés différentes de géraniums, l’un rouge, l’autre blanc. Les fleurs du sujet hybride participent des caractères des deux parents, mais d’une façon remarquablement variée. Certaines fleurs sont, ou complètement rouges, ou complètement blanches; d’autres présentent des pétales des deux couleurs, enlin on en trouve également dont les pétales sont rouges avec taches blanches et vice versa.
- La culture du café se développe dans le Guatémala. Elle y a été introduite par les Jésuites, en 1770. Ce ne fut qu’en 1835 qu’on entreprit des plantations régulières. Depuis trente ans à peine l’exportation a commencé. De 1861 à 1870, elle s’élevait à 5500 kilogrammes. Dix ans plus tard, en 1891, la République en exporta 26 000 kilogrammes. La culture du café réussit surtout entre 500 et 1500 mètres d’altitude. Les meilleures qualités sont dirigées sur Hambourg; les autres sont envoyées à San-Francisco et en Angleterre.
- —— La Compagnie des tramways de Glasgow procède depuis quelque temps à l’essai de nouvelles voitures qui, entre autres innovations, présentent cette particularité que les roues sont garnies d’un bandage en caoutchouc pneumatique. Ces bandages ont un diamètre de O^OSl et peuvent supporter une pression de 12\6 par centimètre carré : ils sont protégés par une sorte de filet.
- —On fabrique en Amérique des cordes insubmersibles. Cette propriété est obtenue en donnant à des cordes en coton, une âme en liège, formée de petits tronçons cylindriques juxtaposés bout à bout et recouverts d’un réseau en cordonnets de coton, puis d’une couche épaisse de tresses de fil également de coton. De telles cordes, très flexibles et très souples, ne peuvent être noyées et sont cependant très suffisamment résistantes. Pour un diamètre de 25 millimètres, cette résistance est voisine de 50 kilogrammes.
- On écrit de Spokakc (Washington), que l’express du Nord a rencontré, près de Black-Foot (Montana), un troupeau composé d’une centaine d’Antilopes, dont sept furent écrasés. Le train dut
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Clarinette-pédale et cornophone : M. Fontaine Besson, 96, rue d’Angou-lème, à Paris. — Pour tout ce qui concerne le compteur vélo-cipédique de M. Couleru-Meuri, s’adresser à M. Couleru-Meuri à la Chaux-de-Fonds, en Suisse, ou à Paris, à M. Hector Levy, 139, boulevard Sébastopol.
- Communications. — M. E. J., au Caire, à propos de notre article sur le passage des rivières au moyen des outres (n° 1055, du 1er avril 1893, p. 281), nous fait connaître le procédé employé par les indigènes de la Haute-Egypte pour la chasse, la pèche ou les communications entre les villages inondés pendant la saison des débordements. Ils construisent des radeaux dont le plancher est formé par des canis ou gros roseaux du pays, et dont les flotteurs sont constitués par des caisses en fer-blanc fermées de tous côtés et soudées, d’une contenance de 20 litres. Ces caisses, qui servent à renfermer le pétrole utilisé pour l’éclairage, arrivent en grand nombre dans la région. — Le même correspondant nous informe que pour fabriquer leur beurre les Egyptiens se servent d’une peau en forme d’outre, dans laquelle ils versent le lait. Deux hommes placés l’un en face de l’autre saisissent chacun une extrémité du récipient et l’agitent en renvoyant alternativement le contenu de l’un vers l’autre jusqu’à parfait achèvement de l’opération. Cet appareil primitif rappelle vaguement la baratte oscillante de MM. Chenais et Berland que nous avons décrite dans le n° 1029, du 18 février 1895, p. 179.
- M. Ed. Fleutiaux, à Paris, nous adresse une Note relative à l’histoire du Victoria Regia, dont nous avons annoncé récemment la floraison. Notre correspondant nous écrit que cette plante remarquable a été signalée par d’Orbigny, et qu’elle devrait porter un nom français.
- M. le Dr P. N. Arata, professeur de chimie à la Faculté des sciences de Buenos-Ayres, nous envoie un très intéressant Mémoire intitulé Documents historiques relatifs à la découverte de la photographie. Cet ouvrage, contenant une savante Notice historique, renferme, en outre, d’excellentes reproductions d’autographes originaux de Niepce et de Daguerre. L’ouvrage se trouve à Paris, chez M. Ernest Leroux, éditeur.
- M. L. Bonetti, à Paris, nous signale une modification qu'il vient d’apporter à la machine électrostatique de Wimshurst qu’il construit, et dont nous avons donné précédemment la description (n° 753, du 5 novembre 1887, p. 559). II a supprimé les feuilles d’étain qui étaient collées sur les plateaux en matière isolante ; les balais de clinquant frottent directement sur ces derniers. De plus, il a disposé un morceau de peau de chamois qui frotte continuellement à la partie supérieure de l’un des plateaux.
- M. Miller, à Caen, nous écrit : « En lisant le numéro du 6 mai de La Nature, j’ai trouvé, entre autres choses intéressantes, un aperçu des efforts supportés par un plancher, mais ce qui m’intéresserait le plus de connaître, c’est l'effort (approximatif) qui se produit, sur un plancher où une douzaine de couples de danseurs exécutent une polka — en admettant, bien entendu, que les danseurs sautent en mesure ». — Quelque ingénieur ou architecte pourra-t-il nous renseigner?
- Renseignements. — M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — Ce galvanomètre est un excellent appareil très employé dans les laboratoires ; vous en trouverez la description complète dans le Traité élémentaire de l'énergie électrique de M. E. Hospitalier, à la librairie G. Masson.
- M. Champion, à Bordeaux. — Les adresses demandées sont les suivantes : Nature : MM. Macmillan and C°, 29, Bedford Street, London, W. C.; Scientific American : MM. Miinn et C°, 361, Broadway, New-York.
- M. G. Gaboreau, à Paris. — On ne doit pas garnir d’un enduit les parois intérieures des chaudières.
- I M. Cabasson, à Paris. — Il s’agit d’un appareil très simple I qu’il faut construire soi -même ; il n’y a pas de constructeur.
- MM. Giron frères, à Saint-Etienne. — Le fabricant est indiqué en tête de la .Boîte aux lettres du même numéro 1030, du 25 février 1893.
- M. Rose, à Paris. — Vous aurez des renseignements intéressants en consultant l’ouvrage de M. Ch. Derosne : Exposé sommaire de l'apiculture mobiliste. La Ruche-album, à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. E. JFm, à Bitschwiller-Thann. — Une brochure sur cette turbine a été publiée par les constructeurs, MM. Singrünn frères, à Epinal.
- M. Giordani, à Port-au-Prince (Haïti). — L’alambic que vous nous faites connaître a un réfrigérant extérieur; celui que nous avons décrit n’en avait pas.
- M. P. W., à Malines. — Frottez les armes rouillées avec de la vaseline.
- M. Alphonse L. Brociner, à Grasse. — Votre expérience est intéressante; mais nous en avons déjà décrit plusieurs du même genre sur la Réfraction dans nos Notices de Physique sans appareils. Tous nos remêrciements.
- M. Nivoux, à Bernay. — 1° Moulins à vent pour pompes : MM. Anceaux et Kuntzel, 10, boulevard de la Contrescarpe, à Paris; et M. Beaume, 66, avenue de la Reine, à Boulogne-sur-Seine. — 2° Il s’agit probablement de la recette contenue dans les Nouvelles scientifiques du n° 968, du 19 décembre 1891.
- M. E. Saullad, à Barcelone. — Cet inventeur est mort dernièrement; nous avons publié un article nécrologique dans le n° 1028, du 11 février 1893, p. 174.
- M. C. de Menezes, à Santarem. — 1° Cette application pourrait facilement être réalisée. — 2° fl faut s’adresser au constructeur, 27, rue des Cloys, à Paris.
- M. G. Boutand, à Marseille. — La librairie Bernard Tignol a publié plusieurs livres qui pourraient vous convenir.
- M. L. Capdeville, à Elvas. — Tous nos regrets; nous ne pouvons rien ajouter aux articles déjà publiés sur la trisection de l’angle.
- M. L. D., à M. — Vous trouverez peut-être l’or qui vous conviendra chez M. Viéville, batteur d’or, 211, rue Saipt-Maur, à Paris.
- M. J. P., à Paris. — Nous croyons que ce renseignement se trouve dans le Naturaliste préparateur de la collection des manuels Roret. Vous pourriez encore vous adresser à M. Dey-rolle, 46, rue du Bac.
- M. M. S., à Limoges. — Pour avoir un autre modèle de giroscope, il faut le faire établir spécialement.
- M. L. Charton, à Maisons-Laffitte. — 1° Nous avons donné plusieurs recettes de colles pour faire adhérer du papier sur de la tôle dans le petit volume la Science pratique. (G. Masson, éditeur.) — 2° H n’y a pas d’autre moyen que de gratter la lime. — 3° Accumulateur multitubulaire M. D. Tomasi, 157, boulevard Voltaire, à Paris.
- M. G. Bronner, à Point-Plaisant (île de Jersey). — Nous n’avons pas publié d’articles de ce genre dans La Nature. Vous devez faire erreur.
- M. Th. Rippert, à Saint-Germain-en-Laye. — Les couleurs que vous citez sont toujours plus ou moins impressionnables à Faction du soleil.
- M. E. Délayé, à Grenoble. — Ces expériences n’ont aucun caractère scientifique.
- M. F. Borelli, à Marseille. — 11 n’y a pas encore d’ouvrage publié sur l’Exposition de Chicago.
- M. le comte de la Ferté, à Rouen. — Nous ne croyons pas qu’il existe de livre qui puisse vous renseigner; nous ferons des recherches à ce sujet à la Bibliothèque nationale.
- M. Larivièrc, à Marcq-en-Barœul. — 1° L'art de greffer, par Ch. Baltet, 1 vol. in-18, à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris; prix : 4 francs. — 2° Le pw-ceron lanigère, moyens de le découvrir et de le combattre, par Muhlberg et Kraft, I brochure in-8°; prix : 2 francs, à la mèm$ librairie.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. B. O., à Paris, Nous ne connaissons pas de journal de ce genre. — Un abonné, à Paris. Nous n’avons pas dit qu’il s’agissait d’un système nouveau; nous avons simplement indiqué un modèle d’appareil utile. — M. F. Crestin, à Saint-Pétersbourg. Remerciements pour l’envoi d’une nouvelle photographie également très intéressante. — M. .4.' Jeannollc, à I)ampierre-sur-Salon. Remerciements pour vos communications. — M. E Audard, à Rochcfort. Voyez les Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.)
- —* */>* lecteurs, et donne de son mieux let ren-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Appareil frigorifique.—On a construit un nombre considérable d’appareils pour confectionner la glace au moyen des mélanges réfrigérants; le système que nous allons faire connaître et qui est dû à M. Sellier, réduit l’opération à sa plus grande simplicité. L’appareil consiste en deux vases concentriques A et B. Le vase de grand diamètre A sert d’enveloppe
- Appareil réfrigérant pour confectionner la glace.
- au vase B qu’il doit contenir et qui est le réfrigérant proprement dit. Ce vase B est en fer-blanc, il est entouré d’une épaisse couche de feutre isolante. Quand il est placé dans le vase A, il est en outre enveloppé d’une couche d’air également isolante. On verse le mélange réfrigérant de la boîte C, dans le vase B, on y ajoute de l’eau jusqu’à 6 centimètres du bord, on agite ; on introduit dans le cylindre les tubes à glace D, qui sont formés de deux petits réservoirs parallélépipédiques contenant de l’eau. On agite de temps en temps cet appareil au milieu du mélange réfrigérant; après une demi-heure environ, la glace est formée. La dissolution saline peut être régénérée; à cet effet on la verse dans le vase A, que l’on place sur le feu; on y introduit l’indicateur E formé d’un bouché conique traversé par une tige métallique, on chauffe jusqu’à ce que la rondelle de l’indicateur remonte à la surface, ce qui indique que la solution est assez concentrée pour que les sels qu’elle contient cristallisent et puissent être recueillis pour servir à une nouvelle opération. Ces sels sont formés en grande partie de nitrate d’ammoniaque. — L’appareil frigorifique se trouve chezM. Krafz-Boussac, 5, rue Saint-Laurent, Paris.
- L’Orthoseope, appareil photographique à mains.
- — On nous demande souvent conseil pour l’acquisition d’un appareil photographique; nous avons décrit un grand nombre de bons appareils, et il ne nous est pas facile de recommander spécialement tel ou tel système. Nous avons en cependant l’occasion d’expérimenter l’appareil photographique à mains de
- L’Orthoseope de M. Tourtin.
- M. Tourtin. 11 nous a paru très pratique, fort bien étudié, nous en donnerons ici la description. Notre gravure montre l’aspect et le mode d’emploi de VOrlhoscope qui sert pour les photographies instantanées. La chambre à main de M. Tourtin présente, comme particularité, l’avantage de permettre la mise en plaque
- et la mise au point sur le verre dépoli lorsque le châssis est en place, ouvert, la glace prête à recevoir l’impression, ce qui présente un avantage pour,la photographie instantanée d’objets en mouvement. On peut suivre ces objets et les mettre au point jusqu’au moment précis où on juge opportun d’impressionner la plaque. L’Orthoseope est, à proprement parler, une « Chambre obscure )' (n° 1 de la figure), mais à double effet, c’est-à-dire dans laquelle le miroir (ou prisme) A, disposé de manière à se déplacer avec des vitesses variables, soit en oscillant sur l’axe B (nos2 et 5), soit par tout autre moyen, joue à la fois le rôle de réflecteur et d’obturateur. Les figures ci-dessus en démontrent la construction sommaire, ainsi que le mode de fonctionnement réduit à sa plus simple expression. 11 est aisé de concevoir que, en se dérobant, le miroir laissera passer le rayon qu’il recevait de l’objectif, et qu’il reflétait sur le verre dépoli C. Ce rayon se portera alors sur la plaque sensible D, placée en attente vis-à-vis de l’objectif, et y imprimera l’image pendant le temps nécessaire, à l’aide d’un mécanisme approprié. Le mode de fonctionnement de l’appareil est très pratique et expéditif. — Pour tout ce qui concerne cet appareil, s’adresser à M. Tourtin, 8, boulevard des Italiens, Paris.
- Grattoir de bureau. — Il est souvent difficile de gratter l’encre déposée par une tache sur le papier, ou d’effacer un mot qui a été écrit par mégarde. Les grattoirs à lame ont l’inconvénient de trop user le papier, et d’y déterminer des trous; le remède est pire que le mal. Le petit objet que nous représentons est un grattoir à papier de verre. l[n manche de bois est terminé par une pince qui maintient à l’extrémité du système un morceau de papier de verre. Pour effacer l’encre, il suffit, quand l’encre est bien sèche, de frotter
- légèrement, comme le montre notre gravure. Avec de la patience, l’encre s’enlève peu à peu, et le papier est à peine endommagé. Quand le papier de verre est usé, le système est disposé de telle façon que ce papier peut être facilement renouvelé. — Ce grattoir de bureau se trouve chez M.Paul Bertrand, 19, rue d’Hauteville, Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Ciment employé par les bijoutiers. — On fait dissoudre de la colle de poisson préalablement ramollie par l’eau, dans la plus petite quantité d’alcool à l’aide d’une douce chaleur. Dans 60 de ce soluté, on fait dissoudre 0,5 de gomme ammoniaque et on y ajoute un soluté de 2 de mastic dans 12 d’alcool fort; on conserve en flacon bien bouché. Pour s’en servir on le fait ramollir au bain-marie.
- Nouveau procédé pour la trempe de lacier sans le chauffer. — M. Lagrange, capitaine de l’armée belge, signale une application nouvelle de l’électricité, grâce à laquelle une pièce d’acier peut être trempée sans être chauffée. Il suffit, en principe, de prendre cette pièce comme électrode négative ; la température de la surface s’élève très haut; on interrompt le passage de l’électricité et l’on trempe. On peut même, par cette voie, tremper seulement certaines parties d’une pièce donnée.
- Photographie sur tissus. — M. Auguste Villain, chimiste teinturier à Aubervilliers, a entretenu la Société d'encouragement des procédés qu’il emploie pour obtenir des impressions photographiques sur tissus. Il rappelle les recherches de MM. Kopp, Philippe, Willis, Green, Cross et Bexvan, et les applications faites par ces chimistes des bichromates alcalins, des chromâtes de cuivre et d’aniline, de la solution d’aniline dans
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- sisie à sensibiliser le tissu avec le mélange suivant : eau, 1000 grammes; bichromate de potasse, 35; bichromate d’ammoniaque, 15; métavanadate d’ammoniaque, 5. Les tissus imprégnés de cette solution sont séchés dans l’obscurité à basse
- température et exposés à la lumière derrière un négatif. Ils sont ensuite lavés à fond. Dans cet état, ils ont fixé assez de mordant pour teindre l’épreuve dans des bains montés avec les couleurs artificielles les plus variées.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 1" mai 7°,8 S. 0 Beau. 0,1 Beau ; gelée blanche.
- Mardi 2 8°,9 E. 0 Beau. 0,0 Beau lem.; très nuag. l’ap.-midi ; halo et parhélies.
- Mercredi 5 12°,4 W. 2 Presq. couvert. 0,0 Presque couvert jusqu’à 20 h.; beau ensuite.
- Jeudi 4 11°,0 N. N. E. 0 Beau. 0,0 Peu nuageux de 11 à 18 h.; beau av. et ap.; halo.
- Vendredi 5 10", 8 N. 0 Beau. 0,0 Peu nuageux à 4 h. et de 14 à 17 h.; beau le reste du temps.
- Samedi 6 10",0 E. N. E. 2 Beau. 0,0 Beau; gelée blanche.
- Dimanche7 7»,4 N. E. 3 Beau. 0,0 Beau jusqu’à 9 h.; puis très nuageux; un peu de pluie à 21 h.; gelée blanche.
- MAI 1893. - SEMAINE DU LUNDI 1er MAI AU DIMANCHE 7 MAI
- La courbe supérieure indique la nébulosité de On i0; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer y, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au parc de 8aint-Maur en avril 1893
- par M. E. Renoc.
- Moyenne barométrique à midi, 759”“,94. Minimum, le 27, à 6 heures du soir, 751"'“,28. Maximum, le 8, à 9 heures du matin, 767““,28.
- Moyennes thermométriques : des minima, 5°,66; des maxiina, 22°.09; du mois, 13°,88; moyenne vraie des 24 heures, 13°,76. Minimum, le 15, à S heures du malin, —1°,1. Maximum, le 22, vers 2 heures du soir, 28°,0. Un seul jour de gelée et 17 jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur, 5""',72; la moindre, le 12, à 2 heures du soir, 2”'”,4; la plus grande, le 23, à 2 heures du soir, 10““,4. Humidité relative, 52; la moindre, le 24, à 5 heures du soir, 11; la plus grande, le 15, à 4 h. du matin, 96; c’est le seul mois, pour les douze de l’année et depuis 20 ans, où le degré hygrométrique n’ait pas alteint 100.
- Pluie, lm'“,2 en 2 heures de très petites pluies et en 2 jours; la première pluie est tombée vers 11 heures et 1 heure du matin, du 1" au 2; le 30, dans la matinée, diverses petites ondées ont donné 0"',",1 au pluviomètre et probablement en réalité 0””,3 d’eau à cause de ce qui se perd à chaque nouvelle averse.
- Pas de brouillard. Eclairs à l’ouest-ouest-sud-ouest le 1", de 9 heures à 10 heures du soir.
- Nébulosité moyenne, 13.
- Marne. Température moyenne le matin ; 14°,03; le soir, 14°,57 ; moyenne, 14”,30; elle a varié de 10°,70 le 1" à 17”,78 le 26; sa transparence a été presque toujours d’un mètre environ ; sa hauteur a décru presque uniformément de 2“,62 le 1" et 2”,61 le 2 à 1”,82 le 30 à 3 heures et demie du soir.
- Relativement aux moyennes normales, le mois d’avril 1893 présente les résultats suivants ; baromètre plus élevé de 3“”,92; thermomètre plus haut de 4°,26. Tension de la vapeur moindre de 0”“,55; humidité relative moindre de 19. Pluie moindre de 40”“,3; nébulosité moindre de 45.
- Nous avons noté le commencement de la floraison des végétaux suivants ; 1" avril, Lamium album, Cerisier de Sainte-Lucie. 3, premières AsnAiwns hors de terre. 5. Lilas. Glvcine. Spirèe à feuilles de saule.
- Pivoine en arbre. 19, Ancholie, Rhubarbe. 21, Pois verts. 21, Sureau, Acacia. 25, Hémérocalle jaune. 26, Seringat commun. 27, Acacia en pleine fleur. 28, Sauge officinale. 30, Baguenaudier, Eglantier capucine.
- Arrivée des oiseaux et insectes : 4 avril, Hirondelle de cheminée. 5, Rossignol. 6, Hannetons. 7, Fauvette. 22, Tourterelle. 24, Loriot. 28, Caille. 50, Martinet.
- Le mois d’avril qui vient de finir présente plusieurs particularités intéressantes. Depuis 1757 on ne trouve que le mois d’avril 1865 qui soit plus chaud; tous les autres en sont même bien éloignés. Avril 1865 a eu, à l’Observatoire de Paris, une moyenne de 15°,1 ce qui peut correspondre à 14°,6 dans la campagne. La moyenne des minima diurnes a été, a Clioisy-le-Roi, 8°,4; ainsi toute la différence porte sur les minima tandis que les maxima ont dû être à peu près les mêmes dans les deux stations en 1865 et 1893. En 1865, il n’y a pas eu de série froide, ce qui fait que la Seine s’est échaufféeïe 26 à 20°,5; en 1893, à la même date du 26 avril, la Marne, qui diffère peu de la Seine, n’a atteint qu’un maximum de 17°,78.
- Le maximum de 28° a été dépassé deux fois depuis 1757; il a atteint 29°,1 en 1840 et 28°,7 en 1841 (nombres corrigés de —0°,5).
- La hauteur d’eau 1””,2 est la moindre qu’on connaisse en avril, il est tombé à Paris 2“”,3 en 1701, 2““,0 en 1817 et 3“m,6 en 1870.
- Nombre de fois que chaque vent a soufflé à midi : nord-ouest 2, nord-nord-ouest 1, nord 3, nord-nord-est 5, nord-est 7, est-nord-est 7, est 5, sud-ouest 1, ouest-sud-ouest 1.
- La nébulosité 13 du mois d’avril 1893 est à beaucoup près la moindre qu’on connaisse depuis 1753. Les mois d’avril les plus clairs avec une nébulosité de 28 sont ceux de 1844 et 1870. Des mois aussi clairs ne se présentent guère que d’août à octobre.
- Les 28 jours consécutifs sans une seule goutte d’eau ne se sont pas présentés depuis uii grand nombre d’années, même pour un mois quelconque de l’année.
- La végétation est extraordinairement avancée et beaucoup plus qu’en avril 1865, mois beaucoup plus chaud par ses nuits, mais précédé d’un mois de mars très froid tandis que mars dernier a été très chaud. Les lilas sont en avance de vingt jours et les acacias d’un mois entier. J’ai dans mon iardin des cerises douces presaue mûres au dernier jour du mois.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- AVIS DG L'.tDllIXl§TR.4TIOS. — MM. les abonnés au journal La Nature dont l’abonnement expire avec le n' 1043 (27 mai 1893) sont instamment priés, pour faciliter ce renouvellement, un des plus chargés de l’année, de nous faire parvenir avant cette époque leur ordre de renouvellement. Us peuvent le faire au moyen des mandats postaux qui vont leur être adressés dans ce but. Une quittance sera présentée à domicile, à partir du 5 juin à ceux qui n’auraient pas fait parvenir avant cette date leur mandat ou ordre contraire. —Prière de joindre une bande aux demandes d’abonnement et d'ajouter 50 centimes pour les changements d’adresses en cours d’abonnement.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- LA. SEMAINE
- Richesses minérales de l'Afrique du Sud. — Lors de l’Exposition qui vient d’avoir lieu à Kimberley, M. Brought a fait une communication sur la puissance de production minérale des colonies anglaises de l’Afrique du Sud. Nous en extrayons quelques renseignements intéressants. En diamants seuls l’extraction totale de ces vingt dernières années représente une valeur de 1750 millions. L’extraction de l’or qui a commencé il y a cinq ans à peine, a déjà rapporté 212 millions, et l’on espère arriver à bref délai à une production annuelle de plus de 100 millions. Mais la richesse minérale de l’Afrique du Sud ne consiste pas uniquement dans ces deux produits précieux. Les gîtes carbonifères y ont une vaste étendue, quoique l’industrie de la houille y soit encore dans l’enfance. La production annuelle du cuivre est de 20 000 tonnes et beaucoup d’autres métaux semblent être en grande abondance. Si tout le diamant exporté par la colonie était réuni, dit le rapport de M. Brought, il pèserait plus de dix tonnes, et pourrait former une pyramide de lm,80 de hauteur, sur une base quadrangulaire de 0m,90 de côté. L’or extrait de la seule mine duRandt,qui n’atteignait que 10 519 kilogrammes en 1889, s’est élevé à 54589 kilogrammes en 1892. La teneur moyenne de la tonne de minerai est de 15 grammes environ, évalués à 42 francs. En ce qui concerne la houille, l’on prévoit un bel avenir à cette industrie. Plusieurs échantillons de très bons charbons étaient exposés à Kimberley. L’extraction de la houille en 1890, à la colonie du Cap, a été de 52 821 tonnes ; dans le Transvaal elle se présente en lits lenticulaires de quelques décimètres jusqu’à 10 mètres d’épaisseur; et dans l’État d’Orange les gisements sont plus importants encore.
- INFORMATIONS
- —^— Le Ministre du commerce va publier prochainement les résultats complets du dénombrement général de la France opéré en 1891. Voici quelques chiffres extraits de cet intéressant et considérable travail : il y a en France neuf préfectures qui n’ont pas 10000 habitants : Vesoul, Draguignan, Gap, Mende, Guéret, Mézières, Foix, Digne et Privas sont dans ce cas ; Privas ne compte que -5528 habitants. Deux sous-préfectures n’ont pas 1000 habitants agglomérés : Lombez (934 habitants) et Rocroy (930 habitants). Quatorze sous-préfectures n’ont pas 2000 habitants agglomérés : Ribérac, Rochechouart, Briey, La Palisse, Barcelonnette, Monfort, Florac, Argelès, Bonneville, Gex, Puget-Théniers, Boussac, Castel-lane et Saint-Julien-Génevois (Haute-Savoie). Les villes dont la population dépasse 100 000 habitants sont au nombre de douze. Paris, avec 2 447 000 habitants; Lyon, avec 438 000; Marseille, avec 403 000; Bordeaux, avec 252 000; Lille, avec 201 000; Toulouse, avec 150 000; Saint-Etienne, avec 133 000; Nantes, avec 122 000; Le Havre, avec 116000; Roubaix, avec 115 000; Rouen, avec 412 000 ; Reims, avec 104 000.
- —M. Vallin a constaté qu’après une heure de promenade au soleil en juillet, la température à l’intérieur d’un chapeau haut de forme s’élève jusqu’à 46 degrés. M. Corre, médecin de la marine, a vérifié qu’au Sénégal la température atteint 41 degrés sous la casquette d’officier de marine; sous la casquette de sous-officier, perforée de ventilateurs, elle atteint 39 degrés. Elle est seulement de 33 degrés par les chaleurs les plus fortes sous le casque colonial blanc.
- —Le dôme du nouvel Observatoire de Greenwich ne sera pas en tôle de zinc, de cuivre, de plomb, de fer ou d’acier, suivant l’ancienne formule; il sera recouvert en papier mâché, c’est-à-dire en carton moulé. Néanmoins, avec la charpente métallique qui portera cette enveloppe, ce dôme pèsera encore vingt tonnes. L’emploi du papier mâché ne dispensera donc pas d’employer tous les moyens mis en usage dans les observatoires modernes pour permettre de mouvoir ces masses.
- —Sjî— Il résulte des statistiques que, pendant le mois de mars 1893, 141 personnes ont été traitées à l’Institut Pasteur. Sur ce nombre, 9 ont été mordues par des animaux dont la rage a été reconnue expérimentalement, 78 ont été mordues par des animaux reconnus enragés à l’examen vétérinaire, 54 ont été mordues par des animaux suspects de la rage. Les morsures provenaient 138 fois des chiens et 3 fois des chats.
- — Une heureuse innovation. En Angleterre, à Newcastle, on a disposé les avertisseurs publics d’incendie de telle manière que les agents de police qui sont pourvus d’un petit poste micro-téléphonique de poche peuvent se mettre en communication avec les postes de pompiers. Les indications verbales ainsi données sont naturellement plus claires que la simple indication donnée par les avertisseurs ordinaires.
- —— On vient de découvrir, dans le sud de l’Orégon, un nouveau dépôt d’ozokérite. Il y a quelques années on en avait découvert dans l’Utah, il est en exploitation et produit 150 000 kilogrammes par an. Ce qui donne beaucoup d’intérêt à la nouvelle découverte, c’est une cire minérale, très pure, presque comme raffinée; elle a toutes les propriétés de la cire d’abeilles. Cette cire de l’Orégon diffère d’aspect avec celle de l’Utah; elle est d’un blanc jaunâtre et très légère.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Danger de l’étoffe pilou. — Le Dr Casanova, de Bourges, appelle l’attention sur le danger des vêtements, jupes, casaques, tricots, préparés avec les étoffes de coton dites pilou. Cette étoffe est fabriquée par des procédés chimiques spéciaux qui donnent au tissu un aspect duveteux, soyeux et doux, des plus agréables. Mais le coton ainsi divisé est très inflammable et ce duvet, si vous en approchez une flamme, prend feu comme une traînée de poudre. En un clin d’œil, on peut être enveloppé de flammes de la tête aux pieds. Le Dr Casanova publie deux ou trois accidents de ce genre survenus à des ménagères qui n’ont dû leur salut et le peu de gravité de leurs brûlures qu’à leur présence d’esprit. Au lieu de courir, elles relevèrent vivement leurs jupes sur la tète et purent ainsi arrêter le feu. Ces étoffes sont en général d’un réel bon marché, très agréables au porter. Il ne serait peut-être pas difficile de les rendre ininflammables en les traitant, pendant la confection, gar des sels
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- Communications. — M. G. Deniau, à Bourges, nous écrit qu’un de ses clients a pu élever, l’année dernière, une hirondelle qui était tombée de son nid. Cet oiseau, très bien apprivoisé, vit en liberté dans la voiture de son maître; elle vient, quand il l’appelle, mais elle ne se pose pas sur lui. On la nourrit de viande crue, d’asticots et de mouches.
- M.E.Palyart, à Guerbigny (Somme), nous informe que depuis le commencement de la sécheresse, c’est-à-dire depuis plus de deux mois, le niveau des sources, des étangs, des puits, de la rivière n’a cessé de monter dans la contrée. Dans les années de sécheresse antérieures, le niveau de l’eau baissait partout.
- M. E. Faix, à Montoire-sur-Loir (Loir-et-Cher), nous écrit au sujet du compas à tracer les spirales dont il a été question dans le n° 1058, du 22 avril 1895, p. 527. Notre correspondant a été amené à penser que le tire-ligne perdu ne devait pas être fixé d’une façon invariable sur la tige C, mais qu’il devait, au contraire, être mobile dans son emmanchure de façon à pouvoir s’appuyer constamment par son propre poids sur la feuille de papier. Pour le maintenir dans cette position, il était relié à un contrepoids par l’intermédiaire d’un fil passant sur la petite poulie au-dessus du point A et dont la fonction s’expliquerait ainsi.
- M. H. Jay, chimiste à Paris nous écrit : (' Le cas que vous signalez d’après Botanical Gazette (Informations du n° 1041, 15 mai 1895), d’un géranium hybride donnant des fleurs rouges et blanches n’est pas très rare, — j’ai eu l’occasion de l’observer chez moi. — Pendant trois ans, un superbe géranium ne donna que des fleurs rouges. La quatrième année, sur une même tige on vit apparaître des bouquets ou entièrement rouges ou entièrement blancs ainsi que des bouquets panachés rouges et blancs. Une même fleur avait des pétales des deux couleurs et un même pétale avait également des stries longitudinales blanches et rouges. La botanique offre un grand nombre d’exemples de ce genre; je citerai particulièrement le raisin : une variété nommée trousseau ou verrat, fort cultivée en basse Bourgogne, donne fréquemment sur un même cep des grappes ou toutes noires ou toutes blanches; ungrappillon peut être également de teinte différente que l’ensemble de la grappe, de même qu’un même grain peut présenter des secteurs blancs et noirs, le tout parfaitement mùr. »
- M.X., à Buenos-Àyres, nous adresse une Note au sujet du Jeu du Diable, dont nous avons parlé dans les Nouvelles scientifiques du n° 1052, du 11 mars 1895. On semblait dire dans l’article que le jeu n’existait plus; au collège Notre-Dame de la Paix à Namur il reparaît chaque année avec l’été. La seule différence consiste en ce que le jeu de Namur est en zinc et affecte la forme de deux cônes tronqués, accolés par leur petite base.
- M. J. M. C. P, à Paris nous écrit qu’il y a dix ans chaque printemps ramenait des bandes d’hirondelles autour de sa demeure; cette année, il n’en compte que six.
- M. A. Eloire, à Caudry (Nord), nous envoie une Note sur les différentes dates auxquelles sont apparus dans la région du Nord les hirondelles, les rossignols, les coucous et les martinets.
- Renseignements. — Un de nos lecteurs, ayant eu une discussion avec des vélocipédisles anglais qui prétendaient que les Anglais n’avaient jamais été vaincus par des Français, nous demande de lui donner notre avis à ce sujet. Dire que les Anglais n’ont jamais été battus en vélocipédie par des Français, est faire preuve ou d’ignorance ou de mauvaise foi. Les victoires de Charles Terront, en Angleterre et en Amérique (courses de six jours, etc.) en sont, historiquement, la première preuve. Les Anglais Duncan, English, etc., n’ont-ils pas été battus maintes fois par les Français de Civry, Médinger, Charron, etc.? Enfin les principaux records de fond et de vitesse n’ont-ils pas été depuis deux ans repris aux Anglais par les coureurs français (records fameux de vingt-quatre heures sur piste
- par Stéphane et Dubois l’an dernier; record des 100 milles et des six heures sur piste par Dubois (il y a quinze jours) ; record des 100 kilomètres sur route par Allard (il y a trois semaines)? Les exemples affluent. Si d’ailleurs les vélocipédistes anglais ne sont pas plus souvent battus par les Français, c’est que des règlements surannés considèrent nos coureurs, même ceux qui ne courent que pour des objets d’art, comme des professionnels, par le seul fait d’avoir parfois couru contre des professionnels; et que, par conséquent, les Anglais, amateurs, ne figurent dans aucune de nos grandes épreuves (Bordeaux-Paris, etc.). Cette discussion sur l’amateurisme et le professionnalisme touche d’ailleurs à une des plaies les plus sensibles de la vélocipédie internationale.
- M. G. Dijon, à X.... — 1° 11 serait nécessaire de construire cet appareil et de l’expérimenter pour pouvoir porter un jugement. — 2“ La puissance musculaire est transformée en puissance électrique par la dynamo ; la puissance électrique est le produit de la différence de potentiel par l’intensité du courant.
- M. Viron, à Lourdes. — Il y a plusieurs espèces de grenouilles; consultez à ce sujet notre article Batraciens de France dans le n° 265, du 29 juin 1878, p. 65. Vous y verrez les transformations du têtard en grenouille.
- M. Ostermeyer-Chatelain, à Rouff'ach. — Essayez de verser une dissolution d’acide chlorhydrique étendue d’eau.
- M. Le Cacheur, à Château-Thierry. — Le constructeur a cessé la fabrication de ce moteur.
- Un lecteur, à Lille. — Pour reconnaître la pureté du chlorhydrate d’ammoniaque, il suffit d’en chauffer au rouge quelques parcelles sur une lame de platine; le sel ne doit pas laisser de résidu.
- M. E. Gillet, à Paris. — Essayez le grattoir de bureau décrit dans les Petites Inventions d’un de nos précédents numéros.
- M. H. du Belley, à Angers. — Ces objets ne se trouvent pas dans le commerce en France.
- M. A. Petit, à Lyon. — Le tir d’un canon rayé est juste à 2800 ou à 5000 mètres ; avec le canon lisse la portée ne dépasse pas 1000 mètres.
- M. J. D. à Evreux. — Les photographies peuvent très bien reproduire les images d’un miroir.
- M. A. H. h Boulogne-sur-Mer. — Vous trouverez des traités tels que vous les désirez, le Bon Jardinier, la Flore élémentaire des jardins et des champs, par MM. Le Maout et üecaisne, à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. A. Caillaut, à Champigny. — 1° Celte pile ne se fabrique plus. — 2° Il faudrait vous adresser à M. Ch. Derosne, l’auteur d’une brochure sur Vapiculture mobiliste, publiée par la même librairie que ci-dessus.
- M. Richard Tuyel, à Barcelone. — Il existe un papier parchemin que l’on trouve chez les papetiers à raison de 0 fr,25 la feuille environ.
- M. Koch, à Boghar. — L’appareil que nous venons de décrire dans les Petites Inventions du n° 1041, du 15 mai 1895, pourrait vous convenir.
- M. A. L., à Avignon. — Vos observations au sujet du rythme, et des éléments du plancher, sont parfaitement justes ; mais peut-être y a-t-il eu quelques expériences faites.
- M. P. Couvreur, à Tourcoing. — L’armoire des frères Daven-port était analogue à celle que nous avons décrite dans le n° 515, du 14 avril 1885, p. 515.
- M. D. Cesiano, à Bucharest. — Nous avons indiqué un ouvrage de ce genre dans notre Boite aux Lettres du n° 1041.
- M. Maouna, à Versailles. — Nous ne croyons pas que ce travail ait été fait en France.
- M. H. Q. J., à Chambolle. — 1° Le siphon élévateur décrit dans notre n° 989, du 14 mai 1892, p. 569, pourrait vous convenir. — 2° L’appareil dont vous parlez peut être employé ; nous vous ferons connaître également le gazogène Briet, dont le fabricant est M. Mondollot, 72, rue du Chàteau-d’Eau; et le gazateur J. Malesset, 148, rue du Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers : Un abonné, au Crcusot. Il suffît de placer le fil conducteur dans un tuyau de porcelaine; pas d’adresse spéciale à vous faire connaître. — M. J. Ca-cho, à Barcelone. Jl faudrait vous adresser directement à Bruxelles aux successeurs de M. Van Rysselberghe.— M. A. IL, à Nantes. 11 y aurait des expériences de laboratoire à faire pour vous répondre : il faudrait consulter un chimiste. — L’abonné 2435, à Coïmbra. Nous ne croyons pas qu’il existe des traités sur ces questions. — M. A. F loch, à Paris. Voyez la Science pratique. (G. Masson, éditeur.)— M. G. Tacquet, à Vitry-en-Artois; M. P. Soutes, h Dijon. Consultez les Recettes et procédés utiles. (Même éditeur).— M. P. S. Toulreau, à Branne. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits
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- intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux tes ren-
- a nGn*,oc ntnia *11# n* *'*nnn.ae p.n aucune façon à répondre à toutes
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- PETITES INVENTIONS1
- Capsules à la poudre-éclair. — Nous avons décrit un certain nombre d’appareils qui permettent de projeter la poudre de magnésium dans une flamme et d’obtenir ainsi la lumière nécessaire pour impressionner un cliché dans l’obscurité. Nous allons présenter à nos lecteurs un procédé très ingénieux de la production de l’éclair magnésique. Ce procédé n’exige aucun appareil, il consiste en une petite capsule de papier et carton, qui a la forme d’une pastille et que nous représentons en C dans le n° 1 de la figure ci-contre. Cette capsule est remplie de poudre de magnésium mélangée d’une petite quantité de chlorate de potasse; le couvercle en est formé d’un papier
- 2 3
- Capsule Phébusine à la poudre-éclair et son support.
- tisane. Nos figures montrent qu’il suffit de placer le support dans un sens ou dans un autre suivant la nature du foyer que l’on emploie. Pour les lampes à l’essence minérale, on introduit le bec de lampe dans la douille de cuivre. Les tôles étant mobiles, elles se prêtent à tous les diamètres de bec. 11 se confectionne deux numéros de l’appareil. Le premier va sur toutes les lampes à essence ordinaire. Le deuxième ne va que sur les lampes, gros tubes Pigeon. Les deux modèles s’adaptent également à toutes les lampes à pétrole et sur les veilleuses. Ce petit appareil est précieux pour chauffer le café, le lait, le boudlon, la tisane. — Il se trouve chez M. Mouazé, 104, boulevard de Vaugirard, à Paris.
- Nouveau tire-bouchons. — On ne saurait croire comme est considérable le nombre de tire-bouchons; il faudrait un volume pour les décrire tous; mais si la quantité des tire—
- Tire-bouchon pratique.
- mince, dans lequel on introduit une petite bougie formée d’une fraction d’allumette-bougie. On pose la capsule sur un morceau de carton, on allume l’allumette; quand la flamme arrive au papier, la poudre magnésique brûle et détermine la lumière-éclair. Il est bon de faire jaillir l’éclair un peu au-dessus de la chambre noire. La capsule est complétée par une petite pince que nous représentons dans le n° 2 et qui est munie d’une coupelle de cuivre mince, dans laquelle peut être placée la capsule. La pince peut être fixée à une canne que l’on tient à la main, et qui permet de faire brûler le magnésium à hauteur; le n° 3 montre le dispositif au moment de la combustion. — La boîte de 10 capsules de poudre-éclair a reçu le nom de Phébusine ; elle se trouve avec sa pince-support, chez M. Lehmann, 54, rue de Bondy à Paris, et chez les principaux fournisseurs d’appareils et produits photographiques.
- Support pour utiliser la chaleur d’une lampe. —
- Ce petit appareil que représentent nos gravures s’adapte sur tous les verres de lampe à pétrole (n° 1), sur une simple veilleuse
- 1 3
- Support de chauffage pour lampes et veilleuses.
- (n° 2), et sur les becs de lampe à essence minérale (n° 5). L’emploi de la veilleuse en porcelaine, fragile et compliquée, est remplacé par le support que nous faisons connaître. II permet de chauffer sur la flamme une casserole ou une théière à
- 1 La description des appareils est eratuite. La rédaction dna Nnn.
- bouchons est grande, leur qualité laisse souvent à désirer. En voici un que nous représentons, et qui, quoique d’une forme très simple, est d’un emploi très avantageux. Ce qui le caractérise, c’est la calotte métallique dont il est muni. Cette calotte, reposant sur le goulot de la bouteille, vient se placer à la partie supérieure du bouchon. En tournant, le boucho» entre à moitié dans la calotte, de telle sorte qu’il n’y a pas besoin de tirer; le bouchon se retire peu à peu sans effort, par la seule rotation du tire-bouchon. — Cet appareil, très pratique, se trouve chez M. Mathieu-Martain, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Etudes de physiologie artistique faites au moyen de la chrono-photographie, par MM. E.-J. Marey, de l’Institut, professeur au Collège de France, directeur de la station physiologique, et G. Demexy, préparateur de la station physiologique. — Première série, n° 1. Des mouvements de l'homme, 1 grand album oblong avec 6 planches en photogravure.—Paris, Société d’éditions scientifiques, l,rue Antoine-Dubois, 1893. Prix de chaque album : 4 francs.
- L’Étude de la nature a toujours été la source où les artistes ont puisé leurs inspirations. Plus l’art s’élève, plus il est respectueux des lois de l’anatomie ; aussi le voyons-nous, même dans ses créations les plus personnelles, s’astreindre à la copie fidèle du modèle vivant. A ce titre les productions modernes l’emportent sur la plupart de celles que nous a léguées le passé. Mais les artistes de l’antiquité avaient le précieux avantage de voir fréquemment l’homme nu en action : les luttes athlétiques, les courses du stade, les combats du cirque gravaient dans leurs mémoires les attitudes expressives qui donnaient à leurs œuvres un caractère frappant de vérité. Or, comme il est impossible de placer un modèle d’atelier dans les positions instables qui caractérisent le mouvement, l’art moderne était conduit à restreindre son domaine, et pour rester toujours sincère, à ne représenter que des attitudes calmes et reposées. Lorsque M. Muybridge, de San-Franeisco, parvint, au moyen d’une série de photographies instantanées à saisir les phases successives des mouvements de l’homme et des animaux, il fournit aux artistes des documents du plus haut intérêt. La méthode du célèbre photographe américain est basée sur l’emploi d’une série d’appareils photographiques. En France, M. Marey, par une méthode différente, applique la photographie à l’anaiyse physiologique des mouvements. L’objectif unique dont son appareil est muni prend les images successives d’un point de vue toujours le même. Les lecteurs de La Nature connaissent les procédés du savant physiologiste, et ont eu souvent l’occasion d’apprécier les merveilleux résultats qu’on en r„.(„ î.L-i- -----------* '
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- dans leur ensemble, soit très près, s'il s’agit de saisir les changements d’expression du visage, les mouvements de la main, ou l’action locale d’un groupe de muscles. Frappé des résultats remarquables obtenus dans ces dernières années à la Station physiologique par M. Marey, qui dirige cet établissement, et par M. Demeny, son habile préparateur, M. Henry Labonne, directeur de la Société d'éditions scientifiques, a cru rendre service aux artistes et aux savants en publiant leurs études sur les mouvements de l’homme : la science et l’art se confondent dans la recherche du vrai. Grâce à l’habile concours de M. Berthaud, la reproduction des photographies est d’une fidélité extrême. Le présent ouvrage paraîtra en livraisons, chacune de six planches, contenant l’analyse d’une grande variété de mouvements et plusieurs figures agrandies.
- Identification anthropométrique. Instructions signalétiques par Alphonse Bertillon, nouvelle édition refondue et considérablement augmentée. Avec un album de 81 planches et j
- un tableau chromatique des nuances de l’iris humain. 2 vol. in-8°.— Melun, imprimerie administrative, 1893.
- Nous avons décrit dans La Nature le remarquable service d’identification judiciaire organisé à la Préfecture de police de Paris et dont la création est due à M. Alphonse Bertillon. Les instruments de mesure, les procédés photographiques, auxquels M. Alphonse Bertillon a eu recours lui ont permis d’obtenir des résultats d’une rigueur absolue ; ces résultats rendent des services si importants dans la pratique, que la méthode s’étend peu à peu à tous les pays civilisés. Le nouvel ouvrage que nous annonçons et qui est une édition définitive, considérablement augmentée et remaniée de fond en comble, donne l’histoire complète des procédés de mensuration. Un album, comprenant une série de photographies, complète le texte, et l’explique d’une manière saisissante. Cet ouvrage est remarquablement exécuté, et il donne le tableau complet d’une méthode aussi ingénieuse que rigoureuse par l’exactitude et la précision.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 8 mai 7*,0 N. E. 3 Très peu nuageux. 0,2 Nuageux le matin ; très nuageux le soir.
- Mardi 9 12”,3 N. E. 3 Couvert. 0,0 Couv. sauf des éclaircies de 15 à 18 h. et à 20 h ; tonnerre à 17 h. 15 et 50 rn. ; pluie à plusieurs reprises.
- Mercredi 10 11*,1 N. E. 2 Peu nuageux. 7,8 Très nuag. ; tonnerre lointain de 13 à 14 b.; pluie de 23 b. à 23 h. 30 m.
- Jeudi 11 12”,0 N. N. E. 3 Beau. 0,6 Nuag. jusqu'à 5 h. et de 13 à 16 h. ; beau le reste du temps. Peu nuageux.
- Vendredi 12 11*,1 N. 2 Beau. 0,0
- Samedi 15 13”,8 Cabne. Beau. o,c Nuag. jusqu’à 6 h. et de 14 à 16 h.; beau le reste du temps. Quelques nuages çà et là ; beau du reste.
- Dimanche 11 15”,1 E. 2 Beau. 0,0
- MAI 1893. -- SEMAINE DU LUNDI 8 MAI AU DIMANCHE li MAI
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de Où 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mery, courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Coups de foudre. — La foudre a fait, le 10 mai dernier, deux victimes à Guéreins, petite commune de l’arrondissement de Trévoux (Ain). Les époux Broyer chargeaient une voiture de trèfle, lorsqu’ils ont été atteints. La femme a été tuée sur le coup; le mari a eu les deux jambes brûlées grièvement. Le lendemain 11 mai, la foudre est également tombée le soir à Grezieux, près de Lyon, chez une blanchisseuse, dont elle a tué sur le coup les deux enfants, âgés l’un de quatre mois et l’autre de deux ans. Quelque temps auparavant, dans les premiers jours du mois de mai, un ouragan terrible, accompagné de grêle, avait éclaté sur les cantons de Bourg-du-Péuge, de la Chapelle-en-Vercors, de Saint-Jean-en-Royans et de Chabeuil, près de Valence. A Chaflal. une jeune tille de seize ans, nommée Louise Grangeon, avait été tuée par la foudre.
- Tremblements de terre. — Des secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 1" mai à Belgrade et dans le département de Morava. Un grand nombre de maisons se sont écroulées. Plusieurs personnes ont péri. Le 2 mai, à onze heures quinze du matin, une forte secousse de ,j0 i™ a on lion en Italie, à Randazzo. à Broute, à Montat-
- mais il n’y a eu aucun dégât. Le 5 mai dans l’après-midi, on a ressenti une secousse de tremblement de terre dans l’île de Man, qui est située dans la mer d’Irlande, à mi-chemin du comté irlandais de Down et du Lanca-sliire. La secousse s’est fait sentir à 2 milles au nord et à 3 milles au sud de Douglas, qui est la principale ville de l’île. La direction de la secousse paraissait être du sud au nord. Les habitants ont été très alarmés. Enfin le 12 mai après midi, une forte secousse a ébranlé la petite ville d’Ustica, près de Païenne, en Sicile. La secousse a été ondulatoire dans la direction du sud-est et a duré 7 secondes. Une seconde secousse moins forte que la première a été ressentie dans la soirée. Elle a duré 22 secondes et n’a causé aucun dommage.
- lies inondations en Roumanie. — De grandes inondations ont eu lieu à Bucharest et en Roumanie, à la date du 10 mai. Les populations rurales ont été très éprouvées. Il y a eu plusieurs victimes. Des ponts de chemins de fer ont été enlevés sur différentes lignes. Deux quartiers de Bucharest ont aussi été inondés. L’abattoir, le jardin botanique, les caves de la halle ont été submergés. Le service du chemin de fer, de Bucharest à Jassi et de Bucharest à Severin, a dû se faire pendant quelques jours avec transbordement.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- AVIS ME L'ADHISISTBATIO.V. — MM. les abonnés au journal La Nature dont l’abonnement expire avec le n° 1043 (27 mai 1895) sont instamment priés, pour faciliter ce renouvellement, un des plus chargés de l’année, de nous faire parvenir avant cette époque leur ordre de renouvellement. Ils peuvent le faire au moyen des mandats postaux qui vont leur être adressés dans ce but. Une quittance sera présentée à domicile, â partir du 5 juin à ceux qui n’auraient pas fait parvenir avant cette date leur mandat ou ordre contraire. — Prière de joindre une bande aux demandes d’abonnement et d’ajouter 50 centimes pour les changements d’adresses en cours d’abonnement.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées à M. Gaston Tissandier, 50, rue de Châteaudun, à Paris.
- VARIÉTÉS
- Danger de l’étoffe « pilou ». — Nous avons publié sous ce titre, dans notre précédent Supplément (n° 1042, du 20 mai 1803, Hygiène et santé), une Notice sur la combustibilité de l'étoffe appelée Pilou ou flanelle (VAmérique. Cette étoile, faite en coton, est douce au toucher et moelleuse comme de la flanelle ; mais ainsi qu’il a été dit, elle est inflammable à la façon du coton-poudre. Notre collaborateur, M. Alber, nous adresse à ce sujet le curieux fait suivant dont il a été témoin : « Dans une maison où nous dînions dernièrement, la maîtresse de la maison portait une robe d’intérieur, faite, avons-nous su après, avec de l’étoffe pilou; elle arrosait une omelette au rhum, lorsqu’une goutte du liquide enflammé venant à jaillir sur sa robe, celle-ci prit feu du haut en bas avec une rapidité étonnante, absolument comme si elle avait été fabriquée avec du coton-poudre. La dame eut la présence d’esprit de se jeter par terre et d’éteindre ainsi le feu, avant qu’aucun de nous n’eût eu le temps de se précipiter pour l’entourer de serviettes ou d’autres étoffes. Vérification faite après l’incident, il fut reconnu que l’aspect de la robe n’avait pas changé, que les extrémités seules des petits fils de coton avaient brûlé, mais que la robe avait perdu, sur toutes les parties où le feu avait passé, cette douceur de velours spéciale à l’étoffe dont il est question. 11 est probable que si la personne avait été seule et avait manqué de sang-froid, la flamme après avoir été superficielle, aurait gagné le tissu lui-même et produit ainsi un grave accident. Nous avons essayé depuis avec différents morceaux d’étoffe du même genre de reproduire une inflammation aussi spontanée, et cela sans y parvenir. Nous donnons donc le fait ci-dessus sans commentaires, laissant les lecteurs de La Nature libres d’en tirer toutes les conclusions qu’ils jugeront convenable. » Il se peut que le fait se produise sur des étoffes pilou préparées de certaine façon, et que la combustibilité soit moindre sur d’autres échantillons.
- INFORMATIONS
- —Le Comité de l’Afrique française a offert, mardi dernier 23 mai, un banquet, hôtel Continental, à Paris, à M. Maistre et à ses compagnons qui ont terminé avec succès leur grand voyage d’exploration en Afrique dans le bassin du Tchad. La mission a obtenu des résultats d'une haute importance au point de vue géographique. Elle a visité les tribus inconnues des N’Drys de l’Ouest, de Mandjia, de Ouia-Ouia, des Aouakas, des Akoungas, puis
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- le pays des Toummot, que Nachtigal seul avait traversé en 1871. Enfin, elle a suivi l’itinéraire de Flegel, par Yola, Kountcha, Ga-nyomé, Ibi, à travers i’Adamaoua. Au point de vue politique, les traités que la mission a passés sur tout son itinéraire, dans le cours supérieur du Chari et du Logone, assurent à la France la possession définitive de la région traversée par ces grands affluents du Tchad.
- — La métallurgie tend à devenir un des plus puissants producteurs d’engrais du monde. Les Annales industrielles nous citent de curieux faits à ce sujet. 11 y a vingt-cinq ans, 20000 tonnes d’acide phosphorique empoisonnaient les 2 millions de tonnes de fonte que produisait l’Angleterre, tandis que les navires anglais allaient dans les parties les plus éloignées du globe rechercher cet acide phospho-rique pour l’agriculture. Le procédé basique a fait cesser cette anomalie. Un autre progrès vient de permettre d’utiliser l'ammoniaque produit par la houille consommée dans les hauts fourneaux. En Ecosse, un million de tonnes de fonte sont produites avec de la houille crue à raison de 2000 kilogrammes de houille par tonne de fonte. Les maîtres de forges écossais, en présence du succès de la condensation des eaux ammoniacales dans la fabrication du gaz, ont pensé à opérer la récupération de l’ammoniaque du gaz des hauts fourneaux et leur tentative a parfaitement abouti. Presque tous les hauts fourneaux d’Ecosse sont aujourd’hui pourvus d’appareils de récupération. Chez MU. Merry, pour 5801 tonnes de houille consommées, le bénéfice net s’est élevé à 17 950 francs. Voilà une nouvelle et importante source de sulfate d’ammoniaque pour l’agriculture toute trouvée.
- —Les éducations de vers à soie sont actuellement en plein fonctionnement dans la région méridionale. Les éclosions ont été faites un peu plus tôt que dans les années précédentes, à raison de l’avance que les conditions climatériques ont donnée à la saison ; partout elles ont marché régulièrement, ainsi que les premières mues; mais ce sont lès phases les moins critiques de l’élevage. La feuille du mûrier est très abondante et très belle partout; on se plaindrait plutôt que la végétation marchât plus rapidement que les jeunes vers. Quant aux quantités de graines que l’on a fait éclore, elles paraissent en général égales à celles de l’année précédente.
- — Il est question de créer un nouveau port de guerre russe sur l’océan Glacial. La construction de ce port, qui serait relié par un réseau télégraphique et téléphonique avec Arkhangelsk, répond au besoin de protéger d’une manière plus efficace que cela n’avait eu lieu jusqu’à présent les pêcheurs de phoques et de haleines, et d’enrayer, par une surveillance plus active, la guerre de destruction que font chaque année à ccs animaux, dans ies eaux russes, les pêcheurs norvégiens. Le 20 juillet (style russe), la frégate Lomo-nosoff partira d'Arkhangelsk pour la haie de Kolsk, avec mission de rechercher un emplacement propice pour la nouvelle station navale.
- —— Nous avons signalé ici même une nouvelle cravache électrique. Le journal l’Eleveur, qui reproduit ce que nous disions à ce sujet, ajoute le curieux renseignement suivant que nous reproduisons à notre tour : « Dernièrement on lisait, dans les journaux de sport, qu’un jockey américain avait gagné très facilement une course, grâce à l’électrisation de ses éperons qui communiquaient, par des fils métalliques, à de pctiles piles qu’il portait à sa ceinture. La surexcitation causée par ce moyen au cheval était, paraît-il, énorme, l’animal était littéralement affolé. » Nous rappellerons qu’en 1879, nous avons publié un article sur le mors électrimie do M. 'ïWnvmiî
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — AI. H. Caillet, à Paris, nous adresse une Notice sur un nouveau système de petit chemin de fer monorail portatif à niveau, qui est constitué par un rail unique de faible calibre, muni de traverses métalliques fixées à son patin. Ce monorail peut permettre d’établir en quelques jours et à peu de frais des voies de communication régulières ; il transporte à bon marché depuis le plus faible tonnage jusqu’à un tonnage important. Le système, nous devons l’ajouter, est encore à l’état de projet. — Pour tous renseignements, s’adresser, 22, rue Pétrelle, à Paris.
- AI. A. Fauvel, à Paris, nous adresse une brochure intitulée Méthode pour élever les faisans sans parquet ni œufs de fourmis. Cet opuscule, qui a pour auteur Mlle L. de Joannis, est édité par A. Goin, 62, rue des Ecoles, à Paris. 11 renferme, dit notre correspondant, des renseignements intéressants et précieux pour l’élevage de ces oiseaux.
- M. .4. Vildieu, à Montreuil-sous-Bois, nous écrit : « Je lis dans La Nature, l’article de M. J. Claine, les tintinnabula (voy. n° 1042 du 20 mai 1893, p. 595). Il n’est pas besoin pour voir des tintinnabula religieux d’aller jusqu’au Mexique. Entre Douarnenez et Audierne (Finistère), sur la grande route on rencontre un village qui s’appelle Confort et qui possède une église et un calvaire assez remarquables. Dans cette église à droite dans la nef, à hauteur des ogives se trouve une roue munie de sonnettes, mise en mouvement par une corde, ainsi que l’indique M. Claine. La roue est de dimensions un peu plus considérables que celles indiquées dans l’article (à peu près le diamètre des roues d’une bicyclette). 11 est d’usage dans le pays que les nouveaux mariés viennent tirer la corde; une seule traction est permise et vaut à l’église une modique redevance de dix centimes. Si les clochettes donnent l’accord parfait ou un ensemble harmonique qui s’en rapproche, c’est le bonheur assuré du ménage; en cas de cacophonie, mauvaise affaire, les époux se battront. »
- M. D. Grosrenaud, à Oran, nous écrit à propos de la communication de M. E. J. du Caire, parue dans la Boite aux lettres du n° 1041, du 15 mai 1895 et se rapportant à la manière dont les habitants de la Haute-Egypte fabriquent le beurre à l’aide d’une peau en forme d’outre. Notre correspondant nous informe que pareil procédé est employé dans tout le Soudan occidental ainsi qu’au Sénégal. Le mouvement d’oscillation n’est donné à la baratte que par une seule personne.
- M. J. Trévédy, à Saint-Brieuc, nous adresse une Note au sujet de notre article sur Les centenaires publié dans le n° 791, du 20 juillet 1888, p. 129. Il paraît certain que Jean Causeur, auquel on a attribué jusqu'ici une longévité de 150 ans, n’a vécu que jusqu’à l’âge de 109 ans.
- Renseignements. — M. P. Crédoz, à Moreuil. — Pour ce qui concerne les canots à vapeur ou à pétrole, vous pourriez vous adresser à M. Forest, 76, quai de la Râpée; ou à M. Mors, 8, avenue de l’Opéra, à Paris.
- Un lecteur, à Montevideo. — On passe simplement du noir de fumée délayé avec un peu d’essence de térébenthine dans les traits laissés par#la gravure sur le verre.
- Un lecteur, à B. — 1° Toute tige métallique est un bon conducteur, surtout le fer et le cuivre. 2° On admet, à la suite de l’opinion émise par une commission spéciale en 1875, qu’une tige de paratonnerre protège l’espace compris dans un cône de révolution ayant son sommet à la pointe de la tige, ayant pour axe la tige, et pour rayon de base la hauteur multipliée par lm,75. Les paratonnerres à pointes multiples semblent obéir à la même loi; leur protection est seulement plus efficace à cause du plus grand nombre de pointes par lesquelles s’exerce leur action.
- M. L. B., a A. — On trouve chez les papetiers de l’encre qui permet de copier une lettre sans presse; il suffit de frotter le papier à copier avec la main.
- M. A. Elduayen, à Madrid. — Vous aurez l’indication de plusieurs manuels et traités d’apiculture dans les catalogues de la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- AI. Crock Syboole, à Paris. — C’est un système qu’il faut établir soi-même.
- M. A. Hall, à Calais. — Société du bec Auer à gaz par incandescence, 8, boulevard Montmartre, à Paris.
- M. le comte de la Ferté, à Paris.— L’adresse demandée est la suivante : 3, rue de la Salpêtrière, à Nancy.
- Un abonné, à Paris. — Consultez le chapitre publié sur les glacières dans le Dictionnaire des arts et manufactures de M. Ch. Laboulaye.
- Al. A. Delebecque, à Thonon. — Ce fait a été emprunté à une publication allemande que nous n’avons plus sous la main et qui ne mentionnait pas la source où elle l’avait puisé. Regrets de né pouvoir vous donner d’autre indication.
- M. M. D., à Paris. — Il faut arroser les plantes avec du jus de tabac.
- AI. A. Peubret, à Paris. — Nous pensons qu’une étoffe de laine ou de flanelle peut convenir.
- AI. J. Allier, à Crémieu. — Il existe un grand nombre de constructeurs de fours à gaz; consultez le dictionnaire de Bot-tin, et demandez quelques catalogues aux fabricants. C’est le meilleur moyen pour avoir ces renseignements.
- Un abonné de Paris. — Le Jeu du Diable que nous avons décrit est en effet antérieur à la date que nous avons indiquée. Vous avez vu par l’article publié dans La Nature qu’il était connu en Chine depuis les temps anciens.
- AI. L. Vidon, à Bourg-Argental. — Nous avons emprunté cette recette, comme nous le disons, hh Revue chronométrique ; vous pourriez vous adresser directement à ce journal, 152,' rue Saint-IIonoré, à Paris.
- M. A. Bosch, à la Havane. — L’adresse de M. Damoizeau, le, constructeur de l’appareil de photographie panoramique décrit dans le n°920, du 17 janvier 1891, est, 52, avenue Parmentier, à Paris.
- Un lecteur, à Toulouse. — M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- AI. D. Gérard. à Paris. — Nous avons reçu votre communication sur un patin à roues. Le sujet est un peu spécial pour La Nature. Tous nos remerciements.
- AI. L. Kina, à Marseille. — Nous vous conseillons de consulter l’article sur le calendrier grégorien publié dans le dictionnaire de P. Larousse; nous n’en savons pas plus à ce sujet.
- AI. F. Debruyn, à Don. — Le meilleur procédé pour conserver les viandes consiste à les soumettre à l’action du froid, comme cela se pratique dans les navires frigorifiques.
- Al. de la Neuville, à Pontchartrain. — La confection d’un journal exige une grande promptitude; mais vos observations sont justes, nous vous en remercions, et nous en tiendrons compte.
- Al. F. Robarts, à Anvers. — 1° II n’y a pas jusqu’ici de substance qui puisse remplacer le caoutchouc comme isolant électrique. — 2° Le Formulaire pratique de l'électricien (G. Masson, éditeur) mentionne les principaux isolants connus avec les résultats d’expériences effectuées à leur sujet.
- AI. G. Alounier, à Châteaudun. — 1° Traité des feux d'artifice, par A. Denisse, chez l’auteur à Bry-sur-Marne (Seine). — 2° Aucun renseignement n’a encore été donné sur cette préparation.
- Al. A. Chalufour, à Dieppe. — Vous pourriez essayer un mastic formé d’un mélange de litbarge en poudre très fine et complètement desséchée, et de glycérine, en quantité suffisante pour obtenir un mortier très épais.
- M. J. d'A., à Ar ras. — Consultez l’article que nous avons publié sur le pronostic ou sturmglass des Anglais dans le n“ 182, du 25 novembre 1876, p. 409.
- Al. L. Lefranq, à Landrecies. — Remerciements pour votre communication, nous avons mentionné fréquemment des fruits doubles ; le phénomène n’est pas rare.
- Accusés de réception. — Avis divers : M. Fournie)-, à Yillenoy. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux qui ont déjà été publiés. — M. M. Bossière, à Paris; M. IL L., à Paris. Voyez les Recettes et procédés utiles. (G. Masson, éditeur.) — M. J. de Joly, à Avèze. Consultez le livre ci-dessus indique et la Science pratique (même éditeur). — AI. A. Pierre, à Paris-Nous avons publié un procédé pour construire soi-même des accumulateurs dans les Nouvelles Recettes utiles. — JM. A. Lccocq, à Castello-de-Vide. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- PETITES INTENTIONS1
- Siphon des bouteilles fermées. — Cet appareil très connu vient d’être l’objet d’un perfectionnement que nous allons signaler. Rappelons d’abord le principe du système. C’est un tube terminé en pointe qui peut transpercer un bouchon, à l’aide d’un tire-bouchon, au travers duquel il passe. Le n° 1 représente les détails de l’appareil. Quand le tube a traversé le bouchon, comme le montre le n° 2, on ouvre le robinet dont il est muni à sa partie supérieure, la pression du liquide mousseux, champagne ou eau gazeuse, fait monter ce liquide qui s’écoule au dehors. Ce système ingénieux ne pouvait s’appliquer qu’aux liquides gazeux. Un constructeur a eu l’idée de
- Siphon à liquides gazeux et pompe pour liquides non gazeux.
- l’additionner d’une petite pompe (n° 4) qui s’adapte à une pièce de l’appareil (n° 3) et qui communique avec l’intérieur du tube plongeant. En faisant fonctionner la pompe avec la main, on détermine l’ascension et l’écoulement du liquide contenu dans la bouteille bouchée. On remplace ainsi la pression des liquides gazeux, et on peut se servir de l’appareil pour des eaux minérales non gazeuses, ou pour tous les liquides, tels que vins d’Espagne, etc. Ce siphon nous a été présenté par un fabricant dont nous avons égaré l’adresse; il voudra bien nous la donner pour une de nos prochaines livraisons.
- Couteau-revolver. — Nous donnons ci-dessous le dessin d’un objet, qui tient facilement dans la poche, puisqu’il n’a pas tout à fait 0m,09 de longueur; il comprend un bon couteau, deux canifs; il est en outre muni d’un canon de revolver. Le n°lde la ligure donne l’aspect des trois lames; les n°* 2 et 3 montrent le dispositif du revolver et du mode d’emploi. Pour se servir de l’instrument on lève le chien qui fait immédiatement suite au canon, avec le pouce et l’index de la main droite; le couteau
- Couteau-revolver, i, Aspect des lames de couteau et de canifs. — 2, Aspect du revolver armé. — 5, Mode d’emploi.
- prend alors l’aspect du n° 2. Pendant ce mouvement la détente s’est ouverte automatiquement pour tomber dans le cran du chien. On introduit la cartouche dans le canon. Pour faire partir le coup, il n’y a plus qu’à assujettir l’arme entre le pouce et l’index et presser sur la détente avec l’index (n°3). Ce revolver de poche est digne d’ètre recommandé aux bicyclistes et aux voyageurs. — Il se trouve chez M. Mathieu-Martain, 2, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris.
- Lanterne-briquet. — A la gauche de la gravure ci-dessous, le dessinateur a représenté le briquet de poche que nous allons faire connaître à nos lecteurs. C’est un objet qui tient facilement dans la main ; il mesure 0m,085 de longueur sur 0m,05 de largeur et 0m,017 d’épaisseur, on peut le mettre dans une poche de l’habit ou du pantalon. Ouvrons ce briquet; aussitôt, par l’action d’un ressort, on voit s’ouvrir une élégante lanterne-formée de trois petits cadres légers garnis de lames de mica.
- Lanterne-briquet. Appareil fermé et ouvert.
- Une bougie minuscule est montée au centre de la lanterne. La figure de droite de la gravure montre la lanterne ainsi ouverte. Le fond de la boîte s’ouvre également ; il contient une réserve d’allumettes amorphes, et une surface phosphorée pour l’allumage. Le briquet-lanterne ne pèse pas plus de 110 grammes ; ce n’est pas une nouveauté; il existe depuis longtemps, mais il est ingénieux, simple et commode. — Il se trouve chez M. Alfred Wolter, 9 bis, passage Kuszner, rue de Belleville, Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Mathématiques et mathématiciens. Pensées et curiosités recueillies par A. Rebière. Deuxième édition revue et augmentée. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie Nony et O, 1893.
- Cet ouvrage intéressant, qui a obtenu un légitime succès, est entièrement remanié et considérablement augmenté. La première partie, la plus longue et la plus importante, est formée de morceaux choisis sur les principes, les méthodes, la philosophie, l’enseignement et l’histoire des mathématiques; ils sont extraits des philosophes, des historiens et surtout des mathématiciens de tous les temps. Ces aperçus variés, ces pensées fines ou profondes ouvriront aux esprits curieux des horizons nouveaux. Abandonnant ensuite les hautes généralités et les abstractions, fauteur nous montre la science et les savants à un point de vue familier, biographique et anecdotique; puis il arrive aux paradoxes qui piquent la curiosité et où se trouve souvent un grain de sagesse. L’ouvrage se termine par un choix de ces problèmes de fantaisie que Bachet qualifiait de plaisants et délectables. Ce livre est conçu avec beaucoup de goût et d’esprit, il est d’une lecture agréable et instructive.
- Recettes et procédés utiles recueillis par Gaston Tissandier. lre série, 2e série {La Science pratique) et 5e série (Nouvelles Recettes utiles). 5 vol. in-16. — Paris, G. Masson. — Prix de chaque volume : broché, 2 fr. 25 ; cartonné, 3 fr.
- Les Recettes et procédés utiles qui ont été publiés depuis de longues années dans La Nature, sont réunis sous forme de petits volumes très utiles aux hommes de science, aux amateurs, aux praticiens et même aux ménagères. La première série compte aujourd’hui sept éditions successives qui'ont donné plus de 20 000 exemplaires et la septième édition est presque'épuisée. Le succès des deux volumes suivants ne paraît pas moindre, puisque de nouvelles éditions de ces ouvrages se succèdent rapidement. Tous deux ont été réédités récemment. Des milliers de rceetles souvent précieuses dans l’économie du ménage, dans la pratique des manipulations de mécanique, de physique, de chimie, de photographie, dans l’exercice du jardinage ou des travaux de la campagne, sont réunies dans ces volumes qui forment une véiilable petite encyclopédie.
- Manuel général des vins. 5° partie. Analyse des vins. Fermentation, alcoolisalion, falsifications, procédés pour les reconnaître, par Edouard Robinet. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque des actualités industrielles. 4e édition entièrement refondue. — Paris, Bernard Tignol, éditeur. Prix ; o francs.
- Le matériel agricole moderne. — Tome I. Instruments d'extérieur de ferme, par Alf. Tresca, ingénieur des arts et manufactures, professeur à l’École centrale des arts et manufactures et à l’Institut national agronomique. 1 vol. in-8° de la
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- agronomique. — Paris, librairie de Firmin-Didot et Cie, rue Jacob, 56, 1895.
- Dictionnaire pour la correspondance télégraphique secrète et économique, par P. Mignon. 2e tirage. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie centrale des sciences, J. Michelet, éditeur, 25, quai des Grands-Augustins, 1893. Prix : 10 francs.
- Traité élémentaire d'horlogerie à l'usage des horlogers rha-billeurs, par M. Jean Barrère. 1 brochure in-8°. Extrait du Bulletin de l’Union horlogère de France. — Paris, librairie centrale des sciences, J. Michelet, 1892. Prix : 2 francs.
- Guide des postes, télégraphes et téléphones, par Paul Ar-tigues, ancien receveur des postes et télégraphes. 1 vol. in-16. 15e année. Dix-septième édition, 1895, 15, rue du Louvre. — Paris. Prix : 1 franc.
- Le problème de la direction des ballons, par Rodolphe So-reau, ingénieur, ancien élève de l’Ecole polytechnique. 1 brochure in-8°, avec 37 figures dans le texte. Extrait des mémoires de la Société des ingénieurs civils de France. — Paris, librairie centrale des sciences, J. Michelet, 1895. Prix : 2 fr. 50.
- La production de la pluie artificielle, causerie faite par Emile Le Maout à la séance de la Société artistique et industrielle de Cherbourg, du 5 février 1892. 1 brochure in-8°. Cherbourg, Imprimerie Émile le Maout, 1893.
- Tavole delle materie coloranti-organiche arliftciali, di Gus-tavo Schultz e Paolo Julius. Traduzione autorizzata sulla seconda edizione tedesca con introduzione del prof. Dr Dario Gibertini. 1 brochure in-4“. — Parma, Casa éditrice Luigi Battei, 1892.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France.
- OBSERVATIONS A 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 13 mai 15",8 S. E. 0 Couvert. 0,0 Nuag. de 15 à 18 b., couv. le reste; goût, à 6 et 11 h.; tonn. au S. S. W. de 18 b. 15 h. suiv. d’un lort c. de v.
- Mardi 16 14", 8 S. S. E. 2 Couvert. . 3,1 Couv. le m., nuageux le s., beau de 19 à 21 h.; atm. tr. claire.
- Mercredi 17 17", f> E. S. E. 2 Très nuageux. 0,0 Nuag.le m., p.couv.; beau ap. 20 b.; tonn. à l’W.à 13 h. suiv. d’un c. de v. viol.; pl. de 13 h. 1/2 à 18 h.
- Jeudi 18 13",0 S. S. E. 2 Couvert. 8,8 Couv. ou nuag. de 5 à 18 b.; beau av. et ap.; averse un p. av. 10 h. et à 2 b. 40, atmosph. tr. claire.
- Vendredi 19 12",3 S. 2 Presq. couvert. 0,2 Tr. nuag. le m.; nuag. le s.; gouttes de 10 à 10 h. 50 atm. tr. claire.
- Samedi 20 12",9 S. 3 Couvert. 0,C Tr. nuag.; quelq. averses ; atm. tr. claire.
- Dimanche 21 13",4 E. S. E. 1 Nuageux. 0,3 Quelq. éclaire. jusqu,à 1 h.; couv. ens.; quelq. coups de tonn. à midi; pluie à diversesrep. à partir de 11 b.
- MAI 1893. - SEMAINE DU LUNDI 13 MAI AU DIMANCHE 21 MAI
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche: courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Pluie, orages et coups «le foudre cm France. — Après la longue sécheresse, nous avons à signaler de nombreuses chules de pluie dans pfesque toutes les régions de la France. 11 a plu abondamment le 16 mai à Lille et aux environs pendant une heure; c’était la première pluie qu’on eût constatée dans cette contrée depuis le 28 février. On a également signalé des pluies à Saint-Lô et à Saiut-Brieuc. Le même jour, à'Caen, où la sécheresse se maintenait depuis soixante-douze jours consécutifs, la pluie est tombée pendant cinq ou six heures. Une pluie bienfaisante est tombée à Brest, à la même date, dans la journée. Elle n’a nas été très abondante, mais elle fait un bien énorme à la petite culture. Il n’avait pas plu depuis les premiers jours du mois de mars. Une série d’averses ont eu lieu au Havre le 16 mai vers 1 heure de l'après-midi ; elles ont repris à partir de 5 heures du soir et ont continué pendant la soirée.
- de la colonne de briques élevée en souvenir de la bataille de Toulouse en 1814. Elle est tombée ensuite sur une école communale et sur l’usine Sirven. Une violente commotion a été ressentie par les personnes qui se trouvaient dans ces deux maisons; il n’y a pas eu d’accident. Un orage assez violent a éclaté dans l’après-midi le même jour, à Paris. Un coup de tonnerre s’est fait entendre. La foudre est tombée sur la Tour Eiffel. Des arbres ont été déracinés par le vent dans le jardin du Luxembourg; de nombreuses branches ont été cassées. Des orages ont eu lieu au même momentà Amiens, au Havre, à Lille, à Versailles, à Périgueux,à Rodez, etc.
- Orageo et inondations aux Etals-Unis. — De violents orages ont éclaté dans l’Ohio le 14 mai 1893. Des viaducs ont été coupés par les inondations, des maisons eu construction et des hangars ont été démolis à Cleveland, à Cuyahoha et à Mahoning où les rivières ont débordé avec une crue extraordinaire. Des inondations ont eu lieu aussi en Pensyl-vanie où Newcastle a été en partie submergée; il y a eu jusqu’à 2 mètres d’eau dans des petites rues. Des nouvelles analogues sont parvenues de Pittsburg et de Erie où l’on a annoncé de grandes inondations.
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